La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Paris. Un an....................... 20 fr. » Départements. Un an................ 25 fr. »
- Six mois . ................. 10 fr. » — Six mois. 12 fr. 50
- Étranger : le port en sus.
- Les abonnements d’Alsace-Lorraine sont reçus au prix do 25 fr.
- Prix du numéro : SO centimes.
- LES VINGT VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Pleuras à Par».
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- REVUE DES SCIENCES
- ET IlE UÜIIS APPLICATIONS AUX ARTS ET A LTNOUSTIIIE
- JOUHNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L*iNSTIUJGTlON PCRLIQUE D UNE SOUSCRIPTION POUR LES UIBLIOTUÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- 1LL l'ST HATIONS
- DESSINA TE URS
- Mm. F ÉBAT, GIACOMELI.I, GILBERT, HESFLÈS, E. JB1LLERAT A. TISSANDIER, ClC.
- GRAVEURS
- BLANADET, DIETRICH, HORIEC, PÉROT, L. POVET E. A. T1LLV, etc., etc.
- ONZIÈME ANNÉE
- 1883
- 0ÀEUXIKME SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON , ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- H* ANNÉE. — N” 522.
- 2 JUIN 1885
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE CACAO ET LE CHOCOLAT
- Le cacaoyer existe dans les régions chaudes de l’Amérique; mais lors de la conquête, on le cultivait seulement au Mexique, dans le Guatemala, le Nicaragua, là où les habitants étaient d’origine toltèque et aztèque. C’est de ces localités que, sous le règne de Montezuma, les Espagnols transportèrent cet arbre, d’abord aux Canaries, aux Philippines, ensuite sur le littoral de Venezuela et dans les Antilles. On préparait, avec les grains du fruit réduits en pâte, une boisson, le chncolatl, dont l’usage était général.
- C’est un fait bien connu des planteurs, qu’il faut, autant que possible, établir une cacaoyère sur un terrain vierge; on a eu souvent des mécomptes en agissant autrement. Le cacaoyer exige un sol riche, profond, humide, de la chaleur. Rien ne convient mieux qu’une forêt défrichée, ayant une pente permettant l’irrigation. Aussi, toutes les plantations importantes offrent un aspect commun ; on les rencontre dans les régions chaudes, abritées, à peu de distance de la mer ou près d’un torrent, sur les bords des fleuves. La culture du cacaoyer cesse d’être avantageuse à une température moyenne et constante de 24 degrés.
- Le cacaoyer ne fleurit que bien rarement avant qu’il ait trente mois.! Des planteurs détruisent ces premières fleurs, atin de ne laisser venir des fruits que dans la quatrième année, et cela dans les conditions climatériques les plus favorables, là où la chaleur moyenne est de 27 à 28 degrés.
- Il est peu de plantes dont la fleur soit aussi petite, et surtout aussi disproportionnée au volume du fruit. Un bouton, que j’ai mesuré lors de son épanouissement, ne dépassait pas une hauteur de üm,004 ; la corolle, couleur de chair, portait dix folliqles entourant cinq étamines d’un blanc d'argent. Les fleurs n’apparaissent pas isolément, mais en bouquets sur le tronc à toute élévation, sur les branches mères, on en voit même sur les racines ligneuses rampant à la surface du sol.
- De la chute des fleurs à la maturité, il s’écoule à peu près quatre mois. Le fruit ou cabosse, allongé, •H0 aanée. — 23 semestre.
- légèrement courbé, est divisé en cinq lobes, sa longueur approche de 0m,25, son plus grand diamètre près du point d’attache et de 0"',08 à 0m,10; il pèse de 500 à 500 grammes, sa couleur varie du blanc verdâtre au rouge violet, son péricarpe est sillonné de côtes longitudinales; à l’intérieur, la chair ou pulpe est blanche, rosée, aigrelette; généralement elle enveloppe vingt-cinq amandes blanches, huileuses, qui, en séchant, prennent une teinte brune superficielle. On fait, par an, deux récoltes principales, mais dans une grande culture, on cueillette tous les jours, et il n’est pas rare de voir un arbre porter à la fois des fleurs et des fruits. Après avoir rompu la gousse, on retire les graines à l’aide d’un morceau de bois arrondi à l’extrémité, puis on les expose au soleil; le soir, on les rassemble en tas sous un hangar. 11 s’y manifeste bientôt une fermentation active, qui serait nuisible si on la laissait accroître, car le cacao frais amoncelé s’échauffe fortement : aussi le malin on étale les graines à l’air.
- La culture d’une cacaoyère exige un personnel peu nombreux; un homme suffit pour surveiller mille arbres. Ce qu’on redoute le plus, ce sont les intempéries subites; ainsi, par temps favorable, si les fruits, près de la maturité, reçoivent une ondée, ils tombent, parce que leurs vaisseaux s’imbibent et se rompent en subissant une turgescence ; mais, la principale occupation d’un majordome, c’est de défendre la récolte contre l’attaque des animaux (singes, cerfs, perroquets).
- Le genre cacaoyer (theobroma) appartient à la famille des Buttueriacées : il comprend plusieurs espèces, dont la plus importante est le theobroma cacao, dont les caractères varient selon la provenance. On distingue dans le commerce le caraque du Venezuela; le soconusco de Guatemala; le.màra-gnan de l’Amazone; le cayenne, le guayaquil, etc.
- Le cacao est décortiqué par la torréfaction opérée à une chaleur modérée. En se torréfiant, la fève acquiert, comme celle du café, une odeur due à une infinie proportion d’un principe volatil : c’est l’arome qu’on perçoit dans le chocolat.
- Lès fèves du cacaoyer sont riches en principes nu-
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- LA NATUHE.
- tritifs ; indépendamment d’une forte dose de matière grasse de beurre, on y trouve des substances azotées analogues à l'albumine, à la caséine ; de la théobro-mine ; des composés à constitution ternaire ; ces éléments varient nécessairement en quantité d’après l’origine.
- M. L’IIote. — Amande décortiquée et privée de germe.
- Dans 100 parties :
- Provenance. Eau. Albumine Beurre. Cendres. Azote, calculée
- Guayaquil . . . . 6,50 40,10 3,75 2,38 14,9
- Martinique. . . . 7,50 41,20 2,75 2,25 14,5
- Guayra . . . . . 7,00 35,96 4,00 2,18 15,6
- Maragnan torréfié . 4,20 45,80 2,75 2,22 13,7
- Caraque. . . . . 4,20 51,50 4,00 2,16 15,5
- L’azote dosé appartenait à deux substances : Fai-
- bumine dont 100 parties en contient 16; la théo-bromine dont 100 parties en contiennent 31.
- Les cacaos mondés, mais non torréfiés, contien-
- draient pour 100 : l’a yen. Mîlscherlich Boussingault
- — (Guayaquil). (Montaraz),
- Beurre 48 ; t 50 45 à 49 53.3
- Albumine 21 à 20 15 à 18 12.9
- Théobromine. . . . 4 à 5 1.2 à 1.5 2.4
- Amidon et glucose. . . 11 S i 10 14 à 18 6.7
- Cellulose . 3 à 2 6 9.1
- Substances minérales. , 3 à 4 5.5 4
- Eau 10 à 12 6.3 11.6
- 100 100 92.6 100
- 4 * Ces analyses montrent que les principes contenus
- dans les graines de cacao consistent en :
- Matière grasse, beurre, albumine, théobroinine *, amidon, glucose, gomme, cellulose, acide tartrique libre ou combiné, tannin, substances minérales (acide phosphorique, potasse, chaux, magnésie, silice, traces de fer).
- Le cacao décortiqué, légèrement grillé, séparé des germes par un triage, est la base du chocolat dont l’usage est aujourd’hui si répandu. On n’a pas à en décrire ici la préparation; il suffira de rappeler qu’on l’obtient en broyant entre des cylindres maintenus à une certaine température un mélange de cacao mondé de diverses origines, des variétés aromatiques, plus ou moins onctueuses ; lorsque la masse est plus ou moins amollie, on y introduit du sucre par portion, de manière à entretenir la mollesse de la matière. Le broyage étant opéré au moyen de . cylindres ou de cônes animés de différentes vitesses foulant sur une plate-forme en granit, on fait tomber la pâte dans des formes en fer-blanc.
- L’adjonction du sucre au cacao explique bien la faculté nutritive du mélange ; c’est évidemment un des aliments les plus promptement réparateurs.
- Les Mexicains préparaient avec le cacao une pâte, le chocolatl, dans laquelle on faisait entrer un peu de farine de maïs, de la vanille et le fruit d’un piment.
- Le P. Gili, en se fondant sur un passage de la Monarquia indiana, publiée par Torquemada, assure que les Aztèques faisaient l’infusion du chocolat à l’eau froide.
- Jusqu’au seizième siècle, les voyageurs différaient beaucoup dans les jugements qu’ils portaient sur cette substance. Acostat considérait le cacao comme un préjugé; Humboldt remarque que ce jugement rappelle la prédiction faite sur l’usage du café. En revanche, Fernand Cortès en exagérait peut-être la valeur : « Celui qui en a bu une tasse, écrivait un page du conquérant, peut marcher toute une journée sans prendre d’autre nourriture. » Je reconnais toutefois que, dans une expédition au loin, lorsqu’il est d’une impérieuse nécessité de réduire le poids des rations, le chocolat offre des avantages incontestables et que j’ai eu plus d’une fois l’occasion d’apprécier. En France, la nouvelle boisson eut des partisans et des détracteurs. On sait ce qu’en dit Mme de Sévigné dans une lettre adressée à sa fille : « J’ai voulu me raccommoder avec le chocolat ; j’en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper, et j’en pris hier pour me nourrir et pour jeûner jusqu’au soir : il m’a fait tous les effets que je voulais, voilà de quoi je le trouve plaisant, c’est qu’il agit selon l’intention. »
- Le chocolat possède une qualité essentielle, celle de renfermer sous un faible volume une forte proportion de matières nutritives. Humboldt rappelle qu’on a dit avec raison qu’en Afrique, le riz, la gomme, le beurre du sliea aident l’homme à traverser les déserts; il ajoute que, dans le Nouveau Monde, le chocolat, la farine de maïs, lui rendent accessibles les plateaux des Andes et de vastes forêts inhabitées.
- La fabrication du chocolat a fait en Europe de grands progrès. En examinant les produits des principaux établissements, on arrive à cette conclusion que dans les chocolats loyalement préparés, il n’entre que du cacao et du sucre l.
- Les quantités du sucre varient notablement.
- Les cacaos de Soconusco et de Caracas sont les plus estimés; celui de Guayaquil est recherché à cause de son prix moins élevé et de sa bonne qualité quand il a été conservé avec soin.
- Le développement de l’industrie du chocolat en France ressort d’un document dû à l’obligeance de M. Marie, membre de la Société d’Agriculture et directeur du commerce extérieur.
- L’importation, qui était en 1860 de 4 706 599 kil., s’est élevée, en 1881, à 12 181 248 kil.
- Par l’association de l’albumine, de la graisse, des congénères du sùcre, et la présence des phosphates,
- 1 L’auteur donné à l’appui le tableau des analyses faites au Conservatoire des Arts et Métiers sur les chocolats fabriqués à Paris et en Espagne dans les usines de M. Matias Lopez.
- 1 On l’obtient en traitant le cacao par l’eau bouillante, et en précipitant la solution par le sous-acétate de plomb. L’excès de plomb séparé, on évapore à siccité, puis l’on fait bouillir l’extrait dans l’alcool ; par le refroidissement, la théobromine se dépose én une poudre cristalline.
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- LA NATURE.
- le cacao et le chocolat rappellent la constitution du lait, le type, suivant Proust, de tout régime entrant dans la nourriture de l'homme.
- L’émulsion de chocolat varie nécessairement en consistance d’après le volume d’eau avec laquelle on la prépare; assez généralement on met un cinquième de chocolat, c’est la dose qu’on a employée dans un essai.
- 57»r,9 de tablettes ont donné 342 grammes d’émulsion, dans laquelle il entrait :
- Albumine.............................. 5sr,0
- Beurre............................... 14Br,0
- Sucre.................................32sr,0
- Sels, phosphates...................... lfr,0
- 342 grammes de lait de vache auraient contenu :
- Albumine..............................13Br,6
- Beurre................................15Br,0
- Sucre de lait.........................15er,0
- Sels, phosphates..................... 2Br,7
- On voit que le lait est bien plus riche en matières azotées ; il contient moins de sucre ; le beurre est dans la même proportion.
- Un chocolat dans lequel il y aurait une plus faible dose de matière sucrée procurerait une boisson d’une composition plus rapprochée de celle du lait.
- Dans tous les chocolats analysés, le poids du sucre a été égal et quelquefois supérieur à celui du cacao entrant dans leur constitution.
- La forte proportion du sucre entrant dans ces produits atténue nécessairement leur faculté nutritive. Aussi, dans l’Amérique méridionale, lorsqu’il s’agissait d’une expédition sur les fleuves ou à travers les forêts, on préparait le chocolat destiné aux approvisionnements avec 80 grammes de cacao et 20 grammes de sucre brut, composition représentée par :
- Sucre..........
- Beurre .... Albumine. . . Phosphates, sels Autres matières.
- 20 grammes. 41 — .
- 10 —
- 5 —
- 26 —
- 100 grammes.
- Un homme recevait par jour 60 grammes de ce chocolat, dans lequel il y avait :
- Sucre . Beurre . Albumine
- 12 grammes. 26 —
- 6 —
- C’était une utile addition à la ration formée de viande de bœuf légèrement salée, séchée à l’air (tasajo), de riz, de biscuit de maïs ou de galettes de cassave.
- On terminera en reproduisant quelques réflexions qui ont surgi sur le chocolat à l’Exposition internationale de la Grande-Bretagne.
- On a fait remarquer que, parvenu à un certain état de civilisation, l’homme'associe fréquemment à sa nourriture des plantes qui agissent sur son organisme à la manière des boissons fermentées. Comme
- le vin pris à la dose convenable, ces aliments favorisent la digestion, surexcitent la mémoire, exaltent l’imagination et développent un sentiment de bien-être, sans donner lieu à cette réaction fâcheuse qu’occasionne souvent l’abus des liqueurs alcooliques.
- C’est un fait curieux que les races humaines séparées par les plus grandes distances, n’ayant jamais en de communications entre elles, préparent avec certains végétaux des breuvages excitants ; le thé en Chine, le café en Arabie, le maté au Paraguay, le coca au Pérou, le cacao au Mexique ; utilisant tantôt les feuilles, tantôt les graines de plantes dont les genres botaniques n’ont aucune analogie, mais, malgré cette différence, exerçant une même action sur le système nerveux, sur la digestion : c’est que, en réalité, il y a dans ces végétaux des substances possédant la constitution des alcaloïdes doués de propriétés semblables.
- C’est la caféine, dans les feuilles du thé, du maté, dans les semences du café; la cocéine, dans les feuilles du coca ; la théobromine, dans les graines du cacaoyer. Ainsi, le Chinois, l’Arabe, l’Indien du Paraguay, l’Inca, l’Aztèque étaient sous l’influence d’un même agent quand ils avaient pris leur boisson habituelle, dont l’usage est maintenant si répandu chez toutes les nations.
- Sans doute, les infusions de thé, de maté, de café, de coca, ne sauraient être considérées que comme des aliments. Les matières fixes qu’elles renferment sont en trop faibles proportions et elles n’agissent qu’en vertu de leur alcaloïde. 11 n’en est pas ainsi du chocolat, c’est à la fois un aliment complet et un excitant énergique, puisqu’il approche, par sa constitution, de la nourriture par excellence, le lait. En effet, nous avons vu que dans le cacao il y a de la légumine, de l’albumine, de la viande végétale associée à de la graisse, à des matières amylacées, sucrées, entretenant la combustion respiratoire, enfin, des phosphates, matériaux du système osseux, et de plus, ce que le lait ne contient pas, de la théobromine et un arôme délicat. Torréfié, broyé, mêlé au sucre, le cacao constitue le chocolat, dont les propriétés nutritives étonnèrent les soldats espagnols qui envahirent le Mexique.
- Boussingault (de l’Institut).
- NOUVEAUX CANONS
- De nouveaux canons de siège et de marine, fabriqués par l’usine de Fives, ont été récemment expérimentés aux environs de Lille. Chacun d’eüx est du poids de 48 000 kilogrammes et a 9 mètres et demi de longueur; le diamètre à la plaque de culasse est de 1 mètre et demi.
- Ce qu’il y a de nouveau dans ces canons, c’est le système de frettage. Les tubes d’acier emboîtés les uns dans les autres, qui servent à renforcer les canons ordinaires, sont ici remplacés par des couches superposées de fds d’acier enroulés autour du canon. Ces fils sont, du reste, comme les tubes, portés à la température rouge au moment de la pose, et enserrent déjà étroitement, à cette
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- LA NAT U H K.
- température, le canon. La contraction qu’ils subissent par l’effet de refroidissement porte le serrage 'a l’extrême.
- Les fds d’acier employés ont 3 millimètres et demi de diamètre; leur résistance il la rupture est de 180 a 200 kilogrammes par millimètre carré de section.
- Sur toute la longueur de la partie frottée, soit 5m,60, comptés à partir de la culasse, existe une première épaisseur formée de vingt-trois couches superposées de fils; sur la partie du canon comprise entre la plaque de la culasse et les tourillons, cette première enveloppe est revêtue d’une seconde formée de vingt-deux couches de fil : ce qui fait, pour la partie la plus large du canon, une épaisseur totale de quarante-cinq couches de fil d’acier. Chaque couche est formée d’un même fil enroulé en hélice dont les tours se touchent côte à côte.
- Pour un canon des dimensions que nous avons indiquées, il ne faut pas moins de 130 kilomètres de fil.
- Cette enveloppe de fils d’acier augmente dans une proportion considérable la force de résistance de la bouche à feu.
- On peut en juger par les chiffres suivants : Le projectile, d’un diamètre de 34 centimètres, pèse 420 kilogrammes et nécessite une charge d’impulsion de 150 kilogrammes de poudre. A 12 kilomètres de distance, il a encore, parait—il, la force de percer une plaque de blindage de 40 centimètres d’épaisseur !
- On va rechercher quelle est la résistance maxima de ce nouveau système de frettage, en soumettant un de ces canons à l’effort de charges de poudres assez puissantes pour le faire éclater. L’expérience sera faite à Nantes.
- Le prix d’un des canons dont nous venons de parler est de 600 000 francs ! Sans parler du coût de la charge de poudre nécessaire à l’éclatement, on voit que l’expérience de Nantes ne sera pas précisément à bon marché. E. Vignes.
- Malacosteus niger, Ayres. — Poisson des grandes profondeurs de l’Océan.
- POISSON DES GRANDES PROFONDEURS
- DE L’OCÉAN Malocosteus Niger, Avrcs.
- Nous avons précédemment publié l’intéressante description que M. le professeur Vaillant a faite de Y Eurypharynx pelecanoides, curieux poisson des grandes profondeurs de l’Atlantique recueilli lors de la dernière campagne du Travailleur1. Un savant naturaliste américain M. Ayres, a fait connaître précédemment un poisson non moins étrange dont nous reproduisons l’aspect d’après le Scientific American, pour compléter en quelque sorte l’histoire de ces êtres si peu connus qui peuplent le monde sous-marin; c’est le Malacosteus niger que M. Ayres a
- * Voy. n° 501, du 27 janvier 1883, p. 131.
- recueilli en 1848 et qu’il a pu conserver dans l’alcool. Cet individu a été trouvé flottant à la surface de la mer, il était presque mort et il est problable qu’il provenait des grands fonds océaniques. Depuis cette époque des voyages opérés dans de grandes profondeurs par la Commission des pêches des États-Unis, ont ramené de nouveaux spécimens du Malacosteus niger, dont la collection de. la Société d'Histoire naturelle de Boston possède d’ailleurs un remarquable squelette. On voit par notre gravure combien est extraordinaire l’aspect du Malacosteus niger, qui ne le cède en rien comme singularité d’aspect à l’extraordinaire Eurypharynx.
- Nous faisons des vœux pour que la prochaine expédition française des explorations océaniques, fasse connaître à la science d’autres échantillons de ce monde fantastique.
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- LA NATURE.
- Fig. 1. — Transmetteur microphonique d’Hopkins. — A. Embouchure. — B. Diaphragme. — CG, Pastilles de charbon.
- — D. Plongeur.— E. Réservoir en fer.
- — G. Mercure.— H. Écrou de réglage.
- LA TÉLÉPHONIE A GRANDE DISTANCE
- Il s’est fait récemment quelque bruit autour d’expériences de téléphonie à grande distance réalisées avec succès entre Cleveland et New-York, et Chicago et
- New-York. Nous trouvons dans The Electrical World de New-York des renseignements très intéressants sur ces expériences dont nous allons faire connaître les points les plus importants.
- Le succès de ces expériences doit être attribué en grande partie au compound - wire établi entre ces différentes villes par la Postal Tele-graph Company et qui constitue une merveille de perfection pour le but poursuivi. Sa résistance électrique est inférieure à 2 ohms par mille (1609 mètres), et comme il est placé sur tout son parcours à une très grande distance de tous les autres fils télégraphiques, il
- présente à ce point de vue toutes les facilités qu’on n’avait pas pu réunir jusqu’ici sur une ligne aussi longue : il constitue une ligne en quelque sorte idéale relativement aux expériences téléphoniques.
- Cette ligne n’a pas servi à expérimenter moins de dix à douze systèmes téléphoniques différents qui n’ont pas tous donné, à beaucoup près, des résultats également satisfaisants; aussi ne parlerons-nous que des meilleurs.
- Transmetteur Hopkins. — Le fd établi entre Chicago et New-York présentait une résistance électrique de 1522 ohms. Le transmetteur représenté ci-dessus (fig. 1) était en communication avec un récepteur Bell ordinaire. Le transmetteur Hopkins
- Fig. 2. — Transmetteur Baxter. — P. Goutte de suif en platine. — G Pastille en charbon. — E. Électro-aimant de réglage. — I. Bobine d'induction.
- Fig. 3.—[Dispositiondu récepteur Bell, employée avec le transmetteur Baxter.
- se compose d’un petit réservoir cylindrique en fer contenant du mercure dans lequel plonge une tige d’environ 10 centimètres de longueur qui vient exercer une pression élastique entre deux pastilles de charbon C et C'.
- 11 suffit d’élever plus ou moins la coupe C pour régler à volonté la pression C et C' ; le mercure joue le rôle d’un ressort parfaitement doux et élastique.
- Les courants ondulatoires traversent le fil primaire d’une bobine dont le fil secondaire communique avec la ligne et la terre à la manière ordinaire.
- Transmetteur Baxter.—
- La figure 2 montre les dispositions essentielles de ce transmetteur. Le diaphragme porte en son milieu une goutte de jrnif en platine P qui vient s’appliquer contre une pastille de charbon C adaptée à un levier vertical en fer doux suspendu librement au point A. Le poids du petit levier en fer doux serait insuffisant dans le cas où des sons intenses viendraient à frapper le diaphragme; on aurait alors des ruptures de circuit continuelles et des crachements désagréables. On obtient un réglage de l’instrument par l’artifice suivant : une petite bobine d’électro-aimant E est placée directement en regard du bout libre du levier en fer doux ; le fil de cet électro-aimant est placé dans le circuit de la pile avec le contact microphonique et le fil primaire de la bobine d’induction : il en résulte que le levier est attiré plus ou moins, suivant la position plus ou moins rapprochée de l’é-lectro par rapport au levier : on peut ainsi régler à volonté la pression de la pastille de charbon contre la goutte de suif en platine.
- Le récepteur employé avec le transmetteur Baxter était construit comme le représente la figure 3. C’est un téléphone Bell dans lequel l’aimant droit est remplacé par un aimant en U dont l’extrémité sans bobine est en contact avec le diaphragme.
- On a essayé aussi sur cette même ligne un transmetteur qui porte le nom de téléphone moléculaire, dans lequel on retrouve des dispositions de contacts microphoniques multiples assez analogues aux trans-' metteurs Ader, Crossley, Maiche, d’Arsonval, etc., ainsi qu’un transmetteur nouveau sur lequel The
- Fig. 4. — Transmetteur double d’Edison.
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- LÀ NATURE.
- Electrical World ne donne aucun détail, inventé par un certain M. Randall, et exploité par la National Secret Téléphoné Company. La Compagnie susnommée, fidèle à son titre, entoure de mystère l’appareil dont on dit monts et merveilles, ce qui est facile jusqu’à ce que les détails soient publiés.
- Enfin le dernier système téléphonique, expérimenté par la Bell Téléphoné C°est représenté figure 4. Il se compose de deux transmetteurs à charbon d’Edison ordinaires disposés de manière que les sons émis dans l'embouchure viennent frapper simultanément les deux diaphragmes. Chacun de ces transmetteurs a sa bobine d’induction distincte ; les deux fils secondaires viennent s’attacher à la ligne et peuvent se coupler à volonté en quantité ou en tension, suivant les besoins.
- L’emploi des bobines multiples à couplage variable n’est pas nouveau, et l’on sait que ce principe a été émis et réalisé par M. James Moser il y a plus d’un an déjà.
- En réalité, le fait acquis est que, grâce à une ligne placée dans des conditions exceptionnellement favorables, on a pu converser à près de 1600 kilomètres de distance, d’une manière plus ou moins parfaite, avec des systèmes téléphoniques assez variés.
- L’intérêt scientifique de cette expérience nous paraît très grand, mais il ne faut perdre de vue que la plus grande part du succès est due à la faible résistance de la ligne ainsi qu’à son excellent établissement. De là à l’exploitation industrielle courante de la téléphonie à grande distance, il y a un pas qui ne nous paraît pas encore franchi, s’il l’est jamais.
- Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que le débit d’une ligne téléphonique sera toujours inférieur à celui d’une ligne télégraphique munie d’appareils automatiques et rapides. Eu égard au capital engagé dans l’établissement d’une ligne longue et coûteuse, on préférera toujours, de beaucoup, les systèmes qui permettent de l’utiliser le mieux. 11 existe aujourd’hui des appareils qui transmettent 150 à 200 dépêches de 20 mots par heure, sur une ligne de plus de 1000 kilomètres de longueur, alors qu’il serait difficile d’en transmettre seulement le quart avec un service téléphonique aussi bien organisé qu’on puisse l’imaginer. Ceci nous dispense d’écrire la conclusion économique qui se dégage des chiffres que nous venons de citer, et d’insister davantage sur l’intérêt purement spéculatif des expériences de téléphonie à grande distance. E. Hospitalier.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Avertisseur de caisse, système Bregnet. —
- L’idée d’utiliser un contact électrique pour prévenir automatiquement qui de droit de l’ouverture insolite d’une porte d’appartement ou de coffre-fort n’est certes pas nouvelle, et l’on pourrait citer de nombreux et très anciens brevets pris dans le but de se garantir la propriété
- de cette idée et le privilège de son exploitation industrielle.
- Mais si les systèmes sont nombreux, il en est fort peu d’efficaces, et l’on peut dire que les voleurs, nés malins par état, ou devenus tels par profession, connaissent la plupart de ces mécanismes et s’en souciaient fort peu jusqu’ici. Un fil adroitement-coupé et la sonnerie gênante était aussitôt réduite au silence.
- Avec le nouvel avertisseur Breguet, cette dernière ressource est enlevée à messieurs les croeheteurs de caisse; le fil coupé trahira aussitôt leur présence, en faisant résonner la sonnerie d’alarme, et si le fil n’est pas coupé, le premier mouvement de la porte produira exactement le même effet. Grâce à la combinaison nouvelle, la caisse devient donc un objet de respect forcé, une idole à laquelle on ne peut toucher sans que son gardien en soit aussitôt averti.
- L’idée fondamentale et nouvelle du système est aussi simple qu’ingénieuse ; c’est l’application du courant continu et l’utilisation de la rupture du circuit dans lequel circule ce courant continu à la production de l’avertissement. Une sonnerie ordinaire, une pile à courant continu, une pile Leclanché ordinaire et des contacts intérieurs qui se rompent lorsque la caisse est entr’ouverte constituent tous les éléments du système. La pile à courant continu est placée soit dans la caisse, soit dans tout autre endroit convenable ; elle constitue la source électrique d’un circuit complété par les bobines de l’électro-aimant de la sonnerie ordinaire, les fils qui arrivent à la caisse et le contact ou les contacts dont la rupture doit produire l’avertissement.
- La sonnerie est, d’autre part, en relation avec une pile Leclanché, à la manière ordinaire, mais sans bouton intercalé dans le circuit. Le courant continu qui circule dans l’électro de la sonnerie maintient l’armature du marteau collée contre cet électro, et, par suite, maintient ouvert le circuit de la pile Leclanché puisque le ressort du trembleur et sa vis de butée ne sont pas en contact. Mais si, pour une cause quelconque, le circuit du courant continu se trouve rompu, l’armature retombe,, il se produit un contact au trembleur et la sonnerie fonctionne énergiquement jusqu'à ce que le courant continu soit rétabli. Rien n’empêche de multiplier les sonneries et les appels en les répartissant sur plusieurs points. 11 suffira que le circuit du courant continu soit interrompu en un point quelconque pour faire tinter aussitôt toutes les sonneries établies sur ce circuit.
- L’emploi du courant continu sert aussi à vérifier à chaque instant les bonnes conditions d’établissement du système, car si, par négligence, on laisse épuiser la pile continue, le tintement de la sonnerie d’alarme en avertira aussitôt qui de droit.
- Cette pile continue peut d’ailleurs fonctionner longtemps sans grand entretien : la maison Breguet a adopté pour cette application la pile humide de M. Trouvé dont le débit, eu égard à la résistance totale'du circuit, est insignifiant; son rôle se réduit, en effet, à maintenir une armature d’électro-aimant au contact, et l’on sait qu’il suffit d’un courant très faible pour obtenir ce résultat.
- Grâce au système de la maison Breguet, les honnêtes gens sont assurés contre les voleurs, et nous ne croyons pas ces derniers en possession d’une science électrique assez profonde pour déjouer la combinaison nouvelle dont nous venons d’exposer le principe.
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- LE CAOUTCHOUC AUX ÉTATS-UNIS
- L'industrie du caoutchouc aux États-Unis a pris une importance absolument unique; et il n’y a pas moins de 350 millions de francs qui se trouvent engagés dans la confection des articles de caoutchouc : la chaussure seule absorbe 150 millions. Le nombre total des personnes qu’emploie cette industrie est de 15 000, et il y en a 120 fabriques. Il est importé chaque année, aux États-Unis, 30 000 tonnes de caoutchouc à l’état de matière première. Elle se combine dans les fabriques avec une foule d’autres matières premières ou manufacturées, et- il en résulte un total général de 30 000 tonnes. Le prix du marché de la matière première était, il y a quatre ans, de 2 fr. 50 à peine la livre; aujourd’hui il s’est élevé à 6 francs environ; par suite de cette hausse, on a cherché à lui substituer d’autres substances que l’on a préparées à cet effet, le celluloïd par exemple. Aucun pays n’a pu encore lutter avec l’Amérique dans cette industrie.
- UNE USITE A L’OBSERVATOIRE SMITH
- AU SPITZBERG
- L’été de 1882 a été très défavorable pour les expéditions polaires. De tous côtés des banquises impénétrables ont arrêté la marche des explorateurs. A l’Est, l’expédition météorologique hollandaise qui avait pour mission de s’établir à Port Dickson, à l’embouchure de l’Ienisseï, et le vapeur, le Nor-denskiôld qui devait remonter ce fleuve pour importer en Sibérie des marchandises d’Europe n’ont pu franchir, malgré leurs efforts répétés, les passes qui donnent accès de l’Océan Glacial dans la mer de Kara. A l’Ouest, le vapeur le Pola, portant l’expédition météorologique autrichienne désignée pour s’établir à Jan-Mayen, rencontrant à la fin de mai un pack (banquise), par 69° 30' de lat. N. et 5° de long. E, de Greenwich, échouait à une première tentative pour atteindre son lieu de destination. Enfin l’accès de la côte septentrionale du Spitzberg a été complètement fermé par les banquises.
- Malgré ce mauvais état des glaces, je n’en partis pas moins le 26 août, pour le Spitzberg avec un jeune membre de la Société de Géographie de Londres, M. A. Cocks, sur un petit sloop de trente-huit tonneaux, monté par six hommes d’équipage. Nous nous proposions d’explorer la partie orientale de l’archipel du Spitzberg, puis de visiter l’observatoire météorologique et magnétique établi par les Suédois dans l’Isfjord. A cette époque avancée de la saison, nous espérions trouver la mer libre dans ces parages ou plus exactement moins encombrée de glaces. Retardés par des calmes plats et des vents contraires, nous n’arrivâmes que le 4 septembre au matin en vue du Cap Sud du Spitzberg. Au commencement d’août, une banquise entourait ce promontoire dans la direction de l’Est et un petit vapeur, frété par des touristes allemands n’avait pu dépasser ce point en voulant entrer dans le Stor-Fjord, fjord compris entre le Spitzberg et les îles situées à l’Est. Trouvant au contraire la mer libre
- dans cette direction, nous mîmes immédiatement le cap sur Hope-Eiland (Ile de l’Espérance), terre à l’Est du Cap Sud, mais, après nous être débattus une journée au milieu de la glace et des brumes, nous dûmes renoncer à atteindre cette île. Nous nous dirigeâmes alors sur Wliales Point, la pointe Sud occidentale de la terre d’Edge, mais là encore nous éprouvâmes un échec. Une banquise compacte nous empêcha de débarquer. Ces insuccès nous déterminèrent, dans la soirée du 5 septembre, à revenir en arrière et à nous diriger sur la côte occidentale du Spitzberg que le Gulf-Stream maintient absolument libre à cette époque de l’année. Après trois jours d’une pénible traversée, nous entrions le 9 septembre dans l’Isfjord (fjord des glaces) le troisième et le plus important des Ijords de la côte occidentale et allions mouiller à Green-Ilarbour, petite baie située sur la rive méridionale du fjord. Après avoir consacré une journée à visiter la baie dont les bords étaient couverts de nevés saupoudrés de neige rouge (Protococcus nivalis) nous levâmes l’ancre pour nous diriger sur le cap Thordsen, en remontant l’Isfjord. Favorisés par un beau temps, fait malheureusement trop rare dans ces régions au gré du voyageur, nous pûmes admirer les splendeurs de ce beau paysage polaire.
- L’Isfjord présente une très grande variété d’aspect; sur la rive gauche et, vis-à-vis, s’élèvent abrupts au-dessus de la mer, des plateaux hauts de 300 à 400 mètres, surmontés de dômes neigeux, sur la rive droite, se développe un superbe massif alpin dont les nombreux glaciers descendent jusqu’à la mer. Malgré un beau soleil le thermomètre ne s’élevait qua-)-30, c’est la plus chaude température que nous ayons eue durant notre séjour au Spitzberg, du 4 au 26 septembre. Après avoir louvoyé deux jours dans l’Isfjord, nous arrivâmes, le 12 septembre à 1 heure du matin, en vue de la station météorologique suédoise baptisée du nom d’Observatoire Smith en l’honneur du généreux négociant de Stockholm qui a couvert une grande partie des frais de l’expédition.
- Cet observatoire avait dû être installé sur les bords de la Mosselbay ( côte N. du Spitzberg ) (79°53' de lat. N. — 16°75' long. E. de Greenwich). Composée de six savants, le candidat (licencié) Eckholm, le lieutenant du génie Stjernspetz, le géologue Gyllenskiôld, le Dr Gyllencreutz; les ingénieurs Solander et Andrée, ainsi que de six matelots dont l’un deux, Johnsen, en était à son quatrième hivernage dans l’Océan Arctique, la mission avait quitté le port de Tromsô (Norvège), le 9 juillet 1882, à bord des deux canonnières YUrd et le Verdande, commandées par le capitaine Palander, l’habile commandant de la Vega. Le 12, elle atteignait l’Isfjord et, après une relâche d’un jour, mettait la route au Nord. Le 14, une banquise arrêta les navires à l’île d’Amsterdam, à l’angle Nord-Ouest du Spitzberg, L’expédition mouilla dans ces parages jusqu’au 20, attendant en vain une débâcle qui lui permettrait
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- d’atteindre la Mosselbay. Les glaces ne se disloquant pas, le capitaine Palander prit alors le parti de retourner dans l’isfjord pour installer la mission dans une maison construite, en 1872, un peu en arrière du cap Thordsen, par une société suédoise qui se proposait d’exploiter les gisements de phosphate de chaux découverts près de ce promontoire, en 1864, par le professeur Nordenskiold. Mouillant le 21 juillet un peu à l’Est de ce cap, le chef de l’expédition fit commencer immédiatement les préparatifs nécessaires pour installer la mission dans l’habitation où elle devait hiverner. Il fallut d’abord changer la distribution de la maison, débarquer un matériel et des approvisionnements considérables, opération souvent interrompue par l’état de la mer. Le 6 août, enfin, l’installation de la mission étant presque terminée le capitaine Palander levait l’ancre pour retourner en Norvège.
- Le 12 septembre, à 8 heures du matin, après avoir salué l’observatoire d’un coup de pierrier, nous pavoisons notre navire. Entre les pavillons anglais et norvégien , flotte le pavillon français qui depuis l’expédition de la Recherche en 1838 et 1839 n’avait pas paru au Spitzberg.
- Nous mettons ensuite le canot à la mer et emportant pour la mission un ballot de lettres et de journaux, le dernier courrier qu’elle devait recevoir d’Europe jusqu’au printemps suivant et bientôt nous atter-risons à l’embouchure d’un petit cours d’eau qui s’est creusé dans l’épaisseur de la côte un profond ravin, dont les berges ont une inclinaison d’environ 40°. La côte, comme sur une grande partie de la rive gauche de l’Isfjord, est formée par une falaise à pic, haute de 57 mètres. Le sol est durci par la gelée (T. — 4) ; nos bottes glissant sur le givre et la glace, nous devons, pour atteindre le sommet de l’escarpement, suivre un petit chemin de fer1 (fig. 1) qui descend au rivage, par une pente extrêmement rapide en nous servant des traverses en guise d’escalier. Cette paroi rocheuse sert de piédestal à une large terrasse sur laquelle est bâti l’Observatoire à une distance de 900 à 1000 mètres de la mer, terrasse marécageuse en été, comme l’indiquent les nombreuses flaques d’eau gelées lors de notre passage.
- L’habitation, construite en bois comme toutes les maisons du Nord, a une façade de près de 12 mètres
- 1. Construit en 1872 par la Compagnie minière.
- et une profondeur de 7 mètres (fig. 2). Le rez-de-chaussée contient sept pièces, un vaste salon de travail, la salle à manger, la cuisine et les chambres des membres de l’expédition; seuls le candidat Eckholm et le docteur habitent des pièces séparées, les autres savants se sont partagés deux autres appartements. L’étage supérieur qui est mansardé abrite l’équipage. A l’Est de la maison ont été élevés deux baraquements servant de magasin et où ont été aménagés des bains dont l’usage est si nécessaire pour la santé des équipages dans les contrées polaires. Plus loin dans la même direction se trouvent l’observatoire astronomique et la poudrière (fig. 1). De l’autre côté de l’habitation a été établie la cage où sont placés deux thermomètres secs, deux humides, un hygromètre de Saussure et un évaporimètre ; plus
- loin, à une distance de 200 mètres de l’habitation se trouve l’observatoire magnétique, dont la superficie est de 36 mètres carrés. A l’aide d’instruments d’Edel-mann de Munich établis sur des piles en maçonnerie, les membres de la mission étudient la déclinaison ainsi que l’intensité horizontale et verticale, de l’aiguille ai-mentée. Durant la longue nuit de l’hiver l’observatoire magnétique devait être éclairé par des lampes alimentées moitié avec de l’huile, moitié avec du photogène. La construction de cette baraque et l’établissement des piles en maçonnerie avaient présenté de grosses difficultés, à une profondeur de 10 centimètres le sol étant gelé ou plus exactement renfermant un mélange de glace et de schiste qui sous l’influence de la pluie ou du beau temps fondait à raison de 15 centimètres environ par semaine. Les observations météorologiques ont commencé dès le 15 août, celles dn magnétisme six jours après. Le service des observations a été divisé en cinq quarts : deux de jours de six heures chacun et trois de nuit de seulement quatre heures, de cette façon, chaque jour un des, membres de la mission jouit d’une liberté complète.
- A quelques pas, au Nord de l’habitation, on remarque un tombeau orné d’une simple croix en bois. Ce modeste monument rappelle une terrible catastrophe survenue dans cette habitation pendant l’hiver de 1872-1873. Durant l’automne de 1872 les glaces bloquèrent très tôt la côte Nord du Spitzberg, faisant prisonnière une partie de la flot-
- Fig. 1. — Plan de l’Observatoire Smith, an Spitzberg, levé par le lieutenant Stjernspetz, membre de l’expédition météorologique suédoise.
- Position : 78° 21' 27". Lat. N. — 1 3' 18" s. Long. E. Je Greenwich. — a. Maison d’habitation. — b. Commun. — c. Magasin. d. Cage aux thermomètres. — e. Observatoire magnétique. — f. Anémomètre. — <j. Magasin. — h. Poudrière. — i. Observatoire météorologique. — k. Chemin de fer.
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- tille des pécheurs norvégiens qui, chaque été, vient phoque, l’ours, la baleine blanche, etc. Dix-sept de chasser dans la mer de cet archipel, le morse, le ces malheureux réussirent à gagner la maison du
- Fig. 2. — L’Observatoire, Smith. — Face Sud-Est,
- (D’après une photographie du baron de Geer, membre de l’Expédition géologique suédoise en 1882).
- Fig. 3. — Le Tembelbjerg. — Vue sur la rive méridionale de la Sassenbay. (D’après une photographie de l’auteur.)
- cap Thordsen où se trouvaient des vivres en abondance, mais au lieu de mener une vie active et de
- s’occuper au dehors, comme le recommandent tous les explorateurs polaires, ils ne songèrent qu’à
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- manger et à dormir suivant l’expression du capitaine Mack. Le scorbut 11e tarda pas à éclater et tous ces malheureux succombèrent les uns après les autres.
- Après avoir visité l’observatoire dans tous ses détails, nous allâmes, avec quelques membres de la mission, faire une excursion sur une montagne située à 500 mètres à l’Est de l’habitation et sur laquelle l’anémomètre et la girouette devaient être établis. Cette montagne, haute de 252 mètres, forme le rebord d’un plateau qui s’étend dans l’intérieur du pays et dont l’altitude augmente à mesure que l’on avance vers le Nord. De ce belvédère, le panorama était assez beau vers le Sud. Devant nous s’étendait l’Isfjord sur lequel dérivaient seulement deux ou trois glaces flottantes provenant de la fonte des glaciers, et de toutes parts se développaient de belles chaînes de montagnes dont les strates saupoudrés de neige ressortaient comme sur une planche de géologie. Éclairé par une lumière sombre qui perçait difficilement à travers des brouillard élevés, tout le paysage avait ce caractère profondément triste qui est le cachet des contrées polaires. La montagne que nous avions gravie était très riche en fossiles, chaque pierre en renfermait au moins un. C’est dans ces flancs qu’avait eu lieu l’essai d’exploitation dont nous avons déjà parlé.
- La fondation triasique alpine du Spitzberg contient des couches très riches de phosphate de chaux. Tantôt ces couches se présentent sous la forme de gros rognons ou (de petites boules de koprolithe, insérés dans un schiste argileux noir, tantôt elles forment des bancs de grains de koprolithe bitumineux, agglutinés par de la chaux carbonatée, répondant à 55 0/0 de phosphate tribasique de chaux. Si la roche, après avoir été portée à une température suffisante pour dégager l’acide carbonique du calcaire, mais pas assez élevée toutefois pour calciner la roche, est exposée ensuite à l’action de l’air humide ou de l’eau, elle se désagrège en un mélange de poussière de chaux hydratée et de petits grains ronds et égaux de koprolithe. Ces derniers se séparent alors facilement par décantation de la chaux hydratée et forment un produit phosphaté, très riche, que l’on peut comparer comme aspect à la graine de navet *.
- L’accueil que nous firent les membres de la mission suédoise fut extrêmement cordial, et la journée que nous avons passée en leur aimable compagnie est certainement la plus agréable de tout notre voyage.
- Le soir, après une course au cap Thordsen, ils nous firent l’honneur de nous inviter à un superbe dîner qui se termina par des toasts au champagne. Aurions-nous pu nous croire par le 78° 1/2 delat., N. Au moment de notre départ, une tempête de neige avait éclaté. Par un temps pareil, il aurait été fort peu agréable de regagner à pied le rivage. On plaça alors un truck sur le petit chemin de fer à plan incliné, et en quelques minutes nous arrivâmes sur la falaise de la côte.
- 1 Svenska Polar-Expédition âr 1872-1873 under ledning af. A. E. Nordcnskiôld. Skildrad af. F. R. Kjellman.
- Le mouillage devant l’Observatoire Smith est très mauvais, comme nous pûmes en faire l’expérience pendant la nuit où nous dûmes rester ancrés, violemment balottés par les lames. Le lendemain, nous pûmes partir pour la Sassenbay, la branche la plus orientale de l’Isfjord qui a été jusqu’ici très peu visitée. Quelques semaines avant notre passage, l’expédition géologique suédoise qui a exploré la côte occidentale du Spitzberg l’été dernier, découvrait dans ce golfe une baie importante. Cette mission était composée du Dr Nathorst et du baron de Geer qui a exécuté la vue de l’Observatoire Smith, reproduite ci-contre et qui, avec une bonne grâce dont je ne saurais lui être trop reconnaissant, a bien voulu m’autoriser à la reproduire dans ce journal.
- La Sassenbay est très intéressante au point de vue géologique. Sur la rive septentrionale s’élève le Tempelbjerg (fig. 0), imposant plateau calcaire dont les strates s’étagent avec une remarquable régularité, et dont la surface est, d’après les géologues suédois qui l’ont exploré cet été, déchiré par des canons. Plus loin, les assises des montagnes se prolongent comme des lignes presque rectilignes, entaillées de profonds ravins qui se succèdent avec une précision presque mathématique. En rapprochant nos photographies des magnifiques vues prises par le capitaine Dutten dans la vallée du Colorado, il nous semble que ce coin du Spitzberg soit une réduction en miniature des merveilleuses montagnes américaines.
- Après un séjour de cinq jours dans la Sassenbay, nous reprîmes notre route vers l’entrée de l’Isfjord en nous arrêtant une heure devant l’Observatoire Smith pour prendre le courrier de ces braves missionnaires de la science.
- L’échec de l’expédition suédoise dans sa tentative pour atteindre la Mosselbay est très regrettable. Pendant son hivernage dans cette baie, en 1872-1873, M. Nordenskiôld avait recueilli une série d’observations météorologiques et magnétiques qu’il aurait été très important de continuer. On aurait eu ainsi un ensemble de documents d’une haute valeur scientifique. Au point de vue géographique, cet échec est non moins fâcheux. Pendant sa station sur la côte septentrionale du Spitzberg, cette mission aurait pu faire des observations sur le mouvement des glaces, particulièrement utiles aux explorateurs arctiques. Durant l’hiver de 1872-1873, la mer avait été tout à coup entièrement libre à la Mosselbay, et par une tempête, les navires de l’expédition avaient failli être jetés à la côte. 11 aurait été fort important de connaître si ces ouvertures brusques de l’Océan avaient lieu chaque hiver. Blottie au fond de l’Isfjord, l’expédition suédoise étudiera surtout le climat continental du Spitzberg, c’est encore un travail très intéressant dont on ne saurait être trop reconnaissant à ces hardis explorateurs qui sont venus s’exiler pour un an sur cet aride rocher du Spitzberg.
- Charles Rabot.
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- L’EXPOSITION DE PÊCHERIES
- A LONDRES
- L’exposition internationale de pêcheries inaugurée avec solennité il y a quinze jours environ par le prince de Galles et la famille royale d’Angleterre, s’annonce comme un vrai succès.
- Plus de cinquante mille personnes sont entrées le premier jour, et toute la semaine suivante les visiteurs ont été presque aussi nombreux. L’étranger, quel qu’il soit, qu’il s’intéresse ou non à la pêche, à la navigation, trouvera là une distraction d’autant plus appréciée que Londres n’est pas le séjour le plus gai qu’on puisse rêver; il y trouvera aussi un passe-temps scientifique des plus intéressants. Les premiers jours, on voyait circuler dans ces galeries les quatre cents pêcheurs ou pêcheuses, en costume national, venus de divers points de l’Angleterre et de l’étranger; les Boulonnaises avec leur coiffure pittoresque, leur toilette de fête, n’ont pas été les moins admirées. Mais, à défaut de cette exhibition de costumes qui n’a rien de commun avec le vrai costume de pêcheurs à peu près identique sur toutes les côtes, les éléments de curiosité ne font pas défaut.
- L’exposition, très simplement construite, occupe les vastes jardins de la Société royale d’horticulture et quelques terrains vagues annexes, derrière le nouveau Muséum d’histoire naturelle. Elle s’étend dans le grand quadrilatère limité par Exhibition road, Queen’s Gâte et Jlyde Park. Peux immenses galeries en bois, avec toiture vitrée, coupées perpendiculairement par d’autres galeries, occupent la partie centrale ; tout autour une galerie semi-circulaire, de moindres dimensions : tel est le plan général.
- En pénétrant par l'entrée principale, dans Exhibition road, on se trouve, au sortir du classique tourniquet, dans la vaste salle du conseil de la Société royale, transformée pour la circonstance en un -musée de peintures maritimes, anciennes et modernes. La vue se prolonge de ce point jusqu’à l’extrémité de la grande galerie, occupée par l’Angleterre, sur une longueur de plus de 500 mètres. Le coup d'œil, très pittoresque, eût été tout simplement merveilleux, si nos bons voisins avaient un peu sacrifié au goût du décor. Quelques filets habilement disposés, des drapeaux, un peu plus d'ornementation, en un mot, aurait agrandi la perspective et agrémenté le tableau.
- La nudité des parois et du cintre donne une physionomie trop froide à ce vaste corridor. Dans les sections étrangères, par exemple celles de la Belgique, du Canada, les galeries ont été plus habilement décorées ; sans ajouter à la valeur de l’exposition, on a au moins un spectacle qui flatte l’œil des simples visiteurs. Dans quelques jours, l’exposition sera ouverte le soir, éclairée par un millier de
- lampes électriques, fournies par quinze compagnies différentes. On verra alors ce que ces détails d’ornementation donneront de relief à cette brillante illumination.
- Suivons, si vous le voulez bien, la grande galerie anglaise. Partout s’élèvent des pyramides de cordages, de chaînes et de câbles; des filets gigantesques s’étendent sur des bateaux de pêche depuis le plus petit modèle jusqu’au plus grand. Ici, tous les engins pour capturer les poissons de petite et grande taille ; là tous les objets utilisés pour leur transport à de lointaines distances. Au passage, regardez un vieux bateau dont la voile rappiécée, faite en partie de lambeaux de linge de table, les bois usés, détériorés, indiquent des états de service tout particuliers. C’est une chaloupe de VEira, recueillie près de la côte de la Nouvelle Zemble par le bâtiment The Ilope, après un trajet de plus de 800 milles à travers les mers glaciales. L’état du bateau en dit plus long qu’un récit, sur les privations et les souffrances qu’ont dû endurer les malheureux navigateurs. Tout à côté, de petits modèles de bateaux portatifs, fabriqués en plaques de bois léger, reliés par une forte toile imperméable. Vous enlevez deux ou trois rivets et votre bateau se replie en tous sens, prêt à être emporté sous le bras comme une valise de voyage.
- À la droite de cette galerie, l’exposition des appareils de sauvetage, comprenant les appareils de la marine nationale, ceux du ministère du commerce et de la Royal life Boat Institution. Quelques chiffres à l’appui des services rendus par cette société. Elle possède actuellement 275 bateaux postés sur divers points des côtes du royaume. Les équipages de cette flotte de salut ont sauvé, en 1881, 1121 naufragés, en 1882, 884. Depuis sa création en 1824, le total des sauvetages de personnes se monte au chiffre éloquent de 29 600.
- En quittant cette grande galerie pour pénétrer dans la galerie circulaire ou pour mieux dire périphérique, nous allons faire la vraie promenade intéressante, une étude d’histoire naturelle, une étude de pisciculture, etc. L’aquarium dont un côté est réservé aux poissons d’eau douce et l’autre aux poissons de mer, s’étend sur une longueur de plus de 200 mètres. Les bassins contiennent les spécimens les plus fantastiques, comme taille ou variétés, de la plupart des poissons connus. J’ai vu là, des homards dont une patte suffirait au repas de l’amateur le plus vorace.
- La pisciculture a fait en Angleterre des progrès rapides et les tentatives d’acclimatation des poissons d’outre-mer (Amérique et Australie), tentatives couronnées de succès, ont donné une nouvelle impulsion à cette culture. De nombreux exposants se disputent les récompenses ; de petits réservoirs miniatures, plus coquets les uns que les autres, nous font en un instant parcourir toute la série des transformations du saumon, de la truite et d’autres espèces. A côté, les parcs à huîtres, à moules; plus
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- LA N A TU lî K.
- loin la collection d'histoire naturelle et les reproductions en plâtre colorié de tous les poissons du monde. Cette splendide collection a été fournie par les sociétés de pèche et de pisciculture de Londres et de la province; elle forme un véritable musée, digne de la plus grande attention. La galerie se termine à l’Est par toute la série des produits de conserves, de salaisons; des vêtements, bottes, surrouets de tous genres, à l’usage des marins. Hevenus au point de départ, nous voyons à gauche un marché aux poissons; chaque jour des bateaux de la Tamise apportent du poisson frais, vendu, de concert avec des salaisons, à des prix, dit-on, inférieurs à ceux de tout autre marché.
- Les sections étrangères occupent la partie centrale de l’exposition. Le plan ci-contre donne une idée suffisante de la surface qu’elles recouvrent. Cherchez bien pour trouver la France ; j ’ai passé longtemps à côté de la place qu’elle doit occuper sans m’en douter. Je dis qu’elle doit, car rien n’est prêt encore. Cela n’a du reste rien d’étonnant ; une exposition ne serait pas, je crois, une exposition si tout se trouvait prêt au jour de l’ouverture. La Chambre de Commerce de Boulogne figure seule pour représenter notre pays. J’ai éprouvé, et ce sera je crois l’impression de tous nos compatriotes, une certaine honte à voir que le Japon, la Chine, voire même les îles Bavai, occupaient un espace plus grand que la France. M. Cochelet, notre commissaire, adù être péniblement surpris du peu d'intérêt qu’a excité chez nous cette exposition. Eh! quoi nous n’avons pas à exposer le plus petit modèle de bateau, le plus simple appareil, quand la Belgique, occupe une salle énorme. A qui la faute de cette incurie? Je ne saurais le dire. Mais la vue de cette petite salle où devant le pavillon de Boulogne, sont échouées comme des épaves, quelques boîtes de sar-
- dines, est navrante. L’Italie n’a pas mieux fait; elle a trouvé le moyen de remplir son compartiment de vitrines de bijoutiers sur corail et sur laques. Le Canada, l’Amérique, la Suède, la Norvège offrent une exposition très complète, très heureusement disposée. Les collections rapportées par la Vega, figurent dans cette section à côté de vitrines remplies des richesses du musée de Gothenbourg. Partout c’est à qui montrera les plus monstrueux spécimens de la faune maritime et fluviale conservés dans d’énormes bocaux; partout les engins les plus variés et les plus ingénieux.
- Çà et là dans les jardins, sont disposés de petits kiosques pour des expositions spéciales; au centre des galeries, se trouve le pavillon réservé pour le prince de Galles, somptueuse ment décoré. Un peu plus loin, le cottage des pêcheurs, puis le pavillon des dragues, les ascenseurs hydrauliques, la pagode chinoise, puis un squelette de baleine mesurant 70 pieds de long, en parfait état de conservation, prêté par le marquis d’Exeter, etc. N’oublions pas enfin les nombreux buffets disséminés dans tous les coins et de vastes restaurants sur les côtés de la grande galerie. Un d’entre eux ne sert que du poisson; c’est le six pence dining room. Pour douze sous on vous sert un plat de poisson; le choix en est aussi varié que le mode d’apprêt, ce qui n’est pas peu dire. Au résumé, cette exposition est des plus complètes et des plus intéressantes à visiter, non pas seulement par ceux qui ont un intérêt direct à l’étude de ces questions de pêche ou de pisciculture, mais par n’importe qui. On y passera plusieurs heures et plusieurs journées d’une façon fort agréable, et je ne doute pas que le succès des premiers jours, ne se prolonge pendant toute la durée de l’exposition. A. Cartaz.
- 7 TtxrtugaL
- 8 Ânylete-rn 8 Ihnisie,
- 10 Praxtcè/
- 11 Tasmanie,
- 12 Colles duLSiid
- Société royale d Horticulture
- portraits nationaux j
- Plan de l’Exposition internationale des pêcheries, à Londres.
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- LA NATURE.
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- LA
- POMPE A INCENDIE DANS L’ANTIQUITÉ
- Il y avait à Rome un corps de pompiers (Sipho-narii) qui faisait partie de la cohorte des gardes de nuit (vigiles), établie par Auguste; il en fait mention dans une inscription rapportée par Muratori (783-3) et dans le Digeste (t. I, tit. XV, ch. ni). Pline le Jeune raconte dans une de ses lettres (liv. X, let. 43) que, lorsqu’il J commandait en Bi-thynie, il voulut organiser 150 ouvriers en compagnie de pompiers ; mais l’empereur Trajan ne voulut point l’autoriser, tant le pouvoir ombrageux des empereurs redoutait les corporations ouvrières.
- On attribue l’invention de la pompe aspirante et foulante à Ctesi-bius, et Yitruve la décrit (X, 7) sous le nom de Ctesibica machina. Héron l’avait décrite avant lui dans ses P neumatiques.
- C’est cette description qu’on va lire; elle est beaucoup plus claire que celle de l’ingénieur romain à cause de la ligure qui l’accompagne.
- « Pompes dont
- ON SE SERT DANS LES INCENDIES.--
- Elles se construi-.sent de la manière suivante :
- « On prend deux cylindres (pyxides) de bronze, ABrA et EZII0, dont la surface intérieure est travaillée au tour, comme les pyxides des orgues hydrauliques, pour recevoir un piston; soient MN et K A les pistons correspondants. Les cylindres doivent communiquer entre eux au moyen du tube 20 et être munis de soupapes ri et P, semblables à celles qui ont été décrites plus haut et qui, situées dans ledit tube 20, s’ouvrent à l’extérieur des cylindres. Dans la base de ces cylindres on perce des trous circulaires 2 et T obturés exactement par des rondelles Y<t> et X*F, à travers lesquelles on fait passer des tiges Li soudées ou fixées de quelqu’autre manière aux bases du cylindre et munies d’un arrêt à leur extrémité pour empêcher les rondelles de s’en aller. — Quant aux pistons ; ils sont fixés à des tiges verticales ç et Ç qu’on attachera à un balancier ait mobile à son centre autour d’un axe fixe <? ; les tiges Ç et £ se mouvront elles-mêmes autour des axes (J et y- — Le tube XO
- doit communiquer avec un autre tube vertical vjô qui se bifurque en 6 et qui est pourvu de tubes emboîtés à travers lesquels on peut chasser l’eau, comme cela a été exposé plus haut dans la description de la machine pour lancer l’eau au moyen de l’air comprimé.
- « Maintenant, si les cylindres ainsi disposés sont placés dans un récipient plein d’eau paru et qu’on imprime au balancier owr, par ses extrémités a et it un mouvement d’oscillation autour de l’axe S, les pistons en descendant chasseront l’eau en dehors par le tube y)9 et l’orifice mobile g. En effet, quand le piston MN monte, il ouvre l’orifice T en faisant monter la rondelle Y<I> et ferme la soupapeP. Quand, au contraire, il descend, il ferme le trou T et ouvre P à travers lequel l’eau est obligé de s’élever. Les mêmes effets se produisent avec le piston K A. Le petit
- luyau g qui peut tourner en avant et en arrière permet de lancer l’eau à la hauteur, mais non dans la direction voulue, à moins de déplacer la machine toute entière, ce qui apporte des retards fâcheux lorsqu’on est pressé ; aussi, pour que l’eau puisse être facilement lancée vers le point voulu, on fait le tube en deux parties soigneusement ajustées l’une à 1 autre dans le sens de la longueur ; l'une d’elles se fixe au tube qui est bifurqué en 0. Ainsi, le jet d’eau peut être lancé dans une direction quelconque grâce à la rotation du tube supérieur autour d’un axe vertical et celle de l’orifice g autour d’un axe horizontal. Le tube supérieur, qui reçoit l’autre à frottement, doit être muni d’arrêts pour ne point être projeté par la violence de l’eau ; ces arrêts seront en forme de r, fixés au tube supérieur et pourront glisser sur un anneau fixé au tube inférieur.
- On a découvert au siècle dernier à Castvum-no-vum, près de Naples, une pompe semblable à celle dont on vient de lire la description, mais incomplète.
- La pompe à incendie paraît avoir été inconnue au moyen âge ; la première mention qu’on en trouve dans les temps modernes remonte à l’année 1518. D’après Beckman (Hist. des inventions), on s’en serait servi à Augsbourg à cette époque. Elles devinrent bientôt communes en Hollande ; un prêtre français, Michel de
- Pompe à incendie décrite dans les Pneumatiques, de Héron, d’Alexandrie.
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- LA NATURE
- Saint-Martin, raconte dans sa Relation d'un voyage fait en Flandres (1667) qu’il les a vu manœuvrer par des hommes organisés en compagnies sous le nom de Maîtres du feu. Elles furent introduites en France seulement au commencement du dix-huitième siècle par Dumouriez-Duperrier, à qui Louis XIV en acheta douze pour les donner à la ville de Paris.
- A. de Rochas.
- BIBLIOGRAPHIE
- Annales de l'Institut national agronomique, n° 6, 5e année, 1880-1881. 1 vol. in-8. Paris, Berger-Levrault et Cie. Ce volume est consacré entièrement à un rapport sur les Irrigations de la vallée du Pô. Ce remarquable travail est du à M. Hérisson, ancien élève de l’École Polytechnique et élève diplômé de l’Institut agronomique qui est sorti le premier de sa promotion et a obtenu en conséquence une des missions d’études créées par la loi du 9 août 1876. M. Hérisson avait déjà donné un mémoire sur la sériciculture en Italie qui a été publié dans le tomeV des Annales de l’Institut agronomique. Dans -ce nouveau travail l’auteur étudie en détail le canal Cavour, le canal de Casai, le canal Villoressi, etc.
- Cours de manipulations de physique préparatoire à la licence, par M. Aimé Witz, docteur ès sciences, 1 vol. in-8* avec figures. Paris, Gauthier-Yillars, 1883.
- Bibliothèque instructive. — La grande pêche (Les Poissons), parle Dr E. Sauvage, aide naturaliste au Muséum d’histoire naturelle. 1 vol. in-18 illustré de 86 gravures. Paris. Jouvet et Cie. Prix : 2 fr. 50.
- Le baromètre appliqué à la prévision du temps en France, par Plumandon, inétérologiste adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme. 1 vol. in-18, 2e édition revue et améliorée. J. Michelet, 25, quai des Grands-Augus-tins, Paris
- Synopsis des diatomées de Belgique, par le Dr Henri Van IIeurck, 6e fasicule, Cryptoraphidées, in-8*, planches. Anvers, édité par l’auteur, 1883.
- Nouveau dictionnaire de géographie universelle, par Vivien de Saint-Martin. 21e fasicule, 2 broch. in-4*. Paris, Hachette et Cie.
- Mémoire archéologique sur les découvertes d'Herbord dites de Sanxay, par le P. Camille de La Croix. 1 vol. in-8. Clouzot, 12, rue des Halles, à Niort.
- GHRONIQUE
- Les machines à vapeur en France. — Lors du dernier banquet annuel de la Chambre syndicale des chauffeurs, conducteurs, mécaniciens, M. Hervé Mangon, député, a donné, dans un toast, quelques appréciations intéressantes sur le travrail des machines à vapeur. Nous en reproduisons les passages suivants :
- « En 1881, date des derniers renseignements, il y avait en France 66 727 chaudières- motrices produisant 3 608 524 chevaux-vapeur dont 2 727 870 chevaux pour les locomotives, 311 679 pour les navires marins, 28 716 pour la navigation d’eau douce et 647 585 pour
- les diverses machines de terre. Cette force totale de près de 4 millions de chevaux est si grande qu’on ne se la figure pas bien ; pour eu donner une idée, il me suffira de dire qu’on la produirai! à peine, si on pouvait la former, avec un attelage de chevaux placés par quatre de front, et qui occuperait la distance de Paris à Lyon. Et comme chaque année le nombre et la force de nos machines augmente de 6 à 7 0/0, avant une dizaine d’années, cet attelage imaginaire ne trouverait plus à se développer entre Paris et Marseille. Vos machines à vapeur, non compris celles de la marine nationale, fournissent donc au pays à peu près exactement un dixième de cheval-vapeur par tête d’habitant. Chaque Français dispose d’une force égale à près de deux esclaves antiques : c’est pourquoi la société moderne a une si grande force de production. Ce sont les machines à vapeur qui accomplissent la transformation matérielle à laquelle nous assistons, ce sont elles qui concourent le plus activement au développement du bien-être général encore très insuffisant, mais déjà beaucoup plus grand qu’il ne l’était il y a seulement un siècle. Pour produire cette force immense, vous brûlez beaucoup de charbon, environ 4 500 000 tonnes, ce qui représenterait un ,tas de houille de 10 mètres de large, de 10 mètres de haut, et qui aurait plus de 14 lieues de long, c’est-à-dire trois fois la distance de Paris à Versailles par la rive gauche. Voilà l’énorme tas de charbon, qu’heure par heure, pelletée par pelletée, vous donnez dans l’année à vos chaudières ».
- Curieuse cuisson par l’asphalte. — Si l’on plonge des pommes de terre dans une de ces vastes chaudières ^d’asphalte dont on se sert encore en province pour garnir les trottoirs, elles y cuisent lentement, sans se détériorer en aucune de leurs parties et au bout d’un certain temps on peut les retirer, les nettoyer, c’est-à-dire enlever purement et simplement la peau à laquelle adhère encore une légère couche d’asphalte refroidie ou tiède et l’on obtient d’excellentes pommes prêtes à être consommées ; car elles n’ont absolument aucune saveur empy-reumatique. J’ai mangé de ces pommes de terre que firent cuire devant moi des ouvriers que j’employais dans ma maison lors de sa construction. Ces mêmes ouvriers m’affirmèrent qu’un gigot de mouton, enveloppé dans une simple feuille de papier épais, cuisait à merveille dans leur singulière marmite, et qu’on le sortait cuit à point et succulent au bout d’une heure et demie ou deux heures, du milieu de l’asphalte en ébullition, sans que ce mets ait pris aucun goût, sans qu’il soit brûlé, même extérieurement, puisque le papier sali par l’asphalte n’est pas endommagé par la combustion. Voilà, n’est-ce pas, une étrange cuisine et une recette bien peu connue des maîtresses de maison les plus instruites dans l’art culinaire. Léon Dumuys.
- Le tonnage des navires à vapeur. — Le tonnage des bateaux à vapeur de l’Océan est très variable, et l’on ne peut mieux s’en faire une idée exacte qu’en étudiant le mouvement du port de La Tyne, un des plus grands ports de l’Angleterre. Le mouvement actuel annuel est représenté par 15523 vaisseaux dont le tonnage total dépasse 6000000 de tonnes. En 1882, on a enregistré 590 navires de 1000 à 3100 tonneaux, soit 5 de plus qu’en 1881 ; pour les navires de 900 à 1000 tonneaux, le nombre a été de 305, soit 58 de plus qu’en 1881. Pour les bateaux de 900 à 400 tonneaux, l’augmentation a été de 263. Au-dessous de ce tonnage, à partir de 400 tonneaux et au-dessous, on a trouvé une diminution
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- de 4G6 navires. La diminution a été marquée surtout pour les navires de 100 à 200 tonnes pour lesquelles la diminution a été de 10 pour 100. La conclusion de cette statistique est inévitable, fait remarquer avec raison l’Engineering b qui nous empruntons ces détails : dans le port de la Tyne, comme dans la plupart des autres ports de la marine marchande, il y a une tendance au trafic commercial par grands navires. Ce résultat est dû non seulement au tonnage toujours croissant des navires nouvellement construits, mais aussi à la disparition graduelle des anciens navires de petit tonnage. Ceux qui périssent dans un naufrage où tout autre accident ne sont pas remplacés; les nouveaux navires construits augmentent toujours de tonnage ; la conséquence forcée est uue augmentation considérable du tonnage moyen des navires qui entrent annuellement dans les principaux ports de l’Angleterre. Il est probable que la statistique d’autres ports maritimes et commerciaux du Continent conduirait aux mêmes résultats.
- Rails en papier. — Les journaux américains annoncent que le papier, employé déjà couramment pour la fabrication des roues de wagons, peut être aussi utilisé pour la confection des rails. Le prix de revient serait de 1/3 plus bas que celui des rails en acier. On obtiendrait paraît-il, une durée beaucoup plus grande, et on n’aurait pas à craindre les effets de dilatation et de contraction. Ces rails seraient comme pour les roues de wagons entièrement constitués par du papier comprimé et d’une solidité à toute épreuve.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 mai 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Dn nouvel Observatoire météorologique. — C’est avec une très vive satisfaction que partageront tous les amis des sciences, que M. le colonel Perrier annonce qu’il est parvenu à réunir les ressources nécessaires à la création d’un observatoire météorologique au sommet du pic de l’Aigual. Cette montagne, haute de 1567 mètres, est placée dans une situation particulièrement favorable aux observations. C’est elle qui, vue de Montpellier, forme la protubérance qui domine si majestueusement la chaîne des Cévennes. Elle constitue un point tout k fait remarquable dans l’orographie de la France étant sur la ligne du partage des eaux entre le bassin méditerranéen et le bassin de l’Océan. De son sommet, on voit venir les tempêtes nées dans le Sahara, les vents d’ouest originaires d’Amérique et les bourrasques transpyrénéennes si funestes par la grêle qu’elles charrient. A l’Aigual, et c’est peut-être de là que vient son nom, la quantité moyenne de pluie qui tombe dans l’année dépasse deux mètres, et une pareille précipitation d’eau doit être rattachée k la rencontre et au conflit des vents qui s’y heurtent. Dans les prévisions de M. le colonel Perrier, la première pierre pourra être posée au printemps de 1884, et les observations commenceront k la fin de l’année suivante.
- Cordons littoraux des mers géologiques. — Un géologue belge très connu, M. A. Rutot, vient de donner dans le Bulletin du Musée d’histoire naturelle de Bruxelles.un mémoire sur les phénomènes de la sédimentation marine, étudiés dans leurs rapports avec la stratigraphie régionale. On y remarque surtout un chapitre relatif aux influences des mouvements séculaires d’oscillation sur la sédimentation
- marine et je n’ai pu în’empècher dans une note analysée par M. Dumas, de remarquer, que l’auteur donne comme nouveaux des faits que j’ai exposés dès l’année 1875 dans un mémoire présenté k l’Académie et sur lesquels j’ai insisté de nouveau dans mon cours professé au Muséum, sur les causes actuelles, et imprimé en 1879. Mon but d’ailleurs a été bien moins de formuler une réclamation de priorité que de montrer avec quelle prudence on devra s’aventurer dans la détermination des anciens rivages. Suivant moi, il y aura lieu de revoir avec un très grand soin les divers tentatives faites jusqu’ici dans cette direction si séduisante.
- Antiquité de l'homme dans les Alpes maritimes. — Signalons la publication de la neuvième livraison du bel ouvrage de M. Emile Rivière, sur les grottes de Menton. L’auteur y poursuit la description des richesses paléonto-logiques dont on lui doit la découverte. Deux planches coloriées donnent en grandeur naturelle la reproduction fidèle de nombreux échantillons.'Félicitons le savant auteur de sa persévérance qui promet la terminaison prochaine de sa très importante monographie.
- Les hydrates de la baryte. — D’après M. Lecœur, professeur k la Faculté des Sciences de Lille, les hydrates de baryte sont réellement au nombre de trois. Le monohydrate garde son eau jusqu’à une température fort élevée; le bihydrate, au contraire, quoiqu’on en ait dit, perd déjà de son eau a la température ordinaire; le troisième composé est k 9 équivalents d’eau ; il est beaucoup plus instable que les précédents. Ces recherches présentent cet intérêt de rendre compte d’anomalies diverses observées lors de la concentration de l’alcool par la baryte.
- Foraminifères tertiaires. — Dans une note présentée par M. Hébert, MM. Munier et Schluinberger étudient les foraminifères du calcaire grossier des environs de Paris. Ils retrouvent chez ces animaux inférieurs les caractères de dimorphisme qu’ils ont déjà signalés tout récemment pour d’autres niveaux.
- La fermentation panaire. — A en croire un auteur, dont M. Chatin n’a pas dit le nom d’une manière suffisamment claire pour nos oreilles, on doit abandonner toutes les théories actuellement admises au sujet de la panification. L’agent du phénomène serait une bactérie dont la levure favoriserait simplement le développement sans agir par elle-même.
- L’eau de Montrond. — Nos lecteurs se rappellent comment M. Laur, exécutant un forage aux environs de Mont-rond, dans le département de la Loire, vit de l’eau jaillir du sol jusqu’à 30 ou 40 mètres de hauteur avec une intermittence remarquable. M. Terreil, aide-naturaliste au Muséum, a fait l’analyse de ce liquide qui renferme, outre de grandes masses d’acide carbonique, 3er,55 de bicarbonate de soude par litre.
- Varia. — M. le président témoigne des regrets inspirés k l’Académie par la mort de M. de Dresse, membre de la section de mécanique. — M. Paul Gibier, aide-naturaliste au Muséum» fait fonctionner dans la salle des Pas-Perdus un appareil permettant d’obtenir d’une façon régulière des températures comprises entre zéro et 50 degrés au-dessous de zéro. M. Bouley en fait un grand éloge. — Pour étudier les effets de l’alcoolisme, M. Dujardin-Beaumetz a fait des expériences sur des cochons, qui, suivant M. Bouley, offrent avec l’homme ivre d’intimes analogies. — M. de Gasparin lit une étude sur la composition des terrains vignobles phylloxérés, traités par la
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- LA NATURE.
- méthodej de la submersion. — M. Fauvel tait une lecture sur l’étiologie et la prophylaxie du choléra. — M. l’abbé Moigno a enfin découvert la nature de la matière.
- Stanislas Meunier
- CORRESPONDANCE
- LES NIDS D’OISEAUX.
- G lain-les-Lièges, 22 niai 1883.
- Mon cher monsieur Tissandier,
- C’est à propos de nidification que je vous écris aujourd’hui.
- Le fait le plus extraordinaire de ce genre est celui que
- rapportent plusieurs auteurs tous véridiques, notamment Brehm ; il s’agit de ce choix que fit un couple de Rouge-queue pour établir son nid : une locomotive de chemin de fer fonctionnant régulièrement !
- Après cela il faudrait tirer l’échelle. Il m’a paru, pourtant, intéressant de consigner le fait suivant, qui ajoute une page à l’histoire bien curieuse des mœurs des oiseaux. 11 s’agit d’une Mésange charbonnière établie dans une boite aux lettres.
- Les faits de ce genre sont nombreux. Les mésanges ne sont pas seuls à rechercher ce genre de retraite — peu tranquille cependant — pour élever leur petite famille ; ce qui caractérise celui-ci c’est que la boîte en question était fréquemment et vivement agitée et qu’elle recevait en outre des secousses et des chocs violents.
- Au surplus je vous transcris la lettre de M. Bougard,
- Nid de mésange construit dans une Boîte aux lettres.
- Disposition extérieure de la boîte. Détail de l’intérieur de la boite.
- chez qui j’ai vu le nid en question et à qui j’ai demandé quelques détails et un croquis explicatif.
- « ... Arrivés depuis quelques jours à Machelin (villa
- Baulièu) et allant .prendre, chaque matin, dans la boite aux lettres, les journaux et les lettres qui nous relient encore au monde civilisé; j’v remarquais des traces fraîches et récentes, indiquant qu’elle servait de demeure à un petit oiseau. Evidemment, me disais-je, il y a là un oiseau qui a lait choix de ma boite pour son cabinet ... de lecture. Un soir, vers le 15 avril, mes doutes prirent plus de certitude, car en ouvrant le meuble en question, un oiseau dont je ne pus reconnaître l’espèce, me partit au nez et me fit même une certaine peur, car il faisait tout noir.
- « Depuis quelques jours déjà, je ne pensais plus à ce petit incident lorsque ouvrant encore une fois la boîte je la trouvais à demi remplie de mousse très artistement arrangée. Le lendemain ce fut des criiis, puis des plumes. Plus de doute, c’était un nid et je le vis s’achever brins par brins par deux charmantes mésanges en train de ménager une habitation bien close et bien chaude, sinon bien paisible, à leur petite famille. Je fis immédiatement
- suspendre toute introduction troublante d’articles de politique, de faits-divers, de lettres de mort ou même de mariage — sans en excepter les avis de naissance — pour ne pas troubler nos deux amoureux. Le lendemain il y eut un petit œuf caché sous des plumes. A chaque jour, dix fois, il s’en ajouta un nouveau. Depuis huit jours la mésange couve consciencieusement, en dépit des mouvements et des chocs multipliés, inévitables, vu la position qui vous sera expliquée par le croquis que je vous envoie. »
- J’abrège et je supprime les réflexions humoristico-philosophiques de M. Bougard, à l’occasion d’un fait qui me semble, d’autre part, intéressant pour les naturalistes et je vous envoie la partie de sa lettre où il donne le croquis explicatif du texte.
- Veuillez agréer, etc. Dr Candèze.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie À. Lu luire 9, rue de Fleurus à Paris.
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- N° 525. — U J UIA 1885.
- LA NATUHE.
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- LES POULPES GÉANTS
- On a longtemps confondu, et quelques personnes peu versées dans les sciences naturelles confondent
- peut-être encore aujourd’hui les Poulpes et les Polypes, animaux qui, comme nos lecteurs le savent certainement, offrent cependant, les uns par rapport aux autres, des différences profondes. Les Polypes proprement dits appartiennent en effet à l’embran-
- Fig. 1. —Architeuthis princups, Poulpe géaut des côtes de Terre-Neuve.
- I \ *3
- cliement des Zoophytes ou Animaux rayonnés et moyen de ces appareils, les bras adhèrent ave^ ^ ^
- occupent, dans lechelle animale, un rang tout à beaucoup de force aux objets qu’ils embrassent et\^£
- fait inférieur; ils n’ont pas de tête distincte et leur corps ressemble à une bourse, de nature gélatineuse, munie de quelques tentacules. Au contraire les Poulpes sont des Mollusques et même des Mollusques beaucoup plus perfectionnés que les Huîtres et les Escargots; leur tète, grosse et arrondie, est éclairée par des yeux énormes et renferme un cerveau relativement volumineux ; elle se dresse au-dessus d’un sac ouvert seulement dans sa portion supérieure, plus ou
- moins dilaté sur les côtés et, logeant tous les viscères, et elle est elle-même surmontée de grands bras charnus, susceptibles de se replier dans tous les sens et munis d’une série de ventouses ou de suçoirs. Au 41“ amiée. — 2 ' semestre.
- Fig. 2. — Bec de VEnoploieulhis Cookii ou E. ilolinæ Poulpe des côtes du Chili. (Demi-grand, nat.)
- peuvent facilement ramener vers la bouche les poissons et les mollusques dont les Poulpes font leur nourriture. La proie est ensuite saisie et déchirée entre deux mâchoires cornées qui ressemblent à un bec de perroquet. En outre, pour se dérober à l’attention de leurs ennemis, les Poulpes jouissent de la faculté de sécréter un liquide noirâtre, une sorte d’encre qui teint l’eau de la mer pendant quelques instants et permet au mollusque d’effectuer une retraite précipitée. Les Poulpes nagent en effet avec beauconp de facilité, non seulement en se servant en guise de rames de leurs longs appendices qui méritent aussi bien le nom de pieds que celui de
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- LA NATURE.
- bras, mais encore en dilatant et en contractant tour à tour la portion de leur manteau qui renferme l’appareil respiratoire. Ces contractions intermittentes expulsent par brusques saccades, à travers un conduit tubulaire nommé siphon, l’eau qui a baigné les branchies et qui avait pénétré par une autre ouverture en forme de boutonnière ; ils déterminent ainsi une série de mouvement de recul de l'animal.
- Les bras qui, par leur situation autour de l’orifice buccal, à la partie supérieure de la tète, ont valu aux Poulpes et aux Mollusques conformés sur le même plan le nom de Céphalopodes, se trouvent parfois réunis à leur base par des membranes dont l’ensemble constitue un entonnoir ; ils affectent des formes diverses et sont tantôt épais et dilatés, tantôt grêles et effilés. On ne compte normalement que huit de ces appendices; mais souvent il s’y ajoute une paire de longs tentacules qui ne portent guère de ventouses qu’à leur extrémité, et quelquefois aussi apparaissent de nombreux filaments résultant, paraît-il, d’une transformation des ventouses. Ce dernier cas s’observe chez les Nautiles, seuls représentants dans les mers actuelles d’une famille qui était autrefois très prospère et qui a laissé de nombreux débris dans diverses couches du globe; au contraire il existe cinq paires d’appendices chez les Seiches, les Calmars, les Sépioles, les Onychoteuthis, les Euo-ploteuthis, les Ommastrephes, les Architeuthis, les Mastigoteuthis, et quatre paires seulement chez les Poulpes vulgaires ou Octopus, chez les Eledon et chez les Argonautes. Les femelles de ces derniers mollusques possèdent du reste des expansions en forme de nageoires sur les bras dorsaux et traînent avec elles une coquille mince en forme de nacelle, tandis que la plupart des Céphalopodes sont dépourvus de coquille externe et n’ont qu’une pièce cornée ou calcaire au-dessous des téguments. Cette pièce constitue ce qu’on appelle l’os de la Seiche et la plume du Calmar.
- La confusion trop souvent faite entre les Poulpes et les Polypes provient certainement de ce que les naturalistes du siècle dernier, frappés de l’existence, chez les Hydres d’eau douce, de tentacules 1 appelant un peu les bras des Poulpes, ont appliqué à ces Hydres le nom de Polypes donné par les anciens aux Céphalopodes. Les Polypes décrits par Aristote et par Pline étaient certainement des Poulpes. C’est ce qui ressort clairement du passage suivant : « II y a, dit Pline, plusieurs sortes de
- Polypes....leurs bras leur servent à tous de pieds
- et de mains. Ils ont sur le dos un conduit par lequel ils rejettent l’eau de la mer..... Ils nagent obliquement, en ramenant leurs pieds vers la tête ; et tant qu’ils vivent, ils ont cette dernière partie très dure et gonflée. Au surplus, ils ont le long des bras certaines cavités par lesquelles ils s’attachent à tous les corps en les suçant. » Le compilateur latin cite ensuite quelques observations dues à un certain Trébius Niger qui avait accompagné L. Lucullus en Bétique et rapporte entre autres Phistoire de la cap-
- ture d’un Polype gigantesque qui sortait de la mer et venait dans les réservoirs dévorer les salaisons. Les chiens n’ayant pu venir à bout de ce monstre, plusieurs hommes le tuèrent à coups de tridents.
- « On apporta sa tète à Lucullus, Elle avait la grandeur d’un baril de quinze amphores, et, pour citer les propres expressions de Trébius, les barbes furent aussi présentées à ce général. A peine un homme pouvait-il les embrasser. Elles étaient noueuses comme des massues. Leur longueur était de trente pieds. Les cavités ressemblaient à des bassins et contenaient une urne. Les dents répondaient à la grandeur de l’animal. Ce qui fut conservé du corps pesait sept cents livres. Le même auteur rapporte que des seiches et des calmars de la même grandeur ont été jetés sur ce rivage L »
- Le récit de Trébius, que Pline, selon son habitude, a recueilli sans le contrôler, est évidemment empreint d’exagération, mais il doit contenir un fond de vérité, et il prouve que dans l’antiquité des Poulpes gigantesques se montraient parfois sur les côtes de la Bétique, province d’Espagne qui correspondait à peu près à l’Andalousie. A une date beaucoup plus récente, au mois d’octobre de l’année 1673, un animal du même groupe, également de dimensions colossales, vint, à la suite d’une tempête, s’échouer sur les côtes du comté de Keny, en Irlande. D’après le témoignage de témoins oculaires, les bras de ce Poulpe étaient au nombre de dix ; les deux plus grands mesuraient 9 et 11 pieds et chacun des autres 6 à 8 pieds ; ils étaient aussi épais que le bras d’un homme et couverts de ventouses dans la cavité desquelles on pouvait enfoncer le pouce.
- Un siècle plus tard, au mois d’avril 1875, un autre Poulpe géant fut pris dans la même contrée, mais sur un autre point, à l’ile Baffin, située en face de la côte occidentale. D’après la description qui en fut donnée par M. More, les bras tentaculaires de ce Céphalopode avaient 30 pieds, soit près de 10 mètres de long, les grandes ventouses centrales 1 pouce de diamètre environ et les ventouses externes un demi-pouce ; quant au bec, qui offrait une coloration rougeâtre et portait une large dent sur le bord de la mandibule interne et une dent plus petite sur le bord de la mandibule externe, il atteignait 5 pouces 25 de long et 3 pouces 5 île large. M. More rapportait ce Poulpe à Y Architeuthis dux de Steenstrup, mais M. Verrill croit qu’il appartient plutôt à une espèce plus récemment décrite, Architeuthis Harveyi. Ce dernier naturaliste, M. Verrill, qui a publié l’an dernier un rapport très étendu sur les Céphalopodes qui fréquentent la côte nord-est de l’Amérique, a donné des détails très complets sur le genre Architeuthis, sur Y Architeuthis Harveyi et sur quelques formes voisines. Comme leur nom même l’indiqué, les Architeuthis arrivent fréquemment à une très grande taille. Ils ont le corps massif, arrondi, rentlé au
- 1 Hist. nat. des animaux, tracL Guéroult, 1843, p* 269 et suiv.
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- LA MAT II; K.
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- milieu, terminé en arrière par une nageoire en forme de fer de lance, la tête large et obtuse, les yeux gros, ovales, munis de paupières bien développées. Leurs bras ordinaires sont épais, assez courts et garnis de grandes ventouses denticulées sur les bords; tandis que leurs bras tentaculaires sont grêles, très allongés et terminés chacun par une sorte de palette. Sur toute la portion eftilée de ces bras tentaculaires on distingue de distance en distance des ventouses et des tubercules, et sur la palette on voit ces deux sortes d’organes se presser les uns contre les autres et s’entremêler de telle sorte que la ventouse d’un bras peut recevoir le tubercule d'un autre bras. Cette disposition eu lieuse, qui a évidemment pour but d’assurer l’adhérence parfaite des bras quand ceux-ci doivent agir de concert, permet de distinguer les Architeuthis des Ommastrei>lies.
- Au mois d’octobre 1875 des Architeuthis apparurent en foule sur le Grand banc de Terre-Neuve, et donnèrent lieu à une pêche active, ces mollusques étant fort recherchés comme appât pour la Morue. La plupart des spécimens que l’on captura avaient de 10 à 15 pieds de long (de 5 à 5 mètres) sans les bras dont les dimensions ne put être exactement évaluées, ces organes étant mutilés. Un de ces Poulpes, ayant été placé dans un baril de la capacité de 75 gallons1 le remplit entièrement, ce récipient qui pouvait contenir environ 700 livres de Morue, et comme poids spécifique de ce dernier poisson est sans doute le même que celui du Poulpe, on peut estimer à 700 livres anglaises, soit à 317 kilogrammes environ le poids de VArchiteuthis.
- En 1873 et en 1880 on prit encore, dans les mêmes pai’ages, plusieurs individus de V Architeuthis Harveyi et M. Harvey ayant pu mesurer un de ces animaux avant que les téguments fussent racornis, trouva que le corps avait 2m,13 de long-sur 1*“,80 de circonférence, et se. terminait postérieurement par une nageoire sagittée, relativement très petite, de 55 centimètres de diamètre environ. Chacun des huit bras ordinaires mesurait lm,829 de long sur üm,17 à 0m,25 de circonférence, et chacun des bras tentaculaires 7m,315 de long sur 0m,07 de circonférence.
- L'Architeuthis princeps, dont nous donnons une figure, dépasse encore en grandeur Y Architeuthis Harveyi; en effet un individu capturé à Catalina, dans la baie de la Trinité, à Terre-Neuve, mesurait, d’après M. Verrill, 9in,30 d’une extrémité à l’autre; sa tète avait 0,35 de long; son corps 2m,50; ses bras dorsaux de lm,90 à 2m,02 ; ses bras ventraux 3m,15; ses bras tentaculaires 9 mètres; la circonférence du corps sur le spécimen conservé dans l’alcool était de lm,65; celle des bras variait entre 0m,17 et 0,25 et le diamètre des ventouses était de 0m,50 environ.
- L’auteur américain auquel nous empruntons ces chiffres, M. Verrill, considère aussi comme un Architeuthis le Poulpe géant que le navire français VAlecton rencontra, le 30 novembre 1861, à 4-0 lieues au large de Ténériffe et que MM. Cross et Fischer ont décrit sous le nom de Loliyo Bouyeri, d’après les renseignements et les données fournies par le commandant llouyer et par d’autres officiers de VAlecton. Ce monstre, qui au dire des marins devait peser de .400l> à 6000 livres, ne put malheureusement être capturé; il se dégagea d’un mouvement brusque au moment où, après l’avoir harponné, on se disposait à le hisser à bord, et le capitaine ne jugea pas à propos d’exposer la vie de ses hommes en envoyant une barque à la poursuite de l’énorme céphalopode.
- Notons enfin que le Poulpe de plus de 7 mètres de long que M. Vélain, naturaliste attaché à l’expédition du passage de Vénus, observa à l’ile Saint-Paul et qu’il prit pour type du genre Mouchezis, fut signalé d’abord à l’Académie des Sciences comme un Architeuthis, sous le nom d'Architeuthis Mouchez i.
- Les Ommastrephes sont généralement inférieurs en taille aux Architeuthis, on en a cependant pris un dans la baie Casco (Amérique du Nord) qui avait des bras tentaculaires longs de l,n,82 et dont la tête et le corps réunis mesuraient 2m,2l. Cet individu appartenait à l’espèce qui a été nommé Ommastrephes illecebrosus et qui diffère par la forme du corps de VOmmastrephes Coindetii de la Méditerranée et du golfe de Gascogne. Les Om-mastrèphes sont très abondants en été dans la baie de Massachusetts et sur les côtes de Terre-Neuve; ils nagent avec beaucoup d’aisance et plongent avec une telle rapidité qu’on a beaucoup de peine à les saisir. Pour plonger ils impriment, par le procédé que nous avons indiqué ci-dessus, un brusque mouvement de recul à leur corps, et afin de fendre l’eau avec plus de facilité, ils rapprochent leurs bras les uns des autres et replient les lobes latéraux de leur nageoire caudale; au contraire ils se servent de celle-ci comme d’une rame accessoire quand ils nagent lentement entre deux eaux. C’est surtout pendant la nuit qu’ils déploient leur activité, et qu’ils viennent s’engager en masse dans les nasses et les filets des pêcheurs. Leur nourriture se compose surtout de Crevettes ( Thysanopoda norve-gica) et de harengs, et à leur tour ils sont poursuivis quand ils sont jeunes par les Maquereaux et quand ils sont adultes par les Morues qui ne craignent pas de s’attaquer à des individus de grande taille.
- Nous u’insisterons pas sur les Enoploteuthis qui se trouvent principalement sur les côtes du Chili et dont la tète que nous avons fait figurer offre un excellent exemple de l’armature buccale des Céphalopodes; nous laisserons également de côté, les Onychoteuthis, les Mastigoteuthîs et beaucoup d’autres genres de la même famille : en effet, le
- 1 337 litres environ.
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- LÀ NATO K.
- seul but que nous nous proposions en rédigeant cette notice, c’était de montrer qu’on aurait tort de rejeter comme des fables les récits des marins, signalant l’existence, dans les profondeurs de l’Océan de mollusques infiniment supérieurs comme taille aux Poulpes, aux Seiches et aux Calmars de nos cotes. Ceux-ci ne dépassent pas d’odinaire des dimensions raisonnables; ils se tiennent cachés entre les rochers, pour guetter les mollusques et les crustacés dont ils font leur nourriture} et, loin de s’attaquer à l'homme, ils prennent la fuite à son approche. Peut-être ce dernier renseignement ne sera-t-il pas désagréable à celles de nos lectrices qui, pendant la belle saison, se rendent sur. les plages de l’Océan et de la Méditerranée et qui pourraient redouter la rencontre de quoique Pieuvre gigan-
- Fig. 1. — Baigneur piquant une tête,reproduit par la photographie instantanée.
- tesque. Üu reste la férocité de ces grands Céphalopodes a été beaucoup exagérée et l’on ne peut citer aucun exemple authentique d’un homme dévoré vivant ou mortellement blessé par un Poulpe. L’histoire, souvent répétée, d’une jeune Indienne étouffée par une Pieuvre sur les côtes de l’Orégon est, paraît-il, absolument apocryphe. E. Oustalet.
- PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- Nous avons reçu dans ces derniers temps de plusieurs photographes et amateurs, quelques spécimens remarquables de photographies instantanées, obtenues par les procédés au gélatino-bromure,
- nous reproduisons ci-dessus, deux gravures faites d’après les beaux spécimens qui nous ont été envoyés d’Edinbourg par M. F. J. Martin. La fig 1 reproduit la photographie d’un baigneur au moment où il pique une tète, la fig. 2 montre deux joueurs de Tennis, jeu de balle fort usité en Angleterre. Sur-la photographie on distinguait nettement la balle lancée dans l’espace, mais notre graveur en a supprimé l'aspect dans son travail de gravure.
- M. Ch. Grassin nous a adressé d’autre pari deux beaux spécimens représentant un bateau à vapeur sortant du port de Boulogne et une grande vague de la mer déferlant sur le rivage par une mer furieuse. L’écume bondissant dans l’espace est rendue avec une netteté admirable. M. Grassin accompagne ces épreuves des quelques lignes suivantes qui intéresseront les amateurs.
- Les clichés d’après lesquels ont été tiré les épreuves que je vous adresse ont été obtenus sur plaques au gélatino-bromure d’argent; le développement fait à l’oxalate
- de potasse. L’objectif employé est un aplanétique de M. Nermagis, ayant 0m,44 c. de foyer et diaphragmé de 24 à lbram d’ouverture suivant la lumière et la vue à prendre. L’obturateur est de mon invention et fait par moi. Une des vues que je vous adresse (les vagues), faite pendant une tempête a été obtenue avec une pose de un cent-cinquième à un ccnt-dixième partie de seconde. Le bateau à la sortie du port a été fait avec la même vitesse ; son déplacement était de 7 mètres à la seconde et comme vous le voyez à une distance très rapprochée, ce qui en augmente la difficulté; eèpendant il est net sur une bonne partie de sa longueur et si une partie est moins arrêtée, c’est que la mise au point avait été faite pour une distance un peu plus éloignée. L’autre vue a posé un soixante-quatrième partie de seconde.
- Nous avons reçu d’ailleurs d’autres spécimens non moins curieux, obtenus par un obturateur spécial, dont nous publierons prochainement la description. G. T.
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- MACHINE A CAPSULER LES BOUTEILLES
- Le capsulage des bouteilles sc fait encore généralement à la main et cela, pour une bonne raison, c’est que jusqu’à présent on n’était pas arrivé à construire une machine avantageuse, tant au point de vue de son bon marché qu’à celui de la perfection de son travail.
- La machine dont nous donnons la description et l’aspect (voy. fîg.), a été imaginée et construite par M. Leclère, à Paris.
- Elle opère mécaniquement le sertissage ou application complète des capsules que l’on place sur les bouteilles. Ce sertissage s’effectue à l’aide d’une cordelette qui s’enroule et glisse sur lesdites capsules en les serrant fortement sur le goulot des bouteilles.
- Pour cette opération, il est nécessaire que deux mouvements bien distincts soient imprimés à la cordelette; le premier a pour but de l’enrouler sur la capsule placée sur le goulot, le second la fait glisser sur toute la longueur de ladite capsule qui se trouve ainsi laminée et sertie. •
- Pour la bonne exécution du capsulage, il est urgent que le premier mouvement s’exécute tout d’abord seul, jusqu’à ce que la cordelette s’étant enroulée autour du goulot, sur la capsule, y forme une boucle qui serre fortement cette dernière; cette première partie de l’opération achevée, le second mouvement, c’est-à-dire celui de glissement de la boucle le long et autour de la capsule, est imprimé à la cordelette.
- Les deux mouvements s’exécutent donc simultanément dans la seconde partie de l’opération.
- Ces conditions de bon fonctionnement que nous venons d’énumérer, se trouvent réunies dans la machine que construit M. Leclère.
- Les organes principaux de cette machine sont supportés par une table en fonte reposant solidement sur deux pieds, également en fonte, à la fois solides et légers. Ces deux pieds sont réunis par deux entretoises, dont l’une les assemble inférieurement, et l’autre à peu près à la moitié de leur hauteur.
- L’entretoise inférieure sert de support à un ressort à lames d’acier, sur le cylindre extérieur duquel
- s’emmanche la douille d’oscillation d’un levier à pédale qui est rendu solidaire dudit ressort à l’aide d’une vis de serrage.
- L’entretoise supérieure sert de palier à un arbre horizontal, à chaque extrémité duquel est lixée une manivelle. Cet arbre porte également une poulie à gorge sur laquelle s’enroule une cordelette en fil d’acier dont les deux extrémités sont réunies aux deux extrémités d’une chaîne galle, agissant sur un pignon. Ce pignon fait partie des organes supérieurs de la machine, il est calé sur une douille que traverse un axe maintenu dans les deux oreilles d’un support fixé sur la table. La tête de la machine qui sert de support à l’extrémité du goulot de la bouteille est maintenue solidement à l’extrémité de l’axe sur lequel tourne la douille, et maintient celle-ci à sa place sans l’empêcher de tourner. Cette douille porte trois pièces : une glissière sur laquelle agit un levier en fourche qui la fait avancer par l’intermédiaire d’une bielle pendante et de la manivelle fixée à la partie postérieure de l’arbre ; un levier dont une extrémité est articulée à la glissière et l’autre sert à fixer un des bouts de la corde qui opère le capsulage, l’autre bout de cette corde étant fixé à un ressort en spirale; et enfin, un guide de ce levier.
- La cordelette capsu-leuse est guidée parallèlement à elle - même sur une certaine longueur à l’aide d’un guide à coulisse qu’elle traverse.
- La manivelle, fixée à l’extrémité postérieure de l’arbre, rend celui-ci solidaire du levier à pédale à l’aide d’une bielle articulée avec ces deux pièces.
- Un support fixé sur la table sert à appuyer la partie ventrue de la bouteille, l’extrémité du goulot étant, comme il a été dit plus haut, supporté par la tète de la machine.
- Quoique sommaire, la description que nous venons de faire de la capsuleuse, en rend le fonctionnement facile à comprendre :
- Agissant sur la pédale, le mouvement est communiqué à l’arbre, et. par conséquent, aux organes qu’il porte, lesquels le transmettent aux organes supérieurs de la machine par l’intermédiaire du pignon et du levier à fourche.
- La disposition spéciale d’une bntée à coulisssure
- Machine à capsuler les bouteilles.
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- LA NATURE.
- laquelle agit la manivelle placée à la partie postérieure de l’arbre, permet au pignon d’agir seul pendant le temps nécessaire à la formation de la boucle autour et sur la capsule; cette première opération achevée, la manivelle agit alors sur ladite butée et par l’intermédiaire d’une bielle articulée au levier à fourche, force la glissière, et par conséquent la cordelette à avancer de façon à opérer le sertissage complet de la capsule.
- Aussitôt que l’on cesse d’appuyer sur la pédale, le ressort sur lequel est articulé le levier, force celui-ci à reprendre sa position primitive, en entraînant dans son mouvement tous les organes qu’il commande.
- Le ressort en spirale, auquel est fixée l’extrémité inferieure de la cordelette, maintient celle-ci fortement tendue pendant toute la durée de l’opération.
- Cette machine, d’un prix relativement peu élevé, permet de capsuler 4000 bouteilles par jour L
- CORRESPONDANCE
- UN PONT CHANTANT.
- Lyon, 6 juin 1883.
- Cher monsieur,
- Pour compléter l’intéressante note publiée, sur les sons produits par le vent (n° 508 du 24 février 1883, p. 206), je vous citerai le pont Eilsitt, h Lyon, qui émet des sons très nets sur les divers points de son parcours lorsque le
- (Th 1
- 1 *w «É
- vent est un peu fort. Ces sons parfois très intenses, diffèrent peu comme hauteur; leur douceur est remarquable.
- Ce pont pourrait, à juste titre, s’appeler pont chantant, car à certains moments, on le croirait hanté par des légions de naïades invisibles poursuivant les passants de leurs mélodies \ laintives.
- \oici l’explication de ce phénomène bien connu des Lyonnais qui ont à traverser souvent ce pont.
- Le parapet ou garde-corps est formé de dalles en pierre de 4m,00 de longueur et de 0“,21 d’épaisseur, assemblées à leurs extrémités dans des dés et percées à jour par une série d’ouvertures ayant la forme d’un rectangle terminé par deux demi-circonférences, comme l’indique le croquis ci-dessus. L’angle du contour de l’ouverture est abattu par un petit chanfrein en forme de cavet.
- Le pont étant dirigé de l’Est à l’Ouest, les vents du nord et du sud viennent frapper directement les forces extérieures du parapet. Le courant aérien se brisant sur les arêtes des ouvertures de ce parapet donnent lieu à des phénomènes ondulatoires analogues à ceux des instruments à embouchure de flûte : l’ouverture pratiquée dans le parapet forme le tube et la dalle remplit le rôle de caisse de résonnance.
- Ces sons ne se produisent que par intermittence sur chaque ouverture; ils ressemblent au son émis par la bouche en prononçant une série de ou — ou — ou — continus ou encore à celui d’un verre en cristal sur le bord duquel on frotte circulairement le doigt mouillé; on le reproduit assez exactement (sauf la hauteur) par un diapason tenu à la main, mis en vibration et agité près de l’oreille.
- La hauteur des sons émis est sensiblement celle, du ré4 qui correspond à 587 vibrations doubles par seconde. La vitesse du son étant, à la température ordinaire, de 337 mètres par seconde, la longueur d’onde qui correspond au nombre de vibrations complètes trouvé ci-dessus,
- 557
- est de = 0m,57, dimension comprise entre le double
- et le triple de l’épaisseur du parapet ou longueur du tube.
- Veuillez agréer, etc.
- Gobin,
- Ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- LE SERVICE DE LA VÉRIFICATION DU GAZ.
- Cher monsieur,
- Le Journal officiel du 26 mai reproduit, d’après La Nature, un relevé relatif aux becs d’éclairage au gaz, de Paris, etc. Cet article parle du service de la vérification du gaz, établi quai de Béthune et des onze bureaux d’essais établis dans le périmètre de Paris, pour vérifier le pouvoir éclairant et l’épuration du gaz.
- Il y aurait lieu de rectifier, sur quelques points, les renseignements qui sont afférents à mon service d’ingénieur de la Ville.
- Depuis près de dix ans, le service de la vérification du gaz a été transféré du quai de Béthune (la maison ayant été démolie) à l’annexe nord de l’Hôtel de Ville, 4, avenue Victoria (Bureaux et Laboratoires).
- Depuis la création du service du pouvoir éclairant et de la bonne épuration du gaz (en 1861), il a été ajouté successivement à ce service, celui de la vérification de la fabrication du gaz, celui de vérification et du poinçonnage des compteurs à gaz. Comme vous le dites, toutes les expériences, concernant l’examen des divers systèmes d’éclairage, les inventions d’appareils à gaz, continuent à ressortir de ce service.
- J’ajouterai encore que le nombre des chambres noires a été porté de onze à douze, depuis la création de la nouvelle usine de Clichy.
- Huit usines de la Compagnie Parisienne contribuent aujourd’hui à la distribution et à la- consommation du gaz dans l’enceinte de Paris (La Villette, Ivry, Saint-Mandé, V'augirard, Passy, Les Ternes, Clichy, Belleville).
- Vous jugerez, cher monsieur, si vous considérez comme utile pour le public, la rectification sur laquelle j’ai appelé votre attention.
- Veuillez agréer, etc. F. Le Blanc.
- 1 Chronique industrielle.
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- LA NATURE
- CUISSON PAR LE SOUFRE FONDU.
- Ivrv, le 1" juin 1883.
- Monsieur Tissandier,
- Le fait de curieuse cuisson que vous signalez dans le n° 522, du 2 juin 1885 (p. 14), se reproduit dans du soufre en fusion. Nous avons une série de chaudières à soufre, chauffé à une température de 160 à 170 degrés pour la vulcanisation des jouets, dans lesquelles nos ouvriers font journellement cuire des pommes de terre, des œufs, de la viande, avec la précaution d’envelopper celle-ci dans du papier. Ils y ont cuit des betteraves pour les mélanger à de la salade.
- Quand on projette les aliments dans le soufre, ils se produit un grand bouillonnement dû à la sortie de la vapeur d’eau qui s’en échappe. Quand ils sont absolument secs, ils cuisent rapidement, et ne conservent aucun goût du bain étrange qui a servi à les cuire.
- Veuillez, agréer, etc. Lelorrain.
- INTERFÉRENCE DES SONS
- DÉMONTRÉE PAR LE TÉLÉPHONE
- Soient deux téléphones Bell ordinaires identiques, dont les pôles de même nom sont placés du côté de la plaque vibrante, et disposés sur un circuit unique de façon que le courant ondulatoire fourni par un transmetteur extérieur les traverse tous deux dans là même direction. Il est parfaitement évident que, dans ce cas, les membranes vibreront d’une manière absolument synchronique. Si nous renversons le sens du courant dans l’un de ces téléphones, les mouvements des plaques se produiront en sens inverse ; un troisième téléphone placé dans le circuit des deux autres et agissant comme transmetteur, produira dans chacun d’eux des sons dont les phases seront opposées, et qui différeront entre eux à chaque instant d’une demi-vibration ; si l’une des plaques produit une compression, l’autre plaque produira, au contraire, une raréfaction. MM. C. S. Cook et Emerson ont fait récemment, au laboratoire de physique du collège de Darmouth, des expériences couronnées de succès, en s’appuyant sur le principe que nous venons d’exposer; ils ont réussi ’a démontrer ainsi très simplement le phénomène de l’interférence avec des sons de toute hauteur. Voici comment ces expériences étaient disposées. Les embouchures de deux téléphones identiques étaient placées devant les deux branches d’un tube en caoutchouc en forme d’Y ; la queue de l’Y servait à amener à l’oreille le son émis par chacun des téléphones. Les bobines de chaque téléphone étaient disposées en circuit; un commutateur inverseur disposé sur l’une des bobines permettait de changer à volonté le couplage de cette bobine, de manière à faire varier les phases et produire à volonté la superposition des sons émis par les téléphones ou leur interférence. Les branches du tuyau en Y étaient en caoutchouc pour qu’on puisse facilement fermer à volonté l’un d’eux en le pinçant. On employa comme transmetteur un troisième téléphone placé dans une pièce assez éloignée pour ne pas entendre directement les sons émis devant ce transmetteur, et produits par des tuyaux d’orgue de différentes longueurs. L’expérience démontra, dans chaque cas, qu’en disposant les téléphones récepteurs pour produire la superposition des sons, on obtenait une augmen-
- tation d’intensité de son très marquée, et une diminution non moins marquée en disposant les téléphones pour l’interférence. La plus grande difficulté expérimentale réside dans la différence de puissance des récepteurs; on compensait cette inégalité dans une certaine mesure en comprimant partiellement l’une des branches du tube en caoutchouc de façon à affaiblir suffisamment le son le plus puissant. Dans certaines expériences, on a ainsi obtenu une interférence parfaitement complète. La manœuvre du commutateur inverseur permet d’ailleurs de faire succéder rapidement les effets de superposition et d’interférence, et de constater très facilement le contraste, même sans réglage préalable. La méthode imaginée par MM. Cook et Emerson s’applique aux sons de toute hauteur; elle se produit nettement avec le chant, surtout dans les notes graves. Avec la conversation ordinaire, les effets sont moins marqués, la qualité, le timbre du son se trouve sensiblement altéré. Les voyelles sont, dans ce dernier cas, beaucoup plus modifiées que les consonnes.
- BIBLIOGRAPHIE
- Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de Saxe, par Germain Bapst. 1 vol. in-4° de 276 pages avec portrait. — Paris, Imprimerie générale À. Lahure, 1885. Prix : 100 fr.
- Ce magnifique ouvrage est un monument archéologique du plus puissant intérêt pour les amateurs, les collectionneurs et les érudits; l’auteur avec l’intuition du bibliophile et du chercheur, y a fait de véritables découvertes que nous sommes heureux de signaler. L’ouvrage est édité magnifiquement par la maison Lahure ; on peut imprimer aussi bien, mais on ne saurait imprimer mieux.
- Le drame macédonien. Campagnes d'Alexandre, par Jurien de la Gravière. 1 vol. in-18. — Paris, E. Plon et C'% 1883. Prix : 3 fr. 50.
- C’est le résultat d’un demi-siècle d’études sur les campagnes d’Alexandre le Grand que l’auteur livre aujourd’hui au public, et nous croyons que cette évocation du grand guerrier sera lue avec l’attention qu’elle mérite et l’intérêt qu’elle doit inspirer.
- YOYAGES EN BIRMANIE
- M. le comte Mahé de La Bourdonnais qui a fréquemment exploré les régions Birmanes et dont les beaux voyages ont souvent été publiés, a exécuté, dans ces régions, une nouvelle et intéressante campagne en 1882. Notre savant compatriote a bien voulu réserver à La Nature deux des remarquables photographies qu’il a exécutées pendant ce voyage ; nous les reproduisons ci-contre en les accompagnant des simples notes de voyages que M. de La Bourdonnais a rédigées pour nos lecteurs. G. T.
- La culture du riz et du vin de palmier. — Le riz croît en abondance dans les vastes plaines des bassins de Ulrraouaddy et du Saluen et du Sittany. Le riz étant la base de la nourriture de l’extrême orient, le Birman s’entête souvent à cette culture et il abat des bois entiers sur le revers des collines, y met le feu, et. sur ce sol couvert de cendres, il sème
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- le riz à l’approche de la saison des pluies : il y construit au milieu une cabane bâtie sur de hauts pilotis pour se mettre à l’abri des bêtes sauvages et y passe indolemment quatre mois de l’année jusqu'en octobre que se font les moissons; ces champs sur la pente des collines boisées sont ensuite abandonnés pour trois à cinq ans et le Birman laisse sa cabane tomber en ruine; il va porter ses pénates ailleurs.
- Dans la province du Tessasserim il existe de nombreuses bonzeries ou couvents de prêtres et prêtresses de Bouddha ; ce sont d’immenses clôtures
- renfermant des monastères des deux sexes et qui renferme en outre de 500 à 1000 néophytes qui pendant leur noviciat cultivent de nombreux champs de riz ou d’indigo ou encore cultivent les palmiers-nains qui produisent le vin de palmier; ce vin a le goût du vin blanc doux, lorsqu’il vient d’être extrait ; mais qui devient très capiteux après qu’on l’a laissé fermenter pendant un jour ou deux.
- Le gouvernement anglais afferme à ces monastères en particulier des îles entièi'es sur le Saluen et la rivière de Tavoy; les habitants produisent ces palmiers nains sans grand soin et ils en couvrent entiè-
- Fig. 1, — Village des environs de Mandalay, principal lieu de production de la soie, en Birmanie. — Culture du mûrier. (D’après une photographie de M. le comte Mahé de La Bourdonnais.)
- renient ces îlots de leui’s panaches de verdure fort pittoresques; cette culture est la source de fort beaux revenus.
- La culture du mûrier. — La soie se récolte dans toute l’étendue du royaume des Birmans, mais la plus belle qualité vient de la province de Prome entre Ranjoor et Mandalay (lig. 1). Dans tous les villages et dans presque toutes les habitations il y a des métiers pour filer la soie. Je ne eraius pas de dire que toutes les femmes de ce royaume savent tisser leurs vêtements. Néanmoins Mandalay a la réputation de fournir les plus belles étoffes et les plus riches dessins. Les pièces de soie provenant de la capitale de la Birmanie et qui servent habituellement de robe aux jours de fêtes coûtent 300 francs le
- mètre carré. Les pauvres eux-mêmes se vêtissent de soie les dimanches et fêtes. Les hommes comme les femmes du peuple s’en drapent indistinctement, seulement les hommes s’entortillent les jambes, tandis que les femmes s’en servent en guise de jupe mais sans volants ni plissés d’aucune sorte. Elles se drapent simplement de la pièce de soie autour de la taille en la laissant tomber à leurs pieds et en piquant une pointe dans la ceinture.
- J’ai vu sur les bords du Saluen au village de Mopoon, près de Moulmein, un chantier en pente incliné vers le fleuve, couvert de troncs de hois de treck, et qui avait été planté précédemment de mûriers ; les vers à soie y filaient leur cocon sans élevage ni entretien d’aucune sorte. Quelques pauvres
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- Fig. 2. — Chute d'eau sur l’Irraouaddy en Birmanie. (D'après une photographie de M. le comte Mahé de Lv Bourdonnais.)
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- LA NATliHE.
- femmes et jeunes filles du village ramassaient les cocons sur la terre qui en était littéralement jonchée et c’est à regret que je marchais sur cette riche moisson qui périssait faute d’exploitation.
- Chiite d'eau sur l'Irraouaddy, — L’Irraouaddy possède les plus grandes cascades du monde, dont une qu’on rencontre à deux journées de canot au nord de Bamho et qui n’a pas moins de 750 mètres de largeur sur 500 mètres de hauteur (fig. 2). Au sommet de cette cataracte se trouve une riche pagode qui semble sortir d’un lac en ébullition et qui a bien 50 mètres de hauteur. Le bruit fait par ces torrents s’entend de plus d’une lieu et en approchant on est étourdi de plus en plus comme au bruit d'un roulement continu de coups de tonnerre violents ; enfin lorsqu’on débouche à un détour du fleuve et qu’on arrive en présence de la chute d’eau majestueuse les oreilles tintent fortement comme lorsqu’on est au milieu d’une bataille et que plusieurs batteries de gros canons se répondent sans discontinuer. On ne se lasse pas d’admirer ce beau spectacle de la nature vers laquelle on se trouve attiré comme par un effet magnétique et vingt-quatre heures après il me semblait encore comme soulevé par les eaux et balancé comme par une tempête.
- Le fleuve coulant des hauts plateaux des frontières nord de la Birmanie, semble arrêter son cours lorsqu’il arrive en présence d’un nouveau plateau plus élevé ; après un temps d’arrêt, comme s’il réunissait toutes ses forces, il se précipite de nouveau au travers des rochers géants et va couler ses eaux en torrents dans de vastes contrées de plaines.
- Cte À. Ma hé de La Bourdonnais.
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- L’ARTILLERIE DES GRECS
- La nature des machines balistiques des anciens est restée pour les modernes une chose assez obscure jusqu’à ces dernières années. Les Grecs nous avaient cependant laissé sur ce sujet des traités fort complets. Mais l’aridité de la matière et les difficultés de la langue technique découragèrent longtemps les curieux. Ce sont des contemporains, M. le général Dufour, MM. Kœchly et Rustow, le général de Reffye et l’ingénieur Prou, qui nous ont initiés aux détails de cette partie de la mécanique dans l’antiquité.
- Les machines de jet étaient inconnues en Grèce à l’époque de la guerre du Péloponèse ; car Thucydide, si précis en toutes choses, n’en parle pas; elles s’y introduisirent à propos du concours ouvert à Syracuse entre les ingénieurs de tous les pays par Denys l’Ancien, qui se préparait à attaquer Carthage, <Yers l’an 400 avant Jésus-Christ.
- Le premier emploi qu’en rapporte l’histoire eut lieu au siège de Motye par le même Denys (Diod., xiv, 51).
- Pline (VII, 56) attribue l’invention des unes aux
- Phéniciens, des autres aux Crétois et aux Syriens, mais sans fixer aucune date.
- Jusqu’à présent on n’a trouvé aucune représentation de ces machines ni dans les bas-reliefs assyriens ni dans les peintures égyptiennes, qui cependant reproduisent, en détail les autres engins de siège dont les Grecs s’attribuaient la paternité. Il est donc assez probable que les auteurs des Para-lipomènes et d'Êzéchiel, qui sont postérieurs au siège de Motye, ont commis des anachronismes lorsqu’ils ont parlé des machines de trait d’Ozias, roi de Jérusalem, au huitième siècle avant Jésus-Christ (Parai., II, xxvi, 15) et des balistes de Nabuchodo-nosor au sixième (Éz., XXI, 22). En tout cas, il ne peut être question des machines de cette espèce dans celles que Servius Tullius faisait porter à la guerre par les deux centuries de fabri qu’il créa à cet effet, suivant Tite-Live ; les Romains ont tout emprunté aux Grecs, dans les sciences comme dans les arts.
- Héron d’Alexandrie, l’un des premiers auteurs qui les aient décrites, ne s’est pmnt préoccupé de cette question de date et de lieu d’origine; mais il a expliqué très clairement comment l’esprit humain était arrivé à les produire.
- Le point de départ, dit-il, est l’arc à main. Quand on tenta de lancer avec cet instrument un trait plus fort et à une distance plus_considérable, on fit l’arc plus grand et on en renforça les branches flexibles, ce qui leur donna plus de rigidité. L’arc ainsi obtenu était difficile à bander ; l’effort de la main étant devenu insuffisant, on fixa l’arc sur une crosse munie d’une rainure à queue d’aronde en son milieu et d’une crémaillère, sur le côté. Dans la rainure on engagea un curseur mobile de la longueur de la crosse, creusé à sa partie supérieure de manière à recevoir le trait, et portant un cliquet correspondant à la crémaillère. A.la partie postérieure du curseur était fixée une griffe mobile autour d’un axe horizontal et dont le talon pouvait être relevé par un petit levier coudé. Enfin la crosse était terminée du côté opposé à l’arc par une partie arrondie (fig. 1).
- Grâce à ce mécanisme, quand on voulait bander l’arc, on remontait le curseur vers la corde archère jusqu’à ce que la griffe, en pivotant, l’eût saisie. On abaissait ensuite la griffe et on la fixait en poussant dessous la gâchette. Cela fait, le curseur se trouvant ainsi en saillie vers l'extérieur, on en appuyait la pointe contre le sol ou contre un mur et on faisait effort avec le ventre, de tout le poids du corps, contre la partie évidée delà crosse. Refoulé en arrière, le curseur entraînait la corde et bandait l’arc. Le cliquet maintenait à chaque instant la tension obtenue; on s’arrêtait quand on jugeait la tension convenable ; on posait le trait sur le curseur; et, à l’aide d’une batterie, on le faisait partir au moment voulu. L’appareil ainsi construit se nommait gastraphète; les bras étaient généralement faits en corne.
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- Quand on voulut augmenter encore la grandeur et la portée du projectile, on conserva l’ensemble de la machine précédente, mais on changea la nature de l’arc. Les branches de celui-ci furent remplacées par deux bras de bois rigides, dont l’une des extrémités était tixe'e ù la corde et dont l’autre s’engageait dans le milieu d’un faisceau ainsi disposé : on enroulait une corde line et fortement rendue autour des semelles d’un fort cadre en bois; on avait soin de disposer bien régulièrement cette corde en rangs superposés et de battre chaque rang séparément et successivement avec un maillet, de manière à bien serrer les brins les uns contre les autres; le bout libre de la corde était ensuite arrêté dans le faisceau. Quand l’extrémité du bras était engagée entre les deux moitiés du faisceau, on engageait entre celui-ci et la partie supérieure des semelles des tasseaux en fer qui, amenés au biais, tordaient fortement les brins et par suit# provoquaient un serrement énergique sur le bras (fig. 2).
- On ne tarda point à apporter à ce système primitif de torsion un perfectionnement notable. La semelle et le chapeau du cadre (les péritrètes) furent formés chacun d’un épais madrier percé d’une ouverture circulaire (tréma); ces ouvertures, placées sur une même perpendiculaire, étaient calculées comme on le verra plus loin.
- Autour de chaque tracé, ou sur la face extérieure des péritrètes ou sur une garniture métallique y adaptée, on entaillait une rainure dans laquelle s’encastrait le tenon annulaire de la chœnice ou barillet. Ce barillet, dont l’ouverture intérieure était identique à celle du tréma, portait, à l’extérieur, une partie carrée destinée à donner prise à une clef pour la faire tourner. L’extrémité supérieure était percée de deux entailles à l’extrémité d’un même diamètre, afin de recevoir une clavette en fer. C’est sur ces clavettes que s’enroulait la corde pour former le faisceau moteur, ou ton, qui devait remplir exactement le tréma : j’indiquerai plus loin par quel procédé. Les barillets se laisaient habituellement en bronze travaillé au marteau; mais, dans les grandes machines, on les construisait en bois cerclé de fer.
- Quand le faisceau était formé et le bras encastré au milieu, on lui donnait le degré de force désiré en tournant le barillet au moyen d’une clef; la pression du barillet sur la semelle, qui augmentait avec la torsion, suffisait pour le maintenir à la position où on l’amenait.
- Deux cadres semblables, assemblés l’un à côté de l’autre symétriquement par rapport à une crosse analogue à celle du gastraphète, et une corde reliant les deux extrémités libres des bras, constituaient une catapulte.
- Quand les deux bras étaient dirigés du côté opposé au tireur, on avait la catapulte palintone, par analogie avec l’arc oriental qui portait le même nom (fig. 3).
- Quand les bras étaient dirigés du côté du tireur,
- comme dans l’arc ordinaire, on avait la catapulte que les théoriciens appelaient euthytone, par opposition à l'autre (fig. 4).
- De ces deux classes de machines, la première présentait plus d’avantages pour les gros projectiles : à la fois parce que, la course des bras étant plus longue, l’effort développé pouvait être plus grand, et parce que la forme en V que prenait la corde au moment du bandé était commode pour retenir et guider le boulet.
- Aussi ce fut toujours avec le système palintone que l’on construisit les lithobo'es ou pétroboles.
- Les machines destinées à lancer des traits, c’est-à-dire les doryboles ou oxybèles, appartenaient au contraire généralement au genre euthytone, qui était plus facile à construire; les petites euthytones étaient souvent appelées scorpions, à cause de certaines analogies de forme. Quelques oxybèles de choix, comme les chirobalistes, furent palintones.
- Les palintones devant être plus grosses et plus résistantes que les euthytones, par suite de la différence des projecti es, il en résulta des formes assez différentes pour les diverses pièces similaires qui composaient les unes et les autres. Les anciens ingénieurs ont donné avec les plus grands détails les tracés et les dimensions de ces pièces auxquels ils étaient arrivés par de longs tâtonnements. Je ne dirai rien ici des tracés : les figures 3 et 4 indiquent suffisamment la physionomie générale de ces machines; mais je vais entrer dans quelques détails sur leurs dimensions, parce qu’elles permettent de se rendre compte des dispositions données aux remparts et à leurs embrasures.
- Comme dans presque toutes les autres constructions antiques, toutes les parties des machines balistiques étaient calculées en fonction de l’une d’elles prise pour unité; ce module était le diamètre du faisceau moteur ou ton, qui était égal à celui du tréma percé dans les péritrètes.
- Il était déterminé par les deux règles fondamentales suivantes :
- 1° Dans l’etithytone, le module égale le neuvième de la longueur du trait;
- 2° Dans le palintone, on multiplie par 100 le poids de la pierre exprimée en mines; la racine cubique du produit, augmentée de son dixième, donne en doigts le module, ce qui peut s’exprimer par l’équation :
- 3
- D — 1,1 100 M
- Pour que ces deux règles coïncident, il faut que le diamètre du trait soit proportionnel à sa longueur et que le poids du fer y représente une fraction constante du poids total. MM. Dufour et Prou sont d’accord pour évaluer le d|a'inètre du trait à 1/32 de sa longueur, et suppoîfeto que la partie en fer pèse à peu près autant que celle en bois.
- Si l’on cherche le diamètre du projectile rond dù
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- palintone, en supposant que ce boulet soit en pierre et qu’il ait par conséquent une densité égale à 2,75, on trouve que ce diamètre est environ les 3/4 de celui du module.
- Les machines construites dans les règles occupaient un espace d’environ 20 modules en longueur, 13 en largeur et 17 ou 18 en hauteur.
- Elles se désignaient par le poids ou la longueur de leur projectile suivant quelles étaient pétrobo-les ou doryboles.
- L’attaque employait pour battre lesmurs d’enceinte des villes des machines d’un talent (60 mines ou 26 kil.).
- Leur ton avait 0,40 de diamètre; elles occupaient 7m,60 en projection horizontale et avaient une hauteur voisine de 7 mètres.
- Philon, dans son Traité d’artillerie, donne des tables pour la construction des machines jusqu’à celles de trois talents; ces dernières auraient eu 9m,35 de hauteur. Des engins aussi énormes étaient peu employés; cependant Démétrius en plaça sur une de ses hélépoles (Diod. Sic., XX), et Archimède en construisit, pour le navire
- de Hiéron, qui lançaient à un stade |-----------------
- des pierres de trois talents ou des poutres de 12 coudées (Ath., Déip., X).
- On voit que les anciens, ne pouvant produire à l’aide de la flexion que des vitesses initiales très faibles, cherchaient à augmenter par les masses l’effet MV2 du projectile.
- Dans son Traité de polioreétique, le même ingénieur Philon donne la mesure des effets obtenus, quand il dit que des bossages de bonne pierre, saillant d’une palme (0m,08) sur le nu d’un mur et suffisamment rapprochés, préservent les œuvres vives contre tout dommage pouvant résulter du choc des projectiles d’un talent; ailleurs il affirme que les murs de 10 coudées, c’est-à-dire d’environ 5 mètres d’épaisseur, peuvent résister au choc de ces mêmes projectiles, pourvu qu’on empêche les pétroboles de s’établir à une distance moindre que 164 mètres, résultat auquel on arrivait en entourant les places de trois fossés suffisamment larges et en obstruant les braies de telle sorte que la machine ne pût s’y loger.
- La défense employait d’ordinaire contre les travaux d’approche, et notamment contre les grandes tours de bois de l’attaque, les pétroboles de 50 mines
- (13 kilogr.). Le diamètre du ton correspondant était de 0m,31 ; on voit que ces machines devaient avoir une hauteur de près de 6 mètres et une longueur encore plus considérable; on ne pouvait donc les placer ni sur le sommet des murs ni dans les tours, il fallait les établir en arrière du rempart, sur le sol même de la ville et tirer en bombe par-dessus l’enceinte (Philon, 1,24). Il n’en était point de même
- pour les pétroboles de 12 mines (5ks,235), et de 10 mines (4k@,563), ainsi que pour les doryboles de 5 empans (lm,15), dont les premières avaient moins de 4 mètres et les dernières moins de 2 mètres de haut; ces machines se plaçaient, soit sur le rempart lui-même, soit au rez-de-chaussée des tours de la fortification (Philon, 1, 17, 18), soit dans les hélépoles.
- Philon, auquel il faut toujours revenir quand on veut avoir des détails précis sur la polioreétique ancienne, recommande d’un côté, à la défense fl, 4), de contrebattre successivement chaque pétrobole de l’attaque par deux pétroboles de 10 mines, de manière à la détruire; de l’autre, à l’attaque (IV, iS), d’armer ses tours de bois, de manière à contrebattre chaque lithobole de 12 mines, et chaque dorybole de 5 empans de la défense.
- D’après le même auteur (III, 15), chaque quartier de la ville avait pour sa défense des machines encore plus petites, savoir : un lithobole de 10 mines (4ks,365) et deux catapultes de 3 empans (0m,68).Les entrées des ports étaient défendues (III, 32) par des pétroboles de20 mines (8 kg. 3/4), et, si cette entrée était trop large, on construisait (III, 33) au milieu une tour contenant un pétrobole de 4 mines (1 kg. 3/4). Enfin, dans les combats à l’intérieur des mines, on se servait de catapultes de trois palmes (0m,32) et de pétroboles de 2 mines (0ks,872).
- Les supports des machines euthytones et palin-tones étaient peu différents.
- Le support des euthytones, dont La Nature a donné un dessin à la page 255 de l’année 1875, consistait en une sorte de pied analogue à celui des pupitres de musique; il était formé d’une colonne verticale fichée sur une croix en charpente horizontale à laquelle elle était en outre reliée par des
- Fig. 1. — Gastraphète.
- Fig. 2. — Écheveau de fibres tordues substituées à l’are primitif
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- .contre-fiches obliques. La partie supérieure de la colonne était amincie de façon à former un tenon cylindrique sur lequel s’enfilait une large pièce en U, appelée carchesion, munie de deux colliers à la partie supérieure de ses branches. C’est sur ces colliers que se posait un axe horizontal traversant
- la crosse perpendiculairement à son axe et par son centre de gravité, jouant ainsi le rôle des tourillons dans nos canons. On voit que, grâce à ce système, les mouvements horizontaux s’opéraient autour de l’axe de la colonne, par l’intermédiaire du carchesion, et que les mouvements verticaux avaient
- Fig;. 3. — Catapulte paliutone ou pétroboie.
- lieu autour de l’axe de la crosse. Une barre, fixée au moyen d’une articulation par une de ses extrémités sur le pied de la colonne verticale, soutenait par l’autre la partie inférieure de la crosse, qui changeait d inclinaison suivant que cette extrémité libre était reportée plus en avant ou en arrière.
- Le bandage de ces machines s’opérait, soit à la main, soit avec des treuils fixés à l’extrémité de la crosse.
- La portée moyenne de toutes ces machines parait avoir été d’un demi-kilomètre. On cite comme exceptionnelle la machine palintone construite par Agésistrate, qui portait à 4 stades ou 740 mètres au trait de 4 coudées (lm,85). En tout cas, aucun projectile n’allait jusqu'à 5 stades, puisque c’est à cette distance que les assiégeants établissaient leurs camps.
- Le musée de Saint-Germain possède un oxybèle construit par M. de Reffye, d’après les traités d’Héron et de Phi Ion; il a un trait de l‘",50 de long
- pesant 85 grammes, et ne porte qu’à 510 mètres, ç’est-à-dire à moins de 2 stades. Un trait plus gros pesant 780 grammes n’était lancé qu’à 150 mètres.
- Ces résultats ne doivent point nous étonner; car,
- bien certainement,on n’a point pris, dans les ateliers de Meudon, toutes les précautions indiquées par les anciens auteurs.
- Ceux-ci voulaient qu’on choisit pour faire les cordelettes du ton, les muscles, les plus développés par l’exercice , des animaux les plus vigoureux, ceux des cous des taureaux ou des jambes des cerfs et des chevaux.
- On faisait.tremper ces muscles dans l’eau, on les battait pour les séparer dans leur longueur; on les réduisait en filasse, puis on les peignait doucement et on les filait pour les transformer en cordes. On employait également avec succès les cheveux de femme, pourvu qu’ils fussent longs, fins et bien imbibés d’huile. Les cordes ainsi préparées étaient tendues et enroulées en échevaux sur les clavettes des
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- chceniees au moyen d’un appareil qui permettait d’obtenir une tension égale pour chaque brin, tension que l’on constatait en le faisant vibrer : aussi Vitruve voulait-il qu’on exigeât que les artilleurs fussent musiciens. Dans les machines euthytones, la corde de l’arc était cylindrique pour pouvoir s’adapter à l’encoche de la flèche; dans les palin-tones, elle était plate comme une ceinture, afin que la pierre frappée bien.au milieu et sur une assez grande surface fut convenablement lancée et n’allât pas heurter le bois de la machine.
- A. de Rochas.
- CHRONIQUE
- Le centième anniversaire de la découverte des Aérostats. — Un Comité s’est formé pour élever une statue aux frères Montgolfier, k Annonay. Une souscription nationale, qui a donné de fort beaux résultats, a permis d’exécuter un beau monument, qui sera inauguré le 29 juillet 1883. Le mardi, 5 juin, le Comité parisien du centenaire a donné, d’autre part, un banquet en l’honneur de la première ascension d’un aérostat k air chaud, exécutée k Annonay, le 5 juin 1783. Près de 100 personnes étaient réunies dans le grand salon de Lemardelay, rue de Richelieu. M. Gaston Tissandier, président c(p Comité, avait en face de lui M. Sadi-Carnot, président de la Commission du budget, M. Berthelot, sénateur, délégué du Ministre de l’Instruction publique, etM. Fréinv, de l’Institut. M. l’amiral Mouchez, de l’institut, Directeur de l’Observatoire, et M. Luquet, représentant de la famille de Montgolfier, avaient pris place k sa droite et k sa gauche. Parmi les autres personnes présentes, nous citerons MM. Mascart, Barrai, Clément Àder, Armengaud, Firmin Javel, Amédée Blondeau, le statuaire Bartholdi, etc. La Société de Navigation aérienne était représentée par MM. le colonel Per-rier, le nouveau Président de cette Société, Bureau de Villeneuve, Napoli, Albert Tissandier, Du Hauvel, de La Landelle, Lachambre, Brissonnet, etc., etc.; Y Académie d’Aérostation météorologique par MM. Triboulet, de Fon-vlelle, Cottin, Lair, etc.; le groupe des aéronautes praticiens par MM. Eugène Godard, Gabriel Yon, Camille Dar-tois, Jules Duruof, Duté-Poitevin, etc. Un grand nombre de toasts ont été prononcés après le repas ; nous citerons surtout ceux de MM. Berthelot, Sadi-Carnot, Barrai, et celui du colonel Perrier. Plusieurs invités se sont fait excuser de leur absence ; MM. Spuller, Hervé Mangon, R. Bisshofsheim, Perron, Jules Claretie, Steenackers ont été empêchés k la dernière heure par des causes indépendantes de leur volonté. Le même jour, l’ouverture de l’Exposition Aéronautique avait eu lieu au Trocadéro. Nous en parlerons dans notre prochaine livraison.
- Le tremblement de terre du 19 mars 1883 dans les Pays-Bas. — Le 17 mars 1883, k 5 heures 10 minutes du malin, on a ressenti un tremblement de terre assez fort dans une partie des Pays-Bas, surtout dans les environs de Harlem et d’Amsterdam. La secousse fil sentir ses elfels jusqu’à Leide et Utrecht. Ce phénomène, si rare dans ces contrées, alarma beaucoup la population, effrayée du reste par l’explosion précédente d’une fabrique de poudre a canon k Muiden, dans le voisinage d’Anïsterdam. Plusieurs hypothèses ont été émises sur la cause de ce phénomène, mal observé à cause de l’heure matinale, Elles ont donné lieu k des dis-
- cussions récentes. M. J. P. Amersfoordt attribue cette secousse aux grands déplacements de sable, de terre bourbeuse et d’eau dans les dernières années, qui dépassent, seulement pour la dessiccation du lac de Harlem, un billion (1 OÜOOOOOOOOOÜ) de mètres cubes. — M. le docteur F. C. Winklers au contraire, attribue ce phénomène k un éboulement dans les couches tertiaires, sur lesquelles reposent çk et lk les terrains alluviens et diluviens de la Hollande. — M. le professeur H. von Baum-hauer enfin a affirmé, sous quelques réserves, devant l’Académie des Sciences d’Amsterdam, que la chute d’une météorite serait la cause de ce phénomène.
- Consommation annuelle des aliments. — Le
- ministère du commerce vient de rechercher la moyenne de la consommation annuelle des aliments usuels par habitant et pour les principales villes de France.
- Voici les résultats que nous révèle la statistique :
- Pain. Vin. Viande fraîche
- Paris............ 164 kil. 224 litres 80 kil.
- Lyon............. 175 — 230 — 71 —
- Marseille . . 244 — 186 — 65 —
- Bordeaux ... 165 — 210 — 65 —
- Lille............ 219 . — 25 — 49 —
- Nantes .... 267 — 162 '— 46 —
- Toulouse ... 177 — 176 — 55 —
- Rouen......... 183 — 49 — 61 —
- Ainsi Paris est la ville où, en moyenne, l’habitant mange le plus de viande fraîche et le moins de pain. Lyon est la ville où l’habitant boit le plus de vin. A Rouen et à Lille, l’habitant boit le moins de vin. Ce qui s’explique par l’absence des vignobles et l’usage, k Rouen, du cidre et de la bière, k.Lille. A Lille, la moyenne de la consommation annuelle de la bière est de 231 litres, et, à Rouen, la moyenne de la consommation du cidre est de 124 litres par an.
- Monuments assyriens. — Un voyageur allemand, M. Sester, qui vient de parcourir l’Asie Mineure eu vue de faire des recherches archéologiques, a découvert dans le voisinage de l’Euphrate, k l’endroit où ce fleuve se fraie un chemin k travers le mont Taurus, des monuments de proportions colossales et complètement ignorés jusqu’à ce jour. Sur une montagne de deux mille méfies d’altitude qui s’élève dans le pays situé entre Malatieh, Samisat et Diarbekir, se trouvent des restes d’édifices qui atteignent jusqu’à dix—h*iit mètres de haut, et qui sont couverts d’inscriptions demeurées presque entièrement intactes, mais encore indéchiffrables. Ces monuments paraissent antérieurs k l’époque assyrienne. Dans le voisinage immédiat de ces monuments on remarque la sépulture royale des anciens rois de la Comagène, ce qui fait supposer que ces vestiges ont fait partie d’un panthéon gigantesque. (Egyptian Gazette.)
- Exploitation de gisements de strontiane en Sicile. — L’introduction récente de la strontiane dans l’industrie sucrière a donné k ce minéral relativement rare une importance considérable. En dehors des gisements de strontiane qui existent en Westphalie et sont presque entièrement monopolisés par l’industrie allemande, il faut citer ceux de Sicile, dont l’exploitation est importante. Le Chemiker Zeitung donne, k ce sujet les détails suivants que reproduit le Génie civil. La.eélestine, exportée de Sicile, provient de Favara, près de Girgenti. On y trouve la strontiane sulfatée dans les couches du
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- miocène inférieur, qui en Sicile contiennent généralement I du soufre. Ces couches se composent de pierre calcaire, de marne calcaire et de gypse, au milieu desquels le soufre est éparpillé le plus souvent en poudre fine, et plus rarement en morceaux de la grosseur d’un pois ou d’une noix. A Favara, le soufre est rare dans le terrain; il y est en partie remplacé par du sulfate de strontiane. La stratification des roches est sensiblement horizontale; les couches supérieures étant décomposées par l’action de l’air, les minéraux légers sont emportés par les eaux, tandis que la célestine^ qui est plus lourde et sur laquelle l’eau agit plus difficilement, reste en blocs à la surface. Elle diffère peu en apparence de la pierre calcaire qui l’accompagne, mais on la reconnaît facilement à sa pesanteur spécifique plus grande (5,9), ce qui lui a valu le nom de cuchiummo (corne piombo, comme du plomb) dans le langage des ouvriers. On ne recueille à Favara que le minéral qui se présente a découvert, et aucune opération souterraine n’a été encore entreprise pour l’obtenir. Les habitants le transportent aux stations du chemin de fer de Païenne à Girgenti, où des marchands l’achètent à raison de 55 francs la tonne. A Porto-Empedocle, il est trié, la gangue qui y adhère est enlevée et il est embarqué pour Hambourg ou pour d’autres ports étrangers. L’exportation en 1880 n’était que de 1000 tonnes; en 1881, elle s’est élevée à 4000 tonnes. Une usine se construit actuellement à Piosslau (Alsace) pour la conversion du minéral sicilien en strontiane caustique et en carbonate de strontiane. Ce dernier (la strontianite) ne se trouve pas en Sicile.
- Emploi des trains aux États-Unis pour les annonces météorologiques. — Sur plusieurs chemins de fer en Amérique on se prépare à faire l’essai de dispositions qui utiliseront le passage des trains pour publier sur leur parcours les pronostics fournis par le service météorologique central (signal service). A cet effet, on place sur la paroi extérieure des fourgons des ‘planchettes apparentes et peintes de couleurs vives, dont la combinaison convenue indiquera, selon le cas, la tempête, la pluie ou le beau fixe, de façon à prévenir à temps les fermiers de la région (Railroad Gazette).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 juin 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Histoire chimique du sulfure de plomb. — Mis en présence dé chlorures métalliques, le sulfure de plomb détermine des réactions variées, soit par voie sèche, soit en présence de l’eau dans des tubes scellés, chauffés vers 160 degrés. —M. Levallois, préparateur à l’Institut agronomique, qui signale ce fait intéressant, a reconnu, par exemple, que le hichlorure de mercure et le chlorure de zinc se combinent aisément à la galène quand on opère par voie sèche : les corps obtenus, lavés à l’alcool absolu, sont décomposés par l’eau et dans ces conditions la combinaison zincique dont la formule est PbS, ZnCl devient noire. L’auteur a reconnu que le produit de combinaison du sulfure de plomb avec le sublimé corrosif est si sensible à la lumière qu’on peut le substituer aux sels d’argent dans les manipulations photographiques.
- Dans l’eau surchauffée, il se produit souvent des doubles décompositions; quelquefois combinaison pure et simple des corps mis en présence. Le chlorure de ma-
- gnésium lui-même détermine aux dépens de la galène la cristallisation du chlorure de plomb.
- Réaction du cuivre. — Il est admis pour tous les chimistes que le sulfuré de cuivre est insoluble et c’est même sur l’insolubilité de ce composé que sont fondés la recherche et le dosage du métal de Vénus. Or, M. Debray s’est aperçu que dans quelques cas, et tout spécialement en présence du molybdène, l’hydrogène sulfuré perd ses droits sur le cuivre. Mettez dans un litre d’eau 80 grammes de molybdate d’ammoniaque et 14 grammes de sulfate de cuivre (!) : vous pouvez ajouter tant qu’il vous plaira du sulfhydrale d’ammoniaque, aucun sulfure noir n’apparaitra ; le molybdate de cuivre produit ne se révélera qu’à l’apparition de réactions d’où un chimiste novice conclurait à la présence de l’acide vanadique. Avis aux analystes.
- L'accident de Villequier. — Il s’agit d’un accident géologique, n’ayant coûté la' vie à personne et signalé, depuis plus de vingt ans, par M. Hébert. L’illustre géologue, étudiant le sol de la Normandie a constaté ’a Villequier, sur les bords de la Seine, une grande fracture du sol qui ramène au jour des couches dont le gisement normal est à 120 mètres sous terre. M. Lennier, conservateur du musée du Havre, a fait de cette anomalie stratigraphique le sujet d’une étude que M. Hébert dépose avec les plus grands éloges : — ce qui me donne occasion d’ajouter que, chargé de continuer, à partir de samedi prochain, le cours de géologie du Muséum, je me propose précisément de commencer mes leçons par l’étude de la Normandie (le cours a lieu les mardis et samedis à quatre heures et demie dans l’amphithéâtre de ininéra-logie).
- L'évaporation de Veau salée. — La Commission chargée d’étudier le projet de M. Iloudaire, relatif à l’établissement d’une mer dans .les chotts algériens, a admis que l’évaporation de l’eau de mer est à celle de l’eau douce dans le même rapport que les nombres 62 et UK). M. Dieulafait assure que la Commission s’est trompée. D’après les orages qu’il fait sur des petits récipients, qu’il est sans doute fort imprudent d’ailleurs de comparer au vaste bassin d’une mer, ce rapport est égale à 96,5/100. L’eau de mer se comporterait donc à peu près comme l’eau douce et il en résulterait des conséquences importantes au point de vue du projet; — mais plusieurs membres font remarquer que les assimilations de M. Dieulafait ne sont pas d’une légitimité absolument démontrée.
- Varia. —* On renvoie à la Commission du prix Penaud une machine aérienne décrite par M. Brown. —A propos du travail de M. Delattre, un correspondant rappelle qu’il y a cinquante ans, M. Houzeau, pharmacien à Reims, faisait déjà du gaz d’éclairage avec le résidu du désuintage des laines; il y a eu économie à cesser, mais Reims depuis lors est infecté. — La ville d’Anmonay invite officiellement l’Académie à se faire représenter au centenaire de l’invention des ballons, qui sera célébré le 29 juillet prochain; on désigne MM. Dupuy de Lôine et Perrier. — M. Dareste signale la viabilité des embryons monstrueux de l’espèce de la poule; et M. Fol a réalisé à Roscoff, la production artificielle de l’inversion viscérale des embryons de poulet. — M. Deforcrand étudie la transformation des glycolides en acide glvcoliques. — La comète Cruls de 1885 a été observée à Paris par M. Bigourdan. — Le point de congélation des dissolutions acides occupe M. Raoult. — M. Cornu décrit une méthode nouvelle pour
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- LA NAT LUE.
- rendre plus précise l’observation des satellites de Jupiter. — Un volumineux mémoire de M. Collin (d’Alfort) .est relatif à la localisation des vivres dans les places et à leur mode de dissémination. ' Stanislas Meunier.
- --o-O-o—
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- L’expérience que représente notre première gravure (fig. 1) et qui consiste à placer un objet sur trois bâtons posés de telle sorte qu'ils aient chacun une extrémité en l’air au-dessus d’une surface plane sur laquelle s’appuie leurs autres extrémités, est extrêmement ancienne; elle est indiquée dans des
- Fig. 1. — Curieuse expérience d’équilibre avec trois bâtons.
- l’autre extrémité soit élevée en l’air. Mettez eu travers au-dessus de ce bâton, l’un des deux autres bâtons élevé pareillement en l’air par son extrémité, et portant sur la table par son autre extrémité. Enfin disposez comme un triangle le troisième bâton en sorte que s’appuyant sur la table par l’une des extrémités, il passe au-dessous du premier, et pose sur le second. Alors ces trois bâtons se croisant de la sorte, se soutiendront mutuellement et ne pourront tomber en les chargeant de quelques poids, à moins qu’ils ne se plient ou ne se rompent par la trop grande pesanteur du poids, qui étant médiocre, servira plutôt à les affermir, et à les maintenir ainsi élevés en l’air par un de leurs bouts, qu’à les faire tomber ».
- L’expérience s’exécute facilement, comme nous le figurons ci-dessus, avec trois règles de bois au-des-
- livres de Récréations scientifiques du seizième siècle. Ozanam, dans ses Récréations mathématiques et physiques, la décrit de la manière suivante :
- « Disposer trois hâtons sur un plan horizontal, en sorte que chacun s'appuie sur ce plan par l'une de ses extrémités, et que l'autre extrémité demeure élevée en l'air.
- « Pour faire que trois bâtons ou trois couteaux se soutiennent les uns les autres élevés en l’air, lorsqu’ils sont appuyés chacun par un de leurs bouts sur une table, quand même ils seraient chargés d’un poids, sans que jamais ils puissent tomber; inclinez sur cette table l’un des trois bâtons, en sorte (pie s’appuyant sur la table par son extrémité,
- sus desquelles on pose un verre à boire ou tout autre objet.
- Un de nos jeunes lecteurs nous a indiqué une variante de cette expérience curieuse; elle consiste à poser trois couteaux sur trois verres, comme le représente la figure 2. Non seulement en disposant convenablement les couteaux, lames contre lames, ils se soutiennent mutuellement, mais on peut y poser un objet assez lourd tel qu’une carafe remplie d’eau, sans que l’équilibre du fragile édifice soit en aucune façon rompu. Ces expériences peuvent être variées de mille manières différentes, et faites avec des objets très variés.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandikh.
- Imprimerie A. Luhurc, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- IN’» 524. — 10 Jl'LN 1885.
- LA A ATI KL.
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- VOITURE A VAPEUR A GRANDE VITESSE
- DE M. A. BOI.I.ÉE
- Les dilïicultés que présente le problème de la construction des voitures sur routes à traction mécanique expliquent suffisamment le peu de succès obtenu jusqu’ici dans les diverses tentatives faites pour le résoudre, quel que soit l’agent auquel on ait eu recours, vapeur ou électricité, comme moteurs directs; ressorts, air comprimé ou accumulateurs comme réservoirs de foire, ou, plus exactement, réservoirs d’énergie.
- En effet, pour ne parler que des difficultés mécaniques, le poids de la voiture est restreint par le fait quelle ue doit pas creuser dans le sol des ornières qui détruiraient la voie en ralentissant ou même en arrêtant sa marche ; les inégalités du sol produisent aussi des chocs qui, en faussant les diverses pièces, en amèneraient rapidement la rupture ; enfin la machine doit pouvoir tourner facilement dans des cercles de très petits rayons et obéir sûrement et rapidement au conducteur, pour éviter les obstacles qu’elle rencontre à chaque instant sur sa route.
- Ces difficultés ont été heureusement vaincues par *
- Fig. 1. — Voilure à vapeur à grande vitesse de M. A. Bollée. (D’après une photographie.)
- \
- M. Àniédée Kollée dans les voitures à vapeur que nous représentons ici en perspective (fig. 1), d’après une photographie, et en coupe longitudinale et plan (fig. 2) pour en montrer les dispositions les plus essentielles.
- Ce véhicule ne ressemble en rien aux locomotives routières construites jusqu’ici ; e’est à proprement parler une Victoria à vapeur; la chaudière est placée à l’arrière, l’appareil moteur à l’avant; la soute à eau forme le siège du conducteur et des voyageurs d’avant ; le conducteur tient dans la main droite le gouvernail de direction qui agit sur les roues d’avant-train, tandis que de la main gauche il manœuvre le robinet d’admission de vapeur. Lorsqu’on veut changer de marche, la main droite aban-li° année. — 2° semestre.
- donne le volant du gouvernail et vient saisir le levier d’une coulisse de Stephenson, tandis que la main gauche se substitue à la main droite pour la manœuvre du système de direction.
- La chaudière est constituée par un générateur vertical, système Field, de lm,30 de hauteur et de 58 centimètres de diamètre extérieur : elle renferme 102 tubes en cuivre rouge de 45 centimètres de longueur et de 22 millimètres de diamètre intérieur, les tubes de circulation qui pénètrent dans ces tubes de chauffe ont 40 centimètres de longueur, 16 millimètres de diamètre et 1 millimètre d’épaisseur. Le corps de la chaudière est en tôle d’acier; elle porte deux soupapes de -sûreté, un tube de niveau et un manomètre Bourdon ; sa capacité totale est de
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- 228 litres. Lorsque l’eau est au niveau normal, la chaudière renferme 71 litres d’eau et 157 litres de vapeur, soit environ un tiers d’eau et deux tiers de vapeur.
- L’alimentation est assurée par un injecteur Koer-ting et une pompe; la chaudière est timbrée à 10 kilogrammes par centimètre carré et marche normalement à cette pression. Il suffit de 30 à 40 minutes pour mettre la chaudière en pression ; mais il est facile, lorsque cela est nécessaire, d’atteindre la pression voulue en moins de vingt minutes. L’échappement de vapeur se produisant à la partie intérieure de la cheminée (tig. 2), on ne voit pas extérieurement le jet de vapeur et on n’en entend pas le bruit pendant la marche.
- Le moteur proprement dit se compose de deux cylindres verticaux disposés dans une caisse en tôle, à l’avant de la machine, pour les protéger de la poussière.
- Le mouvement est transmis aux roues d’arrière par un système d’engrenages et de chaînes sans fin.
- La coulisse de Stephenson peut prendre quatre positions qui correspondent aux détentes de 3/4;
- 5/8; 1/2 et 1/4.
- La vitesse normale est de 20 kilomètres à l’heure en palier.
- La voiture pèse en tout 2180 kilogrammes ainsi répartis :
- 1030 kilogrammes sur les roues d’avant,
- . 1150 kilogrammes sur les roues d’arrière.
- La dépense de charbon varie entre 1 et 3 kilogrammes par kilomètre; celle de l’eau entre 8 et 10 litres; le travail développé effectivement à la jante des roues motrices peut être évalué à 7 ou 8 chevaux-vapeur. La soute renfermant 390 litres d’eau, on peut parcourir 25 à 30 kilomètres sans renouveler la provision.
- Le châssis du véhicule présente aussi des dispositions intéressantes : les deux roues d’arrière sont folles sur leur essieu commun et supportent l’arrière-train par l’intermédiaire de deux ressorts ; les 'roues d’avant sont indépendantes l’une de l’autre et sont fixées sur deux essieux différents pouvant
- tourner chacun autour d’un axe vertical. Grâce à ces dispositions, le véhicule possède une sûreté' et une facilité d’évolution qui n’avaient pas encore été atteintes jusqu’ici.
- Les roues sont à jantes et rais en bois, et moyeu en bronze ; celles d’avant-train ont 80 centimètres de diamètre, celles d’arrière-train lm,05.
- Chaque roue d’avant pivote autour de son axe vertical comme une roue de vélocipède. En manœuvrant le volant du gouvernail, elles obliquent ensemble, mais non du même angle, ce qui est une -condition nécessaire pour obtenir la direction ; il résulte de l’indépendance des essieux un second avantage, c’est que la suppression de l’essieu, unique pour les roues d’avant, supprime le bras de levier au bout duquel les efforts résistants exercés par le sol de la route rendraient la force musculaire du conducteur insuffisante.
- On voit au-dessus du volant de manœuvre du gouvernail un volant d’un diamètre plus petit destiné à la mise en action d’un frein à sabot ordinaire agissant sur les roues d’arrière.
- Telles sont les principales dispositions de la voiture à vapeur construite par M. A. Bollée et étudiée expérimentalement par une Commission du Comité de mécanique de la Société industrielle de Mulhousel.
- La Note publiée par cette Commission, et dont nous venons de résumer les points principaux, conclut au rejet de l’affectation d’une voiture de ce genre à un service public, par exemple, sans toutefois vouloir influencer les particuliers qui trouveraient utile de l’employer, bien que le prix élevé d’acquisition et les frais considérables d’entretien et de maniement soient de nature à restreindre les applications du système.
- MM. Kœchlin ont récemment apporté quelques modifications de construction à la voiture de M. A. i Bollée et ils étudient encore les moyens de résoudre
- 1 Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. 1er sc-' mestre, 1883.
- Fig. 2. — Coupe longitudinale et plan de la voiture à vapeur de M. À. Bollée.
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- le problème diiïiciLe qui s'impose pour arriver à la sécurité complète du véhicule. Nous joignons nos vœux à ceux de la Commission pour le succès de ces intéressantes recherches qui offrent assurément un intérêt considérable, pour les mécaniciens, comme pour le public et les amateurs.
- LE LANGAGE DES ÉLECTRICIENS
- Toute science nouvelle demande des mots nouveaux, et c’est pour satisfaire à ce besoin qu’ont été créés les noms qui particularisent les unités électriques aujourd’hui universellement adoptées depuis le Congrès international des Électriciens tenu à Paris en 1881. Depuis lors, le docteur William Siemens a lancé deux noms nouveaux dont un seul jusqu’ici semble avoir reçu un accueil favorable de la part des électriciens praticiens : nous voulons parler du Joule et du Walt. Cette dernière unité présente l’avantage de faciliter les calculs électriques en les affranchissant du facteur g qui figure toujours dans les formules lorsqu’on vient transformer le travail produit par un courant électrique en kilogrammètre par seconde.
- Dans une récente conférence faite par sir William Thomson devant l’Institution des ingénieurs civils de Londres, sur les unités de mesures électriques, l’éminent physicien a fait une nouvelle motion et proposé un nouveau mot qui pour être strictement logique, n’est pas sans présenter une tournure des plus originales. On sait que l’unité pratique de résistance électrique est égale à 109 unités G. G. S. et porte le nom de ohm. On sait que, par définition, la conductibilité est l’inverse de la résistance. Il en résulte que si la résistance d’un conducteur est R, sa 1
- conductibilité sera ->
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- Pour donner un nom à l’unité de conductibilité, sir William Thomson a proposé de l’appeler simplement mho. Ce nom, peut-être un peu difficile à prononcer, est le son que produirait un phonographe dans lequel on aurait prononcé à haute et intelligible voix le mot ohm et qu’on ferait répéter en tournant le cylindre en sens inverse. Le nom mho serait donc l’inverse du nom ohm comme la conductibilité est l’inverse de la résistance. Le sous-multiple millimho, ajoute sir W. Thomson, serait une grandeur très convenable pour les calculs relatifs aux lampes à incandescence.
- Nous doutons fort que le mho passe dans la pratique, malgré la logique plus que rigoureuse qui a présidé à sa création, et malgré l’autorité scientifique dont il émane.
- LE VOL DES OISEAUX
- En présentant, l’an dernier, les premiers résultats de mes essais sur la photographie instantanée d’oiseaux pendant le vol, je montrais que l’intérêt véritable de ces expériences consiste à recueillir une série d’images représentant les attitudes successives de l’oiseau aux différentes phases d’une révolution de ses ailes. Le fusil photographique dont je me servais alors donnait à peu près douze images par seconde, de sorte que, sur les oiseaux dont les battements d’ailes sont lents, on pouvait recueillir
- trois ou quatre attitudes différentes de l’aile à chacune de ses révolutions. Ainsi, la mouette, qui donne assez exactement trois battements à la seconde, se trouvait, par exemple, représentée d’abord avec les ailes en haut, puis successivement on la voyait abaissant ses ailes, les tenant tout à fait en bas, enfin les relevant; après cela recommençait une seconde série d’attitudes semblables aux précédentes ; enfin une troisième série, pareille aux deux autres, complétait le cycle des douze images.
- En prenant ainsi la photographie d’un grand nombre d’oiseaux, on ne tombait pas toujours sur les mêmes phases du mouvement des ailes; aussi fut-il possible, en choisissant parmi les différentes épreuves, d’en trouver qui se complétaient les unes par les autres, montrant des .positions de l’aile intermédiaires aux quatre dont il vient detre question. Avec huit attitudes successives également espacées dans le temps, on construit des disques de phéna-kisticope qui donnent d’une manière saisissante l’impression d’un oiseau volant. Or, comme ces photographies sont obtenues en visant l’oiseau d’une manière permanente, elles ne donnent que l’indication de ses attitudes successives, mais rien n’indique le chemin effectué, ni la vitesse aux différents instants du vol. Il est pourtant indispensable d’avoir celte indication des espaces parcourus en fonction du temps.
- Un semblable problème setait posé déjà à propos de là locomotion de l’homme et des animaux et je l’avais résolu d’une manière satisfaisante, en recueillant les images photographiques en série, sur une même plaque immobile1.
- Un homme vêtu de blanc marchait ou courait au-devant d’un écran noir. Pendant ce temps, un disque fenêtré, tournant au-devant de l’appareil photographique, n’admettait la lumière dans,l’objectif qu’à des instants très courts, séparés par des intervalles de temps égaux. Chaque admission de la lumière produisait sur la plaque photographique une image du marcheur, et comme, entre deux retours successifs de la fente du disque tournant, l’homme avait fait un certain chemin, ses images successives se formaient sur la plaque en des lieux différents : l’intervalle qui les séparait l’une de l’autre était exactement proportionnel à la distance parcourue pendant une rotation 'du disque.
- La même méthode était applicable à l'analyse du vol de l’oiseau.
- Je pris un pigeon blanc, et, le faisant voler parallèlement au plan d’un écran noir au-devant duquel je le lâchais, j’obtins une série d’images séparées par des intervalles variables suivant la vitesse du vol. La figure 1 est la reproduçtion, par la similigravure, d’une de ces photographies2.
- 1 Yoy. n° 477, du 27 juillet 1882, p. 115.
- 2 On sait que, dans ce procédé, la main de l'homme u’iutcr-vieut pas, ce qui donne aux reproductions la même valeur qu’aux épreuves originales au point de vue de l'authenticité dos attitudes. Toutefois, l'introduction des hachures nécessaires pour le tirage eu typographie altère un peu le modelé des
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- Un y peut voir, relativement à la netteté des j images, une grande supériorité sur mes premières épreuves. Ce ne sont plus de simples silhouettes, comme ou en avait le plus souvent avec {'emploi du fusil, mais des images assez bien formées pour pouvoir supporter un agrandissement de quatre à cinq diamètres. Ce progrès tient à la plus grand»! perfection de la mise au point. En effet, il devient assez tacile de régler l'appareil photographique lorsqu’on sait approximativement à quelle distance passera l'oiseau.
- Un autre avantage de la disposition nouvelle consiste en 1 emploi d un grand disque (l mètre de diamètre) muni de fenêtres assez larges (0m,05) et tournant avec rapidité (8 tours environ à la seconde). Les eflets de la diffraction qui altèrent la pureté des images quand on opère avec de petites fentes deviennent insensibles quand la lente a plus de largeur. En outre, une fente étroite,qui tourne devant un large objectif, ne donne jamais q u ’ u n éclairage partiel.
- Dans les conditions ci-dessus décrites, les admissions de la lumière se faisaient huit fois par seconde, et le temps d’éclairage était d’envi-ron de seconde.
- Cette brièveté du temps de pose est encore une condition nécessaire à la netteté des images, car elle ne permet pas à l’oiseau de se déplacer sensiblement pendant qu’on prend la photographie.
- Si maintenant on considère la série des attitudes que présente l’oiseau aux différents instants de son vol, on trouve quelques images qui, au premier abord, sont assez étranges ; ainsi l’oiseau, en abaissant ses ailes, les porte tellement en avant que sa tête disparaît à certains instants, complètement couverte par les ailes, dont la pointe se trouve bien en avant du bec. Cette position singulière se voyait du reste sur ceilaines photographies inédites que M. Muybridge a obtenues et qu’il a bien voulu me montrer. Entin on pouvait prévoir cette attitude d’après les résultats que m’a donnés autrefois l’inscription mécanique des mouvements de l’aile.
- Cette inscription, péniblement obtenue au moyen d’instruments compliqués et délicats \ ne paraît
- formes de l'oiseau, qui sont si nettes dans les épreuves photographiques.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LXXIV, p. 582.
- pas avoir inspiré beaucoup de confiance à ceux qui s’occupent de l'étude du vol. Toutefois, si l’on rapproche les images photographiques de la courbe tracée par les appareils styles inscripteurs, on trouve une concordance complète entre la courbe et les photographies. La figure ‘2, en effet, montre que, sur le pigeon, l’extrémité de l’aile décrit une sorte d’ellipse très allongée; que l’articulation de l’épaule qui correspond par sa position à l'entrecroisement (les deux coordonnées x et y se trouve à la partie postérieure du grand axe de cette ellipse et que, par conséquent, c’est en avant surtout que se porte l’aile de l’oiseau. La photographie justifie donc pleinement les résultats donnés par la méthode graphique.
- Dans la figure 2, une llèehe indique le sens du ’ mouvement de l’aile : ce mouvement se fait en bas 1 et en avant, [mis en haut et en arrière. La photographie doit justifier cette conclusion tirée de l’inscription mécanique du mouvement. Mais si l’on regarde l’ordre suivant lequel sc présentent les attitudes successives dans une image collective, on trouve, suivant les cas, des ordres de succession différents : cela dépend du rapport qui existe entre l’intervalle de temps qui sépare les images successives et la fréquence des mouvements de l’aile. Ainsi, en ralentissant un peu la rotation du disque fenêtrë, on a eu la série d’images représentée figure 5. Dans cette série, à chaque image l’oiseau se retrouve toujours dans la même attitude : c’est que la période des battements de ses ailes coïncidait avec celle des éclairages dé l’appareil photographique. Des expériences antérieures m’ont appris, en effet, que le pigeon donne environ huit coups d’aile par seconde; or c’était précisément la vitesse de la rotation du disque fenêtré : il était donc naturel que chaque nouvelle admission de la lumière retrouvât toujours le pigeon dans la même attitude. Le seul changement d’une image à l’autre consistait en une translation de l’oiseau.
- La figure 5 montre un pigeon dans le milieu de la phase d’abaissement de ses ailes. Il n’y a pas de doute à cet égard, les plumes s’infléchissent sur la résistance de l’air brusquement frappé, et l’aile sc courbe à son extrémité, présentant l’apparence d’une surface à concavité supérieure. D’un bout à l’autre
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- de la série des images, cette attitude se reproduit, sauf quelques différences tenant au changement d’inclinaison du corps de l’oiseau. Ainsi, vers la fin de son vol ascendant, le pigeon redressait son corps et l’inclinait sur le côté, de manière à présenter sa face ventrale du côté de l’appareil.
- I On observera en même temps que les figures successives sont séparées par un intervalle assez régulièrement croissant. Cela signifie qu’entre deux éclairages consécutifs l’oiseau avait parcouru des distances de plus en plus grandes.
- Tous les oiseaux présentent, au début de leur vol, une accélération de ce genre. Veut-on mesurer en mètres ces espaces franchis par l’oiseau? l’échelle métrique placée en haut de la figure permet cette évaluation et montre que l’oiseau parcourait d’abord 1m,20 entre deux coups d’aile, c’est-à-dirê en i de seconde, soit 9m,fi0 par seconde; du cinquième au sixième coup d’aile, l'espace franchi est de 1“,70, soit 13m,60 par seconde.
- On remarquera toutefois que, dans cette expérience, le vol ne s’effectuait pas parallèlement au plan de la glace sensible, mais qu’en s’élevant l’oiseau se rapprochait un peu de l’appareil.
- La figure o ne serait donc pas favorablement choisie pour déterminer la vitesse du vol.
- Dans la figure 1, au contraire, les espaces successivement parcourus vont toujours en se raccourcissant : cela tient à ce que l’oiseau s'élevait en volant ; or c’est toujours aux dépens de la vitesse que se produisent les mouvements ascendants.
- En faisant varier légèrement la vitesse de rotation du disque tournant, il est clair qu’on ne rencontrera plus la même période des révolutions de
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- l’aile de l’oiseau et que, si la rotation est convenablement réglée, on obtiendra des images dans lesquelles l’aile se montrera à des phases successives de sa révolution; or ces phases seront d’autant plus rapprochées les unes des autres que la période de révolution du disque fenêtré se rapprochera davantage de celle de l’aile. On pourra ainsi faire une
- analyse strobosco-pique des mouvements du vol.Cette analyse a déjà été tentée il y a quelques années par MM. Gauchot et Pénaud, mais la méthode optique donne des sensations trop fugitives pour qu’on puisse bien saisir la succession des mouvements, tandis que la photographie livre à l’étude un document permanent beaucoup plus précieux. Suivant que la révolution du disque sera un peu plus ou un peu moins rapide que celle de l’aile, on verra, dans la série des images, une succession différente des mouvements. Pour que
- la succession des attitudes de l’aile se montre dans le sens direct, c’est-à-dire dans l’ordre où ces mouvements s’effectuent dans le vol, il faut que la rotation du disque soit un peu plus lente que celle de l’aile de l’oiseau. Chaque nouvel éclairement de l’appareil rencontrera l’aile à une phase plus tardive de son parcours, et les images s’échelonneront sur la plaque dans l’ordre réel du mouvement. Avec une rotation plus rapide, l’aile se trouverait au contraire toujours en retard et les images donneraient l’apparence de mouvements renversés. C’est ce qui a eu lieu (fig. i).
- Pour déterminer si une série d’images donne les mouvements en sens direct ou en sens renversé, il y a différents moyens.
- D’abord il est facile de distinguer une aile qui
- Fig. 2. —T.ourbe fermée représentant la trajectoire île la pointe de l’aile d’un pigeon. Une flèche indique le sens du mouvement. Cette courbe a été obtenue au moyen d’appareils inscripteurs spéciaux.
- Fig. 3. — Images successives d’un pigeon qui vole, prises à des intervalles de 1/2 seconde. Le temps de pose est de 1/800 de seconde. Les espaces parcourus se mesurent au moyen de l’échelle métrique placée en haut de la ligure.
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- s'abaisse d’une aile qui s’élève : la première seule présente l’inflexion des plumes sur la résistance de l’air et la forme concave par en haut dont nous avons parlé. Si donc une série d’attitudes voisines l’une de l’autre montre l’aile infléchie par la résistance de l’air, cette forme suffira pour caractériser le sens du mouvement, car une aile portée en avant et courbée sur l’air signifie que le sens du mouvement est en avant et'en bas.
- Un autre moyen consiste à multiplier le nombre des images de manière à être sûr que ce nombre excède beaucoup celui des coups d’aile, et que, par exemple, quatre ou cinq images consécutives se produisent dans une même révolution du vol. Si le nombre des images était trop grand, il en résulterait de la confusion, mais avec un disque muni de cinq fenêtres, et tournant environ huit fois par seconde, on est assuré d’obtenir les images avec leur succession réelle. On voit alors que le sens du mouvement est bien celui que représente la courbe de la figure 2.
- Enfin, si l’on examine la position de l’aile aux différentes phases de son parcours, la photographie révèle avec une grande netteté les détails les plus intéressants.
- Assurément le pigeon se prête mal à de pareilles études, à cause de la fréquence trop grande des battements de ses ailes ; mais, malgré cela, on observe déjà certains actes qui échappent à l’examen direct du vol. Ainsi, en suivant l’aile dans son parcours à partir du moment où elle est en élévation extrême, on voit qu’elle se porte très vivement en avant et cache latéralement la tête de l’oiseau; puis l’aile s’abaisse et s’infléchit sur l’air pendant toute sa phase d’abaissement. A la fin de l’abaissement, les articulations carpiennes, étendues jusqu’ici, se plient soudainement, et l’aile forme au niveau du corps un angle saillant; les pennes s’écartent l’une de l’autre, et leur imbrication devient apparente. Des espaces!libres que l’on a comparés à ceux qui séparent les lames d’une persienne se produisent et semblent avoir pour effet de laisser l’air traverser l’aile remontante.
- Cette curieuse'fonction des pennes, déjà maintes fois signalée par les auteurs qui se sont occupés du vol des oiseaux, était jusqu’ici déduite plutôt de l’anatomie que réellement constatée. Existe-t-elle à tous les instants du vol? J’ai quelques raisons de croire qu’elle ne se produit que dans les coups d’aile de départ et que, sur l’oiseau lancé à pleine vitesse, la flexion du carpe et la séparation des pennes cessent de se produire.
- Mais, pour juger cette question et beaucoup d’autres encore, il faudra multiplier les expériences, prendre des images en séries sous différents angles, de manière à voir l’oiseau tantôt de profil, tantôt fuyant ou s’approchant. Enfin, et surtout, il faudra opérer sur des oiseaux de différentes espèces, afin de saisir les caraetèies particuliers du vol de chacune d’elles, -,
- Je ne prétends aujourd’hui que faire connaître un aperçu de la méthode et des résultats qu’elle semble destinée à donner pour l’analyse du mécanisme si compliqué du vol. Marey (de l’Institut).
- LA. MOUSSE DE LA BIÈRE
- Il existe des bières qui, versées dans un verre, conservent longtemps leur écume; c’est d’ailleurs à ces sortes de bières que les consommateurs accordent la préfé-rence. Or, ce phénomène peut être produit avec n’importe quelle espèce de bière.
- En effet, l’écume ainsi que le goût pétillant de la bière dépendent : 1° de la quantité d’acide carbonique qu’elle contient; 2° de la quantité et de la qualité de l’extrait non fermenté.
- La quantité d’acide carbonique que la bière peut absorber dépend elle-même : 1° de la température de la bière ; 2° de la pression à laquelle la bière est soumise ; 3° des matières qui s’y trouvent dissoutes.
- Plus la température est basse, plus la pression subie par la bière est forte, et plus grande est la quantité d’acide carbonique que la bière peut absorber.
- Il en résulte que toutes les variations de la pression atmosphérique en dehors du tonneau ont une certaine influence sur la quantité d’acide carbonique de la bière. Aussi, pour éviter le dégagement de l’acide carbonique recommande-t-on de faire passer la bière du foudre de garde, au tonneau d’expédition, à travers un tuyau réfrigérant. La bière qui se trouve ainsi quelque peu refroidie peut absorber plus d’acide carbonique.
- Nous avons dit aussi que la teneur de la bière en acide carbonique dépendait des matières qui y étaient dissoutes. Ainsi de l’eau pure, saturée d’acide carbonique laisse échapper cet acide carbonique si l’on vient à y dissoudre du chlorure de sodium.
- La richesse de la bière en alcool est aussi très importante à considérer au point de vue de la quantité d’acide carbonique qu’elle contient. Ainsi l’alcool absorbe 4,2 fois son volume d’acide carbonique, tandis que l’eau n’en absorbe que 1,7 fois son volume. Donc, plus une bière est fermentée, plus elle pourra absorber et retenir d’acide carbonique. Il est donc très important, lorsque l’on bon-donne la bière, de tenir compte de son degré de fermentation afin que l’acide carbonique qui se produit, puisse s’accumuler en quantité nécessaire pour produire le mousseux; mais il faut'éviter d’autre part que la bière ne soit surbondonnée, car au soutirage la lie du foudre pourrait se trouver soulevée et venir troubler la bière. L’expérience apprend pour chaque espèce de bière le degré auquel on doit la bondonner.
- Quant à la persistance de l’écume, elle dépend exclusivement des matières glutineuses qui s’y trouvent dissoutes. Ces matières, en effet, mettent obstacle au dégagement de l’acide carbonique qui s’élève sous forme de bulles. Les bulles de la surface conservent, elles aussi, plus longtemps cette forme parce que l’enveloppe crève moins facilement. La nature glutineuse du liquide empêche aussi les petites bulles d’air de se réunir et de former de grosses bulles.
- Pendant très longtemps on a cru que le mousseux et la persistance du mousseux de la bière ne dépendaient que de sa richesse en dextrine ou, d’après une autre version, en glutine ou gélatine végétale. De nombreuses
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- expériences ont fait reconnaître que ces deux matières participaient dans une égale mesure à produire le mousseux. Toutefois comme la richesse en dextvine d’une bière dépend de son degré de fermentation, il faut d’abord dans le brassage tenir compte des albuminoïdes brunis.
- En introduisant dans le liquide au moyen d’un tuyau, un courant d’air constant, il est possible d’oxyder en peu de temps une grande quantité de glutine; de cette façon on évite les désagréments dus 'a cette matière, et l’on forme des albuminoïdes qui restent dissous dans la bière quelle que soit sa température en favorisant le mousseux et la persistance du mousseux *.
- LA TORPILLE DIRIGEABLE
- Des essais de la curieuse torpille Lay ont eu lieu récemment clans le Bosphore entre la pointe du Sérail et la côte de Scutari.
- La torpille Lay appartient au groupe des torpilles autolocomobiles, c’est-à-dire se mouvant d’elles-mêmes ; ce qui la particularise dans ce groupe, c’est qu’elle peut être manœuvrée à distance, de la station de départ, et cela à l’aide de courants électriques qui lui sont amenés par un cable conducteur, mince et souple, la reliant à cette station.
- Comme toutes les torpilles autolocomobiles, la torpille Lay a la forme d’un fuseau et est animée par une force motrice emmagasinée dans une portion de son corps.
- Mais tandis que les torpilles autolocomobiles libres, telles que la torpille Whitehead, n’ont qu’une seule hélice et ne peuvent marcher qu’en avant, et dans la direction qui leur est donnée par l’appareil de lancement^ la torpille Lay, qui doit, comme nous l’avons dit, être manœuvrée à distance, possède deux hélices et deux gouvernails (nous parlons ici du type le plus récent), et peut exécuter toutes les marches possibles : marche en avant et en arrière, marche oblique à droite ou à gauche, virement de bord, marche plongeante ou ascendante, ainsi que toutes les combinaisons de ces différentes marches.
- La puissance motrice de la torpille Lay est fournie par le gaz acide carbonique liquéfié sous pression.
- Dans la pratique, cette pression est celle que le gaz engendre lui-même en se dégageant du bicarbonate de soude traité en vase hermétiquement clos et résistant, par l’acide sulfurique versé graduelle* ment, ces deux corps étant employés en quantité suffisante pour produire un volume considérable*de gaz.
- La température étant de 15 degrés, ce gaz exige pour se liquéfier une pression de 52 atmosphères; réciproquement, à la même température, l’acide carbonique liquide exerce, par sa vapeur, une pression de 52 atmosphères, et comme le volume de la vapeur fournie par un liquide est toujours extrêmement grand relativement au volume de ce liquide (pour l’eau, il est 1700 fois plus grand, à 100 degrés
- 1 Annales industrielles.
- et à la pression barométrique moyenne), on se rend immédiatement compte de l’énorme quantité d’énergie qui se trouve ainsi emmagasinée dans un petit volume d’acide carbonique liquide : dépensée progressivement, cette énergie pourra évidemment fournir du travail moteur pendant un temps relativement long.
- Disons ici, en passant, que, sous la pression d’une seule atmosphère (pression ordinaire de l’air libre au niveau de la mer), le gaz acide carbonique exige, pour être liquéfié, un froid de 90 degrés au-dessous de zéro.
- Le courant électrique amené à la torpille par le câble qui la relie au point de départ n’a d’autre rôle que celui de conducteur ou de timonier. Par l’intermédiaire d’électro-aimants, il embraye ou désembrave telle hélice ou tel gouvernail avec l’appareil moteur intérieur, combine de toutes les manières dans leur action les hélices et les gouvernails, règle toutes les allures de la marche, la suspend, o>i la fait reprendre, l’accélère ou la ralentit, en maintient Ja direction ou fait varier celle-ci dans tel sens déterminé, commande le mouvement de recul, fait virer de bord, etc., le tout à la volonté de l’officier chargé de manœuvrer la torpille à distance par l’intermédiaire docile de ce courant électrique.
- A l’état de marche ordinaire, la torpille Lay nage entre deux eaux, comme l’ingénieux bateau torpilleur Dgevetzki et en se tenant à quelques mètres au-dessous de la surface liquide.
- La marche et la direction de la torpille Lay sont indiquées à l’officier qui la dirige par deux baguettes verticales fixées à l’un et à l’autre de ses bouts, perpendiculairement à l’axe de la torpille, et dont l’extrémité supérieure dépasse un peu la surface de l’eau.
- La torpille Lay, employée dans l’expérience du Bosphore, a 8 mètres de long et 61 centimètres de diamètre; elle pèse 1500 kilogrammes et porte une charge explosible d’environ 49 kilogrammes de fulmi-coton. Sa vitesse est de 9 nœuds.
- Un autre type plus récent atteint 12 nœuds 1/2, porte 70 kilogrammes de fulmi-coton, et peut traîner un câble conducteur de longueur presque double.
- Dans l’expérience du Bosphore, le but était représenté par deux chaloupes mouillées près de la tour de Léandre.
- La distance entre ces deux chaloupes était de 28 mètres et représentaient la longueur de la partie centrale d’un bâtiment cuirassé. Elles-étaient mouillées-en plein courant, à 1400 mètres d’un remorqueur, mouillé dans la pointe du Sérail.
- La torpille était manœuvrée par le colonel Lay en personne, et le lieutenant Sleemau, placés tous deux sur le remorqueur, lequel servait de base d’opération. Le ministre de la marine turque, Hassan-Pacha, était présent, et la direction des opérations était confiée à l’amiral Ilobart-Pacha, président d’une commission instituée en vue d’essayer les différents systèmes de torpilles et d'étudier les moyens pratiques de fermer le Bosphore à toute flotte ennemie par l’emploi de ces agents sous-marins,
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- LA NATURE.
- Un vapeur spécial avait été mis à la disposition d’un grand nombre de spectateurs venus pour suivre ces expériences; parmi eux, on remarquait plusieurs membres du corps diplomatique et tous les attachés d'ambassades militaires et marins.
- Il fut fait des essais de jour et des essais de nuit.
- Les premiers eurent lieu avec un vent frais du sud qui heurtait le courant du détroit et soulevait une mer considérable : ce qui, certes, n’était pas une condition favorable aux essais.
- Au signal donné, à midi précis, par le Ministre de la Marine, la torpille franchit en cinq minutes seulement, les 1400 mètres qui la séparaient du but : on n’apercevait au-dessus de l’eau que le bout des deux baguettes indiquant sa marche et sa direction.
- Pour que le Sultan pût la suivre des fenêtres de son palais, on avait fixé à son avant un pavillon rouge.
- La torpille courut presque en ligne droite sur les embarcations, en dépit du vent, de l’agitation des flots et des variations de courant qu’elle rencontrait. Il était évident qu’elle était dirigée d’une façon sûre.
- Le sillage n’avait que l’apparence de celui que trace un banc de poisson : les oiseaux de mer eux-mêmes s’y trompaient, et n’eût été le pavillon, un observateur non prévenu ou peu attentif n’aurait pu suivre les mouvements de la torpille.
- Après 'qu’elle eut passé entre les deux embarcations et marché quelque temps encore, on la fit virer de bord et revenir en arrière. De retour à son point de départ, elle avait accompli un trajet de près de 3000 mètres.
- Diverses autres manœuvres furent exécutées : les baguettes indicatrices furent abaissées et relevées, la machine stoppée et remise en marche, la direction changée à droite et à gauche, au gré de la commission.
- Rien ne pouvait trahir la marche de la torpille, si ce n’est un léger remous de l’eau au-dessus des hélices; mais depuis cette expérience, l’inventeur a abrité les deux hélices sous une sorte de cage qui diminue encore le remous.
- Les essais de nuit furent faits dans les mêmes eaux, mais la distance du but fut portée à 1800 mètres et l’écartement des canots réduit à 18 mètres. Le vent du sud avait cessé et le grand courant de la mer Noire, redevenu prédominant, filait près de 6 nœuds.
- f La torpille, qui portait deux fanaux, visibles seulement pour les observateurs placés au poste de lancement, c’est-à-dire sur le remorqueur, passa entre les deux canots du but sans que rien décelât son approche aux autres observateurs postés sur ces embarcations.
- L’opinion générale a constaté, nous dit The Âr-my and Navy Gazette, la réussite complète de ces essais, et reconnu que le colonel Lay venait de démontrer péremptoirement la possibilité de manœu-
- vrer avec rapidité et précision, et "dans toutes les circonstances, le curieux engin dont il est l’inventeur.
- Aucun lieu au monde ne se serait, du reste, mieux prêté à des expériences décisives, que le Rosphore, passage étroit, sillonné par plusieurs courants marins dont le sens et l’intensité varient presque quotidiennement, suivant la direction des vents.
- Quand ceux-ci soufflent du nord-est, le courant principal, qui vient de la mer Noire, avec une vitesse de 4 à 5 nœuds, se bifurque, vers la tour de Léan-dre, en deux branches, dont l’une longe le côté ouest et se heurte à la petite rivière de la Corne-d’Or, tandis que l’autre détermine, sur les hauts-fonds voisins de Scutari, une violente agitation. Avec les vents du sud se produisent des courants de surface, dont la lutte avec le grand courant de fond engendre des tourbillons où sombrent souvent les barques turques.
- Or, la torpille Lay a parfaitement bien fonctionné dans ces eaux agitées. L’expérience du Bosphore a prouvé que cette torpille s’appliquera à merveille à la défense des côtes où îègnent des courants variables.
- En outre, son mécanisme est simple et robuste, et l’apprentissage de sa manœuvre est bientôt fait.
- Le câble qu’elle traîne après elle ne paraît pas la gêner; on peut la lancer contre tout but dont la distance n’excède pas 2500 mètres.
- Le gouvernement russe, frappé des avantages de la torpille Lay, vient de faire d’importantes commandes de ces engins pour assurer la défense du canal qui va de Gronstadt à Saint-Pétersbourg.
- E. Vignes.
- LES SAUTERELLES ’
- La charmante scène ci-contre est une nouvelle composition que M. Giacomelli a dessinée pour nos lecteurs. C’est un coin du monde des champs de blé, que mûrissent les rayons du soleil de juin ; on y voit des bleuets, des marguerites et des coquelicots. Gracieusement perchées sur les feuilles flexibles de graminées, deux sauterelles sont immobiles, jusqu’au moment où elles vont prendre leur élan, et sauter comme en s’élançant de légers tremplins. La nature est prise là sur le fait, avec une exactitude et un art parfaits, qui depuis longtemps ont fait de M. Giacomelli un maître justement apprécié.
- Les Sauterelles sont fréquentes à cette époque de l’année; elles se distinguent par leurs cuisses postérieures très renflées, et propres au saut. Les organes du vol sont développés, les élytres sont longues et les ailes postérieures à grande surface. Les ailes de la première paire chez les mâles offrent une disposition particulière qui les transforme en instruments de musique. Les nervures plissées, en quelque sorte, et très élevées laissent entre elles un espace plus ou moins considérable, occupé par une membrane transparente, tendue. L’animal sou-
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- Sauterelles et Fleurs des champs. Composition inédite de M. Giacomelli.)
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- lève ses ailes, les frotte avec rapidité, l’une contre l’autre, et produit ainsi un son intense par les vibrations qu’il imprime à la membrane que l’on nomme le miroir.
- Les Sauterelles qui volent aisément, marchent avec difficulté, mais elles se transportent facilement d’un point à un autre par des sauts répétés. Les femelles font usage de leur tarière ou oviscapte pour perforer le sol et y enfouir leurs œufs.
- Les anciens avaient à leur égard des idées de crainte et de superstition. « On regarde leur venue comme un fléau, dit Pline l’Ancien, et comme une marque de la colère divine1 ». Nous avons décrit récemment la Locuste géante de la Nouvelle-Calédonie ; on a vu que dans ces régions les sauterelles atteignaient des dimensions prodigieuses. Pline prétend que, de son temps, il y en avait de beaucoup plus grandes encore. « On dit que dans les Indes il se trouve des sauterelles qui ont trois pieds de longueur, et qu’on fait sécher leurs jambes et leurs cuisses pour s’en servir en guise de scies. » Cette affirmation nous paraît assurément exagérée, mais il est possible que des voyageurs aient signalé des sauterelles analogues à la Locuste géante dont nos lecteurs ont eu sous les yeux la gravure reproduite en vraie grandeur.
- BIBLIOGRAPHIE
- Cours de physique, par J. Violle, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon. Tome I. Physique moléculaire. Première partie avec 257 figures dans le texte. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1883.
- Rapport annuel sur l'état de l'Observatoire de Paris pour l'année 1882, présenté au Conseil, dans sa séance du 10 février 1883, par M. le Contre-Amiral Mouchez, Directeur de l’Observatoire. 1 broch. in-4°. — Paris, Gauthier-Villars, 1883.
- Aèrostation pratique. — Épure et construction des aérostats et montgolfières par E. Cassé. 1 broch. in-8°, avec 4 planches explicatives. — Paris, typographie A. Hennuyer, 1883.
- Bons points scolaires, représentant des animaux, gravures coloriées avec notices explicatives. Environ 100 sujets différents édités par Émile Deyrolle, 23, rue de la Monnaie, Paris.
- RECONSTRUCTION DU PONT
- SUR LE NIAGARA
- Le pont suspendu du Niagara, construit en 1855 par M. Rœbling, sert à relier les chemins de fer du Canada à ceux des États-Unis.
- Ce pont se composait d’une poutre en fer et bois, à deux tabliers, reliée par des câbles aux rochers du rivage et aux piles-culées; le tablier supérieur
- 1 Histoire naturelle, Liv. XI, cap. 29,
- porte une voie ferrée, le tablier inférieur une voie charretière (fig. 1).
- On ne tarda pas à s’apercevoir que le tablier inférieur venait soulager les cordes supérieures, qui portaient la voie ferrée, après qu’elles avaient dépassé la limite de fatigue prévue; il en résultait des jeux constants entre les barres horizontales et verticales de la poutre, entre les pièces du tablier inférieur et les boulons destinés à les joindre; de là, un dépérissement de l’ouvrage, par la fatigue des assemblages et par la pourriture des bois, à cause de l’humidité qui pénétrait par les jeux. On y remédia en partie par l’addition de pièces de bois de renfort, qui portèrent le poids suspendu aux câbles à 1228 tonnes, c’est-à-dire 300 tonnes de plus que ne le prévoyaient les calculs de M. Rœbling.
- Un examen attentif de l’ouvrage, exécuté par les soins du Great-Western Railway en 1877, fit voir, en outre, que les câbles étaient légèrement détériorés par la rouille, que les chaînes des ancrages n’avaient pas les dimensions prévues, et que plusieurs de leurs articulations étaient considérablement déformées à la suite d’un montage défectueux et d’efforts excessifs.
- On se résolut à remédier à ces défauts et à remplacer toutes les pièces en bois du tablier et de la poutre par de l’acier ; l’exécution de cet important travail fut confiée à M. L. Ruck.
- On commença par creuser, à l’arrière des massifs de maçonnerie actuels, des puits C (fig. 2), évasés au fond pour recevoir et fixer de nouvelles plaques d'ancrage : on creusa ces puits en forant, suivant leur pourtour, des trous aussi rapprochés que possible, que l’on fit sauter à l’aide de faibles charges de dynamite, pour ne pas ébranler les maçonneries.
- Les plaques d’ancrages ont lm,67 de côté, elles sont armées de fortes nervures et bisautées sur les bords pour mieux s’adapter aux pierres d’appui; elles sont calées dans du ciment.
- Chaque plaque est percée de huit ouvertures pour le passage des derniers liens des chaînes, dont les œils sont traversés par une barre ainsi que les oreilles des plaques.
- La section totale des barres de la chaîne, qui est de 323 centimètres carrés à leur point d’attache avec le câble, s’abaisse à 258 centimètres au point où elles sont reliées à la plaque d’ancrage. Les chaînes ne sont pas, comme dans l’ouvrage primitif, en contact sur toute leur longueur avec la maçonnerie, elles n’appuient que par leurs articulations sur des blocs de pierre.
- Au point G, tous les barreaux de la chaîne sont reliés par un axe qui les traverse; à partir de ce point, chaque groupe de quatre barres est indépendant; au point D, les barreaux se séparent, les deux paires extérieures vont se relier au câble supérieur, les deux autres au câble inférieur. A son point d’attache avec les chaînes, chaque câble se divise en 7 torons dont 3 se rattachent à l’axe e de l’étrier edf (fig. 3 et 4) et 4 à l’axe f ; cet étrier est relié à la
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- chaîne par l’axe d. Les distances de e et de f au point d sont réglées (fig. A) de manière à égaliser les efforts sur les torons du câble.
- Pour s’assurer de l’effort supporté par la chaîne, on mesura les allongements pris pour chaque barre sous l’action d’un effort égal à celui qu’elle
- Fig. 1. — Pont sur le Niagara. — Élévation longitudinale.
- devait supporter une fois en place; on rattacha ensuite la chaîne du câble en laissant un de ses appuis à 50 millimètres plus près que les autres du centre de courbure, puis on le releva au moyen de cales en fer, après avoir dilaté la chaîne en la chauffant :
- R- etiA.-.i
- la chaîne prenait ensuite, par sa contraction, la tension voulue.
- Pour la chaîne inférieure, on obtint ce même résultat en serrant les écrous abc (fig. 2) jusqu’à ce que les maillons eussent pris l’allongement voulu.
- —<|y-
- Fig. 3 et 4.
- Le remplacement de la superstructure en bois par de l’acier, à l’exception des pièces dont le travail de forge eut été trop compliqué, fut confié à la Pittsburgh Bridge C°.
- La spécification exigeait pour le fer une résistance à la rupture de 55 kilogrammes par millimètre carré, avec un allongement de 15 p. 100 et une charge limite d’élasticité de 17k,5, et pour l’acier une charge de rupture de 49 kilogrammes limite d’élasticité de 28 kilogrammes,
- On entreprit le remplacement'de la poutre le 21 avril 1880, en partant du milieu du pont vers les extrémités, et en laissant, au milieu de la largeur du pont, un plancher provisoire de 2m,75 de large. Aussitôt après l’enlèvement d’une poutre transversale en bois, on la remplaçait par une poutre en acier à des intervalles de l,u,52. Ce travail, terminé le 15 mai, avait déjà soulagé le pont d’une charge de 80 tonnes.
- Le remplacement des treillis fut commencé le 51 mai, la largeur de la nouvelle poutre est, ainsi
- Pont J3000m e ;j « Pont 7£30 ;;
- que l’indique la figure 5, suffisamment réduite pour que ses treillis aient pu se placer entre ceux de l’ancien pont. Commençant par le milieu du pont, on disposa d’abord, de chaque côté, cinq longueurs des barres d’acier inférieures, figure 6, puis on attacha aux pieds des montants, des pièces de bois
- Fig. 6.
- de ÎOO X 150 millimètres reposant sur les nouvelles barres que l’on riva aux poutres transversales du plancher. On attaquait alors le plancher inférieur ; on plaçait les montants en acier, pnis on leur rivait les cordes inférieures temporairement rattachées à l’ancien ouvrage. On montait ensuite les tirants ; ils sont formés de paires de barres d’acier, de 20 millimètres de côté, chacune en deux pièces réunies par un écrou qui permet d’en faire varier la longueur ; chaque tirant va du haut d’un montant au bas du troisième après lui.
- Lorsque l’on eut ainsi monté, à partir du milieu du pont, une longueur de 45 mètres environ du
- tt
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- LA NATURE
- nouvel ouvrage, on commença l’enlèvement de l’ancienne poutre. Cet enlèvement suivit le montage de la nouvelle poutre à 25 mètres environ, de sorte que l’on n’imposa jamais, à l’ancien ouvrage, plus de 190 tonnes de surcharge. Le 25 août, le remplacement de la poutre était terminé, sans avoir jamais interrompu le trafic ordinaire. A partir de cette date, on remplaça la voie proprement dite en interrompant le passage des trains pendant une heure chaque jour, et quelques câbles du contreventement ; à la fin de l’année, tout fut terminé.
- On se contenta d’enlever aux câbles quelques fils extérieurs rouillés, le corps étant parfaitement sain, et de renforcer les ancrages.
- Le poids mort actuel du pont est de 952 tonnes, ou de 5l,8 par mètre courant ; sa charge mobile maxima est de 317 tonnes, ce qui porte à 1269 tonnes le poids total que les câbles doivent supporter. La tension de chaque câble, au sommet des tours est de 1*,78 par tonne de charge verticale, de sorte
- Nouvelle poutre.
- qu’ils subissent, au maximum, une tension totale de 1269 X 1,78 ou de 2260 tonnes; leur charge de rupture étant de 10885 tonnes, on voit qu’ils travaillent avec un coefficient de sécurité de 4,8 environ.
- On n’a pas changé les barres qui rattachent les tabliers aux câbles ; leur résistance, qui n’a pas varié depuis 1855, est plus que suffisante.
- Le pont est contreventé par 28 câbles qui rattachent le tablier aux rochers du rivage, à des intervalles de 7m,30. La surface offerte au vent par le nouvel ouvrage est moindre que les 6/10 de celle que présentait l’ancien pont; les câbles opposent au vent, par leur inclinaison à droite et à gauche de l’axe du pont, une résistance de 27 tonnes, et les contreven-tements une résistance de 155 tonnes; il faudrait, pour égaler ces résistances, que la pression du vent fût de 215 kilogrammes par mètre carré; avec un vent transversal très violent, le pont fléchit de 15 à 15 centimètres et son mouvement est insensible; les
- coups de vent n’impriment pas de secousse à l’ouvrage.
- I)u sommet de chaque tour, partent 16 câbles, dont le plus long va se rattacher au tablier, à 75 mètres des tours ; ils ont ponr objet de soulager les câbles principaux quand la charge se trouve d’un seul côté, à 90 ou 120 mètres d’une des extrémités du pont; les extrémités du pont étant fixées aux culées (fig. 7), de manière à empêcher tout déplacement vertical, ces câbles auxiliaires sont de peu d’utilité. Pour ne pas fatiguer ces tirants par les variations de température, on a disposé un appareil de buttée à déplacement automatique, calculé de manière que le milieu du pont reste toujours dans la même verticale, malgré ses dilatations et ses contractions; lorsque le pont se dilate le point a (fig. 1) vient en b, suivant presque l’allongement que la température imprime au câble auxiliaire, dont la tension reste ainsi presque constante; si les extrémités du pont étaient fixées aux culées le mouvement de l’attache aurait lieu suivant c d.
- Le mécanisme de la buttée automatique est représenté par les figures 8 et 9 ; il y en a un à chaque
- Détails delà corde intérieure
- Fi.?. H Pl a.
- extrémité des cordes inférieures. Chaque appareil se compose d’une plaque A, fixée à la maçonnerie, et d’un levier coudé, dont un des bras, E F, porte un coin C, et dont l’autre, E D, est relié à une tige d’acier R, qui va, en suivant la corde inférieure, s'attacher à un point fixe de l’autre culée. 11 est facile de voir, que, grâce aux dilatations de la tige R, les faces des coins C, qui servent de buttée aux cordes inférieures, restent toujours à égale distance du milieu du pont. Le déplacement du point D est égal au double de celui de l'extrémité de la corde correspondante, dont le milieu est immobile; il suffit, par conséquent, le bras E F étant trois fois plus long que E 1), de donner, à la face du plan incliné C, une inclinaison de 1/6 pour lui imprimer un déplacement égal à celui que doit prendre l’extrémité de la poutre qui s’y appuie, pour que son milieu reste fixe malgré les variations de la température. ün a laissé, entre les extrémités des cordes et les faces des coins, un jeu de 13 millimètres qui reste pratiquement invariable b
- 4 P’aprôs VEngineering.
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- LA NAT U UE.
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- TÉLESCOPE
- DE L'OBSERVATOIRE POPULAIRE DU TROCADÉRO
- Nous avons représenté ci-dessous un télescope de M. Léon Jaubert, agencé et construit tout spécialement pour l’Observatoire populaire du Troeadéro et dont on fait journellement usage d e p u i s b i e n t ô t trois ans.
- Ce télescope est à court foyer, il n’a que la moitié de la longueur focale de ceux construits autrefois par M. LéonFoucault.
- Sa partie optique se compose :
- 1° D’un réflecteur en verre argenté de 16 centimètres de diamètre placé dans son barillet au fond de l’instrument ;
- 2° D’un prisme à réflexion totale destiné à renvoyer , comme dans tous les télescopes newtoniens , les faisceaux lumineux sur la partie latérale de l’instrument ;
- o° D’un oculaire formé de plusieurs verres disposés comme les diverses lentilles d’un véritable microscope composé ; cet oculaire donne une image droite.
- C’est par cet oculaire que l’observateur regarde l’image donnée ? par le réflecteur.
- Les diverses pièces qui composent la partie mécanique forment un ensemble d’un très bel effet. L’instrument parait très léger tout en étant réellement très solide. Le socle repose sur un bâti en bois monté sur trois galets. Trois vis calantes servent à mettre l’instrument bien de niveau. Du socle s’élèvent deux chaises ajourées qui supportent
- un axe horizontal que l’on peut appeler l’axe de latitude. Il sert à fixer Taxe horaire, à l’aide d’une vis de serrage, à la latitude du lieu où l’on fait les observations. L’axe horaire fait corps avec le cercle et la roue horaires. Le plateau du cercle horaire est muni aussi de deux chaises qui portent l’axe de déclinaison formé par les deux tourillons appartenant au manchon qui entoure le corps tubulaire de l'instrument. Ces tourillons portent, l’un un cercle gradué accompagné de son vernier, appelé cercle de déclinaison, et l’autre, une roue dentée actionnée par une vis sans lin.
- La vis sans fin qui actionne la roue horaire et celle qui actionne la vis de la roue de déclinaison sont montées cha-cune sur une chaise articulée qui permet de les mettre instantanément en prise avec la roue correspondante ou de les en écarter de manière à ce que l’instrument tourne librement autour de l’axe horaire et de celui de déclinaison.
- Ce télescope présente dans sa partie optique et dans sa partie mécanique des détails fort intéressants.
- M. Léon Jaubert a placé à l’ouverture de l'instrument une bonnette qui porte une glace circulaire, dont les faces sont bien parallèles et optiquement dressées. Cette glace est destinée à protéger l’argenture du réflecteur parabolique contre la poussière, et l’humidité de l’air. Lorsque Ton veut observer le soleil, Ton remplace cette première bonnette par une seconde qui porte une glace argentée sur une de ses faces. Les rayons solaires traversent la pellicule d’argent, arrivent en
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- LA NATURE
- faible proportion sur le réflecteur parabolique, reviennent en faisceau condensé vers le prisme, le traversent ainsi que l’oculaire, et arrivent peu intenses jusqu’à l’œil de l’observateur. Les rayons solaires, ainsi affaiblis, ne déforment presque plus ni le réflecteur, ni le prisme, ni les lentilles de l’oculaire. La masse d’air renfermée dans le télescope est aussi moins surchauffée au foyer et reste plus calme. Les images sont non seulement meilleures, mais le réflecteur, le prisme et l’oculaire ne sont plus exposés à se briser, et l’observateur ne court pas le danger de devenir aveugle.
- Le réflecteur parabolique est monté dans un barillet dont la forme imaginée par M. Léon Jou-bert mérite d’être signalée. La partie extérieure et latérale de ce barillet, ainsi que la partie intérieure du corps du télescope dans laquelle il est introduit, sont l’une et l’autre formées de deux zones sphériques de même diamètre : l’une convexe et l’autre concave, prises d’un côté, même côté à partir de l’équateur. Cette disposition, toute simple, a l’avantage de permettre d’introduire facilement le barillet dans l’instrument, de pouvoir le centrer pour ainsi dire instantanément en serrant plus ou moins l’un ou l’autre des trois boulons qui relient les oreilles du barillet à celles de la culasse. Pour le retirer, il suffit de redresser le corps de l’instrument, de sortir les boulons, et le barillet tombe de lui-même.
- Les oculaires présentent aussi des détails particuliers. Ajoutons qu’un revolver porte quatre oculaires, dont l’un fait fonction de chercheur et les autres donnent des grossissements divers.
- M. L. Jaubert a aussi imaginé pour ses télescopes et ses lunettes, comme pour ses microscopes, divers systèmes d’oculaires binoculaires.
- Il a aussi applique à l’ouverture de ses télescopes une combinaison optique spéciale destinée à ramener dans le champ de l’instrument, des étoiles très éloignées les unes des autres à l’effet de comparer l’intensité de leur éclat ou les nuancés de leur lumière, ou pour comparer le diamètre du Soleil et de la Lune, ou le diamètre de Yénus, de Jupiter et de Saturne lorsque ces divers corps célestes n’ont pas entre eux plus de 100 à 120 ou 150 degrés.
- L’Observatoire populaire fait usage de télescopes de 20 et de 30 centimètres de diamètre, montés ainsi que nous venons de décrire ; ils sont employés par les amateurs qui suivent les cours d’astronomie de l’Observatoire.
- CHRONIQUE
- Exposition Aéronautique du Trocadéro. —
- Cette exposition,au commencement de cette semaine, n’avait encore réuni qu’un petit nombre d’objets dans les cinq grandes salles où elle a été organisée par M. le Dr Hureau de Villeneuve. Dans la première salle, M. Brissonnet a fait figurer des aérostats et des nacelles ainsi que les spéci -mens de sa fabrication de ballons de baudruche et de ballons-réclames en caoutchouc ; sur les murs sont expo-
- sés quelques tableaux des dessins aérostatiques de M. Albert Tissandier; les anciennes soupapes de Charles et de Gay-Lussac, prêtées par le Conservatoire des Arts et Métiers, un nouvel appareil pour mesurer la résistance de l’air, un petit hélicoptère de M. Ponton d’Àinécourt, des croquis d’aéroplanes et quelques livres s’ajoutent aux objets précédemment cités. M. Th. Lachambre, dans la deuxième salle, a exposé un aérostat tout arrimé, tout gonflé avec sa nacelle et ses agrès; puis sa fabrication de ballons de baudruche ; à côté se trouve le dessin du ballon bicolore de M. Jobert. La troisième salle comprend les objets suivants : projet d’homme volant système Cayrol-Castagnat, modèles d’appareils de M. G. Racle, modèle d’appareil volant de M. Albert Guignot ; modèle d’aérostat allongé de M. Pompeïen-Piraud et photographies de sa récente ascension de Lyon; ancien^ballon de Dupuis-Delcourt avec sa nacelle, appartenant à M. Simonet; soupape de ballon construite par M. Comme ; projets d’appareils volants de M. G. Biot, cerf-volant à hélice et à cône. Dans la quatrième salle, on voit des piles et moteurs Trouvé et un grand ballon gonflé ; dans la cinquième salle, un tableau de M. Rouland donnant l’histoire des ascensions aérostatiques depuis 1783; l’appareil de M. Egasse pour la production du chlorure de zinc et de l’hydrogène pur, l’appareil photographique aérostatique de M. Triboulet, appareil Manuel pour la production du gaz hydrogène, l’étagère de l’Académie d’Aérostation météorologique avec médailles, livres, etc., se rattachant aux ballons, et un projet d’appareil volant de M. Jobin. Quand nous aurons signalé les dépêches photomicrographiques de la poste aérienne dues à M. Dagron, les baromètres enregistreurs de MM. Richard frères, les aérostats de baudruche de M. Brodin, l’appareil givreur de M. de Fonvielle, les jouets aérostatiques de M. Dandrieux, un certain nombre d’hélicoptères divers, nous nous trouverons avoir à peu de chose près, fait l’énumération complète de l’Exposition aéronautique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 juin 1883. — Présidence de M Blanchaud.
- Un nouveau verre. — Déjà nos lecteurs ont été mis au courant de cette intéressante découverte de M. Sidot que le phosphate acide de chaux fondu à haute température se présente comme une matière vitreuse, incolore et transparente que l’on peut travailler comme .le verre ordinaire. C’est avec le plus vif intérêt que l’on voit aujourd’hui sur le bureau, des cornues, des ballons et des tubes variés fabriqués avec cette nouvelle matière. 11 ne s’agit pas bien entendu de remplacer le verre dans ses applications ordinaires, mais de fournir aux chimistes des vases transparents ne renfermant pas de silice et résistant à l’acide fluorhydrique. A cet égard l’intérêt est évident et l’on peut s’attendre à voir l’histoire du fluor faire, grâce à la découverte de M. Sidot, les progrès les plus considérables. On comprendra donc que le meilleur accueil ait été fait à l’allocution de M. Dumas demandant qu’une souscription soit ouverte dans tous les laboratoires de chimie pour subvenir aux frais d’une fabrication qui sera certainement dispendieuse mais dont il importe de mettre les produits entre les mains de tous les expérimentateurs. En quelques paroles éloquentes M. Freiny appuie la demande du Secrétaire perpétuel et se félicite de voir approcher le moment ou les fluorures, soigneusement collectionnés depuis trente ans, livreront enfin le secret intime de leur constitution.
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- Origine de la bauxite et du fer en grains. — Les géo- I logues sont jusqu’ici loin d’être d’accord quant à l’origine à attribuer à l’hydrate d’alumine naturel appelé bauxite.
- M. Coquand, qui en a étudié soigneusement le gisement, y voit un produit de sources minérales apportant l'alumine soit dans des lacs, soit à la surface des sois émergés. Mus récemment M. Dieulafait a voulu en faire le résultat d’une décomposition par l’eau des roches silicatées. Ayant repris cette question intéressante, il m’a semblé que la première supposition est trop vague et que l’autre n’est pas justifiée par les propriétés des silicates. Des expériences nous ont montré que si des eaux minérales chargées de chlorure d’alumine ou de chlorure de fer ou du mélange de ces deux sels, peuvent baigner du calcaire, il en résulte la précipitation de l’alumine ou de l’oxyde de fer ou du mélange de ces deux substances ; c’est-à-dire de la bauxite ou de la limonitc semblable à celle qui constitue le fer en grains. Quant à l’origine des chlorures dans les eaux minérales, il suffit de supposer que, dans les profondeurs très chaudes, l’eau de mer motrice des volcans parvient au contact des roches alumineuses on ferrugineuses. M. Dumas, qui veut bien présenter notre travail, paraît comme nous-même d’avis que cette nouvelle théorie, s’appuyant sur des réactions peu connues des chimistes rend compte des principales particularités du gisement des bauxites et du fer en grains. Peut-être jugera-t-on qu’il faut la substituer aux suppositions antérieurement émises.
- Livres. — C’est avec beaucoup d’éloges — mérités — que M. le Secrétaire perpétuel signale un nouveau volume de notre savant confrère M. Henri de Parville. Sous le titre de l’Électricité et ses applications, l’auteur fait la description, à la fois très compétente et pleine d’attrait, de l’Exposition de 1881. Les choses curieuses, les révélations imprévues abondent à chaque page et chacun, suivant son point de vue spécial, y trouve à foison les motifs d’intérêt. — 187 figures disséminées dans le texte facilitent encore la compréhension des descriptions déjà lumineuses par elles-mêmes. Nul doute qu’un grand succès de popularité soit réservé à cette nouvelle œuvre de M. de Par-ville.
- Les Français amis des sciences seront bien heureux d’apprendre qu’un de nos jeunes savants les plus distingués, qui se cache mal sous le pseudonyme d’IIoutlet, a consacré à la fois sa profonde connaissance de l’anglais et sa compétence scientifique, à traduire le Manuel du Géologue de Dana. Le volume illustré de 363 figures sera désormais le vade mecum de tout amateur de la science de la terre. On appréciera spécialement les indications si pratiques qui sont fournies au sujet de la récolte et de la conservation des échantillons.
- Varia. — M. Marcel Deprez pose sa candidature à la, place vacante, dans la section de mécanique, depuis le décès de M. Bresse. — Un médecin des Landes, M. PaHas, annonce que des plantations de vignes françaises dans le sable réussissent admirablement. C’est un gage très précieux pour l’avenir, le phylloxéra ne pouvant vivre, comme on sait, dans les terrains arénacés. — Poursuivant la publication des œuvres de son illustre grand-père, Mme de Colbert a trouvé dans les papiers de Laplace des pièces dont elle ne peut autoriser l’impression et qu’elle désire, cependant, préserver de toute destruction. Elle en confie le dépôt à l’Académie en stipulant que la liasse ne pourra être ouverte qu’en 1950. — Notre confrère M, Hambosson adresse, par l’intermédiaire de
- M. Larrey, un volume relatif aux phénomènes nerveux, intellectuels et moraux qui est renvoyé au concours pour les prix de médecine et de chirurgie. — M. Meugy fait hommage de la carte agronomique et géologique de l'arrondissement de Mézières. Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- BROUILLARD EXTRAORDINAIRE.
- Monsieur,
- Dijon, le l juin 1885.
- Permettez à un lecteur assidu de La Nature de vous signaler un brouiUard fort remarquable qui s’est produit dans notre région le 17 mai dernier. Ce brouillard qui a persisté toute la journée était parfois assez intense pour voiler le soleil; il avait une odeur sulfureuse et âcre des plus singulières.
- J’ai déjà observé à Dijon plusieurs brouillards tous presque aussi intenses; mais je n’avais jamais constaté cette odeur pénétrante qui caractérisait celui du 17 mai. J’ai fait prendre par mes agents des renseignements dans plusieurs localités de la Côte-d’Or et de l’Yonne et partout le phénomène a présenté les mêmes caractères ; quelques observateurs prétendent même que les arbres fruitiers ont été endommagés.
- Il serait intéressant de savoir jusqu’où ce brouillard s’est étendu; il paraissait appelé par un vent du nord ou du nord-ouest.
- Veuillez agréer, etc. H. Bazin,
- Ingénieur, à Dijon.
- SUR UN TOURNIQUET HYDRAULIQUE.
- Monsieur,
- Bruxelles, 3 juin 1883.
- Dans^le numéro 520 de La Nature (19 mai 1883) votre exceUent journal donne la description d’un nouveau tourniquet hydraulique à siphons, construit et modifié par M. E. Ducretet d’après les premières idées de M. Beuf.
- Permettez-moi à ce sujet une petite revendication de priorité.
- Il y a six ou sept ans que j’ai fait construire par mes préparateurs, MM. Baudelet et Vleminckx, des siphons tournants dont je fais constamment usage depuis lors pour l’expérience du tourniquet hydraulique dans les cours de physique que je donne à l’École militaire et à l’Université de Bruxelles.
- Cet appareil a figuré à l’Exposition nationale de 1880 parmi les instruments exposés par l’Université de Bruxelles; il ne diffère de celui qui se trouve décrit dans le numéro 520 de La Nature qu’en ce que, aux doubles siphons, tels que les construit M. Ducretet, j’ai préféré l’emploi de siphons simples en verre que chacun peut construire soi-même sans aucun frais et dont le fonctionnement ne laisse rien à désirer.
- En voici du reste la description, extraite textuellement du catalogue spécial que l’Université de Bruxelles a fait imprimer en 1880 à l’occasion de l’Exposition nationale î
- « Siphon tournant de M. Rousseau pour montrer la réaction des liquides en mouvement. Ce siphon a la forme d’un siphon ordinaire formé de deux branches verticales réunies par une branche horizontale ; seulement
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- LA N AT ü HE.
- la branche"extérieure est recourbée horizontalement dans une direction perpendiculaire au plan des deux branches, et le siphon peut tourner autour d'une tige fixée verticalement dans un vase plein d’eau. A cet effet la tige s’engage dans la petite branche du siphon auquel elle sert de support. Aussitôt que le siphon est amorcé, il prend un mouvement de rotation, produisant sous une forme plus simple et d’une construction plus facile l’expérience du tourniquet hydraulique. »
- Dans le même ordre d’idées, j’avais a la même époque, construit pour mes cours un autre appareil, dont je fais également usage depuis lors, et qui est ainsi décrit dans le même catalogue.
- « Tourniquet pneumatique de M. Rousseau. Fondé sur le même principe que le siphon tournant, le tourniquet pneumatique est formé d’uu tube à deux branches, l’une droite et verticale, l’autre horizontale et coudée. La tige verticale de l’appareil précédent est remplacée par un tube de verre effilé à son extrémité supérieure, qui s’engage dans la branche verticale du tourniquet et lui sert de support.
- Ce tube communique par le bas avec un tube de caoutchouc ; il suffit d’insulfler de l’air par ce dernier tube pour communiquer au tourniquet un mouvement de rotation rapide. »
- J’ajouterai à ceci que j’emploie aussi le tourniquet pneumatique ci-dessus décrit comme tourniquet électrique, en me servant, comme support, d’une longue aiguille à coudre convenablement fixée au conducteur de la machine électrique, et que ce tourniquet m’a toujours donné d’excellents résultats.
- Veuillez agréer, etc. K. Rousseau,
- Professeur à lTnivcrsité île Bruxelles.
- UN AQUARIUM-VOLIÈRE-JARDINIÈRE.
- Cambrai, le 26 mai 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je ne puis résister au désir de vous détailler un meuble de ma composition qui orne un de mes appartements et qui constitue une véritable villégiature en chambre.
- Celui qui aime un peu de distraction chez lui sans que cela lui tienne beaucoup de place, aura, je l’espère, par mon indication, un moyen bien simple et peu coûteux de satisfaire ses goûts.
- Munissez-vous d’une grande cloche à melon ; dans l’intérieur de cette cloche, introduisez un vase cylindrique en verre que vous avez au préalable chargé de morceaux de plomb ou de fonte peints en vert et autres couleurs, de
- manière à imiter le lit d'une fontaine ou d’un clair ruisseau Sur le fond de ce vase repose un perchoir mobile et avec pied, le tout en fer rond et d’un petit diamètre. Sur l’orifice de la cloche on place un grillage dont les mailles sont assez larges pour fournir l’air suffisant aux oiseaux. Enfin, sur le grillage on peut encore, pour l’ornementation, placer des pois de fleurs.
- Faites faire par un menuisier un pied en bois de sapin capable de recevoir la dite cloche dans ses griffes. Faites rougir ou noircir ce pied, selon la couleur des meubles de votre appartement, puis faites-le vernir.
- Quand vous aurez fait construire cet appareil qui n’offre rien de compliqué, en mettant de l’eau et des poissons rouges dans la cloche,des oiseaux dans le vase cylindrique, et des pots de fleurs sur le grillage qui recouvre l’orifice de la cloche et du vase; en plaçant la cloche ainsi disposée sur le pied, on peut avoir d’un seul coup : aquarium, volière et jardinière, avec cet agrément qu’on produit ainsi l’illusion très curieuse et qui ne laisse pas que de surprendre beaucoup, de pouvoir faire vivre des oiseaux dans l’eau avec des poissons.
- Au lieu de faire faire le pied en bois, ou peut le faire construire en fer rond plus élevé que celui de la figure ; ce pied serait même moins massif et partant plus élégant. Veuillez agréer, etc. M. Goy.
- Le propt Hé tare-gérant : G. Tissa nui ni.
- Imprimerie A. Lahure 9, rue de Flemus à Paris.
- Oiseaux dans uu aquarium.
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- 23 JUIN 1885.
- LA NATURE.
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- STATISTIQUE DES APPAREILS A VAPELR
- EN E 11 A N C E
- Le Ministère des Travaux publics vient de publier sur la statistique des appareils à vapeur en France des documents très intéressants, auxquels nous emprunterons le résumé des principaux faits.
- Le nombre et la puissance des machines de toute sorte, le nombre des chaudières et des récipients de
- vapeur, ainsi que celui des établissements dans lesquels ces appareils ont été en activité, se résument comme il suit pour 1881, en France seulement (non compris l’Algérie) :
- Établissements, 55712; machines, 44010; chevaux-vapeur, 576424; chaudières motrices, 49444; chaudière calorifères, 5255; récipients de vapeur, 20197.
- Ces chiffres comparés à ceux de 1880, fout ressortir une progression notable du nombre des
- Carte statistique de la distribution des appareils à vapeur, en France, par département, eu 1881 (non compris les chemins de fer
- ni les bateaux).
- établissements où il a été fait usage de. la vapeur, de celui des moteurs ainsi que de leur force totale.
- L’importance des appareils à vapeur permet en quelque sorte de mesurer celle des établissements industriels; il est donc intéressant, de rechercher dans quelle proportion les chaudières et les machines se trouvent réparties entre les différentes branches d’industrie.
- Les groupes d'industrie qui consomment le plus de force motrice sont les suivants : usines métallurgiques, H7088 chevaux-vapeur; tissus et vêtements, 108 555 ; mines et carrières, 90189; indus-
- 11“ année. — 2“ semestre.
- tries alimentaires, 87046; bâtiments et travaux 46629; agriculture, 42092.
- L’agriculture avec ses machines à battre dont on se sert de plus en‘plus, est une des branches de l’activité française où s’est signalé principalement l’accroissement de l’emploi des appareils à vapeur.
- Le meilleur moyen de se rendre compte de la façon dont la vapeur est employée dans les différentes régions de la France consiste assurément à examiner une carte sur laquelle seraient portées les principales données de la statistique.
- M. O. Keller, ingénieur en chef des mines, dans
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- son rapport au Ministre des Travaux publics, a dressé une grande carte, dont nous donnons ici une réduction au tiers environ. On a figuré pour chaque département le nombre des établissements où des appareils à vapeur ont fonctionné en 1881, celui des chaudières et la puissance des machines. Des secteurs de teintes variées permettent de saisir d’un coup d’œil la nature des branches industrielles auxquelles appartiennent les usines de chaque departement, ainsi que leur importance au point de vue de la force motrice.
- Un diagramme établi à une échelle réduite dans un des angles de la carte, représente les totaux pour les 87 départements. Il montre que les industries minérales, si l’on réunit sous cette désignation les mines, les carrières et les usines métallurgiques, comprennent plus du tiers du nombre de chevaux - vapeur correspondant à l’ensemble des établissements (219121 sur 576424).
- La force motrice obtenue à l’aide de la vapeur se répartit en effet comme il suit :
- Industries minérales, 58,0 pour 100; industries textiles, 18,8; industries alimentaires, 15,2; industries diverses, 10,8; industries chimiques, 9,9; agriculture, 7,5.
- La prépondérance industrielle du département de la Seine et du département du Nord, sont nettement indiquées par la carte statistique qui nous montre encore que si on divise le pays en deux régions d’une étendue analogue, en tirant une ligne droite du Havre à Montpellier, celle de l’Est se montre incomparablement plus industrielle que l’autre.
- Un grand nombre de conclusions se dégagent d’eux-mêmes, de ces documents si bien condensés par la méthode graphique, dont nous nous félicitons de voir que l’on fait chaque jour un usage de plus en plus important et de plus en plus fécond.
- Gaston Tissandikr.
- CARNOT ET LES AÉROSTATS
- Lors du banquet qui a eu lieu le 5 juin à l’occasion du centenaire de la découverte des aérostats1, M Sadi Carnot, député, petit-fils du grand Carnot, a fait connaître quelques documents inédits qui se rattachent à son illustre grand-père et à l’histoire des débuts de l’aérostation. Sur notre demande, M. Sadi Carnot a bien voulu nous donner par écrit les paroles qu’il a prononcées et que nous sommes heureux de reproduire. G. T.
- Messieurs,
- Puisque, dans cette fête de la science, le souvenir de mon grand-père a été évoqué, je voudrais vous rappeler quelques faits oubliés, quelques incidents peu connus qui témoignent du vif intérêt que Carnot n’a cessé de porter à la grande découverte dont nous célébrons ici l’anniversaire.
- 1 Voy. n° 523, du 9 juin 1883, p. 30.
- La mémorable ascension du 5 juin 1783 avait été une véritable surprise pour le monde savant. En 1782 l’Académie des Sciences déclarait encore, à l’occasion d’un mémoire, sur le vol des oiseaux, que l’homme ne parviendrait jamais à se soutenir dans les airs.
- Après le succès des frères Montgolfier il fallut bien se rendre à l’évidence, et le savant Lalande, secrétaire perpétuel de l’Académie, le fit de bonne grâce. 11 s’occupa même, peu après, de la question de la direction des ballons; et, tout en se montrant personnellement incrédule, il sollicita les observations de toutes les personnes qui se livreraient à des recherches sur ce problème.
- Carnot, jeune capitaine du génie (il avait alors trente ans), répondit à cet appel et adressa, le 17 janvier 1784, à l’Académie des Sciences, un mémoire qui fut renvoyé par elle à l’un de ses plus illustres membres, Meusnier, officier du génie comme Carnot.
- Ce mémoire, demeuré dans les cartons de Meusnier, passa dans les mains de Guyton de Morveau, puis dans celles de Prieur de la Cête-d’Or. Il n’a pas été imprimé.
- L’auteur s’attriste de voir qu’à l’Académie on désespère de parvenir jamais à diriger dans les airs « cette machine (je reproduis ses expressions mêmes) qui fait tant d’honneur à l’esprit humain et qui doit immortaliser M. Montgolfier. »
- « Il a depuis longtemps, ajoute-t-il, là-dessus des idées qu’il demande la permission de soumettre au jugement de l’Académie. »
- Je ne veux, messieurs, que résumer en quelques mots les idées principales développées dans ces pages écrites, je le rappelle, au commencement de 1784.
- Carnot ramène à ces deux chefs le problème de la direction des ballons :
- 1° Trouver une puissance motrice capable de vaincre la résistance de l’air et de lutter contre le vent ;
- 2° Imaginer une machine propre à transmettre l’action de cette force à l’air ambiant.
- Cette machine, pour l’auteur du mémoire, était un système de roues à ailettes minces présentant alternativement à l’air le plat et le tranchant.
- La force, il la demandait au feu échauffant Pair du ballon et déterminant un mouvement de systole et de diastole qu’il utilisait pour agir sur la machine par des cordages fixés à l’enveloppe.
- Ce qui est caractéristique dans la lettre à l’Académie que je viens de résumer si brièvement, ce sont les vues de son auteur sur l’avenir du feu comme principe moteur :
- « Remarquez en passant, écrit-il, combien de bras on épargnera dans les manufactures lorsqu’on connaîtra mieux la mécanique du feu; je crois être fondé à prédire qu’avant une dizaine d’années elle produira des révolutions étonnantes dans les arts. »
- Carnot écrivait ces lignes au milieu de l’indifférence et de l’oubli qui avaient accueilli l’expérience du marquis de Jouffroy sur la Saône. Plus tard il devait en vain appeler, sur les offres de Fui ton, l’attention distraite du premier Consul.
- Pardonnez-moi, messieurs, cette digression. Elle ne nous éloigne pas des héros de cette journée. Carnot, à qui l’on reprochait parfois de se faire le patron des inventions téméraires répondait : « Le génie est chose si rare que je cours au-devant de lui » et il sut apprécier à leur valeur les Montgolfier comme Fulton.
- Il eut toujours grande confiance dans l’avenir des aérostats. Longtemps après le mémoire de 1784 il reve-
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- nait sur le problème de la direelion des ballons, « problème qui serait résolu, disait-il, par la connaissance des courants de l’atmosphère dès qu’on saurait s’elever et s’abaisser sans consommer son gaz ni son lest. »
- L’occasion lui fut donnée pendant les guerres de la République, d’assigner aux aéros ats une mission patriotique. Membre du Comité de Salut public, secondé par Guvton de Morveau et Prieur de la Côte-d’Or, il les lit employer aux reconnaissances militaires, et envoya Coutelle à Maubeuge auprès du général Jourdan, avec le commandement d’une compagnie d’aérostiers.
- Le jour de la bataille de Flcurus le ballon observateur, ' qui s’etait élevé aux cris de Vive la République ! plana neuf heures au-dessus du champ de bataille.
- Après la grande campagne du Nord on créa une école d’aérostiers, et Carnot en lit donner la direction au savant Conté qui eut à sa disposition le jardin de Meudon où furent entrepris les essais de télégraphie aérostatique.
- Je vous disais il y a un instant, messieurs, que Carnot avait apprécié à leur valeur les illustres frères d’Annonay. En 1807, il contribua à faire rendre à l’un d’eux un hommage mérité en se faisant le patron de la candidature à l’Institut de Joseph Mon’golfier.
- C’est alors que le vieux Lalande, l’incrédule de 1785, accueillit son nouveau collègue par ce cri enthousiaste :
- Sic itur ad astra!
- Nous nous associons à cette prédiction, en célébrant, après cent ans écoulés, les grands inventeurs de 1783.
- Sadi Carnot, député.
- ---o<>-)—
- L’ÉLECTROMÈTRE ENREGISTREUR
- DE M. MA SC ART
- Le modèle primitif de cet appareil, qui a figuré à l’Exposition universelle de 1878, a été décrit dans La Nature par M. Angot1 ; M. Iledier l’avait construit en appliquant à l’enregistrement de l’électricité atmosphérique le principe du rouage différentiel, qui forme la base de ses enregistreurs météorologiques. Les procédés photographiques alors en usage ne permettaient guère, en effet, d’obtenir la trace continue de variations aussi brusques que le sont fréquem- ment celles de l’électricité atmosphérique; Pex-trème sensibilité du papier préparé au gélatino-bromure d’argent, que la science a mise à profit depuis ces dernières années, a conduit M. iMascart à modifier son appareil, de façon à utiliser cette merveilleuse propriété.
- Rappelons d’abord que dans les études d’électricité atmosphérique, on se propose de mesurer le potentiel de l’air en un point déterminé, ou plutôt la différence entre le potentiel en ce point et celui de la surface du sol, que l’on considère comme nul. On sait qu’en plaçant un conducteur isolé, par exemple, un cylindre métallique, dans le voisinage d’un corps électrisé, il s’électrise lui-même par influence, et ses deux extrémités reçoivent des charges
- 1 Yoyi 1878, 2e semestre, p. 571 i
- égales et de signes contraires. Ce cylindre étant placé verticalement dans l'atmosphère, la ligne neutre serait située vers le milieu et son potentiel serait égal à celui de l’air à la hauteur de cette ligne neutre; mais il est à peu près impossible d’isoler un conducteur ainsi disposé, et dans la pratique on amène artificiellement la ligne neutre à l’une des extrémités du conducteur, en faisant écouler toute l’électricité qui s’v trouve, jusqu’à ce que la densité électrique soit nulle en ce point. On obtient ce résultat au moyen d’un écoulement d’eau disposé comme il sera indiqué plus loin.
- La nouvelle disposition de l’éleetromètre de M. Mas-cart, construit par M. Carpentier, est représentée figure 1. Une aiguille eu aluminium I, en forme de 8, figurée en pointillé sur le dessin, est suspendue horizontalement par un double fil de cocon, dans l’intérieur d’une sorte de boîte formée de quatre secteurs ou quadrants métalliques creux, reliés deux à deux par des fils de cuivre. Les deux paires de quadrants sont isolées l’une de l’autre et du reste de l’appareil; elles communiquent avec l’extérieur par deux bornes B et B', dont la tige traverse librement un trou percé dans la plaque de métal qui recouvre l’éleetromètre. Chaque borne peut être reliée à la cage, ou isolée, à volonté, en soulevant ou en abaissant un petit chapeau C; dans la position C, la borne et la paire de quadrants qui lui correspond sont isolées; en C', au contraire, ces mêmes pièces communiquent avec la cage de l’instrument, et par suite avec le sol.
- Un fil de platine P, assujetti à l’aiguille, porte un miroir plan vertical M ; son extrémité, qui plonge dans un vase contenant de l’acide sulfurique concentré, est traversée par deux tiges fixées normalement, et destinées à amortir les oscillations de l’aiguille. Une seconde tige de platine F, qui plonge également dans le vase à acide sulfurique, aboutit à la borne A et est reliée par un fil avec un réservoir isolé, rempli d’eau. Tout l’appareil est renfermé dans une cage métallique cylindrique, percée, en avant du miroir, d’une ouverture fermée par une lentille plan convexe L; cette cage, constamment en communication avec le sol, protège l’aiguille contre les courants d’air et s’oppose à toute intluence électrique extérieure. Le tube métallique qui surmonte l’appareil se termine par un treuil Ü sur lequel s’enroule l’extrémité du système bifilaire. Une vis à pas opposés D' permet de modifier à volonté l’écartement des deux fils, de manière à régler la sensibilité de l’éleetromètre. Enfin à l’aide d’une vis tangente V, placée à la base du tube, on amène l’aiguille et par suite le miroir dans une position convenable pour l’observation.
- Le collecteur de l’électricité atmosphérique est constitué par un filet d’eau qui s’échappe d’un réservoir C (tig. 2), de 50 litres environ de capacité, et que l’on remplit deux fois par jour, à 12 heures d’intervalle. L’eau s’écoule constamment au dehors, par l’extrémité d’une tige L, longue de lm,50 envi-
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- ron, qui traverse le mur au moyeu d’une ouverture pratiquée à cet effet. Le débit, réglé par le robinet R', est tel que le filet liquide se résout en gouttelettes à 4 ou 5 centimètres de I’oriiîce de la tige. Un tube communiquant, en verre Y, montre à chaque instant le niveau de l’eau dans l’intérieur. Le réservoir peut être au besoin mis en communication avec le sol par le fil T; il est supporté par des pieds isolants S d’une forme spéciale indiquée par M. Mascart; le fil conducteur F est de même isolé complètement par des isoloirs construits sur le même principe.
- Ces isoloirs sont représentés dans la figure 3. L’un A est disposé pour être placé sur une tablette, l’autre B est destiné à être accroché ou suspendu. L’isoloir A est formé d’une sorte de carafe dont le fond se prolonge à l’in-téj'ieur et se termine en une tige qui ressort par le goulot; cette tige est recouverte d’un manillon métallique sur lequel glisse un coulant muni d’un chapeau, qui peut fermer presque entièrement l’ouverture du flacon. Dans l’isoloir B, le fond de la carafe se relève en un tube, ouvert à l’intérieur, par lequel passe nie tige de verre terminée en crochets; chaque isoloir contient de l’acide sulfurique concentré. Dans les deux cas, la tige centrale est protégée contre l’humidité par l’acide, et constitue un isolant parfait.
- Lorsque l’électromètre ne doit servir qu a des expériences de laboratoire, on peut se borner à lire les déviations du miroir M, au moyen d’une lunette et d’une échelle divisée, absolument comme
- on le fait pour les appareils de variations magnétiques à lecture directe. Mais le potentiel de l’air est une
- quantité essentiellement variable, comme le montre la courbe de la figure 5, et pour avoir une idée du phénomène, il serait illusoire de se contenter d’en prendre des points à époques fixes ; un enregistreur doit donc nécessairement ici compléter l’électromètre.
- La méthode actuelle d’enregistrement est exactement celle que nous avons décrite poulies appareils magnétiques. Nous rappellerons brièvement en quoi consiste cet enregistrement, renvoyant pour les détails à notre récent article sur le magnéto-mètre enregistreur de M. Mascartl. Une caisse d’horloge H (fig. 4) est divisée dans le sens de la hauteur en deux parties séparées par une cloison en bois; l’une renferme un mouvement d’horlogerie, l’autre f orme chambre noire et contient un châssis qui descend de toute sa hauteur en 24 heures, entraînant dans son mouvement une feuille de papier sensibilisé au gélatino-bromure d’argent. Une lanterne L contient une petite lampe à gazogène qui envoie à l’élcctromètre des rayons lumineux se réfléchissant sur la lentille, et sur le miroir fixé à l’aiguille de l’élec-tromètre.
- Nous supposerons que l’on ait versé de l’acide sulfurique concentré dans tous les isoloirs prélablement lavés et séchés, ainsi que dans le vase où plongent les fils de platine. La hauteur
- 1 Voy. u° 513 du 31 mars 1883, p. 276.
- Fig. ]. — Électromètre de M. Mascart.
- Fig. 2. — Collecteur de l’électricité atmosphérique:
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- LA NATLTiE
- relative de l'horloge et de l’électromètre est réglée I de façon que les rayons émanés de la lampe, après j réflexion, viennent tomber exactement sur la fente | derrière laquelle glisse le châssis photographique. Ces rayons forment, sur le papier sensible deux images dont l’unc, due à la réflexion sur la face plane de la lentille, a une position fixe et trace une ligne droite, tandis que l’autre, due à la réflexion sur le miroir, suit tous les mouvements de l’aiguille et trace une courbe plus ou moins mouvementée.
- Pour mettre l’appareil en expérience, on commence par faire communiquer la cage de l’électromètre avec le sol, au moyen d’un fil T (fig. 2); on relie les deux paires de quadrants par les bornes B et B' dont on a relevé les chapeaux C et G', aux deux pôles d’une pile P de 20 éléments Volta, dont le milieu doit communiquer avec le sol, pour que l’appareil conserve une symétrie électrique parfaite.
- Les deux paires de quadrants sont ainsi à des potentiels égaux et de signes contraires, et l’aiguille maintenue en communier.-lion avec le sol prend une certaine position d’équilibre. Au moyen de la vis tangente Y (fig.
- 1), on fait tourner la suspension bifilaire jusqu’à ce que l’image mobile vienne se confondre avec l’image fixe. La position du zéro, qui correspond à un potentiel nul, étant ainsi déterminée, on réunit la borne A au fil F qui aboutit au réservoir isolé, et on relève le chapeau adapté à cette borne.
- Des expériences spéciales permettent de vérifier l’isolement des différentes pièces. Si cet isolement est parfait, ce qui est une condition indispensable, on voit aussitôt l’image mobile dévier dans un sens ou dans l’autre, selon la nature de l’électricité atmosphérique, et l’angle de déviation, lorsqu’il est compris entre certaines limites, est proportionnel au potentiel de l’air au point où se fait l’écoulement.
- 11 reste maintenant à graduer l’instrument,, c’est-à-dire à mesurer en unités connues, la valeur de l’ordonnée de la courbe. Pour cela on enlève le fil F, et on relie la borne A de l’électromètre au pôle positif d’une pile Daniell de 10 éléments , par exemple, dont l’autre pôle communique avec la terre. L’image mobile est déviée, et s’arrête au bout de quelques instants en
- une certaine position P (fig. 5). On laisse l’appareil dans cet état pendant six à dix minutes, le temps nécessaire pour que le papier soit influencé, puis on intervertit les pôles de la pile auxiliaire ; on obtient alors une seconde image, symétrique de la première, qui laisse une trace en P' sur la feuille. La demi-distance P P' mesure la déviation produite par 10 éléments Daniell. On peut ainsi exprimer exactement, en éléments Daniell, le potentiel de Pair [à un instant quelconque.
- Lorsqu’on met le réservoir en communication avec le sol, par exemple lorsqu’on le remplit d’eau, l’image mobile revient immédiatement au zéro et
- Fig. 3. — Isoloirs.
- Fig. 4. — Méthode d'enregistrement de^l’étectromètre de M. Mascart.
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- laisse sur le papier une trace 0 qui persiste jusqu’à ce que l'isolement ait été rétabli. L’enregistreur donne ainsi de lui-mème une vérification quotidienne du zéro.
- Les graduations doivent être renouvelées fréquemment; en effet, les conditions primitives d'isolement ne persistent pas indéfiniment; l'acide s’hydrate, et peu à peu les déviations pour une même charge diminuent d’amplitude; lorsque la déperdition est bien accusée, ce dont il est nécessaire de s'assurer de temps en temps, il faut démonter l’appareil, descendre le réservoir, et procéder avec les précautions d’usage au renouvellement de l’acide sulfurique dans les isoloirs et dans le vase de l’électromètre.
- Les détails pratiques pour remplacer le papier photographique dans le châssis, pour relever et fixer les épreuves, sont absolument ceux que nous avons indiqués à propos du magnétomètre enregistre ur.
- Nous n’y reviendrons pas.
- L’électromètre de M. Mascart, appliqué à l’enregistrement de l’électricité atmosphérique, a été installé d’abord au laboratoire de physique du Collège de France; il fonctionne maintenant d’une manière régulière dans les observatoires météorologiques du Parc Saint-Maur, de Nantes, de Perpignan, à l’observatoire de Lyon, etc. D’autres établissements vont le mettre en expérience très prochainement.
- On ignore encore les causes et le lieu d’origine des actions électriques dont l’atmosphère terrestre est le siège; plusieurs physiciens, il est vrai, ont tiré de leurs propres observations quelques résultats importants, mais les phénomènes généraux ne pourront être étudiés avec fruit que par la discussion et la comparaison d’observations continues faites simultanément en un grand nombre de points, l/appareil que nous venons de décrire fournit un moyen simple et commode de recueillir des documents dans ce but. Th. Moureaux.
- ---c*Oo-—
- LES ARBRES GÉANTS DE LA CALIFORNIE1
- Depuis quelques années, tout ce qui touche aux États-Unis attire vivement l’attention du public
- 1 Voy. n° 155, du 20 mai 1876, p. 585 : Un bal donné sur un tionc de Séquoia gigantea. — Voy. précédemment : n» 1 ji, du 24 juillet 1875, p. 110 : Séquoia giganlea.
- européen. La nature a comblé ce bienheureux pays de tous ces dons : l’uniformité de langue, de monnaies et d’usages commerciaux, une incroyable variété de sols et de climats, des mines d’or, d'argent, de cuivre, etc., de la plus grande richesse, des charbons de terre, de l’anthracite, du pétrole en quantités immenses, des (louves, des lacs et des ports merveilleux : au milieu de cela, une race intelligente et laborieuse à laquelle viennent chaque année s’ajouter environ cinq cent mille émigrants allant à la conquête du « Great west » avec une ardeur qui fait l'étonnement du monde. On comprendra alors que toutes les nations occidentales suivent, avec le plus vif intérêt, le problème social qui se déroule de l’autre côté de l’Atlantique.
- La population augmente là dans des proportions énormes : quand j’abordai pour la première fois à
- New-York, il y a quelque cinquante ans, il n’y avait pas ëOOOOO habitants : aujourd’hui il y en a plus de 2 millions ; que sera-ce dans quelques siècles, lorsqu’on étudie la disposition des lieux qui se prêtent, bien mieux que Londres, Paris ou Canton à une grande agglomération d’hommes? Pour résumer ma pensée, je dirai, qu’en Europe, la table est mise pour quinze personnes et l’on est vingt pour s’asseoir; aux États-Unis, on est vingt à table, mais il y a de quoi nourrir vingt-cinq convives et ce sera longtemps encore ainsi.
- De toutes les parties des États-Unis, la plus intéressante, la mieux partagée par la nature, c’est encore la Californie, depuis le 52e jusqu’au 42e degré de latitude. Quand après avoir parcouru, dans les fameux « Pullman Cars », les immenses plaines qui s’étendent depuis Omaha jusqu’à la Sierra Nevada, sur une longueur de 1800 milles, on arrive par le « Great Pacific Rail-Road » jusqu’à Sommit, qui est la station la plus éleyée, on est à 7000 pieds au-dessus du niveau de la mer et, dans le très court trajet qui vous rapproche de San Francisco, on jouit de vues délicieuses qui vous annoncent qu’on entre dans un pays exceptionnel. Cela rappelle un peu l'émotion qu’on éprouve quand on quitte les sommets neigeux des Alpesrpour descendre vers les lacs enchanteurs du nord de l’Italie. En effet, la Sierra Nevada à l’est et le « Coast range » ou les montagnes qui bordent le Pacific, donnent naissance à des
- minuit
- Fig. 5. — Spécimen des courbes tracées par l’éJectromètre enregistreur de M. Mascart (légèrement réduit).
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- cours d’eau infinis qui se rejoignent, du nord au sud, dans la rivière Sacramento, et du sud au nord, dans la rivière San Joachim, pour aller ensemble se jeter à la mer par la baie de San Francisco et la fameuse « Golden Gâte » ou Porte Porée.
- Il y a là, en fait de lacs, de cours d’eau, de rochers pittoresques, de sources d’eaux minérales et de curiosités naturelles, deux ou trois Suisses tout entières.
- Je ne dois m’occuper ici que d’horticulture et je me hâte de dire que les mines d’or et d’argent, qui, dès l’abord, avaient attiré tant d’émigrants sont aujourd'hui sur le second plan. L’agriculture, on le comprend, là-bas comme ici, est la source de la richesse vraie, durable et sans cesse renouvelée. Déjà on se préoccupe ici, non pas seulement des récoltes du centre de l’Amérique, mais aussi de celles des États du Pacifique qui grâce aux perfectionnements des voies maritimes, envoient en Europe une portion de leurs produits. Dans quinze ou vingt ans, il en sera de même pour leurs vins, qu’on n’estime pas aujourd’hui, mais dont la production s’améliore et augmente dans d’immenses proportions, parce que le sol et le climat leur conviennent admirablement.
- J’ai donné précédemment, dans La Nature, quelques notes sur la production fruitière qui prend un développement extraordinaire1 ; aujourd’hui, je me propose de visiter avec mes lecteurs, l’une des plus grandes curiosités botaniques du monde : je veux parler des Séquoia giyantea des districts de Cala-veras et de Mariposa.
- La carte ci-jointe (fig. 1) indique les routes qui y conduisent. Jusqu’à présent, on compte huit groupes remarquables de Séquoia, mais il y en a deux principaux qui attirent surtout l’attention des touristes et des voyageurs : ce sont les seuls que nous décrirons ici.
- Le premier et le plus anciennement découvert, celui qui est le plus aisément accessible est le groupe de Calaveras situé à~l’est de San Francisco, près du Stanislaus River et non loin du « Silver mountain Pass, » sur le versant occidental de la Sierra-Nevada. Pour le visiter, on prend le chemin de fer jusqu’à Stockton et Milton ; de là une diligence vous conduit, par une bonne route de 45 milles, par Murphy’s, jusqu’à Calaveras. Le groupe des Séquoia occupe là une surface de 3200 pieds sur une largeur de 700 pieds; il renferme une centaines d’arbres principaux. L’un d’eux est dépouillé de son écorce jusqu’à une hauteur de 116 pieds : on l’a montré comme curiosité aux États-Unis, et, finalement, on l’a installé sur une armure en fer, à l’Exposition de Londres, à Ilyde-Park, en 1855; ce curieux spécimen, replacé au palais de Sydenham, a été brûlé lors de l’incendie d’une des ailes du palais. Actuellement, l’arbre le plus élevé à Calaveras est le « Keystone State » qui a 325 pieds de haut et 45 pieds de dia-
- 1 N° 501, du 6 janvier 1883, p. 86,
- mètre. On en compte 30 autres dont le diamètre varie de 27 à 52 pieds et la hauteur de 230 à 320 pieds : leur âge est évalué diversement de 12 à 1500 ans. Le « Father of the forest », maintenant abattu, mesurait 450 pieds de long et 120 pieds de tour. Tout ce groupe se trouve à une altitude de 4735 pieds au-dessus du Pacifique.
- Une route passable communique maintenant de Calaveras à la Limeuse vallée de Yosemite par « Big Oak Fiat ».
- Lisons maintenant quelques mots de cette merveille qui attire à justé titre tous les touristes de la Californie.
- C’est en 1850 quelle fut découverte pour la première fois par une compagnie de soldats, sous la conduite du capitaine Boling, chargé de poursuivre les Indiens qui en avaient fait un refuge après leurs déprédations. On fut alors très incrédule sur ces merveilles de la nature et ce ne fut guère qu’en 1855 que M. Hutching fit une exploration sérieuse au point de vue du touriste. On commença, dès ce moment, à j y bâtir des hôtels et aujourd’hui, les voyageurs trou-| vent là toutes les ressources nécessaires pour par-, courir le pays avec confort et sécurité.
- Une mesure des plus sages fut prises par le Congrès des Etats-Unis et par l’État de Californie dès 1864. Pour conserver à la science et à l’admiration des voyageurs les merveilles végétales du pays, une loi, en date du 30 juin, faisait abandon à l’État d’un lot de 15 milles de long environ sur un mille de large à partir de la crête des montagnes, à la condition que « cette portion du sol national serait réservée pour l’usage et le plaisir du public et qu’elle serait inaliénable à perpétuité. L’État pourrait autoriser la location de certaines portions du sol pendant dix ans au plus, à la condition que le prix de cette location serait appliqué à la conservation et aux embellissements des lieux, ainsi qu’à la création et à l’entretien des routes qui y conduisent ».
- II y a, en ce moment, trois routes qui s’offrent au choix des touristes : on prend le « Central pacifie Rail Road » jusqu’à Merced, 151 milles, puis une diligence par Snelling" et Coulterville.
- La deuxième route de diligence part aussi de Merced et traverse Mariposa ; elle a 95 milles de long- ,
- Enfin, la troisième route, la plus suivie aujourd’hui, part de la station de Madera, à 185 milles de San Francisco; puis par une nouvelle route carrossable, en traversant Clark’s point, on est à peu de distance du groupe- dit « Fresno grove » et du « Mariposa grove » avant d’arriver à la vallée de Yosemite.
- Cette vallée merveilleuse est située au sud-est de San Francisco, à une distance de 155 milles en ligne directe. Elle est presque horizontale sur une longueur de 6 milles et une largeur de 1/2 à 1 mille.
- Le « Merced river », qui la traverse dans toute sa longueur, reçoit plusieurs cours d’eau tombant
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- des montagnes qui l’entourent. Ce qui distingue surtout cette vallée des autres, c’est d’abord la hauteur des rochers qui l’enserrent presque vertica-lement, à des hauteurs variant de 5 à 6000 pieds, presque sans talus à la base : en outre, elle offre à l’admiration des voyageurs des chutes d’eau et des cascades exceptionnelles, parmi lesquelles la plus importante est celle de Yosemite qui s’élance d'une hauteur de 2600 pieds. Lapremière chute verticale a 1500 pieds, puis l'eau s’écoule en cascade sur une hauteur de 626 pieds, pour retomber dans la vallée
- par une chute de 400 pieds. La largeur du cours d'eau, en été, est en moyenne de 20 pieds sur une épaisseur de deux pieds. C’est en 1853 que le London Athenæum et le Gardeners Chronicle ont parlé du Séquoia gigantea pour la première fois en Europe, sous le nom de Welling-tonia gigantea. En 1854, M. Deçà isne en présenta deux spécimens à la Société botanique et rétablit leur nom de Séquoia. À partir de cette époque, on fit des envois considérables de
- semences dans toute l’Europe.
- Après le groupe de Calaveras, le plus important
- Il odl
- [Oaklan l ^
- K \S-U ANDRt) '
- Salie a
- [Santa Clara
- Fi?. 1. — Carte montrant les routes qui conduisent de San Francisco] aux arbres géants de la Californie.
- est sans contredit celui de Mari posa qui offre, en outre, l’attrait du voisinage de la vallée du Yosemite, près de Clark’s Ranch, à une altitude de 6500 pieds. Il se trouve dans une petite vallée où coule la rivière
- Merced : là, le Congrès des Etats-Unis a réservé un espace de deux milles carrés environ qui renferment deux groupes distincts. On y voit 565 arbres dont les dimensions et la position exacte ont été soigneu-
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- sement étudiées, puis marquées sur des plans officiels. Le feu y a fait déjà de grands ravages, mais il reste encore plus de 125 arbres de plus de 40 pieds de tour. Dans le groupe du bas, se trouve le « Grizzly Giant » qui a 500 pieds de liant, 90 pieds de circonférence à la base et 64 pieds, à 12 pieds du sol. Quelques-unes de ses branches ont plus de 6 pieds de diamètre. Je donne ici deux ligures des Séquoias californiens ; le « Dead Giant » (fig. 2) a été percé à la base et son étrange ouverture sert de passage à la diligence. La grande gravure (fig. 3) donne une idée de l’aspect général de ces géants végétaux qui semblent délier les siècles. Cela rappelle dans un autre genre, les émotions que l’on ressent lorsque, dans la Haute-Égypte, on se promène dans ces temples immenses dont les matériaux et les sculptures frappent les touristes de stupeur et d’admiration.
- Nous rapellerons que l’arbre le plus large à la base, mais sans une hauteur proportionnée, est le Baobab du Sénégal (Adansonia digitala L.) ; l’arbre le plus élevé que l’on ait signalé est Eucalyptus amygdalina d’Australie, si nous en croyons le baron Von Mueller; mais, comme proposition et comme forme le Séquoia gigantea de la Californie, semble être jusqu’à présent, dans le règne végétal, le roi de la création.
- Ch. Joly.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- La force portante fies aimants. — La force portante ou puissance portative des aimants varie beaucoup avec leurs formes, leurs dispositions, le nombre de lames qui les composent, la nature de l’acier, sa trempe, etc. On peut cependant avoir une idée de la force moyenne d’aimants de même qualité, de même trempe, et de mêmes dispositions (fer à cheval), en appliquant une règle empirique due à Bernouilli et représentée par la formule :
- p poids que peut porter l’aimant en kilogrammes ; w poids de l’aimant en kilogrammes ; a coefficient pratique qui, pour des aciers de bonne qualité, varie entre 18 et 25,
- La courbe ci-contre, construite par M. Séquard, élève de l’École de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, représente les résultats fournis par cette formule pour a = 20. Les poids de l’aimant w sont portés en abscisses et les poids qu’il peut porter p sur les ordonnées correspondantes. On voit que ce poids augmente moins vite que le poids de l’aimant lui-même, c’est-à-dire que les petits aimants sont beaucoup plus puissants que les gros. Ce fait est mis en relief par la deuxième courbe qui représente, pour chaque poids d’aimant w, le nombre de
- fois son poids ^ que l’aimant peut porter. On voit,
- par exemple, qu’un aimant de 5 kilogrammes peut porter plus de onze fois son poids, tandis qu’un aimant de 50 kilogrammes ne porte que cinq fois son poids. C’est pour utiliser la puissance relative très grande des très petits aimants que les aiguilles des galvanomètres de Thomson
- sont composées de trois à six petits ressorts de montre de 3 à 4 millimètres de longueur seulement, collés sur le petit miroir, au lieu d’un petit aimant unique présentant le même poids que l’ensemble des aimants partiels.
- L’affaiblissement de puissance des aimants avec leur
- - 14
- 280 «
- 260 £
- 180 °
- Poids de l’aimant en kilogrammes W.
- Force portante des aimants.
- P
- Courbe I. Valeurs de p. — Courbe II. Valeurs de —• .
- ' w
- poids justifie aussi l’emploi exclusif de bobines de petites dimensions dans les machines magnéto, et la nécessité dans laquelle on se trouve d’avoir recours aux dynamo dès que la bobine destinée à se mouvoir dans le champ magnétique atteint des proportions un peu grandes.
- ---o^>c-
- COLONIES ANGLAISES
- L’aire totale de ces colonies, d’après un travail emprunté par M. L. Simonin aux récentes statistiques officielles anglaises, est de 7 017 000 milles carrés (le mille étant de 1609 mètres). Cela fait deux fois la superficie de toute l’Europe et soixante-cinq fois celle des Iles Britanniques. Dans l’Amérique du Nord, les possessions anglaises embrassent 3 millions et demi de milles carrés. L’Inde soumise, en a 900 000. Le Cap, avec ses dépendances, a 222 000 milles carrés, occupant ainsi à lui seul près du double de la surface de tout le Royaume-Uni. Une population de 218 millions d’habitants était répandue en 1881 sur toutes ces possessions. La majeure partie ou 200 millions sont dans l’Inde; puis, dans les colonies de l’Amérique du Nord, notamment le Canada, environ 5 millions , enfin, dans toutes les colonies australiennes, 3 millions, et au Cap et ses dépendances, 1 million. Toutes
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- ces colonies groupent ainsi pour l’Angleterre, sur tous les continents, une armée de consommateurs et donnent 'a son commerce, à sa marine une activité prodigieuse qui va sans cesse grandissant. Les exportations de l’Angleterre vers ses colonies sont chaque année plus importantes. Elles se sont élevées, en 1881, à la somme de 71) millions de livres sterling, ou 1 milliard 975 millions de francs. Les importations de ces colonies en Angleterre ont atteint à leur tour la somme de 91 5Ü0 000 livres ou 2 milliards 287 millions de francs C’est, en tout plus de 4 milliards de francs pour les échanges seuls de l’Angleterre avec ses colonies pour 1881. Quant a l’importation et à l’exportation totale des colonies, en y comprenant les matériaux précieux, elle atteignait 409 millions de livres, ou 10 milliards 225 millions de francs, sur lesquels la part de l’Angleterre était de 79 1/3 pour 100 à l’im ortation et 9 1/2 pour 100 à l’exportation. Le tonnage total des navires entrés et sortis dans les ports de tous ces établissements d’outre-mer a été, en 1881, d’environ 65 millions de tonneaux, sur lesquels un peu plus de 30 millions étaient afférents au pavillon britannique. Rien ne saurait mieux indiquer que tous les chiffres qui précèdent, combien le développement colonial d’une nation importe à son commerce extérieur, à sa prospérité économique. Ceux qui s’opposent encore, en France, à ce que l’on s’y occupe de colonies, à ce que nous en fondions de nouvelles, feront bien de méditer ce qui vient d’être rappelé à propos des possessions britanniques.
- ACIDE CARBONIQUE DE L’ATMOSPHÈRE
- En estimant le diamètre polaire de la terre à 7899 milles, le diamètre équatorial à 7925,5 milles, la hauteur de l’atmosphère homogène à 26214 pieds (environ 5 milles), le cubage de l’atmosphère indique 591647 337 milles cubes, ou en nombre rond 592 01)0 000 de milles cubes. Si l’on estime la quantité d’acide carbonique de l’atmosphère à 4 volumes dans 10 000, le volume total de l'acide carbonique est 236 800 milles cubes, et son poids 4287 billions de livres ou 1 913685 908480 000 kilogrammes. Ces nombres diffèrent considérablement de ceux donnés par MM. Dumas et Boussin-gault et de ceux de la chimie de Roscoe et Schor-lemmer. Les premiers de ces nombres sont d’environ 40 p. 100 et les seconds de 33 p. 100 trop élevés. De récentes expériences ont démontré que la proportion de l’acide carbonique de l’air n’atteint pas 4 volumes pour 10001). Si l’on prend la moyenne des nombres donnés par Fittbogen et Uasselbarth (3, 4 volumes par 10 000), par Farsky (3, 4 volumes) et par Reiset (2,942 volumes), on trouve que le poids approximatif de l’acide carbonique est de 1545 billions de kilogrammes. On estime la quantité totale de charbon pendant ces trois dernières années à 28000O000 tonnes. En comptant 75 p. 100 de carbone, et 10 p. 100 de carbone dans les cendres, 180000000 de tonnes de carbone sont annuellement converties en acide carbonique, ce qui correspond chaque jour à 1 800 000 de tonnes ou environ à 1800000000 kilogrammes. Si l’on
- compte qu’un tiers de cette quantité résulte de la combustion du bois, de la tourbe, des huiles, etc., le total du carbone brûlé chaque jour s’élève à 2400000000 kilogrammes. La population du monde s’élève à 1 500000000 d’individus qui produisent 1 kilogramme d’acide carbonique par 24 heures. En attribuant aux animaux inférieurs la production d’une quantité d’acide carbonique double de celle qui provient de l’homme, la quantité totale d’acide carbonique produite chaque jour est de 4500000000 kilogrammes. La quantité résultant de la mort des animaux et de la destruction lente des matières végétales peut être considérée comme égale à celle qui provient de la respiration humaine, et la quantité qui s’échappe des sources souterraines peut être évaluée à cinq fois celle qui provient de toutes les autres sources; ce qui donne 40000000000 kilogrammes par jour. En additionnant toutes ces quantités, on constate que la quantité d’anhydride carbonique déversée chaque jour dans l’atmosphère estyd’au moins 500000001)00 kilogrammes; d’où il résulte que si des influences compensatrices n’agissaient pas, la quantité d’acide carbonique de l’atmosphère serait doublée en cent jours environ.
- Les causes qui dépouillent l’air atmosphérique de l’acide carbonique qu’il renferme sont : la fixation de cet acide carbonique par les plantes, par les zoophytes, et par les actions chimiques inorganiques. Dans le premier cas, l’oxygène seul revient à l’atmosphère, dans les deux autres cas l’acide carbonique est entièrement fixé. La surface terrestre totale est de 57 600000 milles carrés (Saunders). 8200000 milles de cette surface appartiennent aux régions arctiques et antarctiques; il reste donc 49400000 milles où la végétation se manifeste. Une partie considérable de cette surface est occupée par des montagnes stériles, par des villes, par des rivières. En estimant la surface des feuilles à 50 p. 100 de la surface couverte de végétaux, il résulte que 24700000 milles carrés ou 63973000000000 mètres de feuilles agissent pour enlever l’anhydride carbonique à l’atmosphère. Puisque chaque mètre carré de feuilles décompose par heure environ 1 litre d’anhydride carbonique, il s’ensuit que 65973 000000 000 litres de ce gaz sont décomposés par chaque heure. En estimant à une moyenne de dix heures par jour l’action du soleil et diminuant le produit de 25 p. 100 à cause de l’hiver, on trouve que la quantité totale d’acide carbonique décomposée chaque jour s’élève à 479000000000 kilolitres ou à plus de 900000000000 kilogrammes. Une portion assez considérable de cet acide carbonique revient à l’air quand les feuilles se décomposent pendant l’automne; il y a lieu de tenir compte aussi de ce fait que quelques plantes dégagent de l’acide carbonique daus l’obscurité. On ne saurait fonder de calculs certains sur ce dernier point, et le dégagement de l’acide carbonique pendant la respiration nocturne des plantes est peut-être beaucoup plus considérable qu’on ne le sup-
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- pose ordinairement. Des nombres qui précèdent il est aisé de conclure que la nature végétale suffit à elle seule à assurer la pureté de l’atmosphère, bien que les données sur lesquelles cette conclusion repose, soient incomplètes.
- L’absorption de l’acide carbonique dans l’eau de mer par les animaux inférieurs s’exerce sur une immense surface, mais cet acide carbonique existe dans l’eau de la mer et non dans l’atmosphère; une notable proportion de cet acide carbonique provient des éruptions volcaniques sous-marines. L’inlluence de cette action n’est point comparable à la vie des plantes au point de vue de son activité. Les transformations chimiques donnent lieu à une vaste absorption d’acide carbonique, la conversion de l’orthoclase en kaolin en est un exemple. Ces calculs semblent indiquer que les causes qui tendent à enlever l’acide carbonique à l’atmosphère sont plus puissantes que celles qui ajoutent ce gaz à l’air. Aussi la proportion de l’acide carbonique doit - elle tendre à s’abaisser graduellement. Nous ignorons pareillement quelle est la quantité d’acide carbonique fixée dans le carbonate calcaire. II est probable qu’il fut un temps où l’atmosphère terrestre a été beaucoup plus riche en acide carbonique qu’au-jourd’hui, ou bien, comme le pense Sterry Hunt, il y avait une atmosphère semblable à la nôtre, de laquelle l’acide carbonique a été enlevé par la croûte terrestre1. Cook.
- DYNAMOMÈTRE HYDROSTATIQUE
- DE M. P EU. A T
- Dans les cours élémentaires de physique, on emploie habituellement deux appareils pour montrer que la pression exercée par un liquide sur le fond d’un vase est indépendante de la forme de celui-ci : l’appareil de Pascal modifié par Masson, et l’appareil de Haldat.
- Tous les professeurs savent combien il est difficile de bien faire l’expérience avec l’appareil de Masson, à cause des fuites ou des adhérences qui se produisent entre l’obturateur et la base de l’anneau. Quant à l’appareil de Haldat ses indications sont peu visibles de loin ; en outre, un fond de vase constitué par une surface de mercure peut paraître bizarre à de jeunes
- 1 Journal of the Chemical Society, et Journal de Pharmacie.
- esprits, et en définitive, cet instrument est plutôt propre à vérifier la loi des vases communiquants.
- Le dynamomètre hydrostatique représenté par la figure ci-contre et qui a été construit par M. E. Du-cretet sur les indications de M. Pellat, permet de montrer sans aucune difficulté, et d’une manière très visible, que la pression sur le fond solide d'un vase ne dépend que de la hauteur à laquelle s’élève le liquide dans celui-ci.
- Il se compose, comme dans les appareils de Masson et de Haldat, de trois vases A, B, G, de formes très différentes, qui peuvent se visser sur un même anneau cylindrique en laiton FF'. Celui-ci est fermé à sa partie inférieure par une plaque de caoutchouc souple, hermétiquement assujettie aux parois et pressée entre deux disques horizontaux en laiton d’un diamètre un peu inférieur à celui de l’anneau. Le disque supérieur forme ainsi le fond du vase; et grâce à la membrane de caoutchouc, tout en évitant les fuites , on lui laisse une certaine mobilité. Quand une pression quelconque , en particulier celle produite par un liquide versé dans le vase, s’exerce sur ce fond, il s’enfonce légèrement. Ces petits déplacements sont très amplifiés par un levier 0L1, analogue à celui employé dans le pyromètre à cadran ; la grande branche II de ce levier s’avance d’autant plus loin, sur un cadran D, parallèle à son déplacement que la pression sur le fond du vase est plus grande, et pour une même pression, elle prend la même position. Deux petits curseurs C C' permettent de marquer les positions successives de l’aiguille quand le vase est vide et quand il est rempli jusqu’à une certaine hauteur marquée par l’index I'.
- 11 nous parait inutile d’insister sur la manière dont on fait l’expérience. Ajoutons seulement qu’un robinet R permet de faire écouler l’eau du vase avant de le dévisser et de le remplacer par un autre. A mesure que le liquide s’écoule, on voit l’aiguille II rétrograder régulièrement, indiquant ainsi que la pression diminue sur le fond du vase.
- Dans les cours très élémentaires, on peut se dispenser de décrire le mécanisme, si simple pourtant, du levier amplificateur; on se borne à faire voir qu’en pressant avec le doigt sur le fond, ou en le chargeant de poids, l’aiguille s’avance sur le cadran d’autant plus loin que la pression est plus forte.
- i) i
- Dynamomètre hydrostatique de M. Pellat.
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- LA NATURE.
- 61
- LES MOULINS A HUILE DANS L’INDE
- Quand on sort de la ville blanche de Pondichéry et que l’on pénètre dans le quartier Indien, on est bientôt surpris par un bruit étrange, qu’au premier abord on prend volontiers pour un concert lointain de grenouilles. Au fur et à mesure qu’on avance, ce bruit devient de plus en plus assourdissant; il semble que l’on va rencontrer bientôt une immense usine à vapeur, avec ses ronflements sourds, ses cris stridents, ses grincements et ses trépidations
- particulières, aussi se met-on déjà en garde contre l’étreinte et les vertiges que va vous occasionner le mouvement rapide des courroies et des volants, quand soudain on arrive en lace d’une vaste prairie plantée de cocotiers, à l’ombre desquels se meuvent çà et là, en tournant sans cesse, deux bœufs accouplés, dont l’allure tranquille, se traduit par cet immense vacarme : on est en présence de moulins à huile.
- Imaginez un tronc d’arbre ( Tamarinier) d’environ 3 mètres de longueur et de 1 mètre à lm,20 de diamètre, dont les deux tiers sont enfoncés verticalement dans le sol, et dont le tiers supérieur est
- Moulin à huile dans l’Inde. (D’après une photographie.)
- évidé à la base de façon à présenter une sorte de gorge circulaire; supposez en outre à l’intérieur de ce tronc, un trou conique de 1 mètre de profondeur et de 0m,45 à l’orifice supérieur; tel est le récipient dans lequel vont être extraites les diverses huiles en usage dans l’Inde. Les indigènes lui donnent le nom de Sékou.
- Dans la cavité de celui-ci repose un cylindre de bois, terminé en cône à ses deux extrémités, de 2 mètres de longueur sur 0m,20 de diamètre : c’est l’écraseur que les Indiens appellent olakaï.
- Celui-ci est pressé contre les parois du Sékou, par un gros levier de bois horizontal, d’une longueur de 5 à 6 mètres (valambé) dont une extrémité présentant une échancrure circulaire, repose sur la
- gorge du Sékou et dont la partie moyenne est reliée à la tète de Y olakaï, au moyen de deux pièces de bois; la première* (coquis) terminée en tète de canard, présente au-dessous de celle-ci, une cavité destinée à recevoir l’extrémité supérieure de l’éera-scur : l’autre (cadirou) est réunie au coquin et au valambé, par des cordes en fibres de coco; qui viennent s’attacher à des chevilles, traversant ces différentes pièces de part en part.
- Tout ce système tourne dans le même plan autour du Sékou : Yolakaï possède en outre un mouvement de rotation sur lui-même.
- On augmente généralement le poids du valambé en plaçant sur son extrémité, un certain nombre de blocs de granit (100 à 200 kilos).
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- LA NATURE.
- Le mouvement de rotation du moulin est donné par deux bœufs reliés entie eux à l’aide d’un joug en bois posé sur le cou. Au milieu de ce joug est fixée une chaîne qui s’attache par l’autre bout vers l’extrémité du valambé. Un enfant (paya) accroupi sur les pierres de granit, conduit les bœufs et réveille sans cesse leur torpeur, en imprimant à la queue, une légère toision.
- Un homme debout à côté du Sékou surveille l’opération et remue sans cesse, pour la ramener sous l’écraseur, la matière qui fuit devant lui.
- Le Sekou a une capacité d'environ 50 litres : chaque opération dure deux heures et fournit à peu près 8 kilogr. d’huile. A mesure que celle-ci surnage, l’Indien la retire d’abord avec une cuillère formée par la moitié d’un endocarpe de coco, et plus tard à l’aide d’un chiffon qui fait l’office d’éponge ; on la verse ensuite dans des vases sphériques en terre appelés panel les, où elle s’éclaircit par le repos.
- Vers la fin de l’opération, l’Indien facilite la sortie de l’huile en promenant à la surface du tourteau qui reste dans le Sekou, une tige de fer portant à son extrémité un tampon de linge, imbibé d’huile à laquelle ou met le feu. Sous l’intluence de l’énorme pression que subit le Sekou, il arrive souvent que ses parois se fendillent; on évite un accident en l’entourant de cercles de fer et en fixant extérieurement à la partie inférieure de la fente, une petite auge en bois, destinée à recevoir l’huile qui s’écoule au dehors. Quand l’opération est terminée, on retire les tourteaux (pounnakou) de graines, et l’on démonte le moulin, ce qui s’exécute facilement, grâce à la façon dont sont reliés entre eux le coquis, le cadirou et le valambé.
- Un moulin dure en général six ans et coûte 200 francs.
- De ces moulins, sortent les huiles de sésame et d’arachides employées dans l’alimentation des Indiens, ainsi que l’huile de coco spécialement réservée pour la toilette et l’éclairage. Cette dernière est obtenue par l’expression de l’albumen desséché au soleil, du fruit du cocotier. Les deux premières sont extraites directement des semences d’arachides et de celles de sésame.
- Les fabricants d’huiles forment une caste spéciale du nom de Vannouva, et se livrent exclusivement à ce commerce. J. Philaire,
- Pharmacien de 1" classe de la marine.
- Pondichéry, avril 1883.
- CHRONIQUE
- Chute de blocs de glaee. — Le journal Ciel et Terre a récemment reçu des nouvelles de M. J. Palmarts, datées de Mboma (Congo), 12 avril. Dans sa lettre, M. Palmarts relate une observation météorologique qui lui a été communiquée par deux négociants anglais MM. Johnstone et llenderson, et relative à une chute de morceaux de glace observée le 17 février 1872, à New Calabar (golfe de
- Guinée). Voici cette observation : Le 17 février 1872, à New Calabar, entre neuf et dix heures du matin, il tomba une grande quantité de morceaux de glace de forme irrégulière, si volumineux et si tranchants, que la peau nue des naturels en fut littéralement coupée et labourée. Le nuage d’où s’échappait cette grele fut d’abord aperçu au Sud ; il passa au SW. et un fort vent accompagna la chute, dont la durée fut de une minute et demie seulement. Le vent souffla pendant dix minutes, mais sa force diminua rapidement.
- Télégraphie en mer. — L’idée d’envoyer des dépêches télégraphiques du bord d’un navire" en mer n’est pas nouvelle et revient au jour de temps en temps. On a proposé d’établir des postes télégraphiques en mer, et cette idée sera probablement réalisée quelque jour. La difficulté principale de leur réalisation a été jusqu’à présent la nécessité de maintenir le navire relié par un câble d’embranchement avec le câble principal reposant sur le fond de la mer et d’ancrer le navire, afin que cette communication soit conservée par tous les temps dans toutes les profondeurs d’eau. Mais le professeur A. E. Dolbear a proposé une disposition qui rend inutile cette communication permanente. Une grande plaque métallique, fixée à un conducteur isolé, est suspendue au navire et plongée de façon à reposer sur le fond de la mer et sur le trajet du câble; une autre plaque est simplement immergée. Entre ces deux plaques, on place une pile et un manipulateur Morse. Quand on fait fonctionner le manipulateur, les courants de l’appareil Morse induisent d’autres courants dans le câble, et ces courants peuvent être perçus dans les téléphones reliés au câble sur le rivage. (Engineering.)
- Cyclones aux Etats-Unis. — Des cyclones d’une grande puissance ont récemment dévasté une partie des Etats-Unis. L’effet produit par l’un d’eux a été surtout terrible dans le voisinage de Brookhaven dans le Missis— sipi, le 22 avril dernier. La partie traversée par l’ouragan a été visitée peu de temps après par M. R. G. Perkins, sur une locomotive mise à sa disposition par VIllinois Central Railroad. Un wagon à marchandises soulevé par la tempête a été transporté du lond d’un ravin jusqu’à une hauteur de 50 pieds (9 mètres) au-dessus de la voie sur laquelle il était remisé. A ce moment trois nègres étaient réunis là et jouaient aux cartes, ainsi qu’un homme blanc et sa femme qui étaient venus s’y réfugier. Tous ont été en quelque sorte lancés contre les branches d’un grand arbre avec une partie du wagon et écrasés presque instantanément entre l’obstacle et les parois du wagon. Lorsque l’inspecteur arriva sur les lieux, peu après le passage du cyclone, il constata que l’ouragan avait entièrement déménagé la station depuis les tickets jusqu’aux fondations sans que rien sur place puisse indiquer le chemin qu’elle avait dû prendre. On trouva une femme étendue à terre près d’une maison dont elle avait évidemment essayé en vain de s’enfuir. Elle était presque morte, et l’on apprit des voisins qu’un enfant qu’elle portait en ce moment dans ses bras lui avait été enlevé par l’ouragan : toutes les recherches faites pour retrouver son corps restèrent infructueuses. Un piano a été trouvé à 501) mètres de distance de la maison. L’inspecteur, M. Perkins, bien que placé dans un rayon un peu éloigné de la marche du cyclone, en était cependant assez rapproché pour entendre le bruit formidable et voir les nuages d’un noir intense et le ciel qui ressemblait à un lac de plomb fondu.
- (Scientific American.)
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- LA NATURE.
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- Ascension aérostatique. — Un intéressant voyage aérien a eu lieu dimanche dernier à l’usine à gaz de La Villette : M. Th. Lachainbre s’est élevé à midi, accompagné de M. Alfred Bel Valette, dans le ballon le D'Arlandes cubant 600 mètres. « Nous avons atteint, nous écrit M. La-chambre, une altitude inaxiina de 3000 mètres (la température était de 6°). Plusieurs fois nous avons aperçu notre ombre sur les nuages qui étaient mamelonnés et dont les cimes les plus hautes atteignaient seulement 2400 mètres. Notre descente s’est effectuée sans accident à 4 heures du soir dans les environs d’Epernay (Marne). Nous comptons faire prochainement une ascension de nuit dans un aérostat de 1200 mètres cubes. »
- Le merle blanc, la rose verte et l’œillet bleu.
- — Les anciens avaient le phénix pour oiseau rare, les
- Français ont le merle blanc. Mais le merle blanc n’est pas si rare qu’on veut bien le dire, car je connais quelques personnes qui ont eu la bonne fortune de l’apercevoir de temps en temps. La rose verte, jusqu’ici, avait été regardee comme une chose impossible, comme un véritable mythe et j’avais toujours cru qu’elle n’existait que dans l’imagination des faiseurs de proverbes, et je suis sûr que beaucoup de gens pensaient comme moi. Aujourd’hui je me vois forcé de faire amende honorable et d’avouer qu’un de mes meilleurs voisins, habitant comme moi la bonne ville d’Argentan, possède un beau rosier de « roses vertes », dans son jardin situé non loin de l’octroi de la route de Falaise. La rose verte ressemble assez à la rose pompon comme grosseur et comme taille; elle est double et le nombre de ses pétales est très considérable. On est tenté de croire que les pétales ont été métamorphosés en feuilles vertes ; il n’y a que l’odeur de rose qui se soit conservée intacte et qui vous permette de jouir doublement lorsque vous possédez un spécimen d’une fleur si curieuse. Quant h l’œillet bleu, nous ne le connaissons pas encore et nombre de jardiniers que j’ai consultes à cet égard, m’ont affirmé qu’il n’existait nulle part. G. B.
- L’éclairage électrique dans l’extrême-Orient.
- — Nous trouvons dans FKlectrician de Londres quelques détails sur l’inauguration de l’éclairage électrique au Japon, qui a eu heu récemment à l’arsenal maritime de Yokosuka. Les lampes du système Brush sont au nombre de quarante, et ont une intensité de ÜÜ00 bougies chacune. Elles éclairent tous les ateliers de construction, les chantiers et les deux docks, et la lumière est assez forte pour que les ouvriers puissent travailler la nuit avec autant de facilité que le jour. Le correspondant du journal anglais ajoute que les autorités ja, onaises se sont montrées très satisfaites de cet éclairage. On annonce aussi que le gouvérnement chinois essaie la lumière électrique à bord de ses navires ; 240 lampes Edison viennent d’etre placées sur le cuirassé le Ting-Yuen.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 juin 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- L'éclipse solaire. — Déjà les journaux ont fait savoir que M. Janssen a mené sa mission à bonne fin et qu’il est rentré sans accident à San Francisco. Une dépêche, transmise par madame Janssen, énumère des résultats scientifiques qui seront accueillis avec le plus vif intérêt.
- Il résulte en effet de ce document laconique que le savant observateur a vu les raies obscures de Fraunhofer dans le spectre de la couronne; d’où il faut conclura que celle-ci contient de la matière cosmique réfléchissant la lumière solaire. De grandes photographies ont été prises jusqu’à 15 degrés du soleil dans le but de découvrir des planètes intra-mercurielles ; le résultat a été complètement négatif. La couronne a été dessinée par M. Trouve-lot. On a reconnu que cette couronne possède un pouvoir de polarisation ; les protubérances ont été spectroscopi-quement étudiées et M. Janssen mentionne des protubérances blanches. 11 insiste sur l’analogie du spectre des protubérances avec le spectre des comètes.
- Nouvelle météorite charbonneuse. — M. le Dr Burmeii-ter, Directeur du Musée public de Buenos-Àyres, a adressé à la collection du Jardin des Plantes un fragment d’une météorite tombée dans FEntre-Rios (République Argentine), le 50 juin 1880. Très exceptionnelle par ses caractères, cette pierre tombée du ciel se trouve etre identique aux masses recueillies le 15 octobre 1858 à Cold-Bokke-weld (cap de Bonne-Espérance), et le 15 avril 1857 à Kaba (Hongrie) ; elle appartient donc à mon type Bokke-ivelile et porte à cinq le nombre des météorites charbonneuses connues jusqu’ici. Les deux autres chutes dont les échantillons different d’ailleurs des précédents sont celles d’Alais (Gard), 13 mars 1808, et Orgueil (Tarn-et-Garonne), 14 mai 1864.
- L'acide carbonique atmosphérique. — On sait’que les diverses missions envoyées pour observer le dernier passage de Vénus avaient été' spécialement chargées de recueillir de l’air dans les localités où elles devaient s’établir, en précisant toutes les conditions de température, de pression, d’humidité, etc., au moment de chaque prise. Tous ces documents centralisés à Paris ont été étudiés, par MM. Muntz et Aubin qui font connaître aujourd’hui trois résultats intéressants :
- 1° Dans tous les points du globe la quantité de l’acide carbonique atmosphérique est cantonnée entre des limites extrêmement rapprochées : 0,000 260 ’a 0,000314.
- 2° L’acide carbonique paraît être un peu plus abondant la nuit que le jour.
- À Haiti on a trouvé en dix-millièmes, le jour 2,7 et la nuit 2,9; — en Floride : le jour 2,8 J et la nuit 2,95; — à la Martinique : le jour 2,73 et la nuit 2,85; — au Mexique : le jour 2,66 et la nuit 2,81; — au Chili le jour 2,72 et la nuit 2,82, etc.
- 3° 11 ressort des chiffres obtenus que l’air est plus chargé d’acide carbonique dans l’hémisphère sud que dans l’hémisphère nord. Le premier donne 2,82 en moyenne et l’autre seulement 2,70.
- A ce dernier point de vue on attendra avec intérêt les dosages actuellement en cours d’exécution par la mission de Patagonie.
- Mouvements du sol à Neuchâtel. — Il résulte des mesures précises effectuées par M. Hirsch que la colline sur laquelle est établi l’Observatoire de Neuchâtel, subit des mouvements de plus d’uu genre : elle tourne sur elle même de façon à décrire chaque année deux arcs égaux et de sens contraire mesurant quarante secondes; elle-incline en outre d’une manière continue à raison de vingt-quatre secondes par année; — ce qui a produit un déplacement de cinq cent cinquante secondes depuis vingt-trois ans. M. Faye cherche à rendre compte de ces phénomènes par la constitution géologique du sol. M. d’Abbadie les
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- LA NAT LUE.
- regarde comme tout à fait généraux et rappelle qu’ils out été déjà observés à Greenwich, à Cambridge, à Berlin, à Ilendaye et ailleurs.
- Les tempêtes du Pacifique. — L’ile Maurice et La Réunion sont placées de telle sorte que les orages abordent la première de ces îles avant d’atteindre la seconde. M. Bridet a depuis longtemps émis l’opinion que la marine de La Réunion tirerait un grand bénéfice de rece-recevoir de Maurice des avertissements télégraphiques. Malheureusement l’installation d’uu câble télégraphique serait au-dessus des moyens financiers dont dispose cette île. Aussi M. Adam a-t-il été fort bien inspiré en établissant entre les deux terres un service de télégraphie optique qui, parait-il, fonctionne dès maintenant d’une manière tout à fait satisfaisante.
- Varia. — M. Lœwy s’occupe de la détermmaisou des ascensions droites et des déclinaisons des étoiles fondamentales. — On présente un dessin de la grande comète de 1882 fait à l’Observatoire de Nice. — M. Fal-guière propose un procédé de dosage volumétrique du sulfure de carbone dans les sulfocar-bonates. — Le sulfure de phosphore occupe M. Isam-berl; et les sulfures telluriques et séléniures d’étain,
- M. Ditte (de Caen).
- — Suivant M. Dieu-afait l’eau de mer s’évapore sensiblement aussi vite que l’eau douce. — De curieuses remarques sur un Ne-gundo à feuilles blanches sont présentées par M. Barthélemy, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse. Stanislas Meunier.
- LÀ SCIENCE DANS L’ANTIQUITÉ
- UN JOUET GREC
- Sur un piédestal est placé un petit arbre autour duquel est enroulé un dragon ; une figure d’Hercule se tient auprès, tirant de l’arc; enfin une. pomme est posée sur le piédestal. Si quelqu’un vient à soulever avec la main cette pomme au-dessus du piédestal, Hercule lancera son trait contre le dragon et le dragon sifflera.
- Soit AB le piédestal en question, étanche et muni d’un diaphragme TA. A ce diaphragme est fixé un petit cône tronqué creux EZ qui a sa base Z du côté du fond du vase dont elle est distante de façon à permettre juste le passage de l’eau. À ce tronc de cône doit être ajusté avec
- soin un autre cône 0 fixé à une chaîne qui le relie en passant par un trou, à la pomme placée sur le piédestal. Hercule tient un petit arc en corne, qui a son nerf tendu et placé à une distance convenable de la main droite. Dans cette main droite, et de manière à viser le dragon, est une autre main en tout -semblable à la précédente mais plus petite et munie d’une détente1. A l’extrémité de cette détente une petite chaîne ou une corde traversant la plateforme va passer sur une poulie fixée au diaphragme et se relie enfin à la petite chaîne qui joint le cône à la pomme.
- Bandons donc l’arc, plaçons (le nerf de l’arc) dans la main (qui sert de griffe) et fermons la détente en disposant les choses de telle manière qu’alors la corde soit tendue et la pomme pressée sur la plate-forme ; cette corde doit passer à travers le corps et la main, dans l’intérieur de l’Hercule. Enfin un petit tube, de ceux dont oij se sert pour siffler, doit partir du diaphragme et s’élever au-dessus du piédestal en passant dans l’intérieur ou autour de
- l’arbre. Remplissons d’eau le vase AA. Soit AM l’arbre, NE l’arc, ou le nerf, on le nerf, PS le trait, P la main qui sert de griffe,!'la détente 2, la corde, X la poulie sur laquelle elle passe et TO le tuyau à sifflet.
- Maintenant, si on soulève la pomme K, on élèvera en même temps le cône 0, on tendra la corde X<t> et on lâchera la griffe, ce qui fera partir le trait. L’eau du compartiment À F arrivant dans le compartiment BT chassera par le tuyau l’air contenu dans le compartiment et produira un sifflement. La pomme étant replacée, le cône (0) revient s’ajuster sur l’autre et arrête l’écoulement, ce qui fait cesser le sifflement; on dispose alors de nouveau la flèche et ses accessoires.
- Quant le compartiment Bl’ est plein, on le vide à l’aide d’un goulot muni d’une clef et on remplit de nouveau AA comme nous l’avons indiqué.
- (Extrait des Pneumatiques de Héron, trad. de M. de Rochas.)
- 1 Cette main intérieure sert de griffe pour accrocher la corde et bander l’arc. Pour cela, elle est mobile vers le poignet autour d’un axe vertical; un petit taquet ou détente, placé entre la main fixe et la main mobile sert à provoquer le grippement qui cesse lorsqu’on déplace la détente à l’aide de la petite chaîne.
- s La traduction n’est point ici tout à fait conforme au texte afin de ne point multiplier les lettres de renvoi sur la figure.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieii.
- Automate de Héron, d’Alexandrie.
- Imprimerie A. Luhurc, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 526. — 50 J LIN 1885.
- LA NATURE.
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- ÉCLAIRAGE DES BOUÉES
- PAR LE GAZ COMPRIMÉ
- Le gaz est utilisé depuis plusieurs années déjà, et dans différents pays, à l’éclairage des phares. Mais son emploi à l’illumination des bouées et des fcux-flottants est beaucoup plus récent. Cette application nouvelle a été imaginée par M. J. Pintsch en
- puis lors, à la suite des perfectionnements apportés à l’idée primitive, le système s’est rapidement propagé en Europe et en Amérique.
- 11 faut, pour cet usage, que le gaz ait certaines qualités que ne possède pas le gaz de houille. On l’obtient par la distillation d’huiles lourdes de goudron; son pouvoir éclairant est égal à quatre fois celui du gaz ordinaire; de plus, il est permanent, c’est-à-dire que ni la compression, ni un long séjour dans des réservoirs ne lui font perdre de son intensité.On comprend que ces conditions soient absolument indispensables, pour l’illumination des bouées et des feux-flottants, qui doivent avoir une provision de gaz comprimé susceptible de durer plusieurs mois.
- Le gaz riche donne une flamme remarquable autant par son intensité que par son volume ; cette dernière propriété est très importante au point de vue des effets qu’il faut obtenir.
- En effet, si les lumières électriques et oxhydriques ne donnent pas, malgré leur intensité supérieure, d’aussi bons résultats que le gaz, pour l’éclai-tt° année. — 2° semestre.
- rage des signaux devant avoir une grande portée, cela tient à leur défaut de volume. La même cause explique leur inefficacité, lorsque la transparence de l’air est altérée par les nuées ou le brouillard.
- L’éclairage des bouées, est l’application la plus heureuse et la plus importante qui ait été faite du système de M. Pintsch; c’est celle au sujet de laquelle
- nous insisterons particulièrement.
- Les bouées servent à signaler les bas-fonds, les bancs ou les écueils. Elles ont également pour objet de jalonner la route que doivent suivre les navigateurs ; les couleurs dont elles sont peintes indiquent de quel côté elles doivent être laissées.Elles peuvent être encore utilisées dans bien d’autres cas : pour la pose et la protection des câbles télégraphiques, pour indiquer des épaves, etc.
- Ces ouvrages n’étant pas éclairés, ne peuvent évidemment rendre des services que pendant le jour; la nuit ils ne sont plus d’aucune utilité. C’est là, sans contredit, une disposition vicieuse, puisqu’ils cessent de donner des indi-cations, alors qu’elles seraient le plus utiles-Les bouées lumineuses ont comblé cette lacune; aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que leur usage tende à se généraliser rapidement.
- Dans le système de M. J. Pintsch, le corps même de la bouée sert de réservoir au gaz comprimé à 7 ou 8 kilogrammes de pression. Le feu est à l’intérieur d’une lanterne combinée de façon à le protéger, tout en permettant à l’air de se renouveler et de venir alimenter la flamme. Par suite du mode de construction de l’appareil, l'eau ne peut pénétrer à
- Fig, 1. — Bouée de M. J. Pintsch, éclairée par le gaz comprimé.
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- LÀ NATURE.
- l'intérieur île la lanterne, le vent le plus violent ne peut faire vaciller la lumière.
- La bouée lumineuse au gaz comprimé, se compose de deux parties distinctes, formées d’une part, du corps de la bouée, de son contrepoids et de ses attaches, et d’autre part de la lanterne et de sa charpente.
- Les corps des bouées affectent différentes formes ; leur capacité dépend de la durée d’éclairage que l’on veut obtenir. Les types les plus usuels ont un volume qui varie de cubes et demi à 10 mètres cubes, correspondant, pour une pression de 8 kilogrammes, à des durées respectives de 40 à 160 jours.
- Toutes les bouées sont construites en tôle de fer soudée, c’est-à-dire sans rivures. Un obtient ainsi une étanchéité absolue, et, pour un même poids, une capacité plus grande.
- La forme de bouée la plus usuelle est celle qui est représentée par notre gravure (lig. 1). La figure 2 en montre la disposition complète. Le contrepoids P sert en même temps de fermeture au trou d’homme ménagé à la partie inférieure du.corps de la bouée.
- Au commet se trouve un robinet servant à fermer ou à ouvrir la conduite qui met en communication le brûleur avec le corps formant réservoir à gaz. Une tubulure latérale est destinée à recevoir l’extrémité du tuyau de chargement au moment du remplissage. Le robinet se trouve protégé par la charpente en fer à la partie supérieure de laquelle est fixée la lanterne.
- Le mode d’attache de ce genre de houées se distingue par une disposition particulière, qui a pour objet de les maintenir toujours verticales, quelle que soit la traction exercée sur la chaîne par l’effet du vent ou du courant.
- Hans ce but, la chaîne, au lieu d’être amarrée à un point fixe de la bouée ou du contrepoids est attachée à l’extrémité de deux bras ou balanciers réunis à leur partie inférieure par une manille.
- Ces deux balanciers sont, à leur autre extrémité, montés sur des tourillons en acier assujettis au moyen de boulons coniques à une hauteur convenable, de façon que tout le système soit en équilibre dans l’eau.
- La chaîne d’attache portant un émcrillon, la bouée
- se présente toujours au courant, dans l’axe des tourillons; elle reste, par suite, toujours verticale, ce qui assure la régularité de la portée du feu.
- La lanterne est construite de telle façon que la tempête la plus violente n’a aucune action sur la llamme. Le gaz comprimé entre dans la lanterne par l’extrémité de la conduite qui aboutit à la partie inférieure en z (lig. 5). De là il est amené par le tube f, à l’entrée de la soupape du régulateur renfermé dans une cuvette venue de fonte avec le corps même de la lanterne y y. Le piston b du régulateur ouvre ou ferme l’ouverture de la soupape, le gaz se répand par suite à une pression uniforme de 58 millimètres d’eau environ dans tout l’espace libre de la cuvette.
- Ce régulateur agit par le mouvement d’un diaphragme qui en s’élevant ou en s’abaissant par l’effet de la pression, intercepte ou ouvre l’arrivée du gaz.
- Le robinet K étant ouvert, le gaz sort du régulateur et arrive au brûleur a. Pour maintenir la pression au degré voulu pour la stabilité de la llamme, l'effet de la membrane est contrebalancé par un ressort.
- Les différents organes du régulateur sont si bien équilibrés et ajustés avec tant de précision, que son action reste toujours rigoureusement égale, quelles que soient les positions prises par la bouée, quels que soient les chocs qu’elle puisse recevoir. La llamme conserve par suite, la même inteusité et la même fixité.
- Les lignes du dessin (lig. 5) indiquent les nervures qui maintiennent solides les verres formant l’enveloppe de la lanterne. Ces nervures sont disposées en triangle de manière à offrir une grande résistance, et à produire en même temps le moins d’oscillation possible.
- Le brûleur a est situé au centre de la lanterne, au foyer d’un optique de 20 centimètres de diamètre qui donne une intensité d’environ 4 fois celle du bec. Il est formé de 7 éléments ayant une hauteur totale de 22 centimètres. 11 a pour effet d’augmenter considérablement la portée du signal, l’intensité lumineuse diminuant alors en raison directe, au lieu de décroître en raison du carré de la distance.
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- Un réflecteur conique 11, placé à la base du brûleur, renvoie dans l’axe de l’optique les rayons lumineux descendants, tandis que les rayons ascendants, sont réfléchis par la partie intérieure du chapeau de la lanterne, qui sert en même temps de fermeture.
- Ce chapeau u u est traversé par la cheminée / /, par laquelle s’échappent les produits de la combustion. Ceux-ci suivent le chemin indiqué par les flèches en x y m.
- L’admission de l’air destiné à l'alimentation de la flamme se fait également par ce chapeau. 11 pénètre par des trous ménagés tout autour de l’enveloppe extérieure en h h ; il rencontre ensuite une double couronne recourbée n n par laquelle il est guidé jusqu’à l’espace laissé libre entre l’optique et les verres extérieurs. Il est alors amené au brûleur en traversant des trous percés dans le socle de l’appareil, et dans le réflecteur.
- Le chapeau est fixé au moyen d’une charnière r et par une vis de serrage w qui permet de l’assujettir fortement en le serrant sur une couronne encastrée sur l’optique. Pour obtenir une fermeture complète, et éviter que l’air puisse passer par le haut, cette couronne s’appuie sur un disque soutenu par des ressorts à boudin j'j" j"' qui, au moment du serrage de la vis w, viennent presser sur elle.
- La coloration du feu s’obtient au moyen de che- . minées blanches, vertes ou rouges, maintenues par un collier lixe sur le réflecteur. Ces couleurs sont les seules qui aient un caractère distinct; toutes les autres, vues d’une certaine distance, se confondent avec l’une ou l’autre d’entre elles. Mais ce sont, en même temps, les couleurs en usage pour les feux de position des navires. Il pouvait donc être utile de distinguer plus particulièrement les bouées des autres signaux avec lesquels on pourrait les confondre. On a obtenu ce résultat en donnant à la lumière un aspect scintillant.
- La lanterne est supportée par une charpente construite avec des fers entrecroisés qui viennent s’adapter au corps de la houée par des pattes en acier fondu, solidement assujetties au moyen de boulons coniques. Au-dessous de la lanterne est une petite plate-forme en tôle striée, sur laquelle on peut se tenir pour l’allumage du feu et le nettoyage de la lanterne et des verres. Cette charpente sert en même temps de voyant, et augmente ainsi la visibilité de la bouée pendant la durée du jour. Le tuyau qui amène le gaz à la lanterne est maintenu à l’intérieur de cette charpente, qui le protège contre les chocs extérieurs.
- Dans les bouées de très petites dimensions, la charpente est remplacée par un tube en fer forgé étayé par trois tirants, qui remplit également l’oflice de conduite pour le gaz.
- L’éclairage au gaz comprimé, ' s’applique non seulement aux phares et aux bouées mais aussi aux balises et feux-flottants. Quel que soit l’appareil à éclairer, les usines à gaz pour l’alimentation sont de très petites dimensions. •
- Selon la quantité de gaz à fournir, on en établit de deux types qui ne diffèrent que par le nombre de fours et le mode de compression. Le gaz s’obtient par la distillation de l’huile à brûler.
- Chaque four se compose de deux cornues superposées; l’huile arrivant dans la cornue supérieure commence à se vaporiser, elle se transforme en gaz en traversant la cornue inférieure reliée à la première par une double boîte munie de tampons, et naturellement maintenue à une température plus élevée.
- Le gaz“ passe ensuite dans un barillet, puis il traverse un condenseur, un laveur-épurateur et se rend au gazomètre.
- C’est là qu’il est puisé par la pompe et comprimé jusqu’à 11 kilogrammes de pression dans l’accumulateur d’où il passe dans la bouée. Un sécheur, placé entre le gazomètre et la pompe débarrasse le gaz de toutes les particules d’eau qu’il aurait pu entraîner.
- Plusieurs bouées à gaz sont en service sur différents autres points des côtes anglaises, à Bristol, Londonderrv, Dundee Barrow in Furnesse, Cardiff, etc. Les ILtats-Unis, l’Autriche et la Suède ont accueilli cette invention avec la même faveur.
- Une première application a eu lieu en France au port du Havre à la lin de l’année 1881, sur la proposition de M. Allard, inspecteur général des ponts et chaussées, directeur du service central des phares et balises ; elle a donné comme partout ailleurs les résultats les plus satisfaisants.
- LES OUTILS EN CUIXRE DU MEXIQUE1
- Chaque jour des découvertes nouvelles, des recherches scientifiquement conduites montrent quelle était au seizième siècle la civilisation des peuples de l’Amérique. Pour ne parler ici que des métaux, les Mexicains, au moment de la conquête, connaissaient le cuivre, l’étain, l’or, l’argent, peut-être même le plomb. Cortès lit fabriquer huit mille pointes de flèche en cuivre pour ses alliés et il ajoute dans une des lettres si curieuses adressées à Charles-Quint, qu’il pût obtenir assez de cuivre et d étain, pour fondre plusieurs canons de bronze. 11 ne serait même pas impossible, si nous interprétons exactement un passage de Bernai Diaz, que les Américains connussent eux-mêmes un alliage assez semblable au bronze dont nous nous servons. Ils possédaient aussi le laiton; on n’est pas d’accord sur ce métal, vraisemblablement un alliage de cuivre avec de faibles parties d’étain, d’or et d’argent.
- Le cuivre é ait largement répandu dans les deux Amériques soit en liions, soit en boulders entraînés par les eaux torrentielles ; il était connu et employé
- 1 F. W. Putnnm, AT Report Peabody Muséum. — Cambridge, 1882. — Notes on Copper Implemenls from Mexico Proc. Am. Ant. Soc., Oct. 1882.— Dr Valcntini, id. April 1879.
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- sous ces deux formes dès les temps néolithiques. Les riches mines de cuivre, situées auprès du lac Supérieur, d’autres dans l’État de New-York, auprès de la rivière Ontanogen, étaient déjà exploitées par les Mound-Builders. On a trouvé des armes, des outils, des ornements en cuivre sous les mounds de l’Ohio et du Missouri comme dans les Stone-Graves du Tennessee. Squier nous apprend que des mines de cuivre existaient aussi dans les régions entre les Cordillères et les Andes, qui font aujourd’hui partie du Pérou et de la Bolivie. Les Mexicains pouvaient donc se procurer le cuivre par échange avec leurs voisins; mais l’éloignement rendait ce commerce difficile et il est probable que les objets en cuivre successivement découverts, avaient été fabriqués avec les nodules répandus sur toute la surface du pays.
- Le cuivre était mêlé de beaucoup d’impuretés, de soufre ou de fer, par exemple ; mais comme il est certain que les Mexicains savaient fondre l’étain4, on doit en conclure qu’ils employaient les mêmes procédés pour le cuivre et qu'ils le transformaient par
- Fig. 1 — Hache trouvée sous un tumulus dans l’État de San Luis de Potosi. (Peabody Muséum.)
- la fusion et par le moulage en petites barres, auxquelles ils donnaient ensuite par le martelage la forme voulue2. C’était là un progrès considérable, car les Mound-Builders et les peuples du Nord de l’Amérique paraissent avoir toujours ignoré la fusion des métaux.
- Si nous devons en croire les historiens espagnols, les outils ou les ornements en cuivre étaient nombreux au Mexique, lors de la conquête. Presque tous ont été fondus selon les besoins du moment et, aujourd’hui, on n’en rencontre plus que de rares exemplaires. Des recherches faites à Mexico même, n’ont donné que trois objets d’une incontestable authenticité. Deux, trouvés dans une ancienne sépulture, étaient des aiguilles d’une longueur de 10 centimètres, avec un chas très bien formé, et assez semblables à nos aiguilles à tricoter. Le troisième outil était une hache ayant 15 centimètres de lon-
- * Les Péruviens savaient également fondre le cuivre et l’argent. Squier a vu à Cliimu des fourneaux et tout à côté des scories qui montraient leur destination, et Colomb, au dire de llcrrera, fut acosté auprès du cap Honduras, par des Indiens qui lui offrirent non seulement des haches et des sonnettes en cuivre mais encore les creusets où ces objets avaient été fondus.
- 4 Le martelage est encore aujourd’hui le procédé le plus généralement employé dans l’Alaska. Le Peabody Muséum possède un harpon en cuivre, absolument semblable, comme forme, à ceux de nos populations préhistoriques et obtenu au moyen du martelage.
- gueur sur 4 1/2 à sa partie tranchante. D’autres découvertes ont été faites soit dans des tombeaux, soit dans des cachettes, où l’on s’était probablement proposé de les soustraire à la rapacité des vainqueurs. 11 est loisible de se demander, si c’était avec ces outils de cuivre que les Mexicains et les Tuca-tèques travaillaient et fouillaient les pierres de leurs monuments, sculptaient les bas-reliefs et les statues. Cela paraît bien douteux et il est plus probable qu’ils employaient à ces usages des instruments en obsidienne et surtout en roche dure ou en silex.
- Les outils en cuivre successivement découverts, peuvent se ramener à trois formes différentes.
- Le plus ancien que nous connaissions est une hache (fig. 1 ) découverte à trois milles de Yenis Meicis (État de San Luis de Potosi), sous une petite éminence qui occupait, très probablement, l’emplacement d’une vieille habitation. Avec cette hache1, le Dr Palmer recueillait plusieurs figurines en terre cuite, des ornements, des pesons de fuseau très nombreux dans la région, trois vases en poterie com-
- Fig. 2. — Hache trouvée à Oaxaca. (Peabody Muséum.)
- mune, plusieurs éclats d’obsidienne, un fragment de quartz et un mortier en pierre. Tous ces objets, sauf peut-être le dernier, auraient pu former le mobilier d’un Mound-Builder.
- 11 est curieux de noter les remarquables rapports qui existent entre ces peuples voisins par le territoire; peut-être les historiens de l’avenir plus heureux que nous, parviendront-ils à déterminer les liens qui les unissaient et à rattacher les uns et les autres à une même souche primitive.
- La hache du Dr Palmer est en cuivre rouge d’une grande pureté2; elle mesure environ 10 millimètres d’épaisseur et elle a dù être obtenue soit par le martelage d’une petite masse de cuivre brut ou d’une barre de quelques centimètres de longueur, soit par le moulage. Cette dernière hypothèse paraît la plus probable, la hache présente, en effet, une homogénéité plus complète que celles trouvées sous les mounds, et on peut voir vers la tête une petite fracture et une cavité presqu’imperceptible qui ne peuvent provenir que de la lusion ; mais elle a du
- 1 Squier reproduit une hache à peu près semblable, trouvée auprès d’Auburn (Cayuga County, New-York). On a trouvé aussi sur la rive canadienne du Saint-Laurent plusieurs squelettes ayant à leurs côtés des outils, principalement des couteaux eu cuivre. (Ancient Monuments of lhe Misais si pi Valley Smith. Cont., t. IL
- s L’analyse du fragment d’un ancien ciseau mexicain donne 97,87 parties de cuivre et 2,13 d’étain.
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- ensuite être amenée à son état actuel par un martelage répété, dont les traces sur le tranchant sont encore très visibles,et cela bien que la hache très usée atteste un long service. Ces haches étaient surtout employées à couper le bois ; Clavigero nous apprend qu’elles étaient emmanchées comme les haches espagnoles, sauf que les Indiens inséraient la lame dans une fente faite dans le manche, tandis que les Espagnols creusaient le métal pour recevoir le bois.
- Les anciennes pictographies mexicaines reproduisent rarement des haches de cette forme ; nous ne connaissons que deux exemples. Une d’elles est figurée dans le Codex de Dresde et Squier en reproduit une autre dans les Smithsonian contributions to Knowledge, cet excellent recueil des antiquités américaines.
- En 1881, plusieurs haches1 furent découvertes auprès de Tlacolula (État d’Oaxaca) (fig. 2). Comme forme elles ressemblent à celles le plus ordinairement représentées dans les pictographies, où elles sont tantôt attachées à des manches en bois légèrement recourbés, tantôt figurées sans manche, quand elles
- Fig. 3. — Hache en cuivre trouvée sous Lick Creek Mound (Tennessee).
- Longueur, près de 19 centimètres; largeur, à la partie tranchante, 5,79 cent. ; épaisseur, 0,0063.
- font partie des offrandes des nations tributaires. Dupaix2 en donne une assez semblable comme forme ; et nous en reproduisons une autre (fig. 5) trouvée sous un mound du Tennessee. Celle-ci se rapproche plus du ciseau et comme toutes celles des Mound-Builders, elle a été fabriquée à l’aide d’un grossier martelage.
- Les haches de Tlacolula, du moins celles étudiées par M. Putnam, ont à peu de chose près la même forme ; mais de légères différences montrent qu’elles ont été obtenues dans des moules séparés puis achevées par le martelage. C’était là aussi le mode adopté pour les plus anciens instruments de bronze, dont nous ayons connaissance en Europe.
- La plus grande de ces haches mesure environ 15 centimètres de longueur, sur un peu plus de 6 centimètres dans sa plus grande largeur. Leur épaisseur maxima ne dépasse guère 8 millimètres mais .cette épaisseur est très variable, surtout vers la pointe, où le martelage a dû s’exercer avec plus de force pour former le tranchant.
- 1 Six d’entre elles ont été acquises par le Peabody Muséum, trois autres font partie de la collection Salisbury. L’analyse a montré que toutes étaient d’un métal très pur.
- 2 Relation de trois expéditions du capitaine Dupaix, en 1805, 1806 et 1807, pour la recherche des antiquités du pays. — Kingsborough, Ant. Mex.. t. IV.
- Dupaix raconte dans le récit de son expédition, avoir vu en 1806 à Zochs (Oaxaca), un outil de cuivre de 11 centimètres de longueur sur 15 dans sa plus grande largeur. Cet outil faisait partie d'un nombre d’autres (276), renfermés dans deux grands vases en poterie commune et enterrés dans un champ. Ces outils étaient tous semblables comme longueur et ne différaient guère que par leur épaisseur. Une vieille pictographie qu’il vit plus tard à Mitla lui fit croire que ces outils étaient destinés à piocher la terre. Des outils d’une forme à peu près sembla-
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- h, a; >
- PJt, 4. — Instrument trouvé auprès de Teotillan del Vallé (Peabody Muséum).
- ble (fig. 4) ont été trouvés plus récemment, enfouis dans un grand vase en terre cuite, entre Oaxaca et Mitla. Un d’eux exactement mesuré a donné une longueur de 16 centimètres sur une largeur de 14. Les dentelures irrégulières que l’on remarque sur les bords, montrent qu’il avait été coupé dans une feuille de cuivre de 16 millimètres environ depais-
- Fig. 5. — Grattoir en cuivre trouvé auprès de Mexico.
- (Collection du D' Valentini.)
- seur, puis martelé pour obtenir un tranchant; mais ce tranchant est trop mousse pour couper, aussi M. Putnam avait-il adopté l’opinion de Dupaix que ces outils devaient servir à travailler la terre. La petite taille, le peu de résistance de ces instruments écartent cette supposition et aujourd’hui le savant conservateur du Peabody Muséum croit que c’étaient là des grattoirs destinés à préparer les peaux, ou bien encore à lisser les poteries que les Mexicains étaient très habiles à fabriquer.
- Les collections du Peabody Muséum et de M. Valentini renferment un autre type (fig. 5) se rapprochant beaucoup de l’outil que nous venons de
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- décrire. Les trois exemplaires connus présentent à peu près la même forme et varient seulement comme taille et comme disposition du tranchant semi-lunaire. La longueur de celui que nous reproduisons dépasse 10 centimètres. Sa plus grande largeur est de 12 centimètres. Ses tranchants sont trop mousses, pour permettre de croire que c’étaient là des couteaux bien que le Peabodv Muséum renferme plusieurs instruments en bronze provenant du Pérou, d’une forme à peu près similaire, classés, nous ne savons trop pour quelle raison, sous ce nom.
- Les plus anciens écrivains espagnols parlent aussi de petits morceaux de cuivre façonnés en forme de tau grec, qu’ils supposent avoir servi de monnaie. Cette opinion a été adoptée par un grand nombre d’Américanistes1 mais elle ne s’appuie sur aucune preuve sérieuse; nous nous contenterons donc de la mentionner. Itupaix raconte de nombreux objets en cuivre trouvés à Mitla ; il n’en donne aucune description. Peut être étaient-ce des armes, car nous savons que les Mexicains se servaient quelquefois de pointas de cuivre pour armer les flèches et les javelines qu’ils lançaient ensuite à l’aide d’un instrument assez-complique, \e Xuiatlatli.
- Les faibles dimensions des instruments en cuivre chez les Mexicains et chez les hommes de l'Amérique centrale, comme chez les Mound-Builder, montrent que pour tous ces peuples le cuivre était un métal précieux. Aussi, chez tous, le voyons-nous employé pour façonner les ornements les plus variés ; c’est là un point sur lequel nous nous proposons un jour de revenir. Marquis de Nadaillac.
- BROUILLARD SULFUREUX
- DU 19 MAI 1883
- Nous avons signalé précédemment le brouillard extraordinaire qui a été observé à Dijon, le 19 mai d 8852 ; ce phénomène s’est étendu à un grand nombre de localités, comme l’attestent les documents que nous avons reçus de nos correspondants.
- Le brouillard extraordinaire signalé dans La Nature, nous écrit le Dr K., de Mulhouse, a aussi régné en Alsace à la même époque, c’est un phénomène connu de longue date dans la vallée du Rhin, coïncidant toujours avec un j vent régulier du Nord. Ce genre de brouillard a beaucoup j exerce la sagacité des savants jusqu’à l’epoque où, il y a j plus de trente ans, sa véritable nature fut expliquée par la connaissance des pratiques de culture appliquées dans certaines parties de nord-ouest de l’Allemagne et de la Hollande où l’on brûle au printemps des terres tourbeuses en grande quantité pour amender le sol. Cette fumée des tourbières est plus rare qu’autrefois parce que des nouveaux procédés de culture permettent de renoncer à la combustion comme mode d’amendement.
- 1 Bancroft, The primitive Races of the Pacific Siales, t. 1Y, p. 383.
- * Yoy. n° 524, du 16 juin 1883, p. 47.
- Nous avons reçu de Mulhouse une autre lettre très intéressante au sujet du même brouillard sulfureux; nous en publions quelques extraits :
- Les journaux d’Allemagne, nous écrit M. G. A. S., ont signalé sur plusieurs points le brouillard sec du 19 mai, en lui donnant le nom de Hokenrauch (fumée d’en haut). Ce brouillard est une fumée qui provient de l’incendie des herbes de la lande de Lunebourg (Luneburger Heide, près de Hambourg). Il faut, pour qu’elle se propage aussi loin, des circonstances météorologiques favorables et bien rares, un temps beau et sec, et un vent du Nord persistant sans qu’il soit violent. Toutes ces circonstances se trouvaient réunies cette année à l’époque de l’incendie des landes de Lunebourg. Le phénomène, dit-on, avait été observé à Mulhouse il y a vingt-deux ans pour la dernière fois. Il paraît que ce singulier brouillard a déjà été perçu jusqu’aux Alpes.
- M. Plazanet, chef d’escadron de dragons, à Gray, nous adresse, en outre, une autre description de cette fumée qui s’étendait sur le pays tout entier, et tamisait la lumière solaire.
- Les rayons lumineux au lieu d’être diffusés comme dans les brouillards humides ordinaires, traversaient le météore et portaient ombre, une ombre bien légère il est vrai, mais très distincte, sans contours floconneux. On distinguait le disque, du soleil : il était rougeâtre sans grand éclat. En un mot la lumière était affaiblie mais non arrêtée.
- Nous compléterons ces renseignements, en publiant la notice suivante écrite par un observateur de Phalsbourg.
- Un phénomène fort rare et très curieux a été observé dans notre ville de Phalsbourg (Alsace-Lorraine), les 17, 19 et 51 mai 1883.
- Le 17 mai, un brouillard très intense, bleuâtre et répandant une odeur très prononcée de soufre, a duré de six heures à onze heures du matin. La lumière du Soleil, d’une couleur cuivrée, produisait sur tous les objets terrestres une teinte bleu-violet, très intéressante à étudier, et dans le lointain on aurait cru voir la fumée d’un immense incendie qui aurait embrasé tout l’horizon. Les suppositions fantaisistes allaient leur train : c’était une queue de Comète traversant l’espace, etc., etc.
- Le 19 mai, le même brouillard est encore venu nous visiter, mais bien moins intense que la première fois.
- Enfin, le 31, nouvelle apparition du brouillard, plus compact, plus infect, plus puant que jamais. La couche des nuages sulfureux était tellement épaisse que le Soleil n’a pu etre aperçu un seul instant de la journée.
- La cause de ce phénomène atmosphérique est facile à comprendre. Les habitants des contrées qui avoisinent la mer du Nord) possèdent d’immenses landes de terres infertiles, non cultivables et recouvertes de maigres broussailles, de fougères, de bruyères, de mauvaises herbes et de gazon. Pour amender et fertiliser ces terres, on y met le l'eu; l’incendie, lorsqu’il est alimenté par un vent violent, s’étend au loin en dévorant tout sur son passage. Ceci nous explique l’odeur de soufre qui n’est que l’odeur inhérente à la fumée de ce vaste incendie.
- Quand le vent du Nord, surtout, souffle sur l’immense brasier, la fumée est chassée au loin et arrive jusqu’à nous, bien qu’elle parte de la Hollande.
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- En Allemagne, cette fumée s’appelle Moor-Rauch c’est-à-dire fumée des tourbières. Souvent elle s’avance en remontant la vallée du Rhin jusque dans les régions alpestres; d’autres fois elle s’étend jusqu’aux frontières occidentales de la Chine.
- Lors de sa récente apparition chez nous, la fumée des tourbières s’est engouffrée dans les vallées tributaires du Rhin, où elle y a formé des masses tellement épaisses, tellement compactes que l’on ne pouvait plus voir les hauteurs avoisinantes, et qu’a Phalshourg ou ailleurs, on ne. respirait qu’avec peine et dégoût un air tout imprégné de miasmes sulfureux.
- Les mêmes faits ont été observés en même temps en Alsace, à Rihauvillé, Colmar, dans la vallée de Munster, etc., etc.
- Un de nos compatriotes a trouvé, dans ses annales de famille, que les mêmes phénomènes s’étaient également présentés dans le mois de mai des années 1785 et 1822. Ces deux années produisirent en Alsace des vins de qualité supérieure ; on en augure à Phalshourg que 1885 se mettra à la hauteur de ses devancières. P. Enel.
- LES PROGRÈS DE L’AGRICULTURE
- HIER ET AUJOURD'HUI.
- Un (le nos cultivateurs français les plus distingués, M. Bi gnon, a recueilli sur la situation agricole de notre pays les renseignements les plus complets tant au point de vue technique, qu’à celui de la statistique et de l’histoire. Nous avons eu occasion de feuilleter récemment une nombreuse collection de tableaux exécutés sous la direction de M. Bignon, et qui représentent les types les plus caractéristiques de la race ovine et bovine, les spécimens de fermes modèles et nombre d’autres sujets qui touchent aux intérêts de l’agriculture française. Parmi ces tableaux, il en est qui ont particulièrement frappé notre attention, ce sont ceux que nous reproduisons ci-contre ; ils nous montrent l’aspect d’une métairie il y a trente ans (fîg. 1 et 2) et aujourd'hui (fig. 2 et 5). Avant 1849, cette métairie située dans une des régions du centre de la France, comprenait trois malheureuses cabanes, d'un aspect misérable (lig. 1); quand on pénétrait à l’intérieur, à l’heure du repas, on voyait les fermiers manger un brouet peu ragoûtant dans une salle triste et enfumée (fig. 2). Aujourd’hui la métairie comprend une vaste cour, entourée de magnifiques bâtiments, granges, étables, écuries, porcherie, maison d’habitation aux murs blancs et propres (fig. 5). Le fermier quand il dîne, a sa table dressée dans une belle salle, d’aspect riant; ses plats lui sont servis sur une nappe blanche, et la propreté, le confort caractérisent cet intérieur attrayant (fig. 4). Le fermier de la métairie^avant 1849, était pauvre, presque misérable; celui de la métairie actuelle, est prospère, et à la fin de sa vie, il aura conquis l’aisance qui couronne une carrière laborieuse. Les dessins ci-contre ne sont pas une fiction, ils représentent des scènes réelles, reproduites d’après nature et qui donnent l’absolue vérité des faits ; ils sont
- accompagnés de chiffres précis qui montrent la situation comparative de la métairie : situation déplorable autrefois, et tout à fait prospère aujourd’hui.
- Dans la crainte de porter atteinte aux intérêts des propriétaires ou des fermiers, nous publierons sans en citer le nom, l'état comparatif d’une grande terre française qui a été étudiée avec beaucoup de soin et d’exactitude par M. Bignon.
- Cette terre, nous la désignerons ici sous le nom de X... En voici l’histoire complète.
- C’est au commencement de 1849, que la terre de X... fut achetée par le propriétaire actuel avec la pensée de l’améliorer. Le sol de la commune de X... est mouvementé, on y rencontre des collines, quelques plateaux et des vallées plus ou moins larges, quelquefois assez profondes où coulent des ruisseaux. Ces vallées sont couvertes pour la plupart de prairies naturelles. Les terres qui sont argilo-siliceuses et à sous-sol imperméable, se trouvaient à cette époque dans les plus mauvaises conditions. Elles étaient pauvres, humides à l’excès, couvertes en grande partie de landes et de broussailles, marécageuses dans les vallées, ravinées par les eaux sur les pentes où elles offraient des inégalités qui rendaient le travail difficile ; de plus ces terrains étaient dépourvus d’élément calcaire. Les prairies naturelles donnaient de très mauvais foin, n’en fournissaient pas même assez pour alimenter un cheptel composé de cinquante bêtes à cornes très médiocres. Le domaine n’avait jamais produit de fourrages artificiels et la culture du froment y était inconnue. Le seigle et l’avoine étaient les seules céréales de la culture que suivaient les paysans plongés dans l’ignorance, la routine, et qui, manquant de capitaux, laissaient ainsi dépérir d’importants éléments de la prospérité publique.
- Les instruments de travail étaient en rapport avec l’état général; ils étaient des plus primitifs. L’araire en bois, une herse également en bois et une mauvaise charrette à bœufs constituaient tout le mobilier des métayers. Les bâtiments d’exploitation, mal construits et encore plus mal distribués, ressemblaient à des huttes délabrées. Les chemins impraticables rendaient très difficile l’exploitation du domaine et les communications entre les diverses métairies. Les maisons d’habitation étaient pour la plupart de véritables masures mal aérées, insalubres et indignes de loger des êtres humains. Des mares d’eau ci’oupissante, noircies par le purin des fumiers, couvraient les cours jusqu’aux portes d’entrée des maisons. De ces boues, il se dégageait pendant l’été des émanations fétides qui donnaient la fièvre aux habitants. Les métayers étaient pauvres, endettés, mal nourris et découragés.
- Les terres labourables occupaient cinquante hectares; les terres de landes et broussailles cent quatre-vingts hectares ; les prairies naturelles et les sols marécageux cinquante hectares ; les pâtures et les racines quatre-vingt-deux hectares.
- Les procédés suivis pour l’amélioration de la propriété, dit M. Bignon, ont été :
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- « 1° Modification des contrats qui réglaient autrefois les intérêts entre les propriétaires et les métayers ;
- 2° Division raisonnée des terres en vue de 1 écoulement des eaux stagnantes, de la création des
- Fig. 1. — Une ferme autrefois. — Aspect de la métairie de la Touraillèrc avant 1849. (D’après nature).
- Fig. 2. — Une ferme autrefois. — Intérieur de la salle commune de la métairie de la Touraillère, avant 1849. (D'après nature.)
- prairies et de la facilité des cultures ; 3° Plantation d’arbres fruitiers; noyers, châtaigniers, en bordure
- et en vergers ; 4° Etablissement de chemins d’exploitation ; 5° Assainissement des terrains en pente par
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- la dérivation des sources ; assainissement sur d’autres I chement des terres par de bons labours et leur en-parties du domaine par le drainage régulier ; 6° Défri- | semencemcnt en céréales pralinées avec le noir ani-
- mal pendant la première et la seconde année de culture; 7° Utilisation des bruyères et ajoncs dans
- la confection des composts calcaires; 8° Aménagement mieux entendu des fumiers; 9° Chaulage de
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- toutes les terres labourables ; 10° Dérivation et aménagement des eaux pour l’irrigation des prairies anciennes et nouvelles ; 11° Création de prairies nouvelles et culture sur une grande surface de prairies artificielles; 12° Culture des racines et plantes fourragères : pommes de terre, choux, maïs, fourrage, etc. ; 13° Choix de meilleures races de bétail, alimentation raisonnée ; élevage et engraissement de la race bovine charolaise; 14° Reconstruction des batiments d’habitation et d’exploitation au point de vue de l’hygiène, du bien-être et des convenances pour les personnes, de la salubrité et de l’économie pour le bétail; 15° Emploi de machines et d’instruments agricoles perfectionnés.
- « Les terres labourables, déduction faite des surfaces occupées par les prairies naturelles, les bâtiments, les bois et les chemins ont une étendue de 500 hectares. Elles sont soumises à l’assolement quinquennal ci-après :
- « Première année. — Betteraves, carottes, pommes de terre, navets, raves, vesces, maïs, fourrage, etc. — Deuxième année. — Froment d’automne, blés de mars, escourgeon et orge d’hiver. — Troi-sième année. — Prairies artificielles pour être fauchées deux fois : formées avec le trèfle ordinaire, le ray-grass, la lupuline et le trèfle blanc. — Quatrième année. — Prairies artificielles fauchées en une seule fois et pâturées ensuite. — Cinquième année. — Avoine d’hiver, avoine de printemps, orge d’hiver et orge de printemps. Chaque sol sur l’ensemble du domaine occupe 00 hectares. »
- Tel est l’état comparatif de la terre de X... avant 1849 et de nos jours. Donnons pour terminer le résultat financier qui résume avec éloquence les renseignements précédents ; nous le condenserons en un tableau de quelques lignes :
- ÉTAT COMPARATIF DES PRODBITS ET RÉSULTATS FINANCIERS DE LA TERRE DE X...
- Capital engagé, comprenant la valeur du domaine et du premier cheptel. (Actes et enregistrement) .
- Etendue des terres environ ..................
- Produit des récoltes
- céréales.............
- Bénéfice réalisé par le
- bétail...............
- lntéiêt du capital engagé . . ......
- Revenu par hectare. .
- 1849 * 1877
- 214000 fr. 590 000
- (Y compris les terres achetées a nouveau et les dépenses d’amélioration, i
- 400 hectares
- 2 700 fr.
- 2100 fr.
- 1 fr. 15 6 fr.
- 446 hectares
- 44 704 fr*
- 32 024 fr.
- 9 fr. 80 92 fr. 66
- Telle est l’histoire véritable d'un domaine de notre territoire : elle nous a paru si intéressante et si remplie d’enseignements, que nous avons cru devoir en publier le résumé d’après les documents réunis avec tant de compétence par M. Bignon. Cette histoire nous montre ce que peuvent la science et l’industrie mises au service d’un travail intelligent.
- Gasto.n Tissahdier.
- LA REPRODUCTION DES CREVETTES
- Les crustacés subissent, comme les insectes, des métamorphoses et passent par des formes variées avant d’arriver à leur état définitif parfait. La crevette (Palœmou porte-scie), sans doute appréciée par un grand nombre de nos lecteurs en sa qualité de comestible délicat, ne vient pas au monde telle que nous la présentent les garçons de restaurant.
- N’ayant pu nous procurer des renseignements précis sur la reproduction de la crevette et fort dési-
- o
- Œuf
- grandeur naturelle.
- Petite
- Crevette
- Œufs sur le point d’éclore vus dans 2 positions.
- Développemeut des crevettes. (Dessins d’après nature.)
- reux de nous instruire à ce sujet, nous avons pris la peine de suivre l'éclosion de la variété, si recherchée, d’Angoulins (Charente-Inférieure).
- La mère pond en avril et en mai environ quatre ou cinq mille œufs, qu’elle conserve entre ses fausses pattes jusqu’à leur éclosion, c’est-à-dire pendant environ six semaines.
- Le diamètre de l’œuf est d’environ trois quarts de millimètre. Les petits, longs de trois millimètres, sont agiles et se meuvent par saccades en pliant brusquement la queue. Ils sont transparents avec une légère teinte rose, très jolie au microscope.
- Ayant dessiné nous-même d’après nature les figures ci-jointes, probablement inédites, nous pouvons en garantir l’exactitude à nos lecteurs.
- Au point de vue industriel, l’étude des conditions de reproduction et de développement de la crevette n'est pas sans importance.
- Il serait trop long de l’aborder ici dans ses détails
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- et nos expériences n’ayant pas été faites en grand, nous n’avons pu que rassembler des documents très intéressants, mais incomplets. Aussi nous bornons-nous à signaler aux pisciculteurs, cet animal de plus en plus rare; son éducation serait sans doute facile avec des précautions spéciales (bassins en maçonnerie, renouvellement de l'eau et des plantes marines, etc.). La grande valeur commerciale du produit permettrait des avances et des dépenses en vue d’un résultat lucratif.
- Dans la Charente-Inférieure, la crevette ne paraît pas sur les marchés d’octobre en avril; on la pèche pendant l’été, en détruisant les mères et les oeufs.
- Charles-Albert X.
- U SCIENCE PRATIQUE
- Confection d’un pulvérisateur. — Depuis plusieurs années les parfumeurs vendent des tubes de pulvérisation qui servent à lancer dans l’atmosphère les gouttelettes
- c
- Mode de confection d’un pulvérisateur.
- d’un liquide odorant, entraînées par un courant d’air. Des appareils analogues servent à pulvériser les fixatifs sur un dessin, les eaux minérales dans la gorge d’un malade; ils peuvent avoir de nombreux usages en physique, en chimie et dans les usages domestiques. Ces petits appareils basés sur le principe de l’injecteur Giffard, peuvent être facilement confectionnés à l’aide de tubes de verre ou de tuyaux de plume et d’un morceau de liège. Notre figure en indique le mode de construction.
- A est bouchon de liège ; B, C des tubes de verre ou tuyaux de plumes d’oie fixés dans le bouchon ; B plonge dans un liquide D ; on souffle avec la bouche à travers C ; le liquide s’élève de D en a et est projeté en gouttelettes au delà de a. L’expérience ne réussit qu’à la condition que le courant d’air soit coupé à peu près en deux par a.
- Réduit aux dimensions de la figure, l’appareil s’applique avec succès à la projection d’un liquide propre à fixer un fusain, à l’humectation uniforme du linge, au repassage, à la pulvérisation d’un liquide quelconque1.
- 1 Communiqué par M. Laffage de Carcassonne*.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES PERLES FINES.
- Paris, le 16 juin 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai lu dans La Nature du 2 courant un article fort bien fait sur l’exposition internationale de pêcheries à Londres. L’auteur regrette que la section française soit si pauvrement représentée par quelques boîtes de sardines et des filets de pèche; je me permets à ce sujet de faire une rectification :
- Nous avons eu l’idée d’exposer le produit des pêcheries des perles fines et S. À. R. le prince de Galles a mis à notre disposition un magnifique emplacement dans l’entrée d’honneur; c’est là que se trouve notre vitrine qui est une des curiosités les plus remarquées de l’exposition ; et comme notre maison est française, c’est à lu France qu’en revient tout l’honneur.
- Vous n’ignorez pas que le commerce de perles se fait principalement à Paris, qui est la ville de luxe par excellence.
- La perle vient du golfe Persique, des îles du Pacifique ou de Panama. On en trouve aussi au Mexique et dans la Californie, mais de qualité inférieure.
- La perle du golfe Persique est la plus courante; les maisons de banque de Bombay font des avances aux pécheurs et nous remettent en consignation le produit de la pèche pour que nous le réalisions à Paris.
- La perle est ronde, bouton, ou de forme irrégulière, dite baroque. La valeur provient de la forme, la peau, la grosseur et la couleur. Quand elle est nouvelle, la perle est en général teintée, à cause des oxydes ou des sulfures qui se trouvent dans les huîtres, suivant les bancs.
- Au contact de l’air, elle blanchit ; au bout d’environ cent ans, elle meurt, après avoir perdu son éclat et par conséquent 'Sa valeur.
- Dans les îles du Pacifique, les perles sont blanches transparentes ou de couleur grise, brune, dorée ou autre. Les noires sont très recherchées. La peau est en général plus tendre que dans la perle des Indes, l’éclat plus vif : mais la forme varie à l’infini et par conséquent la valeur de ces perles est sujette à de grandes fluctuations suivant la qualité. La perle du Mexique et de Californie est en général creuse, baroque et d’un aspect vitreux.
- La perle rose de Banhamas mérite aussi une mention particulière, d’abord parce qu’elle est très rare, ensuite parce qu’elle est d’un aspect tout différent de l’autre. Ressemblant au corail rose à première vue, elle est plus tendre de couleur et plus dure de peau. Elle a beaucoup d’éclat et sa peau est veloutée avec des reflets irisés fort curieux.
- Eu dehors des perles provenant des huîtres de la mer, il y a encore les perles que l’on Irouve dans les rivières, principalement en Ecosse ou en Bavière. Ce sont des perles en général sphériques mais d’un aspect vitreux.
- Notre exposition de Londres forme une collection complète de toutes ces variétés et aucune maison n’a tenté de concurrence sérieuse avec nous. C’est le Comité même de l’exposition à la requête du prince de Galles et principalement M. le marquis de llamilton et M. Horace Farquhar qui ont organisé cette vitrine.
- Camille Oulman,
- De la maison : Les filsOulman et C,e 2, rue Drouot
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- LA NATURE.
- LA SCIENCE DANS L’ANTIQUITÉ
- LES HODOMÈTRLS1
- Dans l’inventaire dressé par Julius Capitolinus, en la Vie de Pertinax2, des objets vendus après la mort de l’empereur Commode, on voit mentionnés, entre autres objets précieux, « des voitures marquant les distances et les heures ».
- Vitruve décrit (X, 14) le mécanisme de ces chariots, mais les dessins, qui devaient servir à éclairer le texte, ont été perdus, de sorte que sa description est assez obscure. Heureusement on a retrouvé, à la suite d’un manuscrit de la Dioptre de Héron, deux fragments grecs sur ce même sujet remontant probablement à l’époque Alexandrine et accompagnés de leur figure.
- En voici la traduction :
- Mesurer des dislances sur la surface de la terre, au moyen de l'appareil que l'on nomme odo-mètre. — Muni de cet instrument, au lieu d’être obligé d’arpenter lentement et péniblement avec la chaîne ou le cordeau, on peut, voyageant en voiture, connaître les distances parcourues, d’après le nombre des tours exécutés par les roues.
- D’autres, il est vrai, ont exposé avant nous quelques méthodes pour arriver au même but ; mais chacun pourra décider entre l’instrument décrit ici par nous-même et ceux de nos prédécesseurs.
- Que l’on imagine un appareil en forme de boîte (fig. 1) dans l’intérieur de laquelle sera contenue tout entière la machine que nous avons à décrire. Sur la base de cette cassette repose une roue de cuivre AB, portant, implantées près de son bord (et parallèlement à son axe), un certain nombre de palettes (huit, par exemple). Sur ce fond s’ouvre une fente, dans laquelle une tige, fixée sur le moyeu d’une des roues de la voiture, s’engageant à chaque tour, pousse en avant l’une des palettes, qui se trouve remplacée par la suivante, et de même indéfiniment. D’où il résulte que, quand la roue de la voiture aura fait huit révolutions, la roue à palettes en aura fait une. Or, au centre de cette dernière, est j lantée perpendiculairement, par une de ses extrémités, une vis qui, par son autre extrémité, est engagée dans une traverse fixée aux parois de la boîte. Cette vis s’ap1 lique contre une roue dentée dont les dents engrènent avec elle, et dont le plan est perpendiculaire à la base de la boîte. Cette
- 1 Nous adoptons l’orthographe de Littré et non celle de l’Académie, à cause de l’esprit rude que porte 10 initial en grec.
- 8 Historiée Augustœ scriptores. — Paris, 1603.
- roue dentée porte également un axe dont les extrémités pivotent contre les parois de la cassette ; et une partie de cet axe présente des spires creusées à sa surface, de manière qu’il devient lui-même une vis. De même, contre cette nouvelle vis s’applique une roue dentée parallèle au fond de la cassette; sur cette roue est pareillement implanté un axe dont une extrémité pivote sur le fond, tandis que l’autre se rend dans la traverse fixée aux parois ; et cet axe porte pareillement une vis qui engrène avec les dents d’une autre roue placée perpendiculairement au fond. Et cela se continuera tant que nous voudrons, ou tant qu’il y aura de la place dans la boîte : car, plus les roues et les vis seront nombreuses, plus longue sera la route que l’on pourra mesurer.
- En effet, chaque vis, en faisant un tour, fait mouvoir une dent de la roue contre laquelle elle s’applique; de telle sorte que la vis qui fait corps avec la roue à palettes, en tournant une fois, indique huit révolutions de la roue de la voiture, tandis qu’elle ne fait mouvoir qu’une seule dent de la roue sur laquelle elle agit. Si donc cette dernière a, par exemple, 30 dents, lorsqu’elle aura fait un
- tour complet par l’impulsion de la vis, elle indiquera 240 tours de la roue de la voiture. De même la susdite roue dentée, en faisant une révolution, fera faire un tour à la vis implantée sur son plan, et une seule des dents de la roue suivante sera poussée en avant. Par conséquent, si cette nouvelle roue a encore 30 dents (c’est un nombre raisonnable, et il pourrait être bien plus grand), en faisant une révolution, elle indiquera 7200 tours de la roue de la voiture. Supposons a cette dernière 10 coudées de circonférence, ce sera 72 000 coudées, c’est-à-dire 180 stades. Ceci s’applique à la seconde roue dentée; s’il y en a d’autres, et si le nombre des dents augmente aussi, la longueur du voyage qu’il sera possible d’évaluer augmentera proportionnellement. Mais il convient de se servir d’un appareil construit de telle manière que le chemin qu’il pourra indiquer ne dépasse pas de beaucoup celui que l’on peut faire en un jour avec la voiture, parce qu’on peut, tous les jours, après avoir mesuré la route de la journée, recommencer de nouveau pour la route suivante.
- Ce n’est pas tout : comme un tour de chaque vis ne correspond pas, avec une exactitude et une précision mathématiques, à l’échappement d’une dent, nous ferons, dans une expérience expresse, tourner la première vis, jusqu’à ce que la roue qui engrène avec elle ait accompli un tour, et nous compterons le nombre de fois que la vis aura tourné. Supposons, par exemple, qu’elle ait tourné 20 fois pendant que la roue adjacente a fait une seule révolution; cette roue avait 30 dents : donc 20 tours de la roue à palettes correspondent à 30 dents de la roue dentée conduite par la vis. D’un autre côté, les 20 tours font
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- échapper 160 palettes, ce qui fait un pareil nombre de tours de la roue de*la voiture, c’est-à-dire 1600 coudées; par conséquent, une seule dent de la roue dentée précédente indique 55 1/5 coudées. Ainsi, par exemple, lorsque, en partant de l’origine du mouvement, la roue dentée aura tourné de 15 dents, cela indiquera 800 coudées, c’est-à-dire deux stades. Nous écrirons donc sur cette même roue dentée : coud. 55 1/5. Faisant un calcul semblable pour les autres roues dentées, nous écrirons sur chacune d’elles le nombre qui lui correspond ; et, de cette manière, lorsque nous saurons de combien de dents chacune d’elles aura avancé, nous connaîtrons par là même le chemin que nous aurons parcouru.
- Maintenant, afin de pouvoir déterminer le chemin parcouru sans avoir besoin d’ouvrir la cassette pour voir les dents de chaque roue, nous allons montrer comment, par le moyen d’un index placé sur les faces extérieures, on peut évaluer la longueur de la route. Admettons que les roues dentées dont on a pai’lé soient disposées de manière à ne pas toucher les parois de la boîte, mais que leurs axes sortent en dehors, les saillies étant équarries de manière à recevoir des index percés de trous également carrés. De cette façon, la roue en tournant, fera tourner avec son axe l’index, dont la pointe décrira, sur la face extérieure de cette paroi, un cercle que nous di-viserons en un nombre de parties égal à celui des dents de la roue intérieur e. L’index doit avoir une longueur suffisante pour décrire une circonférerence plus grande que la roue, de façon que cette circonférence soit divisée en parties plus grandes que l’intervalle qui sépare les dents. Ce cercle doit porter le nombre déjà marqué sur la roue intérieure. Par ce moyen, nous verrons sur la surface extérieure de la cassette la longueur de la route parcourue. S’il était impossible d’empêcher le frottement des roues contre les parois de la cassette, soit parce qu’elles s’embarrassent entre elles, soit à cause des vis adjacentes, soit pour toute autre raison, il faudrait alors les limer d’une quantité suffisante pour que l’appareil ne fut plus gêné en aucune façon.
- De plus, comme les roues dentées sont les unes perpendiculaires, les autres parallèles au fond de la boîte, de même les cercles décrits par les index seront les uns sur les parois latérales de la cassette, les autres sur la partie supérieure. En conséquence, il faudra taire en sorte qu’une des parois latérales qui ne portent pas de cercle serve de couvercle, ou, en d’autres termes, il faudra que la boite se ferme latéralement.
- Un autre ingénieur, probablement gréco-latin puisqu’il exprime les distances tantôt en milles tantôt en stades, a indiqué un dispositif d’un système different pour mesurer la marche d’un navire.
- Nous allons donner la description de cet appa-
- reil, dont nous présentons la reproduction dans la gravure ci-contre (fig. 2).
- Soit une vis A B tournant dans ses supports. Supposons que son filet mène une roue A de 81 dents, à laquelle sera fixée une autre roue parallèle (un pignon) E de 9 dents. Supposons ensuite que ce pignon engrène avec une autre roue Z de 100 dents, et qu’à celle-ci soit fixé un pignon H de 18 dents; puis, que ce pignon engrène avec une troisième roue 0 de 72 dents, laquelle portera également un pignon K de 18 dents ; puis encore, que ce pignon engrène avec une roue A de 100 dents, et ainsi de suite; de sorte qu’enfin la dernière roue porte un index disposé de manière à indiquer le nombre des stades parcourus.
- D’un autre côté, construisons une roue ailée M, dont le périmètre, en dedans des ailes, soit de 5 pas; sup-posons-la parfaitement circulaire, et adaptée au flanc d’un navire, de manière à avoir, sur la surface de l’eau, une vitesse égale à celle du bâtiment. Supposons, en ontre, les choses disposées de telle façon, qu’à chaque tour de la roue M, il avance, s’il est possible, une dent de A. 11 est clair qu’alors, à chaque distance de 100 milles parcourue par le vaisseau, la roue A fera une révolution.
- De sorte que, si un cercle concentrique à la roue A est divisé en cent parties, l’index fixé à À en tournant sur ce cercle, marquera, par le nombre des degrés, le nombre des milles parcourus.
- Les hodomètres comme tant d’autres choses, ont été réinventés bien des fois, notamment en 1662 par mi membre de la Société Royale de Londres et, en 1724, par l’abbé Meynier.
- A. de Rochas.
- DESTRUCTION DU PUCERON LAN IGER
- Quand le Muséum m’a chargé de la culture des arbres fruitiers, la collection des pommiers de cet établissement était infestée par le puceron laniger ou blanc.
- M. Brunot que j’ai remplacé, m’avait prévenu que l’on avait essayé une vingtaine de méthodes toutes plus efficaces les unes que les autres, au dire de leurs inventeurs, ce qui n’empêchait pas le puceron de couvrir toutes les branches et de continuer à manger les pommiers.
- M. Balbiani, professeur au Collège de France, m’ayant chargé de la culture de quelques vignes qu’il a en expérience et qui sont badigeonnées de goudron, me donna l’idée d’essayer le goudron sur les pommiers.
- J’ai pris 12 pommiers que j’ai badigeonnés; 12 autres pommiers sont restés comme témoins. Les premiers pommiers (ceux badigeonnés) ont eu un retard sensible dans leur végétation. Ce sont des pommiers de lm à 1m, 10, ils ont de*15 à 20 ans, couverts de plaies et d’insectes.
- Tous les insectes ont été complètement détruits par le
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- goudron et les pommiers goudronnés sont plus beaux que les autres.
- Donc le goudron peut être employé avec succès sur des arbres jeunes, ayant une certaine vigueur. Le seul inconvénient qu’il présente est de tacher les vêtements chaque fois que l’on passe trop près des arbres.
- Le meilleur moyen de se débarrasser du puceron et en même temps de tous les insectes qui nichent dans les pommiers est de prendre de l’huile ou n’importe quel corps gras liquide autant que possible propre et d’en badigeonner les pommiers sur toute la surface; il ne suffit pas de badigeonner l’endroit où l’on voit les insectes, il faut qu’il y ait de l’huile dans toutes les parties de l’arbre.
- Il faut commencer à les traiter une première fois quand il n’y a plus de feuilles en octobre et en novembre et une seconde fois au commencement de la végétation aussitôt que les boutons commencent à grossir.
- Je garantis que s’il n’v a pas eu d’arbres oubliés, on ne verra pas le blanc apparaître cette année-là. Si le traitement a été mal fait, qu’il y ait eu des parties de l’arbre oubliées, ou une plaie, et que l’on voie apparaître le blanc à ces places, il faudra prendre un pinceau et passer de l’huile aux endroits oubliés, où on n’aura pas passé la première fois.
- Les personnes qui voudront se rendre compte de l’efficacité de ce procédé n’auront qu’à venir au Muséum où elles pourront voir les résultats de ces deux traitements par l’huile et par le goudron.
- Le traitement par l’huile ne nuit pas à la végétation des pommiers ; ces arbres sont plus beaux et plus vigoureux qu’avant l’opération et que les années précédentes,
- F. Vial,
- Chargé par le Muséum de la culture de l’École des arbres fruitiers, cultivés en Europe.
- CHRONIQUE
- Objectifs monstres. — Nous reproduisons, les renseignements suivants qui ont été publiés par le Scien-tific Américan. Les habiles constructeurs américains, MM. Al van Clarck et fils, de Cambridge (Massachusetts), viennent de terminer la construction d’un objectif de 30 pouces (760 millimètres), destiné à l’Observatoire de Poulkova. Le nouvel instrument dépassera en dimensions tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour comme réfracteur destiné aux observations astronomiques ; il ne conservera cependant le premier rang que pendant un tein;s bien court, puisque les mêmes constructeurs préparent en ce moment un objectif de 56 pouces (910 millimètres) pour l’Observatoire de Mont-llamilton (Californie). La Russie, qui n’a jamais voulu céder le pas en pareille circonstance va, sans aucun doute, commander un objectif d’un mètre de diamètre. L’objectif de Poulkova vient d’étre essayé par les constructeurs; il a été placé dans une monture provisoire composé d’un tube ayant près de 14 mètres de longueur et 1 mètre de diamètre intérieur; le tout était porté par un socle en maçonnerie de plus de 8 mètres de hauteur. Le jour de l’expérience, on se trouva dans d’excellentes conditions d’observation : le temps était froid et sec, et la lune était cachée sous l’horizon. Saturne, Jupiter et la nébuleuse d’ürion furent successivement observés. Sept des huit satellites de Saturne étaient parfaitement perceptibles. Titan, le plus grand d’entre eux,
- apparaissait même avec un disque appréciable. Tous le détails du système si complet de Saturne furent d’ailleurs très bien saisis. On distinguait l’anneau extérieur avec sa faible raie, la division entre les deux anneaux brillants, l’anneau intérieur, et enfin l’anneau nébuleux; on voyait egalement l’ombre de la planète sur l’anneau, ainsi que les bandes de son disque. Le spectacle était admirable quant à la représentation des détails; cependant les contours n’étaient pas clairement définis et, à part la grande quantité de lumière qui éclairait le champ de vue, on peut dire que l’aspect de la planète ne différait pas considérablement de ce qui est visible dans une lunette de plus faible dimension.
- On voyait Jupiter avec des dimensions apparentes qui ne semblaient pas non plus dépasser considérablement celles qu’il présente dans une petite lunette ordinaire de huit pouces. Cependant il était si brillant et semblait si rapproché qu’on ne pouvait se de fendre de l’idée de le croire placé tout contre l’objectif. Les bandes de la planète paraissaient avec une variété de leintes exceptionnelle; on y percevait vaguement comme un mélange de plaques à contours diffus de couleur rose pâle, gris et vert tendre, pourpre et brun. L’apparence des quatre satellites de la planète témoignait en faveur de la puissance de l’instrument en se présentant sous forme de disques. L’absence de la tache rouge fut vivement regrettée par les observateurs.
- Enfin le monstre fut dirigé vers la nébuleuse qui est visible dans le grand trapèze d’Grion. Ici le spectacle fut admirable, et la puissance de l’appareil fut définitivement appréciée ; les coutours importaient peu pour cette observation, c’était de la lumière qu’il fallait, et la lumière inondait abondamment le champ de l’instrument. Au centre on voyait six étoiles, dont quatre plus brillantes que les autres. Autour de ce groupe se dessinait une sorte de tète d’un immense animal dont la bouche ouverte était assez bien figurée par le trapèze d’étoiles brillantes. La plus grande partie du champ était parsemée de traits de lumière diffuse formant spirales et produisant un contraste frappant avec les parties sombres. Le tout était criblé de nombreuses étoiles qui semblaient jeter un élément de vie sur cet ensemble que nul pinceau ne saurait décrire.
- Singulier cas d’incendie. — Nous avons signalé précédemment un cas d’incendie dont la cause était-peu commune (n° 514 du 7 avril 1883, p. 393). En voici un autre assez bizarre qui nous est communiqué de Tulle : « Le jour de Noël 1881, dit notre correspondant, bien qu’il fit froid, les rayons du soleil étaient ardents. Donnant directement sur une carafe pleine d’eau placée au milieu d’une table, ils furent concentrés par la carafe qui forma lentille, et mirent le feu à la table. Une forte fumée m’a-verlit de cet incendie imprévu et je m’empressai de l’éteindre ; fcans ma présence, il eût gagné des papiers épars tout autour de son petit foyer et fût devenu sérieux. Le lendemain, je renouvelai volontairement l’expérience et elle réussit très bien. La carafe est un flacon tout uni en cristal de Baccarat, forme dite oignon, presque sphérique. »
- Cuir artificiel. — On vient de fabriquer en Allemagne un cuir artificiel présentant une très grande ressemblance avec le cuir ordinaire, en mélangeant environ 5 à'10 pour cent de nerfs pressés à des dechets de cuir, Les morceaux de cuir après avoir été lavés et coupés, sont mis dans une lessive alcaline en ébullition ; ils sont ensuite déchirés et neutralisés par de l’acide chlorhydrique.
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- Enfin, on les lave de nouveau pour faire disparaître toute trace d’acide en excès. Les nerls sont traités séparément de la même manière; mais ils sont maintenus très longtemps dans un bain acide, jusqu’à ce que toute la matière calcaire ait disparu. Ils ont alors la consistance de la colle. En mélangeant les morceaux de cuir et les nerfs ainsi préparés, on en forme des feuilles par pression. Les deux surfaces sont humectées avec une solution concentrée d’alun, et finalement on répand sur la surface une couche mince d’une solution de chloroforme contenant du caoutchouc en dissolution. (Annales industrielles.)
- Une secousse de tremblement de terre a été ressentie à Alger et dans les environs, le 19 juin 1885 à 5h,30“ du soir.
- — L’homme le plus gros de l’univers vient de mourir à Mihvaukee (États-Unis). Cet homme, d’une corpulence vraiment extraordinaire, pesait 245 kilogrammes. 11 était âgé de vingt-huit ans. Depuis des années il ne dormait plus que presque debout, dans un fauteuil spécialement confectionné pour lui. Il est mort pendant son sommeil, enseveli dans sa graisse.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 juin 1883. — Présidence de M Blanchard.
- Nouveau procédé anesthésique. — M. Paul Bert a précisé par un grand nombre d’expériences le mode d’action sur des chiens, de la vapeur de chloroforme mélangée à de l’air. Un mélange contenant 4 grammes de chloroforme pour 100 litres d’air respiré d’une manière continue ne produit pas l’insensibilité même après neuf heures et demie. La température rectale s’abaisse à 59°.
- Avec 8 grammes d’anesthésique par 100 litres d’air (ce que l’auteur appelle le mélange à 8 pour 100) la sensibilité persiste encore, mais la mort arrive après sept heures, la température étant de 52°.
- Avec 12, 14, 16 pour 100 on tue en trois quarts d’heure; avec 30 pour 100 en quelques minutes.
- Que la mort vienne plus ou moins vite, M. Bert constate que toujours le coeur continue à battre alors qu’il n’y a plus trace de mouvements respiratoires; il n'y a jamais de chloroforme dans les urines. On voit donc qu’un mélange convenable avec l’air, le chloroforme peut passer en quantité énorme au travers du poumon sans produire autre chose qu’un refroidissement plus ou moins considérable de l’organisme.
- Ceci posé, M. Bert applique les faits découverts à l’institution d’une nouvelle méthode anesthésique Un chien est endormi avec le mélange à 12 pour 100; quand il dort on lui fait respirer le mélangé à 8 pour 100. Ce dernier trop faible pour produire l’anesthésie et absolument inoffensif, sulfit pour continuer l’insensibilité aussi longtemps qu’on le desire. Un chien a dormi neuf heures ainsi, et il est clair que la pratique chirurgicale est appelée à tirer du nouveau procédé un parti de tous les instants.
- Les alluvions atmosphériques. — U y a longtemps qu’à la suite des belles observations de M. Virlet d’Aoust, au Mexique, les géologues reconnaissent que les vents provoquent, comme les fleuves liquides et les courants marins, de véritables sédimentations. On s’accorde généralement à attribuer le lœss à un alluvionuement atmosphérique. M. Prevalsky, qui vient de publier le récit de son troisième et merveilleux voyage en Sibérie, se range
- à cette opinion et signale des points où le phénomène s’exerce sur une échelle considérable.
- A cette occasion, M. Dumas annonce que le savant Directeur de l’Observatoire de Clermont, M. Alluard, a reconnu au sommet du Puy-de-Dôme un alluvionnement du même genre : c’est à ce phénomène qu’il attribue l’ensevelissement du temple de Mercure retrouvé dans ces dernières années. Le même auteur pense que la fertilité constante de la Limagne doit être attribuée à un ap ort annuel de poussières par le vent, analogue au colmatage naturel que le Nil réalise en Égypte.
- La mélalloscopie. — Au nom de M. Burq, M. Bouley présente, pour le concours des | rix de médecine, un mémoire où se trouve relatée la guérison d’une hystérique par les sels d’alumine indiqués par l’influence d’une plaque d’aluminium placée sur la peau. On parait n’avoir pas bien compris pourquoi M. Yulpian a cru devoir déclarer qu’il ne croit pas au burquisme. Le nombre des croyants, et leur valeur sont assez grands pour qu’on puisse, au minimum, regarder la question comme digne du plus sérieux intérêt.
- Etude photographique de la marche. — Poursuivant le cours des ctudes dont nous avons bien souvent rendu compte, M. Marey indique une nouvelle méthode grâce à laquelle l’allure d’un marcheur peut être photographié de façon à se prêter aux études les plus minutieuses. Tout d’abord, l’auteur prenait successivement un grand nombre de photographies instantanées d’un homme vêtu de blanc se déplaçant devant un écran noir. L’inconvénient consiste dans la confusion qui résulte de la superposition partielle des images successives. Dans le but de simplifier le résultat, l’auteur eut l’idée d’habiller un sujet d’un vêtement mi-petit blanc et noir; de cette façon il ne photographiait plus qu’un demi-marcheur. Aujourd’hui il fait mieux encore. L’individu qui marche est vêtu de noir ; mais le contour de son pantalon porte une série de boutons d’argent fort brillants qui seuls se photographient et permettent de donner sous une forme rigoureusement géométrique la position relative de la cuisse, de la jambe et du pied. Les dessins que M. Marey met sous les yeux de l’Académie seront étudiés avec le plus vif intérêt.
- Varia. — D’après M. de Marçay le sulfate de thorium forme avec l’eau plusieurs hydrates; mais ceux-ci chauffés à 50 ou 60 degrés se décomposent et précipitent le sulfate anlhydre. — M. Tresca étudie les phénomènes de déformation qui accompagnent le poinçonnage des métaux. — Une notice sur un moyen de constater par enregistrement continu, les plus petits mouvements de l’écorce terrestre, est adressée par M. de Chaucourtois. — M. Henri Becquerel signal des maxima et des minima d’extinction de la fluorescence sous l’influence des radiations infrà-rouges. Stanislas Meunier.
- AVERTISSEÜR ÉLECTRIQUE
- DES INCENDIES LE PYROMÉNITE FORGE OT
- Le nombre des avertisseurs d’incendie fondés sur l’emploi des sonneries électriques est déjà fort grande ainsi qu’ont pu s’en convaincre les visiteurs de la grande Exposition internationale d’électricité de 1 fc81 ; mais nous doutons que, parmi ces appareils, la plupart fort ingénieux, il y en ait un (pii soit plus simple,
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- plus économique et en même temps plus efficace que celui dont nous allons donner la description et que l’inventeur, M. Jules Forgeot, a baptisé du nom de Pyroménite (avertisseur du feu).
- Une tige cylindrique en porcelaine, ivoire, ou tout autre matière isolante, de 2 centimètres environ de longueur, de o à 4 millimètres de diamètre, porte à ses deux extrémités deux montures métalliques munies de crochets A et B, où viennent s’attacher les rhéophores de la pile qui met en action une sonnerie électrique. Que les deux montures A et B viennent à être mises en communication métallique et aussitôt, le circuit étant fermé, la sonnerie fonctionne.
- Yoici maintenant dans quelles circonstances et par quel procédé se fait la communication électrique, et comment elle a nécessairement lieu aussitôt que la température de l’endroit où est placé l’appareil dépasse une certaine limite. Un ressort métallique à boudin r entoure la tige isolante et s’appuie d’un côté sur la monture B, de l’autre sur une petite goupille e en métal fusible, insérée dans un trou qui
- Fig. I. — Pyroménite Forgeot. — 1 Circuit ouvert. — 2. Cas d’incendie, circuit fermé.
- traverse la tige à 2 ou 5 millimètres de la monture A. Quand le ressort est ainsi tendu, le circuit est ouvert ; mais dès que la température de fusion de l’alliage (55°) est dépassée, la goupille fond, le ressort se détend et va toucher la monture A : le circuit est fermé et la sonnerie se met en branle.
- On comprendra maintenant aisément la disposition à donner à l’appareil pour qu’il s’acquitte de son rôle d’avertisseur du feu. Quand dans un atelier, un magasin, une bibliothèque, un appartement quelconque, on fixe une série de ces appareils minuscules, tous reliés ensemble et à la pile de la sonnerie par des fils communs, fils que leur enveloppe de soie permet d’enchevêtrer pour diminuer autant que possible l’espace qu’ils occupent, et l’on peut être assuré qu’aussitôt qu’une température anormale, provoquée par un commencement d’incendie, se fera sentir en un point de cette ligne de vedettes, la sonnerie donnera instantanément le signal du danger.
- Nous avons dit que le point de fusion de la goupille est 55° ; mais on peut faire varier ce point en modifiant la composition de l’alliage fusible ; on sait, par exemple, que l’alliage Darcet ne fond qu’à 94°. Une haute température pourrait détruire l’élasticité
- du ressort, mais le contact électrique serait établi bien avant qu’une telle limite fut atteinte.
- Un point important, c’est d’assurer l’intimité de ce contact entre les spires extrêmes du ressort et les montures qui reçoivent les rhéophores. Dans ce but, ces montures et le ressort lui-même sont dorés ou nickelés et préservés ainsi de l’oxydation. Mais le contact peut encore être empêché par les poussières, les toiles d'araignée qui, à moins d’un nettoyage
- Fig. 2. — Pyroménites A A, A2.... disposés eu série. — S, sonnerie, P, pile.
- fréquent et assujettissant, ne manqueront pas de se déposer entre l’extrémité du ressort tendu par la goupille et la monture voisine. Pour obvier à cet inconvénient, chaque appareil peut être enveloppé d’une baudruche très fine tendue de manière à ne gêner en rien le mouvement du ressort, comme l’indique la figure 5.
- Le pyroménite a été expérimenté avec succès au palais du Sénat, à l’État-major des pompiers, à la caserne de la Pépinière. Parmi les personnes devant qui se sont effectuées, le 9 décembre dernier, les expériences du Sénat, se trouvaient, outre MM. les Questeurs, M. le Ministre de la guerre, le général Billot, MM.Berthelot, Charles Robin, Wurtz, dont la compétence n’est point à discuter.
- La description qui précède, suffira, croyons-nous, pour montrer combien il sera facile d’installer, en aussi grand nombre qu’on voudra, un appareil aussi simple et dès lors aussi économique, dans les diverses parties d’un édifice quelconque, administration, bibliothèque, atelier ou usine, théâtre, etc., avec la seule précaution de proportionner le nombre des sonneries à l’étendue de l’édifice, afin que l’on connaisse sur-le-champ le point sur lequel sé doivent porter les secours : c’est là, du reste, une nécessité commune à tous les systèmes d’avertisseurs électriques.
- L’inventeur, M. Jules Forgeot, a fait de son appareil, par un simple changement dans la substance qui compose la goupille (en employant une matière soluble, au lieu d’une matière fusible), un avertisseur des voies d’eau, pour les caves, les cales des navires, etc. Le pyroménite devient alors un hydro-ménite.
- Amédée Guillemin.
- Fig. 3.
- Pyroménite préservé des poussières par une enveloppe en baudruche.
- Le propriétaire gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- LA NAT U K K.
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- y 5a7. _ 7 JIJ1LLKT 188?.
- LE TACHYGRAPHE DE M. MÉRESSE
- Cet instrument, est basé, comme un grand nombre d’autres analogues, sur la propriété des triangles
- semblables. 11 est destiné à copier toutes espèces de dessins, en les augmentant ou en les diminuant avec une précision géométrique (fig. 1). Mais il se recommande par des qualités essentielles résultant de sa construction particulière.
- Fig. 1. — Mode d’emploi du tachygraphe de M. Méresse.
- M. Ed. Collignon, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a présenté cet ingénieux appareil à la Société d'encouragement ; après avoir rappelé le principe du pantographe ordinaire, il a donné en ces termes la description du tachygraphe :
- « M. Méresse emploie aussi un parallélogramme articulé ABCD (fig. 2), mais dont deux côtés opposés ont une longueur constante G et D, les deux autres côtés étant pris sur des règles divisées de la même manière A et B, dont une seule se prolonge jusqu’au centre de similitude A, P. L’homothétie est directe : le style étant pris sur l’une des brides de longueur constante, et le crayon placé au point homologue de la bride parallèle E et G.
- 11e année. — 2® semestre.
- « On peut dire que le tachygraphe représente, sur le plan, un balancier de machine à vapeur muni
- desparallélogram-
- ç" £' A, mes de Watt.
- « Le balancier A, A' est porté sur des roulettes b, bf, b" qui facilitent le déplacement de la pièce sur le plan de figure. Le point est pris en dehors de la règle, dans une glissière K, qui permet d’en régler à volonté de manière à l’amener sur la ligne
- Fig. 2. — Détails géométriques de l’appareil.
- la position,
- droite passant par le centre des articulations des deux brides P, h, h!.
- « Tout l’appareil est contenu dans un plan voisin du papier, ce qui réduit les déviations auxquelles le crayon et le style seraient exposées par suite du gondolement des pièces.
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- LA NATURE.
- « La règle parallèle au balancier B, B, est en bois comme le balancier lui-mème. Les brides qui rattachent C et D, sont en cuivre. Toutes les articulations h, h', h", h"!, situées en dehors de ces diverses pièces, forment les sommets du parallélogramme géométrique e, e' e" dont le jeu opère la transformation de la figure. Pour placer le style et le crayon, on n’a qu’à s’assurer que leurs extrémités sont en ligne droite avec le centre de similitude P, g, g'. Elles tombent d’ailleurs sur les lignes droites qui limitent latéralement le parallélogramme articulé e, e".
- « On conçoit que, dans un tel système, où le parallélogramme est réduit à ses quatre sommets géométriques, une légère altération des côtés matériels peut toujours être corrigée par un règlement convenable des pièces : des vérifications sont à faire avant de commencer les opérations. Elles consistent toutes à chercher si trois points sont en ligne droite, et à ramener l’un de ces points sur la droite menée par les deux autres. Une fois cette coïncidence assurée, l'instrument est réglé et l’opération peut s’accomplir. Cette préparation peut être comparée à l’accord des instruments à cordes. »
- L’emploi d’un pantographe en bois de très grandes dimensions entraînerait des frais élevés et assurerait peu d’exactitude, parce que le gondolement des bois de grande longueur est presque inévitable.
- Le tachygraphe évite cet inconvénient, en réservant d3S moyens de régler l’appareil.
- L’appareil est complété par :
- 1° Un porte-crayon et un porte-aiguille ou style.
- Ces deux organes font corps avec une platine glissière montant et descendant à volonté le long d’une autre platine verticale, fixée sur le coulant mobile E et G, adapté à chacune des règles de cuivre. Un les tient suspendus à la hauteur voulue par une simple vis de pression.
- 2° 'Irois roulettes se plaçant un peu arbitrairement à la grande règle, mais pour le mieux, l’unc à environ 10 centimètres, à droite de l’axe; une autre, à gauche de la règle D, toutes les deux en dedans; et la troisième, à gauche également de la règle C, mais en dehors.
- Deux autres roulettes articulées, tournant sur elles-mêmes, s’adaptent à la petite règle B, du bas, à gauche des règles de cuivre. Celle qui se trouve du côté du style peut être remplacée par un simple bouton en os ou en ivoire glissant sur le papier ou sur la table.
- La hauteur de ces roulettes est calculée pour que tout l’appareil soit élevé de un centimètre au-dessus de la table.
- 5° Une masse en fer M dont la tige saillante porte l’axe de la grande règle, lequel est terminé à son extrémité inférieure par une pointe fine. Quand on a déterminé la place où l’on veut fixer cet axe, on met à plat sur la table un petit anneau dont nous allons parler; on ajuste au-dersus le trou de la glissière dans lequel on introduit l’axe qui pénètre
- également dans l’anneau. Alors on le fiche dans la table en l’enfonçant jusqu’à l’épaulement.
- ¥ Un fil fin et fort, en soie par exemple, pouvant supporter une assez forte tension, et le plus long possible eu égard à la grandeur de la table; mais en tous cas plus long que la grande règle. Ce fil est attaché par un bout à l’anneau dont nous avons parlé plus haut, et par l’autre bout, à une sorte de punaise qui sert à le tendre comme on veut sur la table. C’est ce fil qui donne une ligne rigoureusement droite pour régler l’instrument.
- Lorsqu’il a rempli son office, que l’instrument est réglé, on le replie à gauche de la masse sans déranger l’anneau.
- 5° Un autre fil plus gros, vulgairement appelé cordonnet, servant à soulever le crayon lorsqu’il ne doit pas marquer. Il s’adapte par un nœud coulant au petit crochet soudé au porte-crayon, passe sur une sorte de petite poulie pour venir s’enrouler à l’un des doigts de l’opérateur, après avoir traversé les deux anneaux qui se trouvent sur les règles G et D.
- 0° Des disques en plomb ou autre métal percés d’un trou au milieu. Ils servent à appuyer le crayon sur le papier en en plaçant sur la tige du haut le nombre nécessaire pour obtenir un tracé plus ou moins vigoureux.
- Pour se servir de l’instrument, on place le modèle sous le style, à droite si la copie doit être réduite, et à gauche si elle doit être augmentée; les papiers sont fixés à la table par des punaises.
- Rien n’est plus facile que d’intervertir la position du style et du crayon ; ces deux organes ne tenant à leurs supports, qui sont identiques, que par une vis de pression. On n’a qu’à desserrer celle-ci du bout des doigts de la main droite, à enlever la glissière avec laquelle ils font corps, et à porter à droite celui-ci qui se trouve à gauche, et vice versa.
- Le cordonnet en soie servant à soulever le porte-crayon, est passé dans les petits anneaux du haut des règles de cuivre, vers les axes, pour venir, au bas de la règle qui supporte le style, s’enrouler à l’un des doigts de l’opérateur. Celui-ci, en pliant le doigt dans la main, soulève le crayon, et, au contraire, en l’étendant, le laisse retomber. S’il a à tracer une ligne ou un contour continu, il n’a qu’à laisser agir le crayon, en suivant la ligne du modèle avec le style un peu au-dessus, afin d’éviter de l’altérer par l’attouchement de la pointe. Il est à peine besoin de dire que cette opération délicate exige du soin, de l’attention; car le crayon reproduit fidèlement les erreurs mêmes du style.
- Deux styles différents, l’un vertical et l’autre horizontal, s’adaptent à volonté à l’instrument, selon la préférence de l’opérateur.
- Lorsqu’on a à reproduire des dessins contenant beaucoup de lignes droites, comme architecture, géométrie, fortifications, etc., le procédé le plus commode et le plus pratique consiste à indiquer par un point le sommet des angles et les extrémités des
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- lignes, puis à tracer directement ces dernières au moyen d une règle ordinaire, car il ne faut pas croire que l’on puisse tracer une ligne droite d’une certaine longueur en se guidant avec le style seul. On comprendra sans peine, qu’avec un peu d’exercice, on apprendra plus à ce sujet que tout ce que nous pourrions dire. Faisons remarquer ici que le poids seul du crayon étant à peine suffisant pour obtenir des traits visibles, on a recours aux petits disques en plomb percés d’un trou au milieu, que 1 on place sur le haut de la tige qui surmonte le porte-crayon.
- l es opérations du tachygraphe sont d’une exactitude mathématique, le dessinateur ayant toujours la laculté de régler l’instrument en s’assurant qu’il se trouve dans les conditions normales.
- VOYAGES AÉRIENS
- AU-DESSUS DE U MANCHE ET DE LA MEK DU NOIlb
- RÉCENTES TENTATIVES DE PASSAGE EN ANGLETERRE DE MM. ÉI.0Y ET LIIOSTE.
- A peine les premières ascensions aérostatiques furent-elles exécutées il y a un siècle, que des hommes intrépides eurent l’idée de traverser la Manche dans la nacelle d’un ballon. Blanchard et le Dr Jeffries furent assez heureux pour passer ainsi le détroit, de Douvres à Calais, le 7 janvier 1785 : c’est le 15 juin de la même année, que Pilâtre de Rozier et Romain périrent sur la côte de Boulogne en voulant tenter le passage aérien de France en Angleterre. On se souvient que leur aéro-montgolfière, par suite d'un accident resté inconnu, fut précipité du haut des airs *.
- Deux jeunes et courageux aéronautes, MM. Eloy et Lhoste, ont pris la résolution de célébrer le centième anniversaire de la découverte des ballons, en réalisant le projet de l’ilàtrc de Rozier. S’ils n’ont pas réussi a toucher le sol de l’Angleterre, ils ont exécuté (M. Lhoste tout particulièrement), des campagnes audacieuses qui sont dignes d’être enregistrées dans les annales de la navigation aérienne. Avant de les raconter ici, qu’il nous soit permis de réagir contre cette opinion que de telles expéditions sont inutiles : elles sont toujours fécondes en observations météorologiques du plus haut intérêt, et apportent des notions importantes sur le régime des courants aériens; elles forment enlin des praticiens, lompus aux manoeuvres de 1 exploration aérienne, et qui deviennent capables de contribuer aux progrès de l’aéronautique.
- M. Lhoste, au retour de ses expéditions aériennes, a bien voulu nous donner lui-même le récit très exact de scs aventures dramatiques, il a préparé pour La Nature une série de cartes et de diagrammes absolument inédits, qui constituent à notre avis des do-
- 1 Voy. n° 405, du 29 avril 1882, p. 351.
- cumcnts très précieux pour la science de l’atmosphère.
- I a première tentative de M. Lhoste, a été exécutée àSamt-Omer, le27 mai 1883, dans son aérostat L'Hirondelle, cubant 5 (KJ mètres. Voici le récit du voyageur aérien :
- A 7 heures et demie, je m’élève de la (îrande-Place de Saiut-Omer au milieu d’une affluence considérable de monde. Le thermomètre marque 18°, le vent est N. E. à 400 mètres; je mets en liberté mes pigeons voyageurs.
- 7 h. 45. — Altitude 1500 mètres, thermomètre 6% vent S. E. Je domine très distinctement les environs de la ville de Saint-Omer, je suis au-dessus de plusieurs cours d’eau, à ma gauche se trouve un grand bois.
- 9 heures et demie. — J’ai devant moi deux grandes villes que je reconnais pour être celles de Saint-Pierre et Calais. A ma droite se trouve Gravelines d’où arrivent jusqu’à moi les sons d’un brillant orchestre.
- 10 heures. — Je suis au-dessus des jetées de Calais, poussé par un vent S. E. favorable. Je m’avance sur la Manche à une altitude de 1200 mètres.
- II heures et demie. — Je ne suis plus qu’à 8 ou 9 milles des côtes anglaises dont je distingue tous les feux, mais bientôt je m’aperçois que le vent a changé et qu’un vent S. 0. assez fort m’entraîne vers la mer du Nord; quelques instants après les feux disparaissent à ma vue et je suis plongé pendant deux heures dans une obscurité complète produite par un brouillard intense, avec une température de 5° au-dessous de zéro.
- Surpris par cette humidité et légèrement vêtu, je fus pris d’un tremblement si fort que pendant deux heures tout mon esquif aérien en fut ébranlé. Enfin la lune se lève, et, grâce à ses faibles rayons, je puis lire mon baromètre, et me rendre compte que j’étais à une altitude de 2ü0ü mètres au-dessus des flots.
- Entre deux et trois heures du matin j’assistai à un phénomène météorologique très curieux : la lune se reflète sur les filaments du brouillard, et forme tantôt des houles de feu, tantôt des serpents qui rampent sous mes pieds.
- A trois heures apparaissent les premiers rayons de l’aurore qui se découpent à l’est.
- A quatre heures le soleil se lève à l’horizon, autour de moi un immense cercle de nuages d’une blancheur éclatante qui ressemblent à de gigantesques montagnes de glace ; au-dessous de moi, à perte de vue, la mer.
- A cinq heures les rayons solaires qui dardent sur mon aérostat le sèchent rapidement de l’humidité qu’il a recueillie pendant la nuit.
- A six heures te suis à 5000 mètres, je vois au loin les cotes de Belgique ; au-dessous de moi un vapeur qui me parait se diriger vers un grand port.
- A huit heures je suis au-dessus de petites îles qui se trouvent a 1 entrée de 1 Escaut et autour desquelles sillonnent plusieurs petits voiliers.
- Enfin à neuf heures j’atterris à Wœnsdrccht (Hollande) ; l’ancre mord dans les arbres d’une route et l’aérostat vient se coucher sur une petite ferme. Les habitants sortent aussitôt de leurs demeures et poussent des cris d effroi en se sauvant à toutes jambes ; heureusement pour moi, deux personnes sachant bien parler le français vinrent à mon secours et me servant d’interprètes m’aidè* rent à me faire comprendre pour dégonfler mon aérostat,
- F. Lhoste.
- La ligure 1 donne le tracé complet de ce voyage aérien, et le diagramme suivant (lig. 2), montre* les
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- différentes phases de l'ascension, avec l’état de l’atmosphère ; on voit qu’une couche de brume était suspendue à l’altitude de 2000 mètres, tandis qu’au-dessus, une nappe de nuages mamelonnés fut traversée par le ballon.
- Au commencement de juin, MM. Eloy et Lhoste installés à Boulogne avec un aérostat de 800 mètres cubes, Le Pilâtre-de-Rozier, attendaient un vent favorable pour s’élever dans l’atmosphère. Ils exécutèrent un premier voyage le G de ce mois, et s’élevèrent à 6 heures du matin. Les circonstances atmosphériques leur permirent de faire un voyage particulièrement remarquable, tout à fait analogiie à celui que M. J. Duruof et moi nous avons exécuté à Calais en 1868.
- Trois courants superposés dans l’atmosphère entraînaient l’aérostat à différentes altitudes dans trois directions différentes; à plusieurs reprises différentes, Le Pilâtre-de-Rozier a pu s’avancer vers la
- Arras
- Fig. i. — Tentative de passage de la Manche eu ballon. Tracé du voyage de M. Lhoste, de Saint-Omer (Pas-de-Calais) à Yœns-drecht (Hollande), 27 mai 1883.
- vions avec une attention soutenue paraissaient immobiles. Au-dessous, au contraire, le brouillard avait disparu et était remplacé par de légers nuages déchiquetés qui nous semblaient filer rapidement dans une autre direction que la nôtre.
- L’angle de route de notre marche par rapport à la leur me paraissait être d’environ J 80°. Le courant qui nous entraînait étant N. W avec tendance à l’Ouest, il y avait sans doute en bas maintenant, pensions-nous, un courant Est qui pouvait être utilisé.
- Après nous être concertés, nous nous laissons descendre lentement de manière à nous immerger complètement dans ce courant favorable à la réussite du but proposé. Nous sommes bientôt au niveau des petits nuages et constatons aussitôt un changement dans notre marche.
- Le Pilâlre-de-Rozier, en effet, vient de tourner brusquement sur lui-même, ce qui indique généralement une variation de direction. Le mouvement giratoire s’est effectué de droite à gauche.
- Nous traversons la Liane à l’altitude de 600 mètres en nous dirigeant au sud d’Équilien.
- Le milieu dans lequel nous voguons, est très humide et très froid, il agit bientôt sur le gaz de notre ballon. Il
- pleine mer, pour revenir sur le continent (fig. o).
- M. Éloy m’a envoyé le récit complet de cette ascension; nous le reproduisons, presque intégralement :
- Quand nous avons quitté terre, le ciel était couvert uniformément par un brouillard humide et froid (80° à l’hygromètre à membrane de Richard) provenant sans doute de l’évaporation des eaux de la mer. Ce brouillard n’occupait toutefois que la partie inférieure de l’atmosphère puisqu’à l’altitude de 500 mètres il n’en existait plus de traces. Au-dessus, de gros nuages gris, qui vus par la base et de la nacelle n’avaient aucune forme définie et constituaient un tout compact. Nous planions, en ce moment, sur la ville de Boulogne paraissant pourtant nous éloigner un peu dans la direction de l’Est. Notre altitude était 1200 mètres.
- En avant de notre marche, et nous servant de points de repère, le Bois de Boulogne et un peu sur la droite Pont-de-Briques.
- Les nuages placés au-dessus de nous et que nous obser-
- Soir Minuit
- 1? 9? -10? ta? 12h l!> 21? 3h 5* Gh 7* 8t_ 9?
- 5000m
- 2500
- St0mer Calais FRANCE
- Voensdrecht
- HOLLANDE.
- MEROU NORD
- Fig. 2. — Diagramme de l’ascension de M. Lhoste du 27 mai 1883.
- faut penser à la condensation subite qu’il produit. Une projection de 15 kilogrammes de lest élève rapidement, de 400 mètres, notre zone d’équilibre.
- Le soleil est décidément bien paresseux aujourd’hui ; il est 8 heures et demie et pas le moindre rayon ne vient nous réchauffer.
- Je ressens toujours vivement la sensation du froid quoique j’ai les jambes enveloppées dans une couverture de voyage.
- Le thermomètre fronde accuse -j- 2° seulement, température extraordinairement basse pour la saison, et l’hygromètre 75° ce qui indique un air chargé d’humidité.
- Nous n’apercevons plus Boulogne maintenant. A travers les espèces de puits formés par les parties disjointes des nuages, au-dessus desquels nous planons, nous voyons la mer; sa couleur est d’un vert sombre et, chose étrange, de la hauteur de 1000 mètres, nous en distinguons le fond avec une grande netteté. Nous ne devons pas être très éloignés de la côte, car le bruit continu que font les vagues, en se brisant sur un obstacle, arrive distinctement jusqu’à nous, parfois même avec une grande intensité.
- Sommes-nous en route pour l’Angleterre et avons-nous enfin retrouvé le courant S. E. observé la veille? Nous le
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- croyons. Le baromètre indique 1100 mètres d’altitude, il importe donc de se maintenir à cette hauteur le plus longtemps possible.
- 10 heures. — Nous restons toujours au-dessus de la mer que nous apercevons par instant. Nous ne sommes pas seuls ici, fais-je tout à coup à Lhoste? Regardez ce point noir en avant de nous, on dirait un ballon ! Ce n’est pour- j
- tant pas l’ombre du nôtre car l’objet observé est trop éloigné, j’estime la distance qui nous en sépare à environ 1500 mètres et de plus ce n’est pas ainsi que notre véhicule aérien se projetterait; en outre, le soleil est invisible. Qu’est-ce donc? Cela paraît être posé délicatement sur un énorme nuage et voguer lentement avec lui.
- Descendus à 400 mètres, de manière à nous trouver
- A r dre s'
- — A rrvhleteH^e
- Lothinqh*
- >iiyiontreui
- Fig. 3. — Tracé du voyage aérien de MM. Éloy et Lhoste, le 6 juin 1883.
- •anterbu
- Boulogne
- 'OUlA'
- ''E&trécsÆbmefies
- Fig. 4. — Tracé du voyage aérien exécuté par M. Lhoste, le 8 juin 1883.
- au-dessous des derniers nuages, nous eûmes bientôt l’explication de cette apparition surprenante.
- Il se produisait un mirage analogue à celui que M. Gravis avait observé à Boulogne et à Wimereux quelques jours auparavant lorsqu’il avait vu Folke-stone dans les nuages. Ce que nous venions de considérer, juché d’une manière si étonnante, c’était un petit voilier, un bâtiment de pèche. Nous avions également aperçu un bateau à vapeur qui naviguait paisiblement à la surface de la mer et dont l’image s’était trouvé transportée à notre niveau, par un effet de réfraction extraordinaire.
- Midi. — Les nuages au-dessous de nous se sont massés, ils ont leur partie supérieure mamelonnée, leur couleur est d’un blanc éblouissant, éclairés qu’ils sont maintenant par un soleil radieux, brillant magnifiquement dans un ciel bleu légèrement teinté de blanc.
- Quel admirable spectacle ! Aussi loin que la vue peut s’étendre, une plaine immense d’un blanc d’argent. Çà et là surgissent, pareils à des pics neigeux, d’énormes cumulus, montagnes gigantesques sur lesquelles l’ombre de notre ballon se projette avec la plus parfaite exactitude.
- Où sommes-nous? Peu nous importe, vraiment, pourvu que ce soit en l’air, devant ce tableau merveilleux. L’alti-
- tude? 2200 mètres et nous montons toujours, car le soleil dilate notre gaz. 2900 mètres, nous nous arrêtons enfin.
- Je prends quelques observations à cette hauteur, puis
- je conseille à Lhoste de laisser descendre, afin de nous rendre compte de l’endroit où nous nous trouvons. C’est entendu! L’équilibre est bientôt rompu et nous commençons lentement un retour vers les régions inférieures.
- Je n’insisterai pas plus longuement sur les particularités, si intéressantes pourtant, qui ont marqué la fin de cette première expédition. Je signalerai seulement, ce fait, qu’elle a duré près de huit heures pendant lesquelles nous avons cherché, jusqu’à 4100 mètres, un courant favorable, celui observé entre 700 et 1200 mètres et qui portait au large, cessant brusquement à quelques kilomètres de la côte française. Nous avons pu néanmoins, grâce à lui, nous avancer en mer à trois reprises.
- L’ascension maritime se termine à midi et demi vis-à-vis les dunes d’Étaples, c’est à partir de ce point que nous nous sommes élevés dans l’atmosphère jusqu’à la hauteur maximum de 4100 mètres.
- Pendant une heure trois quarts, encore, nous avons ignoré notre route et avons été surpris par un violent orage. Malgré tous nos efforts pour lutter contre la pluie
- Minuit Midi
- 12? 1? 2? 3? S? 6? 7* 8? 9? 10? IV? 12h 1*? 2*? 3? V? 5*
- Çoufche t
- Boulogne Pleine Mer Dihjkficqùe
- Pleine Mer
- Fig. 5. — Diagramme de l’ascension du 8 juin 1883.
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- diluvienne qui sans pitié nous inondait, nous avons été liltéralement précipités sur le sol, d’une hauteur de 700 mètres, à Lo.tinghen, où l’atterrissage a eu lieu.
- Jules Eloy.
- Les aéronautes, loin de se décourager des difficultés qui s’opposaient au succès de leur projet, résolurent d’entreprendre de nouvelles tentatives. Mais ils reconnurent que pour s’aventurer en pleine mer, il fallait pouvoir séjourner longtemps dans l’atmosphère, avoir dans la nacelle la plus grande quantité de lest possible, et qu’il était, par conséquent, plus avantageux d’ètre seul, en raison du petit volume de l’aérostat.
- Le vendredi 8 juin, M. Lhoste s’éleva seul dans Le Pllâlre-de-Uozier, à minuit : la carte (fig. 4) et le di'gramme (fig. 5), donnent le résumé complet de ce nouveau voyage, terminé par un sauvetage en pleine mer, et signalé encore une fois par la variation des courants aériens.
- Voici le récit que nous a donné M. Lhoste de cette dramatique ascension :
- Parti à minuit de l’usine à gaz de Boulogne, je traversai la ville à une altitude de 600 mètres. Le coup d’œil est féerique; à ma gauche les jetées, devant moi le cap Gris-Nez; j’entends encore les adieux des spectateurs. A 1 heure, je double le cap, devant moi la mer, l’horizon se lève, la terre et la mer sont voilées d’un brouillard intense qui ne me permet de rien distinguer; à 4 heures, je suis à 1600 mètres; le ballon, qui était très mouillé se sèche peu à peu; à 5 heures, le soleil est très chaud je suis à 2300 mètres; à perte de vue au-dessous de moi des nuages. — 6 heures, altitude 3800 mètres, le soleil est environné d’une auréole rose; — 7 heures, altitude 4000 mètres, le ballon est entièrement sec, les cordes se tendent avec des petits craquements; — 8 heures, je suis en pleine condensation, la descente est rapide, je parviens à enrayer la chute à une altitude de 300 mè -1res. — A 8 heures et demie, désirant savoir où je suis, je laisse descendre l’aérostat dans le brouillard inférieur, et à quelques mètres de terre, j’aperçois une grande ville, je file mon guide-roop qui est saisi par des hommes; je suis sur la place de l’Esplanade à Dunkerque. Un m’entoure aussitôt; les officiers supérieurs du 110e de ligne, dont le régiment rentre, musique en tète, viennent à moi et m’assurent que le vent de terre est S. E. Alors, voyant qu’il m’est encore possible d’atteindre les côtes anglaises, je crie lâchez tout, et m’élève à nouveau avec 150 kilogrammes de lest à bord; deux minutes après, je perds la terre de vue; elle est enveloppée, ainsi que la mer, d’un épais brouillard.
- 9 heures. — Je suis à 2000 mètres, le soleil est très chaud; à 9 heures et demie, 3900 mètres, je vois à ma droite les côtes belges, je distingue même un grand port; au loin j’entends le roulement du tonnerre dont les détonations font vibrer mon aérostat. A 10 heures, je suis à 4500 mètres; mon ballon monte avec une rapidité vertigineuse, et, me trouvant au-dessus de la mer, je n’ose ouvrir la sou ape.
- 10 h. 15. — Je suis à 5000 mètres; à cette altitude, je me sens pris d’un bourdonnement d’oreille qui ne me permet plus de rien entendre; pendant 2 heures, je plane dans les hautes régions, à seule fin d’éviter les nuages inferieurs; pourtant, vers midi, je laisse descen-
- dre l’aérostat dans les couches inférieures, ce qui m’occasionne une grande dépense de lest; je parviens à m’équilibrer à 800 mètres, et, de là, j’aperçois par intervalle les vagues qui p >rcent à travers les nuages.
- 2 heures. - - 11 m’est complètement impossible de me rendre compte de la route que je suis, car je n’ai pour point de repère que le brouillard inferieur qui marche dans un sens, et les nuages supérieurs dans un autre. Il est 5 heures, le lest s’épuise; e n’ai plus que 2 sacs; de temps à temps j’appelle, dans le but de savoir si l’écho m’indiquera que la terre est proche; à 3 heures et demie, j’entends distinctement le bruit des vagues qui viennent battre la falaise et l’écho rapporte rapidement ma voix, mais le brouillard m’empêche de distinguer ; à 4 heures, je suis à bout de lest, l’extrémité de ma corde touche les flots. J’en profite pour faire le point, et je m’aperçois que le vent inférieur est N. E. ; je jette à la mer tout ce qui ne m’est pas indispensable et je m’élève de nouveau à 500 mètres. En me relevant, j’aperçois au-dessous du brouillard, un vapeur, et plus loin un voilier; à 4 heures et demie la corde vient toucher le flot; cette fois je n’ai plus rien à jeter, il me faut attendre du secours. La nacelle vient aussi toucher, elle est aussitôt renversée et entièrement submergée. Je me soulève dans le cercle pour éviter le brisant des vagues, mais le ballon sous la traction, se couche sur l’eau avec un bruit et un froissement d’étoffes qui me font croire à chaque instant qu’il va s’en-tr’ouvrir.
- A cinq heures, j’aperçois à ma droite une voile qui perce à travers le brouillard; aussitôt j’appelle, à plusieurs reprises, et le capitaine qui m’entends et qui aperçoit mon ballon sous l’ombre d’une fumée, se figure que c’est le feu à bord d’un navire; aussitôt il fait virer de bord, et met le cap sur moi, mais, étant poussé par le même vent, nous marchons aussi vite l’un que l’autre.
- Je parviens pourtant, malgré ma position critique, à amarrer le cône-ancre à l’arrière de ma nacelle, ce qui, offrant une plus grande résistance, fit pencher le ballon et enfoncer davantage la nacelle ; je fus alors entièrement submergé; à 5 heures et demie le brouillard était moins intense, le capitaine Prosper Cauzic du lougre français Noémic, reconnut que c’était un ballon, et aussitôt il fit mettre le canot à la mer et faisant force de rames, il parvint à me rejoindre.
- Quelques instants après, j’étais dans le canot, qui, entraîné par cette voile d’un nouveau gmre, marchait avec rapidité. On embarqua, non sans peine, la nacelle ainsi que le ballon, qui se déchira sous la résistance du vent, et l’on se dirigea vers le lougre, où, aidé des hommes de l’équipage, on hissa pele-mele le matériel sur le pont. Alors le capitaine Cauzic m’apprit que nous nous trouvions à 51°, 15 de latitude, et à lu milles delà pointe anglaise Nord Fereland. Il m’apprit aussi qu’il faisait voile pour Anvers, avec son chargement de minerai, ce qui me priverait de pouvoir donner de mes nouvelles pendant quelques jours.
- Voilà comme s’est terminée ma troisième tentative de la traversée de la Manche. Après une navigation aérienne de dix-huit heures, je suis venu échouer à 10 milles (16 kilomètres) des côtes anglaises. Lhoste.
- On voit que M. Lhoste voguait en droite ligne vers l’Angleterre quand il a dù opérer sa deseenle en mer (fig. 4), il n’était éloigné que de 16 kilomètres du port de Margate quand on a opéré son sauvetage ! Encore une heure d’ascension, il atteignait
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- le but tant désiré, et nous devons l'ajouter, qui eut été si fièrement et si noblement gagné.
- M. Lhoste, et son compagnon M. Eloy, sont des jeunes gens, qui exécutent à leurs frais, en amateurs, pour leur propre agrément, dans le seul intérêt de la science, les remarquables voyages dont nous venons de donner un récit succinct; ces hardis explorateurs aériens, méritent les plus grands éloges.
- Gaston Tissandier.
- LE SOUFFLAGE DU VERRE
- PAR L’AIR COMPRIMÉ
- Le façonnage du verre préalablement fondu et amené à la température convenable, toujours inférieure à celle nécessaire pour la combinaison des éléments qui le composent, se fait par deux procédés très distincts : par coulage et par soufflage.
- Procède' par coulage. — Le creuset plein de matière fondue est sorti du four et son contenu est versé sur une table ; un rouleau de pesanteur suffisante lamine le verre écoulé suivant une épaisseur donnée par des règles sur lesquelles reposent ses deux extrémités; c’est ainsi que se fabriquent les glaces.
- Quand la quantité de verre à mettre en œuvre est peu considérable, on le puise dans le creuset avec une poche, et on le verse sur la table ou dans le moule qui lui donne la forme sous" laquelle on veut l’obtenir. C’est le procédé employé pour les pièces de phares et pour les verres à relief pour vitrages et toitures, dalles de pavage, etc.
- Les pièces de gobeleterie moulées, dites à la presse, se font en puisant le verre dans le creuset avec une barre de fer chauffée à une de ses extrémités ; on laisse écouler le verre qui y a été enroulé dans un moule ayant la forme et les dimensions extérieures de la pièce à obtenir ; un noyau représentant la capacité intérieure de la pièce vient presser le verre et lui donne la forme définitive.
- Procédé par sou fflage. — On puise le verre dans le creuset avec une canne ou tube de fer creux.renflé d’un bout, qu’on a chauffé préalablement à 600° ; la quantité de verre suffisante ayant été cueillie, on procède au soufflage en appliquant la bouche à l’autre extrémité de la canne et en y produisant la compression nécessaire.
- Je ne sache pas qu’il ait été fait des essais expérimentaux de nature à déterminer la compression produite par l’expiration pulmonaire, et nous avons dû les entreprendre. '
- La compression maximum produite dans ces conditions et dans un temps très court peut aller à 150 grammes par centimètre carré. Dans la pratique, le soufllage est produit sous une pression de 5 à 30 grammes. * *
- Nous sommes arrivés à ce résultat d’une façon très simple en disposant sur la longueur de la canne un ajutage à robinet que nous mettions, au moment
- du soufflage, en communication avec un manomètre à eau et à air libre par un tuyau en caoutchouc souple (fig. 1).
- Le travail du soufflage est pénible pour les ouvriers, tant par l’effort musculaire auquel il les oblige, que par le grand volume d’air qu’ils doivent faire passer dans leurs poumons dans un temps très court; ces conditions de travail défectueuses sont aggravées par le milieu à température élevée et non saturée dans lequel ils ont à se mouvoir; aussi sont-ils susceptibles d’affections spéciales telles que :
- Erosions des lèvres ; décollement et distension des joues, qui amène la formation de plaques nacrées, indice de l’altération de la muqueuse ; fistules du conduit salivaire; prédisposition à l’emphysème et à la hernie.
- Le soufflage étant produit très souvent par de jeunes enfants au moment de leur développement, les résultats en sont plus désastreux.
- Pour parer à ces inconvénients, il a été inventé une série d’appareils en vue de remplacer le soufflage par la bouche : le plus ancien et le plus connu est le piston Robinet, inventé par un ouvrier de Baccarat auquel la maladie avait retiré une partie de ses moyens; cet appareil, par ses dimensions et par son mode de fonctionnement, ne peut servir à produire que des pièces relativement petites. Postérieurement, il a été inventé d’autres appareils qui ont toujours eu le défaut d’exiger de la part de l’ouvrier un effort accessoire qui contrebalançait l'avantage qu’ils offraient en évitant le soufflage à la bouche.
- Par notre procédé, nous produisons la compression de l’air mécaniquement et le distribuons à chaque ouvrier qui n’a plus qu’à le détendre à sa volonté par les appareils que nous lui mettons entre les mains.
- Pressions nécessaires pour produire le soufflage. — La température à laquelle doit être porté le verre pour en opérer le souillage, varie suivant la nature du verre : Acide ou basique, Alumineux ou non Alumineux.
- D’autre part, la pression de l’air dans* la capacité intérieure de la pièce en fabrication, est en raison inverse de la température à laquelle elle est portée.
- La pression initiale à opérer à l’extrémité froide de la canne de longueur et de section données, est elle-même en raison inverse du temps que mettra le verre à perdre sa malléabilité.
- Le refroidissement du verre, et par suite la diminution de sa malléabilité se produiront d’une façon plus ou moins rapide, suivant diverses causes qui sont :
- Sa capacité calorifique, sa densité, le volume de la pièce à fabriquer, son épaisseur, son mode de fabrication, suivant qu’elle est simplement soufflée ou soufflée et moulée. Il en résulte que les conditions que doit remplir l’organisation d’un soufflage mécanique, sont les suivantes :
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- 10 Disposer de pressions variées d’intensité ;
- 2° Pour un genre de fabrication déterminée, la pression de l’air introduit dans la canne doit être légèrement supérieure ou au moins égale à la pression maximum qui peut être nécessaire à un moment donné;
- o° Cette pression doit être constante dans la canalisation où l’air est emmagasiné ;
- 4° Au moyen des appareils mis à sa disposition, l’ouvrier souffleur, doit pouvoir produire une détente variable à sa volonté.
- Compression. — Pour comprimer l’air, nous employons un compresseur à deux cylindres conju-
- gués fonctionnant dans une bâche refroidie, de façon à avoir une compression isotherme, ou s’en rapprochant le plus possible. Ces compresseurssont actionnés par la machine à vapeur de l’usine ; une petite loco-mobile Belleville est toujours prête à suppléer le moteur principal en cas d’accident ou de réparation.
- L’air comprimé se rend dans douze réservoirs en tôle d’acier timbrés à 4 kilogrammes, d’une capacité de 670 décimètres cubes chaque, soit une capacité totale de 8000 décimètres cubes. Ces réservoirs sont rangés par batteries dans le haut de la halle de travail et branchés sur la même
- Fig. 1. — Soufflage du verre par l’air comprimé. — Banc de verrier.
- Fig. 2. —^Appareil (jour moulage par l’air; comprimé.
- Fig. 3. — Appareil mécanique pour souffler en l’air.
- conduite. Ils peuvent être isolés par un robinet d’arrêt; ils sont chargés d’une façon permanente d’air comprimé à 3 kilogrammes par centimètre
- carré, ils servent d’accumulateurs pour le travail courant et en particulier pour le travail de nuit; ils doivent suffire pour un travail de 12 heures;
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- — Vue d'ensemble
- de la verrerie de MM. Appert frères, montrant le travail du nouveau procédé de soufflage du verre par l’air comprime. A gauche, sous le sol, on a représenté les cylindres accumulateurs avec leur canalisation.
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- la canalisation est en plomb de 26 millimètres de diamètre (fig. 4).
- Des prises sont faites directement sur ces conduites à haute pression, pour des pièces de très grand volume ; d’autres la mettent en communication avec des cylindres analogues aux précédents et appelés cylindres détendeurs, ces derniers munis de manomètres sont chargés à la main, d’air à une pression de 500 grammes à 1 kilogramme par centimètre carré.
- Pour le soufflage des pièces de gobeleterie ordinaires, une canalisation spéciale est en communication avec les cylindres à haute pression par l’intermédiaire d’un régulateur à mercure qui détend l’air comprimé à une pression de 170 à 200 grammes par centimètre carré ; cette canalisation en tuyaux de fonte de 125 millimètres de diamètre intérieur est suspendue sous le plancher de la halle de travail ; 4 réservoirs de 670 décimètres cubes de capacité servent à accumuler l’air comprimé sous cette pression. Le volume total est de 4000 décimètres cubes.
- Sur cette canalisation sont piquées 20 bouches de prise d’air, analogues aux bouches de prise d'eau, et sont disposées autour des fours aux endroits les plus convenables.
- Un manomètre à haute pression et un manomètre à eau et à air libre indiquent à chaque instant le bon fonctionnement des appareils.
- Par suite de ces dispositions, ces diverses canalisations peuvent être surveillées d’une façon incessante.
- Appareils de distribution. — La difficulté de l’application des appareils de soufflage à la canne du verrier, réside dans le mouvement de rotation incessant que ce dernier doit lui imprimer pour conserver le morceau de verre en travail dans un axe sensiblement le même que celui de la canne qui le supporte.
- La position de la canne est variable suivant le genre de fabrication, et pour satisfaire à ces diverses conditions, nous avons construit trois types d’appareils :
- d° Suivant que l’ouvrier travaille le verre en le tournant suivant un axe horizontal ;
- 2° Ou qu’il le tourne suivant un axe vertical, le verre étant en dessous de la canne ;
- 5° Ou qu’il le tourne suivant un axe vertical, le verre étant au-dessus de la canne.
- Ils sont de plus basés sur l’emploi d’une buse de soufflage dans laquelle l’ouvrier engage sa canne et avec laquelle elle fait corps dès ce moment, et d’un robinet à fermeture automatique que l’ouvrier actionne, soit avec la main, soit avec le pied, par l’intermédiaire de leviers, en produisant la détente qui lui est nécessaire.
- Le premier appareil est le banc du verrier ordinaire, auquel nous laissons toutes ses dimensions
- («g- *)•
- Le deuxième appareil dit à col de cygne sert pour
- le moulage au moule fixe ou au moule tournant (fig. 2). _
- Le troisième dit pour souffler en l'air sert pour le soufflage en l’air des boules, matras, etc. (fig. 3).
- Tous ces appareils sont mobiles et s’adaptent aux bouches de prise de la canalisation inférieure dont nous avons parlé plus haut.
- Pour le soufflage des pièces marbrées ou bloquées un boyau muni à son extrémité d’un robinet à fermeture automatique est appliqué contre la canne par le gamin qui sert l’ouvrier; tel est le cas pour la fabrication des tubes et des manchons pour verre à vitre.
- Dans ce dernier cas, l’air comprimé est distribué par une rampe placée dans le haut de l’atelier d’où descendent les boyaux distributeurs.
- Résultats de l'emploi de l'air comprimé. — Les avantages obtenus par l’emploi de l’air comprimé sont de plusieurs ordres :
- Il nous permet de supprimer d’une façon absolue, pour le travail de la gobeleterie, le soufflage par la bouche des enfants et à de très rares exceptions près, le plus souvent par l’inattention des ouvriers, le soufflage par la bouche des adultes.
- 11 met donc ces derniers à l’abri des affections spéciales qu’entraîne le soufflage. La fatigue de l’ouvrier étant moins grande, il produit mieux et en plus grande quantité. Les pièces sont fabriquées avec plus de précision. Enfin l’emploi de notre procédé permet d’obtenir, sans fatigue pour nos ouvriers, des pièces de dimensions inconnues jusqu’ici, tant au point de vue du volume, qu’à celui des autres dimensions, longueur et épaisseur. Les limites auxquelles on peut arriver ne sont données que par le poids de la matière mise en œuvre. Ce procédé est de plus très élastique, puisque par suite des détentes successives que l’ouvrier produit à sa volonté, la pression peut aller de 5 grammes à 5000 grammes par centimètre carié, et produire des objets d’une capacité de 2 centimètres cubes à 1 700 000 centimètres cubes. Appert frères.
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- LES ASCENSEURS HYDRAULIQUES
- PO OR CANAUX
- Le système des biefs éclusés, que l’on emploie depuis longtemps lorsqu’il s’agit de rattacher la différence de niveau existant entre deux parties d’un canal est sujet à deux graves inconvénients : une grande dépense d’eau et une perte de temps considérable. Chaque fois, en effet, qu’on fait passer un bateau du bief d’aval dans le bief d’amont, la dépense d’eau exigée pour cette opération est égale au volume du sas de l'écluse augmenté du volume du bateau ; dans le trajet en sens inverse, elle est égale au volume du sas diminué du volume du bateau.
- L’alimentation des biefs supérieurs des canaux dits à point de partage, c’est-à-dire passant d’une
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- vallée dans une autre en franchissant une ligne de faîte, étant souvent fort difficile par suite de la pénurie d’eau dans les cols, on s’est appliqué à chercher des moyens de réduire autant que possible la dépense d’eau. C’est ainsi qu’on est arrivé à la diminuer de moitié par le système des sas accolés latéralement au lieu d’être mis bout à bout. Un autre système fort ingénieux est dù. à M. de Caligny et a été décrit ici-même (1882, 2e scm., p. 210).
- S’ils remédient en partie au premier des inconvénients que nous avons signales, ces systèmes sont impuissants à l’égard du second et tendent plutôt à l’aggraver. La perte de temps est due à la manœuvre des portes et au remplissage des sas. On compte environ trois quarts d’heure pour une éclusée double, c’est-à-dire pour une montée ou une descente. La capacité d’un canal est limitée par cela même et, dans ces conditions, on ne peut guère faire passerœn vingt-quatre heures plus de trente bateaux dans chaque sens. Pour pouvoir augmenter ce nombre, on est obligé de recourir à l’emploi des écluses doubles, qui permettent d’effectuer simultanément une montée et une descente.
- Ces inconvénients s’exagèrent singulièrement quand on a à franchir une forte différence de niveaux. On est alors obligé d’accoler longitudinalement plusieurs sas et la perte de temps devient très grande. Le volume d’eau dépensé est considérable : il est égal en effet à la section horizontale d’un sas multipliée par la hauteur de chute totale. On conçoit que, dans ces conditions, on ait dû longtemps reculer devant l'établissement de canaux dans les régions accidentées. Maintenant la question paraît résolue par l’emploi des ascenseurs hydrauliques, dont l’application pratique ne remonte qu’à un petit nombre d’années.
- Dans ces appareils, on n’a plus qu’un sas unique. C’est une sorte de bac métallique mobile, que l’on amène successivement, avec l’eau et le bateau qu’il contient, au niveau de chacun des biefs : c’est, pour ainsi dire, une tranche du canal, que l’on transporte. Ce système serait fort coûteux, eu égard à la force motrice à dépenser pour mettre l’appareil en mouvement, si l’on n’avait eu l’idée d’équilibrer le premier bac par un second identique, se mouvant parallèlement à lui et en sens inverse. Il suffit pour cela de relier les deux bacs par un moyen quelconque; s’ils sont également chargés, ils se feront équilibre et une force assez faible permettra de les mettre en mouvement. On a d’abord effectué cette liaison en suspendant les bacs à des chaînes passant sur des poulies, comme cela existe encore à l’écluse de Taunton en Angleterre, mais ce système ne peut s’appliquer qu’à des ascenseurs de petites dimensions. On a pensé aussi à l’emploi de l’air comprimé ; un curieux projet, élaboré par M. Seiter dans cet ordre d’idées, consiste à soutenir chaque bac par quatre gazomètres remplis d’air comprimé. Si l’on met en communication les deux groupes de gazomètres, les deux bacs également chargés se feront équilibre; une surcharge ajoutée à l’un d'eux le
- mettra en marche et le mouvement sera transmis à l’autre par l’intermédiaire de l’air comprimé.
- Aujourd’hui, c’est à l’emploi de l’eau sous pression que l’on semble s’être définitivement arrêté. La première application en a été faite en 1873 à An-derton (Angleterre), par MM. Edwin Clark et Ruer, pour établir une communication entre une rivière et un canal se développant dans sa vallée à une hauteur assez considérable au-dessus de son niveau au point où l’ascenseur a été établi : la différence des niveaux est de I5m,35. L’eau du canal est amenée à l’aplomb de la rivière par un aqueduc métallique et un ascenseur établi à cet endroit, permet de descendre les bateaux jusqu’à la rivière.
- Le principe de l’appareil n’est autre que celui de la presse hydraulique. Deux corps de presse placés parallèlement, reçoivent des pistons de sections égales supportant chacun l’un des bacs. Un tuyau fait communiquer les deux corps de presse de sorte que la pression exercée par l’un des pistons se transmet à l’autre et que, dans leur état de mouvement, ils parcourent en sens inverse des chemins égaux. Si les pistons sont également chargés, le système est en équilibre. On le met en marche d’une manière très simple en donnant à l’eau dans le bac qui doit descendre une hauteur plus grande que dans l’autre. On peut du reste l’arrêter à un point quelconque de sa course- par la simple manœuvre d’une valve interceptant la communie,ation entre les deux corps de presse. Quand un bac descendant arrive à l’extrémité de sa course, il s’immerge dans la rivière et reçoit une poussée de bas en haut égalé au poids du volume d’eau qu’il déplace. Cette poussée augmente à mesure que le bac pénètre dans l’eau et il arrive un moment où l’équilibre du système s’établit et où, par conséquent, le mouvement s’arrête. II faut donc un effort supplémentaire pour conduire le bac montant jusqu’au niveau du bief supérieur. On fait pour cela usage de l’eau sous pression contenue dans un accumulateur. On fait arriver cette eau dans le corps de presse du bac montant, après avoir fermé la communication entre les deux corps de presse et on obtient ainsi l’excès de force nécessaire pour amener le bac à l’extrémité de sa course. L’accumulateur est rempli à l’aide d’une petite pompe à vapeur qui, d’après M. Duer, n’a à accomplir qu’environ un douzième de travail total, le reste s’effectuant sous l’action de la pesanteur.
- Dans la manœuvre suivante, les rôles sont intervertis et c’est le bac actuellement immergé dans la rivière qui va s’élever à la hauteur du bief supérieur. Nous avons vu qu’à la fin de la course, il y a équilibre entre les deux bacs. Il suffira donc d’ajouter une surcharge d’eau dans le bac supérieur pour provoquer le mouvement. Mais, au moment où le bac inférieur sortira de l’eau, le mouvement s’arrêtera puisque ce bac contient la même surcharge d’eau que l’autre : il faut l’en débarrasser pour que le mouvement continue. Les auteurs du projet y sont arrivés d’une manière très ingénieuse en établissant sur
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- le pourtour des bacs, des siphons disposés comme l’indique la figure 1. Par le fait même du mouvement d’ascension, les siphons s’amorcent et vident l’eau qui était en excès.
- Il y avait encore à résoudre dans cet appareil un point délicat : l’établissement d’un joint étanche entre le bac et l’aqueduc métallique qui amène à l’ascenseur les barques du canal. 11 a été résolu d’une manière très simple, comme le montre la figure 2. Le bac et l’aqueduc sont munis de portes équilibrées, qui restent fermées quand le bac n’est pas en regard de l’aqueduc et l’étanchéité de ces portes est assurée au moyen de garnitures en caoutchouc. Le joint entre le bac et l’aqueduc se fait au moyen d’un bourrelet cylindrique en caoutchouc fixé sur le pourtour d’un rebord de l’aqueduc métallique. Le bac porte, également sur son pourtour, un cadre incliné garni de bois, que le mouvement d’as-
- cension vient forcer contre le caoutchouc de manière à faire un joint tout à fait étanche. On introduit de l’eau entre les portes pour rendre égales les pressions sur leurs deux faces et on peut alors les soulever pour laisser passer les barques.
- Les bacs ont 22ra,88 sur 4m,73; la hauteur d’eau y est de lm,35. L’appareil peut soulever des barques pesant 100 tonnes. Comme nous l’avons déjà dit, la différence des niveaux du canal et de la rivière est de 15™,35. Cet appareil remplit parfaitement les conditions voulues : économie d’eau et de temps. La dépense d’eau se compose simplement de la couche de 15 centimètres qu’on ajoute comme surcharge, l’eau nécessaire au fonctionnement de l’accumulateur étant prise à la rivière. Quant à l’économie de temps, elle est considérable. M. Ruer cite une suite d’écluses à Runcour, où la différence des niveaux des biefs extrêmes est la même qu’à Anderton et où
- Cm>uIiJu/uc Boit
- Fig. 1 à 4. — Ascenseur hydraulique pour canaux. — Fig. 1. Détail du syplion. — Fig. 2. Détail de l’établissement d’un joint étanche. — Fig. 3 et 4. Élévation et coupe transversale de l’ascenseur du canal de Neuffossé.
- il faut de une heure et un quart à une heure et demie pour faire passer une barque, tandis qu’à Anderton, il suffit de huit minutes pour transporter deux barques de la rivière au canal et deux autres en même temps du canal à la rivière.
- Le succès de l’ascenseur d’Anderton a engagé le. gouvernement français à en faire établir un analogue sur le canal de Neuffossé, et M. Clark a été chargé de son exécution. La figure 3 donne l’élévation et la figure 4, la coupe transversale du projet de cet ouvrage actuellement en cours d’exécution. Ce que nous avons dit de l’ascenseur d’Anderton nous dispense d’entrer dans des détails sur cet appareil dont les dispositions d’ensemble sont les mêmes. Il y a une différence assez importante dans le fonctionnement : c’est que le bac descendant ne s’immerge pas dans l’eau mais descend dans une cale sèche. Il est par suite nécessaire que le mouvement se fasse avec plus de précision pour éviter un choc à l’arrivée. Aussi a-t-on fait en sorte d'avoir
- un équilibre constant entre les deux bacs. Cet équilibre tend à être rompu par le degré variable d’immersion des pistons dans l’eau des corps de presse; d’où résultent des poussées variant à chaque instant en intensité. On est arrivé à avoir un équilibre constant en faisant communiquer les bacs par des tuyaux articulés avec des réservoirs ayant toute la hauteur de course de l’appareil. De cette manière, à mesure qu’un piston perd de son poids par le fait de la poussée, un poids équivalent d’eau entre dans le b.m et l’équilibre n’est pas troublé.
- On voit par ce qui précède, que les ascenseurs hydrauliques sont appelés à un certain avenir, en ce qu’ils permettent d’établir des canaux dans les pays accidentés, et de résoudre ainsi un problème presque insoluble avec les anciens moyens mis en usage.
- Eümé Yieilliakd,
- Ingénieur civil.
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- LA N A T U H K.
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- LA PHYTOCHROMOTYPIE
- Tel est le nom légèrement rébarbatif, du moins pour les personnes peu familiarisées avec le jardin des racines grecques, donné par leur inventeur, M. Cyme, de Marseille, à un ensemble de nouveaux procédés, cependant destinés à un but charmant : conserver le souvenir d’une plante par la reproduction de son image fidèle.
- On a cherché depuis longtemps à prendre directement des empreintes déplantés. Mais les résultats obtenus jusqu’ici étaient souvent bien imparfaits, et les procédés employés, assez compliqués. La phytochromotypie, qui repose en principe sur le pouvoir colorant con sidérable des couleurs d’aniline, permet à toute personne un peu adroite d’obtenir simplement et rapidement, sur une surface quelconque, des empreintes de plantes de couleurs variées.
- Voici succintement en quoi consistent les principaux de ces procédés 1 : la plante à imprimer étant aplatie et desséchée à l’aide de papier sans colle et d’une pression convenable, ou, pour plus de rapidité, au moyen d’un fer chaud, ainsi qu’on le pratique pour la mettre en herbier, on applique au pinceau, sur la surface à reproduire, une couleur d’aniline dissoute dans de l’alcool ou dans de l’esprit-de-bois, qui est bien meilleur marché. D’autre part, s’il s’agit de recevoir l’empreinte sur papier par exemple, on aura mis celui-ci à tremper dans de l’eau pendant quelques instants. On l’en sort ensuite, on l’éponge dans un cahier de papier bu-, vard, on le place sur une feuille de zinc ou de fer-blanc; on met la plante par-dessus, la face chargée de couleur et bien sèche en contact avec le papier.. On couvre avec une maculature en papier à la fois
- 1 Ces procédés se trouvent décrits très explicitement dans une notice récente : Phytochromotypie, ou impression en couleur des végétaux, par M. L.-M. Cyme. — Marseille, mai 1883 (brochure in-8°)-
- fin et fort, et maintenant le tout de la main gauche, de manière à éviter tout glissement, on passe avec la main droite un tampon au-dessus de la plante, en appuyant légèrement et uniformément partout.
- Si la plante est trop grande pour pouvoir être maintenue de la main gauche, on emploie avec avantage une planchette munie d’une toile fine fixée à l’un des bords de celle-ci, et pouvant se rabattre et se tendre par-dessus au moyen d'un étrier manœuvré avec le pied. En emprisonnant le papier et la plante sous cette toile, on obtiendra une immobilité complète, permettant de tamponner par-dessus.
- On peut aussi remplacer le tampon de coton par un fer à repasser froid, qu’on promène, en appuyant légèrement, au-dessus de la plante à imprimer, et alors, suivant qu’on intercale ou non un petit cahier de papier-soie entre la plante et la maculature, on obtient l’empreinte de la surface entière de la plante, et seulement son contour ou le réseau de ses nervures.
- Il est possible, surtout avec les couleurs qui rendent beaucoup, telles que le violet de méthylaniline, de tirer plusieurs épreuves de suite, sans avoir à recharger la plante de couleur. Il faut même modérer cette abondance de coloration, si l’on veut éviter l’empâtement des premières épreuves. 11 n’y a pour cela qu’à passer sur la surface de la plante coloriée et bien sèche, un pinceau trempé dans une solution de salpêtre ou même de sel marin, et à laisser bien sécher avant de commencer le tirage.
- On conçoit qu’en chargeant les diverses parties de la plante de couleurs différentes suivant ses nuances naturelles, ou suivant le goût de chacun, on obtien • dra des épreuves diversement coloriées. Les couleurs d’aniline offrent des nuances très variées et très vives. On peut employer toutes celles qui sont à la fois solubles dans l’eau et dans l’alcool.
- Avec quelques soins et après quelques essais, ou arrive à obtenir des épreuves d’une finesse et d’une netteté remarquables. Si cependant elles présentaient
- Fac-similé d’empreintes de fougères obtenues par la phytochromotypie.
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- LA NATURE.
- quelques défauts, on pourrait les corriger avec un pinceau ou une plume, suivant le cas, trempés dans la couleur d’aniline convenable dissoute dans de l’eau salpêtrée. Les points empâtés se masquent avec du blanc de zinc délayé aussi à l’eau salpêtrée.
- Les empreintes polychromes, c’est-à-dire de plusieurs couleurs, peuvent de même être retouchées, en particulier si elles offrent quelques tons trop criards, avec des couleurs d’aquarelle convenables, mélangées ou non à des couleurs d’aniline qui en augmentent beaucoup l’éclat, en employant toujours comme dissolvant de l'eau salpêtrée.
- Si au lieu de mouiller le papier de tirage avec de l’eau, on l’humecte avec de l’alcool, on obtiendra des empreintes de nuances très vives, et le papier gardera tout son lustre. Ori pourra par ce moyen exécuter des empreintes sur un cahier, sur un album, en général sur-les surfaces qui craignent l’eau.
- D’autres surfaces telles que la gélatine, les papiers gommés, etc., pour lesquelles on ne saurait employer ni l’eau, ni l’alcool, seront humectées à la glycérine.
- Enfin si l’on passe sur la plante chargée de couleur et bien sèche, une très légère couche de glycérine, qu’on l’éponge un peu avec du papier non collé, on pourra tirer une ou plusieurs épreuves de suite sur du papier non humecté ou tout autre surface sèche. La gravure qui accompagne cet article est la reproduction exacte en noir d’une empreinte en violet de méthylaniline obtenue par ce dernier procédé. Ce groupe, composé de feuilles de tanaisie et de capillaire et d’un fragment de paturin, fait ressortir à côté du soin et du travail que comporte une telle gravure, la facilité et la perfection du procédé d’empreinte.
- Ce sont les plantes ou les parties de plante les plus fines, les plus chargées de détails qui donnent les plus jolis résultats. En les groupant diversement, on compose des ornements variés. Avec des empreintes de plantes lilliputiennes, on formera des albums mignons fort instructifs. D’autres objets que les plantes ou les fleurs sont d’ailleurs susceptibles d'être imprimés par ces procédés, tels que des insectes, des médailles, etc. Ceux même qui semblent les plus difficiles à reproduire, donneront des empreintes au moyen de coupes, ou de moulages convenables.
- On peut encore obtenir les empreintes sur verre, sur émail. Il faut alors ajouter du vernis copal aux couleurs dissoutes à l’alcool, et employer les plantes encore' fraîches. On applique celles-ci chargées de couleur, et on les laisse quelque temps en contact avant de les enlever.
- Du reste le pouvoir de coloration des couleurs d’aniline les rend susceptibles d’une foule d’applications aux calques, décalques, transports de dessins divers. La Nature a autrefois décrit l’une d’elles : le chromographe i. Signalons encore aujourd’hui,
- 1 Vov. n° 358, du 10 avril 1880, p. 501. .
- parmi les procédés de phytochromolijpie, la possibilité d’obtenir des augmentations ou des réductions des empreintes, en employant le pantographe de M. Guérin. Cet instrument se compose essentiellement d’une membrane en caoutchouc montée sur un tambour, et susceptible d’être tendue plus ou moins à l’aide d’une vis placée en dessous. En enduisant cette membrane d’un mélange de glycérine et d’essence de térébenthine, on obtiendra une empreinte de la plante chargée de couleur, et cette empreinte, ramenée aux dimensions convenables par le jeu de la vis, pourra ensuite elle-même fournir une contre-empreinte sur papier humecté à l’alcool.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Fourmis, Abeilles et Guêpes, études sur l’organisation et les mœurs des sociétés d’insectes hyménoptères, par Sir John Lurbock, avec nombreuses figures dans le texte. 2 vol. cartonnés, — Paris, Germer Baillière et Cio, 1883. Prix : 12 francs.
- Le grand naturaliste anglais sir J. Lubbock qui est en même temps un des personnages importants du monde politique et financier de Londres, fait paraître sous ce titre le récit des curieuses expériences qu’il poursuit depuis douze ans, concurremment avec ses travaux préhistoriques. On y trouvera notamment les détails les plus surprenants sur l’organisation du travail, les expéditions militaires, l’esclavage, les affections et les divers sentiments sociaux des fourmis qui ont été le principal objet de ses recherches.
- Récréations mathématiques, par M. Édouard Lucas. 1 vol. in-8. 2e partie. — Qui perd gagne. — Les dominos. — Les marelles. — Le parquet. — Le casse-tête. — Les jeux de demoiselles. — Le jeu icosien (FHamilton. — Paris, Gauthier-Villars, 1883.
- Observations sur le phylloxéra et sur les parasites de la vigne par les délégués de l’Académie. — Elude sur les peronosporèes par M. Maxime Cornu, 2 broch. in-4°. — Paris, Gauthier-Villars.
- Le chien. Histoire, hygiène, médecine. — Vade mecum de l'éleveur et de l'amateur de chiens, par M. P. Mégmn, vétérinaire. 2e édition entièrement refondue avec 73 gravures dont 35 hors texte. 1 vol m-8‘>. — Paris, Emile Deyrolle, 23, rue de la Monnaie. — Prix, 10 francs.
- De la giration des ballons libres et des moyens (Ty remédier, par M. L. Perron, président de l’Académie d’Aérostation météorologique. 4 broch. in-8°. —Nevers, 1883.
- Direction des Aérostats. Deux modes d'orientation par Georges Racle. 1 broch. in-8°. — Paris, A. Ghio, 1883.
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- CHRONIQUE
- tleclro-chimle. — M. Naudin vient d’entreprendre, avec le concours de M. Bidet, une série d’experiences intéressantes sur l’electrolyse du chlorure de sodium, ayant pour but d’obtenir à un pôle du chlore gazeux, et à l’autre de la soude caustique. Sans entrer dans le détail
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- de cette opération, contentons-nous aujourd’hui de signaler ce résultat qui nous paraît fort ingénieux en théorie. L’avenir nous montrera s’il y a en pratique économie à séparer ces deux corps par ce procédé. Il est permis d’avoir quelques doutes à cet égard, à moins qu’on n’utilise une force motrice naturelle pour la production de l’électricité. En attendant, M. Naudin fait quelques essais de blanchiment direct par le liquide électrolisé. Le produit chloreux, après avoir servi aux lavages, rentre dans la circulation ; le chlore est séparé de nouveau par l’électrolyse, ce qui permet de faire une série d’opérations successives sans dépenses nouvelles. 11 y a là un joli problème à résoudre, et, comme nous ne doutons pas que l’électricité ne prenne un jour un rôle important dans la chimie industrielle, nous sommes heureux de signaler les efforts de M. Naudin. Malheureusement l’idée n’est pas précisément nouvelle, et elle avait déjà tenté d’autres inventeurs avant lui. C’est ainsi que nous voyons un brevet français à la date du 8 mai 1879, avec addition du 12 août 1879, pour « l’application des courants électriques à la décomposition des corps composés de chlore... » Le même brevet a été pris en Russie ; mais, faute du payement des annuités, il y est tombé dans le domaine public.
- L’accroissement de la population nègre aux Etats-Unis. — Le Popular Science Monlhiy, examinant la question de l’accroissement de la population nègre aux Etats-Unis, arrive à des conclusions peu rassurantes. Depuis l’abolition de l’esclavage, l’accroissement de la population noire est supérieur à celui des blancs. Ainsi, tandis que de 1870 à 1880 la race blanche s’accroît de 29 0/0, la race noire s’est accrue de 54 0/0. D’ici à un siècle, et en admettant que le mouvement continue, la population noire sera le double de la blanche dans les Etats du Sud. Cet accroissement est d'autant plus dangereux et plus difficile à enrayer, qu’il a sa cause non dans l’immigration, mais dans la fécondité supérieure de la race noire. Plus que jamais, en ce moment, les préjugés de race sont vivaces et puissants, les mariages mixtes sont de plus en plus rares. L’auteur du travail que nous citons, prévoit une crise sociale terrible pour le jour où les nègres, ayant pour eux le nombre, vouuront sortir de la condition inferieure qui leur est faite par l’antipathie et le dédain des blancs. Comme solution du problème, il propose d’envoyer les noirs dans l’Amérique du Sud, qui s’en arrangera comme elle pourra.
- Un moteur & diffusion. — Un moteur fondé sur un principe aussi original que nouveau a été présenté par M. Woodward à la Société de physique de Londres dans sa séance du 12 mai dernier. L’action de ce moteur est fondée sur une expérience de Graham, Cette expérience consiste à prendre un vase poreux en terre rouge renfermant de l’air et à le recouvrir d’une cloche remplie d’hydrogène. L’hydrogène se diffuse dans le cylindre poreux plus vite que l’air ne se diffuse en dehors; on le montre facilement à l’aide d’un tube de verre sortant du fond du cylindre et plongeant dans un vase renfermant de l’eau coloree. Lorsque la pression dans le vase poreux a augmenté par suite de l’excès d’hydrogène, le mélangé de gaz descend dans ce tube et s’échappe en bulles à la surlace de l’eau. En retirant la cloche, l’action cesse, et une ^ction inverse, due à la chute de pression se produit. En suspendant le cylindre de terre poreuse au tléau d’une balance et en dirigeant un jet d’hydrogène sur le côté, le fléau commence ses oscillations et les continue tant que dure le jet d’hydrogène ; le mouvement est ainsi entre-
- tenu par les changements de pression gazeuse à l’intérieur du cylindre. Si le moteur ainsi constitué est peu économique, il est du moins fort curieux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 juillet 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- M. de La Goumerie. — La section des académiciens libres a fait une perte très considérable dans la personne de M, de La Gournerie, inspecteur général des ponts et chaussées, professeur à l’Ecole polytechnique et au Conservatoire des Arts et Métiers, décédé lundi dernier 25 juin. M. Bertrand lit une biographie du défunt, écoutée avec un vif intérêt et qui figurera dans le prochain numéro des Comptes rendus.
- M. Spoitiswoode. — M. Dumas annonce la mort de M. Spottiswoode, de Londres, correspondant de l’Académie dans la section de géométrie. C’était le directeur de l’imprimerie gouvernementale d’Angleterre, établissement à la fois industriel et scientifique. 11 s’est signalé par d’importants travaux sur les mathématiques supérieures et sur l’électricité et sa réputation était si grande que son corps a été enseveli à l’abbaye de Westminster. 11 n’avait que cinquante-huit ans.
- Montres magnétisées. — Dans le cours des expériences continuelles qu’il poursuit avec un si grand succès, M. Marcel Deprez s’est aperçu qu’à diverses reprises la montre renfermée dans le gousset des expérimentateurs s’arrêtait subitement. La cause en est dans l’accumulation que les rouages d’acier empruntent aux appareils et qui immobilise toutes les parties du mécanisme. Ce n’est pas la première lois que semblable accident se produit ; mais M. Marcel Deprez avec la sûreté de vues qui le caractérise, a su trouver remède au mal. La montre arrêtée est placée dans un champ magnétique plus fort que celui qui a déterminé le mal, puis soumise sur elle-même à un mouvement continu de rotation qui empêche les pôles de se fixer nulle part. Sans cesser de tourner, on éloigne la montre jusqu’à ce quelle soit trop loin des aimants pour en subir l’intluence. Elle est alors remise en état. On appréciera d’autant l’importance de cette méthode si simple, quand on saura que les horlogers n’avaient rien trouvé de mieux que de déterminer le magnétisme par la chaleur rouge, ce qui déformait les rouages et d’ordinaire mettait les montres liorsd’etat.
- Les impuretés de Peau. — Répétant pour l’eau les expériences que Tyndall a faites sur l’air, M. Marchand proclame qu’il n’y a pas dans le monde d’eau véritablement limpide. Pour s’en assurer, on met le liquide dans un ballon envelo, pé d’un papier noir, on pratique dans celui-ci deux ouvertures situées aux deux extrémités d’un même diamètre, puis mettant l’œil à un bout, on fait, par l’autre bout, arriver un ravon de lumière. Les poussières de l’eau s’illuminent et conséquemment deviennent très visibles. Ce sont des corpuscules transparents atteignant 2 millimètres de diamètre, mais si souples qu’ils passent au travers des filtres les plus serrés ; certains d’entre eux ont une forme discoïde qui rappelle des diatomées ; plus d’un, montre dans sa substance des petites vacuoles; les acides minéraux et les alcalis caustiques étendus, ne les altèrent pas.
- Explosions des chaudières. — On sait que M. le commandant Trêve a recommandé l’étude permanente de l’eau
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- des chaudières à vapeur à l’aide du thermomanoinètre. L’auteur annonce que M. le ministre de la marine a ordonné des expériences en ce sens dans les ateliers de la marine.
- Les Tornados — Une nouvelle étude sur les tempêtes tournantes de l’Amérique du Nord est lue par M. Fave. La conclusion de l’auteur se résume dans le désir de voir un système de stations télégraphiques, établies entre les États-Unis et le Mexique, origine de tous les cyclones qui se déchaînent sur l’Union.
- Varia. — M. Leva adresse une théorie de la diffraction. — Un praticien de Loqdres, M. Laurent Talbot, a trouvé le remède contre la teigne et contre le phylloxéra. — De la Nouvelle-Calédonie, un conducteur des ponts et chaus-
- Phénomène lumineux observé au lever de la luue, à Logelbach (Alsace), le 21 juin 1883. (D’après un dessin de M. Trincauo.
- sées décrit comme une nouveauté le fait bien connu d’agarics phosphorescents. — L’application de la méthode d’Ampère aux lois élémentaires de l’induction électrique, occupe M. Quel. Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- PHÉNOMÈNE lumineux observé au lever de la lune.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Yoici, accompagné d’un dessin, la description d’un curieux effet de lever de lune qu’il m’a été donné d’observer le 21 juin 1883 à 7h,58.
- D’énormes cumulo-nimbi surplombaient la chaîne de la Forêt-Noire : le soleil descendu derrière les Vosges éclairait les nuages élevés et frangeait brillamment ces cumulo-nimbi dont l’aspect général était d’ardoise foncée. L’air très chargé de vapeur d’eau, était frais et désagréable. (Soit dit en passant, la floraison de la vigne est contrariée au possible par la série des minima nocturnes qui varient depuis une semaine entre 7, 8 et 11° centigrades et par les averses journalières ; depuis le 1er juin nous avons recueilli 92 millimètres d'eau! Aussi la fenaison est compromise en majeure partie.)
- Au moment de l’observation, c’est-à-dire à 7h,38, le phénomène avait l’aspect que j’ai rendu fidèlement sur le croquis. Cinq rayons principaux et deux latéraux estompaient en gris cendré sur le fond ardoise des nuages : la hauteur du rayon vertical, le plus distinct,
- était d’environ 13°; les autres variaient entre 6 et 15° et en largeur entre 2 et 5°.
- Quatre minutes après, les teintes se sont fondues, le phénomène s’est effacé. Mais, observation remarquable, j’ai retrouvé le second rayon de droite reproduit en vert cendré sur le fond du ciel bleu pâle apparu deux minutes après par une large brèche derrière les nuages.
- La lune devait se lever avant 9 heures : la convergence des rayons rendait exactement sa position et l’espace qu’elle avait encore à parcourir.
- Veuillez agréer, etc. Trincano.
- Logelbach (Alsace), 22 juin 1883. -
- Le 'propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Luhure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 528. — 14 JUILLET 18 85.
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- LA PHOTOGRAPHIE ISOCHROMATIQUE
- La photographie, malgré ses immenses progrès, en est restée, sous un certain rapport, au point où l’a laissée Daguerre. Les sels d’argent, impressionnés par la lumière, sont très aisément réduits par les rayons les plus réfringents du spectre, tandis qu’ils sont à peine influencés par les vibrations à grande longueur d’onde; si bien qu’on a désigné sous le nom de région chimique l’extrémité bleu-violet du spectre solaire, l’extrémité rouge ayant reçu celui de région calorifique.
- Il en résulte que lorsqu’un photographe veut représenter des objets colorés en bleu, même foncé, ces objets viennent en blanc ou en gris clair ; inversement, les objets de couleur orangé, ou jaune même très clair, apparaissent avec une teinte très foncée.
- De là une véritable interversion des valeurs, qui fait le désespoir des peintres dont un photographe reproduit les tableaux. Une femme habillée d’une robe jaune-paille, assise dans un fauteuil bleu, vient en photographie avec une robe presque noire, sur un fauteuil presque blanc.
- Mêmes difficultés en face de la nature : Un citron vient beaucoup plus foncé qu’une prune de reine-
- Fae-similé de reproductious photographiques de bandes d’étoffe alternativement bleu foncé et jaune clair avec une étoile orangée. Fig. 1. — Par les plaques de gélatino-bromure du commerce. Fig. 2. — Par les nouvelles piaques de MM. Attout-Tailfer et Clayton.
- claude. Les cheveux les plus blonds sont noircis, les yeux bleus sont absolument blancs, les taches de rousseur forment un pointillé noir.
- Les photographes se sont depuis quelques années préoccupés de cette interversion des valeurs, qui nécessite de délicates retouches, lesquelles ne peuvent que très rarement et très partiellement remédier au mal. Waterhouse d’abord, puis MM. Cros et Ducos du Hauron, ont trouvé le moyen d’obtenir la reproduction des valeurs vraies soit en faisant passer la lumière à travers des milieux colorés, soit en imprégnant le collodion avec de l’éosine.
- Mais leurs résultats n’ont pas paru assez satisfaisants pour que les praticiens s’y soient intéressés. Du reste, les procédés au gélatino-bromure ont aujourd’hui absolument détrôné le collodion.
- Deux photographes parisiens, MM. Attout-Tailfer H® année. — 2e semeslre.
- et Clayton, ont réussi à donner au gélatino-bromure avec l’éosine la propriété que Waterhouse avait donnée au collodion. Les plaques qu’ils préparent donnent la reproduction des valeurs colorées comme le ferait un dessinateur armé de son crayon. Le jaune vient en clair, le bleu en foncé, l’orangé donne une valeur intermédiaire.
- Les gravures que nous publions, d’après des épreuves montrées par eux à la Société de Photographie, représentent précisément des bandes alternativement bleu foncé et jaune clair, avec une étoile orangée. Les meilleures plaques du commerce au gélatino-bromure font venir en valeur à peu près uniforme ces tons si différents. Au contraire, les plaques ’de MM. Tailfer et Clayton font immédiatement valoir les valeurs lelatives.
- On devine les nombreuses applications qui peu-
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- LA NATURE.
- vent être faites de ce précieux procédé à la reproduction des tableaux, des étoffes, des tapisseries, des tentures diverses, à la photographie des portraits, des animaux, des fleurs, des paysages, aux recherches scientifiques où il est besoin de reproduire des objets rouges ou jaunes.
- Nous n’insisterons pas sur le grand intérêt de ce perfectionnement. 11 nous suffit de faire remarquer en terminant que ces plaques, auxquels les inventeurs ont donné le nom d’isochromatiques, coûtent le même prix, ont la même rapidité d’impression, et s’emploient exactement de la même façon que les plaques ordinaires au gélatino-bromure. Dr Z...
- L’EXPOSITION
- DES INSECTES UTILES ET NUISIBLES AU PALAIS DE L’INDUSTRIE
- La Société centrale d'apiculture et d’insectologie vient d’ouvrir au Palais de l’Industrie son Exposition bisannuelle des Insectes utiles et leurs produits, des Insectes nuisibles et léurs dégâts. Malgré l’étroitesse des locaux qui lui sont affectés, elle laisse bien loin derrière elle les Expositions des années précédentes.
- Malgré le caractère un peu technique d’une telle exhibition, le public y afflue de toute part depuis le jour de l’ouverture. Cependant, comme toute Exposition elle a ses côtés faibles ; la sériciculture, par exemple, si brillante les années précédentes, est bien pauvre cette année. Il n’en est pas de même de l’apiculture, l’on nombre d’instru-|ments nouveaux font l’admiration des amateurs. Des monceaux de miel en rayon, de pain d’épices, de nougat et autres produits au miel s’étalent aux yeux des visiteurs.
- Quant à l’insectologie générale, elle présente cette année un intérêt tout à fait particulier. Parmi les collections les plus remarquables il nous faut citer celle de M. Miot qui compte quatre-vingt-deux vitrines d'insectes auxiliaires et jntfîsibles tant indigènes qu’exotiques.
- ! Signalons encore de charmantes collections de lépidop-désTînées à l’enseignement, exposées par M. Ramé.
- De curieuses recherches sur le régime alimentaire des oiseaux-insectivores ont fourni à M. Millet le prétexte d’une Exposition aussi instructive qu’originale.
- Une collection de mollusques et coquillage exposée par !M. Guillaumin, attire beaucoup l’attention.
- *• L’exposition de M. Savart, quoique moins scientifique que les précédentes, offre un caractère d’originalité qui nous. la.fait préférer. Elle est rangée par insectes utiles, auxiliaires et nuisibles, les divisions entomologiques n’étant que secondaires. Chaque insecte autant que possible est représenté par le mâle et la femelle accompagnés de larve, la nymphe et, soit d’une plante ou d’une graine attaquée, d’un bois perforé, d’un nid, ou d’une construction' naturelle quelconque.
- Les insecticides ne manquent pas. Tous sont excellents et, chose curieuse, infaillibles contre le phylloxéra... au dire des exposants bien entendu. L’Académie des Sciences n’a plus qu’a préparer le prix de 500 000 francs. Mais en attendant, le fléau s’étend toujours, et les fabricants de vins artificiels redoublent d’activité.
- Enfin à l’entrée de l’Exposition, trois charmantes installations font les délices des visiteurs.
- D’abord iinè collection de rongeurs vivants exposés par
- M. Morel, et le destructeur de ces rongeurs, la chouette qui plane au-dessus en ouvrant de grands yeux terribles...
- Ensuite une splendide collection de reptiles et batraciens vivants exposée par M. Lesueur.
- Enfin quelques aquariums contenant des batraciens et des insectes aquatiques.
- 11 serait trop long d’insister sur toutes les petites merveilles (pie présente Y Exposition des Insectes. Quoi qu’il en soit, on ne saurait trop féliciter la Société centrale d'apiculture et d'insedologie du zèle qu’elle déploie à mettre ainsi à la j ortée de tous, une branche de l’enseignement des sciences naturelles qui ne peut être que très favorable à l’agriculture française.
- AluERT LAIlBALÉTRIERr
- CORRESPONDANCE
- PHOTOGRAPHIES A LA LUEUR DES ÉCLAIRS.
- . . Paris, le 22 juillet 1883.
- Monsieur,
- Comme j’ai remarqué, que depuis quelque temps, vous vous occupez beaucoup de photographies instantanées, j’espère ne pas être indiscret en vous en envoyant une, faite dans de remarquables conditions et de rapidité et d’éclairage : deux éclairs successifs en un même point, et séparés l’un de l’autre par une très petite fraction de seconde, ont impressionné la plaque ; elle était à l’émulsion du Dr Van Monkhoven. L’objectif est un rectiligne rapide n° 4. Pour arriver à faire impressionner ma glace par un éclair voici la disposition que j’ai prise..Pendant une journée qui promettait de finir par un orage, je mis au point le sujet que je voulais obtenir. L’orage se déclara vers les dix heures du soir. J’attendis qu’il fut dans toute sa force, et alors, je débouchai l’objectif et le rebouchai dès qu’un éclair eut eu lieu. L’objectif resta en tout débouché 5". J’ai essayé d’obtenir des clichés à la lumière de la lune, mais je ne suis jamais arrivé à un bon résultat ; je continuerai cependant mes essais, et si j’obtiens quelque chose je vous le soumettrai. L’obturateur dont je me sers est l’appareil Guérin à double volet.
- Veuillez agréer, etc. 0. Levjlle.
- A Prébois (Manche).
- A cette lettre est jointe la photographie assez nette d’une maison d’habilation. Un voit dans le ciel l’endroit où jaillit la lumière des éclairs.
- LA ROSE VERTE.
- Cher Monsieur,
- Vous avez parlé précédemment de la rose verte, et un lecteur a demandé d’obtenir des boutures de cette fleur : permettez moi de donner quelques détails à propos de cette rose qui est loin d’être une merveille comme on semble le croire.
- La rose verte (Rosa viridiflora des fleuristes) est une simple monstruosité de la rose du Bengale (Rosa indica var. bengalensis Pers.). Cette monstruosité (que les botanistes nomment une chloranthie), existe dans le commerce depuis près de yingt ans. On ignore le nom de l’obtenteur. Comme toutes les roses du Bengale, elle fleurit pendant tout l’été. Elle est dénuée de parfum, Comme elle est peu recherchée pour sa beauté on ne la cultive pas sur tiges ou demi-tiges, mais, sur franc-pied ou greffee rez-de-terre ; ou peut l’obtenir chez les grands
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- LA NATURE.
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- rosiéristes tels que Soupert et Notting ou Ketten frères, tous deux à Luxembourg, et ce au prix modique de 75 centimes le (ued.
- Veuillez agréer, etc. Dr Henri Van Heurck.
- UN TRAITÉ DE PHYSIQUE MODERNE1
- La physique a fait, dans ces dernières années, des progrès considérables aussi bien sous le rapport de la théorie qu’au point de vue des applications. Pour avoir justement attiré à elles l’attention, les merveilles de l’électricité ne doivent pas faire oublier celles des autres branches de la physique. Partout des découvertes importantes se sont produites, en même temps que la science se rattachait d’une manière plus parfaite aux grands principes de la mécanique. Cependant, depuis la publication des Œuvres de Venlet, aucun grand traité n’avait paru chez nous, donnant un tableau exact de la physique actuelle. Il y avait là dans notre littérature scientifique une lacune que tous ceux qui s’occupent de science déploraient. M. Violle a essayé de la combler. Il nous paraît y avoir pleinement réussi, pour la partie du moins qui nous est présentée aujourd’hui et qui est assurément l’une des moins connues chez nous. L’auteur a eu l’heureuse idée de réunir dans un premier volume des théories délicates que l’étudiant était obligé de chercher de différents côtés et que par suite il négligeait volontiers.
- Pour la première fois dans un traité français figure un exposé de la théorie des erreurs. Est-il possible cependant de tirer quoi que ce soit de certain de mesures dont on n’a pas préalablement discuté la valeur? L’auteur était lui-même trop bon expérimentateur pour ne pas poser au début de son ouvrage les règles fondamentales de cette sorte de critique des mesures qui, comme tant d’autres, hélas ! née chez nous, y est aujourd’hui presque étrangère.
- La tendance nécessaire des théories physiques vers les principes fondamentaux de la mécanique, appelle nécessairement dans un cours complet de physique un exposé exact de ces principes. Le chapitre consacré à cet exposé contient, en outre, l’indication du système de mesures absolues basées sur notre mètre et appelé système C. G. S ; il renferme de plus un certain nombre d’applications intéressantes, effets dits de la force centrifuge, pendule de Foucault, etc.
- Le chapitre suivant, De la Pesanteur, nous montre nettement l’esprit dans lequel est conçu l’ouvrage. Ce que l’auteur cherche avant tout à mettre en lumière, c’est la méthode, cette méthode qu’il faut nécessairement connaître pour bien savoir et plus encore pour être à même de découvrir soi-même à son tour, ce qui doit être le véritable but de tout savant. Un exposé historique sobré, mais scrupuleusement exact, une description précise des appareils, un détail rigoureux des mesures, une discussion serrée des résultats, discussion dans laquelle le calcul est appelé toutes les fois qu’il est nécessaire, mais seulement quand il est nécessaire, tels sont les procédés employés par l’auteur. Dans ce chapitre, outre l’étude même de la pesanteur, rajeunie par ces procédés excellents, nous signalerons particulièrement une discussion remarquable des divers modes d’application du pendule à la mesure de la gravité, une description très complète des différents systèmes de balances et, enfin,
- 1 Cours de Physique, par J. Violle, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon Tome 1. Physique moléculaire. 1 vol. in-8° avec 257 fig. — Paris, G. Mas«on, 1883.
- un résumé intéressant des expériences entreprises jusqu’à aujourd’hui et même de celles actuellement en cours d’exécution, pour la mesure de la densité de la terre.
- Les propriétés générales des corps font l’objet du troisième chapitre dans lequel trouvent naturellement place les instruments de mesure que l’auteur ramène à trois types : le vernier, la vis micrométrique et le levier ’a réflexion. Un exposé très clair des idées actuelles sur la constitution de la matière, termine ce chapitre et en même temps le livre premier.
- Le livre 11 traite des propriétés spéciales des solides. 11 débute par un de ces chapitres d’exposition limpide et savante dont l’auteur a le secret : la structure des solides et, en particulier, cette merveilleuse structure cristalline devaient être présentées ainsi dans un traité général de physique.
- Le chapitre de l’Élasticité est évidemment l’un de ceux sur lesquels l’auteur a concentré tous ses efforts. Il n’est peut-être pas en physique de théorie plus importante et plus difficile. Nous débutons par une partie théorique contenant tout ce qu’il y a de certain sur ce sujet et dans laquelle on a réussi pour la première fois, que nous sachions, à rattacher aux formules de Lamé les considérations de Clebsch sur la déformation des angles. Vient ensuite une revue détaillée des expériences nombreuses faites sur l’élasticité depuis Young et S’Gravesande jusqu’à M. Kirchhoff et M. Cornu. On doit signaler surtout l’exposé des célèbres recherches de Coulomb sur la torsion : l’établissement de la loi des oscillations de torsion conduit aux dernières recherches de M. Cornu sur ces questions délicates.
- Dans les chapitres suivants se déroulent les faits relatifs à la déformabilité, à la divisibilité, à la diffusibilité des solides, toutes propriétés encore insuffisamment étudiées et, à ce titre même, particulièrement intéressantes poulies chercheurs. Au chapitre du frottement nous devons une mention spéciale à l’étude qui y est faite des freins dynamométriques, d’un usage si fréquent aujourd’hui dans les laboratoires : le parallèle entre la théorie du frein et celle de la balance fait saisir immédiatement les conditions d’équilibre et par suite le mode d’emploi rationnel d’un appareil trop souvent mal gouverné. Après cette consciencieuse étude, le chapitre du choc des corps nous a paru nn peu écourté.
- Ce premier volume, publié par notre éditeur et ami, M. G. Masson, avec un soin et un luxe qui lui font honneur, nous promet un ouvrage de haut intérêt.
- Gaston Tissanmer.
- ‘ LE PONT DE BROOKLYN*
- Cette œuvre colossale conçue en 1867, commencée le 3 janvier 1870 a été inaugurée le 24 mai 1883. Nous nous proposons de résumer ici les points les plus importants de ce remarquable travail d’après les derniers renseignements détaillés que nous trouvons dans le Harper s new monthly magazine et dans le Scientific american.
- Pendant Utiiver de 1866-1867, ceux qui partageaient leur existence entre Brooklyn et New York, se souviennent encore des voyages arctiques aceom-
- 1 Consulter les intéressants articles publiés sous le lilrc : Le Pont sur ta mer à New-York, par M. Charles Boisviy, dans La Nature des 5 et 12 avril I8"!G
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- plis sur la rivière de l’Est pendant cette saison particulièrement rigoureuse. A certains jours, le voyage d’Albany à New-York était certainement beaucoup plus facile que celui de Brooklyn à New-York. C’est à cotte époque que s’imposa l’obligation de l’établissement d’un pont entre ces deux cités dont la population actuelle totale dépasse 2 000000 d’habitants.
- Dès 1867 une Compagnie se fonda au capital de 5000 000 de dollars, avec une faculté d’augmentation ; pendant huit années c’est grâce à l’énergie, au dévouement et à la volonté de son Conseil d’Adminis-tration que les travaux furent activement poussés, mais en 1874, l’opinion publique justement inquiète de voir des travaux aussi considérables et les bénéfices qui devaient en résulter entièrement entre les mains de l’industrie privée, le pont devint, sur la proposition même de la Compagnie, une propriété publique dont le prix d’établissement incombe pour deux tiers à la ville de Brooklyn et pour un tiers à la ville de New-York.
- Dès le mois de mai 1867, John A. Rœbling, célèbre par ses constructions du pont du Niagara et de
- Cincinnati, fut choisi comme ingénieur en chef, et au mois de septembre de la même année il présentait les plans et les devis complets. Ces plans et devis, adoptés par les ingénieurs civils les plus éminents de l’Amérique furent sanctionnés la même année par la Commission des ingénieurs de l’Etat nommée pour les étudier; la seule modification apportée fut de relever de 150 à 155 pieds la hauteur du tablier au-dessus des hautes marées, pour satisfaire aux besoins de la navigation.
- Malheureusement, John A. Rœbling ne vécut pas assez longtemps pour voir poser la première pierre de l’œuvre qui devait couronner son illustre carrière. 11 mourut dans l’été de 1869, pendant qu’il était occupé à déterminer la position définitive de la tour de Brooklyn ; un ferry-boat lui écrasa le pied, et il succomba au tétanos seize jours après. 11 trouva un digne successeur dans son fils, Washington A. Rœbling, qui avait été associé à ses principaux travaux et, en particulier, à l’étude du pont de Brooklyn.
- Washington Rœbling a aussi payé son tribut à l’œuvre commencée par son père. Au mois de
- décembre 1871, il fut victime de la maladie connue sous le nom de maladie du caisson, maladie produite par l’action de l’air comprimé sur les centres nerveux, et qui se traduit par une paralysie partielle ou complète et des douleurs névralgiques intenses; mais de sa chambre de malade, il a su mener à bien l’œuvre qui n’a jamais eu un moment de faiblesse ou de ralentissement sous sa direction.
- Les plans et les devis primitifs établis par John Rœbling ont été modifiés en prévision de l’accroissement rapide des transactions commerciales entre les deux villes ; voyons comment l’œuvre se présente actuellement terminée.
- Le pont de Brooklyn traverse l’East River d’une seule portée de 486m,50 d’axe en axe des deux tours qui le supportent; ces deux tours s’élèvent à 84“,25 au-dessus du niveau de la mer à marée haute.
- Le pont est supporté par quatre câbles qui vont s’amarrer dans des «massifs d’amarrage placés à 283m,60 de l’axe des tours de chaque côté du pont. La distance totale des massifs d’amarrage est donc de 1054 mètres, d’axe en axe de ces massifs. A partir de ces massifs, le plancher du pont repose sur
- des viaducs qui seront utilisés ultérieurement comme entrepôts, et son niveau va en s’abaissant graduellement de chaque côté jusqu’aux points de raccord avec le sol. La longueur totale du pont est de 1826“,60. Au milieu du pont, la hauteur du tablier est à 4l“,17 au-dessus des hautes eaux ; il s’abaisse de 9“,45 de chaque côté jusqu’aux tours et s’abaisse de nouveau de 14 mètres de chaque côté entre les tours et les massifs d’amarrage.
- Le tablier représenté en coupe transversale (figure 1) est entièrement en acier; il comporte cinq voies et présente une largeur totale de 26™,20; une voie centrale surélevée pour les piétons qui peuvent ainsi embrasser d’un coup d’œil le panorama magnifique offert par l’East River, New-York et Brooklyn, une voie d’aller et une voie de retour pour les wagons remorqués par un système de traction funiculaire, et, enfin, une voie d’aller et de retour pour les véhicules de toute nature.
- Après avoir esquissé à grands traits la structure de ce pont gigantesque, nous allons examiner un peu plus en détail les parties les plus intéressantes de sa construction en nous occupant aujourd’hui de la construction des piles.
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- La construction des piles. — Les piles du pont de Brooklyn ont été construites à l’aide de caissons
- préparés à terre et amenés en place une fois terminés. Ces caissons dont l’un d’eux est représenté
- Fig. 2. — Construction de l’une dasjpiies du pont de Brooklyn
- en coupe (figure 2) ne sont pas autre chose qu’un immense couvercle de 31 mètres de large, 32 mètres de longueur et de 2,70 de hauteur intérieure. Cette boîte forme une cloche à plongeur sur laquelle vient s’établir la maçonnerie faite au-dessus de l’eau et qui s’enfonce peu à peu à mesure de l’avancement du travail jusqu’à venir reposer sur le lit de la rivière convenablement disposé pour le recevoir.
- Le dessus du caisson est formé de quinze couches horizontales de madriers de pitch-pin de 30 centimètres d’équarrissage, réunis par de forts boulons en fer, les interstices sont remplis de goudron; les parois latérales sont légèrement inclinées ; elles ont 2m,40 d’épaisseur au sommet et 20 centimètres à la base solidement encastrée dans un sabot en fonte à arête tranchante. On s’explique la grande épaisseur donnée au caisson en considérant qu’il doit supporter un poids de 80 000 tonnes.
- On a ménagé dans le caisson deux grandes ouvertures prismatiques formées de tôles de chaudière de
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- Fig. 3. — Coupe longitudinale d’une chambre d’air.
- E. Entrée dans le caisson.— S. Sortie de la chambre d’air. — A. Arrivée de l’air comprimé.— R. Sortie de l’air comprimé de la chambre d’air. — Manomètre.
- I centimètre d’épaisseur; ces ouvertures de 2 mètres de côté environ servaient à la manœuvre des bennes et des grappins destinés à l’enlèvement des matériaux pendant le travail. Elles fonctionnaient à l’air libre et le niveau de l’eau à leur intérieur était le même que celui de la rivière, par suite de la pression maintenue dans le caisson. L’entrée et la sortie des ouvriers dans le caisson, où il se trouvait toujours plus de 200 ouvriers à la fois, s’opéraient à l’aide de deux chambres d’air dont l’une d'elles est représentée en coupe figure 3. La manœuvre consiste, on le sait, à faire entrer les ouvriers dans la chambre, à y établir graduellement la pression dans la partie où ils doivent entrer, et à ouvrir ensuite la porte de communication correspondante, lorsque la pression est établie, pour leur donner un passage soit dans le caisson, soit à l’extérieur.
- La maçonnerie s’exécute à la surface à mesure que le lit sur lequel doit reposer le caisson se creuse et s’égalise jusqu’à ce qu’on atteigne le
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- terrain solide sur lequel il doit reposer; mais que de difficultés vaincues pour arriver à ce résultat ! Nous en signalerons quelques-unes dans un de nos prochains numéros. (A suivre.)
- L’EXPÉDITION
- DU PROFESSEUR NORDENSKIOLD AU GRŒNLAND
- A la fin de mai, le professeur Nordenskiold a quitté la Suède se proposant d’entreprendre une exploration au Groenland. Comme dans les précédents voyages, un nombreux personnel scientifique accompagne l’infatigable savant suédois : un géologue, le Dr Nathorst qui l’an dernier a relevé la carte géologique d’une partie de la côte occidentale du Spitzberg, un zoologiste, M. C. Forsstrand, un ingénieur hydrographe, M. îlamberg, enfin un médecin le Dr Berlin et un préparateur. L’expédition est embarquée:! bord delà Sofia, le batiment à bord duquel se trouvait la mission suédoise envoyée en 1864 au Spitzberg.Ce navire jauge 180 tonneaux et est muni d’une machine de la force de 65 chevaux qui lui imprime une vitesse de 11 nœuds. L’équipage comprend 15 hommes, un commandant, le capitaine Nilsson qui a fait plusieurs voyages dans la mer de Kara, un lieutenant, un des frères Johannesen, les meilleurs pilotes des glaces du port de Tromsô et 13 matelots. À bord se trouvent en outre le sergent Kolthoff qui doit accompagner le professeur Nor-denskiôld dans la course qu’il projette dans l’intérieur du Groenland et deux Lapons.
- 11 y a quelque temps, le professeur de langue laponne à l’Université de Christiania, M. Früs qui connaît tout spécialement les régions septentrionales de la péninsule Scandinave, proposait de coloniser le Grœnland avec les Lapons nomades. Dans le nord de la Suède et de la Norvège les troupeaux de rennes vivent aujourd’hui difficilement, décimés chaque hiver par les loups et souffrant l’été du manque de pâturages convenables. Au Grœnland, au contraire, les loups n’existent pas et les lichens dont se nourrissent ces ruminants, sont très abondants. M. Nordenskiold désireux de se rendre compte de la possibilité de ce projet de colonisation, a emmené avec lui ces deux Lapons qui examineront si le pays présente réellement des conditions favorables à l’établissement de leurs congénères.
- Le 25 mai la So/îna quitté le port de Gothembourget s’est dirigée sur Thorsô à l’extrémité septentrionale de l’Ecosse où elle est arrivée le 27 pour y renouveler son approvisionnement de charbon. De là, elle a dû mettre le cap sur l'Islande où elle débarquera plusieurs savants; le Dr Flink (minéralogiste), le comte Strômfelt (botaniste) et le candidat (licencié) Arpi qui eut pour mission d’entreprendre dans cette île des études scientifiques.
- De Reykiavik, l’expédition se dirigera vers le Cap Farncl en longeant la banquise qui bloque la côte orientale du Grœnland. Au commencement de juin,
- le temps est ordinairement très beau dans ces parages, l’expédition y fera en conséquence des dragages et des sondages, ainsi que des observations météorologiques pour essayer de reconnaître les causes du changement qui paraît s’ètre produit dans la position des banquises depuis la découverte du Grœnland. Après avoir doublé le cap Farnel, la Sofia ira relâcher à Ivigtut l’importante exploitation de Kryolithe, situé au nord-ouest de ce promontoire pour y faire du charbon, puis se rendre à Disco où le professeur Nordenskiold compte entreprendre une longue course dans l’intérieur des terres.
- Contrairement à l’opinion générale, M. Nordenskiold croit le centre du Grœnland dépouillé de neige et de glace. Le savant professeur a exposé cette théorie, dans un mémoire qu’il a adressé à M. Oscar Dickson, mémoire dont il nous semble intéressant de faire connaître quelques passages.
- Deux conditions essentielles sont nécessaires pour que des glaciers puissent exister dans un pays : le sol doit d’abord présenter certains caractères orographiques, c’est-à-dire former une série d’accidents de terrain à l’abri desquels puissent s’accumuler les neiges ; en second lieu, le climat doit être humide afin que les réservoirs desquels sortent les courants de glace, soient alimentés par des chutes de neige. Aucune de ces conditions n’est généralisée dans l’intérieur du Grœnland, suppose M. Nordenskiold. Dans cette région, ne se trouve point probablement une crête qui s’abaisse par des pentes longues et modérées vers l’Océan et le détroit de Davis. Tout au contraire, suivant toute présomption, le principal relief du terrain s’élève comme en Scandinavie, en Angleterre et dans les deux Amériques sur la côte occidentale de la péninsule. Enfin les conditions climatologiques nécessaires à la formation des glaciers, manquent. Les vents doivent, avant d’arriver dans l’intérieur du pays, s’ils soufflent de l’est, traverser d’abord la large banquise qui s’étend presque continuellement le long de la côte orientale du Grœnland; viennent-ils au contraire de l’ouest ou du sud-ouest, ils doivent franchir la région montagneuse "la plus élevée de la péninsule. Dans ces deux trajets, les courants atmosphériques doivent par suite acquérir les propriétés du fœhn, c'est-à-dire s’échauffer et devenir secs. Du reste, ajoute M. Nordenskiold, ne remarque-t-on pas au centre de tous les continents, en Asie, en Afrique, en Australie, etc., de vastes déserts dont l’existence est attribuée justement à ce que les vents qui balaient ces régions, ont perdu toute leur humidité en passant sur les régions côtières.
- Aux arguments exposés par M. Nordenskiold en faveur de sa théorie, nous nous permettrons d’en ajouter un qui nous a été suggéré à la suite de nos explorations en Laponie et qui est tiré de la portion des glaciers dans la péninsule Scandinave. Si l’on jette les yeux sur une carte de Suède et Norvège, on remarque que les grands glaciers, tels que le Folgefonn, le Jostedalbræ, le Svartisen et le Jôkulf-
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- jeld s’élèvent directement au-dessus de la mer et que d’autres groupes, moins importants toutefois, se trouvent seulement à l’extrémité des grands fjords. En arrière de ces massifs, aucun glacier important ne se rencontre dans l’intérieur des terres. Ainsi la chaîne qui s’étend derrière le Svartisen ne renferme aucune plaque de neige cristallisée de quelque étendue. En résumé, en Scandinavie ces glaciers n’existent que dans les régions exposées en plein-aux vents océaniens; après avoir franchi ces chaînes de plateaux, les courants atmosphériques acquièrent les propriétés du fœhn et sont par suite peu favorables à la formation des névés. Probablement les même causes qui empêchent le développement des glaciers dans l’intérieur de la péninsule Scandinave se produisent au Groenland qui présente du reste avec ce dernier pays les plus grandes analogies.
- Il est assez difficile de se rendre compte par avance de l’aspect que présente l’intérieur de la péninsule grœnlandaise. En Sibérie dans des pays dont le climat est, croit M. Nordenskiôld, plus rude que celui de cette région, les forêts contiennent des arbres gigantesques. Le célèbre botaniste llooker suppose même, en se basant sur des études sur la distribution géographique des plantes au Groenland que le centre du pays mérite réellement le nom de Grœnland (pays vert). Les indigènes partagent cette croyance. A l’appui de leur opinion, ils racontent que chaque été arrivent de l’intérieur sur la côte occidentale de nombreux troupeaux de rennes. Ces ruminants viennent, disent-ils, d’une région située au delà des glaciers où ils peuvent trouver une nourriture suffisante. M. Nordenskiôld estime que la végétation du centre de la péninsule doit être analogue à celle du littoral.
- Pour reconnaître si effectivement les glaciers ne forment qu'une lisière le long des côtes, M. Nordenskiôld entreprendra dans l’intérieur des terres une course de 5 à 400 kilomètres en prenant comme point de départ le fjord d’Auleitsivik, situé au sud de Disco. La partie pénible de cette marche sera la traversée de l’énorme mer de glace qui longe le littoral. Jusqu’ici quelques tentatives seulement ont été faites dans le sud du Grœnland pour pénétrer sur ce vaste glacier. En 1751, le négociant Dalager s’avança à 15 kilomètres en partant d’un point de départ situé par 62°. En 1867 le célèbre grimpeur anglais Whymper échoua complètement dans une tentative de .ce genre. Trois ans. plus tard, M. Nordenskiôld, accompagné du Dr Berggien, réussit à s’avancer à 50 kilomètres de la côte. L’année suivante, un Danois résidant au Grœnland voulut entreprendre une course sur la glace continentale, monté sur des traîneaux tirés par des chiens. Après six jours de marche, il dut battre en retraite. En 1878, eut lieu la plus importante de toutes les expéditions de ce genre. Trois Danois, le lieutenant Jenssen, le Dr Kornerup et M. Groth accompagnés d’un Esquimau, atteignirent une chaîne située à 75 kilomètres de la côte. Cette exploration dura vingt jours et
- permit aux voyageurs de faire de très curieuses études sur la glace ’continentale. Cette expédition généralement très peu connue en France est une des plus importantes et des plus pénibles qu’aient été jusqu’ici entreprises dans les régions arctiques. Accompagné de matelots vigoureux, M. Nordenskiôld compte traverser sans rencontrer trop de difficultés cette vaste mer de glace. Rappelons à ce sujet qu’en 1875 le savant explorateur suédois, accompagné du lieutenant Palander et de 9 matelots a fait une course de 190 kilomètres sur le glacier de la Terre du nord-est au Spitzberg.
- Pendant celte course sur le glacier, M. Nordenskiôld compte étudier la flore microscopique si riche en espèces, qui végète à la surface de la neige et de la glace et qui donne aux névés une coloration rougeâtre. 11 s’efforcera en outre de recueillir des matériaux pour l’étude des poussières qui se trouvent à la surface des glaces et qu’il croit d’origine cosmique d’après l’analyse des échantillons recueillis par lui en 1870. Le lieutenant Jenssen ne partage pas cette opinion et altribue aux vents le transport de ces particules. Durant la course que M. Nordenskiôld fera dans l’intérieur des terres, M. Nathorst étudiera les riches gisements de fossiles qui se trouvent aux environs du fjord d’Auleitsivik. Si la situation des glaces est favorable dans la mer de Baflîn et si à Disco l’expédition a encore du charbon en quantité suffisante, la Sofia se dirigera vers le cap York pour examiner un grand bloc de fer qui se trouverait, d’après les récits faits en 1818 par les Esquimaux à Ross et à Sabine, sur une montagne appelé Savilik [montagne de fer) et située près de ce cap. Les indigènes détachaient de ce bloc, racontaient-ils, des morceaux dont-ils fabriquaient des engins de pèche et des ustensiles de ménage. D’après l’analyse faite, du métal provenant d’un de ces instruments, cette masse de fer paraît être de la même nature que celles découvertes en 1870 par M. Nor-clenskiôld à l’île Disco. Contrairement à l’opinion générale, M. Nordenskiôld croit ces blocs d’origine cosmique, comme il l’exposait encore récemment à une séance de la Société de Géographie et d’Anthropologie de Stockholm.
- A la fin d’août, toute^ l’expédition ralliera Disco, puis après avoir doublé le cap Farenel, se dirigera vers la côte orientale du Grœnland le long de laquelle doit exister supposablement au commencement de septembre un climat libre permettant de visiter les fjords. M. Nordenskiôld se propose de rechercher dans cette région les vestiges de l’ancienne colonie d’Osterbygd dont on a perdu la trace depuis le moyen âge.
- L’expédition ne compte point hiverner au Grœnland et probablement elle ralliera à Gothembay en octobre. Souhaitons que cette exploration ait le même succès que toutes celles entreprises jusqu’ici par l’illustre voyageur. Charles Rabot. ;
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- LÀ SCIENCE DANS L’ANTIQUITÉ1
- LA MACHINERIE DES TEMPLES
- A. Rich rapporte, dans son Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques, au mot Adylum, que beaucoup de temples anciens pos-sédaient des chambres connues seulement des prêtres et qui servaient à la production de leurs prestiges. 11 a pu en visiter une parfaitement conservée, à Alba, sur le lac de Fucino dans les ruines d’un temple où elle était ménagée sous Yabsis, c’est-à-dire sous la grande niche semi-circulaire qui ordinairement abritait l’image du dieu au fond de l’édifice.
- « Une partie de cette chambre, dit-il, s’enfonce en quelque sorte au-dessous du pavé du corps principal du temple (cella) et l'autre s’élève au - dessus. Celle-ci devait apparaître alors aux adorateurs réunis dans le temple seulement comme un soubassement occupant la portion inférieure de Yabsis et destiné à tenir dans une position élevée la statue de la divinité dont l’édifice portait le nom.
- Ce sanctuaire d’ailleurs n’avait ni porte ni com-munication visible qui ouvrit sur le corps du temple. On n’y entrait que par la porte dérobée d’une enceinte fermée de murs sur les derrières de l’édifice. C’était par là que les prêtres • s’introduisaient avec leurs machines sans être vus ni
- 4 Voy. n® 526 du 30 juia 1883, p. 76.
- reconnus. Mais il est un fait remarquable, un fait qui prouve sans réplique la destination de Yadytum; c’est qu’on y trouve une quantité de tubes ou de conduits creusés dans les murs qui communiquent de ce réduit avec l’intérieur du temple, qui aboutissent aux différentes parties des parois de la cella et qui permettent ainsi à une voix de se faire entendre dans tout endroit du temple pendant que la personne et la place d’où partent la voix restent cachés ».
- Quelquefois l’adytum était simplement une chambre située derrière l’ab-sis comme dans un petit édifice qui existait encore à Rome au seizième siècle et dont un architecte de cette époque, Labbacco, nous a laissé la description.
- Le colonel Fain m’a dit avoir visité lui-même en
- Syrie un temple antique où l’on avait ménagé, à l’intérieur de tous les murs,d’étroits couloirs par lesquels un homme pouvait faire le tour du bâtiment sans être vu.
- Dans le temple de Cérès à Eleusis, le pavé de la cella est brut et beaucoup plus bas que le niveau du portique voisin; de plus les murs latéraux présentent des trous, des rainures verticales et horizontales dont il est difficile de préciser l’usage mais qui servaient peut-être à établir un plancher mouvant comme celui dont parle Philostrate dans la Vie d’Apollonius (1. 111, ch. v). « Les sages de l’Inde, dit-il, conduisent Apollonius vers le temple de leur dieu, en chantant des hymnes, et formant une
- Fig. 1. — Appareil destiné à faire sonner une trompette quand ou ouvre la porte d’un temple. (D’après Héron.)
- Fig. 2. — Mécanisme disposé dans le sous-sol de la chapelle dont les portes s’ouvrent quand on allume le feu sur l’autel. (D’après Héron.)
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- marche sacrée. La terre qu’ils frappent en cadence de leurs bâtons, se meut comme une mer agitée et les élève presque à la hauteur de deux pas, puis se rasseoit et reprend son niveau ».
- Les statues des dieux, quand elles étaient de grandes dimensions, présentaient des cavités dans lesquelles les prêtres pénétraient par des conduits cachés pour rendre des oracles (Théodoret, Hist,, EccL, vol. XXII).
- On lit dans Pau-sanias (Arcadica,
- 1. VIH, ch. xvi) qu’à Jérusalem le tombeau d’une femme du pays, nommée Hélène, avait une porte de marbre comme le reste du monument et que cette porte s’ouvrait d’elle-même, à certain jour de l’année et à une certaine heure, par le moyen d’une machine pour se refermer quelque temps après.
- « En tout autre temps, ajoute-t-il, si vous aviez voulu l’ouvrir vous l’eussiez plutôt rompue ».
- Suivant Pline (XXXVI, 14) les portes du labyrinthe de Thèbes étaient organisées de telle manière que, lorsqu’on les ouvrait, elles faisaient entendre un bruit semblable à celui du tonnerre.
- Héron, dans ses Pneumatiques, nous donne l’explication de quelques-uns de ces prodiges.
- La ligure 1 dont la description porte pour titre : Voici comment on produit le son de la trompette quand on ouvre la porte d’un temple, est suffisamment claire pour me dispenser de reproduire ici le texte de l’ingénieur grec. On voit que, lorsqu’on ouvre la porte, un système de cordes, de poulies de renvoi et de tringles fait enfoncer dans un vase plein d'eau une calotte hémisphérique à la partie supérieure de laquelle est fixée la trompette ; l’air
- comprimé par l’eau s’échappe à travers l’instrument et le fait sonner. Les figures 2 et 3 sont également empruntées aux Pneumatiques de Héron et correspondent à l’appareil qui a pour titre : Construction d’une chapelle telle qu’en allumant du feu les portes s’ouvrent toutes seules et se ferment quand le FEU EST ÉTEINT.
- L’autel est creux, comme cela est indiqué en E
- dans la figure 2 ; quand on allume du feu au-dessus, l’air contenu dans l’intérieur se dilate et vient presser sur l’eau dont le globe, situé au-dessous, est rempli. Cette eau se rend alors par un tube recourbé dans une sorte de marmite suspendue à une corde qui passe sur une poulie et se dédouble ensuite pour s’enrouler sur deux cylindres mobiles sur des pivots et formant le prolongement des axes autour desquels tournent les portes. Autour des mêmes cylindres sont enroulees en sens contraires deux autres cordes qui se réunissent également en une seule, avant de passer sur une poulie et de pendre verticalement pour soutenir un contrepoids.
- 11 est clair que, quand l’eau du globe arrivera dans la marmite, la marmite dont le poids sera ainsi augmenté, descendra et tirera la corde; celle-ci a été enroulée autour des cylindres de manière à faire ouvrir les portes quand elle est tirée dans ce sens.
- Voici maintenant comment les portes se refermeront. Le tube recourbé qui met en communication le globe et la marmite forme un siphon dont la plus longue branche plonge dans le globe. Lorsque le feu s’éteint sur l’autel, l’air contenu dans
- Fig, 3. — Chapelle dont les portes s’ouvrent quand on allumé le feu sur l’aulel.
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- l’autel et dans le globe se refroidit et diminue dq volume1; l’eau de la marmite est alors attirée dans le globe ; le siphon, se trouvant ainsi naturellement amorcé, opère jusqu’à ce que toute l’eau de cette marmite soit repassée dans le globe. A mesure que la marmite s’allège, elle remonte sous l’ip-lluence du contrepoids ; or les cordes qui l’y relient en passant par les cylindres sont enroulées de manière à faire fermer les portes quand le contrepoids descend.
- Héron dit que l’on se sert quelquefois de mercure, au lieu d’eau, parce que le mercure est plus lourd.
- A. de Rochas.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Nouvelle pile au sulfate de cuivre (Modification de la pile Callaud). — Nous sigualous une. heureuse modification apportée à la pile Callaud, à la suite d’études laites par le service télégraphique de la Compagnie des chemins de fer de l’Est. Cette modification a pour avantages essentiels une extrême faoilité d’entretien et une
- réelle économie dans la consommation des matières employées.
- On sait que la pile Callaud, exclusivement adoptée pour les communications télégraphiques dans certaines Compagnies de chemins de 1er, se compose d’un vase en verre, d’un zinc circulaire suspendu par des crochets à la partie supérieure de ce verre, et d’une lame de cuivre reposant au fond du vase; cette lame est
- rivée à une tige de même Nouvelle pile au sulfate de cuivre. métap qui constitue pé-ec.
- trode positive. Au fond du vase on verse une dissolution saturée de sulfate de cuivre, dont le niveau arrive à une petite distance de la partie inférieure du zinc, et on achève de remplir avec de l’eau pure. Le zinc est attaqué, il se forme du sulfate de zinc qui se maintient toujours à la partie supérieure du vase, en raison de la différence de densité des dissolutions de sulfate de zinc et de sulfate de cuivre, et le cuivre réduit vient se déposer sur la lame située au centre du vase.
- On a reconnu qu’il était nécessaire de recouvrir la tige de cuivre d’une gaine en gutta-percha afin d’éviter qu’elle ne se coupe à la ligne de séparation des deux liquides : c’est un premier inconvénient du système ; il faut, de plus, maintenir la dissolution de sulfate de cuivre à un certain degré de concentration, en déposant au fond du vase une provision de cristaux de sulfate de cuivre, mais alors il arrive que cette dissolution, venant à augmenter, finit par atteindre le zinc; ce dernier s’attaque inutilement et du cuivre se réduit en pure perte : c’est un deuxième in-
- 1 « Quand le feu sera éteint, dit Héron, l’air raréfié s'échappera par les vides des parois du globe et le siphon attirera le liquide contenu dans le vase suspendu afin d’occuper la place des vides qui se sont produits. »
- convénienU auquel on peut remédier en n’introduisant dans la pile qu’une dissolution simplement saturée sans excédent de cristaux; on comprend que dans ce dernier cas on soit amené à visiter la pile assez fréquemment, à la vider au moyeu, de .siphons, en un mot, à ne confier son entretien qu’à des agents expérimentés.
- G est pourquoi, jusqu’ici, les Compagnies de chemins de fer ont préféré, pour les sonneries de contrôle des disques, la pile Daniell à la pile Callaud, malgré les sérieux avantages de cette dernière et l’inconvénient du vase poreux qui entre dans la composition de la pile Daniell.
- La pile Callaud modifiée est exempte des défauts que nous venons de signaler; elle diffère de la pile Callaud, proprement dite, par le remplacement de l’électrode positive, c’est-à-dire de la plaque de cuivre par un tube de plomb ouvert à ses deux extrémités et plongeant’dans le liquide de la pile, comme l’indique la figure. Le plomb n’éfant pas attaqué peut servir indéfiniment; il se maintient dans sa position verticale, car il est muni à sa partie inférieure de pattes, obtenues en entaillant les parois à la cisaille et en recourbant les languettes ainsi formées; ces pattes ont encore pour fonction d’empêcher le tube de plomb de venir toucher le zinc, puisqu’elles le maintiennent en équilibre.
- Pour charger l’élément ainsi constitué, il suffit de remplir le tube de plomb avec des cristaux de sulfate de cuivre et de verser de l’eau dans le vase de verre, jusqu’à ce que son niveau arrive à 1 centimètre et demi du bord supérieur du zinc. Au bout d’une heure, les cristaux de sulfate de cuivre se sont suffisamment dissous pour que la pile entre en fonction.
- L’expérience a démontré que, quelle que soit la provision de sulfate qu’on ait emmagasinée dans le tube de plomb, la dissolution saturée de ce sulfate n’atteint jamais le zirtc, même à circuit ouvert.
- En résumé, la disposition nouvelle donnée à l’élément Callaud présente le grand avantage : 1° De permettre d’en confier l’entretien au premier venu, puisque cet entretien consiste simplement à introduire dans le tube central des cristaux de sulfate de cuivre, lorsqu’on s’aperçoit que la teinte bleue du liquide inférieur disparaît; 2° De proportionner la dépense au travail réellement produit.
- La pile que nous venons de décrire a été étudiée par M. Ém. Cabaret, contrôleur principal du télégraphe des chemins de fer de l’Est ; elle est construite par M. Desruelles. Plusieurs batteries actuellement en service confirment les résultats annoncés. G. Dumont,
- Ingénieur-Inspecteur chargé du service télégraphique des chemins de fer de l’Est.
- LES OISEAUX DE BASSE-COUR
- D’après le dénombrement fait en 1870 on comptait environ en France :
- 42 856 700 poules,
- 5 616 841 canards,
- 1 760500 dindons,
- 3 881 577 oies.
- Aujourd’hui la France nourrit environ 45000000 de poules qui, au prix moyen de 2 fr. 50, donnent 112 500000 francs.
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- Ces 45 millions de poules sont actuellement réformés par cinquième et livrées à la consommation.
- D’où un premier produit en viande de 22 500000 francs.
- 2 millions de co s sont également réformés chaque année et vendu dans les mêmes conditions que leurs femelles, ce qui fournit un deuxième produit de viande de 5 millions.
- De nos 54 millions de poules pondeuses naissent annuellement au moins 100 millions de poulets, sur lesquels il convient de prendre 10 millions de reproducteurs destinés à remplacer les ascendants qui ont été sacrifiés. Il faut encore réduire la quantité de
- 10 millions à cause des accidents et maladies. Nous restons alors en face d'un nombre de 80 millions de poulets qui, vendus à 1,50 la pièce, donnent un troisième produit de 120 millions.
- A ces chiffres ci-dessus indiqués, il importe, afin de rendre un compte fidèle de la situation présente, d’ajouter, comme plus-value des chapons et des poulardes, une somme de 6 millions.
- Total, 155 500000 francs.
- Nos 54 millions de poulets pondent chacune en moyenne 90 œufs par an, ce qui donne un total de 5 milliards 60 millions d’œufs, valant 6 centimes, soit 185 millions, ce qui en résumé donne comme produit annuel des poules :
- En viande, 155500 000 francs.
- En omis, 183 600 000 —
- Donc les poules en France rapportent 557 100 000 francs.
- Voilà un chiffre qui a bien son éloquence. Eh bien, croyez-vous que ce soit là le dernier mot la production de nos basses-cours? Non, tant s’en faut.
- 11 est certain que nous pourrions nourrir 150 millions de poules qui rapporteraient en viande et en œufs plus d’un milliard *. Ernest Menault.
- ON CAS BIZARRE
- DE DIMORPHISME DES FEUILLES
- En 1879, le Muséum d’histoire naturelle reçut de Gand un pied de Marcgravia, de la part de M. Van-Mette, ce pied a poussé régulièrement et par ses caractères botaniques il attestait que c’était une véritable Maregraviacée ; il correspondait aux caractères donnés par Richard â, Jussieu 1 * 3, De Candolle 4 5, Eudliehei 8, c’est-à-dire : arbrisseau sarmenteux et grimpant, parasite à la manière du lierre, feuilles alternes, simples, entières, coriaces et persistantes. — il n’avait pas encore fleuri; mais les particularités végétatives ne laissent aucun doute sur sa place parmi les Marcgraviacées.
- En 1882, c’est-à-dire l’année dernière, comme en pous-
- 1 Extrait d’une notice publiée par Le Poussin, revue hebdomadaire, dirigée par Jl. Lemoine.
- a Richard, Nouveaux éléments de botanique, 1870, p. 566.
- 5 Jussieu, Annales du Muséum, t. XIV.
- 4 De Candolle, Prodromus, t. I.
- 5 Endlieher, Généra Plantarum.
- sant, il avait touché la vitrine de la serre où il se trouve, M. Hamelin le jardinier chef de cette partie, l’avait recouché (comme on peut le voir, d’après la figure suivante); il avait continué à faire pousser encore des feuilles entières ; comme la place manquait, on l’a fait plier de rechef, alors s’est produit le phénomène dont je veux parler, c’est-à-dire le changement complet du feuillage; au lieu de feuilles entières, on a vu paraitre des feuilles tout à lait différentes des premières, d’abord comme dimension, ensuite comme forme. Trois ou quatre lois plus grandes que les autres; et au lieu d’être entières, elles sont complètement lobées. On a cru que M. Ilainelin avait fait greffer une autre plante sur le premier pied; mais on s’est assuré
- Cas de dimorphisme des feuilles d’un Marcgravia; Aspect primitif en 1879, et aspect actuel depuis 1882.
- ensuite que le pied était unique et qu’il y avait là un cas très curieux de dimorphisme des feuilles. — En faisant l’anatomie d’une feuille entière et d’une autre lobée, j’ai pu constater qu’il y avait des différences aussi comme on devait s’y attendre. A quoi doit-on attribuer cette particularité? c’est sur quoi je ne pourrais me prononcer. Je me contente d’attirer l’attention des savants. Le dessin ci-dessus fait d’après nature peut donner.une idée assez exacte de l’aspect bizarre de cette plante.
- Victor Pompilian.
- LE PÂNÉM0NE
- De toutes les forces naturelles celle qui est la moins coûteuse et la plus également répartie, la force du vent, est aussi la plus négligée. En effet en dehors de la Hollande, on n’en trouve que des applications assez rares.
- Pourquoi cette force est-elle si peu employée ? Ne serait-il pas possible et avantageux de l’asservir dans un grand nombre de cas?
- Telles sont les deux questions que nous nous sommes posées et que nous avons cherché à résoudre en nous inspirant à la fois de la théorie, de l’examen attentif des types existants, et des observations du praticien.
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- LA NATURE.
- A la première question nous répondrons : 1° les anciens types classiques, avec maison sur pivot, seraient à présent d’une construction inabordable à cause du prix des énormes pièces de bois qui les composent; 2° ces moteurs absorbent par frottement beaucoup de force; des arbres de couche, en bois de 0m,50, 0^,60 et plus de diamètre, roulant sur des coussinets de même nature, sous une forte charge, sont de véritables freins ; 5° l’orientation est pénible et réclame souvent la force d’un cheval; 4° en cas de tempête, replier la toile est une opération des plus périlleuses; 5° le mode de réception du vent est vicieux, car la force est décomposée en deux
- forces dont une fait tourner le moulin et l’autre tend à le renverser.
- Tous les moulins à arbre horizontal reposent sur les mêmes principes et présentent à des degrés divers les inconvénients signalés ci-dessus. Quant aux moulins à axe vertical, ils sont si rares et produisent si peu de force, en général, que nous n’y insisterons pas.
- Telles sont suivant nous les causes du peu d’emploi d’une force aussi répandue que celle du vent, de l’air en mouvement. (
- La description d’un nouveau type de moulin que nous avons construit à Grand-Quevilly près Rouen,
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- Fig. 1 à 5. — Dessins explicatifs du Panéraone.
- nous a paru devoir intéresser leslecteursde LaNature.
- Ce type n’a rien d’analogue avec les moulins connus. 11 présente les avantages suivants : 4° l’axe est vertical et repose sur une pointe, ce qui nous assure du même coup un minimum de frottement et le bénéfice d’une orientation permanente ; 2° il utilise toute sa surface à produire du travail sans fatigue pour aucune partie de l’appareil ; 3° il peut produire une force quelconque, sans que les conditions de solidité et de facilité de construction soient compromises; 4° il se gare automatiquement de la tempête.
- Voici en quoi consiste l’appareil :
- Une cage cylindrique,* pouvant tourner sur son axe verticale, porte trente ailes en bois léger de 2m X 0m,40 ; ces ailes peuvent pivoter sur leurs axes
- respectifs, qui forment comme les barreaux de cette cage; chaque aile est d’ailleurs partagée par son axe en deux rectangles inégaux en largeur, dans le rapport de 4 à 2. A l’état de repos ces ailes présentent au vent leur épaisseur et par suite une surface presque nulle. Chaque aile MN (tig. 4) peut prendre en pivotant sur son axe A deux positions MN, M'N', qui font entre elles un angle de 70° à droite et à gauche de la tangente TT' d’une circonférence cc' dont le centre coïnciderait avec le centre du moulin et qui passerait au point A. L’aile peut être maintenue en MN et M'N' par les deux ressorts RR' quand ils viennent au contact de l’arrêt B. ff est un fil de fer reliant cet arrêt à l’appareil de déclenchement (fig. 5). La figure 2 présente une
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- coupe horizontale du Panémone montrant la disposition respective de chaque aile à un moment donné. Soit xy la direction du vent, vz le sens de la rotation, M une aile ; en la suivant pendant un tour complet, nous verrons qu'elle est maintenant les deux positions qu’elle prend alternativement et sans choc pendant la rotation, recevant ce vent tantôt sur une face de 1 en 13 ; tantôt sur l’autre de 14 en 25 ; car l’aile n’est inactive que de 26 à 30. La projection de la surlace exposée au vent et produisant un effet utile est alors représentée , pour un observateur regardant de loin l’appareil, le dos au vent, par le produit de la hauteur des ailes par les 9/10 du diamètre du P anémone; cette surface considérable tient à ce que les ailes produisent un effet utile même en revenant contre le vent de 14 en 25 et de 1 en 6. C’est le principe qu’on applique dans la direction de la voile d’un navire.
- Celle-ci fait avec la direction du vent un angle variable, qui peut devenir très petit, quand on marche, comme disent les marins,
- « au plus près du vent ».
- Nous avons dit que l’aile changeait de position de 13 en 14 (fig. 2) sans choc; il est utile d’insister sur ce point ; en effet à l’instant où chaque aile occupe la position 13, elle est dans sa partie ah soustraite à l’impulsion du vent par l’aile qui occupe la 12“ position; le vent la frappant seulement en hc, elle s’ouvre, mais aussitôt emportée par la rotation du Panémone, elle arrive à sa position nouvelle à l’instant précis où elle est complètement masquée et par suite sans choc.
- Quant aux arrêts ils sont commandés par des fils
- de fer aboutissant au centre du moulin où est disposé l’appareil qui dérobe automatiquement les ailes aux coups de la tempête.
- Voici en quelques mots la disposition de cet organe (fig. 3). Une girouette AB, libre de tourner sur l’arbre du moulin et que le vent maintient dans une direction fixe, porte un plateau C articulé en D toujours opposé au vent. Vienne la tempête, le plateau C sous la pression du vent s’abaisse, les deux galets EE' qu’il porte (dont un seul est visible sur la fig. 3), appuient sur la douille F libre de descendre le long de l’arbre, le déclenchement se fait par l’intermédiaire des fils de fer ff, et les ailes ne présentent plus au vent que leur tranche. Que le vent se calme, un mouvement inverse se produit et bientôt le moulin se remet en marche.
- Cet appareil répond aux objections que l’on fait d’ordinaire à ces moteurs.
- Reste une ob- , jection inhérente à la force elle-même. C’est l’inconstance : l’industriel veut mettre en route, mais le vent chôme ; l’agriculteur ou le maraîcher ont plus de vent qu’ils n’en veulent avant ou pendant les pluies ; mais quand la mare est à sec, quand les céréales et les légumes brûlent sur pied, pas de vent, pas d’eau. L’argument est aussi fort qu’il est net et ne souffre guère de réplique. On a essayé de réservoirs placés en hauteur qui seront en temps utile des magasins de force ou des sources fécondes ; mais une seconde objection s’est présentée : le moteur produit trop peu, pour que l’on puisse par l’emmagasinage obtenir une force régulière ou une réserve suffisante pour l’ali-
- Fig. 6. — Vue d’ensemble du Panémone du Grand-Quevilly.
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- mentation. Le peu de puissance, c’est là qu’est la difficulté. Il faudrait pouvoir obtenir une force considérable pour une vitesse moyenne du vent. La pratique a montré que les moulins gigantesques ne sont pas avantageux.
- Ne peut-on pas cependant trouver une disposition d’organes qui permettra de proportionner dans tous les cas la surface du moteur aux effets à produire, exactement ce que fait le mécanicien qui proportionne la surface de chauffe à la quantité de vapeur qu'il veut obtenir dans l’unité de temps ? Ne peut-on pas construire un moulin multiple, de force et de puissance illimitées, comme on construit une pile d’un nombre quelconque d’éléments et totaliser sur un même arbre de couche leur force individuelle, comme on recueille sur une même pile un courant puissant issu des différents éléments de la pile?
- La solution de ce problème, qui à première vue paraît assez simple, présenterait de grandes difficultés avec les moulins généralement employés, tant pour les transmissions de force de l’un à l’autre qu’à cause de la nécessité de les disposer entre eux de manière à ne pas les masquer les uns par les autres, quelle que soit la direction du vent. Mais ces deux difficultés tombent comme d’ellesmiêmes, en prenant pour élément le P anémone décrit plus haut et en donnant au moulin multiple la disposition suivante :
- Soit ABC!) (fig. 4), une vaste charpente circulaire analogue à celle qui constitue le suppôt t de gazomètres et dans chacun des intervalles abcd formés par les colonnes verticales un panémone-élément, il est évident que l’on peut facilement totaliser au centre du système la foree de tous les éléments qui le constituent, on peut même établir plusieurs étages de systèmes semblables ou des groupes de systèmes et les réunir entre eux. Nous remarquerons que l’ensemble de ce moulin multiple est toujours orienté comme un élément et que le vent faisant, comme on sait, avec l’horizon un angle d'environ 15 degrés, agit même sur les éléments qui sont au second plan, en passant par-dessus ceux qui sont au premier plan.
- 11 nous paraît donc aujourd’hui possible de construire des moteurs à vent d’une force illimitée, de dessécher de vastes marais, de submerger des vignes, d’élever dans d’immenses réservoirs, sur nos collines, l’eau des fleuves, de distribuer régulièrement à nos campagnes la fécondité, à nos villes l’eau, la forcé et la lumière. Lequeske et Lefebvre.
- CHRONIQUE
- Orage du *9 juin au Havre. — Après uue journée de chaleur accablante un orage d’une violence inouïe a éclaté au Havre et dans les environs le 29 juin dernier.
- Yoici l’intéressante description qui a été donnée à ce sujet par un observateur :
- Dès neuf heures du soir, les nombreux promeneurs qui
- se*trouvaient sur la jetée pouvaient suivre des yeux au loin dans le sud-our'st, direction de Caen, de gros nuages noirs qui s’avançaient lentement vers nos côtes, laissant échapper par intervalles de fulgurants éclairs. Leur clarté permettait de constater, — alors que la mer était absolument calme sur notre rivage, — une sorte de gonflement des flots sous ces grosses nuées et des vagues immenses produites par une sorte d’attraction.
- En même temps que l’horizon se couvrait ainsi dans le sud, sous l’impulsion d’une, légère brise de nord-est, des nuages blancs, floconneux, semblaient descendre de la Seine et venir à la rencontre des nuées épaisses amoncelées dans la baie de Caen. Par intervalles, un échange d’électricité s’établissait entre les deux nuées et l’horizon s’illuminait, tout à coup, comme dans une apothéose féerique et inondait d’énormes rayons lumineux variables, — tantôt pâles, puis bleus, puis rouges, roses, et, enfin, d’une éblouissante blancheur, — toute la cote de Yiller-ville à Trouville. Le spectacle était grandiose et merveilleusement beau, et les curieux se fussent attardés à le contempler, si de grosses gouttes de pluie ne les eussent mis en déroute. Jusque là, les roulements du tonnerre n’avaient été que lointains et sourds, lorsque tout à coup, sans prélude un effroyable coup, semblable à la décharge de cent pièces d’artillerie, se fit entendre sur notre ville mètne, et ébranla les vitres d’un grand nombre de maisons à la côte. En même temps, la nuée creva, et une pluie diluvienne commença à tomber, entremêlée de grains de grêle. L’orage débutait seulement, et, durant près de cinq heures, il allait se continuer, se localisant dans la baie de Sainte-Adresse et au pied de la côte d’ingouville, qui avait semblé couper en deux la direction résultante des nuages venant les uns du nord-est et les autres du sud.
- Yers une heure et demie, il atteignait son apogée, et c’est coup sur coup que se faisaient entendre alors les détonations les plus effroyables. Un grand nombre de nos concitoyens, — nous pourrions presque dire la plus grande partie de notre population, — réveillés par ce tapage céleste nocturne, ont été contraints d’en suivre les péripéties émouvantes. Depuis de nombreuses années nous n’avions pas eu, au Havre, d’orage pareil, si effrayant par son intensité, ni par sa durée. À trois heures et vers quatre heures, de grands coups de foudre, accompagnés de détonations énormes semblaient enfin former comme le bouquet à l’immense feu d’artifice que les éclairs avaient trop brillamment composé, pendant près de quatre heures consécutives.
- Durant l’orage, la foudre est tombée eu maints endroits dans notre ville. Elle a notamment, suivi le paratonnerre du Grand-Théâtre et l’a, dans une violente commotion, ébranlé et légèrement incliné vers le nord. Dans la loge du concierge de cet établissement, une traverse de bois du plafond a été enlevée et un tuyau de gaz arraché. L’extrémité conductrice du paratonnerre ouest, — une tige de 10 centimètres, — a été arrachée par la foudre Vers lè même moment, un agent de police, qui passait dans la rue Neuve-Corneille, a été violemment renversé sur le sol par uue commotion électrique.
- La foudre est encore tombée : dans le bassin de la Citadelle; dans une propriété sise rue de la Côte, n°47; rue Frédéric- Bellenger, n° 71, dans un jardin à deux reprises différentes, dit-on ; vers quatre heures du matin, en mer, en face des chantiers Normand, et vers cinq heures du matin, sur une maison portant le n° 196, dans la rue de Normandie, où les poteries et les briques d’une cheminée ont été enlevées. Le tonnerre est également
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- tombé vers une heure et demie du matin dans un jardin, rue des Gobelins, n° 77, et sur la toiture d’un pavillon, dans la rue Jeanne-Hachette, où il a occasionné des dégâts peu importants.
- Le phénomène le plus curieux s’est passé vers une heure un quart du matin- : un globe éclatant a paru traversa le ciel et venir fendre les nuages amoncelés dans la baie de Sainte-Adresse, et il a éclaté, à ce moment, avec un fracas épouvantable, suivi de nombreuses détonations. Yers cet instant, la foudre est tombée au pied du mur d’un pavillon, situé passage Luce, rue de Mer, et il y a creusé un trou parfaitement sphérique, en forme d’entonnoir, et de plus de lra,20 de profondeur.
- Les roues eu cuir. — Jusqu’ici le métal a été généralement employé dans la fabrication des roues de locomotives et de wagons. M. de La Roche a eu l’idée de remplacer les bandages métalliques par une garniture en cuir qui forme la surface du roulement, aussi bien pour les roues de locomotives que pour celles des voitures et des affûts de canons, dans le but d’éviter le patinage et le bruit dans d’autres cas. Des peaux de buffles non tannées sont coupées au moyen d’un emporte-pièce, formant des rondelles d’un diamètre déterminé ; elles sont placées les unes sur les autres et réunies par une colle spéciale destinée à rendre la masse homogène. Ce disque de cuir est placé sous le plateau d’une presse hydraulique où il est fortement comprimé; à l’aide du tour on lui donne la. forme voulue, puis, au moyen de boulons traversant le tout, on l’assemble avec deux cercles en fer ou en fonte. S’il s’agit de roues de wagons, les plaques latérales sont disposées de manière que le cuir seul porte contre le rail. Par suite de l’évolution rapide de la roue, l’axe ou moyeu est la partie la plus exposée k l’usure; on peut construire ce moyeu avec un disque séparé qui, serré entre deux rondelles de métal, ne formera qu’un tout avec la roue, et qu’on pourra remplacer facilement sans toucher aux autres parties.
- Les avantages de ce système peuvent se résumer ainsi : 1° Le cuir travaillant sur champ peut supporter sans se déformer de lourdes charges, résister aux chocs ; en conséquence : force, durée et légèreté plus grande; 2° Le cuir étant mauvais conducteur du calorique, suppression de réchauffement des roues contre les rails, des axes dans les boites, et, par suite, du graissage: 5° Suppression d’une partie de la résistance à la traction et au frottement; 4° Suppression du bruit, des secousses sur une route pavée ou caillouteuse ; 5° Nulle crainte de rupture pendant la marche; 6° Un train reposant sur des roues en cuir se trouvera complètement isolé, ce qui facilitera les applications de l’électricité pendant la marche, pour la transmission ou la réception des dépêches.
- Reproductions autograpbiques des fossiles et empreintes. — M. Fayol a exposé récemment, à la réunion des ingénieurs de Saint-Etienne, un système de reproductions autographiques des fossiles et a indiqué de quelle manière on doit s’y prendre pour les obtenir : 1° Au moyen d’un rouleau k encrer on répand de l’encre d’imprimerie sur l’objet que l’on veut dessiner; 2° On applique sur l’objet encré une feuille de papier blanc ordinaire, légèrement humecté, et l’on presse, soit avec la main, soit avec un petit tampon. Tel est le procédé simple et expéditif par lequel ont été obtenus les reproductions autographiques de feuille, d’insecte, de médaille, de dentelle et de fossile représentées par des planches communiquées k la réunions Ces planches sont des litho-
- graphies qui ont été faites de la manière suivante : Le papier blanc ordinaire, dont on se sert lorsqu’on ne veut qu’une empreinte, a été remplacé par du papier dit auto?-graphique. Ce papier permet de reporter l’empreinte sur la pierre, par un procédé inverse de eelui qui a servi k prendre l’empreinte sur le fossile. En remettant a l’imprimeur l’empreinte sur papier autographique, que tout le monde peut faire, l’impression coûte 10 francs le cent de planches doubles, soit ô centimes par planche simple. Comme outillage, il faut un rouleau k encrer, de l’encre d’imprimerie et du papier autographique, qu’on peut se procurer chez les imprimeurs. La dépense totale peut ne pas dépasser 6 francs. La plupart des fossiles houillers ne pourraient être encrés directement sans être détériorés. Pour les préserver on les enduit préalablement d’une couche de silicate de potasse. On étend d’eau le silicate de potasse sirupeux, qu’on trouve chez les droguistes, et on en imbibe le fossile. Les nuances les plus légères et les lignes les plus délicates sont ménagées et même accentuées par la couche imperceptible de silicate. Après dessiccation, on peut encrer sans inconvénient; puis on peut enlever toute trace d’encre en lavant k l’essence.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 juillet 1883. — Présidence de M Blanchard
- Structure de l’acier, — Un savant chimiste du Creusot, M. Osmond, a soumis la structure de l'acier à un geme d’étude tout nouveau. Quand de l’acier fondu se refroidit il s’y fait k la fois un départ chimique et un retrait physique. Le premier isole des particules de fer pur qui s'enveloppent de fer carburé, l’autre sépare ces sortes de cellules métalliques par un phénomène qui rappelle le retrait des masses basaltiques. Nous reviendrons sur ces importantes recherches, quand nous serons en possession de résultats plus circonstanciés.
- L’acide perchromique. — Un jeune chimiste qui s’est déjà signalé par d’importants travaux, M. Moissan, présente, par l’intermédiaire de M. Debray, un mémoire sur l’acide perchromique. Tous les chimistes connaissent ce composé bleu qui n’a pas encore été isolé et que Ton obtient par l’action de l’acide chromique sur l’eau oxygénée. M. Moissan a pu isoler ce corps en évaporant sa solution éthérée bleue dans le vide à une température de 20“. Ce çomposé( est un liquide, coulant difficilement, d’un bleu indigo foncé qui se décompose dès la température de 0°. Ce qui rend ces recherches plus particulièrement intéressantes c’est que les propriétés et l’analyse de ce corps bleu ont conduit M. Moissan k lui assigner la formule Cr03,HU4. C’est donc une combinaison d’un acide avec l’eau oxygénée. La présence de l’hydrogène dans le corps isolé met ce fait hors de doute. Du reste les propriétés de la solution bleue éthérée qui se décompose spontanément en présence, du bioxyde de manganèse, du charbon ou du minium, rappelle plutôt une combinaison .ayant l’instabilité de beau oxygénée que celle d’un oxyde acide.
- Le samarium. — Nos lecteurs n’ont pas oublié la série des découvertes dont la Samarskite des États-Unis a été l’objet de la part de nombreux chimistes. M. Delafontaine avait tiré des modifications spectroscopiques la notion de ce minéral renferme un métal nouveau auquel il avait
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- LA NATURE.
- donné le nom de décipium. Depuis lors, des réactions avaient montré à M. de Marignac que ce prétendu corps simple devait résulter du mélange de deux métaux encore inconnus dont l’un reçut par avance le nom de samarium. Dans une note présentée aujourd’hui par M. Wurtz, M. Elèves annonce qu’il a obtenu le samarium à l’état de pureté. Il en a isolé l’oxyde Sm203 et a constaté que presque tous ses sels sont jaunes. Le poids automatique du nouveau métal est égal à 150.
- Utilisation des résidus animaux. — Suivant M. Aimé Girard on peut détruire et utiliser le corps des animaux morts du charbon en le dissolvant dans l’acide sulfurique pour le convertir ensuite en superphosphate. Grâce h la libéralité de la Compagnie de Saint-Gobain, l’auteur à pu disposer de la quantité d’acide sulfurique à 60° nécessaire. 9 moulons y ont été dissous en 48 heures, et le liquide neutralisé par des rognons phosphatés pauvres des Ardennes a donné 940 kilogrammes de superphosphates dont la valeur agricole est très considérable.
- Pyroélectricité. — Poursuivant les intéressantes recherches, dont nous avons rendu compte, M. Friedel étudie aujourd’hui la blende et la boracite. On sait que cette dernière substance, constituée par du borate de chaux cristallise dans la substance orthorhombique, mais devient cubique à la température de 265° environ. Or, si l’ayant chauffé à cette température on la laisse refroidir, on constate qu’au moment où elle cesse d’être cubique, elle manifeste de la manière la plus intense les phénomènes pyroélectriques.
- Explosion des chaudières. — A l’occasion des récentes publications de M. le commandant Trêve, M.fiou-tigny rappelle que dans ses recherches sur l’état sphé-roidal, il est parvenu depuis longtemps exactement aux mêmes résultats.
- En même temps parvient une réclamation de priorité formulée par M. Huet contre les procédés de M. Delattre pour purifier les eaux industrielles; et une autre de M. Cercle contre l’analyse micrographique des eaux par une méthode analogue de celle que Tvndall appliquait à l’étude de l’eau.
- Matière colorante du vin. — Il résulte des observations de l’un des professeurs de l’École d’agriculture de Montpellier, qu’on peut très pratiquement reconnaître si la matière colorante du vin provient réellement du raisin ou résulte du mélange d’une substance différente. Il faut traiter le vin par le baryte et chercher la proportion de permanganate de potasse nécessaire pour détruire la matière jaune ainsi produite. Dans les conditions où 3 à 5 centimètres cubes sont nécessaires pour la substance colorante du raisin,' il suffit de même d’un centimètre cube pour les substances différentes.
- Varia. — Le développement et la structure des bégonias tubéreuxà l’état jeune, occupent M. H. Duchartre.— M. Dumas relève cette phrase dans la lettre d’un propriétaire de vignes : « Je ne sais pas ce que c’est que le phylloxéra, mais je vous prie de me l’apprendre, car je suis persuadé que j’arriverai à le détruire ». — On voit sur la table un compteur d'électricité qui permettra de vendre de l’électricité comme on vend de l’eau ou du gaz d’éclairage. — M. de Forcrand étudie l’alcoolate de soude. — Une étude de M. Durand-Claye sur la fièvre typhoïde k Paris est présentée par M. Lalanne. Stanislas Meunier.
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- MACHINE À NETTOYER LES COUTEAUX
- Cette petite machine d’origine anglaise peut être signalée comme un des ingénieux appareils de l’économie domestique. Elle est d’un emploi très pratique et permet de nettoyer parfaitement plusieurs douzaines de couteaux en quelques minutes, sans détériorer en aucune façon la lame et sans ébranler le manche.
- L’appareil se compose de deux disques métalliques garnis d’une peau entre l’intervalle desquels on introduit verticalement la lame du couteau à nettoyer; en tournant la manivelle, on fait tourner les disques et on détermine le frottement énergique des peaux contre la lame. Ces peaux sont recouvertes de brique anglaise pulvérisée ou de poudre d’émeri que l’on emploie en petite quantité en jetant une pincée de l’une ou de l’autre de ces substances par l’orifice supérieur de l’appareil. La machine est solidement fixée par une vis calante à une table, et on tourne légèrement la manivelle. On introduit la pointe du couteau entre les disques en plaçant le couteau de manière que ce soit le dos de la lame qui glisse contre le petit galet qui se trouve placé à l’un des côtés de l’ouverture ; il suffit de descendre et remonter doucement la lame du couteau dans l’intérieur de la machine avec la main gauche, pendant que de la mam droite on tourne la manivelle.
- La machine à nettoyer les couteaux est très souvent employée en Angleterre dans les hôtels, les restaurants et les hospices.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, h Paris.
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- N° 529. — 21 JUILLET 1883.
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- L’OSSUAIRE D’ARGENTEÜIL '
- Des ouvriers qui creusaient récemment une tranchée pour raccorder l’usine de Volembert (Argen-teuil), à la voie du chemin de fer du Nord, tombèrent inopinément sur des os fossiles très nombreux et dont quelques-uns se présentaient en très bon état de conservation. L’ingénieur de la Société des Plâ-trières des Paris, M. Gougelet, voulut bien me prévenir de cette trouvaille et m’inviter à l’aller voir.
- Je tiens à lui adresser ici mes très sincères re-
- merciements. J’ai beaucoup d’obligations aussi à M. Lacauchie, directeur de l’usine Volembert, pour les facilités qu’il m’a procurées dans mes recherches.
- Dans le tas d’ossements rassemblés dans le bureau de l’usine, je reconnus :
- Une défense d’éléphant longue de 0m,95 et mesurant 0ra,50 de circonférence (lig. 1). Sa pointe est brisée et sa longueur est sans doute loin d’être complète, mais la base est intacte, sensiblement moins grosse que la région moyenne. C’est cette défense qui fut trouvée tout d’abord ; elle faisait saillie sur la paroi de la tranchée et on la prit à première vue
- Récentes découvertes paléontologiques faites à Argenteuil.
- Fig. 1. — Défense à’Elephas primigenius (Mammouth). Réduction (1/10). — Fig. 2. — Molaires de Rhinocéros tichorhinus (Rhinocéros à narines cloisonnées (1/2). — Fig. 3. — Calcanéum de Rhinocéros tichorhinus (1/3). — Fig. 4. — Mâchoire d’Hyena spœlea (Hyène des cavernes (1/2). — Metacarpus de Cervandus tarandus (Renne), 1/3.
- pour quelque tuyau de conduite. L’éléphant dont elle provient a fourni d’autres vestiges tels qu’une portion importante de vertèbre et une tête d’humérus ;
- Un Rhinocéros tichorhinus représenté par des molaires bien conservées (fîg. 2), un humérus, un tibia, un fragment de bassin, un calcanéum intact (fig. 3) et d’autres pièces ;
- Une Hyena spelæa dont j’ai pu étudier la demi-mâchoire inférieure droite pourvue de la canine, d’une prémolaire et de la carnassière (fig. 4). Cette pièce, brisée à la partie postérieure, a encore 0m,17 de long; elle provient d’un individu âgé à en juger, par l’état d’usure des dents ; t
- Un cheval représenté par un tibia ;
- 11° année. — 2° semestre.
- Un bovidé de grande taille qui parait être le Bison priscus. Nous avons un fragment de tète avec une corne de 0m,40 de longueur et d’une fragilité extrême, des vertèbres, des métacarpiens, des dents, etc. ;
- Un métacarpien de renne d’assez grande taille (fig. 5).
- Cet ensemble, comme on le voit, rappelle plu sieurs ossuaires quaternaires et on ne peut, en particulier, s’empêcher de le rapprocher du gisement du sommet de Montreuil qui a été étudié par M. le professeur Gaudry1. Aussi ai-je été bien heureux de montrer au savant et bienveillant paléontologiste la
- 1 Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. XCllI, p. 819 (21 novembre 1881).
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- LA NAT U HE.
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- tranchée de Volembert : qu’il reçoive ici tous mes remerciements pour le profit que j’ai tiré de notre excursion.
- J’ai relevé avec soin la coupe de la tranchée sur une longueur de ‘21)0 mètres et voici ce que j’ai observé : La tranchée, qui est en pente, recoupe d’abord la seconde masse de gypse dont les couches inférieures (pierre à plâtre et marnes) se présentent là avec dos contournements fort remarquables. La paroi de la tranchée dont la hauteur est de 16 à 18 mètres montre, au-dessus du gypse, des éboulis variés surmontés par une terre végétale moyennement épaisse et d’un rouge brun foncé. En descendant la pente, on voit brusquement les couches éocènes profondément corrodées de façon à délimiter deux poches remplies de sables et de limon quaternaires. La première de ces poches a 52 mètres environ de largeur, l’autre est visible sur 80 mètres, la limite étant cachée par les gazons. Leur profondeur dépasse 18 mètres. Le massif gypseux de 20 mètres qui les sépare est remarquable par la forme abrupte, presqu'à pic, de ses falaises, hautes de plus de 12 mètres et qui sont constituées cependant par des marnes fendillées et extrêmement peu résistantes.
- Le régime des eaux quaternaires en ce point ne semble pas très facile à reconstituer, car les apparences d'une corrosion rapide y sont au contact même d’une sédimentation évidemment très tranquille des matériaux post-tertiaires. Ceux-ci formés, selon les points, de sable de rivière très propre, de sables plus ou moins argileux, plus ou moins ocreux, et d’une sorte de terre de bruyère noire épaisse de plus de 15 mètres sont en lits sensiblement horizontaux dans la région moyenne des poches et qui se relèvent doucement en approchant de leurs parois.
- En quelques points ces dépôts sableux contiennent les coquilles; on observe notamment à 3 mètres, verticalement au-dessus du point où gisait l'éléphant (poche de 52 mètres), un lit tout à fait horizontal, pétri de mollusques. D’après l’examen qu’ont bien voulu en faire M. le Dr Fischer et M. le commandant Morlet, ceux-ci sont des Hélix et des Pupa, identiques à ceux qui continuent de vivre actuellement.
- D’ailleurs, pour continuer la comparaison avec le gisement du haut Montreuil, il faut remarquer que l’altitude sur laquelle M. Gaudry insiste avec tant de raison pour établir la chronologie des temps quaternaires est ici de 49 mètres au lieu de 100 mètres, qu’elle atteint à Montreuil. Elle correspondrait, par conséquent, à la phase chaude, dont sa faune la sépare, cependant, d’une manière complète.
- La première idée qui se présente pour concilier des faits d’apparence aussi contradictoire, consiste à supposer que les lambeaux quaternaires qui viennent d’ètrc décrits se sont détachés, par simple glissement sur les pentes de dépôts gisant normalement beaucoup plus haut, sur les collines voisines, sur la butte d’Orgemont, par exemple. Mais, d’une part, cette hypothèse ne cadre guère avec l’état parfaite-
- ment stratifié des sables ossifères et surtout avec la forme des berges gvpseuses, maintenant souterraines, le long desquelles ils se sont accumules. D’autre part, je me suis assure directement que les formations immédiatement superposées aux marnes supérieures, vers le sommet et sur les flancs d’Orgemont n’ont pas de rapport direct avec les allu-vions de Volembert et sont tout simplement des sables de Fontainebleau présentant encore des vestiges du cordon de meulières de Beauce.
- Sans doute il est prudent, dans l’état actuel des choses, de ne pas vouloir expliquer dans tous ses détails un gisement si spécial et il faut attendre d’observations ultérieures la lumière à cet égard. Cependant, si l’on supposait que les sables de Volembert se sont déposés non pas 'dans le lit d’une rivière, mais au fond d’un lac, on pourrait faire disparaître la contradiction qui nous arrête : à l’inverse des terrasses des vallees, les couches sous-lacustre sont d’autant plus anciennes qu’elles occupent un niveau moins élevé. Ce sont deux séries correspondantes, mais en quelque sorte symétriques l’une de l’autre. Stanislas Meunier.
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- N0LYEAU PAQUEBOT « LA NORMANDIE »
- Ce paquebot, dont les dimensions sont exceptionnelles, sera le dernier que ia Compagnie Générale Transatlantique commandera en Angleterre, par suite de la nouvelle loi sur les services postaux maritimes. 11 mérite d’autant plus d’ètrc étudié avec attention. La Compagnie Générale Transatlantique aura désormais à demander à l’industrie française ses nouvelles constructions; elle possède, à Saint-Nazaire, des chantiers importants, parfaitement outillés et dans lesquels pourront s’exécuter, d’ailleurs, les types, sans cesse améliorés, des steamers destinés à la ligne du Havre New-York.
- Le chef des constructions navales de la Compagnie est M. l’ingénieur Audenet, de la marine française, qui s’est acquis une autorité incontestée dans la construction et l'emménagement des navires à voyageurs. Les plans de La Normandie lui font honneur. Ce navire réalise par rapport aux grands paquebots actuels de la ligne, une série de progrès très importants, notamment au point de vue de la disposition générale des emménagements, profondément modifiée, et de la vitesse augmentée de trois nœuds, ce qui a permis de réduire de onze à moins de neuf jours la durée moyenne annuelle des; voyages entre Le Havre et New-York.
- Ces progrès ne laissent pas, d’ailleurs, que d’ètrc fort coûteux, car pour les obtenir, il aura fallu faire passer la longueur du navire de 12ü à 140 mètres, le tonnage de 4500 à 6500 tonneaux, la puissance de la machine, de 5300 à 6800 chevaux.
- La longueur de La Normandie a du être limitée
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- à 140 mètres; un navire plus long 11e pourrait évoluer avec sécurité dans les bassins du port du Havre.
- La largeur est de 15m,20; le creux, mesuré de la ligne droite des baux du pont supérieur au-dessus de la quille, est de 1 lm,40.
- Le tirant d’eau moyen en charge, admis pour l’établissement des p'ans, est de 7m,50, mais c’est un maximum qui ne sera atteint qu’exceptionnelle-ment, et seulement au départ de New-York, avec des marchandises lourdes.
- Ail départ de France, le fret est généralement de faible densité et le tirant d’eau ne dépasse point 7 mètres à 7m,10, soit à peu près le maximum de ce que permet la profondeur des passes. Lorsque le navire sera très chargé, il devra, pour sortir aisément, être mis sans différence de tirant d’eau. En mer, au contraire, une différence de 1 mètre environ sera nécessaire pour qu’il se trouve dans de bonnes conditions de navigabilité et d’immersion d’belice.
- Ces changements d’assiette seront obtenus à l’aide d’un water-ballast d’une capacité totale de *U0 tonneaux, fractionné, en sept compartiments distincts, repartis depuis l’extrême avant jusqu’aux parties alliuées de l’arrière. Ce water-ballast servira également à faire varier, au besoin, le tirant d’eau moyen, qui sera très sensiblement modifié au cours de la traversée par la consommation de charbon.
- Au tirant d’eau moyen de 7m,50 le déplacement du navire est de 1057 tonneaux, dont 3150 sont attribués au charbon et aux marchandises.
- La capacité totale des soutes à charbon est de 1500 mètres cubes; celle des cales et entreponts pouvant recevoir des marchandises, 4000 mètres cubes. L’une des cales avant pourra être, à volonté, affectée au chargement ou au charbon, et est, à cet effet, pourvue de communications spéciales avec la chambre de chauffe avant.
- La coque du navire est tout entière en fer; ses échantillons ont été lixés de manière à lui assurer la première cote au Veritas.
- Il y a quatre ponts complets; les deux supérieurs ont sous leur bordé en bois un bordé en fer, destiné à concourir, avec les murailles latérales et les fonds plats, à la rigidité longitudinale du bâtiment.
- Sur le pont supérieur, défendu contre la mer par une teugue et une dune!te, se trouvent d’importantes superstructures, consistant en des roofs en fer régnant presque sans interruption de l’avant à l’arrière et abritant les logements d’ofticiers, les entrées, fumoirs et salons de conversation des passagers, enfin la plupart des locaux accessoires du bord.
- Un pont léger, établi à la hauteur du dessus des roofs, réunit la teugue à la dunette et, s’étendant jusqu’en abord, constitue, à plus de 7 mètres au-dessus de l’eau, une plate-forme promenade, inaccessible aux coups de mer, sauf dans les grands mauvais temps. Sur cette plate-forme se trouvent encore quelques superstructure-!, parmi lesquelles les entrées supérieures de passagers, la cabine de
- l’appareil à gouverner à vapeur, la chambre de veille du capitaine et la passerelle basse de l’oflicier de quart. En'in la passerelle haute, élevée d un étage encore, domine entièrement les parties habitables du bâtiment.
- Les œuvres vives du navire sont divisées en dix compartiments étanches par neuf cloisons transversales, montant jusqu’au pont principal et réparties de manière à ne po nt nuire aux besoins du service tout en assurant la flottabilité en cas de voie d’eau. Une pompe centrifuge, pourvue d’un moteur à vapeur distinct, et capable d’épuiser 400 tonnes à l’heure, est spécialement destinée à vider les compartiments envahis. On disposerait en outre des pompes de cale de la machine, des pompes des chaudières, des éjecteurs, enlin des pompes actionnées par les treuils à vapeur.
- Le navire a quatre mâts à pible, tous en fer; deux sont sur l’avant des chaudières ; ils portent des voiles carrées; leurs basses vergues sont en acier. Le troisième tombe entre les chaudières et la machine; le quatrième .à mi-longueur du tunnel de l’arbre; ces deux derniers n’ont qu’une brigantine et une flèche.
- La Normandie peut prendre 147 passagers de première classe, ?Ô de deuxième et 800 de troisième.
- Ceux de première et deuxième classes sont logés presque exclusivement dans le premier entrepont, quelques-uns seulement dans le deuxième entrepont, où se trouvent six cabines qui seront, suivant les besoins, attribuées à l’une ou l’autre classe.
- Les passagers de troisième classe occupent l’extrême arrière du premier entrepont, et la plus grande partie du second; leurs couchettes sont démontables, de sorte qu’au retour de New-York, où les passagers de cette classe font généralement défaut, on pourra mettre des marchandises dans l’entrepont.
- Eu parcourant le navire de haut en bas, on trouve d’abord le pont promenade, éehancré pour loger les dix embarcations du bor.l et laisser passer les haubans, et réduit, par le travers des panneaux à marchandises, à de simples passerelles volantes qu’on enlèvera au moment des chargements et dé-chargem nts.
- A l’avant du premier màt sont les feux de position (feux électriques) logés dans des tourelles en fer accessibles par le dessous de la teugue.
- De part et d’autre du roof central et des tambours des machines et chaudières, se trouvent les promenades de première et seconde classes.
- En descendant sur le pont supérieur, et partant de l’avant, on rencontre sous la teugue, après les apparaux de mouillage, et des locaux d’affectations diverses, les chambres froides pour la conservation des vivres, constamment maintenues à température convenable par une machine à circulation d’air qui refroidit en même temps les glacières et permet de renouveler l’approvisionnement de glace.
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- Après la teugue, entre les panneaux de charge des deux premières cales avant, est le roof isolé qui abrite les chambres et le carré des officiers.
- Sous le grand roof qui fait suite, on trouve tout d’abord le fumoir des premières classes communiquant avec le premier entrepont par des escaliers spéciaux qui aboutissent en face de la buvette.
- Derrière le fumoir est le salon de conversation de 7m,50 de longueur, 8 mètres de largeur et 2m,60 de hauteur sous bordé ; ses menuiseries sont en érable ; il reçoit l’air et la lumière d’une clairevoie supérieure et de nombreux bublots latéraux de grande dimension. Au milieu se trouve le panneau entouré de sièges et balustrades, qui éclaire la partie centrale du grand salon de l’entrepont.
- On accède au salon de conversation par l’entrée du pont supérieur, formant un vestibule très spacieux; qui communique, soit avec l’entrée du pont promenade, soit avec l’entrepont, par de larges escaliers à double volée.
- Le reste du roof central est occupé par les cuisines, les logements du personnel de la machine, groupés autour des tambours de l’appareil moteur.
- Continuant vers l’arrière, on trouve un autre roof qui contient l’entrée, le fumoir et le salon de conversation de seconde classe; puis on arrive sous la dunette qui abrite divers locaux annexes et l’appareil à gouverner à bras.
- En passant du pont supérieur au premier entrepont, on pénètre dans ce qu’on peut appeler à proprement parler, les logements de passagers, c’est-à-dire les grands salons, les boudoirs, cabines, salles de bain, offices, etc., etc. C’est dans les emménagements de cette partie du navire que les plus grands perfectionnements ont été apportés. Au lieu de mettre les logements de première classe à l’arrière, comme sur les paquebots actuels, on les a reportés au centre et à l’avant, de manière à leur donner une aération plus satisfaisante et à les soustraire à la trépidation de l’hélice. Le grand salon, ou salle à manger, a été placé immédiatement à l’avant de la cloison antérieure du compartiment des chaudières ; il a J 5 mètres de largeur, i l mètres de longueur, 2m,60 de hauteur sous bordé; tous les passagers pourront prendre place à la table simultanément ; les sièges sont des fauteuils tournants, sauf en abord où règne de bout en bout un large canapé.
- Le salon est éclairé latéralement par de grands hublots placés au centre des panneaux de marbre onyx gravé qui forment le fond de la décoration de cette pièce.
- Un salon spécial, avec salle de bain, toilette, etc., est réservé aux dames.
- A l’avant et à l’arrière du grand salon, le long-dès murailles du navire, se trouve une rangée de cabines, pourvues comme d’ordinaire de deux couchettes et un canapé-lit, et pouvant, par suite, recevoir 3 passagers. Mais dans la partie la plus laige du bâtiment, il y a en outre — et c’est là une innovation qui ne manquera pas détre appréciée
- des passagers, — un rang de cabines à une seule place, prenant l’air et la lumière par la partie supérieure.
- Plusieurs cabines de premières sont installées de manière à former, au besoin, un logement de famille avec communications intérieures.
- Les locaux annexes ont été réunis tous au même point, pour faciliter le service, et remédier à certains inconvénients résultant forcément de leur éparpillement. En revanche, les chambres de maître d’hôtel, femmes de chambre, coiffeur, etc., ont été placées le plus possible à la portée immédiate des cabines desservies.
- Les emménagements de deuxième classe sont situés à l’arrière de la machine; ils comportent, comme ceux de première, des grands salons, boudoirs, cabines à deux couchettes et deux canapés-lits, salles de bain, etc., mais ils sont naturellement installés avec moins de luxe.
- L’extrême avant du premier entrepont est réservé aux hôpitaux, aux logements du personnel subalterne, etc. ; l’extrême arrière est attribué aux émigrants.
- Le deuxième entrepont est occupé par l’équipage et les magasins du bord, les émigrants, le personnel de la machine, les domestiques, etc.
- Le troisième entrepont est affecté à divers magasins, aux bagages et aux marchandises. -H
- Enfin viennent les cales communiquant avec le pont supérieur par une série de panneaux placés à l’aplomb les uns des autres, mais enveloppés de tambours au passage des logements; et les soutes à charbon qui s’emplissent par des sabords latéraux spéciaux, entourés également de tambours en tôle avec portes fermant hermétiquement et ne laissant point pénétrer la poussière de charbon dans l’intérieur du navire.
- Toutes les cales et soutes sont pourvues d’installations spéciales contre l’incendie. Des précautions analogues sont prises dans les logements.
- L’aération des entreponts inférieurs du navire est largement assurée par un grand nombre de manches soit d’aspiration, soit de refoulement.
- Le chauffage des parties habitées se fait, selon le mode ordinaire, à l’aide de la vapeur.
- Le navire tout entier est éclairé à l’électricité. Plus de 500 lampes Swan, groupées en lustres au pied des escaliers et dans les salons, réparties isolément dans les cabines, les couloirs et les locaux de peu détendue, répandent partout une clarté plus vive et plus gaie que celle des lampes et des bougies, sans être cependant fatigante pour les yeux. Dans les cabines, elles sont naturellement à la disposition des passagers qui, par une simple pression sur un bouton, peuvent, à une heure quelconque de la nuit, avoir instantanément de la lumière, et échapperont ainsi aux ennuis de l’extinction des feux à l’heure fixe, précaution indispensable avec tous les autres modes d’éclairage.
- 13 grandes lampes à arc éclaireront la machine,
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- Coupe longitudinale.
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- Pont Supérieur.
- Coupe longitudinale du paquebot La Normandie montrant la disposition intérieure du bâtiment. — La même coupe avec légende explicative. Plan du pont supérieur.
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- les cales à marchandises, et le pont dans le voisinage des panneaux de chargement.
- Tous les appareils nécessaires pour la production de Télé tricite seront en double, de manière qu’une avarie de. l’un deux ne paralyse point l'éclairage. — Enfin pour réaliser certains desiderata du service au mouillage, on se propose de recourir à l’emploi complementaire de batteries d’accumulateurs électriques, dès que ces appareils seront devenus tout à lait pratiques.
- Le premier voyage de La Normandie a eu lieu il y a deux mois. Parti le 5 mai 1885 à neuf heures du matin, le paquebot est arrivé à New-York le dimanche suivant à huit heures du soir, ce qui, avec la différence des longitudes, qui est de cinq heures, lui fait une traversée de deux cent huit heures et une marche moyenne de I h",5 : la préoccupation des montagnes de glace que l’on rencontre souvent à ce moment de l’année, a engagé le capitaine Servan à descendre au sud, ce qui allongeait la route sensiblement.
- Le retour de New-York au Havre s’est fait juste dans le même temps. Les résultats du deuxième voyage ont été meilleurs encore; le trajet d’aller s’est fait en 201 heures, avec une vitesse moyenne de 15,7 nœuds; le trajet de retour en 205 heures, avec une vitesse moyenne de 15,6.
- On voit par ces chiffres que le nouveau paquebot La Normandie réalise un véritable progrès dans l’art naval, au point de vue des traversées océaniques; dans une de nos prochaines livraisons, nous étudierons les machines de ce puissant navire.
- — A suivre.—
- CORRESPONDANCE
- SOOFFLAGE DO VERRE PAR l’AIR COMPRIMÉ.
- Amboise, 10 juillet 1883.
- Mon cher monsieur Tissandier,
- J’ai lu avec beaucoup d’intérêt dans un des derniers numéros de La Nature, l’exposition faite par MM. Appert frères de leur sotlfh ge de verre par l’air ton prime; les appareils de ces Messieurs sont disposés très ingcnicuse-ment et tendraient à supprimer presque entitien ent le soufflage du verre par la louhe, dont je crois cependant qu’ils exagèrent les inconvénients.
- Lorsque s’est formée la Société de protection des apprentis et des enfants employés nans les manufactures (Je la pielle je m’honore d’avoir été l’un des fondateurs), le travail dans les verreries a été l’objet de très sérieuses investigations, et la principale mesure prescrite a été la presque suppression du travail de nuit pour les enfants; mais l’innocuité de leur travail a été reconnue, de même qu’il a été affirmé par toutes les personnes ayant fréquente les verreries, que les ouvriers de cette catégorie ^ d’industrie n’etaient sujets à aucunes maladies ou infirmités spéciales telles que la lésion des organes respiratoires ni même la cécité.
- Les appareils propres à remplacer le soufflage par la bouche, avaient pour but : soit d’exercer une pression rapide et énergique d’un petit volume d’air par le soufflage dans un moule d’un pièce de gobeletterie d’une di-
- mension restreinte et à cet égard le piston Robinet remplissait très bien ces conditions; soit d’insufller non pas énergiquement, mais assez rapidement une grande quantité d’air dans des pièces de verre d’un grand volume, telles que des touries, des globes ou cylindres pour couvrir de grandes pendules, de grandes boules d’éclairage, etc. Les poumons de l’homme ne pouvant y suffire, on essaya d’v suppléer en intro luisant1 ar la bouche dans la canne une petite quantité d’eau avec de l’alcool, qui en se vapo-risantdans le verre ro luisait l’e f rt du souffle de l’homme ; mais quelquefois l’e fet était outrepassé, une trop forte proporlion d’alcool amenait une expansion trop rapide, une jartie du globe devenait trop mince; si on insufflait trop de liquide, on pouvait glacer le verre. Je pensai alors à employer un moyen mécanique pour lequel je pris en 1853 un brevet d’invention *, dont je donne la description complété dans mon traité de la fabrication des verres, cristaux, glaces, etc. (Le Guide du varier). En peu de mots, mon procédé consiste à mettre la canne du verrier en communication avec un vaste soufflet pouvant contenir un quart à un tiers de mètre cube d’air, au moyen d'un tuyau flexible de 5 à 4 mètres de long à l'instar des machines pneumatiques, d'un diamètre intérieur un peu supérieur à celui de l'embouchure de la canne et dont les extrémités sont garnies de viroles en cuivre dont l’une s’adapte à la tuyère du soufflet, et l’autre à une bague près de l’extrémité de la canne dont elle peut être séparée au moyen d'un crochet à ressort, quand l'ouvrier reconnaît qu'il n'y a plus à souffler;, au moyen de cet appareil, l’ouvrier peut aisément manœuvrer sa canne, la tourner en tous sens et sur son axe.
- MM. Appert ont adopté l’usage de ce tuyau flexible avec ses ajutages tels que je les ai décrites, mais ils ont remplacé le soufflet de grande dimension par le moyen permanent d’un réservoir d’air comprimé qui peut aussi être appliqué à un plus grand nombre d’ouvriers à la fois, dont chacun dispose d’un tuyau flexible en communication avec un réservoir d’air.
- Ce procédé a donc surtout son utilité dans des verreries dont la fabrication consiste principalement en touries et globes d’un grand volume les planches qui illustrent très artisteinent l’exposition de MM. Appert, indiquent que c’est principalement à cette fabrication que se livrent ces messieurs que devront certainement prendre pour guides les verriers du même genre d’articles.
- Quoi qu’il en soit, je regarde la publication de MM. Appert frères comme très intéressante, et pouvant encore amener de nouveaux perfectionnements dans l’art de la verrerie; et je tenais seulement à constater ma priorité dans l’emploi du soufflage mécanique au moyen d’un tuyau flexible en communication avec un réservoir d’air, qui avait parfaitement réussi.
- Agréez, etc. Bontemps.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Rhéostat de M. G. Trouvé. — Nous avons récemment décrit le rhéostat de M. de Combettes pour régler des courants électriques à l’aide de résistances introduites dans le circuit ou enlevées de ce circuit d’une manière continue.
- 1 C’e^t le seul brevet d’invention que j’ai pris; j’avais dérogé en cela à mes principes contraires aux brevets; aussi me gardai-je de pouesuivre la contrefaçon qui eut lieu presque immédiatement.
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- Nous allons faire connaître aujourd’hui un appareil imaginé et construit depuis de longues années par M. G. Trouvé dans le même but, et qui nous paraît présenter toutes les qualités indispensables à un instrument pratique.
- Il se compose d’une spirale ou ressort à boudin en fil de maillechort, renfermée dans un tube en laiton nickelé; les spires sont écartées l’une de l’autre et isolées du tube de laiton, par une gaine de carton. A l’intérieur du ressort à boudin glisse un contact un peu élastique formé par une tige métallique fendue en quatre parties légèrement écartées l’une de l’autre.
- Le courant arrive par la droite, traverse la spirale, le contact et la tige graduée. Dans la position représentée sur la figure, la tige est à fond et le courant ne traverse que quelques spires, la résistance introduite est minimum ; mais lorsque la tige est tirée, le courant doit avant d’atteindre le contact, traverser un nombre de spires plus ou moins grand et, par suite, traverser une résistance plus ou moins considérable. Les di/ isions marquées sur la tige graduée correspondent au nombre de spires intercalées dans le circuit.
- Cet appareil est appliqué par M. Trouvé à ses polyscopes; il permet de régler' le de M. Trouvé, courant fourni par l’accumulateur Hanté et de maintenir le petit fil de platine au degré d’incandescence voulu, dans chaque cas particulier. La disposition du contact élastique fendu, assure la continuité du réglage qui s’opère par quart de spire, fraction bien suffisamment petite dans la pratique.
- LE PONT DE BROOKLYN
- . (Suite et lin. — Voy. p. 99.}
- Au fur et à mesure de la descente du caisson dans la rivière les ouvriers établissaient la maçonnerie à sa surface, jusqu’à ce qu’il ait atteint le lit solide sur lequel il devait reposer, à 25 mètres de profondeur. Comment faire descendre bien verticalement et exactement à la place qu’elle devait occuper la masse énorme de matériaux qui constitue la pile? 11 eut suffi d’une légère déviation pour détruire l’barmonie de l’æuvre, et si un côté ou un angle était descendu un peu plus vite que l’autre, la masse aurait été bientôt disloquée et démolie sans qu’aucune force humaine ait pu s’y opposer.
- Malgré ces difficultés, le miracle a été accompli et la descente s’est opérée, pour chaque pile, d’une façon rigoureusement mathématique ; on a manœuvré cette masse avec la précision qui préside au mouvement d’un piston dans le cylindre d’une machine à vapeur, et par des moyens si simples qu’ils en paraissent enfantins. L’immense caisson était supporté par ses six cloisons verticales transversales à l’aide de cales de bois reposant sur le fond et distantes d’environ 60 centimètres. Lorsque le terrain était déblayé, à une profondeur suffisante à
- la surface du sol occupée par le caisson, on enlevait la moitié des cales en les dégageant par-dessous. Le poids se trouvait alors reporté sur un nombre de cales deux fois moins grand, la compression était plus grande sur les cales restantes et la pile descendait d’une certaine quantité, d'un pouce environ (25 millimètres) à chaque opération. On nivelait le sol, on replaçait les cales enlevées et on retirait les cales comprimées précédemment, ce qui donnait lieu à une nouvelle descente, et ainsi de suite.
- Les inégalités inévitables dans la compression du sol et dans la résistance des cales, disparaissaient devant la masse énorme et la solidité de la masse qu’elles supportaient; le bloc trop résistant était tout simplement écrasé par la masse pour obtenir une pression égale et uniformément répartie. La descente s’est donc ainsi effectuée lentement, mais régulièrement. Une fois en place, le caisson a été
- Fiff. 1. — Coupe transversale d’un câble d'amarrage.
- rempli d’un ciment hydraulique résistant, qui l’a rendu solidaire du roc sur lequel il repose. Malgré le pilonnage énergique de ce remplissage, il est bien certain que le poids de la pile ne porte pas encore tout entier sur ce remplissage, mais avec le temps et l'écrasement lent des supports en bois, ce résultat sera rapidement atteint. En ce qui concerne la conservation du bois, l’expérience a prouvé depuis longtemps que le bois soustrait à l’action de l’air est pratiquement incorruptible, et qu’il dure aussi longtemps que la pierre elle-même.
- Le caisson de Brooklyn amené sur place le 2 mai 1870 a été rempli de ciment le M mars 1871, c’est-à-dire treize mois après, malgré un incendie qui obligea à inonder le caisson pour l’éteindre; cet accident se traduisit par une perte de deux mois de temps, une dépense supplémentaire de 75 000 francs et l'obligation, pour éviter le retour d’un pareil accident, de doubler de fer le caisson de New-York en dépensant 100 0d0 francs pour cette seule opération. C’est que le danger d’incendie dans l’air comprimé est beaucoup plus grand qu’à la pression ordinaire, et la difficulté de s’en rendre maître
- Rhéostat
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- rapidement, oblige à prendre les plus grandes précautions. A la pression de deux atmosphères, une chandelle éteinte en soufflant dessus, se rallume d’elle-même.
- Les fondations de la pile de New-York ont présenté plus de difficultés à cause de la nature sableuse du fond; on a dû aller chercher le roc solide à 24 mètres au-dessous du niveau de la mer, et travailler, par suite, à une pression plus élevée qu a la pile de Brooklyn.
- En dehors de l’intérêt particulier du mode de fondation adopté, les tours, piles ou culées ne présentent rien de particulier que leur masse énorme; elles s’élèvent à 84 mètres au-dessus de la rivière; elles ont à hauteur du tablier 15m,82 de large et 46 mètres de longueur. La maçonnerie, solide pendant 36 mètres, se subdivise ensuite en trois masses séparées par deux arches ogiyales de 10 mètres de largeur sur 30m,75 de hauteur.
- Amarrage des câbles. — Les quatre câbles qui supportent le tablier sont amarrés dans des massifs de granit placés à 283m,85 de l’axe des piles. Le poids de chacun de ces massifs est de 60000 tonnes. Les câbles se fixent à des chaînes d’acier qui pénètrent dans chaque massif, en décrivant une sorte de quart de cercle; l’autre extrémité qui vient se relier à la plaque d’amarrage, est une pièce de fonte de 5 mètres de côté, 73 centimètres d'épaisseur au centre, et dont le poids total est de 23 tonnes.
- Les câbles. — Les câbles, au nombre de quatre, sont formés chacun de 5282 fils d’acier de 3 millimètres de diamètre, disposés parallèlement les uns à côté des autres. Pour réunir ces 5000 fils d’une manière satisfaisante, ils sont subdivisés en 19 câbles secondaires (fig. 1) en faisceau d’acier de 75 millimètres de diamètre renfermant chacun 278 fils,
- réunis de distance en distance par des ligatures et consolidés en un câble unique de 48 centimètres de diamètre par une hélice continue en fil d’acier enroulée autour. La figure 2 montre les ouvriers occupés à cette dernière opération ; ils sont placés sur un chariot supporté par le câble à l’aide de deux poulies à gorge : le chariot descend le long du câble à mesure de l’avancement du travail.
- Voyons maintenant comment ces câbles ont été posés.
- La'pose des câbles. — Chacun des câbles a été construit sur place et les 19 câbles secondaires placés dans l’ordre indiqué par la figure 1. Ce câble secondaire est un écheveau continu de 520 kilomètres de long passant, d’ancrage en ancrage, 278 fois sur les culées. La plus grande difficulté consistait à établir le premier fil entre les deux piles isolées au milieu de la rivière, à cause de la grande portée et de la circulation incessante de navires.
- Le premier fil placé au fond de la rivière, on dut attendre l’instant favorable pour le hisser rapidement en le tendant à l’aide de machines à vapeur. Un second fil fut placé de la même manière; on réunit ensuite les deux fils pour en faire une corde sans fin à laquelle on pouvait donner un mouvement de va-et-vient à l’aide de la machine même qui avait servi à la hisser. Ainsi se trouvait établie la première communication entre les deux rives. Le 25 août 1876, M. Farrington, chef mécanicien des travaux, accomplissait le premier voyage à travers l’espace, suspendu aux premiers fils tendus, invisibles pour les spectateurs éloignés qui ne pouvaient comprendre par quel moyen cet homme, aéro-naute d’un nouveau genre, se trouvait planer dans l’espace, balloté au gré du vent qui faisait onduler le petit câble comme un serpent aérien. La figure 3 représente M. Farrington au commencement
- Fig. 2. — Construction du pont de Brooklyn. — Machine servant à recouvrir les 19 câbles secondaires d’un fil d’acier en hélice pour en faire un câble unique.
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- de son excursion aérienne, lorsqu’il quitte la pile de New-York : il faut reconnaître que ce voyage original et hardi, était bien de nature à surprendre les spectateurs et à donner du courage à tous les collaborateurs de cette œuvre importante. La popu-
- lation enthousiaste transforma ce voyage en une excursion triomphale.
- La première communication établie, la pose des autres câbles est devenue relativement facile, à l'aide de chariots ou de plate-formes supportées par les fils
- Fig. 3. — Construction du pont de Brooklyn.
- M. Farrington, chef mécanicien des travaux, passant d’une pile à l’autre à l’aide du premier lil tendu (25 août 1876).
- déjà tendus à l’aide de galets à gorge. À chaque retour du fil aux amarrages, il venait s’enrouler sur un œillet portant une gorge sur sa périphérie et maintenu parfaitement immuable jusqu’à complet enroulement des 278 brins qui composaient chaque faisceau secondaire.
- Les écheveaux de fil n’ayant que 300 mètres environ de longueur, ils étaient joints entre eux par un filetage à filets contrariés et une virole en acier filetée, comme le montre la figure 4.
- Les plus grandes difficultés de ce travail résident dans le réglage des câbles ; les variations atmosphé-
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- riques influent sur la tension, soleil, ombre, froid, chaud, vent, etc. ; aussi ne pouvait-on travailler au réglage des câbles qu’avant ou après le coucher du soleil, ou pendant les jours couverts et brumeux. Pendant l'hiver, la glace sur les fils a souvent interrompu les travaux. Commencés en juin 1*77, la pose et le réglage des 4 câbles n’ont été terminés qu’en octobre 1878. L’avancement était en moyenne de 40 tils par jour et les 4 câbles, en comportent ensemble plus de 21 000.
- Les câbles sont portés sur les culées par des pièces en fonte (lîg. 5) formant chariots, en (orme de segment parabolique muni d’une gorge à la partie supérieure pour re< evoir le câble.
- Pour décharger les quatre câbles principaux d’une partie du poids du tablier, ainsi que pour atténuer les oscillations verticales, on a disposé un certain nombre de petits câbles de décharge en acier, partant des piles et allant se rattacher au tablier de distance en distance, jusqu’à 120 mètres environ de chaque côté de l’axe de la pile.
- Virolé
- Fig-. 4. — Joints des fils.
- Le poids de la travée centrale suspendue est de 6740 tonnes, la surcharge maximum de 1580 tonnes, soit en tout *120 tonnes sur 1« s |uelles les petits câbles n’en supportent que 1200. En ajoutant le poids supporté par les câbles pour les deux parties comprises entre les piles et les amarrages, on arrive à une tension longitudinale totale de 11 700 tonnes pour chacun des câbles; leur charge de rupture étant de 49 200 tonnes, ils trav dllentdonc à un peu moins du quart de cette charge de rupture. Chaque câble pèse 866 tonnes.
- Tablier. — Le tablier du pont est en acier; il a 26 mètres de largeur et se compose de poutres en treillis croisées à angle droit, et six longueurs en treillis supportées par les câbles à l’aide de pièces de suspension. Aux piles, le tablier repose sur la maçonnerie même pour soulager les câbles. Les tiges de suspension ne présentent rien de particulier ; on a prévu les contractions et les dilatations du tablier en ménageant des parties glissantes en fendant les rails et en en supprimant la moitié de chaque côté sur une certaine longueur. Les portions conservées peuvent glisser l’une contre l’autre.
- Tels sont les points les plus importants de cette construction gigantesque dont le prix total dépasse 150001)00 de dollars (75 000000 de francs).
- On y installe actuellement un système de traction funiculaire destiné à la remorque des wagons, car les locomotives ne c rouleront pas sur ce pont. Ce câble a 58 millimètres de diamètre, 5 kilomètres de longueur et pèse 19 tonnes; il sera supporté par 500 poulies disposées à environ 6U1,70 l’une de l’autre : les tambours sur lesquels il s’enroule ont 4 mètres do diamètre et seront actionnés par deux machines fixes placées à chaque extrémité du pont.
- L’éclairage électrique du pont est fait à l’aide de 4 machines et 70 lampes à arc du système Weston.
- Disons enfin, pour terminer, que l’honneur de traverser le pont le premier après son achèvement, a été accordé à Mme Rœbling, la veuve de l’ingénieur Washington Rœbling qui avait été longtemps associée aux travaux de son mari. Lorsque ce dernier tomba malade, Mme Rœbling étudia l’art de l’ingénieur, malgré l’aridité offerte par de semblables études, et elle devenait bientôt capable de comprendre son mari, puis, plus tard, de lui succéder.
- Ecrou de
- Sommet de la
- maçonnerie
- Sommet des piles et attaches des petits câbles de décharge.
- L’œuvre que les Américains appellent non sans raison une des merveilles du dix-neuvième siè.le, a élé achevée sous sa direction. L'honneur fait à Mme Rœbling n’est donc qu’une jusiiee rendue au mérite et au talent de cette femme courageuse, en même temps qu'un coup porté à celle vieille superstition qui consiste à c msidérer comme emorcelé tout pont qui a été traversé pour la première fois par une femme.
- LES SPECTACLES SCIENTIFIQUES1
- LES AVAI.EURS DE SABRES.
- Quand un médecin introduit dans la gorge, d’un malade, ses doigts, le dos d’une cuiller, un pinceau, ou une simple barbe de plume, ce malade éprouve une sensation extrêmement désagréable. Tout attouchement quelque léger qu’il soit, sur les organes qui forment l’arrière-bouche, cause de l’étouffement, de l’angoisse, des nausées ; les organes
- 1 Voy. n° 518 du 5 mai 1883, p. 367.
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- réagissent avec violence contre l’obstacle qui vient ' menacer le libre fonctionnement de la respiration.
- Il n’est p rsonne qui n’ait ressenti, nombre de j fois cette impression désagréable. Aussi éprouve t-on une légitime surprise quand on voit des individus semblant y être rebelles. Quand, par exemple, on leur voit s’introduire dans barrière-gorge des corps solides, volumineux, rigides comme des lames de sa! re, faire pénétrer celles-ci à une profondeur qui semble incroyable et telle qu’elle fait craindre une sorte d’embrochement.
- Ce sont des expériences de ce genre qui constituent les tours des avaleurs de sabres.
- Ces expériences sont à peu près toujours les mêmes et voici, comme exemple, celles qu’exécute un acrobate qui de temps en temps s’exhibe à Paris dans les théâtres de curiosités, les eafés-concerts, les cirques.
- 11 se présente vêtu d’un brillant costume; à côté de lui un tableau orné de drapeaux de diverses nationalités porte une panoplie de sabres, d’épées, de yatagans, de l’autre côté est un faisceau de fusils munis de leurs baïonnettes (fig. 1).
- L’acrobate prenant alors un sabre plat dont la lame et la poignée ont été découpées dans une même feuille de métal (fig.'2. A), la lame ayant une longueur de 55 à 60 centimètres, il en introduit l’extrémité dans sa gorge, frappe à petits coups sur le manche et la lame finit par disparaître entièrement.
- 11 répète la même expérience en ingurgitant la lame d’un seul coup.
- Ensuite, après avoir avalé et retiré deux de ces mêmes sabres, il en fait pénétrer un jusqu'à la garde, un second un peu moins, un troisième un peu moins encore et enfin un quatrième qui ressort plus d’à moitié, les poignées se trouvent alors étagées comme dans la figure 2 (C).
- Appuyant alors sur les poignées il avale les quatre lames d’un seul coup; ensuite il les retire lentement Une à une. L’effet obtenu est assez surprenant. Après avoir avalé plusieurs épées et sabres divers, il prend un ancien fusil de munition ayant sa baïonnette triangulaire, et ingurgite celle-ci, le fusil restant vertical au-dessus de sa tète. Cnfin, pour terminer, il emprunte la grande latte d’un dragon qui se trouve là pour cette expérience, et en fait disparaître les deux tiers. Le sabre circule ensuite parmi les spectateurs et chacun peut s’assurer que c’est bien un sabre réglementaire et qu’il n’y a aucune supercherie. Comme tour de « rappel », l’a valeur de sabres dont nous parlons, emprunte une canne à une personne dans le public et l’avale presqu’entière-ment.
- Un certain nombre de spectateurs croient d’ordinaire que l’acrobate produit une illusion à l’aide d’un truc quelconque et qu’il est impossible d’avaler une lame de sabre. C’est une erreur, les avaleurs de sabres employant des trucs sont très peu nombreux et leurs expériences peu variées, les autres
- 1 introduisent réellement dans leur bouche et les premiers organes de la nutrition, les lames qu’ils font | disparaître.
- Voici comment ils peuvent arriver à ce résultat :
- Les organes du fond de la bouche malgré leur sensibdi é, leur révolte au moindre contact d’un corps dur sont susceptibl >s d'accoutumance. Us s’habituent peu à peu aux contacts anormaux.
- Ce fait est utilisé en médecine. 11 arrive journellement que des malades atteints d’accidents à la gorge ou à l’estomac ne peuvent plus se nourrir, ne peuvent plus avaler. Ils mourraient d’inanition si on ne les nourrissait artificiellement à l’aide dé la sonde œsophagienne.
- Cette sonde est un tube en caoutchouc vulcanisé que le malade avale, comme les avaleurs de sabres avalent ceux-ci, et par l’extrémité duquel un aide verse du lait ou du bouillon. Mais le malade avant de pouvoir faire un usage journalier de la sonde œsophagienne doit faire un véritable apprentissage. La première introduction de 1’extrérnité de la sonde dans l’arrière-gorge est extrêmement pénible, elle ne peut être qu’un rapide attouchement, la seconde l’est un peu moins et ce n’est qu’après un grand nombre d’essais de plus en plus prolongés que le malade finit par avaler 30 ou 40 centimètres de la sonde sans impression désagréable.
- Le lavage de l’estomac opéré à l'aide d’un long-tube flexible dont le malade avale une partie et avec lequel il fait pénétrer et sortir une grande quantité d’eau tiède dans l'estomac en élevant le tube ou en le baissant en syphon, nécessite aussi un apprentissage de quelques jours, mais le malade parvient à accoutumer ses organes au contact du tube en caoutchouc, il finit au bout de peu de temps par avaler celui-ci si ce n’est avec sat sfaction, du moins avec indifférence.
- Les ava'eurs de sabres sont absolument dans le même cas, chez eux ce n’est que par suite d’essais répétés que l’accoutumance des organes de l’arrière-bouche est devenue assez grande pour leur permettre enfin d’avaler des corps aussi volumineux et aussi rigides que des épées, des sabres, des cannes, ou même des queues de billard.
- Les avaleurs de fourchette et de cuiller ont fait un apprentissage analogue. On sait que leur talent consiste à pouvoir s’introduire une longue cuiller ou fourchette dans la gorge en la tenant suspendue par son extrémité entre les deux doigts, l’index et le majeur. Ce jeu malpropre est extrêmement dangereux parce que l’œsophage exerce une sorte de succion sur tous les corps qui y sont introduits. La cuiller, ou la fourchette, est donc fortement attirée ; si l’individu ne peut la retenir elle tombe dans son estomac d’où il faut l’extraire par une opération chirurgicale très dangereuse : l'ouverture de l’e-tomac. Ce sont des accidents de ce genre qui ont fait la célébrité de l’homme à la fourchette, l’homme au couteau, et enfin dernièrement l’homme à la cuiller, Geniscain, mort des suites de l’extraction de son estomac, d’une
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- cuiller à sirop d’une longueur de 24 centimètres.
- Tous les avaleurs de sabres ne procèdent pas de la même façon. Les uns avalent la lame directement, sans aucun appareil intermédiaire, mais alors leurs sabres ont, à leur extrémité, près de la pointe, un petit appendice en forme de baïonnette sur lequel ils insèrent une petite boule de gutta-percha, et cela sans que le public s’en aperçoive (fig. 2, F et G).
- D’autres ne prennent même pas cette précaution et avalent le sabre ou l’épée tel quel. C’est ainsi que procède notamment un ancien zouave devenu pauvre saltimbanque, et qui dans ses expériences montre et fait toucher aux spectateurs, au-dessous du
- sternum, la saillie que fait sur la peau la pointe du sabre dans son estomac.
- Mais la plupart des avaleurs de sabres s’exhibant sur des scènes, emploient un tube conducteur qu’ils ingurgitent préalablement, les expériences qu’ils peuvent faire deviennent moins dangereuses et peuvent être plus variées. Ce tube long de 45 à 50 centimètres est en métal très mince. Sa largeur est de 25 millimètres, son épaisseur de 15 (fig. 2, B). Ces dimensions permettent entre autres l’introduction facile des sabres à lames plates, l’expérience faite avec quatre de ces sabres (fig. 2, C) et l’introduction de sabres et d’épées de toutes formes.
- Fig. 1. — Un avaleur de sabres.
- Au point de vue physiologique le sabre avalé par l’acrobate pénètre d’abord dans la bouche et le pharynx, puis dans l’oesophage, traverse l’ouverture cardiaque de l’estomac et pénètre dans celui-ci jusqu’à l'antre du pylore, le petit cul-de-sac de l’estomac. A l’état naturel, ces organes ne sont pas en ligne droite, ils subissent donc une déformation par le passage de la lame. Tout d’abord la tête se redresse pour que la bouche soit dans la direction de l’œsophage, les courbures de celui-ci disparaissent ou s’atténuent, l’angle que fait l’œsophage avec l’estomac se redresse et enfin ce dernier organe se distend dans le sens vertical, sa courbure interne disparaît ce qui permet à la lame de traverser l’estomac dans sa plus grande largeur, c’est-à-dire d’atteindre le petit cul-de-sac (figure 3). Bien entendu
- que pour que ce résultat puisse être obtenu il faut que l’estomac soit vide, l’avaleur de sabre doit être à jeun.
- La profondeur de 55 ou 60 centimètres à laquelle les avaleurs de sabres font pénétrer leurs instruments qui semble extraordinaire aux spectateurs, s’explique par les dimensions des organes traversés. Cette-longueur peut se diviser ainsi :
- Bouche et pharynx..................10 à 12
- Œsophage......................... 25 » 28
- Estomac distendu...................20 » 22
- 55 à 62
- C’est donc une longueur d’organes de 55 à 62 centimètres, suivant la taille de l’individu, qui peuvent donner passage sans inconvénient aux lames avalées.
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- Les acrobates avaleurs de sabres ont rendu d’importants services à la médecine. C’est grâce à l’un d’eux, avaleur de sabres et de cailloux, qu’en 1777 le médecin écossais Stc-vens put faire les premières études sur le suc gastrique humain. Pour cela il fit avaler à cet individu de petits tubes métalliques percés de trous, remplis de viande suivant la méthode de Réaumur, et les lui fit rendre au bout d’un certain temps par la bouche. Ce sont également les avaleurs de sabres qui ont montré aux médecins jusqu’où peut aller l’accoutumance des organes de l’arrière-bouche d’où est résulté l’invention du tube de Faucher, de la sonde oesophagienne, du lavage de l'estomac, et de l’éclairement électrique de cet organe.
- II arrive parfois que les avaleurs de sabres des places et des carrefours sont en même temps avaleurs de cailloux, comme l’était celui dont Stevens avait utilisé les talents, c’est-à-dire ont la singulière faculté de pouvoir avaler des cailloux plus ou moins volumineux dépassant souvent la grosseur d’un œuf de poule, et cela au nombre de quatre, cinq, six, parfois davantage, et de les rendre ensuite un à un par une simple contraction de l’estomac.
- C’est là un nouvel exemple des modifications de sensibilité et de fonction qu’avec de la volonté et de la constance un individu peut apporter dans ses organes.
- Pour terminer disons un mot des trucs donnant l’illusion depées du de sabres .avalés.
- L’un d’eux ne trompant qu’à une certaine distance consiste à plonger le sabre dans un tube des-
- Fig. 3. — Position occupée par la lame dans le corps de l’avaleur de sabre.
- Cendant le long du cou et de la poitrine sous le vêtement, dont l’ouverture placée près de la bouche est dissimulée à l’aide d’une fausse barbe. Un autre beaucoup plus ingénieux, qui a été utilisé dans plusieurs féeries, est celui de l’épée dont la lame rentre dans la poignée ; il est dû à M. Voisin, l’habile constructeur d’appareils de physique. A l’état ordinaire cette épée a une lame rigide longue de 80 centimètres laquelle, quand on la voit à quelques mètres, elle ne pré-sente rien de particulier (fig. 2 D). Mais si l’acteur la plonge dans sa bouche le spectateur la voit s’enfoncer peu à peu et finalement disparaître presque entièrement, il ne ressort plus que quelques centimètres de lame. En réalité la lame est rentrée dans la poignée : cette lame est composée d’une extrémité pleine rentrant dans la partie médiane qui est creuse et ces deux premières parties rentrent dans celle qui forme la base de la lame; la lame est alors réduite à 25 centimètres environ, la moitié de cette longueur disparaît dans la poignée ; il ne reste donc que quelques centimètres hors de la bouche de l’acteur qui semble avoir avalé l’épée (fig. 2 G, E). C’est un fort joli truc.
- Telle est la vérité sur les avaleurs de sabres; on voit que, soit sous le . rapport de la simple curiosité, soit sous celui de l’intérêt physiologique ou médical, ces acrobates méritent d’attirer tout au moins quelque temps l’attention. Les choses les plus futiles en apparence, ne sont pas sans enseignement, pour un véritable observateur. G. Kerlüs.
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- CHRONIQUE
- Action de la lumière sur le caoutchouc. —
- Voici ua fait intéressant que nous fait connaître M. Herbert Mc Leod par une lettre adressée à notre confrère anglais Nature. L’auteur a disposé dans deux tubes d’expérience renfermant de l’oxygène, deux morceaux de tube de caoutchouc. lu des tubes a été recouvert de papier noir et tous les deux ont été exposés simultanément l’un à. côté de l’autre au bord d’une fenêtre exposée au Nord. Chacun de ces tubes avait 5 centimètres de longueur et 7 millimètres de diamètre; ils ont été exposés depuis le 25 janvier jusqu’au 27 juin dernier, c’est-à-dire pendant une période d’un peu plus de cinq mois.
- Le 27 juin, le tube exposé à l'action de la lumière avait absorbé 17 centimètres cubes d’oxygène, soit environ les trois quarts de l’oxygène que renfermait le tube d’épreuve. Le caoutchouc a été altéré au point qu’en prenant le tube entre les doigts, il s’y produisait des fissures superficielles parfaitement marquées. Dans le tube soustrait à l’action de la lumière, le volume du gaz n’avait pas diminué d’une manière sensible et le tube était resté intact. On peut conclure de cette expérience et d’expériences précédentes, que l’altération du caoutchouc se produit sous l’action combinée de la lumière et de l’oxvgène, mais que chacun d’eux pris isolément ne produit aucun effet.
- Action dn tabac sur la températnre et le pouls. — Le Dr Troitski publie dans les Annales d'hygiène un tableau où il a marqué le pouls et la température d’individus fumant modérément, et il en conclut que le tabac n’est pas aussi inoffensif qu’on lecroit généralement. Chez les individus d’une constitution moyenne, la température moyenne des vingt-quatre heures était de 5fi0,7ti et le pouls de 72,9 quand il ne fumait pas. En fumant, ces ehffres arrivaient à 57°,02 et 89,9, c’est-à-dire que le tabac produisait une élévation de la température de 0°,26 et une accélération du pouls de 16 pulsations. Chez les individus débiles, l’augmentation de la température a été de ü°,45, celle des pulsations de 11,9. Chez les gens robustes, l’augmentation a été de 0°,22 et 10,6. En prenant la moyenne de toutes ces observations, il résulte que le tabac augmente la température du corps de (>°,29 et les pulsations cardiaques de 12,7. Que si l’on représente par i 000 la température de ceux qui ne fument pas, celle des fumeurs modérés sera de 1008, et que, tandis que le j ouïs des pietniers battra 1000 fois, celui des secondes battra 1180 fois. C’est cette dernière considération qui constitue, en réalité, l’effet pernicieux du tabac.
- Un bittPiin d’un nouveau Sfenre. — On écrit de Nouméa au Courrier des États-Unis : « Combien la conquête de la liberté rend l’esprit inventif! On vient de capturer en mer, dans les environs de Nouméa, deux condamnés montés sur un appareil fort ingénieux. 11 se composait de deux gros cylindres creux terminés en pointe, affectant la forme de cigares, fabriqués avec des boîtes en zinc ayant renfermé du pétrole, et de 2 mètres de long environ, parfaitement étanches et reliés l’un à l'autre par des traverses en bois. L’intervalle entre ces deux sortes d’esquifs est occupé par une roue à palettes en bois, boulonnée et mise en mouvement par deux manivelles. La vitesse obtenue au moyen de cet appareil était, parait-il considérable. Les condamnés qui montaient cette sorte de pirogue double d’un nouveau genre, s’en servaient pour aller ’a la recherche de quelque embarcation laissée seule
- sur le rivage, et au moyen de laquelle ils auraient taché de gagner une terre voisine. »
- Uahnralolre «le toxicologie. — On a récemment créé à la Préfecture de police, dans les dépendances du corps de bâtiment où est installé le laboratoire de chimie pour la recherche des falsifications alimentaires, un laboratoire * de toxicologie dont la direction scientifique est confiée au Dr Brouardel. Ce laboratoire a été pourvu des appareils les plus perfectionnés servant aux minutieux travaux, aux délicates recherches sur les empoisonnements en général, accidentels ou criminels. L’installation en a été opérée sous la surveillance de M. Girard, le directeur du laboratoire munici al. 11 occupe une partie du sous-sol du bâtiment affecté à la police municipale et donnant sur la rue de la cité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 juillet 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Nouvelles du « Talisman ». — C’est avec le plus vif intérêt qu’on entend M. Gaudry communiquer les lettres qu’il a reçues de M. le Dr Fischer et de M. Alphonse Milne Edwards, tous deux membres de la mission scientifique à bord du Talisman. Elles sont datées de Santa-Cruz de Teneriffe, le 29 juin dernier. Depuis le départ de Rochefort la navigation avait été fort bonne. Le matériel scientifique a rendu les services les plus signalés et l’on en jugera quand on saura que les dragues ont rapporté de 10U0 mètres de profondeur des blocs de roches dont quelques-uns pèsent jusqu’à 100 kilogrammes. Les chaluts ont donné des récoltes zoologiques immenses, si immenses que déjà on craint de n’avoir pas les moyens de les rapporter tout entières. Les crustacés par leurs formes rappellent, pour une part, la faune caractéristique -des mers des Antilles. Des poissons étranges, munis d’organes lumineux, ont été ramenés des grandes profondeurs. Des crinoïdes, des astéries, des holothuries étonnantes, des éponges innombrables, sont recueillies à pleines dragues Les mollusques montrent, outre des es èces nouvelles, un mélangé inattendu de formes africaines avec des formes méditerranéennes et des formes polaires : il en résultera des révélations, au double point de vue de la geogra, hie zoologique et de la paléontologie. M. Alphonse Milne Edwards se félicité des ap areils électriques dont l’expedition est munie et qui permettent de prolonger les explorations meme la nuit. Toutefois la houle a jusqu’ici empeche les essais d’eclairage sous-marin.
- L'orygène liquide. — Dès la première annonce de la liquéfaction de l’oxygène, M. Dumas se basant sur les analogies de ce métalloïde avec le soufre, émit la prévision que la densité de l’oxygène liquide serait probablement voisine de I. En poursuivant les belles recherches que nos lecteurs connaissent déjà, M. Wroblewsky a pu mesurer directement la densite dont il s’agit. Le nombre qu’il trouve est 0,9, assez voisin de l’unité pour que M. Dumas soit autorisé à regarder ses vues comme confirmées.
- La nébulosité atmosphérique. — M. Hervé Mangon dépose, au nom de M. Duchausson, un ensemble de 52 460 observations relatives à l’intensité de la nébulosité atmosphérique. C’est en 1871 que le phénomène a montré son minimum; son apogée eut lieu en 187K. D’une manière constante c’est en décembre que la nébulosité est le plus abondante; en juillet qu’elle l’est moins. Septembre
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- LA NATURE.
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- est plus clair qu’aoùt, et avril que mai. De nombreux tableaux résument tous ces faits d’une manière synoptique. |
- Migration des pucerons. — II résulte (les recherches j de M. Lichtenstein que le puceron de l’orme émigre à i # certaines époques de l’année, de façon que c’est lui qu’on retrouve sur les racines du mais.
- Physiologie. — M. d’Abbadie ayant lu une longue lettre qu’il a reçue de Bolivie au su et du mal de montagne (Puna), M. Bert établit sans peine que tous les faits qui y sont mentionnés sont exposés et expliqués dans sa Pression barométrique. M. Bert profite de la parole pour rappeler qu’avant M. Varigny et des 1871 il avait étudié la cause de la mort des animaux d’eau douce placés dans l’eau de mer et des animaux marins placés dans l’eau douce.
- La question du méridien. — On sait que les Etats-Unis ont provoqué la réunion d’une Commisssion internationale qui fixerait un premier méridien commun à tous les pays, de sorte qu’il serait en même temps la même heure sur tous les points du globe. Les avantages de cette unification sont évidents, mais elle aurait aussi bien des inconvénien s et on ne conçoit pas qu’un peuple quelconque se résigne à compter midi vers les huit heures J du soir par exemple. Un correspondant de l’Académie, M. Hugo Gylden, propose de fixer non pas un méridien mais un très grand nombre de méridiens, distants entre eux de dix minutes, a chacun desquels se rapporterait l'heure des p>avs qu’il traverserait. Entre la France et la ' Russie, il y aurait douze de ces méridiens, etc.
- Culture du quinquina. — L’exploitation brutale des forêts américaines a fait craindre que dans un avenir plus ou moins rapproché la précieuse écorce ne vint à manquer. On s’est préoccupé alors d’établir des plantations artificielles, et les résultats obtenus à Java et dans les Indes orientales sont bien connus. D’après une lettre de M. le Dr Sacc, d’ immenses pépinières ont été créées en Bolivie où des millions de plants sont à la disposition des cultivateurs qui viennent les prendre pour le repiquage.
- Varia. — M. de Saint-Venant traite du choc longitudinal d’une barre solide frappée à l’une de ses extrémités. — Les surfaces de troisième ordre occupent M. Lepère. — L’amiral de Jonquières pose sa candidature à la place d’académicien libre que remplissait M. de La Gournerie. — A propos de la communication récente de M. le colonel Rewalsky, M. Faye expose son opinion sur la prétendue ascension de la poussière ou de l’eau dans les trombes. — M. de Forcrand étudie l'alcoolate de baryte. — De San Francisco, M. Vogel annonce qu’il partage les idées de M. Schutzenberger sur la non-permanence des poids atomiques; M. Dumas déclare qu’il saisira prochainement cette occasion pour faire une communication relative à ce chapitre fondamental de la chimie.
- Stanislas Meunier.
- LES FLÈCHES DES BATÉKÉS
- (apriqoe équatoriale)
- mœurs et les usages des llatékés, qui habitent ces régions à peine connues. Les renseignements fournis par quelques voyageurs célèbres sur l’Afrique équatoriale, l’Afrique mystérieuse, sont toujours accueillis avec faveur par les savants de tout ordre, mais, des événements récents ont donné à tout ce qui concerne le Congo une actualité plus grande et un intérêt plus général : aussi n’ai-je pas cru pouvoir négliger l’occasion, que M. Cuirai m’a obligeamment procurée, d’étudierr divers spécimens des llè-ches employées par les llatékés et quelques peuplades voisines.
- Ces llècbes, faites d’un bois léger et peu résistant, mais très élastique, dont l’aspect rappelle celui de certains bambous, sont très remarquables par leur faible dimension, et il faut être prévenu pour voir des armes dangereuses dans ces frêles baguettes dont quelques unes ne ressemblent même pas à des flèches. Celles que j’ai sous es yeux appartiennent en effet à deux mo lèles différents : les unes consistent simplement en une mince baguette diminuant progressivement de diamètre vers l’extrémité antérieure qui se termine en pointe aiguë, simplement tronquée à l’autre extrémité, qui est dépourvue de plumes directrices et de fente pour recevoir la corde de l’arc; les autres, un peu plus façonnées, diffèrent surtout des premières en ce que leur pointe est armée d’une mince lancette de fer, de forme sagittée et très tranchante sur les bords. Les flèches appartenant à ces deux modèles ont les mêmes dimensions, c’est-à-dire une longueur de 40 centimètres et un diamètre qui n’excede pas 4 millimè-, •* très.
- D’après ces mesures, on peut deviner que de pareilles flèches doivent être lancées avec un arc de petite taille, et ne peuvent avoir une grande portée ni une grande force de pénétration, mais leur pointe est enduite d'un poison violent qui en fait des armes très redoutables. Sur les flèches simples, qui sont des armes de guerre, la couche vénéneuse ressemble à une sorte de peinture jaunâtre et d’aspect terreux; les flèches à pointe de fer qui, d’après M. Guiral, ne servent que pour la chasse, sont munies d’une forte provision de substance toxique formant en arrière de la lancette un manchon volumineux. Bien que desséché depuis plusieurs mois, cet enduit paraît avoir conservé toute l’énerèie de ses propriétés toxiques, et il suffit pour le constater d'en infecter une très petite quantité, délayée dans quelques gouttes d’eau, sous la peau d’une grenouille : l’animal ne tarde pas à succomber. Le principe actif de ce poison est une substance cristalloïde difficilement soluble dans l’eau froide, mais assez soluble dans l’alcool, qui l’abandonne par évaporation sous forme de cristaux lamelleux incolores et très brillants. On l’extrait facilement en laissant tremper pendant quelques heures les pointes de flèches dans un tube rempli d’alcool fort : en faisant évaporer le dissolvant, on obtient des cristaux impurs, colorés en jaune, qu’il est assez facile de
- Pendant un voyage de plusieurs aimées dans les pays qui bordent le haut Ogooué et l’Alima, tributaire du Congo, un jeune explorateur, M. Léon Guiral, a recueilli les plus curieuses observations sur les
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- LA NATURE.
- purifier par des cristallisations répétées, en employant tour à tour pour les dissoudre l’eau et l’alcool.
- Ne pouvant mener bien loin des recherches chimiques sur cette substance, parce que je n’en ai eu à ma disposition qu’une très faible quantité, je l’ai employée à des expériences sur les animaux, afin d’observer ses principaux effets physiologiques. Après avoir injecté sous la peau d’une grenouille une goutte de solution vénéneuse à 1/200 environ, j’ai observé, au bout de dix minutes, un ralentissement puis un arrêt des mouvements respiratoires. L’animal pouvait encore, lorsqu’il y était provoqué, exécuter des sauts assez énergiques, mais ses mouvements devenaient de plus en plus paresseux. En ouvrant alors la grenouille, j’ai constaté que le cœur avait cessé de battre ; les muscles de la locomotion, et surtout ceux du train postérieur, se contractaient encore violemment sous l’influence d’un faible courant d’induction, mais au bout d’une heure les excitants les plus énergiques déterminaient à peine de faibles contractions dans quelques muscles superficiels. Sur une souris et un moineau les effets du poison m’ont paru être les mêmes, mais plus difficiles à analyser sur ces animaux à sang chaud, à circulation très active, chez lesquels la substance toxique est plus vite absorbée et transportée vers le cœur, qu’elle semble affecter plus spécialement : aussi la mort survient-elle, chez ces animaux, avec une rapidité presque foudroyante (six minutes pour la souris, une à deux minutes pour le moineau) ; elle m’a paru produite, dans tous les cas, par une abolition de la contractilité musculaire, qui se manifeste d’abord dans le cœur.
- Considérées au point de vue de leur valeur comme armes de chasse, les flèches des Batékés sont évidemment inférieures à celles que les Américains du Sud empoisonnent avec le curare : je n’essayerai pas, pour le démontrer, de comparer la puissance des principes essentiellement toxiques qui assurent aux deux poisons de redoutables effets (il faudrait pour cela des expériences multipliées), mais je ferai remarquer que le curare, formé de sucs végétaux épaissis par la cuisson, est presque entièrement soluble dans l’eau, tandis que le poison des Batékés renferme une forte proportion de substance inerte
- qui résulte du mode de préparation. En effet, d’après M. Guiral, ce poison est fabriqué avec les fruits d'un arbuste assez élevé, qui porte, ainsi que la préparation vénéneuse qu’on en tire, le nom à'onail; ces fruits broyés, réduits en bouillie, sont enfermés et abandonnés pendant plusieurs jours à une sorte de fermentation dans des calebasses soigneusement bouchées ; il paraît qu’on incorpore ensuite dans la masse une substance huileuse, qui lui donne une consistance convenable. M. Guiral assure qu’avec leurs flèches à pointes de fer, qui ont une certaine valeur chez ces peuples de primitive industrie, les Batékés se rendent maîtres d’animaux de forte taille, et même d’un éléphant, à condition de suivre l’animal blessé jusqu’à ce que le poison soit absorbé à dose suffisante. Quant aux flèches de guerre, il paraît qu elles font des blessures très douloureuses, capables de mettre en peu de temps un homme hors de combat.
- Il me resterait, pour terminer, à faire des suppositions sur la famille et le genre de plantes auxquels pourrait appartenir Yonail, d’après la description que M. Guiràl m’en a donnée : cette description rappelle quelque peu celle d’une plante africaine, servant à faire un poison de flèches, que Claude Bernard, dans ses leçons sur le curare, a donnée d’après le voyageur anglais Clapperton ; mais comme il faut espérer que bientôt nous recevrons des échantillons de cette plante, suffisants pour une étude botanique, les conjectures que je pourrais faire serviraient seulement à compliquer inutilement une question déjà bien obscure. Même en laissant de côté des récits merveilleux relégués aujourd’hui dans les romans, on trouve encore bien des contradictions dans tout ce qui a été écrit sur l’origine des poisons de flèches : s’ils n’avaient fourni à des toxicologistes et surtout à des physiologistes l’occasion d’admirables recherches, j’aurais pu supposer à ces poisons sagittaires une influence troublante sur l’imagination de ceux qui s’en occupent, et me serais gardé soigneusement d’effleurer, dans cet article, un sujet aussi dangereux. L. Moleïre.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Caris.
- Flèches de Batékés. (Grandeur naturelle.)
- 1. Pointe de flèche simple avant l’application du poison. — 2. La même, empoisonnée. — 3 et 4. Extrémités antérieure et postérieure d’une flèche de chasse.
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- N» 550. — 28 JUILLET 1885.
- LA NATURE.
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- LES ARBRES GÉANTS DE LA CALIFORNIE1
- Nous avons parlé précédemment des grands séquoias de la Californie qui à juste titre ont une réputation universelle; nous compléterons' aujourd’hui ce que nous avons déjà dit à ce sujet.
- S’il est un spectacle qui nous plonge dans une muette contemplation et nous montre la petitesse de notre nature, c’est assurément celui des hautes montagnes, comme le Mont - Blanc ou des chutes d’eau comme celles du Niagara : et encore, n’en comprenons-nous pas, au premier moment, toute la grandeur, il faut faire le tour du Mont - Blanc, il faut passer sous la chute du Niagara et l’étudier de divers points pour se faire une juste idée de ces merveilles. Il en est de même des curiosités végétales de la Sierra Nevada en Californie : si l’on manque de point de comparaison, notre œil, instrument des plus imparfaits, ne nous donne jamais une idée complète des objets. C’est pour ce motif que nous avons fait placer sur la figure ci-jointe, une maison de Paris à cinq étages, dessinée à la même échelle que le « Grizzly-Giant » l’un des plus anciens séquoias du Mariposa Giove, en Californie. Ce véritable géant végétal a 32 mètres de diamètre à la base et 21 mètres à 4 mètres du sol. 11 a été frappé par la foudre comme
- beaucoup d’autres séquoias qui l’entourent et, malgré cela, sa hauteur totale est encore de plus de 100 mètres ; quelques-unes de ses branches ont plus de deux mètres de diamètre. Ceux qui ont vu nos vieux chênes, dans la forêt de Fontainebleau, pourront comparer l’effet du temps ou de la foudre sur ces
- vénérables reliques qui, en Californie , peuvent être contemporaines de l’Empire Romain. Quelques arbres sont rasés à la hase et servent de plancher pour une salle de danse1 : d’autres tombés et coupes en long, servent à des jeux de boules ; mais ce qui distingue surtout la merveilleuse région où croissent ces séquoias, c’est la netteté, la beauté des plaines où ils se trouvent. Dans les forêts vierges de l’Amérique du Sud, sous l’influence d’un air chaud et humide, la végétation est tellement active que pour se frayer un passage, il faut user de la hache à travers les lianes et les fourrés de plantes entrelacées : en Californie, au contraire, les séquoias situés à une altitude de 5000 à 7000 pieds au-dessus de l’Océan Pacifique, sont facilement accessibles : les routes sont presque tracées par la nature, les animaux dangereux y sont rares; la température en été y est délicieuse, et partout on songe à établir des hôtels, comme en Suisse, pour y servir de retraite et de lieu de promenade pour les touristes.
- Ch. Joi.y.
- Le « Grizzly Giant, » séquoia de la Californie, de plus de 100 mètres de hauteur. (D’après une photographie.)
- Une maison de cinq étages, de Paris, est figurée au coin du dessin, à la même échelle.
- * Suite et fin. — Voy. n“ 525, du 23 juin 18 11e année. — 2° semestre.
- Voy. ne 155, du 20 mai 1876, p. 585.
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- LA NATURE.
- LES CARRIÈRES D’ARDOISES
- A ANGERS
- Un de ces accidents, trop fréquents dans toutes les mines, vient d'attirer l’attention du public sur les carrières d’ardoises à Angers. Ayant eu l’occasion de visiter ces carrières, quelques personnes trouveront peut-être de l’intérêt à lire la description d'une exploitation qui ne manque pas d’importance et de pittoresque.
- La ville d’Angers est située sur la limite des terrains des premiers âges de la terre ; c’est là que finissent les couches granitiques et primaires, constituant le sol de la Bretagne et de la Vendée, et que commencent les couches secondaires et tertiaires, sur lesquelles reposent la Touraine, la Reauce et la Normandie. Angers est construit sur un sol essentiellement schisteux, c’est-à-dire formé par des roches pouvant se diviser très facilement en lamelles de peu d’épaisseur. Ce sol appartient à l’époque silurienne, que les géologues placent à l’origine de la formation de la croûte terrestre. Certaines portions des schistes siluriens possèdent des propriétés spéciales ; ce sont les couches ardoisières. Tous les schistes ne sont pas capables de fournir de bonnes ardoises. Il faut que la pierre offre une résistance assez considérable, quelle se laisse facilement cliver, et qu’enlin les plans de clivage soient bien parallèles. On, sait d’ailleurs que le clivage est précisément l’acte qui consiste à séparer la roche en feuillets plus ou moins minces. Le schiste ardoisier ressemble à un gros cahier de papier, constitué par la superposition d’un nombre considérable de feuilles. Quand, à l’aide d’un couteau à papier, on fait glisser la lame de bois à travers les feuilles du cahier, on opère un clivage.
- La couche ardoisière, intercalée dans les terrains siluriens, forme une bande qui prend naissance sur les bords de la Loire, à Trélazé, bourg éloigné de six kilomètres à peine de la ville d’Angers. De là cette bande suit une direction inclinée, du sud-est au nord-ouest, passe sous Angers même et va se perdre plus au nord. Elle est en pleine exploitation sur ce parcours de Trélazé à Angers ; puis, on ne la retrouve, de nouveau exploitée, que beaucoup plus au nord-ouest, dans les environs de Segré et de Candé. Il semble que cette bande ardoisière se soit alors bifurquée, ou tout au moins considérablement élargie. Je ne parlerai que des carrières situées dans les environs de Trélazé, d’ailleurs les plus curieuses et les plus importantes.
- L’exploitation commence par des carrières à ciel ouvert, c’est-à-dire qu’on extrait, les ardoises sur la couche la plus voisine de la surface du sol. Mais, peu à peu, la carrière s’enfonce dans la terre, jusqu’au jour où les éboulements menacent de tout engloutir. A Trélazé même, l’exploitation se fait encore aujourd’hui dans ces conditions; c’est donc à cet endroit qu’il faut se rendre pour voir les ouvriers
- mineurs extraire les blocs schisteux. La poudre et le pic sont employés à cet effet. Ce travail d’extraction de la pierre ressemble à celui qui s’exécute dans toutes les autres carrières, soit de gypse, soit de calcaire grossier, soit de grès, etc. Il est donc inutile d’insister sur ce côté de l’exploitation. On creuse de la sorte dé vastes entonnoirs, dans lesquels l’eau de pluie pénètre. Elle transforme ces excavations en des étangs, dont la surface de l’eau est située à plusieurs pieds sous terre. Ces étangs sont souvent pittoresques ; ils ressemblent à d’anciens cratères de volcans, aujourd'hui éteints et convertis en petits lacs. Pour compléter l’illusion, de gros blocs de schistes roulés pêle-mêle sur les flancs de l’entonnoir, ressemblent aux laves des volcans. D’autres fois, les ouvertures des puits de mine sont creusées au fond de ces excavations. On voit à la partie supérieure, audacieusement suspendu sur le vide, l’échafaudage de bois qui sert à monter et à descendre les ouvriers et les pierres. Tout au fond de l’entonnoir est construit un petit bâtiment, dans lequel fonctionne une machine à vapeur destinée à extraire l’eau de la mine et à la rejeter dans la plaine supérieure. C’est alors que l’on croit être sur le bord du cratère d’un volcan, cette fois en activité. Le vaste entonnoir se creuse au-dessous de vous, plein d’obscurité dans sa partie inférieure. Le bruit de la machine, grossi par l’écho, monte à intervalles réguliers, et un torrent de vapeur s’élève lentement de l’antre noir pour venir se dissiper au milieu du cratère. L’illusion est ici complète.
- Quand l’exploitation a atteint une profondeur de quarante mètres environ, il faut creuser des puits et des galeries de mine. Le travail devient souterrain et beaucoup plus compliqué et dispendieux. A la Paperie, où a eu lieu le dernier accident, la profondeur des trois puits est en moyenne de 54U pieds. C’est dans le voisinage de l’un de ces puits, dans une galerie nouvellement creusée, que se produisit l’éboulement qui ensevelit plusieurs ouvriers. Leurs corps, perdus dans l’épaisseur d’une muraille de rochers, ne seront retrouvés que dans trois mois. Telle est la difficulté des travaux à la profondeur de 540 pieds, qu’en travaillant jour et nuit, on n’espère retrouver les corps de ces malheureuses victimes qu’au bout d’un laps de temps aussi considérable.
- L’aspect extérieur d’une carrière d’ardoises est fort pittoresque. De tous côtés, ce ne sont qu excavations à bords hérissés et de couleur gris noirâtre avec reflets cendrés ; les pierres présentent des arêtes vives. De vastes talus sont formés par l’amoncellement des ardoises de mauvaise qualité, rejetées dans les excavations par les ouvriers. Sur les bords, on voit se dessiner un nombre considérable de petites cabanes, de construction fort élémentaire, constituées par un double toit angulaire de paille tressée. Dans l’intérieur de ces cabanes, un ouvrier est occupé à tailler les ardoises. On lui apporte de gros blocs de schiste, qu'il s’agit maintenant de cliver pour le transformer en ardoises. Pour cela, l’ouvrier, chaussé
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- d’immenses sabots de bois, grossièrement taillés, et les jambes recouvertes d’un épais lit de cbiHbns, s’empare d'un de ces blocs encore humides et le fend dans toute sa longueur à l’aide d’un ciseau. Ce ciseau est constitué par une longue lame d’acier, peu épaisse, en forme de couteau. Quand le schiste est encore humide, cette lame d’acier pénètre facilement à travers les feuilles de la pierre : on obtient ainsi des ardoises d’une épaisseur convenable. 11 faut souvent enduire d'huile ou de graisse le ciseau pour faciliter son glissement. On comprend maintenant l’usage des gros sabots et des chiffons entourant les jambes de l’ouvrier. C’est pour éviter, qu’en cas de glissement trop rapide, la lame d’acier ne vienne à pénétrer dans les chairs du pied ou de la jambe. Suivant la qualité de la pierre, un ouvrier peut ainsi obtenir de sept cents à quatre cents ardoises par jour. Souvent le ciseau rencontre sur son trajet, du diamant', le schiste se fend mal dans ce cas.Contrairement à ce qui arrive pour le vrai diamant, celui-ci est haï des ouvriers. C’est que le diamant des ardoises est tout simplement du sulfure de fer, de la pyrite de couleur jaune blanchâtre,disséminée dans la roche et quelquefois cristallisée en beaux cubes. Maintenant que l’ouvrier a obtenu des lames d’ardoises, il s’agit de les tailler de manière à leur donner la forme convenable. On y arrive au moyen du dolo et du chapus. Le dolo est un lourd couteau d’acier, tenu à la main par une poignée de bois. Cette poignée n’est pas tixée directement au couteau, mais à l’aide d’une lame de fer soudée perpendiculairement à ce couteau. On augmente ainsi la puissance du levier. Quant au chapus, c’est une table de bois posée à terre sur sa face inférieure horizontale. L’autre face est légèrement inclinée. Elle porte sur son bord inférieur une armature d’acier. Deux barres métalliques, munies de crans, perpendiculaires à cette armature, sont solidement fixées sur le bois. Elles servent à donner aux ardoises les dimensions voulues. L’ouvrier taille les ardoises en faisant glisser le dolo sur le bord aciéré du chapus. La forme des ardoises est connue de tout le monde. On donne aux ouvriers 7 fr. 60 du mille pour les ardoises de grande taille, et de 5 à 4 fr. du mille pour celles de petite taille. On peut évaluer à 5 francs par jour en moyenne le gain d’un tailleur d’ardoises.
- Les machines, les bâtiments, dominent ce premier plan de baraques. Le tout forme un pêle-mêle qui déroute au premier aspect. Au sommet des excavations, sur les pentes, dans le fond, se dressent des échafaudages de bois noir, d’immenses squelettes décharnés. Quelques bâtiments renferment les machines à vapeur. Ici, c’est une machine destinée au service du puits, à monter et à descendre les ouvriers et les matériaux. Là, c’est une autre machine faisant fonctionner les pompes qui élèvent l’eau des galeries; là encore, c’est une petite locomobile, perdue pittoresquement sur le flanc abrupte d’un ravin qui refoule le gaz d’éclairage jusque dans les entrailles du sol. Les galeries sont en effet éclairées au gaz
- à la l’aporie. Dans l’exploitation voisine, on a récemment installé une puissante machine électromagnétique, et la lumière électrique répand ses rayons à plusieurs centaines de pieds sous terre. Cette exploitation offre des difficultés considérables. La vapeur est produite dans un unique bâtiment. De là, par des tuyaux souterrains ou à découvert, elle se rend dans les machines destinées aux usages que nous venons d’énumérer, d’où résulte une grande déperdition de force vive, difficile à éviter avec une telle dissémination de moteurs.
- Quant aux tableaux d’ardoise, aux entablements destinés à d’autres usages, une scierie est ajoutée à l’établissemeut, qui débite le schiste suivant l’épaisseur voulue.
- Telle est, plutôt au point de vue pittoresque, qu’au point de vue industriel ou scientifique, la description d’une des nombreuses carrières d’ardoises qu’on peut voir aux environs de la ville d’Angers.
- A. Bleunard.
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- LES CINGHALAIS
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- Ceylan! Tous ceux qui ont visité la grande île indienne ont gardé un souvenir puissant et enchanté de ses sites grandioses. Que de récits merveilleux se pressent dans la mémoire au nom de Ceylan ! N’est-ce pas dans ses montagnes et derrière ses forêts, que le monstrueux Havana enferma dans son palais magique la belle Sità, enlevée à son époux Hàma-Tchnadra, le prince-ascète, fils du roi d’Oude, Da-çaratha, le puissant souverain aryen de la dynastie solaire? N’est-ce pas à Ceylan ou Lanka que Hàma, septième incarnation de Vichnou, après avoir traversé l’Inde entière depuis la vallée du Gange jusqu’au cap Comorin et franchi le détroit de Manaar, grâce à la chaîne d’îlots et d’écueils qui porte encore son nom, alla livrer au roi des féroces Hakchasas les combats épiques chantés par Valmiki?
- Puis, si l’on quitte le terrain de l'histoire légendaire et poétique, si l’on rentre dans le domaine des faits avérés, on se rappelle que Ceylan est devenue un des centres principaux du bouddhisme indien, et fut le refuge des disciples de Çakyamouni, lorsque le retour offensif des Hrahmes, après de- longs siècles, chassa de la péninsule indienne ou détruisit tout ce qui touchait au Bouddha et à sa doettine. C’est au centre de l’ile, à Kandy. que fut précieusement conservée une relique, une dent du grand réformateur, que les Européens, sceptiques et gouailleurs , qui eurent occasion de la voir, prétendent n’ètre qu’une dent de singe !
- C’est dans les ruines de l’antique capitale de Ceylan, à Anouradhapoura, que, dans l’enceinte du Grand Temple, Mahavira, les bouddhistes vénèrent encore le bogaha, le rejeton du figuier sacré qui, sur les bords de la Nâirandjarà, abritait Çakyamouni plongé dans ses saintes méditations; vers 245 avant
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- LA NATURE.
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- notre ère, peu d’années après la mission de Mahinda, fils de l’empereur Açoka, qui convertit Ceylan au bouddhisme, une fille de ce même Açoka qui régnait sur l’Inde entière, la princesse Sanghamitrà vint fonder un couvent de religieuses à Anouradha-poura et apporta avec elle une branche du figuier du Magadha à l’ombre duquel en une nuit mémorable, le prince Gôtama, de la race des Çakyas et devenu ascète (mouni), atteignit par un prodigieux effort de la pensée le rang suprême de Bouddha. Cette branche plantée et soignée à Ceylan devint à son tour un arbre immense que le respect et la sollicitude des prêtres et des fidèles a fait durer jusqu’à nos jours, sous le climat béni de la grande île et qui compterait ainsi aujourd’hui environ 2128 années.
- Ceylan, c’est l’opulente Taprobane des Grecs et des Romains ; c’est la célèbre Seren-dib des Arabes, où toutes les merveilles de l’Inde, Adjaïb-el-Hind, étaient réunies, ainsi qu’il résulte des récits, chers à notre enfance, du célèbre Sindbad-le-Marin. C’est enfin file que du seizième au dix-huitième siècle, se disputèrent Portugais, llol landais, Français et Anglais et dont ces derniers sont demeurés définitivement possesseurs.
- Ainsi donc depuis l’antiquité la plus fabuleuse,
- Ceylan a été le théâtre d’invasions et de conquêtes nombreuses, chacune apportant un nouvel élément, plus ou moins puissant, plus ou moins considérable, à sa population. Et cependant les Cinghalais ont conservé des caractères ethnologiques singuliers qui les distinguent d’une façon très notable des peuples du sud de l’Inde, leurs voisins immédiats.
- C’est, en effet, un sujet de surprise que la différence énorme qui existe entre les Dravidiens de , l’Inde méridionale et les habitants de Ceylan. Le détroit de Manaar, qui sépare l’île de la péninsule indienne, n’est cependant pas bien large et le « pont de Râma » semble, au contraire, avoir été créé par la nature pour faciliter les relations des deux pays. Aussi bien, la similitude parfaite du climat, de la flore et de la faune paraîtrait constituer un milieu
- propre à assurer l’identité ethnique entre les deux populations. Il n’en est rien, pourtant. A part une assez importante colonie tamoule établie depuis les temps historiques (au plus loin 200 ans avant notre ère) au nord de l’île, Ceylan est demeurée en possession de son peuple parfaitement caractérisé et presque assurément autochtone.
- Nous en avons un indice d’une haute valeur dans l'idiome des Cinghalais, qu’on appelle l’élou. Cette langue n’a point de congénère connue, au moins jusqu’ici, et demeure parfaitement isolée du groupe dravidien. Au point de vue morphologique, l’élou est agglutinant et polysyllabique ; mais, c’est le cas du plus grand nombre de langages parlés sur la surface du globe et il n’y a pas lieu de tirer de ce fait une parenté quelconque entre le cinghalais et les langues dites dravidiennes également agglutinantes, comme on sait. Les formes .grammaticales de ces dernières ne paraissent avoir aucune ressemblance avec celles de l’élou qui présente quelques particularités curieuses et sui generis. Toutefois, l’influence des civilisations de l’Inde s’est exercée, non sur la contexture intime mais sur le vocabulaire du parler national des Cinghalais. Le sanskrit des Brahmes et le pâli des Bouddhistes y ont introduit une quantité considérable d’expressions, notamment les noms des nombres : éka un, déka deux, tuna trois, hatara quati’e, paha cinq, etc. Mais, si fréquentes, si abondantes qu’aient été ces importations hindoues, l’élou n’en reste pas moins lui-même, et l’emprunt qu’il a fait d’autre part au tamoul, par exemple, de son écriture et aussi de nombreux vocables, n’enlève rien à son originalité.
- Un autre point très caractéristique a pu être observé sur les Cinghalais réunis en ce moment sur les pelouses du Jardin d’Acclimatation. Ces indigènes présentent une série d’indices céphaliques peu différents les uns des autres, et qui tendraient à les faire ranger parmi les populations sous-brachycéphales, c’est-à-dire ayant le crâne court. Or les races
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- LA NATURE.
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- que le masculin du type inférieur d’où la race est sans doute issue.
- La chevelure, chez les hommes comme chez les femmes, est d’un noir de jais, longue, soyeuse et parfois légèrement ondée. Si elle n’a pas la finesse des cheveux de nos Européennes, elle n’est pas non plus raide et grosse comme chez le Malais, par exemple. Tous la portent rejetée en arrière, tordue en chignon et maintenue par des peignes d’écaille (fig. 2). Rien de bizarre comme un de ces indigènes vu de dos. La partie inférieure du corps est enveloppée
- d’une étoffe de couleur à ramages, le comboye, qui fait comme une longue jupe étroite; le buste est revêtu d’une petite jaquette très ajustée. Vous croyez voir une femme, le personnage se retourne et vous présente un visage orné de moustaches et de favoris parfaitement virils. Avec un peu d'attention on arrive à constater que les femmes n’ont qu’un peigne à leur chignon, tandis que les hommes en ont deux; l’autre,semi-circulaire, est placé en diadème au sommet de la tête.
- Les Cinghalais ne sont pas grands, bien que la taille chez les 15 hommes du Jardin d’Accli-matation varie quelque peu C Les épreuves qu’ils ont faites au dynamomètre ont prouvé que, de même que les autres populations de l’Inde, la force musculaire est peu développée. Par contre, ils paraissent très adroits. L’un d’eux est menuisier et se tire fort bien des travaux qu’on lui a confiés, et quelques-uns de ses jeunes camarades montrent beaucoup de bonnes dispositions pour ce métier. Comme tous les Hindous d'ailleurs, les Cinghalais ont su remédier à leur défaut de robustesse en domptant et en utilisant l’éléphant.. 11 faut voir au Jardin d’Acclimatation ces énormes animaux remuant, transportant, manœu-
- Fig. 2. — Type de Cinghalais, exhibé un Jardin d'Acclinialaliou de Paris. (D’après une photographie de Pierre Petit.)
- du sud de l’Inde sont à notre connaissance, des dolichocéphales parfaitement déterminés; les Dravidiens ont le crâne allongé. Mais, ce qui est plus remarquable encore, c’est que les Vcddahs de Ceylan même, ces sauvages réfugiés dans les montagnes et les jungles sont aussi extrêmement dolichocéphales. Voilà donc nos Cinghalais différents à la fois des plus vieux habitants de leur île et de leurs voisins de terre ferme, non seulement par le langage, mais encore par un caractère anthropologique de premier ordre, la conformation de la tète. Nous en dirons autant de la teinte de la peau. Le Dravidien unit à une physionomie cau-casique et à une chevelure soyeuse une coloration extrêmement foncée, souvent d’un noir mat. Le Veddah, paraît-il, serait noir aussi. En revanche, les Cinghalais du Jardin d’Acclimatation offrent à la vue un teint généralement d’un beau brun, relativement clair, quelque chose comme la nuance du café légèrement torréfié.
- Et qu’on ne vienne prétendre que ces indigènes sont des gens des villes échappant par le repos de l’après-midi et dans l’ombre des maisons, aux brûlantes caresses du soleil de l'équateur. Ce sont au contraire des paysans, cultivateurs de riz, de café, de canne à sucre, conducteurs d’éléphants, pasteurs de bœufs, vivant au grand air, brûlés, rôtis par la chaleur impitoyable du jour. Nous ajouterons même que,
- suivant notre impression, les cinq femmes qui font partie de la troupe en ce moment en visite à Paris, présenteraient une coloration peut-être plus foncée que celles de certains de leurs compagnons.
- Gracieuses dans leurs mouvements, modestes et douces de manières, sans être belles ni jolies comme les filles de l’Inde, ces Cinghalaises ne manquent pas d’un certain charme sympathique ; leurs grands yeux noirs éclairent leur visage de façon à faire passer sur quelques incorrections de trait, à notre point de vue européen, s’entend, telles qu’un léger prognathisme (fig. 1). Cette fois encore le type féminin se rapprocherait donc par certains détails plus
- 1 II oit parmi eux un jeune homme, originaire de Bombay, prestidigitateur et charmeur de serpents, qu’il ne faut pas confondre avec les autres. Ni dans son costume, ni dans ses allures, ni dans son teint très foncé, ni dans sa conformation, il n’a quoi que ce soit de commun avec ces insulaires. Seul de la troupe, il est mahomélan.
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- LA NATURE.
- vrant d'énormes troncs d’arbre avec une adresse et une précision merveilleuses. Ce spectacle et les courses de zébus trotteurs, valent vraiment la peine d’une visite. Par les dernières journées de grande chaleur, sous un soleil qui nous paraissait torride, on se serait, avec un peu de bonne volonté, cru transporté à Ceylan en contemplant ces exercices. 11 est vrai que les Cinghalais n’avaient point trop chaud, au contraire, et tandis que les spectateurs étouffaient et s’épongeaient, eux, ils auraient été volontiers se chauffer au brasier où leur cuisine se fait en plein air.
- La hase de leur alimentation est le riz, assaisonné de piment rouge et d’érhalotte, apportés de Ceylan même. Le Jardin d’Acclimatation leur fournit de la viande, celle de mouton est la préférée, et il faut croire qu’à Kandv et à Colombo d’où ils sont originaires les uns et les autres, ces bons paysans cinghalais ne sont pas accoutumés à pareil régal. Ils semblent d’ailleurs parfaitement heureux et n’ont guère éprouvé jusqu’ici la curiosité de voir Paris et de courir la ville. Ce sont des gens tranquilles, doux, polis et d’une incontestable moralité. L’un d’eux, qui parle très bien anglais et qui a les manières d’un « gentleman », nous a affirmé que la polyandrie n’existe plus à Ceylan que dans les bas-fonds de la population. Les lois et ordonnances anglaises de 1859 n’ont sans doute pas nui à cette transformation morale. La plupart des Cinghalais dont nous parlons ici, sont bouddhistes, comme il convient à des in igènes venus d’un des points du globe où la doctrine de Çakyamouni s’est fortement implantée et d’où elle s’est répandue sur l’ïndo-Chine qui considère encore Ceylan comme le temple de la foi dans la Loi, dans l’Assemblée et dans le Bouddha. Qnant aux autres, on les dit chrétiens. En tous cas le bon accord, qui règne entre tous, montr e qu’entre autres mérites, le bouddhisme a eu celui d'adoucir les mœurs et de changer avec l’aide des siècles, les farouches sujets du roi-démon Ravana en ces aimables indigènes installés pour quelques semaines encore dans notre Bois de Boulogne, si différent de leurs énormes forêts et de leurs jungles redoutables.
- Girard de Rialle.
- LES TROTTEURS
- Dans un article récent de Y American Journal of Science, M. William II. Brewer a étudié le développement et Dévolution des trotteurs amér icains à un point de vue très intéressant, au point de vue mathématique; aussi croyons-nous devoir donner ici quelques extraits de ce travail curieux.
- L’auteur a compulsé les meilleurs résultats de courses fournis par les chevaux américains depuis 1820 ; il a porté ces résultats sur un diagramme que nous reproduisons ci-contre. Dans ce diagramme, les années sont portées en abscisses, et le nombre de secondes correspondant au parcours d’un mille anglais de 1609 mètres sur les ordonnées correspondantes. Les points indiquent les résultats
- exacts fournis par les documents relatifs à chaque course, la ligne en trait plein représente la moyenne de ces résultats qui indiquent une diminution rapidement croissante dans le temps mis à parcourir un mille, c’est-à-dire une augmentation rapidement croissante de la vitesse des trotteurs. En présence des progrès réalisés par cette évolution on est porté à se demander quelle sera la vitesse maximum qu’on pourra atteindre, et à quelle époque cette vitesse pourra être atteinte. On conçoit en effet que le miléage (nous nommerons ainsi le temps nécessaire pour parcourir 1 mille ou lfiO'd mètres), ne peut pas diminuer indéfiniment ; tôt ou tard, les progrès cesseront d’être aussi rapides et ils finiront par être si lents, qu’on peut supposer qu’il aurontatteint la limite pratique. Le diagramme ci-dessous montre que tous les points sont sensiblement sur une courbe dont la convexité est tournée vers le haut, c’est-à-dire que le taux de l’augmentation de vitesse va croissant au lieu de diminuer ; la courbe prolongée couperait la ligne de 2 minutes en 1901 ; c’est-à-dire qu’en suivant le progrès actuel on obtiendrait en 190. des chevaux trotteurs qui parcourraient un mille en deux minutes, soit une vitesse de 48 kilomètres à l’heure. Il est bien évident, d’ailleurs, que le progrès ne peut pas continuer ainsi indéfiniment, car sans cela on arriverait à
- 1820 1830
- Diagramme du miléage des trotteurs, depuis 1820
- jusqu’à nos jours.
- une époque où les chevaux parcourraient un mille en zéro seconde, c’est-à-dire atteindraient une vitesse infinie. La courbe doit donc tôt ou tard devenir droite puis, finalement, tourner sa concavité vers le haut. En traçant une ligne droite (trait ponctué) qui concorde le plus possible avec les observations, on trouve que le progrès moyen du miléage est d’environ quatre secondes et un tiers en dix ans. La ligne ainsi tracée nous conduirait à un miléage de deux minutes en 1907 et à un miléage d’une minute en l’an 2045. Il est certain cependant que la courbe deviendra concave avant cette dernière période, mais il n’y a aucune témérité à prétendre qu’on trouvera avant 1907 un cheval capable de parcourir au trot 1609 mètres en deux minutes,
- Une autre statistique montre que le nombre de chevaux capable de fournir une course de un mille en deux minutes et demie augmente avec une grande rapidité. L’accroissement peut être représenté très approximativement par la formule suivante :
- y = 0,0016 xi
- y représentant le nombre de chevaux et a; le nombre d’années écoulées depuis 1850. Cette formule nous montre que si l’évolution actuelle suit régulièrement sa marche, il y aura en Amérique, en 1900, plus de 10000 chevaux capables de fournir une vitesse d’un mille en deux minutes et demie ou moins, tandis qu’on n’en comptait
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- que 40 en 1860; 194 en 1870; 1210 en 1880 et 1864 en 1882.
- Nous ferons remarquer en terminant que si l’étude du cheval suit la voie ouverte par M. W. Brewer, un sport-man vraiment digne de ce nom, ne pourra bientôt songer sérieusement à la carrière, que muni au préalable d’un diplôme de docteur ès sciences mathématiques. Nous n’en sommes cependant pas encore là.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- Un bésicle ou pince-nez perfectionné. — Plusieurs de nos lecteurs, nous ont demandé des renseignements au sujet d’un nouveau pince-nez imaginé par M. le Dr Porter-Michaels, Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire les paroles qui ont été prononcées par M. II. Peligot en présentant cet objet à la Société d’Encouragement.
- « Le perfectionnement consiste dans l’addition de deux petites antennes mobiles fixées à leur partie inférieure à
- Pince-nez de M. Porter-Michaels.
- la griffe du lorgnon, et oscillant à frottement autour des vis qui les y relient.
- « Pour se servir de l’appareil, on incline plus ou moins les antennes et l’on place le pince-nez de façon à ce qu’elles viennent s’arc-bouter contre les parois supérieures du nez, sous l’arcade sourcilière. On laisse alors retomber le lorgnon sur le nez, comme on le fait avec un pince-nez ordinaire.
- « Les antennes maintiennent l’appareil sur le nez d’une façon absolument fixe.
- « Il résulte de cette disposition : %
- « 1° Que l’on peut employer des pince-nez à ressort très doux, ce qui en rend l’usage beaucoup plus agréable ;
- « Que le lorgnon ne glissant pas et se maintenant fixe, la distance entre les yeux et les verres du pince- nez reste constamment la même. Ce résultat est favorable à la conservation de la vue ;
- « 3° Que des personnes dont le nez est conformé de façon à ne permettre que difficilement l’usage du pince-nez ordinaire, peuvent parfaitement se servir du lorgnon muni du petit ajoutoir imaginé par M. Michaëls.
- « Votre comité s’est assuré que les avantages sont réels et il a pensé qu’il y avait lieu d’encourager l’inventeur.
- « II. Peligot. »
- LE
- NOUVEAU PAQUEBOT « LA NORMANDIE* »
- APPAREIL MOTEUR.
- L’appareil moteur du paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique, La Normandie, ne présente pas, à proprement parler, de dispositions nouvelles, mais on a cherché à réunir dans sa construction, tout ce qui pouvait contribuer à en faire une machine peu encombrante, commode pour la manœuvre et l’entretien, fatiguant peu le navire et les passagers, et enfin, économique au point de vue de la dépense du combustible.
- Nous allons décrire succinctement les chaudières et la machine proprement dite, pour indiquer ensuite les résultats des premiers essais.
- Les chaudières sont du système tubulaire, à corps cylindrique, aujourd'hui d’un usage général sur les navires. Elles ont 72 mètres de surface de grille, 1900 mètres de surface de chauffe et fonctionnent à une pression de G kilos.
- Ces chaudières ont en tout.36 foyers de lm,07 de diamètre, et elles ont fourni une puissance de plus de 6500 chevaux indiqués pendant un essai de six heures, et de G900 chevaux pendant les parcours sur les bases, avec tirage naturel.
- Les paquebots Labrador et Canada, mis en service en 1875 et 1876, et dont les chaudières n’ont que 3m,25 de diamètre, 24 foyers de 40 mètres de surface de grille totale, 948 mètres de surface de chauffe, et une charge de soupape de 4k,25, n’ont donné que 3250 chevaux pendant le parcours sur les bases. Ce rendement, comparé aux surfaces de grille et de chauffe, est inférieur à celui de La Normandie, et cette infériorité, due sans doute, en partie à la moindre pression, en partie à la machine, est peut-être aussi attribuable, pour une part, à l’emploi de foyers d’un plus petit diamètre.
- Ces dernières paraissent utiliser un peu moins bien que les grands, du moins dans les limites usuelles. Ce fait s’explique. La section des cendriers varie environ comme le carré du diamètre du foyer; l’arrivée de l’air, à égale surface de grille, se fait donc dans de bien meilleures conditions pour le foyer large. D’autre part, les distance de la grille au ciel est aussi plus grande pour le grand foyer, et il en résulte qu’il y a plus d’espace libre au-dessus du combustible et que la combustion des gaz se fait mieux.
- Mais ce qui fait surtout l’avantage des chaudières de La Normandie, c'est leur grand diamètre, qui a pour effet de diminuer le volume quelles occupent dans les cales. Sur un navire, toute la capacité comprise entre le plan de pose des chaudières et les bar-rots du pont situé au-dessus, est à l’avance perdu pour la marchandise et le logement des passagers.
- 1 Suite et lin. — Voy. p. 114.
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- LA NATURE.
- Il convient donc de le donner tout entier aux chaudières et d’économiser en revanche sur la partie horizontale. Cette considération doit conduire à prendre les plus grands diamètres d’enveloppes permis par la hauteur sous barrots, et comme conséquence, à adopter aussi de grands diamètres de foyers.
- Quelques chiffres feront saisir l’importance des économies d’encombrement qu’on peut ainsi réaliser.
- Sur La Norman die, où le diamètre des enveloppes est de 4m,20, les chaudières avec leurs chambres de chauffe occupent une superficie horizontale de 270 mètres et un volume de 1242 mètres cubes.
- Sur Le Labrador, les chaudières qui n’ont que 2 foyers et 3m,25 de diamètre, occupent une superficie horizontale de 208 mètres et un volume de 938 mètres.
- Le volume occupé par 100 chevaux indiqués (puissance des essais sur la base), est de 18 mètres sur La Normandie et de 29 mètres sur Le Labrador.
- Les chaudières de La Normandie sont réparties en trois groupes de 12 foyers chaque, et le groupe central est coupé en deux par une cloison étanche ; de sorte que l’appareil évaporatoire occupe deux compartiments, et que dans le cas où l’un de ces compartiments serait envahi par une voie d’eau, on pourrait encore marcher avec J a moitié des chaudières.
- Il y a 3 foyers par façade. Les corps des groupes extrêmes sont doubles, c’est-à-dire ont 5 foyers à chaque extrémité, et leur longueur est de 5m,60. Les chaudières du groupe central sont simples; elles n’ont que 2m,90 de longueur.
- Lorsque la Compagnie Transatlantique a commandé La Normandie, il y avait en Angleterre, au moins chez certains constructeurs, une sorte de réaction contre l’emploi de l’acier pour la construction des chaudières, et l’on n’a pas osé recourir à l’emploi de ce métal. Les chaudières de La Normandie sont donc en fer; mais les ingénieurs de la Compagnie déclarent que s’il s’agissait d’en commander de nouvelles, et surtout d’aborder de plus grands diamètres, ils adopteraient l’acier. 80 pour 100 des chaudières marines que l’on Construit actuellement en Angleterre, sont faites avec ce métal, et il paraît bien démontré qu’en employant de l’acier doux, et en ayant soin de recuire les pièces façonnées, on est à l’abri de tout accident.
- Les accessoires des chaudières ne diffèrent pas de ce que l’on trouve aujourd’hui sur la plupart des appareils marins à haute pression.
- Nous citerons seulement : les robinets d’alimentation à clapets, disposés de manière à réunir ces deux organes et à permettre de visiter ou de remplacer le clapet sans arrêter la chaudière; et les soupapes de^sôreté à ressort.
- Ces d'é’wiièrès remplissent très convenablement les conditions que l’on doit exiger d’elles, savoir : se lever dès que la pression atteint le chiffre fixé; laissez passer assez de vapeur pour que la pression ne puisse monter lors même que l’on continue à
- pousser les feux ; enfin, retomber sur leur siège à une pression très voisine de celle pour laquelle les chaudières ont été timbrées.
- La machine de La Normandie est formée de la réunion de trois machines semblables, Compound à pilon avec cylindres superposés, et agissant sur un même arbre par l’intermédiaire de trois manivelles conjuguées à 120°. Les avantages de cette disposition sont les suivants :
- Les machines à cylindres superposés occupent une superficie horizontale moindre que les autres, et comme la partie située au-dessus doit toujours être dégagée sur toute la hauteur du navire, pour l’éclairage, l’aération et les démontages, il y a, en somme, diminution de l’encombrement total.
- Avec trois machines absolument semblables, calées à 120°, on neutralise presque complètement les forces d’inertie, et le moteur, quelle que soit la vitesse à laquelle il est lancé, n’est plus soumis à ces trépidations qui ébranlent ses liaisons avec la coque, et le navire tout entier.
- Quant au système Compound, ses avantages au point de vue de l’économie de combustible, sont assez reconnus aujourd’hui, pour qu’il soit inutile de les justifier ici. Nous nous bornerons à rappeler que cette économie tient : à la diminution des condensations intérieures; à la réduction des pertes de vapeur qui ont pour cause l’imperfection du contact des bagues de piston et des tiroirs avec les cylindres, et qui diminuent avec la différence des pressions existant de part et d’autre; enfin, à l'atténuation de l’influence des espaces morts.
- Les dimensions des cylindres sont : diamètres 90 centimètres et lm,90; course commune lm,70. Sur Le Labrador et Le Saint-Laurent, la course est seulement de lm,30 pour un même diamètre de grand cylindre de lm,90.
- La course de la nouvelle machine est donc, relativement, notablement plus grande que dans les anciens appareils ; et cette augmentation relative de la course, qui s’est produite graduellement, et depuis un certain temps déjà, sur les machines marines anglaises, a des avantages que l’on peut considérer comme démontrés par la pratique.
- Ces avantages sur lesquels les constructeurs anglais que nous avons interrogés, ne s’expliquent pas d’une manière bien nette, nous semblent être les suivants :
- A puissances égale, les pressions sur les articulations et les frottements qu’elles engendrent sont moindres, puisque ces pressions sont proportionnelles aux surfaces des pistons ; le travail absorbé par les résistances passives est moindre, et la machine tourne plus facilement.
- A volume égal de cylindre la surface occupée horizontalement est moindre ; et comme on n’est pas gêné dans le sens vertical, la perte en volume utilisable pour les passagers et les marchandises, est aussi moindre. •,
- Enfin, il y a aussi économie de vapeur, parce que
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- Machine à vapeur du paquebot La Normandie.
- (Dessinée d’après nature, au Havre, avec l’autorisation spéciale de la Compagnie Transatlantique.)
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- la hauteur des espaces nuisibles aux extrémités de course étant à peu près une constante, leur volume diminue en même temps que la surface des pistons.
- Les tiroirs des grands et petits cylindres sont menés par la même tige, mis en mouvement par deux excentriques réunis par une coulisse. Les petits cylindres seuls ont une détente variable ; elle est du système Meyer, c’est-à-dire qu’elle est réalisée au moyen de deux plaques frottant sur le dos du tiroir et que l’on écarte plus ou moins. L’écartement peut être modifié en marche sans arrêter la machine.
- Pour les appareils marins de grandes dimensions le renversement de la marche, qui doit pouvoir se faire dans un temps très court, s’obtient en manœuvrant la coulisse à la vapeur. Sur La Normandie cette mise en train est celle de Brown que l’on rencontre aujourd’hui sur une grande partie des machines des navires anglais. Le mouvement est modéré par un frein hydraulique formé d’un piston qui se meut dans un cylindre plein d’eau, dont les deux extrémités sont mises en communication par' un orifice à section variable. Ce piston hydraulique est actionné au besoin par une petite pompe à bras, ce qui permet de l’employer comme moteur et de déplacer les tiroirs à la main, lorsqu’on n’a pas de vapeur.
- Chaque machine a son condenseur, sa pompe à air et sa pompe de circulation d'eau froide. Elle forme ainsi un tout complet, et en cas d’avaries on pourrait, à la rigueur, marcher avec une seule d’entre elles, si les deux autres se trouvaient désemparées.
- Les condenseurs réunis donnent une surface de 1000 mètres environ, soit la moitié de la surface de chauffe. Les pompes de circulation sont des pompes centrifuges, ayant chacune leur moteur indépendant. Cette dernière disposition, qui se retrouve du reste sur un grand nombre de machines marines, présente les avantages suivants : D’abord, on peut maintenir le condensateur froid quand l’appareil est arrêté, lors même que des fuites laissent arriver de la vapeur dans le condenseur. La machine est ainsi toujours prête à partir sans la moindre hésitation. En outre, on est maître en marche de faire varier, comme il convient, la quantité d’eau de circulation, en tenant compte de sa température et de l’allure de la machine principale, de manière à condenser à une température qui ne Soit ni trop basse ni trop élevée.
- Nous avons dit, en commençant, ce qui concerne l’appareil proprement dit, que les trois machines agissaient sur un même arbre par l’intermédiaire de trois manivelles conjuguées à 120°. Cet arbre est formé de trois tronçons identiques, portant chacun un coude, et deux plateaux pour les jonctions. Le diamètre, qu’on a fixé à 60 centimètres, est un peu fort eu égard aux règles ordinairement suivies en Angleterre; mais cette exagération aura l’avantage, sinon d’éviter absolument les remplacements, du
- moins de les éloigner, ce qui a son avantage, car ces remplacements constituent une opération longue et coûteuse, lorsqu’il s'agit de machines aussi puissantes.
- Les arbres à coudes de La Normandie ont été fabriqués par les Forges de la Mersey. Chacun d’eux, tout ajusté, pèse environ 14000 kilos, soit 42000 kilos pour l'arbre coudé tout entier. La ligne d’arbre a 57 centimètres et l’arbre porte-hélice 60 centimètres. L’hélice est construite d’assemblage. Le moyeu en acier sort des ateliers de MM. Vickers de Sheflîeld; il pèse, tout terminé, 6000 kilos. Les quatre ailes sont en bronze manganésique et pèsent ensemble à peu près 12000 kilos. Le diamètre de ce propulseur se trouvait limité par le tirant d’eau dont on dispose; il atteint 6m,70. Le pas est constant, et de 9IU,45. La fraction de pas totale varie de 0m,15 à l’extrémité des ailes à 0,u,44 près du moyeu.
- La poussée de l’hélice est transmise au navire par l’intermédiaire d’un palier de butée, situé à l’entrée du tunnel, à l’arrière de la machine. Il est on ne peut plus important que cette pièce, qui est soumise à une pression et à un frottement considérables, ne s’échauffe pas, et puisse être maintenue en bon état et réparée facilement. Ce résultat est obtenu d’une manière très satisfaisante au moyen du palier qui a été adopté pour La Normandie.
- La poussée s'exerce sur dix demi-colliers en fonte garnis d'antifriction, ayant la forme d’un fer à cheval. Ces colliers s’introduisent par en-dessus du palier, entre les collets de l’arbre, et leur position se règle au moyen d’écrous et contre-écrous qui se meuvent sur deux grandes tiges fixées à tribord et bâbord du palier. Les parties inférieures des collets plongent librement dans le liquide lubréfiant.
- Lorsqu’un collier vient à chauffer, on peut l’enlever et le remplacer, même en marche, sans toucher aux autres.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Les Récréations scientifiques ou VEnseignement par les jeux : la Physique sans appareils, la Chimie sans laboratoire, la Maison d’un amateur de sciences, etc., par Gaston Tissandier, 3s édition entièrement refondue, avec 220 gravures dans le texte. — Paris, G. Masson.
- Nous sommes heureux d’apprendre à nos lecteurs que cet ouvrage, auquel ils ont fait un accueil si sympathique, a été couronné par l’Académie française, pour le concours de l’année 1883.
- Cette belle récompense décernée au livre, peut être considérée comme s’adressant aussi au journal La Nature qui en a été l’origine. C’est un encouragement précieux qui nous excitera à faire tous nos efforts, pour persévérer dans la voie que nous nous sommes tracé en fondant, il y a dix ans une publication dont le succès va chaque jour en croissant.
- Nous nous réservons de nous entretenir plus longuement à ce sujet avec nos lecteurs, au moment où aura lieu la séance annuelle de l’Académie française. G. T.
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- Paris-illustré. Publication mensuelle avec gravures en couleurs. Directeur artistique F. G. Dumas. — Graveur Ch. Gili.ot.— L. Baschet librairie-éditeur. — A. Lahure imprimeur-éditeur.
- Les progrès typographiques obtenus par les presses 'a deux couleurs dont nous avons publié précédemment la descriptionont permis de changer l’aspect des livres de luxe en donnant h la gravure typographique ce qui lui manquait jusqu’ici, c’est-à-dire la couleur.
- •Notre imprimeur M. A. Lahure, qui un des premiers, a installé dans ses ateliers plusieurs presses à deux couleurs de M. Alauzet, a déjà utilisé ce matériel à la publication d’ouvrages à gravures colorées. C’est aujourd’hui un journal illustré de grand luxe et de bon marché tout à la fois qu’il offre au public. Paris-illustré est de format in-folio; les trois premières livraisons que nous avons reçues constituent des œuvres d’art dans toute l’acception du mot. La 3e livraison qui vient de paraître est entièrement consacrée à l’Exposition d'Amsterdam; elle comprend de grandes gravures en couleur du plus bel aspect. La première livraison représentait les plus remarquables spécimens du Salon de peinture, la seconde se rapportait aux villes d’eau. C’est ainsi que Paris illustré traitera de tous les sujets, avec le concours des meilleurs écrivains et des artistes les plus habiles. Cette publication éminemment originale est appelée, croyons-nous, à un grand succès et sera appréciée par tous les amateurs de publications artistiques et par tous les bibliophiles.
- Lettres d'un voyageur dans l'Inde, par Ernest Hæckel, professeur de zoologie à l’Uni\ersité d’Iéna, traduit de l’allemand par le Dr Ch. Letourneau. 1 vol. in-8° — Paris, C. Reinwald, 1885.
- Ce livre est le récit pittoresque et coloré d’un séjour de quelques mois dans l’île de Ceylan, vrai paradis terrestre pour ufti naturaliste. Mais M. Hæckel n’est pas seulement un savant; il a su sentir et peindre les féeriques beautés de la nature tropicale, et en même temps retracer des scènes de mœurs prises sur le vif. Sa relation nous fait réellement vivre avec les intéressants Cinghalais de Ceylan, dont par un heureux hasard le Jardin d’Accli-matation, comme le lecteur vient de le voir plus haut (p. 13!), nous exhibe en ce moment de curieux échantillons, vivantes illustrations du livre de Hæckel.
- La photographie pour tous. Traité élémentaire de nouveaux procédés, par Ch. Derosne. 1 vol. in-8° orné d’une photographie. —Paris, Gauthier-Villars. 1885.
- La lumière électrique appliquée aux recherches du micrographe, par le Dr Henri Van IIeurck, directeur du Jardin botanique d’Anvers, une broch. in-8°. — Anvers, librairie Max Rueff, rue des Tanneurs, 1883.
- Annuaire de l'Électricité pour 1883, première année 1883, par À. Révérend, avec une notice de M. du Moncel. 1 vol. in-8°, contenant les adresses des électriciens, des fabricants, etc. En vente chez le directeur de Y Annuaire, 28, rue Chaptal, Paris.
- Les vacances d'un médecin, par le Dr Guibout, 5* série 1882, 1 vol. in— 18. — Paris, G. Masson, 1883.
- Traité de la floraison du lis blanc dans ses rapports avec la maturité du raisin, par l’abbé Favk, une broch. in-8° — Agen, imprimerie Vve Lamy, 1882.
- Du droit de juveignerie (Borough-English) et de son origine probable, par le baron Ernouf, une broch. in-8°. — Paris. Pedone-Lauriel, 1885.
- L’auteur démontre que ce droit de juveignerie ou privilège du puyné est un des plus anciens vestiges de civilisation; il remonte à l’àge de bronze, pour le moins.
- L'industrie de l'éclairage électrique, par Ph. Delà hâve, une broch. in-8°. — Paris, imprimerie de la Société des publications périodiques, 1883.
- L'éclairage électrique et l’électricité dans la vie domestique, par II. de Graffigny, une broch. in-8°. — Paris, Auguste Ghio, 1883.
- Histoire d'un village, par le Dr Muston. 3 vol. in-8°. — Montbéliard, imprimerie Barbier frères, 1882.
- CORRESPONDANCE
- AQUARIUM-VOLIÈRE.
- Verdun, le 12 juillet 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Perinettez-moi de vous faire observer à propos de l’aquarium-volière publié dans La Nature du 16 juin (n° 524, p. 418) qu’il existe de ces appareils encore plus mystérieux, attendu que la surface de l’eau de l’aquarium est apparente et que les oiseaux paraissent voler et se
- Aquarium-volière
- mouvoir complètement dans un liquide. Dans ce cas le vase affecte la forme du croquis, c’est celle de l’aquarium bocal ordinaire et la jardinière est au pied.
- Un ballon renversé à large encolure est logé à l’intérieur de l’aquarium et un goulot; suffisant pour le passage de l’air et des oiseaux est dissimulé dans le pied de l’appareil, par les fleurs de la jardinière et par une base opaque qui paraît porter le globe de l’aquarium.
- Quand le verre et l’eau sont bien transparents, on n’aperçoit en aucune façon le ballon-cage et l’illusion est complète.
- Veuillez agréer, etc.
- P. Chenevrier,
- Architecte de la ville de Verdun
- Voy. n° 390, du Ie’ janvier 1881, p. 72.
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- LA NATURE
- LA SCIENCE DANS L’ANTIQUITÉ1
- LA MACHINE PNEUMATIQUE ET LA FONTAINE * DE COMPRESSION.
- Le plus ancien de ces instruments est certainement la seringue. Les Égyptiens s’en servaient, dit Hérodote (II, 87), dans l’embaumement des gens du commun, pour remplir le ventre avec des injections d’huile de cèdre, faites par l’anus, sans l’ouvrir et sans extraire les intestins. Les lavements faisaient du reste partie du traitement médical alors en usage’2.
- Héron décrit dans ses Pneumatiques, un instrument de cette espèce, appelé Pyulgue et destiné à aspirer le pus des blessures \
- L’appareil suivant, également décrit par Héron, est le premier pas tenté vers la machine pneumatique proprement dite.
- v Construction d'une ventouse qui aspire sans le secours du feu.
- Soit ABr (fig. 1) une ventouse pareille à celle qu’on applique d’ordinaire sur la peau et divisée par une cloison AE.
- A travers le fond, que l’on fasse passer deux tubes glissant à frottement l’un dans l’autre,
- ZH étant le tube extérieur et ©K l’intérieur ; dans ces deux tubes, mais en dehors de la ventouse, on perce deux trous AM qui se correspondent ; les extrémités des deux tubes situées en dedans de la ventouse doivent être ouvertes et l’extrémité extérieure de ©K doit être fermée et munie d’une poignée. Au-dessous de la cloisson AE on place un autre robinet NS semblable à celui qui vient d’être décrit sauf que les trous correspondant doivent être dans la ventouse et être eux-mêmes en communication avec un trou percé dans la cloison AE.
- « Tout étant ainsi établi, on tourne les poignées des robinets de telle sorte que les trous de celui qui est au fond de la ventouse se trouvent en ligne, tandis que le robinet qui est au-dessous de la cloison reste fermé, parce que les siens ne se correspondent point. La chambre AE étant pleine d’air, si nous collons la bouche contre les orifices AM et aspirons une partie de cet air; faisons ensuite tourner la poignée du robinet sans éloigner la bouche du tube,
- 1 Voy. n°258, du 14 juillet 1883, p. 104.
- * Diod. de Sic. — 2* part., 1. 1, ch. 82.
- 5 Appareil XLYIII de ma traduction ( La Science des phiï. — Masson, 1882).
- nous pourrons ainsi maitenir la raréfaction de l’air dans la chambre FA. Plus souvent nous recommencerons cette opération, plus nous enlèverons d’air. Appliquons maintenant la ventouse sur la peau à la manière ordinaire et ouvrons le robinet NS en tournant la poignée ; une partie de l’air contenu dans AAE passera dans TA et alors on verra attirer dans l’espace où l’air se trouvera raréfié, la peau ainsi que les matières sous-jacentes qui passeront par les interstices de la peau que nous appelons les espaces inexplorés1. »
- Quant à la fontaine de compression elle était arrivée à la perfection dès l’époque Alexandrine. La description suivante est empruntée à ce même livre des Pneumatiques :
- « Construire une sphère creuse ou tout autre vase dans lequel, si l'on verse un liquide, on puisse le faire s'élever spontanément avec une grande force de manière à vider le vase quoique un tel mouvement soit contraire à la nature.
- « La construction se fait ainsi :
- « Soit une sphère de la contenance d’environ 6 cotvles ( 1 litre 1 /2) (fig. 2) dont les parois sont faites avec un métal assez résistant pour supporter la pression de l’air qu’on va produire. Plaçons cette sphère AB sur une base quelconque r; à travers une ouverture percée à sa partie supérieure, on introduit un tube qui descend jusqu’à la partie de la sphère diamétralement opposée au trou, en y laissant toutefois un espace suffisant pour le passage de l’eau. Ce tube fera une légère saillie au-dessus de la sphère à l’ouverture de laquelle il est soudé et il se divisera en deux branches H et Z auxquelles sont fixés deux tubes recourbés H@KA et ZMNE qui communiquent intérieurement avec H et Z. Enfin, dans ces tubes H©KA et ZMNE et en communication avec eux doit être adapté un autre tube IIO duquel sort à angle droit un tube mince PS communiquant avec lui et terminé en 2 par un petit orifice. Si, prenant à la main le tube PS, nous faisons tourner sur lui-même le tube rio, les deux trous qui se correspondaient ne pourront plus établir la commu-
- 1 Platon, dans le Timée, donne la théorie des ventouses « Quand une ventouse, dit-il, est appliquée sur la chair, l’air échauffé qui, rendu assez subtil pour traverser les pores de l’instrument, s’échappe à l’intérieur, comprime l’air ambiant, (jui comprime à son tour la surface du corps humain et pousse ainsi les humeurs sous la ventouse. »
- Fig-, 1. — Ventouse de Héron.
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- LA N AT U HL.
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- nication, et le liquide qui s’élèvera ne trouvera plus d’issue. Alors, à travers une autre ouverture dans la sphère, on insère nn autre tube TY<t>, dont l’orifice inférieur 1> est fermé, mais qui a sur le côté, vers le fond, en X, un trou rond auquel est adaptée une petite soupape, du genre de celles que les Romains appellent assarium et dont nous exposerons plus loin la construction.
- « Dans le tube Y4>T on insère à frottement un autre tube (massif) Yft.
- « Retirons maintenant le tube <ï>£ï, et versons un liquide dans le tube Y<i*T , ce liquide entrera dans la cavité de la sphère par le trou X, la soupape s’ouvrant à l’intérieur, et l’air s’échappera par les trous du tube on dont nous avons déjà parlé et qu’on a disposés de manière à communiquer avec les tubes H0KA et' ZMNS. Une fois la sphère à demi pleine de liquide, on incline le petit tube PE de manière à supprimer la communication entre les trous correspondants, alors on enfonce le tube Tli et on chasse dans l’intérieur de la sphère Rair et le liquide contenus dans TY<l>, ce qui nécessite une certaine force, car la sphère est elle-même pleine de liquide et d’air; cette introduction est rendue possible par la compression de l’air qui se resserre dans les espaces vides qu’il contient en lui-même. Retirons encore le tube Til de manière à remplir d’air le tube TY0 ; enfonçons de nouveau le tube Y<ï> et poussons cet air dans la sphère.
- En répétant cette opération
- plusieurs fois de suite nous finirons par avoir dans la sphère une grande quantité d’air comprimé. Il est clair, en effet, que l’air introduit de force ne peut pas s’échapper quand la tige du piston est relevée puisque la soupape, pressée par l’air intérieur, reste fermée. Si alors, replaçant le tube PE dans la position verticale, nous rétablissons la communication entre les ouvertures correspondantes, le liquide sera chassé à l’extérieur par l’air comprimé qui reviendra au volume qui lui est propre et qui pressera le liquide placé au-dessous de lui. Si la quantité d’air comprimé est considérable, il y aura expulsion non seulement de tout liquide, mais encore de l’air en excès.
- « Voici maintenant la construction de la soupape dont j’ai parlé (fig. 1 bis et 1 ter) :
- « Prenez deux plaques d’airain de forme carrée avant environ un doigt (0m,027) de côté et épaisse comme une règle de charpentier; ces deux plaques, accolées suivant leurs faces, sont usées l’une contre l’autre à l’émeri, c’est-à-dire polies de telle manière que ni air ni liquide ne puisse passer entre elles. Au milieu de l’une de ces plaques, on perce un trou circulaire d’environ un tiers de doigt (0,01) de diamètre. Alors adaptant les deux plaques suivant l’une des arêtes, on les réunit entre elles par des charnières, de telle sorte que les surfaces polies coïncident l’une avec l’autre. Quand on doit se servir de cette soupape, on adapte la plaque percée sur l’ouverture destinée à l’introduction de l’air ou du liquide que l’on veut comprimer, la pression fait ouvrir la plaque pleine qui se meut très facilement autour de sa charnière et laisse entrer soit l’air soit le liquide dans le vase étanche où il se trouve ensuite enfermé et où il repousse la plaque pleine, fermant ainsi le trou par lequel l’air est entré. »
- A. de Rochas.
- Iftôlîi
- Fii. — jlacahie de compression.
- CHRONIQUE
- Un nouveau navire cuirassé français. — Le
- cuirassé VAmiral-Baudin a été mis à l’eau dans le port de Brest le 5 juin dernier. Ce navire construit sur les mêmes plans que Le Formidable, qui est sur chantier à Lorient, mesure 104®, 40 en longueur, sur 21”,35 de large. Les hélices sont actionnées par deux machines d’une force de 8520 chevaux. La flottaison de U Amiral-Baudin est abritée par un blindage en acier, dont l’épaisseur varie de 35 à 55 centimètres. Le cuirassement total s’élèvera au poids énorme de 3 950 000 kilogrammes. U Amiral-Baudin sera formidablement armé; il portera un canon de 75 tonnes en acier dans chacune de ses trois tourelles, douze canons de 14 centimètres en bâteries et autant de canons-revolvers qu’on pourra en mettre; deux d’entre eux seront placés au sommet du màt de signaux; ces canons-revolvers sont, dit-on, d’excellentes armes pour repousser les attaques des bateaux-torpilleurs. Ce cuirassé ne sera pas disponible avant deux ans ; il va entrer dans la période d’achèvement à flot, qui précède l’armement pour essais ; quand ceux-ci seront terminés, le bâtiment pourra prendre rang dans notre flotte de combat. Il aura alors coûte près de 15 millions; la coque et les machines sont estimées à 13 millions; le matériel et l’artillerie à 2 millions.
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- LA NATURE.
- Le tramway électrique de Caen. — Lors de l’ouverture de l’Exposition de Caen vers la tin du mois de juin, le premier train du chemin de fer électrique établi par M. C. Dupuv, est parti de la station de la rue du Pont-Saint-Jacques, devant le cortège officiel qui assistait à l’inauguration. Ce premier train a parcouru la distance de la station à l’Exposition (environ 450 mètres) en 42 secondes. Comme on le voit, c’est une vitesse relativement considérable, et qui pourrait même être dépassée de beaucoup, si on ne craignait pas des accidents, à cause de la circulation du public au milieu des rues que traverse le tramway. Cependant, il est à remarquer que ces accidents, à la vitesse normale, ne sont nullement à craindre, à cause de la facilité avec laquelle le conducteur arrête sa machine, comme chacun a pu le voir dans les différents essais exécutés jusqu’à ce jour. — Mise en marche, changement de vitesse, arrêt presque instantané; tout se produit avec une exactitude remarquable et par la manœuvre d’un simple levier. La locomotive électrique est analogue à celle que nous avons décrite en parlant du premier chemin de fer électrique à accumulateurs (n° 466 du 6 mai 1882, p. 359). Elle se compose d’une sorte de wagon roulant, contenant une machine dynamo-électrique, actionnant par une chaîne Galle, et des engrenages convenablement disposés, un des essieux du véhicule. — La force motrice est fournie par 84 accumulateurs placés latéralement dans les caisses de la machine. Ces accumulateurs sont capables de donner un courant électrique très énergique (110 volts environ), pendant plusieurs heures. Poulies charger, il suffit de les mettre en relation par deux fils de cuivre rouge avec une source électrique quelconque, telle que celle produite par la machine Edison placée à l’intérieur de l’Exposition, et destinée à l’éclairage de ce bâtiment.
- Photographies & la lueur de la lune. — Nous avons signalé de curieuses photographies qui nous ont été envoyées et qui ont été faites à la lueur des éclairs pendant un orage nocturne (n° 528 du 14 juillet 1885. p. 98). Nous en recevons d’autres aujourd’hui qui ont été obtenues au clair de lune, elles ont été faites à Lyon, par M. Louis Dor, fils du Dr 11. Uor. Elles représentent très nettement les ponts du Rhône, à Lyon, et la lueur des becs de gaz se retlète dans les eaux du fleuve avec une intensité d’éclat remarquable. M. Louis Dor s’est servi des nouvelles plaques très sensibles pour lesquelles M. Lumière vient de prendre un brevet. La première a posé vingt-cinq minutes, la seconde une heure.
- Lancement des torpilles par la vapeur. —
- Des expériences intéressantes viennent d’être faites à Londres sur un torpilleur de 2* classe, récemment construit par MM. Yarrow et C* pour le compte du gouvernement anglais. Ces expériences avaient pour but d’essayer un nouveau système de lancement des torpilles par la vapeur.
- L’appareil corisiste en deux guides plans inclinés sous un angle de 5 degrés, placés à l’avant du bateau et disposés de façon à pouvoir porter une torpille Whitehead. A la partie postérieure de ces guides sont deux longs cylindres à vapeur en acier, avant 0“*,150 de diamètre, 2“,15 de course et contenant chacun un piston dont la tige vient agir à l'arriéré de la torpille. Aussitôt que la vapeur est admise dans ces cylindres, la torpille est chassée avec une vitesse estimée à environ 45 milles à l’heure. 11 en résulte que si l’impulsion est donnée à la torpille pendant que le navire fait 20 milles à l’heure, la vitesse totale de
- cette torpille, au moment où elle tombe à l’eau est de 35 milles à l’heure.
- Cet appareil est très simple et entièrement sous le contrôle du timonier qui est chargé de sa manœuvre.
- La marine chinoise. — On termine en ce moment à Stettin (Allemagne) la corvette cuirassée Ting-Yuen. Ce bâtiment, dont l’achèvement est poussé aussi activement que possible, a atteint aux essais la vitesse maximum de 15 nœuds 1/3 à l’heure. Aussitôt qu’il aura reçu sou armement de canons Krupp à Kiel, il partira pour Schang-IIaï. Les quatre torpilleurs récemment construits à Stettin pour le gouvernement chinois seront arrimés sur la corvette et partiront avec elle. Les deux plus grands de ces torpilleurs font 20 nœuds à l’heure, et les deux autres 15 nœuds. Les deux plus forts bâtiments de la marine chinoise sont Yang-Quai et le Tchao-Yeng, construits en acier et armés chacun de deux canons Armstrong et de six mitrailleuses. Viennent ensuite huit canonnières semblables, construites, comme les vaisseaux précédents, en Angleterre, et portant les noms des huit premières lettres de l’alphabet grec; elles portent chacune un seul canon et font à l’heure de 8 à 9 nœuds. Le reste de la marine chinoise se compose de deux autres canonnières, deux croiseurs en bois, six frégates en bois, treize transports à vapeur, six porteurs de dépêches et trois torpilleurs. Leur armement consiste en canons Armstrong, Krupp et Vavas-seur.
- Carillon magnétique. — Pendant la lecture de sou important mémoire sur la « Cause du Magnétisme », à une récente séance de la Société des Ingénieurs télégraphistes, le professeur Hughes a montré l’effet de la torsion sur les changements de magnétisme d’un fil de fer traversé par un courant, au moyen d’un petit dispositif ingénieux qui mérite quelque remarque. 11 consiste en une aiguille aimantée suspendue dont les pôles sont eu face de deux verres à boire donnant, par le choc, des sons differents. En avant de l’aiguille est tendu un fil de fer traversé par un courant d’electricité et en le tordant à droite ou à gauche, suivant le cas, l’aiguille oscille d’une façon correspondante et frappe tantôt un des verres, tantôt l’autre, en émettant ainsi les sons d’un carillon de deux notes. (Engineering).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 juillet 1883. — Présidence de M- Blanchard
- La statue de Nicolas Leblanc. — Le Conseil municipal d’issoudun ayant pensé à dresser une statue à Nicolas Leblanc, inventeur de la soude artificielle, un comité s’est formé pour étudier ce pro et et M. Dumas dans une improvisation éloquente et chaleureuse a tenu l’Académie au courant de ses délibérations. Il y a un siècle que l’ancienne Académie fonda un prix de 12 000 francs pour celui qui retirerait la soude du sel marin. La France, privée de ses relations ordinaires avec Malaga et Alicante où l’on fabriquait la soude de varech, avait les plus grandes difficultés pour se procurer l’alcali réclamé par ses fabriques. Les événements politiques ne permirent pas à la savante Compagnie d’assister elle-même à la solution du problème qu’elle avait si magistralement posé. Mais, dès 1790, Nicolas Leblanc fournissait en abondance la soude factice au commerce.
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- LA NATURE.
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- J1 transformait, comme on sait, le sel marin en sulfate à l’aide de l’acide sulfurique et le sulfate calciné avec le charbon et la craie donnait le carbonate désiré. Ce résultat, qu’on peut exprimer en si peu de mots, a eu des conséquences si considérables, qu’en les examinant on se demande si Leblanc n’a pas procuré aux industries chimiques un service égal à celui que Watt a rendu aux industries mécaniques : on ne peut dire lequel des deux a fait le plus pour assurer le bonheur de l'espèce humaine.
- Nous consommons par an de 700 à 800 millions de carbonate de soude qui sont utilisés à la fabrication des savons, à celle du verre, des glaces, du papier, au blanchiment des tissus, au dégraissage des laines.
- Mais les conséquences de la decouverte de Leblanc sont bien plus étendues encore. Pour transformer le sel marin en sulfate il faut de l’acide sulfurique et il a fallu fabriquer celui-ci sur une telle échelle qu’il y a quarante-cinq ans déjà, M. Dumas visitait, en Angleterre, une fabrique possédant quarante-sept chambres de plomb de la dimension de la salle de l’Institut. Depuis lors la production a considérablement augmentée. Aussi le prix de cet acide est devenu si minime qu’un quintal se paye ce que valait une livre il y a un siècle et demi ; maintenant il est bien peu d’industries qui puissent s’en passer.
- La production de l’acide sulfurique suppose celles de l’acide chlorhydrique et du chlorure de chaux. Celui-ci a reçu des applications capitales dans le blanchiment des tissus végétaux et il en est résulté uhe véritable révolution sociale dont les effets atteignent presque l’universalité des habitants' du globe.
- L’industrie de Leblanc a donc ouvert, dans toutes les directions, des horizons nouveaux et toute l'industrie des produits chimiques, si gigantesque aujourd’hui, en dérive naturellement.
- Un point sur lequel M. Dumas a insisté fortement est l'effet bien imprévu de la concurrence ouverte entre les fabricants de soude. Dès le début ils baissèrent tellement leurs prix que la soude elle-même ne rapportait rien : on se rattrapait sur le chlorure de chaux, produit accessoire, mais qui fournissait des bénéfices, et sur l’acide chlorhydrique. Progressivement ceux-ci baissèrent et ne procurèrent plus de profit. On s’avisa alors que du soufre restait incorporé avec la chaux et qu’il était perdu. En le régénérant pour le faire servir deux ou même trois fois, on diminua les frais et c’est le soufre qui faisait vivre la fabrique. Cela, toutefois, ne dura pas longtemps, tous les concurrents régénérèrent leur soufre, celui-ci ne donna plus de bénéfice. On pensa alors au chlorure de manganèse résultant de la fabrication du chlore et on le régénéra.
- C’est là qu’on en est aujourd’hui et on fabrique la soude sans rien gagner.
- On s’imagine que pour fabriquer l’acide sulfurique on peut employer les pyrites et que si on s’adresse aux pyrites de cuivre on en retire un métal de grande valeur, si bien que fabriquant la soude ce n’est pas la soude qui rapporte, ce n’est pas le chlorure de chaux, ni l’acide chlorhydrique, ni le soufre régénéré, ni le manganèse, mais le cuivre.
- Mais tout n’est pas dit dans cette voie. On arrive à utiliser si bien la houille employée à chauffer .au rouge le mélangé qui donne la soude et à recueillir les produits qui en résultent, que le combustible ne coûte absolument rien.
- De sorte, a dit l’illustre Secrétaire perpétuel, que si on reprenait ces faits depuis le commencement du siècle, pour en faire l’histoire pas à pas, on raconterait l’histoire
- la plus intéressante de la marche de l’esprit humain à la recherche de solutions humanitaires. En Angleterre, il y a quarante ans, la mémoire de Leblanc était l’ob et d’un véritable culte : toute fabrique avait son petit monument commémoratif, et pourquoi faut-il ajouter qu’il n’en est de même nulle part en France.
- C’est donc avec empressement qu’il faut se rallier à l’initiative de la ville d’Issoudun. Mais on peut à cet égard signaler une coïncidence singulière. Quand on gravit le roc qui domine Avignon on trouve tout en haut une statue élevée à la mémoire de Jean Allhen, l’introducteur de la garance en France. A son pied poussent trois ou quatre pieds de la célèbre rubiacée. Or, il se trouve que la reconnaissance des Avignonnais pour le bienfaiteur de leur commerce a été si lente, qu’elle est arrivé à s’exprimer avec le jour où la culture de la garance était ruinée de fait, par les progrès de la chimie, et où l’alizarine artificielle se faisait place dans toutes les teintureries !
- Va-t-il en être de mémo avec Leblanc? Chaque jour son procédé est attaqué et la soude à l’ammoniaque dont la production a pour base les travaux de MM. Holland et Schlœsing, s’y substitue de tous côtés. La nouvelle méthode ne donne pas les produits secondaires qui viennent d’être énumérés, mais l’industrie chimique est désormais fondée.
- En tous cas on voit qu’il faut saisir le moment sans tarder, pour élever le monument projeté et ne pas attendre que la mémoire de Leblanc ne vive plus dans notre pays, pour honorer un homme de bien qui fut très malheureux et qui procura à l’humanité l’un des plus signalés services que les sciences lui aient jamais rendus.
- Per urbations solaires. — M. Thollon signale l’apparition le 22 juillet d’un nombre extraordinaire de taches à la surface du soleil. Elles constituent dans l’hémisphère sud une chaîne très régulière de taches très noires équidistantes, dont le diamètre moyen était de 18 000 kilomètres, c’est-à-dire une fois et demie le diamètre de la Terre : avec elle, et entre elles, se trouvaient beaucoup de taches plus petites. Vers l’est on voyait un groupe de petites taches en nombre si grand qu’il fut impossible de les compter. Le déplacement de la raie C atteignit xrers 5b,20 du côté du violet une intensité correspondante à la vitesse de 500 kilomètres par seconde. A 7h,23 du matin on avait vu les raies métalliques se renverser et devenir très brillantes. La raie D rappelait le sodium placé dans l’arc voltaïque.
- Origine de l'azote combiné de sol arable. — Pour déterminer l’origine de l’ammoniaque et de l’acide azotique renfermés dans la terre végétale, MM, Muntz et Aubin voudraient qu’un certain nombre d’opérateurs recueillissent de la pluie dans des conditions diverses et bien déterminées. Ils évaporeraient 5 ou ti litres au volume de 30 ou 40 centimètres cubes et y ajouteraient de l’alcool pour préserver la décomposition. Dans ces conditions le liquide peut se conserver sans altération jusqu’au moment des dosages.
- A cette occasion, les auteurs émettent quant à l’origine de l’azote combiné des sols vierges tels qu’il en existe en Allemagne ou en Russie, des vues que tout le monde certainement n’acceptera pas sans discussion. Cette matière constitutive de terrains si récents,'résulterait des reactions primordiales auxquelles Elie de Beaumont donnait le nom de scorification générale de la terre, et qui consistent dans l’oxydation des métaux maintenant incorporés dans les roches. MM. Muntz et Aubin se fondent sur la production
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- LÀ NATURE.
- d’acide azotique au moment de la combustion dans l’air I de l’hydrogène, du magnésium et d’autres corps simples.
- Étude des oscillations du sol. — Déjà en 1867, Delau-nay avait fait établir à l’Observatoire un appareil destiné à révéler les moindres oscillations du sol. C’était un fil à plomb de 27 mètres logé dans un puits et dont les déplacements se communiquaient a un miroir placé au fond. Mais l’instrument ne put rien donner à cause des torsions que déterminaient les variations de température. M. Wolff met aujourd’hui sous les yeux de J’Académie un appareil destiné au même but et où cette influence est éliminée. Il est destiné à fonctionner dans le sens horizontal dans une galerie de 30 mètres de longueur creusée à 27 mètres sous la surface du sol et repose sur l’étude des déplacements
- relatif de deux images des mêmes points réfléchis, l’un par un miroir fixe, l’autre par un bain de mercure.
- Varia. — M. Ducretet soumet une boussole des tangentes où l’aiguille immergée complètement dans un liquide, est remarquablement sensible et n’oscille pas avant de s’arrêter à ses diverses positions d’équilibre. — La représentation des lois du choc longitudinal occupe MM. de Saint-Venant et Flamand. — Délégué par l’Académie pour étudier la vigne, M. Delafilts s’est occupé des effets produits par l’inoculation dans le sarment de divers liquides vénéneux. — M. Tresca poursuit ses études sur le forgeage et se préoccupe de la distribution de la température dans les barres métalliques soumises aux actions mécaniques.
- Stanislas Meunier.
- liu champ d’Ananas, près de .Nassau, îles Bahamas. (D’après une photographie.)
- CULTURE DES ANANAS
- AUX ILES BAHAMAS
- L’Ananas est une des plus importantes productions végétales des Bahamas : s’en produit dans ces régions, des quantités considérables qui sont principalement expédiées sur le marché de Londres.
- Il n’y a guère plus d’un siècle que l’on cultive les Ananas dans les serres en Europe; et c’est Le Court à Leyde qui s’est, le premier, livré à cette culture.
- Les Ananas forment un G. de Broméliacées qui a pour type le Bromelia Ananas. On connaît un petit nombre d’espèces que l’on croit toutes originaires
- des régions chaudes de l’Amérique. La plus importante est l’Ananas vulgaire (A. vulgaris, Lindl),dont le fruit contient la matière suave et savoureuse qui le fait rechercher comme un mets délicat. L’Ananas, probablement originaire des Antilles, est actuellement cultivé dans toutes les régions chaudes du globe où l’on fait usage de ses fruits; mais les champs de Bahamas sont particulièrement célèbres. Notre gravure a été exécutée d’après une photographie faite dans le champ d’Ananas de M. Johnson près de Nassau.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahuro, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N“ 534. — 4 AOUT 1883.
- LA NATURE.
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- L’OBSERVATOIRE
- DU BUREAU INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES
- Par suite d’une convention internationale, du 20 mai 1875, il a été créé à Paris un Bureau international des poids et mesures, dans le but d’assurer Y internationalité du système métrique, et de s’occuper en outre :
- 1° De toutes les comparaisons et vérifications des nouveaux prototypes du mètre et du kilogramme ;
- 2° De la conservation des prototypes internationaux ;
- 5° Des comparaisons périodiques des étalons nationaux avec les prototypes internationaux et avec leurs témoins, ainsi que de celles des thermomètres étalons ;
- 4° De la comparaison des nouveaux prototypes avec les étalons fondamentaux des poids et mesures non métriques employés dans les différents pays et dans les sciences;
- 5° De l’étalonnage et de la comparaison des règles géodésiques ;
- 6° De la comparaison des étalons et échelles de
- précision dont la vérification serait demandée soit par les Gouvernements, soit par des Sociétés savantes, soit même par des artistes et des savants.
- Un Comité international des poids et mesures, composé de quatorze membres, physiciens, mathématiciens, géodésiens, astronomes, appartenant tous à des nationalités différentes, a été chargé de la haute direction du Bureau. Ce comité a pour président le général Ibanez, directeur général de l’Institut géographique et statistique d’Espagne, et pour secrétaire le Dr Hirsch, directeur de l’Observatoire de Neuchâtel. Il se réunit en session, une fois par an, à Paris.
- Vingt États (vingt-deux si l’on compte séparément l’Autriche et la Hongrie, la Suède et la Norwège) s’étaient fait représenter à la Conférence diplomatique préliminaire de 1875. Dix-sept (ou dix-neuf) 44° îuoée. — 2e semis'w.
- d’entre eux ont signé la Convention internationale qui en a été la conséquence. Un seul de ces Etats ne l’ayant pas ratifiée, les frais de fondation et d’entretien du Bureau international des poids et mesures ont été supportés par les seize (ou dix-huit) États suivants : 1° Allemagne, 2° Autriche-Hongrie, 3° Belgique, 4° Confédération Argentine, 5° Danemark, 6° Espagne, 7° États-Unis d’Amérique, 8° France-, 9° Italie, 10° Pérou, 11° Portugal, 12° Russie, 13° Suède-Norwège, 14° Suisse, 15° Turquie, 16° Vénézuéla. Ce qui représente environ 351 millions d’habitants ayant déjà contribué pour plus d’un million à la fondation du Bureau international. Depuis lors, le gouvernement de Serbie a adhéré à la Convention.
- La France a concédé le terrain occupé jadis dans
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- LA NATURE.
- le parc de Saint-Cloud par le pavillon de Breteuil, pour qu’on pût élever les constructions nécessaires à l’Observatoire du Bureau international des poids et mesures, sans avoir à redouter les agitations et les trépidations du sol que le mouvement des voitures et le fonctionnement des machines auraient pu occasionner au sein d’une grande ville.
- Nous avons visité récemment ce nouvel établissement, qui est une des plus remarquables installations scientifiques modernes, et nous allons en don- | ner la description.
- L’Observatoire du bureau international est précédé d’un avant-corps, dans lequel se trouvent les laboratoires de manipulations. En arrière sont les grandes salles dans lesquelles sont répartis les divers instruments de précision employés aux travaux mé-trologiques. Ces salles ont des murs très épais; elles reçoivent la lumière par des lanternes supérieures, disposées de manière à ne pas laisser pénétrer les rayons du soleil ; elles sont entourées par un couloir qui les isole de l’extérieur. Ces dispositions ont pour objet de garantir autant que possible la constance presque parfaite de la température, qui est une condition de succès pour certaines opérations.
- Les travaux du bureau se divisent naturellement en deux sections : les uns se rapportent aux étalons de longueur, les autres aux étalons de masse ou poids. Les premiers comprennent principalement l’établissement des équations des divers étalons, c'est-à-dire de leurs longueurs par rapport au prototype qui est le point de départ universel, la mesure de leurs dilatations, l'étude de leurs subdivisions ou de leurs multiples, et en particulier des grandes règles qui servent aux géodésiens pour la mesure des bases sur le terrain. Bans la section des pesées il y a de même à déterminer les rapports des divers kilogrammes de premier ordre au kilogramme prototype, à faire des étalonnages de leurs subdivisions, à mesurer des poids spécifiques, etc. Ces divers travaux sont répartis entre un certain nombre d’observateurs, qui constituent le personnel scientifique du bureau.
- Nous indiquerons rapidement les principaux des instruments appartenant à l’une et à l’autre section. Ces instruments, exécutés par les plus habiles constructeurs de toute l’Europe, réalisent en général les dernières limites de perfection que puisse atteindre l’art de la mécanique de précision.
- Les instruments de la section des longueurs ou des mètres sont appelés des comparateurs. Un comparateur pour des mètres à traits se compose essentiellement de deux microscopes, solidement fixés et immobiles, munis de micromètres, sous lesquels on peut amener successivement, par un mécanisme approprié, les deux règles que l’on veut comparer l’xne à l’autre. Le bureau possède plusieurs de ces instruments, dont chacun a sa destination spéciale et se distingue par conséquent par des particularités de construction caractéristiques.
- Le premier est le comparateur de Brunner, ainsi désigné du nom des habiles artistes de Paris qui
- -l’ont construit; il est destiné aux comparaisons des mètres à traits, dans l’air. Les deux microscopes sont scellés, au moyen de fortes équerres, sur de gros piliers de pierre, monolithes, montés eux-mêmes sur une maçonnerie massive. Les micromètres dont ils sont munis présentent la disposition généralement usitée dans les instruments d’astronomie. Chacun d’eux se compose d’une sorte de petite boite rectangulaire, allongée et aplatie, fixée sur le corps du microscope au-dessous de l’oculaire. Bans cette boîte peut se déplacer de droite à gauche un cadre sur lequel on a tendu deux fils d’araignée parallèles, très fins et très rapprochés, dont l’ensemble constitue le réticule. Le déplacement du cadre est produit très lentement, au moyen d’une vis micrométrique, parfaitement exécutée, qui est entraînée du dehors par un écrou élargi en forme de tambour et divisé sur sa circonférence en cent parties égales. Quand l’observateur fait tourner ce tambour, il entraîne la vis, qui entraîne à son tour le cadre et déplace les fils d’araignée visibles dans le champ du microscope. L’image des traits tracés sur la règle, fournie par l’objectif, vient se faire dans le plan de ces fils. Pointer un trait, c’est faire coïncider le réticule avec l’image de ce trait, c’est-à-dire amener, par le jeu du tambour, les fils dans une position telle que le trait paraisse exactement en leur milieu ; la position occupée par le réticule est alors donnée par la lecture du tambour. Si un deuxième trait vient se présenter sous ce microscope, dans une position différente, il faut, pour le pointer à son tour, déplacer les fils, c’est-à-dire faire tourner le tambour d’un certain nombre de divisions. Connaissant la distance qui correspond à un déplacement d’une division, on peut déduire de cette mesure la distance des deux traits.
- Au-dessous des microscopes est le corps même du comparateur, composé d’abord d’un fort bâti de fonte, extrêmement massif et résistant, et formant par ses bords supérieurs une sorte de chemin de 1er, sur lequel roule un lourd chariot, entraîné à volonté par une manivelle qui commande un système d’engrenages. Sur ce chariot est monté une longue boîte ou cuve métallique, à double paroi, c’est-à-dire formée de deux boîtes enfermées l’une dans l’autre. Cette boite doit recevoir les deux règles à comparer, qui sont placées l’une près de l’autre, dans son axe, sur des supports de forme appropriée. Elle contient les divers mécanismes au moyen desquels l’observateur, tout en ayant l’œil aux microscopes, peut gouverner les règles, les faire monter ou descendre, les mettre au foyer aux deux extrémités, les déplacer longitudinalement ou transversalement suivant les besoins; elle peut recevoir en outre des thermomètres, en nombre suffisant, qui s’observent à l’aide de lunettes spéciales portées par le couvercle qui recouvre le tout et met l’intérieur de l’appareil à l’abri de toute variation rapide de température, L’observateur, par le mouvement du chariot, amène successivement sous les microscopes les deux mètres dont il veut connaître la différence; il pointe sur
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- les Laits de l'un et de l’autre, et cette opération, faite aux deux extrémités, fournit l’équation cherchée entre les deux règles.
- Un deuxième comparateur est celui qui est destiné à la mesure des dilatations; c’est celui qui est représenté dans la figure. Comme dans le précédent, nous y trouvons deux microscopes à micromètres fixes, et un chariot roulant sur un chemin de fer. Seulement, ici, ce chariot porte deux boîtes ou auges distinctes, distantes l’unc de l’autre de 1 mètre environ; les deux règles à comparer sont installées chacune dans une de ces auges ; elles sont donc en quelque sorte indépendantes l’une de l’autre, et peuvent être par conséquent amenées à des températures différentes. Pour mesurer la dilatation d une règle, on la place dans l’une des auges, et on place dans l’autre une autre règle dite de comparaison. Celle-ci est maintenue, tant que dure la déterminisation à une température invariable, tandis qu’on refroidit et échauffe l’autre alternativement, dans des séries d’expériences consécutives, entre des limites assez étendues. Celle-ci se contracte donc ou s’allonge alternativement; et dans chaque expérience on compare la longueur qu’elle a prise, pour la température à laquelle on l’a portée, à la longueur constante de la règle de comparaison. L’une des grandes difficultés de ces mesures est précisément le maintien pendant un temps suffisant de températures bien constanles, surtout quand elles sont notablement éloignées de la température ambiante. Pour y parvenir, on immerge les règles à comparer dans un liquide, et on chauffe ce liquide au moyen d’une circulation continue d’eau dans la double paroi de l’auge. Les tuyaux de caoutchouc que l’on aperçoit sur la figure sont destinés à cet usage. L’eau est fournie par un grand réservoir métallique, extérieur à la salle,.danslequel elle est chauffée au moyen d’un système régulateur qui la fait sortir à une température invariable : elle arrive de là au comparateur par les tuyaux, traverse l’auge d’une manière continue, et s’écoule ensuite, par des trop-pleins convenablement disposés, dans un égout. On peut ainsi maintenir un état thermique constant, à quelques centièmes de degré près, jusque vers 40 degrés, pendant des heures entières.
- La figure indique les principaux détails du mécanisme; on voit sur le devant la manivelle qui, par l’intermédiaire d’une corde sans fin, entraîne le chariot et permet de substituer rapidement l’une des auges à l’autre sous les microscopes. Sur les côtés, de longues tringles munies de boutons, que l’observateur trouve toujours sous sa main, quelle que soit la position qu’il occupe autour de l’instrument, peuvent agir également, par un engrenage placé au-dessous du chariot, sur celui-ci, et l’entraîner d’un mouvement lent et micrométrique. Sur les couvercles on aperçoit les têtes des différentes clefs qui permettent de rectifier tous les ajustements, ainsi que les lunettes au moyen desquelles on lit les thermomètres. Les volants placés sur le devant des auges s ervent à imprimer, par l’intermédiaire de cordons
- et de poulies, un mouvement île rotation rapide à des agitateurs, qui, placés dans les auges, mélangent fortement les couches du liquide et assurent l’uniformité de la température dans toutes les parties du bain.
- Avec ces appareils on peut déterminer la différence qui existe entre deux mètres, à une température donnée avec une exacte udc de quelque dix-millièmes de millimètre; il faut, bien entendu, pour cela, que les traits de ces mètres soient tracés avec assez de finesse et de netteté pour pouvoir supporter les grossissements employés.
- Les deux instruments précédents ne comparent que des mètres; le comparateur universel permet de comparer des longueurs quelconques, inférieures à un mètre, ou supérieures, jusqu’à deux mètres. L’aspect de ce nouveau comparateur est tout différent de celui des deux précédents. Les microscopes, qui en constituent toujours les organes essentiels, au lieu d’être fixes, sont montés sur des chariots qui peuvent rouler sur une sorte de pont, placé horizontalement entre deux piliers de pierre. Ce pont est une énorme pièce de fonte, garnie de plans d’acier sur ses bords supérieurs, qui servent de support et de guide aux microscopes dans leurs mouvements; il est parfaitement rectiligne et horizontal. Quand on a amené, en faisant rouler les chariots, les microscopes dans la position qu’ils doivent occuper pour un travail donné, on les fixe en serrant une pince à l’aide d’un bouton qui commande une vis. Au-dessous se trouve, comme dans les comparateurs précédents, un chariot massif portant aussi des supports sur lesquels on dispose les règles à étudier. Ces supports sont également munis de tous les organes de rectification nécessaires, et ceiix-ci se manœuvrent au moyen d’un mécanisme trop compliqué pour qu’on en puisse même donner une idée sans figures. Le comparateur contient en outre : une règle étalon de deux mètres, divisée en centimètres suivant toute sa longueur; deux microscopes supplémentaires montés sur un chariot spécial, et destinés à l’étalonnage de la subdivision d’un mètre; diverses pièces accessoires qui peuvent servir à la comparaison de règles à bouts, soit entre elles, soit avec des règles à traits, etc. Il est enfermé tout entier dans une grande boîte d’acajou, munie des fenêtres nécessaires pour l’éclairage des diverses parties, des orifices indispensables pour la transmission à l’éxtérieur des mouvements, etc., et qui lui donne l’apparence d’une imposante et élégante pièce de mobilier.
- Mentionnons encore un comparateur pour les mètres à bouts, par la méthode de Steinhcil, et ajoutons que cette belle collection va se compléter dans quelques mois par l’installation du comparateur géodésique pour les règles de 4 mètres, actuellement en construction, et dont le nom seul indique la destination. Gastox Tissandier.
- — A suivre. —
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- LA NATURE.
- LES CHEMINS DE FER A FORTES RAMPES
- LA LIGNE DE l’üTLIBERG,
- ET LA LIGNE DE WEDENSWE1L A EINSIEDELN
- Nous avons décrit déjà dans La Nature les principaux types de chemins de fer de montagnes, et nous avons montré par différents exemples qu’on s'attachait aujourd’hui à conserver la locomotive à simple adhérence même sur des rampes où elle aurait paru autrefois inapplicable. Cette machine peut arriver à se plier, en effet, avec une élasticité mer-
- veilleuse aux différentes circonstances, et si elle ne donne souvent qu’un rendement des plus réduits sur les lignes de montagnes, elle présente d’autre part l’avantage d’avoir des organes plus robustes, d’un entretien plus facile que la plupart des machines d’un système différent, et enfin, elle permet de rattacher la ligne à fortes rampes au réseau général des chemins de fer, et donne ainsi à l’exploitation une faculté des plus précieuses à laquelle il faut renoncer dans presque tous les autres cas.
- On est arrivé ainsi à lancer la locomotive sur des lignes dont la pente atteint jusqu’à 10 pour 400, comme on l’a fait sur la ligne de Baturite au Brésil
- Fig. 1.— Chemin de fer de l’Utliberg. — Vue de Iloiigg, sur le flanc de la montagne.
- dont nous avons donné la description dans un précédent numéro (La Nature, 2 juillet 1881). En Europe, on n’a pas encore atteint des chiffres aussi élevés, mais on rencontre néanmoins certaines lignes de montagnes dont les pentes dépassent souvent 5 pour 100.
- Telles sont, par exemple, les deux lignes célèbres de l’Utliberg et d’Einsiedeln bien connues de tous les touristes qui ont visité le lac de Zurich. Celles-ci sont particulièrement curieuses car elles présentent des rampes atteignant parfois 7 pour 100 qui sont peut-être les plus fortes d’Europe, combinées surtout avec des courbes dont le rayon s’abaisse parfois à 155 mètres.
- La ligne de l'Utliberg construite en 1875 par l’in-
- génieur Tobler, part, comme on sait, de la ville de Zurich au Selnauquartier, et elle s’élève au sommet de l’Utliberg, montagne isolée de la chaîne de l’Albis qui domine à la fois la ville et le lac. On y jouit d’un panorama des plus étendus, comparable à celui du Righi, embrassant à la fois la chaîne des Alpes du Sentis au Stockhorn, le Jura, les Vosges et la Forêt Noire. L’Utliberg occupe une position très avantageuse qui a été appréciée par toutes les populations qui se sont succédées en Suisse, on y a retrouvé, en effet, des tombeaux celtiques, des ruines romaines et les restes d'un château fort du moyen âge, toutes curiosités qui, en raison de la beauté du site, attirent aujourd’hui de nombreux touristes. Le terrain est formé de molasses recouvertes de cal-
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- caires avec des pentes abruptes sur lesquelles l’établissement rie la voie ferrée a présenté de nombreuses difficultés. On a du également construire plusieurs ponts pour la traversée de la Sihl, torrent qui se jette dans la Limât à Zurich.
- La ligne a 9107 mètres de longueur ; elle regagne une différence de hauteur de 399 mètres entre les points extrêmes. La voie se développe sur le flanc de la montagne en présentant des courbes nombreuses et très marquées formant 55 pour 100 de la longueur totale. Le rayon des courbes est habituellement de 150 mètres, mais il s’abaisse même à 155 mètres à Ringlinkon. En ce point la ligne
- décrit presque un cercle entier en s’élevant avec une pente énorme de 77 millimètres par mètre. A Ilougg que nous représentons dans la gravure ci-contre la pente est seulement de 50 millimètres. La voie est à l’écartement normal de lra,455 entre les rails, les traverses sont en hêtre et solidement amarrées sur le sol pour prévenir tout entraînement de la voie à la descente.
- Ainsi que nous l’avons dit, malgré les pentes énormes qu’elle présente, cette ligne est exploitée par simple adhérence, la machine est une locomotive tender d’un type ordinaire à deux essieux accouplés sortie des ateliers Krauss à Munich. Cette machine est
- Fig. 2. — Chemin de fer de Wedensweil à Einsiedeln.
- munie seulement d’un frein à air analogue à celui de la locomotive à roue dentée de Righi. Dans ce type de frein que nous avons eu l’occasion de décrire déjà, l’air est aspiré à la descente de la machine par le mouvement des pistons, toute communication étant supprimée entre la chaudière et les cylindres, et il est expulsé au dehors par un orifice étranglé, fournissant ainsi le travail résistant nécessaire pour retenir le train à la descente, et prévenir tout accident qui pourrait devenir une catastrophe sur une pente aussi dangereuse.
- La grande difficulté de l’emploi de ces locomotives sur ces lignes à forte rampe, provient, comme on sait, des variations de l’adhérence, on se trouve un peu en elfet à la merci du moindre changement dans l’état de
- l’atmosphère qui peut rendre l’adhérence insuffisante pour assurer l’entraînement. 11 faut alors jeter du sable sur les rails afin de former une sorte d’engrenage artificiel sur lequel les roues de la machine viennent prendre leur point d’appui. On arrive ainsi, grâce à l’emploi du sable, à prévenir le patinage, mais c’est aux dépens de la conservation des rails qui se trouvent mis rapidement hors de service. Les grains de sable s’incrustent en effet dans le métal pour ainsi dire et ils arrivent à isoler des morceaux entiers de rails et à détacher une partie du champignon. Pareil fait a été constaté sur la plupart des lignes à forte rampe ; nous signalerons, par exemple, les lignes italiennes qui traversent les Apennins, et en France la ligne de Modanc, sur la rampe d’accès du Mont-Cenis
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- qui toutes présentent une usure extraordinaire de rails sous l’action du sable de la machine. Le moyen employé sur la ligne de LUtliberg, qui a été appliqué également en Italie, pour remédier à cet inconvénient paraît assez étrange au premier abord : il consiste à projeter sur le champignon du rail, au lieu de sable, un courant d’eau chaude emprunté à la chaudière : on arrive ainsi à accroître l’adhérence d’une manière très sensible et à prévenir le patinage. Pour expliquer ce résultat, il convient de considérer que l’adhérence atteint souvent la même valeur sur des rails complètement mouillés que sur des rails secs, c’est plutôt par des temps brumeux quand les rails sont très gras ou légèrement humides que l’adhérence est trop laible, et que le patinage commence. Lorsque le rail est complètement mouillé, la surface du champignon est bien décapée et les aspérités du métal deviennent alors bien sensibles et suffisent pour amener l’entraînement en s’engrenant avec celles de la roue. Quoi qu’il en soit de cette explication, on ne saurait contester que l’injeetion d’eau chaude sur les rails n’ait pour résultat de diminuer le patinage sans endommager les rails, et la Compagnie de Lyon se prépare actuellement à faire l’essai de cette nouvelle disposition appliquée depuis longtemps déjà sur l’Utliberg. La vitesse de imarche de la machine ne dépasse guère 20 kilomètres à l'heure, les trains sont d’ailleurs toujours très légers, et comprennent deux ou trois voitures au plus. Celles-ci sont disposées suivant le type américain, elles sont traversées par un couloir central avec des portières aux extrémités, elles comprennent chacune 40 places et sont munies de freins à main manœuvres directement par les gardes en cas de danger. La locomotive est toujours attelée au-dessous d’un train, qu’elle pousse à la montée, et qu’elle retient à la descente, c’est là encore une disposition analogue à celle de Righi.
- Les détails dans lesquels nous venons d’entrer au sujet de la ligne de l’Utliberg nous dispensent ici de nous étendre aussi longuement sur celle de Wadens-weil à Einsiedeln. Celte ligne établie tout entière sur la rive gauche du lac du Zurich part de Wa-densweil à la côte de 410 mètres pour s’élever jusqu’à 882 mètres au pèlerinage depuis longtemps célèbre de Nolre-Dame-des-Ermites à Einsiedeln. Elle effectue un parcours de 16k,5 et gravit le flanc de l’Albis en passant par Burghalden, Samstagern, Sehin-dellegi et Biberbruck, la pente moyenne est de 5 centimètres par mètre. Celle-ci s’accroît très fortement à partir de Schindeilegi jusqu’à Einsiedeln, et c’est dans cette section qu’on avait installé autrefois une crémaillère à dents hélicoïdales système Welti. Nous avons donné déjà la description de ce système, et nous n’v reviendrons pas, on se rappelle que l’exploitation était opérée à l'aide d’une machine munie d’un pignon remorqueur comme sur le Righi, celui-ci présentait des dents disposées suivant une hélice engrenante dans les dents de la crémaillère sur la voie disposées elles-mêmes en forme de Y.
- Cette installation un peu compliquée présentait des avantages théoriques assez appréciables, mais elle n’a pu être sanctionnée par la pratique car l’essai en lut brusquement interrompu par la catastrophe du 50 novembre 1876 après un mois d’exploitation seulement, et depuis cette époque le système n’a jamais été appliqué de nouveau. Cependant l’accident causé par la rupture d’une dent de crémaillère à la suite de laquelle le train incapable de se maintenir fut précipité au bas de la rampe, doit être imputé au défaut d’installation de la voie plutôt qu’au système lui-même. Quoi qu’il en soit, cette ligne sur laquelle l’emploi de la crémaillère paraissait obligatoire est exploitée aujourd’hui sans difficulté, avec des pentes un peu moindres peut être, avec des machines à simple adhérence et ce n’est pas là une des preuves les moins curieuses qu’on puisse apporter de l’élasticité de la locomotive. Ces machines sont munies d'ailleurs de freins à air comme celles de l’Utliberg ; les trains comprennent deux ou trois voitures seulement, disposées aussi sur le même type avec circulation centrale. L. B.
- OBJECTIF ÉLECTRIQUE
- POUR PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES SYSTÈME BRUNOT
- Les avantages que présente en photographie l’emploi des plaques au gélatino-bromure, font que leur usage tend à se répandre de plus en plus. La très grande sensibilité de ces plaques exige des appareils spéciaux pour réduire le temps de pose à une fraction de seconde seulement.
- Plusieurs appareils permettant d’obtenir ce résultat ont déjà été décrits dans La Nature1. Nous croyons intéressant de faire connaître celui que M. Brunot, ingénieur à Amiens, a imaginé dans le but d’obtenir non seulement une grande vitesse d’ouverture et de fermeture de l’objectif; mais permettant en outre de saisir à distance et au moment même où la pensée en exprime le désir, l’objectif à reproduire soit à l’état de repos, soit en mouvement.
- L’obturateur électrique se compose d’une boîte rectangulaire portant sur la face avant l’objectif proprement dit et sur sa face arrière une rondelle en cuivre s’emboîtant à frottement doux sur une rondelle analogue fixée à la paroi d’avant de la chambre noire.
- À l’intérieur de cette boite, qu’on peut incliner plus ou moins sur la verticale, pour réduire ou augmenter le temps de pose; se trouve un volet mobile portant une armature en fer doux à sa partie supérieure, et présentant en son milieu une ouverture rectangulaire qu’il est possible de réduire, suivant l’intensité de la lumière, au moyen de deux coulisses fixées avec des vis.
- Le volet mobile est maintenu par l’aimantation d’un électro-aimant Hughes relié, par un fil souple à deux conducteurs, à une pile de poche de la grosseur d’une petite boîte de bonbons. v
- 1 Voy. n° 448 du 31 décembre 1881, p. 67.
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- LA NATURE.
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- tin
- - Electro
- Cette pile, qui renferme de l’amiante imbibée de bichromate de potasse, émet un courant lorsqu’on appuie sur un bouton central pour mettre le zinc au contact du bichromate.
- Sous l’influence de ce courant, l’électro-aimant se trouve affaibli, et laisse tomber par son propre poids, ou poussé par un ressort, le volet mobile. Le temps pendant lequel l’objectif est ainsi découvert, évalué à 1/15 ou 1/20 de seconde, est suffisant pour impressionner la plaque sensible.
- Pour bien démontrer la vitesse avec laquelle l’opération peut être conduite, il nous suffira de dire que l’on a pu, obtenir très nettement la photographie d’un train en marche à la vitesse de 25 kilomètres à l’heure environ, se dirigeant d’Amiens vers Tergnier, et franchissant les aiguilles de la bifurcation de La Neuville.
- La fumée de la locomotive, rabattue par un vent violent, a été reproduite avec une grande netteté.
- Cet obturateur présente les avantages suivants : il est complètement hermétique, dépourvu de tout système d’accrochage du volet mobile ce qui évite les secousses de la chambre noire et donne plus de netteté aux images. L Pour remonter le volet, après une opération et remettre l’armature au contact de l’électro-aimant ; il suffit de faire exécuter a l’appareil un demi-tour sur les rondelles. Une vis placée sur le côté permet de maintenir le volet ouvert pour la mise au point.
- Ajoutons qu’au moyen de fils conducteurs suffisamment longs, l’opérateur peut se photographier lui-même à une grande distance de la chambre noire, ou figurer dans un groupe d’invités réunis à la campagne.
- Veuillez agréer, etc.
- P. Chenut,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- ibjëf tif
- Coupe verticale par l’axe de l’objectif.
- LA GRANDE MURAILLE DE CHINE
- Un ingénieur Américain, employé à la construction d’un chemin de fer en Chine, s’est trouvé dans les circonstances les plus favorables pour examiner la fameuse grande muraille construite pour empêcher les incursions des Tartares. Voici la description qu’il en fait : « La muraille a 1728 milles de long, 48 pieds de large et 15 pieds d’épaisseur au faite. Les fondements dans toute la longueur sont en granit massif, et le reste du mur en grosse maçonnerie. Par intervalles de 200 à 500 yards s’élèvent des tours de 25 à 46 pieds de haut, et de 24 mètres de diamètre; au faîte de la muraille et des deux côtés, il y a des parapets en maçonnerie afin de donner aux soldats la facilité de passer sans être vus d’une tour à l’autre. La muraille se prolonge de point en point tout à fait en droite ligne à travers des vallées et des plaines, et par-dessus des montagnes, sans qu’il ait été aucunement tenu compte de la configuration du terrain ; à certains endroits elle plonge dans des abîmes de 1000 pieds
- de profondeur. La muraille passe comme un pont sur des ruisseaux et des rivières, et les deux rives des grands fleuves sont flanquées de grosses tours. »
- (U Exploration).
- LES ÂRAUCÀNIENS
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- À-t-on assez ri de cet ancien avoué périgourdin qui se disait roi d’Araucanie? A-t-on assez plaisanté sur Orélie-Antoine Ier qui promenait sa longue barbe dans les salons fantaisistes de Paris et dans les bureaux de rédaction de journaux, racontant ses aventures, s’indignant contre les Chiliens qui l’avaient pris par stratagème et expulsé d’Amérique, réclamant et sollicitant partout aide et concours pour rentrer dans ses lointains Etats? Nous sommes un peu trop gouailleurs, nous autres Français, et en même temps un peu terre à terre : le convenu, le poncif, le banal est au fond l’objet de nos respects et quiconque a le malheur de porter atteinte à ce culte secret risque fort de succomber sous la grêle de nos plaisanteries plus ou moins légères, de périr, disons le mot, victime de notre « blague » impitoyable. Et cependant, nous sommes avec cela de si bons gobe-mouches. M. de Tonniens avait été officier ministériel dans une ville de province, il lui était donc défendu d’avoir été dans P Amérique du Sud, d’y avoir trouvé une petite nation enragée d’indépendance, d’en avoir acquis les sympathies et de pouvoir s’en dire le chef. Est-ce que tout cela était vrai? Y avait-il seulement une Araucanie et des Araucaniens? On ne voulait pas avoir l’air d’un « Monsieur qui croit que c’est arrivé ». Mais qu’un charlatan exotique apparaisse sur nos boulevards, jetant de la poudre.aux yeux, menant la grande vie, celui-là verra affluer vers lui sympathie et crédit sur la place, et tandis qu’on aura confiance dur comme fer et raide comme barre dans les domaines fantastiques du noble étranger, on rira au nez du brave provincial qui arrive d’Araucanie. L’Araucanie, ça n’existe pas !
- Eh bien si! elle existe; et les Araucaniens aussi. Il y en avait ces jours-ci une petite troupe campée sur une des pelouses du Jardin d’Acclimatation et ma foi! à en juger par ces échantillons, c’est une belle et forte race, un peu sauvage peut-être, comme il convient d’ailleurs à un peuple vivant sous un climat rude qui a depuis des siècles, donné du lil à retordre à ses voisins, si puissants qu’ils fussent. Les Araucaniens en effet surent repousser le joug des Incas, conservèrent leur liberté en dépit des conquérants espagnols et la conservent encore aujourd’hui vis-à-vis des Chiliens; mais leur nombre diminue et là où la force des armes a été impuissante, l’influence mystérieuse de la civilisation européenne viendra peu à peu à bout de cette race énergique, indomptable, héroïque même.
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- LA NATURE.
- Les représentants de ce peuple que nous avons examinés à Paris présentent une régularité de types remarquable, une grande homogénéité dans les caractères ethniques. Leur aspect est d’ailleurs tout à fait conforme à la description qu’en a faite d’Orbi-gny1 qui avait étudié attentivement les Araucaniens dans leur propre pays : « Couleur : brun' olivâtre peu foncé. Taille moyenne, lm,64l. Formes massives; tronc un peu long, comparé à l’ensemble. Front peu élevé; face presque circulaire; nez très court, épaté; yeux horizontaux; bouche médiocre;
- lèvres minces; pommettes saillantes; traits efféminés; physionomie sérieuse, froide. » Nos observations concordent presque entièrement avec celles du grand naturaliste, à une seule exception près; la forme du nez, qui sans être grand et busqué comme chez les Peaux-Rouges et la plupart des indigènes du continent américain, est cependant assez accentué; la profondeur de l’échancrure de la racine est notablement prononcée.
- Ces individus sont au nombre de dix ; six hommes et quatre femmes, plus deux ou trois enfants.
- Fig. 1. — Araucauieti. Fig. 2. — Araucanienne.
- Types d’Araucaniens exhibés au Jardin d’Acclimatation de Paris. (D’après des photographies de Pierre Petit.);
- FarmTles femmes, il en est une fort jeune, dont la physionomie très douce paraît jolie à nos yeux européens; les autres femmes ont le visage plus fatigué par les soins de la maternité et de la vie domestique. Toutefois, les membres sont robustes et l’aspect général indique une bonne santé. Quant aux hommes, les plus jeunes ont en effet quelque chose d’efféminé dans les traits; cela tient surtout à l’absence de barbe, rare sans doute et soigneusement épilée à l’aide de petites pinces. La chevelure est abondante et d’un beau noir, mais sans ondulations comme chez les Américains. Entin, si l’on en juge
- 1 L’Homme américain, t.’I, p. 585-408. — Paris. 1859.
- par les quelques mesures prises sur leurs crânes, les Araucaniens seraient brachycéphales, mais les observations anthropologiques précises ont été presque impossibles à faire sur ces individus qui n’ont été photographiés qu’à grand’peine et qui répugnent à se laisser dessiner, lis craignent qu’en reproduisant leurs traits par le crayon « on ne leur vole leur âme. »
- Les Araucaniens sont fort superstitieux et se sont montrés jusqu’ici aussi rebelles à la propagande chrétienne qu’à la domination étrangère. Un missionnaire jésuite, le P. Ignace Molina, dans son Histoire naturelle du Chili (Rologne, 1789), nous donne d’intéressants détails sur leurs croyances religieuses.
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- LA NATURE.
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- Le culte des esprits en fait le fonds, et leur foi n’est en résumé qu’un chamanisme assez développé. Il y a de bons et de mauvais esprits : les premiers ont pour chef un Grand-Esprit, qui est Guenu-Pillan, l’esprit du ciel; on l’appelle aussi Thalcave, « le tonnant », et Quecubu; il serait le créateur de l’univers. Le soleil est également vénéré et on lui offre en les jetant dans l’air quelques gouttes du sang des animaux tués à la chasse. Mais en opposition à Quecubu, il y a Guencubu, le mauvais esprit, source de tout mal, qui cause les tremblements de terre, fait mourir les gens et les bestiaux, se livre enfin à
- tous les maléfices. Aussi les sorciers et les sorcières jouent-ils un grand rôle dans l’existence de ces peuples , on redoute fort les Ivunches, ou hommes-bêtes, espèce de loups-garous, qui se cachent le jour dans les cavernes et la nuit sous la forme d’oiseaux nocturnes s’en vont lancer d’invisibles traits au cœur de leurs ennemis. Ces magiciens font tomber la pluie, donnent les maladies et suscitent des bandes d’insectes qui dévorent les récoltes et les provisions. Les Araucaniens croient à l’immortalité de Lame et s’imaginent que les esprits des morts quittent leurs tombeaux la nuit pour aller danser
- Fig. 5. — Exhibitions anthropologiques du Jardin d’Acclimatation de Paris. — Les Cinghalais et leurs éléphants.
- (D’après une photographie.)
- sur l’herbe des prairies ou se poser, fantômes effrayants, au sommet des rochers. Le vol et le chant des oiseaux sont interprétés en bonne ou en mauvaise part, la rencontre d’un hibou, par exemple, suffit pour faire rentrer au village toute une expédition de guerriers.
- Si, au moment de l’arrivée des Espagnols au seizième siècle, les Araucaniens avaient pu défendre leur indépendance contre les attaques des empereurs du Cuzco, ils n’en avaient pas moins atteint un certain degré de civilisation, emprunt fait au Pérou. C’est ainsi que leui s lois, admopu, étaient rédigées, qu’on nous permette l’expression, dans cette écriture singulière composée de fils de diverses couleurs noués et entrelacés de façon à présenter un sens. On appelait cela des quippus chez les Incas, et pron
- au Chili (Cfr. Molina, 21). En outre les Araucaniens avaient déjà appris à cultiver le maïs, les haricots et les patates; ils possédaient des Hamas domestiques dont ils tissaient les poils pour se faire des étoffes. Ils sont demeurés cultivateurs, mais l’importation et l’acclimatement merveilleux des bœufs, des moutons et des chevaux dans l’Amérique du Sud ont fait d’eux d’intrépides cavaliers gardant au pied des Andes de nombreux troupeaux qui leur fournissent du cuir, de la laine et de la viande.
- Le vêtement de l’Araucanien consiste en un chi-lipa, pièce d’étoffe enroulée autour du corps et descendant jusqu’au genou, le tout recouvert du poncho sud-américain. On sait que c’est un vaste manteau rectangulaire percé au milieu d’une ouverture pour passer la tête. Ces étoffes sont préparées par les
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- femmes, ainsi qu’on a pu le voir au Jardin d’Accli-matation, avee des laines teintes de couleurs variées; le fond en est de nuance sombre, bleu foncé, par exemple, avec des ornements blancs et rouges en forme de grecques. Les cheveux bien peignés, bien soignés, sont retenus par une bandelette; la figure est peinte aux pommettes et entre les yeux avec une sorte de fard grossier d’un rouge de brique (fig. 1). Pour arme, le guerrier brandit une longue lance de 5 mètres armée d’un fer en lame de poignard ; il a aussi sa fronde, ses bolas, et un bâton recourbé qui lui sert de massue, sans compter le couteau espagnol, cuchillo, dont il sait user parfaitement contre ses ennemis les Chiliens. Le harnachement du cheval est une assez grossière imitation de celui des Hispano-Américains.
- Les femmes portent une sorte de péplum, composé d’une pièce d’étoffe attachée sous les bras et d’une autre qui couvre les épaules, le tout retenu en avant par une broche en argent, large disque appelé topu et dont le nom indique l’origine péruvienne. Une large ceinture de laine brodée de perles de verre maintient solidement le vêtement autour du corps. Quant aux bijoux, on les a vu fabriquer par les Araucaniens eux-mêmes : ce sont de gigantesques pendants d’oreilles en argent, disques ou plaques carrées, des bandeaux et des colliers faits, soit avec des pièces de monnaie d’argent, soit avec des bandes de cuir toutes couvertes de têtes de clous également en argent et cousues en figures symétriques. Autour de la tête s’enroule une grosse corde de perles de verre qui fait plusieurs tours (fig. 2).
- Privés de leurs montures, les Araucaniens du Jardin d’Acclimatation n’ont pu donner une idée de leurs occupations habituelles ; toutefois, la construction de leur hutte de paille, les mille petits travaux de chaque heure, voire la bizarre mélopée que l’un d’eux tire d’une longue corne à bouquin de 3 mètres, tout cela vous transportait pour quelques instants dans le lointain pays d’Àraucanie dont les fiers habitants, les sites grandioses, les scènes émouvantes inspirèrent au seizième siècle, à Ercilla, une épopée qui est une des gloires de la littérature espagnole.
- C’était donc un curieux spectacle, pour nous autres Parisiens, que ces Américains presque sauvages, au caractère indomptable placés ainsi à quelques pas des Cinghalais, représentants d’une des plus vieilles civilisations du monde. Tandis que les doux et frêles habitants de Ceylan nous montraient comment l’homme de l’Inde a su adapter à ses travaux les forces du gigantesque éléphant (fig. 3), les Araucaniens nous représentaient l’humanité barbare et cependant déjà victorieuse de la nature marâtre. On nous annonce pour bientôt l’arrivée deKalmouks.Ce ne sera pas une moins curieuse et moins instructive exhibition que celles de ces Mongols, aujourd’hui si paisibles, après avoir fait trembler le vieux monde.
- Girard de Rialle.
- LA GÉOLOGIE DE L’INDO-CHINE
- d’après LES RÉCENTES EXPLORATIONS DE M. ED. FUCHS, INGÉNIEUR EN CHEF DES MINES i.
- L’indo-Chine est une vaste péninsule qui s'étend depuis le tropique du Cancer jusqu’au neuvième degré de latitude nord, et qui projette jusque dans le voisinage de l’équateur un promontoire avancé, la presqu’île de Malacca.
- La partie de cet immense territoire, qui vient d’être récemment explorée par M. Ed. Fuchs, ingénieur en chef des Mines, est comprise entre le méridien de Bangkok (98° long. E.), le golfe de Siam, la mer de Chine et la chaîne de partage des eaux entre les bassins du Yang-Tsé Ou fleuve Jaune, et de la rivièrê de Canton d’une part, et celui du Song-Coï ou fleuve Rouge qui arrose le Tong-King de l’autre.
- L’orographie de cette péninsule est assez simple dans ses traits généraux^ Les différentes chaînes de montagnes qui en limitent les bassins hydrologiques primordiaux, se rattachent toutes à la vallée du fleuve Rouge, dans sa partie inférieure, à partir de Manghao, constitue le Tong-King, qui est aujourd’hui la plus importante vice-royauté du royaume d'Annam.
- Ce royaume comprend tout le versant oriental du grand plateau élevé du Laos ; il forme, par suite, une mince bande de terre longeant la mer de Chine jusqu’au cap Padarang et joue, par rapport au Laos, un rôle analogue à celui de la Norvège par rapport à la Suède, dans la péninsule Scandinave.
- Le plateau du Laos est occupé par des populations vivant à l’état demi-sauvage, et généralement tributaires du royaume de Siam.
- Le royaume de Siam, à son tour, embrasse le bassin du Meissam et celui du Mé-Kong entre les lacs et la frontière chinoise ; la partie intérieure de ce bassin constitue, avec une partie de la région des Grands-Lacs, le royaume Khmer ou le Cambodge; enfin le delta de ce fleuve immense, dont le cours a un développement de près de 3000 kilomètres ainsi que les bassins du Donaï, de la rivière de Saigon et du Vaïco qui descendent des derniers contreforts du Laos, sont occupés par la Cochinchine française.
- Deux races principales se partagent cet immense territoire ; la race jaune, représentée par les Annamites et de nombreuses colonies chinoises, est confinée dans le Tong-King, l’Annam et la Cochinchine; tout le plateau du Laos et les bassins du Mé-Kong (au sud de la frontière chinoise) sont habités par des populations se rattachant à la race malaise, et qui sont les rameaux de la grande famille désignée par les anthropologistes sous le nom de Dravidiens ou de Pro-Malais.
- Ce sont : les Siamois, qui se rapprochent le plus
- 1 Analyse du Mémoire publié dans les Annales des Mines, t. II, 5* livraison, 1883, extrait du Rapport adressé aux Ministres de laJMarine et des Travaux publics, par M. Ed. Fuchs.
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- des populations primitives de l’Inde, avant l’invasion aryenne; les Tchongs, les Mois, les Khouys, les Nahams, les innombrables tribus Laotiennes et enfin les Khmers, dont l'antique prospérité et la glorieuse civilisation, attestée par les ruines importantes de leur immense capitale Ang-Koor, ont été détruites après de longs siècles de résistance et de conquêtes, par les attaques et les invasions combinées des Siamois au Nord-Ouest, et les Annamites au Midi.
- « La race jaune représentée par les Annamites, se distingue par un esprit vif, souvent fin et railleur, et par un caractère industrieux qui lui donne de grandes facilités pour s’assimiler les progrès de l’industrie européenne. »
- Son occupation principale est l’agriculture, et spécialement la culture du riz, à laquelle les riches Limons du Son-Coï, du Dermaï, du Mé-Kong se prêtent merveilleusement.
- Aussi les plaines basses des deltas de ces grands fleuves sont elles presque entièrement couvertes de rizières, dont les produits se répandent jusqu’en Chine d’une part et jusque dans les Indes Néerlandaises de l’autre.
- M. Fuchs nous montre les Annamites passionnés pour l’instruction, cette dernière, constatée et mesurée par trois séries d’examen, le critérium de l’accessibilité à tous les emplois, grades et dignités du royaume :
- « Les examens, calqués sur ceux de la Chine, divisent ceux qui les ont subis avec succès, en trois catégories, auxquelles les missionnaires ont donné, faute de mieux, les qualifications empruntées à nos grades universitaires, de bacheliers, licenciés et docteurs.
- « Les bacheliers sont exempts de la corvée ; le grade de licencié ouvre les portes du mandarinat et donne accès aux fonctions administratives ; enfin, c’est parmi les docteurs que sont choisis les grands dignitaires du royaume.
- « L’institution de ces examens,** quelle qu’en soit d’ailleurs la valeur réelle, montre le caractère essentiellement démocratique des principes sur lesquels repose le régime politique de l’Annam. Complété par une organisation administrative analogue, au moins dans la forme, à nos institutions françaises, et débarrassé de tout fanatisme religieux, ce régime a fourni de nombreux points d’appui à notre influence et permis de donner à la Cochinchine une organisation pleinement en harmonie avec nos institutions libérales. »
- Sans doute l’identité est loin d’être complète, l’élément, fondamental de notre vie politique et sociale, l’individualisme, étant inconnu dans l’Annam comme en Chine et y étant remplacé par ce que M. Le Myre de Villers, gouverneur de la Cochinchine, a si justement nommé le collectivisme familial.
- « Ce système qui subordonne complètement l’individu à la commune considérée comme une famille agrandie, rappelle l’oligarchie municipale de la
- Gaule et annihile le développement individuel si indispensable à l’épanouissement pacifique du progrès social. Grâce au respect que la France a montré pour cette organisation, les populations annamites ont accepté une autorité qui assurait la sécurité de leurs biens et de leur personne, ainsi que la perception unique d’un impôt bien défini, le départ des hauts fonctionnaires ayant fait disparaître l’arbitraire et transformé ces corvées en un système de prestations équitables.
- « Aussi ne faut-il pas s’étonner si la densité de la population annamite n’a pas cessé de croître dans les différentes provinces de notre colonie et si elle a dépassé déjà le chiffre moyen de celle de la France dans les arrondissements de Mytho et do Bautré. »
- Géologie de l'Indo-Chine. — Les documents relatifs à la géologie générale de l’Indo-Chine sont encore trop peu nombreux pour que l’on puisse donner une esquisse complète de la géologie de la constitution géologique de cette vaste péninsule. Cependant M. Fuchs, en réunissant aux résultats de son exploration les faits déjà relevés par les explorateurs bien connus du Mé-Kong, MM. Boudard de Lagrée et Garnier, le Dr Harmand, M. de Richthofen, a pu tracer déjà sur une carte à échelle réduite dont nous donnons une reproduction ci-contre (fig. 2), les traits d’ensemble de cette constitution qui apparaissent en complète harmonie avec la structure orographique si remarquable de la région.
- Les deux grandes arêtes séparatives des bassins de premier ordre, le plateau du Laos et les chaînes plus basses et plus irrégulières, comprises entre les valées du Mé-Kong et du Mé-Nam, sont en granité ; des variétés plus jeunes de roches granitoïdes, des granulites et des microgranulites, se tiennent dans la baie de Touranne et au cap Saint-Jacques.
- De chaque côté de ces grandes chaînes se trouve une formation puissante de schistes anciens fortement redressés, disloqués et pénétrés en tous sens par le granité, autour duquel ils forment une ceinture irrégulière en partie masquée par les sédiments plus modernes.
- Les schistes comprennent des roches vertes siliceuses, plus ou moins compactes, qui deviennent lustrées et remplies de petits cristaux de staurotide dans les parties qui avoisinent le granité. M. Fuchs n’y a point trouvé de fossiles ; il les range à titre provisoire à la base du silurien, par cette raison, qu’ils sont recouverts en stratification discordante par un groupe complexe de schistes et de grès dans lequel il a rencontré en abondance des fragments d’Ëncrines de grande taille et des empreintes d’Or-this d’âge dévonien.
- Ces nouveaux schistes bariolés et satinés, tantôt micacés, tantôt argileux, ou sableux, et passant alors à des grès durs, quartzeux, renferment des amas interstratifiés souvent assez considérables d’oxyde de fer hydraté.
- C’est principalement-dans ces concrétions ferrugineuses que se rencontrent les fossiles ; elles forment
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- au Tong-King et à Singapore des masses assez importantes, pour que l’on puisse prévoir leur utilisation industrielle dans un avenir très rapproché.
- Ces schistes sont également fréquemment traversés par des liions de quartz et d’oxyde de fer qui sont sans doute la source de ces dépôts lenticulaires de fer hydroxydé que nous venons de signaler. Ces quartz sont le plus fréquemment aurifères ; M. Fuchs leur rapporte les pépites et paillettes d’or qu’il a reconnues dans les alluvions de la province du Mi-Duc.
- Au-dessus de ces schistes, vient en discordance une masse puissante de calcaire marmoréen, qui joue un rôle considérable dans la constitution de Flndo-Chine.
- Ce calcaire, à texture cristalline, généralement gris-noirâtre d’un grain fin et uniforme, est susceptible de prendre un beau poli ; il est parfois veiné de blanc, rempli de polypiers et ressemble alors, à s’y méprendre, au marbre si connu, dit de Sainte-Anne, exploité pour les cheminées communes dans les environs de Givet. Ces polypiers se rapportent au genre Zaphreutis, voisin des Cyatho-phyllum.
- M. Fuchs estime que ce calcaire considéré jusqu’alors comme dévonien, doit être rapporté au carbonifère marin en raison des discordances observées avec la série quartzo-schisteuse dévonienne sous-jacente, et des relations qu’il présente avec le terrain Rouiller qui vient au-dessus.
- Ces masses calcaires, dans cette hypothèse, correspondraient alors à cette grande extension de calcaires marmoréens à productus qui forment en Chine le soubassement du terrain houiller.
- M. Fuchs signale le calcaire-marbre comme particulièrement disloqué, formant des rocs dentelés, aux flancs sauvages, aux pics inaccessibles, c’est lui qui constitue cet archipel si pittoresque, formé de plusieurs millions d’îlots et de récifs de toutes dimensions et de toutes formes qui bordent la rive septentrionale du Tong-King, et dont le dédale, longtemps dangereux pour les navires européens, a servi de refuge pendant des siècles aux pirates annamites et chinois.
- M. Fuchs a débrouillé tout ce chaos, en montrant que ces îlots s’alignaient suivant des lignes très simples, parallèles entre elles sur de grandes longueurs, en relation avec les Failles et les plis synclinaux ou anticlinaux nombreux qui ont intéressé tous ces terrains anciens, en les disloquant.
- Bassins houillers. — C’est dans le fond des dépressions, occasionnées par le plissement de cette grande masse calcaire que se sont formés les bassins houillers. Ces bassins sont constitués par des poudingues et par des grès qui présentent tous les caractères des grès houillers typiques des bassins européens; ils renferment, comme ces derniers, de nombreuses intercalations de fer géodique et de sphé-rosidérite. Les schistes y sont rares, de couleur claire, micacés ou argileux, colorés en noir au voisinage de la houille. Ceux des bassins houillers du Tong - King sont riches en empreintes végétales, d’une belle conservation.
- Les bassins houillers les plus importants du Tong-King sont ceux de Hon-Gâc et de Kè-bao; tous deux très étendus et fort riches, contenant de grandes réserves de houille, facilement exploitable, sont situés à proximité de la mer au fond de larges haies, très accessibles par toutes les marées et par tous les temps, aux batiments de fort tonnage. Le faisceau de Kè-bao, en particulier, qui occupe une superficie de près de 49 milles carrés, soit environ 180 kilomètres carrés, est entouré par la mer ; les couches de houille, au nombre de cinq, aftleurent sur la rive S. E., en des points où l’on trouve d’excellents mouillages pour les grands navires. Celui de Hon-Gâc, plus considérable, comprend trois groupes de couches débouchant dans la baie de Hon-Gâc, avec un bassin secondaire accessible par la baie de Hàlong.
- Il n’est pas sans intérêt d’ajouter que ces gîtes de bouille du Tong-King sont d âge jurassique ; sur les vingt-deux espèces végétales recueillies par MM. Fuchs et Saladin dans ces gisements, la moitié appartiennent à des formes européennes (Cycadées et Fougères) qui se tiennent exclusivement dans les dépôts infraliasiques de Franconie, de Hongrie, de la Moselle et des Vosges. Ils se relient à ceux du
- Bassins houillers, jitrassUjxœs.
- Terrmn'anciens Soclesgranitiques,
- Fig. 1, — Carte géologique du Tong-King, d'après M. Ed. Fuchs.
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- même âge dont l’existence est connue depuis longtemps en Chine, à l’ouest de Pékin.
- Immédiatement au-dessus de ce terrain houiller, commence une nouvelle série de grès et de schistes argileux bariolés, où les couleurs rouges et lie-devin prédominent; surmontés dans la vallée du Mé-Kong et au Yun-Nan par des grès cuprifères et des argiles imprégnés de sel, ils présentent une grande analogie lithologique avec l'ensemble des assises qui constituent en Europe les terrains, soit pénéens, soit triasiques, à tel point que M. Fuehs, dans le Tong-King oriental, se croit transporté dans une des vallées du versant occidental des Vosges ou de la Fran-conie.
- Ce terrain dont la puissance dépasse 1000 mètres, est un de ceux qui jouent le plus grand rôle dans
- la structure du sol de l’Indo-Chine. C’est à lui qu’on doit rapporter ces grès verdâtres, tantôt friables, tantôt à grains serrés, qui forment tout ce groupe de collines, s’étendant au N. E. du grand lac du Cambodge, et qui ont fourni aux anciens habitants de ce pays les matériaux des monuments Khmers, et particulièrement des admirables palais d’Ang-Koor-Thôm et d’Ang-Koor-What, qui ont conservé à travers les siècles la finesse de leurs sculptures et l’élégance de leurs bas-reliefs.
- Jusqu’à présent l’existence des terrains secondaires jurassiques et crétacés n’a pas encore été constatée dans l’Indo-Chine ; on pensait qu’il en était de même pour les terrains tertiaires. M. Fuchs leur rapporte des tufs siliceux de couleur claire, adossés contre les grandes falaises de quartzites redressés,
- Collines feassesboiséen
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- Fig. 2. — Carte montrant la distribution des bassins houillers dans les baies de Hon-Gâc et de llé-long, au Tong-King,
- d’après M. Ed. Fuchs.
- qui dominent, dans le nord, les ruines d’Ang-Koor.
- Alluvions. — Les alluvions sont très puissantes et très répandues en Cocbinchine. Elles peuvent se diviser là, comme partout, en alluvions anciennes, se rattachant à la période de creusement des vallées, et en alluvions récentes, postérieures à ce creusement et correspondant au régime actuel des eaux.
- Les alluvions anciennes comprennent, comme d’habitude, des graviers et des limons; les graviers forment une auréole autour des collines de Ph’nom-Deck, dont ils raccordent les derniers contreforts avec la plaine entourant les grands lacs cambodgiens. Le limon, généralement argileux et caillouteux, désigné sous le nom de Bien-hoâ, s’observe principalement sur le flanc des collines qui termine le plateau du Laos, au sud-ouest, et qui
- sont comprises dans la province cochinchinoise de Bien-Hoâ, et sur les contreforts orientaux de cette grande chaîne montagneuse. M. Fuchs considère ce limon comme l’équivalent indo-chinois de l’argile à silex du bassin parisien (diluvium rouge). La formation de chacun de ces deux dépôts remonte, en effet, à la période alluvionnelle et leurs éléments solides se retrouvent stratifiés fluviatilement, dans les graviers anciens caractéristiques de cette période.
- Les alluvions modernes méritent d’être mentionnées à un double titre : Leur grand développement et la fertilité du sol auquel elles donnent naissance. Ces deux circonstances tiennent d’abord à l’extension même des fleuves de l’Indo-Chine, ensuite au régime hydrologique de ces fleuves et par suite, des conditions météorologiques des contrées qu’ils arrosent.
- Roches éruptives. — Les roches éruptives jouent,
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- elles aussi, un rôle important dans la constitution du sol de la Cochinchine et méritent une étude spéciale et approfondie.
- Le granité est concentré dans le voisinage de l'axe du plateau Laotien, de part et d’autre les schistes anciens sont redressés verticalement ; nous avons vu l’influence du granité se traduire sur ces masses schisteuses par un développement de staurotide.
- Les granulites viennent ensuite, elles sont nombreuses et variées ; c’est la roche éruptive dominante de la région; elle forme, dans la plaine allu-vionnelle de la Basse-Cochinchine, une quantité de petits massifs qui émergent au-dessus des alluvions.
- Les microgranulites, avec de belles variétés peg-matoïdes, s’observent surtout sur le littoral dans la baie de Chocu-May en filons, au travers des schistes dévoniens.
- M. Fuchs signale encore des diorites et des ker-santites, qu’il a surtout rencontrées en galets dans les frondingues de la baie des bassins houillers, ainsi qu’en filons dans les schistes anciens des montagnes de zinc.
- Roches porphyriques. — Ces dernières ont également des représentants nombreux dans l’Indo-Chine. Les porphyres globulaires, pétrosiliceux et vitreux, en particulier, se signalent par l’identité qu’il présentait dans leur composition minéralogique, dans les moindres détails de leur texture, avec les types européens.
- L’apparition de quelques trachytes dans le voisinage des côtes (île du Tigre, Poulo-Way) celle d’un piton de Basalte, près de Bien-Hoâ, a mis fin à la série des phénomènes éruptifs dont la presqu’île Indo-Chinoise a été le théâtre à de si nombreuses reprises. Ch. Vélain.
- CORRESPONDANCE
- EXPÉRIENCE D’OPTIQUE.
- Ah, le 22 juillet 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Voici une petite expérience d’optique qui offre un certain intérêt :
- On introduit dans la coulisse d’un stéréoscope la figure suivante.
- C’est un rectangle divisé en deux carrés égaux A et R.
- Le carré À a été divisé en feuilles et entre-feuilles. Les feuilles sont peintes en noir et les entre-feuilles en blanc.
- Idem pour le carré B, seulement pour lui les feuilles sont en blanc et les entre-feuilles en noir.
- A travers les verres binoculaires du stéréoscope ou aperçoit des effets fort curieux de superposition de teintes.
- L’expérience peut se faire encore en peignant les espaces de couleurs complémentaires, et inversant les teintes dans chaque carré adjacent.
- Veuillez agréer, etc. L.-A. Levai,
- Ancien élève de l'Ecole polytechnique, licencié ès-sciences physiques
- NÉCROLOGIE
- Vincent Tedesehi di Ercole. — Notre jeune correspondant et collaborateur de Sicile, M. Tedesehi di Ercole, vient d’être arraché à ses travaux et à la science qu’il aimait avec tant de passion, à l’àge de trente-deux ans. Il appartenait à l’une des plus honorables familles de Catane, et il ne cessait de développer son instruction par la culture de l’intelligence. Littérateur et savant tout à la fois, M. Vincent Tedesehi avait l’estime et l’affection de tous ceux qui le fréquentaient; il a publié plusieurs travaux originaux et nos lecteurs ont assurément apprécié son talent.
- CHRONIQUE
- Nouveau fusil électrique. — M. Clair, ingénieur à Paris, a inventé un fusil électrique exposé en ce moment a Amsterdam. Ce fusil se charge par la culasse au moyen de cartouches métalliques qui possèdent, au lieu de capsule, un fil de cuivre traversant une bourre munie d’un œillet mis en relation avec un fil de platine. En pressant un bouton, le courant, dérivé d’un accumulateur placé dans la crosse, fait rougir le fil de platiné, qui met alors le feu à la poudre de la cartouche. Le canon de ce fusil peut contenir plusieurs cartouches qui partent successivement par le moyen suivant : le fil platine de chaque cartouche est légèrement plus fort en diamètre que celui de la cartouche placée immédiatement devant, de telle sorte que le fil le plus fin s’élevant le premier à la chaleur rouge, la cartouche d’avant est enflammée la première, et les autres cartouches suivent dans l’ordre indiqué par l’épaisseur de leurs fils respectifs.
- Le téléphone et la morale. — 11 s’est posé récemment en Amérique la question assez curieuse de savoir si un abonné au réseau téléphonique, avait ou n’avait pas le droit d’employer, dans sa conversation, un langage trop émaillé d’épithètes malsonnantes et de jurons plus ou moins grossiers. L’abonné ayant résisté à toutes les sollicitations de la Compagnie, celle-ci prit le parti de lui supprimer la communication, et fit un règlement interdisant l’usage des mots grossiers dans la conversation téléphonique. L’affaire a été portée devant le tribunal, et la Cour a donné gain de cause à la Compagnie, se fondant sur cette raison, que le téléphone était entre les mains d’un grand nombre de familles, qu’une conversation téléphonique peut arriver, par erreur, aux oreilles d’autres que lé destinataire, et qu’enfin les* employés des bureaux téléphoniques sont, le plus souvent, des jeunes filles ou des dames d’excellente éducation, auxquelles on doit le respect. La décision est juste autant que morale, dit L'Électricien qui rapporte ce fait; un instrument de civi-
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- lisation comme le téléphone ne doit servir à propager électriquement qu’un langage plein de politesse et d’urbanité.
- Guérison des verrues. — M. Vidal emploie le procédé suivant, lorsque la lésion siège aux mains, ce qui est le cas de beaucoup le plus fréquent. Après avoir étendu une couche de savon noir sur du papier brouillard ou sur un morceau de flanelle, on applique cette sorte d’emplâtre sur la partie malade et on la fixe avec une bande pour la laisser en place pendant la nuit et même pendant le jour, si cela est possible, lorsque l'on veut rendre la guérison plus rapide. Après une quinzaine de jours de ces applications répétées, la verrue s’est ramollie, dissoute, et il suffît d’un grattage pour la faire alors disparaître complètement. M. Vidal dit avoir toujours réussi lorsqu’il a pu employer ce procédé, qui est d’un usage beaucoup plus facile et même plus certain que les cautérisations. Le traitement préconisé par M. Cellier, consiste à transpercer une seule verrue à sa base, avec une épingle ordinaire et en prenant soin que la pointe ne dépasse pas la verrue et que l’épingle ne touche pas la peau environnante qu’on protège d’ailleurs en soutenant l’épingle avec un crayon ou du papier ; puis on expose la tête de l’épingle à la flamme d’une bougie, pour l’échauffer, et on cuit littéralement la verrue. Lorsque la chaleur devient trop vive, on retire un instant la bougie. Pour que la cuisson soit complète, il faut dix à trente minutes, suivant la grosseur de la verrue et le courage du patient. On voit alors la verrue se crevasser, blanchir, s’entourer à sa base d’un cercle rouge et se détacher tout entière, ou en grande partie, de façon à pouvoir être arrachée sans difficulté.
- (France médicale.)
- L’industrie aurifère en Russie. — D’après l’Or-gane des Mines, la Russie occupe aujourd’hui l’une des premières places dans le marché aurifère du monde. Cela tient à ce que la production de l’or a diminué partout, et principalement en Australie. La production de l’année passée donne à l’Empire la première place après les Élats-Unis de l’Amérique du .Nord, de sorte que la Russie vient même avant l’Australie. On y a extrait en 1882, pour 57 millions de roubles d’or, tandis que l’Australie n’en a fourni que pour 50 millions. La production aurifère de l’Amérique septentrionale est évaluée à 60 millions de roubles. La somme générale de la production dans tous les autres pays n’a été, en 1882, que de 25 millions de roubles. Toute la production russe de métaux et de minéraux, en 1880, représentait une valeur de 250 millions de roubles; l’or entrait dans ce total pour 50 millions de roubles, c’est-à-dire le cinquième de la production totale. Quant aux ouvriers mineurs, il y en avait 290000, dont 87000 pour l’industrie aurifère, presque le tiers du total. Le nombre des exploitations qui, en 1855, n’était que de 517, était monté à 1506 en 1880, et le chiffre de productiou s’était élevé de 5451 pouds à 2641. (Le poud vaut 16 kilog. 572.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 juillet 1885. — Présidence de M. Blanchard.
- Synthèse de l'albile. — Déjà MM. Friedel et Sarrazin Ont obtenu le feldspath orihose en soumettant à 400° dans un tube fermé le mélange du silicate d’alumine et du silicate de potasse. Les mêmes auteurs annoncent aujourd’hui la production abondante de l’albite en répétant
- cette expérience dans laquelle le silicate de soude remplaçait le sel potassique. Le feldspath artificiel est en cristaux identiques à ceux de la nature et en globules rugueux, parfois radiés autour de leur centre. Ils renferment :
- Silice......................................68,95
- Alumine. ...................................19,25
- Soude.......................................11,60
- En introduisant du chlorure de potassium dans l’expérience, le produit a consisté en un mélange d’albite et d’orthose, tous deux parfaitement cristallisés.
- Un nouveau minéral. — Le procédé actuellement en usage, de déphosphoration de la fonte par la chaux, donne des scories dans lesquelles MM. Carnot et Richard ont découvert des cristaux bleus très limpides. Ils consistent eu un silico-phosphate de chaux renfermant :
- Acide phosphorique.........................29
- Silice.....................................12
- Chaux......................................53
- Ce corps n’a pas d’analogue parmi les espèces naturelles.
- Liquéfaction des gaz. — D’après M. Wroblewsky c’est à 115° centigrades au-dessous de zéro que commence la température critique pour l’oxygène.
- La circulation de la sève. — On sait que dans le climat où nous vivons, la circulation de la sève est soumise chaque jour à des alternatives qui présentent deux maxima, l’une le matin et l’autre dans l’après-midi. Un ancien élève de l’Institut agronomique, maintenant fixé à Caracas, a voulu savoir s’il en est de même dans un pays où les variations diverses du baromètre et du thermomètre sont presque nulles : son résultat consiste dans une conformité presque parfaite. M. Marcano, c’est le nom de l’auteur, constate que la,sève est plus abondante pendant la saison des pluies' que pendant la sécheresse, mais contrairement à ce qu’on aurait prévu, il pose en fait que le liquide est alors absorbé bien moins par les racines que par les feuilles : diverses expériences qu’il décrit semblent tout à fait probantes à cet égard.
- C’est ici qu’il convient de citer des recherches de M. Laborie d’où il résulte que chez les arbres fruitiers, les rameaux à bois ont une autre structure anatomique que les rameaux à fruits. Ceux-ci sont beaucoup plus riches en tissu parenchymateux et plus dépourvus de parties filamenteuses aussi bien dans le ligneux que dans l’écorce.
- M. Delafitte continue ses expériences d’inoculation à la vigne de liquide vénéneux. Avec le sulfate de cuivre, il constate que les feuilles tombent dans un ordre parfaitement régulier. Par exemple toutes les feuilles paires tombent successivement ; puis toutes les feuilles impaires qui se dessèchent une à une. Ensuite le raisin est attaqué à son tour.
- Les follicules clos du lapin. — 11 résulte des études de M. Renault (de Lyon) que les follicules clos de l’intestin du lapin acquièrent par moment des stomates temporaires, ouvertures percées au travers de leurs parois par les leucocytes ou globules blancs.
- Toxicologie. — Un Allemand ayant contesté que dans le cas d’empoisonnement par l’oxyde de carbone, cette
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- LA NATURE.
- matière toxique peut passer du sang de la mère dans le sang du fœtus, MM. Grehant et Quincaud démontrent que ce contradicteur de leurs assertions a simplement mal opéré.
- Varia. — D’expériences faites sur l’évaporation dans un bassin de 19 hectares, MM. Salle et Ribeaucourt concluent que les résultats proclamés par M. Dieulafait ne sont pas exacts. — M. de Koninck adresse la 4' partie de son mémoire sur la faune du calcaire carbonifère de la Belgique. — En regardant le spectre au travers de verres fluorescents, M. Soret (de Genève) rend visibles un certain nombre de rayons ultra-violets. — L’altération spontanée des farines occupe un médecin dont le nom ne parvient j as jusqu’à nous. — MM. Stephan et Borelly ont étudié à Marseille la planète 223.
- Stanislas Meunier.
- CURIEUSES APPARENCE8
- DE RUISSELLEMENTS BOUEUX
- AUX ENVIRONS DE PIERREFONDS (OISE)
- Au moment où les paléontologistes restent indécis quant à la signification de certaines empreintes renfermées dans des strates anciennes ; tandis que certains d’entre eux croient voir des algues fossiles, là où d’autres ne reconnaissent que des traces laissées parle passage d’animaux aquatiques; pendant que M. Nathorst, d’une part, et que notre savant compatriote, M. de Saporta de l’autre, soutiennent avec des arguments également décisifs deux thèses radicalement contraires, — je crois intéressant de si-
- Traînées de boue» sablo-urgileuses, observées près de Pierrefonds.
- gnaler un accident de plus auquel, non prévenu, on pourrait à tort attribuer une origine organique.
- Il s’agit de corps bien remarquables de forme ainsi que le montre les trois figures ci-dessus, faites avec toüte la rigueur dont je suis capable et que j'ai rencontrés par hasard dans une très récente excursion aux environs de Pierrefonds (Oise). Ce sont, malgré l’élégance de leur apparence, de simples traînées de boue sablo-argileuses déposées par l’eau sauvage sur les sables tout neufs encore de la splendide tranchée ouverte sur 26 mètres de hauteur, en face du château de Pierrefonds, au travers de toute la masse de la glauconie moyenne de Cuise. Chaque goutte d’eau boueuse, filtrée rapidement par la roche perméable sur laquelle elle s’écoule, abandonne en mamelon les particules minérales dont elle était chargée; selon sa vitesse, c’est-à-dire selon la pente du sol, elle forme ainsi des protubérances plus ou moins étalées et parfois fort élancées.
- Qu’on suppose de pareils amas recouverts par le vent de sables différents, plus tard cimentés en grès puis comprimés par le poids des couches superposées et, de même que les vents fossiles, les soleils fossiles, les pluies fossiles, on aura des ruissellements fossiles, dont ils seront sans doute, à première vue, bien difficile de débrouiller la vraie nature.
- Qui voudrait affirmer que parmi les algues les plus douteuses des terrains anciens, il n’y a pas des corps aussi peu végétaux que les traînées boueuses de Pierrefonds et reconnaissant la même origine? En tous cas il paraît prudent d’accorder attention au petit fait qui vient d’être signalé.
- Stanislas Meunier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdier.
- Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus, à l'uns.
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- N° 55 2. - 11 AOUT 1885.
- LA NATURE
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- LE « CLYTOCEYX REX »
- MARTIN-CHASSEUR RÉCEMMENT DÉCOUVERT A LA NOUVELLE-GUINÉE
- Il y a cinq ans nous nous sommes efforcés, dans ce même recueill 11, de donner un aperçu de la faune ornithologique de la Nouvelle-Guinée en nous servant des documents recueillis tout récemment par MM. de Rosenberg, Meyer, Bruijn, Beccarie, d’Àlbertis, Com-rie, Raffray, Maindron, L. Laglaize, et, à une date plus reculée par MM.Lesson,Gar-not, Hombron et Jacquinot. Mais depuis lors, de nouvelles explorations ont été faites sur divers points de la Papouasie et ont amené de nouvelles découvertes. Ainsi pour ne citer que quelques exemples, tirés du monde des oiseaux, on a trouvé parmi les Gallinacés certaines espèces (Æpypodius Bruijnii et pyr-rhopygius ) qui offrent tous les caractères essentiels des Talé-galles, mais qui diffèrent par la forme de leurs caroncules des Constructeurs de tumulus ou Mound-Builders que l’on voit actuellement dans la plupart des j ardins zoologiques ; parmi les Paradisiers on a signalé d’abord une forme voisine du Drepanornis de d’Albertis (D. Albertisii) mais à bec plus robuste et à couleurs plus sombres (Z). Bruijnii), puis une espèce de même groupe que le Petit-Emeraude, le Paradisier apode et le Paradisier de Raggi, espèce qui a été nommée Paradisea. Parmi les Perroquets sont venus successivement s’intercaler le Chalsopsittacus insignis dont la livrée de satin noir est rehaussée par des crevés de satin cerise, et le Cyclopsittacus Salvadorii qui avec son bandeau
- 1 Voy. n» 275, 24 août 1878, p. 109.
- 11e année. — 2e semestre.
- frontal d’un vert-bleu, les épis dorés qui ornent ses joues et l’écharpe rouge qui, chez le mâle traverse la poitrine, surpasse de beaucoup le Cyclopsittacus Desmaresti, le C. occidenlalis et les autres espèces déjà connues du même genre. Enfin le groupe des Martins-Pêcheurs, si largement et si noblement représenté en Papouasie, s’est encore enrichi, dans ces derniers temps, soit d’espèces aux brillantes couleurs comme le Cyonalcyon quadricolor, dont le plumage offre du bleu d’outre-mer, du noir de velours, du blanc pur, et du brun marron, soit de formes étranges
- comme la Cly-toccyx rex dont nous plaçons une figure sous les yeux de nos lecteurs.
- Les Martins-Pêcheurs qui constituent pour les naturalistes la nombreuse famille des Alcé-dinidés se subdivisent en deux groupes, les Mar-tins-Pècheurs proprement dits dont une espèce (Alcedo ispida) est assez commune au bord de nos cours d’eau et les Mar-tins - Chasseurs qui ne se rencontrent qu’en Australie et à la Nouvelle-Guinée. Au premier groupe se rattachent les Cory-thornis africains1, dont la tête est surmontée d’une huppe élégante, les Ceryle qui se trouvent à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau-Monde et qui portent tantôt une livrée pie, tantôt un costume bleu et marron relevé par des gouttelettes foncées, les Ceyx asiatiques dont les pattes se terminent par trois doigts seulement, les Tanysiptères de la Nouvelle-Guinée et des îles adjacentes, aux pennes caudales démesurément allongées, les Halcyons de la Papouasie, de l’Australie et des îles de l’Océanie, dont le manteau varie du brun verdâtre au bleu vif et plusieurs genres de moindre importance sur lesquels je n’ai pas à insis-
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- 1 Voy. u° 423, 9 juillet 1881, p. 87. / £ '
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- Le Glytoceijx rex. — Martiu-Chasseui' de la Nouvelle-Guinée.
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- LA NATURE.
- ter. Au second groupe au contraire, qui a pour type le genre Dacelo, appartiennent les Sauromarptis, les Melidora et certainement aussi les Clytoceyx.
- Entre ces deux groupes on constate dans la coloration, dans les formes et dans les proportions des diverses parties du corps certaines différences qui correspondent, jusqu’à un certain point, à des différences de mœurs et de régime. Ainsi, en exceptant les Ceryle qui ont un costume modeste et qui atteignent une grosseur exceptionnelle, les Martins-Pêcheurs ont en général une livrée plus riche que les Martins-Chasseurs ; ils ont aussi les ailes plus courtes, les pattes moins hautes, le bec moins large et moins déprimé, ils semblent plus attachés au voisinage des cours d’eau et se nourrissent de petits poissons et d’insectes névroptères.
- Les Martins-Chasseurs, au contraire, se tiennent parfois dans les forêts ou dans des plaines assez mal irriguées, voire même au milieu des rochers où font la chasse aux reptiles, aux insectes orthoptères et aux petits mammifères. Ainsi se comporte du moins l’espèce que les colons appellent Laughing Jackass1 et les naturalistes Martin-Chasseur géant (Dacelo gigas) et qui paraît confiné dans le sud-est de la Nouvelle-Hollande entre Moreton-Bay et le golfe Spencer. Cet oiseau qui est presque aussi gros qu’une Corneille, a les parties inférieures du corps d’un blanc sale, et les parties supérieures d’un brun foncé, strié de noir sur la tète et rehaussé par une bande d’un bleu céleste sur la croupe et des taches de même couleur sur la partie antérieure des ailes. Son bec puissant est aplati dans sa portion basilaire, caréné vers la pointe et festonné sur les bords de la mandibule supérieure qui se termine par un crochet dépassant la mandibule inférieure et ses doigts épais, mais assez souples pour saisir une branche ou maintenir une proie, sont ornés d’ongles tranchants.
- Dans nos jardins zoologiques on voit presque constamment des Martins-Chasseurs géants, et on peut facilement étudier leurs allures. On voit qu’ils se tiennent perchés des heures entières, la tète enfoncée dans les épaules, les ailes étroitement appliquées contre le corps, sans faire d’autres mouvements que d’agiter de temps en temps la queue à la manière des Traquets et des Bergeronnettes ou de relever comme un cimier les plumes du sommet de leur tête. Telle doit être aussi leur posture en liberté, quand ils guettent une proie. Aussitôt qu’ils l’ont aperçue, ils s’élancent brusquement sur elle, la saisissent entre leurs mandibules, et suivant qu’elle est plus ou moins volumineuse, la heurtent violemment contre le sol pour l’assommer, la déchirent en morceaux ou la font disparaître d’un seul coup dans le gouffre de leur bec. Le matin au crépuscule, le soir au coucher du soleil, et plus rarement dans le milieu de la journée, quand ils sont excités, ces singuliers oiseaux poussent des cris bizarres, qui ressemblent à un ricanement et qui leur ont valu le
- 1 Littéralement âne rieur.
- nom vulgaire par lequel on les désigne en Australie.
- Le Dacelo Leachi qui vit dans le nord-est de l’Australie, le Dacelo cervina qui est commun aux environs de Port-Essington, le Dacelo intermedia qui habite le sud de la Nouvelle-Guinée ont, dit-on, le même genre de vie que le Dacelo gigas et on peut, a priori, supposer que le Clytoceyx rex ne s’éloigne pas beaucoup sous ce rapport des Martins-Chasseurs, quoique la forme de son bec semble dénoter un régime spécial. Ce bec en effet est véritablement monstrueux et ne peut guère être comparé qu’au bec de ce grand échassier de l’Afrique orientale et centrale qui s’appelle le Balœniceps. Vu de profil il continue la courbe de la partie supérieure de la tête, le front étant à peine indiqué, et vu de face il couvre comme un masque presque toute la région faciale. Avec ses mandibules semblables à deux cuillers juxtaposées, il est admirablement fait pour saisir les reptiles et les batraciens dont l’oiseau fait probablement sa principale nourriture, et il est assez largement fendu pour livrer passage à une proie volumineuse. Sa couleur est en dessus d’un brun foncé, en dessous d’un jaune sale. Dans sa portion supérieure, tout près du front et au niveau des yeux, il est percé de deux petites portes obliques servant d'orifices aux narines. En arrière de celles-ci les plumes sont légèrement redressées, puis se couchent sur le sommet de la tète, où elles augmentent de longueur en présentant une teinte brune de plus en plus accentuée, de manière à former vers la nuque une touffe d’un brun foncé. La région des oreilles est également d’un brun noirâtre, passant au brun de sépia sur les joues; mais en arrière de l’œil il existe une bande d’un roux ferrugineux très vif. Cette dernière teinte se retrouve sur un collier qui entoure la région postérieure du cou et sur toutes les parties inférieures du corps, depuis la poitrine jusqu’à la queue. La gorge au contraire est d’un blanc pur. Sur les ailes et sur le dos s’étend une teinte brune interrompue par quelques lisérés gris ou roussâtres et limitée en arrière, sur les reins, par une,large plaque d’un bleu éclatant; la queue légèrement étagée, est d’un noir glacé et bleuâtre et les pattes offrent une coloration beaucoup plus sombre que celle du bec. Le plumage de la femelle ne diffère que par des nuances de celui du mâle, le collier étant seulement d’un roux moins intense et les pennes caudales tirant plus fortement au brun. Quant à la taille elle est sensiblement la même dans les deux sexes ; la longueur totale oscille entre 52 et 55 centimètres, l’aile mesure 17 centimètres 1/2, la queue 12 centimètres et le bec seul près de 4 centimètres de long sur 5 centimètres de hauteur à la base.
- Une paire de ces oiseaux figure actuellement dans la galerie ornithologique du Jardin des Plantes. Elle a été acquise en 18*1 de M. L. Lagloize qui l’avait obtenue sur la côte est de la Nouvelle-Guinée entre 156° 1/2 et 157° de longitude, et qui espérait doter
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- LA NAT U U K.
- le Muséum d’une espèce nouvelle; mais malheureusement pour ce jeune voyageur, deux mois auparavant, le British Muséum de Londres avait reçu d'un de ses correspondants un autre couple de la même espèce qui avait servi de type à M. R. Bowdler Sharpe pour la description de son Clyloceyx rex. A une date plus récente une troisième paire est arrivé en Angleterre, et a été sans doute acquise par quelque musée, mais en tout cas, à l’heure actuelle le Clyloceyx rex est encore fort rare dans les collections, et à ce titre il mérite, croyons-nous, d’être signalé à l’attention de nos lecteurs. E. Oustalet.
- ÉLÉVATEURS A GRAINS
- Il existe depuis longtemps en Amérique des appareils, connus sous le nom de Grain Elevator; ces appareils sont destinés à alléger soit en rade soit à l’embouchure des rivières ou canaux et à décharger dans les bassins du port de débarquement les navires chargés de grains, en envoyant ces denrées soit dans d’autres bateaux, soit directement en magasins à proximité du quai de débarquement, soit dans des wagons ou chariots pour leur réexpédition du port de déchargement. En outre de ces opérations, l’appareil pèse le grain tel qu’il sort du navire, et donne ainsi le poids qui sert à l’établissement du montant du frêt et pour l’acquittement des droits de douane ; il nettoie et épure le grain mais seulement au gré du réceptionnaire, il le repèse ensuite, et enfin il le livre définitivement soit en vrac soit en sacs réglés et pesés à un poids uniforme.
- La Société' française des Élévateurs à grains vient d’introduire dans notre pays des appareils analogues. L’Élévateur flottant représenté ci-contre (fig. 1 et 2) a été construit à Bordeaux sous la direction d’un ingénieur américain M. Mansfield, suivant les indications de l’administrateur délégué de la Société française des Élévateurs, M. Pierson, pour son application aux opérations multiples ci-dessus indiquées, est le plus grand qui existe jusqu’à présent. Il peut transborder en vrac du navire importateur soit sur quai, soit dans d’autres bateaux, 6000 busehels ou 163 000 kilogrammes de froment à l’heure et une quantité proportionnée d’autres grains. Il livre en sacs réglés à un poids uniforme 22 sacs à la minute.
- Il est disposé pour pouvoir décharger des navires à vapeur ou à voiles de toute dimension. Par la rapidité avec laquelle s’effectue le débarquement des cargaisons de grains, cet appareil justifie amplement le dicton anglais Time is Money devenu universellement un axiome en matière maritime, de même que les avantages généraux que son application dans tous nos ports marchands offre à l’Etat, à la marine marchande, aux chemins de fer, à la navigation fluviale et au commerce international des grains, ont fait aujourd’hui classer l’Elévateur flottant parmi les
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- engins les plus perfectionnés de l’outillage de nos ports maritimes.
- C’est ainsi que ce bel appareil fut consacré le jour de son inauguration officielle qui eut lieu récemment à Bordeaux, en présence d’une nombreuse assistance dans laquelle on remarquait, outre les principaux négociants importateurs de la place et de nos principaux marchés de France, les délégués des Chambres de commerce du littoral, depuis Dunkerque jusqu’à Marseille, une délégation du port d’Anvers, les représentants de diverses Compagnies de chemins de fer, et de Compagnies de navigation fluviale, les principaux armateurs ; les ingénieurs des services maritimes et des ponts et chaussées, et enfin l’ingénieur en chef des services maritimes de la Gironde, M. Fargue, représentant officiel de M. le Ministre des Travaux publics.
- Lors de cette inauguration officielle, M. L. F. Pierson procéda aux démonstrations pratiques comprenant les quatre expériences suivantes :
- Première expérience.— Débarquement et transbordement en vrac. — 400 quintaux métriques de blé d’Amérique ont été débarqués, pesés pour la douane, pour le capitaine et pour le réceptionnaire, et transbordés tels quels en gabarres.
- La durée de cette manutention a été de 15 minutes soit la proportion de 150 tonnes de céréales à l’heure ou la capacité d’un navire de 1500 tonnes en 10 heures de travail.
- Deuxième expérience. — Débarquement et transbordement après venlilage, criblage et pesage. — 200 quintaux ont été débarqués, pesés comme ci-dessus, puis ventilés, nettoyés et criblés, et repesés, ensuite transbordés en gabarre.
- Ces manutentions multiples n’ont pas demandé plus de temps que l’opération simple précédente, et pour une même quantité.
- Troisième expérience. —Débarquement mise en. sacs et chargement sur wagon.—r200 hectolitres de ' blé ont été débarqués, pesés comme ci-dessus, passés au ventilateur et cribleur, mis en sacs réglés et pesés à 80 kilogrammes, et chargés sur wagon. L’élévateur a livré 24 sacs à la minute.
- Quatrième expérience.—Mise en vrac en magasin directement de l'Élévateur (fig. 1). — En 10 minutes, 200 quintaux ont été débarqués, pesés, ventilés, criblés et mis en grenier directement sur le quai dans des tentes situées à 15 mètres de l’arête du quai, soit à 28 mètres de la cale du navire.
- L’Elévateur flottant se compose de trois parties distinctes : la coque, la machine motrice, et les organes spéciaux destinés à la manutention du grain.
- La coque a les dimensions principales suivantes : longueur, 31 mètres; largeur, 9 mètres; creux, 5m,48; tirant d’eau, 2m,20.
- Elle est en fer d’une construction très solide comme il convient à son emploi. Ce bateau est muni d’une hélice et est susceptible de marcher à une vitesse de 5 à 6 milles à l’heure ; grâce à cette hélice, l’élévateur peut donc non seulement se dé*
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- LA NATURE.
- placer de lui-même pour se rendre à un poste déterminé, dans les bassins d’un port, mais encore il sera susceptible dans certaines circonstances, de naviguer en rade.
- La machine motrice M de l’élévateur sert à actionner soit l’hélice dont il est parlé ci-dessus, soit les mécanismes spéciaux de l’élévateur.
- Des embrayages sont à cet effet disposés entre l’arbre de la machine et les arbres qui commandent l’hélice et les mécanismes.
- Cette machine peut développer 150 chevaux indiqués, cette puissance n’est en général utilisée que
- pour faire mouvoir l’hélice; les mécanismes n’exigent qu’une puissance moindre d’environ 100 chevaux. Cette machine réalise tous les perfectionnements des moteurs des derniers types; elle est du système Gompound à condensation par surface.
- La vapeur est fournie par deux corps de chaudières de 100 chevaux chacun. Un seul corps suffit donc pour actionner la machine lorsqu’elle conduit les mécanismes, ce qui est le cas habituel; les 2 chaudières se servent mutuellement de rechange et peuvent être réparées séparément sans amener aucun chômage.
- Fig. i. — Le grand élévateur à grains du port de Bordeaux, dessiné d’après nature le jour de son inauguration.
- Les deux corps ne sont allumés ensemble que dans les circonstances exceptionnelles où l’élévateur flottant doit faire un trajet en rade.
- Les mécanismes principaux sont contenus dans une sorte de tour édifiée au milieu du bateau. Cette tour qui est en charpente revêtue de tôles galvanisées, a uue hauteur de 24m,45 au-dessus du pont.
- Quand l’appareil est au repos, cette tour est entièrement close. Lorsqu’il fonctionne, de l’un des côtés de la tour se détache, dans une position voisine de l’horizontale, un châssis qui porte, suspendue a son extrémité en dehors du bateau, une jambe qui constitue le premier mécanisme de l’élévateur Cette jambe peut s’écarter plus ou moins de la coque de l’élévateur, en se déplaçant le long de son châssis
- et comme celui-ci peut, de son côté, s'élever ou s’abaisser le long de la charpente de la tour, on voit que dans les limites de ces deux mouvements, on peut amener la jambe dans telle position que l’on veut.
- Dans l’intérieur de cette jambe se trouve une chaîne à godets. Lorsqu’on veut décharger un navire chargé de grains, on l’accote à l’élévateur ou l’élévateur va s’accoter le long de ce navire, et grâce au mouvement de la jambe, on fait descendre celle-ci dans le panneau de la cale à décharger, de manière que le pied s’appuie sur le grain lui-même, de tout le poids de la jambe.
- Rappelons que l’amplitude des mouvements de la jambe et du châssis est calculée pour toutes les dimensions actuelles des navires à vapeur et à voiles.
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- LA NATURE.
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- Le grain, enlevé par les godets de la jambe, est porté jusqu’au haut de cette jambe et déversé dans des tuyaux à télescope qui le conduisent dans une chambre dite récepteur du l' r peseur II, placé au 1er étage de la tour.
- Le premier peseur II consiste dans une bascule dont le tablier est remplacé par une caisse de bois. Au moyen d’un orifice muni d’une valve, on amène le grain dans cette caisse ; on ferme la valve au moment précis où la quantité de grain introduite
- dans la caisse de la bascule agit sur le levier préalablement chargé d’un poids convenable. Après la pesée, le grain tombe dans un récipient F placé au fond du ponton.
- Le grain passe ensuite dans les appareils de nettoyage, à cet effet il est pris par une chaîne à godets et élevé jusqu’au 2e étage de la tour où se trouve le cribleur D.
- Au sortir du cribleur D, ce grain est soumis à l’action d’un ventilateur G en tombant dans une
- Fig. 2. — Le grand élévateur à grains du port de Bordeaux (Coupe).
- A. Grenier des ensacheurs. Récepteur muni d’entonnoirs portant chacun un registre de fermeture pour la mise en sacs du grain. — B. Trémies sur bascules recevant du récepteur A la quantité de grains contenus dans chaque sac.— C. Récepteurs du grain qui coule sur le cribleur. — P. Cribleurs. — E. Chambre de ventilation recevant le grain à la sortie du cribleur. — F. Récipients recevant le grain nettoyé et ventilé pour le conduire au pesage de la grande bascule H. — G. En sortant du cribleur le grain passe dans la chambre E où il est soumis à l’action d’un ventilateur G qui l’épure entièrement. Il tombe ensuite dans le récipient F et là se trouv® une chaîne à godets qui l’élève encore au deuxième étage pour être pesé par l’une des deux grandes bascules H. — H. Trémies des deux grandes bascules pesant chacune 2300 kilogrammes à la fois, l’une le grain tel qu’il sort du navire, l’autre le grain après ventilage, nettoyage, criblage. — L. Treuil faisant partie du mécanisme de fonctionnement de la jambe élévatoire.— M. Machine motrice (système Compound). — N. Deux chaudières cylindriques (générateurs). — 0. Logement du gardien, cabines, cuisine, magasins pour le service. — K. Grande courroie de transmission.
- chambre C convenablement disposée ; arrivée au fond de cette chambre, il est nettoyé et épuré. Là il est repris par une 3e chaîne à godets qui l’élève encore au '_fi étage R de la tour pour être pesé après nettoyage. Le 2e peseur H ne diffère pas du premier.
- Du 2e peseur H, le grain retombe au rez-de-
- chaussée de la tour, il est élevé par une 4e chaîne à godets jusqu’au sommet de la tour dans un appareil dit distributeur. De cet appareil le grain est renvoyé soit directement dans les bateaux ou wagons qui chargent en vracs, soit aux appareils A de mise en sacs.
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- LA NATURE
- La distribution en vrac s’opère au moyen de tuyaux à télescope au nombre de 4, deux de chaque bord. Les tuyaux peuvent prendre des directions variables et conduire les grains à la position même où se trouvent les récipients qui doivent les recevoir.
- Cette distribution peut se faire également directement dans les étages de magasins situés jusqu’à 15 mètres du quai de débarquement.
- Pour la mise en sacs, le grain au lieu de passer par ces tuyaux, tombe dans un grand récepteur A muni à sa partie inférieure de 6 entonnoirs avec registre de fermeture. Chacun de ces entonnoirs correspond à un peseur B analogue aux deux premiers déjà décrits, mais de plus petite dimension; Ils servent à peser la quantité de grain à contenir dans les sacs. Au sortir du peseur, le grain tombe directement dans les sacs; ceux-ci une fois fermés, sont amenés sur un plan incliné qui les conduit en dehors de l'élévateur sur les wagons ou chariots.
- Tous ces mouvements du grain sont exécutés mécaniquement et n’exigent qu’un personnel restreint. En dehors des ouvriers spéciaux affectés à la machine motrice, il n’y a besoin de quelques ouvriers que pour la manœuvre des peseurs et la mise en sacs.
- Par cette description sommaire, on voit que les élévateurs à grain réalisent à un haut degré les perfectionnements qui sont le plus activement recherchés dans les engins modernes, savoir : la rapidité du travail et la réduction de la main-d’œuvre par la substitution d’appareils mécaniques mus par la vapeur à la force musculaire de l’homme. Bientôt les ports de Marseille, Dunkerque, Calais, Le Havre, Rouen, Ronfleur, Saint-Nazaire, Nantes, La Bocheïle, Rochefort, Bayonne et Cette posséderont aussi des élévateurs semblables à celui qui est actuellement en pleine exploitation à Bordeaux.
- LÀ NITRIFICATION1
- RECHERCHES DE M. WARINGTON
- On connaît depuis longtemps les importantes recherches de MM. Schlœsing et Müntz sur la nitrification dans le sol; nous reproduisons ici les résultats auxquels on est arrivé au laboratoire de Rolhamsted en étudiant le même sujet. Le travail de M. Warington confirme pleinement, comme on va le voir, les conclusions des savants français ; il établit, en outre, quelques points nouveaux qui ne manquent pas d’intérêt pour l’étude si complexe de la transformation des matières azotées dans le sol (Journal of the Chemical Society, 1879).
- Dans une précédente communication, l’auteur a fait voir qu’une dissolution faible de chlorhydrate d’ammoniaque, additionnée d’une petite quantité de tartrate et de phosphate de potasse, avec un excès de carbonate de chaux, se nitrifie rapidement quand on l’ensemence avec quelques gouttes d’une liqueur qui s’est précédemment
- 1 Ann. agronom. et Journal de jiharmacie.
- nitrifiée. Il a entrepris alors plusieurs séries-d’expériences dans des dissolutions de nature différente, et de composition bien définie. Bien que dans ces circonstances, l’oxydation soit sans doute moins rapide que dans un sol poreux, ce mode d’expérimentation présente l’avantage de permettre la détermination exacte de tous les changements qui peuvent se produire dans la composition des matières employées.
- Voici, en résumé, les principaux résultats qui ont été obtenus :
- 1° Une dissolution de chlorhydrate d’ammoniaque, additionnée de toutes les matières qui servent à la nourriture des plantes, ne se nitrifie jamais en l’absence de germes ;
- 2° Une solution de sel ammoniac, renfermant du phosphate et du sulfate de potasse, mais pas’de sels organiques ni de carbonate de chaux, ne se nitrifie pas, même après avoir été ensemencée;
- 5° Une solution de sel ammoniac, additionnée de phosphates et sulfates de potasse, de chaux et de magnésie, et de sucre de canne, ne se nitrifie pas, même après avoir été ensemencée ;
- 4° Une solution de sel ammoniac, additionnée de phosphates, de sulfate et de tartrate de potasse, se nitrifie après ensemèncement ; mais la nitrification est toujours très lente, la base salifiable étant fournie seulement par la décomposition graduelle du tartrate de potasse;
- 5° La nitrification n’est rapide qu’autant qu’on ajoute un excès de base salifiable. Le carbonate de chaux convient très bien ;
- 6° La nitrification peut se produire dans des liqueurs exemptes de chaux ;
- 7° Une proportion de carbone organique (du tartrate) égale aux 3/10 de l’azote amoniacal est plus que suffisante pour alimenter le ferment ;
- 8" Des dissolutions contenant jusqu’à 640 milligrammes par litre de sel ammoniac peuvent être entièrement nitrifiées. La limite supérieure de concentration, au delà de laquelle la nitrification ne peut plus se produire, n’a pas encore été déterminée ;
- 9° La nitrification n’est pas due au développement des moisissures qui apparaissent dans les dissolutions tartri-ques ;
- 10° La nitrification n’est pas causée par les bactéries; ces êtres peuvent se développer dans un liquide de composition convenable sans y produire de nitrates 1 ;
- 11° La lumière arrête la nitrification. Dans douze expérience sur treize, la nitrification a été empêchée, ou considérablement ralentie par l’exposition à la lumière, ou plutôt par des alternatives de lumière et d’obscurité. Il semble que le ferment nitrique soit tué par la lumière : dans ces conditions, il se forme une quantité notable d’azotites, même en dissolution étendue. Cette question exige de nouvelles recherches ;
- 12° La nitrification s’arrête à 40° : cette température longtemps soutenue paraît détruire le ferment;
- 13° L’addition d’une petite quantité de liquide nitrifiant à une dissolution de composition convenable ne détermine pas immédiatement la nitrification ; celle-ci ne commence à se produire qu’après un temps de repos souvent fort long. Ce fait peut tenir à ce que le ferment doit d’abord se multiplier dans le liquide pour que son action devienne sensible, ou bien encore à un état de passivité que prend
- 1 M. Warington u’avait en vue, dans cette conclusion, que les bactéries ordinaires des fermentations, et non pas les bac--téridiens du sol.
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- LA NATURE
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- le ferment dans les vieilles dissolutions, comme cela arrive pour beaucoup d’autres organismes inférieurs;
- 14* La période d’incubation est plus longue dans les dissolutions concentrées que dans les dissolutions éten- ! dues;
- 15° L’élévation de la température, maintenue entre certaines limites réduit considérablement la période d’incubation : elle est sensiblement plus longue à 20° qu’à 30° ;
- 16° La période de nitrification est plus longue dans les dissolutions concentrées que dans les dissolutions étendues; cependant, toutes choses égales d’ailleurs, il se forme, pendant le même temps, plus de nitre dans les dissolutions concentrées que dans les liqueurs étendues ;
- 17°-I8° La nitrification devient plus rapide à mesure que la température s’élève, au moins jusqu’à 20°;
- 19° La nitrification ne se produit pas toujours avec la même vitesse; elle commence lentement, devient peu à peu plus rapide, et enfin se ralentit jusqu’au moment où elle est complète;
- 20° La fermentation nitrique donne naissance, tantôt à de l’acide nitrique, tantôt à de l’acide nitreux : il se forme de l’acide nitrique dans les dissolutions faibles, froides et maintenues à l’obscurité ; l’acide azoteux se produit de préférence dans les dissolutions concentrées dont on élève la température ou qu’on expose à la lumière. Les dissolutions étendues et froides dans lesquelles la nitrification a été suspendue par l’absence de base salifiable, donnent aussi de l’acide nitreux quand on ajoute au liquide la base nécessaire.
- L’OBSERVATOIRE
- DU BUREAU INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES Suite. — (Voy. p. 145.)
- Après avoir donné la description sommaire des instruments qui appartiennent à la section des étalons de longueur, nous parlerons aujourd’hui des appareils qui se rapportent à celle des étalons de poids-
- L’instrument essentiel de la section des pesées est naturellement la balance. Le Bureau international possède une des plus remarquables collections de balances de précision qui existent au monde. Les principales de ces balances ont été construites par la maison Rueprecht, devienne (Autriche). Notre grande gravure représente, dans son ensemble, la belle et spacieuse salle dans laquelle elles sont montées. Nous donnons de plus (fig. 1) le dessin de celle qui est spécialement destinée à la comparaison des kilogrammes étalons. Cette balance est disposée de manière à être manœuvrée à distance; on évite ainsi l’influence nuisible que le voisinage de l’observateur exerce toujours sur les pesées, pat les perturbations de température qu’il produit près de la balance ; ici l’observateur — qui a préparé sa pesée la veille, c’est-à-dire qui a placé dans la cage de l’instrument aux endroits nécessaires, les' poids dont il aura besoin — n’approche plus de la balance. Placé devant sa lunette, il exécute toutes les opérations qui constituent une pesée, c’est-à-dire qu’il met les poids sur les plateaux, il déclenche les plateaux, puis le fléau,
- mesure les oscillations de celui-ci, puis change les poids de côté, mettant à droite celui qui était à gauche et réciproquement, etc., le tout à 4 mètres de distance. Pour cela la balance est munie d’un mécanisme très ingénieux et d’une précision parfaite, qui se gouverne au moyen de manivelles fixées à l’extrémité de longues tringles. Les oscillations du fléau se lisent par la réflexion d’une échelle divisée sur un miroir qui est porté par ce fléau ; c’est l'image de cette échelle que l’observateur voit se déplacer lentement dans sa lunette pendant que la balance oscille; il note un certain nombre d'élongations successives, et en déduit par le calcul la position d’équilibre.
- Trois autres balances du même modèle, mais plus petites, sont destinées aux comparaisons et aux étalonnages de poids plus faibles; elles possèdent le même mécanisme de transposition, un peu simplifié cependant et moins complet dans les deux plus petites. On voit au milieu de notre grande gravure (fig. 2) les grands bras de levier qui permettent de faire les pesées à distance, et se relient à trois massifs de maçonnerie au-dessus desquels sont placées les lunettes de lecture des oscillations du fléau.
- Voici quelques détails sur le mécanisme de transposition de la balance :
- Les plateaux de la balance ont une forme tout à fait particulière. Chacun d’eux est constitué par un anneau circulaire, qui est ouvert en un point, et se prolonge intérieurement par quatre plaques triangulaires ou dents dirigées vers le centre. Entre ces plaques peut passer une croix, placée en dessous. Supposons qu’on ait placé au-dessus des plateaux des poids, 1 kilogramme, par exemple, de chaque côté ; et pour fixer les idées, supposons que le kilogramme A soit*sur le plateau gauche, et le kilogramme B sur le plateau droit. L’observateur, prenant l’une des quatre manivelles qui sont sous sa main, met le mécanisme en mouvement. Voici alors ce qui se passe : la croix placée sous le plateau monte d’abord, arrive à dépasser le plan du plateau, et par suite soulève le kilogramme qui est placé dessus ; puis, arrivée à hauteur convenable, elle se déplace latéralement, et se dégageant du plateau, elle vient se placer au-dessus de l’une des plaques qui sont attachées, à droite et à gauche, au pied de la balance; ces plaques présentent une disposition analogue à celles des plateaux. En continuant le mouvement, la croix commence alors à descendre et traverse le plan de la plaque, en déposant sur celle-ci le kilogramme qu’elle a enlevé du plateau. Pendant que ces mouvements s’accomplissent à gauche pour le kilogramme A, ils s’exécutent simultanément à droite pour le kilogramme B. Les deux poids à comparer se trouvent donc transportés en même temps sur les plaques centrales. Prenant alors une deuxième manivelle, l’observateur fait tourner les deux plaques de 180° autour de l’axe du pied de l'instrument, ce qui met à droite celle qui était à gauche et réciproquement. Il suffit alors de faire
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- LA NATURE.
- refaire aux croix la même évolution qu’elles ont déjà faite, mais en sens inverse, pour reporter les kilogrammes sur les plateaux de la balance ; le kilogramme A se trouve alors à droite, le kilogramme B à gauche, et l’observateur peut faire la seconde partie de la pesée.
- Les deux autres manivelles commandent l’une le mouvement qui sert à dégager les plateaux, l’autre le mouvement qui abaisse la fourchette et rend libre le fléau.
- On sait depuis longtemps que la balance est l’instrument de précision par excellence. Avec celles dont il s’agit ici, on arrive à atténuer les erreurs des pesées presque indéfiniment. C’est ainsi qu’on peut mesurer la différence de deux kilogrammes avec une exactitude de 1/100 de milligramme : c’est-à-dire qu’on pèse un kilogramme à un cent millionième près de sa valeur.
- Dans une autre salle est montrée la balance hydrostatique qui sert aux déterminations des densités ; ici encore tous les détails des opérations ont été perfectionnés jusqu’aux dernières limites compatibles avec
- l’état actuel de la science. L’eau qui doit servir aux pesées hydrostatiques, distillée une première fois avec un alambic ordinaire, est redistillée au moyen d’un appareil de platine, et recueillie dans un vase de platine. Celui-ci, placé au-dessous de la balance, est employé pour les pesées, et une série d’ingénieux appareils permet de plonger les poids dans l’eau, et d’opérer toutes les manipulations nécessaires, manipulations souvent très délicates, en réduisant au minimum toutes les chances d’erreurs qui peuvent intervenir.
- Fig. 1. — Balance de précision pour la comparaison des kilogrammes étalons.
- La section des pesées possède, en outre, une belle collection de poids, en platine iridiée et en quartz pour les poids de premier ordre, en laiton doré pour les poids de deuxième ordre.
- En dehors des appareils fondamentaux que nous venons de mentionner, le Bureau possède un grand nombre d’instruments divers, les uns destinés à certains travaux spéciaux, les autres nécessaires aux
- études accessoires qui se lient forcement aux opérations des comparaisons ou des pesées. Parmi les premiers, l’un des plus remarquables par la prodigieuse délicatesse de la méthode qu’il met en œuvre, est l’appareil Fizeau au moyen duquel on mesure les dilatations sur de petits échantillons ou fragments de quelques millimètres d’épaisseur seulement, en se servant d’un procédé optique fondé sur l’observation d’un phénomène d’interférence lumineuse. Cet appareil permet de constater et de mesurer des variations de distance entre deux points de quelques millionièmes de millimètre.
- Les instruments accessoires sont des cathéto-
- mètres, sphéromètres, etc., il faut mentionner aussi les instruments météorologiques : baromètres, thermomètres, hygromètres. La figure 2 montre, par exemple, le baromètre normal de la section des pesées, grand instrument dans lequel on a réuni tous les perfectionnements qui peuvent permettre d’arriver à la mesure de la pression dé l’atmosphère avec le plus haut degré de précision possible.
- La mesure de la température joue un rôle essentiel dans toutes les opérations que l’on a à exécuter sur les étalons, soit de longueur, soit de poids. Aussi
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- Fig. 2.
- Observatoire du Bureau international des poids et mesures au pavillon de Breteuil, à Saint-Cloud. - Vue d’ensemble de la grande salle des balances
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- LA NATURE.
- les éludes qui se rapportent à la thermométrie ont une place tellement importante qu’elle pourrait être considérée comme constituant une section à part, qui comprend aussi ses instruments spéciaux.
- Gaston Tissandier.
- — A suivre. —
- LA CONSOMMATION DE CHARBON
- ET DE VAPEUR
- DES MACHINES MOTRICES MODERNES.
- 11 nous a paru intéressant de réunir sous ce titre les résultats fournis par les machines motrices modernes, en les comparant à ceux des machines anciennes, pour montrer les immenses progrès réalisés depuis moins d'un siècle, et indiquer ce qu’on peut encore raisonnablement espérer, au point de vue de l’économie du combustible et de la vapeur, en les utilisant dans des engins encore plus perfectionnés que ceux dont nous disposons aujourd’hui.
- On sait que la combustion complète d’un kilogramme de charbon pur dégage 8000 calories (kilogramme-degré) et que l’équivalent mécanique de la chaleur est de 424 kilogrammètres.
- Un kilogramme de charbon représente donc une énergie totale de 3392000 kilogrammètres; quel que soit le mode de transformation adopté, il sera impossible d’en tirer plus que le chiffre ci-dessus ne l’indique.
- Le travail d’un cheval-vapeur de 75 kilogrammètres pendant une heure ou 3600 secondes représente 270000 kilogrammètres (on appelle quelquefois cette quantité de travail le cheval-heure).
- Le cheval-heure correspond donc à la transformation complète en travail de l’énergie représentée par 80 grammes de charbon.
- Dans les machines de Newcomen, la consommation du cheval-heure atteignait 9 kilogrammes, c’est-à-
- dire que ces machines transformaient en travail un
- *
- peu moins de un pour cent de l’énergie du charbon.
- Dans les machines de Watt, la consommation s’abaissa à 3 kilogrammes; en augmentant encore la pression et la détente, on arriva successivement à 2 kilogrammes, 1 kilogramme et demi et 1 kilogramme de houille par cheval-heure.
- On cite même certaines expériences faites avec soin sur des machines de grande puissance, où la consommation de charbon s’est abaissée à 900 grammes et même à 800 grammes de charbon par cheval-heure mesuré au diagramme. Dans ces expériences, on transforme en travail jusqu a 10 pour 100 de l’énergie totale représentée par le charbon. Voici comment se répartissent les pertes :
- Répartition des pertes dans les meilleures machines a vapeur modernes.
- Energie théorique totale représentée parla
- combustion complète du charbon...... 100
- Pertes par combustion incomplète, rayonnement et chaleur emportée par la
- fumée..................................... 30
- Energie représentée par la vapeur produite..................................... 70
- Chaleur entraînée par la vapeur expulsée
- après son travail sur le piston........... 50
- Pertes par conductibilité, rayonnement, défauts du mécanisme et dispositions
- de la machine............................. 10
- Travail effectif recueilli.................. 10
- En ce qui concerne la dépense de vapeur, la théorie indique qu’avec de la vapeur à cinq atmosphères de pression et une condensation à 40 degrés centigrades il faut dépenser au moins 5 kilogrammes de vapeur par cheval et par heure (au diagramme). Voici les résultats obtenus avec quelques machines bien construites et de grande puissance et communiqués en 1878 par M. Hallauer à la Société industrielle de Mulhouse. La dernière colonne du tableau montre que le mécanisme n’absorbe que 10 à 12 pour 100 de travail effectif produit par la vapeur sur le piston.
- CONSOMMATION DE VAPEUR DES MACHINES MODERNES
- CONSOMMATION CONSOMMATION
- NOMS DES MACHINES EXPÉRIMENTÉES. par cheval indiqué par cheval effectif RENDEMENT.
- au au
- diagramme. frein.
- Woolf verticale à balancier kilog. 8,2 kilog 9,3 88 %
- Woolf horizontale 8,5 9,2 90 %
- Corliss horizontale 7,9 8,6 92 •/.
- Hirn verticale à balancier 7,2 8,8 90 »/.
- 11 est bon de faire observer ici que les machines à vapeur actuelles les plus parfaites et les plus puissantes sont encore inférieures aux moteurs à gaz de faible puissance dont la consommation n’atteint pas un mètre cube de gaz par cheval et par heure. La chaleur produite par un mètre cube de gaz ne dépasse pas en effet 6000 calories (kilogramme-degré)
- et correspond à la chaleur dégagée par 700 grammes de houille environ. Les moteurs à gaz utilisent beaucoup mieux la chaleur du combustible que les moteurs à vapeur, parce que l’écart de température est plus élevé, et que le fluide qui agit sur le piston du moteur à gaz agit à la température même du gaz. Le progrès à réaliser dans les machines à vapeur ré-
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- LÀ N À Tll H K.
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- side donc surtout dans l'emploi de températures élevées, et, par suite, de hautes pressions.
- La consommation des machines marines se rapproche assez de celle des machines fixes à détente, nous n’avons donc pas besoin de les examiner ici en particulier.
- Arrivons maintenant à la consommation des locomotives modernes.
- Des expériences faites il y a environ deux ans par M. Georges Marié, ingénieur au chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, entre Paris et Montereau, avaient indiqué une consommation de combustible qui, par cheval-heure de travail utile effectif, mesuré à la jante des roues motrices, ne dépassait pas 1500 grammes. On s’est alors demandé comment les locomotives pouvaient atteindre une aussi faible consommation et rivaliser avec les machines à condensation.
- De nouvelles expériences ont été faites sur la demande de M. Hirsch, ingénieur en chef des ponts et chaussées, entre Saint-Jean de Maurienne et Modane : cette liene est en rampe continue de 1 centimètre a 5 centimètres par mètre, ce qui facilite le calcul précis du travail effectué. Dans ce parcours, les trains s’élèvent de 521 mètres pour un parcours total de 27900 mètres; la pente moyenne est de 18,6 millimètres par mètre. La vitesse était de 28 kilomètres à l’heure et la résistance du train de 4,3 kilogrammes par tonne, d’après la formule en usage au P. L. M.
- On n’a pas tenu compte dans le calcul d’un grand nombre de courbes de faible rayon ; le combustible était de la briquette d’Anzin contenant 6,9 pour 100 de cendres et 1 pour 100 d’eau.
- Voici un tableau comparatif des résultats obtenus en 1881 et en 1883 :
- 1881 1883
- Consommation de combustible par
- cheval-heure................ 1540 gr. 1460 gr.
- Consommation de vapeur sèche .. 11240 gr. 11720 gr.
- Production de vapeur sèche par
- kilogr. de combustible...... 7300 gr. 8050 gr.
- M. Marié considère donc comme bien établi par ces deux séries concordantes d’expériences, que les locomotives dont la vitesse de piston n’est pas trop lente, dépensent en service normal 1500 grammes de bon combustible par cheval-heure, mesuré à la jante des roues motrices En tenant compte des résistances du mécanisme de la machine, on peut en conclure que la consommation varie entre 1200 et 1300 grammes par cheval indiqué. L’économie réalisée est due surtout au bon entretien et à la grande vitesse des pistons des locomotives, tandis que les machines de l’industrie à marche lente et sans condensation consomment le plus souvent de 2 à 3 kilogrammes de charbon par cheval-heure Dans les conditions actuelles, la seule économie à réaliser consisterait dans l’utilisation de la vapeur d’échappement pour le réchauffage de l’eau d’alimentation. Si l’on a recours aux pressions élevées, entre 10 et
- 20 atmosphères, — il existe déjà en Russie des locomotives à 12 atmosphères, — on obtiendra encore probablement une notable économie, mais il faudra, pour bien utiliser la détente, employer des distributions plus parfaites que les distributions actuelles, et faire usage de machines Compound, c’est-à-dire de machines dans lesquelles la détente s’effectue dans deux cylindres distincts.
- L’ISTHME DE CORINTHE
- Les lecteurs de La Nature trouveront dans les précédents articles de M. Maxime Hélène1 d’intéressants renseignements historiques sur le canal de Corinthe. Nous nous proposons de compléter aujourd’hui ces documents en donnant à nos lecteurs une description du projet de M. B. Gcrster, ingénieur en chef de la Société Internationale du canal de Corinthe, et un aperçu de la marche des travaux commencés l’année dernière et de la méthode d’abattage rapide conçue par cet ingénieur, méthode qui permettra de livrer le canal de Corinthe à la circulation dans le délai relativement restreint de cinq ans.
- L’Isthme de Corinthe est constitué par une langue de terre dont la plus petite longueur d’une mer à l’autre, de la baie d’Ægine au golfe de Corinthe, ne mesure pas plus de 6 kilomètres et dont l’élévation maxima est de 80 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. C’est en quelque sorte un plateau à la cote maxima 80 resserré entre deux chaînes de montagnes, les monts Géraniens au nord et les monts Oniens au sud. Les anciens, Périandre, tyran de Corinthe en 628 avant J.-C., Démélrius Poliorcète un des successeurs d’Alexandre le Grand, Jules César, puis Caligula auxquels n’avaient pas échappé tout l’intérêt et toute l’importance du canal de Corinthe au point de vue de la navigatiorf et du commerce, n’avaient que songé au percement de l’Isthme qu’entreprend plus sérieusement Néron, dont les travaux d’exploration après dix-huit siècles sont parfaitement reconnaissables et donnent la mesure des forces humaines dont disposait cet empereur. Du côté de Kalamaki (golfe d’Ægine) on aperçoit une grande tranchée de 70 mètres de largeur dans sa partie la plus élevée, de 40 mètres dans sa partie basse, sur une longueur de 200 mètres environ. Les terres sont retroussées en cavaliers sur les deux côtés de la tranchée qui se termine brusquement par un front d’attaque presque vertical. Du côté de Corinthe, quoique le terrain naturel offre moins de dépression, les vestiges des travaux de Néron ne sont pas moins visibles. On retrouve sur toute la longueur de l’Isthme une succession de puits carrés de 2 mètres de côté, sondages exécutés jusqu’à 20 mètres de profondeur, et dont l’un d’eux sert à la reconnaissance du terrain propre à l’emplacement des culées du pont métal-
- 1 Voy. n“ 468 du 20 mai 1882, p. 587.
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- LA NATURE.
- lique à jeter sur le canal pour la traversée de la route d’Athènes à Corinthe.
- Les tracés étudiés par M. B. Gerster, eu vue de déterminer le meilleur passage tant au point de vue de l’économie du cube que de la commodité de la navigation, sont au nombre de trois.
- Le premier reproduit le projet de Néron dont les puits en ligne droite échelonnés sur toute la longueur de l’Isthme, permettent de suivre la trace facilement reconnaissable.
- Sa longueur totale est d’environ 6 400 mètres, y compris les longueurs des ports à draguer pour établir le chenal de 8 mètres de profondeur réglementaire. Le point le plus élevé du profil est à la côte 79 et le cube total de déblais à enlever calculé d’après les profils de talus variables suivant la nature du terrain reconnu par de nombreux sondages, s’élève à environ 10 000 000 de mètres cubes.
- M. Gerster a étudié en outre deux variantes dont la première, se rapprochant beaucoup en position du tracé définitif, a l’avantage de présenter un cube de
- déblais un peu moindre avec une altitude maxima de 75 mètres. Par contre ce tracé a l’inconvénient de présenter de nombreuses courbes de 2 000 mètres de rayon, inconvénient que ne rachète pas suffisamment l’économie de cube qu’on peut évaluer à 600 000 mètres cubes environ. La deuxième variante partant de la Nouvelle Corinthe et aboutissant à la baie de Kechrias à 2 kilomètres environ de la sortie actuelle du canal, donne un canal de 11 kilomètres de longueur et un volume de plus de 12 000 000 de mètres cubes à déblayer.
- La Société internationale du canal de Corinthe a donc été conduite à adopter l’ancien tracé de Néron comme présentant les conditions les plus économiques de construction et les plus avantageuses pour la navigation par suite de son alignement droit de plus courte longueur.
- Comme le montre le profil longitudinal ci-contre (fig. 1), le canal consiste en une seule et vaste tranchée de 87 mètres de hauteur dans son point le plus élevé faisant communiquer la baie d’Ægine avec le golfe de Corinthe. Sa section sera exactement la môme que
- p Puits de so ndagey.
- Golfe de Corinthe
- Fig. 1. — Profil longitudinal du canal indiquant l’avancement prévu des travaux. — p. Puits de sondage.
- Fig. 2. — Tracé du canal de Corinthe.
- celle du canal de Suez, 22 mètres de largeur au plafond, 8 mètres de profondeur au-dessous des plus basses eaux. Les talus de la tranchée seront inclinés à 1/10 dans les parties rocheuses, à 2 pour 1 dans les sables, et à 1 pour 1 dans les terres un peu plus résistantes ce qui donnera comme largeur minima au plan d’eau 23m,60, et comme largeur maxima prévue jusqu’à présent par la nature du terrain traversé 45 mètres au plan d’eau. La faible longueur du canal, 6 kilomètres en dehors des deux chenaux d’entrée et de sortie permet d’éviter tout garage.
- Deux routes traversent le canal; la première, de Corinthe à Athènes passe à la côte 60 et ne nécessitera d’autres travaux que l’érection d’un pont
- métallique dont on détermine en ce moment l’emplacement des culées par des sondages dans un puits de Néron à proximité, déjà approfondi à une profondeur de 40 mètres. La deuxième, de Corinthe à Lutraki, petit village qui possède une source thermale au pied des Monts-Géraniens, longe le bord de la mer elle nécessitera un pont et une déviation qui la reporte à une hauteur suffisante pour le passage libre des mâts des navires. Enfin le chemin de fer du Pirée au Péloponnèse actuellement en construction traversera le canal par un pont métallique dont les ingénieurs n’ont pas encore déterminé la position (fig. 2).
- M. Gerster, avant d’adopter un système d’abattage
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- LA NATURE.
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- d’une tranchée si exceptionnellement puissante a exécuté une douzaine de sondages à diverses profondeurs, variant de 1 à 2 mètres dans les parties alluvionnaires à proximité des côtes des deux golfes à réunir jusqu’à 35 et 40 mètres dans les parties rocheuses du sommet de la tranchée. Il a pu ainsi déterminer avec soin le profil géologique de l’Isthme tout en ayant recours à ses propres sondages qu’aux terrains mis à nu dans les puits de Néron. Le profil indique l’existence d’un massif central de craie blanche compacte recouverte des deux côtés de sables jaunes compacts et d’une calotte supérieure formée de sables marneux dans lesquels viennent s’interposer de minces couches de conglomérat feuilleté d’une dureté exceptionnelle. Les approches de la tranchée se composent de sables d’alluvions très meubles du côté de Corinthe à l’embouchure ouest du canal, et de sables argileux du côté de Kalamaki à l’autre embouchure.
- Le projet d’abattage actuellement en cours d’exécution, imaginé par M. Gerster consiste en ceci : enlèvement de la calotte supérieure de la tranchée c’est-à-dire de tout ce qui se trouve au-dessus de l’altitude 47 par la méthode de puits et galeries, méthode dite anglaise, dans laquelle les déblais seront enlevés à l’aide de grands wagons de 3 mètres cubes de capacité remorqués par des locomotives et jetés dans des vallées Lès voisines et très favorablement situées. Cette tranchée, élément de la tranchée totale, cube environ 1 800 000 mètres cubes et sera attaquée par ses deux extrémités à la fois ce qui permettra d’enlever 900 000 mètres par attaque. La marche de ce travail qui est maintenant en pleine activité est réglé de façon à permettre l’enlèvement complet de la calotte dans l’espace de deux ans.
- En même temps que le déblaiement de cette calotte supérieure on procédera à l’attaque des allu-vions des deux extrémités du canal à la fois à l’aide' de dragues de moyenne dimension et de pompes à sable qui déverseront leurs déblais soit sur les berges du canal, soit dans des chalands que des remorqueurs emmèneront en pleine mer pour opérer leur déchargement. Ces dragues creuseront le chenal à pleine section au fur et à mesure de l’avancement des déblais et arriveront au grand massif crayeux à la fin de la seconde année alors que toute la calotte supérieure aura été enlevée par la méthode déjà citée de chemins de fer et galeries.
- Restera donc à enlever pendant les troisième,
- quatrième et cinquième années ce grand massif rocheux qui représente un cube de 5 millions de mètres cubes par des moyens puissants qui permettent de réaliser un avancement minimum de 2 mètres par jour de chaque côté du massif soit de 4 mètres en totalité. Ces moyens puissants nous les verrons appliquer dès l’année prochaine, à l’époque fixée .pour l’achèvement de deux grandes dragues d’une force exceptionnelle, capables de charger en chalands, 500 mètres cubes de déblais à l’heure, étudiées avec soin et qui, actuellement en construction dans les chantiers de MM. Démangé et Satre à Lyon, coûteront 600000 francs chacune et doivent être livrées au canal le 1er janvier 1884.
- Revenons maintenant avec plus de détails sur chacune des opérations indiquées ci-dessus.
- La calotte, avons-nous dit, se compose d’une tranchée de 1 800 000 mètres cubes à enlever dans une période fixée de deux ans. Les points les plus bas de cette tranchée à l’altitude 47 au-dessus de la mer sont les deux points d’attaque à chaque extrémité; le point le plus élevé à l’altitude 79 est en même temps le point le plus élevé du plateau à percer. La méthode des puits et galeries telle qu’elle est appliquée au canal de Corinthe consiste à percer à la base de la tranchée une galerie boisée de section et de hauteur suffisante pour le passage des wagons seuls, la locomotive n’y pénétrant jamais, et dont le profil longitudinal présente uue rampe de 5 millimètres par mètre permettant le démarrage des wagons pleins, tout en rendant facile le lançage des wagons vides. A une distance déterminée de la tète de la galerie on perce, allant du plafond de la galerie jusqu’au jour, un premier puits vertical de 2 mètres carrés de section environ qui forme ainsi un espace annulaire par lequel seront jetés les déblais provenant de l’élargissement du puits à sa partie supérieure et qui seront reçus dans des wagons placés dans la galerie au-dessous du puits (fig. 3). On excave ainsi en quelque sorte un entonnoir et les déblais remplissant les wagons placés dans la galerie sont enlevés par une locomotive jusqu’au lieu de dépôt. On a eu la précaution de garnir l’extrémité inférieure du puits d’une rangée de bois assez solides placés en travers du puits dans des sens différents et qui servent à amortir la chute de blocs trop gros qui pourraient amener la rupture des wagons. Ces bois forment une espèce de gril dont un homme placé à l’abri dans l’intérieur de la galerie déplace à l’aide d’une pince les barreaux
- « Puits complètement élargi ci! Puits en, cours dielccrgissement b Galerie, boisée,.
- Fig. 5. — Élargissement en entonnoir des puits.
- Fig. 4. — Détail des puits et des galeries.
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- quand un gros bloc vient par hasard s’y arrêter (fig. 4).
- Pendant ce travail, une équipe spéciale a commencé par le bas le forage d’un second puits pareil au premier à une distance telle de lui qu’à la surface du sol les deux cercles formant la base de l’entonnoir ou cône renversé soient tangents, étant donné que les terrains aient pris leur talus naturel correspondant à la nature des terres traversées. Ce second puits achevé, on en commence l’attaque par gradins à la partie supérieure en déversant tous les déblais dans les wagons rangés dans la galerie et destinés à les recevoir. L’élargissement en entonnoir de ce second puits marche concurremment avec le premier, on commence le forage d’un troisième puits et l’excavation continue aussi régulièrement pour tous les puits ensemble quoiqu’à des degrés d’avancement différents. La locomotive, revenant du lieu de dépôt où vient d’être déchargé le train plein, arrive à l’entrée de la galerie, lance les wagons vides que chaque équipe arrête au passage sous les puits respectifs; un wagon va jusqu’au bout de la galerie pour porter les pièces nécessaires au boisage et pour ramener les déblais de l’avancement. Deux locomotives à chaque attaque suffisent pour conduire ce travail, l’une d’elles va à la décharge tandis que l’autre distribue les wagons vides dans la galerie.
- Un travail régulier permet de décharger un train de 20 wagons en vingt minutes ce qui assure un déblai total, fouille, charge et décharge de 500 wagons par jour soit 1500 mètres cubes quotidiens pour chaque attaque ou 5000 mètres cubes pour les deux attaques. L’enlèvement des 1 800 000 mètres de la calotte en six cents jours soit deux ans est ainsi assuré.
- Nous avons dit que les deux approches de la grande tranchée du canal sei'aient excaves à l’aide des moyens ordinaires, on emploiera deux appareils : la pompe à sable et la drague ordinaire.
- Emile Pitsch,
- Ingénieur.
- — La suite prochainement. —
- CORRESPONDANCE
- LES VAGUES CALMÉES.
- Thielt, le 30 juillet 1883.
- Monsieur,
- Je trouve dans un vieux livre le passage suivant, qui parle des vagues calmées : comme je pense qu’il pourra intéresser vos lecteurs, je vous l’envoie.
- « Moyen de calmer la surface de Veau, soit en pleine « mer, soit sur des fleuves, et de diminuer le danger qui « provient de son agitation.
- « Ensuite de nombreuses expériences, consignées dans « un Mémoire imprimé dans le Journal d'agriculture, « mois de novembre 1782, il résulte que l’effet de l’huile « pour calmer la surface de l’eau, comparé avec le moyen
- « qu’il adopte, et qui lui a parfaitement réussi, est comme « 5 à 15 ou comme 1 à 5. La raison physique qu’il en « donne, c'est que les gouttes d’huile sont d’abord émit portées par les vagues, tandis que les tonneaux ou caisses « de fer-blanc qu’il propose, ayant plus d’étendue que les « gouttes d’huile, et étant attachées au bateau, ne peu-« vent s’en écarter qu’à une petite distance.
- « C’est ce qui a déterminé l’auteur à donner la préfé-« rence au moyen suivant.
- « On aura des tonneaux remplis d’air, dans lesquels « l’eau ne puisse pas pénétrer, ou encore mieux des cais-« ses de fer-blanc carrées, de six ou huit pieds d'étendue, « et de un à deux pieds de hauteur qui également seront (( remplis d’air. Les vaisseaux pourraient sans augmenter « par là beaucoup leur charge, se munir toujours de (( quelques douzaines de tonneaux ou de caisses de fer-« blanc attachées à des cordes, qu’il suffirait de jeter « dans l’eau, lorsqu’elle serait agitée au point qu’on pût « craindre quelque accident.
- (( Des expériences faites en petit ont assuré le succès de « ce moyen. »
- Il résulterait donc de ce passage que les caisses en fer-blanc seraient trois fois plus efficaces que l’huile.
- Agréez, etc. J...
- COMPAS POUR TRACER LES ELLIPSES.
- Chartres, le 2 août 1883.
- Monsieur,
- J’ai l’honneur de vous envoyer la description d’un instrument très pratique pour tracer les ellipses. Je sais qu’il existe déjà beaucoup d’instruments construits dans ce but, seulement ils sont généralement d’un prix assez élevé. C’est le bon marché que j’ai cherché et avec
- Fig 1. — Appareil pour tracer les ellipses.
- A. Compas. — BC. Branche à glissière. — D. Porte-crayon. — E. Pointe à tracer (tire-ligne ou crayon). — FG. Curseurs dans un petit sillon. — H. Équerre portant les cylindres. — I. Ellipse tracée. — mno. Vis de pression.
- le système que je propose, chaque écolier sera à même d’avoir son petit appareil dans sa boîte à compas et cela d’une façon très économique.
- Je l’ai fait sur une équerre, mais le système peut très bien s’adapter sur un rapporteur.
- Les figures ci-jointes 1, 2 et 5 vous donüeront toutes les explications nécessaires pour faire comprendre mon
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- LA NATURE.
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- système; il est bien entendu qu’on ne peut faire que la moitié de l’ellipse à la fois; eu retournant l’équerre on fait
- Fig. 2. — Instrument s’adaptant à tout compas.
- l’autre moitié, et avec un peu de soin on obtient un tracé très net et très précis.
- Veuillez agréer, etc.
- V. Comte.
- CHRONIQUE
- Observatoire de Vienne. — L’empereur d’Autriche a inauguré, le 5 juin dernier, le nouvel Observatoire de Vienne, construit sur la Turken Schanze, au nord de la ville. Les travaux avaient commencé en 1874. Le directeur actuel, le professeur E. Weiss, a voyagé pendant plusieurs années en Europe et aux États-Unis, afin d’étudier de près l’installation des meilleurs observatoires. Aussi le nouvel Observatoire de Vienne est-il, à l’heure actuelle, le plus complet de tous ceux qui existent. Son grand équatorial, construit par Grubb, de Dublin, a un objectif de 27 pouces (686 millimètres).
- Une nouvelle courroie. — 11 s’est créé à Oakland, en Californie, une nouvelle industrie consistant à employer les entrailles de mouton pour faire des courroies de transmission très fortes et très durables. Le procédé de fabrication est le suivant ; Les entrailles, qui ont en moyenne 17 mètres de longueur, sont d’abord bien lavées, puis placées dans des cuves de saumure où elles restent quelques jours. Ainsi préparées, elles ne sont guère plus épaisses qu’un fil de coton ordinaire et peuvent supporter un poids de 5 kilogrammes environ. L’opération suivante consiste à enrouler sur des bobines la matière préparée, après quoi on procède de la même façon que pour faire de la corde ordinaire. On se sert de cette méthode pour faire une courroie ronde, mais si l’on en veut une large et plate, on emploie un métier et les torons fins sont tissés ensemble, comme dans les manufactures de rubans. Les courroies plates sont faites de toutes grandeurs. Les courroies rondes ont la forme d’une corde unie, ou d’une corde à 3 ou 5 gros torons. La courroie de 19 millimètres
- de diamètre supporte uue tension de 7 tonnes et sa durée est garantie de dix ans. Une corde en chanvre ne dure pas en moyenne plus de trois ans. Une courroie ronde de 9 millimètres 1/2, composée de 190 brins, supporte, dit-on, une tension de 4 tonnes environ.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 août 1883. — Présidence de M Blanchard .
- Chimie. — M. Debray a reproduit les expériences de M. Deville sur l’acide borique et l’aluminium chauffés ensemble. Si la température n’est pas trop élevée, on obtient du borure d’aluminium, corps cristallin, de couleur brune; si la température est plus élevée, on obtient un corps de coloration jaune, qui est un mélange de borure d’aluminium et de charbon. Enfin, avec une température plus élevée encore, on obtient cette fois un corps cristallin, noir, très brillant, très dur : c’est un carbure de bore contenant environ 15 p. 100 de charbon. Le carbure de bore a tout à fait l’aspect du diamant noir. Il brûle dans le chlore en donnant du chlorure de bore et laissant un dépôt de charbon ; enfin, il est insoluble dans l’acide nitrique. Les expériences de M. Deville, répétées récemment en Allemagne et contestées, se trouvent confirmées. L’échec de l’opérateur allemand provient d’une insuffisance d’élévation de température.
- Physiologie. — M. Georges Martin a étudié la kératite astigmatique, souvent confondue avec la kératite scrofuleuse. Cette affection est due à une congestion de la cornée, sous l’influence des efforts d’accommodation du cristallin qui tend à rectifier l’astigmatisme de l’œil. M. Martin, en combattant l’astigmatisme par l’emploi de verres cylindriques convenablement choisies, a pu guérir rapidement cette maladie souvent très rebelle.
- M. Ilayem, de la Faculté de médecine, a repris l’examen des corpuscules du sang. Il établit l’identité des corpuscules blancs appelés par lui hématoblaste avec les corpuscules décrits un peu après en Italie sous un autre nom. Ces corpuscules blancs sont un élément constant du sang ; on les retrouve dans le sang de tous les vertébrés. M. Ilayem les considère comme des globules rouges embryonnaires. Quant aux corpuscules dits invisibles signalés en Angleterre, ils ne sont autre chose pour M. Ilayem que des globules rouges décolorés. Les hématoblastes paraissent jouer un rôle considérable dans la coagulation de la fibrine du sang. M. Ilayem n’admet donc qu’une seule espèce de globules dans le sang.
- Astronomie.' — M. Wolf fait hommage à l’Institut de la reproduction de sa conférence de Lille sur les comètes. L’auteur y a signalé l’identité des spectres des différentes comètes lorsqu’elles sont à des distances du soleil telles que les distances planétaires.
- Varia. — M. Plateau rappelle ses expériences sur la mort des crustacés marins plongés dans l’eau douce et sur la mort des animaux d’eau douce plongés dans l’eau de mer. — M. Maurice Mendelson décrit différentes formes de l’excitation musculaire électrique dans quelques maladies; notamment dans l’hémiplégie et dans l’hypertrophie musculaire. — M. Lebeeleff montre l’absorption différente de la graisse neutre et des acides gras. — MM. Faye et Bertrand sont chargés par l’Académie d’examiner le buste de M. Leverrier destiné à l’Institut, avant l’acceptation de
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- LA NATURE.
- la commande par les Beaux-Arts. L’Académie se flatte d’obtenir de cette manière des bustes présentant une véritable ressemblance avec leurs modèles.
- , Stanislas Meunier.
- NOUVEL APPEL MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE
- DE M. ABDANK-ABAKANOWICZ
- On a souvent intérêt, dans bon nombre d’applications, à supprimer les piles qui actionnent les sonneries, annonciateurs, etc., étalés remplacer par un système magnéto-électrique dans lequel le travail nécessaire à la mise en action du signal est emprunté à l’énergie musculaire de l’opérateur. Dans une communication téléphonique à transmetteur magnétique, par exemple , on simplifiera beaucoup l’installation en faisant usage d’un appareil magnétique pour actionner la sonnerie d’avertissement.
- Pour la téléphonie à grande distance, la mise en action d’une sonnerie demande un nombre d’éléments qui augmente proportionnellement à la distance, tandis qu’un appel magnétique d’un prix donné fonctionne à de très grandes distances ; il y a donc économie à en faire usage à partir d’une distance donnée, même conjointement, avec un transmetteur microphonique puisque pour ce‘dernier, le nombre d’éléments nécessaires est presque constant.
- L’appareil combiné par M. Abdank-Abakanowicz remplit parfaitement les conditions imposées par les applications que nous venons de signaler et bien d’autres qu’il est facile de concevoir.
- La figure ci-dessus représente le transmetteur et la sonnerie réceptrice correspondante.
- Le transmetteur se compose d’un aimant en U entre les branches duquel se déplace une bobine garnie en son milieu d’un noyau de fer et fixée à l’extrémité d’un ressort dont l’autre extrémité est solidement assujettie au support de l’appareil. On écarte la bobine de sa position d’équilibre entre les branches de l’aimant en U, en poussant un bouton en
- forme de manette disposé à la partie inférieure de la bobine et on l’abandonne à elle-même ; sous l’action du ressort, la bobine oscille rapidement comme une pendule entre les branches de l’aimant et le fil qui la compose se trouve alors traversé par une série de courants alternatifs ondulatoires; ces courants durent quelques secondes, jusqu’à ce que la bobine soit revenue à sa position de repos.
- Les courants ondulatoires ainsi développés arrivent dans le récepteur formé d’une seconde bobine roulée sur une feuille de tôle taillée en forme de double T et se mouvant dans un champ magnétique constitué par deux aimants permanents. Cette pièce en double T portant la bobine est fixée sur un ressort qui permet de régler ses vibrations et de les rendre sensiblement synchroniques avec celles du transmetteur, ce qui augmente la sensibilité de l’appareil. L’autre extrémité est munie d’une petite boule de laiton qui vient frapper alternativement les deux timbres lorsque la bobine est traversée par les courants ondulatoires fournis par le transmetteur.
- L’appel ainsi constitué est très simple de maniement et de fonc-tionncment, il fonctionne dans toutes les positions et ne demande aucun entretien. Il suffit de fixer solidement le transmetteur sur une table ou contre un mur et de le relier au récepteur qu’il doit desservir. Pour le manœuvrer, on écarte la manette de sa position jusqu’à ce qu’elle vienne presque toucher le butoir qui limite sa course, et on l’abandonne à elle-même : les courants ondulatoires développés par ce système présentent le grand avantage de ne produire aucun bruit d’induction sur les lignes voisines, à cause même de leur nature et de la durée de leur phase de vibration qui dépasse 1/6 de seconde, limite inférieure des sons perceptibles. C’est là une qualité précieuse qui en recommande l’emploi pour le service des communications téléphoniques.
- Le^propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Transmetteur. Récepteur.
- Appel magnéto-électrique de M. Abdank-Abakanowicz.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 555. — 18 AOUT 1885.
- LA NATURE.
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- L’OBSERVATOlUE
- DU BUREAU INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES (Suite et fin. — Yoy. p. 145 et 167.)
- La mesure des températures ne forme pas un service à part au Bureau international, mais l’importance des opérations qui s’y rattache et la précision des appareils qui sont employés à cet effet nous ont conduit à en donner une description spéciale.
- Le thermomètre à air repose sur un principe re-
- marquable acquis à la science par les expériences classiques de Régnault sur la dilatation des gaz. L’illustre physicien a démontré, en etfet, que l’accroissement de tension qu’éprouve un gaz, lorsqu’on le chauffe en maintenant son volume constant, est sensiblement proportionnel à la température.
- On conçoit aisément que Régnault ait utilisé cette propriété pour la mesure des températures. Le premier thermomètre à air, de précision, construit par lui, consistait essentiellement en un ballon de verre rempli d’air, relié par un tube capillaire à l’une des branches d’un manomètre à mercure. Des dispositions spéciales permettaient de maintenir constam-
- ment le mercure à la même hauteur dans cette branche, tandis que l’on exposait le ballon à différentes températures.
- La tension du gaz à chaque température est alors mesurée par la hauteur de la colonne mercurielle qui lui fait équilibre.
- Cet instrument généralement employé par les savants, a subi dans la suite de nombreuses modifications, dont la plupart ont pour but de donner une grande précision à la mesure des pressions. Cette mesure, qui consiste à déterminer la différence de hauteur du niveau du mercure dans les deux branches du manomètre, présente effectivement tle grandes difficultés dès qu’on emploie pour le manomètre des tubes de grandes dimensions, condition nécessaire pour éviter 11e année. — 2° semestre.
- la dépression capillaire du mercure. La surface da-;£ mercure présente, dans des tubes larges, une sur- 'A face plane, si unie qu’il est impossible de distinguer le niveau du mercure quand on vise horizontalement. On se sert, pour y parvenir, de pointes mobiles que l’on rapproche peu à peu de la surface. En observant alors dans une lunette le niveau du mercure, on voit la pointe se rapprocher de plus en plus de son image ; le point de contact entre la pointe et son image indique précisément le niveau du mercure.
- L’appareil représenté ci-dessus est celui qui a été construit à l’Observatoire du Bureau international ; on a adopté la disposition dont nous venons de parler, tant pour les lectures au manomètre que pour la mesure de la pression atmosphérique au
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- LA NATURE.
- baromètre normal B B. Dans la partie gauche de la figure on distingue, en outre, en A, la branche du manomètre qui est reliée par un tube capillaire au ballon placé à l’intérieur de l’appareil de chauffage. Celui-ci a été placé dans une pièce contiguë, afin de ne pas exposer les appareils de mesure à des variations de température.
- Après avoir déterminé les constantes des instruments, on peut procéder à la comparaison des thermomètres à mercure 11 dont les réservoirs sont placés dans l’appareil d’échauffement à proximité du ballon A du thermomètre à air. Les observations consistent d’une part dans la lecture de la température indiquée par les thermomètres à mercure et, d’autre part, dans la mesure de la différence de niveau du mercure dans les deux branches du manomètre. La branche ouverte de celui-ci subissant la pression atmosphérique, le manomètre n’indique que la différence entre la pression atmosphérique et la tension du gaz renfermé dans le ballon. Pour avoir la pression totale qui fait équilibre à la tension de Pair dans le ballon, il faut donc ajouter la pression barométrique à celle indiquée par le manomètre. La mesure des pressions se fait au moyen des trois lunettes horizontales, mobiles dans le sens vertical, le long d’une tige fixée au pilier représenté sur la partie gauche de la figure. Cette tige peut tourner elle-même autour de son axe. Après avoir pointé sur le niveau du mercure, on fait tourner les lunettes, sans les déranger, autour de cet axe vertical, de manière à viser sur les traits de la règle suspendue près du manomètre. Les lunettes fixées sur la tige forment, en-quelque sorte, un compas permettant de transporter la différence de niveau du mercure dans les branches du manomètre sur l’échelle qui sert à la mesurer.
- Ces instruments permettent de mesurer facilement les centièmes de millimètre. Dans les conditions ordinaires des expériences, 5 centièmes de millimètre correspondent à une variation de température de 1 centième de degré centigrade. Pour maintenir la température constante dans ces limites, on se sert, avec avantage, de vapeurs de différents liquides tels que l’eau, l’éther, l’alcool méthylique, l’alcool ordinaire, dont l’ébullition a lieu à des températures connues. L’ébullition régulière de ces liquides étant une des conditions essentielles de la constance de la température, on s’est arrêté à la disposition indiquée par la figure. Une chaudière a placée dans un bain-marie c contient le liquide dont les vapeurs s’échappant par les tubes xx, pénètrent dans l’appareil d’échauffement à double enveloppe. Après avoir parcouru toutes les parties de l’appareil, y compris les tubes de verre dans lesquels sont placés les thermomètres à mercure tt, la vapeur sort par les tubes y y pour se liquéfier dans le condenseur R, d’où le liquide retourne à la chaudière par les tubes A. D’autres conduits servent également à restituer à la chaudière les parties de la vapeur qui se condensent en chemin ou dans l’appareil, de sorte que la même quantité de liquide peut servir pendant un temps
- assez long. Le bain-marie c, qui fournit la chaleur nécessaire pour entretenir l’ébullition du liquide employé, est chauffé lui-même par la vapeur d’une petite chaudière F placée à quelque distance.
- Les dispositions que nous venons de décrire rapidement permettent de déterminer, à d centième de degré près, la différence de marche entre le thermomètre à air et le thermomètre à mercure.
- On voit, par les descriptions sommaires qui précèdent, quelle est l'importance du nouvel et remarquable établissement international, actuellement fondé dans le voisinage de Paris. Après avoir ainsi donné une idée générale de ses installations et des ressources exceptionnelles dont il dispose, au point de vue de l’objet spécial de ses travaux, disons un mot de l’intérêt que ceux-ci présentent et de la phase à laquelle ils sont actuellement parvenus.
- La signature de la Convention du mètre, de 1875, aura nécessairement pour conséquence, dans un avenir prochain, l’adoption du système métrique, par toutes les nations du monde civilisé. Ce résultat n’est point à dédaigner. En établissant un lien nouveau de peuple à peuple, en favorisant les relations internationales, l’introduction universelle d’un système uniforme des poids et mesures servira sans aucun doute, puissamment, les intérêts de la civilisation. Mais là n’est pourtant pas le seul, ni même le principal intérêt de cette œuvre internationale. Ce n’est pas, on le pense bien, pour les besoins du commerce et de l'industrie qu’il était nécessaire de créer un outillage aussi complexe et aussi parfait ; l’intérêt des travaux du Bureau est avant tout scientifique. De plus en plus, la science ne se contente pas d’à peu près : dans toutes les branches possibles, elle cherche l’exactitude rigoureuse, elle (vise à la précision : le Bureau international lui fournira non seulement des étalons de mesure exactement contrôlés et vérifiés, mais encore un grand nombre de constantes physiques déterminées avec le plus grand soin et dans des conditions aussi parfaites que possible. Parmi toutes les sciences, l’une de celles qui auront le plus à bénéficier de la nouvelle institution, est la géodésie. L’une des causes en effet, qui nuisent le plus à la connaissance exacte de la figure de notre globe, est précisément l’incertitude qui existe encore sur les valeurs relatives des règles qui, ayant été employées à la mesure des différentes bases, ont servi de points de départ aux triangulations exécutées sur divers points de l’écorce terrestre. L’étude minutieuse de ces règles, centralisée désormais dans les laboratoires de Breteuil, fera certainement disparaître des . discordances fâcheuses, et donnera une base plus sûre aux travaux des géodésiens. On peut en dire autant de letude des variations de la pesanteur, au moyen du pendule.
- La Commission internationale a décidé de prendre pour point de départ des nouvelles unités métriques les étalons déjà existants, c’est-à-dire le mètre et le kilogramme des Archives de France, dans leur état actuel. Cette décision doit être approuvée sans res-
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- triction ; tout en rendant pleinement hommage à ce qu’a eu de grand et d’utile, à la fin du siècle dernier, l’idée de chercher la base des mesures universelles dans les dimensions du globe qui porte la race humaine tout entière, il faut reconnaître qu’aujour-d’hui l’essentiel n’est pas que le mètre ait quelques microns 1 de plus ou de moins ; l’essentiel est que tout le monde ait le même mètre, et que les copies qui en sont distribuées soient toutes parfaitement égales à l’étalon, ou plutôt rigoureusement déterminées par rapport à cet étalon. Vouloir d’ailleursque la longueur du mètre représente exactement sa définition théorique, ce serait l’exposer sûrement par avance, au fur et à mesure des progrès de la science géodésique, à des retouches ou des modifications périodiques, ce qui est le pire des inconvénients pour * une unité fondamentale.
- Ce point de départ adopté, il s’agissait d’abord de faire un mètre et un kilogramme internationaux, c’est-à-dire des copies aussi exactes que possible du mètre et du kilogramme des Archives, présentant plus de garantie que ces derniers au point de vue de leur conservation indéfinie et de la précision des comparaisons, et qui, appartenant en commun à toutes les nations signataires de la convention, seraient conservés au Bureau international et serviraient désormais de prototypes ou de points de départ au système de poids et mesures du monde entier. Il s’agissait ensuite de faire un nombre suffisant de mètres et de kilogrammes qui seraient distribués aux gouvernements contractants, après avoir été comparés avec les étalons internationaux.
- Le choix de la matière en laquelle devaient être construits ces nouveaux étalons, la forme à leur donner, la nature et la disposition des tracés, les procédés à employer dans les comparaisons et une foule de questions accessoires qui se rattachent aux précédentes, ont été l’objet de longues et savantes études, dans lesquelles ont joué un grand rôle, en outre du Comité international, la section française de la Commission internationale, composée des savants français les plus compétents. 11 serait trop long de passer en revue même aussi brièvement que possible, chacun de ces points. Disons seulement que la matière adoptée, pour les nouveaux étalons tant du mètre que du kilogramme, est du platine, allié à 1/10 d’iridium, qui lui donne plus de dureté et de résistance. Les travaux auxquels a donné lieu le ehoix de cette matière, ont été l’occasion des remarquables perfectionnements dans les procédés de traitement et de purification du platine et des métaux qui l’accompagnent dans la mine. Il est impossible de les rappeler sans évoquer le souvenir du regretté Sainte-Claire Deville, qui consacra à ces études, avec un infatigable dévouement, les dernières années de sa vie.
- La forme choisie pour le mètre est celle d’une barre dont la section a la figure d’un X ou plutôt
- 1 Un micron est un millième de millimètre.
- d’un 11 dont les jambages seraient écartés par le haut et par le bas. Cette forme, calculée de manière à fournir, pour une quantité donnée de matière, une rigidité maximum, présente encore divers avantages sur lesquels nous ne pouvons nous étendre. Elle a lm,02 de longueur, et on a tracé sur la surface supérieure du jambage transversal (c’est-à-dire sur le plan des fibres neutres) deux traits très fins dont la distance, à zéro, représente précisément la longueur du mètre. C’est donc un mètre à traits. Le mètre des Archives, au contraire, est un mètre à bouts, c’est-à-dire une barre qui a exactement d’une extrémité à l’autre, la longueur du mètre; le mètre est alors défini par la distance qui sépare, à zéro, les milieux des deux plans terminaux.
- Les comparaisons entre le mètre international et le mètre des Archives ont été effectuées au Conservatoire des Arts et Métiers; celles entre le kilogramme international et le kilogramme des Archives ont été faites à l’Observatoire. Ces travaux, qui n’ont pas demandé moins de plusieurs mois, ont été exécutés par les soins et sous la direction d’une Commission mixte, composée démembrés du Comité international et de membres de la Section française, et présidée par M. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, qui représente la France dans le Comité. La fabrication des étalons nationaux est en cours d’exécution, et les comparaisons définitives pourront commencer prochainement.
- Gaston Tissandier.
- LA TURBINE ATMOSPHÉRIQUE
- Toutes les tentatives faites pour utiliser convenablement les forces naturelles en général, et les courants aériens en particulier, offrent un véritable intérêt au point de vue mécanique ; c’est à ce titre que nous signalerons à nos lecteurs un nouveau moteur aérien, d’après la description qui en a été donnée par L'Ingénieur.
- L’appareil imaginé par M. A. Dumont est représenté par les figures ci-contre. Dans un volant, qui a 4 mètres de diamètre, les ailes occupent les 7/8 de la surface géométrale. Ces ailes sont airées, courbées, de telle manière que si on examine deux parties quelconques de leur face postérieure, on les trouve fuyantes en sens inverse du mouvement « proportionnellement au carré de lüf vitesse » dont elles sont animées pendant la rotation.
- Tout l’appareil repose sur le sommet d’une colonne verticale creuse, par une pointe qui lui permet de pivoter suivant la direction du vent, les ailes faisant fonction de directrice.
- Cette pointe est traversée par la tige de transmission qui descend dans la colonne.
- Voici la description que M. A. Dumont a donnée de ses essais :
- « En adoptant les dispositions indiquées, j’ai ob tenu pour mon appareil : une stabilité, une solidité
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- LA N AT U K E.
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- exceptionnelles; une orientation automatique facile sous la pression d’un vent dont la vitesse est inférieure à lm,50 par seconde. Enfin, et surtout, l’avantage de fonctionner pour ainsi dire toujours, quel que soit l’état de l’atmosphère.
- « L’appareil utilise les plus faibles courants, grâce à sa voilure considérable, à l’airage très avantageux de ses ailes et à la sensibilité de son volant tournant sur une pointe. Ainsi, chargé pour produire en moyenne son maximum d’effet, il se met en mouvement sous l’effort d’une brise de 2 mètres à 2m,50 par seconde.
- « Actionné par un vent moyen, il donne un travail double de celui fourni par les anciens moteurs, aériens. Par exemple, opérant sous un vent de 7 mètres avec un volant de mon système, 4 mètres de diamètre, on obtient 0,57 de cheval-vapeur, soit, d’après les règles établies, 15 chevaux de force pour un appareil similaire dont le diamètre serait 5 fois plus grand.
- Or Smeaton, Coulomb et autres ont observé qu’avec le même vent,
- 7 mètres, les grands moulins à farine de 20 mètres les mieux établis donnent entre 5 et 8 chevaux de force.
- « Quelle que soit la vitesse du courant auquel il est exposé, 18, 20 mètres par seconde, le même volant (4 mètres de diamètre), laissé libre, sans aucun frein, faisant toujours face au vent n’exécute jamais plus de 40 à 42 révolutions par minute.
- « Animé de cette vitesse maxima, il tourne sans aucun danger de rupture, sans bruit, sans aucune secousse.
- « En même temps, il fournit un travail considé-
- rable en rapport avec la violence même de la tempête, alors que tous les autres moteurs aériens doivent être arrêtés, aucune ne pouvant tenir contre
- un vent qui dépasse 8 à 9 mètres.
- « On comprend que cet avantage soit dû à la disposition des ailes précédemment décrites. En raison de leur conformation, celles-ci, pendant la marche, sont uniformément soutenues par la résistance bien égalisée de l’air refoulé contre leurs faces postérieures, résistance qui croît comme le carré de la vitesse du mouvement. Elles n’ont, par suite, aucune tendance à se déplacer suivant la direction du vent, quelle que soit sa puissance.
- « Cette particularité, sur laquelle est basée en grande partie mon système, est mise en évidence par ce fait que la pointe de l’arbre exerce une pression nulle sur la platine qui lui fournit son point d’appui. Souvent même, en pleine marche, elle l’abandonne entièrement et le volant tout entier s’avance de quelques millimètres, re-montant en quelque sorte le courant qui le fait mouvoir.
- . <' La preuve de ce que j’avance a été faite encore d’une autre manière. Dans un appareil d’essai, la platine a pu être remplacée par une plaque en laiton mou, qui, retirée après deux mois d’usage, n’avait pas été entamée par la pointe de l’arbre. »
- Sans prendre par nous-même la responsabilité de toutes les affirmations de l’inventeur, nous croyons en effet que son modèle se recommande par une combinaison heureuse et bien étudiée.
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- LÀ SCIENCE DANS L’ANTIQUITÉ1
- LES THEATRES A PIVOT DE CURION
- Pline raconte (liv. XXXVI, chap. 15) que, vers l’an 700 de la fondation de Rome, c’est-à-dire un demi-siècle avant J.-G., un très riche citoyen romain voulut donner, à l’occasion des funérailles de son père, des jeux qui l’emportassent sur tous ceux qu’on avait vus jusque-là.
- La chose était difficile, car, peu de temps auparavant, Scaurus, gendre de Scylla et possesseur d’une fortune prodigieuse provenant des dépouilles des
- proscrits, avait fait construire, étant édile, un théâtre pouvant contenir 80 000 personnes. La scène de ce théâtre était ornée de 560 colonnes réparties en trois ordres superposés; les colonnes de l’ordre inférieur étaient de marbre et hautes de 12 mètres; celles de l’ordre supérieur étaient en bois doré, et enfin celles de l’étage intermédiaire étaient en verre ; 5000 statues s’élevaient entre ces colonnes.
- Curion ne pouvant espérer, dit Pline, de faire quelque chose de plus magnifique, fut obligé de suppléer au luxe par l’esprit.
- « 11 fit construire deux très grands théâtres de
- Fig. 1. — Coupe du théâtre à pivot de Curion.
- bois assez près l’un de l’autre; ils étaient si exactement suspendus, chacun sur un pivot, qu’on pouvait les faire tourner. On représentait le matin des pièces sur les scènes de chacun de ces théâtres ; ils étaient alors adossés pour empêcher que le bruit de l’un ne fût entendu de l’autre ; l’après-midi, quelques planches étant retirées, on faisait tout à coup tourner les théâtres de manière à les mettre en regard, emportant avec eux les magistrats et le peuple romain; il suffisait alors de relier les cornes des deux théâtres pour obtenir un amphithéâtre où se livraient des combats de gladiateurs. Que doit-on admirer ici le plus, l’inventeur ou la chose inventée?
- 1 Voy. n° 530, du 28 juillet 1883, p. 140.
- celui qui fut assez hardi pour former le projet, ou celui qui fut assez téméraire pour l’exécuter? Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est l’extravagance du peuple romain ; elle a été assez grande pour l’engager à s’asseoir sur une machine si mobile et si peu solide. Ce peuple, vainqueur et maître de toute la terre; ce peuple qui, à l’exemple des dieux dont il est l’image, dispose des royaumes et des nations, le voilà suspendu dans une machine, applaudissant au danger dont il est menacé....
- « Le dernier jour, Curion fut obligé de changer l’ordre de ses magnificences ; les pivots se trouvant fatigués et faussés, il conserva la forme de l’amphithéâtre. Ayant placé et adossé les scènes dans tout le diamètre de l’amphithéâtre, il donna des combats
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- d’athlètes; enfin il fit tout d’un coup enlever ces mêmes scènes et fit paraître dans l’arène tous ceux de ses gladiateurs qui avaient été couronnés les jours précédents. »
- Le mode de construction de ces théâtres a préoccupé plusieurs érudits : Cardan, dans son livre De Subtilitnte; Bauharo, dans son Commentaire sur Vitruve et le marquis Maffei, dans sa Verona illustrata, en ont dit quelques mots : mais l’explication la plus vraisemblable et la plus claire est celle qu’a donnée le comte de Caylus, dans le vo-
- Fig. 2. — Plan du théâtre à pivot de Curion.
- lume XXIII de l'Histoire de VAcadémie des inscriptions et belles-lettres (1756).
- Je ferai d’abord observer, avec le comte de Caylus, que les architectes avaient encore à cette époque l'habitude d’élever des théâtres en bois, puisque le premier théâtre en pierre fut construit à Rome par Pompée; puis je rappellerai que, Pline, n’écrivant son histoire qu’environ 150 ans après l’événement, il ne faut retenir de son récit que les données principales et regarder peut-être le voyage circulaire du peuple romain comme un simple développement oratoire.
- On sait que les théâtres romains destinés aux représentations tragiques ou comiques, ainsi qu’aux spectacles d’athlètes, se composaient essentiellement de trois parties : la cavéa, l’orchestre et la scène.
- La cavca se composait d’une série de gradins formant des demi-cercles concentriques étagés les uns sur les autres, où s’asseyaient les spectateurs. Le gradin supérieur, beaucoup plus large, formait un promenoir couvert.
- La scène était un parallélogramme élevé au-dessus du sol et accolé contre le diamètre qui limitait la cavéa.
- Enfin l'orchestre était la partie, située au niveau du sol, qui s’étendait entre la scène et la cavéa. C’était là que se plaçaient les autorités.
- Quaut aux amphithéâtres destinés aux combats de gladiateurs, ils étaient formés par une série de gradins ovales renfermant l’arène.
- On voit que la transformation due à l’imagination de Curion pouvait s’effectuer, ainsi que l’indique Pline, par la rotation autour des pivots P et Q des deux cavéas dont la charpente reposait sur une série de petites roues (fig. 1 ) mobiles sur des pistes circulaires probablement métalliques comme les roues elles-même. Les scènes C et D (fig.2) des deux théâtres, construites en échafaudages légers, pouvaient se démonter ou se reculer en C' et D' et permettaient aux deux théâtres de tourner sur leurs axes1 pour venir s’accoler en ne laissant entre eux que les espaces vides nécessaires pour le mouvement de rotation. Ces espaces étaient alors remplis par de nouvelles charpentes légères et mobiles A et B formant au rez-de-chaussée de vastes portes pour l’entrée des gladiateurs, et à l’étage supérieur des loges pour les magistrats romains, qui, quoi qu’en ait dit Pline, étaient bien forces d’abandonner leurs places de l’orchestre pendant la manœuvre.
- A. de Rochas.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE D’ISCHIA
- DU 28 JUILLET 1883
- L’île d’Ischia, qui vient d’être si cruellement éprouvée par un tremblement de terre, est située dans le nord-ouest de la baie de Naples, au voisinage des Champs Phlégréens, auxquels elle se relie par un petit îlot détaché, Procida, de nature également volcanique. Elle fait partie de cette région du massif volcanique napolitain qui peut être considérée comme étant actuellement à l’état d’activité solfatarienne, ainsi qu’en témoignent la solfatare bien connue de Pouzolles, où le soufre se régénère à mesure qu’on l’exploite, les nombreuses sources thermales, les
- 1 Les coupoles tournantes en fer que l’on a construit de nos jours, pour défendre certaines parties de nos frontières, pèsent 160 000 kilogrammes; elles sont mobiles sur des galets disposés comme dans les plaques tournantes des chemins de fer ; il suffit d’un effort de 620 kilogrammes pour les mettre en mouvement.
- Un ingénieux perfectionnement, qui consiste à soulever le pivot central à l’aide d’une presse hydraulique, de manière à diminuer autant que possible la pression sur les galets, permet de réduire cet effort à 120 kilogrammes.
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- émanations gazeuses, les dégagements d’acide carbonique de la grotte du Chien qui avoisinent le lac d’Agnano.
- Toutes ces exhalaisons qui sont la marque d’une activité volcanique à son déclin, attestent que cette région, située sur une grande ligne de fracture, orientée nord-ouest-sud-est, qui s’étend du Vésuve au Vultur, placé à l’ouest des Apennins, est encore en communication directe avec les feux souterrains.
- Les Anciens l’avaient bien reconnu ; tous ces cratères d’explosion, aujourd’hui transformés en lacs, remarquablement pittoresques, qui traversent les Champs Phlégréens, étaient considérés comme autant de portes du Tartare, par où les divinités infernales attiraient les âmes sur les bords de l’Achéron.
- Le plus célèbre d’entre eux, le lac Averne « Âtri janua Ditis », aujourd’hui aussi riant que salubre, exhalait alors, par torrents, des gaz suffocants qui justifiaient bien son nom, en rendant son séjour mortel aux oiseaux qui s’aventuraient dans ces pa -rages.
- Les volcans napolitains s’étendent depuis le Vésuve, jusqu’au Vultur placé sur le bord oriental des Apennins, en passant par les ^hamps Phlégréens, auxquels se rattachent les deux îles de Procida (Pro-chyta, l’île voisine) et d’ischia, ainsi qu’on peut s’en rendre compte sur la carte ci-jointe (fig. 1).
- Dans tout cet espace, l’activité volcanique est maintenant concentrée au Vésuve; elle ne se manifeste plus, aux alentours, que par ces émanations, ces sources thermales que nous venons de rappeler, et de temps à autre, pendant les périodes d’inactivité' du volcan, par des secousses violentes qui occasionnent ces désastres effroyables dont Ischia vient de nous donner le triste spectacle.
- Avant Père chrétienne, le Vésuve, entouré d’une riche végétation, était complètement inactif. Rien, si ce n’est la forme de la montagne, ne pouvait faire soupçonner l’intensité des feux qui s’agitaient en dessous. — L’activité volcanique, localisée alors dans les Champs Phlégréens, atteignait son maximum à Ischia, qui servait pour ainsi dire de soupape de sûreté pendant cette période d’inactivité du Vésuve. Elle a produit là, à la suite d’un grand nombre d’éruptions accomplies dans une période de plusieurs milliers d’années, une grande île,, qui se dresse maintenant à plus de 800 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Sa circonférence actuelle est de 80 kilomètres au niveau de l’eau; sa longueur, E.-O, est de 8 kilomètres, sa largeur N.-S. de 4 kil. 800. Au centre s’élève le Mont Epomeo; terminé par un rempart abrupt, semi-circulaire, qui n’est autre que le bord oriental du grand cratère d’où sont sorties toutes ces projections trachytiques qui forment maintenant la majeure partie de l’ile, il se présente bien sous le sombre aspect d’une montagne ignivome.
- Ce cratère n’a jamais fourni de laves; édifié sur des amas de tufs ponceux peu cohérents, les coulées
- se sont toujours produites sur les pentes, et surtout à la base de la montagne. À chacun des orifices de sortie, des projections occasionnées par des dégagements tumultueux de gaz ont édifié des cônes adventifs de dimensions souvent considérables, tels que le Toppo, le Trippiti, le Garafoli ; on en compte ainsi une dizaine autour de l’Epomeo qui chacun sont devenus des centres actifs et ont fourni de grandes coulées.
- L’apparition d’ischia est de date relativement récente ; elle ne remonte pas au delà du quaternaire ancien. L’ile a commencé par des éruptions sous-marines, au-dessus desquelles s’est ouvert le cratère de l’Epomeo, qui, au début, n’apparaissait à la surface de la mer que sous la forme d’un récif annulaire d’où jaillissaient des projections scoriacées de nature trachytique.
- Elle s’est successivement exhaussée par suite de l’accumulation de ces projections autour de l’orifice de sortie. On en trouve la preuve dans ce fait, qu’on rencontre maintenant sur les flancs de l’Epomeo, portés à une altitude de 470 mètres, des amas de coquilles marines, appartenant à des espèces qui vivent encore dans les eaux de la Méditerranée, compris dans des argiles résultant de la décomposition des tufs trachytiques sous l’eau.
- Tout ce massif trachytique est lui-même établi sur des marnes et des argiles, renfermant de nombreux débris de coquillages méditerranéens ; il est certain qu’il avait acquis son relief actuel aux époques historiques.
- La plus ancienne des éruptions connues est celle du Montagnone; elle a donné lieu au vaste cratère, si régulier de forme qui se présentait encore dans un état de conservation parfaite dans le N.-O. d’ischia, avant la terrible catastrophe qui vient d’amener, dans toute cette partie septentrionale de l’île, les ravages que l’on sait.
- Vers l’an 470 avant J.-C. des éruptions successives, à la pointe Comacchia, donnèrent lieu aux grandes coulées de Manecoco et de Zale qui s’avancèrent au loin dans la mer, en prolongeant, dans le nord, cette pointe avancée.
- Des essais nombreux de colonisation ont été tentés, dès ces époques anciennes, sur cette terre mouvante qui déjà se montrait fertile et couverte d’une luxuriante végétation.
- Lyell^quia fait de cette île une longue exploration en 1828, raconte que les Erythréens d’abord, les Chalcidéens ensuite, qui s’établirent dans l’île avant l’ère chrétienne^ en furent chassés par des tremblements de terre incessants et par les exhalaisons méphytiques qui se dégageaient de tous les points du sol. Plus tard, c’est-à-dire 280 ans avant J.-G., Hiéron, roi de Syracuse, vint y fonder une colonie qui bientôt fut expulsée par une explosion formidable, précédant l’arrivée des grandes coulées de lave qui forment maintenant les promontoires de Zaro et de Camso.
- 1 Principes de géologie, liv. XXI, p. 780.
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- Le même sort était réservé aux colonies grecques qui tentèrent ensuite, à diverses reprises, une nouvelle occupation d’ischia. L’éruption qui a déterminé la retraite de la première colonie grecque a donné lieu au Monte Rosato, véritable cône de projections dont la formation soudaine est comparable à celle du Monte Nuovo qui s’est élevé plus tard (septembre 1538) en quarante-huit heures, sur le sol entr’ouvert du territoire de Pouzzoles, à la suite de secousses formidables qui occasionnèrent dans toute la région des Champs Phlégréens de graves désas-
- tres et détruisirent un grand nombre d’édifices romains.
- Ces deux édifices volcaniques, établis dans les mêmes conditions à deux époques distinctes, correspondant chacun à une période de repos du Vésuve, se signalent par leur forme régulière comparable à celle des volcans classiques de la chaîne des puys en Auvergne. Tous deux terminés, par un vaste cratère, n’ont donné, comme les volcans d’Auvergne, qu’une seule coulée de lave qui semble avoir épuisé toute leur énergie.
- Fig. 1. — Carte générale de l’île d’ischia et de l’iJe de Procida.
- Une longue période de repos a suivi; pendant plus d’un siècle « Ischia la Joyeuse », comme on l’appelait alors, a joui d’une tranquillité parfaite; les voluptueux Romains en avaient fait le séjour le plus enchanteur de l’univers ; tous les grands y possédaient une villa.
- Il est à remarquer que cette période de repos correspond, au Vésuve, avec une reprise d’activité. Le premier symptôme du réveil énergique de ce volcan fut un tremblement de terre qui, en l’an 68, occasionna de graves dommages dans les villes avoisinantes. On sait comment dix ans plus tard, en 79, la paisible montagne couverte alors de riches cultures et de forêts jusque dans le voisinage de son
- cratère noirci, révéla par une explosion soudaine la force terrible qui sommeillait dans ses profondeurs. La Somma réduite en poudre fut projetée dans les airs, on vit alors une épaisse colonne de fumée s’élever verticalement du sommet, puis s’étendre horizontalement en couvrant la contrée sous d’immenses ténèbres. Jusqu’à Rome le soleil fut obscurci, et l’on crut que la «grande nuit de la terre » allait commencer. Quand la lumière reparut, la montagne démantelée avait changé de forme ; les riches forêts qui la couvraient avaient disparu, il en était de même des villes populeuses, Herculanum, Pompéi, Stabies, qui restèrent ensevelies sous la cendre et les débris du volcan, avec leurs habitants, surpris
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- dans un jour de fête, au moment où ils se précipitaient dans les théâtres.
- Depuis ce terrible événement, rien ne vient indiquer que le Vésuve ait émis aucun qpurant de lave, ni la moindre projection, jusqu’en 1506. A cette date de grandes coulées s’échappèrent du sommet du volcan, et se renouvelèrent dans les années suivantes jusqu’en 1138. Puis survint un nouvel intervalle de repos dont la durée fut de cent soixante-huit années.
- Cette nouvelle phase d’inactivité du Vésuve a été marquée à Ischia par une reprise dans les feux de
- l’Epomeo, qui s’étaient reposés assez longtemps pour que des forêts aient pu naître et grandir aux abords même du cratère. En 1302, notamment, la lave jaillit par une nouvelle ouverture faite à l’extrémité S.-E. de l’ile. Déjà, l’année précédente, toute une série de tremblements de terre, qui s’étaient succédé avec une effrayante rapidité, avaient bouleversé l’île de fond en comble ; ils ont pris feu avec la décharge d’un courant de lave qui jaillit, d’une fissure ouverte sur les flancs de l’Epomeo en un point nommé le Campo del Arso près de la ville d'ischia. Cette lave très fluide franchit, en moins de quatre heures, la
- Fig. 2. — Vue de l’ile d’Isclua. (D’après mie photographie.)
- distance de 3400 kilomètres qui la séparaient de la mer, renversant tout sur son passage à la manière d’un torrent de feu. La ville d’ischia fut cruellement atteinte; de grands édifices et de nombreuses villas restèrent ensevelies avec leurs habitants. La surface de cette coulée d’Arso, noire ou rougeâtre, hérissée d’aspérité, a résisté à toutes les intempéries ; jusqu’à présent elle s’est refusée à porter toute espèce de végétation, il semble quelle ne soit refroidie que d’hier.
- Cette nouvelle phase éruptive fut de longue durée ; il est à remarquer que dans le même moment le Vésuve était inactif. Ces alternances, entre les mouvements d’ascension des laves dans ces deux foyers volcaniques, s’expliquent naturellement par ce fait,
- qu’établis tous deux sur la même ligne de fracture, il doit nécessairement exister une communication souterraine entre eux.
- L’Epomeo est redevenu tranquille depuis que le Vésuve a repris le jeu de ses éruptions. Les laves rappelées à l’orifice principal depuis 1666, se sont, en effet, manifestées depuis cette époque jusqu’à nos jours, par une série constante d’éruptions, qui prennent des phases paroxysmales tous les dix ans.
- Il repose ainsi depuis de longues années ; et l’île d’ischia n’a plus d’autre issue pour le dégagement des gaz, élaborés dans ses profondeurs, que ses trente ou quarante sources thermales qui contribuent chaque année, avec l’air pur et la beauté du site, à augmenter le flot des visiteurs.
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- En résumé, tout porte à croire qu’Ischia, rivale du Vésuve par la hauteur de son volcan, est un ancien cône de débris, provenant d’éruptions sous-marines d’une grande violence, antérieures à l’époque actuelle. A mesure que la montagne croissait en hauteur par l’accumulation successive des projections de nature trachytique issues du cratère central, les parties faibles de ses flancs, cédant sous le poids de la colonne liquide contenue dans la cheminée, se fendaient dans tous les sens; l’injection des laves dans toutes ces fissures, en donnant lieu aux coulées que nous venons d’énumérer, a resoudé et consolidé l’édifice qui résulte ainsi d’une longue alternance de matériaux en débris projetés et de coulées de laves compactes. On peut bien se rendre compte de cette disposition dans les grandes ravines qui, descendant de l’Epomeo, entament les flancs de la montagne sur une grande profondeur.
- Ischia
- Capri ££?
- cuAtUamons Ü3 Jhfir tmuctytùjues
- * Tkrrcùri' çtLaternaxrcs 3 T’iincéne/ 2 EocènO 1 Terrain? crétacés.
- Fig. 3. — Baies de Naples. Carte géologique montrant les relations d’ischia avec les Champs Phlégréens.
- L’île s’est ainsi progressivement exhaussée au-dessus des eaux, et s’est accrue latéralement pendant la période historique, ainsi qu’en témoignent les coulées de lave encore visibles de l’Arso et du Monte-Tabor, qui se prolongent jusqu’à la mer et les nombreux cônes secondaires répandus sur ses plateaux. C’est vers le commencement de ce siècle qu’elle a acquis définitivement son relief actuel. Depuis cette époque le Mont Epomeo n’a donné d’autre signe de son caractère volcanique que ceux que le naturaliste pouvait prévoir d’après l’analogie de sa forme avec les autres volcans. Son sommet aride, déchiqueté, menaçant le ciel, servait de but de promenade aux nombreux visiteurs qui fréquentaient chaque année les stations thermales de Casamicciola, de Casti-glione et de San-Lorenzo. Ses sources douées d’une haute thermalité, la fertilité exceptionnelle de ce sol volcanique sur lequel les moindres arbustes deviennent
- arborescents, eussent suffi à doter cette île fortunée, salubre et gaie, d’une grande richesse, si les tremblements de terre n’y étaient toujours redoutés.
- Ces ébranlements du sol, dont les relations avec les appareils volcaniques voisins sont des plus évidentes, ont toujours été la cause à Ischia d’effroyables désastres. Des splendides constructions romaines, il n’en reste pour ainsi dire plus trace; sans rappeler tous les tremblements de terre connus, celui de I 88d, qui est encore présent à notre mémoire *, avait déjà détruit en partie la ville de Casamicciola, qui maintenant n’existe plus. C’était un avertissement dont malheureusement on n’a pas su profiter.
- La constitution du sol de l’île, que nous savons être composé principalement de tufs trachytiques, de matériaux meubles, à peine consolidés, est pour beaucoup dans ces désastres.
- Les tremblements de terre à Ischia sont étroitement localisés. Leur origine n’est pas douteuse, elle réside dans l’effort que font pour s’échapper, les laves et les gaz, fortement comprimés souterrainement. Leurs effets ne s’étendent ainsi jamais à de grandes distances. La catastrophe qui vient de consommer la
- Fig. 4 — Côte d’ischia, vue de l’Ouest. Pointe Comachia.
- ruine de Casamicciola, déjà fort éprouvée en 188d, en est un exemple frappant. Une secousse violente, rapide comme l’explosion d’un coup de canon, a suffi pour bouleverser et détruire en partie tout le versant septentrional de l’île; Procida, qui est proche, a été ébranlée, mais sur la côte voisine c’est à peine si quelques frémissements du sol ont été ressentis.
- Ils consistent ainsi en secousses verticales, qui n’agissent que sur un point déterminé, et sont d’autant plus violentes qu’elles sont moins étendues. Ces secousses, au travers de terrains meubles, comme les tufs trachytiques qui forment le soubassement d’ischia, se propagent en désordre, sans continuité, par brusques soubresauts. Il se produit alors de véritables écroulements qui entraînent avec eux les cultures et les édifices établis à la surface. On a voulu souvent les comparer, en raison des bruits souterrains, souvent formidables, qui les accompagnent, et de leur soudaineté, à un coup de mine ; l’exemple est mal choisi, de tels mouvements n’ont jamais produit de soulèvement subit du sol; il n’y a rien là de comparable aux ébranlements produits par explosion.
- Ce sont ainsi des effondrements, dans un sol déjà crevassé, en partie désagrégé par les eaux thermales,
- * Voy. n° 408 du 26 mars 1881, p. 271.
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- qui ont occasionné tous ces désastres que nous savons maintenant avoir été si grands au voisinage des points où ces sources sont les plus actives et les plus abondantes. Casamicciola, où se trouvait concentrée l’activité hydro-thermale de l’ilc, est détruite pour jamais, car la prudence veut qu’elle ne soit pas reconstruite. Une seule maison reste debout au milieu de cet amoncellement de ruines et de cet entassement de cadavres qui masquent maintenant la place d’une ville d’eau autrefois si prospère et si fréquentée. La ville d'ischia elle-même a gravement souffert; Logo Ameno n’existe plus; Forio est presque en ruines; Porto d’ischia est aussi très éprouvée; il n’y a pour ainsi dire pas une de ces villas, si pittoresques, suspendues aux pentes de la montagne cachées sous la verdure au fond des ravins qui ne soit atteinte ; que de victimes sous cet entassement prodigieux de débris! 11 a été impossible jusqu’à cette heure d’en dresser la liste exacte; on parle de quatre mille morts et de deux mille blessés.
- Il faudrait remonter bien loin dans l’histoire des volcans napolitains pour trouver un exemple d’une pareille catastrophe. Depuis l’ensevelissement d’Her-eulanum et de Pompéi sous un manteau de cendres au commencement du siècle dernier, le grand désastre le plus récent qu’on puisse mettre en parallèle avec la destruction d’ischia, est celui de Potenza qui, en décembre 1857, coûta la vie à plus de 10000 personnes, dans les Calabres, c’est-à-dire dans ces provinces comprises entre le Vésuve et l’Etna qui ont été si souvent soumises à de terribles ébranlements.
- Ch. Vélain.
- MACHINE A VAPEUR MICROSCOPIQUE
- Nous avons mentionné, il y a quelques années, qu’un horloger américain avait construit une locomotive dont les dimensions minuscules nous paraissaient surprenantes. La dernière exposition industrielle d’Avignon nous a permis de constater que la patience et l’habileté ne sont pas l’apanage de l’Amérique seule, et qu’il existe en France des ouvriers ingénieux dont le mérite et -les travaux seraient dignes d’une plus grande renommée.
- M. Carrolet, horloger à Avignon, est de ce nombre. Le Jury vient de lui décerner un diplôme d’honneur pour son exposition d’horlogerie ; il nous est permis, à notre tour, de reconnaître le mérite et de rendre hommage au travail.
- L’exposition de M. Carrolet se bornait à deux pendules sous globe, ayant chacune de 0,15 à 0,18 centimètres de hauteur, sur autant de largeur. L’une de ces pendules pouvait marcher dix-huit mois sans être remontée et son cadran n’était pas plus grand que celui d’une montre.
- Le cabinet de travail de M. Carrolet est une véritable exposition ; il est rempli d’objets,” tous plus curieux les uns que les autres. Mais, parmi tous ses ouvrages, il en est un qui constitue un vrai chef-d’œuvre de patience et d’habileté: nous voulons parler d’une machine à vapeur microscopique, construite par'lui en 1866, machine autrement curieuse que celle de l’Américain Buck, et que nous avons tenu à examiner en détail pour en donner une exacte description à nos lecteurs.
- Qu’on imagine une machine k vapeur oscillante avec ses deux corps de pompe, reposant sur le chaton d’une bague et recouverte d’un hémisphère en cristal de la capacité d’un centimètre cube. — Voila, dans l’ensemble, la machine Carrolet. Le cylindre k vapeur a 1 millimètre I /4 de long, la course du piston est de 1 millimètre. Le volant fait 15000 révolutions k la minute, et tout cela avec un ajustage parfait dans les pièces et une précision admirable.
- Ce mécanisme est mis en mouvement au moyen d’une boule k air en caoutchouc, que l’on lient d’une main et qui communique avec la bague sur laquelle repose la machine. Kn pressant la boule, l’air qu’elle contient passe dans la bague, de là au cylindre et la machine part.
- Il est difficile de se rendre compte, sans le voir, de tout ce que renferme de curiosités cet objet merveilleux, dont la construction est le fruit d’une longue patience et d’une habileté cousommée. X...
- L’ISTHME DE CORINTHE
- (Suite et tin. — Voy. p. 171.)
- La drague construite à Vienne a une longueur de 50 mètres sur une largeur de 6m,50 avec un tirant d’eau de lra,50. L’élinde de cette drague, constituée par une solide poutre en fer, a une longueur totale de 18 mètres. Les godets au nombre de 29 ont une capacité de 280 litres. Le nombre de tours de la machine est de 67, celui du tourteau de 10, ce qui représente un passage de 19 godets par minute. La vitesse des chaînes de papillonnage et d’avance est de lm,50 par minute. Le poids total de cette drague est de 75 tonnes et elle est capable de draguer et de charger en chalands 1500 mètres cubes par jour.
- Les alluvions du côté de Corinthe étant formés de sables très fins, non argileux, on a pensé qu’on aurait avantage à les draguer au moyen d’une pompe à sable analogue à celles employées au port de Saint-Nazaire et au port de Dunkerque, pompe imaginée en principe par l’ingénieur Bazin, dont l’appareil dragueur appelé extracteur Bazin a fonctionné avec succès en France, en Angleterre et en Amérique. Imaginons un bateau percé à sa partie inférieure qui plonge dans l’eau, d’une ouverture a dans laquelle passe un tuyau flexible dont l’autre extrémité b aboutit à quelques centimètres au-dessus de la vase ou des sables à draguer; d’après le principe des vases communiquants, la colonne d’eau de hauteur H qui agit par pression sur l'ouverture b fera monter le liquide dans le tuyau flexible jusqu’à ce que le niveau de l’eau soit le même dans le bateau et à l’extérieur. Le bateau se remplit ainsi d’eau et on conçoit que le mouvement ascensionnel de l’eau détermine l’entraînement d’une certaine quantité de vases ou de sables qui y sont mélangés. Ce simple appareil ne suffit cependant pas pour appeler d’une façon constante et régulière les sables du fond et, réduit à cette simple expression, il exigera toujours qu’on reprenne, par un moyen quelconque, les sables accumulés dans le bateau pqur les déverser
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- dans les terrains réservés aux déblais. M. Bazin a donc imaginé d’installer à l’extrémité a du tuyau d’aspiration, une pompe centrifuge qui, mise en mouvement, produit une dépression qui varie avec la vitesse imprimée à la pompe et qui s’ajoute à la charge H d’eau agissant sur l’extrémité b du tuyau pour désagréger et faire remonter facilement les vases et sables mélangés à l’eau. Ces vases et sables traversent de la sorte la pompe centrifuge et sont jetés par un tuyau de refoulement dans les chalands préparés pour les recevoir ou directement par de longs couloirs sur les berges du canal. Tel est le principe de l’extracteur Bazin. L’appareil dragueur employé à Corinthe consiste en une pompe centrifuge montée à l’arrière d’un bateau en fer et cornières de 15 mètres de longueur sur 6 de largeur, qui contient également la machine motrice destinée à lui imprimer un mouvement de rotation rapide. La pompe en fonte d’un diamètre de 0m,80 est garnie à l’intérieur d’une bande d’acier appliquée contre la fonte et qui la protège contre les grippements du sable et des matières qui pénètrent dans la pompe ; elle est munie de quatre ailettes qui sont garnies de bandes de caoutchouc permettant d’obtenir une obturation plus complète et par conséquent un vide plus parfait.
- Les tuyaux d’aspiration et de refoulement ont un diamètre intérieur de 0m,40; le premier est muni à son extrémité qui plonge dans l’eau d’une crépine garnie d’un grillage en fer qui forme des trous de 12 centimètres de côté pour empêcher, d’une façon absolue, le passage de trop grosses pierres. L’amorçage de la pompe, c’est-à-dire le remplissage du tuyau d’aspiration, s’obtient au moyen d’un éjec-teur, sorte de Giffard simplifié, qui consiste en un tuyau dans lequel arrive un jet de vapeur débouchant par un petit orifice. Le tuyau communiquant avec l’aspiration, il se produit un appel d’air et l’eau monte dans le tuyau d’aspiration jusqu’à remplir la pompe. Le mouvement imprimé à la pompe centrifuge varie entre 560 et 400 tours par minute. La machine motrice du système Compound, construite par la Société Centrale de Pantin, est de la force de 50 chevaux et tourne à la vitesse de 90 à 100 tours par minute. Le débit de l’appareil est de 2000 mètres cubes de déblai par 10 heures de travail. M. Gerster estime qu’avec les deux pompes à sable, l’une au chantier de Corinthe, l’autre à Isthmia, autre extrémité du canal, on pourra déblayer en 5 années de 250 jours soit 750 jours, les pompes devant travailler en même temps que les dragues, environ 2000 000 mètres cubes.
- L’enlèvement du grand massif, sans présenter les énormes difficultés qui ont surgi pendant le percement du Saint-Gothard et qui ont failli compromettre
- le succès de cette œuvre grandiose, n’en présentera pas moins un grand intérêt au point de vue de l’emploi simultané des nouveaux moyens mécaniques de forage des trous de mine et de la dynamite. Les grands progrès réalisés dans ces dernières années, les expériences multiples déjà tentées avec un nombre considérable de perforatrices tant à percussion qu’à rotation, les résultats parfaitement connus que l'on peut obtenir avec chacun de ces engins, d’un autre côté la connaissance parfaite des effets de la dynamite réduiront la question à de simples essais dans toutes les conditions offertes par la nature diverse des terrains traversés, essais concluants d’où naîtra le choix judicieux de tel ou tel appareil de préférence à tous les autres. Il n’en est pas moins certain que ce travail qui n’a pas son équivalent en Europe qui, pour être mené à bien dans toutes les conditions de régularité et d’économie désirables, exigera la connaissance parfaite de tous les engins employés, restera comme exemple de l’abattage rapide d’un énorme bloc de rocher de 5 000 000 mètres cubes resserré entre deux talus très élevés et très étroits et offrant à leur base, c’est-à-dire au plafond du canal, à peine la surface d’évolution nécessaire aux dragues et à leurs chalands.
- Le procédé d’abattage auquel s’est arrêté M. Gerster consiste en ceci : Abattre des tranches verticales dont la plus haute, allant de la cote 8 au-dessous de la mer à la cote 50 base de la calotte enlevée antérieurement, aura 58 mètres de hauteur et 2 à 5 mètres de profondeur. Cet abattage sera obtenu par l’emploi de trous de mine de 7 à 10 centimètres de diamètre, de la hauteur de la tranche, distants de 2 à 3 mètres du dernier front de taille obtenu et de 4 à 5 mètres l’un de l’autre. Pour la tranche de 58 mètres de hauteur, par exemple, on forera 8 trous de mine qui seront chargés d’une série de cartouches de dynamite espacés de 5 mètres l’un de l’autre dans le sens de la longueur du trou. Ainsi un trou de 58 mètres de hauteur sera chargé de 12 séries de cartouches. Les cartouches d’une même tranche verticale mises en communication entre elles par un exploseur électrique partiront simultanément et produiront sinon la chute de la tranche entière, du moins celle’d’une quantité considérable de déblais dans le chenal creusé au fur et à mesure de l’avancement, déblais qui seront immédiatement enlevés par les grandes dragues déjà citées de MM. Démangé et Satre.
- Chacune de ces dragues est à une seule élinde médiane portant une chaîne munie de godets ayant 700 litres de capacité chacun. L’élinde est disposée de façon à permettre de draguer à une profondeur de 8m,50 au-dessous du plan d’eau. Les godets verseront les déblais dans la partie commune d’un cou-
- Fig. 1. — Vue en bout du canal de Corinthe.
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- loir formant Y et permettant de les charger à volonté dans l’un ou l’autre des chalands placés de chaque côté et à l’arrière de la drague ou dans les deux chalands à la fois. I a machine motrice verticale du système Compound est d’une force suffisante pour faire passer sur la lanterne supérieure 14 godets par minute pleins d’un déblai extrait de la profondeur de 8m,50 au-dessous du plan d’eau, et pesant 1800 kilogrammes le mètre cube. Elle peut développer au moins une force de 300 chevaux indiqués à la vitesse normale de 60 tours par minute sous une pression initiale de 5 kilos. Cette machine actionne
- également une hélice placée à l’arrière de la drague ayant 2 mètres de diamètre et lui imprime un mouvement de 120 tours par minute, La longueur de la coque est de 40 mètres et sa largeur au maître-couple 8m,40. Le treuil destiné au relevage de l’élinde est un treuil à vapeur indépendant. Le mouvement de papillonnage à l’avant de la drague est produit par deux treuils indépendants situés à l’arrière de la drague et munis de puits à chaîne. Le mouvement de papillonnage à l’arrière est produit par un treuil double, actionné par une machine à vapeur indépendante voisine qui actionne également les deux
- Fig. 2, — Panorama de l’islhme de Corinthe à vol d’otscau. — 1. Golfe d’Ægiue et Kalamaki. — 2. Débouché du canal dans le golfe d’Ægine — 3. Le^ ruines de l’ancienne ville. — i. Acro-Corinthe. — 3. Phare. — 6. Nouvelle Corinthe. — 7. Débouché du canal dans le golfe de Corinthe. — 8. Pont du chemin de fer. — 9. Ruines de l’ancienne Corinthe.
- treuils de papillonnage à l’avant. Chacune de ces dragues est capable de faire 500 mètres cubes de déblais à l’heure.
- En résumé la marche du travail est celle-ci : Enlèvement des 1 800 000 mètres cubes de la calotte supérieure par la méthode des puits et galeries en deux ans, 1883-1884. Extraction des approches par les dragues ordinaires et les pompes à sable 1885-1884, 3 000 000 mètres cubes. Extraction du massif central par les grandes dragues, 1884-1885-1886, 5000 000 mètres cubes, ce qui forme en totalité 9 800 000 mètres cubes.
- L’entreprise générale des travaux a été confiée à la Société des Ponts et Travaux en fer (ancienne maison Joret et Gie) à laquelle s’est jointe en partici-
- pation l’Association des Constructeurs. Ces deux sociétés se chargent solidairement de l’exécution totale du canal, moyennant le payement à forfait d’une somme de 24 600 000 francs, ce qui écarte tout aléa dans les dépenses de construction. Les travaux comprennent le creusement du canal, l’établissement des jetées et les constructions accessoires (ponts, maisons de gardes, phares, télégraphes, remorqueurs).
- L’Entreprise a installé son quartier général à l’embouchure Est du canal, sur les bords de la baie d’Égine. Ce qui l’année dernière n’était qu’une vaste désolation, n’offrant aux regards que la nudité des rochers, aspect caractéristique de la Grèce, est aujourd’hui une petite colonie de 2000 habitants,
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- ingénieurs, personnel de bureaux et ouvriers, embryon d’une future ville de commerce favorablement située au bord du canal et servant pour ainsi dire de trait d’union en ire les ports de la Méditerranée et ceux de la mer Noire. Emile Pitsch,
- CORRESPONDANCE
- OBJECTIF MONSTRE AMÉRICAIN.
- Amboise, 10 août 1883.
- Mou cher monsieur Tissandier,
- Depuis la publication de votre chronique (La Nature du 50 juin) extraite du Scientific American, sur l’Objectif monstre de 30 pouces anglais (760 millimètres) construit par MM. Alvan Clarke et fils pour l’Observatoire de Pulkova, j’ai désiré avoir des informations plus étendues sur les instruments astronomiques de grandes dimensions construits depuis quelques années, et je viens vous communiquer les renseignements que j’ai obtenus et que vous jugerez peut-être dignes d’être insérés dans La Nature. Et d’abord vos lecteurs apprendront sans doute avec plaisir que les verres de cet objectif monstre ont été fabriqués par M. Feil de Paris.
- MM. Alvan Clarke de Cambridge (Massachussets) avaient déjà exécuté en 1863, pour l’Observatoire Dearborn de Chicago, un objectif de 47 centimètres qui a été jugé par plusieurs astronomes comme le meilleur défimsseur qu’ils eussent expérimenté; c’est avec cet objectif que fut découvert le compagnon de Sirius, et le prix Lalande lui fut décerné : les verres de cet objectif avaient été fabriqués par MM. Chance frères de Birmingham.
- En 1872, ces mêmes habiles opticiens Alvan Clarke, ont fait pour l’Observatoire naval de Washington un objectif de 26 1/2 pouces, 0nl,675; c’est au moyen de cet objectif, constatait le Scientific American, que le professeur Holden, et le trésorier de la marine Tuttle retrouvèrent la comète de Encke qui par son immense éloignement avait échappé à toutes les recherches faites avec les plus puissants télescopes connus alors : le Scientific American ajoutait que MM. Alvan Clarke considèrent cet objectif comme leur chef-d’œuvre ; les verres lui avaient été fournis par MM. Chance de Birmingham.
- MM. Alvan Clarke ont annoncé (voir La Nature du 28 juin) qu’ils s’étaient chargés de faire pour l’Observatoire de Mount Hamilton (Californie) une lunette de 56 pouces d’ouvertures (914, millimètres). J’ai su /qu’ils avaient déjà le flint de cet objectif, mais le crown depuis longtemps commandé n’a pas encore été livré.
- N’est-il pas remarquable, et j’ajouterai regrettable, que ce soient les deux nations les plus jeunes au point de vue de la civilisation et de la culture des sciences, la Russie et les États-Unis d’Amérique, qui possèdent aujourd’hui les instruments astronomiques les plus puissants?
- Agréez, etc. Bontemps.
- P.-S. — Je vois dans le dernier numéro de La Nature que je reçois à l’instant, que l’empereur d’Autriche vient d’inaugurer le nouvel Observatoire de Vienne dont le grand équatorial construit par M. Grubb de Dublin a un objectif de 27 pouces 685 millimètres. Je sais que les verres de cet objectif ont été fournis par M. Feil.
- CHRONIQUE
- Anciennes sépultures à Paris. — Au quartier Saint-Marcel, derrière l'ancienne église Saint-Martin, en exécutant les fouilles d’une maison particulière, on vient de découvrir cent-vingt sépultures, dont quatre-vingt-dix en pierre et deux en plâtre à modeler, d’une conservation parfaite. Tous les sarcophages, placés sur deux rangs, à 2m,70 de profondeur, sont taillés en forme d’auge, plus large aux épaules qu’aux pieds ; presque tous sont tournés à l’orient. En 1882, aux abords de cette église, on avait déjà mis au jour vingt-deux sarcophages et autant de sépultures. Près de la tète et aux flancs des squelettes, se trouvaient de petites poteries jaunes et grises à flammules rouges, percées de trous et contenant encore de l’encens et du charbon. Ces sépultures remontent aux douzième, treizième et quatorzième siècles. L’église Saint-Martin, démolie en 1807, existait déjà comme chapelle en 1158; elle devint paroisse en 1220. Le nombre des sarcophages découverts dans cet endroit est aujourd’hui de plus de trois cents.
- Formation rapide des filons de minerais. —
- Il résulte d’une observation récente du Dr Fleitman, que la formation des filons de minerai est loin d’exiger autant de temps qu’on le suppose généralement. U y a environ deux ans, il avait comblé un fossé avec de l’argile commune contenant du fer. Ayant eu l’occasion de creuser de nouveau le fossé, le B1' Fleitman constata à sa grande surprise que l’argile avait entièrement changé de caractère et était devenue blanche. De plus, elle était partagée dans de nombreuses directions par des fissures d’un vingt-cinquième à un sixième de pouce de section, lesquelles étaient remplies de pyrites de fer compactes. M. Fleitman suppose que l’oxyde de fer de l’argile au contact de l’eau contenant du sulfate d’ammoniaque s’était transformé en sulfate de fer. (Revue Industrielle.)
- Nouveaux ateliers de silex tailles dans le Sahara. — Les voyages d’exploration qui se multiplient dans le Sahara algérien amènent de plus en plus fréquemment la découverte d’ateliers ou de stations remontant à l’Age de la pierre. MM. Richard, Vélain, Largeau, Rabourdinetbien d’autres encore, en ont signalé en divers points plus ou moins reculés dans la direction du Sud. M. Tarrv rencontra récemment des silex taillés en traversant la vallée de l’Oued-Miya, et M. Lureau vient d’en trouver, sur toute sa route au delà de Ouargla, de nombreux échantillons. Ce dernier voyageur a observé que, lorsqu’ils sont réunis en ateliers, ces silex sont toujours entourés de grandes quantités de coquilles d’œufs d’autruches et il se montre porté à croire que « cet oiseau était déjà domestiqué par les populations de l’époque ». Il nous parait seulement démontré par la constatation de M. Lureau, que les hommes de l’âge de pierre saharien savaient observer les allures de l’autruche et dérober ses œufs. Ajoutons qu’il est probable que non seulement ces œufs servaient à leur alimentation, mais encore leur fournissaient par leur coquille la matière d’instruments grossiers analogues à ceux dont M. Holub et quelques autres explorateurs ont constaté l’utilisation chez les peuples pri mitifs du sud de l’Afrique. E. IIamy.
- Fondation d’une ville en un seul jour. — Il
- faut traverser l’Atlantique pour voir se construire une ville en 24 heures. Si invraisemblable que ce fait puisse
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- paraître, il est cependant véridique si nous en croyons ! les journaux américains. Mac-Gregor, située à 150 milles ; à l’ouest de Tyler, et à 20 milles de Waco, au Texas, a vu, en effet, sa fondation s’opérer en quelques heures, on peut dire dans l’espace d’une journée. L’emplacement de la nouvelle cité était choisi, un beau matin, au croisement des chemins de fer du Gulf-Colorado-Santa-Fé et Texas-Saint-Louis; le lendemain accouraient des « sottiers » de toute la contrée avoisinante; les terrains étaient divisés en lots, avec tracés de rues et de places, et la vente s’en effectuait avec une promptitude incroyable, chaque lot s’adjugeant en une minute et demie. 412 lots comprenant 500 acres, furent ainsi vendus successivement et deux quartiers se trouvèrent formés à une distance d’environ 3 milles l’un de l’autre. En même temps apparaissaient sur la prairie de grands chariots qui portaient des maisons mobiles en bois. On déposait rapidement ces maisons sur les terrains et on creusait les fondations. Dès le second jour de la prise de possession par les colons, 12 maisons étaient en place; d’ailleurs, on campait sous la tente. Au bout de deux mois, Mac-Gregor comptait 170 maisons pour une population de 500 âmes. Un mois plus lard on y publiait un journal, le Plaindealer.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 août 1883. — Présidence de M. Ülaxciiaiid.
- Agronomie. — M. Dumas rappelle que le bitume était employé en Palestine, vers le douzième siècle, pour préserver la vigne des insectes qui l’attaquent ; le bitume de Judée pourrait vraisemblablement être utilisé contre le phylloxéra. On connaît trois espèces de bitumes de Judée : l’un est liquide et surnage sur les flots de la mer Morte, l’autre est solide et garnit le fond de cette mer; le troisième également solide, se recueille au fond de grands trous creusés sur le rivage. M. Dumas, par l’intermédiaire de notre agent consulaire, s’est procuré un échantillon de bitume authentique. Ce bitume appartenait à la deuxième espèce ; il a été reconnu identique à celui que l’on trouve dans le commerce. 11 contient 3 pour 100 de soufre et donne, par.la distillation, un quart de son poids d’une huile volatile de composition analogue à celle du pétrole.
- M. Dumas pense que le bitume liquide devait être celui employé par les Arabes de la Palestine. Il permettait d’enduire le cep; mais, le bitume solide peut facilement être utilisé à l’état pulvérulent, soit qu’on le mélange avec une huile, soit qu’on le mélange avec de la craie ou de la silice. Dans ce dernier cas, on répandrait la poudre ainsi obtenue dans le sol, près des raisins. — M. de Lesseps signale l’heureuse appropriation d’un sol chargé de chlorure de sodium à la culture du palmier. Il cite l’exemple des cultures méditerranéennes du sud de l’Espagne. A Alicante, ville presque privée d’eau douce, on peut voir sur le port de belles allées de palmiers que l'on arrose chaque jour avec de l’eau de mer.
- Ghimie. —* M. Perusson appelle l’attention de l’Académie sur les inconvénients de l’usage de poteries vernissées à l’oxyde de plomb. Ces inconvénients, ou plutôt, ces dangers ont déjà été signalés par la Commission d’hygiène. Lorsque des liquides tels que le lait ou le bouillon viennent à fermenter dans de tels vases, les acides développés s’emparent de l’oxyde de plomb.
- 1U0 grammes de lait ont donné 0er,22 de sels de plomb, c’est là une quantité qui n’est plus inoffensive. M. Dumas indique pour remplacer l’oxyde de plomb, le borate de chaux qui fournit un excellent émail à bon marché. M. Perusson a également remarqué que les substances alimentaires s’acidifient plus ou moins promptement suivant la nature du vase qui les renferme. Un vase de verre conserve le liquide intact deux fois plus de temps qu’un vase de porcelaine. C’est dans un vase de faïence que la fermentation se produit le plus rapidement, surtout si la faïence est fendillée. Les expériences de M. Perusson prouvent clairement que les germes de l’air se logent dans les fentes de la faïence.
- Médecine. — M. le Dr Burcke, l’inventeur de la métallothérapie, mettant à profit l’observation depuis longtemps faite de la résistance au choléra des ouvriers travaillant le bronze, conseille aux médecins l’emploi de pilules d’oxyde de cuivre et l’application sur la peau de plaques de cuivre, dans le traitement des cholériques. M. le baron Larrey rappelle que l’application de plaques de cuivre sur le ventre a été signalée dès 1832 par M. Mairet, médecin de la marine comme un excellent moyen préventif. M. Bouley pense que les moyens donnés par M. Burke sont plutôt prophyllactiques que curatifs et qu’il suffit d’absorber de très faibles quantités de cuivre pour rendre le sang impropre à la culture du microbe du choléra.
- M. Bonnafond attribue à l’incurie de l’administration anglaise aux Indes l’apparition du choléra en Egypte. Le fléau ne s’était jamais montré dans les siècles passés bien que les mêmes pèlerinages se produisissent. L’Angleterre, en laissant tomber en ruines les travaux d’irrigation aux Indes, a permis la formation d’un foyer pestilentiel à l’embouchure du Gange. C’est par des travaux de drainage et d’aménagement des eaux que l’on pourra détruire le mal avec sa cause.
- Varia. — « A quel mouvement précis commence l’Individualité » recherche embrvogénique de M. Uerman. — M. Boileau a recherché la chaleur de combinaison du carbone et de l’oxygène. — M. Dieulafait maintient ses précédentes conclusions relatives à l’égalité de la rapidité d’évaporation de l’eau douce et de l’eau de mer. — M. Wrobleski a calculé la température du point critique de l’oxygène : il a trouvé—160° à la pression 49 athm. alors que l’expérience directe fournit 106° à la pression de 50 athm. Stanislas Meunier.
- SPHÈRE MOUVANTE
- DE M. A. REDIER
- Tous ceux qui savent que l’axe de la terre est incliné sur l’écliptique sont choqués de l’aspect des sphères géographiques dont l’axe vertical fixé dans un socle est loin de donner l’idée de ce qui se passe dans la nature.
- On s’est rapproché des conditions de la réalité en inclinant cet axe sur son support et avec la façon habile et savante dont la plupart de ces sphères en carton sont exécutées; on étudie très facilement toutes les indications de ces cartes sphériques.
- La sphère représentée ci-contre (fig. 1) est, de plus que les précédentes, parfaitement libre sur son
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- axe et lorsque, abandonnée à elle-même, elle a repris le repos, elle tourne sur ses pivots en vingt-quatre heures sans qu’on sache à première vue où réside le moteur de cette action.
- Le mécanisme d’horlogerie est contenu dans la sphère même (fig. 2) et c’est le déplacement de la masse M autour de l’équateur qui, en changeant les conditions d’équilibre, fait insensiblement tourner la sphère sur elle-même.
- On remarquera que si l’axe de la sphère n’était pas incliné sur l'horizon, le déplacement de la masse M ne produirait point sa rotation et qu’on a précisément utilisé cette inclinaison pour obtenir le mouvement circulaire.
- Ce petit meuble qui fait pendule, porte une aiguille indiquant l’heure du lieu peinte en émail sur le pourtour du cercle de l’équateur. Les calottes sphériques sont elles-mêmes en émail et n’ont que 85 millimètres de grand diamètre.
- Par l’apparence, l’aiguille reste fixe et le globe tourne sous son index. En réalité, si l’on considère la figure 2, le mécanisme d’horlogerie lui fait faire une révolution en vingt-quatre heures, en même temps qu’à la masse dont elle est solidaire. Mais, ce déplacement de la masse ramenant le tout en équilibre, pour l’œil du spectateur c’est la sphère qui tourne.
- Le cercle équatorial des heures étant mobile, on
- Fig. 1, 2 et 5. — Sphère mouvante de M. A. Rcdier.
- le fixe de manière que midi se trouve sur le méridien de la ville qu’on habite, de façon que lorsque l’aiguille-soleil vient marquer midi, elle soit superposée à ladite ville. •
- On a ainsi la représentation de ce qui se passe dans la nature. A droite de l’aiguille sont les pays qui se meuvent vers'la nuit, vers le coucher du soleil ; à gauche sont ceux qui se rapprochent du milieu du jour.
- Au-dessous des chiffres des heures en émail, on a gravé de petits chiffres qui servent à donner la différence d’heure de tous les points du globe avec la ville pour laquelle le cercle de l’équateur a été fixé.
- Ainsi il est 3h,30 à Paris et on lit sur le méridien
- de Saint-Pétersbourg 2h,15; ajoutez 3h,30 à 2h,15 et vous aurez 5h,45, l’heure de Saint-Pétersbourg.
- On s’occupe beaucoup en ce moment de la recherche de l’unification de l’heure pour le monde entier ou tout au moins pour des méridiens assez rapprochés. Si les nations s’entendent sur ce point, l’étude de la géographie va devenir une nécessité absolue et l’étude de la sphère terrestre une question de ménage en quelque sorte. 11 faut déjà s’y familiariser.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Parie.
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- N° 554.
- 25 AOUT 1885.
- LA NATUKE.
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- LA STATUE DES FRÈRES MONTGOLFIER
- Il y a aujourd’hui un siècle que les frères Joseph et Étienne Montgolfier ont apporté à la science la merveilleuse découverte des aérostats ; la ville d’An-nonay a voulu que le souvenir de cet événement glorieux soit consacré par un monument élevé aux inventeurs, dans leur ville natale, et une souscription publique a permis de réaliser dignement ce projet. Un jeune sculpteur,
- M. Henri Cordier, a modelé la statue que notre gravure représente ci-contre : Joseph Montgolfier l’aîné, tient à la main le globe que son frère Étienne gonfle à l’aide d’une torche enflammée qui dilate l’air sous l'action de la chaleur. Ce monument a été inauguré le 15 août 1885, au milieu d’un concours considérable de spectateurs. Des fêtes, descalvacades, des banquets, ont pendant trois jours, donné à la ville d’Annonay une animation aussi peu commune que charmante. Les délégués officiels, les invités de Paris, et de tous les points de la France, ont trouvé chez les descendants des grands inventeurs, les familles de Montgolfier et Séguin, l’hospitalité la plus cordiale, et ont remporté les plus touchants souvenirs de ces fêtes véritablement patriotiques.
- Nous regrettons de ne pouvoir publier in extenso les discours qui ont été prononcés à cette occasion; ils résument d’une façon complète l'histoire de la découverte des Montgolfier, et l’avenir de l’aéronautique. L’espace nous manquant, nous en donnerons quelques extraits.
- M. Dupuy de Lôme, délégué par l'Académie des Sciences, après avoir retracé la vie des inventeurs, a rappelé les premières ascensions aérostatiques; on a écouté ensuite avec un vif intérêt le récit de la tentative de direction faite, par l’hono-44* année. — 2° semestre.
- rable savant, en 1872, et des essais qui se poursuivent actuellement.
- C’est sur l’ensemble des faits précités que je me fonde pour affirmer ma conviction dans la solution prochaine du problème de la navigation aérienne rendue pratique. Ce n’est pas à dire que l’on arrivera bientôt à donner aux aérostats des vitesses leur permettant de remonter les courants d’air d’un jour de tempête, ni même ceux qu’on peut qualifier de grands vents. Quand on aura obtenu des vitesses de 20, 25 ou 50 kilomètres à l’heure, il y aura
- déjà bien des jours où les aérostats pourront sortir de leurs ports et se rendre à destination dans une direction quelconque. Mais il arrivera encore souvent qu’ils devront rester à l’abri dans leurs refuges. Ces journées difficiles ou impropres à la navigation aérienne seront sans doute plus fréquentes que ne le sont sur mer celles durant lesquelles les navires eux aussi, recherchent des abris ; mais ne savons-nous pas qu’au début de la navigation maritime on ne prenait la mer que par beau temps et par des vents favorables à la route qu’on devait parcourir.
- M. le colonel Pcr^ rier, représentant la* Gouvernement, a\ brillamment retracé l’histoire des aérostats militaires, depuis le ballon captif de Fleurus jusqu’aux aérostats du siège de Paris.
- La e des frères Montgolfier, inaugurée à Annonay, le 13 août 1883
- L’aérostat, a dit en terminant le savant académicien, est une des mille ressources que le génie d’invention des Français a mis à la disposition des armées. Aveugle qui la négligerait! Aujourd’hui les canons des forteresses portent à 5 lieues, mais il faut des yeux pour voir où frappent nos obus, et même en pays de plaine, le globe terrestre par sa courbure, nous masquerait l’ennemr. Eh bien, apprenons d’avance à nous élever au-dessus du sol ; que les aéronautes de nos armées soient comme des sentinelles vigilantes postées à 500 mètres de hauteur, et dirigent nos coups avec une précision redoutable. Ce puissant moyen d’investigation que nous apportent les aérostats, nous le devons à la merveilleuse invention des frères Montgolfier; il est de notre devoir de le proclamer hautement.
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- M. Tisserand, délégué de l'Institut, a montré la haute portée scientifique de l’invention des aérostats, et les ressources que peuvent y trouver l’astronomie et la météorologie.
- M. le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, a spécialement insisté sur la découverte du bélier hydraulique et des autres appareils ingénieux dus à Joseph Montgolfier ; M. Bérard a prononcé un discours au nom de la Société d’Encouragement, et quelques poètes de l’Ardèche ont célébré l’immortalité des deux inventeurs si bien unis dans leur gloire.
- Joseph Montgolfier est né à Yidalon-les-Annonay, le 26 août 1740; Étienne, dans la même localité, le 7 janvier 1745. Le plus jeune frère mourut le premier, le 2 août 1799, à Serrière (Ardèche), à l’âge de cinquante-quatre ans. Joseph fut frappé, en 1809, d’une apoplexie sanguine. 11 voulut éprouver l’effet des eaux de Balaruc-les-Bains, mais, le 26 juin 1810, une nouvelle attaque l’enleva à sa famille à l’âge de soixante-neuf ans. G. T.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Session de Rouen (août 1883)
- Le Congrès de Rouen a été ouvert le jeudi 16 août et pour la douzième fois Y Association française présidait à ses travaux scientifiques dans une des principales villes de France. M. Frédéric Passy a éloquemment résumé dans la séance d’ouverture l’histoire de VÉconomie politique, et M. C. M. Gariel a montré les développements que Y Association française pour l'avancement des Sciences ne cesse d’acquérir d’année en année. De tous les points de France, de nouveaux membres viennent grossir la liste des sociétaires.
- « D’ici à quelques années, a dit M. Gariel, alors que nos prochains congrès nous auront conduits dans les parties où nous n’avons pas encore paru, ce mouvement de généralisation que je constate se sera accentué certainement encore, et il pourra n’étre pas sans intérêt d’étudier en détail cette répartition. Dès à présent, je tiens à constater le fait : il y a là une dissémination de plus en plus grande de nos membres; nous jetons ainsi (le profondes racines sur toute l’étendue de notre France, et de plus en plus, comme elle y tend déjà par le but qu’elle se propose, notre Association prendra le caractère d’une œuvre nationale, qui contribuera pour une part appréciable à maintenir notre patrie à la place qu’elle occupe dans le monde civilisé. »
- M. G. Masson, trésorier, a mis en évidence l'état de prospérité des finances de la Société.
- « L’Association Britannique, a dit M. Masson, tenait l’an dernier, à York, son cinquante-deuxième congrès, tandis que ifbus nous réunissons aujourd’hui pour la douzième fois. Or, par une singulière coïncidence, le budget dont nous trouvons le détail dans le volume de la session d’York, le dernier publié par nos voisins, se sojde en dépenses par un chiffre qui ne diffère que de quelques francs de celui que je vous présente aujourd’hui (85650 au lieu de 85 677). Le nombre total des membres inscrits sur les
- listes anglaises est de 3500 environ, tandis que nous sommes près de 4000. »
- Ces chiffres montrent avec évidence l’intérêt que l’on porte généralement dans notre pays, aux progrès de la science bien comprise; les développements que prend d’année en année l’Association française pour l'avancement des Sciences, nous paraissent de bon augure et ont un véritable intérêt patriotique.
- Yoici le tableau résumé des intéressantes occupations des membres de Y Association française pendant le Congrès de Rouen. En outre des séances quotidiennes des sections, on a pu entendre les deux conférences suivantes :
- M. Ch. de Comberousse, professeur à l’École centrale et au Conservatoire des Arts et Métiers. — Le transport de l'énergie.
- M. Ilatt, ingénieur hydrographe de la marine. — Le passage de Vénus sur le soleil en 1882.
- Yoici, d’autre part, l’énumération des excursions générales qui ont été exécutées avec un plein succès :
- Dimanche 19 août. — De Rouen à Dieppe (visite à la manufacture de tabac). — Visite au château d’Arques. — Retour par Neufchâtel et Serqueux.
- Mardi 21. — A Barentin. — Visite à la filature de coton et de lin de M. Badin. — Visite à Duclair, à Caudebec, U l’abbaye de Juinièges. — Retour à Rouen par la Seine.
- Vendredi 23. — Excursion finale. — De Rouen au Havre. — Du Havre à Cherbourg. — De Cherbourg à l’ile d’Aurignv. — Retour par Cherbourg.
- Pendant la durée du Congrès, des excursions de dragages ont été faites entre Rouen et Le Havre, à l’effet de déterminer, avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’à présent, la faune des eaux saumâtres.
- LE MOUVEMENT PERPÉTUEL
- Nous nous entretenions récemment avec l’un des plus éminents de nos ingénieurs-constructeurs qui s’est distingué dans sa longue carrière par le mérite et l’originalité de ses inventions, et comme nous lui disions que nous nous étonnions du nombre de gens qui s’acharnent à construire des appareils non réalisables, où ils ne voient pas qu’ils se heurtent a la chimère du mouvement perpétuel, il nous dit qu’il en avait connu beaucoup aussi, mais que souvent il avait trouvé parmi eux de simples ignorants qui s’égarent faute de bien connaître certains principes fondamentaux de la mécanique : « Vous devriez, nous dit-il, reproduire dans La Nature des notions bien précises à cet égard, cela servirait de guide à quelques imaginations souvent trop vives ». M. Antide Janvier a jadis publié, dans son remarquable Manuel chronométrique, quelques documents très corrects sur le mouvement perpétuel; nous les prendrons comme base de cette-notice, écrite spécialement pour ceux de nos jeunes lecteurs qui nous adressent quelquefois encore des projets de mouvement perpétuel. Nous ne saurions trop répéter que c’est souvent faute d’instruction que quelques esprits fort sensés croient à la chimère que nous combattons ici. Le grand Stephenson raconte que dans sa première jeunesse il avait imaginé des systèmes de mouvement perpétuel. Ceci posé, voici la notice que nous recommandons à nos lecteurs. G. T.
- On entend par mouvement perpétuel un mouvement qui se conserve et se renouvelle continuelle-
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- ment de lui-même sans le secours d’aucune cause extérieure, ou une communication non interrompue du même degré de mouvement qui passe d’une partie de matière à l’autre, soit dans un cercle, soit dans une courbe rentrante en elle-même de sorte que le même mouvement revienne au premier moteur sans avoir été altéré. (Encyclopédie, au mot perpétuel.)
- Parmi toutes les propriétés de la matière et du mouvement nous n’en connaissons aucune qui puisse être le principe d’un tel effet.
- On convient que l’action et la réaction doivent être égales, et qu’un corps qui donne du mouvement à un autre doit perdre ce qu’il en communique. Or, dans l’état présent des choses, la résistance de l’air, les frottements doivent retarder sans cesse le mouvement.
- Ainsi, pour qu’un mouvement quelconque pût subsister toujours, il faudrait ou qu’il fut continuellement entretenu par une cause extérieure, et ce ne serait plus alors ce qu’on entend par le mouvement perpétuel ; ou que toute résistance fût anéantie, ce qui est physiquement impossible. Par une autre loi de la nature, les changements qui arrivent dans le mouvement des corps sont toujours proportionnels à la force motrice qui leur est imprimée, et sont dans la même direction que cette force; ainsi une machine ne peut recevoir un plus grand mouvement que celui qui réside dans la force motrice qui lui a été imprimée. Or, sur la terre que nous habitons, tous les mouvements se font dans un fluide résistant, et par conséquent ils doivent nécessairement être retardés; donc le milieu doit absorber une partie considérable du mouvement.
- Le frottement doit diminuer peu à peu la force communiquée à la machine, de sorte que le mouvement perpétuel ne saurait avoir lieu, à moins que la force communiquée ne soit beaucoup plus grande que la force génératrice, et quelle ne compense la diminution que toutes les autres y produisent ; mais comme rien ne donne ce qu’il n’a pas, la force génératrice ne peut donner à la machine un mouvement plus grand que celui qu’elle a elle-même. Ainsi toute la question du mouvement perpétuel, en ce cas, se réduit à trouver un poids plus pesant que lui-même, ou une force élastique plus grande qu’elle-même : proposition qui est absurde.
- Çe qui trompe les personnes peu versées dans la mécanique, c’est que, par le moyen du levier, une force quelconque en peut toujours surmonter une supérieure ; mais elles ne font pas attention que dans ce cas même la dépense du côté de la moindre force est supérieure à l’effet qu'elle produit; que si, par exemple, un poids d’une livre en élève un de deux livres à un pouce, il descend nécessairement de plus de deux pouces.
- Une puissance de dix livres étant donc mue, ou tendant à se mouvoir avec dix fois plus de vitesse qu’une puissance de 100 livres, peut faire équilibre à cette dernière puissance ; et on en peut dire autant de tous les produits égaux à 00 livres : enfin, le
- produit de part et d’autre doit toujours être de 100, de quelque manière qu’on s’y prenne. Si on diminue la masse, il faut augmenter la vitesse en même raison.
- Ceux qui cherchent le mouvement perpétuel excluent des forces qui doivent le produire, non seulement l’air et l’eau, mais encore tous les autres agents naturels qu’on y pourrait employer. Ainsi ils ne regardent pas comme mouvement perpétuel celui qui serait produit par les vicissitudes de l’atmosphère1, ou par celles du chaud et du froid : ils se bornent à deux agents, la force d’inertie et la pesanteur, et ils réduisent la question à savoir si l’on peut prolonger la vitesse du mouvement, ou par le premier de ces moyens, c’est-à-dire en transmettant le mouvement par les chocs d’un corps à un autre; ou par le second, en faisant remonter des corps par la descente d’autres corps qui ensuite remonteront eux-mêmes pendant que les autres descendront. Dans ce second cas, il est démontré que la somme des corps, multipliés chacun par la hauteur d’où il peut descendre, est égale à la somme de ces mêmes corps multipliés chacun par la hauteur où il pourra monter. 11 faudrait donc, pour parvenir au mouvement perpétuel par ce moyen, que les corps qui tombent et s’élèvent conservassent absolument tout le mouvement que la pesanteur peut leur donner, et n’en perdissent rien par le frottement ou par la résistance de l’air, ce qui est impossible.
- Si l’on veut employer la force d'inertie, on remarquera que le mouvement se perd dans le choc des corps durs et que, si les corps sont élastiques, la force vive, à la vérité, se conserve; mais, outre qu’il n’y a pas de corps parfaitement élastiques, il faut encore faire abstraction ici des frottements et de la résistance de l’air; d’où l’on conclut qu’on ne peut espérer de trouver le mouvement perpétuel par la force d’inertie non plus que par la pesanteur, et qu’ainsi ce mouvement est impossible.
- On démontre également combien ceux-là se trompent, qui croient pouvoir procurer un mouvement perpétuel purement mécanique à la même roue, en employant plusieurs principes de forces centrales, tels que la pesanteur, l’attraction de l’aimant et celle des corps électriques; car chacune de ces forces agissant également à des distances égales de son centre, et ne pouvant donner au système de la roue qu’une force résultante dirigée par son appui, ce système doit nécessairement demeurer immobile. (Camus, tom. IV, pag. 253.)
- L’Académie des Sciences prit, en 1775, la résolution de ne plus examiner aucune machine annoncée comme un mouvement perpétuel, et cette savante
- * L'abbé Haulefcuille en proposa un de ce genre en 1078. Lcpautc, et plus anciennement Leplat, ont construit des mouvements perpétuels par le secours de l’air (Traité d’horl. de Lepaute, 2° partie, chap. vii, Recueil des machines de l’Académie, t. Vil, p. 401).
- On lit dans le Journal encyclopédique, août 1775, 2“ *ol., la descriptiou d’une pendule de Kratzcnstein, de l’Académie des Sciences de Pétersbourg, qui se remonte elle-même par l’alternative du froid et du chaud.
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- Compagnie crut devoir rendre compte des motifs qui l’avaient déterminée, dans son histoire de la même année.
- La construction d’un mouvement perpétuel, dit l’historien, est absolument impossible, quand même le frottement, la résistance du milieu, ne détruiraient point à la longue l’effet de la force motrice. Cette force ne peut produire qu’un effet égal à sa cause ; si donc on veut que l’effet d'une force Unie dure toujours, il faut que cet effet soit infiniment petit dans un temps fini. En faisant abstraction du frottement et de la résistance, un corps à qui on a une fois imprimé un mouvement, le conserverait toujours ; mais c’est en n’agissant point sur d’autres corps ; et le seul mouvement perpétuel possible, dans cette hypothèse, qui d’ailleurs ne peut pas avoir lieu dans la nature, serait absolument inutile à l’objet que se proposent les constructeurs de mouvements perpétuels. Ce genre de recherches a l’inconvénient d’être coûteux ; il a ruiné plus d’une famille; et souvent des mécaniciens, qui eussent pu rendre de grands services , y ont consumé leur fortune, leur temps et leur génie. Tout attachement opiniâtre à une opinion démontrée fausse, s’il s'y joint une occupation perpétuelle du même objet, une impatience violente de la contradiction, est sans doute une véritable folie.
- Nous allons néanmoins faire connaître deux tentatives de mouvement perpétuel, parce qu’elles peuvent donner une idée de l’illusion que se sont ^ faite quelques personnes sur ce sujet.
- La figure 1 représente une roue garnie, à distances égales dans sa circonférence, de leviers portant chacun un poids à son extrémité, et qui sont mobiles sur une broche polie, de sorte que dans un sens ils puissent se coucher sur la circonférence ; et du côté opposé, étant entraînés par le poids qui est à leur extrémité, ils soient contraints à se ranger dans la direction du rayon prolongé. Cela supposé, on voit que la roue tqumant dans le sens a, b,c, les poids A, B, C, s’écartent du centre, et conséquem-
- ment, agissant avec plus de force, entraîneront la roue de ce côté : et comme, à mesure qu’elle tournera, un nouveau levier se développera, il s’ensuit, disait-on, que la roue continuera sans cesse de marcher dans le même sens. Mais malgré l’apparence séduisante de ce raisonnement, l’expérience a fait voir que la machine ne marchait pas; et l’on peut en effet démontrer qu’il y a une position où le centre de gravité de tous ces poids étant dans la verticale menée par le point de suspension, elle doit s’arrêter.
- Il en est de même de celle-ci, qui semblerait aussi devoir marcher sans cesse : Soit une roue (fig. 2) dont chaque rayon A B renferme un petit canal, par lequel il y a communication entre les deux coffrets G D faits en forme de soufflet, dont l’un G est à l’extrémité du rayon, et l’autre D est plus près du centre; le couvercle de ces souflïets est chargé d’un poids.
- Gela supposé, on voit que d'un côté, par exemple C, les soufflets les plus éloignés du centre doivent s’ouvrir et les plus proches se fermer.
- Ayan t versé une liqueur dans chaque rayon autant qu’il en faut pour remplir la capacité de son canal et l’un des soufflets, il est évident que du côté C la liqueur se trouvera à l’extrémité, savoir dans les soufflets qui sont ouverts, et que de l’autre côté elle sera dans les soufflets qui sont proches le centre. Par conséquent une moitié de la roue sera plus pesante : ainsi cette roue devrait avoir un mouvement perpétuel.
- 11 serait assez difficile de montrer en quoi pèche ce raisonnement ; mais quiconque connaîtra les vrais principes de la mécanique, n’hésitera pas à parier cent contre un que la machine, étant exécutée, ne marchera pas.
- En voilà trop sur cette chimère de la mécanique : nous souhaitons, avec M. Antide Janvier,.qu’aucun de nos lecteurs ne donne dans le travers malheureux d’une pareille recherche.
- I !
- Fig. 2. — Mouvement perpétuel de Bernard Lamy, à Paris.
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- LÀ PRÉFECTURE DE POLICE
- A i/eXPOSITION 1)'AMSTERDAM l’identification des récidivistes
- Trouver le nom d’un récidiviste qui cache son état civil, étant données la longueur de sa tète, de son pied et l’envergure de ses bras, est un problème qui, au premier abord, rappelle la fameuse question que les enfants se posent entre eux : étant données la longueur d’un navire et la hauteur de son mât, calculer l’âge du capitaine.
- Tout fantaisiste que cela semble, le problème est résolu, et le système que la Préfecture de Police emploie avec succès depuis six mois pour l’identification de ses récidivistes, n’a pas d’autre base.
- Dans le but vraisemblablement d'en Iga-riser l’usage auprès des polices étrangères, cette adminislration a envoyé à l’Exposition d’Amsterdam un panneau d’une douzaine de photographies qui font connaître les principales dispositions pratiques de la méthode.
- L’ensemble de l’envoi figure au catalogue sous la dénomination :
- Division judiciaire.
- M. Naudin, chef de division : Nouveau procédé pour l'identification des récidivistes qui déclarent un faux état civil. [Système de M. Al. Bertillon.)
- Nous avons bon espoir que les administrations étrangères feront bon accueil à cette application de l'anthropométrie, cette science toute française fondée par Broca. Si les changements d’identité sont fréquents dans le monde des voleurs français, ils le sont toujours infiniment moins que dans les pays comme l’Angleterre et les États-Unis où les actes d’état civil font fréquemment défaut, et ne sont qu’im-parfaitement remplacés par des actes de baptême ou de circoncision.
- Les voleurs internationaux qui exploitentles grandes capitales de l’Europe et du Nouveau Monde ne donnent jamais leur vrai nom pas plus à leurs dupes qu’à la police locale... quand elle met la main dessus.
- Les mœurs des individus de cette espèce seraient pour un naturaliste tout aussi curieuses à étudier que celles de tel ou tel oiseau de proie, de telle ou telle tribu pillarde du Sahara.
- Chez le pick-pocket, chez le chevalier d’industrie voyageur, tout est calculé pour conserver l’incognito en prévision d’une arrestation possible. Il est du reste au courant de tous les trucs classiques de la police. Son linge est démarqué, les tiges de scs bottines, lorsqu’elles portent un nom de fabrique, sont coupées ; la coiffe de son chapeau est arrachée, ou, pour le moins, le nom et l’adresse du chapelier effacés, etc. Il va de soi que les lettres et télégrammes que lui envoient ses associés d’Angleterre, d’Amérique et même d’Australie pour lui signaler telle ou telle affaire faisable, tel ou tel voyageur bon à voler, etc..., sont aussitôt brûlés que reçus.
- Par opposition avec le voleur gouailleur de Paris qui s’enferre par besoin de forfanterie, le voleur international observe la plus grande circonspection devant les interrogations de la justice ou de la police.
- Lui parle-t-on français, il affecte de ne pas comprendre et répond par yes et no. Lui parle-t-on anglais ou allemand, il devient espagnol, ou a été élevé en Russie, dans le Caucase, etc. Si ses connaissances linguistiques lui rendent ces transformations impossibles, il se renferme dans un système complet de dénégation : « il ne sait rien, ne comprend pas pourquoi il a été arrêté ; il n’y a que vingt-quatre heures qu’il est à Paris et l’émotion de son arrestation lui a fait oublier l’adresse de l’hôtel où il a débarqué, etc. ; quant à ses parents, ils sont restés en Australie, où lui-même a été élevé ». Essaye-t-on de le photographier, pour envoyer son portrait dans les prisons et dans tous les endroits où l’on soupçonne qu’il pourrait être reconnu, il s’y refuse catégoriquement , ou grimace devant l’objectif. Disons en passant que la photographie instantanée est appelée à mettre fin à ce dernier genre de comédie.
- Par cet incognito, il met obstacle à toute enquête, empêche de découvrir le nom de ses complices, le
- Fig. I. — Mensuration du doigt médius.
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- lieu de leur recel, etc..., en même temps qu’il échappe à la majoration de peine qui pourrait le frapper comme récidiviste.
- Quant aux passeports, papiers dits de sûreté, etc., leur insuffisance saute aux yeux. Si leur emploi n’est plus obligatoire, s’ils sont en train de tomber en désuétude, c’est non pas tant à cause des traeas qu’ils occasionnaient au public, que parce que leur parfaite inutilité a fini par être reconnue par tout le monde.
- L’opinion populaire qui attribue les meilleurs papiers aux voleurs n’est pas un sophisme. Les signalements qui les accompagnent et qui sont là pour empêcher les échanges ou les vols de pièces, sont pour la plupart si niaisement pris qu’ils n’empêchent rien du tout, pour peu que les indications de taille et d'âge ne soient pas trop différentes.
- C’est pourtant dans un meilleur entendement du signalement que réside le principe de la méthode d’identification exposée à Amsterdam.
- Combien sont vagues les expressions : nez grand, bouche moyenne, visage ovale ! Toutes les femmes savent que telle coiffure leur allonge, telle autre leur arrondit la figure. 11 ne s’agit là que d’apparence. En réalité nous ne sommes frappés que par les cas exceptionnels : nez très long, visage rond dit en pleine lune, etc. Les employés du bureau des passeports, à la Préfecture de Police, qui prennent des signalements depuis trente ans, seraient bien embarrassés de dire, où s’arrête le nez petit, où commence le nez moyen, à quelles dimensions un nez cesse d’être moyen pour devenir grand?
- Pour bien préciser ces expressions, il faudrait remplacer les qualificatifs : moyen, petit, grand, ovale, large, etc., par des chiffres : nez de tant de centimètres de base, visage de tant de large sur tant de haut, etc. Mais puisque nous sommes ainsi amenés à prendre de véritables mensurations, pourquoi mensurer les traits du visage, opération délicate, désagréable, et qui ne donne jamais que des nombres variant peu en grandeur absolue? Un centimètre de plus ou de moins sur la longueur d’un nez est chose considérable,, tandis que le pied, chez les gens de même taille, peut varier de quatre centimètres et la grande envergure de vingt, quelquefois vingt-cinq centimètres.
- D’autres mensurations se recommandent moins par la valeur absolue de leurs variations que par la précision et la facilité avec laquelle on peut les prendre. Telle est, par exemple, la longueur du doigt médius prise au moyen d’un compas à glissière, le doigt étant plié à angle droit sur le carpe (fig. 1). Cette mensuration se prend ainsi très commodément à un millimètre près et varie de près de deux centimètres chez les individus ayant même taille et même longueur de pied.
- Mais ce qui est encore bien meilleur c’est la longueur de la tête, ou diamètre antéro-postérieur des anthropologistes. Cette mensuration oscille communément entre 17 et 20 centimètres; nous avons
- même rencontré quelques exemples où elle atteint tantôt IG tantôt 21 centimètres. Son écart total d’un individu à un autre est donc, pour nous en tenir aux cas ordinaires, de 50 millimètres. Or comme on peut très facilement relever cette indication à un millimètre près au moyen du compas d’épaisseur de Broca, on voit d’ici qu’elle nous permettra de distinguer trente catégories distinctes d’individus, chacune de ces catégories ne pouvant tout au plus être confondue qu’avec celle qui lui est immédiatement supérieure ou inférieure.
- La taille, au contraire, le meilleur des caractères du signalement ordinaire, ne peut être prise qu’à un centimètre près, en supposant que l’individu à toiser ne cherche pas à tromper. Mais la volonté exerce une certaine influence sur elle ; on peut l’abaisser ou l’élever momentanément d'un centimètre, sans qu’il en paraisse rien, enfin la colonne vertébrale tend à se voûter plus ou moins suivant l’âge et la profession. On doit donc admettre que l’on ne peut mesurer la taille, à plusieurs années d’intervalle, qu’à environ 3 centimètres près ; or, comme elle ne varie couramment que de 30 centimètres (de lm,50 à lm,80), on ne peut guère distinguer plus de dix catégories distinctes de taille. A ce point de vue tout théorique, la longueur de la tête est donc un caractère signa-létique trois fois meilleur que la taille puisqu’elle nous fournit trente sortes de signalements différents, tandis que la taille ne nous en fournit que dix.
- Après la mensuration de la longueur de la tête, il n’est pas difficile d’y ajouter celle de la largeur (diamètre transversal maximum des anthropologistes), dont les variations sont à peu de chose près indépendantes de la plus ou moins grande longueur de la tête, et qui se prend avec le même compas Broca, l’opéré conservant la position assise tandis que l’opérateur se place derrière lui (fig. 2).
- Nous reproduisons ci-contre, d’après le panneau exposé à Amsterdam, les deux photographies relatives aux mensurations du doigt médius et de la largeur de la tête. On les croirait détachées d’un traité d’anthropologie pratique.
- D’autres mensurations qui sembleraient très bonnes pour les signalements doivent être rejetées en dernière analyse. Nous citerons entre autres la largeur des épaules qui a l’avantage d’être un caractère extérieur que l’on peut apprécier dans une certaine mesure, sans instrument. Mais la statistique prouve que cette mensuration ne varie que de 10 centimètres chez les gens de même taille, et comme la volonté et l’embonpoint ont une certaine influence sur elle, on ne peut compter sur une approximation de moins de 2 centimètres, ce qui ne donne que cinq catégories de signalements de largeur d’épaules, nombre inférieur à ceux fournis par les autres mensurations. »
- La hauteur de l’entre-jambes, l’écartement des hanches, ont un indice signalétique considérable, mais les difficultés qu’entraîne leur métrage, doivent les faire rejeter. Du reste les mensurations précé-
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- demment citées sont en nombre suffisant pour assurer toute espèce de signalement.
- Un homme ainsi caractérisé par des mesures de cet ordre est mathématiquement identifié. Il est bien difficile même entre plusieurs milliers de personnes d’en trouver deux ayant approximativement : mêmes diamètres céphaliques, même doigt médius, même pied, même envergure et même couleur d’œil.
- Voici une anecdote qui est arrivée au début de l’installation du procédé au Dépôt de la Préfecture et qui peut donner une idée de la puissance signa-létique des mensurations: l’inspecteur attaché au service du métrage avait l’habitude de déposer son chapeau, un chapeau de soie tout neuf, sur la cheminée de la salle où il opérait. Un soir, après avoir mensuré trente ou quarante récidivistes dans sa journée, et comme il allait s’en aller, il s’aperçut que son chapeau avait disparu et avait été remplacé par un horrible feutre porté depuis des années. Découvrir le voleur dans les préaux où les détenus au nombre d’environ trois cents attendent leur comparution devant les tribunaux, il ne fallait pas y penser ; le détenteur du chapeau neuf se serait hâté en apercevant sa victime de cacher sa proie derrière son dos ou de la passer de mains en mains à ses camarades. Appeler et examiner les quarante voleurs mensurés dans la journée n’était guère plus pratique, puis il répugnait à notre inspecteur de s’avouer refait ouvertement devant tout le personnel de la geôle. L’idée lui vint alors de mesurer le chapeau qui lui avait été si généreusement octroyé. 11 avait été si longtemps porté qu’il avait eu le temps de se modeler exactement sur la tête de son précédent détenteur. L’inspecteur connaissant les deux diamètres céphaliques eut bientôt fait de trier parmi les fiches de la journée celles qui portaient des nombres approchant : il ne s'en trouvait qu'une seule, au nom d’un vagabond qui vivait de vol à l’étalage. Par surcroît de précaution, il eut soin de faire appeler le vagabond soupçonné par le gardien chargé des mises en liberté — afin de lui enlever tout soupçon — et quelques instants après, il avait la satisfaction de cueillir son chapeau sur la tète du voleur décontenancé, qui alléguait une erreur, d’ailleurs impossible. 11 va de soi que l’agent rentré en possession de son bien ne fit aucun rapport, ne demanda aucune punition disciplinaire contre son voleur : quand un inspecteur se laisse voler par un repris de justice, ce n’est plus le repris de justice, mais bien l’inspecteur qui est le coupable.
- Tant que le nombre des fiches collectionnées ne dépasse pas une cinquantaine, on comprend que l’on puisse rapidement les parcourir toutes et retrouver celle que l’on recherche, alors même que l’on ne connaîtrait que les chiffres des mensurations. Si la photographie de l’individu est collée au verso de la fiche, la recherche devient encore plus facile.
- Mais comment rechercher le portrait ou les mensurations d’un individu au milieu de la collection alphabétique de 75000 photographies que la Préfec-
- ture de Police a réunie en moins de dix ans, quand l’individu examiné cache son état civil, ou ce qui est pis en déclare un faux?
- Jusqu’à présent la Police et derrière elle la Justice tournaient dans ce cercle vicieux : on photographiait pour être à même de retrouver le nom d’un récidiviste, mais pour retrouver une photographie précédemment faite, besoin était du nom.
- La véritable originalité de notre méthode est de pouvoir servir de base à une classification qui permet de retrouver la photographie d’un récidiviste au moyen de son seul signalementt chiffré, à la condition, bien entendu, d’avoir été antérieurement mensuré.
- Les photographies sont d’abord partagées, suivant le sexe : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Ces dernières, beaucoup moins nombreuses que les hommes, n’atteignent pas 20000.
- Quant au groupe des 60000 hommes restants, nous supposons qu’on puisse le partager en trois divisions basées sur la taille, savoir les individus : de taille petite et très petite
- comprenant environ . . . 20000 photographies, de taille moyenne comprenant
- environ................... 20000 —
- de taille grande et très grande
- comprenant environ . . . 20000 —
- Chacune de ces trois divisions primordiales devra ensuite être partagée suivant le même principe, et, sans plus s’occuper aucunement de la taille, en trois séries suivant la longueur de la tête d’un chacun. Ces nouvelles subdivisions, au nombre de neuf, ne contiendront plus alors, savoir :
- Celles des têtes petites et très petites que 6000 photographies et quelque chose; celles des têtes moyennes que 6000 photographies et quelque chose; celles des têtes grandes et très grandes que 6000 photographies et quelque chose.
- Ces subdivisions de 6000 seront elles-mêmes partagées en trois groupes suivant la longueur du pied et compteront alors chacune, savoir :
- Celles des pieds petits et très petits, 2000 photographies; celles des pieds moyens, 2000 photographies ; celles des pieds grands et très grands, 2000 photographies.
- La longueur des bras étendus en croix nous donnera une quatrième indication qui divisera encore chacun des paquets de photographies précédents en trois et les réduira à des séries de 600, que l’on pourra encore rediviser en des éléments plus petits en prenant pour base l’âge approximatif de l’individu, la couleur de ses yeux et la longueur de son doigt médius.
- C’est ainsi qu’au moyen seulement de quatre coefficients anthropométriques nouveaux (le sexe, la taille, l’âge et la couleur de yeux ont été relevés de tous temps), la collection des 75 000 photographies de la Préfecture pourra être divisée en groupe d’une cinquantaine de photographies qu’il sera dès lors facile de parcourir rapidement.
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- 11 va de soi que pour chaque mensuration les limites qui séparent les moyens, des grands et des petits, doivent varier suivant la taille de l’individu. Pour le pied, par exemple, il est évident que ce qui est petit chez un homme de 1m,80, devient grand chez un homme de taille moyenne et a fortiori de petite taille.
- Enfin, pour que la division en petits, moyens et grands donne des quotients approximativement égaux, il faut que la série des moyens, qui est la plus fréquente, ait des limites plus étroites que la série des grands ou des petits ; les tailles moyennes, par exemple, ne comprendront que les individus de lm,62 à lm,67, tandis que les grandes comprendront tous les individus plus élevés depuis lm,68 jusqu’au géant de 2 mètres, et les petites tailles tous les individus depuis lm,6J jusqu’au lilliputien de
- 1 mètre et quelques centimètres.
- Mais, me direz-vous, où placerez-vous et où rechercherez-vous dans la suite la carte d’un individu qui aurait une mensuration juste sur la limite de vos divisions ? tel serait le cas, par exemple, d’un homme ay ant une tai l le de 1m, 6 8.
- Si vous le placez dans la catégorie des tailles grandes de lm,68 à
- 2 mètres, il est à craindre que, quelques années après, les progrès de l’àge n’affaissent sa taille de 1 centimètre, que vous ne lui trouviez plus que lm,67 et que vous soyez ainsi amené à le rechercher dans les tailles moyennes de lœ,62 à lm,67.
- Il faudrait, dans ce cas et toutes les fois qu’une mensuration approcherait assez de la limite pour pouvoir donner lieu à une erreur subséquente, classer une photographie dans chacune des divisions limites, absolument comme dans un dictionnaire, on intercale des rubriques à des places différentes pour les mots qui ont plusieurs orthographes.
- On peut également se demander dans quel ordre il est préférable de procéder aux divisions successives de la classification. Faut-il commencer par ranger les photographies suivant les catégories de taille ou suivant les catégories de doigt médius?
- Dans la démonstration ci-dessus, nous avons supposé que la division par pied suivait celle par tète ; l’inverse ne serait-il pas préférable?
- Pour peu que l’on y réfléchisse on s’aperçoit que l’ordre des divisions ne modifie en rien la répartition finale. Quelle que soit la manière dont on procède, les séries dernières de photographies seront toujours composées des mêmes individus, à savoir de ceux qui ont taille, pied, tête, médius, approximativement égaux entre eux.
- Si, au lieu d’envisager l’ordre des mensurations au point de vue de la répartition finale, nous l’envisageons au point de vue de la facilité des recherches, on s’aperçoit bientôt de l’avantage qu’il y a pour la sûreté des vérifications à commencer le classement par les mensurations dont on est le plus sûr, dont les variations sont le plus considérables et sont le moins sujet à varier avec l’àge, l’embonpoint ou la volonté de l’individu. C’est autant d’éliminations sur lesquelles on n’a pas à revenir. Tandis qu’il faut laisser pour la fin les indications où la volonté de l’opéré, ou l’appréciation de l’opérateur , laisse quelque marge à l’erreur. Ce sont ces considérations qui, par exemple, nous ont engagé à placer en dernier la couleur de l’œil et la grande envergure. Tout le monde sait combien sont vagues les dénominations usitées pour la couleur des yeux. A en croire les littérateurs, il y aurait des yeux noirs, puis des yeux gris, etc., quoi qu’à vrai dire on ne trouve pas un seul iris noir, ou même approchant plus ou moins du noir (mais sans couleur), c’est-à-dire gris; tandis que la pupille normale est toujours noire chez tous les animaux.
- Quoique les dénominations adoptées par la Société d’Anthropologie de Paris et que nous avons modifiées et simplifiées empiriquement, aient en partie fait disparaître ce chaos, la détermination de la couleur de l’iris de l’homme est souvent une opération délicate; on sera parfois forcé de rechercher dans deux nuances voisines, avant d’acquérir la conviction que la photographie de tel individu n’a pas été
- Fig. i.. — Mensuration de la largeur maximum de la tète.
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- classée. On a donc tout avantage à terminer la classification par cette indication, de façon que l’on puisse facilement passer d’une nuance à une autre.
- 11 en est de même, sous un autre point de vue, de la grande envergure des bras. Cette mensuration passe dans le public pour être égale à la taille. En réalité elle est en général chez les gens de nos pays plus grande de 5 à 10 centimètres que la hauteur, quelquefois égale, rarement plus courte. Pourtant nous avons observé quelques cas où elle était de 5 à 7 centimètres plus courte, et d’autres de 20 centimètres plus longue que la taille. Cette dernière différence constitue chez les gens de petite taille une véritable difformité ; leurs mains pendant à la hauteur de leurs genoux leur donnent une démarche simiesque. — Quoi qu’il en soit le chiffre absolu des
- variations d’un extrême à l’autre atteint presque 25 centimètres. Malheureusement pour le but que nous nous proposons, la volonté a sur l’envergure une certaine influence; on peut, en s’étirant, l’augmenter de 2 centimètres et en rentrant les épaules la diminuer d’autant; d’où une erreur possible de ht centimètres ; ce qui ne permet pas d’établir plus de six sortes de signalements d’envergure.
- Nous avons cru néanmoins que cette mensuration devait être gardée à cause de l’extrême facilité avec laquelle elle peut être prise au moyen d’un double mètre rigide, ou d’un ruban, ou sur un pan de mur gradué, etc. Il suffit, pour être à même de dérouter les tricheries possibles, de ne nous servir de cette indication que pour la dernière ou l’avant-dernière subdivision.
- Fig 3. Fig. 4. — Photographie de X... sous le pseu- Fig. 3. — Photographie de X..., sous le pseu-
- Photographie de X..., lors de sa première doayme de Bernard, lors de sa deuxième donyme de Dupont, lors de sa comparu-condamnation. condamnation. tion devant les Assises.
- Une autre question d’arithmétique pratique que soulève la classification est celle-ci : ne conviendrait-il pas d’établir pour certaines mensurations plus de catégories que celles que nous avons adoptées? ne pourrait-on pas, par exemple, séparer les têtes très longues des têtes simplement longues, ou encore les tailles très grandes des tailles grandes? on obtiendrait ainsi cinq catégories : très petit, petit, moyen, grand, très grand.
- Pour apprécier les inconvénients ou plutôt l’inutilité de ces nouvelles subdivisions, il suffit de remarquer combien rares sont les mensurations exceptionnelles. Ce sont celles qui approchent de la moyenne qui sont les plus nombreuses ; la probabilité de rencontrer une mensuration déterminée diminue progressivement à mesure qu’elle s’éloigne de la moyenne; et aux extrêmes, très grand, très petit, cette probabilité devient minime. Pourquoi, en conséquence, surcharger notre classification de divisions
- dont on n’aura besoin qu'exceptionnellement. Si les très grands sont rares on n’aura pas à les rechercher fréquemment, et enfin leur séparation d’avec les éléments simplement grands, n’allègerait pas beaucoup la catégorie de ces derniers, tandis que nous augmenterions ainsi la quantité de photographies dont les mensurations sont sur la limite des catégories, et qui doivent être classées en double.
- Comme on le voit par les considérations qui précèdent, si la théorie de notre classification de photographies est d’une simplicité enfantine, la pratique en demandera précision et méthode. Elle reste néanmoins dans le domaine des idées réalisables, aisément réalisables et dont, l’application s’impose.
- Si sa mise en pratique sur une vaste échelle nécessite pour Paris la création de deux ou trois emplois de commis-mensurateurs, elle est appelée sur certains points à révolutionner les mœurs des
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- voleurs et les procédés qu’emploie la police pour lutter contre les exploits des malfaiteurs.
- Nous n’en donnerons comme preuve que les reconnaissances d’identité, que l’essai partiel tenté à la Préfecture de Police a permis de faire dès maintenant.
- Quoique le répertoire réuni jusqu’à présent ne compte que deux milliers de photographies, le total des individus reconnus le mois dernier pour avoir été mensurés précédemment sous un autre nom s’est élevé à quatre; le mois précédent il n’avait été que de deux et enfin que d'un dans le cours des deux mois antérieurs. La progression est rapide. D’ailleurs le nombre des reconnaissances est appelé à croître en proportion du nombre des photographies classées ; puis il faut laisser aux mensurés le temps de sortir de prison, de choisir leurs faux noms et de se faire reprendre pour un nouveau délit. Tout ceci demande bien un an. Aussi presque tous les individus reconnus jusqu’à présent n’avaient-ils été l’objet que d’une ordonnance de non-lieu lors de la première arrestation qui avait motivé leur mensuration. Enfin, fait remarquable, presque tous ces individus reconnus, avaient lors de leur première mensuration * donné un faux état civil dont ils s’étaient d’autant plus facilement dépouillés qu’ils n’y avaient aucun droit. Il a fallu la découverte de leur seconde supercherie pour attirer l’attention sur leur première déclaration et en faire reconnaître la fausseté.
- Nous devons comprendre dans cette dernière catégorie la reconnaissance d’un soi-disant Bernard que le jury de la Seine vient de condamner à huit ans de travaux forcés pour attaque nocturne en bande, etc., et qui avait été mensuré dès l’année 1882, au cours des premières expériences qui furent faites de cette méthode à la prison de la Santé.
- A sa dernière affaire, pour essayer de blanchir son passé, il essaya de prendre l’état civil d’un nommé Dupont. Malheureusement pour lui, il avait compté sans les mensurations. L’inspecteur attaché au métrage n’eut aucune difficulté pour lui retrouver son premier nom de Bernard. Les mensurations concordaient exactement et la photographie de cette époque ressemblait encore suffisamment à l’individu qu’il avait sous les yeux.
- Mais la scène changea quand il voulut faire avouer au prévenu sa métamorphose de Bernard en Dupont ; il commença par nier avec une énergie extraordinaire, puis troublé, se sentant pris, pour appuyer ses dénégations, il déclara que : « la preuve qu’il ne s’appelait pas Bernard, c’est que son vrai nom était X... et qu’il avait déjà sous son vrai nom deux condamnations pour vol à l’étalage, ce qui était cause que depuis deux ans il avait changé de nom. »
- Ce premier aveu obtenu, le plus difficile était fait etX... ne tarda pas à reconnaître que la photographie sous le nom de Bernard lui était également applicable. D’ailleurs l’agent ayant consulté la liste
- alphabétique du service photographique ne tarda pas à trouver une photographie sous le nom X..., tirée depuis trois ans et qui se rapportait à l’individu en question mais ne lui ressemblait que de loin.
- Nous avons fait reproduire ci-contre ces trois portraits par la photographie sur bois (fig. 3, 4, et 5). Comme le lecteur peut s’en assurer en les examinant avec quelque attention ils se rapportent au même personnage. Mais quel changement de l’un à l’autre, quelle dégradation d’année en année! La première en date, la photographie de X.... (fig. 3), est celle d’un ouvrier bon enfant, un peu gouailleur. Un an après, sous le nom de Bernard (fig. 4), les traits sont déjà endurcis, la brute apparaît. Tandis que la dernière qui porte la rubrique de Dupont (fig. 5), est empreinte d’une énergie sauvage, quoiqu’elle n’ait été prise que neuf mois après la seconde. De la figure joviale de X... il ne reste plus rien, l'expression du regard s’est transformée au point que si l’on n’avait point l’intermédiaire de Bernard on douterait de l’identité des deux extrêmes.
- Il ne faudrait pas dans ce cas spécial attribuer cette graduation du vice à notre régime pénitentiaire. Si' l’individu dont il s’agit avait déjà subi trois condamnations avant son départ pour la Nouvelle-Calédonie, la somme de ces peines ne dépassait guère trois mois de prison. Un régime aussi court, quel qu’il soit, est insuffisant pour produire une semblable transformation physique. Il faut bien plutôt y voir les stigmates de trois années de débauches dans les bals publics des faubourgs, l’influence de moyens d’existence inavouables, etc.
- D’ailleurs, autant que nous pouvons juger d’après les quelques exemples que jious avons eus sous les yeux, les peines longues produisent sur l’organisme humain une dégradation d’un tout autre genre. En général, l’individu qui a passé plusieurs années dans une maison centrale conserve pendant longtemps un teint pâle et mat, les'yeux très brillants ont une direction oblique et évitent le regard au lieu de le braver comme sur la dernière des photographies (voir X... dit Dupont), la paupière toujours clignotante reste baissée et semble craindre la lumière, la colonne vertébrale est voûtée, la tête projetée en avant et le menton rentré dans le cou par suite peut-être de l’habitude de parler en cachette des surveillants ; les bras sont ballants chez l’homme, ou croisés chez la femme avec une raideur monacale ; toute la personne semble être grelottante de froid; beaucoup d’ailleurs sont phtisiques.
- En présence de pareilles transformations dont les photographies reproduites ci-dessus ne peuvent donner qu’une idée affaiblie, on comprend de quel secours sont les mensurations. L’identité des longueurs anthropométriques arrive ainsi à révéler l’identité d’état civil d’une manière bien plus certaine qu’une ressemblance plus ou moins lointaine de physionomie.
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- Nous nous sommes demandé si la méthode inaugurée par la Préfecture de Police devait rester confinée à l’identification des inculpés.
- Nous avons parlé plus haut du vague des signalements ordinaires. Les passeports pour voyager à l’intérieur et même à l’étranger ne sont plus obligatoires et tombent en désuétude. On est néanmoins toujours forcé de revenir à cette mesure en temps de troubles et notamment en temps de guerre. Les questions d’identité acquièrent alors une importance extrême. Sur la vue d’un passeport les gendarmes sont appelés à distinguer les déserteurs et les espions des cantiniers et des voyageurs.
- Qu’est-ce qui empêcherait en de pareilles circonstances de joindre au signalement habituel des personnes autorisées à suivre les armées deux ou trois des mensurations de notre système comme par exemple la longueur du doigt médius et la longueur de la tête?
- Nous ne croyons pas que ce procédé puisse froisser dans les circonstances dont nous parlons les susceptibilité d’un Français.
- Dernièrement le lieutenant Gillet proposait dans le Bulletin de la Réunion des Officiers de relever les signalements métriques sur les livrets militaires.
- Mais il faut pour avoir quelques chances de faire agréer cette méthode par le Ministre de la guerre qu’un essai de plusieurs années à la Préfecture de Police en ait démontré l’utilité pratique.
- On pourrait pour commencer, décider qu’il serait en tout temps loisible aux personnes qui le désireraient de faire adjoindre ces indications au signalement de leur passeport.
- Pourquoi, enfin ne pas compléter ces signalements par l’adjonction d’une photographie collée sur le passeport même et réunie à celui-ci par un timbre sec ?
- Cette mesure adoptée d’abord pour les cartes d’abonnement de la dernière Exposition universelle de Paris a donné de si bons résultats que les Compagnies de chemin de fer n’ont pas hésité depuis à l’a'ppliquer à leurs abonnés.
- Les photographies jointes au passeport et à quelques mensurations mettraient tin aux perplexités de nos braves gendarmes de province qui soupçonnent un malfaiteur en tout botaniste ou simple touriste qui parcourt les départements en dehors des chemins courus. Nous ne savons si pareille aventure vous est arrivé, mais un de nos amis chef de service dans une administration publique, nous a raconté avoir été arrêté à Neufchâtel (Seine-Inférieure) en 1869 pour un complice de Troppmann et n’avoir été relâché qu’après un sévère interrogatoire. Un autre de nos amis, quelque peu botaniste, a passé vingt-quatre heures au violon du cap de la Hague, à la pointe ouest de la Manche, parce qu’il avait été surpris par la gendarmerie dans ces parages désolés en train de ramasser quelques varechs, et qu'il était bien évident que seul un forçat déguisé en honnête homme pouvait se livrer à de pareilles occupations en un pareil lieu. Tous les papiers qu’il avait sur
- lui ne lui servirent de rien ; on ne le relâcha qu’au reçu d’une dépêche de Paris.
- De telles aventures en temps de paix, sont des incidents de voyage à la Topfer dont on lit plus tard.
- Mais en temps de guerre, en pays étrangers lointains, quand on n’a que ses papiers pour se faire reconnaître et aider par son consul ou par un simple compatriote, la situation devient plus grave. Y a-t-il actuellement une police du monde qui donne des pièces d’identité indiscutables? Cette paperas-^ sérié inspire si peu de confiance que dès que votre personnalité est en jeu, les règlements d’administration réclament la présence de témoins patentés pour certifier votre identité.
- Puisque les passeports sont devenus facultatifs, ce qui est un progrès, qu’ils procurent au moins toute sécurité aux personnes qui jugent à propos de s’en munir !
- Nous ne doutons pas qu’à son tour ce perfectionnement, minime d’ailleurs, ne s’accomplisse. En attendant, nous nous associons entièrement aux conclusions du savant Dr Bordier qui, après avoir rendu compte aux lecteurs du National de la méthode d’identification exposée à Amsterdam, ajoutait :
- « J’admire donc beaucoup les résultats obtenus. Mais ce que j’admire encore plus, c’est ce fait, au moins aussi nouveau que la méthode elle-même, d’une administration changeant tous ses procédés et ne craignant pas d’entrer de plain-pied dans le nouveau.
- <( Tout le mauvais gré que MM. les récidivistes doivent savoir à M. Camescasse et à l’intelligent et énergique secrétaire général de la Préfecture de Police, M. Vel-Durand, nous donne la mesure de la reconnaissance que leur doivent les honnêtes gens et des félicitations qui leur sont dues. »
- Alphonse Bertillon.
- LE THÉÂTRE
- DES INSTRUMENTS MATHÉMATIQUES
- DE JACQUES BESSON
- Nous signalons à nos lecteurs les livres de science modernes qui viennent de paraître, et nous nous efforçons de mettre en relief le mérite spécial qui les distingue; il nous a paru curieux aujourd’hui, à titre de variété, de parler d’un vieux et remarquable volume du seizième siècle, le Theatruminstrumen-lorum et machinarum de Jacques Besson1. Ce livre est assurément connu par un grand nombre de nos lecteurs ; il ne constitue pas une rareté de bibliophile, bien loin de là, mais nous avons eu l’occasion d’en avoir un exemplaire entre les mains, nous l’avons feuilleté, nous l’avons lu, non sans curiosité et sans intérêt; notre but est de faire partager à notre lecteur, le plaisir que nous avons eu à nous
- 1 1 vol. in-4°. — Lyon, 1578.
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- trouver dans le cabinet d'un savant mécanicien d’il y a trois siècles.
- Jacques Besson, nous apprend-t-on dans la préface du livre, était Dauphinois, ingénieur et mathématicien du Roy de France; il fit de nombreux voyages, acquit une grande instruction, et construisit dans sa vie, un nombre considérable de machines et d’appareils des plus remarquables. Le Théâtre mathématique en donne la description à l’aide de grandes planches et d’un texte explicatif. « Voici un théâtre de labeur immense, nous dit la préface, rempli de machines et d’instruments plaisants à considérer et très utiles à pratiquer. »
- Fig. 1. — Tombereau ou brouette de Jacques Besson.
- nerons à titre de spécimens la description de trois sujets intéressants.
- Fig. 1. — Nouveau tombereau ou brouette par lequel avec Vœuvre d'un homme en lieu principalement qui soit plain, on peut transporter autant de fardeau que par deux ou trois avec toute autre machine.
- L’auteur s’attache à faire ressortir la bonne proportion des roues; et il fait remarquer que l’ouvrier peut traîner ou pousser devant lui la brouette suivant l’inclinaison du sol.
- Fig. 2. — Vaisseau qui peut évacuer diverses liqueurs par le même pertuis qu'il aura été rempli à savoir en telle mesure qu'on voudra sans quelles se meslent aucunement ensemble.
- La petite coupe explicative donnée en haut de
- Le livre comprend la description d’outils divers, de tours fort élégamment agencés, de scies pour débiter les arbres et les poutres, de souffleries, de tombereaux, de voitures, de véhicules, de moutons pour pilotis, de moulins à bras pour fouler les draps, écraser le papier, moudre le blé, d’instruments de musique, de charrues, de machines agricoles, de norias, de machines pour jeter l’eau dans l’incendie, d’appareils pour le tirage des cheminées, de machines à soulever les navires, etc., l’énumération seule de tous les appareils du Théâtre mathématique ferait la matière d’un article. Nous ne la continuerons pas jusqu’au bout, mais nous don-
- Fig. 2. — Tonneau magique de Jacques Besson. Vaisseau qui peut évacuer par le même pertuis plusieurs liqueurs, sans qu’elles se mêlent aucunement ensemble.
- la figure 2 montre très nettement la disposition de ce tonneau : on voit que l’entonnoir qui sert au remplissage pénètre dans un petit vase troneonique dissimulé et muni de trois tubes qui se relèvent de manière que l’entonnoir puisse se déverser indifféremment dans l’un d’eux. Ces trois tubes communiquent aux trois compartiments du tonneau, que l’on peut ainsi remplir de trois liqueurs : vin blanc, vin rouge et huile. L’écoulement se fait par un robinet à trois voies, lesquelles sont en relation avec trois tubes de telle façon que l’on puisse déverser à volonté l’un des trois liquides.
- Fig. 3. —Chariot nouveau et royal lequel est un peu plus ample que les vulgaires mais aussi beaucoup plus commodey car en lieu inégal, il se nivelle par son contrepois (comme une nacelle en eau
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- tranquille) dont il ne peut renverser, ni par conséquent endommager ceux qui sont dans la lic-tière.
- Le livre de Jacques Besson ne renferme pas moins de 59 planches analogues à celle que nous donnons ici en réduction. Elles sont pour la plupart très finement exécutées et dénotent souvent un esprit d’application très ingénieux.
- Quand on parcourt le bel ouvrage des instruments construits par Jacques Besson, on donne raison à l’auteur de la Préface qui dit en terminant : « Bref, cette œuvre ornée de tant de belles machines, est telle qu il faut dire que celui qui n’y prendra contentement est malade d’ingratitude et d’ennui, mêmement qu’il ne sait ni ne peut faire mieux. » G. T
- CHRONIQUE
- Les transports de voyageurs sur les chemins de fer de la Grande-Bretagne. — Sur tous les chemins de fer le transport des voyageurs a été reconnu une des sources les plus fécondes de revenu. Il s’est développé avec une extrême rapidité. Il y a quarante ans, M. Porter, dans son ouvrage intitulé The Progress of the Nation, estimait que, dans la Grande-Bretagne, 82 000 personnes par jour ou 30 millions par an étaient transportées par les voitures publiques à une distance de 20 kilomètres, au tarif moyen de 50 centimes par kilomètre, soit 6 francs par personne. En 1881, plus de 600 millions de voyageurs étaient transportés annuellement par les chemins de fer, à raison de 1 franc en moyenne chacun, ce qui, au tarif moyen de 8 centimes par kilomètre, donne un
- Fig. 3. — Nouveau chariot royal de Jacques Besson.
- parcours moyen de 12k,5; on voit que si le tant est réduit au quart à peu près, le parcours moyen est réduit aux deux tiers. Le trafic des voyageurs s’est considérablement accru depuis trente ans. En 1854, le nombre des voyageurs transportés par chemins de fer a été de 111 millions, dont 13 pour 100 en première classe, 34 pour 100 en seconde, et 55 pour 100 en troisième classe et dans les voitures parlementaires. En 1873, l’année qui a précédé celle où le Midland a supprimé les secondes classes, il a été transporté plus de 455 millions de voyageurs, dont 8 1/2 pour 100 seulement en première classe, 15 pour 100 en seconde et 76 1/2 pour 100 en troisième En 1881, le chiffre total a atteint 623 millions de voyageurs, soit six fois autant qu’en 1854. Sur ce nombre, 6 pour 100 appartiennent à la première classe, 10 1/2 à la seconde et 83 1/2 à la troisième classe et à la catégorie parlementaire. Ces proportions indiquent une diminution croissante pour les première et deuxième classes, et une augmentation correspondante pour la troisième. Les recettes kilométriques donnent des résultats analogues. En 1854,
- les recettes réunies des première et seconde classes faisaient les deux tiers des recettes totales relatives aux voyageurs. Elles ont décru rapidement dans la période de 1854 à 1875, et encore plus de 1875 à 1881, tandis que les recettes des troisièmes classes augmentaient considérablement. Ce fait est d’autant plus remarquable que le nombre des voyageurs de première classe, qui était de 14 millions 1/2 en 1854, est devenu le triple en 1875; mais ce chiffre était resté le même, soit 58 millions en 1881. L’explication en est principalement dans le fait que les tarifs des premières classes ont été réduits dans plusieurs cas et que les surtaxes pour les express ont été presque partout supprimées; en outre, l’habitude de faire en troisième classe les longs trajets s’est répandue dans toutes les classes de la société. En effet, pour des trajets courts, la différence de prix est peu importante, et il faut ajouter que les voitures de troisième, qu’on trouve dans les trains de trafic local à arrêts fréquents, sont d’un type beaucoup moins confortable que celles qui font partie des trains express à grand parcours. Pour ces diverses causes,
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- les parcours eu première classe étant devenus de moindre longueur en moyenne, sont moins rémunérateurs pour les Compagnies qu’auparavant. En résumé, la proportion des voyageurs de troisième classe dépasse 80 pour 100 du nombre total de voyageurs; les recettes qui en proviennent font plus des deux tiers de la recette totale. Elle constitue donc la partie la plus rémunératrice du produit des voyageurs.
- (Bulletin de la Société des Ingénieurs civils.)
- Durée des rails d’aeier. — Les observations faites en Angleterre tendent à attribuer aux rails d’acier une durée cinq à six fois, et même dix fois plus longue qu’aux rails en fer. D’après les renseignements communiqués par l’inspecteur du matériel fixe de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, l’usure annuelle, mesurée au railographe, est de 3 millimètres carrés sur la grande ligne, en dehors des gares et des tunnels, pendant les premières années de service. L’usure diminue ensuite, et, après dix ans de service, elle descend à 1,5 millimètres par an, ce qui s’explique en {artie par l’élargissement de la table de roulement; comme ces rails peuvent, sans inconvénient, s’user sur une hauteur de 12 millimètres, il en résulterait que les rails actuels dureraient quatre-vingts ans sur ces voies, qui sont à peu près les plus fatiguées de tout le réseau français. Or, le trafic des voies principales du Paris-Lyon-Méditerranée dépasse 2 millions de tonnes et 10000 trains par an. Ces observations tendraient donc à attribuer une durée moyenne de 200 millions de tonnes aux rails d’acier de cette ligne. Le poids moyen de chaque train est donc de 200 tonnes, soit 15 véhicules (locomotive et tender compris) et 30 paires de roues. Il en résulte que le rail est pratiquement usé après le passage d’environ 1 million de trains de 200 tonnes et le passage d’environ 30 000 000 de ;oueB.
- I.es mines de houille anglaises en 1882. — Le
- rapport annuel de la British bon trade Association dit que l’extraction totale de la houille dans les Iles-Britanniques, s’est élevée à 156 499 997 tonnes en 1882, ce qui dénote une augmentation de 2 315 677 tonnes en 1881 et de 9 530 568 tonnes en 1880. Le nombre total des personnes employées dans les différentes mines, qui était de 495 477 en 1881, s’est élevé à 503 987 en 1882. Chaque mineur extrait, en moyenne, 540 tonnes en 1881 et 339 tonnes en 1882. L’augmentation totale dans l’exportation s’est élevée à 1 571 761 tonnes.
- Lignes télégraphiques en Europe. — Le bureau international des lignes télégraphiques d’Europe vient de publier une statistique dans laquelle nous trouvons des renseignements intéressants.
- Le nombre des lignes télégraphiques pour chaque État est le suivant : Allemagne, 10 508 lignes; France, 5885; Grande-Bretagne, 5600; Russie, 2731; Autriche, 2604; Italie, 2470; Suisse, 1139; Hongrie, 1069 ; Belgique, 827 ; Suède, 788; Pays-Bas, 418; Espagne, 385; Danemark, 587; Norvège, 260; Roumanie, 206; Portugal, 202; Grèce, 100; Bosnie, 59; Luxembourg, 64; Serbie, 60; Bulgarie, 37.
- La longueur des fils télégraphiques est établie comme suit : Allemagne, 260 656 kilomètres; Russie, 225558; France, 211 607 ; Grande-Bretagne, 197 715; Autriche, 92 527 ; Italie, 89150 ; Hongrie, 54 852 ; Espagne, 40 742 ; Suède,29879;Belgique, 27922; Suisse, 16 155; Norvège, 15601 ; Pays-Bas, 14155; Portugal, 10 964; Roumanie, 8662; Danemark, 8450; Grèce, 4614; Bulgarie, 3400; Bosnie, 3180; Serbie, 3134; Luxembourg, 536.
- La longueur des fils souterrains atteint : en Allemagne, 57 604 kilomètres; dans la Grande-Bretagne, 17 700; en France, 11 656; aux Pays-Pas, 591; en Autriche, 571; en Suisse, 527; en Russie, 250; en Belgique, 232; en Danemark, 79; en Roumanie, 56.
- Comparativement à l’importance de chaque pays et au nombre de ses habitants, voici en quelle proportion s’établissent les chiffres kilométriques :
- Nombre des habitants pour chaque station télégraphique : en Allemagne, 4588 ; France, 6542 ; Grande-Bretagne, 6294; Russie, 27091; Autriche, 8504; Espagne, 43358; Italie, 10 850; Suède, 5794; Norvège, 7411.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 août 1883. — Présidence de M Blanchard.
- Géodésie. — M. Faye discute les observations de pendule faites en ce moment au Caucase. PourM. Faye l’effet de l’attraction due aux continents sur la longueur du pendule est absolument nul et l'on doit supprimer dans les formules le terme qui l’exprime. La multiplicité et la précision des observations géodésiques modernes prouve que le sphéroïde terrestre s’approche beaucoup de l’ellipsoïde de révolution. C’est ainsi que l’aplatissement d’abord fixé à 1/180 puis à 1/330 par la Commission du mètre, a pu être fixé à 1/293 avec une approximation de moins d’une unité sur le dénominateur. Dernièrement M. Pierce par une discussion de toutes les observations de pendules publiées, a trouvé 1/292,5. Cet accord est remarquable. Les observations de pendule sont entièrement précises et ne sauraient comporter les erreurs dont il faut souvent les supposer affectées si l’on suppose l’influence d’une attraction locale. M. Pratt est arrivé à cette conclusion par la discussion des observations du pendule faites dans le massif de l’IIimalaya. Enfin, M. Faye a réduit à l’équateur un très grand nombre d’observations faites dans les deux hémisphères, à toutes les altitudes depuis 0 jusqu’à 4000 mètres et a obtenu des nombres parfaitement comparables. Pour qu’un tel résultat soit possible il faut que l’épaisseur de la croûte terrestre au-dessous des océans soit plus grande qu’au-dessous des continents. Or la basse température des eaux profondes des océans doit provoquer la solidification du noyau liquide sur une plus grande épaisseur. On sait en effet que si l’on descend un thermomètre a une profondeur de 4000 mètres au milieu de l’Océan, ce thermomètre marque 1° alors qu’il marquerait 150° à une profondeur pareille au-dessous d’un continent. M. Fouquet observe que l’état actuel des connaissances géologiques ne permet point d’accepter les conclusions de M. Faye.
- Médecine. — M. Yulpian proteste contre l’opinion que lui prête M. Burke au sujet de l’administration des composés du cuivre dans le choléra. 31. Yulpian, au contraire, n’a que fort peu de confiance dans l’efficacité prophyllaxi-que ou curative du cuivre. Il verrait avec regret, en cas d’épidémie, la pratique de moyens excellents et consacrés par l’expérience, abandonnés pour un remède tout à fait douteux.
- Chimie. — M. Guillard a étudié les propriétés chimiques de l’iodure d’azote. L’iodure d’azote est un corps qui détone avec une extrême facilité et qui se détruit très rapidement sous l’influence de la lumière. L’auteur insiste sur l’extrême sensibilité de ce corps à l’influence de la lumière. M. Lecoq de Boisbaudran présente une
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- LA NATURE.
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- note sur la séparation des composés du gallium et du tungstène.
- Botanique. — M. Renaud commence toute une série de travaux sur la formation et la structure de la houille.
- Stanislas Meunier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Éléments de Zoologie, par Henri Sicard, professeur à la
- Faculté des Sciences de Lyon, agrégé à la Faculté de
- Médecine. 1 vol. in-8° avec 758 figures. — Paris,
- J.-B. Baillière et fils, 1883.
- Depuis quelques années le vaste édifice de la zoologie contemporaine a subi des modifications profondes : certaines parties, à peine ébauchées par G. Cuvier, ont été complétées avec les matériaux fournis par des explorations lointaines; d’autres parties ont été remaniées à la suite des découvertes paléontologiques, et les fondations même ont été, sur certains points, reprises en son œuvre quand on a reconnu la nécessité d’établir les classifications non plus sur des ressemblances extérieures, mais sur des affinités anatomiques.
- Jusqu’à ces derniers jours un simple étudiant ne parvenait que difficilement à se rendre compte des progrès accomplis et à reconnaître les bases sur lesquelles repose la zoologie moderne ; mais aujourd’hui la tâche lui est singulièrement facilitée par la publication des Éléments de Zoologie de M. Henri Sicard, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon. L’auteur en effet après avoir donné des notions claires et précises sur la constitution et le développement des animaux, sur la structure des organes et leurs fonctions, a montré quels sont les principes des classifications actuelles et, à ce propos, a fait ressortir l’influence qu’ont exercées les idées de Lamarck et de Darwin, puis, abordant la Zoologie descriptive, il a exposé les caractères des différents groupes, en remontant l’échelle animale depuis les Protozoaires jusqu’aux Singes anthropomorphes, et en suivant à peu près la méthode de M. H. Milne-Edwards. En dépit de leur titre modeste, les Éléments de Zoologie, que les éditeurs ont enrichis de 758 figures intercalées dans le texte, constituent donc un manuel excellent que nous sommes heureux de signaler à nos lecteurs et qui sera bientôt entre les mains de tous les étudiants. E. Oustalet.
- EXPÉRIENCE
- SUR LA PUISSANCE DE L’OUIE
- COMPARÉE A CELLE DE LA VUE
- Dans l’industrie de la filature, on emploie des garnitures à dentg d’acier pour carder les cotons et les laines. Par le travail, ces garnitures s’émoussent et demandent à être aiguisées très souvent avec un tambour émerisé que l’ouvrier amène doucement en contact. Pour que l’aiguisage s’opère dans de bonnes conditions, il faut nécessairement que le tambour appuie également sur toute sa longueur; et c’est au moyen de l’ouïe que l’ouvrier atteint ce but en s’assurant de l’égalité du bruissement produit aux deux extrémités du tambour par le frottement de l’émeri contre les dents d’acier.
- Désirant savoir avec quel degré de précision cette égalité peut être atteinte, c’est-à-dire de combien le tambour peut être approché ou écarté sans qu’on constate de diffé-
- rence dans l’intensité du bruissement, j’ai construit l’appareil suivant :
- A, une barre en fer d’un poids de 17 kilogrammes, reposant librement aux deux extrémités sur les deux points d’appui B, G scellés solidement dans le mur d’un bâtiment. D, poulie en fonte, très légère, tournant, parfaitement centrée, entre deux pivots et fixée au même mur par l’intermédiaire du support en équerre E. Cette poulie, d’un diamètre de 0m,120 est légèrement émerisée sur la jante et en contact avec un bout de garniture F qui fait corps avec la barre A ; elle reçoit, en outre, un mouvement de rotation de 1300 à 1350 tours par minute, au moyen d’un fil sans fin passant dans la gorge à angle vif II pratiquée dans le moyeu. La vis de réglage G permet d’approcher ou d’éloigner la barre A de la poulie, et d’obtenir ainsi un frottement plus ou moins intense. Voici la marche de l’expérience. La poulie étant en rotation, on approche la garniture en desserrant la vis de réglage G, jusqu’à produire un frottement aussi léger que possible. En ce moment un poids quelconque, posé au point F, fait fléchir la barre. Par suite de cette flexion, la garniture approche et l’intensité du bruissement augmente. En diminuant graduellement la charge nous arrivons à un poids minimum, à une limite, où l’oreille ne perçoit plus aucune différence, que la barre soit chargée de ce poids minimum ou qu’elle ne le soit pas.
- Le lecteur entrevoit peut-être déjà que c’est la valeur de la flèche de courbure de la barre qui peut représenter cette limite. En effet, nous avons maintenant toutes les données nécessaires pour effectuer le calcul.
- Longueur de la barre, ou distance entre
- les deux points d’appui B et G . . . = lm,405
- Hauteur de la barre.....................= 0m,030
- Largeur de la barre.....................= 0m,0443
- Distance du point F, au point d’appui B. — 0m,635 Distance du point F, au point d’appui C. = 0m,770
- Charge minimum..........................— 0k ,050
- La valeur de la flèche, d’après Morin :
- (°’f ) (0,635)2 (0,77)2
- /=---------- =0m,000001423,
- 5 000 000 000x0,0445 (0,04)3xLy-ou 1/700 de millimètre.
- La distance entre la barre et la poulie peut donc varier de 4422 millionièmes de millimètre sans qu’on soit à même de constater par l’ouïe une variation dans le bruissement. Est-ce à dire qu’elle n’existe pas? Non, puisque à chaque flexion, si petite qu’elle soit d’ailleurs, correspond un frottement plus accentué. Il faut donc admettre que l’organe de l’ouïe n’est pas assez puissant pour saisir ces petites différences et que le chiffre trouvé peut être considéré comme une mesure, au moins approximative, de cette puissance. Croyant qu’en augmentant encore le nombre des dents en contact, la charge minimum tomberait au-dessous de 0k,050, la largeur de la poulie, ainsi que celle de la garniture, a été portée de 0m,053 à 0m,330 ; le nombre des dents en contact a donc été décuplé. Contre toute attente, le résultat fut tout à fait négatif, et sous des charges même un peu plus fortes, il n’y avait plus moyen de constater une différence. Alors passant
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- LA NATURE.
- d’un extrême à l’autre, le contact ne fut maintenu que pour une seule dent : la condition était alors la plus favorable, puisqu'on parvenait même à distinguer une variation, mais très faible, sous la charge de 0k,050. Une troisième expérience a montré que la poulie n’a pas besoin d’être émerisée sur la jante.
- Le chiffre de 0m,000.001422 ou 1/700 de millimètre ne peut donc varier grandement par suite du mode de frottement et de la nature du corps en contact; il ne peut non plus être considéré comme rigoureusement exact, puisque nous nous servons d’une formule qui peut, pour des charges aussi faibles, ne plus représenter la valeur réelle de la flèche et dans laquelle aussi figure un terme trouvé expérimentalement et correspondant au coefficient d’élasticité du fer. Nous pouvons néanmoins, en comparant la puissance de l’ouïe avec celle de la vue, remarquer que cette dernière est inférieure.
- En effet, un trait blanc de 0m,001 de largeur, sur un fond noir, cesse d’être visible à la distance moyenne de 84 mètres. Ramenant sous le même angle, cette valeur de 0m,001, de la distance de 84 mètres à celle de 0m,150, rayon de la vue distincte, nous aurons :
- 0,001 X 0,150 81
- ou 1/560 de millimètre, c’est-à-dire que le fil ou trait doit avoir une largeur de plus de 1 /560 de millimètre pour qu’il reste visible.
- La puissance de l’ouïe et celle de la vue sont donc représentées, l’une et l’autre, par une fraction de millimètre. Or, la puissance est d’autant plus grande que la fraction est plus petite, donc les puissances sont inversement proportionnelles aux fractions trouvées et on aura :
- Puissance de l’ouïe est à celle de la vue comme 1/560 est à 1/700 ou comme 5 est à 4. J. Acker.
- Logelbach (Alsace).
- NOUVEAU RÉGULATEUR SOLAIRE
- Aux amateurs et aux propriétaires de campagnes, qui aiment à consulter l’heure du soleil et se contentent d’une précision relative, il manquait un appareil offrant une disposition extérieure agréable d’aspect et d’un maniement facile.
- Cette lacune est actuellement comblée par le Régulateur solaire, construit, sur les données fournies par l’inventeur, M. Corneloup, fabricant d’horlogerie.
- ’ En voici la description, qui sera aisément comprise à l’aide du dessin ci-contre, réduit à environ la demi-grandeur d’exécution.
- Sur un pilier, porté par une base quadrangulaire,
- est monté un support à retours d’équerre ; tournant selon un plan vertical, et sur un centre de mouvement auquel aboutit le sommet d’un secteur gradué. Ce secteur donne la mesure des différentes inclinaisons que peut recevoir le support, au bas duquel est fixé le petit tambour muni d’un cadran et d’aiguilles. Cette inclinaison doit toujours répondre à la latitude du lieu, et le secteur, étant amené au point convenable, se fixe par une vis de pression.
- Le style et la plaque, sur laquelle est tracée la ligne du midi, sont solidaires.
- La plaque pivote entre les deux retours d’équerre ; sur le prolongement du pivot inférieur, qui pénètre à l’intérieur du tambour, est ajusté un pignon qui, par l’intermédiaire d’une minuterie, fait tourner les aiguilles du cadran.
- Une boussole, logée dans la base de l’appareil,
- sert à l’orienter, en tenant compte de la déclinaison. Il est réglé quand le trou du style, la ligne du midi solaire tracée sur le champ de la plaque, le midi des aiguilles du cadran, sont bien exactement dans un même plan vertical.
- L’instrument étant réglé, il suffira d’incliner le style à droite ou à gauche de façon à amener le point lumineux sur la ligne du midi, et comme les aiguilles suivront son mouvement, l’heure se lira sur le cadran.
- Pour éviter les temps perdus, le style doit être ramené d’abord en arrière, et ensuite être toujours conduit dans le même sens.
- On peut régler l’appareil, quand on le transporte, à l’aide d’une bonne montre à secondes trotteuses, ayant été mise à l’heure d’un Observatoire, d’une bonne méridienne, etc.
- L’instruction qui l’accompagne indique les inclinaisons à donner au secteur en correspondance des latitudes.
- Ce qui fera le succès, auprès des amateurs, du petit dispositif que nous venons de décrire, c’est qu’à l’encontre du cadran solaire toujours immuable, celui-là peut facilement changer de place et qu’on y lit l’heure comme on le fait à sa montre.
- C. Saunier.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandier.
- Nouveau régulateur solaire.
- Imprime! ie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N’° 555. — l'r SEPTEMBRE 1885,
- LA NATURE.
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- L’HYPOCËPHÀLE ARMÉ
- Il y a des inégalités considérables dans le nombre’ de sujets d'une espèce donnée, animale ou végétale,
- et de là les espèces rares ou communes des collectionneurs. Souvent l’inégalité est plus apparente que réelle et tient à ce que l’on ne connaissait pas tout d’abord la localité de plus grande abondance ou de prédilection de l’espèce, qui peut devenir com-
- mune quand les récoltes ont eu lieu à la station géographique propice. C’est ainsi que des espèces, qui ont eu d’abord une valeur vénale considérable, tombent peu à peu à des prix très bas. Il ne faut pas cependant généraliser ce fait très fréquent; il y a des espèces toujours rares parce qu’elles exigent pour leur existence des conditions de climat, d’habitation, de nourriture qui ne se rencontrent pas fré-
- année. — 2e semestre.
- quemment réunies. Ainsi on trouve dans nos bois un petit Névroptère carnassier, à pattes antérieures ravisseuses, la Mantispe villageoise (Mantispa pa-gana), toujours rare parce que sa larve vit à l’état de parasite dans les cocons à œufs des araignées errantes.
- Probablement aussi quelque nécessité d’une nourriture très spéciale doit être invoquée pour expliquer
- U
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- LA NATURE
- l’excessive rareté d’un très gros Coléoptère de l’Amérique méridionale, qui a été appelé l’Hypocéphale armé (Hypocephalus armatm, G. Desm.). il excite un puissant intérêt chez les entomologistes, non seulement pour cette raison, mais en vertu d’une conformation de plus étranges. 11 réunit les caractères des groupes naturels les plus différents, paraissant destinés à dérouter la sagacité des classificateurs. Le corps est ovale-oblong et presque glabre. Ce qui avait surtout frappé G. Desmarest, qui a décrit le premier ce curieux insecte, c’est sa ressemblance grossière de forme avec une Courtilière, et, d’une manière plus éloignée encore, avec une Écrevisse, d’après son corselet ovilorme, ayant presque la moitié de l'étendue du corps. Sa longueur est de (> à 7 centimètres. Il est entièrement d’un brun foncé et sans éclat, avec quelques points enfoncés sur la tête et sur le corselet, et les élytres légèrement rugueuses, avec trois côtes peu saillantes. La tête est très inclinée en dessous, ce qui a fait donner au genre le nom d’Hypocéphale (tête en dessous). Les antennes sont-très courtes, de onze articles, en partie moniliformes, c’est-à-dire d’apparence de grains de chapelet. Les mandibules sont recourbées intérieurement et paraissent peu susceptibles de se mouvoir transversalement, comme celles des autres Goléoptères. Les élytres sont soudées, très convexes, acuminées et un peu recourbées en arrière ; l’écusson est cordiforme, assez grand, aigu en arrière. 11 n’y a pas d’ailes sous les élytres. Les pattes sont très robustes, surtout les postérieures, avec des tarses de cinq articles filiformes, sans brosses en dessous. L’abdomen est très petit et acuminé en arrière.
- Les classificateurs ont promené l’Hypocéphale à toutes les places. G. Desmarest en faisait un Sil-phien ou Bouclier, voisin des Nécrophores, enter-reurs de petits cadavres, bien qu’il n’ait nullement les antennes terminées en massue. Les pattes rappellent celles des Cétoines; aussi des auteurs en ont fait un Lamellicorne, quoiqu’il ait les antennes tout à fait éloignées de ce type. D’autres le rapprochent des Cucujiens, d’autres des Curculioniens ou Charançons. Lacordaire et M. J. Thomson paraissent voisins de la vérité en faisant de cet insecte un Cé-rambyeien ou Longicorne très aberrant, offrant une exagération en divers sens des caractères de cette tribu, plutôt qu’un assemblage de caractères hétérogènes. Les antennes, avec leurs courts articles cylindj’oïdes, seraient des antennes de Longicornes, poussées au minimum et ressemblant à celles des Spondyles, dont les larves vivent dans l’intérieur des pins et des sapins. M. E. Blanchard s’est tiré d’embarras en faisant des Hypocéphaliens une tribu séparée, précédant celle des Longicornes.
- L’Hypocéphale n’a encore été rencontré que dans l’intérieur du Brésil, d’abord dans la province de Minas-Geraes, puis dans celle de Baliia, les individus recueillis près de cette ville ayant, dit-on, un reflet d’un vert olivâtre, qui ferait soupçonner une seconde espèce.
- La vie de l’Hypocéphale est certainement terrestre et non arboricole; on l’a observé marchant lentement à terre et, dit-on, dans les carcasses desséchées d’animaux, ce qui est en relation avec l’opinion de G. Desmarest de le placer dans les Silphicns. Il est probablement souterrain, à la façon des Blaps de nos caves, ce qui est bien en rapport avec l’absence d’ailes et les élytres soudées. On ne connaît ni ses métamorphoses, ni ses mœurs exactes; mais il est probable que cette ignorance va cesser. En effet, il y a peu de mois, un exemplaire du rarissime Hypo-céphale armé a été donné au Musée royal de Belgique par M. Antonio de Lacerda. 11 provient de la province de Bahia, à 100 lieues environ de cette ville. M. de Lacerda a eu récemment sous les yeux onze exemplaires de l’espèce, recueillis par le même chasseur, et il se propose de donner une étude sur les mœurs de ce curieux insecte, encore si rare dans les collections. Le premier individu qui vint à Paris, en 1840, fut payé 305 francs, aux enchères publiques, par notre Muséum d’histoire naturelle. C’est cher ! mais il y a loin de là aux prix insensés qu’atteignent les tableaux, avec des signatures plus ou moins authentiques. Ici le tableau est parfait et la signature certaine ; c’est l’œuvre immortelle de la nature. Plus tard, deux individus, privés en grande partie de leurs pattes et de leurs antennes, ont été vendus à raison de 80 francs chaque. Un habile préparateur leur a remis des jambes de bois, admirablement sculptées, défiant l’œil le plus exercé.
- On pourra consulter, pour l’étude de l’Hypoeé-phale armé : G. Desmarest; Magas. de zool., 1852, cb. IX, p. 24. — Westwood; Ârcana entomologica, I, p. 55, 10. — Curtis ; Trans. Linn. Soc., XXÏ, p. 227, fig. 25. Maurice Girard.
- LA NAVIGATION SOUS-MARINE
- Il est, dans le domaine scientifique, certaines questions qui semblent par moments jouir d’une singulière vogue, solliciter d’une façon plus particulière, l’attention des hommes compétents, et provoquer leurs recherches, et qui en même temps, passionnent l’opinion publique ; puis, après avoir été pendant un temps plus ou moins long, l’objet d’une série d’études, et en quelque sorte, le centre de tout un mouvement intellectuel, elles retombent dans un sommeil plus ou moins long, dont de nouvelles recherches les retirent plus tard, pour les amener, soit à la réussite, soit à une nouvelle étape de perfectionnement.
- La navigation sous-marine en est là. Après avoir préoccupé au siècle dernier, l’esprit de quelques hommes de science, son étude a été reprise, il y a une vingtaine d’années par les travaux d’ingénieurs qui l’ont véritablement remise au a point » scientifique, où Eulton, au commencement de ce siècle, avait déjà cherché à l’amener. Puis la question avait disparu de nouveau, et malheureusement était deve-
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- LA N AT U Itli
- mic la proie de la fantaisie, roman ou théâtre, qui l’exploitant très ingénieusement, l’avait fait fatalement tomber dans une sorte de discrédit scientifique, d’où certaines expériences projetées, sinon tentées du moins encore, croyons-nous, aux États-Unis semblent vouloir aujourd’hui la tirer de nouveau.
- Aussi nous a-t-il semblé intéressant et peut-être utile d’en résumer les différentes phases, d’une façon aussi rapide que possible, d’indiquer quelle serait à notre avis, la voie où l’on pourrait diriger d’une manière profitable, de nouvelles recherches, et sans avoir certainement la prétention d’apporter une solution pratique nouvelle à ce problème, du moins de coordonner et de réunir les diverses périodes de ces études.
- C’est en 1776, pendant la guerre de l’Indépendance américaine que nous trouvons le premier type de bateau sous-marin proprement dit, construit par l’Américain David Bushnell. Les mouvements d’émersion ou d immersion étaient provoqués par le remplissage alternatif d’air ou d’eau, (l’outres attachées à la ligne de flottaison de l’appareil et au besoin, l’abandon de poids en plomb, suspendus à la carène du navire. Le mouvement d’avance et de recul était donné par une rame spiraloïde, placée horizontalement sous le navire; une autre rame de même forme et placée d’équerre avec la première, permettait de régulariser la profondeur des immersions.
- Ce projet, très rudimentaire, on le voit, fut peu appliqué, l’appareil ayant été presque aussitôt mis hors de service, par les projectiles anglais, lors d’une attaque qu’il essaya sur leurs navires. Quelques années plus tard, l’idée en fut reprise par Fulton.
- Des expériences furent tentées par lui en France, au Havre et à Brest notamment, et les premiers résultats furent de nature à donner bon espoir à l’inventeur. Des dispositions de son bateau, l’on sait peu de chose, et le mémoire qu’il publie sous le titre : Essai de navigation sous-marine, soulève à peine le voile sur l’agencement du navire. Nous savons seulement qu’il était mù par une hélice, point important à constater, puisqu’il marquait un pas sensible sur ses devanciers, et notamment sur les plans de l’ingénieur français Custéra, qui employait aussi des avirons, dans le projet d’un navire d’ailleurs fort différent; mais nous ignorons par quel agent était mue cette hélice, et l’ingénieur allemand, M. Eyber, qui fit de nombreuses recherches en Europe et en Amérique, pour collationner les travaux de Fulton, à l’égard de cette question, qu’il avait aussi approfondie, ne trouva rien qui pût lui permettre de nouvelles révélations.
- Avec le système des frères Coëssin, expérimenté en 1809, au Havre, nous retombons dans les avirons, comme moyen de propulsion; et nous trouvons qu’ils communiquent à l’appareil, une vitesse de 2 kilomètres à l’heure, vitesse bien faible. Mais c’est sur le mode d’aération de l’appareil, que nous exercerons surtout ici notre critique.
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- Le navire était, en effet, constamment aéré par l’intermédiaire de tuyaux en cuir terminés par des flotteurs, et allant chercher l’air à la surface. Nous n’insisterons pas sur les vices nombreux de cette conception, dont le fâcheux effet ne tarda pas d’ailleurs à se faire sentir. Nous noterons cependant qu’une Commission nommée par l’Institut, et composée de Carnot, Monge, Biot et Sané, concluait par la bouche de Carnot, à ce sujet, et toutes critiques faites au préalable :
- « Cependant, il faut distinguer de pareilles inventions, dans lesquelles l’expérience a prouvé que les plus grandes difficultés ont été prévues, de celles qui ne sont souvent que des projets informes, et dont l’épreuve pourrait être très périlleuse. 11 n’y a plus de doute maintenant qu’on ne puisse établir une navigation sous-marine très expéditivement et à peu de frais, et nous croyons que MM. Coëssin ont établi ce fait par des expériences certaines ».
- La question sort donc ici de sa genèse, en quelque sorte, et reçoit pour ainsi dire, sa première consécration scientifique, par ce jugement de F Institut. Nous n’examinerons donc pas à partir de cette époque, les nombreux projets restés à l’état spéculatif, ou les expériences malheureuses que nous voyons se produire, sans avancer la question, et nous arriverons tout de suite, aux expériences du Dr Payer-ne, dont l’appareil a passé véritablement par deux phases : dans la première, simple appareil d’immersion ; dans la seconde, bateau susceptible de navigation. A proprement parler, le premier de ces appareils se rapprochant beaucoup de la cloche à plongeur, nous ferait un peu sortir, par son examen trop détaillé, de notre cadre. Aussi bien, n’en parlerons-nous que pour l’étude des organes qui auront été conservés dans Je second.
- Le premier appareil du Dr Payerne a été ainsi décrit dans un ouvrage très remarquable : Le fond de la mer, publié en 1866, par M. Sonrel. Nous y empruntons ce passage, reproduit également comme nous en semblant la meilleure description.
- « L’hvdrostat sous-marin, dit M. Sonrel, a extérieurement la forme d’une grande caisse rectangulaire surmontée d'une autre un peu plus petite. Le tout peut se fermer hermétiquement, sauf par-dessous, où l’on a laissé une large ouverture (fig. 1).
- « L’hydrostat renferme trois compartiments principaux. L’inférieur, ou la cale, est ouvert par le bas, et communique par une large cheminée ou Jbure, avec le compartiment supérieur ou entre-pont. Entre eux est un troisième compartiment, ou faux-pont, qui ne communique avec ses voisins que par des robinets. Tout autour de la cale et du faux-pont, règne une galerie hermétiquement fermée et reliée à ces deux compartiments seulement par d’excellents robinets. La partie inférieure de eette galerie renferme des matières pesantes destinées à lester l’appareil; sa partie supérieure se remplit à volonté d’air ou d’eau.
- « Quand l’hydrostat flotte, la cale et une partie de
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- LA NATURE.
- m
- Ja bure sont pleines d’eau ; le faux-pont, la galerie et l’entre-pont sont pleins d’air. Une pompe aspirante et l'oulante est placée dans ce dernier, où se tiennenl alors les ouvriers.
- « Quand on veut taire descendre l’hydrostat, on ferme hermétiquement une écoutille de Ventre-pont, et la porte de la bure. On manœuvre la pompe de manière à puiser de l’eau à l’extérieur et à la faire pénétrer dans le faux-pont et la galerie. Un tube muni d’un robinet fait communiquer la partie supérieure du faux-pont avec la cale. On ouvre ce robinet, l’air comprimé dans la partie supérieure du faux-pont descend dans la cale, fin même temps que cette dernière se remplit d’air comprimé, l’appareil se charge d’eau, devient plus lourd et descend au fond de la mer. L’eau qui ôtait dans la cale est, il est vrai, sortie; mais le volume de ce compartiment est égal à celui du faux-pont. La cale était pleine d’eau. Actuellement ce sont le faux-pont et la galerie. Les ouvriers ouvrent alors la porte de la bure, et descendent dans la cale. Quelques aides restent dans l'entre-pont pour y amener les matériaux extraits, et pour manœuvrer la pompe en cas de besoin.
- « Lorsqu’on veut revenir à la surface, les travailleurs remontent à Ventre-pont par la bure, qu’ils ferment ensuite hermétiquement. La pompe est manœuvrée de manière à aspirer l’air de la cale, ù le refouler dans le faux-pont, et de là dans la galerie. L’eau s’échappe par un conduit communiquant avec l’extérieur. L'hy-drostat reprend sa légèreté en même temps que la cale se remplit d’eau, et bientôt il flotte comme primitivement. C’est alors qu’on ouvre Vécoutille de Ventre-pont, et qu’on ramène, au moyen d’un treuil et de câbles, l’hydrostat au lieu de son débarquement, ou qu’on Lamarre à des bouées près du lieu de travail. »
- C’est cet appareil profondément modifié par son inventeur, et affectant par suite de ces transformations, la forme ovoïde, que le Dr Payerne proposait comme bateau sous-marin. L’immersion était provoquée par la pénétration d’eau dans des compartiments spéciaux ; l’émersion par l’expulsion de cette eau, à Laide de pompes. Seul, le propulseur était à trouver; le Dr Payerne proposait l’hélice; mais dans l’impossibilité d’établir une machine à vapeur dans un espace privé d’un courant d’air suffisant, et d'autre part, l’emploi de combustibles oxygénés présentant des dangers sérieux, il dut laisser la question à l’étude (lig. 2).
- Cependant cet appareil fut en quelque sorte, le point de départ et la base des recherches suivantes.
- M. S. Ballet, de New-York, imagina un navire dont le modèle figura à l’Exposition de 1876. Son perfectionnement principal sur l’appareil du I)r Payerne, était l’expulsion de l’eau, au moyen de simples robinets mettant les compartiments à eau en communication avec des réserves d’air comprimé, préalablement emmagasiné à une pression déterminée d’avance par la profondeur qu’on voulait atteindre.
- Tels furent, avec des modifications de détails, les bateaux dits bateaux-cigares de M. Villeroi, de M. Montariol, et enfin de M. le contre-amiral Bourgeois, qui semble, pour le moment, avoir donné le dernier mot de la question.
- « Si le problème n’a pas été résolu avec ce bateau, dit M. Léon Renard, on peut affirmer que, de tous ceux qui ont été imaginés, c’est celui qui a touché de plus près la vérité. Et d’abord le principe sur lequel il repose est tout nouveau ; son moteur est l’air comprimé.
- « Les dimensions fixées par M. Bourgeois, de concert avec le constructeur du bateau, M. Brun, ingénieur de la marine, sont de 44 mètres. 11 a la forme d’un cigare qui serait aplati sur le tiers de sa circonférence. Son arrière est évidé de manière à contenir une hélice, un gouvernail vertical et deux gouvernails horizontaux, qui servent, suivant l’inclinaison qu’on leur donne, à faciliter l’immersion du bateau ou son retour à la surface. Intérieurement, on remarque une coursive courant de Lavant à l’arrière, et divisant ainsi le bateau en deux parties qui renferment : la première, une machine à air comprimé, de 80 chevaux ; la seconde, de vastes réservoirs en forme de tubes dans lesquels s’emmagasine cet air, qui est comprimé à J 2 atmosphères. Immédiatement au-dessous de ces compartiments, on en a placé d’autres chargés de recevoir l’eau qui sert de lest au bateau et aide à son immersion. Pour chauffer cette eau et rendre au batiment sa légèreté, il suffit de mettre ces tubes en communication avec ceux qui contiennent l’air comprimé. Ajoutons que le Plongeur est doué, en outre, d’un mécanisme particulier, à Laide duquel sa carapace supérieure peut se détacher, et du même coup se transformer en canot de sauvetage pour l’équipage, lequel est de douze hommes. »
- Et M. Renard ajoute :
- « ....On doit savoir gré à M. Bourgeois d’avoir
- ramené d’un seul coup les esprits qui s’égaraient et
- Surface de l
- a mer
- E.-P Entrcrpont P rompe- F-P Faxut-pont C Cafe L I.esù G Galeries
- Fig. 1. — Hydrostat du D' Payerne.
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- LA NATURE.
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- de leur avoir montré le seul chemin où ils aient désormais quelque chance de réussite. »
- Des divers points que nous venons de résumer, deux ne nous semblent pas devoir être modifiés dans le programme d’un nouvel appareil sous-marin. C’est la forme dite de « cigare », qui remplit très bien les conditions de stabilité voulue. C’est ensuite le mode de descente et de montée, qui s’obtient au mieux par l’absorption d’eau dans des compartiments spéciaux, puis par l’expulsion de cette eau, par de l’air préalablement comprimé à une pression déterminée par la profondeur à atteindre ; cette communication se faisant à l’aide de robinets préférablement à des pompes.
- En ce qui concerne la pompe de compression, nous inclinerions volontiers pour le compresseur compensateur à deux corps de pompe de MM. Rou-quayrol et Denayrouze. Nous ne décrirons pas cette pompe très connue et très employée dans les expériences de descente sous-marine. Nous nous bornerons à rappeler que mue simplement à bras d’homme, elle permet de remplir facilement, en un quart d’heure, un réservoir d’air de 30 litres à 50 atmosphères de pression.
- Elle est d’un entretien et d’une visite facile, et son poids n’excède pas 100 kilogrammes, au maximum du modèle adopté. Nous sommes donc ainsi en possession du moyen d’avoir la provision d’air comprimé nécessaire à une émersion rapide, et une certaine quantité d’air respirable pour l’équipage, si par une raison ou une autre, le séjour sous-marin devait être prolongé plus longtemps que d’ordinaire. Enfin, nous avons cet air comprimé «à l’aide d’un moteur mù à bras d'homme, ce qui ne nous demande pas l’entretien d’une machine spéciale pour l’actionner, et nous laisse plus maîtres aussi de sa position à l’intérieur du navire.
- Terminons, en effet, cette question du mouvement vertical, en disant que nous gardons toujours l’idée des gouvernails accessoires adoptés dans les constructions précédentes, et aux plans inclinés desquels nous ferons toujours appel pour atteindre les grandes profondeurs.
- La direction horizontale s’obtiendra par un gouvernail ordinaire sur lequel nous n’aurons rien à dire de particulier. Le mouvement horizontal par l’hélice; et c’est alors ici que se pose la question du moteur qui va occuper la fin de cette étude.
- Nous avons vu que dans l’état de la science actuelle, et jusqu’à ce qu’on ait trouvé des combustibles oxygénés pouvant être employés sans danger d’explosion, l’idée du moteur à vapeur était complètement à rejeter pour un bateau sous-marin. Dans une expérience faite aux États-Unis, on aurait essayé un petit moteur électrique; mais nous n’avan-
- çons cette opinion que sous toutes réserves. Nous ne croyons pas, en effet, qu’étant données les dimensions prêtées au navire en question, on ait pu obtenir avec ce moteur, une force non seulement satisfaisante, mais même suffisante ; et si, à notre avis, le moteur électrique doit être un jour le moteur par excellence de la navigation sous-marine, et pourra peut-être seul lui communiquer la force qu’elle demande, du moins croyons-nous ces temps encore assez éloignés.
- L’amiral Bourgeois avait, nous l’avons vu, recours à une machine à air comprimé qui développait une force de 80 chevaux. Mais son navire affectait des proportions considérables, qui permettaient d’y établir une machine aussi encombrante, et nécessitant de nombreux accessoires. Nous ne serions donc pas tentés d’adopter cette solution pour résoudre le problème de ce que nous appellerons, si l’on veut bien, la navigation sous-marine « courante », et nous opterions de préférence, pour le moteur à gaz.
- Au point de vue de la légèreté, de la facilité d’entretien, et d’un fonctionnement régulier, ce moteur est certainement arrivé actuellement à un degré de
- perfection suffisant pour être pris en sérieuse considération. La proportion de gaz qu’il demande pour fonctionner est connue aussi avec un assez grand degré d’ap-proximation, pour que l’on puisse calculer la quantité de gaz à accumuler dans des réservoirs ad hoc réservés dans le navire, soit pour une certaine traversée, soit pour des expériences dans un lieu donné.
- En résumé, nous croyons qu’un appareil du genre de celui dont nous venons d’essayer de décrire les traits généraux, pourrait être appelé à rendre des services, comme appareil d’études, soit au point de vue de la faune et de la flore sous-marines, soit pour suivre les plongeurs et leur porter un plus rapide secours en cas de besoin, soit surtout pour la surveillance des travaux de construction sous-marine, ou la recherche des navires disparus. Dans les essais faits jusqu’à ce jour, il est bien entendu, en effet, que des hublots en verre résistant, permettraient l’inspection des zones sous-marines parcourues, et que des trous d’hommes ménagés dans la carapace pourraient donner accès à l’entrée et à la sortie des scaphandres. Tel a été le but poursuivi jusqu’ici, toujours approché de plus en plus, jamais atteint.
- Nous serions heureux, pour notre part, si l’étude très rapide que nous venons de faire de cette importante question, pouvait amener d’autres esprits à s'en préoccuper de nouveau, pour la résoudre.
- Raoul de l’Akgi.e-Beaumanoir,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- C Chamir&de'l'avant S.T S allas des travail/
- B . B' Constructions sous-marines E Equipages M Salles des machines Fig. 2. — Bateau sous-marin du D' Payerne.
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- LA NATURE
- COMMENT DOIT-ON ÉCRIRE UN NOMBRE?
- Nous sommes souvent, jusque dans les plus petites' choses, les esclaves de la routine, et si la logique et le bon sens présidaient seuls à tous nos actes, nous ne nous heurterions pas à chaque instant à ce non possumus irrésistible : c’est l’habitude.
- L’habitude, comme la langue, est la meilleure ou la pire des choses qu’il y ait, suivant l’usage qu’on en fait ou qu’on en veut faire.
- Les exemples abondent, mais nous nous bornerons à en citer aujourd’hui un seul pris dans l’ABC de l’arithmétique, la numération, et nous poserons la question suivante :
- Comment doit-on écrire un nombre?
- Veuillez vous donner la peine de lire jusqu’au bout avant de manifester votre étonnement en présence d’une question si futile en apparence.
- Prenons par exemple, pour fixer les idées, le nombre quatre cent cinquante-trois mille huit cent sir unités, sept cent quatre-vingt-douze millièmes.
- Nous avons appris, sur les bancs de l’école primaire, en France du moins, à écrire ce nombre ainsi :
- 453 806,792 (1)
- En Angleterre, on l’écrit différemment, mais sans confusion possible :
- 453,806-792 (2)
- Une virgule sépare les tranches de trois chiffres, et un point au milieu de la partie décimale de la partie entière.
- En Suisse (voyez le Journal télégraphique de Berne), on fait usage d’une notation non moins distincte, en écrivant les chiffres décimales en petits caractères :
- 453 806, (3)
- 792
- J1 existe en France trois manières officielles d’écrire le nombre ci-dessus. Les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, et Y Annuaire du bureau des longitudes ont adopté la méthode classique, la seule logique et rigoureuse, puisque la virgule a pour but de séparer le nombre entier de la fraction décimale.
- L’Imprimerie Nationale (voir les Rapports du Jury de l’Exposition universelle de 1878) a renversé le système ; elle met des blancs à la place des virgules et des virgules à la place des blancs ; le nombre ci-dessus s’écrirait alors dans sa notation :
- 453,806 702 (4)
- Lorsque le nombre ne comprend pas de partie décimale, et^comporte plus de trois chiffres, la virgule y figure invariablement. Dans d’autres parties des mêmes Rapports, le blanc est remplacé par un point, et le nombre s'écrit :
- 453,806.792 (5)
- Ces deux notations se retrouvent dans le même volume, à quelques pages d’intervalle.
- Mais il y a plus. Les Comptes rendus du Congrès international des Électriciens de Paris (1881) comportent simultanément deux et trois notations pour les mêmes chiffres. La minute des procès-verbaux (Imprimerie Nationale) a adopté la notation (5), et les Comptes rendus des travaux (imprimerie (Juantin) les notations (1), (4), et (5) au petit bonheur. En somme, une véritable tour de Babel des notations.
- Consultez le budget, les affiches administratives, les journaux politiques et même les journaux scientifiques, partout et toujours .ces virgules agaçantes et déplacées vous poursuivent. À quoi sert alors l’enseignement primaire et universitaire si, dans la vie réelle, on doit fouler aux pieds toutes les règles de logique et du lions sens, pour n’écouter que la routine, et une routine absurde ?
- Les critiques que nous venons de présenter ont une visée plus haute : il est profondément regrettable qu’une entente ne puisse s’établir dans une chose aussi simple que celle qui consiste à écrire un nombre entier muni d’une fraction décimale. Le déplacement insolite des virgules, leur emploi à tort et à travers conduit à des erreurs de calcul grossières, mais qu’on ne voit pas toujours à première lecture.
- Ces erreurs jointes aux confusions qu’amène l’emploi d’unités fort nombreuses et quelquefois mal définies (exemple : 11 existe deux unités de quantité de chaleur qui portent le nom de calorie et on ne prend pas toujours la peine de les distinguer); il en résulte que les documents dont le nombre va sans cesse croissant, finiront par devenir illisibles. Nous appelons vivement l’attention des savants et des praticiens sur ce point : la Chambre syndicale des imprimeurs a toute l’autorité nécessaire pour régler la matière et substituer un système rationnel au bon plaisir ou au caprice, pour ne pas dire à l'ignorance des compositeurs et des correcteurs. Dans le cas particulier, il suffirait de se conformer à ce qu’on enseigne à l’école primaire, mais le remède est tellement simple qu’il a grandes chances de ne pas être appliqué.
- La Nature a adopté comme règle invariable de ne mettre des virgules que là où il en faut, c’est-à-dire pour séparer la partie entière de la partie décimale. Lorsque le nombre comporte plus de trois chiffres, nous mettons un blanc pour séparer les tranches de trois chiffres, et faciliter ainsi la lecture en décomposant le nombre. Nous évitons ainsi toute confusion, tout en restant classique dans le bon sens du mot.
- Il n’était donc pas oiseux de poser la question : Comment doit-on écrire un nombre? et nous mettons une certaine fierté à déclarer que nous l’écrivons bien, alors que tant d’autres l’écrivent mal, et que les auteurs des documents officiels ne savent même pas comment l’écrire. A quand l’unification de la numération? E. H.
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- LA NATURE.
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- LA PHOTOGRAPHIE EN MÉDECINE
- APPAREIL PHOTO-ÉLECTRIQUE
- Depuis l’emploi des nouveaux procédés au gélatino-bromure d’argent, la photographie est arrivée à des résultats très sérieux. Le mouvement qui jusqu’à présent était considéré comme un obstacle ne l’est plus ; au contraire, on le recherche pour donner plus de vie, plus de réalité aux sujets que l’on veut reproduire. On va même plus loin, on le décompose, on l’analyse. Le cheval ne court pas assez vite, l’oiseau ne vole pas assez rapidement pour échapper aux appareils de MM. Muybridge et Marey dont tout le monde connaît maintenant les intéressants travaux.
- Devant de pareils résultats il ne faut point s’étonner de voir la photographie entrée dans le domaine de la science et y prendre une place importante.
- Dans la présente note nous avons l'intention d’indiquer aux lecteurs de La Nature les principales applications de la photographie à la médecine.
- Constatons d’abord qu’à l’heure actuelle la plupart des hôpitaux possèdent un service photographique. Nous enregistrons ce fait avec d’autant plus de plaisir, que la photographie, pourtant une des plus belles applications de la physique et de la chimie, était un peu traitée en paria. Elle prend sa place maintenant dans tous les laboratoires où l’on veut des documents précis, en attendant qu’elle entre davantage dans l’enseignement.
- Un de ces laboratoires nous est particulièrement connu. C’est celui de la Salpêtrière. Il est dû à l’initiative de notre maître M. le professeur Charcot. Nous le prendons comme type, car il reçoit une certaine catégorie de malades qui nécessitent l’emploi d’appareils spéciaux dont nous parlerons plus loin.
- Le jour de son entrée à l’hôpital, le malade est photographié. Cette épreuve servira de témoin et de contrôle pour observer toutes les transformations qui pourront survenir dans son état. Dans les cas de contractures hystériques, par exemple, il est intéressant non seulement de conserver la forme de la contracture primitive, mais encore d’en noter avec soin les changements et les oscillations. Ces différentes photographies sont réunies en un album permettant de revoir en quelques instants toute la série des phénomènes survenus chez une malade en un temps donné.
- De la comparaison d’épreuves provenant d'individus atteints de la même affection, on ne manquera pas de trouver des rapprochements intéressants. M. le professeur Charcot, dans ses leçons cliniques de 1885, a du reste insisté sur ce point en particulier à propos de la sclérodermie.
- Les nouveaux procédés d’impressions photographiques qui permettent de transformer un cliché quelconque en planche typographique donnent une grande valeur à ces collections. En effet ces reproductions jointes aux observations, aux thèses, aux publications médicales seront à la portée de tous au
- grand avantage de la science et de renseignement.
- Il ne faut pas oublier non plus les épreuves positives sur verre qui, connues sous le nom de projections, servent au professeur à mettre constamment devant son auditoire les sujets qui font l’objet de son cours.
- Cet enseignement par les yeux dont la valeur n’est pas discutable s'étend de plus en plus et c’est grâce à la photographie qu’il a fait de si rapides progrès. Le malade vient-il à mourir, l’anatomiste conserve l’aspect des organes lésés qui peuvent l’intéresser, avant de les préparer pour l’examen microscopique.
- Ici se place une des plus importantes applications de la photographie. Nous voulons parler de la photo-micrographie. On sait, et l’histologiste mieux que personne, que ces coupes qui font notre admiration sont sujettes à bien des causes de destruction. Les unes s’altèrent, les autres peuvent être brisées ou égarées avec la plus grande facilité. Il faut donc les conserver; c’est la photographie qui nous le permettra et non seulement d’une, manière durable, mais encore en facilitant les recherches ét les éludes. Ces coupes seront en effet considérablement agran-. dies, puis collectionnées et publiées; on n’aura plus intérêt à les enfermer dans les laboratoires au grand détriment de toutes les personnes qui s’occupent de médecine.
- En résumé un service photographique conçu spécialement pour les besoins de la médecine doit, outre les applications courantes de la photographie, possdéer un laboratoire photo-micrographique. Les clichés, les projections sur verre seront classés avec un ordre parfait. Des albums contenant les épreuves d’après nature et les agrandissements micrographiques, seront conservés et porteront toutes les indications de nature à éclairer le médecin qui les consulte.
- Voilà actuellement le rôle et les usages de la photographie. Mais ce n’est pas tout. Gomme nous le disions au commencement, la photographie décompose le mouvement. Et, sous ce rapport, quel plus beau champ d’études que la médecine ! Si certains malades sont incapables de remuer, que d’autres sont affligés d’une exubérance de mouvements ! Je veux parler ici des individus atteints de certaines maladies du système nerveux, telles que l’hystéro-épilepsie, l’épilepsie proprement dite, etc., etc.
- Les attaques que nous avons surtout en vue, loin d’être un mélange bizarre de mouvements désordonnés, sont soumises au contraire à certaines règles, à certaines lois.
- Si nous prenons comme type l’attaque hystéro-épileptique, nous verrons, comme l’a prouvé et démontré M. le professeur Charcot, qu’elle se compose de périodes parfaitement distinctes, qui comportent chacune une succession de mouvements rhytmés et caractéristiques.
- Ce qu’il nous faut donc, c’est un appareil qui permette : 1° de saisir les différentes attitudes spéciales aux diverses périodes; 2° dans chaque période de
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- LA NATURE.
- décomposer un mouvement en une série d’épreuves prises à des temps très rapprochés.
- Dans ce but, nous disposons une série d’objectifs de même foyer en couronne sur une chambre photographique. Un disque en aluminium noirci, percé d’une ouverture rectangulaire et entraîné par un mouvement d’horlogerie, se trouve derrière les objectifs; à l’état de repos l’ouverture se trouve dans l’intervalle de deux objectifs et par suite la glace sensible est à l’abri de tout rayon lumineux. Un électro-aimant commande un déclanchement spécial de telle sorte que, lorsque le courant passe, l’ouverture vient démasquer un des objectifs. Le courant
- étant coupé l’ouverture vient se placer dans l’intervalle de deux objectifs, la glace est de nouveau masquée et ainsi de suite.
- L’avantage de cette disposition est évident ; tant que le courant passe,, un des objectifs fonctionne. On peut donc poser un temps quelconque, ce qui est nécessaire dans un laboratoire. Tant que le courant est coupé, l’appareil est fermé; on peut donc graduer dans toutes les limites l’intervalle entre deux épreuves consécutives.
- Une aiguille placée extérieurement suit les mouvements du disque et indique toujours le nombre d’épreuves faites.
- tig. 1. — Disposition de l’appareil photo-électrique pour les études médicales. Le médecin, placé près du malade,
- agit à distance au moyen de l’électricité.
- L’électricité étant le moteur de l’appareil, le médecin peut agir à distance tout en restant au lit du malade. On verra dans la gravure ci-dessus l’installation générale de l’appareil au moment de l’expérience. Le médecin, en envoyant le courant électrique au moyen d’un expéditeur Morse, conserve les attitudes qu’il veut étudier.
- C’est avec ce dispositif qu’on obtiendra les épreuves caractérisant chaque période.
- Lorsque dans chaque période on voudra décomposer un mouvement on pourra se servir du manipulateur B réguet, ou mieux encore d’un cylindre expéditeur auquel on donne la vitesse que l’on désire au moyen d’un régulateur.
- Ce cylindre, en matière isolante, porte une série
- de longs triangles métalliques incrustés à sa surface et communiquant tous avec un des pôles de la pile.
- Pendant la rotation, un contact métallique, qui se meut parallèlemènt au cylindre, recueille le courant chaque fois qu’un des triangles passe et le transmet à l’appareil.
- Vers l’extrémité du triangle, la pose sera très courte, plus on se rapprochera de la base plus elle sera grande. On conçoit facilement qu’avec cette méthode, étant donné un mouvement de durée connue, il sera facile d’en prendre des photographies avec des intervalles et des temps de pose variables.
- Le mouvement étant décomposé, il sera facile de le reconstituer au moyen du phénakisticope.
- MM. Muybridge et Marey, les premiers, ont abordé
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- LA NATURE.
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- cette étude du mouvement, le premier au moyen d’appareils distincts et échelonnés; le second au moyen de son fusil photographique. Pour notre part et pour le genre d’études qui nous intéresse, nous préférons le système d’objectifs multiples que nous préconisons.
- La question de dépense en objectifs est certes plus considérable, mais d’autres avantages nous font mettre cette considération de côté. L’appareil, dont nous vous donnons un spécimen dans La Nature, n’est qu’un modèle, il doit être construit de façon à donner des images format projection. On n’est nullement limité par la taille. C’est, du reste, essentiellement un appareil de laboratoire.
- Un de .‘es avantages est de permettre d’obtenir plus d’images en un même temps.
- En effet, on peut donner au disque toute la vitesse que l’on voudra.
- Dans le fusil de notre excellent collègue et ami M. le professeur Marey, la révolution du barillet qui porte la glace sensible s'obtient en une seconde, douze épreuves sont faites chacune avec 1/750 de seconde de pose. Toutes les attitudes intermédiaires entre deux épreuves sont perdues. Ceci tient, on le sait, à la disposition de l’appareil qui présente devant un
- objectif unique des parties différentes d'une même glace, et qui ne laisse pénétrer la lumière que lorsque
- cette glace est immobile. On comprend facilement l’importance du temps perdu pour l’expérimentation.
- Dans le système d’objectifs multiples, chaque objectif est indépendant.
- Le temps perdu est réduit consi-d érable ment puisque l’ouverture du disque se présente toujours devant un objectif susceptible d’opérer convenablement.
- De même que la taille de l’appareil n’est pas limité, le nombre des objectifs ne l'est pas non plus; dans un même temps, on pourra donc prendre un
- nombre quelconque d’épreuves. C’est une question d’objectifs.
- Nous tenons à signaler, en terminant, un appareil des plus commodes pour obtenir des photographies à inter-valles égaux. C’est le métronome électrique de M. Gaiffe. Le courant venant de la pile entre dans cet appareil et sort par une armature à deux pointes, plongeant alternativement dans une cuve remplie de mercure suivant le mouvement même du métronome. De cette cuve le courant se rend à l’appareil. Un morso est intercalé sur ce circuit et le coupe. Voici la raison :
- Fig. 2. — Disposition de l’appareil photo-électrique pour prendre des photographies à intervalles réguliers.
- A. Appareil photographique. — B. Pile. — C. Métronome. — A’. Mouvement d’horlogerie,— R. Remontoir. — D. Expéditeur Morse. — E. Cuvette à mercure.
- Fig. 3. — Épreuves obtenues avec l’appareil photo-électrique. Les épreuves ont été prises avec un même temps de pose, mais à des intervalles inégaux.
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- LA NATURE
- Toutes choses étant disposées, on règle le métronome à la vitesse voulue au moyen de son curseur; lorsqu’il a acquis toute sa vitesse et que le moment de l’expérience est arrivé, on appuie sur le morse et on laisse passer les courants successifs jusqu’à ce que l’aiguille soit revenue à son point de départ. Le courant est alors coupé et l’expérience est faite.
- Cet appareil, dont nous venons de donner la description et que nous proposons d’appeler Photo-Electrique, est tout indiqué pour certaines études médicales et physiologiques. En art militaire il pourra être commode de l’employer pour relever l’éclatement des torpilles.
- On étudie, en effet, la force de ces engins en mesurant la gerbe d'eau soulevée par leur explosion ; les documents qui permettent de fournir ce résultat sont dus à des .photographies instantanées prises à des intervalles égaux par des appareils différents. En pratique, cette disposition donne lieu à des difficultés et à des erreurs qu’on pourra supprimer en employant l’appareil photo-électrique que l’on manœuvre à distance et dont on règle la marche par avance.
- En terminant ce modeste travail, nous devons constater que tout n’est pas dit dans la question des applications de la photographie à la médecine : nous voyons maintenant la photographie enregistrer les phénomènes les plus délicats dans les appareils d’observation ; nul doute qu’elle n’en fasse bientôt autant dans le domaine de la médecine.
- Albert Londe.
- UN NOUYEAtJ BATEAU ÉLECTRIQUE1
- EXPÉRIMENTÉ SUR IA TAMISE, A LONDRES
- Un nouveau bateau électrique vient d’être construit et expérimenté avec succès sur la Tamise, Ce bateau construit spécialement dans ce but par MM. Yarrowet C°, n’a pas moins de 42 mètres de longueur, lm,80 de large et 90 centimètres de tirant d’eau. Sa coque est en acier galvanisé; l’hélice est commandée directement par le moteur qui est une machine dynamo-électrique Siemens, type D* ; cette disposition présente l’avantage de simplifier l’installation et de la réduire aux plus petites proportions possibles.
- Le courant est fourni par 80 accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar du type dit cheval-heure; on ne fait usage que de 65 à la fois, le reste constitue une réserve. La dynamo peut produire 7 à 8 chevaux-vapeur et fournir si cela est nécessaire une course de dix heures, mais il n’y a pas, en général, intérêt à vider les accumulateurs aussi complètement. Ces accumulateurs sont disposés sous le plancher avec la dynamo, ils forment ainsi un lest excellent et laissent le pont entièrement
- 1 Voyez les articles publiés précédemment sur les bateaux électriques. — Tables des matières des précédehts volumes.
- libre. 11 en résulte qu’un bateau de 42 mètres peut remplacer, au point de vue du nombre des voyageurs et de leurs aises, un bateau à vapeur qui aurait 45 ou 16 mètres de longueur; toutes les parties sont également agréables et accessibles, et l’on est entièrement débarrassé de la fumée, de la vapeur, des cendres et du bruit.
- Le bateau peut atteindre et dépasser une vitesse de 8 statutes milles à l’heure (15 kilomètres). Il peut recevoir 24 voyageurs.
- Le travail électrique fourni lorsque 60 accumulateurs sont attelés à la machine représente 6 chevaux-vapeur; le poids du système moteur (machine et accumulateurs) ne dépasse pas 2 tonnes : la commande directe de l’hélice par le moteur est digne de remarque, car l’arbre ne fait pas moins de 680 tours par minute ; l’hélice a 46 centimètres de diamètre et 30 centimètres de pas. Il ne se produit pas de vibrations et le remous est presque inappréciable.
- Considéré exclusivement au point de vue de l’agrément, le bateau électrique réalise évidemment la perfection; le prix d’achat et d’entretien serait à peu près équivalent à celui d’un canot à vapeur, mais l’on ne doit pas oublier que la dépense est ici une question secondaire.
- Pour en répandre l’application sur les bords d’une rivière, il suffirait d’établir quelques usines de rechargement où l’on ferait de l’électricité comme on fait aujourd’hui du charbon.
- Ajoutons encore aux avantages déjà signalés la suppression de tout entretien et de toute alimentation pendant la marche, les réparations fréquentes qu’exigent les chaudières de petit modèle employées sur ces petits bateaux, ainsi que les accidents qui peuvent survenir à la pompe d’alimentation.
- Enfin, lorsque les accumulateurs ont été chargés, ils conservent leur charge pendant un temps assez long, puisque la perte peut ne pas dépasser un pour cent par jour; ils représentent donc une somme d’énergie toujours prête à fonctionner à l’instant où l’on'en a besoin1, tandis que la mise en pression d’un canot à vapeur demande que le mécanicien soit prévenu deux ou trois heures avant le départ.
- On pourrait peut-être même combiner un système pour obtenir gratuitement le rechargement des accumulateurs pendant les périodes relativement longues de repos, soit par l’utilisation du vent, soit par l’utilisation même du courant de la rivière à l’aide de roues flottantes.
- Puisque nous sommes en train d’émettre des idées nouvelles, signalons-en une dernière. Ne pourrait-on pas utiliser la grande vitesse des moteurs dynamoélectriques pour supprimer l’hélice, dont la com-
- 1 Gettc qualité des accumulateurs de constituer une réserve d'énergie toujours instantanément disponible pourrait servir à l’établissement de pompes à incendie, automotrices ou non, prêtes à fonctionner au moment même où elles arriveraient sur le lieu du sinistre ; on ne saurait trop apprécier la valeur d’un semblable système comme pompe de premiers secours.
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- LA NATURE
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- mande à granule vitesse présente des difficultés, et la remplacer par un propulseur hydraulique commandé par une pompe rotative?
- Les essais laits dans cet ordre d’idées avec des moteurs à vapeur et des pompes Greindl ont, si nos renseignements sont exacts, fourni des résultats encourageants. N’y aurait-il pas lieu de reprendre les expériences avec les moteurs dynamo-électriques dont la grande vitesse est tout particulièrement favorable à cette application? La suppression de l’hélice aurait un avantage considérable partout où le tirant d’eau est faible et où l’impureté des eaux, herbes, corps flottants, etc., mettent à chaque instant l’hélice en danger, surtout à une aussi grande vitesse.
- LE TRAMCAR ÉLECTRIQUE
- DE LA « FREENCH ELECTIÎICAL POWER STORAGE C° ))
- Un grand nombre de lecteurs nous ont demandé des renseignements sur les expériences du tramcar électrique qui ont été faites récemment aux Champs-Elysées, à Paris, en présence de M. le Ministre des Postes et des Télégraphes. Ces expériences ont donné lieu à des contestations, et ont suscité de vives polémiques parmi les électriciens, principalement au point de vue du prix de revient du système. A côté de la question économique qui n’est pas envisagée ici, il y a la question expérimentale qui offre un intérêt réel; c’est à ce point de vue principalement qu’est rédigée la notice que M. Rouhy a bien voulu écrire pour La Nature, d’après les documents qu’il a recueillis lui-même, et que nous sommes heureux de présenter à nos lecteurs. G. T.
- Le tramcar électrique à. accumulateurs que nous allons décrire, est le premier véhicule électrique automobile dans toute l’acception du mot qui ait été fait dans ce genre; il a été construit et a fonctionné pour la première fois il y a environ deux ans, mais les expériences récentes auxquelles il a donné lieu ont permis de présenter sous une forme saisissante les progrès réalisés depuis dans la confection des accumulateurs.
- Le car proprement dit est du plus grand type que construise la Compagnie générale des Omnibus de Paris : il peut contenir 52 voyageurs et n’a pas été construit spécialement en vue de la traction électrique; on a même dû n’apporter aux différents organes qui le constituent, aucune modification durable pouvant rendre par la suite le véhicule impropre à reprendre un service ordinaire de tramway.
- C’est dire qu’il a fallu à M. Raffard, l’ingénieur qui a dirigé la transformation, toute l’habileté mécanique que chacun lui connaît pour adapter et loger dans un espace souvent très restreint et paraissant de prinfte-abord insuffisant, toutes les pièces constituant le mécanisme à la fois simple et ingénieux que nous allons maintenant décrire.
- Près de la plate-forme et sous le plancher de l’omnibus est fixée une dynamo Siemens du type
- l)2 ; cette dynamo reçoit le courant électrique d’une série de 80 accumulateurs placés sous les banquettes et commande, au moyen d’une courroie et d’une poulie à mouvement différentiel, un arbre intermédiaire ; deux pignons enfilés aux deux extrémités de cet arbre, deux chaînes Galle et deux couronnes dentées rapportées sur les roues, complètent la transmission.
- La poulie à mouvement différentiel est folle sur l’arbre; deux petits pignons d’angle, fous sur un axe qui occupe un diamètre de la poulie et de part et d’autre de son centre, engrènent chacun avec deux roues d’angle ; l’une de ces roues d’angle est clavetée sur l’arbre et communique le mouvement à l’une des roues par l’intermédiaire d’un pignon claveté sur ce même arbre, l’autre est folle et commande directement l’autre roue à l’aide d’un autre pignon venu de fonte avec elle.
- L’une des roues motrices de l’essieu d’arrière est fixe, l’autre est folle sur cet essieu ; il en est de même pour celles de l’essieu d’avant-train mobile, commandé par un pignon et un segment denté.
- Grâce à cette combinaison de mouvement différentiel et de roues folles, il est permis de proportionner à chaque instant dans une courbe, l’effort moteur appliqué à chaque roue motrice au travail résistant, et l’ensemble du mécanisme possède une souplesse parfaite; le frottement est aussi le plus faible possible dans ces courbes, ainsi que dans les mouvements de lacet inévitables dans certaines portions de voie accidentellement mauvaises, et ces mouvements, se traduisant alors par de simples variations de vitesse angulaire, alternativement plus grande et plus petite pour les deux roues d’un même essieu, ne peuvent plus engendrer de glissements sur les rails.
- Voici maintenant les résultats qui ont été obtenus à l’aide de cet engin et nous prendrons parmi les nombreuses expériences qui ont été faites les deux plus importantes : l’une de long parcours sur les rails et l’autre de locomotion routière.
- Le 24 juin dernier, à quatre heures du matin, le tramcar partait de la place de la Nation, emportant une trentaine de voyageurs sur la ligne des boulevards extérieurs ; après en avoir franchi les profils accidentés et avoir gravi des rampes dont les plus fortes atteignaient 0m,048 par mètre, il passait place de l’Étoile, prenait l’avenue du Roi-de-Rome, le Trocadéro et arrivait vers 5b,20 à la Muette, aux portes du bois de Boulogne; il sortait alors des rails pour se retourner, les reprenait après une halte d’une demi-heure et finalement était de retour place de la Nation à sept heures moins quelques minutes après avoir effectué un trajet d’environ 52 kilomètres avec une vitesse moyenne de 11 à 12 kilomètres à l’heure.
- Il nous a semblé que quelques chiffres touchant les conditions de l’expérience pourraient intéresser le lecteur.
- Le poids total du tramcar s’élevait, y compris
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- LA NATURE
- 80 accumulateurs de 30 kilogrammes chacun à environ 9 tonnes.
- Le courant moyen a été de 35 ampères sous 160 volts. Le travail électrique fourni à la machine par les accumulateurs a donc été de :
- ———-— — /ll',5 pendant 2l1 1/2
- i OU
- et les accumulateurs malgré cela étaient encore loin d’être épuisés au letour.
- Dans la seconde expérience qui a- eu lieu aux Champs-Elysées, le tramcar a évolué avec la plus grande fac ilité en machine routière, sans boudins à ses roues, marchant, indifféremment, sur le macadam, le pavage en bois, le pavage en grès et suivant même les rails avec la plus grande facilité.
- Nous terminerons en remarquant que les accumulateurs, par leur élasticité de puissance qui leur permet de dépenser depuis 4 ou 5 ampères dans les faibles pentes et jusqu’à 70 et 80 ampères dans les
- Tramcar électrique fonctionnant avec des accumulateurs.
- D. Dynamo de Siemens, type D* pesant 235 kilogrammes donnant 450 kilogrammètres par seconde au frein dynamométrique, avec un courant de 160 volts et 49 ampères.— a. Poulie à joues calée sur l’arbre de la dynamo. — b. Poulie du mouvement différentiel; elle est folle sur l’arbre ce'. — cc'. Arbre intermédiaire ou de renvoi. — ee'. Pignons d’angle pouvant tourner librement sur des axes portés par la poulie b. — f. floue d’angle folle sur l’arbre, sur la douille de laquelle est fixé le pignon à chaîne galle g qui commande la roue H. g. pignon de chaîne galle solidaire de la roue d’angle f. — f. Roue d’angle calée sur l’arbre cc'. — IL Roue motrice à boudin du tramcar, calée sur l’essieu, et aux bras de laquelle est tixée une couronne dentée h, actionnée par une chaîne galle actionnée par le pignon g. — 11'. Roue motrice du tramcar, elle est sans boudin, et est folle sur l’essieu, elle porte une couronne dentée h, actionnée par une chaîne galle engrenant avec le pignon g'. — i. Courroie transmettant le mouvement de la dynamo à la poulie b du mouvement diltérentiel. — j. Petite poulie sur laquelle agit un frein, pour modérer la vitesse du tramcar pendant la descente. — H". Roue à boudin calée sur l’essieu de l’avant-train. — H’" Roue sans boudin, folle sur l’essieu de l’avant-train. — K. Avant-train mobile. — l. Crémaillère fixée à la charpente de l’avant-train. — rn. Pignon dont l’arbre tourne dans des supports fixés à la caisse du tramcar. — n. Arbre du pignon. - p. Volant calé sur l’arbre du pignon et à l’aide duquel le cocher dirige l’avant-train.
- Les accumulateurs sont placés sous les sièges, la batterie qui se compose de 80 éléments en tension pèse environ 2 tonnes.
- fortes rampes et les démarrages, et par la propriété précieuse qu’ils possèdent de reprendre de l’énergie pendant les arrêts pour mieux démarrer ensuite, se prêtent admirablement à la locomotion, soit qu’il s’agisse de faire de longs trajets tout d’une haleine,
- soit au contraire qu’il s’agisse d’avoir des arrêts fréquents et par conséquent des démarrages fréquents.
- E. Roubv,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA NATURE.
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- LA SCIENCE DANS L’ANTIQUITÉ1
- I.ES LAMPES PERPÉTUELLES.
- Les Anciens avaient utilisé dans leurs prestiges, les gaz combustibles qui, en beaucoup de lieux, se dégagent naturellement du sol 2.
- L’Arabe Scbiangia, dans un passage dont le R. Kircher rapporte le texte, s’exprime ainsi :
- « 11 y avait, en Egypte, un champ dont les fossés étaient pleins de poix et de bitume liquide. Les philosophes qui connaissaient la force de la nature, construisaient des canaux qui faisaient communiquer des endroits semblables avec des lampes cachées au fond de cryptes souterraines. Ces lampes avaient des mèches faites avec des fils qui ne pouvaient se brûler. Par ce moyen, la lampe une fois éclairée, brûlait éternellement à cause de l’affluence continue du bitume et de l’incombustibilité de la mèche. »
- 11 est probable que c’est à un artifice de cette nature qu’étaient dues quelques-unes des nombreuses lampes perpétuelles dont l’histoire nous a conservé le souvenir telles que celle que Plutarque a vue avec admiration en Egypte dans le temple de Jupiter Ammon5 et celle du temple de Vénus que saint Augustin ne peut expliquer que par l’intervention des démons4 ; mais la plupart d’entre elles ne devaient leur singularité qu’aux précautions prises par les prêtres pour les alimenter sans être vus. Il suffisait, en effet, que la mèche, faite de fils d’amiante ou de fils d’or, se conservât intacte et que le corps de la lampe communiquât avec un réservoir placé dans une pièce voisine, de telle façon que le niveau de l’huile restât constant. Héron et Philon nous ont laissé la description d’un certain nombre de dispositifs permettant d’atteindre ce but3.
- Les mêmes auteurs indiquent également6 différents procédés pour fabriquer des lampes portatives
- 1 Voy. n° 533 du 18 août 1883, p. 181.
- 2 IL y a, près de Grenoble (Isère), un dégagement de cette nature, connu sous le nom de Fontaine ardente. En Chine et en Amérique on utilise ces gaz inflammables à des usages industriels. (Fournier, Le Vieux-Neuf, t. I, p. 98-103.)
- 3 Plutarque, De la cessation des oracles, ch. i et un
- 4 Saint Augustin, De la Cité de Dieu, t. XXI, p. 6.
- 5 De Rochas, La Science des philosophes, pages 122-125; 215-217.
- 6 Ibidem, pages 143, 180-189, 217.
- où l’huile monte automatiquement. Le plus ingénieux est celui qui est connu aujourd’hui sous le nom de Fontaine de Héron l.
- Voici le texte de l’ingénieur alexandrin :
- « Construction d'un candélabre tel qu'en posant dessus une lampe, lorsque l'huile se consomme, il en vient par la poignée telle quantité qu’on veut, et cela sans avoir besoin de placer au-dessus aucun vase servant de réservoir à cette huile (fig. 1).
- « Il faut faire un candélabre creux, avec une base en forme de pyramide. Soit ABrA cette base pyramidale et dans cette base une cloison EZ. Soit encore H© la tige du candélabre qui doit être également creuse; au-dessus, on place un gobelet KA pouvant renfermer une grande quantité d’huile. De la cloison EZ part un tube MN qui la traverse et qui arrive presque jusqu’au couvercle du vase K A sur lequel est placée la lampe, de manière à laisser seulement un passage pour l’air. Un autre tube EO passe à travers le couvercle KA et, descend d’une part jusqu’au fond du vase en corbeille (de manière toutefois à permettre à un liquide de s’écouler) et, de l’autre, forme une légère saillie sur le couvercle. A cette saillie on ajuste soigneusement un autre tube n bouché à sa partie supérieure, qui, traversant le fond de la lampe, fait corps avec lui, et se trouve renfermé tout entier dans l’intérieur de la lampe. Au tube n on en soude un autre très fin en communication avec lui et arrivant à l’extrémité de la poignée de la lampe ; ce tube débouche dans la poignée de façon à pouvoir déverser dans l’intérieur de la lampe, celle-ci ayant un orifice de la grandeur habituelle. — Sous la cloison EZ on soude un robinet conduisant dans le compartiment TAEZ de telle sorte que quand il est ouvert, l’eau de la chambre ABEZ passe dans le compartiment EAEZ. Dans la plaque de dessus AB on perce un petit trou par lequel le compartiment ABEZ peut être remplie d’eau, l’air intérieur s’échappant par le même trou.
- « Maintenant enlevons la lampe et remplissons le gobelet d’huile à l’aide du tube EO; l’air s’échappera par le tube MN et ensuite par un robinet qui est ouvert près du fond TA, quand J’eau qu’il peut y avoir dans le compartiment TAEZ sera écoulée.
- 1 Ea 1801, Carccl et Carreau appliquèrent le système de la fontaine de Héron aux lampes, sans sc douter, peut-être, qu’ils reveuaieut ainsi à l’appareil primitif.
- La lampe de Plalon.
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- LA NATURE.
- Posons la lampe sur son pied en l'emboîtant avec le tube n; quand il y aura besoin d’y verser de l’huile nous ouvrirons le robinet qui est [très de la cloison EZ ; l’eau qui est dans le compartiment ABEZ descendra dans le compartiment EAEZ et l’air qui est dans celui-ci, refoulé par le tube MïV dans le gobelet, fera monter l'huile; celle-ci [tassera dans la lampe par le tube EO et celui qui lui fait suite. Quand on veut arrêter l’arrivée de l’huile, on ferme le robinet et l’écoulement cesse. On peut répéter cela aussi souvent qu’il est nécessaire. »
- Telle était, peut-être, la lampe de Platon, dont Athénée parle dans le Banquet des Sophistes l, et à l’aide de laquelle l’illustre philosophe parvenait à s’éclairer pendant les plus longues nuits de l’année.
- Je ne saurais terminer cet article sans dire un mot d’une découverte qui ht grand bruit, il y a quatre siècles, dans le monde savant.
- « De nos jours, dit Gesner3, on a trouvé près de Padoue, un vieux monument où il y avait une urne de terre avec cette inscription :
- Plutoni sacrum matins ne attingite fures ; Ignotum est vobis hoc quod in orbe latet.
- Namque elemenla gravi clausil digesta laborc,
- Vase sub hoc modico Maxim-us Olibius Adsit fecundo custos sibi copia cornu,
- Ne tanti pretium depereat luticis.
- (Larrons, ne touchez pas à ce don consacré à Pluton
- Vous ne connaissez pas ce que renferme cette urne.
- Les éléments digérés par un pénible travail,
- Ont été cachés dans ce petit vase par Maximus Olibius. Que cette féconde corne d'abondance se protège elle-même,
- Afin qu'une si précieuse liqueur ne périsse point).
- « Dans cette urne il y en avait une plus petite sur laquelle on lisait ces paroles :
- Abile hinc pessimi fures ;
- Los quid vultis vestris cum oculis emissitiis?
- Abite hinc vestro cum Mercurio Pelasalo, caduceatoque
- Maximus maximum donum Plutoni hoc sacrum fecit.
- (Loin d'ici méchants larrons;
- Que prétendez-vous avec vos yeux investigateurs ? Retirez-vous d'ici avec votre Mercure,
- Armé de son pétase et de son caducée.
- Maximus a offert ce don considérable et sacré à Pluton).
- « Dans cette seconde urne on a trouvé une lampe qui brûlait entre deux petites fioles, dont l’une était d’or et l’autre d’argent et qui étaient toutes les deux pleines de deux certaines liqueurs très pures... »
- Il paraît qu’au moment où les paysans mirent au jour la lampe, ils virent une flamme qui s’en échappait et, saisis de frayeur, ils brisèrent le tout à coups de pioche.
- Sous le pontificat de Paul III on découvrit également, dans un tombeau attribué à Tulliola, fille de Cicéron, une lampe qui s’éteignit dès que l’air y fut entré.
- 4 Liv. XV, ch. dcrn.
- 3 De tunariis herbis et rebits noclu lucentibus.
- Dans les deux cas, on se figura que les lampes brillaient depuis 1500 ans à l’abri de l’air et que l’air les avait éteintes ; il est fort probable que c’est le contraire qui a eu lieu et que les deux tombeaux renfermaient des phosphures de soufre ou quelque matière analogue, susceptible de s'enflammer au contact de l’oxygène de l’air. Ce qui est certain c’est que l’Antiquité possédait un certain nombre de recettes chimiques que les âges suivants ont laissé perdre.
- A. de Rochas.
- CHRONIQUE
- Ouverture de l’Exposition internationale d’électricité de Vienne. — L’Exposition de Vienne a été solennellement ouverte le 16 août, à onze heures du matin, par le prince impérial Rodolphe, en présence de la famille impériale, des hauts fonctionnaires de l’État, des membres du corps diplomatique et des commissaires étrangers. Malgré le mauvais temps, près de 4-000 personnes ont visité l’Exposition le jour de l’ouverture. Le président du Comité, M. le baron Erlanger, a, dans une courte allocution, remercié le prince impérial d’avoir accepté le protectorat de l’Exposition, l’empereur et le prince impérial d’avoir appuyé l’entreprise, et les gouvernements étrangers d’y avoir pris une part considérable. Le prince impérial a répondu en faisant ressortir l’importance actuelle et future des applications de l’électricité. Ce n’est pas seulement par le fait du hasard que la troisième et la plus grande Exposition d’électricité s’est organisée à Vienne, une ville où Preschel, en 1855, inventa les allumettes chimiques, d’où partirent, en 1857 les bougies stéariques qui devaient faire bientôt le tour du monde et où l’éclairage au gaz des «voies publiques a été proposé par Zinser, un habitant de la Moravie, avant d’être expérimenté en Angleterre. Il a terminé en remerciant les États amis de leur précieuse coopération et il a déclaré l’Exposition d’électricité ouverte. Ces discours ont été suivis de la promenade obligatoire. Il reste, comme toujours, beaucoup à faire; la galerie des machines n’est pas terminée et les vitrines sont loin d’être garnies, mais tout semble indiquer que l’Exposition de Vienne sera à la hauteur de ses devancières, autant par le nombre que par la variété des objets exposés. Le catalogue officiel porte 579 exposants ainsi répartis : Autriche, 255; France, l55 ; Allemagne, 68; Angleterre, 27; Russie, 27; Italie, 16; Amérique, 15; Danemark, 10; Divers, 52.
- Ee saumon de Californie. — Après différents essais tentés depuis cinq ans par les ingénieurs de la ville de Paris, sur des œufs de saumon envoyés de Californie, éclos à Paris, et dont les produits ont très bien réussi, environ 1500 alevins très vigoureux ont pu être obtenus l’année dernière et sont actuellement en parfait état. Ils suffisent pour démontrer la possibilité d’élever et de faire reproduire le saumon de Californie dans des conditions de captivité tout à fait exceptionnelles. Le fait semble d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’une espèce étrangère, essentiellement migratrice, qui s’est ainsi pliée, à la fois, à un nouveau climat et à un changement complet dans ses habitudes. L’acquisition de cette espèce paraît donc facilement réalisable, et elle serait particulièrement utile au point de vue de l’empoissonnement des cours d’eau tributaires de la Méditerranée, dans lesquels le sauinori ordi-
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- LA N AT U HE.
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- nuire est inconnu et ne réussirait probablement pas ; tan- I dis que le saumon de Californie, qui se montre en Amérique jusqu’au 55e degré de latitude (c’est-à-dire beaucoup plus au sud que le salmo salar), pourrait vraisemblablement s’acclimater dans le Rhône, l’Aude, l’Hérault, etc.
- Les dimensions des atomes. — Dans une récente conférence faite à la Royal Institution, par sir William Thomson, sur la grandeur des atomes, l’auteur est arrivé par une série de savantes considérations qui ne sauraient trouver place ici, aux conclusions suivantes : 11 est très probable que, dans un liquide ordinaire, un corps solide transparent ou demi-opaque, la distance moyenne entre les centres de deux molécules contiguës est moindre de un cinq-millionième de centimètre (I /5 000 000) et supérieure à un milliardième de centimètre (1/1 000 000 000). Pour nous faire une idée du grenu et des grosseurs relatives correspondantes, imaginons un globe de verre ou d’eau de la grosseur d’une balle de jeu de crocket (16 centimètres de diamètre), et grossissons-la par la pensée jusqu’à ce qu’elle devienne aussi grosse que la Terre, chaque molécule étant grossie dans la même proportion. La structure de cette masse ainsi grossie serait plus grenue que celle d’un tas de balles de fusil, mais certainement moins grenue que celle d’un tas de balles de crocket.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 août 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Astronomie. — M. Callandreau donne une nouvelle méthode pour la détermination des étoiles circumpolaires. — M. Fave signale l’apparition d’une étoile filante d’aspect tout à fait extraordinaire dans la soirée du 11 août à 8h,40. Ce météore a été observé à Lille par un ingénieur des télégraphes ; il a décrit dans le ciel, un arc de 60° environ, progressant du Sud au Nord et a été visible pendant 3 à 4 secondes. La trajectoire au lieu d’être une ligne droite, serpentait dans l’espace. L’auteur croit s’être trouvé en présence d'un bolide mais n’a point entendu parler de chute de météorite dans les environs.
- Chimie. — M. Dumas communique un procédé simple de préparation de l’oxychlorure de phosphore. On sait que ce corps est un des réactifs les plus précieux de la chimie organique. Le procédé consiste à mélanger du protochlorure de phosphore et du chlorate dé potasse; l’oxydation se produit directement aux dépens du chlorate de potasse. L’opération marche très rapidement; il importe de n'employer le chlorate de potasse que par petites quantités et successivement, jusqu’à ce que l’oxydation soit complète.
- Médecine. — M. Gosselin a recherché le mode d’action des substances antiseptiques employées dans le pansement des plaies. Il a expérimenté avec l’acide phénique, l’alcool, et l’alcool camphré, en se servant d’une membrane transparente, tantôt le mésentère d’un lapin, tantôt la vessie d’une souris. Il a pu constater que tous ces médicaments agissent de la même manière en provoquant dans les vaisseaux capillaires une stase sanguine due à la coagulation de l’albumine. Tous ces médicaments agissent de la même manière, plus ou moins rapidement, suivant le titre des liqueurs. A la surface des plaies les mêmes effets se produisent ; le liquide antiseptique pénètre directement ou par absorption dans les vaisseaux capillaires.
- Varia. — M. lloileau a déterminé la chaleur de combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène. — On annonce la découverte en Russie d’une, écrevisse fossile en un état de conservation très remarquable. — M. Mancion a publié en une courte et utile brochure, le Compte Rendu analytique des séances de l’Académie des Sciences depuis 1880 jusqu’à 1883. Stanislas Meunier.
- LES VIEILLES INDUSTRIES DE L’INDE1
- POTERIE.
- L’art de la poterie est un des plus anciennement connus de l’Inde; presque à chaque pas, on rencontre les traces de cette industrie primitive, et quelques instants suffisent pour se rendre compte de la simplicité qui préside aux diverses opérations que nécessite la confection d’une pièce de poterie.
- C’est devant la porte de sa case que le potier travaille.
- Un bloc hémisphérique d’argile durcie dans laquelle est enchâssé un fragment de silex creusé d’une petite cavité à la partie supérieure : tel est le support de la roue ou tour. Celle-ci se compose d’un cercle de bois d’environ un mètre de diamètre, recouverte d’une coucbe épaisse et dure, d’un mélange d’argile et de paille hachée, et de quatre rayons maintenus dans leur partie centrale, entre deux planchettes généralement carrées : au centre de l’une d’elles est fixé un petit cône de bois dur, qui forme le pivot de la roue. Celle-ci, que les potiers appellent tirouvani, est très lourde, grâce à la couche d’argile qui l’entoure; aussi, une fois mise en mouvement, elle le conserve pendant tout le temps nécessaire au façonnage d’une pièce.
- C’est la marne argileuse noirâtre (calipou) constituant le sol des rivières, qui fournit la matière première entrant dans la composition des poteries. Elle est d’abord lavée et malaxée jusqu’à ce qu’elle ait pris une teinte grisâtre. Quand elle trop riche en argile, le potier y mélange une certaine quantité de sable lin ; il pratique ainsi l’opération connue dans l’industrie sous le nom de dégraissage, et dont le but est d’éviter un retrait trop considérable de la pâte, lequel amènerait des fissures ou même la rupture de la pièce pendant la cuisson.
- Le potier ayant mis la roue en position, c’est-à-dire le pivot dans la cavité du support, il place sur la seconde planchette, une quantité de pâte proporT tionnée aux dimensions de la pièce qu’il doit exécuter et, donnant ensuite à la roue un mouvement rapide de rotation, à l’aide d’un bâton qu’il engage dans une cavité pratiquée sur la circonférence de celle-ci, il façonne la pièce avec ses deux mains, en ayant soin de les tremper de temps en temps dans l’eau, pour éviter leur adhérence avec la pâte argileuse.
- La pièce est alors exposée au soleil, où elle subit
- 1 Voy. n° 525 du 23 juin 1885, p. 61,
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- 224
- LA NATURE.
- un commencement de dessiccation; puis, pendant que la pâte possède encore un peu de plasticité, le potier en égalise la surface. Pour cela, il introduit à l’intérieur de la pièce une sorte de molette en granit qu'il tient d’une main et, prenant dans l’autre main, une palette en bois, il donne tangentiellement à la partie de la pâte qui recouvre la molette, de petits coups secs, qui détruisent les inégalités de la surface; il continue cette opération en promenant la molette dans toutes les parties de la pièce, et parvient ainsi à rectifier la forme de celle-ci. Les poteries sont rouges ou noires. La coloration rouge s’obtient en étendant à la surface de la pièce,avec un tampon de bourre de coco, une bouillie claire composée d’ar gile ocreuse, délayée dans l’eau; la coloration noire dépend, comme nous le verrons dans un instant, du mode de cuisson.
- Après avoir fait subir aux pièces ainsi préparées, une seconde dessiccation au soleil, le potier procède au polissage. Cette opération, ainsi que la précédente, est généralement exécutée par des femmes.
- Elles font un long chapelet, en enfilant les uns à la suite des autres, les petits drupes à péricarpe noir et très dur, qui constituent les fruits du Gyrocarpus asiaticus (nom Tamoul : Tanakou), puis ramassant ce chapelet dans la main, elles en frottent les parties externes et internes des poteries.
- Celles-ci sont alors prêtes à être soumises à la cuisson.
- Pour cela, le potier les dispose les unes à côté des autres, et sur plusieurs rangs, en laissant entre elles de petits intervalles, qu’il comble avec un combustible formé d’un mélange de bois, de péricarpe de coco, de son de riz et de bouse de vache desséchée ; il recouvre ensuite tout cet amas avec le même mélange, après avoir préalablement placé au fond de chaque pièce, un morceau de charbon de bois en combustion, et il met le leu de plusieurs côtés à la fois. Quand la combustion est terminée, il laisse le refroidissement s’opérer pendant une
- demi-journée : les pièces sont alors enlevées, et transportées sur les différents marchés. Pendant la cuisson, le potier obtient à sa volonté, des poteries noires; nu moment où la combustion est dans toute son activité, il recouvre le foyer de paille de riz mouillée et de terre humide : sous l’influence de la fumée et de la vapeur d’eau, il se forme à la surface des pièces, de l’oxyde noir de fer accompagné d’un dépôt de charbon, qui donne aux poteries la coloration recherchée.
- Certaines pièces, par leurs dimensions, ne peuvent être ébauchées sur la roue : le potier les façonne alors à la main, au moyen de fragments de
- pâte successivement rapportés.
- Les Indiens ne la-briquent qu’une seule espèce de poterie, qu’ils recouvrent de peinture aux tons plus ou moins criards, surtout quand ils donnent à la pâte, la forme de leurs divinités ; mais le vernissage leur est inconnu. C’est toujours la même terre légère et poreuse, qui constitue les vases et appareils employés dans la préparation de leurs aliments.
- Les potiers forment une vaste caste, appelée Cos-sava; eux-mêmes sont connus sous le nom de Cossavane. Dans la hiérarchie des castes, celle-ci est placée immédiatement au-dessus de la caste Vanouva, qui comprend les marchands d’huile, mais elle est généralement plus pauvre. On trouve rarement des gens aisés parmi les potiers : leurs bénéfices sont faibles, et ils ne peuvent guère espérer mettre de côté le petit pécule auquel leur pénible travail leur donne cependant quelque droit; heureusement que les enfants sont appelés à perpétuer l’industrie des parents ; de là, une sécurité pour l’avenir de ceux-ci, et aussi une récompense acquise et bien méritée. J. Philaire,
- Pharmacien de 1” classe de la marine.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdier.
- Fabrication des poteries dans l’Iude. (D’après une pho'ographie.)
- Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus, à Pans.
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- N® 536. - 8 SEPTEMBRE 1885.
- LA NATURE.
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- LA STATION ZOOLOGIQUE « YOLANTE »
- HOLLANDAIS!*:
- La science zoologique est, depuis quelques années, entrée dans une voie des plus fécondes en brillantes découvertes; l’examen, si minutieux qu’il puisse être, des animaux conservés dans les colleclions ne suffit plus aujourd’hui au naturaliste, il lui faut l’étude de l’être vivant, étude sans laquelle il ne peut avoir aucune notion exacte des rapports qui rattachent les espèces entre elles. La zoologie est devenue expérimentale; de tous côtés des sta-
- tions maritimes se sont établies; de nombreux travaux d’anatomie et d’embryogénie ont éclairé d’une vive lumière la théorie philosophique de la transformation des êtres, en montrant que les métamorphoses, presque inconnues il y a moins d’un demi-siècle, sont très communes chez les animaux marins.
- La Hollande, qui a donné de si grands anatomistes et de si patients naturalistes, semblait être restée en arrière du mouvement suivi par les nations voisines, lorsque le 4 décembre 4 875, sur la proposition du professeur Hoffman, son président, la Société zoologique des Pays-Bas, vota la création d’un établissement zoologique sur les bords de la mer du Nord.
- Vue d’ensemble de la Station zoologique volante hollandaise.
- Une Commission composée de MM. Hoffman, Hubrecht et Hœk se mit immédiatement à l’étude et décida la création d’une station pouvant facilement se transporter d’un point à l’autre des côtes néerlandaises. Avec ses plages sablonneuses, aux pentes peu rapides, la Hollande n’a, en effet, qu’une faune zoologique relativement pauvre ; la Commission pensa dès lors, et avec raison, qu’une station volante rendrait plus de services qu’une station permanente, en permettant d’explorer successivement les différentes parties du littoral.
- L’appel fait par la Société néerlandaise à la générosité de l’État, des sociétés savantes et des particuliers fut entendu, et une somme de 10000 francs fut rapidement recueillie; l’on se mit de suite à H° auuét. — 2° semestre.
- l’œuvre. On choisit pour la première campagne la ville du Helder, située à l’extrémité septentrionale de la province du Nord Hollande, en un point où un bras de mer nommé llelsdeur sépare la terre ferme de l’ile du Texel. Le matériel installé dans un fourgon à bestiaux arriva à destination le 8 juillet 1876; dès le surlendemain la station était en place et les recherches commençaient.
- De même que sur toute l’étendue des côtes néerlandaises, le fond de la mer est, au Ileldcr, principalement constitué par des masses de sable mobile, et l’on ne peut guère, dans de semblables conditions, s’attendre à renconlrer ces formes animales fixées qui font la richesse des fonds rocheux; peu d’espèces peuvent résister au sable qui les enveloppe
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- et les étouffe. Mais tandis qu’à l’ouest de la ville du Helder s’étendent les dunes, au nord s’élève une digue de granit et de basalte qui forme comme un rocher artificiel dans les anfractuosités duquel peuvent s’abriter de nombreux animaux; c’est le seul point des côtes hollandaises où se trouvent des laminaires. Le ministre de la marine ayant consenti à mettre deux fois par semaine une chaloupe à vapeur à la disposition de la Commission, on put se servir des petites dragues de Wyville Thompson et de l’appareil de Lacaze Luthiers et recueillir jusqu’à 130 espèces d’invertébrés.
- La seconde année la station fut établie à Flessin-gue, et la côte zélandaise ne s’est pas montrée moins riche en formes animales que la plage de Nieuvediep et la digue du Helder; les années suivantes on se transporta à Bergen-op-Zoom.
- Dans ces derniers temps, la Commission ne s’est pas adonnée seulement à l’examen si intéressant qu’il puisse être des animaux qui vivent sur les côtes de Hollande; les recherches ont eu depuis pour but de fournir aux ostréiculteurs des renseignements aussi complets que possible sur l’anatomie, sur l’embryogénie, sur les ennemis et les maladies, sur la biologie, en un mot, de l’huître. C’est que l’Escaut oriental est devenu aujourd’hui un important centre ostréicole, de telle sorte que les deux stations de Kruiningen, en Zélande, et de Bergen-op-Zoom, dans le Nord Brabant, ont exporté en 1881 environ deux millions d’huitres d’une valeur de près de trois millions de francs.
- Pour pouvoir s’établir aussi rapidement que nous l’avons dit sur un point variable des côtes, il faut que le bâtiment puisse être facilement démonté et remis en place. La station est, en effet, entièrement construite en bois et les différentes pièces sont disposées avec un tel soin, que la maison peut se démonter et se remonter en moins de trois jours.
- La station que nous avons pu visiter à Bergen-op-Zoom, et dont les honneurs nous ont été laits par le professeur Hubrecht avec cette extrême complaisance et cette parfaite urbanité qui distinguent les savants hollandais, la station, disons-nous, se compose d’un bâtiment principal de 8 mètres de long sur 5 de large; l’une des façades est percée de quatre fenêtres, l’autre de trois; les murs ont 5 mètres de haut; le faîte du toit s’élève à 4,50; la charpente du toit est en bois recouvert d’une double couche de natles de jonc. En regard de chaque fenêtre, une table est fixée à la muraille; quelques tables sont disposées au milieu de la pièce. Dans le laboratoire se trouvent une armoire pour les instruments, une autre pour les réactifs, les flacons, ainsi qu’une petite bibliothèque contenant quelques périodiques et les principaux ouvrages sur la faune marine; chaque travailleur peut, du reste, se faire envoyer les livres dont il a besoin, soit de la bibliothèque de la Société zoologique, soit d’une des universités hollandaises; un pupitre, des tabourets, quelques chaises pliantes en fer complètent l’ameu-
- blement. On pénètre dans la salle de travail proprement dite par une pièce dans laquelle se trouvent les aquariums ; les engins de pèche, les petites dragues, les instruments encombrants sont placés dans une chambre accolée à l’une des façades latérales; une autre pièce, adossée à la partie opposée à la porte, seit de cabinet particulier au directeur de la station. Une clôture en fil de zinc galvanisé règne autour du bâtiment et, tout en écartant les indiscrets, enclôt un espace qui peut être utilisé, soit pour des expériences en plein air, soit pour la dissection d’animaux de grande taille.
- La construction de la maison en bois, telle qu’elle existe aujourd’hui, a coûté 5500 francs; une somme supplémentaire de 6000 francs a été employée à l’achat du mobilier, des aquariums, des engins de pèche, des réactifs, des thermomètres, des loupes, etc.
- L’exploitation de la station a été réglée de la manière la plus simple. Les membres de la Société zoologique nomment, chaque année, un comité qui publie à la fin de l’année une relation des travaux et rend compte de l’emploi des fonds.
- Bien que les moyens d’action de la Commission zoologique soient des plus restreints, ses membres n’en ont pas moins entrepris d’importants travaux. Pendant la campagne au Helder, M. Hubrecht s’occupa des poissons, M. lloek étudia les crustacés, M. Ilorst les annelés, tandis que MM. Van Harem, Noman et Sluiter se partagèrent les autres invertébrés; M. Hoek a entrepris à Bergen-op-Zoom scs intéressantes recherches sur l’embryogénie de l’huître comestible, II. E. Sauvage.
- LA STATION PHYSIOLOGIQUE DE PARIS
- Depuis qu’il a assuré le développement de l’instruction primaire, notre gouvernement s’occupe de l’enseignement supérieur à son tour; il encourage les savants et leur fournit les moyens de multiplier leurs découvertes afin d’augmenter la gloire, la force et la richesse du pays.
- En effet, les questions scientifiques sont intimement liées aux problèmes économiques, ou pour mieux dire les dominent. Un peuple soucieux de garder son rang, doit apporter encore plus de sollicitude à la bonne utilisation de ses forces intellectuelles qu’à l’organisation de son travail et de son industrie, car le progrès dans l’ordre matériel s’arrête bien vite si la science ne lui ouvre pas sans cesse des routes nouvelles.
- On a vu, dans ces dernières années, se créer de toutes parts des établissements en rapport avec les besoins nouveaux de la science. Les laboratoires, où pourtant de si grandes découvertes ont été faites, sont devenus insuffisants à certains égards : ainsi, dans l’étude des corps organisés comme dans celle des forces physiques du globe, on est bientôt arrêté si l’on ne peut aller observer la nature dans son propre domaine.
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- La nécessité d établissements spéciaux s’imposait d’elle-même pour certaines sciences, pour la météorologie, par exemple. Plus tard, les naturalistes ont senti à leur tour l'insuffisance des moyens dont ils disposaient. Les stations maritimes et les jardins d’acclimatation, les champs d’expérience, les stations d’agronomie, de chimie végétale ou de médecine expérimentale, toutes ces créations nouvelles répondent à de nouveaux développements de certaines branches de la science.
- La physiologie, à peu près seule, était jusqu’ici réduite à ses laboratoires; ce sont, en France du moins, des locaux tristes, pauvres et malsains, où des chercheurs se condamnent à vivre, dans le seul espoir de découvrir les propriétés des tissus et les fonctions des organes vivants. C’est là qu’on détermine l’action des médicaments sur l’organisme vivant, celle des poisons et des différents agents chimiques et physiques. C’est là qu’au moyen des vivisections, ou par l’emploi d’instruments délicats et précis, on analyse le mécanisme intime des fonctions de la vie.
- Cet état de dénuement ne saurait se maintenir. 11 est clair qu’avec les moyens restreints dont elle dispose, confinée dans d’étroits espaces et réduite à opérer sur quelques animaux inférieurs, la physiologie ne tarderait pas à rester en arrière des autres sciences. En tout cas, elle devrait renoncer à atteindre son entier développement; elle laisserait sans applications pratiques les notions qu’elle a acquises au prix de tant d’efforts. Citons un exemple parmi beaucoup d’autres.
- Les physiologistes ont fait depuis un demi-siècle de très nombreux travaux sur les systèmes nerveux et musculaire. On a appris à distinguer les nerfs de sensibilité et ceux de mouvement ; à déterminer le trajet de ces deux sortes de nerfs dans les différentes parties du corps ; on sait comment les excitations agissent sur ces organes suivant leur intensité ou leur nature ; on a mesuré la vitesse avec laquelle chemine dans les nerfs et dans la moelle épinière cet agent encore mystérieux qui va porter aux muscles les ordres du mouvement ; on a décomposé l’action des muscles eux-mêmes en ses éléments intimes, •sortes de vibrations onduleuses qui cheminent le long de la fibre musculaire; enfin, on a étudié la nature des contractions et l'on sait comment la fatigue, la chaleur, le froid, les poisons, etc., modifient les caractères de ces mouvements.
- D’autre part, en abordant les conditions mécaniques de la locomotion animale, on a déterminé, au point de vue cinématique, les caractères des divers mouvements chez l’homme et chez les animaux; on a classé, suivant leurs genres, les différents leviers osseux du squelette, déterminé les centres et les rayons de courbure des articulations, calculé le moment des forces antagonistes qui représentent la puissance et la résistance dans la machine animale.
- 11 semble donc que tout soit prêt, et que les physiologistes n’aient plus qu’à faire l’application de ces
- études aux différents problèmes de la vie pratique. Ils vont nous apprendre, sans doute, à utiliser le mieux possible le travail musculaire de l’homme et des animaux domestiques; ils fixeront les règles qui doivent présider aux exercices physiques des jeunes gens, aux travaux professionnels des ouvriers, aux manœuvres des soldats.
- Malheureusement il n’en est pas ainsi. Dans les étroites conditions où ils sont placés, les physiologistes n’ont guère pu étudier les fonctions de la vie sur l’homme ni sur les grandes espèces animales ; en outre, leur méthode ordinaire, la vivisection, qui a fait faire tant de découvertes sur les propriétés des tissus et sur les fonctions des organes isolés, ne peut servir à connaître le jeu régulier de la vie normale.
- L’auteur de cet article a passé de longues années à chercher des méthodes et des appareils capables de traduire fidèlement les signes extérieurs des fonctions de la vie. Les pulsations du cœur ou des artères, les mouvements respiratoires, les contractions des muscles s’inscrivent d’eux-mèmes avec ces appareils, et livrent à l’analyse des- courbes où sont traduits les moindres détails des mouvements. D’autres instruments ont pour objet l’inscription du chemin parcouru par un homme ou par un animal ; celle des efforts développés en fonction du temps, etc.J. Plus récemment la photographie instantanée est venue compléter la connaissance des mouvements physiologiques, de sorte qu'on peut aujourd’hui résoudre aisément la plupart des problèmes de la mécanique animale.
- Mais si les méthodes étaient perfectionnées, si des appareils nouveaux étaient créés, toutes les difficultés n'étaient pas encore levées, puisque ce n’est pas dans les laboratoires ordinaires de physiologie qu’on peut étudier les mouvements d’un oiseau qui vole, d’un cheval lancé au galop, ni même ceux d’un homme qui marche, court ou se livre à quel-qu’autre exercice musculaire. C’est en vue de ces recherches sur la physiologie de l’homme et des animaux que fut créée la Station physiologique dont on va donner la description.
- Le Conseil municipal de Paris pouvait seul disposer d’un terrain suffisant pour ce genre d’expériences : un espace très convenable existe avenue des Princes, près la porte d’Àuteuil. Avec la générosité qu’il montre toujours quand il s’agit de questions scientifiques, le Conseil accorda la disposition de ces terrains et vota même une subvention pour couvrir une partie des frais d’expériences. D’autre part, M. Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, plaida chaleureusement devant les Chambres en faveur de l’établissement projeté. Une loi du mois d’août 1882 accordait les sommes destinées à la construction des bâtiments indispensables. Les travaux furent poussés avec activité pendant l’automne et 1 hiver derniers ; et dès le mois de mars, les expé-
- 1 Voir pour la description des appareils enregistreurs, La Méthode graphique, in-8°. — Paris, 1878.
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- riences commencèrent à la Station physiologique *.
- Le nombre des applications pratiques de la physiologie est infini ; mais, dans ce vaste ensemble, il y a certaines questions dont la solution est prochaine, certaines autres pour lesquelles rien n’est encore préparé.
- L’aménagement de la Station physiologique, tout en prévoyant des besoins ultérieurs, est actuellement disposé pour l’étude de la mécanique animale; et les expériences en cours d’exécution se rapportent à la locomotion humaine.
- Les questions qui se présentent tout d’abord sont les suivantes :
- 1° Déterminer la série des actes qui se produisent dans la locomotion humaine avec ses différents types : marche, course, saut;
- 2° Chercher les conditions extérieures qui modifient ces actes, celles, par exemple, qui augmentent la vitesse de l’allure ou la longueur du pas et qui exercent ainsi une influence favorable ou défavorable sur la locomotion de l’homme;
- 5° Mesurer le travail dépensé à chaque instant dans les différents actes de la locomotion, afin de chercher les conditions les plus favorables à la bonne utilisation de ce travail.
- La photographie instantanée et différentes autres
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la Station physiologique.
- applications de la méthode graphique servent à résoudre ces questions, toutes inaccessibles à l’observation directe.
- Avant d’entrer dans le détail des expériences, nous indiquerons^ la disposition générale de la Station physiologique ; la figure 1 en montre dans son ensemble le terrain et les bâtiments.
- Une route circulaire et parfaitement horizontale
- 1 Les lecteurs de La Nature connaissent déjà quelques-unes de ces expériences; ils trouveront même dans les volumes des années précédentes l’exposé de certains travaux qui doivent être repris et continués dans des conditions plus favorables et avec une plus grande précision. De ce nombre sont les expériences sur la locomotion de l’homme, sur les allures du cheval, sur les moyens d’utiliser le plus complètement possible le travail de traction du cheval eu modifiant le système d’attelage, etc.
- est inscrite dans un terrain planté en pépinière par* la Ville de Paris. Cette route est formée de deux pistes concentriques, l’une intérieure, large de 4 mètres est destinée aux exercices du cheval; la piste extérieure est affectée à l’homme.
- Tout autour de ces pistes règne une ligne télégraphique dont les poteaux sont espacés de 50 mètres entre eux. Chaque fois qu’un marcheur passe au-devant d’un poteau, il se produit un signal télégraphique et ce signal s’inscrit dans une des pièces du bâtiment principal. Nous parlerons plus tard de ce genre d’inscription automatique au moyen duquel on connaît à chaque instant la vitesse du marcheur, ses accélérations ou ses ralentissements et jusqu’à la fréquence de ses pas.
- Au centre de la piste est un poste élevé dans
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- lequel un tambour mécanique règle le rythme des allures. Ce tambour est actionné par une ligne télégraphique spéciale émanant aussi d’une des pièces du grand bâtiment où le rythme est réglé par un interrupteur mécanique.
- Du centre de la piste part également une petite voie ferrée sur laquelle roule un vagonnet formant chambre photographique; de l’intérieur de cette chambre on prend une série jd’images instantanées des hommes ou des chevaux dont on veut analyser les allures. Ces photographies sont prises quand le marcheur passe au-devant d’un écran noir dont la description a déjà été donnée dans ce journal. Enfin, les études dynamographiques destinées à mesurer le
- travail dépensé dans les différents actes musculaires sont faites au moyen d’appareils qui seront décrits ultérieurement.
- 1° Photographies instantanées. — Les lecteurs de La Nature connaissent déjà dans ses détails l’histoire des applications de la photographie instantanée à l’analyse de la locomotion de l’homme et des animaux; ils ont vu, dès leur apparition, les belles images obtenues par M. Muybridge qui a réussi à photographier le cheval de course lancé à toute vitesse ; ils savent enfin comment, pour les besoins de l’analyse physiologique des mouvements, nous avons substitué aux appareils multiples de M. Muybridge un appareil unique donnant sur une même plaque
- les positions successives d’un homme ou d’un animal aux différents instants de son passage devant l’écran noir1. Nous aurons cependant à revenir sur ces expériences pour faire connaître certains perfectionnements nouveaux qui rendent les figures plus nettes, les mesures des temps plus précises et qui, multipliant presque indéfiniment le nombre des images, donnent l’analyse complète de toute sorte de mouvements.
- La disposition adoptée à la Station physiologique pour la photographie instantanée des mouvements comprend deux parties distinctes : d’une part, l’appareil photographique avec la chambre roulante qui le renferme; d’autre part, l’écran noir sur lequel se
- 1 Voy. pour l’exposé de la méthode et des expériences, La Nature, 1882, 2e semestre, p. 115.
- détachent en blanc les hommes ou les animaux dont on prend les images, ainsi que les instruments destinés à mesurer les espaces parcourus entre deux images successives et les temps employés à les parcourir.
- La figure 2 représente la chambre photographique dans laquelle se place l’expérimentateur. Cette chambre est montée sur roues et se déplace sur un chemin de fer de manière à s’éloigner ou à se rapprocher de l’écran, suivant les objectifs qu’on emploie et suivant la grandeur des images que l’on veut obtenir. En général, il est avantageux de placer l’appareil photographique assez loin de l’écran, à 40 mètres environ. De cette distance, l’angle sous lequel se présente le sujet dont on prend les images change peu pendant la durée de son pas-
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- sage au-devant de l’écran noir. De l’extérieur de cette chambre se voient les vitres rouges par lesquelles l’opérateur peut suivre les différents mouvements qu’il étudie; un porte-voix lui sert à commander les différents actes qui doivent être exécutés. La paroi antérieure de la chambre est enlevée dans la figure 2 pour laisser voir un disque tournant, muni d’une petite fenêtre à travers laquelle la lumière pénètre, d’une manière intermittente, dans l’objectif photographique. Ce disque est de grande dimension : lm,30 de diamètre, et la fenêtre dont il est percé ne représente qu’un centième de sa circonférence. Il suit de là que si le disque fait dix tours par seconde la durée de l’éclairement n’est que d'un millième de seconde. Le mouvement est imprimé au disque par un rouage qui se remonte avec une manivelle et qui est actionné par un poids de 150 kilogrammes placé en arrière de la chambre roulante. Un frein permet d’arrêter le mouvement du disque ; un timbre manœuvré de l'intérieur sert à commander à un aide, soit la mise en marche, soit l’arrêt du disque.
- La figure 3 montre la disposition intérieure de la chambre roulante : un arrachement d’une des parois latérales laisse voir l’appareil photographique A posé sur une console et braqué devant l'écran. Cet appareil reçoit des plaques sensibles longues et étroites dans lesquelles l’image de l’écran tout entier est exactement contenue. Les plaques qui nous ont donné les meilleures images pour les très courtes poses, sont celles de Van Monckhowen de Gand, et celle de Melazzo de Naples. En B est le disque tournant qui produit les éclairages intermittents ; en D un obturateur à volet qu’on soulève verticalement au début de l’expérience et qu’on laisse retomber à la fin, pour ne laisser entrer la lumière dans les appareils que pendant le temps strictement nécessaire. E est une large fente qui démasque au-devant de l’objectif le champ dans lequel se passent les mouvements qu’on étudie.
- L’obscurité qui règne dans la chambre roulante permet d’y manipuler à l’aise les plaques sensibles et de les changer à chaque nouvelle expérience.
- E. J. Marey (de l’Institut).
- — La suite prochainement. —
- HISTOIRE DE LÀ MARINE
- A notre époque on connaît et surtout l’on parle de tant de choses diverses, on voit représenter ce qui se voit ou se passe dans tous les pays, de sorte que les objets passent comme un train de chemin de fer et ne peuvent être réellement appréciés. Le désir de connaître du nouveau n’en est que plus excité, et ce qui est de longue date doit se présenter d’une manière très concise pour parvenir à trouver place au milieu des nouveautés. C’est ce qui rend les résumés intéressants, surtout lorsqu’il s’agit de ce que l’on connaît peu ou point et que l’on passe outre, si
- un coup d’œil ne suffit pas. Aussi sera-t-il peut-être de quelqu’intérêt de reproduire, très en petit, l’histoire de la navigation pendant les siècles passés, en représentant sur les pages de La Nature,ce quia successivement servi à l’homme pour sortir de son coin de terre, aller sonder l’inconnu des mers, en affrontant l'inconnu et scs périls, et en fin de compte pour être arrivé à connaître tout et à jouir de tout ce que produit notre planète. Cela présente d’autant plus d’intérêt historique, que le monde tend à devenir uniforme dans ses costumes, ses engins et surtout ses navires. C’est une suite naturelle de la facilité des communications les plus lointaines, auxquelles le navire a contribué pour la plus grande part, depuis qu’il ne craint plus les tempêtes et que la vapeur fait remplacer par des jours ce qui coûtait des semaines à parcourir avec les voiles.
- Or le Musée de Marine est actuellement un résumé des efforts de l’industrie des siècles, en ce qu’il contient non seulement ce que les peuples les plus civilisés ont produit, mais aussi les efforts si limités des peuples sauvages, auxquels l’ignorance de la production des métaux a imposé les mêmes limites d’action et les mêmes matériaux qu’à nos ancêtres des âges de pierre et de bronze.
- Cette collection, plus unique en son genre que celle des statues ou des tableaux, amène à remarquer que les mêmes limites d’action et les mêmes matériaux produisent les mêmes résultats, quelle que soit l’époque et en voyant que jadis, on n’a eu chez nous que des pirogues creusées dans un arbre, on est porté à conclure que, puisqu’il y a encore des peuples isolés qui en sont là, tandis que d’autres sont graduellement plus avancés, il est possible de se faire une histoire maritime chronologique, par un parcours géographique dans le Musée de Marine. Ainsi partant de l’orient du Grand-Océan, on a toutes les pirogues d’un âge de pierre, puis sur les mers tranquilles des Malais l’usage des rames il y a peu d’années encore ; en Chine et au Japon des navires purement à voiles propres à leur mer agitée. Puis après avoir passé l’Inde, dont la population sédentaire n’a jamais joué de rôle maritime, on trouve encore chez les Arabes, nos anciens maîtres pour plusieurs sciences, les navires qui mettaient l’Occident en rapport avec l'Orient avant la découverte de la route par le Cap, et qui, au dix-septième siècle étaient encore cités pour leur perfection. Ils produisent aussi une sorte de trait d’union entre l’imperfection primitive et ce qu’on est appelé à voir en Europe, la terre de toutes les perfections modernes. On peut donc dire qu’en suivant la voie indiquée, le Musée de Marine permet de parcourir chronologiquement l'histoire générale de la marine, en le suivant géo • graphiquement depuis les îles Sandwich jusqu’à nos ports.
- Ce vaste résumé en modèles est trop étendu pour être représenté sur une seule feuille de papier, et comme on s’intéresse à ce qui nous appartient, il a été sage de se borner, jusqu’à présent, à former un ensemble
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- de ce qu’on peut appeler la marine européenne groupée sur une feuille.
- Elle part aussi d’une pirogue lacustre, trouvée récemment dans le lac de Neuchâtel. C’est à cela que tous les peuples des mers agitées ont été bornés plug longtemps que ceux dont les beaux climats permettaient d’oser davantage et par suite de perfectionner. Aussi est-ce chez les Egyptiens, qui ont précédé tous les peuples, que l’on trouve des traces des anciens navires conservées sur la pierre de leurs monuments. On voit alors la rame presque exclusivement employée ; la voile n’étant qu’un auxiliaire, Ninive montre des rames sur deux étages, ainsi que des sculptures de Rome et d’Athènes. Le gouvernail n’est qu’un aviron maintenu sur le côté du bateau et la voile toujours rectangulaire est suspendue par le milieu de sa vergue. Il n’y a pas de traces de moyens d’en réduire la surface.
- Après le long espace de temps de la barbarie, on voit revenir le navire à rames, il est toujours bas sur l’eau, pour que les avirons puissent émerger facilement, et long, tant pour mieux fendre l’eau, que pour donner assez de place aux avirons, que la faiblesse des bras de l’homme forçait à multiplier. Chez les Anciens ce fut en les plaçant sur des rangs superposés dont on a exagéré le nombre d’une manière impossible ; puisque même en le bornant à trois, il y a eu maintes hypothèses pour trouver de la place aux hommes, et que la seule tentative de résolution du problème a été celle de la trirème construite par ordre de Napoléon III. Le moyen âge employa des rames multiples ; mais en plaçant les hommes sur le même banc et la galère eut ensuite des avirons uniques sur lesquels on appliqua les efforts de cinq et même de neuf hommes, l’aviron de cette sorte s’appelait scaloccio et resta seul usité, on le voit sur le modèle de la Galéasse.
- La partie gauche du tableau (fig. 1) montre clairement les transformations du navire à rames depuis la limite de notre histoire, jusqu’à il y a environ 200 ans. Sa comparaison avec la partie droite, consacrée à l’Océan, fait voir l’ignorance complète de l’histoire maritime de cette partie de l’Europe, puisque le premier document tracé appartient à la tapisserie de Beauvais, c’est-à-dire à l'époque de Guillaume le Conquérant. A cette tapisserie on n’a pu ajouter que des sceaux de villes ou de seigneurs. Mais tous montrent en petit le château féodal transporté sur les extrémités du navire avec ses créneaux et jusqu’au sommet des mâts pour les archers. L’aviron ne paraît pas, il convient peu aux mers agitées et le navire n’a de moteur que des voiles carrées, souvent couvertes de broderies avec le luxe des armures des chevaliers. Tous ces navires n’ont de gouvernail qu’une grosse rame sur le côté, et ils ne montrent pas de traces de nos méthodes modernes de réduire à volonté la surface des voiles. On retrouve encore chez les Malais une partie des types de ces anciens navires, construits pour des expéditions militaires plutôt que pour étendre un peu loin leur navigation.
- Vient ensuite une incertitude complète même pour les navires qui ont joué le plus grand rôle en conduisant saint Louis en Syrie, et Gaina au delà du Cap des Tempêtes, pour ouvrir une route nouvelle et remplacer celle parcouruepar les caravanes et les navires arabes. On n’est guère plus certain de la nature du navire de ChristopheColomb, laSanta Maria, sur laquelle il trouva de nouvelles terres, qui furent bientôt un continent et cela en allant à larecherche des terres de Marco Paolo. On a beaucoup discuté sur ces caravelles de Colomb,et on admet qu’elles devaient ressembler à un joli dessin de la Bibliothèque Nationale, qui est reproduit par la ligure du bateau de 1450-Ce dessin nous montre la voile triangulaire, que nous nommons latine, mais qui ne fut pas usitée par les Anciens et n’a paru chez nous qu’à l’époque des Croisades. Peut-être nous est-elle venue des Arabes, qui en ont encore une presque semblable.
- Viennent ensuite les vaisseaux avec lesquels les Hollandais supplantèrent les Portugais dans l’Orient et qu’ils perfectionnèrent assez pour avoir été longtemps les maîtres en construction. Ils durent à cette science nouvelle et à leur courage, de résister seuls sur mer, à l’Angleterre et à la F rance réunies, alors que celle-ci envahissait leur pays. L’aspect des deux côtés de la ligne de séparation montre la différence produite par les mers, d’un côté les eaux plus tranquilles ont produit le navire bas et long qui reçut le nom de subtile et qui domina longtemps la Méditer-rannée avec ses rames, entre les mains des Génois et des Vénitiens jusque sous Louis XIV, et de l’autre le navire rond, qui gros, court et très élevé sur l’eau se trouva plus assorti aux vagues de l’Océan et n’employa guère que les voiles, dont la manœuvre exigeant peu de bras, permit les longs trajets sur mer, interdits aux galères par la nourriture de leur nombreuse chiourme. Cette division, marquée par la ligne tracée au milieu de la planche, a subsisté jusqu’à ce que la disposition des voiles et l’art de les manœuvrer fussent parvenus à être assez parfaits, pour se fier au vent seul, et l’on peut dire que c’est à cet art de manœuvrer les voiles qu’est due la connaissance du monde, que la galère n’aurait jamais pu parcourir. C’est aussi cette cause, qui, en ne permettant pas d’agrandir le navire, lui a fait porter de lourds et nombreux canons, pour le transformer en une citadelle flottante, aussi redoutable que les châteaux avant et arrière des navires du moyen âge l’étaient peu. On voit combien les navires devinrent élevés sur l’eau ; mais aussi combien l’imperfection de l’artillerie les força encore à des défenses intérieures, en braquant de petites pièces sur des assaillants que les gros canons n’avaient pu forcer à se tenir assez éloignés pour éviter l’abordage. Ainsi les canons des hunes liraient dans le navire et, en 1600, il est question des parties du pont que l’on pouvait faire sauter, ou basculer, pour faire tomber les assaillants et les fusiller.
- Tous ces navires ont des voiles carrées, quelques-uns les superposent et les serrent dans leurs hunes,
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- MEDITERRANEE.
- Pirogue lacustre (long^ô™)
- OCEAN.
- E. Moi^jlu 5c
- Fig. 1 — Les navires depuis la pirogue lacustre jusqu'aux vaisseaux à voile du dix-septième siècle. (D’après les modèles du Musée de la marine.)
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- Fig. 2. — Les navires depuis la galéasse du seizième siècle jusqu’aux navires à voile du dix-neuvième siècle. (D’après, les modèles du Musée de la marine.)
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- mais pas sur les vergues, comme on a eu l’adresse de le faire depuis. Ils ne diminuent la surface qu’en enlevant les lacets, qu'unissent des toiles inférieures ; mais ils ont le gouvernail à gonds, dont il est difficile de fixer l’époque, et qui est une invention importante, qui parait appartenir à l’Europe, ainsi que la manière actuelle d’assortir les voiles à la force du vent en prenant des ris. Ces inventions ainsi que les voiles superposées ne sont pas sorties des mains des Européens pendant très longtemps et on n’en voit encore que de rares imitations dans les pays lointains de l'Orient. Elles ont beaucoup contribué à permettre d’agrandir le navire en lui donnant un moteur plus puissant et par suite de mieux affronter les tempêtes tout en franchissant de plus grandes distances. Depuis deux cents ans, elles ont permis de manœuvrer des navires à cinq ponts superposés, dont quatre garnis de canons, pesant 4 500 000 kilogrammes et déployant presque 4500 mètres carrés de toile, que l’homme est arrivé à maîtriser par tous les temps avec ses faibles mains. 11 a fallu que la machine à vapeur, devenue rapidement adulte, produisît des forces que la fable n’aurait guère osé donner aux Titans, pour entraîner des masses comme les cuirassés moiemes et le Grand Eastern.
- La seconde feuille (fig. 2) représente les perfections maritimes en tout genre: la Galère armée de canons, ainsi que la Galéasse, arrivée à ne plus changer jusqu’à sa disparition de la scène maritime, la voile latine assortie à la Méditerranée et qui continue à être usitée sur les élégants chebecs, jusqu’au commencement de notre siècle, présentant ainsi les derniers restes d’une marine spéciale effacée par l’adoption des types propres à toutes les mers, que représentent les dernières lignes du tableau.
- Le vaisseau de guerre fut perfectionné en France sous Louis XIII et on en trouve un historique complet dans l’ouvrage, original et savant pour son époque, d’un jésuite. Ce livre a une planche reproduite par la figure (France 1660), qui représente La Couronne, que montèrent MM. D’Harcourt, de Brézé et l’archevêque de Bordeaux, Mgr de Sourdis, qui commanda l’une des escadres du roi. On en publiera un tracé géométrique qui permettrait d’en faire un modèle. Ce vaisseau montre un mélange des voiles de l’Océan et d’un reste des usages de la Méditerranée, par son avant, long et bas, ainsi que son arrière d’une hauteur exagérée : deux excès qui n’ont été successivement amoindris qu’après de longues années, comme on peut le voir en examinant le vaisseau Hollandais de 1680 et le brillant Royal-Louis de 1692 que Tourville montait au combat héroïque de La Ilougue. On voit que la voilure est très étendue, la manœuvre plus facile. H n’y a que le beaupré qui n’est ni bien placé, ni assez soutenu par des cordes, parce qu’on tenait encore beaucoup à défendre les extrémités du navire. C’était nécessaire, puisque de calme le vaisseau était immobile,
- tandis que la légère galère prenait les positions qu’elle voulait : mais elle était déjà trop faible en artillerie et elle ne pouvait grandir pour en porter davantage au point qu’on avait renoncé à la Galéasse qui l’avait tenté. Le rameur restait aussi faible et son appareil de rames tenait autant de place. En 1683 un vaisseau, nommé Le Bon, et qui devait ressembler à La Couronne, fut attaqué par sept galères espagnoles auxquelles 23 autres s’ajoutèrent, et il aurait peut-être succombé sans une petite brise qui s’éleva. Mais c’était déjà une preuve évidente de la transformation que le navire de guerre venait d’éprouver ; car c’étaient 12 000 à 14 000 hommes contre 600 ou 800. Aussi le rôle des galères ne fit que décliner à mesure que le vaisseau se perfectionna et leur dernier fait d’armes se borna en 1632 à remorquer les vaisseaux de Duquesne sous les murs d’Alger. Gênes et Venise, presque disparues de la scène maritime, en conservèrent cependant sous des toitures où elles se conservèrent d’une manière qui fait regretter de ne pas voir mettre les vaisseaux à sec au lieu de borner leur dorée à une douzaine d’années sans grandes réparations. Il est probable que la dernière galère a été employée dans la mer Noire par les Russes jusqu’en 1796. On en a publié le plan dans les souvenirs de marine conservés.
- En suivant l’ordre des dates, on voit les traces de la galère s’effacer de plus en plus, les arrières s’abaisser, le milieu et les avants s’élever pour devenir de niveau; la voilure prend une étendue qu’elle n’a guère surpassée, les manœuvres ont de bonnes directions et la mâture est solidement tenue par de nombreux haubans et des étais ; le beaupré seul n’est pas encore bien maintenu, à cause de l’importance accordée à la voile qu’il porte en dessous. Le Sans-Pareil de 1770 aurait paru sur nos rades, qu’il aurait eu fort peu à envier et il aurait tout éclipsé par la splendeur de ses ornements. Aussi remarquera-t-on fort peu de différence avec Le I Wagram de 1800 et ce même genre de vaisseau j modifié dans ses hauts, Le Montebello de 1835, qui ; termine la série des beaux vaisseaüx à voiles depuis deux cents ans. A côté du plus puissant des navires s’en trouvaient de moindres ; tels que les vaisseaux de 80, de 74 et enfin les frégates qui pour l’ensemble ne différaient que par le nombre de rangées de canons. Enfin les corvettes n’en avaient que sur le pont, tous avaient trois mâts ; mais l’avantage de la division des voiles a une limite et, en diminuant de grandeur, les navires devenaient des bricks à deux mâts, ou des goélettes à voiles en forme de trapèze et enfin les cotres à un seul mât.
- La série des figures fait apprécier ces changements et permet d’admirer les résultats des efforts de la science et de l’industrie humaine pendant les derniers siècles. A cela s’était ajouté des soins intérieurs et un ordre admirable, qui avaient rendu le séjour de la mer aussi salubre que celui des habitations à terre et qui contrastait avec les maladies qui, au commencement du siècle, faisaient encore de la
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- navigation un jeu de fortune presqu’aussi dangereux j que la guerre. Tout cela était l’œuvre de l’homme, le résultat de son adresse, de l’ensemble de ses efforts : c’est lui qui maîtrisait une voilure dont la surface était parfois de 4500 mètres carrés qui déployés en l’air donnaient au vaisseau l'élendue d’une cathédrale vue de côté, c’était lui qui utilisant les circonstances des vents arrivait sûrement au but; jamais l’intelligence et le courage ne se sont mieux montrés; mais aussi que de tours d'adresse et d’audace se faisaient sur les vergues quand le temps était mauvais ! La machine n’était pas encore venue se mêler aux efforts de l’homme et c’est arrivé à ce point de perfection que le vaisseau à voiles s’est vu déprécié ; le majestueux trois ponts, l’élégante frégate ont été le chant du Cygne de la marine à voiles, peut-être aussi celui de son intelligent officier et de son vaillant matelot; l’adresse et l’audace sont remplacées par la fatigue et la saleté; la fumée noircit les voiles ; on renonce même à les employer ; mais à ce prix le calme et le vent contraire deviennent aussi inconnus qu’ils produisaient jadis de contrariétés. Aussi arrive-t-on à ajouter au navire une machine et il réunit toutes les qualités. 11 va même tenter de devenir invulnérable en se couvrant de fer. Mais la science moderne a préparé un reptile terrible : la torpille, et le lion devra redouter le petit serpent. L’Amiral Paris (de l’Institut).
- LE BLANCHIMENT PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Nous avons signalé sommairement à nos lecteurs, dans le numéro du 7 juillet dernier, les expériences de MM. Naudin et Bidet sur l'électrolyse du chlorure de sodium. Le mémoire de ces chimistes ayant paru in extenso dans le Bulletin de la Société Chimique de Paris1, nous en détachons la relation d’essais de laboratoire exécutés en vue du blanchiment des matières textiles par l’électrolyse du chlorure de sodium.
- Ce n’est point d’aujourd'hui qu’on tente la séparation du chlore et du sodium par l’électricité. Nous en retrouvons la trace manifeste dans des brevets pris en France et à l’étranger, il y a plus de trente .ans.
- Mais, disons-le de suite, les inventeurs se sont heurtés à,des difficultés telles qu’on a dû, jusqu’à présent du moins, regarder la solution de ce problème comme impossible.
- Il est de fait que depuis l’application des procédés Weldon à l'industrie du chlore, le bas prix de cet agent semble défier toute concurrence.
- Le calcul montre, en effet, et l’expérience confirme, que la quantité d’électricité nécessaire pour dissocier un équivalent de chlorure de sodium coûte actuellement plus cher que le prix d’une quantité
- 1 T. XL, p. 1, 1883
- équivalente de chlore et de sodium (ce dernier compté comme soude) préparés par les anciens procédés.
- M. Laurent Naudin a tourné la difficulté. A la suite d’un travail sur la désinfection des alcools par l’électricité1, il eut l’idée d’appliquer, avec des modifications, la même méthode à la décoloration des matières textiles *.
- Seulement au lieu de chercher, comme ses devanciers, à isoler le principe actif du sel marin,il a imaginé une machine à circulas fondée sur le principe suivant :
- Electrolyser une solution de chlorure de sodium (de l’eau de mer, par exemple), l’envoyer à l’aide d’une pompe sur la matière à blanchir, la reprendre après réaction pour l’éleetrolyser et l’envoyer de nouveau sur les textiles et ainsi de suite jusqu’à blanchiment complet.
- M. Naudin partait de ce fait que puisque dans toute opération chimique rien ne se perd, rien ne se crée, on pouvait, en tenant compte bien entendu des pertes inhérentes aux manipulations industrielles, faire servir indéfiniment une même quantité de chlore. En effet, quelle que soit la théorie de la décoloration, encore fort obscure dans son mécanisme, le chlore au contact de la matière organique se transforme rigoureusement en une quantité équivalente d’un composé chloré (acide cblorydrique ou autre) perdu dans les lavages qui suivent l’opération principale et susceptible de donner du chlore actif par électrolyse.
- On n’aurait plus ainsi à chaque opération qu’une très faible quantité d’électrolyte à dépenser, le même chlore servirait sans cesse d intermé .iaire à l’oxydation et les frais de traitement seraient par conséquent réduits.
- C’est en vue d’établir scientifiquement la possibilité de cette idée et de préciser les conditions de traitement en grand que MM. Naudin et Bidet ont institué une série d’expériences sur l’électrolyse du chlorure de sodium.
- Voici celles qui ont trait directement à la question qui nous occupe.
- Les auteurs ont d’abord cherché à étudier la marche de la réaction dans un appareil construit de manière à séparer les produits formés aux deux pôles.
- Pour cela ils ont fait usage de deux éprouvettes AA7 (fig 1) reliées entre elles par un syplion à robinet S. Bans ces éprouvettes plongent les deux électrodes P et N.
- Comme il est nécessaire, après chaque prise d’essai, faite en O et O' pour l’analyse des produits, de maintenir une même surface d'électrolyse, la tige de chaque électrode peut glisser à frottement doux dans les bouchons en liège fermant l’ouverture de chaque éprouvette.
- 1 Voy. notre numéro 443 de novembre 1884.
- 2 Brevet du 9 juin 1881.
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- La surface totale des deux électrodes est de 60 centimètres carrés.
- Trois éléments Daniell montés en tension fournissent le courant.
- Les résultats d’un tableau résumé de nombreuses expériences et que nous ne saurions reproduire en raison de son étendue, sont exprimés graphique-
- ment dans la figure 2 ; ces résultats donnent lieu aux remarques suivantes :
- 1° A partir du cinquième jour la quantité du chlore en solution Cls reste constante. A partir de ce moment, en effet, l’eau étant saturée, le chlore se dégage au fur et à mesure de sa production.
- 2° Les quantités de chlore sous forme gazeuse Cl9 vont sans cesse en augmentant.
- 3° Les rendements en chlore actif total sont très
- 21» ni,
- 0 1 Z 3 <t 5 6 7 8 9 10 11 11 13 14 15 16 17 18
- Jours Fig. 2.
- petits vu la résistance opposée par le syphon S fermant le circuit.
- Les dosages de sodium exécutés à trois intervalles égaux pendant la période d’expérimentation correspondent sensiblement aux quantités théoriques.
- Enfin la ligne de démarcation entre le chlore d’une part et la soude de l’autre s’est maintenue très nette pendant les dix-huit jours sans qu’on ait pu constater traces d’hypochlorite de soude, indice certain qu’il n’y a pas eu mélange.
- Cette expérience démontre donc la possibilité de séparer complètement le chlore de la soude.
- Une seconde expérience donne maintenant une idée très nette de ce qui se passe lorsqu’on opère l’électrolyse du chlorure de sodium sans séparer par une cloison les deux électrodes et suivant par l’analyse, ainsi qu’il a été dit plus haut, l’opération pendant dix-huit jours. On obtient au point de vue de la composition que prend le liquide les résultats exprimés graphiquement par la figure 5.
- On voit qu’en dehors du chlore qui se dégage et
- 2 5 4 5 6 ^ a 9 10 11 12 (3 H 15 16 17 16
- Jours Fig. 3.
- dont le dégagement est représenté par une parabo le le liquide est toujours composé d’un mélange d e chlore et d’hypochlorite, mélange très convenable pour la décoloration des tissus.
- Dans une électrolyse en tout semblable à celle-ci mais où les électrodes ont été séparées par un cadre de bois qui jouait non seulement le rôle de support, mais constituait en outre une matière organique sur laquelle le chlore produit était susceptible d'agir on obtient les résultats consignés dans le tableau 4 et la courbe de la figure 4.
- On voit qu’au bout de sept jours la réaction chimique ayant pris le dessus sur le phénomène électrolytique, tout le chlore actif avait disparu par
- Heures
- Fig. 4.
- suite de son action sur la matière' organique et que le chlore inactif total était redevenu égal au.chlore total initial du bain de chlorure, c’est-à-dire que si la matière organique n’eût plus été là pour détruire sans cesse les produits formés par le courant on se fut trouvé en présence d’un liquide susceptible de donner les mêmes résultats que le liquide primitif.
- Ainsi donc se trouve démontrée la rotation possible du chlore avec une force électro-motrice faible.
- Quant aux résultats- pratiques ils se poursuivent actuellement ; nous pensons pouvoir donner prochainement, à ce sujet, des détails circonstanciés.
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- LE CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN
- DE VIENNE
- Nous poursuivons les études que nous avons déjà publiées dans La Nature sur les différents types de chemins de fer métropolitains en donnant dans cette notice quelques renseignements sur le projet de Métropolitain qui vient d’être adopté à Vienne (Autriche) et dont nous reproduisons le tracé sur la ligure ci-contre. Cette étude présente actuellement un intérêt particulier : au moment où cette question, toujours pendante à Paris, est à la veille peut-être de recevoir une solution chez nous, il est intéressant d’étudier les dispositions adoptées dans les villes étrangères afin d’imiter, autant que possible, ce qu’elles ont d’avantageux.
- L’exemple de Vienne mérite d’autant plus d’être signalé, que le chemin de fer de cette ville, comme celui de Berlin, sera établi pour répondre à la fois aux deux grands services qu’on doit attendre d’un Métropolitain : desservir d’une part le trafic intérieur ou local, en amenant les voyageurs par des trains nombreux et rapides d’un point à l’autre de la ville, et autant que possible sur les points les plus fréquentés, et enfin, desservir aussi le trafic extérieur en évitant aux voyageurs à long parcours qui veulent aller au delà de la ville cette traversée en voiture .d’une gare à l’autre qui perd tant de temps et cause tant d’ennui pour peu qu’on ait quelques bagages. En outre, en desservant le trafic extérieur, le métropolitain amène les voyageurs venant du dehors jusqu’au centre même de la ville. Il permet enfin, comme on l’a signalé bien souvent déjà, aux habitants que leurs affaires ou leur emploi appellent tous les jours dans les quartiers centraux, de porter sans difficulté leur domicile dans la banlieue et de venir tous les jours à leur bureau ou à leur maison de commerce, le chemin de fer les amenant le matin et les reprenant le soir, comme cela se pratique à Londres. Le Métropolitain entraînerait ainsi, sur notre genre de vie, une réforme bienfaisante à tous égards, puisque chacun pourrait avoir à moindre prix, à la campagne, un logement plus sain et mieux aéré, les quartiers centraux où la population est forcée trop souvent de s’entasser aujourd’hui, étant réservés pour les bureaux des négociants et des grandes administrations.
- Le projet du Métropolitain adopté à Vienne a été
- dressé par M. l’ingénieur Foggerty. Ce projet a été décrit complètement dans une communication adressée l’année dernière à la Société des Ingénieurs civils, par M. Scballer. Le chemin de fer sera établi dans des conditions analogues à celles de Berlin, il traversera la ville dans les quartiers centraux en reliant toutes les gares entre elles, et il formera une courbe fermée en revenant à son point de départ par les boulevards extérieurs. 11 comprendra dans la partie centrale quatre voies dont deux seront affectées aux trains locaux et les deux autres aux trains venant de l’extérieur. M. Foggerty, qui avait collaboré cependant à la construction du Métropolitain de Londres, n’a pas hésité, malgré et peut-être à cause de cet exemple, à adopter à Vienne une solution toute différente en adoptant un chemin de fer aérien. Celui-ci sera élevé, en effet, sur des voûtes dans la partie la plus importante de son tracé,
- soit dans la traversée des quartiers bas, voisins du canal du Danube et de la Vienne, quartiers qui sont cependant les points centraux où le terrain est le plus cher, et la voie s’enfoncera, au contraire, en souterrain sous les boulevards extérieurs où sont les quartiers élevés. Comme l’observe avec raison M. Schallerj c’était le seul moyen de maintenir la voie continuellement à niveau en évitant toute pente ; il aurait fal lu accepter autrement des rampes de 1/20, et se résigner à adopter des stations souterraines avec des escaliers d’accès d’une profondeur dépassant parfois 10 mètres, ce qui serait toujours pour le public une cause de perte de temps et d’ennui. De plus, il aurait été très difficile de conduire un souterrain à travers le sous-sol de Vienne, surtout dans la partie basse où il aurait fallu creuser le gravier imbibé d’eau et éviter le réseau presque inextricable des égouts. Enfin, la traversée de la ville en plein air sera toujours bien plus agréable que celle d’un souterrain continuel, obscur et mal aéré, et les voyageurs ne s’y résignent que dans l’impossibilité absolue de faire le parcours autrement. D’ailleurs toutes les villes qui créent aujourd’hui des chemins de fer métropolitains, comme Liverpool, Rotterdam et Philadelphie n’hésitent pas à les placer sur voûtes, tandis qu’on ne voit plus d’exemple de ligne en souterrain en dehors de celle de Londres où on essaye même actuellement de diminuer partout, où on le peut, la longueur de ces tunnels. On peut arriver [ aujourd’hui à assourdir d’une manière satisfaisante 5 le bruit des trains sur les lignes aériennes en ern-
- LCGENOE.
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- ____ ChV^dc, fer existante?
- $$$$& Limites de. la ViUe/propremt dites. >/////// Limite, des Faubourgs
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- Chemin de fer métropolitain de Vienne, d’après le projet de M. Foggerty.
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- LA NÀTUKE
- ployant au besoin des voûtes en maçonnerie comme on l’a fait à Berlin, ce qui permet, en outre, d’en tirer même un revenu important par la location de ces voûtes pour des installations de boutiques : on compense ainsi, dans une certaine mesure, l'aggravation des dépenses qu’entraîne la ligne aérienne.
- Le Métropolitain de Vienne comprend les trois principales sections suivantes qui constituent un anneau fermé :
- 1° Une première section allant de la gare François-Joseph au pont d’Aspern en suivant le canal du Danube.
- 2° Une section allant du pont d’Aspern à l’abattoir de Mindling en suivant la Vienne; le tracé de la voie ferrée y sera établi de manière à se concilier avec les projets de régularisation de cette rivière.
- 5° Une dernière section partant de l’Abattoir et retournant à la gare François-Joseph par les boulevards extérieurs qu’elle suit en souterrain sur une partie de son parcours.
- L’anneau central du Métropolitain présente une longueur de 15 kilomètres avec 19 stations; on estime que le parcours total serait fait en 58 minutes, l'arrêt dans les stations étant d’une demi-minute seulement. Les trains se succéderaient toutes les 4 ou 5 minutes.
- Cet anneau central sera relié d’autre part par des embranchements spéciaux à toutes les gares de la ville, de manière à permettre le passage des trains venant de l’extérieur :
- On aura ainsi les embranchements suivants :
- 1° De la gare Lichtenstein à la gare François-Joseph ;
- 2U De la station llossau aux gares Nord-Ouest et Nord.
- 5° Du pont d’Aspern à la station Rothenstern et à la gare du Nord;
- 4° Du pont d’Aspern vers le cimetière central et les gares Etat et Sud;
- 5° De l’Abattoir à Gumpendorf par une ligne qui ira rejoindre le chemin de fer Elisabeth à la station Penzing et enfin de la station Pont de Lobkowitz à la gare de Hiezing.
- On aura ainsi, en comptant les embranchements, 25 stations sur le chemin de fer métropolitain qui se trouveront dès lors reliées avec toutes les lignes de chemin de fer de l’empire et pourront comme à Londres donner des billets pour une station quelconque de ces lignes.
- La gare centrale du Métropolitain sera installée, comme l’indique le plan, sur le quai François-Joseph, et elle pourra recevoir les trains de toutes les lignes qui aboutissent à Vienne. Elle sera munie de 6 voies, dont 4 seront affectées au transit extérieur.
- Cette gare sera établie au premier étage au-dessus d’un terrain couvert dans lequel on pourra installer facilement un marché aux lleurs par exemple, et elle occupera une superlicie de 7000 mètres carrés.
- La hauteur moyenne des voies au-dessus du sol
- sera maintenue à 4m,50, et les différentes gares seront toujours installées sur les viaducs mêmes au croisement des rues pour ne pas gêner la circulation.
- La voie aura naturellement la largeur normale de lm,4i; les rails en acier amont un poids de41k,6 par mètre courant.
- La voie restera presque toujours horizontale et ne dévia pas dépasser la pente de 16,6 millimètres en ligne courante, 5 millimètres dans les stations intermédiaires et 2,5 millimètres dans les stations où se composeront les trains.
- Sur la longueur totale du réseau on prévoit 8k,786 sur viaducs en fer, 0k,160 sur viaducs en maçonnerie, 5k,245 en tranchée, lk,500 en remblai, 0k,449 en tunnel, 0k,085 en tranchée couverte et Ük,264 à niveau du sol.
- La question du mode de traction a fait l’objet de longues discussions à la suite desquelles on s’est décidé à adopter la locomotive sans foyer système Frank Cette machine présente en effet l’avantage d’ê re d’une conduite facile, de se réchauffer vite sans trop d’entretien, et surtout d’éviter tout dégagement de fumée et toute chance de projection d’escarbilles.
- Dans les expériences faites à ce sujet sur les tramways de Vienne, et en France sur le canal de l’Est pour la traversée du souterrain de Mauvages, on a constaté qu’une machine pesant 10 tonnes renfermant *500 litres d’eau chauffée à 100 degrés pouvait entraîner un poids total de 20 tonnes sur un parcours de 20 kilomètres comprenant même une montée de 100 mètres.
- On espère arriver à créer un type de machine sans foyer approprié au service du Métropolitain et pouvant entraîner un poids de 100 tonnes. L. B.
- CORRESPONDANCE sir i/alcool ne melom.
- Angers, le 30 août 1883.
- Monsieur le Rédacteur.
- J’ai l’honneur de vous soumettre deux expériences que j’ai faites, relativement h l’extraction de l’alcool du melon. En Anjou ces fruits sont très abondants, mais manquent de saveur et de bouquet pour être servis comme melon de table.
- Je me suis demandé s’il n’y aurait pas moyen de les utiliser comme sources d’alcool.
- A cet effet, j’ai décortiqué et dépulpé 50 kilogrammes de melons ; et j’ai, en premier lieu, soumis le jus à la fermentation directe, avec addition de 150 grammes de levure de bière^ quelques gouttes d’acide tartrique, le tout maintenu à une température de 28°.
- Les résultats ont été négatifs; à peine si la liqueur, après un semblant de fermentation, avait un vague goût de flegme.
- J’en ai conclu que le suc du melon n’était pas directement fermentescible, et qu’il fallait, au préalable, l’intervertir.
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- Alors j’ai fait chauffer le suc de 50 nouveaux kilogrammes de melons avec de l’acide sulfurique très délié; le sucre de melon a été interverti, autrement dit transformé en un mélange de glucose et de lévulose, directement fermentescible.
- En effet, la liqueur soumise à l’acte de la fermentation dans les mêmes conditions normales, a fourni 5 litres d’alcool parfaitement utilisable.
- Les 5 litres d’alcool se vendent couramment (à raison de 2 francs le litre) 10 francs. Les 50 kilogrammes de melons me coûtaient 4 fr. 50; défalcation faite des frais de manipulation, je me suis trouvé en face d’un bénéfice net de 4 francs, soit 40 p. 100.
- J’indique ce résultat aux agriculteurs des vallées plantureuses de la Mayenne, de l’Anjou, de Seine-et-Marne, de l’Yonne, qui, par les années pluvieuses, se trouvent souvent embarrassés de leurs melons, trop hydratés et presque invendables.
- Veuillez agréer, etc. L. A. Levât,
- Ancien élève de l’École polyte hnique, licencié ès sciences.
- PRÉVISION DES TREMBLEMENTS DE TERRE.
- Cherbourg, 30 août 1883.
- Cher monsieur,
- A la suite du tremblement de terre d’ischia, la presse s’est étonnée qu’on ne puisse pas à l’avance prédire de telles catastrophes.
- La presse a tort ; l’époque de ce tremblement avait été indiquée avec une grande précision ; vous pouvez vous en assurer en relisant un article que j’ai écrit et que vous avez inséré dans len” 586 de La Nature du 25 octobre 1880 (p. 551.)
- Cet article était le résumé d’un Mémoire que j’avais adressé à l’Académie des Sciences de la Guadeloupe en août 1879.
- Ne pourriez-vous pas rappeler dans votre journal l’ancien article de La Nature ?
- Veuillez agréer, etc. J. Delaunav,
- Capitaine d’artillerie de la marine.
- CHRONIQUE
- Le monument de Daguerre. — L’inauguration du monument élevé à la mémoire de Daguerre, par les soins de la Société française des Archives photographiques, historiques et monumentales, a eu lieu le 26 août, à Conneilles-en-Parisis. Le petit monument ne se compose que d’un piédestal de 2 mètres de haut, d’un buste en bronze, œuvre du sculpteur Capellaro, et d’une grille de bronze avec bornes en pierre. On avait édifié une estrade fort luxueusement tendue de draperies rouge et or. La ville de Cormeilles a fait du mieux possible et les promoteurs de la cérémonie ont, à juste titre, remercié sa municipalité. Vers une heure et demie, les invités de Paris arrivaient en voiture à l’entrée de la ville et étaient reçus par les autorités. Dans l’assistance, on remarquait, outre les délégués du gouvernement et de la préfecture de Seine-et-Oise, les principaux artistes photographes de Paris. Quand le voile du monument est tombé, M. Letellier, président du Comité, a prononcé une allocution fréquemment interrompue par les applaudissements et dans laquelle il a rappelé les travaux incessants de Daguerre pour arriver à la perfection de son art.
- mouches et guêpes. — Les mouches domestiques que l’on regarde comme fréquentant exclusivement les maisons, se rencontrent partout, même dans les endroits les moins habités. M. Fr. Huntington Snow rapporte, dans le n° 97 de Psyché, que, dans les vastes plaines du Kansas, aussi bien que dans les défilés perdus des Montagnes Rocheuses, il a vu des Musca domestica, Linn, couvrir, en moins de quelques heures, de leurs innombrables taches noires, les toiles des tentes de campement. Dans le canon de Santa Fé (Nouveau Mexique), il les trouva tout à fait intolérables. Rien ne pouvait préserver les voyageurs contre leurs incessantes attaques, lorsque des guêpes ( Vespa occidenlalis, Cr.) apparurent à leur tour. Les femmes et les enfants s’alarmèrent d'abord à la vue de ce qu’elles pensaient être un nouvel ennemi : mais l’on reconnut bientôt en lui un précieux auxiliaire. Les guêpes, au nombre de quarante à cinquante à la fois dans chaque tente, capturaient les mouches, coupaient les ailes, et les pattes, et emportaient le corps dans leur nid, comme une provision pour la nourriture de leurs larves. De l’aube à la tombée du jour, elles se livraient à cette chasse, et, au bout de quatre à cinq jours, le nombre des mouches avait tellement diminué qu’elles avaient cessé d’être incommodes.— Avec la Vespa occidentale, Cr., on rencontrait quelques spécimens de la F. maculata, Linn.
- R. Vion.
- Portes en papier. — La construction des portes en bois n’est pas sans inconvénients. Le bois se contracte, se voile, se fend et bien souvent il faut réparer des portes au moment même où, nouvellement peintes, on vient de les poser dans les appartements. Le papier étant à la mode dans l’industrie moderne, on a songé à l’employer pour faire des portes. On prend pour cela un certain nombre de feuilles de carton de dimensions convenables. On taille sur les feuilles extérieures les panneaux ordinaires; si on le préfère, on ne fait aucune entaille et on rapporte des moulures à la fin des opérations. On enduit les faces voisines d’une solution composée de 50 parties de glu pour une partie de bichromate de potasse en dissolution et on soumet le tout à un fort calandrage. Les feuilles de carton adhèrent fortement et l’ensemble est très homogène. On peut ensuite revêtir la porte ainsi formée d’un enduit qui la rend imperméable ou incombustible et on la décore à la manière ordinaire. On a ainsi des portes qui sont indifférentes à tous les changements de temps, qui sont beaucoup moins coûteuses que les portes métalliques, et qui sont plus légères que des portes en sapin. (Papeterie.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 septembre 1883.— Présidence de M Blanchard.
- Astronomie. — M. Jansseu est de retour de l’ile Caroline (Océanie) où il était aller observer l’éclipse totale de soleil du 6 mai dernier. M. Janssen était parti dès les premiers jours de mars, accompagné de M. Trouvelot de l’Observatoire de Meudou, de MM. Tacchini et Palizza. Un bâtiment de l’État, L'Éclaireur transporta M. Janssen et ses compagnons de Panama à l’ile Caroline. Cette île, de formation coralienne, est entourée d’une ceinture de rochers à fleur d’eau, et son accès est impossible, excepté par une passe très dangereuse, large de quelques mètres, à peine visible, et sur laquelle les vagues deferlent avec fureur. Cette passe donne entrée dans une baie assez vaste dont les eaux sont tranquilles mais dont le fond se
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- relève très rapidement. Les nombreuses caisses d’instruments durent être descendues du navire dans une barque puis amenées ainsi au milieu de la baie, transbordées alors sur des embarcations d’un faible tirant d’eau, et, enfin, enlevées et transportées à dos d’homme jusqu’au rivage. L’île Caroline, placée au milieu de l’Océan Pacifique, dénuée de toutes ressources, dut à sa position géographique d’être choisie pour station par les astronomes français et américains. L’éclipse totale devait y avoir une durée de cinq minutes c’est-à-dire très près de la durée maxima du phénomène. Le seul objet de commerce de l’ile est le phosphate de chaux. On rencontre en effet des gisements importants provenant d’énormes masses de guano lavé par les pluies torrentielles des parages. Une Compagnie anglaise exploite ces gisements. Deux maisons, les seules de l’île bâties par la Compagnie pour les besoins de son exploitation, servirent d’abri aux savants français et américains. M. Janssen raconte que pendant un violent orage, il tomba dix-sept cenlimèlres de pluie. Le 6 mai, après une tempête, le ciel se découvrit et les observateurs purent apercevoir le soleil, par une atmosphère d’une pureté admirable. MM. Palizza et Trouvelot furent chargés de rechercher dans le ciel la planète intramercunelle annoncée par M. Le Verrier, mais chacun, d’un côté différent du soleil.
- On sait que cette planète, si elle existe, ne peut être aperçue que pendant une éclipse à cause de sa proximité du soleil et de son petit diamètre.
- MM. Janssen et Tacchini devaient chacun de son côté examiner le spectre des protubérances et de la chromosphère. Le programme des observations fut suivi de point en point. MM. Palizza et Trouvelot ne trouvèrent point la planète intramercunelle, mais M. Janssen obtint de bonnes épreuves photographiques et put ainsi que M. TaCchini réussir dans ses observations spectroscopiques. M. Janssen a été très frappé du peu d’obscurité qui régnait sur la terre pendant l’éclipse. 11 pense que des corpuscules solides en nombre considérable entourent le soleil et réfléchissent sa lumière. Il faudrait, autrement, admettre que les gaz de la chromosphère ont une densité très considérable pour qu’ils puissent être à ce point illuminés par le soleil.
- Zoologie. — M. Alphonse Milne-Edwards annonce le retour en France de la mission chargée d’explorer les profondeurs de l’Atlantique, du côté des îles Açores, des îles du Cap Vert. La sonde a été souvent descendue à plus de 6000 mètres. Les résultats de l’expédition sont très heureux et les collections formées demanderont plusieurs mois d’étude.
- Varia. — M. Gosselin : sur la Frigidité des plaies traitées par les antiseptiques. — M. Rivière : Prothèse chirurgicale chez les anciens. — La pulpe de melon additionnée de levure de bière ne fermente pas, mais si l’on traite d’abord cette pulpe par l’acide sulfurique la fermentation peut se produire : 30 kilogrammes de melon fournissent 5 litres d’alcool. Stanislas Meunier.
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- APPAREIL DE CHAUFFAGE AMÉRICAIN
- M. John B. Webster, de Los Angeles, a imaginé un appareil de chauffage qui convient partout où
- l’on a besoin d’une assez grande quantité d’eau chaude et où l’on n’a pas de chaudière.
- L’appareil est représenté par la gravure ci-contre,, reproduite d’après le Scientific American, de New-York.
- On met l’eau dans un récipient quelconque tel qu’une barrique, par exemple, et l’on y plonge l’appareil.
- Celui-ci se compose d’un corps À en tôle, en forme de cône tronqué; une ouverture latérale, fermée à joint étanche, permet d’allumer le combustible qui est de l’huile ou de la gazoline. Des tubes inclinés conduisent les produits de la combustion à une cheminée centrale B, pendant que l’air arrive par les tuyaux C et D pour alimenter la combustion.
- Le liquide que l’on brûle dans l’appareil se verse dans un réservoir qui surmonte le tube E.
- On conçoit que la chaleur établit un courant d’air dans les tuyaux C et D, et les produits de la combustion, qui s’échappent par le tuyau central, y déterminent une élévation de température considérable, qui arrive à échauffer l’eau avec assez de rapidité. Notre figure représente, à gauche, l’appareil en fonctionnement dans une barrique aux deux tiers pleine d’eau. A droite, on a montré le système avec un arrachement qui permet de voir la disposition du foyer intérieur.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Appareil de M. Webster pour obtenir rapidement une grande quantité d'eau chaude.
- Imprime.'ie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 557
- 15 SEPTEMBRE 1885.
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- TOUR EN FER A CLAIRE-VOIE
- DE L’OBSERVATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE
- DE BRÉCOURT A SAINTE-MARIE-DU-MONT (MANCHE)
- Les observatoires météorologiques d’une certaine importance possèdent en général une tour massive, en maçonnerie ou en charpente, à surfaces planes ou cylindriques, destinée à placer à diverses hauteurs les instruments d’observation. Ce mode d’installation laisse beaucoup à désirer. La masse de la construction s’échauffe au soleil et rend illusoires toutes les indications thermométriques ou hygrométriques ; les surfaces murales produisent des remous qui troublent de la manière la plus grave les observations relatives à la pluie, à la neige et surtout à la brume et à la rosée, faites dans un rayon même assez étendu.
- L’influence perturbatrice des murs et des toits sur les girouettes et les anémomètres, est telle que tous les observateurs soigneux cherchent à placer ces instruments à d’assez grandes hauteurs au-dessus du sol et absolument libres dans l’espace. Les mâts à bascule, employés à cet effet, présentent certaines difficultés de manœuvre pour visiter les instruments. Les mâts à échelons de quelques observatoires, nécessitent à chaque nettoyage de l’instrument des tours de force de gymnastique que peu d’observateurs sont en état d’accomplir.
- La nouvelle tour en fer (fig. 1) que M. Hervé Mangon vient de faire construire à Sainte-Marie-du-
- tt* année. — î« semeslre.
- b
- n’excède de
- Fiff. 1.
- Mont ne présente aucun des inconvénients des tours pleines en maçonnerie ou en charpente; elle offre les plus grandes facilités pour la mise en place et la visite des anémomètres et pour l’installation des divers instruments météorologiques.
- La faible dimension des fers d’angles employés à sa construction (fig. 2), offre peu de résistance au
- passage du vent, et la masse métallique est si faible que sa température, par le plus grand soleil, jamais plus d’un
- demi-degré celle de l’air ambiant. La tour est peinte en blanc, sa hauteur n’est que de 16 mètres, mais en augmentant la force des fers on pourrait lui donner facilement une hauteur beaucoup plus grande. Les échelles en fer qui relient les paliers permettent de monter et de descendre avec la plus grande facilité.
- L’anémomètre est placé au sommet d’un mât eny bois, d’une haut teur égale à celle de la tour, c’est-1» à-dire à 50 mètres environ au-dessus du sol. Ce mât glisse le long d’une coulisse en fer fixée à un côté de la tour. 11 pèse environ 500 kilo-grammes. On l’élève ou on l’abaisse, pour visiter l’anémomètre, au moyen d’une corde passant dans une poulie inférieure et qui s’enroule sur un treuil placé sur la plate-forme. Le brin de corde qui s’enroule sur le treuil exerce un effort de 150 kilogrammes et comme le treuil décuple à peu près la force, on peut tourner la manivelle d une seule main, moyennant le faible effort de 15 kilogrammes. La manœuvre est donc rapide et facile à faire par une seule personne. Des haubans fixés au sommet du mât assurent sa stabilité par les plus
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- Tour en fer à claire-voie de l’Observatoire de Sainte-Marie-du-Mont (Manche) construite par M. Lechauve, sur le dessin de M. Hervé Mangon.
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- grands vents. Les indications de l’anémomètre sont transmises électriquement, à 150 mètres, à l’enregistreur situé dans le laboratoire.
- La tour a été construite sur le projet de M. Hervé Mangon, par M. Lechauve, à Levallois-Perret, avec beaucoup de soin et d’habileté; elle a été mise en place, sans aucun appareil de levage,ten trois jours, par trois personnes seulement. Le fer travaille à 8 kilogrammes environ par millimètre carré dans les grands vents exceptionnels. Cette tour communique par un câble métallique souterrain avec une pièce d’eau pour prévenir les décharges électriques.
- Fig. 2. — Détail géométrique de la figure 1.
- Outre l’anémomètre, la tour et le mât recevront des thermomètres, des appareils pour l’étude de la pluie, de la rosée et de l’électricité. Elle se prête en un mot à un grand nombre d’études délicates et intéressantes que les tours massives ne permettraient pas d’aborder, et elle est assurément destinée à rendre de grands services aux observations météorologiques. 11 serait vivement à désirer que les observatoires richement dotés, fissent établir des constructions de ce genre pouvant sonder l’atmosphère sur une hauteur de 70 à 100 mètres.
- Gaston Tissanmer.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouveau Manuel complet de la peinture sur verre, sur porcelaine et sur émail, traitant de l’emploi des couleurs et des émaux de la gravure, de la dorure et de la décoration du verre, de la fabrication des émaux, etc.,
- par MM.»Reboulleau et Mignier, nouvelle édition entièrement refondue par M. A. Romain, 1 vol. in-8°, avec 3'2 figures. — Paris, librairie encyclopédique Roret, 1883.
- Ministère des Postes et des Télégraphes. Exposition internationale d'électricité, Paris 1881 : Administration, Jury, Rapports. Tomes I et 11. 2 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1883.
- Obock,Mascate, Bouchire, Bassorah, par Denis de Rivoyhe.
- 1 vol. in—18. E. Plon et C‘% 1885.
- LE CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN
- DE PARIS
- PROJET DE M. HAAG
- Nous avons parlé précédemment du chemin de fer métropolitain de Berlin dont la disposition est sur le point d’être imitée à Vienne1. Nous avons fait ressortir, nos lecteurs se le rappellent peut-être, les avantages nombreux que présente cette ligne traversant la ville en viaduc dans les quartiers centraux, et desservant à la fois le trafic extérieur et le trafic purement local. Nous croyons que là consiste en effet le double rôle d’un Métropolitain qui doit être rattaché d’une part à toutes les gares de la ville, amener sans transbordement jusqu’à l’intérieur les voyageurs venant d’un point quelconque du pays, et avoir en outre .des trains nombreux et fréquents qui puissent les transporter d’un quartier à l’autre de la ville et surtout dans les parties centrales.
- On s’est trouvé amené ainsi à Berlin à traverser la ville par une ligne diamétrale comprenant quatre voies complètement distinctes dont deux sont affectées au transit extérieur, et les deux autres au trafic local. Les trains locaux se succèdent très rapidement au bout de quelques minutes seulement, ils ont des arrêts très fréquents, de manière à ce que les voyageurs n’aient jamais trop de parcours à faire pour trouver la station : leur service est tout à fait distinct de celui des trains extérieurs qui traversent la ville en s’arrêtant seulement aux stations les plus importantes et restent en correspondance dans les gares formant tête de ligne avec les trains qui partent ou arrivent. A Paris, au contraire, on ne peut pas supprimer le transbordement d’une gare à l’autre, et on ne l’a évité jusqu’à présent, que pour l’express de Calais à Marseille, qu’on détourne à l’arrivée à Paris par le chemin de fer de Ceinture pour le conduire à la gare de Lyon; mais c’est là un parcours gênant et compliqué, auquel on ne pourra jamais avoir recours d’une manière générale. Il n’en est pas moins vrai qu’à Paris beaucoup de gares sont trop éloignées des quartiers centraux et c’est souvent un véritable voyage que d’y aller ou d’en revenir. C’est là réellement ce qui empêche tant de personnes appelées tous les jours à Paris pour leurs affaires ou leur
- 1 Yoy. n° 483 du 2 septembre -1882, p. 219, et n° 488 du 7 octobre 1882, p. 223.
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- emploi d’habiter à la campagne dans la banlieue, car le temps perdu pour aller de la gare à leurs bureaux dépasse souvent de beaucoup le temps qu’il faudrait mettre en chemin de fer pour arriver à Paris.
- Frappé de tous ces inconvénients, et voyant les avantages décisifs que présente la disposition adoptée à Berlin, un ingénieur des ponts et chaussées, des plus distingués, M. llaag, a eu l’idée de transporter celle-ci à Paris, et il a étudié à cet effet le projet dont nous représentons le tracé dans la ligure ci-contre.
- Ce projet qui nous paraît un des plus satisfaisants, car il est le seul peut-être comme nous le disions, qui réponde complètement aux services à attendre d’un Métropolitain, a été présenté à la Société des Ingénieurs civils parM.Douau au nom de M. Haag, et il a été à cette Société l’objet d’une discussion approfondie qui a duré plusieurs séances. Presque tous les orateurs ont été unanimes à reconnaître ses avantages nombreux sur la disposition en tunnel et le tracé qui paraissent devoir être adoptés. M. Haag estime avec raison, selon nous, qu’un chemin de fer en viaduc est seul en mesure de remplir complètement les conditions proposées, et il n’hésite pas à proposer de faire dans Paris une percée transversale considérablement élargie à dessein, afin de fournir en même temps les voies de circulation qui font défaut et compenser en outre dans une certaine mesure les énormes dépenses à faire.
- 11 propose en effet de relier la gare Saint-Lazare à la gare de Lyon par une ligne principale qui traverserait ainsi les quartiers centraux, et la percée quelle obligerait à exécuter fournirait par là-même les voies supplémentaires qu’il faudra créer tôt ou tard. Remarquons en outre que ces deux gares sont élevées au-dessus du sol naturel, et quelles se raccorderaient immédiatement avec une ligne en viaduc. La voie proposée partirait donc de la cour d’arrivée sur la rue d’Amsterdam au niveau des voies actuelles, elle traverserait la rue Saint-Lazare sur un pont métallique, puis couperait le passage du Havre, suivrait les rues Joubert et de Provence, traverserait la rue Lafavette à son intersection avec la rue du Faubourg-Montmartre, suivrait ensuite cette rue, puis la rue Montmartre en passant auprès de la Bourse et allant jusqu’aux Halles.
- Arrivée là, elle suivrait la rue Rambuteau, franchirait le boulevard Sébastopol, couperait la rue de Rivoli à son extrémité, puis le boulevard Henri IV à la caserne des Célestins, passerait par-dessus le canal entre la Bastille et la Seine, et irait atteindre enfin la gare de Lyon par la rue de Bercy.
- Cette ligne transversale aurait une longueur de 5 kil. 500 environ, elle resterait droite sur la plus grande partie de son parcours, 3 kilomètres environ, et présenterait quelques courbes de 300 mètres de rayon avec des pentes très faibles.
- Les gares intermédiaires, au nombre de six, seraient à peu près équidistantes et seraient établies aux points suivants :
- 1° A l’angle de la rue de la Cliaussée-d’Autin et de la rue de Provence ;
- 2° A l’angle de la rue Lafavette et de la rue Montmartre ;
- 5° A la Bourse, à l’angle de la rue Montmartre et de la rue du Croissant ; cette gare serait affectée au service des trains de grande ligne, ainsi qu’à celui des trains locaux;
- 4° Aux Halles, à l’angle des Halles et de la rue Rambuteau ; cette gare recevrait un aménagement spécial pour le service des denrées ;
- 5° A l’angle de la rue de Rivoli et de la rue François-Miron ;
- 6° À la Bastille, sur le bassin même du canal entre les deux quais.
- La largeur totale de la voie sur la plate-forme serait de 14 mètres, mais il suffirait de donner 12 mètres de largeur au viaduc en admettant un encorbellement d’un mètre de chaque côté ; de part et d’autre de la voie ferrée on établirait, comme nous l’avons dit plus haut, une voie charretière ayant 12 à 14 mètres de largeur, ce qui porterait la largeur totale de la percée de 36 à 40 mètres.
- Cette ligne centrale serait raccordée aux gares existantes par les embranchements suivants indiqués également sur le plan, et qui fermeraient en outre l’anneau intérieur :
- Un tronçon détaché de la ligne du Nord à La Chapelle et venant se raccorder à la station Lafayelte en passant en tunnel sous la butte Montmartre avec une station à Clignancourt. La gare de l’Est ne serait pas rattachée dans le projet de M. Haag autrement que par les raccords actuellement existant avec la ligne du Nord et la ligne de Ceinture. 11 nous semble qu’il y aurait quelque chose à faire et qu’on pourrait tracer une voie suivant le boulevard Sébastopol par exemple jusqu’à la station des Halles.
- Le cercle intérieur serait fermé par une voie dite de petite Ceinture qui irait de la gare Saint-Lazare à la gare de Lyon par la rive gauche. Cette voie passerait en souterrain sous le parc Monceau, l’Étoile, le Trocadéro, avec un raccordement sur le chemin de fer de Ceinture pour atteindre le bois de Boulogne ; puis elle traverserait la Seine à l’aval du Champ-de-Mars en passant sur la ligne des Mouli-neaux, elle s’engagerait parallèlement à l’avenue Suffren, viendrait se raccorder à la gare Montparnasse, et rejoindrait également la gare de Sceaux par un embranchement souterrain. A partir de là, elle irait passer en souterrain sous la colline Sainte-Geneviève avec une station au Luxembourg et une au Panthéon, elle déboucherait à la Halle-aux Vins et traverserait la Seine pour aller retrouver la ligne centrale sur le canal. La ligne d’Orléans et celle de Vincennes seraient raccordées avec le Métropolitain par l’intermédiaire de la ligne de Lyon.
- La Petite-Ceinture et les raccordements présenteraient ensemble une longueur de 12 à 13 kilomètres; elles n’auraient que deux voies; la ligne centrale serait seule affectée au service des trains
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- à grande distance qui passeraient tous à la station de la Bourse.
- Tel est dans son ensemble le projet grandiose de M. Haag, il est certes parfaitement réalisable, nous n’y voyons guère qu’une seule objection, mais elle est capitale, il est vrai, comme nos lecteurs l’ont déjà deviné, c’est la dépense qui sera réellement énorme. Chaque mètre de la voie centrale représente en effet 40 mètres carrés de terrain, qui à 1000 francs le mètre donnent 40 000 francs, soit 40 millions par kilomètre. Il faut considérer, il est vrai, comme a soin de le signaler M. Haag, qu’on
- ferait en même temps deux grandes rues de chaque côté du viaduc, et que la percée de ces voies s’imposera certainement dans l’avenir pour dégager la rue Montmartre toujours encombrée; la ville de Taris pourrait donc supporter une partie de la dépense correspondant à l’établissement de ces voies.
- On trouverait en outre une source de revenus importants dans la location des boutiques sous le viaduc comme on l’a fait à Berlin, et M. Haag, estime qu’on en tirerait probablement plus de 300 000 francs par kilomètre. Certaines personnes ont émis la crainte qu’un viaduc pareil ne fit un effet très dis-
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- Chemin de fer.métropolitain de Paris. Projet de M. Haag.
- gracieux dans Paris, mais nous ne voyons pas que cette considération soit bien fondée, puisque le viaduc ne touche aucun monument de la ville, et traverserait seulement des rues qui ne se recommandent en aucune manière au point de vue artistique : on pourrait d’ailleurs obtenir sur le viaduc lui-même, un effet décoratif très satisfaisant.
- La recette à espérer est très difficile à apprécier même d’après les recettes actuelles des omnibus, car le chemin de fer répondra à de nouveaux besoins qu’il aura créés lui-même en partie, et nous ne doutons pas qu’il n’entraîne un accroissement dans la circulation, en même temps qu’un déplacement dans les habitudes des habitants qui tendront à se porter vers la banlieue ; dans ces conditions nous ne croyons |
- pas que le chiffre prévu de 650 000 francs de ren dement par kilomètre ait rien d’exagéré.
- Dans le projet que nous avons représenté, M. Haag propose de suivre en l’élargissant, la rue Montmartre, ce qui oblige à des expropriations assez coûteuses ; mais ultérieurement, il a pensé qu’il serait possible de créer complètement la percée, en se plaçant parallèlement et à une certaine distance de la rue. On respecterait ainsi les façades et on n’aurait plus à exproprier que des terrains formant cours et jardin d’une valeur pécuniaire plus faible, ce qui réduirait sans doute sensiblement les frais de premier établissement. L. B.
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- LES ANESTHÉSIQUES DES JONGLEURS
- Dans tous les temps et dans tous les pays, il s'est trouvé des individus s’exposant volontairement à des tortures, à des supplices paraissant extrêmement pénibles, et les supportant sans aucune douleur apparente.
- Les uns attribuent leur insensibilité à des causes surnaturelles, c’est le cas des prêtres païens dont parle la Bible, des fakirs de l’Inde, des bonzes de la Chine, des derviches, des prêtres féticheurs, des sorciers, des médecins des tribus sauvages, et
- des membres de nombreuses sectes religieuses telle que celle des Aïssaoua.
- C’est encore en invoquant le surnaturel que les champions judiciaires, pour prouver le bon droit de celui qui les payait, s’exposaient aux épouvantables épreuves auxquelles avait recours la justice du moyen âge.
- Enfin de nos jours, comme autrefois, il y a de simples jongleurs, de modestes saltimbanques qui se livrent à des exercices analogues, dans le but d’attirer le public, et l’intérêt de ce genre de spectacle qui est, non pas de voir des gens souffrir mais bien de les voir supporter sans souffrance des
- Aïssaoua représenté les joues, les bras et les jambes transpercés de longues aiguilles. (D’après les exercices récemment exécutés
- à Paris par une troupe de jongleurs Aïssaoua.)
- épreuves qui pour tout autre sembleraient devoir être très douloureuses, est réel, que ce soit'au point de vue scientifique ou de simple curiosité que l’on se place.
- 11 est évident que ces torturés volontaires, quel qu’ait été leur but, ont employé et emploient des procédés pour se rendre insensibles, autrement dit, ont fait ou font usage de véritables anesthésiques.
- Or, ce n’est que depuis une trentaine d’années que les anesthésiques sont entrés dans la pratique de la médecine. Ils ont donc été employés par les jongleurs, longtemps avant d’être appliqués au sou-lagement des malades.
- Quels sont les anesthésiques ou les moyens à l’aide desquels les jongleurs évitent la douleur
- dans leurs épreuves? C’est ce qui nous a semblé intéressant de déterminer, surtout au moment où ce sujet a été mis d’actualité par la récente exhibition à Paris d’une troupe de jongleurs Aïssaoua.
- Nous étudierons successivement en raison du genre d’épreuves auxquels ils se soumettent, les Aïssaoua, les Fakirs, les hommes invulnérables et les incombustibles.
- Les Aïssaoua forment une secte musulmane très nombreuse et très puissante. Elle est composée de fanatiques obéissant aveuglément aux ordres de leurs marabouts et prêts à sacrifier leur vie, à subir les tortures les plus affreuses, et aussi à commettre tous les crimes dans l’intérêt de l’association. Dans leurs mosquées ils se livrent à des épreuves parais-
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- sanl épouvantables, et ils les supportent sans manifester la moindre douleur.. Ils présentent aux masses ce fait comme un résultat de leur sainteté, comme un don qu’ils auraient reçu de la divinité. Leur histoire ou plutôt la légende qu’ils entretiennent dans le public pour expliquer comment ce don leur a été transmis, est curieuse : « Sidi-Mohammed, ben Aïssa, disent-ils, vivait il y a environ trois cents ans, à Mehnès, dans le Maroc. Il était chargé de famille et encore plus de misère, quand Dieu, qu’il allait souvent invoquer dans les mosquées, se manifesta à lui par plusieurs miracles, en lui envoyant des secours et en le faisant riche. Sidi-Aïssa eut un songe dans lequel Mohammed lui enjoignait de former des prosélytes. Cent disciples ou Kouan se groupèrent bientôt autour de lui. Quelque temps après, on était à la fête de Beïram, Sidi-Aïssa invita ses Kouan à venir chez lui le lendemain après la prière. Comme tous attendaient qu’on leur ouvrît la porte, Aïssa parut et leur dit : « Si vous m’aimez, si vous m’obéissez tous, si vos cœurs sont d’accord avec vos bouches, le" moment est venu de me le prouver. Vous savez qu’il est d’usage d’égorger des moutons à la fêle de Beïram, eh bien ! je vous ai tous choisis pour tenir lieu de victimes!... Entrez donc chez moi. »
- Les Kouan hésitaient, quand l’un d’eux pénétra dans la maison avec le maître, et l’on vit bientôt le sang couler de la maison dans la rue. De cent disciples, quarante, fidèles à leur serment, entrèrent un à un chez Sidi-Aïssa et chaque fois on vit le sang couler, tandis que les soixante autres fuyaient avec épouvante.
- La nouvelle de cet égorgement arriva jusqu’au sultan Moulaï-Ismaïl qui envoya ses chaouchs pour s’emparer de Sidi-Aïssa. Quand les soldats eurent envahi la maison ils virent les quarante Kouan occupés à dépouiller et à dépecer des moutons. C’était le sang de ces animaux qui avait coulé dans la rue.
- Le sultan Moulaï-Ismaïl fit cependant exiler Sidi-Aïssa avec sa famille et ses fidèles Kouan. Arrivés dans le désert, les voyageurs n’avaient plus de provisions. « Mangez du poison », leur dit Sidi-Aïssa et les Kouan se mirent à chercher sous les pierres des serpents et des scorpions qu’ils mangèrent sans en être incommodés, et depuis ce temps, croient les Arabes, les Aïssaoua peuvent être mordus par les serpents les plus dangereux, être piqués par les scorpions sans aucun risque, ils jouissent même du privilège de guérir les piqûres venimeuses. « A la mort de Sidi-Aïssa, rapporte toujours la légende, le sultan Moulaï-Ismaïl, jaloux de la réputation des Kouan d’Aïssa, les Aïssaoua, résolut de les faire périr tous. Pour arriver à ce résultat, il fit placer dans une vasque de son palais, des scorpions, des serpents, des feuilles de cactus aux longues épines et des poisons violents. Il ordonna ensuite aux Kouan qu’il avait fait arrêter, de manger le contenu de la vasque. Ceux-ci se précipitèrent sur l’horrible festin et l’eurent bientôt fait disparaître. »
- Depuis trois siècles, la secte s’est agrandie, elle compte un nombre d’adeptes considérable, elle a plusieurs mosquées en Algérie, notamment à Alger et à Constantine.
- C’est dans ces mosquées que les Aïssaoua se livrent à leurs exercices, « les jeux », disent-ils.
- Les exercices ont lieu le soir à la lueur de lampes fumeuses et constituent par le côté pittoresque et par l’impression que l’on reçoit à la vue de ce simulacre de torture, un spectacle dont on garde longtemps le souvenir.
- En voici une description sommaire :
- Sur un côté de la mosquée, se trouve un groupe de musiciens accroupis, qui, sur leurs instruments primitifs, une mandoline, un violon à deux cordes, un tambourin et de grosses castagnettes de métal, jouent un air monotone, en face, le marabout et plus loin une vingtaine ou davantage, d’hommes jeunes, vigoureux, vêtus seulement d’un sseroual (pantalon arabe), rangés sur une ligne, debout et se balançant sur un pied en chantant des psaumes ; derrière, et sur l’autre côté se presse la foule des fidèles.
- Au bout d’un certain temps un des danseurs se détache du groupe, s’avance toujours en se balançant, et les bras croisés vers un des marabouts. 11 imprime alors à sa tête un mouvement rapide de giration et cela pendant quelques minutes, puis, après s’être prosterné devant le chef des marabouts, il se livre aux épreuves.
- Les épreuves sont variées, en voici quelques-unes :
- Les aiguilles. — Les aiguilles ont une longueur de 20 centimètres, leur diamètre est d’environ un millimètre et demi. Elles sont très pointues à l’une de leurs extrémités, tandis que l’autre est aplatie pour recevoir une large boucle.
- Le prêtre, avant de se servir de ces aiguilles, les passe dans sa bouche pour les humecter et il en enfonce une dans chaque joue de l’adepte, les.boucles restent en dehors et les deux pointes sortent par la bouche en se croisant ; puis une autre au-dessus de chaque sourcil, la pointe en bas, les boucles restant sur le front. D’autres se font enfoncer les aiguilles dans le bras, dans la jambe ou dans le cou, mais de toute façon, cet exercice s’accomplit toujours sans amener la plus petite goutte de sang. Quelques-uns se font enfoncer deux aiguilles dans la langue tirée hors de la bouche et les deux pointes se croisent en X en dessous sur le menton.
- Les poignards. — Les poignards sont des lames d’acier fort pointues étroites et minces, elles n’ont guère plus de 1 centimètre de large sur 25 de longueur, et sont terminées par une lourde tète en plomb en forme de poire.
- Les Aïssaoua se font enfoncer ces poignards aux mêmes endroits et de la même façon que les aiguilles, c’est-à-dire dans les joues, le front, etc. Quelques autres tiennent un de ces poignards fortement appuyé sur leur bras ou leur ventre, tandis que le
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- prêtre frappe dessus à grands coups de maillet jusqu’à ce que la lame soit suffisamment enfoncée pour tenir d’elle-même, malgré le poids de sa tête.
- Les exercices du sabre. — Les exercices du sabre sont assez divers; voici les principaux : Le convulsionnaire applique la pointe parfaitemeut aiguisée d’un sabre sur son bas-ventre, tandis que le prêtre en appuie la poignée sur sa propre poitrine, les deux hommes joignent alors leurs pieds, se donnent les mains, et se tirent avec force, jusqu’à ce que la lame du sabre soit pliée en demi-cercle, ils tournent alors rapidement dans cette position. Un autre exercice du sabre consiste en ceci : Le sabre est d’abord passé parmi les fidèles ou les spectateurs, et chacun peut s’assurer qu’il est parfaitement affilé ; ensuite deux Arabes le tiennent, l’un par la poignée, l’autre par la pointe entourée d’un linge. Un troisième met alors les deux pieds sur le tranchant de la lame et se tient debout les mains appuyées sur les épaules de ses camarades, tous les trois circulent ainsi pendant plusieurs minutes. Ensuite le même Arabe se couche, l’abdomen appuyé sur ce même tranchant et reste en équilibre, ses pieds ne touchant pas le sol. A un certain moment on apporte une large plaque de fer rougie à blanc au feu, un des jongleurs saute dessus et y reste quelr ques instants en continuant sa chanson rythmée. On entend un grésillement, la plaque fume et l’on sent une forte odeur de corne brûlée, l’homme ne semble ressentir aucune impression. Un autre mange une feuille de figuier de Barbarie, de cactus épineux dont l’acuité des pointes a pu être vérifiée préalablement et l’on sait que les piqûres d’épines de cactus sont très douloureuses, par suite notamment de leur barbelure.
- Un autre encore met un scorpion dans un tambourin, le tout circule dans le public qui peut s’assurer que l’animal est bien entier et n’a pas été privé de ses organes venimeux.
- Un des adeptes le prend, le tient quelque temps suspendu au-dessus de sa bouche et finalement l’avale.
- Tel est le genre d’exercices e>écutés par les Aïssaoua dans leurs mosquées, ou répétés ailleurs par les jongleurs arabes se donnant généralement pour Aïssaoua.
- Il est évident que si on soumettait à de pareilles épreuves, un homme quelconque, n’ayant pas subi de préparation dans ce but, il lui serait bien difficile, quel que soit son stoïcisme, de ne pas manifester de la douleur dans une partie de ces exercices et dans l’autre, le fer rouge, les sabres, etc., de ne pas en sortir sans des blessures qui l’estropieraient.
- Il y a, en effet, dans les exercices des Aïssaoua deux sortes d’épreuves qui supposent deux sortes de préparations. L’une qui est anesthésique c’est-à-dire qui supprime la douleur, l’autre qui doit préserver les organes contre les lésions qu’amèneraient forcément les traitements auxquels on les soumet.
- Or, on trouve des procédés variés amenant ces résultats :
- Les moyens de supprimer ou d’atténuer la douleur sont nombreux et si nous passons en revue ceux qui ont été employés en médecine, nous trouvons : Pour obtenir l’anesthésie générale, en première ligne le chloroforme, et à défaut de celui-ci d’autres substances volatiles telles que les éthers, soit sidfurique, chlorhydrique, acétique, formique, nitrique et nitreux : l'aldéhyde, le chlorure d'hydrogène carboné (liqueur des Hollandais), le formométhytal, la benzine, le bisulfure de carbone, le kersolène, etc.
- Le protoxyde d'azote, grâce aux recherches de M. Paul Bert, semble devoir prendre rang parmi les anesthésiques généraux usuels.
- Pour l’anesthésie locale, citons l'action du froid employée pour les petites opérations de la peau, des ongles, etc. La compression produisant l’engourdissement et l’insensibilité de la partie pressée, par exemple du lobe de l’oreille.
- L’acide carbonique qui insensibilise les ulcères douloureux, l'électricité qui produit parfois un engourdissement atténuant une douleur aiguë.
- A côté de ces moyens externes, il y a un grand nombre de substances qui, étant ingérées, mettent le cerveau dans un état, différant suivant les substances, mais ayant pour résultat de le rendre impropre à la perception des impressions douloureuses. Parmi ces substances, nous citerons tous les narcotiques, l'opium ingéré oh fumé, le haschisch et un grand nombre d’extraits de plantes narcotico âcres. Puis les substances enivrantes, les alcools et les éthers. Il y a enfin le magnétisme et l'hypnotisme plus on moins complet, qu’on peut arriver à produire de bien des façons différentes.
- Il est évident que si l’usage des substances nécessitant des manipulations chimiques nombreuses et délicates, et une science arrivée à un haut degré de perfection n’est pas à la portée des jongleurs, il reste un grand nombre d’autres moyens anesthésiques qui peuvent leur être connus empiriquement airfsi qu’aux sorciers des peuplades même les moins civilisées; citons d’une manière générale les poisons végétaux.
- En ce qui concerne les Aïssaoua, c’est à une sorte d’hypnotisme, à ce qu’on pourrait appeler une ivresse mécanique, qu’ils ont recours pour supporter leurs épreuves ; les danses et les chants qui précèdent celles-ci ont pour but principal d’amener le patient à un état d’excitation cérébrale, à un étourdissement, une véritable ivresse qui ôte au cerveau la percep-! tion de la douleur. Cette ivresse est amenée d’une façon véritablement savante, résultat du reste de trois cents années d’expériences. Les danseurs commencent par un balancement lent du corps et de la tête, puis, la vitesse augmente, s’accroît rapidement pour arriver à une véritable furie ; mais pour éviter la lassitude, le mouvement se ralentit, sans s’arrêter complètement, de façon à conserver le résultat acquis pour reprendre de nouveau après un repos relatif. Or, ces danses préliminaires durent deux heures et
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- sont terminées comme nous l’avons dit, au moment des épreuves, par un mouvement circulaire de la tête qui dure plusieurs minutes et amène l’ivresse à son maximum. On comprend qu’après cette préparation les piqûres d’aiguilles ou de poignards n’aient plus aucun effet douloureux sur le jongleur, et probablement qu’un homme de sensibilité moyenne prémuni contre l’appréhension, et ayant été soumis aux mêmes préparations, subirait les mêmes épreuves que les Aïssaoua, sans manifester de douleur.
- Du reste, on retrouve ce même procédé d’insensibilisation pratiqué par les derviches tourneurs et hurleurs. Parfois au milieu de leurs exercices, arrivés à ce degré d’ivresse où la douleur n’existe plus, ils s’enfoncent de petits poignards ou de longues aiguilles dans les muscles du bras ou sur les côtés et continuent leurs danses ou leurs chants.
- Quant aux expériences des sabres, du feu, des épines, etc., des Aïssaoua, elles entrent dans un autre ordre de faits, et nous y reviendrons après avoir parlé des fakirs, des bonzes, des sorciers et de quelques autres jongleurs torturés volontaires.
- G. Kerlus.
- PARADISIERS
- En voyant ces ravissantes créatures, ornées des couleurs les plus riches, douées du plumage le plus éclatant et le plus harmonieux, il semblerait tout d’abord que, semblables aux Oiseaux-mouches américains, dont ils paraissent une copie gigantesque, les oiseaux de Paradis doivent voltiger sur les fleurs pour en butiner le suc. Il n’en est rien cependant : ces beaux oiseaux si voisins des Corneilles par leurs caractères naturels, ne leur cèdent en rien comme affinités dans leurs goûts. Leur régime le plus ordinaire se compose d’insectes, de chenilles, surtout de sauterelles et de petits reptiles. Ils ne sont pas indifférents à certains fruits. En Nouvelle-Guinée j’ai vu des Paradisiers, captifs chez un missionnaire hollandais, se nourrir de graines de papayer et de jeunes courges.
- Ainsi se comportaient ceux que mon ami Léon La-glaize, avec qui j’ai voyagé il y a quelques années dans le nord des Moluques et en Nouvelle-Guinée, rapporta à Paris en 1877. Ces derniers oiseaux appartenaient à l’une des espèces les plus communes de la famille, j’entends parler du Paradisea minor, Beck (petit émeraude des auteurs). Bien que les Paradisiers vivants soient chez nous chose rarissime, tous les naturalistes d’Europe ont pu admirer dans leurs ébats et leurs parures ces beaux oiseaux dont deux individus mâles furent rapportés jadis à Londres par le savant voyageur R. Wallace, et quatre à Paris par Léon Laglaize. Ces derniers, après être restés quelque temps au Jardin d’Acclimatation et à la Ménagerie du Muséum d’histoire naturelle, allèrent à Berlin et à Londres.
- Les oiseaux que M. Clément a figurés ici appartiennent aussi au groupe des Paradisiers, mais ce sont espèces rares, et nous pouvons dire que ce sont les premiers individus vivants que l’on ait encore vus en Europe. Nous avons pu les admirer chez M. Z. Laglaize, à qui son fils les a expédiés tout récemment. Ces superbes oiseaux étaient déjà captifs depuis un certain temps chez M. Bruinjn, à Ternate, l’une des Moluques ; aussi se sont-ils fort bien accommodés de leur installation, et sont-ils assez familiers. Ces beaux passagers ne nous resteront sans doute pas, quelque riche musée de l’étranger les arrachera à notre admiration, plus heureux en cela que notre Muséum qui n’a pu les acquérir.
- Le premier de ces oiseaux, au haut de notre planche, est le Paradisier rouge (Paradisea sanguinea, Yaill.). La description de ce bel oiseau n’est plus à faire, M. Oustalet, notre ornithologiste du Muséum, s’est chargé de ce soin dans ce même recueil, et l’a fait mieux que nous ne saurions le faire1. Qu’il nous suffise de dire que c’est un beau mâle, agile et en bonne santé, et au demeurant peu farouche, car il vient prendre entre les doigts les insectes qu’on veut bien lui présenter. Ce Paradisier vient de Pile de Waigiou, l’espèce, très localisée, paraît confinée dans l’archipel nord de la Nouvelle-Guinée, et vit par petites troupes dans les îles de Waigiou, Salwatty et Batanta.
- La seconde espèce, encore plus intéressante, s’il est possible, est le Multifil (Seleucides alba, Cab.). Cette créature admirable dont je me rappelle avoir rapporté bien des peaux mutilées et quelques-unes entières, de l’ile de Salwatty, était encore fort rare dans les collections à l’époque où M. Raffray et moi explorions la Nouvelle-Guinée. A grand’peine nous pûmes nous en procurer quelques exemplaires en bonne peau, et nos chasseurs durent aller bien loin dans l’île pour nous en rapporter.
- Semblant vouloir dérober à tous les yeux les trésors de sa beauté, le Palingo (ainsi nomment le multifil les Malais de Vidore), vit dans les endroits les plus escarpés, les forêts les plus obscures et les plus sauvages. On le rencontre, au dire des chasseurs indigènes, par petites troupes, voltigeant au sommet des plus grands arbres et poussant ce cri discordant : kreek, kreek, kreek, ko wok, kowok, kowok, onomatopées voisines- du cri des Corneilles. Ce bel oiseau a le même habitat que le Paradisier rouge, mais il s’étend un peu sur la grande terre, en deçà du détroit de Galevoo, à Sorong et au cap de Good Hope.
- Sa tête, son dos et sa poitrine sont de velours noir à reflets pourprés; le plastron est garni inférieurement de plumes arrondies bordées de vert métallique éclatant, formant une collerette resplendissante que l’oiseau étale à volonté. Sur les flancs sont des bouquets de fines et longues plumes jaune d’or. Les plumes des côtés de la poitrine sont fort
- 1 Voy. n° 273, du 24 août 1878, p. 199,
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- Paradisiers rapportés vivants à Paris par M. L. Laglaize. 'IVaprès nature.)
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- longues, duveteuses dans leur première moitié, puis s’effilent et deviennent comme des crins noirs qui divergent et se recourbent en dehors, ces longs brins sont au nombre de douze. Le ventre est jaune doré, et les ailes et la queue sont d’un violet pourpre légèrement métallique. L’iris de l’œil est rouge carmin ainsi que les pattes, le bec noir extérieurement est en dedans d’un vert doré brillant. La femelle du Seleucides alba est comme toutes les femelles des Paradisiers revêtue d’une parure sombre. Sa livrée est d’un roux cannelle, mélangé de brun, de noir et de gris, il en est de même des jeunes mâles.
- Brehm, sur la foi de Rosemberg, donne à cet oiseau une taille de 90 centimètres, il y a évidemment erreur de chiffres, le Seleucides est de la grosseur d’un pigeon de taille moyenne.
- Cet oiseau ne doit pas être rare dans l’île de Salwalty, et surtout à Batanta, notamment à Silolof. 11 me souvient qu’en 1877 nous trouvant dans cette île avec M. Raffray, nous acquîmes d’un coup, tant au radjag de Sahvaity qu’à un prince deCéram, plus de 80 peaux mutilées, et il y en avait encore beaucoup d’autres. Tous les ans les quatre radjahs, (radjah ampatt) tributaires du sultan de Tidore, doivent remettre à leur suzerain un certain nombre de peaux de Paradisiers. Mais tel est l’usage du pays que les peaux de Seleucides ont une bien moins grande valeur que celles du petit Emeraude. Je comprends ainsi jusqu’à un certain point l’empressement de l’envoyé du sultan à nous céder à un taux arbitraire ses peaux de Palingo, mais je ne puis m’empêcher d’accuser ce neveu concussionnaire d’avoir dilapidé les Paradisiers de son royal parent.
- Le Seleucides de M. Laglaize parait très apprivoisé, il se nourrit comme le Paradisier rouge d’insectes et de riz cuit à l’eau, il ne dédaigne pas non plus les cerises. Faisons des vœux pour que ces superbes oiseaux ne nous soient pas enlevés trop tôt, ou plutôt pour qu’ils restent s’il est possible, à portée de l’administration et du public.
- Maurice Maindron,
- Préparateur à l’École normale supérieure du travail manuel.
- LE CANON
- LÂ MACHINE A YAPEUR, L’HOMME
- ET L’iNSECTE
- CONSIDÉRÉS COMME MOTEURS MÉCANIQUES
- Nous résumons sous ce titre des renseignements très curieux et très intéressants publiés dans un ouvrage récent de M. E. Jouffret, chef d’escadron d’artillerie, dans un ouvrage récent : Introduction à la théorie de l'énergie*.
- Ces exemples, mis sous une forme simple et claire, sont bien faits pour répandre l’intelligence des phénomènes de conservation et de transformation de l’énergie en les présentant sous une forme concrète accessible à tous ceux qui n’en font pas une étude spéciale et suivie.
- 1 Gauthier-Villars, éditeur.
- Un canon de 100 tonnes (modèle italien 1879) coûte 400 000 francs. Il exige une charge de poudre de 250 kilogrammes et lance un projectile pesant 917 kilogrammes avec une vitesse initiale, à la bouche du canon, de 523 mètres par seconde.
- L’énergie que possède le projectile, sous forme de puissance vive est de
- 12 772 000 kilogrammètres.
- L’énergie représentée par 1 kilogramme de poudre est de 300 000 kilogrammètres, d’après Noble et Abel, soit de 75 000 000 kilogrammètres pour la charge de 250 kilogrammes.
- Le canon, considéré comme machine, transforme donc en travail dix-sept pour cent de l’énergie totale de la combustion de la poudre. Ce chiffre est supérieur à celui fourni par les meilleurs machines à vapeur qui transforment en travail moins de dix pour cent de l’énergie totale représentée par le charbon.
- , C’est la machine animale dans laquelle le rendement est le plus élevé. Voici comment on peut arriver à l’établir dans un cas particulier.
- D’après le Guide Joanne, l’ascension du Mont-Blanc à partir de Chamonix se fait en dix-sept heures, non compris les repos. La différence de niveau est de 3760 mètres. Un ascensionniste du poids moyen de 70 kilogrammes produit donc pour s’élever, un travail de
- 3760 x 70—263 000 kilogrammètres.
- Ce travail est emprunté à la chaleur que dégagent, en se brûlant dans les poumons, le carbone et l’hydrogène contenus dans les aliments ingérés. En ramenant, pour simplifier, toute l’énergie à une combustion de carbone, et en se rappelant qu’un kilogramme de charbon fournit 5 000 000 de kilogrammètres, on trouve que les 263 000 kilogrammètres représentés par l’ascension, correspondent à une consommation de 94 grammes de charbon, consommation venant s’ajouter à la ration normale nécessaire au fonctionnement des organes pendant l’état de repos.
- Cette consommation en station est de de 8ïr,35 par heure, soit 142 grammes pour les dix-sept heures. La consommation de charbon totale est de 236 grammes qui représentent 708 000 kilogrammètres.
- Le rendement est alors :
- 263 000 708 000
- 37 pour 100.
- Le rendement de la machine humaine s’abaisse à 21 pour 100 lorsqu’on considère une période de vingt-quatre heures composée de dix heures de travail et quatorze heures de repos, et un travail journalier moyen de 280 000 kilogrammètres.
- Le canon considéré comme machine, est incomparablement supérieur à la machine à vapeur au point de vue du temps nécessaire pour produire une quantité donnée de travail mécanique.
- Ainsi, par exemple, le canon de 100 tonnes développe en un centième de seconde une quantité de travail égale à celle que développerait en une heure une machine à vapeur de 47 chevaux.
- Un homme de force moyenne est encore plus léger, à puissance égale, qu’une machine à vapeur ordinaire, mais il est bien inférieur aux autres animaux de la création, et, en particulier, aux insectes.
- Ainsi, par exemple, la libellule qui, sans fatigue apparente, suit un train de chemin de fer pendant plusieurs
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- heures, imprime à ses ailes pendant tout ce temps quelques milliers de va-et-vient par seconde, est cent fois plus légère qu’une machine à vapeur capable de fournir un travail équivalent.
- Voilà ce qui rend si difficile le problème de l’aviation et, comme dit M. Hirn, explique pourquoi nous ne pouvons voler qu’en rêve.
- INDUSTRIE COTONNIÈRE AU BRÉSIL
- Le Diario officiel de Rio de Janeiro, a récemment publié des détails intéressants sur le développement de l’industrie cotonnière au Brésil. Nulle part ailleurs la culture du coton n’est aussi rémunératrice que dans ces pays. Malgré les bas prix cotés en ce moment, les planteurs parviennent encore à réaliser, dans plusieurs districts, un bénéfice net s’élevant parfois à 20 p. 100.
- En 1866, l’industrie cotonnière n’était représentée au Brésil que par neuf fabriques, occupant 768 ouvriers, 14875 broches et 585 métiers. Ces établissements disposaient d’une puissance hydraulique de 288 chevaux et de 36 chevaux-vapeur ; leur production s’élevait à 3 944600 yards de tissus et 126 tonnes de fil, d’une valeur totale de 1 166200 milreis (le milreis égale environ 2 fr. 50 c.).
- Actuellement il existe quarante-cinq fabriques, parmi lesquelles il y a lieu de mentionner spécialement, dans la province de Rio de Janeiro :
- La fabrique Santo Alexio, fondée en 1849, avec 7000 broches, 160 métiers, 130 ouvriers; production annuelle, 1 800 000 yards de tissus et 14 tonnes de fil, d’une valeur totale de 400 000 milreis. Cette fabrique travaille avec une puissance hydraulique de 50 chevaux ;
- La Brazil Industrial : 20 000 broches, 450 métiers; puissance hydraulique, 560 chevaux, 400 ouvriers ; production, 3 800 000 yards de tissus ;
- San Pctrode Alcantara, à Pétropolis, fondée en 1874; capital, 150 000 milreis; puissance hydraulique, 50 chevaux; 150 ouvriers;
- Fabrica de Petropolinata, près de Pétropolis, fondée en 1874 ; capital, 540 000 milreis; puissance hydraulique, 120 chevaux; 5600 broches, 108 métiers, 200 ouvriers. Cet établissement emploie 500 tonnes de laines de Pernam-bouc et produit environ 1 million 1/2 de yards de tissus par année. C’est en 1872 que le Brésil a enregistré la plus forte exportation de coton brut, soit 78517 tonnes,
- d’une valeur de 46 445 958 milreis. Actuellement, ce pays consomme une grande partie de sa récolte pour les besoins de l’industrie indigène.
- PLUIES EXTRAORDINAIRES
- Du 20 au 24 septembre 1882 il tomba dans le nord-est des États-Unis des pluies extraordinaires. Ainsi à Paterson, du 21 au 23, on recueillit 455 millimètres, dont 290 reviennent à la journée du 23. A Newark, du 20 au 23, on mesura 320 millimètres, dont 221 tombèrent le 25. A New York, Central Park, pendantla même période, il tomba 296 millimètres. A un grand nombre d’autres stations l’eau recueillie en même temps varia de 150 a 500 millimètres A Paterson, le 23, en deux heures, il tomba 94 millimètres. A South Orange, le 23, de neuf heures du matin à onze heures du soir, *91 millimètres.
- La catastrophe arrivée sur le chemin de fer de Moscou à Kursk, dans la nuit du 11 au 12 juillet 1882, doit être en grande partie attribuée à de fortes pluies qui tombèrent dans la première partie de ce mois. Voici quelques maxima : Gulynki,le 11: 67,5 millimètres, Gorki, le 10 ; 43,4 millimètres; Skopin, le 12 : 49 millimètres; Efre-mow, le 12, 42 millimètres; Michailowskoje (gouvernement de Toula, cercle de Tsehern), le 11 : 145,5 millimètres.- Cette dernière quantité est une des plus grandes que l’on ait recueillies jusqu’ici dans la Russie d’Europe.
- Voici ce qu’écrivait, au sujet des pluies du mois de juillet 1882, l’observateur de cette dernière localité, M. Soimonow ; « Le 11, à six heures du soir, commença un orage qui dura seize heures, c’est-à-dire jusqu’au lendemain à dix heures du matin; le tonnerre et les éclairs furent continuels pendant tout ce temps. La quantité d’eau recueillie ici pendant le mois de juillet 1882 est le quart de la quantité annuelle moyenne. » Ces pluies remarquables ont accompagné une dépression insignifiante, dépendant d’une autre plus considérable, qui couvrait la Baltique, nouvel exemple de l’importance des dépressions secondaires et de leur connexion avec les orages *.
- UNE COUPE GÉOLOGIQUE
- Nous avons récemment décrit un gisement d’animaux quaternaires découverts auprès d’Argenteuil2.
- Pontsur Uuvoies
- Giefde-VElepJuxnt?
- Coupe géologique montrant la situation de l’Ossuaire d'Ârgenteuil.
- Ce gisement est si singulier qu’il nous a paru intéressant d’en offrir à nos lecteurs une coupe relevée avec la plus grande exactitude. On sera frappé avant tout de la forme abrupte des escarpements gypseux le long desquels se sont déposés les sables quaternaires et l’on reconnaîtra que les poches diluviennes dont il s’agit, présentent un caractère spécial qui justifie bien la supposition émise pour en expliquer le remplissage. Les légendes et l’échelle
- que portent la figure nous dispense d’ailleurs d’entrer ici dans plus de détails ; nous ajouterons sans doute à l’intérêt de notre dessin en disant qu’il représente des faits désormais cachés à tous les regards par une épaisse maçonnerie. Stanislas Meunier.
- 1 D’après Zeitschrift der œst. Ges. f. Met. 1883, p. 175 [Ciel et Terre).
- 2 Voy. n° 529 du 21 juillet 1883, p. 113.
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- NOUVEAU REVOLVER DE POCHE
- La plupart des revolvers, dits de poche, construits jusqu’à ce jour, sont des armes peu commodes qui ne sont pas bien en main, ce qui est la première condition pour une bonne arme ; de plus, on ne peut tirer qu’un nombre de coups très limité à cause de leur petite dimension ; il en résulte que l’arme devient un danger pour celui qui s’en sert; si l’adversaire en effet saisit la main du tireur, il devient plus fort que ce dernier et enlève l’arme avec d’autant plus de facilité qu’elle ne peut être
- maintenue qu’avec deux doigts seulement. Si pour parer à ces inconvénients, on fait un revolver qui soit bien en main, on arrive à des dimensions volumineuses, lourdes et gênantes, même pour le mettre dans la poche d’un pardessus. M. Tur-biaux a obvié à tous ces inconvénients par une disposition ingénieuse que nous allons faire connaître; elle diffère complètement par sa forme, sa simplicité et sa solidité, de tout ce (pii a été fait jusqu’à ce jour.
- Le volume du nouveau revolver de poche est environ celui d’une montre ordinaire et dans l’appareil figuré sur notre gravure, nous avons représenté une
- Fig. 1 à 4. — Nouveau revolver de poche de M. Turbiaux. Détails du mécanisme (grandeur d’exécution).
- arme à dix coups, à percussion centrale, à balle forcée, à canon rayé et à longue portée relativement à son volume restreint; on doit comprendre que la quantité de projectiles employés n’est pas absolue et M. Turbiaux peut également employer soit des cartouches à percussion centrale, soit des cartouches à percussion annulaire et de différents calibres. Le petit revolver que nous décrivons peut se mettre dans la poche du gilet aussi facilement qu’une montre et sans qu’on en soit incommodé; il tient entièrement dans la main (fig. 5), le bout du canon seul dépassant les doigts ; il est donc bien en main et il est impossible de l’arracher. Cette arme peut servir de coup de poing, arme terrible entre les mains de celui qui la tient, si après avoir épuisé ses munitions, on n’est pas maître de son ennemi.
- Voici comment M. Turbiaux décrit lui-même son nouveau revolver : « Une boîte A (fig. 1 et 2) en acier, de forme circulaire, porte à sa partie supérieure un canon ou une embase filetée permettant de visser des canons de différentes longueurs suivant les besoins ou lois de chaque pays. De chaque côté du canon sur la boîte, je dispose deux oreilles B, servant de point d’appui pour les doigts. Au centre de ladite boîte une bague C fixe, sert de culasse et porte une ouverture dans sa partie centrale et dans l’axe du canon pour le passage du percuteur. En G, je réserve sur la boîte un nœud de charnière sur lequel est montée la gâchette II ; deux mortaises sont pratiquées dans le bas de la boîte A et permettent le passage de deux tiges D etE (fig. 1).
- La tige E communique le mouvement au perçu-
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- teur, et la tige D donne le mouvement d’entraînement au barillet K; on voit qu’elle est composée d’une partie en courbe rigide qui coulisse dans une rainure également courbe pratiquée dans le fond de la boîte et d’une partie flexible ou ressort F qui pénètre à un moment donné dans la creusure L du barillet pour le faire tourner d’une division, puis glisse sur ce dernier lorsqu’on cesse d’appuyer sur la gâchette.
- Percussion. — Si en saisissant la boite A dans la main en prenant comme point d’appui les oreilles B, on comprime la gâchette II ; le levier E fait mouvoir la noix J qui porte à son autre extrémité une masse en forme d’ogive (ou chien) qui se meut dans l’intérieur même de la bague culasse et porte le percuteur M. Dans une certaine partie de sa course, l’extrémité du levier E vient appuyer sur la noix J et fait basculer le percuteur; pourtant à un moment donné l’extrémité I échappe de la noix J, sollicitée par le bossage N, mais le ressort E conserve toujouVs son extrémité en prise avec la noix J, en sorte qu’aussitôt que la partie I aura échappé la noix, le ressort R agit sur le percuteur et le fait frapper sèchement et vigoureusement sur l’amorce du projectile.
- Un petit ressort 0 ramène le levier E en prise avec la noix J à mesure que la gâchette prendra sa position première par l’effet du ressort P.
- Barillet. — Le barillet (fig. 3 et 4) est d’une construction toute spéciale (il est également en acier) en forme d’anneau tronc-conique ; il porte sur son contour autant de chambres à cartouches que sa circonférence le lui permet, ces chambres portent des fraisures intérieures destinées à retenir les cartouches par leurs bourrelets ; entre chaque chambre et sur Je plat du barillet, une seconde fraisure L en forme d’onglet dans laquelle vient s’engager 'le ressort de la pièce D et sert à pousser le barillet d’une division pour chaque coup à tirer, mais cela ne suffirait pas pour assurer le parallélisme parfait de la chambre avec le canon, si je n’avais la précaution de ménager sur le contour dudit barillet des entailles en forme de dents de rochet dont je vais décrire l’utilité. La gâchette porte un doigt T dont le bout a la même forme
- que l’entaille qui se trouve sur le contour du barillet et qui, à chaque coup, traverse la boîte et vient s’engager dans cette entaille, ce qui assure une correspondance parfaite de la chambre à cartouches avec le canon et évite par ce fait toute déperdition de gaz. Tout le mécanisme étant placé dans la boîte je ferme celle-ci au moyen d’un couvercle à baïonnette que l’on ouvre lorsqu’on veut recharger ou visiter l’arme.
- La forme tronc-conique de l’anneau barillet est très importante pour pouvoir le dégager facilement, car s’il était parfaitement cylindrique extérieurement et intérieurement, il serait très difficile de le retirer. »
- M. Turbiaux a placé sur le côté de sa boîte un verrou de sûreté V à coulisse de façon qu’en le poussant du côté de la gâchette, il vient caler celle-ci et
- empêche l’arme de partir acciden-tellement, lors même que l’on appuierait sur elle ; il a ménagé entre la gâchette et cette bûtée le jeu nécessaire au dégagement du percuteur pour faciliter la sortie du barillet.
- Voici maintenant comment on fait fonctionner le nouveau revolver. Après avoir poussé le verrou d’arrêt au repos, c’est-à-dire du côté de la gâchette et enlevé le couvercle, il suffit de retourner le revolver en appuyant sur la gâchette pour que le barillet tombe dans la main ; les cartouches sont alors introduites par le centre ; on remet le barillet en place, toujours en appuyant sur la gâchette, on referme le couvercle, puis après avoir poussé le verrou de sûreté (cran d’arrêt) du côté du canon, l’arme est prête à fonctionner.
- Le nouveau revolver de poche que nous venons de décrire a été désigné par son constructeur sous le nom de Protector; c’est une excellente arme de défense qui est appelée, croyons-nous, à rendre de grands services.
- CHRONIQUE
- Théorie de l’imperméabilisation des tissas.
- — Il y a deux manières d’imperméabiliser les tissus. La première consiste à les imprégner d’une substance telle que le caoutchouc, la gulta-percha, ou certains produits
- Fig. 5. — Mode d’emploi du revolver de poche de M. Turbiaux.
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- gras, qui en ferment complètement les pores, et par con-séquent arrêtent complètement, et les liquides, et les produits gazeux de la transpiration. Ces tissus sont, à cause de cela, d’un porter fort désagréable.
- L’autre procédé est beaucoup plus parfait. 11 est fondé sur les principes de la capillarité.
- On voit souvent, à la surface des mares ou des ruisseaux, des insectes de diverses espèces, qui glissent rapidement sur les eaux sans y enfoncer. En les regardant de près, on voit que leurs pattes, (t ui ne sont pas mouillées, forment le centre d’une dépression circulaire de la sur-face liquide, et semblent repousser les eaux. La théorie de la capillarité prouve qu’il en est effectivement ainsi, et que, dans ce cas, elles exercent sur le liquide et reçoivent de lui, par réaction, une force répulsive mesurée par le poids du liquide qui remplirait la dépression produite. D’où il résulte que le poids de l’insecte est exactement égal à la somme des poids du liquide qui remplirait les six dépressions fonnées par les pattes.
- En immergeant un tissu dans une dissolution de gélatine (500 gr.) de savon (500 gr.) et d’alun (700) avec eau 17 litres, ou dans de l’acétate d’alumine formé par double décomposition 1, on communique à la surface de chacun des poils dont se compose l’étoffe, la propriété d’exercer sur l’eau (qui alors ne les mouille plus) la même force répulsive que les pattes des insectes dont nous venons de parler. Il s’ensuit que si on verse de l’eau à la surface de l’étoffe, elle ne pourra pénétrer entre les fils et sera repoussée ; elle coulei’a donc sans traverser. Toutefois Pimpei'méabilité ainsi obtenue n’est pas absolue ; la théorie et l’expérience prouvent que les tissus soumis à cette préparation se laissent traverser par l’eau sous une pression variable suivant la nature du tissu, et qui peut atteindi'e plusieurs centimètres.
- Mais c’est un inconvénient peu sensible pour des vêtements, à la surface desquels l’eau ne s’amasse jamais en assez grande quantité pour donner lieu à une pression appréciable.
- 11 est facile de comprendre que, la texture de l’étoffe n’étant pas changée par l’immersion dans le liquide alumineux, les gaz et les vapeurs peuvent le traverser comme auparavant ; il en serait d’ailleurs de même pour les liquides, une fois que la pression aurait triomphé de la résistance occasionnée parla capillarité. E. Roman.
- Une pluie de foin. — Le 17 août, vers trois heures de l’après-midi, on a observé à Aarau, près de la Bach-trasse, en Suisse, un phénomène très intéressant. 11 ne faisait aucun vent, le ciel était nuageux avec alternances de soleil. Tout à coup, on vit tomber en masse des tiges de foin sur les toits, sur les arbres, dans les rues et les jai’dins. De la grosseur de nids d’oiseaux, ces paquets tombaient lentement, comme la neige, à peu près tous les dix mètres. En regardant en l’air, on apercevait au-dessus du sol un nombre infini de flocons de foin qui s’élevaienttoujours plus haut, semblables à un vol d’oiseaux. Ceux qui se trouvaient à la périphérie, tombaient seuls à terre, tandis que ceux du centre se perdaient peu à peu dans les nuages et continuaient leur course dans la direction du nord. Les habitants surpris par ce phénomène, cou-
- 1 Alun, 1 kilogramme; acétate de plomb, 1 kilogramme; eau, 40 kilogrammes. Faites dissoudre, laissez déposer le précipité, trempez le tissu dans la liqueur claire. Ce procédé consiste en définitive à utiliser l’acétate d’alumine; on peut additionner ce sel d’une petite quantité de savon ou de colle de poisson.
- raient de tous cotés, ne sachant comment se l’expliquer, vu la parfaite tranquillité de l’air. À trois heures, les derniers flocons disparurent dans les nuages, ou tombèrent à terre. L’explication la plus probable est que l’on a eu à faire à un tourbillon qui, venant du nord-ouest, s’est abattu sur un pré couvert de foin étendu, a enlevé ce dernier et n’a pas retouché le sol.
- Le territoire français. — Le Bulletin des Statistiques, publié par le ministère des finances donne les renseignements suivants : « Le territoire français comprend 528572 kilomètres carrés, c’est-à-dire 52 millions 858 200 hectares, sur lesquels 2822000 sont occupés par les villes et villages, les voies de communication ou les cours d’eau. Un sixième de la surface de la France, près de 8 millions et demi d’hectares, est en bois. Plus d’un huitième encore est composé de landes, de pâtis ou de terres vagues. Le onzième environ est en prés et en herbages. Un peu moins du vingtième, 2 millions 520 535 hectares est planté de vignes. Environ 1 et demi pour 100 soit en chiffres ronds 696 000 hectares, est en terrains de qualité supérieure tels que vergers, chenevières et jardins. La t proportion des espaces occupées par les landes ou terres incultes est encore considérable; cette proportion a toutefois diminué, depuis une cinquantaine d’années, d’un million et demi d’hectares, ce qui représente la surface moyenne de deux départements.
- Inondations aux Antilles. — Un journal de Porto-Rico nous apporte cet émouvant récit : « La date du 10 août restera comme un triste souvenir parmi les habitants de la cité de Mayague. On ne se souvient pas d’avoir vu, soit autrefois, soit de nos jours, une aussi épouvantable catastrophe. A une heure, la rivière Yagues, gonflée, a débordé de toutes parts, entraînant les terrains circon-voisins. A quatre heures, l’inondation était complète. Dans la cité régnait une panique immense. Les terrains de la Salud, pour la partie comprise entre la pointe de Balboa et de Paris, et de l’autre coté de la rivière de Cougredos à Barcelone, étaient complètement inondés. La gare et les maisons voisines ainsi que les rues situées sur les points les plus élevés étaient sous l’eau. Les champs de Cartha-gène, situés au delà des points que nous venons de citer, étaient complètement inondés. En même temps, la Marina-Septentrionale débordait à son tour et envahissait les terrains qu’avait épargnés la Salud. Toutes les maisons étaient sous l’eau. La force du torrent était telle que plusieurs maisons ont été entraînées à plus de 20 mètres dans la mer. C’était un spectacle terrible. Toute la province de Carthagène était transformée en un colossal torrent. On ne connaît pas encore le nombre de personnes qui ont péri, mais ce nombre est considérable : on cite des familles entières, qui ont été englouties par les eaux.
- Marée extraordinaire observée à Biarritz. —
- Le dimanche 2 septembre une marée très considérable s’est manifestée dans le golfe de Gascogne. Un de nos correspondants, M. Albert Gayan,a observé le phénomène à Biarritz et nous adresse à ce sujet une description complète dont nous donnons ici quelques extraits : « A dix heures du matin à marée basse les lames sautaient déjà par-dessus le rocher appelé Bouccalot, en face du Yieux-Port ; or c’est une chose qui n’a ordinairement lieu, quand la mer est mauvaise, qu’à haute marée. La grande digue que l’on construit pour former le port du refuge, devant le Sémaphore, était balayée par chaque lame qui s’y brisait en sautant à plus de 7 mètres de hauteur. Tout faisait pré-
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- voir une marée prodigieusement haute pour quatre heures et demie. C’est ce qui eut lieu. Et les marins affirmaient n’avoir pas vu de plus forte mer depuis quinze ou vingt ans, même aux équinoxes, ou en hiver, et surtout avec un calme atmosphérique tel : pas de pluie, presque pas de nuages, et vent fort peu. Des personnes se promenant sur le quai de la Grande Plage ont été entraînées par les lames. Des promeneurs ont été éclaboussés sur l'esplanade du Phare qui est à 32 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer. A la plage dite des Basques, l’établissement des bains, qui n’est séparé de la plage, à marée basse, que par un quai de 5 ou 6 mètres de large, a eu ses deux escaliers de fer et de bois emportés. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du\0 septembre 1883.— Présidence de 51. Blanchard.
- Physique. — M. Govi revendique pour Ludovic Bianc-choni, savant italien du siècle dernier, la découverte du nombre qui mesure la vitesse de propagation du son. Les expériences de Biancchoni datent de 1740; à la vérité, il se borna à constater que le son se propage plus rapidement en été qu’en hiver, et c'est M. Govi, qui des indications des expériences de Biancchoni a tiré une valeur de la vitesse de propagation du son égale à 540m,779. Ce nombre coïncide exactement avec le résultat des recherches de M. Régnault.
- M. Marcel Desprez, chargé par la ville de Grenoble, de transporter à Grenoble la force d’une chute d’eau située à 14 kilomètres de la ville, vient d’obtenir un succès complet. Le rendement s’est élevé aux six-dixièmes de la force transportée électriquement et l’on a pu utiliser à Grenoble une force de 8 chevaux-vapeur. Ce résultat dépasse celui qu’on avait obtenu dans les expériences du chemin de fer du Nord; M. Bertrand croit que, dans cette première expérience l’appareil de M. Desprez avait été endommagé par la pluie.
- M. Soret a fixé les caractères propres au spectre des matières albumineuses; il a également étudié le spectre de la gélatine.
- Médecine. —M. le secrétaire de la Société des ingénieurs civils de Westminster, adresse une note à l’Académie à propos d’une phrase d’une communication de M. Yulpian sur le choléra. (( Si le cuivre avait une propriété curative, elle eut été mise en évidence depuis longtemps. )) L’auteur raconte que voyageant en Suède en 1871, il eut l’occasion de visiter une mine de cuivre où l’on grillait le minerai. On lui apprit que la vertu préservatrice de la mine était un fait tellement notoire que pendant une des dernières épidémies de choléra, la famille Royale était venue s’établir dans le village. Un médecin espagnol signale pareillement les propriétés prophyllactiques et curatives des vapeurs d’acide hypoazotique. 11 a mis en pratique ce traitement à Madrid et aux îles Philippines et a obtenu des cas de guérison immédiate alors cependant que la maladie était bien déclarée.
- Météorologie. — Plusieurs journaux ont annoncé que M. Delauney avait dèsl879, signalé le milieu de l’année 1883 comme devant être marqué par des tremblements de terre d’une intensité extraordinaire. Or, M. Delauney a adressé, en effet, une longue liste comprenant les années durant lesquelles des tremblements de terre se feront sentir. Cette liste s’étend de 1880 à 1900 et comprend l’année 1883. Mais, de cette liste, M. Delauney a extrait une
- seconde liste qui renferme les années particulièrement troublées et sur laquelle ne figure pas l’année 1883. — Eu somme l’année 1883 est une année simplement agitée, telle que nous en avons beaucoup traversé inconsciemment. L’année terrible signalée par M. Delauney est l’année 1886.
- M. Faye objecte que les prévisions de M. Delauney reposent sur une hypothèse absolument fausse. Avant M. Delauney, M. Alexis Perret de Dijon avait pensé que les tremblements de terre pouvaient être dus à l’effet attractif de la lune sur le noyau liquide de la terre, M. Perret pensait qu’il pouvait se produire de véritables marées souterraines, capable de rompre en certains points l’équilibre de la croûte terrestre. M. Perret a formé un catalogue de 3000 tremblements de terre ; or il s’est trouvé que sur ce nombre, une moitié à peu près tombait aux époques de sygyzie, et l’autre moitié aux époques de quadrature. L’hypothèse de M. Perret était donc renversée. M. Delauney prit alors le catalogue de M. Perret et chercha à y découvrir une loi de périodicité. Il trouva ainsi deux périodes : l’une de 12 années et l’autre de 28, à peu près égales aux révolutions sidérales de Jupiter et de Saturne. M. Delauney préoccupé de trouver dans les phénomènes célestes une explication des tremblements de terre, s’avisa de remarquer que les années de maxima coïncidaient avec les époques de passage de Jupiter au travers de l’anneau d’astéroïdes, dit les Perséides et de Saturne, au travers de l’anneau de corpuscules appelé les Léonides. Or vers le milieu de l’année 1883, Jupiter coupe la ligne des Nœuds de l’orbite des Perséides, c’est-à-dire traverse l’essaim. MM. Faye et Schuloff ont constaté par le calcul, que Jupiter, ne peut rencontrer l’essaim dont le plan coupe son orbite bien au delà de sa distance au soleil, c’est-à-dire dans des régions de l’espace où jamais Jupiter ne peut parvenir. A la vérité Jupiter est à sa distance ininima de l’essaim en 1885, mais encore, cette distance est-elle égale à trois fois le rayon de l’orbite terrestre, c’est-à-dire à 1 000 000 000 de lieues environ. Il arrivera peut-être que Jupiter reçoive quelques étoiles fdantes, mais ce phénomène ne peut avec aucune raison être lié aux phénomènes séismiques observés sur la terre. « Ce serait, dit M. Faye, faire retour à l’astrologie qui voulait que toutes les choses de ce monde fussent régies par les aspects des planètes. »
- Il ne faut voir dans le demi-succès de la prévision de M. Delauney qu’une coïncidence de hasard et attendre sans crainte l’année 1886.
- Varia. — La Compagnie du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée a publié son rapport annuel sur les procédés employés pour combattre le phylloxéra. Le rapport établit que le sulfure de carbone parait être l’agent qui a donné les meilleurs résultats.
- En 1877 la consommation a été de 1 035 barils.
- 1880 — — 14 000 —
- 1881 — — 21 000 —
- 1883 — — 32 000 —
- M. Lecordier : sur l’identification des aimants et des solénoïdes ; — M. Lecoq de Boisbaudran : sur la préparation d’un papier à filtrer; — M. Renaud : sur l’organisation de quelques plantes fossiles que l’auteur a réussi à préparer. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Nous avons publié récemment quelques expériences relatives à l’équilibre des corps et au centre de
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- gravité1; ce sujet est presque inépuisable, et il est | vure, parce que tout le centre de gravité du système
- est au-dessous du point de suspension situé à peu près au milieu du bâton AB.
- Un de nos lecteurs nous a communiqué d’autre part une expérience d’équilibre très curieuse, qu'il a vu souvent exécuter jadis par des soldats français en Algérie, alors qu’ils se trouvaient sur un sol marécageux et qu’ils n’avaient rien pour s’asseoir; les soldats s’asseyaient sur les genoux les uns des autres comme le montre notre figure 2, et quand ils étaient un grand nombre, ils se plaçaient circulairement de telle sorte que le soldat qui terminait la file, trouvait à s’asseoir sur les genoux de celui qui
- A &.
- Fig. 2. — Expérience d’équilibre. Manière de s’asseoir sans chaise. En se plaçant en rond, * les hommes peuvent former
- une chaîne circulaire continue.
- îacne ae-mettre en évidence de mille manières, les principes qui s’y rattachent. Yoici encore une très ancienne expérience sur le centre de gravité (fîg. J) : elle consiste à faire tenir un seau plein d’eau dont l’anse est passée au-dessus d’un bâton AB simplement posé sur le bord d’une table. Pour réussir cette expérience qui paraît invraisemblable, il suffit de placer une baguette CD de longueur convenable entre la pointe B du bâton de suspension et le fond du seau. Le système ainsi consolidé forme en quelque sorte une seule masse, et le seau est facilement maintenu dans la position indiquée par la gra-
- Fig. 1. — Seau en équilibre sur uu bâton.
- l’avait commencée. Ils formaient ainsi une véritable chaîne circulaire sans discontinuité. Nous recommandons à nos collégiens d’essayer entre eux ce mode de
- repos, quand ils seront réunis à la fin des vacances.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandikr.
- Voy. u° 523 du 9 juiu 1883, p. 32.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- iV 558. — 22 SEPTEMBRE 1885.
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- LE POTAGER ROYAL DE FROGMORE
- Tout le monde a entendu parler des célèbres jardins de Frogmore qui sont, pour la famille royale d’Angleterre à Windsor, ce qu’était, du temps de la monarchie française, le fameux potager de Versailles, aujourd’hui converti en École d’Horticulture.
- C’est à Frogmore qu’il faut aller voir ce que peut produire la science horticole la plus avancée, quand elle est appuyée sur un budget royal et sur la protection éclairée de la souveraine de la Grande-Bretagne. Les jardins potagers ont été installés en 1845,
- pour remplacer ceux de Kensington et de llampton-Court. Les premiers frais de construction se sont élevés à 45 000 livres sterling. Ils sont situés dans le « Home Park » contigu au château et comprenant les dépendances agricoles, c’est-à-dire la laiterie, les chenils, la basse-cour et la ferme-modèle.
- Inutile d’ajouter que ces dépendances réunissent tout ce que le luxe et l’art moderne offrent de plus élégant et de plus complet. Quant aux potagers proprement dits, qui sont depuis 1872 sous la haute direction de M. Thomas Jones et qui doivent fournir des produits de tous genres et des primeurs à une cour très nombreuse, ils tirent^leur nom d’une rési-
- Fig.jl. — Vue intérieure de ia serre à raisins de Chiswick, en Angleterre.
- tlence contiguë, occupée en dernier lieu par la duchesse de Kent, puis par la princesse Augusta. Ils couvrent une étendue de 15 hectares et sont entourés de tous côtés par des murs dont la longueur dépasse 7 kilomètres.
- M. Jones a sous ses ordres 150 jardiniers chargés, en outre des potagers, d’entretenir le parc, de décorer les appartements de la reine, pendant son séjour à Windsor, et de fournir des fruits et des légumes à la maison royale, qu’elle soit à Londres, à Balmoral, à Osborne, ou ailleurs.
- Nous donnons ci-contre un plan de la partie la plus importante du potager (fig. 2).
- On y a joint, au midi, en 1847, un autre enclos considérable, appelé « California Garden », où l’on 44e inaée. — 2* semestre.
- cultive les fruits et les gros légumes sur une grande échelle ; au nord, se trouvent de vastes écuries et des dépendances que l’exiguïté du plan ne permet pas de figurer ici. Les allées intérieures des jardins sont suffisamment larges pour y admettre les voitures nécessaires pour un service aussi considérable et de nombreux murs de refend permettent d’augmenter l’étendue des espaliers : ces murs ont 4 mètres de haut.
- Contre celui du nord sont appuyés des châssis destinés à des primeurs de tout genre : de l’autre côté se trouve une terrasse de 12 mètres de large, sur une longueur de 550 mètres, vis-à-vis de l’entrée principale.
- Au delà de cette magnifique terrasse s’élève une
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- longue série de bâtiments destinés aux divers services de l’établissement, puis, au centre, une construction d’une grande élégance renfermant, par devant, les appartements de la reine quand elle visite ses jardins, et par derrière, l’habitation du chef des cultures.
- Au-devant de ces bâtiments et de chaque côté de l’habitation principale sont appuyées deux séries de constructions vitrées, de 156 mètres de long, destinées à des cultures de fruits forcés.
- Par derrière cette première ligne, se trouve une immense collection de serres spéciales où sont réunies toutes les cultures imaginables, y compris celle des fruits forcés et des fruits en pots, qui jouent un grand rôle en Angleterre dans les décorations de table.
- MM. J. Boyd et fils, les célèbres constructeurs de Glascow, sont en train d’élever, à l’angle nord-ouest, un vaste jardin d’hiver pour compléter les serres qui existent actuellement. Ce jardin aura 190 pieds de long, 28 de large et 21 pieds de haut. Garni de magnifiques camélias , il sera surtout destiné aux plantes ornementales. Les autres serres spéciales sont au , nombre de 58 ; à l’entrée de chacune d’elles se trouvé un tableau indiquant l’époque du forçage des fruits qu’elle renferme, la température qui doit y régner et les ordres de service. Quelques-unes contiennent les plantes ordinaires qu’on admire dans tous les grands établissements, mais la plupart sont consacrées au forçage des fruits.
- Une seule serre à ananas a 50 mètres de long sur 4 mètres de large. On y cultive surtout l’ananas de Cayenne qui y vient admirablement. Le vaste carré d’asperges qu’on voit à droite sur le plan, se compose de bâches séparées par des canaux en briques à claire-voie, à travers lesquels circulent des tuyaux d’eau chaude.
- Inutile d’ajouter que les serres à raisins renferment des fruits à tous les degrés de maturité.
- Les variétés qu’on y cultive sont principalement le muscat d’Alexandrie, le black Hamburg, black Alicante, Foster’s wliite et Lady Downe’s.
- Tous les étrangers qui visitent Londres et par conséquent Kew, Richmond et llampton-Court, ont vu, dans cette dernière résidence royale, le fameux pied de vigne qui passe pour être plus que centenaire et qui garnit une serre de 66 pieds de long sur 50 de large : son tronc, près de terre, a 5 pieds 8 pouces de circonférence et sa production annuelle varie de 1800 à 2500 grappes.
- Il existe en Angleterre plusieurs autres vignes, en black Hamburg, de proportions colossales, mais
- la plus importante de toutes et la moins connue, se trouve dans le parc de Windsor, à Cumberland Lodge;éllegarnit entièrement une serre de’l 58 pieds de long, sur 20 pieds de large ; son tronc a 5 pieds 8 pouces de circonférence et elle produit annuelle-ment 1500 à 2000 livres de raisin.
- Je ne quitterai pas ce sujet sans mentionner la grande serre de Chisxvick, appartenant à la Société royale d’horticulture et réorganisée par le sympathique directeur actuel, M. Arch. F. Barron.
- Elle est probablement la plus grande serre à raisins qui existe. Construite il y a environ cinquante ans, elle a 180 pieds de long, 50 de large et 16 de haut. Elle est de forme hollandaise, comme l’indique notre gravure (fig. 1), et on y cultive plusieurs variétés de vignes plantées à l’extérieur dans un sol artificiel : sa production totale s’est élevée jusqu a 4500 grappes pesant plus de 2 tonnes. On y a construit, à l’intérieur, une échelle spéciale des plus ingénieuses pour le travail de la vigne. Cette échelle, en fers cornières maintenus par des arcs-boutants habilement disposés, épouse la forme de la serre et glisse sur des rails spéciaux de manière à permettre à quinze et même vingt hommes de travailler à la fois en parfaite sécurité.
- Après les serres de Frogmore, les plus importantes sont celles de Laeken que le roi des Belges,
- centrale
- Californi
- Culture des fruits
- Fig. 2. — Plan général du potager de Frogmore.
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- grand amateur d’horticulture, a considérablement augmentées. Elles sont dirigées actuellement par M. lngelrest. En outre du Jardin d’Uiver, qui a 102 mètres de long, sur une largeur de 15 à GO mètres et une hauteur variant de 8 à 50 mètres, il y a une orangerie de 97 mètres de long, des serres de 229 mètres et des galeries vitrées de 179 mètres, formant ensemble une longueur de plus de 600 mètres couverts. On voit que nos voisins, peu favorisés par le climat, il est vrai, ont su habilement appeler l’art à leur aide pour seconder la nature et embellir leurs demeures par les merveilles du règne végétal ; c’est là un signe de civilisation qu’on ne saurait trop admirer et encourager.
- Cn. Joly.
- ACTION ÉROSIVE
- DES AGENTS ATMOSPHÉRIQUES
- SUR CERTAINES ROCHES
- On a fait peu de recherches jusqu’ici concernant la mesure exacte de l’usure produite par les agents atmosphériques : pluie, vent, humidité, grêle, etc., à la surface de différentes espèces de roches exposées à l’air. 11 y a quelques années, des expériences furent entreprises par le professeur Pfaff, d’Erlangen, dans cette voie. 11 exposa à l’action des influences atmosphériques des morceaux de pierre calcaire, et trouva qu’au bout de trois années, l’épaisseur de ce morceau de calcaire avait diminué de 4 millimètres. La pierre était devenue dure et terreuse, et à sa surface se montraient de fines craquelures et des exfoliations naissantes.
- Plus récemment, le géologue anglais Geikie, bien connu, aborda le même sujet d’études, et porta principalement ses investigations sur les tombes des anciens cimetières d’Edimbourg. Par les dates inscrites sur ces monuments funéraires, il pouvait déterminer la durée d’action des agents météoriques. Il y avait cependant une réserve 'a faire. Dans les villes, la désagrégration des roches doit être plus forte que dans la nature, à l’état normal. Les poussières, les fumées, etc., des grands centres, exercent une influence spéciale que l’on ne rencontre pas à la campagne. Cette remarque faite, voici les résultats des observations auxquelles le professeur Geikie s’est livré.
- En ce qui concerne le marbre, les dalles faites de cette pierre, exposées à l’air dans un climat tel que celui d’Edimbourg, sont entièrement détruites en moins d’un siècle. Lorsque la destruction a lieu par simple érosion de la pierre, une plaque de 9 millimètres d’épaisseur disparaît après ceul années d’exposition libre dans l’atmosphère; lorsqu’il y a désagrégation interne, il faut quarante années seulement pour produire une courbure de la plaque de plus de 5 centimètres, de nombreuses fissures, l’effacement partiel d’inscriptions, et réduire le marbre à un état pulvérulent. Après cent années, la pierre est tout à fait tombée en morceaux.
- Le grès résiste mieux, et lorsqu’on en choisit de bons échantillons, il est remarquablement durable. Les variétés qui l’emportent de beaucoup sont celles formées de sable fin siliceux, presque pur, avec peu ou point de fer ou de chaux, et sans trace de structure par couches. Des tombes faites de cette pierre n’ont montré aucune altération après
- deux cents aimées d’exposiîion à l’air; seuls les côtés nord et ouest, les plus exposés à la pluie et au vent, avaient leur surface un peu rugueuse.
- Certaines causes de destruction peuvent cependant se montrer dans ces pierres sablonneuses : soit la présence .le ciment qui peut se dissoudre, ciment formé généralement d’argile, de carbonate de chaux ou de fer, etc. ; soit l’existence, dans la pierre, de couches de stratification distinctes, qui la fendent suivant ces couches après peu de temps; soit enfin la présence de masses de concrétion d’une composition différente que le reste de la pierre.
- Le granit, suivant le professeur Pfaff, perd annuelle ment 76 millimètres en épaisseur s’il est non poli, et 85 millimètres s’il est poli. On aurait pu s’attendre à voir le granit poli s’user moins vite que le rugueux. Il n’a pas été possible au professeur Geikie de faire des expériences sur des tombes de granit, cette pierre étant employée depuis trop peu de tenais dans la construction des monuments funéraires. Il croit pouvoir dire, toutefois, que les granits les plus durables résisteront beaucoup moins aux agents atmosphériques que les meilleurs grès siliceux.
- On peut rapprocher de l’étude poursuivie par le géologue anglais, les recherches entreprises en Amérique et en France sur l’action érosive du sable en mouvement, recherches dont il a été parlé dans cette revue (2e année, p. 50). Comme ce sable est, en somme, soulevé par le vent, on peut considérer les effets auxquels il donne lieu comme produits par les agents atmosphériques. Sans mouvement de l’air il n’y aurait pas de sable soulevé ou transporté k des distances plus ou moins grandes.
- Des observations du même genre ont été faites dans l’Asie centrale par le célèbre voyageur russe Prjevalski. Dans un rapport adressé récemment k l’Académie des Sciences de Paris sur ses dernières explorations, il parle de la transformation de montagnes sous l’influence des agents atmosphériques. Des vents très violents ont réduit les sommets de ces montagnes en cailloux, en graviers et en sable, par l’usure des masses rocheuses jetées les unes contre les autres.
- Dans bien d’autres contrées encore, on a constaté ainsi de grandes transformations produites par le jeu seul des agents de l’atmosphère. Il y a là tout un champ de recherches susceptibles de conduire à des résultats fort curieux et fort intéressants ( A. L.
- BIBLIOGRAPHIE
- Du danger des grandes tiges de paratonnerre et de la nécessité de les supprimer par remploi du paratonnerre pour tous, par E. Grenet; commentaires par M. le Cte du Monceu, préface par M. de Fonvielle. 1 broch. in-8°, 26, rue Laugier, Paris.
- Action de Vhomme sur la surface du globe, par M. Yirlet d’ÀousT. 1 broch. in-8°. — Paris, Maurice Tardieu.
- Des progrès récents réalisés dans la construction des lignes télégraphiques et téléphoniques (fils de bronze silicieux, supports, appareils), par Henry Vivarez, ancien élève de l’École polytechnique et de l’École des mines. 1 vol. in-8°.
- L'électricité à VExposition internationale et colonial, d'Amsterdam de 1885, par Ch. Mourlon. — Bruxelles M. Lebègue et Ci0, 1885.
- 1 Ciel et Terre.
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- LA NATURE.
- i.K
- GRAND TREMBLEMENT DE TERRE DE JAVA
- 27 AOUT 1885
- Il y a quelques années, M. de Molins, donnait dans le Tour du Monde la description d’un long voyage accompli par lui dans les différentes régions de l’ile de Java, et en passant à travers le détroit de la Sonde il écrivait sur son carnet : « Nous commençons à distinguer nettement l’ile du Prince, la côte de Sumatra et l’île volcanique de Crokatoa (ou Kro-katoa) dont le sommet en pain de sucre, couvert d’un nuage en forme de panache, représente à s’y méprendre un cratère d’où s’échappe une colonne de fumée.
- Ces terres qui surgissent de la mer, couvertes de verdure, ont un aspect enchanteur.
- Partout où un brin d’herbe, une lleur, un arbre pouvaient croître, l’arbre, la lleur, le brin d’herbe ont poussé. Pas un rocher nu, pas un endroit aride qui attriste l’œil, pas même de grève; les cocotiers, les bambous, les bananiers se penchent sur les eaux qui arrosent leurs racines... »
- Ces contrées admirables ont été en quelque sorte anéanties par un tremblement de terre, qui est assurément l’un des plus intenses dans l’histoire de l’humanité.
- La catastrophe dépasse tout ce que l’imagination peut concevoir. Sans qu'il soit encore possible de dénombrer les victimes, on peut affirmer que les
- Européens et les Américains ont semé de leurs cadavres Anjer et les pays avoisinant. L’île de Crokatoa, a complètement disparu. Trois villes ont été détruites. Tout le district de Bantam, à la partie occidentale de Java, a été ravagée; les sources sont taries, les scories délavé couvrent le sol sur une grande épaisseur; les survivants ont fui épouvantés.
- La lame, de trente mètres de hauteur, soulevée par l’effondrement de Crokatoa, s’est dirigée dans tous les sens, balayant tout sur son passage, aussi bien du côté de Sumatra que sur l’île de Java.
- Dans le seul district de Ujerin-gen, des milliers de personnes auraient trouvé la mort et, parmi elles, le contrôleur, le second résident et un officier du service topographique.
- C’est le 25 août que les premiers signes de l’éruption du volcan de Crokatoa ont été apparents, et sc sont manifestés au loin; des grondements souterrains ont été entendus à Sura-perta et à Batavia. On ne s’en est pas inquiété tout d’abord, mais peu après, une pluie de poussière a obscurci l’atmosphère et pendant toute la nuit des pierres incadescentes et une masse de débris enflammés ont inondé ces deux villes. Au matin, les communications avec Anjer étaient interrompues, les ponts enlevés et les routes impraticables.
- Les eaux du détroit bouillonnaient, leur température s’est élevée de plus de 20 degrés, et des lames énormes venaient s’abattre sur la côte de Java.
- On a observé à l’ile de Madura, à plus de 500 milles du détroit, des montagnes de mer qui soulevaient
- Fig. 1. — Éruption du volcan de Crokatoa avant le tremblement de terre du 27 août. (D’après le Graphie de Londres.)
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- dos masses écumeuses masquant tout 1 horizon. | Le 26, les grondements devinrent de plus en plus
- Fig. 2. — Vue générale de l’île de Crokatoa avant le tremblement de terre du 27 août.
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- -j
- BATAVIA
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- Carte générale du détroit de la Sonde, et'du Nord-Ouest de l’ile de Java, montrant l’île de Crokatoa et les principales*localités du tremblement de terre de 1883.
- distincts et, à midi, le Maha-Meru, le plus grand des volcans, se mit à lancer des llammes effrayan-
- tes. Puis le Goumang-Gunter et la plupart des petits volcans se mirent de la partie; de telle sorte
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- LA NATURE.
- que près du tiers des 45 cratères de l’île de Java étaient en éruption ou devenaient menaçants.
- Les flammes qui sortaient du Gounang-Guntur illuminaient l’atmosphère et du cratère de ce volcan s’échappaient des torrents de boues sulfureuses et de lave. Par moments on entendait des explosions épou-tables, et toujours elles étaient suivies d’une pluie de cendres et de pierres volcaniques qui éclataient dans l’air et s’éparpillaient dans toutes les directions en semant la mort et la dévastation.
- Sur mer, les phénomènes observées étaient des plus extraordinaires. Les nuages étaient tellement chargés d’électricité, que l’on a vu en même temps une quinzaine de trombes.
- Hommes, femmes et enfants, fuyaient de toute part, remplissant l’air de cris de terreur. Beaucoup de victfmes de la catastrophe ont été ensevelies dans leurs habitations sous des amoncellements de pierres et de vase.
- Le dimanche soir, les chocs et les éruptions augmentèrent de violence. L’ile entière semblait menacée par la mer. D’énormes vagues la battaient avec une telle violence qu’elles brisaient tout sur leur passage et menaçaient de faire brèche dans l’ile elle-même.
- A minuit, une énorme nuée lumineuse se forma sur la chaîne des Kandong, qui borde la côte sud-est. Les éruptions augmentaient à mesure que cette nuée s’étendait. Des torrents de lave s’écoulaient des flancs des volcans, comblaient les vallées et balayaient tout sur leur chemin.
- Vers deux heures du matin, le nuage se coupa en deux et se dissipa; au jour, on vit qu’une énorme bande de terre, à partir du Pont-Capucin au sud, jusqu’à Negery-Passoerong au nord et à l’ouest, avait disparu sur une étendue de cinquante milles carrés.
- Le détroit de la Sonde a son entrée dans la mer des Indes, à peu près par 6° de latitude sud. C’est l’un des passages les plus fréquentés pour aller dans les mers de Chine; les bâtiments à voile suivent toujours cette route pour passer de l’océan Indien à la mer de Chine et vice versa. C’est également la route que prennent les navires venant de l’Amérique du Sud et ceux qui ont doublé le cap de Bonne-Espérance, à destination de l’extrême Orient.
- Les navires à vapeur venant d’Europe passent en général par le détroit de Malacca, qui sépare Sumatra de la presqu’île indo-chinoise, mai-:, dans la mousson du sud-ouest, beaucoup d’entre eux rentrent dans l’océan Indien par le détroit de la Sonde, afin de profiter des brises favorables qui les conduisent jusqu’à l’entrée de la mer Rouge.
- Par la route directe, ils auraient à lutter, dans cette saison, contre des vents debout très violents et une mer très forte. On prend une route plus longue, mais on fait une traversée plus courte en suivant d’avril à octobre la route dite des Détroits, qui fait déboucher dans l’océan Indien, au sud de l’équateur, et permet aux bâtiments de naviguer avec des vents favorables.
- Quand on sort du détroit de la Sonde pour se rendre aux Philippines, en Chine ou au Japon, on trouve devant soi trois passages : le détroit de Banca, sur la côte de Sumatra ; le détroit de Gaspar, entre l’ile de Banca et l’île Billiton, et le détroit de Kari-matn, sur la côte de Bornéo.
- Tous ces passages sont parfaitement reconnus, balbés et éclairés par le gouvernement des Indes néerlandaises avec le soin le plus intelligent.
- Tout est à refaire dans le détroit de la Sonde. Il est probable que presque toutes les puissances qui entretiennent des missions hydrographiques dans l’extrême Orient prêteront leur concours aux officiers hollandais pour refaire au plus tôt l’hydrographie de la partie de la côte atteinte par la catastrophe.
- L’île de Java, la perle des îles néerlandaises, n’a pas moins d’une trentaine de volcans en activité,
- « chaudières de l’enler », comme dit Onésime Reclus, se profilant sur toute la longueur de l’île et visibles des deux mers.
- Le plus haut, le Semirou, a 3800 mètres de hauteur. Sur la côte Ouest, ces « younans » se noient dans les hauts plateaux, tandis que, sur la côte Est, ils se détachent dans toute leur majesté.
- Les grandes commotions sont fréquentes dans l’archipel malais; ainsi l’île de Babie, qui n’est séparée de l’extrémité orientale de Java que par une étroite coupure, en aurait été séparée en 1204, probablement à la suite d’une tourmente volcanique.
- Dans presque toutes les parties de l’île de Java on signale de terribles désastres.
- Le dôme du célèbre temple de Borobodo a disparu, entraîné par la chute des rochers.
- A Speeswyk, les rocs avaient, en tombant, la température du fer rouge. Ils ont mis le feu aux maisons dans la partie la plus peuplée de la ville.
- Dix bazars appartenant à des Européens ont été détruits dans cette localité.
- Dans la baie de Lampong, un des meilleurs abris de Sumatra, au fond de laquelle se trouvait la ville de Telok-Betong, l’aspect général est terrifiant. Tout a ôté détruit sur une étendue de huit kilomètres. La population indigène est, dit-on, très excitée contre lçs Hollandais. Elle croit que la Providence a voulu les punir de la guerre contre les Atchinois. Ce sont les prêtres qui encouragent ce sentiment qui ne semble pas émouvoir les Hollandais, car les indigènes du sud de Sumatra sont connus pour leur esprit de timidité et d’obéissance.
- Dans presque toutes les régions, les pertes sont ’ irréparables. Ainsi, les « mille temples de Bram-bamam » sont très endommagés; quelques-uns même sont détruits.
- Le fleuve Jacatama, sur les rives duquel s’élève Batavia, a été si complètement envahi par la lave et les débris de toute sorte, que son cours a été détourné. Se frayant une nouvelle route par une des rues de la ville, les eaux sont allées se jeter dans
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- l’Emerades, dont elles ont considérablement élevé le niveau.
- L'île Iloorn qui est située non loin de l’embouchure du Tangerang et au nord-est de Batavia, est complètement inondée. Dans les îles de Babie et de Tjiribond, plusieurs maisons se sont écroulées et tous leurs habitants ont péri.
- L’île de Midah, à dix milles de la côte de Java, a été en grande partie engloutie.
- On a parlé de 80000 victimes; mais il est encore difficile de donner des appréciations certaines à ce sujet.
- Des navires de guerre croisent aux deux issues du détroit de la Sonde pour empêcher les navires de s’engager dans les passages dangereux. Avis est donné d’éviter la route entre les îles de Crokatoa et de Sebesie, et de suivre celle qui se trouve entre Crokatoa et l’île des Princes, sur la côte de Java.
- Il ne paraît pas que l’on ait encore des données complètes sur l’étendue du désastre à Sumatra.
- L’immense ondulation soulevée par l’effondrement des îles qui ont disparu s’est propagée dans les détroits, au nord jusqu’à Bornéo, à plus de cent vingt lieues de mer de distance, et à l’est jusqu’à l’extrémité de Java. A Batavia, la mer a monté de deux mètres au-dessus du niveau des plus hautes mei’s, puis elle s’est retirée presque instantanément, amenant une dénivellation de cinq mètres, qui a laissé à découvert quelques centaines de cadavres horriblement mutilés.
- Des comités se forment dans les principales villes de Hollande pour organiser une souscription au profit des victimes. Le nombre de celles-ci paraît considérable. Il faudra donc des sommes énormes pour réparer, même imparfaitement, les désastreuses conséquences de ce cataclysme.
- FREIN AUTOMATIQUE A AIR COMPRIMÉ
- DE CARPENTER
- Nous avons décrit déjà dans La Nature les principaux types de freins continus essayés jusqu’à présent ; nos lecteurs ont pu se convaincre par l’exposé que nous en avons présenté, combien d’études et de recherches ont été faites déjà sur cette question importante dans l’exploitation des chemins de fer. Le type de frein que nous allons décrire aujourd’hui vient d’être expérimenté en Allemagne avec un certain succès, il se recommande en outre par la grande simplicité et l’ingénieuse disposition de ses organes qui peuvent être considérés par certaines personnes comme un perfectionnement sur les types de freins antérieurs.
- L’installation générale du frein Carpenter est analogue à celle du frein à air comprimé Westinghouse, que nous avons eu déjà l’occasion de décrire : une pompe à air placée sur la machine et actionnée par la vapeur de la chaudière refoule de l’air dans
- un réservoir d’air comprimé mis en communication par une conduite générale, régnant sur toute la longueur du train, avec les cylindres à frein dont chaque véhicule est muni. On détermine le serrage en mettant cette conduite en communication avec l’atmosphère ce qui assure le fonctionnement automatique du frein en cas d’avarie qui coupe la conduite : l’air comprimé du cylindre à frein s’échappe au dehors en entraînant les pistons qui commandent les freins. Pour le desserrage il suffit de rétablir la pression dans la conduite, ce qui ramène tous les pistons à frein à leur position initiale, et éloigne ainsi les sabots des roues contre lesquelles ils étaient appliqués.
- Le cylindre à frein Carpenter est représenté dans la figure ci-contre, empruntée à la Revue generale des Chemins de fer, il comprend un piston à tige creuse formant fourreau, et muni sur son pourtour d’un cuir embouti qui frotte contre les parois du cylindre, en interceptant toute issue à l’air comprimé qui viendrait de la chambre de gauche pour retourner dans celle de droite ; au contraire, l’air arrivant directement dans cette dernière chambre, peut réussir à traverser dans celle de gauche en soulevant en dessous le cuir embouti. De plus dans la position du piston réprésentée sur la figure, qui correspond au desserrage, on remarquera sur la paroi supérieure du cylindre un petit évidement ménagé à dessein sous le cuir et qui fournit à l’air une issue plus facile préparée à l’avance. La chambre de droite communique directement en effet avec la conduite générale du train, par une tubulure spéciale, et l’air comprimé qui remplit cette conduite s’y répand librement, il arrive donc dans l’autre chambre en soulevant le cuir et profitant de l’issue ménagée dans la paroi. La pression ainsi établie est égale dans les deux chambres, et le piston sollicité d’autre part par le ressort qui rattache la tige jusqu’au fond du cylindre, se tient immobile dans la position représentée, la pression prépondérante qui s’exerce sur la plus grande surface du piston étant contrebalancée par la tension de ressort.
- Le serrage se produit immédiatement dès que la pression est détruite dans la conduite, si on ouvre une issue dans l’atmosphère par exemple ; l’air comprimé qui remplit la chambre de droite est évacué immédiatement dans la conduite, tandis que celui qui occupe l’autre chambre est retenu par le diaphragme en cuir embouti ; la pression qu’il exerce sur le piston devient alors prépondérante, et celui-ci est refoulé vers le fond du cylindre en entraînant avec lui, comme nous le dirons plus loin, la tige et par suite tout l’attirail du frein.
- Pour desserrer, on rétablit la pression d’air dans la conduite, l’air comprimé revenant dans la chambre du fond se répand peu à peu dans la chambre de droite de manière à rétablir l’équilibre des pressions comme précédemment, et il permet par là au ressort de ramener le piston à sa position initiale. Si le frein de la voiture se refusait à se desserrer, il suffirait de mettre la chambre d’avant en communica-
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- tion avec l’atmosphère, en ouvrant le robinet V ménagé à cet effet, la pression y baissant immédiatement, le piston serait toujours chassé en arrière.
- Il importe que le mouvement du serrage s’opère rapidement, c’est ce qui explique l’utilité de la petite rainure signalée plus haut dans la paroi du cylindre en face de la position de desserrage pour assurer le passage du courant d’air comprimé allant de la droite vers la gauche. Le serrage également doit être immédiat, mais comme on a supprimé ici toute soupape, pour avoir un type de cylindre à frein aussi simple que possible, l’air comprimé est évacué par la conduite, ce qui entraîne un temps perdu un peu long. On atténue cet inconvénient en réduisant la course du piston autant que possible, ce qui a obligé à disposer une installation spéciale qui est un des traits les plus originaux du système, installation qui a pour but de compenser automatiquement le jeu qui peut se produire dans les or-
- Coupe du cylindre à frein à air comprimé, type Carpenter.
- ganes, et d’assurer cependant une course constante au piston.
- La tige du piston est creuse, comme on le voit sur la figure, elle sort du cylindre par un gros presse-étoupe qui doit avoir l’inconvénient d’exiger un serrage énergique pour fermer toute issue à l’air comprimé ; cette tige forme ainsi une sorte de fourreau dans lequel est emmanchée la barre de commande des sabots de freins. Celle-ci présente la forme d’une crémaillère dans les dents de laquelle sont insérées deux plaques verticales À et B. La plaque B est constamment serrée par un ressort au contact de la face verticale d’une dent a, et c’est par son intermédiaire que le piston porté vers le fond du cylindre dans le mouvement du serrage, entraîne la barre des freins. La tige creuse entraîne en effet l’écrou MN à qui elle est rattachée invariablement, et celui-ci entraîne la plaque B, et par elle la crémaillère.
- Quant à la plaque A, elle est entraînée par la barre elle-même, et elle vient s’appuyer au moment du serrage contre la cloison C en empêchant ainsi le piston d’aller plus loin. Si ce mouvement par suite du jeu des pièces n’est plus suffisant pour produire le serrage et amener les sabots au contact des roues, la pression motrice qui continue son action, entraîne le piston et la barre avec lui, elle force ainsi la plaque A immobilisée au contact de la paroi C, à se soulever légèrement sur la face inclinée de la dent en laissant glisser la barre jusqu’à ce que le serrage se produise ; si cet effet ne suffit pas, la dent échappe tout à fait et la plaque A retombe sur la
- dent suivante qu’elle arrête comme la première. Lorsque le piston est rappelé à sa position initiale au moment du desserrage, la plaque B ramène la tige des freins, en agissant par frottement contre la face inclinée de la dent sur laquelle elle est appliquée, le ressort qui la maintient doit être assez puissant pour l’empêcher d’échapper en temps ordinaire ; mais elle avance elle-même d’une dent quand la plaque A s’est déplacée de cette quantité ; autrement en effet le piston ne pourrait plus revenir exactement à sa position initiale, et la pression qui tend à le déplacer, s’exerce jusqu’à ce que la plaque B soit échappée à son tour, malgré la résistance du ressort qui l’appuie, et soit revenue ainsi à distance constante de la plaque A.
- On a ainsi, comme on le voit, un règlement complètement automatique qui compense de lui-même le jeu et l’usure des pièces, et conserve au piston une course rigoureusement constante. Cette disposition si ingénieuse de la tige à crémaillère a été appliquée d’ailleurs au frein hydraulique de M. Backer, et elle a donné déjà des résultats très favorables sur la ligne deNorth Western Raihvay.
- Le frein Carpenter a été l’objet d’expériences consécutives très soignées, qui ont été exécutées en Allemagne sur la section de Halensee à Dreilinden du 5 au 7 septembre 1881, il a été plus tard essayé en service courant du 15 octobre 1881 au 1er avril 1882 et il a donné des résultats satisfaisants.
- Ces expériences portaient également sur les principaux types de freins continus que nous avons décrits déjà : frein automatique à air comprimé Westing bouse, frein à ride Smith-Hardy, etc. Sans prescrire absolument l’adoption d’un type particulier, la Commission des essais a décidé néanmoins qu’il conviendrait de munir tous les trains de voyageurs de freins automatiques à air comprimé. L. B.
- L’ÉQUATORIAL
- DE L'OBSERVATOIRE DE PARIS
- (système lœwy)
- Voici le premier dessin qui ait été fait du remarquable appareil récemment installé à l’Observatoire de Paris, et dont la disposition ingénieuse est due à M. Lœwy, soustracteur de cet établissement. Commencé sous l’administration de M. Delaunay, interrompu pendant la guerre, il vient d’être achevé grâce à une nouvelle libéralité de M. Bischoffsheim.
- L’équatorial est un des instruments essentiels de l’astronomie : on nomme ainsi une lunette à l’aide de laquelle on peut observer un astre situé en un point quelconque au-dessus de l’horizon et qui permet, par conséquent, de suivre cet astre pendant toute la durée de sa marche apparente, de manière que rien n’échappe à l’observateur attentif ni des incidents de la route, ni des modifications qui
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- Le grand Équatorial de l’Observatoire de Paris. — Système Lœwy.
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- peuvent survenir dans la forme, l’éclat ou les dimensions.
- Les équatoriaux doivent être gigantesques pour répondre aux besoins de l’astronomie moderne ; comme pour les canons, chaque nouvel appareil a des dimensions plus grandes que celles des anciens, — mais on ne vise pas les corps célestes dans le but de les détruire. — Tout le monde a pu voir sur la terrasse de l’Observatoire la coupole qui abrite l’équatorial et juger ainsi de la grandeur de l’appareil qui n’est pourtant pas un des plus grands. Le poids en est considérable, ce qui en rend les mouvements pénibles malgré la simplicité et la perfection du mécanisme à l’aide duquel s’effectue la manœuvre.
- L’astre observé se déplace sans cesse dans le ciel, ce qui nécessite un déplacement correspondant de l’appareil et de l’observateur, non seulement de droite à gauche ou inversement, mais de haut en bas ou de bas en haut. En outre, la coupole même doit être mise en mouvement et tourner autour de son axe, afin que l’ouverture qui s’y trouve pratiquée puisse être constamment amenée vis-à-vis de la lunette. L’observation exige donc, pour ne parler que des mouvements principaux, celui de la lunette, celui de l’observateur et celui de la coupole. Si l’on ajoute que l’observateur est obligé de s’asseoir ou de s’étendre horizontalement, quelque-lois d’une façon fort incommode, on voit que d’une part, la durée des observations se trouve diminuée du temps employé à la manœuvre, et que, d’autre part, la fatigue de l’astronome nuit à l’exactitude de l’observation.
- Ces inconvénients sont tellement sérieux que dans certains cas, lorsqu’il s’agit, par exemple, de la recherche des comètes, où il faut fouiller l’espace sur une grande étendue, l’astronome est forcé de renoncer à l’emploi des grands équatoriaux et se trouve réduit à faire usage d’appareils plus petits et moins avantageux.
- Ce ne sont pas les seuls inconvénients ; il en est d’autres et d’une nature plus grave tels que le défaut de stabilité des grands équatoriaux, qui rend impossible la mesure précise des grandes distances angulaires, les effets de llexion, le décentrage de l’objectif, si préjudiciable à la netteté des images, nous sommes ainsi en mesure d’apprécier les avantages du nouvel équatorial. Celui-ci permet, en effet, comme on va le voir, i0 de mesurer de grandes distances angulaires; 2° de faire les observations avec une aisance et une rapidité relatives. Assis sur un siège fixe, indépendant du support de l’instrument, l’astronome est là comme devant sa table, lorsqu’il écrit. L’instrument lui obéit et non lui à l’instrument.
- La nouvelle lunette est coudée à angle droit ; une partie est dirigée suivant l’axe du monde, et peut tourner sur elle-même, par conséquent l’autre, qui lui est perpendiculaire, se meut dans le plan de l’équateur. A l’extrémité de cette dernière .se trouve un miroir et au coude de la lunette, à l’intérieur,
- un second miroir, tous deux faisant avec l’axe un angle de 45°. Ces deux miroirs sont destinés à se renvoyer de l’un à l’autre, et enfin, à l’observateur assis, ayant l’œil à l’oculaire, l’image de l’astre à observer.
- La perte de lumière par le fait des réflexions successives est à peine sensible. La déformation des images qui pourrait résulter de l’emploi de miroirs d’épaisseur trop faible a été évitée. Aussi, par ses qualités optiques, le nouvel équatorial ne se trouve-t-il surpassé par aucune des lunettes de l’Observatoire. Il y a là un double résultat acquis : la mesure de grandes distances angulaires, la possibilité pour l’astronome d’explorer le ciel tout entier, sans se déplacer et en gouvernant lui-même son appareil.
- Une conséquence de ces heureuses dispositions, c’est la suppression de la lourde, disgracieuse et coûteuse coupole. Elle est remplacée par un pavillon beaucoup moins vaste et d’une construction bien plus simple. 11 se compose d’une partie mobile abritant la portion de la lunette qui porte l’objectif et d’une partie fixe où se tient l’observateur. Lorsqu’on veut procéder aux observations, on éloigne la partie mobile qui roule facilement sur un chemin de fer; l’extrémité de la lunette qui porte le miroir de l’objectif se trouve ainsi à découvert, tandis que l’astronome, enfermé dans la partie fixe, comme dans son cabinet, à l’abri des intempéries, étudie les infiniment grands dans les conditions du naturaliste qui examine au microscope les infiniment petits.
- Comme il est juste que tous ceux qui ont été à la peine soient à l’honneur, disons en terminant que la partie optique de l’instrument a été remarquablement exécutée par les frères Henry et la partie mécanique par MM. Eichens et Gauthier.
- Féi.ix Hément.
- —»o«—
- DESCRIPTION TECHNIQUE DE L’ÉQUATORIAL
- Le corps de la lunette est formé de deux tubes de fonte de fer montés à angle droit sur un parallélipipède rectangle à base carrée prolongé par un tourillon A, du côte opposé à celui où est fixé l’un des tubes avec lequel il forme aussi l’axe horaire de l’instrument. A la partie supérieure de ce tube est fixée une pièce de bronze, qui sert àl a fois de tourillon supérieur de l’axe et de coulant destiné à recevoir le micromètre. Cette pièce de bronze, formant l’extrémité de l’axe polaire, repose elle-même dans un coussinet à tourillons ajustés dans les montants E, lesquels sont fixés sur un socle de fonte scellé sur la pierre et isolé du plancher ; l’instrument peut* se régler en azimut par des buttoirs F qui agissent sur le coussinet E ; les vis de ces buttoirs, en agissant sur le coussinet E, déplacent l’axe polaire de l’est à l’ouest. Le tourillon A repose dans une douille conique ajustée à' vis dans une coulisse C qui peut se déplacer au moyen de vis pour le réglage de l’axe en inclinaison; la pointe du tourillon A est garnie d’une pièce d’acier trempé, et frotte sur l’extrémité trempée d’une vis entrant dans la douille. Cette vis
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- a pour effet de limiter le frottement du tourillon À dans la douille ; le système de galets D maintenu par un levier D'sert également à soulager le frottement du tourillon dans sa douille.
- Le cercle horaire J, porté par le tourillon supérieur de l’axe, donne la seconde de temps par les verniers au nombre de 3 : la lecture en est faite par une loupe mobile K ; le cercle de déclinaison, placé un peu en arrière du cercle horaire, donne les 10 secondes d’arc par les verniers également au nombre de 3 et liés par la loupe K ; l’alidade est fixée à l’axe horaire, le cercle tourne sur l’axe, et est conduit par un pignon Y qui transmet le mouvement circulaire du manchon R, une forte roue dentée engrenant avec un pignon, permet à l’observateur de pouvoir déplacer rapidement l’instrument dans toutes les positions, en faisant tourner la manivelle placée à sa droite. L’arc denté L tourne sur l’axe horaire, et glisse sur le limbe de bronze d’un cercle également fixé à l’axe : une pince M immobilise à volonté l’arc au cercle, de sorte que ce dernier n’a pas besoin d’être dégagé de la vis tangente lorsque l’on veut rendre libre l’instrument. Une tige sert à remonter les poids du rouage au moyen d’une manivelle que l’on enlève à volonté ; le mouvement de rappel en ascension droite est donné par un bouton, le débrayage de la vis tangente est fait avec une clef, en agissant sur un petit bouton. On peut arrêter ou mettre en marche le mouvement d’horlogerie. Le manchon en acier R, ajusté à frottement doux sur le tube de fonte de la lunette, est garni de deux cercles dentés; sur le premier, engrène le pignon Y chargé de transmettre les mouvements au cercle divisé, placé près de l’oculaire; sur le second, engrène un autre pignon chargé de faire tourner le manchon avec la manivelle placée à portée de l’observateur ; une pince et une vis de rappel peuvent également, de l’oculaire, immobiliser ou rappeler le manchon R ; le manchon est porté et maintenu à sa base par trois doubles galets R' fixés au tube de la lunette; le contrepoids O est fixé à des leviers articulés e qui pivotent sur des douilles O' et agissent sur quatre galets, sur lesquels repose le manchon. A sa partie supérieure est fixée la monture du miroir S, de 40 centimètres. Ce miroir ajusté dans un barillet en fonte de fer, où il repose sur un lit de flanelle : le fond du barillet, percé de trous carrés de 40 millimètres, est mobile et donne aussi la possibilité de régler la pression ; le barillet est tenu dans sa monture par deux tourillons et réglé par une vis de rappel ; le miroir est enfermé dans un cube métallique, ayant sur chaque face une ouverture fermée par des couvercles à charnières ; sur les côtés du cube sont placés deux chercheurs T ; l’objectif est fixé au tube de la lunette, le petit miroir Y, placé dans le cube, repose aussi sur un lit de flanelle dans un barillet en fonte de fer porté par une monture rectifiable; une lampe à gaz Q, sert à éclairer l’intérieur de la lunette, donne les fils noirs sur champ brillant, et les fils brillants sur fond obscur. La mise au point des fils au foyer de l’objectif §è fait avec précision, en tournant à droite ou à gauche le petit manchon. F. H.
- LÀ SCIENCE DANS L’ANTIQUITE1
- LES VASES MERVEILLEUX.
- Le grec Ctésias, qui fut médecin de la cour de Perse au commencement du quatrième siècle de
- * Voy. n° 533 du 18 août 1883, p. 181.
- notre ère et qui a écrit une histoire de ce pays, rapporte le fait suivant1 : Xercès ayant fait ouvrir le tombeau de Bélus, trouva le corps du monarque assyrien dans un cercueil de verre presque entièrement rempli d’huile. « Malheur, disait une inscription placée à côté, malheur à celui qui ayant violé ce tombeau n’achèvèrait point immédiatement de remplir le cercueil ».
- Xercès ordonna, sur-le-champ, qu’on y versât de l’huile; mais, quelque quantité qu’on y mit, le cercueil ne put se remplir.
- Ce prodige devait s’effectuer à l’aide d’un siphon analogue à celui qui se trouve dans le vase de Tantale et qui s’amorce dès que le niveau s’élève dans le vase au-dessus de l’horizontale menée par la partie supérieure de la courbure du tube. On a retrouvé en effet la preuve de l’emploi du siphon chez les Égyptiens dès la dix-huitième dynastie et Héron, dans ses Pneumatiques2, décrit un très grand nombre de vases merveilleux fondés sur son emploi.
- Les Anciens avaient également résolu le problème inverse de celui du tombeau de Bélus, c’est-à-dire la construction d’un vase qui reste toujours plein quelle que soit la quantité d’eau que l’on en retire; ou du moins qui reste plein, quand même on en retire une grande quantité d’eau.
- La gravure ci-contre (fig. 1) montre l’une des dispositions employées.
- « Soit AB un vase contenant une quantité d’eau égale à celle qui pourra être demandée, et TA un tube qui le met en communication avec une cuve H© placée plus bas. Près de ce tube on installe un levier EZ à l’extrémité E duquel on suspend une rondelle de liège K se balançant dans la cuve ; à l’autre extrémité Z on accroche une chaîne portant nn poids en plomb S.
- « Le tout doit être disposé de telle sorte que : le liège K flottant sur l’eau de la cuve ferme l’orifice du tube; que, quand l’eau s’écoule, le liège en descendant laisse libre cette ouverture, et enfin que, quand il arrivera une nouvelle qnantité d’eau, le liège remonte avec le niveau et ferme de nouveau le tube ; pour cela il faut que le liège soit plus lourd que le poids en plomb suspendu en S. Soit maintenant AM le bassin susdit dont les bords doivent être à la même hauteur que le niveau de l’eau dans la cuve quand il n’y a pas d’écoulement par le canal à cause du flotteur en liège. Soit encore un tube ©N réunissant la cuve au fond du bassin.
- « Ainsi, le bassin une fois plein, quand nous y puiserons de l’eau, nous ferons en même temps baisser le niveau de l’eau dans la cuve, et le liège, en descendant, ouvrira le tube. L’eau coulant alors dans la cuve et de là dans le bassin fera remonter le liège et l’écoulement cessera ; cela se reproduira
- 1 Liv. XII, ch. m.
- 2 Notamment dans les appareils VI, XVIII, XXI, XXII, XXIII, XXVII, XXVIII, XXX, XXXI, XXXV, XXXVI, XLVf, XLIX, LU de ma traduction (La science des philosophes, —-Paris, Masson, 1881),
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- chaque fois que nous prendrons de l’eau dans la coupe. » (Héron, Pneumatiques : App. XIII.)
- 11 y avait ensuite les vases qui ne versaient qu’une quanti lé déterminée du liquide qu’ils contenaient. Nous avons déjà décrit un de ces mesureurs (La Nature, numéro du 17 février 4883); en voici un autre plus compliqué où l’ou peut faire varier, pour un même vase la quantité de liquide qu’il mesure.
- Un vase contenant du vin et muni d’un goidot étant placé sur un piédestal, faire que, par le simple déplacement d'un poids, on oblige le goidot à laisser couler une quantité donnée de vin, tantôt par exemple un demi-cotyle (O113) tantôt un cotyle, bref, telle quantité qu'on voudra.
- Fig. 1. — Vase merveilleux île Héron, d’Alexandi'ie. Ce vase reste toujours plein quelle que soit la quantité de liquide qu’on en retire.
- le tube H© avant de mettre l’eau dans le piédestal pour que l’air puisse s’échapper par le tube EO; puis on verse l’eau dans le piédestal, à travers un trou quelconque, de manière à fermer l’orifice O ; alors on ouvre le goulot A. Il est clair que le vin ne coulera pas, puisque l’air ne peut entrer d’aucun côté ; mais, si nous abaissons l’extrémité P de la réglette une partie de la clepsydre sortira de l’eau, et, l’orifice O étant dégagé, le goulot A coulera jusqu a ce que l’eau soulevée dans la clepsydre, ait, en s’écoulant, refermé ce même orifice O. Si, lorsque la clepsydre est remplie de nouveau, nous abaissons encore davantage l’extrémité P, le liquide contenu dans la clepsydre mettra plus de temps à s’écouler et par suite il coulera plus de vin par le goulot : si la dép-
- it Soit AB le vase dans lequel on doit mettre le vin (fig. 2). 11 y a près du fond un goulot A ; le col est fermé par la cloison EZ à travers laquelle passe un tube qui descend jusqu’au fond du vase en laissant toutefois une distance suffisante pour le passage de l’eau. Soit KAMN le piédestal sur lequel est établi le vase, et EO un autre tube, arrivant jusqu’auprès de la cloison et pénétrant dans le piédestal. Dans le piédestal il y a de l’eau de manière à bouclier l’orifice du tube Eo. Soit enfin une réglette IIP dont la moitié est à l’intérieur du piédestal et l’autre moitié au dehors ; elle est mobile autour du point 2 et, à son extrémité ri, est suspendue une clepsydre dont le fond est percé d’un trou T.
- « Le goulot A étant fermé, on remplit le vase par
- Fig. 2. — Autre vase merveilleux de Héron. Parle déplacement d’un poids, on peut faire écouler une quantité déterminée du liquide.
- sydre toute entière s’élève au-dessus de l’eau, l’écoulement durera eucore plus longtemps.
- « Au lieu d’abaisser avec la main l’extrémité P de la règle, on peut prendre un poids <ï>, mobile sur la partie extérieure PX de la règle, et capable de soulever hors de l’eau la clepsydre toute entière quand il est placé près de P ; ce poids en soulèvera donc une partie seulement quand il sera plus éloigné. On procédera alors à un certain nombre d’expériences sur l’écoulement par le goulot A en faisant des coches sur la règle PX et enregistrant les quantités de vin qui leur correspondent, de la sorte, quand on voudra faire écouler une quantité déterminée, il n’y aura qu’à amener le poids à la cocbe correspondante et à laisser faire ». (Héron, Pneum., App. LIY.)
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- 1. EAU CHANGEE EN VIN.
- Le prodige de l’eau changée en vin est un de ceux sur lesquels l’imagination des anciens s’est le plus exercée L Héron et Phi-Ion décrivent une quinzaine d’appareils destinés à le produire et, plus généralement, à faire couler à volonté d’un même vase des liqueurs différentes 2.
- Voici l’un des plus simples (fig. 5) :
- « Il y a, dit Héron, certaines cornes à boire qui, après que Ton y a introduit du vin, laissent couler, lorsqu’on y verse de l’eau, tantôt de l’eau pure tantôt du vin pur.
- « On les construit de la manière suivante :
- « Soit une corne à boire ABrA munie de deux diaphragmes AE et ZH à travers lesquels passe un tube ©K soudé à ces diaphragmes et percé d’un trou A un peu au-dessus du diaphragme zh. Au - dessous du diaphragme AE, il y a un évent M dans la paroi du vase.
- « Ces dispositions prises, si quelqu’un, bouchant l’orifice de sortie r, verse du vin dans la corne, ce vin coulera par le trou A dans le compartiment AEZH, car l’air qui y est contenu peut s’échapper par l’évent M ; si maintenant nous bouchons l’évent M, le vin qui est dans le compartiment AEzn y sera retenu. Par conséquent si, fermant l’évent M, nous
- 1 Athénée (Banq. des Sages, I, 30) rapporte que, dans une ville d’Elide, tous les ans, aux fêtes de Bacchus, on fermait sous les yeux du public trois urnes vides, qui se trouvaient pleines de vin quand on les rouvrait quelques instants après.
- D’après Pline (II, 103), il existait dans l’île d’Oncbros une ontaine qui versait du vin pendant sept jours et de l’eau pendant le reste de l’année.
- * Héron, Pneum., app. II, III, Vil, XI, XV, XVI, XVII. XVIII,
- versons de l'eau dans la partie ABAE du vase, il s’écoulera de l’eau pure par l’orifice r ; si, ensuite, nous ouvrons l’évent M pendant qu’il y a encore de l’eau au-dessus du diaphragme supérieur, il s’écoulera un mélange d’eau et de vin; puis, lorsque toute l’eau sera écoulée, du vin pur1.
- « En ouvrant et fermant plus souvent l’évent M on peut faire varier la nature de l’écoulement; ou, ce qui est mieux encore, on peut commencer par remplir d’eau le compartiment AEZII, puis, fermant en M, verser le vin par dessus. Alors on verra s’écouler tantôt du vin pur, tantôt un mélange d’eau et de vin quand l’évent M sera ouvert ; tantôt encore du vin pur quand cet évent sera fermé de nouveau : et cela se reproduira autant de fois que nous le voudrons. »
- L’apoareil représenté par la figure 4 est très
- curieux et se prêterait à des applications utiles, sans parler de celles qu’en pourraient faire les marchands de vin en inversant Tordre des liquides et en ne laissant apparent que le vase AB et le robinet.
- «Etant donnés, dit encore Héron, un vase et un autre qui contient du vin, on demande que, quelque soit la quantité d’eau que nous versions dans le vase vide, il s’écoule par un tuyau la même quantité d’un
- XIX, XXV, XL, LV ; — Pliilon, Pneum., p. 217 (A. de Rochas, La science des philosophes et l’art des thaumaturges dans l'antiquité. — Masson.
- Nous avons déjà donné l’appareil XXV dans le numéro de La Nature, en date du 17 février 1883.
- 1 C’est, on le voit, sous une autre forme, l’appareil connu, dans les cabinets de physique, sous le nom d'entonnoir magique.
- Fig. 3. — Corne à boire de Héron, laissant écouler à volonté de l’eau ou du vin.
- Fig. 4. — Appareil de Héron, permettant de produire un mélange d’eau et de vin dans des proportions déterminées.
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- mélange d’eau et de vin dans telle proportion qu’on voudra, par exemple deux parties d’eau pour une de vin.
- « Soit AB un vase en forme de cylindre ou de pa-rallélipipède rectangle. A côté de lui et sur la même base on place un autre vase TA hermétiquement clos et de forme cylindrique ou parallélipipédique comme AB; mais la base de AB doit être double de celle de rA si nous voulons que la quantité d’eau soit double de celle du vin dans le mélange. Près de TA on place un autre vase EZ égalemeut clos, dans lequel on a versé du vin. Les vases FA et EZ sont reliés par un tube 110K traversant les diaphragmes qui les ferment à leur partie supérieure et soudé à ces diaphragmes. Dans le vase EZ on place un siphon recourbé AMN dont la branche intérieure doit effleurer le fond du vase de façon à laisser tout juste le passage pour un liquide, tandis que l’autre branche qui se recourbe dans l’intérieur du vase [ez] se rend dans un vase voisin So. De ce dernier part un tube IIP qui passe à travers tous les vases ou le piédestal qui les supporte de manière à pouvoir être amené facilement au-dessous et tout près du fond du vase AB. Un autre tube ZT traverse les cloisons des vases AB et TA. Enfin, près du fond de AB on ajuste un petit tube Y qu’on enferme avec le tube Hr dans un tuyau <1>X muni d’une clef à l’aide de laquelle on peut l’ouvrir et le fermer à volonté. Dans le vase EZ on verse du virï par un trou Q. que l’on rebouche après l’introduction du liquide.
- « Ces dispositions prises on ferme le tuyau X<t> et on verse de l’eau dans le vase AB. Une partie, c’est-à-dire une moitié, passera dans le vase TA par le tube ZT, et l’eau qui pénètre dans TA en chassera une quantité d’air égale à elle-même dans EZ par le tube H©K. De même cet air chassera une quantité égale de vin dans le vase OS par le siphon AMN. Maintenant, en ouvrant le tuyau <t>X, l’eau versée dans le vase AB et le vin sortant du vase OS par le tube IIP couleront ensemble ; c’est ce que l’on se proposait d’obtenir. » A. de Rochas.
- CORRESPONDANCE
- A PROPOS DE L’ALCOOL Dû MELO.
- Mareuil-sur-Ay, Il septembre 1883.
- Monsieur,
- Dans la note que vous avez publiée sur l’alcool du melon (n°556du8 septembre 1883, p. 238),l’auteur, M. A. Levât, suppose à tort que l’alcool vaut 2 francs le litre.
- Les 5/6 du Nord à 90° sont actuellement côtés à 55 francs l’hectolitre, et il est peu probable que l’alcool du melon soit jamais plus favorisé ; nous sommes donc bien loin du prix de 2 francs qui n’a pu être cité que par la confusion du prix de vente et des droits de régie qui sont en effet de 1 fr. 45 environ par litre d’alcool à 90° (156,25 par hectolitre à 100°).
- Dans ces conditions, M. Levât, pour 5 litres d’alcool à 0 fr. 55 n’a pu obtenir que 2 fr. 75 sur 50 kilos de melon qui lui avaient coûtés 4 fr. 50 ; de plus, d’après les chiffres, les frais de manipulation s’étant élevés à 1 fr. 50 il en
- résulte une perte totale de 3 fr. 20 ou de 46 pour 100.
- Ce résultat détruit absolument les espérances qu’aurait pu faire naître la note dont il s’agit : il était de notre devoir de signaler le danger, car le commerce et l’industrie n’envisagent le plus souvent que le côté pratique des conceptions de la science.
- Veuillez agréer, etc. Albert Valet.
- CHRONIQUE
- Société internationale des Électriciens. —
- Une Société des électriciens a été fondée à Paris avec la présidence d’honneur de M. Cocherv, ministre des Postes et des Télégraphes, sous les auspices de M. Georges Berger, président du Comité d’initiative. La Société nouvelle est ouverte par voie d’admission, à tout Français ou étranger qui, à un titre quelconque, général, scientifique, industriel, commercial, s’intéresse aux progrès de l’électricité théorique ou appliquée. Le siège de la Société est à Paris. La Société internationale des Electriciens a pour but : de centraliser, pour leur étude et leurs discussions, les renseignements et les documents concernant les progrès de l’électricité ; de favoriser la vulgarisation et le développement de l’électricité par tous les moyens. A cet effet, elle exerce son action par des réunions, des conférences, des publications, des dons en instruments ou en argent, aux personnes travaillant 'a des recherches ou entreprises scientifiques qu’elle aurait provoquées ou approuvées ; d’établir et d’entretenir des relations suivies et de solidarité entre les divers membres, français ou étrangers, de la Société. La Société, s’interdit toute ingérence intéressée dans une entreprise industrielle ou commerciale quelconque. La cotisation annuelle fixée à vingt francs doit être adressée à M. le Président de la Société internationale des Electriciens au Ministère des Postes et des Télégraphes, 99, rue de Grenelle, à Paris.
- Photographie des éelairs. — Une intéressante expérience de photographie a été faite le 6 juillet de cette année à Reichenberg (Bohême), par M. Robert llaensel. Depuis longtemps déjà M. llaensel essayait d’obtenir par la photographie, les images exactes des éclairs. Il y a enfin réussi ce jour-là, à plusieurs reprises. Ces épreuves montrent la lumière de l’éclair sous forme de longues étincelles continues, traversant l’atmosphère. Sur l’une des épreuves on a pu discèrner fort nettement le point de contact de l’étincelle avec la terre, le point où la foudre est tombée, en somme. Le paysage se trouvant reproduit également sur l’image, on a pu en déduire la longueur de la traînée lumineuse. Elle a été évaluée dans ce cas, à 1700 mètres environ. Une jolie étincelle' En perfectionnant la méthode on espère obtenir mieux encore par des effets stéréoscopiques. (Neue Freie Presse.)
- Le commerce du bétail aux États-Unis. —
- Généralement on ne se rend pas compte de l’étendue du commerce du bétail entre les États-Unis et l’Europe et de l’armement d’un steamer pour le transport des animaux à travers l’océan Atlantique. Un nouveau steamer américain, qui vient d’être construit spécialement pour ce trafic, peut servir de type. Il est de 5000 tonneaux ; sa dunette et son gaillard d’avant ont une longueur inusitée. Il a un double fond pour lest d’eau. Il est à deux mâts et a un grand espace entre ses ponts. En outre de son chargement de bétail, il prend 1000 tonnes de cargaison ordinaire, 70 000 boisseaux de blé et 700 passagers. Dans les
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- larges espaces qui existent entre ses ponts, ainsi qu’a l’amont et à l’arrière, on a posé des étables, qui peuvent contenir de quatre à cinq tètes de bétail chacune. Les ponts en fer sont recouverts de parquetage, où sont clouées des barres afin d’empeclier les bêtes de glisser pendant le gros temps,. Tout le bétail, lorsqu’il est installé, se tient en travers du navire. 11 y a un passage entre les boxes, pour les gardiens. 11 y en a un par trente tètes de bétail. Le bétail est nourri de foin et de maïs non broyé. Chaque bête consomme à peu près quinze livres de fourrage, et 67 litres 1/2 d’eau par jour. Ce navire construit à la manière américaine, coûte 225000 dollars (1 270 000 francs) et supporte le gros temps mieux que ceux du modèle anglais. Le chargement de bétail à bord de ce steamer s’opère par un procédé nouveau. On emploie des grands chalands construits exprès; ces chalands sont munis de larges ponts volants, dont les extrémités peuvent être levées ou baissées 'a volonté comme un pont-levis, pour l’entrée et la sortie du bétail. Une box est suspendue au martinet d’artimon, dans lequel sont poussés les « taureaux à l’œil sauvage » et ils descendent en un instant dans leurs étables. L’envoi de bétail en Europe est très actif en ce moment et les commandes aux États-Unis augmentent tous les jours. Des steamers munis de glacières, chargés de milliers de pièces de boucherie traversent également
- .ilantique. On peut donc dire que l’exportation de bêtes sur pied et de la viande dans la glace donnent également des bénéfices. (The Farmer et U Exploration.)
- Le Ml Blanc et le Ml Bleu. — M. J. M. Schuver lors de son voyage au Soudan a jaugé le Nil Blanc et le Nil Bleu â Khartoum, à l’époque de leurs plus basses eaux. « Le 12 avril, dit-il, le Nil Blanc, ou plutôt son bras occidental, le seul qui coulât alors, avait 180 mètres de large des profondeurs variant, sur la section choisie par moi, entre 50 centimètres et 8 mètres et demi, et sa vitesse était de 108 mètres en 70 secondes, car en cet endroit, à quelques centaines de mètres en amont du confluent du Nil Bleu, il est fort resserré par une île et coule par un léger rapide sur un lit un peu pierreux. En amont de ce passage il est justement très lent, mais avec 600 à 800 mètres de largeur. Bref, les mesures que j’ai prises ici m’ont donné, pour le débit du Nil Blanc, 1274 mètres cubes et demi par seconde. Quant au Nil Bleu, il avait alors 140 mètres de largeur dans un lit de 320 mètres (avec banc de sable de 180) et une vitesse de 100 mètres seulement en quatre minutes et demie. J’obtins 832 mètres cubes et demi par seconde pour son débit. De cela il résulte que le Nil Blanc est, en temps d’étiage, la grande branche du Nil, et que les deux rivières réunies donnent 2107 mètres cubes par seconde. » (Miltheilungen.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 septembre 1883.— Présidence de M Bi.anchahd.
- M, le président annonce à l’Académie la mort d’un de ses membres, M. Puiseux.
- Victor-Alexandre Puiseux naquit en 1820; il entra à 'École normale en 1837 et fut successivement chargé de la chaire de mathématiques pures aux Facultés de Rennes (1841) et de Besançon (1845). 11 devint suppléant de cours au Collège de France en 1852, maître de conférences à l’Ecole normale en 1853, et, fut nommé à la chaire de mécanique céleste de la Faculté des Sciences de Paris en 1857. Puiseux fut attaché à l’Observatoire de Paris en qualité d’astronome adjoint en 1855; enfin il
- prenait la place de Léon Foucault à l’Institut en 1868 et remplaçait Lamé au Bureau des Longitudes en 1871.
- Puiseux fut élu membre de l’Académie des Sciences à l’unanimité des suffrages : il n’y eut même pas une abstention. « 11 dut, dit M. Bertrand, son élection à son mérite et a l’urbanité de son caractère. »
- Puiseux ne resta que peu de temps à l’Observatoire où régnait alors Le Verrier. Il se consacra tout entier à son cours de mécanique céleste et abandonna les spéculations des mathématiques pures pour l’étude des grands problèmes astronomiques. Dès son entrée au Bureau des Longitudes il fut chargé de la direction de la Connaissance des Temps. Réduit aux ressources d’un budget absolument insuffisant il ne voulut point continuer la tâche entreprise, et fut au bout de deux années, relevé sur sa demande, par M.Lcewy qui garde encore aujourd’hui la direction de cette importante publication.
- Presque tous les travaux de Puiseux ont paru dans les Comptes Rendus de l’Académie et dans le Journal des Sciences mathématiques. Ces recueils renferment des développements considérables qu’il donna aux théories de Cauchy et ses travaux sur la convergence des séries.
- En 1856 on trouve dans les Comptes Rendus : Un mémoire sur les variations de l’intensité de la pesanteur dans une petite étendue de la surface terrestre et sur quelques effets qui en résulte ; Une note sur les inégalités périodiques du mouvement des planètes. En 1860, trois notes sur le développement en série des coordonnées d’une planète et de la fonction perturbatrice; en 1861, nouveau mémoire sur le même sujet; en 1863, Puiseux traite la même question dans les Annales de l'Observatoire de Paris; en 1864, il donne dans les Annales de l'École normale plusieürs mémoires sur les inégalités du mouvement de la lune; en 1870 et 1875, plusieurs mémoires sur l’accélération séculaire du mouvement de la lune. Enfin dès 1869, Puiseux s’était occupé du passage de Vénus qui devait avoir lieu le 8 décembre 1874 j quelques années plus tard il s’occupait du passage de 1882. A ce propos il ne publia pas moins de dix notes ou mémoires relatifs au passage, dans les Compte Rendus ou dans le recueil spécial de documents ayant trait au passage de Vénus. Ce fut la grande œuvre des dix dernières années de sa vie. Il avait été nommé secrétaire de la Commission de l’Institut chargée d’organiser et de diriger les missions françaises. On peut dire qu’il fut l’àme de la Commission. Son influence y fut prépondérante, et dès le retour des observateurs il se chargea de tirer de leurs observations la valeur de la parallaxe solaire. La mort est venue le frapper au moment où, déjà malade il se disposait a entreprendre les mêmes recherches à l’occasion du passage du 6 décembre 1882.
- Les travaux de Puiseux le classent parmi les astronomes de premier ordre, ceux dont les calculs ont mesuré le monde. Ce fut aussi un professeur admirable et les regrets qu’il laisse à l’Institut, seront partagés par ses collègues et ses anciens élèves de la Sorbonne.
- Astronomie. — MM. Schulof et Bonest ont déterminé les éléments de l’orbite de la nouvelle comète découverte par M. Brookes; ils établissent l’identité de cette comète avec celle de 1812.
- M. Trouvelot a observé l’éclipse totale de soleil du 6 mai 1883 à l’île Caroline. Pendant cette éclipse, il aperçut, dans le voisinage du soleil, une étoile rouge que malgré toutes ses recherches ultérieures il ne put identifier avec aucune étoile connue. M. Trouvelot, depuis son
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- retour, a essayé en vain de retrouver cette étoile à la place qu’elle devrait occuper dans le ciel. 11 conclut que cet astre pourrait bien être la planète întra-mercurielle tant contestée et tant cherchée,
- M. Perrolin signale l'étoile double 2400 du Catalogue de William Struve comme étant en réalité un système trinaire composé d’une étoile de huitième grandeur et de deux satellites de onzième grandeur, placés en ligne droite.
- La foudre.— M. Colladon, de Genève, a établi une statistique des incendies et des accidents causés par la foudre. L’année qui vient de s’écouler a été particulièrement éprouvée. M. Colladon a remarqué que la plupart des incendies ont eu lieu, lorsque le fluide électrique avait suivi un conducteur interrompu eu face d’un autre conducteur. Une étincelle s’était produite avec inflammation des corps combustibles interposés.
- Génie civil. — M. Dumon t, ingénieur, a proposé, il y a déjà quelque temps, d’emprunter aux lacs de Genève et du Bourget l’eau nécessaire à l’aliinenlation d’un canal d’irrigation destiné à fertiliser les départements du midi de la France. En réglant l’écoulement des eaux du Rhône à sa sortie du lac Léman et, en mettant à profit des différences de niveau, M. Dumont arriverait à mettre à la disposition de la ville de Genève une force motrice de 70000 chevaux-vapeur tandis que d’un autre côté il pounait utiliser 80 mètres cubes d’eau par seconde alors que 60 suffisent pour l’alimentation du canal. Le projet grandiose de M. Dumont ne nécessiterait qu’une dépense de 4 500 000 francs :« il mérite, dit M. Dumas, l’attention bienveillante de l’Institut. »
- Varia. — M. Francourtois : Système de projection géographique. — Cornil : Microbe de la fièvre jaune.
- Stanistas Mecniek.
- FOURNEAU A CREUSET
- SYSTÈME CARft
- M. Charles Carr, de Birmingham a imaginé un genre de fourneau très avantageux pour chauffer les creusets destinés à fondre les métaux.
- Les fourneaux ordinairement employés présentent plusieurs inconvénients. Ainsi, on y fait entrer l’air par le devant au moyen d’une ouverture d’environ cinq centimètres de hauteur, placée au niveau de la grille et de la même largeur qu’elle. Les produits de la combustion s’échappent par une ouverture placée à Tanière et à la partie supérieure du four-
- neau,- de sorte que l'air traverse l’appareil en diagonale. Bans ces conditions, l’usure est considérable dans la partie du creuset qui reçoit le courant gazeux, et, pour répartir l’usure sur tout le tour, ou fait faire un quart de tour au creuset après chaque opération.
- M. Carr a trouvé, en second lieu, que l’écartement des barreaux de la grille, lequel est d’environ 18 à 25 millimètres, présente des inconvénients. Les morceaux de coke, sur lesquels repose le creuset, une fois brûlés, il arrive que le creuset porte sur les barreaux qui sont relativement froids, ce qui retarde l’opération, d’autant plus que le fond du creuset se trouve frappé par un courant d’air froid.
- Le fourneau Carr, représenté en coupe par la vignette, comprend deux enveloppes réfractaires B et C et une enveloppe métallique D. Comme on le voit, les barreaux de la grille, carrés ou méplats, sont jointifs, de manière à constituer une plaque plutôt qu’une grille. Le creuset étant entouré de coke, comme à l’ordinaire, l’air arrive par les quatre faces du fourneau. Dans ces conditions, le tirage et la température sont uniformes tout autour du creuset, dont le fond repose en outre constamment sur un lit de combustible. Les inconvénients signalés ci-dessus sortdoncévités et la durée du creuset est beaucoup plus considérable.
- Le fourneau repose par quatre pieds sur deux poutres en double T parallèles, placées au:dessus du cendrier, et qui peuvent recevoir ainsi plusieurs de ces appareils.
- Un lourneau de ce genre a été récemment expérimenté chez MM. Galloway à Manchester. Il venait dètre achevé et était encore humide. Le creuset étant chargé de G0 kilogrammes de bronze, on put opérer la coulée une heure quarante minutes après 1 allumage, et le creuset ayant été rechargé d’environ 45 kilogrammes,‘cette seconde coulée put se faire au bout de quarante minutes.
- Ces fourneaux peuvent avoir de très grandes dimensions. On fait des creusets pouvant contenir 250 kilogrammes. (Mechanical World.)
- Le propriétaire-gérant : G. Tissaxdiir.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N” 559. — ‘29 SEPTEMBRE 1885.
- LA NATURE.
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- aujourd’hui est sans contredit celui qui l’imite le
- NOUVEAU BATEAU A VAPEUR
- HU PAR UN
- PROPULSEUR A RÉACTION HYDRAULIQUE
- SYSTÈME MAGINOT ET G. PINETTE
- La rame, la godille, les roues à aubes et l’hélice constituent aujourd’hui les procédés de propulsion presque exclusivement employés lorsqu’on a recours à une force motrice pour produire la progression des bateaux. La voile constitue un mode de propulsion tout différent, et ne doit pas figurer dans notre énumération eu égard au caractère essentiellement variable de la force utilisée.
- Dans tous ces propulseurs, on n’a qu’une imitation souvent fort grossière des procédés que la nature met en œuvre avec les poissons et les mollusques ; le moyen que nous voulons faire connaître
- mieux.
- Le propulseur à réaction hydraulique consiste, en principe, à faire mouvoir des bateaux en aspirant de l’eau à l’avant et en la refoulant à l’arrière.
- C’est là une idée fort ancienne ; les naturalistes citent des familles entières de mollusques qui se meuvent de cette façon avec une très grande rapidité; il est probable que telle a été l’origine de l’idée première de ce mode de fonctionnement. >
- Quoi qu’il en soit, dès l’année 1661, un brevet d’invention fut pris en Angleterre dans cet ordre d’idées, par Toogood et Rayes i. On trouve ensuite les brevets Allen (1729) et Rumsay (1788). En France, Daniel Bernouilli présenta à l’Académie des Sciences un projet semblable, dans le courant du siècle dernier.
- M. Seydell, le premier, fit construire à Edimbourg un navire de 100 tonneaux qu’on nomma L'Entreprise et qui fut destiné à la pêche maritime. Le
- Longueur M êtres-
- «
- Bateau à propulseur hydraulique. — A. Aspiration. — B. Refoulement pour la marche en avant. — C,G', tubes de virage. —
- DD", tubes de marche arrière.
- succès fut incomplet, mais suffisant pour montrer tout le parti qu’on pouvait tirer de cette idée. Un autre bateau, L'Albert fut construit à Stettin sur le même type vers la même époque, et il fut question un moment d’installer un propulseur à réaction sur le Great-Eastern. La mort de Brunei et la mauvaise situation financière de l’entreprise du grand navire empêchèrent de donner suite à ce projet.
- Vers;1860, la question fut reprise par la Société John Cokerill de Seraing qui construisit le Seraing numéro 2, qui fit le service de bateau-omnibus entre Liège et Seraing'v>1,
- Le propulseur consistait en une forte pompe centrifuge à axe vertical, actionnée par une machine à vapeur à basse pression. Cette pompe aspirait de l’eau dans un canal percé de trous ménagé au fond du bateau et la refoulait par un conduit en spirale jusqu’aux tubes propulseurs.
- Les tubes propulseurs consistaient en deux tuyaux coudés sortant des lianes du navire et pouvant pivoter dans les ouvertures de sortie de laçon à tourner chacun à sa volonté son embouchure en bas, 11e année. — 2e semestre.
- en arrière ou en avant. L’eau chassée par les tuyaux coudés réagissait par sa pression, comme dans le tourniquet hydraulique des cabinets de physique, et produisait la propulsion du navire.
- En tournant en arrière les deux embouchures des tubes propulseurs, le bateau était poussé en avant; si on les tournait en avant, le bateau était poussé en arrière; en les tournant l’un en avant, l’autre en, amère, le bateau pivotait sur lui-même; enfin, si les deux embouchures étaient placées verticalement, le bateau restait immobile.
- Toutes les évolutions étaient commodes même sans le secours du gouvernail, les orientations des tubes propulseurs pouvaient varier à l’infini à l’aide d’un système de leviers.
- Le Seraing (numéro 2) avait une machine de' 40 chevaux nominaux et mettait en moyenne 30 minutes à faire la remonte et la descente de 8,5 kilomètres avec quatre escales. • j
- 1 Nous puisons ces renseignements historiques dans une très intéressante note, publiée par M. L. Poillon, sur ta propulsion des navires par les pompes Greindl. î
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- Le succès obtenu fut complet, et la marche des plus satisfaisantes; on remarqua seulement qu’au point de vue du rendement, il y aurait eu intérêt à réduire la vitesse de l’eau à la sortie des tubes propulseurs.
- M. Poillon attribue la faiblesse du rendement à l'infériorité du système employé pour mettre l’eau en mouvement. A l’époque des expériences de Seraing, on ne connaissait que les pompes à force centrifuge dont le rendement théorique maximum, quel que soit le système particulier de construction, ne peut dépasser 66 pour 400 et qui, en pratique, tombait à 40 ou à 50 pour 100 dans la plupart des cas.
- Il est donc probable qu’en faisant usage des nouvelles pompes rotatives dont le rendement atteint et dépasse souvent 80 pour 100, on pourrait obtenir de bien meilleurs résultats, et c’est ce qui justifie les recherches nouvelles entreprises par MM. Maginot et Pinette, dont nous enregistrons aujourd’hui les premiers essais.
- Pour bien faire comprendre l’intérêt qui s’attache à ces recherches, signalons les principaux avantages que ce mode de propulsion présenterait sur les roues à aubes et l’hélice.
- On réduirait la largeur des bateaux à roues de 25 à 30 pour 4 00 et on diminuerait le tirant d’eau des navires à hélice à celui de la coque elle-même; on simplifierait la manœuvre à laquelle la puissance même de la machine pourrait être directement employée; on réaliserait une machine à vitesse sensiblement constante et sans changement de marche ; on rendrait la perte du gouvernail sans importance ; on éviterait la formation des vagues capables de détériorer les berges des canaux ; on pourrait utiliser le propulseur comme pompe d’épuisement de la cale ; on supprimerait toute vibration ; où pourrait marcher à toutes vitesses dans de bonnes conditions, tandis que l’hélice ne travaille bien que quand la vitesse du navire correspond à son pas ; on pourrait mettre l’appareil propulseur sous l’eau; enfin on pourrait commander la pompe directement par l’arbre de la machine à grande vitesse, sans transmission intermédiaire, ce qui serait un très grand avantage dans le cas des bateaux de plaisance électriques actionnés par des piles ou des accumulateurs et des machines dynamo-électriques.
- • Arrivons maintenant au système de MM. Maginot et Pinette ; la description en sera grandement facilitée grâce au diagramme qui accompagne cet article. Les inventeurs ont employé un bateau de 14 mètres de longueur sur l^O de largeur, avec 65 centimètres de tirant d’eau à l’arrière et 32 centimètres à l’avant. La section ou maître-bau est de 70 décimètres carrés, celle de l’orifice de sortie de l’eau de 4 décimètres carrés. A la vitesse de 2m,20 par seconde, l’effort de traction E est de 10 à 11 kilogrammes*
- A la vitesse de 13,5 kilomètres à l’heure ou 3,75 mètres à la seconde, la machine développe 12 chevaux. Le piston a 19 centimètres de diamè-
- tre, 15 centimètres de course; l’arbre commun de la pompe et de la machine fait 410 tours par minute. On voit sur la figure que l’aspiration se produit à la partie inférieure de la coque du navire en A ; le refoulement se produit en B pour la marche en avant ; G,(7 sont les tubes de virage, D et D’ les tuyaux de marche en arrière. Grâce aux tubes du virage, le gouvernail n’a que de très petites dimensions et sert seulement à diriger le navire; on obtient un virage presque sur place en ouvrant un des tubes de virage, suivant le côté où l’on veut tourner.
- Ce bateau n’est encore qu’à l’état d’expérience, et les premiers essais qui en ont été faits tout récemment sur la Saône, ont indiqué des modifications auxquelles les constructeurs travaillent en ce moment. Nous aurons l’occasion d’y revenir et de signaler les progrès réalisés, mais nous avons cru de notre devoir d’encourager ces recherches dès leur début, et de présenter aux lecteurs de La Nature, l’état actuel de cette question particulièrement intéressante.
- NÉCROLOGIE
- Le Dr Thuillier. On a appris avec consternation la mort de ce jeune et courageux savant qui vient de mourir à Alexandrie, du choléra qu’il allait étudier pour le bien de l’humanité. Thuillier avait vingt-six ans, il était d'Amiens et appartenait à une des plus honorables familles de cette ville.
- 11 entra à l’École normale supérieure en 1877 et subit avec succès son examen d’agrégation. En 1880 il devint un des plus intelligents et des plus dévoués collaborateurs de M. Pasteur. 11 voyagea en Hongrie pour étudier le charbon et l’an dernier il fit une longue tournée dans le midi de la France pour connaître le rouget. M. Pasteur avait pour lui une très grande estime et il le choisit récemment pour exposer au Trocadéro dans d’intéressantes conférences ses merveilleuses découvertes. C’était un jeune homme de grand avenir qui, par son travail et son amour de la science, serait certainement arrivé à s’illustrer.
- C’est le 7 août dernier qu’il quitta Paris avec MM. Roux, docteur médeçin ; Nocard, professeur vétérinaire à Alfort, * et Strauss, médecin à l’hôpital Tenon.
- " Tous les quatre s’embarquèrent à Marseille le 9 et arrivèrent à Alexandrie le 20 août après avoir fait une traversée excellente. L’héroïque jeune homme, pas plus que ses braves compagnons ne parurent s’effrayer un instant des dangers qu’ils allaient affronter ' en parcourant les villes d’Egypte les plus infestées par le choléra.
- Dès leur arrivée à Alexandrie, ils s’occupèrent d’étudier l’épidémie aux ambulances et dans les hôpitaux, en étant en communication constante avec M. Pasteur. C’est à l’hôpital des cholériques de Ghedid que M. Thuillier contracta la redoutable maladie. Ses obsèques ont eu lieu le 18 septembre ; toute la population européenne y assistait,: les consuls, le corps médical tout entier, les membres des missions, les chirurgiens de l’armée anglaise, ont tenu à rendre les honneurs funèbres à ce courageux jeune homme, victime de son amour pour la science.
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- TABLEAU DE DIVERSES VITESSES
- EXPRIMÉES EN MÈTRES PAR SECONDE
- Mètres
- Un homme au pas, 4 kilomètres à l’heure. par seconde 1,11
- — — 5 — — 1,40
- Comète de Halley en aphélie 3,25
- Navire, 9 nœuds h l’heure (9x1852 mè-
- très) 4,63
- Vent ordinaire..........................de 5 à 6 »
- Navire, 12 nœuds à l’heure (12 x 1852 mètres) ................................. .. 6,17
- Vague de 50 mètres d’amplitude, par une
- profondeur de 300 mètres ...... 6,81
- Navire, 17 nœuds à l’heure (17 X1852 mètres........................................ 8,75
- Brise fraîche.............t ... . 10 ))
- Torpilleur,21nœudsàl’heure(21 xl852mè-
- tres)........................................... 10,80
- Cheval de course (trot), 1 mille anglais en
- 2 minutes, 14 secondes................. 12 »
- Cheval de course (galop), 900 mètres par minute ....................................... 15 »
- Train express, 60 kilomètres à l’heure. . . 16,67
- Vol du faucon, du pigeon voyageur. . . . 18 »
- Vague de tempête dans l’Océan 21,85
- Train express, 60 milles anglais à l’heure
- (60x1609 mètres) , 26,81
- Tempête de 25 à 30 »
- Transmission des sensations dans les nerfs
- humains 33 ))
- Ouragan 40 »
- Vol d’un oiseau des plus lins voiliers (le
- Martinet) 88,90
- Vitesse d’un point à l’équateur de Mercure. 146,87
- Propagation de la marée due au tremblement
- de terre d’Arica, du 15 août 1868 (d’Arica
- à Honoloulou), d’après Hochstetter . . . 227,58
- Vitesse d’un point à l’équateur de Mars . 244 »
- — du son dans l’air ( + 10° C.). . . . 357,20
- — d’un point à l’équateur de Vénus. . 454, 58
- — — — de la Terre. 463 »
- Boulet de canon 500 »
- Propagation du mouvement des marées
- (Océan Pacifique septentrional) ; maximum
- d’après Whewell . 922 »
- Révolution de la Lune autour, de la Terre . 1012 »
- Vitesse d’un point à l’équateur de Mercure. 1034 »
- Révolution du II« satellite de Mars .... 1157 »
- Secousse du tremblement de terre de Viège
- (25 juillet 1855); de Turin à Genève en
- 126 secondes 1568 »
- Vitesse du son dans l’eau (+ 8°,1 C.). . . 1435 »
- Révolution du Ier satellite de Mars .... 1833 »
- Vitesse d’un point à l’équateur du Soleil . 2028 »
- Révolution du IVe satellite d’Uranus . . . 3500 )>
- — du VIIIe — de Saturne . . 3738 p
- — du IIIe — d’Uranus . . . 3814 »
- Vitesse d’un point à l’équateur d’Uranus. 5904 »
- Révolution du satellite de Nepturne. . 4505 »
- — du IIe satellite d’Uranus.... 4906 ))
- — de Neptune autour du Soleil. . 5390 p
- — du Ier satellite d’Uranus. . . . 5765 )!
- — du VIIe — de Saturne. . . 5794 )>
- — du VI° — de Saturne. . . 6398 »
- Mètres par seconde
- Révolution d’Urauus autour du Soleil. . . 6730 »
- Mouvement propre de Véga..................... 7000 »
- Déplacement du Soleil vers la constellation
- d’Hercule . .............................. 7642 »
- Révolution du IVe satellite de Jupiter . . . 8359 ))
- Révolution de Saturne autour du Soleil . . 9584 >>
- — du Ve satellite de Saturne ... 9741 »
- Vitesse d’un point à l’équateur de Saturne . 10541 »
- Révolution du IIIe satellite de Jupiter . . . 10869 »
- — du IVe — de Saturne. . . 11516 »
- Vitesse d’un point à l’équateur de Jupiter . 12 491 » Révolution de Jupiter autour du Soleil. . . 12 924 »
- — du IIIe satellite de Saturne. . . 13 038 »
- — du IIe — de Jupiter . . . 13999 »
- — du IIe — de Saturne. . . 14 568 v
- — du Ier — de Saturne. . . 16 425 n
- — du Ier — de Jupiter. . . 17 667 »
- — de Mars autour du Soleil ... 23 863 »
- — de la Terre —.................. 29 516 »
- — de Vénus — ...... 34 630 »
- Mouvement propre de la Chèvre............... 40 000 «
- Révolution de Mercure autour du Soleil . . 47 327 »
- Mouvement propre de Sirius ................. 51 000 »
- Mouvements ordinaires de l’atmosphère solaire .........................de 30 000 à 65 000 »
- Mouvement propre de la ble du Cygne . . 71 000 »
- — d'Àrcturus.............. 85 000 »
- Comète de Ilalley en périhélie............. 395 260 »
- Tempêtes de l’atmosphère solaire .... 402 000 »
- Électricité ; fil télégraphique sous-mariu . 4 000 000 )>
- — — aérien. . 56 000 000 »
- Vitesse de la lumière................. 500 400 000 ))
- James Jackson.
- LA STATION PHYSIOLOGIQUE DE PARIS
- Suite. — (Voy. p. 226.)
- L'écran noir représenté figure 1 est formé d’une sorte de hangar de 5 mètres de profondeur sur 15 de longueur et 4 de hauteur. Cette hauteur est nécessaire quand on photographie le vol des oiseaux, car ceux-ci, en s’élevant, ne tarderaient pas à sortir du champ obscur. Quand on étudie la marche de l’homme et des animaux, on rétrécit l’ouverture de l’écran en suspendant, à sa partie supérieure, des châssis couverts de toile noire ; ceux-ci restreignent l’arrivée de la lumière sous le hangar et en rendent la cavité plus obscure. Du reste, une longue bande de velours de 2™,50 de hauteur occupe tout le fond de cette cavité. On supprime ainsi presque entièrement la lumière émise par le fond de l’écran.
- Sur la figure 1, un homme entièrement vêtu de blanc marche, devant l’écran noir. La piste sur laquelle il chemine, est inclinée légèrement de telle sorte qu’un rayon visuel, émané de l’objectif, rase la surface du sol sans le rencontrer nulle part. C’est la condition nécessaire pour que, dans les images, les pieds des marcheurs soient entièrement visibles tandis que le sol ne l’est pas. Sans cette disposition, la lumière réfléchie par le sol impressionnerait la plaque sensible aux points mêmes où devraient se
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- produire les images des pieds et rendraient celles-ci confuses.
- Cette piste est surélevée de 20 centimètres environ au-dessus du terrain environnant, et tout le long de ce relief règne une planche sur laquelle sont peintes des divisions alternativement blanches et noires, ayant chacune une longueur de lm,50.
- Cette règle divisée se peint dans les photographies et sert à mesurer les longueurs parcourues entre deux images successives, à apprécier la taille du sujet, l’amplitude de ses réactions, l’étendue des déplacements de chaque partie de son corps.
- Pour connaître la vitesse des mouvements il faut mesurer les temps employés à parcourir les différents chemins. Or si le rouage qui fait tourner le disque avait toujours la même vitesse, si le nombre des fenêtres était le même pour toutes les expériences on n’aurait qu’à déterminer une fois pour toutes l’intervalle de temps qui s’écoule entre deux images et l’on aurait du premier coup l’expression de la vitesse. En effet si les éelaire-ments successifs sont séparés par 1/10 de seconde et si l’intervalle des images, mesuré d’après l’échelle des longueurs, est de 0'n,50,il est clair que dans une seconde, 5 mètres ont été parcourus. Mais la vitesse du disque varie suivant la nature des expériences, il faut donc la contrôler. On pourrait obtenir ce contrôle au moyen d’un chrono-graphe inscripteur indiquant l’intervalle de temps qui s’écoule entre les différents tours du disque pendant
- la durée de l’expérience ; mais cette méthode donnerait deux sortes d’in lications indépendantes : celle des espaces sur la plaque photographique, celle des
- temps sur un cylindre tournant. Il nous a semblé préférable de recueillir sur la plaque elle-même l’indication du temps qui s’écoule entre les images successives. Ce résultat fut obtenu de la manière suivante.
- 11 suffit, pour connaître la fréquence des rotations du disque, de photographier successivement la position d’un corps animé d’une vitesse uniforme et connue. La figure 1, montre, au-dessus de la tète du marcheur, l'appareil qui sert à cet usage et que nous appellerons chronographe photographique. C’est un cadran de velours noir sur lequel des clous brillants, disposés en couronne, par-. tagent la circonférence en un certain nombre de parties égales. Une aiguille brillante tourne continuellement au-devant de ce cadran, avec une vitesse d’un tour par seconde.
- 11 est clair que si le disque de l’appareil photographique ne faisait qu’un tour par seconde, on n’aurait qu’une image de l’aiguille sur le cadran. Si le disque fait 6 tours par seconde, on aura 6 images, etc. Quand la vitesse du disque est uniforme, les images sont également espacées sur le cadran. Les divisions de celui-ci permettent d’estimer aisément la fraction de seconde correspondant à l’interValle des images.
- L’emploi de cette méthode se comprendra mieux si l’on considère une de ses applications. La figure 2
- Fig. 1. — Écran noir devant lequel passe un homme vêtu de blanc dont on photographie les attitudes successives. — Mire pour estimer les espaces parcourus. — Chronographe pour mesurer les temps employés à les parcourir.
- Fig. 2. — Sauteur franchissant un obstacle. Reproduction par l’héliogravure d’une photographie instantanée de l’auteur.
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- représente un sauteur qui franchit un obstacle. La série des photographies commence au moment où le sauteur prend son élan par une course préalable; elle finit lorsque le saut est accompli et que la chute sur le sol a éteint en partie la vitesse de chute.
- Analysons cette figure : nous y voyons que le sauteur est représenté 9 fois, c’est-à-dire que 9 rotations du disque se sont produites pendant la durée de l’expérience ; chaque rotation ramenant la fenêtre du disque en face de l’objectif, a laissé arriver la jlumière pendant un court instant, ce qui a suffi, chaque fois, pour donner une image. Ces images successives se sont produites en des lieux différents de la plaque, parce que le sauteur occupait lui-même des positions différentes au-devant de l’écran lorsque chacun des éelai-rements s’est produit. L’espace parcouru, soit sur terre, soit en l’air, pendant l’intervalle de deux images se mesure aisément au moyen des divisions de la règle placées en bas de la figure. On voit que cet intervalle n’est pas toujours le même et que si nous supposons que des intervalles de temps égaux aient séparé les images successives, la plus glande vitesse avait lieu dans la course qui précède le saut, qu’un ralentissement s’est produit pendant que le sauteur était en l’air; enfin que ce ralentissement s’est encore augmenté après la chute, la vitesse se
- perdant en partie au moment où le corps retombe sur le sol.
- Pour savoir si les images se sont produites à des intervalles de temps égaux, et pour connaître la
- durée de ces intervalles, il faut consulter le cadran du chrono-grapbe ; on y voit que l’aiguille lumineuse y est représentée autant de fois qu’il y a eu d’éclairement s, c’est-à-dire 9 fois. Que l’intervalle des éclairements était constant, car les images de l’aiguille dont la rotation était uniforme forment entre elles des angles égaux. Enfin, la valeur absolue des intervalles de temps qui séparent les éclairements est exprimée par l’angle que font entre elles les images de l’aiguille sur le cadran. Cet angle est d’environ 36°, ce qui montre que l’intervalle de temps entre les éclairements successifs est de un dixième de seconde.
- De ces mesures de temps et d’espace, on déduit aisément la vitesse du sauteur aux différentes phases de l’expérience.
- Cette vitesse était de 7 mètres par seconde pendant la course préalable ; elle était de 5 pendant la suspension ; elle est tombée à 3m,50 après la chute.
- Photographies partielles. — Lorsqu’on prend sur la même plaque une série de photographies représentant les attitudes successives d’un ani-
- Fig. ô. — Un homme qui court. Reproduction par i’héliogravure d’une photographie instantanée de l'auteur
- Fig. i. — Un homme qui marche. Photographie instantanée.
- Fig. î). — Photographie instantanée des bandes de métal brillant appliquées le long de la jambe et du bras d’un coureur.
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- mal, on cherche naturellement à multiplier ces images pour connaître le plus grand nombre possible de phases du mouvement. Mais, quand la translation de l’animal n’est pas rapide, la fréquence des images est bientôt limitée par leur superposition et par la confusion qui en résulte.Ainsi, un homme qui court, même avec une vitesse modérée, peut être photographié neuf à dix fois par seconde (fig. 5), sans que les‘images se confondent. Si, parfois, une jambe vient se peindre en un lieu où une autre jambe avait déjà laissé son empreinte, cette superposition n’altère point les images : les blancs deviennent seulement plus intenses aux endroits où la plaque a été deux fois impressionnée, de sorte que les contours des deux membres se distinguent encore aisément. Mais, quand l’homme marche lentement, comme dans la ligure 4, les images présentent des superpositions si nombreuses qu’il en résulte une grande confusion.
- On remédie à cet inconvénient par la photographie partielle, c’est-à-dire en supprimant certaines parties de l’image pour que le reste soit plus facile à comprendre.
- Comme, dans notre méthode, les objets blancs et éclairés impressionnent seuls la plaque sensible, il suffit d’habiller de noir les parties du corps qu’on veut retrancher de l’image. Si un homme revêtu d’un costume mi-partie blanc et noir marche sur la piste en tournant du côté de l’appareil photographique la partie blanche de son vêtement, la droite par exemple, on le verra dans les images comme s’il était réduit à la moitié droite de son corps.
- Ces images permettent de suivre dans leurs phases successives, d’une part, le pivotement du membre inférieur autour du pied pendant le temps de l’appui, et d’autre part, pendant celui du levé, l’oscillation de ce même membre autour de l’articulation de la hanche, en même temps que cette articulation se transporte en avant d’une manière continue.
- Les photographies partielles sont utiles aussi dans l’analyse des mouvements rapides, parce qu’elles permettent de multiplier beaucoup le nombre des attitudes représentées. Toutefois, comme l’image d’un membre présente encore une assez grande largeur, on ne peut multiplier beaucoup ces photographies partielles, sous peine de les confondre par superposition. Il faudrait donc diminuer encore la largeur des images, afin de les répéter à des intervalles extrêmement courts. Le moyen consiste à revêtir le marcheur d’un costume entièrement noir, sauf d’étroites bandes de métal brillant qui, appliquées le long de la jambe, de la cuisse et du bras, signalent assez exactement la direction des rayons osseux de ces membres (fig. 5).
- Cette disposition permet de décupler aisément le nombre des images recueillies en un temps donné sur une même plaque : ainsi, au lieu de dix photographies par seconde, on en peut prendre cent. Pour cela on ne change pas la vitesse de rotation du
- disque; mais, au lieu de le percer d’une seule fenêtre, on en fait dix également réparties sur toute la circonférence.
- Il est nécessaire de donner à l’une des fenêtres un diamètre double de celui des autres ; il en résulte une largeur plus grande de Tune des images, et cela facilite l’estimation des temps, en même temps que cela fournit des points de repères pour comparer les mouvements des membres inférieurs à ceux des membres supérieurs. (Voir Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. XCV.)
- Les images obtenues dans ces conditions sont tellement rapprochées qu’on assiste en quelque sorte à tous les déplacements successifs des membres et du tronc
- Ainsi dans la figure 5, entre deux points successifs du pied droit, il y a vingt et une positions différentes du membre inférieur. Au moment où le pied rencontre le sol, le genou se plie sensiblement, puis il s’étend au moment où le pied appuyant sur la pointe se prépare à quitter le sol. Après le levé du pied, le genou se fléchit de nouveau et la jambe forme sensiblement un angle droit avec la cuisse, puis elle se redresse graduellement et la plante du pied qui se trouvait d’abord dans un plan vertical redevient sensiblement parallèle au sol qu’elle rase longtemps avant de se poser de nouveau. L’échelle placée au bas de la figure montre que la longueur totale de pas était de 2m,60 ; le clironographe n’a pas été employé dans cette expérience, mais on peut estimer que le nombre des images était d’environ soixante par seconde. Les mouvements de flexion et d’extension de l’avant-bras sur le bras se lisent de la même manière que ceux de la jambe. Les oscillations de la tête sont exprimées par le mouvement onduleux d’un point brillant placé aux niveau de l’oreille. Enfin, les ralentissements ou les accélérations de chaque partie sont exprimés par le rapprochement ou l’éloignement de leurs images. Pour déterminer les attitudes correspondantes du bras et de la jambe à un instant donné, on prend comme repère les images plus larges qui se reproduisent une fois sur cinq. Ces images se sont formées au moment du passage d’une fenêtre du disque plus largement ouverte que les autres ; elles correspondent donc à un même instant. Ce n’est point ici la place d’analyser en détail les différents types de la locomotion; les quelques exemples qui viennent d’être donnés expliquent suffisamment la méthode employée et montrent la précision dont elle est susceptible. Pour une étude complète de la locomotion humaine, il faut recueillir des photographies dans les conditions les plus variées, le sujet en expérience doit être photographié non seulement de côté, mais de face et d’arrière, afin de rendre visibles les oscillations latérales des différentes parties du corps.
- Enfin, après avoir analysé dans leur mécanisme les différents actes de la marche ou de la course, il faut les étudier dans leur résultat final qui est le transport plus ou moins rapide de l’homme, soit
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- qu’il marche librement, soit qu’il porte ou qu’il traîne un fardeau.
- Ces recherches ont un intérêt pratique analogne de tous points à celles qui ont pour objet la détermination du rendement des machines et des conditions les plus favorables à ce rendement.
- Les expériences à cet égard sont en voie d’exécution ; c’est dans ce but qu’a été établie la longue piste circulaire avec les signaux télégraphiques destinés à inscrire les phases de la marche ou de la course. Dans un article ultérieur nous exposerons les résultats obtenus dans ces expériences.
- E. J. Mârey (de l’Institut).
- L’AGRICULTURE A ISCHIA
- ET AUX ENVIRONS DE NAPLES
- Lorsque, par une belle soirée d’été, par un ciel pur et une mer calme on entre dans le golfe de Naples, à 20 railles de distance on aperçoit déjà le phare du port, phare à feu ûxe, mais variant de deux en deux minutes par des éclats précédés et suivis de courtes éclipses, qui donnent au paysage, déjà si original en lui-même, un aspect tout à fait féerique.
- A l’ouest du cap Misène, et séparé de celui-ci par la petite île Procida, se dresse l’île volcanique d’ischia, située sur le prolongement des trop célèbres Champs Phlégréens, faisant partie par conséquent du système des volcans napolitains. Nous n’insisterons pas sur le terrible phénomène géologique qui vient de faire en quelques secondes, de cette île délicieuse, chantée par Lamartine, un monceau de ruines, un vaste cimetière, un théâtre de douleur et de désolation. Nos lecteurs ont eu ici même les détails les plus complets à ce sujet1. Quelques mots seulement sur l’agriculture d’ischia. Et tout d'abord, les agriculteurs? Ce sont de vrais Napolitains; cependant, le beau ciel d’Italie les porte peu au travail et à la fatigue, ce n’est que grâce au climat enchanté de ce pays et à la fertilité naturelle de son sol volcanique que toutes les années les flancs des montagnes escarpées d’ischia se couvraient de récoltes dorées et de fruits délicieux. Les paysans ischiens sont indolents mais tempérants et sobres, une bonne partie vit au jour le jour, cependant ils sont loin d’être malheureux.
- Le sol d’ischia, produit de la décomposition des roches éruptives et des déjections des volcans ; ponces, argiles boueuses, trachytes, laves, etc., est riche en sels de soude et de potasse, le sulfate et le chlorhydrate d’ammoniaque ainsi que l’acide phos-phoriquea y abondent, et malgré leur tendance à
- 1 Voyez n° 533 du 18 août 1883, p. 182.
- * Ces terres volcaniques renferment en moyenne: 0,350d’acide phosphorique; 3,4 de potasse; 2,10 de chaux, et 0,77 de magnésie. On y a même trouvé de faibles quantités de lithine.
- se dessécher en été, ces terrains produisent des cultures qui, bien conduites, donneraient des bénéfices énormes. Les vignes d’ischia sont particulièrement renommées; c’est de là que nous vient le délicieux vin connu sous le nom de Lacryma Christi. Or, quoique cette délicieuse liqueur ne vienne pas de la localité même1 l’île d’ischia nous en expédiait chaque année sous ce nom. La pomme de terre vient admirablement dans ces terrains, il en est de même du froment, de l’épeautre, de l’olivier, de l’oranger, de l’amandier, du câprier, du chanvre, du lin et du safran qui produisent, presque sans culture, des produits justement appréciés.
- L’air chaud et l’atmosphère ensoleillée de cette partie de l’Italie conviennent particulièrement à la culture de l’oranger et de l’olivier. Ce dernier végétal, d’un vert grisâtre, d’un aspect triste, mais dont le fruit donne la meilleure huile à manger, forme une des cultures les plus intéressantes de l’île et de la province de Naples.
- Les câpriers étaient très abondants à Ischia et donnaient lieu à un trafic étendu.
- Aux environs de Naples même, la culture maraîchère a une grande importance.
- Dans les anfractuosités des rochers abrupts qui longent les rivages de la mer exposés au midi, les cédratiers, les limoniers et les orangers donnent des fruits qui font l’objet d’un commerce relativement considérable.
- Les petits chevaux napolitains se partagent, avec les buffles, les ânes et les mulets, les faibles travaux de la culture.
- Les ânes et surtout les mulets sont d’un emploi général sur les hautes montagnes qui ont valu à Ischia la dénomination A'Ile escarpée. Ce sont les ânes qui servent de montures aux touristes, ils sont conduits par des ciucciaro ou guides.
- Les petits chevaux, d’ailleurs peu nombreux, du royaume de Naples, sont agiles, ils appartiennent probablement au type dolychocéphale, Equus ca-ballus belgius (Sanson), ils sont assez recherchés pour la remonte militaire. C’est ce type chevalin qu’on trouve représenté sur les monuments de l’art antique en Italie.
- Les ânes sont réguliers de forme, bien proportionnés, ils appartiennent à la race Européenne (Equus asinus europeanus) au crâne brachycéphale, aux orbites larges à bord antérieur relevé. Leur robe est d’un brun plus ou moins foncé, avec des poils fins gris argentés autour des paupières, des lèvres et à la face interne des cuisses.
- Ces animaux ont les membres relativement volumineux, souvent ils atteignent, surtout aux articula-• tions, des dimensions qui se rencontrent chez les plus forts chevaux. C’est ce qui, avec les sabots d’un volume correspondant et une taille relative-
- 1 En effet, nous ne pouvons guère connaître le vrai Lacryma Christi, car ce vin qui provient des vignes cultivées au pied du Vésuve est très rare. On évalue sa récolte annuelle à quelques milliers de bouteilles seulement.
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- LA NATURE.
- ment élevée, fait surtout rechercher cette race pour la production des mulets l.
- Les bêtes bovines, peu nombreuses, vivent pour ainsi dire en liberté dans les campagnes. Les vaches sont petites, leur pelage est généralement fauve, elles donnent peu de lait.
- On y trouve aussi des buffles. Ces animaux ont été introduits en Italie au septième siècle. Rien de plus curieux que ces robustes travailleurs à l’aspect farouche qui, souvent, laissant là leur travail, se précipitent dans les mares boueuses qu’ils rencontrent sur leur route et dans lesquelles ils se baignent avec volupté; leurs mugissements rauques, surtout à l’époque du rut, produisent au milieu du silence solennel de la campagne d’Italie, un effet des plus fantastique.
- Les instruments aratoires sont peu nombreux. Les paysans grattent le sol avec des charrues assez primitives, assez semblables à celles employées par les cultivateurs algériens.
- Quant aux productions minérales de l’ile elles ne nous arrêteront pas. Sans parler des eaux minérales qui ont fait à Casamieciola une renommée universelle, nous devons mentionner : le soufre, le vitriol et l’alunite ou pierre d’alun, combinaison de sous-sulfate de potasse. Tous ces produits étaient loin d’être rares dans l’ile d’ischia aujourd’hui dévastée.
- Albert Larbalétrier,
- Ancien élève de Grignon.
- INDUSTRIES PARISIENNES
- ONE FARRIQUE d’aÉROSTATS.
- Le goût de l’aéronautique, art essentiellement français, prend de jour en jour un développement plus considérable, et les ascensions aérostatiques deviennent si nombreuses que l’on peut dire sans exagération aucune qu’il s’en exécute en moyenne une par jour dans la France seule : 560 par an environ! Cette vogue aérostatique a fait naître des fabrications spéciales, qui appartiennent à la classe nombreuse des spécialités parisiennes, et qui sont généralement fort peu connues du public. Nous donnerons aujourd’hui à nos lecteurs quelques détails inédits à ce sujet, en décrivant la fabrication la plus importante de Paris, celle qui est dirigée à Vaugirard par M. H. Lachambre.
- La fabrication des aérostats peut se diviser en quatre catégories distinctes :
- 1° Aérostats de grand volume (de 200 à 3000 mètres cubes), de percaline ou de soie, vernis, destinés aux ascensions aérostatiques des aéronautes de profession, des amateurs ou des explorateurs aériens. On peut mentionner avec ces ballons à gaz, les montgolfières, ou ballons à air chaud, qui se fabriquent encore actuellement, et qui sont confec-
- tionnés en serge ou en toile. 11 faut, pour enlever un homme, qu’une montgolfière ait un volume de 1200 mètres cubes environ. Avec le gaz hydrogène, un ballon de 200 mètres cubes est doué d’une force ascensionnelle supérieure.
- 2° Petits ballons en baudruches, dits ballons grotesques, affectant la forme de personnages ou d’animaux, destinés à divertir le public dans les fêtes. Ces ballons sont aussi fabriqués de forme sphérique de 50 litres à 1 mètre cube et au delà ; ils peuvent alors être employés comme ballons d’essais pour les aéronautes, ou comme ballons d’observation des courants aériens pour les météorologistes.
- 3° Montgolfières en papier de 1 mètre à 10 mètres de diamètre, destinées à être gonflées à l’air chaud et à être lancées en ballons perdus.
- 4° Rallons-réclames en caoutchouc, essentiellement destinés aux grands magasins tels que le Bon-Marché, le Louvre, etc.
- Cette dernière fabrication est toute spéciale; nous nous réservons de la décrire postérieurement et nous n’en parlerons pas aujourd’hui.
- Nous nous contenterons de signaler aussi la confection des grands ballons pour les voyages aériens, nous promettant de traiter cet important sujet avec tous les détails qu’il comporte. Il nous suffira de dire que cette production devient très importante, et que la fabrique de Vaugirard a confectionné déjà depuis le commencement de cette année 1883, dix-huit aérostats de 200 à 3000 mètres cubes, parmi lesquels nous citerons : le ballon La Ville de Boulogne à l’aide duquel M. Lhoste a accompli ses remarquables voyages au-dessus de la mer du Nord et sa traversée du détroit du Pas-de-Calais ; un ballon de 500 mètres exécuté sous la direction de M. Albert Tissandier et à l’aide duquel nous avons effectué dans un but tout spécial, une ascension dont nous parlerons prochainement; un grand aérostat de 3000 mètres pour M. Eloy ; un aérostat cylindrique de même volume construit pour un Brésilien, M. Ribeiro, qui a emporté récemment ce matériel considérable pour l’expérimenter dans son pays, etc., etc.
- Arrivons à la curieuse fabrication des ballons de baudruche et des montgolfières de papier.
- Tout le monde a vu les ballons de baudruche chez les marchands de jouets ; quand ils sont gonflés, ils représentent des polichinelles, des payses normandes, des chiens, des chats, des paissons, des tigres, des éléphants, des crocodiles, des gendarmes et des pompiers; gonflés de gaz de l’éclairage, ou d’hydrogène, ils s’élèvent lentement dans l’atmosphère, et les personnages bercés par la brise, prennent parfois des postures vraiment plaisantes, à la grande joie des spectateurs.
- Vous doutez-vous un instant de l’importance de cette fabrication? 11 sort de la fabrique de Vaugirard 6000 à 8000 ballons de baudruche par an ; la fête du 14 juillet en consomme environ pour toute la France 1500 ou 2000. Pour les petites montgol-
- 1 André Sanson, Traité de Zootechnie.
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- Uns fabrique d'acrostats à Paris. — Ateliers de M. H. Lachambre, à Vaugirard. (D’après nature.)
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- fières en papier, les chiffres atteignent la même proportion.
- La matière première qui constitue les ballons grotesques est la baudruche (ou peau de baudruche); c’est la doublure du gros intestin du bœuf. On la conserve dans le sel ; quand on veut l’employer, on la met tremper pendant ^4 heures, on la lave ensuite à plusieurs eaux et on en fait le choix ou le triage. Les plus fortes et plus épaisses membranes servent aux sujets simples, les plus fines sont employées pour les ballons et les sujets doubles1.
- Le premier moule destiné à transformer la baudruche en un ballon grotesque, est modelé en terre glaise par un sculpteur; ce premier type est surmoulé en plâtre en plusieurs pièces. Dans le creux en plâtre, on estampe un cartonnage dont on rapproche les morceaux une fois secs, et l’on obtient ainsi un modèle de la forme primitive.
- Sur le cartonnage ainsi préparé, on étend des baudruches à deux ou trois épaisseurs, on laisse sécher, et on démoule après dessiccation complète.
- Cette opération de démoulage est très difficile à bien réaliser ; elle consiste à briser le carton intérieur et à le sortir en fragments par une petite ouverture ménagée dans l’enveloppe de baudruche. On bouche ensuite cette ouverture avec de la baudruche sèche, on pose la tubulure qui sert à l’introduction de l’air, et l’on gonfle à l’aide d’un sou-flet. Ce premier modèle que l’on appelle forme est enduit d’une couche de vernis spécial qui le rend imperméable et hydrofuge.
- Cette forme étant sèche est légèrement graissée; maintenue gonflée d’air, elle sert à surmoûler les objets livrés au commerce.
- La baudruche étalée et tendue sur la forme à l’aide d’une paire de ciseaux, se soude sur elle-même en recouvrant d’un centimètre ou deux les feuilles d’intestins les unes sur les autres. La forme étant entièrement recouverte, on pose la tubulure et on laisse sécher. Quand la baudruche est bien sèche, on la colorie ensuite, avec des teintes préparées à l’eau gommée ou au vernis.
- Il ne reste plus qu’à démouler les objets, en soufflant entre le surmoulé et la forme qu’on a préalablement dégonflée.
- On sort la forme par la petite ouverture; on bouche le trou et le sujet est fini.
- Voilà pour les ballons de baudruche*.
- Les montgolfières se taillent dans les papiers fins que l’on trouve dans le commerce. On les cou[ e sur une table, à l’aide d’un tranchet et d’un calibre
- 1 La quantité de peaux de baudruche employées par an, à la fabrique de Vaugirard, est d’environ cent mille. Une baudruche brute mesure 0“,60 sur (im,‘20. Chaque bœuf ne fournissant qu’une baudruche, *la consommation représente donc cent mille têtes de bétail.
- * Les visiteurs de l’Exposition aréonautique du Trocadéro, ont pu voir cette fabrication de ballons de baudruche, dans l’intéressante installation que M. Lachambre avait organisée.
- en zinc dont l’épure est faite par les méthodes géométriques ordinaires.
- Les fragments de fuseaux étant collés les uns au bout des autres, on rassemble sur une table les fuseaux les uns sur les autres en les étageant d’un centimètre ou deux. On étend de la colle de pâte, on plie le bord du premier fuseau sur le second, et ainsi de suite.
- On bouche l’orifice à l’aide d’un petit rond de papier fort dans lequel est fixé un anneau qui sert à suspendre la montgolfière et l’on met à l’appendice un cercle en fil de fer collé dans le bord aérostatique.
- Notre grande gravure représente l’usine de M. H. Lachambre à Vaugirard, dessinée d’après nature ; l’aspect en est très pittoresque et vraiment curieux. Tandis que les grands ballons en cours de fabrication sont gonflés d’air afin que le vernis superficiel dont ils sont recouverts, puisse sécher, tandis que des ouvrières cousent des fuseaux, on voit se confectionner des ballons de baudruche tout autour de l’atelier ; on voit se mouler des gendarmes grotesques, et l’on croirait être dans un laboratoire de dissection. Mais bien loin de détruire par l’analyse de l’anatomiste le cadavre d’un être vivant, l’ouvrière constitue par la synthèse, un animal ou un personnage artificiel, auquel il ne manquera plus que quelques hectolitres d’hydrogène, pour prendre vie, et planer dans l’espace. Gaston Tissandier.
- CONSERVATION DES ŒUFS
- Le commerce des œufs constitue une branche importante de l’industrie alimentaire et se chiffre, aux Halles, par près de 20 millions de francs par an. Les pays étrangers et surtout l’Angleterre nous en enlèvent une quantité considérable. Il est donc fort important de pouvoir conserver longtemps les œufs en évitant leur décomposition et leur altération.
- Les procédés sont nombreux, on le conçoit sans peine. Nous allons indiquer les plus usuels et les plus simples.
- D’abord les expéditeurs qui envoient les œufs de province doivent préalablement les essuyer avant de les emballer dans de la paille ou du foin, car l’eau qui recouvre l’œuf attire, en s’évaporant, le jaune, qui devient adhérent à la coquille et ne tarde pas à s’altérer.
- Le principe sur lequel repose la conservation des œufs est la non-pénétration de l’air dans l’œuf. Le problème consiste donc à envelopper l’œuf d’une couche protectrice.
- I. — M. Delarue a proposé l’eau de chaux. Chaux éteinte 100 grammes. Sucre en poudre 10 grammes.
- Mêlez intimement et délayez dans quantité suffisante d’eau pour contenir 200 œufs qu’on y laissera plongés pendant 15 jours.
- II. — On recouvre les œufs frais d’une couche de cire, de matières grasses, de gomme arabique, de plâtre, puis on les roule dans du charbon de bois pulvérisé. Il ne faut pas omettre de les placer la pointe en bas.
- III. — On les met dans un mélange de sel et de son, de sable et de charbon, dans de la paille stratifiée, ou bien encore dans de la farine de blé, dans les cendres.
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- Quelques personnes ont aussi employé la sciure de bois, mais nous pensons que c’est un mauvais procédé : la sciure ayant une odeur très prononcée, certainement les œufs s’en empareront; dans tous les cas, il faut que les œufs soient placés assez profondément pour que l’air ne puisse être en contact avec la coquille.
- Pendant le siège de Paris, on « restaurait » les œufs gâtés en se servant de l’hydrate de peroxyde de fer ou du sous-nitrate de bismuth, dans le but d’absorber le soufre qui existe dans l’hydrogène sulfuré.
- IV. — Le procédé suivant est donné par le Scientific American :
- On met les œufs dans un baril et on les recouvre d’une dissolution froide d’acide salicylique. On maintient le tout au moyen de quelques petites planches flottant sur le liquide, et que l’on recouvre d’un linge pour empêcher la poussière d’y pénétrer. Ainsi préparés, les œufs se conservent fort longtemps, mais il faut s’en servir dès qu’on les retire du baril.
- Pour faire la solution salicylique, on dissout l’acide dans l’eau bouillante, à raison d’une cuillerée à bouche d’acide pour cinq litres d’eau. Il n’est pas nécessaire de faire bouillir toute l’eau, l’acide se dissolvant parfaitement dans une quantité moindre : on ajoute le reste froid. 11 faut éviter de mettre la dissolution en contact avec un métal. Dans une pièce bien aérée, elle se conserve trois mois : autrement, il faut la renouveler.
- On peut donner h l’œuf un arôme exquis, ou tirer parti de la propriété qu’il possède pour lui faire contracter une excellente odeur. Que dans un bocal contenant une certaine quantité d’œufs frais on ajoute une ou deux bonnes truffes, et qu’on ferme hermétiquement le bocal pendant quarante-huit heures, les œufs prendront le goût de la truffe et on ponrra ainsi faire une omelette truffée sans truffes 1.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les nouvelles conquêtes de la science, par Louis Figuier. — Ouvrage illustré de nombreuses gravures. A la librairie illustrée, 7, rue du Croissant, Paris.
- Nous venons de recevoir le premier volume de cette belle publication qui paraît en livraisons hebdomadaires. M. Louis Figuier, toujours infatigable pour répandre les notions de la science, continue son œuvre si brillamment commencée dans les Merveilles de la science. Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur étudie les conquêtes actuelles ; le premier volume comprend l’éclairage électrique et le second traitera le téléphone. La nouvelle œuvre de M. Louis Figuier est une véritable histoire attrayante et savante de la science contemporaine.
- Le choléra. Étiologie et prophylaxie par le Dr A. Proust, professeur agrégé à la Faculté de médecine.
- Ouvrage accompagné d’une carte représentant la marche des épidémies et suivi de l’instruction populaire sur les précautions d’hygiène à prendre en cas d’épidémie. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, éditeur. Prix : 5 francs.
- Variations de l'aiguille aimantée pendant les éclipses de lune, par le P. Marc Dechevrens, directeur de l’Observatoire de Zi-ka-Wei (Chine). 1 broch. in-8°. — Zi-ka-Wei, 1885.
- 1 Le Poussin.
- RECTIFICATION
- DES ALCOOLS MAUVAIS GOUT
- PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Dans le numéro du 26 novembre 1881, nous avons décrit les procédés imaginés par M. Laurent Naudin pour rectifier les alcools au moyen de l’électricité. L’auteur, on se le rappelle, avait eu l’idée de transformer en alcools par l’hydrogène électrolytique, les aldéhydes qui donnent aux flegmes leur mauvais goût et leur mauvaise odeur. A cet effet il employait d’abord le couple zinc-cuivre puis des e'iectrolyseurs à lame de platine.
- L’installation telle que nous l’avons décrite fonctionnait depuis plusieurs mois dans la distillerie de M. Boulet à Bapeaume-lès-Rouen quand un incendie vint en décembre 1881 détruire complètement cette importante usine. En réinstallant son procédé M. Naudin sut tenir compte de l’expérience déjà acquise et a du nécessairement apporter d’importantes modifications et simplifications. C’est cette marche actuelle que nous allons faire connaître.
- Dans le couple zinc-cuivre M. Naudin avait tout d’abord proposé l’emploi du zinc en rognures; le zinc, à cet état, présente de graves inconvénients, car les tassements de la partie inférieure, sous l'influence du poids même du zinc entravent bientôt la libre circulation des liquides et de plus le nettoyage présente des difficultés insurmontables. C’est pourquoi il a substitué aux rognures le zinc à lames droites et lames ondulées que l’on trouve très facilement dans le commerce. L’aménagement de la pile et son nettoyage deviennent alors très simples.
- L’appareil qui contient le couple zinc-cuivre a alors la forme représentée par la figure 1.
- 11 peut être cylindrique comme le montre le dessin ou, ce qui vaut mieux, rectangulaire à cause de la forme carrée sous laquelle les lames de zinc se trouvent dans l’industrie.
- Dans ce vase en bois ou en tôle P les lames de zinc ondulées b b' b" sont placées les unes au-dessus des autres en alternant chaque fois avec une lame de zinc plate a a'a".
- Ces lames sont préalablement décapées, d’abord avec une solution faible de soude caustique pour enlever toute trace de matières grasses provenant du laminage, puis avec de l’acide chlorhydrique très dilué et enfin lavées à l’eau ordinaire.
- Pour faciliter le dégagement de l’hydrogène pendant la réaction, il faut avoir soin de percer de quelques trous les lames de zinc et de placer le premier rang inférieur suivant une légère pente relativement au fond de la cuve.
- Une pile cubique de 150 hectolitres comprend 105 rangs de feuilles de zinc plates et ondulées n° 16 dont le poids total est de 6200 kilogrammes.
- On obtient ainsi une surface hydrogénante de 1800 mètres carrés soit 12 mètres carrés, par hectolitre de flegmes à 50°-60° Gay-Lussac.
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- LA NATURE.
- Les flegmes bruts arrivent dans l’appareil par le tube supérieur E et après un séjour suffisant sont vidés par le tube inférieur II dans un réservoir R d’où, à l’aide d’une pompe, on les envoie au rectifîcateur.
- L’hydrogène engendré pendant l’électrolyse se dégage par une ouverture placée sur le couvercle de la pile.
- Par mesure de précaution, on peut forcer l’hydrogène saturé de vapeurs alcooliques à traverser un petit serpentin refroidi ; l’alcool liquéfié retourne à la pile. A la température moyenne de 15° la quantité d’alcool entraîné mécaniquement est insignifiante. En outre, pour assurer l’uniformité d’action à toutes les parties des flegmes, au milieu du temps affecté à l’opération, on fait circuler le liquide de bas en haut au moyen d’une pompe 0. Le tube N indique le niveau du liquide dans la cuve.
- Le zinc aménagé, la première opération consiste
- à former le cou- F
- pie. Pour cela par la pompe 0 on introduit dans la pile une solution de sulfate de cuivre de manière à remplacer cette dernière complètement.
- L’adhérence du cuivre sur le zinc est essentielle au bon fonctionnement du couple. Cette adhérence s’obtient si l’on observe les conditions suivantes :
- 1° Se servir de flegmes à 40° Gay-Lussac et non d’eau comme véhicule du sel de cuivre.
- 2° Opérer la sulfatisation par 5 solutions successives à 1/2 pour 100 représentant 20 kilogrammes de sulfate de cuivre pour 100 mètres carrés de zinc développé (y compris les deux faces de la lame) soit au total 560 kilogrammes de sulfate pour une pile de 150 hectolitres de capacité.
- 3° Ne point dépasser une température de 25° pendant la sulfatisation.
- L’emploi des flegmes comme solvant est justifié par ce fait que la présence de l’alcool retarde notablement la précipitation du cuivre.
- Chaque cuivrage durant vingt-quatre heures, il faut donc cinq jours pour constituer la pile. Au bout de ce temps le dépôt doit être brun chocolat et assez adhérent dès le début, mais cette adhérence devient plus grande au bout de quinze jours de fonctionnement.
- La température a une influence marquée sur la
- rapidité et la continuité de la réaction. Au-dessous de + 5° le couple ne fonctionne plus, au-dessus de -j- 35° la réaction devient tumultueuse et détruit l'adhérence du cuivre en sorte qu’il faut sulfa-tiser de nouveau.
- L’entretien de l’appareil consiste à ajouter tous les huit jours quelques millièmes d’acide chlorhydrique à une cuvée de flegmes mis en œuvre (5 kilogs d’acide pour 150 hectolitres de flegmes). Cette addition d’acide a pour but de dissoudre l’hydrate d’oxyde de zinc formé pendant l’électrolyse et déposé en une couche blanchâtre sur la surface du cuivre. La pile n’exige pas d’autre entretien ; elle peut fonctionner de dix-huit mois à deux ans sans être renouvelée ni même nettoyée.
- Comme nous l’avons dit dans notre premier article (1881), le passage sur le couple zinc-cuivre suffit ordinairement pour désinfecter les flegmes, et ils peuvent être directement envoyés au rectifîcateur. Mais dans certains cas il faut faire suivre le traitement à la pile d’un autre traitement à l’électrolyse. Les voltamètres dans lesquels se fait cette seconde opération ont été également modifiés.
- Ils se composent maintenant (fig. 2) de vases cylindriques A A en verre de 125 millimètres de diamètre sur 600 millimètres de hauteur à bord supérieur
- Fig. 1. — Rectification des alcools mauvais goût par l’électricité. Appareil contenant le couple zinc-cuivre.
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- rodé. Un couvercle d ebonite les ferme hermétiquement tout en laissant passage aux tubes B G et B'G' par lesquels se fait la circulation du liquide E-J-E — E' + E'-.
- Le courant de-flegmes est réglé à l’entrée par le robinet à cadran B qui donne exactement le débit par heure. En outre pour assurer une grande régularité d’écoulement, on a placé entre les voltamètres et la cuve qui les alimente une seconde cuve à niveau constant réglée par un robinet automatique.
- Dans la pratique pour une usine mettant en mouvement 300 hectolitres de flegmes par vingt-quatre heures,
- M. Naudin emploie 12 voltamètres débitant 12 hectolitres à l’heure.
- Le courant électrique est fourni aux voltamètres par une machine Siemens (fig. 5) à inducteurs en dérivation et l’intensité peut en être réglée à l’aide de fils de résistance intercalés dans le circuit des inducteurs.
- Un galvanomètre, Marcel Deprez, fait connaître ‘intensité du courant et un commutateur permet de le faire passer dans la série des voltamètres. Ges derniers, ainsi que l’indique le schéma, sont montés en dérivation par groupe de deux en tension. Les flegmes les traversent en deux courants parallèles.
- La machine Siemens est de type SD2 elle tourne à 1200 tours à la minute et absorbe une force motrice de 4 chevaux-vapeur.
- Le tableau publié plus loin indique quelles sont en marche normale à l’usine de Bapeaume les conditions de l’opération.
- La désacidulation, avant l’envoi au rectilicateur,
- s’opère comme nous l’avons déjà dit par le zinc métallique.
- Examinons maintenant quel avantage économique peut présenter le procédé électrique sur l’ancien procédé de rectification par distillation pure et simple.
- Voici les données fournies par M. Naudin.
- Dans les procédés ordinaires :
- 1° Une quantité donnée d’alcool mauvais goût (flegmes bruts) doit subir 5 rectifications pour que les différents produits que composent ce mélange ( alcool bon goût, huiles, etc.) puissent être séparés et vendus suivant leur qualité respective.
- 2° La moyenne des rendements de la distillation de premier jet ne dépasse pas 60 pour 100.
- 3° La perte subie à la distillation pour chaque rectification s’élève à 4 pour 400.
- 4° La quantité d’huiles essentielles (mélange des homologues de l’alcool éthylique) recueillie à la fin de la première rectification égale en moyenne 3,5 pour 100.
- 5° Le prix d’une rectification peut être évalué en moyenne à 4 francs l’hectolitre.
- Toutes choses étant égales, ces rendements de premier jet par le procédé électrique sont de 80 pour 100 et le traitement revient en moyenne à 0 fr. 40 l’hectolitre. ) L’économie réalisée est donc considérable. Pour une usine où l’on traite par jour 150 hectolitres d’alcool à 100°, cette économie devient sensible ; elle s’élève à 373 francs.
- Fur. 2. — Voltamè;re pour le second traitement des flegmes
- Fig. 3. — Disposition de la machine Siemens qui fournit le courant aux voltamètres.
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- LA NATURE.
- Ajoutons que le procédé électrique permet de rectifier des flegmes qui jusqu’à ce jour n’avaient pu l’ètre par les procédés ordinaires. Les expériences de M. Naudin lui ont montré, par exemple, que les
- flegmes de topinambour, impossibles à utiliser par les anciens procédés, donnent par l'hydrogénation un alcool de quantité égale à celle de l’alcool de maïs.
- DEGRÉ D’ACIDULATION PAR C ACIDE C II LOR HYDRIQUE en volumes. INTENSITÉ TOTALE du courant. DIFFÉRENCE DE POTENTIEL aux bornes des voltamètres. INTENSITÉ DU COURANT par voltamètre. RÉSISTANCE ÉQUIVALENTE de chaque voltamètre.
- 3 Ampères. Volts. Ampères. Ohms.
- 10000 30,65 113,5 6,12 9,3
- CORRESPONDANCE
- enregistrée d’après un mode de notation qu’il serait sans doute fort difficile de déchiffrer.
- SUR LA VITESSE DES SONS.
- Arras, 22 septembre 1883.
- Monsieur,
- L’observation suivante fait douter que le chiffre donné pour la vitesse du son, soit absolu, et qu’il soit vrai, que les sons se propagent quelle que soit leur intensité, avec une vitesse égale.
- Un peloton de soldats posté sur l’un des cavaliers de la place d’Arras, faisait des feux de salve en tirant vers la plaine. Le temps était absolument calme.- L’observateur placé perpendiculairement à la ligne de tir, à environ 300 mètres en avant du peloton, entendait d’abord, le bang !! de la détonation, puis sensiblement après et très distinctement, le commandement Joue ! feu !
- Il y avait donc eu interversion des ondes sonores. Les ondes les plus fortes, animées d’une vitesse plus grande, passaient par-dessus les ondes plus faibles et les devançaient sans les détruire ou les troubler.
- Le même phénomène se produit dans l’eau. Un corps lourd projeté au centre des ondulations produites par la chute d’un corps plus léger, engendre de nouvelles ondulations plus fortes et plus rapides qui passent par-dessus les premières et les devancent en les laissant subsister.
- Peut-être jugerez-vous cette observation assez intéressante pour être publiée.
- Agréez, monsieur, etc. E. Frechon.
- CHRONIQUE
- Un nouveau phonographe. — M. Saint-Georges, inventeur d’un téléphone auquel il a donné son nom, a imaginé un procédé d’inscription des vibrations du diaphragme du téléphone qui permet de conserver la trace des paroles prononcées dans cet instrument. 11 emploie, dans ce but, une plaque circulaire de verre, recouverte d’une couche de collodion et rendue sensible comme les plaques de photographie. Elle est logée dans une chambre noire dans laquelle une fente peut laisser entrer un rayon lumineux. En face de cette plaque est le diaphragme du téléphone qui, en vibrant, ouvre et ferme un petit volet, de telle sortè que le rayon lumineux vient constamment développer une ligne noire sur le verre. L’épaisseur de cette ligne varie naturellement suivant les vibrations du diaphragme. La plaque de verre tourne au moyen d’un mouvement d’horlogerie et la conversation est ainsi
- JLa mue du homard. — On ne possède jusqu’à présent sur le phénomène de la mue des Crustacés que des notions assez incomplètes. Réaumur a décrit, dès 1712, la mue de l’écrevisse d’eau douce, et c’est encore à ses observations que l’on se reporte' aujourd’hui. Il a vu l’écrevisse sortir de son test par une ouverture formée du côté dorsal, le tégument mou se fendant transversalement entre la carapace et le premier anneau de l’abdomen En 1859, Salter donna un compte rendu de la mue d’un homard, observée dans un aquarium du Musée de Scarborough, comté d’York (Angleterre), par M. Cooke, et par la femme du conservateur du Musée. Le homard s’était construit une retraite avec des herbes marines. Par une ouverture qui se forma entre la carapace et le premier anneau de l’abdomen, il dégagea les segments abdominaux, l’un après l’autre, au moyen d’une forte action vibratoire; puis la carapace se fendit le long de la ligne médiane, et l’extraction du céphalothorax commença ; les pattes furent dégagées, paire par paire, d’arrière en avant ; les pinces exigèrent un violent effort. L’opération ne dura pas plus de vingt minutes, et le test fut complètement endurci au bout de sept jours. Quelques mois plus tard, les mêmes observateurs virent la mue d’un second homard s’opérer absolument de même, si ce n’est que le test mit quatorze jours à s’endurcir. M. Alpheus Hyatt, membre de la Société d’histoire naturelle de Boston, fait des réserves au sujet de ces observations d’un animal vivant en dehors des conditions naturelles. Le dégagement de l’abdomen en premier lieu lui semble une manœuvre maladroite ; l’extraction des paires de pattes séparément lui parait presque impossible. M. Hyatt a eu lui-même, en juillet 1880, la bonne fortune d’observer la mue d’un homard à l’île Mati-nicus, près de la côte du Maine. Un pêcheur qui venait de prendre un homard au moment où il commençait à muer, le héla en toute hâte. En arrivant, le naturaliste vit le homard (H. americanus) étendu sur le côté dans le baquet du pêcheur, et retirant du test ses grandes pinces, ses pattes ambulatoires, eh toute la partie antérieure de son corps. La queue était recourbée et immobile ; tonte l’opération s’accomplissait par l’action seule des muscles du corps. Une fois le céphalothorax dégagé, l’animal, en un mouvement ou deux, rejeta les segments de l’abdomen. Le pêcheur avait remarqué une masse veloutée sortant d’une fente formée entre la carapace et le premier anneau. Toute la mue n’avait pas demandé plus de quinze minutes C’est cette extrême rapidité qui explique comment les observations de ce phénomène sont si rares. M. Hyatt, aidé
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- LA NATIJIIE.
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- par M. Henshaw, prit des mesures exactes des parties correspondantes du test dépouillé, et du corps élargi après la mue. Il y avait eu absorption de certaines parties du test, phénomène déjà'signalé par M. Wheildon; mais la carapace ne s’était pas fendue le long de la ligne médiane. M. Hyatt conclut que, suivant les circonstances, le homard modifie la manière dont il se dépouille de son test pendant la mue. R. Vion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 septembre 1883.—Présidence de M. Blanchard.
- Mécanique. — M. Marcel Deprez, qui vient d’exécuter à Grenoble des expériences sur la transmission de la force par l’électricité, a trouvé dans la manière même dont ces expériences avaient été installées, le sujet d’un travail de mécanique pure d’un vif intérêt. La force à transporter était donnée par une turbine, l’auteur dut étudier cet appareil indépendamment du but spécial qu’il avait en vue. 11 mesura d’abord la vitesse acquise par la turbine tournant à vide; puis il renouvela cette mesure successivement en opposant au mouvement des couples de plus en plus puissants : 5 kilogrammes agissant sur un bras de levier de puis 10 kilogrammes et ainsi de suite
- jusqu’à arrêt complet. On a obtenu ainsi des vitesses décroissantes correspondant aux résistances croissantes et l’auteur a cherché à exprimer par une formule la relation qui les rattache les unes aux autres. Or l’équation à laquelle il est arrivé est du 1" degré et ce résultat est absolument nouveau.
- Échantillons du Mammouth. — I)e retour d’un voyage scientifique en Russie, M. Albert Gaudry dépose sur le bureau de l’Académie des échantillons provenant des derniers mammouths trouvés dans le terrain glaciaire de la Sibérie par MM. Schmidt et le baron de Mavdell.
- Ils consistent en laine brune et frisée, en crins longs et raides et en un fragment de peau couverte de poils très serrés et bien adhérents par leurs racines. Déjà le Muséum possédait un lambeau de peau de mammouth et Cuvier l’a cité dans ses recherches sur les animaux fossiles ; mais l’échantillon de M. Gaudry a sur celui-là l’avantage de ne pas avoir perdu sa toison et tout le monde le verra avec intérêt. L’auteur fait remarquer que le contraste entre la richesse de la fourrure du mammouth et la nudité de nos éléphants est de moins en moins surprenants depuis qu’on a des preuves de plus en plus évidentes de l’intensité des phénomènes glaciaires à l’époque quaternaire. M. Gaudry tient ces précieux vestiges de M. Strauch, directeur du Musée de l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg.
- Les Iguanodons de Bernissart. — C’est avec les expressions les plus enthousiastes que M. Rouley offre à l’Académie la belle étude de M. Dollo sur les ignanodons du S. Wealdren de Bernissart restaurés avec tant de succès par M. de Pauw. Déjà nos lecteurs ont été informés de cette belle découverte et elle est décrite dans mes Excursions géologiques à travers la France (Bibliothèque de La Nature). Nous leur donnerons prochainement une copie de la belle figure représentant le grand reptile crétacé complètement restauré.
- Varia. — L’absorption de l’eau dans la terre par les racines des plantes occupe M. Yesque, aide-naturaliste au Muséum qui attribue à la pression atmosphérique un rôle
- important dans ce phénomène. — M. Desains continue ses recherches sur la distribution de la chaleur dans le spectre solaire : il emploie un spectroseope dans lequel on peut introduire une petite pile thermo-électrique. — Une nouvelle boussole marine est présentée par M. le colonel Perrier au nom de M. Bisson. — D’après M. Gu-gnage, le rancissement du beurre est dù à un microbe dont l’auteur envoie un échantillon dans une boite. — En réponse aux observations de M. Faye, M. le capitaine Delauney fait remarquer que son système ne repose pas nécessairement sur la coïncidence des anneaux d’astéroïdes avec les orbites des planètes.— L’électro-magnétisme occupe M. Quet. Stanislas Meunier.
- Erratum. — N° 538 du 22 septembre 1883, page 259, col. 2, lignes 14 et 15, au lieu de 76 millimètres et 85 millimètres, il faut: 0,0076 milliin. et 0,0085 rnillim.
- TRAVERSÉE
- Dü DÉTROIT DU PAS-DE-CALAIS
- EN BALLON
- DE FRANCE EN ANGLETERRE
- Il y a quinze ans environ, le 16 août 1868, M. J. Du-ruof et moi, nous exécutions à Calais dans le ballon Le Neptune une ascension aérostatique qui excita vivement alors l’attention du public et des météorologistes. A deux reprises différentes, l’aérostat fut entraîné à plusieurs lieues en mer, et à deux reprises, il revint à terre en profitant d’un courant aérien superficiel inverse du courant supérieur.
- Qu’il nous soit permis de replacer sous les yeux de nos lAdeurs les lignes que nous avons publiées à cette époque.
- « Bien souvent, disions-nous, l’atmosphère est ainsi découpée en couches aériennes qui se meuvent dans des directions différentes, et bien souvent aussi l’aéronaute pourrait se diriger, si comme l’oiseau qui plane, il cherchait à différentes altitudes le courant aérien qui lui est favorable.
- « Si le temps ne nous avait pas fait défaut, ajoutions-nous après l’ascension de Calais, nous aurions pu confirmer brillamment cette assertion, en répétant un grand nombre de fois la premièr e manœuvre faite en face de Calais ; on aurait vu Le Neptune suivre alternativement à des hauteurs différentes deux routes opposées formant entre elles un angle appréciable, et gagner peu à peu les côtes de l’Angleterre, en tirant des bordées comme un navire à voile. »
- Cette manœuvre, M. Lhoste, vient de la réaliser avec un plein succès ; avec une persévérance inébranlable, le jeune et courageux aéronaute, a réussi le premier à franchir le détroit de France en Angleterre. Après plusieurs tentatives, après plusieurs voyages en mer1, M. Lhoste a atteint son but, non pas par l’effet d’un hasard fortuit, mais par les conséquences en quelque sorte inévitables d’une volonté ferme, sans cesse appliquée au même objet. M. Lhoste,a fort habilement mis à profit les courants aériens, comme on va Je voir en lisant le récit d’un voyage remarquable dont nous sommes heureux d’avoir la primeur. Gaston Iissandier,
- 1 Voyi ii° 527 du 7 juillet 1883* p. 84.
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- LA NATURE.
- Le dimanche 9 septembre, je m’élève de la ville de Boulogne, à 5 heures du soir, avec mon ballon Ville-de-Boulogne, du cube de 500 mètres; en quelques minutes je suis porté à l’altitude de 1000 mètres : je plane au-dessus des jetées et ne tarde pas à gagner le large, poussé par un vent sud-sud-ouest; désirant connaître le courant inférieur je laisse descendre l’aérostat vers des niveaux inférieurs dans le but de me renseigner auprès des pêcheurs dont les bateaux sont au-dessous de moi. En se rapprochant ainsi de la surface maritime ou terrestre, quand le temps est calme, il est facile d’entretenir une conversation avec ceux qui se trouvent dans le voisinage de l’aérostat.
- Édifié sur ce point, que le courant inférieur est d’Est, je pensais, dès ce moment, qu’en utilisant alternativement ces deux courants, il me serait possible de gagner la côte anglaise.
- Ayant jeté du lest, je me relevai à l’altitude de 1200 mètres et continuai ma route, poussé par un vent sud-sud-ouest, qui me porta à proximité du cap Gris-Nez; à 6 heures 30 minutes, je redescendis dans le courant Est, afin de me maintenir dans une direction favorable
- Vers 7 heures 3u minutes, le soleil se coucha, et je fus enveloppé d’un brouillard assez intense qui me masquait les côtes de France, aussi bien que celles d’Angleterre.
- Pourtant vers 8 heures, la lune se leva et, grâce à ses faibles rayons, je pus apercevoir deux bateaux à vapeur, qui se dirigeaient vers l’Océan. Un peu plus tard, j’aperçus deux feux, qui n’étaient autres que les phares de Douvres ; me basant sur ces lumières, il m’était plus facile de me maintenir dans une direction favorable.
- A 9 heures 30 minutes, mes regards furent attirés
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- FRANCE
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- Première traversée en ballon du détroit du Pas-de-Calais, de France en Angleterre, par M. Lhoste. Fig. 1. — Tracé du voyage aérien. Fig. 2. — Diagramme deTascension.
- par un groupe de lumières qui m’indiquaient d’une façon certaine la présence d’une grande ville; j’appelai à plusieurs reprises et mes appels furent répétés par l’écho.
- Enfin, vers iO heures 15 minutes, je franchissais la côte anglaise : je passais au-dessus d’une petite ville, que je suppose être une station balnéaire, bientôt j’aperçus des petits bois et d’immenses prairies.
- La lumière de la lune était assez vive, mais le brouillard qui régnait dans les couches inférieures me fit j.uger. prudent de ne pas pousser plus loin mon voyage, de crainte de reprendre la mer. J’ouvris la soupape et quelques minutes après j’atterrissais dans une vaste prairie, où un troupeau de moutons se trouvait parqué. Il était alors 11 heures ; après ftVoir fait'une rapide inspection autour de moi, je reconnus que tout était désert, et je m’organisai le plus commodément possible, pour passer la nuit à la belle étoilq.
- Le lendemain, au point du jour, Je’fus réveillé par les cris des animaux domestiques que ma présence dans des conditions aussi anormales semblait vivement intriguer.
- Je me levai, et me dirigeai vers une habitation, où je trouvai le fermier qui m’apprit que j’étais à Hent; il m’offrit une voiture, pour me conduire à la station de Smeeth, où je pris le train pour Fol-kestone. j
- J’arrivai dans cette ville, juste à temps pour, prendre le paquebot qui me débarqua à 3 heures de î’après:midi à Boulogne, heureux d’avoir le premier, réalisé le passage du détroit de France en Angleterre. J
- D F. Lhoste. •*
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris..
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- N° 540. — 6 OCTOBRE 1883.
- LA NATURE.
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- Fig. 1. — Four mobile de M. Dathis.
- LÀ FABRICATION DU PAIN CHEZ SOI
- Les visiteurs du Jardin d’Acclimatation de Paris ont vu fonctionner dans ces derniers temps un curieux système d’appareils domestiques construits par M. L.
- Dathis et qui consiste en un four mobile et un pé-trisseur, permettant de faire le pain soi-même.
- Cela est précieux pour la campagne et pour les localités lointaines des centres habités. Nous décrirons successivement le four mobile et le pétris-seur qui servent à cet effet.
- Four mobile.
- — Le four mobile (fig. 1) se compose des deux parties principales suivantes : 1° un cylindre, fermé par le bas, qui se place sur le foyer ; 2° une cloche, qui s’emboîte sur ce cylindre et lui sert de couvercle.
- Ce cylindre contient trois crémaillères destinées à supporter deux plateaux isolés de ses parois à l’effet de ménager au pourtour un passage circulaire.
- Le premier de ces plateaux est simple; il se place au fond de l’appareil sur le dernier degré des crémaillères.
- Le deuxième plateau est double; il contient une couche d’air
- sertie entre les deux fonds qui le composent ; il se place au-dessus du premier à des hauteurs qui varient suivant les cas, et d’après la grandeur des pièces à cuire
- Enfin, un injecteur sert à projeter du dehors, quand l’appareil est fermé, une petite quantité 410 année. — 2e semestre.
- d’eau sur le premier plateau; cette eau produit instantanément delà vapeur qui se condense aussitôt, sous forme de buée, sur l’objet froid que l’on vient d’enfourner.
- Cette buée contribue à dorer le pain, et la pâtisserie, etc , elle en facilite le développement; elle rend, aussi la viande beaucoup plus tendre et juteuse.
- La cloche est enduite d’une matière calorifuge qui la met à l’abri du contact de l’air extérieur et, par conséquent, du refroidissement.
- Elle est munie des accessoires suivants : 1° un thermomètre qui indique la température intérieure de l’appareil; 2° deux regards qui permettent de surveiller l’opération ; 5° deux poignées, au moyen desquelles on lève la cloche; 4° enfin, l’on a ajouté aux appareils de plus grande dimension, deux anneaux auxquels on adapte une anse reliée à une ^ chaîne surmon-/^ tée d’une poulie^'/l afin de lever 1 cloche plus faciA # lement et de pouvoir la laisser suspendue pendant qu’on enfourne.
- La chaleur qui s’emmagasine, par le fond, dans îe four,s’y répartit de deux façons : l’une directe, l’autre réverbérante;
- c’est-à-dire que les rayons caloriques traversent en partie les plateaux, et chauffent le dessous des aliments; tandis que l’autre partie de ces rayons, trouvant une issue par le passage circulaire ménagé entre les plateaux et le cylindre, monte jusqu’au dôme de la cloche duquel elle vient réver-
- 19
- Fig. 2. — Appareil à pétrir la pâte du pain.
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- LA NATURE.
- bérer, en tous sens,sur l’objet soumis à la cuisson.
- Le four mobile ne nécessite aucune installation spéciale; il se place comme une marmite sur n'importe quel foyer, même en plein air ; il se chauffe très facilement (on en élève la température à 250° en 20 minutes environ). Il sert à cuire non seulement le pain, mais aussi la pâtisserie, la viande, les volailles, etc. Sans crainte des coups de feu et sans aucun autre soin que l’alimentation du foyer.
- Pétrisseur domestique. — Les conditions essentielles du pétrissage sont d’éviter de fouler la pâte, ce qui la rend compacte' et de mauvaise qualité et d’avoir soin au contraire de l’étirer et de l’aérer le plus possible pour la rendre souple, lisse et légère.
- Le pétrissage à la main exige une grande pratique et des soins assidus c’est pourquoi il est rarement bien fait, à plus forte raison les personnes qui né sont pas du métier n’ont-elles que des insuccès quand elles veulent faire le pain chez elles.
- L’appareil de M. Dathis a pour objet d’éviter ces déboires, de supprimer une main-d’œuvre délicate et souvent pénible et de permettre à la personne la moins expérimentée de faire chez elle régulièrement et sans aucun embarras du pain d’excellente qualité.
- L’appareil représenté ffig. 2) se compose des pièces principales suivantes : 1° Un plateau vertical A garni de broches B disposées suivant certains rayons partant du centre dudit plateau ; ce plateau est fixé sur un arbre horizontal, monté lui-même sur un support vertical et muni d’un volant ou d’une manivelle qui lui communique le mouvement de rotation. 2° Un second plateau vertical B1 garni de broches disposées suivant des rayons différents de ceux des broches B, afin que celles-ci s’enchevêtrent dans les précédentes et qu’elles tournent autour d’elles sans pouvoir les toucher ; ce plateau B' est monté sur des charnières afin qu’on puisse le rabattre horizontalement. Des plateaux mobiles, percés de trous répérés avec les broches des plateaux A et B, s’emboîtent sur celles-ci ; nous indiquerons tout à l’heure leur usage.
- Après avoir délayé au moyen d’une spatule, d’une fourchette ou d’une façon quelconque la farine avec le levain, le liquide et les accessoires, de manière à en faire une boule de pâte compacte, on ouvre l’appareil et l’on place le mélange sur le plateau B ; on ferme l’appareil et l’on tourne jusqu’à ce que la pâte ait obtenu la viscosité voulue par l’étirage et l’aérage qu’elle aura subi entre les broches du plateau B qui forment points de résistance et celles du plateau A qui forment points de traction rotative. La position verticale des plateaux A et B offre cet avantage que la pâte, tendant toujours à descendre par son propre poids d’une rangée de broche sur l’autre, se déplace en s’éloignant et se rapprochant successivement du centre de rotation et se trouve ainsi plus régulièrement mélangée.
- L’opération finie, il suffit, pour enlever la pâte de l’appareil, d’ouvrir ce dernier, de retirer successivement les plateaux mobiles des broches sur les-
- quelles ils sont emboîtés, et de faire tomber cette pâte dans un récipient quelconque dans lequel on la laisse lever.
- NÉCROLOGIE
- Plateau. — M. Plateau que la science vient de perdre était un des savants étrangers les mieux connus en France. Dans nos nombreux collèges ou lycées, il n’est pas de classe de physique où ce nom ne soit cité chaque année avec honneur, pas de cours de Faculté où quelques-uns de ses travaux ne soient exposés et applaudis. L’un de ses premiers Mémoires porte sur un sujet fort obscur qu’il a complètement élucidé par des expériences ingénieuses et décisives, l’irradiation oculaire. Les derniers ont eu pour but la formation des lames minces liquides et leur étude à la fois géométrique et mécanique. M. Plateau a été conduit à l’étude des lames minces par la considération de simples bulles de savon, où déjà Newton-avait trouvé le sujet de si magnifiques recherches d’optique. M. Plateau a mesuré la tension de ces lames ; il a déterminé les lois de leur groupement lorsqu’on en forme des édifices polyédraux ; il en a fixé la nature géométrique lorsque, en détruisant l’édifice qu’elles forment, on les force à prendre des figures courbes où la somme des rayons de courbure principaux doit être constante ou bien nulle. Rien de plus frappant que les expériences qu’un professeur de faculté répète devant son auditoire quand, mettant en œuvre les dispositions du célèbre physicien belge, on voit naître sous ses mains, à l’aide d’un bain d’eau de savon convenablement préparé et de charpentes légères en fils de fer ou de soie, l’échafaudage inattendu des figures géométriques les plus variées et les plus belles. On sait d’ailleurs que ces recherches touchent aux points les plus délicats de la mécanique moléculaire.
- Mais ce qui, dans les travaux de M. Plateau, frappe le plus le public instruit, ce sont les admirables expériences où il a entrepris d’imiter, de reproduire par des artifices ingénieux et de faire saisir sur le fait la formation des globes planétaires avec les formes si variées qu’une masse lluide animée d’un mouvement de rotation peut prendre lorsqu’elle est isolée et libre dans l’espace. L’expérience semblait impossible à réaliser, car comment isoler ainsi une masse liquide et la soustraire à l’action de notre pesanteur terrestre. M. Plateau y est parvenu en plaçant cette masse dans un milieu liquide de même densité, mais non miscible avec elle. Alors on voit cette masse, à l’état de repos, prendre la figure d’une sphère parfaite ; puis, si on lui imprime un mouvement de rotation autour d’un axe stable, on la voit passer de la figure d’une sphère à celle d’un ellipsoïde de révolution aplati aux pôles. Enfin, si l’on augmente encore la vitesse de rotation, la masse lluide se transforme en une lentille qui ne tarde pas à abandonner, dans le plan de son équateur, une partie de sa matière. Celle-ci va former tout autour d’elle un anneau tournant plat et mince, reproduisant ainsi l’image frappante du système de Saturne. M. de Laplace aurait été bien heureux s’il lui avait été donné de voir de ses yeux la réalisation expérimentale de sa grande conception cosmogonique.
- Ce n’est pas ici le lieu d’énumérer les nombreux travaux de notre regretté correspondant : ils portent tous la trace d’une intelligence supérieure et particulièrement originale ; mais il nous sera permis de rappeler que presque tous ont été faits par un aveugle. Frappé de bonne
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- LA NATURE.
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- heure d’une irrémédiable cécité, qui semblait devoir mettre fin à tout travail d’expérience et d’observation, M. Plateau a trouvé, chez ses admirateurs et ses parents, l’organe qui lui faisait défaut désormais. Il créait dans sa tête ses expériences et, quand les appareils nécessaires avaient été construits d’après ses indications, il faisait exécuter les expériences par ses amis qui voyaient pour lui et lui rendaient compte des résultats. Non, leur disait-il parfois, il doit y avoir là autre chose encore : recommencez en changeant tel ou tel organe, regardez à tel endroit, et, si je ne me suis pas trompé, vous observerez tel ou tel effet. Il ne se trompait jamais.
- Remercions, au nom de la science, les collaborateurs dévoués dont le zèle a permis à ce savant si justement célèbre de prolonger son utile et brillante carrière bien au delà du terme que son infirmité semblait y devoir poser. Remercions aussi le gouvernement belge d’avoir conservé jusqu’au bout à M. Plateau son titre de professeur dans une chaire qu’il illustrait sans pouvoir l’occuper. Faye (de l’Institut).
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- NOUVEL APPAREIL POUR RA
- FABRICATION DU GAZ HYDROGÈNE
- En publiant au commencement de cette année la description du propulseur dynamo-électrique que nous destinons à un aérostat allongé1, nous avons fait connaître à nos lecteurs l’atelier aérostatique que nous avons fondé mon frère Albert et moi, à Paris-Auteuil.
- Tandis que depuis cette époque, mon frère s’est spécialement attaché à la confection de l’aérostat allongé tout spécial et d’une disposition nouvelle que nous décrirons ultérieurement quand nous l’aurons expérimenté, je me suis occupé de construire un appareil destiné à la production en grand de l’hydrogène, dans le but de pouvoir opérer dans un espace de quelques heures, le gonflement d’aérostats assez volumineux.
- Le gaz hydrogène bien préparé a une force ascensionnelle de 1180 grammes par mètre cube, le gaz de l’éclairage en a une qui sous le même volume, atteint seulement 730 à 740 grammes. Ces chiffres suffisent pour montrer l’avantage, que présente au point de vue aérostatique, le premier gaz sur le second.
- Si la production en grand de l’hydrogène intéresse les aéronaules, elle n’est pas sans offrir quelque importance, au point de vue des laboratoires de chimie construits loin des usines à gaz, et de certaines industries de luxe qui font usage du chalumeau à gaz oxhydrogène pour la fusion des métaux; c’est à ces titres différents que nous donnerons ici une description assez détaillée de notre nouvel appareil.
- Cet appareil est construit sur un principe analogue à celui que notre regretté maître et ami Henri Gif-fard avait installé en 1878 dans la cour des Tuile-
- 1 Yoy. n° 504 du 27 janvier 1883, p. 136.
- ries pour le gonflement de son grand ballon captif à vapeur1; mais il en diffère considérablement dans les détails, et dans le mode de construction. L’hydrogène dans notre appareil, comme dans celui deM.Giffard, se produit par la décomposition de l’eau sous l’influence du fer et de l’acide sulfurique, mais au lieu d’employer un générateur unique de grand volume fait en tôle garnie intérieurement de feuilles de plomb épaisses d’un prix très élevé, j’ai fait usage de tuyaux Doulton en terre de Londres, de ceux-là même dont on se sert habituellement pour les conduites d'eau. Ces tuyaux résistent très bien à l’action des acides, même à chaud; en les superposant verticalement, et en les soudant les uns avec les autres à l’aide d’un mastic spécial, il est possible de s’en servir pour faire des réservoirs cylindriques de grand volume et d’un prix beaucoup moindre que celui de réservoirs métalliques. Après avoir fait des essais sur des tuyaux de petite dimension, j’ai construit un générateur, formé de huit tuyaux Doulton, de 0m,45 de diamètre intérieur et de 0m,76 de hauteur. On obtient ainsi une colonne de plus de 6 mètres de hauteur capable de contenir mille kilogrammes de tournures de fer tamisée. Quatre générateurs distincts, dont l’ensemble est représenté figure 1, sont capables de produire un volume considérable de 300 mètres cubes de gaz hydrogène à l’heure, c’est-à-dire d’opérer la dissolution de 1000 kilogrammes de fer, dans 1500 kilogrammes d’acide sulfurique étendu de trois fois son volume d’eau.
- Les quatre générateurs sont identiques ; il nous suffira donc d’en décrire isolément un seul. C’est ce que nous allons faire aussi succinctement que possible en reportant le lecteur à la coupe représentée figure 2. Le générateur formé de tuyaux en grès Doulton, est figuré en G ; le cylindre est fermé à sa partie inférieure par une maçonnerie de briques faite à chaud avec un ciment de soufre fondu additionné de résine, de suif et de verre pilé. Ce même ciment a été employé pour garnir les joints des tuyaux et les souder les uns avec les autres. Le tuyau de grès inférieur, que nous appellerons le n° 1, le tuyau n° 4 et le tuyau n° 6 en comptant de bas en haut, sont des tuyaux à deux tubulures qui permettent de ramifier à l’appareil les tubes plus étroits servant : à l'entrée dans l’appareil de l’eau additionnée d’acide sulfurique, à la sortie du liquide chargé de sulfate de fer après la réaction opérée, et au dégagement du gaz hydrogène formé.
- Le générateur étant rempli de tournure de fer, l’eau additionnée d’acide sulfurique arrive par le tuyau A, et pénètre à la partie inférieure du récipient. Il traverse un double fond percé de trous, et il s’élève à travers une colonne de tournure de fer, qui se dissout dans le liquide en décomposant l’eau dont il fixe l’oxygène en formant du sulfate de fer et dont il détermine le dégagement du gaz hydrogène. Ce gaz se dégage par le tuyau T ;
- | 1 Voy. n* 222 du 1er septembre 1877, p. 211.
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- LA NATURE
- le liquide chargé de sulfate de 1er s’écoule en B par le tuyau BG en forme d’U, et arrive dans un caniveau qui le mène directement à l'égout1. L’écoulement de l’eau chargée d’acide sulfurique étant continu, la production de l’hydrogène est également continue; au fur et à mesure que le fer se dissout dans la partie inférieure du générateur, il est sans cesse renouvelé par la réserve contenue dans la partie supérieure du tuyau. Cette réserve de fer qui alimente le générateur, est placée dans un tube supérieur métallique, légèrement tronconique : la partie inférieure de ce tube est en cuivre plombé et elle pénètre de quelques centimètres dans le
- liquide où se produit la réaction; la dissolution de sulfate de fer en s’échappant en B, n’entraîne pas ainsi de tournure de fer.
- Le générateur à sa partie supérieure est bouché à l’aide d’une fermeture hydraulique qui, au cas d’obstruction, forme soupape de sûreté. Notre appareil, comme nous l’avons dit, comprend quatre générateurs qui peuvent à volonté fonctionner ensemble ou isolément ; il est facile de les séparer du circuit de tuyaux de dégagement, à l’aide de robinets de 0m,08 de diamètre intérieur; on peut ainsi remettre de la tournure de fer dans un générateur, procéder à son nettoyage en cas d’obstruction des
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du grand appareil à gaz hydrogène, construit dans l’atelier aérostatique de MM. Tissandier frères,
- à Paris-Auteuil.
- tuyaux, etc., sans interrompre la production des trois autres générateurs.
- Le gaz hydrogène, produit par une réaction énergique, se dégage avec des torrents de vapeur d’eau; il est en outre légèrement acide : il faut le refroidir et le laver. Notre laveur, presque entièrement semblable à celui de M.^Giffard, est représenté en L ; le gaz arrive à la partie inférieure d’une masse d’eau sans cesse renouvelée par un écoulement continu ;
- 1 On peut recueillir le liquide chargé de sulfate de fer et faire cristalliser ce sel qui a une certaine valeur commerciale, mais il faudrait encore à cet effet disposer de grands réservoirs, évaporer les eaux, etc. ; les frais d’installation pour une production faite à de rares intervalles, dépasseraient de beaucoup le faible bénéfice que l’on pourrait retirer de la vente du sulfate de fer.
- il traverse le liquide en se divisant à travers un grand nombre de tubes, percés de trous, ramifiés au tuyau adducteur ; après s'être lavé, le gaz traverse deux épurateurs EE' remplis de soude caustique, et de chlorure de calcium1; il passe enfin à travers
- 1 Dans les appareils précédemment construits, on a toujours fait usage de la chaux vive pour sécher le gaz hydrogène. Cette substance offre un grand inconvénient; en absorbant l’humidité, elle se délite, elle se gonfle et se transforme en une poussière très ténue qui peut boucher les tuyaux ou être entraînée avec le gaz dans l’aérostat, dont elle brûle le tissu. Le chlorure de calcium est d’un excellent emploi ; nous y avons ajouté de la soude caustique, afin que le gaz soit rendu alcalin; s’il était encore quelque peu chargé d’acide sulfurique, il pourrait donner naissance, avec le chlorure de calcium, à des traces d’acide chlorhydrique qui seraient très nuisibles.
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- un globe de verre H contenant un hygromètre et un séché et bien refroidi. Dans ces conditions, nous thermomètre qui indiquent si le gaz est bien des- obtenons un gaz presque complètement sec ayant
- Fig. 2. -r- Coupe du grand appareil à gaz hydrogène
- de M. Gaston Tissandier. — G. Générateur. — L. Laveur. — EE' Épurateurs.
- une force ascensionnelle de H 90 grammes par mètre cube, chiffre qui n’avait jamais été obtenu dans les préparations
- 7*1 ï ____________7*?«
- 1600
- aérostatiques faites en grand. Après avoir traversé la cloche de verre H, le gaz arrive dans l’aérostat par l’intermédiaire d’un tuyau de gonflement.
- Les quatre générateurs de notre appareil sont alimentés du liquide acide qui les fait fonctionner, par de grands réservoirs de 8 mètres cubes représentés fig. 1 ; ce sont de grands
- 600
- 300
- 0m
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- ^-->-8 ru mC Cu^ulo-stratus blanchâtres
- Sensat \17y i<m do frais
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- ?/ / Paris lumineux
- Fig. 3.
- cuviers de bois très épais, munis à leur partie inférieure de quatre robinets en grès Doulton permettant d’alimenter à la fois les quatre générateurs
- Chacun de ces réservoirs peut contenir 30 touries d’acide sulfurique à 55°, ou 3000 kilogrammes, délayés dans 6000
- ______etuo____________9ho kilogrammes
- d’eau ordinaire. Il y a là, dans chaque cuvier, une réserve capable de fournir à la production de 350 à 400 mètres de gaz hydrogène. Pendant que l’un des cuviers se déverse dans les quatre générateurs, l’autre cuvier peut-être rempli, et ainsi de suite alternativement.
- Les générateurs sont enveloppés d’une solide charpente, munie d’une
- plate-forme supérieure où l’on peut faire monter à l’aide d’une mouffle, les touries d’acide sulfu-
- Diagramme de l’ascension aérostatique, exécutée le 17 août 1883, par MM. Albert et Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
- rique et les sacs de tournure de fer nécessaires à l’alimentation de l’appareil.
- Le grand appareil que nous venons de décrire, a fonctionné à plusieurs reprises et il a déjà fourni le gaz de trois ascensions qui, nous l’espérons, ne sont que le prélude d’une nouvelle campagne aéronautique.
- Le 17 août dernier, nous sommes partis de l’enceinte de notre atelier, dans un aérostat sphérique, en soie, de 500 mètres cubes, que mon frère a fait construire; nous nous sommes élevés tous deux à 7 h. 15 m. du soir, et nous avons traversé Paris dont les lumières étincelaient déjà de mille feux rappelant l’aspect des étoiles d’un beau ciel du Midi ; le vent était assez faible à la surface du sol, mais à une altitude plus élevée de 1500 mètres à 1800 mètres il était absolument nul, et à cette hauteur, le ballon restait tout à fait immobile au-dessus du même point. Après deux heures de voyage environ nous avons traversé la ville de Lagny à très faible hauteur (250 mètres environ) et notre aérostat a été saisi à ce moment par un courant superficiel qui l’a dirigé vers le Nord. 11 était 9 h. 10 min. du soir, presque nuit noire; nous avons mollement touché terre au bord de la Marne, dans le voisinage d’Annet (fig. 3). Le ballon, bien imperméable, a été solidement attaché, et nous l’avons laissé gonflé jusqu’au lendemain matin ; après avoir passé la nuit dans une auberge du voisinage, nous avons procédé à soin dégonflement.
- Le 28 août, nous avons fait fonctionner un seul générateur de notre appareil, pour gonfler un petit aérostat de 200 mètres cubes; dans lequel un jeune praticien, M. Auguste Gaudron, élève de M. H. La-chambre, a exécuté une fort bonne ascension, qui a permis de constater encore une fois l’existence si fréquente dans l’atmosphère de courants aériens superposés; l’aérostat, en s’élevant à 5 h. 30 min. du soir, a suivi au départ à deux altitudes différentes deux directions opposées. Le courant inférieur était du N. E. et le courant supérieur venait du S. Il a dirigé l’aérostat vers le N. et l’atterrissage a eu lieu à 6 h. 45 m. à Monsoult, au delà de la forêt de Montmorency.
- Le 10 septembre 1883, mon frère est parti seul dans le même petit aérostat de 200 mètres qui, à l’aide d’un seul générateur, a été facilement gonflé en,trois heures de temps. Le départ a eu lieu à 2 h. 15 m. et l’aérostat, après avoir plané au-dessus du bois de Boulogne, d’Argenteuil, de Houille, de Pontoise, et avoir atteint l’altitude de 1300 mètres, a touché terre à 5 h. du soir, à Méru, dans le département de l’Oise. Gaston Tissandier.
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- LES PR0T0HELYÈTES
- L’abaissement des eaux des lacs de Neuchâtel, de Morat et de Bienne, que la Confédération suisse a mené à bien dans les dix dernières années, a été
- une bonne fortune pour les archéologues ; c’est la pioche à la main, et dans un terrain relativement sec, qu'ils ont pu récolter les trésors enfouis dans les ruines des cités lacustres l. Aussi les trouvailles archéologiques, qui sont si maigres dans les lacs où la recherche doit se faire à l’aide d’une pince ou d’une drague sous une épaisse couche d’eau, se sont-elles multipliées dans des proportions inouïes entre les mains des chercheurs, sur les bords de ces lacs favorisés. C’est par milliers et par milliers que les débris de l’industrie humaine se sont entassés dans leurs riches collections, et la connaissance des civilisations étranges des premiers habitants de l’Hel-vétie a fait, à cette occasion, des progrès fort intéressants. Je n’en veux citer pour preuve que le Mémoire très important que le professeur Théophile Studer a publié récemment dans les bulletins de la Société des Naturalistes de Berne ; reprenant après M. L. Rütimeyer, de Bâle, l’étude des ossements trouvés dans la couche archéologique des palafittes, et utilisant l’immense matériel collecté dans les stations lacustres du lac de Bienne, il en a tiré les détails les plus intéressants sur les variations de la population animale dans les diverses périodes de ces âges antéhistoriques, et sur les progrès de la domestication des races utiles à l’homme.
- Si l’on veut se rendre compte de l’état actuel de nos connaissances sur l’industrie humaine aux époques lacustres, que l’on étudie le volume que vient de publier le Dr Victor Gross, sous le titre : Les Protohelvètes ou les premiers colons des bords des lacs de Bienne et de Neuchâtel 2. L’auteur, médecin praticien à La Neuveville3, a eu l’heureuse fortune d’attirer à lui le produit’de toutes les fouilles particulières faites sur les bords du lac de Bienne ; une bonne partie des trouvailles du lac de Neuchâtel ont de même afflué chez lui, et il est arrivé à se créer une collection sans égale par sa richesse, le nombre des échantillons et surtout par la rareté des pièces, souvent uniques, qu’il y a accumulées.
- Ces trésors, il a voulu en faire jouir le monde scientifique, et répondant à la demande qui lui a été adressée de divers côtés, il nous offre un beau volume in-4°, dans lequel il décrit les principaux résultats de ses recherches.-Ce qui donne un prix
- 1 Nous rappelons à nos lecteurs que depuis 1854 l’on a étudié avec ardeur, en Suisse et dans les contrées voisines, les ruines de villages bâtis sur pilotis, sur l’eau des lacs, dans les époques préhistoriques de la pierre et du bronze. Les villages, dont notre ligure 1 donnera une idée, étaient construits en bois, et établis à quelques dizaines de mètres de la rive sur le lac lui-même ; ils n’étaient abordables qu’à l’aide dé ponts légers qui pouvaient être enlevés en cas d’attaque. Les débris de l’industrie humaine tombés des planchers dans le lac, soit dans les accidents de la vie journalière, soit lors de la destruction du village par l’incendie ou par l’orage, ont été recueillis par les archéologues modernes qui s’en sont servis pour reconstruire les grands traits de ces civilisations antiques. Voy. l’article de M. Maxime Helène, les Villes préhistoriques de l’époque lacustre. La Nature, VI, II, p. 1 et 19.
- 2 Paris, 1883, librairie J. Baer, 18, rue de l’Ancienne-Co-médie.
- 3 Sur les bords du lac de Bienne.
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- inestimable à cet ouvrage, ce sont les planches dont il est orné ; M. Gross a pris la peine de se familiariser avec la technique de la photographie, et il a lui-même, sur 53 planches parfaitement réussies, groupé plus de 950 des pièces les plus importantes de sa collection l. Ses planches photographiques ont été parfaitement reproduites par la phototypie de M. Bæckmann, à Carlsruhe, et grâce à cette ingénieuse utilisation des procédés les plus perfectionnés de l’industrie artistique moderne, le lecteur peut étudier, à son aise et de la manière la plus profitable, la plus belle collection connue d’archéologie préhistorique. Je n’hésite pas à la nommer la plus belle, car si les séries de quelques grands musées sont peut-être plus nombreuses que celles de M. Gross, ces dernières ont sur toutes les autres la supériorité de se rapporter à une seule civilisation, dans les divers âges de son développement, à un même peuple dans tous les détails de sa vie intime, avec un luxe de démonstration incomparable. Les ruines de chacune de nos cités lacustres peuvent se comparer à un Pompéi, au petit pied ; que l’on suppose cinquante Pompéi, dont la destruction aurait eu lieu successivement, depuis les premiers temps de l’histoire romaine jusqu’à la fin de la décadence, et l’on peut se figurer quels trésors de documents l’on pourrait y trouver pour refaire l’histoire de l’industrie, de l’art, de la civilisation dans l’antique Italie.
- Il est une impression très nette que nous donne l’étude des grandes collections d’antiquités de la Suisse, c’est la richesse des populations lacustres, surtout dans la période connue sous le nom de bel âge du bronze. Nous y voyons partout les signes d’une fortune exubérante, et nulle part des indices de pauvreté. Les habitants des palafittes2 disposaient de moyens mécaniques, simples probablement, mais suffisants pour ficher dans le sol les milliers et les dizaines de milliers de pilotis sur lesquels ils bâtissaient leurs villages ; en possession de l'agriculture et de l’élève du bétail, ils n’avaient plus qu’excep-tionnellement recours pour leur alimentation à l’art plus primitif de la chasse ; un commerce étendu leur apportait les métaux, l’ambre, des perles de verre, des objets ouvragés d’origine étrangère ; un goût très pur élevait leurs industriels à la dignité de véritables artistes. Le lecteur qui admirera, dans les planches de M. Gross, le dessin d’une élégance remarquable des armes (Voy., par exemple, fig. 2, nos 1, 3, 4, 9 et 10), outils et ornements de bronze et des vases de poterie, ne pourra nier que la civilisation de nos lacustres ne fût riche et florissante.
- La masse de métal qu’ils possédaient était considérable et, en additionnant les innombrables pièces
- 1 Nous avons, dans la figure 2, fait dessiner quelques-uns des objets caractéristiques que nous avons choisis dans les planches du Dr Gross.
- 2 On appelle palafitte une construction de bois établie sur pilotis.
- de bronze trouvées dans certaines stations, je' ne crois pas faire erreur en soutenant qn’à égalité de population, ils avaient à leur disposition un poids de bronze presque égal au poids de fer que l’on trouverait aujourd’hui dans un des villages les plus aisés de nos pays, les lourdes masses de fonte de nos grandes machines agricoles étant exceptées. Un chiffre donnera une idée de cette abondance et de cette richesse. M. Gross a compté les pièces de bronze provenant des lacs de Bienne et de Neuchâtel et conservées dans les collections publiques et privées de la Suisse ; il est arrivé à 19 600, dont plus de 5000 dans sa collection particulière.
- Cette richesse des Protohelvètes, comme les appelle fort heureusement M. Gross, à lepoque du bronze, était déjà aussi réelle, quoique moins évidente, à l’époque de la pierre. Je le conclus de la présence dans les ruines de cette période, de certains objets qui ne pouvaient arriver dans notre pays que par le moyen d’un commerce très étendu ; l’ambre leur était déjà apporté des côtes de la mer Baltique, et les pierres rares possédant des qualités fort précieuses, dont ils façonnaient leurs instruments tranchants, leur venaient de plus loin encore : la néphrite? belle pierre d’un vert clair, à demi transparente, leur était apportée du Turkestan ou de la Sibérie méridionale, la jadéite, de couleur grisâtre, venait du Birman, et la chloromélanite, pierre noire avec/ des traits jaunâtres, arrivait probablement aussi d’Asie, mais de gisements encore inconnus.
- L’époque lacustre a duré fort longtemps, et c’esti successivement que, dans notre pays comme ailleur^ l’homme s’est élevé des civilisations primitives ou il ne connaissait pas encore le métal, aux civilisations t supérieures, où il est entré en possession du bronzer et ensuite du fer. Quoiqu’en ait dit certaine école ' allemande, l’existence d’un âge du bronze intermédiaire entre l’âge de la pierre et celui du fer est absolument démontrée. Ce développement continu et progressif résulte, avec la plus grande évidence, de l’étude archéologique des produits de l’industrie humaine : cela est prouvé définitivement par l’étude des ossements d’animaux récoltés dans les ruines des stations lacustres ; sous ce rapport les conclusions de M. Studer sont aussi affirmatives et démonstratives que l’étaient, il y a vingt ans, celles de M. Rütimeyer.
- M. Gross distingue dans l’âge de la pierre trois périodes successives : Une première période, primitive, pauvre avec poteries grossières, pierres mal travailléés, et absence de néphrite et autres pierres d'origine étrangère. La station de Chavannes, près de La Neuveville, est pour lui le type de cet âge reculé. Une deuxième période montre la civilisation de la pierre dans tout son éclat. Les instruments de pierre sont richement taillés, les pierres exotiques sont abondantes, l’art du potier est déjà fort perfectionné. Locras et Latrigen représentent cet âge au lac de Bienne. Une troisième période montre l’introduction des métaux. Le caractère général de
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- LA NATURE.
- la civilisation est resté le même que précédemment ; mêmes poteries, même abondance des instruments de pierre. Mais les premiers outils de métal sont importés : à Finels, au lac de Bienne, on trouve du cuivre travaillé d’une manière fort primitive encore ; à Morges, dans la station des Roseaux, on a le bronze sous la forme de hachettes fort simples. Après cela est venu le bel âge du bronze, avec son magnifique développement de la civilisation; puis, plus tard, a apparu le fer.
- Il ne peut entrer dans le cadre de cet article de discuter ici les nombreuses questions générales ou spéciales soulevées par le livre de M. Gross. J’en
- choisirai une seule qui montvera l’intérêt de ces problèmes.
- Le bronze, le grand métal d’usage dans le plus bel âge de la civilisation lacustre, n’est pas indigène : ni le cuivre, ni l’étain qui, par leur alliage en proportions convenables, donnent ce métal doué de qualités excellentes, ne se trouvent dans notre plaine suisse ni dans le Jura. Des minerais de cuivre existent il est vrai dans certaines vallées des Alpes, mais il est fort probable que les anciens lacustres recevaient ce métal de pays plus éloignés où les mines étaient d'une exploration plus facile : cela est certain en tous cas pour l’étain dont les gisements les plus rap-
- Fig. 1. — Restauration d’une habitation des cités lacustres primitives de la Suisse. (D'après le Dr Victor Gross.)
- prochés sont en Saxe, dans les Cornouailles et en Espagne. Ces métaux, cuivre, étain, bronze, étaient-ils apportés en Suisse tout travaillés, ou bien arrivaient-ils à l’état de lingot et étaient-ils fondus sur place ? Y avait-il une industrie locale, indigène, ou bien armes, instruments et parures étaient-ils importés, déjà façonnés dans les pays étrangers ? La question a été longtemps débattue ; voici comment on peut y répondre actuellement. Certains objets ont été importés déjà travaillés ; ils montrent évidemment le type de l’industrie étrangère. On connaît un superbe vase de bronze fondu conservé au Musée de Lausanne et une fibule de Corcelettes au lac de Neuchâtel, dont la forme et l’ornementation sont manifestement Scandinaves ; d’autres pièces, en
- plus grand nombre, rappellent des formes connues soit dans le Midi de la France, soit en Italie ; d’autre part les lingots, ou saumons de métal non travaillé, sont très rares dans nos trouvailles. Il est donc probable que le métal était le plus souvent apporté par le commerce, ou gagné par la conquête ou le pillage, à l’état d’objets ouvrés. Mais il y avait en même temps une industrie locale ; les instruments brisés étaient réparés ou fondus à nouveau ; les lacustres savaient fondre et marteler le bronze dans leurs villages.
- Nous en avons la preuve dans un nombre relativement considérable de moules qui sont actuellement dans les musées suisses, entre autres à Lausanne, à Genève et dans la collection Gross. Dans
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- Fig. 2. — Objets de la collection préhistorique de M. le D' Victor Gross.
- N" 1. Poignée d’épée de bronze, station de Môrigen. — N” 2. Pendeloque ornée. Auvernier. — N° 3. Tasse en bronze martelé, Corce-lettes. — N° 4. Vase d’argile avec incrustation de lamelles d’étain. — N* 5. Peigne en bois d’if, Fenil. — N° 6. Pendeloque de bronze) Auvernier. — N° 7. Moule en grès formant une des coquilles d'un moule pour deux couteaux et 27 bagues, Môrigen. — N* 8. Épingle à cheveux, Estavayer. — N01 9 et 10. Couteaux de bronze, Auvernier. — N° 11 et 12. Pendeloques en bois de cerf.
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- les planches qui représentent cette dernière collection, il n’est pas figuré moins de 3 moules de bronze dont deux sont en deux valves, 8 valves ou fragments de moules en argile, et 17 moules ou fragments moules 'en molasse (Voy., par exemple, fig. 2, n° 7) ; souvent un seul de ces moules en pierre servait à fondre divers objets, et les 17 moules de M. Gross donnent les creux de 72 pièces diverses. A côté de ces moules, des jets de bronze, des marteaux, enclumes, ciseaux et poinçons complètent l’outillage du fondeur, et démontrent que son industrie était bien pratiquée sur place. Le fondeur lui-même était-il indigène et sédentaire, ou bien, comme nous le voyons aujourd’hui pour les fondeurs d’étain et de clochettes de vaches, originaires du haut Piémont qui parcourent nos campagnes, était-il un industriel ambulant passant d’un pays à l’autre? Il n’v a pas d’argument décisif qui réponde définitivement à cette question.
- Ces quelques lignes auront-elles suffi à donner une idée de l’importance des trouvailles faites dans les dernières années, et à montrer l’étendue des connaissances que nous possédons aujourd’hui sur des peuplades dont l’existence même était ignorée il y a trente ans? Elles diront en tous les cas, qu’aux noms déjà populaires dans cet ordre de recherches, des Keller, Troyon, Morlot, Desor, E. Chantre, nous devons dorénavant ajouter celuidu Dr Y. Gross de La Neuve ville. F.-A. Forel.
- Morges, 10 septembre 1883. *
- LES EXPÉDITIONS CIRCUMPOLAIRES
- AUTRICHIENNE ET SUÉDOISE
- Le mois d’août marque le terme des observations météorologiques et magnétiques entreprises dans les terres circumpolaires. Deux de ces expéditions, celle envoyée par l’Autriche-Hongrie à Jan Mayen et celle établie par la Suède au cap Thordsen dans l’tsfjord (Fjord des Glaces) au Spitzberg, viennent de rentrer en Europe.
- La première, composée .de six officiers de marine ou professeurs et de huit matelots, a débarqué à Throndhjem (Norvège) dans les premiers, jours d’août, après avoir séjourné quatorze mois à Jan Mayen.i Les savants autrichiens ont passé l’hiver dans une maison en bois, à double cloison, entre lesquelles était tassée de la sciure de bois. Pour la couverture on avait employé du papier asphalté, préparation qui a été un excellent préservatif contre l’humidité. A côté de l’habitation avait été installé un observatoire long de quatorze mètres.
- Située entre le Gulf Strèam et le grand courant polaire, File de Jan Mayen est couverte d’épaves de toute espèce et de toute provenance. Parmi ces débris, l’expédition autrichienne a trouvé un morceau de bambou et de nombreux glaskavl, boules de verre dont les pêcheurs norvégiens se servent
- pour maintenir leurs filets sur l’eau. Ces flotteurs portaient encore le nom et l’adresse de leurs propriétaires. Les journaux norvégiens auxquels nous empruntons ces détails, ne nous donnent aucun renseignement précis sur les observations météorologiques faites par l’expédition ; ils indiquent seulement que la plus basse température observée a été — 30° sans mentionner la date ; il ajoutent en outre que sur les 8000 1 heures dont se compose l’année, des brouillards ont été observés pendant 3000. Durant l’hivernage, des dragages ont été entrepris autour de l’île, mais le manque d’appareils à vapeur pour relever les dragues a empêché les naturalistes d’étudier les fonds au delà de 300 mètres. Au commencement d’août, lorsque les savants autrichiens ont quitté Jan Mayen, aucune glace n’était en vue, mais ils croyaient que la banquise n’était pas très éloignée dans la direction du nord.
- Quelques jours après le débarquement de l’expédition austro-hongroise à Throndhjem, le 28 août, la canonnière suédoise, YJJrd ancrait dans le port de Tromsô (Norvège), ayant à bord les météorologistes suédois qui avaient hiverné au Spitzberg. Le lendemain, nous arrivions nous-même dans le Petit Paris du Nord, et immédiatement nous allions serrer la main des braves explorateurs dont nous avions fait connaissance au Spitzberg l’automne dernier2. Tous étaient heureusement en parfaite santé. Pendant tout l’hivernage l’état sanitaire a été excellent et M. Gyllencreutz, le médecin de l’expédition, n’a observé chez aucun de ses compagnons le moindre symptôme de scorbut. L’aimable docteur a pu par suite consacrer entièrement son temps à ses importantes fonctions de cuisinier en chef.
- Un des ingénieurs de l’expédition, M. Andrée, avec une obligeance dont nous ne saurions lui être trop reconnaissant, a bien voulu nous communiquer quelques détails sur les observations faites durant l’hivernage.
- La température la plus basse a été — 35°,5 le 2 janvier 1883 au soir, ce même jour le mercure gela dans un thermomètre placé sur la neige. Les habitants de la petite colonie du cap Thordsen n’ont point eu à supporter des froids extrêmes, comme quelques expéditions précédentes, ainsi que le prouve le tableau suivant de la température pendant les •mois d’hiver proprement dit.
- MAXIM A DATE MIXIMA DATE MOYENNE
- Novembre. . + 1 5 — 25,4 29 - 8,56
- Décembre. . + 2,9 22 — 30,7 30 - 18,54
- Janvier. . . — 5,5 17 — 35,5 2 — 15,96
- Février. . . + 2,1 18 — 25,5 26 - 8,51
- Mars. . . . — 2,7 1 - 26.6 2
- Avril. . . . + 2,7 4 - 22,8 28
- 1 Ce nombre est inexact.
- 2 Voy. le récit de notre visite à l’Observatoire Smith, n° 522 du 2 juin 1883, p. 7.
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- LA NATURE.
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- La plus haute température observée durant l’été a été -j- 15°.
- Au commencement de novembre, l’Isfjord fut rempli de drif-is1 qui rendaientla navigation impossible. Toutefois le fjord ne fut couvert d’une masse compacte de glace qu’après le 1er janvier.
- L’intensité des aurores boréales a été très grande pendant le mois de décembre et le commencement de mars, mais a diminué à partir de cette dernière date. Le 6 mars toutefois, on pouvait encore observer un de ces phénomènes lumineux d’un grand éclat.
- Le 23 octobre le soleil disparut. Durant la longue nuit polaire, M. Andrée, après avoir reconnu que l’obscurité prolongée n’altère pas le sens des couleurs dans les organes de vision, a observé que le manque de lumière influe sur la couleur du teint. Pendant cette nuit de trois mois, la peau du visage de ses compagnons avait une teinte d’un jaune gris. Prend-on fréquemment de l’exercice en plein air durant la nuit polaire, ajoute M. Andrée, la composition du sang s’altère peu, elle se modifie, au contraire, très rapidement si l’on mène une vie sédentaire.
- Pour compléter cette courte notice sur les travaux de l’expédition suédoise, nous emprunterons au journal de notre ami quelques passages relatifs aux événements les plus importants de l’hivernage, notamment les dates d’arrivée de quelques oiseaux, la chasse tenant naturellement une grande place dans la vie des explorateurs.
- 25 janvier, — Pistes de rennes dans le voisinage de l’Observatoire.
- 5 février. — On aperçoit, pour la première fois de l’année, des perdrix (Lagopus hyperboreus, Sund).
- 7 février. — Trois pétrels arctiques (Procellaria glacialis L.) sont abattus. Ces oiseaux hivernent au Spitzberg, croient les membres de l’expédition.
- 22 février. — Distribution de conserves pour préserver des ophtalmies. Le globe entier du soleil paraît pour la première fois.
- 23 février. — On tue quelques rennes, les premiers abattus depuis le commencement de l’année. Temp. = — 20. On peut travailler sans lumière dans l’habitation jusqu’à 4 heures du soir.
- 12 mars. — Deux rennes sont tués près de l’Observatoire. Leurs poils mesurent une longueur de 0“,102. Les premiers guillemots (Uria grille L.) sont signalés.
- 27 mars. — On recueille de la neige rouge.
- 2 avril. — Un brouillard indiquant l’existenee de bassins d’eau libre est visible à l’ouest.
- 10 avril. — Tué une mouette bourgmestre (Larus glaucus Brünn).
- 11 avril. — Traces d’ours près de la mer. Pendant l’hiver un de ces plantigrades rôda autour de
- l’Observatoire, mais on ne put réussir à le tuer. La glace s’ouvre jusqu’à l’Alkhorn (Pointe des Guillemots, promontoire situé à l’endroit N. de l’Isfjord).
- 14 avril. — Arrivée des bruants des neiges (Emberiza nivalis L.).
- Du 7 au 31 mai. — La glace reste immobile L’expédition attend avec impatience la débâcle.
- 2 juin. — Quatre oies sont signalées [Anser brachyrynchus Bâillon et Anser bernicla L.).
- 3 juin. — Saxifraga oppositifolia en fleurs. La première fleur du printemps !
- 5 juin. — L’état de la glace ne se modifie toujours pas.
- 7 juin. — Johnsen, un des matelots de l’expédition, tue un phoque, le premier abattu depuis l’automne.
- 19 juin. — Trouvé un nid de Tringa maritima Brünn contenant trois œufs. La glace s’ouvre près de l’île des Oies.
- 22 juin. — Trouvé des œufs de Procellaria glacialis. La glace se brise sur une large étendue.
- 26 juin. — Navire en vue1.
- 3 juillet. — Le lieutenant Stjernspetz se rend en canot à l’île des Oies dans l’espérance d’y trouver des œufs; mais un renard a élu domicile dans l’île et a tout dévoré. Le matelot Johnsen est laissé en sentinelle pour protéger les nids.
- 5 juillet. — Le lieutenant Stjernspetz va à l’Advent-Bay déposer dans un cairn un courrier qui doit être pris par les bateaux pêcheurs.
- 8 juillet. L’expédition reçoit enfin des nouvelles d’Europe.
- 20 juillet. — Johnsen rapporte de l’île des Oies 530 œufs pondus dans l’intervalle de seize jours.
- 27 juillet. — Arrivée d’un second courrier
- 9 août. — Rubus Chamœmoreus en fleurs.
- 10 août. — Arrivée de VUrd.
- 23 août. — Fin des observations à minuit.
- Le 25 août, à 6 heures du matin, VUrd levait l’ancre et le 28, à 4 heures 45 du soir, ancrait à Tromsô, sans avoir rencontré aucune glace.
- Dans quelques mois probablement les savants suédois publieront les résultats de leurs observations. Leurs travaux contribueront dans une large mesure à augmenter nos connaissances encore si imparfaites du climat du Spitzberg et sans nul doute cette riche moisson de documents, récompensera les explorateurs des rudes labeurs d’un séjour de treize mois sur cette terre polaire. Charles Rabot.
- 1 Chaque été, une cinquantaine de navires norvégiens vont pêcher la morue dans l’Isfjord. Cet été, l’un d’eux a capturé un morse dans cette baie, prise extraordinaire dans ces parages ; depuis vingt ans, ces animaux étant devenus très rares sur la baie occidentale du Spitzberg, à la suite de la chasse acharnée qui leur a été faite. Signalons encore parmi les faits intéressants, observés par les capitaines de ces bateaux, la chute d’une hirondelle à bord d’un navire, entre Beecen-Eiland et le Spitzberg.
- ——
- 1 Glaces flottantes.
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- LA NATURE.
- LE TRANSPORT DES GRANDES MASSES
- TRANSPORT d’üN CLOCHER.
- J’ai parlé dans un premier article1 du transport d’un clocher effectué en 1776 par un maçon qui ne savait ni lire ni écrire. Ce clocher se trouvait, et se trouve du reste encore, à Crescentino sur la rive gauche du Pô, entre Turin et Gazai. Voici le procès-verbal de l’opération :
- « L’an 1776, le deuxième jour de septembre, le Conseil ordinaire était convoqué..., comme il est notoire que, le 26 mai dernier, a été exécuté le transport du clocher de la hauteur de 7 trabucs (22m,50) et plus, de l’église dite la Madonna del Palazzo, avec le concours, en la présence et aux applaudissements d’une nombreuse population de cette ville et d’étrangers accourus pour être témoins du transport du clocher avec sa base et sa forme entière, au moyen des procédés de notre concitoyen Serra,
- Fig. 1. — Transport du clocher de Crescentino, en 1776.
- maître maçon, qui s’est chargé de transporter ledit clocher à une distance de 5 pieds liprando (3 mètres), et de le joindre ainsi à l’église en construction.
- « Pour effectuer ce transport, on a d’abord coupé et ouvert les quatre faces des murs en briques, à la base du clocher et à fleur de terre; on a introduit dans les trous, du nord au sud. c’est-à-dire dans la direction que devait recevoir l’édifice, deux grandes poutres auxquelles se trouvaient parallèlement hors du clocher et sur ses flancs, deux autres rangs de
- * Voy. n° 49) du 28 octobre 1882 p. 347.
- poutres, de la longueur et étendue nécessaires pour l’assiette, la marche et la pose du clocher à sa nouvelle place où on avait d’avance préparé des fondations en briques et chaux.
- « On a ensuite placé sur ce plan des rouleaux de trois pouces et demi de diamètre, et, sur ces mêmes rouleaux, on a mis un second rang de poutres de la longueur des premières. Dans les trous de l’est à l’ouest on plaça, en forme de croix, deux poutres moins longues.
- « Pour éviter l’oscillation du clocher, on le maintint par huit soliveaux, savoir : deux de chaque côté, lesquels étaient assemblés au bas sur chacune
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- LA NATURE.
- des quatre poutres, et dans le haut aux murs aux deux tiers de la hauteur du clocher.
- « Le plan sur lequel devait rouler l’édifice, avait une inclinaison d’un pouce. Le clocher fut tiré par trois câbles qui roulaient sur trois cabestans dont chacun était mu par dix hommes. En moins d’une heure, le transport fut opéré.
- « Il est à remarquer que, pendant ee transport, le fils du maçon Serra, placé dans le clocher, carillonna continuellement, les cloches n’ayant pas été déplacées.
- « Fait à Crescentino, l’an et jour ci-dessus. »
- Une note, communiquée à l’Académie des Sciences dans sa séance du 9 mai 1831, ajoutait que la hase du clocher avait 3 m,30 de côté, ce qui permet d’évaluer son poids à environ 150 tonnes.
- La figure 1 donne l’aspect général du clocher avec ses étais d’après un dessin publié, en 1844, par M. de Grégori qui avait été témoin de l’opération pendant son enfance et qui a essayé de compléter les renseignements donnés par le procès-verbal sans pouvoir rendre le procédé beaucoup plus clair.
- En 1854, M. Victor Place transporta par terre, de Ninive à Mossoul, les taureaux ailés qui se trouvent aujourd’hui au musée assyrien du Louvre ; chacun de ces colosses pèse 32 tonnes.
- Après les avoir soigneusement emballés dans des caisses pour les préserver des chocs, Place les coucha sur le flanc, en les renversant à l’aide de leviers contre une butte de terre inclinée qu’il déblaya ensuite de manière à ce que l’opération se fit sans
- Fig. 2. — Transport des taureaux ailés
- du Musée assyrien du Louvre, 1854.
- à coup. Il avait fait construire une énorme charrette avec des essieux de 0m,25 de diamètre et des roues pleines de 0m,80 d’épaisseur (fig. 2); on creusa sous le milieu de la caisse du taureau une tranchée qui aboutissait au sol naturel par une rampe; cette tranchée avait une largeur et une profondeur telles que la charrette pouvait s’engager sous la caisse, celle-ci étant soutenue à ses deux extrémités par les talus. On fit ensuite ébouler peu à peu lesdits talus et le taureau vint reposer sans secousses sur la charrette. On y attela 60U hommes et on la ramena avec son chargement au niveau de la plaine. Ces 600 hommes furent nécessaires presque sur tout le parcours qui s’effectua dans une plaine légèrement accidentée et où le terrain présentait peu de consistance.
- La route de Khorsabad à Mossoul est de 18 kilomètres environ, en tenant compte de tous les détours
- qu'on a été obligé de faire pour avoir une route un peu solide. Le premier taureau mit quatre jours pour parcourir cette distance; le second ne mit qu’un jour et demi, parce que le terrain avait acquis de la résistance par suite du premier voyage et que les conducteurs étaient devenus plus experts. Les 600 hommes dont pouvait disposer M. Place avaient du reste été employés depuis trois mois à préparer cette route, à la renforcer avee des pilots en certaines parties et à la paver, dans d’autres, avec des dalles tirées des ruines de Ninive.
- Dans un prochain article, j’indiquerai comment j’ai transporte, il y a quelques semaines, un magasin à munitions, en maçonnerie, du poids de 50 tonnes, à 35 mètres de distance, sans autre machine qu’un cabestan actionné par deux hommes.
- A. de Rochas.
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- LA NATURE.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Pays sud-slaves de VAustro-Hongric, parle vicomte Caïn de Saint-Aïmond. 1 carte. — Paris. E. Plon, Nourrit et C% 10, rue Garancière. Prix : 4 fr.
- Notions d’agriculture et d’horticulture, par J. A. Barral et H. Sagnier. Cours supérieur. 1 vol. in-8° avec gravures. — Paris, Hachette et Ca, 1883.
- Effets des variations de la pression extérieure sur l’organisme, par Adrien Guébhard. Thèse présentée au concours pour l’agrégation de Physique à la Faculté de Médecine de Paris. 1 brochure in-4°. — Paris, Gau-thier-Villars, 1883.
- Puissance et grossissement des appareils dioptriques. Conférence faite à la Sorbonne au laboratoire d’ophtalmologie de l’École pratique des hautes études par le Dr A. Guébhard. 1 broeh. in-8'. — Paris, G. Masson, éditeur, 1883.
- Nature sériés. The chemistry of the secondary batteries of Plante, ànd Faure, par J. H. Gladstone and Alfred Tribe, 1 vol. in-8°. — London, Macmillan and C°, 1883.
- CHRONIQUE
- Origine de la télégraphie. — M. le chevalier Frédéric Franchetti, ingénieur à Livourne, nous a transmis, dit M. Henri de Parville, un curieux passage des Dialogues de Galilée, qu’il est bon de signaler.
- Sagrado : Vous me faites souvenir d’un homme qui voulait me vendre un secret pour pouvoir parler, au inoven de certaine sympathie des barres aimantées, à quelqu’un qui aurait été éloigné d’une distance de deux ou trois mille milles. Comme je lui dis que je l’achèterais volontiers, mais que je voulais voir l’expérience et qu’il me suffirait de la faire, moi étant dans une de mes chambres et lui dans une autre, il me répondit qu’à une aussi petite distance on ne pouvait bien voir l’opération ; alors je le congédiai en disant que je n’avais pas envie pour l’instant d’aller au Caire ou dans la Moscovie pour voir son expérience, que si cependant il y voulait aller lui-même, je ferais l’autre partie en restant à Venise.
- Ceci est extrait des Dialogues de Galileo 'Galilei sur le système de Ptolémée et le système de Copernic. Edition de Livourne, 1874, Francisco Tigo. Première journée, page 77. D’après ce passage des Dialogues et d’après les documents qui ont été précédemment publiés, il semble acquis que, vers l’année 1625 environ, il s’était répandu le bruit dans différents pays d’Europe que l’on pouvait correspondre à distance, par le moyent d’aimants. 11 ne s’agit sans doute que d’une simple conception mise en avant par quelque savant d’imagination. Il s’en trouve à toutes les époques.
- Les taches solaires. — D’après les observations récentes, exécutées par un de nos correspondants M. L. Papon, avec un grossissement de 150 diamètres, les taches solaires ont subi récemment une recrudescence qui s’est continuée jusqu’ici. La première phase de cette recrudescence a commencé au mois d’avril de cette année, les mois de février et de mars n’ayant pas été remarquables sous le rapport du nombre des taches. Par une singulière fluc-
- tuation , l’acti vite solaire s’est ralentie étonnamment en mai ; « a la fin de ce mois j’ai compté, nous écrit notre correspondant, quatre jours d’absence de taches. Ce n’était là qu’un minimum passager car, dès le commencement de juin, le nombre des taches a augmenté, puis diminué et enfin, en juillet, il a surpassé le maximum de juin. Cette recrudescence, loin de suivre une marche régulière, a présenté les plus étranges fluctuations; le nombre des groupes ayant varié pendant le mois de juillet de 1 à 10. Le 22 et le 25 juillet surtout, l’aspect du soleil était remarquable au point de vue du nombre des taches; le 22 on pouvait compter dix groupes de taches ou de simples trous. En août et dans la première quinzaine de septembre, cette recrudescence quoique un peu tombée, s’est maintenue dans une ligne moyenne. »
- Filtration des précipités très ténus. — On sait que certains précipités, tels que le soufre en émulsion, traversent les filtres de papier. M. Lecoq de Boisbaudran emploie souvent un procédé qui obvie, dans bien des cas, à cet inconvénient, et qui, à sa connaissance, n’a pas encore été indiqué. Du papier à filtres est bouilli avec de l’eau régale, jusqu’à ce que la masse se soit fluidifiée ; on verse alors dans une grande quantité d’eau et on lave par décantation, ou autrement, le précipité blanc qui s’est formé. Pour donner à un filtre une contexture très serrée, on le remplit de cette matière, préalablement délayée dans l’eau, de façon à former une bouillie très claire, et on laisse le tout s’égoutter. Le papier se recouvre ainsi d’une couche qui en obstrue les pores. On peut, en outre, mêler au liquide à filtrer, un peu de la même matière en pâte. (Comptes rendus de l’Académie des Sciences.)
- Curieux phénomène électrique. — Dans ses propriétés de Espelny, le comte de Las a une locomotive qui fait fonctionner une machine à battre, par le moyen d’une courroie de quelques mètres de longueur. Il était près de la courroie et tenait ouvert un parasol pour se préserver des rayons du soleil ; ce parasol a un manche en bois, et la charpente ou armature est formée de baguettes de fer. Il lui arriva de toucher, par hasard, une de ces baguettes, et aussitôt il sentit sur la main une étincelle électrique, bien sensible. Le jour suivant, je répétai l’expérience : j’obtins des étincelles à deux centimètres de distance, très fréquentes, formant un courant presque continuel, dont l’intensité croissait avec la rapidité du mouvement; dans la machine, quand la rapidité était grande, on entendait un pétillement de fortes étincelles, qui se lançaient de la courroie à'la chaudière, quoique nous ne pussions les voir, étant empêchés par la lumière du jour au milieu d’un champ. Comment expliquer le phénomène? Pourrait-on l’attribuer au développement de l’électricité obtenue par l’évaporation, qui fut la base de la machine électrique d’Armstrong? Non, parce que la chaudière de cette machine d’Armstrong jdoit se monter sur de grosses colonnes isolées ; ici, au contraire, la locomotive, par ses roues en fer, communiquait directement avec le sol qui, certainement très mouillé, augmentait sa conductibilité. L’explication qui me paraît acceptable est la suivante. La courroie n’était pas suffisamment tendue, et pour augmenter son adhérence à la superficie du volant et de la poulie, on les saupoudrait fortement avec de la colophane. Mais, malgré tout, l’adhérence n’était pas parfaite, il v avait frottement entre la courroie et le volant ; dans ce frottement de rotation, de même que ce qui arrive dans l’électrophore, les deux fluides se séparent. L’armature
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- métallique du parasol fonctionnait comme un condensateur, et comme la courroie a 19 mètres de longueur et 20 centimètres de largeur, elle présente une superficie de 2 mètres carrés, sur laquelle peut s’accumuler une grande quantité de fluide libre. Je n’avais pas là les moyens de vérifier l’espèce d’électricité, mais je crois pouvoir affirmer qu’elle est résineuse1. J.-M. Folache.
- CORRESPONDANCE
- phosphorescence du bois pourri.
- Saint-Chaptes, le 28 septembre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai l’honneur de vous communiquer un fait se rattachant à la phosphorescence des végétaux. On avait dans la journée, et sous la remise d’un grand propriétaire du département du Gard, fendu et dépecé des troncs pourris de mûrier et de saule.
- Le hasard m’ayant conduit dans cette remise à une heure avancée d’une soirée humide et pluvieuse, je fus émerveillé par le magnifique spectacle qui se déroulait à mes pieds, sous mes yeux. Le sol était parsemé de petits cylindres étincelants dont la lueur rappelait les reflets du mercure et du nickel. Pas de bleu comme dans l’éclair des lucioles ; une flamme métallique, miroitante à éclat d’acier. J’allumai une bougie et les lueurs disparurent.
- Le sol était jonché d’esquilles et de copeaux phosphorescents. Je ramassai avec précaution deux éclats de mûrier et de saule et je les soumis dès le lendemain à l’examen microscopique. Les raclures de la surface de ces fragments de bois blanc pourri présentaient sur le porte-objet des points blanchâtres, groupés en ovale, qui devaient correspondre aux spores d’un certain cryptogame ou aux mycéliums d’un agaric.
- Le fait n’est pas nouveau, mais il démontre une fois de plus qu’il faut rattacher à une végétation cryptogamique la phosphorescence des bois vieux, moisis et vermoulus.
- Agréez, etc. Levât.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er octobre 1883. — Présidence de M Blanchard.
- Destruction des cadavres. — Revenant sur un sujet dont nos lecteurs ont été entretenus, M. Aimé, Girard rappelle qu’il y a deux ans déjà, il a signalé la destruction absolue des cadavres d’animaux par leur immersion dans l’acide sulfurique convenablement concentré. L’intérêt principal de cette manipulation est de convertir en un engrais utile des substances éminemment dangereuses comme la dépouille des bêtes mortes de maladies contagieuses et tout spécialement du charbon.
- « Le procédé, fait remarquer M. Bertrand, me parait surtout de nature à être exploité par les criminels ».
- « 11 est vrai, répond textuellement M. Bouley : un fœtus placé dans le liquide corrosif disparaîtra en quelques heures sans laisser de traces ; mais que voulez-vous ? la science fait quelquefois de ces coups-là. Espérons qu’elle saura aussi donner les moyens de démasquer les assassins. »
- Les soulèvements lents du sol. — A propos d’un ouvrage que nous n’avons pas encore eu l’occasion de lire et
- 1 Bulletin de la Société scientifique d'Argentan,
- que M. lssel, professeur à Gènes, vient de publier, M. Faye présente sur la physique terrestre des considérations très intéressantes. Strictement cantonné dans le domaine de la géodésie, M. Faye arrive à cette conclusion, contraire paraît-il à celle du savant italien, que rien ne conduit à renoncer à l’hypothèse de la fluidité interne du globe. Celle-ci, adoptée par la majorité des géologues, a aussi d’après M. Faye, de quoi satisfaire à toutes les exigences des géodégistes. Nous regrettons de ne pouvoir suivre l’auteur dans sa savante dissertation qui sera lue avec le plus vif intérêt.
- Statistique des tremblements de terre. •— C’est comme membre de la Commission chargée d’examiner le travail présenté récemment par M. Delauney, que M. Daubrêe déclare que dans son opinion les statistiques des tremblements de terre quelque bien faites qu’on les suppose sont beaucoup trop incomplètes pour quelles puissent conduire à une prédiction quelconque. L’Europe toute entière ne représente que les 17/1000° de la surface de la terre. La plus grande partie des continents ne peut être observée directement et on ne saurait mettre en doute que le fond des mers représentant les 3/4 de la superficie du globe, ne soit agité de trépidations qui toutes nous échappent.
- Toxicologie. — MM. Grehant et Quincand dosent le chloroforme dans le sang d’un animal insensibilisé en soumettant le liquide à la distillation dans le vide. M. Bouley insiste sur le premier des résultats obtenus.
- Constitution du soleil. — La théorie solaire de M. Faye paraît à M. Thollon susceptible de critique. L’auteur insiste sur la lenteur que M. Faye attribue à la gyration dans les taches de la photosphère et cherche à établir entre elles et les cyclones terrestres, une espèce de proportionnalité.
- Bolide. — Dans la soirée du 23 septembre, vers 10h,40m, M. Dubus a observé un bolide d’un vert pâle qui se dirigeant sensiblement du sud au nord, a passé à 6° au-dessus d’Altaïr. Il laissait échapper une traînée d’étincelles rougeâtres et fit une explosion silencieuse à la suite de laquelle il se résolut en fragments rougeâtres qui disparurent au bout d’une seconde.
- Varia. — M. de Gasparin adresse de Naples un Mémoire sur les perturbations des corps célestes. — La séparation du gallium d’avec les acides tantalique et niobique occupe M. Lecoq de Boisbaudrant. — De nouveaux détails sur les expériences deM. Marcel Deprez faites à Grenoble pour transmettre l’énergie à distance au moyen de l’électricité, sont transmis par M. le capitaine Boulanger. — M. Sappey appuie sa candidature à la place d’académicien vacante dans la section de médecine, en lisant une note sur le cancer encéphalique.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- Nous avons donné, dans nos précédents volumes, la manière de transformer une bouteille en une ! machine pneumatique qui aspire un œuf dur dé-
- 1 Voy. n° 557 du 15 septembre 1883, p. 255.
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- LA NATURE.
- pouillé de sa coquille1. Notre physique sans appareils manquait d’expériences sur la compression des gaz. Un de nos savants collaborateurs, M. Georges Sire, docteur ès sciences, a comblé cette lacune en nous faisant connaître la curieuse expérience suivante.
- Elle consiste à souffler une bougie, par l’air comprimé dans une bouteille à l’aide de la bouche.
- On prend une bouteille ordinaire dont le col a environ 2 centimètres de diamètre intérieur. Tenant le fond de cette bouteille dans la main droite, on appuie la paume de la main gauche, ou plus exactement la partie charnue À (fig. 1) située à la base du pouce de la main gauche, sur le goulot,
- Manière d’éteindre une bougie par
- Fig. 1. — Position des mains avant de comprimer l’air avec la bouche.
- fermer la bouteille en appliquant fortement la partie charnue dont nous a'vons parlé sur tout le pourtour du goulot. Par ce mouvement du poignet, la bouche est légèrement poussée de côté, car dans toute cette manœuvre elle ne doit pas cesser d’agir tant que la fermeture de la bouteille n’est pas complète.
- En cet état, on place la bouteille dans une position inclinée, le fond en haut, toujours tenu par la main droite, et le goulot en bas ; on approche celui-ci d’une bougie allumée, à 3 centimètres environ, de la flamme. — C’est à ce moment que l’on doit déboucher en partie le goulot, par un mouvement brusque du poignet gauche, inverse de celui qui a
- de façon à le boucher presque en entier. Il faut avoir soin de ne laisser qu’un petit intervalle non bouché sur le côté. Cela fait, on applique la bouche sur cette étroite ouverture de manière à la couvrir complètement, et on fait un effort pulmonaire pour comprimer l’air dans la bouteille. Cet effort peut être graduel l.
- Dans ces conditions, il est évident que par suite de la communication qui existe entre l’intérieur de la bouteille et les poumons, un équilibre de pression ne tarde pas à s’établir : 3 à 4 secondes suffisent largement. A ce moment, par un mouvement de rotation rapide du poignet gauche, on achève de
- l’air comprimé dans une bouteille.
- Fig. 2. — Manière de tenir la bouteille pour souffler la bougie.
- produit la fermeture, et de façon à laisser échapper l’air comprimé par une ouverture sensiblement égale à celle qui a servi pour l’insufflation (fig. 2).
- Il est important de placer l’orifice du goulot à une hauteur de la flamme telle, que le jet d’air qui s’échappe de la bouteille, soit dirigé obliquement, de haut en bas, et vise la mèche de la bougie.
- Lorsque ces conditions sont réalisées, l’extinction de la flamme ne manque jamais. Cette expérience est intéressante et frappe vivement les personnes qui la voient pour la première fois. G. T.
- 1 11 doit être aussi énergique que possible.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. n° 355 du 20 mars 1880, p. 252.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 541.
- 13 OCTOBRE 1883..
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- LES
- KALMOUKS AU JARDIN D’ACCLIMATATION
- Parmi les peuples divers qui nous ont été présentés au Jardin du Bois de Boulogne, il en est peu qui aient des caractères anthropologiques aussi tranchés, aussi déterminés, aussi nets que ces nomades originaires du centre de l’Asie. Ces Kalmouks ou,-comme ils disent eux-mêmes, « Kalmuks» sont des Mongols dont le type est d’une grande pureté et l’unité ethnique tout à fait complète.
- De taille élevée sans être trop au-dessus de la moyenne, les hommes ont une apparence athlétique qui vient sans contredit de la rude existence et de la rigoureuse éducation infantile qui sont propres audimat et aux mœurs de ces Asiatiques. Les femmes, assez petites en général, y sont de même fortement constituées : l’une d’elles, par exemple, arrivée à Paris dans un état de grossesse avancée, n’en galopait pas moins à bride abattue la veille de ses couches qui se sont opérées avec une aisance extraordinaire; le lendemain de l’événement, la Kal-mouke reprenait ses occupations habituelles et l’en-
- fant, une petite fille, se porte aujourd’hui à ravir. Suivant l’usage, la mère ne lui a pas donné le sein avant que quelques jours se fussent écoulés, et durant celte période d’attente, il n’a eu à sucer qu’un ! gros morceau de graisse qu’on lui a oflert, aussitôt I après sa naissance. Quant aux autres enfants, on leur a mis des chemises rouges de paysans russes, pour sauvegarder notre pudeur occidentale, mais dans leur pays tout ce petit monde se roule tout nu dans la boue et dans la poussière, s’enveloppant seulement l’hiver dans quelque haillon de feutre. On conçoit facilement que dans des conditions semblables, et sous le ciel inclément des steppes de H* aimée. — 2« semestre.
- Russie et de Mongolie, les individus chétifs et mal venus périssent rapidement, et qu’il se produise ainsi une sélection naturelle toute à l’avantage de la vigueur et de la santé de la race.
- Les traits du visage sont bien ceux que nous sommes accoutumés à considérer comme mongoliques : pommettes extrêmement accentuées, yeux noirs et bridés, nez court et légèrement épaté, bouche grande, barbe rare n’apparaissant d’ailleurs guère que sous la forme de moustache aux poils rudes et noirs comme la chevelure, enfin teint jaunâtre, plus ou moins hâlé selon le rang que l’individu occupe dans la société. Le crâne est volumineux et remarquable-
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- LA NATURE
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- nient brachycéphale avec le vertex très pen élevé. Nous ne savons si les rapports religieux que les Mongols entretiennent avec le Tibet ont pu introduire chez eux un élément étranger, mais ce que nous pouvons affirmer c’est que le petit groupe ethnique qui s’est offert à notre examen, présente une homogénéité de race surprenante et que nous avons tout lieu de les tenir pour des Mongols vrais, aussi vrais que ceux qui erraient aux alentours du lac Baïkal et à l’est des Monts-Altaï bien avant que Temoudjine ne les eut entraînés à la conquête de plus de la moitié de l’Europe et de l’Asie entière.
- La petite caravane kalmouke en ce moment à Paris, se compose de neuf hommes et de huit femmes. Parmi les hommes se trouvent deux prêtres ou Gel-longs bien reconnaissables à leur costume aux couleurs éclatantes et à l’autorité qu’ils exercent sur le reste de la troupe. Ces pasteurs ont amené avec eux di>-liuit chameaux velus, de la variété asiatique à deux bosses, quinze juments la plupart suitées de leurs poulains et dix moutons de la race des steppes de l’Asie centrale, c’est-à-dire à la queue énorme et pleine de graisse et à la laine rude et sèche. Les juments ne payent guère de mine, elles sont presque toutes de petite taille, efflanquées et tristes en apparence au repos; mais les connaisseurs apprécient hautement latinesse de leurs membres admirablement proportionnés, la légèreté de leurs mouvements, l’élégance de leur allure et leur sûreté de pied. 11 faut les voir galoper sur la pelouse emportant avec grâce un jeune homme ou une jeune fille montée à califourchon, poursuivant les autres animaux pour les réunir en troupeau ou les faire rentrera l’écurie.
- Les juments fournissent à l’alimentation des Kal-mouks un élément important, nous voulons parler de leur lait qui est prisé grandement par tous les no -madesde l’Asie centrale; ceux-ci le boivent soit pur soit sous la forme de koumis, qui est une sorte d’eau-de-vie produite par la fermentation de ce lait. Le mets'national par excellence est une bouillie assez claire de farine d’orge ou de froment que les Kal-mouks se procurent chez leurs voisins adonnés aux travaux agricoles. On y ajoute aux grands jours des morceaux de viande bouillie dans l’eau sans sel ni autre assaisonnement. Au moment de le manger, on se contente de tremper chaque bouchée dans de l’eau salée. La chair des animaux domestiques figure naturellement dans ces repas de fête, celle de cheval ainsi que celle de bœuf sont les plus goûtées ; le mouton est moins estimé. Quant au gibier, il est réservé aux nobles et aux gens riches qui ont le loisir de le chasser. Les pauvres ne consomment d’ailleurs de viande que lorsque les grands de la tribu font des réjouissances ou donnent des banquets funéraires ou bien lorsqu’un animal est mort de maladie et qu’on n’en veut pas laisser perdre la chair.
- Les Kalmouks font un usage quotidien et abondant de thé. Mais, la feuille chinoise n’est point pour eux apprêtée de la façon aimée des habitants du Céleste-Empire et des Européens : le thé leur est
- fourni en niasses épaisses, comprimées, solides, en briques, comme on dit, où feuilles et tiges sont grossièrement mêlées. On coupe un morceau de ces briques, on le jette dans la marmite pleine d’eau, et on fait bouillir le tout avec une mixture de sel, de lait et de beurre, ce qui donne une boisson désagréable pour nos palais plus délicats. Aussi bien, le thé comme toute la cuisine kalmouke est-il préparé d’une manière dégoûtante : jamais les chaudrons, les jattes et les autres ustensiles de ménage ne sont lavés ni nettoyés; de temps à autre, quand un plat a contenu une préparation particulièrement succulente il est soigneusement léché par les convives ; à cela se bornent les soins domestiques pour la vaisselle, et, comme la viande n’est pas apprêtée avec plus de propreté, il n’est pas rare de trouver dans le thé ou dans le potage des poils, des herbes à demi digérées et autres saletés de même origine.
- La même négligence dans les soins domestiques se remarque à l’intérieur des habitations où règne un désordre qui n’est pas assurément ni beau ni un effet de l’art. Le Kalmouk nomade, — nous faisons une exception pour certains nobles, — aussitôt sa yourte dressée y place au hasard son mobilier ; tant qu'il demeure an même lieu il range et dérange suivant sa fantaisie ou ses besoins les objets qui sont là sous sa main ; et on se figure aisément quel tohu-bohu existe dans ces habitations : les ustensiles de cuisine et la vaisselle se mêle aux selles et aux brides, les coffres entassés dans un coin contiennent un pêle-mêle capricieux d’objets de toute espèce, les tapis et les couvertures de feutre sont roulés ou étendus sans symétrie aucune, enfin au centre, dans un trou bordé de pierres, brûle un feu dont le combustible fait d’excréments d’animaux empeste et enfume la tente où s’entassent la nuit tous les membres, d'une famille y compris souvent les jeunes animaux que l’on veut soustraire aux températures excessives de l’hiver des steppes. 11 -est aisé de s’imaginer la puanteur qui se dégage de cette hétéroclite agglo- • mération, où pullule une vermine que la ferveur bouddhique des Kalmouks ne leur permet point d’exterminer.
- Les habitations qui portent le nom de yourtes sont des tentes de feutre gris-blanc de forme circulaire et dont la couverturo est en forme de dôme surbaissé. La façon ingénieuse dont elles sont construites permet de les déplacer très aisément. Les parois consistent en châssis de lattes de bois formant un treillage maintenu par des lanières de cuir; ces châssis qui peuvent s’étendre et se refermer comme des ciseaux sont très faciles à transporter et quand on veut dresser la tente on les dispose en cercle, ouvert cependant sur un point pour former la porte ; au-dessus des châssis, on dispose de longues perches légèrement recourbées qui constituent la toiture soutenue par un pilier central; enfin on revêt le tout à l’extérieur de couvertures de feutre rattachées entre elles et à la carcasse de bois, par des liens en
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- laine de chameau. Ces habitations ont de 4 à 7 mètres de diamètre et plus de 3 mètres de hauteur au milieu. Au sommet du toit on laisse une ouverture pour servir d’issue à la fumée et la porte n’est fermée que par une lourde tenture de feutre.
- Le costume des Kalmouks installés au Jardin d’AccIimatation, a subi quelque peu l’influence des Russes. C’est ainsi qu’ils portent de longues tuniques serrées à la taille et d’une coupe militaire assez différente de celle de l’espèce de blouse qui est propre aux Kalmouks orientaux Les pantalons appelés chalbour sont communs à tous ces peuples ainsi que l’ample robe de chambre ou labchik dont les riches s’enveloppent et qui est souvent en velours, en satin ou en taffetas. La coiffure consiste en un bonnet carré garni de fourrures, orné parfois d’un gland énorme, ou bien en une toque hémisphérique légèrement pointue et faite d’étoffe bariolée ou de morceaux de diverses couleurs. En hiver, chacun porte une lourde pelisse de peau de mouton, et en guise de waterproof, on met soit une houppelande de feutre soit un manteau de peau de cheval auquel on a laissé la crinière qui forme ainsi un étrange ornement sur le dos du propriétaire de ce vêtement barbare. Les Kalmouks chaussent de fortes bottes aux talons élevés, en cuir de cheval ou de bœufs pour les gens du commun, en maroquin ou en chagrin pour les riches et les personnages de distinction. A la ceinture garnie de têtes de clou d’acier ou d’argent, pendent par des chaînettes de métal un couteau dans sa gaine et les pièces d’un briquet.
- Bottées et culottées comme les hommes, les femmes portent au moins une chemise, ce qui est rare chez leurs époux. Par-dessus le tout, elles endossent de longs peignoirs boutonnés du haut en bas, qui sont en soie ou en velours pour les dames riches, en cotonnades ou en lainages de couleurs vives pour les femmes du peuple. Leurs noirs cheveux sont tressés soit en deux grosses nattes entrelacées de rubans, soit en une foule de petites ornées de grains de corail et de verroteries. Le bonnet est carré dans sa partie supérieure et retroussé d’un côté dans sa partie inférieure.
- La Kalmouke, plus heureuse que beaucoup d’autres femmes asiatiques, jouit d’une grande liberté : elle n’est pas contrainte de se voiler le visage, elle vaque en toute indépendance aux soins du ménage et de la laiterie, tandis que l’homme s’est réserve la garde et la direction des troupeaux, besogne agréable et facile pendant l’été, mais extrêmement pénible et dangereuse même, au cœur des hivers terribles de la Mongolie ou des bords de la Caspienne. La polygamie existe chez ces peuples, mais elle est pratiquement peu répandue et réservée en quelque sorte aux princes et aux nobles. En fait d’ailleurs, les Kalmouks du Volga, voisins des Russes, n’ont généralement qu’une femme.
- Quelques mots à présent sur leur condition intellectuelle et morale. Comme tous les Mongols, les
- Kalmouks sont bouddhistes et sectateurs du Dalaï-Lama de HIassa au Tibet. Toutefois, leur conversion aux doctrines de Sakyamouni est relativement assez récente, car elle ne remonte guère qu a la deuxième moitié de notre seizième siècle. Aùparavant ils se contentaient de l’adoration du Ciel,. Tengri, et des divers esprits qui dirigent les phénomènes de la nature, ils étaient donc tout simplement chamanistes et avaient la plus grande foi dans les talismans et dans les pratiques de la sorcellerie. Au fond, ils n’ont guère changé et malgré l’influence considérable du bouddhisme, qui en si peu de temps a profondément adouci leurs mœurs au point de faire cesser à plusieurs reprises des guerres sanglantes et acharnées, les Kalmouks continuent à croire aux sorts et à la magie et s’adressent à ce point de vue avec une confiance parfaite à leurs prêtres boud-'dhistes.
- Deux de ceux-ci accompagnent la petite caravane et semblent en être les chefs et les maîtres, tant on leur marque de respect et de soumission. Rien ne se fait du reste sans leur consentement, en dehors de leur intervention sacrée. Revêtus de longues robes de soie jaune chez l’un d’eux, le supérieur, rouge chez l’autre, qui est une sorte de diacre; coiffés de tiares en forme de casque et également jaunes, conformément au rit tibétain, car le jaune est la couleur du lamaïsme réformé au quinzième siècle et qui a triomphé sur l’ancien lamaïsme rouge dans toute l’Asie centrale, ces deux prêtres ne sont pas une des moindres attractions de l’exhibition ethnographique actuelle.
- Rien n’est plus remarquable en effet que la dignité et la distinction réelle avec lesquelles ces deux personnages se meuvent à côté de leurs compagnons actifs et remuants. 11 faut les voir égréner noblement leurs rosaires, tourner avec une simplicité calme et hautaine leur petit moulin à prière : car, ils ont apporté avec eux cet instrument typique du bouddhisme tibétain. Qu’on s’imagine une sorte de boîte dorée en forme de cône tronqué, ornée de caractères tibétains; dans l’intérieur, autour d’une tige dont l’extrémité sort du couvercle de la boîte, sont enroulées des feuilles de papier sur lesquelles les prières les plus saintes ont été écrites, et chaque fois que ces prières ont été déroulées et enroulées, on a acquis autant de mérite que si on les avait prononcées.
- Sur eux soigneusement enveloppés dans de la soie, les deux Gellongs portent des reliquaires contenant chacun l’image d’un des grands saints du bouddhisme. Dans leur tente, reposent diverses statuettes également sacrées en compagnie de livres pieux en tibétain et en mongol. A leur ceinture est suspendue une petite bouteille de bronze ciselée, de fabrication tibétaine, où est conservée l’eau bénite dont les bouddhistes usent aussi bien que les chrétiens. Enfin, ce qui donne un caractère aussi étrange que fantastique aux scènes de la vie nomade que nous représentent les Kalmouks sur la pelouse du
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- Jardin d’Àcclimatation, c’est la cérémonie en quelque sorte sacrée qui les termine. Les deux prêtres se placent debout et face à face; on leur remet respectueusement deux gros coquillages, venus par une singulière destinée des bords de l’Océan Indien au Tibet, et du Tibet sur les bords de la Volga et dont on a fait des trompettes dans lesquelles les deux Gellongs soufflent une mélopée dont la monotomie ne laisse pas d’avoir un caractère bizarre et mélancolique ; puis enflant le son avec une intensité étonnante, ils cessent tout à coup et donnent ainsi le signal de la retraite et du repos.
- Girard de Rialle.
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- YÉIIICULE A TRACTION NORMALE
- La Compagnie des chemins de fer de l'Est a récemment fait l’essai d’un nouveau véhicule destiné au service du camionnage. Le système dont il s’agit est de l’invention de M. l’ingénieur G. Pugli, et il peut s’appliquer aux omnibus ainsi qu’aux chemins de fer à voie étroite et à petites courbes. }
- Le système Pugh repose sur les considérations suivantes :
- Dans un véhicu.e quelconque, devant fonctionner en ligne courbe, pour que le développement des roues s’effectue convenablement , il faut : que le plan de chaque loue passe à chaque instant par la tangente à l’arc de cercle mené au point où cette roue le touche, il faut donc que l’essieu de cette roue soit dirigé perpendiculairement à la voie ; il en résulte que les deux essieux d’un même véhicule ne doivent pas rester parallèles lorsque le véhicule s’engage dans une voie en courbe. Ils doivent être dirigés suivant deux rayons de cette courbe et par conséquent ils doivent converger vers le centre de cet arc de cercle.
- Le véhicule se compose de deux trains mobiles autour de leur cheville ouvrière, dont les essieux sont reliés à l’aide de deux tiges a, b, disposées en croix. Cette liaison a pour but de rendre les essieux et par suite les trains solidaires l’un de l'autre. Le mode d’attache de ces tiges, ou bielles de commande, présente un point intéressant qu’il est utile de décrire. Chaque bielle étant articulée respectivement aux points c, d, se termine à l’autre extrémité par une coulisse dans laquelle s'engage libre-
- ment une cheville fixée sur l’essieu d’arrière. Cette disposition permet anx chevilles de glisser dans leur coulisse, de la quantité convenable, pour compenser la différence de longueur qui se produit dans l’écartement des points d’attache, lorsque le véhicule est en voie courbe ou change de direction et que les essieux sont plus ou moins convergents. Dans le but de faciliter le démarrage, toujours pénible, M. Pugh a imaginé le dispositif suivant : le timon au lieu d’être fixe comme dans les véhicules ordinaires, s’articule et commande un système d’engrenages calculés de telle sorte que l’avant-train, tourne dans le plan horizontal, à une vitesse plus petite que le timon, soit 1/8 de tour du train-avant, correspondant à 1/4 de tour du timon et par suite ce qu’il perd en vitesse sur Je train il le gagne en force sur le timon.
- Les principaux avantages de ce système sont les suivants :
- 1° La traction est toujours normale au cercle de
- courbure, dès lors plus de danger d’accrocher aux tournants comme cela peut arriver avec les véhicules ordinaires ;
- 2° La puissance du timon se trouve doublée;
- 3° Le mouvement de recul, toujours difficile, se fait aussi normalement que celui d’avance. U y a donc nne sécurité absolue dans le fonctionnement de l’appareil;
- 4° La traction suivant exactement le chemin parcouru par les chevaux, le véhicule peut tourner brusquement dans un espace excessivement réduit, sans le moindre glissement oblique, par suite sans efforts perdus ;
- Ù° Les mouvement de lacets occasionnés par le manque de solidarité des essieux, sont totalement supprimés, ce qui se traduit plus grande régularité dans le tirage. On sait que ces mouvements de lacet, surtout par les vitesses un peu considérables, contribuent beaucoup à l’usure du matériel.
- On voit par les quelques détails qui précèdent, que le nouveau véhicule articulé mérite d’attirer l’attention des personnes compétentes. Si de nouvelles expériences sont faités à ce sujet par la Compagnie du chemin de fer de l’Est, nous en entretiendrons nos lecteurs. Nous avons tenu à signaler dès à présent, unappaieil nouveau et très ingénieux.
- Nouveau véhicule articulé.
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- LES FOURMIS AMÉRICAINES
- LA FOURMI A MIEL.
- M. Henry Max Cook, pasteur de l’église presbytérienne de Philadelphie, se livre depuis plusieurs
- années à l’étude approfondie des fourmis de l’Amérique et, grâce à l’intelligente bienveillance de ses paroissiens qui lui accordent des vacances suffisantes pour lui permettre de suivre ses études favorites, il apporte chaque année un nouveau contingent d’observations sur les mœurs de ces merveilleux
- insectes. Ses recherches l’ont récemment conduit à la publication de deux ouvrages importants : \
- The natural hislory of the agricultu-ral ants of Texas *, qu’il a gracieusement dédié à ses ouailles, et The honey ants and the occident ants*. — C’est de ces ouvrages que nous tirons les faits si intéressants dont nous donnons ici le résumé.
- On sait que les fourmis, bien qu’étant des insectes carnivores, se nourrissent aussi de la matière sucrée que rendent les pucerons, mais on a longtemps ignoré que certaines espèces eussent l’habitude de collecter du miel et d’en amasser des provisions.
- Les fourmis mellifères, décrites par M. Max Cook, appartiennent au genre Myr-mecocystus et vivent sur les plateaux du Mexique, du Texas et du sud des États-Unis. Le premier indice de leurs mœurs a été fourni en 1832 par un auteur
- 1 Philadelphie, 1819 (Académie de Philadelphie).
- - Philadelphie et Londres, 1882, J. B. Sippincott et C*.
- | mexicain, P. de Llave ; mais malgré quelques observations que les voyageurs ont ajoutées à sa notice, c’est M. Mc Cook qui, le premier, a fait connaître le genre de vie de ces insectes d’une manière véridique et suffisamment complète.
- Les fourmis mellifères élèvent, toujours sur des éminences du terrain, des fourmilières en forme de tertres, composées de très petits graviers, et percées au sommet d’une entrée verticale. Le canal ne pénètre qu’à quelques pouces de profondeur et s’abouche avec une galerie horizontale qui se ramifie de plusieurs manières en se prolongeant sur une étendue de 6 ou 7 pieds, généralement dans une seule direction et qui conduit à diverses chambres. Les fourmilières renferment, outre la reine, les femelles vierges et les ouvrières grandes et petites, ainsi qu’une catégorie d’individus dont les fonctions semblent se borner à servir de réservoirs à miel, sortes d’outrés dans lesquelles s’emmagasine la provision alimentaire qui doit servir à la coin-
- Fig. 2. — Fourmi à miel avec son abdomen rempli de miel. (Très grossi.)
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- munauté. La reine occupe la dernière chambre à l'extrémité de la grande galerie. Elle est toujours entourée d’une quinzaine d’ouvrières qui lui servent de gardes du corps, qui la brossent, la nourrissent, l’assistent dans le travail de la ponte et semblent aussi la garder prisonnière.
- Les autres chambres, qu’on rencontre sur le parcours des galeries, ont leurs plafonds sculptés de façon à y laisser subsister des rugosités qui permettent aux fourmis de s’y cramponner et de se suspendre. Ces plafonds sont garnis d’individus auxquels on peut donner le nom de fourmis-réservoirs, car leurs fonctions, absolument passives, paraissent en effet se borner à servir d’amphores (fig. 1),
- Chez ces individus l’abdomen se remplit de miel au point de s’enfler en une boule énorme, qui atteint la grosseur d’un pois, et qui est tout à fait disproportionnée avec la taille de l’insecte (fig. 2). La quantité de miel qu’il renferme équivaut en effet à 8 fois le poids de l’insecte. Aussi ces fourmis sont-elles incapables de marcher, et se trouvant condamnées à une immobilité forcée, il ne leur reste d’autre ressource pour ne pas gêner la circulation, que de se suspendre aux plafonds des chambres. Toutefois, si ces fourmis-réservoirs sont incapables de se promener à terre, elles peuvent cependant se déplacer dans une certaine mesure au plafond en progressant de droite à gauche par petits mouvements successifs, mais si l’une d’elles vient à se laisser choir, elle sera incapable de se suspendre à nouveau; l’accident sera fatal et le cas désespéré; la malheureuse sera condamnée à rester gisante à tout jamais dans la position invariable qui résultera de sa chute, reposant sur son outre, le corps et la tête en l’air, agitant ses pattes dans le vide et elle finira, au bout de quelques semaines, par périr dans cette position.
- Chose vraiment curieuse et qui semble mettre la nature en défaut, les ouvrières ne savent pas secourir les fourmis-réservoirs en détresse et semblent même faire preuve à leur égard de la plus parfaite indifférence. Leur incurie va même si loin à l’endroit des rotondes, qu’en cas de bouleversement du nid elles les laissent gisantes çà et là, à moitié enterrées, sans en prendre le moindre souci. Elles paraissent uniquement préoccupées du soin de rétablir les galeries et elles achèvent souvent d’enterrer les infortunées en rejetant de droite et de gauche les déblais dont elles veulent se débarrasser. Il semblerait cependant que si elles n’éprouvent aucune affection pour leurs congénères vouées aux fonctions ingrates de servir de réservoirs, elles devraient au moins les soigner par motif d’intérêt, car elles ne devraient pas ignorer combien précieuse est la liqueur que renferment leurs outres. En effet s’il arrive qu’une de ces amphores éclate par suite d’un accident, elles accourent aussitôt avec une sorte de frénésie et montrent une véritable passion à s’emparer du miel qui s’en échappe. A peine la nouvelle s’est-elle répandue dans la fourmilière que l’anarchie la plus complète s’empare de la communauté, et que
- l’on voit toutes les fourmis, comme saisies de vertige, abandonner leurs travaux et se précipiter en toute bâte vers le tonneau qui vient de s’effondrer, de peur de perdre leur part à la libation.
- Et cependant les ouvrières ne paraissent pas comprendre que les outres renferment une provision de cette liqueur favorite, car lorsqu’une fourmi-réservoir vient à périr, les neutres, malgré leur passion pour le miel, n’ont pas l’idée de lui crever le ventre; elles se bornent à débarrasser la maison du cadavre. Et ce n’est pas à dire qu’elles ne sachent se servir de leurs mandibules, au moyen desquelles il leur serait facile de percer les parois de l’outre, car pour faciliter l’opération du transport du cadavre, elles coupent le mort en deux en pratiquant la section du pétiole. Après l’avoir ainsi divisé, elles emportent le corps et roulent ensuite l’abdomen plein de miel hors du nid, et le tout est enfin de compte traîné au cimetière, situé à quelque distance de la fourmilière.
- Des observations de ce genre sont bien de nature à montrer jusqu’à quel point l’instinct est un fait acquis par l’expérience plutôt qu’un don aveugle de la nature, car dans ce cas celle-ci se fut montrée singulièrement peu sagace en négligeant d’enseigner aux fourmis le parti qu’elles pourraient tirer du contenu des outres qu’elles laissent perdre faute de savoir les ouvrir.
- La manière dont se fait la récolte du miel n’est pas moins surprenante que ce qui précède. On pouvait s’attendre à ce que les fourmis le tirassent des aphidiens qui fournissant à tant d’autres espèces une liqueur sucrée dont elles sont très friandes. Il n’en est rien. Le miel est au contraire, comme celui des abeilles, d’origine purement végétale.
- A la tombée de la nuit les ouvrières partent en campagne. Elles pénètrent dans les taillis de chênes, se répandent sur les arbres et vont attaquer les galles qui garnissent en abondance les feuilles du Quercus undulata l. Elles commencent par racler la surface de ces excroissances au moyen de leurs mandibules, de façon à entamer l’épiderme ; au bout de quelques moments les galles exsudent, par les plaies ainsi produites, des gouttelettes d’une matière sucrée que les fourmis absorbent aussitôt et qu’elles emmagasinent dans leur jabot pour le transporter à la fourmilière.
- Pendant toute la nuit les fourmis vont et viennent entre la forêt et la fourmilière, et au matin elles rentrent dans la maison commune pour se mettre à l’abri de la chaleur de la journée qu’elles semblent redouter beaucoup.
- L’auteur a vu les ouvrières butinières,au retour de leurs expéditions, alimenter les ouvrières sédentaires qui gardaient l’entrée du nid, en dégorgeant des gouttelettes de matière saccharine que les sédentaires absorbaient avec avidité. Il a également vu des neutres, grandes et petites, aller demander leur pâture à une fourmi-réservoir, laquelle paraissait
- 1 Ces galles sont dues au Cynis quercus-mellaria.
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- dégorger du miel à volonté et en distribuait à plu- ' sieurs affamées. Mais il n’a jamais vu les fourmis s’attaquer à la provision emmagasinée dans les outres qui garnissent les plafonds des chambres. L’on en est donc à se demander à quoi servent ces réservoirs à miel auxquels personne ne parait puiser. Dans l’espoir d’élucider ce mystère, l’auteur a essayé d’affamer une fourmilière captive pendant quatre mois. Les fourmis ne s’en portèrent que mieux et la rotondité des outres n’avait que peu diminuée, ce qui laisse supposer que la provision de miel n’avait point été mise à contribution. On ne peut toutefois s’empêcher de supposer que les réservoirs sont destinés à assurer la subsistance de la communauté pendant la morte-saison, époque où l’on ne trouve plus de gales fraîches.
- 11 restait encore à élucider la question de savoir si les fourmis-réservoirs constituent une caste séparée, ou si elles ne sont que des individus choisis parmi les ouvrières. Les observations de l’auteur obligent à se ranger à cette dernière opinion. En effet, on trouve presque tous les degrés entre les ouvrières ordinaires et les individus transformés en outres. L’auteur a observé que beaucoup de fourmis butinières revenaient de leurs promenades tellement gonflées qu’elles constituaient déjà des demi-outres, et il a vu ces fourmis-là aller se suspendre aux plafonds des chambres, se mêler aux fourmis-réservoirs qui étaient déjà suspendues et dès ce moment se comporter comme ces dernières. Il a pu établir aussi que ce ne sont pas seulement les grandes ouvrières qui agissent de la sorte, mais des ouvrières moyennes et même des petites.
- L’étude anatomique montre, d’autre part, qu’il n’existe aucun organe spécial pour loger le miel chez les fourmis-réservoirs, mais que la provision remplit seulement le jabot, tel qu’il existe chez les ouvrières, lequel se distend d’une manière extraordinaire, au point de refouler et d’éclipser entièrement le reste du tube intestinal et même d’occlure l’anus.
- Enfin, le fait seul que les ouvrières ne savent point secourir les rotondes, ne semble-t-il pas déjà indiquer que ces dernières ne constituent point une caste, mais que ce sont simplement des fourmis comme les autres ; car, s’il y avait caste, la nature n’aurait-elle pas pourvu aux besoins des membres de la caste, et nne partie des ouvrières ne seraient-elles pas commises aux soins de ces derniers.
- De tout ceci il est permis de conclure que l’emmagasinage du miel ne correspond à aucun organe spécial ; qu’il n’est, par conséquent, l’apanage d’aucune catégorie spéciale d’individus, mais qu’il est seulement le résultat d’une adaptation qui, à son tour, a donné occasionnellement naissance à un instinct.
- Une découverte récente vient encore à l’appui de ce qui précède : On a trouvé en Australie une autre espèce de fourmi à miel1 qui semble se comporter
- 1 Le Camponatus inflatus, décrit par Sir J. Lubbock.
- à peu près comme la fourmi américaine, et cependant l’espèce appartient à un genre bien différent et elle a des mœurs différentes aussi, car elle se creuse des canaux dans les racines des arbres.
- La présence des fourmis-réservoirs dans les communautés n’est donc pas même un caractère spécial à un genre particulier de fourmis, en sorte qu’il est permis de supposer que l’instinct qui répond à cette économie des fourmilières est virtuellement capable de se développer aux dépens des ouvrières de chaque espèce, si les circonstances ambiantes tendent à en favoriser l’éclosion.
- L’auteur vient de nous montrer comment les fourmis, au retour de leurs^expéditions, passent de l’état d’ouvrières à l’état de fourmis-réservoirs. Elles se chargent dans la forêt d’une quantité de miel assez forte pour que leur abdomen en soit dilaté, assez faible cependant pour qu’elles puissent faire retour à la fourmilière sur leurs propres jambes. Mais èom-ment ces fourmis, qui vont se suspendre après avoir passé à l’état de demi-outre, complètent-elles leur provision afin de prendre leur rondité parfaite? C’est ce que l’observateur n’a pas encore réussi à découvrir. Si les fourmis prédestinées à servir de réservoirs se chargeaient dans la forêt de leur provision complète, elles seraient incapables de rentrer à la fourmilière et n’auraient plus qu’à se suspendre aux feuilles des arbres pour échapper à la mort que leur chute entraînerait tôt ou tard. Si, d’autre part, pour réussir à regagner la fourmilière, elles ne peuvent se remplir qu’à moitié, et qu’une fois rentrées elles se suspendent, comment peuvent-elles achever de se remplir? L’observateur n’a jamais remarqué qu’aucune butinière vint apporter du miel à ces individus passés à l’état de demi-réservoirs. Faut-il supposer que le suc emmagasiné' subisse une sorte de fermentation qui produirait une augmentation de volume de nature à dilater l’abdomen de la fourmi suspendue? La question reste indécise.
- Les fourmis à miel ont un caractère plus pacifique que la plupart* des fourmis carnivores; les étrangères qui viennent se mêler à une fourmilière, au lieu d’être mises à mort, sont généralement accueillies sans marques d’hostilité et finissent même par être incorporées elles-mêmes dans la communauté.
- On peut nourrir ces insectes avec du sucre et avec du miel ordinaire, mais ils sont très gourmands quant aux choix des aliments, et se montrent très ombrageux à l’endroit des substances qu’on cherche à y mêler dans un but déterminé. Us refusent obstinément, par exemple,, le sirop carminé qui permettrait de faire des expériences utiles, et aussitôt qu’ils ont reconnu la présence d’une substance étrangère dans les comestibles, ils font disparaître le mets frelaté en l’enfouissant, ou en le recouvrant de petits cailloux arrachés à la profondeur du sol, comme s’il s’agissait de préserver la communauté contre un poison.
- Il nous reste à parler des parasites dont les fourmis mellifères ont souvent à souffrir.
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- Dans la nalure toute puce a sa puce; les fourmis n’échappent pas plus à cette loi que le reste des mortels, et M. Mac Cook a eu le chagrin de voir le fléau du parasitisme envahir successivement toutes ses colonies captives et les faire périr une à une. Le parasite habituel des Myrmecocyxtus est une mite, qui se développe en grande abondance dans les fourmilières, et l’auteur suppose qu’elle devait être éclose d’œufs se trouvant mêlés à la terre même des fourmilières qu’il avait introduite dans ses récipients.
- Ces petits acariens ne tardèrent pas à apparaître et à se multiplier au point d’envahir le corps de presque toutes les fourmis. Celles-ci avaient beau se débattre, elles ne réussissaient point à s’en débarrasser; surtout pas autour de la bouche où leurs efforts devenaient complètement impuissants.
- Une fourmilière envahie par les mites ressemble à une ville hantée par une épidémie. Les fourmis périssent une à une et sur le chemin du cimetière l’on n’aperçoit bientôt plus que cadavres qu’on transporte à la fosse commune. Les galeries deviennent désertes; les fourmis malades ne peuvent bientôt plus suffire au service funèbre, et les cadavres restent gisants dans les chambres et dans les galeries, jusqu’au moment où les derniers habitants de la maison finissent aussi par périr.
- Bien que les fourmis aiment à se prêter mutuellement des soins assidus dans l’opération de leur toilette, bien qu’elles aient l’habitude de se brosser les unes les autres, elles ne savent pas se rendre réciproquement le service de se débarrasser des maudits petits parasites qui les tourmentent. Ici encore l’instinct est pris en défaut et cela sans doute parce que les fourmis se trouvent placées dans ces cas en face d’une sorte d’accident, c’est-à-dire d’une circonstance qui échappe à l’économie normale des agissements de la communauté. C’est du reste chose très frappante que l’impuissance habituelle des animaux à lutter contre les parasites, et en particulier que l’ineptie dont ils font preuve lorsqu’il s’agit de les combattre. Les hyménoptères sociaux, les abeilles, les guêpes, si bien armées, ne savent ni les exterminer, ni même, semble-t-il, les apercevoir. En leur présence, ces insectes, du reste si sagaces, semblent être comme frappés de cécité.
- Tels sont les faits les plus saillants observés par M. Mc Cook sur les fourmis à miel. Il reste encore plus d’un problème à résoudre dans la vie de ces insectes et l’on peut espérer que l’auteur réussira à les élucider dans la suite de ses patientes recherches.
- Ajoutons que les Indiens connaissent fort bien 1 es Myrmecocystus ; qu’ils en recherchent les demeures, les déterrent, en tirent les fourmis-réservoirs, et se régalent du miel que renferment leurs abdomens1. H. de S.
- 1 Archives des Sciences j’hysiques et naturelles, de Genève.
- NOUVELLE ÉTU4E A COURANT D’AIR
- M. de Thierry, dont les lecteurs connaissent les ingénieux appareils, vient d’imaginer une nouvelle étuve, appelée à rendre de réels services. — 11 suffit de jeter un coup d’œil sur le croquis ci-contre pour comprendre le fonctionement.
- Un tuyau de poêle, fermé à la partie supérieure par un tampon muni d’un papillon, forme le corps de l’étuve. Deux grilles en cuivre l’une au niveau de la porte latérale, l’autre à quelques centimètres du tampon supérieur servent de support, aux objets à dessécher. Un thermomètre (au besoin un régulateur à gaz thermométrique) permet d’observer la température. La chaleur nécessaire pour déterminer le courant d’air ascensionnel est fournie par urr bec Bunsen ordinaire. Veut-on sécher un filtre, un précipité, sans échauffer la matière ? On enlève le tampon. Un courant d’air énergique dessèche aussi rapidement que l’on peut l’imaginer et à basse température. Veut-on dessécher «à chaud ? On met le tampon en place et l’on règle l’issue de l’air chaud par le papillon.
- Cet appareil est vraiment pratique et remplace avec avantage de résultats obtenus, et de prix, les meilleures étuves. Ernest Vlasto,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- CONSTRUCTION DE LA GARE CENTRALE
- d’amsterdam
- La grande gravure que nous publions ci-contre et qui a été exéculée d’après une photographie, représente les travaux considérables que l’on exécute actuellement à Amsterdam pour la construction de la Gare centrale de cette ville. On sait que les Hollandais avec une énergie constante, ont à lutter dans leurs travaux publics contre les plus grandes difficultés ; ici des digues immenses doivent les protéger contre les invasions de la mer, et là, des pilotis assurent au milieu des sables la stabilité à leurs édifices.
- On va juger de l’importance de ces travaux de pilotis par l’exemple que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs.
- La Gare centrale d’Amsterdam que l'on construit actuellement dans cette ville, est appelée à remplacer la Gare provisoire où arrivent les trains de Paris (ligne de La Haye). Le travail préliminaire que nous figurons, consiste dans la pose de dix mille pilotis de 12 à 15 mètres de hauteur, enfoncés dans
- Étuve à courant d’air.
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- Construction tic la Gare centrale d'Amsterdam ; opération préliminaire de la pose de ÎUUOU pilotis do à la mètres de hauteur.
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- le sol sablonneux à l’aide de grands moutons à vapeur, système Thomas Pigée. Le sable est mouvant et chaque pieu peut être facilement enfoncé en 50.ou 40 minutes. ^
- Les travaux de la gare dureront encore cinq ans au moins, car on doit endiguer tout autour de l’emplacement que l’édifice devra occuper, à 12 mètres de profondeur dans le sable; ce nouveau travail sera toujours soutenu par des pilotis sur lesquels reposeront les digues.
- Les pieux des pilotis actuellement employés ont 12 et 15 mètres de longueur, et 50 centimètres carrés à la base ; qnelques-uns sont ronds, ils sont garnis à leur partie inférieure d’une pointe de fer et à la tête d’une autre armature sur laquelle frappe le marteau; la pointe est perdue, mais la tête sert pour plusieurs pieux.
- il n’y a pas en quelque sorte de machines pour procéder à l’opération de l’enfoncement des pilotis ; une simple chaudière verticale suffit pour donner la pression de vapeur dans le marteau; le cylindre à l’intérieur du marteau, a un diamètre de 0m,75, la course du piston est d’environ lm,50. Le poids du marteau est de 1200 kilogrammes; il faut, comme nous l’avons dit plus haut, compter un temps variable de 20 à 45 minutes par pieux. La distance entre chaque pieu est environ de lm,50 dans le sable mouvant. Un homme suffit pour la marche de l’appareil, un chauffeur est employé pour la chaudière.
- La charpente qui sert à guider le marteau du mouton, n’a pas moins de 16 mètres de hauteur; elle est montée sur des roues qui glissent sur des rails posés sur le sol. Aussitôt que la machine a enfoncé * un pieu dans le sable, elle est transportée à lm,50 de distance de son emplacement primitif, et une fois qu’un nouveau pieu a été posé verticalement, elle le frappe à coups redoublés, et le fait disparaître rapidement, comme un clou sous l’action du marteau.
- Deux moutons à vapeur fonctionnent actuellement à Amsterdam, et le travail s’exécute avec une grande rapidité. Les ouvriers employés sont d’ailleurs accoutumés à ce genre de besogne qui leur est familier. Pour la gare proprement dite, l’emplacement à garnir de pilotis n’a pas moins de 400 mètres carrés de superficie.
- L’aspect de ce chantier est des plus pittoresques et des plus curieux ; quand on monte sur les charpentes des moutons à vapeur, on voit se développer toute la ville d’Amsterdam et les dunes qui l’avoisinent.
- SUR LA COHÉSION DES LIQUIDES
- ET L’HVPOTHÈSE DE LA VAPEDR VÉSICULAIRE
- La science ignore encore quelle est la constitution physique de la vapeur d’eau, qui se présente à nous sous deux formes différentes : à l’état aériforme et par suite invisible, et à l’état de brouillard, ou de nuages.
- Lorsqu’un abaissement de température se produit fortuitement au sein de l’atmosphère, il en résulte une cer-
- taine condensation de la vapeur d’eau aériforme, la transparence de l’air est troublée par l’apparition de particules liquides très ténues qui flottent dans l'air, et c’est la constitution physique de ces particules qui divise les météorologistes et les physiciens.
- Les uns pensent qu’au moment de la condensation, la vapeur d’eau aériforme se résout en très petites sphérules liquides pleines, qui, en se réunissant à d’autres sphérules identiques donnent naissance à des sphérules plus grosses, et, ainsi de suite, jusqu’à la formation des gouttes de pluie. Les autres admettent que la condensation engendre des sphérules creuses, contenant de l’air, désignées sous le nom de vésicules, analogues à de très petites bulles de savon : de là, le nom de vapeur vésiculaire donné à la vapeur d’eau apparente qui constitue les nuages et les brouillards.
- Les partisans de I4 vapeur vésiculaire avancent notamment ce fait qu’on voit les particules des brouillards rebondir à la surface de l’eau, ou des corps secs, à la façon des bulles de savon; mais on peut objecter qu’on observe la même chose avec des gouttes d’eau pleines, de plusieurs millimètres de diamètre, lorsqu’on frappe la surface de l’eau avec'un bâton par un temps sec. En effet, on détermine de la sorte la formation d’une foule de gouttelettes qui tombent et roulent pendant un certain temps à la surface de l’eau sans s’y mêler. Du reste la grande difficulté dans l’hvpothèse de la vapeur vésiculaire, c’est l’explication du mode de formation des vésicules. On se représente difficilement que lors de la vaporisation de l’eau, par exemple, de petites nappes liquides puissent se séparer de la surface, envelopper tout à coup de petits volumes d’air pour former des ballons microscopiques, qui se répandraient ensuite à profusion dans l’air ambiant.
- Yoici deux expériences très intéressantes à faire, et qui offrent la plus grande analogie avec le mode de formation des vésicules auquel on vient de faire allusion.
- La première expérience est un mode de génération des bulles de savon signalé par M. Félix Plateau1. Ce mode consiste à verser dans une capsule une dissolution savonneuse composée d’une partie de savon de Marseille et de 40 parties d’eau pure, à prendre cette capsule en ses mains et à tourner sur soi-même de manière à projeter le liquide sous un angle de 45 degrés environ. Ce liquide ainsi projeté forme une nappe plus ou moins déchiquetée sur les bords ; une bonne partie de la masse liquide se résout en gouttelettes pleines, tandis que le reste donne naissance à un nombre variable de bulles, dont quelques-unes atteignent, parfois 7 à 8 centimètres de diamètre. Il est nécessaire de projeter le liquide d’une certaine hauteur, du premier étage d’une maison, par exemple.
- La deuxième expérience offre plus de similitude avec ce qui pourrait se passer dans la nature, du moins dans quelques cas particuliers, notamment dans l’ébullition. Cette expérience a été réalisée pour la première fois par l’auteur de cette notice et M. Minary, en versant dans une certaine quantité d’huile d’olive, une fois et demie à deux fois son volume d’acide sulfurique concentré, et en agitant violemment le mélange à l’aide d’une baguette de verre 2.
- En opérant dans un verre à précipité d’une capacité convenable, on ne tarde pas à voir s’élever du mélange une multitude de bulles creiifees qui voltigent dans toutes les directions. Les plus grosses (qui atteignent parfois de
- 1 Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 2e série, tome XIII.
- 2 Comptes rendus de l'Académie des Sciences, tome XV, page 315.
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- \ à 2 centimètres de diamètre) retombent le plus souvent dans le mélange après une faible ascension ; mais les plus petites s’élancent rapidement dans l’air environnant en trahissant ses agitations. 11 se produit dans ces conditions des bulles d’une grande ténuité, et d’autant plus nombreuses, que l’agitation est plus énergique et effectuée dans un certain sens qui semble favoriser leur formation. Mais c’est surtout quand on opère dans un vase un peu large, telle qu’une assiette, et qu’on agite le mélange avec une spatule, ou une fourchette, que le dégagement des bulles est vraiment prodigieux.
- Quand ces sphérules ont flotté quelques instants dans l’air, elles présentent les couleurs des lames minces, comme les bulles de savon. D’après l’odeur qu’elles répandent au moment où elles -éclatent, elles semblent remplies d’un mélange d’air et d’acide sulfureux r on constate, en effet, que ce dernier gaz se dégage du mélange, dont la température s’élève beaucoup dans les premiers temps de l’agitation. On serait tenté d’attribuer l’ascension des sphérules à ce dégagement de chaleur, mais les auteurs de l’expérience se sont assurés que la production des bulles est'aussi abondante, sinon plus, lorsqu’on agite le mélange vingt-quatre heures et même quarante-huit après sa composition. Au bout de ce temps, et suivant la qualité de l’huile, il peut arriver que le mélange est tellement visqueux, que l’agitation est presque impossible et le résultat négatif. Dans ce cas, une légère addition d’acide sulfurique rend au mélange toutes ses propriétés.
- L’expérience réussit bien avec la plupart des huiles liquides à la température ordinaire; cependant l’huile d’olive pure semble donner les résultats les plus certains.
- , En observant à la loupe les bulles qui ont flotté quelque temps dans l’air, on constate à la surface de quelques-unes, de petites ampoules qui paraissent dues à une séparation partielle des liquides qui constituent le mélange. Lorsque les plus grosses huiles crèvent, elles donnent naissance à un petit brouillard local durant quelques secondes, formé de particules évidemment sphériques, que les auteurs de l’expérience sont portés à regarder comme creuses, sans qu’ils puissent rien affirmer à cet égard. Si l’on intercepte le passage à quelques bulles, elles laissent sur le papier de tournesol une empreinte fortement rou-gie qui décèle la présence de l’acide sulfuriqiie dans leur enveloppe.
- Ce qu’il y a de singulier, c’est que le mélange, huile et acide, ne permet pas de souffler des bulles à l’extrémité d’un tube évasé. C’est à peine si l’on arrive à en produire de 1 à 2 centimètres de diamètre, qui, d’ailleurs, ne persistent pas ; tandis que l’eau de savon et le liquide glycérique de M. J. Plateau, si éminemment propres à la production des bulles par l’insufflation, emprisonnent dans des cloisons liquides, chaque bulle gazeuse qui tend à s’échapper, forment de la mousse, mais ne laissent pas dégager des bulles par l’agitation, comme cela a lieu avec le mélange acide précité.
- La conclusion 'a tirer des expériences qui viennent d’être rapportées, c’est, que si elles constituent des arguments à l’appui de la vapeur vésiculaire des nuages, on ne saurait, d’une part, se dissimuler la difficulté de concevoir la formation préalable d’une nappe liquide; et, d’autre part, que la génération des sphérules qui s’échappent si abondamment du mélange, huile et acide, n’est pas d’une conception plus facile. La difficulté augmente s’il s’agit d’eau pure. On ne conçoit pas davantage comment ce liquide, auquel on attribue une viscosité presque nulle,
- pourrait laisser dégager des sphérules creuses; à moins d’admettre que, bien qu’incapable de donner naissance à des bulles gazeuses isolées un peu volumineuses, la viscosité de l’eau cependant est suffisante pour former des enveloppes à des sphérules ayant des dimensions aussi ténues que celles qui composeraient la vapeur vésiculaire.
- Georges Sire.
- LE CRYPTOMERIA.
- Parmi les végétaux d’ornement, susceptibles d’être utilisés dans certaines régions de l’Europe occidentale, le San des Chinois ou Segni des Japonais, Crypto-meria Japonica des botanistes, mérite d’être signalé.
- Thunberg, dès 1776, mentionnait cet arbre, dans son voyage au Japon, sous le nom de Cèdre et auquel il donna l’appellation scientifique de Cupressus Japonica, à cause de sa ressemblance avec un Cyprès.
- C’est seulement vers 1840 qu’il fut introduit en Europe. La faveur avec laquelle fut accueillie cette conifère nouvelle s’est ralentie quelques années après, pour faire place à des espèces d’un effet décoratif plus certain. Cependant tous les explorateurs qui ont consigné leurs impressions de voyage, parlent avec enthousiasme du Cryptomeria en Chine et au Japon. Cette divergence d’appréciation est due, sans doute, à l’inconstance de la végétation de cet arbre dans un sol quelconque, car en Europe et en France même on en connaît plusieurs spécimens d’une rare beauté. Une autre considération consisterait dans le choix de la race du Cryptomeria employée et dont, •tout d’abord, on n’aürait pas tenu suffisamment compte. En effet les premiers individus introduits n’auraient pas donné tout ce qu’on devait en attendre.
- On sait que dans ces régions de l’extrême Orient, on mutile souvent les arbres ou les arbustes en vue de les maintenir, à plaisir, dans des proportions aussi réduites que possible. A-t-on pris les graines importées sur des arbres abâtardis, d’un développement incomplet? Cela est vraisemblable. Quoiqu’il en soit les rares amateurs qui ont pu se procurer des graines issues des essences forestières de ces contrées, savent que la conifère qui nous occupe peut former un très bel arbre. Robert Fortune qui parcourut longtemps la Chine dit que « le Cryplo-meria est d’un très bel effet comme arbre d’ornement dans des conditions favorables. Il s’élance droit comme un Pin Laricio, envoyant de tous côtés des branches nombreuses qui partent horizontalement du tronc, et s'inclinent ensuite avec grâce vers le sol à la manière d’un Saule pleureur. » 11 ajoute que le grain du bois est serré, qu’il est très fort et de longue durée. Cette opinion sur la qualité du bois n’est pas partagée par tous ceux qui se sont occupés du Segni.
- M. Dupont, auquel on doit une intéressante étude des productions japonaises, consacre plusieurs pages au Cryptomeria, qui est l’arbre forestier le plus important. 11 est l’objet de tous les soins, aussi bien de la part des sylviculteurs que des croyants qui ne manquent pas de le planter près des raonu-
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- ments religieux, soit isolément ou en allées qui sont d’un effet pittoresque. C’est dans ces circonstances surtout qu’on remarque des individus d’une taille gigantesque, taille Qu’ils atteignent librement grâce à l’immunité dont ils bénéficient alors comme arbres sacrés ; condition bien différente des arbres forestiers soumis à des coupes périodiques.
- 11 n’est pas rare de rencontrer des Segni ayant un tronc de près de 2 mètres de diamètre. La rondelle qui figurait à l’Exposition de 1878 était un spécimen assez ordinaire et mesurait lm,20 de diamètre.,
- A l’arsenal d’Io-kaska, M. Dupont rapporte avoir vu des billes de Segni de - 28 mètres de longueur, mesurant à la base 80 centimètres et 50 centimètres à la tête.
- Ce qui donne du mérite à cette essence, c’est son homogénéité. Le bois présente bien, comme dans le Sapin, des couches concentriques annuelles, d’une densité différente suivant qu’on a affaire au bois de printemps ou au bois d’automne; mais cependant ces zones sont moins tranchées et conséquemment le tissu a plus d’uniformité.
- Quand le Segni atteint un âge avancé, le cœur du bois ou duramen prend une teinte violacée qui, .dans les sols humides, arrive presqu’au noir. Cette opposition de nuances de l’aubier et du duramen, est utilisée par les ébénistes pour faire des meubles, ou plutôt des panneaux à tons heurtés, dont on voyait des exemples très remarqués des visiteurs à l’Exposition japonaise.
- Le mode de multiplication du Cryptomeria est la bouture ou le semis ; mais ce dernier procédé moins rapide, tout d’abord, donne plus tard des produits supérieurs. Les soins dont les Japonais accompagnent les semis et la contreplantation des Segnis sont une garan-
- tie qui active leur croissance et qui, dans un temps relativement court, donnera une somme de produits considérable. « Une futaie de cette espèce, située dans de bonnes conditions, produit, en tenant compte des vides accidentels, un rendement moyen annuel par hectare d’environ 50 mètres cubes de bois. » Néanmoins, avec un rendement aussi grand il ne faudrait pas s’attendre à trouver dans le Segni un bois d’une
- qualité parfaite ; la fibre est courte ma-gré sa belle apparence et sa durée n’est pas longue suivant l’appréciation de M. Dupont. C’est un bois précieux pour les usages courants et qui se façonne avec facilité. 11 est surtout employé pour la menuiserie légère, les emballages , les constructions à l'intérieur et les menus objets; sous ce rapport il rivalise avec le Paulownia qui est également une des essences les plus employées au Japon. Enfin un usage auquel le Cryptomeria se prête parfaitement est celui de baies vives pour limiter les propriétés. Il supporte la taille parfaitement et forme des clôtures charmantes très remarquées, dit-on, des voyageurs.
- Dans l’ouest de la France on peut voir de beaux individus de cette gracieuse conifère, en Bretagne notamment, où la douceur de la température est favorable à tant de végétaux trop éprouvés sous le climat souvent rude du Nord ou du Nord-Est.
- Le dernier grand hiver qui a causé tant de déceptions, a heureusement épargné quelques-uns des beaux arbres exotiques introduits chez nous depuis un demi-siècle. Les amateurs verront avec intérêt le joli spécimen du Jardin des Plantes de Tours, qui mesure à sa base 60 centimètres de diamètre et qui a environ 15 mètres de hauteur, quoique n’ayant pas plus de vingt-cinq ans de plantation. J. Poisson.
- Gryplomeria Japonica.
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- NOUYEYU RA.DEYU DE SAUVETAGE
- Nous avons signalé précédemment quelques-unes des curiosités de l’exposition des pêcheries or-
- ganisée récemment à Londres1. Nous parlerons au-* jourd’hui d’un ingénieux radeau de sauvetage qui a-été exposé par M. Copeman. Ce radeau offre l'avantage de ne pas être encombrant quand il n’est pas en fonctionnement, puisqu’il sert alors de banquette
- Fig. 1. — Radeau à siège sur le pont d’un navire.
- Fig. 2, — Le même, à la mer, pendant la tempête.
- pour les passagers. Ils y peuvent s’asseoir comme sur un banc ordinaire (fig. 4).
- Avec deux de ces sièges de pont, on peut former, en trois minutes, un radeau de sauvetage, muni de mât, de voile, d’avirons, de vivres et d’eau. Chaque
- radeau peut porter de 40 à 45 personnes à bord, ou bien en supporter 50 dans l’eau en s’y tenant. Ce système a l’avantage de dédoubler la capacité en bateaux
- 1 Voy. u° 522 du 2 juin 188ü, p. 11.
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- LA NATURE.
- d’un steamer, tout en n’occupant pas plus d’espace que les sièges à pont ordinaire, en même temps que tout est prêt à fonctionner en cas de nécessité. 11 est adopté, entre autres par la Compagnie Péninsulaire et Orientale.
- CORRESPONDANCE
- OBSERVATION l)’üN GLOBE DE FEU.
- Saint-Paul-Trois-Châteaux, le 3 octobre 1863.
- Monsieur,
- Samedi dernier, 29 septembre, en revenant de la chasse, j’ai été témoin d’un très curieux phénomène météorologique dont la relation vous intéressera peut-être. Il était alors près de sept heures et la nuit était noire. Quelques nuages noirs étaient au ciel qui, dans le reste de son étendue, était étoilé. J’allais tranquillement mon chemin, quand tout a coup je suis ébloui par une vive lumière qui éclaire fortement le paysage entier. Je me retourne alors et j’aperçois en l’air un globe de feu qui descend doucement et verticalement. Puis la clarté du météore diminue graduellement d'intensité et finit par s’éteindre. Le phénomène n’avait duré en tout que quatre ou cinquni-nutes. La boule lumineuse m’a paru être du volume du poing. La forme était ellipsoidale. C’était le grand diamètre de ce corps qui était vertical. 11 m’a semblé laisser derrière lui une sorte de traînée lumineuse. Le bolide s'est éteint avant d’avoir touché terre. Je ne puis mieux comparer sa lumière comme couleur et comme intensité primitive, qu’à celle que produit un éclair pendant la nuit et qui est d’un blanc légèrement violet. C’est vers le nord-est que le phénomène s’est produit. Plusieurs personnes ont pu l’observer, entre autres mon père. Je les ai questionnées et auqune d’elles, pas plus que moi, n’a entendu d’explosion ni de bruit de chute. J’avais cru d’abord 5 quelque feu d’artifice tiré dans les environs, mais, après informations, je puis affirmer qu’aucune fusée ri’a été allumée ce soir-là à plus de dix lieues à la ronde.
- Veuillez agréer, etc. A. Chobant,
- Étudiant en médecine à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme).
- A la suite de la curieuse observation de M. Chobant, nous ajouterons les lignes suivantes que nous empnr ‘ons au Journal de Valence :
- ' « Ufi globe de feu a été vu le 29 septembre 1883, à Beaune d’Hostun. Ce globe de feu avait le diamètre de la lune dans son plein. Il est resté dans les airs de cinq à sept minutes. Sa clarté était féérique ; tout au-dessous de cette clarté, était blanc comme la neige. Le globe laissait échapper de son noyau des goutelettes lumineuses, semblables à celles d’une chandelle romaine. Il s’est ensuite divisé en deux parties et a disparu. »
- CHRONIQUE
- Expérience du grand aérostat électrique A hélice de H1M. Tissandler frères. — Au moment de mettre sous presse, nous recevons une dépêche qui nous apprend l’heureux résultat de la première expérience faite dans un aérostat allongé muni d’un propulseur électrique. MM. Tissandier se sont élevés, lundi dernier, à 3 h. 20 m., dans-leur navire aérien, qui n’a pas moins
- de 28 mètres de long sur 9m,20 de diamètre au milieu. Notre prochain numéro donnera une description complète de l’aérostat dirigeable électrique, et des résultats qui ont été obtenus dans son ascension d’essai préliminaire.
- Curieux effets du grand tremblement de terre de Java.— Nous recevons de l’un de nos lecteurs de l’ile Maurice (ancienne Ile-de-France,près de Madagascar) de très curieux renseignements au sujet des effets produits par l’affaissement de l’île de Crokatoa, le 27 août 1883. Voici ce que nous communique notre correspondant d’après le journal Le Cerneen publié à l’ile Maurice : « Lundi 27 août, entre deux et trois heures de l’après-midi, il s’est produit sur les côtes de notre île un phénomène qui a causé une profonde surprise à tous ceux qui en ont été témoins. Subitement, et sans que rien dans 1 apparence du temps pût en expliquer la cause, la mer s’est abaissée au-dessous du niveau des marées les plus basses ; puis elle a remonté au-dessus du niveau des plus hautes marées, pour reprendre ensuite sa hauteur normale après plusieurs oscillations décroissantes. Voici d’après les renseignements qui nous sont parvenus, et d’après ceux qui ont été publiés par nos confrères, les faits qui ont été observés. Dans le Trou-Fanfaron la mer a descendu de 4 ou 5 pieds, laissant à sec toutes les roches rapprochées du rivage, et elle a repris son niveau, au bout d’un quart d’heure, avec un mouvement d’une violence extrême qui a causé un très fort roulis aux navires mouillés dans cette partie du Port. Les secousses ont été tellement violentes que le Touareg a cassé une amarre de 10 poucep de dimension. Dans la baie du Tombeau, la mer a baissé de 4 pieds, laissant à sec de gros poissons que l’on a pu ramasser. Le Ralston et Vldomene rapportent avoir rencontré près de l’ile Ronde une mer épouvantable, telle qu’on n’en voit point habituellement dans ces parages. »
- Il est bien évident, la coïncidence des dates le démontre, que ce mouvement de la mer, est dû à l’agitation produite par le grand tremblement de terre de Java.
- Réapparition de la comète de 181 *. — Cette comète, qui fut trouvée par Pons le 20 juillet 1812 — c’était la 10® qu’il découvrait en 10 ans — et dont l’orbite fut calculée par Encke, est de nouveau visible. Enke lui avait assigné une période de 70**’684; la comète, en arrivant à son heure, confirme les calculs de l’ancien directeur de l’Observatoire de Berlin. En 1812, la comète présentait l’apparence d’une nébuleuse irrégulière sans queue ou barbe; elle devint visible à l’œil nu. Le 14 septembre, le diamètre du noyau était de 5', 4 et la longueur de la. queue égalait 2® 17'. On put l’observer pendant 10 semaines. Le 23 septembre dernier, lit-on dans le journal Ciel et Terre, la comète, observée à l’Observatoire de Bruxelles, présentait l’apparence d’une nébulosité ronde de 2é de djamètre et d’un éclat égalant celui d’une étoile de 7m® grandeur. Le 25, cette nébulosité s’était étendue jusqu’à 4' de longueur. D’après l’éphéméride calculée par MM. Schulhof et Bossert, la comète ira en augmentant d’éclat.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er octobre 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Nécrologie. — La paléontologie a fait récemment et coup sur couj» deux pertes extrêmement sensibles. M. Os-wald lleer et Joachim de Barrande viennent de mourir.
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- Le premier laisse de nombreux travaux sur la flore fossile de deux époques géologiques, étudiée sur des matériaux fournis par les régions les plus diverses de la terre; le second a irppérissablement attaché son nom à l’histoire du terrain silurien de Bohème auquel il a consacré toute sa vie d’octogénaire et qu’il a décrit dans un ouvrage monumental. M. lleer était correspondant de l’Académie;
- M. Barrande avait refusé, par modestie, de se laisser décerner la même distinction.
- Étude des comètes. — Dans un travail communiqué par M. Mouchez, M. Bigourdan fait connaître les variations d’éclat de la comète Pons, observée à Paris du 24 septembre au 6 octobre. En même temps, M. Faye dépose un Mémoire de M. Cruls (de Rio-Janeiro) sur les particularités de la grande comète de l’an dernier. 11 s’agit surtout de l’enveloppe lumineuse dont était habillée la comète, et qui se prolongeait de plusieurs degrés en avant du noyau. M. Faye, qui a consacré tant de temps à l’etude des comètes, déclare que cette particularité reste pour lui sans explication.
- Fement butyrique du sol. — MM. Dehérain et Ma-quenne ont étudie les produits qui se forment lorsqu’on abandonne une dissolution de sucre au contact de la terre ordinaire dans une atmosphère non oxygénée. On se rappelle que les auteurs ont annoncé, il y quelques mois, que le sucre subit, dans ces circonstances, une fermentation énergique qui est la cause naturelle de la décomposition des nitrates dans les sols non aérés.
- La fermentation dont il s’agit présente son maximum dyactivité, de 35° à 40°; elle donne naissance à une petite quantité d’alcools, parmi lesquels domine l’alcool ordinaire du vin, et, à une proportion notable, près de la moitié du poids de sucre détruit, d’acides volatils; les deux principaux sont l’acide acétique et l’acide butyrique; ils sont ordinairement accompagnés d’un peu d’acide propionique.
- Cette réaction intéressante démontre la présence d’un ferment butyrique dans le sol, et permettrait d’obtenir, aisément et en grandes quantités, les éthers qu’on désigne dans le commerce sous le nom d’essences de fruits.
- Physique solaire. — En réponse à une note très récente de M. Thollon, M. Faye revient sur sa manière de comprendre la structure des protubérances solaires. Les spectroscopistes soutiennent que dans ces appendices, l’hydrogène se meut avec une vitesse de 100 à 150 lieues par seconde. M. Faye déclare la chose impossible et son argumentation mérite d’être résumée. Le fait sur lequel se tondent M. Thollon et les autres physiciens qui observent le soleil au spectroscope, c’est que dans les protubérances les raies sont déplacées en certains points de façon à présenter des ondulations. Mais suivant M. Faye, ces ondulations ne signifient pas ce qu’on veut leur faire dire. Tout d’abord elles ne sauraient être produites que par des mouvements parallèles à la surface solaire puisqu’elles seules sont perpendiculaires à l’œil de l’observateur et conséquemment seules capables d’affecter les raies. Or la forme des protubérances, la délicatesse et le caprice de leurs contours sont évidemment incompatibles avec de semblables courants horizontaux. Une série d’observations a fait voir que toutes les raies d’un même spectre ne sont pas également affectées en même temps comme cela devait être selon l’explication proposée. Entremêlées par exemple aux raies de l’hydrogène et du sodium fortement denses, M. Yong, par exemple, et M. Secchi, ont vu les raies de l'hélium, de baryum, ainsi que la raie mystérieuse 1474 de Kirchhoff, restées géométriquement droites.
- Relativement aux poussées verticales d’hydrogène dans lçs protubérances on conclut la vitesse de 100, 120 et 150 lieues de la rapidité d’allongement des flammes roses sous l’œil de l’observateur. Mais comme M. Faye le fait remarquer, on peut donner du fait une explication beaucoup plus simple. L’hydrogène, poussé verticalement, se répand dans un milieu si rare que sa densité est certainement inférieure à celle du meilleur vide produit par nos machines pneumatiques. Ce gaz, dans de semblable conditions, se dilate prodigieusement, et en se dilatant se refroidit. Il perd alors son éclat et cesse d’être visible au spectroscope. Soumis au rayonnement solaire il se réchauffe peu à peu, redevient visible et apparaît successivement et rapidement dans des points de plus en plus distants sans qu’on puisse conclure de sa vitesse de visibi-bilité, la vitesse de son propre déplacement.
- Tremblements de terre. — M. Daubrée lit une notice sur la catastrophe d’ischia, si bien décrite ici-même par notre savant collaborateur, M. Vélain. Il y joint des considérations sur les causes probables des tremblements de terré.
- Prix à décerner.— Deux prix, de 10 000 fr. chacun, ayant été fondés par M. Petit Dorinoy, on procède à la nomination de deux commissions chargées de.les recevoir. Les travaux pour le prix de mathématiques seront jugés par MM. Bertrand, Dermite, Bonnet, Jordan et Faye; ceux pour le prix d’histoire naturelle, par MM. Milne-Edwards, Blanchard, Duchartre, Quatrefages et Hébert.
- Varia. — M. Chevreul expose ses idées sur la constitution du guano. — On signale plusieurs notes sur plusieurs remèdes également aptes à détruire le phylloxéra. — Les planètes 142,145, 231 et 234 ont été observées à l’Observatoire de Paris. — M. Berthelot offre un gros livre sur les matières explosives — Un rapport de M. Dumont traite des irrigations en Lombardie.
- Stanislas Meunier.
- UN ORCHESTRE DE CHATS
- ET UN CONCERT d’anES
- Le P. Kircher raconte, dans le livre VI de la Mu-surgie, qu’un artiste avait imaginé, pour dissiper la mélancolie d’un prince accablé de soucis, un piano de chats. Au lieu de cordes, son instrument contenait un certain nombre de queues de chats vivants engagées dans des gaines étroites au-dessous desquelles s’élevaient et s’abaissaient les marteaux correspondants aux touches, munis à leurs extrémités, d’une pointe aiguë. Les chats avaient été choisis de différents sexes et de différents âges et rangés à côté les uns des autres dans des cases séparées, selon l’acuité de leur voix (fig. 1).
- Sous les doigts agiles des pianistes, les pointes des marteaux allaient attaquer avec art les queues des différents animaux. Ceux-ci répondaient d’abord par des miaulements brefs et nets, mais bientôt, mis en fureur par la fréquence des piqûres, ils modulaient, crescendo et rinforzando, des sons capables de dérider les plus moroses et de mettre en danse les souris elles-mêmes, et vel sorices ipsos ad saF tum conatare, dit le texte.
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- LA NATURE
- Le père Scott, élève du père Kircher et le continuateur de ses savants ouvrages, parle d’un concert analogue qui avait été donné à Palerme et dont le souvenir était tout récent lorsqu’il habitait cette
- ville. Un farceur avait parié de faire déchiffrer à des ânes un morceau de musique; il étudia les dispositions des nombreux baudets qui, en Sicile, servaient à effectuer tous les transports et il en choisit
- Fig. 1. — Un piano de chats. (D’après une gravure du dix-septième siècle.)
- quatre des plus vigoureux dont les voix s’accordaient du premier, le troisième, la quinte et le quatrième naturellement, le second donnait la tierce majeure . l’octave. 11 peignit alors ces quatre notes sur une
- Fig. i. — Un concert d’ànes. (Fac-similé d’une ancienne gravure de la même époque.)
- large bande d’étoffe qu’il trempa (je laisse la parole au vénérable jésuite) in itrinam asinæ. On était alors au printemps, saison où tous les animaux chantent leurs amours ; excités par l’odeur, les quatre bandets n’y faillirent point au moment où leur imprésario déroula devant avec le cahier de musique préparé à leur intention. C’est ainsi que le rusé
- Sicilien gagna son pari et la gravure que nous reproduisons (fig. 2) a conservé à la postérité la représentation de ce quatuor mémorable. DrZ...
- Le propriétaire-gérant : G. Tusandikr.
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- Imprimerie A. Ualiure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 20 OCTOBRE 1883
- LA NATURE
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- UNE EXPOSITION D’APPAREILS DE CHEMINS DE FER A CHICAGO
- Une Exposition d’appareils de chemins de fer à Unis d’Amérique, de la Grande-Bretagne et du laquelle ont été conviés les industriels des Etats- Canada a été ouverte dans le courant de l'année à
- Fig. 1. — Locomotive américaine pour les voies légères
- Chicago. Celte entreprise qui est due à l’initiative privée promet d’olfrir un grand intérêt et elle peut être l’occasion d’examiner de plus près qu’on n’a pu le faire jusqu’ici en général, les appareils de H' année. — 2“ semestre.
- cette industrie américaine dont nous ne connaissons guère le fonctionnement que par ouï-dire et que l’on représente trop souvent au public français comme merveilleux.
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- LA NATURE.
- En débarquant à New-York le voyageur peut avoir à sa disposition deux trains directs parlant à peu près à la même heure pour se rendre à Chicago; ils sont entre les mains de deux puissantes Compagnies qui président pour ainsi dire au progrès de l’exploitation des chemins de fer en Amérique, la Pensylvania Railroad Company et la New-York Central and Hudson River RR. Company. Le New-York and Chicago limited express, qui circule sur la première ligne, parcourt les 14G0 kilomètres qui séparent Chicago de New York (Jersey City) en 25“,3Ü, soit une vitesse commerciale moyenne de 57k,3 y compris les sept arrêts intermédiaires, Philadelphia, Harrisburg, Altona, Pittsburg, Alliance, Crestline et Fort-Wayne. Le Chicago spécial train qui suit la seconde ligne par Albàny, Buffalo, les bords du lac Erié, parcourt 1568 kilomètres en 25h,40, soit une vitesse commerciale de 61,5 kilomètres à l’heure y compris dix arrêts intermédiaires.
- Enfin on vient d’ouvrir une troisième ligne par le Chicago’ and Atlantic railroad qui relie à Chicago leNew-York Lake Erié andWestern, qui jusqu'alors devait emprunter à cet effet un tronçon de l’une ou l’autre des deux routes précédentes.
- Chicago est actuellement l’un des plus grands centres de chemins de fer de la République américaine; c’est le point de transit de tout le trafic de l’ouest à l’est et de la région des Lacs vers le sud. Dix-sept Compagnies différentes de chemins de fer y aboutissent dans neuf gares terminus. Sa position extraordinaire a du reste puissamment contribué au développement de cette cité qui était une bourgade de quinze à vingt feux il y a cinquante ans, et qui compte aujourd’hui 560000 habitants.
- Le point ne pouvait donc être mieux choisi pour une Exposition de chemins de fer.
- L’Exposition renferme surtout les appareils qui concernent la traction et le matériel roulant; il y a très peu d’appareils concernant le matériel fixe, tels que modèles de rails, traverses métalliques, etc., l’emploi de ces dernières ne laisserait pas que de présenter cependant un certain intérêt dans certains pays du sud-ouest traversés par le Southern Pacific road par exemple, dont le terrain et le climat sont très défavorables à la conservation des traverses et où faute de forêts convenables le prix du bois est très élevé.
- * Les signaux n’ont pas en Amérique l’importance qu’on leur donne en Europe; ils sont d’ailleurs en rapport avec l’exploitation des lignes elles-mêmes et ils sont en général défectueux et primitifs. 11 faut remarquer que cette lacune est un peu comblée par l’emploi, de freins continus énergiques, de la grande lanterne d’avant des machines, de la cloche d’avertissement et par la sagacité réputée des mécaniciens. Toutefois sur les lignes aboutissant à l’Atlantique où le trafic est considérable, les ingénieurs commencent à prendre les mesures de sécurité prises ordinairement en Europe, mais ils font
- à cet effet essentiellement usage de signaux automatiques, c’est-à-dire manœuvres par les trains eux-mêmes lors de leur passage et sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir.
- Autant le mode d’exploitation des lignes américaines diffère de celui que l’on voit adopté chez nous, autant les attributions et la conduite du personnel sont différentes. Au lieu de couvrir les actes de ses agents de sa responsabilité anonyme, la Compagnie engage leur responsabilité individuelle. Cette manière de procéder laisse ainsi à tous les agents une certaine initiative qui s’accorde très bien avec le caractère indépendant des nationaux et que l’on rencontre jusque dans les degrés inférieurs de l’échelle hiérarchique.
- Nous avons déjà dit que l’on comptait sur la vigilance et la sagacité des mécaniciens pour suppléer au mode d’emploi des signaux souvent défectueux ; arrêtons-nous un instant sur cet agent essentiel de toute exploitation de chemins de fer et qui, en Amérique, est d’ailleurs absolument persuadé de toute l’importance de ses fonctions. Le machiniste 1 (engin°er2), préposé à la conduite d’une locomotive, se tient généralement dans une cabine vaste et luxueuse placée vers le milieu du corps cylindrique de la chaudière tandis que son chauffeur se tient derrière le foyer. C’est de là que dominant complètement la voie, le plus souvent assis dans un fauteuil co nfortablement rembourré et convenablement gantés, les mécaniciens des trains express commandent les différents organes de leur machine. D’ailleurs, comme tout vrai Américain évite rigoureusement toute fatigue inutile, il est parfaitement admis que les mécaniciens et chauffeurs peuvent s’asseoir et se reposer quand bon leur semble, pourvu que leur ouvrage soit fait en temps convenable; toutefois sur certaines lignes et particulièrement dans l’Ouest, il leur est expressément défendu sous peine de révocation, de fréquenter les bars même en dehors du service. Tandis que les chefs de service américains doivent se préoccupper jusqu’à un certain point de la conduite de leurs agents pendant leurs heures de loisir, il est curieux de rapporter une anecdote à laquelle on prête une certaine authenticité et qui offre un singulier contraste avec la discipline des lignes européennes.
- Sur une des lignes de l’Ouest, un train de voyageurs franchissait une chaîne de montagnes quand le mécanicien aperçut une antilope. 11 arrêta son train et prenant un fusil qu’il avait dans sa cabine se mit à la poursuite de l’antilope, au grand ébahissement des voyageurs et du conducteur qui le regardaient. Pendant ce temps il s’éleva subitement
- 1 C’est le nom rationnel qu’il convient de donne» au conducteur de locomotives, comme le fait d’ailleurs le chemin de fer d’Orléans, au lieu de celui de mécanicien (réservé à l’ouvrier do l’atelier chargé de la construction et de la réparation des machines) que lui donnent les autres chemins de fer français.
- ~ Le titre engincer est essentiellement réservé aux ingénieurs en Angleterre; en Amérique, l’ingénieur de traction prend le nom de master mechanic.
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- un brouillard qui masqua le train arrêté au mécanicien d’un train de marchandises qui venait derrière ; il en résulta une collision dans laquelle deux voitures furent démolies et trois voyageurs blessés. Le mécanicien coupable en fut quitte pour une réprimande,
- 11 n’est pas rare d’ailleurs que sur certaines lignes de montagne dont le trafic n’est pas très actif, les voyageurs fassent arrêter les trains pour chasser des troupes de gros bétail ou d’oiseaux qu’ils rencontrent assez fréquemment sur leur passage. Quand ils jugent que le troupeau est suffisamment dispersé ou trop éloigné, le train reprend sa marche.
- Parmi le matériel moteur exposé, on remarque immédiatement une locomotive d’un type singulier servant à l’exploitation de chemins de fer secondaires pour l’exploitation des bois (logging roads).
- Ces lignes qui servent à transporter le bois en grume de l’endroit où il est abattu sur les marchés ou aux scieries voisines, ont un caractère tout à fait provisoire, car lorsqu’il n’y a plus de bois dans la contrée, le chemin de fer devient inutile et on l’enlève généralement pour le transporter ailleurs.
- Sur une voie aussi mal établie et souvent en bois, le matériel doit être léger pour ne pas la fatiguer et cependant il faut lui donner un effort de traction le plus considérable possible et il convient alors de lui donner la plus grande adhérence.
- La locomotive représentée fig. 1 utilise tout son poids pour l’adhérence par une solution toute autre que celle donnée autrefois par M. Engerth à cet effet.
- Elle est portée sur deux trucks ; les cylindres sont placés verticalement sur un des côtés du foyer et actionnent un arbre coudé sur lequel on peut voir les grosses têtes de bielle entre les roues et à la hauteur du cendrier b Cet arbre commande au moyen de joints universels deux autres arbres qui portent des pignons coniques engrenant avec d’autres pignons fixés sur le corps des roues. Cette machine passe avec assez, de facilité dans les courbes vu le faible empâtement de chaque truck. La figure réprésente une des locomotives de ce type sur un pont ou viaduc à chevalets, fait en bois de rebut; les ouvrages de ce genre remplacent d’ailleurs les remblais dans ces sortes de chemins de fer.
- Afin de pouvoir alimenter sur ces lignes primitives non pourvues de réservoirs et de grues hydrauliques, on a muni les machines d’aspirateurs pour leur permettre de puiser l’eau dans les torrents et les étangs.
- Le poids de ces locomotives varie entre 8 et 16 tonnes et elles peuvent remorquer pendant un kilomètre un train du poids de 88 tonnes sur une rampe de 1/17.
- Les ressources de certaines contrées de l'Ouest sont si faibles qu’elles ne permettent pas de faire sur ces lieux la plus légère construction même en
- 4 Le diamètre des cylindres est 254 millimètres, la course, 254 millimètres; le diamètre des roues, 711 millimètres; le rapport des engrenages, 3 à 1.
- bois. Ainsi la figure 2 représente un train transportant après la pose de la voie, une station complètement terminée à l’endroit qu’elle doit occuper. Cette construction entièrement en bois est la station de Haring du Grand Rapids and Indiana railroad montée sur un wagon plate-forme de cette Compagnie. Ou ne rencontre assurément pas ce spectacle dans nos pays aussi pauvres qu’ils soient, car ils offrent toujours des ressources plus ou moins avantageuses il est vrai, mais toujours suffisantes pour construire les stations sur place, d’une manière plus confortable et plus économique que par le procédé américain. Séguala.
- LE TRANSPORT DES GRANDES MASSES1
- TRANSPORT ü’üN MAGASIN A CARTOUCHES
- Ce magasin, qui se trouve dans la caserne de Romorantin, est construit en maçonnerie, avec des murs de 0ra,40 d'épaisseur. La base est un carré présentant 3,n,40 de côté extérieur et sa hauteur est de 6 mètres, du niveau supérieur des fondations au sommet de la toiture. Son poids total est d’environ 50 tonnes.
- Bâti seulement depuis quelques années, avec des matériaux de médiocre qualité, il présentait au-dessus de la porte une fente qui divisait entièrement le mur et4 on avait été obligé de le cercler avec une bande de fer au-dessous de la corniche.
- On avait décidé sa démolition parce qu’il se trouvait en dehors du plan général d’alignement de la caserne. L’occasion était donc très favorable pour tenter une expérience, non plus en prenant toutes les précautions possibles pour assurer le succès, mais, au contraire, en se réduisant à celles qui paraissaient strictement nécessaires.
- D’autre part, le désir de ne pas dépenser dans un essai qui pouvait être infructueux, une somme supérieure aux frais présumés de la démolition, imposait l’emploi exclusif des inslruments que l’on pouvait se procurer sur place et sans frais; c’est-à-dire quelques rails à double champignon, une quinzaine de boulets sphériques de 0m,12 de diamètre oubliés dans la caserne depuis la guerre, et enfin des bois de divers échantillons provenant d’un vieux bâtiment alors en démolition.
- Le système de Carburi se présentait tout naturellement à l’esprit. Deux traverses en bois, fixées sur deux contre-rails (recourbés à leurs extrémités comme ceux que l’on emploie pour les changements de voie) posés à plat sur les boulets qui roulaient eux-mêmes sur des rails placés également à plat sur le sol constituèrent un traîneau et une voie au moyen desquels je procédai à quelques expériences préliminaires.
- Je constatai ainsi, avec l'aide d’un dynanomètre ;
- 1 Voy. u° 540 du 6 octobre 1883, p. 300.
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- LA NATUI1E.
- 1° Que l’effort nécessaire pour traîner de cette manière un poids P est égal à 1 /80 de P1 ;
- 2° Que l’effort moyen de traction exercé par un homme, qui tire sans secousse, est d’environ 40 kilogrammes.
- Il devait donc suffire de 16 hommes attelés directement au bâtiment pour le mettre en mouvement, si on parvenait à le placer sur le chariot.
- C’était là l’opération la plus délicate et que les gens du métier considéraient comme impossible à cause du peu de cohésion des maçonneries; cependant j’avais comme précédent l’exemple du campanile de Crescentino, et j’opérai de la manière suivante :
- On commença par dégager les fondations en même temps qu’on renforçait la liaison des murs, à l’extérieur et à l’intérieur, à l’aide de deux étages de cadres en charpente. Puis on entailla, à peu près au niveau du sol, les murs parallèles à la direction à suivre, de manière à y encastrer, sur leur face extérieure, deux solives de chêne a et b (fig. 1).
- Sous ces solives, on pratiqua quatre brèches pour enfiler les poutres c et d qui leur étaient perpendiculaires ; parallèlement aux dites poutres et à la mêmehauteur, on entailla la face extérieure des deux murs encore intacts pour y encastrer les deux poutres f et g. On glissa alors sous les extrémités des quatre poutres c, d, f et g, à droite et à gauche du bâtiment, le système de rails, contre-rails et boulets dont j’ai p trié et on le mit exactement en contact avec lesdiles poutres au moyen de coins en chêne violemment chassées entre les poutres et les solives a et b2.
- Le bâtiment se trouvait donc à ce moment reposer également sur le chariot qu’on avait ainsi constitué à sa base, et sur les parties de maçonnerie qui n’avaient point encore été touchées; il suffisait de couper ces parties pour que la charge reposât tout entière sur le chariot.
- Afin d’éviter toute chance d’accident, les maçons commencèrent par saper, à l’intérieur du bâtiment, le reste de la base des murs qui reposaient en par-
- 1 J’ai obtenu le même résultat : d'abord avec le traîneau en question et des boules de bois pour des poids variant entre 5000 et 10 000 kilogrammes; puis avec un modèle au 1/10 et des IkhiIcs de cuivre pour des poids variant de 50 à 100 kilogrammes; enfin, avec des boules de fonte dans l’opération qui ait le supt de cet article.
- 8 Les solives a et b avaient encore pour objet, d’abord de soutenir la maçonnerie dans l’intervalle des poutres, puis de permettre l’action des coins sans détériorer le bâtiment.
- tic sur les poutres f et g; puis ils sortirent, et c’est de l’extérieur qu’ils démolirent avec des pinces les piliers qui restaient entre les quatre poutres.
- L’opération fut conduite avec beaucoup de soin et d’intelligence par MM. Christophe, adjoint du génie, et Alhonnne, entrepreneur, de telle sorte qu'il n’y eut pas un faux mouvement. Commencée le jeudi 10 mai à midi avec 12 hommes (5 charpentiers, 4 maçons et 5 manœuvres), elle fut terminée le samedi 12 mai un peu avant la fin de la journée.
- On passa immédiatement une corde autour du bâtiment, 16 hommes s’v attelèrent et la petite maison s’avança sans secousses jusqu’à l’extrémité du premier cours de rails qui formait la seule partie de la voie que l’on eut établie.
- On s’occupa alors de construire de nouvelles fondations à 52 mètres environ des anciennes, dans un
- emplacement où le magasin pouvait être utilisé et où l’on arrivait presque en ligne droite1. Pendant que ces fondations faisaient prise, on prépara l’emplacement de la voie; mais, faute de lon-grines, on dut se borner à des traverses qu’on posa obliquement de manière à nécessiter le moins de déblai possible. Ce fut une faute ; car, le terrain étant très compressible et les rails flexibles, on eut de la peine à franchir les jonctions des rails de la voie2.
- Ces rails n’avaient que 6 mètres de long et, comme on n’en possédait que six, on était obligé d’enlever ceux de l’arrière pour les porter en avant à mesure que le chariot s’avançait; on les posait simplement bout à bout en se coutentant de les fixer avec de gros clous. De plus les contre-rails supérieurs s’enlléchissant légèrement quand les poutres c, d,f, g, portaient sur les intervalles compris entre les boulets, le mouvement de ceux-ci devenait irrégulier et on était obligé de rétablir leur écartement normal à faille d’un excentrique introduit entre le rail et le contre-rail.
- * Les boulets que j’avais à ma disposition étaient un peu trop petits pour les rails, ce qui leur donnait un certain jeu et nuisait à la régularité de la traction; on utilisa celte circonstance défavorable pour faire décrire à la voie une courbe ayant environ un mètre de flècbe. Si la courbure avait été plus considérable, il aurait fallu nécessairement avoir recours à une plaque tournante. Le faible diamètre des boulets fut cause que quelques-uns s’encastrèrent dans les trous qui se trouvent aux extrémités des rails; on remédia à cet inconvénient en couvrant ces trous par une bande de tôle amincie à sou extrémité.
- - Un des boulets de fonte se fendit en deux.
- Fig. 1 — Mode de disposition du magasin à cartouches,
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- LA NATURE.
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- Toutes ces imperfections, qu’on aurait supprimées en encastrant, dès le début, les rails et les contre-rails dans des longrines suffisamment rigides et convenablement réparties, furent la cause de la marclie très lente du bâtiment.
- La traction s’effectua avec 2 hommes agissant sur un treuil (fig. 2); 2 autres hommes aidaient à l’arrière, avec des leviers, mais seulement dans les moments difficiles ; enfin 4 hommes surveillaient la marche des boulets et la régularisaient à l’aide de l’excentrique. 11 fallut près de trois heures et demie pour parcourir les 52 mètres ; ce qui donne à peu près une vitesse de 10 mètres par heure.
- 11 est certain que, si la voie avait été établie avec les précautions suffisantes, on aurait pu obtenir une vitesse beaucoup plus grande.
- En profitant du durcissement de la terre par la gelée, Carburi fit parcourir à son rocher pesant 1500 tonnes, des distances de 160 à 400 mètres par jour d’hiver, c’est-à-dire en quatre ou cinq heures, ce qui donne une vitesse probable de près de 500 mètres par quatre heures en terrain horizontal, on de 75 mètres par heure. Il avait un système analogue à celui de Romorantin et il posait sa voie à mesure qu’il avançait.
- 11 employait, en plaine, 2 cabestans avec des
- Fig. 2. — Transport d’un magasin à cartouches opéré à Blois, par l’auteur.
- moufles à 6 brins actionnés par 52 hommes, plus 10 hommes chargés de surveiller les boulets, plus 10 hommes chargés de transporter les poutres-rails, plus une trentaine d’hommes employés à déplacer les treuils et à enfoncer les piquets destinés à les maintenir, soit en tout une centaine d’hommes.
- En mettant 1 heure de travail à 0m,50, un parcours de 75 mètres lui serait revenu à 50 francs et le kilomètre à 400 francs.
- Il n’est pas possible de réduire cet effectif proportionnellement au poids à transporter; il faut toujours pour une opération de cette nature un certain nombre d’hommes pour desservir les divers organes du système employé. Pour le cas de Romorantin, on doit compter : 2 hommes à actionner les rails, 4 à la surveillance des boulets et 4 au trans-
- port de la voie et des treuils ; soit en tout 10 hommes. Mais, comme on n’a pas besoin de recourir aux moufles, on peut compter sur une vitesse double, c’est-à-dire de 150 mètres par heure.
- Le prix de revient du transport de ces 50 tonnes serait donc, en définitive, 20 fois moins considérable que celui de 1500 tonnes de Carburi, soit 20 francs par kilomètre. Si on exprime par y le prix en francs par kilomètre et x le poids en tonnes, on aura l'équation y=0,26#+7, entre les limites de 50 et 1500 tonnes.
- Avec le système employé par M. Place, en ne tenant pas compte des travaux préliminaires pour préparer et aplanir la voie et en supposant, pour établir la comparaison, que les ouvriers aient été aussi payés à raison de 0,30 l’heure, l’heure
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- LA NATURE
- de transport serait revenue à 180 francs ; et, comme les 18 kilomètres ont été parcourus, dans la dernière opération, en un jour et demi, c’est-à-dire en dix-huit heures environ, on peut dire d’une façon approximative que le prix de revient est de 180 francs le kilomètre pour 52 tonnes.
- Cette infériorité si frappante provient de ce que, quand les hommes sont trop nombreux, leurs efforts sont loin de s’ajouter intégralement les uns aux autres; aussi est-ce une erreur de supposer que les gigantesques travaux des Egyptiens s’opéraient uniquement à l’aide d’une multitude de bras. En admettant, ce qui est impossible, que l’on eût pu construire un chariot capable de supporter les 1500 tonnes de la statue de Memnon, il eut fallu plus de 24000 hommes pour la faire avancer en terrain horizontal; l’énoncé seul de ce chiffre en montre l’absurdité. A. de Rochas.
- L’AÉROSTAT DIRIGEABLE ÉLECTRIQUE
- DE MM. ALBERT ET GASTON TISSANDIEK
- En décrivant récemment le nouvel appareil à gaz hydrogène, que nous avons construit dans notre atelier aérostatique de Paris-Auteuil, nous avons fait savoir à nos lecteurs que l’aérostat dirigeable électrique dont nous préparons la construction depuis l’année de l’Exposition de l’électricité, était prêt à fonctionner dans un essai préliminaire.
- L’expérience a eu lieu le 8 octobre dernier. Avant d’en donner les résultats, nous allons décrire le matériel qui nous a servi à l’exécuter.
- La construction de l’aérostat dirigeable électrique a compris celle de trois appareils distincts : 1° L’aérostat proprement dit ; 2° l’appareil à gaz qui sert à le gonfler; 5° le moteur électrique destiné à lui donner le mouvement au moyen d’une hélice qui, en tournant, prend son point d’appui sur l’air.
- La description du moteur électrique , celle de l’appareil à gaz, ont été publiées ici même1, nous parlerons aujourd’hui, tout spécialement, de l’aérostat.
- La construction d’un navire aérien de forme allongée offre de sérieuses difficultés; elle ne peut avoir pour guide que deux expériences antérieures, celle de M. Henri Giffard, en 4 852, et celle de M. Dupuy de Lôme, en 1872. Dans le petit modèle que nous avons fait fonctionner, lors de l’Exposition d’électricité, nous avons adopté, comme mode de suspension de la nacelle, une perche longitudinale inférieure, analogue à celle du navire aérien à vapeur de M. Giffard. Il nous a semblé depuis, qu’il y aurait avantage à placer l’hélice à l’arrière d’une grande nacelle parallélépipédique , ayant une hauteur suffisante pour protéger le propulseur contre le danger d’un choc à la descente. La nacelle dans ce cas serait reliée à l’aérostat par des cordes de
- 1 Voy. n° 540 du 6 octobre 1883, p. 201.
- suspension obliques, et les déformations du système seraient évitées au moyen de brancards flexibles fixés des deux côtés de l’aéroslat.
- Là construction de l’aérostat, ainsi comprise, a été exécutée par mon frère, dans les ateliers de M. II. Lachambre, qui s’est chargé de la confection du nouveau navire aérien. Un petit modèle de 15 mètres cubes a d’abord été exécuté par mon frère, et ce n’est qu après en avoir étudié le fonctionnement à l’état captif, que la construction du grand aérostat a été commencée.
- L’aérostat électrique a une forme semblable à celle des ballons de M. Giffard et de M. Dupuy de Lôme; il a 28 mètres de longueur de pointe en pointe et 9m,20 de diamètre au milieu. Il est muni, à sa partie inférieure, d’un cône d’appendice terminé par une soupape automatique. Le tissu est formé de percaline rendue imperméable par un nouveau vernis d’excellente qualité1. Le "volume du ballon est de 1060 mètres cubes.
- La housse de suspension est formée de rubans cousus à des fuseaux longitudinaux qui les maintiennent dans là position géométrique qu’ils doivent occuper. Les rubans, ainsi disposés, s’appliquent parfaitement sur l’étoffe gonllée et ne forment aucune saillie, comme, le feraient les mailles d’un filet. Nous reproduisons ci-contre l’épure qui a servi à tailler les fuseaux de l’aérostat et les différentes parties de la housse (fîg. 1).
- La housse de suspension est fixée sur les flancs de l’aérostat, à deux brancards latéraux flexibles, qui en épousent complètement la forme, de pointe en pointe, en passant par l’équateur. Ces brancards sont formés de minces Jattes de noyer adaptées à des bambous sciés longitudinalement; ils sont consolidés • par des lanières de soie. A la partie inférieure de la housse, des pattes d’oie se terminent par vingt cordes de suspension qui s’attachent par groupe de cinq aux quatre angles supérieurs de la nacelle,
- La nacelle a la forme d’une cage ; elle a été construite, à l’aide de bambous assemblés, consolidés par des cordes et des fils de cuivre, recouverts de gutta-percha. La partie inférieure de la nacelle est formée de traverses en bois de noyer qui servent de support à un fond de vannerie d’osier. Les cordes de suspension enveloppent entièrement la nacelle ; elles sont tressées dans la vannerie inférieure et ont été préalablement entourées d’une gaine de caoutchouc, qui, en cas d’accident, les préserveraient du contact du liquide acide contenu dans la nacelle pour alimenter les piles.
- Les cordes de suspension sont reliees horizontalement entre elles par une couronne de cordage, située à deux mètres au-dessus de la nacelle.
- Les engins d’arrêt, pour la descente, guide-rope et corde d’ancre, sont attachés à cette couronne, qui a en outre pour but de répartir également la traction
- 1 Ce produit est préparé par M Arnoul, fabricant de vernis à Saint-Ouen-l’Aumône.
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- LA NATURE.
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- à la descente. Le gouvernail, formé d’une grande surface de soie non vernie, maintenue à sa partie inférieure par un bambou, y est aussi adapté à l’arrière.
- Voici les poids des différentes parties de ce ma-
- tériel :
- Aérostat, avec ses soupapes. 170 kilogr.
- Housse, avec le gouvernail et
- les cordes de suspension . 70
- Brancards flexibles latéraux. 54
- Nacelle.......................... 100
- Moteur, hélice, et piles avec le liquide pour les faire fonctionnerpendant2h.50 280
- Engins d’arrêt (ancre et guide-
- ropc)......................... 50
- Poids du materiel fixe. 704
- Deux voyageurs avec instruments .......................... 150
- Poids du lest enlevé............ 386
- Poids total. . . 1240
- Fig. 1. Fuseaux de l’aérostat dirigeable électrique et de sa housse de suspension. (Épure de M. Albert Tissandier.) Développement du quart de la housse. — SS. Fuseau supérieur. — AA. Fuseau latéral à la hauteur du brancard. — BB. Intersections
- du cône d’appendice avec les fuseaux.
- La force ascensionnelle était, en comptant 10 kilogrammes d’excès de force pour l’ascension, de 1250 kilogrammes. Le volume du ballon étant de 1060 mètres, le gaz avait donc une force ascensionnelle de 1180 grammes par mètre cube, résultat qui n’avait jamais été obtenu jusqu’ici dans les préparations en grand de l’hydrogène.
- Depuis la fin de septembre, l’appareil à gaz était prêt à fonctionner, l’aérostat était étendu sur le terrain, sous une longue tente mobile, afin de pouvoir être gonflé immédiatement, la nacelle et le moteur étaient tout arrimés sous un hangar qui les contenait; mon frère et moi, nous n’attendions plus que le beau temps pour exécuter notre expérience.
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- LA NATURE.
- Dès le samedi G, une hausse barométrique a été signalée; le dimanche 7, le temps s’est mis au beau, avec vent faible: nous avons décidé que l’expérience aurait lieu le lendemain, lundi 8 octobre 1885.
- Le gonflement de l’aérostat a commencé à 8 h. du matin et a été continué sans interruption jusqu’à 2 h. 50 de l’après-midi. Cette opération a été facilitée par des cordes équatoriales qui pendaient à droite et à gauebe de l’aérostat, et le long desquelles on descendait les sacs de lest. Ces cordes ont été dessinées sur la figure 2 qui représente l’aérostat fusiforme vu parla pointe de l’avant. I.e navire aérien étant tout à fait gonflé, il a été procédé de suite à l’inslallation de la nacelle et des réservoirs d'ébonite contenant chacun 50 litres de la dissolution acide de bichromate de potasse. A 5 h. 20 ni., après avoir entassé le lest dans la nacelle et avoir procédé à l’équilibrage, nous nous sommes élevés lentement dans l’atmosphère par un faible vent E. S. E.
- A terre, le vent était presque nul, mais comme cela se présente fréquemment, il augmentait de vitesse avec l’altitude et nous avons pu constater par la translation de l’aérostat au-dessus du sol, qu’il atteignait à 500 mètres de hauteur une vitesse de 5 mètres à la seconde.
- Mon frère était spécialement occupé à régler le jeu de lest, dans le but de bien maintenir l’aérostat à une altitude constante et peu éloignée de la surface du sol. L’aérostat a très régulièrement plané à une hauteur de quatre ou cinq cents mètres au-dessus de la terre; il est resté constamment gonflé, et le gaz en excès s’échappait même par la dilatation, en ouvrant sous sa pression, la soupape automatique inférieure dont le fonctionnement a été très régulier.
- Quelques minutes après le départ, j’ai fait fonctionner la batterie de piles au bichromate de potasse, composée de quatre auges à six compartiments, formant vingt-quatre éléments montés en tension. Un commutateur à mercure nous permet de faire fonc-
- tionner à volonté six, douze, dix-lmit ou vingt-quatre éléments, et d’obtenir ainsi quatre vitesses différentes de l’hélice, variant de soixante à cent quatre-vingts tours par minute. Avec 12 éléments en tension, nous avons constaté que la vitesse propre de l’aérostat dans l’air était insuffisante, mais au-dessus du Bois de Boulogne, quand nous avons fait fonctionner notre moteur à grande vitesse, à l’aide des 24 éléments, l’effet produit s’est trouvé être tout différent.
- La translation de l’aérostat devenait subitement, appréciable, et nous sentions un vent frais produit par notre déplacement horizontal. Quand l’aérostat faisait face au vent, alors que sa pointe de l’avant était dirigée vers le clocher de l’église d’Auteoil, voisine de notre point, de départ, il tenait tète au courant aérien et restait immobile, ce que nous pouvions constater en prenant sur le sol des points de repère au-dessous de notre nacelle. Malheureusement, il ne restait pas longtemps dans celte position favorable, et quand il avait bien fonctionné pendant quelques instants, il se trouvait soumis, tout à coup, à des mouvements giratoires que le jeu du gouvernail était impuissant à maîtriser complètement.
- Malgré ces rotations que nous trouverons le moyen d’éviter dans des expériences ultérieures, nous avons recommencé la même manoeuvre pendant plus de vingt minutes, ce qui nous a permis de stationner sensiblement au-dessus du Bois de Boulogne.
- Quand nous avons essayé de nous déplacer en coupant le vent dans une direction perpendiculaire à Ja marche du courant aérien, le gouvernail se gonflait comme une voile et les rotations se produisaient avec beaucoup plus d’intensité. Nous estimons, d’après ces faits, que la position que doit occuper un navire aérien doit être telle que son grand axe ne fasse avec la ligne du vent qu’un angle de quelques degrés.
- Après avoir procédé aux expériences que nous ve-
- Fig. 2. — L’aérostat dirigeable électrique, vu de l’avant avec ses cordes de gonflement.
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- Pig. 5.__ Premier aérostat électrique à hélice, expérimenté par MM. Albert et Gaston Tissamlier, le lundi 8 octobre 1883.
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- LA NATURE.
- nons de décrire, nous avons arrêté le moteur, et l’aérostat a passé au-dessus du Mont-Valérien. Une fois qu’il eût bien pris l’allure du vent, nous avons recommencé à faire tourner l’hélice, en marchant cette fois dans le sens du courant aérien ; la vitesse de translation de l’aérostat était accélérée ; par l’action du gouvernail nous obtenions facilement alors des déviations à gauche et à droite de la ligne du vent. Nous avons constaté ce fait en prenant comme précédemment des points de repère sur le sol ; plusieurs observateurs l’ont, d’ailleurs, vérifié, à la surface du sol.
- A4 h. 35m., nous avons opéré notre descente dans une grande plaine qui avoisine Croissy-sur-Seine; les manœuvres de l’atterrissage ont été exécutées par mon frère avec un plein succès. Nous avons laissé l’aérostat électrique gonflé toute la nuit et le lendemain, il n’avait pas perdu la moindre quantité de gaz; il était aussi bien gonflé que la veille'. Peintres, photographes ont pu prendre l’aspect de notre navire aérien au milieu d’une foule nombreuse et sympathique que la nouveauté du spectacle avait attiré de toutes parts.
- Nous aurions voulu recommencer le jour même une nouvelle ascension; mais le froid de la nuit avait déterminé la cristallisation du bichromate de potasse dans nos réservoirs d’ébonite et la pile, qui était loin d’être épuisée, se trouvait cependant ainsi hors d’état de fonctionner. Nous avons fait conduire l’aérostat à l’état captif sur le rivage de la Seine près du pont de Croissy, et là, à notre grand regret, nous avons dû procéder au dégonflement, et perdre en quelques instants, ce gaz que nous avions mis tant de soins à préparer.
- Nous avons été aidés, dans toutes ces opérations, avec la plus aimable obligeance par la population de la localité et par plusieurs propriétaires des villas voisines. Nous remercierons particulièrement M. Poi-trineau, architecte, qui a voulu donner asile aux voyageurs et abriter leur matériel.
- Sans entrer dans de plus longs détails au sujet de notre retour4, nous pouvons conclure de cette première expérience :
- Que l’électricité fournit à l’aérostat un moteur des plus favorables, et dont le maniement dans la nacelle est d’une incomparable facilité ;
- Que dans le cas particulier de notre aérostat électrique, quand notre hélice de 2m,80 de diamètre tournait avec une vitesse de 180 tours à la minute, avec Un travail effectif de 100 kilogrammètres, nous arrivions à tenir tète à un vent de 3 mètres à la seconde et en descendant le courant à nous dévier de la ligne du vent avec une grande facilité ;
- Que le mode de suspension d’une nacelle à un aérostat allongé, par des sangles obliques mainte-
- 1 Nous dirons ici que notee matériel a pu être ramené à Paris sans que rien absolument ait subi la moindre avarie, grâce à un mode spécial de fermeture de nos réservoirs d’ébo-nite, pas une goutte de liquide n’a été répandue dans la nacelle, et pas un seul charbon mince de la pile n’a été cassé.
- nues au moyen de brancards latéraux flexibles, assure une stabilité parfaite au système.
- Nous devons ajouter que notre ascension du 8 octobre, ne doit être considérée que comme une expérience d’essai préliminaire qui sera renouvelée avec les améliorations que comporte notre matériel. Nous ferons observer surtout que nous avions dans la nacelle un excès considérable de lest et qu'il nous sera facile, dans la suite, d’employer un moteur beaucoup plus puissant.
- La navigation aérienne ne sera pas créée en une seule fois; elle nécessite des essais nombreux, des efforts multiples, et une persévérance à toute épreuve. Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- TREMBLEMENT DE TERRE EN ALGÉRIE
- Dans la nuit du 6 au 7 octobre, une secousse de tremblement de terre a été ressentie subitement à Philippe-ville (Algérie).
- Elle a eu lieu à une heure et demie. Ce qu’elle a eu de remarquable, c’est sa durée que j’estime au moins à dix secondes. Heureusement la trépidation n’a pas été bien forte. Les oscillations se produisaient suivant la ligne N. S. au S. N. La population effrayée et frappée par les catastrophes d’ischia et de Java, s’est précipitée en foule sur les places publiques et sur les bords de la mer, attendant avec anxiété une seconde secousse qui heureusement ne s’est pas encore fait sentir. La nuit suivante, un grand nombre d’habitants ont encore passé la nuit en plein air, surtout la population napolitaine. J. B.
- LE SOLEIL DE MINUIT AU CAP NORD
- SOUVENIR DE VOYAGE
- Pour bien décrire les effets du soleil de minuit au cap Nord, il faut les avoir vus. Or, malgré le titre transcrit ci-dessus et la meilleure volonté du monde, je n’ai pu contempler depuis le point susdit les effets en question. La faute en est au capitaine de l'Ole Bull qui nous a refuse ce jour-là la permission de minuit au Cap. Il était neuf heures du matin lorsque notre steamer jeta l’ancre, le 19 juillet, dans une anse, à l’abri, par une mer assez grosse. Si le transport des harengs en barriques et des morues sèches ne présentait plus d’intérêt aux armateurs qu’un naturaliste curieux, peut-être le capitaine Bentzon se serait décidé à stopper ici un jour complet. Mais mes vœux ne pouvaient entrer en ligne de compte avec le temps mesuré pour le chargement du poisson. Tout ce que je pus obtenir de plus, ce fut un délai de six heures pour exécuter l’ascension du Cap. Vingt personnes voulaient être de la partie, les dames comme les autres. Vite, deux canots chargèrent cette société. Quelques coups de rames vigoureux nous amenèrent entre de gros rochers éboulés battus par les vagues qui ballottaient les canots. Pressé de monter au haut des escarpements,
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- je sautai sur un de ces rocs, laissant à mes compagnons de route le soin de débarquer les dames avec les précautions voulues pour éviter un plongeon.
- Ab ! le cap Nord se dresse superbe, pareil à un gigantesque bastion, avancé à l’extrémité de l’Europe, au-dessus de l’Océan Glacial. Un coup d’aile pourtant doit suffire pour atteindre le sommet. Manquant d’ailes j’ai taché d’y monter à pied, en m’aidant aussi des mains. Point de chemin d’ailleurs, ni même de sentier. On s’élève au fond d’une gorge, par-dessus des éboulis. Les pierres croulantes cèdent par places, glissent et bondissent, tellement qu’il y a un avantage positif à marcher en tète de colonne, à se trouver placé le plus, haut, pour échapper à ces voltigeurs bien connus des alpinistes. Des deux côtés de la gorge, les escarpements de schistes et de grès s’élèvent en murailles verticales. Cette gorge sert de lit à un ruisseau. Le ruisseau coule d’un champ de névé sur les éboulis. Ses bords sont gazonnés, verts, riants, émaillés de fleurs en plein épanouissement. Qui l’aurait cru? Presque toute la flore du Hohneck vosgien se retrouve ici avec la même fraîcheur vigoureuse, la même vivacité de couleurs. Trouver les fleurs des Vosges sur les rives immédiates de l’Océan Glacial, quelle gracieuse surprise! Des renoncules jaunes, des anémones, des bartsia purpurines, des trolles pâles, des géraniums pourpres, des alehemilles alpines, des cerastiums, des gnaphaliums et le tendre myosotis, fleur du souvenir, notre Vergissmeinnicht ! Doutez-vous que je ne me sois empressé de serrer dans mon carnet de notes le Verg'mmeinnicht du cap Nord? Vous pensez bien si le souvenir de l’Alsace, du chez-nous et des chers absents est venu m’assaillir à la vue de ces petites fleurs bleues cueillies si loin de chez nous? Pourtant je montais et je montais plus haut, toujours plus haut sur la pente escarpée de la gorge. En bas, on eût dit que quelques sauts suffiraient pour arriver sur la hauteur. De fait, j’y ai mis une demi-heure pleine, le gros de la société de Y Ole Bull, le double ou le triple, tant l’ascension est rude, plus rapide qu’un escalier. Encore si c’était un escalier avec de vraies marches. Mais ici point de marches, rien que des pierres qui glissent. A mesure de la montée, la végétation diminue, les fleurs deviennent plus rares, au point de manquer tout à fait, même entre les pierres du ruisselet sur la fin de l’escalade, laissant à jour la roche nue toute seule au dernier moment. Ainsi dans la vie, la voie paraît au début pleine d’espérances et d’illusions et d’enchantements et, à mesure que nous allons, les enchantements et les illusions se dissipent, au point de manquer tout à fait, vers la fin de notre carrière, nous laissant aux prises avec la réalité inflexible, avec ses dures aspérités.
- Pourtant la portée du regard gagne a l’atteinte du sommet et le ciel apparaît plus proche. Vu du haut de la gorge, au bas des précipices, entre lesquels nous sommes montés et que nous dominons maintenant, le bateau à vapeur ressemble à une coquille
- de noix sur l’immense surface de la mer. Sous l’action d’un fort vent du nord-ouest qui nous saisit, nous ne nous arrêtons pas à contempler la mer.Il faut continuer à marcher pour ne pas prendre froid. Je m’avance donc sur un plateau uni, en partie pierreux, en partie tourbeux. N était l’Océan, je me croirais sur les Hautes-Chaumes au-dessus des lacs d’Orbey1. Dans les parties pierreuses, le sol est formé de schistes et de grès de gramvacke et parsemé de fragments blancs de silex. Dans les creux, où les eaux restent stagnantes, le sol tourbeux et mouvant, composé de mousses et de sphaignes, cède sous le pied. Une demi-heure de marche me conduit sur le promontoire même formé par le cap Nord. Trois cairns en pierres ont été élevés sur le promontoire. Entre les cairns, un obélisque en granit poli dressé sur un piédestal, au plus haut point, en souvenir de la visite, faite ici le 2 juillet 1873, par le roi Oscar 11 de Suède. Voilà le but atteint. Je suis au terme de mon voyage dans l’extrême nord, pour cette année du moins. Arrivé premier, toujours tête de colonne, avec une large avance, j'ai le temps d’attendre les compagnons de route, de regarder à mon aise autour de moi. Asseyons-nous bien et voyons.
- Au premier abord, l’aspect du roc aride, des noirs escarpements dont les vagues écumeuses viennent battre la base avec un rythme cadencé et de longs mugissements, dont les vents âpres balaient sans relâche les flancs décharnés et la cime chauve, à l’aspect de la mer immense dont les contins se perdent, dans l’horizon lointain, avec la brume terne du ciel, loin de tout bruit humain, sans aucun être vivant qui anime, de près ou à distance, cette perspective infinie, la Terre apparaît seulement comme un corps cosmique, où cesse, où finit toute manifestation de la vie organique, telle qu’elle a été aux premiers jours de sa formation, tel que peut redevenir un jour notre globe si le Soleil cesse de lui prodiguer sa lumière et sa chaleur. Longtemps le regard se perd dans l’espace, la pensée sonde et fouille les profondeurs inconnues de l’Océan et du ciel interrogeant, serutant, avec un sentiment anxieux et curieux tout à la fois les choses d’au delà. La connaissance des objets visibles, loin de satisfaire cette pensée inquiète, excite sa soif inassouvie de savoir. Saisir ce qui est visible pour pénétrer ce qui ne l’est plus et en deviner la raison d’être, l’origine et la fin, voilà où tendent nos efforts. Et tandis qu’on se demande si tout cela peut avoir un but déterminé et un motif, une rêverie vague vous berce et vous endort.
- Sans une piqûre de moustique, j’en serais resté là perdu dans le grand tout. Un cousin, moucheron ordinaire, comme les tourbières de la Magerô, et surtout le fjeld lapon, en nourrissent beaucoup, me rappela ou me rendit au sentiment de la réalité. Sous l’effet de la piqûre, je dus me dire : je sens,
- 1 Voy. dans La Nature du 25 décembre 1876, page 55, notre article sur les réservoirs des lacs d’Orbey.
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- LA NATURE.
- donc je suis. Je me frottai les yeux et me levai. 1 lus que rafraîchi par le souffle piquant par une forte bise, je constatai au thermomètre fronde une température de 5° centigrades. Trop peu pour rester assis, n’est-ce pas? Rejoint d’ailleurs par deux de mes compagnons de route, le colonel Koininek, du ministère de la marine d’Autriche et le Dr Lôff, médecin de l’armée, à Vienne, je constatai avec eux comment la fraîcheur de l’air excite la fraîcheur de l’esprit ou de ce je ne sais quoi appelé l’esprit. Ensemble nous constatâmes que la vie organique ne disparaît pas tout à fait au sommet du cap Nord, même sur les parties en apparence les plus chauves,
- les plus nues. Non seulement on découvre, ici et là, des mottes de mousse et de lichens, mais un peu d’attention met en vue des fleurs. Une renoncule a urée, une anémone, toutes deux petites, à lige courte pour abriter contre la terre protectrice leur délicate corolle, comme la marguerite de Burns :
- Searce reared above the parent earth Thy tender form.
- Ce n’est pas tout. Après avoir senti la piqûre des moustiques et aperçu les fleurs, que voyons-nous encore? Quelque chose comme un double jet d’eau intermittent au-dessus des flots de la mer à aspect
- Fig, 1. — Vue du cap Nord. (D’après une photographie.)
- de plomb fondu. Une masse noire s’enfonce et émerge alternativement sous les jets d’eau susdits. Évidemment cette masse est une baleine qui prend ses ébats ou se demande ce que font bien ces visiteurs étrangers perchés en haut des rochers du Cap. Les rochers de la Magerô, dont le cap Nord forme la pointe extrême du côté de l’Océan Glacial, se composent de couches du terrain de transition redressées verticalement. Sur les flancs du promontoire, de profondes fissures entaillent les escarpements, descendant jusqu’à la mer en manière de cheminées. A première vue, ces pentes noires, au bas desquelles les lames d’eau se brisent blanches d’écume, donnent le vertige. On doit pouvoir y descendre pourtant avec les précautions voulues. Dans les creux du
- plateau restent encore des flaques de neige. Partout où l’écoulement manque se développent des marais tourbeux. Le pourtour même de l’île se montre découpé profondément. Une quantité de promontoires avancés et de baies profondes, terminées en cirques, entaillent les escarpements de cette terre abrupte sur toutes ses faces et comme découpées à l’emporte-pièce. Notre compatriote, M. Kœchlin-Schwartz, compare sa figure ^ celle d’un crabe gigantesque. Ce qui est positif, c’est qu’elle s’évase en cuvette dans sa partie centrale et envoie dans la mer cinq rayons pareils aux bras d’une astérie, se relevant à partir de la dépression du centre pour s’affaisser dans les flots sinon comme des murailles verticales sur tout le pourtour, du moins avec de fortes pentes.
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- LA NATUKE.
- ooo
- Tandis que le géologue Keilhau attribue une altitude j de 970 pieds de Norvège au point culminant du \ Cap, M. Charles Martins lui assigne 308 mètres I d’après les observations barométriques de la Com- | mission française du Nord. Suivant nos marins, la i pointe sud des îles Spitzberg doit être visible par j un temps clair, depuis la colonne commémorative du roi Oscar. Aujourd’hui le temps n’est pas clair et je n’ai pas de regard perçant...
- Mais le soleil de minuit, dites-vous, quels sont ses effets au cap Nord? J’y viens après avoir observé une température de 8,8° pour la mer à sa surface aux abords du promontoire, à 3 heures de l’après-
- midi, le thermomètre à l’air marquant 7,5°. Plus chaude que l’air, la mer prouve l’extension du Gulf-stream dans ces parages. Jamais la mer ne gèle, pas même en hiver, aux abords du cap Nord ; malgré son nom d’Océan Glacial, jamais un glaçon n’échoue sur ses écueils. Quant au soleil de minuit, je vous écris à sa clarté. Je n’ai pu le voir au Cap parce que le capitaine de Y Ole Bull nous a contraint de nous embarquer à 3 heures, à moins de vouloir aller à pied à la station de pèche de Kvelfik, située à 30 ki-j lomètres de marche, pour y attendre huit jours ! durant le passage d’un autre navire A part ce mé-j compte, j’ai vu le soleil de minuit ce soir à Ham-
- Fig. 2. — Le soleil de minuit observé par l’auteur. ^D’après une photographie.)
- merfest et hier pendant la traversée duMalangenfjord, entre Lavangnâss et Tromsô.
- C’est un spectacle vraiment beau et grandiose, étrange pour nous habitants du Midi habitués à l’alternance quotidienne de la nuit et du jour. Visible à partir du cercle polaire, le soleil de minuit revient tous les jours, ou plutôt le disque entier de l’astre reste au-dessus de l’horizon à llammerfest à partir du 16 mai; du 13 mai jusqu’au 30 juillet au cap Nord. Toutefois, on n’en jouit pas quand il est masqué par les montagnes ou caché par les nuages, comme cela arrive trop fréquemment pendant la navigation le long des côtes. Lorsque je le vis pour la première fois, après plusieurs jours brumeux, pendant une éclaircie, à travers l’ouverture d’un bras
- de mer et entre deux rangées de monts élevés, il était tout à fait splendide, dans son plein éclat. Le ciel, absolument pur dans cette direction, avait un coloris d’un rouge sang, sur lequel les sommets du littoral se détachaient en relief. Cette lumière rouge se tamisait, avec ses tons pourpres, à travers le feuillage d’une forêt de bouleaux nains qui revêtait les parois du chenal rocheux, où nous passions, se reflétant sur les arêtes nues des montagnes plus hautes et sur les flots de la mer. Chaque lame de la mer reflétait l’image de l’astre radieux, qui descendit lentement et se releva de nouveau, sans disparaître au-dessous de l’horizon. Quand le soleil de minuit reste masqué par les montagnes, l’atmosphère vaporeuse étale au ciel du côté opposé toutes
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- LA NATURE.
- les couleurs du prisme, des retlets rouges, jaunes, oranges, verts, bleus, indigos, violets, fondus les uns dans les autres, en tons adoucis, moelleux. Ce n’est plus la lumière vive du jour, ce n’est pas non plus la nuit, mais quelque chose d’indécis, un crépuscule lumineux, que le poète Tegner dépeint dans la légende de Frithof :
- Midnattsolen pâ bergen satt
- Blodrod till a skâda ;
- Det var ej dag, det var ej naît,
- Del vâgde emelfan bàda.
- Charles Grao,
- Correspondant de l’Institut, député d’Alsace-Lorraine au Reichstag.
- Hanmierfest (Laponie), 19 juillet 1883.
- ! CO \\ l : EMONDA NC E
- CURIOSITÉS D’HISTOIRE NATURELLE.
- Madou, le 7 octobre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Permettez-moi de porter à la connaissance des lecteurs de La Nature deux faits curieux qui ont eu pour théâtre la commune de Chouzy, près Blois.
- d° Le Vice-Président de la Société d’histoire naturelle de Loir-et-Cher, M. Ludovic Guignard, propriétaire du château de la Vicomté, a trouvé dans l’île de Rothier, à Chouzy, un nid de sansonnets dans le creux d’un peuplier d’Italie, au milieu d’un essaim d’abeilles.
- 2° M. Ludovic Guignard a trouvé également à Chouzy, un morceau de bois phosphorescent dans l’intérieur du chantier d’un charpentier; il provenait d’un tas de copeaux qui étaient aussi phosphorescents. M. Ludovic Guignard a pris ce morceau de bois que le charpentier s’est empressé de lui offrir et l’a emporté chez lui. Seulement comme il l’avait déposé dans un lieu humide, le curieux échantillon a perdu sa propriété. Mais M. Ludovic Guignard ayant eu l’heureuse idée de l’exposer à un soleil ardent, le morceau de bois a repris toute sa vertu ; chaque fois qu’on le laisse un certain temps à l’ombre, le morceau de bois perd sa vertu pour la reprendre chaque fois qu’on l’expose au soleil. Mais il faut l’y laisser aussi un certain temps. Le morceau ainsi que les copeaux dont il faisait partie étaient du bois pourri. Je pense que ces deux faits pourront intéresser vos lecteurs.
- Agréez, etc. H. Pelletier,
- Président du Comice agricole de l'arrondissement de Blois.
- CHRONIQUE
- Un hommage & M. Pasteur. — La ville natale de M. Pasteur a récemment donné à l’illustre savant un témoignage de sa reconnaissance pour ses travaux. Une plaque commémorative a été placée sur la maison où il est né. M. Pasteur, qui assistait avec sa famille à l’inauguration de ce monument, a prononcé les paroles suivantes :
- « Messieurs, je suis profondément ému de l’honneur que me fait la ville de Dole; mais permettez-moi, tout en exprimant ,ma reconnaissance, de m’élever contre cet excès de gloire. En m’accordant un hommage qui ne se rend qu’aux morts illustres, vous empiétez trop vite sur le jugement de la postérité. Ratifiera-t-elle votre décision
- et n’auriez^vous pas dù, monsieur le maire, prévenir prudemment le Conseil municipal de ne pas prendre une résolution aussi hâtive?
- « Mais après avoir protesté, messieurs, contre les dehors éclatants d’une admiration que je ne mérite pas, laissez-moi vous dire que je suis touché et remué jusqu’au fond de l’âme. Votre sympathie a réuni sur cette plaque commémorative les deux grandes choses qui ont fait à la fois la passion et le charme de ma vie : l’amour de la science et le culte du foyer paternel.
- « Oh ! mon père et ma mère ! oh ! mes chers disparus ! qui avez si modestement vécu dans cette petite maison, c’est à vous que je dois tout! Tes enthousiasmes, ma vaillante mère, tu les as fait passer en moi. Si j’ai toujours associé la grandeur de la science à la grandeur de la patrie, c’est que j’étais imprégné des sentiments que tu m’avais inspirés. Et toi, mon cher père, dont la vie fut aussi rude que ton rude métier, tu m’as montré ce que peut faire la patience dans les longs efforts. C’est à toi que je dois la ténacité dans le travail quotidien. Non seulement tu avais les qualités persévérantes qui font les vies utiles, mais tu avais aussi l’admiration des grands hommes et des grandes choses. Regarder en haut, apprendre au delà, chercher à s’élever toujours, voilà ce que tu m’as enseigné. Je te vois encore, après ta journée de labeur, lisant le soir quelques récits de bataille d’un de ces livres d’histoire contemporaine qui te rappelaient l’époque glorieuse dont tu avais été témoin. En m’apprenant à lire, tu avais le souci de m’apprendre la grandeur de la France.
- « Soyez bénis l’un et l’autre, mes chers parents, pour ce que vous avez été, et laissez-moi vous reporter l’hommage fait aujourd’hui à cette maison.
- « Messieurs, je vous remercie de m’avoir permis de dire bien haut ce que. je pense depuis soixante ans. Je vous remercie de cette fête* et de votre accueil, et je remercie la ville de Dole qui ne perd de vue aucun de ses enfants et qui m’a gardé un tel souvenir. »
- Nonvean composé incombustible. — Le Manufacturer and Builder donne des renseignements détaillés sur un nouveau composé incombustible, fabriqué et préconisé par la Magneso-calcile Fire proof Company de Boston; il peut être employé comme revêtement pour les murs et les planchers des habitations, les coffre-forts, les cages d’ascenseurs, etc.
- Ce composé se fabrique en imprégnant des fibres très fines d’amiante ou de laine de scories avec un mélange de chaux, de magnésie et de silicate de soude, puis en soumettant le tout à une très forte pression ; on obtient ainsi une sorte de tissu feutré, élastique, mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité et incombustible. Les bandes de ce tissu obtenues au sortir des presses, sont juxtaposées les unes aux autres contre la surface à protéger, puis jointes entre elles au moyen d’ün ciment ayant la même composition qu’elles et qu’on laisse tout simplement sécher.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 octobre 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Le ballon électrique. — En entrant dans la salle, le regard est frappé par une série de très beaux dessins et de grandes photographies représentant le ballon électrique de MM. Albert et Gaston Tissandier, ainsi que l’aspect des ateliers aérostatiques d’Auteuil, au moment de l’ascension
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- LA NATURE.
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- • • • . r / V
- variation delà vitesse, la relation exacte est — = { 1 —
- V ’o
- * du 8 octobre. Ces documents sont exposés à l’appui de la lecture que M. Gaston Tissandier est appelé à faire, et que l’Académie écoute avec l’intérêt le plus vif. Nous ne saurions entrer dans le détail de cette communication qui fera date dans l’aéronautique et au sujet de laquelle les lecteurs de La Nature ont dans la présente livraison les détails les plus complets. (Page 526.)
- Fonctionnement d'une turbine et d'un moteur électrique. — M. Cabanellas discute l’expression à deux variables F V
- F et Y, p- + — qu’il applique à la donnée mécanique des r o ’ o
- machines travaillant à l’effort résistant utile F et à la vitesse V. Alors F0 est l’effort moteur brut la machine stoppée et V0 est la vitesse, la machine tournant libre de toute résistance utile. M. Marcel Deprez avait remarqué (Comptes rendus de l’Institut du 24 septembre 1883) que pour la turbine deVizille, qui actionnait le transport élec-F Y
- trique de Grenoble, on avait — -f — — 1, relation qu’il
- ’o
- y a plusieurs années, il avait trouvé exprimer de fait le fonctionnement mécanique d’un moteur électrique à champ magnétique constant, lorsque la force électromotrice de la source est constante. M. Cabanellas donne la théorie des divers faits. L’équation est rigoureusement satisfaite pour les machines dont l’effort moteur brut F est constant et l’effort résistant passif f proportionnel à la vitesse. L’équation n’est jamais rigoureusement satisfaite si l’effort résistant passif est constant. Si l’effort moteur brut varie arithmétiquement en raison inverse de b
- F_
- Y
- tr ) qui ne peut se confondre avec -q- — = 1
- KJ f0 Y0
- que si/=(). Cette dernière relation n’est donc jamais
- satisfaite et le premier nombre diffère de l’unité de —
- F
- Y \ , °
- ÿ" I. écart variable, le plus grand quand la vitesse
- est la plus petite, il s’approche alors de sa limite supérieure ~.
- M. Cabanellas montre qu’en général l’effort moteur brut d’un moteur hydraulique (roue, turbine) a pour va-Y
- leurF' —F0— r— (F0—/), parce que, malgré la coin-’o
- plexité des relations réceptrices de la pression motrice du liquide, chaque effort moteur brut élémentaire, pour une même ouverture de vanne, c’est-à-dire à égalité de masses motrices élémentaires, varie proportionnellement à l’inverse de la variation de l’excès de vitesse de la masse élémentaire motrice sur la vitesse de son récepteur élémentaire; l’effort moteur brut total résultant varie donc proportionnellement à l’inverse de la variation de la vitesse du récepteur total.
- L’auteur tire au clair le fonctionnement du moteur électrique ; si on suppose constants : 1° le champ magnétique d’un moteur et 2° la force électromotrice de la source qui l’alimente, il en résulte : 1° que l’effort moteur brut est proportionnel au champ électrique mobile ou à l’intensité du courant électrique ; 2“ que la variation de l’intensité est proportionnelle à la variation de la force contre-électromotrice du moteur, laquelle est elle-même proportionnelle à la variation de la vitesse. Par conséquent la V
- formule F' = F„ —(F0 — f) est également applicable.
- Si on néglige toutefois la variation de résistance électrique effective de l’anneau induit correspondante à la variation de vitesse, en appelante la force contre-électromotrice du moteur à vitesse unité, la relation rigoureuse du fonction-F e
- nement devient — (Y0—Y) - , la valeur de f est F0 r0 h
- 1—Yo Y, l’écart, en dessous de l’unité, de la somme
- E
- F , Y + y est •’o V0
- v
- E
- 1 —
- En terminant, M. Cabanellas examine le cas où F' et f sont constants, alors F est toujours égal à la constante F' — /’, mais cet unique effort résistant utile, nécessaire à l’équilibre dynamique, correspond à un équilibre indifférent satisfait avec toutes les vitesses. L’auteur rappelle le parti qu’il a tiré de cette donnée mécanique dans ses robinets électriques qui sont destinées à transformer l’unique courant mère, venant de l’usine, en des courants locaux constants de toutes intensités, à débit de même sens ou de sens alternatifs. Ces récepteurs conservent automatiquement leurs débits malgré les variations facultatives du travail local qui leur est demandé, ils travaillent à effort constant et prennent d’eux-mêmes la vitesse quelconque qui leur est nécessaire pour produire la puissance variable de travail à laquelle ils doivent faire face
- Analyse des radiations. — Un physicien dont le nom ne parvient pas jusqu’à nous, annonce qu’il parvient, un faisceau de lumière solaire étant donné, à en isoler les radiations calorifiques, et à en écarter les radiations lumineuses et chimiques. Le procédé dont l’efficacité devra être confirmée, consisterait à faire tomber le faisceau sur un verre à la surface duquel du sélénium, fondu à la température de 250 degrés, a été préalablement étendu en une couche extrêmement mince et parfaitement régulière.
- Isolement électrique des fils métalliques. — Tout le monde connaît les belles expériences de Nobili et de Becquerel dans lesquelles des métaux variés sont recouverts d’oxydes irisés à l’aide de l’électrolyse de plombâtes et de ferrâtes alcalins. D’après M. Widemann, les mêmes faits sont applicables à la fabrication de fils conducteurs de l’électricité. Il résulte en effet des recherches de cet auteur, que la couche irisée est absolument isolante à l’égard du vernis ou de la gutta-percha. S’il en est réellement ainsi, l’industrie ne manquera pas d’en tirer rapidement un parti des plus avantageux.
- Les bourses du Muséum. — En exécution de l’arrêté ministériel du 25 avril 1882, l’administration du Muséum aura à présenter à la nomination du Ministre de l’Instruction publique, dans le courant d’octobre, dix candidats aux bourses du doctorat ès sciences naturelles. Ces bourses sont de 1500 francs. Les candidats devront faire parvenir le plus tôt possible leur demande et leur titre à l’administration du Muséum.
- Ruminants tertiaires. — On sait que durant les commencements des temps tertiaires, les ruminants n’avaient pas de bois sur la tête; ces ornements au contraire étaient déjà fort développés à la fin de l’époque miocène ; mais c’est pendant le pliocène que les cerfs ont enfin acquis le magnifique ornement qui décore leur front. En France l’une des régions les plus riches en ruminants fossiles est l’Auvergne et il y a déjà longtemps que Croizet avait réuni à cet égard des matériaux considérables. Au imr
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- LA NATURE.
- ment où la mort est venu l’arracher à ses travaux, ce paléontologiste avait dessiné 21 planches de ruminants qui sont restés sans description et sous lesquels l’auteur n’a même pas mis son nom. Un peu plus tard, Bravard se consacra à des travaux du même genre, mais tué dans le tremblement de terre de Mendoza, il n’arriva pas plus que son prédécesseur à un résultat définitif. Les collections Croizet et Bravard sont depuis trente ans la propriété du Muséum, mais depuis trente ans tous les chercheurs ont reculé devant la tâche formidable de mettre de l’ordre dans cette multitude d’échantillons. Outre que, fragiles de leur nature, les cornes de ruminants sont ordinairement réduites dans le sol en fragments épais difficiles à déterminer, les progrès de l’àge apportent dans les appendices frontaux du même animal des modifications si grandes qu’on a de la peine à décider les rapports mutuels des échantillons recueillis. Cependant tout récemment, un médecin militaire, M. Perrcy, s’est consacré à l’étude des ruminants fossiles des tertiaires de l'Auvergne.
- M. Gaudry dépose sur le bureau son mémoire, accompagné de nombreuses planches, et qui va rendre à la faune éteinte de notre plateau central l’appoint considérable des grands troupeaux d’herbivores qui peuplaient la Limagne avant .les temps quaternaires.
- Varia. — Un intéressant mémoire de M. Yesque, aide-naturaliste du Muséum, sur la circulation de la sève ascendante est présenté par M. Duchartre. —
- 31. Alphonse Milne Edwards signale les services rendus à la science par le laboratoire de zoologie de Marseille, fondé et. dirigé par M. Marion. — La séance est terminée par la lecture d’un mémoire de M. Trépied | sur l’observation spectroscopique de la chromosphère solaire. Stanislas Meunier.
- Manière d’opérer la gravure sur un oeuf.
- LES RÉCRÉATIONS SCIENT]FUJI]ES
- LES ŒUFS GRAVÉS.
- 11 y a quelque temps, un camelot vendait, sur les carrefours et les places, des coques d’œufs sur lesquelles des prénoms, des devises ondes Heurs étaient gravés. I/art de graver sur les œufs se rattache à un fait historique curieux et fort peu connu.
- Au mois d’août 1808, lors de la guerre d’Espagne, on trouva, dans l’église patriarcale de Lisbonne, un œuf, sur la coque duquel l’extermination prochaine des Français était annoncée. Ce fait causa
- une vive effervescence dans la population superstitieuse portugaise et fut sur le point de causer un soulèvement.
- Le commandant français y fit remédier d’une façon ingénieuse. Des milliers d’œufs portant gravé le démenti de la prédiction furent distribués dans la ville. Les Portugais, profondément étonnés, ne savaient que penser, mais des milliers d’œuL, démentant la pré .’iclion gravée sur un seul, avaient la puissance de la majorité. En outre, quelques jours après, des affiches apposées à tous les coins de la ville indiquaient le moyen d’opérer le miracle. Ce moyen est très simple, voici en quoi il consiste : on écrit ou l’on dessine sur la coquille de l'œuf avec de la cite ou du vernis ou simplement du suif. On
- plonge ensuite cette coquille dans un acide faible, du vinaigre, par exemple, de l’acide chlorhydrique étendu, de l’eau forte de graveur ou de l'eau de cuivre,etc. Partout où le corps isolant n’a pas protégé la coquille, le calcaire de celle-ci est décomposé et dissous dans l’acide. L’écriture ou le dessin reste donc en relief. La manière de procéder ne présente aucune difficulté, mais cependant pour réussir dès le premier essai il faut prendre quelques précautions.
- D’abord, comme on grave généralement sur les œufs soufflés, afin de pouvoir les conserver sans altération, il est nécessaire, avant de les plonger dans l’acide, de fermer les ouvertures des deux extrémités avec une boulette de cire jaune ou blanche ; de plus comme ces œufs sont Dès légers, on est obligé de les maintenir au fond du bain d’acide, à l’aide d’un fil fixé à un poids ou bien enroulé à l’extrémité d’une baguette de verre.
- Si l'acide est très étendu d’eau, l’opération, bien qu’un peu longue, donne de meilleurs résultats, deux ou trois heures suffisent en général pour avoir des caractères ou des traits ressortant suffisamment.
- Graver sur des œufs, est, comme on le voit, très facile ; de miracle ët d’œuvre de sorcier c’est devenu une simple expérience de physique amusante.
- • Le pro]»iéiaire-gùant : G. Tissaxdiir. Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N# 545.
- 27 OCTOBRE 1883.
- LÀ NATURE.
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- LES IGUANODONS DE BERNISSART
- L’animal, dont notre dessin représente le squelette frappe, à première vue, outre sa taille colos-
- sale, par sa ressemblance avec le kanguroo géant. Comme lui, il a la queue énorme, les membres inférieurs très longs, les membres supérieurs très courts. Il semble qu’on doive le placer très près de ce marsupial. Pourtant les paléontologistes dérangeant,
- Le' grand Iguanodon du Musée de Bruxelles.
- àbon droit, toutes les idées vulgaires, font un reptile de l’Iguanodon.
- Un Reptile! — bipède comme l’homme et comme les oiseaux,—pouvant saisir son agresseur entre ses bras ! Il faut avouer que les Reptiles ont bien changé pendant la longue route qu’ils ont parcourue depuis les temps géologiques jusqu'aux nôtres.
- H* taaée. — 8* urnes Ire.
- Certes, si l’on avait eu autrefois quelque idée de la paléontologie, si l’on avait soupçonné l’existence de ces formes précieusement conservées dans l’écorce terrestre, et si différentes de celles d’aujourd’hui, les naturalistes auraient peut-être été embarrassés, mais, à coup sûr, ils n’eussent pas donné ie nom d’animaux rampants à l’intéressante classe où se
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- LA NATURE.
- rangent, entre autres : Y Iguanodon, animal marcheur, le Ptérodactyle, pourvu d’ailes, Ylchthyo-saure, nageur qui ne pouvait vivre qu’au sein des mers. Et, chose digne de remarque, aux temps secondaires, temps de la splendeur de ces êtres surprenants, les Reptiles semblaient esquisser d’une façon vague et colossale les principaux types des Vertébrés destinés à régner sur le monde chacun à son heure, le Poisson, l’Oiseau, le Mammifère.
- [1 y a deux ans, j’ai vu moi-même, au Musée de Bruxelles, les Iguanodons en préparation. Les ossements de deux individus suffisaient à remplir une salle fort grande : l’un mesurait 10 mètres de long, l’autre 14. On les avait trouvés, en 1878, dans la localité de Bernissart, située entre Mons et Tournai, et bien fameuse par ses charbonnages.Toutefois, il ne faut pas croire que ces Reptiles appartiennent à lepoque houillère ; leurs restes sont enfouis dans les couches crétacées inférieures ( Wealdiennes), connues des mineurs sous le nom de morts-terrains, et dont il faut traverser l’épaisseur de 3 à 400 mètres pour arriver au charbon de terre.
- M. Fagès vit les premiers ossements, M. Van Be-neden en détermina l’espèce, et M. Depauw, contrôleur des ateliers du Musée, se chargea de la difficile extraction de ce riche filon de fossiles. Pour cela, il adopta la vie des mineurs, et poursuivit, pendant trois ans, ses travaux, à une profondeur variant de 322 à 556 mètres. Il fut assez heureux pour exhumer vingt-deux Iguanodons, dont quinze sont aujourd’hui montés. Il est arrivé à ce résultat en inventant d’ingénieux procédés de solidification de ces os imprégnés de pyrite et s’effritant au contact de l’air.
- Voici, d’après M. Dollo, aide-naturaliste au Muséum de Bruxelles, qui a fait de Y Iguanodon Bernissartensis, une étude très approfondie, quelques détails sur la structure du gigantesque Reptile1.
- Il appartient à la sous-classe des Dinosauriens et à l’ordre des Ornithopeda. L'individu que dépeint le savant Belge a 9m,50 du bout du museau à l’extrémité de la queue, et, debout sur ses membres postérieurs, il s’élève à 4,n,36 au-dessus du niveau du sol.
- Sa tête est relativement petite et très comprimée suivant le diamètre bilatéral. Les narines sont spacieuses et comme cloisonnées dans leur région antérieure, Les orbites sont de grandeur moyenne, allongées suivant la verticale. La fosse temporale est limitée supérieurement et inférieurement par une arcade osseuse, disposition qui ne se rencontre plus que chez un seul lézard actuel (Hat-teria). Comme chez les Reptiles actuels, les dents, au nombre de 92, se remplaçaient indéfiniment, c’est-à-dire qu’aussitôt que l’une d’elles était usée, une autre lui succédait.
- ^ 1 Voy, Dollo : Bulletin du Musée royal de Bruxelles, tlé-Ccmbre 1882, avril 1883 et août 1883. — Quatre mémoires avec sept planches.
- Le cou est modérément long et contient dix vertèbres, qui, sauf la première, portent toutes une paire de petites côtes. Il devait être très mobile.
- Le tronc est composé de 24 vertèbres solidement réunies par des ligaments ossifiés. Les vertèbres, 1 à 17, portent chacune une paire de fortes côtes. Les six dernières vertèbres du tronc sont soudées pour former le sacrum, sur lequel s’attachent le bassin.
- La queue est un peu plus longue que le reste du corps. Elle a 5 mètres et renferme 51 vertèbres. Elle est comprimée latéralement, rappelant celle du Crocodile.
- La ceinture scapulaire est constituée par quatre os : deux omoplates et deux coracoïdes.
- Les membres antérieurs sont plus courts que Jes postérieurs. Ils sont massifs et puissants. Chacun d’eux se termine par une main pentadigitée. Le premier doigt ou pouce est transformé en un énorme éperon, qui, revêtu de corne, devait être une arme terrible.
- Le bassin comprend six os : deux iliums, deux pubis et post-pubis et deux ischiums. Ces derniers sont remarquables par leur forme allongée, et, comme les autres parties du bassin, d’ailleurs, rappellent les Oiseaux.
- Les membres postérieurs sont, nous l’avons vu, plus volumineux et plus grands que les membres antérieurs. Leur structure, aussi, rappelle celle des pattes des Oiseaux. Ils sont terminés par quatre doigts.
- Plusieurs savants, dont M. Dollo, ont cru observer sur les empreintes laissées par les Iguanodons dans le sol wealdien, des traces de palmure.
- Tout porte à croire, en effet, que ces Dinosauriens avaient des mœurs aquatiques. Ils devaient vivre au milieu des marécages et sur les bords des fleuves dont les eaux pouvaient leur servir de refuge.
- Ce fut Cuvier qui, en 1822, eut à déterminer les premiers ossements d’iguanodon.
- Gédéon Mantell, l’auteur de la découverte, et qui donna son nom à l’espèce plus petite et très différente de 17. Bernissartensis, — Gédéon Mantell soumit les dents à l’examen de l’illustre naturaliste, et celui-ci les attribua sans hésitation, à un grand Reptile herbivore. 11 ne se trompait pas : le régime des Iguanodons est exclusivement végétal.
- Ces animaux des temps géologiques coupaient leur nourriture avec le bec corné qui terminait leurs mâchoires, et la trituration se faisait dans l’arrière-bouche, à l’aide de nombreuses dents. Ils s’engraissaient ainsi, en dépit de leur taille, probablement pour servir de proie aux grands Carnassiers, par exemple à d’autres Dinosauriens (Mégalo-saurus), armés de dents tranchantes et de griffes acérées. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
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- NOUVEAU PROCÉDÉ DE GRAVURE
- P AK LA PHOTOGRAPHIE
- M. le commandant du génie de La Noë a récemment inventé un nouveau procédé de gravure à l’aide de la photographie.
- Ce procédé que nous allons décrire est actuellement en usage au dépôt des fortifications.
- On connaît depuis longtemps les méthodes d’impressions directes sur le zinc : le procédé généralement employé est d’une grande simplicité : sur la feuille de zinc bien nettoyée, passée au charbon, on étend à la main une couche mince et bien égale d’une dissolution de bitume de Judée dans la benzine, qui est faite à la dose de 4 grammes de bitume pour 100 de benzine; après parfaite dessiccation on superpose le négatif de l’image à reproduire, on expose à la lumière un temps variable suivant son intensité, et après cette insolation on développe l’image dans l’essence de térébenthine. Sous les traits blancs du négatif, le bitume est devenu insoluble, les fonds protégés par les noirs sont, au contraire, restés solubles, et après un lavage à grande eau, sous une pomme d’arrosoir, la plaque de zinc porte un dessin dont les traits sont formés par le bitume de Judée. Toute la surface de zinc est immédiatement couverte d’une manière rapide, avec une eau acidulée par l’acide nitrique (1 d’acide pour 100 d’eau]; on rince aussitôt à l’eau, on éponge, et la surface ainsi préparée peut conserver indéfiniment ses propriétés. Lorsqu’on veut tirer les épreuves, on mouille de nouveau la surface, on l’encre avec soin, on essaye les premiers tirages, et lorsque l’encre prend convenablement partout, on gomme et on procède au tirage définitif, qui peut fournir un assez grand nombre d’épreuves. Si les fonds sont voilés, on les ramène à la pureté nécessaire en les frottant doucement avec un tampon de flanelle imbibée d’un mélange d’eau et de potée d’émeri très .fine.
- Quelquefois, après un certain nombre d’épreuves, les traits qui sont forcément en relief, s’écrasent; môme au début, ils n’ont jamais toute la finesse désirable. Ce fut alors que le commandant de La Noë imagina son procédé de topogravure qui est, en quelque sorte l’inverse du précédent : au lieu d’un négatif, ce procédé demande l’emploi d’un positif, ce qui permet d'utiliser immédiatement sans transformation tous les dessins de traits, rédigés sur papier transparent, pour en faire l’impression sur zinc. C’est une grande simplification et une économie de temps et d’argent.
- L’épreuve obtenue sur zinc, au lieu de donner une image dont les traits sont en bitume sur fond de métal, donne, au contraire, des traits métalliques sur fond de bitume, le mode d’opérer est le suivant :
- La feuille mince de zinc bien décapée, polie au charbon, puis à la brosse, avec un mélange d’eau et de potée d’émeri ou de blanc d’Espagne lévigé, est couverte d’une couche égale de bitume de Judée au moyen d’une dissolution faite dans la benzine (4 parties de bitume pour 100 parties de benzine). Après parfaite dessiccation, on y superpose le dessin directement en contact et face contre face, puis on expose à la lumière ; celle-ci traverse facilement les fonds ldancs et rend le bitume insoluble, et lorsqu’on lave la plaque à l’essence, les parties recouvertes par les traits se dissolvent seules et le dessin apparaît en lignes métalliques sur le fond jaune du bitume. La planche, bien lavée à l’eau est alors plongée pendant
- un temps court (de 50 à 45 secondes environ) dans une solution faible d’acide nitrique contenant 5 parties d’acide pour 100 parties d'eau ; aussitôt retirée, cette planche est lavée, nettoyée à la brosse et a l’essence de manière à enlever toute trace de bitume et h mettre partout le métal à nu.
- On a ainsi une véritable gravure en creux, mais si légère, qu’on ne pourrait l’encrer que très difficilement par la méthode de l’impression en taille-douce; d’ailleurs, le zinc n’offrirait pas la résistance nécessaire pour cette impression ; en outre, ce mode de tirage serait trop long et trop coûteux pour l’application spéciale qui nous occupe ; il faut donc revenir au tirage lithographique, ce que l’on ne peut faire dans les conditions où se trouve cette planche, car si les creux ne sont pas assez profonds pour l’encrage en taille-douce, ils le sont trop pour l’encrage lithographique; le rouleau passe sur ces traits gravés sans y rien laisser.
- Cette difficulté a été tournée par M. de La Noë de la manière la plus simple et la plus heureuse ; c’est le point le plus important de son procédé de topogravure.
- Pour obtenir l’impression lithographique, il faut garnir les creux de la gravure, les remonter presque au niveau de la surface générale en les remplissant d’une substance qui ait de l’affinité pour l’encre lithographique. L’inventeur obtient facilement ce résultat en couvrant de nouveau la feuille de zinc avec une solution de quatre parties de bitume de Judée dans 100 parties de benzine. Ce vernis peu épais remplit les creux des traits, mais il couvre également toute la surface ; il faut maintenant dégager cette surface en mettant le métal à nu et en laissant le bitume dans les tailles.
- Cette seconde opération peut se faire de deux manières ; lorsque le vernis est sec, on expose le tout en pleine lumière, le bitume passe à l’état insoluble ; mais par le polissage au charbon, on enlève tout ce qui est à la surface du métal en laissant la gravure complètement bouchéë ; ou bien, ce qui est préférable, on passe sur le zinc un rouleau dur chargé d’encre grasse, on encre en plein en faisant table noire; seuls les traits qui sont légèrement surbaissés ne prennent pas l’encre et ils apparaissent en teinte d’or sur fond noir. Après une exposition prolongée à la lumière, on lave à l’essence qui nettoie toute cette surface noire ; un léger polissage à la potée d’émeri la rend tout à fait pure et assure aux traits toute leur netteté. Après avoir mouillé à l’éponge on encre, le dessin en bitume Se charge d’encre lithographique avec facilité, et quand les premiers essais ont fait reconnaître que l’image est complète, on gomme, on laisse sécher, puis on procède au tirage définitif, que l’on peut pousser à tel nombre d’exemplaires que l’on désire, sans crainte d’usure ni d’écrasement. Le dessin, en effet, au lieu d’être comme un léger relief à la surface, est, au contraire, encaissé dans les parois métalliques de la gravure; si quelques retouches sont nécessaires dans les grandes parties noires, elles sont faites très rapidement avec un peu d’encre autographique, soit à la plume, soit au pinceau ; si pendant le tirage, il se produit quelque altération, si les fonds se graissent, il suffit de nettoyer de nouveau ; on peut même recommencer complètement l’opération de l’encrage1,
- 1 Plusieurs de nos lecteurs, nous ont, à des reprises différentes, demandé des renseignements sur les méthodes de gravure par la photographie; nous tuons eu plusieurs fois l’occasion de voir les résultats obtenus par les procédés de M. de La Noë, et nous croyons que les procédés imaginés par ce savant praticien, sont de nature à rendre des services à ceux que celte question intéresse.
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- LA NATURE.
- L’OBSERVATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE SUISSE
- AU S A N T1S (CANTON d’aPPENZEL)
- (îi67 MÈTRES ü’aLTITCDe)
- On sait que le deuxième Congrès international des météorologistes (réunis à Rome en 1879), « reconnaissant l’utilité et l’importance des observatoires de montagne pour l’étude physique des couches élevées de notre atmosphère, recommandait à la Société Helvétique des Sciences naturelles de faire son possible pour qu’un observatoire soit établi sur un des
- hauts sommets de la Suisse. » — On sait aussi que de nombreux établissements de ce genre existent actuellement dans les diverses parties du monde :
- En France, la célèbre station du Général de Nan-souty au sommet du Pic-du-Midi à l’altitude de 2859 mètres, une autre au Puy-de-Dôme, à la hauteur de 1465 mètres au-dessus du niveau de la mer. Deux autres stations de montagne ont été créées en 1880 : l’une au fort qui couronne le Ballon de Servance (Vosges), l’autre, dans les environs d’Annecy, au sommet du Semnoz1. — En Suisse, on peut citer les postes d’observation sur le Rigi
- Fig. 1. — Emplacement de l’Observatoire météorologique du Süntis, en Suisse, à 2467 mètres d’altitude.
- (1790 mètres) et le Cabris (1155 mètres), les stations alpestres du Saint -Gothard, de Julier, du Saint-Bernard1 (2478 mètres), du Simplon, etc. Mais la plupart de ces stations sont établies dans les cols de montagne qui présentent des conditions tout à fait anormales; les données sur la température, les observations de la pression, des vents, de la pluie, etc., y sont influencées par les circonstances locales; par exemple par la radiation des masses rocheuses qui surplombent, par le voisinage des obstacles qui arrêtent les nuages et doit influer
- 1 Où tes religieux de l’hospice font, depuis nombre d’années, des observations météorologiques régulières, sous la direction de l’Observatoire de Genève.
- sur la hauteur d’eau tombée, par la déviation des courants qui s’engouffrent dans les défilés2, etc.
- A tous ces points de vue, il est donc en effet désirable de placer les observatoires de montagne sur des sommets isolés.
- En Suisse, un point surtout avait paru depuis longtemps propre à l’établissement d’une station météorologique de ce genre : c’est le pic du Sanlis , au canton d’Appenzell. Grâce à l’activité de l’ancienne Commission météorologique de la Société Helvétique des Sciences naturelles qui encouragée par
- ‘ Voy. La Nature, 1er trimestre 1S82, p. 331 : L’Observa toire météorologique du Semnos, par Th. Moureaux.
- a Yoy. M. Radau, Les Observatoires de montagnes.
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- LA NATURE.
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- le Congrès international des météorologistes à Rome, a fait appel à tous les amis de la science. Grâce à la persévérance de M. Bilhviller, directeur du Bureau central météorologique fédéral, à Zünch, ce projet, d’un observatoire à ériger au pic du Sânlis, fut réalisé. A l’aide des souscriptions et des dons recueillis, on put procéder à l’organisation de la station météorologique. Le 28-51 août 1882, le Bureau central fédéral faisait installer une collection d’instruments précis * 1, comparés à ses étalons et, le 1er septembre, la station a été inaugurée. Elle est reliée avec le Bureau central de Zürich, par un fil télégraphique et avec Schwondi (village au pied du Sântis) par une ligne téléphonique (distance à vol d’oiseau, 14 kilomètres) .
- Les instruments dont est munie cette station sont :
- Un baromètre à large cuvette, de Hermann et Dfister, de Berne; un baro-graplie, de llottin-ger, qui fonctionne très bien; deux thermomètres automatiques, de Ne-gretti et Zambra de Londres*, un psy-ehromètre, un thermomètre à minima et à maxima de Six, deux pluviomètres, une horloge-régulateur, et enfin un excellent anémo-graphe enregistreur (construit par Munro à Londres), qui donne la vitesse et la direction du vent.
- Cet appareil, installé l’été dernier, est placé proprement dit sur le sommet du Sântis (2504 mètres d’altitude) (fig. 1) tandis que le baromètre de la station,
- 1 Dans les bâtiments du Petit-Hôtel, au Sântis, qui ren-t erment le bureau du télégraphe et le logement de l’observateur.
- s Ils marquent la température de 4 h. du matin et de 12 h. de la nuit.
- dans l’hôtel, selon un nivellement que j’ai fait au commencement de juillet, en compagnie de mon ami, M. Guillaume Reitz, élève de l’École polytechnique fédérale, et de notre observateur, M. John Beyer, est 57 mètres plus bas, dans la direction du nord (2467 mètres au-dessus du niveau de la mer). L’appareil enregistreur de l’anémomètre est enfermé
- dans un édificehexa-gonal de fer et de bois, dont la surface extérieure a été revêtue d’un lambrissage avec bardeaux en bois de sapin. Cet édifice porte les parties extérieures del’ané-mographe; l’observateur peut les examiner aussi souvent qu’il est nécessaire, à l’aide d’une échelle mobile. Le monument se termine, à sa partie supérieure, à une hauteur de 4m, 5, au-dessus du sol, par une galerie de fer et une plate-forme munie de six paratonnerres
- Franklin (fig. 2).
- Indépendamment des indications fournies par les appareils enregistreurs, notre observateur— M. Beyer,ancien instituteur 1 — fait des observations régulières de trois heures en trois heures, de 7 heures du matin à 9 heures du soir. Les observations de 7 heures,
- 1 heure et 9 heures, correspondent à la série en usage en Suisse.
- Deux fois par jour (à 7 heures du matin et à
- 1 heure de l’après-midi) les observations du Sântis sont envoyées à l’Observatoire central de Zürich, qui les joint à toutes celles dés stations suisses et les envoie par télégraphe à Rome, à Vienne et à Hambourg (Seewarte), où elles sont publiées dans les divers bulletins météorologiques.
- La ligne télégraphique qui relie notre station avec
- 1 Son employé, pendant l’hiver, est M. Dôvig, le propriétaire de l’hôtel.
- Fig. 2. — Anémomètre t nregistreur de l'Observatoire de Siintis.
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- LA NATURE.
- la plaine reste aérienne, jusqu’à son entrée dans le bureau du télégraphe, à la rime duSàntis. Souvent, penlant l’hiver 1882-1885, le fil se recouvrait de givre et prenait alors une épaisseur considérable qui atteignait parfois 50 centimètres1. Sous ce froidde givre, le fil fléchissait et se brisait ensuite, quand un vent venait à l’agiter.
- Des fréquentes interruptions, qui en résultaient souvent, nous obligèrent d’ôter le fil des poteaux de fer et de le mettre simplement dans la neige, ce qui produisit un très heureux résultat, puisque la neige est un mauvais conducteur de l’élic-tricité. Dr Jules Maurer.
- Zurich, 15 octobre 1883.
- CORRESPONDANCE
- A PROPOS DES PALAFITTES DI LAC DE BIENNE Bourg-en-Bresse, le 7 octobre 1883.
- Monsieur,
- Permettez-moi d’avoir recours à votre obligeance pour signaler tout l’intérêt qui s’attache aux travaux de M. le Dr V. Gross sur les fouilles des palafittes du lac de Bienne. M. le Dr F. À. Forel, dans son article de votre journal du 5 octobre, dit que M. Gross distingue dans ces palafittes trois civilisations distinctes : 1° des pierres mal taillées avec des poteries grossières et pas de haches en néphrite; 2° la pierre bien taillée avec les haches en néphrite et de la poterie perfectionnée; 3° l’introduction des métaux au milieu de la seconde civilisation. Cette division est du plus haut intérêt, car elle vient confirmer les savantes conclusions de M. Nicarse (de Châlons-sur-Marne) publiées 'a l’occasion d’une station du premier âge de M. Gross, dé -couverte près de Châlons, à Saint-Martin-sur-le-Pré, en 1879. La publication de M. Gross confirme encore, au même point de vue, mes conclusions, sur l’existence de cette première civilisation antérieure aux haches en néphrite, déduites des explorations des rives de la Saône par MM. A. Àrcelin et de Ferry2.
- Espérant que la conformité de ces trois conclusions qui donne une nouvelle importance à la publication de M. le Dr Gross, vous engagera à publier ma lettre, j’ai l’honneur d’être d’avance votre très obligé serviteur.
- Tardy.
- NUAGE FORMÉ d’üNE MATIÈRE SOLIDE FLOCONNEUSE.
- Bordeaux, le 18 octobre 1883.
- Monsieur,
- Un habitant de la commune de Montussan (Gironde), me fait part d’un phénomène dont il a été lundi dernier le témoin. Le lü octobre dans l’après-midi, par un temps pluvieux et un vent violent, il a vu flotter dans le ciel un
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- 1 M. le professeur Alluard a fait une observation analogue au Puy-de-Dôme.
- 2 Ces explorations ont été publiées dans les Annales de VAcadémie de Mâcon, ainsi que mes conclusions qui ont été publiées ailleurs, à diverses reprises, depuis 1877, date de ma première publication.
- nuage épais de flocons blancs. Ces flocons, dont quelques-uns étaient de la grosseur du poing, s’effiloquaient lentement et s’accrochaient aux branches des arbres ou tombaient sur le sol. Ces flocons, dit ce témoin, semblaient d’ouate ou de laine. Cette pluie dura environ deux heures.
- Un échantillon de ces flocons m’a été apporté. Je vous le transmet inclus dans l’espérance que ce phénomène pourra vous intéresser.
- 11 me parait avoir une certaine analogie avec la pluie de foin mentionnée dans un des derniers numéros de La Nature.
- Je vous livre ce fait tel qu’il m’a été raconté.
- Agréez, etc. Francis Dussaut.
- Nota. — La matière que nous a adressée notre correspondant est blanche : elle brûle en se carbonisant. Vue au microscope, elle est formée de filaments enchevêtrés, analogues aux fils de la Vierge, dont il se pourrait faire que le nuage en question ait été une agglomération extraordinaire. G. T.
- SUR LA PROPAGATION DES SONS.
- Aix, le 18 octobre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai lu dans votre numéro du 20 septembre (n° 559, p. 286) une lettre à vous adressée d’Arras, en date du 22 du même mois, aux termes de laquelle, de ce que la détonation d’armes à feu est entendue avant le commandement, — quoiqu’en réalité la production des ondes sonores du commandement précède les vibrations aériennes du tir, — il faudrait conclure que le chiffre donné pour la vitesse du son n'est pas absolu, et que la vitesse de propagation des ondes sonores varie avec leur intensité.
- Je me permettrai quelques observations à l’auteur de cette lettre, dont je respecte complètement, d’ailleurs, l’observation, attendu que le fait relaté s’est produit bien des fois et qu’il est indiscutablement vrai.
- D’abord la vitesse du son dans l’acoustique mathématique ne repose pas sur un chiffre, mais sur l’impérissable formule de Newton, modifiée par l’illustre Laplace :
- dans laquelle V est la vitesse de propagation du son dans l’air, g l’accélération de la gravité, m la densité du mercure à zéro, h la hauteur barométrique à zéro, Do la densité de l’air à zéro, a le coefficient de dilatation de l’air, t la température générale de l’atmosphère, C la chaleur spécifique de l’air 'a volume variable et pression constante, c la chaleur spécifique de l’air à volume constant et pression variable.
- Cette formule, vérifiée par Magnus, Bernoulli, Wer-theim, Régnault, Colladon, n’a pas encore cessé d’être vraie, et elle est rigoureusement indépendante de l’amplitude, c’est-à-dire de l’intensité du son.
- En second lieu, l’observation de M. E. Frechon, au lieu de battre en brèche les lois actuelles de l’acoustique, ne fait que les corroborer, attendu que le fait de l’antériorité de l’audition de la décharge des armes à feu d’un peloton de soldats, phénomène subséquent-à l’audition du commandement de feu! se rattache directement à un phénomène d'interférence des ondes acoustiques se sui-
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- tant à peu d’intervalle. C’est ce que nous appelons, nous autres physiciens, un épiphénomène, qui s’est greffé sur celui du développement des vibrations sonores.
- Les ondes du commandement et celles de la décharge ont interféré, et naturellement les premières, plus faibles, se sont tues devant les secondes.
- Maintenant, le fait de la perception ultérieure des ondes du commandement provient uniquement d’un phénomène de réflexion, d’irradiation sonore et de battement. (Voir Verdet, Boutan et D’Almeida.)
- Quant au devancement supposé des ondulations liquides, il est contestable, il pourrait être relié à l’interférence, et quand même, ce phénomène ne ressemblant en rien à celui de l’épanouissement des agitations sonores, il ne saurait infirmer en rien la magnifique formule de notre Laplace.
- Veuillez agréer, etc. L.-À. Levât,
- Ancien élève de l’École Polytechnique, professeur de physique et de chimie à l’Ecole d’Aix.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- PROCÉDÉ D’ÉMAILLAGE DES PHOTOGRAPHIES.
- Prenez : Cire vierge, 8 grammes ; éther à 62 #/„, 100 grammes; laissez dissoudre et agitez. A chaque verre que vous .cirez (vous prenez des verres de premier choix et bien propres), vous versez dessus un peu de votre liquide, 8 ou 10 gouttes, vons les polissez avec un tampon de linge, d’un seul côté bien entendu, jusqu’à ce que toute trace de cire ait disparu; vous faites dissoudre environ 40 grammes de gélatine blanche dans 400 grammes d’eau ordinaire, dans une petite casserole au bain-marie ; vous filtrez la dissolution à travers un linge ou une passoire excessivement fine, dans une cuvette de porcelaine demi-plaque ; ensuite vous prenez votre glace, vous versez dessus une couche de collodion normal à 1 de fulmi-coton, pour 50 grammes d’éther et 50 grammes d’alcool, du côté ciré.
- Quand il a fait bien prise avec la glace, vous le mettez dans le bain de gélatine que vous maintenez pas trop chaud : vous mettez votre carte photographiée dans la cuvette également pour qu’elle s’imprègne bien de gélatine; vous soulevez votre glace avec le doigt en la balançant bien dans le bain pour qu’elle se dégraisse et que la gélatine ne forme qu’un corps avec le collodion; vous en faites autant de la carte qui est à côté et que vous faites arriver sur votre glace sans la sortir du bain; vous faites adhérer votre carte dessus en commençant par le haut, et vous inclinez votre glace en la retirant du bain, et de votre autre main vous faites adhérer le restant de la carte en frottant dessus légèrement, en descendant, avec une petite éponge fine.
- Ensuite vous nettoyez l’excès de gélatine qui est sur le dos de la carte et à l’envers du verre : vous laissez sécher à l’air dans un endroit un peu chaud, et, au bout de 6 à 8 heures, vous découpez autour de la carte sur le verre, et, si elle sonne sec elle se décolle instantanément.
- Un peu d’expérience suffira pour avoir de très jolies cartes et sans bulles d’air; on peut colorer à volonté la gélatine au moyen de couleurs d’aniline solubles à l’eau.
- C. Wideman.
- L’AÉROSTAT DIRIGEABLE ÉLECTRIQUE
- DE MM. ALBERT ET GASTON TISSANDIER (Suite et fin. — Voy. p. 326.)
- Après avoir décrit l’ensemble de notre appareil dans un précédent article, nous donnerons aujourd’hui quelques détails sur ses différents organes, et notamment sur le moteur dynamo-électrique et les piles au bichromate de potasse que nous avons construites en vue de nos expériences.
- Le moteur est une machine Siemens nouveau modèle, faite spécialement dans les ateliers de Paris, comprenant une bobine très longue par rapport au diamètre, et monté sur un châssis de bois à jour. Cette machine, qui ne pèse que 54 kilogrammes, fournit un travail de 100 kilogrammètres. L’hélice est formée de deux palettes héliçoïdes recouvertes de soie vernie et dont la déformation est prévenue par l’action de tendeurs en fils d’acier. Cette hélice a 2'“,85 de diamètre; elle est reliée à la machine par l’intermédiaire d’une transmission par engrenage dans le rapport de 1/10, et accomplit par conséquent 180 tours à la minute quand la bobine en fait 1800 *.
- La batterie électrique que l’on peut appeler le générateur de l’aérostat à hélice, comprend la même surface de zinc et de charbons que notre batterie d’essai dont nous avons fait les mesures2 : même nombre de piles, même volume de liquide. Nous sommes arrivés à réduire considérablement son volume en employant quatre auges d’ébonite à 6 compartiments, au lieu de vingt-quatre récipients isolés les uns des au très. Nous avons, en outre, donné un peu plus de hauteur aux vases, ce qui nous a permis de gagner ainsi sur leur largeur. La figure 1 représente une des quatre batteries employées dans l’aérostat électrique, telle qu’elle a été essayée dans le laboratoire. Elle comprend, comme on le voit, une grande auge à six compartiments; chaque compartiment formant un élément de pile, renferme, montés sur des tiges de cuivre plombé,
- \ 1 charbons minces et 10 zincs, placés alternativement les uns à côté des autres. — Les zincs sont tenus à leur partie supérieure dans des pinces flexiblps qui permettent de les renouveler facilement après chaque expérience; ces zincs ont 0m,0015 d’épaisseur pour faire fonctionner la pile perfdant 5 heures. Ils doivent être parfaitement amalgamés. Chaque compartiment est muni, à sa partie inférieure, d’un mince tube d’ébonite qui communique à un conduit latéral, relié par l’intermédiaire d’un tube de caoutchouc à un grand seau d’ébonite très léger, contenant la solution acide de bichromate de potasse. Quand on lève le seau, à l’aide d’une cordelette passant dans des moufles, au-dessus du niveau de la batterie, celle-ci se remplit par le principe des vases com-
- 1 Voy. n° 504 du 27 janvier 1883, p. 136.
- a Voy. n° 468 du 20 mai 1882, p. 391.
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- muniquant, le liquide agit sur les zincs, le courant passe; quand on baisse le seau au-dessous, de telle façon qu’il occupe la position de la figure 1, le liquide y rentre par le tube de caoutchouc, la pile se vide et cesse de fonctionner. On voit que par ce système, les piles communiquent entre elles, mais uniquement par des conduits étroits; la résistance du liquide est assez grande pour que cette communication n’ait aucune influence sur le débit, quoique les éléments soient montés en tension. Dans la nacelle de l’aérostat électrique, il y avait 4 batteries semblables à celle de la figure 1, soit 24 éléments montés en tension , alimentés par quatre seaux d’ébonite contenant chacun 50 litres de la dissolution de bichromate de potasse.
- La batterie est arrimée dans la nacelle qui a lm,90 de longueur et l'",45 de largeur, de manière à occuper le moins de place possible.
- Deux auges d’ébonite formant 12 éléments sont placés transversalement à 0m,55 du fond de la nacelle, et les deux autres se trouvent fixés à 0m,15 au-dessus; ces auges sont placées suides traverses de bois et consolidées par des fils tendeurs; les réservoirs d’ébonite des deux angles postérieurs de la nacelle alimentent les piles du haut, les deux autres réservoirs placés plus près de la batterie , alimentent les piles inférieures (lig. 2). Un espace libre est réservé entre les quatre seaux pour l’opérateur qui peut tout faire fonctionner lui-même, ayant sous la main les cordelettes pour lever les seaux, les crochets pour lixer ces cordelettes à hauteur voulue, le commutateur à godet de mercure pour faire passer le courant, et les cordes du gouvernail de l’aérostat.
- La dissolution de bichromate de potasse employée pour faire fonctionner la pile est très concentrée et très acide; elle est versée dans les seaux à 40°
- environ de température, ce qui permet d’augmenter considérablement la quantité de sel dissous, et d’accroître sensiblement le débit. Quand les 24 éléments montés en tension agissent sur le moteur, le travail effectif produit est de 100 kilogrammètres.
- Le commutateur à godet de mercure employé est disposé de telle sorte qu’il permet de faire passer à volonté le courant de 6, 12, 18 ou 24 éléments et d’avoir ainsi quatre vitesses de l’hélice.
- Les quatre seaux d’ébonite, formant réservoirs, sont recouverts d’une feuille solide de caoutchouc
- percée d’un petit trou pour laisser passer l’air quand le liquide s’écoule, et ligaturée autour du seau à l’aide d’un fil de cuivre entouré de gutta-percha. Ce mode de fermeture est très sûr et en cas de^choc, pas une goutte de liquide ne peut jaillir au dehors. Les seaux d’ébonite vides ne pèsent que 5 kilogrammes chacun, ils sont consolidés par une vannerie qui leur sert de support; des cordelettes passant dans des poulies à moufle servent à les lever au-dessus des piles pour le& remplir et à les descendre au-dessous, pour les vider. Le fond de la nacelle est garni d’une cuvette de caoutchouc, qui recevrait le liquide en cas d’accident. La pile toute chargée avec le liquide pèse 180 kilogrammes environ.
- Un petit panier d’osier, bien visible dans notre gravure, a été placé sous le moteur; il contient la burette à huile pour le moteur, une petite bouteille contenant du mercure pour remplir les godets du commutateur creusés dans un bloc de buis ; il renferme en outre les outils nécessaires à démonter la pile en cas d’accident. Toute cette partie de la nacelle forme l’arrière. A l’avant, la place est réservée aux sacs de lest et aux engins d’arrêt, et à celui qui les manœuvre à la descente.
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- Hg. Ü. — La nacelle (lupremier aérostat électrique à hélice vue du côté du propulseur, à 1 arrière.
- (D’après une photographie de M. Berthaud.)
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- Notre gravure a été faite avec une rigoureuse exactitude ; elle représente fidèlement tous les détails de l’arrimage de la nacelle, et montre bien le mode d’attache du moteur. La machine Siemens avec l’hélice qu’elle commandé est posée sur une traverse en bois de noyer; elle est consolidée en outre par des fils tendeurs très rigides que l'on peut tendre à volonté par torsion, et qui relient les quatre extrémités de son châssis aux traverses supérieures et inférieures de la nacelle. Pendant la rotation à grande vitesse, les trépidations se trouvent évitées par ce mode d’attache très énergique.
- L’emploi d’une semblable machine est d’une incomparable facilité, dans la nacelle d’un aérostat. Quand tout a été bien préparé à terre, il n’y a plus qu’à plonger une petite fourchette de cuivre dans les godets à mercure du commutateur pour que les palettes de l’hélice se mettent à tourner.
- Pas de feu à craindre, pas de changement de poids qui puisse faire varier l’altitude du navire aérien équilibré dans l’air, nulle occupation manuelle pour l’opérateur : l’électricité seule pouvait si bien remplir ces conditions fondamentales du-moteur aérostatique!
- Quand les beaux jours seront revenus après l’hiver, le premier aérostat électrique à hélice reprendra son vol. Gaston Tissàndier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouvel atlas classique, par M. G. Quesnel, comprenant
- 53 cartes en couleur. Paris, G. Masson.
- Depuis plusieurs années, un grand mouvement s’est produit en France au point de vue de l’enseignement de la géographie, et, de toutes parts, on a vu les géographes faire des efforts pour répandre parmi nous les notions d’une science si utile, et si malheureusement négligée dans notre pays. Les éditeurs pris à court après nos désastres de 1870, ont souvent réédité des atlas de classes, anciens, et il manquait jusqu’ici un ouvrage complet, répondant, à tous les points de vue, aux nécessités de l’instruction géographique. Le nouvel atlas classique de M. A. Quesnel nous paraît destiné à rendre les plus grands services. Cet atlas comprend 53 cartes, réparties en trois séries: France et colonies. — Europe. — Quatre parties du monde, — ce qui est conforme aux programmes. La France avec ses colonies y est représentée par douze cartes. Nous signalerons les cinq bassins de la Garonne, de la Loire, de la Seine, du Rhin français et du Rhône, dont l’orographie est nette et en même temps complète. Les limites des départements ont pu être indiquées sur ces cartes sans nuire à leur clarté ; de plus, des cartons spéciaux donnent les régions industrielles, par exemple Rouen et la Rasse-Seine, Lille et ses environs. Il suffit de citer la France historique ou par provinces, la France administrative, très précise au point de vue militaire. Le camp retranché de Paris y est l’objet d’un carton spécial. La carte des chemins de fer pourrait être plus complète, mais le réseau des canaux est tracé avec un soin minutieux. Nous donnons une mention toute spéciale à la carte d'Algérie, qui dans ce format est certainement l’une des
- plus complètes et des plus claires que nous possédions.
- — L’Europe compte dix-huit cartes : La dernière partie, qui traite de Y Afrique, de Y Asie, de Y Océanie et à&Y Amérique, compte 23 cartes. Nous ne croyons pas qu’au point de vue scolaire et même, peut-on dire, à un point de vue plus général, rien de plus précis, de plus scientifique et en même temps de plus clair ait été publié.
- — L’Asie comprend huit cartes. Nous y relevons entre autres une remarquable carte des Indes. Il est impossible de donner une idée plus nette de ce pays où les Etats sont enchevêtrés les uns dans les autres d’une façon qui semble au premier abord inextricable. Au moyen de teintes et de numéros correspondant à un tableau placé en haut de la carte, ou se rend compte immédiatement des divisions politiques de cette vaste région. — L’Océanie comprend trois cartes, et les deux Amériques en comptent sept. Nous avons couru tout de suite à Y Amérique Centrale où nous avons eu la satisfaction de trouver une carte spéciale et détaillée des isthmes de Darien, de San-Rlas, de Panama et de Nicaragua, avec l’indication de leur largeur et de leur altitude. L’Amérique du Sud également mise au courant, contient le résultat des explorations du docteur Grevaux.
- De l'origine des Indiens du Nouveau Monde et de leur civilisation, par M. P. Dabky de Thiersant, consul général et chargé d’affaires de la République française au Centre Amérique. 1 vol. in-8°, Paris, Ernest Leroux, 1883,
- Rien de plus intéressant, de plus instructif et en même temps de plus attrayant, que cette étude consciencieuse sur les peuples qui ont construit les admirables monuments dont La Nature a souvent entretenu ses lecteurs. L’auteur les prend à leur berceau, décrit en quelques mots leur histoire, indique la source où ils ont puisé leurs arts, leurs langues, leur religion, leurs mœurs et leurs institutions, et fait connaître les causes de leur décadence, ainsi que de leur disparition de la scène politique. Cette nouvelle théorie, quoique basée sur des preuves qui, cette fois, semblent aussi fondées que rationnelles sera-t-elle acceptée par le monde savant ? Nous n’osons l’affirmer ; mais, en tout cas, elle ne pourra qu’avancer la solution de ce problème que l’on cherche en vain depuis plus de trois siècles, et sous ce rapport, M. de Thiersant aura rendu un véritable service à la science. Nous recommandons ce nouvel ouvrage de l’un de nos collaborateurs et amis.
- Art militaire sous-aquatique. — Les Torpilles , par le major H. de Sarrepont, 3e édition, avec supplément et 186 figures, 1 vol. in-8°, Paris, Librairie militaire de L. Raudoin et C|B, 1883.
- Ce livre est l’ouvrage le plus complet et le mieux fait que l’on puisse signaler sur les terribles engins de destruction, que la science a créés pour les tristes besoins des guerres modernes. L’auteur décrit les torpilles depuis les premiers essais de Fulton, jusqu’aux torpilles dirigeables de notre époque, engins si perfectionnés de la mécanique, de la chimie et de l’électricité modernes, qu’on pourrait les comparer à des êtres animés qui obéissent en quelque sorte à la volonté de celui qui les fait agir, et se dirigent d’eux-mêmes sous l’eau pour aller au loin atteindre le but et y porter la destruction. Nous ne doutons pas que la 3° édition de cet ouvrage aura le succès de celles qui l’ont précédé.
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- Aventures aériennes des grands aéronautes, par W. de
- Fonvielle, 1 vol. avec 20 gravures. Paris, E. Plon et Cie.
- L’éditeur nous fait savoir que cet intéressant ouvrage a été accepté pour les Bibliothèques populaires et scolaires.
- Un Parisien dans les Antilles : Saint-Thomas, —Puerto-
- Rico, — La Havane. — La vie de province sous les
- Tropiques, par Quatrelles, 1 vol. in-8° illustré par
- Riou. — Paris^ Ë. Plon et Ci6, 1883.
- LE CANAL DU JOURDAIN
- Les ingénieurs anglais se préoccupent toujours de trouver une voie concurrente au canal de Suez. Le capitaine Mo-lesworth propose à ce sujet d’établir un canal de la Méditerranée à la mer Rouge en passant par la vallée du Jourdain. Les travaux consisteraient dans le percement de deux canaux très courts, l’un de 40 kilomètres de longueur, de la Méditerranée à la vallée de la Jahude ; l’autre de 35 kilomètres environ, traversant les sables d’Akabah, et donnant accès à la mer Rouge, par un large estuaire. Ces canaux, sans écluses, seraient assez larges pour laisser passer en même temps deux vapeurs marchant à la vitesse de 16 à 17 nœuds à l’heure. Il est bon de noter que la traversée de Malte à Port-Saïd est de 2100 kilomètres environ, tandis que celle de Malte à la baie d’Àcre, où commencerait le canal, est de 2300 kilomètres. L’auteur du projet, sans discuter cette différence de trajet, estime qu’elle serait compensée par la rapidité du transit et l’infériorité des droits à payer. Il insiste, de plus, sur la facilité qu’il y aurait à utiliser pour la navigation le canal naturel que le Jourdain s’est tracé dans sa vallée historique. (Génie Civil.)
- LES VIEILLES INDUSTRIES DE L’INDE1
- TISSAGE.
- Le tissage est, de tous les arts industriels de l’Inde, celui qui a le plus à souffrir des nombreuses relations et des communications plus faciles que la vapeur a établies entre ce pays et l’Europe. C’est maintenant de France et d’Angleterre qu’arrive une grande partie des étoffes communes qui servent de vêtements aux Indiens. Ces tissus à dessin variés et à couleurs vives, sont étalés dans les bazars à côté des produits originaires du pays et font à ces derniers une rude concurrence.
- Les tisserands hindous emploient presque exclusivement leurs métiers au tissage des pagnes, c’est-à-dire des longues bandes d’étoffe dont se recouvrent les femmes indiennes et qu’elles savent draper avec tant d’art. Ces pagnes sont de soie ou de coton, et le motif principal dont ils sont ornés consiste presque toujours, à moins qu’il ne soit d’une seule teinte, en rayures diversement colorées, soit longitudinales, soit perpendiculairement entre-croisées, dont les tons quoique un peu crus, n’en sont pas moins harmonieusement combinés et présentent parfois des ohatoie-
- 1 Voy. n° 535 du l,r septembre 1883, p. 223.
- ments d’un riche effet. Les pagnes sont généralement terminés aux deux extrémités par de larges raies transversales au milieu desquelles sont souvent tissés des fils d’or; le tissu est quelquefois même entiè-ccment parsemé de fleurs d’or. Ces belles étoffes sont surtout fabriquées à Tanjore.
- L’art de tissage dans l’Inde n’a fait aucun progrès, et on le retrouve aujourd’hui tel qu’il existait il y a plusieurs siècles. On peut même s’étonner que d’appareils aussi grossiers sortent des étoffes qui possèdent une réelle valeur.
- Les opérations préliminaires du tissage, c’est-à-dire la disposition convenable des fils destinés à être livrés au métier, s’exécutent en plein air, généralement sur le bord des routes ou des chemins. Là, sont plantés verticalement les uns à la suite des autres et à des distances égales, de petits bâtons d’environ un mètre de hauteur, dont le nombre est en proportion de la longueur du tissu. C’est en trottinant sans cesse, le long de cette haie, que la femme indienne, tenant dans une main le rouet sur lequel est enroulé le fil, et dans l’autre, le guide destiné à diriger ce^ lui-ci, pratique l’opération de Yourdissage, c’est-à-dire assembler les fils qui doivent constituer la chaîne (fig. 2).
- Le rouet appelé tironvattam, est composé des palettes de bambou disposées en roue, et formant deux systèmes parallèles traversés perpendiculairement par un axe, et reliés entre eux à l’aide de petites cordes sur lesquelles est enroulé le fil.
- Le guide dont le nom tamoul est vissamoullon "consiste en une simple tige de bambou terminée par un anneau de laiton.
- Le tironvattam sans cesse soumis aux impulsions que lui donne l’habile ouvrière, tourne avec vitesse, abandonnant ainsi le fil qui, après avoir passé dans l’anneau du guide est alternativement conduit à droite et à gauche des bâtons fichés en terre.
- La longueur d’un pagne de coton est ordinairement de 7ra,50 et le nombre des fils de la chaîne de 1800; c’est donc une course de 15 500 mètres que doit accomplir l’agile travailleuse. Elle effectue généralement ce trajet en 10 heures ; à chaque instant elle s’arrête pour prendre quelques secondes de repos, car le mouvement rapide de va-et-vient qu’elle exécute en ayant constamment les yeux fixés sur l’anneau du guide qu’elle dirige,, lui occasionne des vertiges que de fréquentes et courtes haltes font disparaître.
- Les pagnes de soie ont la même longueur que ceux de coton, mais leur largeur est plus grande et le nombre des fils de la chaîne s’élève à 3000.
- Le plus souvent plusieurs pagnes sont disposés les uns à la suite des autres ; il y en a parfois huit se succédant ainsi et dont la chaîne atteint alors une longueur de 60 mètres. Dans ce cas, plusieurs femmes sont employées à l’opération de l’ourdissage, et c’est un spectacle vraiment gracieux que de voir courir, à l’ombre des manguiers, ce petit essaim de dévideuses, enveloppées dans les plis flottants et
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- gaiement colorées de leurs pagnes, allant et venant d’un bout à l’autre de la chaîne, sans jamais entremêler les fils qu’elles conduisent avec tant d’insou-eiance et tant d’habileté.
- . Les fils de la chaîne sont tous de la même teinte ou présentent des colorations différentes, suivant les dessins ou les effets que veut obtenir le tisserand.
- Lorsque la chaîne est ourdie, on la dispose horizontalement ainsi que les piquets qui la maintiennent sur des chevalets convenablement espacés, et on la tend à l’aide de grosses cordes fixés à ses deux extrémités et attachées à deux barres de fer profondément enfoncées dans le sol.
- On procède alors à l’encollage.
- Cette opération se pratique à l’aide d’une large brosse enduite de kandji (colle préparée tantôt avec la farine de riz pour les étoffes blanches, tantôt avec la poudre de semences d’eleusine co-racana (graminée) pour les tissus colorés), que deux hommes promènent plusieurs bus d’un bout à l’autre de la chaîne. Cette brosse appelée kandjipaï est composée de radicelles de Varistida setacea maintenues par des règles de bambou et des ligaments obtenus avec l’épiderme du pétiole de la feuille du borassus flabelliformis.
- Quand le kandji est sec, on le recouvre avec la même brosse d’une légère couche d’huile de sésame destinée à rendre aux fils la souplesse que l’encollage leur a enlevé.
- La chaîne, ainsi préparée est roulée sur elle-même et portée dans la case, où se trouve le métier (fig. 3).
- Celui-ci est d’une simplicité vraiment grossière.
- Un bambou horizontalement attaché sous la toiture supporte les principales pièces, c’est-à-dire les lisses et le peigne qui y sont snspendus par des cordes. Les lisses (en tamoul vijoudoupannaï) sont au nombre de deux ou de quatre accouplées ; elles consistent en deux tiges minces de bambou, réunies entre elles au moyen de petites cordes verticales entre-croisées de façon à former une série de boucles destinées à laisser passer chacune un fil de la chaîne ; l’une des lisses livre passage aux fils pairs, l’autre aux fils impairs, et elles communiquent entre elles au moyen d’une corde qui passe sur une poulie (sirvaudi). L’une monte pendant que l'autre baisse et ce mouvement est commandé par deux pédales
- fixées dans une cavité du sol et reliées par des cordes à la partie inférieure des lisses.
- Au devant des lisses se trouve le pagne (atchi-maram) formé d’un grand nombre de lamelles de bambou, comprises entre deux planchettes de bois de campêche ; le tisserand le ramène contre les fils de la trame après chaque passage de la navette, afin d’obtenir par le choc un serrage régulier.
- Au fur et à mesure que l’étoffe est tissée, le tisserand l’enroule sur une pièce de bois carré (pa-damaram) placée devant lui, et reposant par ses deux extrémités sur des supports fixés au sol. La chaîne est tendue à l’opposite du padamaram par de simples cordes. En raison de la longueur de la chaîne, une partie seulement de celle-ci est étalée sur le métier, l’autre est toujours enroulée et suspendue au-dessus de celui-ci. Au fur et à mesure
- que le travail avance, on la développe et on la tend comme précédemment.
- La trame est maintenue dans le même état de tension à l’aide de petites cordes accrochées à des épingles de cuivre fixées dans la lisière du tissu, et se réunissant aux deux extrémités d’un arc de bambou situé au-dessous de l’étoffe, entre le peigne et le padamaram.
- La navette (nada) dont les tisserands in diens se servent pour chasser la trame, consiste en un fragment de tige de bambou polie, terminée à chaque extrémité par deux cônes de gomme laque, d’os ou d’ivoire. La canette (tar-condji)est immobile et placée parallèlement à l’axe de la navette. Le fil avant de s’échapper, de celle-ci passe sous un petit arrêt placé en face de la canette.
- Les canettes sont préparées par des femmes. La petite baguette de bambou sur laquelle le fil de trame doit être enroulé, est placée à l’extrémité d’un axe en fer qui reçoit son mouvement de rotation d’une roue absolument semblable au tironvattam, à laquelle il est relié par un simple fil. Les fils de trame que doit recevoir la canette sont pris par elle sur une sorte de cône traversé par un axe et reposant horizontalement sur une pièce de bois en forme de sabot qui le maintient au-dessus du sol ; à chaque iustant l’ouvrière laisse tomber quelques gouttes d’eau sur le fil de la canette (fig. 1).
- Les pagnes de soie sortent aussi de ces métiers primitifs, mais ils ne subissent pas l’opération de l’encollage.
- 1. — Le tissage dans les Indes. — Préparation des canettes. (D’après une photographie instantanée de l’auteur.)
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- Le prix des pagnes de coton varie entre trois francs et douze francs. Celui des pagnes de soie pure, est
- compris entre trente francs et soixante-dix francs ; enfin quand la soie est mélangée de fils d’or, la valeur
- Fig. 2. — Le tissage dans ies Indes. — Préparation des (ils de la chaîne (opération de l’ourdissage). (D’après une photographie instantanée de l’auteur.)
- dit vêtement peut s'élever jusqu’à onze cents francs. Dans la vaste caste des industriels, les tisserands
- occupent le premier rang, mais ils sont divisés en deux groupes bien distincts, qui n’ont entre eux
- Fig. 3. — Le tissage dans les Indes. — Le métier du tisserand. (D’après une photographie instantanée de l’auteur.)
- aucun lien de parenté : 1° ceux qui tissent exclusivement la soie et qui forment les deux castes Kati-riar et Paltounoul carar ; 2U ceux qui tissent seu-
- lement le coton et qui comprennent les castes Kaï-calavar et Sedar.
- Le pagne et les bijoux constituent généralement
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- toute la fortune de la femme indienne ; plus elle a de pagnes, plus elle est admirée de ses compagnes ; à la case, les nattes et les ustensiles de cuisine suffisent comme ornement. La nourriture varie du reste peu. et le luxe de la table est inconnu chez cette population qui pourrait prendre avec raison comme devise le « Omnia mecum porto » de Lias.
- J. Philaire,
- Pharmacien de 1" classe de la marine.
- Pondichéry, juillet 1883.
- —°-<>®—
- NECROLOGIE
- Alfred Niaudet. —La science et l’industrie viennent de faire, en la personne de M, Alfred Niaudet, la perte d’un de leurs plus dévoués et de leurs plus éminents serviteurs. Membre de la Société française de physique depuis sa fondation, coopérateur depuis de longues années à la maison Bréguet, dont il avait concouru à maintenir les bonnes traditions scientifiques, administrateur de la Société générale des Téléphones, de la Compagnie électrique, de la Société l'Éclairage électrique, président de la Compagnie internationale des Téléphones, M. Niaudet avait, plus que personne, contribué à développer en France les industries qui se rattachent à l’électricité. En même temps il trouvait le moyen de collaborer aux publications scientifiques, de faire paraître différents mémoires sur les machines dynamo-électriques, sur la téléphonie et la télégraphie, et deux ouvrages qui font autorité, sur les piles électriques et sur les moteurs dynamo-électriques.
- En 1870, il organisait le service télégraphique de l’armée du Rhin ; enfermé dans Metz, il créait un système de communications aériennes pour tromper le blocus ÿ ensuite il s’échappait sous un vêtement civil pour rejoindre les armées de la Défense nationale. M. Alfred Niaudet, avant la longue maladie qui l’a enlevé à la science, était un de nos meilleurs et de nos plus zélés collaborateurs ; nos lecteurs apprécieront, comme nous, la déplorable perte de ce savant et de cet homme de bien.
- F. S. Cloëx. — Ce savant chimiste français, né à Ors (Nord), le 24 juin 1817, est mort il y a quelques semaines a l’âge de 66 ans. Il suivit, au début de sa carrière scientifique, les cours de l’Ecole supérieure de pharmacie et fut interne des hôpitaux en 1841. Il entra au Muséum d’histoire naturelle en 1846 comme préparateur de M. Chevreul, et devint son aide l aturaliste; il a été nommé répétiteur à l’École polytechnique en 1851, et professeur de physique à l’École des Beaux-Arts en 1867. M. Cloëz a brillamment passé ses examens de doctorat ès sciences en 1866, et trois ans après, en 1869, il était reçu docteur en médecine. M. Cloëz était un chimiste de beaucoup de valeur, qui a publié un assez grand nombre de mémoires très appréciés; il était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1866. Etrange jeu de la destinée! Le vénérable M. Chevreul, qui a dépassé l’âge de 97 ans, a vu mourir celui qui préparait ses cours depuis trente-six ans!
- CHRONIQUE
- Uutta-percha et caoutchouc. — L’Électricien nous fait connaître à la fois l’invention d’un succédané de
- la gutta-percha et la découverte d’une nouvelle plante à caoutchouc qui vient d’attirer tout particulièrement l’attention du gouvernement indien.
- Voici la composition du nouveau produit destiné à remplacer la gutta-peicha : 50 kilogrammes de copal en poudre; 7k*,500 à 15 de soufre sublimé, mélangé avec le double d’essence de térébenthine ou avec 55 à 66 litres de pétrole, le tout chauffé et agité, à une température de 122 à 150° centigrades jusqu’à dissolution complète. La masse est alors refroidie à 38 degrés centigrades et mélangée avec 3 kilogrammes de caséine dans de l’eau ammoniacale faible, dans laquelle un peu d’alcool et d’espnt-de-bois a été ajouté.
- La masse est chauffée de nouveau de 120 à 150 degrés cçntigrades jusqu’à parfaite liquéfaction et bouillie alors avec une solution de 15 à 25 pour 100 de brou de noix et 0k6,5 environ d’ammoniaque. Après une ébullition de quelques heures, la masse est refoidie, lavée à l’eau froide, agitée dans un bain d’eau chaude, pressée et séchée. La matière ainsi obtenue possède les mêmes qualités que le caoutchouc et serait, paraît-il, susceptible de recevoir les mêmes applications, tout en permettant de réaliser une grande économie.
- Quant à la nouvelle plante à caoutchouc, commune dans l’Inde méridionale, elle appartient à la classe des aponicées et s’appelle Prameria glundulifera. Elle est originaire des forêts de la Cochinchine où son jus liquide est souvent employé comme purgatif par les Annamites et les Cambodgiens. Les Chinois l’appellent Tuchung et ce produit est un ingrédient très usité dans l’arsenal thérapeutique chinois, sous forme de fragments noircis d’écorce ou de petites branches. Il est importé, dans ce pays, de la Cochinchine ; le prix de l’écorce, fumée au sec, est d’environ 40 centimes le kilogramme. Lorsqu’on casse les branches, l’on voit, dans l’intérieur, une quantité abondante de caoutchouc, qui peut être étiré en fils comme la Landelphia de l’Afrique orientale. Enfin la Prameria glandulifera peut être propagée par la plantation des jeunes pousses, et le directeur du Jardin botanique de Saigon, M. Pierre, pense qu’elle peut être plantée avec suceès dans des réserves quand elle n’a pas dépassé l’âge de dix ans. Elle pourrait constituer ainsi une ressource de grande valeur au point de vue de l’industrie forestière indienne.
- L’exploitation du borax en Italie. — Les sept villages du borax, les lagunes et sources boraciques de la province de Pise sont une des curiosités de l’Italie. Dans un rapport adressé à Washington, le consul des États-Unis à Livourne donne d’intéressants détails sur l’exploitation actuelle du borax dans ces villages, et la région avoisinante, qu’il a visités et d’où l’on l’exporte, chaque année en Amérique, de grandes quantités d’acide bora-cique. Le district où se rencontrent les sources, appartient à un seul propriétaire. Quoique toute la contrée contienne des dépôts de borax fort étendus, comme l’indiquent les vapeurs qui sortent des fissures du sol, ce n’est pas de ces sources que l’on obtient les récoltes les plus abondantes, mais bien de puits artésiens qui viennent invariablement frapper la veine du borax à une petite distance de la surface. Toutefois on continue de creuser jusqu’à ce que le puits rende de l’eau ; alors les machines sont retirées, et on laisse pénétrer l’eau dans les canaux peu profonds creusés d’avance tout autour du trou. Cette eau ne tarde pas à s’échauffer jusqu’à l’ébullition et à s’imprégner du borax qui s’élance de l’ouverture du puits artésien ; après quoi l’eau est retirée et on la fait passer,
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- pour l’évaporer, par une série de petites bassines en métal, au nombre de quinze à vingt, et disposées de manière à former une sorte de cascade. En arrivant dans la dernière bassine, le borax est à demi solidifié, et, lorsqu’il est refroidi, il apparaît recouvert d’une mince croûte de glace. On enlève cette croûte et on l’étend sur lè plancher d’une salle à dessécher, chauffée à l’aide de tuyaux. C’est ainsi que le borax se cristallise. Les lagunes ont un aspect tout particulier pendant la sortie du borax. Lorsqu’elles sont pleines d’eau, l’ébullition est continue, s’élevant à plusieurs pieds de haut, mais la vapeur est tout à fait puante et désagréable, par suite de son odeur de soufre. Cette odeur pénètre dans tous les établissements ; les métaux en sont particulièrement affectés. Les instruments de cuivre appartenant aux ouvriers se trouvent peu à peu recouverts d’une couche boracique asse; épaisse; les montres en argent prennent la couleur du platine. Il n’y a que l’or de la meilleure qualité qui réussisse à conserver sa couleur véritable. La quantité de borax recueillie ehaque jour dans les sept villages de la province de Pise peut être évaluée à 14 tonnes. Le nombre des ouvriers dépasse actuellement 1800, sur lesquels 800 sont exclusivement occupés à la production de l’acide. Il est à regretter, dit le consul des États-Unis à Livourne, que les sources de Morbo, un des sept villages où l’on recueille le borax, ne soient plus maintenant utilisées sous forme de bains; elles sont d’une certaine efficacité dans la guérison des rhumatismes. L’histoire de Toscane en fait mention et il est dit que Laurent de Médicis, l’ami de Michel-Ange, de Pic de la Mirandole et le père de Léon X, y retrouva la santé. (Chronique industrielle.)
- Réeolte du caoutchouc au Hrésil1. — De grand matin, les hommes et les femmes partent ayant sur le dos des paniers remplis de coupes d’argile et de petites hachettes pour entailler l’arbre. Quand le suc laiteux s’écoule de l’entaille faite à l’arbre, ils fixent une coupe sur le tronc avec une bouillie d’argile disposée de façon à recueillir tout le liquide. Si l’arbre est grand, quatre ou cinq entailles sont pratiquées en cercle autour du tronc. Le lendemain de nouvelles entailles sont pratiquées au-dessous des précédentes, on les répète les jours suivants jusqu’à ce qu’on soit arrivé au bas de l’arbre. Au bout de onze heures l’écoulement cesse et les seringueros recueillent le contenu des coupes dans des vases fabriqués avec des calebasses. On obtient un décilitre au plus de chaque arbre ; chaque collecteur peut en un jour traiter cent vingt arbres et au delà ; sans cesse il marche dans des marais, et souffre de la fièvre et de débilité. La mameluca a recueilli dans sa journée une calebasse pleine d’un liquide blanc qui a tout l’aspect du lait. Au bout de peu de temps ce liquide se coagule, et il se dépose au fond une gomme blanchâtre. Pour avoir le caoutchouc noir du commerce, on lui fait subir une préparation spéciale, sur un feu qui couve et que l’on entretient avec des noix dures du palmier lucuma, on place une sorte de cheminée d’argile, assez semblable à une cruche à large ouverture et sans fond, par ce boiao passe constamment un épais courant de fumée. Puis on prend un moule de bois ayant la forme d’une palette ronde, on la plonge dans Je suc laiteux, et on la tient sur la fumée jusqu’à ce que le liquide soit coagulé. On applique une nouvelle couche, et comme le bois est chaud, la coagulation est plus com-
- 1 Pharmaceutical Journal, 28 juillet 1883, Dominica Diat.
- piété. 11 faut la récolte de deux ou trois jours pour que le moule soit couvert d’une couche suffisamment épaisse. A ce moment le caoutchouc est encore d’un blanc sale, mais en peu de temps il passe au brun et même au noir, puis on le porte au marché. La masse est séparée de la palette, et vendue aux commerçants du village. On en fabrique quelquefois des bouteilles en moulant le caoutchouc sur une boule d’argile, que l’on broie et sépare après que le travail est terminé. Pendant la saison sèche on exporte de Para 20 millions de livres de caoutchouc valant 6 millions de dollars. Cette récolte occupe des milliers d’individus, mais elle est ruineuse pour le pays, car le serin-guero qui gagne deux et trois dollars en un jour de récolte, a suffisamment pour vivre dans l’oisiveté pendant uue semaine, il ne revient au travail qu’alors que sa bourse est vide.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 octobre \883. — Présidence de M. Blanchard.
- La houille organisée. — Le savant ingénieur-directeur des mines de Commentry, M. Fayol, adresse à l’Académie la dernière livraison du Bulletin de la Société de l'indus-trieminérale (district du centre) où il a publié un mémoire du plus haut intérêt. 11 s’agit de la découverte dans ces merveilleuses exploitations de Commentry, de houille ayant conservé jusque dans le centre de sa couche la structure histologique des végétaux d’où elle provient. Ce qui fait surtout l’intérêt de ce fait, c’est qu’il est diamétralement opposé à la doctrine acceptée jusqu’ici par tout le monde que- la houille résultant d’une véritable fermentation souterraine de détritus végétaux ne pouvait en aucune façon présenter la structure organique. La conservation est d’ailleurs telle que mon savant collègue et ami, M. B. Renault, a déterminé spécifiquement un grand nombre de plantes houillifiées. M. Fayol en a autographié quelques-uns, et les lecteurs de La Nature en auront prochainement des reproductions sous les yeux.
- Toxicologie. — D’après M. Couty (de Rio Janeiro), l’effet constant de l’intoxication strychnique est une diminution progressive de la sensibilité chez les nerfs ; il en serait de même dans le cerveau, contrairement à ce qui a été professé généralement.
- L'ataxie locomotrice. — On sait que cette maladie, ainsi qualifiée par Duchenne (de Boulogne), est si ordinairement concomitante à des altérations des faisceaux postérieurs de la moelle, que la plupart des médecins n’hésitent pas à croire que là où ces lésions n’ont pas été observées c’est qu’on n’a pas su les voir. Il résulte cependant des recherches de M. Degérinne, que des accidents non distinguables de l’ataxie locomotrice progressive peuvent accompagner une atrophie des nerfs périphériques, les racines postérieures restant intactes.
- Théorie des glaciers. — C’est avec beaucoup d’éloges, mais sans aucun détail, que M. Tresca dépose une note de M. Walter Brown (?) sur l’examen des causes auxquelles il convient d’attribuer le mouvement des glaciers. Ce que nous croyons savoir seulement, c’est que l’auteur ne regarde pas l’épaisseur des glaces comme suffisante non seulement pour expliquer leur progression, mais même
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- pour rendre compte de la transformation du névé en glace compacte.
- Tremblement de terre. — Si l’on en croit le récit adressé à M. Duveyrier, par un chef arabe, il y aurait eu à la fin du mois d’août, à Ghadamès, et dans un rayon de 300 kilomètres autour de cette ville, un furieux tremblement de terre : les profondeurs souterraines grondaient violemment à la grande épouvante des populations. Le sol ne renferme pas de matériaux dont l’origine soit volcanique ; il faut citer près de Ghadamès une source dont l’eau marque 30 .degrés centigrades.
- Les Diorites de Corse. — Comme conséquence des études qu’il vient de faire en Corse, M. Dieulafait admet que les diorites de ce pays appartiennent à trois gisements principaux : 1° diorite orbiculaire, si recherché comme pierre d’ornement , est enclavé dans le granit auquel il passe fréquemment d’une manière insensible; 2° une autre variété de diorite est en grandes nappes. alternant avec des masses stratiformes de granit; 3° enfin les amas les plus importants de diorite sont superposés à des assises fossilifères permiennes ou triasiques et s’étendent sur plus de 200 kilomètres de longueur. Les nombreux gisements de fer sulfuré de la Corse sont en relation directe avec cette dernière catégoiie de roches dioritiques.
- Varia. — M. Dupuy de Lomé lit un mémoire sur la navigation du Rhône.— L’épithélium sécréteur du rein des batraciens est étudié par M. Bouil-laud. — M. Laugier s’occupe de la désinfection des végétaux d’ornement destinés au commerce d’exportation, Stanislas Meunier.
- L'EXPOSITION DES ARTS DU BATIMENT
- A MANCHESTER
- RÉGULATEUR AUTOMATIQUE POUR LE CHAUFFAGE AU GAZ
- On a récemment visité à Manchester, une exposition de « Building Trades » (Professions ayant rapport aux
- bâtiments).—Parmi les différents objets exposés, j’ai remarqué un appareil pour chauffage de chambres, salles, serres, etc. Cet appareil m’a paru ingénieux dans la disposition apportée au réglage automatique du débit du gaz servant à chauffer le serpentin.
- La figure ci-dessous donne des détails sur la construction de l’appareil.
- Le gaz pénètre en X, passe en quantité minime et constante par le robinet A ; descend en quantité variable, suivant la hauteur, et jusqu’au niveau du mercure pour arriver par l’ouverture E à l’échancrure C, se mélange enfin avec la quantité qui s’est
- échappée du robinet A pour se rendre au fourneau.
- Le réglage automatique s’obtient de la façon suivante : Le tube Z est en communication avec un réservoir plein d’air R, fermé hermétiquement. Quand la température s’élève, l’air du réservoir se dilate et fait monter le mercure dans le tube V. L’espace entre l’ouverture E et le niveau du mercure se trouve diminué, la quantité de gaz qui alimente le fourneau se trouve également réduite jusqu’à ce qu’il se produise une diminution de température, partant, une condensation de l’air du réservoir, où la pression devenant plus faible le mercure remonterait en I et le gaz recommencera . à arriver en plus grande quantité, etc.
- Le réservoir, ou vase clos de dilatation, d’une contenance de deux litres environ, ayant des parois peu épaisses, est très sensible ; la chaleur de la main seule appliquée pendant quelques secondes sur une de ses parois, produit un ralentissement sensible du débit du gaz. C.-A. Philippin.
- Manchester, octobre 1883.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissamdier.
- Appareil régulateur pour le chauffage au gaz.
- A. Robinet de réglage ne laissant passer que la quantité indispensable de gaz pour maintenir la flamme constamment allumée. — B. Robinet de réglage fermant le robinet A. — DE. Tige creusée de l’extrémité E à l’échancrure C, pouvant être mise à la hauteur voulue au moyen du pa« de vis H. — F. Mercure. — MM. Manchons d’ajustage entre les tubes de laiton et le tube de verre V. — X. Arrivée du gaz. — Y. Sortie du gaz se rendant au fourneau. — Z. Tube de communication avec le vase clos de dilatation.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N® 544. — 3 NOVEMBRE 1883.
- LA NATURE.
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- UN TRICYCLE AQUATIQUE
- Les journaux quotidiens ont raconté l’étonnant voyage effectué par un Anglais qui a traversé le détroit sur un tricycle, au mois de juillet dernier. Nous venons de voir, dans un journal anglais, The Bazaar, la description et le dessin de ce tricycle d’un nouveau genre. Il ne ressemble en rien aux descriptions fantaisistes publiées alors par les feuilles politiques. Voici, avec la reproduction de la gravure, la traduction de l’article du journal anglais :
- « A la fin de juillet dernier, les amateurs de sport lurent avec étonnement, dans les journaux quotidiens, le récit d’une traversée effectuée de Douvres à Calais, sur un tricycle, par un nommé Terry.
- Mais les « quotidiens » mentionnaient simplement le fait, et comme on ne put alors obtenir de détails, aucun journal de sport ne donna les renseignements que nous sommes aujourd'hui en mesure de fournir à nos lecteurs.
- « Le voyage à travers « la Bande d’Argent » ( sil-
- ver streak) eut lieu le 28 juillet 1883.
- Parti de Douvres vers neuf heures du matin, Terry atteignit Calais en moins de huit heures. La distance, à vol d’oiseau, est d’environ 20 milles (52 kilomètres), mais, eu égard au mouvement de la marée, cette distance doit être considérablement augmentée. Un coup d’œil sur le dessin montre la construction particulière de la machine. Les roues offrent un contraste frappant avec l’apparence habituelle si légère du tricycle. Au lieu de jantes en acier creux garnies de caoutchouc, on voit d’énormes jantes de plus d’un pied de profondeur et d’un diamètre presque égal. Elles sont, en apparence, construites en caoutchouc et reliées ensemble par des barres. .Elles présentent, sur leur circonférence extérieure des saillies qui 11® aunes. — 2e semestre.
- forment des palettes destinées à frapper l’eau comme les aubes d’un steamer. Cette jante est fixée sur un cercle en fer plat qui est relié à l’axe par de forts rayons. Les deux roues forment ainsi une machine à double action (double driver). Elles sont directement mises en mouvement par l’axe, qui est coudé en sens inverse. Cette disposition, très sujette à objection, quand il s’agit d’un tricycle ordinaire, est tout à fait convenable dans ce cas particulier. L’ensemble de la machine rappelle le « Humber ». La petite roue de derrière agit comme gouvernail. Le
- flottage des roues est très considérable, et plus que suffisant pour soutenir le poids du cavalier, de telle sorte que, quelle que soit la position, celui-ci n’a pas à craindre de se noyer, considération qui a bien sa valeur en cas de culbute, car le cavalier peut se cramponner à sa machine, à moins qu’il ne soit « écrasé » (stnas-hed) par une collision. Nous espérons avoir bientôt l’occasion d’examiner et d’essayer personnellement cette machine, le plus étonnant tricycle de l’an 1883. Naturellement elle convient surtout pour une eau calme, et nous croyons qu’un cavalier, surpris par la tempête, ne serait point dans une position fort enviable, quoique l’écartement des roues étant suflisant, il serait encore assez en sûreté. Le jour n'est peut-être pas éloigné où l’on parlera de « courses aquatiques » comme d’un événement commun et nous aurons alors un « champion aquatique 1. »
- Il ne nous manque plus que le tricycle aérien. Ce sera pour l’année prochaine. Dr H. M.
- 1 Ceux de nos lecteurs que le sujet intéresse peuvent se reporter à la description du vélocipède nautique de Croeé-Spinclli (n° 120 du 30 octobre 1875, p. 337).
- Tricycle aquatique au moyen duquel M. Terry a traversé le détroit du Pas-de-Calais, le 28 juillet 1883.
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- LA NATURE.
- U VIE PÉLAGIQUE
- Dans un discours prononcé à l’Association anglaise pour l’avancement des sciences, le professeur II. N. Moseley a traité la question de la Yie pélagique. 11 désigne ainsi l’association d’animaux ou de plantes qui nagent librement dans les eaux des océans, par opposition aux êtres qui peuplent les rivages ou le fond des mers.
- La surface ainsi habitée forme les trois quarts de celle du globe, et les animaux pélagiques sont probablement de beaucoup les plus nombreux. Leur existence nécessite évidemment un approvisionnement suffisant de matière nutritive végétale, et les eaux de la mer contiennent souvent, en effet, des myriades de petites algues. Dans les régions polaires, ce sont principalement des Diatomées, qui rendent l’eau épaisse comme une soupe ; dans les contrées antarctiques, elles sont si nombreuses qu’elles donnent une teinte brune aux glaces flottantes. Dans les régions tropicales, ce sont des Oscillariées, assez abondantes parfois pour colorer l’eau et lui communiquer une odeur d’herbe.
- Toutefois ces plantes de haute mer ne sont pas partout assez nombreuses pour fournir la quantité de substance végétale nécessaire aux animaux pélagiques, mais l’on a découvert récemment qu’il existe entre certains animaux et certaines plantes une curieuse association dans un intérêt mutuel.
- Dans certains animaux on trouve incorporées des algues unicellulaires, qui ne sont pas parasites, mais qui se nourrissent des produits rejetés par l’animal, tandis que l’animal s’alimente des composés élaborés par l’algue. C’est cette association vitale que le Dr Brandt a appelée Symbiose. Les animaux qui la présentent au plus haut degré sont les Radiolaires, protozoaires gélatiniformes qui renferment dans leurs tissus de nombreuses cellules d’un jaune clair; ces cellules sont les algues en question. Exclusivement pélagiques, et très abondants, les Radiolaires se suffisent à eux-mêmes, puisqu’ils portent en eux leur provision nutritive végétale, et ils servent, à leur tour, à entretenir la vie pélagique.
- La plupart des animaux de haute mer sont complètement hyalins et transparents ; demeurant presque invisibles dans l’eau, ils échappent ainsi à leurs ennemis. Des Mollusques, des Crustacés, des Annéli-des, etc., ont graduellement acquis, par sélection naturelle, la diaphanéité du verre. Un petit groupe d’êtres, habitant la surface même de l’Océan, sont colorés du bleu brillant de l’eau et trouvent dans cette couleur une protection. Le genre Saphirina brille des nuances chatoyantes du colibri. Parmi ces êtres, comme dans les habitants des eaux profondes, il en est qui n’ont point d’yeux ; d’autres, au contraire, en présentent de très grands. C’est que beaucoup d’entre eux ne visitent la surface de la mer que la nuit, et restent toujours dans une obscurité presque complète.
- Les grandes étendues d’eau de l’intérieur des continents possèdent, de même que les Océans, trois faunes définies : une faune de rivage, une faune des profondeurs, et une faune pélagique. Cette dernière consiste presque exclusivement en petits crustacés avec de grands yeux, comme on en a découvert dans les lacs anglais du Westmoreland. Le professeur Weissmann, de Fribourg, a étudié attentivement les mœurs des crustacés pélagiques du lac de Constance : il a reconnu que, pendant le jour, on les trouve à une profondeur de 50 mètres — ce qui est environ la limite à laquelle la lumière cesse de pénétrer. Lorsque le soleil se couche, ils s’élèvent peu à peu à la surface, et ils s’enfoncent, au contraire, graduellement, à mesure que le soleil se lève. Le professeur Weissmann pense que ces animaux cherchent ainsi à économiser la lumière, et à utiliser pour leur alimentation tout l’espace à leur portée. Pour poursuivre cette chasse, jusqu’à la limite extrême, il leur faut profiter des heures de plus grande lumière, tandis que la faible clarté de la nuit leur suffit pour explorer la surface de l’eau.
- Les animaux pélagiques marins sont probablement guidés par les mêmes motifs dans leurs mouvements d’ascension vers la surface pendant la nuit, et de descente au fond, durant la journée. Toutefois, les tempêtes doivent interrompre leurs oscillations, en les rejetant brusquement vers les profondeurs. En outre de ces oscillations diurnes, il est probable que, à certaines époques, ils émigrent au fond pour une période de temps considérable : c’est, du moins, ce qui a été reconnu pour les animaux pélagiques habitant le golfe de Naples.
- Une question qui n’est pas encore résolue est celle de la profondeur à laquelle descendent ces êtres.. En effet, les filets que l’on jette au fond des eaux ramassent, lorsqu’on les relève, des animaux,, à toutes les profondeurs intermédiaires. II faudrait un filet que l’on pùt jeter au fond tout fermé, puis ouvrir et entraîner, enfin fermer de nouveau avant de le bisser; or, il est assez difficile de construire un filet semblable. Cependant , M. Alexandre Agassiz a fait quelques expériences avec un appareil de ce genre, et il a trouvé le long de la côte américaine, que les animaux s’étendent jusqu’à la profondeur de 100 mètres environ, et qu’ils n’atteignent jamais 200 mètres. S’appuyant sur ces expériences et sur certaines considérations, il pense que la vie animale ne se rencontre que dans les couches d’eau superficielles et dans celles du fond, et qu’il existe, entre les deux, une vaste étendue d’eau inhabitée.
- D’un autre côté, il y a des raisons de croire qu’on rencontre au moins quelques animaux dans ces couches intermédiaires, encore qu’elles doivent être noires comme de la poix. Certains poissons pélagiques sont doués d’organes phosphorescents remarquables, au moyen desquels ils peuvent chercher leur nourriture dans ces abîmes obscurs. Il est probable aussi que cer tains animaux des profondeurs
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- passent les premiers temps de leur état larvaire à la surface de l’eau, et, s’il en est ainsi, il faut qu’ils pénètrent dans ces couches d’eau intermédiaires pour arriver au fond lorsqu’ils sont adultes.
- Les constantes recherches de M. John Murray sur ce sujet, pendant le voyage du Challenger, font conclure que la vie animale est assez abondante à une profondeur de plus de 200 mètres. 11 serait fort intéressant de savoir comment elle s’entretient, car le fait que la vie végétale, source ultime de nourriture pour tous les êtres, est limitée à la zone pénétrée pour la lumière du soleil, ne permet pas d’admettre que les animaux soient très multipliés au delà de 100 mètres. Des membres remarquables de la faune pélagique sont certains jeunes poissons qui, s’éloignant de la terre et gagnant la haute mer à la dérive, se modifient anormalement, par suite de leur exposition anormale aux conditions de l’existence pélagique. Ils grossissent, mais sans que leur structure se développe proportionnellement; ils sont absolument transparents ; quelques-uns n’offrent pas même une trace de sang rouge ; leur squelette, peu développé, reste gélatineux. On les connaît sous le nom de Leptocéphales. £e sont les jeunes du Congre ou de poissons de genres voisins. D’après le docteur Gtinlher, ils périssent sans arriver à l’état adulte; peut-être proviennent-ils d’œufs arrivés accidentellement à la surface au lieu de se trouver au fond. En tout cas, on les rencontre constamment dans la faune pélagique. Les larves de quelques autres animaux paraissent sujettes à une hypertrophie semblable, et n’atteignent pas leur développement.
- La faune pélagique se compose, premièrement, d’un certain nombre d’espèces appartenant à une série d’ordres et de sous-classes absolument spéciaux à cette faune, c’est-à-dire n’ayant pas de représentants dans la faune littorale -ou sur les continents, et ne se rencontrant qu’en plein Océan, à toutes les phases de leur existence. 11 y a environ neuf de ces groupes, dont aucun n’acquiert l’importance d’une classe. — En second lieu, la faune pélagique contient de nombreux représentants de classes et d’ordres dont les membres habitent en général les terres, les rivages, ou le fond des mers, mais qui se modifient de façon variée, pour s’adapter à l’existence pélagique.
- On y trouve très peu d’infusoires. Les Anémones de mer que l’on y rencontre, au lieu d’avoir une base aplatie, comme celles des rivages qui adhèrent aux rochers, se terminent par une partie arrondie, contenant une petite masse d’air; suspendues par une sorte de bouée, elles flottent à la surface, la bouche dirigée vers le bas. Il y a même des insectes pélagiques. Une espèce (Balobates) appartenant à l'ordre des Hémiptères, court à la surface des vagues en plein Océan,et semble défier les tempêtes, C’est un genre voisin de l’Hydromètre que nous voyons progresser par saccades à la surface de nos étangs. Il y a de nombreux poissons pélagiques,
- qui ne fréquentent jamais les rivages ; et, dans les tropiques, on rencontre des couleuvres pélagiques. Dans les îles Galapagos, il existe un lézard qui, sans être l’éellement marin, quitte la terre et nage dans l’Océan ; c’est, en quelque sorte, un représentant des gigantesques Sauriens qui ont vécu pendant la période mésozoïque. Chose fort remarquable! il n’y a pas de représentants pélagiques des Eponges, des Alcyonaires, des Siponculés, des Brachiopodes, des Lamellibranches ni des Échinodermes ; et, d’après les témoignages géologiques que nous possédons, il n’y en avait pas davantage anciennement. II est probable qu’une grande partie des animaux d’autrefois ont été pélagiques, et la mer est ainsi le lieu d’origine de toute existence animale ou végétale1.
- R. Yion.
- LES ANESTHÉSIQUES DES JONGLEURS’
- LES FAKIUS
- Les fakirs sont des mendiants religieux, qui, dans le but d’exciter la charité publique, s’imposent des positions dans lesquelles il semble impossible de rester, se soumettent à des tortures affreuses, ou bien par leur manière de vivre, leur abstinence, leur indifférence aux intempéries et aux choses extérieures cherchent à faire croire, que grâce à leur sainteté, ils sont d’une essence supérieure au commun des mortels.
- Sans quitter la France on peut se faire une idée de ce que sont les fakirs indiens ; il suffit d’assister à un pardon de Bretagne. On voit alors, le long des routes, dans les carrefours, à la porte des églises, de nombreux mendiants, cherchant à émouvoir la pitié des fidèles en exhibant des membres contrefaits avec art, par exemple, des jambes atrophiées et soigneusement entretenues dans cet état au moyen de bandelettes appliquées chaque soir ; des ulcères artificiels irrités journellement à l’aide du suc de la clématite sauvage (l'herbe aux gueux) ; des enfants estropiés volontairement; enfin, une partie des anciennes pratiques de la cour des miracles soigneusement conservées.
- Les mendiants bretons restent aussi exposés tète nue, au soleil, à la pluie, souvent à genoux sur les cailloux des chemins, des journées entières, égrenant un chapelet, marmottant des prières, et paraissant indifférents à tout ce qui les entoure.
- Aux Indes, à tous les grands marchés, à toutes les fêtes religieuses, et généralement à toutes les réunions, des fakirs viennent s’exhiber. Si l’un d’eux présente une singularité nouvelle, une difformité curieuse, une posture étrange, ou enfin une curiosité physiologique quelconque l’emportant sur celles de ses confrères, il devient alors l’attraction
- 1 D’après YEnglish Mechanic.
- a Yoy. n0 537 du 15 septembre 1883, p. 245.
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- de la fête, la foule l’entoure, et les piécettes et les roupies tombent dans sa sébille
- Les fakirs, comme tous les torturés volontaires, sont de curieux exemples des modifications que la volonté, la patience et on peut dire « l’art » peuvent apporter dans la nature humaine, dans la sensibilité et la fonction des organes. Si ceux-ci sont susceptibles d’être perfectionnés, d’avoir leur fonction développée, d’acquérir plus de force, plus de puissance, comme, par exemple, les muscles du lutteur, la poitrine du coureur, la voix du chanteur, l’agilité du clown, l’habileté manuelle de l’ouvrier, etc., ces mêmes organes peuvent être atrophiés ou modifiés, leur fonction peut-être dénaturée. C’est dans cette dégradation, cette dégénérescence voulue de la nature humaine que les fakirs excellent et c’est à ce point de vue qu’ils méritent d’être étudiés.
- On peut classer pour ainsi dire les fakirs par ordre des supplices qu’ils s’imposent, ou suivant les difformités qu’ils se sont données. Mais comme nous l’avons déjà dit, le nombre de celles-ci et de ceux-là est extrêmement varié, chaque fakir s’eltor-forçant de faire mieux que ses confrères.
- Il suffit d’ouvrir un récit de voyage dans les Indes, pour voir à chaque instant des descriptions de fakirs, et ces descriptions sembleraient exagérées ou invraisemblables si ce n’était leur concordance. En voici quelques exemples :
- Les fakirs immobiles. — Leur nombre est considérable. Ils restent immobiles à la place qu’ils ont choisie, et cela pendant un espace de temps excessivement long. On en cite un qui est resté douze années debout, les bras croisés sur la poitrine, sans faire un mouvement, sans se coucher ou s’asseoir. Des personnes charitables se chargent toujours dans ce cas d’empêcher les fakirs de mourir de faim.
- D’aucuns restent accroupis, immobiles, ne semblant plus vivrcg d’autres sont étendus sur le sol ressemblant à des cadavres. On se figure facilement dans quel état se trouve le fakir après quelques mois ou quelques années d’immobilité ; son état de maigreur est extrême, ses membres sont atrophiés, son corps est noir de crasse et de poussière, ses cheveux sont longs et ébouriffés, sa barbe est inculte, les ongles de ses mains et de ses pieds ayant poussé en toute liberté, sont devenus de véritables griffes ; son aspect est épouvantable. C’est du reste un caractère commun à tous les fakirs.
- On peut aussi classer dans la catégorie des « immobiles » les fakirs qui se font enterrer jusqu’au cou, et qui restent ainsi la tête nue dépassant la surface du sol, soit pendant toute la durée d’une foire ou d’une fête, ou même pendant des mois et des années.
- Les Ankylosés. — Le nombre des fakirs conservant un bras ou deux bras en l’air est très grand dans les Indes.
- Voici la description de l’un d’eux donnée par un voyageur :
- « C’était un goussaïn, un mendiant religieux,
- ayant les cheveux et la barbe incultes, d’horribles tatouages sur la figure et ce qu’il y avait de plus hideux dans cet affreux ensemble, c’était le bras gauche, qui desséché et ankylosé, se dressait en l’air perpendiculairement à l’épaule; la main fermée, entourée de courroies, avait été traversée par les ongles, qui continuant leur croissance, se courbaient en griffes de l’autre côté de la paume, enfin le creux de cette main rempli de terre servait de vase à un petit myrte sacré. »
- D’autres fakirs ont les deux bras levés au-dessus de la tête, les mains croisées, et restent perpétuellement dans cette position. D’autres encore ont un bras ou les deux bras étendus.
- Quelques-uns se pendent par les pieds à une branche d’arbre, à l’aide d’une corde, et restent la tête en bas pendant des journées entières, la figure non congestionnée, la parole facile, égrenant leur chapelet et marmottant des prières.
- Une des singularités les plus remarquables des fakirs, c’est la fadilté qu’ont certains d’entre eux de rester enterrés complètement dans des caveaux, des coffres, enfermés dans des sacs, etc., pendant des semaines et des mois ; et bien qn’il y ait une supercherie certaine, relativement à la durée de leur abstinence absolue, il semble cependant démontré que ces fakirs après avoir suivi un traitement particulier, se trouvent plongés dans une sorte de léthargie qui leur permet de rester sans prendre de nourriture pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. Certains lakirs enterrés dans ces conditions, ont passé, paraît-il, dix mois ou même un an dans leur caveau.
- Les Torturés. — Les fakirs se soumettant à des tortures sont très nombreux. Quelques-uns exécutent des exercices analogues à ceux des Aïssaoua. M. Rousselet, dans son voyage aux Indes, a eu occasion d’en voir à Bhopal et voici la pittoresque description qu’il en donne :
- «Je remarquai des groupes de mendiants religieux d’un caractère épouvantablement sinistre. C’étaient des Joguis, qui entièrement nus, les cheveux épars, se promenaient en poussant des cris et en dansant une sorte de danse macabre. Au milieu de leurs contorsions, ils brandissaient de longs poignards acérés, d’une forme spéciale et garnis de chaînettes d’acier. De temps à autre, l’un de ces hallucinés s’enfoncait le poignard dans le corps, principalement sur les côtés de la poitrine, dans les bras et les cuisses, et n’arrêtait ses coups que lorsque, pour calmer son apparente fureur, des badauds qui l’entouraient lui avaient jeté un nombre suffisant de gros sous. »
- Lors des fêtes de Jaggrenat, on voit et surtout on voyait, avant que les Anglais eussent un peu humanisé cette cérémonie, des fakirs se faire suspendre par les chairs à des crochets de fer placés autour du char du dieu.
- D’autres se faisaient enfoncer par leurs prêtres deux crochets sous les deux omoplates. Ces deux
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- crochets étaient fixés à une longue perche pouvant pivoter sur un poteau. Les fakirs se trouvaient ainsi enlevés à dix mètres du sol, ils recevaient alors un mouvement de rotation très rapide et jetaient en souriant des fleurs sur les fidèles. D’autres encore se roulent sur des espèces de matelas garnis de clous, de pointes de lance, de poignards et de sabres, et se relèvent naturellement couverts de sang.
- Un très grand nombre, en l’honneur du dieu, se font 120 entailles (nombre consacré) sur la poitrine, le dos et le front.
- Quelques-uns se percent la langue avec un poignard long et étroit et restent ainsi exposés à l’admiration des fidèles.
- Beaucoup enfin se contentent de se passer dans les plis de la peau, des pointes de fer ou des tiges de roseau.
- On voit que les fakirs sont ingénieux dans leurs moyens d’émouvoir la pitié et la charité des fidèles.
- Ailleurs, dans un grand nombre de tribus sauvages ou de peuplades demi-civilisées, on voit les aspirants au sacerdoce des fétiches, subir, sous la direction des membres de la caste religieuse dans laquelle ils veulent entrer, des épreuves semblant extrêmement douloureuses. Or, depuis longtemps, on a remarque que parmi les néophytes, bien que tous soient préparés par les mêmes mains, les uns subissent ces épreuves sans manifester aucune souffrance, tandis
- Exercices exécutés par les fakirs dans les Indes.
- que les autres ne peuvent résister à la douleur et fuient avec épouvante. On en a conclu que ces épreuves avaient pour but de permettre à la caste de faire un choix dans son recrutement et cela au moyen d’anesthésiques donnés aux néophytes choisis.
- En France, pendant les deux derniers siècles, alors que la mise à la question des accusés était en usage, on a vu de ceux-ci paraître insensibles au milieu des plus affreuses tortures; quelques-uns, même, plongés dans une espèce de somnolence, d’hébétement, s’endormaient entre les mains du bourreau.
- Quels sont les procédés permettant d’arriver à ces divers résultats?
- Évidemment on ne peut les connaître tous. Un
- certain nombre sont des secrets de caste, de secte ou de famille. Beaucoup sont connus cependant, au moins d’une manière générale. Les procédés varient naturellement, suivant le but à atteindre.
- Quelques-uns ne semblent consister qu'en un effort de volonté ; ainsi les fakirs qui restent immobiles n’ont besoin d’aucune préparation spéciale pour arriver à ce résultat, il en est de même de ceux qui sont enterrés jusqu’au cou, la volonté suffit. Les fakirs passent probablement par les mêmes phases que les malades, qu’une fracture ou une luxation condamne à une immobilité complète. Dans les premiers jours, l’organisme se révolte de cette inaction, la gêne est très grande, les muscles se contractent par soubresauts, puis peu à peu l’accoutumance
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- se fait, la gêne devient de moins en moins grande, les révoltes des muscles sont moins fréquentes, le malade s’habitue à son immobilité. Il est probable qu’après avoir passé plusieurs mois ou plusieurs années immobiles les fakirs n’éprouvent plus aucun désir de changer de position, de se déplacer, et d'ailleurs, le voudraient-ils que cela leur serait impossible par suite de l’atrophie des muscles et de î’ankilose des articulations.
- Les fakirs qui restent avec un seul ou plusieurs membres immobiles et dans une position anormale, doivent subir une sorte de préparation, un traitement spécial, ils doivent se mettre et rester deux ou trois mois dans une sorte de cage ou de bâtis en bambou, qui a pour but de leur maintenir le membre à immobiliser dans la position qu’il devra garder ; ce traitement identique à celui que les chirurgiens emploient pour guérir les maladies des articulations a pour effet de provoquer la soudure, I’ankilose de l’articulation. Quand ce résultat est obtenu, le fakir reste malgré lui et sans fatigue, le ou les bras en l’air et pour qu’il puisse les rabaisser, il faudrait une opération chirurgicale.
- Quant aux torturés volontaires amenant l’effusion de sang, on s’explique l’insensibilité de ceux qui en sont les victimes quand on songe que l’Inde est par excellence le pays des plantes anesthésiques. Elle produit notamment, le chanvre indien (l'herbe aux fakirs) et le pavot, la première donne le haschisch et la seconde Y opium.
- Or, c’est grâce à ces deux poisons, pris à dose convenable, soit seuls, soit ensemble, suivant un formulaire connu évidemment, au moins en partie par les prêtres fakirs ou jongleurs hindous, mais ignorés du bas peuple, que les premiers se donnent ou gratifient leurs adeptes, d’une insensibilité absolue.
- Il y a notamment une liqueur connue dans la pharmacopée indienne sous le nom de Bang qui produit une ivresse excitante accompagnée d’une insensibilité complète. Or, la partie active du Bang consiste dans un mélange d’opium et de haschisch.
- C’est une liqueur analogue que faisaient prendre aux veuves indiennes, les brahmes, avant de les conduire au bûcher. Cette liqueur ôtait aux victimes non'seulement toute conscience de l’action qu’elles accomplissaient, mais encore les rendait insensibles aux atteintes du feu. Du reste, la dose d’anesthésique était telle, que si, par hasard, la veuve avait échappé au bûcher, ce qui est arrivé plusieurs fois, grâce à la protection anglaise, elle mourait empoisonnée.
- Quelques voyageurs en Afrique parlent d’une herbe désignée sous le nom de Rasch, qui serait la base de préparations anesthésiques employées par certains jongleurs et sorciers arabes.
- C’était au haschisch que le Vieux de la Montagne, le chef de la secte des Assassins, avait recours pour enivrer ses adeptes, et c’est, croit-on, par l’emploi du suc d’une solannée vireuse : jusquiame, stramoine
- ou belladone qu’il parvenait à les rendre insensibles.
- Nous avons malheureusement perdu la recette de certains anesthésiques connus dans l’antiquité et dont quelques-uns, comme la pierre de Memphis, paraissent avoir été employés dans les opérations chirurgicales. On ignore quelle était la nature du vin de Myrrhe, l’anesthésique dont parle la Bible.
- On ignore aussi quelle était la composition du savon anesthésique dont l’usage aux quinzième et seizième siècles, était devenu si général que, d’après Taboureau, il était inutile de donner la question aux accusés. La recette engourdissante était connue de tous les geôliers, qui moyennant finance la communiquaient aux prisonniers. C’est cet usage des anesthésiques qui donna lieu à la règle de juris--prudence d’après laquelle l’insensibilité physique partielle ou générale était considérée comme un signe certain de sorcellerie.
- Nous citerons, un certain nombre de préparations variant suivant les pays, auxquelles on attribue la propriété de donner du courage et de rendre insensible aux blessures de l’ennemi. Le plus souvent l’alcool fait la base de ces boissons, cependant le maslach que les soldats turcs boivent au moment du combat, ne renferme pas d’alcool, et cela par suite d’un précepte religieux; il est composé de divers sucs de plantes et contient notamment un peu d’opium.
- Les Cosaques et les Tartares, au moment de combattre, prennent une boisson fermentée dans laquelle on a fait infuser un champignon indigène. Cette boisson rend courageux jusqu’à la témérité.
- On sait que les vieux grognards du premier Empire enseignaient aux jeunes conscrits, que pour avoir du cœur et ne pas sentir les coups de l’ennemi il suffisait de boire un verre d’eau-de-vie dans lequelle on a versé la poudre d’une cartouche.
- Il nous reste à parler des moyens employés par les Aïssaoua, les fakirs, les jongleurs de tous les pays soit pour résister au tranchant d’un sabre, à la pointe d’une épée, au feu, au fer rouge, à la fonte ou au plomb en fusion, en un mot à parler des procédés rendant invulnérables ou incombustibles.
- — A suivre. — G. KeRLUS.
- LE CAMP RETRANCHÉ DE STRASBOURG
- Les origines de Strasbourg se perdent dans la nuit des âges.
- La grande ville, dont la figure symbolique trône encore aujourd’hui sur notre place de la Concorde à Paris, était, à l’aurore des temps historiques, un centre de population gauloise que les Romains désignèrent par transcription sous le nom d'Argentoratum. C’est aux abords de cette bourgade que, vers l’an 15 avant notre ère, Drusus, frère de Tibère, éleva un fort destiné à défendre le passage du Rhin. Ce fort prit, au cinquième siècle, le nom de Strasbourg, impliquant la
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- signification de Château de la roule, de la route qui reliait les Gaules à la Germanie.
- Le cadre de cette notice ne comporte pas une histoire militaire de Strasbourg. Observons seulement que la malheureuse cité n’a pas été ruinée ou brûlée à moins de sept reprises différentes, dont une fois par Attila, roi des Huns ; une autre fois, par le roi de Prusse Guillaume Ier.
- En 1870, le siège de Strasbourg s’imposait aux Prussiens.
- Louvois disait de cette ville qu'elle était un monument de la grandeur du roi (Louis XIYj et du soin que le monarque avait pris « de mettre son royaume « à couvert des entreprises de ses ennemis ». Et, après Louvois, M. de Bismarck a dit, non sans quelque justesse: « C'est une des clés de la maison ! » Il s’agissait de nous prendre cette clé ; de s’emparer d’une place forte renfermant de vastes magasins, des approvisionnements, des ateliers. Les Prussiens avaient, depuis longtemps, convoité ce matériel de guerre. De plus, ils avaient indispensablement besoin du chemin de fer qui, de Wissembourg, conduit à Sa* verne, à Nancy. Or cette voie ne passe qu’à une dizaine de kilomètres de Strasbourg, et Strasbourg eût inquiété la marche en avant de nos envahisseurs.
- La divisionBadoise reçut, en conséquence, l’ordre de procéder aux premières opérations de l’attaque. Cette division était d’un effectif de dix mille hommes d’infanterie et dix-huit cents cavaliers lorsqu’elle arriva, le 11 août, en vue des remparts de la grande place forte.
- L’enceinte qui allait être assaillie est l’œuvre de l’Alsacien Speekle qui l’a construite en 1570. Vau-ban est l’auteur de tous les ouvrages extérieurs et de la citadelle.
- Ces fortifications étaient en bon état mais les abris voûtés y faisaient défaut. L’armement se composait de quatre cents bouches à feu, dont quarante-quatre mortiers, et seulement cent trente pièces rayées de siège. Quant aux projectiles— la plupart pour canons à âme lisse — on n’en comptait guère que cent mille.
- La garnison ne comprenait que de six à sept mille hommes de l’armée active, dont deux mille six cents artilleurs ; de sept à huit mille mobiles ou débandés de Frœschwiller; huit mille gardes nationaux; en tout, une vingtaine de mille hommes.
- Le 17 août, le corps de siège allemand reçut des renforts qui en portèrent l’effectif à soixante mille hommes. Il lui arriva, en même temps, un parc de deux cents pièces de siège et quatre-vingt-huit mortiers approvisionnés à plus de trois cent mille coups.
- L’investissement s’opéra aussitôt et, dès Je 21, le général Werder commença le bombardement.
- Ses batteries tiraient jusqu’à dix coups à la minute.
- La moitié de la ville fut, comme on sait, brûlée. Le feu prussien dévora nombre d’édifices remarquables, notamment le temple protestant de Saint-Thomas qui renfermait le magnifique tombeau du maréchal de Saxe, de Pigalle.
- Voyant que le bombardement, si intense qu’il fût,
- n’intimidait ni la population, ni le gouverneur, les Prussiens résolurent d'entreprendre un siège régulier. Ils prirent pour point d’attaque le saillant nord-ouest de la place et cheminèrent méthodiquement vers le fort des Pierres.
- Parvenus à six ou sept cents mètres de l’enceinte, les assaillants la battirent en brèche. Leur tir indirect éventra la muraille d’une demi-lune, la face droite du bastion XI et la face gauche du bastion XII.
- Toute résistance devenait désormais inutile.
- La place capitula le 28 septembre. Bombardée pendant quarante jours, elle avait reçu près de deux cent mille projectiles. Pendant quarante jours, six ou sept mille hommes de notre armée active avaient glorieusement tenu tête à soixante mille assaillants.
- La guerre terminée, l’état-major allemand se préoccupa du soin de doter d’homogénéité les forces militaires de l’ancienne Confédération germanique ; d’organiser le système défensif du nouvel Empire d’Allemagne, de mettre ce système en harmonie avec les conditions de la Constitution politique récemment inaugurée.
- Une Commission instituée ad hoc, et présidée par le Prince royal, étudia, sous la direction du maréchal de Moltke, les bases de cette organisation. La conclusion des études fut qu’il était indispensable d’avoir, sur les frontières, des points d'appui sérieux ; que ces points forts devaient être pris eux-mêmes sur les lignes de défense naturelles ; qu’il convenait d’abandonner, de démanteler les forteresses qui, dans cet ordre d’idées, n’avaient plus de raison d’être ; qu’il était nécessaire d’améliorer, d’agrandir, de transformer en camps retranchés les places dont la valeur stratégique était incontestable.
- Ces principes admis, la Commission en fit l’application à la frontière de France. Elle reconnut la nécessité de créer sur la ligne du Rhin de vastes « doubles têtes-de-pont » pouvant permettre aux armées nationales de manœuvrer, à volonté, sur l’une ou l’autre rive.
- Choisie pour tenir un de ces rôles de double tête-de-pont, la place de Strasbourg dut passer à l’état de grand camp retranché en se conjuguant avec Kehl,
- Ayant, après de longs calculs, déterminé les proportions à donner à leur Strasbourg, les Allemands ont démoli l’enceinte de Speekle pour englober sous de nouveaux remparts une surface triple de celle que mesurait la place assiégée par eux en 1870. La superficie totale de la ville allemande est, à l’heure qu’il est, d’un millier d’hectares, enclos de fortifications. La nouvelle enceinte de—tracé dit polygonal— enferme la Gare, une vaste gare desservant, à la fois, les lignes de Wissembourg, de Paris et de Bâle. De Strasbourg, par conséquent, les forces allemandes peuvent rayonner en tous sens à l’extérieur. La ville est, d’ailleurs, pour elles un centre de ressources considérables, eu égard à l’importance de son industrie. A cheval sur le Rhin, située sur la voie ferrée qui relie la Hollande à l’Italie par le Saint-Gothard^ Strasbourg est devenue un immense entrepôt de
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- commerce entre l’Italie, la Suisse, l’Allemagne et la France.
- Là, du reste, l’armée allemande s’est ménagée en permanence d’immenses approvisionnements de toute espèce dont les uns sont en magasin et les autres, sur roues, en gare. Là le gouvernement possède nombre de vastes établissements militaires entre autres une manufacture d’armes extrêmement remarquable.
- A l’entour de ce noyau central, le maréchal de Moltke a fait construire treize forts détachés. Formant ceinture sur la rive gauche du Rhin, s’échelonnent en hémicycle (Voyez ci-joint le Plan du Camp retranché de Strasbourg, fig. 2) :
- Le fort Fransecki dans la forêt de Wanzenau,
- entre le Rhin et l’ïll ; le fort de Moltke, au sud du village de Reichstet ; le fort de Roon, entre le chemin de fer et la route de Wissembourg, à l’est du village de Mundolsheim ; le fort Kronprinz (Prince Royal), à l’ouest du village de Niederhausbergen ; le fort Grosherzog vonBaden (Grand-Duc de Bade), au nord-ouest d’Oberhausbergen; le fort Bismarck, au nord de Wolfisheim ; le fort Kronprinz von Sach-sen (Prince Royal de Saxe) au nord et près du chemin de fer, entre Holtzheim et Lingolsheim; le fort Von der Thann, rive gauche de l’ïll, près du chemin de fer de Mulhouse, au nord de la station de Geipolsheim ; le fort Werder, au sud-est de Graffenstaden, près du canal du Rhône au Rhin ;
- Fig. 1. — Le fort Kronprinz (Prince Royal), à Strasbourg. — Les chiffres donnent les altitudes, au-dessus du niveau de la mer.
- A. Caponnière.— B, B. Ailerons. — C. Grande traverse et communications souterraines.— D. Magasin à poudre. — E.E.. Écoutes
- de contre-mines. — F, F. Casernement et magasins.
- enfin, un fort situé près de la ferme d'Altenheim et de la rive gauche du Rhin.
- Sur la rive droite les ouvrages qui, enveloppent Kehl sont :
- Le fort Kirchbach, situé à environ un kilomètre du village de Sundheim ; le fort Bose, au nord du chemin de fer, et à l’est de Neumuhl ; le fort Blumenthal, à l’est d’Auenheim.
- Le périmètre des forts détachés de Strasbourg mesure 35 kilomètres de développement sur la rive gauche du Rhin, et 18k,500 sur la rive droite; soit, au total, 53k,500, dont six kilomètres — du fort d’Al-tenheim au fort Kirchbach — peuvent être regardés comme suffisamment couverts par le cours du Rhin.
- II suit de là que la ligne à défendre peut s’évaluer à 46 ou 47 kilomètres. Sur la rive gauche, la distance des forts à la ville mesure de 5 à 8 kilomètres ; autour de Kehl, cette distance n’est que de trois kilomètres en moyenne.
- Ces ouvrages occupent toutes les positions qui auraient pu servir d’assiette à l’établissement des batteries d’un assaillant. Ils rejettent très au loin l’investissement possible; battent toutes les voies qui convergent sur le noyau entrai et même celles qui passent à proximité suivant des directions quelconques. Les Allemands ne cessent d’apporter de? perfectionnements à ce camp retranché dé^à formidable. Us ont l’intention de créer un nouveau fort à Diers-
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- heim, à douze kilomètres en aval de Strasbourg; d’occuper par un solide ouvrage les hauteurs qui dominent le fort Bismarck, à l'ouest; de construire nombre de batteries annexes. Les forts du camp retranché de Strasbourg seront reliés entre eux par des tranchées que l’infanterie ouvrira au moment du besoin et qui, dès à présent, sont amorcées partout. Un chemin de fer de ceinture passe à leur gorge. Ils
- communiquent avec l’enceinte par des fils souterrains.
- Quelle est l’économie générale des ouvrages détachés qui constituent le camp retranché de Stras-bourg-Kehl? C’est ce qu’il n’est pas hors de propos de faire connaître. (Voyez ci-joint le plan du Kron-prinz, figure 1.)
- Un fort moderne affecte ordinairement enjplan la
- Fig. 2. — Camp retranché de Strasbourg. — Les nouveaux forts autour de la ville.
- Nota. — L’enceinte bastionnée représentée sur ce plan est celle qui était encore debout en 1876. Depuis lors, elle a été en partie démolie et remplacée par une enceinte polygonale enfermant la nouvelle Gare
- forme d’une grande lunette aplatie, c’est-à-dire à saillant très obtus; aux flancs presque parallèles à la capitale, avec une très légère inclinaison vers l’extérieur. Les faces du front de tète sont flanquées par une caponnière organisée au saillant; les flancs, par deux demi-capounières ou ailerons. La gorge est. le plus souvent, bastionnée. En fait de dehors on ne ménage, à l’entour du fort, qu’un chemin couvert
- simplifié et une petite place d'armes saillant avec abri pour un poste de cinq à six hommes.
- Tel est le type généralement adopté par les puis-sauces européennes, suivant en cela l’exemple de l’Angleterre.
- Les forts de Strasbourg ont dont été construits selon ces principes. Ce sont, en plan, des pentagones aplatis avec caponnière de tête et deux aile-
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- rons. Ils sont à fossés secs, à l’exception des forts Fransecki, Yon der Thann, Werder et d’Altenlieim sur la rive gauche du Rhin; des forts Kirchbach, Rose et Rlumentbal qui couvrent Keld, sur la rive droite.
- Dans les forts à fossés pleins d’eau, les contrescarpes et les escarpes sont à terres coulantes. L \ gorge de ceux de la rive droite consiste en une caserne à Tépreuve (des effets d’un bombardement), à un seul étage et affectant la forme bastionnée. Sur la rive gauche, les logements sont organisés, — à deux étages casematés, — sous le parapet des faces ; la gorge est également bastionnée, mais sans maçonnerie, sauf sur une partie de la courtine. Aucun de ces forts à fossés pleins d’eau n’est muni de ca-ponnière de tète. Les ingénieurs allemands n’ont vraisemblablement renoncé à la construction de cet organe de flanquement qu’à raison des difficultés que leur opposait un terrain marécageux.
- Dans les forts à fossés secs, tels que le fort Kron-prinz, la contrescarpe est revêtue sur environ six mètres de hauteur. L’escarpe consiste en un mur à la Carnot avec chemin des rondes en arrière. La gorge est fermée par une caserne à l'épreuve, de forme bastionnée et à deux étages. Sur les flancs de ce front de gorge, l’étage inférieur est percé de créneaux pour la fusillade; l’étage supérieur, de deux embrasures pour bouches à feu.
- Dans tous les forts de Strasbourg — à fossés sec ou pleins d’eau — la caponnière de tête est percée sur chaque flanc, de deux embrasures et de plusieurs créneaux; les ailerons sont munis de créneaux seulement. Une grande traverse se développe de l’enlrée du fort à la caponnière de tête, divisant ainsi la cour en deux parties et recouvrant une communication souterraine.
- L’enlrée de chacun des forts est couverte par une petite place d’armes dans laquelle se trouve un magasin à poudre à l’épreuve, destiné au service des batteries annexes, construites extérieurement aux forts. Les glacis des forts à fos>és secs sont défendus par des dispositifs de contre-mines.
- Telle est, rapidement esquissée, l’organisation du camp retranché de Strasbourg, C’est une position magnifique, solidement occupée. Cette imposante double tête-de-pont aura-t-elle jamais l’occasion de faire ses preuves ? C’est ce qu’il est impossible de prévoir. En tous cas, le point d’attaque de ce système d’ouvrages, est nettement indiqué. C’est la hauteur sise au nord-ouest du noyau central, hauteur sur laquelle sont assis les forts Grosherzog, von Sachsen et Kronprinz. Major II. de Sarrepont.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches sur le système nerveux des Poissons, par Emile Baudelot, professeur à la Faculté des Sciences de Nancy, ouvrage précédé d’un avertissement par M. Émile Blanchard et accompagné de 10 planches gravées. 1 vol. in-4% Paris, G. Masson, 1883,
- En déposant récemment sur le bureau de l’Académie des Sciences l’œuvre posthume de M. Baudelot, M. Blanchard a rendu un touchant hommage à la mémoire de ce savant si regretté.
- « Baudelot, a-t-il dit, était mon élève, un élève de prédilection, à l’avenir duquel je croyais. C’était un travailleur sagace et persévérant. Il y a vingt ans, l’Académie ayant proposé pour sujet de prix, des recherches sur diverses parties de l’encéphale des poissons, Baudelot envoya au concours un Mémoire qui fut récompensé. Cet encouragement lui fit prendre à cœur le sujet ; il le reprit, s’y absorba tout entier. 11 étendit ses recherches non seulement à tout le système nerveux des poissons, mais encore à celui des reptiles, des oiseaux, des mammifères. Un tel champ d’exploration demandait toute une vie. Baudelot y consacra la sienne, qui fut trop courte, et dont les dernières années furent troublées par la maladie. Quand il mourut, on trouva dans ses papiers une foule de notes et de dessins qui donnaient au jour le jour les impressions du chercheur, micrographe et anatomiste. Je conseillai à la famille d’utiliser ces précieux débris. Mme veuve Baudelot s’est consacrée 'a cette tâche avec une pieuse patience que récompense aujourd’hui la belle publication dont elle fait hommage à la Compagnie et qui perpétuera le nom de son mari parmi les savants distingués de ce siècle. »
- La Platinotypie, exposé théorique et pratique d'un procédé photographique aux sels de platine permettant d’obtenir rapidement des épreuves inaltérables, par Joseph Pizzighelli et le baron Hübl, traduit de l’allemand par Henry Gacthier-Villars. 1 vol. in-8°. Gauthier-Villars, Paris, 1885.
- Traité pratique de photographie sur papier négatif par l’emploi de couches de gélatinobromure d’argent étendues sur papier, par Eugène Trutat. 1 vol. in-18. Paris. Gauthier-Villars 1885.
- Manuel pratique de Photographie, par A. Pierre Petit fils. 1 broch. in-18. Paris, Gauthier-Villars, 1883.
- La Photographie industrielle. — La Photographie artistique, par À. Pierre Petit fils. 2 broch. in-18. Paris, Gauthier-Villars, 1883.
- Recherche sur la structure de quelques diatomées contenues dans le « Dcmentstein » du Jutland par MM. W. Prinz et E. Van Ermengem. 1 broch. in-8°, avec planches. Bruxelles, A. Manceaux, 1885.
- Annuaire des Musées Cantonaux et des autres institutions cantonales patriotiques d’initiative privée, 4e année, 1883, 1 vol. in-8°. Abonnements annuels chez M. Edmond Groult 'a Lisieux (Calvados).
- Aperçu sur le rôle des Astéroïdes inférieurs dans la Physique du Monde par F. Chapel, ancien élève de l’Ecole Polytechnique. 1 vol. in-8°. Paris, Librairie Fischbaeher, 1883.
- Almanach astronomique Flammarion pour 1884, publié par M. Vimont. 1 brochure in-8° avec gravures. Paris, E. Plon et Cie, 1885.
- Histoire naturelle. Zoologie, par Maurice Girard. 2e année. 1 vol. in-18 avec figures, rédigé conformément au programme officel du 5 août 1880, Paris, Dela-grave, 1885.
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- LA NATURE
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- CORRESPONDANCE
- LE SOLEIL VERT OBSERVÉ AUX ÎLES PHILIPPINES.
- Manille, 11 septembre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai l’honneur, de vous signaler un phénomène très curieux qui a vivement attiré l’attention des habitants de Manille et de presque tout l’archipel des Philippines.
- Le 9 septembre dans Paprès midi, par un temps de léger brouillard sec, on vit apparaître le soleil teint en vert, et répandant sur tous les corps qu’il éclairait, une étrange et curieuse coloration verdâtre, à la plus grande terreur des insulaires.
- Ne trouvant aucune autre explication pour cette curieuse apparence, j’ai cru qu’elle pouvait être due à la diffusion des cendres produites par l’épouvantable éruption volcanique du détroit de la Sonde, qui transportées par la mousson vers l’équateur, auraient pu être entraînées par les courants supérieurs.
- Je profite de l’occasion de cette lettre pour vous signaler à propos du tremblement de terre si épouvantable des îles du détroit de la Sonde, un remarquable fait qui prouve jusqu’à quelles immenses distances peuvent être perçus les bruits des éruptions volcaniques. — Les détonations de celle dont nous parlons, ont été clairement entendues dans presque toutes les îles Philippines; à Culion, Balabac, Siassi,Fatan, Bongas, etc; on les entendit si distinctement, qu’on envoya des canonnières à la découverte croyant qu’on livrait quelque combat à Jolo, ou qu’il se trouvait en mer quelque embarcation en détresse.
- Veuillez agréer, etc. Raphaël Peralta.
- SUR LA MULTIPLICATION DES NOMBRES ENTIERS.
- Senlis, le 17 octobre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Un fait curieux que j’ai observé lors de mes débuts en mathématiques sans que j’aie cherché à me l’expliquer tout d’abord vient de me donner lieu à des recherches qui n’ont abouti à aucun résultat. C’est une question relative à la multiplication des nombres entiers.
- Lorsqu’on pose la suite des chiffres, 1, 2, 5, 4, 5, 6, 7, . 9, en omettant le chiffre 8 et que l’on considère cette suite de chiffres comme formant le nombre entier 12 345 679
- 11 s’agit de trouver un multiplicateur, le nombre précé-
- dent étant pris comme multiplicande tel qu’au produit on ait pour chaque ordre d’unités un seul et même chiffre significatif quel qu’il soit. Le produit étant composé exclusivement suivant les cas du chiffre 1, du chiffre 2. du chiffre 3.... du chiffre 8, du chiffre 9.
- Pour atteindre ce résultat, voici comment on opère :
- Veut-on, par exemple, obtenir au produit une suite de chiffres 5 ? Le multiplicateur à employer sera le chiffre demandé 5 multiplié par 9 soit 5x9 = 45. Le produit
- 12 345 679x45 égale bien en effet 555 555 555. Voudrait-on obtenir le chiffre 8 au produit, le multiplicateur à employer serait 9 x 8 soit 72; 12545679 x 72 = 888888888.
- Dans tous les cas, il suffit pour obtenir le multiplicateur voulu, de multiplier le chiffre demandé au produit parle nombre constant 9. La suite des multiplicateurs est donc :
- 9x1. 9x2, 9x5.......... 9x8, 9x9 pour les produits
- où figurent séparément les chiffres 1,2, 5, 4, 5, 6,7,8,9.
- Pourquoi supprimer le 8 dans la formation du multiplicande et pourquoi le fait n’existe-t-il pas lorsque ce chiffre entre dans la composition de ce multiplicande?
- Et pourquoi cette règle de formation des multiplicateurs avec le facteur constant 9 ?
- Y aurait-il parmi vos lecteurs quelqu’un ayant connaissance du fait et pouvant en donner la démonstration ?
- Recevez, monsieur, etc. Thénard,
- Conducteur des ponts et chaussées.
- DURÉE I)E VISIBILITÉ DES BOLIDES
- Orsay (S.-et-O.), le 15 octobre 1883.
- Mon cher M. Tissandier,
- La lettre publiée dans le n° 547 du 13 octobre 1885, p. 518, par M. À. Chobant, fort intéressante d’ailleurs, me paraît bien extraordinaire sur un point, celui de la durée de l’apparition du bolide : quatre ou cinq minutes. Le Journal de Valence va plus loin et dit cinq à sept minutes. Dans les nombreuses relations que j’ai lues jusqu’icij la plus grande durée de visibilité que j’aie relevée est une demi-minute. Les bolides laissent souvent des traînées phosphorescentes qu’on a vues persister un quart d’heure et jusqu’à une heure. N’est-ce pas ce qui s’est présenté pour le météore du 29 septembre, à moins que les observateurs n’aient mis le mot minute pour le mot seconde. ce qui alors serait bien court ? Est-ce montre en mairi que la durée a été évaluée, ou s’agit-il seulement d’uné évaluation approchée ? En cinq minutes, un train parcourt 4 à 5 kilomètres.
- En tout cas, je crois que la question mérite d’être posée.
- Agréez, etc. Amédée Guillemin.
- UNE PLANTE NOUVELLE '
- CARAGUATA SANGUINEA
- J’ai récolté les premiers échantillons de cette Broméliacée nouvelle en mai 1876, dans la Cordillère occidentale des Andes de la Nouvelle-Grenade, entre Tuquerrès et Rarbacoas, au lieu dit « Los Astrojos ». Elle croissait çà et là, en épiphyte, sur les grands arbres qu’elle ornait de son beau feuillage d’un rouge de sang. Les couleurs en étaient si vives que les Indiens carçjueros qui parcourent cette voie, dite le « Chemin terrible », en récoltaient souvent des pieds vivants pour les planter, en guise d’ex-voto, sur une croix formée de deux tronçons de Fougère en arbre (Alsophila) et qui avait reçu pour cette raison le nom de « Cruz de los bicun-dos1 ». J’en recueillis un assez grand nombre d’échantillons, qui furent expédiés en même temps que les premiers Anthurium Andreanum, lorsque je
- 1 Bicundo ou Vicundo est le nom des Broméliacées dans cette partie de la Nouvelle-Grenade et le Caraguata sangui-nea, de couleur rouge, est nommé Bicundo Colorado.
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- LA NATURE.
- découvris cette belle Aroïdée ; mais la Broméliacée périt dans l’emballage avant d’atteindre l’Europe.
- En 1880, dans une nouvelle exploration, organisée avec le concours de quelques amateurs du midi de la France, je réussis à introduire de bonnes graines du Caraguata sanguinea. De ces graines sont sorties les plantes sur lesquelles ont été prises la description que nous publions.
- Description. — Plante de dimensions moyennes, ne dépassant guère 40 à 30 centimètres de diamètre sur 30 à 40 centimètres de hauteur, en rosace serrée un peu aplatie. Feuilles nombreuses, dressées, puis fortement étalées, dé-
- curves, longues de 20 à 30 centimètres, aplaties, à bords incurvés, longuement engainantes, peu dilatées à la base, à bords subparallèles, à sommet acuminé révoluté ondulé, à pointe canaliculée aiguë, à surface finement sillonnée, d’une couleur vert tendre, teintées de rouge dans leur jeune âge, se tachant graduellement de macules couleur rouge violet d’abord, passant au rouge sang et devenant de plus en plus colorées en approchant du moment de la floraison, variant de coloration suivant les individus, au point que certains sont entièrement pourpres tandis que d’autres sont plus ou mi ins maculés. Inflorescence terminale, nidulante (carac-
- tère jusqu’ici unique dans le genre Caraguata), formant un épi serré, subsessile, entouré de bractées ovales, imbriquées aiguës, entre lesquelles se développent les fleurs brièvement pédicellées, d’un jaune paille brodé de blanc ; calyce gamosépale à la base sur un quart de sa hauteur, à trois lobes épais, cu-culés obtus, longs d’un blanc hyalin; corolle gamopétale, longue de 5 à 6 centimètres, à tube cylindrique un peu renflé au sommet, à lobes étalés, ovales obtus, un peu concaves ; étamines adnées au tube delà corolle jusqu a l’orifice de la gorge, sub-connées en un glomérule conique, anthères subba-sifixes, sagittées jaunes ; style filiforme saillant, blanc, stigmate vert, à trois branches droites papil-leuses ; ovaire à trois angles arrondis, à trois loges
- portant de nombreux ovules ; capsule cartilagineuse brune, cylindracée aiguë, graines soyeuses comme dans toutes les Tillandsiées.
- Le Caraguata sanguinea, exposé pour la première fois à la séance du 11 janvier 1883 de la Société nationale d’horticulture de France, y a reçu une prime de première classe. Il a été une des dix plantes nouvelles à beau feuillage qui ont obtenu le premier prix (médaille d’or) à l’exposition générale de mai 1883 de la même Société1. Ed. André.
- 1 D’après la Revue horticole. — La plante a dû être mise au commerce par M. Bruant, horticulteur à Poitiers (Vienne), à partir du 15 octobre de cette année.
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- LA NATURE.
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- NOUVEAUX POSTES TÉLÉPHONIQUES
- SIMPLIFIÉS
- Les progrès téléphoniques actuels appartiennent davantage au domaine de la pratique qu’à celui de
- Fig, 1. — Poste téléphonique simplifié à plusieurs directions, muni d’accoudoirs Llioste.
- la science et de la théorie; ils n’en présentent pas moins, pour tous ceux qui font ou ont à faire un usage journalier du téléphone, un réel intérêt qui justifie la courte notice que nous voulons consacrer aujourd’hui aux nouveaux postes téléphoniques simplifiés établis par la Société générale des Téléphones.
- Fig 2. — Poste téléphonique simplifié, avec récepteurs à aimant circulaire.
- Ces postes téléphoniques sont plus spécialement destinés aux installations privées dans les usines, les hôtels, les administrations, etc. La figure 1 représente un de ces postes muni d’un tableau à guichets pour six directions; il constitue à lui seul une sorte de bureau central permettant de communiquer séparément avec chacune des six lignes qui lui sont reliées, ou d’établir la communication entre deux quelconques de ces lignes. Il va sans dire que ce nombre 6 n’a rien d’absolu ; il est variable avec les besoins et le développement du réseau téléphonique privé que le poste central doit desservir.
- On sait que, dans toute communication téléphonique, le poste appelant doit attendre l’avis de mise
- Fig. 3. — Téléphone récepteur à aimant circulaire
- en communication avec le poste appelé en tenant le récepteur à l'oreille; c’est là une position fatigante, surtout lorsque les abonnés à relier n'appartiennent pas au même bureau de quartier, que l’appelé est absent ou momentanément occupé, etc. L’ennui de l’attente joint à la fatigue de la position fait souvent paraître le temps beaucoup plus long qu’il ne l’est en réalité. Les accoudoirs Lhoste, dont on comprend le rôle et l’utilité à l’inspection de la figure 1 diminuent cette fatigue et permettent de prendre plus facilement patience. On règle leur hauteur à la taille de l’interlocuteur à l’aide d’un arc de crémaillère et d’un cliquet.
- Le poste simple est représenté figure 2 : on a
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- brisé à dessein la plus grande partie de la planchette du pupitre devant lequel on parle, pour en montrer la disposition intérieure. Le transmetteur est toujours un microphone système Ader à dix charbons ; la bobine d’induction et le commutateur automatiques sont disposés au-dessous, dans le corps du pupitre : le bouton d’appel est placé en avant, au point où serait la serrure d’un pupitre ordinaire. Toutes les communications sont donc intérieures. Le montage du poste est très simple, il ne comporte en effet que huit attaches nettement indiquées : deux pour la ligne en L, deux pour la sonnerie locale en S, deux pour la pile locale du téléphone, et deux pour la sonnerie d’appel, placées en dessous du pupitre.
- La manœuvre et le fonctionnement du poste simplifié sont absolument identiques à ceux du poste ordinaire ; lorsque le téléphone de droite est accroché, le poste est sur la position d’attente ou d’appel, lorsqu’on le prend à la main, le levier de suspension se relève et établit les communications sur téléphone.
- Il nous reste enfin à décrire le téléphone récepteur représenté figure 3, en coupe et élévation. La
- Fig. A. — Aimant circulaire du téléphone récepteur.
- partie principale et nouvelle de ce téléphone est l’aimant dont le lecteur a sous les yeux la disposition (fig. 4). Cet aimant se compose d’une bague d’acier portant deux pas de vis et deux bras en équei're qui constituent les pôles sur lesquels viennent se fixer deux bobines aplaties montées en tension et reliées à la ligne à l’aide d’un cordon souple. L’aimant circulaire a ses deux pôles sur un même diamètre, en regard des pièces en fer doux en équerre qui les prolongent; la distribution magnétique est la même que dans la boussole circulaire de M. Duchemin. Sur le pas de vis inférieur est fixé un couvercle portant un anneau qui sert à la suspension du téléphone à son crochet, pendant l’attente : le pas de vis supérieur sert à maintenir le couvercle, l’embouchure et la plaque vibrante. On règle la distance de cette plaque aux pôles'en intercalant entre la plaque et le couvercle une rondelle de laiton d’épaisseur convenable.
- Le téléphone ainsi construit constitue un ensemble compact, rigide et que rien ne peut dérégler.
- CHRONIQUE
- Expédition scientifique du (( Talisman ». —
- L’expédition scientifique entreprise à bord du navire de l'Etat Le Talisman, sous la direction de M. Alphonse Milne-Edwards, professeur au Muséum et membre de l’Institut, a donné des résultats importants.
- Des récoltes zoologiques presque miraculeuses ont été faites pendant cette campagne aujourd’hui terminée et qui avait pour théâtre l’Océan Atlantique. Des sondages, au nombre de deux cents, ont été exécutés à de très grandes profondeurs, et, grâce à ses filets, l’expédition a recueilli des échantillons du fond de la mer dans toute la région parcourue.
- Les savants explorateurs ont constaté que la carte ba-thymétrique publiée par la direction allemande dans un atlas récent, était tout à fait fantaisiste ; les courbes indiquées ne correspondent en aucune façon au véritable relief du lit de l’Atlantique. Là où l’on annonçait 5000 mètres, ils en ont trouvé, eux, 6000. Cette carte portait 1000 mètres là où la sonde en marquait 3000.
- La mer des Sargasses, que l’expédition a explorée avec soin, est fort intéressante : le fond (à plus de 6000 mètres) est entièrement volcanique.
- Le Talisman a rapporté toute une collection de laves et de scories dont quelques-unes paraissent avoir une origine relativement récente, ce qui explique la pauvreté de la flore sous-marine qu’on y remarque.
- Il existe donc dans l’Atlantique, comme M. Milne-Edwards l’écrit à la Société de Géographie qui nous transmet les renseignements, une bande immense de volcans dont les îles du cap Vert, les Canaries, les Açores forment les points culminants, et qui s’étend parallèlement à la chaîne des Andes, en Amérique. Peut-être cette bande se prolonge-t-elle au nord iusqu’à l’Islande. C’est une question intéressante, que pose M. Milné-Edwards et qui sera à étudier.
- Dans l’île Branco qui n’avait encore été visitée par aucun naturaliste, île dont l’abord est des plus difficiles, et où nos voyageurs ont dû se jeter à l’eau et aborder à la nage, ils ont découvert et étudié une espèce de grand lézard qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Ces animaux sont herbivores, et pourtant la végétation de l’île est presque nulle.
- Ees animaux de ferme, — Les animaux de ferme constituent, on le sait, un des éléments les plus considérables de la richesse agricole de la France. On a constaté qu’il existe actuellement en France : 2 868 728 chevaux, 202 272 mulets, 398 130 ânes, 2 427 780 bœufs ou taureaux, 7 487 300 vaches, 1841402 veaux, 23 405 845 moutons, 5 710 775 porcs, 1567 752 chèvres. On a recherché aussi quelles étaient la quantité et la valeur des produits fournis par ces animaux. Nous faisons connaître les résultats pour les deux principaux : la laine et le suif. La laine produite s’est élevée à 438065 quintaux, représentant une valeur de 83272 543 francs. Le suif produit s’est élevé à 219164 quintaux, représentant une valeur de 18274495 francs.
- Mirage lunaire. — J’ai été le 11 octobre, vers 10 h. 30 m. du soir, témoin d’uu phénomène d’optique extraordinaire. Au lieu d’apercevoir la Lune avec son • disque semi-lumineux du premier quartier, j’ai aperçu, à travers une de ces couches légèrement cendrées aériennes qui engendrent d’ordinaire les halos, une lune si
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- allongée, qu’elle me parut avoir près de 1 mètre de longueur. En la regardant plus attentivement, je reconnus que cet allongement était dû à un double disque, en contact avec la partie supérieure du disque réel. Ce phénomène, d’un véritable mirage lunaire, n’a guère duré plus d’une minute un quart. 11 disparut progressivement lorsque le nuage qui voilait notre satellite se divisa en deux, suivant une ligne très mince, horizontale, qui en s’élargissant peu à peu, acquit bientôt une forme dis— coidale très allongée, au milieu de laquelle la Lune apparut avec son aspect ordinaire. Je n’ai encore vu ce phénomène cité nulle part; j’ai pensé qu’il méiitait d’être signalé. Virlet d’Aoust.
- Élevage d’alligators. — Depuis quelques années, la peau des alligators et des crocodiles est devenue un objet de luxe fort à la mode et servant à la fabrication de portefeuilles, porte-monnaie, étuis à cigares, etc. La demande étant devenue considérable, il s’est formé des bandes de chasseurs d’alligators qui ont fait de tels ravages dans les familles de sauriens sur les bords du Missis-sipi, qu’on pouvait prévoir le moment où la race entière aurait disparu. En présence de ce fait, un chasseur d’alligators pensa qu’au lieu de détruire il valait mieux élever, et c’est ainsi que prirent naissance les fermes d'alligators. L’élevage est des plus simples, vu le peu de soins que nécessitent ces énormes sauriens, qui passent la majeure partie de la journée enfouis dans la vase aux bords du fleuve. Les peaux sont soigneusement enlevées et reçoivent une première préparation à la ferme. Quant a la chair, elle a une odeur de musc si persistante que, à part quelques nègres, personne n’en mange. Ou la fait alors servir à l’alimentation des sujets vivants, les alligators se mangeant fort bien entre eux. Cet élevage d’alligators est si florissant qu’on cite une seule ferme qui a livré à un tanneur de Saint-Louis, 5000 peaux depuis le commencement de cette année.
- Nécessité du développement de l’Instruction électrique.—Nous empruntons à L'Électricien l’extrait suivant d une lettre adressée par un client à un grand constructeur d’appareils électriques, en réponse à un envoi de lampes à incandescence. Cet extrait absolument authentique et que notre ami et collaborateur M. Hospitalier, rédacteur en chef de L'électricien, a eu sous les yeux, prouve qu’il y a encore de sérieux progrès à faire dans l’instruction des consommateurs d’électricité : « J’ai l’avantage de vous accuser réception de votre estimée
- du.... ainsi que des avis d’expedition des machines et
- des lampes; les dernières me sont parvenues, sauf les 45 volts avec supports; nous n’avons sorti de la caisse que 51) lampes de 10 candies, et la note d’expédition porte : 50 lampes de 10 candies, 45 volts, avec supports. » L’ignorance,poussée à ce point, devient presque touchante.
- Doublage des navires avec des plaques de verre. — On annonce l’arrivée prochaine, dans le port de Marseille, du navire italien Buffalo, qui offre la particularité d'être doublé, au lieu de cuivre, avec des plaques de verre. Ces plaques coulées comme les plaques de blindage suivant le gabarit extérieur du navire, sont assemblées à emboîtement : on obtient l’étanchéité parfaite au moyen d’un mastic silicaté. Elles offrent sur le doublage en cuivre les avantages suivants : 1° absence d’oxydation et de gondolement; 2° absence d’incrustations qui, en s’accumulant après les longues traversées, finissent par gêner la marche du navire. Avant d’entrer à Mnrsei'le, le
- Buffalo, après une traversée de trois mois, a fait une relâche aux docks de Deptford (Angleterre), où il a été examiné à ce point de vue par des experts compétents. Le placage de la coque a été reconnu aussi net, après ces trois mois de traversée, que le jour où on l’avait appliqué sur les flancs du navire.
- On vient de découvrir près de Pechelbronn (Alsace-Lorraine), une source de pétrole, qui fournit 13 à 1400 kilogrammes d’huile par 24 heures. Cette source a élé trouvée à 135 mètres de profondeur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 octobre 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- M. Bréguet. — Un nouveau deuil a, cette semaine frappé l’Académie. M. Louis Bréguet, membre libre, est mort subitement dans la nuit du 26 au 27 octobre courant. Avec lui s’éteint un nom célèbre dans les arts mécaniques depuis le dix-huitième siècle; avec lui disparaît un des hommes trop rares qui sont à la fois des artistes et des savants et qui deviennent si aisément la providence des inventeurs. Les obsèques ont eu lieu ce matin même; M. Janssen a parlé sur la tombe au nom de l’Académie et M. l’amiral Cloué au nom du Bureau des longitudes.
- Candidatures. — Le décès de M. Bréguet porte à trois le nombre des fauteuils vides à l’Académie. Les candidats sont nombreux aux places vacantes. Aujourd’hui M. Ledieu, déjà correspondant, postule la succession de M. Bresse et d’un autre côté. MM. Charcot et Hayem se mettent suites rangs pour remplacer M. Cloquet.
- Mécanique. — M. Tresca continuant ses recherches sur les déformations des corps solides, étudie aujourd’hui d’une manière exclusivement géométrique, le cas d’un parallélépipède soumis à un aplatissement vertical.
- Médecine légale. — Dans une note présentée par M. Cha-tin, M. llusson se propose de déjouer les calculs des assassins qui croient conquérir l’impunité en lavant leurs vêtements tachés de sang. Ordinairement le microscope arrive à retrouver soit de l’hématine, soit de l’hémoglobine. Quand ces résultats manquent, l’auteur annonce qu’on retrouvera au moins le savon employé au nettoyage. Espérons toutefois que les magistrats ne traduiront pas facilement en une condamnation capitale la découverte de savon dans un tissu 1
- Morphologie du zéro. — C’est à peu près le titre d’une communication de M. Léopold Hugo à l’occasion d’une note publiée récemment dans le Bullettino de M. Buon-compagni. D’après l’auteur, le zéro a été quelquefois remplacé par un point, de sorte que 400 s’écrivait 4...
- Varia. — La séance commencée très tard, s’est terminée dès 4 heures, par un comité secret. Le Secrétaire a mentionné des pièces dépourvues de caractère scientifique. Outre des quadratures du cercle, il a signalé le récit d’un monsieur qui déclare avoir sauvé un enfant qui se noyait, en lui tendant une perche à laquelle le petit malheureux s’est cramponné. — M. Laur attribue une influence sur les tremblements de terre, aux chutes brusques du baromètre alors même qu’elles ne dépassent pas 5 millimètres. — M. Cliapel a\dressé un volume où les astéroïdes in-
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- LA NATURE
- férieurs (lisez étoiles filantes et météorites) sont donnés comme cause des tremblements de terre, des ouragans, du choléra et généralement « des plus grands fléaux qui désolent notre malheureuse planète ». — Nous devons en terminant citer des travaux très sérieux. M. Delage donne l’anatomie de la sacculine; M. Raoult traite de la congélation des solutions alcalines. La matière organique contenue dans l’eau de la mer a été dosée par M. Fleury ; M. Bauligny détermine i’équivalent du nickel en partant de son sulfate. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- UNE CHAMBRE CLAIRE.
- La chambre claire (caméra lucida) est un appareil rendant de grands services aux peintres paysagistes , en leur permettan t de voir sur leur toile ou sur leur carton, le paysage qu’ils veulent reproduire, et d’en délimiter les contours avec une certitude et une rapidité que ne donne pas la vue livrée à elle-même. Pour les réductions ou les agrandissements de dessins, de cartes,plans,etc., la chambre claire donne encore d’excellents résultats. En somme, cet instrument fat partie des outils professionnels de la plupart des artistes, dessinateurs, graveurs, etc.
- Les chambres claires, inventées par Wollaston, sont actuellement plus ou moins perfectionnées, mais elles reposent sur la même base. Elles se composent, comme on sait, d’un prisme triangulaire à angle droit dont une des faces est recouverte d’un petit miroir. Les rayons partant de l’objet dont on veut voir l’image, rencontrent d’abord le prisme où ils sont réfractés à leur entrée et à leur sortie, puis ils vont frapper la glace qui les réfléchit de telle sorte que le dessinateur les reçoit dans la direction de la feuille sur laquelle il veut dessiner, ou, autrement dit, comme s’ils venaient de celle-ci, il peut alors en tracer les contours au crayon.
- Mais une chambre claire de Wallaston coûte de 30 jusqu’à 60, 80 et 100 francs, cela nécessite un déboursé assez grand. Or, il est possible d’obtenir les mêmes effets qu’avec la chambre claire, en se servant, pour tout instrument, d’un simple petit
- miroir, ou d’un morceau quelconque de glace étamée, dont la valeur n’est que de quelques centimes, et cela, grâce à une particularité physiologique de notre vision.
- Quand nous regardons un objet, chacun de nos yeux en perçoit l’image, mais les deux images se superposent et nous ne recevons la perception que d’un seul objet. Si, par une légère pression sur un de nos yeux, on déplace le globe de celui-ci; en regardant le même objet, les deux images seront toujours perçues, mais elles ne se superposeront plus exactement et l’on verra deux images, autrement dit on verra double.
- 11 est probable que les animaux dont les yeux ont des directions différentes, ceux par exemple qui les ont sur le côté de la tête, comme beaucoup d’herbivores (lièvres, gazelles, etc.) ou portés sur des
- pédoncules tels que ceux des crustacés, ne perçoivent pas les images superposées comme nous le faisons.
- C’est grâce à cette super.iosi-tion des images, qu’en se mettant devant une feuille de papier blanc fixée à un mur, et en se tournant vers cette feuille, il est possible, en regardant avec un seul œil, dans un petit miroir, de voir, sur la feuille, à l’aide du second œil, la réflection de l’objet placé derrière soi, il est alors facile d’en suivre ou d’en dessiner les contours.
- Il est bien simple d’installer de la sorte une chambre claire. Comme disposition de l’appareil on peut fixer à un carton à dessin ouvert, une petite glace et cela par un fil de fer, on se place de façon à voir de l’œil droit dans cette glace le réfléchissement de l’objet qu’on veut dessiner, on voit cette image sur la partie verticale du carton qui est devant soi et on peut la suivre dans ses contours, dans ses détails comme on le ferait avec une autre chambre claire ordinaire.
- Cette petite expérience est, comme on le voit, des plus faciles à essayer et à réussir. Après la description que nous venons d’en donner, notre gravure en facilitera l’exécution.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleur us, à Paris.
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- N* 545
- 10 NOVEMBRE 1883.
- LA NATURE
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- L’OBSERVATOIRE DE KAUTOKEINO
- EN NORWÈGE
- pour l’étude des aurores boréales.
- Kautokeino est une petite bourgade de la province de Finmark, située au delà de la Laponie, dans le nord de la Norwège sur les rives de la rivière Alten. Dans ces régions voisines de l’Océan Glacial Arctique, l’aurore boréal est un phénomène habituel, qui s’offre presque constamment aux habitants : c’est là qu’un savant norwégien, M. le Dr Sophus Tromholt,
- a installé une station météorologique spécialement destinée à l’étude des aurores boréales. Son observatoire est situé par 69° de latitude N. et 23° de longitude E. Greenwich, dans une zone où les aurores atteignent le maximum de leur intensité, et d’une manière pour ainsi dire permanente.
- La gravure que nous publions ci-dessous, représente, d’après une photographie, l’Observatoire du I)r Tromholt; on y voit, au centre, le plus important instrument, qui est une combinaison formée par la réunion du théodolite et de l’instrument des passages ; cet appareil lixé sur un massif de maçonnerie est protégé par une boîte de bois. Tout autour, on
- Station d’observation des aurores boréales, installée par le D' Sophus Tromholt, à Kautokeino, dans le Finmark (Norwège).
- (D’aprèS une photographie.)
- voit figurer les principaux appareils des observations météorologiques.
- M. le Dr Tromholt a eu spécialement en vue dans le cours de cette année, la détermination de la parallaxe de l’aurore boréale, c’est-à-dire la fixation de la hauteur du phénomène. Il a dû à cet effet organiser des observations simultanées dans deux stations convenablement disposées.
- M. Tromholt a l’intention de combiner ses mesures de hauteur avec celles qui ont été déterminées à la station météorologique internationale établie par la Suède à Bossekof. Les deux lieux sont très avantageusement situés sur le même méridien, et la station de Kautokeino est placée à une distance de Bossekof qui atteint environ 1°. Cette distance est suffisante année. — 2e semeRre.
- pour effectuer exactement la mesure des hauteurs que M. le Dr Tromholt croit pouvoir évaluer approximativement à 150 kilomètres.
- Le savant observateur norwégien a maintes fois essayé de photographier les aurores boréales qui se sont offertes à ses yeux ; mais il lui a toujours été impossible d’y réussir. Même en faisant usage des plaques sèches les plus sensibles, et en prolongeant la durée d’exposition pendant six ou sept minutes, il ne pouvait obtenir la moindre trace d’impression. M. le Dr Tromholt attribue ce fait à la nature spéciale de la lumière des aurores, qui d’après lui serait beaucoup moins intense que celle de la lune, même lorsque le phénomène se manifeste dans tout son éclat.
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- A l’heure où nous écrivons, M. le l)r Tromholt se dispose à s’installer au nord de l’Islande, afin de préparer de nouvelles expériences à faire pendant l’hiver, avec l’appareil imaginé par le docteur Lemstrôm pour produire l’aurore boréale artificielle1.
- CORRESPONDANCE
- SUR LA PROPAGATION DES SONS.
- Paris, le 30 octobre 1883.
- Monsieur le Directeur,
- Dans une des dernières livraisons de La Nature - a paru une lettre de M. Levât pour expliquer comment il se fait que l’on eutende la détonation d’une pièce d’artillerie avant le commandement de faire feu. M. Levât, s’appuyant sur la formule de Laplace, n’admet pas que l’intensité du son puisse influer sur sa vitesse de propagation, ce qui pourtant explique bien le phénomène; il préfère recourir à l’hypothèse d’interférences, de battements dont on ne voit pas ici l’origine.
- Pour ma part, je ne puis accepter cette explication. Tous les physiciens reconnaissent qu’un son se propage d’autant plus vite qu’il est plus intense.
- On lit en effet dans les Œuvres de Verdet,t. III, p. 53 : « L’expression de la vitesse de propagation donnée par « Laplace ne contenait pas l’expression de l’intensité de « l’onde. D’après une formule générale donnée parM. Re-« gnault, cette vitesse doit être d’autant plus grande que « l’intensité de l’onde est plus considérable. »
- Dans son Cours de physique, M. Daguin signale aussi (t. I, p. 46(1) l’intluence de l’intensité sur la vitesse et rapporte à ce propos des observations faites sur les mers du Nord « où l’on entendait de très loin, lè; bruit du canon avant la voix qui commandait de faire feu. »
- Enfin, il me paraît inadmissible d’expliquer ce phénomène par les interférences ; je ne sais pas comment deux mouvements vibratoires, issus du même point, à des instants différents, se propageant aveeda même vitesse, pourraient interférer, à moins de dispositions expérimentales qui ne sont réalisables que dans un laboratoire.
- En résumé, le phénomène me paraît devoir s’expliquer tout simplement, par l’accroissement d’une augmentation d’intensité des ondes sonores.
- Veuillez agréer, etc. Boitel,
- Agrégé de l’Université.
- VÉHICULES A TRACTION NORMALE.
- Nous avons récemment publié sous ce titre une note3 qui nous a valu une réclamation. M. Dathis, ingénieur, nous a écrit que l’appareil décrit a été breveté par lui, à la date du 28 mars 1878 et qu’il en est le seul et unique propriétaire, comme l’ont confirmé des jugements en contrefaçon.
- 1 D’après le journal anglais Naturel, 23 août 1883.
- 2 Voy. n° 543 du 27 octobre 1883, p. 342.
- 5 Voy. n° 541 du 13 octobre 1883, p. 308.
- NÉCROLOGIE
- Louis Breguet. — Dans la séance de l’Académie des Sciences du 29 octobre, M. le président Blanchard a annoncé en ces termes la nouvelle de la mort de Louis Breguet :
- (( Depuis quelques mois, l’Académie est cruellemen frappée. M. Breguet que l’âge semblait n’avoir point touché, M. Breguet, que nous venions de voir plein de vie dans une réunion amicale des membres de l’Institut, tombait au lendemain, comme foudroyé: c’était la nuit du 26 au 27 octobre. Avec M. Breguet s’efface, du moins pour un temps, un nom célèbre dans les arts mécaniques dès le dix-huitième siècle. Avec notre excellent confrère, disparait un de ces habiles et ingénieux constructeurs d’instruments de précision, à la fois artistes et savants, qui rendent à l’industrie d’immenses services et qui deviennent souvent une providence pour les physiciens et les astronomes, surtout les inventeurs. Tels ont été Gambey et Breguet, que l’Académie voulut s’associer. Nous avons rendu aujourd’hui même les honneurs funèbres à M. Breguet. Sur la tombe, M. Janssen s’est fait l’interprète de l’Académie, M. l’amiral Cloué a parlé ensuite au nom du Bureau des Longitudes, et un représentant de l’établissement que dirigeait si brillamment notre confrère a exprimé les regrets do ses collaborateurs de tout ordre. »
- Nous ajouterons que Louis Breguet, petit-fils d’Abrahain Breguet l’académicien, était né à Paris le 22 décembre 1808. A la mort de son grand-père, il se rendit en Suisse, où il étudia pendant plusieurs années la chronométrie. Son père le rappela, en 1826, et lui confia la direction de son horlogerie de marine. Plusieurs découvertes firent admettre Louis Breguet au Bureau des Longitudes, et bientôt après, F. Arago l’encouragea dans ses travaux sur la télégraphie électrique. Breguet, en 1845, publia un remarquable Traité de la Télégraphie. Louis Breguet a été nommé membre libre de l’Académie des Sciences le 50 mars 1874. Il était le père du regretté Antoine Breguet, jeune ingénieur de grand mérite, dont nous avons eu la douleur d’enregistrer la mort ici même, il y a un an environ.
- PASSAGE DE VÉNUS DD 6 DÉCEMBRE 1882
- MISSION DU MEXIQUE.
- Nous reproduisons ci-contre une des belles photographies qui ont été obtenues du passage de Vénus, par la mission française du Mexique. Ce précieux document nous a été communiqué par le chef de cetle mission, M. Bouquet de La Grye auquel nous sommes heureux d’adresser ici nos plus sincères remerciements. Nous reproduisons ci-dessous une grande partie du rapport préliminaire que le savant ingénieur hydrographe a adressé de Puebla, fort Loreto, à l’Académie des Sciences. G. T.
- Pendant les quarante-cinq jours qui ont précédé le 6 décembre, nous avions noté seulement deux journées douteuses; toutes les nuils, sans exception, avaient été étoilées. Aussi eûmes-nous, le 6 au matin, un grand émoi en voyant à l’occident paraître, puis s’élever lentement, une bande de nuages.
- Le fait paraissait absolument anormal; mais,
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- comme le zénith était encore pur et que l’air était calme, nous reprîmes quelque confiance.
- Depuis quelques jours, des communications électriques avaient été établies entre les cabanes des instruments parallactiques et la chapelle intérieure où était installée notre pendule sidérale ; l’enregistreur lut placé près d’elle et l’on convint de noter à la fois chaque observation, directement au moyen d’un chronomètre et indirectement par contact électrique.
- Nos cabanes étaient d’ailleurs assez éloignées les unes des autres, pour que chacun fût absolument isolé, et MM. Ferrari et Santiès, observateurs mexicains auxquels j'avais confié la lunette du Dépôt de la Marine de 0“*,11 et celle de la Guerre de 0m,90, se trouvaient également isolés.
- Les nombres obtenus ont donc une indépendance absolue. Je reviens aux observations :
- Le Soleil se leva dans un ciel très pur à l’Orient; mais, comme ses rayons rasaient le sol près du cerro de Guadalupe, des oscillations assez grandes se firent sentir sur le bord du Soleil vu dans la grande lunette parallactique, et j’eus quelque peine à fixer les fils du micromètre au foyer de l’objectif en me servant d’une petite tache qui venait de paraître dans l’est du disque du Soleil. Les granulations et les facules n’avaient point, en ce moment, la même netteté que les jours précédents.
- Le premier contact de Vénus eut lieu à 12ll31m35s,8, temps sidéral, et exactement sous le fil du réticule, dont l’angle de position avait été calculé par M. Héraud. Ce premier contact ne peut être affecté que de l’erreur attribuable à l’impossibilité de voir nettement une échancrure de moins d’un quart de seconde d’arc, et j’estime, par suite, que l’entrée géométrique doit avoir eu lieu à 0h51m28*,8, sans que l’erreur puisse dépasser cinq ou six secondes. Malgré toute mon attention, je ne pus voir Vénus avant son entrée sur le disque ; je ne pus même noter, comme en 1874, un affaiblissement graduel de l’atmosphère coronale. Cette différence doit être attribuée à la présence à Puebla d’une poussière line dans l’air, éteignant quelque peu la netteté des perceptions.
- Aussitôt après l’observation du premier contact, je m’occupai de prendre des mesures au moyen des prismes. J’avais vu à Paris qu’il était facile d’introduire ce que j’appelais des mesures indirectes, c’est-à-dire que l’on pouvait noter le moment où le disque dédoublé de Vénus tangenterait à l’entrée le bord du Soleil représenté par un fil d’araignée mobile. Six mesures de cette sorte furent prises. Après le troisième prisme, c’est-à-dire lorsque le disque de Vénus était entré de 18" dans le Soleil, la planète parut en entier, mais sa portion postérieure était à peine visible. Je fis ensuite des mesures de cornes avec trois prismes, et j’attendis pendant quelques secondes le second contact.
- Il eut lieu sans apparence de ligament et je notai trois instants, celui où l’atmosphère de Vénus coupait le disque, un second au moment où le disque
- oscillait derrière le bord de Vénus comme une étoile polaire derrière un fil et, enfin, l’instant où le bord du Soleil était perçu nettement. Le chrono-graphe et le compteur donnèrent 0b5Im51s,3 pour l’instant intermédiaire qui doit être tenu comme celui du contact géométrique. Je crois cette observation bonne, mais, en pareille matière, une présomption ne suffisant point, j'ai recherché l’instant de l’entrée avec les six mesures de prismes qui vinrent ensuite, et la résolution d’équations du deuxième degré m’a montré que l’erreur commise ne dépassait pas une seconde ; la coirection afférente à cette observation ne doit toutefois être proposée qu’après une analyse très exacte de celles qui la précèdent ou la suivent.
- Je note ici qu’avant le deuxième contact, Vénus était entourée comme d’un fil d’argent dans sa portion extérieure , j’en mesurai l’épaisseur par comparaison avec celle d’un fil d’araignée, et je la trouvai d’environ 0",6. L’atmosphère de Venus était donc cette fois apparue très distincte.
- Je continuai ensuite les mesures en me servant à la fois des deux micromètres et du cercle de position : 50 déterminations furent ainsi faites. A 14h,30m, je remarquai que l’objectif de la lunette, échauffé par les rayons du Soleil malgré son argenture, donnait des images troubles. Avant de modifier le foyer, je pris les angles des six prismes au moyen du micromètre, et cette opération fut réitérée après avoir fixé un nouveau foyer à la division 35mm, c’est-à-dire après avoir enfoncé l’oculaire de 4mm,l. A ce moment l’image de Vénus parut très nette, ainsi que la tache du Soleil. Je fis alors jusqu’à 17'* des mesures de distances, puis des déterminations du diamètre de Vénus.
- En calculant ces dernières au moyen des valeurs provisoires des divisions du micromètre, j’ai trouvé pour le demi-diamètre équatorial de cette planète, 31",51, et pour le demi-diamètre polaire 51",50, ce qui accuse un chiffre d’aplalissement dans ce sens bien probable; la nelteté des perceptions faisait d’ailleurs bien augurer des autres observations. Je repris alors les mesures, d’abord avec les fils, puis avec les prismes directs.
- Le ciel avait depuis le matin bien changé d’aspect ; des nuages gris pommelé le couvraient, mais une brise du nord-ouest en atténuait par instant l’épaisseur, et les rayons du Soleil les traversaient facilement. Nous avions donc toutes chances de voir la fin du phénomène dans de bonnes conditions, et effectivement le troisième contact apparut avec une netteté plus grande que le deuxième.
- L’heure qui lui est assignée est de 18h19'u5s,l, temps sidéral. Puis vint enfin le quatrième et dernier contact, donné à 18h59‘1I4ls,0, mais 5S environ après la disparition de toute trace de Vénus. Aussi je réduis ce chiffre à 18h39tu38s,0. Je n’ai pu voir aucune trace de Vénus se projetant sur l’atmosphère coronale après la sortie.
- En somme, les quatre chiffres principaux du plié-
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- nomène ont été observés ainsi qu’il suit à la lunette parallactique de 8 pouces (0n,,21) :
- Temps sidéral. Temps moyen du lieu, h m s h m s
- Premier contact... 12,31,28,8 19,50,28,0
- Deuxième contact. 12,51,51,3 19,50,47,2
- Troisième contact. 18,19, 5,1 1,17, 7,4
- Quatrième contact. 18,39,58,0 1,37,37,0
- Entre le deuxième et le troisième contact on trouve ainsi une durée en temps sidéral de 5h27m15s,8. Mais, je le répète, quoique ces chiffres me semblent inspirer toute confiance, j’estime que leur introduction dans les formules donnant la parallaxe doit être différée jusqu’au moment où leur vérification et l’erreur probable seront déduites de l’ensemble des mesures faites dans la matinée.
- A côté de ces résultats doivent figurer en première ligne ceux de M. Iléraud.
- Le procès-verbal de cet officier supérieur note les principales circonstances du phénomène observé par lui avec une grande netteté. L’intervalle entre le deuxième et le troisième contact qui résulte de son observation est de 5b27ul16s,7, qui ne diffère que de 2S,9 de celui qui est porté ci-des-sus. Cette différence, bien faible et presque inespérée, sera diminuée probablement lorsque nous aurons fait intervenir l’ensemble des autres mesures.
- A côté des observateurs, opérant à l’aide de lunettes, M. Arago, mon autre collaborateur, qui s’était outillé depuis quelques jours pour faire des photographies, en plaçant dans sa cabane des installations analogues à celles du tir à bord des navires, prenait des séries d’images du Soleil. L’organisation de son atelier était si parfaite que, tout en apportant le plus grand soin à la mesure des instants où il prenait des épreuves et à la détermination de la largeur de la fente de l’obturateur, il fut obligé de ralentir son mouvement et d’espacer ses clichés pour pouvoir opérer jusqu'à l’heure de la sortie de Vénus. 11 a épuisé ainsi tout ce qu’il avait de glaces, soit 340, et j’ai vu avec grand plaisir que les épreuves obtenues pendant la période nuageuse
- sont aussi mesurables que les premières (Voyez la gravure ci-dessous).
- M. Arago a fini aujourd’hui de déterminer les coordonnées de son réseau de fils, et j’ai grand espoir que de cet autre ensemble considérable de données résultera plus que la confirmation des observations directes.
- En résumé, j’estime que les moyens mis à notre disposition en 1882, moyens bien supérieurs à ceux de 1874, nous ont permis de recueillir des chiffres d’une valeur dépassant celles du précédent passage.
- A côté de ces résultats vont se placer des documents d’un grand intérêt scientifique. Je vous ai indiqué que nous venions de nous relier, par des observations télégraphiques, avec l’Observatoire de Chapultepec, qui sera relié lui-même, avant un mois, avec Washington. Notre longitude est donc assurée directement ; elle le sera indirectement par des observations de culminations.
- La latitude de Loreto est aujourd’hui connue, à quelques dixièmes de seconde d’arc, par les hauteurs que nous avons prises; de nouvelles observations fourniront un coefficient nouveau à la réfraction par des altitudes de 2300 mètres.
- Nous allons faire, demain, des expériences sur la gravité. Le séismographe multiplicateur est suivi d’heure en heure et accuse, précisément au moment où j’écris cette lettre, des mouvements prodromes, ou suite d’un tremblement de terre.
- Le magnétisme a été suivi dans ses trois manifestations principales, l’acide carbonique contenu dans l’air mesuré fréquemment, enfin nous nous décidons à aller chercher après-demain, au sommet du Popocatepetl, qui semble d'ici écraser la plaine de Puebla, de l’air pur, des gaz qui sourdent du cratère, et un angle mesuré au théodolite, entre Mexico et Puebla.
- Ce sont toutes choses nouvelles, qui valent bien les difficultés d’une ascension en hiver.
- Bouquet de La Grye.
- Passage île Vénus sur le Soieil, 6 décembre 1«82, d'après une pnotogruphie prise au fort Loreto (Mexique), communiquée par M. Bouquet de La Grye.
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- NOUVEAU BAROMÈTRE ENREGISTREUR
- La pression que l’atmosphère exerce sur nous varie non seulement d’un lieu à l'autre mais aussi dans un même lieu. Ces variations se produisent constamment, parfois en un temps très court, le baromètre nous le signale, chacun sait de quelle importance sont les indications de cet instrument pour la prévision du temps. Comme il est impossible à l’observateur même le plus assidu de noter constamment les variations du baromètre on a construit des appareils enregistreurs qui les inscrivent fidèlement et qui portent par conséquent toutes les fluctuations de la pression atmosphérique.
- La Nature a donné la description de plusieurs de ces instruments, nous croyons cependant être utile à ses lecteurs en décrivant un instrument à la fois simple et précis que nous employons depuis plusieurs années1 au laboratoire de physique de la Faculté des Sciences de Lausanne (Suisse). — La simplicité de l’appareil est telle qu’il suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 1 pour en comprendre le principe.
- Ce baromètre enregistreur est un baromètre à mercure toujours plus exact que les appareils anéroïdes. 11 est formé d’un tube de verre A B C RE F coudé 4 fois, à angles droits.
- Ce tube est fermé en A ouvert en F; la branche EF porte un robinet R. La longueur de la partie C D est à peu près égale à la hauteur barométrique moyenne du lieu de l’observatoire. Les branches B C et 1) E sont égales et peuvent avoir une longueur quelconque, cela dépend de la sensibilité que l’on veut donner à l’instrument, des longueurs de 15 à 20 centimètres conviennent parfaitement : l’appareil est rempli de mercure comme un baromètre ordinaire puis redressé et fixé dans un collier portant un axe O passant au-dessus du centre de gravité, de sorte que l’instrument peut osciller autour de cet axe.
- * Ce baromètre a commencé à fonctionner régulièrement au laboratoire, le 1er janvier 1879.
- La colonne mercurielle s’élève dans les deux branches A B et E F jusqu’à N et N' par exemple et remplit toute la partie du tube comprise entre ces deux niveaux.
- Lorsque la pression atmosphérique augmente, le mercure s’élève dans la branche A B et s’abaisse dans la branche E F il en résulte que le poids de l’appareil augmente à gauche et diminue à droite, le tube s’incline; le contraire a lieu si la pression diminue l’instrument s’incline en sens opposé.
- Toute variation de la pression se traduit donc par un mouvement du tube barométrique qui oscilel
- autour du point 0; à chaque pression correspond une position déterminée du tube. Pour enregistrer ces déplacements il suffit de fixer une plume à l’extrémité 1), par exemple du tube, cette plume tracera une ligne continue sur un cylindre tournant régulièrement autour d’un axe horizontal.
- La sensibilité de l’instrument dépend évidemment de la longueur des branches horizontales B G et DE et de la distance du centre de gravité G à l’axe de rotation 0. Le tube barométrique forme un levier du premier genre, c’est pour cela que nous avons appelé cet appareil baromètre levier.
- La figure donne une vue d’ensemble de l’appareil : on voit le tube barométrique soutenu par un collier de laiton portant deux couteaux dont l’arrête constitue l’axe de rotation du système. Le cylindre est entraîné par le mouvement d’une horloge quelconque, à poids ou à ressort, marchant huit jours, une corde sans fin relie une poulie fixée sur le barillet (si l’horloge est à ressort), avec une poulie de dimensions convenables calée sur l’axe de rotation du cylindre, le mouvement est ainsi continu et régulier. Le cylindre est couvert d’une feuille de papier divisé dont les lignes horizontales indiquent les heures, et les lignes verticales donnent les hauteurs barométriques. Ces lignes ne sont pas équidistantes, car le déplacement angulaire du tube n’est pas proportionnel pour toutes les hauteurs aux variations de la pression. Mais ce défaut n’a pas grande importance, car on peut
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- graduer chaque instrument une fois pour toutes et en un temps relativement court. Ce robinet R sert dans ce but, voici comment on opère : on incline le tube barométrique jusqu’à ce que le style soit par exemple tout à fait à gauche du cylindre, on ferme le robinet et on abandonne l’appareil à lui-même, après quelques oscillations il prend une position fixe; on mesure alors par un procédé quelconque avec un cathétomètre par exemple la différence de niveau qui existe entre les deux extrémités de la colonne de mercure, cette différence mesure en millimètres la pression sous, laquelle se trouve l’air compris entre le robinet et la surface de mercure dans la brandie E F ; on note en même temps la position du style sur le cylindre. Le robinet étant ouvert, chaque fois que la pression extérieure sera égale au chiffre trouvé dans cette expérience le style occupera la même position sur le cylindre. En répétant cette mesure
- DU If AU 2
- 8 7 6 ÿ
- Fi". 2. — Spécimen d'une courbe tracée par le baromètre enregistreur de M. Dufour.
- pour d’autres points, on a tout ce qu’il faut pour diviser la feuille d’observations, il suffit de faire reproduire par un procédé quelconque autant de feuilles qu’on le désire de l’original ainsi obtenu.
- Ce procédé de graduation a plusieurs avantages sur le procédé par comparaison employé ordinairement : il peut s’appliquer pour toutes les pressions et la graduation d’un instrument peut être faite en quelques heures par le constructeur, pour une station quelconque.
- L’amplification d'un appareil dépend de la longueur des bras horizontaux et de la position du couteau de suspension ; comme on peut faire varier à volonté cette dernière quantité, il est toujours facile de donner à l’instrument l’amplification qu’on désire. Quant à la sensibilité, c’est-à-dire la propriété de l’instrument d’indiquer immédiatement les variations les plus faibles et les plus rapides de la pression atmosphérique, l’observation montre que le baromètre levier ne laisse rien à désirer sous ce rapport comme on peut s’en assurer en examinant le tracé figure 2 donné par l’instrument pendant
- une journée orageuse, l’amplification de l’imtrament était de 4 millimètres pour 1 millimètre. Des observations directes ont permis de constater que l’instrument suit sans retard les variations de la pression barométrique.
- La facilité avec laquelle cet instrument peut être construit partoutet à peu de frais, nous fait espérer qu’il pourra être de quelque utilité aux météorologistes et que psut être un lecteur de La Nature sera tenté d’en construire un, soit comme enregistreur, soit simplement comme baromètre amplificateur.
- Henri Dufour,
- Professeur à la Faculté des Sciences de Lausanne (Suisse).
- BIBLIOGRAPHIE
- Hommes fossiles et hommes sauvages. Études d'Anthropologie, par A. de Quatrefages. 1 vol. in-8° avec 209 gravures et 1 carte. Paris, J. B. Baillière et fils, 1884.
- Le fonds de ce livre est formé des études magistrales que l’illustre professeur a publiées successivement dans le Journal des Savants ; le premier chapitre résume les progrès de la paléontologie qui, dès ses débuts, a reporté l’origine de l’homme à l’époque où les éléphants et les rhinocéros vivaient en Europe; l’auteur remontant plus loin encore dans le passé nous raconte ensuite, ce que nous savons de l’homme tertiaire, et passant à travers les temps quaternaires, il nous apprend comment les premières tribus de l’époque actuelle, se sont constituées par le mélange des races. — M. de Quatrefages a cherché dans l’Océanie et surtout en Mélanésie et en Papouasie des exemples de populations sauvages. Les Malais, les Papouas, les Négritos, les Tasmaniens, les habitants de la Nouvelle-Zélande, sont l’objet de descriptions très intéressantes et d’études approfondies. Le savant anthropologiste termine enfin, en faisant connaître les Todas des monts Nilghezzies en Asie, population des plus curieuses qui réalise l’idéal d’un peuple pasteur, et des Finnois de Finlande qui n’ont pas encore perdu les souvenirs de leur vieille histoire. En outre de sa valeur scientifique, l’ouvrage a un grand mérite littéraire; M. de Quatrefages est de ceux qui savent présenter la science avec tout Part du meilleur écrivain.
- Dans les airs. Histoire élémentaire de VAéronautique, par G. de La Landelle. 1 vol. in-18, Paris, Haton, 1884.
- Ce livre est, assurément, l’un des meilleurs et des plus exacts résumés de l’histoire de la navigation aérienne, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours. L’auteur est un des apôtres les plus convaincus du plus lourd que l'air ou, pour parler un langage plus scientifique, de l’aviation ; mais il ne s’intéresse pas moins à la conquête de l’atmosphère par les ballons, et il passe en revue l’histoire de la découverte des aérostats depuis 1rs frères Montgolfier jusqu’aux tentatives les plus récentes. Tout ce qui concerne les aérostats est fort bien compris, et nous avons lu surtout avec un vif intérêt le chapitre qui retrace les travaux de Joseph de Montgolfier et de son frère Etienne; dans les parties du livre qui traitent de l’aviation, des hélicoptères, des aéroplanes, on sent la plume du maître qui écrit sur ce qu’il connaît à fond : cela est très complet et très précis. Avec l’auteur, ayons
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- foi dans l’avenir; et disons comme lui : « Tout ce qui est faisable se fera. »
- Memoirs of the Science Département Tokio Daigaku, University of Tokio. Report of the Meteorology of Tokio. — The Chemistry of Sake-Brevung. — 2 vol. in-4° avec planchas. Puhlished by Tokio, Daigaku Tokio, Japon, 1883.
- Les Cynipides et leurs galles locataires et parasites, par Edm. Van Segvelt, 1 broch. in-8°. Bruxelles, Alfred Vromant, 3, rue de la Chapelle. 1885.
- Institut de France. Académie des Sciences. Discours prononcés au centenaire des frères Montgolfier a Annonay, le 13 août 1885. 1 broch. in-4°. Paris, Fhmin-Didot et Cie, 1883.
- L’EXPÉDITION
- DU PROFESSEUR NORDENSKIOLD AU GROENLAND
- A la fin de septembre, le professeur Nordenskiôld est rentré en Suède du voyage d’exploration qu’il a entrepris au Groenland durant l’été, rapportant de celte expédition, comme des précédentes, une riche moisson d’observations et de documents de la plus haute valeur scientifique. Dans un travail précédent, nous avons fait connaître le but de ce voyage1 ; néanmoins, avant de présenter le récit de cette exploration, il nous paraît utile de rappeler sommairement les projets de l’illustre savant suédois. Se basant sur la théorie du fœhn, M. Nordenskiôld supposait le centre du Groenland libre de neige et de glace ; pour vérifier cette hypothèse, il se proposait de traverser les glaciers qui, d’après lui, ne formaient qu’une ceinture le long de la côte et de pénétrer dans l’intérieur des terres à une distance de 3 à 400 kilomètres. Pendant le temps que durerait cette excursion, la Sofia, le navire de l’expédition, devait remonter au N. le long de la côte occidentale pour permettre aux naturalistes d’étudier le littoral. Enfin, au mois de septembre, après être revenu de sa course dans l’intérieur des terres, M. Nordenskiôld voulait essayer d’atteindre la côte orientale du Groenland au-dessous du cercle Polaire le long de laquelle il pensait découvrir des vestiges de l’antique colonie d’Qsterbyg, projet qui semblait inexécutable après la laborieuse croisière de l’in-golf dans ces parages.
- Le 25 mai, la Sofia quittait le port de Gothem-bourg2 et, le 2 juin, arrivait dans le Rôdefjord sur la côte orientale de l’Islande où l’expédition visitait d’intéressantes couches de spath. De là, après avoir relâché à Rejkjavik, le vapeur fit route vers la côte orientale du Groenland qu’il trouva bloquée par la glace. L’expédition se dirigea alors vers Ivigtut, importante exploitation de kryolithe, pour y faire du charbon, et, de là, le 1er juillet, arriva dans l’Auleitsivikfjord au S. de la baie de Disco (68°,
- ‘ Voy. n° 528 du 14 juillet 1883, p. 102.
- * Ce récit a été rédigé d’après les lettres adressées, pendant le voyage, par le Dr Nathorst, géologue de l’Expédition, au journal le Dagblad de Stockholm.
- lat. N.) que M. Nordenskiôld avait choisi comme point de départ de son excursion dans l’intérieur des terres. En 1870, le célèbre explorateur suédois, accompagné du Dr Rerggren, était parti de ce point et s’était avancé sur le glacier à 50 kilomètres de la côte. Dans cette région, la glace presque plane présentait peu d’obstacles à la marche, et, sans nul doute M. Nordenskiôld aurait pu s’avancer très loin s’il n’avait été abandonné des Esquimaux qui l’accompagnaient. Dans cette course toutefois il avait pu faire d’importantes observations sur les poussières cosmiques, sur la neige rouge et le Dr Rerggren avait exécuté une série de croquis qui ont l’exactitude de photographies comme nous le disait récemment M. Nordenskiôld, croquis qui donnent une excellente idée de l’aspect de ces déserts de glace. Les deux gravures ci-contre ont été précisément exécutées d’après les dessins de M. Berggren reproduits dans les Studier ock Forskningar. Voici d’abord une énorme crevasse assez large pour engloutir une cathédrale (fig. 1). Plus loin au milieu du glacier s’élève un puissant jet d’eau analogue comme aspect aux Geysers d’Islande (fig. 2). Nous ne croyons mieux faire que d’emprunter à M. Nordenskiôld l'explication de ce curieux phénomène *.
- « A peu de distance du point où nous avions re-^ broussé chemin, nous rencontrâmes un cours d’eau large et profond d’un débit considérable, coulant entre des berges de glace azurée qui dans cet endroit n’étaient point souillées de sable. Il était impossible de franchir cette rivière, et, tout d’abord nous fûmes quelque peu déconfits de cette découverte. Comme à l’aller nous n’avions pas rencontré de cours d’eau aussi considérable, nous pensâmes qu’il devait s’engouffrer dans le glacier. Nous suivîmes alors la rivière dans la direction du courant, et entendant bientôt un sourd grondement, nous ne doutâmes plus de la justesse de notre supposition. Toute la rivière en effet se précipitait dans un gouffre du glacier. Le lendemain, durant la halte de midi, pendant que nous reconnaissions à la lunette les environs, nous observâmes une cascade moins puissante, il est vrai, mais fort curieuse. Un nuage de vapeur d’eau s’élevant au-dessus du glacier non loin de notre campement, et, pensant, à en juger d’après la hauteur de la colonne de brouillard, que la chute d’eau était encore plus considérable que celle rencontrée la veille, nous nous dirigeâmes de ce côté. Cette fois nous nous trompâmes. La rivière roulait une masse d’eau moins considérable; elle se précipitait dans un gouffre de glace et à quelques pas de là sortait par une ouverture du glacier un jet d’eau mélangé de bulles d’air. »
- Mettant à profit l’expérience qu’il avait acquise dans ce voyage et dans son exploration de la Terre du Nord-Est au Spitzberg, accompagné cette fois
- * Nordenskiôld, Redogôrelse for en expédition till grôn-land. Ofversigt af K. Vetensk.-Akad. Fôrhandlingar, 1870, u° 27, p. 1005.
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- LA NATURE
- de matelots Scandinaves et de Lapons, M. Nor-denskiôld pensait avecjuste raison pouvoir s’avancer très loin. Le 5 juillet, l’expédition se mit en marche de l’Auleitsivikfjord, emportant sur de petits traîneaux des vivres pour 50 jours formant un poids de 500 kilogram., 30 litres d’alcool, une tente, des matelas en caoutchouc et des couvertures pour chaque homme. Neuf personnes suivaient M. Nordenskiold, un naturaliste, le Dr Berlin, un topographe, l’adjudant Kjellstrom, le lieutenant de la Sofia, quatre matelots et deux Lapons. Le front du glacier était distant de la mer d’environ 4 à 5 kilomètres. D’après les observations des explorateurs suédois, l’abord
- de ce glacier rappelle ceux de nos Alpes. Le terrain était couvert de débris de toutes dimensions, moucheté çà et là de touffes de bouleaux nains, et l’extrémité inférieure du glacier était souillée de pierrailles sans que ces apports formassent toutefois de moraines. Pendant deux jours, plusieurs matelots de la Sofia accompagnèrent l’expédition, renfort indispensable pour aider la caravane à haler les traîneaux sur la rude pente initiale du glacier qui atteignait au début 33 0/0.
- Plus loin, l’Inlandsis 1 était hérissée de saillies qui parfois atteignaient une hauteur de 10 mètres et qui n’étaient séparées les unes des autres que par
- Fig. 1. — Crevasse de la glace continentale au Groenland, à 20 kilomètres de la côte. (D’après un dessin exécuté
- par le D' Berggreu.)
- de petits intervalles. Enfin dans cette exploration, comme dans celle que nous avons racontée plus haut, de puissants cours d’eau entravaient souvent la marche de la caravane. Si la rivière n’était pas trop large, à l’aide de quelques bâtons, on établissait un pont branlant sur lequel passaient les traîneaux ; d’autres fois, au contraire, de longs détours étaient nécessaires. Le 9 juillet au soir, la caravane avait réussi à faire 35 kilomètres et avait atteint l’altitude de 582 mètres. Le lendemain, elle avança de plus de 9 kilomètres, la glace présentant un terrain favorable pour le halage des traîneaux, et, durant la matinée du 11, on fit 10 kilomètres. Dans ces parages le glacier n’était point hérissé de hautes saillies, tout au plus était-il accidenté par de
- petits monticules, mais sa surface était percé de trous cylindriques, larges parfois de soixante centimètres, dont le fond était rempli d’une poussière brune, trous remplis d’eau et dans lesquels on enfonçait souvent jusqu’au genou. Le 15 juillet, la caravane rencontra les premiers névés. Elle éprouva alors des difficultés d’un autre genre ; la neige formait dans cette région une sorte de bouillie imprégnée d’eau dans laquelle les traîneaux enfonçaient parfois d’un pied. Néanmoins l’expédition avançait rapidement vers l’Est. Le 17, elle fit plus de 18 kilomètres ; elle se trouvait alors à plus de 100 kilomètres de la
- 1 Mot à mot glace continentale, dénomination sous laquelle on désigne, dans les langues Scandinaves, les glaciers qui recouvrent l’intérieur des Terres polaires.
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- côte et à une altitude de 1067 mètres; le 19 elle avança encore de 16 kilomètres (Alt. 1366 mètres) malgré les difficultés presque insurmontables que présentait l’état de la neige. Parfois on enfonçait dans le névé jusqu'à une profondeur d’un mètre sans rencontrer un point d'appui solide. Sur ces entrefaites la pluie survint, et, le 20, le professeur Nordens-kiôld résolut de ne pas pousser plus avant vers l’Est. Le glacier s’étendait toujours dans l'intérieur des terres, rien ne faisait prévoir la fin de Y Inlandsis, néanmoins avant de rebrousser chemin il ordonna aux Lapons de prendre quatre jours de vivres et montés sur leurs S/m1 de pousser vers l’Est aussi
- loin que possible, leur recommandant, s’ils atteignaient une terre libre de neige de rapporter des spécimens des fleurs et du gazon. Le 21 juillet, les Lapons se mirent en route, et, le 24 à midi, revinrent au campement, déclarant avoir poussé à 210 kilomètres dans l’intérieur des terres et s’être élevés jusqu’à l’altitude de 1971 mètres sans avoir pu atteindre le pays vert que M. Nordenskiôld avait supposé devoir exister au centre du Groenland. Ainsi ne se trouvait pas vérifiée l'hypothèse émise par l’illustre explorateur.
- Le 25 toute la caravane se remit en marche, et, le 3 août, atteignit de nouveau l’Auleitsivikfjord.
- Fig. 2. — Source d’eau iutermiUeiite, rencontrée à 4o kilomètres de la côte, sur le glacier continent» de Groenland
- (D’après un dessin exécuté pur le D' Berggren.)
- Pendant que le professeur Nordenskiôld avait exécuté cette remarquable exploration, la Sofia avait essayé d’avancer jusqu’au cap York, mais les glaces lui avaient barré la route. Dans ces parages l’expédition a exécuté d’importantes études ; le géologue de la mission, M. Nathorst, a rapporté de ce voyage une magnifique collection de fossiles parmi lesquels nous citerons des noix si bien conservées qu’en les voyant « il vous prend envie deles manger», suivant l’expression même de M. Nathorst. Le zoologue et l’hydrographe de la Sofia ne sont pas non plus restés inactifs et leurs travaux ajouteront certainement à notre connaissance de la mer de Baffm.
- 1 Longs patins en usage dans les pays scandiuaves.
- Après ces explorations, l’expédition rejoignit le professeur Nordenskiôld à Egdesminde, puis, de là, fit route vers Julianehaab et Frederiksdal, d'où elle partit pour essayer d’aborder sur la côte orientale du Groenland, toujours bloquée par les glaces. Après avoir livré de nombreux combats aux glaces et après avoir failli subir le sort de la Hansal, la Sofia réussit à atteindre, le 4 septembre par 65°,40 de Iat. N., un petit fjord. Elle put en outre pénétrer dans un autre fjord beaucoup plus considérable, situé immédiatement au Nord sur les bords duquel on découvrit des ruines et même des traces récentes d’Esquimaux. Aucun arbre n’ornait le
- 1 Écrasée en 18G8 par les glaces.
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- LA NATURE
- paysage comme sur quelques points méridionaux de la côte Ouest, le bouleau nain toutefois croissait sur les bords de ce fjord, rampant contre le sol comme au Spitzberg et d’assez belles pelouses bordaient les rivières qui probablement étaient peuplées de saumons. Le 5 septembre, à midi, la Sofia leva l’ancre, et non sans de grands dangers parvint à gagner l’eau libre. Le lendemain une nouvelle tentative pour atterrir ayant échoué, le professeur Nordenskiôld résolut de revenir en arrière et de gagner Rejkjavik d’où l’expédition rallia Gothembourg.
- M. Nordenskiôld doit adresser à l’Académie des Sciences un Mémoire dans lequel il exposera les résultats scientifiques de son voyage, mais dès maintenant on peut reconnaître l’importance de cette expédition. Pour la première fois des explorateurs ont pu s’avancer aussi loin dans l’intérieur du Groenland, et, pour la première fois depuis plusieurs siècles, un navire a pu aborder la côte orientale de cette péninsule. Charles Rabot.
- les
- MOUVEMENTS LENTS ET PÉRIODIQUES
- DU SOL
- La discussion des études des mouvements du sol permet d’affirmer aujourd’hui, le fait intéressant, que le sol est sujet à des oscillations régulières, alternantes et périodiques suivant les saisons et continues dans un sens déterminé.
- On comprend que les déplacements quelconques d’un sol mouvant, sauf dans un sens parallèle, feront varier la direction de la verticale. Le premier moyen qui se présente à l’esprit, pour vérifier ces mouvements, c’est l’étude des niveaux.
- Dès 1837, M. d’Abbadie, à Olinda, dans l’Amérique du Sud, constatait des déplacements dans la bulle d’un niveau fixe.
- A l’aide d’un appareil semblable qu’il fit installer à Audaux, il put, en 1852, donner les résultats de 3000 observations. Les conclusions qu’il en tira furent que les grandes oscillations annuelles étaient de 4" environ et semblaient se rattacher aux équinoxes.
- 11 s’était aperçu, à cette époque, des difficultés d’observations des niveaux, pour lesquels diverses conditions sontencore indéterminées, entre autres les rapports de la bulle avec la dilatation du verre, l’exactitude du rodage, etc. M. d’Abbadie, pour parer à ces inconvénients, fit construire à Albadia un appareil de son invention qui fonctionna plusieurs années. De ses observations, il déduisit une variation dans la verticale de 4",5.
- Pendant l’année entière (1879), les observations de M. d’Abbadie donnèrent pour la variation de la verticale, par rapport au méridien, 4",034, soit une variation de 2",7 dans le sens E.O.
- Des expériences analogues furent tentées à l’île Campbell, isolée dans l’Océan Austral, par M. Bouquet de La Grye, à l’aide d’un appareil enregistreur qu’il avait imaginé et qui lui a prouvé l’existence de semblables mouvements dans le sol de l’île. On peut donc en conclure que ces petits mouvements existent sur tout notre globe.
- Cette étude pleine d’intérêt avait tenté depuis longtemps M. Plantamour. Voici les curieux résultats qu’il a tirés de ses observations :
- Années. Abaissement du côté Est. Relèvement du côté Est
- 1878-1879 17",61 28",08
- 1879-1880 95",80 21",48
- 1880-1881 36", 41 21",48
- 1881-1882 18",42 21",43
- Si on néglige la valeur de l’abaissement Est en 1879-80, manifestement modifié par une cause extérieure (probablement l’hiver rigoureux de cette année), les moyennes restent satisfaisantes.
- M. Plantamour cherche un rapport entre les températures et ces manifestations des mouvements du sol.
- Quant aux niveaux placés parallèlement au méridien, l’amplitude moyenne est de 4",5. La courbe enregistrant ce phénomène semble suivre assez fidèlement les changements de température et ses variations.
- M. le colonel Ch. von Orff, à Munich, s’était livré, de son côté, à des recherches semblables ; mais, ses observations, faites pendant peu de temps, permettent difficilement d’en tirer quelques conséquences, les niveaux semblaient généralement se contredire : il attribue ces différences aux changements de tempe rature de ses appareils suivant le lieu d’exposition.
- Ces observations ne sont comparables à celles de M. d’Abbadie qu’au cas où les niveaux reposeraient sur des supports jouissant d’une invariabilité absolue, ce qui est loin d’exister. Depuis longtemps, le Dr Hirsch avait observé que la colline du Mail, sur laquelle est construit l’Observatoire de Neuchâtel, formée des couches solides de calcaire jurassique, accomplit une oscillation annuelle régulière, de l’Est à l’Ouest en été. de l’Ouest à l’Est en hiver, et, en outre, s’incline continuellement du côté de l’Ouest.
- Il est certainement intéressant au plus haut point de tenter ces recherches qui viennent ébranler l’ancienne conviction de l’immobilité du sol, surtout au point de vue des rapports qui peuvent lier ces mouvements à des phénomènes astronomiques extérieurs.
- M. le Dr Hirsch nous donne une longue série, non interrompue, de plus de 6000 observations s’étendant sur une période de 23 ans.
- Dans les observatoires, ou contrôle avec le plus grand soin la position des instruments méridiens, par conséquent, on connaît les mouvements très petits que son axe subit d’un jour à l’autre.
- Les astronomes déterminent, au moyen de mires et surtout par l’observation des polaires, les corrections dites instrumentales ; et calculent Y azimut de leur instrument, c’est-à-dire l’angle que fait l’axe optique avec le méridien, soit à l’Est, soit à l’Ouest, et, au moyen des niveaux d’eau ou d’un bain de mercure, ils connaissent l’inclinaison de l’axe de rotation par rapport à l’horizontale.
- On a évalué le degré de précision avec lequel on peut connaître ces erreurs instrumentales : elle est de 0",2 ou de 0‘,013, environ pour l’azimut et on mesure les très faibles déplacements des piliers avec une exactitude plus grande encore.
- M. le Dr Hirsch, aidé de M. Hilfiker, a relevé plus de 6000 déterminations d’azimut et d’inclinaison.
- Des variations d’azimut on a pu tirer deux séries bien distinctes par le signe.
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- LA NATURE
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- Les mouvements sont + en allant de l’Ouest par le I Sud à l’Est; ils sont — en allant de l’Est par le Sud à l’Ouest
- Pour l’inclinaison, elle a varié, toujours dans le sens négatif, en faisant descendre l’extrémité Ouest de l’axe.
- On peut tirer de l’ensemble des observations d’azimut recueillis par M. Hirsch la conclusion que :
- L’instrument accomplit avec une grande régularité, en azimut, un mouvement d’oscillation périodique ; tournant pendant six mois d’été de gauche à droite (E. S. 0) et revenant en hiver de septembre h février, à peu près de la même quantité.
- Pour les déterminations d’inclinaisons on trouve que :
- L’axe a continué non moins régulièrement à s’incliner toujours du côté Ouest. Pour l’azimut, l’amplitude annuelle totale du mouvement d’oscillation par la moyenne de vingt-trois années est de 5S203 soit l'.18 d’arc correspondant à 0mm,208 de déplacement linéaire de l’axe.
- De 165 jours d’hiver en moyenne pour le mouvement positif on déduit : (0. S. E.) + 2".548 = 58",2 soit 0mm,102; pour le mouvement négatif (E. S. 0.) — 2655 = 59'",8 soit 0mm,106.
- Le mouvement en inclinaison donne pendant les vingt-trois années 56s.645 soit 9’ 9", 7 d’arc correspondant à 2mm,93 dont le pilier 0 s’est abaissé ce qui donne, par an, 1*,593 = 23",9 soit 0mm,127.
- On comprend tout l’intérêt que soulèvent de semblables questions et les résultats obtenus, dont les valeurs appréciables, comme on vient de le voir, méritent d’appeler l’attention des observateurs.
- M. Hirsch essaye de rattacher ces variations à la fréquence des taches solaires, ainsi que M. le DrFœrster, directeur de l’Observatoire de Berlin l’avait déjà proposé; mais l’accord entre les courbes des deux phénomènes n’est pas assez satisfaisant pour qu’on puisse encore en tirer des conclusions sérieuses. La période d’observations est trop courte.
- Rappelons brièvement que, au Congrès astronomique de la Société astronomique internationale (Aslronomische Gesellschaft), qui s’est tenu à Vienne du 14 au 17 septembre, M. Fœrster a donné des observations analogues sur les instruments méridiens de l’Observatoire de Berlin et a cru pouvoir en conclure que la courbe de ces mouvements coïncide avec celle de la variation de la déclinaison magnétique.
- Peters, du reste, en discutant les nombreuses observations de l’étoile polaire avait déduit, des résidus de ses discussions, que l’axe des pôles terrestres décrit un petit cercle ou une ellipse dont le diamètre a quelques mètres seulement ; jusqu’ici ce résultat, ainsi que le fait remarquer M. d’Abbadie, n’a été ni discuté ni contrôlé, et on est en droit de rapprocher tous ces petits mouvements de l’hypothèse de Peters.
- En 1848, M. Henry, dans un travail remarquable, publiait dans le vol. VIII des Montlhy Notices le relevé des variations de niveau de la lunette méridienne à Cambridge pendant les années 1834 à 1842, et à Greenwich, de 1836 à 1845, et terminait par ces conclusions : « Il parait assez qu’à Greenwich comine à Cambridge l’Y occidental de la lunette méridienne est plus haut d’environ 2”,5 à l’équinoxe du printemps qu’à celui de l’automne et que, dans le premier, il est plus vers le sud que dans le second. Cette déviation azimutale serait d’environ 2”. »
- Enfin, en 1859, M. Ellis publiait dans le XXIX* vol. des Memoirs of the Royal astronomical Society les variations d’aziinut et de niveau pour le cercle méridien de Green-
- wich pendant les années 1851 à 1858. Il rapproche la courbe de ces variations de celles de la température, en faisant observer, avec juste raison, que ce ne sont pas les températures de l’air ambiant qne l’on devrait comparer aux variations, mais bien mieux, les températures prises à quelques mètres de profondeur, qui semblent mieux cadrer avec les observations.
- Nous connaissons les expériences et les hypothèses des savants modernes, à ce sujet, et nous pomons en conclure ce fait qui, basé sur de longues et sérieuses observations, est irrécusable :
- Le sol a de lents mouvements, des oscillations qui semblent varier avec les saisons et, en outre, s’incline continuellement du côté de l’Ouest.
- Ces phénomènes encore inexpliqués en sont-il moins intéressants à connaître ?
- Dans les observatoires, à l’aide des instruments si parfaits que nous possédons aujourd’hui, on détermine les positions des astres dans le ciel, d’après les méthodes fixées par l’astronomie sphérique.
- S’appuyant sur des bases aussi solidement établies, la mécanique céleste développe les théories de l’attraction et l’accord entre les résultats auxquels elle conduit et l’observation directe est si parfait, que Herschell pouvait dire avec juste raison : « Que toute différence quelque petite qu’elle soit, dès qu’elle est bien établie, devient la cause d’un perfectionnement nouveau dans les méthodes d’observations ou d’une découverte nouvelle. »
- Nous pouvons, dans le cas qui nous occupe, appliquer cette heureuse remarque de l’illustre savant; en effet, les méthodes d’observations des instruments méridiens sont fixées avec une rigueur telle, que les plus petites corrections sont enregistrées et discutées.
- Il faut donc rechercher pour les mouvements encore inexpliqués des instruments méridiens, une interprétation rationnelle que l’on pourra déduire d’un grand nombre d’observations.
- L’étude de cette question a tenté des savants et déjà de nombreuses hypothèses se sont produites, n’attendant, pour devenir des lois, que la sanction tirée des longues concordances entre les faits établis et la théorie proposée.
- G. Dallet
- mkl ENTRE MANCHESTER ET LWERPOOL
- Les récentes discussions qui ont eu lieu au Congrès de l’Association scientifique de France sur les conditions d’amélioration de l’estuaire de la Seine pour assurer aux navires de fort tonnage le libre accès du port de Rouen donnent la mesure de l’intérêt qu’on attache dans notre pays à la création de grands ports intérieurs. Les mêmes préoccupations se font jour à l’étranger, et la plus intéressante de leurs manifestations s’est produite en Angleterre dans le projet d’établissement d’un canal de grande navigation entre Liverpool et Manchester situés l’un sur la Mersey, l’autre sur l'Irwell, affluent de cette rivière.
- Les éléments de trafic du futur canal n’ont pas été jusqu’ici chiffrés d’une manière complète : il n’est pas douteux toutefois qu’ils ne soient à la fois nombreux et importants, si l’on considère que Manchester est le centre principal de l’industrie
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- LA NATURE.
- cotonnière de la Grande-Bretagne; d’autre part le tonnage de Liverpool qui lui sert actuellement de port s’est élevé de 4630000 tonnes en 1862 à 6 530 000 en 1872 et à 8104 000 en 1882, accusant ainsi un accroissement de près de 80 pour 100 dans les vingt dernières années. Ces chiffres ne peuvent, il est vrai, servir que d’indication générale, car ce qu’il faudrait connaître, c’est la proportion du tonnage destiné à Manchester dans le tonnage total, et qui emprunte actuellement les diverses voies ferrées.
- Quant à la navigation actuelle de la Mersey et de ITrwell, elle est presque nulle en raison de la diminution du tirant d’eau causée par l’envasement progressif des hiefs entre les barrages et du mauvais état du chemin de halage. Mais la majeure partie du trafic considérable de houille qui emprunte le canal de Bridgewater reviendra forcément à la nouvelle voie. On estime également quelle pourra tirer de sérieux profits de l’établissement h Runcorn d'appareils destinés à charger sur des navires de fort tonnage le sel qui arrive du Cheshire par la Weaver
- pour l’exportation, et dont le mouvement s’élève à 1 000000 de tonnes.
- La distance entre Liverpool et Manchester en suivant le cours de la Mersey et de l’Irwell est de 71 kilomètres. La pente entre Manchester et War-rington est de 15 mètres, rachetée par 9 écluses. Après s’être élargie entre Warrington et Runcorn, la Mersey se rétrécit au point dit Brèche de Runcorn (Runcorn Gap), où est jeté le premier pont de passage du London Northwestern Bailway. Le même phénomène se produit entre Runcorn et Liverpool où la largeur ne dépasse guère 1000 mètres. Dans cette partie de son cours, les passes subissent des déplacements très fréquents et même quotidiens sur certains points. Les hauteurs auxquelles s’élèvent les marées ordinaires sont de 1™,85 à Warrington, 2m,70 à Runcorn et 5m,60 entre Runcorn et Liverpool.
- Une idée grandiose avait d’abord séduit les promoteurs du projet, c’était d’amener la marée à Manchester, et un plan avait été étudié à cet effet par M. Fulton.
- Liffedutmrain Niveau des
- Ü iÿf à niveau constant
- P^rtie sefni maritime
- Partie maritime
- Fig. 1. — l'roiil en long du canal semi-maritime entre lluneorn et Manchester.
- Mais on reconnut bientôt qu’il était impraticable ; d’abord il nécessitait des déblais énormes dans le lit de la rivière ; les sondages indiquaient notamment qu’on rencontrerait le roc sur une longueur de 16 kilomètres, dans une tranchée de 12 mètres de profondeur; en outre le fond du dock projeté à Manchester eût été à 28 mètres en contre-bas du terrain naturel, ce qui eut rendu difficile et onéreuse l’exploitation des quais. Enfin aucun navire ne pourrait franchir, avec le flot, la distance de 80 kilomètres qui existe entre Manchester et l'embouchure de la Mersey; les steamers mêmes se trouveraient donc exposés au courant de jusant à la remonte ou au courant contraire du flot à la descente et perdraient ainsi plus de temps qu’au passage des écluses.
- Ces divers inconvénients ont fait renoncer définitivement au projet du canal entièrement maritime; et le plan adopté par la Commission d’initiative et dû à M. E. Leader Williams prévoit un canal semi-maritime jusqu’à Irlam avec relèvement du plan d’eau entre Warrington et Manchester au moyen de trois groupes d’écluses, dont nous indiquerons plus loin l’emplacement et les dispositions.
- On a adopté les dispositions suivantes :
- Entre Manchester et Warrington 30m,50 de lar-
- geur au plafond et 6m, 70 de profondeur au-dessous de la ligne des basses eauxl. De Warrington à Runcorn la largeur au plafond s’accroîtra progressivement jusqu’à 90 mètres avec une profondeur de 7m,50. Au delà de Runcorn la profondeur sera portée à 8 mètres.
- La longueur totale est d’environ 35 kilomètres ; les talus varieront de 1/1 à 1/1 1/2. Jusqu'au seizième kilomètre, le tracé n’oflre que des courbes de très grand rayon ; mais à partir de ce point, on trouve sur une longueur de 1600 mètres des courbes consécutives dont le rayon ne dépasse pas 800 mètres. Ce rayon est assez faible, et l’exemple du canal de Suez, où les courbes consécutives les plus prononcées ne descendent pas au-dessous de 1100,2000 et 1700 mètres de rayon (débouché dans le lac Timsah), et présentent néanmoins une certaine difficulté pour le passage des grands steamers, induit à craindre que la circulation des grands navires ne soit considérablement gênée en ce point du canal.
- Pour approfondir le plus économiquement possible la partie maritime située au-dessous de Runcorn, entre cette ville et Garston, on compte, comme
- 1 Les canaux de Suez et de Panama n’ont que 22m, et celui d’Amsterdam, que 26m,50 au plafond.
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- dans la Basse-Seine, créer un passage au flot et au jusant au moyen de levées longitudinales submersibles. Elles auront généralement une hauteur égale à la moitié de celle de la marée, de manière à créer une passe définie tout en laissant le flot se répandre librement sur les bancs de sable environnants. Aussitôt la passe fixée, on attaquera le fond avec de puissantes dragues à vapeur.
- Le coût total de l’entreprise, y compris la construction des docks à Manchester et à Warrington, et les déviations des voies ferrées qui traversent le futur canal est évalué à 135 millions de francs, et la durée de l’exécution à quatre années.
- Le tracé quitte le lit de la rivière à 2 kilomètres et demi du pont de Runcorn, coupe les marais
- d’Atstmoor, et rejoint à peu près la ligne du vieux canal de Runcorn à Latchford qu’il emprunte sur une longueur de près de 6 kilomètres au-dessous de Warrington.
- Au sud de cette ville, à Lower Walton, est établi le premier groupe d’écluses. 11 comprend : 1° trois écluses accolées de différentes dimensions, dont la plus importante a 150 mètres de long sur 15 mètres de large; 2° une porte de marée dont la largeur est supérieure à celle des écluses, et qu’on laissera ouverte au moment du flot ; 3° sept vannes, qui, avec les piles qui les séparent occupent une longueur de 42 mètres. Un vannage semblable est en outre disposé sur l’ancien cours de la Mersey à une faible distance des écluses.
- LEIGH
- MAYICH!
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- ---Caïutl protêts
- — Voies ferrée* »_ Costaux = Routes S.JtOKlEVSc.
- Fig. 2. — Tracé du canal semi-maritime entre Kuncom et Manchester.
- ter comprennent deux parties : l’une, le Dock proprement dit, creusé dans le Champ de Courses actuel de la ville, aura une surface totale de 15 hectares, 7m,80 de profondeur, et se terminera par quatre bassins secondaires de 66 mètres de largeur chacun, séparés par des quais de 60 mètres de large couverts de hangars, et disposés en retrait les uns par rapport aux autres comme dans les derniers ouvrages construits à Londres, à Hull et à Liverpool. L’autre consiste dans l’élargissement -à 90 mètres du lit actuel de l’Irwell, et la construction d’un quai de débarquement de 1500 mètres de long. Le bassin ainsi obtenu aura une superficie de 13 hectares 1/2.
- Le projet prévoit également la création d’un dock de 6 hectares à Warrington, et la construction de quais et d’appareils pour le déchargement et le transbordement des houilles à Warrington, à lrlam et à Barton.
- Les portes d’écluses et les vannes seront manœu-vrées par des appareils hydrauliques. Des portes intermédiaires permettront d’employer les écluses les plus grandes au passage des bateaux de faible tonnage. Toutes les portes et vannes resteront ouvertes pendant le flot, et ne seront fermées qu’au moment du jusant, de manière à conserver, dans toute l’étendue du bief, le niveau de la haute mer.
- Le groupe de Walton relève le plan d’eau de 7 mètres au-dessus de la ligne des basses eaux.
- Le second groupe est établi à lrlam, distant de 13 kilomètres de Lower Walton, avec une chute de 5m,80. Il est analogue au précédent comme dispositions générales, sauf la suppression de la porte de marée et du vannage sur l’ancien Cours de l’Irwill, parce qu’on n’a, sur ce point, à s’occuper que du déversement des eaux douces.
- Les docks qu’on se propose d’établir à Manches-
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- Outre les routes ordinaires au nombre de quatre qui franchissent la Mcrsey et l’Irwel entre Runcorn et Manchester, le canal rencontre plusieurs grandes lignes de chemin de fer et le viaduc-canal qui fait communiquer à Barton les deux branches du canal de Bridgewater. Les auteurs du projet ont donc dù se préoccuper d’atténuer, dans la mesure du possible, le trouble qu’ils vont apporter dans l’exploitation de ces diverses voies.
- Pour les routes, on se contentera de relever les ponts qui leur donnent passage, et de les transformer en ponts tournants. Mais il n’en saurait être de même pour les lignes ferrées, bien que les bills d’autorisation accordés aux Compagnies par le Parlement contiennent tous une clause portant que leurs ponts seront transformés en ponts tournants si la navigation de la Mersey et de l’îrwell peut être utilisée par des navires venant de la haute mer. Toutefois, comme cette disposition serait impraticable pour des lignes à grand trafic, le projet prévoit tantôt le franchissement en tunnel au-dessous de la rivière (ligne du Warrington Slockport Rail-way), tantôt le relèvement des voies et de leurs ponts (autres lignes).
- Tel est dans son ensemble le projet de M. Williams, patronné par M. J. Abernethy et qui a été adopté par la Chambre des Communes dans ses dispositions essentielles. La Haute Chambre, émue par les réclamations des Compagnies de chemin de fer menacées directement dans leur trafic comme entreprises de transport, et même de magasinage, n’a pas cru devoir l’accueillir. Mais il s’est produit autour de cette grande idée un mouvement d’opinion si considérable, que l’adoption définitive n’est qu’une question de temps. G. Richou.
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre de Smyrne. Une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie le lundi 15 octobre dans les environs de Smyrne et principalement sur le bord de la mer, près du détroit de Chios. Vers trois heures quarante minutes de l’après-midi, la ville de Smyrne a été mise en émoi par la secousse. Les femmes et les enfants s’élançaient hors des maisons en poussant des cris déchirants, tandis que les hommes, qui se trouvaient au travail, s’empressaient de fermer leurs boutiques et de se rendre chez eux pour voir ce qui s’était passé. Beaucoup de maisons ont souffert, surtout celles qui étaient nouvellement bâties sur les quais, mais une seule s’est écroulée rue Scalabrini et deux cheminées du télégraphe sont tombées. A Tchechmeh,ville littorale voisine du détroit de Chios, le tremblement de terre a été plus violent. Une terrible secousse a été ressentie. On dit que les localités d’Ovadjik, Lidga, Reisdéré, sont détruites de fond en comble. On signale de grands malheurs à Alatzava. — On écrivait de Nourba à la date du 16 octobre : « La petite localité de Gul-Ratkché, située à deux heures de Vourla, a été détruite hier par une secousse de tremblement de terre que nous avons, nous-mêmes, violemment ressentie. Deux cents maisons et la petite église
- du village ont été renversées. II y a eu trois morts et vingt-deux blessés. Le village de Ui-Déré, situé à une heure de la ville, a été également détruit presque entièrement. Cinq morts y ont été retirés des déeombres, et l’on compte en outre cinquante blessés. »
- Observatoire chronométrique à Besançon.
- — On s’occupe de la création, à Besançon, d’un observatoire chronométrique destiné à régulariser la marche des chronomètres par la fixation mathématique de l’heure astronomique. On a choisi Besançon, parce que là est le centre de fabrication de l’horlogerie française. On s’en fera une idée quand on saura qu’on y fabrique en moyenne 1200 chronomètres par jour. On conçoit donc l’importance qu’il yak fournir sur place, à l’industrie locale, les moyens de perfectionner les produits de sa fabrication. La ville fournit le terrain et le bâtiment de l’observatoire à créer ; elle s’impose ainsi une dépense de 200 000 francs. L’État donnera les instruments pour une valeur de 100 000 francs.
- Tacites du Soleil. — Le nombre considérable de taches que l’on a vues dans ces derniers mois sur le disque du Soleil, indique que l’astre est entré dans sa période maximum d’activité. L’étendue de certains groupes a aussi été très remarquable. Dans le mois de septembre, une tache, qui s’est ensuite segmentée, a été visible à l’œil nu. Le 15 septembre, — elle paraissait alors partagée en deux par un pont de lumière, — son étendue était de 89", 5 X 7 7",5. Les noyaux mesuraient respective-ment27",5 x 14",5etl7" x 13", soit 20350kmX'1073Gkm et lOOSO^X 9620km; le diamètre delà Terre = 12700k“. Le 14 octobre, 7 groupes de taches, dont 3 très étendus, se dessinaient le long de l’équateur du Soleil; on y pouvait compter jusque 66 taches. (Ciel et Terre.)
- Le nouveau cuirassé, Dévastation, vient d’être expérimenté a l’île de Wight. Les machines ont développé 4504 chevaux en donnant au bâtiment une vitesse de 13 nœuds 1/2 à l’heure. La consommation de charbon a été de lk,540 par cheval et par heure.
- — Les brevets Edison emploient aux Etats-Unis, pour leur seule exploitation, un capital évalué à près de 15 millions, et pareille somme pour leur exploitation à l’étranger. La valeur du stock représentant ce double capital équivaut à près de 55 millions. Trois mille personnes sont employées dans les diverses Sociétés américaines Edison et peut-être autant dans les Sociétés étrangères.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du o novembre 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- M. Lawrence Smith. — La science a fait une perte très sensible dans la personne de l’un des correspondants de l’Académie, M. Lawrence Smith, récemment décédé à Louisville, dans le Kentucky. Après avoir débuté il y a trente ans d’une manière éclatante par un grand travail sur l’émeri de l’Asie Mineure, qui fut une révélation pour les savants et une révolution pour les industriels, il consacra surtout ses efforts à l’étude des météorites. Il fit faire de très grands progrès à nos connaissances sur les roches tombées du ciel dont il possédait une très belle série.A cette occasion, on doit rendre un dernier hommage à la générosité sans égale, de M. Lawrence Smith pour le
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- Muséum, dont la collection météoritologique lui doit une foule de splendides échantillons représentant une valeur pécuniaire très considérable. Il me sera permis d’ajouter l’expression de mes regrets personnels ayant eu l’occasion de nouer avec M. Smith de très agréables relations.
- Végétaux de la houille. — Mon savant collègue et ami,
- M. B. Renault, aide-naturaliste au Muséum, annonce dans un mémoire présenté par M. Duchartre que les végétaux ou fragments de végétaux bouilli fiés, convenablement préservés d’un écrasement complet par un dépôt de sable ou d'argile, ont conservé une structure suffisamment nette pour qu’on puisse faire leur rapprochement ou même leur identification avec les espèces à structure si bien conservée des gisements silicifiés ou carbonates. II prend comme exemple la feuille des Galamodendrées qui comprend les trois genres suivants : Calamodendrons, Arthropitus, Asolé-noxylon. G. Calainodendron. Les tiges appartenant à ce genre présentent des articulations espacées (15 à 40 centimètres) dans les parties dépouvues de rameaux ; la Ion -gueur des entre-nœuds se réduit à quelques centimètres au contraire, là où les rameaux apparaissent. Les articulations ainsi rapprochées se succèdent quelquefois pen-’dantlongtemps et peuvent dépasser le nombre de cinquante, elles reprennent ensuite leur écartement primitif pour se rapprocher encore lors d’une nouvelle émission de rameaux. Ces derniers sont tantôt disposés régulièrement en quinconce sur chacune des articulations qui se suivent (C. congenium) tantôt ils n’apparaissent qu’a certains intervalles et sur un petit nombre d’entre elles (C. striatum) .
- Les coins ligneux des rameaux et des tiges sont entourés, sauf sur leur face extérieure périphérique, d’une gaine prosenchymateuse qui s’accroît en même temps que le bois du centre à la circonférence ; entre les gaines de deux faisceaux voisins se trouve une lame mince de tissu fondamental secondaire.
- Sur une coupe transversale ou longitudinale tangentielle, le bois est composé débandés d’aspect différent, alternant régulièrement, les unes formées par le tissu ligneux, les autres par les gaines prosenchymateuses. Dans le C. congenium les bandes fibreuses l’emportent en épaisseur sur les bandes ligneuses, le contraire a lieu pour le C. striatum. Chaque coin ligneux est muni à son extrémité interne d’un canal longitudinal. L’écorce est entièrement cellulaire et lisse à la surface. Les racines possèdent sept à dix faisceaux ligneux primaires centripètes, elles prennent en vieillissant un accroissement ligneux secondaire centrifuge, et sont recouvertes d’une écorce cellulaire épaisse creusée de lacunes.
- La houille provenant du bois de Calamodendron, recueillie soit dans les lentilles ou rognons épars dans les couches exploitées, soit autour des troncs gisants dans les couches argileuses et longs de plus de 10 mètres, a conservé les caractères indiqués ci-dessus et observés dans les échantillons silicifiés. En effet sur les cassures fraîches on distingue facilement à l’œil nu ou aidé de la loupe, des bandes alternativement plus brillantes ou plus ternes, rayonnant régulièrement du centre à la circonférence si la tige n’a pas été déformée, ou plus ou moins contournées et repliées en zigzags si la pression extérieure a comprimé les tissus.
- L’analyse microscopique montre que les bandes à cassure brillante sont dues à la houillification des gaines prosenchymateuses, on reconnaît en même temps la lame de tissu fondamental qui les divise en deux moitiés jux-
- taposées. Les bandes mates, au contraire, résultent de la transformation du tissu ligneux et, suivant les espèces, sont formées de trachéides rayées, ponctuées et réticulées.
- Les épaisseurs des bandes fibreuses et ligneuses conservent leur même rapport, c’est-à-dire que dans le C. congenium les bandes fibreuses sont plus épaisses que les bandes ligneuses, tandis que dans le C. striatum ce sont les bandes ligneuses qui prédominent. Les éléments organiques cellules, trachéides, etc... ont subi une contraction en rapport avec leur composition chimique primitive, et leurs dimensions actuelles dépend tout à la fois de cette composition et de la compression qu’elles ont supportées.
- Du côté de la moelle, le cylindre de houille présente des stries longitudinales distinctes, mais moins accusées que dans le genre Arthropitus, ce qui est dû à uue différence de structure, comme nous l’indiquerons. L’écorce étant entièrement cellulaire et peu épaisse n’a produit qu’une pellicule de houille dont la structure microscopique n’a pu être reconnue jusqu’ici d’une manière suffisamment nette. Il est bien rare du reste que cette écorce soit conservée, même dans les échantillons silicifiés. Les stries longitudinales de la surface de la tige dans les empreintes sont donc dues non à l’écorce, mais à l’alternance des bandes ligneuses et de leurs gaines.
- C’est d’ailleurs un sujet sur lequel nous reviendrons avec détails dans un prochain article où nous pourrons apporter aux démonstrations le concours de figures.
- Rôle agricole des azotates, — Il y a quelque temps un astronome prétendit obtenir une récolte de pommes de terre plus forte avec l’azotate de potasse qu’avec l’azotate de soude. Notre collaborateur, M. le professeur Dehérain vient de reprendre la question et, contrairement aux assertions précédentes, il a obtenu des rendements rigoureusement égaux avec les deux sels. La conclusion, sur laquelle insiste M. Peligot, c’est que dans la circonstance actuelle, l’agent utile n’est ni la potasse ni la soude, mais exclusivement l’acide azotique.
- La conductibilité électrique. — Un professeur du lycée Louis-le-Grand dont le nom nous échappe, a reconnu que si le soufre est à la température ordinaire un isolant électrique parfait, il devient conducteur dès qu’on le chauffe. Sa conductibilité augmente très vite avec la température et au moment de la fusion elle est extrêmement considérable. A ItiÜ0 au moment où le soufre change de constitution physique et devient pâteux, la conductibilité diminue au contraire pour augmenter de nouveau lorsque la fluidité redevient parfaite. L’auteur a trouvé des faits analogues à l’égard du phosphore.
- Le cuivre et le choléra. — Un médecin suédois écrit que dès 1853 lors d’une épidémie, on a cherché à s’en préserver à Stockholm par l’application sur la peau de feuilles de cuivre. On était conduit à cette tentative par ce fait que la ville de Falun où l’on exploite beaucoup de cuivre avait été épargnée par le fléau. Cependant le métal ne fit aucun bien ; il parait même qu’il fit du mal, le vert-de-gris développé ayant produit des ulcérations plus ou moins graves. L’auteur pense que la constitution de Falun tient, si elle est réelle à la présence dans l’air de torrent d’acide sulfureux qui répand sans cesse le traitement de la pyrite cuivreuse.
- Varia. — M. Richet a étudié l’action toxique comparée des métaux et des microbes. — Dans un mémoire déposé par M. Faye, M. André (de Lyon) compare les méthodes
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- propres à déterminer dans les observatoires la direction de la mire méridienne. — D’après M. Lespiault une météorite serait tombée le 28 janvier 1883 dans le département de la Gironde. — M. Errington de La Croix a imaginé une sonde électrique facilitant beaucoup le relevé des fonds de mer. — Un nouveau galvanomètre dit apériodique est décrit par M. de Trommelin.
- Stanislas Meunier.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- CONSTRUCTION d’un MICROPHONE
- L’actualité est encore aujourd’hui à l’électricité et à ses nombreuses applications. Quelques lecteurs du journal La Nature me sauront peut-être gré de leur signaler un petit microphone, m’ayant donné d’assez bons résultats, et d’une construction si facile qu’elle ne demande que quelques minutes quand on a les matériaux entre les mains. J’ai représenté ci-contre ce petit instrument en grandeur naturelle.
- La plaque vibrante A se compose tout simplement d’une carte de visite coupée en carré, d’une épaisseur moyenne.
- La forme carrée est de beaucoup la meilleure ; la forme ronde, plus séduisante en apparence, m’adonné des résultats beaucoup inférieurs. On colle sur cette carte de visite, au moyen de cire à cacheter, trois plaques minces et lé-gères, BBB', de charbon employé pour la lumière électrique. Ces trois plaques occupent symétriquement les trois sommets d’un triangle équilatéral; on les met en communication au moyen de fils de cuivre bbb. Pour cela on creuse un petit trou dans chaque plaque, et l’on y adapte l’extrémité d’un fil de cuivre, avec soudure ou simplement par frottement dur. On remplace avantageusement le cuivre par le platine. On réunit enfin ensemble les trois petits fils de cuivre.
- Le reste de l’appareil consiste en un pied en bois, de forme carrée, M, supportant trois baguettes prismatiques de charbon CCC', correspondant exactement aux trois plaques BBB'. Deux colonnes CC communiquent par des fais de cuivre ou de platine dd avec une même borne D. La troisième colonne C' communique seule avec une seconde borne D'. Les extrémités supérieures des colonnes de charbon doivent être taillées en forme de biseau. J’ai constaté que la forme pointue donnait de mauvais résultats, car les contacts deviennent beaucoup moins nombreux dans le second cas. On fixe également à la cire les colonnes sur le support en bois M.
- La théorie de ce microphone est fort simple. Le courant
- entre, par exemple, par la borne D', suit la colonne C', puis la plaque B'. De là, par le fil b, il passe dans les deux plaques BB pour retourner à la borne D en traversant les deux colonnes CC.
- Ce petit instrument peut devenir fort sensible à la voix et à tous les bruits, pourvu que l'on donne à la plaque À un poids convenable, ni trop lourd, ni trop léger. C’est ainsi que l’on entend distinctement la voix, avec son timbre, d’une personne parlant à voix ordinaire b l’extrémité de la chambre contenant le microphone. Les sons du piano sont particulièrement bien rendus. Il faut placer l’appareil sur une table, à une distance de deux ou trois mètres, pour qu’il soit à l’abri des trépidations du sol.
- Quant à la pile nécessaire pour actionner ce microphone, je me suis le plus souvent servi d’un petit élément Bunsen. On peut également faire usage de deux ou trois éléments Le-clanché. A ce propos, qu’on me permette de faire connaître une petite modification apportée aux éléments Leclanché. Je me sers d’une pile, formée par une plaque de zinc et une plaque de charbon, baignant toutes deux dans une
- solution saturée de bichromate de potasse et de chlorhydrate ou sulfate d’ammoniaque. Comme construction, rien de plus simple. C’est la pile au bichromate, moins ce mécanisme coûteux qui a pour but de soustraire le zinc à l’action de l’acide quand la pile est au repos. Cet élément ne s’use pas quand le courant est inter-rompu, comme dans la pile Leclanché. Un grand obstacle m’avait d’abord rendu l’usage de cette pile fort difficile. On sait en effet que les sels ammoniacaux montent le long des charbons, attaquent les fils de communication qui se brisent et interrompent ainsi les courants électriques. Mais, grâce à M. Préaubert, il est aujourd’hui facile de surmonter cette difficulté. Il suffit de tremper les charbons dans un bain de paraffine bouillante. On laisse le tout refroidir, puis on gratte le charbon avec un couteau, de manière à bien débarrasser la surface de paraffine. Cette matière a pénétré dans les pores du charbon, sans changer notablement sa conductibilité électrique. Les liquides ne peuvent plus s’élever par capillarité. On obtient, grâce à ce procédé, des piles qui se conservent indéfiniment intactes. Leclanché avait tourné la difficulté par des armatures de plomb ; le moyen trouvé par M. Préaubert est beaucoup plus simple. La force électromotrice de ce nouvel élément me semble être supérieure à celle d’un Leclanché de même dimension. Sa fabrication économique m’a décidé à le faire connaître. A. Bleunard.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Pans.
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- N» 546. — 17 NOVEMBRE 1885.'
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- Lk CUSCUTE
- Sous le nom de Cuscutes on connaît un nombre assez important d’espèces de plantes, qui ont la spécialité de vivre en parasites 'sur d’autres végétaux.
- Leurs mœurs sont, hélas ! trop connues de nos cultivateurs qui redoutent, à juste raison, ces commensales, de beaucoup de cultures qui sont généralement compromises parleur présence dans les champs de Luzerne, de Trèfle, de Lin, de Houblon, de Vicia, etc. Enfin le Serpolet, la grande Ortie et
- Nouvelle Cuscute exotique odoriférante (Cuscuta reflexa, de l’Inde) croissant sur une branche d’olivier des Canaries. (Dessiné d’après nature dans l’Orangerie dit Muséum d’histoire naturelle.)
- maintes autres plantes ne sont pas à l’abri de leurs étreintes.
- Toutes les plantes parasites, ou la plupart toutefois, ont un caractère commun qui les distinguent à première vue. Dans beaucoup de cas la matière verte de leur tissu manque ou est masquée par une teinte 41* année. — 2" umeilre.
- livide qui frappe l’observateur. Telles sont les'Oro-banches, Lathrœa, Monotropa, Cytinus et, parmi les étrangères à nos pays, les Balanophorées, etc. Néanmoins d’autres parasites comme le Gui ont des feuilles parfaitement vertes.
- Quoi qu’il en soit, le naturaliste est mis en éveil
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- LA NA T U UK.
- chaque fois qu’il trouve une plante dépourvue de chlorophylle et qu’en apparence les feuilles font dé-ïaut à cette plante, comme dans les Cuscutes qui nous occupent. En effet la majorité des parasites prenant leur nourriture aux dépens des végétaux sur lesquels elles sont implantées, n’ont pas besoin, en général, d’élaborer par leurs organes foliacés les matériaux que les autres puisent dans l’atmosphère; en un mot elles ne respirent pas activement comme ces derniers puisqu’elles trouvent leurs éléments de nutrition tout préparés dans la sève de leurs nourrices.
- Les Cuscutes sont donc essentiellement parasites, aussi la simplicité apparente de ces plantes leur donne-t-elle un faciès tout spécial. Les feuilles manquent totalement ou sont indiquées par de petites écailles imperceptimes, et leurs organes de végétation sont réduits à une tige et des rameaux filiformes, qui leur ont valu les noms de Cheveux de Vénus, Cheveux du diable, Teignasse, etc.
- Quand une graine de Cuscute germe, on ne distingue pas de cotylédons, qui cependant caractérisent d’ordinaire l’embranchement auquel ce genre appartient. Celui-ci d’ailleurs a cela de commun avec d’autres parasites : Rafflesia, Monolrapa et même avec des plantes à végétation normale comme les Orchidées. Or donc, la radicule se fixe en terre et la ti-gelle s’élève comme pour les autres plantes dicotylé-donées. Mais bientôt, car la jeune plantule ne pourrait vivre longtemps ainsi, cette tigelle mince comme un fil, cherche un appui sur les plantes voisines, et alors aux surfaces de contact, il se produit un ou plusieurs renflements, qui peu de temps après adhéreront fortement au support et prendront l’aspect et le rôle de ventouses. En ce point il se forme un prolongement du tissu de la Cuscute, sorte de petit cône, qui pénètre dans la tige de la plante nourricière et, dès lors par l’accroissement de la tige et des rameaux de la parasite, la plante hospitalière est enlacée de toute part, et si elle ne meurt pas des étreintes de son ennemie, son existence est notablement compromise. Un pied de Cuscute peut dans un laps de temps très court, quelques semaines seulement, faire une tache d’un à deux mètres de diamètre dans une Luzernière, un champ de Trèfle et si, sur un hectare, il germe cent graines de Cuscute, on se rend aisément compte de l'effet désastreux de ce fléau.
- La contagion est donc redoutable par le semis, mais elle n’est pas limitée à ce seul procédé de propagation. Un simple fragment de Cuscute jeté au hasard par le vent ou une main coupable, dans un champ voisin, peut infester à nouveau cette culture vierge jusqu’alors et compromettre ou anéantir la récolte. Aussi les cultivateurs intelligents donnent-ils soigneusement la chasse à l’intruse en faisant faucher, dès le début, les taches naissantes et en brûlant sur place des broussailles, afin de purger le sol sur lequel l’ennemie s’est installée.
- C’est une question importante que le triage des graines de Luzerne et de Trèfle dans les maisons sérieuses qui se livrent au commerce de graineterie,
- car l’élimination de la Cuscute, qui s’y trouve trop souvent associée, est un écueil qu’on évite difficilement ; la taille de ces graines étant à peu près la même dans les deux cas.
- Ces adversaires de nos cultures n’étaient guère préjudiciables à une époque relativement reculée, par la raison que leurs sources de développement manquaient. La Luzerne et le Trèfle sont d’introduction récente en France, au moins comme plantes fourragères. Olivier de Serres, vers 4630, ne signale leur culture que dans la région méditerranéenne et l’Espagne, et ce n’est qu’au milieu du xvme siècle qu’elle fut essayée en Picardie.
- D’autres exploitations sont souvent fort éprouvées par la Cuscute et, ce qu’il y a de particulier, ce sont presque toujours des espèces spéciales à telle ou telle plante, en sorte que souvent le naturaliste sait d’avance comment il doit déterminer la parasite dont on lui signale la présence.
- Ainsi la Cuscute du Lin, appelée le Bourreau du Lin ne vient que sur cette plante textile dont elle ruine souvent la récolte ; à cause de cela les botanistes la nomment C. epilinum. D’autres, comme le C. europœa attaquent de préférence le chanvre et la grande Ortie. Enfin, malheureusement, certaines sont indifférentes et s’en prennent à tout végétal qui veut bien les nourrir. De ce nombre est celle dont nous allons parler.
- On a tenté quelquefois de cultiver, à titre de curiosité, des Cuscutes exotiques. Un des chefs de service de la culture au Muséum, recevait, il y a deux ans, le Cuscuta reflexa de l’Inde. Il le plaça sur un pied de Géranium et fa réussite fut complète. Depuis, d’autres plantes furent prises comme sujets et sur presque toutes ce parasite se développa. Ce qui ajoute à l’intérêt de cette espèce, c’est que ses fleurs sont relativement grandes et quelles dégagent une odeur agréable d’Aubépine. M. llamelin pense qu’en raison de ces avantages, on pourrait en faire une plante d’ornement ou toutefois une plante recherchée des amateurs de nouveautés.
- Comme la plupart des Cuscutes, celle-ci est annuelle ; en sorte qu’aussitôt le cycle de végétation accompli, le pied meurt après avoir fleuri et fructifié. Mais ici les graines n’arrivent pas à maturité et cependant on peut reproduire l’espèce par un mode particulier de multiplication. Au moment de la végétation active il suffit de prendre un morceau de tige, puis, ajrrès avoir préalablement enlevé un lambeau d’écorce au rameau de la plante sur laquelle on veut l’implanter, on applique ce fragment de Cuscute sur le sujet, comme pour la greffe, on approche et on ligature le tout. En peu de temps le greffon bourgeonne et la plante nourricière est envahie en quelques mois.
- Le genre Cuscute renferme plus de quatre-vingts espèces réparties dans le monde entier, mais moins abondantes dans les régions froides. En France, on en connaît une demi-douzaine seulement, mais c’est encore trop pour les dommages quelles causent à
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- l’agriculture. Leurs usages sont à peu près nuis, cependant on leur a attribué anciennement des propriétés purgatives qu’on retrouve à un haut degré dans ies espèces de la famille des Convolvulacées, auprès desquelles les botanistes placent les Cuscutes. Du C. épilhymum on extrait une couleur rougeâtre susceptible de teindre les étoffes, mais cette application, limitée à certaines régions du nord de l’Europe, semble n’avoir qu’un intérêt historique. J. Poisson.
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- LES ACCUMULATEURS
- FAl’RE-SELLON-VOLCKMAR
- Depuis les expériences faites au Conservatoire des Arts et Métiers, au commencement de l’année 1882, par la Commission de l’Exposition Internationale de Paris, sur les accumulateurs de M. Camille Faure, on n’avait pas de résultats certains qui permettent déjuger des progrès réalisés dans la construction et la puissance d’emmagasinement de ces réservoirs d’énergie. Quelques appareils ont été récemment confiés à deux groupes d’ingénieurs qui ont fait un certain nombre d’expériences, — malheureusement trop courtes, — n’en ayant pas moins permis d’obtenir des résultats intéressants que nous allons résumer rapidement.
- Les perfectionnements apportés à l’accumulateur Faure et qui ont donné naissance, après bien des transformations, à l’appareil connu aujourd’hui sous le nom d’accumulateur Faure-Sellon-V olckmar consistent :
- 1° Dans la suppression du feutre dont la durée dans l’eau acidulée se trouvait forcément très limitée.
- 2° Dans l’emploi de plaques de plomb perforées en forme de grille renfermant les oxydes de plomb que le courant doit oxyder d’une part et réduire d’autre part pendant la formation, pour pouvoir charger ensuite l’accumulateur.
- Le plomb réduit et le plomb peroxydé présentent alors la forme de petites pastilles — rondes dans les premiers modèles, carrées dans les modèles actuels — entourées de quatre côtés par un réseau conducteur en plomb qui les met en communication plus directe avec leurs électrodes respectives que dans le type primitif de M. Faure, dans lequel les oxydes étaient simplement appliqués à la surface des plaques de plomb.
- Il existe trois types courants :
- 1° le type de laboratoire, pesant de 8 à 10 kilogrammes, renfermé dans des vases en verre, sur lequel nous n’msisterons pas, faute de résultats d’expérience ;
- 2° le type dit tramway, pesant environ 50 kilogrammes, destiné surtout aux installations mobiles ;
- 5° le type dit éclairage, pesant environ 60 kilogrammes et dont l’emploi est réservé aux installations fixes. i
- La figure I représente une vue, en élévation et en plan, de l’accumulateur type tramway. 11 se compose d’une boîte rectangulaire en bois goudronné renfermant les lames de plomb au nombre de 17; chacune de ces lames constitue un grillage plus ou moins serré terminé par une queue en plomb qui sert de prise au courant.
- Neuf lames sont reliées d’un côté de la boîte en quantité pour former le pôle négatif, et les huit autres relevées de l’autre côté pour former le pôle positif. La liaison se fait en pinçant les tiges entre deux lames de plomb en communication avec les bornes N et l\ L’écartement entre les lames est maintenu à l’aide de petits joncs disposés verticalement de distance en distance. Les tasseaux C ont pour butde laisser un espace au fond des boîtes, espace dans lequel les parcelles de plomb réduit ou oxydé détachées des électrodes peuvent tomber et s’accumuler, sans établir de contact direct et nuisible entre les lames.
- Le poids moyen d’un accumulateur type tramway se répartit ainsi :
- Kilogrammes
- Boîteen bois goudronné, couvercle, poi-
- gnées contacts, bornes.............. 6,0
- Eau acidulée au 1/10 en volume. . . 6,5
- Plaques de plomb et oxydes............16,8
- Les vides des plaques positives et négatives sont respectivement remplis de litharge et de minium en en faisant au préalable une pâte que l’on vient étaler sur les lames, et que l’on égalise ensuite de façon à garnir exactement toutes les alvéoles.
- Les plaques ainsi préparées sont montées dans les boîtes et soumises à une formation qui consiste à les faire traverser par un courant de puissance proportionnelle à la surfaçe des plaques et dont la durée est d’environ cent heures. Ce chiffre de cent heures n’a d’ailleurs rien d’absolu, car après cette formation, les accumulateurs gagnent encore en capacité à chaque nouvelle charge lorsqu’on les met en service, par suite de l’attaque graduelle des supports. C’est même cette attaque graduelle, qui limite si malheureusement la durée des accumulateurs, comme nous allons le voir iout à l’heure.
- Le type éclairage ne diffère du type tramway que par son poids et ses dimensions ; on a aussi un peu sacrifié à la légèreté pour obtenir plus de solidité et plus de durée des éléments.
- Arrivons maintenant à la puissance d’emmagasinement des accumulateurs. Les expériences de MM. Fichet, Hospitalier et Léon Jousselin ont porté sur le type tramway. Ces expériences ont mis en relief un fait important, conforme d’ailleurs à la théorie, c’est que le travail électrique total disponible qu’on peut retirer d’un poids donné d’accumulateurs, une tonne, par exemple, va en diminuant à mesure que l’on demande par unité de temps un travail plus considérable, c’est-à-dire à mesure qu’on augmente le débit.
- On retrouve ce même fait dans la mécanique a ni-
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- male, où l’on obtient d’un cheval une somme de travail disponible d’autant plus grande, qu’on le surmène moins.
- Ainsi, par exemple, avec l’accumulateur type tramway on obtient entre 11,5 et 15,6 chevaux-heure électrique par tonne de poids total b Un cheval-heure d’énergie électrique est donc emmagasiné sous un poids qui varie entre 60 et 85 kilogrammes.
- 11 va sans dire que lorsqu’on utilise cette énergie électrique disponible dans un moteur, on ne recueille en travail effectif, sur l’arbre du moteur, qu’une partie de cette énergie disponible. On peut dès à présent réaliser un bon moteur électrique transformant en travail mécanique 70 pour 100 de l’énergie électrique qui lui est fournie de borne à borne.
- Il en résulte que, dans l’état actuel, une tonne d’accumulateurs type tramway, complètement chargés, peut fournir de 8 à 11 chevaux-heure 2 de travail mécanique effectif sur un moteur approprié.
- Le chiffre de 11 chevaux-heure par tonne correspond à un travail ne dépassant pas 60 kilogrammètres par seconde ou 0,8 cheval-vapeur par tonne d’accumulateurs.
- Le chiffre de 8 chevaux-heure par tonne correspond à un travail de 203 kilogrammètres par seconde ou 2,7 chevaux-vapeur par tonne d’accumulateurs.
- Ces chiffres établissent donc nettement que la somme totale de travail que peut fournir un poids donné
- 1 Nous faisons intervenir ici le poids total de l’accumulateur, et non pas seulement le poids des plaques, parce qu’en réalité, surtout lorsqu’il s’agit de traction, le liquide et la boîte figurent dans le poids total à remorquer. Il est d’ailleurs absolument erroné de ne tenir compte que du poids des plaques en les considérant comme seules matières actives;1’eau acidulée joue un rôle non moins actif que les plaques, car elle change de composition aux différentes phases de la charge et de la décharge.
- * Un cheval-heure représente le travail d’un cheval-vapeur de 75 kilogrammètres pendant une heure ou 3600 secondes.
- 1 cheval-heure =75x3600 = 270 000 kilogrammètres.
- d’accumulateurs est directement liée au travail qu’on leur demande par unité de temps, et qu’en triplant le débit, on diminue d’environ un tiers la somme totale de travail disponible. Ces chiffres se rapportent, comme nous l’avons dit, à des conditions moyennes, et résultent d’expériences faites par MM. Fichet, Hospitalier et Léon Jousselin sur les appareils mis à leur disposition. En rapprochant ces chiffres des résultats obtenus au Conservatoire des Arts et Métiers sur les accumulateurs Faure, à lames
- en spirale recouvertes de minium maintenu par du feutre, on trouve que le progrès réalisé consiste surtout dans l’augmentation du débit pour un poids donné. Ainsi, par exemple, les appareils du Conservatoire dont le poids brut était de 43 kilogrammes environ. ne fournissaient que 16 ampères, tandis que le type tramway, ne pesant que 30 kilogrammes, en fournit facilement 25 et 30, et peut exceptionnellement, pour un coup de collier, donner jusqu’à 60 et 80 ampères pendant quelques minutes. Il était intéressant de se demander comment sont échelonnées les pertes dans les différentes transformations que subit l’énergie, depuis le moment où elle est fournie par le moteur initial (à vapeur, hydraulique, etc.), jusqu’au moment où elle est restituée de nouveau sous forme de travail mécanique. Voici, à ce sujet, les chiffres qui correspondent aux conditions moyennes : Travail mécanique fourni par le moteur aux machines électriques de charge. 100 Énergie électrique fournie par ces machines et disponible pour la charge
- 0,70x100......................... 70
- En chargeant les accumulateurs, on ne ,
- recueille que 0,90 environ de la quantité d’électricité fournie par les machines de charge, et, d’autre part, la pression ou force électromotrice moyenne de décharge n’est que les
- b
- Fig. I. — Accumulateur Faure-Sellon-Volckmar-Type tramway.
- Coupe longitudinale, vue latérale et plan.
- A. Récipient. — R, B. Poignées. — C, C. Tasseaux. — D. Huit électrodes positives, composées chacune d’une plaque de plomb fondue à jours, dont les cellules sont remplies de peroxyde de plomb. — D'. Neuf électrodes négatives, composées chacune d’une plaque de plomb fondue à jours, dont les cellules sont remplies de plomb réduit. — P. Borne positive, en communication avec les huit plaques positives. — N. Borne négative, en communication avec les neuf plaques négatives.
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- 0,70 de la pression ou force électro-motrice moyenne de charge, l’énergie électrique disponible n’est donc que les 0,9x0,7=0,65 de l’énergie de la charge fournie aux accumulateurs.
- 11 en résulte que l’énergie électrique disponible, représente les 0,63x70
- du travail moteur initial. 44,1
- Enfin, lorsqu’on transforme cette énergie électrique en travail mécanique, on n’en recueille que les 0,70. Ou 0,70x44,1............................... 30,9
- soit trente et un pour cent du travail mécanique initial fourni par le moteur.
- Il faut donc dépenser cent chevaux-heure sur le moteur qui actionne les machines de charge, pour que les accumulateurs fournissent trente et un chevaux-heure mécaniques disponibles pour la locomotion ou toute autre application.
- Suivant qu’on utilise directement l’énergie électrique disponible ou qu’on le transforme en travail, on obtient 44 pour 100 ou 31 pour 100 du travail initial disponible pour les usages industriels.
- Ces quelques chiffres montrent que l'accumulateur est un intermédiaire assez onéreux, faisant payer ses services, comme le font payer d’ailleurs tous les organes intermédiaires entre la production et la consommation. Si les sacrifices sur la force motrice initiale étaient les seuls à considérer, il serait possible de passer outre dans bien des cas, eu égard aux avantages que présente l’emploi d’un réservoir âenergie électrique disponible à volonté et par fractions variables, transportable et utilisable immédiatement par la simple manœuvre d’un commutateur. Il y a malheureusement un revers à la médaille, et aucune des expériences faites jusqu’ici ne permet d’en préciser l’importance.
- Quelle est la durée des accumulateurs Faure-Sellon-Yolckmar en service courant dans les différentes applications industrielles dont ils sont dès à présent susceptibles ?
- On se trouve ici en présence des affirmations les plus contradictoires, sans que rien ne permette de formuler encore une opinion quelconque. Il va sans dire que les accumulateurs d’éclairage à poste fixe, chargés et déchargés à des régimes réguliers et relativement modérés, pourront avoir une durée plus grande que les accumulateurs de tramway soumis à des charges rapides, à des décharges variables, à des trépidations nombreuses, etc.
- Il serait imprudent de risquer le moindre chiffre à cet égard, car la détérioration des accumulateurs est variable à l’infini comme sont variables les causes qui lui donnent naissance. Les appréciations les plus optimistes admettent, pour le type tramway,
- une durée qui ne doit pas dépasser quatre mois de service journalier, pour les plaques positives ou oxydées, alors que les plaques négatives ou réduites auraient une durée presque illimitée. Nous ne savons, en réalité, rien de net sur ce point très important, capital même, et le temps pendant lequel les accumulateurs Faure-Sel-lon-Volckmar ont été entre nos mains, ne nous a pas permis d’entreprendre des recherches sur cette question. Si nous sommes donc bien fixé aujourd’hui sur la capacité d’emmagasine-ment des accumulateurs, il n’en est pas de même en ce qui concerne leur durée.
- Parlons maintenant des applications.
- Au premier rang, figurent les applications des accumulateurs dans l’enseignement, au cours ou au laboratoire, non seulement pour les études auxquelles ils peuvent donner lieu, mais aussi pour les multiples opérations électriques auxquelles ils se prêtent très aisément.
- 11 suffit de monter quelques éléments Bunsen pour les charger et entretenir leur charge, en effectuant convenablement les couplages à l’aide d’un commutateur Planté.
- Dans les installations fixes, là où l’on demande à l’accumulateur de jouer le rôle de volant, de régulateur ou de réservoir, il peut aussi rendre des services : dans ses applications à l’éclairage, par exemple,
- Fig. 2. — Tricycle électrique à accumulateurs.
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- il donne à la lumière plus de constance et de fixité et rend pour ainsi dire impossible une extinction accidentelle, totale ou partielle, extinction qui, dans un théâtre, par exemple, deviendrait un véritable désastre.
- Les accumulateurs permettent aussi, comme cela a été fait pendant quelques mois au théâtre des Variétés, de produire un éclairage électrique d’une puissance bien supérieure à celle qu’on obtiendrait en utilisant directement le moteur dont on dispose; on obtient ce résultat par l’cmmagasinement, en dépensant en quatre ou cinq heures tout le travail produit en vingt heures par le moteur.
- Est-ce à dire que toutes ces applications et tous ces emplois, pratiquement possibles et déjà réalisés sur une petite échelle, soient dès à présent industriellement réalisables avec les accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar ?
- Nous ne le pensons pas, et c’est, à notre avis, aller au delà des résultats acquis que d’en escompter par avance les bénéfices.
- Les applications dans lesquelles les accumulateurs sont mobiles, présentent encore moins de chance de succès, sauf cependant quelques applications de luxe où la dépense n’est qu’une question accessoire.
- Il s’est fait, par exemple, l’hiver dernier, un grand nombre d’éclairages privés de réunions, bals et soirées à l’aide de lampes à incandescence alimentées par des accumulateurs amenés de l’usine sur des camions, jusqu’au point de consommation. Le prix d’un éclairage de luxe organisé de cette façon est tellement au-dessus de tous les prix payés pour tous les autres modes d’éclairage, qu’il ne doit pas être difficile de rendre l’affaire rémunératrice au même titre que les autres locations analogues, tentures, chaises, fleurs, etc.
- Le problème se restreint dès qu’il s’agit de fournir de la petite force à domicile d’une manière régulière et en quantité minime ; en camionnant des accumulateurs chargés et remportant chaque semaine, par exemple, les accumulateurs déchargés en tout ou en partie.
- Notre opinion sur ce point n’est pas ébranlée, et nous doutons fort que le service du camionnage des accumulateurs à domicile, prenne une extension suffisante pour couvrir les frais qu'il occasionnera.
- Reste la locomotion. 11 faut distinguer encore ici entre la locomotion de luxe, comme les tricycles et les petits bateaux de plaisance, et la locomotion économique, comme il faudrait la réaliser pour pouvoir substituer la traction électrique aux chevaux sur un réseau de tramways, ainsi qu’on l’a proposé à la suite des premières expériences faites sur les différentes lignes de Paris.
- Une application de luxe possible est celle de la traction des tricycles; la figure 2 représente un tricycle ordinaire modifié par MM. Ayrton et Ferry et qui a fonctionné il y a quelques mois dans les rues de Londres. C’est là plutôt un essai qu’une application pratique.
- II suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 2 pour en saisir le fonctionnement. L’énergie électrique est fournie par une série de dix accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar d’un type spécial qui mettent en mouvement un moteur électrique de MM. Ayrton et Ferry capable de développer jusqu’à trois dixièmes de cheval (22 kilogranmiètrcs par seconde), et ne pesant que 18 kilogrammes.
- Il commande directement une des grandes roues du tricycle. Le voyageur a sous la main un commutateur permettant de faire varier à volonté le nombre des accumulateurs en circuit sur la machine, suivant la nature du teirain et la vitesse à obtenir, le frein et le levier de direction. Un ampère-mètre et un voltmètre disposés de chaque côté lui indiquent à chaque instant l’énergie électrique dépensée (on sait que cette énergie est égale au produit des volts aux bornes, par les ampères dans le circuit). En fin deux petites lampes Swan servent à la fois de lanternes réglementaires et d’éclairage pour les appareils de mesure.
- Il est très probable que ce premier modèle sera modifié dans l’avenir et que nous verrons très prochainement circuler dans nos rues quelques véhicules électriques mieux appropriés à leur destination.
- Reste maintenant la question des tramways. Le système a été décrit ici même, et nous n’avons pas à revenir sur cette description. Le système marche, mais est-ce à dire que, dans l'état actuel de la question, il marche ou puisse marcher économiquement? Tout est là, et nous devons déclarer une fois encore que les renseignements certains qui permettent dé le dire, font jusqu’ici absolument défaut. Personne ne sait exactement combien durent ou peuvent durer les accumulateurs; tous les calculs qui font intervenir la durée des accumulateurs sur le prix de revient sont fondés sur des hypothèses plus ou moins justifiées, plus ou moins fantaisistes.
- Nous sommes donc d’autant plus portés à conserver notre scepticisme en présence des manifestations financières auxquelles les accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar servent en ce moment de prétexte, que Y Engineering du 3 novembre nous apporte une singulière nouvelle. La Société The Electrical Power Storage C° qui exploitait à Londres les accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar vient d’en suspendre la fabrication, excepté pour les contrats en cours d’exécution. Elle vient d'acquérir de non-veaux brevets, et ne sera en mesure de livrer les nouveaux appareils qu’en janvier 1884.
- Les accumulateurs Faure-Sellon-Volckar ne seraient donc pas le dernier mot actuel de la question. Le fait est curieux à enregistrer, au moment même où on cherche à vendre au public, sous forme d’actions, les bénéfices qu’ils doivent rapporter. Mais arrêtons-nous là, car les combinaisons financières échappent souvent au bon sens et au raisonnement scientifique, et leur critique sortirait à la fois de notre rôle et de notre compétence.
- E. IIOSI'ITAMEH.
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- CORRESPONDANCE
- SUR LA MULTIPLICATION DES NOMBRES ENTIERS
- Dans le numéro 544 du 3 novembre, il a été posé cette question :
- 1° Pourquoi faut-il multiplier le nombre 125456 79 par
- 9x1 9x2 9x3 ..... 9x9
- pour obtenir au produit rien que des 1, des 2, des 5 .
- des 9?
- 2° Pourquoi dans cette série de nombres consécutifs, le chiffre 8 est-il omis?
- Multiplier un nombre par 9 revient à le multiplier par 10 et à retrancher de ce produit le nombre donné.
- Ainsi la multiplication du nombre 125 4 5679 par 9 peut s’effectuer comme suit :
- 1 2 5 4 5 6 7 9 0 1 2 3 4 5 6 7 9 111111111
- En d’autres- termes, il suffit de répéter le même nombre en dessous du premier en reculant tous les chiffres d’un rang vers la droite.
- Il résulte de cette remarque que si l’on a choisi comme multiplicande une série de nombres consécutifs, chaque chiffre supérieur différera de l’unité du chiffre inférieur correspondant. Toutefois comme le dernier chiffre (à droite) se retranche de 0, on retient 1 et par suite pour trouver également l’unité comme différence dans l’avant dernier chiffre (à droite), il faut absolument que les deux derniers chiffres du multiplicande diffèrent de 2 unités.
- On sait donc déjà que le dernier chiffre (à droite) du multiplicande doit être le chiffre 9 et l'avant dernier le chiffre 7. De plus comme le premier chiffre du multiplicateur est également le premier, chiffre du produit, il faut en outre que le premier chiffre de la série soit l’unité, de sorte que Le nombre, qui multiplié par 9, ne donnera que le chiffre 1 au produit sera le nombre :
- 1 2 5 4 5 6 7 9
- Enfin il est évident maintenant que si le produit de ce nombre par 9 ne contient que le chiffre 1, le produit de ce même nombre par
- 9x2 9x5 9x4 ..... 9x9
- ne contiendra que le chiffre 2, 3, 4, ..... 9,
- c. q. f. d. N. de Tédesco.
- En publiant ci-dessus la première solution qui nous a été envoyée, nous voulons ajouter qu’un grand nombre de communications analogues nous ont été en outre adressées; nous remercions les correspondants dont nous avons reçu les solutions , ce sont : MM. Bremard, Lucien Neu, H. Ballv, Centner élève de l’Ecole centrale, H.-J. Pomier, un élève du lycée Henri IV, H. Perrot à Paris, Didiée, conducteur des ponts et chaussées à Avignon, un lecteur à Marseille, M..., lieutenant d’artillerie, E. Abadie-Dutemps à Toulouse, V. Ely, professeur au séminaire de Pont-Croix, un abonné à Nancy, Guilleinette à Bernay, Durhone 'a Pont-de-Vaux, A. Poulain à Angers, L.-A. Levât à Aix, Deschamps au Cercle de la Préfecture, M. Laffineur à Beauvais, Liseu à Charenton, Mangin à Rambervillers (Vosges), A. Y. à Genève, L. M. ancien élève de l’Ecole polytechnique à Alger, Drevet instituteur à Saint-Aigulin, E. Lundeberg, docteur ès sciences à Stockolm, un abonné à Perpignan, Janton à Moulins, un abonné à Lyon, Leboulleux, professeur de mathématiques à Genève.
- DURÉE DE VISIBILITÉ DES BOLIDES
- Lyon, le 5 novembre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je vois dans un des derniers numéros de La Nature une lettre de M. Amédée Guillemin que j’ai lue avec le plus vif intérêt et qui m’oblige, je crois, à vous donner quelques explications. C’est avec beaucoup de raison que le savant astronome trouve bien extraordinaire la durée de quatre ou cinq minutes que, grâce à une erreur typographique, je parais assigner à la visibilité du bolide du 29 septembre dernier. Ma lettre, en effet, ne portait point quatre ou cinq minutes, mais bien quatre ou cinq secondes. Peut être aussi a-t-on voulu faire concorder mon observation avec celle du Journal de Valence qui a été évidemment induit en erreur par son correspondant.
- Je remercie bien sincèrement M. Amédée Guillemin de m’avoir ainsi amené à corriger et à compléter mon observation.
- Veuillez agréer, etc. Ai.f. Chobaut,
- Étudiant en médecine, à Lyon
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Bêtes, éléments de zoologie théorique et appliquée, par Léon Gérardin, 1 vol. in-18. avec 356 figures dans le texte, Paris, G. Masson.
- Les Plantes, éléments de botanique théorique et appliquée, par Léon Gérardin, 1 vol. in-18, avec 356 figures dans le texte. Paris, G. Masson.
- Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par A. Wurtz, supplément; 7e fascicule. Paris, Hachette et Cie.
- LES FOURMIS AMÉRICAINES
- (Suite . — Voy. p. 309)
- LES FOURMIS MOISSONNEUSES.
- (Pogonomyrmex, Mayr.)
- Les fourmis de ce genre appartiennent à la tribu des Myrmicides. M. Mac Cook en a observé deux espèces, le P. occidentalis des États-Unis et le P. barbatus du Texas dont nous parlerons successivement.
- (P. Occidentalts, Cresson.)
- La fourmi occidentale se rencontre sur les plateaux de la partie sud des Etats-Unis, du Nouveau Mexique et de l’Utah, et jusqu’au Colorado.
- Tandis que la fourmi mellifère élève ses tertres sur les crêtes, la fourmi occidentale l’établit toujours sur un sol plat et le plus souvent dans la prairie. Ses constructions se présentent sous la forme de petits monticules ovales, d’un mètre environ de longueur, de 50 centimètres de largeur et de 20 à 50 centimètres de hauteur. Les matériaux qui servent à les élever sont tirés de la profondeur du sol, et leur surface est recouverte d’une couche de petits cailloux ayant de un à deux pouces d’épaisseur. L’entrée du tertre est placée latéralement, en général tournée au sud, et s’ouvre au tiers de la hauteur
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- du monticule. Le terrain dans le voisinage des tertres est toujours parfaitement nettojé d’herbe et soigneusement lissé dans un rayon d’un mètre de diamètre; chaque fourmilière se trouve ainsi entourée d’une ceinture nue qui lui sert de zone de protection, qui empêche la végétation et particulièrement les racines des plantes d’envahir les canaux souterrains de la demeure, et qui sert aussi à faciliter la circulation aux alentours des tertres. On ignore du reste si cette zone nue est simplement le résultat du travail de minage du sol exécuté par les fourmis, ou si ces insectes coupent les herbes et les détruisent systématiquement, dans le but de faciliter les abords de leurs demeures; c’est bien là ce qui paraît le plus probable, car la végétation se trouve souvent détruite jusqu’à une grande distance des tertres : M. Russell Hill a observé dans le Kansas
- Fig. 1 — Construction en maçonnei’ie des fourmis moissonneuses américaines. (Très grossi.)
- avec beaucoup de soin; les petits cailloux dont ils se composent sont juxtaposés et arrangés de manière à former un véritable pavé. Les fourmis tirent ces matériaux de la profondeur, en creusant leurs galeries. Elles déploient dans le transport de ces graviers une énergie extraordinaire : on les voit arriver chargées de pierres qui équivalent au décuple de leur propre poids, et elles les arrangent ensuite avec un art extraordinaire, les juxtaposant et les engré-nant les unes dans les autres avec autant d’habileté que les maçons mettent à ajuster des moellons. Ces matériaux varient suivant la nature du sol : ici ce sont des débris de grès, là des fragments de pierre calcaire (fig. 1) ou même des parcelles d’anthracite lorsqu’il s’en rencontre dans le ter rain. Dans le Nebraska, l’auteur a vu des toits composés de fragments d’ossements fossiles. La surface des tertres étale souvent à la vue toute une collection minéralogique ; on y peut faire
- une fourmilière dont le cercle extérieur de la ceinture nue avait un diamètre de 14 pieds, et le Dr Lei ly en cite une de 18 pieds.
- La congénère de la fourmi occidentale, le P. bar-batus du Texas a également l’habitude d’entourer ses tertres d’une ceinture dénudée de végétation, et même d’établir à partir de ce rond-point des routes rayonnantes qui pénètrent dans la prairie. Le P. occidentalis se borne à détruire la végétation .autour de sa maison; bien qu’allant fourrager au loin, il n’établit pas de routes. Cela tient suivant l’auteur, à ce que les prairies des États-Unis sont couvertes de l’herbe dite gramma grass, qui pousse par touffes, laissant entre ces touffes des intervalles ouverts à la circulation, d’où résulte que les routes sont moins nécessaires.
- Le revêtement de la suriace des tertres est établi
- Fig. 2. — Fourmis moissonneuses fermaitl le soir l’entrée d’une galerie. (Très grossi.)
- d’utiles trouvaillesi, et elle fournit des indications précises sur la nature géologique du sol. Enfin, dans les régions où le terrain est dénué de graviers, les monticules sont tout entiers composés de terre et manquent de revêtement extérieur, les matériaux pour les établir faisant défaut. Les fourmis savent donc varier leurs procédés en se. pliant aux circonstances, mais toutes les fois qu’elles peuvent le faire, elles établissent un toit en pavé, et ce toit n’est point le simple résultat accidentel du rejet des matériaux les plus grossiers à la surface du tertre, mais bien une véritable construction faite avec intention et où chaque élément se trouve ajusté et intercalé de façon à concourir à la formation d’une mosaïque.
- 1 J’ai observé au Mexique que sur les tertres du P. bar-batus, on trouve souvent des grains de quarz cristallisés en rhomboèdres, provenant de la décomposition des trachytes quartzilères.
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- L’auteur induit de cette observation que la forme conique des tertres doit être semblablement le résultat d’une intention des fourmis, lesquelles chercheraient à réaliser la forme la plus favorable pour l’écoulement des eaux de pluie, mais nous supposons que la loi de gravité entre pour beaucoup dans cette forme, et qu’elle a pu se développer tout naturellement sous l’influence du fait que les amas de terre prennent volontiers la pente de la terre coulante.
- Les fourmis occidentales sont des insectes diurnes, à l’inverse de tant d’autres espèces, et c’est exclusivement pendant la journée qu’on les trouve à l’œuvre. L’entrée simple ou double du monticule reste ouverte même au gros du jour ; les fourmis ne la débarrassent que fort tard dans la matinée, soit entre huit et neuf heures, mais il est probable qu’elles vaquent aux soins intérieurs de la maison longtemps avant d’ouvrir la porte. Celle-ci se referme déjà à l’approche de la soirée, aussitôt que tous les membres de la colonie ont regagné le logis, il est facile alors d’observer avec quel soin les insectes en dissimulent la position. Les quelques ouvrières qui sont chargées d’en occlure l’orifice travaillent à l’intérieur en repoussant des matériaux vers l'issue du corridor. Elles élèvent d’abord une véritable barricade au moyen de tronçons de graminées qu’elles placent en travers pour servir d’étai à la maçonnerie ; à l’extérieur de cette fermeture, elles établissent un pavé en mosaïque exactement clos (fig. 2) ; enfin l’ouverture resserrée à outrance ne donne plus qu’avec peine entrée aux quelques fourmis vagabondes qui se sont attardées dans la campagne Une fourmi travaillant à l’intérieur et une autre à l’extérieur achèvent de tout fermer ; la dernière se glisse au travers des matériaux en attirant à elle la pierre qui servira de bouchon.
- Fourmis moissonneuses rapportant les plantes recueillies à maturité
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- Le nid est alors entièrement clos et son entrée se trouve dissimulée sous une maçonnerie qui ne diffère en rien du pavé qui tapisse toute la surface du monticule. Les fourmis retardataires qui ont eu le malheur de s’égarer en route, trouvent la porte fermée, et à moins de passer la nuit à la belle étoile, elles sont obligées d’en rouvrir l’orifice en enlevant un caillou qu’elles auront soin de replacer exactement.
- L’entrée de la fourmilière se ferme aussi pendant la journée lorsqu’il survient un orage, et cela sans doute dans la crainte du danger que pourraient causer les inondations; la fermeture est alors renforcée au moyen d’un pisé formé de terre agglutinée.
- L’intérieur de la fourmilière est un labyrinthe composé d’une multitude de canaux tortueux d’un demi-pouce de largeur, qui s’élargissent irrégulièrement pour former des chambres plus ou moins spacieuses, ayant au plus un pouce de hauteur. On n’en trouve guère dans le tertre; celui-ci est en général plein et doit être considéré comme un simple remblai, résultat de l’accumulation de la terre extraite des galeries. La demeure proprement dite commence au-dessous du tertre et se trouve tout entière sculptée dans le sol vierge. On rencontre les chambres à des hauteurs variables et jusqu’à 8 pieds de profondeur, séparées qu’elles sont par des épaisseurs de terre considérables. C’est ce qu’il est facile d’observer en pratiquant dans le terrain des coupes verticales.
- Une grande activité règne sans cesse dans ces appartements souterrains. Toutes les fois qu’on les ouvre, on y trouve une armée de fourmis circulant en tous sens ; dans le nombre il s’en rencontre qui transportent des débris de feuilles ou des brins d’herbe, dont l’usage est peut-être seulement d’un ordre architectural : les tronçons de tiges de graminées tiennent lieu de poutres pour réparer les brèches, d’autres débris végétaux servent peut-être à la fabrication du mortier.
- Les chambres n’ont pas toutes la même destination. Les unes servent de salles pour l’éducation des larves; d’autres, en plus grand nombre, tiennent lieu de greniers. On y trouve en effet, amassées en quantités considérables de petites graines jaunes et noi% res, qui ne sont autres que les provisions de bouche destinées à assurer la subsistance de la communauté. Les Pogonomyrmex sont, en effet des fourmis granivores. Elles dévorent les amandes des graines après les avoir séparées de leurs coques; les débris de ces coques se rencontrent en grande quantité dans les chambres intérieures et l’on voit souvent des ouvrières occupées à en débarrasser le nid en les transportant au dehors vers certains dépôts, où viennent s’entasser les résidus de cuisine de la fourmilière. Les mœurs de ces fourmis offrent donc la plus grande analogie avec celles de Y Alphaenogaster barbara L., du midi de l’Europe, si bien observées par Lespès et surtout par Moggridge.
- Il n’est pas sans quelque intérêt de faire remar-
- quer à ce propos que La Fontaine, en rimant sa fable de la Cigale et de fa Fourmi, a fait de la prose sans le savoir, lorsque, suivant en cela l’opinion vulgaire, il prêtait à la fourmi un régime végétarien et des habitudes de prévoyance qui ne sont point le fait de nos fourmis des climats froids. Cette supposition qui, appliquée aux fourmis en général, n’était qu’une erreur, s’était sans doute répandue dans le monde littéraire par la lecture des anciens, tels que Salomon et Virgile, lesquels, écrivant dans le Midi, avaient évidemment en vue les Alphaenogaster fourrageurs, et surtout Elien qui décrit les moissons de ces fourmis l.
- M. Mac Cook ne nous dit pas si le plancher des chambres servant de greniers est soigneusement semé de sable sec ou garni de petits cailloux afin de tenir les graines à l’abri de l’humidité, comme on l'observe dans les chambres des demeures de l’espèce européenne, ni quelles précautions les fourmis prennent pour empêcher les graines de germer. Les Aphaenogaster ont l’habitude de les transporter de temps en temps en dehors de la fourmilière pour les faire sécher au soleil et, à force de soins, elles en assurent la conservation jusqu’au retour île la belle saison. Quant à la manière dont les fourmis usent de ces provisions, elles semblent particulièrement aimer à manger les graines au moment de la germination, moment où la matière amylacée que celles-ci renferment se convertit en sucre.
- C’est un fait digne de remarque que dans les fourmilières des Pogonomyrmex américains, certaines chambres se trouvent remplies, non de graines, mais de petits cailloux, tout analogues à ceux qui forment le revêtement extérieur des tertres. M. Mac Cook suppose probablement avec raison, que ce sont là des dépôts de pavés formés pendant le travail d’avancement des galeries, et que ces pavés, dont les fourmis n’ont pas besoin au moment même, sont ainsi mis en réserve pour servir aux réparations du toit s’il venait à être détérioré par quelque accident, tel qu’un orage ou une inondation, de même que dans les fermes on met en réserve des tuiles afin d’être en mesure de réparer les toits pour le cas où il viendrait à s’y produire des gouttières.
- La récolte du grain et le remplissage des greniers est naturellement l’une des principales occupations des fourmis, celle qui les absorbe surtout pendant la saison que pour elles on peut appeler celle de la moisson. A cette époque de l’année on rencontre de nombreuses escouades d’ouvrières circulant entre les herbes de la prairie,, à la recherche des plantes arrivées à maturité. Lorsque les fourrageurs ont
- 1 Les fourmis moissonneuses sont répandues dans tout le midi de l’Europe et en Orient. Elles s’étendent toutefois jusqu’au nord des Alpes. M. Aug. Fore! a rencontré dans la Suisse méridionale le Lasius bruneus qui collecte les graines de la violette, et sur le Salèvc près Genève, Y Aphaenogaster struc-tor ; mais il ne paraît pas que ce dernier récolte des graines dans cet endroit.
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- découvert un champ d’exploitation rémunérateur, on les voit grimper aux tiyp de certaines plantes appartenant à la famille des Composées et s'attaquer aux Heurs déjà flétries. Elles en arrachent les pétales, à la base desquelles les graines restent adhérentes, puis au moyen de leurs pattes et de leurs mandibules elles en séparent la graine et repartent aussitôt pour l’emporter à la fourmilière (fig. 5). Quoique chargées de butin, elles cheminent avec une rapidité extraordinaire, parcourant environ 50 pieds en deux minutes (ce qui ferait pour une heure 21 000 fois la longueur de l’individu)1.
- L’étude des graines emmagasinées a montré qu’elles provenaient des trois plantes suivantes : Helianthus lenticularù (tournesol sauvage), Ama-ranthus al bus et Chenopodium hybridum. Or ces deux derniers végétaux passent pour être d’introduction récente dans le Colorado où M. Mac Cook a fait ses observations. Donc, pour que la fourmi occidentale se soit mise à en récolter régulièrement la graine, il faut que ses goûts aient changé depuis peu. M. Meehan fait remarquer à ce sujet que la grande ressemblance des graines de ces deux plantes a probablement conduit les fourmis à adopter l’autre après s’être accommodées de l’une. M. Mac Cook a encore vu ses fonrmis récolter la graine de l’herbe des prairies (gramma grass), mais il n’a jamais rencontré cette graine-là dans les magasins. On peut du reste supposer que les fourmis attaqueront à peu près toutes les graines qui renferment beaucoup de matière amylacée et qui se rencontrent en abondance, à en juger du moins par nos moissonneuses européennes qui récoltent même celles des plantes cultivées des jardins et qui dévorent sur place les graines trop grosses pour être transportées. Nous supposons que M. Mac Cook n’a observé ses fourmis que dans une saison donnée ou dans une même région, et qu’à un autre moment de l’année il les aurait vu faire leur cueillette sur d’autres plantes ainsi que sur celles qui paraissent seules leur servir d’objectif. H. de S.
- — A suivre.—
- L’ART NAVAL DANS L’ANTIQUITÉ
- (( LE CORBEAU 2 ))
- Dans le Ier livre de son histoire, Polybe donne une description de l’engin de guerre qui valut la victoire aux Romains dans leur première bataille contre les Carthaginois. Les traduclions que nous possédons aident peu à l’intelligence de ce passage ; les commentateurs le trouvent fort obscur; il me semble
- 1 Un homme cheminant de ce train ferait 53 kilom. à l’heure.
- 2 D’après le texte grec le corbeau était long de 6 orgyes. Suivant quelques archéologues, l’orgye était la distance d’une main à l'autre, les bras étant étendus : à peu près l’ancienne brasse française de 5 pieds. Suivant d’autres, les plus accrédités, l’orgye était égale à 6 pieds olympiques, soit àlm,85. Si on prend ce chiffre pour base, le corbeau a 11 mètres au lieu de 9; son poids déjà considérable augmente de 50 “/„.
- que cette obscurité ne tient qu’à l’ignorance où ils sont de l’architecture et de la manœuvre des galères, et que l’auteur grec sera aisément compris par ceux qui ayant lu l’article du journal La Nature relatif à la trière athénienne1, auront une idée nette de l’accastillage des navires anciens, pour parler plus exactement, de ceux de ces navires auxquels la description de l’historien est applicable.
- Dans la traduction qui suit, j’ai cherché à être clair plutôt qu’à rester littéral : quant au sens, je ne le crois pas discutable. Nous sommes au temps de la bataille de Myles; les Romains s’apprêtent à combattre les Carthaginois.
- Polybe, liv. I, 22.... « leurs navires étant lourds et mal construits, quelqu’un leur suggéra l’idée de les munir d’un appareil propre à compenser, dans le combat, cette infériorité. Cet appareil fut ensuite I appelé Corbeau ; il était construit et installé de la manière suivante : sur l’avant de la galère était établie en saillie une pièce de bois ronde longue de 6 mètres, du diamètre de 0m,25; à l’extrémité extérieure il y avait une poulie ; sur la pièce était appliquée et clouée une échelle formée de planches en travers; cette échelle était large de lm,20 et longue de 9 mètres. Le pont supérieur (catastroma) était percé d’une ouverture rectangulaire allongée, et, à partir de l’extrémité d’en dedans de la pièce ronde, cette ouverture correspondait aux trois premiers mètres de l’échelle. Il y avait de chaque côté de l’échelle et dans toute sa longueur un parapet de la hauteur du genou. La pièce centrale à son extrémité était traversée par une tige de fer pointue par en bas et terminée en haut par un anneau. Le tout présentait à peu près l’aspect des ustensiles qui servent à faire le pain.
- « Sur l’anneau dont il a été question, était attaché un cordage au moyen duquel et des poulies frappées sur les corbeaux ils les élevaient au moment de l’abordage et les laissaient retomber sur le catastroma du navire ennemi, tantôt en l’accostant par la proue, tantôt lorsque les galères évoluaient en sens contraire, et s’accostaient de long en long*.
- « Lorsque les corbeaux, s’enfonçant dans les bordages des catastroma avaient lié ensemble les vaisseaux, ils sautaient sur ceux de l’ennemi de tous les points si l’accostage s’était produit par le flanc; si la proue seule était en contact, ils faisaient l’attaque sur deux files par le corbeau. Ceux qui étaient en tête de la colonne en protégeaient le front au moyen de leurs boucliers longs (thoreôn) ; ceux qui les suivaient, couvraient les flancs en appuyant sur les parapets le bord de leurs boucliers ronds (oplôn); tous ainsi formés et protégés, attendaient le moment favorable pour s’élancer contre l’ennemi. »
- Grâces aux figures ci-jointes et à quelques explica-
- 1 Voy. n° 503, du 20 janvier 1883, p. 119.
- 2 Lorsque deux navires gouvernent l’un sur l’autre, sous un angle ouvert, et qu’ils veulent éviter le choc direct, ils mettent la barre du bord opposé et arrivent à être parallèles (antiperiagontès).
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- LA NATURE.
- tions complémentaires, la description du Corbeau va devenir parfaitement claire.
- Le catastroma, comme nous l’avons déjà dit en parlant de la trière athénienne, était un pont léger qui s’étendait d’un bout à l’autre du navire tt couvrait, dans la partie centrale les bancs des rameurs, aux extrémités les logements et le lieu de divers services. A la proue, sous le catastroma, il y avait donc un espace vide dans lequel pouvait se mouvoir la queue du corbeau. Le catastroma était constitué comme tous les ponts de navire: une bauquière emmanchée avec les allonges des couples en dessinait le contour extérieur ; cette bauquière recevait des lattes transversales ; sur les lattes étaient cloués les bordages du plancher qui servait aux épibates de plate-forme de combat. C’est sur un bout de cette bauquière renforcée et épon- 1 |
- tillée que tournait le corbeau ; sa partie intérieure ousaqueue pénétrait dans l’ouverture rectangulaire du catastroma. L’avant du navire ayant la forme d’une mitre, la tangente à la bauquière au point de la proue où était monté le corbeau, n’était pas parallèle à la quille, circonstance favorable dans le cas des abordages obliques, fîg. n° 1.
- Polybe n’est pas entré dans les détails de la manœuvre; peut-être ne les a-t-il pas connus, il est clair que sur la queue du corbeau il y avait des retenues pour l’empêcher de se renverser, sur sa partie extérieure, des étais pour résister aux forces transversales ; ce sont là des accessoires que les marins emploient suivant les circonstances et les besoins.
- Si on complète la liste des échantillons et mesures données par l'historien par des chiffres rationnels on arrive aux résultats suivants1 :
- Le poids total du corbeau est de 800 kilogrammes ; la traction à exercer sur la corde qui passe dans la
- 1 Les planches transversales ont 0“,06 d’épaisseur sur 0m,12 de largeur avec 0m,0.j d’intervalle; les planches d’en bas du parapet, qui servent de limons à l’échelle, ont 0m,23 sur O® ,08; les planches d’en haut ont 0m,26 sur 0m,03. La hauteur du parapet est de üm,50. La pièce centrale est en chêne, le reste en bois léger.
- poulie est d’environ 300 kilogrammes, de telle sorte qu’avec l’aide des hommes qui montent sur la queue ou la halent d’en-bas, la manœuvre du relèvement est pratique.
- La dernière phrase de la description pourrait faire naître un doute. On est porté tout d’abord à penser que l’irruption sur le catastroma de l’ennemi devait suivre immédiatement la chute du corbeau; mais il faut ne pas oublier que cette irruption ne pouvait être couronnée de succès qu’autant que les épibates étaient réunis en nombre suffisant, tandis que le corbeau une fois fixé, il fallait en défendre la tête sous peine de voir l’ennemi l’occuper et le détruire.
- En résumé, la machine décrite par Polybe est un pont-levis à parapet et à contrepoids. L’auteur grec
- l’a comparée aux ustensiles qui servent à la boulangerie , et cette comparaison a dérouté plus d’un commentateur, elle est au fond plus naïve qu’inexacte. Il est possible que chez les anciens on ail, employé des pétrins longs ouverts aux deux bouts; il est très probable que, suivant un usage qu’on observe encore en certains pays, on se soit servi de planches à rebords pour transporter les pains crus au four et les pains cuits à domicile. C’est là d’ailleurs un point de peu d’importance ; ce qui est intéressant à constater, c’est la précision et la concordance des détails donnés par Polybe; la tradition ne les lui aurait pas livrés sous cette forme, et nous devons admettre qu’il a vu le Corbeau dont il a écrit les dimensions sur quelqu’une des grandes galères du type grec qui, au deuxième siècle av. J.-C. existaient dans le port d’Alexandrie. 11 a attribué cette machine de guerre aux quinquérèmet de Duilius ; nous aurons bientôt l’occasion de montrer qu’un appareil aussi lourd, aussi encombrant, n’avait pas pu trouver place sur des navires faits à la hâte et qui, chez les Romains, n’étaient qu’un début dans l’art des constructions navales.
- Contre-amiral P. Serre.
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- L’art naval dans l’antiquité : « Le Corbeau ». — 1. Figure explicative. 2, 3 et 4. Projection, coupe et plan du Corbeau.
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- LA NATURE.
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- Fig. 1.
- LES CYCLONES AUX ÉTATS-UNIS
- Nous avons souvent mentionné les désastres causés par les cyclones, de l’autre côté de l’Atlantique ; ces terribles météores se sont encore, dans ces derniers mois signalés à l’attention des météorologistes. M. d’Abbadie a communiqué à la Société Météorologique les curieux renseignements qu’il a reçus sur les cyclones du mois de mai 1883, et nous reproduisons l’intéressante note du savant explorateur :
- « Le nombre et la violence des cyclones, qui partis du Missouri, ont traversé les États d’Illinois et de Viscon-sin, le vendredi 18 et le samedi 19 mai, sont bien au delà de ce qu’on avait observé jusqu’alors dans le pays. On porte le nombre des morts à cinquante-quatre et celui des blessés à deux cents. Dans l’État de Missouri, cinq personnes ont péri. Les détails suivants sont les plus circonstanciés qu’on possède ; ils nous sont parvenus de Racine, dans le Yisconsin. Le jour se leva brillant; mais un vent froid et assez vif soufflait du S. E. Vers quatre heures de l'après-midi, un violent orage électrique passa dans le voisinage, accompagné d’une faible pluie, et les observateurs remarquèrent deux énormes nuages d’un noir d’encre qui traversaient le ciel dans des directions opposées : l’un venant du N. E., l’autre du S. W. Les
- deux nuages se rencontrèrent avec un bruit qui a été comparé à celui de plusieurs trains de chemin fer passant à la fois sur un pont. Ce bruit terrible, qui porta la terreur au loin, se prolongea pendant deux minutes environ et se termina par un coup de tonnerre semblable à la décharge d’un coup de canon de gros calibre. Les nuages restèrent un moment stationnaires, puis se mirent à tourner en
- Route suivie par le cyclone du 27-28 août 1883, observé à boni du Rigault de Genouilly,
- OmtCTrduVtHT <E»t-Nord-Etl> (E.N.E)
- Fig. 2.
- se dirigeant vers le nord, formant un tourbillon d’un quart de mille de diamètre. Ils touchaient de temps en temps la terre, pendant qu’ils poursuivaient leur course folle. La vitesse du cyclone augmentait à mesure qu’il approchait de la ville de Racine ; U ressemblait alors à un énorme tuyau de 500 pieds de haut, au sommet duquel les éclairs jaillissaient,
- de telle sorte que l’idée d’une cheminée gigantesque de haut-fourneau surgissait à l’esprit. L’orage enlevait tout ce qui se trouvait sur son passage dans la ville ; la cheminée de briques d’une usine fut transportée à une distance de trois quarts de mille; un chêne dé 2 pieds de diamètre projeté à travers une maison ; plusieurs bâtiments furent mis sens dessus dessous, tandis que d'autres tournèrent sur eux-mêmes. Une maison, probablement prise dans le centre du tourbillon, fut enlevée à 20 pieds au-dessus et flotta ainsi jusqu’au moment où la pression écrasa le bâtiment. Les cinq habitants de cette maison ont disparu sans laisser aucune trace; on croit
- qu’ils ont été emportés dans le lac Michi gan. Une maison perdit son toit ; ses charpentes et pans de bois sont restés ; mais toute la maçonnerie de brique a été arrachée comme la peau d’une orange. On sait déjà que vingt-huit personnes ont péri à Racine, et quelques-uns des cadavres n’offrent plus que des masses informes. On évalue diversement le nombre des blessés pour cette seule ville; mais le chiffre inférieur est de trente. La nature des blessures est très curieuse : quelques-uns des blessés ont les yeux crevés, d autres ont simplement les doigts brisés. » l.
- Nous avons reçu d autre part des documents intéressants sur un cyclone qui a traversé l’Atlantique
- 1 D’après le Galignani’s Messenger.
- Estpassant&u Sud-OuMt et àl'Ouest
- Diagrammes des pressions barométriques et de la force du vent.
- Le diagramme inférieur donne aussi l’état de fa mer.
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- LA NATURE.
- vers la fin d'aoùt 1883 et qui avant d’aborder les côtes des États-Unis, a failli perdre un navire de notre marine militaire, Le Rigault de Genouilhj.
- Le 27 août à la hauteur des Bermudes Le Rigault de Genouilly a été assailli par un coup de vent terrible qui n’a pas tardé à prendre l’intensité de l’ouragan dans toute sa violence. Le bâtiment a lutté à la vapeur avec plein succès et a suivi, jusqu’à New-Port, la route tracée sur la carte ci-jointe où se trouve indiqué le point de rencontre du cyclone (fig. 1). Le navire a subi d’assez graves avaries ; il a perdu ses baleinières ; les focs, les étuis de chauffe, le manche à air du gaillard-avant ont été emportés par la tourmente, par le vent ou les paquets de mer. Le 28 août à deux heures du matin, le cyclone se manifestait dans toute son intensité, et le baromètre est descendu à 718mm,5, comme le montre le diagramme ci-contre reproduit d’après le journal du bord (fig. 2). La courbe supérieure donne les pressions barométriques, la courbe inférieure reproduit la force du vent, indiquée de 0 à 10, le chiffre 9 représentant la tempête, et le chiffre 10 l’ouragan (bouleversement de l’atmosphère, avec canonnade de vent à rafales stridentes, rarement observé en mer). L’état de la mer correspondant, est indiqué au-dessous de ce diagramme. Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Météorite de Saint-Caprais-de-Quinsac (Gironde).— M.Daubrée, le savant directeur de l’École des Mines, a récemment présenté à l’Académie des Sciences, une note très intéressante envoyée par MM. G. Lespiault et F. Forquignon, sur la chute d’une.météorite dans le département de la Gironde. Nous en reproduisons la teneur : « Le dimanche 28 janvier 1883, à 2h45m de l’après-midi, la population tout entière de Saint-Caprais-de-Quinsac (Gironde) fut mise en émoi par une série de cinq violentes détonations, comparables à des coups de canon et suivies d’un bruit pareil à une fusillade. Les personnes qui se trouvaient hors des maisons aperçurent alors, au point d’où semblait partir le bruit, un nuage noir, pareil à la fumée produite par une explosion, et très distinct des nuages ordinaires qui parcouraient le ciel. Deux cultivateurs, M. Jean Perrotin et son fils, virent en même temps un objet enflammé tomber rapidement dans la direction du sud-est, si près d’eux qu’ils purent noter le point précis où cet objet avait touché terre. On ne songea pas, le jour même, à rechercher l’aérolithe. Mais, le lendemain, un propriétaire de Cambes, M. Elliot, mit en réquisition les témoins du phénomène et, à l’endroit même qu’ils avaient indiqué, on déterra une pierre très dense pesant 282er,5 et enfoncée dans la terre à 0m,10 de profondeur. Les dimensions du trou, • à la surface, étaient O”,06 sur 0m,04. Cette pierre, remise à M. Labouchède, parent de M. Elliot, ne présente aucune cassure et a beaucoup des apparences d’un caillou ordinaire. Toutefois, indépendamment de sa grande densité, elle possède, sur un de ses côtés, de fines craquelures très caractéristiques, et sur l’autre, une teinte noire aussi marquée que si elle était entièrement tachée d’encre. Le nombre des détonations entendues à Saint-Caprais et aussi dans les communes
- voisines pourrait faire supposer qu’il y a d’autres fragments ; mais ceux-ci, s’ils existent, n’ont pas été recueillis M. Forquignon a examiné cette pierre et en a déterminé la densité, en mesurant très exactement le volume de mercure qu’elle déplace. Le chiffre 3,3, ainsi trouvé, est notablement supérieur à la densité des roches et des minéraux les plus répandus. La pierre, sciée longitudinalement, montre dans toute sa masse de nombreuses particules de fer nalif, de forme et de dimensions variables, mais très uniformément distribuées. Les deux plus grosses de ces particules (0m,002 de diamètre environ) sont incluses dans un petit rognon allongé, qui présente l’éclat métallique et la couleur bronzée de la pyrrhotine. La croûte extérieure, noirâtre, paraît devoir sa coloration à de l’oxyde de fer : son épaisseur, fort régulière, est d’environ (P,001. Les mouches de fer natif pénètrent cette croûte, en beaucoup d’endroits, presque jusqu’à la périphérie. Quant à la partie pierreuse, qui a pu être étudiée au microscope polarisant, grâce à une coupe en lame mince, elle paraît constituée, en majeure partie, par de l’augite et de i’olivine grisâtres. L’examen minéralogique vient donc absolument confirmer les caractères d’authenticité énumérés plus haut et permet de ranger le bolide de Saint-Caprais dans la classe des météorites sporadosidères. »
- Démolition d’une pile de pont à Knmpen (Hollande) par la dynamite. — A la suite d’inondations, l’une des piles du magnifique pont de Kampen (ville de la province de l’Over-Yssel) s’étant affaissée, je fus chargé, en août dernier, d’en opérer la démolition par la dynamite : ce travail présentait des difficultés particulières, par suite du voisinage des maisons qui bordent cette rivière : il fallait donc opérer avec la plus grande prudence. Cette pile, qui avait 14 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur, descendait à une profondeur de 8 mètres en dessous du niveau moyen de la rivière; elle était construite complètement en béton : la partie supérieure seulement était composée de briques et de pierres de taille sur les angles. La terreur qui s’attache au mot de dynamite, était telle dans le pays, que la population tout entière, en voyant arriver un bateau chargé de 500 kilogrammes de dynamite, s’effraya outre mesure et il fallut toute la persistance intelligente du bourgmestre pour me permettre d’effectuer ce travail; le dépôt fut établi à plus de 2 kilomètres de la ville, dans une île; enfin, à jour dit, en présence des autorités, des ingénieurs, etc., je fis partir les premiers coups, à 4 mètres sous l’eau : de magnifiques colonnes d’eau surgirent successivement de chacun des trous chargés, mais il n’y eut pas de projections; à partir de ce moment, la population fut rassurée, et les opérations se succédèrent chaque jour, sans discontinuité et sans accidents; il fallait constamment opérer avec de faibles charges, qui devaient diminuer au fur et à mesure qu’on descendait en s’approchant du lit de la rivière, car les vibrations dans les maisons voisines devenaient de plus en plus fortes, pour une même charge. 11 ne faut pas oublier que toutes les constructions sont établies sur un sol très [ eu stable, de telle sorte que beaucoup de maisons s’inclinent sur leurs propres poids, pour peu que l’élévation dépasse les limites ordinaires : il était donc de la plus .grande importance de ne pas produire d’ébranlements dans le sol. Pour effectuer la démolition de la pile dans des conditions économiques et rapides, on dut commencer par faire une série de trous avec des barres à mine : leur longueur fut portée peu à peu jusqu’à 5 mètres; mais au delà, la manœuvre devenait difficile, et alors
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- LA NATURE.
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- on dut opérer par de simples charges de dynamite, que les plongeurs plaçaient dans les anfractuosités résultant des explosions précédentes. Lorsque les mêmes plongeurs nous indiquaient que toute la surface de la portion de pile sur laquelle on opérait était désagrégée, on amenait la drague à vapeur, qui enlevait les parties désagrégées, puis on recommençait une nouvelle série de coups, et ainsi de suite jusqu’à la destruction complète; les gros morceaux de béton étaient chargés par les plongeurs dans des petites bennes en fort feuillard, et remontés au jour à l’aide d’un treuil : la démolition complète de cette pile, qui cubait environ 500 mètres, eut lieu en 20 jours. Cette opération eût demandé un laps de temps beaucoup plus long si on avait employé les moyens ordinaires1.
- Brunet.
- Découverte d’une nouvelle rivière dans l’Alaska. — On écrit de San Francisco, 10 octobre : Le lieutenant Stoney, qui se trouvait à bord du cotre le Corwin, lorsqu’il fit son dernier voyage dans le but de distribuer aux Indiens Tcherchee, de l’Alaska, des présents pour une valeur de 12 500 francs que leur envoyait le gouvernement en récompense de l’hospitalité complète, abri et vivres, qu’ils donnèrent aux officiers et à l’équipage du steamer Rodgers, brûlé en 1881, rapporte la découverte d’un fleuve immense jusqu’ici inconnu aux géographes. Les Indiens en avaient parlé vaguement à d’autres explorateurs, et Stoney, étant dans l'obligation d’attendre le retour du convoi, se décida à s’assurer .par lui-même de la vérité. Accompagné d’un de ses suivants et d’un interprète, il partit de llolham Met et gagna l’intérieur en prenant la direction sud-ouest, et bientôt en effet il se trouva en présence de ce qu’il pensait être la rivière mystérieuse. 11 la suivit jusqu’à son embouchure, une distance de quinze milles, et là il vit devant lui le spectacle d’immenses bois flottants, qui le firent arriver à la conclusion que ce cours d’eau devait être immense aussi, il revint donc sur ses pas, jusqu’à une distance de cinquante milles, et fit la rencontre d’indigènes, qui lui dirent qu’il lui faudrait plusieurs mois pour atteindre la source du fleuve inconnu. Les Indiens ajoutèrent qu’eux-mêmes l’avaient descendu à une distance de 1500 milles afin de rencontrer des trafieants en fourrures, et que la rivière allait encore beaucoup plus loin. N’ayant pas le temps de poursuivre son exploration, Stoney revint. Il partage l’opinion de ceux qui, comme lui, étaient à bord du Corwin et qui lui ont fourni les premiers renseignements, que la découverte de cette rivière explique l’existence de cette masse énorme de bois flottants dans la mer Arctique, et que généralement on croyait provenir de la rivière Yukon. Les Indiens dirent encore au lieutenant Stoney que dans certains endroits le fleuve acquiert une largeur de 20 milles. 11 se trouve dans le cercle Arctique, et pourtant, au mois d’août, alors que Stoney se trouvait dans ces parages, il y vil des fleurs et une végétation comme jamais il n’en avait rencontré sous une latitude aussi élevée. (L’Exploration.)
- Liquide servant u déterminer la densité des substances minérales. — En Allemagne, M. G. Rohr-bach a proposé le moyen suivant pour séparer deux substances minérales d’après leur densité, moyen qui fournit par cela même une indication sur la densité de ces substances. 11 se sert pour cela d’un liquide dont la densité
- 1 Comptes rendus de la Société de l’Industrie minérale de Saiut-Éticune.
- est 3,57, et qui se prépare de la manière suivante : On prend 100 parties d’iodure de baryum et environ 150 parties d’iodure rouge de mercure, que l’on mélange avec 20 centimètres cubes d’eau distillée et que l’on fait chauffer à 150° ou 200° à l’aide d’un bain d’huile, en poussant la concentration jusqu’à ce qu’une topaze puisse flotter sur le liquide. On laisse reposer pendant plusieurs jours, on décante et on filtre. Le liquide ainsi obtenu est jaune, et bout à 145°.jUn très grand nombre de substances minérales peuvent être séparées par ce procédé.
- Voies navigables de la France. — La direction des routes, de la navigation et des mines vient de publier une statistique des voies navigables et flottables de la France. L’ensemble de nos rivières offre une longueur de 11 50Ükil,500, dont 2960kil,70 en parties flottables et 8545 kilomètres en parties navigables. La longueur de nos canaux est de 4758kil,100 ; les cours d’eau flottables ou propres à la navigation en France ont donc un développement total de 16264kil,600. Les bassins de la Loire et de la Garonne sont ceux qui comptent le plus de rivières navigables. Pour les canaux, c’est le bassin de la Seine qui vient en première ligne. On relève 37 départements où il n’existe pas un seul canal de navigation, et 9 départements qui n’ont ni rivière flottable ou navigable, ni canaux de navigation. Ces neuf départements sont : le Cantal, la Corse, la Creuse, l’Eure-et-Loir, la Lozère, l’Orne, les Pyrénées-Orientales, le Yar et la Haute-Vienne.
- tolfri's forts photographes. — Les coffres-forts de New-York avec sonnerie électrique sont dépassés. Avis aux banquiers et commerçants. Un mécanicien allemand, lisons-nous dans la Revue chronométrique, vient d’inventer une espèce de safe qui non seulement produit une sonnerie dès qu’on y touche, mais encore projette un jet de lumière électrique, à l’aide duquel un appareil photographique prend instantanément les traits du voleur. (Pour extrait conforme d’un journal américain !)
- La pins grande horloge du monde. — L’horloge du Parlement à Londres est la plus grande des horloges du monde. Ses quatre cadrans ont chacun 22 pieds de diamètre. A chaque demi-minute la grande aiguille avance de près de sept pouces. L’horloge va huit jours et demi n’indiquant ainsi aucune exigence dans la remonte. Il faut deux heures pour remonter l’appareil de la sonnerie. Le balancier a 19 pieds de longueur; les roues sont de fonte; la cloche d’heure a 2 pieds de hauteur et 6 pieds de diamètre, elle pèse plus de 14 tonnes et le marteau pèse plus de 500 livres.
- La lumière électrique h la Chambre des Communes à Londres. — L’éclairage électrique essayé à Londres au Palais de Westminster pour le service de la Chambre des Communes pendant la dernière session, va être adopté d’une manière permanente et considérablement augmenté. Cçlte installation comprenait deux cent soixante-seize lampes à incandescence du système Edison, alimentées par deux machines dynamo L. On y ajoutera pour la prochaine session deux cent quatorze nouvelles lampes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 novembre 1883.— Présidence de M. Blanchard^
- Élection. — La salle est comble. Jusqu’à quatre heures personne n’écoute les communications pré-
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- sentées et le président s’épuise en efforts inefficaces pour dominer le bourdonnement, qui va crescendo, des conversations particulières.
- Il s’agit, comme on le sait, de remplacer M. Cloquet dans la section de Médecine et Chirurgie et la liste de présentation publiée dans le dernier Compte rendu porte : en première ligne, M. Charcot ; en deuxième ligne, M. Sap-pey; en troisième ligne, M. Hayem. Les votants sont au nombre de 58: 12 désignent M. Sappey, contre 46 qui choisissent M. Charcot : c’est donc le célèbre clinicien de la Salpêtrière qui est nommé, et l’on ne peut que féliciter l’Académie de son choix.
- Composés du titane. — M. Piccini, en étudiant les combinaisons fluorées du titane a obtenu un sel qu’il formule TiFl3,3AzH4Fl, et qui correspond au sesquifluorure de titane TisFl6. Ce composé qui se produit par l’action du fluorure d’ammonium sur le sesquichlorure de titane et qui s’isole facilement, étant insoluble dans le fluorure d’ammonium, j ouit de la propriété singulière de fixer, lorsqu’il est exposé à l’air, une certaine quantité d’oxygène, de manière à se transformer en TiO*Fls, 3AzH4Fl. Il correspondrait à un oxyde de titane TiO3, supérieur à l’acide titanique.
- On obtient d’ailleurs directement de pareils composés en faisant réagir l’eaü oxygénée sur une solution sulfurique d’acide titanique. Les nouveaux composés de M. Piccini présentent un grand intérêt surtout à raison de leur analogie et de leur isomorphisme avec les oxyfluosels correspondant du niobium et du tungstène.
- Expédition arctique. — II résulte d’une lettre de M. Nordenskiôld que l’Expédition Suédoise au Groenland, qui vient de rentrer à bon port, a obtenu des résultats des plus intéressants. Le Groenland s’est révélé comme une région très riche au point de vue des diverses branches de l’histoire naturelle. M. Nathorst a recueilli de très riches collections de plantes fossiles et M. Berlin d’innombrables plan tes vivantes constituant une floie imprévue. Un autre membre de l’Expédition rapporte des insectes variés et nouveaux ; de très nombreuses observations de physique du globe et de météorologie seront calculées.
- Varia. — M. Amagat décrit un nouveau pyromètre. — A propos d’une communication récente, M.Bouligny rappelle qu’il y a plus de trente ans il a vanté le pouvoir d’assainissement des vapeurs nitreuses et qu’il a indiqué le moyen de les dégager sans employer des matières d’un maniement dangereux. — L’histoire des hivers anormaux occupe M. Teisserenc de Bort. — On apprendra avec
- intérêt le retour à Rochefort de la Romanche sur laquelle a voyagé l’Expédition scientifique des terres australes. Le commandant annonce une très prochaine communication à l’Académie. — Des observations cométaires arrivent de l’Observatoire de Nice. — La mesure des forces électromotrices des piles susceptibles de se polariser rapidement et énergiquement, a fourni à M. Reynier l’occasion d’inventer un appareil présenté par M. du Moncel. — M. Mar-cano étudie la fermentation panaire.
- Stanislas Meunier.
- TOURNIQUET A GAZ
- Notre figure représente une application ingénieuse de physique que peuvent utiliser ceux qui sont habiles souffleurs de verre. Le petit appareil est d’ailleurs construit par un de nos meilleurs fabricants, M. William Sugg. 11 est basé sur l'effet de recul produit par 'un écoulement de fluide ; le gaz de l’éclairage qui s’échappe par un bec, pénètre dans un ajutage en verre composé d’un tube ouvert .à sa parlie inférieure et fermé par le haut.
- Le cul-de-sac du tube repose sur une pointe fine qui lui sert de pivot. Au tube sont soudés de petits branchements en verre de longueur bien égale, de sorte que le tube principal soit parfaitement d’aplomb sur son pivot vertical. Le tube pivotant est placé dans une petite éprouvette contenant de l’eau.
- Les petits branchements sont des tubes assez fins dont l’extrémité libre est recourbée brusquement à angle droit et très effilée. Quand on allumé le gaz qui s’échappe par ces orifices, le système se met à tourner en sens contraire de l’écoulement du fluide enflammé qui trace ainsi par sa rotation rapide des images lumineuses de formes variées suivant la disposition des appareils.
- La gravure ci-dessus représente deux formes distinctes du tourniquet à gaz, et la disposition des tubes de verre est dessinée en détail au milieu delà figure.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Tourniquet à gaz.
- Imprimerie A. Lahure,9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 547. - 2 4 NOVEMBRE 1885. LA NATURE.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- de smyrne (15 octobre 1883)
- Nous avons enregistré précédemment la nouvelle d’un tremblement de terre qui a fait sentir son action à Smyrne et dans les régions environnantes le 15 octobre 1883, vers 5h40m de l’après-midi. La secousse a été surtout très intense, sur le bord de la mer, dans le détroit de Chios, et un officier de la marine anglaise a récemment envoyé au Graphie de Londres des détails très précis que nous reproduisons :
- « Nous avons quitté Sigri à la nouvelle du tremblement de terre et notre navire n’a pas tardé à jeter l'ancre à Tchecbmeh, où la plupart des maisons ont été endommagées, beaucoup d’enlre elles sont lézardées, et quelques-unes menacent ruine. Dans le voisinage, le village de Linda a été plus gravement atteint, et aucune maison n’a été exempte de dégâts plus ou moins graves. A deux milles et demi plus loin, la ville de Latejata a été entièrement détruite, et les malheureux habitants sont réduits à camper en plein air; la désolation est complète. La secousse s’est produite au moment où les hommes étaient dans les champs, et cette circonstance a sauvé un
- Vue de la ville de Teheehmeh (Asie-Miueure) avant le tremblement de terre du la octobre 1883.
- grand nombre d’habitants. Dix-sept femmes et enfants n’en ont pas moins été tués sous les décombres des maisons écroulées, et plus de cinquante personnes ont été blessées plus ou moins grièvement. » Ces tremblements de terre successifs d’ischia, de Java., de Turquie d’Asie, ont généralement fait croire que les secousses du sol et les manifestations des feux souterrains avaient été plus nombreuses en 1883 qu’en tout autre année. Il n’en est rien. Les tremblements de terre sont des phénomènes habituels de la surface du globe ; les oscillations de la croûte terrestre superficielle n’ont rien d’anormal ; elles se produisent aussi fréquemment que les dépressions atmosphériques, et il n’est pas de jour, où quelque tremblement de terre ne se manifeste en quelque point de l'écorce terrestre. Si l’île IIe aillée. — 2“ semestre.
- d’Ischia, si l’île de Java n’avaient pas été habitées, on aurait à peine parlé des ébranlements du sol qui s’y sont produits, et que nul observateur n’aurait peut être signalé. Comme le dit très bien, notre confrère M. Vinot, dans son Journal du Ciel, « ces tremblements de terre n’ont été considérables qu’en raison des malheurs qui les ont accompagnés. » Cette observation parfaitement exacte, ruine complètement les hypothèses de prévisions dont on a fait grand bruit dans ces derniers temps. Il n’est guère plus difficile de prédire les tremblements de terre qui se produisent tous les ans, que d’annoncer à l’avanéë? comme le font les Mathieu de la Drôme*"aprel les1 Mathieu Lansberg, qu’il tombera ."tfe ' ‘là ’neme’éli1 janvier, et que le soleil sera, arjfèni eii jmflejcf'b®liU| Il serait à souhaiter que Uemde’sil^lp'ortiih^'dés
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- LA NATULL
- mouvements du sol ne soit pas généralement aussi négligée; depuis quelques années, l’Italie et la Suisse ont particulièrement donné l’exemple à ce sujet, et grâce à l’initiative de M. le professeur Stefano de Rossi, la plupart des stations météorologiques sont pourvues, au delà des Alpes, d’instruments micro-sismiques. La nouvelle méthode d’observation appliquée à l’Italie a montré que les mouvements du sol, en quelque sorte comparables aux bourrasques atmosphériques, ont des phases de maximum et de minimum d’activité, et cela non seulement dans l’intensité, mais dans l’étendue topographique.
- Les météorologistes italiens ont ainsi constaté l’existence presque constante de mouvements plus ou moins appréciables de la croûte terrestre, mouvements microscopiques manifestés par les sismographes comme les oscillations de l’atmosphère sont mises en évidence par le baromètre.
- Ces phénomènes offrent une importance capitale ; ils montrent que l’enveloppe terrestre est le théâtre d’une météorologie spéciale que nos voisins ont appelé la météorologie endogène et dont les tremblements de terre doivent être considérés comme les tempêtes. Gaston Tissandier.
- —à'O-—
- LES FOURMIS AMÉRICAINES
- (Suite. — Voy. p. 509 et 592.)
- LES FOURMIS MOISSONNEUSES.
- {Pogonomyrmex occidentalis, Cresson.)
- Les provisions de graines accumulées dans les fourmilières ne forment point la seule nourriture dont les fourmis occidentales fassent leur pitance. Le régime de ces insectes est au contraire des plus variés. M. Mac Cook suppose qu’ils absorbent, 'comme d’autres espèces, la liqueur sucrée des pucerons, mais il ne l’a jamais constaté et, à en juger par Analogie, cette conjecture est fort incertaine, car les Aphaenogaster d’Europe ne semblent pas entretenir de rapports avec les aphidiens. En revanche, les Pogonomyrmex d’Amérique sont comme ces dernières éminemment carnivores. Elles capturent les insectes qu’elles rencontrent occasionnellement et les transportent au nid pour en faire leur pâture et les faire servir à l’alimentation de la jeune famille. Le professeur Leidy, en particulier, leur a vu transporter une multitude de Coccus, sans avoir pu réussir à découvrir l’endroit où elles trouvaient ces insectes, qu’elles paraissaient apporter de fort loin.
- Quelques autres fourmis de l’Amérique septentrionale ont, comme les Pogonomyrmex, des habitudes fourrageuses, en particulier celles qui rentrent dans le genre Pheidole; les Ph. megacephala et Ph. pennsylvanica. M. Mac Cook a vu cette dernière récolter la graine de YEuphorbia maculata et l'emmagasiner dans des chambres souterraines, comme le fait le P. occidentalis. Le Pogonomyrmex crude-
- lis est une troisième espèce congénère de Voccidentalis qui offre, elle aussi, des instincts analogues. 11 reste sans doute'encore à faire plus d’une observation du même genre sur d’autres espèces américaines.
- La fourmi occidentale est, en apparence au moins, comme la fourmi mellifère un insecte pacifique. Elle ne cherche point noise aux autres espèces ; c’est ce que semblent prouver diverses observations.
- D’abord, bien que de taille robuste et armée d’un jedoutable aiguillon, bien que formant des sociétés nombreuses, elle permet à d’autres espèces de s’installer dans son voisinage et même de se mettre en travers de ses propres établissements. Il n’est pas rare, en effet, de trouver des fourmis différentes et même des Termites ayant construit leurs nids dans la zone nue qui entoure les tertres, et jusque sur les tertres mêmes qu’élève Yoccidentale, voire même des espèces qui ont l’habitude de faire des esclaves comme par exemple la Formica sanguinea.
- M. Mac Cook a observé de ces dernières qui avaient creusé leur demeure dans l’épaisseur du tertre, tandis que d’autres espèces, établies tout à l’entour, entremêlaient leurs galeries souterraines avec celles des P. occidentalis, ou passaient par-dessous, mais il est vrai sans jamais y pénétrer. Les fourmilières parasitiques sont en effet toujours séparées de celles de la fourmi occidentale, c’est-à-dire que les galeries de l’une n’ont jamais aucune communication avec celles de l’autre. C’est du reste un fait connu que les fourmis de diverses espèces savent très bien se côtoyer de la sorte en entre-croisant leurs galeries sans jamais empiéter sur le domaine de leurs voisines, et ce genre de parasitisme pratiqué par des fourmis erratiques se présente presque sous la même forme dans les fourmilières des Aphcienogaster européennes et chez plusieurs autres espèces1.
- A vrai dire, nous ne saurions, pour notre part, voir une grande preuve des dispositions pacifiques des fourmis occidentales dans la tolérance qu’elles observent (aussi bien que dans les autres fourmis) vis-à-vis de leurs erratiques. Il s’agit ici seulement d’un modus vivendi tacitement consenti entre des voisins qui, restant toujours séparés par des cloisons, ne se rencontrent jamais, et qui, à cette condition seule, veulent bien se tolérer à proximité l’un de l’autre, à telles enseignes que si un accident vient à entremêler les espèces des deux fourmilières,
- 1 Rappelons, à ce propos, un fait bien plus frappant encore : le Dr Aug. Forel a observé que le Solempsis fugaz, Latr., d’Europe, a l’habitude de pousser ses propres galeries dans les cloisons des fourmilières établies en terre par d’autres espèces, on particulier par les Formica fusca, rufa et rufi-barbis. Les canaux qu’elle sculpte ainsi sout si lins que les fourmis, relativement beaucoup plus grandes dont elle entame les édifices, ne sauraient y pénétrer. Ces petits canaux se dilatent il est vrai pour former des chambres où se tiennent les femelles et les mâles qui sout de taille assez forte, mais les fourmis de la fourmilière principale n’y peuvent arriver, vu l'étroitesse des corridors qui conduisent à ces cases.
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- comme par exemple lorsqu’on pratique une section dans le terrain, la guerre éclate à l’instant même,
- ‘ et dans un cas pareil les fourmis occidentales savent souvent se servir fort bien de leurs moyens contre les intrus, et elles en viennent facilement à bout en les perçant de leurs aiguillons et en les décapitant au moyen de leurs fortes mandibules.
- L’auteur fait remarquer en second lieu que la fourmi occidentale ne combat point les petites espèces qui la gênent dans ses travaux. En effet presque toutes les plate-formes qui entourent les tertres sont occupées par les fourmilières de très petites Myrmices appartenant au genre Dorymyrmex, vrais nains comparées aux Occidentales. Ces petites fourmis, d’un tempérament très batailleur et d’un caractère éminemment hargneux, ne manquent pas une occasion de tracasser leurs grosses voisines et sont un véritable fléau. Une Occidentale passe-t-elle trop près de l’entrée d’une demeure des lilliputiennes, celles-ci se ruent sur elle, la saisissent par les pattes et par les antennes, se cramponnent à son corps et la grosse fourmi ne réussit qu’avec peine à se débarrasser de cette vermine et à échapper aux morsures. Les Dorymyrmex ne craignent même pas d’attaquer leurs grosses voisines en combat singulier. De taille trop minime pour les saisir corps à corps, elles s’accrochent à l’extrémité d’une de leurs pattes et y font rage. La grosse fourmi ainsi surprise par l’importun parasite, se dresse sur ses jambes, fait le gros dos, soulève son ennemi en étendant la patte et le secoue comme nous ferions d’un hanneton qui tomberait sur notre bras, mais en général avec beaucoup moins de succès.
- Comme la prudence est la mère de la sûreté et que d’ailleurs tous les chemins conduisent à Rome, les fourmis occidentales se résignent bientôt à ne plus passer à proximité des hôtes importuns qui sont venus leur disputer une partie de leur terrain, et finissent par ne plus gagner leurs routes habituelles qu’en faisant un détour. Si elles se voient serrées de trop près par l’extension croissante des petites fourmilières, elles vont même jusqu’à retourner leur propre demeure en mettant l’entrée du tertre à l’opposé. Il ne leur en coûterait pas le quart de la peine que leur donne ce travail, à exterminer toute la région des petites erratiques.
- En troisième lieu, lorsqu’on ouvre une fourmilière et que le travail entame les galeries entre-croisées des deux espèces, on voit les Dorymyrmex se ruer sur les Occidentales, nonobstant le tumulte qu’occasionne le bouleversement des demeures de l’une etde l’autre espèce, et les grosses Occidentales finissent toujours par céder le pas à leurs petites congénères, malgré la détresse résultant pour elles d’un pareil accident, qui expose au jour les larves, les œufs et les provisions, détresse qui semblerait devoir exclure toute patience et porter les Occidentales à broyer tout ce fretin importun qui vient à la traverse du sauvetage.
- Enfin l’auteur relate encore le fait suivant à titre d’exemple de la longanimilé de la fourmi Occiden-
- tale. Une fourmilière avait élé ouverte par tranches horizontales dans le but d'en mouler les chambres avec du plâtre. Dès le lendemain, les fourmis commençaient à l’édifier à nouveau, lorsque les chambres ouvertes furent envahies par une légion de maraudeurs appartenant à l’espèce de la fourmi fœtidei, qui venait dévorer la graisse restée adhérente à la terre après l’opération. Les Occidentales ne songèrent point à troubler les intruses dans leur festin ; elles continuèrent leur travail de reconstruction, et l’on put seulement observer quelques combats singuliers, résultant de ce que telle ou telle fœtide venait avec trop de sans-gêne troubler le travail de telle ou telle Occidentale. Mais ce n’étaient là que des incidents particuliers qui ne devenaient l’occasion d’aucune mêlée, car les autres Occidentales ne venaient point appuyer leurs camarades dans ces sortes de duels. L’auteur a même observé une Occidentale qui, passant la tète par l’ouverture d’une galerie verticale, contemplait platoniquement l’un de ces combats, sans avoir l’idée d’aller au secours de sa camarade, et semblait, en assistant à cette lutte, témoigner de la même indifférence dont les badauds des rues font preuve à l’occasion de quelque batterie, se gardant bien d’intervenir dans une querelle qui regarde la police seule et nullement les passants. Nous appellerons cela de l’indifférence plutôt que de la longanimité.
- A en juger par les observations qui précèdent, on peut néanmoins considérer les fourmis Occidentales comme ayant un naturel pacifique. Toutefois, si l’on réfléchit que la taille de ces fourmis leur donne le pas sur tous leurs ennemis, et que la nature les a pourvues d’un aiguillon dont la piqûre est à peine moins dangereuse que celle des petites guêpes, on a lieu de s’étonner du peu de parti qu’elles tirent de ces avantages, et l’on se demande si cette apparente longanimité ne doit pas s’appeler plutôt un défaut d’instinct ou d’intelligence. Elles semblent être un peu comme le bœuf, qui ignore sa force et le moyen de s’en servir.
- Lorsqu’on considère dans leurs détails les instincts si variés des animaux, en particulier ceux qui président à la vie des insectes sociaux, en cherchant à s’en rendre compte d’après notre logique humaine, on se heurte à chaque pas aux contrastes les plus singuliers. D’une part on voit les fourmis savoir, dans certaines occasions, varier leurs procédés suivant les règles de bons raisonnements, qui dénotent chez elles un sens d’observation poussé très loin. D’autre part, lorsqu’elles se trouvent en présence de certaines difficultés en apparence très faciles à surmonter; elles apparaissent souvent comme des êtres ineptes, dépourvus de la plus simple perspicacité, et comme incapables de franchir le raisonnement le plus élémentaire. H. de S.
- * Fœtida, Mac Cook, ainsi nommée parce qu’elle exhale une odeur particulière (Genre?).
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- L’EXPLOITATION
- DES FORÊTS ET LES CHEMINS DE FER
- A RAH.S EN BOIS EN AMÉRIQUE
- Nous n’avons pas à rappeler ici quelle immense étendue de forêts couvrait autrefois le Nouveau Monde, tous nos lecteurs savent que, dans leur mouvement d’expansion ininterrompue, les Américains conquièrent tous les jours quelque nouvelle parcelle de terrain par un défrichement continuel et méthodique de ces forêts qui sont appelées à
- disparaître avec les races d’indiens qui les ont habitées autrefois. Cette exploitation incessante s’opère sur de très vastes étendues de terrain, et tous les jours, des milliers d’arbres sont abattus pour servir à la construction des chemins de fer, et à l’exécution des grands ponts, viaducs, etc. L’enlèvement rapide de ces troncs d’arbres qu’il fallait prendre dans des régions souvent dépourvues de tout moyen de communication, et fort éloignées des rivières ou des voies ferrées, n’était pas sans être très dispendieux et sans présenter certaines difficultés assez sérieuses; mais les Américains ont su en triompher avec ce génie pratique qui forme un des
- Fig. 1. — Exploitation des forêts aux États-Unis. Chemins de fer provisoires avec voie en bois.
- traits caractéristiques de leur race. Us n’ont pas hésité à lancer à travers les forêts des chemins avec Jongrines en bois établis presque dans les mêmes conditions que les voies ferrées ordinaires, et ils les ont exploitées avec un matériel roulant, locomotives et wagons, d’une disposition identique à ceux des chemins de fer, établis seulement en vue de cette destination spéciale. La voie ainsi disposée com- j prend habituellement des longrines carrées de 0m, 15 de côté reposant directement sur des traverses inférieures écartées de O"1,60 d’axe en axe et ayant même section. Les longrines sont maintenues par des coins extérieurs en bois chassés dans le logement pratiqué à cet effet sur les traverses. Les rails en bois s’usent assez rapidement, on les retourne au '
- bout de quelque temps lorsque la surface de roulement est détériorée, puis on les coupe pour en faire des traverses. Une voie ainsi installée est très facile à déplacer pour s’approprier aux besoins de l’exploitation, elle se remet en place sans aucun travail préalable. Elle suit généralement toutes les sinuosités du sol ; on évite d’ailleurs tous les terrassements qu’on peut supprimera l’extrême rigueur, et s’il y a quelque bas-fonds à traverser, on installe des tréteaux en bois plutôt que de faire un remblai.
- La locomotive américaine représentée dans la notice sur l’Exposition de Chicago (voir le n° du 2ü octobre 1885) est installée sur un de ces tréteaux.
- ' Le principal inconvénient que présentent ces rails
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- en bois tient à ce qu’ils deviennent trop glissants par le temps humide, les machines patinent alors facilement et ne peuvent plus remorquer une charge un peu lourde. L’usure est très considérable surtout dans les courbes ; c’est d’ailleurs le même fait qui avait été observé déjà à l’origine des chemins de 1er sur les rails en bois des houillères d’Angleterre au dix-septième siècle, et qui avait conduit à les munir d’un revêtement métallique.
- D’après YEngineer, cette voie en bois peut être établie pour un prix excessivement réduit de 15 à 1600 francs par kilomètre, et elle peut supporter des locomotives du poids de 6 à 7 tonnes. Une petite
- voie métallique du type le plus faible ne coûterait pas moins de 8 à 10 000 francs. Ainsi que le remarque YEngineer c’est là un prix qu’envieraient beaucoup d’actionnaires de sociétés de chemins de fer, et nous sera-t-il permis d’ajouter beaucoup de contribuables en France, tout en tenant compte évidemment de la différence des cas et des nécessités de la construction qui sont tout autres chez nous; mais enfin il n’en est pas moins curieux de rapprocher ce chiffre de celui de 2 à 500 000 francs par kilomètre que coûtent nos nouvelles lignes.
- L’exploitation sur ces voies, toutes particulières, se fait au moyen de machines spéciales très légères,
- Fig. 2.— Débâcle des pièces de bois de l’exploitation de Michigan aux États-Unis, emportées par l’inondation de Grand’ltivière.
- mais dont tout le poids a été utilisé pour l’adhérence alin d’augmenter l’effort moteur disponible. Tel était le cas par exemple pour la machine qui figurait à l'Exposition de Chicago et dont nous avons donné la description précédemment. Certaines maisons d’Amérique, comme les ateliers Porter, à Pittsburgh se sont fait une spécialité de ce type de machines légères, robustes, d’une conduite et d’un entretien faciles : on en rencontre dans toutes les grandes exploitations de forêts. On construit des types différents qui peuvent remorquer des charges variant de 10 à 80 tonnes sur des pentes relativement fortes de 1/40. La figure 1 donne une vue du chargement de ces trains de pièces dé bois; elle montre en même temps l’installation de la voie en bois, et la
- disposition des tas de madriers rangés de chaque côté pour être chargés sur les trucks.
- Nous signalerons, en terminant, un accident des plus curieux qui détruisit presque tous les ponts de la ville des Grands-Rapides près du lac Michigan, et qui donne une idée frappante de la grande importance de ces exploitations de forêts ; nous voulons parler d’une sorte de débâcle de madriers entraînés par le courant sur la Grande Rivière, affluent du lac Michigan. La rivière descend au lac avec une pente considérable de 0m,005 par mètre en traversant la ville de Grands-Rapides, et le courant présente là une vitesse énorme. A une distance de cinq kilomètres environ en amont de la ville se rencontre une exploitation de forêts importante, et on avait
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- LA NATURE
- assemblé là au mois de juin dernier sur les deux rives une quantité énorme de madriers et de troncs d’arbres qu’on devait faire descendre graduellement en profitant des hautes eaux pour les flotter. Des pluies continuelles, se poursuivant pendant plusieurs jours au mois de juillet, amenèrent un débordement de la rivière, et les eaux, se répandant dans la plaine, entraînèrent tous les tas de bois amoncelés.
- - Ce fut alors sur la rivière un entassement de pièces de bois enchevêtrées de toutes manières à travers lesquels il était presque impossible d’apercevoir la surface de l’eau, tellement elle en était couverte, et le courant impétueux entraîna toute cette masse : cellc-d avançait brisant tous les obstacles sur son passage et venait se ruer successivement avec une violence inouïe contre tous les ponts de la ville qui barraient le courant. On compte qu’il n’y avait pas là moins de 60 millions de pièces de bois entassées dans un pêle-mêle dont notre figure 2 donne à peine une idée. Le grand pont du chemin de fer du Détroit à Millwauka soutint le premier le choc pendant une journée entière, mais il succomba le 26 juillet.
- Il fut entraîné avec le courant, qui emmena même les travées en bois sans les démolir complètement, et on les reconnaît en effet sur la figure. Une de ees travées ne pesant pas moins de 100 tonnes fut emmenée ainsi à une distance de plus de 50 mètres. Les deux ponts des chemins de fer de Grands-Rapides à Indiana, et de Chicago à West-Michigan furent complètement broyés et transportés par morceaux à plus de 5 kilomètres. Le pont du chemin de la Rive du Lac, le dernier attaqué, est le seul qui résista ; d’ailleurs le courant avait diminué ^graduellement de violence. Le pont maintint tout cet amoncellement de bois qui s’écoula peu à peu en même temps qu’on en enlevait le plus possible, mais c’était là un travail excessivement difficile en raison de l’enchevêtrement des pièces, et la ville de Grands-Rapides heureuse d’en être échappée sans plus de dégâts conservera longtemps le souvenir de cette débâcle terrible, la première probablement de ce genre qu’on ait jamais vue. L. B.
- LES FORTIFICATIONS CUIRASSÉES
- Les anciens n’avaient pas cru pouvoir se soustraire à l’obligation de munir d’armures défensives leurs navires de guerre et leurs ouvrages de fortification. Ils ont connu le cuirassement.
- Dès le quatrième siècle avant notre ère, Démétrius employait, au siège de Rhodes, une batterie flottante blindée de plaques de bronze. A partir de ce moment, et durant toute la période Alexandrine, les auteurs didactiques ne font que préconiser l’usage des vaisseaux cuirassés. C’étaient les chantiers de Syracuse qui avaient la spécialité de ce genre de constructions navales.
- Les ingénieurs des armées de terre procédaient alors suivant des principes analogues à ceux de leurs confrères de la Marine. « 11 faut, dit Pliilon de Byzance, revêtir les embrasures des tours et des courtines de plaques de fer munies de côtes saillantes à leur pourtour, de manière à parer aux effets destructeurs des projectiles et à empêcher les traits de pénétrer le long des joues dans l’intérieur de l’ouvrage. » Un passage de la « Guerre des Juifs » d’Uégésippe (évêque de Rome au deuxième siècle de notre ère) nous atteste que, dans cet ordre d’idées, les murs de Jérusalem étaient revêtus de plaques de fer et d'airain.
- Assurément, ces cuirassements antiques n’étaient pas dotés d’une résistance comparable à celle des blindages que les progrès de l’industrie métallurgique nous permettent de forger aujourd’hui, mais ils étaient à l'épreuve des projectiles du temps. On ne saurait prétendre qu’ils fussent relativement plus vulnérables que les nôtres.
- Le fait de l’invention de la poudre à canon devait nécessairement avoir pour conséquence celui d’une fabrication de plaques métalliques capables de résister à la puissance, alors jugée extraordinaire, des premières bouches à feu. C’est effectivement ce qui s’est produit. La lutte, qui se poursuit encore entre le projectile et la cuirasse, a commencé, comme on va le voir, au quinzième siècle.
- La découverte de la poudre est, à juste titre, attribuée aux peuples de l’extrême Orient, mais c’est en Occident qu’a été conçue l’idée d’enflammer dans un tube cette matière explosible, à l'effet de lui faire lancer un projectile. Cette idée, qui se fit jour vers l’an 1523 et dont la réalisation parut alors merveilleuse, eut, en ce qui concerne la fortification, des conséquences extrêmement remarquables. Elle ouvrit l’ère d’une vraie révolution.
- Le fait de la mise en service des premières bouches à feu1 fut tout à l’avantage de la défense des places fortes. Ces canons, en effet, étaient assez grossiers et extrêmement lourds, car ils pesaient de 2000 à 60 000 livres. Dépourvus d’affûts à roues, le transport en était difficile ; l’assiégeant ne pouvait pas encore songer à se pourvoir, à cet effet, d’un train d’artillerie. Il était, au contraire, possible au défenseur de hisser sur ses remparts ces nouveaux engins, si lourds qu’ils fussent ; et là, une fois en batterie, ne donnant plus lieu à aucun embarras de transport, les bombardes rendaient des services éminents. Ces gros tubes, de 0m,40 à 0m,60 de diamètre intérieur, projetaient d’énormes boulets de pierre du poids de 50 à 1800 livres, rendaient absolument impossible toute espèce de travaux d’approche et tenaient l’assaillant à distance. Celui-ci, n’ayant non plus à sa disposition que des boulets de pierre auxquels il ne donnait qu’une quantité de mouvement médiocre, ne pouvait entamer la maçonnerie
- 1 Les premières bouches à feu qu’on vit en France sont celles que les canonniers Anglais servaient au siège de Cambrai (1339) et à la bataille de Crécy (1346).
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- des murailles. Il suit de là que, durant la majeure partie du quinzième siècle, la force de résistance des fortifications l’emporta sur la puissance, encore limitée, de la bouche à feu. Cette période est celle qu’on pourrait appeler Y Age de pierre de l’artillerie.
- Cette artillerie, encore dans l'enfance, ne devait pas tarder à faire ses premiers pas. Au simple boulet de pierre — qui se brisait souvent dans l’àme de la pièce — elle avait d’abord substitué le boulet de pierre cerclé en fer; les frères Bureau, grands-maîtres des arbalétriers de Charles Vil, substituèrent à celui-ci le boulet tout de fonte de fer. Ils purent ainsi réduire les calibres, doter par conséquent les bouches à feu de certaine mobilité, imprimer au projectile une plus grande vitesse et lui donner un pouvoir de pénétration plus considérable.
- Telle est la phase qui pourrait, porter le nom à'Age de fer. Mais voici venir Y Age de bronze ; la bouche à feu de bronze fait son apparition.
- C’est à l’ensemble de ces deux découvertes — pièce de bronze et boulet de fer — que furent dus les succès étonnants de. l’expédition de Charles VIII, succès qui allaient fatalement amener une révolution dans les procédés de l’art de la fortification. Au cours de cette célèbre campagne d’Italie, les bouches à feu françaises commençaient par détruire les organes que la défense avait coutume de disposer au haut des ses murailles : hourds et mâchicoulis, embrasures et créneaux. Ainsi privée à la fois de ses moyens d’action à distance et d’action rapprochée, l’escarpe devenait absolument inerte. Cela fait, l’assaillant obtenait, à coups de canon, la rupture des portes ou faisait brèche à des maçonneries qui n’étaient pas faites pour résister à de tels chocs. Le bruit de cette expédition eut, en Europe, un grand retentissement et, dès lors, les fortifications du moyen âge furent partout et à jamais condamnées. Les hautes murailles nues étaient désormais inutiles ; il devenait indispensable de les mettre, par un procédé quelconque, en état d’opposer à la pénétration des projectiles une résistance un peu sérieuse.
- Il convient d’observer que, même avant l’expédition de Charles VIII, les défenseurs de places fortes prennent, en France, certaines précautions. Ils organisent dans les fossés, et en saillie sur l’escarpe, de petits ouvrages en maçonnerie (ou simplement en charpente) crénelés et blindés. Ces casemates basses, que l’ennemi ne peut apercevoir de loin, reçoivent en Italie le nom de capannati et, en France, celui de moineaux1, Louis XI en avait fait établir quatre à son château de Plessis-Ies-Tours, et ces constructions étaient blindées de plaques de fer. « Le roy, dit Commines, estant malade au Plessis-du-Parc, feit faire quatre moyneaulx, tous de fer, bien espois, en lieu par où l’on pouuoyt bien tyrer à son aise, et estoit chose bien triumpliante.... et y meit quarante arba-
- 1 Corruption do mesneaulx, mesnils, manoirs. Les moineaux étaient, au dire de Monstrelet, petites maisonnettes en bois où les gens se tenaient pour faire le guet, moult subtilement faites et composées.
- lestriers, iour et nuyet estaient en ces fossés et auoyent commission de tyrer à tout homme qui approcheroyt de nuyet. »
- Ainsi, le prudent Louis XI avait d’avance résolu par le cuirassement les problèmes que devait ultérieurement poser l’entrée en scène du canon perfectionné de son fils Charles VIII.
- Depuis lors, l’emploi du fer dans les travaux de fortification a été plus d’une fois préconisé, notamment par Gustave-Adolphe ; par le général suédois Virgin ; par les généraux français d’Arçon, Paixhans et Prévost de Vernois; enfin — recommandation inattendue! —par l’allemand Henri Barth. Le grand voyageur avait été fort surpris de trouver, en pleine Afrique centrale, deux canons en fer pourvus de leurs affûts ; il dut letre bien plus encore en apercevant les blindages des fortifications de Kano, grande ville de trente mille âmes qu’il appelle le Manchester, le Londres du Soudan.
- Le nom de Londres va nous servir ici de transition naturelle, car ce sont les Anglais qui, dans ces derniers temps, ont attribué au fer l’importance qu’il mérite. L’Angleterre avait longtemps accordé pleine confiance au pouvoir des batteries casematées tout en maçonnerie, et cela à la suite d’un fait de guerre assez étrange.
- Vers 1795, un vaisseau de ligne anglais avait attaqué, dans la baie de Saint-Florent, en Corse, une tour dite de Mortella, armée d’une seule pièce de canon. C’était une tour de garde, de forme cylindrique, construite par les Génois au temps de leur domination, et semblable à toutes celles qu’on élevait alors sur le littoral de la Méditerranée, à l’effet de surveiller les mouvements des pirates barbaresques. Le vaisseau de ligne fut repoussé avec pertes.
- Au lieu d’attribuer leur échec au fait d’une attaque mal dirigée; leurs avaries, à un tir exceptionnellement et fortuitement heureux, les marins anglais se plurent à dire que la belle défense des Corses n’était due qu’aux formes remarquables de la tour de Mortella. Ils en levèrent le plan qu’ils importèrent en Angleterre ; une erreur de transcription fit de Mortella le nom de Martello et, pendant cinquante ans, le type des tours Martello servit, à l’exclusion de toute autre, de base à l’organisation de la défense des côtes du Royaume-Uni.
- Tout d’un coup, après la guerre de Crimée, il se produisit à cet égard un revirement d’opinions très significatif. Les Anglais avaient vu tomber les forts des îles d’Aland que l’on croyait inexpugnables ; ils avaient assisté, le 17 octobre 1854, à la destruction, opérée en quelques heures, des tours à canons de Sébastopol qui s’étaient trouvées exposées aux coups de leurs batteries. Dès lors, en gens pratiques qu’ils sont, ils renoncèrent franchement aux trop fameuses tours Martello; les maçonneries nues furent à jamais condamnées dans leur esprit, et le fer fut requis par eux d’assurer à leurs côtes une invulnérabilité absolue.
- Il est permis de dire que les Anglais eurent, en
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- celte circonstance,d’heureux pressentiments. A peine leurs premiers ouvrages étaient-ils cuirassés qu’il s’opéra dans les procédés de l’art de la fortification une révolution comparable à celle qu’y suscita jadis l’invention de la poudre.
- Pendant que les ingénieurs militaires de l’Europe
- Fiu. 1. — Masque en fer à la Laiicastre.
- discutaient les mérites et les défauts de divers systèmes; pendant qu’on versait des Ilots d’encre à propos du tracé bastionné comparé au tracé polygonal, au moment où les adversaires en présence échangeaient des paroles vives et même acerbes, un événement surgit qui coupa court aux discussions. Tel
- Fig. 2. — Boucliers à la Drummond-Jervois. — t'rolii.
- qu un personnage, entrant brutalement en scène pour y dénouer un imbroglio compliqué, un nouvel engin faisait irruption sur certain théâtre de guerre et le fait constaté de sa puissance frappait de saisissement les partisans de Montalembert,. aussi bien que les sectateurs de Vauban. Cet engin, c’était la bouche à feu rayée qui apparut en France en 1858 et fut mise, pour la première fois, en service en 1859.
- C’était un canon dont le tir était d’une justesse merveilleuse et qui pouvait lancer à d’énormes distances des projectiles du plus grand effet. Les expériences de Juliers (1860) et celles de l’île d’Aix (1863-1864) démontrèrent surabondamment que le tir plongeant des nouvelles pièces pouvait faire brèche « à distance »; que la puissance de pénétration des nouveaux projectiles rendait absolument insuffisante une épaisseur de parapet de 8 mètres ; que la résistance des maçonneries n’était plus, au point de vue défensif, qu’une simple expres-
- sion théorique. De tout quoi l’on se crut en droit de conclure qu’il était indispensable d’apporter aux fortifications des modifications sérieuses, et ces conclusions firent bien vite le tour de l’Europe.
- Les puissances européennes arrêtèrent aussitôt des projets de réorganisation de leurs moyens de défense et ne tardèrent pas à entreprendre d’importants travaux. Depuis l’année 1870, elles rivalisent d’ardeur et réalisent des merveilles. Ce qui caractérise ces efforts, c’est la tendance prononcée des ingénieurs militaires à rechercher les moyens d’employer utilement le fer ou, plus exactement, les métaux. Partout apparaissent des blindages : cuirasses, boucliers, tètes de casemate ou tourelles à coupole. Ce n’est plus l’Angleterre seulement qui suit cette voie. La Belgique, l’Allemagne, l’Italie, les Etats d’Amérique, tous les pays marchent à l’envi sur ses traces.
- Partant de ce fait irrécusable que les maçonne-
- Fig43. — Bouclier à la Drummond-Jervois. Élévation.
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- Fig. 4, — Têle de casemate en fonte durcie.
- Fig. 5. — Tourelle en fonte durcie.
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- ries, si solides qu’elles soient, ne peuvent plus résister aux corps de l’artillerie rayée, les ingénieurs militaires se sont attachés à doter d’abris métalliques les pièces de place affectées à l’exécution du tir direct. Les premiers essais dirigés dans ce sens n’ont pas, il faut le dire, réussi. On s’était simplement contenté de recouvrir de plaques de fer laminées les parties de muraille apparentes aux alentours des embrasures. Ces plaques étaient boulonnées directement sur la maçonnerie, comme celles d’un navire le sont sur le bois. Mais, sous l’action puissante du choc des projectiles, cette maçonnerie cédait à des mouvements de vibration qui ne tardaient pas à la détruire. Les trous d’attache s’élargissaient, les boulons sautaient, le blindage tombait.
- On eut alors l’idée d’interposer entre les maçonneries et la cuirasse un matelas élastique en bois de teck, mais ce ne fut là qu’un impuissant palliatif. Cette tête cuirassée n’avait point, par elle-même, assez de masse pour empêcher les contre-coups, lors du choc des projectiles, et la ruine du système était encore rapide.
- Cela étant, les ingénieurs anglais ont essayé divers dispositifs d’armures et d’obturateurs de baies de casemate, dispositifs auxquels ils ont affecté la dénomination générique de « boucliers ». lis ont d’abord employé le masque en fer dit « à la Lan-castre » (fi g. 1), puis le « bouclier Hughes ». Celui-ci se compose de plusieurs plaques de fer superposées, mesurant chacune 15 centimètres d’épaisseur et dont le système forme un écran épais de soixante-quinze centimètres.
- Le cuirassement « à laDrummond-Jervois)) (fig. 2 et 5) a été ensuite très en faveur. La face extérieure de ce bouclier est formée d’une plaque de fer laminé de 3m,66 de largeur sur 7m,15 de hauteur et 0m,125 d’épaisseur. Derrière ce premier masque sont disposées deux autres plaques de même largeur et même épaisseur, mais n’ayant que la hauteur nécessaire à l’effet de couvrir l’embrasure du rez-de-chaussée et celle de l’étage, de telle sorte que par-devant la tête de voûte, l’épaisseur du système se trouve réduite à celle d’une plaque unique.
- Les trois plaques sont établies parallèlement à 0m,125 de distance et maintenues en place par nombre de boulons qui les piquent deux par deux. Le bouclier mesure ainsi 0m,625 d’épaisseur totale. Quant aux intervalles ménagés entre les plaques, on les a d’abord emplis d'une maçonnerie de briques et bitume ; puis, d’un mastic très tenace composé de rognures de fer noyées dans l’asphalte (Iron concrète). Les Anglais s’attachent à la recherche d’un remplissage encore plus dur et résistant.
- Le prix de revient d’un bouclier Drummond-Jervois ne s’élève pas à moins de quarante mille francs. Bien que très onéreux, ce système a été fort employé en Angleterre, notamment dans les batteries, de Plymouth, de Portsmouth et de l’île de Wight.
- L’idée de la tête de casemate fut conçue à peu près en même temps que celle du bouclier. On
- forma le projet de remplacer par une carapace métallique les maçonneries de la partie antérieure — la plus vulnérable — de la casemate. Dans le type représenté (fig. 6), l’armure métallique de tête mesure de 2 mètres à 3m,50 de profondeur. La plaque de blindage de l’avant a de 0m,25 à 0m,30 d’épaisseur et se trouve plaquée sur une muraille en bois de teck, de 0m,40 ; elle se retourne sur le ciel à l’épaisseur de Ûm,08 ou 0m,10. Le reste de l’enveloppe est formée de 2 parois en tôle espacées de 0m,25 à 0ra,30, réunies par des cloisons en fer à double T, le tout fortement boulonné. L’intérieur des cloisonnages se remplit de béton.
- On préfère actuellement former la façade et le ciel de plaques de fonte durcie, de Om,oO à 0ra,50 d’épaisseur, lesquelles offrent grande résistance, ne nécessitent point une addition de matelas élastiques et sont moins coûteuses que le fer (fig. 4).
- Les casemates ayant l’inconvénient de restreindre notablement l’étendue du champ de tir, on a ima-
- Fig. 6. — Tête de casemate cuirassée en fer et bois de teck.
- giné des abris cuirassés mobiles autour d’un axe vertical, embrassant ainsi un champ de tir de 360 degrés. Ces appareils portent le nom de Tourelles, à raison de leur analogie avec les blockhaus cuirassés qui se construisent sur le pont des navires de guerre (fig. 5)<
- La tourelle, qui joue aujourd’hui un grand rôle dans les ouvrages de fortification, consiste en un grand cylindre métallique reposant sur de solides subs-tructions en maçonnerie, par l’intermédiaire d’une couronne de galets1 analogue à celle d'une plaque tournante de chemin de fer. Le cylindre peut, moyennant cette disposition, prendre un mouvement de rotation autour de son axe. Protégé, sur toute sa hauteur, par des massifs de maçonnerie et de terre, il est coiffé d’une calotte aplatie, dite coupole. Seule partie du système qui demeure visible et exposée au choc des projectiles de l’ennemi, cette coupole métallique est établie dans des conditions qui doivent la rendre, dit-o.n, invulnérable. Elle est percée de deux sabords contigus laissant passer les bouches des deux pièces de gros calibre qui sont mises en batterie à l’intérieur du cylindre. Un mécanisme fort simple, installé dans une chambre de manœuvres, permet de faire tourner, à la vapeur ou à bras d’homme, l’appareil préalablement soulagé, car il ne pèse pas moins de quatre à cinq cents tonnes,
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- non compris les poids de l’armement et de la machinerie. La vitesse de rotation maximum est d’un tour à la minute, alors qu'il est ainsi soulagé par une force hydraulique.
- Le jeu de la tourelle est facile à comprendre : en station dans un observatoire voisin, le pointeur interroge l’horizon ; peut, à volonté, ralentir, accélérer ou arrêter le mouvement de rotation; il peut en renverser le sens. Ses ordres se transmettent, par un fil électrique ou un téléphone, au mécanicien de service dans la chambre de manœuvres. Quand il se juge en bonne direction, le pointeur commande « Feu! » ou plutôt fait lui-même feu des deux pièces par l’effet du jeu d’une transmission électrique.
- Aussitôt que les pièces ont tiré, la tourelle tourne pour présenter à l’ennemi sa carapace invulnérable, c’est-à-dire la portion de coupole qui n’est point percée de sabords, de telle sorte que ceux-ci échappent de suite au danger de la riposte.
- Un tel ensemble de dispositions — auxquelles chaque jour apporte de nouveaux perfectionnements — permet d’assurer au tir une rapidité et une justesse qui en décuplent, et au delà, la puissance. En une heure, une tourelle peut envoyer soixante projectiles du plus gros calibre dans une cible de quelques mètres carrés, résultat qu’on ne saurait obtenir avec vingt pièces mises en batterie dans des conditions ordinaires. L’emploi de ce cylindre tournant a donc une valeur considérable, au cas où l’on a besoin de produire de puissants effets d’artillerie et où l’on ne dispose point d’une surface de terrain suffisante. On y trouve, en outre, l’avantage d’un excellent abri pour le matériel.
- Mais, comme tous les appareils du monde, la tourelle n’est pas exempte de défauts. Les premières expériences faites en Angleterre ont semblé démontrer que, si sa masse totale est dotée d’assez de puissance pour résister au choc des projectiles, il s’y produit, en revanche, des vibrations tellement violentes que l’organisme des êtres vivants en est profondément affecté. On ne peut donc songer, en l’état, à y maintenir en permanence les servants des deux pièces. Ces hommes doivent en sortir dès après l’opération du chargement. Quant au pointeur, au mécanicien et aux hommes de la manivelle, on a vu qu’ils n’occupent point un cylindre dans lequel ils ne manqueraient point d’avoir bientôt des crachements de sang. Quelques ingénieurs pensent qu’un doublage intérieur en bois pourrait peut-être rendre la tourelle habitable.
- Autre défaut est à signaler : entre la coupole et sa « collerette » (c’est-à-dire le bord circulaire du massif-enveloppe) règne nécessairement un certain jeu, lequel a été ménagé pour permettre l’exécution du mouvement de rotation. Or ce jeu peut se trouver obstrué en un point de son pourtour à la suite de quelque accident, notamment de l'arrivée d’un éclat de projectile. De ce fait, la coupole risque d’être coincée contre sa collerette; et la tourelle, paralysée dans sa manœuvre, ainsi qu’un chrono-
- mètre à l’intérieur duquel un grain de sable aurait pénétré.
- Enfin, — inconvénient majeur — les tourelles coûtent cher. Celles du fort Saint-Philippe, d’Anvers, ont entraîné chacune l’énorme dépense de 663 000 fr. soit de 531500 fr., par pièce en batterie, non compris le prix de revient des maçonneries et des terrassements.
- Malgré l’énormité des sacrifices, que les finances des États européens ne supputent sans doute pas sans terreur, la mode est aux tourelles, et tous les gouvernements en font commande sur commande. Les Allemands, par exemple, en mettent partout : dans le fort Bingen de Mayence, dans les forts Man-stem.et Kameke, de Metz, etc., etc.
- Nous avons dit que la tourelle se perfectionne chaque jour. Elle ne se fait plus maintenant en tôle, mais bien en fonte durcie de 0111,50 à 0m,50 d’épaisseur (fig. 5). Cette fonte paraît être plus résistante et moins coûteuse que le fer.
- Major H. de Sarre pont.
- CORRESPONDANCE
- APPAREIL POUR L’ANALYSE DES GAZ
- Laval, le 3 novembre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je me suis occupé longtemps d’analyses des gaz.
- La grande difficulté de la manipulation, pour moi, était le transvasement sous le mercure, puis la grande quantité de ce métal nécessaire, lorsque les tubes étaient un peu longs, car je me suis toujours servi de la méthode bunsen.
- C’est alors que j’ai été conduit à imaginer le petit appareil dont je vous adresse ci-contre le croquis en coupe avec la description suivante :
- A. Tube de fonte
- évasé à la partie supérieure et ouvert en bas. — B. Trépied pour le supporter : ce trépied est muni d’une vis de pression pour supporter le tube à hauteur convenable dans la cuve à mercure. — C. Bon bouchon de liège ou de caoutchouc à travers lequel passe à frottement dur un tube de verre E d’une capillarité moyenne et recourbé 2 fois à angle droit. — D. Cuve de Bunsen munie d’un tube en verre I recourbé à angle droit, faisant l’office de robinet en l’inclinant plus ou moins. Il sert à vider la cuve et à remplir les tubes avec la plus grande facilité.
- Voici maintenant quel est le jeu de l’appareil lorsqu’il est placé dans une cuve à mercure quelconque :
- Le tube A étant rempli de mercure jusqu’au bord on i voit l’air renfermé dans le tube capillaire, E se dégager
- N ive&u du Mercure
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- en K du mercure de la cuve, puis apparaît un petit bouillonnement indiquant l’arrivée du mercure qui l’a chassé devant lui. Prévoyant ce momeut on a tenu prêt, bouché avec un doigt, le tube F plein de gaz dont il s’agit de transvaser le contenu dans un autre G, propre et plein de mercure. Ce tube F est porté dans le mercure de l’entonnoir du tube de fonte À et placé au-dessous du tube capillaireE1; il y est soutenu jusqu’à l’instant où on peut l’y laisser flotter sans craindre de faire déborder le mercure.
- Aussitôt cela fait, le tube G, plein de mercure et qu’on a tenu dans la cuve, maintenu par la pince J, dans laquelle il peut glisser à volonté, le tube G. dis-je, est placé au-dessus de l’orifice K du tube capillaire E.
- Il se produit alors ceci : Le tube F descend par son propre poids au fur et à mesure que le mercure contenu dans A s’écoule dans la cuve par l’orifice K, puis, l’orifice L apparaissant dans le tube F, le gaz passe à son tour et se rend dans le tube G ; la plupart du temps ce transvasement commence et s’achève automatiquement, mais il arrive quelquefois aussi qu’il reste un peu de gaz, très peu il est vrai, dans le sommet du tube F ; en ce cas, il suffit d’appuyer le bout du doigt sur le tube pour en faire toucher le sommet à l’orifice L; à l’aide de quelques oscillations tout alors achève de passer.
- Il peut arriver qu’on veuille ne faire passer qu’une partie du gaz contenu dans le tube F et y conserver le reste; il suffit, en ce cas, de verser du mercure dans l’entonnoir de A : le tube à gaz F remonte soutenu par une main et sitôt qu’on le sent dégagé de l’orifice L du tube E, on le bouche du doigt pour le transporter ailleurs.
- Primitivement j’avais compliqué mon appareil de divers robinets, mais il en résultait parfois des fuites de gaz et des frottements qui nuisaient à l’écoulement facile du mercure; maintenant, vu la simplicité de sa construction, à la rigueur, tout chimiste pourrait le construire lui-mêine et il est bien évident que le gaz étant transmis d’un récipient à l’autre par l’intermédiaire d’un tube .sans solution de continuité, toute perte devient impossible.
- Je tiens l’appareil que je possède à la disposition de tout constructeur qui voudra l’expérimenter; il m’a rendu de tels services dans l’analyse des gaz, que son adoption dans les laboratoires y serait, bien certainement, très utile.
- Veuillez, agréer, etc. Alph. Blanc.
- UNE
- AURORE BORÉALE AUX ILES SANDWICH
- M. l'abbé Bund a récemment reçu des îles Sandwich (Havai) une lettre en date du 22 septembre 1883 donnant la description d’un météore splendide qui a fait son appa-
- 4 La capillarité du tube est telle qu’elle permet de donner le temps nécessaire aux diverses manipulations décrites. Du reste, si le tube ne possédait pas une capillarité suffisante, le mercure ne pourrait faire l’office d’un piston solide et chasser le gaz devant lui en s’opposant à sa force ascensionnelle.
- rition dans l’atmosphère de ces régions lointaines et lance des jets magnifiques de lumière purpurine. C’est une aurore boréale, visible depuis plusieurs jours. Le soir le phénomène est annoncée par une forte coloration rouge du ciel. L’horizon paraît tout en feu, puis on voit apparaître à l’ouest, quelquefois même vers le sud, des rayons d’une couleur rouge de sang ou plutôt semblables à du fer chauffé au rouge. Animé d’un mouvement de translation, le météore se meut de l’ouest à l’est; il est visible jusqu’au matin, où l’on aperçoit encore à l’horizon des rayons légèrement teintés en vert. L’intensité lumineuse s’affaiblit de plus en plus, et le phénomène disparaît avec l'arrivée du jour. L’apparition bien prématurée de l’aurore boréale, aux îles Sandwich, où le phénomène est d’ailleurs fort rare, peut s’expliquer par la grande sécheresse de l’année.
- TRADUCTION EN LETTRES
- DES SIGNAUX MORSE
- Le très ingénieux tableau que nous reproduisons ci-dessous a été imaginé par un officier du génie, le commandant l'erein.Il permet de trouver immédiatement la lettre qui correspond à un signal du système Morse.
- On sait que dans ce système une lettre quelconque est représentée par une combinaison déterminée de lettres et de points; ainsi o est représenté par un point et t par un trait ; a par un point et un trait et m par deux traits et ainsi de suite. On a choisi ces combinaisons de telle manière que les plus simples correspondent aux lettres les plus fréquemment employées; mais comme ce degré de fréquence n’est point une notion usuelle, il en résulte que la mémoire a de la peine à retenir la correspondance des lettres et des signes; aussi les débutants sont-ils obligés de recourir à deux tables différentes où sont classées dans un ordre, méthodique : dans la première, les lettres; dans la seconde, les signes. Le procédé du commandant Perein a l’avantage de réunir les deux tables en une seule. Un peu d’attention suffit pour s’en rendre compte. Dr X.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Traction électrique par accumulateurs, appliquée aux tramways de Paris, par Emile Reynier. Une brochure in-8°. Paris, J. Michelet, 1883.
- Les nouvelles Conquêtes de la Science, par Louis Figuier, Troisième fascicule, comprenant le Téléphone et le Microphone (suite). Une brochure in-4°. Paris, à la Librairie illustrée.
- Les Téléphones, par A. L. Ternant. Une brochure avec 43 figures dans le texte. Une broch. in-8°. Marseille, chez l’auteur, 62, boulevard Longchamps, 1884.
- A
- Tableau pour la traduction des signaux Morse.
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- INCENDIES ALLUMES PAR LA FOUDRE
- J’ai publié en 18721 une notice assez étendue sur les effets de la foudre sur les arbres et les plantes ligneuses el sur l’emploi des arbres comme paratonnerres. M. Edmond Becquerel a eu l’obligeance de faire un rapport verbal à l’Académie à l'occasion de cette notice où j’ai signalé plusieurs faits nouveaux. Dans ce mémoire je rappelais que l’année 1868 avait été exceptionnellement fertile en orages.
- 11 en est de même de l’année actuelle ; dans une partie de l’Europe, en Suisse très spécialement, le nombre des coups de foudre qui ont occasionné des morts d’hommes, des incendies, ou de notables dégâts, dépasse de beaucoup la moyenne des douze dernières années2.
- Ce doit être pour les physiciens et les météorologistes un devoir d’humanité de signaler toutes les fois que la chose est possible, les causes locales qui leur paraissent avoir occasionné un incendie allumé par un coup de foudre et d’insister sur les précautions élémentaires qui auraient pu prévenir ce désastre.
- Au mois de juillet dernier une maison située à Beaulieu, canton de Neuchâtel, dont le galetas contenait un dépôt de vieux fer, ayant été incendiée par la foudre, un journal local annonça que M. le Dr Hirsch avait été d’avis que ce dépôt de vieux fer placé dans le galetas avait pu attirer la foudre et devenir la cause du désastre. J ai été consulté à cette occasion par une association qui s’occupe activement dans la Suisse romande de recueillir et publier à Genève dans un journal mensuel, La Défense, des documents sur les causes des incendies et sur les moyens qui peuvent servir à les prévenir ou à les combattre.
- 1 Mémoire sur les effets de la foudre sur les arbres et les plantes ligneuses, emploi des arbres comme paratonnerres. ( Mémoires de la Société de Physique et d’Histoire naturelle de Genève, 1872, t. XXI, seconde partie).
- 2 J’ai signalé dans ce mémoire de 1872, les traces fort intéressantes et généralemeut spéciales qui résultent de la chute de la foudre sur les différentes espèces d’arbres et en particulier sur les vignes lorsque les ceps sont rapprochés entre eux (0m,70 à 1“) et tous taillés à la meme hauteur au-dessus du sol, culture qui est usitée dans le plus grand nombre des départements viticoles de France, dans toute la Suisse, etc. __J’ai démontré par une multitude d’observations bien constatées que la foudre frappe presque toujours les arbres et les vignes, non comme un simple trait foudroyant, mais comme
- Voici la substance de ma réponse, datée du 27 juillet 1883 :
- « Je pense, d’après une multitude de faits connus, que ce dépôt de vieux fer placé dans le galetas n’a eu qu’une influence nulle, ou bien minime, pour attirer la foudre sur ce bâtiment, tout en admettant qu’il est possible qu’il ait été une cause secondaire de l’incendie.
- « Lescorps métalliques sur les toits, dans les murs ou dans les appartements, n’ont évidemment qu’une très minime influence pour attirer les coups de foudre depuis les nuages. Nous ne voyons pas que les maisons de ville ou de campagne, qui depuis un demi-siècle ont été pourvues de toitures presque entièrement métalliques, avec ou sans paratonnerres, soient plus souvent atteintes que celles qui ont des charpentes en bois et sont couvertes en tuiles. Un simple dépôt de vieux fer dans un grenier doit avoir bien moins d’influence pour attirer la foudre d’un
- nuage orageux qu’une toiture revêtue de zinc, ou qu’une charpente en fer soutenant un revêtement en tuiles ou en ardoises.
- « Mais lorsqu’une maison qui n’a pas de bon conducteur métallique allant du toit jusqu’au sol humide, est frappée par la foudre, le courant électrique peut se répandre à l’intérieur, les corps métalliques qu’elle contient ont alors une influence notable sur son parcours et peuvent être la cause d’un incendie.
- « Placez un corps très combustible, de l’amadou, des corps imprégnés d’esprit de vin, etc., entre deux barres métalliques peu distantes, l’une étant plus ou moins isolée et l’autre communiquant avec le sol, et faites passer une forte décharge électrique de la première à la seconde, il se produira entre elles une vive étincelle qui allumera le corps combustible,
- « De même le courant de la foudre, en circulant à l’intérieur d’un bâtiment, avant de se répandre dans le sol, saute d’un corps conducteur sur un
- une vaste nappe cylindrique ou conique, qui enveloppe en réalité la presque totalité du sommet, quelquefois même les sommets d’un groupe d’arbres très voisins etquisur les vignobles atteint une surface circulaire bien délinie de 10, 15 ou 20 mètres de diamètre, contenant quelques centaines de ceps. J’ai eu connaissance de six coups de foudre ayant frappé des vignobles pendant l’année courante, dans le seul canton de Genève, c’est plus de la moitié des cas analogues que j’ai pu connaître depuis onze années. Cette proportion est à peu près la même pour d’autres essences et confirme ce que j’ai énoncé sur la multitude des orages en 1883.
- Ecuries -Remises - Rang t
- Dépendance Saulter, à Bourdigny-Genèvc, foudroyée le 15 août 18^3. Longueur, 23 mètres; largeur, 11 mètres.
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- autre, et dans son trajet il tend à incendier les corps combustibles intermédiaires.
- « Il est possible et il me paraît très probable’que l’incendie allumé par la foudre dans un galetas à Beaulieu aura eu cette origine.
- « La maison a été foudroyée sans que le dépôt de vieux fer en ait été la cause ; cette maison n’ayant pas de conducteur métallique extérieur pour conduire la foudre dans le sol, celle-ci a pénétré à l’intérieur se dirigeant de préférence vers les corps métalliques et en passant sous forme de puissantes étincelles de l’un à l’autre, elle a pu enflammer des objets combustibles intermédiaires.
- « Peut-être mon savant collègue, M. le D1' Hirsch est-il du même avis et son explication peut avoir été mal comprise et mal interprétée par ceux qui l’ont communiquée au journal1.
- « Je profite de cette occasion pour rappeler l’importance d’établir pour toute maison isolée et que l’on suppose pouvoir être foudroyée, une communication métallique valable entre le faîte et le sol humide, en donnant à ce conducteur une forte section.
- « Agréez, etc. »
- Le 15 août suivant, à une heure après-minuit, dans un domaine situé à Bourdigny, canton de Genève, il y a eu dans un court intervalle trois chutes de foudre, la première sur une ferme, la seconde sur un peuplier distant de 80 centimètres et la troisième sur une vigne plus éloignée. La ferme a été incendiée en peu d’instants dans toute sa longueur et entièrement consumée avec les récoltes qu'elle contenait.
- Le propriétaire, M. l’architecte Sautter, a eu l’obligeance de remettre un dessin exact de la section transversale de celte ferme avant l’incendie. Je joins une copie réduite de ce dessin, dont l’inspection seule montre quelle a dû être la cause de cet incendie et combien il eût été facile avec une bien minime dépense de prévenir le désastre.
- La partie supérieure du toit était recouverte dans toute sa longueur d’une faîtière en fer-blanc. Le toit était supporté par une charpente toute en bois, sauf les seuls poinçons formés de barres verticales/?/?’ en fer forgé, liant les entraits avec la charpente du faîte. Au-dessous des entraits EE’ et jusque près d'eux, le premier étage rempli par plusieurs centaines de quintaux de foin.
- Au côté nord de ce grenier, on avait installé un grand réservoir à eau qu’une machine hydraulique alimentait, jour et nuit par un filet d’eau. Ce réservoir communiquait avec le sous-sol par trois conduites métalliques.
- A l’extrémité nord E’ d’un des entraits, était fixé un gros fil de fer horizontal sur lequel pouvait courir une poulie métallique à laquelle était suspendu un second fil de fer nri arrivant jusqu’au sol et ser-
- 1 M. le D'Hirsch m’a avisé, par lettre datée de Paris 7 octobre, que ses explications ont été en effet mal interprétées et qu’il est d’accord avec moi sur la cause probable de l’incendie de Beaulieu.
- vant à attacher un chien de garde. Les personnes arrivées aux premières lueurs de l’incendie ont trouvé le chien foudroyé au pied de la façade nord.
- Il est facile d’analyser le chemin qu’a dû suivre la foudre, à cause de l’incendie et de sa rapide extension.
- La foudre, après avoir frappé la faîtière métallique a dû descendre par les tiges en fer /?/?’, employées comme poinçons; là, l’électricité ne trouvant aucun corps bon conducteur a dû franchir sous forme de lame de feu les quelques mètres qui la séparaient du réservoir à eau en bonne communication par des tubes de métal avec le sous-sol, et dans ce trajet elle a dû suivre et enflammer la partie supérieure et latérale du foin accumulé qui lui barrait le passage, tandis qu’une petite quantité suivait l’entrait, atteignait le fil de fer horizontal mm' et descendait par celui nn' qui communiquait électriquement avec le sol par le corps du chien foudroyé.
- Une simple tige métallique longue de 8 à 9 mètres d’un ou deux centimètres de section si elle avait été en fer, ou d’un demi-centimètre carré, si elle avait été en cuivre *, fixée contre l’entrait et réunissant le réservoir au poinçon le plus voisin, aurait pu suffire pour prévenir la destruction complète de cette ferme avec tout son mobilier et ses récoltes.
- On multiplie aujourd’hui le nombre des pièces métalliques dans les constructions, beaucoup de fermes et de maisons d’habitation sont pourvues d’un réservoir à eau dans l’intérieur des bâtiments, le fer-blanc et le zinc remplacent assez généralement les tuiles et servent à couvrir le sommet et les angles des toits ; ces améliorations devraient être généralement complétées en vue d’un foudroiement possible, par des liaisons métalliques continues allant du faîte jusqu’à la terre, et offrant un écoulement facile à la foudre pour se répandre dans le sol sans dégrader ou incendier les maisons foudroyées. M.-D. Colladon.
- CHRONIQUE
- Puissance calorifique de la houille humide et de la houille sèche. — D’intéressantes expériences viennent d’être faites aux usines de Bochum, en Allemagne, dans le but de déterminer la valeur respective de la houille humide et de la houille sèche pour la production de la vapeur. D’après ces expériences, il résulte que de la houille menue contenant 18 pour 100 d’eau et 9,9 pour 100 de poussière, évapore 5,7 kilogrammes d’eau par kilogramme de combustible, tandis que la même quantité de houille, contenant seulement 5 pour 100 d’eau, évapore 8 kilogrammes, à 8,5 kilogrammes d’eau par kilogramme de combustible. On peut déduire de ces chiffres qü’en employant de la houille humide on subit une perte nette de 25 à 50 pour 100.
- {Annales industrielles.)
- 1 Ces dimensions, suffisantes pour des tiges placées à l’intérieur d’un bâtiment, devraient être portées au double pour des conducteurs logés à l’extérieur des maisons.
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- LA NATURE.
- 415
- Kideau hydraulique, de théâtre. — La scène du Lyceum Theater, à Edimbourg, est actuellement munie d’un rideau métallique d’un nouveau système. Ce rideau se compose de deux écrans en tôle de 5 millimètres d’épaisseur, distants l’un de l’autre de 25 centimètres, et réunis à leur partie supérieure par deux poutrelles en 1er, sur lesquelles ils sont rivés. Les poutrelles sont fixées sur deux pistons hydrauliques placés avec leur cylindre de chaque côté de la scène. L’eau est prise dans les conduites de la ville pour la manœuvre du rideau qui pèse 6500 kilogrammes et peut être élevé ou abaissé en 50 secondes avec une dépense de 380 litres d’eau, la scène ayant une hauteur de 9 mètres. La manœuvre sc fait au moyen d’un levier actionné à la main. Ce système a pour avantage d’isoler complètement la scène, et de la séparer de la salle de telle sorte que, en cas d’incendie, les spectateurs puissent être immédiatement mis hors de danger.
- La télégraphie en Chine. — Les caractères de la langue chinoise représentant chacun un mot différent et non une lettre, comme dans les langues occidentales, la Compagnie danoise qui exploite les nouvelles lignes télégraphiques de la Chine a adopté le système suivant : le langage usuel chinois comporte cinq ou six mille caractères ou mots que l’on a fait graver chacun sur un bloc de bois séparé. A l’extrémité opposée de ce même bloc est gravé un nombre en chiffres. L’employé du télégraphe reçoit la dépêche en chiffres et prend le bloc correspondant à chaque nombre transmis qui porte le caractère chinois correspondant à ce nombre. 11 imprime successivement tous les caractères sur une feuille de papier et il envoie la dépêche à destination. Pour transmettre une dépêche que l’expéditeur remet en langue chinoise, l’employé doit préalablement traduire tous les caractères en chiffres, ce qui l’oblige naturellement à connaître l’équivalent numérique de chacun de ces caractères.
- La monnaie en nickel. — On étudie toujours actuellement le projet d’adoption de la monnaie en nickel. Le ministre des finances s’est fait adresser un rapport dont la conclusion est que tout milite en faveur de cette réforme. L’expérience de la Suisse, de la Belgique, de l’Allemagne, du Brésil, du Pérou et des Etats-Unis, démontre la supériorité de la monnaie en nickel sur la monnaie de cuivre. Mais on ne se fait guère une idée du travail considérable que cette substitution entraînera chez nous. Il existe actuellement, en France, 65 millionslde pièces de monnaie de cinq et dix centimes, qu’il faudra retirer de la circulation au fur et à mesure de la nouvelle frappe des pièces de nickel. L’hôtel de la Monnaie de Paris et sa succursale de Bordeaux possèdent l’outillage nécessaire pour opérer cette transformation, qui nécessitera un assez long délai. Qu’on en juge : En supposant que le capital-monnaie ci-dessus soit représenté par moitié de pièces de cinq centimes et moitié de pièces de dix centimes, il y aura lieu de frapper 630 millions des premières et 315 millions des secondes, soit 945 millions en totalité. Si les deux hôtels de la Monnaie arrivent comme on l’espère, à frapper 500 000 pièces par jour, pendant trois cents jours de travail à l’année, il faudra employer six ans et trois mois pour une complète transformation. La sous-commission du budget ayant émis un avis favorable, on s’attend à ce que la réforme soit prochainement décidée. 11 est probable qu’on créera alors un troisième hôtel provisoire à Paris, afin de ne pas interrompre la frappe des pièces françaises d’or et d’argent, et celles des Etats qui ont recours à notre fabrication.
- La nourriture des poissons. Le contenu de la poche stomacale des animaux fournit des indications précises, dont le naturaliste sait parfois tirer d’importantes inductions. C’est ainsi que des oiseaux d’abord proscrits comme nuisibles ont pu être réhabilités, lorsqu’on a eu constaté que les grains ne formaient qu’une très petite partie de leur nourriture, et qu’ils détruisaient en revanche, un nombre considérable de chenilles et de coléptères. Le Rév. Houghton, dans une excursion scientifique entreprise sur la mer du Nord, s’est attaché à examiner le contenu de l’estomac de différents poissons. De telles recherches ont un grand intérêt pratique, car la nourriture habituelle d'un animal influe beaucoup sur la qualité de sa chair. M. lloughton a reconnu que les Crustacés, et surtout les plus petites espèces, comme les Entomostracés, entrent pour une large part dans le régime alimentaire des poissons. L’estomac des jeunes harengs est souvent rempli de ces crustacés microscopiques. M. Mobius en a trouvé parfois jusqu’à 60000 dans un seul de ces poissons. — Les maquereaux sont aussi très friands de petits crustacés, et leur estomac contient généralement un grand nombre de larves et de crabes. C’est à cette nourriture éminemment riche en substances azotées et en phosphates que la chair du hareng et du maquereau doit sa saveur et ses propriétés nutritives. M. Houghton regarde également comme probable que c’est la recherche de la nourriture qui est la cause première des migrations encore peu expliquées de certaines espèces de poissons. R. Vion,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 novembre 1883. — Présidence de M. Blanchard
- La mission du cap Hom. — L’événement de la séance est la présence dans la salle de tous les membres de l’expédition du cap Horn, le commandant Martial, en tête, auxquels est venu se joindre l’amiral Cloué. Le commandant de la Romanche dans une très courte note indique les principaux résultats obtenus. Le navire ayant quitté Rochefort, le 17 juillet 1882, arrivait le 6 septembre dans la baie Orange, choisie à cause de sa proximité du cap Horn et de la sûreté de son mouillage. Les emplacements furent choisis immédiatement et malgré des difficultés tenant au climat et à la nature du terrain, les observations magnétiques commencèrent régulièrement dès le 26 septembre. On divisa le travail entre les divers membres de la mission et M. de Courcelle-Seneuil se consacra à l’étude du passage de Vénus et du calcul des marées. Trois contacts purent être constatés malgré le mauvais état du ciel. Toutes les îles de l’archipel Magella-nique, les Malouines, furent soigneusement visitées et l’on retrouva des traces de l’observatoire qui servit à Ross, en 1840. Les recherches les plus minutieuses furent impuissantes à faire retrouver la marque tracée par l’illustre navigateur afin de permettre une mesure du déplacement de la mer. Nos compatriotes en gravèrent une plus profonde dont ils fixèrent la place à l’aide de la photographie. Des dragages furent effectués en grand nombre. Les échantillons d’histoire naturelle remplissent 168 caisses qui arriveront prochainement à Paris. Le chef de l’expédition signale, parmi les échantillons remarquables, deux squelettes presque complets de baleines australes, deux pirogues et une hutte complète de Fuégiens, etc. Le 1er septembre 1885 les observations prirent fin et on construisit à la place qu’on allait quitter, une pyramide en pierres sèches : le départ eut lieu le 3.
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- LA NATURE.
- La sacculine. — On désigne sous le nom de sacculine un corps parasite fréquent sous la queue des crabes et dont l’étude a découragé les efforts des zoologistes les plus distingués. Après trois ans d’études poursuivies au Laboratoire de Roscoff, M. Delage est parvenu à son égard à une découverte des plus intéressantes aujourd’hui développée par M. deLacaze-Duthiers. Ayant constaté que la sacculine donne naissance à de très nombreux nauplius, il a suivi le développement de ceux-ci et il a constaté qu’après avoir pris une forme cypridienne, ils se cramponnent à l’un quelconque des poils qui recouvrent la carapace des crabes. Le parasite se modifie alors; pelotonné en boule munie d’un noyau interne et d’une enveloppe chitineuse externe, toujours à l’abri des deux valves du cypris, il plonge dans le corps du crabe un aiguillon qu’on ne peut mieux comparer qu’à la canule d’une seringue à injection. Au travers de cet aiguillon l’animalcule passe tout entier dans les tissus du crustacé et, s’y développant, il engendre en tous sens des filaments enchevêtrés. En se développant la sacculine pousse devant elle le tissu du crabe qu’elle infecte et projette au dehors sous la forme d’un sac ses propres organes de multiplication. Ce sont eux qui, seuls connus jusqu’ici, avaient été pris bien à tort pour la sacculine tout entière.
- Le tremblement de terre de Java.
- — M. Daubrée communique des extraits de lettres adressées à la Société de Géographie par MM. Errington de la Croix et Brau de Saint-Paul Lias sur le phénomène si unique dont le détroit de la Sonde a été le théâtre au mois d’août dernier. De son coté M. Richard a soumis la cendre rejetée à un examen minéralogique.
- Courants électriques terrestres. — Grâce à la latitude dont il a joui de disposer de diverses lignes télégraphiques M. Blavier a reconnu que la direction et l’intensité des courants électriques terrestres dépendent de la différence de potentiels entre les deux points où le fil est en contact avec la terre et ne dépendent pas de la longueur du trajet. Entre Paris et Nancy existent deux trajets fort differents l’un de l’autre : ils ont cependant procuré le même résultat. L’auteur a reconnu que les lignes souterraines ne sont pas plus influencées par les courants terrestres que les lignes atmosphériques.
- Reptiles tertiaires. — M. le professeur Gaudry met sous les yeux de l’Académie de beaux échantillons paléon-tologiques provenant des couches miocènes inférieures de Saint-Gerand Le Puy (Allier). Ils concernent un crocodi-lien que M. Pomel appelle Diplocynodon Ratellii et une
- tortue que le même auteur désigne sous le nom de Ptyqo-gaster emydoïdes. Leur restauration est due à M le Dr Fischer, aide-naturaliste de paléontologie au Muséum.
- Varia. — M. Berthelot a découvert k la Bibliothèque Nationale un manuscrit de Démocrite plus ou moins authentique d’ailleurs, mais fort ancien, où est exposé en détail le procédé de préparation de la pourpre. — La comète Pons-Ouls et la petite planète 234 (Barbara) ont été observées à l’Observatoire de Marseille par M. Stéphan.
- Stanislas Meunier.
- LE PHOTOCALQUE
- PETITE CHAMBRE NOIRE POUR LES DESSINATEURS
- Le petit appareil que nous représentons ci-dessous est une chambre noire simplifiée, très bien
- conçue pour faciliter le dessin d’un paysage, d’un monument, etc. Le système-est construit en carton et par conséquent son prix n’en est pas élevé ; il se compose d’un objectif 0, d’un miroir incliné M et d’un verre dépoli V, où se forme l’image qu’il s’agit de reproduire. L’objectif est formé d’une simple lentille achromatique que l’on met au point, en la faisant glisser dans la boîte qui lui sert de support, avec la pièce de carton où il se trouve adapté. L’opérateur forme une chambre noire, en relevant la pièce de carton noirci C, munie d’une échancrure où il peut appuyer le front. Quand on veut se servir de cet appareil on prend une feuille de papier à décalquer, que l’on place sur le verre dépoli, et on arrête cette feuille à ses quatre angles au moyen de pointes ou punaises. Lorsque le dessin est pris, on retourne la feuille pour avoir le positif.
- Une fois que l’opération est terminée, les écrans de carton se rabattent, l’étui se referme, et la chambre noire ne forme plus qu’une boîte rectangulaire très légère, et, par conséquent, très portative.
- Gel appareil constitue une disposition pratique, ingénieuse, et digne d etre signalée.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Le photoeulque ou chambre noire pour le dessin.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Flcurus, à Paris.
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- LA NATURE
- ONZIÈME ANNÉE — 1883
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- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Académie des Sciences (Compte rendu des séances hebdomadaires de P), 15, 31, 46, 63, 79, 95, 111, 126, 142, 159, 175, 191, 206, 223, 259, 255, 271, 287, 305, 318, 534, 351, 367, 382, 399, 415.
- Acide carbonique de l’atmosphère, 59, 63.
- Acide perchromique, 115.
- Acier (Structure de T), 111.
- Accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar, 387.
- Aériens au-dessus de la Manche et de la mer du Nord (Voyages), 85,.
- Aéronautique du Trocadéro (Exposition), 46.
- Aérostatique (Ascension), 63.
- Aérostat dirigeable électrique de MM. Albert et Gaston Tissandier, 318, 326, 334, 343.
- Aérostats (Carnot et les), 50
- Aérostats (Centième anniversaire de la découverte des), 30.
- Aérostats (Une fabrique d’), 280.
- Agriculture à Ischia (L’), 279.
- Agriculture (Les progrès de 1’), 71.
- Aimants (Force portante des), 58,
- Alaska (Nouvelle rivière dans P), 399. il* anaée.— 2B semestre.
- Albite (Synthèse de P), 159.
- Alcool du melon, 238, 270.
- Alcools mauvais goût par l’électricité (Rectification des), 283.
- Aliments (Consommation annuelle des), 30.
- Alligators (Élevage d’), 367.
- Alluvions atmosphériques, 79.
- Ananas aux îles Bahamas (Culture des),
- 144.
- Analyse des gaz (Appareil pour P), 411. Anes (Concert d’), 319.
- Anesthésique (Nouveau procédé), 79. Anesthésiques des jongleurs (Les), 245, 355.
- Animaux de ferme, 367.
- Antiquité de l'homme dans les Alpes, 15. A q u a r i u m- v o 1 i è re - j ard i n i è re, 48, 139. Araucanicns du Jardin d’Acclimatation de Paris, 151.
- Arctique (Expédition), 400.
- Arbres géants de la Californie, 54, 129. Ardoises à Angers (Carrières d’), 130. Argenteuil (Ossuaire d’), 113.
- Artillerie des Grecs, 26.
- Ascenseurs hydrauliques pour canaux, 90.
- Association française pour l’avancement des sciences, 194.
- Ataxie locomotrice, 351.
- Atomes (Dimension des), 223. Atmosphère (Acide carbonique de P), 59.
- Atmosphériques sur certaines roches (Action érosive des agents), 259. Aurore boréale anx îles Sandwich, 412. Aurifère en Russie (L’industrie), 159. t Avaleurs de sabre, 122. ^
- Avertisseur de caisse, 6.
- Avertisseur électrique des incendies, 79. Azotates (Bôle agricole des), 383.
- Azote combiné de sol arable (Origine de P), 143.
- B
- Bahamas (Culture des ananas aux îles), 144.
- Ballon (Traversée du détroit du Pas de Calais en), 287.
- Baromètre enregistreur (Nouveau), 373.
- Baryte (Hydrate de la), 15.
- Bateau à vapeur avec propulseur hydraulique, 273.
- Bateau d’un nouveau genre, 126
- Bateau électrique (Nouveau), 218.
- Batékés (Flèches des), 127.
- Bauxite (Origine de la), 47.
- Besson (Le théâtre des instruments mathématiques de Jacques), 203.
- Bétail aux Etats-Unis (Le commerce du), 270.
- Bibliographie, 14, 23, 42, 94, 139, 207, 242, 259, 283, 302, 346, 362, 375, 412.
- 27
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Bière (La mousse de la), 38.
- Birmanie (Voyage en), 23.
- Blanchiment par l’électricité, 235. Bolides (Durée de visibilité des), 363,
- 391, 411.
- Borax en Italie (Exploitation du), 350. Bouées par le gaz comprimé (Eclairage des), 65.
- Boueux aux environs de Pierrefonds (Curieux appareil de ruissellements), 160.
- Breguet (Louis), 367.
- Brooklyn (Pont de), 99, 119.
- Brouillard extraordinaire, 47.
- Brouillard sulfureux, 70.
- c
- Cacao et le chocolat (Le), 1.
- Cadavres (Destruction des), 303. Californie (Arbres géants de la), 54. Camp retranché de Strasbourg, 358. Canal entre Manchester et Liverpool, 379.
- Canal du Jourdain, 347.
- Canon, machine à vapeur, homme et insecte, 250
- Canons (Nouveaux), 3.
- Caoutchouc (Action de la lumière sur le), 126.
- Caoutchouc au Brésil (Récolte du). 351. Caoutchouc aux Etats-Unis, 7.
- Cap Horn (La mission du), 415.
- Capsuler les bouteilles (Machine à), 21. Caraguata sanguinea, 363.
- Carillon magnétique, 142.
- Carnot et les aérostats, 50.
- Chambre claire (Une), 368.
- Chambre noire pour les dessinateurs, 416. Charbon et de vapeur des machines motrices modernes (Consommation de), 170.
- Chats (Orchestre de), 319.
- Chaudières (Explosions des), 95, 112. Chauffage américain (Appareil de), 240. Chemins de fer à forte rampe, 148. Chemins de fer de la Grande-Bretagne (Les transports de voyageurs sur les), 205.
- Chemin de fer métropolitain de Paris, 242.
- Chemin de fer métropolitain de Vienne, 237.
- Chemins de fer à Chicago (Exposition d’appareils de), 321.
- Chemins de fer à rails en bois aux États-Unis, 404.
- Chine (Grande muraille de la), 151. Choléra (Le cuivre et le), 383. Cinghalais au Jardin d’Acclimatation de Paris (Les), 131.
- Cloëz (P. S.), 350.
- Çlytoceyx-rex, martin-chasseur, 161. Coffres-lorls photographes, 399.
- Cohésion des liquides (Sur la), 314. Comète de 1812 (Réapparition de la), 318.
- Comètes (Etudes des), 319.
- Compas à ellipses, 174.
- Conservation des œufs, 282.
- Cotonnière au Brésil (Industrie), 251. Corbeau [Le), 395.
- Courroie (Une nouvelle), 175.
- Crevettes (La reproduction des), 74. Cryptomeria (Le), 315.
- Cuir artificiel, 78.
- Cuisson par l’asphalte, 14.
- Cuisson par le soufre fondu, 23. Cuivre (Réaction du), 31.
- Curiosités d’histoire naturelle, 334. Cuscute (La), 385.
- Cyclones aux Etats-Unis, 62, 397.
- I)
- Daguerre (Monument de), 239.
- Densité (Liquide servant à déterminer la), 399.
- Dimorphisme des feuilles (Un cas bizarre), 107.
- Doublage des navires avec des plaques de verre, 367.
- Dynamite (Démolition d’une pile de pont par la), 398.
- Dynamomètre hydrostatique de M. Pel-lat, 60.
- E
- Eau (Impuretés de 1’), 95.
- Eau salée (Evaporation de P), 31. Eclairage électrique dans l’Extrême-Orient, 63.
- Eclairs (Photographie des), 270.
- Eclipse solaire, 63.
- Electriciens (Le langage des), 35. Electricité pratique, 58.
- Electrique (Conductibilité), 383. Electrique (Curieux phénomène), 302. Electriques terrestres (Courants), 416. Electro-chimie, 94.
- Electromètre enregistreur de M. Mas-cart, 51.
- Emaillage des photographies, 343. Equatorial de l’Observatoire de Paris, 264.
- Etuve à courant d’air (Nouvelle), 512. Exposition aéronautique du Trocadéro, 46.
- Exposition de pêcheries à Londres, 11. Exposition de Vienne, 223.
- F
- Fer en grains (Origine du), 47 .
- Ferment butyrique du sol, 319. Fermentation panaire, 15.
- Filons de minerais (Formation de), 190. Fils métalliques (Isolement électrique des), 335.
- Filtrations des précipités, 302.
- Flèches des Batékés, 127.
- Foin (Une pluie de), 254.
- Foraminifères tertiaires, 15.
- Forêts aux Etats-Unis (Exploitation des), Fortifications cuirassées, 406.
- Fossiles et empreintes (Reproductions autographiques des), 111.
- Foudre (Incendies allumés par la), 413. Fourmis américaines, 309, 391, 402.
- Fourneau à creuset, 272.
- Frein automatique à air comprimé, 263. Fusil électrique (Nouveau), 158.
- G
- Gare centrale d’Amsterdam, 512.
- Gaz (Liquéfaction des), 159.
- Gaz (Service de la vérification du), 22 Géologique (Coupe), 251.
- Glace (Chute de blocs de), 62.
- Glaciers (Théorie des), 351.
- Globe de feu (Observation d’un), 318. Gournerie (De La), 95.
- Grains (Elévateur à), 163.
- Gravure par la photographie (Nouveau procédé de), 339.
- Groenland (L’expédition du prolesseur Nordenskiôld au), 102.
- Gutta-percha et caoutchouc, 350.
- II
- Hodomètres (Les), 76.
- Homard (La mue du), 286.
- Horloge du monde (La plus grande), 599. Houille humide et houille sèche (Puissance calorique de la), 414.
- Houille organisée (La), 351.
- Houille (Végétaux de la), 383.
- Houilles anglaises en 1882, 206.
- Huile dans l’Inde (Les moulins à), 61. Hydrogène (Fabrication du gaz), 291 Ilypocéphale armé (L’), 209.
- I
- Iguanodons de Bernissart (Les), 287. 337.
- Imperméabilisation des tissus (Théorie de 1’), 253.
- Incendie (Singulier cas d’), 78
- Incendies allumés par la foudre, 413.
- Incombustible (Un nouveau composé), 334.
- Inde (Vieilles industries de 1’), 223, 347.
- Indo-Chine (La géologie de I’), 154.
- Inondations aux Antilles, 254.
- Insectes utiles et nuisibles (Exposition des), 98.
- Interférence des sons démontrée par le téléphone, 23.
- Isthme de Corinthe, 171, 187.
- J
- Jouet grec (Un), 64.
- Aalmouksau Jardin d’Acclimatation (Les), 305.
- L
- Laboratoire de toxicologie, 126.
- Lampes perpétuelles (Les), 221.
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 419
- Lapin (Les follicules clos du), 159. Liquéfaction des gaz, 159.
- Lumière électrique à la Chambre des Communes à Londres. 599.
- M
- Machine à nettoyer les couteaux, 112. Machine à vapeur microscopique, 187. Machine de compression dans l’antiquité,
- 140.
- Machine pneumatique dans l’antiquité. 140.
- Machinerie des Temples (La), 104. Machines à vapeur en France, 14. Magnétique (Carillon), 142. Magnéto-électrique (Nouvel appel), 176. Mammouth (Echantillons du), 287.
- Marée extraordinaire, 254.
- Marine chinoise, 142.
- Marine (Histoire de la), 230. Malacosteus Niger, 4.
- Marche (Etude photographique de la), 79. Martin-chasseur de la Nouvelle-Guinée, 161.
- Merle blanc, 63.
- Méridien (La question du), 127.
- Mers géologiques (Cordons littoraux des), 15.
- Métalloscopic? 79.
- Météorite charbonneuse, 63.
- Météorite de Saint-Caprais-de-Quinsac, 598.
- Météorologique (Un nouvel observatoire), 15.
- Météorologiques (Emploi des trains aux Etats-Unis pour les annonces), 51. Mexique (Outils en cuivre du), 67. Microphone (Construction d’un), 384. Migration des pucerons, 127 ,
- Mirage lunaire, 366.
- Mission du Cap Ilorn, 415.
- Montgollier (La statue des frères), 193 Montres magnétisées, 95.
- Montrond (Eau de), 15.
- Monuments assyriens, 30.
- Moteur à diffusion, 95.
- Mouches et guêpes, 239.
- Moulins à huile dans l’Inde, 61. Mouvements lents et périodiques du sol. 378.
- Mouvement perpétuel (Le), 194.
- N
- Naval dans l’antiquité (Art), 395. Navigables delà France (Voies), 599. Navigation sous-marine, 210.
- Navire cuirassé français (Un nouveau),
- 141.
- Navires à vapeur (Tonnage des), 14. Nébulosité atmosphérique (La), 126. Nègre aux Etats-Unis (Accroissement de la population), 95.
- Niagara (Pont sur le), 42.
- Niaudet (A.), 350.
- Nickel (Monnaie en), 415.
- Nicolas Leblanc (La statue de), 142. Nids d’oiseaux, 16.
- Nil blanc et Nil bleu, 271.
- Nitritication (La), 166.
- Nombre? (Comment doit-on écrire un), 214.
- Nombres entiers (Multiplication des), 363, 391.
- Nordenskiôld au Groenland (L’expédition de), 102, 375.
- « Normandie » (Paquebot « La »), 114, 135.
- Nuage formé d’une matière solide floconneuse, 542.
- O
- Objectif électrique pour photographies instantanées (système Brunot), 150. Objectifs monstres, 78,190.
- Observatoire chronométrique à Besançon, 382.
- Observatoire de Kautokeino, 569. Observatoire de Vienne, 175. Observatoire météorologique suisse au Santis, 540.
- Observatoire Smith au Spitzberg, 7. Œufs gravés (Les), 336.
- Oiseaux de basse-cour, 106.
- Oiseaux (Le vol des), 35.
- Optique (Expérience d’), 158.
- Orage du 29 juin au Havre, 110. Oscillations du sol (Etude des), 144. Ossuaire d’Argenteuil, 113.
- Ouïe comparée à la vue, 207.
- Outils en cuivre du Mexique, 67, Oxygène liquide, 128.
- r
- Pain chez soi (La fabrication du), 289). Palaffites du lac de Bienne, 342. Panémonc (Le), 107.
- Papier (Portes en), 259.
- Papier (Rails en), 15.
- Paradisiers, 248.
- Pasteur (Un hommage à M.), 534. Pêcheries à Londres (Exposition de), 11. Perles fines (Sur les), 75.
- Phénomène lumineux observé au lever de la lune, 96.
- Phosphorescence du bois pourri, 303. Photocalque (le), 416.
- Photographie à la lueur de la lune,
- 142.
- Photographie à la lueur des éclairs, 98. Photographie des éclairs, 270. Photographie en médecine, 215. Photographie isochromatique, 97. Photographie instantanée, 20. Physiologique de Paris (Station), 226, 275.
- Physique moderne (Un traité de), 99. Physique sans appareils, 32, 255, 303, 368.
- Phytochromotypie (La), 95.
- Pile au sulfate de cuivre (Nouvelle), 106 Pince-nez perfectionné, 135.
- Plante nouvelle (Une), 363.
- Plateau, 290.
- Pluies extraordinaires, 251.
- Poids et mesures (Bureau international des), 145, 167, 177.
- Polaires (Expéditions circum-), 298. Poisson des grandes profondeurs de l’Océan, 4.
- Poissons (Nourriture des), 415.
- Pompe à incendie dans l’antiquité, 13. Pont chantant (Un), 22.
- Pont de Brooklyn (Le), 99, 119.
- Pont sur le Niagara (Reconstruction du), 42.
- Potager royal de Frogmore, 257.
- Poterie dans l’Inde, 223.
- Poulpes géants (Les), 17.
- Précipités ténus (Filtration des), 502. Préfecture de police à l’exposition d’Amsterdam, 197.
- Propulseur à réaction hydraulique, 273. Protohelvètes (Les), 294.
- Puceron laniger (Destruction du), 77. Pucerons (Migration des), 127. Pulvérisateur (Confection d’un), 75. Pyroélectricité, 112.
- Pyroménite Forgeot, 79.
- Q
- Quinquina (Culture du), 127.
- R
- Radeau de sauvetage (Nouveau), 517. Radiations (Analyse des), 335.
- Rails d’acier (Durée des), 206.
- Rails en papier, 15.
- Récidivistes (L’identification des), 197. Rectification des alcools mauvais goût par l’électricité, 285.
- Régulateur automatique pour le chauffage au gaz, 352.
- Régulateur solaire, 208.
- Reptiles terliaires, 416.
- Résidus animaux (Utilisatio n des), 112 Revolver de poche (Nouveau), 252. Rhéostat de M. Trouvé, 118.
- Rideau hydraulique de théâtre, 415.
- Rose verte (La), 63, 98.
- Roues en cuir (Les), 111.
- Ruminants tertiaires, 335.
- Russie (L’Industrie aurifère en), 159.
- S
- Sabres (Avaleurs de), 122.
- Sacculine (la), 416.
- Samarium (Le), 111.
- Saumon de Californie (Le), 222.
- Sauterelles (Les), 40.
- Science dans l’antiquité (La), 64, 104, 140.
- Sépultures à Paris (Anciennes), 190.
- Séquoias de la Californie, 54, 129.
- Sève (Circulation de la), 159.
- Signaux Morse (Traduction en lettres des), 412.
- Silex taillés dans le Sahara (Ateliers de), 190.
- Société internationale des électriciens, 270.
- Smith (Lawrence), 382.
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- INDEX ALPHABETIQUE.
- Solaires (Perturbations), 142.
- Sol à Neuchâtel (Mouvements du), 63.
- Soleil de minuit au Cap Nord, 330.
- Soleil vert observé aux îles Pbilipines, 363.
- Sons (Interférence des), 23.
- Sons (Propagation des), 286, 342, 370,
- Sphère mouvante de M. A. Redier, 191.
- Soufflage du verre par l’air comprimé, 87, 118.
- Spitzberg (Observatoire Smith au), 7.
- Spottiswoode, 95.
- Station physiologique de Paris, 226; 275.
- Station zoologique volante hollandaise, 225.
- Statistique des appareils à vapeur en France, 49.
- Statue de Nicolas Leblanc, 142.
- Slrontiane en Sicile (Exploitation de gisements de), 30.
- Sulfure de plomb (Histoire chimique du), 31.
- T
- Tabac sur la température et le pouls (Action du), 126.
- Taches solaires, 502, 382.
- Tachygraphe de M. Méresse, 81.
- « Talisman » (Nouvelle du), 126, 566. Taxicologic, 551.
- Tcderchi de Ercole (Vincent), 158. Télégraphie en Chine, 415.
- Télégraphie en mer, 62.
- Télégraphie (Origine de la), 502. Télégraphiques en Europe (Lignes), 206.
- Téléphone (Interférence des sons démontrée par le), 23.
- Téléphone et la morale, 158.
- Téléphonie à grande distance, 5.
- Téléphoniques simplifiés (Postes), 365.
- Télescope de l’Observatoire populaire du Trocadéro, 45.
- Territoire français (Le), 254.
- Théâtres à pivot de Curion (Les), 181.
- Thuillier (Dr), 274.
- Titane (composés de), 400.
- Tornades, 96.
- Torpille dirigeable (La), 59.
- Torpille par la vapeur (Lancement des), 142.
- Tour en fer à claire-voie de l’Observatoire météorologique de Brécourt,
- 241.
- Tourniquet à gaz, 400.
- Tourniquet hydraulique, 47.
- Traité de physique moderne, 99.
- Tramcar électrique, 219.
- Tramway électrique de Caen, 142.
- Transport des grandes masses (Le), 500, 323.
- Tremblement de terre à Smvrne, 382, 401.
- Tremblement de terre d’ischia du 28juillet 1883, 182.
- Tremblement de terre de Java (Le grand), 260, 318, 416.
- Tremblement de terre du 17 mars 1885,
- 100.
- Tremblement de terre en Algérie, 550.
- Tremblements de terre dans les Pays-Bas (Prévision des), 30, 239.
- Tremblements de terre (Statistique des), 305,
- Tricycle aquatique (Un), 353.
- Trotteurs (Les), 134.
- Turbine atmosphérique (La), 179. Turbine et d’un moteur électrique (Fonctionnement d’une), 335.
- Y
- Vagues calmées (Les), 174.
- Vapeur en France (Statistique des appareils à), 49.
- Vapeur vésiculaire (Hvpothèsc de la), 514.
- Vases merveilleux (Les), 267.
- Véhicule à traction normale, 508, 370.
- Verre par l’air comprimé (Soufflage du), 87, 118.
- Verre (Un nouveau), 46.
- Verrues (Guérison des), 158.
- Vénus (Passage de), 379.
- Vie pélagique (La), 354.
- Ville en un seul jour (Fondation d’une), 190.
- Villequier (L’accident de), 51.
- Vin (Matière colorante du), 112.
- Vitesses exprimées en kilomètres (Tableau de diverses), 275.
- Voiture à vapeur à grande vitesse de M. A. Bol lue, 33.
- Vol des oiseaux (Le), 35.
- Z
- Zoologique volante hollandaise (Station), 223.
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- LISTE DES AUTEURS
- P A K ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Acker (J.)- —Expérience sur la puissance de l’ouïe comparée à ccjle de la vue, 207.
- André (Ed.). —Une plante nouvelle, Caraguala Sanguinea, 305.
- Appert (frères). — Le soufflage du verre par l’air comprimé, 87.
- Bâclé (L.). — Les chemins de fer à fortes rampes. La ligne de l’Utliberg et la ligne de Wœdensweil à Einsiedeln, 148. — Le chemin de fer métropolitain de Paris, 242. — Frein automalique à air comprimé de Carpenter, 263.— L’exploitation des forêts et les chemins de fer à rails en bois en Amérique, 404.
- Bazin (IL). — Brouillard extraordinaire, 47.
- Bertillon (A.). — La préfecture de police à l’Exposition d'Amsterdam. L’identification des récidivistes, 197.
- Blanc (Alph.). — Appareil pour l’analyse des gaz, 411.
- Bléunard (A.). — Les carrières d’ardoises à Angers, 130. — Construction d’un microphone, 384.
- Boitel. — Sur la propagation des sons, 370.
- Bontemps. — Soufflage du verre par l’air comprimé, 118. — Objectif monstre américain, 190.
- Bouquet de la Grye. — Passage de Vénus du 6 décembre 1882. Mission du Mexique, 371.
- Boussingault. — Le cacao et le chocolat, 1.
- Candèze (Dr). — Les nids d’oiseaux, 16.
- Caktaz (A.). — L’exposition de pêcheries à Londres, 11.
- Chenevrier (P). — Aquarium-volière, 139.
- Chenut (P.). — Objectif électrique pour photographies instantanées. Système Brunot, 150.
- Chobaut (A.). — Observation d’un globe de feu, 318. — Durée de visibilité des bolides, 391.
- Comte (V.). — Compas pour tracer les ellipses, 174,
- Collàdon (M. D.). — Incendies allumés par le fondre. 415.
- Cook. — Acide carbonique de l’atmosphère, 59.
- ûallet (G.). Les mouvements lents et périodiques du so', 578.
- Dufour (Henri). — Nouveau baromètre enregistreur, 373.
- Dumont (G.). — Nouvelle pile au sulfate de cuivre, 106.
- Dussaut (Fr.) — Nuage formé d’une matière solide floconneuse, 342.
- Faye. — Plateau, 290.
- Forel (F. A.). Les protohelvètes, 294.
- Fréchon (E.). — Sur la vitesse des sons, 286,
- Girard (Maurice). — L’hypocéphale armé, 209.
- Girard de Rialle. — Les Cinghalais au Jardin d’Aeclimalation de Paris, 131. — Les Araucaniens au Jardin d’Acclimatation de Paris, 151. — Les Kalmouks du Jardin d’Acclimatation, 305.
- Gobin. — Un pont chantant, 22.
- Goy (M.). — Un aquarium-volière-jardinière, 48.
- Grad (Cu ). — Le soleil de minuit au Cap Nord. Souvenir de voyage, 530.
- Guillemin (Amédée). — Avertisseur électrique des incendies. Le pvgroménite Forgcot, 79. — Durée de visibilité des bolides, 363.
- IIéaient (Félix). — L’équatorial de l’Observatoire de Paris, système Lœwy, 264.
- Heurck (D. Henri Van). — La rose verte, 98.
- Hospitalier (E.) — La téléphonie à grande distance, 5. — Comment doit-on écrire un nombre? 214. — Un nouveau bateau électrique expérimenté sur la Tamise à Londres, 218. — Accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar, 387.
- Jackson (James). — Tableau de diverses vitesses exprimées en mètres par seconde, 275.
- Joly (Ch.). — Les arbres géants de la Californie, 54,129. — Le potager royal de Frogmore, 257.
- Kerlus (G.). — Les spectacles scientifiques, les avaleurs de sabres, 122. — Les anesthésiques des jongleurs. Les Aïs-saoua ; les fakirs, 245, 355. ,
- L’Angle Beaumanoir (Raoul de). — La navigation sous-marine,
- 210.
- Lariialétrier (Albert). — L’exposition des insectes utiles et nuisibles au Palais de l’Industrie. 98.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Le Blanc (F.). — Le service de la vérification du gaz, 22.
- Lelorivain. — Cuisson par le soufre fondu, 23.
- Lequesne et Lefebure. —Le Panémone, 107.
- Levât (L. A.).— Expérience d’oplique, 158. — Phosphorescence du bois pourri, 303. — Sur la propagation des sons, 342.
- Leville (0.). — Photographie à la lueur des éclairs, 98.
- Larbalétrier (A.).— L’agriculture à Ichia et aux environs de Naples, 279.
- I.hoste. — Traversée du détroit du Pas de Calais en ballon de France en Angleterre, 287.
- Lokde (A.). — La photographie en médecine. Appareil photoélectrique, 215.
- M. (Dr H). — Un tricycle aquatique, 353.
- Mahé de la Bourdonnais (le Cte). — Voyages en Birmanie, 23.
- Maindron (Maurice). — Paradisiers, 248.
- Maret (E. J.). — Le vol des oiseaux, 35. — La station physiologique de Paris, 226, 275.
- Maurer (Dr J.). — Observatoire météorologique Suisse au Santis, 340.
- Menault (Ernest). — Les oiseaux de basse-cour, 106.
- Meunier (Stanislas). — Académie des Sciences (Comptes rendus des séances hebdomadaires), 15, 31, 46, 63, 79, 95, 111,
- 126, 142, 159, 175, 191, 206, 223, 240, 255, 271, 287, 303, 318 , 334, 367, 382, 399, 415..L’ossuaire d’Argenteuil, 113. — Curieuses apparences de ruissellements boueux aux environs de Pierrefonds (Oise), 160. — Une coupe géologique, 251. — Les iguanodons de Bernissart, 337.
- Moleyre (L.). — Les flèches des Batékés (Afrique Equatoriale),
- 127.
- Moureaux (Th.). — L’Électromèlre enregistreur de M. Mas-cart, 51.
- Nadaillac (de). — Les outils en cuivre du Mexique, 67.
- Oulman (Camille). Sur les perles fines, 75.
- Oustalet (E.). — Les poulpes géants, 17. — Le « Clytoceyx-Rex » martin-chasseur récemment découvert à la Nouvelle-Guinée. 161.
- Paris (L’amiral). — Histoire de la marine, 230.
- Péligot (H.). —Un besicle ou prince-nez perfectionné, 135.
- Pelletier (H.). Curiosités d’histoire naturelle, 334.
- Peralta (R.). — Le Soleil vert observé aux îles Philippines, 363.
- Philaire (J.). — Les moulins à huile dans l’Inde, 61. — Les vieilles industries de l’Inde. Poterie, 223. Tissage, 347.
- Philippin (C. A.). — Régulateur automatique pour le chauffage au gaz, 352.
- Putsch (Emile). — L’isthme de Corinthe, 171, 187.
- Poisson (J.). Le Cryptomeria, 315. — La cuscute, 385.
- Pompilian (Victor). — Un cas bizarre de dimorphisme des feuilles, 107.
- Rabot (Ch.). —Une visite à l’Observatoire Smith au Spitzberg, 7. — L’expédition du professeur Nordenskiôld au Groenland, 102, 375. — Les expéditions circumpolaires autrichienne et suédoise, 298.
- Richou (G.). — Canal entre Manchester et Liverpool, 379.
- Rochas (A. de). — I.a pompe à incendie dans l’antiquité, 13. L’ariillerie des Grecs, 26. — La science dans l’antiquité. Un jouet grec, 64. — Les hodomêtres, 76. — La machinerie
- des temples, 104. — La machine pneumatique et la fontaine de compression, 140. Les théâtres à pivot de Curion, 181.
- — Les lampes perpétuelles, 221. — Les vases merveilleux, 267. — Le transport des grandes masses : Transport d’un clocher, 300. — Transport d'un magasin à cartouches, 323.
- Rouby (E.). — Le tramcar électrique de la c freench électri— cal power storage c° », 219.
- Rousseau (E.). — Sur un tourniquet hydraulique, 47.
- S. (H. de). — Les fourmis américaines : la fourmi à miel, les fourmis moissonneuses, 3ü9, 591,402.
- Sadi Carnot. Carnot et les aérostats, 50.
- Sarrepont Major 11. de). — Le camp retranché de Strasbourg, 358. —Les fortifications cuirassées, 406.
- Saunier (C.). — Nouveau régulateur solaire, 208.
- Sauvage (E.). — La station zoologique volante hollandaise, 223.
- Séguala. Une exposition d’appareils de chemins de fer à Chicago,
- 321.
- Serre (le contre-amiral P.). — L’art naval dans l’antiquité. Le « Corbeau, » 395.
- Sire (Georges). — Sur la cohésion des liquides et l’hypothèse de la vapeur vésiculaire, 314.
- Tardy. — A propos des palafîttcs du lac de Bienne, 342.
- Tédesco (N. de). — Sur la multiplication des nombres entiers, 391.
- Thénard. Sur la multiplication des nombres entiers, 363.
- Tissandier (Gaston). — Photographie instantanée, 20. — Statistique des appareils à vapeur en France, 49. — Les progrès de l’agriculture. Hier et aujourd’hui, 71. — Voyages aériens au-dessus de la Manche et de la mer du Nord. Récentes tentatives de passage en Angleterre de MM. Eloy et Lhoste, 83. — Un traité de physique moderne, 99. — L’observatoire du Bureau international des poids et mesures, 145,167,177
- — La statue des frères Montgolfier, 193. — Le théâtre des instruments mathématiques de Jacques Besson, 203. — Tour en fer à claire-voie de l’Observatoire météorologique de Brécourt à Sainte-Marie-du-Mont (Manche), 241. — Industries parisiennes. Une fabrique d’aérostats, 280 — Traversée du détroit du Pas de Calais de France en Angleterre, 287. — Nouvel appareil pour la fabrication du gaz hydrogène, 291. — L’aérostat dirigeable électrique de MM. Albert et Gaston Tissandier, 326, 343. — Les cyclones aux États Unis, 397. — Le tremblement de terre de Smyrne, 401.
- Trincano. — Phénomène lumineux observé au lever de la lune, 96.
- Valet (Alb.). — A propos de l’alcool du melon, 270.
- Vei.ain (Ch . ).— La géologie de l’Indo-Chine, d’après les récentes, explorations de M. Ed. Fuchs, 154. — Le tremblement de terre d’ischia du 28 juillet 1883, 182.
- Vieillard (Edme). — Les ascenseurs hydrauliques pour canaux 90.
- Vignes (E.). — La torpille dirigeable, 39.
- Vion (R.). — La mue du homard, 286. — La vie pélagique, 354. — Nourriture des poissons, 415.
- Vlasto (E.). — Nouvelle étuve à courant d'air, 312.
- Wideman (C.). — Procédé d’émaillage des photographies, 343.
- X.. (Charles Albert). — La reproduction des crevettes, 74
- Z... (I)r). — La phylochromotypie, 93. — La photographie isochromatique, 97. — Un orchestre de chats et un concert d’ânes, 319.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B, Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Télescope de l’Observatoire populaire du Trocadéro. . 43
- Objectif monstre américain (Bontemps).....................100
- Sphère mouvante de M. A. Redier...........................191
- Nouveau régulateur solaire (C. Saunier)...................208
- L’équatorial de 1 Observatoire de Paris (Félix Revient) . 285
- Durée de visibilité des bolides (A. Guillemix)............503
- Passage de Vénus du 0 décembre 1882. Mission du Mexique (Bouquet de la Ghye)...............................570
- Éclipse solaire........................................... 03
- Objectifs monstres .... 78
- La question du méridien.................... .... 127
- Perturbations solaires....................................143
- Observatoire de Vienne....................................175
- Constitution du Soleil....................................505
- Héapparition de la comète de 1812.........................518
- Élude des comètes.........................................519
- Physique solaire..........................................519
- Taches du Soleil..........................................582
- Observatoire chronométrique à Besançon....................582
- Physique.
- La téléphonie à grande distance........................... 5
- Électricité pratique. Avertisseur de caisse, système Bre-
- guet.................................................... 7
- La pompe à incendie dans l’antiquité (A. de Rochas) . . 13
- Photographie instantanée (G. T.).......................... 20
- Interférence des sons démontrée par le téléphone. . . 25
- Physique sans appareils.................. 32, 255, 505, 508
- Le langage des Électriciens............................... 35
- Sur un tourniquet hydraulique (E. Rousseau)............... 47
- L’électromètre enregistreur de M. Mascart (Tu. Moureaux) 51 Électricité pratique. La force portante des aimants. Rhéostat de M. G. Trouvé. Construction d’un microphone (A. Bleunard) ......................... 58, 118, 384
- Dynamomètre hydrostatique de M. Pellat................ 00
- La science dans l’antiquité. Un jouet grec. La machine
- pneumatique et la fontaine de compression. Les liodo-mètres. Les théâtres à pivot de Curion. Les lampes perpétuelles. Les vases merveilleux (A. de Rochas).
- 04,70,140,181,221.................................... 207
- Avertisseur électrique des incendies. Le pyroménite
- Forgot (A. Guillemin)................................. 79
- La photographie isochromatique.......................... 97
- Photographies à la lueur des éclairs (0. Levii.le) . . . 98
- Un traité de physique moderne (G. Tissandier) .... 99
- La machinerie des temples antiques (A de Rochas). . . 102
- Nouvelle pile au sulfate de cuivre (G. Dumont) .... 100
- L’Observatoire du Bureau international des poids et
- mesures (G. Tissandier).................. 145, 107, 177
- Objectif électrique pour photographies instantanées
- (système Brunot)......................................150
- Expérience d’optique (L. A. Levât)......................158
- Nouvel appareil magnéto-électrique de M. Abdank-Abaka-
- nowicz.............................................. 170
- Nouveau régulateur solaire (C. Saunier).................208
- La photographie en médecine. Appareil photo-électrique
- (Albert Londe)........................................215
- Un nouveau bateau électrique expérimenté sur la Tamise
- à Londres (E. IL).....................................218
- Le tramcar électrique de la « freench électrical power
- storage C° » (E. Rouby)...............................219
- Sur la vitesse des sons (E. Frechos) (L. A. Levât)
- (Boitel)................................. 280, 343, 370
- Phosphorescence du bois pourri (Levât)..................503
- Sur la cohésion des liquides et l’hypothèse de la vapeur
- vésiculaire (Georges Sire)............................314
- Nouveaux postes téléphoniques simplifiés................305
- Une chambre claire............................. . . 308
- Les accumulateurs Faure-Sellon-Volckmer (E. Hospitalier) 587
- Tourniquet à gaz........................................400
- Traduction en lettres des signaux morse.................412
- i Le photocalque, petite chambre noire pour les dessinateurs ................................................410
- Télégraphie en mer...................................... 02
- L'éclairage électrique dans l’Extrême Orient ... 03
- i Montres magnétisées..................................... 95
- Pyroéleclricité.........................................112
- Action de la lumière sur le Caoutchouc................ 120
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Photographies à la lueur des éclairs.................142
- Carillon magnétique..................................142
- Nouveau fusil électrique.............................158
- Le téléphone et la morale............................158
- Théorie de Vimperméabilisation des tissus............253
- Société internationale des Électriciens..............270
- Photographie des éclairs.............................270
- Origine de la télégraphie............................502
- Curieux phénomène électrique.........................502
- Fonctionnement d’une turbine et d'un moteur électrique..................................................555
- Analyse des radiations.............................. 555
- Isolement électrique des fils métalliques............555
- La conductibilité électrique.........................585
- La lumière électrique à la Chambre des Communes à Londres............................................509
- Chimie
- Le cacao et le chocolat (Boitssincault)............... 1
- Le caoutchouc aux États-Unis.......................... 7
- Cuisson par le soufre fondu........................... 25
- La mousse de la bière................................. 58
- Les moulins à huile dans l’Inde (J. Philaire)......... 61
- La nitrification. Ilcrclicrches de M. Warington .... 166
- Le blanchiment par l’électricité........................235
- Sur l’alcool du melon (L. A. Levât) (Albert Valut) 238, 270
- Fourneau à creuset, système Carr........................272
- Rectification îles alcools mauvais goût par l’électricité . 283
- La fabrication du pain chez soi.......................289
- Nouvel appareil pour la fabrication du gaz hydrogène
- (G. Tissanrier)......................................291
- Nouvelle étuve à courant d’air (E. \lasto)..............512
- Récréations scientifiques. Les oeufs gravés.............556
- Procédé d’émaillage des photographies (C. W'ideman) . . 545
- Appareil pour l’analyse des gaz (A. Blanc) ..... 411
- Curieuse cuisson par l’asphalte......................... 14
- Les hydrates de la baryte . . . .•.................... 15
- La fermentation panaire.....................». . . . 15
- Eau de Montrond...................................... 15
- Histoire chimique du sulfure de plomb............... 31
- Réaction du cuivre...................................... 31
- Évaporation de l’eau salée.............................. 31
- Un nouveau verre ....................................... 46
- Singulier cas d’incendie,............................... 78
- Cuir artificiel......................................... 78
- Electro-chimie. . . .................................... 94
- Impuretés de l’eau..................................... 95
- Structure de l’acier..................................111
- L’acide perchromique....................................111
- Le Samarium..............................................1H
- Utilisation des résidus animaux.........................112
- Matière colorante du vin................................412
- Oxygène liquide ........................................126
- La statue de Nicolas Leblanc............................142
- Synthèse de l’albite ...................................159
- Liquéfaction des gaz....................................159
- Les dimensions des atomes...............................22o
- Nouveau composé incombustible........................ . 334
- Nouveau procédé de gravure par la photographie . 339
- Gutta-percha et caoutchouc..............................350
- L'exploitation du borax en Italie.......................350
- Composé du titane.......................................400
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Brouillard sulfureux du 19 mai 1883..................... 70
- Phénomène lumineux ob-ervé au lever de la lune ... 96
- La géologie de l’Indo-Chine, d’après les récentes explorations de M. Ed. Fuchs (Ch. Vêlais).....................154
- Curieuses apparences de ruissellements boueux aux environs de Pierrefonds (Oise) (S. Meunier)..............160
- Le tremblement de terre d’ischia du 28 juillet 1883
- (Ch. Vêlais)...................................... . 182
- Prévision des tremblements de terre (J. Delaunev). . . 259
- Tour en fer à claire-voie de l’Observatoire météorologique de Brécourt à Sainte-Marie-du-Mont (Manche) (G. Tis-
- sasdier).............................................241
- Pluies extraordinaires.................................231
- Une coupe géologique (S. Meunier)......................251
- Action érosive des agents atmosphériques sur certaines
- roches (A. L.)..................................... 259
- Le grand tremblement de terre de Java 27 août 1885 . 260, 416
- Tremblement de terre en Algérie........................530
- L’Observatoire météorologique suisse au Sanlis (canton
- d’Appenzel (I)r Jules Maurer)................. . 541
- Le soleil vert observé aux Philippines (R. Peralta) . . 565
- Durée de visibilité des bolides (Â.Guillemin)(A.0iiobaut) 563,591 L’Observatoire de Kauto-Kuno en Norvège pour l’étude
- des aurores boréales.................................569
- Nouveau baromètre enregistreur (Henri Dufour). . . . 575
- Les mouvements lents et périodiques du sol (G. Dallet). 578
- Les cyclones aux Etats-Unis (G. Tpssanrier).........597
- Le tremblement de terre de Smyrne (G. Tissandier) 582, 401 Incendies allumés par la foudre (D. Colladon) . .... 415
- Une aurore boréale aux îles Sandwich...................412
- Un nouvel Observatoire météorologique.................. 15
- Cordons littoraux des mers géologiques................. 15
- Le tremblement de terre du 17 mars 1883 dans les
- Pays-Ras............................................. 30
- Exploitation des gisements de Stronliane en Sicile. 50 Emploi des trains aux Etats-Unis pour les annonces
- météorologiques...................................... 31
- L’accident de Villequier.............................. 51
- Origine de la bauritc et du fer en grain............... 47
- Chute des blocs de glace............................... 62
- Cyclones aux États-Unis................................ 62
- Nouvelle météorite charbonneuse........................ 65
- Mouvements du sol à Neuchâtel.......................... 63
- Les tempêtes du Pacifique.............................. 04
- Les alluvions atmosphériques........................... 79
- Les tornados........................................... 90
- L’orage du 29 juin au Havre. ..........................110
- Nébulosité atmosphérique...............................126
- Elude des oscillations du sol..........................144
- L’industrie aurifère en Russie.........................139
- Un nouveau minéral................................
- Formation rapide des filons de minerais...........
- Une pluie de foin.................................
- Inondations aux Antilles..........................
- Marée extraordinaire, observée à Biarritz.........
- Statistique des tremblements de terre.............
- Curieux effets du grand tremblement de terre de
- Java.............................................
- Nuage formé d’une matière solide floconneuse, . . .
- La houille organisée..............................
- Théorie des glaciers..............................
- Diorites de Corse.................................
- Mirage lunaire....................................
- Tremblements de terre à Smyrne....................
- Végétaux de la houille............................
- Météorite de Sainl-Caprais de Quinsac.............
- Courants électriques terrestres...................
- 159
- 199
- 254
- 254
- 254
- 505
- 518
- 542
- 551
- 551
- 351
- 366
- 582
- 385
- 598
- 416
- Une visite à l’Observatoire Smith au Spitzberg (Ch. Rabot)...................................................... 7
- Brouillard extraordinaire. Brouillard sulfureux (II. Bazin) 47 L’électromètre enregistreur de M. Mascart (Th. Mou-
- reaux)............................................... 51
- Acide carbonique de l’atmosphère (Cook)................59, 63
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- Poisson des grandes profondeurs de l'Océan. Malocosleus
- niger . . . ....................................
- j Les nids d’oiseaux (Dr Candèze)................... 16
- p.424 - vue 428/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Les poulpes géantes (E. Oustalet)........................ 17
- Le vol des oiseaux (Mahey)............................... 35
- Les sauterelles.......................................... 40
- Un aquarium-volière-jardinière (Goy) (P. Chenevrier)
- 48....................................................139
- Les arbres géants de la Californie (Ch. Joly) . . . 54, 129
- Sur les perles fines (Camille Oulman).................... 75
- La phytochromolypie (Dr Z.).............................. 93
- La rose verte (D‘ Vam IIeurck)........................... 98
- Un cas bizarre de dimorphisme des feuilles (Victor Pom-
- pilias)...............................................107
- L’ossuaire d’Argenteuil (S. Meunier).....................113
- Le « clytoceyx-rex » martin-chasseur récemment découvert à la Nouvelle-Guinée (E. Oustalet).................101
- L’hypocéphale armé (Maurice Girard)......................209
- La station zoologique « volante » hollandaise (E. Sauvage!. 725
- Paradisiers (Maurice Maindron)...........................298
- La mue du bonard (R. Viox)...............................286
- Les fourmis américaines. La fourmi à miel. Les fourmis
- moisonneuses (11. de S.)................. 309,391, 402
- Le cryptomeria (J. Poisson)..............................315
- Les iguanodons de Bernissart (S. Meunier) .... 287, 337
- La vie pélagique (R. Yion)...............................554
- Une plante nouvelle Caraguata sanguinea (En. André). 364
- La cuscute (J. Poisson)..................................585
- Foraminifères tertiaires................................. 15
- Le merle blanc, la rose verle, l'œillet bleu............. 63
- Reproductions autographiques des fossiles et empreintes................................................111
- Nouvelles du « Talisman »................................126
- Migration des pucerons...................................127
- Circulation de la sève...................................159
- Mouches et guêpes........................................259
- Ruminants tertiaires.....................................535
- La nourriture des Poissons...............................415
- La sacculine........................................... 416
- Reptiles tertiaires . . ........................* . . 416
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Voyages en Birmanie (C'° Maiié de la Bourdonnais). . . 23
- Colonies anglaises....................................... 58
- L’exploration du professeur Nordcnskiold au Groenland
- (Ch. Rabot)................................... 102, 575
- La grande muraille de Chine..............................151
- Les expéditions circumpolaires autrichienne et suédoise
- (Ch. Rabot)...........................................298
- Le soleil de minuit au Cap Nord. Souvenir de voyage
- (Ch. Grad)............................................339
- Le territoire français...................................254
- Le Nil blanc et le Nil bleu..............................271
- Expédition scientifique du « Talisman »..................366
- Expédition arctique......................................400
- La mission du cap Horn...................................416
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Les outils en cuivre du Mexique (marquis de Nadaillac). 67
- Les flèches des Batékés (Afrique équatoriale).............127
- Les Cinghalais au Jardin d’Acclimatation de Paris (Girard
- de Rialle)........................................... 151
- Les Araucaniens au Jardin d’Acclimatation deParis(GiRAiu)
- de Rialle).............................................151
- La préfecture de police à l’Exposition d’Amsterdam.
- L’identification des récidivistes (A. Bertillon) .... 197
- Les vieilles industries de l’Inde. Poterie, Tissage (J. Pm-
- laire)........................................ 223, 347
- Les Protohclvètes (F. A. Forel)...........................294
- Les Kalmoucks au Jardin d’Acclimatation (Giraud
- de Rialle)............................................ 305
- Antiquité de l’homme dans les Alpes maritimes . . 15
- Monuments assyriens.............. ...............
- L’accroissement de la population nègre aux Etats
- Unis ......................
- Anciennes sépultures à Paris.....................
- Nouveaux ateliers de silex taillés dans le Sahara.
- A propos des palafittes du lac de liienne........
- 30
- 95
- 190
- 190
- 342
- Mécanique. — Art de l’Ingénieur. — Travaux publies. —Arts industriels.
- Machine à capsuler les bouteilles . .................. 21
- Un pont chantant (Gobin).............................. 22
- Le service delà vérification du gaz (F. le Blanc) . . . 22 Voiture à vapeur à grande vitesse de M. A. Bollée ... 33
- Reconstruction d’un pont sur le Niagara............... 42
- Eclairage des bouées par le gaz comprimé.............. 65
- Confection d’un pulvérisateur ....................... 75
- Les hodomètres (A de Rochas).......................... 76
- Le tachygraphe de M. Méressc. ........................ 81
- Le soufflage du verre par l’air comprimé (Appert frères)
- (Bontemps) . . ................................87, i jg
- Les ascenseurs hydrauliques pour canaux (Edjie Yieil-
- i-aRd)................................................ 90
- Le pont de Brooklyn...............................9ys -| |t>
- Le panémone (Lequesne et Lefébure).................... H0
- Machine à nettoyer les couteaux.......................... H2
- Le nouveau paquebot « La Normandie ».................114
- Les carrières d’ardoises à Angers (A. Bleuxaud)..........150
- Un hésicle ou pince-nez perfectionné (11. Péi.igot) ... 135
- Les chemins de fer à fortes rampts La ligne de l’Utlihcrg et la ligne de AVœdensweil à Einsiedeln (L. B.). . . 148
- Élévateurs à grains......................................103
- La consommation Je charbon et de vapeur des machines
- motrices modernes..................................i 70
- L’istlnne de Corinthe (Ésiile Pitsch).............171, 187
- Compas pour tracer les ellipses (V. Comte)............175
- La turbine atmosphérique.................................179
- Machine à vapeur microscopique...........................187
- Sphère mouvante de M. A. Redier..........................191
- Le mouvement perpétuel................................. 194
- Le théâtre des instruments mathématiques de Jacques Besson (G. T.)......................................203
- Le chemin de ter métropolitain de Vienne (L. B.). . . 257
- Appareil de chauffage américain..........................240
- Le chemin de 1er métropolitain de Paris. Projet de
- M. llaag (L. B.)......................................242
- Le canon, la machine à vapeur, l’homme et l’insecte
- considérés comme moteurs mécaniques...................250
- Industrie cotonnière au Brésil...........................251
- Nouveau revolver de poche................................252
- Frein automatique à air comprimé de Carpentier ... 265
- Nouveau bateau à vapeur mû par un propulseur à réaction hydraulique, système Maginot et G. Pinelte. . . 275
- Tableau de diverses vite?ses exprimées en mètres par
- secondes (James Jackson)..............................275
- Le transport des grandes masses (A. de Rochas). . 500, 523
- Véhicule à traction normale..............................508
- Construction de la gare centrale d’Amsterdam.............312
- Une exposition d’appareils de chemins de fer à Chicago
- (Séguala)........................................... 321
- Le canal du Jourdain ....................................547
- Régulateur automatique pour le chauffage du gaz
- (C. A. Philippin).....................................352
- Tricycle aquatique (Dr II. M.)...........................353
- Canal entre Manchester et Liverpool (G. Riciiou). . . . 379 L’exploitation des forêts et les chemins de fer à rails en
- bois en Amérique (L. B.)..............................404
- Les machines à vapeur en France......................... 14
- Rails en papier.......................................... 15
- Un moteur à diffusion.................................... 95
- Explosions des chaudières..........................95, 112
- Les roues en cuir..........................................m
- Le tramway électrique de Caen .......... 142
- p.425 - vue 429/432
-
-
-
- 426 TABLE DES MATIÈRES.
- Une nouvelle courroie ...............................175
- Les transports de voyageurs survies chemins de fer
- de la Grande-Bretagne..............................205
- Durée des rails d'acier...............................206
- Les mines de houille anglaises en 1882 .............. 206
- Lignes télégraphiques en Europe.......................206
- Portes en papier......................................239
- Démolition d’une pile de pont à Kampen (Hollande)
- par la dynamite....................................398
- Voies navigables de la France.........................399
- Coffres-forts photographes............................399
- La plus grande horloge du monde.......................399
- Puissance calorifique de la houille humide et de la
- houille sèche................................... 414
- Rideau hydraulique de théâtre.........................415
- La télégraphie en Chine...............................415
- La monnaie de nickel..................................415
- Physiologie. — médecine. — Hygiène.
- Le vol des oiseaux (E. J. JIarey)..................... 35
- Les trotteurs........................................ 134
- Expérience sur la puissance de l’ouïe comparée à celle
- de la vue (J. Acker)............................. 207
- La photographie en médecine appareil photo-électrique
- (Albert Londe). ...................................215
- La station physiologique de Paris (E. J. Marey). . 226, 275
- Les anesthésiques des jongleurs. Les Aissoua, les fakirs
- (G. Kerlbs).................................. 245, 355
- Le canon, la machine à vapeur, l’homme et l’insecte,
- considérés comme moteurs mécaniques................250
- Nouveau procédé anesthésique.......................... 79
- La métalloscopie...................................... 79
- Étude photographique de la marche ....... 79
- Action du tabac sur la température et le pouls. . 126
- Laboratoire de toxicologie............................126
- Guérison des verrues..................................159
- Les follicules clos du lapin........................ 159
- Destruction des cadavres..............................303
- Ataxie locomotrice.................................. 351
- Le cuivre et le choléra...............................383
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- L’Exposition de pêcheries à Londres (A. Cmitaz'. ... 11
- Les progrès de l’agriculture, Hier et aujourd’hui (G. Tissandier).............................................. 71
- La reproduction des crevettes (Charles Albert X.). . 74
- Destruction du puceron laniger...................... . 77
- Les oiseaux de basse-cour (Ernest Menault)..............107
- Les trotteurs...........................................134
- Culture des ananas aux îles Bahamas.....................144
- Le potager royal de Frogmore (Ch. Joly).................257
- L’agriculture à Ischia et aux environs de Naples (Albert
- Larbalétrier)........................................279
- Conservation des œufs.................................. 282
- Culture du quinquina....................................127
- Origine de l’azote combiné du sol arable................143
- Le saumon de Californie.................................222
- Le commerce du bétail aux États-Unis....................270
- Ferment butyrique du sol................................319
- Récolte du caoutchouc au Brésil.........................351
- Les animaux de ferme....................................366
- Élevage d'alligators....................................367
- Rôle agricole des azotates..............................383
- Art militaire. — marine.
- Nouveaux canons....................................... 3
- L’Exposition de pêcheries à Londres (A. Cartaz). ... H
- L’artillerie des Grecs (A. de Hochas)................. 26
- La torpille dirigeable................................ 39
- Eclairage des bouées par le gaz comprimé.............. 65
- Le nouveau paquebot « La Normandie » , . . . 114, 135
- Les vagues calmées (J.)...............................174
- La navigation sous-marine (Raoul del’Angle-Beaumanoir). 211
- Histoire de la marine (L’amiral Paris)................230
- Nouveau bateau à vapeur mû par un propulseur à réaction hydraulique. Système Maginot et G. Pinette. . 273
- Nouveau radeau de sauvetage................. ... 317
- Le camp retranché de Strasbourg (Major II. de Sarre-
- pont) ................................................358
- L’art naval dans l’antiquité (conli e-amiral P. Serre). . 395
- Les fortifications cuirassées (Major H. de Sabrepont). . 406
- Le tonnage des navires à vapeur....................... 14
- Un bateau d’un nouveau genre............................126
- Un nouveau navire cuirassé français.....................141
- Lancement des torpilles par la vapeur...................142
- La marine chinoise ................................... 142
- Doublage des navires avec des plaques de verre . . 367
- Aéronautique.
- Carnot et les aérostats (Sari-Carnot).................... 50
- Voyages aériens au-dessus de la Manche et de la mer du Nord. Récentes tentatives de passage en Angleterre
- de MM. Éloy et Lhoste (G. Tissandier).................. 85
- La statue des frères Montgolfier (G. T.) 193
- Industries parisiennes. Une fabrique d’aérostats (G. Tis-
- sandier)...............................................280
- Traversée du détroit du Pas de Calais en ballon, de France en Angleterre (G. Tissandier). (F. Lhoste). . 287
- Nouvel appareil pour la fabrication du gaz hydrogène
- (G. Tissandier)........................................291
- Aérostat dirigeable électrique de MM. Albert et Gaston
- Tissandier (G. Tissandier).......... 318, 326, 334, 345
- Le centième anniversaire de la découverte des aérostats..................................................... 30
- Exposition aéronautique du Trocadéro..................... 46
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- La science dans l’antiquité (A. de Rochas), 13, 64, 76, ................................. 140, 181, 221, 267
- Vincent Tcdeschi di Ercole............................158
- La statue des frères Montgolfier (G. T.)..............193
- Le l)r Thuillier................................... , 274
- Plateau (Faye, de l’Institut).........................290
- Alfred Niaudet........................................350
- F. S. Cloëz...........................................350
- Louis Breguet.................................. 367, 370
- Lawrence Smith...................................... 382
- De la Gournerie. . . ................................. 95
- Spottiswoode.......................................... 95
- La statue de Nicolas Leblanc..........................142
- Le monument de Daguerre...............................239
- Un hommage à M. Pasteur...............................334
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- L’Exposition de pêcheries à Londres (A. Cartaze) ... 11
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires (S. Meunier), 15, 31, 46, 79, 95, 111,
- 126, 142, 159, 175, 191, 223, 239, 255, 271, 287,
- ......... 303, 318, 334, 351, 367, 382, 399, 415.
- L’Exposition des insectes utiles et nuisibles au Palais de
- l’Industrie (Albert Larbalétrier)................... 98
- Association française pour l’avancement des sciences. Session de Rouen (août 1882)........................
- 194
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-
-
-
- TABLE DES M-ATIÈHES.
- L’Exposition des Arts du bâtiment à Manchester. . . . 352
- Exposition internationale d’électricité de Vienne. . 222
- Société internationale des électriciens..............270
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Statistique des appareils à vapeur en France (G. Tis-
- sandier) ......................................... 49
- Les spectacles scientifiques. Les avaleurs de sabres.
- G. Kerlus.........................................122
- Gomment doit-on écrire un nombre? (E. 11.)........214
- Un orchestre de chats et un concert d ânes (D. Z.). . . 319
- Sur la multiplication des nombres entiers (Thénard)
- (Tedesco)................................. 363, 391
- Consommation annuelle des aliments............... 30
- Fondation d'une ville en un seul jour..............190
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques, 14, 23, 42, 94, 138, 207,
- ............. 242, 259, 283, 302, 346, 362, 374, 412
- Un traité de physique moderne (G. Tissandier) .... 90
- Correspondance.
- Les nids d’oiseaux (Dr Candèze......................... 16
- Un pont chantant (Gobin)............................... 22
- A27
- Le service de la vérification du gaz (F. Le Blanc) ... 22
- Cuisson par le soufre fondu (Lelouuain)................. 23
- Brouillard extraordinaire (H. Bazin)...................... 47
- Sur un tourniquet hydraulique (S. Rousseau)............. 47
- Un aquarium-volière-jardinière (Got) (P.Chenevrieu). 47, 139 Sur les perles fines (Camille Oulman). ....... 75
- Phénomène lumineux observé au lever de la lune
- (Tkincano)............................................. 96
- Photographies à la lueur des éclairs (0. Leville). . . 98
- La Rose verte (DT Henri Van Heurck)..................... 98
- Soufflage du verre par l’air comprimé (Bontemps). . . 118
- Expérience d’optique (L. A. Levât).........................158
- Les vagues calmées (J...)..................................174
- Compas pour tracer les ellipses (V. Comte)..............174
- Objectif monstre américain (Bontemps)................190
- Sur l’alcool du melon (L. A. Levât)..................238
- Prévision des tremblements de terre (J. Delaunay). . . 239
- Sur la vitesse des sons (E. Frechon) (L. A. Levât)
- (Boitel)....................................... 286, 343
- Observation d’un globe de feu (A. Chobaut)..............318
- Curiosités d’histoire naturelle (H. Pelletier). .... 334
- A propos des palafittes du lac de Bienne (Tabdy) . . . 342 Nuage formé d’ure matière solide floconneuse (F. Dussaut) ....................................................342
- Le soleil observé aux îles Philippines (R. Peralta). . . 563
- Sur la multiplication des nombres entiers (Thénard). . 363 Durée de visibilité des bolides (A. Guillemin) A. Chobaut)............................................. 363, 391
- Appareil pour l’analyse des gaz (A. Blanc)...........411
- FIN DES TABLES.
- p.427 - vue 431/432
-
-
-
- ERRATA
- Page 22, col. 1, ligue 26. Au heu de: Pont. Eilsitt.
- il faut : Pont Tilsilt.
- Page 22, col. 2, ligne 2, Au lieu de : Les forces extérieures.
- if faut : Les faces extérieures.
- Page 47, col. 2, ligne 16. Au lieu de: Brouillards tores.
- il faut : Brouillards secs.
- Page 47, col. 2, ligne 25, Au lieu de: 11 paraissait appelé.
- il faut: Il paraissait apporté.
- Page 225, col. 2, ligne 54, Au lieu de : Le sol des rivières.
- il faut : Le sol des rizières.
- Page 224, col. 1, ligne 57, Au lieu de : Petits drupes.
- il faut: Petites drupes.
- P. 259, col. 2, lignes 14 et 15. Au lieu de : 76 millimètres et
- 85 millimètres.
- il faut : 0,0076 millimètres et 0,0085 millimètres.
- P. 518,col. 1, lignes 57 et 40. Au lieu de: Chobant.
- il faut : Chouaut.
- Imprimerie A. Lahure. 9, rue de Fleurus, à Paris.
- p.428 - vue 432/432
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