La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L’iNSTRUCTION PUBLIQUE D'UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- REDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- DOUZIÈME ANNÉE
- 1884
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON , ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 12° ANNÉE. — N° 548.
- 1" DÉCEMBRE 1885.
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- NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- SUR
- IA DURÉE DE VISIBILITÉ DES BOLIDES'
- Je ne remonterai pas aux récits évidemment fabuleux qu’ont laissés de ces phénomènes certains écrivains de l’antiquité, au récit de Damachus par exemple, rapporté par Plutarque, d’après lequel on aurait vu, pendant soixante-dix jours consécutifs, une nuée enflammée lancer des étincelles semblables à des étoiles filantes, puis s’abaisser et finir par lancer la fameuse pierre d’Ægos-Potamos, une des plus anciennes météorites dont il soit fait mention dans l’histoire.
- Dans la longue énumération de bolides que donne le quatrième volume de Y Astronomie populaire d’Arago, depuis l’an 91 avant notre ère jusqu’en 1855, je ne trouve qu’une mention d’une durée assez considérable, c’est celle du 5 mai 1819. « A midi et demi, dit-il, par un temps parfaitement serein et un beau soleil, on aperçut à Aberdeen, en Écosse, un globe de feu qui avait une espèce de queue. Cinq minutes après son apparition, il fit explosion avec un bruit considérable. » Cependant le bolide du 19 juillet 1686, dont Àrago ne cite que la date et qui apparut à4 Leipzig, a été décrit par Halley comme ayant été visible pendant plusieurs minutes.
- Dans les conclusions du rapport de Biot sur la célèbre chute de pierres du 26 avril 1805 qui couvrit un espace de deux lieues et demie de long sur à peu près une lieue de large, on lit ce qui suit : « 11 y a eu aux environs de l’Aigle, le mardi 6 floréal an XI, vers une heure après midi, une explosion violente qui a duré pendant cinq ou six minutes, avec un roulement continuel.... quelques instants avant l’explosion, il a paru dans l’air un globe lumineux animé d’un mouvement rapide. » D’après les circonstances très détaillées et les témoi-
- 1 Le doute que j’avais émis dans une lettre que La Nature a insérée (n° 544 du 3 novembre 1885, p. 563), au sujet de la longue durée de l'apparition du bolide observé le 29 septembre dans la Drôme par M. Chobaut a provoqué deux réponses également satisfaisantes pour le but que je m’étais proposé. D’une part, cet observateur rectifia le chiffre de 12* année. — 1er semestre.
- gnages cités dans le rapport, la durée de l’explosion ne coïnciderait pas avec celle de l’apparition du globe de feu. Celui-ci ne fut pas vu sur toute l’étendue de pays où l'explosion se fit entendre. En certains points, on ne vit rien, le ciel était serein ; en d’autres points on ne vit qu’un petit nuage noir qui semblait immobile et d’où semblait sortir un roulement semblable à celui du tonnerre. De la durée du bruit, on ne peut donc guère conclure à la durée de l’apparition. 11 y a de cela deux raisons : la première vient du temps que met le son à se propager dans l’air et qui contribue à augmenter la durée réelle d’une explosion qui se fait successivement à des distances différentes de l’observateur ; la seconde est celle sur laquelle Biol insiste en ces termes : « Si les observations faites sur la durée du bruit pouvaient être regardées comme exactes, on en déduirait la vitesse horizontale du météore d’après l’ellipticité de l’étendue dans laquelle ces pierres ont été lancées ; mais je ne sache pas qu’il ait été fait sur ce point aucune observation précise, et à cet égard on ne peut compter que sur l’exactitude des instruments, pareeque l’étonnement porte toujours à augmenter la durée d’un phénomène dont la continuité nous cause quelque surprise. »
- J’arrive maintenant à des documents plus récents. Les personnes qui s’occupent des questions astronomiques savent qu’il y a, en Angleterre, un Comité chargé spécialement de l'étude des météores lumineux, et composé de MM. Glaisher, Greg„ Brooke Forbes, Walter Flight, A. S. Herschel. Les rapports adressés au Comité contiennent, entre autres documents fort intéressants, une série de catalogues des apparitions de bolides, avec toutes les circonstances du phénomène. L’une des colonnes des catalogues est intitulée duration et donne en effet la durée de chaque apparition toutes les fois que les observateurs
- cinq minutes qui provenait d’une erreur d’impression. C’est bien cinq secondes qu’il fallait lire, ainsi que cela m’avait paru probable.
- D’autre part, M. le Dr Jules Rouyer a écrit à La Nature une lettre que nos lecteurs liront plus loin, p. 14, et d’où il résulte que j’avais tort de considérer une durée de cinq mi-
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- ont noté cet élément important. Voici les résultats que j’en tire pour cette durée. Sur un nombre total de 565 bolides, 298 se répartissent ainsi que le montre le tableau suivant :
- 117 bolides ont duré de 0 seconde à 1 seconde
- 63 — 1 h 2
- 48 — 2 à 3
- 23 — 3 'a 5
- 19 — 3 à 6
- 22 — 6 à 15
- 1 — 20 secondes
- 9 — 60
- 1 — 80
- 1 — 4 inimités.
- On voit que 292 bolides sur 298 n’ont apparu que pendant un temps inférieur au court intervalle d’un quart de minute. Le catalogue signale comme douteuses, trois des plus longues durées, une de 60 secondes, celle de 80 secondes et enfin celle du bolide du 8 juin 1868, qui aurait atteint environ 4 minutes « nearly four minutes ». Lorsque, dans ma lettre à La Nature du 15 octobre dernier, je disais n’avoir relevé comme durée de visibilité maximum que des apparitions d’une demi-minute, j’avais donc tort : ma mémoire me faisait défaut, ou les observations que je viens de signaler, ainsi que celle de M. Cog-gia, m’avaient échappé. Je me rappelais bien l’observation de l’amiral Krusenstern rapportée par Humboldt dans le IIIe volume de son Cosmos, mais il s’agissait de la traînée du météore non du météore lui-même, Humboldt disant en propres termes : « Le bolide dont l’amiral Krusenstern et ses compagnons virent briller la queue pendant une heure, dans leur voyage autour du monde ». Cette traînée était restée visible sous la forme d’un petit nuage. C'est aussi le cas du bolide du 10 février 1875, observé simultanément à Paris, à Saint-Amand et à Aiguillon, et dont la traînée resta visible pendant 20 minutes,
- nutes comme exagérée, puisque des observations antérieures mentionnent des durées beaucoup plus considérables de cinq, sept, huit et quii.ze minutes, et même d’une heure entière. Le savant correspondant de La Nature rappelle à cette occasion que j’ai été moi-même témoin de l’apparition d’un bolide qui se mouvait avec une extrême lenteur. Mais l’exemple qu’il donne d’une apparition de bolide qui a duré vingt minutes est topique, parce que là, il ne peut exister de doute sur les évaluations, l’observation ayant été faite par un astronome habitué à l’exactitude et qui a relaté, montre en main, à la seconde près, les heures où le météore occupait des positions successives sur la voûte étoilée.
- Je n’avais point oublié ma propre observation, dont les circonstances sont encore présentes à ma mémoire, comme au jour où je crus devoir les rappeler à l’Académie des Sciences. Mais celle de M. Coggia m’avait échappé quand j’écrivis la lettre dont il est question au début de cette note. Le curieux de cet oubli, c’est que c’est précisément le bolide observé par M. Coggia qui m’avait engagé à rappeler l’apparition dont j’avais été témoin bien longtemps auparavant, en 1853; l’intitulé de la note communiquée par moi à l’Académie des Sciences fait foi de cette circonstauce (*). « Ce qui me frappa, disais-je
- * Sur deux observations qui paraissent offrir quelque analogie avec celle du météore signalé récemment par il. Coggia (Séance du 18 septembre 1871.)
- 15 minutes et 25 minutes selon le lieu de l’observation. Enfin j’ai rappelé moi-même, dans la note citée plus haut et insérée aux Comptes Rendus de l Académie des Sciences pour 1871, une ancienne observation dont j’avais trouvé la relation dans le n° 431 des Transactions philosophiques (année 1738). Je reproduis le passage curieux relatif à ce phénomène, qui avait eu pour témoin ,J. Huxham le 26 décembre 1737 : « Sur le soir, le ciel parut couvert d’un léger nuage ou d’une vapeur, cette vapeur paraissait rouge comme si elle eut emprunté sa couleur de la réflexion d'un grand feu, et elle éclairait autant que le fait la Lune dans son plein, pendant une nuit obscurcie par des nuages. Ce phénomène singulier dura jusque vers le milieu de la nuit.... Il occupa une grande étendue dans les parties septentrionales de l’Europe. Il parut à Kil-kenny, en Irlande comme une espèce de globe de feu qu’on aperçut dans l’air pendant près d’une heure ; lequel se creva ensuite et jeta des flammes de tous côtés. » Est-ce d’une aurore boréale qu’il s’agit dans ce récit, du moins dans la lueur observée par Iluxham? Cela semble probable; mais le globe de feu vu pendant une heure est bien ce que nous nommons un bolide. La coïncidence des apparitions d’étoiles filantes et de bolides avec les aurores polaires n’est point d’ailleurs un fait isolé.
- Je m’arrête là dans cette énumération des exemples de bolides dont la durée d’apparition a été plus ou moins considérable et, on peut le dire, exceptionnelle. 11 faudrait beaucoup plus de loisir que celui dont je dispose en ce moment pour passer en revue, d’une façon tant soit peu complète, toutes les observations disséminées dans les recueils scientifiques passés ou contemporains. Il se trouvera sans doute, parmi les lecteurs de La Nature, des chercheurs qui auront la curiosité de poursuivre cette étude. Je saurais gré notamment à M. le docteur
- alors, ce fut, d’une part, le peu d’éclat du disque rougeâtre, que je vis se mouvoir parallèlement à l’horizon, et à une faible altitude (4 ou 5 degrés au plus) ; d’autre part, l'extrême lenteur avec laquelle le météore décrivit sa trajectoire. » Je crois ne pas me tromper en aflirmant que par ces mots extrême lenteur, je caractérisais une durée de trois minutes au maximum pour l’apparition. Mais qu’importe, puisque le bolide vu par M. Coggia avait bien mis vingt minutes à décrire l’arc de sa trajectoire, qui, en se reportant à une carte céleste, ne devait pas mesurer moins de 80 degrés de longueur. C’est là une durée exceptionnellement considérable, comme le fit d’ailleurs remarquer Le Verrier lorsqu’il présenta à l’Académie la note du savant astronome de l’Observatoire de Marseille. « Le bolide, dit-il, a été observé dans des conditions nouvelles et inconnues jusqu’ici. La longue durée de l'apparition est surtout extraordinaire. »
- En relisant ces documents, que la lettre très exacte de M. le Dr Rouyer a rappelés à mes souvenirs (ce dont je le remercie sincèrement), j’ai pensé qu’il serait intéressant, sinon de résoudre, du moins de soulever la question de la durée de visibilité des bolides. J’ai tâché de résumer brièvement les recherches, fort incomplètes d’ailleurs que je viens de faire sur ce point : les lecteurs de La Nature qui s’intéressent à cette branche de la science qu’on pourrait nommer XAstronomie météorique, auront peut-être plus de loisir que moi et pourront les compléter.
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- Jules Rouyer de faire connaître les documents qu’il j possède à cet égard. Mais je doute qu’aucune des observations faites jusqu’à ce jour dépasse en netteté, en précision celle de M. Coggia, et soit plus concluante qu’elle, et, comme je le disais plus haut, cela suffît à mettre hors de doute le fait d’une très longue durée, qu’il n’est pas aussi aisé d’expliquer.
- En réservant, comme on le fait généralement, la dénomination de bolides aux météores lumineux de diamètre sensible qui, comme les étoiles filantes elles-mêmes, viennent de temps à autre traverser les régions élevées de l’atmosphère, et, plus rarement font explosion en lançant des fragments matériels qui tombent à la surface de la Terre, on peut se demander si le météore observé par M. Coggia a même nature et même origine que les bolides. 11 est aujourd'hui à peu près unanimement admis que les étoiles filantes et les bolides ont une origine cosmique, et que leur apparition est due au croisement de leurs trajectoires avec l’orbite de la Terre, au passage simultané de notre globe et de ces météores au même point de l’espace.
- Les mesures qu’on a pu prendre, grâce à des observations concordantes des mêmes bolides, ont donné pour leur vitesse, pour leurs hauteurs, etc., des nombres tels, que l’on ne peut douter de l’origine céleste de ces corps, origine qui les assimile aux planètes et aux comètes. Cette vitesse est considérable du moins lorsque les météores traversent les régions les plus élevées de l’air. Mais précisément pour cela, la résistance croissante qu’ils éprouvent de la part de Pair qu’ils compriment, détruit une partie de la force vive dont ils sont animés, la transforme en chaleur et explique ainsi à la fois leur incandescence et la faible vitesse qu’on a toujours observée dans ceux de leurs fragments qui parviennent à la surface'de la Terre. *c.
- Le ralentissement dù à la résistance de l’air ne pourrait-il rendre compte de la lenteur du mouvement de certains bolides, par exemple de celui que M. Coggia a observé? Cela n’est pas tout à fait improbable, si l’on songe au changement de direction qu’a subi le météore; après deux arrêts consécutifs près des étoiles p et S du Verseau, il retomba en effet, selon les propres expressions de l’observateur,
- « avec assez de rapidité perpendiculairement à l’horizon, laissant échapper comme des gouttelettes incandescentes. » Il faudrait admettre alors que sa vitesse propre était devenue assez faible pour rendre prépondérante l’action de la gravité terrestre et déterminer la chute du météore.
- Une autre explication serait également plausible. Nous n’observons pas la vitesse réelle des météores qui font leur apparition dans l’atmosphère, car nous sommes nous-mêmes en mouvement. C’est leur vitesse relative composée de la leur propre et des deux vitesses de rotation et de translation de la Terre. Quand un bolide marche dans le même sens que notre globe, et avec une vitesse à peu près égale, ce sont comme deux mobiles voyageant côte à côte et
- la vitesse résultante doit être presque nulle ou du moins très faible. De là cette grande lenteur observée dans quelques bolides.
- On peut encore supposer que certains météores, en abordant la Terre, aient la vitesse convenable pour être momentanément transformés en satellites de notre globe. Si je ne me trompe, un de nos savants astronomes, M. Petit (de Toulouse), avait calculé en 1844 les orbites de plusieurs bolides considérés comme satellites terrestres.
- Toutes ces hypothèses auraient besoin d’être approfondies. Mais pour qu’elles le soient avec fruit, il faut qu’elles reposent sur des observations bien précises, et malheureusement cela est assez rare. Les phénomènes de ce genre surprennent presque toujours ceux qui en sont témoins, et cette surprise, d’autant plus forte que le météore est plus brillant, plus extraordinaire, est une mauvaise condition pour l’exactitude d’appréciations toujours un peu hâtives. Comme le disait avec raison d’ailleurs Elie de Beaumont, en parlant des points ou disques lumineux quifont leur apparition sur la voûte céleste, « il existe encore beaucoup d’inconnu dans ce chapitre. C’est un motif pour décrire, sans idées préconçues, toutes les apparitions lumineuses que le ciel peut nous présenter avec d’autant plus de soin et de scrupule que les circonstances en sont plus singulières, quelle que soit d’ailleurs la* dénomination sous laquelle elles pourront avoir été enregistrées de prime abord. »
- C’est cette pensée que j’avais présente à l’esprit lorsque j ’ai adressé au Rédacteur en chef de La Nature la lettre relative à la durée de visibilité du bolide du 29 septembre. Je m’applaudis d’avoir suggéré une rectification utile et d’avoir été conduit moi-même à me faire une idée plus précise de cet élément important des observations d’astronomie météorique. àmédée Guillemin.
- LES PEAUX-ROUGES
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS
- Les indigènes réunis en ce moment sur la pelouse du Jardin d’Acclimatation de Paris, nous présentent un échantillon, intéressant à divers titre, de la population nord-américaine au moment de l’arrivée des Européens. A cette époque, c’est-à-dire à la fin du seizième et a if commencement du dix-septième siècle, les Français au Canada, les Anglais et les Hollandais, dans la région qui devint plus tard le siège de la grande république des États-Unis, trouvèrent ces contrées occupées par des nations assez nombreuses, différentes les unes des autres, souvent ennemies, mais dont l’aspect physique ainsi que l’ensemble des moeurs avaient un caractère d’unité très appréciable. C’étaient des chasseurs et des pêcheurs errant sur de grands espaces, transportant de ci de là leurs tentes légères, suivant que l’abondance ou la rareté1 du poisson et du gibier leur imposait ces dépla-
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- cements. Toutefois, les tribus possédaient en quelque sorte des territoires qui leur constituaient avec tout ce qu’ils contenaient de véritables domaines, mais domaines indivis à tous les membres de la tribu.
- Bien qu’appartenant à plusieurs races bien distinctes, ces indigènes ne différaient pas au point de vue anthropologique d’une façon bien tranchée les uns des autres. Il n’est donc pas interdit de résumer les caractères physiques de ces races dans la description d’un type général qu’on peut appeler le type Peau-Rouge, à cause de la nuance qui fait en quelque sorte le fond de la coloration de ces peuples. Nous dirons donc que le Peau-Rouge est généralement grand et osseux avec une musculature sèche mais puissante ; la face chez lui est assez allongée, tout en étant élargie par la saillie des pommettes et des mâchoires, ce qui donne à l’ensemble du visage une apparence rectangulaire; la bouche est grande, mais les lèvres sont minces, les dents larges et, paraît-il, souvent atteintes de carie.
- Les yeux, noirs et enfoncés, ont une ouverture assez étroite. Le nez fort, très busqué et proéminent s’insère directement à la base du front; les arcades sourcilières sont accentuées.
- Le teint est tantôt clair, tantôt foncé selon les individus et les tribus, mais le rouge en forme toujours la couleur fondamentale; la chevelure est raide et noire, le système pileux peu fourni. Enfin, la physionomie générale est grave, impassible à l’ordinaire, mais devient féroce sous l’influence de la passion.
- Il n’en est pas moins certain, en dépit de cette espèce d’unité dans le type physique, que les Peaux-Rouges constituent plusieurs races irréductibles. Nous n’en voulons pour preuve que les différences radicales qui existent chez eux dans la conformation du crâne : ainsi les Algonkins et les Iroquois étaient dolichocéphales tandis que les Omahas, que l’on peut voir en ce moment au Jardin d’Acclimata-tion et qui appartiennent au groupe Dakota, présentent une brachycéphalie des plus accentuées.
- L’étude du langage conduit à des résultats identiques; en effet, les langues américaines, qui pour la plupart, appartiennent à la grande série des idiomes agglutinants, la plus répandue sur la surface du globe, occupent dans cette série comme une place à part. L'agglutination est un procédé pour la confection des mots qui consiste dans la juxtaposition intime, dans l’agglomération de divers éléments autour d’un élément principal, celui-ci retenant sa signification dans toute sa valeur, tandis que les autres ne garderont de la leur que ce qui est nécessaire pour déterminer les modes d’être et d’action de la racine principale : ainsi le verbe turc sevmek « aimer » donnera avec le sufiixc négatif me, une forme sevmemek « ne pas aimer » et puis ensuite avec un nouveau suffixe in indiquant le sens réilectif, la forme se-vinmemek « ne pas s’aimer. »
- Ce procédé est en général celui des langues de l’Amérique depuis l’extrême nord jusqu’au Cap-Ilorn ; toutefois, ces langues le pratiquent d’une façon qui leur est particulière et qui ne se retrouve dans les autres et si nombreux idiomes -agglutinants du globe que dans le basque : il s'agit de ce que les linguistes ont appelé le polysynthétisme et qui est comme une seconde phase de l’agglutination. II en résulte qu'un grand nombre d’idées exprimées par autant de mots, s’agglomèrent en un seul vocable, souvent fort long, bien que les divers éléments qui ont concouru à sa formation aient perdu par syncope plusieurs de leurs syllables et ne soient plus représentées parfois que par une seule lettre intercalée dans le nouveau mot. Sans pousser plus avant ces indications sur la structure des idiomes polysynthétiques américains, ce qui nous conduirait trop loin, nous constaterons qu’il y a là un ensemble présentant un aspect général mais non uniforme. En effet, si l’on étudie plus minutieusement ces langues, on s’aperçoit bien vite des diflérences considérables qui séparent certains groupes les uns des autres à un tel point, que
- Fig. 1. — Type d’homme Peau-Rouge ac tuellement exhibé au Jardin d’Acclimatation de Paris. (D’après une photographie de Pierre Petit.)
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- dans l’état de nos connaissances, il est impossible de ne les pas considérer comme absolument indépendants. Ainsi donc la linguistique nous fournit une classification des divers peuples appelés Peaux-Rouges et nous signale l’existence de plusieurs familles tout à fait distinctes et sans parenté connue entre elles : la famille tinneh ou athapaske qui occupe toute la partie septentrionale du continent américain et dont une branche est descendue au sud le long des Montagnes-Rocheuses jusque dans l’Arizona et le Nouveau-Mexique où elle est représentée par lesApaches; la famille algonkine, aujourd’hui bien déchue et diminuée, qui possédait il y a trois siècles le Canada et tout le nord des États-Unis actuels, région qu’elle disputait à des envahisseurs venus du nord-ouest et qui constituaient la famille iro-(juoise ; la partie méridionale des États-Unis, entre le Mississipi et l’Atlantique, formait le domaine de la famille apalache qui s’attribuait aussi une origine occidentale. Dans le Far-Wost, c’est-à-dire dans cette vaste contrée bornée à l’orient par le grand fleuve et à l’occident par les Montagnes - Rocheuses, vivaient. au sud la famille pawnie et au nord la famille dakota dont font partie les Sioux ou Dakotas proprement dits, les Osages, les Menitarris ou Hidalsas, les Man-dans , les Corbeaux, les Assiniboines établis assez loin dans le nord, côte à côte avec des tribus de nationalité athapaske et algonkine, les Kansas et les lowas qui ont donné leurs noms à des États de la grande république nord-américaine, et enfin les Omahas des bords du Missouri dans l’état du Nebraska et qui nous ont envoyé à présent une vingtaine de visiteurs.
- Ce ne sont pas d’ailleurs les premiers de leur race qui soient venus de leurs Prairies visiter les bords de la Seine. Sous la Restauration, vers 1826, quelques Osages avaient entrepris ce voyage, poussés qu’ils étaient à se rendre en France par le souvenir de notre domination sur la Louisiane et le Canada et des bons rapports qu’ils avaient entretenus avec les
- trappeurs et les coureurs de bois d’origine française. Le groupe principal de cette famille des Dakotas doit sa dénomination si connue de Sioux à nos compatriotes.
- Les Omahas habitent l’état de Nebraska dont la capitale conservera leur nom longtemps après que cette tribu aura disparu dans l’océan humain de la population toujours croissante de l’Amérique du Nord. Autrefois, chasseurs et guerriers, ils vaguaient au loin, poursuivant le bison et l’élan, bataillant avec leurs voisins rouges ou blancs. Depuis une trentaine d’années, à la suite d’un pacte conclu avec le gouvernement fédéral de Washington, ils ont vendu une grande partie de leurs territoires de chasse et se sont cantonnés dans ce qu’on appelle aux États-Unis une réservation, située sur la rive droite du Missouri et dont, paraît-il, ils viennent d’aliéner encore une partie moyennant 500 mille dollars (deux millions et demi de lianes). 11 est vrai que leur nombre a décru sensiblement et qu’ils ne sont plus guère, assure-t-on, que douze cents individus. C’est que la transition de cet état sauvage et barbare, tel que nous l’ont si merveilleusement dépeint les Feni-inore Cooper et les Mayne - Reid, à une demi civilisation ne s’est pas opérée sans peine ni souffrance. Aujourd’hui les Omahas sont> des agriculteurs habiles, exploitant le sol de leur réservation; mais, pour en arriver là, il a fallu que les individus réfractaires au nouvel état de choses, succombassent ; par suite des conditions d’existence qui leur étaient imposées, plus d’un Peau-Rouge s’est trouvé sans défense contre la misère, contre les maladies et surtout contre les tentations malsaines; toutefois, cette dangereuse période semble à présent arrivée à son terme et si les Omahas n’en sont point arrivés comme les Cherokees par exemple, à constituer des communautés aisées, pourvues d’écoles et même de journaux, ou comme les descendants des Iroquois ou des Algonkins1 du Canada à s’européa-
- 1 Nous pourrons citer notamment un Moliawk (de race
- Fig. 2. — Type de femme J’eau-ltouge actuellement exhibée au Jardin d’Acclimatatiou de Paris. (D’après une photographie de Pierre Petit.)
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- niser presque complètement, s’ils ont conservé en grand nombre ces caractères ethnographiques qui les rendent encore si intéressants pour les visiteurs du Jardin d’Acclimatation, ils ont franchi l’étape périlleuse et pourront désormais marcher avec quelque sécurité dans la voie de la civilisation.
- Tels qu’ils sont cependant, ils peuvent fournir une idée assez exacte des tribus de Peaux-Rouges du Grand-Ouest nord-américain. Il y a là dix hommes, dix vigoureux gaillards à la haute stature, aux membres vigoureux et agiles, à la physionomie expressive, au type caractéristique de leur race qui représentent au naturel les farouches guerriers rouges dont les romans de Cooper et de Mayne-heid nous ont donné des descriptions pittoresques (fig. 1). Cinq femmes s’y livrent aux travaux domestiques, mais non plus comme les squaws des peuplades encore sauvages, malheureuses esclaves de leurs époux et maîtres; celles-ci paraissent plus humainement traitées et ont même fort bonne apparence avec leurs bijoux d’argent et leurs colliers chargés d’amulettes (fig. 2). Le chef de la bande. «Fumée-jaune », Mun-thu-no-ba. est un vieillard que n’accablent guère les soixante-dix-huit années qui pèsent sur sa tête. Il faut le voir en effet, drapé de son manteau vert historié de figures bizarres, conduire la danss-médecine, la danse sainte et se démener allègrement au centre de ses compagnons, au visage bariolé de couleurs criardes, qui bondissent autour de lui en poussant des cris pareils au jappement et au glapissement des fauves et brandissent leurs lances et leurs haches étincelantes. Bien que ces danses étranges ne soient ici que de véritables représentations théâtrales, à la suite desquelles les fiers guerriers rouges ne dédaignent pas de faire la quête et de recevoir les marques sonnantes et trébuchantes de la satisfaction des assistants, il n’en est pas moins positif que les Omahas sont restés fidèles aux croyances religieuses de leurs pères et qu’ils ne sont point encore convertis à quelqu’une des innombrables sectes chrétiennes des États-Unis. Tout au plus aux instruments de musique assez primitifs qui accompagnaient leurs danses et leurs chants sacrés, ont-ils adjoint une superbe grosse caisse de fabrication européenne.
- Les conceptions théologiques des Peaux-Rouges ne dépassent guère les limites d’un fétichisme peu raffiné. Les divers phénomènes de la nature sont à leurs yeux la manifestation des volontés ou des caprices d’esprits élémentaires représentés souvent par des animaux plus ou moins merveilleux. Pour se les rendre favorables, conjurer leur colère ou l’exciter contre autrui, il n’y a rien de tel que les sortilèges et les incantations des magiciens ou « hommes-médecine, » les premiers voyageurs européens ayant traduit par « médecine » tout ce qui a trait à cette sorcellerie qui constitue l ensemble de la religion
- algonkine) qui a fait ses études supérieures et pris ses grades à rUnivcrsité d’Oxford. C’est le Dr Oronhyatekha de la ville de London, province d’Ontario, Canada.
- des Peaux-Rouges. Il semble même que ce soient les missionnaires chrétiens qui ont introduit chez ces indigènes l’idée d’un bon et d’un mauvais principe, de bons et de mauvais esprits. C'est l’opinion d’un homme extrêmement compétent, M. Brinton, qui s’appuie notamment sur les observations faites chez les Dakotas par le Rév. G. H. Pond qui vécut dix-huit ans chez ces sauvages1. Les principaux de ces esprits paraissent être ceux des quatre points cardinaux identifiés dans les quatre vents, tate-onye-toba et représentés tantôt comme quatre géants, ancêtres de l’humanité. Gelui du nord, Heyoka, serait le régulateur des saisons, tandis que de l’ouest viennent les Wakinyan ailés qui apportent les tempêtes. Le nuage orageux est un oiseau énorme, Wauhkeon, qui en battant des ailes produit le tonnerre et dont le vol est si rapide que l’air s’enflamme et pétille sur son passage, d’où les éclairs. Le grand aigle lui ressemble, aussi est-ce un honneur insigne pour un guerrier que d’être autorisé à se parer des plumes de cet oiseau. Unktahe est le génie des eaux ; il préside aux songes et aux enchantements. Les Dakotas se l’imaginent comme un énorme serpent ennemi de l’oiseau-orage Wauhkeon.
- Ces Peaux-Rouges ont une assez curieuse légende sur la prédestination des connaissances magiques chez les sorciers. L’âme de celui qui doit exercer ces fonctions n’a conscience d’elle-même d’abord que sous la forme d’une petite graine ailée, ballotée par les quatre vents et transportée partout dans le monde des Esprits où elle apprend les chants, les danses, les sortilèges de toute espèce, enfin tous les secrets de la « médecine. » Lorsque cette éducation est terminée, la petite graine s’introduit chez une femme sur le point de devenir mère et bientôt naît un sorcier dont l’âme doit subir trois autres incarnations semblables au cours desquelles son pouvoir s’accroît; mais après la quatrième, l’esprit du magicien s’évanouit et se perd dans le néant d’où il était sorti2.
- D’autre part, certaines tribus de Dakotas croient que l’homme possède quatre âmes — toujours le nombre sacré quatre, — l’une qui, après la mort erre sur la surface de la terre, la seconde qui veille sur le corps, la troisième qui hante les alentours du village, la quatrième enfin qui va rejoindre ses ancêtres dans le monde des Esprits, où comme on sait elle est appelée à vivre, à pêcher, à chasser, voire à combattre comme pendant l’existence terrestre. C’est sans doute à cette conception qu’il convient d’attribuer l’antique usage chez tous les Dakotas de vêtir les cadavres de leurs plus riches vêtements puis de les envelopper hermétiquement dans une peau de bête, bien cousue et bien ficelée, enfin de placer le tout à l’air tantôt dans un arbre, tantôt sur un échafaud. Ce n’est que depuis qu’ils sont entrés en contact plus intime avec les Blancs que ces Peaux-
- 1 Myths of the New-World, p. 63. 2e édit. 1 vol. iq-8°. New-York, 1876.
- * Brinton, op. cit.. p. 298-209.
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- Rouges enterrent quelquefois les morts. Toutefois, au bout de quelques années, les ossements desséchés et blanchis sont pieusement recueillis et alors ensevelis dans une fosse. Avant ce moment, ce serait un sacrilège punissable de mort que de toucher à ces monuments funéraires et même lorsque l’arbre où les pieux qui formaient l’échafaud ne sont plus en usage, un Dakota préférerait mourir de froid que de s en servir pour allumer son feu. Les femmes, et particulièrement les vieilles sont exclusivement chargées du soin d’ensevelir les corps et de les placer ainsi en l’air ; elles apportent aussi des provisions pour le voyage de la partie de l’âme qui va vers la terre des Esprits et pour celles qui demeurent errantes sur la terre. Enfin, chaque cadavre est muni de ses armes, et à celui d’un chef, depuis que les Peaux-Rouges sont devenüs cavaliers, on sacrifie un ou plusieurs chevaux dont on laisse les carcasses au pied de lechafaud qui le supporte.
- Les Dakotas, comme les autres Indiens de 1 Amérique du Nord, ont en effet promptement appris des Blancs, avec le goût de l’Eau de feu, l’art de l’équitation et l’usage des armes à feu. Et cependant, ils ne savent point élever les chevaux à notre façon. Au lieu d’avoir des troupeaux d’équidés domestiques, des haras en quelque sorte, ils laissent ces animaux se reproduire en toute liberté dans les Prairies ; au lieu de dresser les poulains peu à peu et dès I enfance, ils attrapent au lacet un cheval adulte dans la troupe sauvage qui galope à travers les espaces herbus du Far-West, ils le domptent à grand’peine, ainsi qu’on peut s’en rendre compte au Jardin d’Acclimatation, où on a fait venir d’Amérique quelques chevaux, de petite taille et absolument farouches, pris sur les bords du Missouri.
- Avant l’internement des tribus pacifiées dans leurs réservations, il en était de même pour l’agriculture qui se bornait à quelques soins donnés par les femmes à des plantations de légumes d’une végétation prompte et facile. Le Peau-Rouge, ehasseur et guerrier, tantôt à la poursuite de l’élan et du bison dans les plaines, tantôt en quête de castors ou de saumons le long des cours d’eau et des lacs, tantôt enfin sur le sentier de la guerre contre les tribus ennemis ou contre les Blancs, aimait à changer de place. Le Dakota surtout avait inventé une sorte de tente d’un transport extrêmement facile, dont on peut voir des spécimens sur la pelouse du Jardin d’Acclimatation. Qu’on s’imagine une série de longs piquets réunis au sommet et s’écartant à la base de façon à former un cercle : le tout à l’origine était recouvert d’écorce, puis de peaux tannées. A présent, cette enveloppe est en toile achetée aux Européens et ornée de peintures bizarres, naïves, mais non sans quelque allure, exécutées par les indigènes et représentant des scènes de guerre ou de chasse. Au haut de la tente, une ingénieuse disposition de l’enveloppe permet de laisser une ouverture pour la fumée du foyer allumé au centre de l’habitation et autour duquel ces indigènes s’é-
- tendent pour dormir sur des pelleteries et des couvertures.
- Dans leur réservation, les Omahas commencent à habiter des maisons plus stables et plus confortables, de même qu’ils ont emprunté aux Blancs 1 usage du pantalon. Mais, ainsi qu’on peut s’en rendre compte au Jardin d’Acclimatation, ils ont conservé 1 habitude de se parer la tête de panaches en plumes, de toques en peau de loutre dont on a soigneusement conservé la queue bien fourrée : les pelleteries continuent à former une part importante de leur vêtement auquel ils ajoutent les étoffes de laine ou de toile fabriquées par les Blancs, mais teintes de couleurs éclatantes. Leurs pieds sont encore chaussés des célèbres mokassins, et des batailles avec leurs congénères insoumis ils aiment encore à rapporter des scalps, c’est-à-dire des chevelures arrachées du crâne de l’ennemi vaincu.
- Girard de Rialle.
- LES MAMMIFÈRES
- Par Carl Vogt 1
- M. Cari Yogt vient de publier sous ce titre un ouvrage qui est assurément l’une des œuvres les plus remarquables que l’on puisse signaler à l’attention des savants, des gens du monde et des artistes. Le nom de l’auteur qui signifie science et humour, indique à l’avance que si les descriptions sont correctes, elles n’en sont pas moins agréables et attrayantes; on confirme à la lecture du livre ce jugement anticipé. L’histoire et les mœurs des animaux, leur origine et leur parenté, voilà un vaste et beau sujet, qui a plus d’une fois tenté la plume d’un savant, mais le sujet est en quelque sorte éternel comme la nature elle-même, et M. Cari Yogt a réussi à le rajeunir en le présentant sous une forme nouvelle. Quant aux illustrations dont le livre abonde, on doit les considérer comme de véritables chefs-d’œuvre ; elles sont dues au crayon de M. Frédéric Specht, le célèbre peintre d’animaux de Stuttgart et la gravure est à la hauteur du talent de l’artiste. .Chose rare dans un livre de luxe, toutes les planches, au nombre de 300, sont également belles, aucune d’elle n’est inférieure à l’autre ; les animaux sont peints avec la vie qui les anime, les mouvements qui leur sont propres, les attitudes de crainte, de menace ou d’étonnement qui leur sont familières, dans le milieu même où leur existence s’accomplit. Les deux planches que nous reproduisons ci-contre, avec le texte même de l’auteur, montreront au lecteur que nos éloges ne sont pas exagérés. G. T.
- LA PANTHÈRE d’aFRIQÜE.
- L’Afrique, l’Asie et les îles de la Sonde nourrissent de grands chats tachetés, que l’on désigne sous le nom de Léopards et de Panthères. Sont-cedes espèces? Sont-ce des variétés? Onjne saurait trancher la question; il est certain que la Panthère de Java (F. Variegata) a la tête plus petite, le cou et la queue
- 1 Un vol. in-4°. Édition française originale. Ouvrage illustré de 40 planches hors texte et de 260 gravures. G. Masson.
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- LA NATURE
- plus longs, le corps plus svelte, les taches plus | est certain aussi que c’est justement cette Panthère simples et plus serrées que ses congénères ; mais il | qui varie le plus dans son pelage, et que c’est à
- i'ig. i. — Panthère d’Afrique.
- cette espèce qu’appartient une variété toute noire, dont on ne découvre les taches qu’à la lumière du soleil et qu’on a considérée comme formant elle-
- même une espèce à part jusqu’au moment où l’on trouva pêle-mêle, et dans la même portée, des petits noirs et des petits tachetés.
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- Quoi qu’il en soit, il faudra toujours reconnaître que la Panthère d’Afrique (F. leopardus), à laquelle
- on a voulu attribuer exclusivement le nom de Léopard et la Panthère d’Asie (F panthera) ont de
- Fig. t. — liue baudc de gueuous verte».
- très grandes ressemblances et que le nom de Panthère est le seul usité en Algérie. La teinte générale de ces deux chats est un jaune d’ocre clair, passant au brun
- sur le dos, au blanc sur le ventre, tandis que les taches sont noires. Chez la Panthère d’Afrique comme chez celle de l’Asie, on voit, répandues sur cette robe
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- claire, des taches de deux sortes : les unes pleines, anguleuses, les autres plus grandes, annulaires, entourant un centre rose ou jaune-rougeâtre: mais chez la Panthère d’Afrique les taches pleines, plus serrées et plus petites, font place seulement sur les flancs et sur le dos aux taches annelées, tandis que chez la Panthère d’Asie ces taches annelées sont plus grandes, moins serrées et envahissent tout le corps à l’exception de la tête et du bas des jambes. Ces différences sont certainement trop minimes pour suffire à constituer deux espèces distinctes.
- M. Speeht a représenté dans la gravure ci-contre (fig. 1 ) une de ces chattes tachetées, assise sur une branche d’arbre sous laquelle jouent ses trois petits, et surveillant les environs avec une attention soutenue. Ses beaux yeux sont fixés dans une direction donnée. Voit-elle un danger? On peut être sûr qu’elle se précipitera, avec la rapidité de l’éclair, sur un ennemi ou sur un insouciant qui oserait approcher, et qu’elle ne connaîtra ni peur, ni pitié, lorsqu’il s’agira de protéger sa progéniture !
- Les Panthères n’atteignent pas la taille du Tigre, mais sont néanmoins des ennemis redoutables pour toute créature, même pour l’homme. Rien n’égale la grâce, l’élégance, la légèreté des mouvements de la Panthère, lorsqu’elle rampe à plat ventre et sans bruit à travers les broussailles ; elle se dissimule, avec une adresse inouïe sur les branches des arbres et peut, lorsqu’elle guette une proie ou un adversaire, rester pendant des heures entières, étendue dans toute sa longueur et les jambes pendantes des deux côtés, avec une patience à toute épreuvé et sans aucun autre mouvement, que de légères ondulations du bout de sa queue. Dans les pays où elle a fait connaissance avec les armes à feu, elle évite volontiers l’homme sans trop le craindre, et le chasseur le plus expérimenté peut passer à proximité immédiate d’une Panthère blottie, sans qu’il se doute de sa présence, tandis que d’un œil attentif elle suit ses moindres mouvements. Excitée par la faim ou blessée, la Panthère devient terrible; elle fond sur son adversaire à l’improviste, et les abris dans les arbres, qui donnent pleine securité vis-à-vis du lion, ne saurait protéger le chasseur contre ce grimpeur habile. On a réussi à chasser le lion de l’Algérie, mais tous les efforts de Bombonnel et de ses émules n’ont encore pu exterminer la Panthère. Les ravages que ces carnassiers font dans les troupeaux sont importants et leur audace est si grande, qu’ils s’aventurent encore aujourd’hui jusque dans le voisinage des villes. Ces dommages sont d’autant plus considérables, que la Panthère tue au delà de sa faim, lorsqu’elle a réussi à faire irruption dans une étable ou dans un campement Les feux, qui arrêtent le lion, paraissent plutôt attirer la Panthère. En revanche les chiens, qui tremblent à la vue du lion, attaquent avec fureur la Panthère, qui ne saurait échapper à une bonne meute dans les terrains déboisés, tandis qu’elle se sauve facilement dans les forêts en grimpant sur les arbres. Mais la Panthère
- leur rend bien leur haine, et les chiens de garde isolés deviennent facilement sa proie. Parmi les animaux sauvages, les sangliers, les antilopes, les singes, les damans paraissent ses victimes préférées et les porcs-épics même ne sont pas garantis par leurs piquants. Dans les troupeaux, la Panthère ravit plus volontiers les chèvres que les moutons, que leur laine protège un peu — mais elle attaque aussi les ânes et les mulets et ne dédaigne, dans les fermes, ni'les chiens ou les chats, ni les oiseaux de basse-cour. Apprivoisée, elle est chaxanante par sa souplesse, mais toujours dangereuse par des réveils de ses instincts sanguinaires.
- GUENONS (CERCOPITHECUS.)
- La grande ressource de nos ménageries, de nos jardins zoologiques et de nos théâtres de bêtes savantes! On amène les guenons en quantité considérable de l’Afrique tropicale,- où leurs nombreuses espèces pullulent, et lorsqu’on parle des singes en général, ce sont toujours les guenons qu’on a en vue. Elles s’apprivoisent facilement, sont en général de bonne complexion, quoique espiègles, se propagent facilement en captivité et vivent en bonne harmonie avec leurs congénères. Qualités précieuses, dont on tient compte volontiers.
- On m’aurait certes pas séparé les guenons sveltes et gracieuses des Semnopithèques, si elles n’avaient pas une dentition plus robuste et un estomac entièrement simple. Mais on a poussé plus loin les distinctions, et formé, fort inutilement, des sous-genres suivant le nombre des tubercules développés sur les dents de sagesse de la mâchoire inférieure : Myio-pithecus à trois tubercules dont le Talapoin de l’Afrique occidentale forme le type, espèce remarquable du reste par ses grandes oreilles et !a cloison assez large du nez, qui rappelle les singes américains ; Cercopithecus à quatre tubercules, le groupe typique et riche en formes, dont la Diane la Mone et la Guenon verte si commune font partie; Cercocebus, les Mangabeys du commerce, à cinq tubercules, chez lesquels le museau s’allonge comme chez les Macaques.
- La couleur du pelage varie beaucoup : les espèces grandes et fortes, telles que le Talgpoin(C. Talapoin), et la Guenon verte commune (G. Sabœus), sont d’un vert olivâtre; cette dernière espèce, qui remonte assez haut dans les montagnes, est celle qui supporte le mieux notre climat ; les Mangabeys (C. Fuligino-sus) sont d’un noir de fumée : le Nisnas (C. Pyrroho-notus), si commun dans nos ménageries et si ennuyeux dans l’âge adulte, se pare d’une teinte jaune rougeâtre ; d’autres enfin, et c’est le plus grand nombre, sont assez bariolés et se distinguent par des barbes, des plumeaux et des pinceaux différemment colorés qui leur donnent souvent un aspect bizarre.
- La Diane (C. Diana) est un gentil petit singe de couleur noirâtre, un peu brunie sur le dos, à cadre blanc presque triangulaire entourant le visage et se terminant par une longue barbiche poin-
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- tue. La teinte blanche s’étend sur la gorge, la poitrine, la face interne des cuisses et des bras. La queue est très longue, sans pinceau terminal. Elle se trouve très souvent avec sa compatriote la Mone ('C. Mona) dans nos ménageries. La Mone se distingue de la Diane en ce quelle n’a que des favoris blancs et point de barbiche. La Guenon verte (C. Sabæus) d’un vert olivâtre sur le dos avec calotte plus foncée, se rapproche déjà des Macaques par son corps plus robuste. Notre gravure en représente une bande surprise par un danger quelconque au moment où elle dévaste un champ de maïs (fig. 2). Les mères se sauvent précipitamment avec leurs petits dans les bras, tandis que le chef est debout sur la clôture pour surveiller la retraite des pillards.
- Toutes les Guenons vivent en troupes composées souvent d’une trentaine d’individus de tout âge et de tout sexe; ce sont des pillards astucieux et rusés, qui font leurs expéditions sous la conduite d’un vieux mâle, et savent s’entendre et se concerter, comme du reste la plupart des singes, au moyen de diverses modulations des sons gutturaux qu’ils émettent. Les indigènes les poursuivent avec acharnement à cause de leurs déprédations et les prennent le plus souvent dans des filets sous lesquels on met des fruits comme appât. Les Guenons aiment passionnément les œufs d’oiseaux et dévorent des insectes avec appétit. Cap.l Vogt.
- LA HOUILLE AUX ANTIPODES
- Les nombreuses mines de charbon que l’on découvre dans les régions lointaines, et que l’on se hâte de mettre en exploitation, ont écarté comme prématurées les craintes d’un épuisement prochain de la houille. Parmi ces houillères nouvelles, celle de Westport, sur la côte occidentale de la Nouvelle-Zélande (île du Sud), est certainement l’une des plus remarquables. Les couches de charbon de cette mine ont une épaisseur qui varie de lm,80 à 16 mètres; elles sont donc fort importantes. Mais ce qui constitue le trait distinctif de cette mine, c’est qu’elle peut être exploitée à une altitude de 250 mètres à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer. Quelques-unes des veines affleurent à la surface des falaises. Non seulement les ouvriers son à l’ahri des inondations, mais probablement aussi des explosions du grisou. R. Vion.
- PILE A OXYDE DE CUIVRE
- DE MM. DE LALANDE ET G. CHAPERON
- Les applications domestiques de l’électricité sont subordonnées aux qualités que présentent les générateurs d’énergie électrique, et à en juger par le nombre et la variété de celles qu’on exige, on s’explique qu’il n’en existe encore qu’un nombre restreint d'un usage courant et général. Au premier rang figure la pile Leclanché dont on n’est plus à compter les applications aux sonneries et télégraphes domestiques, mais elle ne convient pas également bien aux usages qui demandent un certain débit d’une manière continue comme, par exemple, l’éclai-
- rage électrique, la galvanoplastie, la charge des accumulateurs, etc. Les piles capables de fournir ce courant continu et constant pendant quelques heures présentent l’inconvénient de s’épuiser presque aussi rapidement en circuit ouvert qu’en circuit fermé. Il faut alors renouveler souvent les liquides ou soustraire les zincs à l’attaque du liquide comme dans la pile à treuil et au bichromate de potasse, par exemple. Il fallait donc réaliser une pile présentant à la fois les qualités de durée de la pile Leclanché et les qualités de débit de la pile au bichromate.
- Ce sont ces qualités que réunissent les nouveaux éléments de MM. F. de Lalande et G. Chaperon.
- Les piles à oxyde de cuivre varient de formes et de dimensions suivant les applications auxquelles on les destine. En principe, elles comprennent toujours une lame’ou un cylindre de zinc amalgamé comme métal actif, une solution à 50 ou 40 pour 100 de potasse caustique comme liquide excitateur, et de l’oxyde de cuivre en contact direct avec une lame de fer ou de cuivre comme dépolarisant.
- Grâce au choix des produits, la pile peut travailler sur un circuit fermé continu, pendant plusieurs jours, sans polarisation notable et presque jusqu’à complet épuisement des produits : la transformation de la potasse en zincate alcalin et la réduction progressive de l’oxyde de cuivre s’opèrènt sans que les constantes varient sensiblement. La force électromotrice initiale, quelques heures après le montage de l’élément, est légèrement inférieure à 1 volt; en service courant continu, elle est d’environ 0,85 volt et se maintient bien à cette valeur.
- La résistance intérieure varie avec les dimensions de l’élément. ; la durée du service dépend à la fois du débit et de la quantité de matières actives, zinc, potasse caustique et oxyde de cuivre que renferme l’élément au moment de son montage.
- La figure 1 représente Y élément hermétique, grand modèle, “destiné aux applications qui ne demandent qu’un courant peu intense : télégraphie, téléphonie, sonneries et signaux, etc. Il a 10 centimètres de hauteur sur 8 centimètres de côté.
- Il peut débiter de un demi à un ampère et fournir environ 250 000 coulombs, soit un courant d’un ampère pendant soixante-dix heures, ou un courant d’un demi-ampère pendant cent quarante heures soit consécutivement, soit à intervalles quelconques.
- L’élément hermétique (fig. 1) se compose d’un vase de verre Y fermé par un couvercle fixe en composition E et percé d’une ouverture centrale pour le passage du cylindre de zinc D. Ce cylindre est fixé sur le couvercle par un bouchon de caoutchouc G.
- AB est un conducteur en cuivre portant à sa partie inférieure un disque de cuivre recouvert par l’oxyde. La fermeture hermétique de l’élément a pour but d’empêclier la carbonatation de la solution de potasse caustique et rend aussi plus facile le déplacement de l’élément.
- La figure 2 représente l’élément à spirale, dont les dimensions sont plus grandes et le débit plus
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- LA MATURE.
- considérable, puisqu’il peut fournir un courant de 1 à 2 ampères. 11 est destiné aux expériences d’enseignement, aux bobines d’induction de moyenne grandeur, galvanoplastie, dorure, argenture, nickelage. Trois éléments en tension suffisent pour charger des accumulateurs à lames de plomb.
- La légende qui accompagne la figure 2 suffit pour en compendre les dispositions.
- Enfin, les éléments à grand débit (fig. 3) présentent la forme d’une auge rectangulaire en tôle de fer qui sert à la fois de récipient et de pôle.
- Le fond de l’auge est recouvert de bioxyde de cuivre, et la lame de zinc amalgamé est disposé horizontalement au-dessus du bioxyde à l’aide de quatre supports en ciment placés aux quatre angles. Une couche de pétrole lourd versée au-dessus de la solution assure la fermeture de l’élément et soustrait presque complètement la potasse à l’action de l’air.
- Le petit modèle a 25 centimètres de longueur, 14 centimètres de largeur et 10 centimètres de hauteur- Il peut débiter 6 ampères et fournir environ 800 000 coulombs, ce qui correspond à un dépôt de 250 grammes de cuivre.
- Le grand modèle a 40 centimètres de longueur, 20 centimètres de largeur et 10 centimètres de hauteur. Son déhit atteint 15 à 18 ampères et la quantité d’électricité qu’il peut fournir est de 1 800 000 coulombs, soit 500 ampères-heure. Ce modèle à grand débit peut fournir à volonté 1 ampère pendant 500 heures, 10 ampères pendant 50 heures ou 15 ampères pendant 33 heures.
- Les éléments à grand débit conviennent dans toutes les applications où l’on emploie la pile Bunsen, à la condition de remplacer chaque élément
- Bunsen de 20 centimètres par deux éléments à l’oxyde de cuivre en tension pour avoir la même force électromotrice Ils peuvent être utilisés à l'éclairage électrique par l'arc ou l’incandescence, les grosses bobines d’induction, la galvanoplastie, la charge des accumulateurs, etc. Ils présentent sur les éléments Bunsen l’avantage de ne dégager ni vapeurs nuisibles, ni odeur désagréable; la pile fonctionne sans entretien ni nettoyage jusqu’à épuisement et surtout,
- qualité essentielle, ne consomme pratiquement rien en circuit ouvert. On n’est donc astreint à aucune manœuvre pour la taire passer de la période de travail à la période de repos, et c’est là sa supériorité sur les piles au bichromate de potasse. La seule critique qu’on puisse lui adresser est de faire usage d’une solution caustique comme la potasse; il faut avoir soin de reléguer la pile en un endroit où le renversement accidentel d’un élément ne puisse avoir de graves inconvénients.
- Nous avons établi dans notre cave, pour notre usage personnel, une pile à auge de 12 éléments petit modèle qui alimente une petite lampe Swan, à notre entière satisfaction. Comme cet éclairage ne fonctionne environ que 30 minutes par nuit, et que la pile renferme assez de produits pour fournir 120 heures d’éclairage sur la lampe du type que nous employons, il est probable quelle fournira un service continu de 6 à 8 mois sans qu’on ait à renouveler Jes éléments ou à les remonter.
- On peut donc considérer cette application comme une réalisation, sur une petite échelle, de l’éclairage électrique domestique. E. H.
- Fig. 1. — Élément hermétique. (Grand modèle; hauteur, Ü'“,16J.)
- E. Couvercle fixe, adhérant au vase de verre Y et percé d’une ouverture centrale pour le passage du cylindre de zinc D. — AB. Conducteur portant à sa partie inférieure un disque de cuivre B recouvert par l’oxyde de cuivre. — D. Cylindre de zinc amalgamé. — G. Bouchon de caoutchouc. — H. Soupape formée par un tube de caoutchouc fendu.
- Fig. ô. — Elément à auge. (Longueur, o‘",40.)
- A. Auge en tôle de fer.— B. Couche d’oxyde de cuivre recouvrant le fond de l’auge. — C. Borne du pôle positif se fixant contre la plaque de cuivre portée par l’auge. — 1). Plaque de zinc amalgamé. — L. Supports isolateurs de la plaque de zinc. — M. Borne du pôle négatif.
- Fig. 2!. — Elément à spirale.
- (Hauteur, 0",155.)
- B. Oxyde de cuivre. — C. Fil de cuivre recouvert d’un tube de caoutchouc isolant et rivé sur la boite A. — D. Zinc amalgamé. — E. Couvercle mobile. — F. Borne du pôle négatif. — G. Tube de caoutchouc protégeant le zinc contre sa tendance à se couper au niveau du liquide excitateur. — V. Vase de verre.
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- LA NATURE
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- UN NAIN RUSSE
- Un médecin très distingué de Moscou, M. le docteur Benzengre, a présenté à la Société d’Anthropolo-gie de Paris, la photographie d’un nain d’autant plus intéressant que M. Benzengre l’a observé en anthropologiste exercé. Ce nain, appelé Ivan Wassiliewitch, est né dans le gouvernement de Kostroma en Russie. Sa taille n’est que
- de 1 mètre. 11 n’est r--------r—^-----------------
- donc pas des plus j petits. Ses membres mesurés avec soin par M. Benzengre, sont assez bien proportionnés. On remarque seulement le développement excessif des seins. Il n’a jamais eu de dents de sagesse et plusieurs autres dents ne se sont pas développées. Ses oreilles sont grandes (6 centimètres de long) et bien faites.
- Il a actuellement cinquante et un ans, ce qui est un grand âge pour un nain.
- Sa physionomie est vieillotte, ridée et imberbe. Son instruction est à peu près nulle, mais il n'est pas inintelligent.
- 11 est le dernier enfant d’une famille de six enfants, tous de taille ordinaire et bien constitués.
- Sa mère, le voyant petit, chétif et maladif dès l’enfance, le soumit à toutes sortes de traitements curatifs plus primitifs les uns que les
- autres, et si elle ne le fit pas périr à force de soins, c’est que le jeune nain avait la vie plus dure qu’il n’en avait l’air. Celte pauvre femme aimait beaucoup cet enfant, son dernier-né; pour le guérir, elle l’a plusieurs fois enveloppé dans de la pâte, puis introduit à l’aide d’une grande pelle dans un poêle bien chaud. 11 paraît que celte coutume est assez répandue dans le centre et le nord de la Russie, sans doute parce que le froid y est regardé comme le grand ennemi de l’hu-
- Le nain russe Wassiliewitch, récemment présenté à la Société d’Anthropologie de Paris.
- manité. Souvent aussi la mère d’Ivan le conduisait en pèlerinage vers les images saintes ou vers les sources miraculeuses, et lui faisait entendre des lectures enchanteresses.
- Malgré ces actes de piété, Ivan n’a pas grandi. Mais il ne trouve pas la vie misérable. Il vit en parasite chez les propriétaires du voisinage. 11 ne s’est pas marié et ne le pouvait guère.
- M. Lunier a pensé qu’Ivan était nain parce qu’il
- était atteint d’une sorte de crétinisme. C’est l’expression vieillotte de la physionomie qui lui a suggéré cette opinion. Cependant il faut remarquer qu’Ivan n’a pas la moindre trace de goitre, et qu’il est suffisamment intelligent.
- Jacques Bertillon.
- LE NAPHTOL
- Depuis quelque temps, on commence à employer en France, d’une façon suivie, un dérivé de la houille voisin du phénol par sa composition chimique; nous voulons parler du naphtol. En Anglelerre et surtout eu Amérique, les résultats obtenus par l’emploi de ce nouveau médicament, ont été si heureux qu’il a pris déjà une place très importante en thérapeutique.
- Nous croyons être utile à nos lecteurs en leur donnant aujourd’hui une monographie résumée des propriétés de ce corps.
- Lorsqu’on chauffe de la naphtaline au contact de l’acide sulfurique concentré, on peut obtenir, suivant la température à laquelle on agit, différents acides sulfoconjugués de ce carbure, susceptibles de donner eux-mêmes, par leur combinaison avec la potasse et la soude, des sels bien définis. Si l’on traite ces sels par la potasse ou la soude ca fusion, et si l’on décompose lu masse fondue, en dissolution étendue, par l’acide chlorhydrique, on obtient finalement des naphtols ; il y a en effet autant de naphtols que d’acides sidfoconjugués. Parmi ces naphtols celui qui nous intéresse seul au poi.it de vue médical est le naphtol P.
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- LA NATURE.
- Le naphtol brut, tel qu’on l’emploie dans l’industrie des matières colorantes se présente sous forme de masses violet foncé, qu’on peut facilement réduire en poudre. Le naphtol pur, seul employé en médecine, est au contraire très bien cristallisé, en aiguilles blanches, brillantes, fines et soyeuses. Chimiquement pur, son odeur est très faible ou presque nulle, sa saveur est brûlante; respiré fortement il provoque de violents éternuements.
- Le naphtol est faiblement soluble dans l’eau bouillante, mais très soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, le benzol, les huiles et les graisses ; sa solution aqueuse saturée à 25° c. contient une partie de naphtol dans 550 parties d’eau; doucement chauffé, il se sublime aisément; on peut en outre le distiller facilement dans un courant de vapeur d’eau : il y a même lieu de tenir compte de cette propriété quand on veut en faire une solution titrée dans l’eau bouillante.
- Lorsqu’on veut dissoudre du naphtol dans une grande quantité d’eau, il est bon de le dissoudre au préalable dans la plus petite quantité d’alcool (environ deux parties d’alcool pour une partie de naphtol) ; on verse alors cette solution dans l’eau en agitant constamment.
- C’est en 1881 que, sur l’avis de Ludwig, le professeur Kaposi essaya l’emploi du naphtol en médecine. Les nombreux essais de ce savant ne tardèrent pas à montrer que le naphtol remplace avantageusement le phénol, même en solution étendue à un gramme par litre, par exemple. Dépourvues d’odeur, ces solutions n’incommodent pas les malades tout en agissant comme un puissant désinfectant ; elles préviennent et arrêtent toute fermentation et par suite toute décomposition de composés organiques ; appliquées sur des membranes très délicates, elles causent tout d’abord une sensation brûlante et une irritation locale qui disparaissent très rapidement et qui sont bien moins douloureuses que celles provoquées par le contact de solutions phéniquées; il semble même qu’appliquées sur des blessures très graves, elles aient favorisé et stimulé la production de nouveaux tissus.
- Le naphtol est donc un agent des plus puissants : les expériences de Neisser montrent en effet qu’un gramme d’une solution aqueuse concentrée est susceptible de tuer un lapin pesant environ 1 kilogramme ; un chien du poids de 4ki,,500 ne résiste pas à la dose de l‘r,500.
- Quant à l’action locale que le naphtol exerce sur la peau, les expériences de Kopassi ont fait voir que le naphtol en solution dans la graisse, même à la dose de 15 à 20 pour 100, ne produit aucune irritation lorsqu’il est appliqué sur une peau saine. Appliqué sur un eczéma, il peut provoquer une inflammation aiguë, même quand il est étendu dans une pommade à la dose de 1 pour 100. La solution alcoolique agit beaucoup plus énergiquement : à la concentration de 1 demi à 1 pour 100, cette solution provoque, même sur la peau saine, une éruption urticaire qui peut s’étendre au delà de la partie frottée.
- Quoique nous ayons déjà fait remarquer que le naphtol n’a pas d’odeur, quand il est chimiquement pur, A. Jarisch a remarqué qu’il acquiert par son contact avec la peau une odeur toute spéciale qui se communique à l’atmosphère de la chambre et qui est tout à fait caractéristique de ce composé.
- Un des grands avantages du naphtol est encore de ne colorer ni la peau, ni les cheveux; toutefois il tache en rose, puis en rouge, au contact de l’air, les tissus de lin et de coton; cette coloration disparaît du reste très facilement par un simple lavage à l’eau chaude et au savon.
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- CORRESPONDANCE
- DUnÉE DE VISIBILITÉ DES BOLIDES
- Laigle, 11 novembre 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans le n° 544 (p. 363) de La Nature, M. Amédée Guillemin appelle l’attention sur la durée exceptionnelle de la visibilité d’un bolide, cinq minutes environ et dit n’avoir pas lu de relation où la durée ait dépassé une demi-minute. Il existe cependant un certain nombre de cas où cette durée a été beaucoup dépassée, et particulièrement une observation où la visibilité a atteint vingt minutes et qui me paraît remarquable à cause de ce chiffre élevé et aussi parce qu’elle est due à l’astronome Coggia, de Marseille.
- Le 1er août 1871 à 10 h. 43 m., temps moyen de Marseille, M. Coggia aperçut un bolide d’une couleur rouge sang, d’un volume apparent de 15 minutes, volume qui ne tarda pas à diminuer à mesure que le corps igné avança dans son voyage que je résume ici d’après l’auteur :
- 10 h. 43 m. près 8 et n Ophiuchus.
- — 45,30 5 — p. Sagittaire.
- — 46,35 — Saturne.
- — 49,50 — o Sagittaire.
- — 50,40 — f id.
- — 52,30 — i et 6 Capricorne.
- Station et changement de direction :
- — 57,50 — v Verseau.
- — 59,30 — p id.
- Station et changement de direction.
- Ensuite le corps igné se porte vers Ç Verseau, va passer entre S et 7 Capricorne et disparaît à 11 h. 3 m. 20 s. un peu au nord de 0 Poisson Austral.
- Dans plusieurs autres observations, on trouve des durées de 5, 7, 8, 15 minutes et enfin jusqu’à une heure, et si je ne me trompe M. Guillemin lui-même a dû observer en 1853 un bolide se mouvant avec une extrême lenteur. Les particularités signalées parM. Coggia, stationnements et changements de direction sont également mentionnées par plusieurs autres observateurs.
- Quelque difficile que soit l’explication de ces phénomènes, étant donnée la densité des météorites que l’on connaît, on ne peut révoquer en doute la réalité des faits observés et dont quelques-uns sont dus à des observateurs très compétents. Docteur Jules Rouyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 novembre 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Le rouget des porcs. — C’est avec un sentiment très particulier et que nous n’avons pas besoin de décrire que l’Académie écoute de la bouche de M. Pasteur la lecture d’un mémoire que celui-ci a faite en collaboration avec Thuillier. M. Pasteur commence d’abord par payer un tribut de regret au jeune savant mort victime de la science au service des doctrines du maître. On sait que c’est Thuillier qui, plus heureux que le docteur Claye, a découvert, il y a quelques années, le microbe du rouget des porcs ; M. Pasteur et lui ont isolé ce protoorganisme et l’ont cultivé. Ils sont parvenus à en atténuer la violence de façon à le convertir en vaccin, grâce auquel un état ré-
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- fraclaire est communiqué aux animaux à l’égard de l’épizootie. On vient seulement d’avoir des nouvelles définitives des vaccinations exécutées dans le département de Vaucluse, à Bollène, à Saint-Regtitut et à Maudragon; elles sont plus satisfaisantes qu’on n’eût osé l’espérer. Une épidémie violente s’étant déclarée, les victimes ont été innombrables mais tous les vaccinés ont parfaitement résisté. 51. Pasteur insiste sur la méthode tout à fait nouvelle qui a permis d’obtenir l’atténuation du virus. Elle a consisté à acclimater, pour ainsi dire, le microbe chez le lapin. En l’inoculant de lapins en lapins, on constate qu’il acquiert à l’égard du rongeur de plus en plus d’énergie ; mais en même temps il devient bénin pour le porc et le préserve par vaccination de toute contagion ultérieure. Chose remarquable, le microbe acclimaté chez le pigeon ne perd pas son action funeste pour le porc.
- Mécanisme des volcans, — A la suite des vues fournies sur le phénomène volcanique par dès considérations de géologie pure, on accueillera peut-être une hypothèse inspirée par les questions de géologie comparée et spécialement par la doctrine de l’évolution sidérale. 11 m’a semblé, en effet, dans une note que lit en mon nom 51. le Secrétaire perpétuel, que l’alimentation en eau des réservoirs volcaniques peut être rattaché à l’exercice de deux phénomènes normaux dans la vie planétaire et dont la réalité est généralement admise : la pénétration progressive de l’eau dans les roches profondes par suite du refroidissement séculaire du globe ; — et l’effondrement souterrain de portions de l’écorce que la contraction spontanée du noyau interne prive de leur appui.
- Grâce au véhicule solide des roches qui la contient, l’eau d’imprégnation des assises inférieures parvient aussi brusquement dans les régions chaudes où sa vaporisation et sa dissociation sont immédiates.
- Le fait sur lequel M. Paye a récemment insisté, de l’épaisseur incomparablement plus grande de l’écorce solide sous les océans que sous les continents, place à une même profondeur, des régions où les roches sont imprégnées d’eau et d’autres dont la température est celle de l’ébullition ou même de la dissocration. Le déplacement progressif des océans par l’effet des bosselleinents généraux, doit déterminer le réchauffement de parties précédemment atteintes par les infiltrations et qui, sans changer de profondeur, deviennent ainsi le point de départ de dégagement de vapeur.
- Des crevasses horizontales aux lieux d’épaississement, auraient pour effet de précipiter brusquement dans la zone de dissociation des blocs imprégnés d’eau et le résultat serait, à l’échelle planétaire, celui des matériaux humides qui, pénétrant par accident sous les minerais fondus, déterminent parfois des explosions de hauts fourneaux.
- L'onde marine du 28 août. — 11 s’agit de la vague mise en mouvement par le tremblement de terre de Java et dont on a déjà dit l’arrivée à 5Iaurice et à Bourbon. Cette fois M. de Lesseps annonce que le phénomène a été constaté au marégraphe de Colon : l’onde s’est donc propagée du Pacifique dans l’Atlantique en contournant le cap de Bonne—Espérance et elle n’a demandé que trente heures environ pour sa propagation. Chose remarquable Panama qui est sur le Pacifique, n’a rien éprouvé de pareil et on doit l’attribuer au barrage des îles océaniennes qui ont amorti le mouvement. De son côté 51. Bouquet de La Grye a constaté l’arrivée de la même onde au marégraphe de Rochelort quarante heures environ après le phénomène,
- avec une propagation de 505 milles à l’heure. C’est la première fois qu’on observe, à une semblable distance, jes effets d’un tremblement de terre.
- Varia. — 51. Paul Bert dépose un mémoire de 51. Bloch sur la vitesse de transmission des impressions visuelles, auditives et tactiles dans les nerfs et dans la moelle épinière. — En hydratant l’aldéhyde crotonique, M. Wurtz est parvenu à produire de l’aldol. — La reproduction par-thénogénésique du phylloxéra continue d’occuper 51. Boi-teau. — 51. Dareau propose de traiter par l’acide'sulfurique la bourbe des eaux ménagères et des eaiix d’égout ; ce travail, autant que nous comprenons, a été inspiré par les récentes recherches de 51. Aimé Girard. — La fusibilité des sels fournit le sujet d’un mémoire à 51. 51aumené. — En fait d’astronomie, on signale l’observation par 51. Bi-gourdan des petites planètes 253 et 234 et celle de la comète Pons-Cruls par 51. Henry. Stanislas 51eunier.
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- BIJOUX LUMINEUX ÉLECTRIQUES
- DE M. G. TROUVÉ
- M. G. Trouvé dont nous avons décrit autrefois les petits bijoux électriques animés, véritables merveilles d'habileté manuelle1, vient de construire une série de bijoux d’un aspect très heureux, qui renferment, dissimulés sous une enveloppe formée de lentilles de verres rouges et blancs à facettes, imitant des rubis et des, diamants, une lampe à incandescence de très faible résistance. — Notre figure 2 montre l’aspect de ces bijoux que le dessinateur a groupés en supposant que la lampe intérieure qu’ils contiennent brillât de tout son éclat. Le n° 1 est une épingle à cheveux pour dames, les nos 2 et o sont des épingles de cravate pour hommes, le n° 4 est une pomme de canne, les n08 5 et 6 sont des diadèmes contenant des lampes plus grosses dont la lumière est plus puissante. — Le bijou n° 5, spécialement destiné aux parures de théâtre, lance des rayons de lumière
- dans quatre directions et produit un très joli effet.
- La pile de poche qui fait fonctionner ces bijoux et les rend lumineux, est remarquable par sa petitesse, et la délicatesse de sa construction. Elle est constituée par trois couples charbons et zinc (deux charbons pour un zinc), ou un plus grand nombre, suivant les foyers à obtenir, plongeant dans la solution sursaturée de bichromate de potasse. Une auge en ébonite à trois compartiments contient la solution (fig. 3). Le couvercle qui porte les cylindres de char-
- Fig. 1. — Coupe d’un bijou lumineux électrique.
- 1 Voy. u° 328 du 13 septembre 1879, p. 229.
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- LA NATURE
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- bon et de zinc amalgamé, est également en ébonite; | il est muni d’une feuille de caoutchouc C qui déter-
- Fig. t. — Bijoux lumineux électriques de M. G. Trouvé, (grandeur d’exécuüou.)
- mine une fermeture hermétique, sous la pression de deux anneaux de caoutchouc dont l’un est représenté enE.
- Malgré ces précautions, des suintements du liquide acide peuvent se produire.
- M. Trouvé en évite les inconvénients en enfermant la pile dans deux enveloppes de caoutchouc F et G qui pénètrent l’une dans l’autre, à la façon des deux parties d’un porte-cigare.
- Les fils conducteurs du courant sont adaptés aux deux boutons HH'; un minuscule commutateur de poche permet de fermer ou d’ouvrir le circuit. La petite pile représentée en vraie grandeur (fig. 5) ne pèse que 500 grammes, elle fonctionne 50 minutes environ avec une lampe de 2 à 5 volts (petite épingle de cravate). La pile de plus grand format pèse 800 grammes, elle peut être encore portée dans une poche un peu grande, surtout pendant une durée limitée ; elle alimente dans de bonnes conditions une lampe d’une résistance beaucoup
- plus considérable de 4 à 8 volts.
- La figure 1 montre le mode de construction d’un bijou lumineux électrique. La lampe à incandescence est fixée au centre de l’appareil, et, comme le fait bien comprendre notre dessin, les verres taillés à facettes, forment lentilles et amplifient l’intensité de la lumière. Les deux fils conducteurs • du courant sont dissimulés entre les épingles qui servent de support. Ajoutons enfin que l’objet se démonte facilement, ce qui permet de renouveler la lampe à incandescence si elle vient à se détériorer.
- Nous croyons pouvoir prédire un grand succès aux ingénieux bijoux lumineux électriques de M. Trouvé.
- Gaston Tissandier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandiir.
- Fig. 5. — Pile de poche à trois éléments (grandeur i d’exécution.)
- Imprimerie A. Lahurc,9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N« 549. — « DÉCEMBRE 1883. LA NATURE 17
- SIR C. W. SIEMENS
- La science et l’industrie viennent de perdre un homme qui marquera sa trace dans le présent et dans l’avenir. Sir Charles William Siemens, plus connu sous le nom de docteur Siemens, vient de mourir à Londres le 19 novembre dernier des suites d’une chute malheureuse survenue quinze jours auparavant, mais qui ne laissait pas prévoir une issue fatale. Nous devons plus qu’une simple expression de regrets sincères à la mémoire d’un savant, fils de ses œuvres, qui fut en même temps un homme de cœur et un homme de bien.
- Charles William Siemens était né à Leuthe, dans le Hanovre, le 4 avril 1823; il est donc mort à peine âgé de soixante ans, en pleine possession de sa science et de sa remarquable activité.
- 11 fit ses études premières à Lübeck et à l’École polytechnique de Magdebourg et prit ses grades en 1842 à l’Université de Gœt-tingue. Après quelques mois passés dans les fameux ateliers de construction de machines du comte Stolberg, nous le voyons arriver à Londres à peine âgé de vingt ans, venant poursuivre l’exploitation industrielle d’un procédé nouveau de dorure et d’argenture électro-chimiques, inventé par lui en collaboration avec son frère Werner Siemens, alors lieutenant d’artillerie
- William Siemens a raconté lui-même l’histoire de ses débuts, dans une adresse présidentielle ou discours d’ouverture prononcé en 1881, devant le Birmingham and Midland Institute. Nous ne résistons pas au désir de mettre une partie de ce discours sous les yeux de nos lecteurs :
- «.... Après quelques résultats, pleins de promesses, l’idée d’entreprise s’empara de moi si vivement que je m’arrachai du milieu étroit dans lequel je vivais, et partis pour Londres, n’ayant que quelques livres dans ma poche et pas d’amis, mais animé d’une confiance ardente et intime dans le succès final. J’espérais trouver un bureau d’études où l’invention serait examinée et rémunérée si elle semblait li' auBiie. — 1er seiH"s<r<*.
- méritoire, mais personne ne put m’indiquer un établissement de cette nature. En me promenant dans Finsbury Pavement, j’aperçois écrit en lettres énormes sur une boutique : Un tel et un tel (le nom m’échappe) Entrepreneur L L’idée me vint que là était ce que je cherchais. Un homme qui se donnait le titre d’entrepreneur ne pouvait pas refuser d’examiner mon invention, l’apprécier et la payer. Dès que j’eus franchi le seuil de la maison, je fus convaincu que ma visite avait eu lieu beaucoup trop tôt, eu égard à la nature spéciale des entreprises de l’établissement. Mis en présence du propriétaire, je couvris ma retraite en balbutiant une excuse qui dut
- lui paraître un peu louche.Ma persévérance me fit enfin découvrir le bureau de brevets de MM. Poole et Carp-mael qui me reçurent avec beaucoup d’amabilité et me donnèrent une lettre d’introduction pour M. Elkington de Birmingham....
- « M. Elkington me reçut avec une patience que j’admire, il me montra ses travaux d’argenture et m’envoya à Londres pour lire ses brevets sur la matière. A mon grand désappointement, je découvris que les solutions chimiques que j’employais étaient mentionnées dans l’un de ses brevets. De retour à Birmingham, je déclarai franchement ce que je venais de voir, et cette franchise me gagna la faveur de M. Josiah Masou, l’associé de M. Elkington. On fut d’accord pour décider que mon invention serait jugée non par sa nouveauté, mais par ses résultats. Il s’agissait en effet de déposer un certain poids d’argent sur des couverts en obtenant une surface polie et des dépôts non cristallins qui avaient été jusqu’ici la source de grandes et nombreuses difficultés. Je réussis, et pus m’en retourner dans mon pays natal et reprendre mes travaux de mécanique, ayant une fortune de Crésus...., relativement. Je retournai à Londres l’année suivante avec une autre invention, le gouverneur chronométrique, invention
- 1 Pour saisir l'originalité de cette démarche, il faut savoir que le mot undertaker, dérivé du verbe to undertakc. entreprendre, signifie entrepreneur de pompes funèbres. L’erreur était bien excusable chez un jeune homme de vingt ans ne sachant que quelques mots d’anglais.
- Sir William Siemens, né au Hanovre, lé 4 avril 1823, mort à Londres, le 19 novembre 1883.
- (D’après une photographie.)
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- moins fructueuse, commercialement parlant, mais qui me mit en relation avec le monde des ingénieurs et me procura l’avantage de me fixer définitivement en Angleterre. »
- C’est en effet l’Angleterre qui a été le théâtre des travaux-et des inventions de sir William Siemens : il fut naturalisé citoyen anglais en 1850 et quelques mois avant sa mort, le 21 avril 1885, la Reine lui conférait les honneurs de la chevalerie (Knighthood), avec le titre de Sir qui y est attaché.
- Une fois fixé en Angleterre, W. Siemens porta ses études vers la théorie mécanique de la chaleur et chercha une méthode d’utilisation des chaleurs perdues dans les différentes opérations industrielles. La première application fut faite à une machine à vapeur construite en 1847 dans les ateliers de M. Hicks, de Rolton. L’emploi de la vapeur surchauffée — une nouveauté à cette époque — entraînait des difficultés qui empêchèrent le développement industriel de cette invention. C’est entre 1850 et 1860 qu’il produisit son compteur d’eau, étudia l’influence de la pression sur la résistance et l’électrification des corps isolants, et qu’il fit connaître ses procédés de mesure, d’isolement et de protection des câbles sous-marins. C’est aussi à la même époque qu’il créa avec son plus jeune frère Friedrich, alors son élève, l’invention capitale à laquelle son nom restera toujours attaché : le régénérateur ou récupérateur de Siemens. La première application pratique date de 1861; limitée d’abord à la fabrication de l’acier et du verre, l’invention s’est étendue successivement à toutes les industries qui exigeait la production d’une température élevée ; la seule limite pratique imposée à la température que le fourneau peut atteindre n’est autre que celle que permettent les matériaux réfractaires dont le four est composé. Le régénérateur de Siemens permit de réaliser industriellement, dès 1862, l’expérience de Réaumur qui consiste à fabriquer l’acier en fondant le fer malléable avec de la fonte.
- La méthode perfectionnée à la suite d’une expérience de quelques années est devenue depuis le procédé Siemens-Martin.
- L’importance de ce procédé ressort bien nettement de ce fait que la production de l’acier par les procédés Siemens a atteint, pour l’année 1882 et le Royaume-Uni seulement, le chiffre respectable de près de 500 000 tonnes.
- Les travaux de Siemens en électricité ne sont pas moins importants qu’en métallurgie; il fut un des ouvriers de la première heure dans le développement de ses applications industrielles.
- Dès 1866, le Dr Werner Siemens voyant un moteur électrique fonctionnant sans aimants permanents, en conclut qu’on pourrait également construire un générateur électrique sans les aimants. L’idée fut développée et réalisée par William Siemens qui présenta un mémoire sur la question à la Société Royale de Londres le 14 février 1867, le même jour
- oùWheatstone présentait également un mémoire sur le même sujet.
- Les machines dynamo-électriques Siemens, sous leur forme actuelle, sont pour une bonne partie le résultat des travaux de sir William. On pourrait en dire autant de tous les progrès réalisés parla maison Siemens, en télégraphie, en lumière électrique et en transmission de force. C’est pour la pose du câble direct des États-Unis que fut construit, en 1874, sur les plans de sir William, le Faraday, bateau à deux hélices disposées de telle sorte qu’elles permettent l’évolution du navire presque sur place.
- Citons encore parmi ses inventions plus récentes le bathomètre, un appareil qui permet d’apprécier la profondeur de la mer sans ligne de sonde, le thermomètre et pyromètre électrique, le fourneau électrique, etc. Signalons enfin, dans l’ordre des questions de science plus élevée, placée aux confins de la physique et de la métaphysique, sa théorie présentée à la Société Royale en 1882 sur la conservation de l’énergie solaire.
- Sir William Siemens a été successivement membre du Conseil ou président de la plupart des Sociétés savantes de l’Angleterre. Ses discours présidentiels portent tous la marque d’un esprit habitué à envisager simultanément le côté théorique et pratique des choses. Nous espérons qu’ils seront réunis et publiés en un volume qui formera le résumé complet et fidèle des progrès de la science appliquée, pendant ces quarante dernières années.
- La bienveillance de sir William Siemens était à la hauteur de sa science ; sa porte était toujours ouverte à ceux qui venaient lui demander des conseils ou des encouragements. L’accueil qu’il nous fit en 1879, lorsque nous allâmes passer quelques mois en Angleterre pour y apprendre la langue et les premiers principes de la science électrique, ne s’effacera jamais de notre cœur. Mais qu’importent nos souvenirs et nos regrets personnels en présence d’un des hommes dont l’œuvre a puissamment contribué aux progrès de ce siècle, et dont la perte devrait être un deuil public?
- Découvrons-nous respectueusement devant celui qui fut un grand savant, un grand inventeur et un homme de cœur; souvenons-nous que, parti de rien, il est arrivé aux honneurs et à la fortune en mettant en œuvre la devise de sa famille : Through energy to success. E. Hospitalier.
- L’EXPOSITION
- DE LA SOCIÉTÉ PHOTOGRAPHIQUE
- DR LONDRES
- La collectiou de photographies exposée actuellement à Londres par la Société photographique, est véritablement splendide et inet en relief les progrès réalisés depuis plusieurs années. M. le Dr Phipson a publié à ce sujet dans le Moniteur de la Photographie des détails intéressants auxquels nous ferons ici quelques emprunts. Parmi les épreuves
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- scientifiques nous devons mentionner une reproduction de la Nébuleuse d’Orion obtenue en janvier dernier par M. Common, photographe de Londres, avec une exposition de 57 secondes. On est d’accord [jour reconnaître que celle-ci est le plus bel échantillon de photographie astro nomique que l’on ait encore vu ici. M. Walter Woodbury expose une série d’épreuves et des spécimens destinés à faire connaître tous les détails de son procédé de stanno-typie, que l’on regarde comme le dernier perfectionnement de la woodburytypie.
- Les applications de la photographie à l’art de la guerre ont toujours un grand intérêt: nous mentionnerons la reproduction fort exacte du fort Morckton par M. le lieutenant Hawker. Cette photographie, remarquable sous le rapport pratique, a été obtenue au beau milieu de la nuit, sans lune, pendant que tout le monde dormait en dehors et en dedans du fort — excepté toutefois MM. les photographes. — Comment cela a-t-il été fait? L’habile lieutenant a éclairé le fort pendant quelques instants au moyen d’une puissante lumière électrique et les plaques instantanées à la gélatine bromurée ont fait le reste.
- Plusieurs petites épreuves obtenues en ballon à une hauteur de quelques milliers de pieds par M. Shadboldt, qui a exposé une épreuve semblable l’année passée, paraissent indiquer que ce genre d'opération pourra devenir, un de ces jours, une excellente méthode pour faire des cartes, d’un seul trait, pour ainsi dire. Les étrangers sont peu représentés à cetie Exposition, M. le capitaine Abney (qui expose plusieurs beaux paysages), nous donne cependant un spécimen du procédé de photogravure de MM. Goupil, de Paris ; M. Montero, de Paris, expose aussi quelques paysages, et M. Chapiro, de Saint-Pétersbourg, quelques magnifiques portraits. M. Lu gardon a obtenu la médaille de la Société pour quelques épreuves d’hommes en mouvement, et de chevaux. Les épreuves de MM. Zitnon, de Glascow (Ecosse), d’après le procédé de photogravure de M. Klic, de Vienne (Autriche), ont aussi obtenu la médaille.
- Comme toujours, les appareils ne forment dans l’Exposition qu’un accessoire tout à fait secondaire, mais nous y avons vu néanmoins quelques nouveautés, entre autres la machine électrique à retouche de MM. Géruzet et Ger-berzen, de Bruxelles. Dans ce petit appareil, la vibration magnétique se communique au crayon qui guide la main du retoucheur, ce qui produit un effet de « grain » fort curieux, dont on peut, d’ailleurs, changer la nature à volonté.
- BIBLIOGRAPHIE
- L’océan aérien. Etudes météorologiques, par Gaston Tis-sandier. 1 vol. in-8°de la Bibliothèque de La Nature, accompagné de dessins des phénomènes aériens, par Albert Tissandier, avec 132 figures dans le texte dont 4 planches hors texte. Paris, G. Masson. 1884.
- En écrivant ce livre, nous n’avons pas eu le projet de présenter au lecteur un traité de météorologie, mais bien une série d’études faites sur les phénomènes dont l’océan aérien est le théâtre. Cet ouvrage est essentiellement composé sous l’inspiration de la nature même; il renferme peu de théories, mais beaucoup de faits. La météorologie est avant tout une science d’observation ; c’est par l’observation qu’elle sera définitivement fondée, et il nous a semblé utile de réunir les documents les plus importants et les plus nouveaux recueillis sur les phé-
- nomènes aériens, dans ces dernières années. Après avoir décrit l’océan aérien, nous donnons des détails complets sur les instruments d’observation qui doivent être employés par les météorologistes; le lecteur trouvera, dans un chapitre spécial, la description d’un grand nombre d’appareils nouveaux et peu connus dont il n’aura qu’à faire un choix. (Extrait de l’Introduction.)
- La science dans l’antiquité. Les origines de la science et ses premières applications, par Albert de Rochas.
- 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de La Nature, avec H 7 figures, dont 5 planches hors texte. Paris, G. Masson, 1884. .
- S’il est intéressant de connaître les plus récentes conquêtes de la science, il ne l’est peut-être pas moins de rechercher les causes de leur origine dans le passé. C’est ce qu’a voulu faire l’auteur de ce livre, en commentant à nous montrer les premières lueurs de l’intelligence humaine, dans les temps préhistoriques. Il passe ensuite, successivement, en revue la science des Égyptiens, la science grecque, et il publie la description complète de tous les merveilleux appareils de Héron d’Alexandrie, parmi lesquels se trouvent bien des mécanismes ingénieux, dont plus d’un pourrait être utilisé par nos constructeurs contemporains. En lisant cet ouvrage on reconnaît que cet aphorisme déjà ancien est exact ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil ; et en prenant connaissance de la science antique, on acquiert bien des notions instructives et souvent utiles.-
- Les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques. Fossiles primaires, par Albert Gaudrv, membre de l’Institut, professeur de Paléontologie au Muséum d'histoire naturelle. 1 vol. in-8° avec 235 figures dans le texte, d’après les dessins de Formant. Paris, F. Savy, 1883.
- M. Albert Gaudry continue, dans ce nouveau et remarquable volume, à développer l’immense tâche qu’il a entreprise pour l’honneur de la paléontologie française : celle des enchaînements du monde animal à travers les âges. L’auteur jette la lumière) sur cet amoncellement d’ossements pieusement recueillis par la science moderne, et il le fait en savant passionné. Ne sent-on pas dans les lignes suivantes la joie du chercheur qui sait arracher aux mys tères du passé les vérités qu’on aurait pu croire y être cachées à jamais : << Des créatures innombrables, dit M. Albert Gaudry, sont livrées à notre curieuse admiration ; il y a plaisir à pouvoir par la pensée leur donner comme une vie nouvelle. Ce n’est pas tout que d’être charmé par la vue de ces ressuscités des anciens jours du monde; ils ont agi sur notre sensibilité; notre entendement se retourne vers eux, et nous ne résistons pas à leur dire : Vieux habitants de la terre, apprenez-nous d’où vous êtes venus. Êtes-vous des productions solitaires, çà et là écloses à travers l’immensité des âges sans un ordre plus compréhensible pour nous que l’ordre des fleurs de nos prairies? Ou bien avez-vous des liens les uns avec les autres, et, sous l’apparente diversité de la nature, découvrons-nous les traces d’un plan où l’Être Infini a mis l’empreinte de son unité? » C’est à ce dernier point de vue que M. Albert Gaudry étudie les Fossilps primaires. Le nouvel ouvrage est la suite d’un précédent travail dout nous avons donné une analyse détaillée.
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- LA NATUKE.
- CHEMIN DE FER MONORAIL
- DE M. LAUTIGUE
- Ce système, très ingénieux, est dû à la conception d’un ingénieur émérite, M. Lartigue. 11 se compose d’un cacolet, véritable bât de mulet, qui roule à l’aide d’une ou de deux poulies-roues à gorge, sur un fer de forme rectangulaire.
- Ce chemin de fer a été créé spécialement pour le transport de la récolte de l’alfa.
- En Algérie, l’alfa, cette plante qui sert à fabriquer le papier, pousse en abondance sans avoir besoin d’aucun soin de culture, et malgré le peu de frais
- nécessaires à cette récolte, elle était complètement abandonnée par suite des moyens de transport qui font, dans ces contrées, complètement défaut.
- Jusqu’alors, on avait exécuté ces transports à dos de mulets ou de chameaux. Les trains étaient, en outre, suivis d’une caravane conduisant les vivres nécessaires à l’alimentation des travailleurs, ce qui était très dispendieux et nécessitait une perte de temps considérable.
- Un changement radical vient d’ètre apporté à ces moyens primitifs de locomotion, et 105 kilomètres d’un chemin de fer à rail unique ont été installés, il y a 12 mois environ, sur les hauts plateaux du Sud-Oranais et fonctionnent à l’entière satisfaction des propriétaires.
- Fig. 1.— Chemin de fer monorail de M. Lartigue.—Cacolets pour le transport des huiles et des hottes de vendange.
- Un chameau traîne sans difficulté une trentaine de wagonnets, réunis entre eux par un simple anneau d’attelage.
- Le rail est placé à 0m,80 du sol environ. Chaque barre de ce rail a environ 3 mètres de longueur et est réunie à la suivante à l’aide de deux éclisses boulonnées.
- Ce rail est supporté par deux jambes en fer U. Un ouvrier et son aide peuvent en poser plusieurs centaines de mètres dans leur journée.
- Le rail pèse 15 kilogrammes.
- Les deux supports et le patin 14 kilogrammes.
- Le wagonnet à alfa se compose d’un petit bâti en fonte avec coussinets en bronze et chapeaux graisseurs automatiques, d’une poulie à gorge, calée sur un arbre en acier.
- A ce bâti sont fixés deux fers à U, ou deux cornières formant consoles. Ces cornières sont main-
- tenues à écartement, par des entretoises en fer, sur lesquelles est fixée une toile métallique.
- Ce wagonnet est tout léger, il ne pèse que 30 à 34 kilogrammes.
- Le centre de gravité se trouvant au-dessous du point de suspension, il n’y a à craindre aucun ren -versement. Une différence de poids d’une vingtaine de kilogrammes sur l’un des côtés du cacolet, fait légèrement incliner l’appareil sans pour cela détruire son équilibre et sans augmenter le frottement.
- La simplicité de la voie rend le montage et le démontage très faciles et d’une rapidité étonnante.
- 11 n’y a pas à préparer le sol, la barre flexible suit les montées, les descentes et la simple pression donnée par le corps de l’homme plie cette barre et construit instantanément, sans avoir besoin du secours d’un forgeron, toutes les courbes voulues.
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- LA NATURE.
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- Dans les pays sablonneux de l’Algérie, l’installation d’un transporteur à rail placé à la surface du sol n’aurait pas été praticable. Les sables déplacés par les vents violents qui soufflent dans ces contrées auraient vite recouvert une installation semblable, qui, au bout d’une journée, eut disparu complètement.
- Dans le système décrit, le vent et le sable n'ont aucune action sur ce rail placé à une distance assez grande du sol.
- 11 est cependant évident que ce mode de transport ne pourrait être installé dans un pays sillonné de routes, mais il peut recevoir des applications nombreuses pour nos grandes industries et surtout pour tout ce qui touche à l’agriculture.
- Depuis le type primitif, de nombreux perfectionnements viennent d’être apportés par un industriel innovateur qui a fait l’acquisition des brevets.
- J’ai pu voir, depuis, plusieurs types de cacolets, appliqués à différents genres d’industrie et qui recevront certainement leur application.
- En somme, cette innovation ingénieuse est appelée, sans aucun doute, à rendre des services considérables dans bien des cas, et j’aurai été heureux d’avoir été l’un des premiers à la signaler. — En résumant, voici les avantages que j’ai pu constater :
- 1° Économie dans le prix d’achat sur tous les transporteurs cdnnus jusqu’à ce jour;
- 2° Pose très facile et très rapide, une équipe de six hommes arrivant facilement à déposer, porter en
- Fig. 2.— Chemin de fer monorail de M. Lartigue. — Cacolets pour le transport des marchandises en sac, des pierres à chaux.
- avant et reposer quatre kilomètres de voie en une journée ;
- 3° Suppression des aiguilles, croisements et changements de voie ; courbes préparées suivant un rayon déterminé, plaques tournantes, etc. ;
- 4° Suppression de l’entretien de la voie proprement dite, la hauteur du rail placé 0m,80 du sol, le mettant à l’abri des sables, boues, herbes, etc. ;
- 5° Possiblilité de faire des courbes à double rayon et instantanément, ce qui donne une économie notable sur tout autre système dans la pose de la voie ;
- 6° Économie de frais de traction, une bête de trait pouvant tramer, avec ce système à un rail, un poids double de celui qu’elle enlèverait sur une voie ordinaire à double rail ;
- 7° Possibilité de déplacer et de replacer instantanément un ou deux rails de 5 mètres, et d’ouvrir ainsi un passage aux charrettes, troupeaux, etc.
- Suivant les applications et les poids à transporter, il a été créé plusieurs types de forme, de force et «le longueur variables.
- En voici entre autres :
- dn Cacolet garni de fourragères servant au transport des alfas, des céréales, des fourrages, des écorces, des bambous, des bois, etc., etc., pouvant être porté de 0m,65 à 3 ou 4 mètres de longueur;
- 2U Cacolet garni de tonnelets métalliques mobiles, pour le transport de l’eau, des vins, des huiles, pétroles, essences, alcools, etc. (fig. 1) ;
- 5° Cacolet pour le transport des hottes de vendangeurs (fig. 1);
- 4° Cacolet pour le transport des marchandises en sacs : blé, riz, maïs, avoine, pommes de terre, etc. (fig. 2);
- 5° Cacolet pour le transport des caisses, colis de toute nature ;
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- LA NATURE.
- - - Caeolet à caisses ouvrantes à bascules, pour le transport des matières pulvérulentes, houilles fines, terres, craie, grains en vrac, etc.
- Le même type modifié, avec fond à claire-voie et porte à bascule, est appliqué au transport des betteraves depuis les silos jusqu’à la ràperie.
- 7° Un caeolet à claire-voie partout, pour le transport des huiles, pierres à chaux, meulières, pierres, briques, etc. (fîg, 2).
- J’ai vu un caeolet pour le transport des blessés aux avant-postes.
- Un matelas placé sur des douves en bois, sous lesquelles on peut, au besoin, additionner des ressorts, forme un véritable sommier, qui évite au malade les cahots dus à l’allure de la bête.
- Une toile imperméable entoure le caeolet et sert de préservatif contre la pluie et le soleil1.
- E. Marie, ingénieur.
- CORRESPONDANCE
- t
- PLUME ÉLECTRIQUE. <
- Lyon, le 10 novembre 1883.
- Monsieur G. Tissandicr,
- Permettez-moi de vous faire connaître un petit procédé qui pourrait rendre service à quelques-uns de vos lecteurs. Il s’agit d’un système analogue à la plume électrique d’Edison, mais dont les éléments sont à la portée de tout le monde.
- Je l’avais imaginé il y a deux ans pour éviter l’ennui bien naturel que Ton éprouve lorsqu'on est obligé de suivre lentement les traits d’un dessin en les piquant avec une épingle. Ces croquis percés à l’épingle servent pour le transport sur faïence ou porcelaine, on les relève ainsi en passant à la surface une poudre fine colorée.
- Voici la méthode dans toute sa simplicité : Je décalque le dessin sur une feuille de papier dioptrique mince ; je place celte feuille de papier sur une plaque de charbon de cornue de surface plus ou moins grande. Celte plaque est mise en contact avec l’un des rhéophores d’une petite bobine de Ruhmkoff. Quant au stylet employé pour suivre les traits du dessin, c’est un simple crayon de graphite •de Sibérie un peu dur et finement taillé. L’extrémité supérieure du crayon est mise à nu et reliée à l’autre rhéophore de l’appareil d’induction. Bien entendu, le bois du crayon protège l’opérateur en le mettant complètement en dehors du courant.
- , Il suffit alors de suivre tous les traits du dessin placé sur la plaque de charbon en appuyant légèrement. On peut aller presque avec autant de rapidité que pour le premier calque. Tous les contours de l’esquisse sont perforés d’une infinité de petits trous par une série continue d’étincelles jaillissant entre le crayon et la plaque de charbon. Ces trous à peine apparents à l’œil nu, si ce n’est par transparence, sont microscopiquement constitués par .de véritables petites brûlures. Le dessin perforé de la sorte peut à l’aide d’une estompe de laine et d’une poudre impalpable être relevé plusieurs fois soit dans un sens, soit
- 1 D’après le bulletin technologique et la Chronique industrielle. '
- dans un autre, c’est-à dire ën- passant la poudre tantôt au verso, tantôt au recto. Le renversement du dessin est beaucoup plus difficile avec les croquis percés à l’épingle, çette dernière n’enlevant pas le morceau de papier mais le repoussant simplement du côté opposé. Je ne sais même pas si à l’aide d’une bobine d’induction de force convenable on ne pourrait pas obtenir les mêmes effets qu’avec la plume électrique.
- Veuillez agréer, etc. Dr J. Garel.
- FLACON A SULFATE DE FER POUR LES PHOTOGRAPHES.
- Monsieur le Rédacteur,
- Permettez-moi de vous signaler un petit appareil qui peut rendre de grands services aux amateurs de photographie. Il a été présenté par son inventeur M. Sterk, chimiste et photographe distingué, à la dernière séance de la Société nantaise de Photographie.
- Chacun sait que le bain de sulfate de fer ne peut servir pour faire apparaître l’image sur la glace impressionnée qu’à la condition d’être préparé quelques heures seulement à l’avance. Il ne se conserve pas dans des flacons même bouchés à l’émeri. L’appareil de M, Sterk a pour but de mettre cette dissolution à l’abri de Pair et par conséquent permet de la conserver longtemps. On peut donc en préparer une certaine quantité à la fois ei éviter ainsi l’ennui de ces préparations trop souvent renouvelées.
- Le croquis ci-contre dispense de toute explication.
- La dissolution est recouverte
- d’une couche d’huile qui la _ _____
- ferme hermétiquement. ... ^
- Quand on veut avoir le '-liquide on n’a qu’à souffler
- par le tube B qui est muni à cet effet d’un tuyau de caoutchouc pour plus de commodité. Le siphon A s’amorce et le liquide s’écoule. Pour arrêter il n’y a qu’à aspirer par le tube B et le liquide retombe dans le flacon. Toutefois il en reste quelques gouttes dans la courbure C. Le sulfate de fer est donc parfaitement à l’abri de l’air. X.
- RÉGULATEUR AUTOMATIQUE POUR LE CHAUFFAGE AU GAZ
- Saint-Étienne, le 16 novembre 1883.
- Monsieur G. Tissandier,
- On me communique le n° de votre journal qui porte la date du 27 octobre 1883. J’y lis à la dernière page un article sur un régulateur automatique pour le chauffage au gaz. J’ai imaginé le même régulateur et pris un brevet, n" 1-40 2 >2 dans lequel je le décris à la date du 22 octobre 1880. M. de Parville, dans Le Correspondant du 10 avril 1882, lui a consacré deux pages de sa Revue des Sciences. Je vous adresse une brochure dans laquelle j’avais décrit une de ses applications, le brevet portant sur une invention d’un caractère plus général. J’ai vendu plusieurs appareils; j’en ai un qui fonctionne depuis plusieurs années, dans un jardin d’hiver annexé à mes ap-
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- partements; une médaille de vermeil m’a été accordée, en novembre 1881, à une Exposition horticole. Serait-ce trop demander que de réclamer pour l’invention le nom de son inventeur, qui vous présente d’avance ses remerciements et l’expression de ses sentiments très distingués? A. Saignol,
- Ingénieur (ancien élève de l’École polytechnique), 7, rue de Roanne, à Saint-Étienne.
- ARTILLERIE SYSTÈME DE RANGE
- T. -- MATÉRIEL DE CAMPAGNE.
- Quand, au lendemain de nos désastres, il nous fallut reconstituer notre artillerie de campagne, on pensa qu’il était indispensable de n’adopter qu’un matériel ayant sur les meilleures pièces étrangères une grande et incontestable supériorité. C’est dans ce sens que les Commissions de Tarbes, de Bourges et de Calais reçurent l’ordre de diriger les études, d’établir les données du problème.
- Ces hautes Commissions en fixèrent les bases en 1875.
- L’artillerie de campagne doit, aux termes des règlements, engager le combat; couvrir le déploiement des troupes ; préparer l’attaqué décisive par des feux rapprochés ; concourir d’une manière spéciale à certains détails, du combat; aider à la poursuite de l’ennemi battu. Elle doit donc être dotée d’une grande mobilité, afin de pouvoir suivre et parfois mêm# précéder l’infanterie ou la cavalerie. Il suit de là que son matériel exclut nécessairement les pièces de gros calibre.
- D’autre part, cette artillerie a charge de contenir et d’occuper l’adversaire, en maintenant l’action ,à des distances auxquelles n’atteignent pas les armes à feu portatives; de combattre l’artillerie ennemie; de protéger les retraites; de poursuivre l’adversaire battu, ainsi qu’il a été dit plus haut ; d’opérer seule au besoin cette poursuite, quand les difficultés du terrain font obstacle à l'action des autres armes. Il faut, par conséquent, que son matériel ait une puissance et une portée assez considérables, ce qui implique l’exclusion des pièces de calibre faible.
- Pour remplir convenablement le rôle multiple qui lui est dévolu, mais surtout pour préparer l’attaque par ses feux rapprochés, l’artillerie de campagne est tenue de produire, à des moments et sur des points donnés, des effets meurtriers irrésistibles. D’où il suit que son tir doit pouvoir s’exécuter, au besoin, avec justesse et rapidité.
- Il est enfin essentiel qu’un matériel de campagne soit suffisamment résistant et ne comprenne qu’un nombre restreint de calibres. S’il n’avait pas, en effet, une solidité suffisante il serait vite hors de service et deviendrait, dès lors, plus embarrassant qu’utile. La diversité des calibres aurait pour conséquence la diversité des munitions ; et celle-ci introduirait, dans le difficile problème du réapprovision-
- nement des batteries, une complication qui ne serait pas toujours sans danger.
- Telles sont, rapidement indiquées, les conditions multiples auxquelles doit satisfaire une bonne artillerie de campagne. Les qualités qu’elle doit réunir sont, comme on le voit, très diverses, parfois contradictoires et difficilement conciliables. Les Commissions d’expériences n’avaient pas manqué de les rappeler aux officiers qui allaient s’attacher à l’étude de la question.
- Diverses conditions techniques s’imposaient, d’autre part, aux chercheurs. Il était, depuis longtemps, démontré que des projectiles sphériques lancés par des armes lisses ne peuvent avoir aucune justesse ; que, au point de vue de la conservation de la vitesse, les projectiles oblongs ont sur les sphériques une grande supériorité ; que. le fait d’une rotation initiale autour d’un axe dirigé suivant la ligne de tir assure à un projectile oblong la régularité de son mouvement dans l’air ; que, à cet effet, il convient d’assigner aux projectiles oblongs une forme cylindro-ogivale dans laquelle la hauteur d’ogive est égale au triple du rayon de base. On savait que cette rotation peut s’obtenir par le moyen de rayures hélicoïdales creusées dans l’âme de la pièce et pouvant servir de guides à des saillies produites à la surface du projectile ; qu’il est avantageux d’avoir recours à l’emploi de la rayure dite progressive, dans laquelle le pas de l’hélice directrice va progressivement diminuant du fond de l’âme à la bouche ; que le chargement par la culasse permet d’obtenir le forcement et que le système du forcement assure au tir une plus grande justesse; au projectile, une plus grande portée.
- La plupart de ces faits étaient connus des officiers appelés à prendre part au concours qui venait de s’ouvrir en France.
- Le colonel de Bange, alors capitaine d’artillerie, fut un de ceux qui se mirent à la recherche d’une solution rationnelle du problème posé. Il ne tarda pas à présenter deux types de canon : l’un, du calibre de 90 millimètres ; l’autre, du calibre de 80.
- Ayant, au cours des premières expériences, donné les résultats les plus satisfaisants, ces deux pièces furent mises en essai dans les corps de troupes et définitivement adoptées le 25 janvier 1877. Aujourd’hui, toutes les batteries montées des corps d’armée sont uniformément armées de canons de 90 ; toutes les batteries à cheval, de canons de 80. W
- Le canon de 90 millimètres (système de Bange) A est une pièce en acier, rayée à droite (vingt-qiMÉM ïfrfksèf rayures progressives) et se chargeant par la culasse. ' Cette bouche à feu, d’un poids moyen de 550 kilogrammes, tire, à la charge normale de 1900 grammes de poudre, un projectile de 8 kilogrammes dont la vitesse initiale est de 455 mètres ; et la portée maximum, d’environ 8 kilomètres.
- Le corps du canon (fig. 1) est un tube en acier fondu, martelé, foré, trempé à l’huile et garni de
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- six frettes qui en renforcent la partie postérieure. Le mécanisme de culasse se compose d’une vis en acier, à filets trois fois interrompus, portée par un volet mobile autour d’une charnière placée sur le côté gauche de la frette de culasse. Cette vis peut entrer dans un écrou (à filets également trois fois interrompus) pratiqué dans le métal même de la pièce et qu’on appelle logement de culasse.
- 11 est facile de concevoir le mode de fonctionnement de ce mécanisme.
- Afin de fermer aux gaz toute issue du côté des servants la pièce, la vis de culasse est munie, à sa partie antérieure, d’un appareil spécial : l’Obturateur de Bange. L’obturateur proprement dit se compose d’une galette en amiante imbibée de
- suif de moulon. Cette matière plastique est enfermée sous une enveloppe en toile que protègent — avant et arrière — deux coupelles d’étain.
- Le canon de 90 lance trois espèces de projectiles : l’obus ordinaire; l’obus à balles et la boîte à mitraille.
- L’obus ordinaire est un projectile creux en fonte, de forme cylindro-ogivale et terminé vers sa pointe par un méplat dans lequel est ouvert un œil taraudé. Cet œil, par lequel s’introduit la poudre destinée à produire l’éclatement, est ensuite fermé par une fusée qui y est fortement vissée. A sa partie inférieure, l’obus porte, encastrée dans sa fonte, une ceinture de cuivre rouge, tournée cylindriquemeut à un diamètre un peu plus grand que celui de l’âme de la pièce au fond des rayures. On verra tout à
- l’heure quel est l’objet de cet appendice. Vide, le projectile pèse 7kil,500. 11 est capable d’une charge intérieure de 300 grammes de poudre. On l’arme d’une fusée percutante de campagne système Budin. Ainsi chargé et armé, son poids s’élève à 8 kilogrammes.
- , L'obus à balles, modèle 1879, affecte mêmes formes et dimensions que l’obus ordinaire. 11 se compose d’une enveloppe en fonte coulée sur un noyau également en fonte, lequel est formé de douze couronnes de balles ou cylindres (en tout 92 balles ou cylindres). La charge intérieure est de 200 grammes de poudre. Ainsi chargé et, de plus, armé d’une fusée à double effet de 25 millimètres, l’obus à balles de 90 pèse, en moyenne, 8kil, 150.
- La boîte à mitraille est un cylindre en zinc contenant 123 balles en plomb durci, pesant chacune
- 44 grammes. Ces balles, préalablement enduites de « vieux oing », sont rangées méthodiquement par couches successives et maintenues en place moyennant une coulée de soufre. Ainsi organisée, une boîte à mitraille de 90 pèse, en moyenne, 7kil,860.
- Dans le tir ordinaire de campagne, on ne fait usage — quel que soit le projectile à lancer — que d’une charge unique, du poids de lkil,900. Cette charge est enfermée dans un sachet en toile amian-tine (toile incombustible en bourre de soie).
- Et maintenant comment s’accomplit l’exécution du tir et que se passe-t-il alors dans l’âme de la pièce?
- Lorsque l’obus est en place dans la bouche à feu, l’arête antérieure de sa ceinture de cuivre s’appuie contre la paroi du tronc de cône qui raccorde* la chambre du projectile avec l’âme. On fait feu, le coup part. Aussitôt que le projectile est en mouve-
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- ment, sa ceinture, en pénétrant dans la partie rayée (bandes hélicoïdales pleines séparant les rayures). de la pièce, est entamée par l’acier des cloisons Le diamètre de cette ceinture étant supérieur à celui
- Fig. 2. — Artillerie de Bange. — Matériel de campagne. — Canon de 80.
- du fond de l’âme, il y a forcement et, par suite, crustent dans son cuivre, le projectile ne peut obturation complète. Guidé par les cloisons qui s’in- avancer qu’en tournant sur lui-même. Il prend donc
- Fig. 5. — Artillerie de Bange. — Matériel de montagne. — Canon de 80.
- nécessairement, dans l'âme, un mouvement de rotation autour de son axe; et ce mouvement, il le conserve à sa sortie de la bouche. Dès lors la régularité de sa marche est assurée dans l’air.
- Le canon de 80, système de Bange, est une pièce en acier rayée à droite (2 i rayures progressives) et se chargeant par la culasse. Cette bouche à feu, d’un poids moyen de 425 kilogrammes, tire à la
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- charge normale de i 500 grammes, un projectile de 5k,500 dont la vitesse initiale est de 400 mètres et la portée maximum d’environ 8 kilomètres.
- Le corps du canon et le mécanisme de culasse sont disposés exactement comme ceux du 90. La similitude est complète; il n’y a que les dimensions qui diffèrent.
- Ainsi que son congénère, le canon de 80 (fig. 2) lance trois espèces de projectiles : l’obus ordinaire, l’olms à balles et la boîte à mitraille. L’obus ordinaire est en fonte et affecte également une forme cylindro-ogivale. Vide, il pèse 5k,100. 11 est capable d’une charge de 240 grammes de poudre. On l’arme d’une fusée percutante de campagne, modèle 1875, système Budin. Ainsi chargé et armé, son poids est de 5k,500.
- Le modèle de l’obus à balles n’est pas encore arrêté. Quant à la boite à mitraille, elle est de tous points semblable à celle du 90.Elle n’en diffère que par les dimensions. 8a contenance est de 85 balles en plomb durci; son poids moyen, de 5k, 550
- Quel que soit le projectile à lancer, on ne fait usage, avec le canon de 80, que d’une charge unique, du poids de lk,500.
- II. — MATÉRIEL
- DE MONTAGNE.
- Dans les pays accidentés, dans les régions où l’on ne rencontre point de chemins frayés, le matériel d’artillerie dont on peut faire usage doit être, pour la facilité du transport, aussi léger que possible. Nous nous servions, à cet effet, il y a trente ans, d’un petit obusier de 12 centimètres, en bronze. Cette pièce — très légère — tirait, à faible charge, un obus du poids de 4 kilogrammes, contenant environ 280 grammes de poudre et dont la portée était de 6 à 800 mètres. On mit ensuite en service un canon de 4, rayé, de montagne. Adoptée en 1858 et récemment déclassée, cette bouche à feu était en bronze, du calibre de 86, du poids de 100 kilogrammes, rayée à droite, et se chargeait p u la bouche. Elle tirait, à la charge normale de 300 grammes de poudre, un projectile de 4 kilogrammes, dont la portée maximum était de 2000 mètres. Comme le canon de 4, rayé, de campagne, elle projetait à vo-
- lonté l’obus ordinaire, l’obus à balles et la'boîte à mitraille. Organisé de façon à pouvoir être traîné à la limonière, l’affût ne pesait, avec ses roues, que 120 kilogrammes.
- Le canon de 80 de montagne, système de Bange (fig. 3), est une pièce en acier rayée à droite (24 rayures progressives) et se chargeant par la culasse; cette bouche à feu, du poids moyen de 105 kilogrammes tire, à la charge normale de 400 grammes de poudre, un projectile de 5k,600, dont la portée maximum est d’environ 5 kilomètres. Elle a été adoptée et mise en service par décision ministérielle du 25 juillet 1878.
- Le corps du canon est un tube en acier fondu, martelé, foré et trempé à l’huile. Cinq frettes en acier puddlé et trempées en renforcent la partie postérieure/ Le mécanisme de culasse n’est, à peu
- de chose près, qu’une réduction de celui du canon de 90, de campagne.
- La pièce lance identiquement les mêmes projectiles que sa similaire de campagne, à cette différence près que son obus ordinaire s’arme d’une fusée dite percutante de siège et de montagne. Quel que soit le projectile, il n’est fait usage que d’une seule charge, du poids de 400 grammes. Cette charge est enfermée dans un sachet en toile amiantine. Devant pouvoir passer par des chemins étroits, escarpés, difficiles, le matériel d’artillerie de montagne se porte ordinairement à dos de bêtes de somme1. Nous avons fait choix du mulet2. C’est un animal robuste, sobre, craignant peu la chaleur,
- 1 Ce n’est pas d'aujourd'hui que date l’emploi des moteurs animés, utilisés comme porteurs de bouches à feu. Lors de sou expédition du Bengale, en 1573. le sultan Akbar avait des éléphants qui lui portaient ses pièces de fer. En 1615, l'empereur hindou Ojihan était suivi de 300 éléphants chargés de canons de 2 livres. A l’heure qu'il est, les Persans arriment à dos de chameau leurs petites pièces dites Sambou-raks, et l’armée anglaise des Indes transporte à dos d’éléphant ses pièces de gros calibre. — Voyez La Nature, 1874>, 2* semestre, page 209.
- 4 Nous l'avons très avantageusement employé de cette manière au cours de la plupart de nos expéditions d’Algérie. Les Russes, qui s’en servent dans le Caucase, s’en déclarent, comme nous, satisfaits.
- Fig. 4. — Artillerie de Bange. — Matériel de montagne. — Corps de canon de 80 sur mulet du bât.
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- LA NATUKE.
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- facile à nourrir et cependant délicat sur le choix de l’eau. Il est rarement malade, mais ses affections sont aiguës et souvent mortelles. On peut, quand il est en bonne santé, le charger de 100 à 150 kilogrammes; mais il est bon, en campagne, d’observer la limite inférieure.
- s Le corps du canon (105 kilog.) est porté sur bât par un mulet (fig. 4). Les munitions sont arrimées dans de longs coffres, dits caisses de montagne, contenant chacun 8 projectiles et 8 charges. Un mulet porte, de chaque côté de son bât, deux de ces caisses, pesant ensemble environ 120 kilogr.
- L’affût peut être monté sur un brancaul — dit lirnonière — dans lequel entre un cheval. L’affût et sa lirnonière constituent, en ce cas, une voiture à deux roues ; mais ce mode de transport ne s’emploie qu’exceptionnellement. Le matériel de montagne ne comporte donc pas d’avant-train.
- Une batterie de montagne comprend : 6 mulets de pièce; 6 mulets d’affût; 6 mulets de roues (avec limonières) ; 24 mulets de caisses ; 1 forge de montagne et 5 chariots de parc avec réserve de munitions.
- En résumé, le colonel de Bange, aujourd’hui directeur général des Anciens Établissements Cail, peut, à bon droit, revendiquer une large part des mérites de l’invention des perfectionnements récemment apportés au matériel d’artillerie. Il a su faire prévaloir l’usage des pièces longues et des chambres longues, de petit diamètre, permettant à la poudre de sortir tous ses effets de choc. Toutes les bouches à feu du système auquel on a donné son nom sont soumises à un régime uniforme, dû à la découverte d’un heureux dispositif tenu secret ; toutes tirent toujours de la même manière. Il faut, d’ailleurs, observer que, pendant l’exécution du tir, la hausse de pointage demeure constamment en place.
- Le mécanisme de culasse du colonel de Bange se monte et se démonte sans l’aide d’aucun outil. Le maniement en est facile et pourrait se confier à la main d’un enfant. Un seul canonnier suffit, du reste, à faire le service d’une pièce; cet homme -n’a besoin de personne pour opérer successivement le chargement, le pointage et la mise du feu. Quant à l’ingénieux obturateur dont nous avons parlé, c’est tout simplement un chef-d’œuvre.
- Les projectiles de Bange sont également remarquables à raison de la justesse et de la portée qui les distinguent. Ces qualités proviennent du fait de la cylindricité de leur ceinture de cuivre et des formes rationnelles qu’ils affectent. C’est à ces formes qu’on doit aussi la rupture des culots et le grand nombre des éclats lors de l’éclatement.
- On ne sera pas surpris d’apprendre qu’un jury international, séant à Amsterdam, vient, à Yuna-~nimitë, de décerner un « diplôme d’honneur » au colonel de Bange. Une mention spéciale, annexée à ce titre très enviable, constate combien le matériel d’artillerie créé par notre camarade, est supérieur à celui qui sort des usines Krupp.
- — a suivre. — Major H. de Sarrepont.
- MOTEUR A DIFFUSION
- DE M. C. J. WOODWARD
- On met en évidence, dans les cours, l’énergie produite par les phénomènes de diffusion en plaçant une cloche remplie d’hydrogène au-dessus d’un vase poreux au bas duquel est fixé un tube de verre dont l’extrémité plonge dans de l’eau. L’hydrogène, en se diffusant, pénètre dans le vase poreux, il augmente la pression intérieure et un flot de huiles s’échappe du tube. En retirant la cloche d’hydrogène, l’hydrogène se diffuse extérieurement, une. pression inférieure se produit dans le vase poreux et le niveau du liquide s’élève.
- La disposition imaginée par M. C. J. Woodward et présentée récemment à la Société de physique de Londres est une adaptation de cette expérience à la production d’un mouvement oscillant par des alternatives de diffusion extérieure et intérieure de l’hydrogène.
- L’appareil représenté ci-dessous se compose d’un fléau de balance d’environ 90 centimètres de longueur suppor-
- tant d’un côté un plateau et des poids, et de l’autre un vase poreux fermé avec un bouchon portant un tube de verre en c qui plonge dans un vase renfermant de l’eau ou de l'alcool méthylique. Trois ou quatre jets de gaz, dont un seul est représenté en E sont disposés autour de vase poreux, le plus près possible mais de façon à ne pas le toucher pendant l’oscillation du fléau. Ces jets de gaz communiquent avec un gazomètre rempli d’hydrogène et dont la cloche est chargée de façon à fournir un jet de puissance suffisante. L’expérience indique la meilleure place h donner aux becs de gaz, mais en général, il convient de les placer à peu près à la moitié de la hauteur du vase poreux lorsque le fléau est horizontal.
- Il est maintenant facile de saisir le fonctionnement du système. Lorsque l’hydrogène arrive en présence du' vase poreux, il s’y diffuse, la pression exercée à l’intérieur produit alors l’ascension ; lorsque le bas du vase poreux est arrivé au-dessus des jets, la diffusion intérieure cesse, et l’hydrogène se diffuse extérieurement, la pression intérieure diminue, le vase poreux descend, il vient alors en regard des jets d’hydrogène et le même mouvement se reproduit, ainsi de suite indéfiniment. Le trâvail produit par ce moteur d’un intérêt purement scientifique est très faible, et bien inférieur à celui que lui assigne la théorie. Il faudrait pour obtenir le maximum, entourer chaque fois complètement le vase poreux d’hydrogène et retirer ensuite les jets pour faciliter l’accès de l’air. Toutes les dispositions mécaniques employées pour obtenir ce résultat ont
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- échoué, parce que le frottement introduit par les organes de manœuvre introduit un travail résistant plus grand que ceux que le moteur peut vaincre. Il y a donc un vrai gaspillage d’énergie dû à la dépense continue d’hydrogène, mais l’appareil n’en constitue pas moins un système original et intéressant.
- LA LUEUR CRÉPUSCULAIRE
- TES 26 ET 27 NOVEMBRE 1885
- Pendant deux jours consécutifs, les 26 et 27 novembre 1883, de quatre heures à six heures environ, une mmense lueur rouge illuminait le ciel du côté du soleil couchant. Le phénomène semble avoir été aperçu dans presque toute la France, depuis les rivages delà Manche, jusqu’à ceux de la Méditerranée *. Il a été observé à Paris dans tout son éclat. Un grand nombre de journaux ont parlé d’une aurore boréale, mais nous croyons qu’il s’agit simplement d’une coloration du ciel exceptionnellement intense, due à l’action du soleil couchant, c’est-à-dire d’une magnifique lueur crépusculaire.
- Nul observatoire n’a signalé de perturbations de l’aiguille aimantée, et la lueur était d’un rouge vif uniforme, sans aucun de ces rayonnements, de ces frémissements qui caractérisent les ondes lumineuses de l’aurore. On a objecté que le soleil se couchant à 4 heures 8 minutes, il était impossible d’admettre qu’une lueur crépusculaire ait pu se manifester jusqu’à 6 heures du soir et au delà. — L’explication du phénomène est au contraire très facile, en admettant qu’il y avait à de grandes hauteurs dans l’atmosphère, des bancs de cirrus réfléchissant les rayons solaires vers les couches inférieures de l’air. Nous ajouterons que l’état de l’atmosphère était particulièrement favorable à la formation d’une lueur crépusculaire ; la vapeur d’eau s’y trouvait abondante; on sait qu’elle a la propriété de laisser passer à travers sa masse les rayons rouges du spectre, et que c’est à sa présence dans l’air que sont dus les colorations rouges du ciel.
- Le phénomène de lumière a été aperçu dans la direction du S. S.W.; mais il ne faudrait pas croire d’autre part que cette direction soit une preuve qu’il ne s’agissait pas d’une aurore boréale. Les lueurs d’aurore peuvent se manifester dans toutes les directions. Dans son remarquable Traité de l’aurore boréale -, de Mairan dit en 1714, qu’il a été observé des aurores occidentales, orientales et méridionales. Le savant physicien les considère comme des aurores boréales incomplètes qui n’ont pas eu le temps de se former, ou « des fragments d’aurores boréales dont tout le reste nous est caché, ou s’est dissipé. »
- L’orientation du phénomène n’est donc pas un motif suffisant pour qu’on se refuse à le considérer comme une aurore boréale, mais l’absence des perturbations de l’aiguille aimantée nous paraît au contraire péremptoire.
- Quoi qu’il en soit, le spectacle était imposant, et la coloration du ciel en rouge pourpre, formait un magnifique rideau de lumière, qui a été admiré sur un grand , nombre de points. Gaston Tjssàndier.
- 1 Nous avons reçu des descriptions du phénomène, observé
- par M. de T., ancien élève de l’École centrale, à Limoges;
- M. Richoud, à Digne; M. C., à Nice.
- 4 Ce vieux livre, aujourd’hui peu connu, contient un grand nombre de descriptions très intéressâmes.
- L’EXPLORATION DE L'ATMOSPHÈRE
- ET LES PLUS HAUTES MONTAGNES BU MONDE
- On ne juge généralement bien de la valeur des mesures que par des comparaisons. C’est ainsi que les montagnards des Pyrénées se rendront parfaitement compte de l’élévation d’un ballon dans l’atmosphère, si on leur dit qu'il plane à deux fois la hauteur du Pic du Midi, et que les Parisiens appréciaient bien l’altitude à laquelle s’élevait le ballon captif, quand ils savaient que sa nacelle était suspendue à sept fois environ la hauteur des tours de Notre-Dame. C’est avec celte pensée de l’appréciation des mesures par comparaison, que nous avons dressé le tableau ci-contre, pour le faire figurer dans le livre que nous venons de publier sous le titre de VOcéan aérien1 * * 4 ; il parle aux yeux d'une façon très nette, et donne une juste idée de la hauteur des principales montagnes du monde, et de celles que l’homme a pu atteindre à différentes reprises dans ses efforts pour explorer l’atmosphère.
- Nous venons de prononcer le nom des tours de Notre-Dame, auprès desquelles l’homme est si petit. Que sont-elles, elles-mêmes (Voy. au bas du tableau) à côté de ces géants de la nature, que l’on nomme le Pic du Ténériffe, le Mont-Blanc et le Gaurisankar, la plus haute montagne du monde! Nous avons figuré au-dessus de la ligne horizontale du niveau des mers, la pyramide d’Égypte (153 mètres) et les ballons captifs des expositions de Paris en 1867 et en 1878 (250 mètres et 500 mètres). — Voici plus haut les ascensions mémorables à grande hauteur, celles des Robertson, des Gay-Lussac, et des Barrai et Bixio, qui ont dépassé l’altitude de 7000 mètres, laissant au-dessous d’eux la hauteur à laquelle s’élève dans l’air, le plus haut pic de l’Amérique, le volcan Aconcagua.—Au-dessus, sont figurées les ascensions du Zénith (8600 mètres), et de notre vénérable ami, M. Glaisher (8838 mètres). Au-dessus de ces limites aériennes, au-dessus du Gaurisankar, l’atmosphère n’est pas uniquement formée de gaz raréfiés : plus haut que ce pic et plus haut que les régions atteintes par ces ballons, planent encore parfois des cirrus formés d’aiguilles de glace extrêmement ténues, dont la formation joue un rôle immense* dans la météorologie des régions inférieures.
- Nous avons fait figurer dans notre tableau quelques curiosités des régions élevées ; Voici à 2474 mètres l’hospice du Grand-Saint-Bernard, et bien plus haut à 4289 mètres, la ville de Portuga-lète en Bolivie, enfin, plus haut encore, à 4770 mètres, l’étonnant chemin de fer des Andes du Pérou, dans les wagons duquel les voyageurs s’évanouissent parfois sous l’action du mal des montagnes.
- Si l’on s’étonne des efforts accomplis par les explorateurs qui ont tenté dans la nacelle des aéros-
- 1 Voy. Ribdographie. p. 19.
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- Tableau de l’exploration de l’atmosphère et des plus hautes montagnes du inonde.
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- tats des voyages à grande hauteur dépassant 7000 mètres, que dira-t-on de l’énergie des frères Sclilagintweit, qui, le 18 août 1835, ont atteint dans les monts Himalaya l’altitude de 6766 mètres. C’est la plus grande hauteur à laquelle l’homme soit parvenu en montagne. Si les hardis grimpeurs ont résisté à tous les combats qu’ils ont livrés contre les forces aveugles de la nature, l’un d’eux a succombé à la lâche agression des hommes; il a péri traîtreusement assassiné par des Musulmans.
- Juste au-dessus du nom des frères Sclilagintweit, on voit dans notre tableau, ceux de Crocé-Spinelli et Sivel à propos de leur première ascension à grande hauteur du 22 mars 1874. Eux aussi devaient périr victimes de leur dévouement à la science, en voulant obéir à ce sublime mot de ralliement des explorateurs de l’air : Excelsior!
- GASTOX TlSSAXDlEll.
- CHRONIQUE
- * Transport de l'énergie par l’électricité. — Üa
- a beaucoup parlé dans ces derniers temps d’un traité signé entre MM. Rothschild frères et le syndicat français d’électricité pour l’exploitation des brevets de M. Marcel Deprez. Le journal L'Electricité affirme que le traité estcon-dilionnel et subordonné aux résultats d’une expérience en grand que l’on organise depuis peu, sur la ligne du chemin de fer du Nord. Quoi qu’il en soit nous apprenons que M. Marcel Deprez s’occupe actuellement de cette belle expérience qui se fera entre Creil et Paris, par l’intermédiaire de deux fils de 5 millimètres en bronze siliceux. Une machine de 200 chevaux va être installée à Creil, et la force motrice sera répartie à Paris entre trois machines distinctes
- Tissas et papiers incombustibles. — Jeudi 29 novembre à 2 heures, on a procédé dans la cour des Tuileries à Paris à une intéressante expérience sur l’incombustibilité des papiers, des décors, contenant un enduit spécial préparé par M. Gaspard Meyer qui propose de l’appliquer aux tentures d’appartements, aux livres de commerce, etc. — Le Préfet de police et M. Charles Garnier, qui avaient pris l’initiative de cette épreuve, tenaient à ce qu’elle eût lieu dans de grandes proportions. C’est pourquoi deux baraques en planches et en toile avaient été disposées sur d’ardents brasiers. La première,qui n’avait reçu aucune préparation, étaitréduile eu cendres au bout de quelques minutes ; la seconde, défendue par la préparation de M. Meyer, est restée intacte et a même résisté à l’action du pétrole dont on l’aspergeait. Nous ajouterons que le phosphate d’ammoniaque sert dans les cours de chimie, à rendre incombustibles d’une manière analogue, des mousselines et des tissus.
- Te tremblement de terre de Java. — M. Brau de Saint-Pol-Lias a fait récemment à la Société de Géographie une intéressante communication sur l’éruption volcanique du détroit de la Sonde et sur le tremblement de terre qui en est résulté (Voy. n° 528 du 22 septembre 1885, p. 200). « Comme cela arrive toujours en pareil cas, a dit le savant voyageur, on a naturellement exagéré d’abord le nombre des victimes de la catastrophe, donnant tout de suite des chiffres au hasard. La vérité est assez effroyable et je puis apporter ici un chiffre certain,
- le tenant de Son Excellence le Ministre des colonies de Hollande, que j’ai eu l’honneur de voir il y a quatre ou cinq jours : 15000 morts ont déjà été officiellement constatées; mais les indigènes n’ayant point d’état civil, on ne saura jamais au juste le nombre de ceux qui ont disparu. Les détails curieux et émouvants abondent déjà sur le désastre de Rakata. Chacun des mille témoins voisins ou éloignés apporte sa page à i’hisloire de ce terrible phénomène. Le petit vapeur du Résident de Telok-Re-toung, stationnant dans le port, a été retrouvé dans l’intérieur des terres à plusieurs kilomètres de la mer. La grande vague produite par l’effondrement de l’ile avait, dans le port de Batavia, m’a dit un témoin oculaire, au moins 5 mètres de haut. Un navire, portant des coolies dans les Lampongs après le sinistre, et qui a sans doute rencontré le premier la grande muraille de pierre ponce, a dû retourner à Java avec ses passagers. Le capitaine d’un autre navire qui traversait le détroit à cette même date, a raconté qu’il s’est trouvé un moment dans un tel encombrement de corps humains surnageant à la surface des flots, que la marche de son bateau en a été ralentie : il traversait un banc de cadavres. »
- Tremblements de terre en Andalousie. —
- Dans la nuit du 19 au 20 octobre, vers minuit 55 minutes, des tremblements de terre se sont fait sentir en Andalousie. A Jaën, l’ébranlement du sol n’a pas été bien considérable ; nous avons éprouvé, dit M. Folache dans le Bulletin de la Société scientifique d’Argentan, deux oscillations avec intervalles de trois secondes, précédées d’un bruit sourd souterrain qui accompagne toujours ce redoutable phénomène; mais vu l’heure avancée de la nuit, la plus grande partie de la population, livrée au sommeil, n’a pu s’en rendre bien compte. Dans la basse Andalousie, Séville, Cadix, etc., le tremblement a été beaucoup plus fort et même dans quelques villes de la province de Cadix, comme Espéra, les trépidations furent si grandes, que plusieurs familles sortirent pour camper dehors, craignant qu’elles ne se répétassent encore, comme il arrive souvent en pareille circonstance. Ce tremblement a coïncidé avec deux autres phénomènes, l’un lui est souvent associé, et' l’autre si extraordinaire que je ne sais si on pourra l’attribuer au tremblement de terre. Le premier fit baisser le baromètre de 721 à 711 millimètres.
- La lumière électrique b New-York, — L'd Edison Electric Light C°va quadrupler le pouvoir de la station centrale de Pearl Street, à New-York, qui fournit actuellement la quantité maximum de lumière qu’elle peut donner; on a, en effet, refusé le mois dernier soixante demandes d’abonnement. La Société a déjà installé dans ce district 12 000 lampes; il y a en moyenne 1400 foyers qui fonctionnent constamment et ce nombre s’élève à 5000 dans les jours sombres. La lumière est fournie d’une façon très régulière et aucune plainte ne parvient à ce sujet. Cependant les abonnés s’étonnent, paraît-il, que leurs notes de fin de mois soient plus élevées qu’avec le gaz, bien que la lumière incandescente ne dût pas être plus chère que l’ancien éclairage; la raison en est qu’ils allument leurs lampes sans aucune économie et qu’ils ne peuvent comprendre que les dépenses de l’usine s’élèvent avec la quantité de lumière demandée. En été surtout, la différence est sensible, car on ne se servait pas du gaz à cause de la chaleur, tandis qu’on n’a pas les mêmes motifs pour s’abstenir de la lumière électrique ; il en résulte que les frais d’éclairage ont généralement augmenté
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- pour les habitants du district. Néanmoins ceux-ci n’aban- | donnent pas le système Edison et sur 470 consommateurs, j 8 seulement n’ont pas renouvelé leur abonnement à la fin de l’année (Bulletin de la Compagnie du Téléphone).
- I.e coup de foudre de Rambouillet. — M. A.
- Laugier a communiqué à l’Académie des Sciences par l’intermédiaire de M. Fave la note suivante : « Samedi 10 novembre, a 1 lh 50“ du matin, deux personnes ont été tuées par la foudre sur le territoire de Rambouillet. L’orage a commencé subitement par une violente grêle, suivie presque immédiatement d’un éclair et d’un coup de tonnerre simultanés, puis d’un second coup plus lointain, cinq minutes après. C’est le premier coup de foudre qui a tué raides deux cultivateurs de cinquante à soixante ans, le mari et la femme, qui, surpris par la grêle, avaient été chercher un refuge sous un peuplier, au milieu d’un champ, à 500 mètres environ des maisons du hameau de Grenonvilliers, dépendant de,Rainbouillet. L’arbre a été coupé en deux : les deux victimes, dont les vêtements ont été déchirés et roussis, ont été frappées principalement à la tête ; le crâne de chacune d’elles était fracturé et percé à sa partie supérieure d’un large trou, profond, circulaire comme celui qu’aurait pu produire un projectile d’un très gros calibre. Une troisième personne, une femme âgée de soixante ans environ, qui se trouvait sous le même arbre, a eu seulement ses vêtements réduits en lambeaux et une légère brûlure à la tète et à l’un des coudes. Elle a déclaré n’avoir entendu aucun bruit, et, à la vue de ses deux compagnons foudroyés, s’est sauvée tout affolée jusqu’au hameau de Grenonvilliers, où elle a reçu les soins nécessaires. La bourrasque avait duré au plus une demi-heure, de 1 lh 30“ à midi. »
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 décembre 1883. — Présidence de M. Blà.nchaud.
- Le cuivre contre le choléra et la fièvre typhoïde. — A des attaques formulées par M. le Dr Bailly contre l’influence anti-épidémique du cuivre, M. le l)r Burq oppose le résultat irréfutable de trois enquêtes faites tout récemment, l’une à Bornet, elles deux autres à Paris. Le résultat de ces enquetes, qui est absolument en faveur des doctrines de M. Burq, est garanti par le témoignage d’un grand nombre d’industriels parmi lesquels nous pouvons citer MM. Ghristotte et Cie, Desclercs et Cie, Cailar et Bayard, Ghéron, Yeyras, Thiébaut frères, Barbedienne, Broquin et Lainé, Moltz, Saveinière, Cad, Egrot, Sax, Bardou qui tous ont signé une déclaration analogue à celle-ci : (( Nous n'avons jamais observé chez nos ouvriers, ui choléra, ni fièvre typhoïde, ni variole, ni aucune maladie épidémique. » M. Burq ajoute cependant qu’un cas de choléra a été observé chez un ciseleur de M. Barbedienne et 5 cas de fièvre typhoïde chez des apprentis de M. Bardou et de M. Egrot.
- L’auteur formule les conclusions suivantes qu’il importe de reproduire : « L’absorption continue du cuivre, quand une cause quelconque ne vient ni annuler ou même entraver les effets de cette imprégnation et a fortiori agir en sens inverse, comine une infraction grave aux lois de l’hygiène, finit à n’en pas douter par modifier le milieu organique humain, de manière à le rendre impropre à la culture, c’est-à-dire à la pullulation des germes morbides, comme l’a dit M. le professeur Bouley dans une magistrale leçon sur les maladies contagieuses et les médications
- préventives. La preuve est faite aujourd’hui pour les germes du choléra et de la fièvre typhoïde, elle est en train de se faire pour ceux de la variole et de la diphthé-rie et peut-être ne sommes-nous pas très éloignés du jour où des constatations tout aussi pleines de promesses seront faites pour d’autres maladies épidémiques sans en excepter j la fièvre jaune elle-même. »
- Ricochets des projectiles sphériques à la surface de Veau. — Tel est à peu près le titre d’un mémoire de M. l’amiral de Jonquière auquel M. Jurien de la Gravière témoigne le plus considérable intérêt. Un boulet dans certaines expériences a ricoché 22 fois sur l’eau pour parvenir à la distance de 2470 mèlres. Comme à pareille distance ce boulet tiré dans l’air ne pouvait plus avoir qu’une vitesse de 124 mètres par seconde on doit admettre que ce chiffre représente tout ce que les chocs sur l’eau ont pu absorber. Chaque ricochet correspondant a une perte de 5 à 6 mètres de vitesse par seconde ; c’est-à-dire une vitesse insignifiante. Il parait que les recherches de M. de Jonquière ont été le point de départ d’une véritable révolution dans l’artillerie de marine où le tir par ricochets est maintenant fort en honneur.
- Machine à voler. — D’après une lettre écrite de Naples par M. Marey, un M. Sanderval a fait une expérience remarquable de navigation aérienne. L’appareil consiste en un plan de toile de 11 mèlres d’envergure soutenu par une charpente de bois qu’on suspend entre deux collines, dans l’axe d’une vallée, ou entre deux mâtures au-dessus de la mer. Les voyageurs étant attachés au-dessous de façon à pouvoir déplacer leur centre de gravité, on se laisse emporter par le vent et l’on va tomber où Von veut. On attendra avec impatience des détails sur cette tentative qui, à première vue, n’est pas dépourvue d’un certain caractère casse-cou.
- L’heure universelle. — Conformément aux décisions de la récente Conférence géodésique de Rome, M. Faye demande que l’heure universelle soit l’heure civile de Greenwich et que les longitudes soient comptées de 0 à 180 avec le signe positif vers l’est, et avec le signe négatif vers l’ouest.
- Livres. — Parmi les livres déposés en grand nombre, on signale trois volumes édités récemment par la librairie Rothschild. Le premier intitulé Le microscope, Théorie et application, est une traduction du Dr Hager par MM. Planchon et Ilugounenq. 550 vignettes y complètent un texte agréable à lire pour les gens du monde et où les étudiants recueilleront maintes notions utiles; les deux autres constituent ensemble un traité complet d’analyse chimique. Sous le titre de Traité pratique d’analyse chimique à l'aide des méthodes volumétriques, MM. Finot et Bertrand ont traduit l’ouvrage de M. Francis Sutton; de mou côté sous le titre de Traité pratique d’analyse chimique à l’aide des méthodes gracimétriques, j’ai traduit le volume du Dr Thorpe. Des deu* parts on trouve de très nombreuses illustrations représentant les appareils et les expériences.
- Varia. — En faisant passer de la vapeur d’eau sur du chlorure de manganèse en présence d’argile chauffée au rouge, M. Gorgeu reproduit un grenat manganésien. — La formation et l’accumulation du sucre dans la betterave occupe M. Aimé Girard. — M. Lavocat étudie la constitution de la ceinture scapulo-claviculaire dans la série des vertébrés. — Revenant au sujet de ses anciens travaux, M. Gernez mesure le temps que le soufre surfondu
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- emploie à se solidifier. — Des photographies adressées par M. Soret représentent les bandes d’absorption du sang dans la partie violette et ultra-violette du spectre.
- Stanislas Meunier.
- PILE-ÉTALON
- POUR LA MESURE DES FORCES ÉLECTROMOTRICES
- Une pile-étalon est un couple voltaïque de force électromotrice invariable, destiné à servir de terme de comparaison dans la mesure des potentiels ou des forces électromotrices. 11 existe déjà plusieurs piles-étalons; celle que je présente aujourd’hui aux lecteurs de La Nature se distingue par la simplicité de sa construction et par la sûreté de son témoignage.
- C’est un couple de Volta, zinc-cuivre, rendu constant, autant qu’il est nécessaire, par le développement considérable de sa lame de cuivre. Cette électrode, Cu (Voy. la ligure), plissée et ajourée, possède une surface de 30 décimètres carrés, c’est-à-dire trois cents fois plus grande que celle de l’électrode négative. Celle-ci se compose d’un fil de zinc de 3 millimètres de diamètre, plongeant au centre du récipient ; on peut la soulever hors du liquide, et l’y maintenir, au moyen d’une vis de pression agissant sur le manchon dans lequel elle est guidée. Une pièce isolante B, fixée sur l’électrode, prévient toute dérivation par le couvercle, et sert de butée quand on soulève le fil négatif pour mettre la pile au repos.
- Ce couple, dont la capacité est de 800 centimètres cubes, a une résistance de 0,2 ohm à 4 ohms, selon le liquide employé : valeur négligeable quand la résistance totale du circuit galvanométrique atteint plusieurs milliers d’ohms; sa force électromotrice perd moins d’un centième de sa valeur par un travail de deux heures au régime de un milliampère. Quand l’intensité du courant est très faible, la formation des produits d’oxydation, par l’action de l’air sur la surface considérable du cuivre, l’emporte sur l’action réductrice de l’électrolyse, et maintient la force électromotrice du couple à sa valeur maxima.
- L’étalon se prête donc commodément aux mesures par les méthodes galvanométriques, car on doit le considérer comme constant pendant le peu de minutes nécessaires à une lecture ; il peut a fortiori, servir aux mesures par l’électromè.tre ou par le condensateur : dans ces circonstances, sa fixité est absolue.
- > trouvées avec différents
- Zinc ordinaire . . . 0,94 volt.
- — amalgamé. . . 1,07
- Zinc ordinaire . . . 0,78
- — amalgamé . . . 0,82
- Zinc ordinaire . . . 0,85
- — amalgamé. . . 0,86
- Zinc ordinaire . . . 1,00
- — amalgamé. . . 1,04
- Zinc ordinaire . . . 1,06
- — amalgamé. . . 1,09
- Pile-Étalon de M. Émile Reynier pour la mesure des forces électromotrices.
- La force éleclromotrice du couple dépend naturellement du liquide qui le garnit; elle n’est pas la même avec le zinc amalgamé qu’avec le zinc ordinaire. Voici les valeurs liquides :
- Eau acidulée sulfurique . .
- Solution de sel marin . . .
- Solution de chlorure de zinc.
- Solution de sulfate de zinc.
- Le liquide que je préfère est la dissolution de sel marin Ce sel étant un produit comestible, on est sûr de l’obtenir toujours parfaitement neutre. Le titre de ma dissolution est 250 parties de sel pour 1000 parties d’eau ; il est bon de la filtrer, pour en séparer les matières inertes insolubles qui peuvent la troubler.
- Les nombreuses mesures que j’ai faites, dans mon laboratoire, sur le couple zinc amalgamé, cuivre, solution de sel marin, m'ont donné la force électromotrice de 0,82 volt. M. E. Hospitalier ayant bien voulu mettre à ma disposition la très bonne collection d’instruments que possède son laboratoire à l'École de Chimie et de Physique de la Ville de Paris, j’ai répété là mes mesures en faisant varier la température de l’étalon entre -f- 5 et -+- 40° C : toujours j’ai retrouvé, à très peu près la même valeur de 0.82 volt. On peut donc considérer Y étalon comme insensible aux variations de température du milieu ambiant.
- Pendant le travail, la très petite quantité de zinc1 dissoute ne modifie guère la composition du liquide, dont le volume est relativement considérable ; et dans la position de repos, l’appareil reste indéfiniment semblable à lui-même, toujours prêt à témoigner dans une mesure de potentiel.
- Ainsi le nouvel étalon de force électromotrice est garanti, par sa simplicité même, de toute perturbation. Emile Reynier.
- 1 Un courant de un milliampère dissout 0,00002 gramme de zinc par minute, et réduit un poids de cuivre un peu moindre.
- Le propriétaire-gérant ; G. Tissandier. Imprimerie A. Luhure, R, rue de Fleur us, à Dans.
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- N° 550. — 15 DÉCEMBRE 1883.
- LA NATURE
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- LES TRAMWAYS FUNICULAIRES
- DE CHICAGO (ÉTATS-UJSIS)
- Nous avons précédemment donné quelques détails sur les tramways de San-Francisco1, auxquels l’application restée unique jusque là du système funiculaire assurait un intérêt tout particulier. Depuis celte époque, les applications des tramways funiculaires se sont multipliées, surtout en Amérique, et quelles que soient les préventions que ces nouveaux appareils avaient rencontrées à l’origine , on ne saurait méconnaître qu’ils n’aient traversé d’une manière satisfaisante cette phase difficiledes premiers débuts.
- On en rencontre aujourd’hui en effet dans un grand nombre de villes des États-Unis, notamment à Philadelphie, à Dunl-din, à Kansas-City où ils sont déjà installés ou sur le point de l’être. On les retrouvera également à New-York sur le pont d’East-River et même jusqu’à Londres, où il est question d’y avoir recours pour atteindre Highgate-Hill.
- Il y a donc là un mode de locomotion qui paraît appelé à recevoir dans l’avenir une certaine extension, et nous avons cru intéressant de donner ici quelques détails sur l’application qui vient d’en être faite récemment à Chicago. Les tramways funiculaires de cette ville sont établis dans des conditions qui diffèrent peu de celles de San-Francisco, c’est-à-dire
- 1 Voy. n° 447 du 24 décembre 1881, p. 59.
- 12* année. — l°r semestre-
- que la voiture est entraînée par un câble moteur qui reste continuellement en mouvement. Celui-ci est logé dans un tube central logé au milieu de la chaussée et enfoncé dans le sol, et qui est seulement fendu longitudinalement pour livrer passage au grappin de la voiture qui vient saisir le câble. La voiture se met en marche quand elle est reliée au câble par le
- grappin, le mouvement est réglé par le mécanicien de la plateforme qui resserre ou relâche le grappin à sa volonté, pour arrêter ou mettre la voiture en marche.
- La ville de Chicago s’étend sur un terrain sensiblement plan, et elle se trouvait ainsipla-cée dans des conditions particulièrement favorables, pour l’installation de la traction par câble en remplacement des chevaux1. On a pu éviter en effet toutes les pentes qui avaient entraîné des difficultés spéciales à San-Francisco ; l’application en fut commencée au mois de janvier 1882 sur la rue de State-Street qui reste presque toujours (Iroiie et horizontale. Elle fut étendue depuis sur d’autres avenues voisines sensiblement parallèles : celle de Wabasli et de Cottage Grove, et la transformation est actuellement en cours sur un certain nombre de voies, notamment celle de Clark-Street et Wentworth-Avenue. La longueur totale des lignes de tramways concédées aux trois Compagnies qui se partagent la ville est environ de 240 kilomètres et elle s’accroît chaque jour.
- * Revue générale des Chemins de fer.
- Coupe de la voiture et de la chaussée, donnant la vue du mécanisme du tramway funiculaire de Chicago.
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- LA NATURE
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- Quelques-unes de ces lignes comprennent des courbes assez prononcées que les voitures doivent franchir sans avoir à quitter leurs câbles, et on reconnut bientôt qu’on aurait avantage à concentrer dans uneusinecentrale la force motrice nécessaire à l’exploitation des différentes lignes du réseau. A San-Fran-cisco, au contraire, on avait du disposer plusieurs stations de force motrice, dans le voisinage des fortes pentes surtout, afin de franchir celles-ci sans trop de difficulté.
- La station motrice des tramways de Chicago est située à peu près au centre du réseau au milieu de la ligne de State-Street, celle-ci est desservie par deux câbles, dont l’un parcourt la moitié nord de la rue à partir de la station centrale jusqu’au point terminus septentrional, et l’autre la moitié sud. La voiture est attachée à la station centrale au câble correspondant, elle va jusqu’à l’extrémité de la ligne, et en arrivant au terminus nord, elle est ramenée sur la ligne de retour par une boucle de raccordement spéciale qui permet de supprimer l’aiguillage. Cette boucle est appliquée également sur les lignes de Wabosh et du Cottage-Grove, elle est desservie par un câble distinct, actionné lui-même par le câble moteur par l’intermédiaire d’une transmission de poulies qui lui donne une vitesse moitié moindre.
- La voiture ramenée par le câble de retour jusqu’à la station centrale est abandonnée en ce point par le premier câble qui ne va pas au delà, elle trouve ainsi une solution de continuité quelle franchit en vertu de la seule force d’impulsion pour aller retrouver le second câble moteur affecté à la partie méridionale de la même rue. Nous n’insisterons pas ici sur l’installation du tube renfermant le câble qui diffère peu de celui de Chicago, et on en aura d’ailleurs une idée complète par la simple inspection de la figure qui donne une coupe très nette; nous publierons seulement quelques détails sur le grappin dont l’invention due à M. J. Hallidie forme en quelque sorte le trait caractéristique de ces appareils. Il comprend deux mâchoires allongées dont l’une inférieure est fixée invariablement au châssis de la voiture, et l’autre peut être abaissée et serrée sur le câble par l’action d’un levier à secteurs dentés placé à la main du mécanicien dans le tramway. Ces mâchoires sont en fonte garnie de bois pour ne pas maculer le câble, celle du bas porte en outre deux galets qui maintiennent le câble soulevé et le détachent des rouleaux qui le supportent pour assurer le passage du grappin. En abaissant complètement le levier, on repousse le câble en dehors du grappin sous l’action des galets latéraux, et on arrête ainsi la marche de la voiture. Le câble est supporté dans le tube central qui est en béton par des poulies en fonte à gorge en bois espacées en moyenne de 9m,75. Les rails reposent sur des longrines en bois maintenues à leur écartement par des traverses recourbées espacées de 0,n,90. Le câble est guidé en outre dans les courbes de 12 à 18 mètres de rayons par des tambours coniques verticaux de Ü,n,40 de diamètre
- moyen, espacés de 2m,40 environ, le grappin est guidé de son côté par des fers d’angle spéciaux.
- Les câbles sont en fils de fer, ils sont formés de G torons de 19 fils avec une âme en chanvre, avec un diamètre de 0m,O15, ils ont une résistance à la rupture de 25 tonnes, ils pèsent 3ks,55 par mètre courant et coûtent if,76.
- Ces câbles sont continuellement tendus par des chariots à contrepoids qui oscillent sur une longueur de 0m,45 environ. Ils marchent avec une vitesse de 12 à 15 kilomètres par heure, sauf dans certaines rues très fréquentées et dans les courbes les plus raides où la vitesse est réduite de moitié.
- Les machines motrices, du type Corliss, sont à condensation, elles marchent à la vitesse de 64 tours à la minute avec une pression de 4 atmosphères. La force qu’elles développent peut atteindre jusqu’à 215 chevaux-vapeur en remorquant sur l’ensemble du réseau 43 trains et environ 1900 voyageurs, ce qui correspond à un travail moyen de 5 chevaux par train composé d’un remorqueur à grappin et de deux voitures.
- Les tramways de Chicago n’ont pas encore été l’objet d’une exploitation assez prolongée pour qu’on puisse préciser exactement les résultats qu’on peut en attendre.
- Toutefois on aurait constaté qu’ils ont pu fonctionner en temps de neige par un hiver des plus rudes, alors qu’on avait du arrêter les tramways à chevaux. Au point de vue économique, ils auraient permis de réaliser une économie d’un tiers environ sur les frais d’exploitation. L. B.
- DE LA FACULTÉ QU’ONT LES MOUCHES
- DE SE MOUVOIR SUR LE VERRE ET SUR LES CORPS POLIS1
- On a cru pendant longtemps que les mouches, ainsi que nombre d’autres insectes, possèdent la faculté de courir sur les corps polis, grâce aux nombreux petits poils dont leurs pattes sont garnies ; c’est par ces poils très fins, prétendait-on, qu’ils s’accrochent dans les pores du verre.
- On sera aussitôt convaincu de l’absurdité de cette allégation, quand on regarde le verre au microscope ; il ne se trouvera de nos jours aucun savant qui tentera d'expliquer de cette manière les causes qui permettent aux mouches de circuler sur les surfaces polies.
- Une autre théorie, souvent admise, expliquait le fait de la manière suivante. On affirmait que les pattes des mouches se terminent par des petits suçoirs ou des ventouses, qu’en courant elles appuient contre les corps polis. Au moyen de ces appareils les mouches parviennent, disait-on, à se
- 1 Extraits d’au mémoire original de M. le Dr J. E. I\om-bouts.
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- fixer au verre par une espèce de succion, elles y restent maintenues par la pression de l’air, absolument comme ces rondelles de cuir humectées, qu’étant jeunes, nous appuyions aux trottoirs et aux pavés afin qu’elles y restassent fixées.
- Les recherches de Blackwall ont démontré qu’un contact, tel que celui que nous venons de décrire, n’a pas lieu. Il a vu des mouches courir sur les parois intérieurs de la cloche d’une machine pneumatique, après que le vide eut été fait. Quand on regarde les pattes d’une mouche au microscope, on voit distinctement, que les suçoirs n’existent pas. Les pelotes (pulvilli) sont garnies en dessous de nombreux poils très fins, qui font obstacle à tout contact rapproché avec le verre.
- La théorie, qui repose sur la pression de l’air, fut innovée par le docteur Derham, et fut confirmée par la plupart des entomologistes contemporains. D’autres expérimentateurs parmi lesquels nous citerons lè docteur Hooke, étaient d’avis que ces poils qui garnissent le dessous des pattes des mouches, leur permettent de s’attacher au verre, parce qu’il est toujours enduit d’une matière fumeuse (smoky).
- Blackwall explique le phénomène, en disant qu’uile substance visqueuse s’écoule de chaque poil qui garnit les pelotes, et nous pouvons dire que dans ces derniers temps la plupart des entomologistes ont été d’accord avec lui sur ce point.
- Gomme réponse à cette explication, nous dirons que, si réellement il y avait écoulement d'une substance visqueuse, les mouches ne pourraient plus bouger, après être restées quelque temps en place, parce que cette substance se dessécherait ou se durcirait; on sait fort bien cependant qu’une mouche prend instantanément la fuite quand on l’approche, même après être restée pendant des heures immobile à la même place.
- Je puis conclure de mes expériences que ce n’est ni la pression de l’air, ni l’effort d’un liquide gluant qui donne aux mouches la faculté de courir sur les corps polis ; mais que cette faculté doit être attribuée à l’action moléculaire entre les corps solides et les liquides ; en d’autres mots qu’elle doit être attribuée à ï action capillaire.
- Quand on examine la partie inférieure des pulvilli (fig. 1) â l’aide d’un microscope, on voit distinctement, que celle-ci est munie d’un grand nombre de poils, qui sont disposés avec beaucoup de régularité.
- La partie inférieure de ces poils se termine en une espèce de massue de forme variée; de ceux-ci s’écoule un liquide graisseux, qui se dessèche lentement et qui ne se durcit qu’à la longue. Les très petites gouttelettes laissées sur le verre peuvent être enlevées, même après deux ou trois jours, sans qu’il soit nécessaire de les humecter; il suffit de passer dessus un morceau de papier mince.
- Pour obtenir ces très petites gouttelettes sur le verre, afin de pouvoir les examiner, j’ai imaginé le petit appareil suivant.
- Dans le milieu d’une planchette, de la grandeur d’un verre porte-objet (fig. 2), d’une épaisseur de six millimètres, j’ai pratiqué une ouverture, de telle sorte que je pusse y appliquer avec de la colle un couvre-objet mince.
- Quand on retourne la planchette, de manière à ce que le verre soit tourné en bas, on obtient un petit récipient dont le fond est de verre.
- A l’aide d’une bande de papier gommé, à laquelle on fixe les ailes, on introduit la mouche dans cette cavité, de telle façon que les pulvilli touchent le fond. II va sans dire qu’il ne faut pas que la bande de papier soit trop large, afin d’éviter qu’elle intercepte la lumière.
- Quand on place ensuite la planchette sous le microscope, de manière à ce que le couvre-objet soit tourné en haut, on voit le dessous des pattes de la mouche. La petite bête, qui fait des efforts pour reconquérir sa liberté, appuie ses pulvilli contre le verre, et laisse après chaque effort des traces qu’on peut observer très distinctement, car elles sont parfaitement visibles quand la clarté est bonne (fig. 3).
- Quand les pattes de la mouche entrent de nouveau en contact avec ces traces, en forme de très petites gouttelettes, on voit que celles-ci se composent d’une matière très liquide, car elles s’étendent très facilement sur le verre.
- Nous -ne pouvons admettre, comme quelques naturalistes le prétendent, que ce liquide doive servir à faire adhérer par succion les extrémités des poils, qui se terminent en massue. S’il en était ainsi, ces extrémités devraient se transformer pendant k succion et prendre la forme d’un disque. La mouche pose et soulève ses petits pietls avec une facilité incomparable, ce qui n’arriverait pas s’ils étaient réellement soumis à la pression de l’air.
- Il ne peut non plus être question ici d’une substance gluante; celle-ci finirait par se durcir après deux ou trois jours, elle se dessécherait, ou encore, elle devrait finir par être visqueuse, comme par exemple la térébenthine de Venise ou le sirop.
- L’opinion que le professeur Harting a émise à ce propos n’est pas fondée non plus.
- La faculté qu’ont les mouches de courir sur les corps polis, ne peut s’expliquer que par l’action capillaire, puisqu’il est de fait que le liquide et les poils sont les seules parties qui touchent les surfaces polies.
- L’idée me vint bientôt, que la faculté qui permet à la mouche d’adhérer au verre, provient de l’attraction que chaque très petite gouttelette exerce sur le poil avec lequel elle est en contact, et pour démontrer la possibilité de ce que j’avance, j’ai fait les expériences suivantes.
- J’ai essayé de suspendre un cheveu à une lame de verre, à l’aide d’huile d’olives. A cet effet je plongeai du côté où je l’avais coupé dans une goutte de cette huile; je l’en relirai et une petite quantité j d’huile y adhérait. J’appuyai ensuite cette partie qui
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- avait été humectée, contre une lame de verre, que j’avais nettoyée avec les plus grands soins; ou plutôt je touchai la lame de verre avec ce cheveu, que je lâchai ensuite pour voir s’il resterait suspendu.
- Je parvins ainsi à suspendre au verre un cheveu de 16 centimètres de longueur, quoique le volume du liquide ne dépassât pas le diamètre du cheveu. Je remplaçai ensuite l’huile d’olives par de l’eau, et j’obtins le même résultat. Le cheveu dont je m’élais servi avait 0,06 millimètres de diamètre, ce qui porte à 0,00045 grammes le poids maintenu en suspension par la très petite gouttelette d’eau ou d’huile.
- (Comme je ne connaissais pas le poids spécifique d’un cheveu, je l’ai supposé = 1.)
- Je renouvelai cette expérience avec des crins de cheval, et j’obtins pour résultat qu’un crin de 7,5 centimètres de longueur resta suspendu dans les même conditions.
- Ce crin avait 0,12 millimètres de diamètre, le poids qui resta adhérent au verre, était par conséquent de 0,00085 grammes. Une soie de porc de 0,18 millimètres de diamètre resta suspendu, quoiqu’il eût une longueur de 55 millimètres, ce qui représente un poids de 0,00152 grammes.
- J’ai encore fait une expérience avec un cheveu qui se terminait en boule. (J’ai obtenu cette boule en approchant le cheveu d’une ilamme.) Je parvins alors à fixer au verre un cheveu d’un diamètre de 0,06 millimètres et d’une longueur de 0 décimètres. La boule avait 0,12 millimètres de diamètre, de sorte que le poids suspendu atteignit de nouveau 0,00085 grammes, équivalant donc au poids du crin de cheval, que j’avais apposé de la même manière à la surface du verre.
- Les résultats de ces expériences finirent par don-
- ner plus de poids à mes suppositions, qu’il n’est pas nécessaire que le liquide soit visqueux pour faire adhérer les mouches.
- Pour être absolument convaincu, j’ai pesé plusieurs mouches, et j’ai trouvé que leur poids s’élève en moyenne à 0,045 grammes.
- Il fallait cependant que je recherchasse le nombre des poils qui garnissent la partie inférieure des pulvilli, ains i que la grandeur des extrémités qu’elles appuient contre le verre.
- Le nombre des poils dont la partie inférieure de chaque pelote est munie est très grand; on peut dire sans crainte d’exagérer qu’il y en a de 800 à 1000, ce qui donne un total de 10 à 12000 poils, au moyen desquels les mouches peuvent se maintenir sur un corps poli, à l’aide d’une très petite gouttelette de liquide.
- Ajoutons cependant, qu’une mouche qui court sur nos vitres n’appuie que trois ou quatre pattes contre le verre ; il résulte de ce fait que la moitié des poils seulement est en fonction quand une mouche circule, et ce qui porte leur nombre à 5000 ou 6000. Il me restait à déterminer le poids que les cheveux
- peuvent porter, quand ils sont suspendus de ,1a manière que j’ai décrite. En faisant ces calculs, j’ai considéré les poids auxquels l'action capillaire fait équilibre, proportionnels au diamètre du cheveu. Par mes expériences répétées, j’ai obtenu le résultat suivant:
- Uncheveu de 0,60 mdlim.de diam. peut porter 0,00045gr.
- » » » 0,1 2 » » » » » 0,00085 »
- » » » 0,18 » » » » » 0,00152 »
- Pourquoi le poids d’un cheveu plus épais est un
- peu moindre que je ne l’avais supposé; je crois devoir l’attribuer à la manière dont je m’y suis pris
- Fig. 1. — Partie inférieure d’une patte de mouche.
- 1. Pulvilli 200/1. — 2. Poils qui se trouvent sur les côtés 670/1.— 3. Différentes formes de poils.
- Fig. 2. — Planchette avec orifice en verre.
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- pour m’assurer de la puissance d’adhérence des cheveux; je ne me contentais pas en effet de ce qu’ils restassent suspendus, il fallait en outre qu’ils pussent résister à un fort courant d’air, que je produisis en soufflant dessus.
- Je me suis efforcé de répéter ces expériences avec des fils de verre ayant des épaisseurs différentes et dont le poids spécifique m’était connu, mais je ne réussis pas à souhait; d’abord parce que la grande élasticité du verre me donnait beaucoup de mal à faire adhérer ces fils au verre, ensuite parce que je ne parvins presque jamais à fabriquer les fils de verre, crui eussent partout la même épaisseur...
- avait également remarqué ceci et en donnait l’explication suivante : La substance gluante, dit-il, qui permet aux mouches de courir sur les corps polis, se liquéfie par l'humidité et n’est plus bonne à faire adhérer les poils au verre.
- S’il en était ainsi, le liquide qui s’écoule des poils, devrait se mélanger à la vapeur d’eau condensée, ce qui n’est pas le cas. Pour m’en convaincre, j’ai terni de la même manière le verre qui portait des traces de mouches, tandis que je les regardais au microscope, de telle sorte même, quelles étaient couvertes d’une mince couche d’eau.
- Aussitôt que cette couche disparut, les' traces en forme de très petite? gouttelettes réapparurent; elles ne s’étaient pas mélangées, et leur volume ne s’était
- D’après mes calculs, une mouche pourrait courir sur le verre même si elle pesait 0,020 grammes de plus.
- Voici de quelle manière j’en ai fait l’expérience :
- J’ai augmenté le poids des mouches en collant de petits papiers sur leurs ailes; quand j’eus ainsi doublé leur poids, elles se maintenaient encore fort bien sur le verre, et montaient quoiqu’avec quelque difficulté.
- Pendant les expériences, je me suis aperçu que les mouches n’adhèrent plus au verre, quand on le ternit avec la vapeur de l’haleine. Ceci arrive surtout pour les mouches dont le poids a été augmenté par
- Fig. 4. — Pattes de Polydrosus sericeus.
- 1. Pulvilli avec poils et crochets. — 2. Quelques poils ; grossissement considérable.— 3. Un poil ; gross. plus considérable encore.
- pas accru, ce qui serait arrivé si l’eau y exerçait une influence quelconque, ou liquéfiait la substance visqueuse.
- Après avoir recouvert, à différentes reprises, les très petites gouttelettes, de la vapeur de l’haleine, aucun changement n’était visible. 11 y a d’après moi une tout autre cause, qui explique la chute des mouches, après que le verre a été terni.
- Aussitôt que le verre, où se trouve la mouche, est terni, le moindre mouvement de celle-ci portera ses pieds à un endroit couvert d’eau ; or, nous savons que ce liquide ne se mélange pas avec la substance grasse qui s’écoule des poils, donc il n’y a plus d’adhérence.
- On peut facilement comprendre que, quand le verre occupé par la mouche est subitement terni,
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- Fig. 3. — Partie inférieure des pattes d’une mouche.
- 1. Pulvilli 200/1. — 2. Traces restées sur le verre. — 3. Forme des poils.
- l’application de petits papiers sur les ailes. Blackwall
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- celle-ci s’effraye et qu’elle étend par conséquent ses pattes. Ceci arrive également quand on ternit le verre plus lentement.
- J’obtins encore le même résultat, en humectant avec de l’éther le plan opposé d’une lame de verre, sur laquelle se trouvait une mouche, mais seulement quand le verre occupait une position verticale, et avec une mouche dont le poids avait été augmenté au moyen de petits papiers. Quand on regarde cette mouche à la loupe, on voit distinctement qu’elle glisse insensiblement. Il est difficile de faire cette expérience avec des mouches libres ; elle dure trop longtemps, et la mouehe fuit en courant, ou s’envole avant que le verre se ternisse par le refroidissement.
- Quand on recouvre une lame de verre d’une très mince couche d’huile ou de graisse, une mouche ne peut courir dessus ou s’y maintenir, même quand son poids n’a pas été augmenté au moyen de petits papiers. Quand on prend ensuite cette mouche pour la faire courir sur une lame de verre bien nettoyée, il lui faut un certain temps avant qu’elle puisse y adhérer.
- Pour que l’expérience réussisse, il suffit que la couche dégraissé soit très mince. Il suffît d’enduire la surface polie avec le doigt ; la mouche ne peut plus courir sur les surfaces qui ont été enduites ainsi de graisse.
- Par la substance graisseuse, les très petites gouttelettes qui s’écoulent des poils se mélangent; la surface devient aloj-s plus petite que la somme des surfaces des très petites gouttelettes prises séparément, et la force d’adhésion se trouve par conséquent considérablement diminuée. Chaque patte agit alors comme le ferait un seul poil, dont le diamètre équivaut au diamètre des pieds ; même si ce diamètre équivalait à un millimètre, les six pieds appuyés ensemble contre le verre, ne pourraient porter la mouche. Car, d’après l’expérience, faite à l’aide du crin de cheval, un diamètre de 0,12 millimètres peut porter 0,00085 grammes, un diamètre de 1 millimètre par conséquent 0,007 grammes, et les six pieds réunis, 0,042 grammes.
- Il est fort difficile, sinon impossible, pour une mouche de courir sur une surface verticale polie, quand celle-ci est recouverte d’une mince couche de poussière. Il suffit qu’une lame de verre ait été légèrement enduite de poussière pour qu’une mouche, dont le poids n’a été que fort peu augmenté, ne puisse courir dessus.
- Quand on regarde ses pieds au microscope, après qu’elle a fait des efforts pour se maintenir, on s’aperçoit que les espaces entre les poils sont remplies de poussières. Après qu’elle a frotté pendant quelque temps ses pieds l’un contre l’autre et qu’elle les a passés sur ses ailes, les poussières ont disparu et elle peut de nouveau courir sur le verre. Ce travail, qu’on peut à chaque instant observer chez les mouches, ne se fait donc pas, comme on le prétendait autrefois, pour nettoyer ses ailes, mais
- pour rendre ses pieds capables de se maintenir sur les surfaces polies. Les ailes sont garnies à leur surface d’une foule de poils l’aides, qui peuvent fort bien remplir l’office de brosse.
- Blaekwall prétend que les mouches se nettoient les pattes pour éloigner le superflu du liquide visqueux des pelotes.
- S’il en était ainsi, la mouche serait bientôt recouverte d’une mince couche de cette substance aux endroits qu’elle touche de ses pattes, et comme Blaekwall nous dit que ce liquide ne se dessèche pas, et ne prend qu’une consistance gélatineuse, elle ferait adhérer à son petit corps toutes les poussières avec lesquelles la mouche entre en contact. En peu de temps la petite bête aurait l’aspect d’une petite boule informe et sale, et nous savons tous que les mouches sont toujours très proprettes.
- Chez d’autres insectes, qui courent également sur les corps polis, les pieds sont munis à leur base d’une foule de petits poils qui se terminent en massue ou en boule. Ces insectes adhèrent au verre par le même procédé.
- J’ai joint à cette étude une gravure qui représente l’extrémité de la patte d’un scarabée à trompe : Polyrosus sericeus; ce dessin (fig. 4) représente fidèlement toutes les dispositions dont j’ai parlé.
- Je crois avoir prouvé par mes expériences que la faculté que possèdent les mouches de courir sur les corps polis, ne doit pas être attribuée à un liquide visqueux, mais simplement à l’action capillaire, qui leur permet d’adhérer aux surfaces polies. Même si le liquide, qui fait adhérer les poils à la surface polie, n’était que de l’eau pure, les mouches pourraient s’y maintenir quelle que soit leur position1.
- Dr J. E. Rombouts.
- LEiS PÉTROLES DE BAKOU
- L’industrie du pétrole est de création toute moderne, mais rien n’est plus ancien que le pétrole, dont on peut dire qu’il est aussi vieux que le monde puisqu’il en est parlé dans la Bible, au deuxième livre des Macchabées. Bans beaucoup d’ouvrages de l’antiquité, il est question de ce liquide inflammable que la Bible nous décrit sortant d’un puits creusé par les prêtres et qu’elle appelle Naphtar; nous lisons dans Plutarque qu’un des hommes de la suite d’Alexandre le Grand, en creusant la terre pour y planter la tente du roi, près de l’Oxus, fit jaillir une source d’huile, qui, évidemment, était du naphte;
- 1 Voir la liste des ouvrages que j’ai consultés : J. Blaekwall, Transact. of the Lin. Soc., vol. XVI, p. 3, p. 457; J. Blaekwall, Journal of the Proceedings of the Lin. Society, 17 nov. 1864; J. Blaekwall, Id., vol. VIII, p. 156-140; John Ilepworth, Quard. Journal of microscop. science, vol. II, 1854, p, 158; John Hepworth, ld., vol. III, p. 35; Müllers, Archiv fur Anatomie, elc., 1859, p. 55; H. Dewilz, Sitzungsb. Ges. nat. Freund. Berlin, 1882, u° 1, p. 5.
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- et on ne peut aborder la question du culte du feu chez les Guèbres sans voir clairement que le feu qu’adoraient la Perse et l’Inde était tout simplement celui du pétrole.
- 11 n’existe plus guère de temples du feu et le plus célèbre sans doute de tous est celui d’Atech Gach, près de Bakou, sous la coupole duquel l’autel est perpétuellement couvert de flammes.
- U y a quelques années encore, ce temple était desservi par trois ou quatre prêtres, mais dernièrement il n’en restait plus qu’un, et, signe des temps, comme le nombre des paroissiens a diminué d’une façon extrêmement remarquable, puisqu’on ne voyait plus arriver par an que deux ou trois Parsis, ce brave pontife au lieu d’exploiter la crédulité des adorateurs du feu, exploitait tout simplement les sources de pétrole de son temple, dont l’huile, paraît-il, était d’excellente qualité et qu’il vendait fort bien.
- C’est à Bakou, sur les bords de la mer Caspienne que se trouvent les sources les plus abondantes de pétrole, et comme témoignage officiel, nous pouvons citer le rapport du consul anglais Peacock qui dit que Bakou renferme beaucoup plus d’huile que les régions pétrolifères d’Amérique et que les sources de pétrole de Bakou sont sans pareilles dans le monde entier.
- Le district pétrolifère de Bakou représente approximativement 1500 hectares carrés, mais c’est principalement dans la presqu’île d’Apchéron que le pétrole est réellement l’objet d’une extraction industrielle. Il y a dans cette presqu’île quatre endroits principaux qui fournissent l’huile en abondance, et ces localités se nomment Tabuntchi, Kaïtoun-Bazar, Balakhani et Bibi-Eybat.
- A partir de Kerch et de l’aman, sur la mer Noire, jusqu’à Bakou, on peut suivre les terrains pétrolifères, mais ce n’est que sur les bords de la mer Caspienne que le naphte se trouve en grande quantité et à peu de profondeur. Les terrains pétrolifères sont formés d’une série de couches de sable, argile et grès alternantes et imprégnées de pétrole, ou, comme disent les Russes, de naphte. L’existence du pétrole est indiquée par les sondages et par les puits naturels situés sur divers points et qui existent depuis un temps immémorial. Les dégagements de gaz sont également des indices certains qu’on trouve l’huile à peu de profondeur. Enfin presque partout où on trouve le Kir, sorte d’asphalte dû à l’évaporation du naphte des affleurements du sol, on estsûr de trouver le pétrole. Le nombre de petits industriels qui exploitent des puits est considérable, mais c’est uniquement sur le plateau de Balakhani et à Bibi-Eybat que l’industrie du pétrole est dans son plein développement et qu’on voit, non seulement des puits et des usinespour la distillation du pétrole brut, c’est-à-dire pour la production du Kerozine ou huile d’éclairage qu’on traite ensuite par l’acide sulfurique et la soude, mais aussi des manufactures d’huile lubréfiante.
- Le plateau de Balakhani se compose de 17 lots principaux, de dix déciatines chacun (1 déciatine égale 16 800 pieds carrés, un peu plus d’un hectare) ; ces terrains furent adjugés aux enchères en 1875, à des industriels qui, moyennant une redevance de 10 roubles par déciatine et par an, ont le droit d’extraire le pétrole dans des conditions déterminées par l’administration des mines sous le contrôle de laquelle ils sont.
- Ces 17 lots furent morcelés en 68 portions qui produisirent au gouvernement une somme de !2 981 507 roubles. Outre les terrains exploités par les anciens propriétaires et ceux qui ont été l'objet d’une adjudication, il en existe d’autres qui font partie du domaine de la Couronne et d’autres enfin qui ont été concédés par le gouvernement à divers personnages en récompense de services rendus pendant la conquête et l’organisation civile et militaire du Caucase.
- En 1875, il n’y avait à Bakou que 17 puits en exploitation, mais aujourd’hui il y en a près de 400 et le nombre tend à s’en accroître sans cesse.
- De 1815 à 1872, la production n’a jamais dépassé 212 000 barriques par an (une barrique contient en moyenne 10 pouds de 40 livres chacun. La barrique américaine représente 48 gallons américains ou 59 gallons anglais de 4 litres 54 chacun, 62 pouds font une tonne anglaise et 61 pouds une tonne française.)
- En 1878, la production annuelle s’était élevée à 2 500 000 barriques, ce qui en admettant que la tonne renferme 6 barriques, représente une quantité de 550 000 tonnes environ.
- En 1882, la production totale du pétrole russe a été de 40 000 000 de pouds, ce qui équivaut à 645 000 tonnes, et sur cette quantité, Bakou, à lui seul, a produit plus de 14000000 pouds, environ 225000 tonnes, ce qui, à raison d’à peu près 1565 litres la tonne, fait 5072 250 hectolitres.
- Il n’est pas rare en Amérique de trouver des puits de 1600 et 2000 pieds ; au Caucase, au contraire, la profondeur des puits ne dépasse jamais 140 mètres et il y en a beaucoup dont la profondeur est inférieure à 60 mètres ; dans certains endroits, il suffit d’enfoncer une canne dans la terre pour en faire jaillir le gaz, et il n’est pas rare de trouver le pétrole en grandes masses, à 5 mètres du sol.
- Beaucoup de puits produisent de 400 à 600 barriques par 24 heures, et il y a des fontaines jaillissantes qui ont donné jusqu’à 2000 et 5000 barriques. D’après une statistique officielle, sur 24 grands puits du district de Balakhani, il n’y en avait qu’un qui ne donnât que 400 pouds par jour, trois en donnaient 5000, trois fournissaient de neuf à 10 000 pouds ; il y en avait un qui produisait 12000 pouds, un autre 14000,et il yen avait deux qui donnaient régulièrement 50000 pouds.
- La densité du pétrole brut au Caucase varie communément entre 0,860 et 0,910, et il est difficile de la déterminer d’une façon absolue ; d’après le rapport
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- du consul anglais, par exemple, la densité du pétrole brut est de 0,780 à 0,892, mais il ne faut pas s’en tenir à un seul chiffre car cette densité varie suivant les localités et les conditions de profondeur des puits. A Sabuntchi, elle est de 0,820 à 0,881 ; à Balakhani elle varie entre 0,850 et 0,885, aune température normale de 15°C.
- En moyenne, on peut dire qu'au Caucase, la densité spécifique du pétrole brut est de 0,870.
- La densité de l’huile à brûler, est d’après le poids port du consul anglais, de 0,819 : le fire test, suivant les provenances, à 50° donne 0,828.
- La densité des résidus est de 0, 940; elle est donc supérieure à celle du pétrole égyptien qui pèse 0,920* Le consul Beacok a dit encore que le pétrole brut
- donne environ 55 pour 100 de kréozine, mais ce résultat n’est pas constant, comme on peut en juger par les analyses suivantes d’huiles de différents puits.
- Un pétrole pris à 15 mètres de profondeur, ayant son point d’ébullition à 142°C., a rendu 54 pour 100 en huile photogène, d’une densité de 0,819. Un pétrole pesant 0,874, et ayant son point d’ébullition à 138°0, a donné 25 pour 100 de pétrole distillé d’une gravité de 0,797 ; puis on a eu :
- 50 pour 100 ............... 0,808
- 55 — 0,816
- 38 — 0,819
- 40 — 0,821
- Vue de quelques puits de pétrole dans la plaine de Balakhani, près Bakou. (D’après une photographie.)
- Un autre pétrole, pris à 68 mètres de profondeur, pesant 0,891 et ayant son point d ’ébul lition à 0,171 °C a donné 25 pour 100 de photogène, pesant 0,819 à 14° Réaumur.
- L’huile d’un puits de Balakhani, de 16 mètres de profondeur, point d ébullition 142°C, a donné 34 pour 100 de photogène, d’une densité de 0 819; pendant la distillation, on obtint les résultats suivants :
- Jusqu’à 100° 5,5 »
- 100° à 120° 10,5 16,0
- 120° à 140° 24,5 40,5
- 140° à 160° 17,0 57,5
- 160° à 180° 52,0 109,5
- 180° à 200° 37,5 147,0
- 200° à 220° 43,0 190.0
- 220° à 240° 48,0 238,0
- 240° à 260° 49,5 287,5
- 260° à 280° 70,0 357,5
- 280° à 300° 71,5 429,0
- 300° à 320° 60,5 489,5
- 520° à 540° 117,5 607,0
- On peut tirer du pétrole brut environ 12 différents produits mais commercialement on ne tient pas compte de ces divisions et il faut admettre, pour les pétroles russes, qu’il n’y a que trois sortes : le Péti ole brut, leKérosine et les Résidus proprement dits d’où l’on extrait l’huile solaire, l'huile lubré-fiante, un peu de paraffine et des vernis.
- Le rendement du pétrole brut en kérozine indique donc que la teneur des résidus dépasse 60 pour 100. E. A. Toùhmér.
- — A suivre. —
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- LA NATURE
- il
- TRICYCLE AQUATIQUE
- Nous avons parlé précédemment de l’étonnante traversée du détroit du Pas-de-Calais qui a été exé-
- cutée par M. Terry à l’aide d’un tricycle aquatique de son invention1. Nous avons reproduit d’après une publication anglaise The Bazaar, l’aspect d’un tricycle aquatique que nous avons attribué à tort à la remarquable expérience dont nous parlons. D’après
- Fig. 2. — Le même converti en un bateau; représenté pendant la traversée du Pas-de-Calais, qui a été exécutée le 28 juillet 1883
- (D’après une pnotographie de M. Hall.J
- des renseignements plus récents, nous avons appris que ce tricycle aquatique aurait été essayé aux Etats-Unis; mais ce n’est pas celui de M. Terry.
- M. Ch. Arnettet M. A. Hall de Saint-Pierre-lès-Galais ont eu l’obligeance de nous communiquer les
- renseignements les plus complets sur l’expérience de M. Terry et nous publions ci-dessus d’après des photographies,des gravures représentant le vélocipède
- 1 Voy. n° 544 du 3 novembre 4883, p. 553.
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- de M. Terry, tel qu’il fonctionne sur terre, et sur eau, quand il a été converti en un bateau de toile imperméable.
- Voici la description du tricycle convertible :
- Sur terre, le vélocipède est semblable, comme aspect, aux machines à roue directrice en arrière (fig. 1). Pour le transformer en bateau, l’opération est très simple et ne demande pas plus d’une demi-heure.
- Les deux grandes roues sont faites en deux parties égales reliées entre elles par des boulons. Deux sections placées parallèlement à un mètre de distance, sont employées à former la boîte du bateau dans laquelle se place le tricyclist e qui devient rameur. Les deux autres sections fixées verticalement on dehors sur le milieu de ces dernières, lui donnent la longueur, et en font un bateau dont les pointes sont arrondies. Deux tubes d’acier, qui relient la petite roue au corps du tricycle, servent à fixer aux parties supérieures les deux sections parallèles et à les maintenir à distance. Une tige de bois, sans utilité dans l’appareil terrien, passé en dessous et au milieu des sections, les maintient, et tient lieu de quille. La carcasse du bateau est complétée par une corde qui, partant de l’extrémité de la partie supérieure d’une des sections placée verticalement, relie entre elles les extrémités de toutes les sections, et sert de point d’appui à une enveloppe goudronnée qui couvre le tout en ne laissant découvert que la boîte centrale réservée au canotier.
- Tout monté, l’appareil représente un canot ponté parfait ayant 3in,60 de longueur sur lm,20 de largeur et 0ra,60 de profondeur, c’est-à-dire réunissant toutes les proportions nécessaires à une bonne stabilité, même en mer (fig. 2). Cette stabilité est d’ailleurs augmentée par deux sacs à air d’une capacité de 20 litres chaque, qui sont attachés de chaque côté à la partie supérieure de la boite.
- Terry est parti de Londres sur son vélocipède le mercredi 25 juillet à sept heures du matin et le soir à huit heures il entrait à Canterbury ayant parcouru 58 milles. Le lendemain, dans l’après-midi, il était à Douvres qui n’est séparé de cette dernière ville que d’une quinzaine de milles. Le vendredi 27, Terry se reposa et le lendemain matin à 9 heures il quitta Douvres sur son tricycle transformé en bateau, mais trois heures après son départ la mer devint mauvaise et ce n’est que le dimanche à 5 heures du matin qu’il touchait terre à Andre-selles, petit village situé près du cap de Gris-Nez.
- Terry, qui comptait effectuer la traversée en six ou sept heures, s’était embarqué sans provisions. Heureusement que le samedi soir il a rencontré un bateau de pèche, de Boulogne, dont le patron l’a réconforté et lui a indiqué la direction à suivre pour atterrir sans dangeri.
- Les douaniers, croyant avoir affaire à un con-
- 1 Le Sport vélocipédique.
- trebandier d’un nouveau genre, l’emmenèrent à Boulogne où tout put s’expliquer. De là, transformant son bateau en tricycle, il se rendit à Saint-Pierre-lès-Calais, chez M. Maxton, fabricant de cette ville, à qui il était recommandé, et où il arriva le mardi matin.
- Le jeudi 2 août Terry s’est mis en route pour Paris, qu’il atteignait en cinq journées par l’itinéraire suivant : Ardres, Saint-Omer, Béthune, Saint-Pol, Doullens. Amiens, Montdidier, Clermont, Chantilly et Saint-Denis. Distance : 290 kilomètres.
- M. T êrry, l’ingénieux inventeur du vélocipède, aquatique que nous venons de décrire, est âgé de 29 ans ; il a servi pendant plusieurs années dans la marine anglaise. Dr H. M.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Russie et les Russes. Kiew et Moscou. Impressions de voyage, par Victor Tissot. 1 vol. grand in-8°, illustré de plus de 240 gravures, dont 07 dessins de F. de Haenen et 115 de Pranischnikoff. Paris, E. Plon, Nourrit et Cio, 1884. Prix, 20 francs.
- Ce livre est le meilleur guide pour nous initier aux mœurs si intéressantes et peu connues de la petite et de la grande Russie. Avec l’auteur, on voyage à travers les steppes de l’Ukraine, on vit au milieu des Juifs de Ber-ditschew, des popes et des Tchoumaks, descendants des Kosaks Zaporogues. A Kiew, on voit les églises, les couvents, les catacombes, l’Université, les fabriques, les nihilistes. À Moscou, ville sainte, où l’on assiste au couronnement du tsar Alexandre III, le Kremlin, la place Rouge, sur laquelle le premier des Orloff échappa à la mort et obtint la faveur de Pierre le Grand ; le campanile d’Ivan Velikoï, l’église inimitable de Vassili Blajennoï, le Gostinoï-dvor, le quartier chinois et l’origine de la fortune des Demidoff, émerveillent, étonnent. Ce magnifique panorama laisse une profonde impression, stéréotypée dans cette conclusion de Victor Tissot : « Pays étrange, pays de réalité et de rêve, pays de contraste et de mystère. »
- Les Campagnes d’Alexandre H. L’Asie sans maître, par le vice-amiral Jurien de la Gravière, membre de l’Institut. 1 vol. in-18 avec une carte de la Perse Orientale, au temps des Grecs et des Romains et une héliogravure du buste d’Alexandre (Musée du Louvre). Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1885. Prix, 3 francs.
- Les Campagnes d'Alexandre IH. L’héritage de Darius par le vice-amiral Juriex de la Gravière, membre de l’Institut. 1 vol. in-18, avec une carte de la Perse Orientale au temps présent. Paris, E. Plon, Nourrit et Cu, 1883. Prix, 5 francs.
- Traité pratique d'électricité comprenant les applications aux sciences et à l'industrie et notamment à la physiologie, à la médecine, à la télégraphie, à l’éclairage électrique, à la galvanoplastie, à la météorologie, etc., etc., par C. M. Gariel, membre de l’Académie de médecine, ingénieur en chef des ponts et chaussées, agrégé de physique à la Faculté de médecine. Tome premier. 1 vol. in-8°, avec 253 figures dans le texte. Paris, Octave Doin, 1884. Prix, 12 francs.
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- Le monde physique, par àmédée Guillemin. Tome quatrième. La chaleur. 1 vol. grand in-8e de 772 pages; contenant 9 planches tirées à part, dont 1 en couleur, et 342 vignettes insérées dans le texte. Paris, Hachette et Cie, 1884. Prix, 20 francs.
- Nouveau Manuel complet du fabricant de couleurs à l’huile et à l’eau, des laques, des couleurs fines, des couleurs hygiéniques, etc. 2 vol. in-52 de la collection des manuels Roret, par MM. Riffault, Vergnaud, Toussaint et F. Malepeyre. Nouvelle édition mise au courant de la fabrication actuelle, avec 4 planches. Paris, Librairie encyclopédique Roret. 1884. Prix, 7 francs.
- Manuel du laboratoire de physiologie, par J. Durdon Sanderson, membre de la Société royale de Londres, Michæl Forster, membre de la Société royale de Londres et Landur Brunton, professeur de matière médicale, traduit de l’anglais, par G, Moquin-Tandon.
- 1 vol. in-8°, avec 184 figures dans le texte. Paris, Félix Alcan, 1884.
- Cours d’embryogénie comparée du Collège de France. Leçons sur les sporozoaires, par G. Balbiani, professeur au Collège de France; recueillies par le DrJ. Pelletan, revues par le professeur. 1 vol. in-8° avec 52 fîg. dans le texte et 5 planches lithographiées hors texte. Paris, Octave Doin, 1884. Prix, 12 francs.
- Éléments d'agriculture générale et d’horticulture, par Léon Dumas, ingénieur agricole. 1 vol. in-18. Librairie classique h. V. Lebègue et Cie. Bruxelles, 1884.
- De la lecture des Cartes étrangères, par Henri Mayer.
- 1 vol. in-18. Paris, Auguste Ghio, 1883.
- LE CANAL DE PANAMA
- Les quelques renseignements suivants indiqueront l’avancement des travaux du canal de Panama :
- La longueur totale du canal est de 74 kilomètres, de l’Atlantique à son embouchure sur le Pacifique, aux îles Naos et Flamenco. La ligne est divisée en douze sections dont les plus importantes sont celles de Colon, Gorgona, Obispo, Emperador, Culebra et Paraiso.
- Les sections emploient ensemble, tous les jours, 30 excavateurs, 40 locomotives et 800 wagonnets. Il y a à enlever 90 millions de mètres cubes. La grande tran-1 chée dont on a déjà enlevé les deux tiers, se trouve entre Obispo et Paraiso. Le nombre d’ouvriers, sur les chantiers, est de plus de 10000, et le total des excavations était, au 15 octobre, de plus de 2 500 000 mètres cubes.
- Pendant les derniers mois de la mauvaise saison, les excavations ont donné environ 350 000 mètres cubes par mois.Ce chiffre sera cinq fois plus fort pendant la belle saison qui commence en décembre, et l’année prochaine, la plus grande partie des machines nécessaires sera au travail; les excavations se chiffreront par 4 millions de mètres cubes par mois ; le nombre des ouvriers sera porté à 15 000.
- A Colon, les travaux du port sont presque finis. Le terre-plein avec la jetée destinée à arrêter l’effet des fortes mers à l’entrée du canal est fini. Une ville tout entière y a été élevée, ainsi qu’une série d’ateliers, de magasins et de voies d’embranchement pour la réception et la distribution des matériaux. La terre nécessaire pour le terre-plein a été prise à Monkey-Hill où l’on a creusé une
- grande tranchée pour combler les lagunes au fond de la baie de Colon afin d’améliorer l’état sanitaire.
- La première des machines de la force de 120 chevaux entre Colon et Gatun (soit une distance de 9 kilomètres) est en plein fonctionnement; elle peut enlever la quantité énorme de 6000 mètres cubes par jour que l’on paye au prix de 1 fr. 50 par mètre cube.
- L’embouchure du côté du Pacifique, entre le débouché du Rio Grande et Paraiso, a été prise à l’entreprise par la Franco-American Trading C“. La première machine du système américain a commencé à fonctionner récemment ; elle sera suivie d’autres machines qui seront nécessaires pour finir cette partie du Canal, en deux ans au plus, de Gatun à Bohio-Soldado.
- Sur le côté atlantique, la Compagnie a en travail deux machines qui fournissent un minimum de 4000 mètres cubes par jour.
- UNE APPLICATION
- DES THÉORIES DE M. PASTEUR
- C’est le caractère des grandes découvertes qui agissent sur les développements de la science, de trouver un nombre considérable d’applications utiles qui apportent de nouvelles preuves en leur faveur.
- Ainsi la théorie des germes de l’air de M. Pasteur a expliqué un nombre de faits considérables qui jusqu’ici n’avaient pas été considérés sous leur vrai jour ; elle a ouvert à la chirurgie des méthodes nouvelles (pansements à la ouate, etc.) ; elle facilite à un haut degré la fabrication des conserves alimentaires, etc., etc.
- Un ingénieux industriel de Reims,
- M. Berthelot fils, a fait récemment une nouvelle application très heureuse des doctrines de M. Pasteur à propos des pièces de vin que l’on met en perce.
- Quand on perce une pièce de vin et qu’on y adapte une canelle de bois, on sait qu’il faut pratiquer un trou dans la partie supérieure de la pièce, pour que le liquide puisse s’écouler
- par le robinet. Les sommeliers ont Appareil Je M. Ber-r . , , . . . h -j i, thelot lus, pour les
- som de boucher ce trou a 1 aide d une pièces de vin en
- cheville de bois. Si ce trou n’est pas perce, bouché chaque fois qu’on a retiré du liquide, le vin aigrit. Pourquoi ? Parce que les poussières, de l’air ont pu tomber dans le vin par l’orifice supérieur, et parmi ces poussières, il s’est trouvé quelques germes qui se sont développés dans le vin. M. Bertbelot fils, pour éviter la fiche de bois qu’il faut retirer et remettre chaque fois, a imaginé le petit appareil que représente la figure ci-dessus. C’est un simple petit cylindre métallique creux qui contient une bourre de ouate et qui se visse sur le tonneau où il reste à demeure. Il n’intercepte pas le passage de l’air qui est nécessaire à l’écoulement du liquide, mais l’air en passant au travers du système, se trouve filtré, la bourre de ouate en retient les poussières et les germes : le vin ne s’aigrit plus par son emploi. C’est la méthode des pansements à la ouate appliquée à l’art des sommeliers. Dr Z...
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- LA NATURE.
- L’ENSEIGNEMENT DE L’ÉLECTRICITÉ
- APPAREILS RE M. A. GÉRARD
- Aujourd’hui que l’électricité est une science à la mode, nous profitons du mois des ctrennes pour signaler à nos lecteurs la nouvelle machine a courant continu, ou plutôt à courants redressés de M. A. Gérard.
- Cette petite machine constitue, avec les accessoires qui l'accompagnent, — accessoires qui se compl éteront avec le temps — le matériel nécessaire, suffisant et indispensable pour donner à des jeunes gens les principes de tous les phénomènes généraux de l’électricité, et le désir d’étudier plus complètement cette science merveilleuse. La machine avec son socle, et sa transmission est représentée figure 1 ; la ligure 2 est une vue à plus grande échelle de la machine seule ; nous avons enfin groupé sur la figure 5 un certain nombre d’accessoires qui permettent de réaliser les expériences les plus importantes de l’enseignement. La machine (fig. 1) appartient à la classe des générateurs dynamo-électriques à courants redressés, avec induit mobile et inducteurs excités en circuit. L’inducteur se compose d'un tambour en fonte alésé intérieurement, sur lequel sont disposés quatre électros en croix; ces quatre électros laissent au centre un espace cylindrique dans lequel vient se loger l’induit. Cet induit est formé également de quatre branches rayonnantes disposées à 90°. Les quatre électros de l’inducteur sont montés en tension, et reliés de telle sorte que, lorsqu’un courant les traverse, les quatre pôles développés en regard de l’induit sont alternativement de signes contraires et, par conséquent, diamétralement de même signe.
- Les quatre bobines des électros de l’induit sont aussi montées en tension et les deux extrémités
- libres du fil reliées aux coquilles d’un commutateur d’une forme particulière et nouvelle. Si l’on étudie en effet le développement des courants induits dans chacune des quatre bobines mobiles pour un tour complet de. la machine, on voit que ce courant change de sens quatre fois par tour; les quatre bobines sont couplées en tension de façon à ce que les
- forces électromotrices développées s’ajoutent à chaque instant; mais pour envoyer un courant toujours de même sens dans les inducteurs et dans le circuit extérieur, il faut nécessairement redresser ce courant quatre fois par tour. C’est ce que réalise le commutateur formé d’un tube cylindrique fendu suivant quatre génératrices disposées à 90° l’unede l’autre; les quatre segments isoles ainsi îormes sont reliés entre eux, deux par deux et les deux extrémités libres du fil de l’induit s’attachent sur chacune des paires de segments.
- Deux frotteurs calés à 90° s’appliquent sur le commutateur ainsi constitué : l’un d’eux est, par suite, en communication avec une des extrémités du fil de l’induit, et le second avec l’autre extrémité. Le changement de communication s’opère donc chaque fois que l’induit a effectué un quart de tour; le changement de sens du courant dans l’induit ayant lieu aussi par chaque quart de tour, il en résulte que, par un calage convenable des balais, on fera coïncider les changements de communication avec les changements de signe, et que le circuit extérieur ainsi que les électros inducteurs seront parcourus par un courant toujours de même sens, mais passant par zéro quatre fois par tour. Ce mode de redressement des courants a permis de construire un commutateur d’une forme simple et d’établir la machine à un prix peu élevé. Bien que le courant varie d’intensité, puisqu’il est nul quatre fois par tour, les inducteurs présentent assez d’inertie magnétique pour que la machine ne se désamorce pas.
- Hg. 2. — Machine île M. À. Gérard. Modèle de laboratoire.
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- LA NAT LUE.
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- Les induits sont, au contraire, formés de feuilles de tôle très minces juxtaposées de façon à réduire à un minimum la production des courants de Foucault, et à faciliter les changements rapides de polarité pendant la rotation.
- Parlons maintenant des principales expériences que la machine permet de répéter.
- La première, la plus frappante, se fait avec la machine seule, sans accessoires. Elle montre nettement la transformation du travail mécanique en énergie électrique. Tant que le circuit est ouvert, la mise en rotation de la machine ne demande qu’un
- faible effort, juste nécessaire pour vaincre les frottements des organes. Yient-on à fermer le circuit en réunissant les deux bornes par un conducteur, on sent aussitôt une résistance considérable, et force est à l’expérimentateur de modérer son allure.
- Les actions magnétiques du courant se montrent à l’aide d’une petite boussole (fig. 3, n° 7) qui, placée au-dessus ou au-dessous du fil, se met en croix avec le courant d’après la règle d’Ampère. Le principe des télégraphes électriques est mis en évidence avec un électro-aimant vertical (n° 3) animé par la machine, et un bouton commutateur (n° 1) intercalé
- Fig. 3. — Accessoires d'enseignement de la machine de M. A. Gérard
- 1. Bouton commutateur. — 2. Poignée,. — 3. Électro-aimant. — 4. Pince double pour incandescence. — 5. Voltamètre. — G. Fusées — 7. Boussole. — 8. Fils conducteurs. — 9. Clayons de charbon. — 10. Accumulateur. — 41. Bain d’argenture. — 12. Lampe à incandescence avec son support.
- dans le circuit que l’on manœuvre à volonté pour produire des signaux Morse.
- Pour les actions calorifiques, on emploie une petite lampe à incandescence de Swan (n° 12) montée sur un porte-lampe approprié où des pinces à incandescence (n° 4) qui permettent de faire rougir et volatiliser des fils fins de platine ou de fer et de porter à l’incandescence des petits crayons de charbon (n° 9).
- Il suffit de faire varier la vitesse de la machine pour faire varier l’incandescence de la lampe ou des fils. C’est encore parmi les actions calorifiques qu’il faut placer les petites fusées (n° 6) que la machine fait détoner dès qu’on ferme le circuit.
- L’emmagasinement de l’énergie électrique sous forme chimique est réalisé à l’aide d’un petit accumulateur genre Planté (n° 10) dans lequel les lames sont formées chacune par un fil de plomb roulé sur lui-même pour augmenter la surface. Cet accumulateur chargé par la machine, peut ensuite actionner l’électro-aimant, faire rougir des fils, etc. Un voltamètre à lames de platine (n° 5), des cuves ànickelure, argenture et galvanoplastie (n° 11) et des bains tout préparés, complètent le matériel destiné à montrer les actions chimiques du courant.
- Des poignées en cuivre argenté (n° 2) servent à donner des secousses assez fortes et à montrer les actions physiologiques, actions qu’on peut varier à vo-
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- LA ‘NATURE.
- lonté en modifiant l’allure de la machine. Les se- ! cousses sont produites ici par Y extra-courant, et il faut, pour les provoquer, établir le commutateur entre les bornes et faire des fermetures et des ouvertures de circuit successives, ou bien faire toucher les poignées entre elles et les séparer ensuite.
- Les petits accessoires peuvent varier à l’infini : citons encore, au hasard de notre mémoire, une sonnerie, un petit moteur, une bobine d’induction, un tube de Geissler, un solénoïde, un galvanomètre, etc., etc.
- M. Anatole Gérard, en créant son ingénieuse petite machine et le nombreux matériel d’enseignement qui l’accompagne, a fait une œuvre utile de vulgarisation scientifique, à laquelle nous souhaitons le plus vif succès. E. II.
- CORRESPONDANCE
- SOLUTION DE SULFATE DE FER POUR PHOTOGRAPHIE
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Dans la correspondance de votre n° 549 du 8 décembre, p. 22, je trouve une lettre donnant la description d’un flacon destiné à maintenir à l’abri de l’air la solution de sulfate de fer employée en photographie.
- Un procédé encore plus pratique consiste à conserver indéfiniment, sans aucun appareil, une solution de sulfate de fer; il suffit d’y ajouter environ 0ïr,50d’acidetar-trique par chaque 100 gr. de solution. L’acide tartrique maintient le sel de fer à l’état de protoxyde à condition qu’il reste exposé à la lumière.
- 11 est donc possible de préparer le sulfate de fer en aussi grande quantité qu’on le voudra. En déposant le flacon près d’une fenêtre, il conservera toutes ses propriétés.
- J’ai cru devoir rappeler ce procédé qui, du reste, n’est pas nouveau, parce qu’il est plus simple que celui du flacon et qu’il paraît n’êtrepas bien connu de tous.
- Veuillez agréer, etc. Albert Londe.
- CHRONIQUE
- Nouveaux projectiles des canons prussiens.
- — M. Krüpp, d’Essen, vient de faire bre.'ter un projectile d’artillerie d'une nouvelle forme. La tète de ce projectile est plate, afin d’éviter la déviation qui se produit toujours lorsqu’un obus conique touche une plaque de blindage sous un grand angle d’inclinaison. Pour qu’il ne puisse se produire aucune perte de vitesse, la partie antérieure de ce projectile est munie d’une pointe en bois ou en tôle mince, qui se brise en touchant le blindage et qui, de plus, est rempli d’huile afin de graisser les parties en contact et d’augmenter aussi la force de pénétration.
- Les brouillards de Londres. — On sait depuis les expériences de M. J. Aitken, que la vapeur d’eau qui forme les nuages et les brouillards ne peut se condenser à l’état vésiculaire qu’autour d’une particule solide de poussière atmosphérique. Nous trouvons dans le « Chain-ber’s Journal » une indication tout aussi remarquable, sur l’existence, autour de chacune de ces vésicules, d’une
- enveloppe goudronneuse due à la fumée du charbon. Comme tous les autres brouillards, celui qui s’élève le long de la vallée de la Tamise, est formé de petites particules d’eau, que la chaleur du soleil devrait dissiper. Mais la fumée que déversent dans l’atmosphère des centaines de milliers de cheminées rend la tâche du soleil tort difficile. Non seulement cette fumée se mêle avec le brouillard, mais elle enduit chaque particule aqueuse d’une pellicule goudronneuse, huileuse, qui lui donne un caractère spécial, et la préserve d’une dispersion immédiate. Un vrai brouillard de Londres est donc quelque chose de plus qu’une brume ordinaire. C’est un volume énorme de vapeur, retenu en captivité par les matières oléagineuses qui s’échappent des cheminées.
- Les Français du Canada. — La population française va toujours en augmentant dans la province de Québec, et la population anglaise diminue dans une proportion sensible. Les Français n’étaient que 3000 en 1653, 60 000 en 1763. Depuis cette date l’émigration de France a cessé ; nous avons eu même à regretter le départ d’un grand nombre de nos compatriotes, qui ont compté sur les avantages que pouvaient leur offrir les États-Unis, et, malgré ces désavantages, il y a aujourd’hui dans les provinces canadiennes 1 298 929 Français répartis comme suit :
- Québec, 1073 820; Ontario, 102 743; Nouveau-Brunswick, 56 635; Nouvelle-Écosse, 41219; lie du Prince-Édouard, 10 751; Manitoba, 9949; Territoires, 2896; Colombie anglaise, 916.
- Le venin de l’abeille. — Le venin des hyménoptères porte-aiguillon est du à la même substance : l'acide formique. Chez l’abeille comme chez la fourmi, on rencontre le même acide corrosif, que le chimiste sait aujour-‘ d’hui fabriquer de toutes pièces depuis les admirables travaux de M. Berthelot, mais que l’on se procurait autrefois en distillant de l’eau dans laquelle on avait écrasé des fourmis rouges. L’acide formique se rencontre aussi dans les poils de certaines chenilles, principalement les chenilles processionnaires, et dans différents liquides du corps humain. Il existe dans les aiguilles du pin, et dans les feuilles de l’ortie. Partout nous lui trouvons une odeur pénétrante, une saveur brûlante, une action énergique. Les poils des chenilles irritent la peau et produisent de la rougeur et de l’inflammation ; la piqûre de l’ortie est très douloureuse ; celle de l’abeille ou de la guêpe a parfois été suivie d’effets funestes. Mais ce serait une erreur de croire que ce liquide soit destiné à jouer un rôle malfaisant ; il a, au contraire, une importante et salutaire fonction : celle d’arrêter la fermentation et la putréfaction. Un célèbre apiculteur, Holz, a remarqué que le miel provenant d’abeilles irritables ou rancunières a toujours un goût fort amer et une odeur piquante. C’est que les abeilles, lorsqu’elles sont irritées, font sortir leur aiguillon, à l’extrémité duquel on voit poindre une gouttelette d’acide formique ; lorsqu’elles sont calmées, elles font rentrer leur dard, mais le venin se-répand souvent sur le iniel. Les abeilles facilement excitables donneront donc un produit moins agréable que celui des essaims pacifiques. En revanche, il se .conservera mieux. Le miel, tel qu’on l’extrait des rayons, n’est, du reste, jamais exempt d’acide formique, ce qui lui permet de se conserver pendant des années, tandis que le miel purifié s’altère assez promptement.
- Statistique des chaudières à vapeur en Hol-i lande. — Le l®1* janvier 1883 on comptait dans les dix
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- LA NATURE.
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- provinces du royaume de Hollande 5518 établissements, dans lesquels on fait usage de vapeur, 998 bateaux à vapeur (excepté les vaisseaux de guerre), 965 chaudières mobiles (excepté les locomotives des chemins de fer) et 112 locomotives de tramways. On avait au total 6706 chaudières — dont 5782 construites dans le pays même — avec une surface de chauffe de 194 456 mètres, et 6585 machines à vapeur — dont 5267 du pays—avec une force de 110 775 chevaux. De ces machines 945 fonctionnaient avec condensation et 292 étaient du système composé (Coinpound). L’usage des chaudières à vapeur est réglé par la loi. Elles sont sujettes à des inspections permanentes pour lesquelles on a aujourd’hui treize inspecteurs du gouvernement. En 1882 ilsontfait 16 412 inspections dont 12 560 epreuves et 5855 visites intérieures. Les résultats de ces inspections sont résumés comme suit : 46 chaudières se trouvaient dans un état si dangereux que l’usage en devait être interdit; 506 chaudières étaient en moins mauvais état quoique des réparations fussent urgentes et 2779 chaudières avaient des défauts moins importants.
- Moyen de détruire les nids de guêpes. — D’après le Times, un des moyens les plus faciles de détruire les guêpes est de mettre à l’entrée du nid une ou deux cuillerées de cyanure de potassium en poudre. L’opération peut être faite dans la journée; elle n’empêche aucunement les insectes d’entrer dans le nid; seulement ils n’en sortent plus, et, en vingt-quatre heures, 'essaim tout entier est détruit. Le correspondant qui signale ce moyen l’a appliqué à un grand nid dont il a ensuite examiné le contenu; il a compté 5400 guêpes, sans parler des alvéoles remplis de nymphes. Sans doute le procédé est d’une application facile, et il peut épargner plus d’une piqûre ; mais l’emploi d’une substance aussi dangereuse que le cyanure de potassium ne doit être conseillé qu’avec une grande réserve. N’est-il pas à craindre que des guêpes ayant touché cette poudre vénéneuse aillent se poser, quelques instants plus tard, sur une assiette de fruits, ou sur des bonbons, et ne causent par là quelque grave accident? D’autre part, la guêpe est-elle un être si absolument nuisible qu’il n’y ait aucun inconvénient à en détruire les essaims? La guêpe détruit les mouches, et peut ainsi rendre service à l’homme. R. Yion.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 décembre 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Séance extrêmement courte commencée fort tard et terminée dès quatre heures par un comité secret.
- Lueurs crépusculaires. — M. Decharme qui évidemment n’a pas lu l’article inséré par M. Gaston Tissandier dans le dernier numéro de La Nature persiste à appeler aurores boréales les lueurs que nous avons tous admirées ces derniers soirs. C’est d’Amiens qu’il les a observées et la description qu’il en donne montre qu’elles avaient dans la Somme les mêmes caractères que dans la Seine ; M. Dumas écrit de Cannes que derrière les montagnes de l’Esterl l’apparition était encore la même. La conclusion c’est que le siège du phénomène était très haut. Une ingénieuse interprétation qu’il serait bien intéressant de pouvoir contrôler, consiste à le rattacher aux cendres volcaniques transportées dans les couches supérieures de
- l’atmosphère par la dernière éruption de Java. M. d’Abba-die paraît disposé pour sa part à l’accueillir.
- A propos de cette convulsion du sol, notons que M. Laur affirme de nouveau son opinion d’un rapport de cause à effet entre les baisses brusques de baromètre et les tremblements de terre.
- Les Fuégiens. — Malgré le peu de temps accordé à la séance publique, M. le Président donne la parole à M. le Dr llyades pour lire son rapport sur les travaux d’histoire naturelle accomplis par la mission du cap Horn. Nous ne saurions, après une simple audition incomplète, donner une idée de ce travail bourré de faits. Mentionnons cependant la large place faite aux Fuégiens, à la description de leurs outils, de leurs armes, de leurs demeures, au tableau de leurs mœurs. Il y a là une foule de détails piquants mais dont plusieurs ne semblent pas écrits dans l’esprit ordinaire des comptes rendus.
- Le Phylloxéra. — En même temps que M. Hennegny adresse une étude sur le phylloxéra gallicole, un auteur dont on a négligé de nous dire le nom fait parvenir un mémoire en latin qui débute ainsi : « Inveni remedium contra phylloxéra. »
- Cartographie. — Grâce à l’application d’un procédé physico-chimique qu’il tient secret, M. Mendoza, ancien ministre de Portugal, transforme les cartes planes en cartes en relief. 11 paraît que le résultat est tout à fait satisfaisant, et dans ce cas, nul doute qu’il ne reçoive de très nombreuses applications.
- Varia. — L’étude spectroscopique de la comète Bound vient d’être faite à Bordeaux par M. Rayet. — M. Debray décrit une matière noire qui résulte de-la fusion du rhod-hium en présence de la pyrite de fer.
- Stanislas Meunier.
- PALAIS DE GLACE AU CANADA
- On sait que dans les régions polaires, les voyageurs ont souvent l’habitude de construire des maisons de glace où ils s’abritent, et où, chose qui paraît extraordinaire, ils sont préservés de l’action du froid. L’intérieur de la maison de glace close, est à la température de la glace fondante, 0°, et cette température paraît douce, quand au dehors le thermomètre marque 25° ou 50° au-dessous de zéro. Mon ami regretté Gustave Lambert, qui avait longtemps voyagé dans les régions glaciales, avant d’organiser avec tant de passion l’expédition du pôle Nord qu’une balle prussienne l’a empêché de réaliser, m’a souvent raconté cette impression de froid qu’il éprouvait en sortant de sa maison de glace. L’impression était encore plus sensible quand il faisait du vent.
- Cet usage de construire des maisons de glace est assez répandu dans les pays où il gèle pendant toute la durée de l’biver, et où l’on n’a pas la crainte de voir fondre la construction. En Russie, on a souvent bâti des maisons déglacé; au Canada, nos compatriotes édifient presque tous les ans de véritables monuments, dont les pierres sont taillées dans des blocs de glace.
- L’année dernière, les habitants de Montréal ont
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- LA NATURE.
- élevé un magnifique palais de glace qui a été inauguré au moment du carnaval : ce monument a obtenu tant de succès qu’on se propose au Canada de recommencer cette année une construction analogue ; le Génie civil a publié à ce sujet quelques renseignements intéressants que nous lui emprunterons :
- « Le palais de glace, dit M. Mauzaize, est un édifice carré de 27 mètres de côté, formé d’une enceinte intérieure et d’une tour carrée au centre. Les murs verticaux, tout en blocs de glace, ont environ 22 mètres de hauteur, les quatre tours d’angle ont 15 mètres de haut et la tour centrale 50 mètres.
- « Les tours sont surmontées de hauts clochers en branches de sapins et le toit de l’édifice est formé de troncs de sapin garnis de leurs branches et recouverts d’une couche assez épaisse de branchages verts.
- « La construction est faite avec des blocs de glace de 90, 50 et 15 centimètres, provenant du Saint -Laurent.
- « Pour découper ces blocs dans la croûte de glace qui recouvre la rivière, on se sert d’une lourde herse ti'aînée par des chevaux et dont les dents tracent des sillons que l’on approfondit en faisant repasser la herse plusieurs fois dans les mêmes
- empreintes. Quand on a dessiné de cette laçon une espèce de damier sur la surface du fleuve en traits profonds d’environ 5 centimètres, il suffit de quelques coups secs pour détacher les blocs. On les transporte à pied d’œuvre et on n’a plus qu’à les superposer pour construire l’édifice. En guise de mortier on emploie tout simplement de l’eau qui, en se congelant, soude tous les blocs, de sorte que le monument ne forme bientôt plus qu’un monolithe aux parois transparentes comme du cristal. Pendant la journée, malgré les créneaux et les découpures, l'uniformité de tons et l’absence d’ombres ne fait pas valoir l’édifice; mais le soir, aux lumières, l’effet est absolument féerique.
- «: La fête de l’inauguration avait attiré plus de 50000 personnes. Les clubs de raquettes, au nombre
- de plus de 700 membres, avec leur costume de laine blanche et la ceinture aux couleurs de chaque société, ont organisé un défilé aux lanternes, aux fusées, aux feux de Bengale d’un effet original et saisissant. Le palais était éclairé par douze puissants foyers électriques et la lumière scintillait sur toutes les inégalités des murailles qui renvoyaient dans tous les sens des lueurs irisées. »
- À la fin de l’hiver, la construction n’a pas été perdue, les matériaux en ont rempli les bars et les restaurants, et les Canadiens ont mangé leur palais de glace. G. T.
- Le projn ietaire-gerant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- PAYILLON D’ISOLEMENT
- POLIl LES MALADIES CONTAGIEUSES (HÔPITAL DE GENÈVE)
- Il y a longtemps que les médecins et les hygiénistes ont condamné le système d’hôpitaux-monuments, où les malades, entassés dans des salles d’un bel aspect architectural, ne trouvent ni la provision d’air nécessaire, ni l’isolement réclamé par certaines affections. Citer le chiffre des dépenses occasionnées par l’édification de ces palais suffit pour condamner ce système repoussé au nom de l’hygiène. Les hôpitaux à pavillons isolés, de construction simple et
- économique, sont de beaucoup les plus salubres. Pendant la guerre de Sécession, l’énorme affluence de blessés lit improviser des baraquements qui, tout imparfaits qu’ils fussent, donnèrent satisfaction complète aux chefs des services hospitaliers. L’expérience, maintes fois répétée, a fini par triompher des routines administratives et dans plusieurs villes, un système plus simple et moins coûteux remplace les édifices des temps anciens. On peut citer comme exemple les pavillons de M. Tollet construits pour le casernement de Bourges, et avec quelques modifications appropriées à leur destination pourl’hôpital Bichat, l’hôpital de Montpellier, etc.
- Pavillon d’isolement pour les maladies contagieuses.
- Le pavillon hospitalier, pavillon d’ambulance dont nous donnons le dessin, élevé dans les jardins et dépendances de l'hôpital cantonal de Genève, est destiné à remplir le rôle de salle d’isolement pour les maladies contagieuses. Il peut être affecté aussi à un service de blessés, se prêter en un met à tous les besoins d’un service d’hôpital. C’est le type de baraquement le plus simple parmi tous les modèles imaginés jusqu’à ce jour. Entièrement construit en bois dur, simplement verni ou passé au goudron, ce pavillon a une longueur de 15 mètres sur 7 mètres de large. Le plancher est élevé de 70 centimètres au-dessus du sol pour prévenir toute humidité. La toiture à plan très incliné est surmontée d’un lanterneau laissant passer l’air. Les parois latérales
- lî' année. — l*r semestre.
- sont simplement fermées par d’épais rideaux de toile^; à voiles ; ce pavillon contient huit lits. L’aménage- x ment, parfait pour la saison d’été, semble moins confortable pour l’hiver qui peut être rude à Genève. Les parois sont garnies alors d’un double rideau et les poêles installés à l’intérieur suffisent, paraît-il, pour entretenir une température égale.
- L’infection d’une salle nécessite-t-elle son évacuation, les malades sont transportés dans le pavillon qui offre ce précieux avantage de laisser, pendant les grosses chaleurs d’été, les malades tout à fait en plein air. C’est véritablement une tente d’ambulance perfectionnée, dont le prix n’est pas très élevé et dont l’installation peut être très rapide.
- Ür A. G.
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- LA NATURE.
- NOUVEAU
- PROCÉDÉ DE CULTURE DE IA VIGNE
- PAR LE CHAUFFAGE ET l’aÉRATION' DU SOL
- L’air atmosphérique joue un grand rôle dans la végétation de toutes les plantes, pour la vigne, il est non seulement indispensable à ses parties aériennes, mais encore et surtout à ses racines, qui se trouvent liés bien d’ètre constamment en contact avec lui. La preuve en est dans la bonne végétation des vignes plantées dans les sols calcaires et pierreux ; non seulement elles y végètent parfaitement, mais encore leurs fruits sont bien meilleurs; plus riches en principes alcooliques, que ceux récoltés dans les terres argileuses et compactes; il faut donc en conclure que les terres profondes et compactes ne conviennent pas à la vigne, et que la première condition pour sa culture dans les sols de cette nature, est de les aérer, soit en les mélangeant avec des plâtras, mâchefer, ou autres matières analogues, soit en taisant des tranchées de distance en distance et en les remplissant de grosses pierres, de fagots ou d’autres corps résistants et irréguliers, laissant entre eux des vides où l’air puisse circuler. De tous ces moyens le plus simple est, je crois, celui que j’ai employé, voici en quoi il consiste :
- Disposition des tuyaux de drainage pour le chauffage du sol.
- J’ai fait faire des tranchées, rapprochées de 5 à 10 mètres selon la capacité du sol, et d’une profondeur de lm,50 environ.
- Des drains (tuyaux servant aux drainages), d’un diamètre intérieur de 0m,10, ont été placés au fond de ces tranchées, bout à bout, absolument comme s’il s’agissait de faire un drainage, avec la seule différence qu’ils ne sont pas placés en pente régulière, ils suivent tous les accidents du terrain, en restant toujours à peu près à la même distance de la surface. Des prises d’air, établies au moyen de tuyaux d’emboitement du même calibre de ceux placés au fond des tranchées, ont été ménagées tous les 15 mètres, ces tuyaux prises d’air, placés verticalement émergent du sol d’environ 15 centimètres et communiquent naturellement avec ceux du fond de la tranchée.
- Pendant le printemps et l’été, la température de l’air étant très supérieure à celle de la terre, Pair contenu dans le sol se trouve constamment renouvelé au moyen des prises d’air et il est remplacé par d’autre plus chaud, ce qui produit à la fois un effet physique et chimique; cet air cédant son calorique active énormément la végétation. J’estime à 5 ou 6 degrés la chaleur supplémentaire apportée au sol par ce système ; il va sans dire que les prises d’air sont fermées en hiver. La circulation de l’air pourrait encore être activée au moyen d’un fourneau placé à l’extrémité inférieure du collecteur de l’aérage qui remplirait l’office d’une machine à faire le vide : un très petit foyer peut suffire à l’aération d’une surface considérable, ce n’est qu’une question de tuyaux.
- Le poêle ou fourneau dont je parle, serait bouché hermétiquement de manière à ne pas recevoir du tout d’air xtérieur et à ne recevoir que celui du ou des tuyaux col-
- lecteurs, à cet effet il existerait une ouverture dans le haut par laquelle on mettrait le combustible; cette ouverture serait aussitôt fermée avec soin. Malgré cette interception complète avec l’extérieur, le tirage serait, il me semble, activé d’une façon considérable par l’un des tuyaux, qui serait de ce fait considérablement activé aussi. Je me propose de faire cette expérience sous peu, et je tiendrai les lecteurs de la Nature au courant du résultat obtenu.
- L’aérage tel que je le pratique, a aussi l’avantage de rendre le sol humide, car lorsque la température est élevée, il y a presque toujours dans l’air beaucoup de vapeur d’eau, qui en pénétrant dans le sol s’y condense et le rafraîchit; c’est donc lorsqu’il fait chaud qu’il y a le plus d’avantages à exciter le renouvellement de l’air.
- Le croquis ci-contre, vu en coupe, permettra de juger de la disposition des conduits horizontaux et des prises d’air. Étienne Salomon.
- Thomery, 25 novembre 1885.
- LES LUEURS CRÉPUSCULAIRES
- ET LA COLORATION ROUGE DU CIEL
- Le phénomène dont nous avons précédemment parlé de la coloration rouge du ciel au moment du coucher du soleil, vers la lin du mois de novembre a été observé sur un grand nombre de points non seulement de la France, de l’Europe, mais du inonde entier. La plupart des observateurs ont attribué ces colorations intenses à des lueurs crépusculaires, eomme nous l’avons fait nous-mème, et nous croyons avec la plupart des observateurs que la présence de cirrus dans les hautes régions de l’atmosphère, permet d’expliquer le phénomène sans avoir recours comme on l’a fait, aux poussières volcaniques du volcan de Krakatoa. L’éruption du Krakatoa a eu lieu le 27 aoxit 1885, et les lueurs crépusculaires ont été observées surtout le 26 et le 27 novembre 1885. Il est difficile d’admettre que des poussières aient pu séjourner aussi longtemps dans les régions élevées de l’air 2.
- Quoi qu’il en soit le phénomène a été très remarquable par son intensité; il s’est produit avec une rare persistance depuis lieux mois ; il s’agit donc là d’un fait exceptionnel dont il est intéressant d’enregistrer les observations.
- Nous avons reçu plusieurs lettres relatives à ce phénomène grandiose et nous extrairons d’abord quelques passages de celle que nous a adressé de Marseille un officier de marine, M. A. Rolland. Notre honorable corespondant, comme on va le voir, a observé non loin de l’Australie et jusque dans le voisinage de La Réunion des lueurs crépusculaires ana-
- 1 Voy n° 5 49 du 8 décembre 1885, p. 28.
- a II y a cependant des exemples de suspension dans l’atmosphère de poussières volcaniques, pendant un espace de temps considérable. Ch. Martins rapporte que le brouillard sec qui, pendant trois mois, recouvrit l’Europe entière en 1783, semble avoir eu pour cause une éruption de l’Islande. Mais les poussières se trouvaient ici en suspension dans les bas-fonds de l’océan aénen
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- LA N AT U HE.
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- logues à celles dont nous nous occupons, plus d’un mois avant les phénomènes remarqués à Paris.
- Etant à bord du Saghelien, paquebot des Messageries maritimes que je commandais, j’ai observé une lueur rouge entourant le soleil, à partir du 25 septembre 1883 jusqu’au 12 octobre. A la première de ces deux dates, le navire se trouvait à une centaine de milles au sud de King Georges Sound (Western, Australie) et à la seconde, à 400 ou 500 milles au nord de l’ile de La Réunion.
- La coloration du ciel allait en s’accentuant jusqu’au coucher du soleil et elle persistait très longtemps après la disparition de l’astre, et d’autant plus longtemps, que la latitude du navire était plus grande, c’est-à-dire le crépuscule plus long. Par 55 degrés de latitude sud, la lueur rouge était encore très vive à huit heures du soir, deux heures après le coucher du soleil. Elle apparaissait le matin vers quatre heures.
- La partie colorée du ciel qui, quelquefois a été d’un rouge extrêmement vif, avait une demi-heure environ avant le coucher du soleil, une surface très considérable s’étendant quelquefois circulai rement à une distance de 45° de l’astre.
- M. Rolland ajoute qu’il a observé ce phénomène par un très beau temps alors que le ciel était toujours d’une pureté merveilleuse; quelquefois, cependant, on apercevait des nuages très élevés et qui lorsqu’ils se trouvaient dans la région colorée, se projetaient en noir très foncé sur le ciel, comme sur un immense rideau rouge placé en arrière.
- Un autre de nos corespondants, M. Ismaël Bey, nous apprend que le phénomène a été remarqué à Constantinople, et dans plusieurs îles de l’Archipel. M. Ismaël Bey nous dépeint l’aspect du ciel tel qu’il l’a observé à Andrinople dans les premiers jours de décembre.
- Pendant trois jours de suite, vingt minutes après le crépuscule, le ciel était d’un rouge ardent vers l’ouest. Cela ressemblait aux reflets lointains d’un incendie. Le même phénomène avait lieu le matin à l’est de l’horizon. Certaines personnes ont prétendu que c’était une aurore boréale, mais je ne suis pas de cet avis. Je croirai plutôt à un phénomène dû à la réfraction des rayons solaires sur des brouillards très denses, mais presque transparents. La couche rougeâtre était d’une intensité remarquable; elle se fondait au-dessus de l’horizon en bandes violets-bleuâtres beaucoup plus faibles.
- Le phénomène de coloration du ciel a été observé encore dans les premiers jours de décembre; les lueurs se sont donc produites à la surface du globe presque entier, à des intervalles plus ou moins rapprochés pendant plus de deux mois et demi, au coucher du soleil et à son lever. Les descriptions du phénomène ont été très nombreuses, et noire excellent confrère de Londres, Nature, en a publié un grand nombre. M. R. de Ilelmholtz a observé le phénomène à Berlin dans les trois derniers jours de novembre; lométéore a été encore étudié en Nor-wège, en Italie, en Egypte et au cap de Bonne-Espérance. M. J.-B. Dumas, M. Ilervé-Mangon, M. Renou, M. d’Abbadie et M. de Gasparin, en ont donné aussi
- des descriptions intéressantes dans les comptes rendus de l’Académie des Sciences1.
- Ces intéressantes observations confirment nos précédentes appréciations. Les lueurs rouges du ciel observées dans ces derniers temps ne doivent pas être attribuées à une aurore boreale; nulle part on n’a signalé de perturbations de l’aiguille aimantée. Elles ne constituent pas un phénomène exceptionnel, car il arrive souvent de remarquer que le ciel est rouge au moment du coucher du soleil. Elles sont dues, selon nous, à des circonstances atmosphériques qui ont singulièrement favorisé leur développement, et leur ont donné une intensité et une fréquence peu habituelles. Gaston Tissandier.
- LES CONSTRUCTIONS MOBILES
- DE M. V. POITRINEAU
- Nous avons eu récemment l’occasion de voir les différents modèles de constructions mobiles imaginées par M. Y. Poitrineau, architecte-expert; le système nous a paru si ingénieux et capable d’être si utile dans un grand nombre de circonstances, que nous avons cru devoir en faire connaître la description.
- L’inventeur s’est proposé d’éviter à l’aide de constructions dont les pièces faites à l’avance, se montent et se démontent facilement, la démolition et la réédification toujours onéreuse, d’agencements temporaires.
- Le système imaginé par M. Poitrineau s’explique facilement à l’aide des figures ci-jointes que nous allons passer successivement en revue. La fig. 1 représente un hangar qui au premier abord ressemble à une construction de charpente ordinaire. Il n’en est rien, les poteaux qui supportent la construction sont posés sur des petits vérins de fonte dont nous expliquerons tout à l’heure l’emploi. Des panneaux de bois faits à l’avance s’appliquent contre ce hangar et peuvent en déterminer la fermeture complète de manière à le transformer en une maisonnette absolument close (fig. 2). Cette maisonnette est elle-même démontable en quatre compartiments séparés, comme le fait comprendre la figure 3 dont on a enlevé un compartiment.
- Ce baraquement étant construit, supposons qu’on
- 1 Parmi les autres communications qui nous ont été directe ment adressées, nous citerons encore celles de M. P. Philippin, de Manchester, qui nous écrit : « J’ai lu votre article sur les causes delà lumière crépusculaire des 26 et 27 novembre écoulé. Votre explication me paraît vraisemblable. Cette lueur a été observée dans différentes contrées; elle était ici très remarquable. »
- M. Henry Courtois, à Muges (Lot-et-Garonne), nous a écrit d’autre part : « La grande rougeur du ciel pendant l’aurore et le crépuscule des 29 et 50 novembre, 1 et 2 décembre, s’est produite ici, comme dans toute la France; elle a été surtout remarquable le 29 novembre .à l’entrée de la nuit. Je n’ai pas hésité un seul instant à l’attribuer à la réflexion des rayons solaires sur des cirrus très élevés. »
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- LA NATURE.
- veuille le transporter ailleurs. On commence par abaisser les quatre portions de toitures qui se rabattent à l’aide de fermes à charnière. La figure 4 montre à droite la toiture relevée et à gauche la toiture abaissée. Ces toitures sont aussi légères que possible, et elles sont formées de châssis recou-
- verts de feuilles de zinc. Les panneaux qui formaient retraite autour du bâtiment, sont également montés sur charnière et se relèvent comme l’indique la figure 5 ; chaque partie de la construction peut être chargée sur un chariot, et emportée par un seul
- cheval (fig. 2). Un seul homme peut opérer le chargement à l’aide des vérins qui lui servent de points d’appui.
- On opère de même pour tous les compartiments quel que soit leur nombre.
- Lorsque le compartiment arrive à sa nouvelle destination, on replace chaque vérin sous son poteau, et un seul homme suffit pour élever le hangar, dégager les traverses et redescendre le tout en place et à niveau, après avoir retiré le chariot. On opère de même pour tous les compartiments, quel que soit leur nombre, et on les juxtapose à volonté, en les aéunissant par quelques boulons d’assemblage. On
- relève à l’aide de fermettes et de pannes mobiles les panneaux qui forment la toiture et le tout étant accroché, on aura reconstitué le premier.
- Le type de construction que nous avons considéré ci-dessus (fig. 1 et 2) peut servir à volonté, nous le répétons encore une fois, de hangar ouvert (fig. 1)
- ou de maison fermée (fig. 2). La transformation s’opère à l’aide de panneaux, de fenêtres, de portes, etc., toutes faites, sur un même modèle, et qu’il suffit de demander au constructeur. Si l’on se sert du hangar (fig. 1), ce hangar pourra encore être transformé en écurie, ou en atelier, etc., à l’aide de compartiments spéciaux.
- M. Poitrineau a combiné un ensemble complet de constructions de toute nature qui se forment toutes ! avec des pièces de modèles déterminées et pouvant toujours se combiner facilement les unes avec les autres. Là est l'intérêt du système qui, on le voit, peut s’appliquer aux campements, aux agences, aux cantines, aux magasins de construction, aux hangars
- de toute espèce, aux écuries, aux armées en campagne, etc.
- Le système s’applique même avantageusement aux besoins de la villégiature.
- Quel beau rêve à réaliser que celui-ci : posséder une petite maisonnette d’habitation au bord de la mer et l’avoir construite soit même en deux heures de temps !
- Quand le point de vue où l’on a fixé sa résidence,
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- LA NATURE.
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- a cessé de plaire, on transporte ailleurs sa maison de campagne et ses pénales d’été.
- Si l’habitation est trop petite, on commande une chambre d’ami, et elle vous est envoyée aussitôt par chemin de fer; un panneau de la maison s’enlève,
- et permet d’adapter le nouveau compartiment; voilà la chambre d’ami ajoutée. Le nombre des compartiments peut s’augmenter ainsi à l’infini.
- La gravure ci-dessous (fig. 7) montre le type d’une semblable petite maison à l’usage d’habitation de
- Fig. 7. — Construction d’une maison mobile. Un cheval apporte la partie n° 4 de la maison. (Voir les plans ci-dessous.)
- voyage, de poste télégraphique, de rendez-vous de chasse, etc. On l’a représentée au moment où le compartiment n° 4 va être fixé à la construction ; le plan (fig. 8) montre la disposition intérieure de la
- maison. Cette maison, comme on le voit, comprend deux chambres à coucher, un salon, une salle à manger, une cuisine et un vestibule. N’oublions pas le grenier, formé par l’inclinaison des toits et men-
- Chambre
- Cuisine
- icoucherl
- coucher
- Fig. 8.
- Plan de la maison mobile représentée ci-dessus fig. 7.
- n r
- Fig. 9. — Plan des quatre parties de la maison séparées, formant isolément le chargement d’une voiture.
- tionnons la cave formée par-dessous à l’aide de deux rigoles creusées dans le sol. Daus ce cas les compartiments sont montés sur roue et forment voiture.
- La figure 9, montre les quatre parties de la maison séparées et prêtes à être atelées pour le départ. Arrivé à un nouvel emplacement les quatre voitures contenant les meubles eux-mêmes restés en place,
- sont rapprochées deux à deux, boulonnées, nivelées à l’aide de leurs béquilles, les soubassements abaissés, et les toitures relevées pour reformer le grenier. Le travail ne dure que 20 minutes et nécessite 2 hommes par compartiment.
- Ajoutons que les façades de la maison sont creuses et laissent circuler l’air pendant la belle saison.
- Quand vient l’hiver, les orifices du bas sont bou-
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- LA NATURE.
- chés, et les parois creuses sont remplies de sable pour protéger du froid et de l’humidité.
- L’ingénieux inventeur de cet ingénieux système, a tout prévu, et n’a rien oublié.
- Ce que nous disons des nouvelles constructions volantes n’est encore qu’un aperçu d’ensemble, fort incomplet, dans lequel nous avons négligé une quantité de détails techniques, toujours fort habilement conçus et fort bien étudiés b
- Gaston Tissandier.
- CORRESPONDANCE
- EXPLOSION DU VERRE TREMPÉ.
- Paris, le 12 décembre 1885.
- Mon cher Monsieur Tissandier,
- Yoici pour ajouter à la liste des méfaits du verre trempé :
- Depuis deux ans je me servais d’une capsule ; je l’avais éprouvée en la jetant plusieurs fois d’une grande hauteur sui le plancher et, depuis ce temps, je l’employais en toute sécurité pour le chauffage des liquides et même pour des évaporations à sec.
- Il y a quelques jours, je la posais sur ma table de travail après l’avoir nettoyé et je quittais le laboratoire pour passer dans une pièce voisine. A peine la porte était-elle fermée que j’entendis une forte explosion. Je revins en toute hâte et, je ne retrouvais plus de ma capsule que des éclats dans toutes les directions.
- Prévenez une fois de plus les lecteurs de votre intéressant journal et croyez-moi bien,
- Votre tout dévoué A. Mermet.
- LES THÉORIES DE M. PASTEUR ET LA CONSERVATION DES VINS EN VIDANGE.
- Marly-le-Roi, le 14 décembre 1885.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai lu avec intérêt, dans une des dernières livraisons de La Nature, une note intitulée : Une application des théories de M. Pasteur 2 qui me rappelle un procédé analogue, décrit par M. Louvard, pharmacien à Versailles, dans les Mémoires de la Société des Sciences naturelles et médicales deSeine-et-Oise, pour l’année 1876-77.
- Je copie textuellement:
- M. Louvard signale un procédé qu’il emploie pour la conservation des vins en vidange, procédé qui consiste à remplacer par un tampon de ouate d’une épaisseur suffisante la bonde ordinaire, le fût étant exactement rempli : ce tampon de ouate ayant pour résultat de filtrer l’air qui entrera dans la pièce au fur et à mesure qu’elle se videra et de débarrasser cet air des germes de la fermentation qu’il renferme. Du vin a pu rester en contact avec l’air ainsi filtré, dans un vase à moitié plein, pendant 18 mois sans présenter d’altération.
- J’espère, monsieur le rédacteur, que vous voudrez bien
- 1 Nous apprenons au moment de mettre sous presse que M. Poitrineau vient de recevoir une médaille de la Société A'encouragement.
- 2 N“ 550 du 15 décembre 1785, p. 45.
- rappeler, dans votre estimable journal, le procédé intéressant et pratique de M. Louvard, très analogue et bien antérieur à celui de M. Berthelot fils.
- Veuillez agréer, etc. G. Raymond.
- BIBLIOGRAPHIE ,
- Voyage de Paris à Saint-Cloud par mer et retour de Saint-Cloud à Paris par terre, par Néel, avec une préface et des notes par E. Legrand. Aquarelles de Jean-niot, gravées par Gillot. 1 vol. in-8°. Paris, A. Lahure, 1884, Prix, 25 fr. - j
- Notre imprimeur et ami, M. A. Lahure vient d’ajouter un volume à sa collection déjà fort connue par le succès qu’obtint, au Concours du Livre en 1882, le merveilleux Conte de VArcher. Gomme ce dernier, le nouvel ouvrage sorti des presses de M. Lahure, Voyage de Paris à Saint-Cloud par terre et par mer, se recommande à l’attention des bibliophiles par l’originalité de ses illustrations.
- . Celles-ci ont été exécutées par Jeanniot et reproduites par les procédés chromotypographiques avec une fidélité et un sentiment artistique très étonnants ; chacune d’elles forme, à vrai dire, une délicieuse aquarelle et l'on ne sait trop ce que l’on doit admirer le plus, le talent si souple du dessinateur ou l’habileté de praticien qui en a rendu toutes les délicatesses du pinceau. Il suffît, d’ailleurs, de jeter un coup d’œil sur la couverture du Voyage de Paris à Saint-Cloud pour avoir une idée des surprises que réserve l’intérieur du volume.
- Nous dirons encore que le texte de ce livre est fort attrayant; c’est la réédition d’une charmante fantaisie de Balthazar Néel, un humoriste du dix-huitième siècle. Enfin, ajoutons qu’un professeur de l’Université, M. Legrand, a écrit pour le Voyage de Paris à Saint-Cloud une très intéressante préface et des notes explicatives fort curieuses. Ce sont là, on le voit, autant de garanties du grand succès auquel nous paraît appelé ce nouveau volume de la Collection Lahure.
- La Géographie médicale, par le Dr A. Bordier, professeur à l’École d’anthropologie. 1 vol. in-8° de 662 pages (Bibliothèque des sciences contemporaines). Paris, C. Reinwald, 1884.
- LA SUPERFICIE DES MERS
- Le docteur Orto Krummel, de Gottingue, a récemment publié sur la superficie des mers du globe un important travail que nous résumons ci-dessous.
- D’après ses calculs, la superficie de l’Océan Atlantique est de 79 721 274 kilomètres carrés; celle de l’Océan Indien, de 173325872; et celle des mers du Sud de 161 125 673.
- Il en résulte que la superficie totale des trois grands océans est de 314172 819 kilomètres carrés.
- Voici quelle est ensuite la superficie jdes autres mers
- moins étendue.
- Océan Glacial du Nord.......... 15292 411 kil. car.
- Mer Méditerranée de l’Asie australe ............................... 8245954 » »
- Mer Méditerranée latine .... 2885522 » »
- Mer Baltique.................... 415 480 » »
- Mer Rouge............................ 449910 » »
- Golfe Persique....................... 236835 » »
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- LA NATURE.
- Pour les diverses mers Méditerranées nous avons donc une superficie totale de 32111586 kilomètres carrés.
- Dans l’Océan Glacial du Nord la baie de Hudson figure pour 1069578 kilomètres car rés, et la mer Blanche pour 12545.
- Viennent ensuite les mers que le docteur Krummel appelle littorales, savoir :
- La mer du Nord 547623 kil. car
- La mer de la Grande-Bretagne. . 203 694 » ))
- La mer du Saint-Laurent. . . . 274570 » )>
- La mer de Chine t228440 » )>
- La mer du Japon 1 045824 » »
- La mer d’Okhotsk 1 507 609 » ))
- La mer de Behring 2 525127 » n
- La mer de Californie 167 224 » ))
- Superficie totale des mers littorales ..................... 7 205 907 kil. car.
- Si aux 17 mers que nous venons de mentionner, on ajoute l’Océan Antarctique, dont la superficie est évaluée à 20 477 800 kilomètres carrés, l’ensemble des mers couvre une superficie totale de 574057 912 kilomètres carrés, tandis que la superficie totale des terres du globe n’est que de 156 056 571 kilomètres carrés.
- ——
- SONDEUR ÉLECTRIQUE
- POUR GRANDES PROFONDEURS
- Cet appareil est construit de façon à avertir du moment précis où il touche le fond. Accessoirement, il lui est adjoint un instrument enregistreur, destiné à supprimer les pertes de temps qu’entraînent les halages continuels de la ligne dans les sondages a grandes profondeurs.
- La réalisation de la première de ces conditions repose sur l’emploi d’un courant électrique. A cet effet, la ligne de sonde se compose de deux fils métalliques enroulés en spirale et isolés l’un de l’autre par un fil de soie tordu autour de chacun d’eux. Un enduit isolant, capable de résister à l’action de l’eau, les entoure complètement et se trouve protégé à son tour par les torons d’un câble en chaume ou en osier. Cette ligne, qui n’est en somme qu’un simple câble télégraphique, est fixée à l’anneau du sondeur.
- Celui-ci se compose de deux parties métalliques distinctes A et B (fig 1).
- La partie A peut se mouvoir dans le sens de l’axe, mais est guidée par quatre tiges C,C,C,C (fig. 2) à section presque triangulaire, glissant dans des rainures pratiquées dans les flancs de la masse B. L’extrémité supérieure de ces tiges se termine par un petit coude E, émergeant à la surface de A et qui vient buter sur un cercle F agissant comme arrêt, de telle sorte que le sabot A ne peut s’éloigner de la masse de plus de 0m,05 environ. Ce sabot porte sur son centre une tige G glissant à frottement doux dans un trou cylindrique pratiqué dans l’axe même de la partie supérieure. Une garniture (v, v) en caoutchouc assure l’imperméabilité de cette ouverture cylindrique.
- La partie B se compose essentiellement de deux
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- moitiés semi-cylindriques jointes ensemble au moyen de cercles ou de boulons. Elle porte â son extrémité supérieure un étrier II pouvant tourner autour d’un tourillon IL Dans l’intérieur du col, et de chaque côté de l’axe, sont pratiqués deux [petits canaux servant de eonduits'(iso-lateurs) à deux fds électriques J, K. Ceux-ci viennent aboutir à une petite chambre L, dans laquelle ils se recourbent à angle droit, mais sans se toucher.
- Une petite tige M, mobile dans le sens vertical, traverse la paroi qui sépare la petite chambre du trou cylindrique.
- A sa partie supérieure, elle est tixé au fil J et à son extrémité inférieure elle porte un bouton N ; en son milieu, elle est pourvue d’un petit renflement servant d’arrêt et sur lequel viennent appuyer deux ressorts o,o qui, â l'état normal, pressent la tige sur le fond ÉlévaHo*ycoeulpe du son-inférieur de la chambre. (leur électrique.
- L’installation à bord consiste en un treuil T (fig. 5) autour duquel s’enroule la ligne. Les extrémités des deux fils métalliques renfermés dans cette dernière sont, par l’intermédiaire de l’axe du treuil, mis en communication l’un avec
- Fig. 3, — Installation à bord.
- un générateur d’électricité, l’autre avec un timbre électrique.
- En quittant le treuil, la ligne vient passer sur une poulie P dont la gorge est en spirale (fig. 4). Afin d’éviter les glissements et les erreurs qui pourraient en résulter, la ligne fait un tour autour de la poulie, et même plusieurs suivant que le poids du sondeur ou sa vitesse de descente est augmenté.
- La poulie de renvoi (P) porte sur son axe un compteur â quatre cadrans enregistrant les mètres, décamètres, hectomètres et kilomètres.
- Elévation
- C
- Coupe suivant X Y
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- LA NATURE
- Pour se servir de cet appareil, on commence par I fixer l’extrémité de la ligne à l’anneau de l’étrier; on fait tourner celui-ci, puis on prend les bouts libres des deux fils électriques et on les fait entrer dans deux petits trous R, R, ménagés dans le col du sondeur. On serre les deux vis de pression S, S et les deux fils de la ligne se trouvent alors en contact avec ceux du sondeur J et K. Ceci fait, on fait filer la ligne. La partie inférieure À se sépare, par son propre poids, de 0m,03 environ du corps principal B. On fait passer un courant électrique dans le fil J. Le sondeur descend, et, au moment précis où il touche le fond, la partie supérieure B vient se rejoindre au sabot inférieur, la tige G bute sur le bouton N. Le mouvement est transmis à la petite tige M qui vient aussitôt rapprocher les deux F'de fâ pôuhelai1 bouts ^es fils J et K. Le courant circulant dans le premier remonte immédiatement par le second, qui correspond avec le timbre électrique. On est donc averti du moment précis où le sondeur a atteint le fond de la mer et. au même moment, on lit les profondeurs sur les cadrans enregistreurs.
- Il n’est donc nul besoin de remonter la sonde. Pour faire des sondages continus, il suffit de relever un peu le sondeur (l’arrêt de la sonnerie avertit de l'instant où il a quitté le fond) et de le laisser retomber plus loin.
- Nota. — Afin d’augmenter la vitesse de descente, on pourrait disposer l’appareil de façon qu’il soit facile de lui adjoindre des poids additionnels que l’on largue au moyen d’un déclic. Ces poids pourraient être fixés au sabot A; de cette façon, on augmenterait la résistance de ce dernier aux pressions qui tendraient à le faire remonter sur la partie B pendant la descente1. E. de La Choix.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ DE VIENNE
- EN 1885
- L’Exposition d’Electricité ouverte à Vienne le 16 août de cette année a été très remarquable, très brillante et très admirée de nombreux visiteurs ; sans avoir eu l’importance de l’Exposition de Paris en 1881, son succès a été très grand et a dépassé les espérances de ses promoteurs.
- C’est dans la Rotonde, vestige grandiose de l’Exposition universelle de 1873, que se trouvent réunies les merveilles scientifiques et industrielles venues de tous les points du globe. L’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, la Russie, les États Unis, l’Italie, la Turquie, le Danemark, la Suisse, le Portugal, la Roumanie, l’Espa-
- 1 Note présentée à l'Académie des Sciences par M. de Quatre-fages.
- gne et la Suède ont envoyé leurs plus intéressantes productions. Quelques nations, la France notamment, sont représentées dans toutes les branches du domaine de l’électricité.
- Nous signalerons d’abord, en prenant pour guide les excellents articles publiés dans la Revue Industrielle, les envois du Ministère des Postes et des Télégraphes français, très bien installés dans un élégant pavillon, à l’entrée nord de la Rotonde.
- Parmi les appareils les plus curieux de cette collection, on doit mentionner surtout : le radiophone pour la démonstration de la transmission de la parole au moyen de la lumière; les nouveaux appareils Baudot (supérieurs encore à ceux exposés à Paris en 1881) qui peuvent transmettre simultanément six dépêches par un même fil et atteindre un rendement de 9000 mots .à l'heure ; l’appareil Meyer déjà exposé en 1873 à Vienne et qui y revient perfectionné avec un rendement de 5000 mots à l’heure; plusieurs appareils Hughes dont deux en combinaison avec le relai Mandroux ; un appareil à miroir fonctionnant en duplex sur les côtes d’Alger; puis une belle série d’appareils télégraphiques, depuis les premiers essais jusqu’à l’heure actuelle, formant l’historique complet des inventions faites successivement en télégraphie.
- M. Preecc, l’éminent' électricien anglais, a exposé un téléphoné extrêmement remarquable, en ce sens, qu’il résout la plupart des difficultés qui s’opposent au service rapide des communications entre abonnés d’une même ville. Avec les nouveaux appareils, quand l’abonné sort de chez lui, il en prévient le bureau central par le simple déplacement d’une petite manivelle; lorsque la conversation est terminée, il suffit de remettre les appareils d’audition à leur place normale pour prévenir le bureau central, etc., etc. Ces avantages sont obtenus par l’introduction d’une pile qui charge constamment la ligne téléphonique.
- La Compagnie des chemins de fer de l’Est a exposé une série d’appareils inventés par M. Napoli et plusieurs dispositifs ingénieux de M. Dumont pour le service télégraphique des gares.
- Les block-systèmes de la maison Siemens et Halske sont très remarquables et leur application est aujourd’hui si répandue en Allemagne et dans beaucoup d’autres contrées que tous les petits inconvénients qu’ils présentaient au début ont complètement disparu. (
- Dans la section Belge se trouve une invention assez originale. C’est un fusil ne possédant aucun mécanisme de percussion et dont les cartouches sont privées de capsules. L’inflammation de la poudre se fait électriquement au moyen d’un petit accumulateur que le chasseur porte dans la poche de son gilet. D’après M. Pieper, l’inventeur de cette arme scientifique, l’accumulateur contient assez d’électricité pour permettre de tirer 10000 coups avant d’être rechargé; les accidents de chasse sont supprimés; les rates impossibles, la portée de l’arme
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- 1/Exposition d’électricité de Vienne: — Vue d’ensemble de la grande Rotonde éclairée à la lumière électrique
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- LA NATURE.
- est plus grande, etc., etc. Malgré cela, les chasseurs sont si routiniers, qu’ils continueront longtemps à se servir de fusils à chiens, et, franchement dit avec raison M. Fontaine dans la Revue industrielle, je n’aurai pas le courage de les blâmer, car j’ai omis de dire que, pour se servir du fusil Pieper, il fallait endosser un vêtement garni d’une plaque en tissu métallique et mettre des gants également métallisés. Mettre des gants pour tirer un lapin, c'est vraiment lui faire trop d’honneur.
- Signalons encore : les objets fabriqués en Turquie, grâce au concours de notre compatriote La-coine; les appareils exposés par le Danemark pour l’incendie des mines sous-marines ; les phonophores du docteur Wreden ; les spécimens et les tableaux présentés par M. Gaston Planté pour résumer ses travaux sur l’électricité; les petites machines de démonstration de M. Anatole Gérard; et les lils de bronze silicieux exposés par M. Lazare Weiller, d’Angoulême.
- La cour nord-ouest du Palais de l’Exposition d’Électricité, renferme une installation considérable pour la production de la vapeur nécessaire aux différents services. La cheminée est monumentale, sa section est de 9 mètres carrés et sa hauteur de 28m,50. Elle est divisée en quatre parties égales par une cloison en croix intérieure.
- La surface de chauffe totale des générateurs est de 1669 mètres, pouvant produire au moins 20000 kilogrammètres de vapeur à l'heure, et produisant, en réalité, 100000 kilogrammètres de vapeur par jour, avec une consommation moyenne de 26 tonnes de houille provenant des bassins de Silésie.
- La force totale mise à la disposition des électriciens se trouve donc ainsi répartie :
- 19 machines à vapeur fixes........... 1233 chevaux
- 12 locomobiles. ...................... 200 —
- 9 moteurs à gaz....................... 80 —
- Total.................1515 chevaux
- On peul compter sur 1450 chevaux en service courant, lorsque tous les appareils sont en action.
- La force motrice est utilisée pour donner le mouvement à 169 machines dynamo-électriques parmi lesquelles nous citerons :
- La machine Ferranti qui produit des courants alternatifs et qui alimente 400 lampes à incandescence avec un disque induit dont le poids ne dépasse pas 10 kilogrammes.
- La machine Siemens de 40 chevaux à enroulement Compound sur les électros, qui actionne les machines de tramway.
- La machine Gramme à 4 pôles qui fait mouvoir la pompe Dumont pour l’élévation des eaux de la cascade centrale.
- Comme à Paris, les brûleurs se divisent en deux catégories : ceux qui sont destinés à l’éclairage des ateliers et des vastes locaux et qui ont J’arc-voltaï-que pour principe, et ceux qui servent surtout dans les théâtres et les petits locaux et qui sont basés sur l’incandescence.
- Voici, d'après M. Fontaine, comment se répartit la
- force motrice :
- 400 lampes à arc absorbant 1 /2 cheval en ♦
- moyenne............................. , 600 chevaux
- 2500 lampes à incandescence de 0,160
- cheval en moyenne....................... 400 —
- Divers usages, transport» électriques,
- galvanoplastie.......................... 100 —
- Pompe de la cascade........................ 50 —
- Tramway électrique......................... 50 —
- Projecteurs de lumière..................... 50 —
- Arbres de couche, transmission générale. 200 —
- Total.......... 1450 chevaux
- L’éclairage proprement dit, absorbe donc 1000 chevaux, en chiffres ronds, pour la production de 45 000 becs Careel; ce qui correspond à 45 becs par cheval de force, sans tenir compte du travail absorbé par les transmissions. (Au lieu de 45 becs, on arriverait à 58 becs Careel par cheval, si l’on ajoutait le travail des transmissions.)
- La surface totale éclairée est approximativement de 25 000 mètres carrés, de sorte que la lumière par mètre carré est de 1.8 bec Careel environ. Dans les conditions normales, un bon éclairage absorbe
- I bec pour 5 mètres carrés. Il y a donc actuellement, dans la Rotonde et ses annexes, proportionnellement, 5 fois 1/2 plus de lumière que dans les magasins ou les cafés les mieux éclairés.
- A Paris, en 1881, l’intensité totale était de 50 000 becs Carcels et la force motrice dépensée y compris celle absorbée par les transmissions, atteignait 1550 chevaux, ce qui correspond à 57 becs Careel par cheval-vapeur. La surface totale éclairée était de 29 500 mètres carrés. Chaque mètre carré recevait donc, en moyenne, la lumière de 1.7 bec Car-cel, ce qui est sensiblement la même intensité moyenne qu’à Vienne.
- En résumé, l’Exposition de Vienne offre au point de vue de l’éclairage le plus beau spectacle qui ait été donné jusqu’ici d’admirer, et nulle part ailleurs on n’a pu voir jusqu’ici condensée en un même point une si grande quantité de lumière. On ne se lasse ooint de considérer ce spectacle grandiose.
- Les représentations théâtrales et les auditions téléphoniques sont en outre très suivies dans la Rotonde et c’est surtout grâce à ces deux manifestations artistiques, que le public apprécie le mieux les découvertes modernes faites dans le domaine de l’électricité.
- L’Exposition de Vienne aura permis d'apprécier encore une fois combien ont été importants et rapides les progrès d’une science encore en enfance, il y a seulement quelques années.
- LE PLUMEAU ET LA POUSSIÈRE
- 11 n’y a pas de petites questions en hygiène; on nous pardonnera donc d’insister sur un détail qui paraît futile et qui cependant peut être très gros de conséquences.
- II s’agit de l’hygiène du foyer, beaucoup trop délaissée,
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- beaucoup trop dédaignée. Que de fois sans y prendre autrement garde, les ménagères ont provoqué la maladie autour d’elles par routine, par indifférence ou par ignorance! Presque toutes ont la manie d'épousseter, sous prétexte de propreté. Le plumeau est promené sur les meubles, sur les tentures, sur les murailles, sur les plafonds : il fait rage tous les matins, ce maudit plumeau ! Pénétrez dans l’appartement que l’on vient de faire : est-ce assez reluisant, assez coquet? En apparence, tout est bien, les meubles sont superbes: plus de poussière ! Ah ! certes, l’acajou reluit, le vieux chêne brille. Mais, en réalité, la poussière qui était sur les meubles, où est-elle? Personne ne l’a brûlée, ni supprimée, ni anéantie, où est elle donc?
- Où est-elle ? Elle est dans l’air ! Tous l’avez chassée d’ici pour la mettre là. Et tout observateur à sens olfactif un peu développé vous dira bien tout de suite qu’on « vient de faire l’appartement. » Il le sent parfaitement ; heureux même quand il n’éternue pas. Les meubles sont propres, mais l’air est sale. On ne respire pas les meubles, mais bien l’air. La poussière était tranquille à sa place sur les murs, sur les livres, maintenant vous l’avez amenée à portée de vos poumons; de l’appartement vous l’introduisez chez vous, dans vos voies respiratoires, au beau milieu de ' vos tissus. Quelle intelligente pratique !
- Où est le mal? La gorge est un peu prise; après, qu’importe ! Oh ! routine ! La poussière n’est pas seulement formée de matériaux inertes, débris, de roche,
- filaments,- charbon, etc... elle se forme encore des
- quantités innombrables de spores, d’œufs en suspension, de germes de toute nature.
- Depuis les travaux de M. Pasteur, on admet volontiers qu’un certain nombre des maladies très graves ont pour point de départ des germes infiniment petits qui échappent à nos regards, des germes assassins qui, en péné-rant dans l’organisme, l’envahissent et donnent la mort.
- Vous époussetez sans malice, et savez-vous ce que vous introduisez dans votre corps ? Un germe dangereux peut s’être glissé sur le haut du bahut, sur la planche d’étagère ; un germe épidémique a pu rester sur la muraille depuis des années; il était là à votre insu et comme stérilisé ; et vous, par mesure de propreté mal comprise, vous allez le faire voltiger au milieu du salon.
- On loue un appartement. Savez-vous qui l’a habité, ce qui s’y est passé, il y a un ans, dix ans même ? Une maladie apidémique n’y a-t-elle pas fait des victimes ? La fièvre typhoïde, le choléra, l'angine couenneuse, etc., n’ont-elles pas passé par l'a ? qui le dirait ?
- Et bien vite vous époussetez chaque matin. Le germe était là-haut, dans une encoignure du plafond peut-être et et vous vous complaisez à l’introduire dans vos voies respiratoires ou digestives. Il peut descendre lentement sur les mets, sur la viande au moment du déjeuner, entrer dans le buffet, etc. C’est si microscopique un germe qui tue sans pitié !
- Et c’est ainsi qu’il a suffi d’un coup de plumeau imprudent pour vous empoisonner vous ou votre voisin. On ne saurait donc trop se défier du plumeau. Il peut être aussi dangereux à manier qu’un revolver chargé.
- Et puis, au fond, la belle affaire quand vous époussetez. Quel travail de Pénélope ! Regardez donc les meubles une heure après, tout est à recommencer. La poussière chassée dans l’air retombe tout doucement et reprend sa place : ce que l’on a fait et rien, c’est absolument la même chose. Il faut au moins quarante-huit heures pour que l’air d’un appartement dans lequel on ne pénètre pas se débar
- rasse entièrement de la poussière qu’il tient en suspension ; on respire donc de l’air souillé continuellement quand on se sert de plumeaux chaque matin et l’on étale la poussière sur les meubles loin de s’en débarrasser. Le moindre rayon de soleil qui passe à travers les rideaux trahit le tourbillonnement incessant des innombrables poussières d’un appartement.
- Il ne faut pas déplacer la poussière, il est nécessaire de l’enlever, et le moyen le plus pratique, à défaut de mieux, c’est d’essuyer. Les germes s’attachent au linge, surtout s’il est légèrement humide, et ne courent plus dans l’air. On n’enlève pas tout; impossible de se débarrasser de la poussière mais on atténue le danger au lieu de l’exagérer. Les tentures, les rideaux peuvent être toujours essuyés comme les meubles. Les personnes récalcitrantes, qui tiendraient absolument à perdre leur temps en époussetant, devraient au moins procéder à l’opération, non pas le matin, mais le soir dans les pièces où l’on ne couche pas. Pendant la nuit, les germes retombent, et l’air est moins souillé quand on pénètre de nouveau dans, l’appartement.
- Dans tous les cas, nous ne saurions trop le répéter, et la conclusion est formelle, n’époussetez pas, essuyez.
- Autre remarque qui n’est que la conséquence de ce qui précède. Tout le monde se sert de sel et de poivre. Or. on laisse le sel et le poivre exposés à la poussière. On les met dans le buffet, parce que c’est l’habitude de père en fils, sans songer à les abriter par une couverture hermétique. La poussière circule partout cependant, est-ce que l’on peut savoir ce qui tombe dans le sel et dans le poivre ? Qui pourrait affirmer qu’il ne s’y amasse pas des germes de maladie ? Et c’est avec ces germes que vous saupoudrez les côtelettes et les biftecks !
- Il convient de fermer complètement la salière et la poivrière, et de ne l’ouvrir qu’à bon escient. Certes, il n’y a pas de germes mortels à tout instant dans l’air, mais il suffit qu’il puisse s’en glisser un seul pour qu’on ait plus tard à regretter de n’avoir pas pris toutes les précautions dictées par l’hygiène la plus élémentaire. Pour se défendre contre la maladie qui nous guette, il faut veiller sans cesse. On le dit avec raison: « Le pire ennemi de l’homme c’est bien souvent l’homme lui-même. »
- Henri de Parvii.le.
- LES SAVANTS DE LA RENAISSANCE
- LE CABINET DD PÈRE KIRCHER
- Les merveilles de l’électricité ont fait oublier à notre génération celles des autres parties de la physique qui ont tenu une si grande place dans les travaux des savants de l’Antiquité et de la Renaissance.
- J’ai essayé déjà de présenter un tableau aussi complet que possible de ces sortes d’applications à l’époque de l’Ecole d’Alexandrie1 ; il n’est point sans intérêt de montrer maintenant comment les débris de la science antique, recueillis par des hommes qui étaient à la fois des lettrés et des expérimentateurs, ont été le point de départ de la science moderne.
- De tous, le plus célèbre, sans contredit, est le
- 1 Les origines de la science et ses premières applications (Bibliothèque de La Nature). — Masson, 1884.
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- LA NATURE.
- Père Athanase Kircher qui naquit à Geysen près de Fulda en 1602 et mourut à Rome en 1680 après une vie consacrée toute entière à l'étude et aux voyages.
- Les ouvrages qu’il a publiés sont fort nombreux, fort volumineux et traitentrfe omni re scibile et qui-busdam aliis. Malheureusement ils manquent de critique et il faut se défier non seulement de ses explications mais même de ses affirmations ; mon point qu’il manquât de sincérité, mais, en relation avec les savants et les curieux des cinq parties du monde, il accueillait sans critique tous les faits qu’on
- lui soumettait. 11 ne faut point oublier que l’on commençait à peine à sortir de la profonde obscurité du moyen âge et que bien des phénomènes que nous considérons aujourd’hui comme vulgaires parce que nous sommes depuis l’enfance familiarisés avec leur théorie, semblaient alors tout aussi extraordinaires que les plus singuliers de ceux qu’il nous rapporte.
- Kircher avait été élevé par les Jésuites, et il était entré de très bonne heure dans la Société qui lui donna toutes les facilités possibles pour continuer ses études. Protégé par plusieurs souverains et sur-
- tout par le duc Auguste de Brunswick, il ne manqua jamais des ressources nécessaires pour accomplir toutes les recherches et exécuter toutes les expériences qu’il jugeait utiles. C’est ainsi qu’il put visiter à loisir les antiquités de Malte, de la Sicile et de l’Italie. A Naples, il se fit descendre à l’aide d’une corde dans le cratère du Vésuve aussi profondément qu’il le put. A Rome, il fonda un Musée que les voyageurs visitent encore avec étonnement. Les appareils de physique y étaient représentés en très grand nombre et je présenterai au lecteur quelques-uns d’entre eux.
- La figure 1 n’a pas besoin de description. C’est la lanterne magique qui était déjà en usage dans les temples égyptiens et que le P. Kircher a seule-
- ment vulgarisée1. Le foyer lumineux est figuré en K, le tube de l’objectif en I, les verres transparents à images peintes en MN, et la projection se voit sur un écran G.
- La figure 2 correspond au problème que Kircher énonce ainsi dans son livre Ars magna lucis et umbræ, livre X, partie 3, chap. VI :
- Construire une machine catoptrique au moyen de laquelle un homme regardant un miroir plan voit le visage d'un âne, d'un bœuf, d'un épervier ou de quelqu autre animal que ce soit.
- La machine qui a été construite pour le Musée
- • Les origines de la science, p. 82.
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- du savant jésuite se composait d’une roue polygonale DFGH mobile à l’aide d’une manivelle E. Sur les faces planes du périmètre, on peignait des têtes d’animaux divers (y compris le cou), se détachant vigoureusement sur un fond noir. Contre la paroi voisine de la chambre un miroir KL, suspendu à l’aide d’une poulie et d’une corde de façon à pouvoir s’incliner plus ou moins.
- Une fenêtre A était percée dans la paroi opposée de façon à envoyer la lumière sur le miroir et à
- laisser autant que possible dans l’obscurité le reste de la chambre.
- Enfin la roue était dissimulée à l’aide d’une cloison quelconque qui l’enveloppait de toute part' sauf du côté qui élait tourné vers le miroir.
- On conçoit qu’il y avait dans la chambre une place Z telle que, pour une inclinaison déterminée du miroir, le spectateur vit sa tête et sa tête seule ; telle que, de plus, en faisant varier l’inclinaison du miroir le spectateur ne vit plus sa tète, mais une
- face quelconque D de la roue ; celle-ci lui renvoyait alors une image qui lui semblait être la sienne, si on lui avait dissimulé le mouvement du miroir. En faisant maintenant tourner la roue et en dissimulant également ce mouvement ainsi que l’instant du changement d’image par une oscillation brusque du miroir on changeait à volonté la tète du spectateur qui se trouvait avoir ainsi successivement une tête d’âne, une tête de lion, etc.i.
- Le Père Scott, disciple du Père Kireher, fait observer qu’on augmentait la merveille du prestige en remplaçant les images peintes par de véritables tètes
- d’animaux avec des yeux et une mâchoire mobiles et même par une tête de mort avec une lampe dedans et des lames de corne ou du papier huilé bouchant les ouvertures.
- Il indique également une application plus gracieuse qui consiste à donner à la roue 12 faces et un mouvement régulier à l’aide d’un poids de telle manière que, à l’aide d’une lampe et d’un miroir,
- 1 Les gravures que nous reproduisons sont exécutées d’api ès une ancienne description du Muséum de P. Kirclier. — Romani Collegii Societatis Jesu. Musœum celebrissimum, 1 vol. in-folio. Amsterdam, 1678.
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- les images symbolisant les heures puissent venir se peindre la nuit sur la paroi d’une chambre à coucher.
- Cette sorte d’horloge fantastique était déjà en usage dans l’antiquité1. A. de Rochas.
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- G HRONÏQUE
- Nice-Rome-Express. — Sous ce titre, la Compagnie Internationale des wagons-lits vient d’organiser un train rapide de grande marche destiné à mettre Londres, Paris en communication avec Lyon, Marseille, iNice, Gênes et Rome sans aucun changement de voiture, sans arrêt pour ainsi dire, et avec un confort sans égal. Ce train partant de Calais à 2 heures du soir, chaque samedi, atteint Paris qu’il contourne par la Ceinture, touche à la gare de Lyon, d’où il part à 9h50 du soir, arrive à Lyon à 5h44 du matin, à Marseille à llh34 du matin, à Nice à 3h49 du soir et enfin à Rome à 9h 1/2 du matin le lendemain lundi, soit 36 heures de Paris à Rome.
- La marche de ce train de Paris à Marseille ne comporte que 6 arrêts. Il parcourt des distances considérables sans arrêt :
- De Paris à Laroche.......................154 kil.
- De Laroche à Dijon....................160
- De Dijon à Mâcon.........................125
- De Mâcon à Lyon.......................... 72
- De Lyon à Valence........................106
- De Valence à Avignon................... 125
- D’Avignon à Marseille.................122
- La vitesse moyenne, arrêts et ralentissements déduits, ressort à 68k,5 kilomètres à l’heure ou 1140 mètres par minute. Le parcours de Marseille à Rome, quoique fait a grande vitesse, ne peut atteindre la rapidité de Calais à Marseille en raison des difficultés que présentent les contrées traversées.
- Le train est composé de deux wagons-lits (sleeping-cars)de20 mètres de longueur chacun et contenant en tout 40 places ou lits, d’un wagon salle à manger et fumoir (Dining and smoking Car) et de deux fourgons pour les bagages et les provisions. Ces voitures sont formées d’une longue caisse portée a chaque extrémité sur un truck : ce sont de véritables cars américains ; la communication s’établit d’un bout à l’autre du train et permet de passer au salon-fumoir, à la salle à manger ou à sa chambre sans aucune difficulté ; on circule comme dans l’intérieur de sa maison; on ne peut mieux désirer pour les voyageurs plus ou moins délicats qui descendent chaque hiver dans le Midi y passer les mois de froid. Le voyage n’éprouvera plus les malades rétablis par le climat tempéré des bords de la Méditerranée, voyage qui faisait souvent perdre par un refroidissement le fruit d’une longue saison de soins. Le confortable, le luxe même d’aménagement de ces maisons roulantes répond à toutes les exigences : la douceur de suspension des véhicules est extraordinaire, et le bruit, beaucoup diminué déjà par le genre de construction, est encore étouffé par un épais tapis haute laine qui s’étend partout. Bien que ces trains n’aient lieu qu’une fois semaine, le samedi soir au départ de Paris, et le lundi soir au départ de Rome, il est probable qu’ils pourront être mis en marche plus
- fréquemment pour répondre à l’empressement des voya -geurs désireux d’accomplir ces longs voyages aussi commodément.
- Il faut d’ailleurs espérer, grâce au progrès incessant, voir un jour chacune de nos grandes artères de railvvays desservie par train de ce genre ; on devra même en arriver comme le London and North—Western à remplacer dans les trains express de grand parcours toutes les voitures de lre classe par des « sleeping cars » ou par des wagons-salons si le trajet a lieu de jour sans augmentation sur le prix du billet; tout au plus devrait-on réclamer le prix des services de l’agent préposé à chaque « sleeping » et les légers frais de lingerie.
- Fabrication des feuilles de plomb, en Chine.
- — Cette fabrication des feuilles qui garnissent l’intérieur des boîtes à thé est une industrie d’une certaine importance à Hong-Kong; elle se pratique surtout dans plusieurs établissements de l’Ouest. En entrant dans un de ces ateliers, on peut voir les ouvriers occupés à couper avec des cisailles, des feuilles de plomb de dimensions requises. Ces cisailles, ne sont autre chose que de grands ciseaux, fixés solidement à un bloc de bois d’environ 2 pieds de haut. La lame de dessous, se termine non pas par une pointe, mais par un morceau de fer carré. Les feuilles de plomb sont naturellement de petite dimension et de forme quelque peu irrégulière et ceci ne provient que de la-manière dont on s’y prend comme on le verra plus loin. En avançant dans l’atelier, on voit une bassine de fer élevée de terre d’environ 12 pouces. Sous cette bassine, est un foyer avec son tuyau fixé au mur. Le plomb se fond dans la bassine et quand l’ouvrier le juge assez chaud, il prend deux grands carreaux de pavage que l’on peut voir partout dans la colonie et ceux-ci sont recouverts avec soin de plusieurs épaisseurs de papier non collé. Ayant placé ces deux carreaux devant lui l’un sur l’autre, l’ouvrier enlève celui de dessus de la main gauche, et saisissant de la droite une cuiller de dimension requise, il en verse le contenu sur le carreau de dessous et se hâte d’exprimer le plomb sous forme de feuille. Le papier étant mauvais conducteur du colorique, le plomb | ne se solidifie pas de suite en quittant la cuiller, et par une longue pratique l’ouvrier s’habitue à prendre toujours exactement la même quantité de plomb ; les feuilles ne varient pas, du reste, beaucoup en grandeur et épaisseur. m. b
- Exposition universelle d’électricité à Philadelphie. — Le Franklin-Instituts de Philadelphie vient d’organiser une exposition universelle d’électricité qui se tiendra dans la patrie de l’illustre inventeur des paratonnerres, au printemps de l’année prochaine, et qui sera subventionnée par le Congrès des États-Unis. Nous n’avons pas besoin d’appeler l’altention sur l’importance d’un semblable concours, et sur l’intérêt que la France ne manquera pas d’y trouver, en y participant dans une grande mesure.
- Un éclairage électrique sur une grande échelle a été fait dernièrement au Chili, à Santiago, dans une résidence particulière, par les soins de la Société Edison, de New-York. La maison, le jardin, les servitudes et les magasins de Mme Clarksonont été éclairés par 320 lampes disposées dans chaque pièce de la maison sur des lampadaires et sur des statues dans les jardins et dans les fontaines.
- 1 A. de Rochas, Les origines de la science, p. 76, note.
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- Séance du 11 décembre 1885.— Présidence de M. Blanchard.
- L'expédition du « Talisman». — Jules Janin entêté Lien heureux s’il eut pu voir aujourd’hui sur les murs de la salle les beaux dessins représentant les homards rouge-cardinal recueillis par l’expédition du Talisman. Ils sont là, comme les portraits de poissons bizarres qui les accompagnent, et comme une grande carte de l’Atlantique, pour servir d’illustrations au très intéressant mémoire lu par M. Alphonse Milne Edwards. Le Talisman supérieur au Travailleur dont il suit les traces, est un excellent navire à hélice pourvu d’une robuste voilure grâce à laquelle, même sans machine, il peut naviguer avec vitesse. On consacra plusieurs mois dans le port de Rochefort à l’aménager en vue du but spécial qu’il fallait poursuivre. Les cordes de chanvre des dragues furent remplacées par des câbles d’acier d’une souplesse extraordinaire et les dragues elles-mêmes par des chaluts de 2 à 5 mètres d’ouverture. Une sonde perfectionnée fut employée, munie d’un frein automatique qui arrête le déroulement du fil au moment où le fond est atteint. Les températures sous-marines furent mesurées avec soin et de l’eau recueillie à toutes les profondeurs. Des lampas Edison furent desefenduesjusqu’à 55mètres au-dessous de la surface de l’eau.
- Le lor juin dernier, le Talisman quittait le bord et bientôt il procédait à des recherches sur les côtes ouest du Maroc et du Sahara. En 120 coups de drague les explorateurs eurent des notions très précises sur la distribution balhymétrique des animaux dans ces parages. Vers 1000 à 1500 mètres les poissons abondent; ils sont ternes de couleur et leur chair est gélatineuse; sur leur peau couverte de mucosité, reluisent des plaques phosphorescentes destinées à les éclairer. Des crevettes d’un rouge de sang se mêlent à des crustacés dont les caractères rappellent intimement les Eryons jurassiques. Des éponges aux squelettes siliceux pullulent : des Holthenia enfoncent dans la vase leur chevelure de cristal de roche. Le filet rapporte des holothuries, des astéries, des Brysinga.
- Du côté du cap Vert, on explora de nouveau le plateau de 2000 à 2200 mètres de profondeur où précédemment avait été découvert l’Eurypharynx pelecanoïdes. Deux nouveaux exemplaires en furent capturés avec des Euplec-telles, des polypiers d’une beauté rare, et des poissons nouveaux, extrêmement singuliers. L’un deux dont la bouche, garnie de dents en hameçon, est indéfiniment dilatable, avale constamment des proies plus grosses que lui et les met en réserve dans une poche ad hoc qu’il porte sous le ventre. L’un des rayons de sa nageoire dorsale est prolongé en appendice tactile et sert au poisson, comme celui de la Baudroie à attirer par sa ressemblance avec un ver les animaux dont il se nourrit.
- Le 20 juillet les savants français abordaient à Santiago du cap Vert où ils faisaient de riches collections. Dans ces parages la vie foisonne dans la mer : un seul coup de filet rapporta 2500 animaux dont 1000 poissons et 500 crevettes nouvelles pour la science.
- C’est le 50 juillet qu’on pénétra dans la région des Sargasses , mais sans vmir nulle part ces prairies flottantes dont la réputation est si bien faite. Le fucus constitue seulement des touffes qui sont charriées par les courants et qui abritent de nombreuses populations pélagiques. Le sol du fond de la mer des Sargasses est constitué par un
- limon . ponceux renfermant des blocs de ponce. A une lieue sous l’eau paraît exister toute une chaîne volcanique dont les Canaries et Madère seraient les seuls points émergés.
- Entre les Açores et la France, la sonde accusa 4500 mètres, et l’on retira de ces profondeurs privées de lumière et de végétaux des multitudes de formes animales : poissons, pagures, galathéens aux yeux orangés, volumineuses holothuries. Ici le sol est formé d’une vase blanche résultant de l’accumulation de globigénies recouvrant des débris volcaniques. Des fragments de roches présentaient des fossiles et spécialement des trilobites. A 700 milles de la côte le fond est couvert de galets glaciaires reconnaissables à leurs stries et qui ont certainement été charriés par les banquises descendant du nord.
- Les bocaux étaient pleins et l’alcool était épuisé quand, le 50 août, le Talisman rentra au port.
- M. Alphonse Milne Edwards a terminé par deux bonnes nouvelles : le Ministre a assuré la publication des observations recueillies dans les campagnes du Travailleur et du Talisman; et le mois prochain s’ouvrira au Muséum une Exposition de toutes les richesses qu’elles ont procurées.
- Lelongrain. — Mon savant collègue et ami, M. Janne-taz, expose les expériences qui lui ont permis de reproduire la structure'spéciale désignée parles ardoisiers sous le nom de longrain. Il a renfermé de l’argile humide dans une boîte profonde sans couvercle, dont un des côtés pouvait être rapproché de la paroi opposée, de manière à comprimer l’argile contenue dans la boîte. Grâce à l’obligeance de M. Lebasteur, ingénieur en chef du sérvice des essais mécaniques, et à la collaboration de M. Neel, ingénieur du même service, à la Compagnie du chemin de jer P.-L.-M., il a pu exercer sur la paroi mobile une pression de 20 à 50 000 kilogrammes, environ 40 kilogrammes par centimètre carré ; le bloc d’argile, qui avait 1 décimètre de côté a été aminci jusqu’à 1 centimètre d’épaisseur; mais il est sorti en grande partie de la boîte ; il est devenu schisteux, formant des feuillets perpendiculaires à la direction du piston qui le comprimait; il s’y est développé en outre un longrain à la surface des feuillets parallèlement à la direction que suivait la masse en s’extravasant, en s’écoulant pour ainsi dire hors de la boîte sous l’influence de la pression. M. Jannettaz a pu mesurer aussi au moyen des ellipses de conductibilité thermiques le degré de schistosité que non seulement l’argile, mais le graphite, la poudre de gant, les limailles de cuivre, de zinc et les matières grasses ou plastiques peuvent acquérir à mesure qu’elles sont soumises à des pressions de plus en plus élevées, ainsi que l’influence des matières réfractaires à cette structure, telles que le marbre, la craie et un grand nombre de sels naturels et chimiques.
- Dans ces dernières expériences la pression a été poussée jusqu’à 8000 atmosphères, 8000 kilogr. par centimètre carré ; les poudres étaient renfermées dans des cylindres en acier de 1 centimètre et demi de diamètre intérieur et de 2 décimètres de section totale, en sorte que l’épaisseur de la paroi était d’environ 1 décimètre. La poudre à gants, le graphite ont repris l’aspect des masses naturelles qu’on avait pulvérisées pour les obtenir ; les ellipses montraient des grands axes trois ou quatre fois plus grands que les petits.
- Histoire de la bauxite. — Poursuivant un ensemble d’étude qui m’occupe depuis longtemps, je décris aujour-
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- d’hui l’action exercée sur le marbre blanc par le sulfate d’alumine en solution aqueuse. Outre du gypse, il se fait alors de l’hydrate d’alumine et des cristaux de premier système constitués par un alun de chaux qui n’avait pas encore été obtenu.
- Les nouvelles conquêtes de la science. — M. du Moncel dépose sur le bureau de l’Académie un nouveau volume de l’infatigable M. Louis Figuier : Les nouvelles Conquêtes de la Science. Il s’agit cette fois d’un exposé à la fois très exact et accessible à tous des récents progrès de l’électricité. 650 pages d’un texte des plus agréables à lire, sont ornées de 222 gravures qui sont de véritables œuvres d’art. On admirera les beaux portraits des électriciens modernes les plus célèbres : les du Moncel, les Gaston Planté, les Marcel Deprez, les Edison, les Bell, les Siemens, etc., '
- et tout le monde sera heureux de saluer en tète de cette pléiade un excellent portrait de M.
- Figuier lui même.
- Au moment des étrennes et par le temps d’électricité qui court, le beau livre que nous annonçons et auquel La Nature consacrera un article spécial, est assuré d’un très grand succès.
- Varia. —M. de Gasparin revient sur les lueurs du ciel mais sans rien ajouter de nouveau sur ce sujet. D’après M. Yung (de Genève ) l’apparition de ces phénomènes a coïncidé avec une abondance plus grande que d’ordinaire de corpuscules ferrugineux dans la neige. — Les roches optiques des Pyrénées occupent M. Dieulafail. Stanislas Meunier.
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- UN JOUET MAGNÉTIQUE
- Le charmant petit objet que représente la gravure ci-jointe est une nouveauté qui nous vient de la Suisse, et qui obtiendrait assurément un grand succès s’il n’était d’un prix assez élevé, mais son prix n’ôte point ses mérites.
- C’est un jouet basé sur la propriété que possède l’aimant d’attirer le fer, même à travers des corps étrangers d’une certaine épaisseur, tels qu’une feuille de carton. La scène représente un cirque dont le décor est gentiment peint ; autour de la piste formée d’un carton circulaircjaune, on a planté des petits sapins alpestres en papier peint.
- On place au milieu de la piste des petits personnages posés sur des socles de bois. Ce sont, comme le montre la figure, trois musiciens et un écuyer. — Vers la circonférence du cirque, on pose d’autres petits personnages qui représentent un cheval monté par une écuyère, un char traîné par un alezan, un cheval en liberté, etc. On tourne la manivelle qui se trouve adaptée au socle du jouet; une musique se fait entendre, mais en même temps, ô miracle ! voilà le cheval qui se meut de lui-même et qui parcourt la piste circulaire. Le cheval est enlevé et remplacé par le char attelé ; on tourne la manivelle ; en même temps que les sons produisent leurs accords, le char s’anime comme l’avait fait le cheval, et
- on le voit tourner au tour de l'écuyer et des musiciens, qui restent immobiles.
- L’explication du mécanisme est très simple : la manivelle mise en rotation, entraîne un aimant caché dans la boîte qui sert de support au petit cirque; cette manivelle, tout en actionnant le mécanisme de musique fait tourner en même temps l’aimant, autour d’un axe situé au centre du cirque. Extérieurement le petit personnage qui circule autour de la piste est monté sur un petit socle de fer doux très léger, et la surface du cirque, étant bien polie, l’aimant est assez puissant pour entraîner avec lui le léger objet, et vaincre la résistance de frottement. Il est impossible de voir un jouet automatique plus charmant, plus ingénieux et plus amusant. — La pièce la plus curieuse parmi les petits personnages est un clown; non seulement ce clown circule autour de la piste quand l’aimant est mis en mouvement, mais il tourne sur lui-même à la façon d’un danseur. Le petit socle de fer doux auquel il est adapté, est légèrement bombé, et par suite de la tendance à s’incliner vers ses rebords par une attraction oblique, il pivote ainsi autour de son axe.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Un jouet magnétique. — Le petit cirque magique. (1/2 de grandeur d’exécution.)
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- »v 5.V2
- LA NATURE
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- . — ‘29 DÉCEMBRE 1 885.
- PONT MOBILE À SOULEVEMENT VERTICAL, DE SYRACUSE AUX ÉTATS-UNIS
- La ville de New-York est rattachée aux grands lacs du Saint-Laurent, et particulièrement à la ville de
- Buffalo située non loin des chutes célèbres du Niagara entre le lac Erié et le lac Ontario, par une série de
- voies ferrées lancées à travers les pays si peuplés maintenant qu’arrosent la Delaware et le tleuve Hudson. Ces voies créées presque toujours dans un but exclusif de concurrence et qui constituent d’ait-12* iBtée. — l*r lemeslrc.
- leurs les seules voies de communication usitées dans le pays sont établies souvent sans étude et à peu de frais, elles ne renferment guère de travaux d'art intéressants. Elles sont remarquables plutôt parce
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- caractère commun des voies américaines qui sont étudiées exclusivement à un point de vue pratique et se règlent toujours d’après les besoins quelles ont à satisfaire et les ressources dont on dispose.
- Ce caractère se retrouve p’incipalemeut dans la construction des ponts mobiles auxquels on a recours p,qqr la R-qyerséq des grands fleuves et des canaux. Cqs. p.qpfs mobjles permettent en effet d'éviter lé svtr^vqîjf dé hauteur nécessaire avep les ponts fixes qq’if faut rptever souvent de plus de 15 mètres au-dessus dq qjyç;au des hautes eaux. Ordinairement on emploie des ponts tournants à double travée, ou plqs fré^qpqfihent formés d’qqe poutre continue qiofqle qqtP.VR d’uq pivot qqnfrai ; mais on a essayé aqssi des pqnts mobiles à soulèvement vertical dont te tablief. supporté par dé hautes colonnes s’élève de fa haufpuy- nécessaire pour livrer passage aux bateaux. Cjp fype de §e flîftçgintre par exemple sur la tfue fraflehit le eaeal Prié à ytica dans l’État dé f'fëW-Ÿffîta ei if est çité dans la savante éfpdç de MM- havoine pt Pee^ee m les fettiw de fer eu Amérique, fiqfqj qqp uous rqpypsçinfqq? dans les ligures ci-cpptçp, psf ip^lfé \ SW fe
- de ^ew-Ywh Ytetetow® è telMn pqqy k Swwm
- dp papal ^pi dépend à Qswego sur le lac Ontario : nous ayftps cru intéressant de le signaler, car il constitue FieeMM’e avec le pont d’Utica les deux seuls exemples connus jusqu’à présent; il est d’ailleurs beaucoup plus important que ce dernier car la longueur de la travée est de 28"% 20, celle du pont d’Utica atteignant seulement 18*u,50.
- La ligure 1 donne la vue extérieure de ce pont mis en place et raccordé avec les voies pour le passage des trains, et la figure 2 le représente au moment où il est soulevé pour livrer passage à qn bateau.
- La disposition adoptée se comprend immédiatement 'd’après ces figures ; on ypjt qqp fe popt est supporté q cfiapun çjes quatre apgles par un dqqble Pàbje çjqj vjent s’enroùleç sur unp grande poulie installée au sommet du montant voisin, et ce câble aupporfe à l’autre extrémité un contrepoids équi|fbranî uue pqftie de la charge.
- fie mqpyéfffeot est Phtenif aq ihoyen de deux ma-chipes Gpptjss aecpeplées' à angle droit et installées elles-mêmes sqr la poutre supérieure du pont. Çes machines actionqent deux arbre? lqngitqcjiqaux régpppt é 1*1 s|ipérjeuréa une pile à l’autre
- lq ipqgfje? grand? côfé?-tesarhre? ?Vfprmfpepj par des topes d’angle çpiqmandant pue roue ( gpfæ horizontale formant écrou |ur. upe ^is jpsfqj ee te long de chacun des grands montants yerticaqx. Cette vis est en acier à double filet, elle peut tourner librement dans un support supérieur et elle est assez longue pour descendre un peu plus bas que la poutre inférieure lorsque le pont repose sur le sol. Les quatre vis ainsi disposées le long de chaque montant guident en tournant le mouvement du pont et préviennent toute déviation. La plus grande partie de la charge est supportée comme nous l’avons
- dit par le contrepoids pour soulager les engrenages et diminuer le travail delà machine.
- Les contrepoids sont formés par une caisse en fer forgé remplie de fonte et de scories et représente une charge totale de 158 tonnes, le poids du pont étant de 146 tonnes environ. Les câbles de support sont en fil d’acier de 0m,044 de diamètre ; ils sont fiispqsés au nombre de deux à chaque qqgfp., fis ppt une extrémité attachée au coqtrepqid:; 'çqhfpç-pondant, et l’autre aux montants angulaires, chipant-
- Le pont lui-même se compose de quatre poutres longitudinales formées de l'eys çf’qqgfp assemblées avec des plaques verticales de fie largeur. Les poutres longitudinales du haut çonf rattachées à celles du bas par un treillis formé de fers d’aqgfe qui se coupent çn losange coniïqp l’jqfihfqp I? hoWP-'fous les l’ers ayant une direciiqq pnicffm sont assemblé? à l’extérieur de l’âme pf fp? croisés
- avec çqux-ci sont assemblés à f’iqtéyjeqr poqy fiyiter tqpfe contrariété de mouvements entrpfes dirqpfiqps qqi croisent. Les traverses du tablier, sont en fple, elfes o,ntOra,7Üde hauteur et sont espacées de 2m,35.
- Les quatre piles extrêmes sont établie? sur des mqrs pp qiaçpimqyiè très sqtides qui sqqlienqent fe popt, elles sont çqqtrcventées comme 1 indique la figure.
- La direction de la voie fait un angle de 58° environ avec l’axe du canal ; le pont lui-même a 28111,10 de longueur, 9ra,10 de large et 7 mètres de haut; la course à effectuer pour le soulèvement du tablier est 3m,15.
- La manœuvre s’effectue avec une très grande rapidité, la machine n’ayant qu’un travail très faible à exécuter, puisqu’elle doitelever seulement 8 tonnes à 3m,15, et la durée ne dépasse pas 30 secondes.
- Pour prévenir tout accident sur la voie ferrée, les règlements obligent d’ailleurs les trains à s’arrêter constamment avant d’atteindre le pont, et ceux-ci ne doivent s’engager sur la partie nypbile qu’avec une Yftesse très réduite. Ces prescriptions sont d’ailleurs les mêmes pour tous les ponts tournants. L. B.
- CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
- NOUVELLE GALERIE DE CONSTRUCTIONS CIVILES.
- Nous avoqs récemment visité le Conservatoire des Arts et Métiers de Paris, et le savant directeur, M- lé colonel Làussedat, a bien voulu nous faire lui-même lès honneurs de la nouvefm ef intéressante galerie des constructions civi|e| que |ton Üoit à son intelligente initiative. Tout ce
- t’uV Rattache à Part de bâtir, depuis les échantillons
- es matières premières, pierres, marbres, etc., jusqu’aux modèles des maisons modernes, des grands ponts tubulaires ou suspendus, tout ce qui sert à édifier ces constructions, outils, machines, etc., se trouve réuni, et forme un ensemble d’un puissant intérêt, où l’architecte, l’ingénieur et l’ouvrier trouveront des documents très instructifs. Nous avons admiré un remarquable modèle d’une maison de Paris en construction; les échafaudages qui l’entourent peuvent se démonter, les outils et les machines sont représentés avec un soin minutieux et une exactitude scrupuleuse, qui en font une pièce de haute valeur.
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- LA N ATU K K.
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- M. le colonel Laussedat a réalisé encore un grand progrès au Conservatoire des Arts et Métiers, en transformant la galerie des arts chimiques, de la teinture, de la céramique et de la verrerie. Un long pan de bois très encombrant et des murs épais, reste d’anciennes constructions, divisaient cette partie des collections en salles multiples et mal éclairées; les murs de refend ont en grande partie été supprimés, et le pan de bois, également disparu, a été remplacé par de légères colonnes de fonte, qui augmentent l’espace, facilitent la surveillance, et assurent les plus favorables conditions d’un bon éclairage. La collection de céramique s’est accrue récemment de quelques pièces remarquables offertes par de généreux donateurs. C’est ainsi que devrait s’améliorer sans cesse notre grand et bel établissement national du Conservatoire de§ Offset Métiers. Il a été à l’origine de sa fondation un musée ab.fplqmeiflt inique qui faisait l’étonnement des visiteurs dpPayis; presque toutes les nations l’ont imité aujourd’hui. L'Angleterre a fondé le Musée de Kensington qui est le Conservatoire des Arts et Métiers anglais; la Suisse, l’Autriche. l’Italie, ont actuellement des fondations an^lpgpes, e.t les États-Unis marchent aussi à pas de géant dans cette' voie, du progrès.
- « Les progrès accomplis par les Américains, lisons-nous dans une lettre qui nous a été communiquée d’un Français voyageant aux États-Unis, sont considérables; ils ne négligent rien pour doter leur pays des dernières découvertes de la science et de l’industrie, et pour augmenter leur puissance d’activité et d’action. Les villes se sont merveilleusement développées et embellies; de généreux et intelligents citoyens contribuent largement à l’érection de musées d’art, à leur installation et à leur richesse, de manière à élever le niveau intellectuel et moral de la nation. A Cincinnati, par exemple, l’un des citoyens de la ville a donné un million et demi de francs pour la construction d’une salle de concert, et un autre donne 750 000 francs pour fonder un musée d’art. »
- Ne nous laissons pas distancer par les nations rivales, et n’oublions pas nos musées et nos collections nationales qui sont l’une des plus belles gloires de notre patrie.
- 0. T.
- PRODUCTION ARTIFICIEUX
- DES AURORES BORÉALES
- M. le professeur Lemstrôm s’est livré, à la fjp $e l’année 1882, à une série d’expériences sur les aurores boréales dont l’importance n’échappera à personne.
- Parmi les formes de l’aurore boréale, il en est une qui offre un intérêt spécial pour juger de son origine. Cette forme consiste en flammes faibles ou en une lueur phosphorescente qu’on aperçoit dans les régions polaires, autour des objets élevés, principalement autour des sommets des montagnes. Ce phénomène est facilement visible et a été observé par l’expédition polaire suédoise de 1868 et par M. A. Castren dans ses voyages en Sibérie.
- En 1871, M. Lemstrôm, qui ne connaissait pas ces observations, voulut essayer si un pareil phénomène ne pourrait être provoqué ou au moins agrandi par des moyens artificiels. 11 établit sur le sommet du Luosma-vaara, à environ 170 mètres au-dessus du lac d’Enare, un poteau terminé par une série de pointes fixes disposées en couronne et rattachées à un fil isolé de 0mm,4 de diamètre aboutissant à un galvanomètre placé à 4 kilomètres ; un autre fil reliait le galvanomètre à une plaque de platine enfoncée dans le sol. Lorsque cette prise de
- terre fut établie, le galvanomètre indiqua une légère déviation, et, le soir du jour où l’appareil avait été construit, le 27 novembre 1871, se montrait une aurore polaire qui commença par un seul rayon droit au-dessus du Luosmavaara. Ce rayon fut analysé au moyen du spectroscope et donna la raie jaune verdâtre ordinaire. Pendant la même expédition, le 21 novembre, le spectroscope permettait de voir la raie jaune verdâtre sur divers objets, la glace d’un petit lac, le toit d’une maison et même dans le voisinage immédiat de l’observateur. Cotte observation fit supposer à M. Lemstrôm qu’il était dans une faible aurore boréale. Une observation accidentelle montra que l’on pouvait obtenir des phénomènes lumineux dans un tube de Geissler, sans que ce tube fût en contact avec un des pôles d’une machine électrique. Le savant finlandais fut ainsi amené à des recherches plus minutieuses, montrant que le courant qui part d’un des pôles d’une machine, tandis que l’autre est uni à la terre, peut passer par une couche d’air de densité ordinaire sans produire de lumière; mais s’il rencontre une couche d’air fortement raréfié, des phénomènes de lumière apparaissent. Cette expérience permit à M. Lemstrôm de construire un appareil pour imiter l’aurore polaire telle qu’elle a lieu dans la nature. Pour cela, M. Lemstrôm a disposé sur le sommet de l’Oratun-turi, montagne de 548 mètres, située près du lieu de sé our de l’expédition polaire finlandaise, par 67°,21'de latitude et 27°,13,5, de longitude à l’est de Greenwich, un appareil d’écoulement. Cet appareil était composé d’une spirale en carreau formée d’un fil cuivré muni de pointes et couvrant une surface d’environ 900 mètres carrés. L’appareil était supporté par des poteaux munis d’isolateurs. Au pied de la montagne, le fil était relié avec un galvanomètre, et du galvanomètre lui-même un autre fil conduisait à une plaque de zinc plongeant dans un filet d’eau.
- Depuis le 5 décembre, date de l’installation de l’appareil, on voyait presque tous les soirs et la miit une lumière jaune blanchâtre sur le sommet, tandis qu’une montagne voisine ne présentait pas les mêmes phénomènes. Le spectroscope de Wrede donna dans cette lumière pn fiùh.le spectre continu de D à F, où on voyait 1^ raje l’aurorç polaire X. Le galvanomètre marquait ^ôiyÙurs un courant positif dirigé de l’appareil à pointes yers la terre.
- D’autres expériences faites sur le Pietarintunturi ^punent des résultats à peu près analogues. M. Lemstrôm est donc en droit d’en conclure que les aurores boréales sont incontestablement d’origine électrique, et pense qu’elles ne sont que les manifestations de l’écoulement vers la terre de l’électricité de l’atmosphère qui se précipite de la ceinture des aurores polaires. Lés variations de cet écoulement, qui constitue une grande partie du courant terrestre, sont la cause de la plus grande partie des perturbations magnétiques.
- Léon Teisserenc de Bort.
- ÉCHANTILLONS DE FOURRURE
- DU MAMMOUTH
- AU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE PARIS
- M. Albert Gaudry, de l’Institut, le snvant professeur de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris, a rapporté dernièrement de Russie
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- LA NA T IJ II K
- des morceaux de peau d'un des Mammouths dont les cadavres ont été trouvés en Sibérie. Ces échantillons intéressants lui ont été remis par le Directeur du Musée de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg.
- Nous donnons ici les dessins de quelques-unes de ces étranges reliques des temps géologiques. On voit, figure 1 au tiers de grandeur, une toulié de laine du milieu de laquelle sortent des crins dont quelques-uns n’ont pas moins de 0m,40. La figure 2
- représente un morceau de peau avec les poils qui sont encore adhérents. Le Muséum vient de recevoir un autre morceau de beaucoup plus grande taille, que les dimensions du format de ce recueil ne peuvent malheureusement nous permettre de dessiner dans son entier.
- Voici comment M. Albert Gaudry s’est exprimé en présentant à l’Académie des Sciences les morceaux de fourrure du Mammouth :
- « Pendant un voyage que je. viens de faire en
- Fig- 1. — Laine et poils de mammouth (Elephas primigenius) rapportés de Sibérie, eu 1871, par M. le baron de Maydei.
- (Époque quaternaire.;
- Echantillon donné par le Musée de Saint-Pétersbourg au Muséum de Paris. (Ce dessin est au 1/3 de la grandeur naturelle.
- Russie, j’ai obtenu quelques débris des derniers Mammouths dont les cadavres ont été observés dans les terrains glacés de la Sibérie par M. Schmidt et par M. le baron de Maydell. Le savant naturaliste M. Strauch, directeur du Musée de l’Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg, a eu la bonté de me les donner pour le Muséum de Paris. Je les place sous les yeux de l’Académie ; ce sont des crins mêlés à de la laine et un morceau de peau. Ce morceau a été découpé devant moi par M. Strauch sur une grande peau de Mammouth qui a été apportée en 1871 à Saint-Pétersbourg par M. de Maydell. Nous avions déjà au Muséum une touffe de laine et de crins et le fragment de peau dont Cuvier a parlé dans ses Recherches sur les ossements fossiles. Mais la peau que nous avions, était dépourvue de poils, au lieu que notre nouveau morceau est couvert d’une laine brune, très épaisse et bien adhérente. J’ai pense que ceux d’entre nous qui s’intéressent aux choses de la vieille nature pourraient avoir quelque plaisir à voir et à toucher ces curieux débris des Proboscidiens quaternaires.
- « La riche fourrure du Mammouth, qui contraste avec la peau nue des Eléphants actuels, doit nous tonner de moins en moins ; car les études faites dans ces dernières années en Suède, en Allemagne, en Russie et dans la Grande-Bretagne, confirment chaque jour davantage l’idée d’une immense extension des glaciers pendant une partie de la période quaternaire. »
- Depuis la présentation à l’Académie des échantillons de fourrure du Mammouth, M. Albert Gaudry a reçu de M. Strauch un petit morceau qui est encore plus rare : c’est un fragment de peau du Rhinocéros tichorhinus (le Rhinocéros à narines cloisonnées), le fidèle compagnon du Mammouth. Son corps s’est également conservé dans les terrains glacés de la Sibérie. Gomme chacun pourra le voir, le précieux morceau de rhinocéros fossile qui vient d’être placé dans les galeries du Muséum, a une laine épaisse qui contraste avec la peau nue des rhinocéros actuels. C’est la première fois que l’on reçoit en France des restes des parties molles d’un rhinocéros fossile. Gaston Tissanmeu.
- Fig. i. — Morceau Je peau d’uu mammouth rapporté, en 1871, de Sibérie par M. le baron Maydell. — Époque quaternaire. — Donné par le Musée de Saint-Pétersbourg au Muséum de Paris.
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- lit)
- COUVEUSE POUR ENFANTS
- L’enfant qui naît avant terme,, a quelque chose comme quatre-vingt-dix chances pour cent de plus de mortalité que le nouveau-né venu dans les conditions naturelles. Pour mener à bien cette frêle existence, il faut l’entourer de soins minutieux veiller avec une sollicitude attentive et sans relâche, élever en un mot l’enfant dans du coton, en prenant l’expression à la lettre. Plus la date d’entrée dans le monde du pauvre petit s’éloigne du terme normal, plus le danger s’accroît de le voir succomber.
- Les médecins se sont préoccupés depuis longtemps de cette question du milieu dans lequel le nouveau-né doit être placé pour résister le mieux possible aux impressions résultant d’une température trop peu élevée. Guidé vraisemblablement par
- les résultats obtenus dans l’élevage de la volaille par l’emploi des couveuses artificielles, M. Tarnier, l’habile chirurgien de la Maternité, a eu l’idée de se servir d’appareils analogues pour protéger l’enfant chétif contre les injures de l’atmosphère et lui permettre de se développer sans accidents.
- L’interne du service, M. Auvard, a récemment publié un très intéressant travail statistique portant sur près de deux années et l’on verra, par les chiffres, quels avantages réalise l’emploi de cette méthode.
- La couveuse pour enfants doit satisfaire à deux conditions : avoir une température constante; maintenir l’air destiné à la respiration à une température identique et également constante. Voici comment ces dispositions sont assurées dans l'appareil de la Maternité : imaginez une boîte en bois de 1 mètre de hauteur sur 70 centimètres de largeur, à doubles
- Couveuse pour enfant de M. Auvard, d’après l’appareil employé à la Maternité.
- Fig. 1. — Vue extérieure. Fig. 2. — Vue intérieure.
- parois distantes de 10 centimètres et remplies de sciure de bois pour les ren Ire isolantes autant que possible. Cette boîte est divisée en deux compartiments communiquant par les cotés. Dans la partie inférieure est logé un réservoir d’eau en métal d’une contenance de trois quarts d’hectolitre, maintenu en suspension par quelques crampons et ne touchant pas à la paroi, de manière à former une sorte de conduit canalisateur tout autour pour le passage et réchauffement de l’air. À ce réservoir est adapté un thermo-syphon extérieur à tout l’appareil.
- Le compartiment supérieur, destiné à recevoir la petite corbeille, le berceau de l’enfant, est en communication avec l’inférieur par les ouvertures latérales, et s’ouvre â l’extérieur par une large glace à tiroir qui permet une occlusion complète. Deux orifices tubulaires sont ménagés à la partie supérieure pour le dégagement de l’air.
- La mise en marche de la couveuse est des plus
- simples. 11 suffît d’allumer une petite lampe à alcool au pétrole sous le thermo-syphon pour que l’eau contenue dans le réservoir s’échauffe rapidement jusqu’au degré voulu. Pendant la saison froide, dit M. Auvard, il faut en général allumer la lampe du thermo syphon trois fois par jour et la laisser brûler environ deux heures à chaque séance. On doit l’éteindre aussitôt que la température est arrivée dans le compartiment supérieur, à deux degrés environ au-dessous du niveau thermométrique qu’on veut obtenir. Pendant quelques minutes en effet, après l’extinction du foyer, la température monte encore et l’expérience a montré que cet accroissement était d’environ deux degrés. Pendant la saison chaude, il suffit ordinairement d’allumer le thermo -syphon deux fois par jour.
- Cette pratique n’est pas sans nécessiter de grands soins; si la température baisse, vous perdez tous les bénéfices de la méthode ; si elle monte vous risquez de brûler l’enfant. Pour remédier aux accidents
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- possibles, l’appareil porte une petite armature électrique qui se déclenche dès que le degré voulu est dépassé, et fait agir une sonnerie d’alarme. Mais il est encore plus simple de faire comme M. Tarnier, qui ne se fie qu’à moitié à ces appareils de précaution. Deux, trois fois par jour, plus ou moins souvent, suivant le besoin, on vide une certaine quantité d’eau de l’appareil et on la remplace par une proportion équivalente d’eau bouillante, le tout sans toucher au nid du petit entant. On peut obtenir une température de 29 à 50 degrés pendant les deux premières heures, qui ne descendent à 25 ou 26 qu’au bout de douze heures. C’est juste le degré le plus convenable, d’après les observations des accoucheurs; quelques-uns, cependant, réclament deux ou trois degrés de plus. La chose est facile, et plusieurs perfectionnements apportés à cet appareil tout simple, le premier installé, permettent de régler la température à volonté.
- L’air qui pénètre par le piédestal circulant tout autour de ce réservoir arrive échauffé à un degré suffisait dans le compartiment supérieur, d’où il s’échà^e par les tubulures du couvercle. L’erifarit, aussitôt AjWès là naissance et les premiers soiiis donnés-, tèfcl lîlàé'é dàns là couveuse, Vêtu comblé les aulréS UéUérissoris, et ii’eh sort que lorsqu’il èst suftfëàftiftïent fort et aguerri poür vivre conniVe les autréà àU grâli'd air. Tôntes les detix ôü trois liéiiiés, on lé retire un instant pour l’heure des repas, qu’il soit âlluité àü Sein éü UôüéH, s’il est trop fàinlé ou malàdé', AU iait d’âUéssé. LU 'dùré'è ilü SéjéiU' dans l’appUïéÙ VUrté', éü lé feUnipééUtl, àvéc chaque cas. Tel éUfant h’y passera que quelques jours, tel àUtre une quinzaine él plus. M. ÀÜvàrd cite l’exemple d’un enfant de six mois et six jours, pesant 1720 grammes, qui a séjourné quarante-six jours dans la couveuse et qui en est sorti bien portant. Un autre de six mois et demi, n’a eu besoin que de cinq jours pour prendre une provision de forces suffisante. Un de sept mois, mais ne pesant que 1400 grammes, une vrai mauviette, était en bon état après douze jours.
- On peut citer certainement des résultats analogues obtenus par les moyens ordinaires, mais au prix de quelles peines, de quels soucis ! Et encore ce ne sont que de rarissimes exceptions. La couveuse n’est pas du reste, réservée aux seuls enfants venus avant terme. Tous ceux qui, pour une raison quelconque, accouchement laborieux, maladie congénitale, présentent en naissant une débilité marquée, de la faiblesse, sont placés quelques jours dans l’appareil. A très peu d’exceptions près, tous les enfants pesant moins de deux kilogrammes y font aussi un séjour plus ou moins prolongé. Il me suffira de mettre sous les yeux du lecteur quelques chiffres pour le convaincre des heureux résultats de cette méthode.
- Je ne prends que la statistique qui se rapporte aux nouveau-nés venus à terme, mais pesant moins de deux kilogrammes.
- Avant l’emploi des couveuses, du 1er août 1879 au 31 juillet 1881, 116 enfants sont nés à la Maternité, présentant ces conditions. Sur ces 116, 76 sont morts. Depuis l’emploi des couveuses, sur 79 enfants, on ne compte que 50 morts, soit une proportion de 30 pour cent en plus de petits êtres qu’on a sauvés.
- Il n’est pas besoin, n’est-ce pas, de commentaires? Faites le calcul pour une ville comme Paris, pour la France, et au bout de l’année vous aurez l’eftectif d’un régiment de bambins vivants et bien portants, en dépit de leur apparition précoce.
- Comme l’appareil employé dans les hôpitaux est d’un prix assez élevé, M. Auvard a imaginé quelque chose de plus, simple, à la portée de la clientèle privée. Sa couveuse est une simple caisse en bois de 50 centimètres de hauteur, 65 de longueur et 56 de largeur. L’intérieur est divisé en deux parties par une cloison horizontale incomplète. A l’étage supérieur est placé l’enfant; au-dessous, on introduit tout simplement des boules de grès remplies d’eau bouillante, que l’on renouvelle une par une, suivant le§ besoins, environ toutes les deux heures, 0'é^ jAAses d’air sont ménagées comme dans les cou-vehStèS (ite grand modèle, et un couvercle vitré per-riiêlt d'e Péltiffer l'enfant pour les repas et de le surveiller Aàtts Wôft étôve (fig. 1 et 2). Avec cet appareil, et en pWééiktt^; îcbmme l’indique l’âuteur pour le renou-yèto'èttVèftf des bouillottes, il ii’y a pas de danger (l’àtféihdye ün degré de chaleur trop élevé et partant ihiisibtô à L’enfant. Acart.
- U tïtUMlfî M’PTION VOLCANIQUE
- DU DÉTROIT DE LA SONDE 1
- LE DÉSASTRE DE KRAKATAU (OU CRAKATOA)2.
- M. van Sandick, ingénieur des ponts et chaussées, à Padang (Sumatra), a été témoin oculaire de cette épouvantable catastrophe qui a plongé dans le deuil et la désolation une partie des îles de Java et de Sumatra avoisinant le détroit delà Sonde ; il nous a envoyé un long travail sur les désastres survenus dans les Indes néerlandaises et nous allons offrir aux lecteurs de La Nature la primeur de ce récit extraordinaire.
- M. van Sandick a joint à son manuscrit une carte détaillée donnant d’une façon complète les changements survenus après le cataclysme. Ou appréciera l’importance de ce document tout à fait inédit que nous reproduisons plus loin.
- La Société navale Indo-Néerlandaise, qui a le monopole de la navigation aux colonies orientales entretient les communications entre les îles de l’ar-
- 1 sYoy. n° 539 du 22 septembre 1885, p. 260.
- 2 L’orihographe de l'île de Krakatau est très variable. Certains observateurs out écrit dàûs ces derniers temps Krakatoà. Da’ns la carte publiée par te Dépôt dés cartes et plans de Paris i’ile ligure sous le nom de Crakatoa.
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- ehipel Malais avec une flotte de 24 bateaux à vapeur, parmi lesquels se trouve le steamer Gouverneur-Général-Loudun, qui est un des meilleurs et des plus solides marcheurs.
- Le 26 août 1883, à huit heures du matin, M. Lin-demann, capitaine du Loudun, leva l’ancre sur la rade de Bata via avec destination via Anjer, pour les ports de l’île de Sumatra : Telokbetoëng, Kroë, Benkoëlen, Padang et Atjeh. Toutes les catégories de passagers étaient largement représentées, mais les bannis ou garçons de chaîne étaient en majorité. La route suivie est indiquée sur la carte maritime ci-jointe. A trois heures de l’après-midi, l'ancre fut jetée dans la rade d’Anjer et chacun put admirer, par un temps superbe, le drapeau tricolore hollandais qui flottait sur le mût de pavillon près la maison de î’Assistent-Résident, et ces coquettes demeures, peintes en chaux, toutes blanches et renvoyant une telle quantité de lum ère que les yeux en étaient éblouis. I.e Loudun ayant embarqué un grand nombre de coolies qui devaient travailler à la construction du phare de l’ile de Bodjo, le capitaine reprit la mer et bientôt les passagers aperçurent à bâbord le volcan de Krakatau tlevé de 822 mètres. La montagne était surmontée d'une puissante colonne noire et très haute qui s’élargissait vers son sommet en prenant la forme d’un nuage qui allait sans cesse en s’étendant. Déjà des cendres commençaient à pleuvoir.
- A Sept heures du soir, le navire jette l’ancre dans la haie de Lampong, sur la rade de Telokbetoëng. Comme il y avait des passagers qui devaient débarquer, le Loudun fit les signaux convenus pour qu’une chaloupe vînt chercher les voyageurs. La nuit était déjà à peu près complète et aucune embarcation ne parut. Alors le capitaine Lindemann fit mettre à l’eau sa propre chaloupe qui revint bientôt à bord sans avoir pu aborder la côte, à cause d’une espèce de mascaret qui rendait toute approche du rivage impossible. Le ] hare resta allumé toute la nuit ; mais il était facile de voir qu’il se passait quelque chose d’insolite, car les vaisseaux en rade faisaient des signaux d’alarme. Impossible de leur porter secours, dit M. van Sandick, car la nuit était sans étoiles, très obscure, et la tempête commençait à se déchaîner avec fureur, pendant que la pluie de cendres continuait à tomber..
- Le soleil du 27 août apparaît enfin et chacun peut distinguer la ville de Telokbetoëng avec ses nombreuses maisons presque toutes situées au bord de la mer. La maison du Résident, la petite forteresse et la prison sont seules situées sur une colline de 37 mètres de hauteur. Le steamer Barouw et le voilier Marie, chassés par de puissants courants, étaient Venus s’échouer sur la côte.
- Vers six heures trente du matin, apparut au loin une lame gigantesque, de hauteur prodigieuse, qui s’avançait avec une force et une vitesse extraordinaires. Aussitôt le Loudun tourne sur lui-mème et gouverne dé façon à faire face au danger terrible qui
- le menace ; mais la vague immense, semblable à une montagne, prend le navire par l’avant, le soulève dans les airs avec la rapidité de l’éclair, passe et se précipite sur la côte. Trois autres lames, presque aussi fortes que la première, surviennent à leur tour, enlèvent le steamer qui fuit à toute vapeur et le laissent intact. Pendant ce temps l’eau inonde la plage, le phare tombe, les maisons sont arrachées de leurs fondements, le Barouw passe par-dessus le môle, par-dessusles arbres de coco et va se briser à trois kilomètres dans les terres.
- Le capitaine du Loudun jugeant qu’il était très dangereux de rester dans la rade, a hâte de s’éloigner de ces lieux témoins de tant de désastres et a l’intention bien arrêtée de se rendre à Anjer pour faire son rapport sur la destruction de Telokbetoëng. A huit heures, l’obscurité est considérable et s’accroît d’instant en instant; mais à dix heures du matin, les ténèbres sont tellement épaisses, tellement compactes que l’on ne voit pas un objet blanc à quelque distance qu’on le place de ses yeux. Et pourtant le soleil est près du zénith! La nuit ou plutôt l’absence complète de lumière s’étend assez loin puisque, même à l’horizon, on n’observe même pas la moindre trace de lumière diffuse. Cette nuit polaire a duré 18 heures !
- Le navire s’était arrêté dans sa marche, se trouvant condamné à rester en place, à cause des dangers qu’il eût pu courir en sortant de la baie de Lampong. La pluie de cendres s’était changée en une pluie de boue compacte et épaisse qui finissait par couvrir le pont sur une épaisseur de près de soixante centimètres. Cette boue fétide pénétrait partout et était particulièrement gênante pour l’équipage du bord : yeux, oreilles, nez étaient littéralement bouchés par cette matière désagréable qui rendait presque toute respiration impossible! Comme variation, la pierre ponce tombait fréquemment et, avec les cendres répandues dans l’air, obstruait les voies respiratoires. L’atmosphère, en même temps, était fortement imprégnée d’acide sulfureux. Les passagers avaient de violents bourdonnements dans les oreilles, quelques-uns étaient près de suffoquer et toutes les poitrines étaient lourdement oppressées.Une somnolence étrange, stupéfiante, contribuait encore à rendre la situation plus horrible, plus épouvantable. En même temps, la boussole avait des déviations folles qui échappaient à toutes les règles et néanmoins le baromètre était haut, la pression normale! Mais ce n’était que le commencement des misères que devaient endurer les passagers et l’équipage !
- A partir de onze heures du matin, quand la nuit noire eut tout envahi, le Loudun fut soumis à une suite non interrompue de tremblements de mer^ sorte de remous terribles qui jetaient le navire tantôt sur un flanc, tantôt sur l’autre. Pendant ce temps, les éclairs traversaient les ténèbres à court intervalle. Sept fois la foudre s’abattit sur le màt et chaque fois suivit le fil conducteur du paratonnerre,
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- par-dessus le vaisseau, pour se perdre dans les abîmes de la mer, en faisant entendre une crépitation satanique. Pendant la durée de l’éclair, on pouvait constater partout, sur les visages et les mains, sur les cordages et le pont, une teinte gris cendré, couleur de boue. En même temps, sur les parties élevées du mât, sur les cordages, des flammes subites se mouvaient. Les passagers indigènes, toujours superstitieux, croyaient que ces feux Saint-Elme étaient le présage d’un naufrage prochain : aussi, malgré le danger, s’élançaient-ils à n’importe quelle hauteur afin d’éteindre ces lueurs sinistres. Mais, à leur grand regret, s’ils les étouffaient par ici, il en venait d’autres à côté.
- Les coolies et les forçats roulaient les uns sur les autres et, durant les courts moments où la mer était calme, on entendait sans cesse le « La illah, la illalah », prière au Pieu de l’Islam. Comme le navire n’avait pas cessé d’être sous vapeur, il était à craindre que la machine ne refusât le service parce que la boue envahissait tout.
- Rarement l’aurore fut acclamée avec plus de bonheur qu’à bord du Gouverneur-Général-Loudun, le matin, vers quatre heures, le 28 août 1885. La pluie de pierre ponce durait toujours ; mais, avec le jour, le steamer pourra quitter cette baie de malheur. La côte de Sumatra a un aspect navrant. Tous les arbres sont tombés, soit par le poids de la boue, soit directement enlevés par le terrible raz de mer. De tous côtés, l’onde est couverte de pierre ponce et l’entrée de la baie de.Lampong est fermée par des îles qui s’élèvent à trois mètres au-dessus des eaux! Il n’y a qu’un moyen de sortir de là, c’est de pénétrer à toute vapeur à travers les îles de ponce! Bientôt l’obstacle est brisé, le navire passe, tandis que derrière lui le passage se referme comme par enchantement. Enfin, le Loudun est en pleine mer, mais le tuyau de sa machine est obstrué et comme bouché par la pierre ponce.
- Quel aspect, dit M. van Sandick, que celui du steamer ! La couleur grise est la couleur locale ! Le pont est couvert d'une couche puante de boue compacte. Tous les objets non fixés ont disparu ; les poutres qui portent les abris de toile sont cassées et la cabine du capitaine est inondée de boue. Si le bateau eût été au fond de la mer pendant dix ans, son aspect ne serait pas différent.
- Bientôt le Gouverneur-Général-Loudun est en vue de l’île de Krakatau. Pour tous les passagers, il n’y a plus de doute que c’est ce maudit volcan qui est cause de tout le mal, car le cratère qui répandait tant de fumée et de cendres deux jours auparavant est détruit et les vagues de la mer passent tranquillement là où était la terre ferme. Ce que l’on voit n’est plus que le quart de l’île et la partie engloutie a été comme déchirée, sur une étendue de 25 kilomètres carrés, de la partie qui reste encore. Seuls, deux écueils, signaux terribles, s’élèvent maintenant au-dessus de la partie disparue. L’éruption volcanique n’a pas cessé complètement : en
- huit points différents, on aperçoit de fortes colonnes de fumée dont le centre est tout noir et l’extérieur entièrement blanchâtre. Ces colonnes montent et disparaissent pour renaître aussitôt.
- Bientôt le navire est en vue des côtes de Java. Alors un spectacle horrible se présente aux veux des passagers : les côtes de Java, comme celles de Sumatra, sont entièrement détruites; partout règne la même couleur grise et sombre. Les villages et les arbres ont disparu ; on ne voit même pas de ruines, car l’onde a monté de 55 mètres, a tout rasé et, en revenant sur elle-même, a englouti les habitants, leurs maisons et leurs plantations. On retrouve difficilement la rade d’Anjer, attendu que pas une maison de cette ville si riante n’est restée debout. Seule, la base du phare élevé sur la quatrième pointe ou cap de Java reste debout. C’est véritablement une scène du jugement dernier : la mer a passé et tout est dit.
- Les coolies qui ont été embarqués le '26, à Anjer, regardent ou haut dupont leurs habitations. Probablement,, leurs rizières sont détruites, leurs femmes et leurs enfants ont péri, car on ne voit qu’un marais fangeux où rien n’est demeuré debout. Vous vous imaginerez peut-être que ces pauvres gens sont bien tristes et qu’ils voudront à tout prix débarquer pour chercher les cadavres de leurs femmes et de leurs enfants. Nullement, car, sans pensera leurs foy. rs détruits, sans donner un regret à leurs familles, à leurs amis, victimes delà catastrophe, ils se mettent soudain à danser en rond, témoignant de leur joie d’avoir si heureusement échappé au désastre.
- Le capitaine Lindemann mit une chaloupe à la mer et rencontra, sur les ruines d’Anjer, M. le Président de la province de Bantam qui, accompagné d’un ingénieur des ponts et chaussées et du contrôleur, était venu inspecter la région détruite. Ces trois personnages montèrent sur le Loudun et se firent reconduire à Bantam pour se diriger de là à Sérang. Puis le navire reprit le chemin ('es ports de Sumatra, destination primitive, en passant en vue du volcan de Krakatau, qui jetait encore de temps en temps une petite pluie de cendres.
- À Kroë, tout a été couvert de poussière, mais rien n’a été détruit. Aucun accident n’est survenu à Bcnkoelen ni à Padang où M. van Sandick a le bonheur, après tant de péripéties dans son court voyage, de pouvoir arriver sain et sauf.
- La région de destruction complète est à peu près un cercle qui a pour centre le volcan de Krakatau et pour rayon une ligne de 90 kilomètres au plus. Les parties voisines de la mer, sur les côtes de Java et de Sumatra, qui donnent sur le détroit de la Sonde, ont été rasées par ces vagues gigantesques, hautes de 35 mètres, qui se sont précipitées au milieu des terres jusqu’à une distance de un à dix kilomètres du rivage. Tout l’ouest de Java a été détruit complètement et les îles du détroit de la Sonde sont dépourvues de toute trace de^vegétation
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- PROVINCE DE BAtftVIA
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- légende.
- _____ Course du GouvrG*' loudon ( 26”27 A out 1883) • Me disparue le 27 Août Iles crées le 27 Août.
- Région de destruction.
- Cotes qui n'existent plus.
- It&foffi Cbamp de ponce impénétrable
- Anjer Les villes et' villages détruits sont/ soulignés d 'urts trait- noir.
- Kilomètres
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- Gravé peur E Morietu
- 40
- 1040
- Carte des phénomènes volcaniques du détroit de la Son ie (-27 août 1885) montrant les pays détruits et les îles nouvelles. D’après les relevés de M. Van SunJick, ingénieur des ponts et chaussées, à Padang (Sumatra).
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- LA NATURE.
- ou d’habitation jusqu’au niveau de la haute marée du 27 août. Dans les haies de Lampong et de Se-mangka, le flot s’est élevé de 50 à 35 mètres, détruisant tout sur une longueur de 500 kilomètres. Le nombre total des personnes qui ont péri dépasse quarante mille.
- A Anjer, qui était situé à 58 kilomètres du volcan, on observa le 20 août, à deux heures de l’après-midi, un mouvement d’oscillation vertical dans les marées. Vers six heures du soir, 25 vaisseaux indigènes furent entraînés avec une grande vitesse par la marée, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Des détonations semblables à celles de la foudre se faisaient entendre, des éclairs traversaient la nue, le sol tremblait. Le fil télégraphique de Sérang se casse et une petite pluie de cendre apparaît dès 9 h. 50 ni. du matin, le 27, pendant que la plupart des habitants de la ville sont encore au lit; une vague toute noire s’avance avec un grand fracas et une vitesse inouïe. Ceux qui l’ont vue fuient à toutes jambes et quelques-uns sont sauvés. L’eau monte subitement et, en se retirant, emporte dans la mer, hommes, femmes et enfants. Une seconde vague survient et monte à 35 mètres au-dessus du niveau des basses eaux et fait disparaître tout ce qui a survécu au premier choc. Anjer n’existe plus. A dix heures, nuit complète : les rares survivants ne savent plus où se diriger et beaucoup d’entre eux sont tués par la chute des arbres qui tombent à chaque instant, écrasés, entraînés par le poids de la boue qui s’attache à leurs branches.
- La ville de Tjiringin, éloignée de 48 kilomètres de l’île de Krakatau, a disparu dès la première marée. Rien n’a survécu. Le Régent ou chef du gouvernement indigène, avait invité dans sa demeure tous les fonctionnaires indigènes avec leurs femmes et leurs enfants, pour y célébrer une grande fête. L’aristocratie javanaise était de plus représentée par la famille du Régent qui est au nombre de 57 personnes et dont 55 étaient réunies là. La demeure du Régent a été engloutie par les eaux et tout a péri ; il n’est resté de cette belle famille que deux cousins du Prince qui n’avaient pu se rendre à l’invitation.
- L’établissement de Mérak, créé pour procurer des matériaux à la construction des môles du port de Tandjong Priok, voisin de Batavia, a également disparu avec tous les habitants de la ville de ce nom.
- A Telokbetoëng, la basse ville fut détruite et il n’y eut de sauvés que quelques Européens qui eurent la bonne idée de se réfugier dans la demeure du Résident située à 37 mètres d’altitude.
- Le contrôleur de Bénéawang attendait le Résident de Lampong pour Je 27 août; mais ayant entendu des détonations nombreuses dans la soirée du 26, il crut que le Gouverneur était en rade et que le canon saluait son arrivée. Comme le Résident n’arrivait pas, le contrôleur se trouvait sur le rivage le 27, à six heures du matin, accompagné des chefs indigènes. A sept heures l’eau monta; le contrôleur et
- les chefs indigènes prirent la fuite et se réfugièrent en un lieu élevé. Une seconde marée survint : mille personnes périrent; seul le contrôleur fut sauvé.
- Le gouvernement hollandais a chargé deux officiers de marine, MM. Steers et Calmeyer de faire le relevé des changements survenus dans le détroit de la Sonde. Le résultat de leurs travaux est que le chemin suivi par les navires européens est le même, sauf entre les îles de Krakatau et de Sébésie où se sont formées simultanément plusieurs îles lors de l’éruption. Les géographes devront retenir les noms des deux principales : Steers et Calmeyer. Ces deux dernières s’élèvent là où la mer avait anciennement une profondeur de 56 mètres. Quant aux îles de pierre ponce, elles remplissent plusieurs baies et entre autres celle de Lampong ; leur élévation est de 4m,50, au-dessus du niveau des eaux et rien n’annonce leur prochaine disparition. Elles ne peuvent supporter le poids du corps de l’homme et néanmoins elles sont trop épaisses pour qu’un navire puisse les pénétrer. Ces îles de ponce sont toujours en mouvement et peuvent être comparées, pour la gène qu’elles apportent à la navigation maritime, aux îles de glace des mers polaires.
- Dans un rapport en date du 7 septembre, le Résident de Bantam rapporte que dans Tjiringin, il y a eu 4500 cadavres d’enterrés et 1517 à Anjer. Dans les Lampong, où les communications sont fort difli-ciles et la populalion restante peu nombreuse, beaucoup de cadavres sont restés sans sépulture et répandent une odeur très mauvaise qui empêche les habitants de s’en approcher. Mais le plus grand nombre des morts a été emporté par les flots, en pleine mer. Aussi les vaisseaux qui ont traversé le détroit de la Sonde duraut les jours qui ont suivi le désastre sont-ils unanimes pour constater que des tas de cadavres ont été vus flottant à la surface des eaux. Le transatlantique hollandais, le Batavia, rapporte que le 3 septembre, passant devant le cap Vlakke Iloek, à 100 kilomètres des côtes de Sumatra, il a rencontré d’innombrables cadavres dont les membres étaient mutilés et cassés; quant à leur nationalité, il paraît présumable que ce sont les corps de Chinois, car leurs crânes sont presque tous chauves. Une autre fois, un vaisseau allemand a vu sa marche devenir très difficile à cause d’un entassement considérable de cadavres. On raconte qu’à Sérang, en ouvrant le corps d’un kakap, poisson de la mer des Indes, des doigts humains encore pourvus d’ongles ont été trouvés dans son estomac.
- Les vagues énormes qui ont produit cet effroyable cataclysme, ont perdu de leurs forces à mesure qu’elles se sont éloignées de leur centre d’action. C’est ainsi que le terrible raz de mer du 27 août qui a tout détruit à 6 h. 30 m. du matin, à Telokbetoëng et à Anjer, n’a présenté son maximum qu’à 1 h. 30 m. après midi, à Tanjong Priok, port voisin de Batavia. L’onde a dû parcourir 480 kilomètres en sept heur’es, soit 7 mètres en moyenne par seconde. A Padang, distant du volcan de 700 kilo-
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- mètres, l’effet de la marée n'a eu lieu qu’à trois heures vingt de l’après-midi, soit une vitesse de 22 mètres par seconde. A Tandjong Priok, la différence entre la haute et la basse marée maximum a été de lm,70 et à Padang de lm,74 seulement.
- Les journaux d'Europe, rapporte M. van Sandick, avaient raconté qu’un tiers des 45 cratères de Java avaient été en pleine éruption et qu’à Batavia 20000 Chinois et 100 Européens avaient été tués. Or, il n’y a pas un seul cratère qui ait été en éruption et même à Batavia il n’y a pas une seule personne qui ait péri.
- Le 26 août, à Batavia, distant de 152 kilomètres de l'île Krakatau, l’on entend comme des coups de canon répétés, accompagnés de bruits souterrains, à partir de deux heures de l’après-midi. En outre, les vaisseaux qui viennent du ‘d'étroit de la Sondé sont couverts de poussière. À.iitie Keiire ’dti mâtin, lé 27, uh coup violerit fait trembler les Vitres et éteint subitement tous les becs de ghz. Àü'chh iratttdèhiéhi de terre n’est Observé, mais toute la huit la pluie dè cendrés côhtîhhé et les oiseaux de mer S’ehfüient eh grand hombée vers l’est. A dix heures, la nuit est totale, l’air est lourd et épais, surtout vers l’oüest. t’éàh ttiohte, les bas quartiers sont inondés, puis la nier sé retire laissant les vaisseaux à sec auprès des quais; L’après-midi, l’obscurité diminué un peu mais oh hé Voit pas clair et la quantité dé cendres est toujours considérable. Quant aux indigènes, ils sont pour là plUpàrt accroupis deVant leurs maisons et attendent, en fumant une cigarette dé paille, assis autour d’uhe petite lampe munie d’huile de coco. À deux heUres du soir, nouvelle marée ttiotttaUte qui se meut avec une grande vitesse et qüi fait deux larges brèches dans les quais de Batavià.
- k tUhdj'Oh'O bviok, la quahtité dé feéUdrèS tôhibééS ést liÆS éOUSidérable. Deux MWttiètïéiS ahéhOïdés ét un barouiêtré a mercure sont observés et ont ptouYe quê ta pression de l’air a oscille entre 7su et 7b 2 md-iimètrés, a des intervalles ne 2 à 3 minntes», et eela a éontinue de neuf heures du matin à midi, pendant la durée de l’obscurité. Quant à la température, elle n’était guère que de 25° centigrades, à midi, au lieu de la moyenne 53°.
- Toute l’ile de Java a entendu les détonations souterraines du volcan. Dans Elle deBali, à 1100 kilomètres de Krakatau, les populations ont été effrayées par ce bruit qui ressemblait à celui de plusieurs batteries d’artillerie. Même effet produit dans la ville de Bandong, dont l’altitude est de 714 mètres et la distance au volcan de 200 kilomètres. Un Hollandais ayant étendu sur le sol, dans la ville de Pelaboën, au sud de Java, à 140 kilomètres de Krakatau, une demi-feuille de gazette, a recueilli en trente minutes deux kilogrammes et demi de cendres. Dans le port de Tjilatjap, vers l’est de Elle, 16 vaisseaux indigènes ont été jetés sur la côte.
- La province de Bantam a beaucoup souffert. Là, où la cendre est tombée, sur une épaisseur variable, la végétation a été conservée, les arbres sont restés
- debout et les plantations des rizières sont restces parfois vivantes sous la couche poreuse; mais là où la boue, dont le poids est plus considérable, est tombée, les arbres ont été arrachés, les maisons se sont effondrées et le désastre est irréparable.
- L’ile de Sumatra, dont la partie orientale est détruite, a moins souffert dans ses autres parties. Dans le port de Kroë, on n’a observé que des détonations et une petite pluie de cendres ; il en a été de même à Benkollen. Mais Padang, résidence de nos frères de la Malaisie, les membres de la Société scientifique de Sumatra, n’a pas eu à souffrir des pluies de cendres, grâce sans doute à sa distance de 700 kilomètres du foyer du volcan. En revanche, les détonations souterraines ont été fréquentes, de minute en minute, et elles étaient accompagnées de tremblements de terre et de vibrations de l’air. Lé 27, depuis hhtb cinqüâhte _ mihiiteS jusqu’à heüf béüres du sôih, lés eaüX de id mer ôht hionté S fois et se sont abaissées le thème h'ôhibra de fois, avec une vitesse maximum de cinq à six mètres par seconde. Si le tluX, dit ï\. Van Sandick, àu ILeü de s’élever à 1“",74, Se fût élevé de 2 mètres à 4 mètres, toute là ville eut été ihohdee.
- Les 26 et 27, sur les côtes de EÀtjeh, les détonations souterraines avaient ühe telle bessemblnnee avec un combat d'infanterie accompagné d'artillerie, que les commandants des postes hiîliiaireS ont crû qu’un poste voisin était attaqué par les Àtéliihoisà coups de fusil et que les Hollandais se défendaient avec le canon. Aussi à Kotta-Radjà, Située à 1500 kilomètres du Krakatau, Je commandant militaire met en mouvement üne forte colonne pour séeoüriv les postes attaqués, tant l’illusion d’un combat est complète. Tout piès de là, un navire de l’État, eh station; h’a pas hbsérVé les détonations que Eon distin-güàit Si hCAtChVcht Shr la terre ferme. C’est ainsi qü’à bord du ïlèiiàwà 'qui était dahs le voisinage du Vôlédh; pehdàht l'es d'éüx jours néfastes, M. Van San-di'ch h’à hôte ahèh'Uè détonation. On en peut con-’olhbè qüé lé bruit dés détonations est pàtlièhliéb à la terre ferme et qu’en mer il n’a pas été entendu.
- Dans Elle Célèbes, à 1400 kilomètres, dans Elle de Bornéo, à 940 kilomètres, à Saigon, à 1760 kilomètres de distance du volcan, les détonations sont très fortes. 11 paraîtrait qu’à Manille, capitale des Philippines, les mêmes bruits se sont fait entendre.
- A Ceyian, le phénomène du llux et du rellux s’est présenté un grand nombre de fois, à des intervalles de quelques minutes seulement de distance. Toutefois les ondes de marée, en quittant les mers des Indes, n’oùt pas encore perdu leur force destructive, attendu que les côtes de l’Amérique du à'ud, sur le Grand Océan, ont été inondées les 28 et 29 août, et que les plages de l’Amérique du Nord ont eu béaucoup à souffrir de la violence et dè la hauteur des Ilots, durant la journée du 29 août. Quelle vitesse effrayante ! et quelle force a dû être déployée par ce volcan pour que cettè onde chassée
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- LA NATURE.
- avec violence atteigne en deux jours les rivages du Nouveau Monde!
- La charité particulière s’est montrée digne et divers Comités ont déjà reçu des sommes importantes ; mais le désastre est tellement grand, tellement inouï, qu’il faudra bien des années pour réparer ces ruines et adoucir ces grandes infortunes.
- « Je vous félicite, cher lecteur, dit M. van Sandick en terminant son manuscrit, d’habiter la belle France, loin des dangers de cette sorte. Et, dites-moi si le sort de l’Européen ici, est digne d’envie : loin de sa patrie, sous un ciel tropical énervant, il lui manque non seulement tous les plaisirs de vos villes, mais de plus tant d’occasions de développer son intelligence et son esprit. Puis si vous plaignez
- le sort des quarante mille victimes de Krakatau; si vous vous réjouissez dans la bonne fortune de ne pas être exposé dans votre chère patrie à des scènes si épouvantables, la charité s’il vous plaît, la charité pour vos frères de la Sonde ! »
- Les membres de la grande et généreuse presse parisienne, toujours prêts à secourir ceux qui sont dans le malheur, peuvent facilement organiser quelqu’une de ces splendides et belles fêtes dont ils ont le secret, au profit des Hollandais victimes de ce terrible désastre. 11 y a là une bonne œuvre à faire, espérons que nous serons entendus. E. Vimont,
- Directeur de la Société scientifique d'Argentan.
- (D'après le rapport de M. Van Sandick, ingénieur des ponts et chaussées, à Padang Sumatra.
- Fig. 1. Fig. 2. Fig. 5.
- Reproduction par l’héliogravure des photographies d’éclairs obtenues par M. Robert Haensel, à Reieliemberg (Bohême).
- LES ÉCLAIRS
- REPRODUITS PAR LA PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- Un habile photographe de Reichenberg, en Bohême, M. Robert Haensel, a réussi à obtenir d’excellentes épreuves photographiques des éclairs qui traversent l’atmosphère de leurs zigzags de feu pendant un temps si court qu’il est absolument inappréciable. C’est là un résultat vraiment merveilleux qui intéressera au même degré les physiciens, les météorologistes et les amateurs de photographie.
- Weatstone a démontré par des expériences directes fort ingénieuses que les éclairs isolés ont une durée qui n’atteint pas un millionième de seconde.
- On comprend d’après ce chiffre quelle est l’extraordinaire sensibilité des nouvelles plaques au gélatino-bromure qui permettent d’opérer sûrement dans de semblables conditions.
- M. Robert Haensel nous a donné quelques détails sur le procédé qu’il a employé. Le 6 juillet 1885, le temps étant orageux et le ciel traversé de nombreux éclairs, l’opérateur a dirigé son appareil sur le point de l’horizon où prenaient naissance les manifestations électriques et il a laissé l’objectif ouvert à partir de dix heures du soir, lorsque le ciel était bien sombre. L’appareil était muni de plaques au gélatino-bromure très sensibles, et l’éclair en se formant s’impressionnait lui-même. Sur dix plaques exposées il n’a été obtenu que les
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- LA NAT UK K.
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- clichés dont nous donnons ci-contre la figure exacte. Les reproduirions que nous publions ont été laites avec une grande habileté par M. Gillot, à l’aide de ses procédés de l’héliogravure; elles sont d’une rigoureuse exactitude.
- M. U. Ilaensel, en reprenant pendant le jour les mêmes points de vue que pendant la nuit, a pu se rendre compte de la distance de l'appareil à laquelle
- les ^éclairs se sont produits, il l’estime environ à 1700 mètres.
- Les gravures ci-dessous sont très intéressantes à considérer au point de vue de la forme de l’étincelle électrique. La figure 1 montre un éclair vertical dont les zigzags sont pour la plupart légèrement arrondis; à gauche de la figure !2 on remarque une étincelle double et même triple en son milieu;
- pendant le même moment, un autre éclair découpait le ciel, et celui-ci est ramifié; des branches de l'eu se détachent du rameau central et l’une d’elles se perd dans l’espace. La figure 5 nous montre deux sillons très netsfoui, après être restés à peu près parallèles, se reprochent sans se confondre et s’éloignent ensuite)usqu’à la ligne de l’horfzonjl’un d’eux a laissé sur-fiyçcliché une trace beaucoup plus sensible que l’autre. L$ ligure 4 est une admirable épreuve qui représente dans toute sa beauté un
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- éclair à rameaux multiples. Ces curieuses photographies doivent être considérées encore comme un nouveau triomphe du gélatino-bromure d’argent1.
- Gaston Tissandiek. t*
- 1 M. Robert Haensel U adressé les premières épreuves qu il a obtenues au Bureau central météorologique de France, et c’est à M. ïbecart, le savant directeur de cet établissement, que nous devons la communication de ces remarquables documents; nous sommes htureux de lui adresser ici nos plus si.itères remerciements.
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- LA NATURE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du î'4 décembre 1883.— Présidence de M. Blanchard.
- M. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, a imaginé un appareil qui permet de réaliser à l’aide de courants d’eau ou de courants d’air le triage de poussières minérales mélangées.
- M. Yvon Villarceau. — Encore un nouveau deuil pour l’Académie qui n’a plus le temps de pourvoir aux vacances avant que de nouvelles vacances se produisent. M. Yvon Villarceau, membre de la section de géographie et de navigation, est mort hier dimanche à onze heures du malin. 11 avait été élu le 17 juin 1867. Observateur exact, calculateur habile, il a fait preuve d’aptitudes bien diverses : à sa sortie de l’École centrale il se signalait par des travaux de mécanique ; à l’Observatoire il surpassa tout le monde par la précision de ses recherches sur les élodes, sur les planètes, sur la périodicité de certaines comètes. L’éclipse solaire totale du 18 juin 1860 lui fournit l’occasion d’un mémoire qui le plaça au premier rang des astronomes les plus considérés.
- En signe de deuil la séance publique a été levée immédiatement après le dépouillement sommaire de la corres-respondance et le dépôt de quelques communications.
- Candidatures. — On a cependant dressé une liste de dix candidats à la chaire de géométrie descriptive vacante au Conservatoire des Arts et Métiers par suite du décès de M. de La Gournerie. Cette listev conforme à celle élaborée par le conseil çles professeurs, porte : en première ligne, M. Rouclié, et en seconde ligne, M. Brisse.
- Principes élémentaires de paléontologie. — Sous ce titre, l’un des plus savants géologues de la Belgique, M. Alphonse Briart, adresse à l’Académie un excellent ouvrage dont le succès paraît assuré. C’est un volume in-18 de 550 pages avec 227 figures dans le texte qu’on peut considérer comme une expression très exacte en même temps que très compréhensible pour tout le monde de l’état actuel de la science. Le plan du livre est très simple : après des définitions générales et des classifications destinées à fournir au lecteur un fil conduc-
- teur dans les explications paléontologiques et strâtigra -phiques, M. Rriart passe en revue les principales substances retrouvées à l’état fossile. Un chapitre des plus intéressants est consacré au mécanisme de la fossilisation et à l’examen des matières fossilisantes. Ça succession des êtres viÿapts perufant les temps^géologiques, est suivie d’un tableaq tfaipé de pia^n dé iriai^ré” ejes principales théories palêqptp.^pgiques'; enfin on îïraaYec le jiluê grand fruit les données aù^piir^’hm réunies snr lq climatologie des temps g^ttlogiquès.
- Causeries scientifiques d’Henri de Parviüe. — D’un seul coup et pour se remettre au courant, notre sympathique confrère M. Henri de Parville fait paraître chez Rothschild, quatre volumes de ses Causeries scientifiques. La collection complète de cette utile publication forme dès maintenant vingt-deux volumes qui constituent un résumé aussi savant que facile à lire des progrès des sciences à notre époque. 11 résulte de cette exubérance même qu’il nous faut renoncer à toute espèce d’analyse des 1500 pages que M. de Parville nous donne à lire aujourd’hui. Notre rôle en signalant la publication, se bornera donc à en recommander vivement la lecture.
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- Minéralogie. — En chauffant jusqu’à fusion dans le chlorure de sodium un mélange de silice’ et de chaux, M. Le Chatelier a préparé un chloro-sîlîcate calcique et cristaux orthorhombiques mesurables.
- Varia. — Les lueurs crépusculaires de ces derniers jours continuent de fournir un sujet facile de communications à toute une série de correspondants dont les lettres ont le grave défaut de se répéter indéfiniment les unes les autres; — l’étalonnage des galvanomètres occupe M. Ducretet; — M. Noël étudie la culture des plantes dans des dissolutions de matières organiques en décomposition; — d’après M. Chatin, l’anguillule de l’oignon vulgaire a dé grandes analogies avec l’anguillule du blé niellé. Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Variation» d'éclat de la comète Brooks-Pon»
- 1812. — Une des particularités les plus intéressantes de cette comète est le changement d’éclat qu’elle a présenté dans les premiers mois de sa réapparition. Lors de sa découverte, le 2 septembre, Brooks la signalait comme une nébulosité ronde, d’une minute de diamètre environ ; elle présentait un noyau bien défini d’un éclat de 10e grandeur. A partir du 5 septembre, lorsqu’on l’observa en Europe, la comète présentait l’aspect d’une nébuleuse d’un éclat excessivement faible, et le noyau étant ’a peine perceptible. Le 9, celui-ci n’avait pas un éclat supérieur à celui d’une étoile de 12e à 15° grandeur. Le 31 septembre, d’après M. Chandler. la comète était faible et diffuse. Sa condensation centrale n’avait pas un éclat supérieur à celui d’une étoile de 1 Ie grandeur. Le 22, à 7 h. t. m. de Cambridge (États-Unis), a la place delà comète, M. Chandler observait une belle étoile de 8® grandeur, sans trace de nébulosité, si ce n’est avec un très faible grossissement (50 diamètres). A première vue, rien ne pouvait faire distinguer la comète, qui ayait pris ainsi la forme stellaire, des autres étoiles de 8e grandeur qui se trouvaient dans son voisinage. Le 25 septembre, l’apparence de la comète avait de nouveau change. Le noyau s’étant étalé en un disque à bords mal définis, brillant d’une lumière diffuse.
- Ce même jour, à huit feules du soir, la comète observée à l’Observatoire de Br.^elles, avait, d’après le journal Ciel et Terre auquel nops empruntons ces rfenseignements, l’aspect d’une nébuleuse ronde de 2' de* diamètre, avec condensation progressive de lumière" vers (e centre. Son * éclat égalait celui d’une e^oile de 7e grandepr. ^e 25, cette nébulosité s’était développée jusqu’à présenter 4' de diamètre, mais son éclat était à peine dé lût grandeur. La luminosité de la comète alla depuis en s’affaiblissant jusqu’à la rendre même difficile à observer au commencement d’octobre. Le 5 de ce mois, la comète était petite,
- 2' de diamètre, et l’on pouvait à peine distinguer un petit noyau de 118 à 12e grandeur. Vers la fin du mois, la nébulosité s’agrandit, mais l’éclat du noyau ne dépassa pas la 10° grandeur. En novembre, la comète devint plus apparente; le 29, elle était visible dans une lunette de 3 centimètres, et son noyau, de 3" environ, brillait avec un éclat de 7e grandeur. Nous attirons tout spécialement l’attention de ceux de nos lecteurs qui s’occupent d’astronomie sur cette comète, dont l’éclat augmentera jusqu’à la 5° grandeur en janvier.
- Heure universelle. — L’jnvitation du Président des États-Unis aux différentes nations européennes, en
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- LA INATUKK.
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- vue d’un Congrès international joui l’adoption d’une heure universelle, ne semble pas avoir reçu jusqu’ici un accueil bien encouiageant. L’Italie, la Russie, l’Allemagne, la France et l’Angleterre n’ont pas encore répondu; l’Autriche, la Suède et la Norwègc ont décliné F invitation ; le Danemark et le Portugal l’acceptent conditionnellement, l’Espagne seule est lavorable.
- Cette question de l’unilicatron de l’heure, à vrai dire, n’inleresse réellement que les Etats-Unis, eu égard à leur vaste développement en longitude. Le besoin d’une heure initiale s’y lait sentir impérieusement, surtout dans les communications et transports par voies ferrées.
- Chute de poussières cosmiques. — « J’ai eu l’honneur de signaler à l'Academie des Sciences, il y a quelques années ‘, la présence constante, mais eu quantité variante, du fer dans les sédiments atmosphériques, pluie et neige. Ce fer constitue, au milieu .de la variété inliuie de poussières organiques partout répandues, un élément sur lequel dilferenls observateurs, MM. Nordenskiold et U. Tissandier surtout, ont appelé l’attention... Depuis trois semaines environ, j’avais constaté, dans les produits de lavages de l’air que j’effectue dans la cour de mon laboratoire, en vue de l’etude des microbes, la présence de globules de fer en nombre exceptionnellement grand. Le mercredi 5 décembre, nous avons eu à Genève une assez forte chute de neige. J’en ai fait recueillir sur le clocher de la cathédrale de Saint-Pierre, qjnsi qu’au sommet du mont Saleve, au lieu dit les Treize-Arbres. Cette neige, une fois fondue, fut distribuée uans une sérié de longs vases cylindriques, où elle reposa pendant douze heurts. Le fond de chaque tube se coqyqq( ^ un dépôt poussiéreux, dans lequel je retrouvai les susdits globules de fer. 11 eu fut de meme encore dan| (es | ppssieres recueilles sur un plateau de verre enduit eje glycérine, expose contre le vent sur la jetee de notre po^U. il paraît dope efr^ tombe pendant la seconde quinzaine de hoyembre et le commencement de décembre, a la surface de notre gjobe, une pluie exceptionnellement forte de poussières métalliques, d’origine céleste, quj peut-être a joué un rôle dans la production du magmfiqùe phénomène que chacun a pu admirer à cette époque après le coucher du Soleil. Lu présence de particules solides, extrêmement petites, tombant des espaces interplanétaires et se rencontrant jusque dans les couches les plus élevées de notre atinos-phèie (où les poussières terrestres, fumées, cendres, etc., doivent être bien rares) rendrait compte de la persistance des lueurs crépusculaires longtemps après la disparition du Soleil. J’ajoute qu’une pareille pluie n*’a peut-être de remarquable que sou abondance. Par sa date, elle coïncide avec la période de lin novembre, qui est caractérisée chaque année par une plus grande quantilé d’étoiles filantes. Les globules de fer seraient le produit de la rupture de plus gros météorites, des étoiles filantes microscopiquesa ». E. Yung.
- Un thermomètre négatif. — On sait que le thermomètre à mercure est fonde sur la dilatation des corps par l’action de la chaleur, et sur la différence de dilatation du verre et du mercure. M. I). Latschinoff, s’appuyant sur une expérience de Kohlrausch, expérience de laquelle il résulte que le coefficient de dilatation de l’ébonite est plus grand que celui du mercure, a eu l’idee de construire un thermomètre avec réservoir en ébonite dans lequel le mercure
- 1 Comptes rendus, t. LXXXIll, p. 242.
- a Note présentée à l’Académie des Sciences par M. Lacaze-Duthiers.
- s'abaisse par une élévation de température et s’élève, au contraire, par une augmentation de température. Il est ainsi arrivé à construire un appareil dans lequel un échauffement de 0° à 20° C. fait baisser le mercure de 25 millimètres. Le Journal de Physique qui nous fait connaître le fait, manifeste la crainte que les déformations du réservoir d’ébonite n’aient une influence comparable ou même supérieure à celle de la dilatation ; il n’en est pas moins vrai que le résultat est curieux et digne d’étre signalé.
- Il ne va plus être permis de se servir du cliché classique : « Et le thermomètre montait toujours... » pour dire que la température devenait de plus en plus chaude.
- Un nuage de moucherons. — Un singulier phénomène a été observé à Woolwich, dans l’après-midi du 4 septembre 1883. Lèvent soufflait del’E. N. E; la journée était belle et le temps clair, lorsque, brusquement, le ciel s’assombrit, et un nuage épais de grosses mouches et de moucherons aux ailes légères, passa au-dessus de la ville. — Large dé deux ou ti ois kilomètres, ce nuage mit près d’une demi-heure à passer au-dessus d’un mêmepoint.
- Ue vanillisme. — Les accidents locaux produits par le mainiement de la vanille sont assez analogues à ce qu’on a désigné depuis longtemps sous le nom de gale des épiciers, ou plutôt ils rentrent dans cet accident professionnel. Le vanillisme a été l’objet d’une communication au Congrès de Rouen. M. le docteur Layet ayant eu l’occasion d’inspecter les magasins d’entrepôt de la ville de Bordeaux, où il arrive en moyenne 2o à 30000 kilogrammes de vanille par an, a pu se rendre compte des divers accidents produits, accidents dont l’ensemble constitue (e « mnillflsyie ». Dans ces entrepôts, les gousses sont npttoyées, (riées, puis classées selon leur qualité. £és manipulations (Jétçrüïinent chez les ouvriers et ouvrières en sont charges, les accidents suivants : c’est ^iaiiord une pemangeaison au yisage et aux mains accompagnée i’iipe sensa(ipn vive de cuisson; la peau se couvre 4’ùnè éruptfop prqçigjneuse, se gonfle, rougit, et se ^squame au bout de quelques jours. D’autres fois, c’est un ïnalaise général, avec étourdissements, courbature, douleurs musculaires, qui oblige l’ouvrier à renoncer à ce genre de travail. Les accidents cutanés sont causés par un acarus qui se présente sous la forme d’un petit corps blanc, arrondi gagnant généralement les extrémités de la gousse. Cet acarus ne pénétré pas sous la peau comme le sarcopte de la gale, mais il détermine par son contact les démangeaisons signalées plus haut. A Faction de ce parasite, il faut joindre l’influence du givre, matière irritante qui concourt au développement de cet érythème professionnel. Quant aux accidents nerveux, M. Layet les ayant observés le plus fréquemment chez les ouvriers chargés de la manipulation des vanilles inférieures, pense qu’il faut les attribuer au suc huileux qui enveloppe les graines dans l’intérieur de la gousse.
- Artillerie militaire. — Des expériences fort intéressantes ont été faites en juillet dernier, dans la tour cuirassée de la jetée de Douvres, sur les deux canons de 81 tonnes qu’elle renferme. Par mesure de précaution toutes les fenêtres de la ville avaient été ouvertes. Dans une casemate solide, située au-dessus de la mer, étaient installées les trois machines à double action, d’une force motrice chacune de 200 chevaux, destinées à manœuvrer les pièces monstres. Une plus petite, servant seulement à charger, était placée à côte. La tour se meut sur 32 roues, reliées à un pivot central. Les canons sont dans une chambre de l’étage supérieur, large de 10 pieds ; dépas-
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- LA NATURE
- saut d’un mètre environ les ouvertures dans la direction du port. Le recul après le tir est de 8 pieds 6 pouces, il est arrêté par deux tampons, contre lesquels la pièce reste maintenue jusqu’à ce qu’elle soit rechargée; cette opération se fait en moins de trois minutes. La charge de 450 livres de poudre et le projectile de 1700 livres sont portés, par une machine spéciale, de leur salle de dépôt dans l’ame de la pièce. Un seul homme suffit à ces manœuvres. Quelques minutes après le commencement des expériences, un nuage de fumée sortait de la tourelle, et, presque aussitôt, à un mille de distance, le projectile frappait l’eau et réapparaissait encore trois fois au-dessus et très loin. Le son ne fut pas plus fort que pour les pièces tirées en rase campagne et tout, dans la tour, parut aussi ferme qu’un roc. Le premier coup fut tiré avec charge de 250 livres et projectile de 1500 livres avec hausse 6 mille. Le deuxième coup fut lancé dans les mêmes conditions, mais pour les trois derniers on mit la charge pleine de 450 livres. Aucun dégât n’a été constaté dans la tour, trois *
- glaces furent brisées dans le phare.
- Deux vases remplis d’eau, dans lé fort, n’en perdirent pas une goutte, et la falaise pour laquelle on semblait craindre, ne se ressentit nulleirfent de la commotion.
- Lue locomouvt à 1S sous periuutluiil do uduioiitrer les principes île l iuertie et de la puissance vive.
- UN JOUET
- MÉCANIQUE
- LA LOCOMOTIVE ROUTIÈRE.
- Il nous paraît intéressant de traiter de la mécanique des jouets chaque fois que l’occasion s’en
- présentera. Nous voulons présenter aujourd’hui à nos lecteurs une machine des plus simples et des plus ingénieuses, connue dans le commerce sous le nom de locomotive routière, et mettant bien en relief les principes de l’inertie et de la puissance vive.
- On sait que pour commun quer à une masse donnée une vitesse donnée, il faut dépenser une certaine quantité d'énergie, sous forme de travail mécanique, énergie proportionnelle à la masse du corps et au carré de la vitesse qu'on lui imprime. On sait aussi que les corps animés de cette vitesse ne reviennent à l’état de repos qu’après avoir dépensé sous une forme quelconque cette quantité de puissance vive — c’est le nom donné à l’énergie que possède le corps en mouvement du fait même de ce mouvement, — soit par des frottements, soit en effectuant un autre travail mécanique, etc. C’est en vertu de la puissance vive que roulent les billes de billard, que chemine le boulet de canon et que
- tournent les toupies et les gyroscopes. Le mouvement de ces derniers n’a même une si grande durée que parce que les frottements sont réduits à un minimum, qu’ils tournent à une grande vitesse et possèdent, par suite, une grande quantité de puissance vive ne s’éteignant que très lentement.
- Nous pourrons utiliser cette puissance vive à mettre en mouvement une roue par un système d’entraînement quelconque, et finalement produire la progression de l’ensemble, comme dans le petit appareil représenté ci-dessous. Il se compose en principe d’un volant V auquel on imprime un rapide mouvement de rotation à l’aide d’une ficelle roulée sur son axe et tirée ensuite vivement, comme dans les toupies ronflantes ou les toupies magiques. L’axe qui supporte ce volant vient s’appliquer sur les deux roues d’arrière du véhicule; la
- jante de chacune de ces roues est munie d’une garniture en caoutchouc pour augmenter l’adhérence entre l’axe et la roue. L’ate ayant environ un millimètre de diamètre, et la roue environ 50 millimètres, il en résulte que, pour un tour du volant, les roues d’arrière se trouvent entraînées d’environ 1 /50 de tour, mais la vitesse initiale du volant étant très grande, il en résulte que les roues sont entraînées assez rapidement, et lorsqu’on pose le système à terre, sa translation se produit aussitôt avec une vitesse régulièrement décroissante, au fur et à mesure que la rotation, et par suite la puissance vive du volant diminuent. Sur un parquet bien uni, il est cependant possible de faire parcourir à la machine de 20 à 50 mètres avant son arrêt. Inutile d’ajouter que le corps de la chaudière et la cheminée ne sont là que pour la forme; les roues d’arrière seules sont motrices, les roues d’avant ne sont que des roues porteuses. Ce petit jouet, d’un prix fort modique, peut donc être utilisé à montrer les principales lois de la mécanique et à prouver une fois de plus le principe de la conservation de l’énergie.
- Le propriétaire-gérant . G. Tissaxdikr. Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 555. — 5 JANVIER 188 4.
- LA NATURE.
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- LES LEPTOCIRQUES
- Les Lépidoptères, insectes dont les ailes membraneuses sont recouvertes d’écailles colorées, comme
- une fine poussière qui reste après les doigts quand on les saisit, sont connus de tout le monde sous le nom de papillons, indistinctement et depuis très longtemps. L’étymologie de ce nom se perd dans l’antiquité latine, car les mots papilio, papilionculus
- Le Leptocircus Curius, Faliricius, papillon du littoral indosondaïque.
- se rencontrent dans Ovide, Pline et Térence. L’expression elle-même est grecque ; on l’employait pour indiquer une toile tendue destinée à se mettre à l’abri, une tente, et les Latins eux-mêmes se servaient de ce nom pour faire connaître, par exemple, les tentes portatives dont les peuples numides formaient leurs camps dans leurs migrations incessantes. Peut-être les ailes bien déployées dans le 12a année. — lor semestre-
- vol des brillants insectes qui nous occupent ont elles été comparées aux toiles des tentes. Le nom de papillon ou papilio a été restreint plus tard par Linné à un grand genre de ces insectes, orné des plus riches couleurs, offrant les antennes plus grosses vers la pointe et terminées le plus souvent par un bouton ou une massue, les ailes dressées et accolées dans le repos perpendiculairement au corps, le vol
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- LA NATURE.
- ayant lieu exclusivement pendant le jour, les chenilles portent an cou un tubercule mou et rétractile, en l'orme de la lettre Y, qu’elles font saillir quand on les inquiète. Au siècle dernier des espèces très nombreuses de ces insectes arrivaient cnEuropepour être vendues aux riches curieux, afin d’orner leurs cabinets, soit des deux côtes des Indes et des îles Malaises, soit des Guyanes et du Brésil. Il fallait mettre un peu d’ordre dans ces magnificences, afin de permettre de les ranger dans les collections et Linné leur imposa le nom de Chevaliers (Equités), ayant le bord externe de l’aile supérieure plus étendu que l’intefne et chez lesquels la masse qui termine l’antenne est souvent oblongue. Il voulut poétiser ces splendides créatures, ces fleurs vivantes, et, tout imprégné du parfum de la poésie antique, il divisa ses Chevaliers en deux tribus, les Troyens et les Grecs. Les premiers (Troes) étaient ceux dont le tronc est noir, souvent avec des taches d’un rouge de sang sur les côtés du thorax. Ces papillons reçurent les noms des héros principaux de l’Iliade et de l’Enéide, tels que ceux d’Hector, Priam, Paris, Ànténor, Pélée, Lysan-dre, Ànchise, Enée, Ascagne. L’autre tribu, les Grecs (Achivi), était formée- des papillons n’ayant pas de taches rouges à la poitrine et dont les ailes infé rieures portent le plus souvent à leur bout, une sorte de décoration œillée, rappelant les belles couleurs de l’œil de la queue du Paon, et se terminent par un prolongement, comme une queue ou une épéë. Tels sont entre autres ceux que Linné nommait Aga-memnon, Ulysse, Achille, Ajax, ldoménée, Machaon, Podalyre, Philoctète, etc.
- Les entomologistes de France, assez peu soucieux de ce fatras mythologique, nommèrent tout simplement ces papillons les Grands porte-queues, d’après le caractère le plus saillant des deux espèces à fond jaune avec des dessins noirs, en marquetterie ou en bandes, qu’ils voyaient voler dans nos campagnes, le Machaon et le Podalyre ou Flambé, les bandes de ses ailes simulant de longues flammes. La chenille du premier de ces papillons vit sur la carotte, le fenouil et autres ombellifères, et nous avons présenté l’histoire de cet insecte dans ce journal même sous le nom du Papillon des carottes. L’autre espèce, beaucoup moins commune en France et qui tend même à devenir rare aux environs de Paris envahis par les constructions, a une chenille se nourrissant des feuilles du prunellier épineux ou de l’aubépine, parfois même du prunier cultivé ou du pêcher; tous les Porte-queues ont six pattes complètes et propres à la marche, les pattes antérieures ne s’enroulant pas autour de leur cou comme une courte palatine; leurs ehenilles se suspendent pour devenir chrysalides au moyen d’un faisceau bref de fils de soie attachés à l’extrémité postérieure, et, en outre, par une ceinture de fils de soie passée autour du milieu de leur corps et dont les deux bouts se fixent au support de la chrysalide. Ce sont là des caractères généraux du grand genre linnéen Papilio.
- Si quelques espèces de ce genre manquent de
- prolongement caudal aux ailes inférieures il en est d’autres où ce caractère acquiert une véritable exagération. Swainson, en 1832, en a formé le genre Leptocirque (Leptocircus) détaché des Papillons ou Porte-queues proprement dits. On n’en connaît jusqu’ici qu’une seule espèce certaine, celle que nous représentons, le Leptocircus Curius, Fabricius, du littoral indosondaïque. Fabricius place le genre dans les Papillons et Godart dans les Erycines. L’espèce est figurée p3r Doubleday, dans son ouvrage célèbre : The Généra of diurnal Lepidoptera. Les deux sexes sont pareils. On a indiqué d’autres espèces, qui ne sont réellement que des races de pays. Les marchands ont grande tendance à multiplier les espèces des types rares, afin d’allécher les amateurs et d’obtenir des prix plus élevés. Les Leptocirques ont les six pattes complètes, la tête grosse, les yeux grands et saillants, les antennes assez allongées, renflées à leur extrémité en une massue arquée de bas en haut, les palpes très courts, ne dépassant pas les yeux, à articles très peu distincts, le troisième très court. Le corps est gros et robuste, l’abdomen très court. Les ailes iupérieures sont médiocrement robustes, les inférieures comme plissées longitudinalement et terminées insensiblement en une très longue queue recourbée à son extrémité en demi-ellipse, les deux concavités du côté interne, alors que l’insecte récemment éclos a peu volé; mais bientôt ces queues délicates s’altèrent, se déforment, se replient. Le bord de ces ailes' qui entoure l’abdomen n’est pas évidé et laisse cet abdomen libre ; il est droit, un peu replié en dessus. La chenille et la chrysalide sont inconnues.
- Le Leptocircus Curius a les antennes noires ainsi que les bordures des ailes supérieures. Toute la moitié extérieure de ces mêmes ailes est transparente et d’aspect vitré. Elles sont traversées par deux bandes d’un très joli verdâtre nacré. Les queues des ailes inférieures, toujours plus ou moins repliées dans leur longueur, sont d’un noir brunâtre, bordées extérieurement d’un liséré blanc et avec une tache blanche au bout. Le noir intense des régions foncées des ailes passe peu à peu au brun, quand le papillon a beaucoup volé sous l’ardent soleil tropical. Ce papillon est peu commun; gêné par ses queues longues et grêles, recourbées en faucilles, il vole mal et reste toujours peu éloigné de terre. On le trouve au sud des Indes, à Singapore, en Cochin-chine, à Siam, à Java, aux îles Philippines, à Célèbes. Les deux sujets venant de Célèbes, qui figurent dans la collection du Muséum, sont notablement plus grands que ceux des autres provenances, fait qui se présente pour beaucoup d’espèces d’insectes de cette grande île éminemment chaude et humide et à végétation ultra-luxuriante.
- Nous ferons remarquer que le caractère des ailes inférieures prolongées en longues queues n'est pas exclusif aux papillons diurnes. On le retrouve dans des Attacus, du sous-genre Actias, Boisduval, et nous avons étudié dans La Nature, sous le nom de
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- Grands Paons de nuit à queues, certaines de ces singulières espèces *. Qu’il nous suffise de rappeler le magnifique papillon d’un beau vert clair, avec nervures de pourpre, qu’on trouve près de Madrid sur les pins maritimes des collines de l’Escurial et qui a été dédié à la reine Isabelle, et ce Grand Paon dé nuit de Madagascar, VActias Cometes, Boisduval, d’un jaune verdâtre, dont les queues très longues et très grêles chez le mâle, rappellent le Leptocirque dans un groupe entomologique tout différent.
- Maurice Girard.
- —».<><—
- LES MACHINES D’ASSAUT
- Dansun des derniers numéros de La Nature2, M. le contre-amiral Serre a proposé une restitution du Corbeau employé sur les navires romains.
- A l’appui de son opinion, je citerai quelques extraits d’un livre sur les machines de guerre fort peu connu, car il n’a jamais été traduit encore du grec en français ; c’est le Traité de Poliorcétique de Héron de Constantinople, savant ou plutôt compilateur du dixième siècle.
- Les figures qui accompagnent notre traduction sont copiées exactement sur celles du beau manuscrit, remontant à cette époque, qui a été rapporté, en 1845, d’un couvent du Mont-Athos par M. Minoïde Minas et acheté par la Bibliothèque Nationale.
- La figure I montre un bélier formé d’une grosse poutre munie d’un double parapet «à la hauteur du genou comme dans la description de Polybe ; la figure 2 représente un pont-levis. Héron se borne à dire à leur propos :
- « Certains ingénieurs, quand ils veulent assiéger une ville maritime, après avoir attaché ensemble par-dessous deux bateaux, placent la machine au-dessus, et profitent d’un temps calme pour l’approcher du rempart ; mais, si les embarcations sont prises par un coup de vent debout, si la vague agitée vient les frapper par-dessous, ces secousses font vaciller et même renverser la machine fixée solidement sur les bateaux : en effet ceux-ci n’ont pas toujours le même mouvement, l’uli deux pourra se trouver quelquefois à la cime du Ilot, et l’autre dans le fond; et si les machines, ainsi secouées, viennent à se briser par suite des combinaisons de leurs auteurs eux-mêmes, l’audace et le courage de l’ennemi s’augmenteront encore.
- « Et puisque la faculté des recherches heureuses a été donnée à. l’âme humaine, nous ne devons pas nous contenter de connaître les bonnes inventions d’autrui, mais aussi en faire par nous-mêmes dans un sens pratique. Ayant soin alors, après de trouver un moyen de consolider notre machine, de fixer au milieu du [plancher] qui relie par-dessus les deux barques ce qu’on appelle une guenon; c’est un poids qui ressemble, pour ses dimensions, à celui qui est
- 1 Voy. n° 447 du 24 décembre 1881, 50.
- * Voy. n° 546 du 17 novembre 1883, p. 395.
- indiqué sur la ligure; ou le suspend à la partie inferieure du poids placé sur le [plancher] pour l’équilibrer, afin que, quand les Ilots de la mer viennent de tous côtés battre et ébranler les bateaux, la machine se maintienne verticale et immobile.
- « 11 faut également prendre des dispositions pour se protéger des coups de vent et des tentatives de défense de l’assiégé : il faudra préparer de petites hélépoles ou mantelets, en forme de tour, et des engins propres à l’escalade, le tout de hauteur convenable et facile à manier, afin que, lorsque les bateaux seront près du rempart, on puisse dresser ces engins au moyen de câbles et de mou fies comme il a déjà été exposé, et avoir accès sur le rempart.
- « On obtiendra pour cela un grand effet du tube dont il a déjà été parlé, si on le proportionne aux bateaux reliés par un plancher, si après l’avoir fixé bien d’aplomb on l’élève en le faisant tourner, comme il a déjà été expliqué; on peut aussi le placer sur l’appareil connu sous le nom de hunier, sur lequel il peut se mouvoir dans six directions comme ces machines appelées des grues ; on peut aussi le placer en haut d’une colonne [en forme de vis], qui, mue par un cabestan, peut tourner de manière à monter et à descendre ; c’est ainsi que Damis de Golophon plaçait les Sambyques sur des colonnes à vis, comme l’ingénieur Biton l’a consigné dans ses Poliorcétiques (lig. 5).
- Le tube dont parle Héron est encore représenté par les figures 4 et o ; voici sa description :
- « 11 est également possible de donner l’assaut à un rempart sans échelles comme l’a enseigné dans ses Commentaires, Ctésibius d’Ascra le maître de Héron d’Alexandrie, au moyen de la machine suivante, telle que la décrit Athénée.
- « 11 faut construire un chariot à quatre roues couvert de tous côtés, ou une tortue-bélier ; de deux côtés opposés de la machine, on assemble [sur les longerons] deux pièces de bois verticales et une autre en travers, ayant la face supérieure bien dressée, pour que les efforts qu’elle aura à subir portent par toute la largeur ; cette traverse doit avoir de chaque côté des entailles en forme de gorge, et reçoit un canal en forme de tube cintré, en bois, cloué sur ses côtés, et recouvert extérieurement de planches clouées ou simplement entouré de peaux épaisses, solides et aussi légères que possible ; il faut qu’un homme armé puisse y entrer droit, s’y avancer et en sortir. Gela fait, on élève le tube vers la partie supérieure et on le présente au point où l’on veut (fig. 4).
- « Une des parties étant abaissée vers le sol, l’autre est au contraire amenée en haut puisqu’étant tirée au moyen des chaînes de fer qui sont de chaque côté de la pièce de bois transversales, elle tourne par les entailles de cette même pièce.
- « Lorsque ce tube est ainsi élevé de telle sorte que son orifice arrive à toucher le mur, on fait avancer au moyen de ses quatre roues la tortue ou le cha-
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- riot, l’homme de l'intérieur ouvre la porte qui est à l'avant et s’avance armé sur le rempart ; de meme un grand nombre, par la base même du tube, ont, à l’intérieur, le chemin ouvert.
- « Le tube est entouré, au-dessus des planches clouées et renforcé de tous côtés, par des cftblcs so-
- lides, et on le recouvre encore de peaux humides, pour le garantir des projectiles incendiaires. Ctésibios n’a pas indiqué de dimensions pour la construction de cet engin; mais il n’en a laissé qu’une simple note destinée aux ingénieurs familiarisés avec les calculs mathématiques. C’est à eux de modifier les
- Fig. 1.
- Bélier pour l’attaque des> fortifications du côté de la mer.
- proportions de la machine, et de les appliquer convenablement aux données du terrain. Mais nous, comme exercice pour les commençants, nous indique-
- Fig.
- Tube pour l’assaut avec l’indication des deux espèces de supports employés pour l’élever.
- efficace dans un siège, si on donne plus de grandeur à son orifice antérieur, et si sa sortie se fait au moyen de deux battants de porte à charnières, de manière qu’il puisse recevoir deux hommes armés, qui doivent monter ensemble sur le rempart et qui se tiennent debout de chaque côté » (fig. 6).
- Pour achever de compléter ce que les anciens ingénieurs nous ont laissé au sujet de ces sortes de machines, je donnerai encore un passage de Héron
- Fig. 2.
- l'out-levis pour l'attaque des fortifications du côté de la mer.
- ions ainsi qu’il suit les dimensions à donner à l’appareil....
- « Ce même tube sera d’un effet encore plus
- Fig. 4.
- Tube d’assaut porté sur uue tortue-bélier.
- se rapportant à un pont-levis au sommet d’une échelle (fig, 5).
- « 11 y a aussi un autre modèle d’échelle montée sur des roues, construite également de bois forts et légers, sur le sommet de laquelle une autre échelle, destinée à servir de pont, s’assemble par son milieu, au moyen d’un axe, dont les extrémités sont cylindriques et polies au tour dans les parties qui doivent servir à l’assemblage, de manière que, rabattue
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- vers l’échelle inférieure, elle se meuve facilement, et qu’elle puisse-ensuite se relever en écharpe sur la première, quand on la tire de l’arrière au moyen de cordes; elle est rabattue ou relevée symétriquement par le moyen de ce qu’on nomme des moufles, c’est-à-dire des chapes à galets, produisant une grande force pour relâcher ou tendre les cordages par le rapprochement et la coopération des poulies placées les unes à la suite des autres.
- « On doit, au haut de l’échelle inférieure, placer des taquets ou ménager quelque saillies qui retiennent, à la partie inférieure, i’échelle dressée et l’empêchent de se renverser en arrière, pour éviter que, si on l’amène violemment au sommet de l’autre échelle, sa chute ne cause des ravages parmi les hommes qui la font mouvoir.
- « Lors même que l’on fait d’une seule pièce de Lois l’échelle qui doit être placée en bas, ses échelons doivent avoir sur chacun des montants une saillie et être percés, dans ces parties saillantes, de trous par lesquels on fera passer une corde solide et bien tendue qui la préserve contre la rupture; si elle est en plusieurs pièces, on l’établira comme les échelles dont il a déjà été parlé. L’échelle qui est destinée à être au-dessus, doit être sur toute sa longueur revêtue d’un plancher, et être renforcée au moyen de cordes qui l’entourent, pour présenter un passage sans danger, une fois appuyée sur le mur. On l’élève sur la première, on l’amène dans une position à peu près verticale, et on les approche toutes deux ensemble du rempart.
- « L’échelle inférieure, qui a des barreaux pour permettre de monter, doit être placée vis-à-vis du mur, à une distance telle que, relâchant les cordes d’une façon régulière et calculée, l’extrémité de l’échelle planchéiée, en s’abaissant, vienne se placer sur le rempart et fournir un passage à l’assaillant. La largeur des échelles et du pont doit être telle que cinq, quatre, ou tout au moins trois hommes, puissent passer en ordre et de front sur le pont, et
- combattre d’un même effort contre les défenseurs du rempart.
- « 11 faut placer des armatures de cuir sur les deux côtés de l’échelle et du pont, pour amortir les traits lancés obliquement. 11 faut aussi consolider l’échelle inférieure au moyen de piquets fichés en terre, et la fixer avec des cordage bien tendus; elle doit se trouver plus haute que le mur d’au moins trois pieds, pour que les traits lancés du rempart ne puissent la traverser, puisqu’il leur faut aller en montant, et qu’ils ne puissent donner la mort à ceux qui la manœuvrent. Outre cela, le pont allant en s’abaissant sur le mur, les hommes, n’avant qu’à descendre, auront plus de courage'et d’audace. Si l’échelle était plus basse que le mur, il arriverait le contraire. »
- 11 set a maintenant plus facile de comprendre' le passage obscur de la traduction dePolybe dont la traduction littérale est :
- a A son extrémité (peins), on adaptait une ferrure qui s’amincissait comme un pilon et qui avait un anneau au bout, de telle sorte que la machine, dans son ensemble, ressemblait aux outils des boulangers. Dans cet anneau on fixait le câble qui servait, au moyen de la poulie frappée sur la poutre et par un mouvement de bascule dans les vides (kata tas embolas) du navire, à élever les corbeaux et à les laisser retomber sur le catastroma des navires ennemis ».
- 11 serait possible que la ferrure fut une simple chape conique dans laquelle s’engageait l’extrémité extérieure delà poutre comme dans la ligure 1. Je dis extérieure, quoique rien ne le spécifie dans le texte, parce qu’il est peu probable qu’on ait exposé le câble moteur à être coupé par l’ennemi quand on pouvait le mettre à l’abri dans l’intérieur du navire.
- On remarquera que la bataille deMyles a eu lieu environ 200 ans avant Jésus-Christ, que Ctésibius vivait précisément à cette époque et qu’il avait sans doute voyagé, après avoir quitté Ascra en Béotiesa patrie, pour aller s’établir à Alexandrie où il devint
- Fig. 5. — Échelle à pout-levis.
- Fig. 6. — Tube d’assaut pour deux hommes de front.
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- LA NATURE
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- le maître des ingénieurs Héron et Philon. Très probablement il est l’inventeur auquel Polybe fait allusion. A. de Rochas.
- CORRESPONDANCE
- type CURIEUX DÉCHINOOERME.
- Lille, 19 décembre 1885.
- Monsieur le Rédacteur,
- L’inléressaut article de M. Vion sur la faune pélagique 1 m’a remis en mémoire un type fort curieux d’Echino-derme que je vous demande la permission de présenter aux lecteurs de La Nature.
- Vous voudrez bien m’excuser d’avoir tardé quelque peu à vous envoyer cette communication. Le mieux est parfois l’ennemi du bien : j’ai voulu revoir le travail original où se trouve décrit l’animal dont il s’agit. Cela m’a pris un certain temps, car la publication américaine d’où j’extrais ce qui va suivre n’est pas des plus faciles à se procurer2 * *.
- Les Camarocrinus appartiennent, comme leur nom l’indique, à la classe des Crinoides. Ils ont été rencontrés à l’état fossile en diverses localités des environs de New-York et du Tennessee, dans le calcaire silurien du lower Heidelberg group. Leur forme aberrante les distingue entre tous leurs congénères.
- On ne connaît à vrai dire qu’une partie du corps des Camarocrinus, mais tellement bizarre qu’elle suffit amplement à justifier la création d’une nouvelle coupe générique. C’est une sorte de masse globuleuse, solide , à parois épaisses . pouvant atteindre, dans son ensemble, jusqu’au volume du poing. Des tubérosités arrondies et inégales enlre elles, en bossèlent la surface. Ces saillies correspondent à autant de divisions intérieures qui, d’après les figures que j’ai sous les yeux, affectent des groupements tout à fait variables. On ne saurait mieux comparer la disposition générale de ces espèces de chambres qu a celle d’une série de bulles de savon, agglutinées et déformées par leur juxtaposition même.
- Toutefois, l’un des côtés de la sphère présente constamment une ouverture au fond de laquelle on aperçoit comme le tronçon d’une colonne. C’est la tige proprement dite de l’encrine, brisée à une faible distance de son origine dans tous les exemplaires connus de Camarocrinus. J’ajouterai que cette tige s’insère à la partie concave du globe par une sorte de racine exactement semblable à celles que l’on a décrit chez divers crinoides vivants ou fossiles.
- « Ce remarquable corps crinoïdal, dit M. James Hall, dont je cite maintenant les propres paroles5, s’écarte à
- 1 La Nature du 5 novembre 1885, p. 354.
- 2 Twenty-eight animal report of the New-York State
- Muséum of natural history (Albany, 1879). — Notice of some remarkable crinoidal forms, etc., by James Hall,
- p. 205 et suiv., pl. 35, 36 et 37.
- 5 Loc. cit., p. 206.
- tel point des formes connues que ses véritables caractères et ses affinités ne sont pas immédiatement évidentes. Il est sans aucun doute de nature crinoïde, bien qu’on ne lui trouve pas d’analogie apparente avec les représentants
- ordinaires de la classe.................................
- .........Suivant toutes probabilités, c’est une base de
- crinoïde remplissant une fonction comparable à celle que l’on attribue à l’appendice bulbeux des Ancyrociinus. Dans ce genre, des upper Heidelberg et Hamilton groups, il existe en effet, à l’extrémité de la tige, un renflement particulier qu’on suppose être un flotteur ou une amarre. A ce point de vue, il est permis de considérer la masse sphéroïdale décrite ci-dessus comme un véritable support où se trouve fixée la partie inférieure d’une tige qui doit porter elle-même à l’opposé un ou plusieurs calices dont les caractères nous sont encore inconnus. Les Camarocrinus seraient donc des débris d’organismes flottants qui menaient autrefois la vie errante des comatules ou des méduses actuelles.........»
- La figure ci-contre montre l’essai de restauration de ce type remarquable tel que le conçoit M. James Hall.
- Sans admettre comme définitivement démontré le fait de l’existence pélagique des Camarocrinus, il conviendrait peut-être de modifier par un léger correctif les lignes suivantes de M. Vion : « Chose fort remarquable ! il n’y a pas de représentants pélagiques des Éponges, des Alcyo-naires, des Siponculés. des Brachiopodes, des Lamellibranches ni des Échinodermes, et d’après les témoignages géologiques que nous possédons, il n’y en avait pas davantage anciennement *. »
- Cela n’ôte aucun mérite, est-il besoin de le dire, à l’intéressante notice de votre savant et zélé collaborateur. Je le remercie, pour ma part, de m’avoir fourni l’occasion de donner quelque publicité à ces curieux Camarocrinus dont la description ne se trouvait jusqu’ici qu’entre les mains d’un petit nombre de paléontologistes.
- Recevez, etc. Jules de Guerne.
- LES EXCURSIONS D’HISTOIRE NATURELLE
- de l’institut d’essex (aux états-unis)
- Les excursions en pleine campagne sont la vie et le charme des Sociétés d’histoire naturelle.
- Non seulement elle forment et instruisent les membres les plus jeunes, qui apprennent par l’exemple, en quelques heures, ce que les meilleures lectures et les plus savantes leçons ne sauraient leur enseigner; mais les naturalistes consommés peuvent profiter eux-mêmes des observations sagaces ou des trouvailles heureuses de leurs compagnons moins âgés. Enfin cette promenade côte à côte, ce voyage et ces recherches en commun, resserrent des liens que la similitude des goûts a fait naître, et que les séances ordinaires de la Société n’auraient pas toujours suffi à maintenir.
- Ces réflexions nous ont surtout été suggérées k la lecture du Bulletin de l’Institut d’Essex. Nous trouvons à Salem, dans cet Etat de Massachussets si prospère et si éclairé, une Société qui fait avec succès des excursions en pleine campagne (field meetings), et qui en profite souvent pour fraterniser avec d’autres Sociétés, comme l’a fait à Beauvais, en 1877, La Société linnéenne du nord de la France
- 1 Loc. cit., p. 355, colonne 2.
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- LA NATURE
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- avec les Amis des Sciences naturelles de Rouen, et avec les Naturalistes de l’Oise.
- Dans ses excursions au dehors, la Société américaine ne se borne pas à recueillir des spécimens d’histoire naturelle. Après un repas champêtre, souvent en plein air, il y a une véritable séance, dans laquelle on lit des travaux préparés ou improvisés pour la circonstance. Prenons, par exemple, leur excursion du 30 juillet 1880. Elle a lieu à Bradford, à quelques lieues de Salem, sur l’invitation d’un membre associé, le Dr Cogswell. On arrive en chemin de fer, par train spécial, jusqu’à Danvers ; à Bradford, des bateaux attendent les membres pour les conduire à la ferme de leur hôte, sur les bords du Merri-mac. Des voitures les prennent ensuite et les amènent dans un bosquet où se trouve dressées les tables pour le lunch. Les membres de l’Institut des Fermiers et des Artisans de Have^hill et de Bradford se sont joints aux excursionnistes. Pendant la journée, on visite la bibliothèque , le monument élevé à la courageuse Hannah Duston qui, en 1697, enlevée par des Indiens, leur échappa en mettant à mort ses ravisseurs; on se nourrit ainsi d’idées larges et de patriotiques souvenirs.
- L’après-dinée est réservée à la séance : une vaste grange est transformée en salle de conférences. En avant se trouvent des rangées de sièges : derrière la table du président, un magnifique paysage se détache dans l’encadrement de la porte largement ouverte. Une meule de foin au parfum pénétrant est transformée à la hâte en un balcon où jeunes et vieux se pressent pour écouter. Et, après la lecture du procès-verbal, le président parle des excursions précédentes, des explorations anciennement faites dans le pays, et remercie chaleureusement l’hôte généreux qui a organisé la réunion. Le Dr Cogswell prend la parole à son tour, puis c’est un membre de la Société de Bradford; puis viennent les communications scientifiques, qui appellent des remarques et de nouvelles communications. Enfin, l’on regagne dans des barques et dans des voitures, la station de départ.
- Douze jours plus tard, c’est une excursion à l’île Lowell, l’entrée du port de Marblehead. Un bateau à vapeur amène les membres et leurs amis, et ils sont accueillis par le colonel Palmer, locataire de l’île et des bâtiments qui s’y trouvent et qui ont été érigés, en 1773, comme un hôpital pour l’inoculation de la petite vérole. A l’arrivée, chacun se sépare pour se livrer à ses recherches favorites ; on pèche, on drague, on herborise, et l’on se réunit à une heure dans la grande salle pour le lunch, et pour la séance, que remplissent des travaux fort intéressants.
- En janvier 1881, l’Institut ne craint pas d’organiser une excursion d’hiver aux étangs de Chebacco. Cette fois, c’est en traîneau qu’ils partent. Le temps est beau, et ils jouissent d’un paysage hivernal. Les étangs sont gelés, mais on recueille sur leurs bords et dans les bois des plantes ligneuses, des branches offrant des bourgeons, etc. Et lorsqu’on se retrouve dans la salle de réunion, on s’entretient de sujets de circonstance. Le vice-président, M. Putnam, parle delà vie pendant l’hiver, et des moyens par lesquels elle se conserve. Le professeur Morse expose la méthode de protection des œufs des papillons et des autres insectes pendant la saison froide. Il explique ensuite la formation des glaciers et des moraines. Enfin, il rapporte les preuves de l’existence de l’homme durant la période glaciaire, et rend compte de la découverte, faite par M. C. Abbott, d’instruments en pierre taillée dans le gravier de Trenton (New Jersey). Le Dr Abbott, présent à
- la séance, donne quelques détails sur sa découverte. Le président mentionne une trouvaille du même genre qui vient d’être faite à Wakefield (Massachussets). Enfin, M. John Robinson lit une note sur l’état des arbres pendant l’hiver, note qui mériterait d’être traduite ou analysée pour notre Bulletin.
- Un travail également intéressant et digne d’être reproduit est celui de Miss Mary Plumer sur la Dissémination des graines ; il a été lu aussi dans une séance d’excursion.
- Nous ne voulons pas suivre l’Institut d’Essex dans toutes ses pérégrinations. Notre but estsurtoutde réveiller parmi nous le goût des promenades scientifiques. R. Vion.
- LES JOUETS ÉLECTRIQUES
- DE LEXPOSITION DE VIENNÉ
- On a beaucoup remarqué à l’Exposition de Vienne une série de joujoux mignons, parmi lesquels il y a lieu de citer des applications de lampes à' incandescence du plus gracieux effet. La Compagnie Swan exposait un ravissant bouquet de fleurs artificielles que l’on peut mettre à la boutonnière; sous les fleurs se trouve une petite lampe électrique renfermée dans une perle de porcelaine en forme de perce-neige. Deux petites chaînettes établissent la communication de la lampe avec un accumulateur minuscule que l’on dissimule facilement dans la poche. En faisant tourner un petit tube de verre rempli de mercure, on établit la communication électrique et la lampe devient incandescente. L’illumination soudaine et imprévue du petit bouquet produit l’effet le plus surprenant et le plus merveilleux que l’on puisse imaginer, à tef point qu’une personne qui se promenait dans l’Exposition, décorée de ce bouquet magique, amassait autour d’elle une foule de curieux.
- On a également pensé à éclairer à la lumière électrique des bijoux et notamment des diamants et autres pierres précieuses. L’on comprend l’effet saisissant produit par cette habile combinaison de feux. Toutefois l’on ne peut guère s’attendre à ce que ces bijoux électriques restent longtemps en vogue, car la manipulation des accumulateurs apprendra par expérience que si l’acide sulfurique donne des feux aux diamants, il ne brûle pas mal non plus les tissus fabriqués et le tissu animal.
- Citons encore l’allume-cigare d’Edison, un petit objet, sinon indispensable, au moins utile A un manche ordinaire de porcelaine, pareil à ceux que l’on a l’habitude de voir dans les bureaux de tabac, est fixé un pied de lampe à incandescence, sur lequel on visse une lampe composée d’un carton d’amiante tenu par deux fils de platine.
- Comme la résistance de ces fils serait trop faible, le même circuit alimente une lampe qui se trouve placée derrière la première. Le contact s’établit au moyen d’un bras mobile auquel l’instrument est suspendu au moyen d'un double fil métallique. En soulevant le bras mobile, on agit sur un ressort situé à la partie supérieure de ce dernier, et le circuit se trouvant fermé, la lampe et le brûleur s’allument. Cet allume-cigare était installé dans le jardin du restaurant, car il ne faut pas oublier que, dans l’Exposition même, il n’y a que les foyers fumivores auxquels il ne soit pas formellement interdit de fumer.
- (Centralblatt fur Elektrolechnick.)
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- L’EX POSITION
- D’APPAREILS DE CHEMINS DE FER
- DE CHICAGO1
- Nous avons déjà parlé de cette intéressante Exposition, nous y revenons aujourd’hui pour donner une description sommaire du matériel roulant affecté à des usages spéciaux et construit sur un modèle absolument différent des nôtres.
- La figure 1 représente l’intérieur d’un bureau-poste ambulant. Ces voitures ont l’aspect général
- du matériel américain ; la longueur de la caisse est de 18m,30 (60 pieds), sa largeur de 2m,90; elles ne communiquent pas avec les véhicules voisins. Elles sont, comme on le voit, assez grandes pour qu’il ne soit pas nécessaire de recourir comme en France à l’emploi de wagons jumeaux pour les grands parcours. À l’intérieur, on peut disposer des groupes mobiles de tables et de casiers pour le triage et le classement des dépêches. On peut aussi enlever cette installation en totalité ou seulement en partie de manière à transformer la voiture en magasin à dépêches. Ce wagon est également muni d’un appareil pour prendre et lancer les dépêches pendant la
- Fig. 1. — Intérieur d’un bureau de poste ambulant aux États-Unis.
- marche; le sac qui les renferme est pris par ses quatre coins dans un cadre mobile qui s’applique contre les parois du wagon lors du passage du train. C’est là une application qui donne de bons résultats, et qui est d’autant plus intéressante à signaler qu’en France, on hésite encore, en l’absence d'essais satisfaisants, à avoir recours à ces dispositions pour prendre ou laisser les dépêches en marche. Nous devons toutefois rappeler que tout récemment, de nouvelles expériences ont été faites avec un certain succès par MM. Trottin et Parent, sur la ligne de Grenelle au Champ de Mars.
- Deux wagons de ce type construits par la Har-
- » Yoy. u° 542 du 20 octobre 1883, p. 521.
- nson Postal Bag Rack C° de Fond du Lac (Wisconsin) sont exposés par le Chicago Milwaukee and Saint-Paul railroad.
- Tout le monde connaît le chasse-neige employé ordinairement chez nous. Tantôt c’est un simple soc à double versoir placé à l’avânt des machines lorsqu’il s’agit de déblayer de faibles couches de neige, tantôt c’est une grande charrue montée sur un châssis spécial pour les pays de montagnes, telles que celles du Lioran au chemin de fer d’Orléans et du Brenner au chemin du Sud de l’Autriche. La Hawley Snoiv Plough C° de Rochester (N. Y.) expose un nouveau système d’origine canadienne. Il consiste, comme le montrent immédiatement les ligures 2 et 5, en une grande vis verticale placée à
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- l’avant d’un grand wagon en fer poussé comme à sieurs locomotives. Au lieu de fendre simplement l’ordinaire dans les bancs de neige par une ou plu- la neige et de la rejeter sur les côtés, cet appareil
- Fig. 2. — Nouveau chasse-neige américain, déblayant la voie sous l’action de trois locomotives.
- l’enlève par la rotation de la vis qui tourne sur son axe à une vitesse de 500 tours par minute environ, au moyen d’une paire de machines horizontales.
- Ce système est tout récent, et le premier appareil a été terminé au mois d’avril dernier, époque à laquelle on lui a fait traverser sur le Toronto Greyand Bruce railway près d’Orange-ville un banc de neige et de glace d’une longueur de 45 mètres sur lm,80 d’épaisseur.
- Au point de vue des freins continus, l’Exposition présente également un certain intérêt.
- Jusqu’à ces derniers temps on a limité en Amérique, comme en Europe, l’emploi des 1 reins continus aux trains, de voyageurs, mais on s’est beaucoup préocupé toutefois de les appliquer aux trains de marchandises. Cette application est d’autant plus
- utile aux Etats-Unis que les garde-freins chargés de la manœuvre de plusieurs freins espacés l’un de
- l’autre, sont obliges de courir sur les toits des wagons spécialement aménagés à cet effet, pour serrer successivement les freins dont ils ont ta charge. Ces agents courent ainsi des dangers assez grands, et en outre dans ces conditions les freins ne produisent pas toute l’efficacité qu’ils auraient si comme en Europe, tous les freins étaient spécialement gardés.
- En général on trouve le frein Westinghouse automatique trop compliqué pour l’appliquei aux véhicules des trains de marchandises dont l’entretien laisse parfois à désirer; toutefois, quatre Compagnies de chemins de fer : Y Union Pacific, le Central Pacific, le Northern Pacific et YAtchison,
- Fig;. 5. — Détail Je la grande vis verticale du nouveau chasse-neige américain
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- Topeka and Santa Fe vailroad viennent, paraît-il, de décider l’application de ce frein à tout leur matériel à marchandises ; la Compagnie Weshinghouse a du reste exposé à Chicago une disposition spéciale moins coûteuse de freins automatiques pour wagons.
- Le frein non automatique a aussi reçu un assez grand nombre d’applications sur les wagons. On a également essayé le frein Eames pour les trains de petite longueur.
- Certains inventeurs Américains ont cherché, comme Guérin en France, une solution dans le frein automoteur, c’est-à-dire le frein actionné par la compression des tampons; on rencontre à l’Exposition deux types de frein appartenant à ce système. L'American Car Brake C° de Saint-Louis en expose un qui a été essayé sur 1000 véhicules environ; des expériences suivies ont eu lieu en 1880 sur la ligne Saint-Louis and San Francisco railroad entre Springfield et Stattford. Ce système se distingue particulièrement par le mode d’embrayage qui permet aux trains de refouler à faible vitesse. Un régulateur à force centrifuge monté sur un essieu manœuvre un manchon qui, lorsque le train marche à une vitesse supérieure à 10 kilomètres à l’heure, met en prise au moyen d’un levier à fourche le type des tampons avec les leviers commandant les sabots; à des vitesse inférieures à 10 kilomètres à l’heure, l'embrayage ne se fait pas et les tampons en refoulant ne peuvent actionner les sabots des freins.
- La Tallmann Automatic Brake C°, de New-York, expose également un frein basé sur l’utilisation de la compression des tampons ; la tige des tampons en refoulant, met en prise avec l’essieu ou le bandage un galet commandant un tambour sur lequel s’enroule la chaîne qui actionne le levier des freins.
- On remarque aussi à l’Exposition un frein électrique système Waldumer et un frein mécanique pour tramway exposé par M. Brown de Chicago. Nous n’insisterons pas sur le premier qui est un frein à embrayage analogue au frein Achard et nous dirons quelques mots .du second qui présente une certaine originalité. Au lieu de créer en pure perte un travail résistant par le frottement des sabots contre les roues, cet inventeur a cherché à emmagasiner ce travail dans un ressort qu’il déclenche ensuite au moment du démarrage. Il diminue ainsi le coup de collier que sont obligés de donner les chevaux au départ et qui causent une très grande partie de leur fatigue. R. Séguela.
- les
- TACHES D’ENCRE ET LES FAUSSAIRES
- Si les faussaires sont souvent habiles, les chimistes ne e sont pas moins et, dans ce duel entre le crime et la science, le dernier mot reste toujours à celle-ci. M. Ferrand, expert près les tribunaux de Lyon, nous en donne
- une nouvelle preuve. L’année dernière, il présentait à l’Institut un mémoire sur un procédé fort ingénieux pour reconnaître les surcharges d’écriture, masquées par une tache d’encre; ce mémoire, renvoyé à une Commission, a eu le sort de tous ses semblables. La Commission n’a pas trôuvé le temps de produire un rapport sur ce Iravail qui a, vous l’avouerez, un certain intérêt. Aussi M. Ferrand a-t-il jugé prudent de publier le résultat de ses patientes investigations.
- Les livres de commerce font foi en matière de justice ; mais supposez qu’au moment de produire devant la Cour la preuve irrécusable des faits que vous avancez, vous trouviez sur vos écritures un de ces larges pâtés d’encre, véritables illustrations des cahiers d’écoliers. Un malheur est bien vite arrivé. A deux reprises, Paul-Louis Courier en a été victime. Dans la bibliothèque de Strasbourg, il feuilletait un magnifique exemplaire d’Athénée ; il veut jeter un peu de poudre sur sa copie, et, par une distraction bien excusable, verse le contenu de l’encrier, détériorant complètement le manuscrit. A Florence, même mésaventure dont il s’excusa par un mot que l’on conserve aujourd’hui comme un précieux autographe.
- La malveillance peut s’en mêler ; une tache d’encre, adroitement placée, peut modifier du tout au tout la valeur d’un chiffre, d’un signe. Le diable n’y verrait goutte et la preuve fait défaut. C’est un problème de ce genre que M. Ferrand a été appelé à résoudre. Un pli de cinquante mille francs avait été volé dans un bureau de poste de Lyon. Les registres de contrôle, qui pouvaient faire reconnaître de suite à qui incombait la faute ou le vol, étaient surchargés d’inscriptions, et le chiffre précis du numéro d’ordre était dissimulé sous une épaisse tache d’encre. Trois employés se partageaient la besogne du bureau ; tous trois étaient donc responsables. Le numéro d’ordre pouvait indiquer lequel était coupable ; or cette preuve manquait.
- M. Ferrand, chargé de trancher cette difficulté, c’est-a-dire de retrouver, si possible, le vrai chiffre sous ce pâté protecteur, fut singulièrement embarrassé. L’embarras devenait encore plus grand du fait que les trois employés se servaient de trois encres différentes. Des réactifs appropriés permirent de reconnaître que l’encre du n° 1 était composé d’extrait de campêche, d’alun, de gomme et de chlorate de potasse ; l’encre du n° 2, de gallale ferrique et ferreux ; quant à l’encre du n° 3, c’était un mélange des deux premières. La chimie indique bien, quand une tache d’encre est récente, le moyen de la faire en partie disparaître; des lavages avec certains sels enlèvent le plus gros du pâté et laissent voir par transparence l’écriture recouverte. Quand la tache est ancienne, le problème est singulièrement plus compliqué ; il faut des lavages prolongés, des solutions acides ou alcalines énergiques et, si l’on supprime la tache, on a de grandes chances de tout enlever : le chiffre, l’écriture et le pâté. Dans le cas dont je parle, la situation était encore plus délicate. Supposez le chiffre écrit avec l’encre n° 1 et la surcharge, le pâté, faite avec l’encre n° 2 ; si vous appliquez juste la composition chimique destinée ’a laver une encre n° 1, vous n’enlevez pas la tache ouvous l’enlevez mal, mais vous êtes à peu près sûr de défraftre tout ce qu’il y a dessous, et vice versa. Une desécritoires -«s ne contenait qu’un mélange des deux encres ; on pouvait bien ne s’être servi que de cette encre-là, et alors on risquait également de tout détruire d’un coup.
- M. Ferrand était bien arrivé, par des essais nombreux, à reconnaître à peu près quelle pouvait être l’encre em-
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- ployée ; mais la certitude ne pouvait être acquise définitivement qu’en expérimentant sur la pièce à conviction. On risquait ainsi d’anéantir toute preuve. Vous comprendrez facilement l’embarras d’un expert dans une question aussi difficile. Je ne saurais dire à quel parti se serait en définitive arrêté l’habile chimiste. Fort heureusement il fut tiré de peine par l’idée d’un autre moyen, encore inexpérimenté jusqu’ici.
- La tache d’encre au campêche était un peu violettée : or le violet est plus ou moins photogénique, alors que le hleu l’est absolument. Comme les encres étaient de composition différente, leurs propriétés photochimiques devaient être également dissemblables. La photographie allait résoudre d’une façon merveilleuse les difficultés de l’expertise ; témoin irrécusable, la première épreuve montrait, sous la tache mal venue sur le cliché, les chiffres sous-jacents. Sur le négatif, encore mieux que sur le positif, on distinguait très bien la somme 1200 primitive et sa conversion en 1205 ; la première de ces sommes est le numéro d’ordre d’un pli simplement recommandé, enregistré à l’entrée et au départ; ledeuxième numéro obtenu par correction et surcharge est celui d’un pli chargé de 50 000 francs dont l’inscription manquait sur le livre de sortie. Pour dissimuler inieuA le vol, divers chiffres avaient été barrés et le numéro d’oidre important avait été, après ah -ration, noyé sous une tache d’encre très épaisse.
- On ne pouvait deman ^ne démonstration plus complète. Sans toucher au registre administratif, en laissant intacte la pièce de conviction, l’habile expert avait fait surgir la preuve, comme au cinquième acte des drames apparaît le héros vengeur, défenseur de l’opprimé.
- Une fois en possession des documents propres à éclairer la justice. M. Ferrand a voulu approfondir ces recherches et il s’est demandé si la lumière électrique ne donnerait pas à la plaque photographique des propriétés révélatrices encore plus sensibles. La démonstration en a été faite, il v a quelque temps, devant un tribunal américain. Un négociant de New-York fut accusé d’avoir falsifié certains documents dans une réclamation d’assurance contre l’incendie. Toute preuve de culpabilité faisait défaut, lorsqu’un expert, avisant un dessous de main couvert d’empreintes, comme si l’on avait écrit au crayon sur une feuille superposée, eut l’idée de l’examiner. Ce carton, blanc et ne représentant que des traces à peine visibles à l’œil, fut photographié. On ne reconnut pas beaucoup mieux les caractères. On fit alors reproduire la feuille sur une plaque de gélatino-bromure et on la tira à l’éclairage électrique. La révélation fut surprenante. Tous les calculs, tous les chiffres frauduleux étaient représentés comme avec l’écriture la plus nette.
- M. Ferrand a usé du môme procédé. Au moyen d’un virage préalable, il convertit les taches photochimiques en taches photogéniques. Il passe sur la tache une solution d’acétate alumineux, un simple acide dilué ; ce simple lavage, en violettant l’encre et en l’atténuant, a permis quelquefois de déceler l’écriture sous-jacente sans recourir à la photographie. Dans d’autres circonstances expérimentant sur des écrits venant mal sur les clichés et couverts d’une encre de même composition, il a pu retrouver les caractères sous-jacents en superposant un papier transparent ou une lame de verre d’une couleur complémentaire.
- Les résultats de ces expériences ont une grande portée. C’est une méthode nouvelle d’investigation mise à la disposition des experts, méthode simple, n’altérant en rien,
- comme les procédés chimiques ordinaires, les pièces à conviction ; permettant de dévoiler la fraude ou le crime là où tout autre moyen risque d’échouer Acart.
- ANALYSE MICROGRAPHIQUE DES EAUX
- Chaque période de l’histoire des sciences est marquée par une prédilection singulière pour certains sujets d’études. Les physiciens se passionnent aujourd’hui pour l’électricité, les naturalistes pour les infiniment petits. En dehors des savants de profession, le public s'intéresse aussi à ces recherches, frappé de la grande révolution qu’elles engendrent à la lois dans l’industrie, l’agriculture, la médecine et l’hygiène. Qui ne désire pénétrer à l’aide du microscope dans ce monde invisible des organismes rudimentaires dont le génie de Pasteur a découvert la physiologie !
- De toutes parts on entend parler de ferments, de microbes, de maladies virulentes, d’épidémies dues à des germes qui vivent en quantité parfois innombrable clans l’air ou dans l’eau; et l’on voudrait savoir comment se propagent ces infimes bestioles, comment il est possible de les reconnaître pour s’en préserver. On se figure généralement qu’on jugera bien vite de la pureté d’une eau en l’examinant au microscope. C’est là une grave erreur. Un litre d’une eau très limpide où la seule inspection microscopique est impuissante à déceler la vie, peut renfermer, à côté d’innocents infusoires, les spores dormantes de bactéries qui décimeront la population d’une grande ville.
- Il importe donc de faire connaître les méthodes instituées en vue de découvrir ces infiniment petits, même dans les liquides où ils sont peu abondants, clans l’eau dont nous faisons usage pour notre alimentation.
- M. Adrien Certes, inspecteur des finances et micrographe de talent, vient de faire paraître sur la question une brochure2 remplie de faits intéressants. C’est le travail le plus complet qui ait été publié sur la matière. L’auteur y décrit les différents procédés qui permettent de découvrir, classer, collectionner et je dirais presque de doser les organismes microscopiques. Dans ce but il a lui-même fondé une méthode dont l’excellence a été reconnue par plusieurs expérimentateurs, en particulier par M. le professeur Maggi.
- « Dans les eaux pures, écrivait-il déjà en 1880 3, plus encore que dans les liquides de l’organisme, la ' chasse au microbe est soumise au hasard. La patience et l’habileté de main n’y peuvent rien ou
- 1 Ceux de nos lecteurs que la curieuse question traitée dans cet article intéresse spécialement, pourront se reporter à la brochure que M. Et. Ferrand a publiée à ce sujet : Recherches sous une lâche d'encre. Photogrnie et Photochimie. Lyon (Association typographique, 12, rue de la Barre), 1883.— Cette brochure contient des spécimens photographiques très curieux.
- 4 Adrien Certes, Analyse micrographique des eaux. — Bernard Tignol, 1883.
- 3 Comptes rendus de VAcad, des sciences, 14 juin 1880.
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- LA NATURE
- presque rien. Fort heureusement certains réactifs chimiques, notamment Yacide osmique, tuent les organismes sans les déformer. Une fois tués ils tombent et se déposent au fond du récipient en quantité, si l’on a eu soin d’opérer sur des masses suffisantes de liquide.
- « Une expérience très simple permet d’apprécier la sensibilité de ce procédé.
- « On met dans un tube à essai 50 centimètres cubes d’eau distillée, dans un second tube 50 centimètres cubes de cette même eau après l’avoir agitée à l’aide d’un bâton de verre dont l’extrémité a été
- Fig. t à 4. — Eau de l’étang de Cazaux (Arcachon).
- Organismes liiés par la chaleur (1 à 3 à 60°).
- 1. Pterodina, Dujardin. — 2. Trachelomonas cylindrica. — 3. Pinnirlaria viridis; son noyau n a été coloré par le piccocar-minate d’ammoniaque de Ranvier. — 4. Nebela coloris, Leidy, rhizopode fixé par la chaleur à 70°. La masse sarcodique, colorée par la safranine, paraît multinuclée (n,n,n).
- trempée dans une eau chargée dpnfusoires. On traite les deux liquides par la même quantité d’acide osmique.
- « Dans le.jorèmier tube, l’examen microscopique ne découvre aucun élément figuré; dans le second, on retrouve intacts les organismes transportés dans la faible quantité de liquide qui s’était attachée à la baguette de verre. Cette expérience est concluante. Elle montre à la fois la sensibilité du procédé et la principale difficulté que rencontré l’observateur qui veut arriver à des résultats d’une exactitude absolue. Il faut, en effet, préalablement à toute analyse,
- laver à l’acide et à l’eau bouillante les verres, les porte-objets, etc., dont on se sert, si l’on veut n’avoir dans le dépôt à examiner que les organismes existant dans le liquide traité par l’acide osmique.
- « En vue de faciliter la tâche de ceux qui voudraient contrôler mes expériences, j’indiquerai succinctement les procédés techniques auxquels je me suis arrêté après de nombreux essais.
- « Que les eaux soient douces ou salines, je fais usage d’une solution à'acide osmique à 1 pour 100. Dans mes expériences, moins de 1 centimètre cube de cette solution suffit pour 50 centimètres cubes à 40 centimètres cubes d’eau. A cette dose tous les organismes microscopiques, animaux et végétaux, sont rapidement tués et fixés dans leur forme. Au bout de quelques minutes, et afin d’atténuer faction de l’acide osmique, qui à la longue noircit trop les tissus, on ajoute autant d’eau distillée que le permet la dimension de l’éprouvette dont on fait usage.
- « Dans certaines eaux très riches en organismes, l'examen microscopique du dépôt peut avoir lieu
- 1
- Hg. 3. — Eau (l’iul'usion végétale tiaitée par la chaleur à 7l>°.
- Coloration par le vert de méthyle acétique.
- 1. Puramecium Colpoda ; n, noyau. — 2. Spirillum. — 3. Chla-mydomonas. — 4. Chapelets de spores de Spirillum.
- au bout de quelques heures. Pour les eaux très pures, il faut attendre vingt-quatre ou même quarante-huit heures. Dans tous les cas, ce n’est qu’après un délai assez long que le liquide doit être décanté avec précaution, de manière à ne conserverie dépôt que dans 1 centimètre cube ou 2 centimètres cubes de liquide. A ce moment l’opération est terminée. »
- En dehors de l’acide osmique, M. Certes expose aussi dans son mémoire l’action qu’exercent sur le protoplasma les divers réactifs en usage pour le durcir, le tuer ou le colorer à l’étal vivant.
- L’un des meilleurs procédés de coagulation est celui que l’auteur a fondé sur l’emploi de la chaleur. Dès 1878, MM. Pasteur, Joubert et Chamber-land annonçaient à l’Académie de médecine1 qu’une température de 100° à 110° tue le vibrion septique « sans altérer en quoi que ce soit ni sa forme ni
- 1 Bulletin du 30 avril 1878, p. 448.
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- son volume. » Sur un grand nombre de Schizo-phytes et d’infusoires, M. Certes a fait des observations analogues : « Il est, dit-il, fort intéressant de suivre au microscope, à l’aide de la platine chauffante, l'action de la chaleur sur les inliniment petits. A une période de vitalité et d’agitation toujours croissante, succèdent presque sans transition, lorsqu'on dépasse 40°, l’immobilité et la mort. Parfois des individus survivent; mais ils appartiennent à des espèces bien déterminées qui jouissent du privilège de résister à des températures beaucoup plus élevées.
- « On sait que les mouvements des cellules lymphatiques et des cils vibratiles des cellules épithéliales des animaux supérieurs, s’arrêtent, pour ne plus reparaître, vers 42°. C’est également à cette température que périssent les amibes, les rhizo-podes et les infusoires ciliés. Les animalcules dont l’organisation est plus compliquée, les crustacés,
- Fig. 6. — Infusion de mousses et de feuilles; préparation faite directement sous la lamelle à l’aide de la platine chauffante
- portée à 70°. La préparation a été colorée par le picrocarminute de Ranvier.
- 1. Vorticella nebulifera, individu libre. — 2. Polytoma uvelln, Muller. — 3. Zoospores {Ciliophri/s infusionmn, de Cienkowski ?j.
- les anuélides, meurent un peu plus tôt. Il n’y a d’exception que pour les rotifères et certaines espèces d’anguillules dont on connaît depuis longtemps la résistance exceptionnelle à l’action de la chaleur lorsqu’ils ont été soumis, au préalable, à une lente dessiccation. J’ai observé d’ailleurs que, même dans le milieu liquide où vivent normalement ces divers organismes, la coagulation de leur protoplasma exige une température de 55° environ. Lorsque celte température n’est pas atteinte, les tissus des infusoires ne tardent pas à se désagréger, des expansions sarcodiques se produisent, et leur forme est toujours plus ou moins altérée.
- « Un grand nombre de bâtonnets et de filaments bactéridiens, — je parlerai ultérieurement de leurs germes, — se meuvent encore à 60® et même à 65°. Contrairement à ce que l’on pouvait prévoir, on trouve des Infusoires llagellés qui leur survivent.
- « Tels sont, très sommairement indiqués, les
- principaux effets de la chaleur sur la vitalité des organismes microscopiques. Avec la platine chauffante on peut en suivre et en arrêter l’action au moment voulu, moment qui varie suivant les organismes que l’on veut fixer et conserver. C’est ainsi que j’ai obtenu des préparations persistantes d’infusoires ciliés tels que les Oxytriches et Enchelyo-dons qui vivent les uns dans l’eau douce, les autres dans l’eau de mer et diffluent très facilement. Mais, pour l’analyse micrographique des eaux, il faut arriver à formuler des règles générales.
- « Le point important paraît être de ne pas prolonger la cuisson au delà d’un certain délai, — dix
- * Fig. 7. — Infusoires vivants.
- 1. Glaucoma scintillans ; n, noyau coloré par le violet dahlia; vc, vacuoles pathologiques.
- à quinze minutes en moyenne, — et surtout de ne pas dépasser un maximum de température de 70° centigrades. Je ne prétends pas que ce maximum convienne à tous les organismes ; mais, d’après des expériences répétées, il est suffisant dans la plu-
- Fig. 8. — Eau de mer (Trouville). Préparation faite directement sous la lamelle à l’aide de la platine chauffante portée à 70°. Enchelyodon elongatus, Claparède et Lachman, en voie de conjugaison à divers degrés.
- part des cas. Ainsi que l’a démontré M. Pasteur, un grand nombre de germes résistent à cette température relativement basse. On obvie à cet inconvénient en conservant les sédiments recueillis et en montant les préparations dans des liquides conservateurs antiseptiques. »
- M. Certes a aussi consacré un J^Mant chapitre de son mémoire à l’emploi tra(§Mftières colorantes. On conçoit que nous ne puissions entrer dans le détail de la question. Nous n’avions à insister ici que sur le principe des méthodes grâce auxquelles on peut faire aujourd’hui avec un succès assuré l’analyse micrographique de toutes les eaux.
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- NÉCROLOGIE
- Anguste Lahnre. —- Vers le milieu du mois de décembre dernier, M. Auguste Lahure, l'un des directeurs de l’Imprimerie générale de la rue de Fleurus, me remettait lui-même un des nouveaux et charmants ouvrages qu’il venait d’éditer pour faire valoir les mérites des presses typographiques à plusieurs couleurs, aux progrès desquelles il consacrait tant d’efforts, tant de persévérance; il me parlait de ses travaux, de ses projets, de ses espérances pour l’avenir. A voir ce jeune homme de vingt-neuf ans, si brillant d’activité et d’intelligènce, personne n’eût pu croire que la mort le guettait dans l’ombre, et que cette année 1885, presque à sa fin, devait être la dernière de sa vie.
- Auguste Lahure, né le 5 juin 1854, était le troisième lils de Charles Lahure: il est mort le mercredi 26 décembre 1883,d’une congestion pulmonaire, suite d’une maladie qu’il avait contractée en faisant son volontariat. À la mort de son frère aîné Louis, en 1878, alors qu’il faisait son droit, il entra à l’Imiirimei’ie générale qu’il dirigea avec son frère Alexis et plus tard avec son beau-frère. Le charme et l’aménité qui lui étaient propres, le talent et l’ardeur infatigables qui l’animaient sans cesse, lui acquirent l’affection et l’estime de tout son personnel. A la date de son entrée à l’imprimerie, M. Alexis Lahure venait d’introduire dans sa maison les machines typographiques à couleur; Auguste Lahure s’attacha à donner un grand développement à ce genre d'impression, alors très peu répandu en France. Les efforts et les sacrifices qui furent faits à cette occasion portèrent d’heureux fruits : le public fit bon accueil aux impressions chromotypographiques et l’on vit que notre industrie nationale peut atteindre du premier coup et dépasser même, les résultats qui sont obtenus dans les pays voisins à la suite d’une longue pratique.
- Dès sa plus tendre jeunesse, Auguste Lahure avait donné les preuves d’une intelligence peu commune et d’un amour du travail exceptionnel. Élève distingué du lycée Louis-le-Grand, il remportait chaque année un grand nombre de prix, et avait obtenu plusieurs récompenses au grand concours. 11 s’appliquait à toutes choses, avec une attention soutenue, et, quand il fit son volontariat, il devint caporal en trois mois de temps, et sergent après neuf mois de service.
- En 1882, la maison Lahure obtenait le grand prix du Concours du Livre à l’Exposition des Arts décoratifs. Auguste Lahure s’occupa avec une étonnante activité de l’Exposition d’électricité en 1877, et il en édita le Catalogue. Lejeune et infatigable imprimeur avait été nommé membre du Comité d’organisation de l’Exposition de Nice en 1883; il se consacrait, malheureusement sans assez ménager ses forces, aux travaux de sa maison, une des plus importantes^: Paris, quand la mort est venu l’arracher à sa famd^Hyi ses amis.
- Tous ceux^^^V connu Auguste Lahure ont apprécié ses qualités ; îMmirait à lui l’estime et l’affection, et ce n’est pas sans émotion que j’adresse ici au nom de l’éditeur et des rédacteurs de La Nature, un dernier souvenir, à celui qui n’était pas seulement notre imprimeur, mais que nous considérions aussi comme un ami sûr, à jamais regretté.
- m Gaston Tissandieu.
- CHRONIQUE
- Le réseau téléphonique de Mulhouse. — Dans une communication faite au commencement de cette année à la Société industrielle de Mulhouse. M. Zweifel a fait connaître à ses collègues les progrès réalisés par le réseau téléphonique de cette ville, depuis l’époque où, sur l’initiative de la Société, la création en fut décidée. Au début, en janvier 1881, le nombre des abonnés était d’environ 70; il s’est élevé progressivement jusqu’à 125, chiffre actuel. Pendant la première année, les échanges de communication par le téléphone atteignaient à peine 200 par jour en moyenne, il s’est élevé progressivement jusqu’au nombre moyen actuel de 500; il est des jours où ils atteignent le chiffre de 600. Dans le courant de l’année 1882, un réseau téléphonique a été installé aussi à Guebwiller, et ce réseau comprend, outre la ville, les localités environnantes : lssenheim, Bühl, Lautenhach, Jungholz, Wuenheim. Le nombre des abonnés est actuellement de 24. Ce petit réseau est relié à celui de Mulhouse et, depuis le 5 décembre de l’année dernière, tous les abonnés de Guebwiller, lssenheim, peuvent correspondre avec ceux de Mulhouse et de Sausheim, Ile Napoléon, Modenheim, Pfastadt, Durnach, également reliés. Le nombre des transmissions entre les deux réseaux est d’environ 20 par jour. Comme ceux de Mulhouse, les abonnés de Guebwiller payent 250 francs par an. En outre, quand les communications doivent passer d’un réseau à l’autre elles sont payées par le demandeur à raison de 0fr,25, chaque. On sait que l’Administration des postes et des télégraphes se charge de l’installation des réseaux, avec tous les appareils et locaux nécessaires; mais les lignes de communication, reliant entre eux deux réseaux, sont établies aux frais des participants. La dépense est d’environ 500 francs par kilomètre,, A Zurich, il y a quatre tarifs d’abonnement pour la ville, suivant l’étendue de la ligne et d’après l’usage de l’appareil. Le prix moyen est actuellement de 135 francs. Four les abonnés très éloignés, la surtaxe est de 5 francs par kilomètre. Le développement rapide du réseau de Zurich, qui couvrira bientôt une superficie de 500 kilomètres carrés, est dû à la modicité et à la graduation des tarifs.
- L’heure en Turquie. — Il existe entre l’heure ordinaire et l’heure turque une différence dont l’origine et l’histoire sont des plus curieuses; le correspondant de Y Engineering qui nous fournit ces détails les tient du principal intéressé, M. Lacoine, directeur des télégraphes ottomans. Il y a quelques années, le gouvernement créa un service météorologique et astronomique, une sorte de bureau des longitudes. M. Lacoine, que sa situation désignait tout naturellement pour ce service, fut chargé d’établir la concordance entre l’heure turque et l’heure moyenne. Le calcul lui indiquait toujours une différence de dix minutes, et il aurait dû chercher longtemps l’origine de cette différence presque inexplicable, si un vieil astronome turc, à moitié astrologue, ne lui en avait indiqué l’origine. L’heure se compte, en Turquie, à partir du coucher du soleil, non pas du coucher astronomique, mais du coucher observé du point le plus élevé du lieu où l’on se trouve. Il en résultait de ce fait une différence de huit minutes entre le coucher observé et le coucher astronomique. Plus difficile était de trouver la cause de l’erreur des deux minutes restantes pour compléter les dix minutes. C’était le temps nécessaire au mezzin pour
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- monter sur le minaret et annoncer l’heure par les prières accoutumées.— C’est égal, le procédé chronométrique turc nous semble par trop rudimentaire, et nous croyons que la création du Bureau des longitudes de Constantinople n’est pas une œuvre superflue.
- L>es dernières vignes dans l'intérieur de Paris. — On ne se doute guère que dans l’enceinte même de Paris, il existe encore des champs de vignes, et il est bien certain que bon nombre de Parisiens même l’ignorent complètement Le fait est pourtant exact. Ces vignes ne sont certainement pas dans le « vieux Paris », mais dans le Paris nouveau « amené » à Ménilmontant, rue de la Justice. Et comme probablement elles n’y resteront pas longtemps, nous avons pensé qu’il était bon de les signaler, comme étant les dernières qui auront existé dans le Paris de 1883.
- li’éclalragc électrique des voitures. — On
- étudie à Londres la question d’éclairage des cabs et des omnibus au moyen de l’électricité ; il suffirait pour cela d’employer des lampes de faible résistance et des petites batteries d’accumulatenrs. Les résultats obtenus jusqu’à présent donnent à penser que ce mode d’éclairage des voitures sera généralement adopté dans un certain temps.
- On construit, en ce moment, dans les ateliers du Central Pacific Railway une machine qui sera la plus grande locomotive existant actuellement. Elle pèsera 75 tonnes et aura cinq paires de roues. Le poid du tender seul sera de 25 tonnes. La machine et le tender, attelés ensemble, auront unedongueur de 19m,80.
- LES PEAUX-ROUGES
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION DE PARIS (Suite et lin. — Voy. p. 32.)
- Les Omahas déjà un peu civilisés qu sont au Jardin d’Acelimalation nous fournissent une preuve de l’influence bienfaisante de la culture européenne sur les Peaux-Rouges. En parlant ainsi, nous avons en vue la condition de la femme, infiniment meilleure chez les hôtes actuels du Jardin d’Acelimata-tion que chez leurs ancêtres ou chez leurs congénères insoumis du Far-West, ou des régions du Nord. C’est ainsi que la partie féminine de la petite troupe de Peaux-Rouges en ce moment à Paris a tout à fait bonne mine et ne paraît point surchargée de travail; sa besogne ordinaire semble se borner, comme pour nos paysannes, aux soins domestiques, sauf à donner un coup de main aux hommes les jours de labeur exceptionnel.
- 11 n’en est pas de même chez le Peau-Rouge sauvage. Celui-ci ne considère la femme que comme une esclave. Tous les travaux pénibles et rebutants lui incombent; si le soin des enfants lui revient de droit, c’est elle aussi qui panse et harnache les chevaux de son époux et maître; si tout naturellement
- elle prépare les aliments et confectionne les vêtements, c’est elle encore qui écorche les bêtes tuées à la chasse, tanne les peaux, coupe le bois, récolte les racines et les légumes sauvages qui entrent dans la cuisine des Peaux-Rouges, tait en un mot tous les métiers. Et quand on lève le camp, les malheureuses femmes défont les tentes, chargent les bêtes de somme, avec lesquelles d’ailleurs elles partagent le devoir de porter les fardeaux.
- Quand elle est jeune et encore jolie, la femme peut parfois se réjouir de la dédaigneuse affection de son mari, qui, s’il en a le moyen, ne tarde pas à lui donner des rivales, car la polygamie est admise chez ces sauvages. Bientôt fanée et abîmée, l’infortunée n’a plus guère, pour tout le mal qu’elle se donne, d’autre récompense que les coups dont son époux se montre prodigue et, si elle devient veuve elle ne fait que changer de maître, car ses fils héritent de l’autorité du père et ne sont pas plus tendres pour leur mère que celui-ci ne l’était pour sa femme. Oui, le bébé souriant qu’elle a porté sur son dos (tîg. 1 ) pendant les longues marches au travers des Prairies, quand il est devenu homme, qu’après les terribles épreuves qui sont pour les Peaux-Rouges ce qu’était la cérémonie de la robe prétexte chez les Romains, il est compté au nombre des guerriers, n’épargne pas plus la malheureuse vieille femme que ne le faisait son père après la trop courte lune de miel de ses premières amours.
- Et cependant c’est la femme qui chez les indigènes de l’Amérique présidait à la filiation dans la famille : les enfants y appartenaient à la tribu de leur mère et non à celle de leur père. M. Morgan, dans un Mémoire publié en 1870 par la Smithso-nian Institution nous a révélé sur l’organisation de la parenté chez les Peaux-Rouges, les faits les plus curieux. C’est ainsi que nous apprenons que dans le groupe Dakota et, notamment chez les Omahas, un homme en se mariant à la tille aînée d’une famille acquérait le droit d’avoir pour épouses toutes les jeunes sœurs de sa femme, mais qu’en revanche à la mort du père les enfants issus de ces mariages étaient placés sous l’autorité de leur oncle maternel, car ils appartenaient à la tribu de celui-ci. Il était interdit de se marier dans sa propre tribu ; il se produisait ainsi un continuel changement dans les familles qui d’une génération à l’autre changeaient de totem, c’est-à-dire d’emblème ou d’armoiries, et cela en adoptant celles de la mère, de la femme qui, malgré l’abaissement et la dureté de sa situation dans la société, n’en était pas moins^B^ot de cette même société.
- Un tel état de choses doit changer l^si'influence de la civilisation européenne et nous ne garantissons point qu’il soit suivi avec rigueur par les Omahas en ce moment à Paris. Il en est de même sans doute pour la pipe, le fameux calumet des récits bien connus sur les Peaux-Rouges. Autrefois, bien des siècles avant Colomb, les Américains pratiquaient l’usage de brûler une herbe odorante dans un récipient à
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- deux ouvertures et d’en aspirer la fumée par un tube pour la rejeter ensuite dans l’atmosphère. G'était à leurs yeux une offrande chère aux Esprits ; et les mystérieux constructeurs de ces tertres immenses qui s’élèvent dans le bassin du Mississipi, les Mound-builders devaient être de grands fumeurs, à en juger par la quantité considérable de pipes sculptées et ciselées qu’ils ont laissé dans leurs antiques monuments. Un archéologue distingué de Philadelphie, M. Barber, a fait sur ce sujet d’intéressantes études1 et a reproduit nombre fourneaux
- de pipes curieusement façonnées en forme d’oiseaux d’animaux ou d’hommes.
- Les Peaux-Rouges en usaient de même lorsqu’ils entrèrent en contact avec les Européens. Au dix-septième siècle, le Père Hennepin, un de ces missionnaires français du Canada qui firent tant de découvertes dans l’Amérique du Nord, nous raconte que les Nadovessies, c’est-à-dire des Sioux ou Dakotas, offraient au Soleil la première bouffée de leurs pipes. Celles-ci d’ailleurs étaient et sont encore le plus souvent faites avec une pierre d’un beau rouge foncé,
- Fig. 1. — Femme Peau-Rouge et son enfant. F ig. 2. — Peau-Rouge fumant sa pipe.
- D’après les types exhibés au Jardin d’Acclimatation de Paris. — Photographies de Pierre Petit.)
- c’est le cas pour celle que fume l’Omaha représenté ici (fig. 2)etque nous avons vu polir et préparer par lui avant de l’adapter au singulier tuyau plat dont elle est pourvue^^ette pierre se trouve dans une localité pillora^^^pt poétique du Minessota, désignée sous le ni^Jp la « Grande carrière de pierre à pipe rouge » et les Indiens de la contrée exploitent cette carrière dont les produits sont recherchés dans toute l’Amérique du Nord. Il existe d’ailleurs là-dessus une légende, répandue aussi bien dans les tribus de race algonkine que dans celles de race
- 1 Dans Y American Naturalist, avril 1882, et dans The Continent, avril 1883, par exemple.
- dakota, et d’après laquelle le Grand-Esprit, ayant réuni en cet endroit tous les Peaux-Rouges, prit un fragment de cette roche, en fit une pipe en leur disant que c’était un morceau de leur chair; et après leur avoir appris à fumer, il déclara que ce lieu était un terrain neutre et que ceux qui se serviraient ensemble du même calumet devaient également abjurer toute hostilité; cela fait, et comme chacun fumait, le Grand-Esprit disparut.
- Girard de Rialle.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 55 4. — 12 JANVIER 1 884.
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- RESTAURATION DE REPTILES FOSSILES
- AO muséum d’histoire naturelle de paris
- M. Albert Gaudry a récemment présenté à l’Académie des Sciences des restaurations de squelettes
- de reptiles tertiaires qui ont été laites dans le laboratoire de paléontologie du Muséum. Nous avons pensé que nos lecteurs auraient du plaisir à voir les dessins de ces squelettes de bêtes fossiles, et nous venons d’en faire exécuter la gravure. On voit figure 1 la restauration d’un Crocodilien, et figure 2 celle d’une
- Fig. 1. — Essai de restauration d’un squelette de crocodilien fossile (Diplocynodon Ratelii).
- Tejrain tertiaire moyen de Saint-Gérand-le-Puy (Allier). — Collection paléontologique du Muséum de Paris. Ce dessin est
- au 1/13 de la grandeur naturelle.
- Tortue. Voici comment M. Albert Gaudry s’est exprimé en montrant ces pièces à l’Académie des Sciences :
- « J’ai l’honneur de présenter à l’Académie des essais de restaurations de Reptiles fossiles, qui ont été faits dans le Muséum, sous la direction du savant aide-naturaliste de la chaire de Paléontologie,
- M. le Dr Fischer.
- Les reptiles dont on voit ici les montages sont un Crocodilien appelé par Mi Po-mel Diplocynodon Ratelii et une Tortue que le même paléontologiste a nommée Ptychogaster emydoides. Les pièces avec lesquelles leurs squelettes ont été restitués proviennent du miocène inférieur de Saint-Gérand-le-Puy, dans l’Ailier. Comme le savent tous les paléontologistes, c’est de Saint-Gérand-le-Puy que M. Alphonse Milne Edwards a tiré la plupart des échantillons qui ont été décrits dans son grand ouvrage sur les Oiseaux fossiles, tî* année. — t*r semestre.
- | En même temps qu’il rassemblait des os d’oiseaux,
- il réunissait aussi une immense quantité de débris d’autres animaux et notamment des pièces de reptiles dont il vient de faire don cette année au Muséum. La multitude des pièces dues à la générosité de M. Milne Edwards nous a suggéré la pensée qu’il serait possible de remonter des squelettes entiers. Non seulement M. le Dr Fischer a réussi à mettre en connexion la tête, toutes les vertèbres , quelques côtes et la plupart des os des membres du Diplocynodon, mais encore il a assemblé une grande partie des plaquas osseuses de la carapace et du plastron. L’inspection de ces plaques fait supposer à M. le professeur Vaillant que c’est avec le genre Jacare de l’Amérique tropicale que le Diplocynodon a le plus de rapports. La restauration de la Tortue n’est pas moins curieuse que celle du Crocodilien. M. Fischer a fait disposer
- Fig. 2. — Essai de restauration d’un squelette de tortue fossile (Pti/choi/aster eniy~ doides), — Terrain tertiaire moyen de Saint-Gérand-le-Puy. — Collection paiéoti-tologique du Muséum de Pans. — Ce dessin est au 1/3 de la grandeur naturelle.
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- le plastron de telle sorte qu'il puisse s’ouvrir; il laisse voir une grande partie des os du squelette, qui ont été replacés dans la position naturelle. M. Vaillant, qui depuis longtemps a étudié les reptiles fossiles de Saint-Gérand-le-Puy, vient d’examiner cette pièce et m’a remis une note à son sujet.
- « Assurément les restaurations des reptiles de Saint-Gérand-le-Puy, faites avec des pièces découvertes à des époques et à des places différentes, n’ont pas l’exactitude absolue qu’auraient les restaurations d’animaux fossiles dont toutes les pièces auraient été trouvées ensemble en connexion; mais le talent bien connu de M. le Dr Fiscliei fera sans doute penser à tous les naturalistes que ces restaurations approchent aussi près que possible de la vérité. En tous cas, elles me semblent intéressantes comme exemples de difficultés vaincues. »
- Outre les squelettes dont nous donnons les gravures, nous avons fait représenter un morceau qui
- Fig. 5. — Bloc calcaire renfermant plusieurs qjufs d’une tortue fossile qui a peut-être été un gros Ptychogaster. — Terrain tertiaire moyen de Veruet (Allier;. — Collection paléontologiquc du Muséum de Paris.— Ce dessin est au 1/3 de la grandeur naturelle.
- nous a paru également digne d’intéresser nos lecteurs : c’est un bloc de calcaire qui renferme plusieurs œufs presque ronds. Ce bloc a été trouvé au Yernet (Allier) dans le même bassin que les carrières de Saint-Gérand-le-Puy d’où provient le Ptychogaster. M. Albert Gaudry est frappé de leur ressemblance avec les œufs de tortues terrestres qu’il a vus souvent dans ses voyages en Orient; il pense que provisoirement on peut les attribuer à un grand Ptychogaster. Cette pièce a été donnée autrefois au Muséum par M. Pascal ; le savant professeur de paléontologie remarquant des traces d’œufs qui y semblaient enfermés, vient de charger un des habiles artistes du Muséum, M. Stahl, de dégager cette pièce, et M. Stahl en a fait le curieux échantillon que l’on voit ci-dessus (lig. 3.) Gaston Tissajxdieb.
- LA. PANCLASTITE
- Les nouveaux explosifs connus sous le nom de Panclastite *, ont, dans ces derniers temps, attiré l’attention des ingénieurs et des chimistes; ils forment un groupe qui ne se rattache à aucun des explosifs connus ; ils jouissent de propriétés par-
- 1 Panclastite (brise-tout), de 7r«v, tout: //««, je brise.
- ticulières très remarquables, d’une puissance d’action considérable, et méritent d’être signalés avec quelques détails. Leur invention est due à M. Eugène Turpin qui a publié à ce sujet un mémoire très complet auquel nous allons emprunter les documents les plus importants.
- .Nous rappellerons d’abord que les explosifs connus peuvent se diviser en six groupes distincts, dont nous allons faire l’énumération.
- lü Explosifs à base d'un azotate. — La découverte de cette section, dont la poudre ordinaire est le vrai type, est absolument inconnue et remonte bien au delà de 133-4, époque à laquelle on l’attri bue au moine Schwartz. Cette invention paraît venir de l’Orient. Les poudres de mine, de guerre, de chasse, le pulvérin, etc., font partie de cette section.
- 2° Explosifs à base d'un chlorate quelconque. — Dans cette section, le comburant est l’acide chlo-rique fixé à une base. Le chlorate est mélangé simplement avec des matières combustibles : sucre, soufre, charbon, prussiale de potasse, phosphore amorphe, etc., etc. Le principe a été découvert par Berlhollet en 1780.
- 3° Composés ammoniacaux ou ammoniures et azotures. — Sortes de fulminates dont le carbone du cyanogène est remplacé par l’hydrogène ou l’azote de l’ammoniaque. — Ce principe a été découvert par Berthollet en 1788. — Explosifs extrêmement dangereux.
- 4° Explosifs à base d'un picrate quelconque. — Le corps comburant est l’acide picrique, qui a été découvert par Hausmanen 1788.
- 5° Fulminates. — Le fulminate de mercure est le seul qui soit utilisé pour confectionner des amorces. Le principe a été découvert par Howard en 1800.
- 0° Composés organiques traités par l'acide azotique ou azotosulfurique. — Ces composés ont été découverts parBraconnet en 1823, ils comprennent le fulmicoton, la nitroglycérine, la dynamite, etc.
- La panclastite est un explosif à base de peroxyde d’azote ou d’acide hypoazotique (AzÔ*).
- Pur et anhydre, le peroxyde d’azote est jaune orangé, limpide et transparent ; sa couleur se fonce au fur et à mesure que sa température s’élève ; il entre en ébullition à -f- 22° centigrades, se solidifie à 12°,5 au-dessous de 0° et le plus souvent il est nécessaire d'abaisser la température jusqu’à — 17° pour le solidifier, à cause du phénomène de la surfusion ; mélangé à un autre corps, il ne se solidifie plus ; il ne conduit pas l’électricité.
- La densité du peroxyde d’azote à l’état liquide est de : 1,451 à —f-15°; la densité de sa vapeur prise à 0° sous la pression de 760 millimètres de mercure est de 2 gr. 06 pour un litre ; à l’état liquide, les coefficients de dilatation sont à 0° : 0,001446; à + 50» : 0,002021 ; à H-90» : 0,005081.
- Le peroxyde d'azote constitue le corps comburant de la nouvelle section de corps explosifs découverts parM. Turpin dès 1878.
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- Le corps combustible peut être formé de différentes I substances, telles que le sulfure de carbone, les ! huiles de pétrole, les essences minérales, les ben- j zoles toluènes et xylènes, les huiles végétales, les ! huiles et les graisses animales. L’emploi de chacun ' de ces combustibles donne un explosif différent, : doué de propriétés spéciales. Un autre groupe est ] formé du mélange du peroxyde d’azote avec la j nitrobenzine. j
- Ce dernier groupe donne des produits d’une grande j stabilité. En effet, le combustible étant déjà nitré à saturation par l’acide azotique (AzOs), le peroxyde d’azote (AzCfij est sans action sur lui et n’intervient que comme comburant par son simple mélange pour le rendre explosif. C’est surtout pour la guerre que ces composés conviennent.
- Tous ces corps convenablement traités donnent des explosifs plus violents que la nitroglycérine pure. Néanmoins i! est évident qu’au milieu de ce nombre il y a des produits qui conviennent mieux les uns que les autres aux usages auxquels on les destine, soit par la facilité de leur préparation, soit par leurs propriétés particulières. C’est de ceux-là seulement dont nous allons faire connaître les résultats obtenus.
- Suivant le combustible avec lequel on mélange le corps comburant, on obtient tel ou tel résultat, et la panclastite est dite à base de sulfure de carbone, de pétrole, etc., suivant le combustible employé. Elle est mixte, si elle est obtenue à l’aide de combustibles mélangés. En principe, la panclastite pour les usages industriels se compose de deux liquides solubles l’un dans l’autre, inoffensifs pris isolément, et qu’il suffit de mélanger ensemble comme de l’eau et du vin pour obtenir immédiatement, sans aucune autre opération, ni réaction, ni brassage, un explosif plus puissant et plus instantané que la nitroglycérine pure.
- Certains mélanges ainsi obtenus résistent à l'état liquide infiniment mieux au choc que tous les explosifs connus, même que la poudre ordinaire de mine.
- La poudre ordinaire éclate sous le choc d’un poids en fer pesant six kilos, tombant de 0m,50.
- Le fulmicoton et les autres produits de la même section éclatent sous la chute du même poids tombant de 0m,25. La dynamite à 75 pour 100 éclate encore sous le même poids tombant de 0m,15, et la dynamite-gomme, sous le choc de ce poids tombant de 0m,20 à 0m,25.
- La nitroglycérine pure éclate dans les mêmes conditions sous la chute du poids de 0m,10 à 0m,15.
- La panclastite à l'état liquide*, c’est-à-dire l’explosif non absorbé, n'éclate pas sous le même poids tombant de quatre mètres.
- Par ces chiffres, on peut se rendre compte de suite de l’importance et de la valeur du produit.
- Toutes ces expériences du choc ont été faites exactement dans les mêmes conditions à l’aide des
- appareils construits par M. Turpin, et qui lui ont permis de découvrir 1 explosibilité des composés oxygénés de l'azote, tels que l’acide azotique fumant, et d’une foute d’autres corps. Nous représentons ci-contre l’un de ces appareils (fig. 1). C’est un martinet à détente que l’on peut faire fonctionner à distance, et qui tombe sur la matière explosive.
- Certains composés de la panclastite sont ininflammables et ne craignent point le feu. Les autres sont plus ou moins inflammables, mais ne détonent jamais par le feu seul à vase ouvert.
- Tous les composés inflammables de la panclastite brûlent paisiblement à l’air libi’e. 11 faut une explosion initiale pour déterminer l’explosion de la panclastite. On obtient ce résultat par l’explosion d’une amorce chargée au fulminate de mercure mise en contact avec le mélange explosif.
- Certains composés de la panclastite brûlent si paisiblement et avec une flamme tellement éclairante, que cela a conduit M. Turpin à construire un appareil spécial très portalif pour la télégraphie optique de nuit des armées en campagne. Dans cet appareil qui projette un rayon capable de rivaliser avec la lumière électrique, les liquides arrivent séparément, èt brûlent dans un bec placé au foyer au moment de la rencontre de ces liquides qui pourraient aussi être pulvérisés et brûlés dans cet état, c’est-à-dire en une sorte de gaz. Il n’y a donc aucun danger, puisque les éléments ne sont pas mélangés d’avance. Tout le monde sait que le mélange d’hydrogène et d’oxygène est extrêmement explosif, et cependant on emploie ces deux gaz pour la production de la lumière oxhydrique en les faisant arriver séparément. C’est ce que M. Turpin fait dans l’appareil que nous signalons ici.
- Cette propriété éclairante peut encore être utilisée pour des travaux de laboratoire de courte durée dans lesquels on a besoin d’une lumière très photogénique pour déterminer la combinaison de certains corps ou pour remplacer les rayons solaires ainsi que pour la démonstration dans les cours de chimie. C’est surtout pour la photographie de nuit que cette lumière, qui ne demande que des appareils insignifiants, peut être parfaitement utilisée. Dans ce cas, on place deux foyers d’inégale puissance en avant, mais de chaque côté de l’objet que l’on veut photographier. Le plus fort foyer donne la lumière, le plus faible en atténue l’ombre portée et empêche la dureté dans le cliché qui en serait la conséquence.
- Ce même mélange éclairant dégage en brûlant une température que M. Turpin estime à 5000° centigrades environ. Le platine fond instantanément sous l’action de cette flamme, et le mélange peut en fondre son propre poids. Le graphite y éprouve un commencement de fusion. A l’aide d’appareils spéciaux, cette production si facile d’une température inconnue jusqu’ici dans la production artificielle de la chaleur, peut être utilisée en un grand nombre de cas.
- 1 Le mélange le moins sensible
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- La panclastite considérée comme explosif jouit encore de cette curieuse et précieuse propriété, qui permet qu’on lui donne à volonté, seulement par la nature et les proportions du mélange, la sensibilité et même la puissance que l'on désire. Toutes les expériences d’explosion ont été faites avec le mélange le moins sensible à l’étal liquide, et bien que très supérieure à la puissance de la dynamite, comme on va le voir, on peut encore donner plus de force à la composition. La sensibilité peut être telle qu’un vase hermétiquement fermé, contenant ce mélange, éclaterait par son propre poids en tombant de 1 à 2 mètres sur un sol dur.
- L’insensibilité de la panclastite peut, au contraire, être si grande qu’il soit impossible de la faire détoner sous l’influence de l’explosion d’une amorce chargée à 3 grammes de fulminate de mercure, alors que la dynamite explose sous l’influence d’une amorce chargée à 2 décigrammes seulement. Comme on le voit, on peut régler à volonté la sensibilité de ce corps.
- Enfin, comme la nitroglycérine, on peut également faire absorber la panclastite liquide par une substance poreuse active ou non, telle que la poudre, la ran-danite, etc. Dans ce cas, elle perd encore de la sensibilité au choc; c’est ce moyen qui a permis d’utiliser la nitroglycérine sous forme de dynamite.
- La panclastite a été essayée un grand nombre de fois en comparaison avec la dynamite, à 75 pour 100 de nitroglycérine, et avec la dvnamite-gomme. Sur la ligne de chemin de fer en construction entre Saint-Cloud et Étang-la-Ville, notamment, des expériences en grand ont été exécutées sur des blocs énormes de grès dur (janvier et septembre 1882).
- Là où il fallait 400 grammes de dynamite n° 1 pour fendre et briser ces blocs isolés en 5 ou 6 morceaux principaux, 150 grammes de panclastite ont brisé ces mêmes blocs en 28, 30 et 52 morceaux principaux.
- A Cherbourg, sur les chantiers de M. Hersent, entrepreneur des travaux de Panama, M. Eug. Turpin a fait des expériences dans du rocher schisteux mélangé de quartz et dans de la vieille maçonnerie de granit et ciment, forme à radoub, com-
- parativement avec la dynamite. La panclastite a toujours eu le dessus.
- Nous reproduisons d’autre part le résumé des expériences exécutées par M. Leclerc, ingénieur.
- Les essais faits sur des cylindres de plomb de 4 centimètres de diamètie sur 5 centimètres de hauteur ont démontré qu’un poids de liquide trois fois moindre qu’un poids donné de dynamite produisait un effet brisant plus violent. La dynamite à la charge de 50 grammes a souvent comprimé le plomb sans le déchirer, tandis qu’avec 15 et même 10 grammes de liquide il y a toujours eu déchirement. Une autre expérience faite sur les morceaux d’un même rail a donné les résultats suivants :
- Une cartouche de dynamite de 100 grammes a coupé le rail en projetant légèrement les éclats, mais sans produire d’effet sensible sur la traverse,
- tandis qu’après l’explosion de 50 grammes de liquide, le rail a été non seulement coupé, mais la partie qui se trouvait sous la cartouche s’est encastrée d’environ 2 centimètres dans la traverse en chêne. Ce qui montre que le mélange Turpin agit surtout sous une résistance inférieure et plus violemment que la dynamite.
- Des expériences furent ensuite faites dans du rocher schisteux mélangé de quartz et dans une maçonnerie de moellons avec mortier de chaux et de granit coulé en ciment, maçonnerie ayant vingt ans de date.
- « C’est l’effet du nouveau produit sur cette sorte de résistance, dit M. Leclerc, que M. Hersent désirait surtout connaître, et les expériences ont été faites assez nombreuses pour que nous puissions conclure que toujours un poids donné de liquide produira le même effet qu’un poids double de dynamite et sensiblement de la même manière. C’est surtout l’action brisante sur le fond qui est notablement augmentée, de sorte qu’on pourrait dire que le mélange Turpin est à la dynamite ce que cette dernière est à la poudre de mine ordinaire. Le fait suivant, d’ailleurs, le prouve d’une façon certaine :
- « Un trou de mine de 1 m.20 de profondeur avait été pratiqué sous une banquette de granit qu’on voulait soulever, et chargé d’une cartouche de
- Fig. 1. — Martinet à détente de M. Eugène Turpin pour l’expérimentation du cltoe sur les matières explosibles.
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- liquide. Après l’explosion, nous n’avons constaté aucun effet extérieur ; le chef mineur, suivant l’expression employée, se contenta de dire que le trou avait fait canon. Le lendemain, il voulut recharger le même trou avec cinq cartouches de dynamite et il fut tout surpris quand, après avoir fait glisser les cinq cartouches, il s’aperçut, par le bâton dont il se sert pour appuyer sur les précédentes la dernière cartouche portant la mèche, que le trou n’avait pas diminué de longueur. Cela tenait à ce que la cartouche de mélange qu’on avait fait exploser la veille dans ce trou avait produit à sa partie inférieure une chamhre où sont venues se loger le lendemain les cinq cartouches de dynamite. »
- Si l’on fait éclater à l’air libre, sur des cylindres en plomb, dé la dynamite et de la panclastite, on remarque que les effets produits par la panclastite sont infiniment supérieurs à ceux obtenus avec une plus grande quantité de dynamite.
- La figure 2 montre le dispositif avant l’explosion. A est le cylindre en plomb ; B, un flacon simplement posé dessus et contenant la charge, dynamite ou panclastite. Ici il est représenté contenant 10 grammes
- de panclastite. Le bouchon tient l’amorce et la mèche C qui est elle-même amorcée par un peu de coton-poudre. La figure 3 montre les plombs avant et après l’explosion. Le n° 1 représente un cylindre en plomb avant l’explosion ; le n° 2, un même cylindre écrasé par l’explosion de 20 grammes de dynamite-gomme qui était placée comme l’indique la gravure. Le n° 3 représente encore un même cylindre en plomb, mais écrasé cette fois par l’explosion de 10 grammes de panclastite.
- On voit qu’avec une quantité très sensiblement moindre l'effet produit par la panclastite est très supérieur.
- Entre autres expériences à l’air libre, nous citerons encore celles-ci : un rail de chemin de fer a été placé sur une traverse en chêne et dans la gorge,'entre les boudins, on a placé une cartouche contenant 60 grammes de panclastite, simplement posée dessus et amorcée comme à l’habitude. Le feu étant donné, il s'est produit une explosion violente et le rail a été littéralement broyé en menus morceaux dont la plupart ont pénétré profondément dans la traverse qui elle-même a été brisée. Certains fragments du rail ne pe-
- Fig. 2. — Essai du pouvoir explosif de la panclastite. — Dispositif avant l’exposition.
- A. Cylindre de plomb. — B. Flacon contenant 10 grammes de panclastite. — C. Amorce et mèche.
- Fig. 3. — Résultats comparatifs obtenus par l'explosion de la dynamite et de la panclastite.
- 1. Cylindre en plomb avant l’explosion. — 2. Cylindre semblable à 1, écrasé par l’explosion de 20 grammes de dynamite-gomme. 3. Cylindre semblable à 1, écrasé par l’expiosion de 10 grammes de panclastite.
- soient que quelques grammes. Sur un pavé en grès, mesurant 0m,20 sur chaque face, on a placé un petit flacon, contenant 20 grammes de panclastite
- que^l’on a fait détoner. Le pavé a été réduit enpous sière.
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- ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- Tout système composé d’un liquide conducteur et de deux électrodes, est apte à fournir un courant secondaire quand il a été traversé par un courant primaire allant de l’une à l’autre électrode. Les combinaisons susceptibles d’emmagasiner l’énergie électrique paraissent donc s’offrir en foule ; mais l’ensemble des qualités requises pour un accumulateur pratique, limite étroitement les choix.
- En fait, on s’est jusqu’à présent renfermé dans le système Planté : plomb ré luit, plomb peroxydé, eau acidulée sulfurique. Les variantes que les électriciens ont fait subir aux accumulateurs ne portent guère que sur le mode de formation; les uns, comme M. de Kabatb, M. Tommasi ou MM. Arnould et Tamine, forment en surface; les autres forment en profondeur : telM. Faure et ses imitateurs. Pour donner en passant mon opinion sur les piles secondaires actuelles, je dirai que le système Faure, construit dans la forme à cellules dénommée Faure-Sellon-Wolkmar1 me paraît êtm jusqu’ici le meilleur.
- Le plomb est-il le seul métal qu’on puisse employer dans les accumulateurs? — non certes! Il est même, en principe, le moins convenable des métaux usuels.
- Pour un nombre donné de coulombs à emmagasiner, le poids d’électrode engagé dans les actions chimiques de l’accumulateur est proportionnel à l’équivalent chimique du corps constituant. Le plomb, ayant un équivalent très élevé, s’intéresse pour des poids trop grands. On peut s’en rendre compte en calculant le poids engagé ou libéré pour a600 coulombs (un ampère-heure) avec les métaux usuels et le carbone, on trouve : •>
- Hydrogène 0^,037
- Carbone. 0*r,2-21
- Manganèse l*r,01l
- Fer l*r,05
- Cuivre 1*717
- Zinc . . . .1*72
- Etain 2*M7
- Plomb ..... 5I7808
- On voit donc, en tenant compte des équivalents chimiques, que le plomb est moins propre que les autres corps usuels à procurer des accumulateurs légers; il est plus volumineux que le zinc, le fer, le cuivre, et presque aussi coûteux que ce dernier métal.
- Aussi les inventeurs doivent-ils tendre à mettre en œuvre autre chose que du plomb — en conservant aux accumulateurs nouveaux les qualités du Planté : force électi'omotrice élevée, résistance petite, actions locales presque nulles.
- Quelques tentatives ont été faites dans ce sens. A l’Exposition d’électricité de 1881, M. Maiche annonçait la régénération électrique des piles Leclanché : en fait, c’était proposer un accumulateur zinc-
- 1 M. Faure avait proposé et même réalisé le dispositif à cellules avant l’intervention de MM. Wolkmar et Sellon.
- manganèse ; mais il n’y avait là qu’une indication. Le couple secondaire zinc-manganèse semble propre à fournir, moyennant des dispositifs appropriés, un bon accumulateur; mais les piles très résistantes de Leclanché n’en sauraient être le type. R’ailleurs, M. Maidie, commettant un singulier contresens, avait affiché la suppression des accumulateurs ! et la forme de cette réclame n’était point faite pour retenir l’attention des électriciens sérieux.
- On dit que M. Varley vient de reprendre en Amérique l’idée de la pile secondaire zinc-manganèse. Son accumulateur serait constitué-par des électrodes de charbon (carton calciné) plongeant dans une dissolution de sulfate de zinc et de manganèse : cette combinaison paraît bonne ; mais comment l’inventeur a-t-il résolu les difficultés pratiques? C’est ce que nous ne savons pas encore.
- Quelques électriciens, notamment M. Gramme, ont expérimenté la capacité d’accumulation des voltamètres à électrodes de charbon; ces essais n’ont pas encore donné de résultats.
- Entre l’accumulateur à deux électrodes de plomb et la recherche des accumulateurs sans plomb, il y a une solution transitoire : l’emploi du plomb pour l’électrode positive seulement.
- En 1881, M. Sutton essaya de remplacer l’acide sulfurique par le sulfate de cuivre dans la pile Planté; il obtint ainsi un accumulateur cuivre réduit, plomb peroxydé, solution acidulée de sulfate de cuivre. L’auteur ne fit là dessus aucune mesure et n’imagina aucun dispositif spécial; le spécimen d’accumulateur Sutton qui me fût montré il y a deux ans était construit dans la forme des couples en spirale de M. Planté. Il était évident, a priori, que des communications s’établiraient rapidement entre les deux électrodes par du cuivre métallique et des oxydes de plomb tombant au fond du récipient et sur les bandes d’isolement. Une combinaison nouvelle réclame généralement une étude, et la création de dispositifs appropriés. M. Sutton paraît ne pas avoir su ou voulu se livrer à ce travail, et le silence s’est fait sur son ébauche d’accumulateur. ».
- Il me sembla pourtant que la combinaison d’un positif Planté avec un négatif soluble, tel que le cuivre ou le zinc, présentait des avantages importants. En premier lieu la formation Planté, délicate et longue, se trouve simplifiée et raccourcie de beaucoup; car le négatif se forme d’emblée, et l’on n’a plus à pratiquer lentement, méthodiquement, ce travail de Pénélope qui consiste à réduire et oxyder un grand nombre de fois ce qu’on a oxydé et réduit. L’accumulateur au cuivre ou au zinc peut être formé sans retournement, par charges et décharges successives, de durées croissantes. Pour le former, il suffit de s’en servir. En second lieu, l’électrode négative n’a pas besoin de grande surface ou de porosité; c’est simplement une feuille lisse de plomb servant de support et de conducteur au dépôt électrochimique de cuivre on de zinc.
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- Au mois de février dernier, j’eus l’occasion d’essayer ce système. Je passais par Nantua ; la municipalité de cette ville me demanda des expériences tendant à démontrer la possibilité d’une canalisation électrique, avec utilisation des forces naturelles disponibles1. Il fallait des accumulateurs., et je dus en improviser sur place; MM. Bacboud-Caillat, fabricants de tabletterie à Nantua, offrirent leur personnel pour les construire.
- Mettant rapidement en œuvre les moyens dont je disposais, je fis fabriquer, en peu de jours, des accumulateurs de la forme indiquée, figure 1.
- L’électrode positive (fig. 5) est une longue feuille de plomb mince, plissée et ajourée, puis roulée en forme de cylindre sur une carcasse centrale en bois; la négative est un evlindre lisse en plomb cuivré ou zingué, tapissant le récipient; elles sont portées sur un croisillon et séparées l’une de l’autre par une cage de bois ou d’osier (fig. 2). Le récipient est une benne en sapin, goudronnée à l’intérieur et solidement cerclée par des ceintures de cuivre.
- Le liquide est de l’eau acidulée sulfurique tenant en dissolution du sulfate de cuivre ou de zinc.
- Les surfaces . actives sont 105 décimètres carrés pour l’électrode positive et 18 décimètres carrés pour la négative.
- La force électromotrice est 1,68 volts pour l’accumulateur au cuivre, et 2,3 volts pour l'accumulateur au zinc : celui-ci est donc beaucoup plus énergique que celui-là, mais son électrode négative est le siège d’une action locale parasite qui abaisse son rendement.
- Le poids de l’accumulateur est 22 kilos ; sa capacité, 300 000 coulombs ; sa résistance, 0,06 ohm environ, et son débit normal 12 ampères.
- Ces appareils, d’aspect un peu trop rustique, ont suffi aux expériences qui motivèrent leur fabrication. Il en fut même livré au commerce un certain nombre par la maison Bacboud-Caillat2.
- 1 Voir.le n° 512 de La Nature du 24 mars 1883, p. 26', et
- L’Électricien du 15 mai 1883. ,
- 2 J’ai appris que certain syndicat s’en était servi, avec uu succès relatif, pour des expériences publiques faites à Lyon et à Saint-Etienne, en vue d’une affaire financière à laquelle je suis resté étranger.
- Le modèle Nantua a maintenant disparu pour faire place au suivant qui est mieux agencé.
- Le petit accumulateur au cuivre (fig. 4) a comme électrode positive, P, une longue plaque de plomb mince, plissée et ajourée, soudée à sa partie supérieure dans une monture de laiton, laquelle est fixée sur une traverse en bois paraffiné. Les deux lames latérales négatives N, N, sont des feuilles de plomb lisses, cuivrées par l’électrolyse de la solution acidulée de sulfate de cuivre contenue dans le vase de verre; elles sont reliées entre elles en dehors du liquide. Un couvercle de bois soutient les trois électrodes, dont les extrémités inférieures s’arrêtent à plusieurs centimètres au-dessus du fond du vase.
- Cette précaution a pour but d’éviter les dérivations par des fragments de plomb oxydé ou de cuivre réduit ; ces fragments tombent au fond du
- récipient, sans rencontrer aucun obstacle qui les retienne au contact des électrodes. Le coefficient de restitution, ou, si l’on aime mieux, le rapport entre les nombres de coulombs entrés et sortis, se trouve ainsi ramené plus près de l’unité.
- Les électrodes suspendues ont en outre l’avantage de ne pas s’affaisser sous leur propre poids, quand une formation profonde en a diminné la solidité. Leur poids porte sur les parois verticales du récipient, lesquelles travaillant de champ, les supportent sans fatigue ; quant au fond, il ne reçoit d’autre charge que la pression du liquide et n’exige plus une épaisseur et un poids considérables.
- En remplaçant le sulfate de cuivre par le sulfate de zinc, l’appareil devient un accumulateur au zinc. Pour atténuer l’attaque locale du zine, on amalgame l’électrode négative : la force électromotrice s’élève alors à 2,37 volts, et la perte est beaucoup diminuée.
- De nouvelles expériences diront si l’action locale est assez atténuée pour que les piles secondaires au zinc amalgamé puissent être employées comme accumulateurs proprement dits. En attendant, leur force électromotrice élevée les désigne comme de bons voltamètres régulateurs, capables de parer, dans une installation électrique, aux irrégularités et aux défaillances de la machinerie.
- Fig. i. Fig. 2. Fig. 3.
- Accumulateur Reynier, ancien modèle, ayant servi aux expériences de Nantua.
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- Voici quelques renseignements numériques sur le petit modèle d’accumulateurs au cuivre ou au zinc :
- DONNÉES PHYSIQUES
- E, Forcesélectromotriccs, t,68 volls(cuivre)et2,37 volts(zinc).
- R, Résistance moyenne..................0,04 ohm environ.
- I, Intensité normale du courant de décharge, 3 à 7 ampères.
- i, Intensité du courant de charge.........Ià3 ampères.
- Q, Capacité d’accumulation,
- après 100 h. de formation, 100 000 coulombs après 500 h. de lormation, 125 000 coulombs.
- DONNÉES DE CONSTRUCTION
- Surface de l’électrode positive............. GOd.q.
- — des électro les négatives............... 5d.q
- Poids de l'électrode positive..............2k,800
- Fig. 4. — Accumulateur Reynier, nouveau modèle, au cuivre ou au zinc.
- parce qu’il est plus lourd, plus coûteux, plus long à former. Voici ses données numériques :
- DONNÉES PHYSIQUES
- E, Force électromotricc pendant la décharge . . 1,85volts.
- R, Résistance moyenne.............................0,04 ohm.
- I, Intensité normale du courant de décharge. 5 à 6 ampères.
- *, Intensité du courant de charge.............1 à 3 ampères.
- Q, Capacité d’accumulation,
- après 500 h. de formation, 100 000 coulombs, après 1000 h. de formation, 150 000 coulombs.
- DONNÉES DE CONSTRUCTION
- Surface de l’électrode positive....... GOd.q.
- — des électrodes négatives .... 120d.q.
- Poids de l’électrode positive...... 2k,800
- — des électrodes négatives. .... 5k,600
- — du récipient................. lk,600
- -1- du liquide................... lk,300
- Poids des électrodes négatives............0k,650
- — du récipient........................lk,600
- — du liquide..........................lk,700
- — du couvercle..................... . 0k,200
- — des bornes et communications. . . 0k,250
- — total...............................7k,200
- Le positif en plomb plissé et ajouré peut être combiné avec des négatifs semblables ; on revient ainsi à un accumulateur genre Planté (fig. 5), constitué par une électrode positive centrale P, et deux électrodes négatives latérales, N, N, reliées entre elles en dehors du récipient contenant de l’eau acidulée sulfurique.
- Ce modèle est moins pratique que le précédent,
- Fig. 5. — Accumulateur genre Planté, modèle Reynier.
- Poids du couvercle................... 0k,150
- — des bornes et des communications. 0k,300
- — total................... . . llk,750
- Ces chiffres montrent la supériorité des couples au cuivre ou au zinc. C’est donc dans ce système que seront combinés les modèles industriels puissants, multiples du petit modèle actuel.
- Les lecteurs de La Nature seront tenus au courants de travaux poursuivis sur ce genre d’accumulateurs qui, sans prétendre à une grande originalité, s’engage nettement dans la voie nouvelle en affirmant : 1° l’utilité de construire différemment les deux électrodes pour approprier chacune d’elles à,sa fonction; 2° une tendance à abandonner le plomb, que son équivalent chimique trop élevé rend à jamais impropre à la construction des accumulateurs très légers. Emile Reynier.
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- LA NAT U UE.
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- LE « FERRY-BOÀT «
- DE MELBOURNE, EN AUSTRALIE
- Nous trouvons dans YIllustrated Adélaïde News la description d’un ferry-boat très curieux, actuellement en construction à Melbourne en Australie, et nous avons cru intéresser nos lecteurs en leur donnant ici quelques détails à ce sujet.
- La ville de Melbourne, une des plus importantes de l’Australie et capitale de la province de Victoria, est située, comme on sait, au sud de l’Australie, au fond de l’immense baie de Port-Philippe qu'elle
- éclaire de ses deux grands phares. Cette ville a été fondée en 1857 sur les bords et non loin de l’embouchure de la rivière la Java; sa population s’est accrue d’une manière prodigieuse dans l’espace de 50 ans. Elle comprenait seulement 11 000 habitants en 1846, 21 000 en 1852, et elle dépasse aujourd’hui 250 000. En même temps, la superficie habitée a pris un développement parallèle, la ville comprend aujourd’hui deux grandes divisions formant la vieille ville et la ville neuve ou Collingword avec plusieurs quartiers suburbains. Le commerce de Melbourne a reçu également une extension incomparable dent nous avons peine à nous faire idée
- en Europe ; la ville possède actuellement un service régulier de bateaux à vapeur pour les colonies voisines et pour l’Angleterre, et c’est elle qui, avec Sydney, exporte la plus grande partie de ces laines qui viennent aujourd’hui écraser notre marché. Depuis que les propriétaires du sol sont arrivés à débarrasser leurs pâturages des mauvaises herbes et des chardons connus sous le nom de gloutrons qui salissaient la laine des moutons, les laines d’Australie se nettoient plus facilement, et comme elles ont une finesse et un soyeux tout particulier, elles sont aujourd’hui recherchées de préférence aux nôtres et elles arrivent sur le marché français, faisant aux laines indigènes une concurrence que celles-ci paraissent incapables de supporter. Rappe-
- lons, en effet, que l’exportation d’Australie qui, en 1840, par exemple, atteignait seulement 44 000 balles représentant une population de 4 millions de moutons, s'est augmentée très rapidement, et elle était de 1 200 000 balles en 1881, représentant une population de 115 millions de moutons.
- Les détails que nous reproduisons ici donnent une idée frappante de la prospérité de Melbourne née d’hier, et on conçoit immédiatement quel échange perpétuel de communications doit s’opérer constamment entre les divers quartiers de cette ville affairée entre toutes. Le cours de la Java formait malheureusement un obstacle des plus gênants poulies relations d’un quartier à l’autre, car la largeur de la rivière devient très considérable à la traversée
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- LA N AT U LE.
- delà ville; le pont de Falls, le seul qu’on eût osé construire, est très écarté, et on ne pouvait pas y avoir recours sans un détour important qu’il fallait éviter. C’est sur ces entrefaites que la ville a décidé ta construction d’un bac à vapeur spécial.
- Nous avons déjà reproduit dans La Nature quelques types-de ferry boats analogues, nous avons décrit, en particulier, l’installation du Solano', ce bac gigantesque peut transporter un train de chemin de fer tout entier avec sa locomotive en tête ; nous avons donné également quelques détails sur un projët de ferry-boat qui n’a jamais été mis à exécution, mais qui devait aussi emmener un train entier à travers le Pas-de-Calais ; nous renvoyons à cette notice, nos lecteurs qui y trouveront tous les renseignements intéressants sur l’installation de ces grands bacs. Nous ferons remarquer d’ailleurs que, malgré ses grandes dimensions, le ferry-boat de Melbourne n’est pas destiné comme ceux-ci à porter des trains de chemins de fer, mais simplement des charrettes pleines de marchandises et les nombreux voyageurs qui ont besoin continuellement d’aller d’une rive à l’autre. L’installation en a été faite principalement à ce point de vue. Pour assurer l’embarquement facile des voyageurs et des bagages, le bateau a reçu une forme carrée comme l’indique la figure; il est muni sur les deux côtés de trois ponts volants qui permettent de le rattacher aux deux quais actuellement en construction sur'les deux rives du-fleuve. Ces trois ponts sont assez larges pour recevoir de grosses voitures et les attelages y viennent avec la même sécurité que sur la terre ferme ; l’embarquement s’opère ainsi sans encombre et sans difficulté. La forme carrée du bac qui augmente l’emplacement disponible, est loin d’être la plus favorable pour la marche du bateau, mais la machine motrice est assez puissante pour l’entraîner sûrement, quelle que soit la charge remorquée, et la traversée s’effectuera d’ailleurs en quelques minutes seulement.
- A côté de l’exemple du bac à vapeur de Melbourne, il convient de résumer les procédés employés pour assurer le passage facile d’une rive à l’autre sur les fleuves ou sur les bras de mer qui traversent les grandes villes. Nous venons de rappeler le bac du Saeramento, en Amérique; nous pourrions citer aussi, quoique le principe en soit différent, le curieux pont mobile disposé à Saint-Malo pour rejoindre cette ville à celle de Saint-Servan, dont elle est séparée par un bras de mer. Ce pont que nos lecteurs connaissent2 est installé à l’entrée des bassins de la ville, il a une hauteur de plus de 10 mètres au-dessus du fond de la mer, il glisse sur des rails installés dans le fond, et il fait la navette continuellement d’une rive à l’autre, entraîné par une chaîne sans fin commandée elle-même par une machine fixe à vapeur. L. B.
- 1 Voy. n* 411 du 16 avril 1881, p. 312.
- * Voy. tables des matières des années précédentes.
- LES LUEURS CRÉPUSCULAIRES
- ET LA COLORATION DU CIEL1
- Nous avons décrit précédemment, d’après les nombreux documents que nous avons reçus, ces lueurs crépusculaires extraordinaires qui ont été observées à des époques différentes sur presque tous les points du globe, depuis la fin d’août 1885 jusqu’aux premiers jours de janvier 1884. Il est absolument certain qu’il ne s'agit pas ici d’aurores boréales, mais bien de feux du crépuscule. Avec la plupart des observateurs, nous avons attribué la cause du phénomène à la présence, dans les hautes régions de l’atmosphère, de paillettes de glace cristallines, qui constituent ces légères banquises aériennes que l’aéronaute rencontre parfois à de grandes altitudes. D’autres hypothèses ont été proposées, et notre impartialité nous fait un devoir de les exposer. M. Norman Lockyer notamment, notre savant confrère de Londres, n’a pas hésité à attribuer la formation des lueurs crépusculaires à la présence, dans les hautes régions de l’air, des cendres volcaniques très ténues, dont l’éruption du Krakatoa aurait inondé l’océan aérien. Quelques savants ont supposé d’autre part que la terre avait pu traverser un nuage de poussière cosmique.
- Un savant suisse, dont le nom est bien connu de nos lecteurs, M. F.-A. Forel, appuie l’hypothèse de M. Norman Lockyer d’arguments très solides qu’il a bien voulu nous communiquer.
- En voyant le phénomène se généraliser et être observé simultanément dans une grande partie de l’Europe, nous avons dû étudier les conditions générales de son apparition, et voici ce que nous avons constaté.
- Tout d’abord il est rare que toute l’Europe occidentale soit à la fois exactement dans les mêmes conditions météorologiques et qu’elle reste dans les mêmes conditions toute une semaine durant. Et dans le fait, les cartes météorologiques nous montrent dans la semaine en question un changement considérable. Les 25 et 26 novembre, le maximum de la pression atmosphérique était sur la mer Noire, et le minimum au nord de l’Islande ; d’après cela, l’Europe occidentale était sous l’influence des vents du sud, ou sud-ouest, chauds et humides. Le 2 décembre, le maximum de la pression était sur l’Atlantique et le golfe de Biscaïe et le minimum sur la Russie du nord ; l’Europe occidentale était dans un courant du nord-ouest et du nord.
- Il résulte de cela que les conditions météorologiques ont été très differentes dans les divers jours où le phénomène a été observé, et il est bien difficile d’attribuer, à des facteurs météorologiques seuls, la beauté extraordinaire de ces crépuscùles.
- D’une autre part, si l’on remonte l’histoire des derniers mois, on voit signaler de toutes les parties du monde des phénomènes lumineux extraordinaires : soleil vert, soleil bleu, soleil pâle et sans rayons, et partout des couchers et des levers très brillants et de grande durée. Ces apparitions ont succédé immédiatement à l’éruption volcanique de Krakatoa dans le détroit de la Sonde, les 26 et 27 août.
- 1 Voy. n° 551 du 22 décembre 1883, p. 50.
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- Dans les derniers jours d’août, le ciel a été obscurci par des nuages de cendres volcaniques, non seulement dans les îles de la Sonde, mais jusqu’à Yokohama au Japon et aux Seychelles. Le 1” et le 2 septembre sur la Côte-d’Or en Afrique, les 2 et 3 septembre, à la Trinité, l’une des Antilies, dans l’État de Venezuela, à Panama, on nota la couleur verte ou bleue du soleil et les belles illuminations crépusculaires. Du 9 au 11 et du 21 au 24 septembre, le soleil parut vert dans l’Inde, à Ceylan, jusqu’à Aden, et de splendides couchers de soleil éclairèrent le ciel. Dans le mois d’octobre, les illuminations crépusculaires furent signalées aux îles Sandwich, dans l’Australie, au cap de Bonne-Espérance, et dans l’Atlantique sous les tropiques. Enfin les feux extraordinaires du crépuscule, qui nous ont apparu en Suisse à la fin de novembre seulement, ont été déjà signalés en Angleterre les 9, 10 et 17 novembre. Tous ces phénomènes optiques, qui se sont succédés ainsi, semblent enchaînés les uns aux autres, et il me paraît, comme à plusieurs autres naturalistes, qu’ils doivent être reliés à la catastrophe du détroit de la Sonde. Un immense nuage de poussières et de cendres volcaniques, ou de gaz a été chassé dans les très hautes régions de l’atmosphère ; il se promène successivement sur les diverses parties dn monde, et il y cause des apparitions extraordinaires et intéressantes.
- D'après cela, si nos hypothèses sont exactes, les phénomènes crépusculaires que nous avons admirés dans les derniers mois, devraient leur éclat extraordinaire à l’adjonction de gaz, de fumées ou de cendres volcaniques qui se seraient surajoutées aux vapeurs normales de l’atmosphère.
- M. Norman Lockyer, de Londres, le physicien naturaliste le plus compétent dans cet ordre de recherches, a émis, avant moi et avec une bien plus grande autorité, les mêmes suppositions basées sur des raisonnements analogues.
- Les journaux scientifiques nous ont apporté quelques faits nouveaux, confirmant la supposition générale. Je n’en citerai que deux : les illuminations crépusculaires ont été remarquées aux îles Sandwich, le 5 septembre, intermédiaires entre celles signalées dans l’Amérique centrale les 2 et 3 septembre, et celles de l’Inde le 9 septembre. — D’une autre part, une preuve directe est donnée en faveur de l’hypothèse; c’est l’analyse de poussières météoriques recueillies dernièrement, soit à Madrid, soit en Hollande. Dans les deux stations on y a reconnu des cristaux d’au-gite, d’hvperstène, de pyroxène, de petits globules vitreux et du fer magnétique, tous ces corps analogues à ceux des cendres do l’éruption de Krakatoa, telles qu’elles ont été recueillies à Batavia.
- Ajoutons enfin que les illuminations crépusculaires et aurorales, dont la splendeur avait décru depuis le 3 décembre, ont repris récemment leur intensité et ont présenté dans notre pays leur maximum d’éclat les 24 et 25 décembre. Or, du 22 au 26 décembre, la Suisse a été le centre d’un maximum de pression atmosphérique, le baromètre étant plus haut chez nous que dans tous les pays environnants. C’est donc encore là un état météorologique fort différent de celui que nous avions dans la période de fin novembre, et cela nous confirme dans l’idée que les facteurs météorologiques ne suffisent pas à eux seuls pour expliquer l’éclat extraordinaire des illuminations.
- On voit que l’hypothèse des poussières volcaniques prend une sérieuse consistance à la suite des renseignements qui précèdent et dont ne pouvaient avoir
- connaissance ceux qui, comme nous, ont décrit le phénomène à ses débuts. Il est certain que des poussières de roches cristallines transparentes suspendues dans les hautes régions de l’air, joueraient au point de vue de la réflexion et de la réfraction des rayons solaires, un rôle tout à fait analogue aux microscopiques cristaux de glace. Quant au fait de la suspension de poussières dans l’air pendant plusieurs mois, il n’y a rien d’impossible et tout dépend ici de la ténuité et de la petitesse des corpuscules. Cette hypothèse nous paraît plus vraisemblable que celle des poussières cosmiques quoique nous devions faire observer que M. Yung a récemment recueilli dans la neige tombée en Suisse des corpuscules ferrugineux en quantité très notable.
- Nous ne terminerons pas cette notice, sans signaler quelques autres observations que nous avons reçues de nos correspondants.
- M. Roujon, docteur ès-sciences, chargé du cours de zoologie à la Faculté de Clermont, nous adresse un certain nombre de faits qui méritent d’être enregistrés.
- Les lueurs crépusculaires m’ont paru s’élever, parfois, jusqu’à 75 degrés et plus.
- Les étoiles, au moins celles de première et de seconde grandeurs étaient parfaitement visibles au travers; dans certains cas, elles m’ont semblé légèrement colorées en rouge ; celles du côté opposé du ciel présentaient alors une nuance verdâtre, par contraste.
- Deux crépuscules se suivant à un jour de distance étaient, parfois, très différents en intensité, de manière à faire supposer que les substances qui les produisaient, à une grande hauteur, n’étaient pas réparties d’une manière uniforme, mais, voyageaient par vastes bancs.
- M. H. Duhamel, président du Club alpin français (section de l’Isère), a très sérieusement étudié à Grenoble la coloration du ciel qui depuis la fin de novembre a eu lieu, le matin dans la direction du levant, et le soir dans la direction du couchant.
- Dans la haute montagne, non seulement l’aspect rouge du ciel est très visible, il persiste pendant toute la journée souvent à une altitude inférieure à 1500 mètres...
- Bien souvent en pleine saison d’été par un temps calme, j’ai observé dans mes courses en montagne, quelquefois plus d’une demi-heure avant le coucher du soleil, une coloration générale de tout ce qui m’environnait, la plus grande intensité ayant son centre naturellement vers l’est, et commençant à devenir perceptible par une teinte jaune d’or qui, plus ou moins rapidement, atteignait une nuance d’un rouge intense.
- J’ai constaté plus rarement cette même coloration, dans de pareilles circonstances, le matin. Le phénomène se présentait alors, ainsi qu’il est évident, avec son centrede coloration au levant, mais durait relativement peu de temps.
- Nous avons placé sous les yeux du lecteur toutes les pièces des intéressants débats auxquels ont donné lieu les lueurs crépusculaires de la fin de 1883 ; il voudra bien lui-même en tirer les conclusions.
- Gaston Tissandier.
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- TEMPÉRATURE INTÉRIEURE DES GALERIES
- DANS LE PERCEMENT DES GRANDS TUNNELS
- Le percement des grands tunnels comme celui du Mont-Cenis, du Gothard et du tunnel récemment achevé de l’Arlberg, ont donné lieu à des observations nombreuses très intéressantes au point de vue scientifique, notamment pour la géologie. Par exemple, on a pu recueillir des données précieuses sur la température intérieure de notre globe et sur la conductibilité des différentes roches qui le composent. C’est là seulement, en effet, qu’on a eu l’occasion de faire des observations sur des roches prises sous une épaisseur un peu considérable, ce qui a permis d’arriver à des résultats plus précis que ceux qu’on avait pu obtenir antérieurement. Grâce aux observations faites dans ces grands travaux, on
- peut désormais prévoir à l’avance la température probable qu’on rencontrera dans le percement de montagnes en tenant compte de la nature de l’épaisseur des roches traversées, de l’épaisseur du massif montagneux, etc.
- Nous allons faire connaître ici quelques détails sur cette application curieuse de méthodes expérimentales à une science qui s’y prête aussi difficilement que la géologie.
- Nous avons reproduit à cet effet les observations faites sur les températures des tunnels du Mont-Cenis et du Saint-Gothard, en les empruntant à une notice des plus intéressantes communiquée à la Société des Ingénieurs civils, par M. Meyer, ingénieur en chef des chemins de fer de la Suisse occidentale.
- M. Meyer a été amené par ses fonctions à faire l’étude détaillée de projets divers de percements du tunnel du Simplon qui présente, comme on sait,
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- Tunnel du Simplon (Projet dAvnl T882) Tunnel du Mpnt Blanc Tunnel du Gotherd
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- Fig. 1. — Courber thermiques des tunnels du Simplon, du Mont-Blanc et du Gothard, et prolils longitudinaux de ces montagnes.
- un intérêt capital pour notre pays, en ce sens qu’il permettrait de ramener sur nos lignes la plus grande partie du trafic que le Saint-Gothard nous a enlevé. Tout en étudiant les projets divers au point de vue technique, M. Meyer s’est préoccupé aussi d’un élément qui joue également un rôle important dans l’exécution de ces travaux, nous voulons parler de la température intérieure du tunnel. En s’aidant des observations laites au Gothard et au Mont-Genis'et des données qu’on a pu en déduire sur les différentes roches, et en relevant d’autre part les sections transversales du massif aux différents points du tunnel, il est arrivé avec le concours des géologues les plus distingués de la Suisse, et même de France et d’Italie, à construire des courbes donnant en chaque point du tracé la température qu’on pouvait y attendre ou plutôt y redouter. Cette étude a été étendue au Mont-Blanc, qui a été aussi l’objet des patientes investigations de M. Meyer, et il a réussi à dresser une courbe analogue donnant les températures probables dans le tunnel projeté sous cette montagne. Nous avons re-
- produit dans les figures 1 et 2, d’après le mémoire de M. Meyer, les courbes comparatives des températures dans ces différents tunnels et nous avons ajouté les tracés donnant l’épaisseur du massif montagneux aux différents points du tunnel. Ces courbes constituent en quelque sorte le profil longitudinal des montagnes ; on voit qu’elles conservent une allure peu différente des courbes thermiques, et leur restent très sensiblement parallèles ; les variations qu’on observe sur le dessin résultent principalement des natures différentes des roches traversées.
- La figure 1 donne les tracés comparatifs des courbes thermiques et les profils longitudinaux des trois montagnes du Simplon, du Gothard et du Mont-Blanc. La courbe thermique du Gothard est la seule réellement observée, les autres ont été calculées comme nous venons de le dire, en tenant compte de la hauteur de la montagne et de la nature de la roche. Les tracés des tunnels ont été reportés à la même ordonnée, afin qu’ils puissent se recouvrir pour faciliter le rapprochement des courbes, ce qui a obligé à placer les lignes d’altitude
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- donnant le niveau de la mer à des hauteurs différentes sur le dessin. La ligure n° 2 consacrée exclusivement aux quatre projets proposés pour le tunnel du Simplon, révèle d’une manière frappante les différences de températures qu’ils peuvent entraîner, et il faut considérer, en effet, que ces températures élevées peuvent devenir un obstacle presque insurmontable à la construction des grands tunnels, surtout lorsqu’elles dépassent une certaine limite.
- Pour le tunnel du Saint-Gothard, par exemple, on a atteint la température de 32°,75 en cours d’exécution; au Mont-Cenis, on avait eu déjà 29°,5, et ce sont là des chiffres qu’il paraît dangereux de dépasser, car les travaux de main-d’œuvre deviennent presque inexécutables à des températures aussi élevées. Les ouvriers se trouvent, en effet, complètement abattus par la chaleur et sont alors presque hors d’état d’effectuer aucun travail. Pour le Mont-Blanc, il y a tout lieu de croire qu’on se trouverait arreté par cette question des températures inté-
- rieures, car d’après les courbes relevées par M. Meyer, la température probable dépasserait 50° sous la partie la plus élevée du massif, il paraît difticile de poursuivre les travaux par une chaleur aussi forte ; on se trouverait obligé d’avoir recours à des moyens de ventilation énergiques d’une installation presque impraticable.
- M. Meyer a étudié à ce point de vue quatre tracés différents pour le percement du tunnel du Simplon, et il est arrivé ainsi à mettre en évidence, comme nous venons de le dire, les avantages qu’on peut espérer au point de vue thermique de certains tracés particuliers convenablement étudiés.
- Ainsi le premier projet étudié en 1878 par la Compagnie du Simplon suivant le tracé le plus direct représenté en A, ligure 2, et comportant seulement un développement de 18k,5 aurait entraîné des températures intérieures comprises entre 40° et 50°. Dans les nouvelles études faites récemment, on est arrivé à réduire beaucoup la température
- maxima, et on a même pu descendre au-dessous de 55° dans le dernier tracé, indiqué en 1) sur la ligure 2. On avait reconnu, en effet, en examinant les profils entravers, qu’il convenait de briser la ligne du tunnel en prenant le sommet de l’angle formé dans la vallée de Chereska et le plus près possible du thalweg ; on arrivait ainsi à diminuer dans une forte proportion la hauteur du massif superposé, et on bénéficiait en outre du refroidissement produit par les évidements, résultant des deux cirques que présente cette vallée, celui de l’AIpe Diveylia, et celui de Campi. Ou fut amené dès lors à proposer un tracé d’une longueur de 20 kilomètres qui, tout en étant plus long que les projets précédemment étudiés, leur paraît bien préférable au point de vue géologique.
- La température générale de ce tunnel ainsi tracé qui éviterait le massif du Monte-Leone se trouverait abaissée au-dessous de 35° et même il serait possible de la réduire encore artificiellement en creusant deux puits d’aération qui ramèneraient la longueur du tronçon central à 8 ou 9 kilomètres seulement.
- D’autre part, on éviterait la rencontre des massifs gypseux des berges du Rhône qui pourraient donner lieu à des infiltrations analogues à celles qui ont causé tant de difficultés au Gothard sous Andermatt.
- Enfin on réduiraitconsidérablement, à 3 kilomètres au lieu de 6, la traversée du gneiss d’Àntigoris qui forme une route très dure et d’un percement très difficile, et on la remplacerait par des schistes cristallins beaucoup plus tendres mais assez résistants pour ne pas entraîner des pressions exagérées sur les parois.
- Le tunnel ainsi étudié aurait une longueur totale de 19 800 mètres, il déboucherait au nord dans la plaine d’alluvion, formée par les glaciers du Rhône à l’altitude de 689 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 2500 mètres de la gare de Brieg qui forme actuellement tête de ligne du côté suisse. Au sud, le tunnel déboucherait dans les crêtes rocheuses du pic de Volli au-dessous desquelles passe en galerie la route actuelle du Simplon avant d’atteindre lsella. L’orifice italien serait à l’altitude de 687m,83. Le tunnel formerait une lign e brisée dont le sommet,
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- situé sous le vallon de Valle, serait distant de 4500 mètres environ de la tête sud, et l’angle correspondant serait de 162° environ. Les puits d’aération pourraient être installés, l’un à une distance de 6000 mètres de la tête nord, à une profondeur de 700 mètres, et l’autre à 4500 mètres de la tête sud, à une profondeur de 800 mètres. La rampe serait de*0,002 par mètre, elle régnerait à partir de la tète nord sur une longueur de 9500 mètres, pour atteindre le point culminant à l’altitude de 708 mètres; le tunnel comprendrait là un palier de 275 mètres de long, puis une pente de 0,008 sur une longueur de 10 kilomètres pour atteindre la tète sud.
- Nous n’insisterons pas ici sur les projets divers de raccordement qui ont été étudiés également avec le plus grand soin par M. Meyer pour rattacher le tunnel projeté du Simplon aux lignesexistantes du côté nord à Brieget du côté sud à Arona parDomod’Ossola et Pie di Muléca ; nous avons cherché seulement à montrer l’inlluence que les études géologiques devaient exercer au point de vue thermique sur le choix à faire entre les divers tracés de tunnels.
- L. B.
- SOCIÉTÉ INTERNATIONALE
- DES ÉLECTRICIENS
- Dans la séance tenue sous la présidence de M. Georges Berger, au Ministère des Postes et Télégraphes, le 21 décembre dernier, les membres du Comité d’administration de la Société Internationale des Éledricietis se sont répartis, par voie d’option, entre les six sections d’étude établies conformément aux statuts.
- Ces sections, dont il importe de connaître au moins les attributions spéciales, ont été dénommées :
- lre section : Électricité théorique, Éledrométrie, Paratonnerres. (M. Marié-Davy, président; M. G. Lippmann, secrétaire).
- 2e section : Machines dynamo-électriques. Transport et distribution de l’Énergie. (M. Tresca, président ; M. E. Hospitalier, secrétaire.)
- ' 5° section : Lumière électrique, Actions calorifiques. (M. le comte Th. du Moncel, président; M. Max de Nan-souty, secrétaire.)
- 4e section : Télégraphie et Téléphonie. (M. E. Blavier, président; M. A. Sabourain, secrétaire.)
- 5e section : Signaux de chemins de fer, Chronométrie électrique. (M. M. Lévy, président ; M. D. Napoli, secrétaire.)
- 6e section : Électrochimie, Éledrothéraphie, etc. (M. Jamin, président; M. G. Sciainia, secrétaire.)
- On a nommé dans la même séance un Comité des Publications. Ce comité présidé par M. le comte du Moncel se compose de six secrétaires et de MM. Armengaud jeune, le Dr Boudet de Paris, G. Cabanellas, G. Masson, G. Tis-sandier, G. Raynaud, l’abbé Valette.
- Il semble, d’ailleurs, superflu d’insister sur le caractère d’intérêt général exclusif que, dégagé de toute préoccupation individuelle comme de toute influence financière, la Société a donné pour but élevé à ses propres travaux; mais nous devons dire que, dans le résultat consciencieux de ses études et de ses expérimentations, les électriciens
- rencontreront un contrôle absolument désintéressé, une saine appréciation de leurs travaux, un critérium à leurs inventions, un encouragement efficace à la poursuite et à la réalisation de leurs découvertes.
- Des conférences et des expériences publiques, dont les éléments sont en préparation, satisferont dans la plus large mesure possible aux besoins de l’enseignement théorique spécial et de la divulgation des multiples applications de l’électricité.
- Désireux, d’ailleurs, de ne négliger aucune idée particulière, aucune donnée fructueuse, le Comité fait appel aux hommes de science de tous pays qui ont écrit sur l’électricité et ses diverses formes d’utilisation, afin d’obtenir d’eux l’envoi d’ouvrages qui seroiit catalogués et classés dans la bibliothèque spéciale de la Société.
- Cependant, et dès maintenant, la Société Internationale des Électriciens est ouverte et ses sections sont à l’œuvre-Toutes communications peuvent donc lui être envoyées sous le couvert et à l’adresse de M. Georges Berger, président de la Société Internationale des Electriciens, 99, rue de Grenelle, à Paris. — Le Bulletin de la Société, dont le premier numéro paraîtra dans le courant du mois de janvier, rendra compte des questions d’intérêt commun soumises à l’élude des sections, en même temps que des travaux du Comité.
- Les demandes de renseignements doivent être adressées, au siège social, à M. A. Sabourain, secrétaire du Comité.
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- CHRONIQUE
- Tremblement de terre du 50 décembre 1885. — Plusieurs secousses de tremblement de terre ont été ressenties en France dans des régions diverses. Le 50 décembre dernier à Argelès (Hautes-Pyrénées), une première secousse a eu lieu à quatre heures et demie du malin; à neuf heures, elle s’est répétée; enfin une troisième secousse s’est produite un peu plus tard et s’est prolongée cinq ou six secondes. Dans la soirée du même jour, vers sept heures moins un quart, les habitants de Dorignies, hameau industriel de la ville de Douai, entendirent un grondement souterrain qui fut bientôt suivi d’une forte ondulation du sol. De toutes parts, les maisons furent ébranlées ; les poutres craquaient, la vaisselle dansait une véritable sarabande, les verres s’entrechoquaient; bref, ce fut en quelques secondes un tumulte indescriptible. Effrayés, les habitants de Dorignies sortirent de leurs maisons craignant de voir se reproduire chez eux la terrible catastrophe d’ischia. Heureusement, ils en ont été quittes pour la peur. La secousse s’est fait sentir à l’endroit dit les Corons-Verts. Elle y fut si sensible que le chef porion de la fosse n° 5, qui habite cet endroit, sortit de chez lui en courant, pensant qu’une catastrophe venait d’arriver et que la machine et les cages venaient d’être précipitées dans le puits d’extraction. Les ouvriers qui travaillaient au fond ont, eux aussi, entendu un grondement sourd; mais ils n’ont pas ressenti la moindre secousse. Aucun éboulement, d’ailleurs, ne s’est produit dans les nombreuses galeries souterraines qui sillonnent Dorignies.
- La fabrication de» dents en Amérique. — La
- fabrication des dents est une grande industrie. Il y a aux Étuts Unis, dit l’Abeille de la Nouvelle-Orléans, douze manufactures de dents artificielles ; elles en produisent chaque année dix millions, c’est-à-dire, en moyenne une
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- dent pour cinq personnes. La moitié est fabriquée par une maison fondée en 1864. Le produit des ventes de ees dents s’élève à 1 million de dollars par an. Les matériaux qui entrent dans la confection sont le feldspath, le kaolin et le cristal de roche. La matière colorante est le platine, le titanium et l’or. Le feldspath et le cristal sont soumis à une température rouge, et, de là, jetés dans l’eau froide. On les broie ensemble dans l'eau jusqu’à ce qu’ils deviennent assez légers pour flotter; on les combine alors avec la matière colorante, et on les soumet ensuite à la chaleur intense d’une fournaise, dans des moules en cuivre. La dent est faite en deux pièces.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 décembre 1883.— Présidence de M. Blaxchakd.
- Solidification de l'azote. — Déjà signalé par des découvertes importantes, M. Wroblesky annonce aujourd’hui qu’il a observé dans un appareil de son invention, l’ébullition de l’oxygène liquéfié.
- L’évaporation brusque de ce corps donne lieu au dépôt* de cristaux qui sont peut-être de l’oxygène solide, mais qui ne sauraient d’une manière absolue être distingués des impuretés dont le corps principal peut être souillé en son mode de formation. Lors de la détente de l’oxygène liquéfié, le froid produit est évalué par l’auteur à — 186°C. L’azote soumis à cette température s’est solidifié en cristaux uniformes d’une dimension remarquable.
- Arc-en-ciel blanc. — M. Cornu donne l’indication d’un arc-en-ciel blanc ou cercle d’Ulloa, observé dans la matinée du 28 novembre à Courtenay (Loiret). A l’oppo-site du soleil, on voyait se détacher sur le brouillard un grand arc blanc assez large, à contours estompés et sans aucune trace d’irisation, rappelant comme aspect les couronnes de fumée de l’hydrogène phosphoré. Le rayon de cet arc-en-ciel paraissait notablement inférieur à celui de l’arc-en-ciel ordinaire.
- Élection d’un membre. — M. Maurice Lévy est élu par 29 suffrages en remplacement de M. Breste, membre de la section de mécanique, M. Marcel Deprez, ayant obtenu 24 voix, et le nombre des votants étant de 56.
- Mission du Cap Horn. — C’est un rapport sommaire sur les recherches d’histoire naturelle faites par La Romanche, quelit à l’Académie, M. le Dr Holm, médecin du bord. La géologie, la botanique, la zoologie, l’ethnographie lui doivent de nombreuses observations. Les Yahganes forment une intéressante population du nord de la Terre-de-Feu, dont le centre est à Yahga, dans le détroit de Murray. Ils ne sont pas condamnés à la vie misérable des Fuégiens du sud, car la faune est fort riche chez eux. Ils restent moins dans leurs pirogues, sont excellents marcheurs et chasseurs de terre ferme, et, tout en se servant du harpon pour le phoque et le poisson et de la fronde pour les oiseaux, ils manient avec adresse l’arc et la flèche complètement abandonnés par leurs frères du sud. Ils se couvrent mieux, leur manteau est plus ample et ils portent des sandales. Les Yahganes ont pour voisins les Oua, les habitants de la grande ile de la Terre-de-Feu, chez lesquels ils se procurent l’arc et la flèche à pointe de verre, qu’ils ne savent plus tailler. Les Oua sont plus farouches que les Yahganes, et se sont toujours enfuis devant les membres de la mission.
- Influence de la catastrophe de Java sur les courbes du marégraphe. — Il s'agit d’un ma régraphe enregistreur installé dans les parages du cap Ilorn, à la baie Orange (île d’Hasti). Les courbes relevées par M. Courcelles-Se-neuil, du mois de novembre 1882 au mois de septembre 1883, n’avaient pas présenté beaucoup d’écarts, même par les plus fortes tempêtes. 11 n’y eut d’exception que le 28 aoùf, où la courbe attesta une ondulation considérable.
- Ni tempête ni tremblement de terre capables de produire de tels effets n’étaient d’ailleurs signalés dans la région magellanique. Apprenant, à son retour en France, la catastrophe de Java, M. Courcelles-Seneuil acquit l’assurance, par l’examen des courbes, la hauteur, la durée extraordinaire des ondes soulevées, la coïncidence des époques, qu’il avait obtenu, à son insu, l’expression graphique , en intensité et en temps, du contre-coup transmis par l’Océan, lors de l’explosion du 26 août. L’onde marine aurait employé environ trente et une heures pour se propager du détroit de la Sonde à la baie Orange, et l’on peut évaluer à 7700 milles son trajet total, ce qui attribue à la propagation de l’onde une vitesse d’environ 248 milles à l’heure.
- Recherches sur les ptomaines et composés analogues. — Les expériences de M. Gabriel Pouchet le conduisent à envisager sinon comme identiques, du moins comme très voisins les composés de nature alcaloïde existant normalement dans les diverses excrétions et ceux qui prennent naissance dans la putréfaction, à l’abri de l’air, des matières protéiques (albumine, caséine, gluten, fibrine) ou des cadavres ou des divers organes de l’économie (foie, poumon, cerveau, etc.).
- Action du cuivre sur l'économie. — MM. Houlès et de Pietra-Santa, après de longues observations sur la population industrielle d’un village du Tarn (Durfort) arrivent à cette conclusion qu’un individu peut vivre dans une atmosphère chargée de poussière de cuivre sans altération appréciable pour sa santé; mais par contre, ils n’ont constaté aucune immunité spéciale des ouvriers en cuivre contre les affections infectieuses.
- Varia. — M. Pauchon présente un mémoire sur le maximum de solubilité du sulfate de soude; M. Guntz, sur les fluorures de sodiumM. 11. P. Gervais a trouvé une nouvelle espèce du genre mégaptère, provenant de la baie de Bassora (golfe Persique).
- Séance du 1 janvier 1884. — Présidence de M. Blasciiaud, puis de M. Rolland.
- Le nouveau vice-président. — Conformément à l’usage, la première séance de l’année porte à son ordre du jour l’élection d’un vice-président; le vice-président de l’an dernier, M. Rolland, passe au fauteuil ; et M. Blanchard qui a dirigé en 1883 les travaux de la Compagnie, quitte son éphémère pouvoir. Ce n’est pas toutefois sans avoir, dans le style fleuri dont il est coutumier, remercié ses confrères de l'honneur qu’ils lui ont fait et qui sera le couronnement de sa carrière scientifique, Le nouveau vice-président est M. Bouley , professeur au Muséum. A propos d’élections on a annoncé que la section compétente présentera lundi prochain en comité une liste de candidats à la place d’académicien libre laissée vacante par le décès de M. de La Gournerie. Nous croyons savoir que l’a-mirai de Jonquières sera mis en première ligne.
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- Opérations césariennes. — M. Paul Bert dépose sur le bureau, au nom de M. le Dr Lucas-Ghampionnière, deux grandes photographies représentant des foetus ayant vécu jusqu’au terme normal de la vie extra-utérine. La poche péritonéale dans laquelle ils se trouvaient contenaient plusieurs litres de pus. Cependant, dans les deux cas, l’opération a eu le résultat le plus favorable et les deux femmes ont guéri avec une remarquable rapidité grâce à la précaution prise par le chirurgien d’entourer la malade d’une atmosphère d’acide phonique pulvérisée.
- Activité de la cellulose sur la lumière polarisée. — Il résulte des expériences de M. Albert Levallois que différentes solutions de cellulose, dans le réactif de Schweizer dévient fortement à gauche le plan de polarisation de la lumière polarisée.
- L’intense coloration de ces dissolutions a nécessité l’emploi, comme source lumineuse, d’un arc électrique dont l’intensité lumineuse est évaluée à 300 Cartels environ. Les celluloses examinées ont été fournies par du coton, du lin, du papier Berzélius et un papier à filtrer allemand dont les fibres très désorganisées se dissolvent avec la plus grande facilité.
- Rechei’ches sur la rage.
- — Au nom de M. Gibier, aide-naturaliste au Muséum, M. Boulev expose le résultat d’expériences faites pour vérifier les prétendues propriétés antirabiques de l’ail et de la pilocarpine. Des rats gorgés de l’une ou de l’autre de ces deux substances furent soumis, selon la méthode de M. Pasteur, à des inoculations cérébrales de virus : ils prirent la rage comme les rats non préparés et l’on put se servir de leur matière encéphalique pour communiquer la maladie à d’autres animaux. |
- Nouveau mammifère tertiaire. — Un paléontologiste rémois, aussi fécond que laborieux, M. le Dr Victor Lemoine, décrit sous le nom d’Adapisorex un nouveau genre de mammifère dont les vestiges lui ont été fournis par les couches les plus inférieures du terrain éocène. Le nom choisi indique les affinités du nouvel animal, à la fois avec les adapidés tertiaires et certains insectivores actuels. Dès maintenant l’auteur décrit quatre espèces d’adapisorex auxquelles il impose le nom de Gaudryi, de Clievillionii, de Remensis et de Minimus.
- Varia. — Il va sans dire que cette séance, pas plus que les précédentes, n’est privée de communications sur les lueurs crépusculaires, et il va sans dire aussi que la
- question n’en est pas avancée d’une ligne ; — M. le commandant Martial résume les recherches hydrographiques faites par La Romanche dans les eaux magellaniques ; — le spectre de la comète Pons occupe M. Trépied ; — M. Tomassi détermine la chaleur de combinaison des fluorures solubles; — M. Lemoine fait connaître de nouveaux sels dérivés du trisulfure de phosphore.
- Stanislas Meunier.
- VÉLOCIPÈDE A PATINS
- Le nombre de vélocipèdes de différents systèmes qui ont été construits depuis quelques années est
- inimaginable, et ce genre de sport, prend chaque jour, aux Etats-Unis et en Angleterre surtout, un développement de plus en plus considérable. Le identifie American, de New-York, a donné récemment la description d’un curieux vélocipède à patins, destiné à fonctionner sur la glace ou sur un sol gelé et couvert de neige.
- La figure ci-jointe explique très suffisamment le sytsème : l’aspect de l’appareil est à peu près celui d’un tricycle ordinaire, mais quand on l’examine avec quelque attention, on voit qu’il en diffère considérablement. L’appareil est monté sur deux paires de patins; les deux patins de l’avant peuvent être orientés à droite et à gauche en même temps que les roues de propulsion. Ces roues sont munies de cannelures, qui mordent la surface du sol glacé, et déterminent la translation du système. — Le vélocipédiste fait fonctionner l’appareil à la façon d’un tricycle, obtenant à l’aide des poignées qu’il tient dans ses mains, la déviation à gauche et à droite.
- Le nouveau vélocipède à patins a été imaginé par M. James B. Bray, de Waverly. Les renseignements que publie le identifie îmm'ccm, sont très succincts, et ils ne disent pas quelle est {.a vitesse dont peut être animé ce véhicule.
- Le prop) iétaire-gerant : G. Tissakdier.
- Vélocipède à patins.
- imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N* 555. — 1!) JANVIER 1885.
- LA NATURE
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- LE CHEMIN DE FER FUNICULAIRE
- A CRÉMAILLÈRE DE TERRITET-GLION
- Nous avons déjà passé en revue dans La Nature les types les plus curieux de chemins de fer à forte rampe, nous avons signalé notamment les principales applications des lignes à crémaillère auxquelles M. Rig-genbach a attaché son nom. Nous compléterons ces indications en donnant quelques détails sur une ligne nouvelle installée récemment par l’éminent ingénieur et qui surpasse en audace toutes celles qu’il a construites jusqu’à présent. Cette ligne est établie sur la montagne de Glion, située à l’extrémité orientale du lac de Genève, et qui forme un pic isolé, constituant une sorte de Ri-ghi vaudois d’où on jouit en effet sur le lac d’un panorama comparable à celui qui a fait la célébrité de la montagne du lac des Quatre - Cantons.
- Plusieurs hôtels sont installés déjà sur le sommet de la montagne, et reçoivent même chaque année de nombreux voyageurs, dans la belle saison.
- Le chemin de fer, posé sur le flanc de la montagne, présente une pente de 57 pour 100 qui est de beaucoup la plus forte de toutes celles qu’on rencontre sur les lignes analogues, et elle n’est dépassée que par celle du Vésuve, qui atteint en certains points 62 pour 400. C’est donc bien là en effet une merveille d’audace, et nous comprenons que M. Riggenbaeh ait pu dire, dans la lettre qu’il a bien voulu nous écrire à ce sujet, que si la ligne
- n’était pas faite, il n’oserait pas l’entreprendre. Et cependant, il n’a pas hésité, le jour de l’inauguration, à descendre cette pente énorme en retenant seulement son wagon par les freins, sans même avoir recours au câble de traction appliqué en service courant. Le wagon avançait seul sur cette pente vertigineuse, il marchait ou s’arrêtait au gré du
- conducteur agis-santsurlesfreins, comme s’il eût été en palier pour ainsi dire. Cette expérience mémorable, dont tous les journaux locaux ont conservé le récit, est d’autant plus intéressante à signaler, qu'elle témoigne à la fois du courage et du sang-froid de l’ingénieur qui osa l’exécuter, et en même temps de l’efficacité des dispositions adoptées pour prévenir toute catastrophe.
- L’installation générale de la voie et le système de traction, sont les mêmes que sur le chemin de fer funiculaire du Giessbaeh, dont nous avons donné i la description! dans La Nature\ du 9 octobre 1880. Nous la rappellerons sommairement ici en priant nos lecteurs de s’y reporter toutefois. Le chemin de fer du Glion ne comprend pas de machine motrice, le train montant formé par un wagon unique, est rattaché par un câble enroulé sur une poulie installée au sommet, au train descendant constitué lui-même par un second wagon identique au premier. Le train descendant forme ainsi contrepoids pour aider à soulever le train montant, et l’excédent de charge nécessaire pour assurer l’entraînement, est obtenu, comme au Giessbaeh, en ajoutant dans le wagon descendant, une quantité d’eau convenable.
- Chemin de fer funiculaire à crémaillère de Territet-Glion. Ligne de Glion, en Suisse. ( D’après une photographie. )
- tî* iBBée. — {•' semestre.
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- Cette eau est empruntée au sommet du plan, aux torrents qui descendent la montagne, et en arrivant en bas, elle est directement versée dans le lac. Les véhicules sont munis à cet effet d'une caisse de 7000 litres environ de contenance, attachée au-dessous de la plate-forme.
- La voie a 674 mètres de longueur, correspondant à une inclinaison totale de 512 mètres; elle est située tout entière dans un même plan vertical, seulement la pente n’est pas complètement uniforme, elle est de 57 pour 100 dans la partie supérieure sur une longueur de 500 mètres environ, et dans le bas, elle s’abaisse à 50 pour 100 sur un parcours presque égal. Ces deux pentes sont raccordées par une courbe, comme l’indique la figure.
- La traction s’opère, comme nous l’avons dit, à l’aide d’un câble spécial, mais l’installation comprend en outre une crémaillère destinée surtout à retenir le train descendant sur la rampe, sans qu’elle soit destinée toutefois, comme au Righi, à fournir un point d’appui à la force motrice. Les rails sont posés avec 1 mètre d’écartement et ont un poids de 17ks,400 par mètre. Ils reposent sur des traverses en fer qui relient à la fois les deux voies. Ces traverses sont formées par des bouts de rails à large patin, posés sens dessus dessous pour faciliter l’attache des rails. Ces traverses sont boulonnées sur des supports en fonte scellés èux-mêmes dans le sol sur des pierres de taille. Ces dispositions étaient indispensables pour prévenir le déplacement des rails sur une pente aussi forte. On n’a pas conservé au Glion le système de croisement si ingénieux qui avait été appliqué au Giessbach et dont nous avons donné la description ; la voie est double sur tout le parcours, comme on le voit sur la figure reproduite d’après une photographie que nous devons à l’obligeance de Al. Mayor Vautier, président du conseil d’administration. Les deux rails intérieurs des deux voies sont seulement posés au contact, et écartés toutefois à une certaine distance au point de croisement des wagons.
- La crémaillère est identique à celle du Righi, elle est formée de deux joues en fer en U de 12 millimètres d’épaisseur assemblées par des dents rivées en acier de 45 millimètres sür 56 millimètres de section. Les rivures peuvent supporter un effort de 40000 kilogrammes environ sans se détériorer.
- Le câble est en fils d’acier entourant une âme en charme. Il s’est rompu à l’essai à la traction sous une charge de 57 000 kilogrammes environ, sept fois supérieure à celle qu’il doit développer en service. Il est enroulé au sommet du plan sur une poulie de 5m,570, et les deux brins sont ramenés dans l’axe des voies par des galets latéraux.
- La voiture qui est représentée sur la figure comprend trois compartiments en gradins pouvant recevoir vingt-quatre voyageurs assis, avec un fourgon spécial pour les bagages, elle reçoit en outre deux serre-freins.
- La disposition des freins présente un intérêt ca-
- pital sur une pente aussi forte, et toutes les précautions ont été prises d’ailleurs pour prévenir sérieusement tout danger : le voyage d’inauguration entrepris par M. Riggenbachen a donné une preuve.
- La voiture a deux essieux sur chacun desquels est fixée une roue dentée engrenant avec la crémaillère, et elle porte en outre des griffes en fer embrassant les joues de celles-ci, de manière à prévenir tout dégrènement. Elle est munie d’autre part de trois systèmes de freins agissant d’une manière indépendante pour assurer l’arrêt. Un premier frein placé à la main du conducteur se compose de deux tambours à gorge calés sur l’essieu inférieur de chaque côté de la roue dentée, ils sont enfermés entre deux sabots de friction qu’on peut serrer plus ou moins en agissant sur le levier de manœuvre.
- Les sabots du frein automatique sont commandés par un ressort et un contrepoids actionnés par le câble. Lorsque celui-ci se détend, le ressort se détend et laisse échapper le contrepoids qui entraîne dans sa chute les sabots et les applique sur l’essieu dont il enraie le mouvement. Le troisième frein est formé d une pompe à air analogue à celle des machines du Righi et appliquée sur le second essieu de la voiture. Celui-ci porte à cet effet une roue dentée spéciale actionnant le piston d’une pompe qui comprime de l’air dans un réservoir. Le conducteur règle à volonté, en agissant sur un robinet, la pression de l’air comprimé ainsi obtenu, et par suite, la force de résistance qu’il oppose à la rotation de l’essieu.
- Grâce à cette disposition, la descente s’opère sans nul danger et avec une entière sécurité. La seule difficulté provient de la différence des deux pentes du plan incliné. Dans une partie de son parcours, en effet, le poids de la voiture descendante est insuffisant pour soulever la voiture montante, ce qui oblige à remplir complètement la caisse d’eau au départ et de régler la marche en agissant sur les freins, tandis que dans les premières ascensions, on déterminait le poids d’eau à emporter, comme au Giessbach, d’après le nombre des voyageurs qui prenaient place dans la voiture. L. B.
- L’INTRODUCTION DES TORPILLES
- EN CHINE
- Au moment où les journaux annoncent et commentent les expériences de torpilles faites à l’arsenal de Nanking, en prévision de complications entre la France et la Chine au sujet de l’Annam et du Tonkin, par les ordres du vice-roi Tsô Tsoung-t’ang, il n’est peut-être pas sans intérêt de faire connaître à quelle époque fut introduit pour la première fois en Chine cet engin meurtrier* et de mentionner l’opinion des hauts fonctionnaires chinois qui furent chargés de l’essayer.
- Ge fait a été relaté par Léang Tchang-K’i, gouveiv
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- LÀ iNATüUK.
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- nour du Fou-Kien, dans un recueil de Mélanges et ! d’essais divers, qu’il publia en 1845, sous le titre de 1 Lang-tsi tsoung-t'an (livre Y). Léang Tchang-K’i a consacré aux Choueï-leï ou Tonnerres aquatiques (nom donné par les Chinois aux torpilles) deux pages dont voici la traduction intégrale :
- Ce bruit s’est répandu récemment à Canton qu’un officier barbare du royaume de Mi-li-Kien (Amérique) avait inventé le moyen de faire des tonnerres aquatiques (torpilles). Ce procédé consiste à envoyer d’habiles plongeurs qui vont sous la quille des navires ennemis et se servent de l’eau pour mettre le feu1 * 3 : tout éclate aussitôt comme le tonnerre. Il n’y a pas de navire, si solidement qu’il soit construit, qui ne soit mis en pièces.
- L’un des Hanisles de Canton nommé P’an se mit à faire des torpilles d’après ce procédé et parvint à en fabriquer au bout de neuf mois : il en envoya vingt à Péking pour qu’elles fussent respectueusement soumises à l’inspection de l’empereur. Au huitième mois de la vingt-troisième année Taô-Kouang (1843) fut promulgué un édit ordonnant au vice-roi du Tche-li et au général de brigade de Tien-tsin d’expérimenter ces engins.
- Dans la suite, ces fonctionnaires adressèrent au trône le rapport suivant : « Durant le neuvième mois, nous avons fait l’essai des torpilles dans le port de Ta-Kou (Tien-tsin) : ayant fait construire un radeau avec quatre couches de troncs de sapins de huit ts'oun 3 de diamètre et de six tchang 4 de longueur, nous l’avons fait mettre à la mer et assurer à l’aide d’ancres et de chaînes; puis nous avons fait placer sous le radeau, une torpille pouvant contenir 120 Kin 8 ou livres de poudre. Après avoir ôté le bouchon à l’aide de la corde conductrice solidement attachée et avoir attendu quatre minutes, nous entendîmes comme un coup de tonnerre et nous vîmes la mer s’élever vers le ciel et le radeau voler en éclats de tous côtés ; les débris de bois s’envolèrent vers le ciel avec la fumée ; les eaux de la mer se soulevèrent en une trombe. Les torpilles sont réellement des appareils utiles comme engins de guerre, etc. °.
- A notre sens, cet engin est excellent : mais, si l’on n’a pas les idées ingénieuses des barbares (Européens) on ne pourra en faire, et si l’on n’a pas les moyens (l’argent) des Hanistes, on ne pourra non plus en fabriquer. Considérant que la mer a une vaste étendue, que ses vagues bouillonnent de toutes parts, comment ces engins peuvent-ils arriver juste sous la quille du navire ennemi, et comment peuvent-ils faire éclater le navire entier, sans qu’on se soit aperçu de rien? Ce n’est pas ce qu’un lettré aveugle et un homme a connaissances superficielles (comme moi) oserait savoir.
- Camille Imbault Hüart,
- Interprète du gouvernement français en Chine.
- 1 Les Chinois croyaient en ce temps que les torpilles étaient des espèces de bouteilles bien bouchées, qui prenaient feu et éclataient lorsque, le bouchon étant retiré, l’eau y pénétrait.
- a A cette époque, treize gros commerçants chinois avaient le monopole de tout le commerce européen à Canton : les étrangers (les Barbares, comme les Chinois les appelaient alors) ne pouvaient trafiquer qu'avec eux seuls. Un leur donnait le nom de hanistes, du mot chinois ‘hang (cantonnais ‘hong), maison de commerce.
- 3 Le ts'oun ou pouce chinois vaut 5 centimètres.
- 4 Le tchang ou toise vaut 5m,05.
- 5 Le kin ou livre vaut 600 grammes.
- 6 Ces fonctionnaires envoyèrent également à l’empereur un dessin explicatif des torpilles.
- ONDULATIONS ATMOSPHÉRIQUES 4 5 6
- PRODUITES PAR L’ÉRUPTION DU KRAKATOA
- Outre la masse de fines poussières minérales lancées dans les hautes régions de l’atmosphère par la grande éruption volcanique du détroit de la Sonde, cette éruption a provoqué dans les eaux des mers de fortes ondulations ressenties sur les côtes européennes deux jours encore après la fin de la catastrophe.
- La principale secousse a eu lieu le 27 août vers 7 heures du matin ; elle a provoqué encore une onde atmosphérique qui a pu être constatée dans le monde entier par des oscillations barométriques insolites.
- D’après la distance directe de son lieu de départ, la première onde arrivée à Berlin environ 10 heures après sa naissance, se serait propagée avec une vitesse de 1000 kilomètres à l’heure, à peu près la vitesse du son. Environ 16 heures plus tard, a eu lieu une seconde et semblable oscillation barométrique due, sans aucun doute à la même onde arrivant cette fois d’une direction opposée, c’est-à-dire après avoir traversé l’Amérique. Avec la vitesse admise de 1000 kilomètres, on trouve un retard d’environ 16 heures pour le second parcours. Cette onde aurait donc fait le tour de la terre en 36 heures, et, en effet, on observe à Berlin 36 heures après la première, une oscillation barométrique analogue, quoique d’une moindre amplitude. En outre le retour correspondant de l’onde passant par l’Amérique a lieu au bout de 34 à 35 heures, accélération qui s’explique par la prédominance générale des courants atmosphériques de l’ouest à l’est. Une troisième onde directe se fait de nouveau sentir à Berlin au bout de 57 heures, mais à partir de là, le retour des ondes ne peut plus être constaté avec certitude ; cependant des oscillations barométriques anormales ont encore lieu jusqu’au 4 septembre.
- En résumé, on peut affirmer que cette éruption volcanique a déterminé des mouvements ondulatoires de l’air assez violentes pour faire 3 à 4 fois le tour de la terre et produire des variations de pression barométrique de 1/500, ce qui permit parfaitement d’admettre la dissémination des poussières volcaniques dans les plus hautes régions de l’air ‘. Professeur Gœrster,
- Directeur de l’Observatoire de Berlin,
- MOTEUR A GAZ DOMESTIQUE
- SYSTÈME F O R E S T
- Lorsqu’il s’agit de produire de la force motrice à domicile, pour la petite industrie dans les grandes villes, c’est encore le moteur à gaz qui offre, jusqu’ici, la solution la plus simple, la plus pratique et la plus économique. Cette appréciation pourra se modifier du jour où l’on aura trouvé une pile vraiment pratique, ou dès que l’on aura réalisé la distribution de l’électricité à domicile sur une grande échelle; elle n’en reste pas moins, pour le moment, d’une rigoureuse exactitude. Pour généraliser l’application de moteurs à gaz aux travaux de la petite industrie, avec des forces variant entre quelques
- 1 Note communiquée au Moniteur de l'empire d! Aile-magne; traduite par M. A. L.
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- LA A A TU II K.
- Fig. 1 — Vue d'ensemble du moteur à gaz domestique de M. Forest.
- kilogrammètres par seconde et un cheval-vapeur, les constructeurs ont tlù se préoccuper de créer d >s appareils à bon marché, peu encombrants, simples de construction, de mise en train et d’entretien : ce sont ces qualités que réunit à un certain degré le petit moteur de M. Forest dont nous allons donner une description succincte. Cet ap-pareil, comme scs devanciers, est constitué par un cylindre à simple effet dans lequel se meut un piston auquel la déflagration du mélange détonant formé par l’air et le gaz d’éclairage imprime une impulsion par tour ; cette impulsion se transmet à l’arbre de rotation par l’intermédiaire d’une manivelle ou d’une bielle en retour, ce qui permet de réduire le vo lume de l’appareil. La distribution s’opère à l’aide d’une came qui fait ouvrir et fermer périodiquement le tiroir pour produire successivement les trois phases d’admission, d’inflammation et d’échappement.
- La distribution est réglée de telle sorte que l’inflammation se produit dans la partie où le mélange est le plus explosif, ce qui correspond aux conditions de rendement maximum.La légendequi accompagne la figure 2 permet de saisir le rôle de différents organes qui composent le moteur.
- Le bec inflammateur, éteint à chaque coup par l’explosion, se rallume chaque fois à un bec veilleur disposé à la partie antérieure du tiroir. Pour refroidir le cylindre, M. Forest a disposé à sa surface une nervure hé-
- règle la 11)0-en réglant
- iGo
- Fig. 2. — Vue latérale et coupe horizontale du moteur de M. Forest. C. Cylindre. — E. Piston. — J. Came. — il. Galet. — L. Tiroir. — P. Plaque d’arrivée de l’air. — p. Contre-plaque de réglage d’arrivée de l'air. — 0. Arrivée du gaz. — S. Tuyau d'échappement. — R. Bec veilleur. — Q. Bec d’allumage. — V. Volant.
- licoïdah; très haute et très mince, venue de foule avec le cylindre lui-mème, et offrant à l’air ambiant une grande surface de refroidissement tout en augmentant sa résistance mécanique.
- On
- vitesse du teur
- l’accès de l’air à l’aide d’une plaque et d’une contre-p laque percées de fentes longi tudinales parallèles. La section d’arrivée de l’air dépend des positions relatives des fentes ménagées sur la plaque et la contre-
- plaque mobile à volonté. Le moteur Forest se construit sur cinq grandeurs différentes. Le plus petit
- type, dont le socle n’a pas plus de 46 centimètres de longueur sur 29 centimètres de largeur, développe 4 kilo-grammètres par seconde et consomme environ 200 litres de gaz à l’heure. Le type de 10 kilogrammètres consomme 500 litres ; celui de 45 kilogrammètres (£ de cheval) consomme environ un demi-mètre cube ; celui de j de cheval dépense 700 litres cl celui d’un cheval, le plus grand type construit jusqu’ici, demande 1400 litres par heure. Ces chiffres montrent que le moteur Forest convient surtout pour les petites forces, car dès qu’on dépasse un cheval, les moteurs Otto dépensant moins d’un mètre cube de gaz par cheval et par heure, sont par ce fait même plus avantageux. Le choix de l’un ou de l’autre de ces moteurs est donc détermina par la nature des applications.
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- NOUVELLES
- MAUHINES ÉLECTRIQUES D’INFLUENCE
- Différents spécimens de machines d’influence ont été récemment présentés, et comme ils sont d’un prix moins élevé et d’un rendement plus avantageux que les types plus anciens de Topler, flollz et Bertsch, ils trouveront probablement un accueil général. Les figures ci-contre représentent les machines de Foss et de Wimshurst, qui font partie des plus nouvelles.
- Dans la machine de Voss, qui peut être regardée comme une modification de celle de Topler, deux disques de verre, enduits d’un vernis isolant, sont l’un fixe, l’autre mobile eu face du premier autour d’un axe qui traverse une ouverture pratiquée au centre du disque fixe. Un système de deux poulies et d’une courroie de transmission imprime au disque mobile un mouvement rapide de rotation. Sur la face postérieure du disque immobile sont fixées deux armatures ou inducteurs de papier verni qui portent sur un de leurs côtés et suivant un même diamètre horizontal une étroite bande d’étain. Par le moyeu de ces bandes, les armatures sont rattachées à droite et à gauche respectivement à deux pièces métalliques qui embrassent la tranche du disque et se replient ensuite en face du plateau antérieur; chacune de ces pièces est munie de ce côté d’une petite brosse métallique.
- Sur la face antérieure du plateau mobile sont fixés à intervalles égaux 6 ou 8 boutons de métal qui pendant le mouvement viennent toucher les brosses métalliques.
- Dans une position à peu près verticale, et également en face du disque antérieur se trouve une tige laiton non isolée; elle est garnie de pointes à
- chaque extrémité et en outre d’une petite brosse métallique qui touche les boutons du plateau tournant.
- La machine fonctionne de la manière suivante :
- Si l’on communique à l’une des armatures, celle de gauche, par exemple, une petite charge d’électricité, que nous supposerons positive, les boutons, en passant devant l’armature, subiront l’influence de cette charge; et si à ce moment ils sont touchés par un conducteur non isolé, ils conserveront après le contact une charge de signe contraire, par conséquent négative.
- En supposant que le plateau antérieur tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, chaque bouton, en passant par sa position la plus élevée pour se mouvoir vers la droite, acquerra donc une petite charge négative qui, par l’intermédiaire du bras en saillie, sera cédée, en arrivant au côté droit, à l'armature qui se trouve par derrière. Lorsque le bouton continuera son mouvement vers le bas, il sera influencé par la même armature, et après avoir été touché par l’extrémité inférieure du conducteur vertical, il aura une charge positive qu’il communiquera bien-l'armature de gauche dont la charge se trouvera ainsi augmentée.
- Chaque bouton, en tournant de la sorte, transmet donc les quantités d’électricité successivement développées en lui à des armatures appropriées et élève leur charge. Un très petit nombre de tours de la manivelle suffisent pour charger ces armatures au maximum, et elles commencent alors à décharger de petites étincelles sur les disques.
- Mais aussitôt intervient une autre action. En avant du plateau antérieur se trouve une barre d’ébonite isolée, portant à chaque extrémité un peigne de laiton réuni par une traverse de même métal au bouton d’une petite bouteille de Leyde. Lorsque les charges des armatures s’élèvent, elles agissent à leur
- Fig. 2. — Machine de Wimshurst.
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- tour sur ces conducteurs fixés en face d’elles, et chargent les bouteilles, l’une positivement, l’autre négativement. Une paire d’excitateurs à poignées d’éhonite sert à décharger les bouteilles, et chaque tour de la manivelle engendre un grand nombre d’étincelles, quand les boutons des excitateurs sont séparés par une distance de quelques centimètres.
- Si la machine est conservée à l’abri de l’humidité et de la poussière, aucune charge initiale n’est nécessaire, car la faible friction des brosses sur les boutons suffit pour donner et entretenir l’électrisation préliminaire indispensable.
- La machine d’influence de Wimshurst est encore plus simple, et en quelque sorte plus avantageuse ; elle est le résultat d’une longue recherche expérimentale effectuée avec beaucoup de soin et d’habileté par M. J. Wimshurst, qui est bien connu comme un amateur électricien de grand mérite.
- La dernière des nombreuses combinaisons imaginées par M. Wimshurst est représentée par lafig. 2. Elle se compose de deux disques de verre ordinaire montés sur un pivot commun et munis de poulies motrices au moyen desquelles on leur donne une vitesse de rotation égale, mais de sens contraire. Chaque disque, d’environ 14 pouces (35 centim.) de diamètre dans les plus petits modèles, est enduit d’un vernis à la gomme-laque (shellac varnish), et porte 12 petites bandes de métal en feuilles minces collées à intervalles réguliers.
- En avant des disques est fixé, à environ 45°, un conducteur diagonal armé à chaque extrémité d’une petite brosse métallique qui touche les bandes de métal lorsqu’elles tournent. Par derrière est fixé exactement à angle droit du premier, un conducteur diagonal semblable. A droite et à gauche, deux montants verticaux de verre ou d’ébonite portent chacun une paire de peignes métalliques, et servent aussi à supporter les excitateurs, recourbés en arceaux au-dessus des disques.
- Il est facile de voir que, dans celte machine, les bandes métalliques fixées aux plateaux agissent à la fois comme inducteurs et comme véhicules.
- Supposons, par exemple, que le plateau antérieur tourne dans le sens des aiguilles d’une montre et le plateau postérieur en sens contraire. Si les bandes métalliques descendant du sommet vers la gauche sur le disque postérieur sont chargées positivement, celles qui montent sur le disque antérieur à partir de la gauche acquerront, en passant au contact momentané de la brosse, une charge négative. Dans leur mouvement vers la droite, ces bandes du plateau antérieur, chargées négativement, arriveront en face de l’extrémité supérieure du conducteur diagonal postérieur. Là, tout en agissant encore comme véhicules pour porter la charge négative du côté droit, elles agiront comme inducteurs en influençant les bandes du disque de derrière ; celles-ci acquerront des charges positives lorsqu’elles seront, en tournant, touchées par la brosse postérieure.
- Dans la région qui est au-dessus des peignes, les
- bandes du disque antérieur transporteront donc constamment, de gauche à droite, une charge négative, et celles du disque postérieur une charge positive de droite à gauche. Dans les moitiés inférieures de leurs rotations respectives, c’est l’inverse qui se passera, les véhicules antérieurs transportant des charges positives de droite à gauche, ceux de derrière des charges négatives de gauche à droite.
- 11 en résultera naturellement que les deux grands conducteurs de droite et de gauche se char geront, l’un positivement, l’autre négativement.
- Théoriquement,une petite charge initiale doit être communiquée à une ou plusieurs des bandes ou à l’un des deux conducteurs principaux. Pratiquement, si elle est sèche et propre, la machine s’amorce d’elle-même, et après quelques tours donnés à la manivelle, il se produira spontanément des étincelles.
- En mettant les conducteurs en communication respectivement avecles armatures intérieure et extérieure d’une forte bouteille de Leyde, les décharges ont lieu avec des étincelles courtes et bruyantes d’un grand éclat.
- Si, pour une cause quelconque, la machine ne se charge pas d’elle-même tout de suite, un simple frottement avec un foulard de soie sur l’un ou l’autre des montants d’ébonite, suffit pour fournir le stimulant nécessaire.
- La machine de Wimshurst semble être moins sujette que toutes les autres machines d’influence à présenter le renversement des pôles. Elle convient admirablement à la production des ombres électriques découvertes par Holtz et Righi. — On doit savoir gré à M. Wimshurst du service qu’il a rendu à la science expérimentale en inventant un appareil usuel et d’une efficacité remarquable1.
- CORRESPONDANCE
- UNE ORANGE DOUBLE.
- Logelbach, 29 décembre 1883.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Vous avez signalé dans de précédents articles de La Nature divers accouplements et soudures de fruits curieux.
- Je mets la main sur une orange entrant dans la catégorie de ces phénomènes.
- Sa conformation mérite une courte description que j’accompagne d’un croquis.
- A l’extérieur, l’orange en question n’indiquait rien d’anormal ; une fois dépouillée j’ai trouvé à son extrémité une petite orange A, bien conformée, complète, à épiderme normal et garnie à l’intérieur d’une masse charnue de la grosseur d’un gros pois, conforme au fruit comestible de l’orange; je n’ai constaté 'a l’intérieur aucun rudiment de pépin.
- Cette petite orange était recouverte d’une calotte adhé-
- 1 Traduit de l’anglais (Nature, de Londres) par MM. Godfrin et Paillot, licenciés ès sciences Lille.
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- rente par son centre, laquelle déchirée et rabattue affecte J la forme des croquis 2 et 3.
- La partie de contact de cette calotte sur la petite orange est de même structure que l’èpiderme ordinaire, tandis qu’elle n’adhérait que légèrement au-dessus de l’orange j qui a pu être détachée sans provoquer de déchirure, ;
- Ainsi, les parties CCC, fig. 1, étaient pourvues de deux j
- 3
- Fig. 1. — Coupe de l’orange double.
- Fig. 2 et 3.— Petite orange détachée avec sa calotte adhérente. !
- épidermes, l’un extérieur et normal, celui de la grande orange, l’autre intérieur et recouvrant en calotte l’hémisphère de la petite orange.
- Évidemment le derme de la petite orange est la continuation du derrière de la grande, c’est ce qui explique la nutrition de ce rudiment de fruit. Mais comment expliquer sa présence à cette extrémité, les contacts des épidermes non adhérents de la calotte et du fruit, ainsi que leur, coloration orange, bien qu’à l’abri de la lumière ?
- Veuillez agréer, etc. A. Trincano.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DTI (( TALISMAN ))
- L’on se représentait, il y a quelques années à peine, les grandes profondeurs des mers comme d’immenses solitudes où la vie ne se montrait sous aucune forme et où régnait une nuit éternelle. Aujourd’hui, grâce à des expéditions entreprises dans le but d’explorer les abîmes des Océans, nous savons que la vie se manifeste avec abondance sur les grands fonds et qu’à cinq et six mille mètres de profondeur la lumière est répandue par d’innombrables animaux phosphorescents. Diverses nations ont rivalisé entre elles pour tâcher d’accomplir ces importantes découvertes et plusieurs missions scientifiques ont été envoyées sur differents points du globe par les gouvernements Anglais et Américain. Les Français sont entrés eux aussi avec ardeur dans cette nouvelle voie de recherches et voilà quatre années consécutive que, grâce au concours dévoué de l’administration de la marine, des savants ont pu s’embarquer sur des bâtiments de l’Etat appropriés d’une manière spéciale pour exécuter des explorations sous-marines.
- La première exploration française, qui était une campagne d’essai, fut accomplie en 1880 par Le
- Travailleur dans le golfe de Gascogne1. Ses résultats inespérés eurent une si grande importance que l’année suivante le gouvernement décida de continuer les recherches. Le Travailleur fut de nouveau mis à la disposition de M. Alph. Milne Edwards et de la Commission qu’il présidait. Il parcourut le golfe de Gascogne, visita la côte du Portugal, franchit le détroit de Gibraltar et explora une grande partie de la Méditerranée. En 1882 le même bâtiment entreprit une troisième mission dans l’Océan Atlantique où il poussa jusqu’aux îles Canaries. Seulement Le Travailleur, étant un aviso à roues, destiné à faire le service du port de Rochefort,ne présentait aucune des qualités requises pour exécuter des voyages dont la durée devait être un peu prolongée. La quantité de charbon, qui pouvait être aménagée dans ses soutes, était consommée en une semaine et dès lors il ne pouvait s’éloigner des points où il lui était possible de se ravitailler en combustible. Aussi dès son retour, M. Alph. Milne Edwards demanda qu’un navire plus grand, bon marcheur et pouvant emporter avec lui des approvisionnements de charbon suffisants pour rester longtemps au large, fût affecté aux recherches sous-marines. La Commission des missions appuya ce vœu, le Ministre de l’instruction publique l'accueillit et le transmit à l’amiral Jauréguiberrv, ministre de la marine, qui donna immédiatement l’ordre qu’un éclaireur d’escadre, Le ’ alisman, fut armé et aménagé pour une nouvelle campagne de dragages. Ce bateau, commandé par M. le capitaine de frégate Parfait, qui l’année précédente occupait le même poste à bord du Travailleur2, a quitté le 1er juin 1885 le port de Roehefort. Il y avait à bord M. Alph, Milne Edwards et la Commission scientifique nommée par le Ministre de l’instruction publique3. Le Tàlismàn a exploré les côtes du Portugal et du Maroc. 11 a visité les îles Canaries et du cap Vert, parcouru la mer des Sargasses et, après avoir séjourné quelque temps aux Açores, il a effectué son retour en France en explorant le golfe de Gascogne (fig. 1).
- Les magnifiques collections d’histoire naturelle recueillies durant cette croisière et durant celles accomplies les années précédentes par Le Travailleur vont être, dans peu de jours, exposées au Muséum d’histoire naturelle4. Nous pensons être agréables aux
- 1 La Commission scientifique nommée par M. le Ministre de l’Instruction publique pour diriger les dragages effectués à bord du Travailleur était composée de M. Alph. Milne Edwards, membre de l’Institut, président, de MM. Vaillant et Perrier, professeur au Muséum, de M. de Folin, directeur du journal Les Fonds de la Mer, de MM. Marion et Sabatier, professeurs aux Facultés des Sciences de Marseille et de Montpellier, de M. Fischer, aide-naturaliste au Muséum. La même Commission effectua les voyages de 1881-1882. On lui a adjoint cette année M. H. Filhol, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, MM. Ch. Brongniart et Poirault désignés comme préparateurs.
- 2 Le Travailleur avait été commandé en 1880-1881 par M. le lieutenant de vaisseau Richard.
- 5 M. Marion, retenu par ses fonctions universitaires, n’a pu s’embarquer.
- 4 Rue de Buffon, 61.
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- lecteurs de La Nature en leur donnant quelques rcn- | on s’est servi des appareils mis seignements sur l’organisation de l’expédition du Talisman ainsi que sur la manière dont les dragages ont été effectués. Nos articles devront constituer une sorte de guide à l’exposition des collections rapportées par Le Travailleur et Le Talisman. On pourra, après les avoir parcourus, se rendre facilement compte de
- la maniéré dont Fig. 1. — Carte du voyase du Talisman en 1885 (dressée par M. Alpli. Milne Edwards).
- sous les yeux du public et il sera possible d’apprécier immédiatement la valeur des animaux si curieux que l’on est allé chercher jusqu’à plus de cinq mille mètres de profondeur.
- Le premier sentiment qu’éprouveront les visiteurs en présence de la quantité innombrable d’échantillons offerts à leur examen sera un sentiment d’éto«-
- Xomm* Comro*
- Coupe suivant M.N regardant l'avant.
- Fig. 2. — P.an d’emménagement de dragage et de sondage sur le pont du Talisman.
- nement. Ils auront évidemment de la peine à comprendre comment l’expédition du Talisman étant revenue en France le 1er septembre, l’on a pu depuis cette époque préparer et disposer des centaines de mille de-chantillons et les déterminer. Le personnel du Muséum a accompli là un véritable tour de force et il a montré que si les ressources dont il dispose sont grandes, il sait toujours admirablement les utiliser.
- Le Talisman ainsi que le montre son plan, dont nous donnons la reproduction (fig. 2), avait dû subir de très importantes appropriations pour la
- Fig. 3. — Schéma de l'appareil de sondage.
- croisière qu’il allait entreprendre. Son pont avait été | de la mission. Sur la passerelle l’on avait installé
- presque complètement débarrassé de l’artillerie qui l'aurait trop encombré. Immédiatement en arrière de la passerelle, placée au milieu du bâtiment l’on avait établi deux treuils, l’un à droite A, l’autre à gauche B (fig. 2). Ces instruments, dont j'exposerai plus loin le mode de fonctionnement, devaient servir à descendre et à remonter les engins de pèche que l’on envoyait au fond de la mer. Un peu plus en arrière l’on avait construit deux roufles G. et H. H. Le premier était destiné à servir de laboratoire, le second avait été emménagé pour fournir des logements aux membres
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- l’appareil à sonder, une machine Brotherhood qui l’actionnait et les appareils destinés à produire de la lumière électrique. Le service du sondeur et celui de la lumière électrique étaient donc complètement indépendants de celui des dragues. Sur le mât de l’avant,
- à deux mètres de hauteur environ, l’on avait placé une grue F pouvant se mouvoir suivant un plan horizontal. Son sommet, comme on le voit sur le plan du bateau, pouvait se projeter en dehors du navire soit à droite, soit à gauche. A ce sommet
- Fig. i. — Vue d'ensemble de l’appareil de soudage à bord du Talisman.
- était disposé une poulie sur laquelle passait le câble soutenant les dragues ou les chaluts, qui étaient ainsi portés en dehors du bateau.
- L’opération préliminaire de toute exploration sous-marine consiste à déterminer exactement la profondeur de la mer au-dessous du point où l’on se trouve. Pour atteindre ce ljut l’on a proposé différentes machines à sonder. Les essais qui en avaient
- été faits avaient montré que chacune d’elles possédait des défauts assez graves. L’année dernière, M. Thibaudier, ingénieur de la marine, a fait installer à bord du Talisman un nouvel appareil de sondage construit sur ses indications et les résultats que l’on a obtenus ont été merveilleux. L’appareil enregistre lui-mème le nombre de mètres de lil qui se déroulent et dès que le plomb de sonde atteint le
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- fond il s’arrête automatiquement. Nous avons fait représenter d’une part cet appareil (fig. 4) et d’autre part son schéma ((ig. 3) afin de permettre de mieux saisir son fonctionnement.
- Le sondeur Thibaudier se compose d’une poulie P (fig. 5) sur laquelle étaient enroulés 10 000 mètres de fil d’acier de un millimètre de diamètre. De la poulie, le fil se rend sur une roue B ayant exactement un mètre de circonférence; de là, il descend sur un chariot A mobile le long de Digues en bois, remonte sur une poulie fixe K et arrive au sondeur S après avoir traversé un guide g où il trouve toujours un petit réa sur lequel il peut s’appuyer quelle que soit l’inclinaison du bateau. La roue B porte sur son axe une vis sans fin qui met en mouvement deux roues dentées indiquant le nombre de tours qu’elle accomplit; l’une marque les unités, l’autre les centaines (fig. 5). Cette dernière est graduée jusqu’à 10000 mètres. Chaque tour de la roue B correspondant à un mètre, le nombre indiqué par le compteur représente la profondeur. Sur l’axe de la poulie d’enroulement est une poulie de frein p. Le frein f est manœuvré par un levier L à l’extrémité duquel se trouve une corde C qui vient s’amarrer sur le chariot A. Lorsque dans les mouvements de roulis la tension du fil d’acier supportant le sondeur diminue ou augmente, le chariot descend ou remonte légèrement le long des Digues; dans ce mouvement, il agit plus ou moins sur le frein et il règle en conséquence la vitesse de déroulement, Lorsque le sondeur touche le fond, le fil se trouvant subitement allégé de tout son poids, qui atteint quelquefois jusqu’à 70 kilogrammes, s’arrête instantanément.
- -La manœuvre de cet appareil est facile à comprendre. On dispose à l’intérieur du bateau le sondeur et ses poids. Un homme appuie sur le levier L (fig. 3). Le compteur est mis à zéro. Tout étant ainsi disposé l’homme lâche le frein et le déroulement s’opère jusqu’au moment où le fond est atteint.
- Durant l’opération d’un^sondage, le bâtiment est maintenu immobile au moyen de sa machine, de manière que le fil demeure aussi vertical que possible. Le fond touché, le déroulement cesse brus-'quemént et l’on n’a plus qu’à lire l’indication au compteur différentiel, ce qui indique la profondeur.
- Auprès de la poulie d’enroulement du fil est une petite machine auxiliaire M que l’on embraye alors avec l’axe de cette poulie et qui relève le sondeur débarrassé de ses poids d’après un procédé que je ferai connaître plus tard.
- Fig. 5. — Compteur He la longueur dévidée du fil de sonde.
- Nous avons cherché par notre figure 4 à rendre l’aspect offert par la passerelle du bateau au moment où allait s’effectuer un sondage. On pourra avec ce dessin, établi d’après une photographie faite par M. Vaillant, membre de la mission, se faire une idée nette du sondeur Thibaudier et comprendre comment la roue, sur laquelle devait s’enrouler le fil de sonde dévidé, était mise en mouvement par une machine Brotherhood. H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
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- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- BEC A GAZ MULTIPLE DE M. d’arSOKVAL.
- L’impulsion donnée à l’enseignement depuis quelques années a fait sentir de plus en plus dans les écoles et lycées4 le besoin d’augmenter le nombre des manipulations chimiques faites par les élèves, car le profit qu’ils retirent de cet enseignement par eux-mêmes est incontestable.
- Malheureusement les professeurs sont souvent retenus dans l’application de leur programme par la modicité du budget qui leur est accordé, et l’acquisition d’un grand nombre répété des mêmes appareils et ustensiles est souvent un obstacle insurmontable.
- M. d’Arsonval, le savant professeur du Collège de France qui a déjà rendu tant de services appréciés des chimistes
- Fig. 1. — Différentes parties du bec multiple d’Arsonval. •
- et des physiciens par les ingénieuses dispositions des appareils qu’il a su créer, vient d’aplanir une partie de ces difficultés en ce qui concerne les appareils de chauffage au gaz dans les laboratoires des écoles.
- Le bec à gaz multiple dont la figure ci-dessus donnera
- Fig. 2. — Bec de gaz d’Arsonval, disposé pour les analyses organiques.
- au lecteur une idée exacte de la disposition et de la simplicité, remplace, pour un prix fort minime : le bec Bunsen des laboratoires, le fourneau à évaporer, la grille à ana-
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- lyses organiques, le chalumeau oxyhydrique, les supports à capsules, les supports à pinces, etc., etc., etc. La partie principale du bec multiple est composée d’uu pied en fonte surmonté d’un tronçon de bec horizontal en cuivre A (fig. 1) avec robinet d’air régulateur et sur lequel viennent se greffer tour à tour tous les autres ajutages.
- Veut-on avoir le bec Bunsen si heureusement modifié par M. Berthelot, on place l’ajutage G sur le pied A, où il entre à frottement jusqu’à un point d’arrêt. Pour avoir le fourneau à évaporer, il suffit de remplacer l'ajutage G par la couronne E. La grille à analyses organiques est formée de deux briques ordinaires placées sur champs parallèlement l’une à côté de l’autre et sur lesquelles viennent se poser deux petites brides cintrées en fer supportantletube à analyses également en fer (fig. 2). Le tout est chauffé par le long tube de cuivre percé de trous, ajutage D qui se monte à son tour comme les précédents sur le pied principal.
- Le chalumeau oxyhydrique B (fig. 1) s’adapte également comme toutes les pièces ci-dessus.
- Enfin le support représenté dans la figure 3 a pour base une large plaque de fonte qui sert de table à tout l’appareil
- Fig. 3. — Bec de gaz d’Arsonval disposé sur un support à pinces.
- et porte sur sa tige, anneau, et pince articulée destinés à recevoir capsules, ballons, cornues, etc.
- 11 faut ajouter que toutes les pièces de ce bec sont d’un usage absolument pratique et donnent au moins les mêmes températures que l’on est habitué à trouver dans les appareils de chauffage au gaz pour laboratoires, tout en coûtant quatre ou cinq fois moins que ceux-ci.
- Plusieurs écoles et entre autres l’École municipale Àrago ont déjà adopté le bec multiple pour les manipulations de leurs élèves. P. R.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Contes de fées de Ch. Perrault en prose et en vers avec préface de É. Legrand, et illustrations d’après les aquarelles et dessins J’Adrien Marie. — 1 vol. in-4° avec tirage en couleurs.— Paris, A. Lahure, 1884.
- Nous venons bien tardivement après la date du jour de l’an, signaler ce livre délicieux, édité avec grand luxe par l’imprimerie Lahure, illustré avec art par Adrien Marie, dont le talent n’a pas besoin d’être recommandé. — Mais
- les Contes de Perrault qui sont pour tous les âges, sont aussi de tous les temps, ils font partie de ces œuvres qui ne vieillissent pas, et La Fontaine vivrait aujourd’hui, qu’il dirait encore :
- Si Peau d’Àne m’était conté,
- J’y trouverais un plaisir extrême.
- La nouvelle édition de la maison Lahure est un bel exemple du parti que les artistes et les éditeurs, peuvent tirer de la chrornotypographie.
- Le Diamant, par Henri Jacobs et Nicolas Chatrian. 1 vol. gr. in-8° comprenant 20 planches hors texte à l’eau-forte, en chromolithographie, en héliogravure et 34 gravures sur bois. Paris, G. Masson, 1884.
- Nous nous bornons à signaler aujourd’hui ce remarquable ouvrage qui est le résumé très complet de l’histoire du diamant, qui signale ses gisements, étudie les industries auxquels il donne naissance, et indique les ressources que la précieuse gemme fournit à l’art du joaillier. Nous publierons prochainement une analyse plus complète de ce remarquable ouvrage édité avec le plus grand liue.
- Report of the Commissiones of Education for the ijear 1881. 1 vol. in-8° de 840 pages. — Washington. Government printing office, 1883
- CURIOSITÉS AÉROSTATIQUES1
- A PROPOS DU CENTENAIRE DE 1,’ASCENSION DE CHARLES ET ROBERT, LE 1er DÉCEMBRE 1783.
- On a célébré, dans le courant de l’année qui vient de s’écouler, le centenaire de la découverte des aérostats, et nous avons ici même donné le résumé de la cérémonie d’inauguration de la statue des frères Montgolfier à Ànnonav2. A côté du nom illustre des inventeurs, il convient de placer celui du physicien Charles qui a créé l’aérostat à gaz hydrogène, et qui a construit avec le concours des frères Robert, le premier ballon de soie vernie, entouré d’un filet de suspension, muni d’une soupape pour perdre du gaz, de-lest pour déterminer l’ascension à la volonté du navigateur aérien, d’un baromètre pour calculer l’altitude, et d’un ancre d’arrêt pour l’atterrissage.
- Les frères Montgolfier avaient lancé à Annonay, le 5 juin 1783, un aérostat en papier gonflé d’air chaud. Lorsqu’on apprit dans la capitale un fait aussi prodigieux, personne n’en fut frappé plus vivement que Charles, alors professeur de physique très populaire. Il entreprit aussitôt d’obtenir le même résultat.
- « 11 savait que l’air échauffé renfermé dans le ballon était devenu seulement deux fois plus léger; il jugeait avec raison que la force ascensionnelle était due à la seule action de la chaleur, et que par conséquent il faudrait, suivant un tel procédé, donner à l’aérostat de très grandes dimensions, et que
- 1 Voy. n° 487 du 30 septembre 1882, p.280.
- * Voy. n° 534 du 25 août 1883, p. 103.
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- LA N A TU 11 L.
- la présence du foyer exposait incessamment l’appareil au plus grand danger. 11 jugea donc bien préférable, d’employer le gaz hydrogène, qu’on appelait encore l’air inflammable, et qui est environ douze ou quinze fois plus léger que l’air atmosphérique. Un grand nombre de personnes désiraient que l’on tentât une expérience aussi importante : elles s’accordèrent toutes pour en confier la direction à celui qui avait donné tant de preuves publiques de ses talents. On venait de composer un nouvel enduit résultant d’une dissolution de gornme élastique dans l’huile de térébenthine.
- Oharles entreprit de l'appliquer aux enveloppes de taffetas où l’on enfermait le gaz hydrogène ; et après un assez grand nombre d’essais, il parvint à résoudre la difficulté principale de la construction des aérostats, celle de contenir dans une enveloppe extrê-menent légère et flexible une substance gazeuse aussi subtile que 1 air inflammable. Cette grande expérience eut un plein succès; sou aérostat s’éleva du Champ de Mars le 2 août 1785, et parvint en deux minutes à 500 toises de hauteur : il se perdit d’abord dans un nuage, reparut ensuite et continua de s’élever malgré une forte pluie. Il descendit peu de temps après, à la distance de cinq lieues. »
- Ainsi s’exprime le baron Fourier dans son Éloge historique de Charles prononcé dans la séance publique de l’Académie des Sciences à la mort de son illustre collègue en 1828. Le célèbre secrétaire perpétuel de l’Académie ajoute en gardant la juste mesure d’une excellente appréciation :
- « C’est la première fois qu’on a employé dans les aérostats le gaz hydrogène ; ce procédé était le seul que les sciences pussent conserver. Aujourd’hui on
- Fig. 1 et 2. — Boutons d’habits au ballon du temps de Louis XVI.
- Fig. 3.
- Fig. 4. — Marque de jeu de trictrac au ballon.
- ne fait usage d’aucun autre. Aussi M. Charles sera cité dans tous les temps comme le second inventeur; mais en s’exprimant ainsi, on ne porte
- aucune atteinte à l’éclat de la première découverte : elle immortalise le nom de Montgol-fier; car la gloire appartient de droit à quiconque ouvre une carrière nouvelle. Rien ne peut ternir l’éclat de l'expérience d’Annonay. » L'étonnement fut porté au comble quand on vit Pilatre de Rozier et le marquis d’Arlandes s’élever dans la première montgolfière montée le 21 novembre 1785; mais l’ascension exécutée quelques jours après, le 1" décembre 1785, dans le premier ballon monté à gaz hydrogène eut un retentissement plus grand encore. Cette expérience mémorable fut exécutée par Charles et l'un des frères Robert, dans le jardin des Tuileries en présence d’une foule innombrable. Les récits du temps montrent quel fut l’enthousiasme extraordinaire que fit naître l’apparition de cet art naissant, et quelles cxpérances on fondait sur la conquête de l’atmosphère.
- Chose unique dans l’histoire! À côté des documents écrits, des documents dessinés et gravés, il y a eu pour célébrer ces événements, des documents peints sur la porcelaine, taillés dans l’ivoire, moulés dans le bronze des pendules, figurés sur les éventails et jusque sur les boutons d’habit. Dupuis-üelcourt, qui avait l’amour de l’aéronautique, avait eu jadis l’ambition de réunir ces objets, anciens témoins d’un grand art à ses débuts, et il rêvait de fonder un Musée de /’aérostation. Ce que Dupuis-Delcourt n’a pu faire, mon frère Albert Tissandier et moi, nous essayons de le réaliser, avec la patience du chercheur, et le passion du collee-
- - Médaillon pour bracelet, broche, chaîne, clef de montre et breloque au ballon du temps de Louis XVI.
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- tionncur. Souvent déjà, nous avons présenté à n&s lecteurs certaines pièces curieuses de notre collection1 (le mot de mrisée nous paraît trop ambitieux) ; nous décrirons encore aujourd'hui quelques objets qui se rattachent spécialement à l’ascension de Charles et Robert exécutée, nous le répétons encore unefois, le ^décembre 1785, il y a un sièclfe et quelques semaines.
- Les figures l et 2 représentent deux boutons d’habit, l’un est en verre coloré, le second est en métal blanc. Un exemplaire de ce second spécimen figure dans la belle collection de boutons d’ha-
- Fig. b. — Tasse Louis XVI au ballon en porcelaine Je Liiguancourt.
- montre en or de notre collection, une chaîne de montre avec motif à ballon, et une breloque.
- Que n’a-t-on pas songé à faire à cette époque, qui n’ait la forme des ballons, dont le nom volait
- de bouche en bouche? 11 n’est pas jusqu’aux marques du jeu de trictrac qui prenaient la forme du ballon de Charles et Robert (fig. 4Î.
- Nous avons gardé pour la fin, deux pièces rares et précieuses : ce sont deux tasses de porcelaine au ballon, de 1785; l’une est en porcelaine de Cli-gnancourt(fig.5), l’autre est en pâte tendre de Sèvres (fig. 6). Sur la soucoupe
- bits de M. le baron Pérignon, collection remarquable de la première qui est blanche avec peinture d’or,
- quia été décrite en 1881 dans le Magasin Pittoresque. La figure 5 comprend plusieurs objets divers, d’une très grande finesse ; à gauche et en haut de la figure, on voit dessiné un médaillon de bracelet ; cette pièce est encore munie de sa monture et de son fermoir ; le petit aérostat que l’on reconnaît par sa forme pour être bien celui de Charles et Robert, est en ivoire sculpté, incrusté dans une plaque de nacre peinte. A droite de ce médaillon est une
- broche figurant la deuxième ascension de Charles dans la prairie de Nesle ; la peinture faite sur ivoire est très délicate et d’un ton très heureux. Au-dessous, mon frère a dessiné d’après nature, une clef de
- 1 Yoy. u° 487 du 50 septembre 1882, p. 280.
- Fig. 6. — Tasse Louis XVI au ballon en pâte tendre de Sèvres.
- on voit figurée la batterie à gaz hydrogène de Charles aux Tuileries ; sur la tasse est représenté
- le ballon avec la légende : Bon voyage, 1er décembre 1785.La tasse en pâte tendre de Sèvres est tout à fait remarquable, et d’une grande valeur; elle est d’un tou violet agrémenté d’or, et les 'paysages sont multicolores ; ils représentent le ballon de Charles et Robert au moment où lesaéro-nautes vont descendre dans la prairie deNesles ; deux cavaliers
- sur le premier plan, suivent l’aérostat à franc étrier : ce sont le duc de Chartres et le duc de Fitz-James qui, après avoir vu le départ du globe aux Tuileries, vont être les premiers à saluer le physicien Charles à sa descente.
- Que d'enseignements dans ces pieuses reliques
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- LA .NATURE.
- du passé, que d’enthousiasme elles recèlent, que ! d’espérances elles font revivre1 !
- En retraçant ici ces souvenirs séculaires , nous avons voulu que l’on n’oubliàt pas le nom de Charles qui a été prononcé à peine, lors de l’année du cen- ! tenaire des aérostats. Or ce nom, nous le répétons, doit être écrit aussi en lettres d’or, à côté de celui des impérissables inventeurs : les frères Montgolfier.
- Gasto.x Tissasdier.
- CHRONIQUE
- Un ballon retrouvé en mer. — Les journaux quotidiens ont parlé d’un aérostat abandonné qu’un navire, faisant voile sur Newcastle, avait trouvé au large à la surface de la mer. Voici l'explication de ce fait qui a donné lieu à de nombreuses interprétations.
- Le 2 décembre dernier, vers 3 heures du soir, M. Oastagnet, gymnaste aéronaute, exécutait une ascension au Palais de Cristal de Porto, dans son ballon La Rosila. Après avoir fait ses exercices sur sou trapèze, M. Castagnet remonta dans sa nacelle et il ne tarda pas à reconnaître que le vent l’entraînait avec une vitesse alarmante loin de la côte, qui disparaissait rapidement dans la brume. Voyant un steamer à l’horizon, M. Castagnet ouvrit en grand la soupape de la Rosita qui descendit rapidement. Le choc à la surface de l’eau eut une intensité telle, qae la nacelle entra dans l’eau et que M. Castagnet fut complètement immergé. Trempé jusqu’aux os, l’aéronaute crut devoir se débarrasser de ses vêtements qui ne le protégeaient plus contre le froid, et qui auraient pu le gêner dans le cas où il aurait dû rega=> gner la terrekla nage. On comprendra quelle fut la joie de M. Castagnet lorsqu’il aperçut à l’horizon une petite barque à rames qui s’était détachée du rivage et marchait à sa rencontre. Le salut arrivait, grâce à la Société de sauvetage, qui avait envoyé un de ses canots à la recherche de l’aéronaute. Bientôt l’embarcation fut bord à bord avec le cone-ancre. Castagnet se laissant glisser le long du cordage, fut en un instant dans la chaloupe. Mais alors survint une difficulté inattendue. Les sauveteurs se refusèrent à remorquer la Rosita qui faisant voile, eût été capable de faire submerger le bateau, et, malgré les supplications de M. Castagnet, coupèrent le cordage qui retenait le cone-ancre. Le ballon fit un bond et disparut dans la direction de lahaute mer, pendant que l’aéronaute éploré était ramené malgré lui k Oporto. En arrivant, il trouva sur les quais une foule immense qui l’accueillit avec les plus vives acclamations. Un télégramme de Newcastle apprit bientôt que la Rosita avait été retrouvée. On va l’acheminer vers Porto, où M. Castagnet fera incessamment l’ascension projetée.
- Le corse*. — L’astronome anglais R.-A. Proclor résume comme suit, dans le Good Health, les expériences^ auxquelles il s’est livré pour apprécier d’après lui-même les avantages et les inconvénients du corset. « Frappé de ce
- 1 La collection dont nous donnons ici quelques spécimens a été réunie pièce à pièce depuis quinze années de recherches. Nous serons reconnaissants à ceux de nos lecteurs qui voudront bien nous signaler des curiosités aérostatiques, livres, gravures, objets d’art, etc., qu’ils pourraient connaître dans la localité qu’ils habitent et dont on pourrait faire l’acquisition. G. T.
- fait que j’entendais aifirmer autour de moi que le lacet bien serré d’un corset pouvait réduire la corpulence, j’ai voulu voir par moi-même si scientifiquement on pouvait le soutenir, et comme je suis très corpulent, j’étais particulièrement prédisposé k suivre avec intérêt cette expérience. J’ai donc résolu de m’astreindre pendant quatre semaines k cette compression du corps par des buses parfaitement raides, mais j’avais compté sans mon hôte; les souffrances qu’endurent les femmes chinoises pour se comprimer les pieds ne sont rien auprès des souffrances qu’il me fallut supporter et devant lesquelles il me fut impossible de résister longtemps. J’étais fort irrité contre moi-même de mon manque de constance, mais pour quelques jours de folie, il me fallut endurer trois mois de souffrance avec obligation de me servir de béquilles, et comme conclusion finale, je n’étais pas moins gros qu’avant. »
- JLes richesses de la Bibliothèque Nationale. —
- La Bibliothèque Nationale a terminé son inventaire an-nuel. Le nombre des volumes qu’elle contient s’élève aujourd’hui k 2 500 000. Le cabinet des manuscrits renferme 92 000 volumes reliés, brochés, ou contenus dans des cartons, et de plus 144 000 médailles de toutes les époques, françaises et étrangères. Les collections des estampes comprennent plus de deux millions de pièces, conservées dans 14 500 volumes, et dans 4000 portefeuilles. — La galerie de la Réserve contient les volumes les plus précieux, au nombre de 80 000. Ajoutons, pour édifier nos lecteurs sur la progression du mouvement littéraire de ces dernières années, qu’en 1868 la sa’ledu travail n’avait vu que 24 000 lecteurs, et qu’en 1883 elle en a reçu 70 000.
- Découverte d’une grande pyramide au Mexique. — On vient de découvrir au Mexique des restes importants d’une civilisation aujourd’hui disparue. Dans la Souora, k vingt lieues environ sud-est de la ville de la Madeleine, on a trouvé, au cœur d’une forêt vierge une pyramide qui a 4350 pieds k sa base et 750 de haut, c’est-k-dire près du double des dimensions de la pyramide égyptienne de Cheops. De la base au sommet monte un large chemin, que peuvent suivre les voilures, et qui serpente autour de cette gigantesque construction. Les murs extérieurs sont construits, ou plutôt revêtus de plaques de granit formant sillons, très soigneusement travaillées et les courb ires sont combinées avec une parfaite précision. A peu de distance, vers l’est, s’élève un tertre de mêm^ hauteur, transformé en gîtes ouverts dans le roc. 11 y a des centaines de petites chambres de 5 k 15 pieds de large pour 10 k 15 de long." Ces cellules ont en moyenne 8 pieds de haut, n’ont pas de fenêtres, et n’ont qu’une entrée qui se trouve généralement au milieu du toit. Les murs sont couverts de nombreux hiéroglyphes et de figures étranges avec des pieds et des mains d’hommes. On a trouvé épars une grande quantité d’ustensiles en pierre. Pour le moment il est difficile de préciser l’époque et le peuple auxquels remontent ces monuments. On croit cependant qu’on les doit aux générations passées des Mayos qui existent encore au sud de la Sonora. Cette race offre de particulier qu’elle a, contrairement aux autres races indiennes, les yeux bleus/les cheveux blonds et la peau blanche. Ils se distinguent en outre par la pureté de leurs mœurs, leur amour du travail et leur douceur, Les Mayos ont un alphabet propre et possèdent des connaissances en mathématiques et en astronomie. **
- (Extrait et traduit de El Lihercll du 11 janvier.)
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- La statue de Philippe Lebon. — La souscription j ouverte pour l’érection d’une statue à l’inventeur du gaz ; ele l’éclairage, dans la ville de Chaumont (Haute-Marne), j se couvre lentement et l’on ne saurait trop stimuler à cet effet le zèle des industriels et des Compagnies auxquelles les découvertes de Philippe Lebon assurent aujourd’hui la prospérité. Les souscriptions sont reçues par la municipalité de Chaumont.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 janvier 1885.— Présidence de M. Rolland
- Nouvelle méthode anesthésique. — C’est avec l’intérêt le plus profond que nous entendons M. Paul Bert exposer les résultats merveilleux que lui a fourni un mode tout nouveau d’emploi du chloroforme comme agent anesthésique. 11 s’agit de l’administration au malade d’un mélange exactement dosé de ce dernier corps et d’air atmosphérique; la quantité absolue de la substance active ne présentant pas à beaucoup près l'intérêt de sa tension dans le mélange, ün sera du reste pleinement édifié à ce sujet sur lequel insiste beaucoup l’auteur par ce fait que 50 grammes de chloroforme dans 100 litres d’air tuant un chien , ces mêmes 30 grammes dilués dans 1 mètre cube d’air maintiennent le même chien endormi pendant 1 heure sans aucun péril pour sa vie.
- Pour bien apprécier l’importance pratique de la nouvelle méthode, il importe de se souvenir des dangers et des inconvénients du mode opératoire ordinaire. Le premier effet de la compresse est de provoquer une période de répulsion prenant souvent les caractères d'une vraie lutte entre le malade qui se débat et les opérateurs qui ont parfois grand’peine à le maîtriser. Quand le sommeil arrive, il détermine d’abord une période d’excitaticn souvent confondue avec le précédent, mais queM. Bert a caractérisée dès 1866 et qui est sans doute provoquée par les rêves et le délire auxquels donne lieu l’anesthésique. Enfin le malade vaincu tombe sur le lit dans un état complet de résolution et le chirurgien commence son œuvre.. Après l’opération, la prostration se manifeste toujours et avec elle des nausées et d’autres accidents rappelant ceux de l’ivresse alcoolique et qui persistent pendant des heures, parfois pendant des journées. Pendant toute la durée de l’anesthésie il importe de suivre minutieusement la marche du pouls et celle delà respiration, et c’est avec anxiété que le chirurgien observe constamment le masque de 4gn patient.
- Or, avec la nouvelle méthode déjà appliquée 22 fois par M. Péan, rien de tout cela ne se produit plus. L’âge des sujets a varié de 17 mois à l’extrême vieillesse ; il y avait parmi eux des hommes et des femmes, des alcooliques, des gens robustes et des gens affaiblis. Les opérations elles-mêmes furent aussi variées que possible; ablations de tumeurs, amputations de membres, résections des maxillaires, enfin une ovariotomie; cette dernière dura cinq quarts d’heure. Dans tous les cas, on fit usage d’un mélange renfermant 8 grammes de chloroforme dans 100 litres d’air qui ne provoque aucune répulsion et dont l’inspiration est même agréable à la plupart des malades. La phase d’excitation a toujours été fort courte et peu marquée; exceptionnellement elle ne s’est même pas montrée. En 6 à 8 minutes, l’insensibilité complète a été obtenue sans accélération ou ralentissement de pouls ni de la respiration; sans variation bien notable de la température; sans nausées. Enfin on doit citer la très grande économie de chloroforme réalisée; l’ovariotomie elle-même, mal-
- gré sa durée de une heure et un quart, n’a pas consommé plus de 45 grammes du médicament. L’appareil d’ailleurs inventé parM. Saint-Martin est éminemment pratique, portatif et d’un prix peu élevé.
- Thermocliiniie. — M. Guntz ayant récemment déterminé les calories de combinaison de divers fluorures, M. Toinmasi s’empressa de déclarer que les valeurs ther-miquesainsi obtenuessont identiques àcelles que laloides constantes thermiques permet de prévoir. Aujourd’hui M. Berthelot veut faire remarquer d’abord, que selon lui, la loi en question n’est pas de M. Tommasi, mais de M. Andrews et en second lieu que M, Guntz s’est proposé non pas de vérifier cette loi, mais au contraire de montrer qu’en diverses circonstances elle n’est pas en accord parfait avec les mesures observées.
- Les oscillations delà Seine. — D’après l’ingénieurchargé de la navigation de la Seine- le niveau le plus haut a été atteint par le fleuve en 1883 : le 5 janvier il marquait 6m,99 au Pont-Royal ; le niveau le plus bas a été les 9, 10 et 17 septembre de 0m,2Ü au pont de la Tournelle.
- Varia. — La théorie de la capillarité occupe M. Quel; — Des réflexions sur la météorologie sont adressées par l’amiral Mottez.— Avant quatre heures, l’Académie se forme en comité secret. Stanislas Meunier.
- LES DIADÈMES ÉLECTRIQUES
- nu NOUVEAU BALLET DE l’oPÉRA LA « FARANDOLE »
- Au second acte du nouveau ballet de l’opéra <( La Farandole », le spectateur est en présence de l'amphithéâtre grandiose des arènes d’Arles. C’est l’heure de minuit; les âmes infidèles vont paraître au milieu des ruines, et de nombreux fantômes vont danser la farandole au clair de la lune..
- 11 n’est pas nécessaire de dire que les âmes errantes sont des danseuses en chair et en os. Habillées de mousseline blanche, les cheveux tombant derrière la tète, elles portent toutes un diadème au-dessus du front, et quand elles s’élancent en rondes gracieuses, au milieu des rochers et des vieux murs, on voit tout à coup une lumière jaillir de leur diadème comme un feu-follet.
- Crâce à l’obligeance du directeur de l’Opéra M. Vaucorbeil, La Nature a eu ses entrées derrière les ruines de l’arène d’Arles, et a pu voir en détail comment les âmes errantes ajustaient leurs feux-follets.
- Nous allons dévoiler à nos lecteurs ces secrets du monde des fantômes.
- La lumière est produite par une lampe électrique à incandescence d’une très petite dimension et de très faible résistance. La lampe est alimentée par deux piles au chlorure d'argent que chaque danseuse porte sur elle dans des cassolettes attachées à sa ceinture.
- La figure 1 représente très réduit, l’appareil complet. Quand les danseuses sont habillées, elles arrivent au nombre de quatre-vingts, dans une grande salle où s’étendent des tables longitudinales, sur lesquelles chaque appareil électrique est enfermé dans une boîte portant le nom de la danseuse, ou
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- du coryphée, pour parler le langage technique. Elles passent autour de leur taille la ceinture en métal argenté, contenant les deux piles enfermées dans des cassolettes (fig. T ), elles placent leur diadème sur la tête, et quelques préparateurs de physique, attachent au milieu de leurs cheveux, les fils conducteurs qui relient les piles montées en tension, avec la lampe îi incandescence. Gela fait, des habilleuses aident chaque coryphée à ajuster autour de la ceinture d’argent une écharpe de mousseline, qui cache presque entièrement l’appareil. La lampe à incandescence du diadème est montée devant une étoile métallique couverte de pierres vertes imitant l’émeraude et formant réflecteur. Sur la ceinture,
- à côté des piles est fixé un petit commutateur qui permet au coryphée de fermer ou d’ouvrir le circuit pour allumer ou éteindre à volonté la lampe de son diadème; ce commutateur est très simple, il est formé d’un petit cylindre de la grosseur d’un crayon, que l’on abaisse ou que l’on relève dans un étui où il glisse à frottement doux.
- La pile, imaginée parM. Scrivanow, est représentée figure 2. Elle est contenue dans une auge de gutta-percha ; les deux électrodes sont constituées par une lame d’argent recouverte de chlorure d'argent, enfermé dans un sachet de papier parcheminé. Le sachet est entouré de la lame de zinc repliée sur elle-même, et de laquelle il se trouve isolé par
- Fig. 1. — Diadème électrique et ceinture, avec deux éléments Fig. 2. — Pile au chlorure d’argent, de M. Scrivanow, faisant de pile, employés dans le ballet de l’Opéra La Farandole. fonctionner le diadème électrique (grandeur d’exécution).
- une lame de gutta-pereha ajourée. La coupe de la pile représentée à droite de la figure en montre la disposition; la lame de zinc est figurée en Zn et le sachet de chlorure d'argent en Àg Cl. Le liquide contenu est une solution alcaline, formée de potasse très étendue. L’auge de gutta-percha avec les électrodes qui passent en dehors à droite et à gauche, est hermétiquement close par une lame supérieure de gutta-pereha, dans laquelle un trou est ménagé pour introduire et renouveler le liquide. Ce trou est lui-même bouché par une rondelle. Nous avons supposé dans notre dessin, que ces pièces avaient été enlevées, afin de mieux en faire comprendre les détails et les dispositions.
- Tel est l’ingénieux système d’éclairage électrique adopté par l’administration de l’Opéra. Le seul re-
- proche que nous lui adresserons, c’est de laisser à désirer au point de vue de l’intensité lumineuse ; mais chaque pile au chlorure d’argent ne pèse que 90 grammes ; il serait possible d’en employer trois au lieu de deux, et l’effet obtenu serait beaucoup plus remarquable.
- Quoi qu’il en soit, il y a lieu de féliciter les organisateurs, pour les soins apportés à cette heureuse application. Aucun essai aussi important n’avait été produit jusqu’ici sur une scène française pour l’éclairage électrique d’un ballet. L’appareil considéré isolément est léger et portatif; il pourra trouver son emploi dans les cotillons de cet hiver.
- Le propriétaire-gérant : G. TiSsandier.
- Imprimerie A. Lahure. 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- CANON MULTICHARGE
- POUR LA DÉFENSE DES COTES ET DES PORTS
- Le canon à charges multiples ou accélérateur, construit récemment en Amérique par MM. Lymann et Ilaskell, présente à sa partie inférieure une succession de poches communiquant avec l’âme du
- canon par une gorge cylindrique inclinée à 60° environ sur l’axe de la pièce.
- C’est dans ces poches que sont placées des charges de poudre que les gaz chauds enflamment dès que le projectile les a dépassées et qui maintiennent une accélération constante.
- Dans les bâtiments de la marine à Washington, un canon accélérateur de calibre 63,5 “*/!", a été
- Fig. 1. — Expérience du nouveau canon multicharge de MM. Lymann et Haskel, exécutée à Washington.
- essayé en comparaison avec un canon Witworth de 127 m/m de calibre. Le but était un blindage en fer de 127 m/m d’épaisseur soutenu par 400 In/m de bois de chêne.
- A la distance de 182'“, 80 (200 yards) le projectile du nouveau canon traversa toute la cible et
- toucha terre à 91m,40 (100 yards) au delà. Tandis que le projectile du canon anglais, à la même distance, avec double charge de poudre ne pénétra pas la cible.
- Le général John Newton, estime d’après cela qu’un canon accélérateur de 254 1B/in (10") aura la
- Fig. 2. — Aspect du canon multicharge.
- même puissance que le canon Armstrong de 81 tonnes, tandis qu’un canon nouveau genre, de 305 m/m de calibre aura plus de pénétration que le canon Armstrong de 100 tonnes.
- En 1883, on a coulé à la fonderie Scott des forges de Reading, la partie postérieure du canon Lymann Haskell de 152,4 m/m (6"). Cette pièce fut coulée 12“ innée. — l“r semutre.
- pleine, pesant 22 tonnes 600, en fonte au bois, au vent froid, refondue au four à réverbère.
- La partie de la volée fut ensuite coulée séparément et rapportée; puis l’âme fut percée et garnie d’un tube en acier forgé d’une seule pièce. Les poches ont été également percées et alésées pour recevoir un tube en acier forgé.
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- Le poids de ce canon complet est de 25 tonnes sa longueur (24' 11 1/2") environ 7m>50 ; son calibre de 152 m/m 4. Le projectile a 4 calibres dé long et pèse 68 kilogrammes. Dans la chambre à poudre du canon on charge 8kil,20 (18 livres) de poudre prismatique hexagonale et dans chacune des 4 poches 12kU,70 (28 livres) de poudre plus fine, soit en tout 59 kilogrammes (130 livres) de poudre; c’est-à-dire 45 kilogrammes de poudre de plus qu’on n’en emploierait dans un canon ordinaire. La puissance de pénétration est ainsi augmentée dans le rapport de 4/15. La vitesse initiale est de 1220 mètres, au lieu de 460 à 600 qu’elle est dans les canons ordinaires.
- On estimait qu a 200 yards (182m,80), le projectile pourrait traverser 610 m/ra de blindage en fer. Nous ignorons, quels résultats a donnés l’expérience, mais nous ajouterons que le principe sur lequel a été construit le nouveau canon a été imaginé antérieurement par un ingénieur français des plus distingués, M. Perreaux qui, sous l’Empire, avait proposé au gouvernement une disposition tout à fait analogue à celle du canon américain.
- D* z-
- > NÉCROLOGIE
- Laurent de Montgolfier. — Né à Saint-Marcel, en 1817, M. Laurent de Montgolfier était appelé à prendre à vingt ans, au sortir de l’Ecole Centrale, la direction de la papeterie de Fontenay-lès-Montbard fondée par son père, Élie de Montgolfier. Six ans plus tard, il partait pour l’Italie, où il créa et dirigea pendant dix ans la Papeterie de Saint-Élie. Rentré en France, il épousa la fille du grand savant et du célèbre ingénieur Marc Séguin, et lorsque Étienne Canson mourut en 1860, il devint le directeur de la Papeterie de Vidalon-lès-Annonay, l’une des plus importantes de France. Laurent de Montgolfier, membre de la Chambre consultative d’Annonay, censeur de la Banque de France, fut nommé chevalier de la Légion d’honneur à la suite de l’Exposition Universelle de 1867. Fabricant hors ligne, il aimait passionnément sa belle industrie.
- Mais la première des qualités de cet homme de bien fut sans contredit la bonté. Laurent de Montgolfier fut bon dans toute l’étendue de ce mot. Pour les siens, il le fut à un degré incomparable; et pour les autres, sa bienveillance, son amabilité, son désir d’ètre utile, son esprit d’hospitalité, sa douceur, répandaient sur sa personne et dans sa maison, un charme que l’on rencontre rarement.
- -Le jour de ses obsèques qui ont eu lieu à Annonay, le 18 décembre 1883, ses ouvriers ne voulurent pas qu’on prît un corbillard. Les pompiers de l’usine portèrent à bras celui qu’ils aimaient tant:
- Laurent de Montgolfier était le petit fils d’Augustin de Montgolfier, frère de Joseph et d’Étienne, les immortels inventeurs des aréostats. 11 avait le culte de ses glorieux ancêtres, et il contribua puissamment à l’éclat des fêtes du centenaire célébré à Annonay, en 1883.
- Georges Bonteinps. — A la fin de l’année qui vient de s’écouler, s’éteignait à Amboise un autre industriel, non moins remarquable que M. Laurent de Montgolfier, et que l’on pouvait appeler le doyen des verriers de France.
- M. Georges Bontemps qui est mort à l’âge de 85 ans avait apporté d’importants progrès à la fabrication du verre, et on peut voir dans les galeries du Conservatoire des Arts et Métiers, les nombreux perfectionnements qui lui sont dus. Il publia en 1868, le Guide du Verrier, remarquable traité historique et pratique de la fabrication des verres, cristaux et vitraux. Georges Bonteinps avait pratiqué toutes ces industries. Il a partagé sa vie industrielle en deux parties, et par un rare privilège, il a dirigé en France, pendant la première moitié, les grands établissements de Choisy-le-Iloy, et en Angleterre pendant la seconde, les vastes verreries de M. Chance. M. Georges Bontemps était un homme d’une rare distinction, d’une affabilité parfaite ; ancien élève de l’École polytechnique, officier de la Légion d’honneur, il vivait depuis de longues années dans un repos bien gagné, partageant sa vie entre sa maison d’Amboise et son installation de Paris. Par une coïncidence curieuse, le nom de M. Georges Bontemps après celui de M. Laurent de Montgolfier, nous conduit à parler encore de l’origine des ballons. Le père de M. Georges Bontemps, un des premiers élèves de l’École polytechnique ’a sa création, brillant officier du génie, aide de camp du général Berthier, avait été l’ami du célèbre Charles, et il fut son exécuteur testamentaire en 1828. M. Georges Bontemps qui dans sa jeunesse connut beaucoup le physicien Charles, avait pour l’inventeur de l’aérostat à gaz hydrogène, une admiration profonde. Il conservait pieusement chez lui, toutes les pièces que Charles avaient laissées sur son ascension des Tuileries, peintures, gravures, manuscrits, certificats de la descente dans la Prairie de Nesles, et il voulut absolument me les donner il y a quelques années.
- « Ces pièces feront bien dans votre collection, m’écrivait gracieusement M. Bontemps, et ils se trouveront chez vous, réunis à d’autres documents formant une sorte de monument à la gloire de Charles qui fut l’ami de mon père et pour qui j’ai conservé aussi un respectueux souvenir. »
- A notre tour, nous garderons un respectueux souvenir de notre vénérable ami M. Georges Bontemps.
- Paul Champion. — Encore une triste mort à enregistrer : celle de notre cher camarade de laboratoire, Paul Champion, le chimiste émérite, le voyageur infatigable, l’ami dévoué, l’homme de cœur par excellence. Atteint depuis plusieurs années d’une affection grave qui le tenait isolé, Paul Champion est mort le 12 janvier 1884 dans sa 46e année. Riche, heureux, plein d’ardeur et de santé, Paul Champion aimait la science par passion et à sa sortie de l’École Centrale, il se consacra à la chimie. Il devint préparateur du célèbre chimiste Payen, et il dirigea longtemps le laboratoire de chimie industrielle au Conservatoire des Arts et Métiers. C’est là que je l’ai connu, et il y a plus de vingt ans déjà, alors que je travaillais dans le laboratoire de M. Baudement; et c’est à partir de cette époque que la pratique d’une camaraderie de tous les jours, se changea peu à peu en une étroite amitié. Paul Champion a fait des travaux intéressants en chimie ; on lui doit de solides études analytiques, des recherches-importantes sur la dynamite et sur les matières explosibles, et sa compétence dans cette branche de la chimie, lui permit de rendre des services importants lors du siège de Paris. Ces travaux lui valurent la çroix de chevalier de la Légion d’honneur. Paul Champion construisit le premier appareil d’analyse quantitative par les raies du spectre, et si cet appareil très dispendieux n’a pas été plus répandu dans les laboratoires, il n’en doit
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- pas moins être considéré comme très remarquable et très ingénieux. L^e jeune ingénieur ne s’occupa pas seulement de chimie; pendant sa trop courte carrière, il exécuta dans toutes les provinces de la Chine et du Japon, un grand voyage d’exploration où il rapporta de remarquables photographies exécutées par lui avec un rare talent, et d’innombrables documents sur les industries chimiques dans l’Extrême-Orient. A son retour, en 1868, il publia avec le concours de M. Stanislas Julien un ouvrage très complet sur les Industries anciennes et modernes de l'Empire Chinois. Paul Champion était le fils d’un philanthrope ami des pauvres, qui eut»adis une grande célébrité à Paris et que l’on appelait le Petit Manteau Bleu. 11 avait hérité de cette bonté paternelle et sa générosité était inépuisable. En dehors de sa grande aptitude au travail, et de son intelligence d’élite, Paul Champion avait un caractère d’un charme rare; toujours enjoué, toujours souriant, il apportait partout avec lui ce rayon de gaieté et de jeunesse qui l’animait sans cesse. Il laissera une trace durable dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu.
- Gaston Tissandier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Terres du Ciel, par Camille Flammarion. 1 vol. in-8° illustré de photographies célestes, vues télescopiques, cartes et nombreuses figures. Paris, C. Marpon et É. Flammarion, 1884.
- Les ouvrages de M. Camille Flammarion ont eu un succès peu commun, et on ne saurait trop féliciter l’écrivain et le savant, quand il fait connaître et aimer Fastronomie qui est une des plus belles sciences de la nature. Lorsque l’auteur examine dans son livre les conditions physiques ' des globes de l’espace, lorsqu’il montre les phases des planètes et qu’il résume toutes les notions scientifiques de leur constitution, nous le suivons avec intérêt. Mais nous devons avouer que nous ne le suivons plus quand il fait passer sous nos yeux des gravures un peu trop fantaisistes, et quand il nous montre notamment un dessin des habitants de Jupiter, exécuté par M. Victorien Sar-dou, a l'état de médium (page 180 du livre). 11 y a là assurément des passages où l’imagination joue un trop grand rôle, et que l’auteur, qui nous l’espérons, ne nous gardera pas rancune de notre franchise, fera bien de retrancher dans une nouvelle édition.
- Les Graveurs du dix-huitième siècle, par MM. le baron Roger Portalis et Henri Beraldi. 3 vol. in-8°, sur papier de Hollande, de plus de 750 pages chacun. — Paris, Hamascène Morgand et Charles Fatout, passage des Panoramas, 4880 à 1883.
- Cette œuvre considérable est un monument élevé à la gravure du dix-huitième siècle, qui mit au jour tant d’incomparables productions, juste objet de l’admiration des artistes et des amateurs. Pour écrire un tel livre, retracer la vie de tous les graveurs, mettre en relief les mérites et les défauts de leur talent, publier le catalogue raisonné des pièces qui leur sont dues, il a fallu des miracles de recherches laborieuses et patientes dans les mémoires du temps, dans les correspondances, dans les monographies presque ignorées et dans les collections. Le style de l’ouvrage est bon, les appréciations y sont sobres et iustes;on rencontre partout dans ce beau livre, richement édité, la marque d’une érudition profonde et
- d’un véritable amour des belles choses du passé. Les auteurs parlent en maîtres de leur sujet et ils ont prouvé encore une fois, qu’ils pouvaient être cités parmi nos premiers bibliophiles et nos plus fins connaisseurs.
- L’Espion aérien, par Wilfrid de Fonviellë. 1 vol. in-8° illustré. — Paris, Charles Bayle et Cie, 1884.
- Ce livre est un roman où l’auteur reproduit à travers les scènes parfois dramatiques de son récit un grand nombre d’épisodes curieux de l’émouvante histoire de la poste aérienne qui a rendu tant de services, à la triste époque du siège de Paris.
- Annuaire pour l’an 1884 publié par le Bureau des Longitudes, avec des notices scientifiques. — 1 vol. in-32. Pari», Gauthier-Villars.
- Le volume de 1884 decet Annuaire contient deux intéressantes notices de M. Fave sur les grands fléaux de la nature, la famine, les inondations, les volcans, les tremblements de terre, les tempêtes, et de M. Janssen sur la mission en Océanie pour l’observation de l’éclipse totale de soleil du 6 mai 1883.
- Essai de géographie médicale de Nosi-Bé près la côte Nord-Ouest de Madagascar. 1 vol. in-8° (avec cartes). Thèse pour le doctorat en médecine par P. L. Deblenne. — Paris, A. Parent, imprimeur, 1883.
- Guide illustré du sylviculteur canadien, par Chapais.
- 1 vol. in-18, avec 126 gravures. Montréal, Eusèbe Sené-cal et fils, 1883.
- Recherches sur les Echinides des côtes de Provence, par M. René Kœlher, préparateur de zoologie à la Faculté des bciences de Nancy. 1 broch. in-4° avec 8 planches hors texte. — Marseille, typographie et lithographie Cayer et C”, 1883.
- Lois des grands tremblements de terre et leur prévision, par J. Delalney, capitaine d’artillerie de la marine. 3e édition. 1 broch. in-8°. — Paris, Léon Yanier, 1884. Prix, 3 fr.
- Annuaire de T Observatoire de Montsouris pour l’an 1884. Météorologie. — Agriculture. — Hygiène. — 1 vol. in-32, — Paris, Gauthiers-Villars. \
- Nouveau Manuel complet du Savonnier ou Traité pratique de la fabrication des savons, traitant des alcalis des corps gras saponifiables, etc., par Eug. Lormé, chimiste. Nouvelle édition entièrement refondue. 3 vol. in-18 de la collection des Manuels Roret. — Paris, librairie encyclopédique Roret, 1883.
- LA COMÈTE PONS-BROOKS
- Le 17 décembre 1883, à 6 h. 30 m., temps moyen de Marseille, j’ai observé la comète de 1812 à l’aide d’une lunette de 156 millimètres d’ouverture, armée d’un oculaire grossissant 85 fois. Le ciel n’était pas d’une bien grande pureté, et l’observation fut même plusieurs fois interrompue par les vapeurs épaisses qui obscurcissaient la comète.
- La comète était très facilement visible à l’œil nu, et paraissait plus brillante que l’amas stellaire d’IIer-cule, auquel elle ressemblait; seulement, on voyait parfois luire sur sa nébulosité une vague étincelle, qui indiquait qu’elle possédait un noyau.
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- Vue dans la lunette, la comète se montrait avec un noyau, une chevelure et une queue. Le noyau avait l’éclat d’une étoile de sixième grandeur, bien que ses contours diffus rendissent assez difficile une comparaison exacte avec les étoiles. Ce noyau, qui avait un diamètre très appréciable, n’était pas circulaire, mais un peu allongé dans une direction à peu près perpendiculaire à l’axe de la queue.
- La chevelure, qui était très brillante, avait un diamètre de 10' environ; mais elle se fondait si doucement dans le ciel, qu’il était impossible de reconnaître ses limites exactes. A première vue, elle ressemblait à une nébuleuse globulaire, fortement condensée autour d’un noyau central, mais avec un peu d’attention elle apparaissait comme si elle fût double et formée de deux parties semi-circulaires, qui étaient tournées vers le Soleil et qui, à l’arrière, se prolongeaient pour former la queue. La partie intérieure, beaucoup plus brillante que l’extérieure, entourait
- e noyau, qui cependant n’était pas placé au centre de sa courbe, mais était plus rapproché d’elle vers le côté du Soleil. En se prolongeant à l’arrière, cette chevelure interne formait à elle seule presque toute la queue.
- La chevelure externe, qui était beaucoup moins lumineuse, avait beaucoup plus d’étendue, et se prolongeait aussi vers l’arrière pour former la queue, mais elle s’évanouissait à une très courte distance, donnant ainsi à la queue un aspect pyramidal.
- La queue, bien qu’elle ne fût pas très brillante, se distinguait cependant à première vue, se terminant en pointe à une distance de 25' du noyau. Comme ceux de la chevelure, ses bords se fondaient doucement dans le ciel et n’étaient pas susceptibles d’être saisis du regard. La queue avait une direction nord-ouest, et était approximativement dirigée à l’opposé de la place occupée par le Soleil.
- La figure qui accompagne cette Communication est la reproduction du dessin que j’ai obtenu dans cette observation. Elle représente la comète telle qu’elle apparaissait alors1. E. L. Trouvelot.
- 1 Note présentée à l’Académie des Sciences par M. Jaussen.
- Observations spectroscopiques faites à Nice. Depuis le commencement de novembre, nous avons, M. Perrotin et moi, profité de la récente installation d’un 14 pouces (0m,578) au mont Gros pour faire des études spectroscopiques sur la nouvelle comète. On sait déjà que son spectre ressemble à celui de toutes les comètes observées jusqu’à ce jour et qu’il se compose de trois bandes identiques à celles que donnent les composés du carbone. Mais ce qui nous a frappé c’est l’éclat et la netteté extraordinaires de ces bandes qui se distinguent sans peine, même quand l’intérieur de la coupole est éclairé par plusieurs lampes, tandis que le spectre continu ponné par le noyau est lui-même si faible qu’il ne dépasse guère, en étendue, la région des trois bandes et qu’on n’y peut reconnaître aucune des couleurs spectrales. Il faut conclure de là que l’élément gazeux domine dans la constitution de cet astre, conclusion qui semble justifiée par les singularités d’aspect qu’il a présentées jusqu’à ce jour.
- Il offre une analogie qui mérite d’être signalée avec la comète c 1881, que j’ai étudiée avec soin aux 14 pouces de l’Observatoire de Paris. Dans cette dernière, le spectre gazeux semblait aussi avoir une certaine prédominance; les bandes étaient nettes et brillantes. Or sa queue au lieu d’être formée par deux bandes lumineuses parallèles à l’axe qui reste relativement obscur, était constituée par une seule bande se confondant avec l’axe et se dégradant symétriquement de part et d’autre. Il en est de même pour celle que nous voyons aujourd’hui avec celte différence que la lumière de la queue, au lieu de se dégrader symétriquement par rapport à l’axe, se termine brusquement du côté sud par une ligne à peu près droite. 11 serait fort remarquable que cette particularité fut le caractère propre des comètes où le spectroscope indique la prédominance des éléments gazeux1. Thollon.
- 1 Comptes rendus de l’Aeadémie des Sciences, séance du 7 janvier 1884. Dans la même séance de l’Aeadémie, M. le contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire de Paris, a présenté une note deM. Ch. Trépied sur le spectre de la comète de Pons-liroofi's.
- Comète Pons-Brooks observée à Marseille, le 17 décembre 1883. (D’après un dessin de M. Trouvelot.)
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- EXCAVATEUR-TRANSPORTEUR A DÉBLAIS
- DU CANAL DE TANCARVILLE
- Depuis très longtemps déjà l’idée d’un transporteur à déblais avait été mise en exécution sur différents chantiers et entre autres à Suez où les excavateurs, pour être bien desservis, exigeaient l’emploi d’un grand nombre de trains de terrassement.
- Ces divers essais, infructueux pour la plupart ou du moins si imparfaits, avaient pendant ces dernières années fait renoncer nos ingénieurs et entrepreneurs à l’idée de poursuivre cette application du
- transporteur cependant si nécessaire partout où se place l’excavateur.
- Dans cet ordre d’idées, nous avons vu divers appareils employés à Suez et dont M. Maxime Hélène, dans plusieurs notices publiées précédemment dans La Nature',nous donne une si intéressante description. De tous ces appareils, fort compliqués et très coûteux, aucun n’a donné en réalité la solu-• tion cherchée, c’est-à-dire le transport rapide et à bon marché du déblai à de grandes distances.
- Le transporteur qui vient de faire cette année sa rentrée sur nos grands chantiers se compose d’un système de charpente métallique reposant sur deux
- Nouveau transporteur à déblais employé dans la construction du canal du Havre à Tancarville, et devant servir aux travaux
- du canal de Panama.
- chariots mobiles sur voies de fer. Cette charpente supporte 2 séries de tourteaux sur'lesquels repose une courroie en caoutchouc et tissu de coton. C’est cette courroie de 1 mètre de largeur qui reçoit les déblais tombant directement du couloir de l’excavateur et qui par son mouvement, transpoite ce déblai à distance. Le transporteur, d’une longueur de 60 mètres, donne à la courroie un développement d’environ 124 mètres. La vitesse de la courroie peut être évaluée à 2 mètres par seconde, elle est actionnée par 2 petites machines verticales placées sur les chariots supportant l’appareil et donnant l’impulsion aux 2 tourteaux extrêmes qui ont un diamètre d’environ 1 mètre, tandis que les autres tourteaux n’ont guère que 0m,30 et sont espacés sur toute la longueur de la charpente de 1 mètre, de
- façon à bien soutenir la courroie chargée de déblai.
- L’excavateur enlevant environ 1500 à 2000 mètres cubes par jour est facilement desservi, et on voit se former à l’autre extrémité du transporteur un remblai équivalent à la tranchée formant le canal.
- Le transporteur peut travailler en rampe ou en pente suivant la disposition du terrain ; si le lieu du dépôt est en contre-bas de l’extraction, la force demandée est alors très faible, le poids seul du déblai entraînant la courroie ; dans le cas contraire, les machines doivent être plus fortes.
- Si nous nous reportons maintenant à quelques années en arrière pour comparer l’un des chantiers de l’époque à cette hardie conception du Canal
- 1 Yoy. Table des matières du 1er semestre 1882......
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- maritime du Havre à Tancarville, que nous venons de parcourir, on est saisi d’étonnement; là où des milliers d’hommes s’épuisaient pendant des années, la science est venue apporter son concours au travailleur et nous voyons la nature se transformer comme par enchantement au gré de l’homme. Hier encore ce Grand Français que l’on retrouve partout où est le travail disait avec cette bonhomie spirituelle que nous lui connaissons : « Une montagne nous barre le passage, nous la prenons et la rejetons par côté. » De même nous verrons demain s’ouvrir la route du désert, de même nous avons vu cette attaque hardie de 4 appareils excavateurs-transporteurs travaillant ensemble, se poursuivant dans la tranchée de Harfïcur à Tancarville, luttant de force avec les dragues, ne reculant devant aucun obstacle : la machine a repris sa place, cent hommes à peine s’occupent là où des milliers autrefois n’auraient pas suffi.
- L’excavateur-transporteur dont nous venons de donner la description, va prochainement servir à creuser les tranchées du canal de Panama. J. M.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU <( TALISMAN ))
- (Suite. — Voy. p. 119.)
- Ayant décrit précédemment l’appareil à sonder mis en usage à bord du Talisman, il nous reste maintenant à parler du fil dont on s’est servi et de la disposition du sondeur.
- Le fil qui a été employé est un fil d’acier désigné vulgairement par l’appellation de corde à piano. Son diamètre était de un millimètre environ et sa résistance paraîtra surprenante lorsque l’on saura, qu’avec ce faible volume, il était capable de supporter, sans se rompre, une charge de cent quarante kilogrammes. Mais ses dimensions réduites et sa grande résistance ne constituaient pas ses seules qualités, car sa surface lorsqu’il était déroulé étant petite, il possédait encore l’avantage d’offrir très peu de résistance à l’eau et de ne pouvoir par suite être entraîné par les courants. On sait maintenant que lorsque autrefois l’on se servait de cordes en chanvre pour exécuter des sondages, les résultats, que l’on obtenait, quand il s’agissait de grandes profondeurs, étaient fort souvent inexacts. Les erreurs étaient dues à ce que la ligne dont on faisait emploi devant posséder un diamètre assez fort pour supporter les poids de sonde, la surface qu’elle offrait à l’action des courants devenait si grande, que ces derniers pouvaient l’entraîner, la faire dériver. Malgré l’absence de courants, les sondages faits avec une corde pouvaient encore manquer d’exactitude, car il arrivait fréquemment, que la ligne se déroulant par son poids, venait former une masse enchevêtrée au-dessus du plomb. En se servant du fil d’acier on n’a pas à redouter l’action des courants
- et on n’a pas non plus à se préoccuper de la pesanteur. L’emploi d’un fil mince, susceptible de porter un poids très lourd, a constitué un progrès définitif pour les sondages profonds. Grâce à lui nous savons positivement aujourd’hui, que les fonds de trente, quarante et cinquante mille pieds accusés par certains sondages n’existent pas. Ainsi, dans l’Atlantique nord, là où les sondages faits à la corde annonçaient douze mille mètres, ceux faits avec le fil d’acier ont montré qu’il n’y avait que six mille mètres. Pendant la campagne du Ta/mnaw des erreurs de cette nature ont été relevées. J’en signalerai deux des plus- importantes. Le 6 août par 27°,10' de latitude et 42° de longitude, là où les cartes portaient l’indication d’anciens sondages faits à la corde de 1000 à 2000 mètres, l’on a trouvé 4965 mètres. Le lendemain par 50°, 17' ,50" de latitude et 45°,07' de longitude l’on rencontrait 5520 mètres de fond au lieu de 2000 mètres.
- Dix mille mètres de fil d’acier étaient enroulés sur la bobine de l’appareil Thibaudier. L’extrémité libre du fil était reliée à une portion de câble en chanvre de 1 mètre de longueur soutenant à son extrémité inférieure le tube sondeur.
- Ce dernier appareil dont nous avons fait reproduire un dessin (fig.l) consistait en un long tube de fer, à parois épaisses, de forme cylindrique à ses deux extrémités. On peut le considérer comme comprenant deux chambres complètement indépendantes l’une de l’autre et superposées.
- Dans la chambre supérieure est renfermée une tige métallique terminée par un anneau auquel se rattache la corde à laquelle fait suite le fil à sonder. Quand l’on vient à exercer une traction sur cet anneau, la tige métallique se dégage en partie, un arrêt limitant sa course à une certaine étendue. Sur les bords droit et gauche de cette tige, sont entaillées des dents.
- Lorsque l’on veut se servir du sondeur, on doit lui donner un poids suffisant, non seulement pour assurer sa chute, mais encore assez important pour activer sa descente dans de certaines limites. Afin d’atteindre ces deux buts on le charge de poids consistant en gros disques de fonte percés d’un orifice à leur centre. La surface extérieure de ces disques est parcourue par deux rainures profondes pratiquées suivant deux génératrices opposées. On fait passer le corps du sondeur au travers des orifices perforant les disques et, le nombre de ceux-ci varie suivant las profondeurs que l’on suppose devoir atteindre. La fixation de ces éléments de surcharge se fait au moyen d’un fil métallique présentant trois anneaux, un à sa partie moyenne, un à chacune de ses extrémités. L’anneau moyen est introduit autour du tube sondeur par son bout inférieur et conduit jusqu’à la lace inférieure du dernier poids de surcharge. On ramène sur les côtés droit et gauche les deux bras du fil et on les fait pénétrer dans les rainures, que nous avons dit exister sur les faces latérales des disques. On leur fait prendre
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- alors une direction ascendante et on accroche les anneaux qui les terminent dans deux des dents opposées existant sur la tige métallique dégagée de la portion supérieure du sondeur. Cet arrangement se trouve représenté sur notre figure 1. Pendant tout le temps de la descente de l’appareil au fond de la mer, par suite de la résistance offerte par le déroulement du fil de sonde à la traction du sondeur, la tige métallique aux dents de laquelle sont suspendus, les poids, reste dégagée. Lorsque le fond est touché, la résistance offerte par le déroulement du fil cessant, les poids tirent alors sur la tige métallique à laquelle ils sont accrochés et la font rentrer dans l’intérieur du corps du sondeur. Dans cet acte, par suite de la rencontre de la fente dans laquelle pénètre la tige métallique, les anneaux du fil supportant les poids de surcharge sont soulevés et décrochés. Les disques de fonte ainsi rendus libres tombent instantanément et le tube sondeur allégé d’une quantité considérable de poids, peut être rapidement remonté à bord.
- Lorsque l’on pratique des explorations sous-marines, le sondage ne doit pas avoir pour unique b ut de faire connaître la profondeur de la mer au niveau du point auquel l’on se trouve, il doit également fournir un renseignement sur la nature du fond qui a été atteint. Dans ce but, l’on a disposé la partie inférieure du tube sondeur d’une manière tout à fait spéciale. Son ouverture est pourvue de deux clapets s’ouvrant en ailes de papillon de bas en haut et maintenus soulevés par un fil pendant tout le temps de la descente. Ces clapets, chacun pourvus d’un mouvement de sonnette, se ferment lorsque les rondelles de fonte détachées, abandonnant l’appareil, viennent en passant appuyer sur leurs bras et ainsi les rapprocher. Quand le sondeur atteint le fond, si ce dernier est peu résistant, il pénètre toujours assez profondément dans son intérieur. Par conséquent la partie inférieure du tube sondeur, qui, en ce moment est ouverte par suite de l’écartement des clapets, se remplit d’une certaine quantité de vase ou de limon instantanément emprisonné par la fermeture de l’orifice succédant à la chute brusque des poids de surcharge. Chacune des branches des clapets est excavée de manière à constituer une sorte de petite cuiller dont la concavité est remplie de suif. Cette disposition a pour but de permettre de rapporter des échantillons des fonds rocheux, du sable, du gravier, par exemple, et l’on supplée ainsi, d’une manière efficace, aux fonctions du tube sondeur, qui ne peut fournir de renseignements, que sur les fonds assez peu résistants, pour lui permettre de les pénétrer.
- La profondeur et la nature du fond déterminées, il reste à connaître la température de l’eau de mer au point qu’a atteint le sondeur. Les thermomètres, dont on a fait usage pour ce genre de recherches, présentaient une solidité extrême, car ils ont eu à subir des pressions supérieures à trois cents atmosphères, c’est-à-dire dépassant trente tonnes, sur une surface
- | de 1 décimètre carré. Ils étaient formés de deux enveloppes de verre à parois très épaisses. On ne pouvait songer à employer des thermomètres ordinaires à maxima et. à minima, car l'on n’eut pas été sûr d’avoir la température du fond, les thermomètres ayant très probablement accusé la température variable des couches au milieu desquelles ils seraient passés. Les thermomètres, dont on s’est servi, possédaient un mécanisme tel, que le tube métallique les renfermant, pouvait se retourner à un moment donné. La colonne mercurielle se brisait alors en un point situé au-dessus du réservoir où le tube présentait un rétrécissement. Il en résultait que le mercure, renfermé dans le tube, tombait dans le bout inférieur qui était gradué. Le thermomètre, remonté à bord, on pouvait apprécier ainsi, d’une manière exacte, la température existant au moment auquel le retournement s’était accompli. Nous avons fait reproduire sur notre figure d un de ces thermomètres construit d’après les indications de M. Alphonse Milne Edwards, dans la position qu’il occupait au moment où il était descendu au fond de la mer. On voit, qu’il était amarré sur la corde reliant le sondeur au fil d’acier, et qu’il était renfermé dans un tube protecteur en métal. Supporté par un cadre également métallique, ce tube, perforé d’orifices nombreux, était maintenu dans une position verticale par un crochet, dont le bras, très allongé, se projetait transversalement. L’extrémité de ce bras était rattachée aux poids de surcharge du sondeur par un fil de chanvre. Lorsque lès poids venaient à se détacher, ils tiraient, par l’intermédiaire de ce fil, sur l’extrémité du bras du crochet qui, cédant à leur traction, s’abaissait. Le tube métallique, devenu ainsi libre, se trouvait alors soumis à l’action d’un ressort qui le faisait basculer, et la boule du thermomètre venait occuper la portion supérieure de l’appareil. Quant au fil de chanvre, reliant le bras du crochet au poids, il était assez fragile pour ne pas tarder à se rompre sous l’influence de la traction croissante qu’il subissait.
- Les résultats obtenus avec des thermomètres semblablement disposés ont été très satisfaisants et de beaucoup supérieurs à ceux qui avaient été fournis par des thermomètres construits d’après des plans différents. MM. Negretti et Z ambra avaient cherché à amener le retournement du tube renfermant le thermomètre au moyen d’une hélice adaptée à l’appareil. Cette' hélice présentait une disposition de ces ailes telle qu’elle ne pouvait se mettre en mouvement qu’au moment de l’ascension. Au bout d’un certain nombre de tours accomplis, le déclanchement avait lieu. M. Magnaghi avait un peu modifié cette disposition de manière à ce que le déclanchement ne se produisît qu’au bout d’un nombre de tours d’hélice déterminé. Durant le cours des expéditions faites par Le Travailleur, l’on s’était servi de ces thermomètres et l’on avait observé que bien souvent l’hélice n’entrait pas en mouvement, soit que son jeu fût un peu dur, soit qu’on eût remonté le
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- tube sondeur un peu trop doucement. Avec l’appareil imaginé par M. Alphonse Milne Edwards, et disposé comme je l’ai indiqué, le retournement s’est toujours parfaitement effectué. Je dirai plus loin de quelle manière cet instrument a rendu de très grands services, lorsqu’il s’est agi de recueillir de l’eau de mer à une profondeur déterminée, et de prendre en même temps sa température.
- Durant les croisières du Travailleur, les moyens d’action dont l’on avait pu user étaient assez réduits. Tout l’outillage avait été fourni par l’arsenal de Rochefort, et l’on avait cherché à utiliser, pour descendre et remonter les engins d'exploration, des machines construites antérieurement dans un tout autre but. Aussi ne fut-on pas surpris, lorsqu’elles furent installées à bord, de voir que la rapidité et la sûreté de leur marche laissaient beaucoup à désirer. D’après des ordres donnés par le Ministère de la marine, l’on avait établi cette année à bord du Talisman des machines spéciales beaucoup plus puissantes que ne l’étaient celles dont la Commission avait pu disposer jusqu’alors. Nous avons fait représenter, figuras 2 et 3, les deux treuils employés pour descendre et remonter les dragues ou les filets. Ces deux machines, l’une de 10, l’autre de 25 chevaux de force, avaient été construites dans les ateliers de M. Leblanc sous la surveillance de M. Godron, ingénieur de la marine. Elles étaient du même type que celles qui avaient été employées par M. Agassiz pendant la campagne d’exploration sous-marine, qu'il avait effectuée à bord du Blake dans les mers des Antilles. L’un de ces treuils (fig. 2) était employé pour remonter les dragues, tandis que l’autre (fig. 3) servait à enrouler le câble, le supportant sur une énorme bobine de fonte. La marche de ces instruments était réglée de manière à être toujours dans un rapport constant.
- Sondeur du Talismnn.
- A bord du Travailleur l'on s’était servi pour effectuer les dragages d’une corde en chanvre, dont nous avons fait dessiner un fragment à sa grandeur naturelle (fig. 4, n° 1). Cette corde n’avait pas seulement pour inconvénient de présenter un volume énorme et d’être par suite très encombrante, elle avait encore le défaut de n’offrir qu’une résistance assez limitée, car elle ne pouvait suporter, sans se rompre, une charge supérieure à 2000 kilogrammes.
- A bord du Talisman, la corde de chanvre a été remplacée, par un câble de fil d’acier commandé aux forges de Châ-tillon et Commentry par le Ministre de l’Instruction publique. Ce câble (fig. 4, n° 2) était formé par la réunion de six torons de sept fils d’acier chacun, tordus autour d’une âme en chanvre. Il n’avait, malgré qu’il fut composé de quarante-deux fils différents, qu’un diamètre de un centimètre seulement. Son volume était par conséquent bien plus faible que ne l’était celui de la corde en chanvre. Afin de permettre de bien apprécier les proportions relatives des câbles employés successivement à bord du Travailleur et du Talisman, nous avons fait figurer une portion de chacun d’entre eux sur notre figure 4.
- Malgré que le diamètre fût inférieur à celui de la corde en chanvre, la résistance du câble d’acier était supérieure de plus du double, car aux essais qu’on lui a fait subir, il a supporté une traction de 4500 kilogrammes sans se rompre. Il semblerait que le prix d’un pareil engin dût être très élevé; il n’en est pourtant rien, car le kilogramme est revenu à 1 fr. 70, ce qui mettait le mètre à 0 fr. 62.
- Au point de vue des services que l’on a retirés de l’application de ce câble, lorsqu’il s’est agi du traînage des dragues et des chaluts, jusqu’à plus de cinq
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- mille mètres de profondeur, je rappellerai ce qui en J a été dit par M. Alph. Milne Edwards, dans sa conférence à la Société de Géographie de Paris :
- « Pendant toute la campagne, ce câble n’a cessé de foire notre admiration; grâce à lui tout était sim- i plifié : pas d’encombrement, pas de crainte de rup- ! ture; il était de force à retenir le navire comme la chaîne d’une ancre, il pouvait se nouer et ensuite se redresser sans perdre sensiblement ses qualités de résistance Parfois son extrémité s’emmêlait sur une longueur de plusieurs centaines de mètres et reve-
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- Fig. 4. — Câbles de sondage (grandeur d’exécution).
- 1. Ancien câble en chanvre. — 2. Nouveau câble en (il d’acier.
- nait à bord dans un désordre presque inextricable, mais quand on était parvenu à débrouiller ses innombrables nœuds, la solidité du câble n’était pas compromise. » H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
- L'INSTANTANÉITÉ EN PHOTOGRAPHIE
- Un certain nombre des lecteurs de La Nature s’occupent de photographie et tous assurément s’intéressent à cet art merveilleux dont les progrès sont si remarquables, il nous a paru intéressant de traiter une question qui est à l’ordre du jour. Nous voulons parler des Obturateurs Photographiques dits Obturateurs Instantanés.
- De nombreux appareils de ce genre ont été proposés au public; plusieurs même ont été décrits dans ce journal ; mais ce que nous devons constater c’est que malgré la réussite dans certains cas, aucun ne s’est imposé par ses qualités et sa supériorité. Ceci tient, nous le croyons, à ce que les inventeurs tout en montrant des dispositions souvent très ingénieuses n’ont pas toujours tenu compte et du but que doit remplir l’obturateur et des qualités qu’il doit remplir pour atteindre ce but.
- Devant les progrès réalisés par les procédés secs extra rapides, la question des obturateurs est devenue la plus importante; car l’ébénisterie, l’optique, la chimie photographique nous livrent des appareils, des objectifs et des produits qu’on pourra perfec-
- tionner, nous n’en doutons pas, mais qui pour le moment répondent à tous les besoins.
- Qu’entend-on d’abord par instantanéité? La définition n’en a point encore été donnée à notre connaissance. Nous proposons pour notre part d’appeler Instantanée toute photographie prise en une fraction de seconde que nos sens ne nous permettent pas d’apprécier. L’obturateur est l’appareil qui laisse la lumière entrer dans la chambre photographique pendant ce temps très court.
- Pour examiner les différentes règles qui régissent la question des obturateurs nous prendrons comme type l’obturateur dit « guillotine. »
- La guillotine, tout le monde le sait, est une lamelle rigide percée d’une ouverture, qui passe sur le trajet des rayons lumineux. Les uns la placent en avant, les autres en arrière, d’autres enfin à l’intérieur de l’objectif.
- Examinons et discutons ce qui se passe dans ces trois cas. Soit un objectif rectilinéaire le plus ordinairement employé en photographie instantanée et un objet AB que nous voulons reproduire (fig. 1), l’objectif est muni d’un diaphragme quelconque.
- Lepoint À envoie un faisceau de rayons A"B"surla première lentille. Légèrement déviés ces rayons vont parallèlement frapper la deuxième lentille sur laquelle ils se réfractent de nouveau et viennent former en A' l’image de A. C’est cette image que l’on voit sur le verre dépoli et qui impressione la couche sensible. Le point B se comporte de même et vient donner une image en B'. Tous les points de la ligne AB viendront donner une image semblable entre A' et B'. Mais comme on le voit de suite l’image sera renversée. Dans notre figure A correspond au ciel et B au terrain. Si donc la guillotine passe devant l’objectif elle laissera passer d’abord les rayons qui viennent du ciel, puis en continuant sa course elle découvrira le paysage et en dernier lieu le terrain^ Comme elle est soumise à la loi de la chute des corps et animée d’une vitesse uniformément croissante il s’en suit que le temps de pose décroîtra d’une façon uniforme entre A' et B' et que le ciel posera plus que le premier plan. Ce résultat est contre toutes les règles photographiques qui exigent que les objets posent d’autant plus qu’ils sont moins éclairés. Cette position de la guillotine est absolument fausse et nous devons l’écarter complètement.
- Si la guillotine est placée en arrière de l’objectif, nous voyons par suite de la même démonstration que le temps de pose ira en diminuant de B' en À' et que les premiers plans seront exposés plus longtemps que le ciel. La solution est donc logique et permettra d’obtenir d’excellentes épreuves.
- Examinons maintenant comment se fait l’image A'B'. Le point A' apparaît d’abord, il s’éclaire de plus en plus jusqu’au moment où tous les rayons émanés du point A sont démasqués. Le point B' n’est pas encore visible. La guillotine continuant sa course, le point B' apparaît à son tour et s’éclaire comme
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- le point A'. A ce moment l’objectif est démasqué complètement. L’image A'B' est parfaite et possède son maximum d’intensité. Puis le point A' s’obscurcit graduellement et disparaît, il en est de même de toutes les parties de A'B' enfin dernier lieu B'. L’image s’est faite progressivement de A' en B' elle a impressionné la glace sensible successivement et l’on conçoit que dans certaines circonstances ce fait puisse acquérir de l’importance. Si on photographie par exemple un navire ballolé par la mer, et nous empruntons cet excellent exemple à notre honorable collègue M. Davanne, l’image du sommet du mât no se fera pas au même instant que celle du pied et si le mouvement du mât a une assez grande amplitude il pourra affecter une forme courbe duc à cette circonstance qu’il a accompli un mouvement entre le moment où son sommet et son pied ont été photographiés.
- En plaçant la guillotine au centre optique de l’objectif que va-t-il se passer? La guillotine laisse passer une fraction égale des rayons venus de A et de B c’est-à-dire que dès le premier instant de la pose l’image sera complète. Les points À' et B' sont éclairés précisément au même moment. La guillotine continuant sa course, une nouvelle somme de rayons venant de A et de B est admise et l’image s’éclaire de plus en plus jusqn’au moment où tous les rayons peuvent passer. Elle possède alors son maximum" d’intensité. Puis une partie des rayons de A et de B étant interceptée l’image s’assombrit de plus en plus jusqu’à extinction complète. L’image ne se fait donc plus successivement comme tout à l’heure, elle est entière dès le début.
- Dans ce cas l’image de notre mât ne pourra pas être déformée puisqu’il sera photographié rigoureusement au même moment.
- La vraie place de la guillotine au point de vue théorique est donc à l’intérieur de l’objectif. C’est à M. A. Martin que l’on doit cette remarque très importante.
- Ya-t-il d’autres avantages à placer ainsi la guillotine? Oui d’abord il est facile de comprendre que pour un même temps de pose et par suite un même résultat, l’ouverture pourra être d’autant plus petite que l’on se rapprochera du centre optique.
- Les rayons lumineux forment en effet dans l’objectif un double cône tronqué dont la base supérieure est égale au diaphragme et' la base inférieure au diamètre des lentilles. Que l’ouverture soit égale à un diamètre quelconque d’un des cônes, le résultat sera le même, mais pour un même temps de pose il aura intérêt évident à se rapprocher du diaphragme Le rapport des ouvertures donnant le même résultat an centre optique ou derrière l’objectif est comme celui du diaphragme employé à celui du diamètre de la lentille postérieure. Si le diaphragme a un centimètre et la lentille quatre, une ouverture d’un centimètre dans un cas et de quatre dans l’autre donneront le même résultat.
- Nous verrons tout, à l’heure qu’il y a avantage à
- employer des ouvertures égales à plusieurs fois le diamètre du diaphragme ou de la lentille. Or, d’après ce que nous venons de dire, une ouverture égale par exemple à 4 fois le diaphragme n’aura que 4 centimètres, tandis que l’ouverture correspondante derrière la lentille devrait avoir 46 centimètres. Les dimensions de la première seront pratiques, celles de la deuxième donneront un appareil trop encombrant et trop fragile.
- Mais pourquoi faut-il que l’ouverture soit plus grande que le diaphragme employé? C’est ce que nous allons démontrer : Prenons l'ouverture égale au diamètre de l’objectif et voyons ce qui se passe aux différents moments de la pose. Pour la clarté de la démonstration nous supposerons la vitesse uniforme.
- II est évident a priori que l’appareil parfait serait celui qui permettrait à la lumière d’agir pendant toute la pose avec le maximum d’intensité. En est-il ainsi quand l’ouverture est égale au diamètre de l’objectif? Evidemment non. Regardons la figure 2. Nous voyons la guillotine découvrir progressivement l’objectif; la lumière augmente de A en Cjusqu’au moment où l’objectif est démasqué entièrement, puis elle décroît immédiatement jusqu’en B. L’objectif n’a travaillé à toute ouverture, c’est-à-dire avec le maximum de lumière que pendant un temps très court. Nous sommes loin du résultat idéal dans lequel le maximum de lumière CD devrait exister pendant toute la pose, et former un plateau supérieur EF égal précisément à AB.
- Si nous ne pouvons obtenir ce résultat dans la pratique, il faut néanmoins nous en rapprocher. Nous le ferons en augmentant la guillotine; jusqu’en C', l’appareil fonctionnera comme précédemment mais de G' en D' l’ouverture sera complète et de D' à B'elle décroîtra commè il a été dit.
- Ramenons A'B'à la même valeur que AB, c’est-à-dire augmentons la vitesse dans le deuxième cas afin que le temps de pose soit la même et nous voyons de suite que dans le premier cas l’objectif ne sera complètement démasqué que pendant un temps très court tandis que dans le deuxième, la pose sera parfaite pendant un temps très appréciable.
- Ce temps de pose qui est absolument actif, nous proposons de le nommer temps utile de pose en opposition au temps total de pose. Plus nous augmentons la valeur de C'D', c’est-à-dire la valeur du
- C'D'
- temps utile, plus le rapport se rapprochera de
- l’unité et plus nous toucherons à la perfection. Le corrélatif de cet allongement de l’ouverture est une augmentation de vitesse qui ramènera toujours la pose totale à la même valeur quelle que soit l’ouverture employée.
- Si l’ouverture est égale à deux diamètres, le temps utile sera égal à la moitié du temps de pose total ; si elle est égale à trois diamètres, la pose sera bonne pendant les 2/3 du temps total. Ce qui revient à
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- LA NATURE.
- dire que le temps utile de pose est égal à n fois le diamètre—1, la vitesse étant toujours supposée uniforme. Si nous plaçons la guillotine à l’intérieur de l’objectif, c’est diamètre du diaphragme qu’il faudra dire. Le temps utile sera égal alors à n diaphragme — 1.
- De ce qui précède, il résulte que dans aucun cas l’ouverture ne doit être inférieure au diaphragme, car celle-ci, ferait elle-même diaphragme, supprimerait absolument le temps utile en donnant un plateau inférieur correspondant à une quantité de lumière insuffisante.
- De plus, une ou voiture de ce genre nuirait à la qualité de l’image en découvrant successivement des rayons qui ne font pas identiquement leur image au même point.
- Nous voici donc en présence de résultats absolument positifs. Ces résultats sont :
- 1° La guillotine doit être placée à l’intérieur de l’objectif et le plus près possible du centre optique, c’est-à-dire derrière le diaphragme puisque celui-ci est précisément au centre optique;
- 2° L’ouverture doit être la plus grande possible;
- 3° La vitesse doit être la plus grande possible.
- En pratique, une ouverture de 4 à 5 fois le diamètre du diaphragme employé sera plus que suffisante puisque l’on aura, suivant le cas, 3/4 ou 4/5 de temps utile. Du reste, quel que soit le temps de pose, ce rapport une fois établi est invariable et l’appareil fonctionnera toujours identiquement.
- Un obturateur réunissant ces qualités ne sera pas encore parfait. Il faut, suivant le bmps et la lumière, pouvoir faire varier le temps de pose; il faut, en un mot, que l’appareil soit gradue et permette de prendre des vues plus ou moins rapides, tout en restant dans la définition que nous avons donnée de l’instantanéité.
- Les différentes vitesses pourront être imprimées à la guillotine au moyen de poids, de caoutchouc ou de ressorts. Ces derniers paraissent préférables, car ils permettent d’abord d’opérer même en dehors de la verticale. De plus2 ils sont moins fragiles et par des tensions différentes ils permettent cette graduation que nous considérons comme indisponible. Pour les besoins courants de la pratique le 1/1 ItO de seconde est une limite qui nous paraît suffisante
- comme maximum de rapidité. Pour connaître le temps de pose obtenu nous emploierons la méthode suivante qui permet de graduer un appareil rapidement et avec une extrême précision.
- Une bande de papier enfumé est fixée sur la guillotine, puis on fait vibrer un diapason muni d'un petit stylet qui vient s’appuyer légèrement sur cette bande de papier. Mieux encore, on place au même
- endroit un chronographe qui vibre synchro-
- niquement avec un diapason dont le mouvement est entretenu au moyen de l’électricité. La figure 3 montre le dispositif à employer. On laisse alors tomber la guillotine et Je petit stylet inscrit un certain nombre de vibrations. Connaissant, le nombre de vibrations du diapason et comptant le nombre de celles inscrites sur le papier, il est très simple d’en déduire la valeur du temps de pose.
- Nous avons fait reproduire le résultat d’une de ces expériences (fig. 4). Le diapason donnait 100 vibrations doubles par seconde—6 vibrations sont comprises entre l’ouverture et la fermeture de l’appareil. Chaque vibration valant 1/100 de seconde la pose a donc été de 6/100 de seconde, en chiffres rondt. Voilà la valeur du temps total de pose; quant à celle du temps utile il est aussi facile de la connaître. Il suffit de savoir le nombre de vibrations comprises entre le moment où un point de l’objectif a été démasqué complètement et celui où il a commencé à être recouvert. Le temps est égal à 2/100 en chiffres ronds.
- Dans l’expérience en question avec une ouverture égale à deux fois le diamètre du diaphragme, nous avons donc 1/3 de la pose à pleine ouverture — et la valeur du temps utile est 1 /3. La différence que nous avons dans la pratique tient à ce que la vitesse est uniformément accélérée. — Pour augmenter la valeur du temps utile, il n’y aura qu’à augmenter l’ouverture de la guillotine et appliquer de nouveau la méthode que nous venons d'indiquer.
- Voilà pour la partie matérielle de l’appareil. Il faudra de plus acquérir une somme d’expérience individuelle suffisante pour pouvoir apprécier l’intensité lumineuse, et apprécier par suite le diaphragme à employer et la vitesse à obtenir. Il ne faudra pas
- V?HYPOTHESE
- Temps total de pose
- Fig. 2.
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- oublier que tel objet animé d’un mouvement relativement lent ne sera pas suffisamment net sur le cliché s’il est trop près de l’appareil, tandis que tel autre, beaucoup plus rapide, pourra cependant être saisi si on s’éloigne suffisamment. C’est là qu’appa-raîtra l’habileté de l’amateur qui saura obtenir le susdit objet le plus grand possible et avec le maximum de netteté.
- Nous avons vu les diverses qualités que doit posséder une bonne guillotine, il est évident qu’on doit les retrouver dans tous les obturateurs. La guillotine est pour nous un type bien défini qui possède un avantage capital, c’est de permettre l’emploi d’ouvertures aussi grandes que l’on voudra pour un même temps de pose.
- C’est une question de vitesse, comme nous l’avons vu. Par suite, quelque courte que soit la pose, il sera toujours possible d’opérer à pleine lumière pendant la majorité de la pose.
- Il est nécessaire d’insister sur ce point, car dans un autre genre d’appareils qui prossèdent un volet d’ouverture et un de fermeture, on ne peut arriver à ce résultat. Dans l’appareil Boca par exemple, que M. le colonel Se-bert a étudié avec le talent qui le caractérise, on remai’que qu’à un moment donné le temps de pose est réduit à 0, le volet de fermeture recouvrant l’objectif avant que celui-ci n’ait été démasqué par le volet d’ouverture. Dans toutes les poses, en effet, les temps d’ouverture et de fermeture ont une valeur constante. Il s’ensuit que plus la pose est courte, plus cette valeur devient considérable à tel point qu’à un moment donné l’appareil ne pose plus.
- Dans la guillotine, au contraire, le même écart subsiste toujours entre le temps d’ouverture et celui de fermeture puisqu’il est fixé d’une façon invariable par le diamètre fixé à l’ouverture. Puis, plus la vitesse est grande, plus le temps d’ouverture et de fermeture diminuent. Si le rapport du temps utile au temps total de pose est de 3/4 par exemple, il sera invariable quelle que soit la vitesse.
- Fig. 3. — Appareil de MM. Londe et Mauduit pour la mesure de la vitesse de la guillotine.
- A. l'ile au bichromate. — B. Diapason. — C . Chronographe. D. Lamelle de la guillotine.
- En terminant nous ferons remarquer, que sans employer de ressorts, on peut augmenter l’ouverture de la guillotine sans faire varier le temps de pose. Il suffit d’élever le point de chute de la guillotine. En effet, comme on le voit sur le tracé (ûg. 4) les
- vibrations du stylet correspondant toutes à 1/100 de seconde, vont toujours en s’allongeant , il sera donc possible pour un même temps de pose d’augmenter considérablement l’ouverture et, par suite, le temps utile en faisant tomber la guillotine de plus haut.
- Comme conclusion de cette étude, qui a eu pour objet principalement la guillotine, pouvons-nous induire que ce type d’obturateur deviendra un type définitif? Nous ne le pensons pas. En effet, à côté de sérieuses qualités, la guillotine a quelques défauts qu’on ne peut passer sous silence. L’ouverture, en effet, au fur et à mesure qu’on l’augmente, rend l’appareil délicat et sujet à être faussé; si pour parer à cet inconvénient on emploie des lamelles en acier, on en augmente considérablement le poids et la chambre est sujette à un ébranlement au moment du départ. Quand on adapte des caoutchoucs ou des ressorts pour accélérer la vitesse, c’est encore pis. De plus la raduation est assez délicate à obte-Du reste, à notre connaissance et probablement pour cette cause, nous ne l’avons pas encore vue appliquée.
- Le lecteur voudra bien nous excuser de cet exposé théorique peut-être un peu aride, mais nous avons cru devoir le faire dans l’espérance qu’il montrera bien les qualités qu’on doit demander à un obturateur photographique et en particulier à la guillotine. Du reste au point où est arrivée la photographie, il n’est plus permis d’opérer par à peu près.
- Après les mémorables découvertes de Nicéphore Niepce, de Daguerre et de Talbot, la photographie est restée quelque temps stationnaire, limitée à la production des portraits et des paysages. Mais depuis quelques années un nouvel essor lui est
- O*
- nir.
- Fig. i.
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- LA NATURE.
- donné. De nouveaux procédés ont surgi. Elle a pris dans les arts graphiques et dans les sciences une place considérable. Fille de la chimie et de la physique, il ne faut point s’étonner qu’on lui demande la précision de l’une et de l’autre. C’est du reste par l’étude approfondie des re'actions qui lui donnent naissance, par la connaissance des lois optiques, qu’elle est devenue d’un emploi journalier dans les laboratoires. Elle seule peut donner en effet, avec un caractère de vérité indiscutable, la trace durable de certains phénomènes passagers.
- Albert Londe.
- CHRONIQUE
- Les pêcheries de perles & Panama. — Les
- diverses industries qui existent sur la ligne du canal interocéanique de Panama ont déjà reçu une grande impulsion du commencement de mise à exécution de l’œuvre gigantesque de M. de Lesseps. Parmi ces industries, nous signalerons celle de la pêche des huîtres perlières, qui s’est développée avec une remarquable vigueur, et non sans succès, ainsi qu’en témoignent les magnifiques trouvailles faites dans ces derniers temps, et dont plusieurs spécimens sont exposés à Londres, dans les vitrines de M. Bensen, le grand joaillier de Old Bond Street. On admire surtout une splendide perle, de forme parfaite, et pesant près de 10 grammes que l’on a baptisée,, à juste titre, du nom du grand Français, auquel elle doit sans doute d’être sortie des profondeurs de l’Océan : la Lesseps. C’est certainement la plus belle qui ait été découverte depuis nombre d’années, et elle a sa place marquée parmi les plus célèbres perles connues jusqu’ici.
- N
- La tréfilerle des fils d’acier. — M. Alfred Evrard a récemment présenté a la Réunion des Ingénieurs de Saint-Etienne, un échantillon de fil d’acier fabriqué aux Aciéries de Firminv. Une fabrication à laquelle on n’était pas encore arrivé en France est celle des fils d’acier destinés à faire des cordes de piano. Ces fils doivent atteindre le chiffre énorme de 200 kil. comme résistance à la rupture par millimètre carré de section. Cette fabrication des cordes de piano se fait exclusivement à l’étranger dans quatre établissements dont un en Angleterre, un en Autriche et deux en Allemagne. Les usines françaises se sont désintéressées plus ou moins de cette fabrication spéciale, présentant beaucoup de difficultés et n’offrant d’ailleurs qu’un débouché restreint. Depuis quelques années les progrès de l’artillerie, qui fit essayer des canons devant être frettés en les entourant de fil d’acier pour lesquels une résistance de 200 kil. était demandé, remirent cette fabrication en question. Malheureusement les usines françaises ne purent fournir cette qualité de fil. Grâce aux études et aux progrès réalisés aux Aciéries de Firminy, il est permis de croire que cette fabrication va devenir possible d’une façon normale et industrielle. Le fil d’acier que M. Evrard a présenté à la réunion, a été tréfilé à un diamètre de 7/10 de millimètre; sa résistance à la rupture est de 296 kil. par millimètre carré, et il a subi 155 flexions avant de se rompre. On peut certainement dire que ce fil réunit des qualités exceptionnelles. Ges fils fabriqués encore dans une proportion très restreinte, vont être essayés par les fabricants de piano. Il est à désirer que le prix très élevé auquel on peut livrer ces produits, soit nota-
- blement diminué, de façon à rendre pratique l’emploi de pareils fils dans l’industrie.
- Chemins de fer électriques. —La Banque des Pays-Autrichiens vient de conclure, avec la maison Siemens et Ilalske, une convention relative à la construction et l’exploitation d’une série de railways locaux électriques dans les deux moitiés de l’Empire. On établira en premier lieu les lignes viennoises, pour lesquelles la maison en question a obtenu récemment la concession provisoire. En attendant, une somme de 2 500 000 florins sera affectée aux travaux ; deux tiers de ce montant seront fournis par la Banque et le reliquat par MM. Siemens et Ilalske. Le coût du réseau entier est estimé à 7 millions.
- Les Fuégiens et la mission française du cap Horn. — Le docteur Hyades, médecin de première classe de la marine, avait été chargé, parmi les membres de la mission du cap Horn, des observations d’histoire naturelle. Le rapport qu’il a récemment communiqué à l’Académie des Sciences, contient une étude fort intéressante des mœurs des indigènes de cette terre désolée. Chaque jour un certain nombre de Fuégiens venaient par groupes de une, deux familles, rendre visite à la mission, prenant le plus vif intérêt à tout ce qui se passait autour d’eux. M. Hyades a pu prendre un très grand nombre de mesures anthropologiques, de moulages, de photographies. Hommes etfemmes se prêtaient avec complaisance à toutes ses recherches. Les Fuégiens appartiennent à la race Tekinika de Fitz Roy, ou yabyane des missionnaires anglais actuels. Les diverses' peuplades ont toutes le même langage; mais ce langage ne se rattache à aucune langue connue. La numération ne dépasse pas le nombre 3; au delà, ils se servent des termes « plusieurs, beaucoup » pour exprimer l’idée de nombre. Leur parure consiste en une peinture blanche ou rouge qu’ils étalent sur le visage ou sur les cheveux. Le tatouage n’est pas du tout employé. Leurs seuls bijoux consistent en colliers de coquillage ou d’os d’oiseaux, en lanière de peau figurant des bracelets. Les femmes, coquettes comme partout, portent beaucoup plus d’ornements que les hommes. Le vêtement se compose d’une simple peau de phoque ou de loutre jetée sur l’épaule et attachée au cou. Le caractère des Fuégiens est généralement gai, rieur, mobile mais peu expansif. Jamais on ne les voit se livrer à la danse ou à des exercices qui témoignent d’une exaltation passagère. Ils ne possèdent pas du reste d’instruments de musique. L’alimentation se compose exclusivement de chair de baleine, de phoque, d’oiseaux de mer, plus souvent encore, de poissons, d’oursins et de coquillages. Poisson et gibier est à demi grillé sur le feu et est arrosé d’eau claire, comme toute boisson. C’est aux femmes qu’est réservé le soin de la pèche, de la récolte des coquillages, de la confection des paniers et des cordons faits de fibres d’arbres et fie nerfs de baleine. Les Fuégiens n’ont pas de rite funéraire; ils enterrent le corps près de leur habitation à une faible profondeur du sol et brûlent plus tard les ossements. Autant qu’on a pu en juger pendant le séjour de la mission, ils n’ont pas de manifestations extérieures d’un culte quelconque.
- Imitations de cuirs de luxe. — Depuis quelques années on fabrique un assez grand nombre d’objets, tels que porte-monnaies, sacs de voyage, etc., en peau de crocodile, de serpent, ou autres animaux plus ou moins rares. 11 serait difficile de se procurer assez de peaux
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- d’origine authentique pour satisfaire tous les consommateurs. Ou les remplace par des imitations. Le Scietilific American indique la méthode suivante : « On prend une peau d’alligator, de boa ou de phoque et on la photographie de manière à obtenir une reproduction exacte du quadrillage ou des bigarrures qui caractérisent chaque genre de peau. On se sert de cette photographie pour produire, au moyen des procédés galvanoplastiques par exemple, une plaque métallique qui, passée entre les cylindres d’un laminoir avec un cuir ordinaire quelconque, lui donne l’apparence exacte de la peau que l’on veut imiter. » Nous avons reproduit le texte du journal américain, mais nous ne comprenons pas bien l’intervention de la photographie, à moins qu’il ne s’agisse de procédés phoioglyptiques. Il nous semble que l’on pourrait opérer directement à l’aide d’un moulage galvanoplastique.
- L’Électricité eu Amérique. — Le Musée de Washington emploie l’électricité sur une grande échelle. Grâce à des téléphones et des sonneries, on peut communiquer de toutes les pièces de ce vaste édifice. Vingt-six téléphones sont reliés à un bureau central, qui, à son tour, est relié à la station extérieure. On économise ainsi sur le personnel des garçons de courses. L’atelier de photographie met de côté; le soleil pour ne se servir que de la lumière électrique. Chaque porte ou fenêtre qui s ouvre fait marcher une sonnerie qui avertit les garçons de bureau.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 janvier 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Élection. — Une place d’académicien libre étant vacante par suite du décès de M. de La Gournerie la section a présenté une liste de candidats portant : En première ligne, M. le vice-amiral de Jonquières; en deuxième ligne, MM. Cailletet, de La Goupillière et Tisserand; en troisième ligne, MM. Blavier et Laussedat; en quatrième ligne, MM. Bischoffsheim et Trêve. Les votants étant au nombre de 66, un premier tour de scrutin donne 18 voix à M. de La Goupillière, 15 à M. Tisserand, 12 à M. de Jonquières, 10 à M. Bischoffsheim, 7 à M. Cailletet et 6 à M. Trêve. Au second tour M. de La Goupillière obtient26 suffrages, M. de Jonquières 15, M. Tisserand 11, M. Bischoffsheim 8, M. Cailletet 4 et M. Trêve. 2, Au ballottage, M. de La Goupillière est nommé enfin par37 voix, contre 27 accordées à M. de Jonquières.
- La Carte d’Algérie. — Le comité secret qui doit suivre la séance ne laissant aux académiciens que peu de temps à distraire des questions de personnes, M.le colonel Perrier ne peut que déposer sur la tribune les 12 premières feuilles de la carte d’Algérie publiée par le Ministère de la guerre. Il remettra à la prochaine fois un ensemble de considérations sur ce beau travail.
- La carte, qui est au 1/50 000°, comprendra pour la région du Tell environ 200 feuilles; on compte qu’elle sera terminée en 10 années. Bien qu’elle soit la réalisation d’une idée contemporaine de la conquête, on n’a commencé le travail qu’en 1864. Aujourd’hui l’organisation en est tout à fait régulière et chaque année une nombreuse escouade d’officiers concourent à mener l’œuvre à bonne fin.
- Le Cipolin de Poêlais. — M. le secrétaire présente en mon nom une note sur une roche bien remarquable de l’embouchure de la Loire. On la rencontre à Paclais, près deMontoire (Loire-Inférieure).
- Dans la portion, qui n’était au moment de ma visite ni inondée ni recouverte de déblais, le sol de la carrière présentait deux couches calcaires d’un mètre environ d’épaisseur, dirigées N. 0. S.E., alternant avec trois filons parfaitement parallèles de pegmatile dont l’épaisseur est sensiblement la même. Au contact de l’un de ces filons, le calcaire constitue une couche de 10 centimètres environ, spathique, associée à des feuillets de gneiss surmieacé,
- A Paclais, le calcaire est exploité activement pour la fabrication de la chaux et comme pierre de construction,
- C’est une roche fort remarquable à l’œil nu et mieux encore à la loupe ; on y aperçoit dans une masse saccha-roïde des paillettes de mica plus analogue par sa couleur foncée à celui du gneiss qu’à celui de la pegmatite. Un silicate vert déjà mentionné par M. Leroy s’y révèle également; des grains jaunâtres et des particules très noires tranchent de leur côté sur le fond clair de la roche.
- Après la dissolution du calcaire, un acide très étendu laisse un résidu dont la proportion est d’autant plus grande, que l’échantdlon étudié a été pris plus près des bancs de pegmatite.
- Le calcaire de Paclais, bien plus encore que le marbre bleu d’Antrim, peut être considéré comme un type de roche métamorphique par contact ; et la très haute antiquité du phénomène d’où il résulte, doit augmenter encore l’intérêt de son étude.
- L’hydrogène liquide. — C’est par dépêche télégraphique que M. Wroblesky informe M.Debray, et par lui l’Académie, qu’en soumettant l’hydrogène à la détente en contact avec l’oxygène liquéfié, il a obtenu la liquéfaction de l’hydrogène. On attendra avec impatience un complément d’information à cet égard.
- Agronomie. — L’origine première de l’acide phospho-rique contenu dans la terre arable ne saurait être douteuse puisque les roches profondes en renferment, depuis 2/10 000e dans le granit, jusqu’à 3/100° dans les laves. Mais la question est moins claire de savoir si, pour passer de ce gisement originel dans la terre végétale et pour devenir assimilable aux plantes, l’acide phosphorique n’a pas besoin de subir certaines modifications. M. de Gas-parin soumet à cet égard une série de considérations que M. le secrétaire perpétuel n’a d’ailleurs pas communiquée à l’auditoire.
- Contre-coup de Krakatoa. — Il résulte des mesures de M. Renou, conformes à celles de M. Fœrster (de Berlin), que l’éruption du volcan a déterminé dans l’atmosphère de grandes ondulations dont les baromètres ont été très nettement affectés. Le phénomène ayant fait trois ou quatre fois le tour de la terre, un même instrument a éprouvé plusieurs perturbations successives et on a pu reconnaître que l’onde s’est propagée avec une vitesse de 278 kilomètres à la seconde, un peu inférieure à la vitesse de propagation du son.
- Varia. — La comète Pons a été observée à Lyon. — M. Maumené pense trouver dans la constitution des hydrates, de quoi ruiner la doctrine des équivalents. — M. Alluard (de Clermont) rattache les récentes lueurs crépusculaires à des effets de mirage. — Suivant M. Bouty, la conductibilité électrique de diverses solutions salines est proportionnelle aux équivalents de cesisels. — Un nouveau mémoire sur l’inocuité du cuivre est adressé par M. Burq.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- APPAREIL DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- DE M. M. RADIGUET
- Nous venons d’expérimenter un petit appareil de lumière électrique formé d’une lampe à incandescence et d’une batterie de quatre éléments construit par un de nos ingénieux constructeurs, M. Radi-guet; la lampe de deux bougies a fonctionné pendant quinze heures avant l’épuisement complet de la pile. L’ensemble du système, qui n’est pas d’un prix élevé, nous a paru très recommandable, aussi le signalerons-nous aujourd’hui à nos lecteurs, dont un grand nombre, nous le savons par les lettres qu’ils nous écrivent, sont toujours avides de connaître les nouveautés électriques.
- Le foyer lumineux est formé d’une petite lampe à incandescence de faible résistance ; elle est montée sur un support qui reçoit à sa partie inférieure les deux fils conducteurs (fig. 1). Un petit commutateur permet d’ouvrir ou de fermer le circuit, c’est-à-dire d’allumer ou d’éteindre la lampe.
- Un abat-jour mobile permet de projeter la lumière sur le bureau.
- La pile construite par M. Radiguet, dérive de la pile de Poggen-dorff. Elle est formée d’un vase extérieur en grès contenant une solution acide et concentrée de bichromate de potasse, dans laquelle plongent trois lames de charbon de cornue formant le pôle positif; un vase poreux, placé au milieu, renferme de l’acide sulfurique étendu d’eau. C'est dans ce vase poreux que plonge le zinc bien amalgamé, formant le pôle négatif de la pile.
- Les zincs peuvent restés immergés sans inconvénient à courant ouvert.
- D’après les mesures qui ont été faites de l’un de ces éléments par notre collaborateur M. Ed. Hospitalier, professeur à l’Ecole de physique et de chimie de la ville de Paris, la force électromotrice est de 2 volts, 15.
- M. Radiguet a disposé la batterie de quatre éléments destinée à faire fonctionner la lampe, dans une boîte à quatre compartiments, munie de deux poignées qui permettent de transporter facilement tout le système. Les zincs peuvent s'élever ou s’abaisser tous les quatre à la fois dans leurs vases poreux respectifs; ils sont, comme le montre la figure 2 fixés à un support de bois en forme de croix qui glisse verticalement le long d’un montant à crémaillère. Notre gravure représente les zincs sortis du liquide. Le tout est contenu dans une boîte qui ne dépasse pas 0m,40 de hauteur, et qui forme un véritable nécessaire de lumière électrique.
- Cette grande boîte, en effet, peut contenir la petite lampe et les flacons de sel qui permettent de préparer les liquides.
- Les sels sont composés d’un sel chromique spécial (bichromate de potasse acide) pour former le liquide extérieur et de bisulfate de potasse additionné d’acide sulfurique pour les vases poreux. Il suffit de dissoudre ces sels dans le volume d’eau nécessaire. Quand on ne craint pas le maniement des acides et que l’on veut faire les préparations soi-même, voici les formules que recommande M. Radiguet pour son appareil :
- Vase extérieur : eau, 450 grammes ; bichromate de potasse, 70 grammes ; acide sulfurique, 150 centimètres cubes.
- Vase poreux : eau, 175 grammes; acide, 20 centimètres cubes.
- Le niveau du vase poreux doit être plus élevé que celui du vase extérieur. Il faut attendre le complet refroidissement des liquides pour monter la pile.
- L’appareil que nous venons de décrire peut convenir aux amateurs comme un intéressant objet d’expérimentation. * G. T.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Lampe à incandescence avec son support et son abat-jour.
- Fig. 2. — Batterie à'ajuatre éléments de M. Radiguet.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 557. - 2 FÉVRIER 1884.
- LA NATURE.
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- LE TELPHÉRAGE
- Sous le nom de telphérage, MM. Fleeming-Jenkin, Ayrton et Perry viennent de combiner un système de locomotion électrique dans lequel le déplacement des véhicules se produit automatiquement, sans aucun contrôle exercé du véhicule lui-même. Le système n’étant encore qu’à l’état d’étude, et les inventeurs considérant qu’il n’a pas atteint le de-gré de maturité suffisant pour le présenter au public, nous nous contenterons de le faire connaître aujourd’hui dans ses grandes lignes, réservant les
- détails au jour où les inventeurs considéreront leur œuvre comme complète.
- Dans une adresse inaugurale à l’Université d’Edimbourg, M. Fleeming-Jenkin nous apprend comment il a été conduit à la création de ce système :
- « Les chemins de fer électriques ont fonctionné et fonctionnent aujourd’hui avec succès, grâce à l’énergie et aux travaux de MM. Siemens. Leur développement futur ne fait pour moi aucun doute, mais en les examinant, il m’a semblé qu’il ne suffisait pas d’adapter simplement des moteurs électriques à l’ancienne voie et à l’ancien matériel roulant
- Vue d’ensemble du telphéiage.
- pour constituer un système de locomotion électrique. George Stephenson a dit que le rail et la locomotive étaient les deux parties d’une même machine ; la déduction logique est que l’emploi de moteurs électriques demande une voie nouvelle et des véhicules d’un type nouveau.
- « Avec la vapeur, nous pouvons produire le travail en grande quantité, avec plus d’utilité et d'économie, sur une locomotive unique remorquant un tram lourd qu’en employant un moteur sur chaque voiture avec son mécanicien et son chauffeur; mais il nous faut alors une voie permanente, lourde et coûteuse. Aucun moyen mécanique ne nous avait permis jusqu’ici de distribuer à distance la force produite par une machine fixe pour produire la progression des trains ; il n’en est plus de même aujour-
- tî* année. — l*r semestre.
- d’hui où l’électricité nous fournit des moyens nouveaux et sans rivaux pour effectuer cette distribution.
- « Le courant électrique nous permet de produire une force de un, deux, trois chevaux en cent points différents d’une ligne de plusieurs milles de longueur avec autant de facilité que la production de 100 ou 200 chevaux en un point unique. Il suffit de rompre un circuit pour supprimer la force motrice, de fermer ce moteur sur lui-même pour l’arrêter, on peut produire ces effets à distance avec la rapidité de la pensée, à l’aide d’électroaimants et de relais, et l’on peut ainsi commander à volonté une centaine de moteurs indépendamment les uns des autres.
- « Ces considérations m’ont amené à conclure que
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- l’emploi du courant électrique permettrait la subdivision du poids à transporter et la répartition de la charge entre plusieurs véhicules légers, se suivant l’un l’autre comme une sorte d’écoulement continu, au lieu de concentrer les charges sur des trains lourds et largement espacés comme nos trains actuels. Ce changement dans la distribution de la charge nous permettrait de nous servir d’une voie légère, économique, sur laquelle rouleraient un grand nombre de petits trains, gouvernés automatiquement et indépendamment les unes des autres, sans aucune direction dans le train lui-même; en un mot l’électricité permet l’établissement d’un block-system automatique complet prévenant les collisions. »
- En étudiant quelle serait la meilleure forme de voie convenant à ce système, M. Fleeming-Jenkin est arrivé à donner la préférence à des cordes métalliques suspendues à une hauteur suffisante. Ces cordes sont faciles à isoler sur quelques supports ; elles peuvent franchir les terrains les plus accidentés sans terrassements ni travaux d’art; elles peuvent être mises facilement hors de portée des hommes et des bestiaux; enfin ces lignes légères peuvent se poser sans gêner les travaux de culture et sans troubler en quoi que ce soit la distribution des propriétés, car elles passent au-dessus des champs, et leur pose peut se faire sans l’achat de terrains, car elle n’exige que l’autorisation des propriétaires. L'idée de faire supporter les véhicules à des câbles métalliques entraînait tout naturellement avec elle l’emploi de ces câbles comme conducteurs du courant.
- Le système ainsi conçu dans ses grandes lignes, il fallait étudier un moyen de contrôle automatique du mouvement des véhicules sans mécanicien ni chef de train; c’est alors que M. Fleeming-Jenkin s’associa avec MM. Ayrton et Perry qui avaient étudié et combiné pour les chemins de fer électriques ordinaires tout un système de block absolu : de leurs travaux et de leurs efforts communs est né le telphérage tel qu’il vient d’être expérimenté il y a quelques mois en Angleterre, à Weston, près d’Edimbourg, dans la propriété de M. Marlborough R. Pryor, président de la Telpherage C°, société formée pour étudier et exploiter les inventions de MM. Fleeming-Jenkin, Ayrton et Perry.
- La ligne établie à Weston se compose d’une série de supports espacés de 20 mètres en 20 mètres sur lesquels sont placés deux fils, l’un servant d’aller, l’autre servant de retour; ces fils sont formés d’une corde métallique. La ligne est divisée par sections de 40 mètres, comprenant chacune deux portées; toutes ces sections sont parfaitement isolées entre elles électriquement. Le train comprend sept wagonnets et une petite locomotive tenus à distance les uns des autres par des tiges en bois de frêne; la longueur totale du train est de 40 mètres. Chaque wagonnet peut recevoir une charge d’environ 125 kilogrammes; la locomotive avec sa charge pèse 150 kilogrammes. Les wagonnets sont supportés par des roues dont la jante est en forme de V et disposés sur
- une monture en porte-à-faux, de façon à pouvoir passer librement au droit des supports. La locomotive est, comme les wagonnets, suspendue au-dessous delà ligne et supportée par deux roues à jantes plates et larges et entraînée par deux roues horizontales qui viennent saisir le câble latéralement; la commande de ces roues d’entraînement par le moteur électrique disposé sur la locomotive, se fait à l’aide d’un embrayage à frottement dont la disposition spéciale n’est pas encore divulguée. Le moteur disposé sur la locomotive est celui de MM. Ayrton et Perry; il se distingue surtout par sa grande légèreté pour une puissance donnée. Ainsi, par exemple, le moteur pesant 42 kilogrammes peut développer jusqu'à 1,5 cheval-vapeur (112 kilogrammètres par seconde); le moteur de 16 kilogrammes peut fournir 0,4 cheval-vapeur (30 kilogrammètres par seconde).
- On peut voir sur la figure de la page précédente que la locomotive porte deux roues placées sur un. seul fil. Comment dans ces conditions, amener le courant au moteur et le distribuer de façon à permettre à deux trains distincts de circuler en même temps, en sens inverse, l’un sur la voie d’aller, l’autre sur la voie de retour, sans apporter de perturbation dans leur fonctionnement mutuel ?
- C’est là une disposition des plus ingénieuses et des plus élégantes que nous examinerons dans un prochain article, en même temps que nous décrirons le moteur de MM. Ayrton ( et Perry disposé sur la locomotive du telphérage. E. Hospitalier.
- — À suivre. —
- 1 <»<(> O—
- CORRESPONDANCE
- SONDEUR ÉLECTRIQUE ET AVERTISSEUR DE NIVEAU.
- Lille, le 8 janvier 1884.
- Monsieur le Rédacteur,
- Après avoir lix dans le numéro du 22 décembre de La Nature l’article de M. de La Croix sur un sondeur électri que, j’ai pensé que vos lecteurs trouveraient peut-être quelque intérêt à connaître un système dont je me sers depuis six mois déjà et qui peut donner le même résultat bien qu’ayant été construit par moi dans un autre but.
- L’appareil se compose d’une sphère en bois A au milieu de laquelle on a pratiqué un évidement a,à,c,d,e. Dans la partie cylindrique de cet évidement on place 3 petites rondelles de cuivre i séparées par d’autres rondelles en éhonite, d’un diamètre intérieur un peu plus grand. Puis après avoir placé la sphère en cuivre p dans la partie conique on ferme la paroi supérieure par un disque h également en cuivre et l’on place le bouchon de bois / percé de 2 trous destinés à laisser passage aux fils de cuivre m. Ces fils qui ont été filetés servent à relier deux à deux le disque h et les rondelles disposées à l’intérieur. Une échancrure n faite à chacune de ces dernières leur permet de ne pas toucher celles qui ne doivent pas être reliées ensemble. 11 est aisé de se rendre compte à la seule inspection de la figure, de ce qui se passera quand, après avoir relié les fils m aux conducteurs d’un circuit traversant une sonnerie, on laissera l’appareil descendre dans l’eau. Au moment où il touchera le fond il abandon-
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- nera sa position verticale et la petite sphère p sortant de la partie conique où elle était logée ira occuper une des 3 positions indiquées au pointillé, alors le circuit fermé laissera passage au courant. La forme sphérique de l’appareil et la halle de plomb q suffisent pour empêcher l’instrument de se poser d’aplomb au fond de l’eau.
- Si l’on ajoute à l’appareil une bague en liège r, il pourra servir d’avertisseur pour indiquer soit le moment où un réservoir sera vide, soit celui où l’eau qui le remplit atteindra un niveau donné.
- En effet lorsqu’on voudra obtenir le premier de ces résultats, il suffira de donner à la bague de liège la posi-
- 2 Coupe suivant X.Y.
- Fig 1 Coupe verticale
- lion XY, l’appareil flottera alors verticalement sur l’eau et ne se renversera qu’au moment ou cette dernière étant épuisée il cessera d’être soutenu ; veut-on résoudre le 2e problème? On donnera à là même bague en liège tournant autour des vis S'S" qui lui servent d’axe une position perpendiculaire à celle qu’elle occupait précédemment, en l’y maintenant à l’aide de la vis de serrage S'. L’instrument suspendu a la hauteur que l’on désire faire atteindre à l’eau ne se renversera qu’à l’instant où celle-ci venant le toucher le sollicitera à faire ce mouve-vement. G. Bénard,
- Ex-officier d’infanterie de marine.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU (( TALISMAN »
- (Suite. — Voy. p. 119 et 134.)
- Le matériel de pêche employé à bord du Talisman se composait de dragues et de chaluts.
- La variété de formes de dragues proposées pour les explorations sous-marines est très grande, mais l’on peut dire d’une manière générale, que ces instruments sont toujours composés d’un châssis de fer de forme rectangulaire présentant un appareil de suspension terminé par un anneau auquel s’attache le câble de dragage. A ce châssis est adapté un sac fait d’un filet de cordelette de chanvre présentant des mailles étroites. Les grands côtés du châssis, devant porter sur le fond de la mer, sont droits ou garnis de raeloirs taillés et insérés sous un angle tel, qu’ils détachent non seulement les objets adhérents, mais encore qu’ils permettent de recueillir les plus petits échantillons déposés sur le sol. En parlant de la drague du Dr Bail, qui, pendant plus de dix années (1838-1848), a été employé par les savants anglais, Wyville Thompson dit, qu’il vit un jour son inventeur répandre sur le plancher de son salon des pièces de monnaie et les relever avec la plus grande facilité au moyen de l’instrument qu’il avait imaginé. Cet exemple montre le rôle important que jouent dans un dragage les raeloirs dont sont munis les grands côtés du châssis.
- Pour préserver le filet de la drague, qui serait mis en lambeaux par les roches sur lesquelles il pourrait arriver qu'il fût traîné, on le renferme soit dans un premier filet en chaînettes de fer, soit dans un sac de toile à voile ou de cuir. Sa portion inférieure présente toujours une sorte d’empêche, disposé de telle manière que les objets y pénétrant ne puissent plus s’échapper. L’avant de la drague est quelquefois muni d’un râteau destiné à fouiller, à labourer la vase ou le sable du fond, et à dégager ainsi les animaux qui y vivent. Lors des explorations du Travailleur, l’on* s’est servi quelquefois de dragues, construites d’après les indications de M. de Folin, qui, par suite d’une disposition spéciale, descendaient fermées et ne s’ouvraient que lorsqu’elles étaient rendues* sur le fond. Mais quel que soit le modèle de drague employé, les résultats obtenus sont toujours bien peu importants, car ces appareils se remplissent presque immédiatement de sable ou de vase qui, par suite de la présence du sac de cuir ou de toile à voile ne peuvent être délayés et entraînés au dehors. Aussi généralement, lorsqu’on relève une drague, est-ce un plein sac de boue que l’on rapporte à bord. Les dragues, d’autre part, ont un très grand inconvénient, elles sont massives, elles appuient brutalement*sur le fond chaque fois que, pendant leur traînage, elles viennent successivement à être soulevées et à retomber, et il en résulte que les échantillons sont généralement mutilés. Ces défauts avaient frappé depuis longtemps l’attention
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- des savants qui se livraient à des explorations sous-marines, et ils s’étaient préoccupés d’y remédier.
- Durant l’une des croisières du Porcupine, Wyville Thomson avait remarqué que, tandis que l’intérieur de Ja drague ne renfermait que fort peu d'échantillons intéressants, de nombreux éeliino-dermes, des coraux, des éponges, revenaient à la surface accrochés à l’extérieur du sac, et quelquefois même aux premières brasses du câble de dragage. « Cela nous fit, dit-il, essayer de plusieurs expédients, et enfin le capitaine Calver fit descendre, attachés à l’instrument, une demi-douzaine de fauberts qui servent au lavage , du pont. Le résultat fut merveilleux.
- Les houppes de chanvre rapportèrent tout ce qui se trouva sur le chemin hérissé et de non adhérent au sol, et balayèrent le fond ainsi qu’elles le font du pont du navire. L’invention du capitaine Calver a inauguré une ère nouvelle pour le dragage profond. » Il est certain que l’emploi des fauberts, de ces gros paquets de cordes, servant au lavage des bâtiments, et ayant la forme et la disposition d’une longue chevelure, donne de bons résultats, mais il présente également de graves inco n v é n i e n t s, que Wyville Thompson a été obligé de reconnaître. « Les houppes, dil-il, quelques pages après celle dont j’ai extrait le passage précédent, mettent en piteux état les spécimens qu
- Fig. i. — Chalut employé à bord du Talisman
- elles ramènent ; et c’est 1 A bord du Talisman
- toujours avec une première impression de chagrin que nous entreprenions la tâche ingrate et désespérante de détacher avec des ciseaux à courtes lames les dépouilles mutijées des Plumes de mer, les pattes de Crabes rares, les disques privés de membres, les bras détachés des Crinoïdes et des Ophiures fragiles et délicats. Il faut chercher sa consolation dans le nombre, relativement petit, des animaux qui arrivent entiers, attachés aux fibres extérieures des houppes, et se dire que, sans ce mode un peu barbare de capture, ces spécimens seraient demeurés inconnus au fond des mers. » Le tableau précédent est d’une absolue vérité, et il faut avoir pu examiner l’état dans lequel se trouvent être la presque totalité des échantillons ramenés par un faubert, pour comprendre le désespoir des naturalistes ù la recherche au milieu d’un mélange inextricable de fils de chanvre, de débris d’animaux rares, ou même le plus souvent inconnus. Aussi fallait-il se préoccuper de trouver de meilleurs procédés pour recueillir et ramener à bord les animaux saisis au fond de la mer.
- Durant la campagne-qu’il avait accomplie dans le golfe du Mexique, à bord du Blake, A. Agas-siz s’était servi de chaluts, sorte de grands filets employés journellement sur nos côtes pai-les pêcheurs, et il en avait obtenu de bons résultats.
- Ton a utilisé presque con-
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- stamment des chaluts de deux à trois mètres d’ouverture semblables à ceux dont on avait fait emploi à bord du Blake. Ce n’est que tout à fait exceptionnellement que l’on a eu recours aux dragues dont l’usage a été réservé pour les cas où il s’est
- agi d’explorer des londs de roche dont les arêtes vives eussent sûrement mis en pièces les filets des chaluts.
- Les résultats avec ces appareils, ont été merveilleux et M. Alph. Milne Edwards a pu dire, dans une
- l'ig. 2. — Vue (l’ensemble (le l’arrivée du cluilul à bord üu Talisman. (D’après uue photographie.)
- coulérence laite devant la Société de Géographie, sur la campagne de dragages de 1883, que c’est aux chaluts « que l’on doit les admirables récoltes qui ont été faites. Ils ne nous ont jamais fait défaut, a ajouté le savant président de la Commission des dragages sous-marins, et jusqu’à plus de 3000 mètres, ils ont donné d’aussi bons résultats que ceux
- que nos pêcheurs obtiennent en traînant leurs engins à quelques brasses de profondeur. »
- J’ai fait reproduire, par la figure 1, un des chaluts employés à bord du Talisman. En examinant ce dessin l’on pourra se rendre compte de la disposition de l’armature du filet, qui était telle, que de quelque côté que l'engin arrivât au fond de la mer,
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- l’on était toujours assuré de le traîner utilement. Le filet fixé à l'armature de fer était fait de cordelettes de chanvre d’une très grande résistance. Il comprenait deux poches, emboîte'es l’une dans l’autre. À l’extrémité de la poche extérieure, l’on amarrait un gros boulet de fonte de manière à ce que le filet s’étendît sur le sol. La poche interne ouverte à son extrémité inférieure, constituait une empêche, qui ne permettait pas aux objets qui l’avaient traversé de revenir au dehors.
- Durant le cours de la campagne, M. le commandant Parfait a songé à faire placer tout à fait dans le fond du chajut ün de ces paquets de filins, un de ces fauberts servant au lavage dupont. Les résultats, qui ont couronné cet essai ont été si remarquables, que l’on n’a cessé à partir de ce moment d’avoir recours à cette innovation. Le succès était dû à ce que
- Fig, 3. — Schéma de l’accumulateur et du mode de suspension du chalut.
- A. Accumulateur. — E. Espars. — C. Chalut. — P. Pantoire.
- une foule de tous petits animaux, des crustacés, des mollusques, des ophiures, etc., qui entraînés par le renouvellement de l’eau dans l’intérieur du chalut, auraient passé au travers des mailles du filet, se trouvaient être pris au milieu de la longue chevelure de cordes constituant le faubert. Un grand nombre d’échantillons de petite taille et délicats, qui échappaient antérieurement aux recherches, ont toujours été amenés à bord à partir du moment où l’on a utilisé le procédé proposé par M. le commandant Parfait.
- Les filets en fil de chanvre possédaient une solidité extrême. Un exemple permettra de se rendre compte de la résistance qu’ils étaient susceptibles d’offrir. Le 2? juin par 28°,55' de latitude et 15°,39' de longitude, le chalut avait été coulé sur un fond situé à 905 mètres de profondeur. Lorsqu’on l’a eu ramené à bord, on a trouvé dans son intérieur 250 kilogrammes de roches, et aucune de ses mailles ne s’était rompue sous la traction
- énorme développée par ce poids. Un des blocs de pierre remontés dans ce dragage et du poids de 135 kilogrammes, figure à l’exposition du Talisman. Lorsque l’on voulait pratiquer un dragage, voici de quelle manière l’on utilisait les divers appareils dont nous venons de donner la description.
- L’on faisait tout d’abord passer le cable, que l’on dévidait de la bobine sur laquelle il était enroulé, sur des poulies de retour, placées à plat sur le pont du bâtiment, en arrière du roufle dans lequel était établi le laboratoire. Cette disposition est représentée par notre figure du plan du Talisman. Puis, on le ramenait vers l’avant et on lui faisait faire quelques tours sur la grosse poupée du treuil de relèvement. L'on aj erçoit encore cet arrangement sur la figure 2 de notre deuxième article (p, 137). On le conduisait ensuite sur deux poulies de retour de l’avant, qui lui permettaient de se relever le long du bord inférieur d’une sorte dé grand mât de charge désigné par l’appellation d'espars. Les deux poulies de retour de l’avant se voient sur la figure 3. Arrivé au sommet de l’espars, le câble était passé dans une poulie, dont nous aurons plus loin à indiquer le mode de suspension, et il était solidement rattaché au chalut par une manille dont le bouton était maintenu par une goupille.
- Durant l’opération d’un dragage, il est de la plus haute importance de savoir quelle est la traction supportée par le câble. Afin de posséder cette indication l’on avait disposé au niveau du mât de misaine, un accumulateur. Cet appareil a été représenté schématiquement sur notre figure 3. 11 se composait de disques de caoutchouc vulcanisés, empilés et séparés les uns des autres par des rondelles de tôle. Les disques de caoutchouc et les rondelles de tôle étaient perforés dans leur centre, de manière à livrer passage à une tige métallique très forte, terminée inférieurement par un plateau. Sur ce plateau reposaient par conséquent les disques et les rondelles enfilés sur la tige métallique. Quatre tiges métalliques plus faibles, insérées à la rondelle supérieure, venaient aboutir à un deuxième plateau, placé au-dessous de celui de la tige principale, portant un anneau devant servir à établir un point fixe. A l’extrémité supérieure de la tige métallique principale était fixé solidement un câble métallique, une pantoire, qui montait le long du mât de misaine, passait dans une chape aiguillettée au-dessous de la basse vergue et arrivait au sommet de l’espars où existait un clan. La pantoire à ce niveau était amarrée très solidement à la poulie sur laquelle passait le câble d’acier relié au chalut. Par conséquent la dernière poulie, sur laquelle courait le câble métallique avant de descendre à la mer, n’était pas fixée au sommet de l’espars, mais bien rattachée à la pantoire faisant suite à l’accumulateur. De telle sorte, que ce dernier appareil recevait l’impression du poids du chalut, du poids du câble d'acier déroulé, delà pression à laquelle étaient soumis ces objets, enfin de la traction exercée par le cha-
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- lutraclantle tond. J’aifait reproduire, figure 5,un dessin schématique, donné par M. le commandant Parfait dans le rapport si intéressant qu’il a publié dans les Annales d'hydrographie sur le voyage du Talisman*, permettant de saisir les rapports existant entre l’accumulateur et le câble d’acier supportant le chalut2.
- Suivant la profondeur, que l’on devait explorer, et, suivant également le temps qu’il faisait, l’on employait un chalut de deux ou bien de trois mètres. D’une manière générale, l’on peut dire que par beau temps l’on se servait d’un chalut de trois mètres pour explorer des fonds de 3600 mètres. Passé cette profondeur, on n’usait plus que d’un chalut de 2 mètres. Quant à la surcharge donnée au chalut, elle était de 188 kilogrammes, passé les fonds de 3000 mètres.
- Lorsque tout était prêt pour l’envoi du chalut, on désembrayait les machines et on laissait tout d’abord descendre le filet sous l’influence seule de son poids et du poids du câble qui le retenait. Mais au bout de quelque temps, la vitesse de descente s’accélérant de trop, on la modérait en faisant agir les freins des treuils.
- Pendant tout le temps de la descente du chalut, le bateau était amené vent arrière ou au moins grand largue, et il faisait route avec ses focs et sa misaine goélette. Il devait aller au moins deux nœuds et, si sous l’influence seule de la brise, il ne les parcourait pas, on accélérait sa marche au moyen de la machine. M. le commandant Parfait avait reconnu que cette vitesse de 2 à 3 nœuds, était absolument nécessaire pour que le câble fût toujours tendu. Si cette tension n’avait pas lieu, il arrivait que le câble descendait plus vite que le chalut, qu’il se roulait sur le fond et que le filet venait enfin tomber sur le paquet ainsi constitué. Dans ces cas le câble se nouait, formait des coques sur une très grande étendue de sa longueur, quelquefois sur plus de deux cents mètres, et l’on avait beaucoup de peine à débrouiller cet enchevêtrement.
- Un compteur annexé au treuil, sur la poupée duquel passait le câble d’acier avant de descendre à la mer, permettait de savoir le moment auquel le filet devrait être rendu sur le fond. Celui-ci atteint, on abaissait complètement les freins et le câble était alors maintenu.
- Pour assurer le traînage du chalut sur le fond, il était nécessaire de dévider une longueur de câble supérieure à la profondeur de la mer au niveau du point auquel l’on se trouvait. Jusqu’à 600 mètres, on filait le double de câble ; passé cette profondeur
- 1 L’on trouvera dans le rapport de M. le commandant Parfait, paru dans le ne 663 des Annales hydrographiques, tous les détails relatifs aux opérations exécutées à bord du Talisman.
- 2 Lorsque un effort agit sur l’accumulateur, les disques de caoutchouc sont comprimés par le plateau inférieur fixé à la tige centrale de l’accumulateur, et la série qu’ils constituent diminue de longueur. Normalement cette série a 1“,90 de long, sous une pression de 2000 kilogrammes, elle n’a plus que 0® ,99.
- on filait six ou huit cents mètres déplus que le fond.
- Pendant tout le temps que le chalut était traîné, le bateau était amené dans une position telle qu’il dérivait lentement, c’est-à-dire qu'il allait doucement par le travers.
- Le temps durant lequel le chalut était laissé sur le fond, variait beaucoup avec la profondeur. Dans les dragages profonds on le traînait pendant trois quarts d’heure, quelquefois même plusieurs heures. Quand on supposait l’exploration sous-marine suffisante, on desserrait les freins et on mettait les treuils en mouvement. Le premier agissait pour remonter le chalut, le second servait à enrouler sur la bobine au fur et à mesure qu’il arrivait, le câble que le premier amenait sur le pont. Le déroulement du câble s’effectuait à une vitesse de 100 mètres à la minute, l’enroulement à une vitesse de 40 mètres dans le même temps. Lorsque le chalut était sorti de l’eau, on le ramenait sur le pont du bâtiment et on le plaçait ain’si qu’on le voit sur notre figure 2.
- Pour obtenir les animaux renfermés dans une vase épaisse, gluante, souvent ramenée dans le chalut, il faut tamiser celle-ci avec beaucoup de soin. On se sert pour cette opération d’une série superposée de grands cadres métalliques montés sur galets. Il suffisait de donner à ces cadres un mouvement de va-et-vient, pendant qu’on délayait la vase avec un jet d’eau lancé doucement, pour arriver à dégager sans les briser les plus petits animaux. C’est cette opération, que l’onacherché à rendre par la figure 2, établie d’après une photographie faite par M. Vaillant.
- H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A. suivre. —
- LE TIGRE
- Le portrait deTigre que nous donnons aujourd’hui a été obtenu par le même procédé que le portrait de Lion publié précédemment par La Nature1, c'est-à-dire que l’artiste s’est contenté de graver exactement une épreuve photographique instantanée due au talent d’un habile opérateur anglais, M. Henry Dixon et reproduite directement sur bois. En contemplant ce portrait si vivant, nos lecteurs croiront avoir sous les yeux un de ces magnifiques représentants de la race féline qu’ils ont vus au Jardin des Plantes de Paris, au Jardin zoologique de Londres ou dans de grandes ménageries. Aussi croyons-nous qu’il est au moins inutile d’ajouter à notre gravure une description de l’animal; nous laisserons même de côté les points bien connus du Tigre royal, et nous insisterons seulement sur sa distribution géographique, sur les variations du pelage qu’il présente et sur les ravages qu’il exerce dans certaines contrées.
- Le Tigre occupe encore, à l’heure actuelle, une aire géographique extrêmement vaste, puisqu’il se
- 1 Voy. n° 510 du 10 mars 1882.
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- LA NATURE.
- trouve répandu sur une grande partie du continent asiatique, depuis la Perse et la Géorgie turque jusqu’à la Corée et depuis la Mongolie jusqu’à la pointe méridionale de l’Ilindoustan. Il se rencontre même, au nord-est, dans Pile de Saghalien et au sud dans les îles de Java, de Sumatra et de Bali, mais il n’a jamais été signalé à Ceylan ni à Bornéo. Sur cette vaste étendue de pays il conserve des caractères généraux suffisamment constants pour qu’il n’y ait pas lieu d’admettre l’existence de plusieurs espèces, mais il varie sensiblement aussi bien dans ses proportions que sous le rapport du pelage. Ainsi les Tigres de Mongolie, dont le Muséum d’histoire naturelle possède dans ses galeries un splendide spécimen, sont de taille beaucoup plus forte que les Tigres de l’Inde ou de la Cochin-chine dont la ménagerie du même établissement nourrit actuellement cinq individus; en outre, ces Tigres du bassin du fleuve Amour, vivant sous un climat relativement froid, sont revêtus d’une véritable fourrure et n’ont pas le poil brillant et lustré des Tigres du Bengale. Parmi ceux-ci on constate d’ailleurs aussi de nombreuses variations : les uns, en effet, sont d’un jaune clair avec des raies fines et serrées, d’autres sont d’un fauve brunâtre ou roussâtre avec de larges barres transversales, d’autres offrent, outre les stries principales, des stries plus petites ou de petites taches jaunes, quelques-uns, enfin, sont d’une teinte extrêmement pâle, ou même presque blancs, le dessin primitif du pelage étant à peine perceptible. Les dépouilles de ces Tigres blancs sont particulièrement estimées et peuvent atteindre des prix exorbitants ; les dépouilles ordinaires, sans avoir la même valeur, sont encore fort recherchées, et lorsque le crâne n’a pas été enlevé, se payent couramment-de 5 à 600 francs. Quant à l’animal vivant, il vaut en Europe, dans une vente publique, de 2500 à 5500 francs.
- Ces prix élevés dépendent surtout des difficultés et des dangers que présente la chasse au Tigre, et non comme on pourrait le croire, de l’extrême rareté de l’espèce; car si'les Tigres ont disparu de plusieurs districts, par suite de la guerre qu’on leur a faite, ils sont encore assez abondants en d’autres contrées, et notamment dans les jungles qui s’étendent de l’ouest à l’est, sur une longueur de plusieurs centaines de milles, au pied de l’Himalaya, et qui sont désignées sous le nom de Terai. « La majeure partie de cet immense territoire, dit le capitaine Baldwin, est couverte de bois et de fourrés impénétrables, mais, de distance en distance, et notamment sur le bord des fleuves et sur les rives des lacs, les forêts sont remplacées par des herbes élancées et terminées en panaches, qu’on appelle vulgairement Éléphant-grass (Herbes à l'éléphant) et qui garnissent le sol de leurs touffes serrées sur une étendue de plusieurs milles. Partout où ces herbes ont été brûlées par les villageois, pour obtenir des pâturages pour leurs troupeaux, le sol s’est revêtu d’un magnifique gazon, dessinant des pelouses d’un vert brillant; enfin,
- pour compléter cette splendide réserve de gibier, la plus belle peut être qui soit au monde, il y a çà et là de nombreux marécages.
- « ... Cette Terai est arrosée par de larges rivières et par des torrents qui prennent leur source à une grande distance, sur les pentes des glaciers ou au milieu des neiges éternelles... Plusieurs de ces cours d’eau, en arrivant sur le terrain relativement plat qui s’étend au pied des montagnes, se divisent en une foule de ruisseaux plus ou moins rapides qui embrassent entre eux des îles de toutes formes et de toutes grandeurs, auxquelles les indigènes donnent le nom de churs. Quelques-unes de ces îles sont formées de sable et de galets et presque dénudées, tandis que d’autres sont couvertes soit d’un fouillis d’herbes et de broussailles, soit de superbes forêts de haute futaie... Lorsque leur végétation est formée par des jungles, c’est-à-dire par un lacis inextricable d’arbres, d’arbustes, de fougères, de lianes et d’herbes folles, ces îles servent de retraite à toutes sortes d’animaux sauvages et spécialement au Tigre royal. Étant à proximité des gorges profondes et des défilés de l’Himalaya qui leur offrent, en cas de danger un asile inviolable, trouvant autour d’eux d’innombrables troupeaux de Cerfs, des hordes de Sangliers, sans compter les milliers de têtes de bétail qui paissent dans les prairies de la Terai et qui leur fournissent une proie facile, ayant enfin à leur portée de l’eau en abondance, ce qui est nécessaire à tous les représentants de la race féline, les Tigres royaux semblent vraiment chez eux dans la contrée que nous venons de décrire et ils s’y perpétuent, sans diminuer sensiblement en nombre, dans des endroits retirés vers lesquels les Éléphants de chasse ne sauraient se frayer un passage et qui sont ‘même inaccessibles aux troupes de chasseurs sorties de nos cantonnements. »
- Les Sunderbunds, groupes d’îlots situés à l'embouchure du Gange et couverts d’arbres rabougris sont également renommés pour les Tigres qu’ils nourrissent. 11 en est de même de certaines régions incultes et à peu près désertes de l’Inde centrale; mais ici, les grands carnassiers sont moins en sécurité que dans le Terai, leur chasse est plus facile et, par suite, leur nombre diminue de jour en jour. Enfin en Cochinchine et surtout aq, Cambodge, les Tigres royaux sont encore assez communs et se trouvent plutôt dans les fourrés de bambous, d’épines et de plantes sarmenteuses que dans les bois de haute futaie. Notre ami, M. le docteur Harmand, qui est actuellement commissaire général au Tonkin et qui dans ses voyages à travers l’Indo-Chine a eu fréquemment l’occasion d’étudier les moeurs du Tigre, nous apprend que cette belle espèce se rencontre le plus souvent dans les brousses et semble même affectionner les environs des villages, ou elle trouve une nourriture abondante et variée consistant en buffles, bœufs, cochons, chiens et volailles, sans compter les indigènes dont elle fait de temps en temps sa proie. Ceci nous conduit na-
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- Tigre au repos, ([/après une photographie instantanée.)
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- turellement à dire quelques mots des variations que l’on constate dans le régime du Tigre royal, à l’état sauvage.
- Au point de vue du mode d’alimentation les Tigres ont été divisés par le capitaine James Forsyth, par M. G. P. Sanderson et par d’autres auteurs, en trois catégories, qui évidemment n’ont rien de bien tranché : Les Tigres tueurs de bétail (Cattle-Killer Tigers), les Tigres tueurs de gibier (Game-Killer Tigers) et les Tigres mangeurs d’hommes (Man-Eater Tigers). Les premiers se cachent dans les jungles, dans le voisinage immédiat des endroits habités et fondent en plein jour sur les bestiaux qui sont au pâturage. Le soin avec lequel les Indous font rentrer leurs troupeaux chaque soir, avant le coucher du soleil a forcé en effet les Tigres à modifier leurs habitudes et à renoncer aux attaques nocturnes si chères à la race féline. Dans ces conditions les entreprises sont évidemment plus périlleuses et parfois elles échouent piteusement, quand plusieurs pâtres sont réunis, et par leur nombre intimident l’agresseur. Mais le plus souvent elles réussissent, les troupeaux n’étant pas gardés d’une manière suffisante et quelque bête isolée se trouvant toujours exposée aux coups du carnassier. Le Tigre cependant ne possède pas cette agilité extraordinaire que certains auteurs lui ont bénévolement accordée ; loin de franchir d’un seul bond, comme on l’a prétendu, un espace d’une centaine de pieds, c’est à peine s’il peut sauter à une distance de cinq mètres ; sous le rapport de la force de détente de? membres postérieurs, il est donc moins bien partagé que notre Chat domestique. D’autre part, en dépit de la vigueur exceptionnelle de ses membres antérieurs il ne saurait assommer un animal de forte taille. Jamais, quoi qu’on ait dit, le Tigre ne tue d’un seul coup de patte un Bœuf, un Cerf ou un Antilope et toujours il met à mort sa victime en lui disloquant les vertèbres cervicales. Les sportsmen anglais sont tous parfaitement d’accord sur ce point et ils ne diffèrent d’opinion qu’au sujet du procédé employé par le félin pour briser la colonne vertébrale. Le capitaine Forsyth prétend en effet que le Tigre mord sa victime à la nuque, et la maintenant d’autre part entre ses pattes de devant il rompt le cou par un brusque mouvement de torsion ; le capitaine Balwin est du même avis, il ajoute même qu’en examinant des cadavres de Bœufs abattus par des Tigres il a presque toujours trouvé le cou brisé et la nuque largement entaillée par les terribles crocs des carnassiers. Au contraire, M. Sanderson soutient que si le Tigre saisit sa proie par le dessus du cou, c’est seulement lorsqu’il a affaire à un carnassier ou à un ruminant d’une force exceptionnelle ; mais que d’ordinaire il opère de la façon suivante : après s’être glissé entre les broussailles ou à travers les herbes jusqu’à une faible distance du Bœuf qu’il convoite, il l’attaque brusquement, lui saisit le train de devant entre ses larges pattes dont une s’accroche le plus
- souvent à la région scapulaire, puis mordant à belles dents la gorge du pauvre quadrupède, il lui ramène le cou en arrière, en le tiraillant fortement et en exécutant parfois un saut de côté. Enfin il paraît bien établi que le Tigre ne suce point le sang de sa victime. Après l’avoir abattu, il t’abandonne d’ordinaire et revient, après le coucher du soleil, chercher le cadavre qu’il traîne dans un endroit écarté pour le dévorer en sécurité. En une seule nuit, il peut engloutir jusqu’à 70livres de viande, ne s’arrêtant que pour aller de temps en temps boire de larges rasades à la rivière voisine; aussi, après trois ou quatre séances d’un quadrupède de forte taille, il ne reste plus que la carcasse.
- Quand le Tigre se croit sûr de l’impunité, il s'enhardit et abat deux ou trois fois autant de têtes de bétail qu’il peut en consommer, mais çela est rare et d’ordinaire il est réduit à la portion congrue. Dans ces conditions, il ne laisse pas cependant que de causer des dégâts sensibles au milieu des troupeaux, et malgré la faible valeur du bétail dans l’Inde anglaise, M. Sanderson évalue encore à 70 livres ou 1750 francs le dommage que de ce chef un seul Tigre peut causer chaque année dans un district de faible étendue.
- Des Tigres tueurs de gibier, ou Game-Killer, nous ne dirons pas grand chose, si ce n’est que l’auteur dont nous venons de citer le nom, les considère plutôt comme des animaux utiles, chargés de réfréner l’extension exagérée des troupes de Sangliers et de Cérfs qui ont une tendance à se répandre dans les terrains cultivés et qui anéantissent les récoltes. Cette thèse, quoique paradoxale, peut se soutenir, mais on ne s'attendait pas à la voir émise par un ancien chasseur de Tigres commis par le gouvernement anglais à la destruction de ces carnassiers.
- Quant aux Tigres de la troisième catégorie, aux Man-Eaters, il faudrait y mettre beaucoup de bonne volonté pour en faire des bienfaiteurs de l’humanité. Heureusement ils se font de plus en plus rares, maintenant surtout qu'ils n’ont plus affaire seulement à des laboureurs sans défense, mais à des sportsmen déterminés et pourvus d’armes perfectionnées. Aujourd’hui on ne voit plus comme jadis toute une population s’enfuir épouvantée et quitter pour toujours un village dont les environs étaient visités par un Tigre, et si dans les statistiques officielles de l’Inde anglaise on voit encore figurer un chiffre de 20 000 personnes tuées chaque année par les animaux féroces et les serpents venimeux, il ne faut pas oublier que dans ces hécatombes les reptiles ont la plus large part et que les Panthères font aux Tigres une sérieuse concurrence. Ce n’est du reste que par une sorte de déviation de ses instincts naturels que le Tigre s’attaque à notre espèce; s’il choisit pour victime un homme et plutôt une femme ou un enfant, c’est seulement parce que ces créatures sont plus faciles à abattre qu’un Buffle et il est absolument faux qu’un Tigre ayant une fois goûté de la chair humaine ne veuille plus tâter d’un autre
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- gibier. Ce qui le prouve c’est que M. Sanderson a vu un jour un Tigre, poursuivi par les chasseurs, oublier le danger qu’il courait pour se jeter sur un Taureau. On constate du reste souvent chez le Tigre ce mélange de hardiesse et de couardise. Tel animal qui s'était avancé sans crainte jusqu’au milieu d’un village pour saisir dans sa hutte un pauvre Indou, un malheureux Annamite, recule honteusement devant un Européen bien armé. 11 ne faudrait cependant pas trop s’y fier, et la chasse au Tigre peut être comptée parmi les genres de sport les plus émouvants et les plus dangereux. Si l’espace dont nous disposons nous le permettait, nous aurions volontiers retracé les péripéties de cette chasse et indiqué les procédés dont ôn se sert dans l’Inde et en Cochinchine pour se débarrasser de ces voisins incommodes. Mais nous sommes forcé de nous arrêter ici, en exprimant le désir que notre colonie de l’Indo-Chine soit bientôt purgée d’animaux aussi redoutables. Pour cela il faudra nécessairement élever la prime allouée pour la destruction des animaux féroces, car assurément on ne trouvera pas en dehors des émules de Gérard et de Bombonnel beaucoup d’hommes disposés, pour quatre ou cinq louis* à exposer leur vie dans des entreprises aussi
- périlleuses. E. Oustalf.t.
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- BIBLIOGRAPHIE
- L'Homme et l'Intelligence. — Fragments de physiologie et de psychologie, par Charles Rjchet, agrégé de la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. in-8“. — Paris, Félix.Alcan, 1884.
- Ce livre publié 'dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, comprendra une série de monographies sur certains phénomènes les plus importants de l’intelligence humaine : la douleur, le dégoût, le somnambulisme, la personnalité, la mémoire, les poisons de l’intelligence, la démonomanie, la comparaison de l’intelligence des hommes avec l’instinct des animaux. L’auteur s’est attaché à décrire les divers états de Pâme dans ces conditions variées. Son ouvrage relève donc â la fois de la physiologie et de la psychologie. Mais quoiqu’il s’agisse de faits scientifiques, M. Richet les a rendus accessibles à tout le monde.
- Revue médicale et scientifique d'hydrologie et de climatologie pyrénéennes, dirigée et publiée par MM. les Dr” F. Garrigou (de Luchon) et E. Duhourcau (de Cau-terets). Publication paraissant le 10 elle 25 de chaque mois. Administration, 45, rue des Tourneurs, à Toulouse.
- « C’est pour servir, par la voie exclusivement scientifique, les intérêts d’une science déjà ébauchée que notre feuille devient un organe régional au service de toutes les stations thermales et hivernales comprises entre les Pyrénées et le plateau central de la France. Afin de travailler utilement pour la science des eaux minérales, on traitera dans chacun des numéros un sujet général d’hydrologie. Des articles sur la géologie spéciale des sources thermales et minérales, sur leur captage et leur conduite, sur la chimie hydrologique, sur les aménagements balnéaires, sur la législation et l’économie politique des stations thermales, viendront augmenter l’apport des
- connaissances thérapeutiques que fourniront surtout les médecins. »
- Ces passages, extraits du premier numéro de la Revue d'hydrologie et de climatologie, en font comprendre le but et l’utilité. Nous souhaitons bon succès à nos nouveaux confrères.
- Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles, 1884.
- 51e année. 1 vol. in-32.— Bruxelles, F. Ilayez, 1883. Traité élémentaire de météorologie, par J.-C. Houzeau, directeur de l’Observatoire de Bruxelles, et A. Lancaster, météorologiste au même établissement. Deuxième édition. — Mons et Paris, chez Baudry, 1883.
- Where did life Begin? A brief en quiry as to the probable place of beginning and the natural Courses -of migration therefrom of the flora and fauna-of the earth. A monograph by G. Hilton Scrirner. — New-York, Charles Scribner’s Sons, 1883.
- LES PROGRÈS .
- de l’éclairage électrique
- Notre savant confrère, M. Louis Figuier a récemment entrepris la publication d’un grand ouvrage, Les Nouvelles Conquêtes de la Sciencei, où il continue l’œuvre à laquelle il s’est consacrée, et qui a pour but de faire connaître à tous, l’histoire, les principes et les résultats des grandes découvertes. La manière dont procède M. Louis Figuier est excellente; sans se borner à exposer les faits nouveaux, il remonte à leurs sources dans le passé, et fait ainsi saisir par les progrès successifs de la physique, l’enchaînement des inventions qui se modifient constamment, en accroissant sans cesse le domaine des applications utiles.
- Le premier volume des Nouvelles Conquêtes de la Science comprend Y Électricité' ; il traite en détails, de l’éclairage électrique, du téléphone et de l’électricité force motrice. Nous emprunterons à la première partie du livre, quelques faits intéressants qui, se rattachant à l’histoire de l’éclairage électrique, nous permettront de bien mettre en relief les progrès de cet art nouveau.
- C’est en 1807, sept années après la découverte de la pile électrique par Yolta, que Humphry Davy décomposa les alcalis et les terres par un courant électrique. Le savant physicien anglais en extrayant le sodium, le potassium, le calcium et le baryum de leurs oxydes, jusque-là considérés comme des éléments, excita l’étonnement et l’admiration du monde savant. On encourageait l’inventeur à continuer ses recherches sur les courants électriques, et la générosité de quelques particuliers lui permit bientôt de construire la pile la plus énergique qui ait encore été faite jusque-là. Elle se composait de 200 couples. Chacun de ces couples renfermait dix doubles plaques de zinc et de cuivre. Le nombre total des éléments était donc de 2000. Chaque cou-
- 1 Cet huvragc qui formera plusieurs volumes grand in-8°, richement illustrés, paraît en livraisons hebdomadaires. — Librairie illustrée, 7, rue du Croissant.
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- pie ayant 32 pieds carrés, la surface totale était de 128 000 pieds carrés. Le liquide excitateur était une dissolution d’alun aiguisée d’acide sulfurique.
- Cette puissante batterie fut installée, en 1813, dans les caves de VInstitution Royale à Londres. Elle permit à Davy d’étudier, dans toute leur ampleur, les effets physiques et chimiques de l’électricité sous forme de courant. C’est en se servant d’acide azotique étendu d’eau, comme liquide excitateur de sa puissante pile, que Davy découvrit le phénomène fondamental qui devait conduire à l’éclairage par l’électricité. En terminant les pôles de
- cette pile par deux pointes de charbon, il reconnut que, qnand on approche ces charbons l’un de l’autre, à une très faible distance, on voit aussitôt jaillir entre les deux conducteurs une étincelle d’un éclat incomparable. Si l’on éloigne peu à peu les charbons, il se forme à travers l’air un arc étincelant de lumière.
- Nous n’avons pas besoin de dire que l’expérience ainsi effectuée dans l’air n’avait qu’une durée presque insignifiante en raison de la rapide combustion du charbon, Davy eut alors l’idée féconde d’enfermer les charbons dans le vide, pour empêcher leur combustion. Il plaça donc les deux pôles de la pile, terminés par les deux pointes de
- Fig. 1. — Expérience de lumière électrique exécutée, en 1815, par Hinnphry^Davy, dans sou cours de chimie
- à l’Institution Royale de Londres.
- charbon, dans un vase de verre, de forme ovale, hermétiquement clos, et dans lequel on faisait le vide à l’aide de la machine pneumatique. Les deux conducteurs de la pile voltaïque pénétraient à l’intérieur du globe de verre par deux ouvertures mastiquées au moyen d’un enduit résineux, et enveloppées d’un manchon de cuivre. Cette magnifique expérience fut répétée en 1813 par Ilumphry Davy, dans son Cours de chimie à l’Institution Royale de Londres (fig. 1). Elle excita la plus vive admiration. On était loin cependant de prévoir alors qu’il y avait là le prélude d’une révolution dans l’éclairage.
- De longues années allaient s’écouler avant que l’on perfectionnât sensiblement l’expérience de
- Davy. Tant que les physiciens n’eurent à leur disposition que la pile à auge, il fallait pour répéter l’expérience de l'Institution Royale de Londres, disposer d’un nombre énorme de couples voltaïques. Grâce à la découverte de la pile de Bunsen, un savant français, Léon Foucault, réalisa immédiatement des progrès très importants dans l’éclairage électrique. Il se servit de cette pile puissante et eut l’idée d’employer le charbon de cornue à gaz pour combustible. Foucault obtint ainsi en plein air une lumière d’une prodigieuse intensité. Il construisit avec M. Donné son remarquable appareil photoélectrique pour les projections, et, en 1844, un
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- habile opticien de la rue Dauphine, Deleuil, rendait les Parisiens témoins de la première expérience d’éclairage public qui ait été faite en aucun lieu du monde. M. Louis Figuier a été témoin de ces beaux essais, et il les raconte en homme qui a vu.
- Au mois (le décembre 18 Ai, a huit heures du soir, la place de la Concorde était remplie de curieux, accourus de tous les points de la capitale, pour assister à l’expérience que les journaux avaient annoncée la veille... Un spectacle admirable devait largement satisfaire leur curio-
- sité. Dans la foule entière, il y eut une véritable stupéfaction. Bien qu’il existât un brouillard assez intense, la lumière électrique en perçait les vapeurs et inondait toute la place de la Concorde. Je constatai que l’on pouvait lire un journal au pied de l’Obélisque, malgré la nuit noire qui couvrait l’espace non éclairé, et le brouillard qui s’étendait partout (fig. 2). L’appareil d’éclairage, c’est-à-dire les deux pointes de charbon entre lesquelles s’élançait l’arc voltaïque, était placé, du côté de la rue Royale, sur les genoux de la statue de la ville de Lille, et cent éléments Bunsen étaient logés dans la petite pièce, fermée par
- Fig. 2. — Première expérience publique d’éclairage par l'électricité^ faite à Paris, sur la place de la Concorde, par Deluuil
- et Léon Foucault, au mois de décembre 1844.
- une porte de bronze, qui est ménagée dans le soubassement de la statue.
- On voit par ces deux dates importantes de l’histoire de l’éclairage électrique combien le progrès a été lent, mais il est apparu en quelque sorte tout à coup, avec les machines dynamo-électriques, et les lampes à incandescence qui rivalisent avec les bougies électriques, ou les nouveaux régulateurs à arc voltaïque. L’éclairage électrique est actuellement devenu pratique et économique dans les grandes installations, et déjà plusieurs villes se préparent à l’adopter; la ville de Berlin vient de traiter avec
- la Société Edison pour l'éclairage de la plus importante partie de la capitale de l’empire d’Allemagne; et la ville de New-York organise sur une grande échelle l’éclairage électrique des rues et des maisons de certains quartiers, par la distribution de l’électricité. Nous faisons des vœux pour que Paris où a eu lieu, comme on vient de le voir, la première expérience publique, ne reste pas au second rang dans cette lutte pacifique des applications de la science.
- Gaston Tissandier.
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- CHRONIQUE
- La tempête dix 26-27 janvier 1884. — Une tempête très violente a sévi pendant la nuit du 26 au dimanche 27, sur les côtes de la Manche et de l’Océan et dans tout le nord-ouest de l’Europe. Le centre des basses pressions était au sud de la Norvège. Le vent a occasionné à Paris de nombreux accidents. De neuf heures du soir à deux heures du matin, les rafales qui se succédaient sans relâche produisaient un bruit comparable à celui des canonnades lointaines. Des arbres ont été brisés ou déracinés, des cheminées enlevées, des vitres cassées, des palissades jetées a bas. La grêle et la neige fondue, dans quelques localités, ont accompagné la tempête de vent, notamment à Lille et à Argentan. A Pontoise, 8 wagons de chemin de fer, séparés d’un traip, ont été poussés par le vent sur les rails, et sont venus tamponner un train de voyageurs. Quelques personnes ont été blessées.
- La foudre pendant la tempête est tombée à Nantes. L’intensité des rafales a été épouvantable à Brest, où elle a causé de nombreux ravages. La tempête s’est fait sentir en France jusqu’à Lyon et Saint-Étienne. Elle a sévi aussi en Angleterre et en Écosse.
- Conférences de la Société de Géographie. —
- La Société de géographie organise une série de conférences qui seront faites par des représentants distingués de la science française. Ces conférences, au nombre de huit, auront lieu les lundis dans la grande salle de l’hôtel de la Société de géographie, du 11 février au 31 mars 1884, à huit heures et demie du soir. Elles seront relatives aux rapports de l’astronomie et de la géographie aux principales époques de l’histoire (M. Faye), aux forces volcaniques (M. Fouqué), aux reliefs du globe (M. de Lapparent), aux climats (M. Mascart), à la distribution des minéraux (M. Fuchs), à la distribution des végétaux (M. Bureau), aux habitants du fond de la mer (M. Perrier), à la distribution générale des animaux (M. Alphonse Milne-Edwards). Quelques-unes de ces conférences seront accompagnées de projections à la lumière oxhydrique. Cette série sera continuée l’an prochain. On trouvera à la Société de géographie, boulevard Saint-Germain, 184, les renseignements relatifs à ces conférences où le public sera admis.
- Soleil vert et lueurs crépusculaires observés à Argentan. — Dans la vile d’Argentan, beaucoup de personnes ont remarqué dans la soirée du 7 janvier, vers 4 heures, le singulier aspect du Soleil un peu avant son coucher ; son disque était entièrement vert, sans aucun rayon, puis il a pris une teinte bleu pâle quelques instants avant de disparaître au-dessous de l’horizon. Le 9 janvier 1884, à 4 h. 50 m. du soir, le ciel de l’occident a commencé à prendre une belle couleur rose, surtout vers le point où le Soleil s’était couché. La lueur rose s’est ensuite avancée vers le Nord et le Sud, puis s’est rapprochée progressivement du zénith; en même temps elle passait du rose au rouge pourpre. C’est alors qu’elle était vraiment admirable à voir ! La belle couleur rouge s’est maintenue pendant plus de 40 minutes, au grand plaisir et quelquefois à l’étonnement des passants dont quelques-uns étaient persuadés qu’un immense foyer d’incendie semblait exister vers la forêt de Gouffern, dans la direction de Sévigny. La hauteur maximum de la lueur crépusculaire a été de 80°, Vers 5 h. 40 m. le phénomène a perdu de sa majesté, la teinte rose est re-
- venue, les étoiles des trois premières grandeurs sont devenues nettement visibles au travers, mais en présentant une scintillation anormale. Enfin à 6 h. 10 m. la lueur n’était plus visible qu’à l’Ouest et bientôt elle ne tarda pas à disparaître tout à fait. Le 10 janvier, temps brumeux, ce qui n’empêche pas la lueur de se présenter, mais beaucoup moins intense. Le 12, à 7 h. 25 m. du matin, la lueur est visible à l’Orient jusqu’à une hauteur de 50°. Le soir, vers 5 heures, tout l’Ouest du ciel présente une belle teinte rose, très dense dans la partie où le Soleil s’est couché. Les nuages sont colorés jusque dans le voisinage du zénith. Peu à peu la transformation s’opère et le rouge a bientôt remplacé le rose ; cette belle couleur reste visible pendant près d’une demi-heure. Au milieu de cette lueur, on voit resplendir 1‘Étoile du berger, l’éclatante Vénus, qui nous parait entièrement bleuâtre. A l’Est, la Lune apparaît lentement au-dessus de l’horizon et de 5 h. 10 m. à 6 h. 25, montre une teinte verte très prononcée. De plus, tous les nuages qui se trouvent dans le voisinage de notre satellite ont une couleur verdâtre très curieuse et une feuille de papier très blanc sur laquelle j’ai reçu, comme sur un écran, les rayons lunaires a immédiatement pris la même teinte verte. Le 43 janvier, de 6 h. 45 m. à 7 h. 25 m. matin, reproduction du même phénomène, lueur rouge vif dans le ciel de l’Orient. . .
- (Bulletin de la Société scientifique d’Argentan).
- Perfectionnements dam la fabrication de l’acier. — En Angleterre, on appelle en ce moment l’attention des métallurgistes sur certains procédés de tabrication permettant d’obtenir de l’acier sans soufflures et pourvu de hautes qualités. Une partie de l’invention consiste dans la combinaison avec l’acier de 1 p. 100 ou même moins, d’un alliage de fer, de manganèse et de silicium. L’alliage est composé de 10 à 13 p. 100 de silicium, de 18 à 24 p. 100 de manganèse, le fer forme le complément. Cet alliage est simplement ajouté soit en fusion soit à l’état solide dans la poche qui sert à remplir les lingotières. Une autre partie de l’invention repose sur le tour de main suivant. Dès que la lingotière a été remplie, on verse sur la. surface du métal une certaine quantité de charbon pulvérulent, qui empêche la formation des soufflures qui se produisent à la surface par suite d’inégalités dans le refroidissement.
- Les bains an Japon. — Le Lyon médical nous fournit des détails intéressants sur l’usage du bain au Japon. Le bain se prend quotidiennement et à un prix extrêmement peu élevé. Avec le linge, il coûte deux sens, un peu moins de dix centimes. Les Japonais prennent le bain à une chaleur insupportable pour l’Européen, variant de 42° à 50° C. Ils n’y séjournent que quelques minutes, en sortent rouges et couverts de sueur, et complètent leur toilette à l’aide de petits baquets d’eau chaude et froide. L’effet physiologique le plus curieux de ce bain très chaud, c’est la rapidité de l’élévation de température du baigneur. Le professeur Bàelz (de Tokio), qui a pris soin de la mesurer, a constaté une augmentation de 2° C. après une courte immersion. Cette température de 38°,5, à 59°,5, se conserve pendant quelques heures; les calories que le corps a empruntées à l’eau ne se perdent que lentement. C’est à cause de cette hyperthermie que l’on voit, par les grands froids d’hiver, les Japonais s’attarder aux ablutions thermales dans la salle de bains. Le moment choisi pour le bain est, en général, celui qui suit inuné-
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- diatement le repas du soir, tout à fait contrairement à nos idées, mais sans qu’il en résulte le moindre inconvénient.
- Le nouveau wagon-palais des chemins de fer de Buenos-Ayres. — On vient de terminer aux ate-teliers de Darnall, près de Slieffield, un wagon-lit et restaurant pour la Compagnie des chemins de fer Sud, de Biienos-Ayres. Ce wagon est le plus grand de son espèce qui ait encore été construit. Il a 60 pieds (18 mètres) de longueur, 9 pieds 4 pouces (2“,80) de largeur, et 9 pieds 5 pouces (2m,82) de hauteur. On entre par le fumoir; vient ensuite la salle à manger, meublée de deux tables, d’un buffet, de six banquettes pouvant être converties en lits pour la nuit. Le salon a 24 pieds (7m,20) de longueur sur 9 pieds 4 pouces (2“,80) de largeur. Un corridor mène de là à la chambre des dames, meublée avec un confort et une élégance rares. Ce wagon contient en outre des lavabos, des chambres de bain et une chambre de surveillant.
- On a eu recours à des moyens spéciaux pour assurer la parfaite ventilation de la voiture, et pour combattre la poussière si incommode sur les lignes de Buenos-Ayres.
- Le wagon est construit pour une voie de 5 pieds (lm,50) de largeur. Il a 2 pieds (0ra,60) de plus que les voitures ordinaires des lignes anglaises, et est plus haut qu’elles de 2 pieds 8 pouces (0m,80).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du <1% janvier 1883.— Présidence de M. Rolland
- La Carte d'Algérie. — Revenant sur le sujet qu’il avait déjà abordé lundi dernier, M. le colonel Perrier donne d’intéressants détails sur le mode de réalisation de la carte d’Algérie. On s’est résolu à la graver sur zinc et les chiffres que donne l’auteur montrent qu’en effet on a grand avantage à substituer ce métal à la pierre. Dans la nécessité, vu les divers tirages en couleurs, d’avoir 14 000 planches différentes, la pierre eût amené à une dépense de 500 000 francs ; le poids de pierre eût été de 645 000 kilogrammes et son volume de 250 mètres cubes. Au contraire, le prix des planches de zinc ne sera que de 85 000 francs ; leur poids total de 15 500 kilogrammes et leur volume de 2 mètres cubes ! Nous avons sous les yeux l’une des feuilles (Alger) de la carte, et nous pouvons) témoigner de sa parfaite exécution: le modelé du sol est des plus compréhensibles et la lecture de la lettre est très facile. Les renseignements de tous genres sont nombreux et répondent à tous les besoins.
- L'éruption du 28 août. — Que les lueurs crépusculaires de ces derniers temps tiennent à la suspension dans l’air de poussières rejetées par le Krakatoa, voilà qui parait résulter nettement des observations d’un correspondant qui habite La Réunion. Dans une lettre qu’il adresse à M. Alphonse-Milne Edwards, il constate en effet que l’intensité des lueurs s’est montrée constamment plus forte dans les points où les pluies de cendre ont été observées. De proche en proche il a même pu suivre ainsi la marche du nuage volcanique et reconnaître qu’il se mouvait dans la trajectoire ordinaire des cyclones.
- L’est à l’appui des observations de M. Forster et de celle de M. Renou que M. Marié Davy adresse par l’intermédiaire de M. Faye, une feuille sur laquelle le baromètre
- a enregistré lui-même le passage des ondes atmosphériques dues à l’impulsion donnée à l’air par l’explosion volcanique du détroit de la Sonde.
- De son côté M Wolf montre comment l’étude des courbes enregistrées par le baromètre, permet de retrouver bien mieux que par le récit des témoins l’heure exacte de la commotion. Deux ondes atmosphériques sont parties en même temps du Krakatoa, l’une vers l’est l’autre vers l’ouest : la première pour nous parvenir a dû franchir 11 500 kilomètres et l’autre 15 500. L’auteur a reconnu que la vitesse de transmission est précisément celle de la propagation du son dans l’air : 1205 kilomètres à l’heure. En combinant ces chiffres on trouve que le phénomène a eu lieu le 27 août à 11 h. 43 minutes du matin.
- La tempête de samedi. — C’est encore M. Wolf qui présente la courbe tracée par les anémomètres pendant la tempête de samedi : la vitesse maxima du vent a dépassé 58 mètres et le fait singulier est la manière brusque dont le vent a complètement cessé à 1 heure du matin. M. Ilervé-Mangon pense que la tempête a dû atteindre près de 45 mètres.
- La chaire de culture du Muséum. — La mort de M. Decaisne ayant laissé une place vacante au Muséum, l’assemblée des professeurs a présenté au Ministre une liste de deux candidats comprenant : en première ligne, M. Maxime Gornu, aide-naturaliste, et en deuxième ligne, M. Julien Vesque, aide-naturaliste. Aujourd’hui, l’Académie dresse une liste semblable. M. Maxime Cornu est nommé premier candidat par 50 suffrages sur 57 votants et M. Vesque est nommé second candidat par 47 voix sur 57 votants. M. Bâillon, professeur à la Faculté de médecine, a réuni 46 suffrages au premier tour et 8 au second.
- Varia. — M. le Dr George fera dimanche prochain 3 février à 2 h. et demie, au Conservatoire des Arts et Métiers, une conférence publique sur l’hygiène de lVi-mentation chez l’ouvrier; des projections seront faites par M. Molteni; — Les mouvements du premier satellite de Jupiter occupent M. Bailhaut, de Toulouse; — Un mémoire sur l’intensité des phénomènes respiratoires dans les atmosphères suroxygénées est adressé par M. le Dr Saint-Martin; — M. Faye dépose au nom d’un correspondant dont il n’a pas dit le nom, la description de plusieurs phénomènes météorologiques de nature tourbillonnaire ; — Le gyroscope de Foucault semble à M. Dubois pouvoir procurer aux marins un plan invariable auxquels ils rapporteront leurs mesures; — M. Würtz expose des considérations relatives à l’électrolyse des dissolutions salines.
- Stanislas Meunier.
- J
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PETIT INJECTE U R A GAZ POUR SOUFFLER 1»ES BULLES UE SAVON
- L’appareil que nous représentons ci-contre permet de souffler des bulles de savon remplies de fumée sans faire passer la fumée par la bouche, mais il offre, en outre, un intérêt plus important.
- Au point de vue scientifique, il constitue un véritable injecteur à gaz d’une nouvelle classe 4
- Il peut être construit de plusieurs manières aü
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- dire de l’inventeur qui a mis dans le commerce, tout d’abord, le modèle qui lui a paru le plus simple et le plus pratique.
- Celui que nous avons examiné et qui se trouve chez les marchands de jouets sous le nom de Pipe de Bob, est composé de deux tubes concentriques, A, et B C (fig. 1), maintenus l’un dans l’autre.au moyen d’un bouchon de caoutchouc percé E, ce qui permet le réglage et le nettoyage. Le tube intérieur A amène le courant d’air soufflé par l’opérateur, et, par son extrémité effilée, lance le courant à l’intérieur du second tubeBC qui l’enveloppe, suivant leur axe commun.
- Il y a alors entraînement de l’air contenu dans le gros tube BC, par le courant auquel il se mélange.
- Ce mélange sort du tube extérieur par un conduit d’abord étranglé puis évasé en forme de corne d’abondance G.
- C’est cette extrémité évasée C qui, préalablement trempée dans de l’eau de savon, sert à former la bulle.
- Il est évident que si le tube extérieur, outre cette ouverture de sortie, ne possède qu’une autre ouverture portant une cigarette allumée, la fumée de celle-ci sera entraînée dans le tube par suite de la dépression qui y est produite et sortira mélangée.
- C’est ainsi qu’est construit ce jouet : Une petite tubulure B porte la cigarette.
- Notre figure 2 en représente très distinctement le mode d’emploi.
- On allume la cigarette non pas en aspirant, mais en soufflant dans le tube que l’on tient à la bouche, et la fumée, nous le répétons, ne vient pas dans, la bouche de l’opérateur.
- Les proportions de fumée et d’air varient suivant la position relative des tubes, la vitesse du courant moteur, le rapport des surlaces de section des orifices et beaucoup d’autres conditions dont l’analyse mathématique nous entraînerait beaucoup trop loin.
- L’idée mère de tous1, les injecteurs appartient à
- Henri Giffard ; l’appareil, qui a fait sa célébrité et sa fortune, entraîne un liquide au moyen d’un courant de vapeur.
- Le pulvérisateur qui entraîne un liquide par un courant d'air ou de vapeur, est une autre sorte d’in-jecteur; il est vendu partout pour parfumer les appartements et pour des usages médicaux.
- Le tirage des locomotives s’obtient par un injec-teur. Un courant de vapeur entraîne les produits gazeux de la combustion et produit, dans la cheminée, un vide qui appelle l’air extérieur dans le foyer pour activer le feu.
- Pour certains hauts-fourneaux, un jet de vapeur refoule l'air dans des récipients. La vapeur y rencontre du coke froid et mouillé, elle se condense,et l’air se rend seul dans les foyers; ce sont là des injecteurs de la même classe que ceux des locomotives.
- Enfin, la Pipe de Bob, le plus jeune des injecteurs, appartient à une nouvelle classe dont elle semble être encore l’uniqne individu. Un courant d'air froid entraîne les produits de la combustion d’un corps en combustion, la fumée de la cigarette.
- La Pipe de Bob n’est pas seulement un jouet pour faire des bulles de savon, c’est aussi et surtout un appareil de physique pour étudier de visu le fonctionnement des injecteurs à gaz, c’est à ce titre que nous lui consacrons cette notice ; c’est pour cette étude, paraît-il, que son inventeur l’avait construit, et le possédait depuis plus d’une année.
- Nous recommandons à l’attention des physiciens notamment l’observation du point où se conduisent les goudrons du tabac, c’est l’indice, sans doute du refroidissement dû à la détente.
- Charles Albert X...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissahdier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, i Paris
- Fig. 1. — Petit injccteur à gaz pour souiller des bulles de savon.
- Fig. 2. — Manière de se servir de l'injecteur à gaz pour souffler des bulles de savon.
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- N° 558. — t) FÉVRIER 1884.
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- EXPLORATIONS SOUS-MARINES - VOYAGE DU « TALISMAN »
- (Suite. — Voy. p. 119, 154 et U7.)
- Indépendamment des appareils de sondage et de instruments spéciaux devant servir à recueillir de
- dragage, l’on avait disposé à bord du Talisman des l’eau à diverses profondeurs. Il était en effet fort
- Fig. 1. — Effet de la décompression sur un poisson : Neoscopelus macrolepidotus i Joonhs) pris à 1500 mètresjde profondeur et arrivant à la surface dans le chalut. (Demi-grandeur naturelle.)
- important de savoir quelle était la composition de l’eau de mer au milieu de laquelle vivait une faune déterminée, dans quelles proportions, sous une pression quelquefois énorme, les gaz étaient dissous dans son intérieur, enfin quel était son degré de salure.
- tî* utée. — t*r semestre.
- Ce genre de recherches avait déjà préoccupé les naturalistes embarqués à bord du Challenger et du Blake. Durant le cours de la croisière effectuée en 1882 par Le Travailleur dans le golle de Gascogne, sur les côtes d’Espagne et de Portugal, et dans la
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- Méditerranée, d’on était arrivé au moyen d’engins construits d’après les plans de M. E. Ilichard aidé de M. Villegente, à puiser de l'eau jusqu'aux plus grandes profondeurs. Le résultat de ces premiers essais avait été excellent et M. Bouquet de La Grye, à qui avait été confié l’examen des échantillons rapportés, avait consigné dans un mémoire présenté à l’Académie des Sciences le résumé de ses recherches. Différents faits fort importants, relatifs à la physique du globe se trouvaient être signalés à l’attention par le savant ingénieur hydrographe.
- A bord du Talisman l’on a utilisé les bouteilles à eau ayant servi durant la campagne du Travailleur. Chacun de ces instruments consisteen un tube métallique, à parois très épaisses, terminé à ses deux extrémités par un tronc de cône. Au-dessous du tronc de cône supérieur, au-dessus du tronc de cône inférieur se trouve être placé un robinet se fermant au moyen d’un long levier se projetant en dehors de l’appareil comme le fait celui servant à fixer les thermomètres à retournement (Voy. p. 156, fig. 1). Si l’on ouvre le robinet, ce levier se trouve prendre une position horizontale, si au contraire on le ferme il devient vertical.
- Le robinet est construit d’une manière toute spéciale. Quand l’on vient à l’ouvrir, sa clef appuie sur
- Fig. 2. — Lièges employés pour maintenir ouverte la poche du chalut.
- 1. Liège n’ayant pas serV# — 2. Liège ayant servi.
- (Réduction à la même échelle.)
- une tige intérieure centrale à laquelle est adaptée une soupape de caoutchouc fermant l’ouverture d’une cloison intérieure située au-dessous de lui. La soupape se trouve alors être soulevée et l’eau peut entrer librement dans l’intérieur du cylindre. Si au contraire le robinet est fermé, l’extrémité de la tige intérieure centrale se loge dans une excavation pratiquée dans la clef du robinet. La soupape obéissant à un ressort s’abaisse et ferme hermétiquement l’ouverture pratiquée dans la cloison intérieure.
- Pour utiliser cet appareil, on procédait de la manière suivante. On chargeait d’un poids très lourd, l’extrémité d’une ligne de sonde en chanvre, disposée en plusieurs rouleaux, maintenus sur de grandes chevilles de bois fixées horizontalement aux bastingages. On dévidait la ligne ainsi placée et on lui faisait faire, comme pour le cable métallique servant au dragage, quelques tours sur la grosse poupée du treuil de relèvement, puis au moyen de poulies disposées d’une manière spéciale on l’élevait obliquement au-dessus et en dehors du bateau. On attachait à son extrémité qui surplombait ainsi la mer, un poids dont la force variait suivant les profon-
- deurs que l’on voulait atteindre. On fixait ensuite le long de la ligne une bouteille dont les robinets étaient ouverts. Les bras de levier de ceux-ci se trouvaient avoir par conséquent une position horizontale. Au-dessus de la bouteille à eau l’on attachait un thermomètre à retournement de manière à savoir très exactement la température possédée par l’eau que l’on allait recueillir. Ces dispositions prises, on laissait tomber les appareils à la mer et on laissait se dérouler cinq cents mètres de ligne. Comme la vitesse de descente s’accélérait de plus en plus et qu’elle eût pu devenir trop grande, on faisait agir le frein du treuil et l’on régularisait ainsi le mouvement qui s’accomplissait. Lorsque les cinq cents mètres de ligne étaient filés, l’on établis sait une bouteille à eau et un thermomètre et on laissait encore së dévider cinq cents mètres de câble, après quoi l’on établissait de nouveaux appareils. Par conséquent, les bouteilles à eau et les thermomètres qui les accompagnaient, se trouvaient être étagés sur la ligne et séparés verticalement les uns des autres par une distance de cinq cents mètres. Le nombre des appareils ainsi placés dépendait de la profondeur existant au niveau du point auquel l’on se trouvait. Pendant toute la durée de la descente les robinets inférieur et supérieur étant ouverts, il s’établissait un courant dans l’intérieur des bouteilles, l’eau entrant par l’orifice inférieur et sortant par l’orifice supérieur. Lorsque les profondeurs voulues étaient atteintes on arrêtait le déroulement de la ligne et on laissait séjourner quelque temps en place les appareils. Puis on laissait tomber du bateau une lourde bague de fonte dans le vide central de laquelle était passée la ligne supportant les bouteilles à eau et les thermomètres. L’épaisseur de la bague et le diamètre de son vide central étaient calculés de manière à ce que cette grosse masse métallique pût franchir chaque thermomètre et chaque bouteille en abaissant les leviers sans qu’il y eût à craindre qu’elle restât accrochée après eux. Le mouvement qu’accomplissait les leviers amenait premièrement le retournement des thermomètres et secondement la fermeture des- robinets. Au moment où ceux-ci se fermaient les tiges intérieures centrales, inferieures et supérieures, se dégageaient et les soupapes qui étaient fixées après elles s’appliquaient contre les orifices intérieurs des bouteilles. La double fermeture ainsi obtenue, par le robinet d’abord, par la soupape ensuite, avait pour but d’empêcher, d’une manière absolue, l’introduction du liquide qu’allaient traverser les appareils durant leur retour à bord du bateau, en même temps que de s’opposer au mouvement d’expansion des gaz contenus dans l’eau qu ils renfermaient. Ces gaz, par suite de la décompression rapide qu’ils subissaient devaient en eflet, tendre très énergiquement à s’échapper. Mais le mouvement de dilatation qui avait ainsi lieu dans l’intérieur des bouteilles avait pour effet, ainsi que le signalait M. Alphonse Milne-Edwards dans son rap-
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- port sur la campagne du Travailleur, en 1882, « d’appuyer plus fortement sur les soupapes en caoutchouc et de fermer plus énergiquement les ouvertures; aussi nous est-il arrivé bien souvent, au moment où nous retirions les bouteilles de la mer et où nous ouvrions le robinet, de voir un jet d’eau s’élancer au dehors comme une bouteille d’eau de Seltz et atteindre à plus d’un mètre et demi de distance; de plus, l’eau, versée ensuite dans un vase, laissait dégager une quantité de bulles de gaz.... »
- Quand l’on recueillait ainsi de l’eau à de grandes profondeurs on avait toujours soin d’en prendre un échantillon à la surface et de noter sa température afin d’obtenir un point de comparaison.
- La prise d’échantillons d’eau à de grandes profondeurs était, comme on peut s’en rendre compte par l’exposé précédent, une opération qui nécessitait un emploi de temps assez considérable. Aussi a-t-on cherché à bord du Talisman à simplifier les manœuvres, lorsqu’on a voulu avoir de l’eau non pour l’étude des gaz qu’elle renfermait, mais simplement pour la recherche des germes qu’elle pouvait tenir en suspension. Voici quel était le procédé auquel l’on était arrivé.
- Des tubes de verre à parois épaisses, effilés à leurs bouts, et fermés à la lampe d’émailleur après que le vide y avait été préalablement fait, étaient attachés au tube métallique renfermant le thermomètre. Ils étaient fixés de telle manière que lorsque le retournement de ce dernier avait lieu, une de leurs pointes effilées venaient frapper la portion inférieure du cadre métallique portant le thermomètre. Sous l’action de ce choc, les pointes heurtées se brisaient et alors, l’eau se précipitait dans l’intérieur des tubes dont elle ne pouvait plus sortir, par suite du faible diamètre de l’orifice d’entrée. A chaque sondage on ramenait ainsi à bord un échantillon de l’eau du fond touché, et il était facile de le conserver en scellant immédiatement le tube qui le renfermait à la flamme d’une lampe.
- Les dragages, à de grandes profondeurs, exigent un temps considérable pour être exécutés, aussi arrive-t-il souvent que le chalut, que l’on a envoyé au fond, ne peut être ramené à bord qu’à une heure très avancée de la journée. Sous les tropiques, où Le Talisman a effectué en grande partie sa campagne, la nuit arrive de bonne heure, car la période crépusculaire n’a, dans ces régions, qu’une bien courte durée. Pour conjurer ce grand ennemi, l’on s’était préoccupé, durant l’armement du Talisman, d’installer des appareils électriques capables de procurer une lumière assez vive pour qu’il fût possible, lorsque le chalut serait ramené pendant la nuit, de rechercher avec le plus grand soin les objets, rapportés, si petits qu’ils puissent être. Dans ce but, une machine Gramme, que M. le colonel Perrier, membre de l’Institut, avait bien voulu prêter, avait été installée sur la passerelle. Elle était actionnée par un second moteur Brother-hood placé à côté du sondeur Thibaudier (voy.
- p. 121, fig. 4), et elle était mise en communication avec une série de lampes Edison éclairant soit le chalut, soit l’intérieur du laboratoire. En même temps elle communiquait avec un régulateur permettant de projeter une vive lumière sur la mer. L’on surveillait ainsi très facilement la venue du chalut à la surface, venue qui devait être suivie de l’arrêt immédiat du treuil de relèvement. M. le lieutenant de vaisseau Jacquet, était chargé de l’aménagement de ces appareils et de leur surveillance. Nous sommes heureux de pouvoir dire ici que, grâce à son concours dévoué, nos recherches de nuit ont été rendues très faciles et extrêmement fructueuses.
- Les lampes Edison n’ont pas été employées seulement pour l’éclairage du bateau ; on s’en est servi à différentes reprises pour chercher, en les coulant dans la mer, à attirer des poissons dans des filets préalablement disposés. On ne saurait se faire une idée de la beauté du spectacle auquel l’on est appelé à assister, lorsque ces brillants foyers lumineux sont descendus dans l’eau. La mer tout autour d’eux s’éclaire des teintes les plus éclatantes et les plus mobiles par suite des mouvements incessants qu’elle subit. 11 semblerait, à les considérer, que l’on ait sous les yeux quelques-unes de ces admirables Méduses qui, au milieu des flots, semblables à des disques lumineux, s’élèvent, descendent, roulent et disparaissent, pour se montrer quelques instants après, plus étincelantes que jamais.
- Maintenant que nous avons fait connaître sommairement les moyens de recherches dont disposait la Commission embarquée à bord du Talisman, il nous reste à parler de la valeur des récoltes qui ont été faites. Nous devons dire tout d'abord quelles ont dépassé de beaucoup les espérances conçues, et les visiteurs qui se rendront à l’exposition (aujourd’hui ouverte au Jardin des Plantes) des collections formées durant le court espace de trois mois, resteront surpris de l’abondance et de la variété de formes animales nouvelles soumises à leurs examens. L’état de préservation des échantillons est surtout remarquable, et seuls les poissons semblent avoir été un peu abîmés. Ces derniers animaux n’ont pas supporté, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, des chocs violents après leur entrée dans les filets. Leur altération est due simplement aux phénomènes de décompression qu’ils ont eu à subir.
- Il existe chez beaucoup de poissons un organe fort singulier consistant en un sac clos, situé au-dessus de l’intestin, contre la colonne vertébrale. La présence de cet appareil, appelé vessie natatoire, qui par son mode de développement semble correspondre aux poumons, permet aux poissons de monter ou de descendre avec beaucoup de facilité.
- Chez un poisson pris à une assez grande profondeur et ramené à la surface, les gaz renfermés dans sa vessie natatoire étant décomprimés, ne cessent de prendre un volume de plus en plus considérable. II résulte de ce fait, que la vessie natatoire finit, par suite de la dilatation quelle subit, par exercer une
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- pression considérable sur la paroi abdominale. Cette dernière cédant progressivement, perd peu à peu les écailles qui la revêtaient. Lorsque la dilatation de la vessie natatoire est poussée à ses dernières limites, on voit son extrémité antérieure, repousser l’estomac, dont elle se coiffe en quelque sorte, pénétrer dans l’intérieur de la bouehe et venir faire saillie à l’extérieur. La pression, quelle exerce alors sur la paroi supérieure de la cavité buccale est telle que cette dernière cède sous son effort et que les yeux finissent par être chassés de l’orbite Nous avons cherché par notre figure 1, établie d’après un échantillon figurant à l’exposition du Talisman, à montrer dans quel état arrivent à la surface les poissons pêchés à de grandes profondeurs.
- Les pressions énormes auxquelles sont soumis les engins de pêche envoyés sur les grands fonds permettent d’être appréciées par suite de la déformation d’une de leurs parties constitutives. Pour maintenir béante l’ouverture du filet du chalut on dispose dans l’intérieur de ce dernier une série de gros disques de liège enfilés sur une corde. Ces disques avant d’être utilisés ont un diamètre assez considérable. Mais après quelques jours d’emploi ils ne présentent plus que près de la moitié de leur volume primitif. Sous l’influence des pressions considérables qu’ils ont eu à supporter, le tissu dont ils sont formés s’est tassé considérablement et ils ont pris en même temps la consistance d’un morceau de bois. Nous avons fait reproduire à côté l’un de l’autre deux de ces lièges (fig. 2), l’un a été employé, tandis que l’autre ne l’a pas été. Les réductions ont été faites à la même échelle. Deux séries de ces lièges constituent une des curiosités les plus remarquables de l’exposition du Talismanl.
- IL Fii.hol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
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- LA FRANCE CENTRALE SOCS LES NUAGES
- Il arrive fréquemment que les plaines du centre de la France sont recouvertes de brouillards, même d’une couche de nuages qui descendent jusqu’au sol, pendant que les montagnes et les plateaux élevés 'jouissent d’un ciel pur et d’un air limpide. Ce phénomène vient de se manifester encore du 25 au 31 décembre 1883, et du 18 au 24 janvier dernier. La gravure ci-contre donne une idée exacte du spectacle extraordinaire auquel on assistait alors du sommet du Puy-de-Dôme.
- La formation de cette couche de nuages bas est due aux tourbillons atmosphériques qui prennent naissance vers le golfe de Gênes et qui séjournent ensuite sur la Méditerranée. Pour le prouver, remontons un peu en arrière. Le 28 et le 29 octobre 1880, sous l’influence des aires de basses pressions qui
- 1 Cotte Exposition est actuellement ouverte, 61, rue de Bulïon.
- passaient sur la Manche, les vents de sud-ouest avaient soufflé en tempête dans la montagne et dans J la plaine, en amenant un excès d’humidité qui s’était résolu en bruine. — Le 30, une zone de fortes pressions s’établit sur les côtes occidentales de l’Europe, et un mouvement tourbillonnaire se déclare au-dessus du golfe de Gènes. Comme cela arrive toujours, le plateau central subit immédiatement l’influence de ce dernier : le vent tombe dans la plaine, et, à l’altitude du sommet du Puy-de-Dôme, il tourne au nord-est en conservant de la force. — Jusqu’au 12 novembre, cette situation se maintient en occasionnant quelques chutes de neige : les basses pressions se succèdent sur la Méditerranée occidentale, et le vent supérieur oscille du nord-est au sud-est en soufflant fréquemment avec force.
- Huit fois pendant cette période, on a pu, du sommet du Puy-de-Dôme, jouir du spectacle d’une mer de nuages couvrant les plaines : on n’apercevait, rares îlots, que les sommets des Puys, les points culminants de la chaîne du Forez et du massif des Monts Dore.
- Le 13, la zone de fortes pressions qui existait sur l’Europe occidentale depuis le 50 octobre, est refoulée vers le sud. Les mouvements tourbillonnaires de la Méditerranée s’évanouissent : le phénomène disparaît, et jusqu’au 21, une série de tempêtes agitent l’atmosphère de nos contrées, sous l’influence des énergiques dépressions qui abordent l’Angleterre ou la Bretagne et qui traversent ensuite le nord de l’Europe. La couche de nuages reparaît le 21 et le 22, après une chute de neige; et sa réapparition coïncide encore avec l’existence d’un nouveau minimum barométrique dans les parages du golfe de Gênes. Du 23 au 27, la France centrale se trouve de nouveau débarrassée de sa couche de nuages parce qu’une zone de fortes pressions s’établit sur l’Italie et sur la France méridionale, pendant que de grands mouvements cycloniques passent au-dessus de l’Angleterre. Mais le 28, ces mouvements s’affaiblissent et s’éloignent par le nord de l’Europe ; un léger centre de dépression se manifeste de nouveau sur la Méditerranée et la couche de nuages se reforme.
- Depuis que j’observe le phénomène, il s’est toujours produit dans les mêmes conditions ; de telles sorte qu’on peut prévoir sa formation et su disparition. C’est ainsi que le 22 janvier dernier j’ai pu annoncer que les jiuages et les brouillards qui persistaient depuis le 18, allaient disparaître le lendemain 25. — C’est ce qui est arrivé.
- Cette couche de nuages qui nous enveloppe comme un linceul, qui plonge une partie de la France, et bien d’autres pays sans doute, dans une atmosphère brumeuse et malsaine, est toujours peu épaisse, bien que son opacité soit très grande. Sa face inférieure, lorsqu’elle ne traîne pas sur le sol, peut s’élever jusqu’à 500 ou 700 mètres; elle est alors sensiblement plane, horizontale, et paraît uniformément grise. — Sa face supérieure d’une blancheur éclatante, est tantôt mamelonnée, tantôt déchiquetée,
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- Mer de nuages observée au sommet du Puy-de-Dôme. — Horizon sud-ouest. Le Puy-de-Dôme est au premier plan.
- 1. Puy-de-Montebié, 1219 mètres. — 2. Puy-de-Lachamp, 1260 mètres. — 3. Puy-de-Mercœur, 1250 mètres. — 4. Puy-de-Vichatel, 1117 mètres. — 5. Puy-de-Chnrmont, 1138 mètres. —
- Monteynard, 1180 mètres. — 7. Pic-de-Sancy, 1886 mètres. — 8. Plomb-du-Cantal, 1858 mètres. D’après un dessin de l’auteur.)
- 6. Puy-de-
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- fantôt zébrée de longues vagues parallèles qui la lont ressembler à la surface d’une mer houleuse; elle oscille entre 700 et 1200 mètres.
- L’épaisseur de la couche nuageuse varie donc entre 200 et 700 mètres. Quelquefois il suffit de s’élever sur 'les coteaux qui avoisinent Clermont pour sortir des nuages froids et humides, surgir au soleil et respirer un air pur et doux.
- Au sein de ces nuages on constate de fréquents et abondants dépôts de givre. — Au-dessous d’eux, il tombe quelquefois de la bruine ou de la neige.
- C’est surtout pendant l’existence de cette couche de nuages que la comparaison des températures observées dans les deux stations de l’Observatoire du Puy-de-Dôme présente de grandesanomalies. — Elles s’accentuent alors : parce que la surface supérieure des nuages est en contact avec un air très sec et qu’il s’y produit une évaporation très active; parce que des courants chauds peuvent régner à l’altitude du sommet du Puy-de-Dôme; parce qu’auprès du sol, l’air, déjà froid quand les nuages se sont formés, est complètement soustrait, pendant plusieurs jours, à l’action calorifique du soleil.
- Le 28 décembre dernier, vers sept heures du matin, le thermomètre marquait 0° à Clermont et -H 7°,9 au sommet du Puy-de-Dôme. Le fait est déjà remarquable. Mais le 26 décembre 1879, on a pu constater, à l’ombre, -f- 4°,7 au Puy-de-Dôme, alors qu’à Clermont il y avait 15°,6 au-dessous de zéro. Encore doit-on remarquer que la température moyenne au Puy-de-Dôme (1467 mètres) étant d’environ 4° tandis qu a Clermont (388 mètres), elle est de 10°, l’inversion est encore plus grande qu’elle ne le paraît d’abord, et qu’elle atteint réellement 26°.
- Plümandon,
- Météorologiste-adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- EXPOSITION INTERNATIONALE
- DE NICE
- L’ouverture officielle de l’Exposition internationale de Nice a en lieu dimanche 6 janvier, et, bien que cette solennité eut peut-être gagné à être retardée de quelques jours pour laisser le temps aux différents groupes de compléter leur installation, et à la plupart des exposants de terminer leurs étalages, une rapide visite permet déjà de juger de l’ensemble de l’Exposition, et donne la certitude que, par le développement qu’elle a atteint, par le nombre et la valeur des exposants qui ont répondu à l’appel du Comité, par la qualité des produits exposés, elle comptera parmi les plus brillantes et qu’elle sera digne de la ville qui est le rendez-vous des riches étrangers de toutes les parties du monde.
- Pour être, d’ailleurs, tout disposé à l’indulgence à l’égard de ce retard qui semble être l’apanage obligé de toutes les expositions, il suffit de se souvenir qu’il y a un an, l’emplacement, et peut-être
- le projet lui-même de l’exposition, n’étaient point encore définitivement arrêtés et, si l’on considère que les premiers coups de pioche ont été donnés, il y a neuf mois à peine, noii seulement l’on ne s’étonnera plus des lacunes qui existent encore dans certaines sections, mais l’on sera forcé de reconnaître que les organisateurs ont accompli un véritable tour de force.
- Le bâtiment principal s’élève sur un plateau dominant de 30 à 40 mètres la plaine de Nice.
- Il se compose d’une vaste nef principale et de deux nefs latérales orientées du nord-ouest au sud-est et divisées dans leur longueur en deux parties par un transept transversal, au centre duquel se trouve un salon d’honneur, à la décoration luxueuse duquel ont contribué plusieurs des principaux exposants de la section des arts industriels (fig. 1).
- La nef centrale et le transept sont plus particulièrement consacrés aux industries de luxe, ameublements, tapis et tapisseries, céramique, joaillerie, orfèvrerie, émaux, tabletterie, etc., etc. 11 suffit de parcourir cette partie dont l’installation est à peu près complètement terminée, pour juger de l’empressement avec lequel les plus importantes maisons de Paris et de la province ont mis à répondre à l’appel du Comité et à y figurer par leurs plus beaux produits. Quelques-unes de ces exhibitions particulières feraient honneur à n’importe quelle Exposition et suffiraient à maintenir notre réputation et notre suprématie dans presque toutes ces industries de luxe. C’est surtout dans la section de l’ameublement et de l’èbénisterie représentée par les premières maisons de la capitale, que l’on peut constater qu’en fait de bon goût dans les modèles, de perfectionné dans l’exécution, de fini dans les détails, il est difficile de disputer la palme à la fabrication française. Pourquoi faut-il que l’élévation constante de la main-d’œuvre et un outillage un peu arriéré fassent traverser à cette branche d’industrie si française, si parisienne, une crise difficile et placent sur bien des marchés ses produits dans des conditions de lutte inégales avec ceux de quelques nations voisines ?
- La céramique est aussi largement représentée. Nous ne devons pas oublier en effet que nous sommes dans un pays où cette industrie a pris depuis quelque temps un remarquable essor. Les fabriques de Nice, de Monaco, de Menton, adoptant chacun un genre particulier, cherchent à rivaliser avee celles plus anciennes de Vallauris dont les produits sont maintenant répandus dans loutes les parties du monde. A côté de ces produits locaux, Gien, Bordeaux, Creil, Montereau et Blois étalent leurs faïences émaillées aux couleurs éclatantes ou leurs élégantes imitations de poteries anciennes.
- Dans les cristaux et verreries, signalons l’exposition de la Société de Saint-Gobain, les beaux vitraux artistiques fabriqués à Lyon, à Chartres, à Aix, les ravissants émaux de la maison Soyer; dans les tapisseries, les splendides panneaux de plusieurs
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- manufactures d’Aubusson, et de merveilleux tapis anciens d’Oriént.
- La classe des bronzes d’art, des métaux forgés et repoussés, de l’orfèvrerie et de la joaillerie, paraissent devoir ne le céder en rien aux précédentes. Malheureusement l’installation de plusieurs exposants est encore trop peu avancée pour qu’on puisse bien juger de l’ensemble.
- La plupart des nations sont représentées dans la section étrangère. Parmi celles qui comptent le plus d’exposants et qui occupent le plus vaste emplacement, au premier rang se placent l’Angleterre dont l’exposition d’hygiène publique, promet d’offrir un grand intérêt, la Belgique dont les établissements horticoles tels que ceux des Linden, des Van Geertd de G and ont tenu à contribuer à l’éclat de cette fête du pays du soleil et des fleurs, l’Autriche avec ses articles de Vienne et ses cristaux de Bohême, l’Italie et la Suisse qui ont de nombreux exposants dans presque tou tes les classes.
- L’entrée principale donne accès à un vaste atrium qui précède, la nef centrale et de chaque côté duquel s’ouvrent les salles réservées aux beaux-arts. Cet atrium est orné d’un immense lustre muni de lampes Edison.
- Dans les ailes sud et nord de l’avant-corps se trouvent, au premier étage, les expositions de l’enseignement, de l’hygiène, de la médecine et de la climatologie dont l’organisation n’est pas encore complète, mais qui nous offriront plus tard, nous l’espérons, quelques sujets intéressants d’étude. Un vaste portique à arcades où s’étalent déjà les belles cartes de la maison Hachette, réunit ces deux ailes.
- La vue ci-jointe (fig. 2) donnera beaucoup mieux que ne sauraient le faire les meilleurs descriptions, une idée de la façade qui rappelle un peu celle du Trocadéro et qui mérite les mêmes reproches. Mais le merveilleux décor qui l’encadre lui enlève en partie ce que la légèreté des matériaux employés lui donne de grêle et d’artificiel. Le soir surtout lorsque chacune des arcades du portique sera éclairée
- par les lustres à lampes Edison que l’on est en train de poser, que les mille feux du grand lustre placé sous le porche feront ressortir les détails de la façade se détachant au milieu du feuillage argenté des oliviers qui l’entourent et sur le fond sombre de la montagne à laquelle l’édifice est adossé, l’effet sera féerique.
- Un point en effet auquel nul ne sera tenté d’adresser le reproche de banalité, ce qui fait de l’Exposition, une chose tout à fait à part, c’est la beauté et l’originalité du cadre dans lequel elle est placée. La vue dont on jouit de la terrasse située au-devant de
- la façade, et aux pieds de laquelle coule la cascade, pourrait bien retenir plus que de raison le visiteur et lui faire oublier les merveilles de l’industrie humaine qui sont à quelques pas de lui.
- A vos pieds, toute la ville de Nice avec ses blanches villas, hélas! miroitant au soleil, ses jardins que rognent chaquejour, sous prétexte de progrès, l’ouverture d’une maussade rue bien tirée au cordeau, ou la construction de quelque banale maison à cinq étages.
- En face de vous la colline de Cimiez toute parsemée d’aristocratiques et coquettes habitations émergeant de nids de verdure, le rocher du château avec les blanches tombes du cimetière se détachant sur la verdure noire des cyprès, le Mont-Gros sur lequel s’étagent à mi-côte les terrasses d’oliviers et d’orangers, le mont Vinaigrier au sommet duquel se trouve l’Observatoire dû à la générosité de M. Bischoffseim, le mont Borron pittoresquement couronné d’un vieux fort en ruines. A votre gauche, le mont Chauve, sentinelle avancée des Alpes, dominant fièrement tous ses voisins, et derrière lui, là-bas, au loin, le profil majestueux de la chaîne centrale, avec ses sommets couverts de neige, que la large brèche formée par la vallée du Paillon vous laisse apercevoir.
- A votre gauche enfin, la mer bleue, d’un bleu foncé presque indigo, et présentant au moment où le soleil va disparaître au couchant derrière l’Esterel,
- Fig. 1. — Plan de l’Exposition internationale de Nice.
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- I.A N A TU!» R.
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- des phénomènes d’irisation d’une richesse de coloris que la plus riche palette serait bien impuissante à rendre.
- Un double escalier de pierre donne accès à la terrasse et embrasse, dans son contour, la belle cascade qu’alimentent les eaux de la Vésubie tout nouvellement amenées à Nice, et dorit la vue ci-jointe permet d’apprécier la disposition et l'effet produit.
- fie chaque côté, un chemin de fer funiculaire mù par un système de contrepoids, facilite l’accès du plateau à ceux qui redoutent les fatigues d’une ascension.
- Dans le parc tracé au pied et sur le flanc de la
- colline, au milieu desmassifsdeces plantesà feuillage ornemental, palmiers, draeænas, agaves, bambous, qui donnent un cachet original à la flore de nos jardins, s’élèvent les pavillons des diverses villes de la région, Nice, Cannes, Menton, Monaco, Saint-Raphaël, Grasse, celui de Tunisie, d’Algérie, et un vaste aquarium qui permettra d’observer et d’étudier les spécimens les plus intéressants de la faune sous-marine de la Méditerranée.
- Tout près du pavillon de l’Algérie, se trouve le bâtiment consacré à l’exposition des appareils de la Société Edison.
- Sur l’un des côtés du parc est la galerie des raa-
- Fig. 2. —Exposition internationale de Nice. Façade principale. (D’après une photographie.)
- chines dont l’installation est aussi un peu en retard. L’on se hâte cependant de monter les machines et sous peu de jours elles commenceront à fonctionner. Parmi elles nou: avons aperçu les insolateurs Mou-chot, à l’expérimentation desquels se prêtera fort bien le ciel de notre région.
- A l’extrémité de cette galerie, sont placées les chaudières qui doivent fournir la force motrice nécessaire au fonctionnement des machines de la galerie, et à la production de l’électricité pour l’éclairage.
- D’autres galeries couvertes, régnant sur toute la façade, renferment l’exposition de la Compagnie Paris-Lvon-Méditerranée, les produits et matériel métallurgiques, etc., etc.
- De nombreuses constructions dont quelques-unes, élégantes ou originales, consacrées à des expositions particulières et disséminées du milieu des massifs de feuillages exotiques, ajoutent au pittoresque du parc.
- Nous avons voulu nous borner pour aujourd’hui à celte revue d’ensemble nécessairement un peu sommaire, mais qui suffira, nous l’espérons, à montrer que cette Exposition, tout en ne le cédant en rien à celles qui l’ont précédée comme importance des produits exposés, emprunte au cadre dans lequel elle est placée, au ciel, à la végétation du littoral Méditerranéen, un cachet très particulier et très original.
- Dr Guiraud.
- Nice, 20 janvier 188t.
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- LES ANIMAUX SAYANTS EXHIBÉS A PARIS
- Dans tous les temps l’intelligenee des animaux a été mise à profit pour les divertissements du public ;
- les chiens savants qui jouent aux dominos, les singes habillés qui manient le balai, le fleuret, ou qui font les écuyers malgré eux, les canaris même, qui tirent les cartes, ont depuis longtemps contribué aux succès des spectacles forains. Ces exhibitions ne sont
- Animaux dressés récemment exhibés à Paris. — Le cerf, les oies et les pigeons du Cirque-d’Hiver, les cochons et le singe
- des Folies-Bergères.
- pas sans manquer d’intérêt pour l’observateur, et il nous a paru curieux de représenter ici les remarquables exercices d’animaux dressés que le public parisien a été appelé à voir dans le courant de cet hiver. Au Cirque du boulevard, nous avons admiré un jongleur d’une adresse incomparable, qui exécutait tous ses exercices debout sur un cheval tournant
- autour de la piste; ce jongleur avait dressé des pigeons d’une façon vraiment extraordinaire et c’est à ce point de vue que nous le signalerons à nos lecteurs. On lâchait au milieu du cirque une douzaine de pigeons, qui à peine en liberté, se mettaient tous à voler en groupe, et à tourner régulièrement autour de la piste, dans un sens et dans
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- l’autre à la volonté de leur maître. Le jongleur, tenait à la main un perchoir, et sur un signe de lui, les pigeons venaient s’y poser instantanément, tandis qu’il restait toujours debout sur son cheval lancé au galop. On voyait dans la même représentation, un clown qui faisait faire à des oies en liberté, tous les exercices d’un cheval dressé, marcher au pas, au trop, au galop, lever la patte gauche, ou la patte droite, tourner autour de la piste dans un sens ou dans l’autre, sauter par-dessus des barrières. Le même clown faisait exécuter les mêmes manœuvres à un cerf en liberté; ce cerf sautait même à travers des ronds de papier, comme on le voit sur notre gravure.
- Nous gardons pour la fin l’exhibition désopilante des cochons dressés, exhibés par un autre clown aux Folies-Bergères. Un cochon noir, habillé en nourrice, et se tenant sur ses deux pattes de derrière, roulait sur la scène, une petite voiture contenant un autre petit cochon habillé en nourrisson. Le clown, prenait le petit cochon, lui enlevait ses langes, et lui faisait pousser des cris épouvantables, aux éclats de rire des spectateurs. Un autre cochon, faisait au gré de son maître, tous les exercices du cheval en liberté, saut des barrières, changement de côté, etc. Enfin, ce cochon dressé était un peu plus tard muni d’une selle servant de monture à un singe botté, habillé en jockey, et il sautait pardessus des barrières avec son cavalier.
- Quels miracles de patience et de ténacité ne faut-il pas, de la part des montreurs de ces animaux, qui généralement ne sont que des souffre-douleurs, obéissant d’une manière passive dans la crainte d’un châtiment !
- C’est par les mauvais traitements, que l’on arrive la plupart du temps à contraindre les pauvres bêtes à se soumettre à des exercices qui ne les amusent guère. Quand on les exhibe au cirque ou au théâtre, on pourrait dire d’eux, comme du cochon, de la chèvre et du mouton de La Fontaine, s’en allant à la foire :
- Leur divertissement ne les y portait pas.
- J)r Z...
- SUR UN MOYEN D’EMPÊCHER
- L’ÉTAT SPHÉROIDAL DE L’EAU
- DANS I.ES VASES MÉTALLIQUES SURCHAUFFÉS Par M. Melsens
- M. Le Blanc, à l’occasion du retentissement douloureux causé, récemment, par de nouveaux accidents d’explosion de chaudières à vapeur, et des observations présentées par M. Trêves, capitaine de vaisseau, sur les dangers que lui paraît présenter l’eau chauffée, lorsqu’elle ne contient plus d’air en dissolution, a rappelé à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale que M. le professeur Melsens, membre de l’Académie des sciences de Belgique et correspondant du Comité des arts chimiques de la Société, a publié en 1871, des expériences inté-
- ressantes sur le chauffage de l’eau au contact des surfaces métalliques *.
- On sait que M. Boutigny a publié des observations pleines d’intérêt sur les phénomènes que présente l’eau au contact des surfaces métalliques portées à une température bien supérieure à 1Û0 degrés centigrades. L’eau cesse, dans ce cas, de mouiller ces surfaces et prend l’état globulaire, ou sphéroïdal (d’après l’expression de M. Boutigny). L’évaporation ne se fait plus qu’avec lenteur; mais, elle se manifeste, ensuite, brusquement et avec une très grande force, lorsque le fond de la chaudière revient à une température voisine de 100 degrés, à la pression ordinaire. Il y a déjà trente-cinq ans, M. J.-B. Dumas faisait, dans ses cours, l’une des expériences de M. Boutigny, consistant à remplir, presque complètement, d’eau une bouteille en fer, portée, préalablement, à une température voisine de l’incandescence. On bouchait, alors, l’orifice avec un bouchon de liège fortement comprimé; ce n’était qu’au bout de quelque temps, après avoir retiré la lampe, et lorsque le métal s’était refroidi, qu’il se produisait une détonation, par suite de la projection du bouchon, déterminée par une subite et violente génération de vapeur.
- M. Boutigny considère ces phénomènes de surchauffe comme étant la principale cause des explosions dites fulminantes des chaudières à vapeur.
- Relativement à l’influence de l’absence de l’air en dissolution sur le phénomène de l’ébullition, les expériences, déjà anciennes, de M. Donny, de l’Académie des sciences de Belgique2, avaient bien démontré la résistance de l’eau à l’ébullition, dans ces conditions, et son adhérence aux parois.
- M. Melsens s’est proposé de démontrer que lorsque le-fond de la chaudière est garni de pointes, l’ébullition de l’eau se fait avec facilité et l’eau ne passe pas à l’état sphéroïdal, dans les conditions où ce phénomène se produirait, à la même température, en présence d’une surface métallique lisse.
- M. Melsens a donné, de la façon suivante, la démonstration du fait. Un fond rectangulaire de chaudière en tôle, ou en cuivre rouge, est divisé en deux compartiments: l’un de ces compartiments a des parois lisses; dans l’autre compartiment, le fond est garni de petits cônes métalliques pointus, fixés à la soudure forte. On porte le fond de l’appareil à la même température élevée, en le plaçant sur une batterie de becs de gaz ; puis, on instille, simultanément, le même volume d’eau dans chaque compartiment, en quantité suffisante pour couvrir les petites proéminences coniques. Dans le compartiment à fond lisse, l’eau passe à l’état sphéroïdal et n’entre pas en ébullition ; dans le compartiment contigu, à fond armé de pointes, l’eau, au contraire, bout vivement, dès qu’elle arrive sur le métal chauffé, de manière à recouvrir complètement, ou même partiellement, les pointes.
- Le phénomène est le même lorsque l’eau employée, de part et d’autre, a été, préalablement, purgée d’air par une longue ébullition.
- L’avenir démontrera s’il est possible de tirer de ces faits une application à la construction des chaudières à vapeur, en vue de supprimer ou, du moins, de rendre moins fréquents les accidents d’explosion dus à des effets de surchauffe.
- 1 Bulletins de VAcadémie royale de Belgique, 2' série, t. XXXI, n» 4, avril 1871.
- 2 Annales de chimie et de physique, 5e série, t. XVI, p. 167 (1846).
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- LES MOTEURS ÉLECTRIQUES
- DE MM. AYRTON ET PERRY
- Nous donnons plus loin la description des moteurs dynamo-électriques de MM. Ayrton et Perry (2e article sur le Telpherage), nous croyons utile de publier ici quelques chiffres sur les conditions de fonctionnement de ces moteurs. Ces chiffres se rapportent au plus petit type actuel pesant 16 kilogrammes (36 livres anglaises) et construit pour fournir un travail moyen de trois dixièmes de cheval-vapeur, c’est-à-dire 22 à 23kilogrammètres par seconde. Ces moteurs, suivant la force électromotrice et l’intensité du courant dont on dispose, sont établis sur trois types exigeant 25 volts, 50 volts ou 100 volts aux bornes pour fonctionner normalement.
- Type de 25 volts. — A 1800 tours par minute, il produit 0,3 cheval-vapeur avec 22,4 volts aux bornes et un courant de 25 ampères. Le rendement, c’est-à-dire le rapport du travail mécanique disponible sur l’arbre du moteur, mesuré au frein, à l’énergie électrique fournie de borne à borne, est de 59 pour 100.
- Type de 50 volts. — A 2000 tours par minute, il produit 0,53 cheval-vapeur avec 48 volts aux bornes et un courant de 14,2 ampères. Le rendement est de 36 pour 100.
- Type de 100 volts. — A 2100 tours par minute, il produit 0,35 cheval-vapeur avec 98 volts aux bornes et un courant de6,l ampères. Le rendement est de 58 pour 100.
- On voit par ces chiffres que le rendement des petits moteurs est assez peu élevé ; il faut en effet que le travail produit atteigne un cheval-vapeur pour que le moteur transforme en travail 50 pour 100 de l’énergie électrique qui lui est fournie de borne à borne. Pour atteindre un rendement de 60 à 70 pour 100, il faut que le moteur produise au moins trois ou quatre chevaux.
- Les chiffres que nous venons de publier permettent de déterminer rapidement le nombre de piles ou d’accumulateurs nécessaires pour actionner un de ces moteurs à sa vitesse* normale. 11 nous suffit pour cela de connaître quelle est la différence de potentiel utile aux bornes de l’élément dont on dispose lorsqu’on lui fait débiter le nombre d’ampères exigé par le moteur. Cette différence de potentiel utile aux bornes ne doit pas être confondue avec la force électromotrice de la pile; elle a toujours une valeur notablement plus faible et qui, dans les conditions de débit maximum de l’élément, et même en supposant la pile absolument impolarisable, n’estque la moitié de la force électromotrice.
- Supposons, par exemple, que nous disposions d’un accumulateur capable de débiter 15 ampères avec une différence de potentiel utile aux bornes de 1,5 volt.
- Cet accumulateur pourra donc faire fonctionner le type de 50 volts qui n’exige que 14,2 ampères. Le nombre d’accumulateurs en tension nécessaire sera de:
- On devra donc employer 34 accumulateurs en tension. Si nous prenions au contraire des accumulateurs de plus grandes dimensions, capables de fournir 25 ampères avec la même différence de potentiel utile (1,5 volt), nous pourrions alors faire usage du moteur type de 25 volts. Le nombre d’accumulateurs à coupler en tension se trouverait donc réduit à :
- Si, au contraire, nous n’avions que des piles incapables
- de débiter plus de 6,1 ampères, il faudrait faire choix du moteur-type de 100 volts, et le nombre d’éléments à coupler en tension ne serait pas moindre de :
- 98
- -— = 65,3 éléments.
- 1,0
- Le nombre d’éléments varie du simple au quadruple en raison inverse du débit de l’élément qui varie du quadruple au simple, mais l’ou voit que le produit du débit par le nombre d'éléments, reste sensiblement constant, comme le travail lui-même, ce qui est conforme au principe delà conservation de l’énergie. E. II.
- LE TELPHERAGE
- (Suite. — Vov. p. 143.)
- Dans un précédent article, nous avons indiqué le principe de locomotion électrique auquel M. Flee-ming-Jenkin a donné le nom de telpherage, et réservé l’explication des moyens simples et ingénieux qui permettent aux trains montants et descendants de circuler indépendamment les uns des autres sur le cable unique qui leur sert à la fois de support et de conducteur.
- MM. Fleeming-Jenkin, Ayrton et Perry emploient, suivant les cas, deux systèmes distincts que nous décrirons successivement :
- Le système à voies parallèles et croisements (cross-over parallel), et le système en série.
- Système à voies parallèles et croisements. — La figure 1 permet de comprendre facilement le principe de ce système. L’une des lignes sert aux trains montants, l’autre aux trains descendants ; elles sont divisées en sections de longueur égale à la longueur totale du train, et reliées électriquement entre elles aux points de croisement comme l’indique le diagramme. La ligne marquée en trait plein, constitue un conducteur continu en relation avec le pôle positif de la machine génératrice, la ligne en trait pointillé est en relation avec le pôle négatif et avec la terre. Si l’on suppose un train placé en M, on voit que si les roues extrêmes du train sont reliées entre elles par un circuit’ électrique comprenant le moteur, ce dernier sera traversé par un courant qui le mettra en mouvement, de gauche à droite par exemple, jusqu’à ce qu’il ait franchi toute la section ; les deux roues extrêmes arriveront simultanément aux points de croisement qu’elles dépasseront en vertu de la vitesse acquise. Une fois le point de croisement dépassé, le courant traversera de nouveau le moteur, mais en sens inverse : il n’en continuera pas moins à se mouvoir dans le même sens, parce que l’inversion se produisant à la fois dans les inducteurs et dans l’induit maintient à la rotation une direction constante. Le train M franchira donc successivement toutes les sections de gauche à droite, d’un bout de la ligne à l’autre. 11 en est de même pour le train descendant N qui va de gauche à droite. Ils circulent d’une façon complètement indépendante l’une de l’autre, et comme ils sont montés en dérivation sur les conducteurs, on peut suppri-
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- LA NATURE.
- mer l’un d’eux sans gêner en rien le fonctionnement de l’autre.
- La communication entre les roues extrêmes du train à travers le moteur, se fait à l’aide d’un conducteur isolé reposant sur les wagonnets et relié d’une part à une borne du moteur, et d’autre parta la roue du dernier véhicule. Le passage des roues conductrices au droit des croisements se fait sur une pièce métallique isolée des conducteurs; le courant se trouve ainsi interrompu pendant un instant à chaque passage, ce qui n’a pas d’inconvénient en pratique, mais facilite beaucoup les changements de section.
- Système en série. —Le système que nous venons de décrire sommairement, convient surtout à un
- trafic un peu important nécessitant l’emploi de deux voies, l'une d’aller, l’autre de retour. Le système en série représenté figure 2 ne demande qu’une seule ligne; par contre, il ne permet la circulation que dans un seul sens à la fois, et il faut diviser la journée en deux ou un nombre pair de parties, consacrées les unes aux trains montants, les autres aux trains descendants. Dans ce système, la ligne est divisée en longueurs de 36 à -40 mètres environ ; à l’état normal, toutes les sections sont reliées entre elles en circuit, en série, ou en tension, de façon à former un simple conducteur continu dont une des extrémités communique avec la machine génératrice et l’autre extrémité avec la terre. Lorsqu’un train se met à cheval sur deux sections successives, il
- Train montant
- rrr©____________
- >--AJ---------------
- Train descendant
- Fig. 1, — Système à roues parallèles et croisements, permettant la circulation simultanée des trains montants
- et des trains descendants.
- ouvre automatiquement ce circuit continu au point de jonction de ces deux sections ; le courant ne peut alors passer qu’en traversant le moteur par l’intermédiaire des deux roues extrêmes du train ; lorsque la roue d’arrière arrive au point de jonction, elle referme le circuit qui reste ainsi toujours continu derrière elle, tandis que la roue d’avant a ouvert le circuit entre les sections successives qu’elle rencontre, et ainsi de suite jusqu’à l’extrémité de la ligne. Le circuit n’est jamais interrompu; la seule précaution à prendre, pour éviter les points morts est que
- la longueur totale du train excède un peu celle des sections, de façon que la section d'avant s’ouvre un peu avant que la section d’arrière ne se ferme. La manœuvre des commutateurs destinés à ouvrir et à fermer les sections se fait automatiquement, soit mécaniquement, soit électriquement. Plusieurs trains peuvent circuler en même temps sur la même ligne, à la condition d’être séparés par une distance au moins égale à la longueur d’une section. La figure 2 montre deux trains circulant simultanément sur la ligne. Le circuit fermé en B est ouvert en A
- Fig. 2. — Système en série à voie unique.
- et C ; le courant traverse les deux moteurs en tension et les actionne simultanément.
- Le système à dérivation demande un courant intense et une faible force électron.otrice ; le système en tension, au contraire, demande une force électromotrice élevée. MM. Fleeming-Jenkin, Ayrton et Perry étudient un moteur devant fonctionner avec 500 volts et une intensité de 2 à 3 ampères seulement. M. Fleeming-Jenkin estime cependant qu’une tension aussi élevée, bien qu’avantageuse au point de vue de l’échauffement de la ligne, donnerait cependant lieu à des pertes considérables par dérivation en temps humide, à moins d’un isolement particulièrement bon, et de dispositions spéciales encore à l’état de projet.
- Le moteur électrique employé sur la locomotivedu telpherage se distingue surtout comme nous l’avons
- dit précédemment, par sa légèreté eu égard à la quantité de travail qu’il peut fournir par unité de temps; le moteur d’un cheval (75 kilogrammètres par seconde) ne pèserait en effet que 35 kilogrammes, soit un peu moins de un demi-kilogramme par kilogrammètre.
- Par des considérations théoriques qui ne sauraient trouver place ici, MM. Ayrton et Perry sont arrivés à établir que, malgré le principe de réversibilité, les machines dynamo-électriques ne doivent pas présenter les mêmes proportions dans leurs différentes parties, suivant qu’elles fonctionnent comme générateur ou comme moteur électrique.
- Une machine dynamo-génératrice doit avoir des inducteurs beaucoup plus massifs que l’induit, de façon à constituer un champ magnétique puissant, tandisqu’il est préférable, dans une machine dynamo
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- LA N AT U HL.
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- fonctionnant comme moteur, d’avoir un induit très grand et un inducteur de petites dimensions. Pour réaliser ces conditions, il a fallu renverser l’ordre habituel des choses, et créer le moteur représenté ci-dessous (fig. 3 et 4), qu'on peut définir une machine Pacinotti-Gramme renversée, à inducteur mobile et à induit fixe. L’inducteur, représenté séparément en F (fig. 4) n’est pas autre chose qu’une bobine de Siemens double T tournant à l’intérieur d’un anneau Pa-cinotti représenté en A; les différentes sections de cet anneau sont reliées à un collecteur fixe, plat ou circulaire; l’induit en tournant entraîne avec lui deux ba lais qui viennent s’appliquer sur le collecteur et font la commutation. Dans les moteurs destinés à être commandés directement à la main, dans le telpherage, comme on vient de le voir, ils fonctionnent à distance du conducteur de la machine et, par suite, sans manoeuvre spéciale sur le moteur lui-même, — comme par exemple sur les bateaux, moteurs domestiques, etc., on règle la vitesse et on change le mouvement de rotation par un décalage des balais, décalage qu’on règle à volonté à l’aide d’un levier de changement de marche, analogue au levier de changement de marche des locomotives.
- Lorsque le moteur est employé sur le telpherage, il est important que les appareils ne viennent pas se heurter les uns les autres par suite de leurs vitesses différentes, vitesses que les différences de pente, les différences de charge, etc., pourraient faire varier à chaque instant. Pour éviter ces inconvénients, MM. Ayrton et Perry ont disposé les enroulements de leur moteur de telle sorte que la vitesse reste constante, quelles que soient les variations du travail résistant. Il en résulte que les trains circulent toujours à la même vitesse et conservent constamment entre eux la distance qui les séparait au départ.
- Quelles sont les applications dont le telpherage
- est dès à présent susceptible? M. Fleeming-Jenkin estime qu’il peut déjà se substituer à tous les systèmes de transport par câbles actuellement en usage dans les mines et les carrières, pour le transport des charbons, des minerais, des pierres, etc., depuis le cari eau de la mine jusqu’aux points d’embarcation : port de mer, canaux ou chemins de fer. Le telpherage permet en effet de franchir des courbes raides, de suivre tous les accidents du terrain, d’avoir une
- longueur en quelque sorte illimitée. L’arrêt d’un train ne gêne en rien la marche de tous les autres; avec le système à voies parallèles et croisement, par exemple, il n’y a sur la voie aucune pièce mobile; aussi la ligne peut-elle être abandonnée à elle-même pendant plusieurs mois sans cesser de bien fonctionner.
- Le telpherage sera aussi très utile dans les pays où les canaux et les chemins de fer n’existent pas ; il constituera le mode de locomotion le plus simple et le plus économique pour toutes les marchandises qui peuvent se subdiviser en parties dont le poids
- ne dépasse pas 150 kilogrammes : grains, charbons, racines, poissons, 5el, briques, cuirs, etc., etc. En guerre, il pourra recevoir son application au service des subsistances. Enfin, en venant fixer sur la ligne deux fils flexibles reliés à un moteur de quelques chevaux, il sera possible d’emprunter à cette ligne la force nécessaire à une foule de travaux tels que les épuisements, le fauchage, le sciage des bois et autres travaux d’agriculture ; le moteur, eu égard à sa légèreté, sera facile à transporter et à installer, et même avec un rendement médiocre, pourra rendre des services.
- Revenons maintenant au telpherage. Une ligne formée de sections de 40 mètres, pouvant supporter des trains de 800 kilogrammes se mouvant à une vitesse de 5 milles (8 kilomètres) à l’heure représente
- Fig. 3. — Moteur électrique de MM. Avrtou et Perry. — Modèle lise.
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- LÀ NATURE
- un trafic de 92 tonnes par heure, soit 1840 tonnes pour une journée de 20 heures. C’est là une capacité largement suffisante pour satisfaire aux besoins du trafic, quelqu’en soit le développement.
- Le telpherage n’est pas destiné à se substituer ou à faire concurrence aux chemins de fer; son but est d’alimenter le trafic des grandes lignes en étendant son réseau dans des contrées qui ne pourraient payer les frais d’établissement d’une ligne de chemin de fer, à voie étroite, lors même que cette ligne serait établie dans les conditions les plus économiques. Le champ ouvert au telpherage est, comme on le voit, assez vaste, et nous espérons avoir bientôt à enregistrer ses premières applications pratiques.
- E. Hospitalier.
- CHRONIQUE
- Conséquences du percement de l’isthme de Suez. — Le trafic spécial entre l’Inde et l’Europe a plus que doublé depuis l’ouverture de l’isthme de Suez, c’est-à-dire depuis treize ans. 11 y avait alors deux seuls services maritimes postaux anglais et français, interrompus par la route de terre et obligés à des transbordements coûteux; il passe maintenant dans le canal chaque mois, quarante-sept paquebots-poste à vapeur de grande vitesse. Jadis un navire à voiles chargeait le coton dans un port de l’Inde, accomplissait un pénible voyage d’aller et retour de plus d’une année par ia voie du Gap, il apportait le coton à Liverpool, où les manufacturiers de Manchester le recevaient pour en fabriquer des colonnades, transportées en partie dans les colonies, dans l’Inde surtout. Ainsi, depuis le moment où le natif deBombay avait livré son colon brut contre payement jusqu’au jour où le négociant de Manchester avait tissé et vendu son étoffe, une somme importante avait été dépensée en intérêts, en commission, en nolis et en assurances. En 1879, un membre du Parlement britannique disait : « Actuellement, par suite de l’ouverture du canal de Suez, les marchandises des Indes ne mettent plus qu’un mois pour venir en Europe. On a cité ce fait qu’un lilateur d’Angleterre avait pu faire venir de Bombay du coton qu’il payait avec une traite à trois mois, le faire tisser et filer en Angleterre, renvoyer les étoffes à Bombay et payer sa traite avec le prix de la marchandise fabriquée, c’est-à-dire sans l’emploi d’un fonds de roulement. » Le Bulletin du Ministère des Travaux publics citait dernièrement le fait suivant : L’assurance des marchandises qui suivent l’itinéraire du canal de Suez est officiellement inférieure de un pour cent à celle qu’elles devraient payer en passant par le cap de Bonne-Espérance. Cette différence, qui équivaut à dix francs par tonne, couvre exactement le péage du canal et laisse intacte l’autre économie tenant à l’intérêt des capitaux engagés. Cette prime d’assurance, ce bénéfice prosaïque de un pour cent, que font l’armateur et le négociant sur la seule assurance des marchandises envoyées par le canal, devient très grave, si l’on considère qu’elle constate la sécurité et la rapidité des voyages par la nouvelle voie, et quelle rappelle les continuels sinistres de la longue navigation par le cap des Tempêtes1.
- 1 Extrait de la lecture faite par M. Ferdinand de Lesseps, à la séance publique annuelle des cinq Académies, du 25 oc-
- Conférences de l’Association scientifique de France. — Ces conférences scientifiques et littéraires ont lieu à la Sorbonne comme les années précédentes, les samedis à 8 h. 30 du soir. — MM. Marcel Deprez, Ferdinand Brunetière, Bouquet de La Grye ont successivement pris la parole depuis le 19 janvier dernier. Voici l’énumération des autres conférences qui vont avoir lieu à partir du 9 février.
- Samedi 9 février. — M. George Dukuy, professeur agrégé d’Histoire au lycée Henri IV, docteur ès lettres : L'alliance de la France et de la Turquie au seizième siècle.
- Samedi 16 février. — M. Franck Geraldy, ingénieur des Ponts et Chaussées : Progrès récents de la téléphonie.
- Samedi 23 février. — M. Maurice Albert, professeur au lycée Condorcet : Une. Lecture publique à’Rome sous l'empereur Trajan.
- Samedi 1er mars. — M. Anatole Bouquet de La Grye, ingénieur hydrographe, piésident de l’Association française pour l’avancement des Sciences : Les mouvements de la mer.
- Samedi 8 mars. —M. Revillout, professeur et conservateur-adjoint au Musée du Louvre : De la Famille en Égijpte.
- Samedi 15 mars. — M. Faye, membre de l’Institut : La Figure de la Terre.
- Samedi 22 mars. — M. Laurent de Rillé, inspecteur général du chant : L'Œuvre de Charles Gounod.
- Samedi 27 mars. — M. A. Bertrand, membre de l’Institut, conservateur du Musée de Saint-Germain : Tableau de la civilisation des tribus aryennes dans la vallée du Danube et dans la vallée du Pô, antérieurement à Vépoque de la fondation de Rome.
- Samedi 5 avril. — M. Dieulafait, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille : Origine et mode de formation des phosphates de chaux en amas dans les terrains secondaires employés en Agriculture.
- Les poussières cosmiques. — M. Nordenskiôld a recueilli de nouvelles preuves à l’appui de l’existence des poussières cosmiques dans les sédiments aériens. M. Daubrée a communiqué à l’Académie des Sciences l’intéressant extrait, que nous reproduisons, d’une lettre adressée par le savant explorateur.
- « On a remarqué que la neige tombée à la fin du mois de décembre, aux environs de Stockholm, était souillée de petites quantités de poussière noire. J’ai analysé de cette poussière, recueillie par M. le lieutenant-colonel Klercker; elle contenait beaucoup de matière charbonneuse qui, à l’état sec, brûlait avec flamme en laissant un résidu rougeâtre, contenant du fer oxydé, de la silice, du phosphore et du cobalt. La quantité de cobalt et de nickel était relativement grande, 0,5 pour 100. J’ai obtenu 0*r,008 d’oxyde de cobalt et de nickel de 0gr,l de poussière brûlée. L’analyse microscopique n’est pas encore faite, et la quantité de matière que j’avais à ma disposition était si petite qu’il m’a été impossible d’en faire une analyse quantitative complète. Mais, à ma demande, l’Académie des Sciences a alloué les fonds nécessaires pour renouveler ces recherches dans une partie plus éloignée de Stockholm et sur une échelle plus grande, »
- Ces analyses intéressantes confirment les précédentes
- tobie 1883, sur le Caractère scientifique et civilisateur des grandes entreprises industrielles ayant pour but les relations entre les peuples.
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- LA NATURE
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- observations faites dans les régions boréales par M. Nordenskiôld et en France par M. Gaston Tissandier qui a extrait des eaux pluviales, des parcelles de fer microscopiques, contenant des quantités appréciables de nickel1.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 février 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Lueurs crépusculaires. — L’intensité et la persistance des lueurs crépusculaires observées dans ces derniers temps, sur un grand nombre de points du globe, ont fait chercher quelles en étaient la cause. On l’a trouvée dans les poussières volcaniques mises en suspension dans les parties supérieures de l’atmosphère par l’éruption du Krakatoa. M. G. Tissandier, faisant un historique de ce genre de phénomènes, rapproche les observations faites récemment de celles que l’on fit en 1831. À cette époque les circonstances atmosphériques étaient les mêmes et sur beaucoup de points de l’Europe on remarqua des lueurs crépusculaires très vives. Or, c’est en cette année de 1831 que des éruptions volcaniques se produisirent à la Barbade et que l’île Juiia sortit de la mer, non loin des côtes de Sicile. Lors de l’apparition de cette île, une immense colonne de fumée se répandit dans l’air qu’elle obscurcissait et bientôt de Rome, de Gènes, de Madrid, d’Odessa on vit le ciel se colorer en rouge quand arrivait le coucher du soleil.
- L’Observatoire de Paris. — Les quartiers qui environnent ce grand établissement scientifique deviennent de plus en plus populeux ; l’air s’y charge de fumée et de poussières et a perdu une partie de la transparence nécessaire aux observations ; de plus, les bâtiments établis sur les catacombes, sont facilement ébranlés. Voilà les inconvénients que M. l’amiral Mouchez vient signaler à l’Académie en sollicitant la nomination d’une Commission chargée de remédier à cet état de choses. Les trois obstacles les plus sérieux qui empêchent toute amélioration dans l’Observatoire actuel sont les suivants : 1° Trouble de l’atmosphère et trépidation du sol; 2° Impossibilitéde loger les astronomes dans l’établissement même ; 3° Impossibilité d’améliorer 1’einplaçement des instruments. M. Mouchez propose la construction, en dehors de Paris, d’un Observatoire qui pourrait être de premier ordre si on lui consacrait trois millions de francs. Pour obtenir cette somme il suffirait d’aliéner le terrain des jardins qui entourent l’Observatoire actuel.
- Influence de l’oxygène sous pression sur la bactéridie charbonneuse. — Les travaux de M. Paul Bert ont appris que l’oxygène, sous une pression considérable, tue la bactéridie etiarbonneuse : un physiologiste, dont le nom nous échappe, a confirmé pleinement ces résultats; il a démontré de plus que sous une pression peu considérable lu virulence du bacillus augmente. Des faits de ce genre sont déjà connus : des graines germent plus facilement quand on augmente la pression de l’oxygène.
- L’hydrogène liquide. — Quand M. Wroblewsky obtint l’hydrogène liquide, ce n’est pas le liquide même qu’il put observer, mais une ébullition confuse. C’était l’expérience de M. Cailletet mais sur une plus grande échelle. La densité de l’hydrogène liquide est de 0,033 ; celle de l’hydrogène gazeux dans les mêmes conditions de température et de pression est exactement la même. C’est cette
- 1 Yoy. Les Poussières de l’air, par Gaston Tissandier. — 4 vol. in-18. Chez Gauthier-Yillars.
- coïncidence qui empêcherait la séparation du liquide et du gaz et explique les résultats de MM. Cailietet et Wroblewsky.
- Géologie parisienne. — Dans une note analysée par M. le secrétaire perpétuel, je signale à Longjumeau une coupe géologique intéressante dont je dois le relevé exact à M. André Laville. 11 s’agit d’une excavation de plus de sept mètres de profondeur d’où Ton retire les principales caractéristiques de la faune tongnenne de Jeurre. Mais ce qui rend surtout cette localité intéressante c’est Talion-dance des débris de poissons et spécialement de squa-iides. L’un de ces derniers me parait n’avoir pas été encore signalé dans le bassin de Paris; c’est un Carcharodon dont le gisement de Longjumeau a fourni une dent très bien conservée et d’une dimension qui contraste avec celle des autres glossopelus du même terrain. Elle mesure 61 millimètres de longueur et 53 millimètres de large; ses caractères concordent avec la figure donnée par Àgassiz du Carcharodon productus recueilli à Alzey ; mais il ne faut pas oublier que la détermination de ces poissons est toujours difficile à cause de leur variabilité.
- Livres. — A la librairie Rothschild paraissent : A travers champs, par Mme Le Breton et les Phénomènes de Vatmosphère, par le professeur Mohu. Ce dernier volume orné de 220 gravures dans le texte et de 24 cartes, constitue un excellent traité de météorologie-pratique et la traduction que nous en donne aujourd’hui M. Decaudin-Labesse tire un nouvel intérêt de la savante préface dont notre confrère Henri de Parville Ta fait précéder. Quant au livre de Mm,î Le Breton c’est une botanique pour tous où le charme d’un style élégant vient transformer en lecture attrayante l’exposé de faits précis auquel le professeur Decaisne n’a pas hésité à donner la caution de son nom. Plus de 700 vignettes font de cet ouvrage un vrai album de botanique.
- Transport de l’énergie. — L’Académie a écouté avec attention la lecture d’un mémoire de M. Cabanellas auquel la grande question du transport de l’énergie par l’électricité a déjà inspiré de nombreux travaux. L’auteur, en général, s’est trouvé en désaccord complet a;ec M. Marcel Deprez et avec M. Thomson, et il a livré contre eux depuis 1881 des discussions ardentes. Notre incompétence nous interdit d’ailleurs de prendre parti dans une pareille question; mais nous constatons avec satisfaction que l’auteur, en terminant, affirme sa confiance dans l’avenir pratique du transport électrique de l’énergie.
- Farta. — M. Mouchez présente un appareil destin# à évaluer la hauteur du soleil beaucoup plus rapidement qu’on ne peut le faire à présent à bord d’un navire. — Une classification des échinides est proposée par M. Pomel qui prend pour point de départ les caractères de l’organe masticatoire. — M. Larrey analyse une note d’un médecin de la marine sur les accidents survenus a la suite de blessures occasionnées par des armes soi-disant empoisonnées des Néo-Calédoniens. Stanislas Meunier.
- Erratum. — Dans le dernier compte-rendu de l’Académie des sciences, séance du 28 janvier, p. 159, col. 2, ligne 33, on a imprimé :
- M. Bâillon, professeur à la Faculté de médecine, a réuni 46 suffrages au premier tour cl 8 au second
- Il faut lire : 6 suffrages au premier tour et 8 au second. —-
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- LA NATURE.
- VEILLEUSE-HORLOGE
- POUR LA PROJECTION d’üSE MONTRE
- Nos lecteurs connaissent assurément le mégascope, appareil de projection très ingénieux, qui sert à faire paraître sur un écran l’image des corps opaques qui s’y trouvent placés dans une position convenable1. M. E. Joyeux a eu l’heureuse idée de construire un mégascope de petite dimension spécialement destiné à projeter, pendant la nuit,
- Je cadran d’une montre sur un écran transparent. On se trouve avoir ainsi une veilleuse qui donne une certaine clarté au milieu de l’obscurité, et un cadran de grande dimension, où l’on peut constamment voir l’heure, sans avoir recours à l’allumage d’une allumette qui ne prend pas, et à la recherche d’une montre qu’on ne trouve pas toujours au premier mouvement.
- Le constructeur s’est posé le double problème suivant qu’il a complètement résolu : Étant donnée la flamme d’une simple petite lampe à huile, utiliser :
- 1° Son pouvoir lumineux à projeter sur un écran l’image agrandie d’une montre ordinaire et donner ainsi l’heure la nuit;
- 2° Son pouvoir calorique à chauffer un liquide quelconque.
- Cet appareil se compose d’une petite chambre métallique munie d’un objectif à tube mobile.
- La paroi opposée à l’objectif s'ouvre à charnière ; c’est sur sa face interne qu’op applique la montre.
- Deux petites bornes fixes et un loquet mobile
- 1 Voy. l’Art des projections, n° 411 du 16 avril 1881, p. 307.
- réunis par un bracelet de caoutchouc composent le porte-montre.
- A l’intérieur de la chambre, et un peu de côté par rapport à l’axe de l’objectif, est disposée une petite lampe à huile avec rétlecteur' pour éclairer la montre. Cette lampe est surmontée d’un fumivore pouvant recevoir une tasse ou autre vase propre à chauffer un liquide.
- La lampe étant allumée et réglée, pour obtenir
- l’image du cadran, on fixe dans le porte-montre, une montre ordinaire en ayant soin de la renverser (midi en bas), on place ensuite l’appareil sur une table, ou mieux sur une cheminée, puis on dispose en avant de l’objectif un écran transparent fait de toile ou de papier à calquer.
- On arrive après quelques tâtonnements à la grandeur que l’on désire. Cependant il ne faut pas chercher à obtenir une image trop amplifiée car en même temps qu’elle grandit, son éclat diminue.
- La grandeur la plus convenable paraît être celle de 5 fois le diamètre de la montre, ce qui correspond à une distance de 0m,85 environ entre l’objectif et l'écran. La consommation d’huile est insignifiante: cinquante grammes pour dix heures, soit une dépense de six centimes par nuit.
- Le porte-montre est disposé de façon à pouvoir y adapter un châssis permettant de projeter des photographies, chromos, etc., et l’appareil devient ainsi un véritable mégascope. G. T.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandikr.
- Veille ise-horioge pour projeter l’heure pendant la nuit.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, Paris.
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- M* 559. - 16 FÉVRIER 1884.
- LA NATURE.
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- WAGON AÉRIEN
- GLISSANT SUR DES CADRES MÉTALLIQUES.
- L’installation que nous figurons ci-dessous,esld’une grande hardiesse et d’une véritable originalité. Elle
- représente un wagon aérien, capable de transporter d’une rive à l’autre de la rivière Teremakau, en Nouvelle-Zélande, quelques passagers à la fois. Le wagon en forme de benne, porte à sa partie supérieure quatre poulies qui glissent le long de deux câbles métalliques fortement ten lus. Une corde de chanvre
- Wagon aérien glissant sur des câbles métalliques, établi pour le passage de la rivière Teremakau (Nouvelle-Zélande).
- ordinaire sert à tirer le wagon d’une rive à l'autre; cette corde a une longueur double, de celle qui sépare les deux stations, elle s’enroule d’un côté sur un treuil qui est actionné par une machine, tandis qu’elle se déroule de l’autre côté, et inversement, pour exécuter sa traversée dans l’autre sens. Les lî* iBtée. — 1“ semestre.
- stations de départ et d’arrivée sont formées de bar-raques construites en bois. On y monte sur une plate-forme qui reçoit le véhicule, dès que les voyageurs ont pris place, la benne lancée dans l’espace le long de ses câbles métalliques, accomplit le trajet sans aucun péril. —Le identifie American,
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- LA NATURE
- il H
- auquel nous empruntons ce document, ne donne pas de plus amples détails sur l’installation, mais il ajoute que plusieurs systèmes analogues sont construits dans quelques régions de l’Amérique du Sud.
- La rivière Teremakau est située non loin de la petite ville d’ilokilika, construite sur le bord de la mer, au milieu de l’ile Tavai Pounamou, formant le massif le plus important du groupe de la Nouvelle-Zélande. Cette rivière pendant l’été est peu abondante, mais en hiver son cours devient impétueux et ne permettrait pas à des ferry bouts ou à des bacs de fonctionner sans de graves dangers.
- Le >vagon aérien est surtout employé comme le montre notre gravure, par des mineurs et des pionniers, rudes travailleurs de ces contrées, où la civilisation n’a encore que fort peu pénétré. G. T. —----------------------------
- LES DÉFAUTS DE L’ŒIL ET DE LA YUE
- I.ES MOYENS d’y REMÉDIER1
- Un a souvent comparé l’œil à une chambre obscure ; or, cet appareil mis au point pour un objet déterminé, c’est-à-dire dont il donne une image nette, ne l’est pas pour les objets environnants qui fournissent des images plus ou moins confuses, selon le degré d'éloignement. L’image nette de ceux-ci ne sera obtenue qu’en faisant varier la position de la lentille ou de l’écran, en mettant chaque fois l’appareil au point, ou, si l’on veut, en accommodant l’appareil pour chaque distance.
- L’oeil doit également s’accommoder à des distances diverses. Si nous regardons successivement deux objets, deux épingles par exemple, placées à des distances différentes, ce qui nous permet tout en fixant les yeux sur l’une de voir l’autre, nous ne voyons nettement que celle que nous regardons, l’autre nous apparaît confuse. Or, en passant de lune à l’autre ou inversement, il se fait dans nos yeux un travail d’accommodation très rapide, instinctif et le plus souvent inconscient. En observant les yeux d’une personne qui regarde successivement les deux épingles, on voit les modifications qui s’opèrent dans ses yeux. Cette faculté d’accommodation n’est pas la même pour tous les yeux ; elle est plus ou moins étendue pour chaque personne et diminue avec l’âge.
- Il importe de ne pas dépasser une certaine limite dans l’accommodation, en s’efforçant par exemple de lire de trop près des caractères typographiques trop petits ou trop mal éclairés. Chez les enfants particulièrement, qui jouissent d’organes plus facilement modifiables, cela présente des dangers dont le moins sérieux est la myopie progressive. Il est facile de s’en rendre compte : l’accommodation s’opère par le cristallin dont on augmente plus ou moins la
- 1 M. Félix Hément a bien voulu nous communiquer l'intéressant extrait que l’on va lire; il est détaché de la nouvelle édition qui va prochainement paraître des Menus propos sur la science, i vol. in-12, illustré. Paris, DclagravCj éditeur.
- convexité à l’aide du muscle qui l’environne; or, l’effort musculaire a nécessairement une limite. De la sorte, l’accommodation se trouve renferméeentre les deux états extrêmes du cristallin, la plus petite et la plus grande convexité, résultant, le premier, du relâchement complet du muscle, et le second, de sa plus grande contraction. Cet intervalle varie avec les individus, il est maximum dans l’enfance, minimum dans la vieillesse.
- Un œil exempt de défauts, un œil normal (emmétrope) doit nous permettre d’embrasser l’espace qui nous environne et de voir distinctement les objets les plus éloignés non moins que les objets voisins et ceux qui se trouvent dans l’intervalle, c’est-à-dire qu’il doit pouvoir s’accommoder à toutes les distances comprises entre l’infini et vingt-cinq centimètres environ. Cette dernière distance est celle à laquelle se trouvent, de nos yeux, des objets tenus à la main, lorsque le bras est à demi plié. Les corps les plus éloignés doivent donc former leur image sur la rétine lorsque l’accommodation est au repos, que le muscle est complètement relâché, que l’œil est inerte pour ainsi dire. Imaginons qu’un de ces corps soit mobile et s’avance vers nous, en vertu des propriétés des lentilles, son image s’éloignera de la rétine et irait se former au delà, si la chose était possible, en admettant que l’œil restât inerte. C’est alors que l’œil ramène l’image sur la rétine par un effet d’accommodation. A mesure que l’objet s’approche, l’œil modifie son accommodation, de manière à l’adapter à chaque distance, et ainsi, jusqu’à une certaine distance, la plus courte possible qui marque la limite de la vision distincte pour les objets voisins, et à partir de laquelle un accroissement d’effort d’accommodation deviendrait nuisible et même funeste.
- A mesure que nous vieillissons, tous nos organes perdent de leur élasticité et de leur souplesse. L’œil normal continue à voir nettement les objets très éloignés, mais les objets voisins qu’il voit nettement sont à des distances de plus en plus grandes. L’accommodation devient de plus en plus limitée. Lorsque les objets tenus à la main ne forment plus leur image sur la rétine, nous devenons presbytes1.
- La presbytie augmente avec l’âge d’une manière régulière à ce point qu’on peut préjuger l’âge d’un presbyte d’après la connaissance de la plus petite distance à laquelle il cesse de voir distinctement.
- Dès que la presbytie est arrivée à un degré où elle devient une gêne, nous cherchons tout naturellement à la corriger. Nous avons recours à des verres lenticulaires convexes pour venir en aide au cristallin et lui faire une partie de sa besogne. Ces verres donnent en effet un certain degré de convergence aux rayons; le cristallin fait le reste. Avec le progrès de l’âge, nous prendrons des verres de plus en plus convexes ou, si l’on préfère, de plus en plus convergents.
- 1 D’un mot grec qui signifie vieillard.
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- — Y a-t-il un numéro de lunette auquel on doive s’arrêter?
- — Du tout. Allez jusqu’à la loupe.
- — Faut-il, ainsi que le conseillent certaines personnes, s’efforcer de voir avee des verres insuffisants, dans l’espoir de ralentir les progrès de la presbytie?
- — Nullement. N’espérez pas rendre ainsi à vos yeux la faculté d’accommodation qu’ils ont perdue. La presbytie n’est pas une maladie, c’est une conséquence de l’âge. Nous ne dirons pas de même de la myopie.
- Si nous voyons une personne lire en tenant le livre très près de ses yeux, nous disons qu’elle qst myope. Elle ne voit nettement que les objets très voisins. Ceux-là seulement forment leur image sur la rétine et par conséquent, les objets éloignés forment leur image en avant de la rétine ; d’autant plus en avant qu’ils sont plus éloignés. L’œil myope est donc trop long i, et c’êst pourquoi les myopes doivent se servir de verres concaves pour voir les objets éloignés. Ces verres impriment aux rayons lumineux une certaine divergence et corrigent ainsi l’excès de convexité du cristallin. Ils transforment ainsi l’œil myope en œil normal (emmétrope).
- Si, pour regarder au loin, le myope peut sans inconvénient se servir de lunettes, il n’en est pas de même pour lire et pour écrire. La myopie n’est pas, comme la presbytie, un effet naturel, c’est une maladie qui demande à être traitée.
- Là myopie est-elle légère, le myope voit-il au delà de trente-trois centimètres, il y a tout avantage pour lui à ne pas employer de lunettes pour lire et pour écrire.
- Est-elle forte, cesse-t-il de voir, à l’œil nu, les objets au delà de dix centimètres, il doit se servir de lunettes, mais lorsqu’il lui arrivera de lire sans lunettes, il devra, pour ne pas fatiguer ses yeux outre mesure, promener son regard tout le long de la ligne lue, en imprimant à sa tète un mouvement de va-et-vient, afin de maintenir sensiblement ses yeux à la même distance des mots lus successivement. En effet, cette distance, qui varie peu lorsque le livre est à trente ou quarante centimètres des yeux, varie énormément lorsque le livre n’est éloigné que de quelques centimètres.
- Certaines personnes ont les yeux trop courts (hypermétropes) ou, si l’on préfère, plus courts que l’œil normal (emmétrope). Les objets éloignés viennent se peindre sur la rétine, non toutefois sans accommodation de l’œil; pour ce qui est.des objets voisins, elles ne voient nettement que ceux qui sont au delà de la distance de la vie normale. C’est alors le contraire de la myopie. Nous ferons observer que de l’œil court à l’œil normal, la différence est beaucoup moins grande que de celui-ci à l’œil myope.
- Enfin, signalons encore un autre défaut de l’œil, dont on parle tiop rarement et sur lequel il im-
- 1 La longueur de l’œil est sa dimension dans le sens per-S pendiculairc au visage.
- porte d’appeler l’attention des médecins, des professeurs de physique et des personnes qui ont à se plaindre de leur vue, car il a des conséquences d’une extrême gravité. Nous voulons parler de l’as-tigmatisme. C’est ainsi qu’on nomme le défaut de régularité du globe de l’œil. La conformation normale dans un sens, ne l’est pas dans le sens transversal : Ainsi, par exemple, tandis que les bords verticaux des objets sont vus nettement, il n’en est pas de même pour les bords horizontaux. Plus exactement, les divers méridiens de l’œil ne sont pas identiques et diffèrent plus ou moins.
- Vous constaterez facilement l’astigmatisme en regardant d’un œil seulement une figure formée d’une série de cercles concentriques. Deux secteurs opposés apparaîtront très nettement, tandis que les deux autres seront confus.
- Pour corriger ce défaut, il faut d’abord savoir le reconnaître et le mesurer. 11 existe des appareils pour remplir ce double but1. Le corriger ne semble pas chose facile au premier abord, car il s’agit d’une déformation très complexe et répartie en quelque sorte sur toute l’étendue de l’organe. Ce ne sont plus des verres lenticulaires comme ceux dont on fait usage dans les cas de myopie ou de presbytie qui conviennent dans ce cas. Heureusement, il n’est pas nécessaire de faire autant de corrections qu’il y a de méridiens défectueux, il suffit de corriger le défaut dans les deux directions où il s’accuse le plus, soit en excès, soit en défaut. Or, on satisfait à cette dernière condition par l’emploi de verres cylindriques.
- Si l’œil est à la fois astigmate et myope ou astigmate et presbyte, on peut réaliser un verre de lunette lenticulaire d’un côté, cylindrique de l’autre.
- Terminons en disant que : 1° il est à peu près indifférent d’employer des verres ovales ou des verres ronds ; 2° il n’v a pas d’inconvénient à porter continuellement les lunettes ; 5° il faut rapprocher le plus possible les lunettes des yeux ; 4° l’usage d’un verre unique (monocle) ne convient que dans deux cas, savoir si la personne a un œil très bon ou si elle a un œil à peu près perdu. Dans le premier cas, elle s’en sert pour le moins bon des deux yeux, dans le but de les égaliser ; dans le second cas, elle s’en sert naturellement pour l’œil qui lui reste; 5° le pince-nez présente sur les lunettes l’avantage de maintenir les verres très près des yeux et le désavantage de serrer fortement le nez et de le meurtrir ; 6° il y a avantage à se servir de verres teintés ou fumés : lorsque la lumière est trop vive; lorsque la neige couvre la terre; lorsque le sol est naturellement très blanc ; lorsqu’on travaille à la lumière artificielle*. Feux Hément.
- 1 M. Helmholtz a inventé l’ophlbalmoscope que M. le Dr lavai a modifié de manière à en rendre le maniement aisé et Icj indications nettes et précises.
- 4 Nous devons beaucoup pour la rédaction de cette notice à M. le Dr Javal, directeur du laboratoire d’ophthalmologie à la Sorbonne.
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- LA NATURE.
- ÉTINCELLES ÉLECTRIQUES
- REPRODUITES PAR LA ‘PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- Les reproductions que nous avons publiées1 de photographies d’éclairs, obtenues en Bohême par
- M. Robert Haensel ont vivement attiré l’attention des physiciens et des amateurs de photographies. Cette curiosité, nous en a valu d’autres qui la complètent. Après les éclairs, nous publions aujourd’hui des photographies de l’étincelle des machines électriques.
- Les photographiesreproduites dans les figures 1 et
- 2, nous ont été adressées par M. F. Plückcr, capitaine d’artillerie à Anvers, avec la description suivante :
- Les deux photographies d’étincelles électriques (fig. 1 et 2) ont été obtenues par M. le Dr Van Melckebecke et par moi, sur plaques au gélatino-bromure, elles ressemblent beaucoup aux photographies d’éclairs que vous avez publiées précédemment. Les étincelles avaient environ 30 centimètres de longueur et étaient produites à l’aide d’une machine de Holtzk2 plateaux mobiles de 0m,70 de diamètre entre une boule de laiton de 0m,04 de diamètre formant le pôle positif et un disque de O™,20 de diamètre formant le pôle négatif. Pour l’obtention des étincelles reproduites figure 1, la machine était munie de condensateurs à petite surface et il suffisait de 4 tours des 'plateaux par-étincelle; tandis qu’il en fallait 20 pour les étincelles de la photographie figure 2, la machine ayant des coftden-sateurs plus grands.
- Il semble résulter de la comparaison de ces photographies avec le dessin héliographique n° 2 de votre article, page 76, que le nuage, duquel provenait l’éclair, était chargé d’électricité positive. En effet, on remarque sur la photographie figure 1 que les étincelles sont renflées vers l’extrémité négative, et sur la photographie figure 2, on
- 1 Voy. n° 552 du 29 décembre 1885, p. 76.
- en voit plusieurs qui sont bifurquées vers cette même extrémité; or, l’éclair de l’héliogravure n° 2, offre précisément ces mêmes particularités.
- Un étudiant de l’Université de Genève, M. Welten, nous a adressé d’autre part des photographies
- d’étincelles électriques provenant de la machine Tôpler. Pour les obtenir M. Welten s’est placé dans une chambre obscure en laissant l’objectif ouvert ; c’est en le changeant de place qu’il a obtenu deux images sur le même c’iclié (fig. 5).
- On voit que ces nouveaux documents s’ajoutent très heureusement à ceux qui nous avaient été envoyés précédemment.
- Ils montrent l’extrême sensibilité d'impression dont est doué le gelatino-bromure d’argent, puisque la durée de l’impression de l’étincelle électrique, comme nous l’avons dit antérieurement est presque inappréciable; ces épreuves photographiques nous permettent en outre d’apprécier des détails qui échappent complètement à la vue. C’est ainsi que l’étincelle représentée à la partie supérieure de la figure 3, fait voir une singulière bifurcation ; le sillon de feu s’est à un endroit divisé en deux branches qui se sont presque aussitôt rejointes en une seule. G. T.
- Fig. 3- — Étincelles électriques de la machine Topler, reproduites par la photographie instantanée. (Héliogravure faite d’après une épreuve de M. Welten.)
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- LES LUEURS CRÉPUSCULAIRES
- DE 1883-1884 .
- Nous revénons encore une fois sur cet intéressant phénomène météorologique en reproduisant par la gravure une belle photographie qui a été faite par M. Ch. Moussette à Paris-Auteuil. Le ciel était magnifiquement coloré en rose lorsque le savant opérateur a exécuté son cliché le 18 décembre 1885 ; mais on voyait distinctement aussi des zones lumineuses beaucoup plus intenses découper le ciel comme le montre notre dessin. La partie inférieure de l’atmos-
- [ phère, vers la ligne de l’horizon, était colorée d’une nuance verte très appréciable. Une épreuve semblable à celle que nous figurons, a été présentée à l’Académie des Sciences par M. E. Becquerel le 28 janvier 1884.
- Dans la même séance, on a rappelé que des crépuscules colorés très intenses et très persistants, ont été observés pendant tout l’été de 1831; il est curieux de faire remarquer que les circonstances ont été à celte époque, on tous points semblables à celles de 1883.
- Dans les premiers jours de juillet 1831, une éruption volcanique très considérable a eu lieu dans la mer de Sicile entre les côtes calcaires de Sciacca et
- l’île volcanique de Pantellaria. Une île nouvelle, l’ile Julia qui devait disparaître plus tard, surgit tout à coup du sein de la mer, [au milieu d’une éruption de feu et de torrents de cendres. Arago, dans son Astronomie populaire (tome III, p. 124 et suiv.), rappelle l’histoire de ce grand événement géologique.
- M. Constant Prévost fut envoyé par l’Académie des Sciences pour étudier la formation de l’île nouvelle. Le prince Pignatelli lui assura que dès les premiers jours de l’apparition, le 10 et le 11 juillet, la colonne qui s’élevait du centre de l’île brillait la nuit d’une lumière continue et très vive, « comme le bouquet d’un feu d’artifice ».
- Au commencement d’août une immense colonne de poussière s’élevait dans l’atmosphère et répandait une vive lumière. Le 5 du même mois, l'observateur j
- dit textuellement « une poussière impalpable entraînée par les vents tombait en abondance. »
- Cette éruption dura plusieurs mois. Or les crépuscules colorés de 1831 eurent lieu dès les1 premiers jours d’août, peu de temps après le début du phénomène volcanique et comme on peut le lire dans le Cours de Météorologie de Kaemtz, l’éclat du crépuscule fut remarqué à Odessa, en[ Allemagne, à Rome, à Gênes, à Madrid, c’est-à-dire dans une zone immense dont le cratère de la mer de Sicile était le centre.
- M. Perrotin, les avant directeur de l’observatoire de Nice, a rappelé d’autre part qu’une éruption volcanique avait eu lieu à la Barbadedans le mois d’août 1831.
- Gaston Tissandier.
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- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU (( TALISMAN »
- (Suite. — Vov. p. 119, 134, 147 et 161.)
- Durant les croisières accomplies par Le Tra railleur, les instruments d’explorations sous-marines laissant beaucoup à désirer, la capture de poissonsétait tellement rare, queM. Milne-Edwardsdit dans ses rapports que la prise d’un de ces animaux « était considérée comme un véritable événement. » Il n’en a plus été de même cette année pendant la campagne du Talisman, grâce à l’emploi du chalut. Presque tous les dragages ont donné lieu à la prise de quelques poissons et quelquefois le nombre des individus ramenés à bord a été surprenant. Ainsi, le 29 juillet par 16°,52'de latitude et 27°,50' de longitude l’on a pris dans un seul coup de chalut, 1031 poissons. La profondeur était de 450 mètres.
- Les poissons de surface les plus intéressants à signaler sont de grands Requins et une espèce de petite taille particulière à la mer des sargasses, YAntennarius marmoratus (RL Sch.).
- Les Requins (Chnrcharias glaucus) ont été surtout aperçus entre le Sénégal et les îles du Gap Vert. Ils suivaient notre bâtiment en bandes nombreuses et nous les avons vu souvent être accompagnés de leurs pilotes, c’est-à-dire de ces poissons connus des anciens sous le nom de Pompilius et désignés par les naturalistes actuels par l’appellation de Naucrates ducior. Il semble que les Naucrates servent de guides aux requins et que ceux-ci en reconnaissance des services qu’ils leur rendent, ne les chassent jamais. Il est certain que les Naucrates que nous avons pu observer vivaient en parfait accord avec les requins. Ils nageaient autour d’eux et venaient quelquefois se placer contre leur poitrine, en dedans de la nageoire pectorale. Ces poissons dont la forme rappelle beaucoup celle des maquereaux, étaient d!un gris bleuâtre, plus foncé vers le dos que sur le ventre. Le larges bandes verticales d’un beau bleu, entouraient leur corps. Les nageoires pectorales étaient blanchâtres, les ventrales étaient noires, tandis que la queue possédait une teinte bleu.
- Nous avons retrouvé la même espèce de requin, le Carcharias glaucus dans les mers des sargasses.
- C’est au milieu de la végétation flottante formée par les sargasses que vit la deuxième espèce de poisson de surface signalée au début de cet article. L'Antennarius marmoratus est un des plus étranges animaux que l’on puisse observer. Son dos est muni de longs appendices et ses nageoires, allongées élargies à leurs *sommets et digitées, lui servent en quelque sorte de pattes au moyen desquelles il circule parmi les algues qui l’abritent. Au moment de la reproduction il construit un nid, en liant au moyen de tilaments muqueux, résistants, des boules de sargasses sur lesquelles il dépose ses œufs. Ces boules flottent ballotées par les vagues et lorsque
- les jeunes sont nés, ils trouvent probablement dans leur intérieur un asile assuré.
- Les Antennarius, comme tous les animaux vivant au milieu des sargasses, crustacés, mollusques, possèdent les mêmes teintes que ces algues, ils en ont en quelque sorte revêtu la livrée. La couleur de leur corps marbré de brun, de jaune, de blanc, s’harmonise complètement avec celle du milieu parmi lequel ils se trouvent être placés et ce n’est qu’en apportant une attention extrême dans les recherches que l’on arrive à les découvrir. Il est évident que cette similitude entre la couleur du corps et la couleur du milieu, a pour résultat de permettre aux animaux de se dissimuler plus facilement et d’arriver ainsi à échapper aux recherches de leurs ennemis. Mais comme l’a fait observer M. A. Milne-Edwards, si la livrée des sargasses peut être considérée comme une protection pour les animaux qui la possèdent, elle devient dans certains cas un danger pour eux, car, grâce à elle, les espèces carnassières qui l’ont revêtu peuvent très facilement s’approcher de leur proie sans crainte d’être vues.
- Les poissons de fond pris à bord du Talisman se rapportent à un nombre considérable de genres et d’espèces. Leur examen permet de reconnaître une série de faits généraux du plus haut intérêt. La première question que l’on se pose en les étudiant est la suivante : existe-t-il des genres et des espèces de poissons caractéristiques de fonds de profondeur déterminée? C’est-à-dire la faune des poissons se montre-t-elle différente lorsque l’on explore successivement des profondeurs de un, deux, trois, quatre et cinq mille mètres? A cette question l’on peut répondre par l’aflirmation, car il ressort des dragages accomplis, que certaines formes ont leur distribution parfaitement limitée. Pour arriver à cette conclusion il a fallu des recherches multipliées, par suite de ce fait fort étrange, que certaines espèces de poissons se retrouvent dans la mer à partir île 600 mètres, à des profondeurs croissant de près de 3000 mètres. Ainsi un poisson présentant la même structure organique est, susceptible de vivre sous des pressions variant d’une demi-tonne à une et deux tonnes et même davantage. L’on peut se demander dès lors comment il se fait qu’il existe des formes caractéristiques de profondeurs déterminées, car en présence de zones si considérables de distribution il semble que les faunes abyssales doivent rester les mêmes. L’explication de ce fait si singulier consiste en ce que les poissons, que nous retrouvons de 600 à près de 3600 mètres de profondeur, n’habitent pas d’une manière continue les mêmes localités. Ils s’y montrent en voyageurs, ils montent et ils descendent successivement dans les abîmes de la mer, et lorsqu’ils exécutent ces voyages ils vont doucement, de manière à subir des compressions et des décompressions lentes. Je vais signaler quelques-unes des espèces, qui nous ont permis de reconnaître ces si remarquables pérégrinations. Ainsi nous avons trouvé
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- Y Alepocephalus rostratus à partir de 868 jusqu’à 5650 mètres, le Scopelus maderensis de 1090 à 5655 mètres, le Lepioderma macrops de 1155 à 5655 mètres, le Macrurus affinis de 590 à 2220 mètres, soit pour ces quatre espèces des aires de distribution en profondeur variant de 2782, 2561,2502 et 2000 mètres. Je pourrais multiplier ces exemples, mais ceux que je cite me paraissent bien suffisants pour permettre de reconnaître, que l’organisme des poissons de certaines profondeurs est tel, qu’il est susceptible d’arriver à supporter des pressions énormes sans en souffrir. Les formes des poissons, dont je viens de parler, n’ont, rien en elles de particulier qui appelle l’attention et qui les fasse distinguer de celles propres aux poissons vivant près de la surface. Leur système dentaire est très développé, et cette particularité montre qu’elles sont carnassières (fig. 1). Les caractères carnivores se retrouvent sur tous les poissons vivant continuellement dans des profondeurs inférieures à six cents mètres. Ce fait tient à ce que par suite de l’absence de la lumière, la végétation disparaît rapidement au fond de la mer et par conséquent toutes les espèces qui ne remontent pas jusqu’à 150 mètres de la surface, point où l’on rencontre les dernières algues, sont forcées de' chasser pour se nourrir.
- Nous avons fait représenter une de ces espèces de poissons, le Macrurus gîobiceps (fig. 2), dont l’aire de distribution, suivant la profondeur, est comprise entre 1400 et 5000 mètres. Cette espèce nouvelle est décrite par M. L. Vaillant.
- Si les poissons qui visitent d’une manière passagère les très grandes profondeurs ne présentent pas de formes anormales, il n’en, est pas de même de ceux qui habitent d’une manière continue les grands fonds des Océans. II n’y a dans ce fait rien qui doive surprendre, car il a fallu que l’organisme de ces animaux subît des modifications profondes pour arriver à s’adapter à des conditions d’existence toute particulière. Les influences auxquelles sont soumis les poissons des grandes profondeurs sont multiples. Là où ils habitent la lumière et la végétation manquent; passé une certaine profondeur, la température du milieu dans lequel ils sont placés tend à s’égaliser; enfin l’eau au milieu de laquelle ils sont placés est toujours calme. Les modifications succédant à ces diverses actions, portent sur la structure des tissus, sur l’agrandissement des yeux, sur le développement des organes du toucher, sur la coloration. En outre des organes inconnus chez les poissons ordinaires apparaissent chez les poissons des grands fonds. Leur fonction consiste à dégager des lueurs phosphorescentes et ils suppléent ainsi à la lumière qui fait absolument défaut.
- Les changements subis par les tissus s’observent dans la structure de la peau, dans celle des muscles et des os. La peau est mince, toujours dépourvue de couleurs vives. Les teintes qu’elle présente varient du grisâtre au noir de velours (fig. 5). Les écailles, souvent très réduites, sont à peine fixées, et le frot-
- tement qu’elles subissent durant l’ascension du chalut suffit pour les détacher presque toutes. Les muscles ont une consistance molle et ils constituent un aliment peu agréable, dépourvu de saveur. Les os sont composés d’un tissu friable et leur intérieur est spongieux.
- L’on voit chez les poissons, vivant d’une manière continue dans des profondeurs où pénètrent encore quelques rayons lumineux, les yeux prendre un volume considérable afin d’offrir une plus grande surface sensible. Ce fait rappelle celui que nous observons chez les oiseaux crépusculaires chez lesquels les organes de la vision sont aussi très développés. Chez les poissons des grands fonds l’on n’observe pas cet accroissement du volume des yeux. Ces organes conservent leur volume normal et ils ne possèdent rien de particulier ni dans leur disposition, ni dans leur structure. Leur fonctionnement dans un milieu complètement obscur, semble au premier abord impossible à comprendre. Il trouve pourtant son explication lorsque l’on vient à reconnaître que les animaux auxquels ils appartiennent, possèdent des plaques phosphorescentes ou bien qu’ils sont couverts d’un mucus lumineux susceptible d’éclairer à une distance assez grande. La phosphorescence, que possèdent les poissons des grandes profondeurs doit leur servir d’une part à les guider, d’autre part à attirer leur proie. Elle remplit pour eux dans ce dernier cas le même effet qu’une torche entre les mains d’un pêcheur. Ce dernier fait a été constaté depuis longtemps pour les poissons de surface qui chassent la nuit. Ainsi Bennet a fait connaître une espèce de requin remarquable par la phosphorescence d’un vert brillant, qui se dégage de toute la partie inférieure de son corps. Ce savant zoologiste porta un jour un individu de cette espèce, qu’il avait capturé, dans une chambre qui fut immédiatement remplie de la lumière dégagée du corps du poisson. Les lueurs n’augmentaient ni par le mouvement, ni par le frottement. Après la mort du requin, la lumière du ventre disparut la première. Les mâchoires et les nageoires furent les dernières parties qui restèrent phosphorescentes. Les différentes espèces de requins, que l’on trouve seulement dans des fonds de deux mille mètres et dont plusieurs exemplaires pris sur les côtes du Portugal figurent à l’exposilion du Talisman, doivent comme le poisson dont parle Bennet utiliser la lumière qu’ils répandent pour attirer les animaux servant à leur nourriture. Quelle est l’origine de ce mucus possédant un pouvoir éclairant aussi vif? Il semble qu’il faille la rapporter à l’éxistence d’oi'ganes glandulaires, répandus le long des flancs et de la queue, au voisinage des yeux sur la tête et enfin quelquefois plus rarement sur le dos. Mais en dehors de ces follicules glanduleux il existe chez certains poissons des appareils d’une toute autre nature servant à émettre de la lumière. Ces organes se composent d’une sorte de lentille biconvexe translucide, fermant en avant une chambre
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- remplie d’un fluide transparent. Cette chambre est tapissée par une membrane de couleur noirâtre, composée de cellules hexagonales, rappelant beaucoup la membrane de l’œil appelée la rétine. Elle est en rapport avec des branches nerveuses. Les plaques phosphorescentes ainsi constituées sont placées soit au-dessous des yeux, soit sur les portions latérales du corps. L’on pourra voir à l’exposition du Talisman des Malacosteus niger pris entre 1500 et 2000 mètres ayant d’énormes plaques phosphorescentes au-dessous des yeux, et des Sto-mias recueillis aux mêmes profondeurs possédant des plaques latérales. Quelques zoologistes ont voulu considérer les derniers organes dont je viens de parler par suite de la membrane en quelque
- sorte rétinienne qui les tapisse et de ses rapports avec des branches nerveuses, comme des sortes d’yeux accessoires. Cette opinion semble bien difficile à admettre, lorsque l’on tient compte du développement normal des yeux, et il semble bien plus rationnel de supposer qu’ils servent simplement à produire de la lumière qui, grâce à cette sorte de lentille les limitant en avant, peut être condensée sur un point déterminé.
- Les poissons des grandes profondeurs semblent se mouvoir très peu. Ils vivent évidemment enfoncés dans la vase, car l’on remarque constamment sur ceux que l’on prend des parcelles de' limon incrustées dans quelques parties de leur corps. Souvent quelques rayons de leurs nageoires sont détournés
- Fig. 1. — Explorations sous-marines du Talisman. — Neostoma batyphillum (L. Vaill.), pêché à 2220 mètres de profondeur.)
- (Un peu réduit.)
- de leur fonction habituelle et deviennent des organes du tact. Un des exemples les plus remarquables de cette déviation organique est offert par un poisson que nous avons pris sur les côtes d’Afrique, le Melanocelus Johnsoni. Chez cet animal, qui n’était connu, que par un individu unique trouvé mort à la surface de la mer aux environs de Madère, le premier rayon de la nageoire dorsale se développe et forme un véritable appendice tactile devant servir aux mêmes usages que celui de la Baudroie. Chez ce dernier poisson, il existe également un tentacule placé à l’extrémité du premier rayon de la nageoire dorsale. La Baudroie vit au milieu du sable ou de la vase où elle se creuse au moyen de ses nageoires une cavité dans laquelle elle s’enterre en quelque sorte, ne laissant sortir que les parties tout à fait supérieures de son corps. Elle agite sans cesse son
- tentacule, qui lui sert d’appât/pour attirer des poissons sur lesquels elle se jette avec voracité.
- D’autres transformations très singulières des rayons des nageoires en organes tactiles peuvent être reconnus sur divers poissons pêchés à bord du Talisman. L’on devra surtout remarquer les Bathyp-terus.
- Parmi les organes tactiles les plus singuliers, qu’il nous ait été possible d’observer chez les poissons, il faut citer celui de YEustomias obscurus placé immédiatement en dessous de la bouche. Ce nouveau genre de poisson a été reproduit sur un des dessins accompagnant cet article (fig. 5).
- Notre premier dessin représente le Neostoma batyphillum trouvé à une profondeur de 2220 mètres.
- Un des caractères encore très remarquables pro-
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- Fig. 2.— Explorations sous-murines du 'talisman. — Macrurus ylobiceps (L. Vaiil.j, pêche euue 1-iuU et ôllOU métrés ne profondeur.
- (1/2 de grandeur naturelle.)
- Fig 3. — Explorations sous-marines, du ^talisman. —Eustomias obsvurus (N. S. iN. S., L. Vaill.). pêché à 2700 mètres de. profondeur,
- (Grandeur naturelle.)
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- LA N-ATURE.
- près aux poissons vivant clans les grands fonds consiste dans le développement énorme de la bouche et de l’estomac. Chez les Mêla noce tus, les Chias-modus, la capacité de ce dernier organe est telle, qu’il peut contenir des proies dont le volume est double de celui du corps du poisson auquel il appartient. Quant aux proportions prises par la cavité buccale le maximum de développement qu’elles semblent susceptibles de pouvoir acquérir est présenté par YEurypharynx pelecanoïdes. Les visiteurs de l’exposition du Talisman y verront figurer les divers poissons que je viens successivement de signaler.
- Une des questions les plus intéressantes concernant la distribution des poissons dans la mer est celle relative à la profondeur maximum à laquelle l’on peut rencontrer ces animaux A bord du Talisman le poisson pêché par le plus grand fond a été le Bythytes crassus. Il a été remonté de 4255 mètres. L’expédition du Challenger a pris un poisson, le Bathyophis ferox à 5019 mètres.
- H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
- L’ART PRÉHISTORIQUE
- E N AMÉRIQUE
- Si nous remontons aux origines de l’art, si nous suivons ses développements à travers les âges, nous serons tentés de croire que le génie personnel, que l’inspiration individuelle jouent le premier rôle et ignorent toute tradition. Les travaux récents ne permettent pas cette conclusion ; ils nous montrent partout les précurseurs des grands artistes que l’on prétend regarder comme des créateurs et des initiateurs. 11 en est de même des nations, dont l’influence s’est établie et s’est perpétuée avec les siècles. Sans doute l’art s’est épuré et a revêtu peu à peu les caractères propres au génie individuel des peuples. Mais cet art se rattache toujours à une origine étrangère et, pour n’en citer qu’un exemple, notre art moderne procède assurément de l’art grec et l’art grec lui-même tient par ses origines à l'art assyrien et à l’art phénicien. Nous voudrions rechercher si les remarquables découvertes faite? durant ces dernières années en Amérique confirment cette théorie. Il faut pour cela étudier les plus lointaines manifestations de l’art sur les immenses continents baignés par l’Atlantique et le Pacifique, retrouver sa filiation, voir surtout, s’il est possible de le rattacher soit dans ses débuts, soit dans ses progrès à l’art de l’Ancien Continent. Si ce dernier fait pouvait être établi avec quelque certitude, ce serait un des moyens les plus sérieux d’arriver à la solution du grand problème de l’origine des races qui ont successivement peuplé le Nouveau Monde. La ques-
- tion n’est donc pas moins importante au point de vue anthropologique qu’au point de vue artistique.
- Il est aujourd’hui permis d’affirmer que dans des temps, dont nous sommes séparés par une série incalculable de siècles, l’homme habitait notre globe déjà bien vieux au moment de son apparition. Aucune chronologie ne peut mesurer ces temps; aucun calcul ne peut les supputer; l’histoire et la tradition sont également muettes; et c’est par des travaux qui tiennent du prodige, par les inductions les plus précises que l’on est arrivé à découvrir quelques traces d’un passé presque fabuleux, à saisir quelques vestiges de ces rudes pionniers, les ancêtres du genre humain. Leur berceau primitif, selon toute apparence, était situé au centre de l’Asie ; c’est de là que par des immigrations successives, dont la durée délie toute science, ils se sont répandus, sur l’Afrique, puis sur l’Europe, fuyant le froid, ou cherchant des régions plus fertiles et des pays plus giboyeux.
- Vers les mêmes temps, des hommes erraient aussi dans les vastes savanes, dans les déserts immenses des deux Amériques. Comme leurs contemporains asiatiques ou européens, ils étaient nomades et ne connaissaient d’autres abris que les cavernes qu’ils disputaient aux carnassiers qui les entouraient. Quelques silex informes leur servaient d’armes ou d’outils et leur état social misérable et dégradé ne peut mieux se comparer qu’à celui connu dans nos régions sous le nom d'âge de pierre. Par une de ces grandes lois qu’il est impossible de méconnaître, au milieu d’une faune et d’une flore absolument différentes, des hommes semblables par leur charpente osseuse, semblables par leur intelligence, parcouraient au même moment, les forêts tropicales de l’Inde et les froides régions du Canada, chassaient l’ours et le renne sur les rives du Delaware et du Mississipi, comme sur celles de la Seine et de la Tamise.
- Ce n’est pas tout. Les habitants de ces continents séparés par l’Océan, séparés par des déserts en apparence infranchissables passent par les phases d’une civilisation identique. Aux nomades succèdent les sédentaires; ils s’établissent sur les rivages de la mer, sur les rives des fleuves qui leur fournissent en abondance la nourriture qu’ils préfèrent. Les Kjôkken-Môddings, les amas de débris de toute sorte attestent par leur amoncèlement, par la large superficie qu’ils couvrent, la longue durée du séjour de l’homme. Les siècles se déroulent; les.goûts artistiques se révèlent et nous assistons à la naissance de l’art qui dans ces régions si diverses se forme et s’épure par des progrès à peu près analogues.
- Partout, et c’est un des points sur lesquels il faut appuyer, les hommes ont cherché avec une vanité enfantine à reproduire leur propre image, leurs migrations, leurs luttes, leurs chasses, leurs victoires. L’Egypte nous a transmis sur le granit sa j vieille histoire; les rochers de la Scandinavie por-
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- LA NATURE.
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- tent encore les vaisseaux des Yikings et ceux qui entourent le lac des Merveilles auprès de Nice, des ligures humaines du dessin le plus primitif. On cite en Algérie de curieuses gravures; les Boschis-men, que l'on compte, à bon droit parmi les populations les plus dégradées du globe, ont tracé sur la pierre, avec une fidélité surprenante, leurs chasses ou leurs amours1; et dernièrement on signalait à la Société d’Anthropologie de Londres les Rock-Pain-tings de la Nouvelle Zélande, dus aussi à une race
- Fig. 1. — Rocher auprès de Massaya.
- barbare, mais très supérieurs comme facture à ceux des Boschismen.
- Une disposition semblable se rencontre chez les vieux Américains; elle se montre dans toute l’étendue des régions qui forment les deux Amériques. Le nombre considérable de ces pictographies, les superficies qu’elles couvrent, leur donnent une importance exceptionnelle. Elles abondent dans les anciennes possessions Espagnoles : auprès du volcan
- Fig. t. — Pietographie des bords du San Juan.
- éteint de Massaya (fig. 1), sur les bords de J’Oré-noque, dans les Etats-Unis de Colombie, dans le Venezuela; au Pérou comme au Mexique, dans les Guyanes comme au Brésil. Les rochers des Honduras sont couverts d’animaux ou de plantes profondément incisés. Dès 1520, les Conquistadores racontaient les vieilles gravures sur roche de l’isthme de Darien, en 1576, Palacios faisait connaître celles de Copan ; dans le Panama, des falaises entières sont chargées de hiéroglyphes, sur lesquels il y aurait à faire les plus intéressantes études.
- Les pictographies ne sont pas moins nombreuses dans l’Arizona, le Nouveau Mexique, le Colorado, dans ces pays aujourd’hui désolés, autrefois habités
- 1 La Nature a reproduit les gravures tracées par les vieux habitants de l'Algérie et par les Boschismen, nous ne pouvons qu’y renvoyer le lecteur.
- par des populations nombreuses; l’eau, par des causes peu connues, a disparu et avec elle la végétation et la vie. Sur les rives du Mancos et du San Juan, dans les canons aux gorges profondes qui s’étendent vers l’ouest, les rochers sont couverts parfois à des hauteurs vertigineuses, de dessins gravés en creux à des profondeurs variant d’un à deux centimètres. Un des plus remarquables parmi ces dessins représente une suite d’hommes, d’animaux, d’oiseaux au long cou et aux longues jambes se diri-
- Fig. 3. — Pietographie des bords du San Juan.
- géant tous vers le même côté. Deux hommes sont debout sur un traîneau attelé d’un cervide que l’on a supposé un renne. D’autres dirigent la marche du convoi. Il est probable que l’artiste a voulu représenter la migration de sa tribu.
- Sur d’autres pictographies des bords du San Juan
- Fig. i. — Inscription sur pierre à Ceara.
- (fig 2 et 3), au milieu de figures aux formes bizarres, au dessin incorrect, mais offrant toutes un certain mouvement, nous relevons plusieurs haches en silex absolument semblables aux haches symboliques gravées sur les mégalithes de la Bretagne. Il y a là un rapprochement qui ne saurait être fortuit; cette similitude des conceptions de l'homme à travers le temps et à travers l’espace est d’un grand intérêt. Ne nous lassons pas de le faire ressortir.
- Les rochers qui entourent le grand lac Salé auprès d’Utah, la capitale des Mormons, portent des sculptures qui rappellent celles de l’Égvpte. Quelques-unes sont des figures humaines de grandeur naturelle, entaillées dans un granit bleu très dur, à près de dix mètres au-dessus du sol. Tout se réunit
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- pour montrer une somme de travail dont les Indiens | sont incapables, et des difficultés d’exécution qu’ils n’auraient jamais pu vaincre. Un rocher de grès très dur, au conlluent des deux rivières l’Elk et le Kanhawa portait sur le plan supérieur une tortue, un aigle aux ailes éployées, un enfant, plusieurs autres figures humaines assez frustes; à droite on distingue un homme dans l’attitude de la prière ; à gauche un autre homme pendu par les pieds, ayant auprès de lui un dindon. Sommes-nous en présence de rites inconnus? Ces gravures ont-elles une signification qui nous échappe ou sont-elles dues au seul caprice de l’artiste? C’est l’éternel doute qui domine toutes les questions préhistoriques.
- Dans le Vermont, les rochers baignés par la rivière Connecticut sont couverts de sculptures. Sur l’un d’eux, on peut encore voir vingt têtes humaines, de plnsieurs types différents. Quelques-uns portent deux rayons semblables à ceux figurés sur le front île Moïse descendant du Sinaï. La tête du milieu en compte jusqu’à six. Toutes témoignent d’un art encore en enfance. Le nez manque presque toujours; les yeux et la bouche ne sont figurés que par des trous circulaires. Non loin de là à Brattle-boro, on rencontre une pic-tographie dont l’exécution est très supérieure à celle que nous venons d'indiquer et qui vraisemblablement ne date pas du même temps; elle représente des mammifères, des oiseaux, des serpents, rendus avec une connaissance assez précise des formes de chaque animal.
- Ce ne sont pas seulement les falaises qui ont conservé jusqu’à nous les œuvres de ces vieux Américains. Dans la vallée du Gila, les boulders, les grands blocs erratiques entraînés par les glaces ou par les eaux sont couverts de représentations principalement de mammifères ou de reptiles. Des cactées gigantesques les dominent; ils grandissent sombres et sévères, au milieu d’un pays désolé, d’où l’homme, les animaux eux-mêmes ont fui. L’eau, nous l’avons dit, a disparu et avec elle la végétation et la vie.
- Dans l’Amérique du Sud, la région des Pedras Pintadas, tel est le nom donné par les Espagnols aux rochers chargés de sculptures ou de gravures, s’étend de la Guyane à la Patagonie et dans ces
- vastes régions, parmi ces hommes si étrangers les uns aux autres, nous trouvons une constante disposition à graver, à peindre ou à sculpter toute pierre, tout rocher offrant une surface£plane à l’artiste. Cette disposition ne se rencontre au même degré chez aucune autre population ; c’est là un caractère de race difficile à méconnaître. Nous citerons les inscriptions tracées par groupes isole's et trouvées par M. Moreno sur les parois verticales du Punta Wa-lichu, auprès du lac Argentino (Patagonie) ; comme les nombreuses inscriptions de l’Arizona, du Colorado et du Nouveau Mexique : elles représentent une combinaison de signes, de lignes, de points parfaitement distincts. Parmi ces signes, on distingue plusieurs figures d’animaux et d’êtres humains. Auprès des rochers du Punta Waliehuon a reconnu une caverne dont les murs élaient couverts de figures tracées à l’ocre. Au milieu gisait un squelette peint
- en rouge et, cousu dans une peau d’autruche: cet homme était-il le contemporain de ceux qui gravaient les inscriptions? C’est ce qu’il est im-possible soit d’affirmer, soit de nier.
- Les provinces de Para et de Piauhy (Brésil), renferment de nombreuses pic-tographies. Ce sont des animaux , des oiseaux, des hommes dans les attitudes les plus variées, Les uns ont le corps tatoué; les autres portent des couronnes de plumes; des arabesques et des enroulements complètent, si je puis me servir de ce mot, le tableau. Dans la province de Matto Grosso1 se trouve le fameux lettreiro de Gahyba ; sur une élévation taillée à pic, on voit des signes qui figurent le soleil, la lune, les étoiles, puis des serpents, une main et un pied humains, une patte de jaguar, des branches de palmiers. Les rochers de la province de Ceara (fîg. 4) rappellent par leurs gravures celles de la Scandinavie. M. de Ilumboldt dans son voyage resté célèbre, décrit sur la rive droite de l’Orénoque des sculptures en creux représentant le soleil, la lune, des pumas, des alligators, des serpents. Ce sont des figures informes, marquées le plus souvent par un simple trait et
- 1 Le D1 S. da Fonscca a donné une reproduction de ec lei-Irei: i), les Aborigènes du Brt'sil (lievue du Monde latin, 25 septembre 1885).
- Fig. 5. — Rocher couvert de gravures. (Province de Catainarea.)
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- témoignant d’un art peu avancé1. Cependant, comme elles sont entaillées dans le granit le plus dur, il est impossible de les attribuer aux tribus barbares qui habitaient le pays lors de l’arrivée des Européens. Ces hommes Tupis, Tupinambas ou Guaranis, d’après tous les récits qui nous sont parvenus, étaient plongés dans une barbarie complète qui contrastait d’une manière frappante avec la merveilleuse fécondité des pays qu’ils habitaient. Sans demeure fixe, sans lois, sans chefs, ils erraient absolument nus, au milieu de forêts à la luxuriante végétation; ils poursuivaient le gibier qu’ils dévoraient tout sanglant; ou bien ils restaient immobiles des heures entières guettant les oiseaux, les fauves, les poissons qu’ils espéraient surprendre. Leurs armes étaient quelques grossiers silex et un arc si dur que Jean de Léry raconte qu’aucun de ses compagnons ne pût bander celui qu’un enfant indigène maniait sans effort. À coup sûr ceslndiens étaient incapables d’exécuter les œuvres que nous venons de raconter, toutes grossières qu elles puissent nous paraître. Quelles étaient donc les populations à qui l’on peut attribuer les pedraspin-tadas'l Quelle était leur origine? Comment ont-elles disparu? M. de llumboldt ne nous apprend rien qui puisse sur ce point atténuer notre ignorance.
- M. Ameghino nous donne un grand nombre d’inscriptions ou de gravures relevées dans toute l’étendue du territoire de la république Argentine b Nous en reproduisons une (fig. 5) que l’on peut comparer aux hiéroglyphes tracés sur les rochers du Rio-Grande (fig.6),mieuxencoreàla célèbre inscription
- 1 Sur d’autres points, on trouve des traces d’une civilisation supérieure. Les fouilles d’un tumulus sur la Parana auprès de Campana ont donné plus de trois mille poteries représentant des animaux sauvages parfaitement imités.
- * La Antiguedad del Hombreen el Platat. 1 (fig. 553à 364).
- si longuement controversée de Dighton Rock dans le Massachussetts (fig. 7) b Sont-ce bien là des hiéroglyphes, des inscriptions? Ces figures groupées sans ordre, ces signes indéchiffrables ont-ils bien une signification? Pour notre part nous hésitons beaucoup à l’admettre.
- Sur les rives du Pacifique, nous n’avons que l’embarras du choix : un bloc de granit auprès de Maeaya, connu sous le nom de la piedra de leon, est chargé de sculptures fort anciennes. Le groupe le plus important représente la lutte corps à corps d’un homme et d’un puma. Ce n’est pas là un essai informe ; les figures ont du mouvement et de la vie ; l'homme et l’animal luttent véritablement. Auprès de la petite ville de Nepen, on voit un serpent colossal, à une faible distance d’Are-quipa, des arbres et des fleurs ; plus loin des bisons, dont les narines percées portent des anneaux mobiles, sculptés dans la pierre. Ce devait être là une difficulté considérable pour ces artistes primitifs. Aux Pintadas de las Rayas, ce ne sont plus des objets animés, mais des figures géométriques , des cercles, des rectangles dont il est malaisé de préciser le sens. Dans la province de Ta-rapaca, des surfaces considérables sont couvertes, non seulement de figures d’hommes ou d’animaux souvent d’une exécution remarquable (fig. 8), mais encore de véritables caractères, écrits verticalement. Les lignes ont de 3m,60 à 5m,40 de longueur et chaque caractère est creusé à une profondeur assez considérable, ce n’est point là un fait isolé : on cite d’autres inscriptions généra-
- 1 L’inscript ion, de Dighlon Rock si tant est que l’on puisse l’appeler ainsi, est gravée sur un bloc de gneiss; elle mesure 3m,50 de longueur sur lm,50 de hauteur. On a prétendu l’attribuer aux premiers navigateurs Scandinaves et on a même voulu y lire le nom de Thorfinn-Karlœfni qui dès le onzième
- Fig. 6. — Gravure sur un rocher auprès du Rio-Grande. (Arcyon a.)
- Fig. 7. — Inscription de Dighton Rock. (Massachussets.)
- Fiir. 8. — Pictographie péruvienne de la province de Turapaca.
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- Iement très frustes et entre Mendoza et la Punta (Chili) un grand pilier où Ton a voulu voir des lettres offrant un certain rapport avec les lettres de l’alphabet chinois. Tout cela est encore très vague et quelques disposés que nous puissions être à y voir les débuts de l’art graphique, nous sommes bien forcés de conclure que dans l’état actuel de nos connaissances, c’est une hypothèse à peine plausible. — A suivre. — Marquis dk Nadàillac.
- NÉCROLOGIE
- Richard Cortambert. — U y a trois ans nous consacrions ici-même, une notice nécrologique au vénérable Eugène Cortambert1. Nous avons aujourd’hui la douleur d’annoncer à nos lecteurs la mort du fils du célèbre géographe qui était un de nos collaborateurs les plus distingués. M. Richard Cortambert a été enlevé à sa famille et à ses amis le 26 janvier 1884 à Hyèrcs (Yar) dans sa 48e année. Ses obsèques ont eu lieu, il y a quinze jours, à Passy, au milieu d’un nombre considérable d’amis. Richard Cortambert, travailleur infatigable, était bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque Nationale. Il venait de mettre la dernière main a une Géographie pittoresque de la France, qui a obtenu un grand succès.
- M. Richard Cortambert a continué l’œuvre paternelle et compris qu’aujourd’hui la géographie ne devait pas être une nomenclature aride et ennuyeuse de villes, de fleuves et de montagnes. Il a envisagé cette science à laquelle il a voué sa vie entière, sous le rapport ethnographique et pittoresque. Parmi ses nombreux ouvrages, écrits avec une verve abondante et facile, citons .• les Peuples et Voyageurs contemporains, Impressions d'un Japonais en France, les Aventures d'un artiste dans le Liban, un Cours de géographie à l'usage de l'enseignement spécial, etc. M. Cortambert était vice-président de la Société géographique de Paris.
- CHRONIQUE
- Caverne de glace. — La plus grande caverne de ce genre qui existe dans la Carniole a été découverte récemment par le professeur Linhart, de Laybach : elle n’était encore connue que de quelques bûcherons et de chasseurs. On l’appelle maintenant la caverne de Friedrichstein, et l’on met environ deux à trois heures pour s’y rendre en parlant de Gotlschee. L’ouverture supérieure est spacieuse et rectangulaire; le fond est formé par un rocher de pierre calcaire, qui s’élève perpendiculairement jusqu’à la hauteur de 80 mètres ; il y a aussi une porte colossale frangée, pour ainsi dire, de glaçons qui ont plusieurs mètres de longueur. Les côtés sont très escarpés. La caverne a une superficie d’à peu près 450 mètres carrés ; elle est de forme presque circulaire; le sol, qui est uni, est couvert de glace de plusieurs pieds de profondeur.
- siècle avait parcoure une partie des côtes de l’Amérique du Nord. On peut consulter sur la question un article publié en 1838 dans les Mémoires de la Société Royale des Antiquaires du Nord. Son auteur, M. Maguussen a eu le mérite de pressentir le premier Je; découvertes qui attirent aujourd’hui l’attention du monde savant.
- 1 Yoy. n“ 406 du 12 mars 1881, p. 238.
- Société des Agriculteurs de France. — La session annuelle de la Société des agriculteurs de France sera ouverte le lundi 18 février, à une heure et demie. Cette solennité qui réunit chaque année à Paris près de mille agriculteurs, aura lieu à l’Hôtel Continental. Le banquet des agriculteurs se fera également à l'Hôtel Continental. Les principaux représentants delà presse de Paris et des départements sont invités au banquet. Au début de la session, la Société décernera les prix aux lauréats des concours qu’elle a fondés. Les diverses Compagnies de chemins de fer ont accordé aux membres de la Société des agriculteurs de France qui se rendront à la session, une réduction de moitié sur le prix des places.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1 1 février 1883. — Présidence de M. Rollam)
- Liquéfaction de l'hydrogène. — On se rappelle que les premiers mémoires de M. Wroblewskv sur la liquéfaction des gaz étaient signés en commun avec M. Olzewsky, professeur à l’Université de Cracovie. Depuis lors, il parait y avoir eu brouille entre les deux collaborateurs et pendant que M. Wroblewsky continuait pour sa part, le cours de ses publications, son ancien associé travaillait de son côté. 11 écrit aujourd’hui à l’Académie; sa lettre contient une série de conditionnels de nature à jeter du doute sur les résultats publiés par M. AVroblewsky; elle donne en outre la description d’expériences qui lui sont propres et dont le résultat aurait été la liquéfaction cherchée. Le froid employé serait de 490 degrés au-dessous de zéro; il serait fourni par l’ébullition de l’oxygène liquide dans un vide à 6 millimètres de mercure : au moment de la détente, l’hydrogène jusque-là comprimé à 400 atmosphères aurait donné le brouillard avec projection de gouttelettes liquides.
- La comète Pom-Broohs. — 11 résulte des communications de M. Perrotin, directeur de l’Observatoire de Nice et de M. Rayet, directeur de l’Observatoire de Bordeaux, que la comète Pons a présenté une allure tout à fait exceptionnelle. Après avoir développé depuis le 26 octobre un appendice chevelu de plus en plus caractérisé, tout à coup, le 43 janvier elle s’est montrée sous la forme d’un corps spheroïdal, enveloppé d’une nébulosité et offrant l’apparence d’une planète. Le lendemain cette anomalie ne persistait pas, mais, suivant M. Perrotin, elle s’est reproduite le 49. Le diamètre du corps rond était d’environ 34". La comète a d’ailleurs offert à différentes époques un grand luxe de panaches variés, rappelant les appendices de la comète de Loggia.
- La chimie du fumier. — Le fumier de ferme est de tous les engrais celui qui est employé en plus grande quantité, malheureusement sa fabrication laisse souvent beaucoup à désirer; elle est au reste purement empirique, la série de réactions qui se produit dans cette masse de matière organique est encore très mal connue. Notre vant collaborateur, M. Dehérain, professeur au Muséumas d’histoire naturelle, aborde aujourd’hui ce sujet complexe. Il a cherché d’abord à quelles causes il fallait attr;buer l’élévation de température absorbée dans la masse. 11 a reconnu que s’il existait dans le fumier un ^ferment qui favorise l’oxydation, son action n’était pas seule en jeu mais qu’une combustion purement chimique contribuait
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- également à l’élévation de température. La chaleur dégagée n’est intense au reste que dans les parties du fumier péné- J trées par l’air ; quand la masse humideest fortement tassée, I ainsi qu’il arrive dans le bas d’un tas de fumier déjà an- ] cien, la température est beaucoup moins élevée ; elle est due dans ce cas à une combustion interne provoquée par un ferment qui décompose la matière organique en acide carbonique et en gaz des marais ou forinène.
- On connaît des ferments qui décomposent les matières organiques avec émission d’hydrogène; tous les ferments butyriques sont dans ce cas, mais jusqu’à présent on n’avait pas signalé, croyons-nous, un ferment figuré dont l’activité se traduisit par le dégagement du gaz des marais, et celui qu’a découvert M. Dehérain dans le fumier est la seule cause de la production de ce gaz qui cesse de se dégager aussitôt qu’on paralyse son action.
- M. Dehérain annonce plusieurs communications sur ce sujet important; nous aurons occasion d’y revenir.
- Météorite. — M. le professeur Romulus Prendel, de l’Université d’Odessa, a fait don au Muséum d’un échantillon de la météorite tombée le 19 novembre 1881 à Gross-liebenthal. Cette pierre appartient au type lucéite déjà représenté par plus de cinquante chutes dans notre grande Collection nationale.
- Présence du granit dans les sables diamantifères du Cap. —Parmi les conclusions d’un très intéressant mémoire de M. Chaper sur le diamant trouvé par lui, pour la première fois in situ, je relève celle-ci : « 4° Il serait très difficile dé concevoir une analogie sérieuse probable entre l’état de la pegmatite fluide et molle et celui, soit de la boue aqueuse magnésienne de l’Afrique australe, soit des roches qui ont fourni le diamant à cette dernière et qui ne sauraient être en tous cas granitoïdes, puisqu’on ne trouve pas de fragments de cétte nature. » Or, dès mon premier travail sur la composition et l’origine du sable diamantifère de Dutoit’s Pan (5 février 1877), j’ai signalé la pegmatite parmi les roches mélangées au diamant et je conserve au Muséum comme démonstration, de petits échantillons qui ne peuvent laisser aucun doute. C’est le même fait que constataient MM. Des Cloizeaux et Daubréc dans le Rapport dont ils ont honoré mon travail : « Quant aux roches granitiques, disent-ils, elles y sont représentées par des échantillons peu nombreux de grains de quartz bulleux identique au quartz de granit ordinaire, ainsi que par des débris de feldspath. » D’un autre côté, dans le magnifique ouvrage que viennent de publier MM. Chatrian et Jacobs sur 1 g Diamant, on lit à la page 205 :
- « Dans le Kopje de Doyl’s reesh, à 5 kilomètres de Kitn-berley, la roche qui entre en plus grande abondance dans la constitution du conglomérat est un granit roulé; les nombreux échantillons que nous avons vus et qui font partie de la collection de M. Moulle sont grands comme deux fois le poing.
- « Le Yellow de celte mine inexploitée, contient aussi de nombreux fragments de granit qu’onudistingue parfaitement à l’œil nu. » Pour ma part, quand j’ai eu l’avantage de visiter les col'ections de M. Moulle, ces échantillons n’ont pas été signalés à mon attention et je ne puis personnellement rien ajouter à leur égard. En tous cas, sans vouloir aucunement diminuer le contraste profond qui sépare les mines du Cap de celles du Brésil ou de l’Inde, je crois que ce n’est pas à la présence des roches granitiques qu’il faut demander leur caractéristique la plus différentielle.
- Varia. — line étude sur les taches et les facules
- solaires observées à Rome, en 1883, est adressée par M. Tacchini. — C’est avec beaucoup d’éloges que M. Becquerel présente, au nom de M. Clamond, un bec de gaz qui donne par l’incandescence d’une corbeille en magnésie filée, un éclat extraordinaire. — M. Hirn a inventé un aclinoinètre totaliseur permettant d'évaluer l’intensité de la radiation solaire d’après la quantité de sulfure de carbone que la chaleur a fait distiller. — Un complément de renseignement sur J’anguillule de l’oignon est présenté par M. Chatin. — D’après M. Duclaux, toutes les substances albuminoïdes qu’on est parvenu à extraire du lait représentent, sans exceptions, de simples modifications de la caséine normale. Stanislas Mku.mkr.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- l'electricité et la prestidigitation
- La facilité merveilleuse avec laquelle l’électricité se prête à la production à distance des effets mécaniques, calorifiques et lumineux a fait songer depuis longtemps à son application à certains effets curieux et amusants, auxquels les esprits simples donnent volontiers le nom de surnaturels, à cause de l’impuissance dans laquelle ils sont d’en trouver une explication satisfaisante.
- Qui n’a vu, jadis, le coffret pesant de Robert Houdin et le tambour magique de Robin? On sait que ces deux expériences curieuses sont fondées sur les propriétés des électro-aimants. Nous allons faire connaître aujourd’hui deux autres petits systèmes basés sur la même action et qui présentant d’anciennes expériences sous une forme nouvelle, les rajeunissent, en leur donnant un autre intérêt.
- Le premier appareil (fig. 1) est une table, présentant l’apparence d’un guéridon ordinaire, et qui permet de reproduire à volonté l’expérience des esprits frappeurs ou des voix sépulcrales.
- Le pied de la table renferme un élément de pile Leclanché de forme ramassée, soigneusement dissimulé dans la partie qui relie les trois pieds à la colonne unique. Le plateau de la table est en deux parties : la partie inférieure est évidée, la partie supérieure est un couvercle mince dont l’épaisseur ne dépasse pas trois à quatre millimètres.
- Dans le milieu de la table, au-dessous du plateau, est placé un électro-aimant à deux branches disposé verticalement.
- Un des bouts du fil de cêt électro-aimant, communique avec l’un des pôles de la pile, l’autre bout du fil, avec un cercle métallique plat collé contre la partie supérieure de la table formant couvercle ; au-dessous de ce cercle métallique et à une petite distance, se trouve un cercle dentelé F relié à l’autre pôle de la pile. Lorsqu’on appuie légèrement sur la table, le couvercle fléchit, le cercle plat vient toucher le cercle dentelé, ferme le circuit de la pile sur lelectro-aimant qui attire son armature et produit un coup sec ; en soulevant la main, le couvercle reprennant sa position initiale, rompt de nouveau le circuit et produit un autre coup sec.
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- En faisant glisser légèrement la main sur la table, on fait fléchir successivement le couvercle sur une certaine partie de la circonférence ; les contacts et les ruptures de circuit se produisent sur un certain nombre de dents, et le coup sec est remplace' par un roulement plus ou moins énergique, plus ou moins serre, etc., suivant l’habileté du medium chargé d’interroger les esprits. La table portant avec elle tout le mécanisme qui l’actionne, peut être déplacée sans que rien puisse faire soupçonner l’artifice.
- On peut aussi actionner la table à distance en se servant des conducteurs passant dans les pieds, sous les tapis de la salle, et communiquant avec une
- Fig. 1 — Table frappante et parlante.
- animés par une pile Leclanché dissimulée dans le vase qui supporte la plante. L’insecte lui-même n’est pas autre chose qu’un mécanisme analogue à celui d’une sonnerie ordinaire. Le corps de l’insecte forme le noyau d’un électro-aimant droit c, portant un léger retour d’équerre à sa partie supérieure, et devant lequel est placé un petit disque de fer b formant la tête de l’animal. Cette tête est fixée sur un ressort, comme l’armature des sonneries ordinaires, et elle entraîne les ailes dans son mouvement de va-et-vient, lorsqu’elle est attirée et relâchée successivement par l’électro-aimant : les interruptions de courant se font à l’aide d’un petit système à trem-bleur dont on peut saisir facilement le fonctionnement sur la coupe représentée à gauche de la figure2. Le courant arrive à l’électro-aimant par un fil de cuivre fin dissimulé dans les feuilles, et relié au
- pile dont un compère placé dans une salle voisine vient fermer opportunément le circuit.
- Enfin, substituons à l’électro-aimant un petit récepteur téléphonique, et à la pile ordinaire un système micro-téléphonique, nous transformerons les esprits frappeurs en esprits parleurs. Avec un peu d’exçrcice et d’habitude, il sera facile au compère de transmettre les paroles des esprits en prenant une voix sépulcrale qui complétera l’illusion.
- La figure 2 est un système disposé plus spécialement pour la décoration des salons : elle représente des insectes posés sur une plante à laquelle on ne peut toucher sans les voir aussitôt battre des ailes comme s’ils voulaient s’envoler. Ces insectes sont
- Fig. 2. — Insectes électriques.
- pôle positit de la pile dont le pôle négatif est en relation avec le fond du vase.
- Le fil venant du trembleur de chaque insecte, arrive jusqu’au fond du vase, mais sans le toucher. Une goutte de mercure occupe le fond du vase et peut s’y déplacer librement. Il en résulte que si on prend le vase à la main, la goutte de mercure excessivement mobile roulera sur le fond en fermant le circuit successivement sur les différents insectes et les mettra en mouvement jusqu’à ce que le vase soit remis en place et que la goutte de mercure se soit de nouveau immobilisée.
- Le p?-opriétmre~gérant : G. Tissanbikr.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 560. — 25 FÉVRIER 1884.
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- TURBINE ATMOSPHÉRIQUE
- Précédemment déjà, noire attention avait été mise en éveil par l’apparition d’nn nouveau moteur
- aérien que son inventeur a nommé la turbine atmosphérique 1. Nous avons été des premiers à mentionner cet appareil qui nous semblait ouvrir une voie nouvelle à 1 étude des moulins à vent.
- Depuis lors, le constructeur, M. A. Dumont, per-
- Turbine atmosphérique de M. A. Dumont, exposée au Concours agricole de Paris. (Palais .le l’Industrie
- aux Champs-Elysées.)
- fectionnant son invention première, en a fait sortir un moteur muni de tous ses organes qui a été exposé au récent Concours agricole de Paris où il actionnait une pompe élévatoire.
- Nous reproduisons .une vue de cette intéressante machine. Sa valeur principale réside dans la forme des ailes qui emmagasinent la puissance du vent. Celles-ci, construites en fer et tôle, possèdent une 12e année. — 1er semestre.
- propriété assez remarquable. Quand souflle un vent faible elles tournent relativement plus vite quelors-qu’elles sont exposées à un grand vent.
- Par exemple, une turbine atmosphérique libre de toute contrainte, étant sollicitée par une brise de 2 mètres à la seconde, sa roue motrice marche à la cir-
- 1 Yoy. »ü 555 du t8 août 1885, p. 179.
- i. :
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- conférence avec une vitesse de 4 mètres dans le même temps représentant deux fois celle du courant d’air. Actionnée par un vent de 10 mètres à la seconde, la même roue motrice acquiert une vitesse de 11 mètres seulement, sensiblement égale à celle du vent.
- L’appareil qui nous occupe lait en cela exception à la règle géne'rale, d’après laquelle tous les moulins connus tournent avec une vitesse proportionnelle à celle du vent et triple de cette dernière ; c’est-à-dire tellement vite pendant les ouragans qu’il faut les arrêter, ou ils se brisent.
- Il doit à cette particularité la possibilité de porter son énorme voilure sensible au moindre souffle. Il lui doit également son bon fonctionnement dans les grands vents qui seuls ont une véritable puissance, pendant que tous les autres moteurs aériens s’arrêtent forcément ou s’effacent avec le concours de mécanismes plus ou moins compliqués.
- Ainsi, d’après les renseignements que M. Dumont a bien voulu nous communiquer, fonctionnant pour ainsi dire toujours, la turbine atmosphérique posséderait en moyenne une puissance motrice triple de celle fournie par toutes les machines similaires employées jusqu’à présent.
- Elle nous parait à cause de cela, et en raison de sa forme nouvelle, mériter un examen attentif de ceux qui cherchent à utiliser la force gratuite fournie par les courants atmosphériques.
- G. T.
- LE N0UVEA0 CAMP RETRANCHÉ DE PARIS
- ET LES FORTERESSES MODERNES
- Paris a été, de tout temps, fortifié et il serait intéressant assurément de suivre, à travers les âges, les modifications successivement apportées au système défensif d’une cité qui tient tant de place dans l’histoire. Mais le cadre de notre étude ne saurait comprendre toutes les phases du développement de ces remparts depuis le temps où Labienus, le lieutenant de César, en attaquait le mur celtique jusqu’au jour où sera parachevé le camp i*etranché dont les travaux se poursuivent en exécution de la loi du 27 mars 1874. Qu’il nous suffise de rappeler que déjà, en 1870, Paris se trouvait en possession d’un camp retranché, c’est-à-dire d’une enceinte bastionnée et d’une ceinture de forts dont la construction remontait, au plus haut, à 1840. Ces fortifications ont fait, comme on sait, un bon service au cours du siège, et elles peuvent encore nous être singulièrement utiles. On aurait tort de songer à les démolir.
- Ce qui est incontestable, c’est que le camp retranché de 1840 était devenu insuffisant; que ses propriétés défensives ne se trouvaient plus en harmonie avec la portée des projectiles de la nouvelle artillerie de siège; que le système, jadis excellent, de ces fortifications si rapidement vieillies ne pouvait plus, sans inconvénients, être abandonné
- à ses propres forces; que, en se bornant à le conserver purement et simplement en l’état, on exposait Paris au danger d’un bombardement plus terrible que celui de 1871, attendu que l’artillerie ne s’arrête point dans la voie de progrès qu’elle s’est tracée. Or les effets de ce bombardement de janvier 1871 étaient déjà suffisamment lamentables b Le plan du bombardement du Jardin des Plantes (fig. 1) et la carte du bombardement de Paris (fig. 2) en rendent suffisamment témoignage.
- Voilà pourquoi les Chambres ont voté, en 1874, la réorganisation dont nous nous proposons d’étudier l’économie.
- Avant cette analyse des éléments du nouveau camp retranché de Paris, quelques considérations générales ne seront pas jugées hors de propos.
- Les défenses d’une place forte, se réduisaient autrefois à une « simple enceinte » avec ou sans ouvrages extérieurs. Un semblable dispositif n’a plus actuellement de valeur. L’arlillerie de l’attaque peut, en effet, venir établir ses batteries en des points sis à « deux kilomètres » du rempart considéré. De là, ses projectiles, dont, la portée s’élève à huit ou dix kilomètres, prennent aisément « à dos » les défenseurs des portions d’enceinte opposées diamétralement. Et même, en restant à distance pour ne pas avoir à répondre aux feux du rempart, cette artillerie peut faire pleuvoir sur la ville ses obus, incendiaires et la réduire en cendres.
- L’organisation rationnelle d’une forteresse ne peut se concevoir aujourd’hui sans l’annexion de certaines pièces de fortification, jetées méthodiquement en avant de l’enceinte.
- L’idée n’est pas nouvelle. Elle était préconisée avant notre ère par les auteurs didactiques les mieux autorisés. « 11 vous faut, dit Ænéas, l’ingénieur de Philippe de Macédoine, occuper près de la ville, des positions qui vous permettent de combattre avec avantage ou de battre en retraite sans danger, quand vous voulez vous retirer dans la ville ». Philon de Byzance formule de semblables préceptes : « On aura soin, prescrit-il, de construire en forme de tours les nécropoles et les tombeaux qu’on élève aux grands hommes. De la sorte, on renforcera la ville... »
- Ici encore, les anciens sont nos maîtres ou, plus exactement, nos initiateurs.
- Après de longs siècles d’abandon, l’idée antique devait avoir sa renaissance. Elle fut, pour la première fois, réalisée par Pierre le Grand qui mit Kronstadt à l’abri des effets du bombardement, moyennant la création d’une ceinture de forts. Le maréchal de Saxe s’empressa d’applaudir et vanta le système. 11 faut, dit-il en ses Rêveries, construire des ouvrages détachés du corps de place et, pour ainsi dire, abandonnés à leurs propres forces; il faut « une ceinture de forts pour retarder les effets du
- 1 Voy. Bombardement de Paris par les Prussiens en janvier 1871, par le major H. de Sarrepont. — Paris, Firmin-Didot.
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- « bombardement. » Ultérieurement, Montalembcrt prêcha, non moins éloquemment, l’excellence de la méthode; il proposa de munir tous les ports militaires de la France d’une ligne enveloppante « à intervalles. » Ce projet reçut un commencement d’exécution sur certains points de notre territoire, notamment à Toulon, par l’occupation du Faron; mais la doctrine de l’usage courant des forts détachés ne reçut de sérieuse consécration qu’à l’occasion des travaux qui s’exécutèrent à Lyon en 1832, et à Paris en 1840. Finalement, cette doctrine s’imposa dès que les canons rayés commencèrent à faire partie du matériel des pai’cs de siège.
- Aujourd’hui donc, il faut le répéter, les éléments constitutifs de la place forte sont : une ligne extérieure d’ouvrages détachés qu’on appelle forts et une enceinte couvrant la ville proprement dite, laquelle prend le nom de noyau central. Le système forme une place à forts détachés1.
- Entre l’enceinte et la ligne des forts se développe un espace annulaire, lequel peut être semé d’excellentes positions défensives, qu’il importe de ne point abandonner à l’ennemi supposé maître des forts. Ces positions doivent être occupées par des ouvrages dits intermédiaires ou de seconde ligne, mais qui ne sont pas nécessairement permanents2. On ne les élève, le plus souvent, qu’au moment de la mise en état de défense, ou même seulement au cours de la lutte. Ils sont alors organisés suivant les principes de l’art de la fortification semi-permanente ou provisoire.
- Si la nécessité d’une ceinture extérieure de forts est maintenant universellement admise, l’utilité de l’enceinte ou chemise du noyau central est, par contre, assez souvent contestée. Elle ne sert à rien, dit-on, tant que les forts sont debout; après la chute des forts, elle est insuffisante.
- De telles raisons ne sont que spécieuses. Le cadre de cette étude ne saurait en comporter une réfutation dans les règles. Observons seulement que, quelque active que soit la surveillance de la portion mobile des. troupes de la défense, un assiégeant résolu peut, si les circonstances s’y prêtent, pousser une pointe hardie par les intervalles des forts. II est sage de supposer que, à la faveur de la nuit ou du brouillard, ou même en plein jour, des corps de partisans ennemis sont capables de tenter d’incendier les approvisionnements emmagasinés dans la ville, de frapper la population, quelquefois même la garnison de panique et de déterminer, par suite, une capitulation prématurée. La ville doit donc être mise à l’abri d’un « coup de main. » De plus, dans les grandes villes, où la partie turbulente de la popula-
- 1 Un tel système se désigne aussi sous la dénomination très impropre da camp retranché, dénomination que l’usage a malheureusement consacrée.
- â A Paris, à Lyon et dans nombre d’autres places récemment réorganisées, les anciens forts permanents font naturellement, à l’entour du noyau central, office d’ouvrages intermédiaires.
- tion a besoin d’être surveillée de près, une enceinte peut seule permettre au gouverneur de prendre les mesures de police que la définition de l’état de siège rend fréquemment indispensables.
- Pratiquement, d’ailleurs, la question est toute résolue. Les places de guerre actuelles sont généralement fort anciennes et, si archaïque qu’on le suppose, le système de leurs fortifications peut servir de chemise au noyau central du camp retranché à établir. Bien plus, ce système comporte d’ordinaire, à l’extérieur, un luxe d’organes défensifs de toute espèce qui n’ont plus aujourd’hui de raison d’être et qu’on ne songerait pas à créer, s’ils n’existaient pas. Mais ils sont là, en terre et maçonnerie; on peut sans inconvénient les conserver en l’état.
- Dans les places fortes de création récente, on a englobé la ville et ses faubourgs sous un polygone qui lui laisse assez de « jeu » pour se développer à l’aise et s’agrandir, si besoin est. Ce polygone fortifié a ses saillants assis sur les points culminants des abords de la ville; ses parties rentrantes correspondent aux points faibles de ces abords : entrée ou sortie de cours d’eau, de routes ou de voies ferrées ; terrains bas ou ravins, etc. Sur les côtés, aussi étendus que possible, du polygone se construisent des « fronts » de tracé simple que n’accompagne, sauf exceptions, aucun ouvrage extérieur. Quant au profil, on l’organise, dans les circonstances ordinaires, pour l’infanterie seulement, en réservant, de distance en distance, des emplacements de plateformes pour bouches à feu. Dans quelques places nouvelles, l’enceinte ne së compose que d’un simple mur crénelé, de trois à quatre mètres de hauteur. Ce dispositif, qui constitue assurément un strict minimum, peut, à la rigueur, suffire à préserver la ville des éventualités d’un coup de main. C’est ce qu]on appelle une chemise « de sûreté. » Mieux vaut, toutefois, avoir des murailles terrassées, capables de résister au canon, murailles qui permettraient au gouverneur de faire bonne contenance au cas où l’ennemi serait parvenu à forcer la ligne des forts.
- Le principal objet des forts détachés est, ori l’a vu, de mettre le noyau central à l’abri des effets d’un bombardement immédiat; mais ces ouvrages ont encore d’autres fonctions — très importantes — à remplir. Occupant toutes les positions dominantes qui environnent la place, ils empêchent nécessairement l’ennemi de s’y établir. De ces points culminants ils prennent des vues très étendues, de grands « commandements » sur la campagne et maîtrisent les voies de communication qui rayonnent du noyau central. Apportant, ainsi qu’ils le font, un accroissement majeur au diamètre de la place forte, ils imposent à l’assiégeant l’obligation d’un plus grand déploiement de forces, d’une exécution de travaux de siège plus considérables. Dans l’espace annulaire qui se développe entre la ligne des forts et le noyau central, le défenseur peut se ménager de vastes magasins d’approvisionnements. De cette zone de terrain, dont la possession ne saurait lui être sérieuse-
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- ment disputée, il peut jeter ses forces mobiles sur les troupes de l’attaque, inquiéter son adversaire, le harceler, le plaeer perpétuellement sous la crainte d'un coup de main possible, lui faire essuyer des pertes et lui causer ainsi des fatigues incessantes.
- Telles sont les propriétés générales des forts détachés.
- Le fait de l’établissement d’une ceinture de forts à l’entour d’un noyau central entraîne, d’autre part, certains inconvénients dont les gouvernements des puissances ont à se préoccuper. L’étendue du périmètre à défendre implique nécessairement, comme conséquence, l’immobilisation d’une garnison nombreuse à l’intérieur du camp retranché considéré. De plus, chacun de ces forts coûte cher. Il en est dont la construction revient à quatre ou cinq millions! Enfin, à l’heure d’une mise en état de défense, il est indispensable d’en obturer les intervalles par d’importants travaux de fortification passagère.
- A quelle distance du noyau central les forts détachés doivent-ils s’établir? Pour parer à tout danger de bombardement, il faudrait, en toute rigueur, occuper défensivement le terrain extérieur à l’enceinte jusqu’à huit et même dix kilomètres de tous les quartiers de la ville, puisque telle est aujourd'hui la portée des projectiles incendiaires que lancent les bouches à feu de siège.
- Mais l’application rigoureuse de ces principes théoriques conduirait à des développements de fortifications excessifs. Pour les villes qui n'ont pas — comme Paris ou Lyon — une importance politique et stratégique de premier ordre, on s’attache à la recherche d’une solution qui permette à l’ingénieur d’asseoir ses forts en deçà de cette portée des pièces de gros calibre.
- D’abord, un bombardement exécuté à la distance de dix kilomètres opposerait nombre de difficultés à l’assiégeant et n’aurait qu’une efficacité contestable. On considère qu’une telle opération ne peut raisonnablement se tenter qu’à huit kilomètres.
- On observe, en second lieu, que les batteries de l’ennemi ne peuvent venir s’installer, pour bombarder, à moins de deux mille mètres des forts. A cette distance, en effet, elles n’ont plus une liberté d’action suffisante et ne peuvent faire autre chose que répondre au feu des ouvrages dont elles se sont ainsi approchées. Il suit de là que, pour mettre une ville
- à l’abri des effets du bombardement, il suffit de l’enceindre d’une ligne de forts éloignés de six kilomètres de ses dernières maisons.
- Tel est le chiffre admis en France, mais il est essentiel d'observer qu’un chiffre ainsi déterminé ne peut être et n’est effectivement que théorique. Ce n’est là qu’une indication, attendu que les forts ont à satisfaire à d’autres conditions que celle d’une préservation des édifices de la ville considérée. Ils doivent, on se le rappelle, occuper des positions qui leur confèrent des vues étendues sur le terrain extérieur et leur permettent d’y exercer au loin une action efficace. On n’hésite pas à porter la distance à huit, dix et même douze kilomètres si, à six kilomètres seulement, l’ouvrage à construire ne, doit prendre que des vues insuffisantes ou si le site à occuper est commandé par des hauteurs dangereuses. Réciproquement, l’ingénieur militaire peut, de par la nature du terrain, être conduit à demeurer en deçà de cette limite théorique de six kilomètres. En ce cas, si les forts ne mettent pas toute la ville à l’abri du bombardement, ils en cantonnent, au moins, les effets sur certains quartiers. Dès lors, le gouverneur peut prendre des mesures propres à sauvegarder la vie de tous les habitants, s’il ne peut conserver intactes toutes les habitations.
- L’étendue de l’intervalle de deux forts voisins est déterminée par cette condition que les deux ouvrages doivent se prêter un solide et mutuel appui. Leur situation respective doit, en conséquence, être telle que l’ennemi ne puisse pénétrer dans le camp retranché par un point quelconque de l’intervalle qui les sépare. C’est dire que cet intervalle doit être parfaitement battu des feux des deux forts conjugués. Or l’action efficace des bouches à feu d’un fort ne peut, en aucun cas, s’étendre à plus de U ois kilomètres. Une distance de six kilomètres est donc l’écartement maximum de deux ouvrages voisins.
- Mais, ici encore, la limite est essentiellement théorique et il se présente souvent telle circonstance topographique qui en modifie l’expression. Quand, par exemple, l’intervalle de deux forts est, en partie, occupé par un sérieux obstacle— tel qu’une rivière, un marais, un étang — il est permis de dépasser le maximum d’écartement. C’est ainsi que, sur le polygone extérieur du nouveau camp retranché
- Fig. 1. — Plan du bombardement du Jardin des Plantes de Paris, en 1871.
- 1. Serre courbe. — 2. Pavillon tempéré. — 3. Orchidées. — i. Fougères. — 5 et 6. Serres à boutures. — 7. Muséum. — 8. Concierge et corps de garde. — 9. Cabinet de minéralogie. — 10. Laboratoires. — 11. Direction. — 12, Labyrinthe. — 13. Administration. — 14. Anatomie comparée. — 15. Oisellerie. — 16. Éléphants. — 17. Singerie. — 18. Animaux féroces.
- Les points noirs représentent les points de chute des obus.
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- de Paris, on compte • quatorze kilomètres du Tort de Cormeilles à celui de Mari y; mais aussi entre ces ouvrages s’interpose le cours, alors très sinueux, de la Seine.
- L’introduction de quelques « batteries annexes », appelées à voir des plis de terrain échappant aux vues des forts mêmes, permet aussi d’outrepasser la limite
- précitée. L’intervalle qui sépare le fort de Villeneuve-Saint-Georges de celui de Sucy-en-Brie est ainsi découpé par l’annexe de Limeil.
- Enfin, il faut considérer que, si les forts d’un camp retranché en constituent les points d’appui permanents, la ligne sur laquelle ils sont échelonnés doit être notablement renforcée au moment de
- E^AfoqjEU Sc.
- Fig 2. — Carte de Paris bombardé en 1871 *. (Dressée par l'auteur pendant le siège de Paris.)
- l’imminence d’un siège. Le défenseur est alors tenu d’occuper sur cette ligne nombre de positions utiles ; d’y élever des ouvrages de fortification passagère; d’y construire des batteries capables de répondre au feu des batteries de l’attaque. L’obturation des intervalles ne laisse plus, dès lors, rien à désirer,
- 1 Voici comment nous avons procédé pendant le siège de Paris pour dresser cette carte spéciale. Si l’on repère exactement et que Ton pique sur un plan de Paris le point de chute de chaque obus, ou obtient un dessin d’ensemble assez analogue à celui d’une carte céleste ; on y voit apparaître des
- et il n’y a plus lieu de se préoccuper, outre mesure, du dépassement de la limite.
- Les forts d’un camp retranché constituent, avons-nous dit, des défenses permanentes. Les travaux de toute espèce que leur établissement nécessite doivent s’exécuter méthodiquement, au cours des loisirs de
- ligures qui se peuvent comparer à des constellations et à des nébuleuses. La puissance des effets du bombardement s’y manifeste par des mouchetures plus ou moins multipliées, formant tout naturellement des taches dont le ton se prononce plu? ou moins vigoureusement.
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- la paix. On y met à contribution toutes les ressources de l’art des constructions ; on doit y consacrer des matériaux de choix, dont la qualité réponde à la condition, qui s'impose, d’une mise en œuvre irréprochable. Ce sont là de grands travaux de terrassement, de maçonnerie et aussi de métallurgie1.
- Mais il est parfois indispensable de procéder autrement à la construction d’un ou de plusieurs forts détachés. Tantôt, en effet, on se trouve dans l’obligation de doter d’une ceinture défensive une ancienne place à simple enceinte ; tantôt, on a besoin de donner certaine extension à la ligne des ouvrages d’un camp retranché reconnu imparfait. En tous cas, dès que l’urgence se prononce, il faut pou voir construire, en un temps très court, des forts dits provisoires ou semi-permanents. De telles constructions ne s’entreprennent ordinairement qu’à l’heure de la déclaration de guerre et doivent être parachevées avant celle de l'arrivée de l’ennemi sous les murs de la place considérée. Ce n’est, d’ailleurs, qu’à proximité des grands centres de population qu’on peut trouver — en personnel et matériel — assez de ressources pour procéder à de tels travaux avec toute la rapidité voulue. Dans l’exécution de ces ouvrages provisoires, l’emploi de la maçonnerie est nécessairement prohibé; aux pierres de taille et aux moellons on substitue le bois. Ainsi, les piédroits de voûtes se font en charpente ; les voûtes elles-mêmes sont remplacées par des cours de poutres et de rails de chemin de fer, posant sur les piédroits. C’est suivant ces principes que se sont construits, en 1866, les forts de Dresde et le fort Ca-Vecchia, de Vérone.
- Nous-mêmes, en 1870, nous avons élevé, à l’entour de Paris, quelques ouvrages de fortification provisoire, tels que ceux des Hautes-Bruyères et du Moulin-Sa-quet. Ces deux forts purent être terminés en temps utile, ainsi que la redoute du Petit-Parc, la batterie de Port-à-VAnglais, les défenses de la digue de la presqu’île de Gennevilliers et la batterie deSaint-Ouen. D’autres ouvrages, également destinés à compléter le camp retranché de 1840, ne purent recevoir qu’un commencement d’exécution , comme ceux du Petit-Nanterre et de Colombes, le fort de Gennevilliers et la lunette de Villeneuve-la-Ga-renne. Enfin, l’on dut abandonner, dès les premiers jours de l’investissement, les redoutes de Châtillon et de Meudon, le Moulin-de-Pierre, la Capsulerie, Brimborion, La Brosse et Montretout.
- Une étude comparée des forts de divers âges serait sans contredit curieuse. Il y aurait même intérêt à parcourir ainsi la gamme des progrès de l’art ; à analyser les travaux des Mound Builders de l’Amérique ; les vitrifications de l’Ecosse ; le castellum et le burgus romains ; le château féodal et le fort moderne antérieur à 1860. Nous devons nous limiter à l’examen du fort postérieur à cette époque.
- Lieutenant-colonel Hennebeiit.
- — A suivre. — ^
- 1 Voy. u° du 24 novembre 4883.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU « TALISMAN ))
- (Suite. — Voy. p. 119, 134, 147, 161 et 181.)
- Un grand nombre de personnes nous ayant prié de vouloir bien fournir quelques renseignements sur le mode d’organisation de l’Exposition du Talisman, qui obtient en ce moment un si grand succès, nous interromprons aujourd’hui la publication de la série de nos articles concernant les animaux pêchés à de grandes profondeurs pour la reprendre prochainement.
- L’exposition des collections lormées durant les croisières du Travailleur et du Talisman a lieu dans la salle de dessin du Muséum d’Histoire naturelle de Paris. Cette salle est comprise dans les immenses annexes que cet établissement scientifique possède dans la rue de Buffon.
- La salle dans laquelle l’on pénètre par une porte unique a été disposée d’une manière toute spéciale pour recevoir la quantité innombrable d’échantillons recueillis soit dans la Méditerranée, soit dans l’Océan. Sur tout son pourtour l’on a construit des gradins où ont été placés les bocaux renfermant les animaux conservés dans l’alcool. Ce mode d’arrangement était absolument nécessaire, afin de pouvoir se procurer une place suffisante pour montrer au public la richesse des collections qui avaient été réunies. Les difficultés, que l'on a eu à vaincre pour atteindre ce résultat, ont été considérables et l’on comprendra quelle a dû être leur importance, lorsque l’on saura que les gradins surmontant les tables de l’exposition supportent la somme énorme de six mille bocaux.
- Dans le vestibule précédant la salje d’exposition l’on a disposé sur les murs de grands dessins montrant l’aménagement du Talisman et la disposition des appareils de dragage et de sondage placés à son bord. On peut en examinant ces vues, en quelque sorte schématiques, se rendre facilement compte de la structure des appareils et de la manière dont on les manœuvrait. D’ailleurs une grande partie des engins dont on s’est servi figure dans l’intérieur de l’exposition. C’est ainsi qu’immédiatement à droite en entrant l’on rencontre suspendu à son fil d’acier le tube sondeur garni de ses poids. Un arrangement spécial permet de le faire manœuvrer. A côté de lui l’on a également disposé sur une ligne de chanvre, rattachée par une de ses extrémités au plafond, une bouteille à eau et un thermomètre à renversement. La bague de fonte, qui sert dans sa chute à abaisser les leviers de ces instruments, est en place. L’on peut apercevoir sur la vue d’ensemble que nous donnons de la salle d’exposition ces différents appareils ainsi installés. A côté d’eux sur une table l’on a déposé toute la série des thermomètres si divers dont on peut faire emploi pour prendre des températures à de grandes profondeurs, l’on y voit figurer ceux de MM. Negretti et Zambra,
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- celui de M. Maguaghi, celui de M. Alph. Milne-Edwards utilisé à bord du Talisman.
- Sur le grand mur de droite l’on a suspendu les appareils de pêche que l’on aperçoit en grande partie sur le dessin accompagnant cet article. Tout d’abord c’est la drague à sac en cuir, puis la drague à râteau, puis la drague ordinaire en filet de cordelettes de chanvre. Plus loin l’on trouve le grand chalut de trois mètres d’ouverture que l’on a envoyé jusqu’à trois mille six cents mètres, puis le petit chalut de deux mètres d’ouverture utilisé pour les explorations faites à une profondeur supérieure à celle que je viens d’indiquer. A ce dernier appareil est rattaché une assez longue portion du câble métallique dont on a fait usage cette année à bord du Talis-man. Afin de montrer sa merveilleuse souplesse on l’a noué en un énorme paquet.
- Sur le milieu du mur faisant face à la porte d’entrée l’on voit figurer une grande carte sur laquelle sont tracés les divers itinéraires suivis par Le Travailleur et Le Talisman. Une coupe placée au-dessous indique une portion du relief de la mec relevé durant la campagne de ce dernier bateau. L’on verra en l’examinant combien le nouveau tracé diffère de celui indiqué sur les cartes allemandes publiées récemment. Le reste du mur est couvert de dessins reproduisant, avec leurs couleurs naturelles, divers animaux très grossis recueillis durant les dragages. L’on peut ainsi se faire une idée beaucoup plus nette des caractères particuliers à des êtres dont la taille est le plus souvent fort réduite.
- Si maintenant l'on examine les échantillons renfermés dans les bocaux l’on voit, qu’ils sont disposés dans l’ordre suivant, d’abord les Poissons, puis successivement les Crustacés, les Mollusques, les Échi-nodermes, les Zoophites.
- La série des poissons commence à gauche en entrant et elle fait retour sur une assez grande partie du mur faisant face à celui où sont suspendus les dragues et les chaluts. L’on devra remarquer dans sa première portion diverses formes du plus haut intérêt. C’est là que sont placés YEuripharynx pele-canoïdes à bouche colossale, le Malacosteus niger portant des plaques phosphorescentes sous ses yeux, les Stomias à plaques phosphorescentes placées sur les côtés du corps, le Neostoma batyphillum ayant suspendu à son menton un organe tactile d’une longueur démesurée. Puis plus loin viennent le Macru-rus gigas renfermé dans un énorme bocal et pêché à 4167 mètres, le Macrurus globiceps dont je parlais dans mon dernier article, \eMelanocetus Johnsoni dont l’estomac est susceptible de renfermer une proie dont le volume peut être double et même triple de celui du corps de l’animal auquel il appartient, enfin le singulier poisson des sargasses qui dépose ses œufs dans un nid d’algues, YAntennarius marmoralus.
- A la suite des poissons viennent les Crustacés. D’abord ceux qui sont les plus élevés en organisation, les Braehyures. Ce sont des crabes nageurs dont
- l’extrémité des pattes est élargie en forme de palettes devant remplir l’office de rames. Je signalerai spécialement à l’attention le Neptnnus Sayi et le Nautilograpsus minutas vivant au milieu des Sargasses dont ils ont pris la couleur, puis les Bathy-nectes dont l’aire de distribution s’étend des mers du Nord à la Méditerranée, aux îles de Cap Vert et même aux Antilles. A côté d’eux l’on voit les Lispo-gnathus au corps léger, aux pattes épineuses, longues, frêles et délicates; les Scyrameihia aux cornes rostrales aiguës, à la carapace orné de gros tubercules arrondis.
- Les Crustacés intermédiaires aux Braehyures'et aux Macroures sont largement représentés. Je signalerai les Dicranodromia que nous avons pris sur les côtes du Maroc et que l’on n’avait rencontré jusqu’à présent qu’aux Antilles, l’Homole de Cuvier que l’on croyait spéciale à la Méditerranée et que nous avons découvert aux Canaries, aux Açores, sur la côte du Sahara, les Éthuses dont une espèce nouvelle YE-thusa alba a été prise à 5000 mètres de profondeur. Ensuite viennent les Lithodes, que l’on croyait spéciales aux mers du Nord et aux mers du Sud et que nous avons dragué à mille mètres sous les tropiques.
- La série des Pagures, de ces Crustacés appelés vulgairement Bernard l’Ermite, est très intéressante à étudier. Les animaux qui la composent sont très variés. Leur aire de distribution en profondeur est énorme, car on en verra qui viennent de cinq mille mètres et l’on remarquera que chez eux il existe une grande disproportion entre le volume de leur corps et celui du logement qu’ils occupent, les coquilles des grands fonds étant toujours petites.
- Les crustacés Macroures sont très nombreux. On s’arrêtera avec intérêt devant les Aristés, sorte d’énormes crevettes d’une couleur rouge splendide, aux antennes possédant cinq et six fois la longueur du corps. Les Nematocarcinus qui sont placés dans leur voisinage sont remarquables par leurs pattes démesurément longues, et les Benthesisymnus par leurs pattes de la quatrième et cinquième paire transformées en antennes. Sur une nouvelle espèce d’Àcanthephyra (Acanthephyra pellucida, Alph. M. Edw.) il existe des bandes phosphorescentes sur les pattes. En examinant cette série si variée d’animaux l’on restera frappé des couleurs rouges ou carminées intenses qu’ils possèdent, couleurs spécial^ aux Crustacés des grands fonds.
- Les Schyzopodes sont représentés par une espèce nouvelle de Gnatophosia de taille énorme. Je rappellerai que ces crustacés sont très intéressants à observer, car l’on soupçonne qu’ils possèdent des yeux sur leurs mâchoires.
- Dans un emplacement spécial l’on a groupé les crustacés des grandes profondeurs chez lesquels les organes de la vue ont disparu. Cette partie de l’exposition est une des plus remarquables. L’on y observe avec étonnement, les Pentacheles, les Poly-cheles, les Willmœsia, les Cymonomus, etc., dont les yeux sont détournés de leurs fonctions.
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- Les crustacés inférieurs sont représentés par de nombreux Amphipodes ou Isopodes auxquels font suite les Nymphons. Un des animaux de ce dernier groupe, d’une taille énorme, le Colossendeis titan, semblable à une immense araignée, a été pêché à 4000 mètres. Chez cet animal dont le corps est très réduit, l’estomac envoie des prolongements jusqu’aux extrémités des pattes.
- La série des Mollusques est disposée le long du mur faisant face à la porte d’entrée. Elle renferme une foule de formes nouvelles et elle comprend des espèces très remarquables par l’élégance de leurs formes; je citerai à ce dernier point de vue le Tro-chus gloria maris, le Zizyphinus triporcatus, le Murex leitcas. Plusieurs genres de mollusques connus à l’état fossile se retrouvent à l’exposition du Talisman et l’on considérera avec beaucoup d’intérêt les Terebratules, les Bhynconelles et une magnifique Mytilimeria.
- Les Echinodermes sont disposés à la suite des Mollusques et ils occupent presque tout le côté droit de l’exposition. On les aperçoit sur la figure que nous donnons et placés au-dessous des chaluts. Plusieurs espèces d’Holothurîes, dont une forme commune dans une portion du Pacifique constitue un aliment, le trepang, recherché des Chinois, méritent d’être examinées avec attention : d’abord les Onerophanta au corps recouvert de longs prolongements et ensuite les Psycropotes dont l’extrémité terminale du corps se développe sous la forme d’une énorme queue. Ces animaux ont été remontés de fonds variant entre quatre et cinq mille mètres. Puis viennent les Oursins dont une forme, celles des Calveria est remarquable en ce que le test protégeant l’animal est composé de plaques mobiles et non soudées entre elles, comme elles le sont sur les Oursins de nos côtes vulgairement appelés Hérissons de mer. A leur suite l’on voit une immense série d’Etoiles de Mer de tailles et de formes extrêmement variées. Tout d’abord ce sont des Brisingas aux longs bras inégaux, de nuance orangée, qui sont tellement lumineux qu’ils éclairent durant la nuit d’un brillant reflet tous les objets qui les avoisinent. Le nom de Brissinga a été emprunté à un bijou brillant de la déesse Freya. Les bras se détachent si facilement du disque auquel ils sont rattachés, que' jamais jusqu’à ce jour l’on n’avait pu ramener entier des grandes profondeurs auxquelles ils vivent, un seul de ces animaux. Les explorateurs du Talisman ont été plus heureux que leurs prédécesseurs et l’on peut admirer à l’exposition de la rue de Buffon de magnifiques échantillons intacts. Ala suite des Brisinga dont plusieurs espèces sont nouvelles, sont placés des Ophyures, des Ophyomusium, des Archaster, des Pteraster, également presque tous inconnus, La série des Echinodermes se termine par l’exposition d’une série d’une valeur inappréciable, comprenant ces animaux si rares, que l’on appelle des Pentacri-nes. Les Pentacrines dont on retrouve les traces au milieu de sédiments d’une très grande ancienneté
- constituant notre globe sont des sortes d’Etoiles de Mer supportées par une tige allongée. A côté des échantillons vivants, l’on a placé une plaque renfermant plusieurs de ces animaux pétrifiés.
- Après les Echinodermes viennent les Coraux dont quelques formes telles que celles présentées par les Lophohelia et les Amphihelia sont d’une élégance extrême.
- La dernière partie de l’exposition comprend les éponges, et c’est une de celles qui frappe le plus l’attention du public. Ces colonies d’animaux microscopiques ont été placés sur les gradins faisant suite à ceux occupés par les Coraux et puis, plus spécialement, sur deux grandes tables installées au milieu de la salle d’exposition. La première de ces tables fait face à la porte d’entrée et on la voit figurer sur notre dessin. Elle est couverte de ces éponges particulières aux grandes profondeurs, éponges dont la trame, le squelette, si je puis m’exprimer ainsi, supportant les animaux, est constitué par des spiculés de cette substance constituant la pierre à fusil que l’on nomme la silice. La trame des éponges servant à nos usages domestiques est d’une tout autre nature, elle est cornée, élastique, douce au toucher. Celle des éponges des grands fonds est au contraire résistante, cassante et les aiguilles qui la composent acérées à leur sommet pénètrent cruellement les doigts de ceux qui les touchent. L’on remarquera sur la première table des Holtenia, dont la plupart constituent des espèces nouvelles, qui ont la forme de nids d’oiseaux. De leur base, souvent de leurs portions latérales, se détache un long chevelu siliceux qui enfoncé dans la vase couvrant la partie du fond des mers où elles se rencontrent, les maintient fixées à la manière d’ancres. Plusieurs de ces Holtenia ont été lavées à grande eau pour les débarrasser de la vase qui les pénétrait, puis traitées par l’acide pour détruire les matières calcaires qu’elles pouvaient encore renfermer, enfin elles ont été plongées dans de l’eau de Javel afin de dissoudre leur matière organique. A la suite de. ces diverses préparations elles sont devenues d’un blanc éclatant. A côté des Holtenia figurent les Eu-plectelles dont le corps cylindrique et treillagé d’une manière charmante est enfoui également dans la boue. Leur ouverture supérieure, leur oseuleest soutenu par une ruche de spiculés d’une finesse excessive, qui se redressent, a-t-on pu dire, autour de lui, comme ja fraise de la reine Elisabeth. Les Hyalo-nema placées à côté plongent dans la vase une forte torsade de spiculés de la; grosseur d’une aiguille.
- Sur la seconde table, située à l’autre extrémité de l’exposition, > l’on, a , disposé d’autres éponges siliceuses. D’abord d’énormes Askonema, «constituées par un feutrage de spiculés siliceux, et ayant la forme d’énormes chapeaux, puis des Aphrocal-listes dont le tissu délicat rappelle nos dentelles.
- Sur les côtés du centre de la salle d’exposition i’on a placé deux vitnn es plates, l’une renfermant des coraux, l’autre une série très intéressante de
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- fonds de la mer pris jusqu’à six mille mètres. Tous ces fonds de la mer sont remplis d’animaux microscopiques, de Foraminifères, dont le nombre dépasse cent mille par centimètre cube de matière observée. Ce sont des infiniment petits qui bâtissent de puissantes couches calcaires, qui seront peut-être un jour émergées de l’Océan, comme l’ont été les couches de même nature qui nous entourent de toutes parts aujourd’hui. Toute une série de ces Foraminifères dont les espèces sont innombrables, a été disposé sur une table et l’on sera surpris en apprenant que les centaines de formes différentes que l’on observe là, proviennent d’un seul échantillon de fond. D’autres échantillons recueillis à de grandes profondeurs ont été placés dans un petit cabinet ouvrant sur le couloir qui mène à la salle d’exposition. On doit y remarquer des laves, que l’on a vu recouvrir au milieu de l’Océan tout le fond de la mer des sargasses, et des cailloux, striés par les glaces, qui témoignent de la grande extension prise par les glaciers durant la période glaciaire.
- H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
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- L’EX’PÉDITION MÉTÉOROLOGIQUE
- AUSTRO-HONGROISE A L’iLE JAN-MAYEN
- Il y a quelque temps, M. Charles Rabot annonçait ici-même1, le retour de la Mission scientifique austro-hongroise, établie à File Jan-Mayen sous le 71° de latitude nord, depuis le mois de juillet 1882. Le détail des observations rédigées conformément au programme de la Conférence polaire internationale ne tardera pas à être publié. En attendant ce travail définitif, M. Chavanne a écrit d’après les notes du chef de l’expédition, le lieutenant de vaisseau E. von Wohlgemuth, une intéressante brochure dont nous extrayons ce qui va suivre8.
- Jan-Mayen occupe, comme l’on sait, une situation très isolée dans le vaste bassin de l’Atlantique nord compris entre le Spitzberg, la Norwège, les Feroër, l’Islande et le Groenland. C’est une terre volcanique sortie des profondeurs de l’Océan à une époque relativement récente. Ses côtes assez régulières n’offrent aucun abri où un bâtiment de quelque importance puisse mouiller longtemps en pleine sécurité.
- Le débarquement du matériel de la Mission fut assez pénible et ne put s’effectuer qu’à l’aide d’embarcations tirant fort peu d’eau. Cependant, la seconde quinzaine de juillet suffit à installer sur le rivage nord-ouest, à 10 mètres 50 environ au-dessus du niveau de la mer, l’observatoire et le logement du personnel. Des constructions en bois, spacieuses et agencées avec soin avaient été apportées d’Au-
- 1 Voy. n* 540 du 6 octobre 1883, p. 289.
- * Jan Mayen und die ôsttrreichissche arktische Beobach-tungsstation. — Vienne, 1884.
- triche. On établit de plus à quelque distance, un magasin en pierre destiné à recevoir l’alcool et l’essenee de pétrole que l’on avait apportée en quantité notable pour satisfaire aux besoins de l’éclairage durant la longue nuit polaire.
- Dès le 1er août, les travaux scientifiques s’accomplirent avec une grande régularité. La plus haute température observée pendant la belle saison a été 9° en août; la plus basse — 50,6 en décembre. Le tableau suivant montre les températures moyennes ainsi que le minimum et le maximum de chaque mois. Dans la colonne de droite sont inscrites les moyennes mensuelles de la température de l’eau à la surface de la mer.
- MAXIM \ M1NIMA. MOYENNE 1 S o G. S a s Température t a de l’eau 1 a ft la surface 1 S de la mer. 1 v'
- Juillet 1882... 4- 8,7 — 0,7 4- 3,39 + 2,48
- Août + 9,0 — 1,25 4- 3,09 4- 2,76
- Septembre ... -f 7,8 — 4,8 + 1,89 4- 1,41
- Octobre + 8,7 — 5,1 + 2,14 4- 1,27
- Novembre.... 4- 5,0 —15,6 4- 1,94 + 0,41
- Décembre.... + 3,1 —30,6 — 9,63 — 1,27
- Janvier 1883.. + 2,8 —28,6 4- 7,29 — 1,67
- Février + 2,6 —19,1 4- 4,44 — 1,51
- Mars + 2,4 —22,4 4-10,33 — 1,70
- Avril 4- 4,3 —12,8 4- 2,73 — 1,44
- Mai 4- 3,2 —13,95 — 3,96 — 1,38
- Juin -F 7,1 — 2,3 4- 1,85 4- 0,27
- Au mois de mars, la fonte des glaces abaisse notablement la température de la mer. Elle fait également sentir son influence dans le sol à une certaine profondeur. La moyenne mensuelle la plus basse des températures observées à 1 mètre 56 sous terre, correspond en effet à la même période; elle est de — 2.
- La pression barométrique a fourni comme moyenne des douze mois 754 millim. 64 ; le minimum 722,81 a été observé en février; le maximum 782,04, en mars 1885.
- Relativement à l’état des glaces, il importe de rappeler que l’hiver de 1881-1882 fut très rigoureux. A la fin de mai, la limite de la banquise passait à 120 milles marins au sud-est de Jan-Mayen. Vers le 15 juillet seulement, les abords de l’île devinrent praticables pour les navires. Le 26, treize jours après le débarquement de l’expédition, la glace avait tout à fait disparu. Elle se reforma le 14 décembre ; à cette époque, le vent du nord poussait à la côte un nombre considérable de petits glaçons épais de 10 à 15 centimètres qui se soudaient les uns aux autres et garnissaient rapidement la surface de la mer. Toutefois la glace ne dut jamais s’étendre très loin au sud-est, car les courants atmosphériques qui soufflaient du large suivant cette direction amenaient un léger accroissement de température.
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- Au commencement de mars, se manifestèrent les premiers indices de la débâcle. Elle était complète le 13 juin, cinq semaines environ plus tôt que l’année précédente.
- Les aurores boréales furent aussi remarquables par l’intensité que par le nombre. Depuis le 5 septembre 1882, date de leur première apparition, jusqu’au 14 avril 1883, époque où elles cessèrent de se montrer, on put les observer 124 fois. L’épaisseur des nuages et les tourmentes de neige voilèrent fréquemment le phénomène qui ne fut aperçu à maintes reprises que durant quelques minutes. Toutefois, plusieurs aurores boréales illuminèrent le ciel pendant 16 et blême 17 heures consécutives. On les vit briller en somme durant 634 heures. Ces observations, sont complétées par des notes prises avec grand soin sur la forme, l’intensité lumineuse et la spectroscopie des aurores boréales. Leurs rapports avec les variations de l’aiguille aimantée fourniront également des résultats curieux sur lesquels nous ne pouvons nous appesantir ici.
- Il en est de même des études relatives à la direction et à la violence du vent, qui pour acquérir toute leur valeur doivent être rapprochées des résultats obtenus simultanément en Norwège et au Spitzberg.
- En 12 mois, les savants autrichiens comptèrent 600 heures de pluie et 1050 heures deneige. Le brouillard figure au même relevé avec le chiffre considérable de 3468 heures ; c’est, de beaucoup, l’accident atmosphérique le plus fréquent à. Jan-Mayen. Il interrompit les meilleures journées de la belle saison et s’opposa bien souvent aux excursions maritimes dans les parages immédiats de l’île. Ainsi, durant le mois d’août 1882, il n’y eut pas moins de 536 heures de brume.
- Malgré ces conditions défavorables, la Mission accomplit avec succès divers travaux intéressants sur la géographie et l’histoire naturelle. La flore est extrêmement maigre et les animaux terrestres sont faiblement représentés par le renard polaire et quelques oiseaux. Il n’en est pas de même pour la faune marine. De nombreux dragages, exécutés jusqu’à la profondeur de 300 mètres, ont fourni une remarquable collection d’invertébrés où les zoologistes trouveront sans aucun doute des formes nouvelles.
- Pendant tout l’hivernage, l’état sanitaire fut excellent. Le personnel de l’expédition, composé de six savants et de sept matelots n’offrit à aucun moment le moindre symptôme de scorbut. Ce résultat satisfaisant doit être attribué à la bonne organisation du 'travail et à un exercice régulièrement pris autant qu’à la stricte observance des règles de l’hygiène.
- Nous ne saurions toutefois terminer cette notice sans dire quelle part considérable i-evient au comte Wilezek dans le succès définitif. Ce généreux et ardent promoteur des explorations circumpolaires avait largement pourvu aux besoins scientifiques de
- l’observatoire de Jan-Mayen. Une réelle sollicitude pour les membres de la Mission doubla sa munificence ; il assura donc à ceux-ci un logement confortable et une nourriture abondante, rendant ainsi moins dangereux et moins rude, l’exil prolongé de ses vaillants compatriotes. Jules de Guerne.
- SUIF VÉGÉTAL DE SINGAPORE
- D’après les essais de M. Fielding, cette matière grasse, blanche, solide et cassante à la température ordinaire, se ramollit quand on la pétrit entre les doigts; maintenue à 18°,5 C, elle reste solide: entre 27 et 40° C. elle a la consistance de la pâte 'a pain, elle fond à 46%6 C. et reste en fusion jusqu’à 44°,4. Elle se dissout dans son poids d’éther froid ; elle est peu soluble à froid dans l’éther acétique et dans l’acétone, très soluble dans ces liquides à une température élevée : elle s’en sépare en grande partie pendant leur refroidissement ; elle se dissout dans la moitié de son poids de chloroforme, et dans le tiers de son poids de ce liquide si l’on opère à chaud. Le sulfure de carbone la dissout très aisément à froid ou à chaud. Elle se dissout dans quatre fois son poids de benzol. Très soluble à froid dans l’essence de térébenthine, elle s’y dissout, à chaud, en toutes proportions. Elle est soluble dans 30 parties d’alcool froid, dans 20 parties d’alcool chaud, dans 25 parties d’alcool isopro-pylique froid, dans 4 parties de cet alcool bouillant. Dans l’Inde on connaît cette matière sous le nom de Minyak-tangkawand ou Minyak-sangkawang ; on l’obtient des semences d’une ou plusieurs espèces d’arbres du genre Hopea, que l’on trouve dans les parties sud et est de Bornéo. Les Dyaks nomment ce suif kakawang et donnent à l’arbre qui le produit le nom de Upu kakaivang. Cet arbre est un des géants des forets. Le Hopea splendida ou Tangkawang Tonggul est désigné sous le nom de Dammar-tangkawang.
- Pour obtenir cette matière grasse, on récolte le fruit quand il tombe de l’arbre ; on le fait germer dans un endroit un peu humide, puis on le dessèche au soleil pour le rendre friable. Cela fait, on enlève l’écorce des fruits ; on met ceux-ci dans un panier de rotang ou de ’ bambou au-dessus de l’eau bouillante. Quand ces fruits sont bien pénétrés par la vapeur ils deviennent mous et en pâte; on les exprime et on coule dans des bambous, d’où la forme cylindrique du produit commercial. Ce produit est aussi préparé à Java et à Sumatra. On s’en sert pour graisser les machines : il est supérieur à l’huile d’olives pour cet emploi. À Manille, on en fait des chandelles. Il fournit de la glycérine et environ 95 pour 100 d’acides gras saponifiables *. Holmes.
- LA HOUILLE ORGANISÉE
- « Nous avons changé tout cela », s’écrie triomphalement Sganarelle. Les géologues qui avaient jusqu’ici à l’égard de la houille leur opinion bien arrêtée ont de même changé tout cela.
- C’était en effet comme un article de foi scienti-
- 1 Pharmaceutical journal et Journal de Pharmacie.
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- fique, dans ces derniers temps encore, que l’impossibilité de rencontrer un fossile végétal dans la houille elle-même : celle-ci, produit d’une fermentation particulière du tissu des plantes, présentait nécessairement la plus parfaite homogénéité de structure. Et, de fait, lorsqu’on réduit en lames minces et transparentes des fragments de houille pris au hasard, on ne distingue généralement dans les préparations, aucune trace d’organisation végétale ; parfois seulement quelques débris de traehéides rayées ou ponctuées, quelques groupes peu importants de cellules diverses, apparaissent au milieu du charbon devenu jaune brun en laissant tamiser la lumière.
- Or, depuis les études approfondies et toutes récentes de M. Renault, aide-naturaliste au Muséum les traces d’organismes végétaux sont devenues si évidentes qu’on a pu en faire au microscope les dessins que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs.
- On sait qu’il y a presque dans toutes les houilles, des zones lenticulaires brillantes, alternant avec des zones lenticulaires plus ou moins ternes. Les lentilles brillantes, qui sont ordinairement les plus pures et les plus friables, ont une épaisseur variable qui peut atteindre plusieurs centimètres. Parmi ces lentilles brillantes, quelques - unes présentent des traces très nettes d’organisation, facilement visibles à l’œil nu.
- Suivant la remarque de M. Fayol, directeur des mines de Coinmentry, ce qui les rend intéressantes, c’est : 1° que l’on peut facilement déterminer le végétal dont elles proviennent; 2° que l’observation au microscope permet de découvrir dans ces lentilles tous les éléments anatomiques, cellules, fibres, trachées, etc., qu’il fallait chercher jusqu’à présent dans de rares échantillons silicifiés
- ou carbonatés; 3° qu’il découle de la présence et de l’abondance de ces lentilles organisées, dans la houille, des conséquences très importantes, au point de vue du mode de formation des terrains houillers.
- « On peut constater, ajoute M. Renault, des bancs d’une notable épaisseur, dont chaque feuillet montre à sa surface des empreintes de feuilles
- diverses, des cicatrices de troncs de sigillaires, de lépi-dodendrons, etc. » Déjà, en 1880, dans son Cours (le botanique fossile, l’éminent botaniste avait signalé la structure conservée de cerlains fragments de jayet, trouvés dans les schistes de Polroy, près Autun et celle de feuilles de cordaïtes de Saint-Étienne, et fait remarquer que l’épaisseur d’une feuille de cordai te transformée en houille est en moyenne de 0mm,07, tandis que celle de la même feuille silicifiée varie de 0,nm,5 à 0mm,7. Depuis lors, il a remarqué le fait important qui découle de la comparaison des organes élémentaires des tissus, suivant qu’ils sont transformés en houille, ou qu’ils sont conservés par la silice ou le carbonate de fer, c’est celui de la diminution sur toutes leurs dimensions des éléments houillifiés.
- M. Renault a constaté qu’à l’état silicifié les dimensions des traehéides sont sur une coupe transversale, d’environ 0,045 de mi llimètrc dans le sens du rayon, et 0,04 dans un sens tan-gentiel à la tige. La distance des raies sur les parois des traehéides est de 0,0085 de millimètre. Les cellules des rayons médullaires ont en hauteur 0,14, en largeur 0,045 et en épaisseur 0,03 de millimètre.
- A l’état houillifié la plus grande largeur des tra-chéides est de 0mm,025 et leur épaisseur 0miu,012 ; on sait que les traehéides houillifiées ont leurs parois en contact et que le vide intérieur a disparu
- Fig. 1. — Calamodendrée houillère (Artkropitus gigas). Grossissement de 150/1. — 1 et t. Coupes longitudinales et transversales d’un échantillon houillifié. — 3 et 4. Coupes longitudinales et transversales d’un échantillon silicilié.
- Fig. 2. — Tronc d'Artkropitus houillifié (3/4 de grandeur naturelle). e. Portion extérieure en houille brillante à structure conservée. — i. Moule intérieur
- argileux.
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- sous la double influence de la diminution de volume des parois et de la compression extérieure.
- La distance des raies est de 0mm,004 à 0mm,005.
- Les cellules des rayons médullaires présentent en moyenne les dimensions suivantes : hauteur 0mm,06, largeur 0inm,025, épaisseur 0mm,01.
- D’après ces données la diminution de volume que les éléments organiques (formés spécialement de cellulose ou d’un isomère) ont Subi pour se changer en houille est de 11/12 environ.
- L ’ Arthropitus gigas (fig. 1) a fourni à M. Renault les résultats suivants :
- Les trachéides silicifiées mesurent dans le sens radial Üm“,053, dans le sens tangentiel 0mm,04. La distance desponc tuatiom est de ünim,014. Les trachéides houilii-liées offrent dans la même espèce les di m élisions correspondantes 0mm,008,
- 0‘am,026. La distance des ponctuations est de ümm,008. La contraction des éléments est donc de 16/17 environ dans Y Arthropitus gigas.
- Cette contraction de la matière est due, pensons-nous à une transformation extrêmement lente opérée dans des conditions spéciales et indiquée encore aujourd’hui dans les houillères par les dégagements d’acide carbonique, d’hydrogène protocarboné, etc., etc.
- En tous cas, il y a loin, comme on voit, de ces mesures aux calculs d’Élie de Beaumont qui supposait qu’une couche de bois sans interstices, changée en houille, sans perte de carbone, diminuerait d’épaisseur dans le rapport de 1 à 0,2288. En tenant compte de la quantité de matière ligneuse contenue dans un hectare de taillis de vingt-cinq ans, il calculait que cette matière ligneuse formerait, sur toute la surface de l’hectare, une couche continue et sans interstice de 0™,008486 d’épaisseur ; transformée en houille d’après les évaluations précédentes, cette couche de bois reviendrait à une couche de
- houille de 0m,008486X0m,2288== 0m,001955 ou environ 2 millimètres d’épaisseur.
- Nouvel exemple du danger d’appliquer les mathématiques aux questions d’histoire naturelle.
- Nous devons à M. Renault la description de la structure des calomodendrées dont nous donnons la coupe (fig. 2). C’est un tronc à'Arthropitus gigas,
- bien défini parles empreintes des moules interne et externe, et qui se compose d’une partie extérieure en houille brillante à structure conservée et d’un moule interne argileux : l’écorce a disparu. Ce tronc provient du terrain houiller de Commentry.
- Que l’on supprime le moule interne et l’on arrive à la figure 3. Les figures 4 et 5 représentent des fragments de troncs de fougères.
- Parmi les nombreux troncs de fougères recueillis à Commentry, et dont les caractères extérieurs rendent la détermination facile, il en est dont les racines ad-ventives présentent tous les passages possibles depuis la pétrification complète sans trace de houille, jusqu’à la houillification parfaite, sans trace de matière terreuse. La figure 5 est une coupe de l’un de ces troncs où l’on voit le faisceau
- des racines ad-ventives entourant un moule argileux. Les racines se présentent sous forme de tubes de houille qui sont serrés les uns contre les autres, et renferment un petit cylindre terreux.
- Nous sommes d’accord avec M. Renault quand il dit que l’analyse chimique d’une houille provenant uniquement du système ligneux, de Cordaïtes, et à’Arthropitus dans lequel on ne rencontre aucun organe sécréteur, de celle produite par la partie subéreuse de l’écorce des Sigillaires et des Lépi-dodendrons, ou bien encore de celle qui résulte de l’agglomération des racines serrées les unes contre les autres de Psaronius, ne peut manquer d’offrir un grand intérêt si elle montre que la composition
- Fig. 3. — Tronc A'Arthropitus analogue au précédent, mais ne contenant pas de noyau argileux (3/4 de grandeur naturelle).
- Fig. 4. — Tige de fougère houillitiée (2/3 de grandeur naturelle).
- Fig. 5. — Fougères houillifiées laissant voir les bandes vasculaires caractéristiques (3/4 de grandeur naturelle,).
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- de la houille est liée à celle des éléments qui l’ont produite. »
- Par leurs études, les auteurs sont amenés à conclure : 1° que dans beaucoup de cas la houille ne peut provenir que de la transformation sur place des éléments qui constituent les végétaux ; 2° que le bois, aussi bien que l’écorce, a contribué à la formation de la houille; 5° qu’en se houilliliant les éléments organiques, cellules, trachéides, ont diminué de grandeur, sur toutes leurs dimensions, dans un rapport que l’on peut déterminer.
- Stanislas Meunier.
- NÉCROLOGIE
- Oswald lleer. — Le 26 septembre 1885 est décédé à Lausanne M. Oswald Heer, professeur au Polytechnicum et à l’Université de Zurich. L’illustre naturaliste était né à Glaris en 1809; son père était médecin. Il étudia d’abord la théologie et fut reçu ministre protestant; il se décida peu de temps après à faire des études de médecine et se voua définitivement aux sciences naturelles. En 1832 il vint habiter Zurich qu’il ne quitta plus; en 1857 il fut appelé à la chaire de botanique et de paléontologie végétale à l’Université et au Polytechnicum. C’est M. Os. Heer qui créa le Jardin botanique de Zurich dont il eut longtemps la direction ; en outre il a siégé pendant vingt années dans le Grand Conseil et en 1859 la ville décerna à l’éminent professeur la bourgeoisie d’honneur. Ce savant aussi aimable que distingué se fit une réputation européenne par l’étude de la flore fossile de la Suisse et des contrées polaires; il résuma ses travaux dans ses ouvrages intitulés ; Le Monde primitif de la Suisse, la Flore tertiaire de la Suisse et la Flore tertiaire du Groenland. A son activité infatigable, à ses vastes connaissances, Os. Heer joignait un grand amour de la nature. Au mois d août M. Heer assistait encore à la réunion annuelle de la Société helvétique des sciences naturelles où il présenta un travail remarquable sur la flore nivale de la Suisse, et un complément de son étude de la flore tertiaire du Groenland. g.
- CHRONIQUE
- Hommage à M. Pasteur. — La Société nationale d Encouragement à 1 agriculture a donné la semaine dernière un banquet en l’honneur de M. Pasteur. Une coupe d honneur a été offerte au célèbre savant. Le banquet était présidé par M. Récipon, député, qui avait M. Pasteur à sa gauche, M. Cochery, ministre des Postes et des Télégraphes, à sa droite, et M. Meline, ministre de l’Agriculture, en face de lui. Au dessert M. Récipon et M. Méline ont sucessivement fait l’éloge des travaux de l’illustre savant « qui est pour l’agriculture un véritable bienfaiteur. » M. Pasteur s’est levé au milieu des applaudissements et a prononcé une allocution qui a vivement intéressé l’auditoire : « Je ne suis pas insensible à l’éloge, a dit M. Pasteur, mais l’éloge me gêne toujours parce qu’il correspond aux efforts d’hier et que le propre de la vraie science est de ne s’arrêter jamais aux choses acquises. La science ne doit pas regarder en arrière. Elle doit regarder en avant pour de nouvelles conquêtes. U reste toujours tant de chemin à parcourir. Seul, ou avec l’aide de mes
- collaborateurs, — je le dis sans fausse modestie, — j'ai fait si peu de chose ! que de fléaux à conjurer ! la péripneumonie, la fièvre aphteuse, la clavelée et tant d’autres ; mais ayez confiance : de nouvelles méthodes sont créées et les méthodes sont l’ame de la science. » M. Pasteur a parlé des heureux effets de l’alliance entre la science et la pratique, et il a porté un toast à la fécondité et à la sécurité de l’avenir.
- Coups de foudres observés en France pendant le premier semestre 1883. — La Conférence internationale des unités électriques, réunie à Paris en octobre 1882, a exprimé le vœu qu’un système d’observation des effets produits par la foudre fût organisé dans les divers pays, et que l’on précisât la nature des éléments qui devraient être pris en considération dans l’étude des cas signalés, Suivant ces indications, il a été établi, par les soins des membres français de la Conférence, un modèle de questionnaire qui a été distribué, sur tous les points du territoire français, aux agents du Ministère des Postes et des Télégraphes, ainsi qu’à ceux des autres Départements ministériels et des Compagnies des chemins de fer qui ont bien voulu donner leur concours. M. le Ministre des Postes et des Télégraphes a communiqué, à 1 Académie des Sciences, le très curieux résumé des observations faites pendant le premier semestre de 1885. Nous donnerons ici quelques-uns des faits qui nous paraissent offrir un intérêt général. Le 9 janvier 1885, la foudre est tombée à Dienné (Vienne); un homme a été atteint. H tenait ouvert un parapluie dont les baleines métalliques ont divisé la décharge. Quatre coups de foudre ont été signalés en mars, plusieurs en avril et en mai. Dans le courant de juin, il n’y a pas eu moins de 50 coups de foudre signalés sur différents points de la trance. Pendant la durée du 1er semestre 1885, le nombre des hommes tués par la foudre dans notre pays seulement s’est élevé à 9; le nombre des personnes atteintes a dépassé 50. — 11 y a eu dans le même espace de temps plus de 60 animaux tués par la foudre, chevaux, vaches, moutons et chiens. Le 50 juin 1885 à llondaux (Haute-Savoie), 40 moutons ont été instantanément frappés de mort par un coup de foudre.
- Lumière zodiacale. — Les 15 et 17 février, la lumière zodiacale se dessinait nettement dans le ciel de l’occident. La lueur formait un vaste fuseau sphérique, large de 50° à sa base près l’horizon, longeant les Poissons, le Rélier et s’avançant jusqu’au milieu du Taureau. Les Pléiades, lesHyades et Saturne brillaient à l’extrémité de la lumière zodiacale, dont l’éclat dépassait d’une façon très sensible l’éclat de la Voie lactée. Le phénomène a été visible depuis six heures et demie du soir jusqu’à près de neuf heures. Bien qu’il y eut quelques nuages légers dans les parties basses du ciel, les lueurs crépusculaires n’étaient pas observables. La lumière zodiacale va devenir de plus eu plus remarquable et atteindra son maximum d’intensité vers l’équinoxe du printemps.
- Le Ballon captif de \iee. —JM. Eugène Godard représentant d’une Société qui s’est formée à l’occasion de l’Exposition de Nice, a construit dans cette ville un aérostat captif qui fonctionne avec un succès complet. Ge ballon est établi sur le principe de ceux qui ont été créés par M. Henri Giffard, mais^il est de dimensions moindres, et il est gonflé de gaz de l’éclairage. 11 cube 4000 mètres et peut enlever 8 ou 10 voyageurs à 200 mètres environ d’altitude. L’inauguration de cet aérostat a eu lieu le 22 janvier dernier, en présence d’une affluence de spec-
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- tateurs considérable. Lors du début de la tempête du 28 janvier le ballon a été subitement dégonflé, afin qu’il ne puisse pas être éventré par les rafales. Nous apprenons avec plaisir que le matériel est entièrement remis en état, et que les ascensions s’exécutent dans d’excellentes conditions. Le dimanche 10 février, par un temps magnifique, dix ascensions ont eu lieu successivement, avec huit voyageurs à chaque voyage. La nacelle du ballon captif de Nice est circulaire comme celle de l’aérostat de la cour des Tuileries en 1878. Une machine à vapeur fait fonctionner le treuil autour duquel le câble s’enroule et se déroule pour la descente et pour la montée.
- Le téléphone deM. «l’Argy. — M. d’Àrgy après avoir construit un dispositif ingénieux de parleur microphonique, vient d’imaginer un petit organe d’une sensibilité esquise dont il nous a envoyé un spécimen. L’appareil qui tiendrait presque dans le creux de la main et qui ne pèse que quelques grammes, est formé d’un petit bout de tube de caoutchouc, dans lequel est collé un dé de charbon qui peut avoir moins d’un centimètre. Un deuxième dé de la même dimension s’applique dessus fortement. Entre les deux surfaces, se trouve pressée la couche de coke, de mine de crayon, de charbon, etc. Cet organe électrique forme donc un cylindre dont quelques échantillons ne dépassent pas 17 millimètres de long. « Quand cet organe est bien fait, que le tour de main délicat nécessaire a réussi, le cylindre parlant, dit La Lumière électrique, peut être jeté à terre, puis collé à une table, à un mur, dans une armoire, dans un coffret, etc. ; il transmettra, comme avant, la parole avec une clarté surprenante. » Dans la pratique, M. d’Argy loge son appareil dans une petite boite en forme de losange. La planche antérieure (sapin, noyer, ébonite, etc.), peut avoir 3 millimètres et plus. Enfin, pour éviter trop de sonorité, souvent le losange est rempli de ouate. On n’emploie la bobine d’induction que pour les longues distances.
- Pluie de crapauds tkfl’aïti. — Un de nos correspondants nous adresse la communication suivante qu’il a reçue des Antilles: « Le 6 décembre 1883, il est tombé dans la plaine de Miragoane une pluie de crapauds, ce qui a beaucoup effrayé les habitants ; ce pays se trouvant justement en proie à une guerre civile, les habitants ont vu dans cette pluie une manifestation de la colère divine. Plusieurs personnes m’ont affirmé avoir vu les crapauds tomber du ciel, je ne suis arrivé sur les lieux qu’après la pluie. Seulement j’ai constaté que sur une grande étendue, le sol était couvert d’une quantité incommensurable de tout petits crapauds parmi lesquels j’ai distingué le crapaud ordinaire, le crapand des roseaux (B. calamita) et le crapaud dit sonneur (B. pluvialis). » Les pluies de grenouilles et de crapauds ont été souvent signalées. Si l’on regarde le phénomène comme démontré une seule interprétation est admissible, c’est qu’une trombe a enlevé ces animaux et les a transportés à une distance plus ou moins considérable de leur point d’origine.
- IJn bateau électrique pour la chasse aux canards. — On vient de construire à Glasgow un petit bateau que l’électricité met en mouvement par l’intermédiaire d’une pile et d’un moteur électrique Clark. Commandé par M. John-Mackie, d’Auchencairn, il doit servir à la chasse aux canirds sauvages. Un premier essai, exécuté au commencement de janvier à Auchen-cairn, a donné des résultats très satisfaisants ; la vi tesse peut atteindre quatre nœuds à l’heure et la machine
- est assez silencieuse ponr ne pas effrayer le gibier. Aussi la journée a-t-elle été remarquable au point de vue cynégétique. — L’embarcation a 7 mètres de longueur sur îm,40 de large; son tirant d’eau est de 25 cent. L’hélice atteint une vitesse de 500 tours à la minute, si on emploie deux batteries électriques Clark; avec une seule batterie, la vitesse est encore de trois nœuds à l’heure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 février 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Séance levée aussitôt qu’ouverte à cause du nouveau deuil qui frappe l’Académie d’une manière si imprévue. M. Th. du Moncel, membre libre, est mort subitement samedi soir et ne sera inhumé que demain. L’Académie a décidé qu’en signe de deuil la séance serait levée immédiatement après le dépouillement de la correspondance.
- U Année scientifique. — M. Louis Figuier adresse le 27e volume de son Année scientifique et industrielle : débutant par un frontispice qui représente l’Eruption du Kra-katoa, ce nouvel ouvrage comme ses aînés offre au lecteur un résumé des principales questions scientifiques étudiées en 1883.
- L'astronomie fournit l’éclipse solaire du 6 mai ; la grande comète Cruls, etc.; la météorologie, des cyclones, des expériences sur les aurores boréales, etc.; la physique, la liquéfaction de l’oxygène et de l’azote; la télégraphie optique, etc. ; la mécanique, le transport électrique de l’énergie, l’aérostat dirigeable, etc. ; la chimie, le mécanisme de la prise du plâtre, la fermentation panaire ; l’art de construction, le canal de Panama, le tunnel de la Manche, la mer intérieure d’Afrique ; les voyages scientifiques, l’expédition du Talisman, l’exploration du Groenland par M. Nordenskiôld ; l'histoire naturelle, les tremblements de terreet les éruptions volcaniques, la théorie de la formation delà houille, etc.;Yhygiènepublique, l’assainissement de Paris, la crémation; la médecine et la physiologie, le choléra en Egypte, la fièvre typhoïde à Paris, la rage, la métallothérapie, etc, ; Yagricidture, la culture de la vigne, la maladie des pommes de terre; les arts industriels, le papier comprimé, les briques en liège, les câbles sous-marins, un fusil électrique, etc. ; les expositions, celles d’Amsterdam, de Aienne, de Zurich, de Londres, de Chicago, etc. — exemples pris entre un nombre énorme pour montrer la variété des sujets traités. Une trop longue notice nécrologique nous fait passer en revue des personnalités scientifiques et industrielles mortes dans l’année et donne sur chacune d’elles des détails intéressants.
- Botanique. — Je reçois de M. le Dr Antonin Bossu un charmant Manuel de botanique où l’étude des plantes médicinales est facilitée par l’intercalation dans le texte de plus de mille figures admirables d’exactitude. « J’ai écrit cet ouvrage, dit l’auteur, sans autre ambition que celle de développer le gojùt de l’étude des végétaux. Puisse-t-il réussir ! » — Nous pouvons à cet égard nous porter garant du succès. Mais M. le Dr Bossu ajoute : « Si mon espoir se réalise, je m’applaudirai d’avoir ainsi terminé ma longue carrière de pionnier vulgarisateur, heureux en même temps de transmettre à mes nombreux lecteurs, ceux d’il y a quarante ans, comme ceux d’au-
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- LA NATURE.
- jourd’hui, l’expression de ma gratitude et de mes adieux. » Ici on nous permettra de protester : nous n’acceptons pas ces adieux-là et nous comptons sur de nouvelles œuvres du savant et laborieux auteur.
- Géologie. — Chargé à titre temporaire d’un cours de droit à l’Université de Berne, M. Gustave Regclsperger, avocat français et docteur en droit, a employé ses loisirs à des recherches de géologie. Ce n’était d’ailleurs pas son coup d’essai et l’auteur nous est connu depuis longtemps par des travaux du même genre. Aujourd’hui il traite d’une part de la géologie des environs de Berne et d’autre part de l’action de la foudre sur les roches des hauts sommets. 11 cite b cet égard plusieurs localités nouvelles où il a découvert des stratifications semblables à celles jadis signalées par de Saussure.
- En même temps je reçois de M. Regelsperger une liste fort intéressante des mollusques terrestres et d’eau douce qu’il a recueillis aux environs de Berne et d’Interlaken.
- Recherches sur les podurelles. — Nous ne pouvons que mentionner les très importantes recherches de M. le Dr Victor Lemoine (de Reims) sur le développement des podurelles. Ce beau travail est accompagné de trois grandes planches où l’auteur a défini avec son talent accoutumé toutes les phases du développement de ces intéressants thysanoures.
- Varia. — M. Berthelot s’occupe du déplacement réciproque de l’acide fluorhydrique et d’autres acides. — Un savant de Bohême, M. Jegger, émet cette idée dont le moindre défaut est de manquer absolument d’originalité, que les taches so'aires ont leur conlre-coup dans une foule de phénomènes terrestres à commencer par les tremblements de terre et les éruptions volcaniques. — D’après M. Rayet, la longitude de l’Observatoire de Bordeaux est égale à ll'*26",444 avec une erreur probable de 0",08.
- Stanislas Meunier.
- Médaille offerte à M. Charcot par la Société anatomique. — Face el revers.
- LA MEDAILLE DE M. CHARCOT
- Nous reproduisons ci-dessus la médaille qui a été récemment offerte à M. Charcot par la Société anatomique.
- Cette Société, comme le savent la plupart de nos lecteurs, s’occupe spécialement d’études ana-tomo - pathologiques ; elle compte parmi ses membres titulaires un grand nombre de professeurs à la Faculté de médecine et de médecins des hôpitaux, MM. Cornil, Yerneuil, Bouchard, Brouardel, Grancher, Strauss, etc., etc. — Après une présidence de dix ans, M. Charcot, nommé professeur de clinique des maladies nerveuses, a donné sa démission en faveur de M. Cornil qui lui succédait à la chaire d’Anatomie pathologique; la Société a voulu témoigner à M. Charcot sa reconnaissance pour les services qu’il lui a rendus pendant dix années consécutives.
- La médaille a été remise à M. Charcot dans la
- séance du 21 décembre 1883; la cérémonie a été en quelque sorte tout intime, et pouvait se comparer comme à une fête de famille.
- M. Charcot, en sa qualité de président honoraire, a pris place à la droitedu président de la séance M. Cornil.
- Après avoir été salué par ce dernier au nomdeia Société dont les nombreux membres étaient venus s’associer à l’hommage rendu au maître, il a répondu par une allocution chaleureuse qui a été accueillie par des applaudissements unanimes.
- La médaille de M. Charcot est en or, elle a 01U,076 de diamètre, son exécution est remarquable. Cette œuvre d’art est due à un jeune graveur très distingué, M. Frédéric Yernon, 2e grand prix de Rome en 1881.
- Dr. Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissahmer.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, Paris.
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- N'561. — 1er MARS 1884.
- LA NATURE.
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- LE NOUVEAU
- POSTE CENTRAL DES TÉLÉGRAPHES
- A PARIS
- On ne peut mieux donner une idée du développement de la télégraphie qu’en faisant l’historique sommaire des agrandissements qu’a nécessités dans un espace de trente ans le poste central de Paris.
- En 1852, le bureau de la rue de Grenelle, alors seule station télégraphique de Paris, occupait une surface de 20 mètres carrés à peine, et comprenait 4 ou 5 appareils du modèle dit français. Quatre
- ou cinq ans après, on agrandissait cet emplacement de manière à lui donner une superficie de 200 mètres carrés environ, qui paraissait répondre d’une manière suffisante aux besoins présents et à venir; 60 ou 70 appareils Morse ou à cadran, les seuls alors en usage, y furent mis en service. Ces prévisions furent bientôt dépassées, et en 1861 on se trouva dans l’obligation de transférer le poste central dans les bâtiments en façade sur la rue de Grenelle. Cinq salles contiguës mesurant ensemble 250 mètres carrés environ furent tout d’abord affectées aux appareils; d’autres vinrent s’y ajouter progressivement et suivant les besoins qui ne ces-
- La salle des piles au bureau central des Télégraphes à Paris.
- saient de s’accroître, de telle sorte qu’en 1877, le nombre des salles que l’on avait dû mettre à la disposition du service s’élevait à vingt.
- Malgré ces accroissements progressifs, la surface disponible ne tarda pas à manquer encore; cependant il n’était plus possible d’accroître le service dans les bâtiments, qui s’y trouvaient consacrés. On se trouva dans l’obligation de construire un pavillon annexe dans lequel on aménagea une salle d’une superficie considérable de 260 mètres carrés. Cette salle, réservée au poste central, fut consacrée aux appareils des systèmes Hughes et Baudot.
- Trois ans plus tard, en 1880, les locaux affectés aux appareils télégraphiques ne comprenaient pas moins de vingt-deux salles d’une superficie totale de 1104 mètres carrés. Les appareils montés com-tî* iniéc. — t'r uaeilre.
- prenaient 105 Morse, 9o Hughes, 2 Baudot, 7 Wheatstone et 1 Meyer quadruple. 11 faut ajouter à ces chiffres un emplacement à part destiné au service officiel, et qui comprenait vingt appareils Morse.
- Tous ces appareils étaient en service, et leur nombre, si considérable qu’il fût, se trouvait encore insuffisant. Il ne restait plus aucune place pour en installer de nouveaux. En outre, l’organisation générale se trouvait défectueuse, en raison de la multiplicité des salles, placées à la suite les unes des autres, et quelquefois même à des étages différents ; la surveillance et l’exploitation en souffraient également.
- Ces motifs d’ordre divers déterminèrent M. le Ministre des Postes et des Télégraphes à créer un bâ-
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- LA NATURE.
- timent entièrement neuf, faisant suite au pavillon élevé en 1877.
- Les travaux, dirigés par M. Rigault, architecte du Ministère des Beaux-Arts, furent commencés en mai 1880; ils sont aujourd’hui entièrement terminés. La construction comprend un sous-sol, un rez-de- | chaussée, un entresol et deux étages. Le poste central ! en occupe le sous-sol, l’entresol et le premier étage.
- Les piles sont toutes installées dans le sous-sol. La surface qui leur est réservée mesure 400 mètres carrés. 8000 éléments Callaud y sont montés. Tous les lils qui puisent à cette vaste source électrique aboutissent à deux grandes rosaces commutateurs; on aperçoit l’une d’elles sur la gauche de notre gravure. Chaque rosace est armée de 240 bornes à contre-écrou ; la première d’entre elles est reliée à la salle de l’entresol, tandis que la seconde est en relation avec le premier étage.
- Le nombre des fils de pile susceptible d’être utilisés pour le poste central est de 480, et leur développement total de 19 280 mètres de cable à un conducteur, et de 2270 mètres de câble sous guipure à sept fils. ,
- A la suite des piles sont installées, sur un emplacement spécial d’une surface de 200 mètres carrés, trois machines à vapeur, dont deux de 50 chevaux chacune, et la troisième de la force de 60 chevaux, ne devant fonctionner qu’en cas de réparation de l’une ou des deux autres.
- L’une des machines de 50 chevaux actionne suivant les besoins une ou plusieurs pompes qui projettent dans des conduites en fonte et cuivre, l’eau nécessaire pour faire fonctionner de 450 à 200 turbines Humblot1.
- Ces turbines absorbent une for.Æ que l’on peut évaluer de 9 à 15 chevaux.
- La seconde machine, de même force, est réservée à la production de la lumière électrique2.
- — A suivre. — E. CaEL.
- —. <s j—
- LE CHL0R0Z0NE
- Si l’on attaque le chloru e de chaux par l’acide chlorhydrique à froid, et qu’on reçoive le chlore dégagé, mélangé à de l’air, dans une dissolution de soude caustique, le gaz est absorbé, et il se forme un liquide de composition chimique mal définie. Ce liquide, doué de propriétés décolorantes énergiques, a été découvert par M. de Dienheim-Brachowsky, de Pari-, qui l’a baptisé du nom de chlorozone.
- Le chimiste allemand Mill a récemment prouvé que ce composé est liés différent de l’hypochlorite de soude qu’on s’attendrait à obtenir dans cette réaction. Il s’en distingue par sa couleur, son odeur et son pouvoir de blanchiment beaucoup plus énergique.
- Le chlorozone est un liquide clair, de poids spécifique
- 1 Chaque turbine Huniblut pour Hughes ne devrait consommer que 5 litres d’eau à la minute, mais, dans la pratique, la dépense est plus élevée. L’eau est fournie par des compresseurs susceptibles de débiter chacun 645 litres par minute ; elle est forcée à la pression de 5 atmosphères. .
- 2 Yoy. Annales télégraphiques,
- égal à 1,27, de couleur jaune, et d’une odeur caractéristique. Lorsqu’il est 1res concentré, il faut le conserver dans des vases en verre noir* en un lieu sombre et froid ; il se décompose néanmoins en dégagant de l’oxygène. Sa dissolution aqueuse très diluée est beaucoup plus stable.
- La lumière du soleil augmente son pouvoir décolorant; il en est de même des acides et du brome. La dissolution employée dans les blanchisseries a une densité de 1,07 à 1,03. Dans le commerce on trouve cette dissolution aussi bien que la liqueur concentrée.
- Les cuves dans lesquelles on se sert du chlorozone pour blanchir les tissus doivent être enduites de poix ou de goudron ; le bois affaiblit l’action du liquide parce qu’il est attaqué lui-même, et les vases de grès peuvent produire des taches de rouille. Immédiatement avant de blanchir, il faut tremper l’étoffe dans un bain alcalin, d’abord à froid, puis à une température de 50° environ. L’étoffe est ensuite tordue, acidifiée, et rincée comme dans le procédé ordinaire.
- Le chlorozone est appelé à remplacer le chlorure de chaux pour le blanchiment du coton, du lin, du jute et du chanvre, mais non pour celui de la laine et de la soie. Dans les usages domestiques et les buanderies publiques, on doit se servir d’une dissolution au 1/400, de préférence au chlorure de chaux, car il est plus maniable et moins dangereux, quoique plus efficace. Le chlorozone est également un puissant désinfectant1.
- L’ÉLiSTIGITÉ DES SOLIDES
- L’élasticité est une propriété générale des corps par laquelle ils reprennent leur forme et leur volume primitifs lorsque la force qui les en avait écartés cesse d’agir.
- Jusqu’à présent l’on avait cru que l’élasticité parfaite était l’apanage exclusif des liquides et des gaz. Des expériences récentes de M. W. Spring, communiquées par l’auteur à l’Académie des sciences de Belgique, tendent à prouver que les solides ne font pas exception et établissent une analogie nouvelle entre les trois états de la matière.
- M. Spring s’est proposé de vérifier par l’expérience s’il était possible de diminuer,d’une manière permanente, le volume occupé par un poids donné d’un corps solide chimiquement défini. Le procédé employé par lui consiste à évaluer les variations de la densité du corps après l’avoir comprimé en vase clos jusqu’à 20000 atmosphères.
- Des expériences précédentes sur le soufre prismatique, le soufre plastique et l’arsenic amorphe lui avaient fait conclure que la matière prenait, au-dessous d’une température donnée, l’état allotropique correspondant au volume qu’on l’obligeait d’occuper.
- Cette conclusion présupposait qu’il était impossible d’augmenter, d’une manière permanente, la densité d’un corps à une température donnée sans changer son état chimique.
- Mais de nombreux solides n’admettent pas d’états allotropiques. Il était donc intéressant de savoir comment ils se comporteraient dans les mêmes circonstances.
- Dans la plupart des corps examinés, sels et métaux, il s’est manifesté d’abord une diminution permanente de volume, mais pour tous la d'Usité a bientôt atteint un maximum. La faible variation observée a toujours été due à l’écrasement, par pression, des cavités existant d’avance dans le corps examiné, ou bien à la disparition
- * D’après Die deutsche Industrie Zeitung.
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- de fissures plus ou moins évidentes. On s’est trouvé en présence d’un accident.
- Il n’est pas à dire cependant qu5il y ait eu incompressibilité dans le sens ordinaire du mot. Au contraire, pendant toute la durée de la pression, le volume diminuait d’une quantité plus ou moins grande, mais reprenait sa valeur primitive aussitôt que la pression cessait. Donc, les solides se comportent sous pression comme les liquides et les gaz, et reviennent à leur premier volume dès qu’on leur rend la liberté. De plus, il est impossible, par la pression seule, de distinguer un solide d’un liquide, à moins que sa nature chimique n’admette des états allotropiques.
- De ce résultat peuvent se dégager plusieurs conséquences importantes.
- En premier lieu, il se trouve établi que l’état allotropique d’un corps est bien caractérisé à une température déterminée par sa densité. Par suite, en s’assurant si un solide peut se présenter à une même température avec des densités différentes, on pourra probablement être fixé sur la question de savoir s’il admet des états allotropiques ou non.
- En deuxième lieu, le fait de l’incompressibilité permanente de la matière pourra contribuer à nous éclairer sur la vraie répartition de la matière solide pendant la façon de certains objets. Ainsi la frappe est due à un véritable moulage et non à une compression permanente du métal dans les creux de la médaille ou de la pièce de monnaie.
- En troisième lieu, on peut prévoir maintenant que la déformation par flexion d’une tige métallique ne sera permanente que si le métal présente un certain degré de mollesse. Car dans cet acte, il se produit un transport de matière de la région convexe dilatée vers la région concave comprimée; or, sans la mollesse dont nous venons de parler, ou bien ce transport ne pourra s’effectuer, ou bien il ne sera pas permanent.
- Enfin, nous pouvons dire maintenant que la limite d’élasticité d’un corps sera dépassée lorsque par un effort quelconque on aura amené un déplacement de matière d’un point à un autre. Nous possédons également la signification physique de la fragilité, car il est évident qu’un corps fragile sera celui qui n’aura pas la propriété de s’écouler sous l’action de la pression*.
- En résumé, le poids spécifique d'un corps est caractéristique de l’état sous lequel il se trouve à une température donnée, et comme cette grandeur a une signification de la même valeur que le poids atomique pour caractériser les éléments, il serait à désirer qu’un travail de révision fût entrepris, car il est probable que le plus grand nombre des poids spécifiques admis aujourd’hui comme exacts s’écartent plus ou moins de la vérité, surtout pour les métaux. II. VaA.
- LA GLAIRINE OU BARÉGINE
- DES EAUX THERMALES SULFUREUSES DES PYRÉNÉES SA VÉRITABLE NATURE ; SON MODE RÉEL DE FORMATION
- Dès l’année 1746, Bordeu, célèbre médecin de la Faculté de Montpellier, signalait, dans les eaux thermales des Pyrénées, une substance organique forte-
- 1 11 y a déjà longtemps que M. Trcsca a établi que sous forte pression les solides peuvent s’écouler comme les liquides.
- ment azotée qui, depuis cette époque, a fait l’objet de nombreux et consciencieux travaux. Chimistes, médecins, naturalistes s’en sont occupés tour à tour, et avec une persévérance qui prouve toute l’importance qu’ils attachaient à ce sujet d’étude.
- C’est Longchamp qui,, dans sa Note sur les eaux sulfureuses de Barèges, de Cauterets et de Saint-Sauveuri, a donné le nom de Barégine à la matière organique dont nous allons, longtemps après lui, entretenir nos lecteurs. Séguier, de l’Institut, qui, en 1856, avait étudié cette même matière à Ba-gnères-de-Luchon, l’appela Luchonine. Avant lui, le professeur Anglada, de Montpellier, l’avait nommée glairine, à raison d’une certaine ressemblance qu’elle offre avec les glaires ou le blanc d’œuf. Cette dernière dénomination a généralement prévalu.
- Sans faire un plus long historique de la question, nous dirons tout d’abord que la glairine est une substance très complexe, dont la nature et le mode de formation étaient restées à l’état d’énigme jusqu’en ces derniers temps. Au moment où j’en entrepris l’étude, la plupart des chimistes attribuaient la formation de la gangue muqueuse de ce produit à des dépôts opérés par une matière azotée, provenant des profondeurs du sol, et tenue en dissolution dans les eaux th3rmo-sulfurées. Mais j’avais, je le confesse, conservé des doutes sérieux au sujet de cette manière de voir, et c’est dans le but de les dissiper, s’il était possible, que pendant les vacances de 1880, je me rendis à Barèges et, pendant celles de 1882, à Bagnères-de-Luchon. Dans cette dernière localité, j’ai pu, grâce à l’obligeance du Directeur de l'Etablissement thermal, recueillir, sur les parois des réservoirs et des conduits pratiqués dans la galerie-étuve2, de la glairine à tous les degrés de formation et de décomposition.
- Examiné dans l’eau thermale, aussitôt après avoir • été recueillie, la glairine de Luchon, comme celle de Barèges, Cauterets et autres localités où on la rencontre, se présente le plus souvent sous l’aspect d’une substance mucilagineuse , de couleur très variable, à laquelle adhèrent ordinairement des filaments confervoïdes (Sulfuraire), qui la font ressembler à de la filasse, à des glaires de blanc d’œuf plus ou moins colorées, et même à du velours Bottant au sein du liquide minéralisé. C’est sous ce dernier aspect qu’on l’observe assez fréquemment, même dans les baignoires, où elle a été amenée par les conduites souterraines.
- Quant à l’odeur de la glairine complexe, elle ressemble, lorsqu’elle est de formation récente, à celle de la colle-forte fondue ( Vauquelin) ou à celle de la charcuterie fraîche et de bonne qualité (Cazin). Mais, comme ce produit s’altère très facilement à l’air libre, il ne tarde pas à exhaler une odeur repoussante, analogue à celle des œufs couvés, et
- 1 Voy. Annales de chimie et de physique, t. XXII. — Paris, 1825.
- * La température de cette galerie, où tout mon corps était ruisselant de sueur, = -j- 44° C.
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- même à celle des excréments humains en putréfaction1.
- Vue au microscope, la glairine offre aux yeux une gangue muqueuse, « chaotique » (Turpin), finement granuleuse, emprisonnant presque toujours des filaments très ténus (1/1200 à 1/400 de millimètre), tubuleux, non cloisonnés, non rameux et d’un aspect confervoïde (PI. A).
- Evidemment, ces filaments ne sont rien autre chose que la Sulfuraire, décrite pour la première fois par le Dr A. Fontan, qui la considérait comme étant de- nature végétale.
- Les filaments dont il s’agit sont inarticulés : cependant, à une certaine époque de leur existence, on aperçoit à leur intérieur une série ordinairement continue, quelquefois interrompue, de granulations opaques, qui ont été prises, à tort, selon moi, pour des spores ou des ovules reproducteurs.
- A l’état normal, et vivante, la Sulfuraire est presque toujours d’une couleur blanche immaculée* ; quelquefois cependant elle est brunâtre, rougeâtre et même d’un vert assez prononcé.
- Lorsqu’elle s’accumule dans certains conduits, elle devient complètement noire dans toutes les parties qui ne sont plus en contact avec l’air.
- Cette couleur noire est due à la production d’une certaine quantité de sulfure de fer dans le tissu de ce corps organisé.
- Des matières inorganiques très variées (cristaux de soufre, silice, fer sulfuré, etc.) se rencontrent en proportion plus ou moins considérable dans la glairine, mêlées à des débris eu détritus de végétaux et d’animaux inférieurs.
- 1 A propos de la fétidité de la glairine, à l'état de décomposition, M. Cazin, auteur d’un travail estimé sur la glairine, a fait la reflexion qui suit :
- « Je ne conçois pas, dit-il, qu’on ait pu imaginer d’employer ces matières en topiques, et que des malades aient consenti à vivre sous un pareil cataplasme. »
- Et cependant, beaucoup d’entre eux se sont bien trouvés de cette médication, tout étrange qu’elle puisse paraître au premier abord.
- * D’après M. Ed. Filliol, il faudrait attribuer cette couleur blanche de la sulfuraire à la présence du soufre (30 p. 100) dans sou intérieur.
- Mais quelle est donc la véritable nature de cette substance éminemment complexe et si fortement azotée J?
- Pour répondre d’une manière satisfaisante à cette question, il fallait, en quelque sorte, prendre la nature sur le fait, et c’est là précisément l’heureuse chance que nous avons eue en étudiant la glairine de Lucbon aux endroits mêmes où elle était en voie de formation, c’est-à-dire dans les bassins et les conduits souterrains, destinés à porter l’eau dans les baignoires. Le 4 septembre 1882, en soumettant
- cette glairine à un bon microscope de Georges Oberhœuser, je vis, à ma grande surprise, grouiller et s’agiter rapidement, sous la lentille amplifiante, un nombre considérable d’animalcules , tjue l’extrême agilité de leurs mouvements, les contractions et les allongements subits et alternatifs de leur corps, et les changements incessants de leurs formes extérieures m’empêchèrent d’abord de reconnaître et de classer.
- Une goutte d’eau alcoolisée, ajoutée sur le porte-objet du microscope, à l’eau sulfureuse où ils s’agitaient, ralentit leurs mouvements capricieux, et me permit d’apercevoir et de dessiner nettement leurs contours.
- J’avais évidemment sous les yeux des Anné-lides errantes, appartenant à la famille des Naïdes, de vraies Nais, en un mot, reconnaissables à leur corps allongé, serpentiforme, éminemment contractile, à segments peu marqués, mais garnis chacun de deux ou trois soies plus ou moins rigides. Cette espèce de Nais, que je crois nouvelle*, est dépourvue d’yeux, comme plusieurs de ses congénères, et douée, comme elles, d’une grande fécondité (PI. B, fig. 1).
- Outre les très nombreuses Naïdes dont je viens de parler, j’ai trouvé, dans la Glairine de Ludion, de très petits Crustacés du genre Cyclops, qui se mouvaient, avec une rapidité extrême, dans l’eau
- 1 Elle contient, à l’état sec, 70 p. 100 d’azote, quelquefois même davantage.
- * Afin de la distinguer de ses congénères, je propose, pour cette espèce, le nom de JSais sulfuriea.
- * fl. A.
- Fig. 1. — Sulfuraire (Leplomitus vilreus) de Bagnères-de-Luchon, grossie 600 fois. (D après Fontan.)
- Fig. 2. — Sulfuraire verte de ;a même localité sur laquelle nous avons vu, en 1863 et en 1882, des mouvements de locomotion très distincts. '
- Fig. 3. — Globules (spores ou œufs?) sortis de la sulfuraire fig. 1.
- Fig. 4. — Sulfuraire en forme de houppe. (Grandeur naturelle). — a. Portion glairineuse centrale. — bb. Filament rayonnant.
- Fig. 3. — Sulfuraire penniforme. (Grandeur naturelle.)
- Fig. 6. — Sulfuraire en forme de mèche ou de crinière, dont les filaments a a adhèrent à la substance gélatineuse b.
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- sulfureuse et au sein même de la substance muqueuse déjà formée. J’ai vu non seulement l’animal adulte, dont je reproduis ici la figure (PL R, tig. 4), mais encore l’embryon à peine sorti de l’oeuf, ou dans un état de développement plus avancé.
- Lorsqu’ils viennent à mourir au sein des eaux sulfureuses qui les ont vus naître, les Crustacés dont il s’agit y laissent leurs dépouilles, et contribuent, pour une bonne part, à la formation de la glairine complexe.
- La part des Naïdes, on le conçoit, est bien plus grande encore. Nous avons pu nous en convaincre en observant la diffluence de leurs cadavres, et en
- renouvelant l’observation de ceux-ci à des intervalles de temps plus ou moins éloignés les uns des autres.
- Au moment où le contenu de leur corps s’en échappait, par la peau spontanément déchirée, il formait une masse gélatineuse, composée de grumeaux de même nature, grumeaux qui se résolvaient, plus tard, en granulations plus ou moins fines, tout à fait semblables à celles dont paraît formée la gangue muqueuse de la glairine déjà ancienne. La ressemblance devient plus complète encore si, comme il arrive le plus souvent, la Sulfuraire, en se fixant sur cette glairine de nouvelle
- w. b. Pi. c.
- Pr.. B. — Fig. 1. Nais sulphurœa, contournée sur elle-même à la manière d’un serpent. — Fig. 2. Autre individu, dessiné au moment où il se contracte sous l’influence de l’eau alcoolisée. — Fig. 3. Autre individu, qui va mourir sous cette même influence. — Fig. 4. Crustacé du genre Cyclops (Cyclops Dumasti, adulte). — Fig. 5. Embryon du même, sortant de l’œuf. — Fig. 6. Le même embryon à un degré de développement un peu plus avancé. — F'g. 7. Un des deux sous-ovigères suspendu à l’abdomen de la femelle. — Fig. 8. Deux œufs sortis de ce même sac.
- N. B. Toutes les ligures ici représentées sont au grossissement de 172 à 200 fois.
- Pi.. C. — Fig. 1. Fragment de glairine de Barèges, auquel adhèrent de nombreuses sulfuraires vivantes et recourbées en crochets ou anneaux plus ou moins fermés.— Fig. 2. Autre fragment vu au microscope, après 12 jours de conservation dans un flacon à moitié rempli d’eau thermale. — ao‘. Filaments de sulfuraire morte. — bb'. Monades également mortes. — c. Matière finement granuleuse et chaotique. — Fig. 3. Barégine plus décomposée, vue après sept mois de conservation. — Fig. 4. Glairine de Luchon, de formation récente. — Fig. 5. La même, observée trois mois après. — Fig. 6. Gangue muqueuse qui paraît presque entièrement formée de Nais mortes récemment. — Fig. 7. Une gangue analogue, dans laquelle on aperçoit des filaments de sulfuraire qui sont venus s’y joindre. — Fig. 8. Nais morte (portion antérieure) dans laquelle on aperçoit encore les anneaux contenant les organes intérieurs déjà décomposés. — Fig 9. Trois Nais, chez lesquelles la décomposition est un peu plus avancée que dans la précédente.
- formation, vient elle-même ajouter à la masse ses débris filamenteux, et donner naissance à ce feutrage délicat qu’ont observé tous ceux qui se sont occupés de l’étude microscopique de la glairine (PL C).
- En résumé, la glairine concrète des chimistes est une substance très complexe, de nature végéto-animale, fortement azotée, dans la composition*de laquelle entrent, comme éléments primordiaux, les détritus d’une foule d’animaux et de végétaux inférieurs, à la liste déjà longue et bien connue desquels nous venons d’ajouter une espèce d’Annélides
- du genre Nais, et un petit Crustacé du genre Cyclope ’.
- En suivant jour pour jour, et presque heure par heure, la décomposition graduelle de ces Annélides et de ces Crustacés, ainsi que celle des nombreux Infusoires et de la Sulfuraire qui vivent avec eux, nous avons pu dévoiler le mode de formation, resté jusqu’à présent très obscur, de la glairine de Lu-
- 1 Cette liste renferme aujourd’hui 5 ou 6 espèces végétales et plus de 35 espèces animales dont les détritus contribuent à la formation de la glairine. Il n’v a donc pas lieu d’être sur-
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- chon et, par conséquent aussi, celui de la glairine des autres stations thermales pyrénéennes. Elle n’est, en définitive, que le produit de la décomposition plus ou moins avancée des corps organisés qui vivent au sein des eaux thermo-sulfurées et dont plusieurs supportent sans périr des températures très élevées (4- 75 à 78°G) *.
- Quant à la nature de la Suif araire qui, le plus souvent'1, entre dans la composition de la glairine, nous avons prouvé ailleurs3 que ce corps organisé n’est point une conferve, mais qu’il fait partie du groupe des Oscillariées , c’est une véritable Oscil-laire, douée, comme scs congénères, de mouvements de locomotion bien distincts, et l’on doit, selon nous, la ranger dans le Règne animal.
- Enfin, la matière organique azotée qui existe à l’état de dissolution dans les eaux thermales sulfureuses des Pyrénées (Sulfurose, Lambron ; Sulfurhy-drine,-Cazin), n’est point, comme on l’a cru longtemps, un principe immédiat venu des profondeurs de la Terre, mais bien le produit presque exclusif de la décomposition ultime des êtres organisés qui vivent ou ont vécu dans ces mêmes eaux.
- N. Joly,
- Correspondant de l’Académie des Sciences.
- CORRESPONDANCE
- AVERTISSEUR DES EXPLOSIONS DES MACHINES A VAPEUR Monsieur le Rédacteur,
- Les savants et les industriels liront avec intérêt le dernier article de La Nature sur l’état sphéro'idal de l’eau et l’ingénieuse disposition de M. Melsens pour prévenir les explosions des chaudières, en hérissant leur surface intérieure de pointes métalliques.
- Mais, comme vous le dites, l’avenir seul peut nous appris de la quantité considérable de matière azotée que les analyses chimiques ont sigualée depuis long‘emps, soit dans la glairine, soit dans les eaux sulfureuses où elle se forme.
- Si, comme nous avons tout lieu de penser, l’espèce de Cy-clope trouvée dans la galerie-étuve des eaux de Lnclion n’a pas encore été décrite, je proposerai de l’appeler Cyclops Du-masti, en mémoire de mon vénérable ami le baron P. Guerrier de Üumast, de Nancy, correspondant de l’Institut et orientaliste bien connu de tous ceux qui s’occupent de littérature arabe ou brahmanique.
- 1 Tel est le cas notamment pour la Cypris fusca, que M. Léon Soubeiran a trouvée à Ole=te, dans deux sources dont la température atteint le degré qui vient d’être indiqué.
- * Nous disons le plus souvent, mais pas toujours. En effet, la glairine trouvée à Plombières, par Vauquclin, ne contient pas de sulfuraire, et celle des eaux de Néris est lormée uniquement par des amas de Nostoch thermalis décomposés. Au Vcrnet (Pyrénées-Orientales), au contraire, la source-mère de l’établissement des Commandants ( température -f- 45° C.) renferme une quantité considérable de sulfuraire, et presque aucun vestige de glairine proprement dite.
- La glairine et la sulfuraire, quoique étant presque toujours associées et même confondues en un tout en quelque sorte inextricable, sont donc réellement tout à fait indépendantes l’une de l’autre.
- * Pour de plus amples détails à ce sujet, Consulter surtout
- prendre quel parti on pourra tirer de ces faits expérimentés, seulement préparés dans le laboratoire. En attendant, il faut songer qu’il y a actuellement, rien qu’en France, au delà de 60 000 machines à vapeur employées par l’industrie, et qui donnent lieu à des accidents malheureusement trop fréquents.
- En dehors des fautes facilement évitables de l’incrustation de la chaudière ou de la non-alimentation en eau, il est désormais établi par les travaux de MM. Gernez, Donny et Dufour et les expérimentations de M. le commandant Trêves, que c’est à la surchauffe du liquide, à cet état spécial où se trouve amenée l’eau privée de son air normal par une ébullition antérieure, qu’il faut attribuer la plus grande partie des explosions figurant dans les statistiques officielles de l’administration des mines sous la rubrique cause inconnue, et qui, soit dit en passant, forment 60 p. 100 du total des accidents de ce genre. Cette eau privée d’air se surchauffe, sa température s’élève, sans que la tension de la vapeur émise, indiquée au manomètre, marque le degré correspondant à cette température — celui qu’elle atteindrait si l’eau était normalement aérée — et cet écart entre la température de l’eau et le degré de tension de la vapeur, subsiste, jusqu’au moment où le mécanicien, pour alimenter sa machine et la maintenir à bon niveau, va introduire une nouvelle quantité d’eau aérée, ce qui aura pour effet de déterminer une ébullition subite dans la masse surchauffée et de produire un brusque relèvement de pression, cause des accidents explosifs que nous avons en vue.
- Voilà le fait irrécusable établi par les travaux des savants. Mais, comme l’a observé M. le commandant Trêves, le désaccord qui existe entre la température du liquide surchauffé et la pression accusée par le manomètre métallique est le meilleur indice révélateur de l’imminence du danger. Voici, par exemple, une machine dont le manomètre indique une pression de cinq atmosphères : à celte pression correspond normalement une température de 150 degrés. Je suppose qu’à côté du manomètre on ait disposé un thermomètre dont la cuvette baigne dans le liquide générateur de la vapeur, et que ce thermomètre indique 165 degrés, on peut être certain qu’il y a surchauffe et danger d’explosion.
- C’est sur ces données, qu’à la prière de divers industriels, j’ai construit un thermomanomètre dont les indications doivent être associées à celles du manomètre. C’est un thermomètre à mercure à forte tige et à gros cylindre; il diffère du thermomètre ordinaire en ce que, au lieu d’ètre gradué en degrés de température, il est gradué en atmosphères et fractions d’atmosphère jusqu’à 5, limite supérieure de la pression à laquelle travaillent la plupart des machines à vapeur employées dans l’industrie. Pour quelques cas exceptionnels et dans certaines industries, nous poussons la graduation jusqu’à 7 et 8 atmosphères.
- La graduation en atmosphères nous a paru préférable à tous les points de vue. Une simple lecture du manomètre métallique et du thermomanomètre suffit pour montrer s’il y a concordance dans les indications des deux instruments : si cette concordance n’existe pas, le mécanicien par ce seul fait est mis en garde. Ajoutons
- esl Mémoires de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, années 1864, 188'J et 1885. — Voy. aussi les Annales de chimie et de physique, 5* série, t. XXX, 1883.
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- que le manomètre métallique, sujet à des dérangements dus aux variations de l’élasticité du ressort, peut être utilement contrôlé à l’aide du tliermomanomètre, qui, lui, est 'a l’abri de cette cause d’erreur.
- CoLLARDF.A U-YACRE R.
- RÉGULATEUR A GAZ.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai souvent remarqué que vous donniez dans La Nature la description d’appareils de laboratoire dont quelques-uns m’ont rendu de réels services ; peut-être jugerez-vous utile de faire connaître à vos lecteurs le régulateur suivant.
- L’appareil consiste en un simple tube de verre R contenant de l’air emprisonné en O entre deux couches
- de mercure. Le gaz sort par le tube M taillé en biseau. Le jeu de cet appareil est bien simple et bien connu ; si la température s’élève, l’air se dilate et force le mercure à monter ; le courant de gaz s’arrête si la température baisse, l’air se contracte et la flamme augmente avec l’intensité du courant.
- Jusqu’ici rien de nouveau dans l’appareil : ce qu’il a de spécial est le dispositif T ; le gaz après avoir traversé le régulateur arrive en T V ; une partie alimente le brûleur, une autre partie le bec V ; mais ce bec représente une portion quelconque du courant, soit 1/10; il donne forcément une température constante, la chaleur dégagée par le reste du courant sera donc invariable.
- Ce régulateur rend de grands services lorsque l’on désire obtenir longtemps la même température et que cette température est très élevée : il est très fidèle. Un thermomètre à mercure chauffé à feu nu à 220° varie à peine de 2 à 3° dans 1 espace de plusieurs heures ; il se règle seul, peut servir pour des températures même de 1200° et de plus il est facile de le construire soi-même.
- Veuillez agréer, etc. L. Pontallié.
- Collège de France, laboratoire de M. Fouqué.
- UN TRAIN DE CHEMIN DE FER
- DANS LES FLAMMES
- L’accident le plus extraordinaire et le plus terrible que l’on puisse signaler dans l’histoire des chemins de fer est sans contredit l’incendie d’un train complet de voyageurs
- dans lequel, tous les voyageurs sauf trois — et le train était bondé — ont échappé presque miraculeusement à la mort.
- Le 15 janvier 1884, à six heures du matin, le train de Bradford quittait Wellesville, dans l’État de New-York. A deux milles et demi de Bradford le train traversa une vraie rivière de pétrole descendant la pente rapide d’une colline et provenant d’un réservoir qui débordait. Le pétrole se répandit sur la ligne sur une longueur de près de 300 mètres ; en certains points même, il se trouvait entre les rails.
- Le mécanicien Patrick Sexton ne soupçonnait pas le danger lorsque tout à coup un incendie épouvantable se produisit : en un instant la locomotive et le train formé d’un wagon à marchandises et d’une voiture à voyageurs furent enveloppés de flammes; les vapeurs du pétrole venant au contact de la grille du foyer s’étalent enflammées et l’incendie s’était communiqué au liquide, le transformant en une rivière de flammes. Les roues de la locomotive lancèrent l’huile en combustion dans toutes les directions; la chaleur faisait craquer les vitres du wagon, de longues flammes s’échappaient au milieu de la fumée intense et venaient attaquer la charpente de la voiture; le pétrole projeté par les roues venait alimenter l’incendie.
- Le mécanicien Sexton sut heureusement conserver sa présence d’esprit; il fit aussitôt marcher la machine en arrière et en quelques instants le train s’arrêtait au milieu du lac de feu qui s’étendait à plus de 100 mètres en avant du train ; le feu était partout et la situation terrible. Rester au milieu des flammes c’était attendre une mort certaine pour tous : il ouvrit alors en plein la vanne d’admission, se mit sur la marche en avant, et le train partit traversant les flammes avec une effrayante rapidité. Mais ce n’était pas la fin.
- Le train rencontra bientôt une courbe de faible rayon. Le mécanicien dont la face, la tête et les mains étaient gravement brûlées se précipita sur la couche épaisse de neige qui bordait la voie. Le chauffeur Michael Walsh suivit son exemple. Arrivé sur la courbe, la machine quitta la voie et se renversa sur le côté. Le wagon à bagages dérailla de même. Quant à la voiture de voyageurs qui avait rompu son attelage et se trouvait à quelques mètres en arrière, elle parcourut plus d’un kilomètre à une très grande vitesse avant de dérailler à son tour. Cette vitesse fantastique activait les flammes et leur donnait une intensité et une violence véritablement effrayantes.
- Nous avons dit que le train était bondé de voyageurs ; toutes les places étant occupées, quelques personnes s’étaient installées dans le wagon à bagages. Dès que les flammes parurent, la panique s’empara de tous et chacun se précipita vers les issues, mais les plates-formes et le fond du wagon étaient en flammes. Ceux qui se précipitèrent des plates-formes sur la neige furent plus ou moins brûlés. Des hommes courageux et énergiques aidèrent les femmes et les enfants à traverser les étroites fenêtres de la voiture, sans se soucier des flammes qui léchaient les côtés. Il semblait que personne n’eût dû sortir vivant de cet accident terrible ; ceux qui ont échappé aux flammes n’oublieront pas les terreurs qu’ils ont dû éprouver.
- Les victimes de cette catastrophe sont trois malheureuses femmes qui, malgré les efforts des voyageurs, ont été dévorées par les flammes au milieu du wagon en combustion. Plusieurs autres personnes ont été plus ou moins grièvement brûlées à la figure et aux mains.
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- MOTEUR HYDRAULIQUE
- DE M. F.-A. ZSCHIESCHE
- L’utilisation de la force motrice développée par les cours d'eau a donné naissance à une grande quantité d’appareils, tels que turbines, roues à palettes, à augets, etc., qui sont arrivés aujourd’hui à un grand degré de perfectionnement et ne laissent que peu de chose à désirer au point de vue du rendement, de la solidité et de la facilité d’entretien.
- Ces appareils n’ont qu’un inconvénient : celui d’exiger une chute d’eau, qui ne se rencontre pas partout, ce qui fait que le choix de l’emplacement pour la construction de l’usine doit être subordonné à la configuration du cours d’eau.
- Le nouveau moteur hydraulique de M. Zschiesche n’exige aucune chute pour fonctionner; il peut s’installer en un point quelconque d’une rivière ayant une vitesse d’écoulement suffisante. L’appareil offre assurément l’inconvénient d’être assez encombrant et d’exiger l’emploi d’une roue motrice d’autant plus grande que la vitesse du courant est moins considérable, mais comme l’indique la figure ci-dessous, il est simplement monté sur pilotis et peut être facilement transporté d’un point à un autre du cours d’eau.
- Le système se compose d’une charpente en bois j soutenant deux roues en fer de diamètres différents. La plus grande de ces roues est la roue mo-| trice; son axe, qui repose sur des coussinets, peut I être monté ou abaissé au moyen d’un treuil; il en
- Moteur hydraulique de M. F. A. Zschiesche.
- est de même pour la petite roue. O11 voit qu’il est ainsi très facile de faire plonger les roues dans le courant d’une quantité suffisante au bon fonctionnement du système, et cela, quel que soit le niveau de l’eau.
- Les rayons des roues sont terminés extérieurement par des crochets qui servent à produire leur entraînement au moyen de deux chaînes sans fin réunies par des palettes. Ces dernières pièces sont articulées chacune sur un axe monté sur les chaînes et peuvent s’incliner à volonté de façon que, quelle que soit la profondeur à laquelle se trouve engagée la partie inférieure de la roue motrice, les palettes soient toujours perpendiculaires au niveau de l’eau. Les palettes sont maintenues en place à l’aide de chevilles que l’on déplace sur un quart de cercle en fer.
- La partie inférieure mobile, qui est composée
- des deux chaînes et des palettes, plonge complètement dans l’eau et est entraînée par le courant; il en résulte la rotation des roues supportant ces chaînes. La partie supérieure est soutenue par un rouleau.
- L’axe de la plus petite des deux roues est muni d’une poulie de transmission servant à communiquer le mouvement aux machines et appareils de l’usine dont notre gravure représente, au premier plan, l’un des murs d’angle.
- Le problème de l’utilisation de la force motrice des cours d’eau préoccupe très vivement l’attention des ingénieurs. Aujourd’hui surtout, où les machines dynamo-électriques sont entrées dans le domaine de la pratique industrielle, les tentatives du genre de celles que nous signalons ici, se multiplient de toutes parts.
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- LES
- CANAUX ET LES BARRAGES D’IRRIGATION
- DANS LA RÉGION N.-E. DU COLORADO (ÉTATS-UNIS)
- On sait que le principe, qui préside à l’exécution des travaux publics dans les territoires encore mal peuplés des États-Unis, est entièrement différent de celui qui domine les préoccupations des ingénieurs européens. Dans l’Ancien Monde, l’établissement des grandes voies de communication, des canaux d’irrigation, etc., a généralement pour but de déve-
- lopper les relations et le bien-être de populations plus ou moins denses, mais attachées au sol qu’elles habitent : en Amérique, il faut, au contraire, créer les éléments indispensables pour attirer l’immigration étrangère. De là, le caractère provisoire qu’on y remarque dans les travaux publics, et la faible dépense de première exécution qu’on s’attache à leur conserver, en mettant en œuvre les matériaux pris sur place et employés à l’état brut. Ces conditions permettent d’opérer une réfection complète au bout d’un petit nombre d’années, lorsque les services qu’ils rendent deviennent insuffisants par suite de l’accroissement de la population. Nous trouvons un nouvel
- exemple de ces dispositions dans le système de construction adopté pour les canaux et les barrages d’irrigation dans la région nord-est du Colorado, et exposé récemment devant la Société des Ingénieurs civils anglais parM. P. O’Méara.
- Nous ne nous appesantirons pas sur la méthode d’irrigation employée : c’est celle de la submersion sans compartiments, de toutes la plus favorable au gaspillage et qui ne saurait être en usage que dans les pays où la population est insuffisante pour exécuter Tes travaux de préparation du sol, et où la masse d’eau provenant de la fonte des neiges répond et au delà à tous les besoins.
- Comme exemple de barrage, nous donnerons ici celui qui sert pour l’alimentation du canal de la
- « Cache la Poudre » (fig. 2 et 5). Ce canal emprunte à la rivière un volume de 8 mètres cubes par seconde : le barrage de retenue est construit entre les crêtes d’un ravin escarpé, avec9m,25 de hauteur dans l’axe, et un développement de 45 mètres à sa partie supérieure. A l’amont, l’ouvrage présente une sorte de cloison verticale en bois, renforcée par des poutres transversales. Elle est protégée, et rendue étanche, par un talus formé d’un mélange de terres argileuses, de boues, de gravier et de blocaille, le tout sans pilonnage. La partie aval se compose essentiellement d’une triple ossature en bois, dont les vides sont comblés avec des pierres brutes posées à sec. Les surfaces extérieures sont recouvertes de blocs également bruts posés sans mortier, mais choisis de
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- manière à croiser les joints. Dans le sens vertical, chaque ossature est formée d’une série double de poutres rondes de 0IU,25 au moins de diamètre, réunies à leurs extrémités par des joints à queue d’aronde, et entre elles, par des poutres de même dimension. Celles-ci sont reliées aux premières par des chevilles de O111,45 de longueur, et de 0m,05 de diamètre. L’écartement entre les poutres longitudinales est de 3 mètres, et entre chaque ossature de 2 mètres environ. Les rayons respectifs sont de CO, 65 et 69 mètres. La cloison postérieure s’élève à lra,20 au-dessus de la série la plus haute, et constitue un bordage qu’on peut remplacer par portions, s’il a été endommagé par les glaces, et qui est, d’ailleurs, solidement relié par des contre-fiches boulonnées aux poutres longitudinales. Au centre, le bordage est surélevé de0m,60 afin de diviser l’écoulement en cas de déversement, et de renvoyer la poussée de l’eau sur les bords du ravin, qui sont formés* de roches quart-zeuses. On évite ainsi l’affouille-ment dans la partie centrale du talus qui içcouvre le lit de la rivière.
- Le sol sur lequel est fondé le barrage n’a subi
- n’agir qu’exceptionnellement comme déversoir, car il est douteux qu’avec une forme étagée et un revêtement en dalles sèches sur la surface supérieure d’aval, il pourrait résister à l’action un peu prolongée d’une lame d’eau de quelque épaisseur.
- Le canal de dérivation prend son origine à la partie supérieure du barrage et se continue par une série de tunnels et d’aqueducs. La fig. 1 en donne un exemple emprunté au canal de La Platte. Pour ces canaux, on a, presque dans tout le parcours, adopté franchement un revêtement en bois sur les parois, afin d’obvier à la perméabilité des terres et à la difficulté du transport des pierres pour perrés. Dans les parties situées à flanc de coteau, la paroi extérieure est formée d’une cloison longitudinale maintenue par des cadres à profil triangulaire et composés de
- Fig. 2 et 3. — Barrage du canal de la Cache la Poudre, au Colorado (États-Unis).
- aucune excavation; on n’a même pas déblayé les débris de rochers qui le recouvraient
- sur certains points. L’absence de fouilles a donc encore contribué, concurremment avec l'emploi des matériaux bruts, à abaisser le prix de l’ouvrage qui ne s’est élevé qu’à 38250 fiancs.
- L’étanchéité a été obtenue en peu de temps, grâce au colmatage naturel. Cette rapidité d’action n’est pas sans suggérer quelques craintes, car elle pourrait présager, dans un délai plus ou moins rapproché, l’envasement qui agit sur les barrages d’Algérie d’une manière si désastreuse. Il faudrait pour apprécier ce danger en toute connaissance de cause, être exactement renseigné sur la proportion de limon entraîné par les eaux. On sait que, dans la province d'Oran, cette proporlion s’élève à 1/30 du volume et dans la Huerta de Valence (Espagne) à 1 /60. D’autre part, l’auteur n’a indiqué ni la hauteur normale des eaux à l’amont, ni celle des crues maxima. Il y a lieu de penser que l'ouvrage est assez élevé pour
- montants verticaux réunis à des contre-fiches par des pièces moisées ; ces contre-fiches buttent elles-mêmes sur une pièce horizontale sur laquelle elles sont assemblées et maintenues par des moises.
- Les interstices des planches sont soigneusement calfatés avec de l’étoupe sur tout le parcours.
- Le fond des aqueducs est formé par des tranchées généralement creusées dans le roc ou par des ponts de
- passage. Les aqueducs ont 2m,40 de large sur lm,80 de profondeur. Dans la partie basse de leur cours, au passage d’un ruisseau ou d'un ravin, la largeur au plafond s’accroît jusqu’à 3m,60 avec une profondeur de lrn,50, afin de raccorder le profil transversal à celui qui a été adopté pour la plaine proprement dite, et dont la largeur atteint 6IU,60 au plafond avec lm,30 de profondeur.
- En tranchée, les extrémités des aqueducs présentent une inclinaison de 1/1 1/2, et les vides compris entre les moises inclinées et les montants verticaux, sont remplis d’argile imperméable sur une épaisseur de 5 mètres. Aux approches des tunnels, le raccord se fait sur une longueur de lm,50, par un double mur en maçonnerie, dont le vide intérieur est comblé avec de l'argile. Les ponts de passage sont constitués par des longerons avec contre-fiches du système dit américain, portés sur
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- des piles de bois non équarri et dont la base est protégée par des enrochements.
- La dépense de la première division du canal de la « Cacbe la Poudre » (prise et partie haute), qui vient d’être terminée par M. O’Méara s’est élevée à 155 000 franis par kilomètre pour le premier mille (1610 mètres), y compris laconstruction du barrage. Les 11 kilomètres suivants ont coûté 127000 francs, soit 11 500 francs par kilomètre. L’auteur a exprimé la conviction que, dans la partie basse, le coût d’établissement ne dépasserait pas 466 francs en gardant la même section (9 mètres carrés environ), ce qui donnerait pour une longueur totale de 77 kilomètres une dépense moyenne de 8770 francs par kilomètre. G. Richou.
- TOURNIQUETS À SONS1
- APPAREILS DE ROTATION ACOUSTIQUES
- Après les recherches importantes de M. Crookes sur la radiation, recherches qui le conduisirent à la découverte du radiomètre, ou tourniquet à lumière (ilight-mill), il vint simultanément à l’esprit de plusieurs personnes, par une association naturelle des idées, qu’il serait possible de combiner un appareil capable de tourner sous l'influence des ondes acoustiques ou vibrations, comme le fait le radiomètre sous l’influence des radiations calorifiques et lumineuses. Lord Rayleigh , le professeur Alfred M. Mayer d’IIoboken, Edison, le professeur Mach de Prague, le docteur A. Haberditzel de Vienne et le professeur V. Dvorak de PUniversilé d’Agram (Croatie), ont depuis six ans. imaginé plusieurs appareils, indépendamment les uns des autres, pour réaliser expérimentalement ce phénomène.
- Ces recherches ont été un peu perdues au milieu des découvertes scientifiques qui ont caractérisé ces derniers temps, mais l’année dernière, M. le docteur Dvorak a publié dans le Zeitschrift der Inslrumen-tenkunde un travail complet sur ses expériences dont nous allons résumer ici les points principaux.
- Les appareils imaginés par M. Dvorak sont de quatre espèces différentes : deux sont fondés sur les répulsions produites dans des boîtes de résonnance, deux autres sur différents principes que nous allons examiner.
- Le premier appareil (fig. 1) se compose d’un léger croisillon en bois reposant sur la pointe d’une aiguille et supportant quatre légers résonnateurs en verre. Chacun de ces résonnateurs constitue une petite sphère creuse de 44 millimètres de diamètre portant sur le côté une ouverture de 4 millimètres de diamètre. Ces résonnateurs donnent la note g' (592 vibrations par seconde). Lorsqu’à l’aide d’un diapason approprié, on fait résonner fortement la
- 1 Cette note est une traduction presque littérale d’un article très intéressant, publié récemment par notre excellent confrère de Londres, Nature, et dû à la plume de M, Silvanus Thompson, professeur à l’Université do Bristol.
- note (f dans le voisinage de l’appareil, les résonnateurs répondent et le système commence à tourner. Comme un résonnateur vibre quelle que soit la position du corps vibrant qui le fait résonner, il est évident qu’un seul résonnateur convenablement équilibré se mettrait à tourner de même : c’est d’ailleurs ce que l’expérience confirme, mais le mouvement de rotation est plus net et mieux décidé avec quatre résonnateurs qu’avec un seul.
- Quelle est la cause de ce phénomène et comment peut-on obtenir le son convenable à la mise en mouvement des appareils? C’est ce qu’il nous faut examiner avant de décrire les autres appareils.
- M. Dvorak a remarqué, ce qu’avaient fait d’ailleurs lord Rayleigh et le professeur A. M. Mayer, que lorsqu’on produit des sons très intenses, les calculs ordinaires ne comportent qu’un degré de première approximation, et cessent d'être exacts parce que l’amplitude du mouvement des molécules dans fonde sonore n’est plus d’un ordre de grandeur infiniment petit par rapport à la grandeur de fonde elle-même. L’analyse malhématique montre que dans ces circonstances, la moyenne des pressions entre la partie condensée et la partie raréfiée de fonde n’est plus égale à la pression atmosphérique ordinaire, mais qu’elle est toujours plus grande. Il en résulte que tous les nœuds de vibration dans les tubes et les boîtes de résonnance sont à une pression plus grande que toute autre partie; un résonnateur fermé d’un côté et ouvert de l’autre est poussé légèrement par l’excès de pression sur le côté fermé. On voit ainsi que dans le système représenté figure 1, l’appareil tournera par réaction, comme l’éolypile de Iléron d’Alexandrie, bien que la réaction ait ici une origine bien différente.
- Pour produire des vibrations d’une intensité suffisante, le docteur Dvorak emploie de lourds diapasons montés sur des boîtes de résonnance et excités électriquement. A cet effet, il établit entre les branches du diapason un éleclro-aimant ainsi construit : le noyau se compose de deux plaques de fer séparées par une feuille de papier et d’une épai>seur telle qu’elles puissent tenir entre les bras du diapason sans les toucher. Gc noyau est roulé d’un fil isolé et monté sur un bras en bois a, b, c (fig. 2) fixé lui-même sur la boîte de résonnance K. Les fils de f électro-aimant sont reliés à une pile et à un second diapason électrique de même hauteur servant à l’excitation du premier. M. Dvorak insiste sur les précautions à prendre dans la construction des diapasons et des boîtes de résonnance pour obtenir des effets énergiques : nous laisserons ces détails de côté pour arriver à la description des autres appareils.
- La figure 3 représente un résonnateur tournant : il se compose d'une boîte cylindrique de forme aplatie, formée de papier glacé épais portant quatre appendices sur chacun desquels est fixé un petit tube en papier ouvert à ses deux extrémités. C’est, en fait, un résonnateur à quatre ouvertures qu’on
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- peut suspendre à un fil de soie. Une fine aiguille i qui se projette au-dessous de la boîte sert à rendre l’appareil plus stable pendant son mouvement de rotation, mouvement qui se produit dès qu’on approche l’appareil d’un diapason vibrant.
- Pour la note g' (392 vibrations par seconde) , la boîte a 7 centimètres de diamètre, 36 millimètres et quatre ouvertures cylindriques de 6 millimètres de diamètre.
- Le troisième appareil de M. Dvorak est le radio-
- mètre sonore présenté en 1881 à l’Académie des Sciences de Vienne. Si sa construction est simple, il n’en est pas de même en ce qui concerne son mode de fonctionnement. Il se compose (iig. 4) de quatre cartes de visite collées à un léger croisillon mobile, sur pivot vertical : ces cartes sont percées de trous coniques déprimés d’un côté et refoulés de l’autre côté, d’une manière analogue aux trous des râpes à fromage. En présentant un appareil ainsi construit devant la boite de résonnance d’un électro-
- Fig. 1. Fig. 2. Fig. 5. Fig. 4.
- Fig. 1. Moulinet acoustique à résonnateurs.— Fig. 2. Disposition de l’électro-diapason. — 3. Résonnateur tournant. —
- Fig. 4. Radiomètre acoustique.
- diapason, la carte est repoussée si les parties les plus étroites des trous coniques sont devant la boîte, et attirée si les parties les plus larges sont devant le résonnateur. La rotation est accélérée si les cartes se projettent obliquement comme on le voit en E (fig. 4).
- Enfin, le quatrième appareil est ce que le professeur Dvorak appelle un anémomètre acoustique.
- C’est un moulin de construction simple, formé (fig. 5) de quatre petites feuilles de carton légèrement courbées et fixées sur un croisillon. On interpose entre le moulinet et la caisse de résonnance du diapason un résonnateur ordinaire de Helmholtz dont l’ouverture large b est tournée vers la caisse et la petite ouverture a est tournée vers le moulinet. On voit, d’après ce qui a été dit précédemment, que l’augmentation de pression intérieure du résonnateur produira un léger courant d’air sortant en a qui viendra frapper les ailes du moulinet et le mettre en mouvement.
- On peut faire un autre anémomètre acoustique en prenant une feuille de carton percée de cent trous coniques analogues à ceux du radiomètre sonore
- (fig. 4), et en interposant ce carton entre la boîte de résonnance et le petit moulinet de la figure 5. Ce dernier est alors mis en mouvement par le vent qui passe au travers des trous coniques.
- Tels sont les appareils imaginés par M. Dvorak ; ils présentent quelque analogie avec ceux de MM. Mayer, Mach, etc. mais ils diffèrent essen tiellemcnt du moteur phonique1 d’Edison, clans lequel, on se le rappelle, les vibrations de la voix étaient directement transformées en mouvements mécaniques à l’aide d'une roue finement dentée et d’un levier fixé à une membrane vibrante agissant sur cette roue comme une clef à rochet. Le rochet produisait l’impulsion de la roue, chaque fois que la membrane se mouvait d’avant en arrière, et revenait à vide, sans produire d’effet, dans le mouvement d’arrière en avant de la membrane. Les phénomènes mis en lumière par les expériences de M. Dvorak nous paraissent fort intéressants, et leur étude approfondie fera faire de sérieux progrès à l’acoustique et à la physique moléculaire.
- 1 Voy. n° 282 du 26 octobre 1878, p. 352.
- F d
- Fig. 5. — Anémomètre acoustique.
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- TH. DU MONCEL
- L’éminent électricien que la mort vient d’enlever à la science, était le fils du comte duMoncelj général du génie et pair de France sous Louis-Philippe. Le jeune Théodore du Moncel reçut une éducation brillante, et dès sa sortie du collège de Caen, il se révéla comme ayant un goût prononcé pour les arts et pour le dessin. Il publia un Traité de perspective mathématique, et s’adonna en même temps avec passion à l’étude de l’archéologie. Le goût des aventures ne tarda pas à s’emparer de son esprit ardent et avide de connaître; il entreprit de longs voyages en Italie, en Grèce, en Orient, et acquit en chemin cette maturité de l’intelligence que ne manque jamais de donner la pratique des voyages. Du Moncel revint chargé d’un ample bagage de documents, impressions de touriste et dessins d’artistes, qu’il réunit en un grand ouvrage in-folio, publié en 1847 sous le titre :
- De Venise à Constantinople à travers la Grèce. D’autres livres archéologiques succédèrent à ce premier essai, et le jeune auteur exécutait lui - même les planches lithographiques qui devaient- illustrer ses œuvres.
- Ces publications, le croirait - on ? ne plaisaient guère à la famille de M. du Moncel.
- Ses parents, tout imbus de vains préjugés, voyaient avec regret le jeune comte s’adonner à de semblables travaux ; ils lui demandaient de renoncer à l’archéologie et de s’occuper de surveiller ses terres comme un gentilhomme du vieux temps. Du Moncel avait la vocation du travail et de l’étude : il tint tête à la volonté des siens, et à la suite de luttes regrettables, il dut rompre avec sa famille. Il lui était désormais interdit de compter sur le moindre secours dans la carrière qu’il voulait entreprendre.
- Obligé de renoncer aux publications d’art, aux études archéologiques, qui nécessitaient des dépenses considérables, Th. du Moncel se voua à la science, et spécialement à l’étude de l’électricité, pour laquelle il se sentait un goût prononcé. Il s’instruisit sans le secours d’aucun maître, et se forma seul à l’école du travail et de la volonté. 11 débuta comme
- écrivain scientifique dans le Journal de l'Arrondissement de Valognes, où il publia une série d’articles sur les découvertes nouvelles de l'électricité. Ces notices devinrent l’origine d’une série nombreuse de publications sur la science électrique, où l’auteur ne tarda pas à devenir un maître. Th. du Moncel fit paraître sous le titre d'Exposé des applications de l'électricité, une suite d’ouvrages fort estimés, accompagnés de planches, et dont la dernière édition forme cinq volumes in-8°.
- Les travaux originaux de M. du Moncel se rattachent principalement aux courants d’induction, aux piles et aux électro-aimants. C’est à lui que l’on doit la découverte de l’effluve électrique, qui rendit tant de services à la chimie, et qui devint un agent précieux de combinaison, entre les mains de M. Paul Thénard, de M. Berlhelot et de plusieurs autres savants.
- De 1850 à 1856, du Moncel construisit plus de vingt-cinq appareils nouveaux qui lui valurent une médaille de première classe à l’Exposition de 1855.L’Ane-mographe électrique, les mesureurs électriques des niveaux d'eau, Y enregistreur électrique des improvisations musicales, le régulateur automatique des températures, appareils d'éclairage électrique des cavités obscures du corps humain, systèmes de télégraphie, galvanomètre enregistreur, serrures et lochs électriques, tels sont les principaux instruments, fort ingénieux, qui ont été construits par l'inventeur. Du Moncel a en outre découvert les effets du magnétisme dissimulé et condensé : il a indiqué les meilleures conditions de construction des électro-aimants, suivant les cas de leur application.
- En 1860, M. du Moncel fut nommé ingénieur-électricien de l’Administration des Télégraphes; il a été promu officier de la Légion d’honneur en 1866, En 1874, il fut élu membre libre de l’Académie des Sciences.
- D’une étonnante fécondité, le savant électricien n’a cessé de publier avec une abondance quelquefois trop exubérante, une série d’articles et de notices sur les travaux, si nombreux aujourd’hui, de la science électrique. — Rédacteur en chef du journal La Lumière électrique, il a rempli les pages de cette
- Th. du Moncel, né à Paris le 6 mars 1821, mort à Paris le 16 février 1884.
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- Revue, de ses écrits; il a publie en même temps plusieurs volumes sur les progrès de l’électricité dans la Bibliothèque des Merveilles de la maison Hachette; ces livres ont pour titre : le Téléphone, l'Éclairage électrique, le Microphone et le Phonographe, T Électricité comme force motrice. Quelques jours avant de mourir, l’infatigable travailleur avait donné le bon à tirer de ce dernier volume.
- Si nous voulions être complets, il faudrait citer encore parmi les publications antérieures de du Moneel, son Traité de télégraphie électrique, sa Notice sur la bobine de Ruhmkorff, scs Éludes sur le magnétisme au point de vue des applications, et d’innombrables notes insérées dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, et dans les Bulletins des Sociétés savantes.
- Les grandes découvertes modernes qui ont transformé l’électricité, avaient d’abord quelque peu dérouté le savant, élevé à la vieille école. Quand la nouvelle de la découverte du téléphone nous vint d’Amérique, du Moneel ne voulut point y croire; il traita sévèrement de canards les articles à ce sujet que le journal La Nature publia le premier en France, d’après l'es revues américaines *, et il se refusait encore à croire au téléphone quand on présenta le premier appareil à la Société de Physique de Paris. 11 fallut bien se rendre à l’évidence. M. du Moneel, en homme d’esprit, ne craignait pas de parler de sa méprise. Je me souviens qu’un jour où je le rencontrai à l’Exposition d’électricité, en 1881, il me raconta lui-même combien la réalisation du téléphone lui avait paru chose impossible, contraire, disait-il en quelque sorte, à toutes les notions théoriques. « Je n’oserai plus nier quoi que ce soit, ajoutait M. du Moneel; rien n’est impossible à la science. »
- M. du Moneel avait épousé la tille du comte de Montalivet, le ministre et l’ami dévoué du roi Louis-Philippe. Élégant, d’une distinction parfaite, d’une affabilité pleine de grâce, il se montrait toujours d’une rare bienveillance.
- Si les ancêtres du savant vivaient encore, il est probable qu’ils ne regretteraient plus qu’un des leurs se soit consacré à l’étude des sciences. Ils reconnaîtraient que le comte du Moneel n’a pas dérogé, en s’élevant par le travail, et en se signalant par des découvertes utiles.
- Gaston ïissandier.
- CHRONIQUE
- La lumière électrique en Franee. — Angers sera probablement la première ville française à posséder une usine centrale d’électricité distribuant la lumière électrique aux particuliers; la construction de cette usine vient en efiet d’étre décidée. On annonce aussi que les écluses de la Scarpe, aimées à Douai, sont éclairées parla
- 1 Voy. La Nature, 1877, premier semestre.
- lumière électrique, de telle sorte que les bateaux ne se trouvent plus arrêtés la nuit en ce point. On se rappelle en effet que la Scarpe, navigable depuis Arras, se jette dans l’Escaut et relie à ce fleuve tous les canaux du Nord. Un nouveau traité vient d’être passé entre la Ville de Paris et la Compagnie lyonnaise de lumière électrique pour l’éclairage de la place du Carrousel pendant l’année 1884. Les conditions restent les mêmes que précédemment, à celte exception que les appareils actuellement en service vont être modifiés; on a, en effet, constaté que leur trop grande élévation au-dessus du sol, diminuait l’intensité de l’éclairage et qu’une quantité assez importante de lumière ne se trouvait pas utilisée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 février 1883. — Présidence de M. Rolland
- Étude sur la rage. — L’événement de la séance est la lecture par M. Pasteur d’un nouveau Mémoire sur la rage auquel oui collaboré MM. Chamberland et Roux. L’auteur commence par décrire les divers modes opératoires qu’il emploie pour réaliser les inoculations cérébrales et les injections dans le système sanguin. Dans le premier cas, la trépanation est nécessaire mais un peu d’habitude la rend très aisée et très rapide : en vingt minutes, un singe est chloroformé, trépané et ramené aux conditions normales; un quart d'heure plus tard il mange des figues.
- Les deux modes d’inoculation produisent des effets très différents : par le sang on communique la rage paralytique, sans aboiement ; la rage furieuse est déterminée à coup sûr par la trépanation.
- M. Pasteur a inoculé avec succès non seulement la matière cérébrale et médullaire, mais des portions du nerf pneumogastrique, et du nerf sciatique ainsi que les glandes parotides sublinguales et submaxillaires.
- Le virus rabique conserve sa virulence plusieurs semaines pourvu que la matière cérébrale qu’il imprègne soit préservée par le froid, de la décomposition. On peut aussi conserver le virus pur dans un tube scellé à la lampe, et cela pendant trois semaines ou un mois même à la température de l’été.
- Le virus existe dans le liquide céphalo-rachidien auquel il communique la propriété de transmettre la rage par inoculation. Mais, le liquide peut être actif tout en é.ant parfaitement limpide, et à l’inverse, il peut être opalescent sans manifester de propriétés virulentes.
- M. Pasteur et ses collaborateurs ont cherché à cultiver le virus dans le liquide céphalo-rachidien ; et n’y étant point parvenus, ils en sont arrivés à se demander s’il existe réellement un microbe de la rage Sans être à cet égard absolument affirmatifs, ils tendent évidemment à admettre un pareil microbe et ils se font forts de reconnaître au microscope, à des granulations spéciales, un cerveau contaminé d’un cerveau sain. Ils sont même en mesure de faire pulluler dans le sang les granulations extraordinairement ténues dont il s’agit.
- Parmi les résultats qui précèdent, on sera frappé de la production de la rage paralytique par injection sanguine, contrastant avec la rage furieuse qui résulte de l’inoculation cééébrale. 11 semble à première vue que l’expérience quotidienne soit en contradiction avec ces observations, puisque la rage furieuse résulte normale-
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- ment de la morsure de chiens. Or, M. Pastenr reconnaît que l’effet varie avec la dose de virus; la rage furieuse suit l’inoculation sanguine d’une très faible quantité de ce virus. On inocule dans le jarret de trois chiens : chez j l’un, un centimètre cube de bouillie virulente, chez le second i/20° de centimètre cube et chez le troisième 1/50°.
- La durée d’inoculation est respectivement de 7, de 20 et de 25 jours. Mais tandis que les deux premiers meurent de rage paralytique, le dernier est atteint de rage furieuse.
- D’ailleurs un animal qui échappe aux inoculations, est tout aussi apte qu’un autre à devenir enragé; on ne voit pas ici de vaccination comparable à celle qui réussit si bien pour la pustule maligne. Parfois il semble y avoir guérison spontanée et reprise de la maladie après un répit plus ou moins long. Un lapin se guérit au bout de 13 jours ; mais le 43° jour, les accidents reparaissent, et la mort arrive très rapidement. Le fait a été fréquemment observé chez la poule.
- Dans le cours de ses recherches, M. Pasteur a eu l’occasion de constater, contrairement à des assertions publiées, que le froid ne détermine pas l’atténuation du virus rabique et que la maladie n’est pas transmise de la mère au fœtus. 11 a rencontré un certain nombre de chiens tout à fait réfractaires, résistant à tous les modes d’inoculation, et il annonce être arrivé peut-être à provoquer à volonté cette résistance qui constituerait la solution du problème à-l’étude. L’auteur ne donnera d’ailleurs de semblables résultats avec assurance qu’à la suite d’observations suffisamment prolongées.
- La flore tunisienne. — Jusqu’à la fin du siècle dernier la flore de la Tunisie avait fourni 300 espèces à nos herbiers. En 1850, M. Cosson avait porté ce nombre à 1400. Le même botaniste annonce aujourd’hui qu’une nouvelle exploration comprenant 1500 kilomètres, lui a procuré 380 espèces qui n’étaient pas encore connues. Son Mémoire contient en outre d’importants résultats sur l’aire occupée par les différentes espèces.
- Le premier méridien. —Le 1er octobre prochain se réunira, comme on sait, une Conférence internationale dont le double but est de fixer une heure unique pour les chemins de fer, les postes, les télégraphes, la navigation, etc., et un premier méridien d’après lequel devront être construites toutes les cartes de géographie. La France est invitée à se faire représenter au Congrès par trois délégués et l’Académie avait chargé ses sections d’astronomie et de navigation d’étudier les sujets qui s’y rattachent. Comme rapporteur, M. Faye vient déclarer qu’à côté de la question toute pratique de l'heure universelle qui peut être fixée d'une manière arbitraire, le problème du premier méridien a une importance d’un tout autre ordre. La plupart des nations, comme on l’a vu l’an dernier à Rome, seront d’avis d’adopter le méridien de Greenwich, mais la France n’a aucune raison pour abdiquer ainsi devant l’Angleterre et de renoncer à l’influence que lui donnent ses nombreuses publications astronomiques et nautiques, La conclusion est qu’il faut demander aux Ministres de la Guerre et de la Marine d’envoyer à Washington des délégués ayant à cet égard des missions parfaitement déterminées.
- Varia. — M. Berthelot étudie les équilibres entre les acides chlorhydrique et lluorhydrique. — L’abaissement du point de congélation des dissolutions alcalines continue à occuper M. Raoult.-^-M. Becquerel lit une intéressante no-
- ice nécrologique sur M. Th. du Moncel; — la carte géolo-
- gique de Belgique et déposée sur le bureau parM. Hébert;
- — M. Duclaux étudie l’action de la présure sur le lait et M. Gayon la fermentation du fumier.
- Stanislas Meunier.
- NOUVEAUX ALLUMOIRS A GAZ
- Nous allons faire connaître à nos lecteurs deux nouveaux modèles d'allumoirs électriques dont le fonctionnement est sur, rapide, et dont l’usage est tout aussi économique que celui des petits morceaux de bois quasi-incombustibles dont on nous gratifie depuis quelques années, sous le nom d’allumettes.
- Le premier, que nous communique M. J. Ullmann est un allumoir portatif destiné à l’allumage des becs de gaz; il est fondé sur les propriétés calorifiques de l’étincelle produite par la bobine d’induction, et présente un dispositif intérieur qui en a permis l’emploi avec une pile de puissance et de dimension très restreintes. L’appareil présente la forme d’une tige de longueur variable à vedonté, suivant la hauteur du bec à allumer, terminée à sa partie inférieure par un tube en ébonite de A centimètres de diamètre sur 20 centimètres de longueur (fig. 1). Ce tube, divisé en deux parties que nous représentons isolément (fig. 2), renferme la pile et la bobine. La pile A est encore tenue secrète dans sa disposition; tout ce que nous en pouvons dire, c’est qu’on y fait usage de zinc et de chlorure d’argent comme dépolarisant : elle est hermétiquement fermée et porte à l’une de ses extrémités un disque B et une couronne de laiton G attachée à ses pôles et destinée à établir la communication entre la pile et la bobine lorsqu’on visse ensemble les deux parties de l’appareil pour les réunir. A cet effet, deux lames élastiques 1) et E viennent s’appliquer sur B et C et établissent les contacts.
- D’après M. Ullmann, la pile peut fournir 25 000 allumages avant d’avoir besoin d’être rechargée. H est un tube d’ébonite renfermant et protégeant la bobine d’induction K dont le lil induit communique d’une part avec le tube de laiton L, et d’autre part avec un conducteur central isolé M qui vient se terminer en pointe très près de l’extrémité du tube de laiton. Les courants induits dans ce lil produisent une série d’étincelles entre le tube L et la tige M, qui enflamment le gaz lorsque l’extrémité de l'appareil est mise à proximité du bec.
- La partie ingénieuse et nouvelle du système réside dans le mode d’excitation des courants induits. Lorsqu’on a approché l’extrémité du tube L près des becs à allumer, il suffit de pousser le bouton F de gauche à droite pour dévelop per un nombre limité d’étincelles, suffisant pour produire l'inflammation. Le mouvement du bouton F n’a pas pour effet, comme on pourrait le croire, de fermer le circuit de la pile sur le circuit inducteur de la bobine ; en effet, dans
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- LA NATURE.
- sa position normale, le trembleur est éloigné de son contact et la fermeture du circuit ne produirait aucune action ; le mouvement de F produit un mouvement mécanique du ressort du trembleur qui vibre pendant quelques instants et produit un certain nombre de contacts donnant lieu à un nombre égal d’étincelles. Grâce à cette disposition, on limite la dépense d’énergie électrique demandée par chaque allumage et, d’autre part, on peut action-
- Fig. t. — Mode d’emploi de l’ullumoir à gaz à étincelle d’induction.
- ner mécaniquement le trembleur qui serait incapable de fonctionner s’il devait être mis automatiquement en mouvement par le courant direct de la pile. Le mouvement du trembleur étant emprunté à la main de l’opérateur et non plus à la pile, on conçoit que celle-ci puisse, toutes choses égales d’ailleurs, produire un plus grand nombre d’allumages qu’avec une bobine à trembleur ordinaire.
- Le Fiat-Lux de M. le docteur Narct
- Fig. 2 — Allumoir à gaz à étincelle d'induction. — Détails du mécanisme.
- (fig.3)est d’un fonctionnement plus simple et d’une installation plus économique, puisqu’il emprunte le courant aux piles ordinaires servant à alimenter les sonneries domestiques. 11 se compose essentiellement d’un til fin de platine supporté par un système à bascule mis en relation avec les deux pôles d’une pile composée de deux à trois éléments Leclan-ehé. En exerçant une pression verticale sur le bouton placé à gauche de l’appareil, soit directement, soit à l’aide d’un petit cordon fixé à ce bouton, on produit à la fois l’ouverture du robinet de gaz et l’approche de la spirale de platine qui devient incandescente par suite de la fermeture du circuit de la pile. Lorsque le bec est allumé, il suffit d’abandonner l’appareil à lui-même. Le robinet reste ouvert, la spirale s’éloigne du bec, le circuit
- s’ouvre de nouveau et le bec reste allumé jusqu a ce qu’on vienne l’éteindre en fermant à nouveau le robinet. Ce système est donc particulièrement bien approprié dans tous les cas où l’on a un besoin pressant de lumière, car une seule manœuvre suffit pour ouvrir le robinet et produire l’inflammation d’un bec de gaz. Nous en avons fait personnellement l’application dans une antichambre obscure où il nous rend les plus grands services : chaque fois que la sonnette annonce un visiteur, l’allumage du bec dé gaz se fait en même temps que l’ouverture de la porte d’entrée.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissahdieb.
- Fig. 5. — Allumoir à gaz par incandescence.
- Imprimerie A. Labure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- iV 562. — 8 MARS 1 884.
- LA NATURE.
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- LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON
- Est-il nécessaire d’insister sur l’intérêt que présente la solution de ce problème , qui a souvent attiré déjà l’attention des aéronautes, des photographes et des officiers du génie militaire. Lever des plans du haut des airs, fixer sur le cliché l’image des nuages et des beaux effets d’optique que l’on admire dans les hautes légions, rapportera terre la photographie d’une forteresse ou d’un camp ennemi pendant la guerre. Quels merveilleux résultats!
- M. Nadar a essayé jadis à plusieurs reprises de
- faire des photographies en ballon, et il a obtenu des résultats encourageants, dans la nacelle du ballon captif de M. Giffard, installé à l’Hippodrome en 1868. L’appareil photographique se trouvait suspendu à 200 mètres à l’extrémité du câble; la vue prise montrait au loin l’Arc de triomphe et les avenues qui s’y rencontrent ; mais la netteté de l’épreuve laissait à désirer. M. ltagron réussit à prendre le panorama de Paris dans la nacelle du ballon captif de 1878, à 500 mètres d’altitude. En 1880, M. Paul Desmarets, aujourd’hui directeur de l’Observatoire météorologique de Douai, a beaucoup avancé la question, et notre collègue aérien a publié dans La Nature un
- Fac-similé d'une photographie instantanée faite en ballon libre à l’altitude de 650 mètres, par M. Cecil V, Shadbolt.
- intéressant article sur ses tentatives, avec la reproduction par la gravure des épreuves qu’il avait obtenues; l’une représentait la terre à 1100 mètres d’altitude et l’autre les nuages et le ciel à 1500 mètres1. Les épreuves de ces curieuses photographies, se trouvent actuellement au Conservatoire des Arts et Métiers.
- A une époque plus rapprochée,de nouveaux essais ont été entrepris en Amérique, et M. le colonel Laussedat a eu l’obligeance de me communiquer récemment une épreuve d’une vue photographique de la ville de Boston, prise en ballon, et que M. J. Glaisher, le savant météorologiste anglais, lui avait adressée. L’épreuve est assurément fort curieuse, mais comme
- 1 Voy. n° 590 du 20 novembre 1880, p. 591.
- !!• année. — l,r semestre.
- les précédentes elle manque de netteté et semble en outre avoir été prise à très faible hauteur.
- Lors de la dernière exposition de la Société photographique de Londres, l’attention des visiteurs a été attirée par une magnifique photographie, obtenue en ballon à l’altitude de 650 mètres environ, par un habile opérateur anglais M. Cecil / V. Shadbolt1. Cette photographie est sans contredit j la plus remarquable qui ait été obtenue jusqu’ici dans \ la nacelle d’un aérostat. L’auteur, sur notre demande, a bien voulu nous en envoyer une épreuve que nous reproduisons ci-dessus, avec toute l’exactitude que peut comporter la gravure sur bois.
- Le cliché a été obtenu au moyen des procédés au
- 1 Voy. n° 549 du 8 décembre 1885, p. 18.
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- gélatino-bromure, avec un appareil fixé à l’aide d’une sorte de charnière mobile sur le rebord de la nacelle du ballon le Sunheani. Cet aérostat a servi à cinq I ascensions photographiques exécutées par M. Shad-bolt et son aide M. William I)ale.
- Nous avons reçu cinq photographies aériennes de 1 ingénieux praticien. La première a été exécutée à 850 mètres d’altitude, la seconde à 500 mètres environ, la troisième à 925 mètres, et la quatrième à près de 1000 mètres de haut; les photographies ressemblent à des plans d’une grande finesse, on reconnaît les maisons, les routes, les champs, la Tamise, mais tout cela offre encore un certain trouble.
- ' La cinquième épreuve— c’est elle que nous reproduisons — est au contraire voisine de la perfection, et doit être signalée comme un grand pas en avant. Elle a été faite à 650 mètres d’altitude près Stamford Hill dans le nord de Londres. Le chemin de fer représenté, montre la jonction de la voie d’Enfield sur le Great Eastern avec la ligne de Jotenham et d’Hampstead. Nous avons numéroté sur la figure ci-contre les parties les plus remarquables du cliché (le M. Shadbold. En 1, on voit un pont de chemin de fer traversant la route, l’ombre de ce pont se distingue très nettement et lui donne un remarquable relief. La station du chemin de fer se voit en 2. En 5, on distingue un train en mouvement, avec la fumée de la locomotive. En 4, est une maison qui est d’une incomparable netteté : on peut sur l’épreuve photographique, en distinguer tous les détails à la loupe, cheminées, cour intérieure, etc. En 5, on reconnaît à la loupe des passants qui sont arrêtés sur la route ; en 6 enfin, on aperçoit une ligne de tramway. Les autres parties de la photographie représentent les toits de maisons alignées régulièrement les unes à côté des autres,.avec des jardinets semblables et de même grandeur, à la fa- * çon anglaise ; on y voit aussi à gauche, des champs, nettement découpés. Nous ajoutons encore une fois que nous parlons icqde l’épreuve photographique, et que notre gravure ne peut en donner malheureusement que l’imitation par à peu près.
- Nous félicitons M. Cecil Y. Shadbodt du beau résultat qu’il a obtenu, et qui, nous l’espérons, conduira prochainement à de nouveaux progrès.
- Gaston Tissaxdieiî.
- ---»<>c-
- LA PREVISION DU TEMPS
- ET LES THÉORIES DE M. DELAUNEY.
- M. J. Delauney, capitaine d’artillerie de marine, nous a envoyé le volume qu’il a publié récemment1 et dans lequel il expose les principes qui lui permettent, d’après ses affirmations, de prédire les
- 1 Lois des grands tremblements de terre et leur prévision, par Delauney. Une brochure in-8°. — Paris, Léon Vannier, 1884.
- tremblements de terre et les perturbations météorologiques, de résoudre en un mot ce grand problème de la prévision du temps.
- On sait que M. J. Delauney a fait grand bruit de ce qu’il a appelé sa prévision de l’éruption du Kra-kotoa en 1883. L’année 1883 avait été en effet indiquée par lui, comme une de celles pendant la durée de laquelle devaient se produire de grands tremblements de terre. — M. J. Delauney a envoyé à ce sujet, à l’Académie des Sciences, un long mémoire sur ses théories.
- Nous donnons, dit l’auteur, une loi générale pour tous les phénomènes météorologiques. Tous ces phénomènes seraient dus à des positions particulières des planètes par rapport au soleil. Nous sommes convaincu que cette loi, soupçonnée depuis la plus haute antiquité ne trouvera, dans un temps prochain, pas plus de contradicteurs que la loi de la gravitation n’en rencontre aujourd’hui.
- La Commission qui a été nommée par l’Académie des Sciences pour examiner le Mémoire de M. Delauney, se composait de MM. Faye, Daubréeet Tisserand. Ces messieurs, il faut en convenir, ont été loin de reconnaître que les découvertes de M. Delauney se plaçaient à côté de celles de Newton sur la gravitation universelle. M. Faye y a même signalé des erreurs : il a cru devoir conclure que les calculs de l’auteur étaient approximatifs, et que les interprétations ne pouvaient trouver aucune base certaine.
- M. J. Delauney ne s’est pas tenu pour battu. Pour donner une éclatante démonstration de la valeur de sa théorie, il a voulu formuler des prévisions météorologiques à courte échéance, que chacun pourrait vérifier. Les prévisions ont été publiées dans le journal le Figaro; elles ont sans doute été lues par beaucoup de monde, mais les semaines se sont passées, et on les a oubliées. Les questions météorologiques nous intéressent trop vivement pour que nous n’y ajions pas apporté pour notre part une attention toute particulière. — Nous avons découpé les articles de M. Delauney; nous les avons conservés et nous allons en donner une analyse qui nous permettra de nous prononcer en toute connaissance de cause.
- Dans le Figaro en date du 10 décembre 1884, M. Delauney, a annoncé que d’après ses calculs l’hiver 1885-1884 offrirait la plus grande analogie avec celui de 1826-1827. — Dans le même journal, à la date du 2 janvier 1884, M. Delauney écrivait:
- Nous devons avoir un mois de janvier rigoureux, car celui de 1827 a présenté 21 jours de gelée avec un minimum de 11°,7 au-dessous de zéro. On sait que nous avons été conduit, par l’examen des faits à attribuer tous les phénomènes météorologiques au passage des planètes à travers les essaims cosmiques. Or nous sommes à la veille d’un de ces passages, la planète Mars devant rencontrer vers le 12 janvier, l'essaim qui traversé par Jupiter, a causé tous les derniers désastres. Il faut donc s’attendre, si notre théorie est exacte, à des perturbations devant commencer vers le 12 janvier, etc.
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- Ainsi M. Delauney annonçait de grands froids en janvier (nous ferons observer que prédire le froid pour janvier est une prophétie qui a grande chance de succès). M. Delauney a joué de malheur. Par une exception presque unique, il n'a pas gelé en janvier et, comme le disait M. Renou dans notre Bulletin météorologique, « il faut remonter à 50 ans pour trouver un mois de janvier plus chaud. »
- M. Delauney ne s’est pas encore tenu pour battu.
- Dans le Figaro du 26 janvier 1884, il reconnaissait que le mois de janvier avait été chaud au lieu d’avoir été froid, mais il ajoutait :
- La cause de ce désaccord doit être attribuée aux dernières perturbations qui ont eu pour résultat de produire une élévation de température. La concordance paraissant aujourd’hui devoir se rétablir, il est probable que nous allons avoir à subir une longue période de froid.
- Vous avez bien lu, lecteur : il est probable que
- NOUS ALLONS AVOIR A SUBIR UNE LONGUE PÉRIODE DE FROID.
- — Voilà la nouvelle prophétie formulée à la date du 26 janvier 1884.
- On sait quelle température élevée a été signalée de toutes parts pendant le mois de février.
- Eh bien ! nous le disons sans nulle animosité contre l’auteur, qui, tout au contraire, a trouvé dans La Nature un bon accueil pour sa première note de prédiction des tremblements de terre, il faut qu’il renonce a ses théories. Elles ne sont basées que sur de vagues conjectures, et ne trouvent un appui que sur des coïncidences fortuites.
- Comme l’a dit avec beaucoup de vérité M. Faye : « 1 esprit humain est ainsi fait : l’accomplissement presque à jour fixe d’une prédiction le frappe toujours vivement, que la prédiction ait été ou non fondée en raison. Là est le secret du long règne de l’astrologie judiciaire qui a rencontré parfois ses jours de succès. » Gaston Tissandier.
- SUR LA PRODUCTION DE L’HYDROGÈNE
- PAR LES MACHINES DYNAMO-ÉLECTRIQUES
- Nos lecteurs nous posent souvent la question de savoir combien on pourrait recueillir de gaz hydrogène par l’élec-trolyse de l’eau acidulée en appliquant à cet usage les machines dynamo-électriques. Nous croyons utile de répondre une fois pour toutes à cette question en publiant quelques chiffres qui montreront combien il y a peu d’espérance k fonder sur ce procédé.
- Supposons une machine dynamo-électrique parfaite, c’est-à-dire transformant intégralement tout le travail qui lui est fourni par le moteur en énergie électrique, ainsi qu’un voltamètre parfait, n’ayant aucune résistance et utilisant intégralement tout le courant pour produire l’é— lectrolyse de l’eau.
- Dans ces conditions théoriquement parfaites, le travail d’un cheval-vapeur, pendant une heure, décomposerait 166 grammes d’eau et mettrait en liberté 18,5 grammes d’hydrogène, soit 206 litres à 0°C et à la pression 760.
- Voici comment on peut établir très simplement ces chiffres.
- 1 cheval-vapeur, pendant une heure (3600 secondes), équivaut à :
- 75 x 3600 = 270 000 kilogrammètres,
- 270 000 „„„ , . , ,4
- 00 a ' —424~ “ ' C£d°ries (kilogramme-degre).
- La combinaison de 1 gramme d’hydrogène avec 8 grammes d’oxygène développe, d’autre part, 34,5 calories (kilogra mme-degré).
- En vertu du principe de la conservation de l’énergie, il faudra donc dépenser une énergie égale à 34,5 calories pour décomposer 9 grammes d’eau et produire 1 gramme d’hydrogène.
- Il résulte que les 637 calories que peut fournir un cheval-heure ne pourront produire au maximum que :
- = 18,5 grammes d’hydrogène.
- En supposant que, pratiquement, l’action chimique réellement utilisée dans le voltamètre, représente les 0,70 du travail total, il en résulte qu’un cheval-heure pourra produire 13 grammes d’hydrogène, soit 146 litres à la température de 0°G et à la pression 760. La fabrication d’un mètre cube par heure exigerait donc une force d’environ sept chevaux-vapeur.
- La conclusion s’impose d’elle-même et nous laissons au lecteur le soin de la tirer.
- LES PS0R0SPERMIES UTRICULIFORMES
- OU SARCOSPORIDIES1
- Les Psorospermies utrieuliformes ou Sarcospo-ridies, que l’on désigne souvent sous le nom de tubes de Miescher ou de Rainey, sont encore peu connues quoiqu’elles soient très fréquentes chez les Mammifères, même à l’état sauvage. C’est Miescher, de Bàle, qui les a découvertes, en 1843, dans les muscles de la Souris, car ce sont toujours des parasites des muscles et même des muscles striés.
- Ilessling, plus tard, les observa dans le myocarde du Bœuf, du Mouton et du Chevreuil ; puis, Leise-ring, Winckler, Dammann dans les muscles du Mouton, Pagenstecker chez le Bouc, Virchow chez le Porc, Ratzel chez le Singe, Siedamgrotzki, chez le Cheval. Enfin, l’année dernière, le Dr Huet les a trouvées chez l’Otarie qui venait de mourir au Jardin des Plantes de Paris, en si grand nombre qu’il n’y avait pas un seul faisceau musculaire primitif qui ne renfermât de ces tubes.
- La description la plus complète que nous possédions de ces productions est due à Manz et à Leuc-kart. Chez le Porc, « animal dont les tissus, dit M. Balbiani, sont un véritable musée d’organismes parasitaires », elles se présentenf sous la forme de sacs ou de tubes plus ou moins allongés suivant que le muscle est contracté ou étendu (fig. 1 et 2),
- 1 Voy. les Leçons sur les Sporozoaires, par G. Balbiani, professeur au Collège de France,recueillies par le Dr J. Pelletan. 1 vol. in-8°, avec 52 figures et 5 planches. — Paris, O. Doin, 1884.
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- et logés sous le sarcolemme des faisceaux primitifs. La paroi est formée par une membrane striée, d’après Manz, de canalicules poreux qui donnent au sac une très grande fragilité. L’intérieur est d’abord rempli par un grand nombre de boules ou masses sphériques qui, un peu plus tard, se résolvent en une myriade de corpuscules ovalaires ou réniformes ressemblant aux pseudonavicelles ou corps falci-formes des Grégarines et des Goccidies. Chez l’Otarie, M. Balbiani a trouvé des tubes excessivement longs, sans cuticule à canaux poreux et contenant des corpuscules naviculaires très petits, libres ou agglomérés en masses arrondies (fig. 5).
- Le siège exclusif de ces productions est les muscles striés. 11 arrive même quelquefois que tous les muscles en sont absolument farcis (c’est le cas de l’Otarie dont nous avons parlé); mais les muscles
- de prédilection sont ceux qui sont voisins du canal digestif, le psoas, le diaphragme, la langue et même les muscles de l’oeil. 11 est probable que les parasites pénètrent par les voies digestives et émigrent dans les muscles voisins, comme les Trichines. C’est en raison de ce siège exclusif que M. Balbiani les a désignées sous le nom de Sarcosporidies, correspondant aux Coccidies de Leuckart, et aux Myxos-poridies de Bütschli.
- Quel est le mode de transmission de ces parasites? Il est probable qu’ils se transmettent par le canal alimentaire. I) autre part, Virchow a constaté que les animaux chez qui il en avait trouvé avaient éprouvé, à la tin de leur vie, des symptômes graves, soif ardente, anorexie, taches et mêmes nodosités sur les téguments. Le Singe de Ratzel était, depuis plusieurs semaines, presque paralysé. On a aussi
- Fig. 1. — Psorospermies des muscles du porc. — A. Tube psorospennique du diaphragme du Porc dont l’enveloppe est rompue sur un point. — B. Corpuscules qui en forment le contenu.
- Fig. 2. — A. Psorospermies des muscles du Porc. — A. Vues à un grossissement de 40 diamètres. — B.. Fibre musculaire isolée contenant un tube psorospermique, grossie 100 fois. — C. Corpuscules formant le contenu des tubes (d'après Lcukart).
- Fig. 3. — Psorospermies utriculiformes de l’Otarie (Otaria catiforniaua), d’après Balbiani. — A Fragment de muscle strié montrant les Psorospermies dans les faisceaux musculaires. — B. Faisceau primitif, plus grossi, occupé par une Psorospermie. — C. Groupe de masses arrondies contenant les corpuscules. — D. Corpuscules isolés; a. Non mûrs; b. Corpuscules mûrs.
- observé de véritables épidémies causées par les Sarcosporidies, surtout sur les troupeaux de moutons, par exemple à Marienwerder, en Prusse (1866) : les animaux mouraient avec des tumeurs sarcosporidi-ques dans le larynx, le pharynx, l’œsophage, le diaphragme, les muscles intercostaux et abdominaux, et étaient frappés de paralysie du train postérieur.
- « Chez l’homme ou chez l’animal qui mange cette chair infectée peut-il se produire des effets nuisibles? Nous n’en savons rien.... Mais il est évident que pour exercer des effets nuisibles, il faudrait que cette viande fût consommée crue ou cuite seulement au dehors » (Balbiani).
- Quoi qu’il en soit, de ces faits et d’autres analo- |
- gués, il résulte que les Sarcosporidies peuvent occasionner des accidents mortels, comme les Coccidies oviformes du Lapin, mais ce que nous connaissons le moins, c’est leur mode de transmission d’un individu à un autre. Que cette transformation se fasse par les voies alimentaires, cela 11e paraît pas douteux, mais est-ce par spores libres répandues dans l’air respiré ou dans l’eau des boissons? Est-ce par l’ingestion de viandes qui en contiennent? Nous l’ignorons, et, comme on le voit, toutes ces questions sont encore loin d’être élucidées.
- Dr J. Pei.letan.
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- LE NOUVEAU BATEAU DE SAUVETAGE
- DE SI. CARLOS RKLVAS
- La presse espagnole et portugaise a signalé dans ces derniers temps les intéressantes expériences qui ont été faites par M. Carlos Relvas à l’aide d’un nouveau bateau de sauvetage, qui permet de fendre les vagues avec une grande facilité, et qui offre une stabilité remarquable. Ce bateau représente' vu de lace à l’un des angles supérieurs de notre gravure, a la forme d'un T; il est constitué par une quille
- très mince, reliée aux bordages de l’embarcation par des tiges de fer à jour. Des coussins en liège et en drap sont adaptés à la partie supérieure, et lorsque le canot est à la mer, il offre l’aspect d’un canot ordinaire; mais on voit qu’il en diffère essentiellement dans la partie immergée. « Quand l’onde est forte, dit M. Carlos Relvas, dans une lettre qu’il a bien voulu nous adresser, et que les hautes vagues roulent sur elles-mêmes, elles passent par-dessus mon canot qu’elle ne sauraient faire chavirer. Mon canot fend les lames, alors que les autres sont obligés de reculer. 11 a l’avantage de pouvoir
- Nouveau canot de sauvetage de M. Carlos Relevas, expérimente à Porto (Portugal).
- avancer quelle que soit la fureur de la mer, il peut en outre s’approcher des roches sans qu’il y ait crainte de le voir brisé. »
- Une Commission a été nommée par le gouvernement portugais pour examiner le nouveau canot de sauvetage, et des expériences faites comparativement avec un canot de sauvetage ordinaire ont eu lieu à Porto par une mer furieuse. M. Carlos Relvas dirigeait son canot avec 8 rameurs ; tous portaient des ceintures de liège. Le canot de sauvetage du gouvernement était monté par 12 rameurs et le pilote, tous également munis de ceintures de liège. Le chef du département maritime, un ingénieur de la marine portugaise, et un député portugais assistaient aux essais dans un canot de pilote. Les trois canots se sont avancés à l'entrée de la barre où la
- mer était plus forte, et de nombreux spectateurs réunis sur le rivage et sur les quais suivaient de loin leurs évolutions.
- A trois heures de l’après-midi, les expériences ont commencé. Les deux canots de sauvetage, s'élançant en avant ont cherché les vagues les plus furieuses ; on les voyait de loin paraître à la cime des flots, pour disparaître tout à coup ; c’était un spectacle aussi curieux qu’émouvant. On a pu s’assurer que le canot de M. Carlos Relvas fendait les vagues, tandis que l’autre canot, flottaità leur surface comme une coquille de noix. Après une heure de navigation, les deux canots sont revenus au point de départ.
- La Commission officielle qui a présidé aux expériences dont nous venons d’entretenir succinctement nos lecteurs, a trouvé dans le nouveau canot de
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- LA NATURE.
- sérieux avantages, et elle a indiqué à l’inventeur quelques légères modifications qui rendront son embarcation plus efficace encore. Dr Z...
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- LE GUI DE CHÊNE
- Le gui est une plante parasite, ligneuse, à feuilles simples assez épaisses et généralement opposées. Il croît sur les branches d’un grand nombre d’arbres différents et il végète en tout temps, en hiver comme en été, et se nourrit de la sève qu’il pompe par ses racines implantées solidement dans leur écorce. Ses baies sont blanches, âcres et amères; elles sont très recherchées par différents oiseaux et en particulier par les grives.
- On rencontre communément ce parasite, en Normandie, sur le pommier et le peuplier de Hollande ; mais il est rare sur l’épine blanche, l’acacia, l’érable et le saule, très rare sur l’orme et le poirier. Dans le cours de mes nombreuses excursions, je n’ai pu trouver que trois poiriers qui possédassent des touffes de gui : deux à Echauf-four et un à Bonnevent. Enfin, cette plante est à peu près introuvable sur le peuplier d’Italie ainsi que sur le chêne.
- Pour beaucoup de botanistes, le gui de chêne est un mythe, une chose introuvable. Il paraît certain que nombre de savants en ont nié l’existence. Et pourtant il existe, car à la suite d’articles publiés sur cet intéressant sujet, dans notre Bulletin mensuel, quelques-uns de nos sociétaires ont fait de minutieuses recherches à travers nos grandes forêts de chênes. L’un d’eux, M. Godet, instituteur à Bailleul, près Argentan, a été assez heureux pour découvrir, à la lisière d’un bois, un chêne splendide qui en portait trois touffes. Deux seulement ont été enlevées : une qu’il m’a gracieusement offerte avec la branche qui l’avait nourrie, et une autre qu’il a gardée pour lui. Quant à la troisième, elle est encore sur l’arbre.
- La touffe que possède M. Godet est assez grosse; elle a vécu sur une branche qui ne compte pas plus d’une vingtaine d’années. Celle que je conserve précieusement dans mon cabinet de travail, mesure environ 35 centimètres de longueur ; il n’y a qu’une tige principale qui se subdivise en deux autres, à 5 centimètres de la base ; chacune de ces deux tiges se subdivise encore en deux autres à 4 centimètres de la première bifurcation, et ainsi de suite. De sorte que le nombre des rameaux cylindriques articulés est de onze qui vont en diminuant de diamètre depuis la base jusqu’à l’extrémité. Si l’on admet que chaque année il s’est formé une articulation, le gui serait âgé de onze ans.
- Le gui de chêne me paraît plus jaune que celui de pommier ; il est également plus maigre et semble pousser plus lentement, sans doute parce que les racines ont plus de mal à s’enfoncer sous l’écorce du chêne que sous celle du pommier. Les baies sont plus petites, les feuilles sont plus minces et moins longues que 'celles que l’on trouve sur les touffes qui ont poussé sur les autres arbres.
- Le gui a été nourri sur un rameau de faible grosseur et à un décimètre d’une grosse branche du chêne ; mais l’extrémité du rameau a séché, faute de sève pour la nourrir, à quelques centimètres au-dessus de la touffe.
- La découverte de M. Godet est précieuse pour la science, car elle établit d’une façon irréfutable l’existence de cette plante célèbre sur l’arbre préféré des Druides.
- Eugène Vimont,
- Directeur de la Société scientifique d’Argentan.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU (( TALISMAN »
- (Suite. — Voy. p. 119, 134, 117, 161, 182 et 198.)
- Si l’étude des poissons des grandes profondeurs permet, ainsi que je l’ai précédemment indiqué, d’arriver à des considérations générales très remarquables, celle des Crustacés n’offre pas un moindre intérêt.
- Les Crustacés sont répandus depuis la surface de la mer jusque dans ses plus grandes profondeurs et l’on voit à l’Exposition du Talisman le Neptunus Sayi, le Nautilograpsus minutus pris au milieu des Sargasses, dont ils avaient revêtu la couleur, figurer près d’autres formes telles que YEthusa alba (A. M. Edw.), dont l’existence nous a seulement été révélée entre quatre et cinq mille mètres.
- Les Crustacés nageurs constituant le groupe des Brachyures sont extrêmement rares dans les grands fonds. Certaines espèces de ces crabes, prises à bord du Talisman sont remarquables par la grande extension géographique qu’elles possèdent. Ainsi les Baty-nectes, que nous avons trouvés à 450 mètres et 950 mètres sur les côtes du Maroc et aux îles du Cap Vert, se rapprochent beaucoup des Portunus vivant sur nos côtes. D’autre part ils sont très voisins des espèces du même genre recueillies aux Antilles, dans les mers du Nord, dans la Méditerranée. Les Oxyrhynques, autres crustacés triangulaires du groupe des Brachyures, descendent plus bas que les précédents. Nous avons trouvé le Lispo-gnatns Thompsoni (A. M. Edw.) entre 600 et 1500 mètres sur les côtes du Maroc et le Scyra-mathia Carpenteri (A. M. Edw.) dans les mêmes localités, sur des fonds de 1200 mètres. La première de ces espèces n’avait encore été signalée que dans les mers du Nord, et la seconde avait été seulement observée au nord de l’Ecosse et dans la Méditerranée.
- Les Crustacés, intermédiaires par leurs formes aux Brachyures et aux Macroures, habitent en abondance dans les grands fonds. Ils semblent appartenir à des genres de transition et, lorsqu’on les étudie, on est surpris de voir des types qui pris isolément paraissent absolument distincts, être rapprochés par des intermédiaires. C’est ainsi que les Ethuses, les Dorippes, les Homoles, les Dromies, sont rattachées les unes aux autres par des formes multiples à caractères mixtes, qu’il est très difficile de classer. Quelques-uns de ces Crustacés sont remarquables par leur distribution géographique. Ainsi nous avons trouvé sur les côtes du Maroc une espèce de Dicranomia signalée par M. Edwards dans la mer des Antilles et nous avons vu l’Homole de Cuvier, considérée jusqu’à ce jour comme spéciale à la Méditerranée, étendre son habitat aux côtes du Maroc pour atteindre ensuite les j Açores et les Canaries. Mais l’exemple le plus re-
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- LA NATURE.
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- marquable de l’immense extension géographique, dont certains genres de Crustacés sont susceptibles, nous est fourni p£ir les Litbodes. Ces animaux n’avaient été signalés jusqu’à ce jour que près de la surface, dans les mers des pôles Nord et Sud. Nous les avons retrouvés sous les tropiques. Seulement là où nous les avons pris, afm de rencontrer les conditions de vie nécessaires à leur existence, ils avaient quitté les faibles profondeurs pour aller vivre à mille mètres. Ce fait est d’une importance extrême au point de vue de la distribution des êtres dans les Océans. Il nous montre d’abord, que quelques formes animales s’étendent des mers froides jusque sous les tropiques, ensuite que pour arriver à vivre dans ces derniers points les animaux des pôles Nord et Sud n’ont qu’à descendre continuellement dans la mer à mesure qu’ils progressent vers les régions chaudes et qu’ils se maintiennent ainsi dans la zone dont la température est nécessaire à leur organisme. Je signalerai plus tard le même fait en parlant des Mollusques.
- Les Pagures, vulgairement connus sous le nom de Bernard l’Ermite, ont été trouvés jusqu’à 5000 mètres de profondeur. L’on sait que le corps de ces crustacés n’offre de cuirasse que sur la tête, la poitrine, et qu’afin de protéger leur abdomen revêtu d’une peau molle, ces animaux se logent dans des coquilles dont la taille est en rapport avec la leur. Seulement comme les coquilles des grands fonds sont toujours de taille très réduite les Pagures des abysses ne peuvent abriter que très imparfaitement leur train postérieur. Une des espèces de Pagures recueillies sur les côtes du Maroc et dans la mer des Sargasses, présente un habitat fort singulier. Elle est logée non dans une coquille, mais dans une véritable colonie animale formée de ces êtres élégants que l’on appelle les Epizoanthes. Ces Zoanthes se sont développés primitivement sur une coquille dont le test a été progressivement résorbé et c’est dans la cavité, qui lui correspond que vient s’installer une espèce toute particulière de Bernard l’Ermite.
- Les Galalhéens ont été trouvés à profusion dans toutes les zones et la teinte de leur corps, généralement rougeâtre, devient blanche chez ceux de ces animaux qui vivent dans de très grandes profondeurs. Certaines espèces s’établissent en locataires dans l’intérieur de ces belles éponges siliceuses, les Aphro-callistes, dont le tissu ressemble à une dentelle. Le Galalhodes Antonii, espèce nouvelle dont nous faisons figurer un échantillon a été pris à plus de quatre mille mètres de profondeur (fig. 2).Le Plycho-gaster formosus (A. M. Edw.), reproduit également (fig. 3) dans cet article, nous a paru très intéressant par suite ,de la disposition de son abdomen replié deux fois sur lui-même.
- Le groupe des Eryonides est représenté par un nombre considérable de genres et d’espèces. Les Polycheles, les Willemoesia dont les tissus délicats possèdent une transparence telle, qu’il est possible
- d’apercevoir l’estomac au travers des parois qu’ils constituent, ont été pris entre quatre et cinq mille mètres. Les Pentacheles très communs entre mille et deux mille mètres ont présenté des formes très voisines de celles décrites à l’état fossile sous le nom à'Eryon. L’on a placé à l’Exposition du Talisman, à côté du Pentacheles crucifer, une plaque de calcaire, provenant des dépôts jurassiques de Solen-hofen en Bavière, sur laquelle se voit l’empreinte d’un Eryon et, lorsque l’on compare ces échantillons, l’on est frappé de leur extrême ressemblance.
- Les Crustacés macroures, groupe dont les Crevettes font partie, sont abondants à toutes les profondeurs. Aux îles du Cap Vert, par un fond de cinq cents mètres, nous avons pris mille individus d’une nouvelle espèce de Pendale. Parmi les formes les plus remarquables, je citerai les Aristés d’une couleur rouge splendide dont les antennes ont une longueur égale à cinq ou six fois celle du corps, les Nematocarcinus que nous avons fait représenter (fig. 1) et dont les pattes sont démesurément longues, les Oplophorus, les Notostomus de couleur rouge intense, les Acantephyra, les Pasiphaé tantôt brunes, tantôt roses, souvent tachetées de rouge, • enfin les Glyphus dont une espèce, le Glyphus marsupialis possède cette disposition très remarquable que; chez la femelle, les lames latérales des premiers articles abdominaux se développent de manière à former une poche marsupiale destinée à recevoir les œufs. Je signalerai enfin parmi les Schizopodes, une Gnatauphausia de très grande taille, d’un rouge écarlate. Les Crustacés inférieurs, les Amphipodes, les Isopodes ont été trouvés en assez grand nombre, mais leur étude est beaucoup moins intéressante que ne l’est celle des formes dont nous venons de parler. Les Nymphons sont abondants dans les grandes profondeurs et une forme géante de ces animaux dont l’estomac se prolonge jusqu’au bout des pattes, le Colossendeis titan, a été prise à quatre mille mètres.
- Au sujet des Crustacés, comme au sujet des Poissons, il est très intéressant de rechercher si les influences auxquelles sont soumis ces animaux n’entraînent pas des modifications et des adaptations de leur organisme.
- Des changements subis par les tissus s’observent souvent dans la structure de la carapace et dans celle des muscles; j’ai déjà fait remarquer que chez les Pentacheles, les Polycheles, les Wilmoesia, les tissus étaient assez transparents pour permettre de voir les viscères et quant à la chair elle est molle et complètement dépourvue de saveur. Les colorations extérieures sont ou d’un rouge vif ou d’un blanc rosé, ou d’un blanc pur. Les Crustacés macroures sont surtout remarquables par leurs couleurs éclatantes et l’on ne peut échapper à un sentiment d’admiration, lorsque l’on voit sortir de la mer les Aristés d’un rouge carminé, les Nototosmus d’un rouge pur et intense, les Pasiphaés tachetées de blanc et de rouge. Dans les très grands fonds le blanc rosé ou
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- le blanc pur sont les seules teintes qui paraissent exister. Nous avons vu que chez les Poissons les organes de la vision étaient toujours parfaitement développés, quelle que fut la profondeur à laquelle on prenait ces animaux. Il n’en est pas de même
- chez les Crustacés dont plusieurs espèces appartenant à des groupes fort différents présentent une atrophie et souvent même une -disparition complète des yeux. Seulement, fait fort singulier, dans un même genre l’on trouve des espèces aveugles et
- Fig. 1. — Explorations, sous-marines (lu Talisman. — yematocarcinus gracilipes (A. M. Edw.;,"pêché à 850 mètres de profondeur.
- (Grandeur naturelle)
- d’autres qui ne le sont pas, ainsi YEthusa yranulata qui vit dans les mers du Nord entre 200 et 4300 mètres est aveugle, alors que YEthusa alla que nous avons pris dans l’Océan par 5000 mètres ne l’est pas. Lorsque la disparition des yeux s’accomplit, elle semble s’effectuer d’une manière graduelle et être en rapport avec la profondeur à
- laquelle vit l’animal sur lequel on l’observe. C’est la cornéule qui disparait tout d abord, les pédoncules oculaires persistant et restant mobiles. Puis ces dernières parties se fixent et elles perdent alors leurs caractères pour se transformer en épines. « Ainsi, dit Norman, YEthusa yranulata, pêché entre 110 et 370 brasses, a deux remarquables tiges oculaires
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- LA NATURE
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- fig. 2. — Explorations sous-murines du Talisman. — Galathodes Animai (A. M. Eihv.l, erustacé aveugle, péché à 4100 mètres
- de profondeur. (Grandeur naturelle.)
- Fig. 3. — Explorations sous-marines-du Talisman. — Pti/choi/aster formosus (A. M. Edvv.), pêché à 930 mètres de profondeur
- (Grandeur naturelle.)
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- lisses et arrondies à l’extrémité où l’œil est ordinairement placé. Chez les spécimens venus du Nord habitant une profondeur de 542 à 705 brasses les pédoncules oculaires ne sont plus mobiles , ils se sont complètement fixés dans leurs alvéoles et leur caractère est changé. Leurs dimensions sont de beaucoup plus grandes ; ils sont plus rapprochés à(leur base et, au lieu d’être arrondies, leurs extrémités se terminent par un rostre très solide. Ne servant plus pour les yeux, elles servent comme rostres. » Nous avons fait représenter une des espèces aveugles (fig. 2) le Galathodes Antonii, pêché à bord du Talisman, et l’on peut voir figurer à l’Exposition de la rue de Buffon à côté de cette forme étrange dont les yeux sont représentés par des épines aiguës, des Pentacheles, des Polycheles, des Wilmoesia, des Cymonomus dont les organes de la vision sont plus ou moins transformés.
- Les Crustacés des grandes profondeurs dégagent des lueurs phosphorescentes qui servent à les éclairer. Ces lueurs sont émises tantôt par toute leur surface, tantôt, comme chez les Àristées d’une manière plus spéciale par les yeux eux-mêmes. Chez certains d’entre eux il semble, qu’il existe en certains points du corps des organes destinés à produire de la lumière, fait qui rappelle celui de même ordre que nous avons signalé en parlant des Poissons. Ainsi sur une nouvelle espèce d’Acantephyra, l’Aeantephyrapellucida (M. A. Edw./, les pattes sont garnies de bandes phosphorescentes.
- Quant aux organes du tact, ils prennent un développement considérable, dont les immenses antennes des Aristées présentent un des exemples les plus remarquables. Chez certains Crustacés les Benthesisymnus, par exemple, les dernières paires de pattes sont détournées de leurs fonctions, elles revêtent le caractère des antennes et remplissent très probablement, pour le toucher, le même rôle que ces organes. H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Clématites à grandes feuilles (Clematides megalanthes). Description et iconographie des espèces cultivées dans l'arboretum de Segrez, par Alphonse Lavallée. I vol. in-4% ouvrage accompagné de 24 planches dessinées d’après nature, par B. Bergeron. — Paris, J. B. Baillière, 1884.
- Traité de la culture fruitière commerciale et bourgeoise, par Charles Baltet, horticulteur à Troyes. 1 vol. in-8°, avec 350 figures dans le texte. — Paris, G. Masson, 1884.
- Hygiène et médecine des familles. Tablettes du docteur. 2* série, par le Dr H. Yigouroux. 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson, 1884.
- Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. 1 vol. in-18, cinquantième année. — Bruxelles, F. Hayez, 1884.
- Souvenirs du Venezuela, notes de voyage, par Jenny de Tallenay. 1 vol. in-18, illustré par Saint-Elme-Gauthier. — Paris, librairie Plon, 1884.
- Ile de Sumatra chez les Atchés. Lohong, par Brau de Saint-Pol-Lias, 1 vol. in-18 avec cartes et illustrations. — Paris, librairie Plon, 1884.
- Un touriste dans l'extrême-Orient: Japon, Chine, Indo-Chiné et Tonkin, par Edmond Cotteau. 1 vol. in-18, avec 38 gravures et 3 cartes. — Paris, librairie Hachette et Cie, 1884.
- La philosophie zoologique avant Darwin, par Edmond Perrier. 1 vol. in-8°, de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, Félix Alcan, 1884.
- La vie et les œuvres du DT L. A. Bertillon. 1 vol. in-8% avec portraits. — Paris, G. Masson, 1884.
- LE CONDENSEUR HONIGMAN
- APPLICATIONS a la traction mécanique.
- La traction mécanique des tramways dans les villes présente de nombreuses difficultés, qui n’ont pas encore été toutes surmontées, si l’on en juge par le petit nombre des applications qu’elle a reçues jusqu’ici.
- On doit en effet, — et c’est ce qui s’est opposé dans une certaine mesure à l’emploi des locomotives à vapeur, — faire usage d’un système de traction sans bruit, sans fumée, sans gaz nuisible, sans odeur désagréable et ne présentant pas de danger d’incendie. C’est pour réaliser ces conditions multiples et difficiles qu’ont été imaginés les moteur! à air comprimé (système Mékarski), les locomotives à eau chaude (système Franck), et, plus récemment, les tramways avec traction électrique par accumulateurs, systèmes dont La Nature a donné en temps utile des descriptions complètes i. Nous laissons à dessein de côté les systèmes à traction directe ou indirecte dans lesquels il existe une solidarité quelconque entre le véhicule mobile et la force motrice fixe qui le met en mouvement, systèmes représentés aujourd’hui par le tramway funiculaire de San Francisco, la traction à chaînes flottantes, la ficelle de la Croix-Rousse à Lyon, les chemins de fer électriques à conducteurs, le telphé-rage, etc. Tous ces systèmes demandent des voies présentant des dispositions spéciales incompatibles avec une application générale.
- La traction directe, c’est-à-dire celle dans laquelle le véhicule transporte avec lui la cause de son mouvement, comprend deux classes distinctes d’appareils :
- 1° Les appareils dans lesquels l’énergie est produite directement, au fur et à mesure des besoins, comme dans les locomotives à vapeur, et certains essais de machines à air chaud ;
- 2° Les appareils dans lesquels l’énergie produite
- 1 Voy. la Table des matières des précédents volumes.
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- primitivement par une source fixe, est emmagasinée sous une forme quelconque et utilisée ultérieurement pour produire la progression du véhicule (air comprimé, eau chaude, accumulateurs électriques)l.
- Le système que nous voulons décrire aujourd’hui appartient à la fois aux deux classes que nous venons d’établir ci-dessus : il procède en effet à la fois par emmagasinement et par production directe, et se compose, en principe, d'une machine à réservoir d’eau chaude, produisant, aux dépens de la chaleur qu’elle renferme, une certaine quantité de vapeur qui vient agir sur le piston d’un cylindre à vapeur Jusqu’ici, nous n’avons que la locomotive à eau chaude ordinaire, mais voici où commence la nouveauté du système, sinon dans son principe, du moins dans son application pratique. Au lieu de laisser la vapeur d’échappement se perdre dans l’atmosphère, M. Ifo-nigman fait condenser cette va-
- i. — Disposition de la chaudière Schwartzkopff pour les premières expériences du tramway.
- peur dans un second réservoir entourant le premier et renfermant de la soude caustique. La chaleur latente de vaporisation de l’eau est ainsi rendue libre par sa condensation, et il vient s’y ajouter la chaleur de dissolution de la soude caustique dans l’eau; la température s’élève et c’est cette élévation de température qu’on utilise pour réchauffer le réservoir d’eau et augmenter ainsi la production de vapeur. Le conden-~ sateur de M. Ilo -nigman est comparable, en fait, à une véritable chaudière dans laquelle la soude caustique remplace le combustible et la vapeur d’échappement le comburant.
- L’expérience a prouvé que si l’on envoie de la vapeur à 100° environ dans une solution de soude caustique dont la densité est 1,7, la température du mélange s’élève à 180° centigrade sans que la pression dépasse une atmosphère. On conçoit que l’élévation de température ainsi produite puisse être utilisée à produire le réchauffement de l’eau du réservoir et permette d’en évaporer une nouvelle quan-
- 1 Nous ne parlons pas des moteurs à ressort dont le poids seul est un obstacle absolu pour l’applicatiou industrielle.
- tité, et que l’action se continue tant que la solution de soude caustique sera assez concentrée pour absorber la vapeur d’échappement sans donner lieu à une contre-pression trop grande.
- On voit d’après cela que l’emploi de la soude caustique ne constitue pas un système rappelant en quoi que ce soit un mouvement perpétuel : cette chaleur supplémentaire qui augmente la quantité de vapeur que peut fournir le réservoir d’eau chaude est limitée par la dissolution même de la vapeur d'échappement.
- Après quelque temps de fonctionnement, l’eau
- du réservoir est trop refroidie et la solution de soude trop diluée pour fournir du travail. 11 faut alors dépenser du charbon pour évaporer la solution de soude et lui donner sa concentration pri mitive, ainsi que pour réchauffer le réservoir et l’amener à sa température initiale.
- Le système Honigman est donc un accumulateur ou réservoir d’énergie en deux parties : une partie de l’énergie est emmagasinée dans l’eau chaude, et se trouve immédiatement disponible sur le piston, l’autre partie est emmagasinée dans la solution concentrée de soude caustique et devient disponible au fur et à mesure des besoins et de la consommation , sous forme de chaleur communiquée à l’eau du réservoir. L’emmagasine-ment de l'énergie
- sous ces deux formes distinctes permet, autant du moins qu’on en peut juger par les expériences préliminaires, d’augmenter la capacité d’emmagasinement sous un volume et un poids donnés, de supprimer les inconvénients que présente l’échappement direct, et enfin, de prolonger la durée du travail qu’on peut tirer d’une quantité d’eau chaude déterminée.
- M. le professeur Riedler, de Munich, a soumis les appareils de M. Honigman à des expériences nombreuses qui ont fait le sujet d’une intéressante communication au Verein Deutscher Ingénieur : nous croyons utile de résumer ici ces expériences qui montrent les résultats déjà acquis et mettent bien
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- Fig. 3. — Diagramme des résultats obtenus avec la chaudière ci-dessus.
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- LA NATURE.
- en relief les différentes phases des phénomènes dont nous venons de donner un aperçu général.
- La figure 1 est un croquis de la chaudière et du moteur employés dans la deuxième série d’expériences, faite sur une ancienne machine de tramway de Schwartzkopff. La partie intérieure I) était réservée à l’eau chaude, la partie extérieure N à la soude ; la vapeur arrivait au cylindre par d et par a dans le condenseur. Cette disposition était des plus défectueuses ; la couche mince de solution de soude entre N et 1) était soumise à toutes les causes de refroidissement extérieur et n’était que très imparfaitement utilisée à produire le réchauffement de D. Après les expériences, on trouva le fond de N recouvert de soude solidifiée.
- Aussi les diagrammes, que nous ne reproduirons pas, indiquèrent-ils des différences de température entre l’eau et la solution sodée qui atteignaient 44° centigrade. Malgré ces défauts, le système put fonctionner, à diverses reprises, pendant une durée de six heures, en remorquant une charge de 3500 kilogrammes ; la locomotive pesait 5870 kilogrammes et la charge de soude 1000 kilogrammes, soit un poids total de dix tonnes.
- La chaudière fut alors modifiée pour satisfaire aux exigences particulières de l’application projetée.
- La figure 2 montre les dispositions nouvelles adoptées; l’eau chaude était toujours à l’intérieur, mais onavait disposé90 tuyaux en équerre plongeant dans la solution de soude pour faciliter l’échange de chaleur ; l'échappement se produisait au fond de N par un tuyau en spirale percé de trous. Une expérience préliminaire faite avec la chaudière chargée de 2,8 mètres cubes d’eau à 150° C, sans soude, la locomotive remorquant un wagon vide, montra qu’après dix minutes de marche, le démarrage était, en certains points, devenu impossible ; après vingt-quatre minutes de marche, il était impossible dé démarrer en un point quelconque du trajet. Une seconde expérience faite avec la solution de soude fournit des résultats très satisfaisants. Les résultats obtenus sont consignés dans le diagramme figure 5. L’on voit que les courbes des températures de l’eau et de la solution sont sensiblement parallèles, la différence n’ayant jamais dépassé 8°. Après 2 heures 50 minutes de service et un parcours de 13kil,5, la solution qui renfermait 733 kilogrammes de
- soude et 15,7 p. 100 d’eau en renfermait 43,8 p. 100; on avait évaporé 577 kilogrammes d’eau.
- Une quatrième série d’expériences fut faite avec un moteur à deux cylindres et une chaudière dont la figure 4 représente les principales dispositions. Le diagramme (figure 5) montre que les résultats obtenus furent très satisfaisants et que les dispositions adoptées permettaient un échange facile de chaleur entre le condenseur et le réservoir d’eau chaude, grâce aux 76 tubes verticaux de 50 centimètres de longueur I et de 52 millimètres de diamètre disposés sur le fond de la chaudière. Pendant ces essais, la soude était tantôt à l’air libre et tantôt en vase clos. Dans le premier cas la limite d’absorption de la solution était indiquée par l’échappement de l’excès de vapeur dans l’atmosphère. Il ne se produisait aucun bruit, ni aucune écume à la surface de la soude lorsqu’on fit usage d’huiles minérales pour le graissage de la machine. La température de la vapeur d’échappement ne dépassa jamais 105° à 104° C.
- Tels sont les résultats actuellement acquis par les expériences faites sur le condenseur deM. Honigman. Il reste encore à examiner, au point de vue économique, quel sera le prix de reconcentration de la solution lorsqu’après un certain temps de service, elle sera trop diluée pour être employée avec avantage; il faut aussi déterminer les pertes dues aux différents traitements ainsi qu’à la carbonisation partielle. La durée des réservoirs qui doivent renfermer la solution laisse peu de craintes, car le fer et la fonte ne sont pas attaqués par la soude caustique à des températures inférieures 200° centigrade, et cette température n’est jamais dépassée dans le condenseur Honigman.
- En tout cas, le système fonctionne à une pression relativement basse ne présente aucun danger, travaille sans bruit, sans feu, sans étincelles et sans fumée ; ces avantages ne sont pas à dédaigner. Les condenseurs de M. Honigman viennent d’ailleurs d’être appliqués dans quelques mines et sur quelques lignes de tramways, et nous saurons bientôt à quoi nous en tenir sur la valeur industrielle de ce mode d’emmagasinement de l’énergie qui semble pouvoir déjà entrer en lutte avec ses aînés : l’eau chaude, l’air comprimé et les accumulateurs électriques.
- E. II.
- Fig. i. — Chaudière employée dans les expériences avec un moteur à 2 cylindres.
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- Fig. 5. — Diagramme des résultats obtenus avec la chaudière ci-dessus.
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- LA NATURE.
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- INDICATEUR AUTOMATIQUE DE NlYEAU D’EAU DANS LES GÉNÉRATEURS A YAPEUR
- Récepteurs. Transmetteur.
- Fig. 1. — Indicateurs automatiques de niveau d'eau, de MM. Lefèvre et Rénaux, disposés sur trois chaudières distinctes.
- Lamarche normale d'une machine à vapeur ella sécurité de son fonctionnement sont intimement liés à l’alimentation de la chaudière : c’est dans le but de rendre cette alimentation facile et régulière qu’ont été prescrits et imposés les tubes indicateurs de niveau d’eau et les sifflets d’alarme.
- Ces appareils viennent d’être heure u s e m e n t complétés par l’indicateur automatique de niveau d’eau de MM. Lefèvre et
- Rénaux qui assure la surveillance incessante des chauffeurs, surveillance qui peut être répétée par-
- tout où on la juge utile,
- Récepteur. Transmetteur.
- Fig. 2. — Indicateurs automatiques de niveau d’eau.
- veau de l’eau et entraîne tige métallique verticale,
- d’une manière automatique, sans arrêt ni dérangement possible. L’appareil qui indique à la fois le niveau de l’eau et la pression de la vapeur se compose de deux parties distinctes, le transmetteur et le récepteur : elles peuvent être séparées l’une de l’autre par une distance quelconque.
- Transmetteur.—Le trans-metteur consiste en un flotteur qui suit les variations du ni-dans son mouvement une par l'intermédiaire d’un
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- LA NATURE.
- levier horizontal. Cette tige métallique pénètre dans un tiroir de distribution qui constitue la partie intéressante du système. Ce tiroir de distribution est un cylindre à double paroi circulaire au centre duquel passe la tige verticale terminée par un petit piston qui, dans son mouvement de va-et-vient, intercepte ou ouvre successivement six orifices disposés sur le cylindre suivant une hélice. Lorsque le niveau est normal, trois orifices se trouvent au-dessous du piston et trois au-dessus. La vapeur s’introduira dans les trois orifices placés au-dessous du piston et pénétrera dans trois tubes capillaires en communication avec le récepteur et produira une action que nous allons indiquer tout à l’heure.
- Si le niveau s’élève, le nombre d’orifices en communication avec la vapeur augmentera; s'il s’abaisse il diminuera, par suite des mouvements correspondants de la tige verticale et du piston du transmetteur. Un aura donc ainsi six tubes de petit diamètre correspondant à six indications distinctes : 0, 1,2; pour le manque d’eau : 4,5, b; pour le trop d’eau : le niveau normal indiqué par 3 sur le récepteur s’indique sans tube spécial.
- Un septième tube en communication directe avec le manomètre et la chaudière sert à indiquer à chaque instant la pression : ces sept tubes de transmission dont la longueur peut atteindre 200 mètres sont tordus ensemble comme les torons d’un câble et établissent la communication entre le transmetteur et le récepteur; le faible diamètre de ce câble lui permet de se prêter facilement à toutes les exigences de l’installation.
- La vapeur qui pénètre dans ces tubes ne tarde pas à se condenser et à remplir leur capacité : l’eau ainsi condensée forme alors un véritable piston hydraulique qui, recevant à sa base la pression de la vapeur, la transmet à l’autre extrémité du tube.
- Récepteur. — Les six tubes communiquent respectivement avec six petits cylindres disposés verticalement trois par trois de chaque côté de l’axe du récepteur. Chacun de ces cylindres renferme un petit piston qui est repoussé lorsque la vapeur exerce sa pression dans le tube correspondant et qu’un ressort boudin de puissance convenable ramène à sa position lorsque la pression de la vapeur cesse. Suivant le niveau de l’eau, il y a donc 1,2,3,4,5, ou G pistons en pression, il y en a 3 lorsque l’eau est à son niveau normal dans la chaudière. Un ingénieux mécanisme de transmission, mais dont la description sortirait de notre cadre, permet d’utiliser les positions respectives de ces pistons à produire le mouvement de l’aiguille du récepteur, aiguille qui indique à chaque instant le niveau de l’eau dans la chaudière. Le septième tube sert, comme nous l’avons dit, à transmettre la pression au manomètre métallique fixé au-dessous de l’indicateur de niveau; les deux appareils n’en forment ainsi qu’un seul.
- Enfin, MM. Lefèvre et Rénaux ont adjoint à leur indicateur une sonnerie électrique d’avertissement
- destinée à signaler le manque d’eau en temps utile, le circuit de la sonnerie est en communication avec la pile par l’intermédiaire du manomètre métallique, de sorte que cette sonnerie ne fonctionne que si la chaudière est en pression, c’est-à-dire seulement dans le cas où le manque d’eau constitue un danger ; elle reste silencieuse pendant les nettoyages et les réparations.
- La figure 1 représente l’ensemble des transmetteurs et des récepteurs disposés sur trois chaudières distinctes ; il va sans dire que, dans la pratique, on peut mettre une distance de200mètres entre lesappareils. La figure 2 montre les dispositions intérieures d’un transmetteur et d’un récepteur. Dans le transmetteur, le niveau d’eau s’indique directement par l’action de la tige, à l’aide d’une transmission mécanique dont le dessin montre suffisamment les dispositions.
- CHRONIQUE
- Exposition des chemins de fer à Saint-Étienne. — L’année prochaine une importante et intéressante exposition aura lieu à Saint-Étienne. Il s’agit d’une exposition universelle du matériel des chemins de fer. Une récente réunion a en lieu à cet effet, à Saint-Étienne, où se sont donné rendez-vous plusieurs députés et les principales notabilités du département de la Loire. M. Laur, ingénieur,*a montré le caractère de l’entreprise, il a rappelé que le choix de Saint-Étienne pour une solennité de ce genre est justifié par plusieurs raisons. C’est à Saint-üdienne que le premier chemin de fer français a été construit. Le département de la Loire est en outre un des centres les plus importants de production métallurgique.— Voici comment l’exposition sera probablement organisée : Une grande voie ferrée en forme de 8 sera établie dans la plaine de Champagne. Tous les exposants seront appelés à construire une partie de cette voie. Ils apporteront leur système de rails, de traverses. Puis, sur ce gigantesque 8, on fera manœuvrer wagons et locomotives. — Nous souhaitons grand succès à la future exposition de Saint-Étienne.
- Les progrès de la télégraphie en Belgique. —
- Sans vouloir critiquer ce qui se fait en France pour améliorer le service télégraphique et le service téléphonique, qu’il nous soit permis de résumer rapidement ce qui se fait en ce moment en Belgique. Si la comparaison n’est pas à notre avantage, on aura la consolation de penser que dans quelque vingt ans, nous :ouirons peut-être des mêmes commodités. Les réseaux téléphoniques concédés par le gouvernement belge, sont actuellement accordés au bureau télégraphique principal à Bruxelles, Anvers, Gand, Liège, Verviers, Charleroi et Louvain. Le poste téléphonique central de chacune de ces villes donne la communication du bureau télégraphique avec l’abonné qui peut ainsi transmettre directement, sans aucune surtaxe, tous les télégrammes privés à destination de l’intérieur du pays et de l’étranger. L’abonné au service téléphonique peut aussi, à certaines heures déterminées, recevoir téléphoniquement tous ses télégrammes dont on lui expédie par la suite, copie confirmative, le tout sans aucune taxe supplémentaire. L’avantage de cette combinaison est surtout appréciable par tous les abonnés dont l’habitation est éloignée des bureaux télégraphiques. C’est ainsi qu’un
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- abonné demeurant bois de la Cambre près de Bruxelles, a pu en treize minutes, recevoir un télégramme et faire parvenir une réponse à Louvain. Un autre abonné de Châtelineau demeurant à plus d’un kilomètre du bureau télégraphique, a reçu un télégramme venant de Verviers huit minutes après son expédition, etc. Ces faits seuls sulfisent pour montrer quels services considérables peut, rendre le nouveau système téléphonico-télégraphique inauguré en Belgique.
- Mise en marche des moteurs h gaz. — Les moteurs à gaz présentent un inconvénient lorsqu’il s’agit de les mettre en marche. Il faut, en effet, pour produire la première inflammation du mélange détonant,leur faire faire un tour ou deux à bras d’homme, ce qui est un sérieux inconvénient avec les grands moteurs actuels, capables de produire 20 à 40 chevaux-vapeur de force motrice, dont la mise en train est alors rendue fort pénible. Bien des tentatives ont été faites pour rendre la mise en marche des moteurs à gaz, sinon automatique, du moins facile à produire par la manœuvre d’un simple robinet, comme dans les machines à vapeur. Le problème est aujourd’hui résolu avec le moteur à gaz de M. Clerk. Lorsque le moteur est en pleine marche une première fois, on lui fait comprimer un mélange détonant à une pression d’environ 5 kilogrammes par centimètre carré, dans un réservoir en fer forgé d’une solidité éprouvée. C’est l’énergie ainsi emmagasinée sous forme de mélange détonant inflammable, qui est ultérieurement utilisée pour mettre le moteur en marche lorsque besoin est. Trois minutes suffisent pour remplir le réservoir, et ce réservoir contient assez de mélange détonant pour produire plusieurs mises en train consécu-ives. Ce système essayé depuis quelque temps déjà chez MM. Sterne and C°, à Londres et à Glascow, a toujours donné les meilleurs résultats.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 mars 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Election. — Une place était vacante dans la section de géométrie par suite du décès de M. Puiseux. M. üarboux est appelé aujourd’hui à la remplir par 47 voix contre 3 données à M. Laguerre et 2 à M. Poincaré.
- La chimie en Chine. — 11 y a dix-huit ans, M. Bille-quin était préparateur au Conservatoire des Arts et Métiers et comptait déjà dix années de service. S’il quitta sa place ce fut pour aller à Pékin occuper la chaire de chimie au Collège impérial. Aujourd’hui il assiste à la séance de l’Académie et offre par l’intermédiaire de M. Tresca les volumes de son cours imprimé en chinois. La tâche n’était pas facile et notre compatriote dut inventer une foule de signes et de mots pour exprimer les idées et les faits qu’il avait à présenter. Le livre est d’ailleurs revêtu d’un caractère absolument officiel comme en témoigne l’introduction dont il est précédé, et qui est revêtue de la signature du ministre compétent. Il faut savoir que le Collège impérial compte 120 élèves qui se renouvellent par 25 tous les ans et qui, entretenus aux frais du gouvernement, se répandent dans les consulats et dans les ambassades.
- Le déplacement del'Observatoire.— M. l’amiral Mouchez a publié tout récemment un Mémoire adressé à M. le Ministre de l’Instruction publique pour demander que notre grand Observatoire astronomique soit transféré hors Paris dont la lumière, le bruit et les trépidations sont autant d’obstacles à la bonne exécution des recherches. Ce
- Mémoire ayant été renvoyé aux sections réunies d’astronomie et de géographie, M. Faye fait en leur nom un rapport de quelques lignes. Il reproduit d’ailleurs le vœu de M. Mouchez. Les vieux bâtiments actuels seraient conservés à titre de monuments historiques et convertis en musée et archives astronomiques.
- Nouvelles de Panama. — Les travaux de percement de l’isthme américain sont décidément commencés. D’après le rapport de M. Dingler communiqué par M. de Lesseps, 3 600000 mètres cubes sont dès maintenant enlevés. Il est vrai que c’est bien peu de chose comparé aux 80 000 000 qu’il s’agit d’extraire, mais on dispose de dragues capables de faire disparaître 50 000 mètres cubes en 10 heures et l’on compte avoir terminé le travail en 1888. Déjà 15 000 travailleurs sont sur les chantiers; ils proviennent de la Jamaïque et recevant 5 francs par jour, ils peuvent, parait-il, en mettre 4 de côté. Malheureusement l’état sanitaire n’est pas aussi bon qu’on l’avait espéré. La fièvre jaune a fait son apparition de Colon à Panama et l’ingénieur en chef, M. Dingler, a perdu en dix jours ses deux seuls enfants, son fils et sa fille. Cette déclaration de M. de Lesseps fait une forte impression dans l’auditoire.
- Varia. — On signale un mémoire de M. Dieulafail sur la diffusion du manganèse dans les marbres blancs de Carrare, de Paros et des Pyrénées. — D’après M. Lamey on apercevrait dans certaines conditions à la surface de la planète Mars des dépressions circulaires dont l’auteur fait des cirques volcaniques plus ou moins comparables à ceux de la Lune. — Une Exposition d’Électricité s’ouvrira le 2 septembre prochain à Philadelphie. — La production artificielle d’un chlorosilieate de manganèse occupe M. Gorjeu. — M. Grandidier lit un mémoire sur la cartographie de Madagascar. Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- ÉQUILIBRE DES CORPS FLOTTANTS
- L’équilibre des corps flottants sur les liquides est un fait de constatation presque journalière, mais il n’en est pas de même lorsqu’il s'agit des fluides aériformes, une bulle de savon pleine d’air flottant sur un bain d’acide carbonique, par exemple. — La réalisation de cette jolie expérience semble nécessiter des appareils compliqués, pourtant on peut le faire très simplement, et voici une manière d’opérer à la portée de tout le monde.
- On prend un vase de verre un peu large, telle qu’une cloche de melons de moyenne grandeur, que l’on place, l’ouverture en haut, sur un trépied en gros lil de fer, ou de toute autre manière.
- Au fond de cette cloche, on dépose un mélange formé de parties égales de bicarbonate de soude et d’acide tartrique, réduits en poudre, que l’on répartit en une couche de faible épaisseur. — La quantité de poudre à employer dépend de la grandeur de la cloche et de l’épaisseur de l’atmosphère d’acide carbonique que l’on veut y produire. — On se basera sur cette donnée, que le bicarbonate de soude renferme la moitié de son poids d’acide carbonique, et, par suite, qu’il faut décomposer
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- LA NATURE.
- 4 grammes de bicarbonate pour produire un litre de gaz acide carbonique.
- Sur l’ouverture de la cloche, on dépose une feuille de carton de grandeur convenable pour la couvrir exactement. — Le centre de ce carton est percé d’une petite ouverture circulaire, destinée à laisser passer un tube de verre assez long pour reposer sur le fond de la cloche, tout en dépassant le carton par sa partie extérieure. — C’est par ce tube et au moyen d’un petit entonnoir que l’on fait arriver au fond de la cloche, de petites quantités d'eau, que l’on verse successivement, afin que l'effervescence ne soit pas trop tumultueuse, et jusqu'à ce que la poudre soit entièrement immergée. Lorsque l’acide carbonique cesse de se dégager, on retire le tube de verre.
- On a soin de préparer à l’avance, une bonne eau savonneuse ou, ce qui est préférable, le liquide glycérique de M. Plateau. — Avec l’un de ces liquides, on souffle des bulles de 10 centimètres de diamètre, à peu près, à l’extrémité d’un tube de terre faiblement évasé.
- — Ce tube doit être tenu vertical en amenant la bulle au-dessus du carton que l’on retire avec précaution, en le faisant glisser dans son plan, puis on détache la bulle de façon à la faire tomber suivant l’axe de la cloche. — Si cette chute a lieu d’une certaine hauteur, la bulle rebondit comme si elle était repoussée par un ressort : elle redescend, remonte plusieurs fois, en un mot, elle exécute des oscillations verticales, puis devient immobile. — C’est à ce moment qu’il convient de replacer le carton, pour ne produire aucune agitation dans l’intérieur de la cloche.
- La bulle de savon ressemble alors à un petit aérostat en équilibre au sein de l’atmosphère de la cloche, mais en réalité, elle flotte sur la couche d’acide carbonique qui est invisible. — Toutefois, cet équilibre a peu de durée, l’acide carbonique se dissout rapidement dans l’enveloppe liquide de la bulle et passe dans l’intérieur dont il augmente le poids, de sorte que cette bulle descend graduellement au fond de la cloche où elle s’évanouit. — Mais on peut obtenir la suspension de plusieurs bulles successivement, c’est-à-dire que l’expérience
- peut être répétée plusieurs fois, si l’on évite d’agiter l’atmosphère de la cloche, en déplaçant convenablement le carton, ce qui est essentiel.
- On peut remplacer la bulle de savon, par un de ces petits ballons en caoutchouc si fort estimés des enfants. — Le poids de l’enveloppe de ces ballons, est en moyenne de 1 gramme; de sorte qu’en les gonflant à l’aide d’un soufflet jusqu’au diamètre de 15 centimètres, environ, on obtient un équilibre qui a plus de fixité et de durée ; on peut dès lors observer le phénomène tout à son aise.
- Indépendamment de son attrait, l’expérience ci-dessus peut fournir le sujet de calculs intéressants. Ainsi, on pourra supposer:
- 1° Que la cloche de melons est remplacée par un cône géomé -trique renversé dont la génératrice fait, avec l’axe verlical, un angle de 50°;
- 2° Que le mélange des sels et d’eau servant à la production de l’acide carbonique occupe, au fond de ce cône, une hauteur de 15 centimètres ;
- o° Qu’il s’agit de préparer un volume de gaz acide carbonique formant, au-dessus du mélange précédent, une couche de 20 centimètres d’épaisseur, dont on évaluera le poids à la température de 15° centigrades, et sous la pression atmosphérique de 748 millimètres ;
- 4° On déterminera, d’après les équivalents chimiques, les quantités de bicarbonate de soude et d’acide tartrique à mettre en présence, pour produire le poids d’acide carbonique;
- 5° Enfin, en assignant au petit ballon, de forme sphérique, un diamètre de 0m,15 et un poids de 0sr,85 et en admettant que la couche d’acide carbonique est terminée par un plan horizontal nettement limité lorsque l’équilibre du ballon flottant est réalisé, on calculera le rapport entre la partie de la sphère immergée dans l’acide carbonique et la partie émergente.
- Ces calculs, ou le voit, peuvent être considérés comme de bons exercices d’étude. Georges Sire,
- Docteur ès sciences.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandieii.
- Imprimerie A. Lahure,9, rue de Fieurus, à Paris.
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- N° 565. — 15 MARS 1884.
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- LA COMÈTE PONS-BROOKS1
- OBSERVATIONS FAITES A NICE LE 13 ET LE 19 JANVIER 1884
- La comète Pons-Brooks qui vient de disparaître et a passé presque inaperçue du publie a présenté, dès les premiers jours de son apparition, un caractère tout à fait exceptionnel et d’un grand intérêt scientifique. Elle a été depuis le commencement de novembre l’objet d’une étude attentive et suivie à l’Observatoire de Nice. M. Perrotin et moi n’avons laissé échapper aucune occasion de l’examiner directement, d’abord à l’équatorial de 14 pouces, puis au spectroscope qui s’adaptait à cet instrument,
- Nous avons vu ainsi la comète augmenter progressivement d’éclat en conservant toujours à peu près le même aspect. Au centre un point brillant sans dimensions appréciables comme une étoile de cinquième puis de quatrième grandeur. A partir de ce point la lumière s’affaiblissait par gradation insensible jusqu’aux extrémités de la chevelure. Une région relativement sombre qui se trouvait immédiatement au - dessous du noyau du côté de la queue donnait à la partie supérieure plus brillante l’aspect d’une aigrette. La queue, longtemps invisible, a toujours été d’un faible éclat. Elle nous a paru présenter un maximum de lumière suivant l’axe à partir duquel cette lumière se dégradait d’une manière insensible du côté nord, tandis qu’elle se terminait brusquement du côté sud par une ligne à peu près droite.
- Au spectroscope la comète donnait avec un éclat tout à fait remarquable les trois bandes ordinaires des composés du carbone (a, p, 7 d’Angstrôm)2. Dès le premier jour M. Perrotin vit assez bien la quatrième bande 8, dans le violet, pour en déterminer exactement la proposition sans connaître au préalable l’orientation du spectroscope. A mesure que l’éclat de la comète augmentait, cette bande devenait pour lui de plus en plus visible, tandis que je n’ai jamais réussi à la voir d’une manière bien certaine. Ma vue n’est pourtant nullement affectée
- 1 Voy. n° 556 du 26 janvier 1884, p. 132.
- 8 Voy. n° 429 du 20 août 1881, p. 177.
- 12* année. — l" ««mettre-
- Tête de la comète Pons-Brooks, 13 janvier 1884, d’après un dessin exécuté par l’auteur à l’Observaloire de Nice. (Le trait blanc indique la direction de la queue.)
- de daltonisme. Ce fait me semble très instructif et rend très bien compte des divergences qui se produisent souvent dans l’observation des phénomènes difficilement perceptibles. Les bandes a, p, y étaient si brillantes au mois de janvier que le voisinage d’une grosse lampe à pétrole n’empêchait nullement l’observateur de les voir. Le spectre continu du noyau était au contraire si faible que jusqu’aux premiers jours de janvier il était impossible d’y reconnaître aucune des couleurs spectrales.
- On avait parlé à diverses reprises des brusques et singulières transformations qu’éprouvait la comète. Or depuis deux mois et demi nous la suivions ici sans interruption et nous n’avions rien vu de particulier. A quelques variations d’intensité près, elle nous offrait toujours à peu près le même aspect et nous donnait toujours le même spectre. Mais la patience et l’assiduité de l’observateur ne doivent jamais se déconcerter, c’est la condition du succès. Le 13 janvier, à la tombée de la nuit, M. Perrotin alla comme d’habitude faire des mesures de position sur la comète, je devais le rejoindre un peu plus tard pour les^ observations spectroscopiques. Il me fit appe-\ 1er presque immédiatement, en toute hâte et me montra un phénomène vraiment singulier. Toute la lumière de la tête et de la chevelure de la comète semblait s’être concentrée dans un disque parfaitement circulaire ayant un diamètre de 34" environ et dans une sorte d’auréole qui lui était concentrique d’un diamètre de près de 2'. Le disque était très brillant; il avait des bords si nets qu’on aurait cru voir une planète. Au centre se montrait un noyau semblable à une petite étoile. La lumière allait en se dégradant à partir du noyau et reprenait une certaine intensité vers les bords. Deux diamètres un peu plus lumineux se croisaient sous un angle de 30° à 40°, l’un d’eux était à peu près dans la direction de la queue.
- Le disque donnait un magnifique spectre continu où l’on distinguait sans peine toutes les couleurs depuis le rouge extrême jusqu’au violet et sur lequel se détachaient nettement les trois bandes du carbone plus brillantes que d’habitude. Nous vîmes
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- dans le jaune et dans l’extrême rouge des parties d’un éclat plus vif qui nous firent soupçonner la présence, parmi les éléments de la comète, de quelques métaux et en particulier du sodium. Mais ces phénomènes étaient si faiblement accusés qu’il était impossible de rien conclure; nous gardâmes seulement l’espoir qu’au moment du périhélie ils s’accuseraient davantage, espoir qui ne s’est pas réalisé.
- Le lendemain 14 et les jours suivants la comète reprit son aspect habituel, mais le 19 janvier nous la vîmes, comme le 13, sous la forme d’un disque brillant entouré d’une auréole. Seulement le disque était elliptique et non circulaire ; ses bords étaient moins nets et moins lumineux; l’auréole était à peine visible. Présumant qu’il pourrait y avoir quelque chose de périodique dans ces transformations nous attendîmes avec impatience le 25 janvier. Mais ce jour-là nous ne vîmes rien de semblable. Toutefois il importe de dire qu’à Potsdam, M. Vogel a fait des observations analogues aux nôtres le 1er janvier, date qui rentrerait bien dans là période de six jours que nous avions admise. *
- De quelque manière qu’on l’envisage, cet étrange phénomène dénote dans la matière cométaire des mouvements qu’il semble bien difficile d’expliquer et d’analyser. Comment concevoir en effet que cette matière disséminée, la veille, dans un espace immense sans limites précises, se trouve tout à coup, le jour du lo, emprisonnée pour ainsi dire dans deux enveloppes sphériques parfaitement définies, parfaitement distinctes, ayant toutes deux le noyau pour centre. Le fait parut si extraordinaire aux membres du Bureau des Longitudes qu’ils crurent d’abord à une illusion de notre part, quelques-uns' même attribuèrent ces apparences bizarres à l’effet d’une buée qui, au moment des observations, se serait déposée sur l’objectif de la lunette. Mais, à mon avis, il ne serait pas plus, difficile d’expliquer le phénomène lui-même que d'expliquer par un effet de buée la production dans îe champ de la lunette d’un disque à bords parfaitement définis, circulaire le 13, elliptique le 19; que d’expliquer surtout l’énorme accroissement d’intensité du spectre continu donné par la comète. Ce qu’il y a de sûr aujourd’hui c’est que la buée n’était pour rien là dedans puisque nos observations du 13 ont été confirmées par M. Rayet à Bordeaux et par M. YV. T. Sampson à Washington. L. Thollon.
- U PRÉVISION DU TEMPS
- ET LES THÉORIES DE M. J. DELAUNEY1
- A la suite de l’article que nous avons publié la semaine dernière, nous avons reçu de M. J. Ile-launey la lettre suivante, que nous nous empressons de publier:
- 1 Yoy. n° 562 du 8 mars 1884, p, 226.
- Oui, monsieur, j’avais annoncé du froid pour janvier et février derniers et je reconnais que je me suis complètement trompé. Croyez qu’à mon égard, nul n’est plus sévère que moi-même ; tout au plus pourrais-je dire, à ma décharge, que je me suis trouvé dans la situation d’un ouvrier, qui, possédant un excellent outil, ne sait pas encore très bien s’en servir.
- Parlant de mes prévisions du Figaro, vous n’en avez cité qu’une*, je réclame de votre impartialité la permission de faire sommairement défiler toutes les autres sous les yeux de vos honorables lecteurs; je joins ’a chacune d’elles les perturbations qui semblent s’y rapporter.
- Figaro du 4 novembre 1883.
- Annonce de tremblements de terre et de violentes bourrasques à partir du 14 novembre.
- (Le 13 : tremblements de terre en Espagne et en Algérie; le 13 : tremblement de terre en Grèce; du 14 au 18 : bourrasques sur l’Atlantique, 680 bateaux perdus en Amérique.)
- Figaro du 2 janvier 1884.
- Annonce de perturbations atmosphériques et en particulier de tremblements de terre pour une date voisine du
- 12 janvier.
- (Le 11 au soir : tremblement de terre en Italie; le
- 13 : violente bourrasque sur l’Atlantique, ouragan au Canada renversant un grand nombre de maisons ; le 14 au matin : raz-de-marée à Montevideo.)
- Figaro du 10 février 1884.
- Annonce de mauvais temps, à partir du 13 février, pour une durée de 15 jours ; indication du 18 comme jour le plus agité.
- (Les mauvais temps commencés le 12 ne prennent fin que le 27 ; le 19, violentes tempêtes sur toutes les côtes d’Europe; le même jour, terribles ouragans aux États-Unis, 600 personnes tuées, 5000 maisons démolies.)
- Figaro du 23 février 1884.
- Annonce de beau temps avec vents Nord continuels du 27 février au 29 mars, sauf pour le 6 mars.
- (Cetteprévision est en pleine réalisation4.)
- Figaro du 8 mars 1884.
- Annonce du 29 mars au 5 avril de très graves perturbation (ouragans, tremblements de terre, etc.) devant se faire sentir sur une grande partie du globe.
- Capitaine Delauney.
- Nous avons le regret d’ajouter que cette lettre ne change absolument rien à notre opinion. Que signifient ces annonces de tremblements de terre à partir du 14 novembre? Jusqu’à quelle époque la prévision porte-t-elle? On sait qu’il ne se passe pas de semaines sans que quelque phénomène de ce genre ne puisse être observé sur un point du globe. — Que veulent dire les perturbations atmosphériques pour une date voisine du 12 janvier? Quelle est la limite de ce voisinage de date? N’y a-t-il pas tous les jours quelque bourrasque que l’on trouvera en Chine ou au Japon, si ce n’est en France, pour donner raison à la prévision?
- Mathieu de la Drôme avait eu l’ingénieuse idée
- 1 Nous en avons cité deux, celle du 2 janvier et celle du 26 du même mois ; ce sont les seules qui étaient à noire avis, nettement formulées. G. T.
- a Vents du Sud et pluie depuis le 9 mars 1 ! !
- G. T.
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- d’ajouter à ses prévisions cette mention prudente : suivant les régions. — « Vers le milieu de novembre, lit-on généralement dans les almanachs prophétiques, il pleuvra suivant les régions... »
- M. Delauney étend les régions à la surface du globe tout entier. Qu’on en juge par cette nouvelle prévision que nous reproduisons textuellement, d’après le texte autographié que nous avons reçu :
- Il est probable que du 29 mars au 3 avril, la Terre sera éprouvée par de très graves perturbations météorologiques (tremblements de terre, ouragans, etc.). Des désastres sont à redouter. Capitaine Delauney.
- On sait qu’il n’est pas de semaine où le bureau Veritas ne signale de trop nombreux naufrages dus à des gros temps signalés sur quelque point des deux hémisphères.
- Avec de telles prévisions, qui s’adaptent à toutes les circonstances, M. J. Delauney peut être certain qu’il ne trouvera plus de contradicteurs.
- Gaston Tissandier.
- TÉLÉGRAPHIE ET TÉLÉPHONIE
- SIMULTANÉES
- I'AR LES MÊMES CONDUCTEURS
- SYSTÈME DE M. P. VAN BYSSELBEBGIIE
- Nous avons fait connaître précédemment1 les combinaisons imaginées par M. Yan Rysselberghe pour faire disparaître les effets d’induction sur les lignes téléphoniques à simple fil disposées parallèlement aux lignes télégraphiques et sur les mêmes supports, et nous avions promis de publier dans un article prochain les procédés du même inventeur permettant d’échanger simultanément par un seul et même fil des communications télégraphiques et téléphoniques.
- Des raisons personnelles à l’inventeur et qui touchent à des questions de brevets et de priorité nous ont empêché jusqu’ici de tenir notre promesse. Aujourd’hui toutes les difficultés sont levées et une partie des réseaux télégraphiques de la Belgique et de la Hollande est à la veille de faire entrer ces nouvelles combinaisons téléphoniques dans la pratique courante. Nous pouvons donc compléter notre premier article, et nous n’aurons pas de meilleur guide pour cette étude que M. J. Banneux, ingénieur en chef des télégraphes belges, qui a suivi toutes les expériences et vient d’en publier un compte rendu très exact et très intéressant dans le Journal télégraphique de Berne.
- Nos lecteurs savent déjà — et nous le rappelons brièvement — que M. Yan Rysselberghe était parvenu à détruire l’induction sur les lignes téléphoniques en graduant convenablement les courants émis par les lignes télégraphiques à l’aide de résistances intercalées successivement dans le circuit au moment
- 1 Voy. n° 473 du 24 juin 18&2, p. 61.
- de la fermeture et retirées successivement au moment de l’ouverture, d’une façon automatique, par le jeu même du manipulateur. 11 obtint des résultats bien supérieurs et d’une manière plus simple en intercalant dans le circuit des condensateurs ou des électro-aimants dont l’application est plus générale et ne demande aucune modification du transmetteur.
- Les combinaisons anti-inductrices dans lesquelles on utilise les électro-aimants graduateurs et les condensateurs sont variables à l’infini. Le dispositif qui se prête le mieux aux conditions variables des appareils est représenté'fig. 1. Il consiste à intercaler entre la terre et la borne de ligne du manipulateur, un condensateur-graduateur de deux microfarads ; R est l’électro-aimant récepteur, P la pile de transmission, M le manipulateur, Et et E2 deux électro-aimants graduateurs de 500 ohms de résistance environ et T, un téléphone. Chaque poste terminus est alors muni des six appareils
- L,
- T erre
- Fig. 1. — Système anti-inducteur de M. Van Rysselberghe.
- P. Pile. — M. Manipulateur. — R. Récepteur.. — C. Condensateur-graduateur. — E, E2. Électro-aimants graduateurs. — T,. Téléphone destiné à montrer que tout bruit d’induction a disparu lorsqu’on transmet ou qu’on reçoit par la ligne télégraphique ainsi rendue anti-inductrice.
- suivants : manipulateur, récepteur, pile, électro-graduateur de ligne, éleetro-graduateur de pile et téléphone, ces six appareils montés comme le représente la figure 1. Dans ces conditions, quelle que soit la puissance de la pile, le téléphone T, reste muet, tant pour la réception que pour la transmission. Il en est de même a fortiori pour tout téléphone disposé sur une ligne parallèle à la première ; il est bien certain en effet que si aucun bruit ne se fait entendre dans le téléphone établi directement sur le circuit, il en sera de même sur les lignes parallèles.
- Il en résulte qu’en munissant tous les fils d’un réseau télégraphique du dispositif anti-inducteur, on assure par cela même le moyen de téléphoner sur l’une quelconque de ces lignes, sans éprouver de perturbation de la part des lignes voisines.
- Les condensateurs-graduateurs et les électro-aimants-graduateurs agissent, comme l’indique d’ailleurs leur nom, en graduant les émissions de courant et en substituant à un courant brusque un courant croissant ou diminuant avec une lenteur
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- relative, ce qui se traduit sur la membrane du téléphone par une sorte de flexion aux lieu et place d’un choc instantané.
- La disposition représentée figure 1 ne permet pas encore de réaliser la télégraphie et la téléphonie simultanées, car les téléphones se trouvent solidarisés avec la ligne télégraphique, ce qui, en pratique, donnerait lieu à des inconvénients tels, que la combinaison serait difficilement acceptable.
- Il faut donc rendre les deux communications indépendantes pour que le système duplex puisse rendre des services réels : un fait d’observation a permis à l’inventeur de réaliser cette condition d’une importance capitale.
- En faisant le montage de la figure 2 dans lequel G est un condensateur de 1/2 microfarad, T et T' deux téléphones d’une résistance quelconque et R une résistance de 500 ohms ou plus, si l’on établit
- Terre
- Terre
- POSTE
- TELEGRAPHIQUE
- , POSTE TELEPHONIQUE
- Fig. 2. — Expérience montrant le principe appliqué dans le sys Fig. 3. — Disposition d’un poste terminus destiné aux transmis-tème de transmissions simultanées. missions simultanées téléphoniques et télégraphiques.
- une communication téléphonique entre T et T', les correspondants ne s’aperçoivent d’aucune différence dans la transmission, soit qu’on supprime ou qu’on rétablisse la dérivation R M N. Des expériences faites sur des lignes variant entre 45 et 320 kilomètres de longueur ont toujours donné les mêmes résultats.
- Ceci établi, en appliquant à une ligne munie du système anti-inducteur représenté figure 1, le fait mis en évidence par l’expérience indiquée figure 2, on établit le montage de la figure 3 dans lequel le téléphone et le télégraphe deviennent indépendants et constituent deux modes de correspondance distincts par un seul et même fil.
- Le condensateur-graduateur Gt a une capacité de 0,5 microfarad; le condensateur C2 qui porte le nom de condensateur-séparateur a une capacité de 2 microfarads.
- Nous citerons quelques exemples intéressants de transmissions simultanées.
- Bruxelles, Gand et Ostende sont reliés par un fil unique qui sert simultanément, en service régulier : 1° à transmettre téléphoniquement, à un journal quotidien de Gand, le compte rendu des débats
- parlementaires, des cotes de la Bourse et des marchés; 2° à transmettre télégraphiquement entre Bruxelles et Ostende les dépêches ordinaires ainsi que les courants actionnant les télémétéorographes installés dans les observatoires de ces deux villes.
- La figure 4 se rapporte à une combinaison bien
- plus curieuse et plus intéressante encore. Le montage des appareils permet de correspondre télégraphiquement entre Bruxelles et Ostende tandis qu’on correspond téléphoniquement d’une part entre Bruxelles et Gand, et, d’autre part, entre Gand et Ostende. Une ligne unique se trouve donc ainsi sectionnée en trois communications distinctes dont une télégraphique et deux téléphoniques.
- Ces résultats présentent, à notre avis, un intérêt scientifique considérable et font le plus grand honneur à l’imagination de M. Yan Rysselberghe : le système se développe en Belgique, et tout fait prévoir que nous sommes à la veille d’une révolution télégraphique qui nous ménage encore bien des surprises, préparées par les travaux du jeune savant belge. E. Hospitalier.
- .BRUXELLES GAND OSTENDE
- Fig. 4. — Ligne unique à trois stations permettant simultanément la correspondance télégraphique entre Bruxelles et Ostende et la J correspondance téléphonique entre Bruxelles et Gand, d’une part, Gand et Ostende d’autre part.
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- LE RENARD RLEU
- La ménagerie du Muséum d’histoire naturelle possède en ce moment, grâce à M. Delalande et à M. Véron, lieutenant de vaisseau, deux représentants d’une espèce de Carnassiers qu’il est très rare de voir vivants dans les jardins zoologiques, mais dont la dépouille est bien connue des fourreurs. Cette espèce, c’est le Renard bleu ou Isatis, qui est appelée Peszi ou Fessez par les Russes, Terreniak par les Groenlandais, Noga par les Samoièdes et qui porte dans les catalogues zoologiques le nom latin
- de Vulpes lagopus. Ce dernier nom fait allusion à la présence, chez l’Isatis, de poils très épais qui forment autour des pieds de l'animal des sortes de chaussons fourrés, disposition qui est certainement en rapport avec l’habitat de cette espèce de Renard. L’Isatis, en effet, a pour patrie, à l’époque actuelle, les régions boréales des deux mondes et ne se montre qu’accidentel lement dans des contrées moins septentrionales. Pour cela il faut qu’il ait été transporté sur quelque iceberg ou qu’un hiver exceptionnellement rigoureux ait reculé les limites de son terrain de chasse. Etant destiné à vivre sous de rudes climats, le Renard bleu avait besoin d’une fourrure
- Renard bleu ou Isatis. D’après l’un des individus actuellement vivant au Jardin des Plantes.
- moelleuse, et la nature ne le lui a point refusée. Le corps de l’Isatis est même revêtu de poils tellement abondants qu’il paraît beaucoup plus gros qu’il ne l’est en réalité. L’animal est cependant de taille notablement plus faible que le Renard de notre pays, avec lequel du reste il ne saurait être confondu, ayant les pattes moins hautes, le corps plus allongé, la tête plus courte, les oreilles plus arrondies, le museau moins pointu, la queue plus touffue et le pelage de couleurs complètement différentes.
- Dans son pays natal l’Isatis est, pendant l’été, d’un gris brunâtre, d’un gris enfumé, d’un gris plombé ou d’un brun glacé de bleu, et, pendant l’hiver, d’un blanc aussi immaculé que les champs de neige au milieu desquels il cherche sa nour-
- riture. Mais entre ces deux livrées si diverses, l’une claire et l’autre foncée, le passage ne se fait point brusquement; il s’opère au contraire par gradations, de telle sorte qu’aux changements de saisons l’animal offre un aspect moucheté. Aussi n’est-il pas étonnant qu’à plusieurs reprises des voyageurs et des naturalistes n’aient pas reconnu l’Isatis sous ces différents costumes et aient décrit comme autant d’espèces des individus les uns en pelage d’hiver, d’autres en pelage d’été, d’autres en pelage de transition. Mais aujourd’hui on sait positivement que les noms de Renard bleu, Renard blanc, Renard enfumé, Renard pie, Renard de rochers, Renard polaire, Renard des glaces, etc., s’appliquent en réalité à un seul et même type spécifique.
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- LA NATURE.
- Les deux Renards bleus que l’on peut voir au Jardin des Plantes ont été capturés en Islande; mais l’Isatis se rencontre aussi, et plus communément encore, au Groenland, dans la Scandinavie septentrionale, dans la partie de la Sibérie située au delà du 60e degré de latitude, sur les bords du détroit de Behring, dans les îles Aléoutiennes, et dans le nord du continent américain, à partir du 50° parallèle. Partout où il n’est pas inquiété, il ne se donne pas la peine de se creuser un terrier, et se contente de l’abri d’igi rocher ou d’un buisson pour dormir et pour guetter sa proie. Celle-ci consiste principalement en petits mammifères et en oiseaux de différentes espèces, palmipèdes ou gallinacés dont i| dévore à la fois les adultes et les jeunes. Ainsi quand les Lemmings s’en vont en escadrons serrés à travers de vastes étendues de pays, et portent sur leur passage la ruine et la désolation, ces hordes d’émigrants sont toujours suivies par des Renards bleus qui en détruisent un très grand nombre ; les Lagopèdes ou Perdrix de neige si communes dans les régions boréales, les petits Pluviers, les Mouettes, les Goélands et les Eiders tombent aussi fréquemment sous la dent des Isatis ou voient leurs nids dévastés par ces pillards éhontés.
- Les Renards bleus ne sont du reste pas difficiles dans le choix de leur nourriture et à défaut d’animaux vivants, ils dévorent les cadavres que les flots rejettent sur le rivage; bien plus ils pénètrent, avec une hardiesse inouïe, jusqu’au milieu des campements des voyageurs et s’emparent non seulement des provisions, mais encore des sacs, des couvertures, des vêtements de laine et de peau. Le naturaliste Steller et ses compagnons qui, vers le milieu du siècle dernier, furent jetés par un naufrage sur l’île de Behring et qui durent y séjourner pendant dix longs mois, eurent beaucoup à souffrir des incursions de ces carnassiers. Vainement ils cherchaient à les écarter en leur tirant des coups de fusil, en leur tendant des pièges, en capturant quelques individus qu’ils exposaient ensuite aux regards de leurs compagnons; chaque nuit les Renards revenaient à la charge, dérangeant les pierres sous lesquelles étaient cachées les provisions, rongeant les gants, les souliers, les bonnets et même les peaux de renne qui servaient de lits aux naufragés.
- Les Isatis peuvent donc, à bon droit, être considérés comme des êtres nuisibles et la guerre qu’on leur fait serait parfaitement justifiée lors même que leurs dépouilles n’auraient aucune valeur commerciale. Mais tel n’est point le cas ; aussi la chasse aux Renards bleus a-t-elle pris depuis un siècle une extension considérable. Cette chasse ne présente d’ailleurs aucune difficulté, l’instinct de la conservation étant faiblement développé chez ces animaux qui offrent un singulier mélange de stupidité et de ruse, de couardise et de hardiesse. On prétend même que pour s’emparer des Isatis, les Ostiaks et les Sa-moyèdes n’ont besoin de pièges d’aucune sorte et qu’ils procèdent tout simplement de la manière suivante :
- quand en hiver la terre est couverte d’un épais linceul, ils se mettent en campagne, armés seulement de fortes pelles en bois de renne. Dès qu’ils ont découvert l'entrée d’un terrier, creusé dans la neige, ils en relèvent rapidement la direction, éventrent le couloir en quelques coups de pelle, saisissent par la queue l’animal à demi engourdi et lui brisent la tête contre un rocher. Dans d’autres contrées on prend les Renards bleus dans des trappes, ou on les chasse au fusil.
- M. Ph. L. Martin évalue, d’après Lomer, à 90 000 le nombre de peaux d’isatis qui arrivent chaque année sur les marchés d’Europe. Ces peaux sont de deux sortes : les unes, originaires de l’Amérique boréale, sont d’un blanc pur, les autres, expédiées soit d’Arkangel, soit du Labrador, sont d’un gris bleuté. Les premières valent, en gros, de 6 à 15 francs pièce et les secondes de 45 à 90 francs. Celles-ci sont ordinairement découpées en bandes pour garnir des manteaux de dames, ou plus rarement assemblées de manière à former de magnifiques tapis ou de riches couvertures.
- Mais toutes les dépouilles de ce genre ne parviennent pas en Europe; il s’en fait aussi un commerce très important avec la Chine qui déjà au siècle dernier recevait chaque année plusieurs milliers de peaux d’isatis destinées à orner les manteaux et les robes des mandarins. Quelques-unes de ces fourrures doivent aussi être utilisées sur place et d’autres, en très grand nombre, sont vendues aux Etats-Unis; enfin il y a certainement beaucoup de Renards bleus qui sont massacrés sans profit pour l’industrie, ou qui deviennent la proie des Aigles, des Pygargues et même des Faucons gerfauts, de telle sorte qu’on peut sans exagération, estimer à 500 000 le nombre de ces carnassiers qui disparaissent annuellement. Dans ces conditions l’espèce est fatalement vouée à l’anéantissement dans un délai très rapproché, et si elle n’est pas encore totalement détruite, cela provient de sa fécondité qui est assez remarquable, chaque femelle mettant bas tous les printemps de huit à dix petits.
- En dépit de son intelligence bornée, l’Isatis, lorsqu’il est pris en bas fige, s’apprivoise facilement et se montre susceptible d’une certaine éducation. Quoi qu’on en ait dit, il paraît même qu’on peut sans trop d’inconvénients, loger deux individus de cette espèce dans une seule cage, puisque les deux Renards du Jardin des Plantes semblent vivre en très bonne harmonie. Ces animaux pendant P hiver, d’ailleurs exceptionnellement doux, que nous venons de traverser, n’ont subi aucun changement appréciable dans leur coloration; ils sont restés d’un gris uniforme. Au contraire en Russie, si l’on en croit M. Brehm, des Isatis que l’on gardait dans un appartement chauffé auraient pris leur livrée blanche à la même époque et d’une manière aussi complète que des Renards sauvages, habitant sous le cercle polaire. Évidemment il y a sur ce point de nouvelles observations à faire, et nous
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- espérons que les Renards bleus du Muséum vivront assez longtemps pour que l’on puisse savoir si la transportation prive décidément ces Carnassiers du pouvoir de modifier leur pelage suivant les saisons.
- E. Oustalet.
- LE LABORATOIRE DE M. PASTEUR
- A PROPOS DE SES RÉCENTES ÉTDDES SUR LA RACE.
- Les remarquables communications que M. Pasteur a récemment faites à l’Académie des- Sciences au sujet de ses nouvelles études sur la rage, ont de nouveau attiré l’attention des savants et du public, sur les découvertes de l’illustre chimiste. Le laboratoire de l’École normale, où se sont accomplis déjà tant de grands travaux est aujourd’hui aménagé d’une façon toute spéciale, et sur des terrains annexes, situés dans le voisinage, M. Pasteur grâce à la libéralité du Conseil municipal de Paris, a pu construire des chenils pour les chiens enragés, des poulaillers pour ses expériences sur le choléra des poules, des porcheries pour l’étude du rouget, des étables et des bergeries pour les observations relatives à la maladie du charbon.
- Nous allons décrire cette remarquable installation que M. Pasteur a bien voulu nous faire visiter lui-même, avec une bonne grâce et une obligeance dont nous sommes heureux de le remercier ici.
- Le laboratoire de M. Pasteur est formé d’un vaste bâtiment qui comprend seulement un rez-de-chaussée et un sous-sol. Au rez-de-chaussée se trouvent plusieurs grandes salles destinées aux analyses, aux observations microscopiques, salle des balances et cabinets de travail. Nous appellerons l’attention de nos lecteurs sur la grande étuve que M. Pasteur a construite, et qui lui sert à opérer à des températures déterminées la culture des microbes et des virus qu’il étudie. C’est une petite salle rectangulaire, dans laquelle on pénètre en ouvrant une porte à doubles parois qui permet de maintenir au dedans une température bien constante. Le degré de température voulu est obtenu par un poêle dont les tuyaux sont convenablement disposés contre les parois de l’étuve (fig. I).
- Tout autour de l’étuve sont superposés des planchettes, où les fioles de culture sont placées les unes à côté des autres sur des plateaux de bois. Ce sont généralement de petits matras dont le goulot est fermé par un bouchon allongé à l’émeri, formé d’un tube creux contenant un tampon de ouate (fig. 2). Ce tampon de ouate a pour but de ne laisser pénétrer dans le liquide d’expérience, qu’un air filtré dépouillé des poussières et des germes qu’il tient en suspension. Il y a là des cultures de microbes virulents qui suffiraient à donner la mort à des armées entières. Ces êtres microscopiques semés dans un liquide favorable à leur développement se multiplient avec une rapidité prodigieuse.
- Le sous-sol du laboratoire de la rue d’Ulm, renferme actuellement tout un monde de bêtes en expérience. Ici dans une grande pièce oblongue, on voit une série de cages contenant des lapins, dans le cerveau desquels a été déposé une parcelle de cerveau d’un animal mort de rage. Des étiquettes, complétées jour par jour, résument la succession des expériences. Les bêtes vont et viennent dans leurs cages ; là, on"en voit qui sont couchées sur le flanc, immobiles, paralysées et qui vont mourir. Dans une autre pièce des poules passent la tête à travers les barreaux de leurs cages. Plus loin ce sont des singes, des cobayes ou cochons d’Inde, destinés à des inoculations prochaines.
- Dans une salle spéciale, se trouvent les chiens enragés. Ils sont enfermés isolément dans des cages rondes qui peuvent s’ouvrir par le haut et par le côté : ces ouvertures sont destinées à donner la nourriture à l’animal, ou à le saisir à l’aide d’un lacet quand on veut le prendre pour une expérience (fig. 4). Les uns sont atteints, de rage furieuse, ils se jettent sur leurs barreaux et poussent des aboiements épouvantables; les autres portent le germe de la terrible maladie, mais ils sont encore caressants et inspirent vraiment la pitié; ils ont l’air tristes, abattus, et implorent un regard du visiteur.
- La laboratoire de M. Pasteur a en outre de vastes dépendances situées dans le voisinage, au milieu du jardin de l’ancien collège Rollin ; c’est là que sont construits les écuries, les étables, les porcheries, les poulaillers, les bergeries, tout pleins d’animaux à l’étude.
- Le chenil destiné aux animaux enragés est construit dans un des angles du terrain. Chaque chien est enfermé dans une double cage ; on peut le faire passer dans l’un ou l’autre compartiment pour apporter sa nourriture, et procéder au nettoyage de la niche où il passe la nuit. On peut circuler tout -autour du chenil comme le montre notre figure dessinée d’après nature (fig. 3). Il y avait là, quand nous avons visité cette lugubre ménagerie, de pauvres bêtes dont l’aspect ne s’effacera de longtemps de mon esprit.
- « Jamais, disait M. Pasteur dans un de ses cours, où il venait de faire périr un oiseau dans un air dépouillé d’oxygène, je n’aurais le courage de tuer un oiseau à la chasse, mais quand il s’agit d’expériences, je ne suis arrêté par aucun scrupule. La science a le droit d’invoquer la souveraineté du but. »
- Telle est, sommairement décrite, l’installation dont dispose aujourd’hui M. Pasteur pour accomplir ses travaux; des découvertes immenses sont déjà sorties de ce laboratoire, et d’autres découvertes s’y produiront encore. M. Pasteur et ses collaborateurs, MM. Chamberland et Roux, sont actuellement en pleines études sur la rage, et les résultats qu’ils ont obtenus déjà sont de nature à faire espérer que le jour n’est pas éloigné où ils trouveront le moyen de prévenir l’affreuse maladie.
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- Comme nous le lisons dans un livre bien intéressant et bien digne d’être signalé, intitulé : M. Pasteur, histoire d'un savant par un ignorant C
- « Chiens mordeurs et chiens mordus remplissent le laboratoire. Sans compter les centaines de chiens, qui depuis trois ans sont morts enragés au
- Fig. 1. — Le Laboratoire de M. l’asteur à l’École normale. —L’étuve pour la culture des microbes.
- laboratoire, il ne se passe pas à Paris un cas de rage dont M. Pasteur ne soit pas averti. « Caniche et bouledogue en plein accès, lui télégraphiait, il n’y a pas longtemps, un vétérinaire; venez. »
- « M. Pasteur, dit l’auteur du livre que nous venons de citer2, me proposa de l’accompagner et nous partîmes en emportant six lapins dans un panier. Les deux chiens étaient rabiques au dernier point. Le bouledogue surtout, un énorme bouledogue, hurlait, écumait dans sa cage. On lui tendit une barre de fer, il se jeta sur elle, et on eut grand peine à la retirer de ses crocs ensan-
- 1 \ vol. in-18. — J. Hetzel et Cie.
- ? On nous pardonnera de reproduire ici une indiscrétion dont nous ne sommes pas le premier auteur. Celui qui a écrit le livre Histoire d'un savant,par un ignorant, est un jeune homme bien connu déjà par ses propres études, c’est le gendre même de M. Pasteur, M. Vallery-Radot, dont l’Académie fran -çaise a couronné les Vingt-huit Jours d'un Réserviste et l’Étudiant d’aujourd'hui. Il a été le témoin, le collaborateur des expériences de l’intrépide savant dont il est le fils adoptif : il avait droit d’être son historien
- glantés. On approcha alors un des lapins de la cage et on fit passer à travers les barreaux l’oreille pendante du lapin effaré. Mais malgré les excitations, le chien se rejeta dans le fond de sa cage et refusa de mordre. « Il nous faut cependant, dit M. Pasteur, inoculer les lapins avec cette bave! » Deux garçons prirent une corde à nœud coulant et la jetèrent au chien comme on jette un lacet. Le chien fut pris et ramené sur le bord de la cage. On s’en empara, on lui lia la mâchoire, et le chien, étouffant de colère, les yeux injectés de sang, le corps secoué d’un spasme furieux, fut étendu sur une table et maintenu immobile, pendant que M. Pasteur, penché à la distance d’un doigt sur cette tête écumante, aspirait, à l’aide d’un tuhe effilé, quelques gouttes de bave. C’est dans ce sous-sol de vétérinaire et à la vue de ce tète à tête formidable que M. Pasteur m’est apparu le plus grand. »
- En sortant du laboratoire de M. Pasteur, je fis
- Fig. 2. — Détail Vl’une liole pour les cultures.',
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- route avec un ami : il me rappelait la cruelle ma- I miste, il y a quelques années déjà : M. Pasteur, me ladie qui avait si vivement éprouvé le grand chi- | disait-il, alité, souffrant, dans un état presque déses-
- l'ifv 5. — Annexe du laboratoire de M. Pasteur, — Le chenil des chiens enragés.
- péré, dictait encore à sa femme des notes qu’elle devait communiquer à l’Académie des Sciences sur les études qui lui tenaient tant à cœur. 11 vérifiait et surveillait les expériences du laboratoire dont ses préparateurs lui communiquaient les résultats, et croyant à cette époque que sa vie allait s’éteindre, il disait à Henri Sainte-Glaire Deville accouru à son chevet : « Je regrette de mourir, j’aurais voulu rendre plus de services à mon pays. »
- Une âme si maîtresse du corps finit par triompher du mal. Mais paralysé du côté gauche,
- M. Pasteur ne retrouva jamais l’usage complet de ses membres. « Aujourd’hui, seize ans après cette atteinte, il a la démarche d’un blessé. Que d’étapes ce blessé devait parcourir, et quels
- triomphes lui étaient réservés ! » En effet, M. Pasteur, qui avait commencé sa carrière par ses belles études sur la dissymétrie moléculaire, par ses découvertes capitales sur la nature des ferments, par ses grands travaux sur la fermentation acétique, sur les générations spontanées, sur la maladie des vins, M. Pasteur qui avait vaincu la maladie des vers à soie, et sauvé de la ruine l'une de nos plus importantes industries nationales, allait marcher de triomphes en triomphes dans ce domaine si obscur, si peu connu et si difficile à parcourir des maladies virulentes, M. Pasteur allait trouver la cause du charbon, du choléra des poules, et découvrir le vaccin de ces virus, c’est-à-dire placer le remède à côté du mal. De telles dccou-
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- vertes et bien d’autres encore, dont l’énumération seule dépasserait la limite de cette notice, ouvrent à la science de nouveaux horizons, et ont à juste titre attiré l’attention et l’admiration du monde entier sur leur auteur.
- C’est en 1880 que M. Pasteur aborda ses nouvelles études sur la rage. « Outre l’attrait d’un problème obscur, il sentait que s’il venait à découvrir l’étiologie probablement microbienne d’une maladie pareille, il emporterait tous les esprits dans le courant des idées nouvelles. » Dès ses premiers travaux M. Pasteur, après avoir pu transmettre à un lapin la rage, à l’aide de la salive d’un enfant mort à l’hôpital Trousseau de cette terrible maladie, observa que les tissus et le sang de ce lapin, contenaient en effet un microbe spécial, facilement cultivable à l’état de pureté et dont les cultures successives firent périr d’autres lapins.
- D’autres faits plus importants devaient bientôt être mis en évidence : M. Pasteur et ses collaborateurs allaient reconnaître pour la première fois, que le siège de la rage réside essentiellement dans le cerveau. Si l’on pratique une trépanation dans le crâne d’un chien, et que l’on dépose à la surface de son cerveau une parcelle du cerveau d’un animal mort de la rage, ce chien ne tardera pas à donner les premiers signes de la voix rabique, et, après la fureur et les hallucinations, il mourra dans les convulsions caractéristiques. Il fut bientôt établi en outre que non seulement le cerveau est rabique, mais que la moelle épinière dans toute sa longueur, peut être rabique, et que les nerfs eux-mêmes dans tout leur trajet du centre à la périphérie peuvent contenir le virus de la rage. Si les glandes de la salive sont rabiques, cela tient à ce que les nerfs qui s’y rendent y déversent peu à peu le virus.
- Dans sa dernière communication à l'Académie, M. Pasteur a annoncé qu’il était arrivé déjà à un grand résultat pratique. Ses collaborateurs et lui avaient reconnu qu’il existait quelques chiens réfractaires à la rage pour tous les modes d’inoculation et pour toutes les natures de virus rabiques. Eh bien ! ces animaux n’étaient pas réfractaires par leur constitution naturelle. « Nous avons en effet, dit M. Pasteur, trouvé le moyen assez pratique, d’obtenir des chiens réfractaires à la rage, en nombre aussi grand qu’on peut le désirer. Nous possédons en ce moment vingt-trois chiens qui subissent sans danger des inoculations virulentes. »
- La longue durée possible des incubations doit encore imposer quelques réserves, aussi M. Pasteur demande-t-il quelques mois avant de faire connaître le procédé tout nouveau de prophylaxie rabique.
- Il est probable que l’on touche à la solution d’un grand problème, et que M. Pasteur est à la veille d’apporter une nouvelle confirmation à ses doctrines des maladies virulentes, en dotant la société d’un nouveau bienfait. Gaston Tissandier.
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- CORRESPONDANCE
- EXPÉRIENCES AVEC DES BULLES DE SAVON.
- Voici une curieuse expérience 3e Physique amusante qui se fait avec des bulles de savon.
- On se place de\ant une table un peu grande et recouverte d’un tapis de drap ou de toute autre étoffe poilue (c’est là la condition indispensable). Puis, au lieu de lancer les bulles en l’air, on les laisse tomber d’une faible hauteur sur le tapis. Au lieu de crever, comme elles le font toujours en rencontrant une surface lisse, les bulles se posent mollement sur le tapis et y restent immobiles Jusqu’à ce que l’évaporation du liquide et l’amincissement de la couche qui les forme les fasse se dissoudre.
- Si l’on souffle doucement sur ces bulles ou peut les faire se promener en roulant d’un bout à l’autre du tapis. Si l’on est plusieurs personnes faisant des bulles de savon autour de la table, on peut réunir jusqu’à huit ou dix bulles sur la table : ces balles se choqueront sans crever et produiront ainsi de véritables carambolages. On peut aussi prendre avec précaution les quatre coins du tapis en le tenant bien tendu, et en lui imprimant un mouvement vertical, on fera rebondir les bulles à sa surface.
- On peut encore employer dans ce but une raquette recouverte d’un morceau de drap, ou plus simplement une assiette ou une feuille de carton recouvertes de drap; on peut ainsi jouer au volant avec une bulle de savon.
- Ces expériences sont évidemment une application de l’état sphéroïdal découvert par Boutigny. Les bulles ne mouillent pas le tapis de drap. On pourra donc continuer cet exercice tant que le tapis n’aura pas été rendu trop humide par l’éclatement des bulles. Dr E. L. Trouessart,
- Directeur du Musée d’Angers.
- puits d’eau CHAUDE.
- Il m’a été donné de constater dernièrement un fait assez étrange que je viens vous soumettre. Dans des constructions récentes faites à Amiens, on eut l’occasion de forer 9 puits sur une longueur de 60 à 70 mètres environ. Les trous de sonde pratiqués à cet effet ne dépassèrent pas 7 à 8 mètres de profondeur. Or, dès que les pompes furent posées (il y a environ 6 mois), on constata que l’eau arrivait à une température de 25 à 30 degrés environ ; et, depuis ce temps il eu a été toujours ainsi. Les 10 premiers coups de piston amènent de l’eau froide, puis l’eau chaude paraît. Cette eau est d’ailleurs très potable, et les personnes qui en usent pour tous les besoins de la cuisine et aù ménage, ne lui ont jamais trouvé aucune mauvaise qualité.
- Je m’empresse d’ajouter, bien que cela me paraisse d’une importance médiocre que ces puits sont forés dans le voisinage de l’usine Daire. Dans cette usine où on travaille le fer et la fonte sur une échelle relativement restreinte, il y a, à la vérité, plusieurs machines à vapeur qui peuvent produire sans doute, des infiltrations d’eau chaude ; il y a également des fours à pudler qui peuvent, j’en conviens, élever quelque peu la température du sol. Mais cela ne me paraît nullement suffisant pour expliquer que l’eau puisée à 8 mètres de profondeur, arrive à la surface de la terre avec une température de 30 degrés, et cela sur une longueur de 70 mètres. A. Sueur,
- Professeur au Collège du Quesnoy (Nord).
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- LÀ NATURE.
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- L’ART PRÉHISTORIQUE
- EN AMÉRIQUE (Suite. — Voy. p. 186.)
- Les sculptures qui témoignent d’un art plus avancé ne sont guère moins nombreuses que les gravures ; tantôt ce sont des figures détachées, d’autres fois des bas-reliefs de grandeur souvent colossale, taillés sur le flanc des montagnes ou des falaises. Tout le Guatemala, cette vieille terre des Quichés et des Cakchiquels, est couvert de ruines. Les bas-reliefs, les statues, les monolithes, chargés de sculptures ou de gravures et atteignant jusqu’à 25 pieds de hauteur, se dressent à chaque pas devant le voyageur. A Quirigua, petit port sur le golfe de Honduras, il a été découvert une statue de femme, dont les pieds et les mains manquent et qui porte sur sa tête une idole couronnée. Tout à côté les fouilles ont donné une tête de tigre en roche porphyritique ; la terreur inspirée parle grand félide l’avait fait admettre au rang des dieux. A Santa Lucia Cosumalhupa, au pied du volcan del Fuego, gisent des figures d’un type étrange, puis des tapirs, des caïmans caractéristiques de la faune sud américaine. Deux des têtes humaines portent des boucles d’oreilles qui appartiennent aux anciens Péruviens et sont coiffées d’un turban qui se rapproche du turban actuel des Asiatiques. Plus loin sont des bas-reliefs sculptés sur des roches très dures. Ces bas-reliefs, plus grands que nature, représentent des personnages aussi bizarres comme conception que comme exécution, des scènes mythologiques qui ne se rapportent à aucun culte connu. Un chef ou un dieu est assis sur un trône ; l’oreille est distendue par un anneau d’un poids considérable. Il tient à la main droite un instrument, insigne sans doute de son autorité et que nous ne savons mieux comparer qu’à une rame. Le bas-relief le plus intéressant représente un sacrifice humain (fig. 1). Le personnage principal est un prêtre ; il est complètement nu et, selon l’usage des prêtres Aztèques, il porte une jarretière autour de la jambe droite ; le pied gauche seul est chaussé. La coiffure des plus singulières est un crabe. Une des mains tient un silex, le couteau sans doute du sacrificateur; l’autre saisit la tête de la victime qu’il vient d’égorger. Plus bas, deux acolytes portent des têtes humaines. Un d’eux est un squelette, sinistre représentant de la mort ; la forme de la tète est simienne, le grotesque se mêle au tragique.
- Les bas-reliefs que nous venons de décrire indiquent déjà un art très supérieur, si on les compare aux monstrueuses idoles des îles du lac de Nicaragua. A en juger par le nombre des idoles, qui s’y rencontrent, ces îles devaient avoir la même importance religieuse que les îles de Titicaca et de Coati au Pérou. Une statue provenant de File de Zapatero figure un homme accroupi ; un grand félin s’élance sur son dos et lui saisit la tête. Dix-sept statues
- d’un travail plus grossier, encore, s’il est possible, ont été trouvées aux mêmes lieux1. Ce sont tantôt des êtres humains, tantôt des félidés de grandeur colossale taillés dans des blocs de balsate noire, et dressés sur des piédestaux 2. Les idoles de Pile de Pensacola ne sont pas moins étranges. On cite là aussi un homme dont la tête est saisie par un monstre, félin ou caïman3. Cette reproduction constante du même sujet indique une légende sur laquelle est venu se greffer un mythe religieux. On peut encore citer à titre de curiosité une autre de ces idoles. El diablo, s’écriaient en le déterrant, les Indiens qui aidaient aux fouilles de Squier. Le buste seul a été retrouvé; la gueule ouverte, la langue pendante, les gros yeux à fleur de tète, les oreilles distendues, en font un véritable monstre. Aux pieds de la plupart de ces dieux on remarque de larges pierres plates destinées aux sacrifices qu’on leur offrait. Les ressemblances que l’on constate entre la mythologie des Mexicains et celle des habitants du Nicaragua permettent de croire que souvent ces sacrifices comportaient des victimes humaines. Ce qui est plus certain encore, c’est que ces idoles étaient de nos jours encore l’objet du culte secret des Indiens qui ne cessaient de voir en eux les protecteurs de leur face.
- Le Musée du Louvre possède une statue provenant de l’Amérique du Sud, que l’on peut rapprocher dés sculptures dont nous venons de parler et qui représente une femme cachant pudiquement son sein et foulant aux pieds l’organe viril; on a voulu en conclure que c’était une de ces Amazones, sur lesquelles la fable s’est si longtemps exercée. Selon la tradition, elles se rendaient chaque année à jour fixe sur les bords du Yamunda, où les attendaient leurs amants qui en récompense de leurs services recevaient une idole en jade vert appelée Muirakitan et représentant soit un crapaud, soit tout autre animal. Si la légende est vraie, il faut en conclure ou que l’art n’existait pas encore, ce que prouvent leurs idoles venues jusqu’à nous (fig. 2), ou que les Amazones étaient mal satisfaites de leurs amants d’un jour, à en juger par le triste présent qu’elles leur remettaient.
- C’est à d’anciennes relations espagnoles ou françaises que nous devons les premières notions sur” les Amazones. Selon le Père Yves d’Evreux qui paraît avoir recouru à des sources plus sérieuses que ses devanciers, elles se rattachaient aux Tupinambas et leur singulière association aurait duré assez longtemps. A l’époque où le Cajueiro fournit un vin enivrant, elles admettaient les hommes au milieu d’elles : les enfants mâles nés de ces unions
- 1 Cette statue, découverte par Squier, a été transportée au Sraithsonian Muséum à Washington.
- 2 L’île voisine de Momotombita renferme cinquante statues du même genre, sculptées également dans une basalte noire et disposées de manière à former un carré parfait.
- 3 U nous faut renvoyer ceux qui voudraient des détails plus complets à l’excellent ouvrage de Bancroft The Native Races of the Pacific States ofNorth America, 5 v. 8°.
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- LA NATURE.
- étaient renvoyés à leurs pères, les filles élevées avec soin étaient destinées à perpétuer la tribu. Telle est sans doute l’origine de la légende que nous venons de raconter.
- Ce n’est pas seulement par les figures tracées sur les rochers, par les sculptures et les bas-reliefs que le goût naturel où les progrès acquis d’un peuple sg font connaître. Les produits de la céramique, les vases, les figurines en terre cuite apportent également des témoignages irrécusables de leurs tendances artistiques.
- La poterie a joué de tout temps un grand rôle chez les Américains. L’habitude constante d’enterrer avec les morts, les vases à leur usage, la durée indéfinie de la terre cuite ont conservé jusqu’à nous les spécimens les plus variés de l’art du potier. On les trouve en grand nombre chez les Mound Builders et chez les Cliff Dwellers, chez ces hommes dont le véritable nom est resté un mystère, comme chez les races plus civilisées du Mexique et du Pérou. Les formes très diverses de ces poteries se rapprochent curieusement de celles de l’Ancien Continent, de celles de nos poteries modernes. Partout les mêmes besoins ont enfanté, chez l’homme, les mêmes efforts de l’intelligence, les mêmes créations de l’industrie.
- Nous nous écarterions du but que nous nous sommes proposés, en nous étendant sur les
- vases d’un usage ordinaire1 ; nous ne parlerons donc que des figurûies en terre cuite représentant soit des hommes, soit des animaux. De semblables
- 1 On peut consulter un article que nous avons publié en 1882 dans la Revue d’Anthropologie : La Poterie chez les anciens habitants de l'Amérique.
- Fig. i.
- figurines se rencontrent fréquemment dans les sépultures des Mound Builders. Un vase à boire dont l’anse est une tête de lama, un ours trouvé dans le Tennessee (fig. 3), un poisson provenant du Missouri, bien d’autres qu’il serait fastidieux d’énumérer,
- permettent de reconnaître facilement l’animal que le potier a voulu imiter, et donnent une idée assez exacte de ce que pouvait être l’art chez les races primitives de l’Amérique. Au contraire de ce que nous voyons chez les animaux, les figures humaines sont le plus souvent de grossières caricatures (fig. 4). Une femme accroupie, aux seins pendants, est un sujet fréquemment reproduit. Était-ce là une déesse malfaisante, qu’on se plaisait à modeler sous des traits repoussants? Toute hypothèse est permise ; aucune n’est susceptible d’êlre prouvée.
- Ces caricatures humaines se retrouvent dans toute l’Amérique. Que l’on examine les figurines du Guatemala, celles plus informes encore du Nicaragua, l'urne cinéraire provenant de la province de Para (Brésil) (fig. 2) ou une flûte en terre cuite du Mexique, partout nous serons amenés à des conclusions déjà formulées, l’impossibilité, pour ces hommes de représenter exactement les objets qu’ils avaient sous les yeux, peut-être aussi un goût naturellement dépravé.
- Les vases Péruviens destinés à recevoir le
- Sacrifice humain. Bas-relief de Santa-Lucia, Cosumalhupa.
- maïs et la chicha1 que l’on déposait habituellement auprès des morts, présentent presque toujours des formes originales. Souvent ils sont ornés de méandres ou de grecques qui des rives de l’Adriatique se trouvent
- 1 Boisson fermentée tirée du maïs.
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- transportées aux rives du Pacifique. Les figures I aux productions en terre cuite des antres races humaines sont bien supérieures comme exécution | Américaines. Un vase trouvé à Chimbote, un autre
- Fig. 2. — N° 1. Idole des Amazones. — N* 2. Urne cinéraire de la province de Para (Brésil). — N* 5. Figurine en terre cuite,
- trouvée à Utatlan.
- provenant d’un huaca, auprès de Santa sont d’une I et les formes sont bien rendues. Le Musée de facture excellente ; les figures ont de l’expression | Madrid renferme une riche collection de poteries
- Fig. 3. — Vase peint figurant un ours trouvé Fig. A. — Vase trouvé dans le Missouri ; un second visage est accoté
- dans le Tennessee. au premier. L’ouverture est sur le côté, (1/4 de grandeur.)
- péruviennes (fig. 5). Toutes sont façonnées à la main et si quelques-unes sont d’un goût bizarre,
- presque toutes sont remarquables par la pureté de leurs formes qui rappelle celles des vases grecs.
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- L’ornementation est soignée : on peut reconnaître des plantes, des animaux, des oiseaux, des reptiles; à côté d’eux, des prêtres, des guerriers. M. de La Rada cite une figure humaine pouvant par un mécanisme
- Fig. 5. — Poterie péruvienne.
- spécial émettre des sons articulés. Tout annonce chez ce peuple un goût artistique, une civilisation en voie de développement.
- — À suivre. — Marquis de Nadaillac.
- —«<£•«—
- CHRONIQUE
- Les ruines de Sanxay. — Nos lecteurs connaissent les admirables découvertes qui ont été faites aux environs de Poitiers par le P. Camille de La Croix qui a opéré la résurrection d’un temple magnifique des premiers âges de notre histoire, de thermes, d’hôtelleries, de vastes dépendances, de toute une série de monuments qui sont devenus une des plus intéressantes curiosités archéologiques de notre pays C Les ruines de Sanxay ont été décrites par la presse tout entière, les curieux et les savants y viennent en foule. A partir de juin 1883 jusqu’à la fin de septembre de la même année, c’est-à-dire en quatre mois, plus de 8000 touristes ont visité ces débris d’une ancienne civilisation. Le nouveau guide Joanne, de Paris à Bordeaux, a publié un itinéraire complet aux ruines de Sanxay, qui on le voit, ont tout l’intérêt d’une propriété nationale. Eh bien ! le P. de La Croix est menacé d’être contraint de détruire de ses propres mains les merveilles qui sont dues à sa persévérance et son amour de la scit me. Les découvertes ont été faites sur un terrain en location. Le bail est expiré ; non seulement le propriétaire se refuse à le renouveler, mais il exige que le terrain lui soit restitué dans son état primitif, c’est-k-dire débarrassé des murs qui s’y trouvent. Il y a actuellement procès. Le seul moyen de sauver les ruines de Sanxay, est de faire l’acquisition du terrain. Nous croyons savoir qu’un projet de loi va être présenté à cet effet à la Chambre.
- Le» rail» de grande longueur. — L’emploi des rails de grande longueur présenterait plusieurs avantages au point de vue de l’économie des joints : économie d’entretien, bourrage de traverses et serrage des
- 1 Yoy. n“ 510, du 12 mars 1883, p. 225.
- boulons, plus grande stabilité, plus grande régularité du tracé et plus grande résistance au déplacement longitudinal ou transversal de la voie. Le seul inconvénient résiderait dans la difficulté des remplacements isolés dans l’entretien, mais il est facile de tourner cette difficulté. C’est surtout pour les rails en acier que la question présente de l’importance. M. Daveluy, inspecteur principal de P.-L.-M., estime que la longueur des rails pourrait être portée à 14 mètres, au lieu de 6 mètres qui est la longueur normale habituelle en France. Nos aciéries fabriquent des rails de 18 à 24 mètres de longueur qu’elles recoupent ensuite à 6 mètres. L’usine d’Eston a montré il y a quelques mois, au Congrès de l’Institut du fer et de l’acier, des rails à patins pesant 28 kilogrammes par mètre et ayant 48 mètres de longueur, obtenus d’une seule chaude. L’usine de Seraing serait même outillée, dit-ôn, pour produire des rails en Besseiner de soixante mètres de longueur. Le poids des rails de grande longueur n’est pas un obstacle absolu. Dés rails de 15 mètres pesant 40 kilogrammes par mètre courant, poids auquel on est conduit par l’augmentation de puissance des locomotives et la vitesse toujours croissante des trains, ne représentent que 600 kilogrammes. Or, on emploie en Angleterre, dans certains cas spéciaux, des rails de 60 pieds (18m,28) dont le poids total atteint 760 kilogrammes et dont la manutention se fait sans trop de peine. C’est une question de bras et de répartition convenable des équipes d’ouvriers. Les rails de grande longueur fourniront des voies meilleures, plus douces, plus stables et plus sûres, et permettront d’atteindre sans dangers des vitesses plus grandes : il est probable que leur adoption ne se fera pas longtemps attendre.
- Une application pratique du phonographe. —
- Cètte application, la première qui aura été faite jusqu’ici de la merveilleuse invention d’Edison, est projetée par le Dr Zintgraff qui, en compagnie du Dr Chavanne, doit visiter prochainement le Congo et l’intérieur de l’Afrique. Les deux voyageurs ont l’intention, si l’on en* croit le Daily-News, de, fixer avec son aide le langage et les mélopées de ces tribus inconnues et d’en envoyer des épreuves phonographiques aux savants de l’Allemagne pour en faciliter l’étude. L’appareil qui sera emporté est construit exactement sur les mêmes dimensions qu’un second instrument qui doit rester à Berlin, de façon que les épreuves obtenues avec le premier appareil puissent s’appliquer exactement sur le second, et reproduire exactement les paroles enregistrées au Congo.... Attendons les résultats pour juger de la valeur de l’idée.
- La taille de l’homme. — M. le I)r Paul Ricardi dé Modène, a récemment publié sur ce sujet anthropologique, un travail auquel nous emprunterons quelques chiffres curieux d’après la Revue cT Anthropologie.
- La taille moyenne du peuple le plus grand de l’huma-i-nité est celle des Tehuelches de la Patagonie, qui est d’environ 1781 millimètres. Les tailles moyennes des peuples les plus petits sont celles des Etats Mincopes, Samangs, Boschimans, qui sont, environ et respectivement, de 1445, 1436,1404 et 1400 millimètres. Il y a une constante relation entre la taille et la grande ouverture des bras. Celle-ci, par rapport à la taille, est beaucoup plus grande chez les singes que chez l’homme; elle est plus grande chez le! Nègres, Négritos, Papouas, etc., que dans la race cauca-sique. A la naissance, il ne paraît pas y avoir grande différence entre la taille et la grande ouverture. Jusqu’à 7 ou 8 ans la grande ouverture est presque toujours infé-
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- LA NATURE.
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- rieure à la taille. Après 8 ans, la grande ouverture augmente et dépasse la taille. Le rapport entre la taille et la grande ouverture a atteint presque toujours son état stable chez la femme d’environ 20 ans. La taille étant 1000, la grande ouverture est chez l’homme adulte 1045, chez la femme adulte 1015. La taille a dépassé la grande ouverture de 10 centimètres au maximum. Et au maximum aussi, la grande ouverture a dépassé la taille de 10, 14, 19 centimètres. Les cas exceptionnels de taille en plus prédominent dans le premier âge, ceux de taille en moins dans le second (de 8 à 16 ans). Peu de différence, à cet égard, entre enfants de la ville et de la campagne, on en trouve plutôt entre les pauvres et les riches. La grande ouverture et la taille, chez les riches, sont toujours supérieurs à celles des pauvres à égalité d’âge, de sexe, de condition ssciale. La grande ouverture, chez les riches, est presque constamment supérieure à la moyenne normale. C’est le contraire chez les pauvres.
- Les cheveux. — A l’occasion de recherches sur les affections du cuir chevelu, un médecin anglais, le docteur Wilson, a eu l’idée de compter la moyenne des cheveux qui ornent la tête humaine. M. Wilson estime, à la suite de ses minutieuses investigations, que chaque pouce carré de cuir chevelu contient 1066 cheveux. Or la superficie de la tête humaine étant d’environ 120 pouces carrés, il s’ensuit que la moyenne d’une chevelure est de 127920 cheveux. 11 va sans dire que, pour établir sa moyenne, le docteur n’a pas fait entrer en ligne de compte les belles calvities qui éveillent à l’esprit l’idée de la bille de billard... Il a choisi des tètes honorablement chevelues.
- Ces chiffres nous remettent en mémoire une démonstration mathématique assez curieuse. Elle consiste à prouver qu’il y a sur la terre beaucoup d’hommes ayant le même nombre de cheveux. En effet le nombre de cheveux sur une tête ne dépasse guère 127 920 cheveux d’après les chiffres précédents; admettons 150 000 en supposant une tête très fournie. Or le nombre des hommes qui vivent sur la terre est incomparablement plus grand ; il se chiffre par centaines de millions. Il ne peut donc y avoir que 150000 hommes qui aient un nombre de cheveux différent, et variant de 1 à 150000 ; tous les autres hommes ont un nombre de cheveux compris entre ces deux limites. Le nombre des hommes sur la terre dépassant 1 milliard, beaucoup d’entre eux ont le même nombre de cheveux. C. q. f. d.
- Statistique des monnaies en France. — Depuis 1795, date de notre système monétaire décimal , jusqu’au 50 décembre 1880, il a été fabriqué en pièces d’or pour une valeur totale de 8 720 298 500 francs; et en pièces d’argent pour 5 511 952 863 francs; en tout plus de 14 milliards de francs. Il a été retiré par l’État de la circulation (en pièces d’or de 10 et de 5 francs à petit module) pour 71 082 860 francs; et en pièces d’argent démonétisées de 25 cent., 2 francs, 1 franc, 50 cent. et20 cent, à 900 millièmes pour 222 166 304 francs 25 cent. Les monnaies frappées depuis ces quatre-vingt-cinq ans, non retirées par l’État et qui pourraient se trouver encore en circulation dans le monde, sauf destruction, enfouissement ou fonte comprennent : plus de 7 milliards en pièces, de vingt francs, sans compter les autres pièces d’or, plus de 500 millions en pièces de 5 francs d’argent à 900 millièmes et plus de 100 millions en pièces d’argent de 1 franc. — Sous Napoléon Ier on a fabriqué pour
- 528 millions de pièces d’or, sous la Restauration pour 442 millions, sous Louis-Philippe pour 215 millions, sous la deuxième République pour 427 millions, sous Napoléon III pour 6151 millions et sous la troisième République pour 954 millions. On a frappé sous Louis-Philippe pour 1756 millions de pièces d’argent, et pour 626 millions seulement sous Napoléon III.
- Lumière électrique. — D’après The Electrician de Londres, le palais du Sultan de Djokjakarta, ile de Java, vient d’être éclairé à la lumière électrique ; cet éclairage est produit par 196 lampes Swan et 4»lampes à arc Siemens. On annonce aussi que le prince de Soerakarta va faire placer des foyers électriques dans son palais. La nouvelle lumière est en résumé très appréciée dans l’île de Java où un grand nombre d’usines se disposent à l’adopter.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 mars 1883. — Présidence de M. Rolland
- Tonnerre en boule. — Il résulte des observations de M. Charme, qu’il s’est déchaîné récemment sur Amiens un orage présentant des particularités remarquables. Une maison, située près du Jardin des Plantes, à 800 mètres environ du théâtre, fut foudroyée. Le fil d’un téléphone, qui servait évidemment de conducteur, se trouva allongé de plusieurs centimètres et la sonnerie fut dérangée. Après une détonation qui eut lieu dans la cuisine et dont le bruit a été comparé à celui d’un coup de fusil, une flamme bleue, grosse comme une noix, pénétra dans la salle k manger et fit lentement le tour de la pièce : ayant frôlé la main-du maître de la maison, celui-ci éprouva un engourdissement qui persista quelque temps. La disparition de la flamme ne laissa aucune odeur, mais elle fut suivie d’une explosion extrêmement forte.
- La couleur du lac de Genève. — C’est toujours un problème pour les physiciens que la cause d’où dérive l’azur incomparable des lacs de la Suisse. Une Commission instituée à Genève pour élucider la question, a nommé rapporteur, MM. Forel et Sarrazin, et ccux-ci ont commencé une série d’expériences préparatoires. La plus saillante de celles dont ils parlent aujourd’hui, consiste à examiner au spectroscope la lumière qui a traversé une certaine épaisseur d’eau. Sous 4 mètres, l’eau du lac de Genève donne dans l’orangé une bande sombre qu’il y aurait lieu d’examiner de très près.
- Un autre savant Suisse, M. Dufour, professeur à Morges, pense être arrivé, en notant l’heure où les lueurs rouges crépusculaires disparaissent,,à déterminer la hauteur des couches poussiéreuses, causes de l’illumination. Son résultat, beaucoup plus faible que ceux déjà publiés, conduit à assigner 12 à 15 kilomètres seulement d’altitude à ces impuretés atmosphériques.
- La comète Pons. — Déjà nous avons décrit les singularités d’aspect présentées le 19 janvier par la comète Pons-Brooks. On sait qu’à cette date toute trace de queue avait disparu pour reparaître du reste le lendemain. Après avoir trouvé le phénomène si étrange qu’il n’a voulu y croire qu’a bon escient, M. Faye, avec la sûreté de vues
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- qui le caractérise, en propose aujourd'hui une explication des plus plausibles. Suivant lui, la disposition de la queue coïncide avec une situation particulière de la comète, telle que l’œil de l’observateur plongeait d’rectement dans le calice lumineux de la tête. Le peu de durée de cette apparence tient à un mouvement de balancement de l’astre sur lui-même, mouvement identique (au sens près) à celui que Bessel a naguère constaté directement sur la comète de Halley et dont il a trouvé l’amplitude égale à 60° avec une période de 4 à 5 jours.
- Utilisation nouvelle des poteaux télégraphiques.
- — Suivant un auteur dont le nom nous échappe, les poteaux télégraphiques pourraient aisément être employés à diminuer la tension électrique de l’atmosphère en temps d’orage. Il suffirait pour cela de les relier avec les rails au voisinage desquels ils sont établis. D’après M. Faye cette idée évidemment originale mériterait d’être examinée.
- Varia. — Par l’intermédiaire de M. Blanchard, un entomologiste de Saint-Pétersbourg décrit les canaux biliaires chez les lépidoptères.
- — Une réclamation de priorité est formulée par M. Hunley contre M. Hauriot’ au sujet de la prétendue transformation de la brucine en strychnine. — M. Dieulafait s’inscrit contre la célèbre expérience par laquelle Hall a transformé la craie en marbre blanc; suivant lui ce métamorphisme ne s’est point réalisé sous l’influence de la chaleur et de la pression, mais par voie entièrement humide.
- — C’est à la satisfaction gé-
- nérale que M. Alphonse Milne Edwards annonce que l’exposition des collections sous-marines du Travailleur et du Talisman, après avoir été fermée le 15 mars comme on l’a déjà annoncé, s’ouvrira du 7 au 20 avril à l’occasion de la réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne. Stanislas Meunier.
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- AVERTISSEUR A SONNERIE
- DE L’ENFONCEMENT DES PORTES
- Le petit appareil que nous représentons ci-dessus a été baptisé par son inventeur du nom de Dragon vigilant; c’est un avertisseur à sonnerie, qu’on place derrière les portes et qui se met en action, dès qu’on exerce une pression tendant à les ouvrir. A ce titre, il a son utilité pour les personnes craintives qui vivent isolées et en particulier pour les voyageurs, en général mal protégés pendant leur sommeil, par les mauvaises serrures des chambres d’hôtel.
- Notre figure représente le dragon ; on voit à gauche une partie du timbre qui recouvre Je mécanisme ; un arrachement permet d’apercevoir le mouvement d’horlogerie intérieur. La base de l’appareil qui représente un animal plus ou moins fantastique, est formée d’une plate-forme en fonte dorée de 7cem,5 de diamètre reposant sur 5 pieds.
- Le sommet de la tête du dragon est armé d’une pointe acérée en acier ; deux saillies représentant les pattes postérieures portent également une pointe d’acier.
- Après être rentré chez soi et avoir fermé sa porte, on place le dragon à 45° entre la porte et le parquet, sur lequel viennent s’appuyer les pointes inférieures. Tout effort pour ouvrir aura pour effet d’enfoncer celles - ci dans le sol et en même temps de faire pénétrer la pointe supérieure dans le bois de la porte.
- Or, cette pointe est munie d’un ressort qui la pousse en avant de l’appareil. Le ressort cède sous la pression et la queue A, vient buter contre un plan incliné placé au-dessous du cercle B. C, qui peut tourner autour de l’axe formé par les deux pointes D, E.
- Un ressort F en acier soulève la moitié inférieure de ce cercle.
- Sous l’effort de la queue A, le cercle se relève en avant, s’abaisse en arrière et la pointe saillante G dégage le bouton du timbre H, mobile autour de l’axe K, qui prend un rapide mouvement alternatif sous l’action de la roue dentée L, du pignon M et de la denture extérieure du barrillet N.
- Celui-ci se remonte à l’aide d’une clef à anneau placé sous l’appareil.
- On voit que tout effort exercé pour ouvrir la porte se trahit par le tintement de la sonnerie.
- L’appareil peut d’ailleurs servir comme sonnerie ordinaire, il suffit pour le mettre en mouvement de presser du doigt la queue P, ce qui produit l’effet décrit plus haut.
- L’instrument est simple et il nous a paru digne d’être signalé. Je ne vois à lui reprocher que les détériorations qu’il doit produire à la longue dans le bois des portes et des parquets. H. Vivarez.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandikr.
- Le Dragon vigilant, appareil à sonnerie avertissant de la présence des malfaiteurs.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- c2‘2 MARS 1884.
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- CAMP RETRANCHÉ DE PARIS
- ET LES FORTERESSES MODERNES
- (Suite. — Voy. p. 194.)
- Suivant le site qu’ils occupent et le rôle qui leur est assigné, les forts détachés d’une enceinte affectent des dispositions très différentes. Le tracé d’un fort moderne comprend en général : un ou plusieurs fronts de tête voyant et battant bien l’extérieur du camp retranché ; — des flancs regardant les intervalles qui le séparent des forts collatéraux voisins; — une gorge, faisant face au noyau central. On adopte souvent pour plan celui d’une grande lunette aplatie, à saillant très obtus.
- Les faces de l’ouvrage sont flanquées par une
- canonnière établie au saillant; les lianes, par des demi-caponnières ou ailerons. Destinée à déjouer des attaques tentées à petite distance, la gorge est ordinairement bastionnée. L’action d’un fort devant principalement s’exercer au loin, il n’y avait point lieu de lui annexer des dehors; aussi, le chemin couvert en cst-il très simple. Parfois, le tracé d’un fort d’enceinte se réduit à celui d’une redoute comportant un seul front de tète, deux flancs et une gorge.
- 11 est essentiel d’observer que ces tracés théoriques se modifient nécessairement à raison : de la nature du site qui sert d’assiette à l’ouvrage considéré; de la configuration du terrain sur lequel agit son canon ; de la direction des voies de communication qu’il doit commander; de l’appui plus ou
- Type de fort d’eneeiutc avec crête haute d’artillerie et crête basse d'infanterie.
- moins important qu’il peut tirer des ouvrages voisins; de celui qu’il leur prête; en un mot, des conditions d’établissement qui lui sont imposées et de la fonction spéciale qu’il est appelé à remplir. Il est permis de conclure de là que les forts détachés d’une enceinte peuvent et doivent affecter les formes les plus diverses.
- Les dimensions en sont également très variables ; elles dépendent de l’importance de l’armement, et , l’armement dépend du rôle assigné. L’art de l’ingénieur militaire consiste en la juste appréciation des moyens qu’il convient d’employer pour satisfaire à des conditions multiples et parfois difficilement conciliables. Chaque cas particulier réclame une solution spéciale ; aussi, la présente étude ne peut-elle consistée, on le comprendra, qu’en une description de types.
- En ce qui concerne les directions à donner aux tï' année. — f" ««entre.
- laces, on est guidé par ce principe que les ‘crêtes doivent battre avec efficacité les points les plus importants du terrain extérieur, tout en étant bien défilées du terrain dangereux ; — et par cet autre principe que, planimétriquement, la profondeur d’un ouvrage doit être aussi faible que possible.
- Cette dernière disposition s’impose absolument comme on va pouvoir en juger, d’après les considérations suivantes :
- Quelle qu’en soit la justesse, les projectiles lancés par les canons de siège actuellement en service subissent, l’expérience l’a démontré, des écarts. Les écarts en direction sont extrêmement faibles; ils se réduisent à quelques mètres. On n’en peut dire autant des écarts en portée. Ceux-ci atteignent parfois une centaine de mètres aux bonnes distances de tir — surtout d’un tir exécuté sous de grands angles.
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- Si donc on attribue au fort à construire une profondeur numériquement supérieure à cet écart d’une centaine de mètres, on l’expose à ne perdre aucun des projectiles qui lui sont destinés; et l’ennemi peut, suivant une expression vulgaire, dire qu’avec un tel ouvrage à tout coup l'on gagne. Il n’en est plus de même quand cette profondeur est tenue au-dessous de la moyenne de l’écart en portée. Si, par exemple, il ne mesure dans ce sens qu’une cinquantaine de mètres, le fort échappe aux coups longs et courts. Sa vulnérabilité se trouve, toutes choses égales, sérieusement amoindrie.
- Les forts construits, en 1840, à l’entour de Paris affectaient la première de ces dispositions et l’économie générale en était, par conséquent, devenue défectueuse. Comprenant une cour intérieure de certaine étendue, ils étaient passés — lors du bombardement de 1870-71 — à 1 état de--nids à projectiles. Les communications intérieures y étaient dangereuses à ce point que, pour ses besoins de circulation, la garnison avait dû ouvrir, par cette grande cour, un système de tranchées d’un profil analogue à celui des tranchées de siège. Dans ces conditions, l’occupation des forts bombardés, présentait des difficultés considérables, et le service imposait à leurs garnisons des fatigues qui épuisaient inutilement celles-ci.
- Quand il est dans l’obligation de donner grande longueur aux lianes d’un ouvrage et, par suite, à cet ouvrage lui-même une profondeur notable, l’ingénieur militaire a recours à certains expédients. Il divise l’intérieur du fort en plusieurs compartiments distincts, et ce, en y élevant des massifs de terre ayant pour fonction d’arrêter les projectiles qui sont passés par-dessus les premières crêtes. Concurremment, ces .massifs remplissent encore d’autres fonctions, ainsi qu’il sera dit ci-après.
- Pratiquement, l’armement d’un fort dépasse rarement le chiffre de quarante à cinquante bouches à feu. Le front de tête ne mesure pas plus de deux cent cinquante à trois cents mètres. Souvent au-dessous de cette limite, il est, comme on l’a vu, presque toujours brisé suivant deux directions faisant entre elles un angle dont l’amplitude est voisine de 180 degrés. Les flancs ont, au maximum, de 50 à 80 mètres. Quant à la profondeur de l’ouvrage — qu’il importe de restreindre le plus possible — on s’attache à ne point trop s’écarter d’une cinquantaine de mètres, dimension qu’on peut théoriquement considérer comme un minimum.
- Il convient d’analyser maintenant l’organisation intérieure d’un fort. Quelques-uns des dispositifs qui vont être décrits se rencontrent dans les ouvrages permanents dont le système constitue le nouveau camp retranché Paris.
- Envisagé au point de vue des fonctions actives de son organisme, yn fort peut être défini couvert défensif. C’est un ensemble de constructions méthodiquement agencées à l’effet d'assurer certaine protection à des combattants munis d’armes à feu ; c’est
- une grande batterie de pièces de gros calibre, appuyée de feux de mousqueterie (Voy. la gravure).
- Destiné à couvrir les défenseurs qui combattent à ciel ouvert, le parapet mesure aujourd’hui huit mètres d’épaisseur et, dans ces conditions, il ne saurait être percé de part en part par les projectiles de l’attaque. Mais, lorsqu’un obus vient à tomber sur le terre-plein, les éclats en jaillissent à distance souvent assez grande du point d’éclatement et rendent fort dangereux le service du rempart. Afin de localiser les effets de chute des projectiles creux, on dispose transversalement à la direction des crêtes, des massifs de terre dits traverses. Les traverses de défilement, dont l’idée première appartient à Vauban, divisent le rempart en un certain nombre de compartiments distincts, à l’intérieur desquels les défenseurs se trouvent à l’abri des éclats d’obus et des coups d'enfilade. Sur les faces d’ouvrages le plus exposées aux coups de l’assaillant, chaque pièce se loge entre deux traverses; sur les faces moins facilement enûlables, on se contente de traverser le rempart de deux en deux et même de trois en trois pièces, selon le danger. On donne six mètres d’épaisseur à ces écrans qui comportent presque toujours un abri voûté en maçonnerie. Grâce à cette disposition, les servants, les munitions, le matériel trouvent, à proximité du poste de combat, un refuge dont l’usage intermittent leur permet de supporter, sans trop de pertes, les phases d’un feu par trop intense. Les traverses-abris sont ordinairement mises en communication : d’une part, avec un puits monte-charges; de l’autre, avec le terre-plein sur lequel elles débouchent de plain-pied. Des escaliers latéraux conduisent aux plates - formes qu’elles ont à desservir. Les traverses ont l’inconvénient d’occuper grand’place sur le rempart.et de restreindre, par conséquent, le nombre des bouches à feu qu’on y peut mettre en batterie. On les remplace, quand faire se peut, par de simples pare-éclats. Elles jouissent aussi de la très fâcheuse propriété d’indiquer à l’ennemi l’emplacement des pièces de la défense. De loin dans la campagne, l’observateur aperçoit, en effet, très distinctement une sierra prononcée et il conclût facilement de là qu’à chaque intervalle de deux dents de la scie correspond une plate-forme pour bouche à feu tirant à ciel ouvert. On arrive à pallier cet inconvénient majeur soit en complantant les plongées de haies vives, soit en disposant derrière le parapet des massifs de terre dans la teinte desquels vient se fondre celle des dents de la sierra.
- Les pièces tirant à ciel ouvert sont faciles à servir. Elles découvrent commodément le terrain des attaques et peuvent se déplacer sans peine, au moment du besoin. Mais elles sont, en revanche — elles et le personnel de leurs servants — directement en prise aifx coups des projectiles ennemis. Aussi s’est-on depuis longtemps attaché à doter les fortifications permanentes d'abris voûtés permettant d’assurer à une partie au moins de l’artillerie de la
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- défense quelque protection contre les effets de celle de l’attaque. Ces abris se désignent sous la dénomination générique de casemates l.
- Malheureusement, le service des pièces sous casemates est pénible, à raison du bruit assourdissant du tir, non moins que de la masse de gaz suffocante qui en résulte. Il est, de plus, fort difficile de protéger convenablement la maçonnerie de ces abris. L’artillerie rayée actuelle possède assez de précision pour pouvoir frapper sur un même point de longues séries de coups répétés, de telle sorte qu’à l’effet d’un projectile vient s’ajouter l’effet du projectile suivant. 11 est peu d’ouvrages de main d’homme qui soient capables de résister à de tels chocs. L’emploi des masques, boucliers, tètes-de-casemates métalliques et tourelles à coupole2 fournit l’une des meilleures solutions du problème.
- Le tir indirect est celui qu’exécute une pièce en batterie derrière une masse courante. La pièce tire sous de grands angles par-dessus les crêtes de la fortification et sur des buts qu’elle ne voit point. Le p mitage en est opéré ou rectifié par des fils télégraphiques aboutissant à des observatoires conjugués. Ce genre de tir offre l’avantage de dérober les bouches à feu de la défense aux vues de l’assaillant qui, ne sachant pas bien d’où partent les coups, ne peut riposter avec précision; de n'impliquer aucune disposition spéciale du rempart; de permettre le choix des lieux de mise en batterie et le déplacement des pièces aussitôt que l’ennemi commence à régler son tir; enfin, de se prêter facilement à la concentration des feux sur un point indiqué. Une casemate à tir indirect est formée d’une voûte cylindrique en maçonnerie pratiquée sous fun quelconque des massifs dé terre de la fortification et soustraite aux vues de l’ennemi. La tête extérieure de la voûte est presque totalement obstruée par un parapet ne laissant, vers le haut, qu’une étroite embrasure, sorte de soupirail qui doit livrer passage aux projectiles de la pièce en batterie dans la cave. La tête postérieure de la voûte demeure grand’ouvertc, de manière à en assurer l’aérage. Une casemate de ce genre s’improvise aisément au moment d’une mise en état de défense ou même au cours d’un siège. Cette affectation peut, en effet, être donnée à un débouché de poterne que masque un parapet; à une traverse-abri qu’on ouvre sur l’une de ses faces ; à toute voûte dont l’entrée est défilée des vues de l'assaillant.
- Les défenseurs de Belfort n’ont eu qu’à se louer des services que leur ont rendus, en 1870-71, les casemates à tir indirect.
- — a suivre. — Lieutenant-colonel IIexaebert.
- 1 Mieux vaudrait écrire chasmnte, ainsi que le faisaient les ingénieurs de la Renaissance, attendu que le mot vient du grec
- 2 Voyez Les Fortifications cuirassées n° 547 du 24 septembre 1883, p. 400
- CURIOSITÉS PHYSIOLOGIQUES
- f. E S COUREURS
- Un des plus remarquables exemples des résultats que peut donner l’entraînement appliqué à la nature humaine est celui qui nous est offert par les coureurs ou marcheurs de profession.
- Tandis qu’avec nos habitudes d’hommes civilisés, nous sommes suffoqués, rouges, en sueur, rompus de tous les membres, quand nous avons monté rapidement cinq ou six étages ou couru après un omnibus, l’homme entraîné peut courir plusieurs heures de suite, peut lasser des chevaux, des chiens, forcer des animaux sauvages, se montrer enfin dans ce genre d’exercice d’une supériorité telle que le citadin peut se demander s’il est de rûêrne nature que lui.
- De temps en temps on voit sur les murs de Taris de grandes affiches annonçant que tel jour Yhomme-éclair, Y homme-locomotive, ou Y homme-étincelle fera tel ou tel trajet en courant, et cela en tant d’heures. Le trajet le plus ordinaire est celui de Paris à Versailles aller et retour, soit une quarantaine de kilomètres.
- Le départ du coureur donne lieu à une scène assez pittoresque, il a lieu le plus souvent aux accords d’une musique militaire; le coureur est accompagné de comparses, vêtus comme lui, de costumes de soie aux couleurs brillantes; derrière viennent les voitures des témoins, et enfin une foule de coureurs de bonne volonté, la jeunesse du quartier, qui pousse des cris d’enthousiasme et manifeste l’intention d’aller jusqu’au bout. Tout ce cortège part en courant aux acclamations de la foule. C’est cette scène que représente l’une de nos gravures (fig. 1). Au bout de quelques minutes le cortège s’allonge, les petites jambes restent derrière, puis après réflexion renoncent à la lutte. A la barrière, les comparses attendent le retour, et les coureurs et les témoins, ceux-ci en voiture, continuent seuls la course. On dit même que quelquefois le coureur monte avec eux ; mais quand il y a de vrais amateurs ayant fait des paris pour ou contre, ils surveillent la course, et toute fraude est impossible.
- Cette course dure deux ou trois heures, pendant ce temps le public reste avec constance à attendre le retour, et lorsque celui-ci a lieu, le cortège qui s’est reformé à l’entrée de Paris arrive et est reçu en triomphe. Certains de ces coureurs ont réellement fait le trajet de Paris à Versailles en 2 heures 50 minutes, soit un kilomètre en 5,6 minutes. C’est une vitesse un peu plus grande que celle de l’ancienne malle-poste, qui parcourait un kilomètre en 5,7 minutes, fltais dont les relais ne dépassaient pas 20 kilomètres. Un jeune homme, ouvrier carrossier, a fait il y a quelques mois le tour de Paris en 2 heures 57 minutes; le trajet étant estimé à 44 kilomètres, cela donne une vitesse de un kilomètre en quatre minutes.
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- l)’aiilres lois l,i course est circulaire, de telle façon ([lie les spectateurs puissent en voir toutes les péripéties. C’est ainsi qu'un coureur faisait dernièrement soixante-dix fois dans une heure le tour de la place du Marché à Saint-Germain, soit 17 kilomètres. Les courses circulaires sont surtout en honneur en Amérique, où l’on voit des coureurs ou des marcheurs « pedeslrians » faire cinq ou six cents fois et plus, le tour de la piste d'un cirque, ou aller de long en large dans une salle, et cela sous les yeux d'un nombreux public qui se passionne pour ce spectacle, passablement monotone,
- et qui reste trois, quatre heures de suite en place pour voir la lin.
- Très souvent, sur le champ de courses, on voit comme intermède un coureur qui, en costume plus ou moins brillant, suit la piste des chevaux, franchit les obstacles, et revient au poteau au bout de huit à dix ou douze minutes après avoir parcouru 2000 ou 2500 mètres.
- Mais les courses sont plus intéressantes quand il y a concurrence entre deux coureurs renommés qui se défient dans une sorte de combat singulier, « rhomme-locomotivc contre l’homme-éclair, un
- Fig. 1. — Coureurs eoiUeiuporaius passant dans les rues de Paris
- enjeu de 1000 francs est engagé», dit par exemple l’affiche.
- Le public aftlue dans ce cas, les amateurs de sport parient pour l’un ou l’autre coureur. Puis le vaincu de la course demande sa revanche pour le dimanche suivant. « La belle » a lieu le troisième dimanche, le public, du premier jour, se passionne et s’augmente à chaque nouvelle course, les parieurs qui ont perdu veulent aussi prendre leur revanche, et il y a une série de recettes fructueuses pour les deux coureurs.
- Naturellement rien n'empêche de croire que le plus souvent ceux-ci s’entendent pour gagner chacun à leur tour et pour partager la recette.
- Lorsque plusieurs hommes luttent de vitesse à la course, la généralité du public éprouve ce plaisir
- spécial que donne toute lutte, toute rivalité dans laquelle on ignore quel sera le vainqueur; c’est en partie pour cela- que les soirées de l’Ilippodrome dans lesquelles il y a des courses à pied attirent toujours un public nombreux.
- Les courses de l’Hippodrome décèlent de temps en temps des coureurs d’une rapidité et d’une force bien supérieures à celles de leurs camarades. Aussi la direction, afin d'égaliser les chances, de maintenir l’émulation parmi les autres concurrents, a soin de mettre les vainqueurs des précédentes courses en arrière de 5, 10, 15, 20 et même 25 mètres de la ligne de départ, et malgré cela, souvent ces coureurs, placés les derniers, arrivent en tête et gagnent la somme relativement élevée qui constitue le prix.
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- Ces courses d’hommes sont une réminiscence des Jeux olympiens. La course tenait en effet le premier rang dans ces jeux, la lutte ne venait qu’en-suite. Homère et Pindarc décrivent ces courses avec un enthousiasme qui n’est que le reflet de la passion qu’elles excitaient chez les Grecs.
- Les historiens de cette époque qui datent leurs récits par olympiades, avaient même soin, presque toujours, d’inscrire en tète de ceux-ci le nom du vainqueur de la course aux l'êtes du commencement de la période. Ces courses variaient suivant la distance à parcourir, celle-ci n’était quelquefois que d’un stade,
- 185 mètres, quelquefois de deux stades. La dolique était de 24 stades, soit de 4440 mètres, quatre kilomètres et demi environ ou un peu plus d’une des anciennes lieues de France. Cette distanccétait considérable pour une course faite très rapidement, et on connaît l’histoire de Ladas (de Lacédémone), le célèbre coureur chanté par les poètes, qui après avoir couru la dolique tomba mort en arrivant au but.
- Les écrivains grecs nous ont laissé le nom et le récit des exploits d’un très grand nombre de coureurs de l’antiquité, exploits, dont quelques-uns semblent avoir été vus avec des yeux de poètes,
- c’est-à-dire sur l’exactitude desquels on peut avoir quelque doute. Citons cependant :
- Lasthène le Thébain, qui vainquit un cheval à la course.
- Polymnestor, qui attrapait un lièvre en courant.
- Philonide, coureur d’Alexandre le Grand, qui parcourait en neuf heures les 1200 stades (222 kilomètres ou 55 lieues) qui séparaient les deux villes grecques, Sicyone et Elis.
- On connaît le fameux « soldat de Marathon » qui vint en courant annoncer la victoire aux magistrats d’Athènes et tomba mort à leurs pieds.
- Ou encore Euchidas de Platée, apportant le feu nécessaire pour - les sacrifices, afin de remplacer celui que les Perses avaient souillé et qui fit mille
- stades de suite en courant (185 kilomètres ou 40 lieues), il tomba mort en arrivant.
- Les historiens romains nous ont aussi conservé le récit de parcours extraordinaires faits de leur temps par des coureurs.
- Ainsi Pline parle d’un athlète qui parcourut dans le cirque, sans prendre aucun repos, 100 000 pas (255 kilomètres) ou 58 lieues.
- Il parle aussi d’un enfant qui en courant fil en une demi-journée 75 000 pas (110 kilomètres ou 27 lieues).
- Au moyen âge on a cité les peichs, les coureurs cpie le Grand-Turc entretenait comme courriers et qui lui servaient d’escorte devant son cortège. Ces coureurs étaient d’une agilité et d’une souplesse surprenantes; tout en courant devant le cortège, ils
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- faisaient des sauts, des culbutes et des tours analogues à ceux qu’exécutent actuellement les clowns dans les cirques (fig. 2). Mais de plus ils accomplissaient de véritables prouesses comme courriers.
- C’est ainsi qu’ils allaient de Constantinople à And rinople et retour en deux jours. La distance est de 520 kilomètres (80 lieues) ; ils parcouraient donc, et cela usuellement, 40 lieues en 24 heures. Lespeichs ne portaient pas de chaussure, et la plante de leurs pieds se transformait, par l’usage, en une ve'ritable corne; quelques-uns même se faisaient appliquer aux talons des petits fers d’argent comme ornement et comme emblème de leur vitesse.
- Au siècle dernier, il était d’usage, dans les mai-; sons riches, d’avoir des coureurs qui précédaient les carrosses; ces coureurs étaient généralement des Basques ; on connaît le proverbe « Courir comme un Basque ». Rabelais dit : « Grand-Gousier dépêche le Basque son laquais pour quérir Gargantua en toute hâte. »
- Ces Basques couraient pendant très longtemps sans fatigue apparente.
- Les nobles Anglais, notamment, mettaient leur amour-propre à avoir des coureurs extraordinaires. Chaque grande maison avait ses ranning footmen que l’on soumettait à iyn entraînement et à un régime spécial. On peut dire que le high-lifc anglais a perfectionné des hommes de courses avant les chevaux de courses.
- Un bon coureur devait parcourir sept milles à l’heure, soit un peu plus de 11 kilomètres, et soutenir cette allure pendant plusieurs heures.
- On cite un très grand nombre de courses extraordinaires, accomplies par les running footmen anglais.
- Parmi les. anecdotes que l’on raconte sur ce sujet, nous citerons les suivantes
- Le comte de Home, dont le château était situé à 35 milles d’Edimbourg (soit 56 kilomètres), chargea un soir son coureur d’aller porter une lettre dans cette ville. Le lendemain matin, en se levant, il aperçut le coureur qui dormait dans son antichambre. Le duc se met en colère, mais le valet lui remet la réponse à la lettre ; il avait parcouru 112 kilomètres (27 lieues) dans sa nuit.
- Au moment de mettre le couvert pour un grand dîner d’apparât chez le duc de Lauderdale (sous Charles II), on s’aperçut qu’il manquait une pièce indispensable. Cette pièce se trouvait dans un autre domaine du duc, à 15 milles de là. Un coureur part, et deux heures après revient avec la pièce demandée; il avait parcouru dans cet espace de temps 48 kilomètres ou 12 lieues.
- On cite encore un coureur qui allant porter une lettre chez un docteur de Londres, revint avec la potion prescrite 42 heures après, la distance étant de 148 milles (228 kilomètres).
- Bien souvent ces coureurs anglais luttaient de vitesse contre, des chevaux, et parfois étaient vainqueurs.
- On cite notamment ce fait : le duc de Malborough, conduisant lui-même un phaéton à quatre chevaux, fut battu par un coureur dans le trajet de Londres à Windsor. Il est vrai que le coureur mourut quelques instants après.
- Actuellement on cite encore comme exemple d’agilité et de résistance à la fatigue les zagal qui accompagnent les diligences en Espagne.
- D’un autre côté les voyageurs parlent de ces porteurs de palanquins qui aux Indes accomplissent en courant, et bien que chargés, des courses extraordinaires.
- Les traîneurs de ces petites voitures japonaises, espèce de chaises à porteurs sur roues, courent également pendant un temps très long.
- Les marcheurs. — Outre les coureurs il y a les marcheurs, les pedestrians, comme disent les Anglais et les Américains, qui accomplissent des trajets extrêmement longs en marchant plus ou moins vite. La rapidité dans ce cas devient un peu secondaire. Ce qu’il y a de remarquable chez eux, c’est la résistance à la fatigue, la continuité de la marche, la longueur du chemin parcouru.
- Ainsi, comme exemple de marcheurs remarquables, on cite :
- Les exploits récents de « l’homme à la brouette », qui a traversé l’Amérique du Nord, de San-Fran-cisco à New-York, en poussant une brouette devant lui.
- Au siècle dernier on a cité l’exemple d’un laquais qui vint du Puy en Auvergne et s’en retourna dans l’espace de sept jours et demi ; la distance moyenne qu’il avait parcourue chaque jour dépassait vingt-cinq lieues.
- Les annales anglaises ont conservé le nom d’un célèbre marcheur, Powel, qui avait gagné des sommes considérables en paris.
- Au commencement de ce siècle, le célèbre cap-tain Baoclay paria 3000 livres sterling qu’il parcourrait en mille heures consécutives, ou 41 jours, une distance de 1000 milles anglais, soit de 1610 kilomètres ou de 402 lieues et gagna son 'pari avec quelques heures d’avance.
- Nous citerons enfin les exploits légendaires de ce marin norvégien, Ernest Mensen, qui il y a une quarantaine d’années étonnèrent toute l’Europe.
- Après avoir gagné un certain nombre de paris, Mensen accepta la gageure d’aller de Paris à Moscou en quinze jours. Parti le 11 juin 1834 à quatre heures du soir, il entrait au Kremlin le 25 juin à dix heures du matin, après avoir parcouru 2500 kilomètres, ou 625 lieues, en 14 jours et 18 heures.
- L’emploi de Mensen comme courrier extraordinaire devint l’amusement des Cours européennes. Il allait de pays en pays, portant des messages de félicitation, de condoléance ou autres, et battant invariablement les courriers à cheval quand on en expédiait.
- Son allure consistait en une sorte de pas allongé, intermédiaire entre la course et le pas.
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- C’est cette allure, dit-on, que prenaient autrefois les Peaux-Rouges de l’Amérique du Nord quand dans une seule nuit ils allaient à des distances énormes surprendre un ennemi ou piller un village de colons européens.
- En 1856, étant au service de la Compagnie des Indes Orientales, Mensen fut chargé de transporter les dépêches de Calcutta à Constantinople, à travers l’Asie Centrale. Le trajet est de 9000-kilomètres environ, Mensen l’accomplit en 59 jours soit en un tiers de moins que la caravane la plus rapide.
- La mort de Mensen fut glorieuse. En dernier lieu il fut employé à la découverte des sources du Nil. Quittant la Silésie le 11 mai 1843, il alla à Jérusalem, puis au Caire et longeant la rive droite du Nil il atteignit la Haute-Egypte. Là, à l’entrée du village de Syang, on le vit s’arrêter et se reposer appuyé contre un palmier, la figure couverte d’un mouchoir. Il se reposa si longtemps, que quelques personnes cherchèrent à le réveiller, rvvs en vain... il était mort.
- Il est tout une classe de pedestriaus bien modestes qui accomplissent journellement des trajets relativement considérables ; qui doivent partir et arriver à heure fixe, et cela malgré la pluie, le vent, la neige, malgré le froid ou le soleil, qui doivent suivre des sentiers souvent à peine tracés, gravir des collines, franchir des fossés c’est-à-dire qui doivent marcher dans des conditions extrêmement pénibles et extrêmement fatigantes. Ces marcheurs sont : les facteurs ruraux : *
- Un facteur rural parcourt dans ces conditions, de 20 à 25 kilomètres par jour et cela pendant vingt-cinq ou trente années, temps au bout duquel il reçoit une retraite. Il y a quelques années les tournées des facteurs étaient beaucoup plus considérables et atteignaient parfois 50 êt 55 kilomètres et même davantage. Un facteur alors n'avait sa retraite qu’après avoir parcouru plus de 11 000 kilomètres par an, c’est-à-dire que, en trois ans et demi, il parcourait une distance supérieure à la longueur du tour du globe. Dans son existence, le facteur faisait de 7 à 8 fois cette longueur.
- Avant de parler de la physiologie du coureur disons un mot de ce qu’on pourrait appeler les courses facétieuses.
- C’est dans cette catégorie qu’on doit ranger ces courses de l’Hippodrome avec obstacles. Ceux-ci consistent en espèces de boîtes dans lequelles les coureurs doivent entrer par un côté et ressortir en soulevant le couvercle, en tonneaux défoncés que le coureur doit traverser, en longues barres inclinées sur lesquelles il doit grimper, en obstacles divers et enfin en un réseau de maille formé de filets tendus verticalement et horizontalement dans lesquels le coureur s’empêtre, se démène et reste prisonnier plus ou moins longtemps à la grande joie du public. Les courses en sac dans lesquelles le coureur est enfermé jusqu’au cou et ne peut avancer que par une série
- de bonds, en risquant à chaque saut de perdre l’équilihre et de rouler sur le sol où il reste étendu sans pouvoir se relever.
- Indépendamment des courses à reculons, des courses à cloche-pied, il y a encore des courses à trois jambes qui semblent être spéciales aux marins et dans lesquelles deux individus sont attachés l’un à 1 autre, la jambe de l’un liée à celle de l’autre du côté opposé; par exemple, la jambe droite de l’un liée à la jambe gauche de l’autre de telle façon que si en courant leurs mouvements ne sont pas parfaitement concordants, les deux individus roulent sur le sol.
- Dans une petite commune du Wurtemberg, àMarkt-groningen, a lieu chaque année une série de courses dont l’une d’elles présente cette particularité que les coureurs sont de jeunes bergères; de plus, chacune d’elles porte une cruche d’eau sur la tête, et elle ne doit pas la soutenir avec les mains, il s’ensuit que ces jeunes filles tout en se hâtant craignent de renverser leur cruche, c’est la plus adroite, la plus habile qui gagne le prix.
- Du reste dans cette course, la mauvaise foi des concurrentes est telle, paraît-il, que le bourgmestre de la ville est obligé de les suivre à cheval armé d’un.grand bâton pour les empêcher de se pousser, de se tirer aux cheveux et notamment de se donner des coups de doigts dans la poitrine afin de couper la respiration de la rivale pendant quelques instants, procédé qui était jadis employé par les gladiateurs romains. t.
- Les Romains avaient des courses du même genre : les courses aux flambeaux; les coureurs tenant chacun un flambeau à la main risquaient d’éteindre celui-ci en allant trop rapidement et de ne pas gagner le prix en allant4rop doucement, de là pour les spectateurs des scènes extrêmement comiques.
- Dans un prochain article nous verrons l’étude physiologique du coureur; notamment les travaux de M. Marey sur la respiration, et nous étudierons l’influence de l’entraînement, de la nourriture, et de certaines opérations, comme l’ablation de la rate, sur la course. G. Kerlus.
- LES PÉTROLES DE BAK0D
- (Suite et lin. — Voy. p. 38.)
- Le pétrole ne se trouve pas réparti régulièrement dans les couches; dans certains endroits, on est porté à croire qu’il existe à l’état de lacs, dans d’autres, c’est le contraire; si on creuse des puits à côté d’autres puits, il arrive "que tantôt ceux-ci donnent moins, et que d’autres fois, les nouveaux puits font diminuer la production des anciens; c’est pour cela qu’il y a quelques années, il était interdit de forer de nouveaux puits dans un certain rayon autour des endroits d’où jaillissait l’huile.
- L’eau, le pétrole et les gaz se rangent dans les couches, suivant leur densité et c’est un vrai volcan
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- de boue et de pierre que le commencement d’une éruption pétrolifère. Quelquefois, on réussit à fermer les puits, mais le pétrole trouve toujours son chemin au-dessous des tuyaux. Si on les laisse ouverts, il coule librement et se perd en grande partie, de sorte que c’est un dilemme d’où il est difficile de sortir : le choix d’une politique en présence d’une révolution souterraine est difficile.
- Les indigènes extraient le pétrole comme ils le traitent, c’est-à-dire d’une façon primitive et barbare, et on s’é'tonne comment dans la partie de Bakou qu’on appelle la Ville-Noire, il n’y a pas chaque jour de terribles explosions. Mais les industriels un peu aisés et les Compagnies russes qui exploitent les dépôts d’huile, ont des appareils à fermetures convenables qui ménagent au naphte un débit régulier.
- Le naphte reste d’ordinaire à quelques mètres du sol, et on le pompe, soit avec des machines à vapeur, soit avec des manèges, et dans certains endroits, on puise l’huile au moyen d’une cuiller ou d’un simple cylindre muni d’une pompe que l’on fait descendre dans le puits.
- En quelques mots, voici comment on établit un puits. On fait une ouverture de quelques pieds de diamètre, en ayant soin d’empêcher les terrains de s’ébouler, au moyen d’un revêtement en bois, il est rare qu’à quelques mètres, on ne voie pas affluer le pétrole. Alors on établit un échafaudage en bois, un derrick qui a de 20 à j50 mètres et qui sert à descendre les tiges des pompes ; les derricks sont plus ou moins perfectionnés, mais ils consistent en somme de 4 longues poutres assemblées solidement entre elles pour porter en haut une poulie sur laquelle s’ajuste la corde qui sert au sondage.
- Un trépan, un balancier, une machine à vapeur, des cuves, tel est le matériel contenu dans ces grandes huttes en bois ; la charpente intérieure sert à placer dans le puits, qui n’a plus que 20 à 30 centimètres de diamètre, un tube en fer forgé de 8 à 15 centimètres par lequel monte l’huile.
- Le traitement brut du naphte se fait de la façon suivante : pour en extraire les produits volatils, benzoline et gazoline (densité 0,650 à0,720 et 0,725) que beaucoup laissent perdre faute desavoir comment les obtenir, on se sert d’une chaudière verticale en tôle, avec double fond en fonte chauffée par un serpentin. Les gaz#, aspirés par une pompe se condensent dans les serpentins entourés de glace, puis les résidus de ce premier fractionnement vont de suite dans les appareils à fabriquer l’huile d’éclairage, le kérozine. Là, les résidus chauds de cette distillation des huiles légères, sont reçus dans des massifs de maçonnerie où se trouvent des chaudières chauffées par-dessous par un pulvérisateur. Les chaudières contiennent de 4 à 5 tonnes d’huile ; elles reçoivent à l’intérieur des tuyaux qui amènent la vapeur.
- Dès que la distillation commeuce (à la température d’environ 130°), on laisse arriver l’huile pour maintenir la température; cette opération dure
- 20 heures pour six tonne*. On laisse alors refroidir quelques heures et ou recommence Les produits de la distillation sont condensés dans des serpentins ; les premiers ne pèsent que 0,800 à 0,820, c’est le kerozine ordinaire ; vers la fin, ils sont plus lourds; c’est l’astraline dont la densité moyenne est de 0,870. Ces huiles sont épurées au moyen d’acide sulfurique; on laisse reposer, on décante et on neutralise au moyen de la soude.
- Les résidus de la distillation du pélrole brut, après qu’on a extrait ces dernières qualités d’huile, sont employés généralement pour la fabrication des huiles lubréfiantes, mais ce sont des procédés peu perfectionnés qu’on emploie à Bakon; ils prennent beaucoup de temps, nécessitent de nombreux lavages et n’utilisent que rarement les deux tiers des résidus employés. E. A. Tourxier.
- LE NOUVEAU
- POSTE CENTRAL DES TÉLÉGRAPHES
- A PARIS
- (Suite et fin. — Voy. p. 209.)
- L’entresol des nouveaux bâtiments est formé d’une salle dont la superficie est de 540 mètres carrés. Elle est exclusivement affectée au service des femmes ; — 30 Hughes et 196 Morses y sont montés. Sur ce nombre il n’y a déjà plus aujourd’hui que 20 morses disponibles. Sur les 206 appareils en service, 92 desservent les bureaux de Paris ; les autres mettent le poste central en correspondance avec la banlieue et la province.
- La nouvelle salle construite au premier étage forme le prolongement de celle qui a été édifiée‘en 1877. Elle a ainsi une superficie de 800 mètres carrés; elle est réservée aux hommes. La gravure ci-jointe en donne l’aspect d’ensemble.
- Dans la partie neuve sont installés les Hughes, un quadruple Meyer, un W’heastone, et tout le service d’expédition et de contrôle.
- La partie ancienne est affectée aux tubes pneumatiques et aux appareils Baudot et Wheatstone.
- Le nombre des appareils pneumatiques correspondant à autant de lignes est de 16 dont 4 de réserve ; celui des Hughes en service, de rechange ou de réserve est de 96.
- Deux quadruples Baudot sont seuls en fonction, bientôt, il y en aura quatre, et la place est réservée à quatre autres.
- Quatre Wheatstone desservent Marseille, Nice, Toulouse et Brest.
- Le nombre des appareils en service, de rechange, ou dont l’emplacement est marqué dans les deux salles du poste central, s’élève donc au chiffre de 336.
- Le développement des conducteurs établis entre les tables d’appareils et les dix rosaces commutateurs
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- Nouveau poste central des télégraphes, à Paris. — La grande salle du premier étage.
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- LA NATURE.
- est de 51 417 mètres dont 14 742 mètres pour les transmissions et Je reste pour les piles.
- L’effectif du personnel attaché au poste central pour la manipulation, le contrôle et l’expédition des dépêches, non compris le service officiel, est de 860, dont 510 hommes et 400 femmes.
- Le nombre quotidien de transmission varie de 56 000 à 40 000, il s’est élevé fréquemment en 1881 à 45 000.
- Mais le poste de la rue de Grenelle n’est plus comme il y a trente ans le seul bureau télégraphique de Paris. 11 en existe aujourd’hui soixante-dix-neuf autres livrés au public. La plus importante de ces succursales est celle de la Boürse. Elle occupe environ 500 employés des deux sexes, et emploie 52 appareils Hughes et 76 Morse. En 1881 elle a taxé 1 266 400 télégrammes, encaissé 5 954 445 fr. 20 et distribué 1 416 815 dépêches. E. Cael.
- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel de l'Infirmière ambulancière rédigé par la Commission d’enseignement. 1 vol. in-8° avec 91 figures dans le texte. — Paris, G. Masson, 1884.
- L’Union des Femmes de France a été fondée dans le but de secourir les blessés et les malades de l’armée en temps de guerre, ainsi que les vietimes des désastres publics. Un de ses premiers soins a été d’organiser un enseignement pratique, par sessions annuelles, destiné à former un personnel capable de réaliser, le cas échéant, l’œuvre de charité entreprise par ses fondateurs. Comme on devait s’y attendre, l’appel au dévouement des femmes de France a été rapidement entendu : on ne s’adresse jamais en vain à un des plus nobles sentiments de la femme, le soulagement de la souffrance. A l’heure dite, on peut être certain de trouver en chacune d’elles la sœur de charité. Mais pour arriver à remplir consciencieusement leur devoir, une éducation spéciale et une instruction appropriée leur sont nécessaires ; c’est dans cette intention que le présent Manuel a été rédigé.
- Codex medicamentarius. Pharmacopée française rédigée par ordre du Gouvernement. 1 vol. gd. in-8°. — Paris, G. Masson, 1884.
- Le nouveau Codex dont nous annonçons la publication, a été l’objet d’une révision complète, exécutée sous la direction d’une Corn nission nommée par les ministres de l’Instruction publique et de l’Agriculture et du Commerce. Celte Commission ayant pour président M. Gavarret était formée de professeurs à l’Ecole de médecine, du directeur et des professeurs de l’Ecole supérieure de pharmacie, de membres de la Société de pharmacie, etc. Aucun effort n’a été nég'igé pour mettre le Codex au courant des nombreuses découvertes de la science.
- Formulaire pratique de VElectricien, par E. Hospitalier. Deuxième année 1884. 1 vol. in-18°. — Paris, G. Masson.
- Quand notre collaborateur et ami M. E. Hospitalier, a publié l’an dernier la première année de son formulaire, il a annoncé que ce livre essentiellement pratique, devait subir des perfectionnements. L’auteur aujourd’hui tient sa
- promesse. « Chacun des nombreux changements que renferme cette deuxième année, constitue une amélioration et un progrès, car chacun d’eux comble une lacune, corrige une erreur ou fournit un renseignement nouveau. » Nos lecteurs ont souvent apprécié, les qualités de l’auteur, qui possédant à fond son sujet, sait exposer les faits avec méthode; il n’en faut pas plus pour faire de lui un très bon professeur et un excellent écrivain scientifique. Aujourd’hui que nous entrons dans Yâge de l’électricité, on comprend toute l’utilité de ce petit volume si substantiel, que nous voudrions appeler le Catéchisme de l’Elec-tricien.
- Traité de Zoologie, par C. Claus, professeur de zoologie et d’anatomie comparée à l’Université de Vienne. Deuxième édition française. Traduction de l’allemand sur la quatrième édition, par G. Moquin-Tandon. 1 vol. gd. in-8° de 1568 pages avec 1192 gravures dans le texte. — Paris, librairie F. Savy, 1884.
- La zoologie a subi dans ces quarante dernières années des transformations profondes. D’innombrables matériaux se sont accumulés, véritable entassement de richesses, au milieu desquels l’esprit courrait grand risque de s’égarer s’il ne prenait pour guide un ouvrage méthodique qui lui permît d’embrasser l’ensemble du règne animal, tout en lui faisant connaître, avec les détails nécessaires, les types principaux autour desquels se groupent les diverses formes, et leurs rapports de parenté ; a ce point de vue l’utilité d’un Traité de Zoologie assez vaste pour réaliser ce programme, sans cesser pourtant d’être élémentaire, ne saurait être contestée. Le Traité de Zoologie de Claus, outre le soin apporté dans la partie purement systématique, offre en tête de chaque groupe principal, embranchement, classe, ordre, un exposé succinct, mais complet, de l’organisation des êtres compris dans chacun de ces groupes et un aperçu de leur développement. L’auteur s’est en outre appliqué, dans les généralités qui ouvrent son livre, à présenter une exposition impartiale de la doctrine de l’évolution. Cette partie de son œuvre n’est pas la moins intéressante. Tout en se montrant partisan convaincu des idées qu’il expose, l’auteur a su se tenir en garde contre les doctrines aventurées, et s’efforce toujours de distinguer dans le transformisme ce qu’il renferme de positif et d’hypothétique. — Voilà un beau et bon livre pour les naturalistes.
- Causeries scientifiques de Henri de Parville. Découvertes et inventions, progrès de la science et de l’industrie. Dix-neuvième année, 1879. Vingtième année, 1880. Vingt et unième année, 1881. Vingt-deuxième année, 1882. 4 vol. in-18. — Paris, J. Rothschild, 1884.
- On sait combien est apprécié le savant publiciste de YOfficiel et du Journal des Débats : M. de Parville est avec raison considéré comme un véritable maître en l’art de bien dire. Les Causeries scientifiques qui résument les progrès de la science, pendant l’année qui vient de s’éteindre, obtenaient un grand succès, et cependant l’auteur avait tout à coup interrompu sa publication. Une année se passa, puis deux, puis trois; plus de Causeries scientifiques. L’éditeur poussait les hauts cris, et le public demandait en vain les Causeries scientifiques. M. de Parville s’est laissé convaincre par son éditeur, et par ses lecteurs, et prenant une résolution énergique, il a publié d’un seul coup, les quatre années en retard. — Voilà tout le monde satisfait.
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- Traité pratique d’analyse chimique à l’aide des méthodes yravimèlriques, dosage des matières minérales organiques et des substances employées dans la métallurgie, l’agriculture, la pharmacie, la médecine, la chimie, les art&, le commerce et l’industrie, par Stanislas Meunier. 1 vol. in-18, avec 111 vignettes.— Paris, J. Rothschild, 1884.
- Le microscope, théorie, application, traité pratique par L. Planchon et Dr L. Hugounenq. 1 vol. in-18, orné de 55Ü vignettes. — Paris J. Rothschild, 1884.
- Les animaux utiles au point de vue de l’industrie des arts et de la médecine, par R. Boulart. 1 vol. in-18, orné de 186 gravures. — Paris, J. Rothschild, 1885.
- Les plantes médicinales et usuelles des champs, jardins, forêts, par II. Rodîn, 7e édition. 1 vol. in-18, orné de 200 vignettes. Paris, J. Rothschild.
- Traité pratique d’analyse chimique à l’aide des méthodes volumétriques, par Finot et A. Bertrand. 1 vol. in-18, orné de 95 vignettes. — Paris, J. Rothschild, 1884.
- Le trésor de la famille. Encyclopédie des connaissances utiles dans la vie pratique, par J. P. Houzé, 10e édition 1 vol. in-18. — Paris, J. Rothschild.
- A new method of measuring heighls by means ofthe barometer, bey G.-K. Gilbert. 1 vol. in-4° avec planches. — Washington 1885.
- Nos intérêts dans l’Indo-Chine, par P. Dabuy de Thier-sant. Une broch. in-8° avec une carte du Tonkin.— Paris, Ernest Leroux, 1884.
- CORRESPONDANCE
- LE JEU DE L’AIGUILLE
- Je vous envoie la description et le croquis d’une machine destinée 'a calculer le nombre x basée sur 1 e jeu de l'aiguille dont le principe établi sur le calcul des probabilités se trouve exposé dans La Nature1.
- Ma machine se compose essentiellement d’une table en bois recouvert d’un vernis isolant, sur laquelle sont placées des bandes de cuivre. Ces bandes sont séparées les unes des autres par un intervalle de quelques millimètres, au milieu duquel sont disposés des tils de cuivre, faisant légèrement saillie, et isolés des bandes de cuivre. Toutes les plaques de cuivre sont réunies ensemble par l’intermédiaire du conducteur, et tous les fils, entre eux. Ainsi que l’indique la figure le conducteur est en communication avec le pôle d’une pile dont l’autre pôle est relié au premier conducteur en passant par un électro-aimant devant lequel est une fourchette d’horlogerie. En temps ordinaire, le circuit de la pile est ouvert, et l’appareil est au repos. Mais si une aiguille métallique est jetée sur la table de façon qu’elle s’appuie à la fois sur une bande et sur un fil, le courant passe, et la plaque de fer de la fourchette est attirée; lorsque l’aiguille est relevée, la plaque retombe, et la roue a fait un cran.
- Imaginons alors qu’un compteur soit réuni à la roue on voit que à chaque fois que l’aiguille rencontrera un des fils de cuivre, le compteur marquera un.
- 1 Yoy. n° 174, du 30 septembre 1876, p. 273.
- Ceci posé l’aiguille est reliée par un fil fin et très souple à une tige mise en mouvement, par l’intermédiaire d’une bielle, par un moteur quelconque, par exemple un moteur dleclrique, comme l’indique la figure ci-dessous. Un second compteur, placé au haut de la machine, indique le nombre de fois que l’aiguille a été soulevée puis projetée sur la table.
- Si alors on suppose que l’aiguille est juste égale à la moitié de l’intervalle compris entre 2 fils de cimre sur la table, on aura à chaque instant une valeur de x sous forme de fraction dont le compteur supérieur marquera le numérateur, et le compteur inférieur le dénominateur.
- Remarquons enfin que, à chaque fois que le compteur inférieur marquera une puissance de 10, le compteur supérieur donnera x en fraction décimale, avec autant de chiffres décimaux qu’il y a d’unités dans.la puissance de 10 en question. N
- Il suffira alors de mettre au compteur autant de roues que l’on voudra avoir de chiffres décimaux, pour avoir x avec une approximation quelconque. Joseph Lecornu.
- LA CHIMIE DANS L’EXTRÊME-ORIENT
- FEUX D’ARTIFICES JAPONAIS
- La culture des sciences physiques et particulièrement de la chimie, fait de grands progrès dans l’Extrême-Orient ; M. Billequin l’ancien préparateur de M. Payen au Conservatoire des Arts et Métiers, aujourd'hui professeur de chimie au Collège impérial de Pékin, où il professe en chinois depuis dix-huit ans, a récemment communiqué à l’Académie des Sciences de Paris, une Chimie élé mentaire et un Traité d’analyse en texte chinois. Les industries chimiques se développent considérablement en Chine, et une grande usine récemment construite, y produit déjà des quantités considérables d’acide sulfurique. On sait que ce produit est la base de la plupart des industries chimiques,
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- qu’il sert à produire presque tous les autres acides, et qu’on ne saurait sans lui, fabriquer des bougies stéariques, du phosphore pour les allumettes, ni beaucoup d'autres produits utiles.
- Si les Chinois et les Japonais ont beaucoup à faire au point de vue de la grande industrie chimique, ils ont toujours été instruits dans la pratique d’une multitude de procédés de fabrication ingénieuse et dans les notions générales de la science. Je me rappelle il y a environ vingt ans, alors que je manipulais dans un des laboratoires des Arts et Métiers, avoir assisté à la visite que les ambassadeurs japonais firent à notre grand établissement national. Dans le laboratoire de M. Peligot, on avait préparé quelques expériences intéressantes, et mon ami M. L. L’Hôte, devenu depuis cette époque l’un de nos chimistes experts les plus distingués , avait notamment fait brûler du potassium à la surface de l’eau. L’un des Japonais s’approcha, et fit signe qu’il connaissait cette expérience; il prononça sans hésiter la nom de Kalium, désignation en latin du métal alcalin dont il s’agissait.
- Je me rappelle qu’un des assistants se tourna vers moi, et me dit : « Je crois que bien des ambassadeurs dé nos régions n’en diraient peut-être pas autant. » ~x\
- Que de procédés de l’Extrême - Orient déroutent encore nos chimistes !
- La fabrication de la laque, celle de l’encre de Chine, du vermillon, la métallurgie et la confection des tams-tams, la fabrication dè certains papiers, de plusieurs espèces de vernis, sont encore pratiqués dans le Céleste-Empire et au Japon, à l’aide de procédés que jusqu’ici nous cherchons en vain.
- Les Chinois et les Japonais ont' depuis des siècles excellé dans l’art de la pyrotechnie, et nos lecteurs connaissent assurément, les petits feux de salon japonais, qui produisent un effet très curieux, et qui ont longtemps mis à l'épreuve la perspicacité des chimistes; c’est à leur sujet que nous publierons aujourd’hui quelques détails fort peu connus.
- Ces feux d’artifice de salon qui se trouvent dans la plupart des dépôts d’articles du Japon, ou chez
- les marchands de jouets, consistent en petites mèches que l’on allume en les tenant verticalement, le gros bout dirigé vers le sol (fîg. 1). Quand la flamme est communiquée à la mèche, on voit naître peu à peu une boule de feu, d’où jaillissent une série d’étincelles du plus joli effet, d’aigrettes de lumière d’or, formant une couronne brillante et comparables à celles qui se produisent pendant la combustion du fer pyrophori-que, mais en réalité beaucoup plus régulièrement ramifiées (fig. 2). Peu à peu la boule diminue de volume et les rayons se concentrent jusqu’à la fin de la combustion de la mèche.
- Un maître artificier, M. Àmédée Denisse, qui a publié un Traité complet des feux d'artifice, ouvrage remarquable par la netteté des descriptions, et le nombre des documents qui s’y trouvent1, nous a communiqué à ce sujet des renseignements très complets que nous reproduisons.
- L’étrange artifice attribué aux Japonais, a depuis bien longtemps attiré l’attention des observateurs ; cependant sa préparation a toujours été tenue secrète. « Nous n’avons pu en trouver la description, dit M. Denisse, dans aucun traité d’artifice. Des personnes du métier, nous ont dit avoir cherché à reproduire ces mystérieuses étincelles au moyen de métaux por-phyrisés ; mais n’ayant pu y parvenir, elles sont restées persuadées que ce singulier artifice devait contenir une substance particulière, insaisissable. » Un chimiste distingué, M. Tessier, fit avec le plus grand soin l’analyse des mèches japonaises, et il trouva les substances suivantes : salpêtre 27,00, soufre 14,55, charbon 8,65 sur 50 parties en poids.
- Certains chimistes disaient qu’il devait y avoir d’autres produits pour produire les mystérieuses étincelles; eh bien! il paraît qu’il n’en est rien, et que ces milliers d’étincelles qui jaillissent d'une gouttelette incandescente, ne seraient dues à aucune substance métallique, mais à la nature du papier employé et cela par une cause encore inconnue.
- « La découverte de cette combinaison, dit
- 1 1 vol. in-8°, chez l’auteur, 46, rue des Abbesses, à Paris. Avec de nombreux dessins dans le texte.
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- Fig. 1. — Confection des feux ou mèches japonaises.
- 1. Composition déposée sur la bande de papier. — 2. Coupe d’une mèche. — 5. Mèche fabriquée. — i. Paquet de mèches japonaises. (Grandeur d’exécution.)
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- M. Denisse, ne peut être attribuée qu’au hasard seul, car il élait impossible de prévoir un résultat aussi surprenant par le mélange des matières employées, et ce hasard devait se présenter au Japon plutôt qu’aillcurs ; cela pour deux motifs : 1° Par l’usage dans ce pays, de mèches de communication formées d’une traînée de pulvérin, enfermée dans des bandelettes de papier. 2° Et que presque tous les papiers de Chine concourent à la production de la boule mystérieuse. Il n’en est pas de même partout, en France par exemple, où il est difficile de rencontrer du papier réunissant les qualités exigées.
- Avec certains papiers, production nourrie d’étincelles; avec d’autres, résultat absolument négatif. La cendre du papier absorbé par la boule joue évidemment un rôle. Il est donc indispensable de bien choisir le papier. Nous avons trouvé trois sortes de papier de soie convenant à cet usage :
- 1° le papier serpente, pour tleurs, blanc, non collé de fabrication anglaise ; produisant de grandes étincelles, mais en petit nombre ; 2° un papier français gris soyeux, liant et non collé, analogue à celui dont les pâtissiers se servent parfois pour envelopper des gâteaux; 3° le papier fabriqué en Chine ou au Japon en dépôt à Paris. »
- Voici la formule qui a donné de bons résultats à M. Denisse pour la préparation des mèches japonaises : poussier de poudre de mine 28 parties, salpêtre 54, soufre 39, charbon léger 8, charbon de chêne 8, noir de fumée 5, formant 142 parties en poids. Triturer modérément le tout à l’exception des charbons simplement passés au tamis de soie, et mélanger en dernier lieu
- M. Tessier a d’autre part obtenu d’excellents résultats avec la formule suivante : salpêtre 25 par-
- ties, fleur de soufre non lavée 16, charbon de saule ou peuplier 6, acide stéarique (suif de bougie) 2, formant un total de 49 parties en poids. Après avoir passé les substances au tamis de soie, on en fait un mélange intime par une trituration d’une ou deux minutes.
- Voici comment on opère pour confectionner la mèche : à l’un des bouts d'une bandelette de papier, longue de 0m, 10 et large de 0m,012 environ, on place 2 ou 3 centigrammes de composition (gros comme une mouche). On roule le papier sur lui-même en spirale comme le font les fleuristes pour recouvrir leurs fils de fer (fig. 1). Cette opération peut être facilitée par une aiguille à tricoter placée sur la composition. On serre la mèche de manière à ce qu’elle ne se déroule pas, particulièrement au-dessus de la poudre, puis on enlève l’aiguille. La mèche est fabriquée, et donne par sa combustion les résultats que nous avons décrits, et dont l’explication est encore à trouver.
- Pour terminer cette notice, nous offrirons à nos lecteurs un curieux secret de pyrotechnie de
- l’Extrême-Orient, que M. Denisse nous a encore appris à connaître. C’est celui de la préparation des Images magiques japonaises, dont notre fig. 3 représente un des aspects. Sur l’image japonaise, il suffit de toucher avec une épingle rougie au feu, l’extrémité du fusil du chasseur au point A. Aussitôt on voit se former un trait de lumière qui parcourt le papier de A en B, et l’on entend fflors une petite détonation. Le tigre a été tué par le chasseur.
- Voici comment s’obtient ce curieux résultat : quand on a fait le dessin sur une feuille de papier ordinaire, on trempe un petit pinceau dans une
- Fig. 3. — Dessin d’une image magique japonaise. (Réduction 1/2.)
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- solution concentrée de salpêtre, et on trace une ligne allant du point A au point R. Cette traînée de salpêtre une fois sèche est invisible. Au point R, on applique derrière l’image un peu de fulminate de mercure (gros comme la tète d’une fourmi) qu’on recouvre d’un petit carré de papier enduit de colle d’amidon. L'expérience est prête à être réalisée.
- N’est-ce pas charmant? N’avions-nous pas raison de faire entendre que les Japonais sont souvent .nos maîtres, dans certains procédés de chimie ingénieuse et attrayante? Gasto.n Tissandiek.
- FONÇAGE DES PUITS DE MINES
- Ce procédé du à 51. Poetsch n’est encore connu que par des renseignements fort incomplet;, mais il repose sur un principe tellement original, qu’il paraît intéressant de le faire connaître. H vient d’ètre appliqué, d’après la brochure dont nous extrayons ces détails, au puits Archibald, de la concession de Douglas, dans la région lignilifère de Scbmiedlingen. Il s’agissait, après un fonçage de 54 mètres de profondeur avec une section rectangulaire de 5m,45 sur 4ra,73, qui n’avait présenté aucune difficulté spéciale, de franchir une traversée de sables mouvants très aquifères d’une épaisseur de 5“,50, au delà de laquelle on atteignait le solide. L’idée, véritablement extraordinaire, qui a été mise en œuvre, consiste à congeler la masse du terrain sur une épaisseur sulfisante pour maintenir la pression hydrostatique environnante, pendant le temps nécessaire aux ouvriers pour effectuer le fonçage et exécuter le muraillement.
- Voici comment cette tentative hardie a été mise en œuvre : On a enfoncé, en ceinture, autour du puits, une série de vingt-trois tubes creux en fer de 0ra,20 de diamètre, munis, à la base, d’un sabot tranchant. Une fois arrivé au terrain ferme, on les a obturés à la base avec une fermeture de plomb, de ciment et de goudron. On a alors descendu h leur intérieur d’autres tubes plus petits percés de part en part. Des chapeaux à tubulure et robinet les coiffent tous et permettent d’y distribuer le liquide réfrigérant qui arrive du jour par un tuyau unique. Ainsi ramifié, le courant pénètre dans chaque tube central sous la pression d’une pompe foulante et remonte tout autour jusqu’au chapeau. Tous ces courants de retour sont eux -mêmes réunis et renvoyés à la surface par un autre tuyau unique. Les courants froids soutirent ainsi le calorique du terrain en s’en chargeant pour eux-mèmes et retournent s’en dépouiller sous l’action d'une machine frigorifique à ammoniaque du typeKropff de Nordhausen.
- Le liquide véhiculé du calorique était une solution de chlorure de calcium à 40 degrés Baumé, qui ne se congèlerait qu’aux: environs de 40 degrés centigrades au-dessous de zéro. La machine fiigorifique le lance dans la profondeur à une température de — 25 degrés. 11 en ressort à — 19 degrés, pour être de nouveau refroidi et renvoyé d’une manière continue. On a ainsi, au bout de trente jours de congélation, obtenu une masse qu’on put trouver sulfisante pour la traverser par le fonçage. On en mesurait la température en y enfonçant des tubes indicateurs pleins de la solution de chlorure de calcium, dans laquelle étaient immergés des thermomètres. La température du terrain qui était originairement de -f-11 degrés s’est abaissée ainsi à —19 degrés, et probable-
- ment davantage encore vers le bas, car ces mesures étaient prises à la partie supérieure. La dureté de cette roche artificielle d’eau sableuse congelée, a été comparée à celle du calcaire n° 4 de l’échelleallemande de duretés. Elle se laissait attaquer difficilement au pic et présentait une cassure conchoïde. Pendant les opérations, les courants réfrigérants continuaient leur action pour maintenir la barrière protectrice autour des travailleurs. Nous manquons, malheureusement, d’indications sur la manière dont ceux-ci ont pu supporter le voisinage d’une telle température.
- Je répète, en terminant, qu’une telle description paraît, au premier abord, incroyable, et il y aurait, certainement, une témérité inadmissible à entreprendre par un tel procédé des fonçages d’une hauteur de quelque importance. On ne peut nier, cependant, qu’appliquée ainsi à une traversée très courte, cette méthode ne mérite de fixer l’attention, pour être contrôlée par une discussion attentive l. Haton de la Goupillière.
- CHRONIQUE
- L’Exposition de la mission du Cap-Horn. —<
- Mardi 18 mars a eu lieu l’ouverture de l’Exposition des instruments et collections de l’expédition scientifique qui a séjourné à la Terre de Feu en 1882-1883. Cette exposition est installée dans une des grandes salles du Musée des Colonies, au Palais de l’Industrie des Champs-Elysées. Elle est ouverte au public les mardis, jeudis et samedis. Le Ministre de la Manne a été reçu par les membres de la Commission du Cap-Horn, en présence d’un assez grand nombre d’invités, qui ont remarqué avec beaucoup d’intérêt, les nombreuses curiosités t'apportées par la mission française. Une hutte complète des habitants de la Terre de Feu, des pirogues et différents autres objets curieux ont attiré l’attention des visiteurs. On voit aussi dans cette exposition tous les instruments magnétiques et autres qui ont servi à l’expédition. Nous donnerons prochainement des détails complets sur les résultats obtenus par la mission du Cap-ilorn.
- L’épidémie de trichinose d’Emersleben. —
- Les pouvoirs publics sont depuis longtemps préoccupés des dangers que l’importation de viande trichineuse en France pourrait faire courir à la santé publique ;une résolution définitive semble prochaine, aussi MM. P. Brouardel et Grancher ont-ils cru devoir publier à ce propos, les curieuses observations qu’ils ont faites en Allemagne, de l’épidémie de trichinose qui a eu lieu à Emersleben en septembre, octobre et novembre 1883. En septembre 1885, plusieurs personnes mangèrent à Emersleben, de la viande crue d’un porc atteint de trichinose; quelques-unes d’entre-elles tombèrent malades dès îes premiers jours, les uns peu nombreux, le premier et le second jour, d’autres le vingt et unième et le vingt-troisième jour seulement, c’est-à-dire trois semaines après l’ingestion de la viande trichinée. La viande crue, servit à faire une pâtée de viande qui fit de nombreuses victimes. Il y eut 250 malades dont 42^ moururent. 5151. Brouardel et Grancher, ont pu étudier toutes les phases de l’épidémie, et ils ont été conduits à plusieurs résultats très intéressants qu’ils ont résumés dans des tableaux statistiques
- 1 Communication faite ù la Société d'encouragement.
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- annexés à leur mémoire. Ces tableaux paraissent indiquer que pour des individus, qui font usage de viande de porc crue, le danger est d’autant plus grand que la consommation est plus rapprochée du moment où l’animal a été abattu. MM. Brouardel et Grancher confirment d’ailleurs, encore une fois ce fait important, que la cuisson est un •moyen préventif absolu de la trichinose. Tous les malades d’Emersleben ont mangé delà viande trichinée crue. Une seule famille a consommé des saucissons du porc trichine après les avoir soumis à la cuisson ; aucun de ses membres n’a éprouvé le plus petit malaise.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 mars 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Carte de Tunisie. — M. le colonel Perrier dépose, au nom du minisire delà guerre, les 6 premières feuilles de la carte de Tunisie. Le travail complet comprendra 21 feuilles du même genre; elles sont au 1/200 000°. Dans un mois toute la reconnaissance sera faite et M. Perrier pense que la publication sera entièrement achevée au 1er janvier prochain. Il aura donc suffi de quatre années pour mener à bien cette gigantesque entreprise.
- Sella. — La section de minéralogie vient de faire une perte très sensible dans un de ses correspondants, M. Sella, bien connu par sa carte géologique de la Sicile. Le défunt, à qui l’on doit divers travaux de minéralogie, fut ministre des finances d’Italie et il se signala par les encouragements qu’il accorda aux sciences. Des Musées furent logés dans les plus beaux palais; l’Académie des Lincei fut restaurée, le Club alpin italien fut fondé. M. Sella était lui-méme un ascensioniste passionné.
- Paléontologie. — Au nom de M. le Dr Lemoine (de Reims), M. Gaudry dépose un mémoire sur le Simodosaure, nouveau reptile des sables éocènes les plus inférieurs chez qui l’auteur croit voir des caractère» ambigus entre ceux de certains lacertiens secondaires et certains types actuels du même groupe. Cesaurien qui paraît avoir pu atteindre 5 mètres de longueur et dont la dimension moyenne était de 2m,30 à‘2m,50, présente des dents sur les maxillaires, sur les palatins et sur les ptérygoïdiens. La forme générale de sa tête est allongée comme celle des gairals, Ses vertèbres sont bi-planes 'a arc neutral non soudé. La conformation de ses membres en même temps que le développement de sa queue, semblent indiquer des habitudes aquatiques ; il devait se nourrir de poissons.
- M. Gaudry signale en même temps une nouvelle décom verte de M. Richard Owen dont les 80 années ne ralentissent pas l’ardeur. II s’agit d’un animal fossile de l’Afrique australe où l’auteur a déjà signalé un si grand nombre de reptiles ayant une tendance manifeste vers les mammifères. Seulement celte fois la nouvelle trouvaille se range sans hésitation parmi les mammifères eux-mêmes. Ses formes sont si étranges qu’on ne saurait d’ailleurs le faire entrer dans aucun des ordres établis jusqu’ici : « C’est une bête différente de tout ce qui est connu dans la création. » M. Owen lui donne le nom de Tridylodon.
- Les microbes abyssaux.— Durant la récente et féconde croisière du Talisman, ons’est préoccupé de recueillir les microbes pouvant exister dans les abîmes sous-marins. Conservés avec toutes les précautions désirables ils ont été
- confiés à M. Cerf qui, en ayant entrepris la culture dans des milieux appropriés, les a vus se développer et donner les mêmes produits que beaucoup de microbes normaux. Les expériences ont montré que ces organismes sont aérobies.
- Varia. — Par une disposition testamentaire, M. du Moncel a légué 15 000 francs b l’Académie qui les emploiera soit à la fondation d'un prix, soit à tout autre usage qui lui conviendra. — M. Grandidier et M. Bouquet de la Grye posent leur candidature à la place vacante dans la section de navigation par suite du décès de M. Yvon Vil-Jarceau. — L’observatoire de Rio Janeiro adresse Je 2e volume de ses annales. — Un phénomène météorologique visible ce matin même est décrit par M. Léon Jau-bert ; il s’agit d’une sorte de spectre qui prenait tout l’horizon vers 4h 1/2 sur 120 degrés environ et s’élevait dans le ciel jusqu’à 125 degrés. — De nouveaux détails sont communiqués sur les tonnerres en boule d’Amiens. — Un M. Le Chien voulant obtenir un prix Monthyon en récompense d’appareils de chauffage qu’il a inventés, adresse à l’Académie.... un certificat de bonne vie et mœurs. Stanislas Meunier.
- Erratum. — Dans le précédent Compte rendu de l’Académie des sciences (p. 255), par suite d’une erreur typographique, il faut lire, ligne 20 : MM. J. L. Soret et Ed. Sarasin, au lieu de MM. Forel et Sarrazin.
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- VENTILATION PAR LA CHALEUR SOLAIRE
- CHASSIS DE CULTURE
- Dans un châssis fermé, les plantes sous verre ne peuvent supporter sans dommage et sans risque de périr Faction directe de la lumière et de la chaleur solaire, pour peu quelle soit intense et prolongée. Les feuilles se fanent, les tiges florales s’inclinent, l'équilibre étant rompu entre la transpiration des parties vertes qui devient excessive et l’aération qui devient insuffisante parce que l’air se dessèche et ne se renouvelle pas.
- Ce phénomène au reste se produit en plein air, en été, à l’approche des orages, lorsque l’air se dessèche par un soleil ardent.
- Aussi les jardiniers ombrent leurs châssis de toiles ou de stores, blanchissent avec de la craie les vitres pour diminuer l’action trop intense de la lumière, ou bien ils relèvent plus ou moins les panneaux afin de diminuer la chaleur et de renouveler l’air. Mais, dans les deux cas, il y a perte de lumière ou perle de chaleur pour les plantes qui n’en bénéficient pas ; et, lorsqu’on relève les panneaux, l’air extérieur entrant plus ou moins brutalement dans le châssis échauffé devient préjudiciable aux plantes.
- Si l’on trouve le moyen, dans un châssis fermé exposé à l’action directe de la lumière solaire, de faire arriver sous les vitres chauffées par le soleil, un courant d'air qui s’y attiédisse avant d’aller baigner les plantes et dont le renouvellement soit proportionné à la chaleur produite sous verre, les
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- plantes ne se faneront pas et profiteront de toute la lumière, de toute la chaleur solaire qui, lorsque le soleil hrillc, est double au moins sous verre, parfois triple, de celle du dehors; le jardinier n’aura plus à prendre aucune précaution, l’air, la lumière et la chaleur se trouvant en équilibre.
- C’est ce que viennent de réaliser MM. A. Dumesnil et P. Regnier en construisant un appareil très simple.
- A titre d’exemple, nous avons représenté ci-dessous l’application du système à un châssis de jardin.
- Sur le devant du coffre et sur une longueur de GO centimètres environ à partir d’une des extrémités, on a pratiqué un certain nombre de trous circulaires A faciles à obturer avec des bouchons quand on veut un réglage partiel, et pouvant, d’une fois, par un tiroir, être ouverts ou clos en totalité. A l’intérieur, est fixé un écran en tôle mince B correspondant à ces orifices A, disposé comme l’indique la figure et ne laissant entre son bord supérieur et les vitres qu’un espace réduit de 2 centimètres environ. Au coin diamétralement opposé du châssis , est adapté une cheminée en tôle galvanisée E, d’environ 6 centimètres de diamètre et 1 mètre de hauteur au-dessus du sol, pouvant se fermer à sa partie supérieure.
- Supposons le châssis placé en plein soleil et hermétiquement fermé, la cheminée et les trous ronds A ouverts ; les vitres échauffées par la chaleur solaire transmettront cette chaleur à la couche d’air intérieur immédiatement sous-jacente, cet air échauffé montera en suivant l’inclinaison des vitres jusqu a la partie supérieure du châssis, et là, poussé par de nouvelles couches d’air chaud, descendra, par l’effet de sa température, il s’élèvera en produisant un tirage. Ce tirage fait entrer, par les ouvertures ménagées, de l’air à la température du dehors qui, suivant l’écran, vient s’étaler contre les vitres et s’y échauffer avant de se répandre dans le châssis.
- Au moment du plus fort tirage, lorsque le soleil frappe directement le châssis ventilé, les plantes ne ressentent aucun effet fâcheux du rayonnement solaire. On peut l’expliquer par l’interposition entre les vitres et les plantes de couches d’air dont le renouvellement s’accélère en raison de la chaleur produite sous verre. L’air extérieur projeté au-dessous
- des vitres et s’y épanouissant dans un mouvement ascensionnel forme, une sorte, d’écran protecteur translucide, et, par la chaleur que lui transmettent les vitres, se dilate de telle sorte qu’il redescend avec une vitesse insensible qui ne donne aucune agitation aux plantes. Et cependant, à la sortie de la m cheminée, le courant d’air tiède est appréciable à la main.
- Si le soleil cesse de chauffer le châssis, il n’y a plus tirage ni par conséquent entrée d’air froid. Toutefois, ce serait une erreur de croire que l’appa- . reil ne fonctionne que lorsque le soleil brille. Il est facile de se convaincre de l’action de la lumière diffuse sous le châssis ventilé. En effet, si l’on place un thermomètre à l’intérieur du châssis et un autre en dehors, les moindres variations de la lumière solaire se liront sur le thermomètre sous verre marquées avec une sensibilité que n’aura pas celui de l’extérieur.
- Dans un jardin d’essais, à Vas-cœuil (Eure), un-des lieux les plus froids de Normandie, où les mois de novembre et de décembre sont presque constamment brumeux, MM. Dumesnil et Regnier ont eu, au 25 décembre, sous châssis ventilé, des fraises en production et en lloraison : des cinéraires, des cy-clamcnsdePerse, des violettes, des résédas, des myosotis'des prés, des rosiers et des œillets de La Malmaison en gros boutons qui ouvrent. Des géraniums, des héliotropes, des fuchsias qui ont fleuri jusqu’à la fin de novembre n'attendaient qu’un peu plus de lumière pour recommencer leur floraison. En hiver, ce n’est pas la fleur qui manque, mais le milieu.
- Personne n’ignore que dans les mois d’hiver surtout la ventilation des plantes sous verre présente de grandes difficultés. L’appareil obvie à ces inconvénients. Le jardinier, dispensé d’ombrer, d’ouvrir et de découvrir, n’a qu’à laisser faire. Il n’a rien à craindre des excès d’air ou de soleil désastreux pour les plantes cultivées sous verre, l’appareil se charge seul de leur enlever leurs effets funestes sans rien retirer à leurs effets utiles.
- Le propi iélaire-gcrant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Châssis de Jardin de MM. Dumesnil et P. Reynier.
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- N“ 5(15. —
- LA. MISSION FRANÇAISE DE LA TERRE DE FEU
- EXPOSITION DU C A P - H O R N
- Après avoir terminé son long et pénible séjour à la Terre de Feu, la Mission du Cap-Horn est rentrée
- en France le 11 novembre, ayant rempli tout le programme qui lui avait été tracé'8.
- Fig. 1. — Pirogue des habitants de la Terre de Feu.
- (D’après une photographie de M. Doze, lieutenant de vaisseau, membre de la Mission française du Cap-IIoru.)
- Mardi 18 mars, la Commission qui avait dirigé l’organisation de l’expédition et rédigé les instructions q il i lui avaient été remises, conviait les notabilités scientifiques et politiques à assister à l’ouverture de l’exposition des instruments et des collections de la Mission.
- Le Ministre de la Marine avait gracieusement of-lèrt une partie de Fig. 2. l’exposition des colonies et il a tenu lui-même à honorer de sa présence l’inauguration.
- En entrant dans le Palais de l’Industrie1, le visiteur
- 1 L’Exposition qui est installée au Palais de l’Industrie est ouverte au public les mardis, jeudis, samedis et dimanches.
- W aînée. — I*r, semestre.
- aperçoit devant lui le squelette d’une énorme baleine , recueilli avec le plus grand soin par le commandantMaj-tial et le docteur llahn dans la baie
- Les lundis, mercredis et vendredis sont réservés aux visiteurs munis de cartes d’invitation.
- a La Mission, sous le commandement de M. Martial se divisait en deux parties : la première, chargée des observations prescrites par les Congrès internationaux, se composait de MM. Cour-celle-Seneuil, Payen, Lephay, Le Caunellier, lieutenants de vaisseau et du Dr Hyades : la deuxième, chargée des reconnaissances hydrographiques et de l’exploration des Terres Magel-laniques, comprenait : MM. Doze, de la Jarte, de Carfort, lieutenants de vaisseau, de la Monneraye, enseigne, le docteur Hahn, et Feart, commissaire.
- — Hutte des habitants de la Terre de Feu. (D’après une photographie de M. Doze.)
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- du New-year-Sound. La présence de cet énorme cétacé avait été signalée trois jours avant par un Fuégien embarqué à bord de la Romanche : il l’avait devinée en voyant, d’un mouillage éloigné, tournoyer dans les airs un grand nombre de pétrels géants.
- Quelques indigènes attirés par cette bonne aubaine avaient établi leur campement près de cette baleine et se gorgeaient de cette chair en pleine décomposition.
- Grâce à de nombreuses distributions de biscuits, ils assistèrent impassibles, aux travaux nécessaires pour nettoyer le squelette. Les matelots accomplirent avec un zèle et un courage digne d’éloges cette besogne un peu répugnante et, en trois jours, tout fut embarqué à bord.
- Devant les portes qui donnent accès à l’Exposition des colonies, ont été montés tous les instruments scientifiques employés par les officiers de la Mission ; à droite les instruments météorologiques et astronomiques , à gauche tous ceux qui ont servi à l’étude du magnétisme terrestre.
- Nous ne nous arrêterons point à décrire ces instruments : le visiteur trouvera près de chacun d’eux toutes les indications nécessaires pour comprendre leur but et leur fonctionnement. Notons cependant une courbe du marégraphe enregistreur qui correspond aux journées des 27 et 28 août 1885. A côté d’ondulations assez faibles provenant d’une forte houle, elle présente la trace d’ondes d’une grandeur et d’une durée anormales d’environ 50 centimètres de hauteur et d’une amplitude correspondant à une demi-heure.
- Au retour en France, la Mission apprit la catas-strophe de Java; l’examen des courbes, la hauteur, la durée extraordinaire des ondes donnèrent à M. Courcelle-Seneuil, l’assurance que le marégraphe avait fourni l’indication graphique du contre-coup transmis par l’Océan lors de l’explosion du 26 août. En comparant les distances et la date, on arrive à trouver comme vitesse de Fonde 248 milles à l’heure soit environ 150 mètres par seconde.
- Les nombreuses observations magnétiques et météorologiques nécessitent de longs calculs de réduction. Le Congrès international qui a mis en avant ces expéditions et dirigé la répartition des stations, doit prochainement se réunir à Vienne et fixer un mode uniforme de publication pour î endre comparables toutes les observations faites sur la surface du globe. Nous reviendrons dans quelque temps sur les résultats qui seront le fruit de cette campagne, mais, dès à présent, nous pouvons dire que la station française possède sur toutes les autres un avantage incontestable dû à l’emploi d’instruments enregistreurs qui permettent de suivre à chaque instant la marche des phénomènes naturels et d’éviter les lacunes que présentent toujours les observations horaires. Près des instruments, en face la porte d’entrée, se trouve la grande hutte dont nous donnons le dessin d’après une photographie faite par M. Doze (tig. 2).
- Les Fuégiens ont plusieurs genres de hutte : ils modifient leur construction suivant la nature du pays où ils se trouvent, et suivant le temps qu’ils doivent y séjourner.
- Les huttes dans le genre de celle qui est montée à l’exposition, sont rares : On ne les trouve que dans les terrains giboyeux, dans le canal du Beagle, dans le nord de l’île Gievy, et très rarement dans le New-year-Sound. Cependant les Fuégiens qui dévoraient la baleine dont nous avons parlé, s’étaient construit une habitation relativement confortable.
- Quand ils ont l’intention de s’installer à un endroit quelconque, ils choisissent un terrain abrité autant que possible des vents d’ouest, y creusent un trou en forme de cuvette et piétinent le fond poulie niveler et le durcir; cela fait, ils posent quatre troncs d’arbre à fourche qui forment la base de la charpente ; les autres troncs qu’ils ajoutent, reposent sur les quatre premiers et les interstices sont recouverts par du gazon, des herbes ou des branchages de hêtre.
- La porte fort étroite et ne pouvant donner passage qu’à une seule personne regarde généralement le sud ou le sud-est. Quand une hutte semblable a été habitée pendant deux mois seulement, l’entrée en est toujours obstruée par les vestiges des repas (coquilles de moules, de lepas, de patelles) qui forment un amas atteignant souvent des dimensions énormes.
- Quand les Fuégiens voyagent, ils s’abritent le soir dans une hutte improvisée; le plus souvent ils rejoignent une localité où ils savent qu’il en existe déjà une: mais si par suite du mauvais temps, ou par toute autre circonstance ils sont forcés de s’arrêter en route, ils prennent quelques gros morceaux de bois mort, en forment rapidement une charpente, la couvrent de branches de hêtre et garnissent l’intérieur de quelques herbes sèches. Ils font alors du feu et la maison est habitable pour eux. Souvent même ils ne se donnent pas autant de peine : un tronc d’arbre penché et garni des deux côtés de branchages, leur suffit. Dans la partie sud de la Terre de Feu, à File Hermite, le docteur Hahn qui a bien voulu nous fournir nos renseignements, a remarqué un autre genre de construction. La charpente au lieu d’être en troncs d’arbres est formée par des branchages llexibles recourbés et enfoncés dans le sol.
- Très basse et allongée (4 à 5 mètres de long sur im,50 de large), elle a deux portes aux extrémités: c’est par là que s’échappe la fumée. Il est probable qu’ils adoptent ce genre de construction à cause des vents régnants dans la localité. Ces vents queFitz-Roy a appelé des Williwaws, sont des rafales excessivement violentes tombant des hautes montagnes presque perpendiculairement. Si, dans ces conditions, la hutte était ouverte dans le haut, le vent pénétrerait directement dans le refuge : aussi remédient-ils à cet inconvénient par cette construction différente.
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- Si le Fuégien tient peu à sa demeure, il tient au contraire beaucoup à sa pirogue.
- Les Yahganes construisent leurs embarcations avec l’écorce du hêtre bouleau (fagus betuloides) : plus rarement, ils creusent un tronc d’arbre et lui donnent la forme de pirogue (pendant toute l’année, la Romanche n’a vu qu’une seule embarcation de ce type).
- Les Alikoulips, au contraire, font la quille de leurs pirogues de cette façon et élèvent les bor-dages au moyen de planches : cette construction les rend plus solides et permet en même temps de les démonter pour les transporter par-dessus les isthmes.
- La pirogue est l’ustensile le plus indispensable au Fuégien; sans elle, il mourrait de faim, et cependant son incurie est telle que souvent il oublie de la hisser suffisamment à sec pour qu’elle ne soit pas emportée par la marée haute : quelquefois il la laisse à la mer retenue par un harpon fixé dans le goémon : si alors un coup de vent éclate, ce qui se produit fréquemment, elle est jetée à la côte et brisée contre les rochers de la plage.
- Ne pouvant construire son embarcation qu’au printemps, le Fuégien prévoyant en fait quelquefois deux, mais toujours, il met de côté des morceaux d’écorce pour en réparer les fréquentes avaries. 11 choisit avec soin l’arbre qui doit lui fournir ses matériaux et il n’hésite pas à faire deux ou trois lieues à l’intérieur des grands bois pour trouver l’écorce qui lui plaît. 11 la détache de l’arbre à l’aide d’un couteau et d’un instrument en bois recourbé qui figure dans les collections, et la rapporte près de sa hutte.
- Là, il l’étale et la maintient ainsi pendant plusieurs jours à l’aide de grosses pierres ; puis il la taille et réunit les trois grandes pièces avec des fanons de baleine ou plus souvent avec des branches de bois très Uexibles. La coque ainsi formée est maintenue par des traverses et doublée à l'intérieur de cerceaux en bois de Dry mis Winter i. Deux autres pièces d’écorces sont placées dans le milieu de la pirogue en laissant entre elles un petit espace où vient s’écouler l’eau qui pénètre dans l’embarcation. Un peu en avant il place de la terre pour son feu sans lequel il ne navigue jamais (fig. 1).
- L’armement de la pirogue se compose de sept ou huit personnes, hommes, femmes et enfants, et en plus un chien. A l’avant sont placés les harpons et les instruments de pêche; à l’arrière les paniers, les seaux et la provision de bois de chauffage.
- Cette embarcation si primitive est peu étanche, constamment une personne est occupée à rejeter, avec un gobelet en écorce, l’eau qui y pénètre. Elle est très stable, se comporte bien à la mer et est _ma-nceuvrée généralement par les femmes ; dans les cas exceptionnels seulement les hommes prennent les pagayes.
- Lorsque leur voyage en mer est terminé, les Fué-giens choisissent sur la plage un endroit où il y ait peu de grosses pierres, abordent et hissent leur
- pirogue au sec en ayant soin de la faire toujours glisser sur un épais lit d’algues. Ils évitent ainsi de crever cette embarcation où ils passent une grande partie de leur vie et qui leur sert à se procurer leur triste et peu enviable nourriture.
- — A suivre. —
- LE POLE MAGNÉTIQUE DE LA TERRE
- Le professeur Thompson, dans une conférence qu’il a faite dernièrement à Glascow, a rapporté que le pôle magnétique du globe terrestre est à présent près de Iloothia Félix, à plus de 1600 kilomètres à l’ouest du pôle géographique. En 1657, la position de l’aiguille aimantée indiquait que le pôle magnétique se trouvait en plein Nord. Avant cette époque il inclinait vers l’Est: mais alors il a commencé à tourner à l’Ouest, et ses variations ont continué en s’étendant de plus en plus dans cette direction, jusqu'en 1816, où le maximum a été atteint. Depuis, la tendance rétrograde va constamment en s’accentuant, et il y a lieu de croire qu’en 1976 le pôle sera retourné de nouveau en plein Nord. A ce propos le professeur Thompson fait remarquer que les changements qu’on a observés non seulement dans cette direction, mais aussi dans la force du magnétisme de la terre, prouvent que les mêmes causes qui ont dès l’origine magnétisé la terre, opèrent encore, et que ces changements ne s’accomplissent pas à de longs intervalles dans le cours des siècles, mais jour par jour, semaine par semaine, année par année.
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- LA CHIMIE ALLEMANDE
- ET LES FA LSIFlCATlOiVS.
- « L’industrie chimique française est morte, l’habileté de la science allemande l’a tuée ». C’est là une phrase que l’on entend souvent répéter, et contre laquelle proteste un de nos plus savants et sympathiques chimistes, M. E. Jungfleisch, dans le Journal de Pharmacie. Il se présente de temps en temps des faits qui sont de nature à nous renseigner sur la valeur du nouveau dicton et sur la cause de quelques-uns des succès de nos concurrents. « Nous voulons, dit M. Jungfleisch, en citer deux qui sont relatifs à des produits que l’Allemagne importe aujourd’hui en France en grande quantité : le borate de manganèse et l’émétique.
- « On sait que le borate de manganèse exerce sur les huiles siccatives une action remarquable qui le fait employer couramment dans la peinture à l’huile. Le produit vendu par les fabricants français renferme d’ordinaire de 20 à 21 pour 100 de protoxyde de manganèse, moins de 1 pour 100 de chaux et des traces d’acide sulfurique. Depuis quelque temps, ce borate a été remplacé dans notre consommation par du borate de manganèse, dit chimiquemeut pur, que l’habileté allemande peut produire à un prix tellement bas que les fabricants français ont dû se déclarer battus. Or, un d’entre ces derniers, M. Suil— liot, moins convaincu peut-être de l’exactitude absolue du fameux axiome, a fait analyser le borate de manganèse chimiquement pur d’origine allemande; on y a trouvé 5,9 pour 100 de protoxyde de manganèse et 64,8 pour 100 de sulfate de chaux. La science de nos voisins triomphe
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- LA NATULE
- évidemment : - ils ont su mieux que nous combien le borate de manganèse est actif, combien est petite la quantité de ce composé qu’il suffit d’ajouter à l’huile pour la faire sécher; ils nous ont évité la peine de préparer un mélange effectué d’ordinaire par les acheteurs.
- « Pour l’émétique, sa consommation en pharmacie est nulle à côté de celle que les teinturiers font de ce réactif qu’ils emploient comme mordant. Sa fabrication industrielle a donc une véritable importance. 11 y a plusieurs mois déjà, l’importation allemande de ce produit a pris une telle extension que les fabricants français ont pensé à fermer leurs ateliers, la matière fabriquée nous arrivant au prix de la matière première et même au-dessous. Ici encore l’habileté de nos voisins triomphe aussi complètement que pour le borate de manganèse. Un fabricant allemand justifiant, nous le reconnaissons pour cette fois, une des prétentions les plus chères a nos voisins, s’est montré plus expert sur la « littérature )) que nos compatriotes ; il a, en effet, nous dit-on, tiré parti d’un Mémoire publié en 1858 par MM. A. Souchay et E. Lenssen, dans les Anna-len (1er Chernie und Pharmacie, t. CV,p. 245, mémoire dans lequel se trouve décrit et étudié avec détails un très beau sel d’antimoine et de potasse l’oxalate C12024 SbK5 + 6H2O2 ou (C4K0s)3Sb -f- 61I202. Ce corps, découvert en réalité par Bussy en 1858 (Journal de Pharm.,
- XXIV, p. 616) et étudié ensuite à nouveau par M. Pe-ligot, s’obtient en saturant par de l’oyde d’antimoine précipité, une solulion bouillante de sel d’oseille, filtrant et laissant refroidir. Il constitue des prismes allongés et assez volumineux, analogues à ceux du sulfate de magnésie, mais prenant quand on les brise un peu et qu’on les enduit de leur propre poussière, 1 apparence de l’émétique industriel. Il donne avec une petite quantité d’eau une solulion limpide, mais dans laquelle les acides minéraux précipitent de l’oxalate basique d’antimoine. Il est vrai que sa teneur en oxyde d’antimoine ne dépasse pas
- 23.6 pour 100, tandis que celle de l’émétique est
- 43.7 pour 100, c’est-à-dire presque double; or, c’est précisément cette teneur qui fixe la valeur de l’émétique pour le mordançage. Il est vrai également que son acidité est très marquée, à ce point qu’il détruit plusieurs des matières colorantes à fixer sur la fibre textile. Il est vrai enfin qu’un excès d’eau décompose sa solution concentrée avec précipitation d’un oxa'ate moins acide, et que si une addition d’acide oxalique lui enlève celte propriété fâcheuse, ce ne peut être qu’en augmentant encore son acidité.
- « Des expéditions nombreuses de ce produit ont été faites d’Allemagne en France sous le nom A’émétique ; des saisies régulières ont été opérées. Il n’est pas douteux pour nous que cette substitution dure depuis longtemps déjà; les teinturiers peuvent ne pas être seuls à en ressentir les effets. »
- APPAREIL GERMINATEUR
- On sait quelle est l’importance du commerce des graines, froment, seigle, orge, avoine, malt, etc., et quel intérêt considérable il peut y avoir à s’assurer promptement de la qualité de ces graines, des mélanges frauduleux et des falsifications auxquels elles ont pu avoir été soumises.
- L’appareil que nous représentons ci-contre, et qui a été imaginé par M. Keffel, remplit complètement ce but; il est basé sur l’observation directe de la germination des graines à étudier. Un vase de forme cylindrique contient une couche d’eau de 0,n,07 de hauteur environ. Au-dessus, est posé le plateau de germination; c’est un disque percé de 100 orifice> dans chacun desquels on place une des graines à essayer, le bout de germination de la graine dirigée vers le liquide. Cela fait, on remplit le crible de sable humide jusqu’au rebord dont il est muni ; on ferme l’appareil à l’aide d’un couvercle, portant à sa partie centrale un thermomètre qui traverse le crible, et dont le réservoir arrive un peu au-dessus de la surface de l’eau. On place l’appareil dans un endroit où la température est de 18° environ, et bien à l’abri des courants d’air. Après vingt ou vingt-quatre heures, on peut exactement avoir le résultat; le crible à germer contenant comme nous l’avons dit 100 ouvertures, pour autant de graines, il suffit de compter le nombre de graines qui ont germé, pour avoir l'indication en tant pour cent des graines germinatives et de celles qui n’ont point germé dans l’espace de temps voulu. La vapeur d’eau qui a sans cesse baigné toutes les graines dans des conditions absolument identiques pour chacune d’elle, à une douce température, a déterminé la germination dans de très bonnes conditions d’exactitude et de comparaison. Si on veut observer la pousse des feuilles, en ôte le couvercle de l’appareil lorsque les grains sont germés.
- Ce système-ingénieux j eut assurément rendre des services aux brasseurs, distillateurs, négociants en grains, meuniers, horticulteurs et agriculteurs. 11 peut être utile à ceux qui ont des chevaux à nourrir et aux amateurs de jardinage, puisqu’il permet d’apprécier la valeur et la qualité des grains de toute nature. C’est à ces titres multiples que nous l’avons signalé à nos lecteurs.
- Appareil gemiinatuur de M. Keffel.
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- LA NATURE.
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- REYOLVER PHOTOGRAPHIQUE
- d’amateurs
- L’appareil que nous allons décrire, et qui vient d’être construit par un habile constructeur d’appareils photographiques, M. E. Enjalbert, est très ingénieux, très bien conçu et appelé, croyons-nous, à un grand succès. C’est un véritable revolver de poche, avec son canon, sa crosse et son chien, mais au lieu de servir à lancer des halles de plomb meurtrières, il a pour but de prendre des petits
- clichés photographiques minuscules de 4centimètres carrés de superficie. En pressant la gâchelte, les glaces sensibles se succèdent les unes aux autres, et l’opérateur peut ainsi prendre subitement dix photographies successives sans toucher à son arme. Les petites photographies peuvent être agrandies postérieurement, et servir d’utiles documents pour les touristes, les amateurs et les artistes.
- Les vues instantanées sont obtenues en \ /50 de seconde de pose. Avec ce petit revolver, il n’y a plus de mise au point, plus de glaces à changer. L’appareil est toujours hermétiquement fermé à la
- Photorevolver de M. Enjalbert.
- 1. Vue d’ensemble de l'appareil réduit de moitié. — 2. Détail du mécanisme, légèrement réduit. — o. Détail des glaces sensibles
- dans leur châssis, grandeur d’exécution.
- lumière, il permet de suivre les objets en mouvement avec une grande facilité, sans qu’il soit nécessaire de viser bien juste comme avec un revolver ordinaire, puisqu’il s’agit de prendre un ensemble compris dans le champ de l’objectif.
- Après avoir énuméré le but et les avantages du photorevolver, nous allons en donner la description complète.
- L’appareil se compose de cinq parties principales représentées en détail dans la figure ci-dessus.
- 1° Le canon qui tient lieu de soufflet et dans lequel se trouve logé l’objectif rectilinéaire rapide, composé de deux ménisques achromatiques, symétriquement disposés et donnant une distance focale de 0,042 millimètres.
- A partir de 4m,50 on peut faire usage du photorevolver, car alors, grâce à la combinaison des courbures des lentilles, les différents plans se trouvent tous au foyer; on évite ainsi l’opération toujours si minutieuse de la mise au point. Les diaphragmes qui accompagnent l’appareil se placent dans l’intérieur même de l’objectif, entre les deux lentilles, en choisissant la grandeur de l’ouverture correspondant à l’éclairage du sujet à reproduire.
- 29 La chambre noire, cylindrique H renfermant l’obturateur A et le porte-châssis C. C’est sur la partie antérieure de cette chambre que se visse le canon. L’obturateur ou disque A peut tourner librement sur son axe. Il est percé d’une ouverture B égale au quart de sa surface et porte un petit mou-
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- LA NATURE.
- vement d’horlogerie qui engrène sur le pignon de l’axe de la chambre noire. Ce mouvement d’horlogerie, dans sa rotation, doit, lorsque son ressort se détend, entraîner l’obturateur. On tend le ressort en tournant le barillet G lorsqu’il est en place; à ce moment, en effet, il saisit et maintient la tète de l’axe qui vient se loger dans son centre évidé en forme de clef de montre.
- En pressant la détente, les deux dents qu’on aperçoit en K sont poussées en avant. La première, qui au repos arrêtait l’obturateur, le déclenche, l’obturateur évolue d’un tour en ouvrant et refermant instantanément l’appareil; et au moment d’arriver au bas de sa course il vient buter contre la seconde. Le mouvement de navette en arrière, qui se produit, lorsqu’on lâche la détente, dégage la seconde dent, permet à la première de ressaisir le cran de départ et l’obturateur est de nouveau prêt à fonctionner si le ressort est suffisamment tendu.
- Le porte-châssis C est à charnière dans le bas I) et se termine en haut par une dent recourbée E qui le fait avancer ou reculer de l’épaisseur d’un châssis, suivant qu’il a en face de lui la case supérieure ou inférieure. Ce mouvement s’obtient au moyen de la feuillure en plan incliné F que l’on aperçoit au bas du barillet.
- 5° Le barillet G divisé en deux compartiments rectangulaires dans lesquels glissent deux platines poussées en avant par des ressorts à boudin. La case supérieure renferme les glaces sensibles emprisonnées dans leurs châssis, représentés de grandeur naturelle (n° 3) et la case inférieure les recueille successivement au fur et à mesure qu’elles ont été impressionnées.
- Ce barillet G tourne à frottement, par ses rebords contre la chambre II sur la partie postérieure de laquelle il vient s’emboîter.
- Lorsque la case supérieure est en face de l’ouverture C, la dent E refoule le porte-châssis, le premier châssis vient se loger dans l’espace resté vide en avant de lui et la glace est en place pour l’opération. Pour faire disparaître cette glace et lui substituer la suivante, on fait exécuter, à la main, un tour complet au barillet et voici ce qui se passe : La première glace reste dans son logement C de la chambre noire, lorsque le barillet commence à tourner. Puis la rotation continuant, lorsque le deuxième compartiment arrive en face de cette glace, la dent E s’engage dans la feuillure du plan incliné F et la glace vient naturellement prendre place dans ce compartiment. La rotation continuant toujours, le barillet reprend sa position et la seconde glace devenue première est à son tour logée dans la chambre noire.
- 4° La calasse mobile fixée sur la monture par une queue d’aronde sert à appliquer le barillet G contre la chambre IL Cette culasse mobile porte le chien à ressort qui vient loger la pointe de sa tête I dans des échancrures pratiquées sur le dos du barillet pour empêcher ce barillet de tourner pendant l’opération et pour indiquer la position des
- cases lorsqu’elles se trouvent bien en face de l’objectif.
- 5° La monture relie entre elles et assujettit les différentes pièces de l’appareil. La gâchette fait mouvoir un bras de levier qui passe sous le barillet et qui est terminé en avant par les deux dentures K dont il a été déjà parlé. Le petit tourniquet L placé sous la gâchette sert de cran d'arrêt.
- Les manipulations que nécessite l’emploi de l’appareil sont très simples, et sont en quelque sortè indiquées, par sa description, sans qu’il soit nécessaire d’y insister.
- Le photorevolver n’offre qu’un inconvénient, c’est que, dans certains cas, il peut singulièrement effrayer ceux que l’on vise à bout portant. Il est facile d’éviter cet inconvénient en recouvrant l’appareil d'un mouchoir ou d’un voile qui en dissimule l’aspect terrifiant. Gaston Tissandier.
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- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU « TALISMAN ))
- (Suite. — Voy. p. 119, 134, 147, 161, 181, 198 et 230.)
- Les Mollusques recueillis durant le cours des croisières du Travailleur et du Talisman constituent une série nombreuse, très intéressante à étudier; les uns ont été pris à la surface, les autres dans des profondeurs croissant jusqu’à plus de cinq mille mètres.
- Les Mollusques de surface étaient presque tous connus et je ne m’attarderai pas à les décrire. Les seuls méritant d’être signalés sont, ceux qui habitent dans la mer des sargasses au milieu des algues flottant sur l’Océan. Ce sont des Mollusques dépourvus de coquilles (Scyllea pelagica) dont le corps possède exactement la couleur des végétaux au milieu desquels ils vivent ou des Litiopes, petits gastéropodes operculés, dont l'animal sécrète un filament qui l’amarre aux sargasses. C’est un nouveau fait de mimétisme, semblable à ceux que j'ai signalés pour les Poissons et les Crustacés, que l’on rencontre également dans la mer de varechs.
- Les dragages profonds accomplis dans la Méditerranée en 1882 par Le Travailleur ont porté sur des fonds variant entre 550 et 2660 mètres. Le nombre des espèces découvertes s’est élevé à cent vingt, seulement il faut remarquer, ainsi que l’a signalé M. Fischer l, qu’une trentaine d’espèces seulement doivent être considérées comme essentiellement abyssales, par suite de ce fait, qu’un grand nombre de coquilles tombent de la surface après la mort des animaux auquels elles appartiennent. Ainsi les débris de Céphalopodes (Argonautes), de Pléro-podes (Hyales, Cleodora, etc.), que l’on a vu parfois constituer d’énormes accumulations dans les grands fonds de la Méditerranée, proviennent des couches
- 1 Fischer, Comptes rendu', de l'Académie des sciences, t. XCIV, p. 1281.
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- LA NATURE.
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- tout à fait superficielles de la mer, tandis qu’au contraire les Gastéropodes, les Lamellibranches, les Brachiopodes que l’on a ramenés vivants sont bien les habitants des fonds sur lesquels la drague a passé.
- Les dragages les plus productifs et les plus intéressants, effectués durant la campagne du Travailleur dans la Méditerranée, ont été accomplis dans le golfe du Lyon à 445, à 555 et 1685 mètres. Ils ont fourni plus de soixante espèces dont plusieurs signalées à l’état fossile dans les dépôts pliocènes d’Italie, semblaient ne plus exister aujourd’hui. Quelques-unes de ces espèces ont été retrouvées ensuite par Le Travailleur et par Le Talisman, dans le golfe de Gascogne, sur les côtes du Portugal, du Maroc et du Sénégal. On remarquera à l’Exposition de la rue de Buffon, les Terebratella septata, les Leda Messaniensis, les Limopsis aurita et minuta, les Pleurotoma Loprestiana, les Colum-bella coslulata, les Turbo Romettensis, etc., qui témoignent de la survivance de formes pliocènes au sein de nos mers actuelles.
- Au point de vue de la distribution géographique des espèces profondes de la Méditerranée, les explorations du Travailleur et du Talisman ont révélé un fait d’une importance extrême. Les Mollusques vivant dans les abysses de la partie explorée de la Méditerranée, se retrouvent tous sans exception dans l’Océan. Par conséquent il paraît bien démontré que la première de ces mers a reçu sa faune profonde de la seconde. J’ai signalé antérieurement pour les Crustacés, des faits de même ordre et j’ai cité l’Homole de Cuvier que l’on croyait spéciale à la Méditerranée, dont nous avons vu l’aire d’extension atteindre les Canaries et les Açores. J’ai également mentionné les Scyramathia, les Lispognathus qui vivent dans la Méditerranée et que l’on retrouve dans l’Atlantique depuis les côtes du Maroc jusqu’au nord de l’Ecosse. Il semble donc que la Méditerranée ne possède que très peu d’espèces lui appartenant en propre et comme le signalait dernièrement M. Fischer1, « elle paraît avoir été peuplée en grande partie par des colonies de l’Atlantique, après la période géologique qui a fermé sa communication avec l’Océan Indien. »
- Durant le cours de la croisière, qui vient d’être accomplie par Le Talisman, les questions relatives aux Mollusques, dont les solutions devaient être recherchées, étaient les suivantes: 1° Quelle est la composition de la faune habitant les grands fonds dans les espaces intertropicaux? 2° Les animaux qui constituent cette faune sont-ils particuliers à la région où ils vivent, ou bien sont-ils les représentants d’espèces signalées dans les mers arctiques? L’étendue du voyage du Talisman du nord au sud, de Rochefort jusqu’au Sénégal, a permis de résoudre ces importants problèmes. M. Fischer, qui était membre de la Commission des dragages et qui s’oc-
- 1 Fischer, Comptes rendus de VAcadémie des sciences, 24 décembre 1883.
- cupait spécialement de l’étude des Mollusques, a reconnu « une différence extrême entre la faune superficielle et la faune profonde de l'Afrique intertropicale ; les genres ne sont plus les mêmes ; leurs associations réciproques n’ont aucun rapport et si les restes de ces faunes, pourtant contemporaines, étaient fossilisés, on pourrait croire qu’ils correspondent à deux époques distinctes ou qu’ils représentent la population de deux mers sans communications. » Je n’ai pas besoin de faire remarquer l’importance du dernier fait signalé par M. Fischer, car il est évident qu’au point de vue des études géologiques, dans lesquelles pour la détermination de l’àge des couches marines, l’on se sert beaucoup de l’examen de la faune des Mollusques, la différentiation absolue dans une même région, dans une même mer, des 'faunes superficielles et profondes devra toujours dès à présent être prise en très grande considération.
- Quant au mode de constitution de la faune abyssale des Mollusques, nos explorations sous-marines ont montré, qu’à côté d’espèces particulières aux régions et. aux profondeurs auxquelles on les recueillait, il en existait d’autres dont Faire de distribution géographique énorme s’étendait jusqu’aux mers arctiques.
- Ainsi le Fusus berniciensis ( reproduit sur notre figure 4), vit au Finmark, au nord de la Russie, aux îles Shetland et nous l’avons retrouvé dans le golfe de Gascogne, sur toute la côte du Maroc et du Sahara. Le Scaphander punctostriatus s’étend du Finmark, des îles Lofoten, du nord de l’Amérique jusqu’au golfe de Gascogne et suit ensuite les côtes du Portugal et l’Afrique jusqu’au Sénégal. La Malle-tia obtusa va également des îles Lofoten jusqu’au Sénégal. La Lima excavata, gigantesque lamelli-branche, n’avait encore été signalée que sur les côtes de la Scandinavie et la drague nous l’a rapporté vivante, au sud du cap Bojador. Cette espèce a été découverte à l’état fossile en Sicile et l’on soupçonne actuellement son extension jusqu’en Patagonie. Je pourrais encore multiplier les exemples de l’immense distribution de certaines espèces de Mollusques et l’on devra à ce point de vue remarquer à l’Exposition de la rue de Buffon, à côté des formes que je viens de signaler, le Fusus islan-dicus, le Limopsis minuta, le Syndesmya longi-callus, les Neæra arctica et cuspidata, les Pecten vitreus et se])lemradiatus, etc. Toutes ces espèces des mers froides, dont l’existence sous les tropiques nous est maintenant révélée, donnent lieu, au point de vue de la profondeur où elles vivent, à des observations de même nature que celles dont il a été parlé relativement, aux Crustacés s’éteudant également des mers arctiques jusqu’aux mers tropicales. Les limites de la profondeur augmentent à mesure qu’on s^’avance davantage vers l’équateur. Ainsi le Fusus berniciensis, dont je parle plus haut, vit au Finmark entre 90 et 150 mètres et à 1948 mètres au cap Bojador. De même le Scaphander
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- puncto-striatus, trouvé entre 50 et 450 mètres en Scandinavie descend à 2200 mètres au cap Gltir, la Malletia obtusa, qui apparaît en Norvège à 505 mètres, s’enfonce jusqu’à 5200 mètres dans le voisinage du Sénégal.
- Les coquilles des Mollusques des grands fonds, an point de vue de leur forme, ne présentent rien de bien particulier. Les animaux auxquels elles appartiennent étant toujours de taille réduite, elles sont peu volumineuses. Leurs parois minces et fragiles offrent pour certaines d’entre elles des colorations irisées très remarquables et je signalerai à ce point
- de vue 1 e Ziziphinus triporcatus, le Trochus gloria maris aux spires présentant des petites épines, reproduits sur notre figure 1. Ces animaux ont été pris, le premier sur un fond de 1500 mètres, le second sur un fond de 2210 mètres. Mais il semble, alors que l’on descend à des profondeurs supérieures à celles dont je viens de parler, que les colorations brillantes disparaissent pour l’aire place au blanc mat, dont la Neœra lucifuga ramenée de 5005 mètres et représentée sur la ligure 2 offre un exemple remarquable.
- Le genre de vie des Mollusques des grands fonds
- Fig. 1. — Explorations sous-marines du Talisman. — Quelques-unes des espèces de mollusques vivant entre liiOU et 25U0 mètres
- de profondeur.
- est fort varié. Certains de ces animaux tels que le Fusus berniciensis, le Ziziphinus triporcatus, le Trochus gloria maris (fig. 1) errent sur le fond de la mer, tandis que d’autres tels que le Dentalium ergasticum (Fiseh.) dont la coquille a la forme d'une sorte de grand cornet (fig. 1) sont en partie enfoncés dans la vase ; de même les Modiola lutea s’ancrent dans le limon (fig. 1) au moyen d’un énorme byssus, alors que les Moules de nos côtes, dont la forme extérieure est assez semblable, se servent du même appareil pour se fixer aux rochers. Enfin d’autres Mollusques, tels que les Waldheimia, les Terebra-tida, les Terebratella, les Rhynchonella, très abondants à l’état fossile dans des terrains anciens, vivent fixés sur quelques fragments de roches ou sur des
- coraux. L’on yoit sur la figure 1 des Rhynchonella sicula attachées sur ces coraux, que l’on rencontre quelquefois en abondance par des fonds de 1500 à 2000 mètres et que l’on appelle des Lophohelia.
- L’absence de lumière dans les grandes profon-fondeurs a pour résultat d’amener chez quelques Mollusques, comme chez quelques crustacés, la disparition des yeux. Ainsi le Fusus abyssorum (Fiscli.), que nous avons pris à 5000 mètres et le Pecten fragilis, que nous avons remonte d’un fond de 5000 mètres, ne présentaient plus d’organes oculaires.
- Après les Mollusques, viennent à l’Exposition de la rue de Buffon les Echinodermes, dont la multiplicité des formes est extrême. Quelques-uns de ces ani-
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- maux, tels que les Holothuries ont été trouvés en abondance dans les Tonds de 4000 à 5000 mètres. V Oneirophanta et le Psychropoteque nous avons fait représenter (lig. 2) ont été pris le premier à 4787, le second à 5000 mètres. Les Holothuries au corps généralement allongé et cylindrique sont vul-
- gairement connues sous le nom de cornichons de nier. Quelques-unes de leurs espèces atteignent une assez grande taille, les Psycliropotes que nous avons pris, avaient jusqu’à soixante-dix centimètres de longueur. La peau coriace et granuleuse des Holothuries est remplie de corpuscules calcaires et l’on voit
- Fig. 2. — Explorations sous-marines du Talisman. — Holothuries des grandes profondeurs, vivant entre 4030 et 5000 mètres.
- à sa surface des sortes de pieds creux, extensibles, tantôt épars, généralement symétriques portant à leur sommet des ventouses comme les pieds des oursins. La bouche est placée à l’un des bouts du corps, tandis que près de la terminaison de l’intestin, qui s’ouvre à l’autre extrémité de la bête, se remarquent les orifices de tubes ramifiés
- constituant les organes respiratoires. Quand on irrite les Holothuries, en voulant les saisir par exemple, on les voit, fait des plus étonnants, se contracter et rejeter brusquement leurs viscères. Mais ce qu’il y a de plus singulier et de plus inexplicable, c’est qu’au bout de quelque temps les organes expulsés se sont reproduits de nouveau.
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- Les formes d’Holothuries que nous avons fait repré- | senter dans cet article sont très intéressantes, d’abord par leur habitat spécial à de grandes profondeurs, ensuite on ce que l’une est recouverte d’un long chevelu de tentacules alors que l'autre, dont le corps est presque lisse, porte à l’extrémité de son corps une sorte d’énorme queue assez fortement redressée.
- Il semble que la vie de ces animaux, aux grandes et aux faibles profondeurs, doive s’écouler dans une parfaite quiétude. Pourtant il n’en est rien, car les Holothuries vivant près de la surface, comme celles existant entre quatre et cinq mille mètres, sont tourmentés par une foule de commensaux et de parasites. Ainsi certaines d’entre elles sont transformées, comme l’a dit Van Beneden en une sorte d'hôtel vivant. Les unes logent dans l’intérieur de leurs tubes respiratoires de petits Poissons au corps allongé comme celui d’une Anguille mais comprimé, les Ferasfer. D’autres comme VHolothuria scrabra des îles Philippines abritent dans leur intérieur un ou plusieurs couples de ces petits crabes que l’on appelle des Pinothères, ou bien comme VHolothuria tubulosa elles portent dans leurs intestins ces vers que l’on nomme des Anoplodium. Mais à coté de ces commensaux, qui ue vivent pas aux dépens de leurs hâtes, auxquels ils ne réclament qu’un gîte, on en trouve d’autres qui exigent le vivre. Nous avons fait reproduire sur notre figure 2 un de ces derniers parasites, un Mollusque du genre Stylifer qui s’est cramponné à. la gorge, si je puis m’exprimer ainsi, d’une Oneirophanta et qui puise dans les tissus qu’il a perforés les sucs nutritifs nécessaires à sa vie.
- II. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre. —
- ——
- CORRESPONDANCE
- PLUIE DE POUSSIÈRES.
- Limoges, le 29 février 1881.
- Je vous adresse un petit tube contenant une poussière fine, tombée ce jour à midi 45 sur Limoges, du moins sur la partie du Champ-de-Juillet, par un vent Est-Nord-Est, baromètre étant à 746 millimètres, bas pour notre contrée. Soleil chaud. Ciel un peu nuagenx, des cumulo-nimbus au Sud-Est, sans mouvement, le Nord dégagé de tout nuage, pas de vent ou à peine de Nord-Est ou Est, et le thermomètre marquant 13° au-dessus de 0. J’ai pu récolter celle pluie, qui a duré 20 minutes environ sur les arbustes et sur mes vêtements et sur un banc que nous avons dans notre jardin.
- 11 me semble que la poussière provenait d’un fort gros cumulus irisé à sa partie ouest et obscurcissant à ce moment le soleil qui se trouvait nous éclairer il y a 20 minutes. Après examen à la loupe des petites parcelles tombées, je crois que ce sont des scories ferrugineuses, les parties rouges, et les blanches quelques produits de carbonate de chaux carbonisé ou de pegmatites quelconques vitrifiées par la chaleur. À quoi l’attribuer? Je n’en connais pas la cause autour de moi. Jules Tardieu.
- L’échantillon qui nous a été adressé par notre correspondant est composé d’une poussière formée de petits grains amorphes, les uns de couleur rouge brique, les autres blancs. Les premiers sont insolubles dans les acides et semblent être formés d’une matière siliceuse, les autres sont solubles dans les acides faibles, et paraissent être constitués en majeure partie par du carbonate de chaux. L’observation microscopique montre en outre quelques parcelles organiques. Celte poussière est incontestablement d’origine terrestre, et il est probable qu’elle aura été soulevée de terre par un tourbillon de vent. G. T.
- DEUX MÉDICAMENTS NOUVEAUX
- HAMAMEL1S VIRGINICA. - CHLORANODYNE.
- L’Hamamelis virginica est un arbuste des Etats-Unis appelé quelquefois fleur d’hiver, aune tacheté, etc. Il est formé de plusieurs troncs branchus provenant de la même racine, atteignant de 5 à 8 centimètres de diamètre, 3 à 4 mètres de hauteur et couverts d’une écorce verruqueuse et d’un brun nuancé de nombreuses plaques grises. L’écorce et les feuilles sont les parties employées en médecine, elles ont une odeur agréable, aromatique, un goût amer et astringent; elles laissent à la bouche une sensation à la fois âcre et sucrée.
- L’hamamelis commence à être très employé en Amérique, où il est considéré comme un remède très puissant dans toutes les affections du système veineux. Haie qui l’a surtout préconisé, l’a trouvé toujours efficace contre les congestions passives et l’a employé avec succès dans la phlébite, les varices, les congestions et hémorrhagies veineuses.
- Tout récemment encore le docteur Musser a constaté que c’était un hémostatique puissant et que son emploi régulier pouvait non seulement atténuer les varices, mais encore les guérir complètement, chez des sujets qui souffraient depuis longtemps de cette affection.
- L’hamamelis s’emploie, soit sous forme de teinture au 1/16e préparée avec l’écorce et les feuilles, soit en suppositoire à la dose de 1 centigramme d’extrait sec par suppositoire, soit en pommade préparée par mélange de 1 p. de teinture pour 10 p. d’excipient. L’extrait peut être pris à la dose variable de 1 demi-centigramme à 1 centigramme et demi ; l’alcoolature à la dose de deux gouttes dans un peu d’eau cinq à six fois par jour; en compresses, on peut l’appliquer sur les parties malades à la dose de 20 gouttes pour un verre d’eau.
- — On sait la facilité extrême avec laquelle les malades ' finissent par s’accoutumer à l’opium, et les désordres produits dans l’économie par l’abus de ce médicament., Pour conjurer, autant que possible, ces inconvénients, MM. Parcke et Davis prescrivent l’opium sous la forme d’un médicament nouveau, la chloranodyne, dont voici la composition pour 100 parties en poids : •
- Muriate de morphine, 0,60 ; teinture de cannabis in-dica, 3,00; chloroforme, 13,50; huile de peppermint, 0,25; teinture de capsicum, 0,25; acide cyanhydrique médicinal, 1,70; alcool, 30,00; glycérine, 50,70.
- Le docteur Hurd, qui a ordonné dernièrement cette chloranodyne dans plus de vingt-cinq cas, en a obtenu les meilleurs résultats, même dans des cas de choléra-mor-bus. Dans deux cas de diarrhée saisonnière, la chlorano dyne, précédée ou suivie d’une dose d’huile de ricin, fit rapidement disparaître la douleur et la diarrhée. Elle
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- donna aussi les meilleurs résultats dans le traitement d’une névralgie faciale et d’une névralgie intercostale ; elle fut également profitable contre les accès de toux de la rougeole et de la coqueluche.
- Un autre avantage de la chloranodyne serait de proproduire l’effet narcotique maximumavec la dose minimum de l’alcaloïde de l’opium : grâce à cette préparation, on peut obtenir avec 8 milligrammes de muriate de morphine le même résultat qu’on obtiendraitavee 30 milligrammes de morphine seule. Cet effet est attribué par l’auteur à l’action auxiliaire et synergique des autres médicaments qui entrent dans la composition de la chloranodyne.
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- BIBLIOGRAPHIE
- La Matrone du pays de Soung.Les deux jumelles. Contes chinois avec une préface de M. E. Legrand. 1 vol. in-8 avec gravures en couleur. A. Lahure, imprimeur éditeur. — Paris, 1884.
- Cet ouvrage, forme le 5me volume de la collection si brillamment inaugurée en 1882, parle Co nie de V Archer, qui obtint le prix unique du Concours du Livre à l’Exposition des Arts décoratifs. Le nouveau volume est digne de ses aînés. Rien de plus agréable à l’œil et de plus facile à lire que son texte si nettement imprimé en noir sur papier de luxe; rien de plus charmant et de plus délicat que les reproductions artistiques des élégantes et fines aquarelles de Poirson. On sait que M. Lahure s’est fait une spécialité des illustrations en couleurs exécutées par les nouveaux procédés de chromo typographie, dont nous avons eu déjà l’occasion de donner la description et de faire l’éloge.
- Les Phénomènes de l'atmosphère. Traité illustré de météorologie pratique, par H. Mohn, directeur de l’Institut royal météorologique, professeur à l’Université de Christiania. Traduit par Decaudin-Labesse précédé d’une introduction par Henri de Parville. 1 vol. in-8°, avec 24 cartes et 220 gravures. — Paris,-*J, Rothschild, 1884.
- Sur les aurores boréales observées pendant l’hivernage de la Vegà au détroit de Behring (1878-79) par M. A. E. Nordenskiold. Traduit du suédois par A. de Saporta. 1 broch. in-8. — Paris, Gauthier-Villars, 1884.
- L’EXPLOSION DE LA RUE SAINT-DENIS
- A PARIS
- Une épouvantable catastrophe, due à l’explosion d’un air confiné chargé de vapeurs de pétrole, a eu lieu mardi 18 mars, dans le pâté de vieilles maisons qui fait l’angle de la rue Saint-Denis et du boulevard Bonne-Nouvelle. A huit heures du matin, la concierge de la maison, 3, boulevard Bonne-Nouvelle, Mmo Vende!, descendait dans sa cave, tenant une lumière à la main, une explosion terrible eut lieu ; la malheureuse fut entourée de flammes et grièvement brûlée à la tête et aux mains. — Dans l’après-midi, M Viguier, olficier de paix du IIe arrondissement, M. Brissaud, commissaire de police, M. Grillières, officier de paix du Xe, le sergent-
- major Hermann, M. Dubois, architecte, et M. Du-saux, accompagnés de deux pompiers, procédèrent à l’investigation des caves du voisinage. — Au moment où M. Viguier, qui tenait à la main une bougie allumée, mettait le pied sur la dernière marche, une nouvelle explosion se produisit, et les huit hommes furent projetés pêle-mêle au milieu des éboulements et des décombres. — M. Viguier et le sergent-major Ilermann furent frappés de mort, les autres personnes furent plus ou moins grièvement blessées.
- Nous n’insisterons pas sur les détails de l’accident en lui-même ; ils ont été publiés au jour le jour par tous les journaux quotidiens, mais nous ferons observer que la cause de l’explosion paraît aujourd’hui certainement due à des vapeurs de pé* trole. — Un fabricant de lampes du voisinage avait chez lui depuis longtemps d’abondantes provisions de pétrole ; par suite de fuites dans ses réservoirs, ou par toute autre cause que l’enquête fera connaître, le sol et les murs eux-mêmes des caves où les explosions ont eu lieu, étaient imbibés de pétrole. — M. Ch. Girard, le directeur du Laboratoire de chimie municipal1, a été chargé de faire l’analyse du sol; nous avons vu à son laboratoire les échantillons qui ont été prélevés, et qui tous ont une odeur très prononcée de pétrole.
- L’expiosion aurait pu être évitée si l’on avait eu la précaution de ne pas apporter une flamme libre dans un souterrain où l’odeur -des vapeurs de pétrole était manifeste, et c’est à ce sujet surtout que nous croyons utile d’appeler l'attention de nos lecteurs en reproduisant les observations suivantes qui nous ont été communiquées par un de nos ingénieurs les plus compétents :
- « La population parisienne a été vivement affectée, et à juste titre, par l’affreuse catastrophe de la rue Saint-Denis.
- « Combien ne doit-on pas plaindre le sort des victimes de ce fatal accilent! Les regrets s’augmentent à la pensée que l’intrépidité déployée par quelques fonctionnaires était une témérité à laquelle on aurait pu s’opposer, en ayant recours à des précautions de sûreté qui auraient conjuré de grands malheurs!.-..
- « Ce n’est pas la première fois, hélas ! qu’en pénétrant dans une atmosphère explosive, avec une lumière à flamme libre, on a provoqué de terribles accidents.
- « Le service des Sapeurs-Pompiers, ce corps si courageux et si intelligent, possède des appareils qui permettent de pénétrer, sans dangers, dans une atmosphère asphyxiante, mais il importerait, également, de pouvoir s’éclairer dans une atmosphère explosive par un mode d’éclairage incapable de provoquer l’explosion.
- « Soit que l’atmosphère explosible soit constituée
- 1 Le sympathique chimiste a été victime d’un cruel accident en visitant le lugubre théâtre de la catastrophe de la rue Saint-Denis. En pénétrant dans la cave, il est tombé dans un trou, d’une hauteur de deux mètres, et s’est cassé le bras.
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- par un mélange d’hydrogène protocarboné (grisou des mines de houille) et d’air, ou par un mélange d’air et de gaz d’éclairage, soit, enfin (ce qui peut être équivalent) par un mélange d’air et de vapeur hydrocarburée, il y a grand danger à pénétrer dans une semblable atmosphère avec une lumière à flamme libre. Depuis les premières années de ce siècle, on s’est servi dans les mines de houille de la Lampe de sûreté, proposée par Davy, depuis, diversement modifiée ; mais, ces lampes ne présentent pas une garantie absolue contre les accG dents; d’ailleurs, la flamme s’éteint dans les mélanges explosifs.
- « Aujourd’hui, la science et l’industrie possèdent des appareilsde lumière électrique en vases transparents et clos, incapables de produire l’inflammation des gaz explosifs. Les lampes à lumière électrique, par incandescence dans le vide, réalisent un mode d’éclairage facile et sans danger , là où une lampe ordinaire serait la cause d’accidents redoutables.
- « A la vérité, on éprouverait des difficultés à s’en servir subitement, si l'incandescence électrique devait être produite par une machine dynamo-électrique à installer, immédiatement, au voisinage d’un sous-sol à explorer; mais, on peut éviter la difficulté en se servant, pour la génération du courant électrique de piles hydro-électriques portatives, avec des conducteurs eu fils de cuivre recouverts de gutta-percha, pour communiquer avec la lampe ou les lampes électriques à incandescence, transportées dans l’atmosphère dangereuse.
- « Depuis l’année dernière et à la demande du service de la Vérification du gaz et des Compteurs, la Compagnie Parisienne du gaz, lorsqu’elle réclame l’intervention des agents de la vérification des
- Lampe électrique pour l’exploration des locaux où l’air peut être explosible.
- compteurs, pour pénétrer dans des sous-sols, où des fuites de gaz sont à craindre, lors de réparations à effectuer sur place, la Compagnie du gaz, dis-je, envoie des lampes à incandescence électrique avec une pile hydro-électrique portative, qui engendre l’électricité et la lumière, sans danger, dans un milieu explosif. Ce n’est qu’à ces conditions que j’autorise l’entrée de nos agents dans ces sous-sols.
- « J'exprime le vœu que l’Administration veuille
- bien porter, de nouveau, à la connaissance du public un danger qu’on ne saurait affronter impunément, mais qui peut être conjuré par l’emploi d’un dispositif peu compliqué. » Notre figure représente l’emploi d’une de ces lampes , construites spécialement par notre ingénieux et habile électricien, M. Trouvé. L’appareil est formé d’un photophore électrique frontal ; c’est une lampe à incandescence placée dans un cylindre métallique entre un réflecteur et une lentille conver-gente1. L’ouvrier peut éclairer le point voulu du souterrain qu’il explore, tout en ayant la liberté absolue de ses mains.
- Le générateur d’électricité est formé d’une petite pile au bichromate de potasse ; cette
- pile, que nous avons précédemment décrite2 est entérinée dans un sac de cuir, porté en bandoulière. Elle peut servir à alimenter aussi une petite lampe portative à main, analogue à celle que l’on voit figurée sur le second plan de la figure ci-dessus.
- Avec de telles lampes de sûreté il n’y a/ aucun inconvénient à visiter des locaux où l’air peut avoir été rendu explosible, et leur emploi est encore à ajouter à la liste des innombrables services que l’on doit à l’électricité. Gaston Tissandier.
- 1 Yov. n° 52t. du 26 mai 1883, p. 416.
- 2 Vov. n° 548, du 1er décembre 1883, p. 15.
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- LA TODR D’HANOÏ ET LA QUESTION DU TONKIN
- La poste nous a remis récemment une petite boîte en carton peint, sur laquelle on lit : la Tour d'Hanoi, véritable casse-tête annamite, rapporté du Tonkin par le professeur N. Claus (de Siam), mandarin du collège Li-Sou-Stian. Un vrai casse-tête, en effet, mais intéressant. Nous ne saurions mieux
- Fig. 1. — Jeu (le la Tour d'Hanoi.
- I. Commencement de la partie; la tour est construite en A. — II. Partie en voie d’exécution; les disques sont placés successivement sur les tiges A, B, C, par ordre décroissant. — 111. Fin de la partie ; la tour est reconstruite en B.
- siècles, soixante-quatre disques d’or pur, le plus large reposant sur l’airain, et les autres, de plus en plus étroits, superposés jusqu’au sommet. C’est la tour de Brahma. Nuit et jour, les prêtres se succèdent, occupés à transporter la tour de la première aiguille de diamant sur la troisième, sans s’écarter des règles fixes et immuables imposées par Brahma. Le prêtre ne peut déplacer qu’un seul disque à la fois ; il ne peut poser ce disque que sur une aiguille libre ou au-dessus d’un disque plus grand. Lorsqu’en suivant strictement ces recommandations les 64 disques auront été transportés
- remercier le mandarin de son aimable intention à l’égard d’un profane qu’en signalant la Tour d'Hanoi aux personnes patientes possédées par le démon du jeu.
- On raconte que, dans le grand temple de Béna-rès, au-dessous du dôme qui marque le centre du monde, on voit, plantées dans une dalle d’airain, trois aiguilles de diamant, hautes d’une coudée et grosses comme le corps d’une abeille. Sur une de ces aiguilles Dieu enfila, au commencement des
- Fig. 2. — Jeu de la Question du Tonkin.
- I. Pyramides de cartons, décroissantes 1 à 8, avec leur support ABC. — II. Partie eu voie d’exécution: figure montrant la superposition des pyramides que l’on doit faire passer de A en B et en C. — III. Fin de la partie ; les pyramides sont reconstruites en C.
- de l’aiguille où Dieu les a placés sur la troisième, la tour et les brahmes tomberont en poussière et ce sera la fin du monde.
- C’est évidemment cette légende qui a inspiré le mandarin du collège Li-Sou-Stian. La Tour d’Hanoï, c’est la tour de Brahma ; seulement les aiguilles de diamant sont remplacées par des clous et les disques d’or par des rondelles de bois (fig. 1). C’était plus prudent puisqu’il s’agit du Tonkin.
- Les rondelles de taille décroissante sont au nombre de 8 seulement, et c’est bien assez. En opérant comme le font les brahmes, si la Tour avait
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- 64 étages, il faudrait tout simplement exécuter successivement un nombre de déplacements exprimés par le nombre vertigineux de
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- ce qui exigerait plus de cinq milliards de siècles.
- Avec 8 disques, il faut 255 déplacements, ce qui, en attribuant une seconde à chaque déplacement, nécessite encore quatre minutes au moins pour transporter la tour.
- En mettant en pratique la règle du jeu, on reconnaîtra vite que, pour déplacer 2 disques il faut trois coups ; pour 5 disques, sept coups, soit le doub’e plus un ; pour 4 disques, quinze coups, le double plus un, et ainsi de suite. Pour déplacer les 8, on voit qu’il faut deux cent cinquante-cinq coups.
- Ce jeu ingénieux est fondé sur le problème élémentaire des combinaisons. Newton en a donné une formule générale très connue sous le nom de « Binôme de Newton ». Mais les anciens, bien avant lui, avaient su trouver aussi l’expression correcte du nombre des combinaisons que l’on peut obtenir avec onze lettres de l’alphabet. Le nombre des combinaisons possibles avec 4 lettres est égal à 21 diminué d’une unité ; avec 5 lettres égale à 23 diminué d’une .unité, etc. Avec 8 lettres ou 8 disques, ce qui revient au même, 28 soit 256 diminué d’une unité, c’est-à-dire 255. Une tour de 9 disques nécessiterait de même Je double des déplacements plus un, ou, ce qui est la même chose, 2® — \, soit 515 déplacements, etc.
- La Tour d’Hanoï nous a rappelé le jeu du bague-naudier, très étudié, entre autres jeux curieux, dans un ouvrage fort original que nous avons mentionné en son temps : les Récitations mathématiques, par M. Edouard Lucas, professeur au lycée Saint-Louis.
- Ce souvenir m’est revenu fort à propos. Je tenais à découvrir le nom du mandarin, inventeur de la Tour d’Ilanpï. .On n’est jamais trahi que par soi-même. Un mandarin, qui imagine un jeu fondé sur les combinaisons, doit sans cesse songer aux combinaisons, en voir et en mettre partout. Or, en permutant les lettres du signataire de la Tour d’Hanoï, il me semble que l’on peut traduire , sans la moindre difficulté : professeur JV. Clans (de Siam), mandarin du collège Li-Sou-Slian : Lucas d'Amiens, professeur du lycée Saint-Louis. Est-ce que moi aussi j’aurais trouvé mon problème ?
- Depuis que la Tour d’Hanoï a été imaginée, on trouve chez les marchands de jouets un jeu tout à fait analogue, désigné sous le nom de la Question du Tonkin, jeu des chapeaux chinois. Ce jeu est formé de pyramides de carton décroissantes qui se superposent, comme l’indique notre figure 2, et qu’il s’agit de transporter comme les disques. Nous représentons ci-contre cette variante de la Tour d'Hanoï. Henri de Parville.
- CHRONIQUE
- Présence de l'acide sulfureux dans l'atmosphère. — L’air que nous respirons est composé, comme chacun le sait, de 79 parties d’azote et de 21 parties d’oxygène. Les études et analyses faites par un grand nombre de savants, sur la composition de l’atmosphère, démontrent que cette composition est à peu près constante, quel que soit le lieu où l’air est prélevé et quelle que soit son altitude. On a, en outre, reconnu dans ce fluide la présence constante d’une petite quantité d’acide carbonique, due à la respiration des plantes et des animaux. Dans certains cas, on y a trouvé soit des vapeurs nitreuses, soit des gaz ammoniacaux, en proportions extrêmement faibles; mais nous n’avons jamais appris que l’on y ait déterminé et surtout dosé l’acide sulfureux. Cependant ce gaz se rencontrerait d’une manière notable dans l’atmosphère de certaines grandes villes industrielles, si l’on s’en rapporte aux recherches d’un chimiste français, M. A. Ladureau, directeur du laboratoire de l’État et de la station agronomique du Nord, à Lille. D’après une longue sérûf d’expériences entreprises dans cette ville, M. Ladureau a reconnu que l’air y renfermait 0UU,18 d’acide sulfureux par hectolitre ou 4°%8 par mètre cube. Voulant s’assurer si cette proportion était constante ou variable suivant l’état de l’atmosphère, le chimiste lillois fit des expériences spéciales dans ce but, et trouva que dans les temps calmes la proportion devenait 2C0,2, et en temps de vents forts i°“,4 seulement. Ceci s’explique facilement lorsqu’on réfléchit que le gaz acide sulfureux, en vertu de sa densité assez considérable, tend à retomber à la partie inférieure des lieux où il est produit; il s’y accumule, les jours où l’atmosphère est calme, en plus grande proportion que lorsque le vent a mélangé les couches d’air supérieures et inférieures1.
- (/introduction des dindons en France. — On
- admet généralement que le dindon a fait son apparition pour la première fois en France en 1570, sur la table de Charles IX. M. Feuilloy, propriétaire à Sénarpont, et membre de la Société nationale d’acclimatation, vient, dans la Basse-Cour, de s’élever contre cette opinion et de rectifier, par des raisons très probantes, la date de l’introduction de ce volatile dans notre pays. 11 existait, en Normandie, une confrérie appelée la Parihenic, ou Banquet des Palinods de Rouen ; c’était une société littéraire dont le président donnait, à sa sortie de charge, un banquet somptueux à ses confrères. En 1546, le président sortant était Jean-Baptiste Le Chandelier, conseiller au Parlement de Rouen ; il ne manqua pas de se conformer à l’usage établi, et en décembre 1546, il réunit la confrérie en un festin splendide, dont il a pris le soin de relater tous les détails dans un petit poème de 442 vers, qui vient d’être publié par la Société des Bibliophiles normands, avec introductions et notes de M. Bouquet.
- Dans la relation du repas, Baptiste Le Chandelier cite, au premier service, une poule d’Inde ; dans le second service et en tête des rôtis, figurent des dindons. L’auteur fait suivre cette indication des mots suivants : « Parmi les animaux domestiques, la palme appartiendra, sans nul doute, à la caste de l’Inde. »
- On voit donc, qu’en 1546, non seulement les poules et
- 1 D’après les Annales de chimie et de physique. — Ciel et Terre.
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- les dindons étaient connus à Rouen, mais encore qu’ils étaient très appréciés comme oiseaux domestiques, ce qui indique qu’ils se trouvaient déjà dans les fermes normandes. Dans le journal du sire de Gouberville, gentilhomme du Cotentin, on trouve ces mots, à la date du 27 décembre 1549 : « Un serviteur de Martin Lucas, de Sainte-Croye à la Hague, m’apporta un coq et une poule d’Inde. » Gouberville n’ajoute rien de plus, ce qui démontre que ces volatiles lui sont connus, et ne- doivent pas être une rareté.
- Dans le IVe livre de Pantagruel, de Rabelais, publié en 1552, on y voit au chapitre 69 « coqz, poulies et poul-letz d’Inde. » Champier, en 4560, dans son ouvrage De re Cibaria dit : « que les dindons sont venus en France, il y a quelques années. » On voit que, sans conteste, l’introduction du dindon en France remonte au moins à 1546. Il est très possible que Charles IX ne les ai vus sur sa table qu’en 1570, mais ses sujets normands s’en régalaient depuis 24 ans, et plus, probablement.
- Les pêcheries en Angleterre. — Le Royaume-Uni compte 120 000 pêcheurs, et le poisson qu’ils capturent représente une valeur de 11 millions de livres sterling (275 millions de francs). Ce nombre de 120 000 est à peu près l’effectif de l’armée anglaise, et près de trois fois le nombre des marins de la flotte britannique. Il ne comprend d’ailleurs que les hommes embarqués et directement employés à la pèche; avec leurs familles, ils forment une population de 400 000 âmes. Si l’on veut avoir une juste estimation de l’industrie de la pêche dans les trois royaumes, il faut ajouter à ce chiffre celui des individus employés à la construction des bateaux et à leur équipement, à leur approvisionnement en sel, barils, etc., au transport et à la distribution du poisson : ce qui doit doubler environ le nombre déjà donné. En outre, comme le combustible, le vêtement et la nourriture sont aussi nécessaires aux pécheurs que leurs bateaux et leurs filets, et que les fournisseurs de ces objets dépendent aussi bien de la pêche pour leur ejwslence que les pêcheurs eux-mêmes, on arrive, pour former le total des personnes qui vivent des pêcheries anglaises, à 1 million d’âmes, c’est-à-dire 5 pour 100 de la population du Royaume-Uni. Parmi les produits des pêcheries anglaises, le hareng, le poisson du pauvre, tient le premier rang. Les Ecossais en exportent 1 million de barils, soit 700 millions de tètes par an. Il faut ajouter à ce chiffre la quantité réservée en Ecosse pour la consommation du pays, et de plus le hareng des pêcheries anglaises, qui se consomme principalement en Angleterre. Quant au second rang, il appartient, non à la morue ou au maquereau, mais à la sole, dont la saison dure toute l’année et qui joue un grand rôle dans l’alimentation de l’Angleterre. Les deux poissons les plus chers (le saumon et le turbot) ne viennent comme quantité, qu’après la morue. Aux espèces déjà nommées, il faut en ajouter plusieurs autres, dont Yarrell a décrit 221, et dont les principales sont : le merlan, l’éperlan, l’anguille, le flétan, la sardine, la dorade, la raie, le rouget, l’églefin, la perche, le mulet rouge et le mulet gris, sans parler de la truite et autres poissons d’eau douce.
- Utilisation des gaz combustibles naturels.
- — Les États-Unis ont été longtemps tributaires de l’Europe pour les produits de la verrerie en général et le seront longtemps encore en ce qui concerne spécialement les glaces, grâce à la perfection de notre fabrication de Saint-Gobain. Néanmoins il existe un certain nombre d’usines de ce genre dans le Nouveau Monde. Le Pittsburg
- Telegraph signale, entre autres, une glacerie récemment montée à Creighton-Station, sur le West Penn Railroad, pour la fabrication de 20 000 pieds de glace par semaine. Le point le plus curieux de cette installation, c’est que les fours employés sont chauffés au moyen des gaz naturels qui se dégagent de gisements de pétrole voisins de l’usine et que l’on a canalisés à cet effet. On sait que l’ascension du pétrole dans les trous de sonde a lieu en vertu de la pression exercée sur les nappes souterraines par les gaz provenant du dégagêment des essences légères très volatiles que contient le naphte. Les variations de la température et de la pression atmosphérique déterminent leur dégagement par toutes les fissures du sol, et les célèbres feux sacrés de Bakou, en Asie, n’ont pas été autrement alimentés depuis des siècles. Ces gaz sont très combustibles et donnent en brûlant des températures élevées, ils forment difficilement des mélanges explosifs avec les gaz de l’atmosphère. L’idée de les canaliser et de les employer au chauffage des loues est donc pratique et rationnelle. Celte idée pourrait être mise à profit par les raffmeurs et les distillateurs de pétrole, qui, dans la distillation des pétroles bruts, lais sent perdre dans l’atmosphère des quantités considérables de ces gaz dégagés ou dissociés. En les recueillant par un disposé simple, comme à l’usine de Creighton Station, il serait possible de les employer au chauffage des fours de distillation, et de récupérer ainsi en calories une certaine quantité de matières premières consommées en pure perte.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 mars 1883. — Présidence de M. Rolland
- Action exercée sur la lumière polarisée par les solutions de cellulose dans le réactif de Schweizer. — Celle nouvelle note de M. Levallois établit que les solutions de coton, de lin, de chanvre, de papier ainsi que la solution de la cellulose d’un varech, la Zostera marina (Linné) ont le même pouvoir rotatoire. La rotation imprimée au plan de polarisation par des solutions à 1 centième a été de 24° à gauche dans un cas, de 20° et de 18° dans des liqueurs moins riches en oxyde de cuivre.
- On ne peut pas établir de proportionnalité entre les quantités de cellulose dissoute etles déviations observées. Les résultats interprétés géométriquement conduisent à une ligne courbe lorsqu’on étend avec la liqueur amino-niaco-cuivrique, et à des lignes brisées, qui indiquent des équilibres différents, lorsqu’on additionne d’eau.
- La tunicine, cette substance animale dont la composition centésimale est la même que celle de la cellulose, donne des déviations égales à celles du coton purifié. Ce résultat vient confirmer l’identité des deux corps, identité que les travaux de M. Berthelot avaient établie lorsqu’il avait obtenu du glucose avec de la tunicine.
- L’hydrocellulose, préparée suivant le procédé indiqué par M. Aimé Girard exerce, à très peu près, la même action que la cellulose sur le plan de polarisation.
- Astronomie Niçoise. — D’après M. Thollon l’atmosphère naguère si limpide de Nice a perdu très sensiblement de sa transparence depuis l’apparition des lueurs crépusculaires dont l’attention a été si longtemps préoccupée. Il semble qu’il soit resté dans l’air de très fines
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- poussières, manifestant leur présence en développant autour du soleil un halo blanchâtre éblouissant. Ce fait n’est d’ailleurs pas spécial aux Alpes-Maritimes. M. Cornu annonce l’avoir constaté à Paris et M. Janssen à Meudon.
- Récemment à Nice, M. Lockyer qui assiste aujourd’hui à la séance, a soumis à une étude spéciale les anneaux dont Saturne est entouré. M. Perrotin et lui, se sont ainsi assuré, que l’anneau extérieur est constitué au moins par trois anneaux concentriques séparés par des intervalles très déliés.
- En même temps les deux astronomes ont examiné la planète Uranus à un grossissement de 1000 fois. Sans affirmer que cet astre contient des neiges comme fait Mars (son spectre étant très spécial et n’indiquant pas la présence de l’eau), ils constatent que vers les pôles se montrent des taches bleuâtres absolument semblables à celles que Mars a présentées depuis si longtemps.
- D’après M. Janssen, M.
- Trouvelot qui a observé à Meudon la multiplicité des anneaux de Saturne, vient de s’assurer de la présence sur Vénus de sommets montagneux dépassant les couches de nuages.
- Effets physiologiques de la pression. — Mettant à profit les appareils de M. Cailletet, M. Regnard a constaté qu’à de très fortes pressions, les microbes perdent leur vitalité ; la levure est comme endormie et ne se réveille qu’a-près plusieurs jours de compression. Les animaux et spécialement les poissons sont tués à 400 atmosphères. Dans ces conditions, les muscles subissent une rigidité toute spéciale qui contrairement à la rigidité cadavérique ordinaire persiste jusqu’à la putréfaction.
- Election. — Après trois tours de scrutin, M. l’amiral de Jonquières est appelé par 37 suffrages à succéder à M. Breguet comme académicien libre ; son concurrent M. Cailletet réunit 30 suffrages.
- Varia. — Le dimorphisme de l’hyposufite de soude occupe MM. Parmentier et Amat. — M. Berthelot étudie la densité des mélanges gazeux détonants. — Par l’intermédiaire de M. Lacaze-Duthiers, M. Niquet présente un fœtus de gorille âgé de 5 mois. Stanislas Meunier.
- CURIEUSE USURE
- D’UN MANCHE DE MARTEAU
- Le temps est un facteur essentiel dont on ne saurait trop tenir compte dans l’analyse des phéno-
- mènes physiques, et la fable du Pot de terre et du Pot de fer n’est vraie que dans le cas particulier d’un choc, c’est-à-dire dans le cas d’une action instantanée. Faites intervenir le temps, et tout se trouve renversé : la goutte d’eau perce le rocher, la pierre et la terre usent l’acier le plus dur et le plus résistant.
- La sagesse des nations ne peut-elle pas d’ailleurs opposer, à la fable du bon La Fontaine, une autre fable du même auteur qui nous apprend que
- Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage.
- L’idée de mettre en parallèle ces deux pensées philosophiques, — égales et de signes contraires et qui, par conséquent, se détruisent, — nous a été
- inspirée par un curieux dessin publié par le Scientific American, de New-York.
- Ce dessin que nous reproduisons ci-contre, montre la forme prise par un marteau à river après trois mois de service continu entre les mains d’un ouvrier consciencieux. L’usure du manche semble avoir été produite par le frottement régulier du manche contre la main calleuse de l’ouvrier, et elle a été accélérée par la présence de limaille de fer et de petits grains métalliques interposés entre les parties frottantes. On voit que toutes les empreintes des doigts y sont fidèlement marquées, comme si le manche avait été en mastic de vitrier. Le manche dont l’épaisseur était de 25 millimètres (1 inch) a été réduit, dans la partie comprise entre le pouce et l’index, à une épaisseur de cinq millimètres à peine (trois-seizièmes de pouce).
- 11 serait curieux de savoir combien de coups de marteau il a fallu pour une pareille usure; le fait de l’avoir produite en trois mois seulement, fait le plus grand honneur à l’activité de Michael Collins, l’ouvrier de New-York à qui ce marteau appartenait.
- L’exemple que nous venons de mentionner nous a paru digne d’être signalé ; il s’ajoutera à beaucoup d’autres faits analogues. D' Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Dans.
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- N* 566.
- 5 AVIUL 188A.
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- MOTEUR SOLAIRE
- ET TEMPÉRATURE DU SOLEIL1
- La ligure ei-dessous représente une perspective d’un moteur solaire construit par l’auteur de cette notice, et qui a fonctionné l’été dernier. Cette machine, imaginée pour utiliser la chaleur solaire, est le résultat d’expériences poursuivies pendant vingt ans ; une série de machines semblables, différant par les détails, ayant été construites pendant cette période.
- Le moteur présenté consiste essentiellement en
- une boite rectangulaire à fond courbe et garni à l’intérieur de glaces polies disposées de manière à concentrer les rayons réfléchis sur une chaudière cylindrique placée dans le sens de la longueur au-dessus de la boîte. Celte chaudière, il est à peine nécessaire de l’établir, contient le milieu actif, air ou vapeur, servant à transmettre l’énergie solaire au moteur. La transmission s’effectue au moyen de cylindres pourvus de pistons et de soupapes, semblables aux mêmes organes des machines motrices ordinaires.
- Certains ingénieurs et certains théoriciens ont démontré que l’énergie solaire ne pouvait servir à
- La machine solaire de M. Ericsson, expérimentée en 1883.
- la production de la force motrice à cause de la faible valeur de la radiation solaire. Le prix très élevé de réflecteurs suffisamment vastes, et la difticulté d’obtenir une courbe parfaite de grande dimension, sans compter l’énorme travail nécessaire pour le polissage de la surface, sont des objections qui ont fait croire impraticable la transformation de l’énergie solaire en pouvoir mécanique.
- La machine qui nous occupe vient à bout de ces objections d’une manière très simple, comme on va le voir par la description suivante. Le fond de la boite rectangulaire est formé de douves droites en bois, supportées par des nervures en fer appuyées
- 1 Voy. La machine solaire de M. Mouchol, n° 157 du 13 janvier 1876, p. 102.
- 12e aniite. — l01' semestre.
- contre les bords de la boîte. Sur ces douves sont fixés les ' réflecteurs consistant en verres à vitres plats, argentés sur les deux faces. On comprendra facilement que la méthode employée pour concentrer la chaleur n’exige pas une précision absolue et qu’il suffit que les douves soient disposées de telle sorte que chaque glace renvoie sur la chaudière tous les rayons qu'elle reçoit.
- Les dimensions de la boîte sont : 5m,580 pour la longueur et 5m,280 pour la largeur, y compris une ouverture de O'“,o2, placée dans le fond parallèlement aux douves. La boîte est soutenue par une légère travée attachée à chaque extrémité et la chaudière est supportée par des plaques verticales fixées à la travée. La chaudière a 0m,168 de dia-
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- mètre, 5m,58 de long et la surface qu’elle expose aux rayons réfléchis a 1274 pouces carrés. Les plaques réfléchissantes, de 3 pouces sur 26, interceptent un faisceau de rayons dont la section a 23 400 pouces superficiels. Le système est porté par un pivot central autour duquel il peut tourner. Le changement d’inclinaison s’effectue autour d’un axe horizontal et le tout est si parfaitement équilibré, qu’une simple poussée de cinq livres permet, soit de changer son inclinaison, soit de le faire tourner.
- Une seule révolution de la machine développe plus de force qu’il n’en faut pour orienter la boîte et régler son inclinaison en face du soleil pendant le fonctionnement d’une journée.
- Le moteur représenté par la figure est à vapeur. Le cylindre a 0m,16 de diamètre et 0m,24 de profondeur. La tige du piston traversant le fond du cylindre actionne une pompe foulante de 5 pouces de diamètre. Au moyen du mécanisme ordinaire, le mouvement est envoyé à une manivelle et à un volant établi en haut du cadre de la machine. Le but de cette disposition est de faire voir qu’on peut, avec ce moteur, faire manœuvrer des pompes ou des moulins. On a supprimé sur la figure le tuyau *. 4’arrivëe de la vapeur, ainsi que la boîte à vapeur qui se trouve à la partie supérieure de la chaudière.
- Pendant les essais de l’été dernier, la vitesse de la machine a été de 120 tours par minute et la ^pression sur le piston de 55 livres par pouce carré. La détente employée était de 1 à 5, avec un vide à peu près parfait, maintenue dans un condenseur enfermé dans le support de la charpente.
- Ce qui précède démontre que le moteur solaire peut être favorablement employé dans les régions de notre planète brûlées par le soleil.
- Quant à la température solaire, le moteur établit entre la diffusion et l’intensité des radiations, une relation qui confirme l’estimation de Newton.
- La démonstration suivante, basée sur les détails qui précèdent, sera facilement comprise.
- La surface d’une sphère dont le rayon est égal à la moyenne distance de la terre au soleil étant à la surface de la terre comme 214,52 est à 1, et la surface du réflecteur interceptant un faisceau de lumière de 23 400 pouces carrés de section, il s’ensuit que ce réflecteur reçoit la chaleur émise par
- 214 52 = pouces carrés de la surface solaire.
- Par suite, comme la chaudière du moteur a une surface de 1274 pouces, nous établissons ce fait que les rayons solaires réfléchis sur lui sont diffusés dans la proportion de 2,507 à 1. Or l’expérience a montré qu’en négligeant les pertes par rayonnement, l’intensité de la chaleur renvoyée par le réflecteur est capable d’élever la température de la chaudière à 520° Fahrenheit au-dessus de celle de l’atmosphère. Nous pouvons donc établir maintenant avec une certaine exactitude la température du soleil ; nos calculs prouveront combien se sont trompés certains savants français qui n’évaluaient pas cette
- température au-dessus de celles qu’on peut produire dans les laboratoires. Si Pouillet avait pu connaître les résultats que nous avons obtenus, il n’aurait sûrement pas évalué la température solaire à 1760° centigrades; car en acceptant la loi de Newton que la température est proportionnelle à la densité des rayons , nous obtiendrons pour la température solaire 1 505 640° Fahrenheit.
- A notre avis , quoique nos expériences nous conduisent à une évaluation beaucoup plus faible que celle de Newton, il n’est pas prouvé que la susdite loi soit fausse. Au contraire, l’analyse la plus rigoureuse montre que la température produite par la chaleur émanant d’une sphère incandescente varie en raison inverse de la diffusion des rayons. De plus, j’ai prouvé avec mon actinomètre vide enfermé dans un vase maintenu à une température constante, que pour la même distance au zénith la radiation solaire en plein été est de 5°,48 F. moindre qu’au solstice d’hiver.
- Le fonctionnement du moteur solaire apporte une preuve de plus en faveur de l’opinion de Newton. Ce qui a été dit sur la réflexion des rayons solaires prouve qu’il n’y a pas élévation de température pendant leur trajet du réflecteur à la chaudière et cependant le pouvoir du moteur augmente proportionnellement au nombre des glaces. Comme le parallélisme des rayons s’oppose à un accroissement de température, on peut se demander ce qui produit l’accroissement de la force mécanique. La réponse est toute indiquée : c’est la densité croissante des rayons agissant sur la chaudière. La vérité de la doctrine newtonienne est donc confirmée par une preuve matérielle incontestable.
- Il est à peine nécessaire de faire observer que notre estimation de la chaleur solaire^est certainement inférieure à la réalité, car, outre l’absorption atmosphérique, nous avons négligé les points suivants :
- 1° L’intensité de la chaleur est affaiblie par son passage à travers la substance des glaces; 2° Une grande quantité de chaleur se perd par le rayonnement des parois noircies de la chaudière ; 5° Les mouvements du fluide enfermé dans la chaudière ont encore pour effet d’abaisser la température l.
- J. Ericsson.
- ARTILLERIE SYSTÈME DE RANGE
- (Suite. — Yoy, p. 23.)
- II. -- MATÉRIEL de siège ET PLACE
- Une armée qui, au cours des événements de guerre, est amenée à faire des sièges de forteresses, a, par cela même, besoin d’un matériel d’artillerie incomparablement plus considérable que celui qu’elle traîne à sa suite en campagne.
- 1 Traduit de Nature, de Londres, par M. II. Vila.
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- Le temps nécessaire à la réunion de ce matériel, les dépenses et les embarras qui en résultent font qu’on évite, autant que faire se peut, les attaques de places. On n’entreprend des opérations de cette nature — toujours très difficiles et dont les conséquences peuvent être graves — que lorsqu’on leur reconnaît un caractère absolu d’urgence et d’« in-dispensabilité. »
- Combattre et réduire au silence la puissante artillerie de la place assiégée, qui comprend généralement des pièces du plus fort calibre, — rendre inhabitables les terre-pleins de la fortification, — disloquer les abris qui y sont établis, — ruiner toutes les défenses de la place, — ouvrir de loin, si faire se peut, les remparts à l’armée assiégeante, en détruisant les escarpes et renversant les parapets dans le fossé, de manière à former des rampes praticables aux colonnes d’assaut: tel est théoriquement le rôle d’une artillerie de siège.
- Les bouches à feu appelées à remplir ce rôle complexe, doivent être dotées de grande puissance. Elles sont également tenues d’exécuter avec précision non seulement le tir « de plein fouet » mais encore le « tir plongeant » à grande distance. Or, ce sont les pièces de gros calibre qui jouissent éminemment de ces propriétés.
- La condition de mobilité, qui s’impose à l’économie d’un matériel de campagne, ne revêt plus ici le même caractère de rigueur. Les longues opérations d’uti siège régulier veulent que l'armée assiégeante ait sur ses derrières une voie ferrée à sa disposition, d’où il suit que les difficultés de transport des gros calibres sont, en partie, hors de cause. 11 suffit que le matériel puisse être amené sans trop de peine du quai de débarquement de la voie ferrée aux ouvrages établis par l’attaque.
- On ne serait donc en droit d’exclure d’un matériel de siège que des pièces d’un poids réellement exceptionnel.
- Dès le mois d’août 1874, le Comité d’artillerie avait soumis à l’approbation du Ministre de la guerre le projet de création d’un nouveau matériel de siège et place comprenant : des canons rayés du calibre de 120, de 155 et de 220 millimètres; — des mortiers rayés du calibre de 220 et de 270 millimètres. Toutes ces bouches à feu devaient être faites en acier français et se charger par la culasse. A la suite d’expériences concluantes, le Ministre de la guerre adopta, en 1877, le canon de 155 millimètres (système de Bange); en 1878-, le canon de 120; en 1881,1e mortier rayé de 220 millimètres du même système.
- Le canon de 155, système de Bange, est une bouche à feu en acier, rayée à droite (quarante-huit rayures progressives) et se chargeant par la culasse. D’un poids de 2500 kilogrammes, cette pièce tire de plein fouet, à la charge de 8kil,750 de poudre, un projectile pesant quarante kilogrammes. La vitesse initiale correspondant à cette charge est de quatre cent soixante-quatre mètres; et la portée
- maximum du projectile, de plus de NEUF kilomètres i.
- Le canon de 155 se compose de deux parties principales : le corps du canon et le mécanisme de culasse. Le corps du canon est formé d’un tube en acier fondu, martelé, foré, trempé à l’huile — et de deux épaisseurs de fretles, qui en renforcent la partie postérieure. Les frettes, en acier puddlé, sont fabriquées par enroulement et trempées. Celles du premier rang, au nombre de dix — dont une frette-tourillons et deux frettes de calage en avant de la frette-tourillons — sont posées sur le tube tourné au diamètre de 0m,o0, avec un serrage diamétral de 0,00045. Ce premier rang de frettes est revêtu, à sa partie postérieure, d’un deuxième rang de six fretles cylindriques posées sur le premier rang, tourné au diamètre de 0m,57, avec un serrage diamétral de 0ra,00055. Sur la partie du renfort formée par la quatrième frette, à partir de la tranche de culasse, est appliquée une dix-septième frette, dite frette de pointage, également en acier et terminée inférieurement par un anneau. Le canon est, en outre, muni, à sa partie supérieure, d’une anse formée de deux élingues en acier.
- Le mécanisme de culasse et l'obturateur ne font — sauf quelques détails — que reproduire respectivement, à plus grande échelle, les dispositifs des appareils similaires du canon de 90, de campagne.
- Actuellement, le canon de 155 tire deux espèces de projectiles : l’obus ordinaire et l’obus à balles. L’obus ordinaire est un projectile cylindro-ogival de 0m,465 de hauteur. Tout chargé et armé de la fusée percutante de siège, modèle 1878, il pèse, ainsi qu’il a été dit, 40 kilogrammes. Le poids de la charge intérieure est de lkil,700 de poudre ordinaire.
- L’ohus à balles est un projectile en fonte, de même forme que l’obus ordinaire. Il en diffère extérieurement par sa hauteur qui est plus faible (0m,415); et, intérieurement, par une capacité plus grande. Sa charge intérieure se compose de 450 grammes de poudre et de 270 balles de 16mm,7 de diamètre, et du poids de 26 grammes. Ces balles s’introduisent par l’œil du projectile et sont ensuite reliées ensemble par une coulée de soufre.
- Ainsi chargé et armé de la fusée à double effet de siège, l’obus à balles pèse environ 41 kilogrammes.
- La charge maximum réglementaire du canon de 155 est, comme il a été dit, du poids de 8k,750. Cette charge est enfermée dans un sachet de toile amiantine. On fait, en outre, usage de charges réduites à sept, six ou cinq kilogrammes.
- Le canon de 120, système de Bange, est une bouche à feu en acier, rayée à droite (trente-six rayures progressives) et se chargeant par la culasse.
- 1 Exactement 9k,100. Cetle portée maximum correspond à l’angle de 28 degrés, angle de tir limite auquel se prête l’aflut de 155, reposant sur un sol horizontal. Les tables de tir sont néanmoins graduées jusqu’à dix kilomètres; mais cette portée, correspondant à l’angle de 36°,30', ne peut s’obtenir que si l’on enterre la crosse de l’affût.
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- D’un poids moyen de 1200 kilogrammes, cette pièce tire de plein fouet, à la charge normale de 4kil,500 de poudre, un projectile pesant 17ki',800. La vitesse initiale correspondant à cette charge est de 480 mètres; et la portée maximum du projectile, de plus de NEUF kilomètres1.
- canon de 120 se compose de deux parties principales : le corps du canon et le mécanisme de culasse. Le corps du canon est formé d’un tube en acier fondu, martelé, foré, trempé à l’huile, et de dix-sept frettes qui en renforcent toute la longueur, savoir : six frettes au tonnerre (une liette de culasse, quatre frettes ordinaires et une frette-tourillons) et onze frettes de volée dont les épaisseurs vont diminuant jusqu’à la bouche. Les frettes,
- en acier puddlé et fabriquées par enroulement, sont trempées et posées sur le tube avec un serrage d’environ un millimètre et demi par mètre. Sur la partie du renfort que forme la troisième frelte — à partir de la culasse —est appliquée une dix-huitième frelte dite frette de pointage, également en acier et terminée inférieurement par un anneau. Le canon est, en outre, muni à la partie supérieure d’une anse formée par deux élingues en acier.
- Le mécanisme de culasse et l’obturateur du canon de 1 20 ne font — sauf quelques détails — que reproduire respectivement, à plus grande échelle, les dispositifs des appareils similaires du canon de 90, de campagne.
- Les projectiles adoptés jusqu’à ce jour sont
- Fig. I. — La nouvelle artillerie française
- l’obus ordinaire et la boite à mitraille. Ultérieurement, un obus à balles sera vraisemblablement mis en service.
- L’obus ordinaire est un projectile cylindro-ogival en fonte, mesurant 0ra,55 de hauteur. La partie cylindrique se raccorde à l’ogive par un renflement qui, dans l’obus brut de fonte, a 0m, 121 de diamètre. Une partie de ce renflement est écrou fée ultérieurement sur le tour, et transformée en une surface cylindrique d’un diamètre compris entre 118*"m,9 et 119mm,5. C’est par cette partie écroù-tée, de 32 millimètres de hauteur, que l’avant du projectile s’appuie sur les cloisons des rayures. Tout chargé et armé de sa fusée, l'obus ordinàire pèse 17k,800. Le poids de sa charge intérieure est de 800 grammes de poudre ordinaire.
- 1 Exactement 9kil,200. Cette portée maximum correspond à 37 degrés, angle de tir limite auquel se prête l’affût de 120, reposant sur un sol horizontal.
- — Système de Bauge. — Canon de 155.
- La boite à mitraille est un cylindre en zinc laminé de 2mm,5 d’épaisseur, fermé à l’une de ses extrémités par un culot en zinc coulé, épais de 25 millimètres ; à l’autre extrémité, par un couvercle également en zinc coulé, de 15 millimètres seulement d’épaisseur. Sur le culot est posée une rondelle en bois, recouverte d’une plaque à oreilles en tôle de fer. La boîte contient 282 balles en plomb durci (plomb 9/10, antimoine 1 /10) de 20 millimètres de diamètre, et du poids de 44 grammes. Pour le tir de plein fouet, la charge normale du canon de 120 millimètres est, ainsi qu’il a été dit, de 4k,500 de poudre. Cette charge est enfermée dans un sachet de toile amiantine. On fait, en oulrè, usage d’une charge réduite à 4 kilogrammes de poudre.
- Le mortier rayé de 220 millimètres, système de Range, est une bouche à feu en acier (ou en bronze mandriné) rayée à droite (60 rayures progressives) et se chargeant par la culasse. D’un poids moyen de
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- 2000 kilogrammes, cette pièce tire, à la charge jectile de cent kilogrammes (y compris la charge maximum de six kilogrammes de poudre, un pro- intérieure de 8 kilogrammes de poudre). La vitesse
- Fig. 2, — La nouvelle artillerie française. — Système de Bauge. — Canon de 220.
- Le canon de 220 millimètres, système de Bauge, est une bouche à feu d’un type analogue à celui des canons de 155 et de 120, mais d'une puissance notablement plus grande. Nous en donnons une figure mais non la description, attendu qu’il est bon de tenir secrets quelques détails de construction, extrêmement, ingénieux.
- Fig. 3. — La nouvelle artillerie française. — Système de Bange. — Mortier rayé de 270.
- Le mortier rave de 270 millimètres, système de Bange, est, comme celui de 220, affecté à l’exécution d’un tir sous de grands angles. Le ministre de la guerre vient de prononcer l’adoption de cette bouche à feu dont la puissance est incontestable. Quant à l’affût, qui n’est pas encore adopté, il doit être soumis à quelques expériences. Les essais continuent.
- initiale est alors de 250 mètres; et laporlée maxima (correspondant à l’angle de 39°), de sept kilomètres.
- Spécialement affectée à l’exécution d’un tir sous de grands angles, cette bouche à feu est dotée d’un
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- affût spécial dit « affût du mortier rayé de 220 », entièrement métallique et n’offrant aucune analogie avec les affûts des canons de 155 et de 120.
- Dans le matériel de campagne, la « voiture », qui résulte de la connexion de l’aflut et de l’avant-train, est organisée de manière à porter (soit autour de l’aflut même, soit dans le coffre placé sur l’avant-train) tous les accessoires nécessaires à l’entretien de la bouche à feu. La définition du service à exécuter par ce matériel exigeait qu’il en fût ainsi.
- Dans l’artillerie de siège et place, la bouche à feu est plus puissante et, par conséquent, plus lourde. Elle doit être mise en batterie sur des emplacements fixes, choisis et organisés à l’avance. Aussi les accessoires qui lui sont nécessaires sont-ils indépendants de son affût, et cet affût n’est-il pourvu ni d’un avant-train qui lui appartienne en propre, ni d’un coffre à munitions qui lui soit spécialement affecté.
- Ces accessoires, désignés sous le nom d’arme-ments et d'assortiments, sont donc amenés à part dans les batteries de siège. Il en est de même des munitions et des projectiles, lesquels sont préparés et armés sous des abris établis dans le voisinage de ces batteries. Quelques-uns de ces armements et assortiments peuvent, sans inconvénient, rester exposés à l’air libre. On les range, en conséquence, dans la batterie d’une façon réglementée, soit sur la pièce ou l’aflut, soit à proximité. Tels sont les instruments de pointage, les leviers de manœuvre, les écouvillons, le couvre-bouche, le couvre-lumière, etc. D’autres appareils ont besoin d’être abrités, et pendant les transports et pendant leur séjour dans les batteries de siège. C’est pourquoi l’on a dû les arrimer dans des caisses dites «: caisses aux armements. » Major H. df. Sarkepoxt.
- — A suivre. —
- LES EUCALYPTUS
- Les Eucalyptus dont on a tant parlé, il y a quelques années, à cause de leurs propriétés assainissantes des régions réputées malsaines de l’Italie et de l’Algérie notarûment, et aussi pour les propriétés médicinales qu’on leur a reconnues, reviennent en question de divers côtés.
- La Société d’Acclimatation s’est récemment occupée à nouveau de ces Myrtacées célèbres au point de vue de l’utilité de leurs bois, dont nous n’avons eu jusqu’ici qu’un retentissement par la presse australienne.
- On a pu voir à l’Exposition de 1878 les spécimens gigantesques de divers bois d'Eucalyptus portant des noms vulgaires variés, suivant l’espèce à laquelle chacun d’eux appartenait : White gum, Blue gum, Red gum, Yellow gum, Swamp Mahogany, Iron bark, etc., suivant que leur bois est teinté de telle couleur, ou que l’aspect de l’arbre rappelle une nuance qui lui a valu son nom, ou que son écorce
- résistante se laisse difficilement entamer par l’outil.
- 11 est incontestable qu’un nouveau champ d’exploitation s’impose par l’introduction deYEucalyptus dans l’Europe australe, et l’intéressant travail que publie M. Naudin, membre de l’Institut, sur ce sujet, sera le signal d’une nouvelle et sérieuse tentative qui créera une industrie fructueuse pour nos descendants.
- Le genre Eucalyptus comprend plus de cent espèces. La Flore d’Australie de MM. Bentham et de Mueller en accuse 155, et M. F. de Mueller, reprenant seul à nouveau une publication magistrale sur le seul genre Eucalyptus, se propose d’en décrire et figurer toutes les espèces.
- C’est ici le cas de signaler un fait de géographie bien intéressant relativement à ce genre de plantes. Aucune d’elles ne se rencontre à l’état spontané en dehors du continent australien. C’est en vain qu’on en chercherait dans les îles avoisinantes1. Voilà qui prouverait que l’Australie proprement dite est un centre de création spécial, si des preuves multiples en botanique, comme en zoologie, n’appuyaient déjà cette conjecture.
- Parmi ces espèces nombreuses, on a déjà tenté de faire un choix de celles qui peuvent fournir de bons produits, car plusieurs ne sont que des arbustes dépourvus d’intérêt pratique.
- Depuis de longues années on recevait de M. F. de Mueller, alors directeur du Jardin de Melbourne, des graines des meilleures sortes d'Eucalyptus pouvant résister au climat européen. L’expérience a prouvé que c’était le Blue gum (E. globulus) répandu maintenant partout, puis le Red gum (E. rostrata), qui semblaient pouvoir se naturaliser définitivement dans l’Europe méridionale. Comme le fait remarquer M. Naudin, ce n’est qu’après avoir fait une expérimentation sérieuse des nombreux Eucalyptus connus qu’on pourra être fixé sur toutes les espèces susceptibles d’être maintenues dans nos cultures, et déjà, dès maintenant, on sait que quatre ou cinq d'entre elles peuvent résister à nos hivers2.
- L’aspect de l’écorce des Eucalyptus est différent à ce point que les forestiers en Australie distinguent à distance l’espèce ou au moins la section à laquelle elle appartient. M. le baron de Mueller a même tenté une classification de ces arbres au moyen des caractères tirés de l’écorce : lisse ou rugueuse, fendillée ou profondément encavée, etc., et qui permet
- 1 Une seule espece, VE. alba, a été retrouvée à Timor, mais on pense avec raison qu’elle s’est échappée de la côte nord de l’Australie.
- 2 Je connais dans le parc de Combreux, près Tournan, plusieurs E. globulus en pleine terre depuis 5 ans, à 40 kilomètres à l’est de Paris, mais c’est un fait exceptionnel et ils périront infailliblement dans un hiver un peu rigoureux. L’Eucalyptus viminalis, encore peu répandu, offre un exemple de rusticité remarquable. On cite un exemplaire, aux environs d’Edimbourg, qui date de 1854 et qui, pendant 27 ans, n’a pas souffert du froid. Bien que rccépé. cet arbre est encore debout aujourd'hui à ce qu’on rapporte.
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- LA NATURE
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- d’en faire des groupes fort commodes pour la détermination.
- L’emploi du bois d’Eucalyptus en Australie est trop connu pour qu’il soit nécessaire d’en parler longuement ici. Tous les travaux importants de charpenterie, de charonnage, de construction navale, traverses de chemins de fer, poteaux télégraphiques, etc., sont faits de ces essences. Les régions froides ou chaudes de ce pays donnent naissance à des espèces propres aux différentes contrées, et cependant on a senti le besoin de limiter la consommation à telles ou telles espèces à cause de leur qualité supérieure.
- C’est ainsi que le Red gum (E. rostrata) est devenu l’essence pour ainsi dire officielle de certains emplois, et principalement des traverses de chemins de fer et des poteaux télégraphiques qui durent plus qu’avec aucune autre1.
- C’est donc au Blue gum et au Red gum que nous devons jusqu’à présent nous adresser, en en étendant la culture, puisque ces deux espèces ont fait leurs preuves en France et en Algérie. Néanmoins, dès maintenant, on peut signaler aux sylviculteurs les deux espèces suivantes comme devant prendre rang parmi les essences forestières soit dans la région méditerranéenne, soit dans nos colonies tropicales.
- VE. leucoxylon (Iron bark, White gum) s’accommode parfaitement des terrains marécageux et même saumâtres, dit-on. Il en est de même de FF. cor-nuta dont le bois est excellent, mais exigeant un climat plus chaud que le premier. Il viendrait parfaitement, pense-t-on, aux Antilles et à La Réunion. L’écorce de VE. leucoxylon contient une quantité de tannin qui peut être de 22 pour 100 de son poids, produit annexe dont on doit tenir compte.
- En Provence, VE. leucoxylon est représenté par quelques exemplaires de 18 à 20 mètres de haut, lleurissant et donnant graines; mais sa croissance est assez lente dans la région tempérée.
- Il en serait de même de VE. robusta, appelé Mahogany, parce que la couleur de son bois rappelle l’acajou de Saint-Domingue2. 11 est également résineux et inattaquable aux insectes comme les autres espèces du genre. On le préconise comme essence propre aux chotts de l’Algérie; il serait moins frileux que le précédent et mérite d’être spécialement mentionué.
- VE. calophylla se recommande par la beauté de son port et de son feuillage, comme l’indique son nom spécifique. C’est une espèce qui n’a pas encore fait ses preuves en France autrement que comme arbre* ornemental3.
- 1 Les poteaux faits d'E. globulus et d’£. melliodora ont duré 18 ans. Ceux W'E. rostrata, 20 ans, alors que d’autres (E. obliqua, etc.) n’ont duré que 11 ans. En conséquence, l’Administration a décidé, depuis plusieurs années, que tous les poteaux télégraphiques seraient faits en Red gum, et en 1877 on comptait, en Australie, 58 000 kilomètres de télégraphes.
- 4 Ce nom de Mahogany est donné à toutes les espèces à bois rouge analogue à l’acajou.
- 3 On en cite des exemplaires au golfe Jouan, chez M. Mazel, de 10 à 17 mètres de haut.
- Nous ne citons que quelques-unes des espèces énumérées dans le premier mémoire de M. Naudin qui en comprend 50 seulement, mais qui ont été étudiées sur le vivant dans les cultures du midi de la France et de l’Algérie ainsi qu’à la Villa Thuret à Antibes. Nous reviendrons d’ailleurs sur cet intéressant sujet ensuivant les progrès accomplis dans cette voie.
- VE. globulus, l’un des Blue gum de l’Australie et celui qui doit nous intéresser plus spécialement, a été découvert en 1792 dans l’île de Tasmanie, par Labillardière, et cette découverte suffirait à elle seule pour rendre mémorable le nom de ce savant français.
- D’après les documents recueillis par M. Naudin, les plus anciens souvenirs qu’on ait de la culture de cet arbre en Europe, et qui portait à cette époque le nom d’E. gigantea, ce qui fait supposer qu’il était déjà d’une grande taille, date de 1829. Il en existait un exemplaire au Jardin botanique de Naples. Vers le même temps, de Candolle signalait la présence de deux espèces d'Eucalyptus dans le jardin du célèbre horticulteur Noisette. Mais ce ne fut en réalité qu’à la suite des indications fournies par le baron F. de Mueller, en 1852, que l’idée vint d’en faire une culture forestière en Europe. Ce savant était bientôt secondé par les efforts de Ramel, un Français, quis’étaitlié étroitement avecM. de Mueller en Australie et qui, rentré en France, ne cessa de se livrer à la propagande en faveur de VEucalyptus, et d’y consacrer ses ressources pour faire triompher l’entreprise1. Depuis, les travaux publiés sur F Eucalyptus, aussi bien au point de vue forestier que comme plante médicinale ou essence propre aux régions insalubres, ne se comptent plus. La chimie y a même trouvé une source féconde en produits hydrocarbonés, dont on trouverait la liste dans des mémoires spéciaux.
- De même que dans la majorité des Myrtacées, les tissus des Eucalyptus contiennent des essences ou des résines associées à du tannin, et qui ont valu à la plupart de ces arbres le nom de gommiers. Par incision des branches ou du tronc, il s’écoule une résine noirâtre, ou kino, pouvant être utilisé comme une sorte de cachou. Mais c’est surtout des feuilles qu’on peut extraire une quantité considérable d’essence, dont l’odeur varie suivant les espèces, essence analogue à celle de térébenthine et pouvant servir aux mêmes usages. Cloez pensait que nul végétal, toutes proportions gardées, ne pouvait en fournir une aussi grande quantité. Cette étude a été reprise depuis et on a reconnu , malgré cette quantité d’essence, que VE. globulus n’entrait qu’en cinquième ligne comme richesse de production. Des -feuilles de VE. amygdalina on obtient 3,513 pour 100, puis viennent d’autres espèces, et enfin VE. globulus donnerait 0,719 pour 100 d’essence.
- 1 En 1878, on estimait à plus de 2 millions le nombre des pieds à’Eucalyptus, croissant en Algérie.
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- LA (NATURE.
- La qualité d’un bois peut varier suivant le pays qui lui a donné asile. Arnsi, certaines essences exotiques perdent de leur valeur en étant cultivées dans une nouvelle contrée d’adoption. On cite des Pins et autres arbres, dont le bois est de beaucoup inférieur à ce qu’il est dans leur véritable patrie. En est-il de même pour YE. globulus ? Jusqu’ici l’utilisation de son bois a été fort restreinte, mais les usages variés auxquels on l’a appliqué récemment doit encourager à faire de nouvelles tentatives.
- De même que beaucoup de bois qui ont besoin de se faire, comme on dit, YE. globulus doit être traité d’une façon spéciale pour être rnis en oeuvre. Un industriel ingénieux, et qui recherche les applications nouvelles, M. Bouchereaux, de Choisy-le-Roi, reçoit depuis quelques années des bois de cette essence qu’il prépare de façon à en faire des meubles, dont la teinte jaunâtre rappelle l’Erable, et dont on peut voir des spécimens dans les bureaux de la direction du Jardin d’Acclima-tation. Les matières résineuses, mais inodores, dont ce bois est pénélré, lui donnent une qualité spéciale et qui en assure la conservation. Quelque temps après avoir été travaillé, les surfaces exposées à l’air acquièrent une grande dureté. Les meubles droits, courbes ou tournés, chaises, etc., une fois vernis, ne se fendent jamais.
- Tous les bois d'Eucalyptus employés parM.Bou-cliereaux viennent des plantations françaises ou algériennes, en sorte que la question est jugée quant à la valeur de l’essence introduite. D’autre part l’incorruptibilité de ce bois qui n’est jamais piqué aux insectes, lesquels trop souvent rongent nos meubles de chêne ou de noyer, et qui ne ménagent même pas la charpente des édifices, doit entrer en ligne de compte pour classer YEucalyptus parmi les conquêtes les plus utiles de l’industrie européenne. J. Poisson.
- L’ARRIVÉE DES HIRONDELLES
- OBSERVATIONS DANS LE CENTRE DE LA FRANCE
- Tout le monde remarque avec intérêt l’apparition des premières hirondelles, mais presque personne ne note cette date d’année en année. Aussi, ayant voulu faire quelques recherches sur ce sujet, je n’ai rien trouvé, si ce n’est dans les ouvrages de Cotte, des observations faites par Duhamel-Dumonceau à Denainvilliers, près Pithiviers, de 1741 à 1770, avec quelques lacunes : il est probable qu’il existe des documents, mais qui m’auront échappé et qu’on pourra peut-être me signaler à la suite de cette note.
- L’arrivée des hirondelles dans nos pays est absolument dépendante de la saison, mais non pas des températures seules. En effet, à l’époque de leur départ, la température est plus élevée de 2 degrés en moyenne que celle qui règne au moment de leur première apparition. Elles n’arrivent pas, d’ailleurs, toutes à la fois, et il se passe souvent
- quinze jours et plus pendant lesquels on n’en voit de temps en temps que quelques-unes. Les différentes espèces n'arrivent pas non plus en même temps : quatre espèces fréquentent le centre de la France; deux autres le sud-est de la France ou la partie méridionale des Alpes.
- L’hirondelle de cheminée, qui arrive toujours la première, e#t d’un noir bleuâtre en dessus, d’un gris clair en dessous ; elle niche, comme son nom l’indique, dans nos cheminées, à l’époque où on cesse d'y faire du feu. L’hirondelle de fenêtre, à croupe blanche, fait son nid dans les angles abrités de nos édifices. L’hirondelle de rivage, d’un gris brun foncé, presque blanche en dessous, avec la poitrine rousse, fréquente le bord des rivières, surtout de celles qui ont des berges escarpées, où elle établit son nid : il y en a sur la Marne, au Pare-de-Saint-Maur. Enfin, le martinet, plus grand que les trois autres, d’un gris noir terne ou couleur de suie, niche dans les creux des murs : c’est celui qui arrive le dernier et repart le premier. Deux autres espèces du Midi ne viennent jamais aux environs de Paris, le martinet à ventre blanc et l’hirondelle de rocher, qui est sédentaire en Provence et qu’on voit voltiger tout l’hiver à Cannes et à Nice.
- L’hirondelle la plus commune est l’hirondelle de cheminée; Buffon dit pourtant qu’elle l’est beaucoup moins que l’hirondelle de fenêtre. Je ne saurais dire s’il y a là une erreur de Buffon ou si la proportion relative des deux espèces a changé, depuis un siècle; l’hirondelle de rivage est beaucoup moins nombreuse chez nous.
- Les hirondelles sont presque toutes des oiseaux voyageurs. Il y en a dans presque tous les pays, mais appartenant à des espèces différentes des nôtres. On a dit souvent qu’elles avaient la faculté de prévoir le temps : elles règlent tout simplement leurs migrations sur le plus ou moins d’abondance des insectes ailés, principalement des cousins et des mouches, dont elles se nourrissent, et ensuite sur les vents qui les favorisent. Elles arrivent au printemps avec les premiers vents généraux du sud ou du sud-ouest ; leur départ est réglé de même par les premiers vents froids du nord ou du nord-est.
- Quoique l’hirondelle de fenêtre n’arrive guère que huit jours et peut-être quinze jours plus tard que l’hirondelle de cheminée, on les voit ordinairement mêlées au moment des derniers passages.
- On a beaucoup discuté autrefois sur les migrations des hirondelles .et sur le lieu de leur retraite en hiver. On a dit qu’elles se retiraient dans des cavernes et même qu’elles se plongeaient au fond de l’eau. Buffon, il y a plus d’un siècle, avait déjà fait justice de ces singulières idées et indiqué comme leur résidence d’hiver les pays chauds de l’Afrique. Adanson les a vues arriver au Sénégal au mois d’octobre. Des navigateurs en ont rencontré I dans la même saison, arrivant dans les mêmes parages. On a dit qu’une partie de nos hirondelles
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- L’arrivée des hirondelles. “Composition inédite^de M Giacomelli
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- LA NATURE
- allait dans l’Inde; mais il est probable que les hirondelles qu’on voit arriver dans l’Inde viennent du Cauease ou pays de Caboul. Il est très probable que la plus grande partie de nos hirondelles va, en hiver, dans l’intérieur de l’Afrique. Caillié, il y a plus de cinquante ans, dit qu’il rencontre à Djenné les hirondelles des mêmes espèces qu’en France; mais cette rencontre ayant eu lieu en juin, au moment le plus chaud de l’année dans cette région, nos hirondelles y seraient nécessairement sédentaires : il faudrait donc supposer que, dans les mêmes espèces, une partie est sédentaire, tandis que l’autre émigre vers l’Europe, ce qui me paraît bien difficile à admettre. Il n’y a que des naturalistes qui pourront un jour nous éclairer sur ce point d’histoire naturelle.
- Malgré l’intérêt qu’il y aurait à savoir, pour un grand nombre de lieux et d’années, la date movenne
- O % ,
- de l’arrivée des premières hirondelles, je n’ai trouvé, comme je l’ai dit, que bien peu de renseignements sur ce sujet. A Denainvilliers, elles arrivent du 9 au 10 avril. Buffon n’avait pas de renseignements précis à citer, puisqu’il dit qu’elles arrivent à peu près à l’équinoxe; M. Milne Edwards dit vers l’équinoxe.
- Le peu de documents qu’on possède m’a engagé à publier ceux que j’ai entre les mains. Us se rapportent à Vendôme et à Paris ou environs. J’ai retrouvé dans des notes de mon père les dates de l’arrivée des hirondelles à Vendôme, de 1826 à 1858. J’en ai observé quelques-unes de 1849 à 1871. Feu Geoffroy-Boutrais les a notées à peu près la moitié du temps de 1857 à 1878. Enfin, M. Nouël, qui a bien voulu relever ces dates dans les registres de Boutrais, y a joint ses propres observations de 1870 à 1883. J’ai formé ainsi le tableau suivant qui comprend quarante années.
- Dates de l'arrivée des hirondelles à Vendôme.
- Renou père. 1861.. . . . . . 15 avril
- 4826.. .... 5 avril 1862.. . ... 8 —
- 1827.. .... 4 — 1863.. . ... 15 —
- 1828.. .... 6 — 1864,. . ... 5 —
- 1829.. .... 12 — 1865.. . ... 11 —
- 1830.. . . . . 27 mars 1866.. , . . . . 13 —
- 1831.. 5 avril 1868.. . . . . . 8 —
- 1832.. .... 5 — 1871.. . . . . 6 —
- 1833.. 5 — 1875.. . . . . 21 —
- 1834.. .... 7 — 1878.. . . . . 7 —
- 1835.. 4 — Nouël.
- 1836.. 14 —
- 1837.. 2 mai 1870.. . . . . 6 avril
- 1838. 2 — 1871.. »
- E. Renou. 1872.. . . . . 31 mars
- 1873.. »
- 1849. 6 avril 1874.. \ er avril
- 1850. 6 — 1875.. . . . . 20 —
- 1854.. 5 - 1876.. . . . . 6 —
- 1858.. 7 — 1877.. —
- 1867. 7 — 1878.. . . . . 7 —
- 1871. 6 — 1879.. . . . . 8 —
- G. Boutrais. 1880.. . . . . 7
- 1881.. . . . . 14
- 1857. 1882.. 6 —
- 1859. 2 — 1883.. . . . . 4 —
- La date moyenne est le 8 avril ; mais il y a de grandes variations, surtout de 1826 à 1858, à cause des intempéries de cette époque ; à la suite du long et rigoureux hiver de 1850, des chaleurs considérables, qui ont lieu dès la fin de février, ont ramené les hirondelles dès le 27 mars. En 1857 et 1858, une saison exceptionnellement rigoureuse ne leur a permis de s’établir chez nous que le 2 mai.
- À Paris ou aux environs immédiats, j’ai observé moi-même l’arrivée des premières hirondelles pendant vingt-quatre années, de 1855 à 1885. Voici ce tableau :
- Dates de l'arrivée des hirondelles à Paris.
- 1855........... 9 avril 1872............... 11 avril
- » v 1873............... 14 —
- 1859 ........... 7 avril 1874............ 13 —
- 1860 ........... 4 — 1875............ 11 —
- 1861 .......... 13 — 1876.. .... 9 —
- 1862 ........... 6 — 1877............. 2 —
- 1865............ 12 — 1878............. 8 —
- 1864 ........... 5 — 1879............. 4 —
- 1865 .......... 13 — 1880............. 5 —
- 1866 ......... 8 — 1881.......... 9 —
- 1868 ........... 9 — 1882............ 12 —
- 1869 .......... 12 — 1885............ 12 —
- 1870............. 7 —
- Date moyenne : 9 avril, un jour plus tard qu’à Vendôme, ce qui paraît naturel. On dit qu’elles arrivent en Angleterre à peu près en même temps qu’à Paris. D’après la rapidité extrême de leur vol, on devrait croire qu’elles arrivent en Suède quelques jours seulement plus tard qu’à Paris; mais il est probable qu’elles ne se répandent pas d’une manière uniforme, car Buffon dit, d’après Linné, qu’elles arrivent à Upsal le 9 mai; elles ne s’étendraient donc de Paris à Upsal qu’avec une vitesse de 50 à 60 kilomètres par jour.
- Cettè vitesse d’extension n’a rien de commun avec la vitesse de leur vol : Spallanzani ayant fait transporter de Pavie à Milan deux hirondelles qui avaient leurs petits dans la première de ces villes, les vit revenir en treize minutes : elles avaient parcouru cette distance avec une vitesse de 140 kilomètres à l’heure ou près de 38 mètres par seconde.
- Il est bien regrettable qu’on n’ait pas de docu -ments sur l’arrivée des autres oiseaux : sur celle du rossignol, si facile à constater à cause de son chant; sur celle du coucou et de tant d’autres ; sur la date de la floraison, de la fructification des plantes, etc.
- L’attention paraît néanmoins appelée sur ce sujet; mais il faudra un grand nombre d’années pour récolter assez de faits. E. Renou.
- LA PARALDÉHYDE
- On commence à employer, depuis quelque temps, d’une façon régulière, comme succédané du chloral, un nouveau composé, la paraldéhyde.
- La paraldéhyde est un polymère de l’aldéhyde,
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- LA NATURE.
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- provenant de la condensation de trois parties de ce composé et que l’on peut obtenir par l’action réciproque de l’aldéhyde et d’un certain nombre d’agents chimiques : l’acide sulfureux, l’acide sulfurique, le chlorure de zinc, etc., en condensant par refroidissement le produit formé. La paraldéhyde cristallise et fond à 10°,5, elle bout vers 124°, mais en se décomposant: elle est inflammable, soluble dans l’eau, une partie pour neuf parties à 12°, ce qui permet d’en préparer des solutions au dixième. L’odeur de la paraldéhyde cristallisable est agréable et rappelle un peu celle du chloroforme; sa saveur est chaude et brûlante.
- Les recherches des savants italiens Y. Cervello et Morselli ont montré que l’action calmante de la paraldéhyde était semblable à celle de l’hydrate de chloral, avec cet avantage qu’elle donne un sommeil plus calme, plus régulier, sans apporter des modifications sensibles dans la circulation et la respiration. Tandis que l’aldéhyde, introduite sous la peau d’un chien, par exemple, présente des propriétés toxiques à la dose de l«r,50 à 2 grammes, la paraldéhyde, au contraire, détermine un profond sommeil, qui peut durer vingt-quatre heures et même davantage, sans être accompagné de l’anesthésie produite par une dose égale de chloral, et tel que l’on peut toujours réveiller l’animal par le pincement.
- Les nombreuses expériences de M. Dujardin-Baumetz lui ont permis de constater en outre que l’ingestion de ce médicament est moins désagréable que celle des potions au chloral.
- Le sommeil obtenu est plus calme et plus réparateur que celui déterminé par l’action du chloral et de la morphine; le réveil se fait sans mal de tête et sans pesanteur. Toutefois, cette supériorité cesse lorsqu’on compare les trois médicaments au point de vue de l’action calmante : tandis que le chloral et surtout l’opium calment la douleur quelquefois même sans déterminer le sommeil, la paraldéhyde est impuissante à produire la cessation des phénomènes douloureux. La paraldéhyde sera donc un excellent médicament dans l’insomnie, même chez celle qui survient chez les morphiomanes ; c’est ainsi que M. Constantin Paul a pu faire perdre à une malade la funeste habitude de la morphine1.
- Disons en terminant que les expériences du professeur Yincenzo Cervello ont montré que la paraldéhyde a une action antagoniste de la strychnine, à un point tel qu’elle peut lui servir de contrepoison.
- C’est ainsi qu’on a pu injecter à un lapin du poids de 1665 grammes, 4 milligrammes de nitrate de strychnine (dose quatre fois plus forte que celle nécessaire pour le tuer), et l’empoisonnement fut vaincu par une dose assez petite (2«r,5) de paraldé-
- 1 La paraldéhyde peut s’administrer à la dose de 2 à 3 grammes. M. Yvon a proposé d’administrer la solution suivante au dixième dans l’eau sucrée, à la dose de. 20 à 30 grammes :
- Paraldéhyde, 20 grammes; alcool à 90°, 100 grammes; sirop simple. .75 grammes; teinture de vanille, 5 grammes.
- hyde. A un autre lapin narcotisé par 3 grammes de paraldéhyde, on a injecté 6 milligrammes de strychnine, et l’animal a survécu. En augmentant la dose de paraldéhyde, on peut faire supporter des quantités de strychnine encore plus fortes.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'Esprit des fleurs. Symbolisme. Science, par M“° Emme-uxe Raymond. 1 vol. petit in-4°, avec 58 planches en chromolithographie. — Paris, J. Rothschild, 1884.
- Ce livre charmant orné d’un grand nombre de planches colorées, exécutées avec art par Emrik et Binjer de Ilaarlem, est le langage des fleurs, rajeuni, et qui s’applique surtout à vulgariser les notions de botanique. Les fleurs sont représentées telles qu’elles se présentent dans la nalure; et les gravures colorées de ce beau livre, ne servent pas seulement à l’amateur de botanique, elles forment un album qui pourra être utilisé pour la peinture sur porcelaine, sur faïence ou sur vélin.
- Les Campagnes d'Alexandre. La Conquête de l'Inde et le voyage de Néarque, par le vice-amiral Jurien de la Gravière, de l’Institut. 1 vol. in-18, avec 1 carte comparative de l’Inde et de ses abords au temps d’Alexandre et à l’époque actuelle. — Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1884.
- t
- Les Campagnes d'Alexandre. Le Démembrement de l'Empire, parle vice-amiral Jürien de la Gravière, de l’Institut. 1 vol. in-18, avec une carte de l’Asie Mineure au temps présent. — Paris, E. Plon, Nourrit etCie, 1884.
- A travers champs. Botanique pour tous. Histoire des principales familles végétales, par Mm°J. Le Breton, revue par J. Decaisne, membre de l’Institut. Deuxième édition. 1 vol. in-8° avec 746 vignettes. —Paris, J. Rothschild, 1884.
- Dictionnaire de Botanique par M. II. Bâillon. 70 fascicule in-4°. — Paris, ibrairie Hachette et Cie.
- Nouveau dictionnaire de Géographie universelle par M. Vivien de Saint-Martin. 23e fascicule in-4°. —Paris, librairie Hachette et Cie, 1884.
- Les Mondes disparus, par S. Zaborowski. 1 petit vol. in-52. - Paris, Félix Alcan.
- Histoire de l’Académie impériale et royàle des sciences et belles-lettres de Bruxelles, par Ed. Maiily, membre de l’Académie royale de Belgique. 2 vol. in-8. Bruxelles, F. Hayez, 1883.
- Ministère de l’Agriculture et du Commerce. Annales de l'Institut national agronomique. 6e année 1881-1882. I vol. in-8°. — Paris, Berger-Levrault et Cie, 1883.
- Die ersten Menschen und die prahistorischen Zeiten nach dem gleichnamigen Werke, des marquis de Na-daillac, herausgegeben, Von \V. Schlôsser und, Ed. Seler. 1 vol. in-8°. — Stuttgart, Verlag Von Ferdinand Enke, 1884.
- Deux professeurs allemands, M. Schlôsser et Seler,
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- LA NATURE.
- viennent de publier à Stuttgart une traduction presque textuelle, quelquefois refondue, et surtout abrégée, du bel ouvrage de M. le marquis de Nadaillac; Les premiers hommes et les temps préhistoriques. Pour compléter les chapitres relatifs à l’Amérique, les traducteurs ont largement mis à profit le récent ouvrage du même auteur, Y Amérique préhistorique. Nous apprenons d’autre part que cet intéressant ouvrage va paraître prochainement en langue anglaise, à la fois en Angleterre et en Amérique. Nous sommes heureux de voir ainsi consacrer à l’étranger les mérites de l’œuvre si consciencieuse, si méthodique et si élégante de notre savant collaborateur.
- parablement plus économique et accessible h toutes les bourses.
- L’instrument n’est autre chose qu’une de ces flûtes
- Fig. 3. — A. Traverse. — B. Rouleau. — C. Manivelle.
- UNE FLUTE AUTOMATIQUE
- QUE L’ON PEUT CONSTRUIRE SOI-MÊME
- M. Victor Smedley vient de publier dans le Scientific American, de New-York, une curieuse notice de physique récréative, dans laquelle il
- ti il
- Fig. 1. — Notation de la flûte à six trous. Les trous ouverts sont représentés par des carrés ombrés ; l’étendue de l’instrument est d’un octave avec 4 dièzes.
- indique comment on peut construire facilement un instrument de musique automatique, tout aussi
- en fer-blanc à six trous dont les marchands en plein vent inondent les boulevards à l’approche du jour de
- Fig. 4. — Tracé du support de l’instrument
- l’an, et dont le prix varie, suivant les dimensions et le fini du travail, entre dix et cinquante centimes
- Fig. 5. — Découpage de la pièce ci-dessus
- Cet instrument se joue ordinairement en débouchant et bouchant six trous disposés régulièrement
- Fig. 2. — Ensemble de la flûte automatique.
- Fig. 6. — Ensemble du mécanisme d’entrainement.
- mélodieux que les serinettes et les orgues de Bar-beri1 dont on amusait notre jeunesse, mais incom-
- 1 L’expression généralement usitée de orgue de Barbarie, est une corruption pour orgue de Barberi, fabricant de Mo-dcne, (Littré.)
- à sa surface, conformément aux indications de la figure 1, dans laquelle les petits rectangles ombrés indiquent les trous qu’il faut déboucher pour produire la note correspondante indiquée par les let tres placées à gauche de la figure. Ces lettres, dans la
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- (LA NATURE.
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- notation usitée ordinairement en France, répondent aux notes inscrites au-dessous dans le tableau suivant :
- A B G D E F G
- la si do ré mi fa sol
- Les notes diézées sont indiquées à la suite du tableau, en regard des lettres correspondantes.
- Nous voyons sur la figure 2 la forme que présente la llùte automatique toute montée, soit huit pièces en tout : la flûte, les deux flasques formant les supports du mécanisme, une traverse inférieure A (fig. o) un rouleau d’entraînement du papier B, une manivelle G, une jarretière en caoutchouc servant à solidariser la flûte et le mécanisme, et enfin la bande de papier perforée sur laquelle on découpe la mélodie à exécuter.
- Pour faire les extrémités, il faut deux planchettes ou deux morceaux de carton de un centimètre d’épaisseur environ, de G centimètres de largeur et de 8 centimètres de longueur. On les trace comme l’indique la figure 4 et on tes découpe ensuite pour leur donner la forme de la figure 5.
- On découpe dans la même planchette la traverse À (fig. 3) dont la longueur doit être perfectionnée aux dimensions de la flûte, le rouleau d’entraînement B se fait avec un manche à balai, et la manivelle G avec une tringle de rideau de vitrage ; on en prend 10 à 12 centimètres pour la manivelle et 5 ou 4 centimètres pour former le second axe du manche à balai constituant le rouleau d’entraînement.
- Le tout assemblé présente l’aspect de la fig. 5. La jarretière en caoutchouc passant sous le support et prenant la flûte en deux points la maintiendra solidement; cette jarretière sert en même temps à pousser le papier contre la traverse inférieure et lui donne ainsi une certaine tension qui facilite son application parfaite sur l’instrument et par suite l’occlusion complète des trous.
- 11 suffit de jeter un coup d’oeil sur la figure 8 pour voir comment on se sert de 1 instrument tenu avec la main gauche tandis que la main droite fait tourner la manivelle et enroule le papier.
- Le papier le plus convenable pour perforer les morceaux est le papier connu sous le nom de Rei-fjles; il vaut mieux l’avoir en rouleaux qu’en feuilles
- distinctes et rapportées bout à bout par un collage, parce que le passage de chaque collage au-dessus des trous produit une irrégularité désagréable. La longueur de la bande perforée doit être en rapport avec celles de l’air à jouer. L’air national américain Yankee doodle, dont la ligure 7 montre, à titre d’exemple, toutes les perforations, demande une bande d’environ 150 centimètres de longueur. L’écartement des trous dans le sens transversal dépend de la longueur de l’instrument. Quant à la
- longueur et à la distance, il est commode de donner 12,5 millimètres à une croche, 25 millimètres à une noire et 50 millimètres à une blanche. La largeur des trous est uniformément de 10 à 12 millimètres.
- Pour découper le papier, on commence par tracer sur la bande six lignes parallèles dont l’écartement est le même que celui des trous de l’instrument, on marque ensuite, en se servant de la musique écrite, et du diagramme de la figure 1, les différentes notes avec les longueurs qui correspondent à leurs valeurs; l’on n’a plus alors qu’à découper les petits rectangles avec la pointe d’un bon canif, ce qui se fait très aisément et très rapidement.
- En ce qui concerne l’exécution, il faut avoir soin de ne pas souffler avec trop de vigueur pour ne pas soulever le papier et livrer ainsi passage à de fausses notes.
- Nous avons cru utile de publier avec quelques détails ce mode de construction économique d’une flûte automatique, parce qu’il met bien en relief le caractère essentiellement pratique des petites inventions américaines. Il est présumable que la flûte automatique construite comme nous venons de l’indiquer ne tardera pas à faire son apparition en France^ et qu’avant le jour de Fan 1885, l’on pourra se procurer à Paris, à un prix modique, des flûtes automatiques et des airs détachés, — découpés serait le mot propre,— assez variés et assez nombreux pour satisfaire toutes les opinions et tous les goûts des jeunes néophytes de la musique. Sinon, il sera toujours possible de construire l'instrument soi-même, et l’on voit que, grâce aux indications de M. Smedley, c’est la chose du monde la plus simple.
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- mini amoataia sioqoa B n niauHSJB asiafliasa qbibqob ou bd
- Fig. 7. — Yankee doodle, air national américain, transcrit pour flûte automatique solo
- Fig. 8. — L’exécutant.
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- LA NATURE.
- FOUDRE GLOBULAIRE
- Les orages ont sévi rigoureusement en Suède l’été dernier. Dans le village Malma, près d'Upsal, on a observé, le 5 juillet 1885, le phénomène rare de la foudre globulaire. A l h. 30 m. environ après un éclair et une détonation, la foudre est entrée dans la cuisine, chez une paysanne, par une fente verticale de la fenêtre, mesurant 35 centimètres de largeur. Elle descendit, en forme d’un œuf d’or de 0œ,5 de longueur, vers le plancher sans le toucher. Cet œuf d’or s’avança lentement, le gros bout en avant, à travers la cuisine jusque dans le vestibule. La porte étant fermée il s’éleva et sortit par une ouverture horizontale de 14 centimètres de longueur et de 5 à 4 centimètres de largeur, située à une hauteur de lm,5 au-dessus du plancher. Immédiatement après, on entendit plusieurs détonations « comme une salve de mousque-terie », si fortes que tous les habitants accoururent. Cependant on ne vit rien. Un tailleur placé à la fenêtre d’une autre maison a vu le globe de feu descendre des nuages vers la fenêtre, mais, saisi de terreur, il s’enfuit et ne vit plus rien. J’ai visité la place et c’est en vain que j’ai cherché la moindre trace de feu. Les explosions successives sont peut-être dues à l’écho ? Le village est formé de plusieurs maisons, et du reste une forêt de pins (Pinus silvestris) est située à 100 mètres environ au nord-nord-est de la place; à l’ouest et au sud se trouvent de vastes plaines cultivées.
- L’orage et le vent sont venus de l’ouest, et la fenêtre par laquelle entra la foudre globulaire regarde l’ouest. Evidemment le globe de feu a suivi le tirage de l’ouest-est de la fenêtre entre ouverte vers l’ouverture à la paroi est du vestibule *.
- La grandeur du phénomène n’est guère exagérée par les deux femmes qui y assistaient avec deux enfants ; la petite fille ne fut même pas effrayée, car elle s’écria immédiatement après : « Maman, as-tu vu si l’homme d’or avait des pieds! »
- Considérant que le globe s’est formé immédiatement après le coup de tonnerre et qu’il a suivi le courant d’air, ce qui semble le plus probable, c’est qu’il était formé de gaz explosif. Par conséquent, la foudre globulaire ne serait pas du tout une espèce de foudre, mais plutôt un phénomène secondaire ou un produit de la foudre. Elle se distinguerait alors des brouillards ou des nuages luisants parce quelle consiste, au moins en partie, en gaz explosifs formés par la décharge électrique. D’un autre côté, la foudre globulaire a peut-être une liaison intime avec les éclairs persistant quelquefois pendant des secondes, comme des traits lumineux1 2.
- HiLDEBRAND-HlLDEBR ANDSON.
- CHRONIQUE
- Culture «le la betterave en Algérie. —La plupart des journaux scientifiques de l’Algérie, et notamment L’A Igérie agricole ont signalé les tentatives faites depuis deux ans par M. Bernou, pharmacien-major, pour introduire la culture de la betterave dans notre colonie. Les
- 1 En entrant, quelques jouets d’enfants placés sur la fenêtre furent renversés, et en sortant, un peu de mousse qui se trouvait dans l’ouverture fut jetée au dehors et, quoique sèche, ne fut pas hrùléei
- 2 Extrait d’une lettre à JL Léon Teisserene de Dort»
- résultats obtenus ont été des plus encourageants. Le rendement avec la betterave blanche, à sucre, à collet vert a été de 35000 kilogrammes à l’hectare, avec le Tankard doré il a été de de 48 000 kilogrammes et avec le Mammouth rouge-longue de 70 000 kilogrammes. M. Bernou croit pouvoir conseiller comme étant très avantageuse la culture de la betterave Mammouth rouge longue. Cette variété donne le rendement à l’hectare le plus élevé ; le jus que l’on en retire est riche en sucre et peut fournir aisément de l’alcool; enfin les résidus sont particulièrement appréciés des éleveurs de bétail. Les semis se feraient au commencement d’avril et la récolte vers la fin d’août. Au sujet des semis, M. Bernou insiste sur ce fait, important pour le cultivateur, que les betteraves sont d’autant plus riches en sucre qu’elles sont moins éloignées les unes des autres. Ainsi, des betteraves distantes de 55 à 40 centimètres sont moins riches en sucre que des betteraves dont la distance ne serait que de 25 à 50 centimètres. Ces dernières, il est vrai, sont moins grosses, mais elles sont en plus grand nombre ; de sorte que le rendement en poids pour une surface déterminée reste le même.
- Nouvel Observatoire «le « La Plata ». — Le
- dernier courrier du Rio de la Plata apporte la nouvelle intéressante de la création d’un nouvel Observatoire dans l’Amérique du Sud, où ils sont malheureusement encore si peu nombreux. Le gouverneur de la Province de Bue-nos-Ayres, M. Dardo Rocha, qui a déjà tant contribué aux récents progrès accomplis dans la Confédération Argentine, a fait décréter la fondation d’une nouvelle ville, La Plata, comme capitale de la provmce. Cette ville, déjà commencée à la Ensenacla de Baragati, sur le bord du fleuve, va être pourvue d’un observatoire dont le directeur nommé est M. Beuf, lieutenant de vaisseau très distingué de notre marine, ancien directeur de l’Observatoire de Toulon, et dernièrement encore directeur de l’Ecole navale argentine. Le décret attribue à M. Beuf une solde annuelle de 24 000 francs et une somme de 100000 francs pour les premières constructions, avec l’autorisation de choisir son personnel. Il peut disposer déjà d’un certain nombre d’excellents instruments, construits en France pour l’observation du passage de Vénus aux frais du gouvernement argentin. Le dernier courrier apporte de plus la commande de nouveaux instruments.
- [Bulletin astronomique.)
- Ecorce «le bols «le chien (Dogwood).— Depuis quelque temps, on rencontre en Angleterre, dans le commerce de la droguerie, une nouvelle écorce connue sous le nom de bois de chien ; c’est la Piscidia érythrea (Ja-maïca Dogwood). Cette écorce très riche en résines solubles dans l’éther contiendrait aussi, d’après Edwards Hart, un principe actif, la piscidine ; toutefois, les recherches de cet auteur sont assez vagues pour qu’il soit permis de supposer qu’il n’a pas encore isolé ce principe actif à l’état pur. La piscidia jouit de propriétés narcotiques assez puissantes pour que les indigènes de la Jamaïque l’emploient en solution alcoolique qu’ilsversent dans l’eau pour narcotiser les poissons qui se laissent alors prendre très facilement. Essayée sur l’homme, la piscidia aurait donné des résultats analogues ; c’est ainsi que différents médecins anglais auraient constaté qu’elle provoque un sommeil très calme et dépourvu au réveil de toute sensation pénible ou désagréable, en même temps qu’elle est susceptible de calmer les douleurs les plus vives.
- Corvettes cuirassées chinoises. — Le 8 janvier dernier, a eu lieu, a Kiel, avec plein succès, le lancement
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- LA NATURE.
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- de la corvette cuirasséeNan-Shuin (Bénédiction du Sud), construite dans le chantier llowaldt pour le compte du gouvernement chinois. Le 12 du mois précédent, une autre corvette du même type, la Nan-Thin (Bijou du Sud), avait été lancée dans le même port. Les dimensions étant semblables pour l’un comme pour l’autre de ces bâtiments, nous nous bornerons à donner celles de la Nan-Shuin :
- Longueur à la flottaison, 77 mètres; longueur totale, 84 mètres; largeur, llm,5 ; hauteur, 7m,125 ; tirant d’eau, à"',5; déplacement, 2200 tonneaux.
- La Nan-Shuin est construite, dans toutes ses parties, en acier allemand de première qualité, d’après les plans du Llyod germanique. Elle recevra les gréements d’une barque et sera armée de 2 canons de 21“/m et de 8 canons Armstrong de 127“. Elle sera, en outre, pourvue de mitrailleuses pour la protéger contre les bateaux-torpilleurs. Sur son pont, seront installées huit embarcations, dont deux à vapeur et un bateau-torpilleur. Deux machines compound horizontales, recevant la vapeur de deux chaudières cylindriques et pouvant développer une force de 2400 chevaux indiqués, donneront à ce navire une vitesse de 14“5 à 15 nœuds.
- (Gazette de VAllemagne du Nord.)
- Température des glaciers. — L’étude de la répartition de la chaleur dans le corps des glaciers a conduit M. F. A. Forel à la conclusion que la masse profonde des glaciers doit avoir une température constante, laquelle est de plus en plus basse à mesure que l’altitude augmente, depuis 0° C. dans la région inférieure des glaciers jusqu’à quelques degrés au-dessous de 0 à l’origine du névé. Cette masse à température invariable est revêtue d’une couche superficielle où la température varie de l’été à l’hiver ; l’épaisseur de la couche à température variable est d’autant plus forte que le glacier est plus crevassé. M. Forel suppose que la couche superficielle à température variable est seule mobile, et glisse sur la masse profonde à température constante, laquelle resterait immobile, A l’appui de cette hypothèse, M. Forel indique les creux connus sous le nom de Marmites des Géants et le terrain glaciaire (Gletscher-Garten), de Lucerne, lesquels témoignent de l’immobilité longtemps prolongée du canal d’eau qui, tombant du glacier, a évidé le rocher.
- Force du vent. — Pendant la tempête du 12 décembre 1883, la force du vent au port du Firth of Forth (Écosse) sur une plaque anémométrique de 14 centimètres carrés, fut de 188 kilogrammètres par mètre carré ; sur une plaque plus grande, de 28 mètres carrés, l’effort du vent fut de 105 kilogrammètres [seulement par mètre carré.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 51 mars 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Séance très courte, ouverte fort tard et réduite dès 4 h. 1/2 par un comité secret.
- Halithcrium Chouqueti. — M. Albert Gaudry met sous les yeux de l’Académie 14 côtes de lamentin fossile provenant des marnes à huîtres de Louveciennes. Ces côtes fort différentes de celles de VHalilherium Guettardi si fréquentes au même niveau géologique, sont beaucoup plus grosses et plus lourdes qu’elles. Déjà en 1841 on en avait trouvé quelques débris dans le fossé des fortifica-
- tions de Belleville. M. Gaudry propose d’en faire une espèce nouvelle sous le nom d’//. Chouqueti, en l’honneur de M. Chouquet, auteur de la découverte.
- Astronomie. — Au nom du Bureau des Longitudes M. Fave présente le troisième volume d’un Annuaire résultant de la collaboration des jeunes officiers de marine et des missionnaires scientifiques dont l’éducation astronomique s’est faite à l’Observatoire de Montsouris. Grâce à l’habile direction de MM. Mouchez et Lcewy, plus de cent élèves de ce genre se sont déjà formés et l’on a pu juger de la valeur des services qu’ils peuvent rendre à la science, par leur fructueuse collaboration à l’observation du passage de Vénus.
- Origine du sucre de lait. —La conclusion d’expériences exposées par M. Bert est que la mamelle ne fabrique pas la lactose mais extrait du sang un principe sucré tout formé. L’auteur pense que le siège de cette production glycogénique est le foie, mais il annonce pour plus tard un complément de notions à cet égard.
- L’Exposition du Cap Horn. — C’est avec beaucoup d’éloges bien mérités que M. Alphonse Edwards présente une notice de notre savant confrère M. E. Rivière, sur l’exposition, ouverte en ce moment, des instruments et des collections dépendant de l’expédition scientifique du Cap llorn. Cette notice, véritable guide des visiteurs, contient après un historique de l’expédition des notions aussi sûres que variées sur les progrès qu’elle a procurés à la physique du globe, à l’électricité atmosphérique, au magnétisme terrestre, à l’hydrographie, à la géographie, à l’astronomie, à la zoologie, à la botanique, à l’anthropologie.
- Varia. — Un très beau halo solaire avec parhélie a été observé le 29 mars par J41. Renou. — M. Isambert expose une théorie générale de la dissociation. — La surchauffe cristalline du soufre est étudiée par M. Cernez. — M. Gonnard signale la diffusion de la zéolithe dite Chris-tiannite dans les laves anciennes du Puy-de-Dôme et de la Loire. — D’après M. Maumené, certains vins renfermeraient jusqu’à 7 milligrammes de manganèse par litre. — Le ministre des télégraphes adresse la liste des coups de foudre observés l’an dernier en France. — Deux mémoires sur les comètes sont déposés sans détails par M. Faye. — D’après M. Ch. Richet, la piqûre du cerveau produit presque immédiatement une élévation de 2 à 5 degrés de la température de l’organisme et conséquemment la mort. Stanislas Meunier.
- DISPOSITION DE
- PILE A RENOUVELLEMENT AUTOMATIQUE
- DES LIQUIDES
- M. Estève a récemment construit un générateur d’électricité qu’il présente comme énergique, constant, toujours prêt à fonctionner ; l’appareil est destiné à produire de la lumière, a actionner des moteurs(électriques, de grandes bobines d’induction, etc.
- Nous allons en donner la description d’après les renseignements que M. Estève nous a communiqués à ce sujet.
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- LA NATURE.
- « La figure ci-dessous représente une batterie de 6 éléments avec un réservoir de liquide R muni à sa partie inférieure d’un robinet destiné à faire arriver le liquide dans la pile. Le vase d’un élément est de forme rectangulaire ; à la partie supérieure se trouvent deux tubulures placées sur les faces les plus grandes. La première tubulure, du premier vase, reçoit l’extrémité d’un tube de sûreté A dont l’autre extrémité communique à la partie supérieure du réservoir R, ce tube est destiné à régler l’écoulement du liquide dans la pile. Si le robinet r était trop ouvert, le liquide pourrait passer au-dessus du vase, mais il boucherait l’orifice du tube A et l’air ne pénétrant plus dans le réservoir R arrêterait, automatiquement, l’écoulement du liquide. La deuxième tubulure, du premier vase, est munie d’un tube de plomb 1 dont une extrémité plonge à la partie supérieure du second vase ; les autres tubes sont ainsi disposés dans les vases suivants. Le renouvellement des liquides s’effectue par déplacement en s’écoulant de bas en haut d’un élément dans l'autre et les liquidas sortent de la pile, en D, après avoir servi 6 fois.
- Les électrodes des deux premiers éléments ont été enlevées pour laisser voir la disposition des tubes.
- « Dimensions. — Le zinc Z présente une surface de 0,15 x 0,20 centimètres avec dimensions ; on le coupe sans perte dans les feuilles du commerce; on peut le retourner de bas en hauj; lorsqu’un côté a été usé, ce qui permet de l’utiliser entièrement. L’électrode négative est formée par quatre charbons; chacun d’eux a 0,08 x 0,21 centimètres, ces quatre charbons sont
- moins fragiles et plus commodes à manier que deux charbons qui présenteraient la même surface. On a représenté, à gauche de la figure, la disposition des charbons cc. Ils sont fixés à une lame de cuivre a, sur laquelle est soudée une autre lame de cuivre L coudée à angle droit, il y a ainsi deux paires de charbons par élément; elles reposent simplement sur une planchette convenablement découpée pour les recevoir. On voit sur la planchette les deux lames L L destinées à être mises en contact avec le zinc de l’élément voisin, un moyen de pinces qui relient les électrodes entre elles. Cette disposition permet un démontage facile et rapide-de toutes les parties de la pile.
- s La caisse renferme les 6 éléments : 0,45 x 0,23 centimètres. .
- « Chargement, travail et durée de la pile. — J’ai fait un grand nombre d’essais avec des solutions de bi-chromate de potasse plus ou moins saturées, et la solution suivante est celle qui m’a donné les meilleurs résultats.
- « Avec une plus grande quantité de sel il se forme des cristallisations dans la pile.
- Volt.................
- Résistance...........
- Travail disponible dans le circuit extérieur.
- Constantes et travail d’un élément ayant un zinc de 0,16” X 0.20.
- •1,9
- 0,05
- 1\839
- Constantes et travail d’un élément Bunsen rond (grand modèle; 0,2U” X 0,30
- . . 1,8
- . . 0,24
- . • 0,314
- Disposition de pile à renouvellement automatique du liquide.
- kilogr.
- Bi-chromate de potasse .... 1
- Acide sulfurique.................2 litres
- Eau..............................8 litres
- « Le travail disponible dans le circuit extérieur est dé E‘J
- duit de la formule T = —r,-------.
- 4 Rxît,8l
- « On voit qu’un élément ainsi chargé donne autant d’énergie que 5,3 grands éléments Bunsen.
- « Avec 10 litres de solution on charge une batterie. Elle peut fournir, pendant 5 heures, un courant de 7 ampères
- avec une différence de potentiels de 9 volts aux bornes de la pile. Le travail, d’après la for-EI
- mule—’ = 6,422 ki-9
- logrammètres par seconde; avec une résistance plus faible dans le circuit extérieur, elle peut produire un courant de 19 ampères, pendant une heure et demie; dans ce cas la résistance du circuit extérieur égale la résistance intérieure de la pile; à l’i m m e r s i o n des électrodes dans des liquides neufs et avec une résistance nulle dans le circuit extérieur, le débit peut atteindre prèsde les liquides pendant la 7 ampères, en faisant
- 100 ampères. En renouvelant marche on maintient un débit de passer dans la batterie environ un litre de solution par heure ; on n’emploie donc pour 5 heures que 5 litres au lieu de 10 qui"*sont nécessaires quand on ne renouvelle pas les liquides pendant que la pile est en action.
- « Le prix du kilograminètre-heure n’indique pas la dépense qu’occasionne une pile, car cette dépense dépend du travail qu’on lui fait rendre ; avec un grand débit le prix du kilogramraètre-heure peut dépasser 0,25 centimes et dans d’autres cas il n’atteint pas 0,005 centimes.
- « Lorsqu’on emploie cette même pile en plaçant le zinc dans un vase poreux avec de l’eau, et les charbons dans le vase extérieur avec la solution bi-chromalée, ci-dessus désignée, le prix du kilogrammètre-heure est moins élevé qu’avec la pile sans vase poreux, le courant est plus constant, mais il n’est pas possible de débiter plus de 18 ampères avec de bons vases poreux et une résistance nulle dans le circuit extérieur ; de plus, ces vases poreux présentent, le plus souvent, l’inconvénient de se fendre, à cause delà cristallisation des sels qui se produit dans les pores. »
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandikh.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- K* 56 7. — 12 AVRIL 188 4.
- LA MATURE.
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- BÂTEAU À VAPEUR PORTATIF
- I.E (( STANLEY ))
- VAssociation africaine internationale, qui a entrepris l’exploration du Congo, sous la direction de
- Stanley, a l'ait récemment construire en Angleterre une embarcation à vapeur, qui se monte et se démonte facilement en compartiments étanches et transportables à bras d’hommes. Tous les journaux scientifiques de l’Angleterre ont signalé cette construction, si bien faite pour faciliter l’exploration
- des pays où les fleuves sont les seules routes que l’on puisse suivre. En considérant ce beau steamer, auquel on a donné le nom du hardi voyageur américain, le Stanley, nous ne pouvions nous empêcher de suivre par la pensée notre intrépide compatriote, Savor-gnan de Brazza, qui est assurément bien loin de profiter de ressources analogues à celles dont dispose aujourd’hui son heureux rival 1
- Le steamer le Stanley, dont la coque mesure 21 mètres de longueur sur 5m,50 de largeur (fig. 1), a été construit par les constructeurs anglais, Yar-row and C°. Ce navire est formé par l’assemblage de huit caissons étanches, en métal creux, qui, une fois séparés, sont facilement transportés sur un chariot à roue, attelé de quatre hommes seulement 4!" lance. — 4" «emeslre.
- Fis- 2.
- (fig. 2). Ces caissons reçoivent en même temps les bagages de l’expédition.
- « En outre de la proue et de la poupe, le bateau est composé de six pontons oblongs en tôle d’acier
- galvanisé, mesurant 5m,50 de longueur, sur 2m,60 de largeur et lm,20 de hauteur. Comme son tirant d’eau n’est que de O111,58, le montage ou la division des sections peuvent être effectués très près du rivage, et le transbordement ne présente aucune difficulté. Le propulseur consiste en une roue à palettes dont l’axe est commandé à chacune de ses extrémités par une machine à vapeur. Les générateurs, du modèle demi-fixe, sont placés à l’avant; ils ont de grandes surfaces de grille pour permettre d’alimenter le foyer avec du bois, et ils peuvent émettre de
- 20
- Transport à terre de l’un des compartiments du bateau à vapeur le Stanley.
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- LÀ NATURE.
- la vapeur à une pression de 10 kilogrammes. Dans chaque moteur, le cylindre à 0m,260 de diamètre pour O^jTôO de course, et la bielle de la tige du piston actionne directement une manivelle calée avec l’arbre de la roue à palettes; celle-ci mesure 5 mètres de diamètre et 3ra,70 de largeur. Les chaudières et les machines étant placées aux deux extrémités du bateau, soumettent la coque à des efforts de flexion dont il a fallu tenir compte; à cet effet, tous les caissons sont solidement entretoisés par des tirants en acier très légers.
- « Pour donner à cette embarcation de grandes facilités d’évolution, elle est pourvue d’une paire de gouvernails équilibrés ; c’est là une condition indispensable à satisfaire, quand il s’agit de naviguer sur des rivières très accidentées et sinueuses. Avant de fréter le Stanley pour le Congo, on a fait quelques essais en présence de plusieurs ingénieurs du gouvernement belge. Il s’agissait de se rendre compte, par une expérience pratique, de la durée des opérations qui consistent, d’une part, à assembler les divers éléments de la coque et, d’autre part, à les transformer en véhicules après les avoir démontés. Pour effectuer ce travail, on a employé douze ouvriers et trois apprentis ; cette équipe est parvenue à opérer le montage de deux sections, préalablement lancées à l’eau, en vingt-trois minutes ; il s’ensuit que l’ensemble de l’opération exige trois heures environ, si tous les caissons se trouvent réunis et mis à flot en même temps. Dans le second essai, les deux éléments précédemment assemblés furent démontés par le même personnel, en huit minutes; la coque entière aurait donc exigé une heure de travail. Ces résultats prouvent que le mode de construction, adopté par MM. Yarrow and C°, offre des facilités remarquables pour la mise à l’eau et la transformation en véhicules, du steamer le Stanley. Les méthodes suivies jusqu’ici en vue d’arriver au même but ne paraissent pas aussi simples ; elles présentent certaines difficultés de lançage qui ne sont pas facilement surmontées dans les contrées lointaines où les moyens d’action font le plus souvent défaut1. »
- Les roues motrices du Stanley sont placées à l’arrière, afin de pouvoir fonctionner avec un très faible tirant d’eau. Une disposition analogue a été adoptée pour les canonnières que le gouvernement français a fait construire en vue de naviguer sur les fleuves du Tonkin.
- Le steamer monté, est fort commodément aménagé. Des cabines sont élevées au centre pour donner asile aux voyageurs. Elles sont construites au-dessous d’une passerelle abritée du soleil par une toile tendue à la façon des stores. On conçoit quelles incomparables facilités un tel navire peut offrir à l’explorateur pour remonter les grands fleuves africains. Gaston Tissandier.
- 1 Revue industrielle. Noire grande gravure est empruntée à l’Engeneering, et nos documents complémentaires aux journaux Iron et Engineer.
- CHEMINS DE FER À VOIE UNIQUE
- LE « STAFF AND TICKET SYSTEM »
- L’exploitation des chemins de fer à voie unique, qui s’effectue déjà sur une notable portion du réseau français, est appelée à un grand développement, lorsque les lignes nouvellement projetées auront été construites. Il n’est donc pas hors de propos de dire ici quelques mots sur le mode de circulation à voie unique, et en particulier sur un mode d’exploitation peu connu chez nous, mais très usité en Angleterre, le Staff and ticket system.
- Sur les lignes à voie unique, il existe le plus souvent, dans les gares et stations, une voie d’évitement ou de croisement : dans ces gares et stations les trains et les machines doivent toujours prendre et suivre la voie de gauche, par rapport au sens du mouvement. De cette façon, aucune collision n’est à redouter. Mais ce qu’il importe d’éviter à tout prix, c’est que deux trains ne s’engagent en sens contraire dans l’intervalle de deux stations ; en d'autres termes, on ne doit jamais faire partir un train sans avoir la certitude que la voie est complètement libre.
- À cet effet, deux systèmes d’exploitation sont en présence : le premier, qui est en usage sur le réseau de l’Est seulement, consiste dans l’obligation pour le chef de gare de demander la voie par le télégraphe à la station suivante avant le départ de tout train ou machine, et de ne donner le signal de départ qu’après avoir reçu l’assurance qu’aucun train marchant en sens contraire, n’est déjà engagé sur la voie et que tous ceux qui se présenteraient à ia gare suivante y seront retenus jusqu’à l’arrivée de celui qui va se mettre en marche. La dépêche à passer est ainsi libellée :
- « Le train n°... peut-il partir? »
- Si rien d’anormal ne se passe, la station suivante répond :
- « Oui, le train n°... peut partir. »
- Alors seulement ce train peut être mis en marche, et il est annoncé à la station vers laquelle il se dirige, par une nouvelle dépêche ainsi conçue :
- « Le train n°... part. »
- Le deuxième système, qui est adopté par toutes les autres Compagnies, dispense de demander la voie et d’annoncer le départ des trains réguliers, à condition, toutefois, qu’il ne soit apporté aucun changement dans les points de croisement et que l’ordre des trains réguliers, facultatifs ou spéciaux ne subisse aucune interversion. Les points de croisement sont, d’ailleurs, rigoureusement déterminés à l’avance, et, sur ces points, les signaux avancés des deux côtés sont tournés à l’arrêt dix minutes avant l’heure de l’arrivée du premier train; ils sont ensuite effacés successivement pour faire entrer chaque train en gare. Certaines Compagnies, celle du Midi, par exemple, ont adopté la règle d’interdire constamment l’entrée des gares de la voie unique, au moyen des disques à distance, en dehors des heures d’arrivée des trains ; cette habitude a paru à d’autres Compagnies être de nature à affaiblir dans l’esprit des agents l’importance de ces signaux, et elles ont jugé préférable de ne mettre les disques à l’arrêt que pour un motif d’utilité réelle. Du reste, la règle de laisser les signaux avancés normalement à l’arrêt ne semble gupre compatible avec l’usage des trains directs ou express, qui doivent traverser certaines stations sans s’y arrêter.
- Quant aux trains facultatifs, qui sont prévus sur les
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- LA NATUIIE.
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- livrets de marche, mais qui n’ont lieu que suivant les besoins dü service, et aux trains spéciaux, qui ne sont pas prévus et dont la marche est tracée spécialement pour la circonstance, ils doivent être annoncés à l’avance à toutes les stations de la voie unique situées sur leur parcours, par un ordre écrit émanant d’un agent supérieur responsable, dit agent spécial de la voie unique. Cet agent est ordinairement le chef de la station tête de ligne de l’embranchement. Les stations accusent réception de cet ordre à l’agent spécial, et l’ordre de départ ne peut être donné qu’après qu’il est en possession des réponses de tous les chefs de station.
- Enfin, lorsque dans une gare où doit s’effectuer un croisement régulier, un des deux trains est arrivé et que l’autre est en retard, le chef de gare se concerte avec le chef de la première station située du côté du train en retard, et, s’il reçoit l’assurance que le train en retard n’est pas arrivé à cette station, qu’il y sera arrêté et gardé jusqu’à l’arrivée du train marchant en sens contraire, il donne au train qu’il a en gare l’ordre de continuer jusqu’à la station avec laquelle il s’est mis d’accord. Là, en prenant les mêmes précautions, on peut faire continuer le train jusqu’à la première station suivante, et ainsi de suite jusqu’à la station où le croisement des deux trams peut avoir lieu. 11 va sans dire que cette entente entre gares donne lieu à un échange de dépêches télégraphiques.
- Le staff and ticket System (système du bâton et du bulletin), qui est, avons-nous dit, très employé en Angleterre, donne une sécurité absolue contre toute chance de collisions sur voie unique, sauf le cas de rencontre de véhicules en dérive. Toutefois il n’est guère applicable qu’aux lignes à faible trafic.
- BULLETIN N°
- LONDON, CHATHAH AND DOVER IIAILWAY
- Bulletin tenant lieu de buton de train
- Train n°.......
- de.................... à
- AU MÉCANICIEN ET CHEF DE TRAIN
- Vous êtes autorisé à aller de.....à
- et le train qui porte le bâton suivra. Signature :
- Chef de gare de Le...................188 .
- MODÈLE DE BULLETIN
- Un bâton de train ou un bulletin de train doit être emporté par tout train ou machine: sans ce bâton ou ce bulletin, aucun train ne peut circuler sur la ligne. Aucun train, aucune machine ne peut quitter une gare à bâton si le bâton de la portion de la ligne à parcourir n’est pas présent à cette gare. L’agent chargé de la surveillance de la gare a seul qualité pour recevoir ou pour délivrer le bâton ou le bulletin. Lorsqu’un train ou une machine part d’une gare, si aucun train ni machine ne doit suivre dans la même direction avant que le bâton soit ramené par un train en sens contraire, le chef de gare remet le
- bâton au mécanicien, qui le place sur une douille aménagée ad hoc sur la machine. Si, au contraire, d’autres trains ou machines doivent suivre la même direction avant que le bâton puisse être ramené au point de départ, un bulletin indiquant que le bâton reste en arrière et suivra plus .tard, est donné par le chef de gare au mécanicien du premier train ou de la première machine; dans ce cas, le bâton de la gare doit lui être montré. On opère de même pour tout autre train ou machine, excepté pour le dernier, auquel on remet le bâton. Dès que le bâton a été expédié, aucun train, aucune machine ne peut plus partir dans la même direction, car, à supposer que le chef de gare voulût remettre un bulletin au mécanicien, comme il ne pourrait pas lui montrer le bâton, le devoir du mécanicien serait de refuser de partir, et cela jusqu’à ce que le bâton fût revenu au point de départ. Une infraction à ce principe le rendrait passible d’une révocation.
- Aucun mécanicien conduisant un train ou une machine hiut-le-pied ne doit partir d’une gare avant d’avoir reçu le bâton ou bulletin spécial au parcours qu’il a à effectuer et il ne doit le recevoir d’aucun autre agent que de celui qui surveille la gare à ce moment. Il doit d’ailleurs, quand il est en possession du bâton ou du bulletin, attendre que le chef de train lui ait transmis le signal de départ et que les signaux aient été faits. En arrivant à la gare jusqu’à laquelle le bâton ou le bulletin s’étend, il doit le remettre immédiatement au chef de gare
- Chaque bâion porte, gravés ou marqués, les noms des stations extrêmes de la portion de ligne à laquelle il s’applique. En outre, les bâtons, boîtes et bulletins des différentes sections sont peints de couleurs différentes. Les bulletins sont conservés dans une boîte fermée par un ressort intérieur; et c’est le bâton de la section lui-même qui sert de clef pour ouvrir cette boîte, de sorte que si la boîte à bulletins est tenue soigneusement fermée, il est impossible de prendre des bulletins tant que le bâton de la section est absent de la gare. Enfin, quand le bâton est dans une gare, il ne doit pas être laissé dans la boite, mais placé en évidence sur des crochets disposés au dehors.
- Tel est, en résumé, le fonctionnement du Staff and ticket systern. Nous aurions pu, à propos de l’exploitation des lignes à voie unique, dire aussi quelques mots des cloches allemandes, qui ont donné de si bons résultats sur les chemins de fer français, mais nous préférons réserver cet intéressant sujet, qui fera l’objet d’un prochain article. Al, Laplaiche,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- L’ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE
- SA PRODUCTION INDUSTRIELLE ET SES USAGES.
- L’attention du monde scientifique a été attirée depuis quelques années par les recherches si curieuses de MM. Gailletet et Wroblewski sur la liquéfaction des derniers gaz permanents qui, jusqu’alors, avaient résisté aux pressions cependant considérables exercées dans l’appareil de Thilorier pour obtenir la liquéfaction, puis la solidification de l’acide carbonique.
- 11 semblerait de prime abord que de telles expériences ne pussent avoir qu’un intérêt purement scientifique, mais les applications industrielles de
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- l’acide carbonique liquide qu’on vient de réaliser en Allemagne, montrent qu’une expérience qui n’est considérée à son origine que comme une curiosité scientifique, peut cependant devenir le point de départ d’applications industrielles aussi singulières que remarquables.
- MM. Raydt et Kunbeim reproduisant, en grand l’appareil qui sert à réaliser, dans les cours de chimie, un certain nombre d’expériences sur l’acide carbonique liquide et gazeux viennent en effet de faire breveter un appareil pour emmagasiner industriellement l’acide carbonique liquide.
- Cet appareil (fig. 1) se compose d’une bouteille, ou fort tube en fer soudé a; à chaque extrémité de ce tube des plaques épaisses b et c sont ajustées en cône et soudées. La soupape en cuivre rouge cl est vissée dans la plaque du haut c. La fermeture de la soupape est effectuée au moyen de la tige en acier taraudée e. Pendant le transport, l’obturateur g est vissé sur le manchon /’, et tout le mécanisme de la soupape est protégé par le chapeau h. Pour se servir de la bouteille, on enlève le chapeau et l’obturateur, puis on relie la bouteille à la chaudière au moyen d’un raccord ou tube de communication.
- L’appareil est rempli d’acide carbonique pur, liquide, qu’on produit et qu’on purifie par les procédés connus et qu’on comprime dans la bouteille au moyen de machines puissantes ; chaque bouteille peut contenir environ 8 kilogrammes d’acide carbonique liquide équivalent à 3500 litres d’acide carbonique gazeux, à la pression ordinaire. Avant d’être employées, les bouteilles sont du reste soumises en présence d’agents de contrôle à une pression de 250 atmosphères, tandis que l’acide carbonique liquide à 0° n’exerce qu’une pression de 56 atmosphères qui monte à 74 par le chauffage à 50°. Comme la pression est constamment calme et régulière, tout danger se trouve exclu ; aussi l’administration des chemins de fer allemands a-t-elle cru, après une enquête minutieuse, pouvoir autoriser l’expédition des bouteilles remplies d’acide carbonique, par tous les trains.
- Jusqu’à présent cet acide carbonique liquide a été surtout employé en Allemagne pour monter la bière dans les brasseries; on évite ainsi l’accès de l’air
- dans les tonneaux et les fermentations acides que les germes de cet air peuvent y produire. La figure 2 montre l’installation de l’appareil. L’acide carbonique liquide se trouve dans la bouteille en fer forgé a; cette bouteille peut être mise en communication par i avec un réservoir en tôle pouvant supporter facilement une pression de 4 à 5 atmosphères et qui reste à demeure chez le brasseur : pour établir la communication, on relève la poignée c et on ouvre ainsi à la fois les deux robinets d et e, dont le premier met la bouteille en communication avec la chaudière qui, elle-même , est réunie, par le deuxième robinet, à la soupape de sûreté f.
- On ouvre ensuite la soupape h de la bouteille, en tournant à gauche la clef à quatre bras g, tout en surveillant attentivement le manomètre k. L’acide carbonique, sous la forme gazeuse, se rend rapidement dans la chaudière par le tube de raccord i, de sorte qu’en quelques secondes la pression désirée, de 1 à 2 atmosphères, est atteinte, comme il est facile de le constater au manomètre. On ferme alors la soupape h de la bouteille en tournant fortement à droite la clef g, puis on ferme les deux robinets d et e en rabattant la poignée c.
- La figure 2 représente différentes sortes de tirage. Dans le tonneau I, l’acide carbonique traverse d’abord un réservoir de vidange m destiné à recevoir la petite quantité de bière qui pourrait engorger la conduite par suite des différences de pression entre le tonneau et le réservoir b, puis il passe dans le siphon et pousse la bière au robinet de tirage n.
- L’installation du tonneau II est plus commode ; l’acide carbonique sort de la chaudière au-dessous du manomètre k, va d’abord au comptoir et de là est dirigé à volonté dans le tonneau II par l’ouverture du robinet o. La pression existant dans ce tonneau se reconnaît au manomètre, et on la règle au moyen du robinet o; la bière est tirée par le robinet q.
- Pour le tonneau III, l’acide carbonique passe de nouveau par le réservoir à bière et le tirage se fait directement par le siphon sans conduite.
- Enfin dans la disposition du tonneau IV le siphon aussi est évité ; l’acide carbonique arrive sur la bière par la bonde du tonneau, de sorte que la bière est
- Fig. 1. — Bouteille de fer contenant l’acide carbonique liquide.
- Fig. 2. — Emploi de l’acide carbonique liquide pour monter la bière dans les brasseries.
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- tirée directement du tonneau par le robinet s, sans I bonique liquide dans la fabrication de l’eau deSeltz, aucun tuyau. En dehors de cette application toute I des eaux minérales artificielles, de la tisane de Cham-spéciale, M. Raydt a proposé l'emploi de l’acide car- | pagne, etc., en un mot, de toutes les boissons gazeuses.
- Il suffit de faire arriver dans les liquides que l’on veut transformer en boissons gazeuses, l’acide carbonique provenant du réservoir d’acide carbonique liquide que nous avons décrit plus haut. Dans le même ordre d’idées, les inventeurs ont appliqué leurs appareils à divers genres d’extincteurs et de pompes à incendies qui ont donné les meilleurs résultats dans la pratique. La figure 5 donne une idée générale d’une pompe à incendie à laquelle on a appliqué le système baydt, et la figure 4 donne le détail de l’introduction de l’acide carbonique dans le récipient chargé d’eau ou d’une solution saline (phosphate d’ammoniaque, acide borique ou autre) plus efficace que l’eau pure. L’acide carbonique passe de 13 en A par l’intermédiaire d’un tube C qui est criblé de trous par lesquels s’échappe l’acide carbonique gazeux.
- En b se trouve un petit volant r servant de régu-
- lateur de pression et muni d’un manomètre m ; lorsque l’eau acidulée atteint la pression déterminée par le régulateur b, elle s’échappe par le robinet e et peut être dirigée en longueur et en hauteur pour éteindre le feu. On peut aussi introduire directement le gaz dans la chaudière d’une pompe à vapeur qu’il sert à actionner pendant le chauffage de l’eau comme cela a déjà été appliqué à Berlin.
- L’acide carbonique liquide a trouvé aussi un emploi très intéressant dans la production des fontes compactes. Dans ce procédé, usité maintenant d’une façon normale dans les usines de M. F. A. Krupp, à Essen, le moule est fermé hermétiquement aussitôt après la coulée, et l’on fait entrer, par la partie supérieure, en ouvrant la soupape d’un réservoir à acide carbonique liquide, du gaz à haute pression. Pour augmenter cette pression et la régulariser, le réservoir à acide carbonique liquide est chauffé au bain-
- Fig. 4. — Detail du mécanisme d’ceoulement de l’acide carbonique liquide.
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- marie. La pression est exercée jusqu’à ce qu’il ne se manifeste plus, dans la coulée, aucune tendance à la formation des bulles.
- Les essais de MM. Krupp ont fait voir que dans des récipients entièrement remplis, une chaleur de 200° produit la pression colossale de 1200 atmosphères. Les mêmes procédés ont aussi été appliqués avec (e plus grand succès à Berndorff, près de Vienne, pour la production des fontes compactes de ruoltz. Enfin la dernière application de l’acide carbonique liquide qui ait été proposée par le docteur Raydt est l’emploi de ce gaz pour le relèvement de navires coulés à fond. Depuis longtemps déjà, on avait appliqué l’air pour obtenir le même résultat; l’acide carbonique dispense de l’emploi de tout un attirail coûteux et pénible à actionner. C’est ainsi que des expériences faites dans le port de Kiel ont permis de ramener en huit minutes à la surface de l’eau, au moyen d’un ballon gonflé à l’acide carbonique, une pierre pesant trois cents quintaux et placée à dix mètres de profondeur. Ed. Landrin.
- ANALYSE DU AIN ROUGE
- I'AR L’ÉLECTROLYSE
- Si on dirige un courant électrique, même assez faible (deux éléments Bunsen) dans 5 ou 10 cent. cub. de vin rouge naturel, dilué de six fois son volume d’eau additionné de quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, on voit bientôt un dépôt de lamelles rouges s’effectuer au pôle positif.
- Ces lamelles sont déjà caractéristiques à l’œil nu, mais elles le sont davantage encore lorsqu’on les examine au microscope; elles prennent alors l’apparence d’un tissu. Ce dernier est d’autant moins solide et continu que l’électrolyse a été plus courte: après 12 ou 20 heures, il est résistant et serré. Pendant l’électrolyse, on perçoit l’odeur de l’aldéhyde, et le liquide rouge devient jaune, puis incolore.
- J’ai obtenu les mêmes résultats avec dix échantillons de vin d’âge et de qualités différents, et qui m’ont été livrés comme naturels.
- Pour me convaincre que le phénomène observé est bien dû à la matière colorante (et tannique) du vin, j’ai expérimenté sur 25 cent. cub. de différents vins blancs dilués avec de l’eau additionnée d’acide sulfurique : ces vins blancs ont perdu entièrement leur faible coloration, mais n’ont fourni aucun dépôt analogue à celui que donnent les vins rouges dans les mêmes conditions. Il en est de même lorsqu’on décolore le vin rouge par le noir animal avant de le soumettre à l’électrolyse.
- Enfin, j’ai cherché à isoler la matière colorante du vin pour la soumettre seule à l’électrolyse. J’ai précipité 100 cent. cub. de vin de Saint-Estèphe 1878 par l’acétate basique de plomb, j’ai lavé à l'eau le précipité gris bleuâtie formé, puis je l’ai délayé dans de l’eau pure et décomposé par l’hydrogène sulfuré. Le produit insoluble lavé à l’eau et desséché au bain-marie, a été traité par de l’alcool faible et additionné d’acide tartrique. La liqueur débarrassée du sulfure de plomb par filtration, était d’une couleur rouge foncée. Je l’ai électrolysée et j’ai obtenu au pôle positif le même dépôt lamelleux et rouge clair que dans les expériences faites avec le vin.
- En soumettant au même traitement les matières colorantes ordinairement employées pour la coloration frauduleuse des vins, le rouge d’aniline, la cochenille, le bois de Fernambouc, le bois de Brésil, le suc de Vaccinium myrtillus, le suc de cerise, tous tenus en dissolution dans du vin blanc, j’ai constaté qu’elles se décolorent sans donner lieu à aucun dépôt solide.
- D’après cet exposé, j’admets que l’électrolyse de vin rouge réunie à l'analyse microscopique du dépôt qu’elle fournit, est un moyen certain de reconnaître si la coloration du vin rouge est naturelle. Le renseignement fourni est moins net, s’il s’agit de reconnaître la coexistence d’une matière colorante ajoutée; cependant si un vin fortement coloré ne donne qu’un faible dépôt lamelleux, il y a toute probabilité que cette coloration est due pour une partie à des substances autres que l’œnoline.
- L’appareil nécessaire pour ce genre d’analyse est très simple : il suffit de deux éléments Bunsen dont les pôles sont mis en communication avec deux lames de platine que l’on plonge dans le liquide à examiner. On peut d’ailleurs traiter plusieurs échantillons à la fois dans un même circuit, ce qui exige peu de surveillance*.
- M. L. Monrad Kkohn,
- Pharmacien à Bergen (Norvège).
- LA
- MISSION FRANÇAISE DE LA TERRE DE FEU
- (Suite. — Voy. p. 273.) l’exposition DU CAP II O R N
- Trois peuplades se partagent tout l’archipel situé au sud du détroit de Magellan : 1° les Ona , habitant la Grande Terre de Feu ; 2° les Alikoulips établis dans l’ouest et le nord-ouest ; 3° les Tekee-nika de Fitz-Roy, appelés actuellement Yaganes par les missionnaires anglais, répandus dans le sud jusqu’au Cap Ilorn et dont le centre se trouve à Yaga dans le détroit de Murray, près du canal du Beagle.
- Malgré tous les efforts tentés par la Romanche, il a été impossible d’entrer en relations avec les Ona. Mais, d’après les renseignements recueillis par le docteur Ilahn, la taille de ces indigènes est très grande, supérieure même à celle des Patagons et leur langue paraît présenter beaucoup d’analogie avec celle de ces derniers.
- Gomme eux, ils ne se servent pas d’embarcations; comme eux, ils vivent de chasse, mais ils n’ont point le cheval, cet auxiliaire si précieux des habitants de la Patagonie.
- Les Alikoulips sont également très sauvages ; les quelques rapports qu’ils ont eus avec les baleiniers et les chasseurs de phoque leur onl inspiré une crainte profonde de l’homme blanc. Quelques indigènes de cette race, enlevés par le capitaine d’une goélette, ont été envoyés en Europe et ont séjourné plusieurs mois au Jardin d’Acclimatation *. Ils ont les mêmes mœurs que les Yaganes, et bien que leur langage diffère complètement, ils n’en onl pas moins de nombreuses relations entre eux : à la
- * Journal de pharmacie et de chimie.
- s Voy. n° 436, du 8 octobre 1881, p. 29.
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- LA NATURE.
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- Baie-Orange a vécu longtemps un indigène marié avec deux femmes Alikoulips.
- Les Yaganes séjournant près de la Mission ont élé plus particulièrement étudiés : en attendant la publication complète des observations de MM. Hyades et Ilahn, nous ferons de nombreux emprunts aux rapports sommaires qu’ils ont présentés à l’Académie des Sciences peu de temps après leur arrivée.
- Les Yaganes sont de taille moyenne (lm,58, les hommes, 1“‘,48, les femmes), bien constitués, les bras assez forts : mais leurs jambes sont grêles par suite du peu d’exercice auquel ils se livrent et de la position qu’ils sont obligés de garder dans leur embarcation ; leurs lèvres épaisses et leur nez un peu aplati les font vaguement ressembler aux peuplades polynésiennes. Leur nourriture est exclusivement animale : elle se compose quelquefois de chair de baleine ou de phoque, plus fréquemment de poissons, d’oiseaux et de coquillages. Les femmes, auxquelles incombe la charge de la pêche, se servent d’une simple ligne en algue (Ma-crocystis pyrifera), terminée par un nœud coulant servant à maintenir l’appât : leur adresse et leur habileté supplée à l’imperfection de leurs engins et en peu de temps elles prennent ce qui leur est nécessaire pour leur existence de la journée ; mais jamais elles ne songent à mettre de côté pour le lendemain, bien que le mauvais temps si fréquent dans ces parages puisse les empêcher de mettre leurs pirogues à la mer. L’hiver, le poisson devient très rare : les indigènes sont alors réduits à se nourrir à peu près exclusivement de moules, de patelles, de crabes et d’oursins. Les moules et patelles sont recueillies à marée basse : mais la pêche des oursins est plus difticile. Autrefois, nous a-t-on raconté, les femmes étaient obligées de plonger pour aller les chercher au fond de l’eau; mais depuis quelques années, elles se servent d’une espèce de fourche formée par une branche fendue en quatre et maintenue ouverte au moyen de coins.
- Tous ces aliments sont mangés cuits : mais comme ils ne contiennent que peu de matières nutritives, les Fuégiens sont obligés d’en absorber une grande quantité, et, même après un repas très abondant ils ont encore faim.
- Avec des lacets faits de fanons de baleine, tendus sur les îlots ou rochers fréquentés, ils prennent quelquefois des oies ou des canards : mais leurs pièges sont trop primitifs pour qu’ils puissent fonder un grand espoir sur ces rares captures. Quand la neige couvre le sol, et que la mer est grosse, ils restent près de leur feu ; essayant de tromper leur faim par le sommeil, ils appliquent ainsi, bien malgré eux, le proverbe célèbre : Qui dort dine.
- Malgré le climat si rude de ces pays désolés, leurs vêtements sont aussi primitifs que leur nourriture : les hommes portent sur les épaules un petit manteau en peau de phoque ou de loutre qu’ils attachent autour du cou. Dans ses rapports de voyage, Fitz-Roy avait déjà parlé de ce vêtement,
- ajoutant qu’ils le changent d’épaules suivant le côté sur lequel ils reçoivent le vent. Outre ce manteau, les femmes portent un vêtement de pudeur qui se compose d’un petit triangle en peau de guanaque suspendu entre les cuisses et fixé par un cordon qui fait le tour des hanches (fig. 1, n° 7).
- Bien que dès sa naissance le Fuégien soit habitué à être aussi imparfaitement défendu des intempéries de l’air, il ne dédaigne cependant pas les vêtements européens. Pour obtenir une chemise, il est capable de faire un assez long travail ; pour une couverture, il ira même jusqu’à céder sa pirogue qui est son seul bien, son unique propriété. Sa hutte, en effet, ne lui appartient que fort peu : quand une nouvelle famille arrive dans un endroit habité, elle s'installe généralement chez lui, et ce n’est que lorsque l’espace devient insuffisant que ses hôtes se décident à construire une nouvelle demeure.
- Le mariage s’accomplit sans aucune cérémonie, il es tfondé sur une affection réciproque : mais on a vu cependant quelquefois le mariage par capture. Bien qu’autorisée par l’usage, la polygamie paraît assez rare. Les missionnaires anglais, qui jouissent d’une grande influence, ont vivement combattu cette coutume qui ne tardera pas à disparaître complètement. La femme est généralement fidèle à son mari : quelquefois pourtant , mécontente d’avoir été maltraitée, elle le quitte pour venir vivre dans une autre famille, et se remarier avec un autre.
- Comme chez presque toutes les peuplades primitives, la femme doit pourvoir à l'existence de son mari et de ses enfants : c’est elle qui va à la pêche et c’est elle qui manœuvre la pirogue. Les vieillards ne sont jamais maltraités : on les soigne et on les nourrit jusqu’à leur mort. Les cadavres sont enterrés à une petite profondeur, généralement près du littoral, revêtus des vêtements qu’ils portaient pendant leur vie. Les Fuégiens ne paraissent pas avoir un respect bien profond pour ces dépouilles mortelles : car un mari a cédé le cadavre de sa femme pour quelques menus objets. Pour porter le deuil de leurs parents décédés, ils se coupent les cheveux sur le dessus de la tête, se noircissent la figure en ajoutant sous les yeux de petits traits rouges pour simuler des larmes.
- Le visage peint en noir n’indique pas spécialement le deuil ; souvent les maris obligent leurs femmes à employer cette peinture pour les rendre plus laides et moins désirables pour les étrangers.
- Après avoir parlé des mœurs des Fuégiens, nous croyons intéressant de signaler quelques-uns des objets qu’ils savent fabriquer ou utiliser, et qui sont actuellement exposés au Palais de l’Industrie.
- Le n” 1 de la figure ci-contre représente un peigne de femme, les hommes ne se servent pas de cet objet. Ce peigne sc compose tout simplement d’un morceau de mâchoire de marsouin [Cephalorynchus eutropia) j garni de ses dents. Le n° 2 est la valve d’une espèce de
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- moule (Mytilu$),en fuégien Lapa, qui sert d’assiette, de plat et dans laquelle on fait fondre la graisse de poisson qui doit servir d'assaisonnement ou de cosmétique. Elle sert aussi à délayer l’ocre rouge ou l’argile avec laquelle les femmes fuégiennes, principalement, se maquillent quelquefois. Le n° 3 représente un panier de jonc du pays tressé à maille très serrée, et dans lequel les femmes conservent leurs petites provisions pour la toilette, ou les usages domestiques (peignes, pierre à feu, vêtements de rechange). 11 existe dans le pays un autre panier à mailles pins larges, en jonc également et qui est plus spéciale-
- ment réservé pour placer les moules et autres coquillages recueillis sur le rivage. Ce dernier panier est appelé Kauljim. Le n° 4 est un bandeau qui sur notre figure est enroulé à la mode fuégienne, afin de pouvoir être transporté dans un panier ou dans un petit sac. 11 se place autour du front après l’avoir déroulé et il se compose de plumes de goéland (Larus dominicanus) ou de héron (JSyctico-rax obscuî'us), artistement fixées sur une jolie tresse de tendon de phoque ou de baleine. Ce bandeau est réservé aux hommes qui ont la qualité de Yaka-mouche, répondant vaguement à celle de sorcier-
- Fig. t.__L'Exposition du Cap Horn au Palais de l’Industrie, à Paris. — Objets fabriqués par les habitants de la Terre de Feu.
- 1. Peigne (Ouchtanime). — 2. Plat de coquillage (Toukamal. — 3. Panier (Taouala\. — 4. Bandeau (kpn ouaraS. — 3. Collier en coquille (Ghalouf). — 6. Harpon (Chouchaoya). — 7. Vêtement en peau de guanaque (Machakana).
- médecin de quelques peuples sauvages. Le nü 5 est un collier fuégien, qui est, croyons-nous, unique dans les collections de la Mission. 11 se compose tout simplement de trois coquilles de moule, en fuégien Ghalouf, perforées à leur base et enfilées sur une petite tresse Ce collier est plutôt porté par les jeunes garçons. Le collier, qui est porté plutôt par les femmes se compose au contraire d’un grand nombre de petites coquilles (Trochus), en fuégien Ouchpouka, perforées et enfilées formant autour du cou une et jusqu’à eiuq rangées. Le n° 6 figure un harpon fuégien à pointes en dents de scie (Chouchaoya). Il se distingue de l’autre forme de harpon à une seule entaille, qui est nommé Aoya. Celui que nous représentons est solidement attaché
- sur un manche très long de quatre à six mètres, au moyen d’une lanière en peau de phoque. La seconde espèce de harpon est mobile sur le manche dont elle se sépare aussitôt qu’il a atteint son but. C’est encore une lanière de peau de phoque qui est employée à cet effet. Le n° 7 est le petit vêtement dont nous avons déjà parlé précédemment, et qui est employé par toutes les petites filles et les femmes du pays depuis les plus jeunes jusqu’aux plus âgées. 11 est fait invariablement en peau de guanaque dont le poil est tourné en dedans. Il est extrêmement rare qu’une femme fuégienne se sépare de ce vêtement et dès que, pour une raison quelconque elle le perd, sa première préoccupation est de s’en procurer un autre.
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- LÀ NATURE.
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- Répandus sur une grande étendue de pays, les Fuégiens n’ont aucun chef : le seul lien social est formé par les relations de famille : cependant quand ils sont réunis en grand nombre dans un même endroit, ils paraissent reconnaître la supériorité du plus fort ou du plus ancien. Souvent de longues discussions s’élèvent entre eux : mais ils n’en viennent que très rarement aux mains, se contentant de s’injurier de loin en se lançant quelques pierres. Nous avons dit que l’indigène ne séjourne jamais longtemps dans le même endroit : la nature du sol, généralement impropre à la cul-
- ture, explique bien son genre de vie. Sauf quelques places plus favorisées, quelques parages giboyeux, il est impossible à une famille de subsister pendant plus de huit jours à la même place. Les coquillages étant épuisés au bout de peu de temps, il est obligé d’aller chercher ailleurs sa nourriture. À quoi lui servirait-il de construire pour si peu de jours une maison confortable qu’il serait obligé d’abandonner peu après ?
- Dans le canal du Beagle où s’est établie la Mission protestante anglaise, les conditions ne sont plus les mêmes. Fixée à Oochooia depuis dix ans.
- elle est parvenue à grouper autour d’elle un grand nombre d’indigènes, et son influence s’étend sur toute la population yagane.
- Les débuts de la Mission furent rudes ; Allan Gardi-ner, le premier fondateur, et ses compagnons, moururent de faim en attendant en vain les secours qui devaient leur arriver des îles Falklands ; mais cette terrible mort ne découragea point ses successeurs exaltés par le désir de faire pénétrer les croyances religieuses chez ce malheureux peuple. M. Bridges, l’habile et courageux directeur actuel, fait faire chaque jour de nouveaux progrès à son établissement. Déjà un nombreux troupeau appartenant en partie à des indigènes vit sur les pâturages de la Mission : quelques maisons en bois, entourées de terrains défrichés, se montrent de place en place dans le
- canal du Beagle et tout fait prévoir que, dans un avenir assez rapproché, les conditions d’existence des indigènes pourront se modifier favorablement.
- Une école a été établie à la Mission ; déjà on compte un grand nombre d’hommes sachant lire et pour lesquels la Société de Londres vient de faire imprimer l’Évangile de saint Luc traduite en langue yagane.
- M. Bridges distribue largement chaque année, des haches, des scies et une grande quantité de vêtements qui lui sont envoyés d’Angleterre ; il partage lui-même avec les malades sa viande et son biscuit, et prêche par l’exemple en travaillant sans relâche à l’amélioration du sort de ses fidèles.
- Outre les services qu’elle rend aux indigènes, la Mission forme un refuge précieux pour les mal-
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- LA NATURE.
- heureux qui font naufrage au Cap Ilorn : depuis deux ails, deux équipages obligés d'abandonner leur navire, lui ont dû la vie; aussi nous souhaitons bien sincèrement aux missionnaires anglais, seuls représentants de la civilisation dans les mers australes, tout le succès que mérite leur belle et courageuse entreprise.
- — A suivre. —
- UN MOTEUR THERMO-MAGNÉTIQUE
- Les appareils qui transforment l’énergie calorifique en énergie mécanique exigent en général l’emploi d’organes complexes ou compliqués, et l’intervention de phénomènes secondaires souvent multiples. Ainsi, par exemple, une machine à vapeur exige au moins, sans compter l’eau et la vapeur, une chaudière formant le générateur, un cylindre et un piston constituant le moteur, un tuyau de communication entre les deux appareils distincts, et un échappement de la vapeur après qu’elle a produit son effet.
- Le petit appareil que nous allons décrire, d’après le journal américain Science, bien que sans aucune valeur industrielle, présente un intérêt théorique considérable, car il transforme l’énergie thermique en travail, sans faire intervenir comme intermédiaire aucun corps matériel changeant d’état, mais seulement les actions magnétiques, ce qui justifie le nom de moteur thermo-magnétique que nous lui donnons.
- Voici d’abord le principe sur lequel le moteur est fondé et l’expérience qui établit ce principe.
- Les corps magnétiques élevés à une haute température perdent plus ou moins complètement leurs propriétés magnétiques. Une armature de fer doux, chauffée au rouge, peut être arrachée d’un aimant en dépensant une somme d’énergie bien moindre que celle qui a été produite par l’attraction de cette armature lorsqu’elle était froide. C’est ce fait qui a été utilisé d’une façon très ingénieuse par M. Chas Mc Gee, de l’Université de Michigan, dans la construction d’un petit moteur thermo-magnétique dont le diagramme ci - contre fait bien comprendre le principe, a b c est un anneau de 13 centimètres de diamètre, formé d’un ou plusieurs tours de fil de fer d’environ un millimètre de diamètre, fixé horizontalement sur un axe vertical à l’aide d’un certain nombre de rayons en métal non magnétique. Cet axe porte une poulie de transmission ou une corde et un poids qui servent à évaluer le travail effectué par le moteur. NS est un barreau aimanté placé en regard de a.
- La partie de l’anneau de fer comprise entre a et c est chauffée au rouge blanc à l’aide de deux ou trois becs Bunsen. L’aimant NS exerce alors une action prépondérante sur la partie froide de l’anneau et produit une rotation élémentaire dans le sens indiqué par la flèche. Dès que chaque partie entre dans
- la flamme, elle devient moins magnétique, le défaut d’équilibre se trouve alors entretenu tout naturellement et se traduit par une rotation continue. Le mouvement est assez lent à cause du temps relativement long qui est nécessaire pour chauffer l’anneau de fer. Le fer, en se recuisant, subit d’autre part des contractions et des effets de torsion qui rendent la vitesse assez irrégulière. Avec un aimant permanent en acier, on peut faire faire à l’appareil un tour complet en deux minutes. Avec un puissant électro-aimant à la place de l’aimant NS, M. McGee a pu soulever un poids de 6 grammes à 50 centimètres en six minutes.
- On devine aisément que l’énergie est ici fournie par la chaleur développée par les brûleurs Bunsen ; le magnétisme n’intervient que comme action intermédiaire. Il est évident que le rendement d’un semblable système est excessivement faible et que sa puissance est fort limitée, mais il n’en constitue pas moins un mode de transformation fort original de la chaleur en travail, et l’intervention des phénomènes magnétiques dans cet appareil est une preuve de plus à l’appui du grand principe de l’unité des forces physiques.
- Il pourra être employé avec succès dans les cours de physique pour prouver d’une manière fort élégante que la chaleur affaiblit les propriétés magnétiques des corps.
- L’ÉCUME DE MER
- Les deux Turquies, celles d’Europe et celle d’Asie, renferment de grandes richesses minérales, entre autres des marbres, du jaspe, de l’albâtre, des pierres fines, du pétrole, de la naphte ; malheureusement l’insouciance, l’ignorance ou la crainte de travaux obligatoires empêchent les Musulmans de tirer aucun parti de ces productions, qui ne deviennent l’objet d’une exploitation sérieuse qu’entre les mains des étrangers, principalement des Anglais.
- Au premier rang des richesses minérales de l’empire ottoman, il faut placer l’écume de iner, ou magnésite (hydrosilicate de magnésie). On sait qne l’écume de mer est une substance d’un blanc grisâtre, onctueux; cette substance est légère et cependant assez tenace. Les Orientaux s’en servent pour confectionner des pipes en la faisant bouillir dans du lait et en la polissant avec de la cire et de l’huile de lin. Le nom d’écume de mer a été donné à cette matière minérale, à cause de sa couleur blanche légèrement jaunâtre et de sa grande légèreté ; son gisement est dans les terrains de transition inférieurs où elle se présente en amas très étendus. On la trouve en Crimée et dans l’île deNégrepont. Mais c’est l’Anatolie (Asie Mineure) qui fournit la plus belle de toutes les éumesde mer.
- Le centre de l’exploitation de cette terre magnésienne
- Diagramme du moteur thermomagnétique de M. Chas Mc. Gee.
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- se trouve à Eski-Sheir, l’antique Dorylaiou, petite ville de 9000 habitants, située au fond d’une large vallée qu’arrose le Thymbrès, et où l’on rencontre des eaux thermales, renommées depuis des siècles. La plus grande partie de l’écume de mer recueillie à Eski-Sheir est expédiée par Brousse à Vienne, en Autriche, tandis que les déchets sont achetés par les fabriques de têtes et de tuyaux de pipe de l’Allemagne du Nord, principalement de la petite ville de Ruhla (grand-duché de Saxe-Veimar).
- Dans un circuit de douze lieues autour d’Eski-Sher, on exploite actuellement plus de vingt gisements d’écume de mer. Tous appartiennent au gouvernement turc, qui les afferme à des compagnies. Il y a plus de vingt ans que des capitalistes européens exploitent la magnésile d’Eski-Sheir. Ils emploient à ce travail plus de 4000 ouvriers, recrutés un peu partout, mais généralement en Allemagne et en Italie.
- Les couches d’écume de mer se trouvent à une profondeur de 5 à 70 mètres ; elles ont de 1 à 2 mètres d’épaisseur. L’extraction se fait d’une manière assez primitive. On creuse toujours plus avant, sans jamais songer à maintenir les amas à l’aide de voûtes, de sorte que des ébou-lements se produisent fréquemment.
- En outre, le manque de ventilation et l’absence de tous moyens propres à éloigner l’eau des gisements ne permettent pas d’atteindre les couches extrêmes Ces procédés imparfaits occasionnent de terribles accidents ; on calcule qu’il périt chaque année de 12 à 20 ouvriers à la suite d’éboulements et d’asphyxie.
- C’est a l’aide de bêches que l’on enlève l’écume de mer, qui est toujours accompagnée de silex, de giobertite et d’autres matières terreuses de couleur jaunâtre. On en forme des tas de 3 à 4 mètres de hauteur.
- Le gouvernement turc a mis sur le produit de ces mines un impôt de 25 p. 100 qui lui procure un revenuassez important. La valeur totale de l’exportation annuelle de l’écume de mer d’Eski-Sheir est évaluée à 60 000 livres turques soit 1 320 000 francs environ.
- On trouve également des magnésites terreuses, à Yalle-cas, près de Madrid en Espagne, dans des couches superposées aux argiles salifères ; en France, à Salinelle dans le département du Gard ; et dans le sol parisien, à Saint-Ouen et à Coulommiers, au milieu du terrain d’eau douce inférieur au gypse.
- HALO SOLAIRE
- OBSERVÉ AU PARC DE SAINT-MAUR
- Nous venons d’être témoins d’un phénomène d’optique atmosphérique assez rare. Le 29 mars au matin, le soleil était entouré d’un faible halo ; bientôt apparurent les parhélies ordinaires, tantôt à droite, tantôt à gauche du soleil; à 11 heures, le halo ordinaire était accompagné du halo circonscrit, qui lui est tangent en haut et en bas ; de deux parhélies, brillants, colorés, à 6° environ en dehors du halo ordinaire et traversés par l’arc circonscrit ; enfin du cercle parhélique qui, à llh15m, faisait le tour entier du ciel.
- Les parhélies de 22° sont assez communs ; nous en observons plusieurs chaque année ; le cercle parhélique dont on voit quelquefois des fragments, surtout près des parhélies, est bien rarement com-
- plet, car je ne l’ai pas observé depuis le 19 mai 1851.
- Il est rare aussi de voir des parhélies avec une hauteur de soleil de près de 45°, et par suite si éloignés dn soleil.
- Le 29 mars, la hauteur barométrique, à midi, était de 754mm,52 à l’altitude de 49ra,30, avec une température de l’air égale à 15°,8 et qui a varié do 2°,3 à 18°,5 dans toute la journée; le vent, faible ou modéré, soufflait est-nord-est ou nord-est ; les cirrhus venaient du sud-ouest ; les cumulus lentement du sud-est.
- Les parhélies, on le sait, sont déterminés par la déviation minimum qu’éprouvent les rayons du soleil en traversant des prismes de glace hexagonaux. Le halo circonsciit est produit par la réfraction des rayons solaires au travers de prismes courts
- Figure schématique du halo observé au Parc de Saint-Maur, le 29 mars 1884.
- S. soleil. — I1HH. Ilalo ordinaire de 22° de rayon. — GCC. Halo circonscrit. — PP. Parhélies. — MN. Cercle parhélique.
- ayant la forme de pavés hexagonaux et tombant sur la tranche à travers l’atmosphère. Ces halos sont, en raison de leur mode de production, teintés des couleurs de l’arc-en-ciel plus ou moins nettes. Le cercle parhélique, dû à la réflexion du soleil sur des facettes verticales, est absolument blanc ; de plus, il offre la même largeur verticale que le soleil, c’est-à-dire 0°,5, si les facettes sont absolument verticales. C’est précisément cette largeur qu’offrait le cercle parhélique le 29 mars, ce qui prouve que les plans réfléchissants s’écartaient très peu de la verticalité. Dans cet état de l’atmosphère, les cristaux de glace devaient tomber assez rapidement ; aussi les cirrhus ont-ils disparu promptement pour faire place à des cirrho-cumulus, plus bas dans l’atmosphère *. E. Renou.
- 1 Comme addition à l’article du n° 566 de La Nature (p. 296) nous croyons devoir ajouter la date de l’arrivée des hirondelles, qui a eu lieu cette année le 29 mars, précisément le jour où j’observais ce remarquable halo. La date du 29 est d’autant plus intéressante à noter que je n'ai jamais eu, jusqu’ici, l’occasion de voir les hirondelles arriver d’aussi bonne heure. On trouve seulement dans les manuscrits du Pcre Cotte, qui observait à Montmorency, une date plus hâtive, celle du 25 mars en 1790; on ne peut néanmoins affirmer qu’il n’y a pas eu d’arrivée plus précoce depuis cette époque, car nous ne les connaissons pas toutes; nous n’en connaissons même aucune de 1812 à 1854. E. R.
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- NOUVEAU BEC DE GAZ A INCANDESCENCE
- DE M. CH. CLAMOND
- Nous avons fait connaître, il y a dix-huit mois environ1, le bec de gaz à incandescence imaginé par M. Clamond. On se rappelle que ce système consistait à porter une substance réfractaire constituant le corps lumineux à une très haute température, en élevant préalablement à une haute température l’air destiné à alimenter la flamme venant lécher le corps incandescent.
- L’emploi de ces becs permettait de réaliser une économie de gaz sérieuse, tout en donnant à la lumière certaines qualités de fixité et de coloration. En effet, la consommation se trouvait réduite à 45 litres par heure et par bec Carcel pour le type de 4 becs Carcel, et à 28 litres seulement par heure et par bec Carcel pour le type intensif dont la puissance lumineuse totale atteignait 18 becs.
- Malheureusement, cette économie de gaz était chèrement achetée. Il fallait, en effet, établir une canalisation d’air parallèlement à la canalisation du gaz. Le volume d’air que cette canalisation devait fournir était environ six fois plus grand que celui du gaz consommé, et la pression de cet air ne devait pas être inférieure à 40 millimètres d’eau.
- L’installation d’une canalisation double, — qui était déjà une complication dans bien des cas,
- — se compliquait encore d’un système de compression d’air qui, suivant les circonstances, l’importance de l’éclairage et sa nature, comportait soit une pompe de compression actionnée par la transmission générale de l’usine, soit une installation spéciale commandée par un petit moteur à gaz — Otto ou Bisshop, — soit enfin, pour les petites installations, une soufflerie à poids pouvant fonctionner plusieurs heures et remontée tous les soirs à l’aide d’une manivelle.
- Il est bien évident que toutes ces complications, inhérentes au système à double canalisation, en ont singulièrement retardé le développement ; aussi fal-
- * Voy. n» 481 du 19 août 1882, p. 177.
- Fig. 1. — Ensemble du nouveau bec à incandescence sans insufflation d’air.
- lait-il s’en affranchir à tout prix. M. Clamond en a compris le premier la nécessité, et ses recherches, aujourd’hui couronnées de succès, ont, depui ; deux ans, uniquement tendu vers ce but. Les modifications successives apportées au bec à incandescence ont résolu complètement le problème, et c’est la solution sous la dernière forme donnée par M. Clamond que nous voulons présenter aujourd’hui à nos lecteurs.
- La figure 1 représente l’ensemble du bec surmonté de sa cheminée de verre, la figure 2 est une coupe longitudinale qui permet d’en bien comprendre les dispositions et le fonctionnement.
- Voici comment, dans une Note récente présentée par M. Edmond becquerel à l’Académie des Sciences, l’auteur décrit lui-même les dispositions essentielles de son nouveau brûleur :
- « 11 se compose de trois parties distinctes :
- « La première consiste en une colonne centrale en matière réfractaire, percée de conduites disposées pour alimenter de gaz le loyer intérieur destiné au chauffage de l’air et le foyer supérieur destiné à l’incandescence de la magnésie.
- « La deuxième partie, qui enveloppe la première, consiste en deux cylindres concentriques réunis et solidarisés par des entretoises creuses, mettant en communication l’intérieur du plus petit cylindre avec l’extérieur du plus grand.
- « La troisième partie renferme les deux autres. C’est une enveloppe en porcelaine, perce'e de trous convenablement disposés.
- « La combustion du premier foyer a lieu dans l’espace annulaire compris entre les deux premières parties. Ses produits sont évacués excentriquement par les entretoises creuses. Elle a pour effet de chauffer au rouge le tube intérieur de la deuxième partie.
- « L’air qui pénètre par les trous de l’enveloppe frappe ce tube incandescent, s’échauffe fortement à son contact et s’élève vers le foyer supérieur où les jets de gaz sont disposés de manière à donner de petites flammes indépendantes, enveloppées chacune par le courant d’air chaud et effectuant leur combustion complète dans l’intérieur de la corbeille de magnésie. »
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- Il est facile, en se reportant à la ligure 12, de voir comment sont combinées dans la pratique, les différentes parties du bec dont on vient de lire la description. La partie inférieure du bec se visse à la partie supérieure de la prise de gaz des becs ordinaires et se substitue très simplement aux becs papillon ,
- Argand ou
- Bengel.
- Le gaz arrive en A et se divise en deux parties distinctes : l’une débouche à la partie inférieure de la corbeille en magnésie en se subdivisant une première fois dans la chambre conique B et les tubes C, et une seconde fois dans la chambre annulaire Det les trous a. Une seconde partie sort par les tubes verticaux E, s’échappe par F et vient brûler dans lapariic G, par l’air arrivant de la partie inférieure du bec par les trous L. Les produits de la combustion s’échappent par une série de tubes horizontaux J. (La lettre J est retournée dans la figure), l’espace annulaire K et la cheminée de verre, échauffant ainsi toute la masse du brûleur.
- L’air destiné à l’alimentation de la couronne de trous a, servant à chauffer la corbeille de magnésie et à la rendre incandescente, arrive par les trous H, lèche les tubes J et la masse moyenne du bec; il se trouve ainsi porté progressivement et
- méthodiquement à une haute température, température qui, d’après M. Clamond, varie entre 800° et 1000° centigrades, lorsque l’air arrive dans la chambre qui entoure les tubes C et l’espace annulaire au-des-
- sous de la corbeille. Ces petits trous a constituent donc autant de petits brûleurs isolés alimentés par de l’air à 1000° centigrade, les produits de la combustion de ces petits becs se trouvent donc à une température assez élevée pour porter à l’incandescence la petite corbeille de magnésie dont ils viennent
- lécher tous les fils.
- En faisant une section horizontale du bec à hauteur des tubes C, pendant son fonctionnement, on trouverait donc trois circulations distinctes:
- 1° Circulation de gaz d’éclairage non encore brûlé à l’intérieur des tubes C, gaz arrivant directement de A par le tube central.
- 2° Circulation d’air chaud autour des tubes C, air arrivant de l’extérieur par les trous H, chauffé par son contact direct avec la masse moyenne du bec et débouchant au centre môme du bec et de la corbeille pour produire la combustion du gaz sortant par les trous a.
- 3° Circulation des produits de la combustion de la deuxième partie du gaz servant à réchauffement de l’air, et débouchant dans la cheminée par l’espace annulaire K.
- Une section horizontale, faite vers le milieu de la hauteur de la corbeille en magnésie, donnerait deux courants de produits de la combustion concentriques; l’un dû au gaz s’échappant de a et servant à réchauffement de la corbeille, l’autre dû à la combustion du gaz employé pour produire réchauffement de l’air.
- Voici le procédé indiqué par M. Clamond dans
- Fig. 2. — Coupe longitudinale du bec de gaz à incandescence de M. Clamond.
- A. Arrivée du gaz. — 15. Chambre de'division. — C. Tuyaux d’amenée du gaz dans la chambre D. — a. Trous faisant autant de petits jets brûlant au-dessous de la corbeille de magnésie. — E. F. Arrivée du gaz servant à chaufler l’air. — L. Trous amenant l’air destiné à brûler le gaz servant à réchauffement de l’air. — G. Combustion de gaz d’échauffement. — J. R. Échappement des produits de la combustion dans la cheminée. — H. Trous amenant l’air destiné à brûler le gaz en a contre les parois de J et R, pour produire son échauffement. Cet air passe à l’intérieur du bec et vient déboucher au milieu et au-dessous de la corbeille de magnésie pour brûler le gaz sortant des trous a.
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- LA NATURE.
- son Mémoire, pour fabriquer les corbeilles de magnésie :
- « Pour fabriquer cette corbeille, je prépare une pâte plastique de magnésie, en malaxant avec une dissolution d'acétate de magnésie, de consistance sirupeuse, cette substance cuite à une température élevée et finement pulvérisée. J’introduis cette pâte dans un cylindre d’où, sous la pression d’un piston compresseur, elle s’écoule par une filière en un fil flexible et résistant, analogue aux fils de vermicelle. Ce fil est enroulé mécaniquement sur un mandrin conique, suivant deux plans à angle droit, les différentes spires superposées se soudant entre elles à leur point de contact.
- « Les corbeilles, une fois fabriquées, sont séchées et cuites ensuite à une température élevée, la décomposition de l’acétate de magnésie laissant un résidu de magnésie solide qui agglomère la poudre de magnésie incorporée.
- « La durée des corbeilles de magnésie dépend de la grosseur du fil. Elle est au moins de douze à quinze heures. »
- Le remplacement en est des plus faciles, puisqu’il suffit de poser la corbeille sur l’espace annulaire destiné à la recevoir.
- Le rendement lumineux varie avec la puissance du foyer : le brûleur est d’autant plus économique que le foyer est plus puissant.
- Le type de 180 litres produit le bec Carcel, ce qui représente une consommation de 45 litres seulement par heure et par bec Carcel.
- Le rendement est donc sensiblement équivalent à celui du bec à insufflation qui, dans le type de 4 becs Carcel, consommait 43 litres par heure et par unité de lumière.
- M. Clamond est parvenu à supprimer l’air sous pression, en supprimant les chicanes qu’il avait dû introduire dans son appareil primitif pour produire réchauffement de l’air, et en faisant usage d’une longue cheminée de verre qui favorise le tirage. La figure 1 montre les proportions inusitées que présente cette cheminée : nous devons reconnaître que son emploi n’est ni commode, ni économique, ni gracieux, et qu’on devra chercher à réduire ses dimensions, surtout pour les installations de luxe; mais c’est là une critique de détail qui n’enlève rien aux mérites réels du nouveau bec de gaz à incandescence de M. Clamond.
- CHRONIQUE
- Police des chemins de fer aux États-Unis. —
- Nous trouvons dans The Rairoad Gazette, du 4 janvier 1884, une curieuse ordonnance relative à la police intérieure des trains des chemins de fer américains, prononçant la peine de l’expulsion contre les voyageurs montés dans les trains sans billet ; nous donnons ici une traduction textuelle de cet arrêt original dont nous nous ferions scrupule de priver nos lecteurs. La Cour suprême de l’Uhio a
- pris l’arrêté suivant : 1° Une Compagnie de chemins de fer peut demander aux voyageurs montés dans le train sans billet, un prix supérieur à la taxe réglementaire, pourvu que la surtaxe ainsi imposée ne dépasse pas les limites raisonnables; 2° Le voyageur monté sans billet et qui refuse avec persistance de payer le prix de sa place augmenté de la surtaxe, peut être légalement expulsé du train; 3° On peut procéder à cette expulsion eu un point quelconque de la voie et en dehors des points d’arrêt habituels du train, en tant qu’on prend soin de n’exposer le voyageur à aucun danger; 4” Le voyageur n’a pas le droit de rester dans le train en offrant de payer la taxe, après que le train s’est arrêté dans le but de procéder à sou expulsion (for the purpose of ejecting him).
- Le poids des gouttes. — M. Boymond vient de publier une notice très intéressante sur le poids des gouttes, travail dont nous extrayons les passages suivants, dans la persuasion qu’ils pourront être utiles à un certain nombre de nos lecteurs.
- « Il est démontré aujourd’hui :
- « 1° Que le poids des gouttes dépend du diamètre extérieur du tube qui les laisse écouler, que ce tube soit plein ou perforé, et non du diamètre intérieur, ce dernier n’ayant d’influence que sur la vitesse d’écoulement;
- (( 2° Que la nature du liquide (eau, alcool, éther, chloroforme, vinaigre, etc.), influe seule sur leur poids, quelle que soit d’ailleurs la proportion de matières dissoutes qu’il contienne ;
- « o° Que pour obtenir des gouttes d’eau distillée (à la température de 15°), du poids de 5 centigrammes, — soit 20 gouttes pour 1 gramme, — il suffit que le diamètre extérieur du tube d’écoulement soit exactement de 3 millimètres. »
- Sur ces données, M. Boymond a déterminé à nouveau le poids des gouttes d’un certain nombre de liquides, à l’aide d’un compte-gouttes exactement calibré à 3 millimètres et en faisant les pesées au moyen d’une balance extrêmement sensible.
- La moyenne de scs résultats lui a permis d’établir le tableau suivant :
- Équivalence eu gouttes
- de divers types.
- Un gramme d'eau distillée équivaut à 20 gouttes.
- — d’alcool de 90°.................. fil —
- — — 60°.......... 52 —
- — d’un alcoolat..................... 57 —
- — d’une teinture alcoolique
- avec alcool à 60°.............. 53 —
- — 80°.............. 57 —
- — — 90».... 61 —
- — d’une teinture éthérée.. 82 —
- — d’une huile grasse (varia-
- ble), environ.................. 48 —
- — d’une huile volatile (va-
- riable) environ..\ .. 50 —
- — d’une solution aqueuse,
- diluée ou saturée. ... 20 —
- — d’un vin médicinal (va-
- riable suivant richesse
- alcoolique)............ 35 à 35 —
- — de laudanum (variable),
- environ............... 33 à 55 —
- Les lampes à incandescence. — Un fort curieux procès, qui aura bientôt, a ce qu’on dit, son écho en France, vient d’être soumis au bureau des brevets de
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- Berlin. Le différend s’agitait entre la lampe Swan et la lampe Edison. Swan, voulant faire tomber le brevet pris par Edison, a prétendu que l’invention des fibres de charbon, qui sont l’élément le plus important des lampes à incandescence, n’était pas nouvelle, car l’incandescence obtenue à l’aide de bâtons de charbon a été obtenue dès 1845. Mais le demandeur n’a pas pu prouver qu’un fil de charbon, sous forme de filament, eût été employé avant le brevet Edison, dans une lampe à incandescence; c’est seulement sous forme de bâton ou de crayon que le charbon a été utilisé dans les lampes de ce genre. Or Edison a fait remarquer que la partie essentielle de son invention était précisément la production d’un charbon sous la forme d’un filament très mince et pouvant avoir n’importe quelle longueur et flexibilité, ainsi que la fabrication de la lampe dans laquelle le charbon ou filament est employé comme source de lumière. Toutes les qualités de la lampe viennent donc de la ténuité extrême de la matière charbonneuse dont elle est munie. Après une longue délibération, le bureau des brevets de Berlin a débouté la Compagnie Swan de sa demande de nullité, affirmant que la lampe Edison et ses divers éléments constituaient des inventions nouvelles. Elle a, en co nséquence, condamné le demandeur aux dépens et la Cour a confirmé cette sentence qui est appelée à faire quelque bruit.
- Mine de coke naturel au Mexique. — On
- annonce de Mexico la découverte d’un gisement de coke naturel à Los Cerrillos. Le filon aurait une épaisseur d’un mètre et se trouverait entre deux couches de houille bitumineuse et d’anthracite. Ce coke aurait, paraît-il, toutes les apparences du produit ordinaire et donnerait un feu clair et brillant. On dit que les essais faits dans les fours auraient démontré qu’il est, pour le moins, égal comme qualité au coke des usines à gaz. On pense que ce curieux combustible a dû être formé à une époque très ancienne, par la chaleur développée lors des éruptions volcaniques dont on trouve encore les traces dans le voisinage. La couche de bouille bitumineuse était probablement d’abord continue et sa réduction d’épaisseur provient sans doute d’inondations postérieures.
- Allumeur électrique de ga*. — La rue de Milan, bien connue sous le nom de Galerie-Victor-Emmanuel, est recouverte en verre et complétée par un grand dôme à l’intérieur duquel court une chaîne circulaire de lampes à gaz. L’alluïnage de ces lampes, à une grande hauteur, présentait quelques difficultés et était toujours une cause de dangers, jusqu’au jour où un arrangement fut fait pour exécuter ce travail par l’électricité. On a construit devant les brûleurs à gaz, un petit chemin de fer eu miniature, sur lequel circule une locomotive électrique portant une mèche trempée dans l’esprit-de-vin. Lorsque l’on désire allumer les brûleurs, on allume la mèche et la locomotive est mise en marche. Elle circule tout autour, allumant rapidement le cercle de gaz; cette opération ne manque pas d’attirer la curiosité de la foule qui s’assemble tous les soirs pour assister à ce spectacle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Stance du 7 avril 1883. — Présidence de M. Rolland
- Fausse météorite. — Lors de son dernier séjour à Paris, M. Edmond Cotteau qui actuellement est en route pour l’Australasie, voulut bien m’avertir qu’il avait
- rapporté de la Transbaïkalie une pierre qui lui avait été donnée comme météoritique. Ne connaissant, comme étant d’origine cosmique, recueillies en Sibérie, que les quatre masses de fer découvertes en 1749 à Krasnojarsk (c’est le fer de Pallas), en 1841 à Petropowlowsk, en 1854 à Werchne Udinsk et en 1873 sur l’Àngarà, et la pierre tombée le 25 mars 1805 il Dovoninsk, — j’exprimais à l’infatigable voyageur le désir d’étudier son échantillon ; - d’auta ni plus que les masses de Petropowlowsk et d’Angarà ne sont point jusqu’à présent représentées dans les collections de météorites du Muséum.
- M. Cotteau avait donné le fragment dont il s’agit à M. Damblé, ingénieur des chemins de fer à Avallon, qui sur sa demande et avec une obligeance dont je le remercie vivement, voulut bien m’autoriser à en prélever ce qu i serait nécessaire pour l’étude. L’étiquette portait : fragment d’aérolithe de la Transbdikalie donné à Irkoutsk, par M. Savitski, directeur de la fonderie de l'or, au voyageur E. Cotteau.
- A première vue, je reconnus que la roche soumise à mon examen n’avait rien de météorique, j’en coupai un petit morceau dont une surface fut polie, ainsi qu’une lamelle transparente destinée aux recherches microscopiques. La densité est. égale à 2,46. Dans le tube fermé on constate à chaud un dégagement notable de vapeur d’eau. Il s’agit, comme on voit, d’une très belle variété de serpentine verte et l’on est certainement frappé de cette fausse origine météoritique attribuée précisément à l’une des espèces lithologiques terrestres les plus analogues aux roches cosmiques.
- Sur la surface polie brillent quelques granules de fer oxydulé et pur, demi-transparents, et des lamelles diallagi-ques.
- La lame mince en lumière naturelle montre une matière à peine jaunâtre, d’apparence sensiblement homogène où sont disséminés de rares grains opaques et noirs de forme variée parmi lesquels on remarque des carrés et des triangles. Ce sont des grains parfois cristallisés de magné-tite. Au grossissement de 500 diamètres on voit la matière jaunâtre constituer comme des ramifications capricieuses dans une substance tout à fait incolore et il se manifeste dans certaines régions de la matière colorée une structure fluidale évidente.
- Dans la lumière polarisée toute la masse se montre active, on reconnaît que les microlithes, orientés par la fluidalité et qui entre les niçois se colorent vivement, s’éteignent généralement à zéro; ils sont au moins, pour une grande partie, constitués par du péridot ; avec eux sont des grains pyroxéniques. La structure si remarquable de la serpentine d’Irkoutsk rend particulièrement évidente son origine par voie d’hydratation du péridot.
- Direction des vents. — On signale un Atlas dressé par M. Poincarré pour étudier la marche des vents. Chaque feuille porte trois courbes dont l’une représente la marche des vents à la surface du sol, la seconde la marche des cumulus et la dernière la marche des cyrrhus. Les trois courbes sont toujours extrêmement différentes les unes des autres. Ces observations offrent un grand intérêt, et il serait à souhaiter qu’elles soient faites habituellement par les météorologistes.
- Taches solaires. — D’après M. Tacchini nous traversons depuis 5 mois une période où les taches solaires sont remarquablement abondantes. Les jours d’observations pour janvier, février et mars ont été respectivement au
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- nombre de 24, 25 et 18. La fréquence des taches dans chaque mois s’exprime par 29, 32 et 26. Conformément à un système de notation antérieurement décrit, l’auteur exprime par 107, 108 et 113 la grandeur relative des taches et par 71, 56 et 60 la grandeur des facules. Le nombre des groupes de taches par jour est pour les trois mois de 6,83 — 7,52 — 7,45.
- Election. — La mort de M. Yvon Yillarceau ayant laissé une place vacante dans la section de navigation, la section avait présenté une liste portant en première ligne M. Bouquet de la Grye, en 2" ligne M. l’amiral Cloué et en 3e ligne MM. Bertin et Grandidier. Au dernier moment M. Cloué a retiré sa candidature. M. Bouquet de la Grveestélu par 46 voix contre 6 données à M. Grandidier et 2 à M. Bertin.
- Paléontologie. — Par ’intermédiaire de M. Gau-dry, M. Tardy annonce de très importantes découvertes de vestiges relatifs à l’homme fossile dans le département de l’Ain. Il s’agit de crânes humains associés a des restes de Mammouth et on s’est assuré qu’il s’agit d’un gisement appartenant à l’époque dite de Solutré.
- Varia. — M. Dareste continue d’étudier la tératologie du poulet ; il s’agit cette fois d’œufs couvés dans une atmosphère confinée. — M. Olweusky décrit les expériences qui lui permettent d’affirmer que le froid produit par la volatilisation de l’oxygène liquide, c’est-à-dire — 198° n’est pas suffisant pour amener la liquéfaction de l’hydrogène.—M. Melsens réclame contre M. Regnard la priorité des expériences relatives à l’action exercée par les très fortes pressions sur les êtres vivants. — La triangulation de l’Amérique a donné des résultats sur lesquels M. Fave appelle l’attention. — Une carte du Brésil est présentée par M. le colonel Perrier.
- % Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE SECRET d’üN EMBALLEUR
- Le jouet très ingénieux que nous allons faire con naître à nos lecteurs et que l’on peut se procurer chez les marchands de jouets, consiste en une boîte de car-
- ton, contenant douze en bois <iur, qui s’y trouvent enfermés très librement, comme on le voit à la partie supérieure de la figure 1. Le problème qu’il s’agit de résoudre au moyen de ces douze pions est le suivant :
- 11 faut disposer les douze pions dans la boîte en les immobilisant, sans le secours d’aucun autre
- corps étranger; on doit pouvoir remuer la boîte, la retourner même quand son couvercle est enlevé, sans qu'aucun des pions ne puisse en tomber.
- La manière de disposer les pions consiste à les mettre tous tangents les uns avec les autres, et de telle sorte que six pions extérieurs soient tangents à la circonférence, formée par le bord de la boîte. Le problème est résolu dans la disposition que montre à sa partie inférieure la gravure ci-contre (fig. 1 ). Toutes les rondelles de bois se tiennent les unes les autres par une légère compression, et la boîte peut être agitée sans qu’aucun des pions puisse remuer.
- Pour disposer de la sorte les pions dans leur boîte, il faut s’y prendre d’une certaine manière, qui constitue le secret d'un emballeur. La figure 2 fait comprendre comment il faut procéder. On met dans la boîte un pion n° 1 et on dispose autour 6 pions, 2, 5, 4, 5, 6 et 7. On place la main à gauche à plat sur les pions ainsi posés, de manière à ce qu’ils ne puissent se déplacer les uns par rapport aux autres, mais qu’ils puissent se déplacer tous en bloc. Cela fait, on place le pion 8, le pion 9, le pion 10, le pion 11 et le pion 12, de manière à ce qu’ils appuient tous sur le contour de la boite. On ôte alors de sa place centrale le pion 1, et on le place en 1 bis; les 12 pions sont immobilisés et le problème est résolu. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 2. — Figure schématique explicative.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 508.
- 19 AVRIL 1881.
- LA N AT U HE.
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- J.-B. DUMAS
- La mort de M. J.-B. Damas est un deuil national. Le pays perd un de ses plus grands savants, un de ses plus nobles caractères, et la chimie française voit s’éteindre l’une de ses gloires, avec celui que l’on a si justement appelé le successeur de Lavoisier.
- Jean-Baptiste-André Dumas est né dans le Gard, au commencement de ce siècle, le 14 juillet 1800.
- Alais où il vit le jour, ne comptait alors que quelques milliers d’habitants, mais la petite ville était dotée d’un collège où le jeune Dumas fit ses premières études ; elle offrait en outre par sa situation exceptionnelle dans une région privilégiée, riche en toutes choses, le milieu le plus favorable à développer les progrès d’une intelligence précoce. Les vestiges de l’antiquité qui se trouvent réunis dans les environs, le grand amphithéâtre de Nîmes, la célèbre Maison Carrée, les Arènes et les ruines d’Arles, le pont du Gard, étaient bien faits pour provoquer dans l’esprit' de l’écolier le goût des études du passé. Les exploitations industrielles dont le département abonde, gisements de charbon, de calcaire, de minerais de fer, de pyrite, le ramenaient au contraire au présent, et lui inspiraient le secret désir de connaître et de cultiver la science. Enfin les mille scènes d’une agriculture des plus variées, la fenaison, la moisson, la vendange, la cueillette des olives, le gaulage des noix, l’élevage du ver à soie, le dévidage du cocon, qui se succédaient de mois en mois autour de lui, excitaient tour à tour son attention toujours en éveil. L’enfant savait regarder; il avait par instinct le secret de l’observation, aussi faisait-il un grand profit de toutes ces curiosités de la nature et de la science.
- A l’âge de quatorze ans, le futur chimiste avait déjà une solide éducation classique, à laquelle il avait su ajouter par lui-même des notions variées dans les sciences naturelles. Actif, vigoureux, plein d’ardeur il rêvait de voyages d’explorations et d’aventures; il résolut d’entrer dans la marine et se mit à préparer ses examens, quand les terribles événements de 1814 et de 1815 contraignirent sa famille
- !!• année. — l*r unettra.
- à lui choisir une carrière exigeant moins de sacrifices.
- Dumas commença son apprentissage chez un pharmacien d’Alais, mais bientôt des divisions poli -tiques et religieuses troublèrent le pays, le sang fut répandu : le jeune homme quitta sa ville natale pour aller continuer ses études à Genève. Au printemps de 1817, il fit ses adieux à sa famille. Il partit à pied, ayant le sac au dos et le bâton ferré à la main, humble soldat de l’armée du travail et de la science, que sa destinée allait conduire aux premiers rangs.
- A Genève, Dumas suivit les cours de botanique de De Candolle, les cours de physique de Pictet, les cours de chimie de Gaspard de la Rive. Il fut en
- outre attaché comme préparateur au laboratoire de la pharmacie de Le Royer. Les étudiants en pharmacie qui se réunissaient pendant l’été pour exécuter de longues et instructives excursions botaniques, voyant que leur camarade avait un laboratoire à sa disposition, lui demandèrent de leur faire un cours de chimie expérimentale. Le jeune étudiant accéda à ce désir, et il fit ainsi ses premiers débuts dans la carrière du professorat. Souvent, quand M. Dumas dans les réunions intimes, racontait les épisodes de sa jeunesse, il aimait à rappeler ses premiers travaux à la pharmacie Le Royer. Le laboratoire qui était bien outillé pour les opérations pharmaceutiques, manquait de la plupart des appareils nécessaires aux démonstrations de la chimie expérimentale. J.-B. Dumas savait suppléer à tout. Il fit des éprouvettes au moyen de verres de lampe, qu’il fermait au gros bout avec un verre de montre scellé de cire à cacheter ; il transforma une vieille seringue de bronze, en une machine pneumatique, et avec l’aide de quelques ouvriers horlogers, il confectionna une balance de précision qui lui permit de faire ses premières analyses.
- Il se trouva ainsi conduit à étudier par lui-même, à entrer dans le domaine des recherches, où il se signala de suite par une première découverte, dont on va voir le curieux destin. Analysant divers sulfates, J.-B. Dumas, reconnut que l’eau contenue dans ces sels, s’y trouvait combinée en équivalents I définis. Heureux d’être en possession d’un fait
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- J.-B. Dumas, né à Alais (Gard), le 14 juillet 1800, mort à Cannes, le 11 avril 1884.
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- nouveau, il court chez sou maître de la Rive, et lui soumet, en tremblant d’émotion, le manuscrit où il a résumé ses recherches. De la Rive lit, examine. Hélas! le fait était connu. Ces résultats avaient été déjà obtenus par Berzelius.
- De La Rive n’en félicita pas moins son jeune élève de s’être rencontré avec un si grand chimiste, il l’encouragea dans ses travaux et l’invita même à dîner. L’auteur de cette notice a entendu, de la bouche de M. Dumas, l’histoire de ses impressions d’alors, et de la joie qu’il éprouva de l’honneur qui lui était fait. Mais le modeste étudiant en pharmacie n’avait pas d’habit pour aller dîner chez son maître; il dut en louer un, chez un tailleur de Genève !
- J.-B. Dumas allait avoir dix-huit ans, l’intelligence de l’écolier s’est mûrie par le travail, et par la féconde pratique des manipulations et de l’expérience. L’étudiant va devenir un maître—L’iode venait d’être découvert par Courtois; Dumas ayant eu l’occasion d’étudier le nouveau produit, signala les préparations au moyen desquelles le nouvel élément pouvait être utilisé au point de vue médical; il indiqua la teinture d’iode, l’iodurede potassium, pur ou ioduré. — Ces médicaments furent essayés et recommandés par un habile médecin de Genève, le Dr Coindet, qui les fit connaître et contribua à les répandre dans la pratique; on les signala bientôt dans un journal allemand publié à Zurich, et les travaux de Dumas se trouvèrent figurer ainsi pour la première fois dans la presse scientifique.
- C’est à cette époque que commence pour le chimiste toute une série de recherches exécutées avec le Dr J.-L. Prévost. Les deux collaborateurs publièrent dans la Bibliothèque universelle de Genève sur l’analyse du sang et l’étude des corpuscules que ce liquide tient en suspension, un remarquable mémoire qui attira vivement l’attention du monde savant. Le baron de Humboldt, qui était alors à la tête du mouvement scientifique, voulut voir J.-B. Dumas pendant un voyage qu’il fit à Genève, et il engagea le jeune étudiant à compléter ses études à Paris.
- En 1822, J.-B. Dumas s’établit à Pans; il se lia d’une étroite amitié avec trois jeunes gens de son âge, qui tous trois étaient appelés à de hautes destinées : c’étaient Victor Audouin le zoologiste, Adolphe Brongniart le grand botaniste, et Henri Milne-Edwards l’éminent naturaliste qui survit seul aujourd’hui. L’amitié de ces hommes d’élite, a été sincère, profonde, et Dumas la regardait comme un des plus heureux événements de sa vie. 11 vit à Paris se réaliser tous les vœux qu’il avait formés de fréquenter les savants de son temps. Lorsqu’il lui fut donné de lire lui-même un premier mémoire à l’Académie des Sciences, il fut remarqué de Laplace, qui alla vers lui, le questionna sur ses travaux, et le reçut bientôt dans sa famille. Berthollet, Vauquehn, Gay-Lus-sac, Thénard, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Arago, Ampère, Poisson, tels étaient les hommes que le jeune Dumas allait connaître après avoir trouvé auprès d’eux l’accueil le plus bienveillant.
- La place de répétiteur de chimie au cours de T hé -nard à l’Ecole Polytechnique étant devenue vacante, Arago proposa pour cet emploi Dumas qui fut élu à l’unanimité par le conseil de l’école. Sur la recommandation d’Ampère il remplaça Robiquet dans la chaire de chimie de l’Athénée, établissement scientifique et littéraire fort estimé à cette époque.
- Professeur à l’Athénée, préparateur du cours de Thénard à l’École Polytechnique, Dumas ne tarda pas à acquérir une grande habileté dans la pratique du laboratoire et dans l’art d’expérimenter en public. D’une ardeur infatigable, il fonda en 1824, avec ses amis Audouin et Brongniart, les Annales des Sciences naturelles, et commença à recueillir les matériaux de son grand Traité de Chimie appliquée aux arts, dont le premier volume fut publié en 1828.
- Le labeur de Dumas était incessant ; son activité ne reculait devant aucun effort. C’est à cette époque si bien remplie de sa vie, qu’il sut gagner le cœur de celle qui allait devenir, jusqu’à sa dernière heure, sa fidèle compagne. Le 18 février 1826, le mariage de J.-B. Dumas et de Mlle Brongniart, fille aînée de l’illustre géologue, fut célébré à Paris, et, pendant plus d’un demi-siècle, il allait offrir le plus touchant exemple de la plus parfaite union conjugale.
- Tout souriait au jeune chimiste ; heureux dans son intérieur, estimé et apprécié de tous, d’autres que lui, étourdis par la prospérité, auraient négligé le travail et les recherches. 11 s’y consacra tout au contraire avec plus d’ardeur que jamais, et ses travaux antérieurs qui l’avaient préparé aux grandes entreprises, allaient lui ouvrir la voie des véritables conquêtes et lui mériter le nom de second fondateur de la chimie.
- Les premières doctrines de Dumas ont été publiées en 1826 dans les Annales de Chimie et de Physique, sous le titre suivant : Sur quelques points de la théorie atomique. Quand on lit aujourd’hui après un laps de temps de cinquante-huit ans, cet admirable mémoire, tendant à la solution de tant de problèmes, on est étonné du nombre de notions scientifiques, devenues presque banales qui se trouvaient là toutes préparées.
- Dans l’incertitude des- résultats obtenus précédemment sur les poids atomiques des corps simples, Dumas résolut de tout vérifier par lui-même, mais de le faire au moyen de méthodes nouvelles, en déterminant la densité des corps à l’état de gaz ou de vapeur. Les procédés qu’il imagina sont les plus précis qu’on ait employés jusqu’ici, et les résultats qu’il a obtenus sur un grand nombre de produits, n’ont pas été modifiés depuis.
- Dumas admit que les équivalents chimiques des corps, peuvent être considérés comme des multiples simples de l’équivalent de d’hydrogène pris pour unité ; si les nombres qui représentent ces équivalents, sont parfois accompagnés de fractions, cela doit tenir à des imperfections dans les mé-
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- tliodes de mesure. Ces considéra lions ouvrent un champ immense à la philosophie ; elles permettent au chimiste de concevoir l’unité de la matière, comme le physicien admet l’unité des forces phy-ques.
- D’autres recherches expérimentales d’une haute portée furent bientôt exécutées par Dumas. Nous mentionnerons un grand travail sur les éthers composés, nous citerons les découvertes de l’éther chloro-carbonique et de l’uréthane ; mais nous signalerons surtout les beaux mémoires publiés avec la collaboration de Peligot sur l’esprit-de-bois et sur le blanc de baleine. Ces savants démontrèrent successivement que l’esprit-de-bois et que l’éthal, récemment extrait par Chevreul du blanc de baleine, sont des alcools, et ils ouvrirent par la découverte de la série alcoolique, la liste si abondante et si féconde des séries organiques. Bientôt une substance oléagineuse extraite de l’esprit de pommes de terre, fut reconnue par Cahours comme un quatrième alcool, et cette nouvelle découverte vint confirmer avec éclat les aperçus antérieurs de Dumas.
- Ces travaux produisirent une grande impression dans le monde chimique; ils établissaient sur une base fondamentale la classification des composés organiques par séries analogues qui offrent au chimiste un champ presque infini d’investigations et lui montrent à l’avance en quelque sorte, les chemins qu'il faut suivre pour arriver aux découvertes.
- La chimie organique doit encore à Dumas * la théorie des substitutions, qui a exercé et exerce encore la plus salutaire influence sur les progrès de la science ; le grand chimiste montra que le chlore notamment, peut se substituer atome par atome à l’hydrogène dans les combinaisons organiques,, et il donna ainsi le moyen de prévoir l’existence d’une quantité innombrable de produits nouveaux.
- On conçoit que des notions si originales ne se produisaient pas sans soulever bien des objections. Berzelius et son école, se livrèrent à des attaques souvent violentes contre les doctrines nouvelles, mais les découvertes de l’avenir ont depuis longtemps donné raison au chimiste français. — Il n’est pas possible de mentionner dans une notice si succincte les travaux multiples de Dumas qui touchent tour à tour aux notions théoriques les plus élevées et aux méthodes d’analyse les plus sûres ; c’est lui qui découvrit la série des acides gras, qui trouva la formule de l’indigo, qui révisa avec Stas le poids atomique du carbone, qui détermina avec M. Bous-singault, la composition en poids de l’air atmosphérique. — Ces opérations mémorables sont devenues classiques; et tous les traités de chimie en exposent les principes.
- Dumas observait toujours et travaillait partout, non seulement dans le laboratoire ou dans le cabinet d’étude, mais à l’heure des promenades même ou pendant les voyages de repos. Nous citerons
- un exemple de son étonnante activité d’esprit. En 1839, M. Dumas parcourait la Suisse; en passant à Berne, un pharmacien, M. Pagenslecher, lui fit voir une huile essentielle qu’il avait obtenue en distillant des fleurs de Spirœa ulmaria. Dumas flaire le produit, dont l’odeur lui rappelle aussitôt rhydrure de salieyle que Piria avait découvert dans son laboratoire. Quelques expériences décisives lui permirent de montrer l’identité absolue du produit naturel et du produit artificiel, et d’associer son nom à l’histoire récente de l’aldéhyde salicylique qui est devenu un des corps les plus importants de la chimie organique.
- Dumas était un observateur d’une incomparable lucidité, un expérimentateur d’une habileté rare ; il savait toujours interroger avec succès la nature; sa mémoire était prodigieuse, et à la fin de sa vie, il se rappelait le nom de toutes les espèces de plantes qu’il avait étudiées comme élève pharmacien à Genève.
- Mais à ces dons multiples, il en joignait beaucoup d’autres encore. Il s’est fait connaître dès les débuts de sa carrière, comme un écrivain hors ligne; il a publié ses travaux, sous une forme toujours élégante, concise et d’une inimitable netteté de style.
- Les œuvres de Dumas présentent une étonnante variété; ses écrits sont innombrables, depuis son Traité de Chimie appliquée aux arts qui joua un rôle considérable dans l’enseignement. On ne saurait compter après sa Philosophie chimique, modèle d’éloquence et de science, admirable résumé de son cours au Collège de France, ses notices académiques, ses documents officiels, ses rapports et scs discours, qui dépassent le nombre de mille. 11 excellait à écrire les travaux historiques, à retracer la vie des grands hommes, et quelques jours avant de mourir, il mettait la dernière main à l’éloge de Charles et Henri Sainte-Claire Deville.
- • Comme professeur, J.-B. Dumas a toujours brillé avec éclat, par la chaleur de son entretien, parl’élé-gance de ses démonstrations, par l’habileté avec laquelle il exécutait ses expériences. Pendant de longues années, il a su captiver ses auditeurs de la Sorbonne et du Collège de France.
- En 1828, J.-B. Dumas, fonda avec ses amis, Théodore Olivier et Eugène Peclet, Y Ecole centrale des Arts et Manufactures qui rend chaque jour de si grands services à l’industrie française, en produisant toute une pléiade d’ingénieurs. A l’École centrale, Dumas professa d’abord trois cours de chimie générale, de chimie industrielle et de chimie analytique. 11 continua ses leçons de chimie générale jusqu’en 1852.
- Le jour de ses obsèques ce fut un spectacle touchant que de voir .les nombreux élèves de l’Ecole centrale suivre avec une émotion pieuse, le cortège funèbre du grand savant.
- J.-B. Dumas fut membre de l’Académie des Sciences dès lage de trente-deux ans ; il en devint
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- l’éminent secrétaire perpétuel en 1868. Membre de l’Académie de Médecine depuis 1843, il a connu tous les honneurs. Il fut député, ministre de l’agriculture et sénateur sous le second Empire. Correspondant de l’Académie des Sciences de Berlin dès 1834, membre étranger de la Société royale de Londres en 1840, il a été le président le plus actif de la Société d’Encouragement et de presque toutes les Sociétés savantes. Il a pris part à tous les congrès scientifiques, il y a encouragé tous les progrès : grand’croix de la Légion d’honneur, sa carrière si bien remplie a été couronnée vers la fin de sa vie par son élection à l’Académie française.
- Nous avons essayé de faire connaître les mérites éclatants du chimiste, du professeur, de l’écrivain ; ceux qui ont eu l’honneur de s’asseoir au foyer de l’illustre savant, ont pu seuls apprécier les qualités de l’homme privé.
- D’une distinction parfaite, d’une aménité pleine de charme,
- J.-B. Dumas était un causeur incomparable : bon, généreux, bienveillant, il savait conseiller la jeunesse et stimuler les vrais travailleurs. L’intégrité de sa vie, sa bienveillance, sa générosité, son désintéressement, lui ont attiré l’estime et le respect. Ses découvertes lui ont valu l’admiration et la reconnaissance des contemporains; elles préserveront aussi sa mémoire de l’oubli, tant qu’il y aura sur la terre, des hommes ayant le culte de la science et l’amour de la vérité. Gastojn Tissaxdier.
- LE PANTANÉMONE
- Le besoin d’irriguer les prairies, d’inonder les vignes, de dessécher les marais et d’accumuler l’électricité à bon marché, fait chercher depuis quelque temps, le moyen d’utiliser les forces de la nature mieux qu’on ne l’a fait jusqu’à nos jours. Le vent, qui figure au premier rang dans cet ordre d’idées, n’avait encore rendu, avec les moulins connus, que des services bien inférieurs à ceux qu’on est en droit d’attendre de ces appareils perfectionnés, car le travail produit n’était jamais supérieur, quelle que fût la vitesse du vent, à ce qu’il pouvait être par un vent de 7 mètres par seconde. Mais, grâce aux expériences de ces dernières années, on obtient déjà un rendement double de celui qu’on obtenait avec les appareils de l’ancien système.
- Désireux de faire connaître les efforts faits dans cette voie, nous avons signalé dernièrement la Turbine atmosphérique de M. Dumont l. En décrivant cet appareil, nous avons dit que généralement les moteurs aériens s’arrêtent ou s’effacent dans les grands vents. M. Sanderson nous a communiqué le résultat des expériences qu’il a entreprises depuis de longues années à l’aide de l’appareil qu’il a imaginé et qu’il a désigné sous le nom de pan-tanémone. Les pantanémones, paraît-il, ne car-guent jamais, et l’inventeur les laisse fonctionner même pendant l’ouragan 2. (La vitesse des ailes du pantanémone est trois fois moins grande à l’extrémité que celle de l’air en mouvement pendant les grands vents 3, tandis que celle des anciens moulins est plus grande.)
- Le dessin que nous donnons du pantanémone est
- la reproduction d’un modèle de cabinet de physique. Il va sans dire qu’il n’est destiné qu’à faire connaître le principe sur lequel repose la construction :
- Deux surfaces planes, en forme de demi-cercles, sont montées à angles droits, l’une sur l’autre et à 45° sur l’arbre de couche, d'où il résulte que l’appareil fonctionne (même sans orientation) de quelque côté que vienne le vent, excepté lorsqu’il souffle perpendiculairement sur l’arbre, ce qui permet déjà (grâce à l’impossibilité de réduire les surfaces) d’obtenir, par des appareils immobiles, une soixantaine de jours de travail de plus par an qu’on n’en obtient avec les anciens moulins. Trois appareils distincts ont été construits successivement. Le premier fonctionne depuis 9 ans, dans les environs de Poissy, où il monte environ 40000 litres d’eau à 20 mètres en 24 heures, par des vents de 7 à 8 mètres par seconde ; le second élève environ 150 000 litres d’eau à 10 mètres, en 24 heures, par des vents de 5 à 6 mètres, sur le réservoir de la Ville, à Villejuif, et le troisième, alimente le laboratoire de l’Observatoire de Montsouris. Le premier n’est pas orientable, le second est orientable à la main et le troisième l’est automatiquement. Ces trois pantanémones ont résisté à l’ouragan du 26 janvier dernier.
- 1 Voy. n° 560 du 25 février 1884, p. 193.
- 2 Bulletin de la Société d'encouragement, 1870.
- 3 Rapport de MM. Humblot et Couronne, du service muni cipat, 1878.
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- LA NATURE.
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- MACHINE A TRANCHER LES ROCHES
- L’industrie de l’extraction de la pierre semble depuis longtemps rester toujours au même point. Peu de progrès se sont réalisés dans les travaux de carrière et presque partout l’on se sert encore des coins, du levier et de la poudre. Outre la cherté du travail et sa défectuosité, il en résulte un déchet considérable, et pour les blocs extraits une forme peu régulière.
- Aussi croyons-nous devoir signaler à nos lecteurs une nouvelle machine à trancher les roches, in-
- ventée par M. Rapp, ingénieur. Cette machine, facile à manier et à transporter, nous paraît, en effet, obvier à tous les inconvénients signalés.
- En voici la description sommaire : .
- Sur une plate-forme A sont dressés deux montants-supports B entre lesquels se trouvent deux cylindres C et D reliés avec une glissière contre laquelle les fleurets E sont fixés au moyen de patins à pivot F. La vapeur amenée par un tuyau R peut donner au piston une vitesse de 500 coups à la minute.
- Le cylindre à vapeur D, au moyen d’un engrenage formé par la roue S et le pignon T peut être
- déplacé verticalement, ce qui permet aux fleurets de creuser jusqu’à 0m,25. Pour atteindre une profondeur plus grande, il n’y a qu’à desserrer les patins et placer les fleurets au trou suivant.
- Le cylindre C contient de l’air qui, par sa compression brusque, formerait ressort et empêcherait la détérioration de la machine dans le cas où les fleurets ne rencontreraient pas une résistance suffisante.
- Au moyen d’un mécanisme ingénieux, chaque coup de piston imprime à la machine un mouvement de va-et-vient dont l’amplitude peut être réglée par le mécanicien, suivant la nature de la roche.
- Le poids total de l’appareil est de 1800 kilo-
- grammes, la lorce vapeur nécessaire de 5 à 4 chevaux et le rendement par jour varie entre 6 mètres carrés de tranchée dans le marbre et 20 mètres dans la roche tendre. Un mécanicien et un jeune aide suffisent au travail.
- La trancheuse de M. Rapp peut être employée ailleurs que dans des carrières et servir à tous les travaux d’excavation : creusement de tranchées, de grands canaux, etc. Dans ce dernier usage, elle offre l’avantage précieux de permettre l’emploi de la dynamite sans qu’il y ait à craindre d’éboule-ments latéraux, puisqu’une solution de continuité absolue aura été creusée entre la berge et le cube à déblayer. H. Vila.
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- LA NATURE.
- PONTS MILITAIRES
- DU COMMANDANT MARCILLE
- Un examen sérieux de nombres d’événements de la guerre de 1870-1871 a fait reconnaître la convenance d’organiser, dès le temps de paix, un matériel de réparation et de remplacement des ponts de voies ferrées, endommagés ou détruits par l’ennemi. La Commission supérieure des chemins de fer, qui mit la question à l'étude, fut saisie d’un certain nombre de projets parmi lesquels elle distingua celui de M. le commandant Marcille. Ce sont les propositions de cet officier qui viennent d’être définitivement adoptées.
- Ainsi qu’il sera dit ci-après, les ponts Marcille — actuellement en service—sont de portées diverses, variant de 10 à 45 mètres. Nous analyserons, à titre d’exemple, le type de 50 mètres de portée.
- La partie essentielle de ce pont est formée de deux poutres en tôle, en I, distantes de dm,52 d’axe en axe. Chaque poutre mesure lm,50 de hauteur et se compose : d’une âme pleine en tôle, de 8 millimètres d'épaisseur; de deux semelles, de 0m,50 de largeur, formées chacune de deux épaisseurs de tôle de 12 millimètres ; enfin, de quatre cornières rivées - deux à deux : d’une part, sur lame ; de l’autre, sur les semelles. Les deux poutres sont réunies transversalement par une entretoise boulonnée sur elles, et cette entretoise est elle-même poutre en I, à âme pleine, de 0m,50 de hauteur. Les âmes des poutres principales sont renforcées, à courts intervalles, par des nervures verticales qui s’y trouvent rivées et en préviennent le flambage. Les rails de la voie reposent à la partie supérieure des poutres — sans traverses ni longerons — sur des coussinets métalliques auxquels ils sont boulonnés.
- Ainsi constitué, le pont se divise, dans le sens de sa longueur, en certain nombre de tronçons de 10 mètres et de 7‘“,50 et en « bouts » de plus faible longueur. Chacun de ces tronçons représente un élément complet de l’ouvrage. L’élément de 10 mètres est encore suffisamment maniable et il n’y a, en conséquence, aucun besoin de le subdiviser au cours des opérations de chargement, de transport, déchargement ou mise en place.
- L’assemblage des éléments du pont se fait tout simplement par voie de juxtaposition, sans aucun agrafement. 11 est seulement fait usage de œuvre-joints qui se fixent au moyen de boulons. Quant au lancement, il s’effectue par porte-à-faux, à l’aide d’un avant-bec et d’un contrepoids.
- A l’exception d’un petit nombre de pièces, tout ce matériel est en acier doux, non trempé, lequel ne se rompt que sous une charge de 52 kilogrammes par millimètre carré et ne commence à subir de déformation permanente que sous celle de 25 kilogrammes. Il a donc été possible de faire travailler les pièces principales à raison de 12 kilogrammes au maximum, et cela sans le moindre inconvénient.
- De là, légèreté relative et notable économie.
- Le pont de 30 mètres, dont nous venons de donner une description sommaire, ne pèse guère que 1000 kilogrammes au mètre courant, et le prix de revient de ce mètre ne s’élève qu’à 800 francs. Le pont se monte en soixante heures, et il faut observer que ces soixante heures comprennent le temps de la reconnaissance de la brèche, de la commande (à un point qu’on peut supposer à 50 kilomètres en arrière), du chargement, du transport, du déchargement et de la pose.
- Ces chiffres se rapportent au cas du pont à voie supérieure unique, sans tablier. Mais le commandant Marcille ne limite point les services de son matériel à ceux que rend une installation de la voie, directement sur les poutres. Il a prévu certain nombre de cas, auxquels on peut être tenu d’établir la voie à la partie inférieure des poutres. Lesdites poutres se prêtent facilement à l'écartement et, moyennant l'annexion de quelques pièces accessoires, on peut leur faire porter un tablier en bois. Ce tablier, spécialement affecté au passage des colonnes de troupes, n’apporte aucune entrave au passage des trains.
- Au-dessous de ce type de 30 mètres, on a des ponts de 20 et 10 mètres dont les poutres mesurent respectivement lm,20, et 0m,60 de hauteur.
- Le commandant Marcille a également fait adopter un modèle supérieur, c’est-à-dire de 45 mètres de portée. Tous ces ponts métalliques affectent des dispositions analogues à celles qui viennent d etre décrites et ne diffèrent du pont de 30 mètres que par les dimensions des pièces principales. Le pont de 45 mètres, par exemple, est formé de poutres de 2m,20de hauteur, poutres dont les semelles ont 0'n,10 de large. Il se décompose également en tronçons de 10 mètres et de 7m,50 et en bouts. Le tronçon de 10 mètres, du poids de dix-huit tonnes, est encore suffisamment maniable.
- Le matériel — très remarquable — des Ponts Marcille, sort des ateliers du Creusot.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU (( TALISMAN ))
- (Suite. — Voy. p. 119, 134, 147, 161, 182,198, 230 et 278.)
- Dans les grands fonds de l’Océan à côté de ces Holothuries si singulières dont nous parlions dernièrement et que l’on a appelé des Psychropotes et des Oneirophanta, on en trouve d’autres possédant des formes assez étranges pour fixer quelques instants l’attention ; ce sont les Peniagone. Elles figurent en grand nombre à l’Exposition du Talisman et elles ont été remontées de cinq mille mètres de profondeur. Tandis que les Psychropotes sont d’un violet foncé, les Oneirophanta d’un blanc mat, les Peniagone possèdent une teinte d’un rose pur.
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- LA NATURE.
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- Leur taille est assez réduite et leur forme très surprenante, car de leur dos s’élève une sorte de lame charnue, étalée en forme d’éventail, dentelée sur ses bords. Les genres d’Holothuries, que je signale à l’attention, donnent à la faune abyssale de certaines portions de l’Océan une physionomie toute particulière. Les espèces, qu’ils comprennent, semblent quelquefois représenter presque exclusivement la vie dans les abîmes et l’on est toujours frappé de l’extrême abondance des individus ramenés dans l’intérieur du chalut. Ainsi, le 27 août, nous avons pris d’un seul coup de lilet par 5005 mètres de profondeur plus de cinquante Peniagone.
- Les Holothuries pêchées à bord du Talisman ne sont pas seulement remarquables par leurs formes bizarres, leurs colorations vives prouvant que l’on commettait une erreur, en supposant qu’il ne saurait y avoir de couleurs là où les rayons solaires ne pénétraient pas, elles sont encore très intéressantes à étudier par suite de la transformation de la forme de leur corps.
- Ainsi, dit M. le professeur E. Perrier, qui à bord du Talisman s’est occupé d’une manière toute spéciale de l’étude des Echinodermes, « une Holothurie a essentiellement la forme d’un melon à cinq côtes présentant une ouverture à chacune de ses extrémités. Or, chez les Holothuries des grandes profondeurs, cette forme a presque entièrement disparu ; il en est qui se recourbent en U ; d’autres (Ankyro-(lerma) qui ont la forme d’un sac ovoïde, sans ces ambulacres qui découpent la surface des autres Holothuries en cinq fuseaux; la plupart (Psy-chropotes, Oneirophanta, Peniagone, Lætmogone, Stichopus,etc.), au lieu de la symétrie caractéristique des Rayonnés, présentent une symétrie bilatérale aussi nette que celle des Vers et des Vertébrés, et rampent sur la vase au moyen d’une sole ventrale pareille à celle des Limaces. Singulier exemple de la façon dont peuvent se superposer sur le même animal deux types organiques qui semblaient être séparés par un abîme infranchissable. »
- Les Oursins, vulgairement connus sous le nom de Hérissons de mer, sont représentés dans les grands fonds par des formes très variées et spéciales à des zones déterminées. Certains d’entre eux sont remarquables par le développement, l’élégance des baguettes recouvrant leur test, et je citerai plus spécialement au point de vue de ces caractères le Dorocidaris papillosa que nous avons trouvé entre des fonds de 400 et de 1100 mètres et les Salenia qui proviennent de 640 à 2638 mètres. Mais les formes les plus intéressantes et les plus particulières aux grandes profondeurs sont les Pourtalesia dont nous avons recueilli quelques rares exemplaires à près de2500 mètres. Le test de ces oursins est absolument différent de celui de tous les autres échinides. Il est très allongé, presque cylindrique, à extrémité antérieure tronquée. La bouche se trouve être placée à l’extrémité d’un sillon antérieur profond, et l’ouverture terminale du tube
- digestif s’observe sur la face dorsale. Les piquants sont courts et dans certaines espèces élargis à leur sommet en forme de spatules. D’autres genres très curieux sont également propres aux faunes abyssales, et à l’Exposition du Talisman l’on s’arrête avec intérêt devant les Calveria.
- L’on connaissait depuis fort longtemps au milieu des dépôts de la période crétacée des débris de ces échinodermes, et ce n’a été qu’en 1869, durant l’une des croisières du bateau anglais le Porcupine, que la survivance de cette forme au fond de nos mers a été révélée. C’est par 59°,38' de latitude Nord et 7°,46' de longitude Ouest à 814 mètres de profondeur avec une température de 7°,05 G. que l’on a rencontré la première Calveria vivante. « A mesure que la drague remonte, dit Thompson, nous apercevons dans le fond un gros oursin écarlate, que nous pensions devoir être une forme éclatante et de grosseur inusitée de YEchinus Flemmingii. Gomme le vent était assez violent et qu’il n’était pas facile de faire renverser la drague pour la vider de son contenu, nous prenons notre parti de ce qui nous paraît être une nécessité inévitable, et nous nous attendons à retirer l’animal en mille pièces. Nous le voyons avec étonnement rouler hors du sac sans le moindre dommage, notre surprise ne fait que s’accroître et se mélange au moins en ce qui me concerne, d’une certaine émotion, en voyant l’animal s’arrêter, prendre la forme d’un sphéroïde rougeâtre et se mettre à palpiter. Les ondulations les plus singulières soulèvent son test, aussi flexible que le cuir le plus souple et je dus faire appel à tout mon sang-froid avant de me décider à prendre dans la main ce petit monstre ensorcelé. »
- La souplesse extrême des parois de l’échinide si particulier, que l’on venait de découvrir était due à une disposition toute particulière des différentes pièces constituant le test. Les plaques ambulacraires et interambu lacraires, qui chez les autres Oursins vivants se rencontrent bord à bord et se joignent pour former une paroi continue, restaient indépendantes les unes des autres, se dépassant et se recouvrant mutuellement. Quant au mouvement de palpitation, qui semble avoir causé une si profonde impression au savant naturaliste anglais, il nous paraît bien démontré, après de nombreuses observations, que son mode d’origine et sa nature ont été mal appréciés. Nous avons eu bien souvent l’occasion d’examiner des Calveria, absolument intactes, et jamais nous n'avons vu se produire chez elles un mouvement spontané. Elles se déformaient, comme l’a dit Thompson, elles palpitaient en quelque sorte à certains moments, mais tous ces phénomènes étaient simplement dus aux mouvements de roulis, de tangage du bateau, ou bien à la transmission des vibrations provenant du fonctionnement des diverses machines à vapeur installées à bord. Les Calveria et les Phormosoma, échinides étroitement alliés aux précédents, sont les oursins les plus abondants dans les grands fonds. Nous les avons pêchés à partir de
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- LA N A TURF.
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- 608 jusqu’à 4250 mètres et ceux que nous avons pris correspondent à diverses espèces nouvelles.
- Les animaux marins, si élégants de formes et souvent si brillamment colorés, que l’on désigne par l’appellation générale à'Étoiles de mer, constituent au milieu de la collection rapportée par Le Talisman un des groupes les plus abondants en genres et en espèces encore inconnus. L’attention doit se fixer tout d’abord sur les Brisinga dont les bras, longs et flexibles, peuvent s’élever jusqu’au nombre de vingt. Gcs brillantes astéries d’un rouge orangé, se défont généralement de leurs bras par un effort violent, lorsqu’elles se sentent prises et entraînées dans le mouvement d’ascension du chalut et ce n’est que tout à fait exceptionnellement qu’il nous a été possible d’en observer d’intactes. Ghr. Absjornsen, qui le premier eut la bonne fortune de les découvrir sur les côtes de Norvège,, un peu au-dessus de Bergen, par un fond de 200 brasses, ne put échapper à un sentiment d’admiration en présence des lueurs phosphorescentes qui se dégageaient du corps et des bras. « Gomplet et intact, ainsi queje l’ai vu une ou deux fois sous l’eau, dans la drague, cet animal est singulièrement brillant, c’est une véritable gloria maris, » et il lui donna alors le nom de Brisinga, emprunté à un bijou de la déesse Freya. Nous avons recueilli sous les tropiques la Brisinga coronata, signalé jusqu’ici seulement dans les mers du Nord. L’expédition du Porcupine l’avait prise à 914 mètres de profondeur, nous l’avons trouvé entre 736 et 1435. Entre 882 et 3455 mètres, nous avons pêché la Brisinga robusla (E. P.), à 2384 la Brisinga spinosa (E. P.), à 1435 la Brisinga semi-coronata (E. P.), à 2230 mètres la BrisingaEdwardsi(E. P.). Toutes ces formes sont nouvelles et la dernière était tellement abondante, que là où nous l’avons prise, des milliers d’individus devaient recouvrir le fond de la mer. Après les Brisinga, les étoiles de mer les plus singulières, que nous ayons rencontrées, sont les Zoroaster descendant jusqu’à 3200 mètres, les Ophiomusium abondantes à partir de 750 jusqu’à 5125 mètres, les Chetaster dont une espèce, leChe-taster longipes, a été ramenée de 3650 mètres, les Archaster à espèces très multipliées, spéciales à différentes zones, et dont une espèce, VArchaster rigi-dus, d’assez grande taille, nous a paru être caractéristique des plus grandes profondeurs (5005 mètres) que nous ayons explorées. J’ai, dans un article précédent1, en parlant des Crustacés, appelé l’attention sur l’accroissement fort singulier des lames ventrales du Glyphus marsupialis, qui se développent de manière à constituer une poche destinée à renfermer les œufs. Chez, certaines étoiles de mer, que l’on appelle des Hymenaster, l’on voit qu’il existe également des organes de protection pour ces derniers éléments. Le corps de ces échinodermes vu par la face dorsale paraît au premier abord complètement mem-
- 1 Voy. n° 562 (lu 8 mars 1884, p. 230.
- braneux, mais une étude plus approfondie fait reconnaître que la membrane revêtant le corps n’est pas la peau. Elle est complètement distincte de ce dernier et elle constitue une sorte de tente abritant le dos. C’est dans son intérieur que sont déposés les œufs, qu’ils éclosent, et que jusqu’au moment où ils sont susceptibles de se suffire, vivent et grandissent les jeunes Hymenaster. La couleur de ces animaux est d’un rose pur panaché de violet et lorsque les membranes sont gonflées par l’eau, l'étoile, prend, comme l’a dit fort justement M. E. Perrier, les formes arrondies d’une tulipe. Quelques espèces d'Hymenaster, telles que les Hymenaster rex et Bourgeti, qui sont des formes nouvelles, se rencontrent à 4000 mètres de profondeur.
- Les Crinoïdes (voy. la figure), les derniers des échinodermes dont nous ayons à parler, sont des animaux dont le corps a la forme d’une coupe. Des bords partent des bras simples, bifurqués ou ramifiés garnis sur leurs côtés de pinnules. De la face dorsale naît une tige articulée se fixant par son extrémité inférieure aux objets environnants. Dans les genres Antedon, Actinometra représentés ci-contre, cette tige n’existe que pendant le jeune âge, le corps devenant libre à une certaine époque de son développement, tandis que chez les Pentacrinus, dont on voit aussi un représentant sur notre gravure, chez les Democnnus, les Bathycrinus elle persiste durant toute la vie de l’animal dont elle fait partie. Les Crinoïdes ont été toujours considérés par les naturalistes comme un objet d’études du plus haut intérêt, et cela tant au point de vue de leur très grande rareté au milieu de la faune marine actuelle qu’à celui de leur extrême abondance durant des époques géologiques très anciennes. En effet ces animaux, déjà fort communs pendant la période silurienne, se sont multipliés lors du dépôt calcaire carbonifère qui comprend des couches presque exclusivement composées de leurs débris. On les retrouve en abondance dans cet horizon moyen des dépôts triasiques, qu’on appelle le Muschelkalk. Puis après cette période de prospérité extraordinaire, l’ordre des Crinoïdes paraissait, comme l’a dit Thompson, avoir eu le dessous dans la lutte pour l’existence. Les espèces de plus en plus rares, à mesure que l’on se rapproche de la période actuelle sont représentées par des individus de moins en moins nombreux et l’on a pensé un moment que seuls les Antedon s’étaient perpétués jusqu’à nous. Les découvertes succédant aux explorations sous-marines faites à de grandes profondeurs ont eu pour résultat de faire abandonner cette croyance. Certaines formes de crinoïdes comme les Pentacrinus, les Democrynus, les Bathycrinus sont spéciales aux grandes profondeurs et constituent au milieu de nos océans des colonies nombreuses et très espacées les unes des autres.
- Le premier Pentacrinus, genre abondamment représenté, dans les couches du lias, de l’oolithe, a été rapporté en 1755 de la Martinique à Paris et décrit par Guettard dans les Mémoires de l'Acadé-
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- Implorations sous-marines du Talisman. — Vue du fond de lanier par le 45°,59'30'' de latitude et le 60,29’30’' de longitude.
- Profondeur 1500 mètres.
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- LA NATURE.
- mie royale des sciences. On a vu depuis, à de longs intervalles, apparaître quelques très rares exemplaires provenant de la mer des Antilles. Le 21 juillet 1870, Gwyn Jeffreys draguant sur le Porcupineb. une profondeur de 2000 mètres par 59°,42' de latit. N. et 9°,45' de longitude O. avec 4°,5 C. de température, prit une vingtaine de spécimens d’une nouvelle espèce de Pentacrinus, le Pentacrinns Wyville Thompsoni. Le bel état de préservation des animaux semblait devoir permettre de savoir s’ils uvaient libres ou fixés. Thompson, après avoir examiné un des échantillons rapportés par le Porcu-pine, dit « que la surface inférieure de l’articulation terminale était arrondie et qu’elle témoignait de la liberté dans laquelle depuis longtemps l’animal avait vécu ». Plus loin ce savant naturaliste ajoute : « Je ne doute pas que cette particularité ne soit habituelle dans l’espèce en question et que l’animal ne vive légèrement engagé dans la boue molle, mais changeant de place à volonté, nageant au moyen de ses bras empennés, et occupant, sous ce rapport, une place intermédiaire entre le genre Antedon et les Crinoïdes décidément fixes. » A bord du Talisman nous avons envoyé deux fois notre chalut sur des fonds occupés par des Pentacrinus Wyville Thompsoni, une fois sur les côtes du Maroc, l’autre presque en face de Rochefort (Lat. 45°,59',50" — Long. 6°,29',50") et nous avons constaté, après avoir remonté des débris de roches, que ces animaux vivaient, contrairement à ce que l’on avait cru pouvoir supposer, complètement fixés par des cirres recourbés se détachant de l’articulation terminale de la tige. Ces sortes de crochets se soudent en quelque sorte avec le fond sur lequel ils reposent (Voy. la gravure) et il faut les briser pour les détacher. Par conséquent les Pentacrinus Wyville Thompsoni, que l’on a rencontrés libres, avaient dû être arrachés à la suite de quelque accident du fond sur lequel ils vivaient, car il paraît bien difficile d’admettre que les mêmes animaux en des points divers de l’Océan aient des modes d’existence différents.
- Nous avons cherché à rendre par notre figure l’aspect que possédait le fond de la mer sur lequel vivaient les Pentacrinus, tel qu’il nous a été révélé par le dragage fait en face Rochefort à 15U0 mètres de profondeur. Les Pentacrinus Wyville Thompsoni en quantité considérable, revêtaient le sol, formant une sorte de prairie animée du milieu de laquelle s’élevaient des Mopsées de grande taille. Le sol rocheux, était couvert de polypiers très élégants, ressemblant à de véritables lleurs ayant ouvert leur calice et au milieu de ce monde vivant, enchaîné à la terre, s’agitaient des Crustacés encore inconnus (les Paralomis niierops. A. M. Edvv.) dont la carapace était garnie de fines épines. Des Actynometra, crinoïdes libres, détachés de leur tige après leur accroissement comfilet, flottaient au milieu des eaux ou se cramponnaient par instants par leurs cirres aux branches des Mopsées. Les Pentacrinus Wyville Thompsoni, les Actino-
- metra étaient d’un beau vert d’herbe, les Mopsées d’une teinte orangée, les Polypiers d’un violet foncé, les Crustacés d’un blanc nacré. Cette exubérance de vie, cette débauche de couleur à quinze cents mètres de la surface de l’Océan, constituent certainement un des faits les plus merveilleux, qu’il était réservé aux naturalistes de découvrir.
- H. Filhol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- — A suivre.—
- LES VIVISECTIONS
- Nous avons reçu à plusieurs reprises, depuis quelques mois déjà, le manifeste et les statuts d’une nouvelle société : la Société française contre la vivisection. Un savant anglais, M. le Dr George Hoggan de Londres, s’est fait le défenseur le plus ardent des innocentes victimes qui sont chaque année sacrifiées à la physiologie expérimentale et c’est à lui que les fondateurs de la nouvelle société ont recours pour attirer des adhérents.
- Bien souvent déjà cette intéressante question des vivisections a été l’objet de débats animés et passionnés que nous résumerons ici.
- Les partisans des vivisections plaident avec raison pour la liberté et le droit sacré de la science. La dure nécessité des moyens doit disparaître devant la sainteté du but. La science doit aux expériences sur les animaux vivants ses plus belles conquêtes, et s’il y a eu des abus doit-on les mettre au compte des savants vraiment dignes de ce nom?
- On peut encore faire valoir d’autres nombreux arguments en faveur des vivisections. Il serait facile de montrer à ceux qui s’apitoient sur les martyrs de la physiologie, l’horrible spectacle des écrevisses cuites vivantes, des palmipèdes bourrés d’aliments pâteux pour la fabrication du foie gras, des anguilles décapitées vivantes, des mutilations du cheval, du bélier et du taureau pour cause d’utilité domestique. Et les assassinats connus sous le nom de chasses ! Et les combats de coqs, et les courses de taureaux ! Comment la société qui ne veut pas réglementer nos passions sanguinaires, peut-elle songer à imposer des lois à la science qui, celle-ci dominant sa pitié, n’a qu’un but : celui de guérir.
- Les vivisections sont indispensables aux progrès de la science ; elles ont été l’origine des plus grandes découvertes en physiologie, en pathologie, en médecine légale et en thérapeutique. Elles doivent être considérées comme une nécessité pour arriver à bien connaître les phénomènes de la nature vivante.
- Il n’en est pas moins vrai que celui qui fait des expérimentations sans but d’utilité réel est cruel et coupable ; mais c’est à la conscience seule à régler la conduite de l’expérimentateur.
- « Tuons un animal, a dit Plutarque mais pour le moins que ce soit avec commisération et avec regret, non point par jeu ou plaisir, ni avec cruauté. » DrZ....
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- LA NATURE.
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- L’ART PRÉHISTORIQUE
- EN AMÉRIQUE (Suite . — Yoy. p. 186 et 251.)
- Les Péruviens travaillaient aussi avec art les métaux précieux ; malheureusement les objets en or ou en argent ont presque tous disparu dans le creuset du fondeur et ceux qui restent (fig. 1) ne peuvent guère nous permettre de juger de l’habileté des orfèvres. C’étaient, au rapport des Conquistadores, des lézards, des serpents, des singes, des oiseaux avec leurs plumes, des poissons avec leurs écailles, des arbres avec leurs feuilles, modelés tantôt en plein, tantôt en creux. L’artiste savait même représenter des scènes complètes : on cite un enfant couché dans un hamac, sur lequel s’élance un serpent, un homme assis entre deux femmes1 et un certain nombre d’autres pièces curieuses.
- S’il est vrai, comme on l’a prétendu, que les anciens Péruviens ignoraient l’art du fondeur, le seul procédé connu pour la production de pièces aussi compliquées était l'amalgame de l’or et du mercure. On obtenait ainsi une pâte plastique qui se prêtait facilement au modelage. Quand l’artiste avait terminé son œuvre, il volatilisait le mercure, en l’exposant à un feu ardent ; l’or seul restait et il suffisait d’un simple polissage, pour arriver au résultat cherché.
- Les Mexicains, si nous devons en croire une lettre adressée à Charles-Quint par Cortès, en lui transmettant les présents de Montezuma, n’étaient pas moins habiles que les Péruviens, v Outre une grande masse d’or et d’argent, mandait-il à l’empereur, on me présenta des ouvrages d’orfèvrerie et de bijouterie si précieux, que ne voulant pas les laisser fondre, j’en séparai pour plus de cent mille ducats, afin de les offrir à Votre Altesse Impériale. Ces objets sont de la plus grande beauté et je doute qu’aucun prince de la terre en ait jamais possédé de semblables. »
- L’usage des couleurs était connu des Américains dès la plus haute antiquité; les ocres, le noir de suie, le blanc de calcaire avaient sans doute fourni les premiers éléments et l’idée de les utiliser ne devait pas dépasser les conceptions les plus primitives. Le progrès arrive par l’expérience ; l’homme apprend à tirer les couleurs végétales des feuilles, des fruits, des racines, des tiges, des graines des arbres. La matière colorante était aussi, comme la pourpre de Tyr, empruntée aux mollusques de la mer. Les Péruviens et les Mexicains savaient étendre ces couleurs sur les tissus qu’ils fabriquaient ; l’étoffe était ensuite exposée à la lumière et l’on obtenait ainsi des teintes variant du rose tendre au violet sombre. Les couleurs une fois fixées restaient inaltérables;elles n’étaient pas même atteintes par la décomposition cadavérique. Il est facile de s’en con-
- 1 Ce groupe faisait partie de la collection Squier; il pesait 49 onces, soit environ 1510 grammes.
- vaincre, en étudiant, au Musée du Trocadéro, la riche collection d’étoffes retirées des huacas du Pérou.
- Ces couleurs servaient aussi à tracer des figures sur les rochers. En parcourant les canons de l’Ari-zona et du Nouveau Mexique, on voit fréquemment de semblables peintures. Les vieux habitantsdu Tennessee ont laissé des dessins à l’ocre rouge sur les falaises qui dominent leurs grands fleuves. Les unes représentent le soleil ou la lune, les autres des animaux; comme les sculptures de l’Utah, elles sont presque toujours à des hauteurs inaccessibles. A la Sierra da Onça (Brésil), on rencontre des figures humaines peintes par le même procédé : elles sont tantôt isolées, tantôt groupées sans ordre apparent. Certaines grottes de la Californie étaient, au dire des chroniqueurs espagnols, couvertes de peintures admirablement conservées, représentant soit des hommes, soit dis animaux aux formes étranges. Mais si ces cavernes ont existé, elles ont disparu depuis longtemps et leur description se ressent sans doute de l’exagération habituelle des Conquistadores. Si les peintures des grottes de la province d’Oajaca ne sont pas aussi brillantes, du moins existent-elles encore. Elles sont tracées à l’ocre rouge et le dessin en est très primitif. Parmi elles, il faut citer les nombreuses empreintes de la main humaine en couleur noire ; elles ressemblent à celles que l’on peut voir sur les rochers du Far West ou sur les murs des palais d’Uxmal. Cette empreinte, qu’elle soit empruntée à un mythe mythologique, ou qu’elle rappelle la main de Iluenan, le législateur des Toltecs joue en Amérique un rôle encore mal défini. Nous la trouvons dans des régions bien éloignées les unes des autres; elle se détache fréquemment sur les poteries, tantôt en noir sur un fond rouge, tantôt en rouge sur un fond noir et, de nos jours encore, elle sert de totem à des tribus indiennes, en souvenir peut-être d’ancêtres inconnus.
- Parmi les peintures antérieures à l’arrivée des Européens, nous ne saurions omettre les célèbres pictographies du Mexique; elles racontent toute l’histoire du pays; ses traditions, ses légendes, la généalogie de ses chefs ou de ses nobles, le rôle des tributs des diverses provinces l, les lois, le calendrier
- 1 Ou payait les tributs en nature; ils comprenaiént des grains, de la toile de coton, des plumes, des pipes, des joncs, des aromates, les objets les plus divers. Certaines villes du Pacifique devaient annuellement 4000 balles de plume, 200 sacs de cacao, 40 peaux de tigre et 160 oiseaux d’espèces rares. Les Zapotecs étaient astreints à 40 plaques en or et à 20 sacs de cochenille. Des tribus nomades devaient apporter des urnes remplies de poudre d’or. Les villes du golfe du Mexique envoyaient 20 000 balles de plumes, 6 colliers d’émeraudes, 20 anneaux en ambre ou en or et 16 000 charges de caoutchouc. Tous les Mexicains devaient contribuer au tribut et ceux qui étaient trop pauvres pour le faire, fournissaient un certain nombre de scorpions ou de serpents. On raconte que, Alonso de Ojeda et Alonso de Mata, cités parmi ceux des compagnons de Cortès qui pénétrèrent les premiers dans le palais de Mexico, aperçurent des sacs 'empilés avec soin. Ils s’empressèrent de s'en emparer, espérant déjà un riche butin. Ces sacs, qui fai-
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- LA NA TUT’. K.
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- des fêtes religieuses, tout ce qui touchait en un mot aux mœurs, aux coutumes, à la vie même du peuple.
- Ces pictographies étaient peintes en couleurs différentes sur de la toile de coton, sur des peaux préparées, sur un papier assez résistant, fabriqué avec les fibres de l’agave b Tantôt l’artiste retrace les scènes de la vie réelle ; d’autres fois, il raconte les faits au moyen de signes conventionnels, de caractères hiéroglyphiques, symboliques ou phonétiques, dessinés par des hiérogrammatcs spéciaux, gardés avec un soin jaloux et dont la reproduction était sévèrement interdite aux profanes.
- Une des plus curieuses représente la suite des migrations des Aztecs. Les figures humaines sont finement peintes; les chefs portent tous le même manteau, laissant le côté droit à découvert. Leur nom est figuré par un signe placé au-dessus de la tète de chacun d’eux. L’expression de la physionomie, les traits du visage varient; l’artiste a certainement prétendu retracer les portraits de ceux dont il écrivait l’histoire.
- Une autre série de dessins montre l’éducation des enfants, la nourriture qu’on leur donnait, les châtiments qui leur étaient infligés.
- Le père apprend à son fils à porter des fardeaux, à diriger un canot, à se servir de filets pour la pêche ; la mère enseigne à la fille les soins domestiques; elle balaie la maison, elle prépare les tortillas, elle tisse les étoffes nécessaires à la famille. Si ces peintures témoignent d’une ignorance complète des lois de la perspective, elles offrent en revanche les traits nets et le coloris brillant qui plaisent aux peuples peu avancés. La tradition rapporte que les Aztecs avaient puisé leurs procédés chez les Toltecs, les initiateurs de tout progrès dans l’Amérique Centrale. Après leur victoire définitive, les rois de Mexico firent détruire toutes les pictographies qui rappelaient la grandeur de ceux qu’ils avaient vaincus. Par une juste rétribution,
- saient partie du tribut d'une province, étaient pleins de poux-Torquemada, à qui nous empruntons ce fait étrange, ajoute : Ai quien diga que non eran Piojos sino busanillos pero Alonso de Üjeda en sus Memoriales lo certifica de vista y lo mi«mo Alonso de Mata.
- 1 Les pictographies parvenues jusqu’à nous ont souvent été reproduites notamment par Gemclli-Caireri, lor.l Kingsbo-rough, Ilumboldt, Bancrolt et plusieurs autres.
- quelque triste qu’elle puisse être pour la science, les Espagnols vinrent à leur tour détruire les annales des Aztecs et quelques fragments échappés au fanatisme de l'évêque Jean de Zumarraga sont seuls parvenus jusqu’à nous.
- Nous venons de parcourir toute une série des œuvres de l’homme, depuis les figurines qui n’ont rien d’humain, jusqu’aux bas-reliefs, auxquels on ne saurait refuser un talent réel, une connaissance véritable des formes ; depuis les grossières ébauches tracées sur les rochers, jusqu’aux pictographies Aztèques. 11 est impossible de trouver un rapport quelconque entre l'art européen ou asiatique et ces gravures, ces peintures ou ces sculptures. Sans doute la différence des œuvres, que l’on considère comme les plus anciennes avec celles exécutées durant les siècles qui ont précédé de peu la conquête Espagnole, est considérable; mais elle ne dépasse pas ce qu’il est facile de constater chez d’autres nations. Ces progrès sont dus au temps ; ils ont été amenés par la marche ascendante de la civilisation , par leprogrèscontinu qui caractérise la plupart des races humaines. Partout , l’homme même isolé s’est montré capable de semblables travaux et à côté de certaines similitudes qu’il est facile de faire ressortir, il existe des différences trop marquées pour admettre un élément étranger, une influence venue d’autres continents. Quel rapport par exemple, peut-il exister entre les têtes hideuses et grimaçantes que nous trouvons en Amérique et les immortelles créations de l’art grec ou bien encore, les figures calmes et souriantes de l’antique Egypte? 11 reste pour compléter notre tache, à étudier les anciens monuments dont les ruines sont encore debout, à rechercher, si les conclusions que l’on peut tirer de leur architecture, des détails de leur ornementation doivent être également négatives au point de vue spécial qui nous occupe.
- La nécessité de se préserver des intempéries a été chez tous les peuples l’origine de l’architecture. Les parois des cavernes, où l’homme avait cherché son premier asile, devaient faire naître chez lui l’idée des murs ; les arbres de la forêt, sous lesquels il reposait, celle des colonnes et des toits. Par un progrès naturel les pierres sont équarries, placées
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- LA NATURE.
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- dans un ordre méthodique, assujetties avec de l’argile délayée dans de l’eau, puis avec du mortier, que l’homme apprit à fabriquer dès les temps les plus reculés. Plus tard, les toits se dressent; les colonnes sont sculptées, les ornements, les bas-reliefs se montrent et peu à peu les humbles demeures des races primitives deviennent les temples, les palais dont les siècles ont respecté les ruines grandioses.
- Telle est la marche constante que nous pouvons suivre dans tous les temps et dans tous les pays ; elle est à peine modifiée, soit par les conditions climatériques, soit par les matériaux à la disposition des constructeurs.
- En Amérique par une exception qu’il faut signaler, la pierre fait défaut aux plus anciennes œuvres architecturales de l’homme et les Mound-Builders ne savaient utiliser que la terre. Les terrassements gigantesques, les fortifications (fig.2)1, les mounds, les tertres, les pyramides tronquées dont quelques-unes ontem-ployé jusqu'à 23 millions de pieds cubes de terre sont les seuls témoins de cette race oubliée; et cependant les Mound-Builders étaient un peuple puissant; leurs travaux couvrent toute l’Amérique Centrale des grands lacs du Canada au golfe du Mexique, des rives de l’Atlantique à celles du Pacifique. Ils exploitaient depuis les temps les plus reculés les mines du Lac Supérieur ; ils cultivaient la terre, toute race sédentaire y est forcément astreinte ; ils creusaient des canaux d’un parcours considérable ; ils se livraient au commerce, on a recueilli sous le même tertre, le cuivre du Canada,
- 1 Les terrassements connus sous le nom d’Ancicnt Fort, pour ne citer que ceux-là, s’étendent encore aujourd’hui sur une longueur de près de 5 milles. La largeur des murs mesure 60 pieds à la base ; leur hauteur est de ‘20 pieds.
- l’obsidienne du Mexique, le mica des Alleghanys et les coquilles de la mer. Les Mounds étaient orientés avec précision, ils figuraient des carrés, des cercles, des triangles, des polygones; les angles étaient droits, les côtés réguliers. Ces hommes savaient déjà mesurer les surfaces et possédaient quelques données astro nomiques.
- A côté des Mound-Builders, vivaient d'autres hommes dont les constructions étaient bien différentes. Les Cliff-Dwellers, littéralement les habitants des rochers, occupaient le Nouveau Mexique et certaines parties du Colorado et de l’Arizona. Leurs demeures, qu’on ne saurait mieux comparer qu’à des nids d’hirondelles, s’élevaient sur des rochers presque inaccessibles. Chaque plate-forme, chaque anfractuosité, chaque
- espace vide, quelque limité qu’il pût être, servait d’emplacement à une habita tion construite tantôt en pierres cimentées avec de l’argile, tantôt en adobes ou briques séchées au soleil. Là, où la place le permettait, plusieurs habitations groupées les unes à côté des autres, formaient de véritables villages des Cave-towns. Les chambres étaient étroites et basses, les fenêtres d’une incroyable petitesse; il n’existait ni portes, ni escaliers et on ne pouvait communiquer d’un étage à l’autre, que par des trappes et des échelles ; l’ascension était souvent périlleuse, toujours difficile. Comment l’homme pouvait-il apporter à des centaines de pieds1 au-dessus du niveau de la vallée, les matériaux nécessaires à la famille? C’est ce que nous ne prétendons pas expliquer.
- Nous aurons dans un prochain article à revenir sur ces demeures aériennes, sur les pueblos, où des 1 On cite des Cliff-Houses à plus de 800 mètres d’altitude.
- Fig. 2. — Fort Hill (Ohio).
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- centaines d’êtres humains étaient entassés dans des | pièces d'une inconcevable exiguïté. Il est curieux de comparer à ces Cliff-Houses ou à ces paeblos un monument (fig. 5) datant des Aymaras. La poite de Tiaguanaco avec ses jambages monolithes, sa frise ornée de sculptures en bas-relief ne serait pas déplacée sur les bords du Nil. Cette porte doit remonter à une époque se rapprochant sensiblement de celle de l’érection des Cliff-Houses; elle témoigne d’une différence singulière non seulement dans le mode de vie, mais aussi dans le développement de la civilisation chez des peuples issus selon toute probabilité d’une souche commune.
- — a suivre. — Marquis de Nadaili.ac.
- CHRONIQUE
- Réunion annuelle des Sociétés savantes. —
- Le Congrès annuel des Sociétés savantes a été ouvert mardi 15 avril h la Sorbonne, et il se terminera samedi 19, par une séance solennelle qui sera présidée selon l’usage, par le Ministre de l’Instruction publique. La Société de Physique, a donné à cette occasion une grande séance dans les salons de l’Observatoire de Paris qui avaient été mis à sa disposition par M. l’amiral Mouchez. Les salons étaient éclairés à la lumière électrique, et un grand nombre d’appareils de physique et de mécanique parmi lesquels figuraient les plus nouveaux, ont fonctionné devant les visiteurs. Une seconde soirée non moins brillante, a eu lieu le jeudi 17 à l'Observatoire.
- Chemin de fer métropolitain de Paris. —
- M. Cendre, directeur général des chemins de fer, vient de soumettre au Ministre des Travaux publics le projet de convention entre l’Etat et les demandeurs du chemin de fer métropolitain. Voici les grandes lignes de ce projet : La Compagnie concessionnaire devra s’engager à construire immédiatement la ligne de Puteaux à Vin-cennes. Cette ligne se détache du chemin de Paris à Versailles à la station de Suresnes, dessert Puteaux, Madrid, le bois de Boulogne, Neuilly. Elle entre dans Paris à la porte Maillot, passe à l’Etoile, à la gare Saint-Lazare, à la place de la République, à la Bastille, et se raccorde au chemin de fer de Vincennes à la station de Reuilly. La Compagn e devra construire une autre ligne dès que la première aura produit un revenu déterminé. Il parait que le projet va entrer dans la période d’exécution.
- Système géologique éruptif de la planète Mars. — Les observations que je poursuis depuis la fin de décembre dernier, sur les aspects physiques de la planète Mars, m’ont conduit à la constatation, selon moi indubitable, du système géologique complètement éruptif de ce monde voisin. Les continents de Mars sont couverts de cirques brillants, d‘un très grand diamètre parfois, et comparables, comme aspect, a ceux de la Lune lorsqu'elle est dans son plein. Les circonvallations de ces cirques sont parfois assez élevées pour porter une ombre légère, ou du moins assez éclairées pour contraster avec le fond rouge du sol où elles se dessinent. Les parties sombres, considérées jusqu’à ces derniers temps pour être des océans ou des bras de mer, sont constituées par un système de proéminences hémisphériques, parfois cra-tériformes; elles sont habituellement situées sur le pour-
- tour d’un grand cirque, ce qui explique ces formes en arc de cercle que ces prétendues mers affectent. Lorsque les plus importants de ces systèmes atteignent, par la rotation de la planète, la limite visible du disque, le centre de ces cirques paraît déprimé, tandis que les parties correspondantes de la circonvallation émergent sensiblement. Comme tout ce qui est inattendu et contraire aux idées généralement en cours, cette découverte sera reçue, je n’en doute pas, avec une grande méfiance ; elle le sera encore davantage si j’ajoute que ces observations ont été faites avec deux équatoriaux de 4 et 6 pouces , très difficiles avec ces instruments relativement petits, j’espère qu’elles ne tarderont pas à être vérifiées par les astronomes aréographes. En tout cas, je suis absolument certain de ce que j’avance. Dom Lamey.
- Les chemins de fer japonais.—Le chemin de fer qui doit relier Tokio, Yeddo et Kumagaï, au Japon, avance rapidement. Il a maintenants? kilomètres et n’est que la première section du chemin de fer qui traversera l’ile de Nippon dans toute sa longueur. La construction sera bientôt terminée jusqu'à la ville de Takaskaï, qui est un des principaux centres des voies du Japon; de là, elle sera poussée jusqu’à Aomori, au nord de l’ile. Le pays traversé entre Tokio et Koumagaï est très riche et très fertile. Les stations ont été faites le plus économiquement possible et tout le matériel roulant, sauf les locomotives, a été construit dans le pays. Il existe en ce moment au Japon, 4 lignes de chemins de fer en exploitation, dont la longueur totale est de 227 kilomètres, et une ligne en construction qui aura 150 kilomètres et qui reliera Maye-Bashi à Tokio. Une partie de ces lignes appartient au gouvernement japonais, les autres à des Compagnies particulières.
- Fermeture automatique des robinets b gaz.
- En Angleterre, M. Plunkett a imaginé un ingénieux moyen de fermer automatiquement le robinet d’un brûleur à gaz, toutes les fois que, par une cause quelconque, le gaz s’éteint. Ce moyen consiste à disposer dans la flamme une tige métallique horizontale qui, se dilatant par la chaleur, agit par une combinaison de leviers, sur la clef du robinet et la maintient ouverte. Si le gaz vient à s’éteindre, la tige se refroidit et, en vingt secondes, se raccourcit assez pour que le déclenchement du jeu des leviers s’opère et pour que la fermeture du robinet ait lieu sous l’action d’un contrepoids. On évite ainsi les fuites de gaz qui sont dues souvent à ce qu’on laisse les robinets ouverts.
- La folie en France. — Dans une conférence faite à la salle Gerson, le docteur Lunier a recherché quel est le nombre des aliénés reconnus par le recensement, quel est le nombre des aliénés en traitement dans les établissements spéciaux, quelles sont les causes de la folie. Lenombredes internés, qui était, en 1855 de 16 000 environ, s’est accru constamment et s’est élevé en 1876 à 85 000. Le nombre des aliénés à domicile, idiots, crétins, inoffensifs, a été de 54 000 en 1872 et de 59 000 en 1876. L’augmentation, d’une part, et la diminution, de l’autre, proviennent de ce que, sur 10 malades admis aujourd’hui dans les établissements publics, il y en a sept qu’on aurait refusés autrefois. L’accroissement total est environ de 22 pour 100. La qualification d’aliéné s’applique, dans les établissements spéciaux, à toutes les catégories, et comprend aussi les crétins et les idiots. Ceux-ci étaient, en 1856, dans la proportion de 65 pour 100. Les derniers recensements donnent 1 aliéné sur 444 habitants, mais ce
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- chiffre est trop faible, et il y a, en réalité, un aliéné sur 500 ou 350 habitants. Les causes de la folie et du crétinisme proviennent principalement de la densité de la population, delà stagnation dans certains pays et de l’intensité de la civilisation. On a remarqué que des femmes qui ne mettaient au monde que des crétins dans certaines gorges peu aérées et pleines de miasmes, ont procréé des êtres parfaitement sains sur d’autres sols. On a remarqué aussi que deux pays également civilisés avaient sensiblement le même nombre de fous pour un même nombre d’habitants.
- Uu baromètre naturel. — Les indigènes des iles Chiloe possèdent un singulier baromètre naturel, auquel on a donné le nom de baromètre araucanien, les îles Chiloe se trouvant en face de l’Araucanie (Amérique du Sud). Ce nouvel indicateur des variations du temps consiste en une coquille de crabe de la famille des Anomura, et probablement du genre Lithodes. Cette coquille est très sensible aux changements atmosphériques : tandis qu’elle est presque blanche lorsque règne un temps sec, elle se mouchète de petits points rouges aux approches de l’humidité, et finit par prendre complètement cette couleur au moment de la pluie. L’exactitude de ces renseignements nous a été confirmée par les membres de la mission belge envoyée au Chili pour l’observation du passage de Vénus, qui ont rapporté en Europe des spécimens de la coquille dont nous venons de parler. (Ciel et Terre.)
- Bateaux à. incendie. — Dans le port de New-York, il y a en station deux bateaux à vapeur qui portent des pompes à incendie et sont toujours prêts à fonctionner. Ce système permet de porter secours très rapidement en des points qui seraient très difficilement accessibles par terre. L'un de ces bateaux le Havemeyer est en bois. 11 a 34m,50 de longueur et porte deux pompes doubles de 0m,125 de diamètre, et de 0m,50 de course, pouvant marcher ensemble ou séparément. Il y a huit jets que l’on peut diriger à volonté. On peut lancer ainsi jusqu’à 1400 gallons d’eau par minute (6560 litres). L’autre bateau, le Zophar Mills, est en fer. Il a 57m,80 de longueur, et porte deux paires de pompes doubles de 0m,187 sur 0m,225. Les cylindres à vapeur ont 0“,412 de diamètre. On peut lancer près de 10 000 litres par minute en huit jets. On peut également lancer à 180 mètres un jet de cinq centimètres de diamètre. Sur ces bateaux, la chaudière et la machine sont assez puissantes pour faire fonctionner les pompes tout en faisant avancer le bateau.
- Constitution moléculaire du fer et de l’acier.
- — M. Garen, ingénieur aux aciéries de Terrenoire, a récemment adressé à la Société de l'industrie minérale de Saint-Étienne un mémoire sur les travaux du professeur Hughes, qui a fait une étude sur la constitution moléculaire et les propriétés physiques du fer et de l’acier, ayant son point de départ dans des expériences nombreuses de magnétisme. Après avoir reconnu que le magnétisme permettait de distinguer nettement de grandes différences entre les propriétés moléculaires du fer et de l’acier, il observe, au moyen du magnétisme également, les effets que produisent sur ces deux métaux les différents agents physiques, tels que le recuit, la trempe, les. effets mécaniques, forgeage, étirage, torsion, etc. L’auteur arrive à un système particulier pour classer un échantillon quelconque. Il mesure après recuit la capacité magnétique, à l’aide d’une balance magnétique.
- Si la capacité est supérieure à 400°, l’échantillon est classé comme fer, si elle est inférieure, il est classé comme acier doux ou dur, suivant le nombre trouvé.
- Ascensions aérostatiques. — Plusieurs voyages aériens ont été exécutés le jour du dimanche de Pâques. A Toulon, M. Lboste a fait une intéressante expérience à bord de son ballon La Ville d'Hyères. Profitant des courants superposés au-dessus du rivage, il a pu tour à tour aller sur mer et revenir sur terre. A Paris, M. Lachambre a dirigé les opérations du gonflement de son aérostat L'Auréole, dans l’atelier aérostatique d’Àuteuil, que MM. Tissandier frères avaient mis à sa disposition. Le ballon, malgré l’intensité du vent, s’est élevé ’a cinq heures dix minutes de l’après-midi; il était monté par deux jeunes élèves de M. Lachambre. Les aéronautes, emportés par un vent N.-E. ont touché terre à six heures du soir près de Limours, dans le département de Seine-et-Oise, à 26 kilomètres environ de leur point de départ.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 avril 1884. — Présidence de M. Rolland.
- M. J.-B. Dumas.— Nos lecteurs savent déjà la perte irréparable qui est venue cette semaine frapper la science et l’Académie. M. Dumas a succombé dans la nuit de jeudi à vendredi à la bronchite chronique dont il souffrait depuis longtemps et qu’il croyait pouvoir guérir par son séjour à Cannes. L’illustre savant, né en 1800 à Alais, appartenait à l’Académie des Sciences depuis 1852, à l’Académie française depuis 1875 et ’a l’Académie de Médecine depuis 1843.
- La Nature consacre au maître disparu une notice biographique (p. 321); rappelons seulement aujourd’hui que la découverte capitale de M. Dumas est la loi des substitutions dont l’établissement nécessite des expériences qui ont renouvelé la chimie organique. 11 a publié d’innombrables Mémoires où la pureté du style, et la grandeur des pensées ajoutent beaucoup à l’importance et à la portée des faits signalés. Son Traité de chimie appliquée aux arts (1828 à 1846) 6 volumes; son Précis de Chimie physiologique et médicale (1840) : son Précis de l'art de la teinture (1841): ses Leçons de philosophie chimique professées au Collège de France (1843); sa Statistique chimique des êtres organiques (1841) seront longtemps relus avec le plus grand fruit malgré les changements apportés dans l’étendue de nos connaissances par le progrès des sciences. Stanislas Meunier.
- ACCUMULATEUR AU ZINC
- MODÈLE INDUSTRIEL
- Les trois modèles de pile secondaire que j’ai présentés récemment aux lecteurs de La Nature1 ont été l’objet d’expériences suivies. Conformément aux prévisions de la théorie, Vaccumulateur au zinc s’est montré pratiquement supérieur aux deux autres ; j’ai donc fait choix de ce système pour la
- 1 Voy. le il0 du 12 janvier 1881.
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- réalisation d’un modèle industriel, dont la figure ci-contre montre tous les détails de construction.
- L’accumulateur comporte 4 positifs Planté à grande surlace, plissés et ajourés, et 3 négatifs constitués par des lames de plomb lisse, qui se couvrent de zinc par l’électrolyse de la solution acidulée de sulfate de zinc dont le couple est baigné. Des tubes de verre, fixés sur les négatifs au moyen de cordelettes en plomb, empêchent les contacts accidentels à l’intérieur de la pile.
- Les sept électrodes sont portées par autant de traverses distinctes, en bois paraffiné, qui reposent sur les bords du récipient et soutiennent les plaques à une certaine distance du fond ; l’ensemble de ces traverses qui se touchent tient lieu de couvercle.
- Chaque plaque est munie d’une borne ; les 4 bornes positives se présentent du même côté et les 5 négatives du côté opposé. Deux tringles de laiton terminées par un serre-fil relient respectivement les bornes de même nom.
- Le récipient est constitué par deux caisses parallélipi-pédiques en bois, l’une enveloppant l’autre, avec un jeu de plusieurs millimètres. Cet intervalle est garni d’un mastic étanche, souple et isolant, à base de goudron. J’ai eu d’abord quelque peine à réussir le garnissage interne de ces récipients ; mais aujourd’hui on l’obtient sans difficulté, grâce à un outillage spécial et à certains tours de main que la pratique a révélés.
- L’isolement soigné de la caisse et de toutes les parties de l’appareil, la pureté du métal déposé clectrolytiquement et son amalgamation, réduisent à presque rien l’attaque locale du zinc, qui était assez grande dans l’ancien modèle de Nantua. Aussi le coefficient de restitution est-il maintenant comparable à celui des accumulateurs genre Planté.
- Voici les principales données numériques du nouvel accumulateur au zinc :
- DONNÉES PHYSIQUES.
- E. Force électromotrice.....................2,36 volts.
- H. Résistance moyenne.......................0,02 ohm.
- I. intensité normale ducourant’dedécharge. 25 ampères. i. Intensité du courant de charge .... 5 'a 10 —
- Q. Capacité d’accumulation après 200 h. de
- formation............................ 550 000 cou.
- DONNÉES DE CONSTRUCTION.
- Surface efficace des 4 électrodes positives. . 200 d. q.
- — — des 3 électrodes négatives. . 15 d. q.
- Poids des électrodes positives..................... 8k,200
- — — — négatives. ................... lk,4G0
- — du récipient.....................~>\ 2k,700
- — du liquide................................. 4k,400
- — des attaches............................... 0k,460
- — total .................................... 17k,160
- Le travail électrique total emmagasiné est 130
- mille kilogr a m-mètres, soit 7600 kilogramme très par kilogr. d’accumulateur.
- La tliéoï ie indique 1 qu’un ac-c u m u 1 a t e u r a u zinc pourrait emmagasiner jusqu’à 15 600 kilogram-mètres par kilogr. Si le modèle actuel donne moitié moins, c’est parce que j’ai exagéré à dessein la solidité du récipient et la masse des électrodes.
- 11 faut d’ailleurs remarquer que cette capacité de 7600 kilogram-mètres par kilogr. est déjà très supérieure à celle de tous les accumulateurs construits en France. Le nouveau modèle possède donc, malgré le renforcement considérable des positifs et de la boîte, une légèreté relative, qui lui permettrait de prendre place sur des locomotives électriques aussi bien que dans des installations fixes.
- Indépendamment de leur emploi comme accumulateurs, les piles secondaires au zinc seront utilisées comme voltamètres régulateurs dans les éclairages par incandescence, pour effacer les coups de piston, atténuer les irrégularités de vitesse, et couvrir les arrêts accidentels. Emile Reynier.
- 1 Voy. Y Électricien du 1er avril 1884.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandieu. Imprimerie A. La hure, 9, rue de Fleurus, à Paria.
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- N* 569.
- 26 AVRIL 1884.
- LA NATURE.
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- APPLICATION DE LA TRACTION ÉLECTRIQUE
- AU CHEMIN DE FER MONORA1L DE M. LARTIGUE.
- La Nature1 a déjà fait connaître les dispositions esentielles du chemin de fer monorail de M. Lartigue, et présenté les principales formes des véhicules destinés à ce système de voie légère, suivant la nature des objets à transporter. Nous compléterons cet article en donnant quelques détails sur le système de traction électrique qui lui a été appliqué, et dont on a pu voir figurer le premier spécimen à l’Exposition agricole de Paris tenue au Palais de l’Industrie en février dernier.
- La locomotive ou cacolet électrique ne diffère pas en principe des autres véhicules; la charge qu’elle supporte se divise en deux parties disposées de chaque côté du rail unique pour maintenir l’équilibre du système. Ce cacolet repose sur le rail par l’intermédiaire d’une roue motrice de 30 centimètres de diamètre et d’un galet de 17 centimètres; il est constitué par une charpente en fers cornières supportant deux plates-formes, dont l’une, comme on peut le voir sur la figure ci-dessous, supporte la machine dynamomotrice, et l’autre les manettes de corn-' mande, le rhéostat de réglage R, et le conducteur du train assis sur la caisse A.
- Le moteur est une machiné dynamo-électrique Sie-
- Applieatiou de la tracliou électrique au chemin de fer monorail de M. Lartigue.
- mens à courant continu excitée en circuit, type DG horizontal. Il va sans dire que, dans les installations industrielles, cette machine fera place à un type spécial mieux approprié à cette application, mais il ne faut pas perdre de vue que cette installation a été projetée, étudiée et construite en huit jours, et malgré cette précipitation, les résultats obtenus ont été des plus satisfaisants, ce qui fait bien augurer de l’avenir.
- La vitesse normale de la dynamo est de 1200 tours par minute ; le train devant parcourir 140 mètres par minute, soit de 8 à 10 kilomètres à l’heure, il faut que la roue motrice ne fasse que 150 tours par minute, soit un tour pour huit tours de la dynamo. Cette réduction de vitesse est obtenue à l’aide de trois roues à gorge avec commandes par cordes à boyau.
- 1 Voy. n° 549, du 8 décembre 1885, p. 20.
- 12° anaée. — Ie1' semestre.
- Le courant fourni par une machine génératrice placée à distance arrive à la voie par deux conducteurs isolés : l’un de ces conducteurs communique avec le rail lui-même, l’autre avec un petit fer feuil-lard placé sur champ et porté par des équerres en fer fixées sur les supports de la voie ; des tasseaux en bois isolent le fer feuillard des supports et assurent l’isolement entre les deux conducteurs.
- La communication entre les deux conducteurs, les commutateurs et la machine s’établissent à l’aide de galets montés sur une bielle articulée, ce qui permet aux véhicules de suivre toutes les inégalités de la voie et même de fortes oscillations sans que le contact soit rompu.
- Le mécanicien a sous la main tous les organes de manœuvre qui comprennent :
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- 1° Un commutateur B servant à mettre en marche ou à arrêter.
- 2° Deux commutateurs C et D dont la manœuvre est rendue solidaire par une petite bielle et qui servent aux changements de marche. On sait en effet que dans une machine dynamo, un changement de sens du courant ne produit pas de changement de sens de la rotation de la machine. L’inversion du courant ne doit porter que sur les inducteurs ou sur la bobine; les commutateurs C et D servent à inverser le courant dans les inducteurs seulement.
- 5° Un rhéostat R permettant, par l’intercalation de résistances dans le ' circuit, de faire varier à volonté l’intensité du courant et par suite la vitesse du train. Ce rhéostat permet aussi de ne pas produire un démarrage trop brusque et de ne pas envoyer un courant trop puissant dans la machine, courant qui aurait pour effet de compromettre l’isolement de la bobine et des inducteurs.
- Dans l’installation faite au Palais de l’Industrie, la longueur totale de la voie était de 123 mètres, elle se composait de 41 rails de 5 mètres ; elle comportait des courbes de 7m,50 de rayon et des rampes de 4 centimètres par mètre.
- Le travail nécessaire à la progression d’un véhicule ordinaire ou à double voie dans ces conditions serait considérable, mais ici, grâce à la faible résistance de roulement et à la propreté du rail, ce travail était considérablement réduit»
- Le véhicule électrique pesait 26Ü kilogrammes et remorquait jusqu’à cinq cacolets pesant 900 kilogrammes, soit un poids total de 1160 kilogrammes, avec lequel on a -obtenu facilement une vitesse de 11 kilomètres à l’heure; le travail maximum n’a jamais dépassé trois chevaux.
- La machine génératrice, actionnée par une loco-tive Hermann-Lachapelle, placée à une distance d’environ cent mètres de la voie, était une dynamo Siemens, type D2, capable de développer cinq à six chevaux d’énergie électrique.
- Telle est, à grands traits, l’installation faite en quelques jours par la maison Siemens, sous l’habile direction de M. G. Boistel. L’expérience a prouvé 1 que la traction électrique pouvait dès à présent s’appliquer industriellement au monorail de M. Lartigue et rendre de précieux services.
- En ce qui concerne la question économique, il est bien évident quelle est entièrement subordonnée aux circonstances locales.
- Pour l’exploitation des mines, par exemple, l’emploi du monorail à traction électrique semble tout indiqué. Dans les mines grisouteuses elles-mêmes, il sera facile d’envelopper les parties sujettes à fournir des étincelles, commutateurs, balais, etc., soit dans des boites hermétiques, soit dans des réseaux métalliques protecteurs. Le chemin de fer monorail pourra aussi être utilisé pour l’exploitation des forêts, le combustible nécessaire à la force motrice sera fourni sans trop de frais, d’autant mieux qu’il
- sera possible de prendre une dérivation sur la machine génératrice pour actionner les scies mécaniquement à l’aide d’une transmission de force électrique.
- Nous nous en tiendrons à ces deux exemples, car l’énumération seule des applications possibles demanderait plusieurs pages de La Nature; ce que nous en avons dit suffit pour montrer qu'il y a autre chose qu’une expérience intéressante dans la traction électrique du chemin de fer monorail de M. Lartigue, et nous savons qu’avant peu il en existera une première application dans une usine française.
- RESTES
- DE YÉGËTAUX DE L’ANCIENNE ÉGYPTE
- Dans le Musée d’antiquités égyptiennes de Boulaq est une armoire qui renferme une quantité d’objets ayant rapport à la vie ménagère des anciens. Ces objets proviennent, en grande partie, d’une trouvaille que feu M, Mariette avait faite, à Dar Abou Negga (Thèbes) dans un tombeau de la XIIe dynastie.
- Ces divers objets avaient été déposés dans la chambre mortuaire du tombeau, à titre d’offrandes et de repas funèbres.
- M. Maspero a bien voulu m’ouvrir celte armoire, afin que je puisse examiner ces fruits et ces graines qui jettent tant de lumière sur l’ancienne flore de l’Egypte, sur son agriculture et sur ses rapports commerciaux avec les peuples avoisinants.
- Voici l’énumération des restes de végétaux provenant de l’ancienne Egypte contenus dans l’armoire en question.
- 1. Plusieurs coupes contenant de l’orge et du froment.
- C’est dans ces coupes en terre, ne dépassant’pas généralement une palme de diamètre, que les offrandes en graines ont été déposées sur le plancher de la chambre mortuaire.
- 2. Une coupe portant l’étiquette « Sakhara, Ve dynastie, » renfermant des épis d’orge décomposés. Ce sont peut-être les plus anciens échantillons de l’agriculture égyptienne qui nous aient été conservés.
- 3. Plusieurs monceaux d’une pâte composée d’orge rogné (ou rognure d’orge) et placés dans des coupes dont cette pâte a conservé l’empreinte du fond.
- On ne connaît pas au juste la signification de cette espèce d’offrandes. M. Maspero est disposé à la mettre en parallèle avec les « Molæ » (mola salsa) du culte des Romains de l’ancienne époque. La mola que l’on offrait sur « l’àtre de Vesta » consistait en saumure cuite dans un pot de terre, la « mûries » et indépendamment de la mola salsa, en une rognure salée d’épeaulre, espèce de froment.
- Dans les anciens temps, on ne se servait, chez les Romains, que d’offrandes en substances végétales,
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- produits de l’agriculture. Les sacrifices en bestiaux ne datent que de l’époque des derniers rois.
- 4. Une coupe remplie de bulbes du Cyperus es-culentus, le souchet comestible dont Théophraste (1. IV, cliap. vm, 12-13) a mentionné, sous le nom de Malinathalle, l’emploi comme plat de dessert, chez les anciens Egyptiens. Du reste, les rhizomes du souchet comestible ont déjà été souvent retrouvés parmi les anciennes offrandes. C’est le Ilab-el-Aziz de nos jours, qui se vend fréquemment dans les rues du Caire.
- 5. Un noyau de Mimusops Schimperi, Ilochst. (Persea des anciens). On mangeait la pulpe qui l’enveloppait et les feuilles servaient à la composition des guirlandes des momies.
- 6. Un noyau du Balanites Ægyptiaca, Del., dont on mangeait également la pulpe, comme on mange aujourd’hui celle du « Lalobe » du Soudan, fruit du même arbre (« Ilegelig », en arabe). Cette espèce, sous forme de noyau, a été déjà trouvée ailleurs parmi les offrandes. Il est à remarquer que les anciens Egyptiens n’offraient souvent au mort que les noyaux des fruits dont ils avaient déjà mangé la partie comestible.
- 7. Plusieurs fruits de grenades, petits et apparemment pas encore mûrs lors de leur offertoire.
- 8. Des fruits du palmier Doûm (Hyphaena The-baïca, Mart.), fruits très communs parmi les anciennes offrandes et identiques aux nôtres.
- 9. Noyaux et fruits du palmier appelés « Delah » qui ne croît que dans une vallée du grand désert de Nubie, entre Korosko et Abou-Hammed (Medemia Aigun Host Wurtemberg). De pareils fruits sont également conservés au Musée égyptien de Berlin. Cette espèce est la troisième parmi celles qui portent la déterminaison de palmiers et figurent dans les anciennes inscriptions.
- 10. Dans cette armoire est un grand panier parfaitement bien conservé, mais, malheureusement, ne revêtant aucune indication de la provenance ou de l’époque. Il est probable que ce panier, qui est rempli de fruits et de divers échantillons de tils de toile, appartient à la trouvaille faite par M. Mariette à Dar-Abou-Negga, dans un tombeau de la XIIe dynastie. Dans ce panier, parmi des fruits de Doum, il y a deux pommes de pin appartenant à l’espèce qui se vend encore de nos jours en Egypte, et qui nous vient d’Italie ou de Syrie (Pinus Binea, L.). Ces pommes de pin sont petites et n’étaient pas encore mures, lorsqu’elles furent déposées dans le tombeau.
- C’est la première lois que la pomme de pin fait son apparition dans les offrandes des anciens. Gomme les baies de genévrier et les mixtures de lichen, ils nous donnent une nouvelle preuve de l’existence des rapports commerciaux très anciens qui unissaient l’Egypte avec la Grèce ou la Syrie.
- 11. Un monceau de pâte de lentilles cuites, dont les graines se laissent facilement détacher et analyser et, par cela même, ne présentent pas le moindre
- doute sur leur détermination. C’est la première trouvaille qui se rapporte à cet antique légume, dont presque tous les anciens qui ont traité de l’Egypte ont tant parlé.
- 12. Une graine du Cajanus flavus, L., trouvée pour la première fois. Cette légumineuse est très répandue dans les pays tropicaux, tant de l’Ancien que du Nouveau Monde.
- 13. Deux graines de fèves.
- La présence de cette légumineilse parmi les offrandes est un fait très curieux. Plusieurs auteurs qui ont traité de l’ancienne flore de l’Egypte ont émis l’opinion que, d’accord avec ce que Hérodote en avait dit, les fèves manquaient parmi les offrandes, par cette seule raison qu’elles étaient considérées comme nourriture impure par les anciens Egyptiens.'
- Hérodote dit en effet qu’aucun des habitants de l’Egypte n’en mangeait, cuites ou non, et que les prêtres n’en voulaient pas même souffrir l’aspect. Mais, en revanche, Pline nous rapporte une tradition de l’ancienne Rome visant à une chose bien différente. Pline dit que la fève était regardée chez les agriculteurs comme un symbole de bon augure, que l’on s’en servait en outre pour les funérailles et que c’était la seule raison pour laquelle les prêtres romains n’en mangeaient pas. Dans le dessin de la fleur, tachetée de noir, on croyait voir des « lettres lugubres » (litteræ lugubres).
- Les deux graines de fève dont il est ici question avaient été offertes à côté de raisins, de dattes, etc., trouvés dans le même tombeau, peut-être avaient-elles une signification*allégorique se rattachant au culte égyptien, comme elles en avaient une avec celui des anciens Romains.
- . 14. On remarque encore dans Par moire’dont nous
- nous occupons un petit balai formé de tiges de Ce-ruana pratensis, le « Schédite » des Arabes. On en voit un pareil au Musée égyptien de Londres. Il est probable que l’emploi de ce balai était le même chez les anciens que chez les modernes aujourd’hui. La Ceruana est une plante exclusivement nilotique, et elle est caractéristique pour les bords proprement dits, les guefs du Nil. Les balais de Schédite, que l’on vend dans toutes les rues du Caire, ne servent qu’à nettoyer certains lieux.
- 15. Une coupe remplie de capsules de lin cultivé.
- 16. Une calebasse (Lagenaria vulgaris, Ser.). La présence de cette calebasse rappelle et même représente l’ancien modèle des premières gargoulettes dont la forme avait été évidemment empruntée à la nature.
- 17. Fragment d’une gousse de vesce apparte-
- nant probablement à l’espèce des champs (Vicia saliva, L.)1. G. Schweinfurth.
- 1 Notice lue à la séance de l’Institut Égyptien, le 11 janvier 1884. — The Egyptian Gazette. — Annales des sciences physiques et naturelles de Genève.
- —' i' *
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- LA NATURE.
- LA MARINE MODERNE
- LES CUIRASSÉS « L’iNDOMPTABLE » ET (( LE MARCEAU ))
- Depuis l’apparition de La Gloire, le premier cuirassé construit par M. Dupuy de Lomé, la France et l’Angleterre rivalisent pour créer des types de combat de plus en plus formidables. 11 faut reconnaître qu’elles ont en quelque sorte marché parallèlement bien que les idées des ingénieurs sur le rôle des différents engins armant les cuirassés, ne soient pas les mêmes dans les deux pays et que l’aspect général de leurs constructions soit assez différent.
- Nous signalerons aujourd’hui à nos lecteurs deux des plus récents navires cuirassés de notre marine :
- L 'Indomptable et le Marceau.
- Grâce à la répartition de son artillerie qui bat tout l’horizon et aux grosses pièces des tourelles pouvant croiser leur feu, L'Indomptable offre des mérites incontestables.
- Tout navire assaillant aurait à subir le feu d’une au moins des pièces des tourelles.
- L'Indompta -ble, lancé à. Lorient le 19 septembre 1883 a été construit sur les plans de M. Sabattier, directeur des constructions navales. 11 a une longueur de 84m,80, une largeur de 18 mètres et un creux de 7m,55. Le tirant d’eau est de 7 mètres à l’avant et 7m,50 à l’arrière, soit en moyenne 7m,25. Le déplacement du navire complètement armé sera de plus de 7000 tonneaux. La vitesse prévue est de 14 nœuds.
- Toute la coque, y compris la charpente, est en acier; les fonds sont construits dans le système cellulaire et 9 cloisons transversales étanches s’élevant jusqu’au pont cuirassé divisent avec des cloisons partielles longitudinales, le navire
- en un grand nombre de compartiments étanches.
- La cuirasse qui s’étend de bout en bout a une épaisseur de 0m,50 à l’avant et à l’arrière et de 0m,50 au milieu; elle est en métal compound (fer à face d’acier). Les tourelles ont également une cuirasse compound de 0m,45 d’épaisseur. De plus, la culasse des pièces des tourelles, est protégée par une petite coupole en acier. Le poids total de la cuirasse, tant celle des flancs - que des tourelles est de 1744 tonnes. Le pont est lui-même cuirassé par des
- plaques d’acier de 8 centimètres d'épaisseur.
- Les machines doivent développer une force de 6000 chevaux avec 85 tours pour la marche ordinaire et 90 tours pour la plus grande vitesse. Elles sont à pilon à trois cylindres dont un admet-teur et deux détendeurs, et actionnent deux hélices du pas de 5m,70.
- Lavapeur leur sera fournie par 12 chaudières cylindriques à 2 foyers, réparties dans 2 compartiments étanches. Les soutes à charbon forment des deux côtés du navire 4 compartiments protégeant les machines et les chaudières. Au-dessus du pont cuirassé se trouvent les logements protégés par un second pont en acier au-dessus duquel se trouve un spardeck, reliant les deux tourelles.
- L’armement de L'Indomptable se composera de 2 canons de 42 centimètres pesant 77 tonnes et lançant un projectile de 700 kilogrammes, placés dans les tourelles barbettes, de 4 canons de 10 centimètres placés sur le pont supérieur et de canons Hotchkiss placés tant sur le pont que dans les hunes. Les grosses pièces sont manœuvrées à l’aide d’appareils hydrauliques ; leur champ de tir est de 155 degrés de chaque bord à partir de l’axe du navire.
- Pour toute mâture le navire a deux mâts tripodes
- Fig. 1. — Le navire cuirassé français L’Indomptable, coupes transversales.
- A. Mouvement de la tourelle.— B. Magasin d’armes. — C. Soutes à charbon. — D. Soutes à poudre. — E. Soutes à obus. — F. Chambre de chauffe. — G. Casiers de l’équipage. H. Poste. — K. Logement de l’état-major. — L. Réduit blindé du commandant et projecteur électrique.
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- LA NATURE
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- pour signa ux, avec hunes armées de canons Hotchkiss.
- Ce navire ne sera probablement pas terminé avant la fin de 1885, sa construction aura duré près de 8 ans.
- Son prix de revient total sera de 10 540 000 francs, soit 6 985 000 francs pour la coque et les accessoires, 1 066 000 francs pour les machines, 555 000 francs pour l’armement et 1 520 000 francs pour le matériel d’artillerie.
- On peut se rendre compte des principales dispositions de ce batiment par les figures ci-jointes 1, 2,5.
- L’autre navire dont nous allons entretenir nos lecteurs, Le Marceau, est un cuirassé d’escadre lancé à
- la Seyne le 16 janvier 1884, et construit par la Société des forges et chantiers de la Méditerranée sur les plans de M. lluin, ingénieur de la marine. Le Marceau a une longueur totale de 100m,60, une largeur au maître couple de 201U,12; une profondeur de carène de 7“*,80.
- Une ceinture métallique, de 0m,55 au can inférieur et de 0111,45 au can supérieur, protégera sa flottaison, et un pont cuirassé à 0IU,08 le défendra contre les tirs plongeants. 2 canons de 54 centimètres armeront les tourelles de chasse et de retraite; deux autres tourelles, munies de pièces de 27 centi-
- Fig. 2. — Vue d’ensemble du naviri
- mètres, se trouveront au milieu du bâtiment;
- 2 pièces de 14 centimètres sur les gaillards;
- 18 autres du même calibre dans la batterie et 20 canons Hotchkiss compléteront l’artillerie. Les tourelles seront cuirassées à 0"1,40 et recouvertes d’une carapace protectrice en tôle d’acier de 0m,02. Le bâtiment sera muni de 4 appareils lance-torpilles,
- 2 au milieu et 2 à l’arrière. Deux machines latéralement placées lui donneront une vitesse de 16 nœuds. Un approvisionnement de 600 tonneaux de charbon, qu’on pourra porter à 800 tonneaux, lui permettra de franchir 1500 milles à toute vitesse et 3500 milles avec la vitesse réduite de 11 nœuds. Enfin, Le Marceau déplacera 10581 tonneaux.
- Le Marceau aura un exposant de charge de
- •e cuirassé français L'Indomptable.
- 6840 tonneaux; c’est-à-dire la coque proprement dite ne déplacera que 3740 tonneaux, soit environ 35 p. 100 du déplacement total. Si l’on compare ce résultat aux bons types de la construction anglaise, on trouve que Dévastation, seule, donne une proportion de 36 p. 100. D’autres cuirassés, tels que Hercules, Monarch, Dreadnought, ont des coques bien plus lourdes, ne représentant pas moins de 45 p. 100 de leur déplacement total.
- La carène est construite dans le système cellulaire : elle comprend une double coque. La coque extérieure est en tôle de fer depuis les gabords jusqu’à la chaise de cuirasse; la partie supérieure, qui s’étend jusqu’au pont cuirassé, est en tôle d’acier Le bordé extérieur est simple, à joints contrariés. La coque intérieure ost à double bordé de tôle
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- d’acier Le fer a été préféré à l’acier dans les œuvres vives, à cause de l’influence rapidement destructive de l’eau salée sur cette dernière matière. On a adopté l’acier au contraire dans toutes les autres parties de la construction, dans le but de réaliser une forte économie sur les poids.
- L’appareil moteur dont sera muni Le Marceau comprend deux machines indépendantes et égales, du système compound à pilon. Chacune d’elles actionne une hélice. La puissance énorme de chaque machine a obligé de recourir à l’emploi de trois cylindres juxtaposés.
- La puissance normale des machines du Marceau, avec le tirage naturel, sera de 5548 chevaux; elle
- s’élèvera à 12 000 chevaux avec le tirage forcé. Le nombre des tours sera de 72 par minute dans le premier cas, de 90 dans le second; la vitesse prévue à toute puissance, de 16 nœuds, soit plus de 29,5 kilomètres à l’heure.
- La flotte française comprendra trois autres cuirassés analogues : Le Hoche, construit à Lorient ; Le Neptune, à Brest, et Le Magenta à Toulon.
- En terminant, nous dirons quelques mots de deux des plus récents cuirassés construits par l’Angleterre : le Conqueror et le Colossus; les renseignements que nous avons pu nous procurer à leur sujet permettront d’établir des comparaisons avec les navires français ci-dessus décrits.
- Coupe longitudinale.
- iMitraillcust HotcHkis*
- Canon ray® d» 42 centim *
- Canon ray4d«42 c#m*
- Chambre de ta barre
- Coupe suivant A.B
- Coupe Suivant C D.
- Cale et Plateforme
- TininiT
- tti i irrrrr
- Soute àl. charbon
- Fig. 3. — Le cuirassé L’Indomptable. Coupe longitudinale et plan, cale et plate-forme.
- Le Conqueror a une longueur de 87m,70, une largeur de 17m,70 et un creux de 6m,400, son tirant d’eau est de 6111,70 à l’avant et 7m,50 à l’arrière.
- La cuirasse s’étend de l’avant à une certaine distance de l’arrière et au milieu du navire se trouve un réduit blindé fermé aux deux extrémités par des cloisons cuirassées. L’épaisseur de la cuirasse qui est de 0m,27 à 0m,50 à la flottaison, n’est que de Ûm,21 au-dessous de cette ligne. Elle est boulonnée sur massif de teack. La cuirasse des cloisons transversales a 0m,50 d’épaisseur, tandis que celle du pont a 0m,065. Le réduit cuirassé s’élève à 2m,80 au-dessous de la flottaison en charge ; il sert à abriter le commandant, les appareils de manœuvre de l’artillerie et les cheminées. Il est protégé à la partie supérieure par un pont d’acier de 0‘",040 d’épaisseur. La tourelle, placée à l’avant a un diamètre de G,u,70 avec une cuirasse de 0m,50 d’épaisseur,
- elle contient 2 pièces de 45 tonnes. La superstructure tout en acier contient les logements de l’état-major. Les machines doivent développer une force de 4500 chevaux indiqués, elles sont du système Compound à 5 cylindres et la vapeur leur est fournie par 8 chaudières ; elles doivent imprimer au navire une vitesse de 15 nœuds aux essais. L’armement se compose de 2 canons de 45 tonnes, 2 de 16 pouces (15 centimètres) placés dans des sabords permettant le tir en retraite et 2 sur le pont supérieur derrière des masques en acier. Il y aura en outre 7 mitrailleuses Nordenfeldt, 2 gardners dans la hune et 6 sabords à torpilles Whitehead. La mâture ne comprend qu’un mât de signaux. Ce bâtiment, de même que L'Indomptable, n’est pas terminé.
- Le Colossus a été récemment essayé à Portsmouth avec un plein succès. — 11 est comparable par sa ouissance aux navires dont nous avons parlé. —
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- Pour donner une idée de l'importance et de la complication d’un cuirassé moderne, il nous suflira de dire que sur le Colossus, en dehors des deux machines servant à la marche du navire, on ne compte pas moins de 56 moteurs à vapeur distincts pour les diflerents services, ce sont : la machine du gouvernail, 3 machines pour l’éclairage électrique, 2 moteurs pour les pompes des condenseurs, 2 moteurs pour la circulation de l’eau, 6 machines pour les ventilateurs, une pompe à incendie, 2 pompes d’épuisement de la cale, 4 machines d’alimentation auxiliaires, 2 pompes hydrauliques, 4 machines hydrauliques pour la manœuvre des tourelles, une machine pour le cabestan, un moteur pour actionner les machines-outils de l'atelier des mécaniciens, 2 machines à enlever les cendres, 5 machines pour relever les bateaux et les chaloupes.
- De tels navires sont de véritables usines flottantes.
- UN ATELIER DE SILEX TAILLÉS EN RUSSIE
- Le 7 février 1884, M. Nefedor a lu à la Société des Amis des sciences naturelles de Moscou un mémoire sur un atelier d’instruments en pierre taillée dans le district de Vetlouga, gouvernement de Kostroma, le premier de ce genre constaté en Russie. La grande médaille d’argent a été décernée à M. Nefedor par la Société pour cette découverte.
- C’est au mois de juin 1885 que M. Nefedor-a commencé ses fouilles sur les bords du fleuve Vetlouga, à 1 kilomètre des villages de Nicolo-Odœvskoïe et deMoundoura, dans une localité retirée et peu visitée ; à 80 kil. au nord se trouve la ligne de partage entre l’Océan glacial et la mer Caspienne. Le tumulus, s’élevait à 60 ou 75 mètres au-dessus du niveau du fleuve Vetlouga ; la longueur de sa surface supérieure était de 54 mètres et sa largeur de 30 à 35 mètres. On a enlevé la terre sur une longueur de 35 mètres et une profondeur de 3 mètres. La couche supérieure (60 mètres) était formée par l’humus noir,- la couche moyenne (lra,20 à lm,50) par le sable compacte et la couche inférieure par du sable ayant subi l’action du feu et par des cendres. C’est dans les deux dernières couches que se trouvaient les foyers ayant de 2m,40 à 6m,60 de diamètre.
- L’emplacement de chaque foyer était indiqué par des couches épaisses de charbon et de bois imparfaitement brûlé. Il y avait en tout cinq foyers; à côté se voyaient des excavations semblables à des fossés. La distance entre les foyers dans une même direction variait de lm,80 à 3m,60 et allait en diminuant à partir du premier foyer qui était le principal. Déjà dans la couche moyenne on rencontrait du charbon, des os d’animaux, des tessons de poterie, des silex et des instruments en pierre taillée isolés. Mais c’est dans la troisième couche qu’on a trouvé des amas d’instruments en silex et en pierre, mêlés à des débris de poterie et a des os brûlés d’animaux. Une grande quantité d’instruments étaient inachevés ou cassés. Les éclats de silex étaient de même couleur que les nuclei. Entre les foyers gisaient des matériaux pour la fabrication (silex et différentes roches), ainsi que de gros instruments et des poids pour les filets des pêcheurs.
- Aux abords du tumulus il y avait des masses d’osse-
- ments de mammifères, d’oiseaux et de poissons. Les os de renne, de lièvre, de loutre en formaient la plus grande partie. Les habitants ont déjà recueilli plusieurs fois, près de ce tumulus, des restes de mammouth et autres fossiles.
- M. Nefedor a rapporté plus de 6000 échantillons de silex taillés et d’autres objets de l’àge de la pierre. Il est évident que c’était l’emplacement d’une fabrique d’objets en pierre, eu os et en argile. Tous les objets sont remarquables par leur caractère primitif; les uns sont presque bruts, les autres ont diverses formes, mais grossières; aucun ne porte de traces dépolissage *.
- SABLES MOUVANTS
- ET COLONNES DE BRÈCHE DU TURKESTAN
- Le Turkestan présente un grand nombre de phénomènes géologiques intéressants : tels sont les montagnes brûlantes, les sables mouvants, les colonnes de brèche, que nous avons eu l’occasion d’étudier lors de notre dernier voyage d’exploration à travers l’Asie Centrale, et dont nous allons en-trenir les lecteurs de La Nature. Les premières, qui ont probablement donné lieu à la croyance sur l’existence de volcans actifs dans le Thiàn-schân, ne sont que des couchas considérables de charbon de terre qui brûlent souterrainement depuis longtemps.
- Les sables mouvants sont une des plaies du Fer-ghanah (fig. 1) et de certaines parties du Bokhara.: Pareils dans leurs effets aux sables jadis si redoutables des landes de Gascogne, ils s’avancent dans les terres avec une sûreté désespérante, engloutissant routes, cultures et maisons. Le village d’Anderchan. dans le Chokand, a dû fuir devant les sables et a été transporté à deux kilomètres plus loin. L’ancien emplacement n’offre aujourd’hui que des ruines cou-’ vertes de sable à travers lequel on voit se dresser comme des épaves, la cime de neuf saules. A Patar, sur 34 hectares de terres cultivées, 13 hectares ont été enfouis. On peut évaluer à 14m,20 la marche progressive annuelle des dunes. Le sable est d’une finesse extrême. 11 coule, découle, difflue comme de l'huile. Le cheval y enfonce jusqu’à mi-genou. Il contient 70 pour 100 de quartz. Parfois, lorsque le vent souffle avec violence, il emporte dans sa course furieuse d’innombrables grains de sable qui obscurcissent le jour et donnent à l’atmosphère et au paysage cette teinte grise plombée, blafarde, qui augure de quelque catastrophe. Ces tourmentes de l’atmosphère sont connues sous le nom de garmsal en été et de bourrane en hiver. Les bourranes du steppe sont plus d’une fois fatales aux caravanes qu’ils enveloppent d’un linceuil de sable. Les indigènes voyant leurs terrains fertiles envahis par les dunes, considèrent les sables mouvants, les bourranes, les sauterelles qui parfois désolent le pays, comme des châtiments de la divinité courroucée.
- Sous l’action unilatérale du vent, les monticules de sable affectent une forme particulière en fer à
- 1 Courrier russe du 22 février 1884, et Revue d’anthropologie.
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- cheval. Les croissants ainsi formés sont désignés sous le nom de barkhanes. Les sables proviennent des dépôts des torrents de montagne, des ruisseaux qui entraînent des galets, de l'érosion des grès jurassiques et crélacés, des grès du tertiaire inférieur, de la désagrégation des formations tertiaires supérieures et enfin des dépôts de sables formés par le Syr ou l’Amou-Darja.
- Les petites flaques d’eau qui se trouvent çà et là éparpillées dans le steppe arrêtent les sables et forment les noyaux de futurs barkhanes. On est presque sûr de trouver de l’eau là où il y a des barkhanes. 11 n’y a que la végétation qui puisse arrêter sérieusement les sables mouvants. Les indigènes s’en sont aperçus plus d’une fois à leur grand détriment. Du temps
- de Choudaïar, cban de Chokand, on épargnait la végétation des dunes et les sables furent arrêtés. Peu de temps après, les indigènes arrachèrent les plantes pour les utiliser comme bois de chauffage et les sables reprirent leur marche en avant en engloutissant les terres cultivées. Dans le village de Kalamouch, les habitants ont sacrifié une partie de leurs jardins pour y planter des arbres. Les barkhanes se sont avancés jusqu’au milieu de ces plantations, puis se sont arrêtés. Les arbres opposent un obstacle sérieux à la marche des dunes en diminuant la force des vents. Parmi les plantes les plus efficaces pour la fixation des sables on peut citer : Y Antndo arenaria, YAÎhagi camelorum, YHalimodendron I argenteum, les armoises, peupliers, etc.
- Fig. 1. — Collines de sables mouvants dans le Ferghanah, Asie centrale. (D’après un croquis de l’auteur.)
- Les indigènes comprennent aujourd’hui qu’ils ont intérêt à ménager la végétation et ils sont tous disposés à accepter les règles proposées par la Commission russe pour la fixation des dunes. Cette Commission se laisse guider par les beaux résultats obtenus en Gascogne, mais il serait à souhaiter dans l’intérêt du pays, que ses travaux, vu l’imminence du danger, fussent un peu moins théoriques.
- Les dépôts quaternaires atteignent un développement et une puissance remarquables dans les vallées du Thiân-Schân. Des assises considérables de conglomérat, de brèche, d’alluvions, etc., remplissent le fond des longues vallées terminales jusqu’à des hauteurs de 100 mètres et au delà et à des altitudes de 7000 à 8000 pieds. Ces assises sont ordinairement ravinées à de grandes profondeurs par les rivières torrentueuses telles que le Zérafchâne, le Jagnaou, l’Iskander, le Tchotkal, etc. Les ravinements ont
- lieu généralement dans le sens de la plus grande pente superficielle. Dans le lœss, les ravinements souterrains s’opèrent facilement et c’est même à des phénomènes de ce genre qu’on attribue les tremblements de terre qui secouent, d’une façon d’ailleurs peu violente, le sol du Turkestan. Un phénomène d’érosion des plus curieux peut être observé près d'Anzôb dans la vallée des Jagnaous (Kohistan). Là, comme dans les 2/3 de la vallée, des couches puissantes de brèche tapissent les parois de la vallée jusqu’à une hauteur considérable. Sur la pente inclinée de 30 à 40 degrés on voit se dresser des colonnes de brèche sveltes, élancées, couronnées chacune d’une énorme pierre en guise de chapiteau. De loin, cette architecture bizarre fait l’effet d’une compagnie de gigantesques champignons (fig. 2). Ces colonnes peuvent avoir jusqu’à 10 mètres de hauteur. Elles sont espacées, de taille et de diamètre diffé-
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- rcnts ce qui ajoute encore à la bizarrerie du paysage. Les pierres incombantes ont des formes irrégulières. Leur centre de gravité est visiblement dans l’axe des colonnes ce qui fait que le bloc surplombe parfois considérablement par son côté large et aminci, tandis
- qu’il ne déborde pas du côté opposé. La formation de ces colonnes s’explique facilement. Quand les érosions continuelles des agents atmosphériques n’avaient pas encore donné à la vallée sa profondeur actuelle, en creusant et en emportant le sol, les
- Fig. 2. — Colonnes de brèches dans la vallée de Jagnaous, Kohistan. (D’après un croquis de l’auteur.)
- assises de brèche formaient une espèce de plateau à pente légère vers la ligne médiane. Des blocs quelquefois énormes se détachaient alors, comme aujourd’hui des parois encaissantes et roulaient sur la pente sans toutefois atteindre le milieu de la vallée. Les érosions lentes et plus ou moins violentes des filets d’eau et des torrents finirent ensuite par entamer
- profondément les massifs de brèche et donnèrent à la vallée sa forme actuelle. Les sections de brèche verticales sous-jacentes aux blocs, plus cohérentes et solides par suite de la pression exercée par les blocs incombants, résistèrent plus longtemps à l’action érosive des eaux et furent épargnées. Les simples rigoles qui commençaient à se creuser au
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- LA NATURE
- début entre deux blocs, finirent par s’étendre et à isoler des colonnes anguleuses ; les angles s’émoussèrent lentement et les fuis s’arrondirent finalement. Ces formations géologiques, dont l’importance au point de vue de l’intelligence des phénomènes géologiques subséquents est plus grande qu’on ne le croirait au premier abord, prouvent que les eaux se sont retirées rapidement en laissant aux torrents violents, descendus des hauteurs, le soin de raviner profondément les massifs de brèche et de conglomérat qui comblèrent les vallées. G. Capes.
- CORRESPONDANCE
- PHOTOGRAPHIES PHOSPHORESCENTES.
- Neuchâtel, le 15 avril 1881.
- Je me permets de vous envoyer la description d’une expérience que j’ai faite il y a quelques jours et qui m’a semblé être assez curieuse.
- Cette expérience peut se faire avec n’importe quelle substance phosphorescente, mais le sulfure de calcium phosphorescent que M. Nemitz (rue Saint-Sébastien, 28, Paris) vend sous le nom de peinture lumineuse à l'huile, est spécialement propre à cet effet.
- Cette substance est fort sensible à la lumière : mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que l’intensité de la phosphorescence est proportionnelle à l’intensité de la lumière qu’elle a reçue, et cela quelle que soit la durée de l’exposition à la lumière. C’est en me fondant sur cette propriété de sulfure de calcium phosphorescent que j’ai réussi à obtenir des photographies phosphorescentes. Yoici la manière de les obtenir : On enduira de cette peinture lumineuse à l’huile une des surfaces d’une plaque de verre de dimension voulue. On aura soin de donner plusieurs couches de peinture afin que la plaque soit bien également phosphorescente : sans quoi, il y aurait des taches sombres qui nuiraient au succès de l’expérience. Ensuite, on collera sur cette peinture une feuille de papier pour la protéger des accidents qui pourraient la détériorer. Cela fait on laisse la plaque dans l’obscurité jusqu’à ce que la lumière phosphorescente qui brille au travers de la plaque de verre soit éteinte ou à peu près, ce qui a lieu au bout d’une demi-heure environ.
- Dans cet état, la plaque est sensibilisée et prête à recevoir l’impression de la lumière.
- On procédera alors comme s’il s’agissait de prendre une photographie ordinaire. On mettra la plaque sensible dans le châssis, la surface du verre tournée du côté de l’objectif et l’on exposera à la chambre noire.
- Pour faire apparaître l’image, aucune préparation à faire. Il suffira de transporter le châssis dans l’obscurité et de l’ouvrir : alors, soudain, apparaîtra l’image du paysage que l’on a photographié, brillant de la pâle lueur phosphorescente que lui prête le sulfure de calcium.
- La netteté de l’image et son intensité lumineuse varient naturellement avec le temps de pose et l’ouverture de l’objectif.
- Je dirai en passant que si l’on veut avoir de belles photographies phosphorescentes, il faut choisir un paysage bien éclairé, employer un objectif aussi large que possible, et un temps de pose plutôt trop long que trop court. Un excès de pose ne nuit en rien.
- Avec des objectifs photographiques ordinaires sans dia—
- , phragmes et un temps de pose de quelques minutes on , obtient des images satisfaisantes. Du reste il y a un ! moyen bien simple de raviver une image qui manque de | clarté, c’est l’insufflation de l’haleine. En passant dessus | un fer à repasser un peu chaud, on obtient une illumination bien plus forte. Le sulfure de calcium, en effet, est aussi phosphorescent sous l’influence de la chaleur. Une température de 300 centigrades environ le rend extrêmement lumineux. J’ai remarqué aussi que l’intensité de la phosphorescence est proportionnelle au degré de chaleur, et cela quelle que soit la durée de l’exposition à la chaleur. Il devient aussi phosphorescent squs l’influence de l’électricité, mais, faute, d’appareils, je n’ai pu entreprendre d’expériences à ce sujet. Gustave Hermite.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Métaux dans l'antiquité et au moyen âge. L'Etain, par M. Germais Bapst, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque de La Nature, avec 11 planches hors texte. — Paris, G. Masson, éditeur, 1884.
- Lors de l’Exposition de Vhistoire des industries du métal organisé en 1880 par l’Union Centrale des Arts décoratifs, M. Germain Bapst, faisant partie de la Commission d’organisation, fut conduit à admirer un certain nombre d’objets remarquables en étain. Quand il voulut se rendre compte de ce que l’on savait sur les grandes pièces d’art en étain de la Renaissance, il s’aperçut que les renseignements précis faisaient absolument défaut. L’auteur résolut de faire des recherches plus approfondies sur ce sujet, et, après avoir étudié quelques pièces anciennes d’orfèvrerie d’étain, dont il publieles reproductions, il se mit à reconstituer patiemment l'histoire de l’étain; il reconnut que cette histoire prenait une importance toute nouvelle, et en quelque sorte absolument inédite. M. Germain Bapst, dans le beau et savant livre qu’il vient de faire paraître, passe d’abord en revue les objets qui existent dans les principaux musées de l’Europe; il a voulu les étudier sur place jusqu’en Géorgie et au Daghestan, visitant les musées d’Angleterre, de Suisse, d’Italie, d’Allemagne et de Russie; son œuvre est une merveille de science et de patience; les documents y abondent, et l’intérêt y existe à chaque page. De magnifiques planches hors texte font de cet ouvrage un vrai livre de luxe.
- Le dernier Directeur général des Forêts, 1868-1877, par Henry de Venel. 1 vol. in-8°. Paris, A. Lahure, 1884.
- Le directeur général, dont les actes ont mérité d’avoir leur histoire est M. Faré. Les innovations accomplies dans l’administration des forêts par son initiative résolue, mais avec le concours de tous, ont porté sur le personnel des agents, sur le personnel des proposés, sur le reboisement des montagnes, sur le service des aménagements, sur les moyens de prévenir et d’arrêter les incendies des forêts dans les régions méridionales, sur l’organisation militaire du personnel forestier, sur l’exposition forestière en 1878, enfin, sur les services rendus en approvisionnant Paris du bois nécessaire à sa délense et en sauvant plus tard de l’incendie toutes les archives de ce service, ün trouve dans le livre de M. de Yenel un exemple des services rendus par un administrateur qui mérite le titre de réformateur.
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- Bulletin astronomique publié sous les auspices de l’Ob -servatoirede Paris, par M. F. Tisserand avec la collaboration de MM. Bigourdan, Cai.landreau et Radau, première livraison, janvier 4884,in-8. — Paris, Gau-thier—Villars, 4881.
- Allas universel de géographie moderne, ancienne et du moyen âge, par M. Vivien de Saint-Martin et F. Sciira-der. 4e livraison contenant Russie occidentale et Roumanie, Mexique, Région polaire arctique. — Paris, Hachette et Ci8.
- Nouveau dictionnaire de géographie universelle, par M. Vivien de Saint-Martin, 24° fascicule. — Paris, librairie Hachette, 1884.
- Les planètes sont-elles électro-magnétiques ou magnéto-électriques? par Pierre Picard. 1 vol. in-8°. — Paris, J.-A. Glaire, 1884.
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- CHEMINS DE FER A VOIE UNIQUE1
- LES CLOCHES ÉLECTRIQUES
- Dans un précédent article, nous avons exposé d'une manière sommaire les règles générales auxquelles est soumise l’exploitation des chemins de fer à voie unique. Mais ces règles ne fournissent pas le moyen : 1° d’annoncer aux postes échelonnés le long du parcours le départ de chaque train ou machine; 2° de faire arrêter un train avant qu’il ait atteint la gare vers laquelle il se dirige, lorsque, par suite d’un oubli ou d’une négligence, il a dépassé une gare de croisement et marche à la rencontre d’un autre train ; 3° de signaler d’une manière simple à l’attention des agents d’une gare tout train qui est parti de la station voisine et qui se dirige vers cette gare; 4° d’annoncer les véhicules partis en dérive, lesquels peuvent donner lieu à des collisions; 5° de demander rapidement la machine de secours pour débarrasser la voie unique, lorsqu’elle se trouve obstruée par suite d’un accident, d’une détresse, etc. ; 6° enfin de donner, en cas de besoin, le signal d’alarme ou d’arrêt de tous les trains.
- Le système des cloches électriques, qui fonctionne depuis longtemps déjà en Allemagne, en Autriche, en Hollande, en Italie, et qui a été adopté par les Compagnies françaises permet aujourd’hui de réaliser ce sextuple but.
- En principe il est admis que la sécurité de l’exploitation sur les lignes à voie unique ne peut être assurée qu’au moyen d’une bonne réglementation. Aussi l’emploi des cloches électriques ne dispense-t-il les agents soit de la voie, soit de l’exploitation, soit des trains, d’aucune des prescriptions des règlements sur les signaux, en ce qui concerne la sécurité et la régularité de la marche des trains, et ce système n’est-il considéré que comme un auxiliaire, un aide-mémoire pour les chefs de gare, un moyen de contrôle des agents des trains vis-à-vis de ceux des gares, enfin comme une précieuse ressource extrême pour réparer, à l’occasion, une omission dans l’observation des règlements.
- En Allemagne et en Autriche-Hongrie, les sonneries sont appliquées aussi bien sur les lignes à double voie que sur celles à simple voie, afin de relier aux gares les agents de la surveillance de la voie. En effet, l’ordon-
- 1 Voy. n" 567, du 12 avril 1884, p. 300.
- nance du 4 janvier 1875 du chancelier de l’Empire, portant réglementation des signaux sur les chemins de fer allemands, prescrit que, sur les lignes à double voie et à voie unique, « des signaux acoustiques doivent être donnés au personnel de surveillance de la ligne, au moyen de sonneries électriques. » En France, on préfère le block System pour les lignes à double voie, et les cloches électriques ne sont guère en usage que sur les lignes à voie unique. Ce sont les Compagnies du Nord et de Paris à Lyon et à la Méditerranée qui en ont inauguré l’application.
- Les cloches électriques sont généralement désignées sous le nom de cloches allemandes. Toutefois, il y a lieu d’en distinguer deux sortes, savoir : les cloches allemandes proprement dites, pour lesquelles on emploie l’appareil Siemens à courant d’induction, et les cloches autrichiennes ou cloches Leopolder, qui sont disposées sur un fil/à courant électrique continu.
- Cloches allemandes.— Les appareils à cloches, système Siemens, employés dans l’Allemagne du Nord et adoptés en France par la Compagnie du Nord, pour tout son réseau à simple voie, et par la Compagnie de l’Est, pour certaines lignes à voie unique, fonctionnent par des courants dits d’induction. Les gares terminus ne possèdent qu’un
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- Annonce d’un train impair. Annonce d’un train pair.
- Arrêt général.
- Fig. 1. — Tracés des signaux.
- seul appareil à cloches ; chaque station intermédiaire en a deux, un vers chaque direction. Entre les stations, certains passages à niveau ou postes gardés sont munis d’un appareil. Tous les appareils qui existent dans l’intervalle de deux stations consécutives, et les appareils de ces stations établis vers les extrémités qui se regardent sont reliés par un fil de ligne formant un même circuit. Deux circuits consécutifs peuvent être réunis par un commutateur de communication directe dans toute station dont le service est interrompu.
- Les gares ou stations et les postes intermédiaires possèdent un inducteur électro-magnétique produisant des courants qui font déclencher les mécanismes des cloches des maisons de gardes et des gares placées dans le circuit. Les courants d’induction sont produits par une disposition particulière de bobines opérant, à l’aide d’une manivelle, leur rotation entre les branches d’aimants en fer à cheval. C’est la rotation de la bobine qui produit le courant d’induction dont elle se charge. A l’état normal de repos, la manivelle des inducteurs doit être poussée à l’extrémité de sa course en avant; en la ramenant d’avant en arrière on ne produit aucun signal. En faisant décrire à la manivelle un demi-tour en avant, on provoque une émission de courant qui produit un coup de toutes les cloches d’un même circuit. Suivant le nombre de demi-tours de manivelle en avant, on obtient, dans les appareils à cloches, des déclenchements correspondant à une série de coups convenue à l’avance, et on comprend que des signaux i puissent être échangés entre les gares d’une ligne à voie unique.
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- Les inducteurs des gares de tête sont munis d’un bouton de contact qu’on presse pendant la manœuvre de la manivelle de l’inducteur pour envoyer le courant sur la ligne. Les inducteurs des autres gares portent deux boutons de contact permettant d’envoyer le courant électrique dans l’un ou l’autre des circuits voisins. Ces boutons jouent le rôle de commutateurs. Les postes intermédiaires portent également deux boutons [ er.nettant d’envoyer le courant dans l’une ou l’autre partie du circuit, jusqu’à la station voisine. Ils sont, en outre, munis d’un arrêt à goupille scellée pour fixer la manivelle à demeure : le sceau ne doit être brisé que pour l’envoi des signaux d’alarme ou de secours.
- Chaque signal consiste en plusieurs groupes de nombres déterminés de coups de cloche. Si l’on désigne ces coups de cloche par des points et les intervalles séparant deux groupes consécutifs des coups de cloche par des traits, on obtient une représentation graphique des signaux. Ainsi les signaux annonçant un train impair, un train pair ou l’arrêt général, sont représentés par les tracés ci-contre (fig. 1).
- Pour les stations expéditrices, au moment du départ du train, et pour celles que le train franchit sans arrêt, dès que le train est bien en vue, le chef de station doit manœuvrer l’inducteur et presser le bouton de contact qui correspond aux groupes de sonneriesdevantlesquellesle train doit passer pour atteindre la station suivante.
- A côté des précieux avantages que présentent les cloches allemandes, il y a lieu de signaler quelques inconvénients. Les courants d’induction sont d’une grande instabilité; en cas d’orage, l’é-lectr icité atmosphéri que peu t agir sur les cloches et provoquer des déclenchements ; enfin la manœuvre des inducteurs demande une certaine précision à laquelle n’arrivent pas toujours les agents des chemins de fer.
- Cloches autrichiennes. — Les cloches autrichiennes, dont l’invention est due à M. Leopolder, constructeur d’appareils télégraphiques à Vienne, ont été adoptées par la Compagnie de Paris à Lyon et à la Méditerranée. Inversement à ce qui se passe dans le système précédent, les appareils Leopolder marchent à l’aide de courants électriques continus produits par des piles, et c’est l’inter-
- ruption du courant qui fait fonctionner les sonneries. Chaque signal se compose d’un gros timbre qui est installée, dans les gares, sur la façade du bâtiment, le long du quai des voyageurs, et, dans les maisons de gardes, sur le sommet de la toiture. Les gares terminus ne possèdent qu’une seule cloche, les autres gares en ont deux, une à chaque extrémité du quai. Le marteau du timbre est mû par l’appareil électrique placé à
- proximité.
- Cet appareil se compose d’un système de rouages entraînés par un tourne - broche à contrepoids obéissant lui-même à l’action d’un déclenchement (fig. 2). Des manne-tons distribués latéralement sur la face d’un engrenage vertical agissent successivement sur un levier oscillant, qui se déplace à chaque action d’un manneton, agit sur la tringle de commande du marteau et, provoque un coup de cloche. Ces actions successives dépendent d’un électro-aimant qui agit sur le déclenchement des rouages.
- A l’état de repos, l’électro-aimant est au contact. On obtient ce résultat, ainsi que nous l’avons dit, au moyen d’un courant continu fourni par des piles disposées au pied des appareils des gares. Les postes intermédiaires ne comportent pas de piles électriques. Il suffit d’interrompre le courant sur un point quelconque du circuit pour séparer la palette de l’éleclro-aimant et de le rétablir immédiatement pour faire partir le déclenchement, entraîner l’engrenage de la course d’un manneton et soulever le levier qui commande le coup de marteau de toutes les cloches situées sur le circuit (fig. 3). Une fois la palette revenue au contact, il faut une seconde interruption suivie de rétablissement immédiat du courant pour produire un second coup de cloche, et ainsi de suite. Les interruptions sont produites au moyen d’un commutateur à bouton d’interruption, sur lequel il suffit de presser le doigt; ce commutateur est pourvu d’un galvanomètre, qui indique le passage du courant.
- Les appareils des gardes-ligne ont leur commutateur placé sous une plaque scellée à la cire. L’agent doit briser le scellé pour faire usage du commutateur en cas de besoin. Al. Làplaiche,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- Fig. 2. — Coupe longitudinale de l’appareil Leopolder.
- A. Échappement à fourche, dont chaque branche est munie d’une petite palette a et a', sur l’une desquelles repose l’extrémité recourbée b d'un levier d’échappement B. — B. Levier d’échappement s’abaissant par son propre poids et se relevant par un mouvemenit imprimé à son autre extrémité. — C. Disque monté sur l'axe de la roue I, sur une encoche dans laquelle entre une des branches de la pièce E. — D. Excentrique dont le mouvement est solidaire de celui du disque C, et qui est destiné à relever le levier d’échappement par son contact au point c. — E. Pièce d’enclenchement dont une des branches pénètre dans l’encoche e et dont la partie supérieure sert d’arrêt au doigt F monté sur l’axe du volant d. — H. Armature de l’électro-aimant. — K. Roue avec tambour sur lequel s’enroule la corde du poids P. — M. Mamelons agissant sur le levier L, qui commande le fil du marteau.
- Fig. 3. — Position du levier d’échappement.
- 1. Position quand le circuit est fermé et que l’appareil est au repos. — 2. Quand le courant est momentanément interrompu. — 3. Quand le circuit est reconstitué et que le marteau se met en mouvement.
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- LÀ YIE DANS LES GRANDES PROFONDEURS
- DE LA MER
- Comme corollaire à l’exposé que nous donnons depuis quelque temps à nos lecteurs des merveilleuses découvertes de la Commission du Talisman, nous croyons utile de leur faire connaître les expériences que M. P. Regnard, chef du Laboratoire de physiologie à la Sorbonne, vient de soumettre à l’Académie des Sciences.
- Nos lecteurs ont pu voir, d’après le récit détaillé de M. Filhol, que la mer peut être divisée en deux étages. En haut, à la surface se rencontrent tous les êtres que nous connaissons depuis longtemps. On les retrouve, de plus en plus rares il est vrai, jusqu’à 2500 à 5000 mètres de profondeur. Au-dessous se trouve la faune abyssale, cette collection d’êtres bizarres qu’on peut encore aujourd’hui admirer à l’Exposition du Muséum.
- La mer se trouve donc partagée, quant à ses habitants, en deux étages superposés.
- Qu’arriverait-il si l’on prenait un animal des profondeurs et si on le ramenait à la surface ? que surviendrait-il si, prenant un animal de la surface on le plongeait subitement dans les profondeurs? C’est le problème que doit se poser le physiologiste.
- Il n’est pas facile de répondre à la première question : on ne pourra le faire qu a bord du Talisman.
- On a déjà vu que tous les êtres de la faune abyssale arrivent morts à la surface; ils se présentent même dans un état singulier, ils sont mous, friables, un rien les déchire, les frottements du chalut les mettent en fort mauvais état. Leurs muscles sont-ils^ contractiles, leurs nerfs sont-ils excitables, leur cœur a-t-il encore des mouvements? C’est ce que devrait rechercher un expérimentateur sur le pont même du navire.
- Le problème inverse, celui qui consiste à voir ce qu’il adviendrait d’un animal qu’on précipiterait subitement dans les grandes profondeurs est au contraire facile à résoudre.
- A bord du navire, il suffirait d’enfermer un poisson de la surface dans une cage et de le descendre avec la drague. A la fin de l’opération on le retrouverait et on pourrait juger de son état.
- On peut encore, et c’est ce qu’a fait le Dr Regnard, se servir de l’appareil si ingénieux imaginé par M. Cailletet et construit par M. Dueretet, pour ob-
- tenir dans un tube d’acier rempli d’eau des pressions qui vont jusqu’à 1000 atmosphères et correspondraient par conséquent à celles que supporte le fond de l’Océan. Les lecteurs de La Nature trouveront la figure de ce remarquable instrument dans le n» 244 du 2 février 1878 (p. 152). Nous ne reviendrons donc pas sur sa description.
- En mettant dans des tubes appropriés tous les êtres qui vivent à la surface des eaux, M. Regnard les a placés ensuite, tantôt subitement, tantôt très lentement dans les mêmes conditions que s’ils étaient au fond de l’Océan.
- En commençant par les êtres les plus simples, les ferments, il a pu voir que la levure de bière, par exemple, soumise à 1000 atmosphères s’endormait; quelle était sans action sur le sucre, mais qu’au bout de quelque temps, elle se réveillait quand on l’avait délivrée et quelle se mettait à fabriquer de l’alcool.
- Les ferments solubles (dias-tase, salive, ferment inversif, suc pancréatique) continuent à agir aussi bien à 1000 atmosphères (12000 mètres) qu’à la surface des eaux.
- Les végétaux comme la levure s’endorment sous les grandes pressions et se réveillent comme elle. Des graines de cresson alénois portées à 1000 atmosphères, ont été ensuite une semaine sans germer, mais elles ont fini par émettre lentement leurs cotylédons.
- Les animaux inférieurs, les infusoires soumis à 600 atmosphères, nous montrent le même phénomène : ils s’endorment.
- Les vorticelles, en particulier, arrêtent leurs cils vibratiles et les singuliers mouvements de leurs pédicules, puis mises en liberté, elles se réveillent en quelques heures. Les infusoires libres tombent au fond du vase et c’est là qu’il faut les chercher. Quelques-uns plus résistants restent à la surface et ont encore quelques mouve-vementSi ^
- Les annélides, les crustacés se conduisent de même; sommeil, vie latente, puis si la compression dure longtemps, mort. On voit donc pourquoi les deux formes ne peuvent se mélanger Au-dessus de 300 atmosphères, tous ces phénomènes surviennent. C’est dire qu’un être de la surface ne pourra pas franchir une distance verticale de 5000 mètres : n’est-ce pas justement ce que les savants embarqués sur Le Talisman ont constaté?
- En plaçant dans 600 atmosphères, non plus des
- Grenouille et pattes ayant subi l’influence d’une pression de 600 atmosphères.
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- LA NATURE.
- êtres inférieurs, mais des poissons. M. Regnard a vu ces animaux, non seulement mourir, mais entrer dans une extrême rigidité dont ils ne sortirent qu’au moment de se putréfier.
- Des pattes de grenouilles préparées lui ont fourni le même résultat. Il a même vu qu’elles avaient augmenté de poids.
- 11 y a donc, sous les grandes pressions, pénétration d’eau dans le tissu musculaire. — L’absence d’eau amène la mort apparente, la vie latente (animaux reviviscents), l’excès d’eau produit juste le même effet.
- Les animaux, comme les crustacés, protégés par une carapace sont plus lents à mourir que les grenouilles ou les poissons, M. Rcgnard vient même de voir un dytique (insecte qui vit dans l’eau, qui n’a pas de branchies et dont la carapace chitineuse est très dure) résister à 800 atmosphères et ne mourir qu’à 1000.
- On peut empêcher l’entrée de l’eau dans les tissus en enveloppant les muscles de grenouille, par exemple, dans un sac de caoutchouc mince et bien clos. Dans ce cas, elles n’augmentent pas de poids, et, si elles sont un peu rigides, c’est sans doute que les sucs placés entre les fibres musculaires entrent dans celles-ci sous l’influence de la haute pression.
- Ainsi, si nous faisons gagner de l’eau à un animal que, de la surface, nous envoyons dans les profondeurs, si sesmusles nous arrivent rigides, durs, inflexibles, il semble se produire un phénomène exactement inverse chez les poissons des grandes profondeurs dont les tissus sont acclimatés à ces régions : quand la drague les ramène subitement en haut, on s’en souvient, ces animaux se montrent mous, flasques, friables à l’excès au point que leurs tissus semblent profondément désorganisés. Dr Z...
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- CHRONIQUE
- Clôture du Congrès des Sociétés savantes.—
- La séance de clôture du Congrès des Sociétés savantes a eu lieu le samedi, 19 avril, à deux heures de l’après-midi, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Fallières, ministre de l’instruction publique. Au début de la séance, le ministre a prononcé le discours d’usage. Puis la distribution des récompenses a eu lieu. M. Alphonse Milne-Edwards, membre de l’Institut, a été nommé officier de la Légion d’honneur, et M. Matton, archiviste du département de l’Aisne, chevalier. MM. Marcel Deprez, ingénieur-constructeur; LéoDronvn, membre de l’Académie des sciences et belles- lettres de Bordeaux; Henri Duveyrier, membre du Comité des travaux historiques et scientifiques; de Folin, ancien commandant du port de Bayonne; Jus, ingénieur-constructeur; Léon Maître, archiviste de la Loire-Inférieure, et Ilos-chach, membre de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, ont été nommés officiers de l’instruction publique. Enfin, MM. Bourget, enseigne de vaisseau; Léon Carez, secrétaire de la Société géologique de France;Gibory, lieutenant de vaisseau ; Ladrière, instituteur public; Moreau, archéologue; Jules Rouyer,
- ancien directeur des postes ; Souverbic, conservateur du muséum d’histoire naturelle de Bordeaux ; Tholon, astronome; Thoulet, de la Faculté des sciences de Nancy; Vaissier, archiviste, et Vincent, médecin de première classe de la marine, ont été nommés officiers d’académie.
- Séance annuelle du Bureau central météorologique. — La séance générale du Conseil du bureau central météorologiquedeFrance, a eu lieu le 16 avril 1884. M. Hervé Mangon, président, a lu un remarquable rapport sur les travaux de l’année 1883. Après avoir parlé du service des avertissements aux ports, de la climatologie, de la météorologie générale et des projets de commissions départementales, le savant député, a résumé avec éloquence les travaux de la Mission du Cap Ilorn dont il a été l’un des initiateurs. Il a rendu hommage au dévouement de nos marins, dont les observations météorologiques, magnétiques et géographiques contribueront aux progrès de la science, et feront honneur à notre pays. M. Hervé Mangon a ému l’auditoire en rappelant que l’équipage de La Romanche pendant son séjour à la Terre de Feu, a pu porter secours à l’équipage du navire allemand Erwin, incendié en mer près du Cap Ilorn : « Pour nos braves marins, les malheureux n’ont pas de nationalité, et ce sauvetage leur a paru la plus douce récompense de leur belle campagne. » En terminant son rapport, M. Hervé Mangon a fait entendre que le gouvernement, après les succès des expéditions du Talisman et de La Romanche, ne s’en tiendrait pas à ces grandes entreprises scientifiques. « Ces beaux exemples, a dit l’éminent académicien, ne seront pas perdus. Le Cap Ilorn, je le désire ardemment, et j’en ai la confiance, sera bientôt choisi comme le point de départ d’une expédition de découverte vers les terres ignorées des environs du pôle Sud. Un bâtiment à vapeur, convenablement équipé pour cette navigation spéciale, toujours certain de retrouver à la baie Orange les approvisionnements nécessaires, pourra à deux ou trois reprises dans l’année se diriger au sud. En profitant des circonstances et des temps favorables, sans se laisser engager dans les glaces, sans s’exposer aux dangers de l’hivernage dans ces régions inconnues, il pourra probablement atteindre les hautes latitudes et pénétrer les mystères de ces régions inexplorées du globe. A la France, après l’expédition du Cap Ilorn, revient l’honneur des grandes découverte à faire dans les contrées australes, et une fois encore nos marins auront ainsi répondu à cette éternelle aspiration de la science : Plus loin, encore plus loin! »
- La population aux Etats-Unis.—Lors du dernier recensement, il y avait 50 000 000 d’âmes : la population s’était accrue de 11 500 000 en 10 ans. A la fin de la décade actuelle, elle devra être de 65,000,000. Au commencement du vingtième siècle, dans 17 ans, elle dépassera 84 000000. Quand les enfants atteindront la cinquantaine, il y aura aux Etats-Unis 180000 000 d’habitants. On calcule que la population actuelle, grâce aux accroissements des trois années passées, doit être de 56 000 000.
- ACADÉMIE DES- SCIENCES
- Séance du 31 avril 1883. — Présidence de M. Rolland
- Le gorille du Muséum. — Depuis deux mois environ ’ la Ménagerie du Jardin des Plantes possède un gorille qui
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- suivant l’exemple invariablement donné par tous les singes réduits chez nous en captivité, s’étiole rapidement et ne tardera pas à succomber : c’est donc le moment de l’aller voir. Des photographies instantanées déposées sur le bureau par M. AlphonseMilne-Edwards le représentent en diverses attitudes.
- On reconnait que c’est un individu de 3 à 4 ans ayant encore ses dents de lait et dont la tête n’est pas encore pourvue de ces volumineuses crêtes osseuses qui donnent à l’adulte uncaractère si bestial. M. Milne-Edwards insiste sur l’infériorité intellectuel de ce gorille qui, suivant son expression, est morose et brutal, incapable d’affection pour son gardien qui le comble de caresses auxquelles il répond par des morsures souvent très profondes. Au lieu de boire dans une tasse comme font si bien les chimpanzés et les orangs, le gorille étudié se met à quatre pattes et hume le liquide dont il se désaltère: c’est un signe d’infériorité relative. Son nez est à fleur de peau et ses narines sontfort développées, ses membres, singulièrement courts, portent un corps très large et très volumineux; sa main est remarquablement puissante.
- Dimorphisme des foramint[ères. — M. Schlumberger, ancien chirurgien de marine, a soumis à une étude très attentive les foraminifères draguées des grandes profondeurs par Le Talisman. Les orbulines ont surtout lixé son attention et il a reconnu que les unes contiennent cet organisme compliqué qu’on a parfois comparé à des glo-bigérines, tandis que les autres en sont absolument dépourvues : c’est donc un nouveau cas à ajouter à ceux dont l’ensemble a été désigné sous le nom de dimorphisme des foraminifères.
- Paléontologie rémoise. — Par l’intermédiaire de M. Gau-dry, M. le Dr Lemoine fournit un complément de renseignements sur le Simodosaure. 11 s’occupe généralement des os du crâne qui par leur simplicité et leur indépendance semblent se prêter admirablement à la démonstration de la théorie des vertèbres crâniennes. En même temps l’auteur décrit les diverses espèces de genres : S. Lemoinei (Gervais); vertèbres bombées, os du squelette épais et trapus, tête humérale épaisse et asymétrique. — S. remensis; vertèbres cylindriques, et même excavées. Os du squelette plus grêles. Tête humérale formant un ovale allongé, symétrique. — S. Peroni; tête humérale surbaissée. Sous le nom de Simodosaurus Suessoniensis, M. Lemoine croit pouvoir faire rentrer dans le genre qu’il étudie le Lepidosteus Suessoniensis de Paul Gervais.
- Hygiène. — La Société française d’hygiène publie sur la propreté un nouveau volume de l’intéressante collection dont plusieurs fois déjà nous avons entretenu nos lecteurs. Le sujet est traité successivement au point de vue de l’individu et à celui de l’habitation et tout le monde même les plus propres, peuvent gagner quelque chose à le lire.
- Candidats. — Une place d’astronome étant vacante à l’Observatoire, l’Académie désigne au choix du ministre une liste de deux candidats portant en première ligne M. Leveau, et, en seconde, M. Callandreau.
- Physique céleste. — D’après M. Faye, le théorème fondamental de la théorie cosmogonique de Laplace, d’après lequel les atmosphères des corps celestes cessent d'appartenir à ces corps à la suite d’une dilatation suffisante, aurait pour auteur non pas Laplace, mais Kant.
- Varia. — De nombreux témoignages de regrets inspirés par la mortdeM. Dumas arrivent à l’Académie, de localités très variées : on signale spécialement une adresse signée par les plus célèbres savants de Genève, MM. de Candolle, Colladon, Marignac, Alphonse Favre, etc. — M. de Gaspa-rin reconnaît que la méthode proposée parM. Le Chartier pour séparer l’acide phosphorique des terres arables est très supérieure à la sienne propre et il se félicite de l’avoir provoquée. — D’une lettre de M. Nordenskiold, il résulte que les Lapons peuvent faire 220 kilomètres en 20 heures consécutives sur leurs patins à neige. — D’après M. Cossa le didyme est isomorphe avec le plomb; son oxyde a pour formule non pas Di205 mais DiO. — M. Sc.hutzenberger considère un certain alliage de platine et d’étain comme constituant, malgré sa complexité, un véritable radical métallique. Stanislas Meunier.
- LES POUDRES DE VIANDE
- Une des conquêtes les plus importantes dont la médecine se soit enrichie dans ces derniers temps, et des plus fécondes en résultats, est certainement l’introduction des poudres de viande dans la thérapeutique. C’est à M. le docteur Ilebove que revient l’honneur de cette découverte. C’est en partant de cette idée dont personne ne peut contester la justesse, que dans la thérapeutique, l’hygiène et l’alimentation devront être placées au premier rang, qu’il a été amené à imaginer ce nouveau mode de traitement, que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de suralimentation.
- Ne pas attaquer directement la maladie ; mais la combattre en modifiant profondément le terrain et le rendre impropre, soit à l’entretien, soit au développement d’une affection parasitaire, tel est le but de la nouvelle méthode.
- L’alimentation à la viande crue, sous forme de pulpe, de jus, de bouillon rouge, employée depuis fort longtemps, fournit de bons résultats ; mais ils ne sont pas comparables à ceux dont est toujours suivie la suralimentation avec la poudre de viande. Ce mole d’administration est le seul en effet qui permette de faire absorber au malade des quantités considérables de matière alimentaires, et cela sous un faible volume.
- Avec la viande crue administrée en nature, il est difficile, sans s’exposer à provoquer le dégoût et par suite l’intolérance de dépasser 200 à 250 grammes par jour. On peut, il est vrai, administrer le jus provenant de 5 à 600 grammes de viande, mais la proportion de matière nutritive ainsi absorbée, est loin detre en rapport avec la poudre de viande qui a fourni le jus. La poudre de viande, au contraire, représente en moyenne quatre fois son poids de viande fraîche. Quand elle est bien préparée, sa saveur et son odeur sont presque nulles ; la digestion facile est toujours assurée par la grande division, et des formules variées permettent d’en approprier le mode d’administration au goût, du malade.
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- LA NATURE.
- Il est facile de préparer de bonne poudre de viande, pourvu qu’on apporle à cette fabrication des soins minutieux. J’ai été témoin de tous les essais faits par M. le docteur Rcbove dans son service de Bicêtre, et je dois dire que les poudres de-viande préparées par lui étaient bien supérieures comme odeur et comme saveur à celles que nous livre aujourd’hui le commerce.
- Cela tient évidemment à la substitution du travail mécanique au travail manuel, et à ce qu’il est bien difficile d’apporter à la fabrication en grand des soins aussi minutieux. La dessiccation de la viande doit être rapide; or, à moins d’une installation toute particulière, la dessiccation d’une grande quantité de viande demande un temps assez considérable.
- De plus, lorsqu’on pulvérise la viande à la main, on peut séparer des morceaux qui ne sont pas suffisamment desséchés et deviendraient plus tard une cause d’altération; on peut enlever des fragments de tendons, de tissu conjonctif; dans une pulvérisation mécanique rien ne résiste : les divers tissus sont pulvérisés à la faveur les uns des autres.
- Il est facile de faire des observations analogue' pour le tamisage.
- Pour obtenir de bonne poudre de viande, voici comment il faut opérer. 11 suffit de partir de ce principe que plus la viande employée est belle, plus la préparation sera prompte et facile, plus le produit obtenu sera beau. La viande sera debarrassée autant que possible de toutes matières grasses, de tendons et de tissu conjonctif, puis divisée en menus fragments..
- Pour cette opération, on se sert avec avantage d’un petit hachoir en fer étamé dont font usage les charcutiers. La pulpe de viande ainsi obtenue est étalée sur des plaques de fer étamé, ou mieux sur des grilles, également en fer étamé ; puis on dessèche à l’étuve à une température inférieure à 100 degrés.
- Lorsque la dessiccation est suffisante pour que les fragments soient devenus cassants, on procède à une première pulvérisation grossière, on sépare tous les fragments qui ne paraissent pas être constitués par du tissu fibreux suffisamment pur, et l’on remet de nouveau à l’étuve, de manière à dessécher complètement.
- Après refroidissement, on pulvérise soit au mortier, soit au moulin (ceux de la maison Japy et C"
- Fer à repasser américain.
- donnent les meilleurs résultats), et on tamise au tambour de soie.
- On obtient ainsi une poudie irréprochable au point de vue de la saveur, de l’odeur et de la conservation.
- Aujourd’hui la consommation de la poudre de viande est devenue considérable, et tant en cheval qu’en bœuf, la fabrication atteint environ 300 kilogrammes par jour1. Yvon.
- FER A REPASSER
- CHAUFFÉ PAR LE GAZ
- On sait que lorsque l’on fait usage d’un fer à repasser, il faut constamment le chauffer en le remettant sur le feu, ce qui se traduit par une perle de temps, même en se servant de deux fers comme on le fait habituellement. On comprendra tout l’intérêt que présente le petit outil représenté ci-contre et dont le modèle nous vient d’Amérique. - V .
- L’appareil consiste en une sorte de boîte en fer creuse dont le couvercle supporte une poignée en bois, corps mauvais conducteur de la chaleur et un bec Bunsen renversé qui vient * chauffer la partie inférieure. Le gaz arrive au fer à repasser par un tuyau de caoutchouc' flexible, dans une chambre de mélange pour faciliter la combustion dont les produits s’échappent par deux séries de trous ménagés tout autour de la boîte en fer. On règle à volonté la chaleur du fer en manœuvrant le robinet du gaz.
- Les avantages de ce système sont nombreux. Nous citerons les suivants : uniformité de la chaleur du fer, ce qui évite de brûler le linge, économie de temps pour remplacer et chauffer les fers, économie de combustible qui se trouve utilisé dans les meilleures conditions, enfin suppression du feu qui, pendant la saison chaude, n’est pas sans inconvénient. Nous croyons donc que ce petit outil pratique sera sérieusement apprécié par les tailleurs, les blanchisseuses, et, en général, par toutes les personnes qui font un usage journalier et constant du fer à repasser.
- ♦ 1 Journal de Pharmacie.
- Ae propriétaire-gérant : ü. Tissanbier.
- Imprimerie A. Lahure, ÿ, rue de Fleurus, à Fans. ' '
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- N° 570. — 5 MAI 1884.
- LA NATURE.
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- APPAREILS DE M. CAILLETET
- I’OÜR IA LIQUÉFACTION DES fiAZ
- M. Cailletet a exposé, dans les galeries de l’Observatoire loi s des séances de Pâques de la Société de Physique, l’appareil qui lui a servi à démontrer que tous les gaz même l’oxygène, l’azote, l’hvdro-gène regardés autrefois comme permanents, obéissent à la loi générale et peuvent comme tous les autres corps exister sous les trois états, solide, liquide et aériforme. L’appareil de M. Cailletet a été décrit ici même1, nous n’v reviendrons pas aujourd’hui;
- nous dirons seulement qu’il est actuellement dans tous les laboratoires, et qu’il a été appliqué récemment à d’intéressantes recherches biologiques. M. Regnard à la Sorbonne1, M. Certes chez M. Pasteur étudient la vie sous des pressions élevées, et reproduisent avec une grande facilité dans le récipient de l’appareil les conditions de pressions qui ont été signalées dans les explorations sous-marines de M. A. Milne-Edwards à bord du Travailleur et du Talisman.
- On peut avec l’appareil de M. Cailletet obtenir des pressions de plus de 1000 atmosphères et les maintenir pendant des semaines entières. 11 y a là un
- Fig. 1. — Nouvel appareil de M. Cailletet. — Pompe à piston de mercure pour la liquéfaction des gaz.
- champ nouveau et fécond de recherches qui promettent à la science des résultats d’un grand intérêt.
- M. Cailletet a également exposé la pompe à piston de mercure (fig. 1), qui lui sert à liquéfier de grandes quantités d’acide carbonique et de protoxyde d’azote employés dans les laboratoires pour obtenir de très basses températures, et à condenser dans des récipients d’acier résistant à plusieurs centaines d’atmosphères, l’éthylène et le formène qui lui ont permis d’abaisser la température des corps bien au delà du point qui avait été atteint jusqu’alors. L’éthylène ou hydrogène bicarboné exige pour se liquéfier une pression bien plus grande que celle qui est nécessaire à la condensation de l'acide carbonique,
- * N° 244 du 2 février 1878. p. 152.
- 15° anaée. — 1er semestre.
- mais celte opération réussit sans difficulté avec la pompe de M. Cailletet, qui mise en mouvement par un homme peut fournir par heure de travail plus de 500 grammes d’éthylène. On sait que tous les corps solides ou liquides absorbent en prenant l’état gazeux une grande quantité de chaleur. L’alcool ou bien encore l’éther versé dans la main, font éprouver une sensation de froid, qui peut aller jusqu’à amener la suppression de la douleur en paralysant les membres soumis aux opérations chirurgicales. L’abaissement de température que donne l’éthylène en s’évaporant est de 104° au-dessous de zéro ; lorsqu’on active son ébullition au moyen du vide de la mach’ne pneumatique, ainsi
- 1 N° 5G9 du 20 avril 1884. p. 549.
- 25
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- que Faraday l’avait indiqué pour le protoxyde d’azote, on obtient — 142°. En refroidissant dans de l’éthylène bouillant à la pression atmosphérique, un récipient de verre qui contient de l’oxygène comprimé, M. Cailletet vit, au moment où il diminuait la pression, l’oxygène liquéfié reprendre l’état gazeux en moussant comme le ferait du vin de Champagne au sortir de Ja bouteille; depuis, M. Wro-blewski et un de ses compatriotes, en opérant avec les appareils et les procédés de M. Cailletet, mais en activant par le vide de Faraday, l’évaporation de l’éthylène, ont pu obtenir des quantités assez importantes d’oxygène liquéfié. — Dans ces conditions de froid, l’azote, l’oxygène, l’air atmosphérique se résolvent en liquides incolores, transparents, d’une mobilité extrême, qui en repassant à l’état gazeux deviennent des sources d’un froid qui descend jusqu’à — 200°.
- M. Olszewski, professeur de chimie à Cracovie, annonçait la semaine dernière à l'Académie des Sciences, que l’hydrogène , le plus incoercible des gaz, soumis à ce froid excessif, se condense sous forme d’un liquide transparent, qui coule au moment de la détente sur les parois de son appareil en verre. L’hydrogène n’est donc pas un corps solide métallique, comme on l’avait cru, il paraît être quant à l’aspect en tout semblable à l’azote ou à l’oxygène liquéfiés.
- Le formène ou gaz des marais ne peut être obtenu liquide qu’à une très basse température et sous une pression élevée. Les expériences que M. Cailletet a faites sur ce corps lui ont montré qu’il donne en bouillant un froid bien plus intense que celui qui correspond à l’ébullition de l’éthylène.
- Les appareils employés jusqu’à présent pour liquéfier les gaz par compression présentaient de graves inconvénients. L’espace nuisible qui existe toujours entre le piston compresseur et le fond du corps de pompe, limite la pression qu’on peut obtenir.
- M. Cailletet a supprimé complètement ce grave défaut en remplaçant le piston généralement adopté par un piston en mercure. Une tige cylindrique A (fig. 2) recouverte de mercure se meut d’un mouvement alternatif dans le cylindre RB, le gaz comprimé soulève la soupape en ébonite S et se rend par le tube T dans le récipient en acier qui doit le contenir.
- L’espace nuisible est donc évité puisque le mercure en touchant la soupape S à chaque révolution de la pompe, ne permet à aucune trace de gaz de rester dans le cylindre. Des cuirs emboutis a, b placés à la base du cylindre, s’opposent à la rentrée de l’air pendant l’aspiration, et à la sortie du gaz pendant la période de compression.
- M. Cailletet a remplacé la soupape d’aspiration des anciens appareils par une sorte de robinet R. Des cames disposées sur l’arbre du volant ouvrent et ferment ce robinet.
- Nous avons indiqué (fig. 1 ) le dispositif employé pour la production de l'acide carbonique liquide. Le gaz préparé par l’action de l’acide chlorydrique sur du marbre blanc, est lavé dans un flacon à deux tubulures, séché sur du chlorure de calcium, puis aspiré par la pompe et refoulé dans un récipient ou bouteille d’acier, qu’on refroidit dans un mélange de glace et de sel, ce qui facilite singulièrement la liquéfaction. Un homme agissant sur la manivelle fixée au volant peut fabriquer en une heure de travail 4 à 500 grammes d’acide carbonique. Le protoxyde d’azote ainsi que les autres gaz condensés, qui servent à obtenir de très basses températures doivent être préparés d’avance et emmagasinés dans des gazomètres. Leur liquéfaction ne présente du reste rien de particulier, et la pression qu’ils supportent est donnée à chaque instant par le manomètre métallique relié à l’appareil.
- En résumé, la pompe de M. Cailletet est d’une construction simple et d’une grande solidité, son emploi est facile et a permis non seulement de liquéfier l’acide carbonique et le protoxyde d’azote, mais encore l’éthylène avec lequel a été réalisée la préparation de l’oxvgène liquide, qui peut servir à abaisser la température des corps à 200 degrés au-dessous de zéro.
- L’exécution de ces magnifiques expériences et la construction des appareils qui ont permis de les réaliser font le plus grand honneur à leur auteur; les travaux de M. Cailletet ont ouvert de nouveaux horizons à la science pure^ et ils ne manqueront pas d’être féconds en résultats pratiques pour la science appliquée. Gaston Tissandier.
- TREMBLEMENT DE TERRE EN ANGLETERRE
- LE 22 AVRIL 1884.
- Un tremblement de terre assez intense a été ressenti, le matin du 22 avril, dans diverses localités du comté d’Essex, du comté de Suffolk et à Londres, à neuf heures quinze environ. Dans le Strand, le choc s’est fait sentir d’une façon assez vive dans un grand établissement, du côté sud de la rue. Les murs ont fortement tremblé et les employés affolés se sont enfuis, croyant que la maison allait s'effondrer. Les mêmes effets ont été constatés dans quelques autres habitations.
- A Golchester le choc qui a été ressenti a jeté un grand effroi dans la population. Le premier symptôme a été un grondement sourd, aussitôt suivi d’une secousse qui a fait trembler toutes les maisons et qui a renversé les meubles. Les cheminées et les bâtiments élevés ont eu le plus à souffrir. Une flèche d’église, haute de 150 pieds, a été renversée et a brisé dans sa chute une partie du toit de l’édifice. La secousse a eu lieu à neuf heures et demie et a duré environ trente secondes. Des hommes, des femmes et des enfants couraient dans les rues effarés.
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- Les enfants, dans leur frayeur, n’avaient même pas pris le temps de se vêtir.
- Un correspondant de Colchesler, au journal The Times annonçait que la population était tellement effrayée après la première secousse qu’elle se tenait dans les rues de peur d’un nouveau choc. L'heure exacte à laquelle le tremblement du sol a eu lieu s’est trouvé marquée sur les pendules. Ces dernières se sont toutes arrêtées à neuf heures vingt. On a également ressenti les effets du choc dans plusieurs localités des environs, où des bâtiments de ferme ont été renversés.
- A Bury Saint-Edmunds, il y a eu aussi une secousse, mais légère, dans la direction du sud au nord. On annonce d’Ipswich qu’une secousse de tremblement de terre s’y est fait sentir. À 9 heures 16, les pendules se sont arrêtées et les sonnettes des maisons ont tinté. Les murs ont tremblé et, dans les armoires, la porcelaine et la verrerie ont été ébranlées.
- A Southend, Shœburyness et Chelmsford, le choc a été très perceptible. Dans cette dernière ville, les habitants avaient cru à une terrible explosion. A Kelvedon, le choc a été précédé d’un bruit singulier, ressemblant'a la détonation d’une bordée tirée par un vaisseau de guerre. Le sol a tremblé, et les maisons ont été si fortement secouées, que les habitants se sont enfuis dans la rue, croyant que les bâtiments allaient s’écrouler. Le premier bruit a été entendu à neuf heures vingt.
- L’émotion a gagné tous les habitants de Londres, lors-qu’après la secousse du tremblement de terre éprouvé dans les villes, on a appris que le choc s’était fait également sentir dans tout le comté d’Essex, dans une partie du comté de Suffolk, et qu’il y avait non seulement jeté la terreur, mais avait aussi causé des dégâts considérables. À Londres, dans les ateliers de l’imprimerie du Lancet, la secousse a été si violente, que tous les ouvriers ont quitté le bâtiment aussi vite qu’ils l’ont pu et ne se sont décidés à y rentrer, que lorsqu’un architecte, appelé sur les lieux, leur a eu donné l’assurance qu’il n’y avait rien à craindre.
- On n’a pas ressenti de choc aussi fort, en Angleterre, depuis le tremblement de terre qui a eu lieu dans la contrée du centre, en 1865. Jusqu’à présent on n’a connaissance, à part les dégâts matériels, que de quelques graves accidents de personnes.
- Colchester parait avoir été le centre de l’événement. Non seulement la secousse s’est fait sentir très distinctement dans presque tous les comtés de l’Est, mais elle a gagné NVoolwich et Rochester.
- On s’accorde à dire que les premiers effets du choc ont été produits à 9 heures 20. La secousse a toujours été précédée d’un grondement sourd et prolongé, et, dans quelque cas, de soudains coups de vent. Le tremblement de terre paraît avoir pris la direction du sud-est au nord-ouest. La durée en est diversement estimée, de trois à trente secondes. A Colchester, les dommages sont évalués 'a 10 000 livres sterling.
- A Mersea, quelques bâtiments de ferme se sont effondrés. L’église de la paroisse de Langenhoe a été renversée. Elle n’est plus qu’un monceau de ruines, ainsi que quelques cottages du voisinage. A Layer-Breton, un des côtés de l’église a beaucoup souffert et deux cheminées sont tombées sur le toit du presbytère, qu’elles ont défoncé.
- A Rawhelge, un homme a été tué par une brique qu’il a reçue sur la tête. L’église de Salcot a été endommagée, le hall de Wivenhoe a été détruit et la famille a dù chercher refuge ailleurs. Le château du parc Wivenhoe a été
- endommagé et une partie de la tour démolie. Dans cette dernière localité, il est peu de maisons qui n’aient pas eu à souffrir. Les bateaux de la rivière ont également éprouvé les effets du choc.
- Les dégâts causés par le tremblement de terre à Wivenhoe, sont considérables, et s’élèveront probablement à dix mille livres sterling. Les réparations de l’église seule coûteront mille livres sterling. La chapelle indépendante, construction solidement bâtie, a été très endommagée. Les pierres du couronnement ont beaucoup souffert, et tout l’édifice devra être démoli. La cheminée d’une usine appartenant à MM. Brown et fils, fabricants de cordages, présente un curieux spectacle ; la partie supérieure de la cheminée, sur une hauteur de trente pieds, ayant été renversée, la maçonnerie a complètement détruit en tombant, une grande chaudière et a fait de grands dégâts le long de la rivière. La cheminée de l’usine à gaz a été également renversée sur les toits des dépendances et cinquante ou soixante maisons environ ont eu leurs toitures plus ou moins détériorées. Un grand nombre d’habitations, bien qu’encorc debout, sont dans un tel état, qu’elles sont jugées inhabitables. A vrai dire, il n’y a pas dans la ville une seule maison qui n’ait plus ou moins souffert.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire de quatre inventeurs français au dix-neuvième siècle : Sauvage, — Heilmann, — Thimonnier, — Giffard, — par le baron Ernouf, 1 vol. in—18 à 1 fr. 25. — Paris, Hachette et Cia, 1884.
- Suivant la belle expression d’Arago, la science et la grande industrie ont aussi leurs maréchaux de France morts sur la brèche; M. le baron Ernouf qui a déjà raconté la vie si édifiante, si émouvante, des Denis Papin, des Richard Lenoir, des Philippe le Bon, des Philippe de Girard et des Jacquard, a réuni dans le volume que nous annonçons aujourd’hui l’histoire de quatre grands inventeurs français qui ont vécu de nos jours et qui, « par leurs découvertes, ont aussi bien mérité de la patrie française et de l’humanité. » M. le baron Ernouf en écrivant de tels ouvrages accomplit une œuvre essentiellement fortifiante et salutaire. Il fait connaître sous une forme toujours précise et élégante les travaux de ces bienfaiteurs qui ont trop souvent, hélas! été incompris et persécutés ; il montre la persévérance qui les a conduits à leurs découvertes, la patience dont ils ont fait preuve dans les recherches, et la fermeté qu’ils ont su opposer aux revers. Tout cela est d’un grand exemple. Voilà de bons livres, que l’on ne saurait trop recommander.
- Les machines dynamo-électriques, par le professeur Sylvanüs P. Thomson, de l’Université de Bristol. 1 vol. in-8° avec 50 gravures, traduit par E. Boistel. — Paris, Félix Alcan, 1884.
- La pluie en Belgique, par A. Lancaster, météorologiste-inspecteur à l’Observatoire royal de Bruxelles. 1 vol. in-18. -- Bruxelles, F. Hayez, 108, rue de Louvain, 1884.
- Institution of civil Engiheers. Abstracts of papers in Foreign transactions and pcriodicals éditer by James Forrest secretary. 1 vol. in-8°. — London published by the Institution, 25, Great George Street, 1885.
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- LA NATURE.
- LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- LES SÉANCES DE PAQUES
- Les séances annuelles de la Société française de Physique, dont le succès va sans cesse croissant, ont eu lieu cette année dans les salons de l’Observatoire, gracieusement mis à la disposition de la Société par M. l’amiral Mouchez.
- Il y a eu trois séances consécutives : la séance du mardi 15 avril était réservée aux membres de la Société de Physique , celle du 16 aux invités de M. l’amiral Mouchez et celle du 17 aux invités de la Société française de Physique. Les salons étaient éclairés en partie par les lampes à arc différentielles de Siemens à courant continu et des lampes à incandescence de Swan alimentées par une machine à distribution permettant d’allumer et d’éteindre les lampes à volonté sans changer le régime de fonctionnement de toutes les autres.
- Bien des appareils figurant à cette exposition ont été déjà mentionnés ou décrits dans La Nature ; d’autres le seront prochainement, nous ne signalerons donc ici que les expériences et les appareils présentant un certain caractère de nouveauté ou d’originalité.
- Parmi les appareils dont la description est réservée figurent le thermomètre enregistreur de MM. Richard frères destiné au laboratoire de Concarneau et qui, immergé à 1 mille de la côte et à 40 mètres de profondeur, donnera le diagramme de la température de la mer à cette profondeur; les nouveaux éléments de pile hermétiques de MM. de Lalande et Chaperon ; les indicateurs électriques continus à distance de M. Hospitalier destinés à l’indication des phénomènes mécaniques ou physiques, vitesses, niveaux, températures, pressions, etc.
- Au nombre des appareils exposés les plus importants, nous devons placer les appareils de M. Cail-letet pour la liquéfaction des gaz dont on trouvera la description en tète de ce numéro, et les appareils employés par M. Mascart pour la détermination de l’ohm. Les résultats trouvés par M. Mascart, et qui sont soumis à la Commission des Unités du Congrès des Électriciens, commission actuellement réunie à Paris, sont sensiblement concordants avec ceux trouvés indépendamment en Angleterre par lord Rayleigh. Tout fait donc espérer qu’une solution rapide et définitive sera donnée à cette importante question des unités électriques, et que rien ne s’oppose plus au développement international du système C. G. S.
- M. Jules Duhoscq a fait une nombreuse série de projections qui ont eu un très grand succès ; nous avons remarqué en particulier l’expérience faite en
- collaboration avec M. Parinaud donnant en projection deux spectres identiques produits par le même prisme et qui, par leur superposition, peuvent augmenter l’intensité des couleurs, ou, au contraire, reconstituer la lumière blanche.
- Signalons encore, parmi les applications optiques, les appareils deM. Léon Laurent destinés à contrôler les surfaces planes, parallèles, perpendiculaires et obliques et les miroirs magiques obtenus avec une lumière ordinaire; les appareils de M. Silvanus, P. Thompson, de Bristol, pour démontrer la propagation des ondes électromagnétiques dans l’éther selon la théorie de Maxwell, ainsi que des nouveaux prismes polariseurs ; un appareil scolaire pour projections au pétrole de M. Lutz ; un système d’éclairage du microscope présenté par M. Yvon, assez analogue à celui employé il y a plus d’un an par M. le docteur Van Heurck, directeur du Jardin botanique d’Anvers.
- L'acoustique était représentée par une sirène à frein électromagnétique de M. Bourbouze, les appareils de M. Koenig pour la synthèse des sons, un cymatographe de M. Silvanus P. Thompson, appareil à pendule pour démontrer le phénomène des battements.
- C’est encore l’électricité qui tenait la plus grande place dans le programme de la séance.
- Les appareils d’ensei-gnemen t prennen t chaque jour une importance plus grande, et l’exposition de M. Ducrcteten renfermait un grand nombre des plus intéressants. La maison Breguet présentait sous un format réduit les magnifiques expériences de M. Gaston Planté : 520 éléments secondaires à fil de plomb chargés en quantité avec trois éléments Daniell et couplés ensuite en tension, servaient à charger une machine rhéostatique formée de 50 condensateurs couplés en quantité. Ces 50 condensateurs couplés de nouveau en tension fournissaient, en se déchargeant, une étincelle due à une différence de potentiel d’environ 52 000 volts présentant tous les caractères de l’étincelle produite par les bobines d’induction ou les machines si improprement dénommées statiques, et dont l’énergie provenait, après deux transformations successives, de trois éléments Daniell en tension fournissant moins de quatre volts. Signalons enfin l’appareil de M. Silvanus Thompson disposé pour l’étude du développement du courant dans les machines magnéto-électriques. L’auteur étudie l’influence des formes des inducteurs et des induits des machines à l’aide d’un dispositif qui lui permet de changer à volonté les anneaux ou les armatures, et de décaler à volonté les bobines induites pour sonder toutes les parties du champ magnétique. En donnant à l’induit un mouvement angulaire limité par deux butoirs, il se développe une certaine
- Fig. 1. — Diagramme du montage de l'expérience de transmission téléphonique sans appareils récepteurs.
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- LA NATURE.
- quantité d’électricité dont on a la mesure en la faisant traverser un galvanomètre balistique approprié; le galvanomètre de MM. Deprez et d’Arsonval convient très bien dans ce cas ; son apériodicité qui le fait revenir rapidement au zéro dès que le courant induit cesse, permet de faire un grand nombre de lectures en un temps très court.
- Les appareils de mesure étaient représentés par une disposition'nouvelle et fort élégante des galvanomètres à réflexion de sir W. Thomson, due à M. J. Carpentier. Le montage adopté par M. Carpentier permet d’enlever très facilement les bobines et de leur en substituer d’autres en un instant ; l'équi-
- page galvanométrique constitué par les aiguilles et îe miroir reste alors complètement libre, ce qui permet de le vérifier et de rattacher le fil de cocon d’une façon très commode. M. Carpentier a d’ailleurs adopté pour tous les appareils à miroir une disposition d’échelle transparente en celluloïd qui simplifie l’installation, facilite les observations et rend l’emploi de la réllexion presque industriel. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir quelque jour sur ces appareils.
- Complétons l’énumération des appareils de mesure en signalant le galvanomètre sans oscillation de M. Rueretet ; les ampères-mètres, volts-mètres, ohms-
- Fig. 2. — La séance de la Société de Physique dans les salons de l'Observatoire de Paris. — Mercredi 16 avril 188i. Expérience de transmissions téléphoniques sans appareils récepteurs.
- mètres et mhos-mètres de sir W. Thomson construits et présentés par la maison Breguet ; un nouveau galvanoscope apériodique de M. Maiche.
- M. Baudot a présenté les nouveaux perfectionnements qu’il a apportés à son télégraphe imprimeur à transmissions multiples, M. Boudet de Paris, un nouveau système de transmission téléphonique par câbles sous-marins sur lequel il n’y a pas lieu d’émettre d’avis jusqu’au jour où il aura été soumis au contrôle de l’expérience sur des lignes sous-marines véritables.
- Enfin, nous terminerons celte énumération en indiquant la part faite à la curiosité. La maison Siemens exposait un chemin de fer électrique en miniature actionné par des accumulateurs Rey-
- nier nouveau modèle dont La Nature a donné précédemment la description; M. Maiche faisait fonctionner un système d’auditions téléphoniques musicales différant seulement par les détails de ceux établis par M. C. Ader à l’Exposition d’électricité de 1881 ; M. Hospitalier présentait une forme nouvelle d’une expérience imaginée par M. Giltay et qui consiste à réaliser une transmission téléphoniqne sans appareils récepteurs.
- L’expérience de M. Giltay n’est autre chose que le condensateur parlant de M. Bunand sans condensateur. Un coup d’œil sur la figure 1 suffit pour se rendre compte du montage de l’expérience.
- Le système de transmission comprend deux circuits distincts : le premier constitué par une pile P
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- de 2 à 5 éléments Leclanelié à surface, ou même encore d’un ou deux accumulateurs petit modèle, un transmetteur microphonique Aller M et le fil inducteur d’une petite bobine d’induction B dont on a préalablement calé le trembleur. Le second circuit se compose du fil induit de la bobine B, d’une pile P' formée de 10 à 12 éléments Leclanelié et d’une ligne dont les extrémités se terminent en B par deux poignées d’électromédicaux ordinaires.
- Une fois ce montage établi, voici en quoi consiste l’expérience de M. Giltay. Lorsqu’on parle ou qu’on chante devant le transmetteur T, et que deux personnes A et B gantées d’une main saisissent chacune une des poignées B, avec la main non gantée, il suffit que A applique sa main gantée sur l’oreille de B, ou réciproquement, ou même simultanément pour que A, ou B, ou A et B simultanément entendent une voix sortir du gant.
- Dans ces conditions, l’expérience de M. Giltay s’explique comme pour le condensateur parlant de Uunand : la main de A et l’oreille de B constituent les armatures d’un condensateur élémentaire dans lequel le gant joue le rôle de diélectrique.
- En répétant l’expérience de M. Giltay au laboratoire de l’École de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris, et en la variant dans ses dispositions, on a pu remplacer le gant par une simple feuille de papier ordinaire ou paraffiné ; puis deux personnes A et B, tenant en main les poignées R et appliquant l’oreille l’une contre l’autre en interposant une feuille de papier, ont pu entendre des airs et des paroles sortir de la feuille de papier. L’on est parvenu enfin à supprimer éntièrement la feuille de papier, c’est-à-dire la diélectrique; et à entendre directement, en se contentant d’intercaler l’auditeur ou les auditeurs dans le circuit. Une des formes les plus curieuses de l’expérieuce est celle représentée figure 2. Une troisième personne C entend parler les mains de A et de B lorsqu’on constitue un circuit à l’aide des trois personnes, A, B et C. À et B tenant chacune un des fils du circuit et appliquant la main restée libre sur l’oreille de l’auditeur G. On peut même, — mais l’expérience réclame beaucoup de silence et ne pouvait être faite à l’Observatoire, — faire une sorte de chaîne téléphonique dans laquelle cinq à six personnes peuvent entendre à la fois, A mettant la main sur l’oreille de B qui met la main sur l’oreille de C, et ainsi de suite jusqu’au dernier qui ferme le circuit en saisissant l’une des poignées, l’autre étant tenue par A.
- Il est difficile, dans l’état actuel de la science, d’expliquer bien nettement comment s’effectuent ces transmissions téléphoniques sans récepteur. Tout ce qu’on en peut conclure jusqu’ici, c’est que l’oreille est un instrument d’une incomparable délicatesse et d’une exquise sensibilité, puisqu’elle perçoit les vibrations dans lesquelles l’énergie mise en jeu, dans la chaîne téléphonique en particulier, est d’une faiblesse excessive.
- Sans vouloir chercher d’applications à une expérience simplement curieuse, nous croyons cependant qu’il y a là un fait de nature à être étudié par les physiciens. Les découvertes du téléphone et du microphone, ont assurément ouvert à la science, tant au point de vue théorique que pratique, de nouveaux horizons, qui promettent encore d’autres SHrprises pour l’avenir.
- Mais revenons à l’Observatoire. Le succès obtenu par l’exposition de la Société française de Physique montre que ces réunions répondent à un vérilable besoin d’instruction et de vulgarisation. En félicitant chaudement les organisateurs de ces séances, nous exprimerons le désir que le bon exemple donné par la Société de Physique, soit suivi par d’autres sociétés : nous sommes persuadé à l’avance qu’un succès égal les attend.
- ÉTUDES PHYSIQUES SUR LE LAC TAHOE
- (sierra nevada)
- M. le professeur John Le Conte, de l’Université de Berkeley, en Californie, vient de publier une série d’études physiques sur le lac Tahoe, grand lac alpin, dans la Sierra Nevada, entre les États de Californie et de Nevada. Ces recherches se lient directement avec celles qui ont été faites dans nos lacs suisses et spécialement dans le Léman ; nous allons les analyser.
- Le lac Tahoe, anciennement lac Bigler, est situé par 39° latitude nord et 120° longitude ouest de Greenwich; son altitude est de 1905 mètres soit de 110 mètres plus élevée que les lacs de Sils et de Silvaplana dans l’Engailine; sa longueur est de 55 kilomètres, sa largeur de 19 kilomètres sa superficie de 500 kilomètres carrés, se profondeur maxi-ma de 500 mètres.
- Une première série d’études donne la température mesurée du 11 au 18 août 18/5. Voici les valeurs en degrés centigrades :
- 0"1 19°4 101m 7°5
- 15111 17°2 122“ 7°2
- 50 m 12°8 146m 6°9
- 46IU 10-0 152“ 0-7
- 61» 8°9 185m 6°1
- 76“ 8°3 255m 5°0
- 86“ 7°8 459,n 4°0
- Si l’on compare ces valeurs avec les chiffres analogues du lac Léman en 1879, on voit que jusqu’à 200 mètres de profondeur, le lac Tahoe est notablement plus chaud que le Léman ; au delà la température est plus basse, ses couches les plus profondes descendent à 4°,0. M. Le Conte attribue ce réchauffement plus considérable des couches supérieures à la plus grande limpidité de l’eau, qu’il estime être plus diathermane.
- Le Tahoe n’a jamais gelé, d’après le dire des riverains, quoique la température de l’air descende
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- parfois fort bas dans cette région; dans l’hiver 1873 à 1874 le thermomètre a marqué — 14° centigrades et l’on estime qu’il doit parfois s’abaisser jusqu’à 0° Fahr., soit—18° centigrades. M. Le Conte attribue cette non-congélation du Tahoe à l’énorme masse des eaux de ce lac très profond.
- M. Le Conte se demande pourquoi les cadavres des hommes noyés dans le Tahoe ne remontent pas à la surface; il attribue ce fait à la basse température des couches profondes du lac, qui favorise très mal la putréfaction. La putréfaction se faisant très lentement, le corps est peu dilaté par les gaz, et ne s’allège pas assez pour remonter à la surface. — Je compléterai cette explication d’un fait constaté dans tous les lacs profonds, et qui partout étonne les riverains, en disant que dans les couches profondes, la pression est telle que les gaz développés par la putréfaction, s’il s’en développe, sont réduits par compression à un volume si faible, que le corps ne peut prendre un accroissement suffisant pour être soulevé dans l’eau. J’estime que tout noyé, descendu à plus de 50 mètres de profondeur, ne remontera jamais à la surface.
- Le Tahoe est célèbre par la couleur bleue et la transparence admirable de ses eaux. Un disque blanc descendu dans ce lac le 6 septembre. 1875 ne disparut à la vue qu’à 33 mètres de profondeur. Dans le Léman des expériences analogues m’ont donné pour la limite de visibilité au mois de septembre 6m,8, soit une profondeur de 4 ou 5 fois plus faible que celle du lac Tahoe. La plus grande profondeur à laquelle j’ai vue dans le Léman un objet blanc, a été, au mois de mars, par 17 mètres de fond. Quelle est la cause de cette grande différence dans la transparence? M. Le Conte est disposé à l’attribuer à des matières dissoutes dans l’eau.
- Dans la seconde série de ses études, M. Le Conte recherche les causes de la couleur de l’eau. Ses considérations théoriques et ses conclusions se rapprochent de très près de celles de M. L. Soret dans son mémoire récent sur ce sujet.
- Dans la troisième série, M. Le Conte étudie la question des seiches, et en indique les conditions locales dans le lac Tahoe, mais sans les avoir constatées expérimentalement. Il donne à cette occasion des notes précieuses sur des observations de mouvements rythmiques de l’eau des lacs, faites par les naturalistes américains sur les grands lacs des États-Unis dès l’année 1863 jusqu’à nos jours. Ces auteurs ont évidemment constaté des mouvements dus à des seiches, mais ils ne semblent pas en avoir reconnu la nature.
- Quelques mots sur la géologie de la contrée qui a été envahie par les glaciers dans la grande époque glaciaire, quelques mots sur la faune profonde du lac Tahoe dont l’existence a été constatée, mais qui n’a pas été jusqu’à présent étudiée, terminent ces importantes recherches, dont l’intérêt sera apprécié par tous les naturalistes. F.-A. Fobel.
- MACHINE PNEUMATIQUE INDUSTRIELLE
- SES APPLICATJOiXS A LA FABRICATION DE LA GLACE
- L’appareil que nous représentons ci-contre, est une machine pneumatique industrielle ou pompe à vide, qui est destinée, croyons-nous, à rendre de véritables services à un grand nombre d’industries. Notre figure, et la légende qui l’accompagne, expliquent très suffisamment le mécanisme et le mode de fonctionnement des différents organes de cet appareil, qui assure un travail continu et ne nécessite qu’exceptionnellement des réparations.
- Si nous voulions énumérer toutes les industries auxquelles l’emploi du vide apporte un utile concours il faudrait dresser une liste considérable qui dépasserait assurément les limites de notre cadre. Nous citerons les plus importantes d’entre elles. On peut les classer de la manière suivante :
- 1° La stéarinerie, ou l’emploi du vide dans de bonnes conditions permet de distiller les corps gras à une température très basse (170° au lieu de30ü°). De ce fait les matières traitées ne sont pas dénaturées par un excès de chaleur, leur qualité y gagne en densité et blancheur et les rendements en stéarine sont supérieurs, la production du goudron y étant de beaucoup diminuée.
- 2° La fabrication du sucre. — L’évaporation des eaux dans les jus de betteraves, se produisant presque complète, sous Faction d’un vide élevé et à une température très basse, les jus arrivent à une polarisation beaucoup plus complète et donnent des produits avec une diminution sensible dans la production de la mélasse. G est l’industrie qui, pour le moment, est appelée à retirer le plus grand profit de l’emploi du vide dans sa fabrication.
- 5° Pétroles. —La distillation de ces produits avec l’emploi du vide, donnera des résultats avantageux par une production facile et en plus grande quantité d’huile volatile, par un rendement plus grand d’huile lampante d’une quantité supérieure. Les huiles lourdes dégraissage, qui formeront les résidus de cette distillation, seront de bonne qualité et remplaceront presque totalement les déchets en goudron produits par une distillation à haute température.
- 4° Lait. — L’emploi du vide pour la concentration du lait peut apporter une amélioration sensible à la qualité des produits comme couleur, arôme et prix de revient, l’évaporation de l’eau se faisant sous le vide à une température extrêmement basse.
- 5° Vernis. — Dans la composition des vernis, par l’emploi d’appareils spéciaux, le vide permettra d’obtenir des produits blancs, de recueillir des alcools qui sont perdus dans la fabrication habituelle, et de faire un travail rapide sans aucun danger d’incendie, ce qui amènerait une différence de prix très grande dans la prime d’assurance que doivent payer ces établissements.
- 6° Filtration. — Le vide, combiné avec les ap-
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- pareils à filtrer, est susceptible de donner des résultats au point de vue de la rapidité des opérations.
- 7° Alcools. — L’emploi du vide pour la fabrication des alcools, combiné avec des appareils à condenser, permettra d’obtenir de premier jet un plus grand rendement en alcool à 96° et n’ayant plus besoin d’être rectifié, la distillation se produisant complètement à une température où les substances empyreumatiques ne sont pas entraînées.
- La fabrication de la glace, peut être enfin réalisée par la congélation de l’eau sous l’action du vide; et c’est de cette application que nous parlerons plus spécialement puisque nous l’avons vu réalisée en grand, à la brasserie de M. Paul Brière à Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise). Notre gravure (fig. 2) donne l’aspect de la grande machine à glace qui est installée dans cette usine et qui peut produire par jour de 12 000 à 15 000 kilogrammes de glace.
- La pompe pneumatique que nous avons décrite est figurée au fond de notre dessin, elle fait le vide : 1° dans un grand cylindre horizontal, ou absorbeur de 8 mètres de longueur et de 1m,20 de diamètre, contenant un peu plus de la moitié de son volume d’acide sulfurique à 60°, et dans lequel se meut une hélice ; 2° dans six cylindres verticaux d’une capacité de 400 litres chacun. Quand le vide est de 2 à 3 millimètres de mercure, on commence à introduire lentement dans les cylindres, l’eau contenue dans les bassins; on règle à cet effet le robinet à raison de 6 à 8 litres par minute environ ; puis on met en marche l’hélice de l’absorbeur.
- Sous l’action du vide partiel qui règne à l’intérieur une certaine quantité d’eau s’évapore et se trouve absorbée par l’acide sulfurique du cylindre. Pour faciliter cette absorption, le cylindre est traversé par un arbre, armé de nombreuses palettes qui soulèvent constamment l’acide sulfurique, de façon à renouveler et à multiplier les surfaces de contact avec la vapeur d’eau. Cette vapeur étant absorbée au fur et à mesure de sa production, et la pompe à vide continuant à fonctionner, il en résulte un abaissement de température atteignant, dans les cylindres environ 10° au-dessous de 0. L’eau, restant dans ces cylindres, se prend donc en glace.
- Dans chaque cylindre, on introduit environ 360 litres d’eau, et l’on recueille des blocs de glace d’un poids variant de 500 à 320 kilogrammes.
- L’opération de remplissage des six cylindres demande 50 minutes environ.
- Une fois les blocs de glace formés dans les cylindres, on ferme les robinets d’admission de l’eau et l’on démoule de la matière suivante :
- On commence par fermer les valves qui établissent la communication entre chaque paire de cylindres et l’absorbeur, afin de ne pas perdre le vide existant dans ce cylindre; puis on ouvre de petites valves, par lesquelles l’air pénètre dans la double enveloppe de s cylindres, de façon à pouvoir rétablir la pression atmosphérique dans l'intérieur des cylindres. Les couvercles s’ouvrent alors d’eux-
- mêmes, sous l’action de leur propre poids; puis un jet de vapeur envoyé dans la double enveloppe de chaque cylindre produit le démoulage des blocs qui tombent dans de petites cuves placées au - dessous où des hommes la brisent à coups de bâche et en recueillent les fragments.
- Comme nous le disions, cette machine peut produire, par 24 heures, de 12 à 15000 kilogrammes de glace, en 6 ou 7 opérations donnant chacune 2000 kilogrammes de glace environ.
- Le degré de l’acide de l’absorbeur qui, au commencement de l’opération, marque 60°, ne marque plus à la fin que 52° ou 53°. On vide alors l’absorbeur dans une cuve doublée de plomb, et l’acide est envoyé dans un concentrateur, où il se régénère.
- Aussitôt l’absorbeur complètement vidé, on fait de nouveau le vide dans cet appareil et l’on établit la communication entre le cylindre qui contient de l’acide régénéré et l’absorbeur qui se remplit.
- Pendant que l’on fabrique la glace, on concentre l’acide affaibli. A cet . effet, on fait passer l’acide de la cuve, dans un récupérateur de chaleur, présentant la forme d'un condenseur à surface et contenant soixante tubes.
- L’acide chaud et régénéré qui descend du concentrateur circule autour des tubes, l’acide froid s’échauffant aux dépens de l’acide régénéré.
- Le concentrateur se compose d’un cylindre vertical en fonte, doublé de plomb, dans lequel se
- Fig. 1. — Pompe à ville de la Société La Pneumatique.
- A. Poulie-volant qui transmet le mouvement au balancier B et aux deux pistons. — C. Grand corps de pompe avec piston à double effet. — D. Petit corps de pompe avec piston à simple effet. — E. Conduit par lequel la pompe à vide aspire Pair contenu dans les appareils. — F. Conduit par lequel l’air passe du grand au petit corps de pompe. — G. Injection d’eau au refoulement. — H. Orifice par lequel sont expulsés l’air et l’eau d’injection. — aa. Soupapes d’aspiration. — bb. Soupapes de refoulement.
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- La fabrication de la glace par le vide, à la grande brasserie de Savigny-sur-Orge (Seine-et-Oise)
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- trouvent ji serpentins concentriques également en plomb. La vapeur circule dans ces serpentins à une pression de 3 à 3,5 atmosphères correspondant à une température de 125° à 130°.
- Sous l’action de cette température et du vide produit par une petite pompe, placée sur le côté de l’appareil, l’eau s’évapore. *
- On peut régénérer en 6 heures environ 6000 kilogrammes d’acide, charge suffisante pour la fabrication de 24 cylindres de glace.
- La machine à vide, dans son ensemble, exige une force totale de 7 à 8 chevaux pour la mise en train et de 2 à 3 chevaux pour la marche.
- Il est intéressant de voir une industrie si considérable être basée sur le fait de la congélation de l’eau dans le vide, expérience qui n’avait été généralement faite jusqu’ici, que dans les démonstrations des cours de physique.
- CORRESPONDANCE
- PHOTOGRAPHIES PHOSPHORESCENTES.
- k Je viens de lire dans le n° 569 de La Nature du 26 avril (p. 346) une intéressante lettre de M. Gustave Ilermite relative à un moyen de produire des photographies phosphorescentes. Veuillez me permettre de donner 'a ce sujet quelques indications complémentaires. Tout d’abord je ne vois pas bien l’avantage qu’il y a à user de la chambre noire pour produire ces impressions que l’on obtient bien plus aisément en appliquant n’importe quel cliché ou image positive contre une surface phosphorescente, formée par des couches de peinture à l’huile contenant du sulfure de calcium et passées sur une mince feuille de gélatine blanche, on expose à la lumière le côté de la gélatine appliqué contre l’image servant de cliché.
- Toute épreuye photographique non montée est bonne jour cet usage.
- Quand on veut éteindre la phosphorescence de la plaque qui sert à faire ces expériences, il suffit de la recouvrir d’une feuille de gélatine verte et de l’exposer à la pleine lumière durant une à deux minutes, même en plein soleil.
- La phosphorescence du sulfure de calcium est aussitôt éteinte et l’on peut, sans attendre plus longtemps, procéder à une autre impression.
- Une épreuve phosphorescente obtenue, soit ainsi qu’il vient d’être dit, soit comme l’indique l’honorable M. Her-mite, mais à la condition de substituer au verre une feuille très mince de gélatine, peut servir à tirer par contact un très grand nombre de contre-épreuves sur du papier au gélatino-bromure d’argent.
- Mais l’on aura soin dès que l’on voudra obtenir des contre-épreuves négatives ou positives de produire l’impression phosphorescente avec un positif ou avec un négatif.
- Un négatif donne un négatif phosphorescent et le négatif phosphorescent produit un positif par contact contre du papier sensible.
- Tout est dans l’ordre inverse; si l’on use d’un positif pouf produire l’impression phosphorescente, l’image qui en résultera sur le papier sensible sera négative.
- L’impression phosphorescente obtenue dans la cham-
- bre noire est positive, elle ne pourrait donc donner par contact que des images négatives.
- Pour éviter l’effet des rayons diffus sur le papier sensible il y. a une précaution que voici, à prendre :
- On place sur le cliché phosphorescent, du côté où est la feuille de gélatine, une feuille de papier noir puis le papier sensible est superposé au papier noir. L’ensemble de ce système est retenu avec les doigts, par une des extrémités des feuilles et l’on retire rapidement le papier noir tandis que la feuille sensible est appliquée aussitôt et sans solution de continuité contre la surface phosphorescente. La lumière diffuse ne peut, en ce cas, agir par rayonnement indirect et l’on a de la sorte une impression assez nette due aux émanations plus ou moins intenses de la lumière phosphorescente.
- On peut, à l’aide de ce procédé, créer de fort jolis tours de physique amusante et plonger dans un bien grand étonnement les personnes qui ne sont pas initiées à de semblables mystères. Léon Vidal,
- Rédacteur en chef du Moniteur de la Photographie.
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- MISSION FRANÇAISE DE LA TERRE DE FEU
- EXPOSITION DU CAP HORN (Suite et tin. — Voy. p. 273 et 310.)
- La carte provisoire qui figure à l’Exposition du Palais de l’Industrie et dont nous reproduisons le dessin, est destinée à donner un aperçu général des terres explorées par La Romanche, pendant le séjour de la Mission française à la Terre de Feu. Elle comprend la plus grande partie de l’archipel du Cap Horn, c’est-à-dire, de l’ensemble des îles situées au sud du canal du Reagle.
- Cette région avait été déjà visitée par Fitz-Roy en 1850, mais, l’éminent hydrographe anglais, n’ayant à sa disposition que de légers bâtiments à voiles, avait dû se borner à la reconnaissance des côtes extérieures. Les autres navigateurs qui ont fait de courtes apparitions dans ces parages, Cook, Weddel, Wilkes, Ross, etc., n’ont pu également rapporter que les plans approximatifs des mouillages qu’ils y ont occupés temporairement.
- La Romanche est le premier bâtiment à vapeur qui ait pénétré dans cette partie reculée du continent américain. C’est grâce à sa machine qu’elle a pu s’aventurer jusqu’au fond des fiords, et s’engager hardiment au milieu des îles et des canaux dont l’accès était interdit à ses prédécesseurs.
- Ses officiers, MM. Doze, de Lajarte, de Carfort, lieutenants de vaisseau et de la Monneraye, enseigne, ont pu, sous la direction du commandant Martial, et malgré des circonstances de temps peu favorables, réunir par une vaste triangulation les points principaux de l’archipel, tels que le Cap Horn, la baie Orange, IndianCove, l’île Picton, Oushouaïa, le Mont Darwin. Les positions géographiques servant de base ont été déterminées avec soin, et la reconnaissance du pays a été complétée par l’exploration des fiords nombreux qui découpent la côte de l’île Hoste, ainsi
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- que des canaux qui fout communiquer le canal du Beaglc avec le détroit de Magellan.
- Au cours de cet important travail, un grand nombre d’îles, de baies et de passages, ont été reconnus pour la première fois, et, tout en respectant scrupuleusement les anciens noms d’origine anglaise, le commandant de La Romanche a voulu laisser un souvenir durable de l’expédition en donnant à tous les points nouvellement découverts des noms de savants et de marins français.
- L’archipel du Cap Horn peut se diviser en deux parties bien distinctes. L’une, la partie ouest, doit être considérée comme le prolongement de la grande chaîne des Andes dont le dernier sommet, sur la Terre de Feu, est le Mont Darwin. Cette montagne remarquable porte Je nom du célèbre naturaliste qui faisait partie de l’état-major du Beagle. Elle n’a pas moins de 2500 mètres de hauteur et se compose de trois pics inaccessibles d’où plusieurs grands glaciers descendent jusqu’à la mer. Il est rare de voir le Mont Darwin complètement dégagé de nuages, et c’est ce qui explique l’erreur commise par Fitz-Roy sur sa véritable position.
- Les nombreux sommets de l’ile Iloste sont loin d’atteindre la hauteur du Darwin; leur élévation moyenne est cependant de plus de 1200 mètres, et ils sont, comme lui, recouverts de neiges éternelles. Trois chaînes, de direction presque parallèle, constituent le système orographique de l’ile.
- L’île Hoste est, au point de vue géographique, une des terres les plus remarquables qui soient au monde. Elle est formée par la réunion de cinq presqu’îles séparées seulement par des isthmes étroits et bas. Ce sont : la presqu’île Cloué dont les hauteurs sont recouvertes d’une véiitable mer de glace, la presqu’île Dumas, la presqu’île Pasteur dont l’arête est le prolongement d’une chaîne de pics dentelés qui a reçu le nom d’Alpes Fuégiennes, la presqu'île Rous et la presqu’île Hardy. Cette dernière comprend la baie Orange, où était établie la mission météorologique, et se termine dans le sud par le Faux Cap Horn.
- Deux des isthmes dont il vient d’être question, celui d’Awaïakihr et celui du fiord Carfort, qui séparent le Ponsonby Sound du canal du Beagle au nord, et du New Year Sound au sud, sont, en particulier, si peu élevés, qu’ils peuvent servir de passage aux pirogues.
- Les naturels qui vont du sud de l’ile Hoste au canal du Beagle, transportent à bras leurs légères embarcations par-dessus ces étroites langues de terre. Ils évitent ainsi de doubler le Faux Cap Horn où la grosse mer du large les arrêterait souvent.
- Du côté du Pacifique, l’ile Hoste est défendue par une véritable ceinture d’îles, d’ilots et de rochers sur lesquels la mer brise avec fureur. À l'abri de cette barrière, un navire à vapeur peut contourner toute l’ile Hoste sans être exposé à la grosse mer, en suivant le canal de la Romanche, le passage Talbot et le Christmas Sound. II trouvera peu de
- ressources sur cette côte inhospitalière, que les puissantes lames de l’Océan viennent heurter depuis des siècles. Là, tout ce qui est directement exposé à l’action des vents du large présente un aspect uniformément sauvage et désol i ; aucune trace de végétation; partout les rochers nus et déserts, sans cesse balayés par la pluie et la neige.
- L’immense quantité de vapeur d’eau recueillie par les vents d’ouest à la surface de l’Océan Pacifique, est arrêtée par les sommets élevés de l’ile Hoste, et s’y condense sous forme de neige. Cette neige ne fond jamais, car le niveau de la température 0° n’est pas à plus de 700 mètres. Elle s’accumule sans cesse sur les hauteurs, s’entasse dans les gorges étroites des montagnes, et, sous l'influence d’une énorme pression, se convertit en glaciers qui descendent capricieusement le long de leurs flancs escarpés.
- La présence de ces glaciers, par la latitude de 56° sud, et à une température moyenne très modérée (+ 5°), constitue l’un des caractères les plus curieux du pays. Les versants abrités du vent d’ouest sont couverts d’une épaisse végétation. Sur les côtes Est de l’ile Hoste et dans le canal du Beagle, on rencontre d’immenses forêts presque impénétrables. C’est au milieu de ces forêts, que, parfois, le glacier se fraie un passage. Souvent, par une belle journée, La Romanche a visité l’un de ces fiords interminables dont les bords sont revêtus d’un manteau d’arbres toujours verts. Les canards, les oies magellaniques, les caracaras aux riches couleurs, s’envolent à l’approche du navire, tandis que les otaries et les pingouins montrent silencieusement leur tête au-dessus des eaux tranquilles. Une douce température, un soleil de printemps, achèvent de créer un décor digne de pays plus favorisés. Puis, soudain, au détour d’une pointe boisée, au fond d’une baie jusque-là invisible, apparaît l’immense fleuve de glace. Qu’à ce moment le ciel se couvre, qu’un grain de neige poussé par une violente rafale se précipite des hauteurs voisines, et l’on se trouve, sans transition, transporté au milieu d’un véritable paysage polaire.
- On abandonne complètement la région des glaciers lorsqu’on pénètre dans la partie Est de l’archipel. L’île Navarin possède, il est vrai, une chaîne de pics remarquables : les monts Codrington, mais, rien n’y rappelle plus les profondes découpures ni les reliefs tourmentés de l’ile Hoste. Une vaste plaine s’étend au sud de ces montagnes jusqu’à la baie Windhond et à la pointe Guanaco. Le sol y est spongieux, couvert de mousse et de tourbe. Nous sommes maintenant dans la pampa, et nous y retrouvons jusqu’à ses hôtes familiers, les guanaques, dont de nombreux troupeaux habitent les collines boisées de l’île Navarin.
- Le détroit de Murray, qui sépare les deux grandes îles, peut être considéré comme le point de démarcation de ces deux régions si distinctes où le climat lui-même est différent.
- Le canal du Beagle, qui a été exploré en entier
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- par La Romanche, présente également deux parties d’un caractère opposé. L’ouest du canal est encaissé entre deux chaînes de montagnes élevées et couvertes de neige; le bras du nord-ouest passe au pied des hauteurs du mont Darwin, et, souvent, est encombré d’une foule de petits glaçons détachés de la base des glaciers.
- A l’est, au contraire, on rencontre des bancs et des îles de sable telles que l’île Gabble, dont les dunes verticales rappellent de tout point la partie analogue du détroit de Magellan.
- La baie d’Oushouaïa, placée au centre et presque sur la ligne de démarcation des deux régions, participe de l’une et de l’autre. La baie est formée par
- un vaste cirque de hautes montagnes dont la plus remarquable est le mont Olivia, pic élevé de 1400 mètres, et qui semble un doigt levé vers le ciel. En même temps, une presqu’île basse et sablonneuse indique le commencement des terrains d’alluvion. C’est sur cette presqu’île qu’est bâti l’établissement des missionnaires anglais.
- L’île Grévy est, comme l’île Navarin, formée de plaines basses et entrecoupées de lagunes, mais l’île Wollaston et l’île Hermite sont au contraire fort escarpées et enfin le Cap Horn, rocher vertical d’une hauteur de 425 mètres, est le dernier sommet de la Cordillère des Andes qui s’élève au-dessus des eaux. Un vaste plateau où le fond ne dépasse pas
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- Cap Horn
- Carte de l’archipel du Cap liera, diessée par les membres de la Mission française de la Terre de Feu.
- 150 mètres, s’étend plus bas jusqu’au sud des îles Diego Ramirez.
- Tel est, en quelques mots, le pays dont la Mission du Cap Horn a rapporté la carte complète. On se rendra compte des difficultés qui ont dû être surmontées par les officiers chargés de cette reconnaissance, si l’on songe qu’il leur fallait constamment gravir les sommets voisins de la mer pour y faire station au théodolite. Souvent, après bien des fatigues, ils étaient surpris en arrivant par des grains de neige qui rendaient tout travail impossible.
- La Romanche elle-même n’a pu toujours naviguer en toute sécurité dans ces parages.
- Au mouillage de la baie Angot, dans le passage Talbot, elle fut pendant trois jours à la merci d’une
- violente tempête de neige. Se« ancres ne pouvaient mordre sur un fond de roche recouvert seulement d’une mince couche de vase et les rafales poussaient sans cesse le navire vers les écueils situés derrière lui. Il fallait chaque jour appareiller de nouveau pour regagner le terrain perdu.
- La nouvelle carte est destinée à rendre de grands services à la navigation. L’abondance des épaves trouvées sur ces côtes inhospitalières prouve le nombre de naufrages dont elles sont le témoin chaque année. Désormais, les nombreux navires qui doublent le Cap Horn, sont assurés d’y trouver au besoin, dans des ports bien reconnus et d’un accès facile, un refuge momentané contre le mauvais temps.
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- LES BROMÉLIACÉES
- II en est des (leurs comme des vêtements. Dans les pays les plus civilisés de l’Europe la mode se renouvelle, elle est acceptée et s’impose d’une façon irrésistible. Mais si l’engouement de telles ou telles plantes change à courte échéance, les connaissances et le goût des produits naturels ne peuvent qu’y gagner et le commerce horticole se développe d’autant que le caprice varie. — Les fleurs, de tout temps, furent toujours les bienvenues, mais on se lassa des fleurs ou plutôt on chercha des jouissances
- dans le feuillage des plantes, surtout à l'époque où les Heurs sont rares. De là, la mode des plantes dites d’appartement qui sont devenues les indispensables ornements de l’intérieur le moins somptueux.
- Les Broméliacées pourraient revendiquer leurs droits à ce rôle, car elles sont éminement ornementales par leur feuillage et souvent aussi par leurs Heurs.
- Pendant longtemps l’on considéra les Broméliacées comme plantes de serre chaude et d’une culture difticile. Cela est vrai peut-être pour quelques-unes, mais beaucoup d'entre elles, et des pins jolies, s’accommodent très bien d’une serre tempérée. Quant à
- Pitcairnia corallina. — A. Fleur, grandeur naturelle. (I
- leur culture, les horticulteurs savent qu'il n'y a pas de végétaux moins exigeants, sauf exception, sur les conditions du sol, car, dans la nature, presque tous sont épiphytes ou tout au moins vivent de l’humus fourni par les arbres en décomposition, ou dans des anfractuosités de roches retenant quelques débris organiques. On a vu même, dans nos serres, certaines Broméliacées végéter et fleurir suspendues par un fil de fer, sans aucun substratum et uniquement alimentées par l’air humide du local qui leur donnait asile.
- Au temps de Linné, on connaissait une quinzaine de Broméliacées. Aujourd’hui on estime leur nombre à 550 réparties en 27 genres.
- L’espèce la plus célèbre est, sans contredit, l’Ana-
- e d’après nature dans les serres du Jardin des Plantes de Paris).
- nas introduit à la suite de la découverte de l’Amérique et qui fut toujours, depuis, l’objet d’une culture soignée. Mais la connaissance des espèces ornementales est relativement récente. L’élégance de leur feuillage, l’éclat et la singularité de leurs fleurs développèrent rapidement le goût de ces jolies plantes. C’est surtout parmi les espèces des genres Vriesia, Hohenbergia, Encholirion, Ananassa, Tillandsia, Hechtia qu’on recrute les premiers, tandis que c’est surtout les genres Æchmea, Bilbergia, Pitcairnia, etc., qui fournissent les espèces à fleurs brillantes, et dont la durée est souvent fort longue.
- La plante figurée ci-dessus, le Pitcairnia corallina, est une des plus belles Broméliacées connues. Elle fut introduite de la province de Chaco, en
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- Nouvelle-Grenade, il y a une dizaine d’années, mais elle ne se répandit que lentement dans les cultures. C’est encore une plante de prix et très recherchée des amateurs. Parle feuillage elle est très ornementale, mais sa floraison est son principal attrait. Les fleurs disposées en longues grappes rouge corail sont du plus bel effet et durent plusieurs semaines. Une particularité assez remarquable est l’attitude que prend l’inflorescence, qui se recourbe brusquement en quittant la souche qui lui donne naissance, puis vient reprendre l’horizontale. Par suite de cette courbure, les fleurs recherchant la position verticale qui lcuv est propre, se trouvent toutes placées vers le côté supérieur de l’inflorescence, laquelle forme ainsi une grappe unilatérale de l’effet le plus étrange et le plus inattendu chez une Broméliacée.
- D’autres espèces de cette famille sont ornementales, non par leurs fleurs qui sont quelquefois insignifiantes, mais par les feuilles involucrales les plus rapprochées des fleurs, qui prennent alors une teinte rouge, rose ou orangée des plus saisissantes, et dont on trouve des exemples notamment dans les genres JSidulanimi, Hohenbergia, Bilbergia, Dis-tiacanthus, etc. Le mérite de ces fausses fleurs est de conserver pendant plusieurs mois leur éclat, ce qui permet de les employer avantageusement pour la garniture dans les appartements.
- Nous disions que la culture des Broméliacées était maintenant reconnue facile, il en est de même de leur multiplication qui se fait habituellement par les oeilletons qui naissent à la hase des plantes adultes ou alors par semis1. Une terre légère associée à des débris de mousses ou de Sphagnum, de bois en décomposition, quelques fragments de brique ou de roche poreuse, est ce qui leur plaît le mieux. Les engrais chimiques leur sont favorables et l’on peut, par ce procédé, obtenir, dans des récipients de faibles dimensions, des plantes énormes comparées aux vases qui les reçoivent. Enfin nulles plantes ne sont plus accessibles aux émanations fertilisantes des sels ammoniacaux. Ce fait était constaté déjà dans les serres du duc de Devonshirc il y a 35 ans, et le savant qui connaît le mieux les Broméliacées, M. Morren (de Liège), a soin d’avoir dans sa ravissante serre, où il cultive ses plantes favorites, des fragments de carbonate d’ammoniaque qui, en s’évaporant, produisent l’effet le plus satisfaisant sur la santé des végétaux soumis à cette influence.
- Il n’y a peut-être pas de plantes dont les graines présentent plus d’élégance et de formes diverses que les différents genres de Broméliacées. Si l’on a à sa disposition une loupe ou un microscope faible on pourra constater sur les espèces à fruits secs, principalement, qui fructifient facilement dans les
- 1 Un des chefs de culture du Muséum, M. Ilamelin, multiplie et fait même fleurie des Broméliacées en plaçant des boutures dans des petits flacons, contenant de l’eau associée à quelques brins de mousse, comme ou le ferait pour des boutures de Saule ou de Laurier rose.
- cultures, que ces graines sont entourées d’une aile membraneuse, ou d’un élégant pinceau de poils, ou d'un appendice démesurément long, suivant les genres, et que ces caractères sont fort utiles par leur constance pour les distinguer les uns des autres.
- Disons, en terminant, que parmi les plantes de l'embranchement des Monocotvlédoncs, il n’y en a pas qui aient des fibres aussi fines, aussi soyeuses et solides que les Broméliacées. Si les collections de produits végétaux, que possède le Muséum, pouvaient être exposées en public, on verrait que des fibres des feuilles de ces plantes ont fait, dans l’Amérique centrale, qui semble être la patrie exclusive des Broméliacées, des objets d’un usage journalier, des cordes, des tissus d’une blancheur éclatante, et un jour viendra oîi l’industrie européenne utilisera ces matériaux comme elle l’a fait de l’Alfa, du Chanvre de Manille, de l’Ortie de Chine, etc., dont l’introduction ne s'est fait que lentement, parce que chez nous la vulgarisation des sciences n’a pas atteint le degré de diffusion dont elle est susceptible. J. Poisson.
- CHRONIQUE
- Importation des raisins américains en France. — M. Ch. Joly vient de signaler à la Société d’horticulture le fait nouveau d’importation en France de raisin muscat provenant des Etats-Unis. L’expédition a lieu par boites de 1 kilogramme dont le prix de revient est de 2 fr. 25 c. Le raisin est conservé dans un liquide sucré qui n’est autre chose qu’iine dissolution aqueuse de glucose. 11 y a lieu d’appeler l’attention de nos cultivateurs et de nos viticulteurs de France et d’Algérie, sur les conséquences économiques que peut avoir pour eux cette importation américaine. Déjà les pays voisins, l’Italie et la Belgique, notamment, grâce à la facilité des transports, nous expédient des quantités considérables de fruits et de léaumes. Les États-Unis, en dehors de leur énorme coin-merce de grains, s’étaient bornés, jusqu’à ce jour, à l’expédition de fruits préparés par une dessiccation préalable qui leur fuit perdre environ 85 pour 100 de l’eau qu’ils contiennent : cette opération a le double avantage de diminuer le poids à transporter et de faciliter la conservation. M. Ch. Joly, en signalant la menace faite au commerce du raisin, produit essentiellement national, engage nos cultivateurs à ne pas perdre de vue la nécessité, pour soutenir la lutte, d’augmenter, dans toute la limite du possible, l’intensité de leur production, principalement par l’amélioration rationnelle de leurs procédés de culture.
- Décès et naissances dans quelques grandes villes d’Europe. — Le service de statistique municipale de Paris a reçu, pendant l’avant-dernière semaine, notification de 1275 décès. C’est le chiffre le plus élevé qui ait été observé depuis un an. Ce fâcheux résultat doit être attribué surtout aux maladies des voies respiratoires, et non aux maladies épidémiques. Par contre, il n’a été notifié que 1259 naissances d’enfants vivants (650 garçons et 605 filles), dont 957 légitimes et 522 illégitimes; 49 de ces derniers ont été immédiatement reconnus par l’un des parents ou par les deux. Quant aux mariages, leur nombre s’est élevé à 280. Si l’on compare ces chif-
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- fres à ceux que l’on trouve pour quelques grandes villes d’Europe, pendant une même période de temps, on voit que, tandis qu’il y a eu à Paris, du 28 mars au 3 avril, sur une population de 2239928 habitants, ces 1259 naissances et ces 1275 décès, il y a eu à Berlin (1 232110 habitants), du 2 au 8 mars, 884 naissances et 553 décès: à Bruxelles (426814 habitants), du 16 au 22 mars, 291 naissances pour 195 décès; à Christiania (124000 habitants), du 16 au 22 mars, 106 naissances pour 47 décès; à Copenhague (267 000 habitants), du'19 au 25 mars, 215 naissances pour 100 décès; à Dublin (351014 habitants), du 16 au 22 mars, 201 naissances pour 180 décès; a Édimbourg (246 703 habitants), du 25 au 29 mars, 155 naissances pour 96 décès; à Glascow (517 941 habitants), du 16 au 22 mars, 403 naissances pour 256 décès; à Lisbonne (187404 habitants), du 24 février au 1er mars, 92 naissances et 119 décès; à Londres (4019 361 habitants), du 16 au 22 mars, 2665 naissances et 1588 décès; à Madrid (475 668 habitants), du 4 au 10 février, 353 naissances et 281 décès ; à Munich (240000 habitants), du 9 au 15 mars, 158 naissances et 154 décès, à Rome (316 205 habitants), du 15 au 19 janvier, 173 naissances et 205 décès; à Stockholm (181152 habitants), du 9 au 15 mars, 126 naissances et 92 décès; à Turin (262521 habitants), du 17 au 23 février, 148 naissances et 177 décès. 11 ne résulte de ces chiffres, bien entendu, que des indications assez vagues sur la natalité et sur la mortalité dans toutes ces villes. La comparaison ne pourrait être vraiment féconde que si elle portait sur les mêmes semaines, et si elle tenait compte des causes de mortalité (épidémies, maladies saisonnières, etc.) dont la puissance est très variable.
- Éclairage automatique des fanaux. — On
- vient d’établir en Amérique des fanaux dont l’éclairage s’opère sans l’intervention de gardiens, et qui peuvent être ainsi abandonnés à eux-mêmes pendant un long intervalle de temps. Chacun de ces fanaux est muni de réservoirs en tôle d’acier dans lesquels on emprisonne, sous la pression de 15 atmosphères, une quantité de gaz susceptible de fournir au brûleur la lumière pendant au moins trois mois. A cet effet, on a établi sur la rive une usine centrale où l’on fabrique, au moyen du pétrole, un gaz extrêmement lumineux. Dans un bateau, spécialement construit pour ce service, sont placées 16 caisses pouvant contenir 1420 mètres cubes de gaz à la pression de 28 atmosphères. Le bateau porte aussi une machine de compression pour faire passer le gaz dans les caisses-réservoirs des fanaux. Un tube flexible peut mettre ces derniers en communication avec les caisses du bateau. Celui-ci, quand son approvisionnement de gaz est terminé, se rend successivement à chaque fanal, dont il remplit les réservoirs. Une horloge de précision, installée dans les chambres des lampes, porte un mécanisme qui allume et éteint à heure fixe le brûleur destiné à produire la lumière. Cette horloge peut marcher trois mois sans être remontée. Pendant qu’on accumule le gaz dans le fanal, un ouvrier spécial nettoie le brûleur, remonte et règle l’horloge et assure que le régulateur de pression fonctionne convenablement. Ce régulateur, qui est une partie importante du système, est analogue au détenteur qu’on emploie lorsqu’on se sert, comme force motrice, de l’air comprimé sous une pression considérable, ou mieux encore, au régulateur employé dans les wagons éclairés au gaz. On assure que la portée lumineuse des fanaux ainsi construits est considérable, que la flamme est régulière et qu’elle s’allume et s’éteint aux heures
- prescrites. Une expérience de plusieurs mois n’a révélé jusqu’ici aucune interruption dans le service. Un gardien' résidant à terre est, du reste, chargé de surveiller chaque nuit, à l’aide d’une longue-vue puissante, l’ensemble des fanaux d’une même région. Ce système est ingénieux et séduisant. S’il réussit, il serait susceptible de nombreuses applications; mais il faut laissera la pratique le soin de se prononcer sur son mérite.
- La fondation de l’EeoIe centrale. — Dans l’article que nous avons consacré à J.-B. Dumas, en rappelant que l’illustre chimiste avait fondé l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, nous avons dit que cette création si utile à notre pays avait été faite par Dumas, Peelet et Olivier. Nous avons omis de citer Alph. Lavallée dont le nom ne doit pas être séparé de celui de ses trois collaborateurs et amis. Alph. Lavallée est un des quatre fondateurs de notre grand établissement de génie civil ; il en a été le Directeur pendant 33 ans, et en a fait don à l’Etat en 1856. Nous croyons devoir réparer ici une omission involontaire, et nous le faisons avec d’autaut plus de plaisir que, si nous avons un grand respect pour la mémoire de M. Alph. Lavallée, nous n’avons pas moins d’estime à l’égard de son fils, l’honorable président de la Société nationale d’horticulture de France, l’un de nos plus savants et sympathiques cultivateurs et botanistes contemporains. G. T.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 avril 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Séance de moins de trois quarts d’heure, réduite par un comité secret et qui n’a présenté aucune communication saillante.
- Le Krakatoa. —Un ingénieur hollandais, M. Werbeeck, a été chargé à titré officiel par son gouvernement, de rédiger un Rapport sur la catastrophe du détroit de la Sonde : une traduction française en a été faite par M. de Baumhauer pour l’Académie. L’auteur évalue h 5500 kilomètres le rayon sur lequel ont été entendues tout autour du Krakatoa les explosions du mois d’août ; c’est le quinzième de la surface totale du globe. Le volume des cendres excéderait 33 kilomètres cubes, total d’ailleurs très inférieur à celui fourni par l’éruption qui eut lieu en 1815 dans les mêmes régions et qui fournit au moins 150 kilomètres cubes de matériaux solides.
- Respirations végétales. — On a admis souvent que la respiration nocturne des plantes est d’autant plus active que la température est plus élevée. MM. Bonnier et Mau-gin font remarquer que s’il en était ainsi la déperdition en acide carbonique serait d’autant plus grande que la végétation est plus active; ce qui leur parait contradictoire. Aussi ont-ils repris la question expérimentalement. Comme ils s’y attendaient, les auteurs n’ont pas observé l’accroissement indiqué ou du moins ne lui ont pas trouvé la valeur généralement admise.
- Le sondage de Montrond. — Nos lecteurs savent déjà qu’en pratiquant dans le Forez et non loin de Montbrison un sondage destiné à la recherche de la houille, on a donné issue à un jet d’eau si fortement chargé d’acids carbonique que la gerbe est projetée à 55 mètres au-dessus du sol. M. Laur, ingénieur civil, adresse aujourd’hui à ce sujet une coupe géologique donnant avec le plus grand détail toute la succession des couches traversées.
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- LA NATURE
- Varia. — M. Mascart cherche à déterminer la valeur de l'ohm qui est l’unité des résistances électriques et M. Cabanellas s’est proposé de préciser directement l'ordre de la cause du déficit des machines dynamo-électriques. — L’hydraulicité continue à occuper M. Ed. Landrin. — D’après M. Maumené, la plupart des vins renferment des quantités notables de manganèse. — La combustion respiratoire occupe M. Schutzenberger. Stanislas Meunier.
- U PHOTOGRAPHIE ET L’ASTRONOMIE
- Les applications de la photographie aux recherches scientifiques se multiplient de jour en jour, mais les résultats que la photographie a permis d’obtenir au point de vue astronomique sont particulièrement remarquables, et les études du Soleil, de la Lune, des éclipses, des étoiles même, y ont trouvé dans ces dernières années de nouvelles et précieuses ressources. « Le grand avantage de la photographie, comme l’a dit M. Faye, est de supprimer l’observateur et de remplacer son œil et son cerveau, par une plaque sensible qui reçoit et fixe le phénomène sans qu’il soit besoin de le guetter et de le surveiller avec une pénible assiduité, elle met à l’abri des erreurs qui naissent du trouble inséparable d’une observation rapide. Elle ne donne pas seulement la reproduction fidèle des détails que l’œil peut saisir lorsqu’il est armé d’une puissante lunette, elle peut même devenir, entre des mains habiles, un instrument de découverte, témoin les faits nouveaux que M. Jans-sen a mis récemment en relief sur la constitution du Soleil, et qui sont dus entièrement à l’examen d’images photographiques 1 ».
- Nous reproduisons une magnifique photographie qui a été obtenue par la Mission en Océanie, dirigée par M. Janssen, pour l’observation de l’éclipse totale de Soleil du 6 mai 1883.
- « Deux grands appareils entraînant huit chambres
- 1 Le lecteur qui voudra avoir de plus amples renseignements à ce sujet, les trouvera dans un intéressant ouvrage de M. R. Radau ; La Photographie et ses applications scientifiques. In-18 jésus. 1 lr. 75.
- photographiques, dit M. Janssen, avaient été dressés dans le but d’étudier la question des planètes intra-mercurielles et celle des formes et de l’étendue de la couronne. Au point de vue des étoiles et astres de la région circumsolaire, ces photographies demanderont un examen minutieux, mais à l’égard de la couronne on peut dire déjà que la grande puissance de plusieurs des objectifs employés [objectif de 8 pouces (0m,2l) et objectif de 6 pouces (0m,16)] et la longue durée d’exposition ont permis de constater que la couronne a une étendue beaucoup plus grande que l’examen optique ne le montrait soit à l’œil nu, soit dans ma lunette. Plusieurs de nos grandes photographies de la couronne sont d’une
- grande netteté. Elles révèlent d’importants détails de structure qui devront être discutés. Les formes de la couronne ont été absolument fixes pendant toute la durée de la totalité. »
- La figure ci-contre reproduit une photographie de la couronne de l’éclipse totale du 6 mai 1883. Cette photographie a été publiée dans V Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1884. Elle n’a subi ni retouche ni agrandissement. L’instrument qui l’a donnée était monté paral-lactiquement et portait un objectif de 8 pouces (0m,21) et de lm,20 de foyer. L’action lumineuse a été prolongée pendant toute la duree de la totalité (environ o minutes). La figure donne le phénomène comme il se présentait à l’île Caroline à un observateur le regardant à l’œil nu, l’orient à droite, l’occident à gauche. Nous avons pensé que nos lecteurs verraient avec intérêt cette reproduction qui promet assurément un grand avenir à la photographie astronomique. L’observatoire d’astronomie physique de Meudon est un des établissements scientifiques où la photographie est mise en pratique avec le plus de régularité et nous avons déjà signalé précédemment les beaux résultats qui ont été obtenus par son savant directeur M. Janssen ; notamment pour la grande comète B 1881. (Voy, 2e semestre, 1881, p. 338.)
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandier.
- Reproduction par la gravure d’une photographie de la couronne de l’éclipse totale du 6 mai 1885.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- SUR L’ASPECT DE LA PLANÈTE SATURNE1
- Pendant le mois de février dernier et le commencement du mois de mars, quelques nuits se sont montrées d’une pureté exceptionnelle au point de vue de la définition des astres observés au télescope.
- Nous avons profité des meilleurs moments pour étudier, avec notre réfracteur de 0in,58 d’ouverture, l’aspect des planètes principales; Saturne et ses anneaux ont en particulier attiré notre attention. Les images de cette planète ont été souvent d’une netteté remarquable, même avec des grossissements de plus de mille fois. Il a été possible de noter à
- plusieurs reprises, de curieuses inégalités sur la bande équatoriale.
- En dehors des anneaux connus, nous avons constaté, autour de la séparation principale (division de Cassini) l’existence d’un nouvel anneau brillant et parfaitement défini, ayant une largeur de 1" i/i environ. Il est fort surprenant que cet anneau, qui est très visible, n’ait pas été aperçu jusqu’ici.
- Mais le fait qui nous a le plus particulièrement frappés en observant Saturne, et qui nous a engagés à publier le dessin ci-joint, c’est que, malgré des conditions de visibilité extrêmement favorables, il a été impossible de découvrir la moindre trace de la division de l’anse extérieure (division d’Encke).
- Cette division, indiquée depuis Encke par tous les
- Aspect de la planète Saturne le 4 mars 1884. (D’après un dessin de MM. Henry et A. Boinot.)
- observateurs qui ont publié des dessins de Saturne, et que nous avions cru voir aussi à l’aide d’instruments de moyenne force, pourrait bien n’ètre que le résultat d’une simple illusion d’optique.
- Ce phénomène serait produit, suivant nous, par l’anneau brillant que nous avons découvert, et que l’irradiation ferait paraître plus large qu’il n’est réellement, tandis que, par un effet de contraste, on croirait voir comme ligne noire de séparation, ce qui, en réalité, n’est qu’une différence brusque dans l’éclat des anneaux.
- En examinant à la distance de 5 mètres environ le dessin publié dans le présent numéro de La Nature, on verra très nettement celte division telle qu’on a l’habitude de la représenter. L’expérience
- 1 Voy. Les Anneaux de Saturne. n° 196, du 3 mars 5877, p. 211; n° 299 du Ai juin 1877, p. 1 ctn° 210 du 9 juin 1877, p. 17.
- réussit encore mieux si on prend la précaution de diaphragmer un peu l’œil.
- Dans ces conditions d’examen, l’aspect du dessin est bien celui que présente Saturne lorsqu’on l’observe avec des instruments de dimensions médiocres, ou même avec de puissants télescopes, lorsque la définition est imparfaite.
- Il est donc permis d’expliquer par une illusion d’optique ces différences d’aspect observées sur l’anneau extérieur, sans qu’il soit nécessaire de les attribuer à une modification quelconque survenue dans ce curieux appendice de Saturne. >
- Cette intéressante planète est maintenant trop proche du soleil pour qu’il soit possible d’en faire des observations utiles. Nous continuerons nos recherches à l’aide de très puissants télescopes, lors de la prochaine opposition. Paul et Prosper Henrv.
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- tî* met. — i,r te attire.
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- DÉCOUVERTE DE TOMBEAUX
- GALLO-ROMAINS OU MÉROVINGIENS A TRUN (ORNE)
- Le samedi 22 mars 1884, la charrue de M. Désiré Lefèvre, propriétaire d’une pièce nommée le Champ-de-la-Croix à Trun (Urne), mettait h découvert un cercueil, long de 1 mètre 90 centimètres, renfermant un seul squelette. Aussitôt des fouilles sont pratiquées à côté, vers l’Ouest, et l’on trouve d’abord un nouveau squelette de guerrier avec un scramassax, sorte de long coutelas de fer très oxydé, une agrafe en bronze, un couteau en silex, un coqutl.age, vieille amulette sans doute, et divers ornements parmi lesquels on croit reconnaître, car elle est en morceaux, une agrafe de ceinturon, puis des débris de vases ant ques et de tuiles romoines. Le scramassax, garni d un manche en bois très dur, a une longueur de 0 mètre 45 centimètres, une largeur maximum de 5 centimètres et pèse un demi-kilog. Plus bas, :C’est un four à incinération dans lequel il y a 200 kilos ide poussière de charbon de bois, contenant un peu dé ’chaux et des parfums. Projetée sur des charbons enflammés, cette poussière brûle en répandant une véritable odeur d'encens.
- Un peu à l’Üuest encore, à une distance de quelques mètres, deux superbes cercueils èn pierre calcaire, recouverts d’une longue pierre plate et séparés par une maçonnerie haute de cinq à six centimètres, sont aussi découverts. Disposés dans le même sens, les pieds au Noid-Est. ils ont comme dimensions, l’un 4 mètre 85 de longueur, 0 mètre 56 de largeur (à la tète), et 0 mètre 21 centimètres aux pieds avec une profondeur de fl mètre 32; l’autre 1 mètre 90 de long sur 0 mètre 50 à l'autre bout. Le premier renfermait neuf squelettes et des ossements de toutes sortes, tous très bien conservés, les os des bras et des jambes sont longs et gros, et les crânes remplis de terre.
- Enfin, le dimanche 50 mars, M. Lefèvre continue ses fouilles en présence de l’honorable Directeur de la Société scientifique d’Argentan, M. Vimont, qui? prévenu de cette intéressante découverte, était venu guider les ouvriers chargés du travail.
- Une cinquantaine de squelettes sont mis à jour, puis un nouveau cercueil est trouvé au Sud-Est des deux derniers : il est long intérieurement de 1 mètre 98, large à une extrémité de 0 mètre 45, à l’autre de 0 mètre 25, profond de 0 mètre 34, mais brisé en partie sur les côtés, probablement par la charrue du laboureur, et rempli de squelettes dont les tètes se trouvaient, les unes à une extrémité du cercueil, et les autres à l’autre bout. Partout, les ossements trouvés sont très forts et les dents surtout admirablement conservées; en même temps, les crânes sont très épais et en bon état. N’importe où l’on fouille, mais principalement vers le Sud, on remarque une terre remuée jusqu’à 80 centimètres de profondeur dans laquelle on aperçoit des squelettes, des grès et des silex taillés de formes différentes : les uns pèsent une dizaine de kilos, et soutiennent le plus souvent un crâne humain. Tous les cadavres à nu sont, de même que les cercueils, disposés de semblable façon, c’est-à-dire, les pieds dirigés sensiblement vers l’Est.
- Les champs voisins de celui de M. Lefèvre, dans un rayon de 2 hectomètres, abondent en restes et débris de celte nature; ainsi on a ramassé, dans le champ de M. Préel et dans la carrière qui le termine, des tombereaux de squelettes et ü’ossements humains de toute
- sorte, avec des monceaux de briques et de tuiles romaines.
- Plus bas, il y a un puits ou une ancienne poterne, dont on voit encore l’orifice. A côté de cet endroit, dans une prairie voisine de Neauphe, et dans un pré situé pres-qu’en face l’habitation du docteur Malfilâtre, sur la route d’Argentan, il a été découvert à différentes reprises, des subslructions de villas romaines dont les débris furent envoyés au musée d’Alençon, il y a une quinzaine d’années.
- La situation du Champ-de-la-Croix n’est pas moins remarquable, et tout ce qui l’environne est rempli de souvenirs historiques empreints du plus pur cachet de l’antiquité.
- En effet, à 500 ou 600 mètres vers le Nord, non loin de la roùte de Vimoutiers, s’élève un monticule ou tertre appelé le Tertre de la Justice; c’est là qu’autrefois les sentences étaient rendues et exécutées.
- Placé au sommet d’une petite butte et entouré de champs cultivés, ce tertre est recouvert d’herbes sèches, car soit par respect, soit par superstition, il n’a jamais été mis en culture; il est de forme rectangulaire, long de 15 à 20 mètres, avec une largeur de 4 mètres, et une hauteur variant entre 2 mètres 50 et 5 mètres. Dans la partie centrale, qui est un peu affaissée, on voit encore un trou garni de pierres: c’était là, dit-on, que se dressait le sinistre gibet. Le Tertre de la Justice est un bien •communal que nul propriétaire n’a osé acheter à cause des légendes qui ont cours dans le pays sur ce lieu de funeste mémoire. Malgré celte tradition populaire, ce lieu pourrait bien être aussi, d’après sa disposition, un tribunal de gazon tel que les Romains avaient coutume d’en construire dans chaque camp pour le général, auprès de l’autel des sacrifices.
- Au Sud du champ du sieur Lefèvre, on remarque un pré nommé le Clos-Hérault; que signifie ce nom? mystère.
- Enfin, vers l’ouest, à une vingtaine de mètres, existe une ancienne voie romaine, qui devait conduire d’un côté à Exmes, illustre par son ancienneté, et allait aboutir de l’autre à Caen ou à la mer, en passant par la vieille chaussée de Jort. Amédée Dannequin.
- ARTILLERIE SYSTÈME DE RANGE
- (Suite et lin. — Yoy. i>. 2o et 2H0.)
- III. — MATÉRIEL DE COTES
- Le matériel système de Bange, affecté au service de la défense des côtes, comprend deux bouches à feu, savoir : le canon de 19 et celui de 24 centimètres.
- Le canon de 19 centimètres en fonte, tubé et fretté (modèle 1876) est une bouche à feu système de Bange, rayée à droite (60 rayures progressives) et se chargeant par la culasse. D’un poids moyen de 8000 kilogrammes, cette pièce tire, à la charge de 16 kilogrammes de poudre, un obus ordinaire1 de 75kil,400. La vitesse initiale de ce projectile est de
- 1 Le*canon de 19 contimètres doit aussi lancer, à la charge de lü kilogrammes de poudre, uu obus de rupture et uu obus à balles.
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- 439 mètres; sa portée maximum, de i l ÜUÜ mètres j environ sous l’angle de tir de 55 degrés1.
- La bouche à feu se compose de deux parties principales : le corps du canon et le mécanisme de culasse. Le corps du canon est formé d’un tube en fonte dont la partie postérieure reçoit : à l’intérieur, un tube en acier ; et, à l’intérieur, deux rangs de frettes, également en acier. Le mécanisme de culasse est, aux dimensions près, le même que celui des autres canons système de Range.
- De forme cylindro-ogivale, l’obus ordinaire enferme une charge d’éclatement de 4kil,050. Armé de sa fusée percutante de siège, ce projectile pèse, tout chargé, soixante-quinze kilogrammes quatre cents grammes, ainsi qu’il a été dit plus haut.
- La pièce est mise en batterie sur un affût de côte spécial, dit affût à frein hydraulique, lequel est muni d’un appareil de pointage en hauteur et d’un appareil de pointage en direction. Le premier permet d’incliner la pièce entre les limites de 5 degrés au-dessous à 35 degrés au-dessus de l’horizon. Le second donne le moyen de la mouvoir dans le sens horizontal, suivant des directions diverses dont les extrêmes font entre elles un angle de 80 degrés.
- Le canon de 24 centimètres en fonte, tubé et fretté (modèle 1876), est une bouche à feu système de Bange, raye'e et se chargeant par la culasse (fig. 1). D’un poids moyen de 16 200 kilogrammes, cette pièce tire, à la charge de 28 kilogrammes de poudre, un obus ordinaire de, 120 kilogrammes2, dont la vitesse initiale est de 470 mètres; et la portée maximum de 10 500 mètres sous l’angle de tir de 31 degrés3.
- Le canon de 24 centimètres se compose de deux parties principales : le corps du canon et le mécanisme de culasse. Le corps du canon, en fonte, est renforcé, à l’intérieur, d’un tube en acier ; et, à l’extérieur, de deux rangs de frettes également en acier. Le tube intérieur est cylindrique. A l’arrière, dans la partie correspondant au logement de la vis de culasse, ce tube présente un renfort — également cylindrique — sur la surface duquel un pas de vis rectangulaire fait saillie. Un logement, de même forme générale que le tube, est alésé dans le corps du canon (en fonte) à des diamètres un peu moindres que ceux des parties correspondantes dudit tube.
- On obtient le serrage réglementaire en procédant ainsi qu’il suit : le canon, maintenu verticalement, est chauffé à une température convenable; on y introduit le tube d’acier froid, on l’y visse et on laisse refroidir le tout.
- 1 C’est l’angle maximum que permet l’affût à frein hydraulique, affecté au service de la pièce. Les tables de tir ne sont établies, jusqu’à présent, que jusqu’à 7000 mètres,porlée correspondant à l’angle de tir de 10°,12'.
- 2 Ainsi qu’il sera dit ci-après, le canon de 24 doit aussi lancer un obus à balles et un obus de rupture. Quel que soit le projectile, il n’est fait usage que d’une seule et même charge de 28 kilogrammes de poudre.
- 3 Tel est l’angle maximum que permet l’alfùt à frein hydraulique, affecté au service de cette bouche à feu.
- Le liletage du renfort empêchant le tube d’être chassé vers l’arrière pendant le refroidissement, on obtient de la sorte un serrage longitudinal de lmm,81, en même temps qu’un serrage diamétral de 0,nm,2.
- Le rang de lrettes intérieur comprend 10 frettes; le rang extérieur n’en contient que 8. Les tourillons font corps avec la frette-tourillons, laquelle fait partie du rang extérieur.
- Toutes les frettes sont posées à chaud, de manière à exercer, lors du refroidissement, un serrage diamétral de lnnyl0 sur le corps du canon en fonte. Ce corps du canon est maintenu vertical, la culasse en haut. Chaque frette, chauffée jusqu'à ce que son diamètre intérieur dépasse de 0mm,2 le diamètre extérieur du corps du canon en fonte1, est engagée sur ledit canon. On la laisse tomber d’une certaine hauteur, puis on la refroidit rapidement à l’aide de jets d’eau froide.
- Le tracé intérieur de la bouche à feu comprend les mêmes parties principales que les autres canons de Bange, savoir : le logement de la vis de culasse, le logement de l’obturateur tronconique, la chambre à poudre cylindrique, le raccordement tronconique et l’âme cylindrique.
- Les rayures, au nombre de 60, tournent de gauche à droite et sont progressives jusqu’à la tranche de la bouche.
- Le mécanisme de culasse est, aux proportions près, le même que celui des autres canons système de Bange. La vis de culasse (à filets interrompus) porte, comme dans les canons de 1 20 et de 155, une cale de centrage, à l’avant du secteur fileté de gauche. Elle est munie, comme celle du canon de 155, de deux poignées fixes symétriques et d’un levier-poignée, évidé à sa partie centra, e.
- Quel que soit le projectile à lancer, on ne fait usage, dans le tir de plein fouet, que d’une seule et même charge, celle de 28 kilogrammes de poudre. Cette charge est enfermée dans un sachet en toile amiantine, formant une gargousse analogue à celles des autres canons système de Bange. Ses dimensions sont les suivantes : diamètre, 190 millimètres; longueur, 770 millimètres.
- L'obus ordinaire (modèle 1877) est un projectile cylindro-ogival, en fonte, dont la hauteur est de 650 millimètres; et le diamèlre, de 238 millimètres à sa partie cylindrique. Ce projectile, établi dans les mêmes conditions que les obus ordinaires de 120 et de 155 millimètres, pèse, tout chargé, 121 kilogrammes environ. Il est armé de la fusée percutante de siège de 40 millimètres (modèle 1878). La charge intéiieure est de 6kil,650 de poudre.
- L'obus à balles, essayé par la Commission de Calais , est un projectile cylindro-ogival, en fonte, de mêmes formes extérieures que l’obus ordinaire. Il
- 1 Le corps du canon est tourné cylindriqucmcnt au diamètre de 720 millimètres, sur une longueur de 2m,40. C’est la hauteur que doit mesurer le frettage.
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- n'en diffère que par une moindre épaisseur de parois. Le vide intérieur est divisé en deux parties par le moyen d’un épaulement qui raccorde deux épaisseurs différentes. La partie arrière, où l’épaisseur des parois est plus faible, est destinée à recevoir les balles; la partie avant forme chambre aux poudres. La charge intérieure de cet obus est de lkil,900 de poudre et de 570 balles de 26mm,5 de diamètre et du poids de 70 grammes. Il pèse, tout chargé, loO kilogrammes; sa vitesse initiale, sous la charge normale de 28 kilogrammes, est de 451 mètres.
- Uobus de rupture 1 se compose de deux parties : l’obus proprement dit et le culot. Extérieurement, la forme générale de ce projectile est analogue à celle des obus en fonte dure des canons de 10 et de
- 27. Le vide intérieur est sans communication avec l’extérieur. La chaleur résultant du choc de l’obus-contre la cuirasse qu’il est destiné à perforer suffit à enflammer la charge de poudre intérieure. L’obus de rupture en fonte1 pèse 140 kilogrammes. La charge intérieure est d’un kilogramme de poudre ordinaire. Le poids total de l’obus en fonte chargé est donc d’environ 141 kilogrammes2; sa vitesse initiale, sous la charge ordinaire de 28 kilogrammes, est de 440 mètres.
- Le canon de 24 centimètres, modèle 1876, se met en batterie sur un affût de côte en fonte spécial', monté sur grand châssis, également en fonte. Chaque côté de ce châssis est muni, en son milieu et en dessous, d’une forte jambe de force venue de
- fonte, obviant aux flexions de la partie médiane; — et, à l’extrémité arrière, d’une autre jambe de force empêchant le châssis de basculer autour des roulettes. L’entretoise arrière porte trois tampons de choc, destinés à arrêter l’affût, au cas d’un recul trop considérable. Les roulettes, par l’intermédiaire desquelles le châssis repose sur l’arrière de la plateforme, sont munies d'un encliquetage, lequel permet de faire usage de leviers.
- L'atfût, en fonte de fer, est muni de huit lames de frein, lesquelles glissent entre huit autres grandes lames fixées au grand châssis. Ces dernières sont pressées par deux mâchoires mobiles autour d’axes fixés à l’affût et mis automatiquement en mouvement du fait du recul dudit affût. Celui-ci porte, à cet effet, sur le côté, un levier qui vient buter contre
- 1 Cet obus n’est pas, jusqu’à présent, réglementaire.
- une came fixée au châssis. Le levier est obligé de tourner à mesure que l’affût recule, et le frein se serre du fait de ce mouvement.
- Les roulettes de l’affût sont munies d’un encliquetage, comme celles du grand châssis. A l’aide de leviers, engagés par la pince dans les mortaises de cet encliquetage, on remet aisément la pièce en batterie.
- La vis de pointage est double. L’écrou de vis de pointage est fixé sur l’entrçtoise arrière de l’affût, où il est maintenu par deux goujons. On l’enlève quand on veut tirer sous de grands angles; et, en ce cas, on soutient la culasse à l’aide de quelques’ coins.
- L’affût est complété par une grue de charge-
- 1 II a été mis en essai des obus de rupture en fonte dure et des obus en acier.
- a L’obus en acier de même modèle pèse 147 kilogrammes.
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- ment, laquelle se place dans une erapaudine creusée à l’arrière du fiasque gauche. Cette grue sert à amener le projectile à hauteur de la culasse. Un marchepied, fixé à l’arrière du châssis, permet d’accéder à celui-ci lors des opérations de chargement et de pointage.
- Les angles de tir que permet cet affût sont : avec la vis de pointage complètement développée, 6° au-dessous de l’horizon ; la vis de pointage à fond, 15° au-dessus de l’horizon; l’écrou de pointage enlevé, 51° au-dessus de l’horizon (angle maximum) .
- Pour le transport de ces lourdes bouches à feu de 19 et de 24 centimètres et pour celui de leurs affûts—qui ne sont pas organisés pour rouler — on a récemment créé des voitures spéciales, dites chariots à canons.
- Le chariot n° 1, destiné au canon de 19 centimètres ( modèle 1876), pèse 2510 kilogrammes. Le poids de la pièce étant de 8000 kilogrammes, le poids total de la voiture chargée est d’environ 11000 kilogrammes, y compris le poids des supports mobiles que l’on est obligé de mettre sous la bouche à feu pour la fixer en place.
- Le chariot n° 2. destiné au canon de 24 centimètres (modèle 1876), pèse 4635 kilogrammes. Le poids total de la pièce étant de 16 200 kilogrammes, la voiture chargée, accessoires compris, pèse environ 21 000 kilogrammes.
- Ces chariots se composent chacun de deux trains assemblés par une cheville ouvrière. Les roues de l’avant-train peuvent passer sous l’arrière-train, de manière à donner à la voiture un tournant illimité. Les roues de l’arrière-train ont des dimensions telles
- qu’elles ne dépassent pas le dessus du tablier du chariot.
- Chargé du canon de 19, le chariot n° 1 s’attelle à il chevaux (2 chevaux au timon, dont 1 porteur; et en avant, sur la volée du bout du timon,
- 5 attelages à 5 chevaux chacun, traits sur traits). Le chariot n° 2 s’attelle à 20 chevaux (2 chevaux au limon et 6 attelages à 5, traits sur traits).
- Tels sont, très soin m a i r e m e n t décrits, les deux canons, système de Range, affectés au service des côtes et places maritimes. Tous deux satisfont pleinement aux conditions générales du problème. La première des conditions à remplir par une batterie de côtes, c’est, en effet, d’être armée de bouches à feu puissantes, lançant au loin de gros projectiles, capables de causer de graves avaries aux navires qu’il leur est donné d’atteindre. Or on vient de voir que les canons de Range de 19 et de 24 centimètres projettent des obus pesant respect i v e m e n t 75Ui,400 et 120 kilogrammes. On a vu d’autre part, que la portée de ces deux pièces s’élève à plus de dix kilomètres. Elles peuvent donc servir à former de bonnes batteries constituant une zone dangereuse de grand rayon à l’entour des mouillages qu’il est utile de protéger.
- Mais ces calibres, si gros qu’ils soient, sont dépassés, à l’étranger, par des calibres véritablement énormes. Dans cette voie tracée selon le principe dit de plus en plus fort, l’Angleterre tient la tête et ne s’arrête plus. Où en est-elle aujourd’hui? Quels sont actuellement ses moyens de défense? C’est ce que nous allons brièvement examiner.
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- Il y a vingt ans, les fortifications du Royaume-Uni se réduisaient : dans l'intérieur du pays, à quelques vieilles enceintes ou châteaux forts qu’on laisse encore subsisier à raison de leur caractère historique, mais dont la valeur défensive est à peu près nulle; sur les côtes, à quelques tours isolées du type Mortella. Cela suffisait aux Anglais. Mais, de 1858 à 1860, le lait de la mise, en service des bouches à feu rayées les lit réfléchir et changer d’opinion. Aussitôt, en gens prudents et pratiques qu’ils sont, ils résolurent de fortifier leurs côtes à la manière moderne ; de se créer, sur le littoral, des camps retranchés conformes au type qu’avait préconisé Montalembert. Une Commission de défense fut instituée et les travaux de construction commencèrent dès 1860. Pour appuyer sa llotte et couvrir ses grands établissements maritimes, le gouvernement de la Reine n’avait pas dépensé, en 1872, moins de 500 millions de francs et, depuis cette époque, les travaux se poursuivent avec une remarquable activité.
- A Plymouth, par exemple, les travaux exécutés de 1860 à 1870 ont donné lieu à une dépense de 55 millions. La rade de ce magnifique établissement maritime dont nous donnons à nos lecteurs une vue d’ensemble à vol d’oiseau (fig. 2) est aujourd’hui à l’abri de toute insulte; l’entrée en est défendue par les forts Caivsand, Picklecombe, Breakwater, Bovisand, les batteries de l’ile Saint-Nicolas, celles d’Edstern-King et de Western-King et enfin par Garden-Battery. Tous ces ouvrages sont en pierre de taille de granit, d’environ trois mètres d’épaisseur, c’est-à-dire à l’épreuve de toute espèce de projectiles. Leurs embrasures sont munies de boucliers métalliques, système Drummond-Jervois, de 60 centimètres d’épaisseur1.
- Les sites de ces forts comportent des altitudes très diverses. Aux batteries basses établies à une douzaine de mètres au-dessus du niveau de l’eau pour perforer la coque des navires ennemis — et qu’on nomme batteries de rupture — les Anglais semblent préférer des batteries hautes, assises à 80 ou 100 mètres d’altitude. Celles-ci visent le pont — partie essentiellement vulnérable des cuirassés — et n’ont guère à redouter le canon de l’adversaire, attendu que l’angle de tir de ce dernier est nécessairement limité du fait des dimensions restreintes des sabords. Batteries hautes et batteries de rupture s’emploient, d’ailleurs, concurremment en Angleterre.
- Les ouvrages du camp retranché maritime de Plymouth comportent un armement total de cent quarante-cinq bouches à feu. Quels sont les calibres de toutes ces pièces rayées?
- 11 y a quelques années, les Anglais avaient en service un canon de 505 millimètres perforant, à 1800 mètres de distance, une cuirasse de navire de 50 centimètres d’épaisseur. Ils fabriquaient hier un
- 1 Voy. les Fortifications cuirassées dans La Nature, n° 547 du 24 septembre 1883, p. 408.
- canon de 80 tonnes (ou de 406 millimètres) lançant un projectile du poids de 800 kilogrammes. Ün les voit essayer aujourd’hui une bouche à feu de 200 tonnes, pouvant projeter un obus de trois mille kilogrammes, lequel obus percera, dit-on, des cuirasses de 90 centimètres d’épaisseur.
- Et le dernier mot n’est pas dit.
- Major II. de Sarrepont.
- LE GRAND LAC PURBECKIEN DU JURA1
- Le lac dont nous allons entretenir les lecteurs, a disparu depuis longtemps, mais il a laissé les preuves matérielles les plus évidentes de son existence, aussi bien que des traces de la faune qui vivait dans ses eaux et sur ses rives. C’est une page de ce grand livre de la nature que nous pouvons lire sans peine et sans efforts, grâce au travail récemment publié par un jeune géologue suisse, M. G. Maillard, qui en a fait l’objet d’une savante dissertation pour le doctorat à l’Université de Zurich2.
- Disons d’abord que les premières notions sur l’existence de dépôts lacustres ou nymphéens, dans le terrain secondaire du Jura, sont dues à un géologue français, M. Lorv, qui avait découvert la présence de fos-ales d’eau douce dans une assise de marnes située à la base du Néocomien. Plus tard cette nouvelle fut reconnue par tous les géologues qui ont spécialement étudié le Jura central et méridional.
- En 1865 on connaissait une trentaine d’espèces de fossiles de cet étage, provenant pour la plupart de la localité de Yillers (département du Doubs), à l’extrême frontière de la France et de la Suisse. Mais aucun lien ne rattachait ces observations les unes aux autres et on ne possédait encore que des don nées incomplètes sur l’extension de cet étage et sur sa faune. Comment, et dans quelles circonstances ce lac s’était-il formé, quels êtres l’ont habité, enfin à quelles causes faut-il attribuer sa disparition? C’est ce que nous allons examiner.
- La chaîne du Jura, limitrophe de la France et de la Suisse, est constituée dans sa plus grande partie par des massifs de roches calcaires soulevées, plis-sées et déchirées, affectant la direction générale sud-ouest nord-est et s’étendant sur une longueur totale de 60 à 70 lieues.
- Ces roches calcaires ont assurément une origine marine; elles ont été été déposées à l’état de limon vaseux au fond de la mer pendant la période que nous appelons secondaire. Le Jura était alors, suivant l’expression de M. Végiau, un centre de sédimentation, tandis que d’autres régions, les
- 1 Le mot Purbeckien est dérivé de Purbeck, presqu’île d’Angleterre où t on a observé d’abord les couches lacustres de cet étage géologique.
- i Étude sur le Purbeckien dans le Jura. Zurich 1884.
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- Alpes, le Morvan, les Vosges étaient des centres de soulèvement.
- Pourtant, à un moment donné, la série des dépôts marins de notre bassin fut interrompue par le début des phénomènes d’exhaussement ou de soulèvement lents qui, avec des alternatives d’affaissements plusieurs fois répétés, devaient aboutir à donner au Jura son relief actuel. C’est vers la fin du dépôt des couches jurassiques que se produisit pour la première fois la retraite de l’eau salée, vers le sud bien probablement. Cette retraite ne fut ni brusque, ni totale ; des couches formées dans des lagunes d’eau saumâtre, nous ont conservé quelques espèces de mollusques, des Cyrènes, des Corbules, puis des couches de marnes sans fossiles, des dépôts isolés de gypse, des roches magnésiennes, se formèrent dans une eau sursaturée dans lesquelles aucun être ne pouvait vivre.
- Le*moment vint où toute communication avec la mer fut interceptée. Alors il se forma un bassin d’eau douce, alimenté par des ruisseaux venant de la terre ferme. La vie était de nouveau possible; elle se manifeste par l’apparition de nombreuses espèces de mollusques, en majeure partie Gastéropodes, avec quelques Acéphales, de petits poissons Ganoides, dont nous connaissons les écailles et les dents, des Ostracodes (Cypris) et enfin des plantes aquatiques (Chara) qui ont laissé leurs semences presque microscopiques, dans les marnes et les calcaires.
- Cette faune est remarquable par la petitesse de tous les individus qui la composent. Le nombre des espèces maintenant connues est de 70 environ; le plus grand nombre de celles-ci nous révèle des animaux vivant dans l’eau douce. Quelques-unes sont saumâtres ; d’autres ont pu vivre à la surface du sol.
- D’où venaient ces animaux, constitués pour vivre dans un milieu fort différent de celui qui avait régné jusqu’alors dans nos contrées? 11 serait assez difficile de le dire, mais nous devons remarquer que, déjà aux époques antérieures, la vie terrestre s’était manifestée; nous connaissons des mollusques d’eaux douces et terrestres des couches jurassiques inférieures, du Trias et même de grès houillers. Dès lors les phénomènes de migration, d’adaptation semblent tout naturellement pouvoir être invoqués, bien plutôt que la théorie d’une création spontanée, sur place. D’ailleurs notre lac, dont le niveau était peu élevé au-dessus de la mer, tandis que les couches qui le représentent atteignent l’altitude de mille à quinze cents mètres au-dessus de l’Océan, notre lac disons-nous, était contemporain d’autres bassins d’eau douce. Nous signalerons en particulier celui qui, dans les Charentes, couvrait une superficie de 330 kilomètres carrés, aux environs de Cognac et de Saint-Jean-cl’Angély. Celui-ci parait avoir été plus pauvre encore en espèces fossiles, mais les dépôts de gypse sont plus développés. Dans le Hanovre existent également des dépôts d’eau plus ou moins
- saumâtres, alternant avec des couches marines, des lentilles de gypse et des roches salifères.
- Les dépôts de la presqu’île de Purbeek sont, en revanche, plus riches que les nôtres. Plusieurs espèces de mollusques sont communes aux deux régions: ainsi les Lymniens, les Physes, les Valvées, le Cypris purbeckiensis, etc. Mais les couches d’Angleterre ont en propre les quinze espèces de mammifères des genres Plagiaulan Triconadera, etc., qui ont si vivement fixé l’attention des paléontologistes au moment de leur découverte.
- 11 était bien naturel de rechercher dans quels rapports la faune du lac Purbeckien pourrait se trouver avec celle de nos lacs actuels du Jura ou de toute autre région. C’est ce qu’a fait récemment M. G. Maillard.
- Or, ce n’est pas sans surprise que nous apprenons qu’il faut aller chercher au delà de l’Atlantique dans diverses régions de l’Amérique du Nord les formes les plus voisines de nos espèces purbec-kiennes.
- Voici seulement deux ou trois exemples que nous empruntons textuellement au Mémoire dont nous avons entrepris de rendre compte.
- Lymneus physoides est analogue à L. humilis, Say, de l’Ohio et à L. umbilicata, Say, du Maine, tant par le nombre des tours que par leur bombement et la taille de l’espèce.
- Physa Bristowi est tout à fait semblable à Ph. ancillaria, Say, de l’Ohio, et à Ph. Mexicana, Phill., du Haut-Mexique.
- Valvata helicoides est comparable à V. Sincera, Say, de l’Ohio, etc.
- Celte forme, dit M. Maillard, a donc un caractère Nord-Américain bien prononcé. A notre tour nous dirions volontiers : Serait-il déraisonnable de voir là un phénomène de migration bien caractérisé, remontant aux temps géologiques?
- Un mot maintenant de l’étendue de notre lac purbeckien. En tenant compte des affleurements reconnus, il devait recouvrir la superficie comprise entre Bienne, Neuchâtel, Genève et Chambéry à l’est, Nantua, Champagneule et le Bussey à l’ouest, soit en longueur 200 kilomètres et en largeur 40 kilomètres. Il était vingt fois plus grand que le Léman actuel et devait occuper presque la moitié du Jura actuel. Il était loin cependant d’égaler les lacs de l'Amérique du Nord, et ne recevait en tout cas aucun aflluent que l’on puisse qualifier du nom de fleuve ou de rivière.
- La faible épaisseur des dépôts, une dizaine de mètres en moyenne, montre d’ailleurs qu’il n’a pas eu une longue durée, ce que confirme aussi la pauvreté de sa faune, la rareté ou l’absence des empreintes de végétaux qui auraient pu se développer sur ses rives.
- La fin du lac jurassien a dû ressembler à son commencement Un affaissement lent et graduel ramena l’eau salée qui, en se mêlant à l’eau douce,
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- devait favoriser le développement des espèces qui peuvent vivre dans l’eau saumâtre, tandis qu’elle fait disparaître les autres. Puis la mer reprit possession de la plus grande partie du territoire précédemment occupé par le lac. Elle y déposa les couches encore puissantes du calcaire jaune et des marnes de l’étage Néocomien, et, par-ci par-là, les sables et les argiles de grès vert. Vers la fin de la période crétacée, le pays fut de nouveau inondé, mais nous ne trouvons pas de trace de dépôts qui auraient pu se former. Nous avons en revanche quelques indices sur l’existence de bassins alimentés par des sources minérales et thermales à l'époque éocène.Pendant les temps miocènes il y eut aussi formation de nappes lacustres alternant avec des retours des eaux marines, la vallée du Lucie fut même pendant un temps assez long, occupée par un lac dans lequel vivait en prodigieuse abondance une faune aquatique composée des mêmes genres que le lac purbeckien, mais dont les espèces sont totalement différentes.
- Enfin le Jura, dont le soulèvement avait commencé à se produire depuis si longtemps, acquit son relief définitif.
- Nous y retrouvons de nombreux lacs depuis celui de Neuchâtel , à la base (435 m. s. m.) à ceux de la vallée du Jura, de Saint-Point (1000 à 1200 m. s. m.), etc. Une faune et une flore, que l’on peut appeler riches, embellissent leurs rives et contrastent agréablement avec ces débats et cet aurore de la vie terrestre dont nous avons cherché à esquisser les caractères dans les lignes qui précèdent. Ce n’est point comme on l’a cru longtemps, subitement et comme par magie, que les diverses formes d’animaux ont fait leur apparition, mais tout nous fait entrevoir des lois immuables, un enchaînement continu des phénomènes de la nature organique et du monde physique. ‘ Dr A. Jaccard.
- ÉCOLE DE PHYSIQUE ET DE CHIMIE
- DE LA VILLE DE TARIS
- Nous avons récemment visité la nouvelle Ecole municipale de Physique et de Chimie industrielles., que la Ville de Paris a fondée depuis 1882, et qui fonctionne dans le vaste local de l’ancien collège Rollin. Cet établissement est de ceux qui répondent à un véritable besoin de notre époque et nous sommes heureux de le faire connaître à nos lecteurs.
- Le but auquel il est destiné a été, dans la pensée de ses fondateurs, de donner aux jeunes gens sortis des écoles primaires supérieures, une instruction spéciale, à la fois scientifique et pratique, qui puisse en faire des ingénieurs ou des chefs d’ateliers, dans les industries chimiques et physiques. 11 a fallu, pour arriver à ce résultat, donner à l’enseignement un caractère essentiellement pratique , en permettant aux élèves de procéder par eux-mêmes à des manipulations dans des laboratoires bien outillés. C’est sur ce point si important que nous insisterons spécialement tout à l’heure ; nous voulons auparavant faire connaître le mode d’enseignement général, en empruntant quelques passages au programme officiel de l’Ecole :
- « Beaucoup de questions et de problèmes, tant en physique qu’en chimie, ne trouvent leur solution qu’avec le concours des mathématiques et de la mécanique. Il était donc nécessaire de compléter, par des cour? portant sur les branches utiles des mathématiques, les notions trop restreintes que les élèves apportent à l’entrée de l’École. Les mathématiques et la mécanique sont enseignées à l’École en même temps que la physique et la chimie, mais elles ne sont envisagées que comme auxiliaires de ces deux dernières.
- « La durée des études est de trois années. Chacune
- PorrentruY
- BESANÇON
- Fribourg
- +++ Limita* du territoire Pdrbechéen,
- et- des affleurements de
- ____Limitas des marnes à-gypse .
- ifcjt's Affleurements eu./ lentilles de-yypse.
- .... Limitesdufàeiés ooUtùjue fê>ss-liféro des Dolomies portiandienme» (Conehes de LHortoccu').
- ....... Ces points, accompagnant un*/
- couche, en'désignent/ le-fHciès
- St-Uambenf 4
- N.B._£a limite cht Thmiioire est/ en même temps- celle êtes couches-ny/nf>hécnn£St gui, sont les plus étendues. Les limitée Sont cincons-cràttf auæ bassins cju'âUes enferment,
- Carte du Purbeckien et de ses différentes couches.
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- Nouvelle École de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris. — Vue d’ensemble dun laboratohe.
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- des trois divisions (lre, 2% 3e années) comprend trente élèves.
- « Pendant les trois premiers semestres, les élèves d’une même promotion suivent en commun des cours et des manipulations de physique, de chimie, de mécanique, de mathématiques et de dessin.
- « A la fin du troisième semestre, ils sont partagés en : élèves physiciens 10 et élèves chimistes 20.
- « A partir de ce moment, si certains cours restent encore, en tout ou en partie, communs aux deux catégories d'élèves (physiciens, chimistes), il n’en est plus de même des exercices pratiques. Les élèves chimistes ne manipulent plus que dans les laboratoires de chimie, et les élèves physiciens dans ceux de physique. Les manipulations acquièrent, en outre, une plus grande importance par le temps qu’on y consacre.
- « Pour chaque promotion, les trois premiers semestres sont remplis par les études générales et scientifiques. Les applications techniques font l’objet des cours et des exercices des trois derniers semestres. À la fin de la troisième année, il est délivré des certificats aux élèves qui ont subi les examens de sortie d’une manière satisfaisante et des diplômes’ à ceux qui se sont particulièrement distingués. »
- Quand les élèves ont été reçus à l’École après avoir passé l’examen nécessaire, leur temps de travail est partagé entre des cours et interrogations et des manipulations diverses dans les laboratoires.
- Le cours de physique générale et appliquée comprend l’hydrostatique et la chaleur (M. Dommer, professeur), l’électricité et le magnétisme (M. Hospitalier, professeur), l’optique et l'acoustique (M. Baille, professeur).
- Les cours de chimie générale sont faits par MM. Schutzenberger et Henninger, et le cours de chimie analytique est professé par M. Silva ; ceux de chimie appliquée à l’industrie ont pour professeur M. Henninger (chimie minérale) et M. Schutzenberger (chimie organique). MM. Albert Lévy et G. Rozé font les cours de mathématiques et de mécanique pure et appliquée.
- Les élèves s’occupent régulièrement chaque jour, pendant la moitié du temps passé à l’École, de travaux pratiques, de physique et de chimie générale, de chimie analytique et de chimie appliquée. Ces travaux pratiques forment un complément des divers cours et portent sur des matières enseignées. Une ou deux fois par semaine, les élèves passent trois heures à l’atelier consacré au travail du bois et des métaux, et apprennent à tourner, à forger, à limer et à ajuster, etc.
- Les cabinets de physique de l’Ecole sont actuellement pourvus des meilleurs instruments d’étude et ils s’enrichissent de jour en jour; nous nous réservons d’y revenir d’une façon spéciale.
- Les laboratoires de chimie ne sont pas moins remarquablement organisés. Nous donnons l’aspect de l’un de ceux que dirige M. Schutzenberger, le professeur de chimie et le directeur de la nouvelle
- Ecole. Chaque élève a sa place fixe, devant une grande table munie d’une étagère où il peut ranger les produits dont il fait usage. Au-dessous de la table de travail, il dispose d’une armoire où il enferme ses appareils après les manipulations. Chaque élève a, devant lui, un robinet d’eau établi sur une colonne verticale, et placé au-dessus d'un évier de déversement. A côté du robinet est monté un double bec de gaz, où il peut adapter ses fourneaux et ses appareils de chauffage, par l’intermédiaire de tubes de caoutchouc. Une salle spéciale, avec tirage et ventilation, est réservée aux précipitations par l’hydrogène sulfuré, aux préparations du chlore et des autres gaz puants ou délétères. Le grand jour et l’espace assurent les meilleures conditions d’hygiène à ce beau et vaste laboratoire, où les jeunes gens ont tous les éléments nécessaires pour devenir de vrais chimistes.
- L’École de Physique et de Chimie de la Ville de Paris est certainement appelée à rendre de grands services à la science et à l’industrie.
- Gaston Tissandier.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Save, le Danube et le Balkan, par M. L. Leger. 1 vol. in-16. Prix 5 francs. Paris E. Plon, Nourrit et Cie. 1884.
- Ce livre renferme d’intéressantes impressions de voyages chez les Slaves méridionaux. Il nous conduit tour à tour chez les Slovènes, chez les Croates, chez les Serbes; enfin en Bulgarie et en Roumélie. Un tel ouvrage vient à point au moment où les peuples de l’Orient slave paraissent se préparer à de nouvelles transformations.
- Histoire et applications de l'électricité, par Mme J. Le Breton. 1 vol. in-8°, illustré. Paris, II. Oudin et Cie, 1884.
- Ce livre est un traité tout à fait élémentaire destiné aux enfants et à la jeunesse. Il est écrit sous la forme un peu puérile, de roman, de questions et de réponses, amenées dans des conversations. L’auteur raconte l’histoire d’un capitaine de frégate qui en causant avec son fils lui fait une sorte de cours d’électricité. Un grand nombre de passages du livre, des pages même presque tout entières, sont littéralement copiées dans les Principales applications de l'électricité de M. E. Hospitalier, dans l'Électricité de M. de Parville et dans les principaux ouvrages de M. du Moncel.
- Bibliothèque des Écoles et des Familles. Causeries sur la science, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-8°, illustré de 94 gravures. 2e édition. — Hachette et Cie, 1884.
- Cet ouvrage publié il y a quelques années déjà comprend vingt-trois chapitres, causeries à l'usage de la jeunesse sur des sujets scientifiques très variés ; l’exportation des moutons en Australie, les perturbations atmosphériques, les aérolithes, les volcans, les pigeons voyageurs, et plusieurs autres questions intéressantes de chimie ou de physique, sont familièrement traitées, par l’auteur. La librairie Hachette vient de faire paraître la deuxième édition de ce livre, dont la première édition actuellement épuisée, avait été tirée à dix mille exemplaires.
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- L’Enseignement par les projections lumineuses. Deux conférences sur les aérostats et la navigation aérienne, par Gaston Tissandier. — 1° La Météorologie en ballon. 2° La Direction des aérostats ; suivies du Catalogue des projeclions relatives aux aéroslats. 1 broch. in-18, de 88 pages. — Paris, chez A. Molteni.
- LÀ CONFÉRENCE INTERNÀTIONÂLE
- DES UNITÉS ÉLECTRIQUES
- La conférence internationale pour la détermination des unités électriques, qui s'élait réunie une première fois le 16 octobre 1882, à Paris, s’est assemblée de nouveau dans ces derniers temps.
- La première séance de cette seconde session a eu lieu le 28 avril, au ministère des Affaires étrangères.
- Étaient présents les délégués des États suivants : Allemagne, République argentine. Autriche-Hongrie, Belgique, Chine, Costa-Rica, République dominicaine, Espagne États-Unis d’Amérique, États-Unis de Colombie, France, Grande-Bretagne, Guatemala, Italie, Japon, Mexique, Nicaragua, Pays-Bas, Perse, Portugal, Roumanie, Russie, Salvador, Suède et Norvège, Suisse.
- M. Jules Ferry président du Conseil, ministre des affaires étrangères, a ouvert la séance et a rappelé les « vides douloureux qui se sont produits » dans les rangs des membres de la Conférence :
- « Vous les avez tous nommés avant moi : M. Siemens, l’un des savants les plus justement renommés de l’Europe, qui contribua si puissamment au progrès des sciences physiques et dont le frère, son noble émule, a bien voulu, malgré sa douleur, prendre place parmi les membres de cette assemblée ; M. le capitaine Hoffmeyi r, qui représentait avec tant d’autorité le Danemarck dans cette conférence; enfin et surtout l’homme illustre qui fut l’inspirateur et l’âme de vos premiers travaux, M. J.-B. Dumas, ce doyen vénéré de la science européenne, ce profond et lumineux esprit qui ne se montra jamais plus fécond, plus alerte et plus jeune, à si peu de distance du terme de sa longue carrière, que dans le congrès des électriciens, comme si sa puissance intellectuelle pouvait, chez lui, s’accroître indéfiniment avec les années; vigoureux et beau génie qu’au nom de l’Europe savante, ici représentée, nous saluons aujourd’hui dans sa tombe. »
- M. Broch, délégué de la Suède et Norvège, a répondu en termes éloquents et s’est associé principalement aux regrets exprimés à l’égard de la mort de M. J.-B. Dumas.
- La conférence s’est ensuite constituée, sous la présidence de M. Cochery, ministre des postes et des télégraphes, et a repris ses travaux.
- Sur la proposition de son président, elle s’est partagée, comme dans sa précédente session, en trois commissions correspondant à chacune des parties de son programme ; unités électriques proprement dites, courants électriques et paratonnerres, étalon de la lumière.
- Dans sa dernière séance, la conférence a voté à l’unanimité les résolutions suivantes : qui sont en quelque sorte le résumé de ses travaux :
- 1° UNITÉS ÉLECTRIQUES PROPREMENT DITES
- lr* Résolution. — L’ohm légal est la résistance d’une colonne de mercure de 1 millimètre carré de section et de 106 centimètres de longueur, à la température de la glace fondante.
- 2e Résolution. — La conférence émet le vœu que le Gouvernement français veuille bien transmettre cette résolution aux divers États et en recommande l’adoption internationale.
- 3e Résolution. — La conférence recommande la construction d’étalons primaires en mercure conformes à la résolution précédemment adoptée et, concurremment, l’emploi d’échelles de résistances secondaires en alliages solides, qui seront fréquemment comparées entre elles et avec l’étalon primaire.
- 4° Résolution. — L’ampère est le courant dont la mesure absolue est de 10_1 en unités électromagnétiques
- C. G. S.
- 5a Résolution. — Le volt est la force électromotrice qui soutient le courant d’un ampère dans un conducteur dont la résistance est l’ohm légal.
- 2° COURANTS ÉLECTRIQUES ET PARATONNERRES
- lra Résolution. — Il est à désirer que les résultats des observations recueillies par les diverses administrations soient envoyés chaque année au bureau international des administrations télégraphiques à Berne, qui en fera un relevé et le communiquera aux gouvernements.
- 2a Résolution. — La conférence émet le vœu que les observations des courants terrestres soient poursuivies dans tous les pays.
- 3° ÉTALON DE LUMIÈRE
- Résolution. — L’unité pratique de lumière simple est la quantité de lumière de même espèce émise en direction normale par un centimètre carré de surface de platine fondu, à la température de solidification.
- L’unité pratique de lumière blanche est la quantité de lumière émise normalement par la môme source.
- La conférence ayant ainsi accompli son œuvre, la dernière séance s’est terminée par un discours de M. Ad. Cochery, ministre des postes et des télégraphes, et par une allocution chaleureuse de M. Broch.
- ORIGINE DE L’ACTIVITÉ VOLCANIQUE
- Personne ne met en doute aujourd’hui que l’eau ne soit, par la force élastique de sa vapeur, le véritable moteur des volcans et des tremblements de terre. Tout cratère en éruption doit être considéré avant tout, malgré sa très haute température, comme une source d’eau.
- La chaleur qui règne dans les régions très profondes où est puisée l’activité volcanique, ne permet évidemment pas à l’eau d’y subsister et si elle y détermine les explosions et les trépidations dont l’écorce terrestre est si fréquemment agitée, c’est qu’elle y pénètre elle-même successivement. On ne saurait chercher, ailleurs que dans la masse océanique, le point de départ de l’eau qui remonte au jour par les crevasses volcaniques.
- Mais si ces points ne suscitent aucune protestation, il est bien loin d’en être de même en ce qui concerne le mécanisme par lequel le liquide superliciel pénètre dans les laboratoires souterrains. La difficulté est ici en effet bien plus grande qu’elle ne paraît à première vue.
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- Tout d’abord il est clair que puisque la pression développée dans les régions profondes est la cause des éruptions, elle doit avant tout s’opposer à la pénétration de l’eau par des pertuis de dimension sensible. L’ouverture de semblables canaux aurait pour résultat de provoquer la sortie de l’eau précédemment introduite mais sans permettre aucune hydratation ultérieure.
- C’est pour tourner cette difficulté qu’on a cherché dans les phénomènes capillaires un mode d’imbibi-tion n’exigeant pas l’existence de fissures béantes. Une plaque poreuse étant disposée de façon à constituer l’une des parois d'une enceinte fortement chauffée, on alimente d’eau sa surface extérieure dans le but de constater si la pression développée ne s’opposera pas à la progression capillaire du liquide. Les résultats publiés à cette occasion signalent une élévation progressive du manomètre mis en rapport avec l’enceinte, mais dans des limites si étroites qu’il peut paraître difficile d’en tirer des conséquences directes quant au phénomène naturel. D’ailleurs ce dernier n’est pas comme le voudrait l’expérience décrite, le fait d’une tension graduellement augmentée atteignant les limites de résistance des parois rocheuses : c’est pour l’ordinaire, une manifestation essentiellement explosive supposant l’arrivée brusque dans les régions très chaudes, d’eau subitement vaporisée et dissociée.
- Ces différentes conditions du problème à résoudre étant bien posées, il m’a semblé qu’une solution rationnelle peut en être procurée par des considérations très simples et c’est ce que servira à montrer la figure ci-jointe.
- Sans revenir sur les fondements de la Cosmogonie de Laplace, on se rappelle qu’un des effets les plus immédiats du refroidissement spontané de notre planète consiste dans l’absorption centripète de l’eau superficielle qui, pourvoyant successivement chaque couche consolidée de son eau de carrière, gagne chaque jour de nouvelles zones profondes. En un point quelconque, la coupe générale de l'écorce terrestre doit donc donner : à l’extérieur la zone des roches pourvues de leur eau de carrière ; au-dessous celle des roches déjà consolidées mais encore trop chaude pour s’être hydratées; enfin celle des roches non encore consolidées et dont la température atteint non seulement le point où l’eau est volatilisée mais même celui où sa vapeur est dissociée.
- D’un autre côté, et comme M. Paye y a récem-
- ment insisté, la croûte consolidée du globe ne . saurait avoir partout une même épaisseur : sous les océans, l’accroissement en profondeur de la température interne subit un retard qui se traduit forcément par une augmentation de l’épaisseur des roches consolidées et l’on peut imaginer qu’une circonférence MN, tracée du centre de la terre, traverse comme le montre la figure, des roches pourvues d’eau, des roches non encore imprégnées et des régions oh la dissociation exerce encore son empire
- Constamment soumise, à cause de sa minceur, à d?s tiraillements variés, l'écorce se crevasse çà et là, tout spécialement suivant les lignes correspondantes aux littoraux : là où les régions épaisses affrontent les régions minces. Des blocs immenses sont de la sorte entourés tout à coup par la température de dissociation qui s’est propagée par les crevasses. L’eau d’imprégnation qui y subsistait ne saurait dès lors s’y maintenir et sa brusque volatilisation, sa décomposition même, fournissent aisément de quoi rendre compte des explosions volcaniques.
- L’eau pénètre donc bien par capillarité dans les laboratoires volcaniques , mais suivant un procédé tout autre que celui imaginé jusqu’ici. On voit aussi comment la situation littorale des montagnes igni-
- . O O
- vornes se trouve très simplement expliquée, et reliée en même temps aux déplacements des mers par suite des bossellements généraux de l’écorce. Ceux-ci doivent déterminer le réchauffement des parties précédemment atteintes par les infiltrations et qui, sans changer de profondeur, deviennent ainsi le point de départ des dégagements de vapeur.
- En résumé, le problème de l’alimentation en eau des réservoirs volcaniques peut être rattaché à l’exercice des deux phénomènes normaux dans la vie planétaire et dont la réalité est universellement admise : la pénétration progressive de l’eau dans les roches profondes par suite du refroidissement séculaire du globe; — et l’effondrement souterrain de portions de l’écorce que la contraction spontanée du noyau interne prive de leur appui.
- Grâce au véhicude solide des roches qui la contient, l’eau d’imprégnation des assises inférieures parvient brusquement dans des régions où sa vaporisation et sa dissociation sont immédiates.
- Stanislas Meunier.
- océan
- CONTINENT
- Coupe théorique d’une portion de l’écorce terrestre faisant comprendre comment les laboratoires volcaniques s’alimentent de vapeur par l’intermédiaire des roches imprégnées d’eau de carrière et que des crevassement? internes transportent brusquement dans les zones de dissociation.
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- MACHINE A CERCLER LES TONNEAUX
- Les énormes quantités de pétrole brut que fournit l’Amérique sont, en général, envoyées directement des lieux de production aux raffineries au moyen de pompes, ou transportées par les chemins de fer dans de grands réservoirs. Mais tout le pétrole destiné à la consommation, ou à être expédié par mer, est mis dans des tonneaux. La fabrication de ces fûts, rien que pour le pétrole et pour la kérosine, a pris un tel développement en Amérique, qu’elle a suffi pour y révolutionner, en quelque sorte, l’industrie de la
- tonnellerie et pour rendre nécessaire l’introduction de machines destinées à suppléer à l’insuffisance du travail manuel. Pendant l’année 1882, il a été fabriqué plus de 50 millions de barriques à pétrole, de 190 litres chacune. Leur production et leur entretien constituent une industrie importante, surtout à cause du relâchement des cercles par suite du retrait des douves. L’embarillage du whisky et des autres liqueurs, nécessite souvent aussi un nouveau cerclage, principalement lorsque ces fûts sont neufs et que le bois n'en est pas bien sec, ou encore lorsque les faisant de nouveau servir, ils subissent trop de secousses et se mettent à fuir.
- Machine américaine pour cercler les tonneaux.
- La nouvelle machine que nous représentons ci-dessus, permet de remettre les cercles, même lorsque les barriques sont pleines. Elle peut également servir à cercler les tonneaux de salaison et les fûts à bière. En un mot, elle est établie de manière à pouvoir cercler et recercler des tonneaux, avec des bandes de fer, quels que soient leur destination et leur contenu.
- Cette machine, est établie sur un solide châssis én bois qui porte des montants en fer. Entre ceux-ci, glisse, à chaque extrémité, un châssis vertical monté sur des tiges longitudinales et portant un plateau circulaire sur la face intérieure duquel sont fixées, par des charnières à pivot, 12 tiges en forme de mâchoires. Sur ces tiges pressent des ressorts formés d’une feuille d’acier recourbée; elles sont
- guidées par un double disque, à coulisses, qui est actionné par une came reliée à une tige longitudinale portant un levier. Celui-ci, comme le montre la figure, est situé à la partie supérieure de la machine. Lorsque l’on agit sur ce levier, les 24 mâchoires sont soulevées simultanément, dans des limites suffisantes pour tenir compte du bouge et des différentes dimensions des fûts.
- Les plateaux qui portent les mâchoires peuvent, de leur côté, glisser en avant et en arrière, à volonté, au moyen d’une roue dentée actionnée par un pignon monté sur un arbre qui porte 2 poulies, avec débrayage et levier de renversement. L’arbre de la roue d’engrenage est fileté à chaque extrémité, avec le même pas devis; tandis que l’un des filets pousse le plateau de gauche, l’autre pousse celui de droite.
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- Pour resserrer avec cette machine les cercles d’un fût, on le place sur un chevalet dont la hauteur et la largeur peuvent s’ajuster à ses dimensions. Les mâchoires attaquent à la fois les premiers cercles des deux côtés, au moyen d’un prolongement qui porte une saillie intérieure. En mettant la machine en mouvement, les cercles sont simultanément poussés vers le centre, d’une manière uniforme sur tout leur pourtour, tandis que, dans le cerclage à la main, on ne peut agir que par chocs et en un seul point à la fois. On obtient donc une pression bien égale sur les cercles, en même temps qu’une compression graduée des douves.
- Lorsque les premiers cercles ont été resserrés, on soulève les mâchoires de manière à leur faire lâcher prise et à les adapter à l’augmentation de diamètre du fût, et on attaque le cercle suivant.
- La machine peut s’adapter à des fûts dé plus de 200 litres, comme à de très petits barils. Pour cela, les plateaux sont munis de rainures en spirale qui permettent de déplacer les mâchoires du centre à la circonférence; on les fixe simplement au moyen d’écrous. Ces opérations sont très rapides; en moyenne 2 fûts par minute à 6 cercles chacun. On arrive à cercler ainsi de 1200 à 1500 fûts par journée de 10 heures, neufs ou vieux, vides ou pleins1.
- REVUE DE L’ÉTRANGER
- Études sur le daltonisme. — Il résulte des recherches faites par le Dr Richard Hilbert de Konigsberg sur le daltonisme, qu’en projetant des spectres de longueur toujours égale sur un écran placé à l’intérieur d’une chambre obscure et en faisant marquer au crayon par les daltoniens la limite du spectre telle qu’elle est aperçue par eux, on peut constater trois sortes d’individus atteints de cette affection de la mer : ceux pour qui le spectre est peu réduit (rothblind, aveugles pour le rouge de Ilolmgren), ceux h spectre très raccourci (grunblind, aveugles pour le vert) et enfin ceux à spectre moyen présentant réunies les particularités que l’on remarque chez les précédents. Le Dr Ililbert a constaté en outre que les daltoniens, se rendent compte bien plus aisément que les gens à vue normale des différences de clarté oü d’éclairage même faibles. Là où un individu à vue normale, hésite, le daltonien décide vite et avec certitude, et des essais photomè-triques ultérieures faits avec soin démontrent l’exactitude de son assertion. (Arch. de physiol. génér. de Pflüger., Bonn.)
- Les Universités en Russie. — Le nombre des personnes appartenant en Russie à l'enseignement au Ier janvier 1882 en qualité de dozenten, privât dozenten (agrégés chargés de cours), etc., s’élevait à Saint Péters-bourg à 99, à Moscou à 105, à Kiew à 105, à Kasan à 109, à Dorpat à 65, à Varsovie à 79, à Odessa à 52.
- Toutes les Universités de Russie dispensent un certain nombre d’étudiants des frais d’instruction, payent des subventions et des secours prélevés sur les fonds publics et privés. Dans certaines Universités, telle que celles de Saint-Pétersbourg et Moscou, il existe des sociétés qui
- 1 Scientific American et Génie civil.
- payent les droits d’étude aux étudiants peu aisés, et subviennent à leur entretien. La bibliothèque universitaire la plus importante est celle de Varsovie qui contient 365250 volumes ayant coûté 228369 roubles. (Russische Revue, Monatschrift fiir die Kunde Russlands. Cari Rottger, Saint-Pétersbourg.)
- Magnétisme et électricité. — Dans la séance de l’Asso-ciation électrotechnique qui a eu lieu le 22 avril, sous la présidence du professeur et Dr Fôrsler, le professeur Dr Oberbeck de Halle a fait une lecture sur les modifications magnétiques amenées sous l’influence des courants intervertis. Le docteur s’est assuré par des essais très exacts, que les parcelles de fer obéissent presque instantanément à l’action des courants et que les retards observés dans les parties plus massives, doivent être attribués aux effets secondaires des courants d induction qui se produisent dans leur masse. Le Dr Aron fait alors remarquer que la mince couche d’oxyde qui recouvre les fils de fer dans les faisceaux des petits inducteurs pour microphones, suffit, d’après ses expériences, pour faire disparaître ces courants supplémentaires gênants. — Le professeur Hugo Kronecker décrit un appareil construit par lui pour enregistrer électriquement et automatiquement les oscillations de pression du sang. Ce résultat est obtenu au moyen d’un petit flotteur reposant sur le mercure d’un manomètre auquel se transmettent les mouvements oscillatoires du sang. Le petit flotteur donne des contacts à chaque mouvement et ces contacts mettent en activité un appareil graphique électrique. (Frankfurtez Zeitung.)
- — Le gouvernement espagnol vient de créer à Manille un observatoire météorologique central qui correspondra avec 16 stations des îles Philippines. (Epoca.)
- — La Société ou ligue coloniale allemande s’est réunie à Francfort le 26 avril. Elle s’est occupé des intérêts commerciaux de l’Allemagne au Congo. Cette Société compte 4100 adhérents dispersés dans 690 villes. (Kôlnische Zeüung.)
- — Les 26, 27 et 28 mai, l’Académie des sciences de Vienne se réunira, entre autres objets, pour élire deux membres honoraires étrangers en remplacement du président de la Société royale (de Londres), sir Edouard Sabine et de M. J. B. Dumas décédés. L’Académie choisira en outre un correspondant étranger (ISeue freie Presse). R. Gujck.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du <S mai 1884.
- Présidence de M. Blanchard.
- La séance débute par un discours oü M. le Président, avec l’éloquence qui lui est familière, retrace l’histoire académique de 1885. Suivant l’usage, il énumère d’abord les deuils qui ont frappé la Compagnie et paye un tribut spécial de regrets à M. Dumas, « à l’homme illustre qui manque à cette séance et qui longtemps va manquer à la France et à l’Académie. »
- II faut cependant a outer que M. Dumas a contribué à l’éclat de la solennité puisqu’on a lu en son nom, sa dernière œuvre, écrite au cours même de sa maladie : l’éloge des deux Sainte-Claire Deville.
- Après avoir rappelé les principaux litres des académiciens décédés l’an dernier : Séddlot, Cloquet, Bresse, La Gournerie, Puiseux, Breguet, Villarceau, M. Blanchard a rappelé la mort au champ d’honneur de la science,
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- de Thuillier, membre de la mission du choléra et que le fléau a terrassé le 11) septembre à Alexandrie.
- Tous les événements scientifiques de l’année sent passés en revue. L’éclipse de soleil du 6 mai a particulièrement occupé M. le Président. 11 montre M. Janssen enfin arrivé à l’ile Caroline : « Notre confrère est radieux, dit-il, en songeant que l’éclipse aura une durée exceptionnelle : cinq minules. Chacun se représente cette durée ; à une station de chemin de fer, à l’arrivée du train rapide, lorsqu’éclate ce cri : Cinq minutes d’arrêt. Parmi les voyageurs qui comptaient sur un plus long répit, c’est une sorte d’effarement; dans la foule des murmures : cinq minutes, mais ce n’est le temps de rien. Le temps de rien! Ce n’est pas à M. Janssen qu’il faudrait à certaines heures tenir un semblable discours. »
- L’expédition du Cap Horn, la croisière du Talisman, sont de même l’objet d’appréciations imagées.
- — La lecture faite au nom de M. Dumas a eu un grand succès : ce mort d’hier faisant l’apologie de ces morts si récents, semblait, de la rive inconnue, réclamer pour lui en même temps que pour les Deville quand il disait :
- « Veillons sur les titres de nos morts, en héritiers attentifs ; ne laissons ni dépérir ni envahir leur domaine ! Ne comptons pas sur la justice d’autrui. Les nations qu’on a initiées aux travaux de l’esprit, de même que celles qu’on a dotées de la liberté, ne se croient point obligées à la reconnaissance et ne craignent pas de donner de grands exemples d’ingratitude. Tel peuple qui, dans la première moitié du siècle, venait nous demander des leçons, se croit prêt à nous en donner aujourd’hui et jette un regard de commisération sur notre pays, comme si les sources de l’invention y étaient taries. Lh bien, non! La France n’est pas morte! La flamme d’une lampe peut en allumer mille autres sans que sa propre lumière en soit atfaiblie, leur éclat ne fera jamais pâlir le sien; il est son ouvrage. »
- — M. Bertrand a fortement intéressé l’auditoire par son éloge de Puiseux. « L’indifference pour la fortune, l’attente tranquille de la renommée, l’antique mépris de Socrate pour tout ce pourquoi les hommes tant veillent, courent, travaillent, naviguent et bataillent, ne sont aujourd’hui ni l’apanage de nos sciences, ni le trait commun à nos savaiits; ils appartiennent à des exceptions. Victor Puiseux en était une. Notre excellent et vénéré confrère nous rappelait ces académiciens du vieux temps, si simples et si modestes, dont la bonté et les rigides vertus mêlaient au sourire de Fontenelle, une émotion sincère et contenue ».
- — Parmi les prix décernés, nous mentionnerons les suivants :
- ! Géométrie: Prix F rancœur, à M. Emile Barbier.
- Mécanique : Prix extraordinaire de 6000 francs, partagé entre MM. Taurines, Germain et de Magnac; — Prix Poncelet, à M. llalphen ; — Prix Montyon, partagé entre MM. Françq et Kenouf ; — Prix Plumey, à M. Jac-quemier; — Prix Fourneyron, à M. Marcel Deprez.
- Astronomie; Prix Lalande, partagé entre MM. Bouquet de la Grye, de Bernardières, Courcelle-Seneuil, Fleuriais, fiatt, Perrotin, Bassot, Bigourdan, Gallandreau; — Prix Valz, à M. Stephan.
- Physique. Prix Lacaze, à M. Henri Becquerel. Statistique : Prix Montyon, a M. Nicolas.
- Chimie: Prix Jecker, à M. Elard; — Prix Lacaze, à M. Cailletet.
- Géologie : Grand prix des sciences physiques, à M. Fon-tannes; — 2« prix, à M. Péron.
- Botanique : Prix Barbier, à M. Chatin;—Prix Desma-zièies,à MM. Bonnier et Mangin;—Prix Bordin, à M. Cos-tan tin.
- Agriculture: Prix Morogues, à M. Duclaux.
- Anatomie et zoologie: Grand prix des sciences physiques, à M. Viallanes. — Prix Bordin, à M. Grand’Eury.
- Médecine et chirurgie: Prix Montyon, à M. le Dr Paul, à M. Roger, à M. Vallin; — Prix Bréant, à M. Fauvel ; aux membres de la Commission du choléra, MM. Strauss, Roux, Nocard et Thuillier. — Prix Godard, à M. Guel-liot. — Prix G haussier, à M. Legrand du Saulle.
- Physiologie: Prix Montyon, à M. Regnard ; r— Prix Lacaze, à M. Balbiani.
- Locomotion aérienne : à MM. Gaston Tissaudier, Duroy de Bruignac et Talin.
- Prix généraux; Prix Trémont, à M. Morin; — Prix Gegrier, à MM. Lescarbault et Brame ; — Prix Petit d'Or-moy (sciences mathématiques), à M. Darboux ; — Id. (sciences naturelles), à M. H. Filhol. —Prix Laplace, à M. Rateau. Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- La gomme arabique au Soudan. — On craint que la gomme arabique ne devienne fort chère, vu que depuis les troubles dans le Soudan, d’où nous en importons environ un demi-million de kilogr. chaque année, ce produit a cessé d’arriver sur nos marches, et les provisions chez les marchands s’épuisent, dit-on, très rapidement. Quand on pense aux nombreux usages delà gomme arabique, dans la fabrication de l’encre à écrire, dansl’im-pression sur tissus, dans la fabrication des enveloppes et des timbre-poste, etc., ainsi qu’en photographie et dans mille autres usages domestiques, on conçoit que c’est une question assez sérieuse. It est vrai que l’on peut obtenir une sorte de gomine artificielle ; mais elle est assez chère et ne répond pas complètement à tous les besoins.
- La photographie en ballon. — La photographie en billion pour l’usage militaire a été le sujet dernièrement de quelques expériences intéressantes de la part de M. le major Eleslade. Get officier a fait lancer à Ghatham des ballons captifs munis de chambres photographiques automatiques. Dès que le ballon atteint une certaine hauteur, la lentille se met à jouer et la plaque est impressionnée. Les expériences, dit le correspondant anglais du Moniteur de la Photographie, ont réussi parfaitement, à ce qu’on m’assure, et dans une des petites épreuves obtenues de celte façon, on a pu se faire une idée assez juste du nombre de soldats placés à une assez grande distance, en comptant, à l’aide d’une lentille grossissante, les petits poinis blancs représentant les casques de l’iufauterie.
- Phosphorescence du diamant. — Une occasion heureuse et exceptionneüe vient de permettre de confirmer par une expérience concluante la théorie de la phosphorescence du diamant. On sait en effet que celle précieuse pierre jouit de Ja propriété, qui n’appartient qu’à un petit nombre de corps, d’émeitre dans l’obscurité une lueur sui generis, après avoir été exposée au soleil ou à la lumière électrique, ou après avoir subi l’influence du frottement ou l’actiun de la chaleur. Mais ce lait, qui n’a d’ailleurs d’intérêt qu’au point de vue purement scientifique, n’avait pu jusqu’à ce jour être constaté que d’une manière insuffisante, par suite de la très petite dimension des diamants qui peuvent être, dans les laboratoires ou dans les musées géologiques, à la disposition dés chimistes
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- ou des professeurs. Tous les gros diamants ont en effet une valeur trop considérable pour appartenir à des particuliers; ils sont tous, tels que le Koh-i-noor, le Régent, le Grand Mongol, le Sancy, etc., conservés dans des trésors royaux dont ils forment les plus riches éléments. C’est donc tout à fait exceptionnellement qu’un diamant de dimensions extraordinaires a pu ces jours-ci, être soumis à d’intéressantes expérimentations, grâce à la complaisance de son heureux propriétaire, M. J. Picard, qui dirige h Paris l’une des plus importantes maisons d’importation de diamant.
- Cette magnifique pierre, qui ne pèse pas moins de 92 carats, peut être considérée comme une des plus belles qui existent en dehors des joyaux royaux ou nationaux : d’une eau absolument pure, ce diamant présente même, sur la plupart de ses illustres frères, le mérite d’une taille merveilleuse sans aucun défaut et parfaitement géométrique, à 64 facettes. Ce brillant est estimé 300 000 francs. C’était donc une bonne fortune pour un expérimentateur que de pouvoir confirmer la théorie de la phosphorescence avec un tel échantillon.
- 11 résulte des observations faites dans ces circonstances: l°que, exposé pendant une heure aux rayons du soleil, le diamant a conservé dans une chambre obscure pendant plus de vingt minutes une lueur telle qu’on pouvait distinguer dans son voisinage le papier blanc reflétant l’éclat de ses rayons; 2° que le même phénomène s’est présenté, quoique, avec un peu moins d’intensité, après avoir soumis le diamant à la lumière d’une puissante lampe à arc voltaïque ; 3° qu’enfin, après avoir subi pendant quelques instants l’action du frottement d’une flanelle dure, le diamant a également présenté une phosphorescence très apparente.
- LE GORILLE
- DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE
- Le Muséum d’Histoire naturelle a fait, au commencement de l’hiver, l’acquisition d’un jeune Gorille mâle récemment importé du Gabon. C’est
- la première fois qu’un représentant de cette grande espèce de Singe anthropomorphe arrive vivant en France. Son étude présente un grand intérêt au point de vue zoologique aussi bien qu’au point de vue du développement des facultés intellectuelles.
- Ce Gorille est âgé d’environ trois ans ; il a déjà toutes ses dents de lait, et ses canines, longues et pointues, dépassent notablement les molaires. Son caractère est très différent de celui du Chimpanzé et de l’Orang-Outan : autant ces derniers sont, à l’état de captivité, doux et sociables, autant le Gorille est sauvage, morose et brutal. Jamais il
- n’a donné à son gar-! dien la moindre * - . marque d’affection;
- il ne se laisse toucher qu’avec la plus grande répugnance et, généralement, il répond aux caresses par des morsures. 11 ne prend pas part aux jeux des autres Singes; c’est à peine s’il les tolère à côté de lui. 11 est peu actif et se tient généralement accroupi dans un coin de sa cage ou assis sur une branche, le dos appuyé au mur, ne se déplaçant guère que pour aller à la recherche de ses aliments. 11 se sert cependant avec adresse de ses mains, qui sont, extrêmement vigoureuses. Scs lèvres sont moins mobiles que celles du Chimpanzé, surtout la lèvre inférieure, qu’il n’étend jamais en forme de cuiller lorsqu’il boit. Ses yeux extrêmement mobiles, la proéminence de ses arcades sourcilières, son nez aplati et ses narines d’une largeur démesurée lui donnent une physionomie tout à fait particulière. Son intelligence semble peu développée, et en tout cas très inférieure à celle des autres Singes anthropomorphes, même des Gibbons1. ,
- Alph. Milne-Edwards
- 1 îîotc présentée à l’Académie des Sciences. — Au moment où nous venions d’insérer la notice que l’on vient de lire, nous avons appris la mort du jeune Gorille du Jardin des Plantes.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 572. — 1 7 MAI 1884.
- LA NATURE.
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- SCIE CONTINUE À FILS MÉTALLIQUES
- La nouvelle scie dont M. Vialatte est l’inventeur, a pour objet le débitage et le travail des pierres de toute nature, telles que calcaires, marbres et granits.
- Son principe est basé sur l’emploi d’une corde métallique sans fin, composée d’un ou plusieurs fils d’acier doux, tordus en cordelettes et animés d’un mouvement continu dans le même sens, entraînant du sable quartzeux ou du grès.
- Ces dernières matières seules agissent pour le travail du sciage* le fil métallique ne sert que pour l’entraînement continuel des grains de sable, qui
- par leur frottement usent les surfaces sur lesquelles ils sont entraînés.
- Le sable est mélangé d’eau pour faciliter son écoulement au fond de la rainure produite par le travail et pour empêcher réchauffement.
- Le dessin que nous donnons d’un de ces appareils représente le type employé pour les chantiers et les carrières. Le système est facilement démontable ; par conséquent il se transporte sans aucun embarras d’un endroit à un autre.
- L’appareil se compose d’abord de deux bâtis indépendants placés en face l’un de l’autre, supportant les deux poulies à gorge sur lesquelles circule le câble et une troisième servant de ten-
- Nouvolle scie continue à lil métallique pour débiterjes pierres.
- deur ; celle-ci agit simplement par son propre poids.
- Ces bâtis peuvent être éloignés l’un de l’autre suivant la longueur du câble, leur distance n’inllue en rien sur le travail, cependant il n’est pas inutile de faire remarquer qu’un câble plus long s’usera évidemment moins vite qu’un autre câble de même nature et de longueur moindre.
- De chaque côté de la pierre se trouvent deux autres bâtis dans lesquels se trouvent fixés deux guide-fil, placés l’un à l’entrée, l’autre à la sortie du câble ; ces appareils ont pour but de maintenir le fil rigoureusement droit, d’isoler la pierre des vibrations du moteur qui actionne la scie et par suite d’obtenir un sciage parfaitement régulier.
- 42e année. — 4or semestre.
- Les guide-lil sont composés chacun d’une petite poulie à gorge, montée sur un patin placé entre deux montants ; un contrepoids les fait exercer sur le câble une pression voulue et les fait descendre au fur et à mesure de l’avancement du travail.
- Un avantage considérable de la disposition du montage de cette scie est de permettre de débiter les roches en carrière, en pratiquant des traits de scie dans le banc de pierre même.
- Pour obtenir ce résultat on perce des avant-trous dans lesquels descendent les guide-fil.
- Le débit de ce système de scie à câble est, par rapport au travail de la lame ordinaire, d’un rendement de quatre fois supérieur environ.
- La disposition à une seule corde métallique pcr-
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- LA NATURE.
- met de marcher à bras ou au moteur. A plusieurs cordes pour débiter quelques plateaux à la fois, il est nécessaire d’avoir recours à une machine motrice quelconque.
- Nous avons récemment vu fonctionner la scie à lil continu de M. Yialatte; elle nous a paru donner d’excellents résultats, et son mécanisme nous a semblé être caractérisé par cette simplicité qui est le propre des appareils véritablement pratiques. Comme on le disait autour de nous : c’est le lil à couper le beurre, employé à scier les pierres.
- G. T.
- CURIOSITÉS PHYSIOLOGIQUES
- les cour» eu ns1
- La physiologie du coureur. — La course est un exercice extrêmement violent, mais c’est incontestablement le mieux approprié à la nature humaine, en ce sens que c’est celui dans lequel l’homme peut donner le,maximum de travail, produire le plus grand nombre de kilogrammètres dans un temps donné, avec le minimum de fatigue.
- Du reste chez l’homme sauvage ou à l’état de demi-civilisation, la course et la marche jouent un rôle tellement considérable dans la lutte pour l’existence et cela dans la poursuite du gibier, l’attaque d’un ennemi, la fuite d’un danger, qu’en vertu de ce grand principe physiologique d’après lequel les organes s’appropriant à la fonction, les organes de la locomotion devaient acquérir une importance prépondérante dans le corps humain. Ceux que nous possédons actuellement ne sont donc, en somme, que le résultat du mode d’existence de milliers de générations antérieures.
- L’anatomie des organes de la locomotion peut se résumer ainsi :
- Les deux os illiaques, dont la réunion constitue le bassin, qui est la charpente osseuse de la partie inférieure du tronc du corps humain, reçoivent dans deux cavités profondes la tête des fémurs, les os de la cuisse. Ces têtes qui sont maintenues très solidement dans leurs cavités par de forts ligaments et par la pression atmosphérique, peuvent tourner librement dans tous les sens.
- Le fémur rencontre, à son extrémité inférieure, le tibia, l’os de la jambe avec lequel il forme l’articulation du genou, à l’aide d’un troisième os, la rotule.
- Le tibia est accompagné du péroné et ces deux os s’articulent avec les os du pied. Le pied comprend une trentaine d’os reliés entre eux par des ligaments, et séparés par des surfaces articulaires très nombreuses.
- Cet ensemble osseux qui constitue le squelettè des membres inférieurs est recouvert de muscles d’une grande puissance que l’on divise en extenseurs et en iléchisseurs suivant leur mode d’action sur les articulations; ces muscles s’insèrent sur les os soit
- 1 Suite. Voy. n® 564 du 22 mars 1884, p. 259.
- directement soit par l’intermédiaire de tendons, d’une résistance considérable. On peut dire que la structure des organes de la locomotion de l’homme résout ce difficile problème de réunir avec le minimum de poids, le maximum de force, de mobilité et d’élasticité.
- Cette élasticité qui joue dans la marche et la course un rôle capital, en préservant les organes internes, des réactions brusques et des chocs violents, mérite une attention spéciale. Elle est obtenue par des moyens variés : d’abord par les nombreuses surfaces articulaires du pied et par celles du genou, constituées par du cartilage constamment humecté d’un liquide huileux, la synovie, surfaces qui forment comme autant de bandes élastiques dans lesquelles viennent s’amortir les chocs; l’élasticité est due encore aux ligaments qui relient ces articulations, puis à de véritables coussins graisseux qui se trouvent sous le pied, notamment au talon, et enfin à ce fait que dans les exercices susceptibles de donner des chocs violents comme le saut et la course, la rencontre du sol n’a pas lieu dans le sens des os longs, tibia ou fémur qui transmettraient la réaction aux organes internes, mais cette rencontre a lieu quand le tronc, la cuisse, la jambe et le pied forment une série de lignes brisées dont les angles sont formés par les articulations ; or les ligaments externes de ces articulations agissent dans ce cas comme de véritables ressorts et contribuent pour une forte part à l’amortissement du choc. Plusieurs faits montrent l’importance de cette élasticité.
- Les enfants qui s’amusent sur des petites échasses reçoivent à chaque pas une secousse qui est d’autant plus forte qu’ils se hâtent davantage, et cela ne provient que du non-fonctionnement des articulations du pied. Les malheureux amputés qui ont une ou deux jambes de bois, souffrent beaucoup du choc qu'ils reçoivent en marchant. On sait enfin qu’un sauteur peut se laisser tomber de plusieurs mètres sans inconvénient s’il touche le sol sur la pointe des pieds, les jambes pliées, tandis qu’il est exposé à se briser les membres, à se luxer la hanche ou à se tuer par suite de lésions internes en sautant de la hauteur d’une chaise, s’il tombe sur les talons les jambes raides.
- La plupart des gens se préoccupent peu de savoir comment elles marchent et se contentent de marcher, c’est cependant un côté très intéressant de la physiologie qui a donné lieu à d’importants travaux, en tête desquels se placent ceux de M. Marey. Si l’on veut bien se reporter aux gravures faites d’après les photographies instantanées du savant professeur, parues précédemment dans La Nature1, on pourra facilement se rendre compte du mécanisme de la marche et de la course.
- Ce mécanisme peut se résumer ainsi : au départ la partie supérieure du corps s’incline et fait avec la verticale un angle qui est de 7° environ dans la
- 1 Voy. n° 539 du 29 septembre 4883, p. 275.
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- marche et atteint 22° dans la course. Un des membres inférieurs se porte alors immédiatement en avant pour empêcher la chute. Ce membre s’appuie d’abord sur le talon, puis à mesure que le corps passe au-dessus de lui en pivotant sur l’articulation de la hanche, il porte sur la plante du pied, sur la partie moyenne, le tarse, et sur la partie antérieure, le métatarse ; alors les muscles de la jambe et de la cuisse se raidissent pour pousser le corps et lui conserver son impulsion. Puis le membre est ramené en avant par son propre poids comme le serait un pendule, et par l’élasticité des muscles et une très faible contraction musculaire, en somme avec un effort très minime relativement au poids de la partie déplacée chaque membre inférieur pesant chez un homme moyen de 15 à 20 kilogrammes.
- Dans la course, les membres sont plus lléchis, les efforts produisant l’impulsion sont plus violents et par suite les efforts musculaires plus énergiques; il en résulte que la fatigue arrive beaucoup plus rapidement.
- Les bras jouent un grand rôle dans la marche et dans la course : ils servent de balanciers et accompagnent de leurs oscillations les mouvements des membres inférieurs. Leur importance est telle qu’un coureur auquel on aurait attaché les bras ne serait plus sûr de lui-même, ne tiendrait plus en équilibre qu’avec difficulté et comme résultat ne pourrait atteindre qu’une vitesse bien inférieure à celle qu’il aurait eu sans cela.
- Cette grande activité musculaire nécessitée par la course a une conséquence indirecte qui joue un rôle capital dans la physiologie du coureur.
- L’épuisement de celui-ci arrive le plus souvent non par la fatigue des muscles mais par l’insuffisance de la respiration.
- Le muscle qui travaille consomme de sa substance; il respire, son carbone est brûlé et le produit de son travail, l’acide carbonique, est dissous dans le sang, entraîné dans la circulation et de là dans les poumons où il est exhalé. Depuis les recherches de Lavoisier et de Séguin, tous les travaux des physiologistes ont été unanimes à constater que l’exhalation de l’acide carbonique est beaucoup plus considérable pendant l’exercice que pendant le repos. Smith, notamment, a constaté qu’un homme adulte produisait par minute les quantités suivantes d’acide
- carbonique :
- En dormant................... 0,32
- Assis........................ 0,65
- Marchant . . . ............ 1,15
- Marchant vite............... 1,65
- Dans un exercice violent comme la course, le sang se charge d’une grande quantité d’acide carbonique, la circulation est très rapide, les poumons pour pouvoir suffire à revivifier la quantité de sang qui leur arrive, précipitent leurs mouvements, si leur capacité ne suffit pas il y à d’abord essoufle-ment, puis suffocation, et l’asphyxie peut survenir.
- C’est là la cause de la mort d’un grand nombre de coureurs, depuis celle du soldat de Marathon, de Ladas de Lacédémone, du vainqueur de l’équipage du duc de Malborough, dont nous avons parlé, jusqu’à celle du jeune Fribourgeois qui venant en courant annoncer la victoire de Morat à laquelle il avait contribué, ne peut que crier victoire! et tomba mort sur la place de Fribourg, là où se trouve le magnifique tilleul qui provient de la plantation d’une branche que l’enfant tenait à la main.
- Il est donc nécessaire que la capacité des poumons soit en rapport avec l’exercice qu’on demande à l’appareil musculaire, il en résulte que dans l’entraînement des coureurs le développement des poumons tient une place aussi grande que le développement des muscles.
- M. Marey a fait sur ce sujet à l’école de gymnastique de Vineennes, des expériences extrêmement curieuses qui présentent en outre ce caractère de précision particulier à tous les travaux du savant physiologiste. Nous parlerons prochainement des intéressants résultats obtenus. G. Kerlus.
- — A suivre. —
- NOUVELLE ILE VOLCANIQUE
- DANS LALASKA
- Les journaux politiques ont dernièrement donné la nouvelle de l’apparition d’une île volcanique dans le groupe des Aléoutiennes. Nous croyons que nos lecteurs liront avec intérêt le résumé d’un travail qui a été récemment publié à ce sujet en Amérique par M. IL Dali. Ce savant géologue a exploré lui-même toute la région, et les notes qu’il a publiées sont absolument dignes de foi. C’est à elles que nous allons avoir recours.
- L’île la plus intéressante du groupe est l’île Bogosloff, mais par sa situation exceptionnelle elle est moins connue que les autres îles de même origine. Cette île est cependant un des rares exemples d’une terre qui, dans les temps modernes, se soit formée en pleine mer d’une façon soudaine et violente. Elle se trouve par 53°,58' de latitude nord et 168° de longitude ouest, à environ 67 kilomètres à l’ouest de la pointe nord de l’île Ounalaska.
- Elle est formée d’une arête tranchante et dentelée en un grand nombre de pointes inaccessibles ; elle est très étroite et se termine à l’avant par un angle très aigu. (Voy. la carte ci contre.) Sa hauteur est de deux cent cinquante mètres. On n’y voit ni cratère, ni apparence de cratère. La forme générale est un ovale assez régulier dont le grand axe est dirigé du nord-ouest quart ouest au sud-est quart est, avec une longueur de douze cents mètres. Le rivage est très abrupt, mais par un temps favorable il est possible d’atterrir à la pointe sud - est. A travers une forte lunette, à la distance de six kilomètres, File parait d’un gris rosé, sans végétation et sans eau, mais couverte de myriades d’oiseaux.
- A moins de huit cents mètres au nord-ouest se
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- dresse verticalement une sorte de pilier carre, de cinquante mètres de haut, désigné sur les cartes actuelles sous le nom de « Ship Rock ». Un énorme rocher émergeant à peine de l’eau se voit à la même distance au nord-est. Au nord, à l’est et au sud, et surtout à l'est-sud-est, des brisants aigus s’étendent à plus d’un kilomètre de la côte.
- Au printemps, des indigènes d’Ounalaska vont chasser les oiseaux qui peuplent les cavernes de l’île, mais en 1875 plusieurs années s’étaient écoulées sans qu’il eut été possible d’aborder. Les premières données sur l’îîe datent de 1768. Cook l’a visitée en 1778 et Langsdorff en 1804.
- Ên 1795, les habitants des îles voisines remarquèrent autour du « Ship Rock » une sorte de brouillard persistant même quand l’atmosphère environnante était pure. Au printemps de 1796, un naturel plus courageux que les autres se hasarda à visiter les lieux et s’en revint terrifié, racontant que la mer était en ébullition autour du rocher et que le brouillard était dù à la vapeur se dégageant de l’eau. En même temps une grande activité se manifestait dans les cratères voisins.
- En mai 1796, d’après un agent de la Compagnie russe, nommé Krikoaff, un brouillard très épais, enveloppa l’île d’Oumnak pendant plusieurs jours, et en même temps se firent entendre d’une manière continuelle des grondements souterrains analogues au bruit du tonnerre. Quand l’air se fut éclairci, on aperçut entre Ounalaska et Oumnak, au nord de cette dernière île, une flamme accompagnée de fumée qui semblait se dresser au-dessus de la mer. Cette flamme fut suivie de l’éruption d’une masse blanche arrondie qui se dressa au-dessus des flots. Pendant la nuit cette masse incandescente éclairait distinctement les objets à seize kilomètres au loin. Un tremblement de terre suivi de grondements épouvantables secoua l’île d’Oumnak; au jour le phénomène diminua d’intensité. Mais pendant tout un mois la nouvelle île ne fit que s’accroître, et le feu fut remplacé par une colonne de vapeur et de fumée. En 1800 l’éruption cessa. Mais en 1804 quelques chasseurs qui visitèrent l’île, trouvèrent tout autour la mer très chaude et couverte de ponce et de fragments de lave.
- En 1806 des crevasses apparurent et l’activité vol-
- canique reprit. L’atterrissage n’était possible qu’au sud ; le sol était brûlant, et un morceau de viande mis dans une fissure du rocher était cuit en un instant.
- La seule carte que l’on possède date de 1826. La lorme indiquée est la même qu’aujourd’hui, car de 1825 à l’époque actuelle aucun travail volcanique ne s’est produit.
- De nombreuses îles parmi les Aléoutiennes ont la même origine, telles Koniugi et Kasatochi. Mais leur crête est plus crevassée qne celle de Bogosloff et leurs cratères étaient en pleine éruption, il y a quelques années à peine.
- Pendant la saison dernière, l’activité volcanique a recommencé dans cette dernière île, ainsi qu’a pu l’observer le capitaine Hague, du steamer Dora.
- Mais les cratères d’Ounalaska et d’Oumnak sont restés calmes. Au 16 octobre un brouillard très épais et d’une chaleur insupportable couvrit le pays environnant, puis tomba au bout d’une heure et demie.
- Quelques jours après, le capitaine Hague repassant à la hauteur de Pile Bogosloff constata avec surprise l’existence d’un nouvel îlot en un point où son navire avait passé précédemment. D’après ses indications, cet îlot se trouve à huit cents mètres au nord-nord-ouest de Bogosloff; il est conique, son contour est très irrégulier, son diamètre est de douze cents mètres et sa hauteur d’environ deux cent cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Des informations d’une autre source ont fait connaître qu’une éruption accompagnée de circonstances analogues s’était produite dans l’île de Chernobour près de Port-Graham. Après l'éruption, la montagne a paru coupée en deux, et une nouvelle île s’est montrée entre l’île Augustin et la pleine terre. Vers le même temps, deux cratères de la péninsule que l’on croyait éteints sont entrés en pleine activité.
- Cette dernière île a plus de 70 mètres de haut et 2 kilomètres d’étendue. Quelques jours avant le phénomène qui lui a donné naissance, tous les poissons avaient déserté la baie de Port-Graham.
- Il serait à désirer qu’une expédition spéciale fût envoyée dans ces régions, pour étudier d’une manière précise ces manifestations de l’énergie volcanique qui depuis quelque temps semble agiter toute la terre. H. Vila.
- 1 . AUoutan
- NORD.
- Longitude, t jo°20g"O de Ibris Les Sonder soni exprimées en,Mètres.
- Mitres. 31
- Carlo de l’île de Bogoslolï.
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- MÉTHODE PRATIQUE
- POUR APPRÉCIER LES DISTANCES
- Tracez sur une carte une ou plusieurs silhouettes d'hommes debout ou à genou : les silhouettes debout,
- | ayant 25 millimètres de hauteur, celles à genou, ! 16 millimètres. Si vous êtes artiste et si vous en | avez les moyens à votre disposition, au lieu de les noircir simplement, recouvrez-Ies, sur les deux faces, des couleurs particulières aux divers uniformes de l’ennemi, et surtout ne délayez pas trop
- votre peinture; découpez-les avec soin en laissant sous leurs pieds une bande de papier assez large pour que l’on puisse tenir la petite image entre le pouce et l’index, sans couvrir les silhouettes ; voilà votre instrument, représenté ci-contre en vraie grandeur (fig. 2) ; il reste plus qu’à s’en servir.
- A 200 mètres de vous, faites placer un ou plusieurs hommes ; au point où vous vous trouvez, confiez à un aide le soin de maintenir votre instrument, comme il a été dit, à une hauteur que vous lui indiquerez; portez-vous exactement à une distance de 4 pas de 0m,75 de vos silhouettes, et voyez si leur aspect général, comme taille et corpulence, correspond à ceux des hommes placés à 200 mè-
- tres. S’il y a ressemblance parfaite, vous êtes en possession du plus simple et du plus portatif de tous les télémètres, sinon tout est à recommencer. Vous pouvez renouveler l’opération en plaçant vos hommes à 300 mètres, et en prenant 6 pas au lieu de 4 (fig. 1).
- Supposons que vous ayez réussi à souhait dans la construction de votre appareil, la manière dont vous l’utiliserez, dans l’appréciation d’une distance 1 quelconque, se comprend d’elle-même. Vous faites tenir à la main par un aide l’instrument dans la direction de la troupe qui sert d’objectif, vous vous portez en arrière en regardant à la fois les silhouettes et l’objectif, vous arrêtant lorsque les figurines et les hommes observés présentent le même aspect et
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- LA NATURE
- semblent foire partie du même groupe. Revenant alors vers votre aide vous comptez le nombre de pas qui séparaient votre œil de sa main, vous multipliez ce nombre par 50, le produit vous donnera en mètres la distance cherchée.
- Malgré l’étonnante simplicité de l’instrument, il est facile de contrôler l’exactitude du principe sur lequel il repose, par le raisonnement d’abord, ensuite par l’expérience.
- Dans les triangles semblables ABC, DEC (fig. 3), on a la relation
- ,11
- [a) x=lj\
- H et h étant constants, / seul devra varier avec x, c’est-à-dire avec la distance.
- La disposition adoptée permet, en éloignant l’instrument de l’œil, de diminuer la difficulté qu’éprouve ce dernier à apercevoir simultanément l’objectif et l’image; elle atténue en outre l’effet du tremblement de la main qui tient l’appareil, trem-
- A
- V--' G
- blement qui rend toute observation impossible dans une stadia ordinaire placée à O1'1,60 de l’œil.
- Quelle est la valeur du rapport ^ ? Dans la plu-
- part des télémètres à base proportionnelle, la distance cherchée est 50 fois plus grande que la hase. Ce rapport serait fort convenable, car il ne nécessiterait qu’une base de 20 mètres pour une distance d’un kilomètre. Cependant, l’observateur ne pouvant guère mesurer la base qu’au pas, pour rendre l’opération plus rapide et éviter la conversion des mesures au pas en mesures au mètre, il nous a semblé préférable de prendre le pas moyen de 0m,75 comme unité, et de modifier la formule de manière à obtenir immédiatement la distance en mètres.
- En remplaçant, dans la formule (a), / par
- wX0,75, et en faisant0,75 = 50, H étant h
- égal à 1,665, on aura pour valeur de h, 0m,249.
- Si, cependant, on tenait à une plus grande précision dans les résultats, on pourrait conserver le mètre comme unité de mesure pour la base, en donnant aux silhouettes une hauteur de 53 millimètres, et en faisant usage d’une ficelle d’une longueur de 50 mètres environ, portant un nœud de mètre en mètre. Mais on comprend aisément que,
- quoique plus exact, ce dernier procédé est beaucoup moins pratique.
- Examinons maintenant les causes d’erreur ainsi que leurs limites.
- La hauteur du fantassin prise comme base varie entre lm,45 et 1 m,80 ; la hauteur moyenne généralement admise étant de lm,665, en se basant sur cette hauteur moyenne et en opérant sur des tailles extrêmes, on commettrait une erreur de 1/13 environ en plus ou en moins de la distance cherchée. Mais si, outre la hauteur, on considère, et c’est le cas ici, la largeur de plusieurs hommes, on voit qu’en général cette dimension varie dans un moindre rapport, et qu’on ne saurait assigner à l’erreur une valeur de plus de 1/14. Cet écart pourrait d’ailleurs être sensiblement réduit, au moyen d’opérations répétées sur différents sujets.
- Une autre cause d’erreur provient encore de la manière de faire le pas, qui peut varier de 0m,70 à 01",80 au plus, quand on y prête quelque attention, soit de 0m,05 en moins ou en plus que le pas normal ; mais l’erreur commise dans ce cas ne représenterait que 1/55 en plus ou en moins de la distance cherchée, ce qui est tout à fait négligeable quand il s’agit de régler un tir de combat. Au pis aller, les deux erreurs s’ajoutant ne donneront jamais qu’un écart de 1/10 sur la distance réelle, et l’on peut admettre qu’une telle approximation est suffisamment exacte, si l’on songe surtout aux erreurs grossières qu’on commettrait dans l'estimation à vue, aux écarts en portée si considérables dans les feux les mieux réglés, enfin à l’influence de l’état particulièrement aux grandes distances.
- Ajoutons qu’avec cet instrument il n’est pas nécessaire de voir entièrement l’objectif et qu’on a pu opérer sur des hommes à moitié cachés, voire même sur des cavaliers, en observant seulement la partie supérieure du corps.
- Par un temps clair, on peut facilement appliquer ce procédé jusqu’à 1000 mètres et même au delà; mais, si l’on a une jumelle à sa disposition, il est préférable de s’en servir pour de très grandes distances. Dans tous les cas, il est bon d’éclairer autant que possible l’image de la même manière que les hommes observés, si, par exemple, ces derniers se trouvaient dans l’ombre et que l’instrument fût trop vivement éclairé, il faudrait avec la main ou la coiffure intercepter les rayons solaires qui viendraient les frapper.
- 11 résulte d’exercices exécutés au fort Cagnelot, sur le plateau de Langres, que, sur 50 appréciations, une seule peut être considérée comme insuffisante, l’erreur étant de 1/8 en moins de la distance. Toutes les autres ne comportent qu’un écart bien inférieur à celui qui avait été fixé comme limite, et, si l'on cherche la moyenne de ces écarts on voit qu’elle n’est que de 1/22 environ.
- En résumé, le petit instrument que nous venons de décrire n’a aucunement la prétention de remplacer les excellents télémètres dont sont pourvus
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- les corps d’infanterie ; mais il offre un moyen sûr et commode pour apprécier des distances, et nous estimons, en outre, que son emploi fréquent familiarisera rapidement l'observateur avec l’estimation des distances à vue simple, qui, ne l’oublions pas, sera toujours le procédé le plus réellement pratique sur le champ de bataille’. X...,
- Lieutenant au 21' de ligne.
- EXPLORATIONS SOUS-MARINES
- VOYAGE DU « TALISMAN ))
- (Suite et fin. — Voy. p. 119, 134, 147, 161, 182, 198, 230,
- 278 et 326.)
- Indépendamment des Pentacrinus Wyville-Tkom-soni d’autres genres de crinoïdes fixes, des Bathycri-nus et des Democrinus ont été dragués par Le Talisman. Ces dernières formes animales, caractérisées par la structure de la partie supérieure de leur tige, élargie en quelque sorte en entonnoir, sont remarquables par leur extrême gracilité. Elles rentrent dans une section spéciale, celle des Apiocrinidæ. Les animaux de ce groupe ont été très abondants durant la période jurassique (Apiocrimis, Milleri-crinus), et l’on retrouve quelques-uns de leurs genres au milieu des dépôts du crétacé (Bourgueti-crinus). Actuellement ils paraissent être assez rares. Nous n’avons recueilli qu’un petit nombre d’exemplaires, malheureusement mutilés, du Democrinus Parfaiti et du Batkycrinus gracilis. Le premier de ces crinoïdes est nouveau, quant au second on n’en connaissait qu’un exemplaire à peu près complet et une tige isolée ramassée par le Porcupine à 2435 brasses, à l’entrée de la baie de Biscaye, au sud du cap Clear. Les Pentacrinus, les Democrinus, les Batkycrinus, vivent à des profondeurs fort différentes. L’habitat des Pentacrinus est aux environs de 1500 mètres, celui des Democrinus à 2000 mètres, celui des Batkycrinus beaucoup plus étendu s’observe entre 2000 et 5000 mètres.
- En 1827, Thompson découvrit fixé sur les Comatu-les, crinoïdes libres, n’ayant pas de tige servant à les rattacher au sol, un Pentacrine de petite taille, qu’il décrivit sous le nom de Pentacrinus Europæus. Cet animal semblait posséder, par tous les détails de sa structure, par son pédoncule flexible, par ses bras en verticille, ses cirrhes préhensiles les caractères des Encrines fossiles et des Pentaerines vivant actuellement.
- Dix ans plus tard, le même savant naturaliste, en examinant de nouveau ses petites Encrines, fut très étonné de les voir brusquement quitter leur tige et se mettre à nager à l’aide de leurs bras durant quelque temps, puis se reposer en se fixant au moyen de leurs cirrhes. En continuant à les étudier, il vit les bras primitivement bifurqués à leur sommet revêtir peu à peu tous les caractères des bras des Comatules, et il fut ainsi progressivement amené à
- 1 Bulletin de la Réunion des Officiers.
- reconnaître que le Pentacrine d’Europe n’était qu’une jeune Comatule.
- Les Comatules, qui présentent ainsi, durant la première partie de leur existence, tous les caractères propres aux crinoïdes fixes, sont abondants en certains points de nos côtes où on les trouve, suivant leurs âges, gracieusement accrochées parmi des varechs ou abritées sous les galets accumulés sur des récifs. Plusieurs de leurs formes descendent à d’assez grandes profondeurs et nous avons constaté que l’une d’entre elles était abondante à 4200 mètres. Dans certains points nous avons vu les Comatules exister par milliers et représenter presque exclusivement la vie animale là où passait notre drague.
- L’on avait disposé, à l’Exposition de la rue Je Buffon, à la suite des Eehinodernes, les animaux appartenant au type Cœlentéré. Les Cœlentérés sont des êtres à symétrie presque toujours rayonnée, ayant une bouche à laquelle fait suite une cavité digestive centrale, dans laquelle vient déboucher un système de vaisseaux périphériques. Tout d’aBord ce sont les Acti-niaires, au corps mou dépourvu de toute formation squelettique, qui s’offrent à l’observation. Ces animaux, abondants sur nos côtes, sont généralement connus sous le nom A'Anémones de mer, et ils ont toujours attiré l’attention par l’élégance de leurs formes en même temps que par leur coloration brillante et variée. Les Actinies ont des représentants jusqu’aux plus grandes profondeurs et certaines de leurs espèces, recueillies sur des fonds de 4 à 5000 mètres, possédaient un coloris aussi admirable que celui des espèces côtières. Parmi les formes nouvelles, je signalerai plus spécialement, les Sar-gatia abyssorum e,t Antonii remontées de 4465 mètres et un Chitonacoletis de très grande taille pris à 4010 mètres.
- Les Madréporaires, que l’on pourrait considérer comme des Actinaires, vivant tantôt libres, tantôt groupés en colonies, possèdent une formation squelettique en carbonate de chaux. Ils se présentent dans certains cas en abondance jusqu’à une profondeur de 2500 mètres. Les Madrépores branckus couvrent généralement de grands espaces, et souvent les filets de nos chaluts traînés sur des fonds habités par des Lofohelia ont été ramenés en lambeaux. Les Madrépores solitaires sont très abondants et ils vivent spécialement sur les fonds vaseux. Leurs formes variées sont d’une extrême élégance. Les uns rappellent une coupe, d’autres une corne, certains ont des formes de fleurs; et c’est toujours avec un grand intérêt que l’on s’arrête devant ces sortes de bijoux, appelés par les naturalistes, des Stepha-notrochus, des Flabellum.
- Les Alcyonaires, groupe dont le corail fait partie, sont représentés à d’assez grandes profondeurs par des formes variées. Tout d’abord aux îles du Cap Vert, nous avons pris à une centaine de mètres la même espèce de Corail qui vit dans la Méditerranée où elle donne lieu à un commerce si important,
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- Entre 500 et 600 mètres nous avons rencontré une forme d’alcyonaire, extrêmement intéressante au point de vue zoologique, appelée par M. Marion Coralliopsis Perieri. Elle rappelle beaucoup le Corallium secundum de Dana, vivant en Océanie, aux îles Fidji. Les Isis, les Mopsées (lig. 5) aux tiges élancées formées d’une série de cylindres calcaires, supportant épanouis en forme de Heurs des polypes pourvus de huit tentacules bipinnés, ont été prises jusqu’à 2500 mètres. Les Pen-natules, les Verétilles, les Umbellulaires. les Gorgones dont quelques espèces possèdent un axe corné ayant des retlets métalliques semblables à ceux de l’or peuplent de leurs formes si gracieuses les abîmes de l’Océan. La plus grande partie de celles que nous avons rapportées étaient inconnues.
- Une des parties les plus intéressantes des collections réunies durant la campagne du Talisman est certainement celle qui comprend les éponges. On se représente générale -ment ces dernières formes animales, comme possédant toujours les caractères de celles dont le squelette dû à la réunion de filaments cornés sert à nos usages domestiques. Lorsque l’on est mis en présence de ces merveilleux tissus formés d’aiguilles entrelacées d’une substance d’une blancheur éclatante, qui n’est autre que du cristal de roche, l’on ne peut échapper à une double impression, à celle de la surprise d’abord, à celle de l’admiration ensuite. Les éponges sont répandues depuis Je bord des côtes jusqu’aux plus grandes profondeurs que nous ayons explorée (5005 mètres). Seulement, tandis que celles habitant le littoral ou les faibles profondeurs, possèdent un squelette formé de fibres cornées ou de calcaire, celles qui vivent
- dans les grands fonds ont un squelette constitué par des spiculés siliceux tantôt libres, tantôt unis en réseaux. La forme de ces spiculés est très différente suivant les genres que l’on observe et c’est sur elle que l’on s’est basé pour établir des classifications. Les plus remarquables des éponges siliceuses recueillies par Le Talisman sont les Holtenia, en forme de nids d’oiseaux, présentant sur leur pourtour ou bien seulement à leur base un long chevelu de filaments de silice leur permettant de s’ancrer dans la vase, les Euplectella en forme de longs cornets treilla-gés, les Hyalonema, les Chondrochladia (fig. 5) qui plongent dans la vase une forte torsade de longs spiculés, paraissant être en verre filé. Parmi les éponges siliceuses chez lesquelles les spiculés se soudent entre eux pour former une sorte de réseau, les plus remarquables sont les Âphro-callistes, dont nous avons fait représenter un magnifique échantillon sur notre figure 5. Dans cette éponge les aiguilles de silice se confondent de manière à constituer des mailles hexagonales. Des prolongements en forme de doigts de gants, plus ou moins contournés, se détachent de la partie centiale et certains d’entre eux rencontrant des corps solides^ des roches ou des
- coraux, s’y soudent de la manière la plus intime. La portion supérieure de l’éponge (fig. 5) est fermée par un treillis très élégant formé également de silice. A mesure que la colonie s’accroît il se constitue successivement plusieurs de ces fermetures. L’intérieur des Aphro-callistes, donne asile à une foule d’animaux marins, à des annélides et surtout à une petite espèce de crustacé, à une Galathée. Notre figure 5 cherche à rendre l’aspect que possède le fond de la mer entre
- Entre ies Canaries }&ntrtltsl?duCapVert les lies du Cap Vert j les Açores.
- EntrelesA^ores R ochefort
- Tracé du fond correspondant au tracé des températures
- Fig. 1. — Explorations sous-marines du Talisman. Diagramme des observations thermométriques à différentes profondeurs.
- Fig. 2. — Prolil du fond de la mer entre les îles du Cap Vert et les Açores, entre b s Açores et la France. (Dressé par M. Alph. Milne-Edwards.)
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- Fig. 5. — t oml de l'Océan à 1200 mètres de profondeur, eu un point où il est peuplé par des Mopsées aux rameaux desquels grimpent des Galathées, et par des éponges siliceuses fixées sur des Coraux (Aphrocnllistes) ou anerées dans la vase (Condrochladia).
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- 1200 et 1500 mitres là où les Aphrocallistes Boc-cagei vivent en quantité.
- 1 Les derniers êtres dont j’ai à parler, les plus dégradés en organisation, les Protozoaires, peuplent le fond des mers à toutes les profondeurs. Les Fora-minifères sont si nombreux en certains points, que M. Schlumberger en a compté plus'de cent mille dans un centimètre ciibe de vase. Ils vivent au fond de l’Océan et non à la surface comme certains naturalistes le supposaient et les débris accumulés de leurs tests constitueront à la longue des couches rappelant celles de certains horizons géologiques des terrains tertiaires d’Europe.
- En 1868, durant une croisière du Porcupine, les naturalistes Carpenter et Wyville-Thompson aperçurent entre des particules du limon ramené par la drague une sorte de gelée animée de mouvements très lents. Dans son intérieur il existait des corpuscules calcaires de formes particulières, dans lesquels certains naturalistes voulaient voir des produits de la substance sarcodique elle-même, d’autres des débris d’algues calcaires. Cette sorte de gelée vivante rencontrée sur de vastes étendues au fond de l’Atlantique fut nommée, par Huxley, Bathybius Hœckeli. Cette découverte causa une profonde sensation et l’on se demanda si ce limon vivant ne subissait pas à certains moments des évolutions et s’il ne donnait pas alors naissance à des êtres nouveaux. Quelques naturalistes soutenaient cette manière de voir, lorsque l’expédition accomplie par le Challenger vint nous renseigner d’une manière définitive à ce sujet. Wyville-Thompson ne put retrouver le Bathybius et l’on reconnut que l’on avait été trompé par une réaction chimique. La prétendue monère n’était autre chose qu’un simple précipité gélatineux de sulfate de chaux, comme il s’en forme lorsque l’on verse de l’alcool concentré dans de l’eau de mer. Le mode de préservation du limon avait créé le Bathybius.
- Durant les campagnes du Travailleur et du Talisman et durant le cours de ses patientes recherches dans le golfe de Gascogne, M. de Folin a cru avoir rencontré un glaire vivant ayant les caractères que devait posséder le Bathybius; il lui a donné le nom de Bathybiopsis simplicissimus. Voici comment il s’exprime à l’égard de ses transformations : « Nous l’apercevons progressant peu à peu en passant d’un genre à un autre pour arriver à une situation telle qu’elle permet d’opérer sa soudure avec la catégorie qui doit succéder à ce premier groupe. Ces progrès résultent d’une faculté qui devient presque immédiatement après le début, le propre de l’ordre. Elle consiste dans la production d’une sécrétion dont nous voyons l’efficacité devenir de plus en plus utilisée, en même temps que les résultats qui lui sont dus se perfectionnent, car grâce à son secours, l’animal le plus faible et le plus misérable de tous, le Bathybiopsis parvient d’abord à acquérir plus de consistance, plus de force, puis finit par s’abriter en se créant des
- demeures. Elles sont d’abord composées d’éléments étrangers, qu’il sait réunir, mais ce système est abandonné quand la sécrétion est devenue suffisamment puissante pour être employée presque exclusivement à la formation d’un véritable test, celui que l’on trouve chez les Foraminifères vitreux et porcellanés ».
- Ici s’arrête l’exposé général des résultats zoologiques acquis à la suite de la campagne du Talisman. J’ai pensé qu’il serait intéressant de connaître le résultat de nos recherches sur la température dans les grandes profondeurs et j’ai dressé deux courbes (fig. 1) l’une correspondant aux indications du thermomètre, l’autre correspondant aux profondeurs. On remarquera en les examinant qu’elles ne concordent pas toujours. Ainsi la température la plus basse que nous ayons eonstatée a été rencontrée à 3432 mètres alors qu’elle était un peu supérieure à six mille et cinq mille mètres. On peut juger par cet exemple de l’importance des courants profonds et du grand rôle qu’ils doivent remplir au point de vue de la distribution de la vie dans les Océans. .
- Une autre courbe (fig. 2) dressée par M. À Milne-Edwards, permet de se rendre compte du profil du fond de la mer entre les îles du Cap Vert et les Açores d’une part, et d’autre part entre ces îles et la France. Le relief que nous avons constaté diffère considérablement de celui indiqué (ligne ponctuée) sur les cartes allemandes publiées récemment.
- Comme on le voit par l’exposé que j’en ai tracé, les explorations sous-marines entreprises durant ces dernières années par les soins du gouvernement français ont produit des résultats nombreux et d’une grande importance. Il faut espérer qu’on ne s’arrêtera pas en si bon chemin, et que lorsque les matériaux, qui viennent d’être recueillis, auront été décrits, de nouvelles expéditions viendront accroître nos connaissances sur la nature et la répartition de la vie au fond des mers. H. Filiiol,
- Membre de la Commission des dragages sous-marins.
- NÉCROLOGIE
- Alphonse Lavallée. — Dans une de nos dernières livraisons (n° 570 du 3 mai 1884, p. 367), nous avions l’occasion de rappeler les noms des fondateurs de l’École centrale, et nous citions parmi eux Alphonse Lavallée. Le fils de ce dernier, M. Alphonse-Martin Lavallée, l’éminent président de la Société Nationale d’Hor-ticulture, était venu lui-même nous remercier des paroles d’éloge que nous avions ajouté à son égard ; aussi n’est-ce pas sans une véritable stupeur, que peu de jours après, nous apprenions la nouvelle de sa mort. Alphonse Lavallée a été frappé subitement dans son beau domaine de Segrez, sur le théâtre même de sa gloire scientifique. Il était âgé seulement de 49 ans. Élevé à l’École centrale alors que son père en était le directeur, il résolut à l’âge de vingt ans de se consacrer à l’étude de la botanique et à la culture des végétaux ligneux appropriés à nos climats. Son père venait d’acheter le magnifique domaine \ de Segrez, et il mettait ainsi entre les mains de son fils
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- l’admirable instrument de travail dont il allait être fait J un si grand et si bel usage. La fortune n’a pas empêché M. Lavallée d’être un grand travailleur, et il est devenu l’un de nos plus savants horticulteurs et cultivateurs. L'arboretum de Segrez, dont nous avons donné la description (n° 48b du 25 septembre 1882, p. 259), est un établissement de culture, hors ligne, qui par son impor tance, et par les travaux exécutés, est comparable aux établissements nationaux du même genre. Il est cependant le fruit de l’initiative privée; il est l’œuvre de M. Alphonse Lavallée. M. Lavallée a complété ses travaux de culture par la publication d’ouvrages importants, et quelques semaines avant sa mort, il faisait paraître une remarquable monographie des Clématites. Le savant fondateur du domaine de Segrez laisse plusieurs fils qui sauront marcher sur les traces de leur père et continuer les nobles traditions de leur famille.
- Charles Bontemps. — Comme M. Alphonse Lavallée, notre regretté collaborateur et ami Ch, Bontemps a été subitement frappé de mort, le 6 mai 1884, à l’âge de 45 ans. Ancien élève de l’Ecole polytechnique, Bon-temps était entré jeune à l’Administration des Télégraphes, où il ne tarda pas à se faire remarquer par ses rares aptitudes, son intelligence d’élite et son activité. Il était inspecteur-ingénieur des télégraphes, chargé spécialement du service du réseau des tubes pneumatiques et des lignes souterraines de Paris; il s’était signalé à l’origine de l’établissement des tubes pneumatiques par des travaux très ingénieux, et d’une haute importance pratique. Sa mort est une véritable perte pour l’Administration dont il faisait partie depuis le mois de novembre 1860. Ch. Bontemps a publié de nombreux travaux dans La Nature, et dès la première année d’existence de notre publication, il y faisait connaître en détail la Télégraphie atmosphérique. Il nous donna plus tard d’excellentes notices sur les Nouveaux systèmes de télégraphie sur la Télégraphie océanique, sur les Distributions d'eau et plusieurs revues d'Électricité où il avait une grande compétence. Ch. Bontemps était un esprit très ouvert et très clairvoyant; nature affable par excellence, la franchise, la loyauté, la bonté, étaient le fond de son caractère. C’était un excellent camarade, toujours prêt à obliger ; ami sur et dévoué, il sera sincèrement pleuré de ceux qui l’ont connu et qui l’ont affectionné.
- Gaston TissANniER.
- L’ÉTALON ABSOLU DE LA LUMIÈRE
- Les illustres fondateurs du système métrique n’ont pas seulement créé un ensemble admirable de poids et mesures, ils ont jeté une base solide à laquelle sont venues se l'attacher successivement les diverses quantités physiques. Ainsi s’est formé un système général d'unités absolues; et, en tous pays, toutes les quantités scientifiquement mesurables s’expriment aujourd’hui en fonction des trois mêmes unités fondamentales ; le centimètre, le gramme et la seconde.
- Les quantités d’ordre magnétique et électrique elles-mêmes ont été soumises à la loi commune; nous avons vu récemment que la Conférence internationale des Unités électriques, réunie ces jours derniers à Paris, a terminé l’édification du système dont nous avons à diverses reprises entretenu nos lecteurs1, en décrétant que l’unité lé-
- 1 Yoy. n° 571 du 10 mai 1884, p. 379, et Table des matières des précédents volumes.
- gale de résistance sera désormais représentée par une colonne de mercure de 106 centimètres de longueur sur 1 millimètre carré de section.
- La même Conférence a fixé l’unité de lumière, et c’est à ce sujet que nous voulons spécialement insister ici. Jusqu’à présent la quantité de lumière émise par une source donnée était évaluée au moyen d’unités arbitraires : en France, c’était la lampe Carcel, en Angleterre le candie, en Allemagne la bougie. D’autres étalons ont été proposés : étalon Sclnvendler, étalon Giroud, étalon Vernon-Ilarcourt, étalon Siemens, etc. Aucune de ses lumières ne satisfait aux conditions que doit remplir un étalon prototype. Ces conditions en effet sont nombreuses : il faut que l’étalon soit constant, qu’il puisse être reproduit identique à lui-même en tous temps et en tous lieux, qu’il soit d’une grandeur convenable relativement aux quantités à mesurer, qu’il se prête enfin à une comparaison exacte avec ces quantités. La dernière condition entraîne pour l’étalon de lumière une exigence particulièrement difficile à satisfaire, celle de la couleur. L’étalon doit présenter par lui-même une teinte suffisamment blanche pour être directement comparable aux luminaires modernes, et en tous cas fournir au spectroscope toute l’échelle des teintes, de façon que la lumière d’un foyer quelconque puisse être comparée à celle de l’étalon en chacune des régions du spectre. Cette comparaison est nécessaire dans une mesure précise ; toute lumière naturelle étant formée de la superposition de différentes lumières simples, l’intensité de chacune de ces lumières simples doit être mesurée à part relativement à la lumière de même espèce de l’étalon,
- M. Violle avait proposé au Congrès international des électriciens en 1881 un étalon satisfaisant à toutes les conditions requises : c’est la lumière émise par 1 centimètre carré de platine fondu à sa température de solidification. Cette température est très élevée (1775° d’après les mesures de M. Ariolle), et par conséquent la lumière émise est plus blanche que celle d’une lampe Carcel ou d’une bougie : elle se rapproche beaucoup de celle d’une lampe à incandescence électrique. La radiation, comme la température, est absolument constante pendant toute la durée de la solidification; et elle se reproduit toujours identiquement la même, puisqu’elle dérive d’un phénomène naturel immuable en lui-même. L’éclat est le même en tous les points de la surface rayonnante, qualité précieuse qui permet d’obtenir immédiatement tel multiple de l’unité que l’on veut, en prenant une surface 2, 3,... fois plus grande.
- Quelques difficultés pratiques, concernant la production et le maniement de cette unité, avaient seules empêché la Conférence, de 1882 de la prendre immédiatement. Ces difficultés ont été heureusement surmontées par M. Violle dans une série d’expériences effectuées pendant ces dix-huit derniers mois dans les caves de l’Ecole normale; et la Conférence de 1884 a adopté définitivement son unité1.
- C’est pour la science française un succès que nous sommes heureux d’enregistrer.
- 1 Pour convertir en unités Violle les mesures exprimées en Carcels, il suffira de se rappeler que
- 1 Carcel = __ unité Violle.
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- Cette formule, comme on le voit, peut rendre des services pratiques.
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- LA NATURE.
- LE PYROMÈTRE UNIVERSEL
- DE MM. BOULIER FRÈRES
- On pourrait apprécier dans une certaine mesure les difficultés que présente un problème industriel donné, par le nombre des principes différents auquel on fait appel pour le résoudre.
- La pyrométrie, ou mesure des températures élevées, est certainement au premier rang des problèmes difficiles, car on s’est déjà servi, avec plus ou moins de succès pratique, des pyromètres à gaz et du pyromètre Wedgwood fondé/sur le retrait de l’argile.
- En 1869, M. Lamy, professeur de chimie industrielle à l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, a présenté à l’Académie des Sciences et à la Société d’Encouragement un pyromètre fondé sur les lois de la dissociation découvertes par Henri Sainte-Claire Deville.
- Nous signalerons encore le pyromètre calorimétrique fondé sur les capacités calorifiques ou chaleurs spécifiques des corps, le pyromètre électrique de Siemens fondé sur la variation de résistance électrique du platine avec la température, le pvromèlre à rayonnement de M. Tremeschini, le pyromètre à alliages fusibles de M. Ducomet, etc.
- Fig. 1.— V<ie d’ensemble du pyromètre universel de MM. Boulier frères. Application à la cuisson des porcelaines
- à la Manufacture de Sèvres.
- Signalons enfin une dernière classe de pyromètres à laquelle appartient celui dont nous voulons parler aujourd’hui et qu’on peut appeler des pyromètres à circulation.
- Une étude très intéressante publiée par le Portefeuille économique (les machines, nous apprend que le principe sur lequel est fondé le pyromètre à circulation de MM. Boulier a été breveté pour la première fois en 1879 par M. Saintignon.
- Ce principe consiste à faire circuler un courant d’eau dont on connaît le débit, dans une capsule placée dans le milieu dont on veut évaluer la température.
- L’eau s’échauffe, et de la différence des températures à l’entrée et à la sortie du milieu, on déduit la
- I température de ce milieu, à la condition que ce débit soit régulier et constant, ce qu’on obtient à l’aide d’appareils de réglage.
- En 1882, M. Amagat, professeur à la Faculté de Lyon, a fait breveter un pyromètre analogue dans , lequel l’eau circule à travers un double serpentin dans le milieu dont on veut déterminer la température.
- Le pyromètre de MM. Boulier frères est fondé sur le même principe que les deux précédents, mais il a sur eux l’avantage d’avoir été réalisé et de fonctionner depuis plusieurs mois déjà avec succès à la Manufacture de Sèvres, ainsi que chez MM. Sazerat et Blondeau, fabricants de porcelaine à Limoges.
- L’appareil de MM. Boulier se compose de trois par-
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- LA NATURE.
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- ties distinctes que la figure 1 représente réunies pendant le fonctionnement de l’appareil : l’explorateur, le réservoir et l’interrupteur. L’explorateur qui est la partie intéressante de l’appareil, est représenté en coupe longitudinale figure 2; c’est un petit cylindre E en cuivre très mince n’ayant que quelques centimètres de longueur fermé à l’une de ses extrémités. L’autre extrémité communique avec deux tubes dont l’un I est en communication avec le réservoir, et l’autre S avec un thermomètre et l’interrupteur dont nous expliquerons tout à l’heure la fonction L’eau venant du ré-
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- POYET J1 ' w
- Fig. 2. — Explorateur.
- servoir circule donc dans le petit cylindre A, s’y échauffe et vient au contact du thermomètre qui fait connaître sa température.
- Les deux tubes sont enfermés dans un long cylindre métallique qui sert de manche et de support à l’explorateur et lui permet ainsi d’atteindre toutes les parties du four. Ce cylindre de 1 mètre de long environ est garni d’une gaine non conductrice et porte à l’intérieur un second système de circulation d’eau arrivant en M et sortant en N qui maintiennent sa température constante, et voisine de la température ambiante, afin que .réchauffement de l’eau ne provienne que de l’action sur l’extrémité E et de l’explorateur, c’est-à-dire ne dépende que de la température du milieu dans lequel cet explorateur est plongé.
- Le réservoir ne mérite aucune mention spéciale; il doit être à niveau constant pour que l’écoulement soit régulier et est à cet effet muni d’un trop-plein.
- Lorsqu’on veut se servir de ce pyromètre, on met l’explorateur en communication avec le réservoir d'eau, au moyen d’un tube en caoutchouc, et, après s’être assuré que la circulation fonctionne régulièrement, on introduit l’explorateur dans le four ou le moufle, dont on veut suivre la marche; on le fixe solidement dans la porte ou tout autre partie du four. Quelques
- instants après, on peut commencer les observations.
- L’eau provenant du réservoir circule en effet dans l’appareil, s’échauffe au contact des flammes ou de l’air chaud qu’elle rencontre et accuse, au thermomètre, les variations de température qu’elle subit.
- Ces indications sont très rapides; quelques secondes suffisent pour que le thermomètre se mette en marche; elles sont très sensibles : le contact de la main sur le réfrigérant suffit, l’eau du réservoir étant à 15° environ, pour que, quelques secondes après, le thermomètre monte. Le thermomètre est gradué en vingtièmes de degré.
- Lorsque l’écoulemeut est bien réglé, la température de l’eau d’échappement ne dépasse pas 55° pour les plus hautes températures atteintes dans les fours à porcelaine, et l’on est toujours surpris, en retirant l’explorateur d’un milieu à 1200 oul500u centigrades, de constater qu’il est à peine tiède.
- La graduation de l’échelle des hautes températures peut être faite de plusieurs manières, par exemple, en plongeant le calorimètre E dans de l’air confiné au sein d’une masse d’eau bouillante, et par conséquent à 100 degrés. Si l’eau servant à l’expérience est à zéro, le degré de variation de la colonne du thermomètre représentera 100 degrés, et il suffira de graduer le surplus de l’échelle proportionnelle-
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- LA NATURE.
- ment. Il va de soi que le débit de l’eau, pour une température donnée, doit être constant et égal à celui qui a servi à faire la graduation. On obtient ce résultat en se mettant dans les mêmes conditions pour l’orifice de sortie de l’eau et pour la charge sur cet orilice, c’est-à-dire en laissant toujours la même différence de niveau entre le niveau de l’eau dans le réservoir et le niveau d’écoulement.
- L’interrupteur représenté figure 3 est un appareil de sûreté imaginé par MM. Boulier à la demande de M Lauth qui, à l’origine, n’était pas sans crainte sur le fonctionnement de l’explorateur et sur les résultats que pourrait amener l’introduction brusque d’une certaine quantité d’eau dans un four chauffé à blanc.
- L'appareil se compose en principe d’une petite balance qui reste en équilibre tant que le courant d’eau fonctionne régulièrement, mais qui, à la moindre interruption dans la circulation, déclenche une sonnerie d’avertissement et peut même couper l’arrivée de l’eau.
- A cet effet l’eau arrivant de l’explorateur en S (fig. 5) et traversant un cylindre G dans lequel est renfermé le réservoir du thermomètre, s’échapoe dans un petit entonnoir en verre suspendu à un levier qui reste horizontal tant que le débit est constant si l’écoulement diminue : le niveau OP dans l’entonnoir baisse, son poids diminue, le levier bascule et déclenche en 1) d’abord la sonnerie d’avertissement, puis, par l’intermédiaire d’un second levier vertical le poids K qui, tombant verticalement et prenant la position indiquée en pointillé, ferme le robinet d’arrivée de l’eau A.
- Dans son rapport à la Société d'Encouragement M. Lauth, administrateur de la Manufacture de Sèvres, constate que le pyromètre de MM. Boulier indique très lidèlement et très rapidement l’élévation ou la diminution de la température du milieu dans lequel il est installé. Le seul reproche qu’on puisse adresser à l’appareil, est d’être peu portatif, et d’exiger pour son fonctionnement une quantité d’eau qui est loin d’être négligeable, car elle varie entre ‘25 et 50 mètres cubes pour une seule cuisson ; mais c’est là un inconvénient secondaire dans une opération où des œuvres d’art d’un prix inestimable peuvent être perdues ou compromises par le fait d’une mauvaise allure des fours. On doit savoir gré à MM. Boulier d’avoir mis entre les mains des savants et des industriels, un appareil capable de rendre des services sérieux pour la détermination des hautes températures.
- m DE CHAMPIGNONS
- M. Fencken, à Yladicaucase (Russie),- a adressé à l’Académie nationale, agricole, manufacturière et commerciale, quelques échantillons d’un champignon qui se cultive en Russie, et avec lequel on fait une boisson fermentée très estimée dans le pays.
- Voici quel est le mode de fabrication, d’après une lettre de M. Fencken, insérée dans le Journal des travaux de VAcadémie nationale :
- « On dépose ces champignons daus un pot d’argile et on verse dessus de l’eau tiède à 25 degrés Réaumur. Ils doivent y rester pendant trois heures, puis on les retire, on les lave à l’eau froide et on les remet dans le vase, en versant par-dessus du lait frais, en ayant soin de les remuer de deux heures en deux heures et de renouveler le lait deux fois dans les vingt-quatre heures.
- « Au bout de cinq à sept jours, les champignons deviennent blancs, la nuance jaunâtre ne persiste qu’à l’intérieur, c’est un signe qu’ils commencent à se revivifier, alors on les met dans une bouteille à large goulot et à chaque demi-verre de champignons, on ajoute trois verres de lait écrémé, qu’on ne renouvelle qu’une fois après vingt-quatre heures, en ayant soin de les remuer de deux heures en deux heures.
- « Les premiers jours les champignons se précipitent au fond du vase, mais à mesure qu’ils reviennent à la vie, ils remontent l’un après l’autre à la surface du lait et vers le septième jour, ils ne mettent plus que 20 à 50 minutes pour y remonter tous. C’est à ce moment qu’ils acquièrent une consistance et une élasticité qui se reconnaît au toucher et Ja fermentation est un fait accompli. On relire alors, avec précaution, les champignons du vase et l’on passe le lait fermenté à travers un tamis; ce lait est ensuite mis en bouteilles solides — bouteilles à champagne ou à eau gazeuse — que l’on place, bien bouchées, dans un endroit frais.
- « C’est ce lait fermenté qu’on désigne en Russie sous le nom de kifir ou kefir.
- « On remet les champignons dans la bouteille, on y ajoute du lait et le jour suivant on obtient un nouveau kifir.
- « Pour préparer la boisson nommée kapir, on prend une demi-bouteille de kifir et on y ajoute du lait frais ; vingt-quatre heures après, on a du kapir léger, deux jours après du kapir moyen et le troisième jour du kapir fort. »
- CHRONIQUE
- L.es ruines de Sanxay. — Nous n’avons pas à revenir sur l’importance des ruines gallo-romaines de Sanxay, dont la conservation s’impose au pays dans l’intérêt de son histoire et de sa gloire nationale. Toute la presse a été unanime à donner les détails de cette grande découverte qui jette un jour si éclatant sur l’ancienne civilisa— •tiondenos ancêtres; nous-mème aussi, nous en avons entretenu nos Lecteurs en plusieurs circonstances. Nous nous bornerons aujourd’hui à signaler la situation dans laquelle se trouve actuellement cette affaire de conservation, pendante depuis [dus de quinze mois devant l’État, et à engager les amis de nos antiquités nationales, à s’intéresser à l’acquisition et à la conservation des ruines de Sanxay, en participant à la souscription que vient d’ouvrir en France M. Léon Palustre directeur delà Société française d'archéologie. « Le gouvernement, comme le dit l’une des circulaires, est favorable à la conservation des ruines de Sanxay. Mais pour qu’il puisse présenter aux Chambres un projet de loi avec plus de chance de succès, il tient à ce qu’une partie des cent et quelques mille francs nécessaires, soit fournie par les sociétés savantes et les particuliers. »
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- Les souscriptions, nous le savons, donnent déjà d’assez heureux résultats, vu surtout les faibles ressources financières de nos sociétés savantes ; mais celles-ci ont besoin d’être secondées afin de rendre la tâche du Ministère et du Parlement plus facile. Ceux qui voudraient prendre part à cette œuvre vraiment patriotique peuvent s’adresser à M. Léon Palustre, Directeur de la Société française d’Archéologie, à Tours (Indre-et-Loire), avant le 20 courant. Le montant de la souscription ne sera réclamé qu’après l’acquisition des ruines par l'Etat.
- Catastrophe de chemin de fer. — Un accident de chemin de fer extraordinaire s’est produit sur le train express de Chicago, du Pensylvania Railroad, près de Salem (Ohio), dans la matinée du 20 mars dernier. Au moment où le train marchait à une vitesse de 65 kilomètres à l’heure environ, la chaudière de la locomotive fit explosion, lançant le mécanicien et le chauffeur en l’air et les tuant sur le coup. La violence de l’explosion fut si grande qu’elle brisa la locomotive en mille morceaux et fit une ouverture dans la voie à un endroit où se trouvait un remblai de 10 mètres de haut. Rarement, dans les annales des chemins de fer, on a vu d’accident, qui aurait pu être aussi fatal, se produire dans des conditions moins sanglantes; car, à l’exception des deux hommes qui furent tués par l’explosion, tout s’est passé sans perte de vie et sans blessure sérieuse. Le choc enleva au train sa locomotive et fit une ouverture dans le remblai, rompit les tuyaux des freins à air, et le frein fut instantanément appliqué de lui-même; la vitesse fut réduite si promptement que seuls le fourgon à bagages et le wagon des fumeurs, furent précipités du haut du remblai, et que les freins empêchèrent les wagons suivants de grimper sur ceux qui venaient de tomber. Plusieurs voyageurs furent assez fortement secoués après avoir été projetés contre les parois des wagons au moment où ceux-ci étaient renversés, mais aucun d’eux n’a reçu des blessures de nature à entraîner des conséquences durables.
- Exposition géographique de Toulouse. — La
- Société de Géographie de Toulouse ouvrira, le 1er juin, à l’occasion du Congrès national des SociéLés françaises de Géographie, une Exposition géographique et une exposition ethnographique, rétrospective et moderne. Un comité d’initiative pris au sein de la Société est chargé de l’organisation de celte exposition. Seront admis tous les travaux et objets pouvant se classer dans un des groupes fixés par le programme annexé au présent règlement et qui paraîtront au Cümité dignes de figurer dans une exposition. L’Exposition sera installée dans l’établissement dit « Ancien Collège Sainte-Marie, » place Saint-Sernin. Les travaux et objets présentés à l’Exposition devront parvenir à destination avant le 20 mai prochain.
- Région des pluies dans les Indes. — Il existe aux Indes anglaises une localité remarquable par les pluies qui y tombent chaque année en abondance extraordinaire. Nous voulons parler de Cherra Pundji, situé à une altitude de 1300 mètres sur une rangée de montagnes s’élevant parallèlement à la côte, et à une distance de 320 kilomètres de la partie nord du golfe de Bengale, dont il est séparé par la plaine basse et m.irécageuse qui forme le delta du Gange. Avant d’atteindre les montagnes, l’air amené par la mousson du SW. passe sur l’Océan Indien et, arrivé à la côte, il continue à se charger d’humidité en parcourant l’étendue de terrain échauffé et
- marécageux qui précède Cherra Pundji. Cette localité reçoit annuellement 15 mètres de pluie, parmi lesquels 12,5 proviennent des averses de la mousson du SW., qui souffle depuis avril jusqu’en septembre. Pendant cinq jours consécutifs, on y a recueilli jusqu’à 0m,76 d’eau par jour et en 1861 la hauteur de pluie tombée pendant l’année a dépassé l’énorme chiffre de 20 mètres. La hauteur moyenne des pluies dans nos climats est de 0m,70 à Om,75, c’est-à-dire plus de 25 fois moindre.
- Falmicotou en grains. — En Angleterre, les ateliers de Stowmarket de Y Explosives Company fabriquent un explosif nouveau sous le nom de gun-cotton powder. C’est du fulmicoton en grains : avant le grenage on ajoute au fulmicoton une substance gardée secrète, de même que les appareils de grenage. Les grains sont jaunâtres et analogues, comme grandeur, à la poudre de chasse. Cette poudre conserve ses propriétés après être restée plusieurs mois sous l’eau : son action balistique est trois fois plus considérable que celle de la poudre ordinaire, ses effets brisants seraient moindres. De plus, la détonation fait peu de fumée et peu de bruit. Avec le fusil Martiny Henry on eut un recul insensible, avantage qu’on attribue à une combustion progressive; à pénétration égale, le poids de gun-cotton powder était de 30 grains, et celui de poudre ordinaire de 81 grains. Des chocs violents ne font pas détoner le nouveau produit : une balle de Martiny tirée à une distance de 50 yards (45m,70) mit le feu à une boîte remplie de cartouches de gun-cotton powder, mais sans explosion. Une autre boite fut simplement écrasée par la chute d’un poids de 100 kilogrammes tombant de 10 pieds de haut. La même maison fabrique une dynamite nouvelle (Ateliers de Pembrey, Galles) : l’absorbant, tenu secret, et qui paraît être actif, aDsorbe six fois son poids de nitroglycérine et a la propriété d’empêcher les suintements.
- La consommation du tabac en France. —
- Voici le relevé de la consommation du tabac durant l’année 1883 :
- 35621834 kilogrammes vendus, représentant une valeur de 371 217 489 francs. En moyenne, la consommation en France est de 945 grammes par habitant et par an. Quant au produit de la vente, il est en moyenne de 9 fr. 70 par habitant et par année.
- Voici les quantités vendues pour les principales sortes de tabacs : Cigares de la Havane : 58 619 kilogrammes, valeur 2 millions de francs. Cigares français : 3 606 861 kilogrammes, valeur 2 millions de francs. Cigarettes : 893 720 kilogrammes, valeur 17 millions de francs. Tabac à fumer : 14 747000 kilogrammes valeur 171 millions de francs. Tabac à priser : 6 757 000 kilogrammes, valeur 78 millions de francs. Tabac à mâcher : 703000 kilogrammes, valeur 9 millions de francs. Dans ces résultats ne sont pas compris les produits de la vente des tabacs dans les zones frontières, ni des tabacs pour l’année ou l’exportation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 mai 1884. — Présidence de M. Rolland.
- M. IVurtjE. — L’auteur illustre de ces deux grandes découvertes : les alcools polyatomiques et les ammoniaques composées, M. Adolphe Wurtz est mort ce matin à I l heures et demie alors que tout le monde le croyait pour longtemps plein de vie et de santé. En présence du
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- deuil nouveau qui frappe l’Académie, M. le président propose de lever immédiatement la séance sans même qu’il soit procédé au dépouillement de la correspondance. La Nature consacrera une notice à ce grand mort.
- Stanislas Meunier.
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- FERME-PORTE AUTOMATIQUE
- DE NORTON
- « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée », dit le proverbe. Quand on veut qu’une porte soit fermée, l’expérience démontre qu’il est imprudent de compter sur l’attention de ceux qui y passent. II est beaucoup plus sûr de recourir à des ap-Dareils automati-
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- ques. Les systèmes que l’on a employés jusqu’ici sont généralement formés de ressorts qui offrent l’inconvénient de fermer la porte brusque-ment et avec bruit. Le nouvel appareil que nous allons décrire et qui est connu sous le nom de ferme-porte ou frein à air de Norton, a l’avantage d’opérer tout doucement, et avec une délicatesse étonnante.
- L’appareil se compose d’un cylindre fixé à la partie supérieure de la porte qu’il's’agit de fermer. Le cylindre contient un mécanisme intérieur que nous allons faire connaître.
- Nous dirons dès à présent qu’il renferme un piston muni d’une tige articulée actionnant directement le battant de la porte comme le montre la gravure ci-dessus (fi g. 1).
- Le cylindre dont nous représentons la coupe (fig. 2) enveloppe un ressort à boudin en acier trempé, au milieu duquel passe une tige de piston terminé à son extrémité par une rondelle de cuir gras, percée au centre sur la platine servant de monture à la tige, d’un trou destiné au passage de l’air.
- La soupape ou valve auto-régulatrice ferme hermétiquement le trou de passage ménagé dans la rondelle de cuir; elle est reliée à celte dernière par un petit ressort à boudin et lui permet, en raison du
- jeu du ressort, de s’ouvrir ou se fermer automatiquement par la seule pression de l’air.
- Une vis, dite régulatrice, est placée au centre de la cuvette inférieure du cylindre; son passage, à la partie taraudée, est destiné à l’aspiration ou échappement de l’air. On peut donner au système un mouvement plus ou moins lent, suivant que l’on serre ou desserre cette vis.
- En résumé, voici comment se comporte l’appareil:
- Quand la porte a été ouverte, le ressort agit sur le battant avec d’autant plus de force qu’il est plus près d’être fermé. Mais le frein fonctionne à son
- tour, et l’amortissement du piston sur l’air oblige la porte à s’arrêter un instant, puis tranquillement, mais sûrement, en détermine la fermeture, forçant le pêne à s’engager dans la gâche, par l’opération du ressort. Le ressort lui-même se trouve réglé par la soupape ou valve automotrice ; celle-ci permet à l'air d’entrer librement dans le cylindre au moment où l’on ouvre la porte tandis qu’au moment de la fermeture, elle épuise l’air, plus ou moins, selon que ia force exercée est plus ou moins grande.
- Les diverses parties composant l’appareil, sont combinées entre elles de telle sorte que, plus le ressort est tendu pour fermer la porte, plus la résistance offerte est grande. Conséquemment, tout choc violent ou fracas deviennent impossibles.
- On voit par la description qui précède, que le ferme - porte Norton est un système véritablement mécanique, très ingénieux et fort bien étudié. Il fonctionne avec une sûreté remarquable ; un grand nombre d’établissements industriels, de compagnies et d’administrations en ont déjà adopté l’usage, et nous croyons qu’il est appelé à un grand succès.
- G. T. •
- Le propriétaire-gérant : G. Tïssandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 575. — 24 MAI 1884,
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- ADOLPHE WURTZ
- Le 19 avril dernier, il n’y a que quelques semaines, nous consacrions ici même, une notice nécrologique à J.-B. Dumas dont la mort laisse un si grand vide dans le monde scientifique. Parmi ceux qui, le jour des obsèques, avaient mission de suivre le cortège funèbre du grand chimiste, on remarquait vêtu de sa robe rouge de professeur de la Faculté, plein de force et de santé, Adolphe Wurtz, qui représentait la Faculté des sciences et la Faculté de médecine de Pai'is. Sur la tombe de J.-B. Dumas, M. Wurtz avec toute l’autorité de ses beaux travaux et de sa haute personnalité, adressait un dernier adieu : « Au génie pénétrant... au modèle accompli du savant français. » ....
- Peu de jours après, le nom de M. Wurtz était déjà inscrit par l’opinion publique sur la liste des hommes éminents qui parais • saient les plus dignes de succéder à l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.
- Nul ne pouvait soupçonner alors que la mort le guettait à son tour, comme dans les étranges compositions d’IIolbein.
- Triste et frappant exemple de la fragilité des choses d’ici-bas!
- Charles - Adolphe Wurtz est né le 26 novembre 1817, à Wolfis-lieim, près Strasbourg.
- Son père était un pasteur protestant d’une haute distinction, qui éleva son fils avec une grande tendresse, et lui donna ces magnifiques principes que l’on oublie rarement quand on en a reçu l’inspiration dès l’enfance : le sentiment du devoir et de l’honneur, l’amour du travail, le culte de la famille et de la patrie. Mais il était réservé à Adolphe Wurtz de dépasser les limites que pouvait lui assigner l’ambition de sa famille, et de s’élever au rang des grands hommes qui honorent la science et leur nation
- Après avoir fait ses classes au gymnase protestant de Strasbourg, Wurtz étudia la médecine dans la Faculté de cette ville, où il fut nommé chef des travaux chimiques en 1839. En 1843 il sut brillamment conquérir son doctorat. Mais comme tous les esprits avides d’étendre le champ de leur activité et d’accroître le domaine de leur instruction, le jeune 12° année. — lor semestre.
- Wurtz aspirait à se fixer à Paris. Il y vint en 1844, et des travaux de chimie déjà remarquables attirèrent bientôt sur lui l’attention de M. Dumas. Il fut nommé chef des travaux chimiques à l’Ecole centrale en 1846, et agrégé de la Faculté de médecine en 1847. Professeur à l’Institut agronomique de Versailles, il brilla pour son éloquence, et en 1853, après la retraite de M. Dumas et la mort d’Orfila, il fut désigné pour succéder à la fois à ces deux maîtres, en prenant possession de la chaire de chimie médicale à la Faculté de médecine.
- Wurtz à cette époque, avait déjà accompli quelques-unes des grandes découvertes qui immortaliseront son nom; aussi les succès allaient-ils marquer successivement les étapes de sa belle carrière scientifique. Membre de la Société royale de Londres en 1854, le célèbre chimiste faisait partie des Académies de Berlin, de Vienne, de Munich, de Saint-Pétersbourg, de Philadelphie et de Rome. Elu membre de l’Académie de médecine en 1856, sur la désignation de l’Académie des sciences, il obtint en 18651e grand prix biennal de 20 000/ francs, pour ses travaux! de chimie. En 1866 il\ fut nommé doyen de la Faculté de médecine, et l’année suivante la mort de Pelouze lui donnait un fauteuil à l’Académie des sciences. En 1875,-. il fut nommé professeur à la Sorbonne, et en 1878, il eut l’honneur de se voir décerner par la Société royale de Londres, la grande médaille Faraday. Membre du Conseil de l’Ordre en 1879, chevalier de la Légion d’honneur depuis le 11 décembre 1850, il fut promu au grade de commandeur, en 1869 et de grand officier en 1880. L’année suivante, il était nommé sénateur inamovible.
- Pour faire comprendre l’œuvre de Wurtz, il est nécessaire de remonter aux travaux de J.-B. Damas qui a été son maître et son précurseur. Nous avons dit ici même que J.-B. Dumas, par sa découverte des substitutions en chimie organique, avait puissamment contribué à la création des types et des séries de corps qui en dérivent. Dès l’origine de ces grands travaux, Dumas comprenait que ces aperçus nouveaux ouvraient un immense horizon à la science, et nécessitaient pour être étudiés et approfondis toute une série de recherches. Le grand Ampère avait
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- Adolphe Wurtz, né à Wolllsheim, près St, asbourg, le 26 novembre 1817, mort à Paris, le 12 mai 1884.
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- pu lui dire au sujet de ses premières découvertes :
- « Je vous plains, mon ami, vous venez de trouver du travail pour toute votre vie. » Ampère se trompait; il y avait là du travail non pas seulement pour la vie d’un homme, mais pour celle de toute une génération de chimistes ; des maîtres et des chefs d’école tels que Wurtz, devaient en outre y trouver l’inspiration de leurs découvertes.
- En 1849, la théorie des types avait bien pénétré dans le domaine de la chimie, mais elle y tenait peu de place. On la considérait comme une manière de voir ingénieuse, et comme une heureuse conception. Adolphe Wurtz lui donna un puissant appui, en découvrant une série de gaz nouveaux, qui au premier abord ont tous les caractères du gaz ammoniac, mais qui en diffèrent en ce point que l’analyse y démontre la présence d’hydrogènes carbonés. Wurtz, vit dans ces composés, des variétés du type ammoniac, et il les représenta d’une manière très élégante, par la formule du gaz ammoniac dans laquelle un équivalent d’hydrogène est remplacé par un équivalent d’hydrogène carboné. La réaction indiquée par Wurtz consistait à traiter les éthers evaniques par la potasse ; cette réaction est générale et permet de produire autant d’ammoniaques composées qu’il existe d’alcools.
- Ainsi, M. Wurtz venait de démontrer, qu’un radical, un corps complexe comme un carbure d’hydrogène, peut remplacer un corps simple dans un composé donné, sans changer l’ensemble des propriétés qui caractérisent ce composé. Cette pre-, mière découverte des ammoniaques composées présentait un intérêt considérable, et elle trouva bientôt un nouveau développement dans les travaux d’Hoffmann et de Zinin, célèbre chimiste russe. Adolphe Wurtz par ce premier travail, a donné le moyen de produire un nombre inouï de substances de même nature; les premiers types qu’il a créés, se sont étonnamment accrus depuis l’époque de leur production ; ils peuvent s’accroître encore pendant longtemps, à tel point, que M. BêHhelot, nous disait jadis dans un de ses cours de chimie, que d’après ses calculs, le nombre des ammoniaques qu’il était possible de produire, était de 5875.
- Cette doctrine des séries est incomparablement utile au point de vue de la classification en chimie organique ; mais si elle a une haute portée théorique, elle n’est pas moins féconde au point de vue pratique et elle a considérablement enrichi la chimie industrielle. L’aniline, source de ces belles matières colorantes qui rivalisent par leur éclat avec les plus belles productions de la nature, les alcaloïdes qui apportent un si précieux concours à la thérapeutique, sont des ammoniaques composées.
- Adolphe Wurtz ne s’en tint pas à cette première découverte, il y ajouta bientôt celle des glycols ou alcools biatomiques; ce fut là l’origine des idées de polyatomicité qui donnèrent un nouveau développement à ses théories et exercèrent encore une influence considérable en chimie organique. Enfin,
- I vers la fin de sa carrière il termina son grand travail sur l'aldol. L’énumération de ces recherches,
- ; de ces découvertes, et des principes qui lesontinspi-j rés, se trouvent dans les mémoires spéciaux du ! grand chimiste, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, dans les Annales de Physique et de Chimie. 11 ne nous est pas possible de leur donner ici le développement que nécessite l’importance et la grandeur du sujet,. Nous dirons toutefois que Wurtz fut le promoteur et le défenseur ardent de la théorie atomique, qui explique admirablement la plupart des phénomènes de la chimie ; il se montra dans toute l’acception du mot, un véritable chef d’école, inspirant de nombreux élèves dont quelques-uns sont devenus des maîtres1; toujours sur la brèche quand il s’agissait de défendre ce qu’il avait la conviction d’être la vérité, il ne se lassait jamais non plus, de stimuler le zèle des jeunes courages qui se groupaient autour de lui. La théorie atomique n’est pas acceptée d’une manière absolue par tous les chimistes; on y peut assurément faire des objections en ce qui concerne surtout la chimie minérale, mais une théorie est grande et féconde quand elle conduit aux découvertes. Les doctrines pour lesquelles auront si vaillamment combattu M. Wurtz et ses disciples dans la seconde moitié de notre siècle, ont suffisamment fait leur preuve, pour qu’il n’y ait pas lieu de les discuter. Quel que soit le jugement de l’avenir à leur égard, on n’oubliera jamais quelles ont révélé un grand nombre de faits nouveaux, ayant puissamment contribué aux progrès de la chimie contemporaine.
- Adolphe Wurtz avait pour le travail une ardeur infatigable. Il prenait ses repas à la hâte, et il se levait brusquement de table pour aller corriger des épreuves, ou écrire quelques-uns de ses innombrables mémoires;* Au laboratoire il expérimentait avec une véritable passion et avec une sûreté remarquable. 11 surveillait aussi avec une rare bienveillance les travaux de tous ses élèves, les interrogeant avec affabilité, et leur donnant de précieux conseils.
- Professeur, M. Wurtz avait la chaleur qui sait convaincre, la clarté qui sait faire comprendre, la facilité d’élocution qui charme et qui séduit. Comme tous ceux qui savent, et qui possèdent à fond le sujet qu’ils doivent traiter, il improvisait ses discours avec une étonnante facilité. Le 25 avril, lors de sa dernière leçon à la Sorbonne, il s’aperçut qu’il avait perdu ses notes au moment même où il allait entrer dans l’amphithéâtre : il trouva le moyen de faire son cours, guidé par sa seule mémoire, sans que la leçon s’en ressentit.
- Wurtz ne se bornait pas à enseigner aux étudiants et aux savants, il aimait à répandre, les notions scientifiques dans la masse du public, et il
- * M. Fricdcl, M. Grimaux, M. Naquet, M. Salet, M. Hcnnin-ger, M. Caventou, M. Wilm, M. Lautli, M. Gautier, M. Lebcl, M. Girard, et bien d’autres hommes de grand mérite, sont des élèves de M. Wurtz.
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- savait à l’occasion vulgariser les faits les plus ardus de la chimie organique et faire comprendre à tous, les notions de la théorie atomique. 11 savait parler aux yeux au moyen d’expériences saisissantes, ou de représentations matérielles des phénomènes. C'est ainsi que dans ses cours il figurait par des graphiques les molécules des corps ; les différents atomes qui constituaient ces molécules étaient représentés par des points dont les couleurs différentes correspondaient à des corps distincts. Quand il parlait devant uri grand public des matières colorantes artificielles, il plaçait sur la tahle d’expériences, un bloc de charbon de terre de 100 kilogrammes, et il faisait figurer à côté, dans des flacons plus ou moins grands, le volume correspondant de tous les produits que la chimie a su faire dériver de la houille, depuis le goudron jusqu’à la naphtaline et l’anthracène1.
- L’éminent doyen de la Faculté de médecine, se préoccupait vivement des intérêts de l’enseignement dans notre pays. 11 entreprit en Allemagne et en Autriche de longs voyages dans le but d’étudier les Universités et les moyens de travail de ces pays si bien dotés sous le rapport de la science. Il a rapporté de nombreux et précieux documents qu’il a réunis en deux importants volumes et c’est à lui que l’on doit en partie la reconstruction de la Faculté de médecine, de l’École de pharmacie, et la création des laboratoires dans les hôpitaux ; l’illustre chimiste aura grandement contribué à la réorganisation de l’enseignement supérieur en France. Nous ne devons pas oublier qu’il a pris une part prépondérante à la fondation de l’Association française pour Vavancement des sciences, société féconde pour le bien public, et qui, suivant la belle devise dont elle s’est inspirée, travaille sans relâche « pour la science et pour la patrie ».
- Ecrivain, M. Wurtz avait le style correct et d’une grande netteté ; il savait quand il le voulait, rendre sa phrase élégante et brillante. Le nombre des ouvrages qui lui sont dns, est considérable: outre ses mémoires scientifiques, il a écrit un Traité de chimie médicale en deux volumes, des Leçons élémentaires de chimie moderne, des Leçons de philosophie chimique, la Théorie atomique, les Matières colorantes artificielles. Son Dictionnaire de chimie pure et appliquée en cinq grands volumes, avec un volume de supplément, peut être considéré comme un monument de la science contemporaine. Quelques jours avant de mourir, M. Wurtz venait de donner le dernier bon à tirer du Traité de chimie biologique dont la première partie a été publiée il y a trois ans,et il préparait tous les matériaux d’un nouveau Traité de chimie générale.
- Wurtz avait une physionomie mobile très expressive, le geste vif et l’allure décidée. Il aimait se
- 1 M. Wurtz a bien voulu donner à La Nature a primeur d’une de ses plus intéressantes Conférences sur les Matières colorantes artificielles (Voy. n° 177 du 21 octobre 1876, p. 321).
- livrer aux exercices du corps, et jusqu’à la lin de sa vie, il pratiquait avec passion la gymnastique, l’escrime et l’hydrothérapie ; il affirmait que ce travail musculaire si hygiénique, le prédisposait admirablement au travail intellectuel. Il avait eu le malheur d’être blessé à l’œil à la suite d’un accident de laboratoire, dû à l’explosion d’un tube scellé contenant une substance organique et du per-chlorure de phosphore ; mais cette blessure n’était pas apparente et personne n’eut pu croire qu’il avait été dangereusement atteint. M. Wurtz était d’une nature charmante, affable, éminemment sympathique ; très obligeant pour tous, il se plaisait surtout à aider et à encourager ses élèves. Il se faisait remarquer par une rare modestie, et quand il parlait de ses propres travaux il n’en citait pas toujours le nom d’auteur.
- Adolphe Wurtz, né en Alsace, aimait profondément son pays, il était jaloux de tout ce qui contribue à sa grandeur. Ce n’est pas sans un beau sentiment d’amour-propre national que le maître débute dans la préface de son grand Dictionnaire de chimie en disant : « La chimie est une science française. Elle fut constituée par Lavoisier d’immortelle mémoire. » Et il était fier d’appartenir à la classe privilégiée de ceux qui ont continué ces belles traditions de notre gloire scientifique.
- Gaston Tissaxdier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Revues scientifiques publiées par le journal la République française, sous la direction de M. Paul Bert, député, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des sciences. Sixième année, 1 vol. in-8° avec 19 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1B84.
- Les feuilletons scientifiques du journal la République française, publiés sous la haute direction de M. Paul Bert par un grand nombre de savants et de spécialistes distingués, ont depuis .longtemps été appréciés à leur valeur. Leur réunion en un volume, revu et corrigé par l’auteur, forme chaque année un véritable annuaire qui résume d’une façon complète l’histoire de la science et des principales découvertes. Le sixième volume, que nous annonçons aujourd’hui, sera lu avec autant d’intérêt que ses devanciers.
- Nouveau manuel complet du bijoutier-joaillier et du sertisseur, comprenant la description et la composition des pierres précieuses, etc. 1 vol. in-32, par J. de Fon-tenelle et Malepevre. Nouvelle édition refondue et augmentée par A. Romain. Ouvrage accompagné de planches. Paris, librairie encyclopédique Roret.
- Ribliolhèque des Écoles et des Familles. Le Monde animal, par Mme Stanislas Meunier, 1 vol. in-8°, illustré d’un très grand nombre de gravures. 2* édition. Hachette et C'e.
- Collection de mémoires relatifs à la physique, publiés par la Société française dephysique. Tome 1er, Mémoires de Coulomb. 1 vol. in-8°. Paris, Gauthier-Villars, 1884.
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- LE GRAND ASCENSEUR DE ST0KH0LM
- Une partie des faubourgs de la capitale de la Suède est située à une grande hauteur, au sommet de terrains élevés. Ces quartiers de Stockholm, connus sous le nom de Mosebake sont très élégants; on y a construit des villas et des jardins d’agrément d’où la vue porte au loin, on y peut admirer les riches contrées environnantes, les bois et les lacs qui sont répandus çà et là dans les environs de la ville. Mais il est assez fatigant de gravir les chemins un peu raides qui conduisent dans ces quartiers,
- aussi les promeneurs et les étrangers n’v vont que très rarement, et ils perdent ainsi l’occasion de visiter l’une des plus belles parties de Stockholm.
- Un savant ingénieur, M. Knut Lindmark, a conçu le projet d’élever une grande tour dans la partie basse et fréquentée de Stockholm, d'y faire fonctionner un ascenseur, et de relier par un pont métallique le sommet de la tour aux quartiers élevés de Mosebake. L'inauguration de ce remarquable appareil que représente la gravure ci-dessous, a eu lieu le 19 mars dernier. Le grand ascenseur de Stockholm est actuellement livré au public, il fonctionne très avantageusement, sert à transporter chaque jour un
- Le grand ascenseur de Stokliolrn (Suède).
- grand nombre de voyageurs, aussi avons-nous cru devoir le signaler à nos lecteurs comme une curiosité mécanique digne d’intérêt.
- Le pont métallique très léger, placé au sommet de la tour de l’ascenseur a 149 mètres de longueur. La tour verticale a 35 mètres de hauteur; elle contient deux cages d’ascenseurs, capables de recevoir quinze personnes à la fois. Les élévateurs fonctionnent au moyen d’une machine à vapeur et d’une presse hydraulique; la vitesse de translation est assez rapide, l’ascension ne dure pas plus d’une demi-minute. La partie supérieure de la tour de l’ascenseur est entourée d’une station qui contient un logement pour le mécanicien et le conducteur. Au-dessus de la station, est construit un café restaurant avec double véranda, d’où l’on jouit d’une vue
- incomparable; l’œil du spectateur peut s’étendre quand le temps est clair à une grande distance, tout autour de la ville, jusqu’aux campagnes lointaines. L’ascenseur de Stockholm transporte en moyenne 5000 personnes par jour ; le prix de l’ascension est de 10 centimes par voyageur1.
- Cette remarquable construction fait honneur à l'ingénieur qui J’a réalisée, et elle pouj-ra assurément être imitée dans d’autres villes. Il ne serait peut-être pas inutile notamment de construire à Paris un appareil analogue pour s’élever en haut des Buttes-Montmartre, qui se transforment de jour en jour, se couvrent de villas, et deviendront une des plus charmantes régions de notre métropole. G. T.
- 1 D'après Yllluslrirle Zeitung.
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- ATTITUDES APRÈS LA MORT
- Parmi les phénomènes quelquefois constatés à l’heure de la mort, il en est un qui offre un intérêt particulier et qui, jusqu’à ces derniers temps, est resté un mystère.
- Ce phénomène apparaît spécialement, mais non exclusivement, après une mort soudaine, provenant soit de blessures reçues sur le champ de bataille ou ailleurs, soit d’autres causes, mais presque toujours quand il y a eu émotion intense, souvent aussi lors-
- qu'une grande fatigue corporelle a précédé le dernier moment de la vie.
- Le trait principal de ce fait curieux est la persistance après la mort de l’expression faciale ou de certaines attitudes des membres ou du corps, ou de toutes ces parties.
- Cette persistance se montre nettement dans certains cas : par exemple, lorsque, malgré la cessation subite de la vie, un membre qui était levé ne tombe pas ou lorsque le corps d’un homme debout ou assis, à cheval, ne s’affaisse pas.
- Pour comprendre pleinement les termes du pro-
- Attitude d’un soldat vingt-quatre heures après sa mort, sa tête ayant été subitement enlevée par un boulet de canon. Obseï vation faite par le Dr Rossbach sur le champ de bataille de Beaumont, près Sedan en 1870.
- blême à résoudre relativement à ce phénomène, il faut absolument savoir : 1° que nos attitudes et notre expression faciale dépendent de la contraction de nos muscles, due à une influence des centres nerveux ; 2° que cette influence cessant nécessairement à l’instant de la mort, un relâchement devrait aussi nécessairement, avoir lieu dans tous les muscles qui étaient contractés, si une autre cause ne remplaçait immédiatement celle qui disparaît, faisant persister dans ces organes le même état physique qui y existait.
- La question est donc celle-ci: Quelle est la cause qui, dès que s’évanouit la faculté de volition, prend la place de cetfe dernière ou, tout au moins, produit dans les muscles un état organique qui empêche tout relâchement?
- Le but de ce travail est de répondre à cette question et de montrer que la cause à découvrir n’est pas l'apparition soudaine de l’état de raideur musculaire, connu sous le nom de rigor mortis ou de rigidité cadavérique, mais que cette cause se trouve dans une action particulière des centres nerveux, se manifestant un peu avant ou à l’instant de la mort.
- Un des exemples les plus frappants du fait étrange que je vais étudier, fut observé par le Dr Rossbach, de Wurzbourg, sur le champ de bataille de Beaumont, près de Sedan, en 1870.
- Il trouva le cadavre d’un soldat, moitié assis, moitié couché sur le sol, tenant délicatement un gobelet d’étain entre le pouce et l’index et le dirigeant vers une bouche qui était absente. Le pauvre homme, étant dans celte position, avait été tué par un boulet
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- de canon, qui lui avait enlevé la tète, et toute la face, excepté la mâchoire inférieure. Le corps et les bras avaient été atteints subitement à l’instant de la mort, d’une raideur qui produisit la persistance de l’état dans lequel se trouvaient ces parties au moment où la tête fut emportée. Vingt-quatre heures s’étaient écoulées depuis la bataille, lorsque le Dr Rossbaeh trouva le corps dans cet état. (Voy. la gravure.)
- Dans le premier travail de quelque importance, où ce sujet a été traité, le I)r Chenu rapporte qu’un chirurgien militaire français, leDr Perrier, fut grandement surpris, en parcourant le champ de bataille de l’Alma, le lendemain de cette terrible lutte, de voir que beaucoup de cadavres de soldats russes avaient des attitudes et une expression du visage semblables à celles de l’état de vie.
- Quelques-uns de ces cadavres avaient les divers modes d’expression qui caractérisent l’angoisse, la douleur ou le désespoir. D’autres au contraire, avaient l’aspect du plus grand calmeet. de la résignation. L’un d’eux particulièrement, attira l’attention du docteur : il était étendu sur le sol, les genoux pliés, les mains jointes et levées en l’air et la tête rejetée en arrière, comme si la mort eût saisi l’individu pendant qu’il récitait une prière.
- En outre de faits semblables, beaucoup de personnes, qui ont visité des champs de bataille, immédiatement après la fin du combat, ont aussi constaté que nombre de cadavres tenaient encore leurs fusils ou leurs sabres. Quelques-uns semblaient mordre leurs cartouches, tandis que d’autres, encore à cheval, gardaient l’attitude qu’ils avaient au moment de la mort.
- Ces phénomènes ont été étudiés avec une attention spéciale par le Dr Armand, à Magenta, par le baron H. Larrey, à Solférino, et par le Dr Raudin, à Inker-mann.
- Je dois à l’obligeance du docteur S. Weir Mitchell la connaissance d’un excellent mémoire du docteur JohnRrinton, de Philadelphie, sur la Rigidité qui accompagne la mort soudaine ou violente, travail dans lequel la question dont je m’occupe a été étudiée avec le plus grand soin. Parlant du champ de bataille d’Antietam, le docteur Rrinton dit qu’il compta quarante cadavres sur un espace de 50 à 60 yards carrés et il nous donne la peinture suivante de ce qu’il vit dans cet endroit :
- « Plusieurs de ces cadavres étaient couchés dans des attitudes extraordinaires, les uns avec leurs bras soulevés et rigides ; d’autres avaient les jambes tirées vers le tronc et raides. Chez d’autres, en assez grand nombre, le tronc était courbé en avant, rigide aussi. En un mot, ces attitudes n’étaient pas celles de l’état de relâchement produit par la mort, mais plutôt celles d’un caractère actif en apparence, provenant sans doute d’un dernier acte musculaire, au moment même de l’extinction de la vie, acte spasmodique, qui avait laissé les muscles raides et inflexibles. La mort, dans la plupart de ces cas, avait été causée par des blessures faites à la poitrine;
- moins fréquemment par des balles ayant traversé la tête ou l’abdomen. Dans ces derniers cas il y avait eu des hémorrhagies considérables, comme le prouvaient les mares d’un sang, à couleur foncée, près des flancs des corps. Cette inspection fut faite environ trente-six heures après la mort ou plus tard encore. »
- Les trois cas suivants, relatés par le docteur Brin-ton et qui lui avaient été fournis par des amis sont très remarquables.
- Un détachement de soldats des États-Unis, fourrageant près de Goldsborough (Caroline du Nord) tomba subitement sur une petite bande de cavaliers du Sud, descendus de cheval. Ces derniers s’élancèrent immédiatement sur leurs selles et détalèrent tous, après avoir essuyé une bordée de coups de fusil, à l’exception d’un seul. Ce soldat qui n’avait pas fui, fut trouvé debout, un pied dans l’étrier : par sa main gauche, il tenait les brides et la crinière du cheval, la main droite étreignant le canon de sa carabine, près de la bouche de l’arme, la crosse reposant sur le sol. La tète du cavalier était tournée vers l’épaule droite, surveillant en apparence l’approche du parti assaillant. Quelques-uns des soldats de ce parti se disposaient à faire une nouvelle décharge, mais leur officier les arrêta et leur commanda d’avancer et de faire prisonnier le soldat * sudiste. On le somma de se rendre, mais il ne répondit pas et après être arrivé près de lui et l’avoir examiné, on trouva qu’il était rigide et mort, dans la singulière attitude que nous venons de décrire. Il fallut de grands efforts pour forcer sa main gauche à lâcher la crinière du cheval et pour lui enlever la carabine de sa main droite. Quand le corps fut étendu sur le sol, les membres conservèrent la même position et la même inflexibilité.
- Cet homme avait été atteint de deux balles, lancées par des carabines Springfield des Etats-Unis. L’une d’elles était entrée à droite de l’épine dorsale, et était sortie du corps près de la région du cœur; elle avait laissé une trace sur le bord de la selle, puis elle était tombée à terre. L’autre balle était entrée par la tempe droite, et l’on ne trouva pas son point de sortie. Le cheval était resté tranquille, attaché qu’il était par un licou.
- Voici un autre incident : A la bataille de Williams-burg, le docteur T.-B. Reed examina le corps d’un zouave des Etats-Unis, qui avait reçu une balle au front, au moment où il grimpait sur une clôture peu élevée. Lui aussi avait conservé la dernière attitude de sa vie ; une de ses jambes avait à demi franchi la clôture, le corps restant encore en arrière. Une main, fermée en partie, s’élevait au niveau du front et présentait la paume en avant, comme pour se garantir contre un danger imminent.
- Le docteur Henri Stillé, raconte qu’étant assis au-dessus d’un wagon de marchandises sur le chemin de fer de Nashville à Chattanooga, il vit un garde-frein tué instantanément par une balle entrée entre les deux yeux, blessure mortelle faite par une guérilla em-
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- busquée dans une forêt que ce train traversait. L’homme ainsi tué serrait les freins au moment où il reçut la balle. Après sa mort, le corps resta fixé, les bras étendus, raides, sur la roue du frein. La pipe, qu’il fumait, resta serrée entre ses dents. La rigidité était si parfaite et la fermeture des mains était si forte qu’on eut beaucoup de peine à dégager le cadavre et à lui faire lâcher prise.
- Le maintien de l’attitude dernière peut avoir lieu dans des circonstances autres qu’une mort soudaine produite par des lésions du cerveau, du cœur ou des poumons, bien qu’une atteinte portée à un organe de grande importance pour la vie, soit la cause la plus fréquente de ce phénomène. Le docteur Brin-ton l’a observé après des blessures faites à l’abdomen et le docteur Armand, dans un cas unique, par une plaie de la cuisse.
- Toutefois, ce phénomène ne se manifeste pas exclusivement dans les cas, où la mort résulte de blessures. On l’observa dans un affreux accident survenu à Londres, en janvier 1867, alors que quarante et une personnes patinant sur le grand bassin de Itegent’s Park, périrent par le subit effondrement de la glace. L’extrait suivant du journal The Times, sur cet événement est plein d’intérêt :
- « L’attitude de la plupart des personnes qu’on a retirées de l’eau, a provoqué de nombreuses discussions dans le monde médical. Dans presque tous les cas, les bras étaient tenus élevés; quelquefois les coudes serrés contre les flancs; dans d’autres cas, les coudes formaient un angle droit et étaient projetés, comme dans l’acte de patiner. On peut conclure que ces infortunés s’appuyaient sur la glace avec leurs bras n’osant pas se servir de leurs mains et que lorsque étant épuisés, ils moururent, ce ne fut pas par asphyxie, mais plutôt par l’action du froid et de la terreur, ce qui explique pourquoi ils conservèrent la position dans laquelle on les a trouvés. »
- Déjà le docteur Taylor avait mentionné le cas d’un individu, qui avait longtemps tenu ses bras étendus pour éviter de se noyer et chez lequel on trouva après la mort, ces membre raidis et dans la même position.
- Il paraît que l’acide carbonique peut produire cette rigidité spéciale des muscles qui maintient le tronc et les membres dans l’attitude que leur a fait prendre le dernier acte de la volonté. En 1852, le docteur von Graefe, dans la grotte de Pyrmont, vit le cadavre d’un jeune homme, qui avait volontairement mis fia à ses jours, en s’exposant à l’air toxique de cette caverne remplie d’acide carbonique. Le corps fut trouvé à demi assis sur le sol. Une des mains soutenait la tête, comme si le jeune homme avait voulu éviter de toucher le mur sur lequel s’appuyait la partie supérieure de son corps. Le tronc était courbé vers le côté droit. L’attitude du corps était celle que le jeune homme avait dû prendre avant de s’engourdir. Le corps avait l’apparence d’une personne endormie et dans un repos paisible.
- Comment expliquer cette série de faits si curieux?
- Nous savons bien que tôt ou tard après la mort survient une raideur, connue sous le nom de rigidité cadavérique ou post mortem, dans tous les membres et dans toutes les autres parties du corps où il y a des muscles. La raideur qui se montre sur les champs de bataille, et quelquefois ailleurs, immédiatement après la mort, n’est-elle qu’une rigidité cadavérique, apparue subitement? Ceux qui connaissent la loi que j’ai établie concernant la rapidité ou le retard de l’apparition de la rigidité cadavérique après la mort (voyez ma Leçon croonienne, faite à la Société royale de Londres en 1861) trouveront évident que dans la plupart des cas de conservation d’attitudes après la mort, que je viens de mentionner, les circonstances étaient très favorables à la prompte apparition de la rigidité post mortem. Cependant, même dans les cas des meilleures circonstances, la rigidité cadavérique n’aurait pas pu apparaître assez vite pour permettre la conservation d’une attitude antérieure à la mort. C’est là une raison suffisante pour être sûr que le fait, que nous avons à expliquer, n’est pas dû à l’intervention subite de la rigidité cadavérique. Mais alors comment expliquerons-nous ce fait?
- Quelques expériences, dont je ne puis donner ici les détails, m’ont montré que c’est une contraction fixe, une action musculaire tonique, persistante qui se produit alors, semblable à celle qu’elle remplace et qui existait pendant la vie. Au moment même où la mort survient, cette contraction fixe ou tonique est produite : c’est un acte de vie, mais le dernier. J’ai vu quelquefois cette contraction se montrer puis disparaître, et ce n’est que plus tard qu’est survenue la véritable rigidité cadavérique.
- La mort, chez l’homme comme chez les animaux, a lieu d’au moins deux manières différant radicalement l’une de l’autre. D’une part, elle peut survenir subitement soit par l’influence d’une émotion, soit par celle d’une blessure ou d’un coup, soit encore par les causes suivantes : l’impression produite par la submersion dans de l’eau froide et plus encore dans de l’eau presque glacée,, l’impression produite quelquefois, chez des personnes éminemment nerveuses, par la moindre lésion atteignant surtout certaines parties du corps. Dans ce genre de mort il peut ne pas y avoir même la moindre manifestation vitale, après le dernier soupir, excepté une faible action du cœur, disparaissant bientôt. Toutes les facultés cérébrales font défaut subitement : la conscience, l’intelligence, la volonté, les facultés de perception, les impressions sensoriales et sensitives, les mouvements respiratoires, — tout disparaît à la fois. 11 n’y a pas d'agonie : il n’y a rien de la lutte ordinaire qui précède la mort. Le corps perd rapidement sa température et la rigidité cadavérique vienttard et dure considérablement.
- Dans l’autre espèce de mort, qui est celle que l’on observe d’ordinaire, il y a, au contraire, une véritable lutte dans l’organisme encore vivant, surtout quand la vie cesse par l’effet de certaines blessures
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- ou d’une grande hémorrhagie ou par suite d’une privation complète et soudaine de la respiration. Le cœur, dans ces cas, bat violemment; les efforts, faits pour respirer, sont extrêmement énergiques; la conscience et les diverses facultés cérébrales peuvent se maintenir pendant un court espace de temps, après lequel se montrent une grande agitation ou des convulsions générales. La température du corps s’élève-et cette augmentation peut continuer pendant quelque temps encore, après le dernier effort fait pour respirer. La rigidité cadavérique apparaît de bonne heure mais jamais immédiatement.
- Mes expériences et les détails des cas que j’ai relatés partiellement, montrent que la persistance de l’attitude dernière n’a pas lieu dans tous les cas de mort appartenant au premier des deux types de cessation de la vie que je viens de décrire; mais les faits indiquent que ce fait singulier n’a lieu que dans les cas de mort se rangeant sous ce type.
- Dans une des conclusions de l’excellent Mémoire du docteur Brinton que j’ai cité, il a déjà dit que dans les cas de persistance d’attitude, observés sur les champs de bataille et qu’il a racontés, la mort avait été très probablement instantanée, sans être accompagnée de convulsions ou d’agonie.
- Il résulte des faits que j’ai étudiés dans ce travail, et des expériences auxquelles je n’ai pu que faire allusion :
- 1° Que la conservation des attitudes de vie et de l’expression faciale, après la mort, ne dépend pas de l’apparition subite de ce qu’on appelle la rigidité cadavérique ou la rigidité post mortem, mais de la production d’un acte vital de rigidité ou contraction tonique, pareil au spasme fixe, que nous voyons souvent chez des personnes hystériques ou paralytiques ;
- 2° Que nombre de causes de mort, agissant sans qu’il y ait les luttes ordinaires de l’agonie, peuvent produire cet étrange phénomène, caractérisé par la persistance, après la cessation de la vie, des attitudes et de l’expression faciale, qui existaient au moment du dernier soupir. G.-E. Brown-Sequard.
- STATION CENTRALE
- D’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- SYSTÈME EDISON, A NEW-YORK
- Transport ou distribution? C’est entre ses deux termes que s’agite et se débat le problème de la transmission et de l’utilisation de l’énergie sous forme électrique.
- Alors que le transport n’a pas encore quitté le domaine de l’expérience, la distribution fait des progrès rapides et se répand chaque jour davantage... en Amérique. On s’en fera une idée en jetant un coup d’œil sur la figure ci-contre qui représente une partie de l’usine centrale de distribution établie à New-York par la Compagnie Edison, en plein
- quartier des affaires, et qui, malgré sa puissance qui est de 12 000 lampes, va bientôt se trouver insuffisante pour satisfaire aux besoins sans cesse croissants des abonnés.
- Cette station centrale est établie dans un bâtiment à quatre étages, primitivement aménagé pour des bureaux et des affaires commerciales. Il a donc fallu remanier l’installation de fond en comble pour l'approprier à sa nouvelle destination. Notre grande gravure montre la partie la plus intéressante de cette usine électrique, celle réservée aux chaudières et aux machines génératrices.
- Le sous-sol et le rez-de-chaussée sont occupés par huit chaudières tubulaires Babcock et Wilcox, quatre à chaque étage. La puissance totale représentée par ces huit chaudières, est de 2000 chevaux-vapeur. Elles produisent de la vapeur à une pression de 200 livres par pouce carré, 14 atmosphères environ, et l’envoient dans une conduite générale de 25 centimètres de diamètre, sur laquelle sont établis des branchements de 15 centimètres de diamètre allant à chacune des machines.
- Les machines dynamo-électriques sont actionnées indépendamment les unes des autres à l’aide d’un moteur spécial ; la combinaison du moteur à vapeur et de la génératrice électrique, a été nommée par Edison une dynamo à vapeur. C’est une abréviation commode pour le langage et que nous conserverons.
- La station comporte 12 dynamos à vapeur, capables d’alimenter chacune 1200 lampes à incandescensc de 16 candies (1,5 bec Carcel) et consommant normalement 75 watts, avec un courant de 0,75 ampère et une différence de potentiel aux bornes de 100 volts. L’usine peut donc alimenter 12 000 lampes de 16 candies ou 24 0Q0 lampes de 8 candies à la fois.
- Nous avons déjà décrit la machine Edison du type de 1000 lampes1; celle-ci n’en diffère que par quelques points de détail. Nous nous contenterons d’indiquer ses principaux éléments de fonctionnement.
- L’armature, commandée directement par le moteur Porter-Allen, fait 550 tours par minute. Elle a 70 centimètres de diamètre et 1“*,50 de longueur. Son poids avec le collecteur et l’arbre qui le supporte, dépasse 4 tonnes. Cet arbre, tout en acier, a 3 mètres de longueur et 19 centimètres de diamètre. On s’oppose à réchauffement des coussinets qui le supportent, par une circulation d’eau.
- Le champ magnétique dans lequel l’armature se meut, est constitué par huit électro-aimants cylindriques horizontaux, cinq à la partie supérieure et trois à la partie inférieure. Ils sont excités en dérivation, et l’on règle leur intensité en intercalant une résistance variable dans le circuit d’excitation. Ces résistances de réglage sont installées dans une salle distincte de la salle des machines. Pour assu-
- 1 Voy. n° 443 du 26 novembre 1881, p. 406.
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- rer la distribution, on doit maintenir aux bornes des points de départ de la canalisation, une différence de potentiel constante et égale à 105 volts. Une dérivation de grande résistance établie entre les bornes de cette canalisation vient se relier à l’électro-aimant d’un indicateur qui, attirant son armature, la maintient dans une position déterminée. Si la différence de potentiel diminue, l’armature de l’indicateur est moins attirée, s’éloigne, et établit un contact qui allume une lampe bleue. Ce signal indique que la production de l’usine est insuffisante, on doit donc l’augmenter en retirant des résistances du circuit excitateur, pour augmenter l’intensité du champ magnétique.
- Si, au contraire, la différence de potentiel augmente au-dessus de sa valeur normale moyenne, c’est que la production de la machine est trop grande, l’armature est attirée davantage; elle établit alors un contact qui illumine une lampe rouge. On doit alors ajouter des résistances dans le circuit d’excitation, pour diminuer l’intensité du champ magnétique.
- Le réglage porte sur toutes les machines à la fois, la manœuvre des résistances d’excitation est ainsi plus simple et plus rapide que s’il fallait agir successivement sur chaque machine. Edison a combiné un régulateur automatique chargé d’effectuer lui-même cette manœuvre, mais nous croyons que cet appareil n’est pas encore utilisé dans l’installation dont nous nous occupons actuellement.
- Malgré la faible résistance intérieure des armatures, — moins de 1/300 d’ohm —, à cause de l’intensité énorme du courant qu’elles peuvent produire, et qui atteint 1000 ampères en pleine marche, on doit refroidir l’armature à l’aide d’une canalisation d’air qui arrive vers le milieu et s’échappe par les extrémités en venant lécher sa surface. Cet air est utilisé en même temps à la ventilation de la salle des machines.
- Pour s’assurer facilement et rapidement du fonctionnement d’un dynamo à vapeur, Edison a disposé une batterie de 1000 lampes de 16 candies en dérivation. On envoie le courant de la machine sur cette batterie de 1000 lampes, et si la machine est en bon état, les lampes doivent toutes fonctionner à leur intensité normale, ce qu’on reconnaît facilement avec un peu d’habitude.
- Au mois d’octobre dernier, il y avait 6 machines de 1200 lampes installées, sur lesquelles cinq étaient continuellement en service, la sixième servant de réserve en cas d’accident.
- Il a fallu, pour satisfaire aux demandes sans cesse croissantes, compléter l’installation, qui comporte aujourd’hui 12 machines dynamos à vapeur et 8 chaudières.
- Le poids de chacune des dynamos dépasse 20 tonnes ; ce chiffre indique suffisamment le travail de consolidation qu’il a fallu faire subir à la charpente du bâtiment pour pouvoir disposer ces 12 machines au-dessus des chaudières. Cette immense
- machinerie ne donne cependant que des trépidations presque insensibles ; la marche des machines est très régulière, grâce au poids des armatures qui font volant et au mode ingénieux d’attache de la machine électrique avec le moteur ; son élasticité efface les coups de piston et donne une lumière d’une constance absolue.
- Nous n’avons rien de particulier à indiquer relativement à la canalisation, aux compteurs et à la distribution électrique proprement dite ; nous renvoyons le lecteur aux articles publiés précédemment sur ce sujet1. Les résistances d’isolement des conduites sont soigneusement mesurées ; on rejette toutes celles dont la valeur est inférieure à 1500 megohms par mètre.
- En somme, après quelques hésitations, quelques accidents et quelques accrocs inévitables dans une première installation, le système Edison fonctionne à New-York, depuis près de deux ans, d’une manière très satisfaisante.
- Sans revenir une fois de plus sur les nombreux avantages d’une distribution d’électricité, nous formons le vœu qu’il nous soit bientôt donné l’occasion de les apprécier à Paris.
- L’EXPOSITION INTERNATIONALE
- D’HYGIÈNE ET D’ALIMENTATION
- A LONDRES
- Cette Exposition internationale se tient au même endroit que celle des pêcheries qui, l’an dernier, eut tant de succès. Au point de vue du pittoresque et de l’attrait, il se peut qu’on la trouve moins intéressante que cette grande variété de bateaux, de filets, d’ustensiles de pêche, de costumes, de poissons, qui fit que du premier au dernier jour l’Exposition_ne désemplit point. Pourtant, si on laisse de côté certaines galeries qui ne peuvent plaire qu’aux spécialistes, le curieux voyagera avec plaisir dans ces grands bâtiments et y découvrira avec étonnement beaucoup de choses qu’il ignorait et qui le charmeront.
- Le premier des groupes de cette Exposition, c’est celui de la nourriture, et cela se conçoit non seulement parce que l’Angleterre ne produit pas en quantité suffisante le blé, la viande, etc., mais parce que la population anglaisé en général, ignore la manière de préparer ses mets d’une façon économique. Où un morceau de viande de deux kilos, pourra grâce à l’habileté de la ménagère, suffire pour deux repas en France, il faudra en Angleterre deux fois plus de viande, parce que la femme anglaise ne sait pas ce que c’est que la cuisine. Ceci n’a l’air de rien, mais au bout du compte ce gaspillage de chaque jour, dans chaque famille, où on ne connaît, ni les soupes, ni les plats de viandes unies aux légumes, ni les ragoûts, etc., finit par se traduire par des pertes considérables pour la fortune publique. Après les Produits alimentaires, vient l’Habillement, et comme de juste, ce groupe des costumes nous offre des spectacles divers où il y en a pour tous les goûts : pour l’amateur de confort comme
- 1 Yoy. n° 443 du 26 novembre 1881, p. 406. — Voy. n°465 du 29 avril 1882, p. 340 ; les compteurs d’électricité.
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- pour l’élégant qui veut des vêtements hygiéniques, comme aussi pour le voyageur et le touriste qui sont a la recherche de VQmnia mecum porto sous le plus petit volume possible. Vous trouverez tout ce que vous voudrez dans les galeries de l'Habillement depuis les choses élégantes jusqu’aux choses les plus extravagantes, jusqu’aux spécimens de la réforme du costume des femmes, avec des jupons en forme de pantalons bouffants et des souliers larges et plats a faire concurrence aux palmipèdes et à vous faire entrer dans la catégorie des pieds plats.
- Plus loin, nous voyons comment chaque maison est approvisionnée d’eau, et ce que c’est que le drainage d’une maison dans de bonnes et aussi dans de mauvaises conditions. L’Habitation, dans tous ses détails de construction, d’arrangement, d’ameublement, de ventilation, de cliaul-fage, d’éclairage, etc., nous montre tout ce qui est nécessaire et ce qui est dangereux pour la santé ; tout ce qui constitue enfin les conditions de salubrité.
- Après la famille et la maison, l’Ecole, son mobilier, ses appareils d’instruction et de démonstration, ses gymnases, puis l’Atelier, les systèmes appliqués pour préserver les ouvriers des émanations et vapeurs dangereuses, des poisons, etc., etc.
- De l’Exposition elle-même, il est difficile de dire grand chose aujourd’hui, parce que, quoique la section anglaise soit assez avancée rien ne sera prêt nulle part avant une huitaine ou peut-être une quinzaine.
- Le « clou » du jour, c’est une reproduction d’une rue du Vieux Londres, d’après les anciens dessins, pour nous montrer comment dans l’ancien temps, on comprenait le bien-être de l’intérieur. Dans cette rue, on a représenté différentes maisons célèbres de divers endroits de Londres, Bishopsgats (la Porte de l’Evêque) flanquée du mur de Londres (l’enceinte romaine), la Cock Tavern de Leadenhall-Street, les Three-Squirrels de Fleet-Street. 11 y a comme cela plus de vingt maisons de grandes dimensions, et qui, pour l’artiste, l’archéologue, l’historien offrent un véritable charme, tandis que pour ce que nous appelons en anglais le General Public, ce fac-similé des maisons d’autrefois, c’est un pèlerinage obligatoire. L’Anglais est en effet éminemment conservateur, il admire les vieux costumes, les vieux usages, les vieilles cérémonies, il est naturel qu’il aime à voir comment étaient faites les maisons d’il y a trois ou quatre cents ans, sauf à reconnaître ensuite qu’on a fait bien des progrès dans la façon de construire et d’emménager les habitations, et que le home du dix-neuvième siècle est sous tous les rapports infiniment supérieur à celui d’autrefois.
- J’aurais voulu pouvoir parler de la France et de ce qu’elle envoie à l’Exposition, mais rien n’est encore prêt, le catalogue ne mentionne aucun nom d’exposant et se borne à dire que la liste des produits français sera publiée dans la seconde édition.
- Tout ce que je puis ajouter, c’est que l’Exposition Belge, qui est presque terminée, promet d’être très belle et que lors de ma première visite, malgré mes recherches il m’a été impossible de trouver la section française. L’an dernier, la France, malgré son immense littoral et sa nombreuse population de marins et de pêcheurs était piètrement, misérablement représentée à l’Exposition des pêcheries. Sur le plan de l’Exposition d’hygiène et d’alimentation, je vois bien que la Belgique a un grand pavillon à elle, mais la France n’a qu’un petit espace dans la section étrangère et elle a l’air d’y devoir faire petite figure. E. A. Tournier.
- L’ART PRÉHISTORIQUE
- EN AMÉRIQUE
- (Suite et lin. — Voy. p. 186, 251 et 531.)
- Nous avons vu les Cliff Rwellers établir leurs demeures sur des roehers, à des hauteurs presque inaccessibles. Les voyageurs nous racontent d’autres habitations construites dans les vallées, sous la protection de tours tantôt rondes, tantôt carrées, mais toujours érigées avec une rare intelligence des points les plus exposés. Ces puehlos, tel est le nom qui leur a été donné par les Espagnols, remontent probablement à la même époque que les Cliff-llouses et quelques-uns étaient encore habités à l’époque de la conquête. Ils comprenaient des grands bâtiments, presque toujours rectangulaires, entourant une cour
- Fig. 1. — Gara Gigantesca, à Izamal.
- d’une régularité parfaite. Ces constructions sont tantôt en pierres, tantôt en adobes, tantôt en une sorte de conglomérat de petits silex recouverts de plusieurs couches d’argile. Souvent, au pueblo Bonito, par exemple, les murs étaient renforcés par des rondins de bois, placés les uns verticalement, les autres horizontalement. Par un rapprochement curieux, nous voyons la même disposition dans les îles de la Grèce exposées aux désastreux effets des tremblements de terre. Les mêmes causes avaient inspiré aux habitants du Mexique les mêmes précautions.
- Les pueblos devaient être de véritables phalanstères, où la vie était commune. Celui situé auprès d’Aztec Spring couvrait une superficie de 480 000 pieds carrés et on a calculé qu’il y était entré 1 500 000 pieds cubes de maçonnerie. Les ouvertures étaient peu nombreuses et étroites, les planchers formés de poutres brutes de sapin, les chambres, comme celle des Cliff-Houses, d’une extrême petitesse. Ces villages, Cave-Towns ou Pueblos, renfermaient toujours un certain nombre de tours, dont
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- plusieurs atteignaient jusqu’à 60 pieds de diamètre. On y pénétrait soit par une trappe placée au sommet, soit par un long-boyau obscur, où il fallait cheminer en rampant. Les Espagnols ont donné à ces tours le nom à'Estufas. Leur destination reste inconnue; on a supposé probablement avec raison, qu’elles devaient renfermer le feu sacré, objet comme nous l’avons vu de la superstition constante des anciens Américains.
- Rien dans les ter-rassements des Mound - Builders, rien dans les demeures aériennes
- zèle des populations ou la volonté tyrannique de leurs
- chefs. Les plus anciens rappellent ceux de Tabasco, où les Toltecs s’établirent avant de pénétrer dans la péninsule. 11 est facile de constater un progrès sensible dans les villes d’un âge moyen comme Chi-chen-Itza. Dans les villes plus modernes comme Ka-bah ou Uxmal, le goût exagéré de l’ornementation l’emporte sur les traditions plus sévères. C’est la marche habituelle de l’art et nous la retrouvons en Amériq ue comme en Europe. Mais ces édifices, quelque
- des Clilf-Dwellers, rien dans ces vastes phalanstères, J soit leur destination et à quelqu’époque qu’ils reasiles eux aussi d’hommes inconnus, ne rappelle le j montent, ont un point commun qu’on ne peut mécon-
- tùg. 2. — Portique à Kubah.
- souvenir des constructions, des arts ou du genre de vie, que l’histoire mon tre sur l’ancien continent.
- Les mêmes conclusions ne peuvent s’appliquer aux monuments du Chiapas et du Yueatau dont les ruines frappent d’étonnement le voyageur. 11 est possible que des immigrations aient aidé par les éléments nouveaux qu’elles apportaient, au développement du goût artistique des Américains et que ceux-ci aient puisé chez ces nouveaux arrivants des modes de construction, de décoration surtout, inconnus jusqu’alors. C’est là ce qu’il faut maintenant examiner.
- Les monuments duYu-catan, dit M. Charnay, et nous pourrions ajouter tous ceux de l’Amérique Centrale, n’appartiennent pas tous à la même époque. Les forteresses, les temples outeocallis, les palais durent se succéder là comme ailleurs, selon le
- Fig. 3. — Quetzacoalt. — Musée du Trocadéro.
- naître. Les édifices du Yucatan et du Mexique, comme ceux du Pérou ont constamment été élevés sur des mounds. On peut le constater à Palenque comme à Lorillarcl-City, la ville récemment découverte par M. Charnay, à Chimu comme à Xochi-calco, àTiaguanaco comme à Chichen-ltza. Alors même que les constructeurs utilisaient des collines naturelles, ils avaient soin de les agrandir artificiellement et souvent de les revêtir d’une chemise en maçonnerie. Il est difficile de ne pas voir là un rite religieux, tout au moins un usage qui rattache les monuments de l’Amérique Centrale aux pyramides en terre des Mound-Builders.
- D’un autre côté, la construction massive de ces monuments, la largeur des bases, l’ornementation extérieure montrent un art nouveau qui a bien pu être introduit par des étrangers. Palenque avec ses
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- Fis. 4.
- temples déjà reproduits à plusieurs reprises par La Nature, Cuzco avec scs palais, bien d’autres ruines encore peuvent se comparer aux édifices de l’ancien continent. Les bas - reliefs de Chichen-ïtza ressemblent à ceux de Babylone ou de Ninive; la grande richesse de l’ornementation rappelle celle des monuments assyriens. Les méandres et les grecques qui ornent les frises de Mitla, de la Casa del Gober-nador, ou de la Casa de Monjas à Uxmal1 se rattachent à l’art européen. Le portique de Kabah (fig. 2), l’aqueduc construit sur le Rodadero à Cuzco auraient pu s’élever dans la campagne de Rome, et récemment un missionnaire protestant s’émerveillait de la ressemblance des édifices de Chichen-ltza avec les topes et les dagobas qu’il avait vus à Ânaradjapoura, l’ancienne capitale de l’ile de Ceylan.
- La statuaire qui orne ces batiments semble également tenir d’un art étranger. Les fouillcsdePalenque ont donné une statue2 qui rappelle par l’expression du visage la sculpture égyptienne ; la Gara Gigan-tesca ( fig. \ ), gros blocage de moellons disposés de manière à former le nez, la bouche et les yeux et assujettis avec un ciment assez dur pour avoir résisté au temps, ne parait pas appartenir à l’art indigène. La statue de Ghaac-Mol, celle de Quetza-coatl dans la position hiératique attribuée à Bouddha (fig. o), un bateau peint sur les murs du gymnase de Chichen - Itza (fig. 4), assez semblable
- 1 Oh a calculé que les sculptures de ce dernier palais couvraient une superficie de 24000 pieds carrés.
- 2 Les récentes découvertes de M. Charnay à Palenque permettent de croire que le sculpteur commençait par modeler le corps
- aux jonques chinoises
- Bateau peint sur les murs d’un palais, à Chichen-ltza.
- Fig. b. — Statue provenant des ruines de Copan.
- puis le revêtait des habits et des ornements insignes de son rang. | leurs animaux domestiques, leurs chevaux par exemple. Or
- sont certainement les produits d’un art nouveau, différent de celui connu jusqu’alors.
- L’art ancien cependant ne cède pas encore complètement la place. Nous reproduisons une statue provenant des ruines de Copan (fig. 5) ; on ne sait ce qui doit le plus étonner, la bizarrerie de l’imagination, la richesse des détails ou la finesse de l’exécution. Non loin de là, on trouvait un alligator tenant dans sa gueule une figurine avec une tète humaine et les extrémités d’un animal ; puis un crapaud gigantesque dont les pattes étaient terminées par des ongles de félide. Ce sont là des œuvres comparables comme conception, bien qu’elles soient supérieures comme exécution, aux statues étranges dont nous avons parlé. C’était fort lentement qu’un goût plus pur s’infiltrait parmi les peuples de l’Amérique.
- Ces progrès si marqués sont-ils dus, demanderons-nous de nouveau, à des immigrations étrangères ? Nous serons moins affirmatifs que nous l’avons été jusqu’à présent. Si les pic-tographies, si les construction des Mound - Builders ou des Cliff-Dwellers montrent un art, si je puis m’exprimer ainsi, indigène, il n’en est pas de même des monuments plus modernes de l’Amérique Centrale; en les étudiant, il est difficile de méconnaître des origines étrangères. L’arrivée d’immigrants asiatiques1, l’influence des missionnaires bouddhistes venus de la Chine ou du Japon paraissent certaines. L’his-
- 1 Nous n’avons pas le dessein de traiter ici la grande question du peuplement de l’Amérique. Nous dirons seulement que si le Nouveau Continent avait été peuplé par des hordes venues de l'Asie, comment ces hommes n’auraient-ils pas amené avec eux
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- LÀ NATURE
- toire permet de, citer quelques unes au moins de ces immigrations, d’énumérer ces influences, mais elles ne suffisent pas pour expliquer les monuments qui semblent transplantés des bords du Tibre ou du Nil. Une seule chose paraît prouvée : les Romains ne soupçonnèrent jamais l’existence de l’Amérique; l’histoire de l’Egypte indestructible, sur le granit où elle est gravée, ne fait nulle mention de continents au delà de l’Atlantique. Plus on approfondit ces questions, plus on sent que la science est aujourd’hui impuissante à les résoudre. Des problèmes immenses sont soulevés; le doute, l’hésitation, les hypothèses plus ou moins plausibles sont notre seule réponse. 11 faut persévérer cependant sans découragement dans ces etudes pleines d’intérêt, en répétant avec un éminent Àméricaniste, The New World h a gréât Nystenj. La terre d’Amérique, à quelque point de vue que l’on se place, recèle des mystères encore impénétrables pour nous; mais que ceux qui viendront après nous, parviendront sans doute à élucider.
- Marquis de Nadaillac.
- LES PHOTOGRAPHIES COLORÉES
- On a fait récemment quelque bruit autour d’une invention prétendue nouvelle et destinée naturellement à faire une révolution dans la photographie des couleurs, d semble donc opportun d’indiquer tout simplement en quoi consiste un de ces procédés dont on attendrait plus, à coup sûr, qu’il ne peut tenir.
- On obtient d’abord la mise en place d’une photographie en tirant du cliché une épreuve faible que l’on fixe et qu’on lave bien après fixage. On colorie alors l'épreuve en plaçant, par teintes plates locales, les couleurs voulues. Ces couleurs doivent être choisies parmi celles qui peuvent résister à l’action des bains d’argent etd’hypo-sulfîte. Les couleurs végétales, les verts, etc., sont d’un bon emploi, mais pas le vermillon ni les jaunes de chrome qui s’altéreraient.
- Au lieu de les délayer à l’eau, on délaye les couleurs avec de l’albumine salée. Une fois ce travail terminé, on sensibilise sur un bain d’argent à 12 pour 100. On laisse sécher et on imprime après avoir posé le cliché, repérant bien avec les couleurs. La lumière modèle et dessine le coloris ; on vire et on fixe ensuite comme d’habitude.
- On peut encore employer un autre moyen qui consiste à peindre l’épreuve faible avec des couleurs à l’eau et albumine salée; le travail du coloriage terminé, on coagule à l’alcool et on fait flotter la maquette en entier sur un bain d’albumine salée. La couche d’albumine recouvre l’image et toute la feuille ; on sensibilise ensuite et on imprime ainsi qu’il vient d’être dit.
- On peut employer des surfaces noires et y reporter des couleurs couvrantes comme la gouache combinée avec de l’albumine salée toujours, que l’on sensibilise à l’argent. De cette façon l’on obtient plus aisément des fac-similés de certains vieux tableaux très sombres et peints
- nou seulement Fernand Cortès et ses compagnons ne trouvèrent en Améiique aucun des animaux domestiques de l’Asie ou de l’Europe, mais encore leur souvenir était complètement effacé chez ces Indiens à qui les chevaux de Cortès causèrent une indicible frayeur.
- avec de la pâte de couleur formant une croûte assez épaisse.
- Rien de nouveau dans tout cela, car ce n’est, en définitive, qu’un procédé qu’il convient de faire connaître pour éviter qu’on ne prenne pour un miracle ce qui n’est qu’un tour de main, ingénieux sans doute, mais sans valeur ni artistique, ni scientifique. Léon Vidal,
- Rédacteur en chef du Moniteur de ta Photographie
- CHRONIQUE
- Ascension aérostatique. — Nous avons donné l’an dernier la description de l’atelier aérostatique que MM. Albert et Gaston Tissandier ont organisé à Paris-Auteuil dans le voisinage du Point-du-Jour. Grâce à l’obligeance de la Compagnie Parisienne du Gaz, cet atelier a pu être complété par l’installation d’une canalisation spéciale, destinée à gonfler rapidement des ballons ordinaires pour l’exécution d’ascensions scientifiques ou de promenades aériennes. Cette canalisation a été essayée jeudi 15 mai, et un petit aérostat de soie de 550 mètres cubes, LeJcan-Bart, a pu être gonflé en 2 heures et demie de temps. M. Albert Tissandier, architecte, et M. Escalier, le peintre dont on admire cette année au Salon la remarquable exposition, sont montés dans la nacelle du ballon à 3 heures 55 minutes de l’après-midi. MM. Gaston Tissandier et 11. Lachambre, aéronaute-constructeur, qui avait prêté son concours pour le gonflement, ont procédé à l’équilibrage, et le départ a eu lieu dans les conditions les plus favorables. Les voyageurs ont traversé Paris dans sa plus grande largeur, et après s’être élevés à 1500 mètres d’altitude, ils ont touché terre à 6 heures 15 minutes à Mont-inirai] (Marne), à 80 kilomètres environ, à l’est de leur point de départ. — Au moment de l’ascension, M. Ch. Moussette a procédé à d’intéressantes expériences de photographie instantanée ; Le Jean-Bart a été photographié successivement trois fois après avoir quitté la terre.
- Te contrôle des engrais. — Parmi les départements dans lesquels on a signalé les fraudes les plus nombreuses dans le commerce des engrais, les départements de la Bretagne se placent au premier rang. Malgré les efforts poursuivis depuis trente-cinq ans, chaque année les cultivateurs y sont victimes de supercheries déloyales. M. Thomas, directeur de la station agronomique de Lézardeau, en donne quelques exemples dans une lettre qu’il a adressée récemment à la Société d’agriculture de Quùnperlé: un engrais composé, ne renfermant pas plus de 6 fr. de matière utile, est vendu couramment 12 fr. par 100 kilog.; un autre, valant un peu plus de 10 fr., est vendu 25 fr. ; de prétendus phosphates, dont le titre ne s’élevait pas à 1 pour 100, et consistant en poudre de schiste, sont vendus couramment au prix de 8 fr. par 100 kilog. Ce sont là autant de faits qu’on ne saurait trop fawse connaître, afin de mettre les cultivateurs en garde contre les fraudeurs. C’est par l’instruction seulement qu’on parviendra à les prémunir contre les industriels interlopes qui cherchent à les exploiter.
- Éponge on lavette japonaise. — De divers côtés on nous demande, entre autres renseignements de botanique appliquée, le nom scientifique d’un produit, qui se vend couramment, depuis quelque mois, sous le nom d'éponge ou de lavette japonaise ou chinoise, suivant le goût de l’industriel qui exploite le produit végétal en question. On tire ainsi partie d’une matière qui se perdait et
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- qui est fourni par un ou plusieurs palmiers grimpants, mais surtout par des rotangs qui sont universellement connus par les usages nombreux auxquels ils servent. Ce sont les Calamus rudentum, C. Viminalis et C. Vous les plus recherchés, et il s’en expédie des îles de l’Inde Néerlandaises et de la presqu’île de Malacca des chargements complets. On sait que les tiges de ces rotangs dépouillées de leurs graines et de leurs feuilles sont utilisées directement à cause de leur souplesse sous le nom de badines et improprement de joncs. En passant ces tiges a une sorte de tréfilage, on en enlève la portion extérieure solide et recouverte naturellement d’un enduit siliceux, en longues bandes ; ce sont ces lanières qui servent à canner les chaises. La partie centrale, autrefois délaissée, est employée maintenant à faire des paillassons, des cordages grossiers, de la vannerie, etc. Quant aux déchets réels, ce sont eux dont on vient de tirer parti en faisant la lavette ou l’éponge japonaise, qui se vend dans tous les bazards et sur la voie publique.
- Limes en fonte. — M. Howell, de Chicago, fabrique des limes en fonte par le procédé suivant : On commence par fondre les flans, qui sont ensuite recuits dressés et taillés. Les limes ainsi obtenues sont alors mises par couches avec des matières carbonées telle que résine, pétrole, charbon animal ou végétal, dans des caisses qui peuvent être hermétiquement closes et qui sont reliées par un tuyau muni d’un robinet, avec un récipient d’où l’air a été préalablement chassé. On chauffe et on laisse d’abord s’échapper le mélange d’air et de gaz qui se dégage, jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’oxygène dans les caisses. On ferme alors les caisseseton les fait communiquer avec le récipient. Le dégagement gazeux continuant dans un milieu hermétiquement clos, la pression ne tarde pas à s’élever et il se produit une carburation énergique de la fonte. On continue ensuite la fabrication comme à l’ordinaire pour ce qui concerne la trempe. Les limes ainsi obtenues sont de qualité supérieure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 mat 1885. — Présidence de M. Rolland
- Emploi agricole des superphosphates. — M. Dehérain définit l’engrais: la matière utile à la plante qui manque au sol; d’après cette définition, on voit que deux conditions sont nécessaires pour qu’une substance soit considérée comme un engrais ; la première c’est qu’elle puisse se dissoudre dans l’eau, la seconde c’est que le sol n’en renferme pas une proportion suffisante. M. Dehérain a employé, pendant plusieurs années, sur le sol du champ d’expériences de Grignon, les superphosphates; ils n’y produisent aucun effet, ils n’augmentent pas la récolte. Il devenait donc dès lors probable que le sol renfermait une quantité d’acide phosphorique assimilable suffisante pour subvenir aux besoins des plantes et c’est en effet, ce qu’il a constaté en recherchant dans la terre du champ d’expérience, l’acide phosphorique, non pas à l’aide des acides minéraux qui le dissolvent quelle que soit la base à laquelle il est combiné, mais en employant l’acide acétique qui ne dissout que les phosphates de protoxydes également solubles dans l’acide carbonique; or le sol du champ d’expériences de Grignon renferme des phosphates solubles dans l’acide acétique et l’on conçoit dès lors comment les superphosphates n’y présentent pas d’effet utile.
- M. Dehérain a éludié en outre un grand nombre d’autre sols, et de ses études il tire la règle suivante qu’il ne considère que comme provisoire, car d’après lui elle ne repose pas encore sur un nombre d’observations assez considérables pour devenir définitive.
- 1° Quand une terre renferme moins de 0 gr. 5, d’acide phosphorique par kilo, l’emploi des engrais phosphates est d’ordinaire nécessaire.
- 2° Quand une terre renferme 1 gramme d’acide phosphorique par kilo, et que son épaisseur est telle que cette proportion arrive à donner 4000 kilos d’acide phosphorique par hectare, l’emploi des superphosphates est généralement inutile si une partie de l’acide phosphorique total est soluble dans l’acide acétique.
- 5° Entre ces deux limites se trouvent les terres sur lesquelles il convient d’essayer les superphosphates, sans commencer par faire de grosses dépenses qui pourraient n’être pas rémunératrices.
- Les ponces de Krakatoa. — M. Paye dépose sur le bureau, des fragments de pierres ponces rejetées le 27 août dernier par le Krakatoa, et recueillis le 21 mars sur le rivage de l’ile Bourbon où ils sont venus s’échouer après un voyage de 1200 à 1500 lieues. Ces galets, durant leur navigation se sont recouverts de tubes de spirorbis commuais et d’algues microscopiques. Ils ont été adressés à M. Faye par M. Pellagaud, naturaliste bien connu.
- L’équateur du soleil. — On sait que la détermination de l’équateur solaire, c’est-à-dire du grand cercle perpendiculaire à l’axe de rotation de notre astre central, présente de très grandes difficultés. Le déplacement des taches qui sert de base aux observations est en effet compliqué, comme M. Faye s’en est le premier aperçu, d’un mouvement de ces taches indépendant de celui du soleil. En suivant une tache, on reconnaît qu’elle présente une sinusoïde et si on fait abstration de la rotation de l’astre, on trouve que la tache parcourt une trajectoire elliptique fermée, dont le grand axe est dirigé suivant un méridien. En considérant les mouvements propres des taches, M. Spœrer, est arrivé à l’Observatoire de Berlin à déterminer l’atmosphère solaire avec une précision inconnue jusqu’ici.
- Carte d’Afrique. — Au nom du Ministre de la Guerre, M. le colonel Perrier fait hommage des 26 premières
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- feuilles d’une carte d’Afrique au ^ 000 00(1° ^Ue Pres<îue
- exclusivement à l’initiative personnelle deM. le capitaine du génie, de Lannoy de Bissy. L’œuvre complète qui sera terminée dans 5 années, aura 60 feuilles et mesurera 4 mètres sur chacun de ses côtés. Chaque feuille du prix de 30 ou de 50 centimes suivant les cas, porte une notice relative aux pays représentés, aux populations qui les habitent, et aux sources à consulter.
- Photographie physiologique. — M. Marey, en continuant ses études de photographie appliquée à la physiologie, montre comment *ses premiers résultats peuvent se traduire en épures géométriques. Celles-ci à leur tour se prêtent à des observations très fécondes.
- La vaccination antirabique. — MM. Pasteur, Chamber-' lan et Roux se préoccupent des méthodes propres à atténuer et à exalter le virus rabique. L’atténuation s’obtient en inoculant la rage d’abord de chien à singe, puis de singe à singe, et en répétant ce dernier passage un grand nombre
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- de fois. A la fin, on obtient un virus qui ne donne plus la rage au chien et lui communique l’immunité si on le fait mordre^par un chien enragé. L’exaltation du virus au contraire est obtenue par des inoculations successives de lapin 'a lapin.
- Les auteurs demandent au Ministre de l’Instruction publique de nommer une commission de savants devant laquelle les expériences seront répétées.
- Les papillons de France. — Sous ce titre, la librairie Rothschild a mis en vente un charmant volume que le retour de la belle saison va transformer en vade mecutn des jeunes naturalistes. Après le détail de tous les procédés de chasse et de tous les ustensiles propres à procurer la capture des papillons, des chenilles et des chrysalides ; après les notions relatives à l’établissement et à la conservation d’une collection, ou y trouvera la description des lépidoptères qui vivent en France et dix-neuf planches en couleur, remarquables d’exactitude qui rendront toutes les déterminations faciles. Nul doute que cet ouvrage n’obtienne le plus vif succès.
- Varia. — Devant rendre hommage à la mémoire de Fabricio, la ville d’Acquapen-dente sollicite de l’Académie des souscriptions qui contribueront à l’érection du monument de cet illustre naturaliste. — Par des considérations mathématiques, un auteur évalue à 157 mètres par seconde la vitesse de Fonde émanée du Krakatoa. — La planète 236 récemment découverte à Vienne par M. Palizza a été soumise à Paris a des observations suivies par M. Bigour-dan. — L’analyse chimique d'une eau minérale du Calvados occupe M. Charles Clooz.
- — La ville d’Arcneil désirant élever à Bcrthollet un monument qui fasse le pendant de celui de Laplacc, l’Académie va mettre à sa disposition le buste qu’elle possède du célèbre chimiste.
- Stanislas Meunier.
- une'
- FLEUR ANOMALE DE PAPAYER RHOEAS
- Dans une herborisation faite l’été dernier aux environs de Forest près de Bruxelles, un de mes jeunes élèves recueillit dans un champ de luzerne un Coquelicot dont la fleur présentait une curieuse anomalie. Les quatre pétales, par la soudure de leurs bords opposés, étaient devenus tubuleux et offraient chacun l’aspect d’une corolle monopétale infundibu-liforme. Cela donnait à l’ensemble de la fleur un faciès étrange non dépourvu d’élégance (voy. fig.).
- . J’ignore si ce fait tératologique a déjà été observé et consigné dans une revue quelconque, mais de nombreux cas analogues ont été signalés à l’attention des botanistes.
- En ce qui concerne les organes appendiculaires en général, il n’est pas rare de rencontrer les feuilles de Noisettier dont les lobes inférieurs soudés par leurs bords donnent à la feuille l’aspect d’une feuille peltéeou d’un entonnoir. Le même fait se remarque aussi chez certains Tilleuls. M. Masters figure, à la page 22 de son Traité de tératologie végétale1, une feuille de Pélargonium ayant l’aspect d’une corne d’abondance. Ces transformations d’une feuille à limbe plan en un organe tubuleux ou ascidie sont normales chez » certaines plantes comme les Ne-pentbès, les Sarracenia, etc. ; chez d’autres, elles sont accidentelles et Charles Morrcn a consigné un certain nombre de faits semblables dans les Bulletins de VAcadémie (1858-1852). Kickx mentionne également plusieurs cas très curieux entre autres celui qu’il a observé dans une feuille de Rosier dont deux folioles opposées avaient pris la forme d’une coupe pcdicellée.
- Quant aux pétales tubuleux, ils se présentent normalement dans certaines fleurs telles que l’Ilellébor, l’Epimedium, la Violette, et accidentellement dans d’autres ; M. Masters a constaté la présence de pétales tubuleux dans la fleur de la Renoncule rampante. Dans l'Eranthis hiemalis, en observe fréquemment des transitions entre le pétale plan et le pétale tubuleux ; l’auteur précité en figure plusieurs.
- Dans le cas qui nous occupe, on peut très aisément se rendre compte de la manière dont ces soudures peuvent s’opérer. En effet, si nous considérons la préfloraison chiffonnée du Coquelicot, nous constatons que chaque pétale est replié sur lui-mêmej de telle façon que ses bords latéraux coïncident sur toute leur longueur. Il n’est donc pas étonnant que ses bords se soudent et il est même curieux que ce cas ne se présente pas plus souvent. On comprendrait plus difficilement que dans une préfloraison Semblable, une fleur devint monopétale par la soudure des pétales entre eux. 11 existe pourtant un exemple de ce cas. On cultive une variété du Papa-ver bracteatum dans laquelle les pétales sont unis par leurs bords de sorte que la fleur, devenue go-mopétale, présente l’aspect d'une large coupe.
- Louis Pire.
- 1 Vegetable Teratology, by Maxwell T. Masters, M. D. — London, 1S69.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. * Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Fleur anomale de Papayer (Coquelicot).
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- N* 5 74.
- 31 MAI 188 4.
- LA NATURE.
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- LES NOUVELLES CANONNIÈRES A ROUES
- DE LA MA RIKE F II A N Ç A I S E
- Notre gravure représente-l’aspect d'une des nouvelles canonnières à roues que le Ministre de la Ma-
- rine et des Colonies a fait construire pour le service des rivières du Tonkin et du Gabon. Ces canonnières ont été exécutées au nombre de cinq par la Société { des anciens établissements Claparède; elles portent les noms suivants : Henry Rivière, Carreau, Garnier, Berlhe de ViUers, et Pionnier. Destinées à
- Fig. 1. — Nouvelle canonnière à roues de la marine française, destinée aux lleuves du Tonkin ou de l’Afrique et munie d’une plate-forme et d’un mât d'acier avec canons-revolver Hotelikiss.
- fonctionner sur les fleuves de la Chine et de l’Afrique dont les eaux sont souvent très basses, leur tirant d’eau maximum est de 0‘",70 et leur vitesse mi-
- nimum est de neuf noeuds. Elles sont pourvues d’un appareil moteur de 250 chevaux.
- Le navire se compose d’un flotteur à fond plat en\
- Fig. 2. —Plan de la canonnière à roues représentée ci-dessus.
- acier Bessemer ou Siemens-Martin de première qualité, dont toutes les parties sont complètement zinguées. 11 est muni de trois fausses quilles. L; pont de ce flotteur est pourvu d’un garde-corps. Sur ce pont, dans un roof, sont établis les logements du commandant et de l’équipage.
- Au-dessus du roof est installée une plate-forme servant de toiture et disposée de manière à recevoir 42e année. — l01' semestre.
- toutes les installations militaires du bâtiment. Ces dernières consistent dans deux canons de 90 millimètres, l’un devant et l’autre derrière, et quatre canons-revolvers Hotchkiss; 6 postes sont établis sur la plate-forme pour recevoir trois de ces canons-revolvers; le quatrième est placé au sommet d’un mât creux en acier, situé au milieu de la longueur du navire (fig. 1).
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- LA NATURE
- L’intérieur du llolteur est divisé en 28 compartiments dans lesquels sont installés les soutes à munitions et divers magasins, suivant les indications d’un plan d’emménagements fourni par la marine et dont nous donnons le détail (fig. 2).
- La longueur du navire entre perpendiculaires à la flottaison est de 57ra,20, la largeur au maître couple hors membres, de7m,40, lecreux sur quille de lm,50.
- La machine, du système Compound, esta condensation par surface, sans appareil de détente, elle est à deux cylindres horizontaux et à bielles directes accouplées à 90 pour 100. Elle développe au minimum comme nous l’avons déjà dit, 250 chevaux indiqués, à l’allure de 55 tours par minute.
- Quatre des canonnières dont nous donnons la description étaient destinées au Tonkin, et la cinquième au Gabon. L’heureuse issue de la guerre du Tonkin, permettra sans doute au Ministre de la Marine, de faire concourir à un autre usage ces belles canonnières, qui n’en sont pas moins destinées quel que soit leur emploi, à compléter très heureusement le grand outillage de notre marine.
- LE CANAL.DE PANAM
- En ce moment, quinze mille ouvriers sont sur les chantiers et toutes les sections, depuis Colon sur l’Atlantique jusqu’à Panama sur le Pacifique, sur une étendue de 74 kilomètres, sont en pleine activité.
- A Colon, Gatun, Buhio, Soldado, Tabernilla, San Pablo, Gorgona, Ubispo, Emperador, Culebra, il y a de nombreux chantiers, et l’on voit déjà se dessiner nettement la forme, la coupe, les dimensions du canal.
- A la fin du mois de janvier dernier, on avait extrait à Panama, depuis le début, près de trois millions et demi de mètres cubes de terres, de sables, de roches, dont environ 600000 mètres cubes avaient été faits en janvier.
- Depuis le mois de mai courant, il sera fait deux millions à 2 millions et demi de mètres cubes par mois, soit 25 millions de mètres cubes par an, tout en tenant compte de la saison des pluies, qui va de mai à novembre. Cela permettra de finir les travaux de Panama en 1888, et peut-être avant cette date comme le croit M. de Lesseps.
- Les dragues que les ingénieurs américains ou français ont introduites sur le canal de Panama, sont surprenantes de rapidité, d’ingéniosité, de puissance, et telle d’entre elles peut extraire jusqu’à 4000 mètres cubes par jour. Et ce ne sont pas seulement les ingénieurs, c’est aussi le gouvernement américain qui accepte aujourd’hui le canal.
- Un heureux hasard a voulu qu’un chemin de fer à voyageurs et à marchandises fût déjà construit à travers l’isthme, et la Compagnie de Panama y fait en ce moment circuler seize trains par jour, au lieu de huit qui fonctionnaient l’année dernière. Les campements, les villages d’ouvriers, les maisons pour les employés, les bureaux, les hôtels, les hôpitaux, tout cela est bien construit et admirablement aménagé. Aucun service ne laisse à désirer, ne chôme, Iss bras ne manquent pas non plus, et le canal sera sans doute, grâce à l’énergie constante de 31. de Lesseps, entièrement achevé dans quatre ans.
- L. Simonin.
- ÉCLAIRAGES ÉLECTRIQUES PRIVÉS
- En attendant la réalisation sur une plus ou moins grande échelle de la distribution de l’électricité à domicile, plusieurs particuliers séduits par les qualités spéciales de l’éclairage électrique, ont passé outre sur les difficultés de la production du courant et ont installé pour leur service personnel de petites usines électriques qui présentent chacune des particularités intéressantes. Nous ferons connaître aujourd’hui les dispositions adoptées par MM. Porgès et Gaston Menier.
- M. Porgès, administrateur de la Compagnie Edison, fait usage pour l’éclairage de son hôtel, d’une machine Edison type K, actionnée par un moteur à gaz à deux cylindres système Otto, de huit chevaux. La machine Edison type K est établie pour alimenter 60 lampes A exigeant 0,75 ampère et 100 volts aux bornes. L’installation compte cependant plus de cent lampes, paroeque, d’une part, toutes les lampes ne sont pas allumées à la fois, et que, d’autre part, on a substitué à un certain nombre de lampes A, des lampes B qui ne demandent que 50 volts, et des lampes d’un modèle encore plus petit qui marchent avec 15 volts seulement. Chaque circuit de lampes B comprend deux lampes en tension ; il y a sept lampes en tension dans chacun des circuits constitué par les lampes de 15 volts. Nous n’entreprendrons pas lcnuinération de la distribution de* ces lampes. Disons qu’elles sont très habilement disposées sur des électroliersi et que toutes les pièces de l’hôtel sont brillamment éclairées.
- L’inconvénient de cette installation est évident a priori : il faut faire marcher le moteur à gaz, quel que soit le nombre de lampes allumées, aussi n’y a-t-il pas là les conditions exigées par un véritable'éclairage domestique, mais seulement une installation de luxe, d’un emploi limité à certaines heures de la soirée, ou les jours de bal ou de réunion.
- La solution adoptée par M. Gaston Menier dans son hôtel du Parc Monceau, nous paraît supérieure à tous les points de vue, et présente des avantages de nature à en multiplier l’emploi.
- L’installation totale comprend 150 lampes Swan de 40 volts et 0,7 ampère alimentées par une série de 22 accumulateurs Faure-Sellon-Yolckmar, type de 60 kilogrammes, montés à tension.
- Ces accumulateurs peuvent débiter normalement 40 à 45 ampères, ce qui permet d’alimenter 60 lampes à la fois, chiffre plus que suffisant dans les conditions ordinaires.
- Ces accumulateurs sont chargés chaque jour, pendant la journée, à l’aide d’une machine Gramme à courant continu excitée en dérivation, dont on règle la puissance à l’aide de résistances introduites dans le circuit d’excitation.
- 1 Le mol clectrolier, employée en Angleterre, est 1 équivalent du mot chandelier.
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- Cette machine Gramme est mise en mouvement par un moteur à gaz Otto de cinq chevaux. (Ce moteur est le type normal de quatre chevaux dont on a augmenté un peu le diamètre du cylindre.)
- Avec un peu d'habitude, le domestique chargé de l’éclairage estime assez exactement la consommation de la veille en ampères-heure, et il recharge les accumulateurs d’une quantité à peu près égale, en leur fournissant 10 à 15 pour cent de plus, pour tenir compte des pertes et des erreurs possibles.
- Ainsi, par exemple, supposons que la veille, on ait allumé 60 lampes pendant 4 heures. La consommation totale en ampères-heure sera de
- 60x0,7 x 4 = 168 ampères-heure.
- On rechargera les accumulateurs pendant environ 5 heures avec un courant de 40 ampères, de façon à leur fournir
- 40 X 5 — 200 ampères-heure.
- Grâce à l’emploi des accumulateurs, on a pu répartir les lampes dans toutes les parties de l’hôtel où elles sont toujours prêtes à fonctionner par la simple manœuvre d’un commutateur.
- Les accumulateurs installés depuis plus de cinq mois n’ont pas encore eu besoin d’être renouvelés, même partiellement. Il faut reconnaître aussi qu’ils sont parfaitement entretenus et qu’étant placés à poste fixe, ils ne sont pas soumis à des chocs et des trépidations qui, dans bien des circonstances, nuisent tant à leur durée.
- Les jours où l’on veut éclairer tout l’hôtel et faire fonctionner la presque totalité des lampes, il suffit de charger les accumulateurs pendant la journée et de les décharger le soir sur les lampes pendant que la machine fonctionne. Cette dernière pouvant donner jusqu’à 60 ampères et les accumulateurs plus de 40, on a ainsi les 100 ampères nécessaires à l’éclairage total. Les conducteurs sous plomb isolés au caoutchouc ont été prévus pour des courants bien supérieurs à ce chiffre, aussi ne cons-tate-t-on jamais la moindre élévation de température sur la canalisation.
- L’intermédiaire des accumulateurs, coûteux en apparence, se traduit finalement par une économie, car la machine ne doit restituer que ce qui a été consommé utilement pour l’éclairage, en tenant compte d’un coefficient relatif au rendement propre de l’accumulateur, mais cette restitution se fait dans les circonstances de plein travail du moteur à gaz, c’est-à-dire dans les conditions les plus économiques et avec son rendement le meilleur, tandis qu’un éclairage direct met le moteur dans des conditions de travail fort variables, et des rendements très inégaux.
- Tout compte fait, la dépense en litres de gaz consommé par le moteur ramené au bee-Carcel-heure, doit-être plus grande pour le système direct que pour le système avec accumulateurs, sans
- compter d’autres avantages évidents, sans qu’il soit nécessaire d’insister.
- Tout l’honneur de l’installation dont nous venons d’indiquer les points principaux revient à son heureux propriétaire, M. Gaston Menier qui l’a étudiée dans tous ses détails et dirigée depuis le commencement jusqu’à la fin. C’est là un exemple que nous voudrions voir souvent suivi par ceux qui peuvent mettre la fortune au service des progrès de la science et de l’industrie.
- APPAREIL DE MANŒUVRE A DISTANCE
- DES PILES AU BICHROMATE DE POTASSE PAR M. G. MARESCHAI,
- Les piles au bichromate de potasse, surtout les piles à un seul liquide, appliquées à l’éclairage électrique domestique présentent toutes le grave inconvénient de consommer presque autant de zinc en circuit ouvert qu’en circuit fermé, et de s’épuiser inutilement et très rapidement si l’on néglige de retirer les zincs du liquide lorsque la batterie n’est pas en service. Mais cette opération purement mécanique est une grave sujétion qui obligeait jusqu’ici, soit à placer la pile près de T'endroit où on doit en faire usage, soit à disposer un système de transmissions mécaniques compliqué et peu décoratif.
- C’est pour faire disparaître cet inconvénient inhérent à toutes les piles au bichromate que M. Ma-reschal a imaginé et fait construire par M. Aboilard le système ingénieux que nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs..
- Ce système consiste à suspendre le châssis portant tous les zincs de la batterie (fig. 1), à l’extrémité d’un fléau horizontal et à les équilibrer à l’aide de poids disposés à l’autre extrémité du fléau.
- Le système étant ainsi équilibré, le soulèvement des zincs ou leur immersion n’exigent plus qu’un faible travail mécanique qu’on emprunte alors à un tournebroche ordinaire, à l'aide d’une combinaison qu’il sera facile de comprendre en se reportant à la figure 2 qui en indique le principe.
- L’axe M du tournebroche entraîne en tournant une manivelle MD à laquelle se trouve fixée une bielle A, dont l’autre extrémité est attachée au fléau horizontal supportant les zincs et le contrepoids d’équilibre. Si l’axe M du tournebroche est animé d’un mouvement de rotation continu, il communiquera à la bielle A un monument de va-et-vient de bas en haut et de haut en bas qui se transmettra au fléau et produira alternativement l’immersion des zincs et leur soulèvement hors du liquide.
- En arrêtant le tournebroche dans certaines positions convenablement choisies de la manivelle MD, on maintiendra à volonté les zincs plongés dans le liquide ou hors de ce liquide. Voici comment M. Maresehal a réalisé ces conditions. Le tournebroche entraîne dans son mouvement un volant
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- horizontal V, sur la jante duquel s’applique un sabot en 1er F placé en regard d’un électro-aimant E. Dans la position ordinaire, le sabot fixé sur un ressort appuie contre la jante du volant et embraye le tournebroche par frottement. Lorsqu’on envoie un courant dans l’électro E, le sabot F est attiré, il s’éloigne du volant et débrave le tournebroche qui se met à tourner jusqu’à ce que le courant cesse de passer dans 1 elec-tro.
- Le problème se réduit donc à envoyer un courant dans l’électro et à faire cesser ce courant en temps utile. Ce résultat s’obtient très simplement à l’aide d’une pile Leclanché auxiliaire, — les piles établies pour les sonneries de la maison peuvent servir ; —‘ on doit fermer le circuit de cette pile sur l’électro F à l’aide d’un bouton B lorsqu’on veut allumer ou éteindre. Dans la position d’attente par exemple, la manivelle MD est verticale, comme l’indique le petit diagramme à droite de la figure 2. Le circuit est ouvert entre AI et N, par l’effet de la petite tige C, qui écarte le ressort R du ressort R'.
- Dès que le circuit a été fermé, ne fut-ce qu’un instant, la manivelle dépasse la position verticale, la tige C quitte le crochet S et la iame R en vertu de son élasticité, vient toucher la lame R' et continue le contact initial jusqu’à ce que la manivelle MD ayant accompli un demi-tour, la tige C' vienne repousser la lame R et rompe de nouveau le circuit, le frein agit, la manivelle s’arrête apres avoir tourné de 180°, immergeant les zincs au maximum. Pour éteindre la lampe, il suffit d’appuyer de nouveau sur le bou-
- ton B. L’axe M accomplit un nouveau demi-tour et lorsqu’il s’arrête, les zincs sont entièrement sortis
- du liquide. On règle la profondeur d’immersion en fixant le bouton D de la manivelle dans les trous T[ ou T2 de la bielle, ce qui permet de faire varier la course et, par suite, le degré d’immersion.
- L’installation comporte trois fils, dont deux relient la lampe à la batterie et le troisième sert à la manœuvre de l’appareil par la fermeture du contact B.
- Grâce au système de M. Mareschal, on peut utiliser les piles au bichromate de potasse pour un grand nombre de cas qui ne demandent qu’un éclairage de courte durée jusqu’à épuisement du liquide, sans être astreint à la manœuvre fastidieuse du treuil et sans aucun dérangement. Le tournebroche permet d’effectuer un grand nombre d’allumages et d’extinctions sans qu’on ait à remonter son mouvement d’horlogerie ; l’opération est d’ailleurs des plus simples et peut se faire chaque fois qu’on rend
- visite à la pile pour s’assurer de son état.
- Nous estimons que l’appareil de M. Mareschal est le complément indispensable de toute installation d’éclairage électrique domestique dans lequel on fait usage de piles au bichromate de potasse, et en général, dans tous les cas où la pile s’use inutilement à circuit ouvert.
- Il trouvera aussi son emploi dans les laboratoires où la pile au bichromate est recherchée à cause de ses qualités particulières de puissance, et où il est souvent nécessaire de la commander d’un point assez éloigné de celui où elle se trouve.
- ——
- Fig. 1. — Piles nu bichromate de potasse avec l'appareil permettant de les manœuvrer à distance.
- Fig. 2. — Principe de la disposition de l’appareil.
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- EXPLOSION EXTRAORDINAIRE
- d’uNE CHAUDIÈRE a VAPEl’R, A ORLÉANS
- Le lundi 28 avril dernier, la ville d’Orléans a été mise en émoi par un grave accident qui s’est produit dans des circonstances étranges et dont les conséquences auraient pu être effroyables.
- Vers 7 heures et demie du matin, une machine à vapeur montée sur chariot attelé, appartenant à M. G. Colas, entrepreneur de vidanges, était arrêtée dans la rue d’illiers devant la maison de M. Lebor-dais-Grenet, marchand épicier, demeurant rue Porte-Saint-Jean et ayant sa sortie dans la première rue.
- L’équipe d’ouvriers employés au serviee de la
- machine se disposait à commencer son travail, lorsque tout à coup une explosion formidable se fit entendre. Le générateur assis verticalement à l’arrière du chariot brisant les boulons qui le tenaient solidement fixé au bâtis de fer de la voiture, s’élevait tout d’une pièce comme une véritable fusée volante parallèlement à la façade de la maison devant laquelle le véhicule stationnait.
- Arrivé à la hauteur de la toiture (10 mètres environ), cette masse énorme et d’un poids considérable rencontra la corniche qu’elle érailla légèrement. Le choc fut toutefois suffisant pour la faire dévier dans sa course, et décrivant une parabole dont je ne saurais préciser exactement la courbe, elle franchit le pâté de maisons qui sépare la rue
- Explosion d’une chaudière à Orléans. — A, lieu de l’explosion. — B, Impasse dans laquelle est tombée la chaudière après avoir passé au-dessus d’une maison, suivant une trajectoire indéterminée. (D’après une photographie de l’auteur.)
- d’illiers de la rue Porte-Saint-Jean et vint tomber à 35 mètres au sud de son point de départ dans l’impasse Saint-Jean.
- . Dans sa chute, cet immense projectile accrocha la gouttière et la corniche d’une maison portant le n° 49, habitée par M. le commandant Goûtant et vint s’abattre sur les brancards d’un tombereau qu’un roulier avait abandonné dans l’impasse, pour conduire son cheval chez un maréchal-ferrand du voisinage.
- On frémit à la pensée du massacre que pouvait occasionner cette explosion, sans parler des dégâts matériels dont elle devait être la cause. Qu’il nous suffise de dire que si les magasins de M. Lebordais eussent été atteints, un incendie poiivait aussitôt se déclarer dans ses réservoirs à pétrole.
- En effet, au moment du sinistre, une véritable grêle d’escarbilles enflammées, de boulons et de dé-
- bris divers balaya la rue d’illiers et le rez-de-chaussée des maisons avoisinantes. Brisant les vitres, ces éclats traversèrent la devanture d’un magasin de fruiterie dans lequel trois personnes étaient réunies et déterminèrent un commencement d’incendie dans la maison de M. Coudière, ancien conseiller municipal de la ville d’Orléans.
- Deux jeunes enfants assis à la fenêtre du premier étage de la maison de la rue d’illiers portant le numéro 126, occupés à regarder la manœuvre, en furent quittes pour la peur car les projectiles ne montèrent pas jusqu’à eux.
- Quant aux cinq ouvriers employés au service de M. Colas, quatre d’entre eux furent légèrement atteints ou brûlés, un seul fut grièvement blessé.
- Le chariot violemment projeté sur le sol entraîna dans sa chute le cheval qui y était attelé, et lorsqu’on s’empressa pour le relever on constata non
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- sans étonnement que le véhicule et l’animal avaient été à peine éprouvés.
- Le générateur privé de son loyer et de sa cheminée était venu s’abattre, avons-nous dit, sur le pavé de l’impasse Saint-Jean; ses tubulures, ses enveloppes étaient aplaties et froissées comme si elles eussent été de plomb, tandis que le manomètre, les robinets, le tube de verre du niveau d’eau étaient demeurés intacts.
- Les diverses parties du foyer avaient été projetées en tous sens et la cheminée était venue tomber devant la Manutention militaire, c’est-à-dire à 70 mètres environ du lieu de l’explosion et dans la direction nord-est.
- Ces faits sont si invraisemblables dans leur ensemble et dans leurs détails qu’il nous a semblé indispensable de demander à la photographie d’en conserver le souvenir, afin de pouvoir étayer de preuves matérielles le récit fidèle que nous venons d’en donner.
- Nous renvoyons le lecteur qui croirait en dépit de ces allégations, à une exagération de notre part, aux numéros du Journal du Loiret des 29 et 30 avril 1884, dans les colonnes duquel tous ces détails sont consignés, et mieux encoi'e au texte de l’enquête minutieuse faite par ordre supérieur en vue d’établir la responsabilité de chacun dans cet incroyable accident. Léon Dcmuys,
- Membre de la Société des sciences d Orléans.
- BIBLIOGRAPHIE
- Principes techniques d'assainissement des villes et habitations, suivis en Angleterre, France, Allemagne, États-Unis, par A. W’azon, ingénieur civil. 1 vol. in-8°, Prix 15 francs. Paris, Baudryet Cie, 1884.
- Depuis la publication des beaux travaux de Pasteur qui établissent rigoureusement l’influence native et funeste des germes et ferments extérieurs sür la santé et la vie humaine, il est devenu nécessaire d’étudier et de faire connaître les procédés techniques les plus efficaces contre la production et la pullulation de,ces redoutables microbes dans nos rues, habitations, aliments et boissons. M. Wazon a étudié dans ce but les appareils et systèmes sanitaires préconisés en France et à l’étranger. Pour exposer méthodiquement les faits relatifs à ce grand travail de génie sanitaire, il'a examiné successivement les sujets dont voici l’énumération : 1" alimentation générale d’eau pure; 2° distribution d’eau domestique; 3° drainage des résidus domestiques ; 4° voies publiques ; 5° égouts ; (5° utilisation agricole des eaux d’égout. L’auteur examine avec impartialité tous les systèmes, et il présente des solutions purement scientifiques et absolument désintéres-séés.
- Étude des courants telluriques, par E.-E. Blavier, directeur de l'École supérieure de télégraphie. 1 vol. in-4% publié par ordre de M. le Ministre des Postes et des Télégraphes. Paris, Gauthier-Villars, 1884.
- Compte rendu des travaux du service du phylloxéra. Année 1883. Procès-veibaux de la session annuelle de la Commission supérieure du phylloxéra. 1 vol. in-8%
- publié par le Ministère de l’Agriculture. Paris, Imprimerie nationale, 1884.
- Les Saltimbanques de la science, comment ils font des miracles, par W. de Fonvielle. 1 vol. in—18. Paris, Maurice Dreyfous.
- L’auteur désigne sous ce titre les empiriques, les médiums, les magnétiseurs, etc., qui abusent du nom de là science pour tromper des spectateurs trop crédules. Ce livre ne manque pas d’à propos, au moment où de prétendues expériences de divination ont attiré l’attention publique.
- Traité pratique d’analyses chimiques et d'essais industriels. Méthode nouvelle pour le dosages des substances minérales. Minerais, métaux, alliages et produits d’art, à l’usage des ingénieurs, des chimistes, des métallurgistes, etc., par Raoul Jagnaux, ingénieur-chimiste.
- 1 vol. in-18 jésus de 520 pages, avec figures dans le texte. Prix : 6 fr. Paris, Octave Doin, 1884.
- Synopsis des diatomées en Belgique, par le D1 Henri Van IIeurck, directeur du Jardin botanique d’Anvers. Table alphabétique des noms contenus dans l’atlas. 1 vol. in-8°. Anvers, 1884.
- La lumière électrique sous forme d’exemples pratiques, par R.-E. Day, professeur de physique expérimentale au King’s College à Londres, traduit de l’anglais par G. Foussat et A. Paul. Une broch. in-18. Paris, .1. Michelet, quai des Grands-Augustins, 1884.
- Un explorateur africain, Auguste Stahl, mort au Gabon pendant l’expédition française de 1880, par Émile Dietz. Une broch. in-8° avec 2 cartes. Paris, Paul Monnerat, 1884.
- Les pluies en Alsace-Lorraine de 1870 à 1880, par Émile Dietz. Une broch. in-8°. Strasbourg, librairie T re ut tel et Wurtz, 1883.
- MATIÈRE COLORANTE DES HUITRES AERTES
- Au cours du dernier meeting de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, section de biologie, le professeur Lankester a communiqué ses inté • ressantes recherches sur la matière colorante de l’huître verte. La cause de cette coloration verte avait été attribuée, il y a cinquante ans, par un éleveur français, à un dépôt verdâtre qui se produirait dans les parcs de Normandie et que s’amalgameraient les huîtres élevées dans ces parcs; il qualifiait cette substance végétale de* vibrio ostearis. Depuis cette époque, d’autres maraîchers ont affirmé que cette coloration résultait du contact de l’huître avec le cuivre, et ils ajoutaient, à l’appui de. leuy thèse, que des cas d’ompoisonnement en avaient été la conséquence. Cette explication, peu plausible par ce fait même que la très minime quantité de cuivre absorbée par l’huître ne saurait présenter de dangers sériéûx, ne*' peut plus être admise aujourd'hui. Cette Coloratïoh que Don rencontre dans certaines huîtres, 'est essentiellement; spontanée; elle provient d’un parasite microscopique/ connu sous le nom de maricula ostearis, ‘ qui, englouti par' l’huître en même temps que l’eau, est absorbé par, ses pores. Ce parasite ne donne aueqn goût parfiçqlier à l’huître, et on peut défier hardiment ie gourmet le^plus expérimenté de distinguer, les yeux fermes, l’huître blanche de l’huître verte. Ces recherches de M. le pro-'*
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- fesseur Lankester, apportent à la science un fait intéressant et font en même temps disparaître un préjugé qui est beaucoup plus répandu qu’on ne pourrait le supposer; celui de la présence du cuivre dans les huîtres vertes.
- LA FABRICATION
- DES COMBUSTIBLES AGGLOMÉRÉS
- L’utilisation directe des menus charbons à la production de la chaleur est un problème qui attend encore sa solution, mais rutilisation indirecte est depuis longtemps un fait accompli et la fabrication à laquelle elle a donné lieu constitue une industrie aujourd’hui prospère dont nous nous ]proposons de faire connaître l’état actuel en France.
- C’est un ingénieur stéphanois, M. Marsais, qui eut le premier l’idée de transformer les menus charbons en briquettes, et c’est de l’usine de la Chaléassière, qui construit aujourd’hui tout le matériel nécessaire à la fabrication des combustibles agglomérés, que sortit la première presse vraiment pratique, étudiée par MM. Revollier et Marsais. Ces presses, tout d’abord hydrauliques, furent employées dans un certain nombre de grands établissements industriels, elles furent perfectionnées par M. Couffinhal, et devinrent exclusivement mécaniques, sous la forme que nous allons décrire.
- La fabrication des briquettes agglomérées est, en principe des plus simples : elle consiste à former une pâte avec des menus charbons et du brai destiné à produire l’agglutination; ce charbon préalablement desséché et chauffé est mélé au brai, traverse un malaxeur qui rend le mélange plus intime, et finalement comprimé très fortement dans une presse hydraulique ou mécanique qui solidifie l’aggloméré et lui donne la forme géométrique convenable pour sa manipulation et son emmagasinement.
- Nous examinerons donc tout d’abord la machine à double compression (fig. 1), qui est l’âme de la fabrication, et nous dirons ensuite quelques mots de la fabrication de la pâte.
- Machine à double compression. — La machine est mise en mouvement par nn arbre horizontal qui peut être l’arbre de couche d’un moteur quelconque ou un arbre de transmission intermédiaire. Ce premier arbre commande, au moyen d’un pignon, les roues d’engrenage calées au bout de deux arbres places symétriquement par rapport à l’axe principal de la machine ; ceux-ci sont munis, aux extrémités opposées, de manivelles actionnant les deux bielles verticales que l’on voit au premier plan dans la figure 2.
- Ces bielles attaquent un joug horizontal qui transmet son mouvement alternatif de montée et de descente à deux balanciers placés au-dessus du plateau à alvéoles, lesquels portent le piston mouleur supérieur et le piston démouleur. Une seconde paire de balanciers, portent au-dessous du plateau à alvéoles, le piston mouleur inférieur. Lorsque la
- compression se produit par l’abaissement des balanciers et du piston mouleur situé au-dessus du plateau, il arrive un moment où la partie supérieure de la briquette ne s’abaisse plus par suite de la résistance qu’oppose le piston inférieur et aussi à cause du frottement qu’éprouve le charbon contre les parois du moule; à cet instant, la face inférieure étant moins pressée que la face supérieure, une réaction se produit; cette dernière face devient point fixe et le piston inférieur agit à son tour, jusqu’à ce que la pression soit arrivée à être la même des deux côtés.
- Ce mécanisme rappelle celui d’un casse-noix ; il ne peut être plus simple.
- Pour obtenir de bons produits, il importe de pouvoir suspendre Vaccroissement de l'effort de compression lorsque la résistance atteint une limite donnée par la qualité du charbon à traiter, et variable à volonté. Pour atteindre ce but, on a dû donner une sorte d’élasticité aux organes. Aussi l’action des leviers ne se transmet-elle pas directement aux plaques de compression, mais par l’intermédiaire d’un cylindre hydraulique permettant de régulariser la pression sur les briquettes. Ce cylindre hydraulique ou pot de presse, solidement relié au bâti, porte deux soupapes qui s’ouvrent l’une en dedans et l’autre en dehors. Si, dans sa compression, le piston mouleur trouve une résistance supérieure à l’appui proportionnel que peut lui donner l’eau contenue dans ce pot de presse et retenue par une soupape à ressort, la soupape se soulève, l’eau s’échappe et le balancier continu son mouvement sans que la pression exercée sur la briquette augmente.
- Lorsque le point mort de la bielle est dépassé, tout le système redescend par son propre poids, l’eau évacuée par la soupape est aspirée et revient remplir le cylindre à nouveau, en passant par la seconde soupape disposée à cet effet.
- Un manomètre hydraulique placé sur le côté du pot de presse permet de régler à volonté la pression limite en agissant snr le ressort de la soupape d’évacuation.
- La compression se fait en trois temps distincts :
- 1er temps. — Le piston compresseur supérieur agit seul.
- 2e temps. — Le piston inférieur monte jusqu’à ce que la pression soit égale sur les deux faces.
- 3e temps. — Lorsque la pression limite est atteinte, le piston continue son mouvement dans le pot de presse hydraulique jusqu’à ce que le point mort de la manivelle soit dépassé.
- Le démoulage se fait sur un tablier à bascule ou sur une toile sans fin, ou même directement à terre, lorsqu’on peut amener des wagonnets jusque dans l’usine de fabrication.
- Le plateau porte douze à quatorze moules disposés pour donner aux briquettes une forme telle que la' hauteur et la largeur soient moitié de la longueur: on peut alors les empiler en lés croisant, quatre
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- d’entre elles forment nn cube parfait, et il n’y a pas d’espace perdu. Il existe quatre modèles de presses à double compression qui donnent des briquet tes de 1, 2, 5 et 10 kilogrammes et produisent respectivement 18, 50, 90 et 150 tonnes de briquettes par journée de travail.
- La double compression présente de nombreux avantages dont le plus important est une plus grande homogénéité et, par suite, une plus grande solidité. Avec les anciennes machines, par suite du frottement du charbon contre les moules, la densité de la briquette allait en diminuant de la face en contact avec le piston compresseur à celle qui en était la plus éloignée.
- Avec la double compression, la partie la moins dense se trouve au milieu, les arêtes sont unies et nettes, et le déchet se trouve par ce fait, notablement diminué.
- Fabrication de la pâte. — La pâte destinée à la fabrication des briquettes se préparait autrefois à l’aide d’un malaxeur à vapeur remplacé aujourd’hui par un four spécial à chauffage direct et à sole tournante qu’on peut voirau milieu de la grande gravure ci-contre (fig. 2). Cette pâte, est composée d’un mélange de charbon et de brai qu’il faut rendre aussi intime que possible pour en obtenir ensuite l’agglomération dans la presse.
- Le four est de forme circulaire; il se compose d’une plate-forme tournante en fonte dont le mouvement est solidaire de celui de la machine à agglomérer. Cette plate-forme est entourée d’une maçonnerie maintenue par une enveloppe en tôle, et sur laquelle repose une voûte en forme de calotte sphérique laissant passer au centre un cylindre avec un axe muni de palettes. C’est par ce cylindre que le mélange à préparer arrive. Un foyer latéral, avec
- deux portes opposées, permet d’obtenir, à l’intérieur du four, la température nécessaire à l’élimination de l’eau, au chauffage (lu charbon et à la fusion du brai. Les flammes, après avoir léché la surface supérieure du mélange, chauffé la voûte qui agit par rayonnement, passent au-dessous de la sole, à l’opposé du foyer, et s’en vont de là, par un carneau, à la cheminée.
- Autour de l’enveloppe du four sont ménagées six
- ouvertures. Les quatre premières servent à introduire des raclettes dirigées suivant le rayon et munies de picots qui retournent la matière, la brassent, lui permettent de se chauffer d’une façon uniforme et de présenter toutes ses parties au contact des flammes et de la sole. En regard de la cinquième ouverture, se trouvent deux barres, l’une fixe, l’autre mobile, qui, à l’aide de cloisons articulées, disposées à l’instar de personnes, que l’on peut incliner plus ou moins sur le rayon, amènent peu à peu la matière du centre à la circonférence en la brassant, la retournant, comme font les picots. Ces persiennes ont aussi pour but de régler l’épaisseur de la couche, et, par suite, le temps de séjour du mélange sur la sole.
- Une autre raclette, manœuvrée par une tringle placée au dehors du four, prend la matière au centre, l'amène dans la zone d’action des précédentes et règle le débit.
- La sixième ouverture sert à la sortie de la pâte convenablement chauffée.
- L’ensemble du four est construit sur un massif de maçonnerie convenablement évidé, pour laisser le passage à l’arbre et aux engrenages de commande de la sole.
- Le four à sole tournante a un fonctionnement
- Fig. 1. — Détail de la machine à double compression pour produire les briquettes.
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- Fabrication des combustibles aggiomérés
- Vue d’ensemble d’une usine. Système Béatrix et Couffinhal.
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- continu, comme la presse à agglomérer ; le charbon s’v trouve bien desséché, condition essentielle pour une bonne fabrication; l’élévation de température à laquelle il est soumis le ramollit un peu, active ses propriétés agglutinantes, ce qui se traduit par une économie de brai très appréciable.
- Notre gravure d’ensemble permet de se rendre un compte exact de l’ensemble de la fabrication.
- En allant de droite à gauche sur la figure 2, on peut en suivre toutes les phases.
- Les menus et le brai arrivent sur la droite, passent dans des appareils de broyage et de dosage, puis, des élévateurs à godet viennent les prendre et amènent le charbon sur la sole du four où il se sèche, et la brai dans une vis sans fin où il se mélange avec le charbon séché et chauffé, puis le mélange ainsi commencé dans la vis sans fin devient jdus intime dans le malaxeur disposé au-dessus de la machine à double compression (voy. détail fig. 1) d'où les briquettes sortent pour être placées en tas ou disposées sur des wagonnets qui les emportent hors de l’usine.
- CURIOSITÉS PHYSIOLOGIQUES
- LES COUREURS (Suite et lin. — Voy. p. 386.)
- M. Marcy a choisi cinq jeunes hommes qui arrivaient àTécole et n’avaient pas encore pris part aux exercices. 11 a obtenu la courbe représentant leur respiration à l’aide d’un appareil enregistreur le pneumographe; dans les tracés de cet instrument la longueur de la courbe est proportionnelle à la durée d’un mouvement respiratoire complet, inspiration et expiration, et sa hauteur proportionnelle à l’amplitude de la respiration c’est-à-dire à la quantité d’air entrée dans les poumons. Pans la figure 1 la courbe (r) montre la marche de la respiration des jeunes gens soumis à l’expérience, avant tout entraînement et au repos. On voit que la durée de chaque respiration est très courte, elle n’est que d’environ trois secondes, c’est-à-dire correspond à quinze ou vingt mouvements respiratoires par minute ; quant à l’amplitude de ces mouvements elle est très faible.
- On a fait faire alors à ces jeunes gens un trajet de 600 mètres au pas gymnastique, trajet qu’ils ont effectué en quatre minutes environ, le pneumographe a donné la courbe (c), figure 1. On voit que la respiration est précipitée, l’inspiration est beaucoup plus grande qu’au repos, le coureur est très essoufié.
- Un mois après ces mêmes jeunes gens, qui ont été soumis aux exercices de l’école, pendant ce temps, sont examinés de nouveau avant et après avoir couru la même distance de 600 mètres. Le pneumographe donne alors la courbe (r), au repos et la courbe (c) figure 2, après la course. On voit que déjà la respiration s’est beaucoup modifiée pendant ce seul mois d’exercice, même au repos son amplitude
- a presque doublé, après la course l’essouflement est beaucoup moins sensible.
- En suivant ainsi de mois en mois le développement de la respiration des mêmes soldats, M. Marey a obtenu la série des courbes représentées figure 3, figure'4, figure 5. La comparaison de ces courbes montre que si dans les premiers temps la respiration était notablement modifiée par la course, vers la fin des expériences, c’est-à-dire après cinq mois d’entraînement il était à peu près impossible de constater un changement dans la respiration des jeunes gens soumis à l’expérience, en comparant les courbes obtenues avant et après la course. Cependant celle-ci était devenue plus rapide : les 600 mètres n’étaient plus parcourus qu’en trois minutes et demi. 11 n’y avait plus trace d’essouflement, et le nombre des respirations s’était réduit en moyenne de vingt à douze par minutes, leur amplitude avait plus que quadruplé.
- « On peut donc conclure, dit M. Marey, que ces jeunes soldats après avoir subi les effets de la gymnastique, respiraient environ deux fois plus d’air qu’avant d’avoir été soumis à cet entraînement. »
- Leurs poumons s’étaient développés progressivement de façon à pouvoir suffire à l’aêcroissement de la circulation produit par l’exercice violent auquel ils étaient chaque jour soumis.
- Les Anglais sont de grands amateurs de tous genres de sports, un peu pour le spectacle en lui-même, mais surtout comme prétexte à paris. Les sports dans lequels les concurrents sont des hommes sont nombreux, et les luttes entre boxeurs, rameurs, lutteurs ou coureurs excitent à un très haut degré l’intérêt et l’enthousiasme des spectateurs anglais.
- Or, pour préparer les concurrents à ces luttes, il existe des individus spéciaux, de véritables entraîneurs d’hommes.-
- Ces entraîneurs ayant tout au moins des connaissances physiologiques pratiques feront en peu de semaines de quelqu’un ayant des dispositions ordinaires, soit un boxeur, un rameur ou un coureur émérite. Le candidat à l’iine de ces professions ne saurait, paraît-il, s’entraîner complètement lui-même, il doit se confier à un spécialiste. A partir du moment où le contrat est signé avec celui-ci, le candidat ne s’appartient plus. Les contrats d’entraînement contiennent en effet la stipulation d’un dédit énorme en cas de renoncement à la lutte, ou de désobéissance; en cas de suecès les bénéfices sont partagés. L’entraîneur prend alors véritablement possession de son élève, ses soins et sa surveillance sont de tous les instants, s’exercent la nuit comme le jour, et sur les actes les plus secrets et les plus intimes de la vie. L’entraînement est non seulement physique mais aussi moral, l’entraîneur doit *< amuser son élève, » exciter son enthousiasme, son ardeur à la lutte, et lui faire oublier les gênes, les privations, les souffrances qu’il lui impose. Il est vrai qu’il n’y réussit pas toujours car, il y a quelques années, le « champion do l’Angleterre » déclarait
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- qu’il aimerait mieux renoncer pour toujours à toute lutte que de subir de nouveau les souffrances du régime auquel l’avait soumis son entraîneur.
- D’une manière générale l’entraînement a pour but de développer la respiration, de porter au maximum le système musculaire en l’appropriant au genre d’exercice choisi, et de faire disparaître tout poids superflu en réduisant à l’extrême limite du possible, le tissu cellulaire, le tissu graisseux, et l’eau surabondante contenue dans l’organisme.
- Le régime consiste en aliments riches et de peu de volume, en viandes rôties, bœuf ou mouton, mais sans gras, une grande quantité d’œufs crus, ou très peu cuits, peu de légumes et une très petite quantité de pain, et enfin en une diminution graduelle de la quantité de boisson; c’est là, paraît-il, la prescription la plus désagréable, mais aussi la plus importante de l'entraînement.
- Les exercices sont de deux sortes : les uns visent la diminution du poids du corps, ilé doivent amener une transpiration abondante, l’élève les effectue couvert de flanelle et de lainages, d’ordinaire on les fait suivre de douches froides, on y joint aussi des purgations et des massages. — Ce sont ceux qui prédominent dans la première partie de l’entraînement.
- Les autres ont pour but de développer les muscles et sont de plus en plus fréquents et de plus en plus violents à mesure qu’on approehe de la fin de la préparation.
- Dans ces exercices on évite avec soin la trop grande fatigué, il y a quatre, cinq ou six séances par jour.
- Les progrès de l’entraînement se mesurent à la diminution du poids du sujet, cette diminution qui provient de la perte d’eau superllue, de tissu cellulaire et de graisse interne, est en réalité plus considérable que ne l’indique la balance car une partie du poids est récupérée par l’accroissement des muscles et des tendons.
- Voici, comme exemple, la déperdition de poids constatée sur un jeune homme de vingt-cinq ans, garçon boucher anglais soumis à un entraînement de six semaines du 1er mai au 15 juin.
- 1er mai : poids, avant l’entraînement, 180 livres anglaises (81 kilogrammes).
- 1er au 4 mai perte 13 livres
- 4 au 14. ....... 10
- 14 au 25. ................ 6
- 25 au 27................... 5
- 27 niai au 3 juin' . .... 2
- 5 1 au 7.\ Y . . '. ... 1
- 7 au 15. . .............. 0
- perte de poids totale 35 livres
- (anglaises) ou 14k,855 soit environ 15 kilogrammes.
- On vbitqu’au début de l’entraînement là diminutiori de poids est considérable à la fin elle est mille . *
- On sait que les jokeys pour arriver au poids réglementaire se font entraîner et parviennent en quelques jours à perdre 20 ou 25 livres (10 ou 15 kilogrammes) qu’ils regagnent tout aussi promptement après la course quand il leur est permis de boire à leur soif.
- Comme exemple des résultats auxquels peut arriver l’entraînement rationnel d’un individu au point de vue de la course on peut dire alors qu’un homme non entraîné ne peut guère courir plus d’un mille (1609 mètres) sans être épuisé. Un coureur anglais moderne, après 2 ou 5 mois d’entraînement, peut courir pendant six, sept, huit heures de suite et parcourir 15, 20 kilomètres à l’heure. Wils, de Vindsor, a parcouru plusieurs fois 160 kilomètres en huit heures.
- Le docteur Pavy a étudié le rôle de l’azote dans l’exercice sur un pedestrian qui faisait 176 kilomètres dans une journée.
- On voit qu’on peut appliquer à la course cette maxime de morale : « l’homme est éminemment perfectible. »
- Les coureurs de profession se sont de tous temps soumis à un régime spécial dans lequel l’abstinence des boissons se retrouve d’une façon constante.
- Ainsi les anciens domestiques coureurs des nobles anglais, les foot-men, dont nous avons parlé, suivaient une hygiène particulière, analogue à celle de l’entraînement, ils ne mangeaient que des viandes noires, peu cuites, des œufs, etc., leur quantité de boisson était strictement mesurée. Pendant leurs courses ils tenaient à la main un grand bâton qui leur servait de balancier et de moyen de défense, la tête de ce bâton consistait en une grosse boule d’argent, qui renfermait quelques œufs durs et un peu de vin blanc, c’était là les provisions des foot-men.
- Les peichs, les coureurs du Grand-Turc au moyen âge, portaient dans un mouchoir un peu de confiture et des dragées avec lesquelles ils s’humectaient la bouche sans s’arrêter.
- Le fameux Mensen pendant ses courses à travers l’Europe suivait un régime des plus sévères, il ne mangeait qu’un biscuit, et de temps en temps prenait quelques gouttes de sirop de framboise, mais la quantité de boisson qu’il absorbait par jour ne dépassait pas une once.
- Le jour de la course, les coureurs de profession prennent soigneusement garde de se surcharger de tout poids de nourriture superflu. Us ne font qu’un repas composé d’aliments substantiels mais de faible volume, et qui doit ,être terminé trois ou quatre heures avant le moment du départ. Une heure avant celui-ci, les coureurs français, prennent généralement une tasse de café noir avec quelques bouchées de pain grillé, les coureurs, boxeurs et rameurs anglais prennent du thé au lieu de café, mais toujours avec du pain grillé auquel on attribue une vertu excitante. ................
- Pour les courses. qui doivent durer plusieurs
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- heures à une allure rapide, les coureurs emportent d’ordinaire un morceau de citron dont ils prennent quelques bribes pour se rafraîchir la bouche.
- D’autres emploient dans le même but un peu de borax ce qui provoque la salivation.
- On sait que les voyageurs qui ont à accomplir de très longs trajets pendant lesquels ils sont exposés à une soif intense, atténuent celle-ci en tenant dans leur bouche un petit caillou. Une voyageuse justement célèbre, à laquelle la science doit de précieuses découvertes,
- Mme Carlo Serena, a accompli ses longs voyages en portant toujours le même petit caillou, qui lui a épargné, dit-elle, bien des souffrances et qu’elle considère comme une sorte de talisman.
- Les Arabes se servent dans le même but d’un noyau de datte qu’ils tiennent constamment dans leur bouche. « Voyez la bonté d’Allah ! disait un marabout, il vous a donné pour la traversée du désert, un fruit dont la chair vous nourrit et dont le noyau calme votre soif. »
- Les indigènes péruviens accomplissent des voyages de plusieurs jours n’emportant pour toutes provisions que quelques feuilles de cette merveilleuse plante la coca qu’ils mâchent constamment.
- Actuellement en Angleterre s’exhibe un marcheur dont le but est de démontrer expérimentalement les avantages de la tempérance et de l’eau comme boisson. Weston, c’est son nom, suit ce régime et met au défi un buveur de bière de le vaincre à la marche. En ce moment il accomplit une « démonstration » consistant à faire pendant 100 jours de suite 50 milles par jour soit quatre-vingts kilomètres. Weston va de ville en ville et quand le temps ne lui permet pas d’accomplir son trajet sur une route ou sur un hippodrome quelconque, il le fait
- dans une salle, autour d’un billard, sur la piste d’un cirque. Mais il ne boit, prétend-il, que de l’eau pure, et encore il n’en absorbe qu’un quart de litre par jour. L’hérédité qui joue un rôle si considérable dans le sport hippique, montre également son influence dans la physiologie des coureurs; seulement comme de nos jours ceux-ci sont relativement rares, l’hérédité se fait peu sentir. Au moyen âge alors que les coureurs avaient une grande utilité et étaient très nombreux, il y avait des familles renommées dont la noblesse se disputait les services des enfants.
- L’influence de l’hérédité sur la disposition à la course avait du reste été notée dès l’antiquité : en Grèce, où les exercices du corps étaient très appréciés, on tenait soigneusement la liste des vainqueurs aux Jeux Olympiques, et plusieurs liistoriens ont fait remarquer que les mêmes noms revenaient un grand nombre de fois, il y avait de véritables familles de vainqueurs. On cite notamment ce fait :
- « Une femme assista sous un déguisement aux Jeux Olympiques : c’était un crime capital, la loi prononçait dans ce cas la peine de mort; cependant cette femme fut absoute par le juge parce qu’il se trouva que son père, ses frères et son fils avaient été vainqueurs. »
- Dans les pays de montagnes on rencontre encore des familles renommées pour leur résistance à la fatigue de la marche, on a* cité par exemple celle des Balmat. Lors de sa dernière tentative pour arriver au Mont-Blanc, Joseph Balmat passa, dit-on, six jours et quatre nuits sans dormir ni se reposer un moment. Or, plus tard un de ses fils, Edouard Balmat, se trouvant à Paris et ayant à rejoindre son régiment à Genève, parcourut 540 kilomètres en cinq jours.
- Respiration avant l'entraînement.
- l is- 2. — Respiration après un mois d’entraînement.
- Fipr. 5. — Respiration après deux mois d’entrainement.
- i;;. i.— Respiration après trois mois cl demi d’entraînement.
- Fifr. 5. — Respiration après cinq mois d’entraînement.
- Le développement de la respiration d’un coureur. — Les courbes r (trait plein) montrent la respiration au repos. Les courbes c (trait pointillé) montrent la respiration après la course.
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- 11 est une question discutée depuis l’antiquité : quelle est l'influence delà raie sur la plus ou moins grande agilité des coureurs?
- La rate est un organe asssez singulier dont les fonctions ne sont pas bien connues.
- C’est une glande couleur lie de vin placée dans l’hypocondre gauche, elle est attachée sur la paroi extérieure de l'estomac. La figure 6 montre la place que cet organe occupe dans le corps humain : on voit qu’il est séparé de l’extérieur du corps par le diaphragme, la base du poumon quand celui-ci est distendu au moment de l’inspiration, par les côtes, et les muscles formant les parois de la poitrine.
- La rate a une forme aplatie, sa longueur est d’environ 12 centimètres, sa largeur de 8 centimètres, son épaisseur de 5 centimètres, son poids dépasse rarement 225 grammes, quelquefois on trouve chez le même individu deux ou plusieurs rates supplémentaires de dimensions variables. Le tissu de cet organe est très friable et
- fait entendre quand on le presse un bruit analogue au « cri de l’étain. »
- La rate se gonfle et devient très volumineuse dans les lièvres intermittentes, les lièvres paludéennes, elle est aussi le siège d’une inflammation que l’on désigne sous le nom de splénite, dans ce cas elle déborde les fausses côtes et produit une tumeur saillante à la surface de la peau.
- On a quelquefois occasion de sentir douloureusement cet organe même à l’état de santé, c’est
- quand à la suite d’un exercice violent, ou d’un rire un peu prolongé on ressent tout à coup une douleur assez vive, un point de côté à gauche; cette douleur se fait sentir à la rate. De là pour les anciens physiologistes une raison suffisante pour établir une relation immédiate entre la rate et le rire, et ce même organe et un exercice violent comme la course. La rate était considérée comme le siège du rire, on traitait les gens tristes, les mélancoliques en soignant leur rate. Le « spleen » a gardé le nom qui lui a été donné aune époque où on attribuait cette maladie à la rate. Cet organe ayant en grec le nom de gtcXev.
- Au point de vue des coureurs, il était naturel poulies physiologistes de l’antiquité de déduire que cet organe n’ayant pas de fonction bien connue, étant d’un autre côté le siège de points de côté douloureux constituant en outre un poids inutile à transporter, devait être enlevé chez les individus se destinant à la course. Cette opinion s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans le public. Le proverbe dit encore : Courir comme un dératé.
- Fig. 6. — Place de la rate dans le corps humain.
- Les athlètes grecs cherchaient à faire « fondre » leur rate au moyen de certains breuvages dont la composition ne nous est pas parvenue. — Les coureurs romains usaient du même procédé, Pline parle d’une plante appelée equisetum dont il fallait prendre une décoction pendant trois jours après s’être abstenu pendant 24 heures de tout aliment; traitement qui amenait croyait-on la résorption de la rate. La pharmacopée moderne n’a connaissance d’aucune plante jouissant de cette propriété1.
- Le feu était aussi employé dans le même but. Hippocrate conseille d’appliquer sur la région de la rate huit à dix champignons desséchés, auxquels on met le feu. Ces espèces de moxas suffisaient croyait-il pour fondre la rate.
- On employait aussi à cette époque, dans le même but un cautère à trois dents qu’on appliquait à plusieurs reprises sur la peau.
- Le docteur Godefroy Moebius qui vivait au dix-septième siècle, raconte avoir vu dans la ville d’Ilalbentadt un coureur auquel on avait brûlé la rate à nu, c'est-à-dire qu’on l’avait endormi à l’aide d’un narcotique, puis on lui avait fait une incision au côté et brûlé alors directement la glande à l’aide d’un fer légèrement rougi. Sur trois individus auxquels on avait fait cetie opération un seul était mort.
- À la même époque, certains médecins prétendaient extirper la rate de la façon suivante: ils appuyaient la lame d’un couteau de bois sur le côté gauche du malade, donnaient un fort coup de marteau sur le dos de l’instrument et soutenaient que la rate s’était détachée par le contre-coup, ils administraient ensuite des remèdes à leurs malades pour diviser et rejeter, disaient-ils, l’organe ainsi détaché.
- Il est je pense inutile de faire remarquer qu’aucun de ces prétendus moyens visant à faire disparaître la rate ne pouvait être efficace, cet organe a une position trop interne dans le corps humain pour être influencé sensiblement par des procédés aussi superficiels ou aussi imparfaits.
- Il y a de nombreux exemples d’animaux et même d’individus ayant subi avec succès l’ablation complète de la rate, mais cette ablation constitue une des opérations difficiles et délicates de la chirurgie moderne.
- On doit donc regarder la suppression de la rate chez les coureurs comme un préjugé à mettre à côté
- 1 Le sulfate de quinine amène la résolution des engorgements de la rate provenant de fièvres paludéennes.
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- de ceux qui l'ont encore attribuer, de nos jours, à certains bons marcheurs, la possession de la jarretière du diable dans la composition de laquelle entre delà peau de loup, des cheveux de pendu, etc., ou de la ceinture magique, ou du bâton du voyageur, dont parle Albert le Grand, qui rend infatigable celui qui le porte et le préserve de l’attaque des brigands, des chiens enragés, des bêtes féroces et.... de la rapacité des hôteliers. G. Keri.us.
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- REVUE DE L'ÉTRANGER
- Colonie japonaise en Allemagne. —• Quelques capitalistes de Berlin vont fonder près de cette ville une colonie japonaise composée de quarante ouvriers et de leurs familles. Le village sera établi suivant les plans d’un architecte du pays gouverné par le Mikado. Il y aura des ouvriers en métaux et en laque, des céramistes, des peintres, des émailleurs, des tisseurs de soie, etc., travaillant tous suivant les méthodes en usage dans leur pays. Le public de la capitale sera admis à visiter le village et à étudier les procédés manuels employés par ces ouvriers dont l’habileté singulière est bien connue. (Magd. Zeitung.)
- Expérience acoustique sur le timbre — M. Fr. Fuchs décrit, dans les Annales de physique et de chimie de Pog-gendorf, une petite expérience d’acoustique assez curieuse. Ayant bouché hermétiquement ses oreilles de manière à intercepter complètement les sons, puis ayant conduit au moyen d’un tube acoustique la voix d’un interlocuteur jusque dans sa propre bouche servant ainsi de deuxième boîte de résonance, M. Fuchs a constaté qu’il ne reconnaissait plus du tout la voix de la personne qui lui parlait. Le timbre de cotte voix était absolument changé.
- L'alcoolisme en Allemagne. — La Gazette de Cologne constate que l’alcoolisme fait de grands progrès en Allemagne. A Berlin, sur 1 123 000 habitants, il existe actuellement 11 169 débitants, tandis qu’il n’y en avait-que 3657 en 1860, 5393 en 1870, 7869 en 1877, soit en 1860 un cabaret pour 156 hab., en 1880 1 p. 100. En Allemagne, il est mort en 1885, 10 000 personnes du delirium tremens ; 46 p. 100 des condamnés à la détention sont des buveurs. A Dantzick, sur 56 pensionnaires d’une maison de correction, il y en avait 26 qui étaient alcooliques. En Allemagne 46 p. 100 des assassinats, 65 p. 100 des coups ayant occasionné la mort, 76 p. 100 des cas de résistance à l’autorité, 60 p. 100 des viols, 77 p. 100 des attentats à la morale, ont été commis par des coupables adonnés à l’ivrognerie.
- Découverte préhistorique. —Le Dr Wankel a découvert à Prérau, non loin d’Olmtitz, un gisement de débris préhistoriques dans une couche de diluvium. Outre les os et dents de mammouths, ours, lions, loups, gloutons des cavernes, rennes, chevaux, renards blancs, les armes, les ouvrages d’ivoire et d’os, il a découvert une énorme mâchoire inférieure humaine, placée sur l’ossature d’une cuisse gigantesque fortement tailladée de coups de hache; ces derniers débris humains pesaient plus de cent livres. Le tout a été transporté au musée d’Olmtitz. (N. W, Abend-post), R. Gluck.
- CHRONIQUE
- Nouvel alliage; le Delta. — Un métallurgiste anglais M. Alexandre Dick, de Londres, vient de découvrir un nouvel alliage, auquel il a donné le nom de Delta, qui possède des propriétés extrêmement remarquables. Ce métal est simplement du fer dissous dans du zinc. Pour l’obtenir, on introduit du fer brut dans le zinc en fusion, qui le dissout rapidement et l’absorbe; le point exact de saturation varie avec la température à laquelle le zinc en fusion a été maintenu pendant l’opération, et c’est en déterminant et en contrôlant avec soin celte température que M. Dick est parvenu à obtenir un produit bien homogène. Le nouveau métal passe pour être supérieur au bronze, autant que le bronze phosphoreux l’est au métal à canon ordinaire, ou l’acier au fer. 11 est extraordinairement dur et tenace, et possède une force de résistance et de tension incomparable. Cette supériorité se maintient sous tous les aspects, qu’il soit travaillé à la forge, étiré en barre ou en fil ; il se travaille facilement, prend un beau poli; se ternit beaucoup moins rapidement que le laiton, et paraît, sous tous les rapports, susceptible d’applications utiles et variées.
- Câble du tramway funiculaire du pont de Brooklyn. — L'Engineering and Mining Journal donne d’intéressants détails sur la construction du câble sans fin qui sert de moteur au tramway funiculaire du pont de Brooklyn. Ce câble a 0m,0o75 de diamètre et 5558 mètres de longueur totale : il pèse 46 kilogrammes par mètre courant, soit en tout 162 000 kilogrammes; sa résistance à la rupture est de 50 tonnes. L’âme est formée par une corde de chanvre goudronnée, autour de laquelle s’enroulent en hélice six torons, composés chacun de 19 fils d’acier. Le raccordement des deux extrémités, en vue de constituer le câble sans fin, a demandé une opération toute spéciale. En voici le détail : Les deux extrémités ont d’abord été chevauchées de 24ra,50, au delà de leur point de reaconlre ; ensuite chacun des six torons a été détordu ainsi qu’il suit : le premier sur une longueur de 21 mètres, le deuxième de 17“,50, le troisième de 14 mètres, le quatrième de 10”,50, le cinquième de 7 mètres, le sixième de 5m,50. Cela fait, l’âme centrale en chanvre a été enlevée sur la longueur des 24m,50,puis les torons métalliques, de longueur égale deux à deux, ont été enroulés en hélice, l’un sur l’autre et les uns sur les autres, de façon à former une épissure complète avec croisement hélicoïdal des joints. L’opération a été si exactement faite qu’aucune différence de diamètre ne s’aperçoit au point de racordement, lequel a dû être revêtu d’une couche de peinture blanche, afin de pouvoir être retrouvé en cas de réparation. Quant à la distension ultérieure du câble nécessaire à prévoir, en raison de l’allongement de l’âme en chanvre et de la dilatation des torons métalliques, elle sera compensée par des tendeurs à galets spéciaux.
- Éclosion électrique des poulets. — On vient d’expérimenter il Berlin un procédé d’éclosion des poulets bien fait pour exciter la curiosité du monde savant et des éleveurs de volaille. Imaginez un panier contenant un nid de foin fermé par un couvercle bien ajusté, et bien garni à sa partie inférieure d'un duvet épais recouvrant une spirale de maillechort de 7 à 8 mètres de développement. Une batterie de six éléments installée dans une pièce voisine fournit l’électricité nécessaire pour échauffer convenablement en quelques secondes ces spirales d’ar-
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- gentau. Le courant passe d’ailleurs d’abord par un régulateur à levier qui permet de recourir à volonté à un ou plusieurs éléments. Comme la température doit être très sensiblement constante, le couvercle porte également un petit thermomètre dont le tube duquel est soudé until de platine très fin et dont la boule de mercure se trouve dans le nid lui-même. Si le mercure s’élève au-dessus de la température normale de 51 degrés, la colonne de mercure vient à toucher le fil de platine, la batterie se trouve en communication avec un électro-aimant qui, entrant en activité, met l’appareil hors du circuit. Quand au contraire le mercure descend au-dessous d’un certain niveau, l’appareil se trouve traversé de nouveau par le courant et sa température s’élève.
- (.Zeitschrift fur Elektrotechnik.)
- Translation du soleil. — Ce mouvement, soupçonné il y a environ cent ans, constaté depuis sans qu’il puisse rester de doute, se caractérisait en disant que le Soleil nous entraînait vers la constellation d’Ilercule. Les travaux de M. le professeur Plummer, d’Oxford, lui font croire que le point vers lequel nous nous dirigeons ainsi est plus près de la constellation delà Lyre qu’on ne l’aurait soupçonné jusqu’ici. Comme il est plus que probable que ce n’est pas une ligne droite que le Soleil décrit en nous entraînant avec lui dans l’espace, il est très important, dit le Journal du Ciel, de recueillir tout ce qui sera constaté à son sujet, ce n’est que de cette façon qu’on arrivera à sa détermination exacte.
- Matières volatiles produites dans la carbonisation de la houille. — On emploie actuellement en Angleterre pour recueillir les matières azotées contenues dans la houille deux appareils, l’appareil Carves et l'appareil Jameson. Le premier est déjà appliqué en France, mais le second est moins connu. Son principe est de produire la distillation par la combustion partielle du coke dans le four lui-même, qui est un four à ruche ordinaire. Le chargement, l’allumage et l’épuration se font comme d’habitude. Le premier effet de la chaleur est de provoquer dans la partie supérieure et dans la partie inférieure de la charge un dégagement de gaz et un affaissement de la charge, ces gaz sont aspirés par le centre de la sole qui est percé d’une ouverture; on évite ainsi le boursouflement du coke et on obtient un produit plus dense. Le gaz étant, d’après M. Jameson, un combustible peu avantageux, on le recueille au lieu de le briller; on pourrait d’ailleurs, au besoin, si on n’en avait pas l’emploi, le faire repasser sur du coke déjà formé pour faire du nouveau coke et ne recueillir que l'hydrogène. M. Jameson obtient, avec des condensateurs imparfaits, par tonne de charbon une quantité d’ammoniaque correspondant à 8 kilog. de sulfate et 42 litres d’hydrocarbure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 mai 1884. Présidence de M. Rolland.
- Tortue crétacée. — Il y a trente ans environ un volumineux fossile ayant été découvert dans le terrain crétacé des environs de Bologne, l’opinion se répandit qu’il provenait d’un homme. L’heureux possesseur de cet échantillon unique le mit en vente mais sur la mise à prix d’un demi-million de francs. Le savant professeur de l’Université de Bologne, M. Capellini ayant pu étudier le vestige dont il s’agit, y a reconnu, non pas un homme mais une tortue.
- Celle-ci bien intéressante et dont la description a fourni à l’auteur le sujet d’un beau mémoire orné de planches, présente cette particularité que son exosquelette et son endo-squelette ne sont point soudés entre eux. Les transformistes y verront une tortue qui n’a pas encore complètement évolué; qui est moins tortue que les chéloniens d’âge postérieur.
- Géologie saharienne. — Comme suite d'études strati-graphiques qu’il a déjà publiées, M. Rolland, ingénieur des mines, décrit aujourd’hui les terrains de transport et les terrains lacustres de la région du Chott Melr’hir. Ces terrains évidemment forts récents ne renferment guère de fossiles et atteignent en certains points, 500 mètres d’épaisseur. Les portions les plus profondes sont évidemment des résultats de charriage par les cours d’eau; les parties les plus superficielles ? eprésentent une sédimentation en eau douce.
- Microbe. — Dans une note présentée par M. Bouley, M. Arloing, professeur à l’Ecole vétérinaire de Lyon, se livre à l’étude de l’agent virulent de la septicémie puerpérale. Il annonce en avoir extrait un microbe qu’il a cultivé jusqu’à la vingt-sixième génération.
- Trichine et trichinose. — Le savant secrétaire général de la Société française d’hygiène, M. le Dr de Pietra Santa, publie une intéressante brochure ou mémoire qu’il a récemment lu à l’Académie de médecine sur la trichine et la trichinose aux États-Unis. M. Bouley qui offre la brochure à l’Académie des sciences, en lit celte dernière conclusion : « En dernière analyse, au nom des faits scientifiques, au nom de l’économie politique, au nom d’un libre échange, donnant toutes garanties désirables à la santé publique, nous avons l’espoir et la conviction de voir triompher à la Chambre des Députés et dans les Conseils du Gouvernement, les sages principes qui ont triomphé deux fois déjà dans cette enceinte ; et l’Académie de médecine pourra inscrire sur ses annales, un service de plus rendu à la cause de l’hygiène publique, qui est aussi celle de l’humanité et de la civilisation. » La brochure de M. de Pietra Santa est la quatorzième publiée jusqu’à ce jour par l’infatigable Société d’hygiène; elle est destinée à faire sensation aussi bien dans le monde savant que dans le grand public.
- Le sang peptoné. — Il résulte des expériences de M. Schmitt-Muller qu’une addition convenable de peptone empêche la coagulation du sang sans modifier la constitution et les propriétés physiologiques de celui-ci. M. Aphalatieff (de Saint-Pétersbourg) a songé de mettre ce fait à profit pour réaliser la transfusion du sang non défibriné dans des conditions spécialement favorables. Les expériences qu’il a faites sur les chiens sont si concluantes, quelles permettent d’entrevoir une nouvelle méthode de transfusion applicable à l’homme.
- Élection.—La mort deM.du Moncel ayant laissé vacante une place d’académicien libre, 56 suffrages appellent M. Cailletet pour la remplir; M. le colonel Laussedat a 15 voix; M. Tisserant, 12 et M. le commandant Trêve, 2.
- L’Académie procède à la nomination d’une commission de*six membres qui dresseront une liste de candidats à la place de secrétaire perpétuel que M. Dumas occupait.
- Varia. — M. l’amiral Mouchez transmet les observations de petites planètes faites à l’Observatoire avec le grand instrument méridien. — La périodicité des phénomènes
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- météorologiques continue à occuper M. Zenger. — Un Monsieur se met k la disposition de M. Pasteur pour subir les vaccinations préventives de la rage : l’Académie' rit beaucoup en entendant cette proposition. — L’illustre M.Chevreul expose son opinion sur la vision des couleurs. — D’après M. Jules liegnault le chlorure de méthylène employé comme anesthésique détermine des accidents épileptiformes.— M. l’amiral Serres présente un modèle de trière athénienne qu’il a construit pour le Musée de marine du Louvre. Stanislas Meunier.
- LES AURÉOLES SOLAIRES
- Les phénomènes atmosphériques de coloration du ciel qui se sont produits depuis l’époque de l’éruption du Krakatoa (27 août 1885), préoccupent encore les météorologistes cl les observateurs. Il est aujourd’hui manifeste que les torrents de produits - pulvérulents et gazeux qui ont été jetés à profusion dans l’océan aérien ont singulièrement troublé pendant de longs mois sa limpidité habituelle. M. Thol-lon, le 24 mars dernier, a an-noncé que le ciel de Nice ordinairement si pur, était trouble , nébuleux, et que le soleil, même pendant les plus beaux jours, était enveloppé d’une sorte de couronne de lumière diffuse. Des observations analogues ont été faites à Auteuil, par M. Ch. Moussette, dont nos lecteurs connaissent les intéressants travaux de photographie instantanée. Le soleil a été fréquemment entouré cette année d’auréoles et la gravure ci-dessus reproduit l’aspect d’un de ces phénomènes les mieux caractérisés.
- Quant aux fameuses illuminations crépusculaires, nous pensions bien n’y plus revenir, mais il nous faut cependant signaler encore une curieuse note qui a été à ce sujet, adressée à l’Académie, par M. Pélagaud, sous les auspices de M. Faye.
- M. Pélagaud qui observe le ciel à Saint-Paul (île Bourbon) écrit que les lueurs crépusculaires semblent entrer dans une nouvelle phase intermittente.
- reprennent le lendemain avec une nouvelle intensité. Le 4 avril dernier, elles étaient admirables, aussi belles que jamais ; le 1 1 également, mais leur disposition n’est plus la même qu’au début. C’étaient d’abord trois grandes zones tricolores qui occupaient tout l’occident jusqu’au zénith et étaient séparées parfois entre elles par des bandes de ciel bleu, comme trois larges bandeaux colorés. Aujourd’hui, ce sont ordinairement de grandes gloires qui s’élancent en flèches séparées et divergentes jusqu’à 50“ ou 60“, comme les rayons d’or au'our des tètes des statues de saints dans certaines églises.
- Sept k huit minutes après le coucher du soleil, une tache lilas pâle, éblouissante, commence à se dessiner k 10° ou 12° au-dessus de l’endroit où il a disparu; son diamètre peut atteindre a 15". A droite et k gauche se dressent deux murailles fuligineuses, comme les fumées d’une grande ville vues par transparence sur l’horizon rouge du couchant. Puis ces murailles s’effacent, la tache lilas disparaît et juste au-dessus d’elle comme n ce à 5 p a -raitre, environ quinze minutes après le coucher du soleil, un brouillard lumineux, pourpre écarlate, cramoisi, de forme discoï-dale, qui va s’élargissant jusqu’à 15° et 20°, accentuant l’intensité de son éclat et d’où s’élancent bientôt de tous côtés presque jusqu’au zénith les grandes flèches dont je vous ai parlé.
- Au moment où les flèches paraissent, les contours inférieurs du disque s’écrasent et prennent la forme d’un arc de cercle reposant sur la ligne droite de l’horizon. Mais tous les contours sont fondus, estompés et n’affectent en aucune façon le tracé net d’un croquis. Parfois, entre les flèches lumineuses, s’élancent des flèches obscures, surtout du côté sud. Tout cela dure un quart d’heure, vingt minutes, puis tout s’éteint graduellement et vers Gh 35,n, 611 40“\ il ne reste plus que la bande jaune de l’horizon, qui ne tarde pas k s’effacer elle aussi.
- M. Pélagaud n’admet pas la théorie des poussières du Krakatoa, et il croit qu’il y a là un phénomène électrique. Nous enregistrons ces nouvelles conjectures, dans le but de compléter les documents que nous avons réunis. Nous renvoyons le lecteur aux autres faits cités antérieurement.
- Gaston Tissandier.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissaxmku.
- Certains jours elles disparaissent presque entièrement et se bornent à une légère phosphorescence; puis elles
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LA NATURE
- DOUZIÈME ANNÉE — 1884
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeille (Le venin de P), 46.
- Académie des sciences (Comptes rendu des séances hebdomadaires de 1’), 14, 32, 47, 63, 78, 111, 127, 143, 159, 175, 190, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 303, 319, 335, 550, 367, 582, 599, 415, 451.
- Accumulateur au zinc, 335.
- Accumulateurs électriques, 402.
- Acide carbonique liquide, 307.
- Acide sulfureux dans l’atmosphère, 286.
- Acier (Perfectionnements dans la fabrication de 1’), 158.
- Acoustique (Appareils de rotation), 219.
- Aérostatiques (Curiosités), 123.
- Afrique (Carte d’), 415.
- Agglomérés (Fabrication des combustibles), 424.
- Agriculteurs de France (Société des), 290.
- Aiguille (Le jeu de P), 267.
- Alaska (Nouvelle île volcanique dans P), 387.
- Alimentation et hygiène à Londres (Exposition d’), 41Ô.
- Allumeur électrique de gaz, 319,
- Allumoirs à gaz (Nouveaux), 223.
- Animaux savants exhibés à Paris (Les), 162.
- 12» uDc’e.— 1er semestre
- Artillerie (Système de Bange), 23, 290, 370.
- Artillerie militaire, 79.
- Art préhistorique en Amérique (L’), 186, 251,331, 411.
- Arts et Métiers (Conservatoire des), 66.
- Ascenseur de Stockholm (Le grand), 404.
- Ascensions aérostatiques, 335, 414.
- Assaut (Les machines d’), 83.
- Association scientifique de France (Conférences de P), 174.
- Astronomie (La photographie et P), 568.
- Atmosphère (Exploration de P), 28.
- Atmosphériques (Ondulations), 115.
- Attitudes après la mort, 405.
- Auréoles solaires, 432.
- Aurores boréales (Production artificielle des), 67.
- Avertisseur à sonnerie de l’enfoncement des portes, 256.
- B
- Bains au Japon (Les), 158.
- Ballon retrouvé en mer (Un), 126. Ballon captif de Nice, 206.
- Barégine des eaux thermales (Glairine ou), 211.
- Baromètre naturel (Un), 335.
- Bateau à vapeur portatif le Stanley, 305.
- Bateau électrique pour la chasse aux canards (Un), 207.
- Bateau à incendie, 335.
- Bec à gaz de M, d’Arsonval, 122.
- Rec de gaz à incadescence de M. C. Cla-mont, 316.
- Betterave en Algérie (Culture de la), 302.
- Bibliographie, 19, 42, 54,123,131,155, 234, 266, 283, 299, 346, 355, 378, 403, 422.
- Bibliothèque Nationale (Les richesses de la), 126.
- Bijoux lumineux électriques, 15.
- Bolides (Durée de visibilité des), 1, 14.
- Bontemps (Charles), 395.
- Bontemps (Georges), 130.
- Broméliacées (Les), 365.
- Brouillards de Londres (Les), 46.
- Bulles de savon (Expériences avec des), 250.
- C
- Camp retranché de Paris (Le nouveau), 194, 257.
- Canada (Palais de glace au), 47.
- Canada (Les Français du), 46.
- Canal de Panama (Le), 43.
- Canaux et barrages d’irrigation dans le Colorado, 217.
- Canon multichargc, 129.
- 28
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- 4'4
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Canonnières à roues de. la marine française, 417.
- Cap-llorn (Exposition du), 270, 273, 303, 310, 302.
- Caverne de glace, 190.
- Cercler les tonneaux (Machine à), 381 -
- Champignons (Vin de), 398.
- Champion (Paul), 130.
- Charcot (La médaille de M.), 208.
- Châssis de culture, 271.
- Chaudières à vapeur en Hollande (Statistique des), 46.
- Chauffage au gaz (Régulateur automatique pour le), 22.
- Chemins de fer aux Etats-Unis (Police des), 518.
- Chemin de fer dans les flammes (Un train de), 215.
- Chemin de fer à voie unique, 306, 347.
- Chemin de 1er (Catastrophe de^’TMlÔ.
- Chemin de fer métropolitain à Paris, 334.
- Chemin de fer monorail, 20, 337.
- Chemin de fer funiculaire à crémaillère de Territet-Güon (Le), 113.
- Chemins de fer électriques, 142.
- Chemins de fer japonais, 334.
- Cheveux (Les), 255.
- Chimie dans l’Extrême-Orient, 267.
- Chimie en Chine, 239.
- Cloches électriques, 347.
- Chlorauodyne, 282.
- Chlorozone (Le), 210.
- Coke naturel au Mexique (Mine de), 519-
- Comète Pons-Brooks, 78, 131,241, 255.
- Condensateur Honigman, 234.
- Conférence internationale des unités électriques, 379.
- Constructions mobiles de M. V. Potri-neau (Les), 51.
- Corset (Le), 126.
- Cortambert (Richard), 190.
- Coureurs (Les), 259, 386, 427.
- Couveuse pour enfants, 69.
- Coups de foudre observés en France, 206.
- Cuirassés, l’indomptable et le Marceau, 340.
- Cuirs deluxe (Imitation des), 142.
- Culture de la vigne (Nouveau procédé de), 50.
- Cumberland (Expériences de M.), 422.
- D
- Daltonisme (Études sur le), 382.
- Décès et naissances dans quelques villes, 366.
- Delta, nouvel alliage (Le), 430.
- Dindons en France (Introduction des), 286.
- Distances (Méthode pratique pour apprécier les), 389,
- Dragon vigilant (Le), 256.
- Dumas (J. B.), 321, 335.
- Du Moncel (Th.), 221.
- E
- Éclairage électrique (Les progrès de 1’), 155. •
- Éclairage électrique, système Edison, à New-York. 408.
- Eclairages électriques privés, 418.
- Éclairs reproduits par la photographie instantanée (Les), 76.
- École centrale (Fondation de 1’), 367.
- École de physique et de chimie de la Ville de Paris, 376.
- Écorce de bois de chien, 302.
- Écume de mer, 314.
- Égypte (Végétaux de l’ancienne), 338.
- Élasticité des solides, 210.
- Électriciens (Société internationale des),
- 110.
- Électricité de Vienne (L’exposition d’), 56.
- Électricité (Transport de l’énergie par
- Y), 30,
- Électricité (L’enseignement de F), 44,
- Électricité en Amérique (L’), 143.
- Électricité et prestidigitation, 191.
- Électrique (Plume), 22.
- Electrique (Sondeur), 55.
- Électrique (Accumulateurs), 102.
- Électrique (Appareil Radiguet pour la lumière), 144.
- Électrique (Traction), 337.
- Électriques (Les diadèmes, 127.
- Électriques (Bijoux lumineux), 15.
- Engrais (Contrôle des), 414.
- Eponge ou lavette japonaise, 414.
- Éruption volcanique du détroit de la Sonde (La grande), 70.
- État sphéroïdal de l’eau dans les vases métalliques surchauffés (Sur un moyen d’empêcher P), 170.
- Étalon absolu de lumière (L’), 395.
- États-Unis (La population aux), 350.
- Eucalyptus (Les), 294.
- Excavateur-transporteur à déblais, 133.
- Excursions d’histoire naturelle de l’institut d’Essex (Les), 86.
- Explorations de l’atmosphère, 28.
- Explosion extraordinaire d’une chaudière à vapeur àr Orléans, 421.
- Explosion de la rue Saint-Denis, à Paris, 283.
- Explosions des machines à vapeur (Avertisseur des), 214.
- Exposition de chemins de fer à Saint-Étienne, 238.
- Exposition de la Société photographique, 18.
- Exposition d’électricité de Vienne (L*), 56.
- Exposition géographique de Toulouse, 399.
- Exposition universelle d’électricité à Philadelphie, 62.
- Exposition d’appareils de chemins de fer de Chicago (L’), 88.
- Explorations sous-marines (Voyage du Talisman), 119, 134, 147, 161, 182. 198, 230, 278, 326, 392.
- Exposition internationale de Nice, 166.
- Expédition météorologique austro-hongroise à l’ile Jaa-Mayen (L’), 202.
- Falsifications (La chimie allemande et les), 275.
- Fanaux (Éclairage automatique des), 367. Fer à repasser chaulfé par le gaz, 352. Ferme-porte automatique de Norton, 400.
- Fer et de l’acier (Constitution moléculaire du), 335,
- Ferry-boat de Melbourne (Le), 105. Feux d’artifice japonais, 267.
- Fils d’acier (La tréfilerie des), 142. Fleur anomale de papavers rliœas, 416. Flore tunisienne, 223.
- Flûte automatique, 500 Folie en France (La), 334.
- Foraminifères (Dimorphisme des), 351. Fossiles (Restauration de reptiles), 97. Foudre de Rambouillet (Le coup de), 31. Foudre globulaire, 302.
- Fuêgiè'ns et la Mission française au Cap Horn (Les), 142.
- Fulmicoton en grains, 399.
- G
- fiaz combustibles naturels (Utilisation des), 287.
- Géographie (Conférences de la Société de), 158.
- Géographique de Toulouse (Exposition), 599.
- Gérard (Appareilsde M. A.), 44. Germinateur (Appareil), 276.
- Glace (Fabrication de la), 359.
- Glaciers (Température des), 303. Glairine ou barégine des eaux thermales, 211.
- Gomme arabique au Soudan, 383.
- Gorille du Muséum d’histoire naturelle, 350, 384.
- Gouttes (Poids des), 318.
- Guêpes (Moyen de détruire les nids de), 47.
- Guide chêne (Le), 230.
- H
- Halitherium chouqueti, 303.
- Halo solaire observé au Parc de Saint-Ma ur, 315.
- Hamamelis virginica, 282.
- Heer (Oswald), 206.
- Heure en Turquie (L’), 94.
- Heure universelle, 78.
- Hirondelles (Arrivée des), 296.
- Houille aux antipodes (La), 11.
- Houille (Matières volatiles delà), 431. Huîtres vertes (Matière colorante des), 422.
- Houille organisée (La), 203.
- Hydrogène par les machines dynamoélectriques (Production de T), 227. Hygiène et alimentation à Londres (Exposition d’), 410.
- I
- Eaux (Analyse micrographique des), 91. Eaux thermales sulfureuses des Pyrénées, 2H.
- Échinodcrme (Un type curieux d’), 86. Éclairage électrique des voitures (L’), 95.
- F
- Fabrication des dents en Amérique (La), 110.
- Incombustibles (Tissus et papiers), 30. Indicateur du niveau d’eau dans les générateurs à vapeur, 237.
- Injecteur à gaz pour souffler les bulles de savon (Petit), 159.
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- INDEX ALPHABETIQUE
- 455
- Ile nouvelle dans l’Alaska, 387.
- Isthme de Suez (Conséquence du percement de 1’), 174.
- J
- Jouets électriques à l’exposition de Vienne (Les), 87,
- Jouet magnétique (Un), 6-4.
- Jouet mécanique (Un), 80.
- K
- Kircher (Le cabinet du Père), 59. Krakaloa (Le), 70, 367, 415.
- L
- Laboratoire de M. Pasteur (Le), 247
- Lac de Genève (La couleur du), 255.
- Lac Purbeckien du Jura (Le grand), 374.
- Lac Tahoe (Observations physiques sur le), 358.
- Laliure (Auguste), 94.
- Lampes à incandescence, 318.
- La Plata (Observatoire de), 302.
- Lavallée (Alph.), 394.
- Lavette japonaise (Éponge ou), 414.
- Leptocirques (Les), 81.
- Limes en fonte, 415.
- Liquéfaction du gaz (Appareil de M. Cail-ietet pour la), 353.
- Lueur crépusculaire des 26 et 27 novembre 1883, 28.
- Lueurs crépusculaires et coloration rouge du ciel, 50, 107.
- Lueurs crépusculaires en 1883-84, (Les), 181.
- Lumière électrique, 255.
- Lumière électrique à New-York (La), 30, 408.
- Lumière électrique (Appareil Radiguet pour la), 144,
- Lumière électrique en France, 222.
- Lumière polarisée, 287.
- Lumière zodiacale, 206.
- M
- Machine à trancher les roches, 325.
- Machines électriques d’influence (Nouvelles), 117.
- Mammifères (Les), 7.
- Mammouth (Échantillon de fourrure de), 67.
- Marine moderne (La), 340.
- Mars (Géologie de la planète de), 334.
- Médicaments nouveaux, 282.
- Méridien (Le premier), 223.
- Mers (La superficie des), 54
- Météorite (Fausse), 319.
- Météorologique (Séance annuelle du Bureau central) , 550.
- Mexique (Découverte d’une grande pyramide au), 126.
- Microbes abyssaux, 271,
- Monnaies en France (Statistique des), 255.
- Montgolficr (Laurent de), 130.
- Mort (Attitudes après la), 405.
- Moteur à diffusion, 27.
- Moteur à gaz domestique, 115.
- Moteurs électriques de MM. Ayrton et Perry (Les), 171.
- Moteur hydraulique de M, Zschiesche, 216.
- Moteur solaire et température du soleil, 289.
- Moteur thermo-magnétique, 314.
- Moteurs à gaz (Mise en marche des), 239.
- Mouches (De la faculté qu’ont les mouches de marcher sur le verre et sur les corps polis), 34.
- N
- Nain russe (Un), 13-Naissance dans quelques grandes villes d’Europe, 366.
- Naphtol (Le), 13.
- Nice-Rome Express, 62.
- Nuage de moucherons (Un), 79.
- Nuages (La France centrale sous les), 164.
- O
- Observatoire (Déplacement de 1’), 239. Orange double (Une), 118.
- P
- Paléontologie rémoise, 351.
- Panama (Nouvelles de), 239, 418. Panclastite (La), 98.
- Pantanémone (Le), 324.
- Papavers rhæas (fleur anomale de), 416. Papillons de France), 416.
- Paraldéhyde (La) 298.
- Pasteur (Hommage à M.), 206.
- Pasteur (Le laboratoire de M.), 247. Pavillon d’isolement pour les maladies contagieuses (Hôpital de Genève), 49. Peaux-Rouges au Jardin d’Acclimatation de Paris (Les), 3, 95.
- Pétroles de Bakou (Les), 38, 263. Pêcheries de perles à Panama (Les), 142. Pêcheries en Angleterre, 287. Phonographe (Application pratique du), 254.
- Phosphorescence du diamant, 383. Photographie en ballon (La), 225, 383. Photographies phosphorescentes, 346. Photographique (Exposition de la Société), 18.
- Photographes (Flacon à sulfate de fer pour les), 22, 46.
- Photographie et l’astronomie (La), 368. Photographie instantanée (Les éclairs reproduits par la), 180.
- Photographie physiologique, 415. Photographies colorées (Les), 414. Photographies phosphorescentes, 362. Physique sous appareils, équilibre des corps flottants, 239.
- Pile à oxyde de cuivre (de MM. Lalande et Chaperon), 11.
- Pile à renouvellement automatique des liquides, 303.
- Pile-étalon pour la mesure des forces électromotrices, 32.
- Piles à distance (Appareil de manœuvre dts), 419.
- Plomb (Fabrication des feuilles de), 62. Pluie de crapauds à Taïti, 207.
- Pluies dans les Indes (Région des), 599. Plume électrique, 22.
- Plumeau et la poussière (Le), 58. Pneumatique industrielle (Machine), 359. Pôle magnétique de la Terre, 275.
- Ponces de Krakaloa (Les), 415.
- Pont de Brooklyn (Câble du tramway funiculaire du), 430.
- Pont mobile à soulèvement vertical de Syracuse aux États-Unis, 65.
- Ponts militaires du commandant Mar-cille, 326.
- Poteaux télégraphiques (Utilisation des), 256.
- Poudres de viande (Les), 351.
- Poulets (Éclosion électrique des), 430. Poussières cosmiques (Chute de), 79. Poussières cosmiques (Les), 174. Poussières (Pluie de), 282.
- Préhistorique en Amérique (Art), 186, 251, 331, 411.
- Pression (Effets physiologiques de la), 288.
- Prévision du temps et les théoiies de M. Delauncy, 226, 242.
- Projectiles des canons prussiens (Nouveaux), 46.
- Psorospcrmies utriculiformes, 227.
- Puits d’eau chaude, 250.
- Puits de mine (Fonçage des), 270. Purbeckien du Jura (Le grand lac), 374. Pyromètre universel de M. Boulier, 396.
- R
- Rage (Études sur la), 223, 247, 415. Rails de grande longueur, 254.
- Raisins américains en France (Importation de), 366.
- Récréations mathématiques, 285. Récréations scientifiques, 159,191, 320. Régulateur à gaz, 215.
- Régulateur automatique pour le chauffage au gaz, 22.
- Renard bleu (Le), 245.
- Reptiles fossiles (Restauration de), 97. Respirations végétales, 367.
- Revolver photographique d’amateurs, 277.
- Robinets à gaz (Fermeture automatique des), 354.
- Roches (Machine à trancher les), 525. Ruines de Sanxay (Les), 254, 3E8. Russie (Universités en), 382.
- S
- Sables mouvants et colonnes de brèches du Turkestan, 343.
- Saharienne (Géologie), 431,
- Sang peptoné (Le), 431.
- Sanxay (Ruines de), 254, 398.
- Saturne (Sur l’aspect de la planète), 369. Sauvetage (Nouveau bateau de), 229. Savants de la Renaissance (Les), 59. Scie continue à fils métalliques, 385.
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- 456
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Science pratique (La), 122.
- Secret d’un emballeur (Le), 320.
- Sella, 271.
- Siemens (Sir C. W.), 17.
- Silex taillés en Russie (Atelier de), 343.
- Société française de physique, les séances de Pâques, 356.
- Société savantes (Réunion annuelle des), 334, 350.
- Soleil (Équateur du), 415.
- Soleil vert et lueurs crépusculaires observés à Argentan, 158.
- Soleil (Translation du), 431.
- Sondage de Montrond, 367.
- Sondeur électrique pour grandes profondeurs, 55.
- Sondeur électrique et avertisseur de niveau, 146.
- Station centrale d’éclairage électrique, système Edison, à New-York, 408.
- Sucre de lait (Origine du), 303.
- Suif végétal de Singapore, 203, 398.
- Superphosphates (Emploi agricole des), 415.
- T
- Tabac en France (Consommation du), 399.
- Taches d’encre et les faussaires (Les), 90.
- Taches solaires, 319.
- Taille de l’homme, 254.
- Talisman (Voyage du), 119, 154, 147, 161, 181, 198, 230, 278, 326, 391.
- Télégraphes à Paris (Poste central des), 209, 264.
- Télégraphie en Belgique (Progrès de la), 238.
- Télégraphie et téléphonie simultanées, 243.
- Téléphone de M. d’Argy, 207.
- Téléphonique de Mulhouse (Le réseau), 94.
- Telphéragc (Le), 145, 171.
- Température intérieure des galeries dans le percement des grands tunnels (La), 108.
- Tempête du 26-27 janvier 1884 (La), 158.
- Terre de Feu (Voy. Cap.-Horn).
- Théories de M. Pasteur (Une application des), 43.
- Théories de M. Pasteur et la conservation des vins en vidange (Les), 51,
- Thermomètre négatif (Un), 79.
- Tigre (Le), 151.
- Tombeaux gallo-romains ou mérovingiens à Trun, Orne (Découverte de), 370.
- Tonneaux (Machine à cercler les), 381.
- Tonnerre en boule, 255.
- Torpilles (L’introduction en Chine des), 114.
- Tortue crétacée, 431.
- Tour d’Ilanoï (La), 285.
- Tourniquets à sons, 219.
- Tramway funiculaire du pont de Brooklyn (Câble du), 430.
- Tramways funiculaires de Chicago (Les), 33.
- Tremblement de terre de Java (Le), 30.
- Tremblement de terre en Andalousie, 50.
- Tremblement de terre du 30 décembre 1883, 110.
- Tremblement de terre en Angleterre, 354.
- Trichinose d'Emerslcben (Épidémie de), 27, 431.
- Tricycle aquatique, 41.
- Tunisie (Carte de), 271.
- Tunisienne (Flore), 223.
- Turbine atmosphérique, 193.
- Turkcstan (Sables mouvants et colonnes de brèche du), 543.
- ü
- Unités électriques (Conférence internationale des), 579.
- Universités, en Russie, 382.
- Usure d’un manche de marteau (Curieuse), 288.
- y
- Vaccination antirabique, 415.
- Vanilisme (Le), 79.
- Végétaux de l’ancienne Égypte (Restes de), 338.
- Veilleuse-Horloge pour la projection d’une montre, 176.
- Vélocipède à patins, 112.
- Vent (Force du) 303.
- Vents (Direction de), 319.
- Verre trempé (Explosion du), 54.
- Viande (Poudres de), 351.
- Vie dans les grandes profondeurs de la mer, 349.
- Vigne (Nouveau procédé de culture de la), 50.
- Vignes dans l’intérieur de Paris (Les dernières), 95.
- Vin de Champignons, 398.
- Vin rouge par l’élcctrolyse (Analyse du), 310.
- Vivisections (Les), 530.
- Volcanique (Origine de l’activité), 579.
- Vue (Les défauts de l’œil et de la), 178.
- w
- Wagon aérien glissant sur des câbles métalliques, 177.
- Wagon-palais des chemins de fer de I Buenos-Ayres (Le nouveau), 159. j Wurtz (Adolphe), 399, 401.
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- LISTE DES ACTEURS
- PAR ORDRE A Ii P 11 A B É T MJ U E
- Acart. — Couveuse pour enfants, 69. — Les taches d’encre et les faussaires, 90.
- Bâclé (L.). — Les tramways funiculaires de Chicago, 33. — Pont mobile à soulèvement vertical, 65. — Le ferry-bont de Melbourne, 105. — La température intérieure des galeries dans le percement des grands tunnels, 108. — Le chemin de fer funiculaire à crémaillère de Territet-Glion, 113.
- Bénard (G). — Sondeur électrique, 146.
- Bertillon (Jacques). — Un nain Russe, 13.
- Brown-Sequart (C. F.). — Attitudes après la mort, 405.
- C. (Dr A.) — Pavillon d’isolement pour les maladies contagieuses, 49.
- Cael (E.). — Le nouveau poste central des télégraphes à Paris, 209, 264.
- Capüs (G.). — Sables mouvants et colonnes de brèche du Turkestan, 343.
- Collardeau-Vacher. — Avertisseur des explosions des machines à vapeur, 214.
- Dannequin (Amédéë). — Découverte de tombeaux gallo-romains ou mérovingiens à Trun (Orne), 370.
- Dumüys. — Explosion extraordinaire d’une chaudière à vapeur à Orléans, 421.
- Ericsson (J.). — Moteur solaire et température du soleil, 289.
- Filhol(IL).—Explorations sous-marines. Voyage du Talisman, 119, 134, 147, 161, 182, 198, 230, 278, 326, 391.
- Forel (F. A.). — Études physiques sur le lac Talioe (Sierra Nevada), 358.
- Garel (Dr J.). — Plume électrique, 22.
- Girard de Rialle.—Les Peaux-Rouges au Jardin d’Acclimafa-tion de Paris, 3, 95.
- Girard (Maurice). — Les leptocirques, 81.
- Gœrster. — Ondulations atmosphériques, 115.
- Gluck (R.). — Revue de l’Étranger, 382, 430.
- Guerne (Jules de). — Type curieux d’échinoderme, 806. — L’expédition météorologique austro-hongroise, 202.
- Guillehin (Amédée).—Sur la durée de visibilité des bolides, 1.
- Guiraud (Dr). — Exposition internationale de Nice, 166.
- Haton de la Goupillière. — Fonçage des puits de mine, 270.
- Hément (Félix). — Les défauts de l'œil et de la vue, 178,
- IIennebert (lieutenant-colonel). — Le nouveau camp retranché de Paris, 194, 257. — Pont militaire du commandant Mar-cil le, 326.
- Henry (Paul et Prosper). — Sur l’aspect de la planète Saturne, 369.
- Hermite (G.). — Photographies phosphorescentes, 346.
- IIildebrand-IIildebrandson. — Foudre globulaire, 502.
- Holmes. — Suif végétal de Singapore, 203.
- Hospitalier (E.) — Pile à oxyde de cuivre de MM. de Lalande et Chaperon, 11. — Sir C. W. Siemens, 17. — L’enseignement de l’électricité, 44. — Le lelphérage, 145, 171. — Les moteurs électriques de MM. Ayrton et Perry, 171. — Le condensateur Ilonigman, applications à la mécanique, 234. — Télégraphie et Téléphonie simultanées par les mêmes conducteurs. Système de M. F. Van Rysselberghe, 243.
- Imbault-IIuart (Camille). — L’introduction des torpilles en Chine, 114.
- Jaccard (Dr A.). — Le grand lac purbeckien du Jura, 374.
- Joly (N.). — La glairine ou barégine des eaux thermales sulfureuses des Pyrénées, 211.
- Kerlus (G.). — Curiosités physiologiques. Les coureurs, 259, 386, 427.
- La Croix (E. de). — Sondeur électrique pour grandes profondeurs, 55.
- Landrin (Ed.). — L’acide carbonique liquide. Sa production industrielle et ses usages, 307.
- Laplaiche (Al.). — Chemins de fer à voie unique ; le Staff and ticket system, 306. — Les cloches électriques, 347.
- Lecornu (J.). Le jeu de l’aiguille, 267.
- Londe (Albert). — Solution de sulfate de fer pour photographie, 46. — L’instantanéité en photographie, 138.
- M. (Dr H.). — Tricycle aquatique, 41.
- M. (J ). — Excavateur-transporteur à déblais, 133.
- Marie (E.). — Chemin de fer monorail, 20.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHARÉTIQUE.
- 438
- SIermet (A.). — Explosion du verre trempé, 54.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Compte rendu des séances hebdomadaires de 1’), 14, 52, 47, 63, 78, 411, 127, 143, 159, 175, 190, 207, 222, 239, 255, 271, 287, 303, 319, 335, 350, 367, 383, 399, 415, 431. — La houille organisée, 203. — Origine de l’activité volcanique, 379.
- Milne-Edwarrs (Alph.). — Le gorille du Muséum d’histoire naturelle, 384.
- Monrad Krohn. — Analyse du vin rouge par l'électrolyse, 310.
- Nadaillac (Marquis de). — L’art préhistorique en Amérique, 180, 251, 331, 411.
- 0. (L.). — Analyse micrographique des eaux, 91.
- Oustalet (E.). — Le tigre, 151. — Le renard bleu, 245.
- Parville (Henri de). — Le plumeau et la poussière, 58. — Récréations mathématiques. La Tour d’Hanoi et la question du Tonkin, 285.
- Pelletan (Dr J.). — Les psorospermies ulriculiformes ou sar-cosporidies, 227.
- Pirée (Louis) — Une fleur anomale de Papavers llhœas, 416.
- Plumandon. — La France centrale sous les nuages, 164.
- Poisson (J.). — Les Eucalyptus, 294. — Les Broméliacées, 365.
- Pontallié (L.). — Régulateur à gaz, 215.
- R. (P.). — La science pratique. 122.
- Raymond (G ). — Les théories de M. Pasteur et la conservation des vins en vidange, 54.
- Renou (E.). — Arrivée des hirondelles, 296. — Halo solaire observé au pare de Saint-Maur, 515.
- Reynier (Émile). — Pile-étalon pour la mesure des forces électromotrices, 32. — Accumulateurs électriques, 102. — Accumulateur au zinc, modèle industriel, 334.
- Riciiou (G.). — Les canaux et les barrages d’irrigation dans la région N.-E. du Colorado (États-Unis), 217.
- Rombouts (Dr J. E.). — De la facilité qu’ont les mouches de marcher sur le verre et sur les surfaces polies, 34.
- Rouyer (Dr Jules). — Durée de la visibilité des bolides, 14.
- Rochas (A. de). — Les savauts de la Renaissance, 59. — Les machines d’assaut, 83.
- Saignol (A.). — Régulateur automatique pour le chauffage au gaz, 22.
- Salmqn (Etienne).— Nouveau procédé de culture de la’vigpe, 50,
- Sarre pont (Major de), — Artillerie, système de Bange, 23, 290, 370.
- Schweinfcrth (G.). — Restes de végétaux de l’ancienne Égypte, 338.
- Séguela (R.). — L’Exposition d’appareils de chemins de fer de Chicago, 88.
- Simonin (L.). — Le canal de Panama, 418.
- Sire (Georges). — Physique sans appareils. Équilibre des corps flottants, 239.
- Simonin (L.). — Le Canal de Panama, 418.
- Sueur (A,). — Puits d’eau chaude, 250.
- Tardieu (Jules). — Pluie de poussière, 282.
- Teisserenc de Bort (Léon). — Production artificielle des aurores boréales, 67.
- Tiiollon (L.). — La comète Pons-Brooks, 131, 241.
- Tissandier (Gaston). — Bijoux lumineux électriques, 15. — L» lueur crépusculaire des 26 et 27 novembre 1883, 28. —
- L’exploration de l’atmosphère, 28. — Palais de glace au Canada, 47. — Les lueurs crépusculaires et la coloration rouge du ciel, 50. — Les constructions mobiles, 51. — Conservatoire des Arts et Métiers, 66. — Echantillon de fourrure de Mammouth, 67. — Les éclairs reproduits par la photographie instantanée, 76. — Restauration des reptiles fossiles, 97. — Les lueurs crépusculaires et la coloration du ciel, 106. — Curiosités aérostatiques, 123. — Nécrologie : Laurent de Montgolfier; Paul Champion; Georges Bon-temps, 130. — Appareil de lumière électrique de M. Radi-guet, 144. — Les progrès de l’éclairage électrique, 155. — Veilleuse-horloge, 176. —Wagon aérien, 177. — Etincelles électriques reproduites par la photographie instantanée, 180.
- — Les lueurs crépusculaires en 1883-84, 181. — Récréations scientifiques, 191. — Turbine atmosphérique, 193. — Th. du Moncel, 221. — La photographie en ballon, 225. — La prévision du temps et les théories de M. Delauney, 226, 243.
- — Le laboratoire de M. Pasteur à propos des récentes études sur la rage, 247. — La chimie de l’Extrême-Orient. Feux d’artifice japonais, 267. — Revolver photographique d’amateurs, 277. — L’explosion de la rue Saint-Denis, 283. — Bateau à vapeur portatif le Stanley, 305. — J. B. Dumas, 321. — Appareil de M. Cailletet pour la liquéfaction des gaz, 353. — Ecole de physique et de chimie de la Ville de Paris, 376. — Scie continue à fil métallique, 385. — Nécrologie : Alphonse Lavallée; Ch. Bontemps, 395. — Ferme-porte automatique de Norton, 400. — Adolphe Wurtz, 401.
- — Le grand ascenseur de Stockholm, 404. — Auréoles solaires, 432.
- Tournier (E. A.). — Les pétroles de Bakou, 38, 263. —L’exposition internationale d’hygiène et d’alimentation à Londres, 410.
- Trincano. — Une orange double, 118.
- Trouessart (Dr E. L.). — Expériences avec des bulles de savon, 250.
- Trouvelot (E. L.). — La comète Pons-Brooks, 131.
- Vidal (Léon). — Photographies phosphorescentes, 362. — Les photographies colorées, 414.
- Vila (H.). — Elasticité des solides, 210. — Machine à trancher les roches, 325. — Une île nouvelle dans l’Alaska, 387.
- Vion (B.). — L» houille aux antipodes, 11.— Les excursions d’histoire naturelle, 86.
- Vjmont (E.). — La grande éruption volcanique du détroit de la Sonde, 70, — Le gui de chône, 230.
- Vjvarez (H.). — Avertisseur à sonnerie de l’enfoncement des portes, 250.
- Vogt (Carl), — Les mammifères, 7.
- X... — Flacon à sulfate de fer pour les photographes, 22.
- X... (Charles-Albert). — Récréations scientifiques, 159.
- X.. — Méthode pratique pour apprécier les distances, 389.
- Yung (ë.). — Chute de poussières cosmiques, 79.
- Yvon. — Les poudres de viande, 351.
- Z... (Dr). — Une application des théories de M. Pasteur, 43.
- — Canon multicharge, 129. — Les animaux savants exhibés à Paris, 169. — La médaille de M. Charcot, 208. — Le nouveau bateau de sauvetage de M. Carlos Relvas, 229. — Curieuse usure d’un manche de marteau, 288. — Récréations scientifiques : Le secret d’un emballeur, 320. — Les vivisections, 330. — La vie dans les grandes profondeurs de la mer, 349.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués;
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Sur la durée de visibilité des bolides (A. Guillemin). . 1
- La comète Pons-Brooks(E. L. Trouvelet) (L.Thollon). 131, 241 Observations spectroscopiques faites à Nice sur la comète
- Pons-Brooks (Thollon)...............................132
- La photographie et l’astronomie. ......................3Q8
- Sur l’aspect de la planète Saturne (Paul et Prospeb Henry) . 369
- Variations d'éclat de la comète Brooks-Pons, ... 78
- Heure universelle ..................................... 78
- Chute de poussières cosmiques 79
- L'heure en Turquie................................... 04
- Les poussières cosmiques. . ,................. . . . « 174
- Le premier méridien.....................................223
- Le déplacement de l'Observatoire....................... 230
- La comète Pons . .......................................255
- Astronomie niçoise..................................... 287
- Nouvel observatoire de La Plata. .......................302
- Taches solaires........................................ 319
- Système géologique éruptif de la planète Mars. . . 334
- L'équateur du soleil. ..................................415
- Translation du soleil. . ... .......................... 451
- Physique.
- Pile à oxyde de cuivre de MM. de Lalande et Chaperon (E. H.). . . .......................................... 11
- Bijoux lumineux électriques (G. Tissandier)................ 15
- Pile-étalon pour la mesure des forces électromotrices
- (E. Reynier)........................................... 32
- L’enseignement de l’électricité (E. H.).................... 44
- Sondeur électrique pour grandes profondeurs (E. de la
- Croix)................................................ 55
- Un jouet magnétique........................................ 64
- Production artificielle des aurores boréales (L. Teisserenc
- de Bort)....................•.......................... 67
- Les éclairs reproduits par la photographie instantanée
- (G. Tissanuier)......................................... 76
- I.es jouets électriques .................................. 87
- Analyse micrographique de eaux (L. O.) ...... * 91
- Accumulateurs électriques (F. Reynier)......................102
- Nouvelles machines électriques d’intluence..................117
- La science pratique. Bec à gaz multiple de M. d’Arsonval
- (P. R.)................................................. 122
- Les diadèmes électriques.................................. 127
- L’instantanéité en photographie (Albert Londe) .... 138
- Appareil de lumière électrique de M. Radiguet (G. T.) . 144
- Les progrès de l’éclairage électrique (Gaston Tissandier). 155 Récréations scientifiques. Petit injecteur à gaz (Charles-
- Albert X.)............................................ 159
- Sur un moyen d'empêcher l’état sphéroïdal do l'eau
- (Melsens)............................................. 170
- Les moteurs électriques dû MM, Ayrton et Perry
- (E. Hospitalier). .................................... 171
- Veilleuse-horloge pour la projection d’une montre (G. T.). 176 Étincelles électriques reproduites par la photographie
- instantanée (G. T.).....................................180
- Récréations scientifiques. L'électricité et la prestidigitation......................................................191
- Le nouveau poste central des télégraphes à Paris
- (E.Caêl)....................................... 209, 264
- L’élasticité des solides (H. Vila).........................210
- Régulateur à gaz (L. Pontallié)............................215
- Tourniquets à sons. Appareils de rotation accoustiques. . 219
- La photographie en ballon (G. Tissandier). . . . 225, 383 Physique sans appareils. Équilibre des corps flottants
- (Georges Sire)..........................................239
- Télégraphie et téléphonie simultanées par les mêmes conducteurs, système de M. F. Van Ruysselberghe „
- (E. Hospitalier)...................................... 243
- Expériences avec des bulles de savon (Dr E.L. Trojjessart). 250
- Le jeu de l’aiguille (Joseph Lecornu)......................267
- Revolver photographique d’amateurs (G. Tissandier) . . 277
- Une flûte automatique que l’on peut construire soi-même. 300 Disposition de pile à renouvellement automatique des
- liquides................................................303
- Moteur thermo-magnétique...................................314
- Accumulateur au zinc. Modèle industriel (E. Reynier). .. 335 Application de la traction électrique au chemin de fer
- monorail de M. Lartigue........................* . . 337
- Photographies phosphorescentes (G. Hermite) (Léon Vidal)............................................ 346, 362
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- 440
- TABLE DES MATIÈRES
- Appareils de SI. Cailletet pour la liquéfaction des gaz
- (G. Tissandier)....................................
- La Société française de physique. Les séances de Pâques. La photographie et l’astronomie.
- École de physique et de chimie de la Ville de Paris
- (G. Tissandier)....................................
- La Conférence internationale des Unités électriques. . .
- L’Étalon absolu de lumière............................
- Le pyromètre universel de SIM. Boulier frères.........
- Station centrale d’éclairage électrique système Édison,
- à New-York.........................................
- Les photographies colorées (Léon Vidai.)..............
- Éclairages électriques privés.........................
- Appareil des manœuvres des piles à distance...........
- Transport de l’énergie par l'électricité..............
- La lumière électrique à Netv-York.....................
- Un thermomètre négatif................................
- Le réseau téléphonique de Mulhouse....................
- L’éclairage électrique des voitures...................
- L’électricité en Amérique.............................
- Le téléphone de M. d’Argy.............................
- La lumière électrique en France.......................
- Les progrès de la télégraphie en Belgique.............
- Une application pratique du phonographe...............
- Lumière électrique....................................
- Utilisation nouvelle des poteaux télégraphiques. . . Action exercée sur la lumière polarisée par les solutions de cellulose dans le réactif de Schweizer. .
- Les lampes à incandescence............................
- Allumeur électrique à gaz.............................
- Phosphorescence du diamant............................
- Chimie.
- Les taches d’encre et les faussaires (Acart)..........
- La panclastitc........................................ .
- Suif végétal de Singapore (Holmes)....................
- Le chlorozone.........................................
- La glairine ou barégine des eaux thermales sulfureuses
- des Pyrénées (N. Joly).............................
- Sur la production de l’hydrogène par les machines dynamo-électriques .....................................
- Le laboratoire de M. Pasteur (G. Tissandier)..........
- La chimie dans l’Extrême-Orient. Feux d’artifice japonais
- (G. Tissandier)....................................
- La chimie allemande et les falsifications.............
- L’explosion de la rue Saint-Denis à Paris (G. Tissandier).
- La paraldéhyde........................................
- L’acide carbonique liquide. Sa production industrielle et
- ses usages (Ed. Landrin) ... ...................
- Analyse du vin rouge par l’électrolyse (Monrad Krohn) . Appareil de M. Cailletet pour la liquéfaction des gaz
- (G. Tissandier)....................................
- Tissus et papiers incombustibles......................
- Perfectionnement dans la fabrication de l'acier. . .
- La chimie en Chine.......................................
- Écorce de bois de chien (Dogwood)........................
- Le poids des gouttes..................... .......
- La gomme arabique au Soudan............................ .
- Fulmicoton en grains. ................................
- Nouvel alliage, le delta..............................
- Matières volatiles produites dans la carbonisation de la houille.............................'..............
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- La houille aux Antipodes (R. Vion).................
- La lueur crépusculaire des 26 et 27 novembre 1883
- (G. Tissandier).................................
- Les pétroles de Bakou (E. A. Tournier).........38,
- Les lueurs crépusculaires et la coloration rouge du ciel
- (G. Tissandier)......................... 50, 106, 181
- Production artificielle des aurores boréales (L. Tfisserenc
- de Bout).............................•............ 67
- La grande éruption volcanique du détroit de la Sonde
- (É. Vimont)......................................... 70
- La température intérieure des galeries dans les grands
- tunnels (L. B.) . . ..............................108
- Ondulations atmosphériques (professeur Gœrster). ... 115
- La France centrale sous les nuages (Pldmandon) .... 164
- L’expédition météorologique austro-hongroise (Jules de
- Gueiine) ......................................... 202
- La prévision du temps et les théories de M. Delauney
- (Gaston Tissandier)...................... 226, 242
- Puits d’eau chaude (A. Sueur)..........................250
- Le pôle magnétique de la Terre.........................275
- Pluies de poussières (J. Tardieu) .....................282
- Foudre globulaire (IIildebrand-Hildebrandson)..........302
- L’Écume de mer.........................................314
- Halo solaire observé au Parc de Saint-Maur (E. Renou). 315 Sables mouvants et colonnes de brèche du Turkestan
- (G. Capus)......................................... 343
- Tremblement de terre en Angleterre, le 22 avril 1884. 554 Études physiques sur le lac Tahoë (Sierra Nevada) (F. A.
- Forel)............................................ 358
- Le grand lac purbeckicn du Jura (DrA. Jaccard). . . . 374
- Origine de l’activité volcanique (S. Meunier)..........379
- Une île nouvelle dans l’Alaska (H. Vila).............387
- Auréoles solaires (G. Tissandier)......................432
- Le tremblement de terre de Java........................ 30
- Tremblements de terre en Andalousie.................... 50
- Le coup de foudre de Rambouillet....................... 50
- Les brouillards de Londres............................. 46
- Chute de poussières cosmiques (E. Yung)................ 79
- Un nuage de moucherons................................. 79
- Tremblement de terre dm 30 décembre 1885 ............ 110
- La tempête du 26-27 janvier 1884...................... 158
- Soleil vert et lueurs crépusculaires à Argentan. . . 158
- Coups de foudre observés en France [Ier semestre 1883). 206
- Lumière zodiacale....................................206
- Pluie de crapauds à Taïti............................207
- Tonnerre en boule......................................255
- La couleur du tac de Genève............................255
- La présence de l'acide sulfureux dans l’atmosphère. 286
- Utilisation des gaz combustibles naturels..............287
- Température des glaciers...............................303
- Force du vent..........................................303
- Mine de coke naturel au Mexique........................319
- Fausse météorite.................................... . 319
- Direction des vents........................ ... 319
- Un baromètre naturel...................................334
- Séance annuelle du bureau central météorologique. . 350
- Paléontologie rémoise..................................351
- Le Krakatoa.......................................... 367
- Le sondage de Montrond . . . ..........................367
- Région des pluiçs dans les Indes.......................399
- Les ponces de Krakaloa.................................415
- Géologie saharienne....................................451
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Les mammifères (Carl Vogt).............................. 7
- De la faculté qu’ont les mouches de marcher sur le verre
- (Dr J. E. Rombouts)..................... ... 54
- Échantillons de fourrure de mammouth (G. Tissandier) . . 67
- Les Leptocirques (M. Girard)........................... 81
- Les excursions d’histoire naturelle de l’Institut d’Essex
- (R. Vion)........................................... 86
- Restauration des reptiles fossiles (G. Tissandier). ... 97
- Explorations sous-marines. Voyage du Talisman (H.Fil-
- Le tigre (E. Oustalet)................................151
- 556
- 356
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- 579
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 441
- La houille organisée (Stanislas Meunier) ................203
- La glairine ou barégine des eaux thermales sulfureuses
- des Pyrénées (N. Joly).............................. 211
- Les psorospermies utricutiformes ou sarcosporidies (Dr J.
- Pelletan)..................*......................227
- Le gui de chêne (E. Vimont)..............................230
- Le renard bleu (E. Oustalet).............................245
- Les eucalyptus (J. Poisson)..............................294
- L’arrivée des Hirondelles. Observations dans le centre de
- la France (E. Renou)..................................296
- Le gorille du Muséum d’histoire ndturelle (A. Milne-
- Edwards)....................................... 350. 384
- Les broméliacées (J. Poisson)....................... . 365
- Fleurs anomales de Papaver Rhœas (Louis Pirée) . . . . 416
- Matière colorante des huîtres vertes.....................422
- Le venin de l'abeille.................................... 46
- La flore tunisienne......................................223
- Ilalitherium Chouqueti...................................303
- Dimorphisme des foraminifères............................351
- Despirations végétales............................... 567
- Éponge ou lavette japonaise..............................414
- Les papillons de France................................ 416
- Tortue crétacée..........................................431
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- La superficie des mers.................................. 54
- Explorations sous-marines. Voyage du Talisman (11. Fil-iiol. . . 119, 134, 147, 161, 182, 198, 230, 278, 591 La Mission française de la Terre de Feu. Exposition du
- Cap-IIorn........................ 270, 273, 510, 326, 562
- Sables mouvants et colonnes de brèche du Turkestan
- (G. Capus).........................................543
- Carte de Tunisie.....................................271
- Exposition géographique de Toulouse................ 399
- Carte d'Afrique......................................415
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Les Peaux-Rouges au Jardin d'Acclimatalion de Paris
- (Girard de Rialle) ..............................3, 95
- Un nain russe (J. Bertillon) ........................... 13
- L’art préhistorique en Amérique (marquis de Nadail-
- lac)............................... 186, 251, 331, 411
- Restes de végétaux de l’ancienne Égypte (G. Schwein- ,
- furth)...............................................338
- Un atelier de silex taillés en Russie................ . 543
- Découverte de tombeaux gallo-romains ou mérovingiens
- à Trun (Orne) (Amédée Dannequin).....................570
- Découverte d’une grande pyramide au Mexique. . . 126
- Les Fuégiens et la Mission française du Cap-Horn. 142
- Les ruines de Sanxay. .......................... 254, 398
- La taille de l'homme....................................254
- Les cheveux.............................................255
- La folie en F rance................................... 334
- La population aux États-Unis.......................... 350
- Décès et naissances dans quelques grandes villes d’Europe............................................... 566
- Conservatoire des Arts et Métiers (G. T.).............. 66
- Un jouet mécanique............................... . . . 80
- Le ferry-boat de Melbourne (L. B.)........................105
- Vélocipède à patins.......................................112
- Le chemin de fer funiculaire à crémaillère de Territet-
- Glion (L. B.)..........................................113
- Moteur à gaz domestique. Système Forest...................115
- Excavateur-transporteur à déblais (J. M.).................133
- Le telphérage (E. Hospitalier)....................145, 171
- Wagon aérien glissant sur des câbles métalliques (G.T.). 177
- Turbine atmosphérique (G. T.).............................193
- Avertisseur des explosions de machine à vapeur (Collar-
- deau-Vacher)...........................................214
- Un train de chemin de fer dans les flammes.............215
- Moteur hydraulique M. F. A. Zschiesche....................216
- Les canaux et les barrages d’irrigation dans la région
- Nouveaux allumoirs à gaz...............................223
- Le condensateur Honigman. Applications à la traction
- mécanique (E. H.)...................................234
- Indicateur automatique de niveau d’eau dans les générateurs à vapeur.......................................237
- Avertisseur à sonnerie de l’enfoncement des portes (H. Vivarez)...........................................256
- Fonçage des puits de mine (Haton de la Goupillière). . 270 Moteur solaire et température du soleil (J. Éricsson) . . 289 Chemins de fer à voie unique. Le Staff and ticket system; les cloches électriques (A. Laplaiche). . 306, 347
- Nouveau bec de gaz à incandescence.....................316
- Le pantanéinone .......................................324
- Machine à trancher les roches (H. Vila).............325
- Fer à repasser chauffé au gaz.......................352
- Machine pneumatique industrielle; ses applications à la
- fabrication de la glace.............................359
- Machine à cercler les tonneaux.........................381
- Scie continue à fil métallique (G. T.)..............385
- Ferme-porte automatique de Norton (G. T.)...........400
- Le grand ascenseur de Stockholm........................404
- Le canal de Panama (L. Simonin).....................418
- Explosion extraordinaire d'une chaudière à vapeur à
- Orléans (L. Demuys)............................... , 421
- Fabrication des combustibles agglomérés................425
- Nice-Rome express...................................... 62
- Fabrication des feuilles de plomb en Chine .... 62
- La iréfilerie des fils d’acier.........................142
- Chemins de fer électriques.............................142
- Imitations de cuirs de luxe.........................142
- Le nouveau wagon-palais des chemins de fer de
- Buenos-Ayr es...................................... 159
- Un bateau électrique pour la chasse aux canards. . 207
- Mise en marche des moteurs à gaz....................238
- Nouvelles de Panama................................... 239
- Les rails à grande longueur............................254
- Police des chemins de fer aux États-Unis............318
- Chemin de fer métropolitain de Paris. ...... 334
- Les chemins de fer japonais. . . ...................334
- Fermeture automatique des robinets à gaz...............354
- Constitution moléculaire du fer et de l'acier. . . . 334
- Eclairage automatique des fanaux. ........ 367
- Catastrophe de chemin de fer. . .......................399
- Limes en fonte.........................................415
- Câble du tramway funiculaire dupont de Brooklyn. 430
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. —Arts industriels.
- Chemin de fer monorail (E. Marie).............. 20, 337
- Moteur à diffusion.............................. 27
- Les tramways funiculaires de Chicago (L. B.)........ 53
- Tricycle aquatique (Dr H. M.).......................... 41
- Le canal de Panama.................................. 43
- Les constructions mobiles (G. Tissandier)........... 51
- Pont mobile à soulèvement vertical (L. R.)............. 65
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Le nnphtol................................................. 13
- Pavillon d’isolement pour les maladies contagieuses
- (Dr A. C.) ............................................. 49
- Le plumeau et la poussière (II.de Parville).............. 58
- Couveuse pour enfants (Acart).............................. 69
- Les défauts de l’œil et de la vue (F. IIément)...........178
- Le laboratoire de M. Pasteur, à propos de scs récentes études sur la rage (Gashin Tissandier)..................247
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- 442
- TABLE DES MATIÈRES.
- Curiosités physiologiques. Les coureurs (G. Kerlus). 259, Deux médicaments nouveaux. Ilamamelis virginica, clilo-
- ranodyne ......................................
- Les vivisections (Dr Z...).........................
- La vie dans les grandes profondeurs de la mer (Dr Z...).
- Les poudres de viande (Yvon).......................
- Attitudes après la mort (Brown Sequard)............
- L’exposition internationale d’hvgiène et d’alimentation à
- Londres (E. A. Tournier),......................
- Le vanilisme.......................,...............
- Le corset....................................
- Les bains au Japon.................................
- Etude sur la rage ................ ............ .
- L’épidémie de trichinose d’Emersleben..............
- Les microbes abyssaus.............................. .
- Effets physiologiques de la pression............... .
- Origine du sucre de lait........................... .
- Étude sur le daltonisme..............................
- Photographie physiologique.........................
- Vaccination antirabique............................
- Microbe............................................
- Trichine et trichinose.............................
- Le sang peptoné,...................................
- Agriculture. — Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Une application des théories de M. Pasteur (Dr Z...) . . Nouveau procédé de culture de la vigne (E. Salomon). . Ventilation par la chaleur solaire. Châssis de culture. .
- Appareil germinateur...............................
- Vin de champignons.................................
- Moyen de détruire les nids de guêpes...............
- Les dernières vignes dans l’intérieur de Paris. .
- Les pêcheurs de perles à Panama....................
- L’introduction des dindons en France...............
- Les pécheurs en Angleterre.........................
- Culture de la betterave en Algérie.................
- Importation des raisins américains en France. . .
- La consommation du tabac en France.................
- Le contrôle des engrais............................
- Emploi agricole dés superphosphates................
- Éclosion électrique des poulets....................
- Art militaire.— Marine.
- Artillerie. Système de Range (major de Sarrepont). 23,
- .... j....................... ............... . 290,
- L’introduction des torpilles en Chine (C. Imiïault-Hijart) .
- Canon multicharge (Dr Z...)..........................
- Le nouveau camp retranché de Paris (lieutenant-colonel
- Hennebert)...................................194,
- Le nouveau bateau de sauvetage de M. Carlos Relevas
- (Dr Z...)........................................
- Bateau à vapeur portatif, le Stanley.................
- Ponts militaires du commandant Marcille (lieutenant-
- colonel Hennebert) .................
- La marine moderne. Les cuirassés l’indomptable et le
- Marceau.....................%....................
- Méthode pratique pour apprécier les distances (X...) . . Les nouvelles canonnières à roue de la marine française.
- Nouveaux projectiles des canons prussiens............
- , Artillerie militaire...............................
- Corvettes cuirassées chinoises.......................
- Bateaux à incendie. ............................ 335,
- Aéronautique.
- L’exploration de l’atmosphère (G. Tissandier) Curiosités aérostatiques (G. Tissandier). .
- La photographie en ballon (G. Tissandier). ...... 225
- Un ballon retrouvé en mer...............................126
- Le ballon captif de Nice.................................206
- Ascensions aérostatiques................................335
- 1%'otices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Sir C. \V. Siemens (E. Hospitalier)...................... 17
- Les savants de la P.enaissance (A. de Rochas)......... 59
- Les machines d’assaut (A. de Rochas).................... 83
- Auguste Lahure (G. Tissandier).......................... 94
- Laurent de Montgolfier (G. Tissandier)..................130
- Georges Bontemps (G. Tissandier).........................130
- Paul Champion (G. Tissandier)...........................150
- Richard Cortamberi..................................... 190
- Oswald Heer (G.)........................................206
- La médaille de M. Charcot (Dr Z.).......................208
- Th. du Moneel (G. Tissandier)............................221
- Sella....................................................271
- J. Dumas (G. Tissandier)................................ 321
- Alphonse Lavallée (G. T.)................................395
- Charles Bontemps (G. T.).................................395
- Adolphe Wurtz (G. Tissandier)...................399, 401
- La statue de Philippe Lebon..............................127
- Hommage à M. Pasteur.................................... 206
- La fondation de l’École Centrale.........................367
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Compte rendu des séances hebdomadaires de 1’) (S. Meunier), 14, 32, 47, 63, 78, 111,
- 127, 143, 159, 175, 190, 207, 222, 239, 255, 271,
- . . . 287, 303, 519, 335, 350, 367, 382, 399, 415, 431 L’Exposition de la Société photographique de Londres. 18
- L’Exposition d’électricité de Vienne en 1883.......... 56
- L’Exposition d’appareils de chemins de fer de Chicago
- (R. Séguela).......................................... 88
- Société internationale des électriciens..................110
- Exposition internationale de Nice (I)r Guiraud).......166
- Exposition du Cap-Horn............... 270, 273, 310, 362
- La Société française de physique. Les séances de Pâques. 356 La conférence internationale des Unités électriques. . . 379
- L’exposition internationale d’hygiène et d’alimentation à
- Lpndres (E. A. Tournier)...............................410
- Revue de l’Étranger (R. Gluck).................. 382, 450
- Exposition universelle d'électricité à Philadelphie. 62
- Conférences de la Société de géographie...............158
- Conférences de VAssociation scientifique de France , 174
- Société des agriculteurs de France.......................190
- Exposition des chemins de fer à Saint-Etienne. . , 238
- L’Exposition de la mission du Cap-Horn................271
- Réunion annuelle des Sociétés savantes. . . . 334, 350 Séance annuelle du Bureau central de météorologie. 350 Exposition géographique de Toulouse................... . 399
- Variétés, — Généralités. — Statistique.
- Palais de glace au Canada............................. 47
- Les animaux savants exhibés à Paris (Dr Z...).........169
- Récréations mathématiques. Le tour d’IIanoï et la question du Tonkin (H. de Parville).....................285
- Curieuse usure d’un manche de marteau (Dr Z. .) . . 288
- Récréations scientifiques. Lesecretd’unemballeur(DrZ.,.). 320
- Les Français du Canada ............................... 46
- Statistiques des chaudières à vapeur en Hollande. . 46
- La fabrication des dents en Amérique..................110
- Les richesses de la Bibliothèque Nationale...............126
- j Conséquences du percement de l’isthme de Suez. . . 174
- 586
- 282
- 350
- 349
- 351
- 405
- 410
- 79
- 126
- 158
- 222
- 270
- 271
- 288
- 303
- 582
- 415
- 415
- 451
- 431
- 451
- 45
- 50
- 271
- 276
- 598
- 47
- 95
- 142
- 286
- 287
- 502
- 366
- 399
- 415
- 415
- 430
- 370
- 114
- 129
- 257
- 229
- 305
- 326
- 340
- 389
- 417
- 46
- 79
- 502
- 414
- 28
- 123
- I
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 443
- Caverne de glace....................................190
- Statistique des monnaies en France..................255
- La population aux États-Unis........................550
- Décès et naissances dans quelques grandes villes
- d’Europe.........................................366
- Les Universités en Russie...........................382
- La consommation du tabac en France.............. 399
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques, 19, 42, 54,123,131,155, 234, ............... 266, 283, 299, 346, 355, 378, 403, 422
- Correspondance.
- Durée de la visibilité des bolides (Dr Jules Rouyer). . . 14
- Plume électrique (D° J. Garel)................ 22
- Flacon à sulfate de fer pour les photographes (X ..). . 22
- Régulateur automatique pour le chauffage au gaz (A. Sai-
- gnol)............................................... 22
- Solution de sulfate de fer pour photographie (A. Londe). 46
- Explosion du verre trempé (A. Mermet)................. 54
- Les théories de M. Pasteur et la conservation des vins
- en vidange (G. Raymond)............................... 54
- Type curieux d’échinodermc (G. de Guerne)................ 86
- Une orange double (A. Trincano)..........................118
- Sondeur électrique et avertisseur de niveau (G. Bénard). 146 Avertisseur des explosions de machines à vapeur (Col-
- lardeau-Vacher)..................................... 214
- Régulateur à gaz (L, Pontallié)..........................215
- Expériences avec des bulles de savon (Dr E. L. Troues-
- sart)............................................. 250
- Puits d’eau chaude (A. Sueur)............................250
- Le jeu de l’aiguille (Joseph Lecornu)....................267
- Pluie de poussières (E. Tardieu).........................282
- Photographies phosphorescentes (G. Hermite) (Léon Vidal)......................................... 346 , 562
- FIN DES TABLES,
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- ERRATA
- Page 79, col. 2, ligne 2. Au lieu de : par une augmentation de température. il faut : par un abaissement de température.
- Page 115, col. 2, ligne 41. Au lieu de /professeur Gœrster.
- il faut : professeur Fœrster.
- Page 143, col. 2, ligne 52. Au lieu de : 278 kilomètres à
- la seconde.
- il faut : 278 mètres à la seconde. Page 167, col. 2, ligne 27. Au lieu de : avec ses blanches
- villas hélas! miroitant au soleil ses jardins que rognent chaque jour.
- il faut : avec ses blanches villas miroitant au soleil, ses jardins que rognent hélas ! chaque jour...
- Page 172, légende de la ligure Au lieu de : système à roues parallèles.
- il faut : système à voies parallèles.
- Page 255, col. 2, ligne 50. Au lieu de : 12 à 15 kilomètres
- seulement d’altitude. il faut : 70 kilomètresd’altitudc. Page 259, col. 2, ligne 57. Au lieu de : estimé à 44 kilomètres.
- il faut ; estimé à 33 kilomètres. Page 289, col. 1, ligne 43. Au lieu de : étant à la surface
- de la terre comme... il faut : étant à la surface du soleil comme...
- Page 382, col. 1, ligne 36. Au lieu de : affection de la mer.
- il faut : affection de la vue.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à fans.
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