La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAH M. LE MINISTRE UE L’iNSTRUCTION' PUBLIQUE D*UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
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- 12e ANNÉE.
- N° 5 75.
- 7 JUIN 1 88 4.
- k'üyU
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LÀ DOUBLE VUE
- LES EXPÉRIENCES DE M. STUART CUMBERLAND.
- En ce moment, s’exhibe à Paris, un Anglais, M. Stuart Cumberland, qui exécute en public un certain nombre d’expériences qui tendraient à faire croire à l’existence de cette faculté de double vue, que prétendent posséder les somnambules, et qui tient une si large place dans les séances données par les magnétiseurs et les spirites.
- Ces expériences de double vue sont du reste devenues tellement nombreuses qu’il est bien peu de personnes qui n’en aient été témoins. Quand on cherche l’explication donnée généralement à ces phénomènes, on se trouve en face de deux courants d’opinion bien tranchés, que l’on rencontre du reste dans toutes les questions qui touchent à la nature humaine, et qui divisent l’humanité en deux grandes écoles philosophiques : les subjecti-vistes et les objectivistes.
- Pour les premiers, les raisons de sentiment sont admises comme preuves, et les pouvoirs psychiques de l’homme expliquent tous les phénomènes d’ordre en apparence psychologique. Les objectivistes, au contraire, cherchent l’explication des mêmes phénomènes dans les connaissances physiologiques actuelles, et dans les faits d’ordre purement physique. C’est à ce point de vue que l’étude de la double vue et de la divination de la pensée trouve sa place dans La Nature.
- Les expériences de M. Stuart Cumberland consistent dans la lecture de nombres ou de mots écrits en secret, ou dans la recherche d’un objet caché en son absence. Dans ce dernier cas il se met en communication par un fil d’archal avec la personne qui a caché l’objet et retrouve celui-ci « si la personne qui l’accompagne a assez de force de concentration d’idées pour penser constamment à l’objet caché ». Beaucoup de journaux ont raconté en détail le fait suivant : M. Ch. Garnier, l'arclutecte de l’Opéra, étant allé cacher une épingle d’or sur un arbre des Tuileries, M. Cumberland relié à M. Garnier par le fil 12“ année. — 2“ semestre.
- d’archal, s’est dirigé avec fort peu d’hésitation vers l’endroit où se trouvait l’épingle et a découvert celle-ci. Le succès a été le même dans plusieurs autres essais du même genre.
- En Angleterre ces expériences sont devenues un jeu. Ce jeu est à la mode depuis quelques années. On le désigne sous le nom de Willing game (le jeu de volonté). On peut.T exécuter de différentes façons; en voici une à titre d’exemple. Une personne de la société quitte le salon, et les autres invités conviennent de quelque chose qu’elle devra faire à son retour, soit de prendre un objet, d’aller dans tel endroit de l’appartement, de toucher une personne désignée, de frapper de telle note sur le piano, ou autre acte analogue. On rappelle alors la personne mise à l’épreuve et un ou deux des « voulants » posent légèrement la main sur ses épaules. Parfois il ne se passe rien, elle erre au hasard. Mais très souvent elle se dirige vers l’endroit désigné, ou fait exactement, ou à peu près, la chose qui avait été indiquée auparavant.
- Il y a des personnes qui réussissent dans cç jeu beaucoup mieux les unes que les autres, et même, paraît-il, on se perfectionne assez rapidement. Du reste rien n’est plus simple que d’expérimenter ses qualités de divination ; c’est ce qu’a fait M. Garnier et voici quelques passages de l’intéressante lettre qu’il a envoyé sur ce sujet au directeur du journal Le Temps.
- « Étant fort nerveux je suis, à ce qu’il paraît, un excellent sujet mais ma nervosité me rend aussi apte à sentir vivement la sensation des autres. Je me suis dit alors que, comme M. Cumberland, je pourrais pénétrer quelque peu dans la pensée d’autrui. Ce soir donc je me suis essayé à cette petite devinette et trois fois sur trois, je suis arrivé en quelques secondes à découvrir l’objet qui avait été désigné mentalement. J’ai fait ces expériences dans trois maisons différentes et avec des victimes diverses, et je n’ai pas été plus embarrassé dans un local que dans l’autre. Dans une quatrième opération, j’ai hésité parce que mon jeune sujet, au lieu de penser à un objet, ainsi que je le lui avais recommandé, a pensé à une personne. Par deux fois je me suis arrêté à cette personne et l’ai touchée; mais craignant une erreur, je n’ai pas
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- persisté et j’ai dû interrompre ma promenade a tâtons, car j’étais très fatigué de cette recherche infructueuse. Vous voyez cependant que, dans ce cas il n’y avait pas de ma faute et que même l’insuccès relatif confirmait l’excellence du procédé.
- J’ai fait la première expérience les yeux ouverts ; mais j’ai fait les autres avec un bandeau sur les yeux et, de cette façon, je me sentais certainement plus lucide. »
- Ces faits qui semblent si extraordinaires sont cependant très explicables et cela parties raisons purement physiologiques. Voici ce que dit M. Garnier à ce sujet :
- « Ce qui me guidait dans mes recherches c’était simplement le mouvement insensible mais instinctif de la main que je serrais dans la mienne.
- 11 faut, il est vrai, une grande contention d’esprit pour suivre et deviner presque ces tressaillements minuscules ; mais enfin on y arrive et assez vite puisque j’ai réussi sans le moindre apprentissage. »
- L’explication de M. Garnier concorde avec celle du professeur anglais M. llonkin qui s’est beaucoup occupé de ce genre d’études.
- « On peut considérer, dit-il, comme un fait établi que l’explication fondée sur l'indication musculaire répond largement à tous les cas où dans le jeu appelé Willing un contact réel se produit entre la personne conduite et celle qui conduit. En effet, il est difficile que le guide qui est intéressé à ce que l’épreuve réussisse, évite de donner par l’accélération ou par la modification de la vitesse ou autrement, des indications à la personne conduite, laquelle n’est en général que trop disposée à en profiter immédiatement ».
- Ainsi la question semble parfaitement élucidée sur ce point spécial de la divination : la recherche d’un objet caché par la personne qui accompagne le chercheur ou en présence de cette personne. Ce n’est qu’un acte physique, qu’une indication inconsciente du guide. Quand celui-ci n’est pas assez nerveux et est assez maître de lui pour ne pas transmettre involontairement ses impressions, l’expérience ne réussit pas. Il en sera de même si le chercheur n'a pas assez de tact, de finesse et d’habileté pour ne pas profiter immédiatement de toutes les indications involontaires de son compagnon.
- Il est un autre genre de divination qui consiste à lire un billet fermé, deviner la pensée d’une personne, trouver un nom ou un chiffre de'signé, une carte choisie, ou encore prévoir un coup de dés, un nom tiré au hasard, une somme de point de domino, etc. Ces expériences ont été accomplies de tous temps par les thaumaturges, les devins, les sorciers et nos prestidigitateurs et somnambules, modernes, n’ont fait que les perfectionner.
- Lire une lettre sans la décacheter, en apparence, était dans l’antiquité comme de nos jours une opération facile pour un devin, et les auteurs nous en ont conservé un grand nombre d’exemples.
- Macrobe dit que quand Trajan eut pris le dessein d’aller attaquer les Partîtes, on le pria d’en consulter l’oracle de la ville d lléliopolis, auquel il ne fallait envoyer qu’un billet cacheté. Trajan, voulant
- l’éprouver, lui envoie un billet cacheté dans lequel il n’y avait rien : l’oracle lui en renvoie autant. Trajan, convaincu de la divinité de celui-ci lui fit alors une demande précise à laquelle l’oracle répondit par l’envoi d’une vigne coupée en morceaux, ce qui, on se le rappelle, pouvait s’appliquer à n’imparte quel événement.
- Un autre exemple. Le gouverneur de Gilicie, rapporte Plutarque, avait envoyé à l’oracle de Mopsus un serviteur portant un billet soigneusement cacheté. La réponse fut : noir, le billet était intact, il fut ouvert au retour et contenait cette demande : « T’immolerai-je un bœuf b.lanc ou noir ? »
- Lucien cite un grand nombre de faits analogues et révèle en détail les procédés à l’aide desquels on pouvait décacheter un pli sans qu’il y parût.
- Le décaehetage des lettres modernes n’est guère plus difficile et La Nature a donné de curieux moyens employés dans ce but par le cabinet noir1.
- Une expérience de somnambulisme très extraordinaire consiste en ceci : Le magnétiseur donne à une personne de la société une feuille de papier, un crayon et un sous-main en priant cette personne de vouloir bien écrire une phrase plus ou moins longue, une pensée ou quelques vers, puis de plier le billet et de le garder soigneusement. Alors dans le cours de la séance, quelquefois comme expérience finale, la somnambule prononce à haute voix la phrase écrite sur le billet par le spectateur, bien que celui-ci ne s’en soit pas dessaisi et ne l’ait montré à personne.
- Gette expérience de divination qui semble si extraordinaire au public est cependant d’une grande simplicité. Le secret consiste simplement en ceci. Le sous-main renferme une feuille de papier à calquer et une feuille blanche sur laquelle s’est reproduit le fac-similé du billet écrit au crayon.
- Le tour de divination est quelquefois exécuté avec trois, quatre et même cinq cartons à la fois.
- Deviner la pensée d’une personne n’est guère plus difficile.
- Tacite rapporte dans scs Annales que Germanicus alla consulter Apollon de Claros. « Il suffit de dire à l’oracle le nom du consultant, alors il se retire dans une grotte et ayant pris de l’eau d’une source qui y est, il vous répond en vers à ce que vous avez dans l’esprit ».
- La plupart des somnambules et des tireuses de cartes répondent aussi à la pensée de la personne qui vient les consulter, et cela parce que le nombre des grosses préoccupations de leur clientèle est limité aux questions d’argent, d’amitié, de jalousie, de risque, de maladie et de mort pour un parent ou un ami. A ces préoccupations la somnambule répond par des généralités, des encouragements, des consolations dont le consultant spécialise l’interprétation et qui le consolent, lui donnent de l’espoir, du courage.
- 1 Voy. Le Secret des lettres, n° 454 ilu 11 février 1882, p. 17 U
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- Chez les grandes diseuses de bonne aventure, s’adressant à une clientèle riche, le salon d’attente est le grand moyen d’information de la sibylle ; pas un geste, pas une parole de la consultante ne lui échappe, et elle prépare ses réponses en conséquence. D’un autre côté, dans l’antichambre la soubrette fait parler les domestiques.
- Le célèbre chancelier Bacon avait vu un jongleur qui l’avait fortement surpris. « 11 disait tout bas à l’oreille d’un des spectateurs que telle personne penserait telle carte ». A cette époque les prestidigitateurs risquaient d’être brûlés vifs comme sorciers. Cornus exécutait le même tour avec une très grande habileté. M. A. de Caston jouait au piquet ses cartes retournées et annonçait d’avance les coups. Le somnambule Alexis qui exerçait dans la première moitié de ce siècle, s’était acquis une grande réputation de « devin » eu exécutant le même tour.
- Parmi les expériences des sujets auxquelles certaines personnes attribuent le don de la double vue, nous citerons les suivantes :
- Une jeune Péruvienne composait avec des lettres d’ivoire les mois pensés par une personne de la société.
- Une jeune fille choisissait un petit bijou d’agate sur un plateau couvert d’autres bijoux, le déposait dans une boîte à l’autre extrémité du salon, rouvrait la boîte, reprenait l’ornement et le remettait à une personne désignée d’avance.
- On cite aussi uqi grand nombre de tours analogues exécutés par la famille d’un pasteur anglais. Un des enfants s’éloigne et les invités choisissent un nom, désignent une carte, écrivent un nombre. L’enfant revient et presque toujours indique la chose voulue.
- Ces faits peuvent sembler étranges et cependant l’art de les produire s’est propagé jusqu’au dernier degré de l'échelle des exploiteurs de la crédulité humaine. Les simples magnétiseurs de la foire aux pains d’épice font deviner à leur sujet un nombre pensé, une carte choisie, l’heure d’une montre, etc.
- Robert-Houdin, le père, avait beaucoup perfectionné « l’art de la double vue » : il employait son fils qui était alors un tout jeune enfant, comme sujet. Ils étaient parvenus à des résultats extraordinaires.
- Avant de décrire son procédé, citons deux expériences de divination de la pensée qui ont eu lieu ces années dernières à Paris.
- Dans l’une, le magnétiseur priait une personne de lui désigner une place dans la salle, un point du parquet, une chaise, un endroit de la muraille, qu’il allait au moyen de passes douer de propriétés magnétiques. Pendant ce temps, le sujet, une jeune fille, était dans un salon avec plusieurs témoins et ignorait ce qui se passait dans la salle. A un signal, elle revenait conduite par un témoin, elle circulait au milieu du public, le magnétiseur était resté immobile à la même place sans prononcer une parole, sans faire un geste. La jeune fille tout à coup s’arrête, tressaille, et tombe endormie, elle avait rencontré l’endroit soit disant magnétisé.
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- Lue autre expérience analogue : le sujet est comme le précédent conduit dans un salon par des témoins, un spectateur complaisant est seul sur la scène. Le magnétiseur est dans la salle parmi les spectateurs et prie l’un de ceux-ci d’écrire sur une carte l’expression d’un sentiment, colère, joie, effroi, douleur, etc. 11 reste immobile à la même place, loin de la scène, et ne regardant même pas de ce côté. La jeune fille revient accompagnée des témoins, elle s’avance calme et souriante vers le spectateur resté sur la scène..., quand subitement elle s’arrête pousse un grand cri, recule et s’arrête le visage et le geste exprimant une terreur profonde.
- Le sentiment dont l’expression était demandée était « effroi ». Ces faits, par leur singularité, la mise en scène à laquelle ils donnent lieu, l’anxiété qu’ils font éprouver, impressionnent et émeuvent généralement beaucoup le public et surtout le public féminin.
- Certaines personnes expliquent ces phénomènes par l’hypothèse de l'œil mental qui, comme l’œil du lynx voit à travers les obstacles, et par l'oreille mentale qui entend malgré la distance, malgré les murs, les portes, les cloisons, et à laquelle aucun murmure, aucune parole n’échappe.
- Cette explication qui tendrait à nous révéler des facultés nouvelles, des pouvoirs inconnus jusqu’à ce jour est sans doute bien belle, bien séduisante, mais cependant elle doit faire place à une autre explication beaucoup plus terre à terre, qui nous montre que la « double vue » n’est que le résultat d’un procédé employé depuis fort longtemps par les grecs, les tricheurs de profession, et auquel ils ont donné le nom de Télégraphie.
- Il y a la télégraphie par la parole et la télégraphie par gestes.
- La première consiste simplement à donner dans la demande l’indication de la réponse. Il y a des vocabulaires répondant à tous les genres de questions. Ces vocabulaires sont très faciles à établir et à apprendre .
- Pour donner un exemple aussi simple que possible — supposons qu’il s’agisse des couleurs — le premier mot de chaque demande devra appeler la réponse correspondante.
- Répondez... désignera rouge; venez... vert; bien... bleu; voulez-vous... violet; je vous prie... jaune, et ainsi de suite. On voit qu’il suffit de quelques jours d’études et d’un peu d’habitude pour être doué de la faculté de la double vue.
- La télégraphie par geste est tout aussi simple. L’attitude du magnétiseur indique au sujet la réponse qu’il doit faire. Cette attitude peut être extrêmement variée tout en restant très naturelle ; elle peut indiquer des choses assez compliquées comme une carte, l’heure d’une montre, et à plus forte raison des choses dont le nombre est peu étendu, comme celui des passions ou des sentiments. Dans l’expression de ceux-ci on a pu être convenu
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- par exemple, qu'un seul bras plié correspondait ù « joie », les deux bras croisés à « douleur », la tète inclinée à droite à « effroi ».
- On voit que cela ne présente rien de compliqué.
- Hobert-Houdin dans ses séances de double vue, employait non seulement la télégraphie par paroles et par gestes, mais encore au moyen de la simple agitation d’une sonnette, en variant le nombre de coups, le rythme, le son. et cela avec assez de hicl et de rapidité pour que ces modifications passent inaperçues au publie; il parvenait à dicter à son fils la réponse qu’il devait faire. C'est cette curieuse expérience que représente notre gravure.
- 11 existe un très grand nombre d’autres moyens de divinations, les uns reposent sur des combinaisons ingénieuses, d’autres procédés relatifs aux chiffres reposent sur des principes mathématiques. Un certain nombre réussissent grâce parfois à la naïveté du public. Nous avons vu dans une foire de village un magnétiseur demander à une somnambule dont les yeux étaient bandés : quelle est la couleur de la blouse bleue de monsieur? — et le porteur de ladite blouse rester émerveillé de la précision de la réponse faite à cette question.
- Nous citerons, comme exemple de prévision d’un fait ne semblant tenir que du hasard, l’expérience
- Douille vue. — Expériences exécutées par Iloljrrt-lloinlin en 18i7. iD’aprôs une gravure <le l'époque.;
- suivante faite tout récemment dans une salle parisienne.
- Le spirite pose sur les genoux d’un médium fortement attaché sur une chaise au milieu des spectateurs, une enveloppe fermée et cachetée. Puis il prend dans un petit sac des cartons sur lesquels se trouvent inscrits, dit-il, des noms de personnages célèbres ; il en lit quelques-uns, supposons que ce soit Romulus, César, Garibaldi, Thiers, etc., etc. Il remet tous les cartons dans le sac, les mélange et prie un jeune enfant d'en extraire un au hasard. Le carton extrait porte un nom; soit celui de César. L’enveloppc est ouverte et renferme le même nom. Il y avait donc eu prévision d’un fait qui, semble-t-il, aurait pu varier?
- En réalité, cette expérience ne repose que sur la non-vérification préalable des cartons. Si tous portaient le même nom, la prévision devenait facile et c’est ce qui avait lieu en effet.
- Ce manque de vérification de certains détails est le [dus souvent la condition fondamentale de la réussite de tours analogues, dans lesquels la « divination » ou la « double vue » sont invoquées. C’est pour cela que les thaumaturges, les sorciers, les médiums, les spirites, les devins antiques et modernes se sont toujours refusé à tout examen sérieux des procédés qu’ils emploient. On pourrait leur appliquer ce mot du philosophe : « Notre crédulité fait toute leur science ». G. Keiu.us.
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- L*« ORIENT-EXPRESS «
- Combien de fois n'avons-nous pas entendu vanter le confort et la rapidité de ces trains américains, qui font le trajet de l’Altantique au Pacifique, entre New-York et San-Francisco, dans l’espace de cinq jours et demi, et cela sans transbordement? Dans ces trains, qui ont fait et qui font encore l’admiration de l’Ancien Monde, les voyageurs dorment dans des lits, mangent et boivent à table, vont et viennent, écrivent des lettres, etc.1; bref ils ne sont pas réduits, comme on l’a été longtemps en France, à
- rester immobiles dans un coin de leur compartiment, — à supposer, toutefois, qu’on ait réussi à s’emparer d’un coin, — compartiment qui contient ordinairement huit ou dix places, suivant la classe, mais où, en réalité, on ne peut espérer avoir un peu ses aises qu’à la condition de n’être que quatre.
- Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire de franchir les mers pour voir circuler des trains offrant aux voyageurs toutes les commodités désirables. Sans quitter Paris, trouvez-vous seulement un jeudi ou un dimanche à sept heures et demie du soir sur le pont de la rue La Fayette, et vous assisterez au départ de Y Orient-express, train de luxe inter-
- Fig. 1. — Vue intérieure de la salle à manger de VOrient-Express.
- national organisé à la gare de l’Est par la Compagnie | des wagons-lits.
- L ’ Orient-express, qui a été inauguré le5 juin 1883, traverse la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie; il marche ainsi pendant trois jours et quatre nuits, en ne s’arrêtant que le temps strictement nécessaire pour renouveler les provisions d'eau et de combustible de la machine qui le remorque, et il conduit les voyageurs de Paris à Vienne en vingt-sept heures, de Paris à Constantinople en quatre-vingts heures. C’est là assurément une vitesse
- 1 Voy. Les wagons des chemins de fer américains, article de M. II. Blerzv, -n° 5 du 5 juillet, 1873, p. 69. — Voy. d’autre part : Les nouveaux wagons-restaurants en Angleterre, n° 37>9 du 29 novembre 1*79, p. Alt.
- considérable, et, à ce point de vue, Y Orient-express n’a rien à envier aux trains rapides qui circulent entre New-York et San-Francisco. Sous le rapport du luxe, de l’élégance et de la commodité intérieure, on peut dire, sans exagération, que la Compagnie internationale des wagons-lits a surpassé les Américains, car son train, qui est toujours accompagné de plusieurs interprètes, renferme des compartiments avec de vrais lits pour quarante ou soixante voyageurs, une salle à manger de vingt-quatre couverts, une cuisine, un fumoir, un salon de conversation pour les dames, un vaste cabinet de toilette avec douche à eau froide ou chaude ; enfin toutes les parties du train sont reliées entre elles par une communication téléphonique.
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- La composition de ce tram est à peu près invariable : la locomotive, le fourgon de tète, deux ou trois wagons-lits, suivant le nombre des voyageurs inscrits, un wagon-restaurant, et le fourgon de queue.
- La locomotive est une machine Crampton, avec des roues motrices de 2m,o0 de diamètre, qui permettent d’obtenir une vitesse considérable, car, d’une part, la course du piston est très limitée, ce qui donne lieu à un grand nombre de tours de roues, ^t, d’autre part, chaque tour de roue équivaut à un parcours de 7m,25 environ.
- Les wagons-lits, qui portent, suivant les pays traversés, les noms de sleeping-car, de schlafwagen, de hdlâ-kocsï et de wagon cù paturi, contiennent chacun 20 places, et leur poids n’est pas inférieur à 27 500 kilogrammes ! Ce sont de véritables appartements de plus de 20 mètres de longueur, bien chauffés, bien éclairés, bien aérés : un couloir s’étend sur toute leur longueur et donne accès dans des compartiments à deux ou à quatre places, où, la nuit venue, les banquettes se transforment en lits, avec matelas, oreillers, draps et couvertures. Une température constante et agréable y est maintenue à l’aide d’un courant de vapeur qui circule dans des appareils à thermo-siphon, et la lumière est fournie par du gaz d’éclairage comprimé, au moment du départ, dans des réservoirs cylindriques disposés sous les véhicules : ce système d’éclairage doit, d’ailleurs, être remplacé prochainement par des lampes électriques à incandescence.
- Le wagon-restaurant ou dining-car renferme, avons-nous dit, une salle à manger pouvant recevoir vingt-quatre convives, où le couvert est toujours mis, et où l’on est servi par des garçons en habit noir. On n’a pas cru devoir adopter le système de la table d’hôte, où les voyageurs seraient réunis par séries de vingt-quatre; on a préféré disposer dans la salle à manger huit petites tables, dont quatre à deux couverts et quatre à quatre couverts, de façon à permettre aux voyageurs de se grouper comme ils l’entendent et de manger à leurs heures. A côté de la salle à manger, se trouve une petite cuisine, où deux disciples de Yatel préparent les repas et s’efforcent de satisfaire les goûts si divers d’un public souvent très hétérogène. Disons en passant que, pour éviter les frais de douane, la Compagnie internationale des wagons-lits a disposé dans son train plusieurs caisses contenant les vins, et que 1 on sert successivement des vins d’origine très différente, suivant les pays que l’on traverse. Ainsi, en Autriche-Hongrie, on consomme des vins de Kar-lowitz et de Nezmelyer, voire même de Tockay; mais, dès que l’on arrive à la frontière rie l’Empire,
- la caisse qui contient ces vins est fermée, et traverse les pays voisins en transit sous le plomb de la Douane, sans payer aucun droit. Les vins de Hongrie sont alors remplacés par ceux de Roumanie, ou bien par ceux de Bordeaux ou de Champagne. Au retour, la même caisse est ouverte de nouveau à la frontière austro-hongroise en présence des agents de la douane. Quelle différence entre nos anciens buffets et le dining-car ! Au buffet, tous les voyageurs se précipitent à la fois dès l’arrivée du train et on a quinze ou seize minutes d’arrêt pour absorber un repas qui n’est pas toujours servi avec toute la célérité désirable, tandis que, dans le wagon-restaurant, on peut dîner tout à son aise sans se presser, et en regardant le paysage qui se déroule rapidement, changeant, pour ainsi dire, à chaque instant le décor des murs de la salle à mauger. C’est également dans le wagon-restaurant que se trouvent le fumoir, avec un assortiment de journaux en diverses langues, et le salon de conversation pour les dames.
- Quant aux fourgons de tête et de queue, ils contiennent les bagages des voyageurs, les colis postaux et les sacs de dépêches, dont le transport a été confié à Y Orient-express dès son inauguration, les
- assortiments de vins, enfin une réserve de provisions pour le cas où une avarie survenue en cours de route obligerait à différer le wagon-restaurant. C’est dans l’un des fourgons que se trouve installé le cabinet de toilette dont nous avons parlé plus haut.
- Tous ces véhicules sont construits dans les meilleures conditions de solidité et de stabilité, et montés sur des essieux articulés, système Boggy. Ils sont reliés entre eux au moyen de plates-formes, qui permettent aux voyageurs et au personnel du train, de circuler d’un bout à l’autre de Y Orient-express. Enfin les wagons sont munis d'un double système de freins continus, le frein Westinghouse, à air comprimé, et le frein Smith ou vacuum, à vide, de façon à pouvoir être remorqués indifféremment par les machines des divers Etats traversés. Comme on le voit, ce nouveau matériel laisse bien loin derrière lui les anciens véhicules de nos grandes Compagnies de chemins de fer. Toutefois il est juste de reconnaître et de dire que le matériel roulant des Compagnies françaises, a été construit à une époque où l’on ne prévoyait pas l’immense développement que prendrait un jour la circulation sur les voies ferrées, que ce matériel représente aujourd’hui un capital, considérable, puisqu’un simple wagon de 5e classe revient à plus de 0000 francs, qu’on ne saurait, du jour au lendemain, mettre ce matériel au rebut pour le remplacer par un autre, et qu’enfin les Compagnies s’efforcent, dans la construction de
- »BINET D E TOILETTE 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 CABINET ot TOILETTE
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- Fig. 2. — Diagramme d’un sleeping-car à 20 places de la Compagnie internationale des wagons-lits. (Les cases noires n°* impairs) indiquent les lits inférieurs, et les cases blanches (n01 pairs) les lits supérieurs.!
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- leurs nouvelles voitures, de se mettre à la hauteur des progrès réalisés.
- L’itinéraire de Y Orient-express est le suivant : Paris, Strasbourg, Karlsruhe, Stuttgart, Ulm, Münieh, Vienne, Budapest, Bucarest, Giurgevo, Roustchouk, Varna, Constantinople.
- L'Orient-express procure aux voyageurs une économie considérable sur la durée des trajets. Cette économie est due à diverses causes, en dehors de la vitesse de pleine marche du train : d’abord les arrêts sont aussi peu nombreux que possible, et leur durée est réduite au temps strictement nécessaire pour prendre de l’eau et du combustible, les voyageurs n’ayant pas besoin de s’arrêter dans les buffets, et trouvant leurs repas tout préparés et somptueusement servis dans le dining-car; ensuite les voyageurs n’ont pas à s’arrêter plus ou moins longtemps aux diverses frontières, pour subir, à toute heure du jour ou de la nuit, dans des salles plus ou moins bien chauffées, l’ennuyeuse visite de la douane : cette visite s’effectue pendant la marche du train, en vertu d’une entente entre la Compagnie internationale des wagons-lits et les différentes puissances traversées, et les douaniers montés dans Y Orient-express à la frontière, sont ramenés à leur poste par un train en sens contraire; enfin, dernier élément de rapidité, les voyageurs ne sont pas astreints à changer de train dans les gares têtes de lignes, telles que Avricourt, Vienne, Bucarest, etc., et à y séjourner plusieurs heures en attendant un nouveau train, correspondant plus ou moins exactement avec celui qui les a amenés.
- L'Orient-express emmène donc les voyageurs depuis Paris jusqu’à Giurgevo (Smârdâ) sur le Danube, c’est-à-dire jusqu’à la frontière de la Roumanie et de la Turquie. Là un transbordement est indispensable, car les chemins de fer roumains ne sont pas encore en communication par rails avec les chemins de fer ottomans. Ce transbordement dure exactement 1 heure et 7 minutes, et les voyageurs partis de Paris le jeudi ou le dimanche à 7*',50m du soir sont conduits à Constantinople (viâ Varna), où ils arrivent le lundi ou le jeudi à 6 heures du matin.
- L’économie de temps qu’on réalise en voyageant par Y Orient-express est d’environ 25 pour 100 de la durée totale du trajet. Time is money, dit le proverbe anglais. Or savez-vous combien coûte le voyage en sleeping-car? Seulement 20 pour 100 plus cher qu’un billet ordinaire de première classe. D’où il faut nécessairement conclure que les voyageurs trouvent un bénéfice de 5 pour 100 en profitant d’un train o.ù ils ont absolument toutes leurs aises.
- La Compagnie internationale des wagons-lits a été fondée, il y a dix ans, sous la direction d’un ingénieur belge, M. Nagelmackers, ancien élève de l’Ecole des mines de Liège, et neveu de M. Frère-Orban, l’un des hommes d’État les plus éminents de la Belgique. Les sleeping-cars ont d’abord circulé
- sur les chemins de fer belges, puis, en 1875, ils ont été admis dans les trains express entre Paris et Berlin, ensuite sur les lignes de Vienne à Berlin, de Vienne à Hambourg, de Vienne à Varsovie, de Paris à Bordeaux, etc. Bientôt un seul wagon-lit devint insuffisant, et on dut en mettre deux entre Paris et Cologne, trois entre Paris et Nice; enfin la création de trains composés uniquement de wagons-lits s’imposa d’elle-même, et finalement Y Orient-express fut organisé d’abord une fois chaque semaine, puis deux fois. Ce train sera rendu quotidien dès que la jonction du réseau roumain avec le réseau turc sera accomplie.
- Aujourd’hui les sleeping-cars circulent dans l’Europe entière sur plus de 25000 kilomètres de voies ferrées, et la Compagnie des wagons-lits possède, dans toutes les villes principales, des agences internationales où l’on peut prendre son billet, faire enregistrer ses bagages, faire adresser ses lettres et obtenir des renseignements en toutes les langues. En France, les sleeping-cars sont admis sur tous les réseaux excepté sur celui de l’Ouest. Cette exception est due, non au mauvais vouloir de la Compagnie de l’Ouest, mais à ce que les trajets, sur cette ligne, ne sont pas assez longs pour nécessiter l’introduction de wagons-lits dans les trains express. On s’est contenté de placer un wagon-restaurant dans certains trains allant de Paris au Havre et vice versa. Tout voyageur muni d’un billet de première ou de seconde classe, a droit de prendre place dans le dining-car d’après des numéros d’ordre qui ront délivrés d’avance sur les quais d’embarquements Ainsi, au train qui part de Paris à 8 heures du matin, le premier déjeuner est servi de Paris à Mantes, c’est-à-dire entre 8 heures et 9h,02m; la première série de déjeuners à la fourchette de vingt-quatre couverts, est servie de Mantes à Mottevilie, c’est-à-dire entre 9h,04m et llh,35m; enfin la deuxième série de déjeuners à la fourchette est servie entre Mottevilie et Le Havre, c’est-à-dire entre llh,38m et midi 50m. Il en est de même pour le train qui part de Paris à 6h,30m du soir et pour les trains qui partent du Havre à 6h,41m du matin et à 6m,4Ûm du soir. Pendant la saison d’été, un service de wagons-restaurants existe également sur les lignes de Paris à Trouville et de Paris à Caen. De cette façon, les voyageurs peuvent se consacrer à leurs affaires jusqu’à la dernière minute, puisqu’ils n’ont qu’à se mettre à table en montant dans le train.
- La création de Y Orient-express ne constitue évidemment qu’une première étape dans la voie du progrès. Le 8 octobre dernier la Compagnie internationale des wagons-lits a inauguré dans les mêmes conditions de luxe et de confort, le Nice-Rome-express, qui a lieu également deux fois par semaine, et dont le succès a été tel qu’il doit devenir quotidien dès l’hiver prochain. Ce train est formé à Paris, gare P.-L.-M., où il est composé de deux éléments ; 1° un groupe de voitures partant de Paris; 2° le
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- LÀ NATURE.
- Calais-Rome, qui part de Calais à l’arrivée d’un paquebot spécial amenant les voyageurs d’Angleterre, se dirige sur Paris par la ligne du Nord, contourne la capitale par le chemin de fer de Ceinture, depuis La Chapelle jusqu’à Bercy, et entre dans la gare du P.-L.-M. pour se mettre en tète du premier groupe de voitures, où ont déjà pris place les voyageurs français. Le Nice-Rome-express est alors remorqué par les magnifiques machines que la Compagnie de Paris à la Méditerranée a fait construire pour le service de ses trains rapides, cl il franchit en 14 heures les 804 kilomètres qui séparent Paris de Marseille. De là, il se dirige sur Nice, Gènes et Rome en suivant la splendide ligne qui longe le littoral méditerranéen.
- Nous venons de dire ce que la Compagnie internationale des wagons-lits a fait jusqu’à présent, c’est-à-dire depuis dix ans à peine. Mais ce n’est rien en comparaison de ce qu’elle compte faire encore. Au risque de commettre une indiscrétion, nous allons divulguer un projet qui est à la veille de se réaliser.
- II est question en ce moment d’un nouveau train de luxe dit Nord-express, allant de Paris à Saint-Pétersbourg, par Berlin et Varsovie. Ce train sera fusionné à Liège avec un train arrivant d’Ostende par Bruxelles, et amenant les voyageurs de Londres partis d'Angleterre par un paquebot spécial.
- D’autre part, un second train de luxe, le Sud-express, doit relier Paris à Lisbonne, en passant par Bordeaux et Madrid. Ce train sera formé à Paris, à la gare d’Orléans, comme le Nice-Rome-express à la gare P.-L.-M., c’est-à-dire qu’il se composera également de deux parties, l’une arrivant de Calais par le chemin de fer de Ceinture et amenant les voyageurs d’Angleterre, et l’autre préparée à Paris pour les voyageurs de France.
- Enfin la fusion du Nord-express et du Sud-express, toujours à l’aide du chemin de fer de Ceinture, réunira Lisbonne à Saint-Pétersbourg et constituera VEuropean express, le plus beau train qui ait jamais circulé sur l’Ancien Continent. Al. Laplaiche,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- LES ÂNHINGÀS OU OISEAüX-SERPENlS
- Le Muséum d’histoire naturelle possède, depuis plus d’un an, dans sa ménagerie, plusieurs représentants d’un type ornithologique extrêmement curieux qui est appelé, dans les catalogues scientifiques, Plotus ou Anhinga, mais qui est désigné plus fréquemment, dans les relations de voyages et dans les livres populaires sous le nom significatif d'Oiseau-serpent. Comme on peut en juger par la planche ci-jointe, exécutée d’après nature, les Anhingas ont le cou flexible et allongé comme le corps d’un serpent, et grâce à la petitesse de leur tète, à la gracilité de la partie antérieure de leur individu et à leurs habitudes aquatiques, ils offrent en même temps de
- lointaines analogies avec certains reptiles de la période secondaire et notamment avec les Plésiosaures. Toutefois il suffit d’un simple coup d’œil jeté sur leur bec aux mandibules allongées, sur leurs ailes largement développées et sur leurs corps revêtu de plumes normales pour reconnaître que ce sont de véritables oiseaux et même des oiseaux assez élevés en organisation, tandis que l’examen de leurs pattes et l'étude de leur squelette démontre rapidement leurs affinités avec les Fous, les Cormorans et quelques autres Palmipèdes. De même que ceux-ci, les Anhingas ont les pattes pourvues de larges membranes natatoires qui s’étendent non seulement entre les doigts antérieurs, mais entre le doigt interne et le pouce ou doigt postérieur, et leur queue, comme celle des Cormorans, est formée de pennes rigides au moyen desquelles l’oiseau prend un point d’appui sur le sol quand il se renverse fortement en arrière. En revanche leur bec n’offre pas la même forme que celui des Cormorans ; il est plus grêle, plus allongé et se termine, non par un crochet, mais par une pointe aiguë, précédée de quelques fines dentelures ; leur cou est relativement plus allongé et, grâce aux muscles nombreux qui font jouer l’une sur l’autre les vertèbres cervicales il peut tour à tour se replier en S, rentrer dans les épaules, ou s’allonger brusquement, se détendre comme un ressort en dardant le bec sur la proie convoitée. Enfin la livrée des Anhingas parvenus à l’âge adulte, présente toujours un caractère particulier : les plumes de la tête et du cou sont en effet courtes et duveteuses, ce qui donne à la région antérieure un aspect velouté ; les plumes de la région dorsale et les couvertures des ailes s’allongent au contraire et s’effilent comme des feuilles de graminées en offrant, le long de leur tige, une marque d’un blanc argenté, tandis que les pennes caudales et quelques-unes des pennes secondaires paraissent régulièrement gaufrées sur leurs barbes internes.
- Les oiseaux qui vivent actuellement au Jardin des Plantes ont le sommet de la tète et le dessus du cou d’un brun assez foncé, le dessous fauve, les sourcils, le menton et le milieu de la gorge d’un blanc pur, le ventre d’un noir profond, le dos et les ailes ornés de nombreuses flammèches d’un blanc argenté, la queue d’un noir glacé de vert, les pattes d'un gris jaunâtre, le bec d’un brun légèrement verdâtre et les yeux d’un jaune orangé. Ils appartiennent à l’espèce qui a été nommée par les ornithologistes Anhinga à ventre noir (Plotus mela-nogaster) et qui est répandu dans toute l’Asie méridionale, au Bengale, en Birmanie, en Cochinchine, dans la presqu’île de Malacea, dans File de Ceylan et aux Philippines. Dans la plupart de ces contrées les Anhingas sont extrêmement communs et se trouvent souvent par centaines dans une même localité : cependant ils chassent presque toujours isolément et ne se réunissent en troupes que pour dormir ou se reposer. On les voit alors perchés côte à côte sur des arbres dont les branches s’étendent au-dessus d’un
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- Auliin^as ou Oisi’aux-Si'rpentx actuellement vivants au Muséum d’histoire naturelle de Paris, (p’après nature.)
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- lac ou d’un vaste cours d’eau, théâtre ordinaire de leurs évolutions. Leur vie est en effet essentiellement aquatique et ils restent des heures entières plus ou moins complètement immergés, faisant une chasse active aux poissons qui constituent la base de leur alimentation. Quand ils sont suffisamment repus, ils gagnent le rivage, et tandis que leur digestion s’opère, ils font sécher au soleil, à la manière des Cormorans, les longues pennes de leurs ailes. Dans cette posture, avec le cou tendu, le bec entr’ouvert et les ailes largement étalées, ils offrent un aspect bizarre, mais en même temps ils se montrent dans toute leur splendeur, car les plumes lancéolées qui couvrent leur dos et leurs épaules se détachent les unes des autres et réfléchissent, comme autant de miroirs, les rayons lumineux sur leurs faces argentées. Grâce à leur forme élégante et à leur éclat métallique ces plumes méritaient certainement d’être prises comme objets de parure; aussi n’est-on pas étonné de lire dans Jerdon qu’elles avaient été adoptées par les anciens rois de Khasi comme emblèmes royaux et qu’elles servent encore de signes de ralliement aux soldats d’un régiment de cavalerie indigène.
- En Australie, dans l’ouest de l’Asie, dans le centre et le sud du continent africain et dans le Nouveau Monde le genre Anhiriga est représenté par trois espèces (Plotus novæ Hollandiæ, PL Chantrei, PI. Levaillanlii et PL anhinga) qui ont à peu près les mêmes allures, le même régime et les mêmes caractères extérieurs. De ces espèce? la plus anciennement connue est Je Plotus anhinga qui se trouve dans l’Amérique tropicale et aux États-Unis et qui, dans cette dernière contrée, a été admirablement observé par J. J. Audubon. Pour étudier les mœurs si curieuses de P Anhinga ce célèbre ornithologiste américain passa de longues journées au milieu des forêts sauvages et des marais pestilentiels de la Louisiane : « J’aimais, dit-ill, à épier la femelle couvant ses œufs avec tendresse dans un nid placé par elle, hors de toute atteinte, sur la branche prodigieusement étendue de quelque gigantesque cyprès qui, planté là comme par magie, s’élevait du centre même d’un vaste lac. Je la vois encore : d’un œil attentif, elle suit chaque mouvement du farouche Busard ou de la Corneille rusée: elle veille, de peur que l’un ou l’autre de ces maraudeurs ne lui ravisse le fruit de ses amours, et pendant ce temps plane au haut des airs le compagnon de ses joies et de ses fatigues. Les ailes toutes grandes ouvertes, la queue étalée en éventail, il jette d’abord un regard inquiet vers celle qu’il aime, puis un autre, plein de colère et de défi, sur chacun de leurs nombreux ennemis. En cercles plus hardis il s’élance, monte de plus en plus haut; bientôt il ne semble qu’un point obscur, et enfin disparaît complètement dans l’immense étendue du ciel bleu. Mais tout à coup,
- 1 Scènes de la nature dans les États-Unis, ouvrage traduit, d'Audubon. par Eugène Bazin. Paris, 1857, t. Il, p. 412 et suiv.
- fermant ses ailes, il tombe comme un météore et je l'aperçois posé maintenant sur le bord du nid où il contemple tendrement l’objet de tous ses soins. »
- Ce nid généralement isolé, mais parfois placé au milieu des nids de hérons aigrettes, se trouve toujours perché au-dessus de l’eau, et présente une forme aplatie. Il se compose de deux parties distinctes : d’une aire large de cinquante à soixante centimètres et constituée par des bûchettes entrelacées et d’une corbeille, reposant sur ce plancher et formée par des branches de myrte, de la mousse d’Espagne et des radicelles. Dans cette corbeille la femelle dépose trois ou quatre œufs allongés qui paraîtraient d’un bleu clair s’ils n’étaient pas recouverts, à la manière des œufs de Fous et de Cormorans, par une croûte calcaire d’un blanc sale. Au bout de trois semaines environ les petits brisent leurs coquilles et se montrent à demi nus, la tête et le cou dégarnis, le corps parsemé de touffes de duvet brunâtre, d’une extrême finesse. « Ils allongent, dit Audubon, leur cou mince et tremblant ; le bec ouvert et les pattes tendues, ils demandent, comme tous les enfants, la nourriture qui convient à leur délicate structure ; bientôt la mère arrive avec une provision d’aliments qu’elle a soigneusement mâchés et ramollis : ce sont divers poissons que le lac lui a fournis et qu’elle dégorge avec mesure à chacun de ses nourissons. Je les ai vus croître, tous ces membres de la jeune famille, chaque jour j’ai remarqué leurs progrès plus ou moins rapides, selon les changements de température et l’état de l’atmosphère. Enfin, après une attente longue et continue, je les ai vus se tenir presque tout droits sur un espace à peine assez large pour les contenir. Les parents semblaient ne pas ignorer le danger de leur position; et pourtant, affectionnés comme ils paraissaient toujours l’être, je croyais remarquer qu’ils ne leur témoignaient plus le même intérêt et j’en ressentais de la peine. Oui! ce fut pour moi une véritable peine de les voir, la semaine suivante, repousser leurs enfants et les précipiter dans l’eau qui s’étendait au-dessous. Il est vrai qu’auparavant les jeunes Anhingas avaient essayé le pouvoir de leurs ailes, lorsqu’ils se tenaient debout sur le nid, en battant l’air par intervalles et pendant plusieurs minutes de suite; néanmoins quoique bien convaincu qu’ils étaient par eux-mêmes en état de risquer le saut, je ne pus me défendre d’un mouvement de frayeur, en les voyant culbuter en l’air et faire le plongeon dans le marais. Mais en cela, comme toujours, la nature avait agi conformément à ses fins, c’est-à-dire sagement ; et je reconnus bientôt qu’en chassant ainsi leurs petits, les parents avaient eu pour objet d’élever une autre couvée à la même place, avant le commencement de la mauvaise saison. »
- On remarque d’abord chez les Anhingas comme chez les Cormorans des différences de grosseur très sensibles entre les petits d’une même couvée ; mais ces différences tendent à s’effacer par les progrès du développement. A l’âge de trois semaines les pennes
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- de la queue commencent à pousser, puis les pennes des ailes se développent au milieu du duvet, les plumes des flancs et de la gorge font leur apparition et bientôt après des taches blanches se dessinent sur les parties supérieures du corps, de telle sorte que, dans un espace de temps relativement très court, l’oiseau revêt sa livrée définitive.
- De même que la plupart des oiseaux carnivores et piscivores, l’Ànhinga peut supporter un jeûne prolongé et quand une occasion se présente, se gorger de nourriture sans en être nullement incommodé.
- « La quantité de poisson qu’il absorbe pour sa consommation journalière est réellement surprenante, dit Audubon : un matin, mon ami Baclnnan et moi nous commençâmes par donner à l’un de ces oiseaux, qui n’avait pas plus de sept mois, une Perche noire de neuf pouces et demi de long sur deux de large. La tète était bien plus grosse que le reste du corps, et ses fortes nageoires épineuses formaient un obstacle redoutable. Néanmoins l’Anhinga l'avala d’une seule bouchée, la tète la première. Une heure après elle était différée, et il lui en fallut encore trois autres plus petits. Une autre fois nous en mîmes plusieurs devant lui, qui avaient de sept à huit pouces; il en avala neuf sans désemparer. Pour un seul repas, il en mangeait au moins une quarantaine de trois pouces à trois pouces et demi. Nous le nourrissions aussi de plaises (Pleuronutes dent a-tus), et il en avalait qui avaient quatre pouces de large, en dilatant sa gorge et en les comprimant pendant qu’elles descendaient dans son estomac. » En liberté l’Anhinga se nourrit aussi d’écrevisses qu’il n’avale jamais sans les avoir préalablement étourdies en les serrant entre ses mandibules et en les secouant fortement. 11 en fait de même pour les poissons qu’il capture, ou bien il lesjette en Pair et les reçoit adroitement dans son bec.
- De tous les Palmipèdes d’eau douce l’Anhinga est certainement celui qui plonge avec le plus de facilité.* « Avec la rapidité delà pensée, dit Audubon, il disparaît au-dessous de la surface que son passage agite à peine, et quand vous le cherchez encore autour de vous, votre œil étonne l’aperçoit à quelques centaines de pas, n’ayant plus que la tête au-dessus de l’eau ; parfois même vous ne découvrez que le bec qui fend doucement les ondes et produit un petit sillage qu’on cesse de voir à cinquante pas.... Quant à cette opinion que l’Anhinga nage toujours le corps enfoncé sous l’eau, c’est une erreur complète : il ne le fait qu’en présence d’un ennemi; mais s’il n’appréhende aucun danger il se laisse aller, en flottant à la surface, avec autant d’aisance et de grâce qu’aucun autre oiseau plongeur, Cormoran, Harle, Grèbe ou Plongeon proprement dit. Dès qu’il aperçoit un ennemi, il commence à s’enfoncer plus avant, comme c’est l’habitude de ces derniers ; et, à mesure que le danger s’approche, il disparaît peu à peu, jusqu’à ne présenter au-dessus de l’eau que la tête et le cou.... On le voit alors constam-
- ment tourner la tête de côté et d’autre et ouvrir
- souvent le bec comme pour aspirer une plus grande quantité d’air et se préparer à rester sous l’eau assez longtemps pour ne revenir à la surface que lorsqu'il sera hors d’atteinte. »
- En captivité cependant les habitudes des Anhingas se modifient sensiblement, et les individus qui vivent au Jardin des Plantes et qui n’ont, il est vrai, qu’un parquet assez étroit avec un bassin de médiocre étendue, restent perchés pendant la plus grande partie du jour et ne vont à l’eau que très rarement.
- Dans l’air, T Oiseau-serpent ne se meut pas avec moins d’aisance qu’au milieu d’un fleuve ou d’un étang; une fois qu’il a pris son essor, il monte souvent à une si grande hauteur que l’œil du chasseur a peine à le distinguer. D’autres fois il se plaît à exécuter des évolutions bizarres, tantôt décrivant de larges courbes, tantôt s’avançant en zigzag, tantôt planant majestueusement les ailes immobiles, la queue étalée et le cou tendu, tantôt filant rapidement en battant l’air de coups précipités.
- Sur le sol même l’Anhinga n’est pas trop maladroit et court avec moins de gaucherie qu’un Cormoran; mais sur une branche il ne se meut qu’avec lenteur et, pour changer de place, s’aide tour à tour de son bec et de ses ailes. Quand il dort il a le corps droit, les tarses soulevés, la tête cachée sous les scapulaires et il fait, dit-on, entendre de temps en temps une sorte de ronflement. Son attitude est à peu près la même par les temps de pluie; mais alors il dresse la tête, tend fortement le cou et reste impassible sous l’averse qui ruisselle le long de ses épaules. A certains moments cependant on le voit se secouer brusquement en hérissant ses plumes, pour reprendre bientôt son immobilité de statue. Il ne fait d’ailleurs entendre aucun son, et c’est seulement pendant la saison des amours, quand il est pressé par la faim ou quand il se livre à la pèche, qu’on l'entend pousser un sifflement analogue à celui des oiseaux de proie ou grogner sourdement à la manière des Cormorans.
- Quand il est blessé d’un coup de feu, l’Anhinga fait tête à l’ennemi en dardant son bec acéré qui peut faire de cruelles blessures et en se défendant à la fois avec ses griffes et avec ses ailes puissantes. En captivité même c’est un oiseau qui demande à être manié avec précaution, à cause des armes terribles dont la nature l’a doté. Les chiens ne lui font aucune pgur et il devient facilement un tyran pour les autres volatiles que l’on met en sa compagnie. En dépit de ses instincts batailleurs et de son naturel farouche, il paraît cependant susceptible d’une certaine éducation puisque M. Bachman a possédé pendant quelque temps aux Etats-Unis un individu de cette espèce qui suivait son maître à travers la cour et le jardin et même dans la maison, et qui par ses familiarités finissait par se rendre importun.
- E. OlJSTALET.
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- LA NATURE.
- LE TUNNEL DE LA MANCHE
- Lorsqu’il a été question de creuser un tunnel sous la Manche, ce projet, d’abord accueilli avec faveur par S. M. la reine Victoria elle-même, n’a pas manqué d’éveiller des craintes patriotiques, et l’on se souvient encore du cri d’alarme que poussait naguère dans la Nineteenth centunj le galant amiral Dunsany, au sujet de ce nouveau cheval de Troie : « Qui vous assurera, disait-il, qu’une nuit, par trahison, par surprise ou par force, quelques centaines d’hommes ne s’empareront pas de la place de Douvres et ne se rendront pas ainsi maîtres de l’entrée du tunnel en dépit de toutes les mines que vous aurez disposées pour le faire sauter. »
- En vain, les promoteurs du tunnel firent remarquer que la surprise dont parlait le galant amiral devait précéder une déclaration de guerre, et que c’était faire injure à la nation française que de la croire capable de machiner un si abominable traquenard, au mépris des règles les plus élémentaires du droit des gens. Les arguments pessimistes obtinrent gain de cause et, ces jours derniers encore, un bill introduit à la Chambre des Communes pour autoriser le percement du tunnel de la Manche a été repoussé à une majorité écrasante.
- M. de Molinari a publié à ce sujet des réflexions très justes.
- Voilà donc, dit-il, le cheval de Troie éloigné des murs d’Uiori, voilà l’Angleterre en sûreté du coté de la France. La réaction du sens commun sera produite, on peut déjà le prévoir par les nécessités toutes pacifiques de la concurrence commerciale et maritime. Depuis l’avènement de la politique du free trade, l’Angleterre est devenue le grand entrepôt du commerce des denrées alimentaires et des matières premières. C’est à Liverpool et à Londres qu’arrivent de tous les points du monde, les céréales, les cotons, les laines, etc., qui sont ensuite réexportés sur le continent.
- Mais un moment viendra, et ce moment n’est peut-être pas aussi éloigné qu’on le suppose, où les ports insulaires de Londres et de Liverpool ne pourront plus concourir à l’approvisionnement du continent qu’à la condition de devenir continentaux, c’est-à-dire de pouvoir expédier sans transbordement, comme leurs concurrents du Havre, d’Anvers et de Rotterdam, les céréales, le coton et la laine aux fabriques françaises, allemandes et suisses.
- Alors les Anglais comprendront mieux l’utilité du tunnel de la Manche, tandis que les Français, les llelges, les Hollandais, les Allemands, l’apprécieront peut-être moins. Malgré les sombres pronostics des amiraux et des généraux, la brèche sera faite aux remparts d’ilion, le tunnel sera creusé. Ce n’est plus qu’une question de temps.
- ÉCLAIRAGE PNEUMATIQUE
- Depuis quelques mois les Parisiens ont remarqué le système d’éclairage qui a été installé au Café de Paris, avenue de l’Opéra, et, plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé des renseignements sur ce procédé qui donne une lumière très intense comparable par son éclat à la lumière de Drummond. 11 s’agit en effet de la combustion d’un mélange d’air et de gaz de l’éclairage, insufflé par pression sur une corbeille de platine qui devient incandescente. Ce système d’éclairage est dû à M. Victor Popp, dont on connaît les horloges pneumatiques l.
- Notre ligure représente en coupe et en vue extérieure le bec d’éclairage proprement dit. Le gaz d’éclairage circule en A, tan-dis que le tuyau B amène l’air sous la pression convenable. Ce courant d’air énergique forme aspiration et entraîne avec lui le gaz combustible avec lequel il se mélange avant d’arriver au bec. On règle l’arrivée d’air et de gaz dans les conduites A, B, au moyen de deux robinets sur l'axe desquels sont calés deux secteurs dentés C, C engrenant ensemble ; une clé F sert à manoeuvrer l’un des robinets dont le mouvement détermine le mouvement de l’autre. Le bec proprement dit, fixé à la partie supérieure du tuyau adducteur des gaz, se compose d’une coupe en fer D à l’intérieur de laquelle arrive le mélange gazeux. Cette coupe est recouverte d’un chapeau en matière réfractaire M, percé de trous obliques, au-dessus duquel est disposé, un dé en tôle de platine N, percé d’un nombre considérable de trous. Le mélange gazeux surchauffé par conductibilité dans le chapeau et dans l’espace annulaire de la coupe en fonte, amène à 1 incandescence le dé en platine qui devient ainsi le foyer lumineux émissif. La disposition du brûleur est très simple; mais pour le faire fonctionner, il est nécessaire que le mélange d’air et de gaz soit effectué dans des proportions convenables, et sous une pression déterminée, ce qui nécessite l’installation d’appareils régulateurs onéreux, forcément compliqués, dans le détail desquels nous n’entrerons pas, n’ayant eu d’autre but que de donner le principe du système. G. T.
- 1 Yoy. n“ 365 du 29 mai 1880, p. 407.
- Brûleur du système d’éclairage pneumatique.
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- DESCENSEUR DE SAUVETAGE
- P 0 U K INCENDIE
- Nous avons assisté récemment à d’intéressantes expériences exécutées à l'aide d’un nouveau système de sauvetage, principalement destiné aux incendies. Ce descenseur que notre figure représente d’une façon complète, est construit par M. E. Robert. L’appareil peut s’adapter à une croisée au moyen d’une barre métallique qui se pose très rapidement au-dessus des deux montants de la fenêtre. 11 est formé d’une sorte de poulie contenant enroulée la corde qui permet d’effectuer la descente.
- La personne qui se sert de cet appareil , attache une ceinture, autour de sa taille, et elle peut ainsi accomplir sa descente dans l’espace; une cordelette qui descend de la poulie est tenue à la main et quand on la tire, on fait manœuvrer un frein qui permet de régulariser la descente ou de s’arrêter dans l’espace à n’importe quelle hauteur.
- La gravure ci-contre donne l’cmou-vant tableau d’une mère qui sauve son enfant, et qui échappe elle même à l’incendie d’une maison dont l’escalier est déjà la proie des flammes.
- Le support de la poulie de secours, est formé d’une tige de fer en forme d’U retourné, dont les deux branches s’appuient sur le massif de maçonnerie de la fenêtre. Une chaîne métallique retient l’appareil à sa partie supérieure, en lui donnant l'inclinaison voulue, afin que la corde de descente se trouve à une distance suffisante de la maison.
- Lors des expériences auxquelles nous avons assisté place Baudoyer', rue Françôis-Miron, nous avons vu
- quatorze personnes, femmes et enfants, descendre d’un quatrième étage en douze minutes; un homme descendait du quatrième et s’arrêtait au deuxième pour prendre dans ses bras une femme et un enfant qu’il remettait à la foule dont J es applaudissements accompagnaient cette habile manœuvre.
- Le descenseur que nous signalons peut s’adapter à une muraille, à des fossés de fortification, ou au pont d’un navire; des essais de l’appareil ont été exécutés dans la cour de la Cité à la Préfecture de Police, en présence de l’état-major des pompiers, et les résultats qui ont été obtenus, ont confirmé les précédentes expériences.
- On a souvent imaginé des systèmes analogues, et il est toujours utile de les signaler puisqu’ils peuvent contribuer à opérer des sauvetages ; mais nous doutons que les habitants d’une maison se décident à faire à l’avance l’acquisition d’un tel appareil qui en temps ordinaire devient un objet embarrassant et quelque peu encombrant. Quoi qu’il en soit le descenseur de M. Robert, a sa place indiquée sinon dans les appartements bourgeois, tout au moins dans les usines, les grands établissements industriels, et les théâtres, où l’on ne saurait trop multiplier les précautions et les moyens île secours en cas d’incendie.
- Ce problème de sauvetage des malheureux qui ne peuvent échapper de localités élevées pendant l’incendie, a été très sérieusement étudié. Le descenseur est une solution qui nécessite la présence dans le lieu de l’incendie, de l’appareil de sauvetage; il est une autre solution non moins digne d’intérêt, c’est celle qui consiste à apporter du dehors, des échelles spéciales que l’on peut élever jusqu’aux
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- LA N AT U H K.
- parties supérieures d’une maison. Nous avons décrit précédemment un curieux ascenseur de sauvetage auquel nous renvoyons nos lecteurs1; les pompiers de Paris se servent de différents appareils du même genre, qui consistent en longues échelles de 1er transportables sur roues, et qui une fois sur place s allongent à la façon des tuyaux concentriques d’une lunette. Lr Z...
- BIBLIOGRAPHIE
- L’Europe sous les armes, par le lieutenant-colonel IIen-nebert, ancien professeur à l’École militaire de Saint-Cyr. 1 vol. iu-18 avec 61 cartes et plans. Paris, Jou-vet et Cio, 1884.
- Notre savant collaborateur militaire, M. le lieutenant-colonel Ilennebert, vient de publier ce livre qui répondra en quelque sorte a l’ouvrage dont il a été si souvent question dans ces derniers temps : La Nation armée, par le baron Colmar von der Goltz. M. Yon der Goltz se contredit singulièrement dans son livre germanique ; il nous apprend (qui s’en serait jamais douté!) que l’Allemagne est le pays le plus pacifique du monde, et que le nouvel empire d’Allemagne doit être à l’avenir un fort rempart de la paix, placé au cœur même de l'Europe; et plus loin il nous annonce que la prochaine guerre sera d’une violence destructive inconnue jusqu'à ce jour. Cette prochaine guerre ne va point avec ce rempart de la paix. Quoi qu’il en soit, le rempart de la paix a contraint les nations à se tenir sous les armes. M. le colonel tienne— bert nous donne un tableau complet de la Géographie militaire de l’Europe; ce livre est destiné à intéresser tout le monde aujourd’hui ; il est écrit en un très bon style, par un auteur qui connaît à fond son sujet, et comme professeur et comme soldat.
- Histoire naturelle de la France, 12 “partie. Lépidoptères (papillons), par E. Berce. 1 vol. in—18 avec 27 planches en couleur. Paris, Émile Deyrolle.
- Le volume qui vient de paraître est le douzième de cette collection qui en comprendra vingt-trois, il est consacré aux Papillons et donne les descriptions des espèces qui se trouvent en France. Le texte est accompagné de planches coloriées représentant tous les types décrits.
- Vade-mecum des herborisations parisiennes, conduisant sans mailre aux noms d'ordre, de genre et d'espèce des plantes spontanées ou cultivées en grand dans un rayon de 25 lieues autour de Paris, par Eue. Lefé-bure de Focrcy. Édition comprenant les mousses et les champignons. 1 vol. in-18. Paris, A. Delahaye et Lc-crosnier.
- Nos petites colonies: Saint-Pierre et Miquelon, le Gabon, la Côte-d'Or. Obock, Mayotte,Nossi-Bé, etc., etc., par Fernand Hue et Georges Haurigot. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque de Géographie et de Voyages. IL Oudin. Paris.
- NÉCROLOGIE
- J.-P.-L. Ciirardin. — Nous avons le regret d’apprendre à nos lecteurs la mort de notre savant collaborateur, M. Girardin, le chimiste bien connu, le vénérable correspondant de l’Académie des sciences. Né à Paris
- 1 Voy. n° 515 du 31 mars 1883, p. 275.
- le 16 novembre 1805, Jean-Pierre-Louis Girardin, lils d’un pharmacien droguiste, entra en 1821 dans le laboratoire de la Pharmacie centrale des hôpitaux. Trois années api'ès, le jeune étudiant était nommé le premier au concours, élève interne des hôpitaux. 11 se livra alors avec passion à l’étude des sciences physiques et naturelles, et obtint deux fois successivement la médaille d’or au concours de l’École de pharmacie. En 1825, Girardin entra au laboratoire de chimie de Thénard au Collège de France, et en 1828, il fut nommé à la chaire de chimie appliquée aux arts de la ville de Rouen. Girardin comme chimiste, par l’étude des engrais, a rendu de grands services à la culture en Normandie. Il a aussi fait taire les plus grands progrès aux industries chimiques de Rouen et a en quelque sorte transformé , par son enseignement technique, la population ouvrière des manufactures. Après avoir professé pendant trente ans à Rouen, le célèbre chimiste occupa, avec le titre de doyen, une chaire à la faculté de Lille. 11 est devenu depuis recteur de l’Académie de Clermont. Membre correspondant de l’Académie des sciences depuis 1842, Girardin décoré pour la première fois en 1841, a été nommé officier de la Légion d’honneur en 1847. Les ouvrages qu’il a écrits sont nombreux et considérables, et ses Leçons de Chimie élémentaire, en 5 volumes, peuvent être considérées comme l’avènement d’une ère nouvelle dans l’enseignement de la chimie pratique; ces Leçons ont encore un grand et légitime succès, malgré de nombreuses éditions. M. Girardin était un travailleur acharné; esprit d’un rare mérite, il jouissait d’une haute estime, d’une grande considération, que justifiaient amplement sa belle carrière, son désintéressement et la dignité de son caractère. G. T.
- CHRONIQUE
- Éclairage électrique produit par un moteur hydraulique. — Une Compagnie américaine d’éclairage a projeté d’installer une usine d’électricité sur la rive occidenlale de la Genesee-River, près de la ville de Rochester, N. Y. La chute d’eau actionnera un certain nombre de turbines qui seront reliées aux dynamos par des câbles de transmission. Le bâtiment des machines repose sur une fondation solide formée par des piliers en maçonnerie. L’arbre de couche tournera à raison de 360 révolutions à la minute et transmettra son travail aux poulies motiices de 18 dynamos placées le long des pignons ; les diamètres de ces dernières seront aux diamètres des poulies-volants, dans le rapport de 1/2, de manière à obtenir une vitesse de 760 tours et une puissance de 40 chevaux par appareil. On obtiendra ainsi une force totale de 720chevaux pour 720 lampes; chaque machine alimentant 40 lampes à raison d’un cheval par lampe. Les turbines travailleront sous une pression de 25 mètres d’eau et tourneront à raison de 180 tours par minutes.
- Matières colorantes pour les jouets d’enfants.
- — Conformément à l’avis du Comité consultatif d’hygiène, une circulaire du Ministre du Commerce, en date du 26 mars dernier, a fixé les prescriptions à observer pour la colora tion des jouets, tant comme production nationale que connue iinportalion. Les préfets sont chargés d’en assurer l’exécution. Il est absolument interdit d’employer, pour la coloration de ces objets, des substances toxiques, notamment les couleurs arsenicales, vert de Scheele, de Schweinführt et vert métis, les oxydes de plomb, minium
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- et massicot, le blanc de plomb, connu commercialement sous le nom de blanc de eéruse ou blanc d’argent, le jaune de chrome, les préparations mercurielles telles que le vermillon et enfin les sels du cuivre, tels que les cendres bleues. L’arrêté fait une exception en ce qui concerne les articles en fer estampé et en fer-blanc, ainsi que les ballons eu caoutchouc; l’emploi du chroinate de plomb, de la eéruse et du vermillon est autorisé pour ces objets à condition que les colorants soient fixés au moyen d'un vernis gras. Toutes les prescriptions restent en vigueur pour les jouets où la couleur est appliquée au moyen de colle de pâte.
- Insectes à borjl de navires en mer. — Les
- voyageurs racontent souvent que de véritables essaims d’insectes, principalement du genre papillons, se font prendre sur les vaisseaux en mer, à une certaine distance delà côte de l’Amérique méridionale. On croit que ces papillons sont entraînés en mer par le vent d’ouest, celui qui arrive de la plaine des Pampas, et qu’on appelle le pampero. D’après un médecin belge, le docteur Fromont, qui a fait récemment sur ce sujet une communication à la Société entomologique de Bruxelles, on peut invoquer une autre explication. Cet observateur raconte que se trouvant sur un navire en face de Sanla-Marta Grande (Brésil), à près de 80 lieues de la côte et le vent soufflant d une direction tout opposée, un très grand nombre de papillons se montrèrent à bord et purent être aisément capturés. Or, en descendant à fond de cale, on observa de nombreux débris de chrysalide et des chrysalides prêtes à éclore au milieu des régimes de bananes et d’autres fruits dont le navire avait un approvisionnement considérable. — On peut admettre que dans beaucoup de cas les insectes ailés qui se prennent en mer sur les navires, ont cette origine et n’ont pas été apportés par le vent. Un autre approvisionnement des navires donne lieu à des éclosions de coléoptères: c’est la viande séchée qui s’achète à Bue-nos-Ayres et qui renferme souvent des larves de sylphides et de calosomes. On en voit sortir en nombre le Caloso-ma bonariense Dijcan, dont l’odeur est des plus fétides et des plus repoussantes.
- Expériences comparatives sur l’éclairage des phares en Angleterre. — Des expériences très intéressantes ont lieu en ce moment aux phares de South-Foreland, près de Douvres. 11 s’agit de comparer entre eux les éclairages à l’huile minérale, au gaz et à l’électricité, au point de vue de leur emploi dans les phares. A cet effet, trois tours provisoires, en charpente, ont été construites au nord-est du phare supérieur. Dans la plus éloignée sont installés les appareils pour brûler l’huile minérale; dans celle du milieu, les appareils à gaz ; entin, dans la plus rapprochée du phare supérieur, les appareils électriques. Ces expériences doivent durer environ six mois; pendant ce temps des mesures photométriques, aussi exactes que possible, seront prises dans une galerie de plus de cent mètres de longueur, construite à cet effet. De plus, il y a trois postes d’observation, placés : le premier à 800 mètres, le second à 2000 mètres, et le troisième à 4000 mètres environ. Dans chaque poste sont installés les appareils nécessaires pour comparer les trois éclairages à des distances très diverses.
- Le Téléphone en !\orwèj;e. — Fin .Norwège l’usage du téléphone est plus répandu que partout ailleurs peut-être. On a établi des réseaux téléphoniques dans des endroits où la population ne fait pas supposer de pareilles
- installations; le nombre des abiimés est en général très grand relativement au nombre d’habitants. La ville de Christiania, qui ne, compte guère que 80 000 âmes, possède un réseau téléphonique de 700 postes; le bureau central établit journellement- 2000 communications environ. A Drammen (0000 habitants environ) 100 postes d’abonnés sont reliés à un bureau central. Plusieurs autres endroits moins importants ont déjà leur réseau ou eu font installer. Citons la petite ville de Porsgruned dont la population ne dépasse pas 5000 habitants.
- Fanal électrique pour locomotives. — Un vient d’essayer sur le chemin de fer de Chicago, Saint-Louis et Pittsburgh un nouveau fanal électrique qui a, parait-il, donné d’excellents résultats. La lumière obtenue est si puissante que le mécanicien peut distinguer la voie à plus de 1500 mètres en avant de la locomotive et apercevoir tout obstacle placé sur les rails assez à temps pour s’arrêter, sa vitesse fût-elle de 75 kilomètres à l’heure. Ce loyer, imaginé par M. Woolley, d’iudianapolis , est alimenté par une dynamo mise en mouvement par une petite machine dont la vapeur est fournie par la chaudière. Les dépenses nécessaires à l’installation de ce système sont naturellement supérieures à celles des procédés employés jusqu’à ce jour, mais, d’après l’inventeur, les frais d’entretien sont beaucoup moins élevés, à cause de la faible quantité de vapeur nécessaire à la inarch • de la machine. Une Compagnie vient de se fonder dans l’État d’indiana, pour l’exploitation des brevets Woolley, sous le titre de American Locomotive Electric Heuddlight C°. Son capital est de 6 00 j 000 de dollars et elle absorbe deux Sociétés existant précédemment à Indianapolis et à Dayton.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 juin 1884. — Présidence de M. Rolland
- Séance de vacances, ouverle à 3 heures 1/4 et terminée à 4 heures par un comité secret.
- Température solaire, — Un célèbre correspondant de l’Académie, M.Hirn, cherche à déterminer mathématiquement la température de la région profonde du soleil d’où provient l’hydrogène rejeté verticalement sous la forme de protubérances. 11 part dans ce but de la formule de Joule relative à la vitesse que prend un gaz en passant d’une enceinte dans une autre dont la pression est différente. Cette formule étant :
- V = v/%- EcpT.
- On voit qu’elle peut donner la température T dans le cas où l’on connaît la vitesse V*. Pour faire application au soleil il suffit de se rappeler que l’hydrogène éruptif y manifeste une vitesse de plusieurs centaines de milliers de mètres par seconde. M. Hirn, comme conclusion de ses calculs, trouve que la zone solaire d’où part l’hydrogène protubérantiei est à 80 000 degrés centigrades.
- Le phosphure d'argent. — 11 résulte des expériences de MM. Hautefeuille et Perey que le phénomène peu connu de rochage de l’argent vis-à-vis de l’oxvgèue se reproduit vis-à-vis de la vapeur de phosphore. Il se fait au rouge une combinaison fusible qui se défait par refroidissement et d’où l’argent sort dans les formes de
- 1 Dans cette formule g représente la pesanteur; E, l'équivalent. mécanique de la chaleur, et cp la capacité calorifique du gaz sous pression con^-mte.
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- fils et même de cristaux. Par la trempe l’argent retient un peu de phosphore qui ne se dégage plus qu'à 550 degrés. L’or offre des phénomènes analogues et M. Debrav a montré de l’or cristallisé obtenu ainsi au moyen du phosphore.
- Les roches du Mont-Dore. — Il résulte des observations de MM. Fouqué et Lévy que le noséane (silicate sulfuré d’alumine, de chaux, et de soude très voisin de la Haiiyne) se rencontre en abondance dans les roches acides du massif du Mont-Dore.
- Varia.—M. Duponchel affirme que les températures terrestres observent une périodicité précise. La période serait de deux aus, qui se décomposeraient en 27 sous-périodes comprenant chacune deux phases distinctes. — M. Carpentier décrit un manomètre électrique analogue à un appareil récemment inventé par M. Lippmaun. — Un chimiste étudie les comhinaisous du chlorure d’or avec le chlorure de phosphore. — D’après MM. Renault et Zeiller la flore déjà si riche des houillères de Cominentrv s’enri-
- chit d’un genre nouveau. — Dans une note présentée par M. Bouley, M. le Dr Boucheron signale la pseudoméningite des jeunes sourds-muets. Stanislas Meunier*.
- L’EX1J0S[TI0N D’ÉLECTRICITÉ
- DE PHILADELPHIE
- Après la grande exposition d'électricité de Paris en 1881, Londres et Vienne ont successivement suivi l’exemple dont, notre métropole avait pris l’initiative. La ville de Philadelphie a voulu que la science électrique ait aussi son exposition de l’autre côté de l’Atlantique.
- Le Congrès de VAssociation Américaine pour Vavancement des sciences doit se tenir cette année à Philadelphie, et la présence d’un certain nombre de membres de l'Association Britannique dont la
- Vue d’ensemble de l’Exposition internationale d’électricité, à Philadelphie.
- session aura lieu à Montréal attirera sans doute un grand nombre de savants étrangers à l’Exposition de Philadelphie.
- Le caractère essentiellement scientifique de cette intéressante entreprise est d’ailleurs assurée par ce fait qu’elle est duc à l’initiative du Franklin insti-tute de l'Etat de Pensylvanie.
- Notre gravure représente une vue d’ensemble du bâtiment de l'Exposition d'électricité de Philadelphie, et qui, au terme du contrat passé avec l’entrepreneur, doit être terminé dans quelques jours, à la date du 15 juin.
- Le monument, de forme rectangulaire, a environ 100 mètres de longueur sur 55 de largeur. 11 se compose d’une arche centrale de style gothique ayant 55 mètres de largeur et 65 mètres de longueur, et de deux galeries latérales plus petites de 10 mètres de largeur et de longueur égale à la galerie princi -pale.
- A chacun ries quatre angles des batiments se trouve une tour de 18 mètres de hauteur. Les deux galeries latérales seront à deux étages, et les quatre tours seront à trois étages. Les communications entre ces étages seront assurées par deux longs couloirs. Le reste du terrain consacré à l’Exposition, occupe une surface triangulaire qui comportera un bâtiment d'un étage relié à la grande galerie centrale. Les entrées prévues sont au nombre de cinq, mais elles seront modifiées, augmentées et distribuées suivant les exigences du service, au moment de l’achèvement des travaux. Telles sont les principales dispositions que présentera l’Exposition internationale d’électricité dont nous publierons postérieurement, le règlement et la classification.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Caris.
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- N° 5 76.
- 14 JUIN 1884.
- LA NATUlvE.
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- LE JEU DES LUTTEURS1
- La très curieuse1 gravure que nous reproduisons ci-dessous (fig. 1) montre une fois de plus qu’en
- fait de mœurs et de détails de la vie. il n’y a rien de nouveau maintenant. Tout le monde a vu aux devantures des magasins de jouets le Jeu des lutteurs (fig. 2) qui sont deux figurines lestées et articulées, mues par une ficelle tendue. A chaque tension plus
- Fig. 1. — Le jeu des combattants au douzième siècle; fac-similé d’un dessin manuscrit du Hortus Deliciarum
- ou moins énergique de la ficelle les personnages se trouvent déplacés, ils imitent les mouvements de la lutte, et tombent parfois l’un sur l'autre à la grande joie des spectateurs. Or il y a sept cents ans aujourd’hui que Herrade de Lans-berg, abbesse de llohenbourg, dessinait dans une sorte de compilation encyclopédique intitulée Hortus Deliciarum. les petits combattants reproduits par nous (fig. 1). Ce précieux manuscrit détruit par les obus prussiens en 1870, a été heureusement sauvé d’une destruction absolue par les calques de M. de Bastard aujourd’hui conservés au Cabinet des Estampes de la 12e année. — 2e semestre.
- Bibliothèque Nationale. Ce livre est une sorte d’abrégé en figures de la vie Alsacienne au douzième siècle, et les jeux n’y sont point oubliés.
- Les petits lutteurs d’Hcrrade de Lansberg y sont costumés en guerriers de ces temps, comme notre Jeu des lutteurs a conservé à scs figurines le costume obligé des lutteurs de foire. Les deux petits guerriers ont sur la tète le pot avec le nasal; la cotte de mailles, le bouclier, le glaive complètent l’armement. Les pieds vraisemblablement lestés de plomb, maintenaient les marionnettes dans la position verticale, et en agitant les ficelles on obtenait un simulacre de combat au sabre.
- Fig. — LeyjeiAles lutteurs’en 1884.
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- LA NA T UK K.
- Il est probable que ce jeu n’était point une invention récente au temps (l’Herrade.et que l’abbesse de Ilohcnbourg ne faisait (pie reprendre dans ses dessins une coutume déjà bien ancienne. En tous cas il nous a paru intéressant de faire ce rapprochement pour nos lecteurs. H. Bouchot,
- île la Bibliothèque nationale.
- Il FORCE DES MATIÈRES EXPLOSIVES
- TRAVAUX DE M. BERT HE LOT
- M. Berthelot a récemment publié mie troisième édition de son magnifique ouvrage sur « la Force des matières explosives, d’après la thermochimie » *. On connaît l’origine des recherches du savant chimiste sur ce sujet. En 1870, M. Berthelot fut appelé à présider le « Comité scientifique pour la défense de Paris » et s’arracha à ses études abstraites sur la synthèse chimique et la thermo-chimie, pour s’occuper exclusivement de la fabrication des canons, des poudres de guerre et des matières explosives. Plus tard, l’Académie des sciences Je désigna pour la représenter dans le « Comité consultatif des poudres et salpêtres ». Enfin, en 1878, il fut nommé président de la « Commission des substances explosives » qui venait d’être instituée et qui avait à sa disposition pour ses expériences les ressources, les locaux du dépôt central des poudres et salpêtres à Paris, ainsi que le champ d’expériences et le champ de tir de la poudrerie de Sevran-Livry.
- Les travaux des membres de la Commission, exécutés sur les sujets d’études prescrits par le Ministre, comprennent actuellement vingt-sept rapports et trois cent soixante-quatorze procès-verbaux d’expériences se rapportant à quarante-quatre études distinctes. Les principales questions théoriques et pratiques relatives à la connaissance des nouvelles matières explosives autres que la poudre noire, ont été ainsi étudiées suivant un programme méthodique dont l’exécution se poursuit.
- M. Berthelot, pour sa part, s’est occupé de mesurer la chaleur de formation des principaux composés que l’azote constitue et qui sont la hase des matières explosives dans la guerre et dans l’industrie. Il a déterminé en particulier la chaleur de formation des oxydes de l’azote et de leurs sels, azotates, azotites, hypoazotites ; celle de l’ammoniaque et des amides ; celle des composés dérivés du cyanogène; celle des éthers azotiques, de la nytroglycérine, de la nitromanite, de la poudre-coton et des corps nitrés, sujets qui l’occupent depuis 1871.
- M. Berthelot a également découvert les conditions de la fixation directe de l’azote libre sur les composés organiques à l’aide de l’électricité à forte et à faible tension, spécialement sous des tensions comparables à celle de l’électricité atmosphérique.
- Le savant professeur a encore étudié dans ces derniers temps les actions réciproques entre le soufre, le carbone, leurs oxydes et leurs sels, réactions qui'jouent un rôle essentiel dans la combustion de la poudre noire.
- Au même ordre de problèmes généraux touchant les matières explosives, se rattachent les expériences de M. Berthelot sur la détonation des combinaisons endother-miques (cyanogène, acétylène, etc.), sur les combustions opérées par le bioxyde d’azote, sur la décomposition des
- 1 Deux volumes grand in-8 avec figures. Paris, Gauthier-Vil lars.
- gaz brusquement comprimés, sur la stabilité delà matière en vibration sonore, sur le fulminate de mercure, l’azotate de diazobenzol, le sulfure d’azote sur la pression développée par les principaux mélanges gazeux détonants, enfin sur l’onde explosive, phénomène remarquable découvert par l’auteur et qui joue un rôle capital dans l’étude des explosions. Ces expériences délicates et périlleuses ont exigé l’invention d’appareils nouveaux, tels que la bombe calorimétrique qui a servi à étudier la chaleur de détonation d’une multitude de gaz.
- Tous ces travaux ont confirmé les théories de M. Berthelot sur la thermochimie. On comprend que l’emploi des matières explosibles ne peut avoir lieu avec sécurité s’il n’est, dirigé par une théorie certaine. Cette théorie résulte de la notion de l’énergie présente dans les matières explosibles. T/énergie d’une matière explosive exprime le plus grand travail qu’elle [misse effectuer. Or, la thermo-chimie nçus enseigne que l’énergie n’est ici autre chose que la différence entre la chaleur mise en jeu dans la formation de la molécule par le groupement des atomes, et les chaleurs dégagées par la transformation explosive. Mais celle-ci n’est point assujettie à être une combustion proprement dite, comme on le croyait autrefois.
- En somme, l’emploi des matières explosives dans la guerre et dans l’industrie des mines, repose, sur la production brusque d’un volume gazeux considérable au sein d’un espace trop étroit pour le contenir sous la pression atmosphérique. De là résulte une force expansive plus ou moins grande développée dans un temps très court et capable de lancer des projectiles ou de faire éclater les parois de l’enceinte où les gaz sont renfermés. Les effets mécaniques sont dus à l’acte même de l’explosion et a la détente qu'elle détermine.
- La force vive ainsi développée est empruntée aux réactions chimiques. Celles-ci déterminent en effet le volume des gaz, la quantité de chaleur et, par suite, la force explosive. Ces données suffisent pour caractériser la pression, laquelle intervient surtout dans certains effets, tels que la rupture des projectiles creux et la dislocation des roches. Mais la quantité d’énergie transformée en travail dépend de la vitesse et du mode de propagation des phénomènes chimiques.
- Dès 1870, M. Berthelot a posé les principes généraux qui président à la production et à l’emploi des matières explosives ; il a montré comment on peut fixer la liste de ces matières, leur classification et prévoir les propriétés utiles de chacune d’elles : pression, force et travail, d’après la seule connaissance de leur composition chimique et de leur équation de décomposition, jointe à celle de la chaleur de formation du corps primitif et de ses produits.
- L’étude des matières explosives nous montre les états extrêmes de la matière, comme pression, température, force vive. En effet, les pressions des substances explosives se comptent par milliers d’atmosphères ; leur température semble approcher de celle des astres eux-mêmes eufiu la vitesse avec laquelle se propagent leurs mouvements peut atteindre plusieurs milliers de mètres par seconde.
- On trouve dans cette nouvelle édition un appendice où sont exposées les origines de la poudre et des matières explosives. C’est la découverte du salpêtre qui a servi de point de déj art à celle de la poudre. Les Chinois semblent avoir eu les premiers l’idée de tirer parti de la propriété comburante du nitre, principalement pour les artifices; mais il est difficile de préciser l’époque de cette découverte antidatée d’ailleurs, comme beaucoup d’autres, par les
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- LA NAT U UK.
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- premiers Européens qui ont traduit les livres chinois. Il est douteux que son application à la guerre soit plus ancienne en Chine qu’en Occident. Si les Chinois ont connu les premiers les compositions sulpétrées, ils en ignoraient la force expansive et les documents authentiques conduisent à leur refuser la découverte des canons et de la poudre de guerre proprement dite.
- C’est la découverte du salpêtre qui a conduit à inventer les artifices et les compositions diverses désignées sous le nom de feu grégeois; l’em loi de ceux-ci a conduit à découvrir la fusée ; les Occidentaux ont passé de ces compositions par des changements gradués à des formules douées d’une force projective plus grande, c’est-à-dire à la poudre à canon.
- 11 y a quarante ans une notion nouvelle apparut. Jusque-là on n’avait formé des matières explosives qu’au moyen du mélange mécanique d’un corps comburant avec un corps combustible. On découvrit alors qu’il est possible de combiner l’acide azotique avec les composés organiques de façon à constituer des combinaisons complexes où les deux composants sont associés chimiquement de la façon la plus intime. On obtient ainsi des agents explosifs d’une puissance exceptionnelle : la poudre-coton, la nitroglycérine, le picrate de potasse, etc.
- M. Berthelot insiste sur l’infériorité des anciennes poudres de guerre et de mine. En effet, d’après ses recherches, la réaction chimique n’utilise guère que la moitié de l’énergie disponible de l’acide azotique qui entre dans la fabrication des matériaux de la poudre. Il est donc à désirer que celle-ci soit remplacée par des substances mieux définies où l’énergie de l’acide azotique sera mieux ménagée et dont la combustion plus simple et plus complète deviendra susceptible d’être mieux réglée.
- Quand on considère l’œuvre poursuivie et menée à bonne fin par M. Berthelot depuis treize ans, on ne peut qu’admirer la hardiesse de conception, la méthode rigoureuse et la ténacité dont il a fait preuve. Nous avons eu souvent l’occasion de signaler la révolution que les travaux de l’illustre chimiste ont produit dans le domaine de la chimie. En appliquant les mathématiques à la chimie, en fixant les lois de la thermochimie, M. Berthelot a rendu un immense service à la science. L’ouvrage qu’il vient de publier honore à la fois le savant qui l’a produit et la nation qui a produit de pareils savants.
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- LE NOUVEAU PHARE D’EDDYSTONE
- Dans son numéro du 20 septembre 1879, La Nature a donné les dessins des trois phares construits successivement sur les dangereux écueils d’Eddys-tone, situés a 10 milles de Plymouth, et d’un quatrième, que l’Administration anglaise des Phares se proposait de substituer à la tour élevée en 1757 sur l’emplacement des précédentes, par le célèbre ingénieur Smeaton. Le nouveau phare a élé inauguré en mai 1882, et a fait l’objet d’une très intéressante communication de M. William Douglass à la Société des Ingénieurs civils de Londres ; nous en extrayons les détails qui vont suivre.
- La tour de Smeaton n'avait pas cessé de rendre les services qu’on attendait d’elle ; mais, le roc sur lequel elle reposait avait été miné peu à peu par les coups de mer, et la hauteur insuffisante de l’ouvrage
- laissait, par les fortes tempêtes, les vagues déferler sur la corniche et même passer par-dessus la lanterne.
- (In décida donc, en 1878, d’élever sur une roche distante de 56 mèlres de celle qui portait l’ancienne tour, un nouveau phare à feu de premier ordre et letude en fut confiée à sir James Douglass, ingénieur en chef du Trinity House (Administration des Phares).
- L’ouvrage consiste en un solide de révolution engendré par une ellipse dont la concavité est tournée vers l’extérieur et dont les demi-axes ont respectivement 54m,15 et Ilm,25. 11 repose sur une base cylindrique de 13m,40 de diamètre et de6m,60 de hauteur au-dessus de la surface du roc. Le profil donné à cette hase a pour but de forcer les lames à se briser contre elles au lieu de s’élever le long des parois de la tour; et l’expérience a prouvé, par la comparaison, en gros temps, de leur action sur les deux ouvrages, que cet important résultat était obtenu.
- A l'exception du vide formé par le réservoir d’eau potable, la maçonnerie est massive jusqu’à une hauteur de 7m, 75 au-dessus du niveau des hautes mers. Elle a une épaisseur de 2"’,60 à la plate-forme, et de 0m,60 au dernier étage. Les pierres sont toutes en granit, et taillées avec des tenons en queue d’aronde sur chacune de leurs faces. Cette disposition a l’avantage de faciliter la construction par portions successives, tout en restant exposé aux gros temps, et d’assurer l’étanchéité des murs, tant sur les lits que sur les joints. Le supplément de dépenses qu’elle nécessite est d’ailleurs très faible.
- Chacune des pierres des assises de fondation est noyée à un pied au moins au-dessous de la surface du roc, et y est fixée par des boulons en métal de Muntz de 0m,037 de diamètre, qui pénètrent dans le roc jusqu’à 0ra,225 de profondeur.
- La tour comprend neuf étages mis à l’épreuve du feu par des sols en granit recouverts'd’ardoise, avec des cloisons et des escaliers métalliques. Les réservoirs à huile sont au nombre de 16 : leur capacité est de 19500 litres. Celle des réservoirs à eau potable est de 21 000 litres.
- Le quatrième étage, où se trouve le magasin à charbon, est muni d’une grue qui peut se rentrer en cas de tempête, et qui sert à monter les approvisionnements et au besoin à descendre les gardiens, lorsque l’accès du phare à moins de 10 mètres devient impossible aux navires.
- Les signaux optiques consistent dans deux feux : l’un fixe, destiné à éclairer un écueil appelé les « Hand Deeps » situé à 5 milles 1/2 au nord-ouest du phare, l’autre mobile et de premier ordre.
- Le premier, produit par deux lampes à double mèche concentrique et deux réflecteurs paraboliques de 0m,525 de diamètre, a une intensité lumineuse de 12000 « candies » b
- 1 La candie vaut 0ciroel, 1052.
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- Le second est un feu à double éclat : chaque éclat a une durée de 5 secondes et 1/2 : ils sont séparés par un intervalle de 5 secondes. Ap rès l’éclat double vient une éclipse de 20 secondes. L’appareil optique est formé de deux tambours superposés correspondant chacun à un brûleur, et comprenant 12 panneaux lenticulaires. Ces panneaux se composent, outre la lentille centrale, de 59 panneaux placés au-dessus d’elle et de 18 au-dessous, avec une distance focale commune de 0m,92.
- Les deux brûleurs sont des lampes à 7 mèches concentriques d’Argand pourvues à la hauteur de la zone de combustion, de bagues annulaires disposées de manière à diriger l’air sur les flammes, et à rabattre les flammes extérieures sur celles de l’intérieur, afin d’obtenir une combustion aussi complète que possible. Une cheminée de verre à profil convenablement étudié, concourt au même but.
- Les gaz du brûleur le plus élevé s’échappent dans une cheminée en tôle qui les porte sous la calotte de la lanterne; ceux du brûleur inférieur sont enlevés par une cheminée subdivisée en trois tuyaux qui s’élèvent dans l’intérieur de l’appareil optique, et présentent, dans cette partie, un aplatissement destiné à réduire autant que possible la quantité de lumière interceptée.
- Les brûleurs sont alimentés par une pompe à piston plongeur mue à la la main. On emploie deux pompes en temps ordinaire ; mais une seule suffit en cas d’accident.
- L’appareil moteur de la an terne consiste dans un mouvement d’horlogerie à
- poids : il commande également par l’intermédiaire d’une came, deux marteaux qui viennent, par les temps brumeux, frapper des cloches du poids de 2000 kilogrammes chacune. On peut aussi, lorsque les gardiens sont obligés à la fois d'entretenir les deux brûleurs et de faire marcher les signaux sonores, commander la came par une petite machine à air chaud installée dans la chambre de service.
- En temps clair, on n’allume que le brûleur inférieur avec son intensité minimum. On obtient alors une intensité de 450 candies dans le brûleur, et de 57 800 candies an sortir de l’appareil optique. La mise en action des deux brûleurs combinés donne pour les mêmes quantités, 1900 et 159600 candies, avec une portée de 17 milles et 1/2. L’huile de colza est exclusivement employée à cause de sa facilité de manipulation et d’emmagasinage ; la dépense totale d’éclairage est évaluée à 1 franc 50 c. par heure, en tenant compte de la proportion du nombre moyen de nuits claires et de nuits brumeuses.
- La construction de cet important ouvrage est loin d’avoir présenté les difficultés extraordinaires qu’on a rencontrées au phare d’Ar-Mcn. Elle offre néanmoins des particularités intéressantes, notamment dans le transport à pied-d’œuvre de la maçonnerie.
- La première opération consista à établir une plateforme de 6m,50 de diamètre et de 5 mètres de hauteur au-dessus des basses eaux, destinée à servir de noyau à l’ouvrage, et à porter l’appareil élévatoire pour débarquer les gros matériaux. Les pierres employées étaient en granit de faible
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- échantillon (50 à 75 kilogrammes); elles étaient reliées par un mortier de sable quartzeux et de ciment de Portland, dont la résistance à la traction par centimètre carré était supérieure à 24 kilogrammes après 7 jours d’immersion dansTeau dernier.
- On entoura ensuite la roche d’un caisson en briques, avec revêtement èn ciment : l'épaisseur et la hauteur de ce massif étaient de 2m,10. 11 lut relié à la plate-forme centrale par trois murs provisoires formant des caissons, où l’on pouvait épuiser succes-
- sivement 1 eau survenue à marée haute après le départ des ouvriers. L’épuisement se faisait au moyen de pompes placées à bord d’un navire à vapeur, l'Her-
- cule, spécialement disposé pour la construction des phares en pleine mer. Les ouvriers n’employaient comme outils que des pics, des barres de mines, et
- ANNÉES NOMBRE DES ACCOSTAGES NOMBRE d’heures passées sur la roche NOMBRE MOYEN d’heures par accostage NOMBRE RE PIERRES posées OBSERVATIONS
- 1878. Juillet-décembre. 1879. Mars-décembre. . 1 131 ’ravaux préparatc 518 ires de londatioi 3,95 . 114 (assises de 1 à 7J Achèvement de la base cylin-
- 1880. Mars-décembre. . 110 657 5,97 1437 1 drique le 17 juillet 1880; à la 1 fin de l’année on est arrivé à la 58* assise. . Pose de la dernière pierre le
- 1881. Janvier-ler juin. 40 294 7,35 620 7 1" juin, par le duc d’Edim- { bourg.
- de petites perforatrices à air comprimé, aliji d’éviter les ébranlements que des explosifs auraient pu déterminer dans la roche; l’air comprimé était envoyé de l’Hercule à une presssion de tj kilogrammes par centimètre carré. On se rendra facilement compte de l’importance relative de cette partie du travail,
- dans de telles conditions d'outillage, en se rappelant comme nous l’avons dit plus haut, que chacune des pierres des assises de fondation a nécessité une excavation d’au moins un pied de profondeur au-dessous de la surface du roc environnant, et que le diamètre de la hase de la construction est de I3m,20.
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- ")->
- La mise à terre des matériaux' s’est faite de la manière suivante. L'Hercule, portant le; pierres toutes taillées, était solidement amarré à 55 mètres de la roche; un treuil, placé à l’avant du navire, prenait les pierres dans la (“ale, et les déposait sur un truc, qu’on faisait rouler sur les rails jusqu’il l’arrivée. Une, première chaîne, partant du tambour du treuil, 'passait successivement sur des poulies fixées au pied et à la tête d’une grue établie sur la plate-forme centrale, venait s’accrocher sur la pierre et de là retournait se fixer à la tête de.la grue. Le treuil était en outre relié à la pierre par une seconde chaîne passant sur la molette de la digue dressée à l’arrivée du navire. Le transport demandait 2.4/2 h 5 minutes pour des pierres de 2 tonnes 1/2 à 5 tonnes 1/4.
- L’appareil de réception à terre se composait d’un mât creux en fer forgé de 7m,50 de hauteur et de 0,u,40 de diamètre, sur lequel on assujettissait deux volées; l’une en bois, fixe, pour la réception proprement dite ; l’autre en tôle, mobile, pour la mise en place des matériaux ; cette dernière était pourvue de son treuil. Le mât était établi dans le trou central de la plate-forme, et pénétrait dans le roc h une profondeur de lm,50. Au fur et à mesure de l’avancement, on le relevait au moyen de vérins hydrauliques, et on le fixait sur la maçonnerie par des haubans et des jambes de force en bois.
- Ce système a parfaitement fonctionné, et aucune des 2171 pierres, qu’on avait à transporter n’a été perdue; on n’a d’ailleursveu à déplorer aucun accident, pendant les quatre années qu’ont duré les travaux (juillet 1878 à juin 1881), dont le tableau de la page précédente résume la progression.
- La maçonnerie terminée on installa des ouvriers à demeure dans les tours pour achever les aménagements intérieurs, et on plaça la lanterne dans l’hiver de 1881, avec un feu temporaire qui permit d’éteindre celui de la tour de Smeaton, le 5 février 1882. Puis on monta l’appareil actuel qui fut inauguré le 18 mai suivant par le duc d’Edimbourg. Le cube total de la maçonnerie- est de 1852 mètres, et la construction a coûté 1 49G000 fr. soit 810 fr. par mètre cube, prix relativement peu élevé, et de beaucoup inférieur à celui qu’ont coûté les grands phares établis sur les côtes d’Angleterre.
- La vieille tour de Smeaton a été rasée jusqu’au niveau du premier étage, de manière à diminuer le poids que la roche, dans son état actuel, ne paraissait pas pouvoir continuer à supporter; mais la ville de Plvmouth ayant revendiqué l’honneur de reconstruire la partie enlevée, on a dû la démolir pierre par pierre, et l’envoyer à bord de l'ilercule par un procédé inverse de celui qui avait servi pour la nouvelle construction. On a ensuite comblé, avec de la maçonnerie, le puits central et la porte d’entrée, et la présence de l’ancien phare constitue actuellement pendant le jour un caractère distinctif pour le nouveau. G. llicnor,
- Ingénieur ries Arts et Manufactures.
- SUR LÂ RAGE1
- Le grand fait de la virulence variable de certains virus et de la préservation d’une virulence par une autre de moindre intensité est aujourd’hui, non seulement acquis à la science, mais encore entré dans le domaine de la pratique. Dans une telle direction d’études, on comprend tout l’intérêt qu’offre la recherche des méthodes d’atténuation appropriées à de nouveaux virus.
- I. Si l’on passe du chien au singe et ultérieurement de singe à singe, ht virulence du virus rabique s’affaiblit à chaque passage. Lorsque la virulence a été diminuée par ces passages de. singe à singe, si le virus est ensuite reporté sur le chien, sur le lapin, 'sur le cobaye, il reste atténué. En d’autres termes, la virulence ne revient pas de prime-saut à la virulence du chien à rage des rues. L’atténuation dans ces conditions peut être amenée facilement par un petit nombre de passages de singe à singe, jusqu’au point de ne jamais'donner la rage au chien par des inoculations hypodermiques. L’inoculation par la trépanation, méthode si infaillible pour la communication de la rage peut même ne produire aucun résultat, en créant néanmoins, pour l’animal, un état réfractaire à la rage.
- il. La virulence du virus rabique s’exalte quand on passe de lapin à lapin, de cobaye à cobaye. Lorsque la virulence est exaltée et fixée au maximum sur le lapin, elle passe exaltée sur le chien et elle s’y montre beaucoup plus intense que la virulence du virus rabique du chien à rage des rues. Cette virulence est telle, dans ces conditions, que le virus qui la possède, inoculé dans le système sanguin du chien, lui donne constamment une rage mortelle.
- 111. Quoique la virulence rabique s’exalte dans son passage de lapin à lapin ou de cobaye à cobaye, il faut plusieurs passages par le corps de ces animaux pour quelle récupère son état de virulence maximum, quand elle a été diminuée d’abord chez le singe.
- De même la virulence du chien à rage des rues qui, comme je viens de le dire, n’est pas de virulence maximum à beaucoup près, exige, quand elle est portée sur le lapin, plusieurs passages par des individus de cette espèce, avant d’atteindre son maximum.
- Une application raisonnée des résultats que je viens de faire connaître permet d’arriver aisément à rendre les chiens réfractaires à la rage. On comprend, en effet, que l'expérimentateur puisse avoir à sa disposition des virus rabiques atténués de diverses forces ; les uns, non mortels, préservent l’économie des effets de virus plus actifs et, ceux-ci de virus mortels.
- Prenons un exemple : On extrait le virus rabique ^
- 1 Vov. n° 563 «tu 15 mars 1884. p. 247.
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- d’un lapin mort par trépanation à la suite d’une durée d’incubation qui dépasse de plusieurs jours l’incubation la plus courte citez le lapin. Celle-ci est invariablement comprise entre sept et huit jours «à la suite de l’inoculation, par trépanation, du virus le plus virulent. Le virus du lapin à plus longue incubation est inoculé, toujours par trépanation, à un second lapin; le virus de celui-ci à un troisième. A chaque fois, ces virus qui deviennent de plus en plus forts sont inoculés à un chien. Ce dernier se trouve être ensuite capable de supporter un virus mortel. Il devient entièrement réfractaire à la rage, soit par inoculation intra-veineuse, soit par trépanation du virus du chien à rage des rues.
- Par des inoculations de sang d’animaux rabiques, dans des conditions déterminées, je suis arrivé à simplifier beaucoup les opérations de la vaccination et à procurer au chien l’état réfractaire le plus décidé. Je ferai connaître bientôt l’ensemble des expériences sur ce point.
- 11 y aurait un intérêt considérable, présentement et jusqu’à l’époque éloignée de l’extinction de la rage par la vaccination, à pouvoir supprimer le développement de cette affection à la suite demorsui*es par des chiens enragés. Sur ce point, les premières tentatives que j’ai entreprises me donnent les plus grandes espérances de succès. Grâce à la durée d’incubation de la rage à la suite de morsures, j’ai tout lieu de croire que l’on peut sûrement déterminer l’état réfractaire des sujets avant que la maladie mortelle n’éclate à la suite de la morsure.
- Les premières expériences sont très favorables à cette manière de voir ; mais il faut en multiplier les preuves à l’infini sur des espèces animales diverses avant que la thérapeutique humaine ait la hardiesse de tenter sur l’homme cette prophylaxie.
- C’est pour obéir à ces scrupules et à ces mobiles que j’ai pris la liberté d’écrire ces jours derniers à M. Fallières, ministre de l’Instruction publique, en le priant de vouloir bien nommer une Commission à laquelle je soumettrais mes chiens réfractaires à la rage1.
- L’expérience maîtresse, que je tenterais en premier lieu, consisterait à extraire de mes chenils vingt chiens réfractaires à la rage, qu’on placerait en comparaison avec vingt chiens devant servir de témoins. On ferait mordre par des chiens enragés successivement ces quarante chiens. Si les faits que j’ai annoncés sont exacts, les vingt chiens considérés par moi comme réfractaires résisteront tous, pendant que les vingt témoins prendront la rage2.
- Une seconde expérience, non moins décisive, aurait pour objet quarante chiens, dont vingt vaccinés
- 1 La Commission a été nommée; elle est composée de MM. Béclard, P. Bert, Bouley, Villemin, Yulpian et Tisserand.
- 2 Ces vingt chiens mordus, témoins, prendront la rage dans une proportion indéterminée, parce que la rage ne se déclare
- pas toujours à la suite de morsures. Ceux des témoins mordus qui ne deviendraient pas rabiques pourraient être soumis
- ultérieurement à la trépanation.
- devant la Commission et vingt non vaccinés. Les quarante chiens seront ensuite trépanés par le virus de chien à rage des rues. Les vingt chiens vaccinés résisteront. Les vingt autres mourront tous de la rage, soit paralytique, soit furieuse1.
- Pasteuk, de l’Institut.
- LE GRAND CANON DU RIO-COLORADO
- AUX ÉTATS-UNIS
- Il existe aux États-Unis uneCommission de savants, désignée sous le nom de United States geological Survey, chargée officiellement d’étudier au point de vue géologique et géographique les curiosités naturelles du pays. Pendant la campagne 1880-81 cette Commission, sous la direction de M. J. W. Powell, parcourut la région du Grand Canon du Colorado. Cette région est unique au monde par les merveilles qu’elle renferme, merveilles à la fois effrayantes et sublimes et dont la description ne peut donner qu’une bien faible idée.
- Le capitaine C. E. Dutton, un des membres de la Commission, a publié sur l’histoire de cette région pendant l’époque tertiaire une très intéressante monographie, véritable mine de documents à laquelle nous ferons plus d'un emprunt pour guider nos lecteurs à travers le pays si pittoresque dont il a donné la première description détaillée2.
- Le pays exploré était resté longtemps à peu près inconnu, cependant ses mystérieuses beautés avaient tenté plus d’un voyageur aventureux, mort victime de son imprudence ou de son ignorance. En 1868 M. Powell, le directeur actuel du Geological Survey, était parti à la tête d’une expédition organisée sous les auspices du gouvernement américain, et pendant quatre années consécutives avait fait une reconnaissance approfondie du cours du Colorado. Ce voyage fut le premier qui fournît à la science des données positives3. Les grandes lignes étant connues, la nouvelle expédition n’avait plus qu’à étudier les détails. C’est ce qu’elle a fait pour le territoire qui se trouve au nord de la rivière.
- La région du Grand Canon du Colorado est située en majeure partie dans le nord-ouest de l’Arizona avec un prolongement septentrional dans l’Utah. Sa longueur du nord-ouest au sud-est est à peu près de 180 milles4, et sa largeur du nord-est au sud-
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences en collaboration avec MM. Chamberland et Roux.
- 2 Cette œuvre considérable qui ne comprend pas moins de 6 vol. gr. in-8° avec planches, de 2 vol. in-4° avec d’innombrables gravures, complétées par un grand et magnifique atlas de cartes, de relevés topographiques et de panoramas d’ensemble a été magnifiquement édité par le gouvernement des États-Unis. Le département de l’intérieur des États-Unis nous a fait l’honneur de nous adresser pour La Nature un exemplaire de ce véritable, monument géologique.
- 3 Voy. La Nature, 1877, 2° semestre, p. 179, 216, 403.
- 4 Le mille vaut 1609m,3.
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- ouest est d’environ 125 milles. Sa superficie peut être évaluée entre 13 000 et 16 000 milles carrés. Le Colorado — ainsi nommé à cause du limon rouge qu’il charrie — traverse le milieu de la contrée, avec une direction moyenne ouest-sud-ouest. La vallée qu’il a creusée prend successivement les noms de « Canon de Marbre » et de « Grand Canon1.
- La partie nord du pays — la seule bien connue, comme nous l’avons dit plus haut — présente six divisions bien distinctes. D’abord les « Terrasses », immenses plateaux creusés par érosion dans les terrains Miocène et Eocène inférieur, et brusquement terminés par une série de hautes falaises taillées en gradins et présentant l’aspect d’un gigantesque escalier. Puis de l’ouest à l’est les plateaux du Sheavwitz, du Uinkaret, du Kanab, du Kaibab et du Paria. Ces plateaux sont séparés les uns des autres par de profondes failles, dirigées du nord au sud. Le Kaibab est le plus élevé de tous, le moins haut est le plateau du Paria. La caractéristique générale du pays est une désolation horrible et formidable dont aucun autre désert ne peut donner idée. Les effrayantes solitudes de la Nevada, que traverse le Pacific liailway, n’en sont qu’une bien faible image.
- La première impression est une impression d’épouvante. L’imagination est écrasée parla vue de ces masses gigantesques, aux formes souvent monumentales, séparées les unes des autres par d’insondables ravins. Le spectacle est rendu encore plus sublime lorsque les rayons du soleil réfléchis par les différents strata, viennent l’animer d’une richesse de tons qu’aucune palette ne peut rendre.
- Les « Terrasses » offrent au'géologue un inépuisable sujet d’études. 11 a devant lui par couches successives tous les terrains du carbonifère au miocène. Le permien, le trias, le jurassique, le crétacé, leoeène lui présentent à l’envi leurs richesses. 11 peut suivre à loisir le travail des forces naturelles et reconstituer en entier l’histoire du passé.
- Les falaises qui limitent les « Terrasses », sont appelées les « Falaises vermeilles ». Leur grande hauteur, la remarquable longueur de leur ligne de front, la persistance soutenue de leurs proportions, leurs sculptures naturelles richement colorées, leur donnent un caractère tout particulier de grandeur et de magnificence.
- Le profil de ces falaises est très complexe, quoique se rapportant à un type défini formé d’éléments simples. 11 varie continuellement sans perdre jamais son caractère typique. Qu’on se représente une série de fronts verticaux placés l’un devant l’autre et s’élevant étage par étage, entrecoupés parfois de pentes en talus sur lesquels viennent en ressaut les bords effrités des couches géologiques. Les phases successives de stratification sont nettement révélées. Les lits solubles donnent une ligne profondément creusée entre des rebords de sable que les intempéries des siècles ont respectés.
- 1 Canon est un mot espagnol qui signifie gorge.
- Le dessin général est plein de grâce et d’harmonie, les angles sont nettement coupés, et l’ensemble présente un aspect hautement architeclural, qui contraste absolument avec celui des falaises des autres pays.
- En suivant la ligne des crêtes on est arrêté par une pente rapide qui s’enfonce à 1200 pieds1 dans la vallée de la Vierge, plaine large et raboteuse sillonnée d’étroites gorges. En travers se dressent deux imposants massifs appelés le Temple de l’Ouest et le Temple de l’Est. Hauts de 4000 pieds environ, leur forme est elliptique. Un dôme les surmonte, une plate-forme les précède. Tout autour d’eux se dressent des sortes de tours dont le sommet se perd dans les nuages. La riche ornementation des faces, où les tons divers du blanc, du rouge, du pourpre et du marron se mêlent en s’harmonisant, fait penser à un travail de géants qu’aucune image ne peut représenter, qu’aucune description ne peut faire comprendre.
- En se dirigeant vers les Hauts Plateaux, on doit avant d’atteindre le Grand Cufion, traverser la gorge du Toroweap. Le spectacle qu’on a devant les yeux devient alors écrasant. La netteté des formes, la précision des lignes donne plutôt l’impression d’une œuvre d’architecture que d’un produit des forces naturelles. La muraille de l’ouest monte à 1500 pieds dans les airs, celle de l’est s’élève à 2000 pieds. Leur intervalle est d’environ trois milles. Ces murailles s’arrêtent brusquement à angle droit, et devant soi, sur la droite et sur la gauche s’étend alors le Grand Canon (Voy. la gravure ci-contre).
- En ce point la vue est masquée par de hautes palissades qui s’étendent en tous sens. Sur l’une d’elies semblable à un tertre, un cratère se dresse entouré de cônes basaltiques parfaitement conservés. Vers l’est on aperçoit au loin la silhouette bleue du Kaibab, qui ressemble à un nuage cachant l’horizon. A l’ouest, l'œil distingue vaguement une série de falaises d’une hauteur effrayante. A deux millçs au nord la muraille s’ouvre brusquement sur un abîme au fond duquel court la rivière à 5000 pieds du sol.
- La tranchée mesure 4000 pieds de crête à crête. Elle traverse le terrain Silurien jusqu’à 3 ou 400 pieds du fond ; au-dessus, elle coupe le terrain carbonifère.
- Le spectateur qui pour la première fois se trouve en face de cette immense gorge est tout désappointé, car elle ne répond nullement à l’idée qu’il avait pu se faire. Tout terme de comparaison lui manque, mais en se familiarisant peu à peu avec le spectacle qu’ii a devant lui, il en reconnaît la grandeur et la puissance. De part et d’autre jusqu’à l’horizon se dressent de hautes palissades au profil toujours le même malgré sa variété. Les dimensions du gouffre sont admirablement proportionnées, mais une vague * impression de tristesse se dégage de la coloration des parois qui varie seulement du blanc sale au gris perle.
- 1 Le pied vaut 30,e,lt,48.
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- Un dédié dans le Grand Canon au pied du Toroweap, liio-Colorado. États-Unis. (D’après les récentes explorations
- du capitaine C.-E. Dulton.)
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- Le ravin entame le Uinkaret et le Scheavwitz, puis tournant au sud il disparaît. Vis-à-vis la vallée du Toroweap s’ouvre une autre vallée formant avec celle-ci les deux bras d’un transept dont le Grand Canon serait la nef. A l’intersection de la nef et du transept se trouve le Volcan du Trône. A l’ouest de ce volcan, la descente vers la rivière est praticable, mais non sans danger. Au fond du gouffre on est épouvanté par l’effrayante hauteur des murailles qui le forment. L’eau se brise en cataractes furieuses contre les blocs de basalte qui arrêtent sa course, et l’écho répercute au loin la plainte grave et solennelle de la rivière irritée.
- Les plateaux du Uinkaret et du Scheavwitz se ressemblent presque complètement au point de vue physique et au point de vue géologique. Us appartiennent tous deux aux terrains carbonifère et permien. Au sud du Uinkaret se dresse plusieurs massifs imposants dont deux sont particulièrement remarquables. Le premier est le mont Trumbull; il se détache nettement de l’ensemble et s’élève à 2000 pieds au-dessus de la plaine. Les différentes couches qui le forment, mises à nu et fouillées par le temps, le font ressembler à un gigantesque camée. Le second est le mont Logan qui se dresse à trois milles au sud. Malgré la dépression qui les sépare, l’identilé de leur constitution montre clairement que la distinction établie entre eux est purement topographique.
- Malgré la présence de nombreux cratères sur ces plateaux, les blocs basaltiques qu’on y rencontre sont d’éruption ancienne, et leur conservation est due à la couche de lave récente qui les a protégés.
- De tous les plateaux, le Kaibab est le plus élevé. Son dernier sommet se perd dans les nues à 9280 pieds au-dessus du niveau de la mer. La cime de ce plateau est couverte de forêts qui font, du Kaibab un vrai paradis en opposition aux autres plateaux qui sont d’affreux déserts.
- Le tableau que l’on voit se dérouler du haut du Kaibab est certainement le plus beau et le plus saisissant qu’il soit possible de voir. Quand le soleil décline vers l’horizon, le paysage se pare des plus chatoyantes couleurs. A travers le pourpre et le bleu transparent du plein air, les riches nuances du Permien, le rouge intense des Falaises vermeilles, le blanc éclatant du Jurassique, haussent de ton et semblent devenir lumineux par eux-mêmes.
- Ce qui frappe sur ce plateau, c’est l’absence de cours d’eau. Et cependant le climat est des plus humides. Les pluies sont fréquentes en été, et la couche de neige est épaisse en hiver. Mais l’eau stationne dans les creux des terrains et forme ainsi de nombreux lagoons entourés d’une si belle végétation qu’on a dans ces endroits l’illusion d’un véritable parc.
- Le Kaibab projette en avant dans la vallée, plusieurs contreforts abrupts, véritables promontoires d’où le regard peut embrasser un merveilleux panorama. Comme pour atteindre chacune de ces pointes on est obligé de traverser d’épaisses forêts de pins et
- de sapins, l’horizon d’abord voilé par les arbres ne se découvre qu’au dernier moment. Aussi devant la sublimité du spectacle inattendu qui lui est offert brusquement, l’esprit se trouve ébloui, écrasé, anéanti.
- Lu scène vue du haut de la pointe appelée la « Pointe Sublime », défie toute imagination. Devant soi, à 25 milles en tous sens, les détails de la gorge sont nettement visibles. Au nord-ouest la vue est limitée par la masse du plateau Powell. Mais à l’ouest, les crêtes du Kanab et du Uinkaret courent à l’horizon, pour se perdre enfin dans la brume à 75 milles environ. A une dizaine de milles en face de la pointe, se dresse à plus de cinq mille pieds une muraille sans fin, dans le flanc de laquelle s’ouvrent à d’énormes profondeurs une série d’amphithéâtres et d’alcôves ne se révélant à l’œil que par les immenses portails qui leur servent d’entrée. Des plinthes et des corniches naturelles rappellent les « Falaises vermeilles », mais avec un caractère de noblesse et de grandeur que n’ont pas ces dernières.
- Au pied de la muraille se voit une vaste plateforme à travers laquelle la gorge se déroule en méandres tortueux. Au fond, dans de sombres abîmes on entend gronder la rivière, dont 1? surface ne se voit que sur la moitié d’un mille à peu près.
- Des temples semblables à ceux de la vallée de la Vierge se retrouvent ici par douzaines, et s’ils n’égalent pas ces derniers en noblesse, en beauté, en splendeur, ils les surpassent en grandeur et en majesté. La simplicité des profils est plus frappante qu’ailleurs, mais grâce aux combinaisons harmonieuses et variées des lignes, l'ensemble reste géométrique sans monotonie et sans banalité. A côté l’une de l’autre se voient toutes les formes de l’architecture humaine : pagodes orientales, temples hindous, cloîtres gothiques. Et comme l’aspect général change d’une manière continue à mesure que le soleil se déplace, nul autre spectacle au monde ne peut se comparer à celui qu’on a devant les yeux. Cependant si devant ces amas fantastiques de sable et de rochers, l’imagination peut se donner carrière, le droit sens est obligé de reconnaître que cette terre de merveilles est aussi une terre d’horreur et de désolation.
- Un plateau reste encore à décrire, c’est le plateau du Paria. Sa partie nord est de formation tria-sique, sa partie sud qui contient le « Canon de Marbre » est de formation carbonifère. On peut regarder le plateau et le Canon comme une épreuve réduite du Kaibab et du « Grand Canon ». Aussi, malgré les nombreuses beautés qu’on peut y rencontrer, nous nous abstiendrons d’en parler, car. toute description serait terne et dépourvue d’intérêt.
- Nos lecteurs connaissent maintenant l’étrange pays où prend naissance le cours du Colorado. Notre gravure reproduite d’après le bel atlas de M. Dutton leur donnera une idée de ses splendeurs.
- Mais ces mystérieuses régions ne sont aujourd’hui connues qu’au prix de peines et de fatigues inouïes. Aussi ne saurions-nous mieux terminer qu’en ren-
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- dant un juste hommage au courage et au savoir du professeur Powell et de ses compagnons. Malgré les difficultés et les dangers de toute sorte qu’ils ont eu à surmonter, ils ont su mener à bien une mission qui fait honneur à leur énergie et à leur persévérance. 11. Vit.a.
- BIBLIOGRAPHIE
- Autour du Tonkin. La Chine méridionale de Canton à Mandalay, par Archibald Colquhoun. Traduit de l’anglais par Ch. Simond. 1 vol. in—18, illustré. — Paris, H. Oudin, 1884.
- Ce livre emprunte un grand intérêt d’actualité au récent traité de paix de Tien-Tsin et aux événements du Tonkin. C’est le récit du voyage qu’à fait en 1882 M. A. Colqu-houn, ingénieur attaché au département des travaux publics du gouvernement indien, dans les trois provinces de la Chine méridionale qui viennent d’être ouvertes au commerce français : leYünnan, le Kwang-Tung et Kwang-Si. Cet ouvrage a été accueilli en Angleterre et en Allemagne avec une grande faveur. Nous croyons qu’il aura le même succès en France.
- Géologie agricole. Première partie du cours d’agriculture comparée, fait à l’Institut national agronomique, par Eugène Risler. Tome I. 1 vol. in-8°. —Paris, Berger-Levrault et Cie, 1884.
- Calcul des temps de pose et tables photométriques pour la photographie, par M. Léon Vidal. 2e édition. 1 vol. in—48. —Paris, Cauthier-Villars, 1884.
- Méthode nouvelle de signaux par le canon, par Delauney, capitaine d’artillerie de marine. 1 broc-h. in-8°. Léon Vanier, 1884.
- CARTE MURALE DE LA FRANCE
- DE SIM. EUG. GUILLEMIN ET J. B. PAQ 1ER *.
- L’étude de la géographie tend à prendre dans les écoles une place importante et les cartes qui en sont l’élément indispensable vont chaque année, aussi bien que les livres, se renouvelant et se perfectionnant. Bientôt les allas un peu anciens devront, pour la plupart, être relégués aux archives comme ne satifaissant plus généralement aux exigences de renseignement.
- On peut en dire autant des cartes murales. Celles-ci doivent satisfaire à un ensemble de conditions qui en rend l’exécution beaucoup plus difficile qu’il ne semblerait d’abord. On demande quelles soient claires, parfaitement visibles à quelques mètres de distance, et qu’elles représentent les choses avec exactitude et méthode.
- Un travail dans ce genre que MM. Guillemin et Paquier présentent aujourd’hui au public, mérite d’être signalé. C’est une carte orographique et hydrographique de la France conçue dans des idées que nous croyons assez nouvelles. Nous disons assez nouvelles avec intention, car M. Guillemin, l’un des auteurs, avait déjà construit une carte manuelle du
- 1 L. Suzanne, éditeur.
- relief de la France d’après les mêmes principes, et nous en avons ici même entretenu nos lecteurs C
- La carte de M. Guillemin reposait sur ce principe, que le sol peut être représenté assez exactement par tin solide formé de gradins de même hauteur, correspondant à une suite de courbes de niveau équidistantes, et rapprochées convenablement. C’est le dessin de ce solide éclairé obliquement qui constituait son œuvre.
- La nouvelle carte construite par M. Guillemin en collaboration avec M. Paquier, professeur d’histoire et de géographie au lycée Saint-Loup, est une carte murale. Elle est par Conséquent à une beaucoup plus grande échelle que la carte de M. Guillemin. Elle contient en outre une innovation que voici : le ton bistre du terrain est gradué selon les altitudes, de sorte que les plans les plus élevés sont les plus foncés en couleur. Par ce moyen la carte devient encore plus expressive. Aussi, à ce point de vue, le travail nous en paraît très réussi. L’œil suit sans se tromper avec la plus extrême facilité toutes les déclivités du terrain et en saisit bien les formes générales, ce qui était le point important.
- Une objection pourra être faite. Le relief du terrain paraît plus considérable qu’il ne l’est en réalité; il y a exagération. On ne doit pas perdre de vue que dans la construction d’une carte murale on se propose de présenter au spectateur une image accentuée suffisamment, pour lui permettre de la percevoir nettement, et sans fatigue pour la vue, à la distance de quelques mètres. 11 faut donc exagérer, autrement le but ne serait pas atteint. Il est facile de le prouver. Cherchons à cet effet quelle serait, sous l’angle d’un rayon lumineux incliné à 45°, la largeur de l’ombre portée par un point élevé de 100 mètres au-dessus du plan recevant ombre. Nous trouverons qu’à l'échelle de 1: 800 000 elle est d’un peu plus que le dixième du millimètre. C’est dire qu’elle serait imperceptible. 11 faut exagérer les hauteurs, pour la même raison qu’on exagère les largeurs des cours d’eau, des chemins, des canaux, etc. Il existe peu de cartes murales où la largeur des chemins de fer mesurée à l’échelle donne moins d’un kilomètre. La seule condition essentielle est de conserver aux objets leur valeur relative, et de ne pas donner à un système de montagnes ayant 500 mètres le même aspect qu’à celui qui en a 1500.
- On a fait un reproche d’une autre nature à l’emploi des courbes de niveau. On a dit : tous les accidents de terrain compris entre deux courbes et qui cependant ont souvent de l’importance ne seront pas représentés. C’est ainsi que dans les parties basses du territoire, des escarpements de 75 mètres et au delà pourront être omis. Le fait est exact. Mais peut-il en être autrement? Nous ne le pensons pas. Une carte murale d’une contrée aussi étendue que la France ne saurait en décrire tous les accidents de terrain. Le dessin de ces détails pour être visible,
- 1 Voy. le n° de La Nature du 6 janvier 1883.
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- surchargerait tellement la carte qu’elle deviendrait un cahos échappant à toute analyse. Ce n’est pas là le but. La carte ne doit se proposer que de donner la configuration générale du territoire, c’est-'a-dire une vue d’ensemble permettant de comprendre le rapport des masses. Pénétrer plus avant, fouiller davantage est du ressort de la topographie et ne convient d’ailleurs qu’à des cartes d’une beaucoup plus grande échelle et dont le dessin, d’une déli-
- conjointement avec celui des teintes graduées, a un avantage considérable et sur lequel il importe d’insister. Il permet de représenter d’une manière satisfaisante la forme ou le relief des portions de terrain dont la déclivité est faible. L’altitude et les traits d’union des terrasses, des larges plateaux, ne se lisent, on le sait, que très imparfaitement sur les cartes exécutées dans les autres modes de représentation. Dans ce système au contraire, l’œil les saisi*, suit les relations des parties entre elles sans effort, et surtout sans qu’il en résulte pour le dessin de la carte, de surcharge créant de confusion.
- catesse extrême, ne doit être vu que de très près.
- .Ajoutons que d’autre part les besoins de la pédagogie, la nécessité de rendre les définitions faciles, exigent un travail de généralisation et de simplification. Les détails doivent être sacrifiés de propos délibéré, afin de laisser aux objets représentés la simplicité qui en rend la description possible.
- Ce reproche doit donc être écarté.
- Nous dirons plus. L’emploi des courbes de niveau,
- La nouvelle carte de MM. Guillemin et Paquier nous paraît donc une heureuse innovation, et son aspect agréable, contraste avec la sécheresse que présentent trop souvent les cartes en usage dans nos écoles. L’étude des matières de l’enseignement n’a rien à perdre à devenir attrayante, bien au contraire, lorsque ce résultat n’est point acquis aux dépens de la vérité. La géographie, comme les autres sciences, doit bénéficier de ces heureuses tendances de la pédagogie moderne. Gaston Tissandier.
- Reproduction par l’héliogravure d’une partie de la nouvelle Carte murale de la France, de MM. Guillemin et Paquier.
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- PILES A OXYDE DE CUIVRE
- ET A LIQUIDE ALCALIN DE MM. F. DE LALANDE ET G. CHAPERON
- Nous avons déjà fait connaître les premières dispositions des piles à liquide alcalin et à oxyde de cuivre de MM. de Lalande et Chaperon. Les petits modèles étaient disposes dans des vases en verre, et les modèles à grand débit sous forme d’auges rectangulaires en tôle de fer de diverses grandeurs.
- Les nouveaux types établis par les auteurs présentent l’avantage d’être hermétiquement clos, d’être facilement transportables et de posséder une grande solidité, caractère des plus importants pour des éléments renfermant un liquide caustique.
- Dans l’un de ces modèles (fig. 1), le vase extérieur, d’un diamètre de 0m,09, a l’aspect d’un obus. 11 constitue le pôle positif de l’élément : un tenon A, venu de fonte, sert à fixer la lame conductrice AC destinée aux jonctions. L’extérieur du vase est paraffiné à chaud, de façon à le rendre inoxydable et à empêcher les dérivations. Le zinc D est formé par un cylindre de 0m,02 de diamètre soudé à une tige de laiton amalgamé K fixée au bouchon de caoutchouc G et portant la borne F. Le bouchon est, en outre, traversé par un tube métallique terminé par une soupape H formée par un tube de caoutchouc fendu.
- Ces éléments sont généralement livrés remplis de la solution de potasse, de sorte que, pour les monter, il suffit d’y verser la dose convenable d’oxyde de cuivre qui se répartit sur le fond, en B, et de fermer l’élément au moyen du bouchon de caoutchouc portant le zinc. -
- Cette disposition est particulièrement convenable pour le service intérieur des appartements (téléphones, sonneries). Ce modèle peut donner un débit allant jusqu’à 2 ampères. Un plus petit modèle, de 0‘u,05 de diamètre suffit amplement pour un service de plusieurs années sur une sonnerie d’appartement.
- La figure 2 représente un autre type d’élément à
- Fig. 1. — Élément hermétique en fonte.
- Fig. 2/— Élcmentjhermétique^àjgramle surface.
- grande surface (22 centimètres de diamètre), et à grand débit, ce qui permet de l’employer aux mêmes usages que les piles Bunsen ou au bichromate, etc. (charge des accumulateurs, éclairage domestique, galvanoplastie, nickelage, bobines d’induction, analyse spectrale, etc.). La disposition de cet élément est d’ailleurs très analogue à celle du précédent. L’oxyde de cuivre B est également réparti sur le fond du vase; le zinc D, constitué par une longue lame enroulée sous forme de spirale pour présenter une grande surface, est suspendu à un couvercle d’ébonite G, fixé sur l’ouverture du vase au moyen d’une bride évidée en fer et de trois écrous : une rondelle de caoutchouc souple assure l’étanchéité du joint.
- Ces éléments de grand modèle renferment la même charge que les grands éléments à auge (2 kilogrammes de potasse et 0k«,900 d’oxyde de cuivre) et peuvent les remplacer dans toutes les applications. Ils peuvent donner un travail considérable. Par exemple, une batterie d’éléments à auge a pu fournir 263 heures d’éclairage sur une lampe Edison de 15 volts. En employant 6 éléments on a pu, pendant près de deux mois, faire un travail de nickelage, à raison de sept heures par jour, qui nécessitait l’emploi de 3 éléments Bunsen : ceux-ci devaient être remontés tous les deux jours et étaient loin de donner un courant aussi constant, ce qui. causait des difficultés nombreuses.
- Ces modèles en fonte présentent la propriété remarquable de pouvoir donner sans polarisation un débit plus considérable que des éléments correspondants non métalliques dont la surface conductrice en contact avec l'oxyde de cuivre serait aussi grande.
- L’avantage d’avoir des piles à grand débit, de longue durée et ne consommant pratiquement rien en circuit ouvert, est tellement grand que l’on ne saurait trop encourager les travaux de MM. de Lalande et G. Chaperon dans une voie où ils ont déjà obtenu des résultats si importants.
- Nous espérons que nous aurons encore à signaler de nouveaux progrès de la part de ces expérimenta-
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- teurs si persévérants. Ceux que nous avons lait connaître aujourd’hui ne manquent assurément pas d’importance; nos lecteurs en jugeront, s’ils veulent bien se reporter à notre précédent, article (nu 548 du 1er décembre 1884).
- LE SYSTÈME MÉTRIQUE
- Il est des progrès qui s’imposent avec le temps, en dépit des vieilles habitudes et de la routine. Tel est le système métrique. Un jour viendra où il sera adopté parle monde entier. Les tableaux suivants que vient de dresser le sympathique archiviste de la Société de Géographie de Paris, M. James Jackson, en donnent la preuve d’une façon très éloquente.
- Pays dans lesquels le Système métrique est légalement obligatoire.
- Population.
- Allemagne.............................. 45 234 061
- Argentine (République).................. 2 830000
- Autriche-Hongrie....................... 57 786346
- Belgique................................ 5 520 009
- Bolivie................................. 1 957 352
- Brésil.................................. 9 883 622
- Chili.................................. 2 199180
- Colombie................................ 4 000 000
- Danemark................................. 1969 039
- Equateur.................................. 946 033
- Espagne................................ 16 634 345
- France et Colonies..................... 46 843 000
- Grèce................................... 1 979 305
- Italie................................. 28 459 451
- Mexique............................. 10 046 87 2
- Paraguay.................................. 346 048
- Pays-Bas................................ 4 172971
- Pqrou................................... 2 699945
- Portugal................................ 4 160315
- Roumanie................................ 5 075000
- Suède................................... 4 579 115
- Norvège................................. 1 806900
- Suisse.................................. 2 846102
- 241 973 011
- Pays dans lesquels le Système métrique est légalement facultatif.
- Puissance du Canada..................... 4 324 810
- Etats-Unis............................. 50 419 933
- Grande-Bretagne et Irlande............. 35 241 482
- Perse................................... 7 655 600
- 97 639 825
- Pays dans lesquels le Système métrique est souvent usité sans avoir de valeur légale.
- Egypte............................ 6820000'
- Inde Anglaise....................... 198 755993
- Russie.............................. 100372 555
- Turquie................................. 24804 350
- Uruguay................................... 438 245
- Vénézuéla............................... 2 075 243
- 333266 386
- . A .
- CHRONIQUE
- La statue de J.-B. Dumas.— Un Comité de patronage pour l’élection d’une statue à la mémoire du grand chimiste a été constitué sous la présidence de M. Pasteur. Ce comité comprend : MM. Alexandre Dumas, Boissier, Edmond About, de l’Académie française ; MM. Ferdinand de Lesseps, Bertrand, Rolland, Berthelot, Chevreul, Boulet, Paul Bert, amiral Mouchez, de Quatrefages, Thénard, Milne-
- Edwards, colonel Perrier, Fremy, Daubrée, etc., etc., de l’Académie des sciences; M. Cauvet, directeur, et M. Leblanc, professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures; MM. les docteurs Yulpian et Béclard ; les sénateurs et les députés du Gard; MM. Francisque Sarcev, H. de Pêne, d’ideville, E. Gonzales, G. Claudin, Oscar de Vallée, Ernest Maindron, Ch. Richet, Max. de Nansoutv, II. de Par-ville, Laugel, de Launay et Gaston Tissandier. Parmi les membres étrangers du Comité, figure le nom de S. M. l'Empereur du Brésil.
- ——
- REVUE DE L’ÉTRANGER
- Observatoire magnétique. — Un a distribué aux députés italiens un projet de loi concernant la fondation à Rome d’un observatoire magnétique central qui sera placé sous la direction de l’office de météorologie. Le gouvernement demande un crédit de 176 000 fr., plus une allocation annuelle de 5550 fr. pour les frais généraux et de 11 500 fr. pour le personnel. (Opinione.)
- Les missionnaires mormons. — Il va un mois environ, la police de Vienne a été obligée de prendre des mesures énergiques pour mettre un terme à la propagande religieuse que faisaient à Vienne des missionnaires mormons. Ces derniers étaient envoyés non seulement afin de faire des prosélytes, mais encore pour recruter des femmes à destination du paradis terrestre qu’on appelle l’Utah. Ils adressaient à leurs chefs religieux d’Amérique les photographies des Européennes plus ou moins converties au mormonisme. Les évêques mormons mettaient ces portraits sous les yeux de leurs fidèles mâles et ceux qui se laissaient tenter s’engageaient à payer la traversée des néophytes et à leur faire un accueil cordial lors de leur arrivée dans les harems du Nouveau Monde.
- (Hollandsche illustralæ.)
- Pyramides d'instruction. — A Weimar, Münich, Elberfeld et dans quelques autres villes de l’Allemagne, ou a édifié sur les places publiques ce que l'on appelle des instructions pyramiden ou pyramides servant à l’instruction. Elles indiquent sur leurs diverses faces l’élévation du lieu au-dessus du niveau de la mer, le chiffre de la population, la différence qui existe entre l’heure de la localité et les heures de Vienne, de Paris, de Londres, de New-York, etc. On y trouve aussi une horloge, un baromètre, un thermomètre, une rose des vents et des renseignements de statistique. (Gazette de Voss.)
- Banque d’exportation. — L’Union centrale de géographie commerciale allemande a tenu son assemblée générale à Berlin le vendredi 50 mai. Le président Dr Jannasch a exposé, dans son discours, la série des travaux de la Société, depuis la réunion de l’an dernier. La section centrale de Berlin a fondé la Banque d’exportation qui possède environ mille correspondants lui envoyant des renseignements commerciaux de toutes les parties du inonde. Avec l'aide de cette banque il a été fondé une sorte d’école ou de séminaire politico-commercial, analogue à celui du bureau de statistique, dans lequel des jeunes gens, notamment des architectes, des personnes étudiant l’économie politique, recevront un enseignement qui leur permettra de propager au loin les idées de la Société. Diverses sections de l’Union sont actuellement chargées de soutenir des procès, notamment à Hambourg et à Rio de Janeiro. L’Union a aussi créé un Musée d’exportation à Berlin. Ce inusée contient la série complète de tous les produits d’outremer, depuis les
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- LA NAT U U K.
- ol
- nattes des 'Sarnoyèdes jusqu’aux fruits des tropiques et en outre un dépôt d’échantillons des produits de fabrication allemande propres à être exportés et parmi lesquels les négociants étrangers peuvent choisir les collections d’objets qui leur sont nécessaires.
- (Gazette de loss.) 11. Glück.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 juin 188t. — Présidence de M. Bou.ami.
- Nouveau canon. — La Société des forges et chantiers de la Méditerranée vient de construire pour le compte du gouvernement espagnol, une pièce de canon qui, selon M. Dupuy de Lôme, constitue un progrès considérable en artillerie. Cette bouche à feu qui a 5m,89 de longueur totale, pèse 0200 kilogrammes; sa charge est de 32kil,500 de poudre et l’obus est de 60 kilogrammes. A la sortie du canon la vitesse du projectile est de 632 mètres à la seconde et la pression des gaz de 2200 atmosphères : aussi à courte distance une plaque de fer doux de 35 centimètres est-elle traversée; la portée est de 14 kilomètres 500 mètres. La valeur des pièces d’artillerie étant mesurée parle rapport de leur poids à la force vive du projectile à la sortie, le nouvel engin doit occuper le premier rang, étant de tous celui qui utilise le mieux le poids de métal entrant dans sa construction. C’est ce que prouve un tableau mis sous les yeux de l’Académie, par M. Dupuy de Lôme, et où les données relatives du canon qui vient d’étre décrit sont comparés aux chiffres correspondants pour la pièce de 16 de la marine, pour le 6 pouces Armstrong, le 6 pouces n° 2, ie 6 pouces n° 5, le 15 de Krupp, et le 17 de Krupp. Le rapport précédemment indiqué étant pris pour unité dans la nouvelle arme, il varie chez les autres de 0,80 à 0,77. L’affût de la nouvelle pièce pèse 6740 kilogrammes.
- A la suite de cette communication, M. le général Favé exprime sa très vive satisfaction de voir l’industrie privée entrer dans la voie de fabrication d’armes pour l’étranger. Suivant lui, tous les grands progrès de l’artillerie sont venus non des gouvernements ou des fonctionnaires officiels, mais des industriels : en Amérique, pendant la guerre de sécession, ce sont des particuliers qui ont fait les inventions les plus utiles ; Armstrong en Angleterre, Krupp en Allemagne, sont de simples industriels. Quand un gouvernement possède un matériel de guerre, il n’a qu’un désir : le conserver, dans un but d’économie. Au contraire, les industriels cherchent sans cesse à se dépasser les uns les autres par des progrès nouveaux. D’ailleurs, comme le remarque M. Dupuy de Lôme, il fout largement publier les résultats obtenus et non chercher à en faire mvstère : dans le cas particulier, voilà un canon qui part pour l’Espagne; à qui profiterait le secret gardé sur sa constitution?
- Palœoethnologie. — Sous ce titre : De l'antiquité de l’homme dans les Alpes Maritimes, M. Gaudrv dépose, au nom de M. Emile Rivière, les neuf premières livraisons d’un magnifique ouvrage. C’est la description richement illustrée de gravures dans le texte et de grandes planches en chromolithographie des trésors extraits des grottes désormais célèbres des environs de Menton. En première ligne, figurent les squelettes humains dont le mieux conservé fait partie des collections anthropologiques du Muséum et dont les autres, en assez grand nombre, proviennent d’adultes et de très jeunes enfants. Les silex
- | taillés, innombrables, sont reproduits avec un très grand art au double point de vue de la forme et de. la couleur :
- ! on reconnaît à première vue la nature de la roche dont chacun d’eux est fait. Des os travaillés, des débris de poterie, des coquilles percées et d’autres vestiges d’industries préhistoriques remplissent des planches et l’on trouve aussi le dessin d’ossements appartenant aux mammifères recueillis dans les cavernes explorées par l’auteur et des échantillons des mollusques marins, d’eau douce et terrestre, dont nos ancêtres ont pu tirer un parti quelconque. M. Rivière a fait preuve dans sou bel ouvrage d’une très haute valeur scientifique : nous espérons vivement que l’Académie s-aura le reconnaitre.
- Porosité de l'argent. — On se rappelle que M. Dumas a reconnu il y a quelques années que l’argent, après qu’il a roche, conserve encore de l’oxygène dont on ne peut le débarrasser complètement, qu’en le chauffant au rouge dans le vide. M. Troost reprenant ce sujet vient de constater que dès !-Ü0 degrés, l’argent absorbe l’oxygène de telle sorte que si le métal est disposé en forme de lame entre une enceinte renfermant de l’oxvgène et une enceinte où l’on maintient le vide, le gaz filtre au travers de l’argent. Le passage avec une feuille de un demi-millimètre d’épaisseur se fait à raison de 2 litres de gaz par mètre carré. Evidemment cette élégante expérience indique un procédé d’extraction de l’oxygène de l’air qui pour n’étre pas actuellement pratique ne laisse pas cependant d’étre plein de promesses pour l’avenir.
- Election. — 39 suffrages sur 55 votants appellent M. Jamin à succéder à M. Dumas comme secrétaire perpétuel pour les sciences physiques; son concurrent, M. Yulpian, ne réunit que 12 voix.
- Varia. — La déperdition de l’azote pendant les fermentations des fumiers occupe M. Joulie. — Suivant M. Pelletier le Dalura stramonium est le spécifique de la rage et suivant M. Flachel, M. Pasteur dans ses récents travaux sur la même maladie n’a fait que consacrer les doctrines de l’homœopathie (!). — La commune de Broglie, arrondissement de Bernav, élèvera le 17 septembre prochain un monument à son illustre enfant Augustin-Jean Fresnel. L’Académie ne peut manquer de se faire largement représenter à cette solennité. — D’après les mesures faites par M. Bouquet de la Grve sur 100 photographies rapportées , de Puebla, le disque de Vénus n’est pas circulaire. Les protubérances qu’il présente peuvent d’ailleurs aussi bien être attribuées à des montagnes qu’à des amas de particules solides dans l’atmosphère. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- LE CAPUCHON-CUISINE
- On nous a signalé récemment comme très pratique et très économique, l’appareil domestique que nous représentons ci-contre. Nous avons été en demander un spécimen chez le fabricant, nous l’avons expérimenté,' et nous croyons que les éloges qui nous en avaient été faits sont absolument justifiés. Cet appareil, imaginé par M.Lecornu du Taillis (de Caen), a été l’objet d’un rapport fait par une Commission nommée par la Société d'Agriculture et du Commerce de Caen. Nous ne saurions mieux faire que de laisser parler les membres de cette
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- LA NAT U HE.
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- Commission par l’intermédiaire de M. Paul Drouet, secrétaire rapporteur.
- Déjà beaucoup de personnes ont pu voir le capuchon-cuisine lors de la dernière exposition de l’industrie en 18*5, mais sans pouvoir en apprécier l’utilité. Cette invention a pour base un principe connu : « la cuisson des aliments peut avoir lieu par la conservation, pendant un temps déterminé, de la chaleur suffisante premièrement obtenue. » Le capuchon consiste donc en une sorte de cloche de feutre très épais recouvert de toile cirée, qui est destinée à recouvrir la marmite, soupière, terrine ou timbale quelconque qui contient les aliments que l’on veut faire cuire ou tenir chauds; on place cette marmite sur une double brique réfractaire chauffée qui repose sur un épais tapis de feutre, le capuchon étant placé pardessus le tout ; l’appareil est complet.
- Le but est d’économiser le combustible pendant la durée de la cuisson des aliments, d’économiser le temps et la surveillance indispensables avec toute autre méthode, et de maintenir chauds à toute heure de nuit ou de jour des aliments solides ou liquides sans danger de détérioration par excès de chaleur ni de dessiccation.
- Déjà la marmite Suédoise ou Norvégienne avait atteint ce dernier but, mais à un prix plus élevé, parce qu’elle était d’une fabrication plus compliquée et qu’elle exigeait une timbale spéciale, tandis que le capuchon-cuisine peut s’adapter sur toute espèce de marmite; l’appareil suédois n’a pas non plus le mérite de pouvoir cuire les aliments ; mais à présent, l’innovation du double disque de brique réfractaire chauffé, appliqué au capuchon, permet de faire cuire à fond les aliments convenablement préparés préalablement.
- Afin de bien nous faire comprendre le fonctionnement de cet appareil, l’inventeur, M. Lecornu du Taillis, avait fait préparer, chez 11. le directeur de l’Ecole normale, les éléments nécessaires pour produire un potage gras consommé. A dix heures et demie exactement, une marmite de fer émaillé qui était sur un fourneau ordinaire, ayant atteint le point d’ébullition, c’est-à-dire cent degrés de chaleur, fut placée devant nous sur une table isolée, où se trouvaient les disques de brique réfractaire; puis le capuchon fut appliqué sur le tout, et il fut convenu que, six heures après, on procéderait, en notre présence, à l’examen et à l’appréciation du contenu.
- A l’heure dite, le capuchon fut enlevé, et, à l’aide d’un thermomètre spécial dont M. Berjot s’était précautiouné, nous avons constaté d’abord que la chaleur du liquide s’élevait encore à 81 degrés, ce qui ne faisait qu’une déperdition maximum de 19° en six heures, et, si nous tenons compte de quelques délais pendant les consta-
- tations et du double examen qui fut fait, on peut admettre qu’en procédant régulièrement, le refroidissement ne descendrait pas au delà de 15°; d’un autre côté, en prenant des précautions spéciales, c’est-à-dire en surchauffant un peu le gros disque de brique réfractaire et en faisant usage d’un double capuchon ou même d’une couverture de laine légèrement chauffée aussi, on pourrait encore maintenir une plus grande somme de chaleur, c’est-à-dire environ 90°.
- Après avoir constaté le degré de chaleur, un potage au pain fut trempé immédiatement ; le pain fut saturé en un instant, et le parfum et la qualité de ce potage ne laissaient rien à désirer ; ensuite, la viande fut retirée et reconnue complètement cuite, les légumes aussi. L’expérience a donc été parfaitement concluante en faveur de l’appareil de M. Lecornu du Taillis, et M. le directeur
- de l’Ecole normale nous a affirmé « que toute espèce de ragoût, volaille, gibier, viande au jus, haricots, légumes de toute nature, riz au lait, etc., pouvaient cuire de la même manière ; que déjà on s’était servi chez lui plus de soixante fois de cet appareil, et toujours avec un égal succès de cuisson et de qualité. » M. l’économe de l’Ecole normale fait aussi usage du capuchon pour son usage particulier, et il n’en est pas moins satisfait.
- Pour les besoins accessoires de la tuisine, tels que pour maintenir chauds des aliments liquides ou solides, le résultat est assuré pendant douze ou quinze heures et même davantage; eu plus de sa simplicité qui n’exige aucun entretien, le capuchon a le mérite de n’exiger aucune dépense ni aucun soin quelconque pour son fonctionnement, après que l’installation première.- est faite.
- Ainsi, avec un appareil de dix francs, la femme de l’artisan ou de l’ouvrier de la campagne, peut préparer à moitié, pendant la soirée, les aliments nécessaires pour le lendemain à ses enfants et à son mari, puis se rendre à sa journée en ville ou à la ferme, avec la certitude que, pendant sou absence, son mari et sa famille auront leur subsistance aussi bonne et aussi chaude que si elle eût passé sa journée à cuisiner et sans qu’il y ait besoin de réchauffer. Combien n’v a-t-il pas de personnes dans' une situation analogue?
- Tels sont les avantages que paraît offrir le capuchon-cuisine, appareil bien simple, bien modeste, et peu coûteux ; ils sont dignes d'être signales.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakmer.
- M
- Capuchon-cuisine de M. Lecornu.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N” 577. — 21 JUIN 188 i.
- LA NAT LUE.
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- MACHINES INFERNALES
- KT TORPIM.ES SÈCHES
- Fulton désignait, sous la dénomination pittoresque de torpilles les charges de poudre qu’il faisait jouer sous l’eau. Ile nos jours, par analogie, on appelle également « torpilles » les petits fourneaux de mine organisés à Heur de sol.
- Il convient de donner à cette expression un sens encore plus étendu et de comprendre sous le nom générique de Torpilles sèches toutes les charges de poudre brûlant, à l’air libre, ou à Heur du sol, ou
- à petite profondeur sous terre ou, enfin, jcnlcr-mées (buis un milieu quelconque non liquide.
- Destinées à produire, du fait de leur explosion, des effets de bris ou de projection, les torpilles sèches peuvent se classer en torpilles simples, torpilles de terre, torpilles projetantes et torpilles de rupture.
- La torpille simple consiste en une certaine masse de poudre simplement déposée sur le sol — non enterrée par conséquent — et dont l’explosion à l’air libre produit néanmoins des effets appréciables. Ce genre de torpille était déjà en usage au quinzième siècle puisque, pour desconfire six cens soixante
- Fig. 1. — Explosion d’une torpille de terre ou fougasse ordinaire. — Passe de Schipka, 21 août 1877.
- cheualiers bien subtillement, Panurgc, dit Rabelais, «... print ung faix de paille et une botte de pouldrc de canon et espandit... et avec une migraine de feu (lance à feu) se tint auprès — ... dont Panurgc meit le feu en la traisnéc et les feit tous la bruslor comme âmes damnées. »
- Lorsque la charge de poudre employée est enfermée sous une enveloppe — et qu'on y mêle, ou non, des corps solides faits pour agir à la manière des projectiles, — l’appareil prend le nom de machine infernale. La machine infernale du 5 nivôse an IX (24 décembre 1800) consistait en un baril de poudre, farci de balles et muni d’une détente à la main. Cette torpille lit explosion à l’entrée de la rue Saint-Nicaise, au moment où venait de pas-12° année. — 2e semestre.
- ser la voiture du Premier Consul qui, des Tuileries, allait à l'Opéra. Bonaparte ne fut point atteint, mais quarante-six maisons furent plus ou moins démolies. On compta huit personnes tuées et vingt-huit blessées.
- Observons ici que ni l’appareil de Fieschi, ni les bombes d’Orsini ne sauraient se classer théoriquement au rang des machines infernales. Le premier n’était autre chose qu’un fusil outillé de vingt-quatre canons ; ïOrsinienne est un projectile creux lancé non par une bouche à feu, mais par un engin névrotone. Le moteur musculaire résultant d’un effort de bras d’homme peut, en effet, s’assimiler à celui qui provient de la détente des tons d’une balliste.
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- Par contre, c’était bien d’une machine infernale (Jue se servait le maréchal Bugeaud quand, battant méthodiquement en retraite, il se sentait serré d’un peu trop près par les Arabes. 11 ordonnait alors de semer, sur les derrières de la colonne, nombre de ces caisses à biscuit dont l’ennemi connaissait bien la forme et sur lesquelles on le voyait se précipiter avec une avidité sans égale... Or, dans ces caisses, le biscuit avait été remplacé par une charge de poudre. Un mécanisme automatique des plus simples en amenait, au premier heurt, l’explosion... laquelle jetait naturellement un froid sur l’ardeur des Arabes lancés à notre poursuite.
- Les Torpilles de terre sont de petits fourneaux de mine — ordinaires ou surchargés — capables de taire sauter les objets qui se trouvent à leur aplomb, sur le sol. On les appelle aussi Fougasses. Pour organiser une torpille de ce genre, on creuse un petit puits qu’on relie par une rigole au poste où doit se tenir l’opérateur chargé de la mise du feu. La boîte aux poudres se place au fond et sur l’un des côtés du puits ; la rigole livre passage au conducteur ou cordeau porte-feu. Cela fait, on comble puits et rigole et l’on attend l’ennemi au passage.*
- Au lieu de creuser ainsi des puits — opération assez longue, — on peut aujourd’hui se servir de divers appareils de forage fournissant des procédés expéditifs. Observons aussi que, au lieu d’être à volonté, la torpille peut être automatique fulminante qu automatique électrique.
- En 1855-56, les défenseurs de Sébastopol ont lait jouer contre nous nombre de torpilles de terre ou fougasses ordinaires, mais cela sans grand succès. :À: raison d’un séjour prolongé sous le sol leurs pou-cfres étaient mouillées et ne s’enflammaient pas. Les Russes ont mieux réussi à cet égard, au cours de leur dernière guerre contre les Turcs. Notre ligure 1 représente l’explosion de l’une des fougasses organisées par eux dans la passe de Schipka (Balkans), explosion qui eut lieu le 21 août 1877 et frappa sur l’adversaire un grand effet moral, plus grand encore que l’effet matériel.
- Les torpilles projetantes, sorte de bouches à feu primitives, lancent à petite distance des pierres, de la mitraille ou des barils emplis de poudre. Quelques-unes sont dites « fougasses », ainsi que leurs congénères ci-dessus définies.
- On distingue plusieurs variétés de torpille à pierres ou fouyasse-pierrier. Celle qui est dite en déblai consiste en un demi-entonnoir tronconique, taillé dans la terre vierge et dont l’axe est incliné à 45 degrés sur l’horizon. Au fond de cette cavité s’entaille la chambre aux poudres. Une charge de vingt-cinq kilogrammes permet de projeter en gerbe de trois à cinq mètres cubes de pierres. Plus généralement cette charge doit être d’environ sept kilogrammes par mètre cube.
- Du 19 au 24 mai 1855, les Français, établis dans leurs tranchées devant Sébastopol firent jouer une vingtaine de torpilles à pierres contre les défenseurs
- du bastion du Mât. Organisées dans des entonnoirs ou contre des talus faisant face à la place assiégée, ces fougasses se chargeaient à quarante-cinq kilogrammes en moyenne. Elles projetaient sur les terre-pleins et glacis du bastion non seulement des pierres mais aussi des éclats d’obus. Notre ligure 2 représente les effets de l'explosion ou, si l’on veut, du tir de l’une de ces torpilles sèches projetantes.
- Torpilles de terre et torpilles projetantes s’emploient, à la guerre, à titre de défenses accessoires des ouvrages de campagne.
- Les torpilles de rupture servent, ainsi que leur nom l’indique, à détruire des obstacles naturels ou à ruiner des ouvrages de main d’homme. Nous traiterons surtout de ce dernier genre de torpilles sèches, dont l’emploi trouve son application en une foule de cas, tels que travaux de pétardement, bris d’objets divers, destruction d’édifices ou d’ouvrages de fortification permanente, mise hors de service de voies de communication, etc.
- On donnait autrefois le nom de pétard à certaine charge de poudre enfermée sous une enveloppe de bronze (ou simplement de bois) et destinée à rompre des obstacles de médiocre résistance. Comme il s’employait surtout à briser des portes de villes, le pétard s’appelait aussi pyloclaste. Ce sont, dit-on, les Huguenots qui en firent, pour la première fois, usage en 1570; c’est ainsi que le roi de Navarre eut raison de Cahors, en 1580. Une fois roi de France, Henri IV entretint un corps de pétardiers.
- Le pétard de cavalerie aujourd’hui réglementaire, se compose d’une enveloppe prismatique de fer-blanc de treize centimètres de longueur (Voyez page 27 la figure 5) contenant cent grammes de dynamite. Sur l’une des petites bases de cette enveloppe est soudé en saillie un petit tube cylindrique, pouvant servir de logement à une capsule au fulminate de mercure. Au moment de l’amorçage, celle-ci s’annexe, par voie de sertissure, un bout de cordeau Bickford auquel l’opérateur n’a qu’à mettre le feu, pour provoquer l’explosion voufue. Ce pétard de cent grammes est l'unité torpédique en usage dans les travaux de campagne. On compose facilement telle charge qu’on veut moyennant la juxtaposition du nombre de pétards nécessaire. Si la rupture qu’on se propose d’effectuer réclame, par exemple, l’emploi d’une charge de deux kilogrammes de dynamite, il suffit de faire jouer ensemble vingt pétards juxtaposés.
- Observons que, dans l’industrie, on appelle aussi « pétards » de petites torpilles sèches dont le jeu sert à la rupture du roc ou de la maçonnerie, alors que l’attaque de l’obstacle est devenue trop pénible ou trop lente à l’aide des seuls outils, de carrier.
- En campagne, les pétards servent à rompre des palissades, des palæiques ou des fraises; à bouleverser des abatis; à détruire des barricades; à faire sauter des portes ou des grilles en fer ; à faire brèche à des murs de clôture. C’est ainsi, par
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- exemple, que, à la journée de Buzenval (19 janvier 1871), nos sapeurs ont ouvert le mur de Longboyau. L’emploi raisonné du pétard de cavalerie permet même de pratiquer dans une muraille des brèches ou baies de forme déterminée; d’y percer, par conséquent, des créneaux.
- On obtient également, par des procédés simples, des ruptures torpédiques de banquises dé glacé; des pièces de bois équarries; des pièces de fer ou de fonte. On abat facilement un poteau télégraphique, un arbre de diamètre quelconque et l’arbre tombe de tel coté qu’on veut. L’explosion de six pétards introduits dans l’finie d’une bouche à feu de campagne met instantanément celle-ci hors de service. Une charge de dix pétards a même action sur une pièce de gros calibre.
- La destruction des édifices et des ouvrages de. fortification peut s’opérer, avons-nous dit, torpédi-quement. Le procédé n’est pas neuf, tant s’en faut.. On attribue à Mahomet II l’idée première de l’emploi de la poudre pour faire sauter des remparts ; les Turcs auraient, dit-on, mis cette théorie en pratique aux sièges de Crove et de Constantinople. Ce qui est hors de doute c’est que, ultérieurement, en 1487, une torpille de rupture eut l’occasion de jouer sous les murs de Serezzanella et que, en 1505, la ruine du Castel deW Uovo, de Naples, fut due à l’explosion d’une charge de poudre, habilement placée sous les maçonneries du fort parle célèbre Pierre Navarre.
- C’est suivant cette méthode que Mazarin fit sauter le château de Coucy et que le chevalier d’Àsfeld eut raison du château d’Alicante (1709). La destruction de celui-ci, confiée aux soins du capitaine Delorme, nécessita une consommation de cent vingt mille livres de poudre.
- Un vrai volcan !
- L’histoire militaire fourmille d’exemples de démolitions torpédiques de forteresses. Bornons-nous à citer celles des forts d’Exilles et de la Brunette (1797); de l’enceinte de Castel (1801); de la citadelle de Milan (1805); d’Ulm (1806); de Vienne (1809); du château de Burgos (1815); des forts de Bomarsund (1854) ; des forts Alexandre et Nicolas de Sébastopol (1856). La destruction de ce dernier nous a fait brûler plus de cinquante mille kilogrammes de poudre.
- Parlons maintenant des édifices.
- L’émotion est très grande à Londres, en ce moment. Des malfaiteurs viennent d’essayer d’y faire sauter un bâtiment de Scotland-Yard, siège de la préfecture de police métropolitaine! Ils ont attaqué le Junior Carlton Club, sis à quelques minutes de marche de « Marlborough Ilouse », heu de résidence du prince de Galles. L’hôtel de sir Watkin Wynn a été, presque en même temps, dynamité. Enfin, une quatrième explosion visait la colonne de Nelson, qui s’élève au centre de Trafalgar-Squarc.
- Nous nous abstiendrons, à ce sujet, de commentaires dont le moindre inconvénient serait d’ap-
- prendre aux « Invincibles » anglais un métier qu’ils ne paraissent pas savoir. Observons seulement — curieux rapprochement historique ! — que c’est en Angleterre qu’a jadis été conçu le premier projet de destruction torpédique d’un grand édifice1. Sous le règne de Jacques Ier, des conspirateurs s’étaient, en effet, proposé de faire sauter, d’un seul coup, la famille royale et tous les membres du Parlement, le jour de l’ouverture de la session de 4605. Les chefs de ce complot étaient deux gentlemen : Catesby et Pierey, de la maison de Northumberland. Ils embauchèrent, à titre de complice, un certain Fawkcs et parvinrent, avec l’aide de celui-ci, à accumuler trente-six barils de poudre dans une cave située sous la Chambre des Lords. Averti en temps utile, le comte de Suffolk opéra une descente dans la cave et y découvrit Fawkcs caché sous des fagots qui dissimulaient, en même temps, les barils. Cette tentative avortée est connue sous le nom de Conspiration des Poudres.
- Ultérieurement, le 25 octobre 1812, à une heure et demie du matin, eut heu la destruction torpédique du Kremlin. Des poudres avaient été méthodiquement réparties dans toutes les salles du palais des Czars; il n’y en avait pas moins de cent quatre-vingt-trois mille livres sous les voûtes. « Les Cosaques, dit M. de Ségur, envahissent le Kremlin,’ quand, tout d’un coup, tous sont détruits, écrasés, lancés dans les airs avec ces murs qu’ils venaient dépouiller et trente mille fusils qu’on y avait aban--donnés... Puis, avec tous ces débris de murailles et ces tronçon s d’armes, leurs membres mutilés vont, au loin, retomber en une pluie effroyable. »
- L’année suivante, en évacuant Burgos et Salamanque, l’armée française y détruisait ainsi les principaux édifices.
- Au cours de leur guerre de la Sécession, les Américains ont aussi fait usage de torpilles sèches de rupture à l’effet de détruire les bâtiments de leurs adversaires.
- l'ar une belle matinée de mai* 1864, une flottille fédérale, mouillée à City-Point, venait d’accoster les* quais pour y faire un chargement de munitions. L’un des navires qui embarquaient de la poudre avait son pont encombré de portefaix. Les factionnaires posés à la coupée de tribord ne remarquèrent point un étranger qui se faufilait dans la foule. Cet individu avait bien le costume d)un homme de peine; il ruisselait de sueur et portait à l’épaule une caisse semblable â toutes les autres caisses. Il déposa son colis, s’essuya le front et se retira tranquillement...
- 1 Nous ne tenons pas compte ici, bien entendu, du dernier tableau du Prophète, tableau fantaisiste issu de l’imagination des auteurs, L’anabaptiste Bockelson, dit Jean de Leyde, n’a pas péri du fait de l’explosion d’une torpille de rupture. Il a été mis à la torture le 22 janvier 1536, et l’on montre encore à Munster les instruments de son supplice, lesquels n’ont rien de commun avec des appareils torpédiques d*un genre quelconque.
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- Or ce colis n’était autre chose qu’un clock-work torpédo, c’est-à-dire une boîte contenant 50 livres de poudre destinée à s'enflammer sous l’action d’un déclenchement d’horlogerie... L’explosion se produisit... et les effets en furent lamentables. Les quais, les docks, les navires au mouillage, tout fut détruit. On ne put compter, tant il fut grand, le nombre des blessés et des morts.
- Quelque temps après cet événement, une explosion semblable eut lieu à Mound-City et y anéantit les approvisionnements de l’amiral Porter.
- Los coups les plus sinistres de frère Jonathan eurent pour occulte agent le coal torpédo. Cette
- torpille sèche n’offrait aux yeux les plus méfiants <pic l’aspect d’un débonnaire morceau de bouille, du volume des blocs que l’on brille à bord des navires. En réalité, c’était un bloc de fonte à noyau creux, enfermant dix livres de poudre. Les Confédérés avaient organisé un corps d’ « Enfants perdus » ayant mission de déposer des torpilles de ce genre dans les tas de charbon où les Fédéraux allaient s’approvisionner. On mesure facilement les conséquences de cet artifice. Introduit dans le foyer des chaudières, le faux morceau de bouille y produisait des dégâts épouvantables. C’est une explosion de ce genre qui opéra, sur le James River, la destruction
- Fig.]2. — Explosion d’une torpille à pierres ou fouganse-pierrier. — Sélmstopol, mai 185o.
- instantanée du Greyhound, magnifique steamer qui servait de quartier-général au général Butler.
- Le bruit de ces torpilles américaines eut en Europe un immense retentissement, et c’est leur succès qui a vraisemblablement inspiré certaine tentative criminelle qui jeta, l’on s’en souvient, la consternation dans le port de Hambourg. Les matelots d’un bâtiment eu partance y arrimaient une caisse — en apparence inolfensivc — quand une violente explosion se produisit au milieu d’eux. Le quai fut même jonché de blessés et de morts... La caisse renfermait une charge de dynamite qui, commandée par un mouvement d’horlogerie, devait éclater en mer!... On sut que le navire avait été assuré pour une somme bien au-dessus de sa valeur.
- Un accident, quelque choc imprévu avait seul avancé l’heure de la catastrophe.
- Faire sauter une maison, c’est, à la guerre, opéra-ration courante. Lors du siège de 1870, par exemple, les défenseurs de Paris ont fait disparaître lorpédi-quement certain nombre de bâtiments élevés en contravention sur le terrain de la zone fortifiée, et qui gênaient le tir de l’enceinte. Personnellement, nous nous rappelons avoir supprimé, de cette manière, une tour dite de Malnkoff, qui s’élevait au centre du village de ce nom
- A cette époque, on ne se servait que de poudre Aujourd’hui, la dynamite offre un moyen plus commode; mais encore faut-il savoir s’en servir. Or, on se rappelle que les Nihilistes russes ont échoué
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- quand ils ont essayé d’amener la ruine instantanée du palais d’Alexandre II. Nous nous garderons bien d’indiquer ici, même sommairement, les causes de cet échec.
- Il est possible, avons-nous dit encore, de mettre torpédiquement hors de service les voies de communication. Quelques détails a ce sujet ne seront pas jugés hors de propos.
- Au cas d’une route ou voie ferrée en déblai, fortement encaissée entre des talus perreyés ou des murs de soutènement, on obtient une solution de continuité en faisant jouer, derrière ces perrés ou murs, des torpilles méthodiquement disposées à l'effet d’amener un comblement. C’est ainsi que, pendant la guerre, nos ingénieurs ont obtenu l’obstruction de la tranchée de Longueville, près Provins (ligne de Mulhouse). Au cas d une route ou voie ferrée, à flanc de coteau, il suffit de faire tomber le mur de soutènement. S’agit-il d’une plate-forme en remblai, on en disperse le massif moyennant une série d’explosions combinées. En plaine, enfin, il faut bouleverser l’empierrement ou le balast, en établissant sous la chaussée des chapelets de torpilles dont les entonnoirs se recroisent. Une route ou voie ferrée dont on rompt les ouvrages d’art est nécessairement mise hors de service.
- La destruction d’un pont en bois s’obtient du fait delà rupture des pièces de charpente dont il se compose. Les charges qu’il laut employer se calculent en fonction des équarrissages.
- ' Pour avoir raison d’une travée de pont métallique, il suffit d’en rompre les fermes. Or, l’expérience indique les charges de dynamite qu’il faut employer à cet effet, au mètre courant, contre les faces d’une poutre arquée ou droite.
- En ce qui concerne les ponts en maçonnerie construits sur les communications qu’il importe d’interdire à __ l’envahisseur, ils sont tons munis de dispositifs torpédiques, organisés à l’avance dans les piles on les culées. Établies au-dessus du niveau des plus hautes eaux, les chambres aux poudres sont mises en relation avec l’extérieur par des puits,
- des rameaux, des gaines ou de simples forages. La dalle qui ferme le puits ou rameau indique le nombre de kilogrammes qui doit constituer, en chaque cas, la charge nécessaire. 11 faut employer, par exemple, deux torpilles de cent kilogrammes de poudre à l’effet de ruiner une pile de 8 mètres de long sur lm,50 d’épaisseur.
- C’est ainsi que, en 1871, nous avons pu faire sauter le pont de Fontenay sur la Moselle, à 8 kilomètres de Toul ( ligne de Paris à Strasbourg). La première pile du côté de Strasbourg était munie d'un dispositif de deux chambres auxquelles on accédait par un puits débouchant dans l’axe du -pont. Le 22 janvier, le poste prussien qui gardait le pont fut surpris et enlevé par un parti de chasseurs des Vosges. Aussitôt, les deux chambres de la pile reçurent chacune une charge de 150 kilogrammes. On bourra avec du balast jeté simplement à la pelle et l’on mit le feu. L’opération n’avait pas duré, en tout, plus de 45 minutes !... L’explosion détruisit la pile jusqu’aux fondations, détermina la chute des deux arches adjacentes et opéra ainsi une solution de continuité de 55 mètres. Les chasseurs des Vosges décampèrent, mais l’événement était de nature à surexciter l’esprit des autorités allemandes. Le malheureux village de Fontenay-sur-Moselle fut totalement incendié ; une contribution de guerre de 10 millions
- fut infligée à la Lorraine ; cinq cents ouvriers de Nancy furent réquisitionnés, sous peine d’être fusillés sur place, pour travailler à la reconstruction du pont rompu. Ce sont là des mesures de rigueur auxquelles il faut s’attendre, mais qu’on doit braver quand il s’agit d’aider à la défense du territoire envahi.
- Les viaducs se détruisent torpédiquement de la même manière que les ponts. C’est ainsi que fut également ruiné, en 1871, le grand viaduc de Xar-tigny, situé sur la ligne de Vesoul, à 16 kilomètres de cette dernière ville. Il comprenait neuf arches et huit piles dont la hauteur maximum mesurait 35 mètreï. La pile n° 4, la plus élevée de toutes, était munie de deux chambres auxquelles on accédait
- ,4-OOGr.
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- Fig. 3. — Rupture torpédique d'une bifurcation.
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- Fig. L — Rupture torpédique du rail.
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- par un rameau. Elles furent chargées chacune de 150 kilogrammes de poudre. L’explosion rasa complètement la pile n° 4 et amena la chute des deux arches adjacentes. La pile n° 5 fut, en outre, si ébranlée que l’arche 5-6 s’écroula le lendemain. La communication entre les bassins de la Moselle et de la Saône fut, de ce fait, interrompue pendant toute la durée de la guerre.
- Les tunnels sont les ouvrages d'art qu’il importe surtout de détruire, au cas où l’on veut mettre un chemin de fer sérieusement et pour longtemps, hors de service. Le dispositif, dit de démolition définitive, s’établit vers la partie centrale du souterrain. Il doit théoriquement comprendre quatre torpilles de flanc, disposées, deux à deux, derrière les piédroits de la voûte et une torpille de ciel établie à six mètres au-dessus de l’intrados, à égale distance des deux groupes de liane. La charge totale à faire jouer est théoriquement de trois mille quatre cents. kilogrammes de poudre.
- Au cours de la guerre 1870-71 on a démoli en France, huit tunnels, notamment celui de Nanteuil, lequel se trouve entre Château-Thierry et Meaux. La tète ouest du souterrain fut démolie sur une-longueur de 25 mètres et l’effondrement de la voûte déter-, mina l’éboulement d’une masse de plus de 4000 mètres cubes de sable fin. Le service de la ligne fut interrompu pendant deux mois.
- Pour rétablir la circulation, les Allemands percèrent d’abord l’éboulement d’une petite galerie de service qu’ils essayèrent d’élargir pour obtenir une voie dans l’axe du souterrain. Ce travail avait demandé six semaines et était fort a vancé quand il fut détruit par un nouvel éhoulement occasionné par les pluies. Les Allemands prirent le parti de contourner le mamelon que traversait le tunnel, au moyen d’une voie d’environ 5 kilomètres qui fut posée en trois semaines par des ouvriers venus d’Allemagne. On voit que des ruptures de cette importance contrarient singulièrement l’exécution du programme d’un envahisseur.
- L’exploitation d’un chemin de fer se paralyse encore du fait de la mise hors de service du matériel roulant ou du matériel fixe ou de la voie proprement dite.
- Si l’on veut produire torpédiquement de graves avaries dans une [locomotive, il faut en briser le cylindre moyennant l’explosion simultanée de quatre pétards de dynamite. On rompt d’une manière analogue la caisse à eau du tender.
- En ce qui concerne le matériel fixe, s’agit-il de mettre hors de service une plaque tournante, on commence par l’orienter de telle sorte que ses rails ne correspondent à ceux d’aucune des voies fixes qu’elle dessert. Cela fait, on soulève la cloche centrale et l’on brise ou, du moins, l’on fausse l’axe de la plaque du fait de l’explosion de 0k,500 à 1 kilogramme de dynamite. S’agit-il de détériorer des appareils d’alimentation d’eau, on brise le robinet-vanne d’un réservoir en plaçant contre ce robinet
- une charge de 0k,500 à 1 kilogramme de dynamite. Pour détruire le réservoir lui-mème, il suffit, d’y jeter la même charge amorcée au bickford imperméable
- La figure 5 ci-contre indique le dispositif et la valeur des charges de dynamite à employer à l’effet de détruire une bifurcation. On voit qu'il suffit de faire jouer, en tout, huit pétards pour mettre d’un seul coup deux voies hors de service.
- En campagne, les corps de cavalerie sont fréquemment chargés du soin d’entreprendre des raids. C’est le nom qu’on donne aux expéditions avant pour but d’opérer rapidement des destructions sommaires sur une voie, à l’effet d'y interrompre la circulation pendant quelques heures, au moins. Les cavaliers emportent des pétards.
- L'explosion d’une charge de 400 grammes — ou quatre pétards — de dynamite, appliquée contre un rail comme l’indique la figure 4, suffit à y ouvrir une solution de continuité capable de provoquer le déraillement d'un train. Chaque pétard doit se placer dans la gorge du rail comme le montre la figure 5, c’est-à-dire de telle sorte qu’il y ait contact absolu. Les quatre pétards s’introduisent ainsi à la file et se recouvrent, si faire se peut, d’une petite épaisseur de halast, destinée à former bourrage. Cette charge de 400 grammes fait sauter de 0m,70 à 0m,80 de longueur de rail.
- Le rapide exposé qu’on vient de lire peut donner une idée de la puissance des engins explosibles modernes.
- L’usage des torpilles sèches, très licite à la guerre, ne saurait être réputé contraire aux principes du droit des gens. Il est « de bonne guerre ». Quant à ces machines infernales au jeu desquelles ont recours les sectaires que l’on sait, ce sont des appareils dont l’emploi criminel appelle un châtiment. Fort heureusement ces engins ne sauraient produire beaucoup d’effet. Ils pourront tuer, à l’occasion, quelques pauvres gens, bien innocents, mais n’amèneront jamais grands désastres.
- Nous nous abstiendrons de donner la démonstration de ce théorème, et nos lecteurs de Londres nous sauront gré de cette réticence voulue.
- Point n’est, besoin d’instruire des dynamiteurs ignorants". Lieutenant-colonel Hennebekt.
- MANCHESTER PORT DE MER
- Ce projet, dont il a été depuis longtemps question en Angleterre, comporte une dépense de £ 8 millions ou 200 millions de francs, sans compter qu’il soulève de grandes difficultés techniques dont la solution exigerait, dit-on, des années. Effrayée par ces obstacles, la Commission de la Chambre des Lords, saisie l’an dernier de la question, refusa d’autoriser la constitution d’une Société qui s’offrait pour l’exécution de l’entreprise. Les promoteurs du projet ne se découragèrent pas. Ils sont revenus à la charge cette année ; une nouvelle Commission parlementaire a été nommée, et celle-ci, après quarante jours de délibération, a résolu le 25 mai de sanctionner le projet, mais à la condition expresse que le capital voulu fût garanti
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- fi’avance par une souscription des deux tiers environ, soit £ b millions (125 millions de francs). Cette décision a été aussitôt télégraphiée à Manchester. Or, au bout de quelques heures de temps et bien que pris à l’improviste, les gros industriels de Manchester avaient déjà souscrit, avec des garanties solides de versements, les 125 millions de francs exigés, et la Commission de la Chambre des Lords en était avertie peu d’heures après l’expédition de son télégramme à la ville intéressée. UEconomist, qui n’a jamais été partisan du projet de relier Manchester à la mer par un canal de grande navigation, persiste à soutenir que c’est là une idée « rétrograde, à une époque où l’ou tend autant que possible à éviter les navigations à l’étroit et tortueuses aux steamers de mer. » Notre confrère critique surtout le fait que le nouveau canal doit couper des voies de chemins de for, celles-ci, ne pouvant le franchir assez haut pour permettre le libre passage des navires. 11 prévoit pour l’avenir que les Compagnies de chemins de fer et les Docks de la Mersey, quand le canal sera fait, devront forcément abaisser leurs tarifs et regrette qu’ils ne l’aient pas fait à temps pour rendre inutile le canal maritime.
- LE BALLON CAPTIF DE TURIN
- Le ballon captif a été inauguré le lundi 14 avril, et les ascensions captives ont été exécutées avec succès jusqu’au dimanche 27 avril, joui* de l’inauguration do l’Exposition. A 3 heures et demie les aéronautes ayant aperçu l’état menaçant de l’atmosphère ont interrompu les opérations, et fait descendre de la nacelle les voyageurs qui y avaient pris place pour participer à l’ascension. A 4 heures 35 un coup de foudre a frappé, dans la partie équatoriale, l’aérostat qu’ils avaient placé sur ses amarres. La combustion a été instantanée; il s’est élevé une colonne de feu en forme de cœur qui avait à peu près cent mètres de hauteur, et qui a duré une vingtaine de secondes.
- MM. Eugène et Louis Godard, aéronautes du ballon captif, sont partis immédiatement pour Paris, où ils ont fait en dix jours la coupe, la couture et la cor-derie d’un nouvel aérostat en Ponghée et du cube de 4510 mètres. Le diamètre de la sphère est de 20m,50.
- L’étoffe pèse 80 grammes par mètre carré. Elle résiste à une pression de 12 000 fois son poids. Le ballon est double et porte à la partie inférieure une poche à air pour le gonfler entièrement lorsqu’il repose sur ses amarres, et éviter l’accident qui a mis fin à l’exploitation du ballon captif de Paris en 1879. 11 pèse tout vernis avec ses soupapes 490 kilogrammes; le filet 214 kilogrammes; les haubans 101 kilogrammes, le cercle de suspension de la nacelle avec scs accessoires 76 kilogrammes, nacelle 273 kilogrammes, peson 25 kilogrammes. Il est toujours gréé de manière à pouvoir exécuter une ascension libre, et porte par conséquent une ancre de 51 kilogrammes, une corde d’ancre de 25 kilogrammes, un guide-rope en corde de coco do 850 mètres de longueur pesant 58 kilogrammes.
- La soupape porte un chapeau de 5 kilogrammes
- pour empêcher que la pluie ne s’accumule à la partie supérieure, et que le soleil ne désorganise le caoutchouc. Le diamètre de la soupape est de 95 centimètres ; elle est retenue par quatre bandes de caoutchouc indépendantes l’une de l'autre et larges de 12 centimètres. Elle se manœuvre très facilement à l’aide d'une corde passant par un tuyau spécial qui traverse la poche à air, et elle s’ouvre sous une pression de 15 kilogrammes. L’air de la poche,quia un cube de 450 mètres, y entre et en sort par un tuyau spécial qui a 8 centimètres de diamètre, une longueur de 10 mètres. Deux hommes gonflent ce ba llonnet avec un ventilateur ordinaire en 5 minutes. Le câble a 350 mètres de longueur et pèse 350 kilogrammes; il est conique. Son diamètre supérieur est de 45 millimètres, et inférieur 35. Il s’enroule sur un treuil de 2 mètres 25 de diamètre et de. 3 mètres 50 de long. Le tambour n’est pas rayé en spirale comme celui du ballon captif de Paris. Il est actionné par deux machines Weyher et Richemond,; de Pantin, parfaitement indépendantes, qui possèdent chacune sa chaudière, et qui sont chacune de la force de 18 chevaux. Le tunnel est remplacé par une coupure faite dans le sol. La cuvette a 3 mètres de dia-> mètre, et la nacelle 3 mètres 10. Cette dernière est cylindrique et ouverte au centre comme celle du Captif de Paris. Les ascensions s’exécutent avec. 12 à 15 personnes. La poulie universelle est du système Henry Giffard. Eugène et Louis Godard se relèvent à chaque ascension de sorte qu’il y a toujours un aéronaute à bord. Le prix des ascensions est de 10 francs; le prix des entrées est d’un franc.
- *Ce nouvel aérostat a été inauguré le 31 mai à 3 heures et demie du soir. MM. Eugène et Louis Godard ont fait seuls l’ascension d’épreuve. Immédiatement après, les membres de la Commission des fêtes de l’Exposition, M. le comte de Sambuy, syndic de Turin, le comte de Villanova, etc., etc., accompagnés de M. le capitaine Julhcs, aéronaute français, M. Peyrot, amateur turinois, etc., en tout quinze, personnes, ont pris place dans la nacelle et se sont élevés à 300 mètres.
- Alors les ascensions payantes ont commencé, et elles ont continué le lendemain dimanche avec le plus grand succès malgré le vent et la pluie.
- Le spectacle est splendide, on voit le cours du Pô, le massif de la Superga, toute la ville de Turin, et une multitude de cimes des Alpes, qui sont cachées à terre par les premiers contreforts de la chaîne.
- A l’occasion de la fête nationale de l’Italie,, MM. Godard ont décidé de faire une ascension libre, afin de démontrer que leur ballon captif peut voyager avec autant de facilité qu’un ballon ordinaire. L’expérience a parfaitement réussi.
- 11 a suffi de quelques instants pour détacher le câble et le peson, fermer la partie centrale de. la nacelle avec un plateau en bois, placer dans le coffre qu’on a ainsi constitué, les manteaux, les couvertures, la bâche, les ancres, les instruments, etc., et mettre à bord 800 kilogrammes de sable.
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- LA NAT fi H K.
- Le départ a été exécuté à 7 heures précises aux cris de: Vive /’ Italie! Vive la France! et devant une foule immense qui couvrait l’enceinte réservée, le cours Massimo d’Azeglio et les environs.
- Le ballon a plané pendant ‘25 minutes au-dessus de la ville à une altitude de 1000 à 1200 mètres. Un courant aérien a ramené lesaéronautes dans la direction du Pô. A 7 heures et demie l’aérostat était suspendu perpendiculairement «à 1700 mètres d’altitude an-dessus des régates, qui se sont trouvées interrompues pendant quelques instants. L’aérostat qui continuait son ascension graduelle s’est dirigé vers la montagne et a bientôt atteint 2200 mètres, son altitude maxima. Le thermomètre qui était à 18 degrés au départ est descendu à 8 degrés.
- A ce moment on a aperçu des éclairs et des nuages d’un effet extraordinairement pittoresque se mélangeant aux cimes neigeuses des Alpes.
- Le ballon planait au-dessus de Chieri.
- En descendant, un courant inférieur ramena l’aérostat dans la direction du Pô; il longea pendant quelques instants la Basilique de Superga, où sont enterrés les rois du Piémont, et dont les aéronautes pouvaient admirer tous les détails architecturaux.
- En continuant la descente, l’aérostat traversa pour la deuxième fois le Pô, au-dessus de la Madone del Pi-lonc, et la nacelle près de terre fut bientôt remorquée par les paysans qui saisirent le guide rope, de sorte que les aéronautes n’ont pas eu besoin de jeter l’ancre; ils exécutèrent une véritable descente en ballon captif, à 9 heures 2 à Borglio Vinchiglia Cassina
- Canessa, propriété du banquier Trêves, frère du directeur de VIllustration Italienne. Il y avait à bord du ballon onze personnes, MM. de Fonvielle, M. F ôrtier, M. Guidini, ingénieur et rédacteur du Secolo de Milan, Cliomet de Naples, Yallod fils, Ro-meuf, le capitaine Julhes, et deux dames : Eugène et Louis Godard, aéronautes conduisant le ballon.
- Le ballon captif de Turin a été regonllé le dimanche 8 juin. L’opération, commencée à 4 heures du matin, était terminée à 2 heures. Deux ascensions successives ont eu lieu avec kilogrammes de force ascension nc11 e et 15 personnes à bord. Le ciel s’étant couvert subitement de nuages du côté de la Lombardie et ' plusieurs coups de tonnerre s’étant fait entendre, les ascensions ont été interrompues à 5 heures, au grand déplaisir de nombreux amateurs ; mais les ascensions ont pu être continuées avec plein succès les jours suivants. Cependant elles ont été interrompues' le 10, par des orages très violents et un vent intense auquel le ballon a parfaitement résisté , grâce au compensateur à air dont l’usage est d’une haute efficacité. L’aérostat captif de Turin contribue non seulement au succès de l’Exposition, mais il rend de véritables services à la météorologie. Le P. Denza, président de la section météorologique de l’Exposition et de la Société météorologique italienne et M. Ra-gona, directeur de l’Observatoire de Modènc, sont venus la semaine dernière organiser les observations à bord de la nacelle. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des résultats qui pourront être obtenus.
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- LA NA TL LE.
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- EXPLORATEUR SOUS-MARIN
- DR MM. TOSKI.M
- Le remarquable appareil que nous allons l'aire connaître à nos lecteurs est destiné à explorer les profondeurs de l’Océan ; il esl dû aux habiles et audacieux ingénieurs italiens, MM. Tosclli père et fils, qui en ont fait la cession à une Société dont le siège social est à Nice.
- M. Tosclli fils a déjà fait construire un appareil analogue à celui que nous figurons et avec lequel il a pu descendre à une profondeur de 70 mètres. C’est à la suite de cette première tenta-live couronnée d’un succès complet, que l’on a procédé à la construction de la grande machine actuelle ; elle est destinée à descendre à 200 et 250 mètres au-dessous de la surface océanique.
- Les ingénieurs qui s’engagent dans cette voie toute nouvelle des voyages sous-marins ont le projet de ne pas en rester là ; ils se proposent, nous assure-t-on,de construire un explorateur sous-marin pouvant atteindre des profondeurs de 1000 mètres. Ces appareils seront en quelque sorte pour l’Océan ce que les aérostats captifs sont pour l’atmosphère. Mais sans parler plus longtemps de l’avenir, restons dans le présent et examinons le système construit.
- L’appareil actuel a été désigné sous le nom de Neptune; notre fig. 1 montre l’aspect de deux chambres intérieures avec les voyageurs qu’elles peuvent contenir, tandis que la figure 2 en donne la coupe longitudinale et le plan.
- Le Neptune est formé de trois parties bien distinctes séparées par des disques reposant sur des cornières; ces disques sont reliés entre eux par des colonnes et des montants. Le disque ou plateau supérieur est surmonté par un cylindre de plus petit diamètre où est établi l’escalier qui sert à pénétrer dans l'intérieur.
- La première chambre, dans laquelle on arrive à la
- partie supérieure,
- Fig. 1. — Vue intérieure du Neptune, nouvel explorateur sous-marin
- est celle des mécaniciens. C’est là que l’on trouve réunis tous les appareils servant à la manœuvre : on voit tout, autour de la pièce, des réservoirs d’air comprimé à 50 et 40 kilogrammes. Ils servent, quand on les fait fonctionner par l’ouverture des robinets, à diminuer le poids du Neptune en chassant l’eau introduite dans la chambre de lest, et à faire mouvoir la pompe servant à soulever le couvercle qui obstrue l’entrée du col pour la descente. Cette première chambre contient en outre les appareils télégraphiques et téléphoniques réunissant l’appareil au yacht qui l’accompagne et le relie à la surface de la mer. Le Neptune est attaché au navire par des câbles qui s’adaptent à deux
- poignées fixées sur le cylindre. La chambre des machines renferme encore les indicateurs de pression, les thermomètres et les autres appareils de mesure.
- La chambre située au-dessous est celle des voyageurs. Le pourtour en est garni de 14 sièges placés au-dessous de 14 hublots ou lentilles, permettant d’examiner les alentours de l’appareil; une grande lentille centrale laisse découvrir le fond de la mer que l’on veut observer. Cette pièce, comme la préeé-
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- (lente est pourvue de lampes électriques qui y répandent une vive lumière.
- Enfin l’étage inférieur est la chambre de lest ou de lumière, c’est la clef de l’invention.
- « Cette partie de l’appareil, dit M. Ag. Imbert,
- Fig. 2. — Coupe longitudinale et plan de l’explorateur sous-marin. Échelle 1/80.
- qui en a donné récemment une description complète à la Société de VIndustrie minérale de Saint-Etienne, est disposée de telle sorte que l’on peut, à volonté y introduire une quantité d’eau plus ou moins considérable pour permettre à l’appareil de descendre. Veut-on remonter, l’on chasse cette eau au moyen de l’air comprimé et l’appareil allégé remonte à la
- surface. Cinq lampes en bronze éclairées à la lumière électrique, illuminent de leurs jets puissants les alentours de l’explorateur. Enfin, sur le côté du Neptune sont placés des poids en plomb retenus dans des gaines. Ces poids peuvent être lâchés de l’intérieur de l’appareil et obvier à un accident dans les pièces de manœuvre de l’appareil, afin d’obtenir une remonte rapide. L’appareil, au moment de la descente, est fermé par un couvercle en acier de 60 millimètres d’épaisseur, portant une rainure dans laquelle s’emboîte la frette, et au fond de laquelle un joint en caoutchouc est retenu prisonnier. Ce couvercle pèse environ 700 kilogrammes et se manœuvre au moyen d’une pompe. »
- L’explorateur sous-marin de M. Toselli pourra trouver de nombreux emplois; il sera utilisé dans les sondages, et apportera son concours à la construction des phares ou des travaux maritimes. Le renflouage et le radoubage des navires s’exécuteront plus facilement avec son concours ; il servira à faciliter la pose des torpilles, et qui sait? peut-être un jour à entreprendre de véritables voyages sous-marins comme on n’a pu en faire jusqu’ici qu’en lisant Jules Vernes.
- Samedi 14 juin, le premier essai de l’explorateur a eu lieu dans la baie de Villefranche-sur-Mer, près de Nice. Cette expérience a montré la nécessité d’introduire dans l’appareil quelques modifications, en • ce qui concerne les réservoirs à air comprimé. Les nouveaux essais se trouveront retardés de quelques semaines.
- Félicitons les ingénieurs qui exécutent des constructions aussi originales et aussi hardies; ils contribuent à étendre les conquêtes toujours plus nombreuses de l’homme sur la nature et augmentent ainsi considérablement le domaine de l’exploration scientifique. Gaston Tissandier.
- CONSTRUCTION DE I.'EXPLORATEUR SOUS^MARIN.
- Nous joignons à notre notice la partie technique de la communication faite par M. Ag. Imbert à Ja Société de l’Industrie minérale, elle ne manquera pas d’intéresser spécialement les ingénieurs et les praticiens qui veulent bien nous lire.
- Description, — L’appareil a la forme d’un cylindre de 5 mètres de diamètre et 6m,500 de hauteur jusqu’au col (fig. 2). Ce dernier a un diamètre de lm,310 et une hauteur de 1ra,680; il est surmonté d’un balcon qui porte la hauteur totale de l’explorateur à 10 mètres environ.
- L’appareil se compose de deux enveloppes en tôle d’acier de 12 millimètres collées l’une contre l’autre, et dont les viroles sont réunies entre elles par des couvre-joints. La hauteur est divisée en trois étages au moyen de disques en acier de 25 millimètres d’épaisseur supportés par des cornières et rendus solidaires les unes des autres par des colonnes et des montants également en acier.
- Calcul des épaisseurs de l'enveloppe. — En faisant travailler l’acier à 8 kilogrammes et supposant la plus grande profondeur d’eau à explorer égale à 200 mètres, nous aurons ;
- 20 x 2,976 __ ,
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- LA NATURE.
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- En réduisant cette épaisseur à 24 millimètres et ne tenant pas compte des armatures intérieures, l’acier travaillera à 12kil,600.
- Calcul des fonds. — Pour les fonds, il faut tenir compte de ce qu’ils sont solidaires les uns des autres, reliés par des colonnes et des montants, de manière à ce que la pression d’eau exercée sur le fond inférieur, contrebalance celle exercée sur 1^ fond supérieur.
- Pression exercée sur le fond. 1413000k
- Section des colonnes........ 0ra2,023550
- Section des goussets................ .. 0m3,2025
- Section totale.. O™2,226050
- Soit 0k, 250 par "Y1"2.
- Résistance des tôles cl'acier. — Étant donnés les résultats d’expériences du tableau ci-dessous, l’on voit que l’appareil peut descendre à une profondeur bien supérieure à 200 mètres.
- Voici le résultat des essais à la traction.
- Charge de rupture. Allongement.
- Epreuve en long . 50\700 22 »j0
- — travers 50k,000 20 “|„
- — long 49\700 22,5 %
- — travers. . . . 47k.000 15,5 »/„
- Charge de rupture movenne . 49\400
- Allongement moven .... . 20 »'„
- Poids et volume de Vappareil. — Le volume de l'appareil est jusqu’au col de 46m5 ; le volume du col est de â™5. L’appareil, complètement installé avec tous ses voyageurs, pèsera • environ 46 000 kilogrammes ; il plongera donc jusqu’à moitié du goulot et il suffira d’introduire 1000 litres d’eau dans la chambre de lest pour le faire couler.
- Construction. — Les calculs de résistance et la disposition intérieure ont été faits par M. Mathion, de Lyon, la construction sort des ateliers de MM. Imbert frères, à Saint-Chamond.
- L’appareil a été éprouvé intérieurement, sans colonnes, ni montants; malgré l’énorme diamètre, la pression est montée à 5 kilogrammètres, on n’a pu monter plus haut, parce .que la cornière fixant le col au fond supérieur s’ouvrait, par suite de la flèche prise par le fond.
- MM. Imbert ont également essayé de l’éprouver extérieurement. Pour cela, l’explorateur a été introduit dans une enveloppe en acier de 10 millimètres d’épaisseur, dont le fond supérieur était rivé sur la cornière du col supportant le balcon. A cause de cette mauvaise disposition qui leur avait été imposée, MM. Imbert n’ont, pu monter l’appai'eil qu’à 5 kilogrammètres ; à cette pression l’eau sortait avec force des parties rivées du fond supérieur.
- Nous tiendrons nos lecteurs au courant des nouvelles expériences qui seront exécutées à l’aide de l’explorateur. M Toselli fils a bien voulu nous offrir une place dans le Neptune, et nous nous garderons de manquer cette rare occasion d’exécuter un petit voyage sous-marin. G. T.
- —><>«—
- PROCÉDÉ COLLODIOGRAPHIQUE
- DU DOCTEUR A. HÉJSOCQCE
- Les applications du collodion riciné, c’est-à-dire du collodion normal rendu élastique par l’addition d’une pe-
- tite quantité d’huile de ricin étaient jusqu’à présent réservées à la thérapeutique; M. le docteur Ilénocque a utilisé ce produit dans un but très différent, il s’en est servi pour fixer ou pour transporter et reproduire l’empreinte délicate des tracés stylographiques dont l’usage est constant dans les recherches de physiologie, de physique, de météorologie, et en général dans les nombreuses applications de la méthode graphique.
- Ces tracés sont formés par l’empreinte que laisse un style extrêmement léger sur du papier enfumé et maintenu sur un cylindre ou tambour animé d’un mouvement continu ou à interruptions réglées. * Le style, enlevant une partie du noir de fumée laisse de fines lignes blanches qui se détachent sur le fond noir et que l’on fixe, avec du vernis pour les conserver et les faire reproduire par la gravure ou la typographie.
- Dans le procédé que nous décrivons, le tnfcé est recouvert d’une couche de collodion riciné, on laisse évaporer l’éther, et le collodion forme une mince lamelle qui contient le noir de fumée et les empreintes du style. On obtient ainsi une sorte de cliché pelliculaire présentant les lignes du tracé en transparence sur fond noir; cette pellicule, est séparée du papier au moyen de l’eau et transportée sur une lame de verre à laquelle elle adhère, en se desséchant.
- On peut se servir immédiatement de ce cliché sur verre comme tableau à projection, c’est-à-dire démontrer le tracé en le projetant avec l’appareil ordinaire, ou même avec un simple mégascope, sur un écran où il est agrandi et où il peut être étudié par un auditoire nombreux.
- En outre, ce cliché est facilement utilisé pour la reproduction des tracés, au moyen des procédés Marion ou Pellet ; et enfin, il peut être reproduit sur papier sensibilisé. Dans ce cas, les tracés sont noirs sur fond blanc, et pour obtenir le tracé blanc sur fond noir, il faut transformer le cliché collodiographique en cliché photographique négatif. Ces opérations, grâce au procédé dit du gélatino-bromure, peuvent se faire à la lumière d’une bougie, de sorte que M. Ilénocque a pu dire avec raison qu’il faisait « de la photographie sans appareil optique et sans soleil ». Enfin le cliché collodiographique peut être transformé en cliché typographique par le procédé Gillot.
- Ce procédé, qui sera certainement perfectionné, offre déjà un moyen très simple d’autographie, il permet non seulement la confection rapide de tableaux à projection, mais de plus l’auteur a pu s’en servir pour la reproduction de dessins à l’encre de Chine, au crayon Conté, tracés sur du papier à dessin, du verre douci ou enfin sur les papiers les plus ordinaires, et enlevés avec le collodion. Il a d’ailleurs fait connaître complètement les détails de ses procédés dans le but de favoriser les démonstrations faites à l’aide des projections dont l’emploi se généralise chaque jour au profit de la vulgarisation des découvertes scientifiques.
- BALANCE MAGNÉTIQUE DE HUGHES
- Le professeur Hughes dont les belles inventions sont admirc'es du monde entier, vient d’imaginer un nouvel appareil qu’il appelle balance magnétique et qui lui a servi à étudier les caractères physiques qui peuvent établir une différence entre le fer et l'acier.
- Voici la description de cet appareil ;
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- LA N A TU HE.
- A\
- Une fine aiguille aimantée de 5 centimètres de long est suspendue en équilibre par un fil de soie, et sa pointe nord est placée en lace d'un index sur lequel le zéro est marqué par un simple trait noir. Deux bornes en ivoire limitent l’oscillation de l’aiguille à 5 millimètres de part et d’autre du zéro. Dans la position d’équilibre, quand la pointe et le trait noir sont exactement parallèles, la moindre in-lluence extérieure, comme celle d’un petit morceau de fer de un millimètre de diamètre, placé à une distance de 10 centimètres produit une déviation à droite ou à gauche, selon le sens de sa polarité magnétique, et proportionnellement à sa capacité. Mais l’aiguille sera évidemment ramenée au zéro, si l’on place de l’autre côté, à la même distance, un fil de fer dont les éléments magnétiques soient les mêmes que ceux du premier morceau de métal. De sorte que si l’on connaît ces éléments pour l’un des deux morceaux de fer on les connaîtra pour l’autre.
- Le morceau de fer à éprouver — fil, tringle, barre ou plaque — est placé en face du centre de l’aiguille, à une distance fixe, dans une direction rectangulaire avec celle du méridien magnétique, pour annuler l’influence terrestre. Le compensateur placé de l’autre côté de l’aiguille à une distance de 30 centimètres, consiste en un puissant barreau aimanté, épais de 1 centimètre, large de 3 et long de 6. 11 est mobile autour d’un axe et sa pointe parcourt les divisions d’un cercle gradué.
- Quand l’appareil ne fonctionne pas, le barreau et l’aiguille sont parallèles, les deux pointes étant chacune à leur zéro, mais lorsque l’on fait une expérience, il faut imprimer au barreau un déplacement angulaire afin de ramener au zéro l’aiguille aimantée. En lisant sur le cercle gradué les angles qui répondent à chaque cas, il est possible de comparer les éléments magnétiques correspondants.
- Le morceau de fer que l’on étudie est placé dans l’intérieur d’une bobine de fils de cuivre isolés, de façon qu’il est possible de faire varier son degré d’aimantation au moyen d’un courant.
- L’action de la bobine sur l’aiguille est exactement contrebalancée par celle d’une autre bobine placée de l’autre côté et qu’on peut avancer ou reculer par le jeu d’un levier.
- Un commutateur permet de changer à volonté le sens du courant. Un élément Daniel 1 suffit comme source électrique, mais une constance absolue est indispensable. Des bobines de résistance permettent de varier à volonté l’intensité du courant inducteur.
- Cet appareil très sensible et très délicat exige une certaine habitude de la part de celui qui s’en sert, mais ses indications sont toujours exactes et précises.
- Grâce à lui le professeur Hughes a pu résoudre une question d’un grand intérêt au point de vue scientifique et industriel.
- On a longtemps cherché s’il existe une séparation naturelle entre le fer et l’acier, mais ni les essais mécaniques, ni l’analyse chimique n’ont pu donner à cet égard d’indications utiles. La nouvelle méthode, s’appuyant sur des caractères purement physiques a établi définitivement que la séparation cherchée n’existe pas, et qu’entre le fer le plus doux et l’acier le plus trempé s’étend une série continue de variétés possédant des qualités intermédiaires.
- Toute action physique ou mécanique produit la trempe du métal, la seule différence est dans l’intensité du résultat. Sur le fer, c’est la température dont l’action est efficace, et d’autant plus que le métal est plus doux; sur l’acier, c’est l’action mécanique qui est d’autant plus puissante que le métal est plus
- trempé. 11 semblerait résulter de là qu’il est possible d’établir une ligne de démarcation entre le fer et l’acier, mais comme plusieurs échantillons de métal se trouvent justement aussi sensibles à la température qu’à l’action mécanique, on est forcé d’accepter une distinction arbitraire.
- Les études du docteur Hughes ont fourni d’autres résultats intéressants. Ainsi la résistance électrique du fer augmente à mesure que sa capacité magnétique décroît et il semble exister entre ce dernier élément et la ténacité une relation qui permettrait de calculer cette dernière en partant des données de la balance magnétique.
- 11 est facile de voir que l’appareil que nous avons décrit peut-être d’une grande utilité pratique, soit pour les recherches scientifiques, soit pour les études industrielles. Ses indications seront précieuses dans la construction des aimants et des électro-aimants en permettant de choisir à coup sûr le fer ou l’acier qui conviendront le mieux, ainsi que le degré de trempe ou de recuit qu’il sera bon de leur donner.
- Sans insister plus longuement sur les applications pratiques de la balance magnétique, nous croyons de notre devoir, avant de terminer, de remercier publiquement l’inventeur qui n’a pas voulu faire breveter son appareil, et l’a généreusement laissé dans le domaine public. H. Vila.
- Balancejnugnétique de M. Hughes.
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- L’OCARINA
- Depuis quelques aimées, les fêtes de Paris et des environs offrent aux amateurs de musique un charmant petit ' instrument : ['Ocarina.
- Son nom, et ceux des fabricants y apposés (Girola, Poni-zetti, etc.) nous disent assez qu’il est d’origine italienne. Le montagnard tpn, dit-on, l’a imaginé, tant pour sa distraction que comme moyen de défense ( car il peut servir de coup de poing), ne se doutait guère (pie son invention rustique allait être brevetée, courrait les places publiques, pénétrerait dans les salons, et tigurerait même au milieu de Sociétés philharmoniques.
- Ce n’est donc pas seulement un jouet nouveau, mais un véritable instrument de musique que nous voulons préconiser, en énumérant les avantages qui le feront préférer partout au flageolet de bois ou à la flûte en fer-blanc.
- A son apparition, l’ocarina n’était qu’un peu de terre cuite vernie, affectant à l’extérieur la forme d’un radis noir, mais creux à l’intérieur, muni sur le côté d’une embouchure en siftlet, et percé sur les flancs de 9 ou \ 0 petits trous en guise de clefs (fig. i, nü I).
- Son pouvoir sonore partait de Y ut naturel au fa de l’octave, en passant par tous les accents de la gamme chromatique. Longtemps il resta aussi primitif, et plus d’un amateur a su en tirer des berceuses, des barcarolles, des tyroliennes qui ont eu leurs charmes, mais là s’est borné le programme (pie l’on pût exiger alors de son peu de portée.
- Certains ménestrels ont parcouru jadis, en groupe, nos villes du Nord où l’on n’a pas oublié leur passage. Cette petite société d'ocariens avait laissé de côté la harpe, la mandoline et le violon, pour donner de joyeuses sérénades d’ocarinas bien
- accordés. C’était original et charmant. Mais quoique d’accord, leurs partitions, variant seulement du chant à la tierce (de la même octave ), n’avaient pas le même intérêt que si elles eussent été rendues du ton grave à l’aigu, surtout pour l’ac-eompagnement : c’est ce qui donna l’idée de fabriquer de ces instruments dans des proportions différentes. On vit apparaître alors l’ocarina soprano, plus petit qu’une carotte ordinaire, plus fin que la petite flûte, et
- l’ocarina contre-basse, plus gros que le vrai potiron et plus grave (pie l’alto.
- Le genre restait unique et la méthode aussi facile. On obtint alors des concertos délicieux.
- Mais, pris à part, l’ocarina avait un désagrément : celui de ne pouvoir s’accorder avec le piano ou la flûte, dont il différait quelquefois d’un ton. On imagina donc la pompe-piston, fixée dans le creux de l’instrument par sa petite extrémité, et qui, tirée ou fermée, hausse ou baisse d’un ton les sons obtenus (fig. 1, n° II).
- Une dernière exigence d’amateur le fit doter d’une série de clefs, symétrique à la rangée de trous de la main gauche, et qui donne cette fois une deuxième gamme complète.
- Les perfectionnements ont été d'autant mieux accueillis qu’ils n’ont pas fait changer le prix de l’instrument tout en augmentant sa valeur musicale *. 1 L’idce de cet instrument si simple m’a fait faire un essai
- L.T.
- Fig. 1. — Différentes espèces d’ocarinas. — I. Ocarina simple. — 11. Ocarina avec pompe-piston. — III. Instrument fait avec une gourde.
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- LA NATO K E.
- Pour \ fr. 50 ou 2 francs, l’ouvrier, le collégien, l’apprenti musicien, deviennent possesseurs de l’ocarina, qu’ils peuvent se procurer chez tous les luthiers et sur toutes les foires ; l’instrument s’emporte facilement dans la promenade, et peut être mis à profit, dans les promenades à la campagne ou sur l’eau. Rentré chez soi, on s’en sert avantageusement pour déchiffrer un morceau, apprendre une partie, voir même improviser un bal de famille. Quelques heures d’exercice suffisent pour en tirer très ‘bon parti. A. Reugkret.
- CHRONIQUE
- Lignes «1e chemins de fer projetées à travers les Pyrénées. — Après de longues négociations, les gouvernements français et espagnol ont consenti, dit-on, à autoriser la construction de deux lignes différentes de chemin de fer à travers les Pyrénées. La première ligne viendra en prolongement du chemin de fer de Madrid et Saragosse par Huesca et Canfrane, jusqu’à un tunnel, à Somport, de quatre kilomètres de longueur, et se prolongera ensuite jusqu’à Oloron, en France. Cette ligne sera très importante pour l’Aragon et la vallée de l’Ehre, et sera aussi le chemin le plus court entre Paris et Madrid. La seconde ligne, venant de Lerida par les vallées de Voguera et de Palarès, traversera à Solanut un tunnel de trois kilomètres de longueur et débouchera dans le département de l’Ariège. La ligne catalane offre une grande importance, parce qu’elle servira de route à travers l’est de l’Espagne par Lerida, Valence et le long de la côte de la Méditerranée jusqu’à Carthagène, et sera* pour la France la voie la plus courte et la plus commode pour son commerce et peut-être aussi pour ses troupes et ses dépôts d’Algérie, les ports que cette voie desservira n’étant qu’à une quinzaine d’heures d’Oran par steamer.
- Le port de La Rochelle.— Les travaux commencés aux nouveaux bassins du port de La Rochelle, àLaPallice, seront terminés vers la lin de l’année et la construction du port extérieur est poussé activement. On emploie la lumière électrique afin de pouvoir y travailler la nuit. Pour 1884, le gouvernement a voté un crédit de 1 800 000 fr. et on pense qu’un Crédit supplémentaire de 1 500 000 fr. sera demandé au prochain budget extraoivlinaire pour la continuation des travaux. On a cependant laissé entendre à la chambre de commerce et à la municipalité de La Rochelle, qu’il ne fallait pas compter sur des crédits semblables pour l’avenir, afin de terminer le port à l’époque fixée, c’est-à-dire en 1888. Mais pour éviter des délais dans l’ouverture du nouveau port, l’État propose d’accorder une garantie de 4 pour 100 sur un emprunt amor-
- que j’ai assez bien réussi, et qui vaut la peine d'être çité, ne serait-ce que pour son originalité. J’ai pris une gourde de pèlerin, laquelle j’ai percée de trous minuscules d’abord, d’une disposition analogue à ceux de l’ocarina. Comme embouchure, j’ai fixé à l’aide de cire, au-dessus de ma gourde, un vieux bec de clarinette, muni d’anche : le système nasillait à merveille. Pour obtenir des notes, des gammes parfaites, j’agrandis au canif chacun de mes trous jusqu’à ce qu’il donnât le ton, et j’ai aujourd’hui une sourdine qui ne le cède en rien au hautbois pour les solos peu compliqués. Les sons ainsi obtenus sont même préférables à ceux de l’ocarina, parce qu’ils viennent du bois, et non de la terre. Tout le monde peut eu faire autant (fig. 1, n° III). B.
- tissable en 15 ans, ce qui permettrait à la ville d’achever les travaux.
- La sele hélicoïdale. — Nous avons décrit récemment sous le titre de scie continue à fils métalliques (n° 572 du 17 mai 1884, page 585) un appareil qui figurait à l’exposition du Concours agricole au Palais de l’Industrie. Le système nous avait, été présenté comme de l’invention de M. Yialatte.
- Nous recevons aujourd’hui, à ce sujet, une lettre de protestation de M. Tardent, administrateur de la Société Là Scie hélicoïdale. « On a trompé votre bonne foi, nous écrit notre honorable correspondant, l’invention déjà ancienne de l’emploi du fil hélicoïdal pour le travail des pierres de toute nature, ou autrement dit l’emploi de cordelettes métalliques sans lin, montées sur deux poulies à gorges et formées de trois fils d’acier tordus ensemble suivant un pas déterminé d’hélice, appartient en toute propriété à celui qui l’a trouvée, M. Paulin Gay, ingénieur, 13, rue de Coureelles, à Paris. » M. Tardent ajoute qu’il a instruit contre M. Yialatte une action civile et criminelle, et que la justice suit son cours.
- Chemin de fer électrique de Brighton. — Ce
- chemin fonctionne avec une grande régularité depuis son ouverture, et les résultats de son exploitation sont excellents; nous eu trouvons la preuve dans les chiffres suivants obtenus en prenant la moyenne des huit dernières semaines, pendant lesquelles on a transporté 34 000 voyageurs. Les dépenses se sont élevées par semaine à 448 fr. 75, ainsi réparties : salaire des employés, 248 fr. 75; réparations, 37 fr. 50 ; gaz à 4 fr. 05 les 1 000 pieds cubes, 37 fr. 50 ; amortissement et intérêt sur 62 500 fr., 125fr. Les recettes ont été de 868 fr. 75, et par suite les bénéfices nets ont atteint par semaine 420 fr. Ces résultats ont été obtenus avec une seule voiture faisant environ 82 milles par jour et pouvant contenir 50 voyageurs. Une autre voiture va prochainement être mise en service, et les bénéfices seront beaucoup plus considérables, puisque le trafic sera doublé sans que les dépenses soient sensiblement augmentées. Cette installation prouve une fois de plus que la traction électrique présente dans certains cas de sérieux avantages.
- Notre collaborateur, M. Ed. Hospitalier, professeur à l’École municipale de physique et chimie industrielles, fera dimanche prochain 22 juin, au Conservatoire des Arts et Métiers, une conférence publique, sur les transformations, de l'énergie électrique, applications scientifiques et industrielles. La conférence commencera à deux heures et demie très précises.
- : ' ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 juin 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Les souvenirs de marine conservés. — C’est, on se le rappelle, le titre d’une splendide publication à laquelle M. l’amiral Paris consacre tous ses soins. La deuxième livraison qui paraît aujourd’hui fait renaître de leur cendre des vaisseaux types de la marine de Louis XIV et de Louis XV. Tout le monde partagera l’avis de M. Dupuy de Lôtne qui voudrait voir l’Institut provoquer la création d’une institution définitive destinée à conserver tous les faits intéressant l’architecture navale. Sur la demande de
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- 1/A N AT U HE.
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- M. .lanssen, cette intéressante question est renvoyée à l’examen de la section de géographie et navigation.
- Réclamaiioti de priorité. — H y a de longues années que M. Lalanue a publié une méthode spéciale destinée à abroger considérablement les calculs des ingénieurs. Son travail a été dans le temps l’objet d’un très favorable rapport de la part de Puissant, Coriolis et Savary ; néanmoins un ingénieur bavarois M. Bruckner a, dans ces derniers temps, reproduit l’invention de notre compatriote, et à l’étranger on donne son nom à la méthode en question. M. Lalanne, avec une correction de forme à laquelle tout le monde applaudira, demande à retracer dans les Comptes rendus, l’historique de la question.
- Hydrologie. —- Sous le titre d’Atlas hydrologique du bassin de la Seine, MM. Lemoine et Priodeau adressent un ouvrage où sont véritablement codifiées les règles données par Belgraml pour la prédiction des crues du fleuve. Les auteurs ont si bien généralisé leurs résultats qu’ils terminent par un programme d’études à faire dans le bassin de l’Ohio qui se présente avec un caractère particulièrement dangereux.
- Le mouvement réflexe contagieux. — Tel est. le titre d’un mémoire imprimé que M. Larrey dépose au nom de M. Rainbossou. Suivant lui, « le mouvement cérébral se transmet d’un cerveau à l’autre par le milieu ambiant sans se dénaturer et par conséquent reproduit ou tend à reproduire en se communiquant au cerveau qu’il atteint, tous les phénomènes qui sont sous sa dépendance dans le cerveau où il a pris naissance : bâillement, rire, tics nerveux divers, etc. » — « Lorsque, ajoute l’auteur, la reproduction des phénomènes qui nous occupent a lieu, comme elle est déterminée par le mouvement qui va d’un cerveau à l’autre, il y a donc action réflexe puisque, de centripète, le mouvement devient centrifuge : c’est cette action réflexe qui est la cause immédiate de la contagion » dont il vient d’être question.
- Statue à Dumas. — Le Comité de patronage s’est constitué définitivement. 11 a pour président M. Pasteur, pour vice-président MM. Bertrand, de Lesseps et Cauvet et M. Maindron comme secrétaire-trésorier. Son but est de provoquer une souscription en vue d’ériger à Alais une statue à la mémoire de Dumas. Les souscriptions sont reçues à Paris au palais de l’Institut.
- Soudure de l'aluminium. — Uu des physiciens les plus savants, les plus laborieux et les plus modestes de l’Université, M. Bourbouze, chef des travaux pratiques de l’Ecole de Pharmacie, vient de faire la découverte longtemps cherchée sans succès d’un procédé permettant de souder l’aluminium sur lui-mème ou sur d’autres métaux. Ce procédé très simple consiste à faire subir aux parties des différentes pièces que l’on veut réunir l’opération ordinaire de l’étamage, seulement au lieu d’employer l’étain pur, on devra faire cette opération avec des alliages, tels que étain et zinc, ou bien étain, bismuth et aluminium, etc. Nous avons pu nous assurer que l’on arrive à de bons résultats avec tous ces alliages ; mais ceux auxquels on doit donner la préférence sont ceux d’étain et d’aluminium. Ils devront être préparés en différentes proportions suivant le travail que l’on devra faire subir aux pièces à souder. Pour celles qui devront être façonnées après soudure, on devra prendre un alliage composé de 4;> parties d’etain et 10 d’aluminium. Ce dernier est suffisamment malléable pour résister au martelage. Les pièces ainsi soudées peuvent être enmandriuées et tournées. On peut s’assurer en examinant
- la soudure du tube qui fait partie de nos échantillons qu’elle a parfaitement résisté à cette épreuve. 11 en est de même de l’anneau qui a été martelé et tourné. Les pièces qui n’auront à subir aucun travail après soudure peuvent, quel que soit le métal à souder à l’aluminium être solidement réunies avec la soudure tendre d’étain contenant moins d’aluminium. Cette dernière soudure peut être appliquée avec uu fer à souder eu opérant comme on opère pour souder le fer-blanc ou bien encore dans une flamme. L une comme l’autre de ces soudures n’exigent aucune préparation préalable des pièces; il suffît d’appliquer la soudure, de Détendre à l’aide du fer à souder sur les parties qui devront être réunies. Enfin quand on veut souder certains métaux avec l’aluminium, il est bien d’étamer la partie à souder du métal avec l’étain pur. 11 suffit alors d’appliquer cette partie sur l’aluminium éfamé avec l'alliage et terminer l’opération à la manière ordinaire.
- Age du Flysch de U Apennin. —Il résulte d’un nouveau mémoire de M. Capellini que le flysch de l’Apennin, pétri de fucoïde, comme celui des Alpes, au lieu d’être tertiaire est crétacé. C’est ce dont témoigne les iuoceraines dont il renferme les vestiges.'La même conclusion s’applique selon l’auteur à certains flysch des Pyrénées.
- Purification du zinc. — M. L’Hôte, que tout le monde connaît comme l'un de nos chimistes les plus experts, les plus habiles et les plus souvent consultés par les tribunaux, s’est préoccupé de priver le zinc de l’arsenic qu’il renferme constamment et dont la présence rend impossible la recherche médico-légale que permet l’appareil de Marsh. Le procédé consiste à fondre le métal avec du chlorure de magnésium. Tout l’arsenic se dégage à l’état de chlorure d’arsenic et, avec lui, l’antimoine, lorsqu’il est présent.
- La mer de Triton. — Dans une lecture, écoutée avec attention, M. Rouire cherche à démontrer que l’ancien lac Triton n’était pas du tout comme le suppose M. Roudaire, dans la région des Chotts, mais immédiatement au nord de Souze.
- Varia. — La matière colorante de la paille est adressée par un chimiste dans un flacon bouché à l’émeri, mais sans aucune indication de ses propriétés ou de son mode d extraction. — M. Jurien de la Gravière dépose les mémoires de Boudart de la Grée, l’un des premiers explorateurs du Cambodge. — Le ministère des travaux publics a publié un rapport sur la fatale expédition où a péri le colonel Flatters. — Un échantillon de la météorite tombée eu Perse, à Veramine, en 1880, et qui .appartient à mon type logionite est adressé de Téhéran par M. le Dr Tho-l°zau- Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- CüEILLEUSE DUBOIS
- Les amateurs de jardins et les horticulteurs apprécieront ce nouvel.instrument qui permet de supprimer des bourgeons et de cueillir des fruits ou des Heurs se trouvant hors de portée de la main. Comme sa longueur est de 1 mètre, on peut, en étendant la main, atteindre une Heur jusqu’à 2 mètres de distance et plus. On conçoit que cela est précieux dans bien des cas, pour les botanistes en vovage qui veulent saisir une plante dans un précipice, pour
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- LA NATURE.
- les personnes qui n'aiment pas à marcher sur les plates-bandes, pour les propriétaires qui ont à cueillir des raisins, des pommes, des poires sur des treilles élevées, etc., etc. La cueilleuse après avoir coupé la fleur et le fruit les maintiennent saisis et suspendus dans le sécateur, sans qu’ils puissent tomber. Elle se manœuvre d’une seule main.
- La cueilleuse construite par M. Dubois se présente sous deux formes différentes : l’un est un bambou rotin portant à son extrémité inférieure une sorte de gaine ou de douille mobile en cuivre qui, lorsqu’elle est fixée, protège la cisaille coupante. La seconde forme est une canne en bambou, robuste
- et solide, ferrée à sa partie inferieure, ce qui en fait une véritable canne de jardin.
- L’instrument renfermé dans cette canne qui est creuse, est en tous points semblable à celui de la cueilleuse proprement dite, que montre notre figure o au moment où l’on s’en sert pour saisir une grappe de raisin.
- La cisaille ou sécateur placé à l’extrémité de l’instrument, est représentée fîg. 1, dans sa position ouverte. Les lames coupantes B1 et B2 s’ouvrent sous l’action de la tige C qui traverse de part en part le manche creux, et que l’on anime d’un mouvement de va-et-vient, à l’aide du doigt introduit dans
- Fig. 1.— Mécanisme de la Cueilleuse. B1 B*. Lames coupantes.
- B* surépaisseur métallique.
- l’anneau inférieur. Cette tige soulevée par le doigt, glisse dans une rainure, écarte les laines métalliques b b, par l’intermédiaire de la fourchette f et par suite les lames coupantes B1 B2; en abaissant celte tige avec le doigt par un mouvement énergique, les lames coupantes se renferment, et l’objet, tige de fleur ou de fruit, se trouve saisi par la surépaisseur B3 qui la serre et la maintient à l’extrémité du bâton.
- Le mécanisme fonctionne avec ressort, dans la canne cueilleuse et avec ou sans ressort dans le bâton de jardin suivant les cas ou le besoin des personnes. L’avantage résultant de l’emploi du bois creux ou bambou se traduit par une grande légèreté du système. Si l’on se servait d’un tube métallique pour la confection du bâton, le poids du tube serait tel que la main exercerait son principal effort pour
- Fig. 3. — La Cueilleuse saisissant une grappe de raisin.
- le porter et ne se trouverait plus assez libre pour faire fonctionner le doigtier avec l’énergie voulue ; de plus le tube métallique se bossèle et se tord facilement à cette longueur et la tige intérieure ne fonctionnerait plus.
- Notre figure 2 montre le mode d’emploi de la cueilleuse. Une dame saisit un nénuphar inaccessible au milieu d’une pièce d’eau, et quand elle aura recueilli la plante aquatique, elle pourra faire provision de roses sans se piquer les doigts, et les choisir au centre même des corbeilles, sans endommager les massifs. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : 6. Tissandier.
- Fig. 2. — Emploi de l’instrument pour cueillir une fleur inaccessible. — Exemple d’un nénuphar saisi par le sécateur dans une pièce d’eau.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 578.
- 28 JUIN 1884.
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- UN DRAME DANS LÀ FOSSE AUX OURS
- AU JARDIN DES PLANTES DE PARIS1
- Le Jardin des Plantes, si paisible d’habitude, a été rnis en émoi dans les premiers jours de ce mois par un accident extraordinaire dont nous retraçons ici par le dessin la scène la plus émouvante. Vers deux heures de l’après-midi, un ouvrier maçon tomba tout à coup au fond de la fosse. Aux cris:
- « Un homme dans la fosse ! » la foule accourut de toutes parts.
- Plusieurs versions circulent sur la manière dont cet homme est tombé : l’une dit qu’il a enjambé la grille, pour marcher sur le mur en éperon et que de là il a fait sa chute. Une autre hypothèse paraît plus probable, c’.est qu’il s’est élancé sur la balustrade, de façon à avoir une partie du corps au-dessus de la fosse, les pieds ne touchant plus le sol ; alors, il aurait fait la culbute en avant.
- Citons enfin un troisième récit : c’est celui que fait l’homme 1 u i -même ; il se serait mis à cheval sur la barre d’appui et, à ce moment, il lui aurait pris un étourdissement qui lui aurait fait perdre l’équilibre ; il serait heureusement tombé sur la femelle d’ours, qui à ce moment était au-dessous de lui, attendant un morceau de pain qu’il lui présentait.
- Quoi qu’il en soit du motif qui a occasionné cette chute, il est bien certain qu’il y a eu une imprudence commise, imprudence que l’on ne peut attri-
- 1 Vue d’une fosse aux ours au Jardin des Plantes, n° 479 du 5 août 1882, p. 145.
- 12e anaée. — 2° semestre.
- huer qu’à un état de folie ou d’ébriété; cette dernière manière de voir nous paraît vraisemblable, car d’après les renseignements (pii nous ont été donnés sur l’individu, il a l’habitude d’être très souvent en état d’ivresse.
- Les deux ours de Syrie qui habitent cette fosse sont un mâle au poil jaune foncé et une femelle à la robe presque noire. La femelle, quand l’homme
- tomba sur elle, s’enfuit à l’autre extrémité de la fosse et courut d ’ u n m u r à l’autre, cherchant à se sauver. Mais le mâle s’était approché de l’homme et le flairait. Il le toucha d’abord assez doucement, et comme en jouant. L’homme ouvrit les yeux, étendit les bras et, apercevant l’ours tout près de lui, voulut lui fermer la gueule avec la main. Heureusement pour lui, il avait encore assez de présence d'esprit pour ne pas bouger et ne pas essayer une lutte inutile.
- Les journaux ont, pour la plupart , brodé à l’envie sur les péripéties surve -nues pendant l’accident;les uns ont montré l’ours léchant le sang s’échappant d’une plaie béante; les autres l’ont dépeint s’efforçant de dévorer sa victime. Tout cela est fort mélodramatique, mais manque absolument de vérité.
- Le sauvetage, d’après les renseignements certains que nous avons recueillis, s’est opéré d’une façon aussi prompte que possible. L’un des gardiens de la Rotonde, prévenu qu’un homme venait de tomber dans les fosses aux ours, est allé avertir les gardiens des animaux féroces ; aussitôt l’un d’eux est venu en courant suivi d’un menuisier ; tous deux, se faisant jour à travers le public, se sont engagés sur le mur
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- Sauvetage d’un homme tombé dans la fosse aux ours (mardi 10 juin).
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- et de là ont repoussé avec une pique Fours de Syrie, qui à ce moment était face à face avec Fhomme ; en même temps arrivait un autre employé apportant une forte corde que l’on lança entre les bras du malheureux qui s’en saisit aussitôt. Il se cramponna à cette corde et, s’aidant des pieds, fut hissé et sauvé des pattes de l’ours, fort heureusement, car celui-ci devenant furieux, par les cris du public, par les mauvais traitements et par la fureur de voir sa proie lui échapper, aurait certainement fait un fort mauvais parti à son visiteur.
- Cet homme qui, selon toutes probabilités, serait mort d’une façon très tragique, en a été quitte pour une éraflure au front, quelques contusions sur le dos, et quelques lésions sur le côté droit, lésions faites par une morsure de Fours, le tirant des pattes et des dents pour le ramener à lui, au moment où on le hissait hors de la fosse. L’homme tombé dans la fosse est resté cpiatre jours seulement à l’hôpital.
- Cet homme a encore eu beaucoup de chance dans son malheur: d’abord de tomber sur la femelle d’ours qui lui a servi de coussin, ensuite d’avoir échappé au mâle qui a toujours été considéré comme féroce, et enfin de ce que les secours aient pu être rapides; il a dû la vie à la présence d’esprit des sauveteurs, qui n’ont pas perdu la tête, quoique étant eux-mêmes en danger, puisqu’une fausse manœuvre pouvait aussi les faire rejoindre celui qu'ils voulaient sauver.
- Un quart d’heure à peine s’est écoulé entre la chute et le sauvetage ; Fhomme tombé dans la fosse aux ours, a pu aller en marchant jusqu’à l’hôpital, mais en arrivant les jambes ont refusé de le soutenir et il a fallu le porter jusqu’à la salle Midi au, où il a été soigné.
- Ajoutons en terminant que la balustrade de la fosse aux ours a lm,14 de haut; c’est donc dire que l’homme le plus grand ne peut, sans le vouloir, ou bien sans commettre une imprudence inqualifiable, se laisser tomber dans ces fosses qui sont de toutes parts, garanties contre pareil accident.
- Disons enfin que ce n’est pas la première fois que la fosse aux ours a été le théâtre de scènes dramatiques; il y a plus de cinquante ans, mn invalide, ayant cru voir briller dans une des fosses au'x ours, un morceau de métal qu’il avait pris pour une’pièce de cinq francs, eut l’imprudence d’y descendre pendant la nuit : un ours se jeta sur lui et l’étouffa dans ses bras. - Dr Z...
- ^ÉQUATORIAL DE L’OBSERVATOIRE
- DE PARIS (SYSTÈME LŒVy)
- La Nature a donné le premier dessin de l’Equa-torial Lœwy, et publié la première notice sur ce remarquable appareil1. Nos prévisions se sontréali-
- 1 Voy. n° 538 du 22 septembre 1883, p. 204.
- sées : l’équatorial coudé a été favorablement accueilli par les astronomes. Nous sommes heureux de faire connaître l’opinion de deux savants d’une haute compétence, M. Gill, directeur de l’Observatoire du Cap, et M.N.Lockyer. L’extrait qu’on va lire est emprunté aux Comptes rendus de la Société astronomique de Londres, séance du 2 juin.
- A Paris, dit le I)r Gill, j’ai été particulièrement intéressé par l’équatorial coudé de M. Lœwy. J’étais très désireux d’essayer le pouvoir optique de'cet instrument. 11 ne peut pas y avoir de doute, quant à la commodité pratique : on se trouve par une nuit froide, assis dans une chambre confortable, au lieu de se trouver exposé aux intempéries, L’instrument est absolument stable, que le vent souffle ou qu’il hurle, vous pouvez observer à votre aise.
- Par une belle nuit, vers 11 heures, nous nous rendîmes à l’Observatoire et nous dirigeâmes l’instrument sur q du Lion : je suis obligé de dire que je n’ai jamais vu des anneaux de diffraction d’une étoile mieux définis que dans cet instrument, ils sont parfaitement circulaires. Je n’avais jusqu’ici jamais vu une image aussi nette se produire dans le foyer, et si je ne l’avais pas constaté par moi-même, je n’aurais pu croire qu’il était possible de construire un instrument dans lequel, après deux réflexions, on pouvait rencontrer une telle netteté.
- Je ne puis pas dire si la perte de lumière est considérable, mais M. Lœwy m’a assuré que, par des mesures photométriques, il avait trouvé que la perte de lumière était seulement équivalente à un demi-pouce pour un objectif du diamètre de 10 pouces et demi, et, s’il en est ainsi, l’équatorial coudé est un instrument très précieux.
- Après ce qu’a dit M. Gill, reprend M. Lockyer, il ne me reste que quelques mots à ajouter sur deux points. Je suis très satisfait d’entendre l’opinion du Dr Gill sur l’équatorial coudé de M. Lœwy, parce que je suis forcé d’avouer que je pense que c’est un des instruments de l’avenir. Je dis cela parce que j’ai vu dans les ateliers de MM. Ilenry, un miroir plan de 40 pouces de diamètre et que quelques opticiens anglais croyaient impossible de réaliser.
- Ce miroir est terminé, et on le dit aussi parfait que le miroir employé par M. Lœwy dans son instrument.
- S’il était question de monter un instrument de 27 ou 28 pouces, je voudrais le construire comme ‘l’équatorial coudé pour une raison que le Dr Gill n’a pas indiquée, c’est-à-dire, pour la brutale question financière.
- Si les instruments de 27 ou 28 pouces étaient installés d’après le plan ordinaire, les bâtiments d’observation et la coupole coûteraient pour chacun d’eux 20 000 livres sterling. Deux installations, qu’on doit construire pour ces instruments qui ne sont pas achevés, ont été estimées devoir coûter un demi-million de francs chacune.
- Le pavillon de Nice coûte même plus cher, car M. Bis-choffsheim désire en faire un petit monument, de sorte que si vous avez votre équatorial, de 27 pouces d’ouverture, quelle que soit la somme qu’il coûte, vous n’aurez pas besoin d’une coupole qui, d’après le type français, coûterait 20 000 livres sterling.
- Il arrive quelquefois que, même en Angleterre, on éprouve une difficulté à se procurer de l’argent pour un but scientifique, et si vous pouvez par l’installation réduire le prix de la coupole à quelques centaines de livres sterling, vous avez encore à considérer autre chose que les anneaux de diffraction.
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- LES RAILS D’ACIER
- L’invention de l’acier Ressemer a entraîné, comme on sait, une transformation complète dans la métallurgie du fer, et cette transformation a été si profonde qu’on peut dire en quelque sorte qu’elle a amené avec elle la production d’un métal nouveau. L’acier fondu, obtenu facilement en grandes masses par de simples réactions chimiques qu’on peut régler à l’avance, possédant enfin une homogénéité parfaite, remplace en effet un métal ancien, le fer soudé, tel qu’on le connaissait jusque-là, obtenu toujours par quantités nécessairement restreintes et sous l’action de moyens mécaniques qui ne parvenaient jamais à en éliminer toutes les scories, à le rendre bien pur et homogène. Et même en se rappelant l’influence énorme que l’invention d’un métal nouveau a toujours exercé sur les mœurs de nos ancêtres, si bien que le nom de ces métaux marque en quelque sorte les grandes étapes de l’histoire de l’humanité et caractérise l’âge qui s’en est servi. Nous croyons qu’on peut dire sans exagération que l’invention du métal fondu forme en quelque sorte le point de départ d’un âge nouveau, l’âge d’acier succédant à l'âge de fer. Et il faut admettre en effet que ce produit, possédant des qualités de résistance de malléabilité et surtout d’homogénéité bien supérieures à celles du fer puddlé, est appelé à le remplacer prochainement dans la plupart des applications : dan« les chemins . de fer, par exemple, les rails, la plupart des pièces du matériel roulant ; dans la marine, les coques de navire, les chaudières, la plupart des profilés servant à la construction sont déjà fabriqués en acier fondu. A l’étranger, on n’hésite plus à construire des chaudières en tôle d’acier, à préparer des locomotives tout entières avec ce métal, et il y a lieu de penser que cet exemple sera suivi prochainement en France, quand on se sera mieux pénétré dans les ateliers des conditions particulières du travail du métal fondu. On peut ajouter enfin que l’invention récente des procédés de déphosphoration, fournissant un métal d’une douceur particulière, pouvant se travailler dans les mêmes conditions que le fer puddlé, permettra d’appliquer l’acier ainsi obtenu à une foule d’applications qui étaient encore réservées au fer, et nous verrons'sans doute les fers de construction, par exemple, fabriqués en acier déphosphoré dans un temps peu éloigné.
- Pour bien apprécier toute l’importance de cette substitution du métal fondu au fer puddlé, il faut considérer, en ce qui concerne les chemins de fer par exemple, que le développement merveilleux qu’ils ont pris de nos jours n’aurait pas été réalisable autrement et par suite, cette modification si profonde qu’ils ont entraînée avec eux dans nos mœurs, nos habitudes, etc., ne se serait pas produite non plus : la production du fer au four à puddler est nécessairement très limitée en effet, puisqu’un four peut fournir à peine quelques tonnes
- de métal par jour, et d’autre part, le seul entretien des premières voies ferrées aurait absorbé toute la production des forges de France, car les rails en fer ne pouvaient pas fournir un service de plus de dix à quinze ans. Au bout de ce délai, et quelquefois dans les premières années de la mise en service, le rail présentait des défauts locaux, pailles ou lis-sures résultant des scories imparfaitement éliminées, et il était mis au rebut souvent avant d’avoir atteint la limite complète d’usure. Les rails en acier au contraire ne présentent pas ces défauts locaux en raison de leur parfaite homogénéité, l’usure s’y produit d’une manière régulière et bien uniforme, et il n’y a pas lieu de les mettre hors de service avant qu’elle ne soit bien complète. En outre, cette usure est bien moins rapide en raison de la plus grande résistance et de la dureté du métal, et pour ceux qui sont installés en voie courante sans être exposés à aucune cause particulière d’usure, il est impossible d’apprécier dès à présent la date à laquelle ils auront atteint la limite, tellement l’usure annuelle est insensible. L’invention de l’acier a décuplé pour ainsi dire la production des rails, puisque le convertisseur Ressemer permet d’obtenir en une heure à peine la production d’une semaine de travail du four à puddler; on comprend donc que dans ces conditions la production de nos forges, consacrée à la fabrication des rails nécessaires à la construction des voies nouvelles, a pu leur donner ce grand essor qu’elles ont reçu ces dernières années. La production des rails, qui n’était guère que de 100000 tonnes avant 1870, pourrait s’élever aujourd’hui à 500 000 tonnes au moins par la fabrication des rails d’acier ; et nous atteignons même le moment où celte production énorme ne va plus trouver son écoulement en France et devra chercher à se répandre à l’étranger, où il lui est si difficile cependant de lutter contre la concurrence de nos voisins, les Relges, les Anglais et les Allemands.
- Ainsi qu’on le voit, cette question de la production et de l’usure des rails intéresse fortement à des titres divers, toutes les administrations de chemins de fer, et surtout toute notre industrie métallurgique qui s’est fermé elle-même, en quelque sorte, par ces nouveaux procédés, le débouché que la fabrication des rails en fer lui assurait autrefois. Nous pensons donc qu’on ne lira pas sans intérêt quelques renseignements que nous avons reproduits ici d’après des observations faites à ce sujet au chemin de fer de l’Est par M. Connesson, ingénieur principal de cette Compagnie, observations qui ont été publiées dans la Revue générale des chemins de fer.
- Les rails, étudiés par M. Connesson, sont du type Yignole à patin de 36 kilogrammes de la Compagnie de l’Est, ils sont posés sur la ligne de Paris à Avricourt entre Paris et Rondy, et occupent une longueur de 20 kilomètres et demi environ; ils ont été posés de 1871 à 1874, et ont ainsi un âge moyen de dix ans, ils ont supporté un tonnage atteignant en certains points 47 à 56 millions de tonnes entre
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- Pantin et Noisy-le-Sec. M. Connesson a relevé le profil de la voie le Ion" de tous les rails examinés afin de
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- pouvoir apprécier l'usure en chaque point, et il a reconnu qu’elle était presque nulle sur les rails situés en pleine voie, soit de 3 à 4 millimètres seulement, tandis qu’elle est très considérable et atteint 15 millimètres au moins sur tous les points ou les trains s’arrêtent ou se ralentissent, comme aux abords des disques et dans le voisinage des gares; ce qui tient évidemment au frottement énergique dû aux roues enrayées sous l’action des freins. Rapportées à un trafic de 100 millions de tonnes ou de 500 000 trains, les coefficients d’usure varient, d’après les observations faites de 4mn,,4 dans le premier cas, à 57mm,5 dans le second; l’usure est donc 13 fois plus forte dans le voisinage des gares.
- Sur les lignes à grand trafic, l’usure augmente avec la vitesse ; mais dans des proportions qui sont d’ailleurs difficiles à préciser, car sur les parties des voies en pente, l’action des freins vient souvent s’ajouter à celle de la vitesse. D’autre part, sur les lignes à faible trafic, l’usure est augmentée par l’oxydation, car la couche d’oxyde qui se forme à la surface entie le passage de deux trains successifs est enlevée par le dernier d’entre eux. r L’usure des rails amène un élargissement de la table de roulement et même du champignon, car le métal se trouve rabattu des deux côtés ainsi qu’on en voit des exemples curieux dans la figure ci-dessus qui donne trois coupes prises en bout et sur une traverse intermédiaire, d’un rail ayant subi une usure de 15 millimètres. Ce fait explique d’ailleurs que l’usure proportionnelle observée aille en diminuant à mesure que l’usure totale augmente, ainsi que l’a observé M. Couard sur les rails de la Compagnie de Lyon, et c’est ce qui a conduit cette Compagnie à augmenter récemment la largeur du champignon de ses rails pour se rapprocher de la forme naturelle qu’ils prennent par l’usure. D’après les mesurages effectués par M. Couard, qui confirment d’ailleurs les résultats déjà observés par M. Connesson, l’usure des rails en pleine voie serait simplement d’un millimètre par 110000 trains, et si on admet par exemple que ces rails ne seront pas remplacés avant que l’usure n’ait atteint 1 centimètre au moins, on voit que le nombre des trains qu’ils auront supporté dépassera alors un million, et ce chiffre est un minimum puisque l’usure diminue quand l’âge des rails augmente. Dans ces conditions, sur les lignes à grand trafic, comme sur Ja section de Paris à Villeneuve-Saint-Georges où les rails ont déjà
- douze ans de service, on peut admettre qu’ils atteindront une durée de quarante-six ans, qui pourra s’élever à cent six ans sur les lignes à moyen trafic comme celle d’Arles à Marseille, et atteindre enfin deux cent dix ans sur les lignes moins fréquentées comme celle du Bourbonnais de Moret à Nevers ; on voit par là que sur le troisième réseau, où le trafic est nécessairement réduit, la durée de ces rails devient indéfinie pour ainsi dire.
- Les rails s’usent également sur le patin au-dessus des traverses et particulièrement sur celles de joint par suite du malage qui se produit sur les platines au passage des roues. Lorsque cette usure atteint 3 à 4 millimètres et se cumule avec celle du point de contact du chapeau du tire-fond ainsi qu’avec celle des platines, il devient assez difficile d’obtenir un serrage rigide des tire-fonds qui battent alors sur l’épaulement de la platine avant d’atteindre le rail, ainsi qu’on en voit un exemple dans la coupe du milieu de la figure ci-dessous. Le rail y est représenté avec les deux éclisses d’assemblage, et on voit d’autre part qu’il porte aussi à l’âme sur la
- surface d’appui des éclisses une usure atteignant quelquefois 3 millimètres. Les éclisses elles-mêmes s’usent aussi sous la tète D des boulons, et présentent quelquefois des entailles de 5 à 6 millimètres de profondeur. La pose des rails avec les joints en porte à faux remédie à l’inconvénient de l’usure du patin au-dessus de la traverse du joint.
- Il se produit une usure très sensible sur les traverses intermédiaires sous l’action du sable ou de la boue qui pénètre au-dessous du patin, et il semble que les semelles en feutre dont on fait usage actuellement y remédient avec avantage. Le chapeau des tire-fonds accuse aussi son empreinte sur le patin des rails au-dessus de ces traverses, comme on en trouve également un exemple dans le rail représenté à gauche de la figure.
- Il arrive également, surtout’ sur les rails à patin, qu’il se produit des fentes sur le patin du rail à partir des trous qui y sont percés pour la fixation du rail, et la Compagnie de Lyon par exemple étudie actuellement un modèle de selle qui vient s’attacher sur l’âme même du rail en enveloppant le patin qui n’est plus percé; on a ainsi une sorte de selle-éclisse remplaçant en quelque sorte les coussinets des rails à double champignon. Cette modification paraît appelée à prolonger très sensiblement la durée des rails ainsi maintenus.
- Exemple d’usure de rails. — Coupes d’un rail usé, prises eu bout et sur une traverse intermédiaire.
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- L’EXPOSITION GÉNÉRALE ITALIENNE
- UE TURIN
- Turin, 14 juin 1884.
- Quoique les premières Expositions qui ont eu lieu à Turin ne se soient étendues qu’aux beaux-arts, il n’est point inutile de rappeler qu’elles lurent convoquées pendant la domination française, en 1805, 4811 et 1812. C’est seulement en 1820 que Victor-Emmanuel 1er, en revenant de l’exil, consentit à reprendre la tradition de l’Empire Français. Son successeur, Charles-Félix, ouvrit en 1829 une Expo-
- sition industrielle et artistique dans le palais du Valentino, construit sur les bords du Pô par la reine Christine de France, veuve de Yictor-Àmédée Il‘r et lillc d’Henri IV et de Marie de Médicis. Cet édifice, dans le voisinage duquel l’Exposition actuelle a été ouverte, est affecté à une Ecole d’application pour les ingénieurs.
- Le roi Charles-Félix décréta que les Expositions auraient lieu tous les trois ans, mais il mourut avant l’inauguration de la seconde, qui fut faite par le roi Charles-Albert, premier souverain de la branche de Carignan. L’Exposition industrielle n’eut point un très brillant succès, et l’on décida que le palais du
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- Plan général de l’Exposition de Turin.
- 1. Cuisine économique. — 2. Salle de Conférence. — 3. Station des tramways. — 4. Annexe de l’Exposition d’électricité. —5. Pharmacie et service médical. — 6. Kiosque de la Gazette del Popoto. — 7. Papillon royal. — 8. Histoire de la réorganisation nationale. — 9. Bureau de la Presse.— 10. Poste et Télégraphe. — 11. Pavillon météorologique.— 12. Change.— 13. Carrosserie. — 14. Cluh Alpin
- — 15. Ministère de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. — 16. Sécherie à vapeur. — 17. Pompe pour puiser l’eau du Pô. — 18. Colombier. — 19. Sériciculture. — 20. Apiculture. — 21. Garde-côte. — 22. Bronzes du moyen âge. — 23. Entrée de l’Exposition jl’art antique. — 24. Vins siciliens. — 25. Yermout de Turin. — 26. Ortèvrerie. — 27. Entrée du Valentino. — 28. Comptoir de vente
- — 29. Cloches. — 30.. Terre cuite.
- Valentino ne leur ouvrirait plus ses portes que tous les six ans. La troisième Exposition industrielle ( 1838) et la quatrième (1844) eurent lieu sous le règne de Charles-Albert, et la cinquième (1850) sous celui de Victor-Emmanuel II, en 1850. Depuis lors, d’autres préoccupations empêchèrent les souverains du Piémont de songer aux prescriptions du décret de 1852.
- C’est l’initiative privée qui devait inaugurer en Italie la période des Expositions nationales pour tout le royaume. La première eut lieu à Milan en 1881.
- A peine était-elle terminée, que l’avocat Balthasar Cerri et l’ingénieur Angelo Rossi conçurent le projet de convoquer à Turin la seconde. Ils provoquèrent un meeting qui eut lieu le 26 novembre 1884 dans la salle de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. On forma un Comité dont la présidence d'honneur fut donnée au duc d’Aoste, l’ancien roi d’Espagne ; le président actif fut M. Thomaso Villa, ancien ministre de la couronne, et le vice-président, le comte Ernest Sambuy, maire de Turin.
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- Le Comité choisit un vaste emplacement voisin des jardins du Valcntino, situé d’une façon très pittoresque sur la rive gauche du Pô, au pied du mont Capucino, et en vue de la basilique de la Superga, sépulture des rois de Piémont. Le fond du tableau est occupé par les cimes neigeuses des Alpes. L’Exposition occupe ainsi un espace de 120 000 mètres carrés sur lequel M. Camilio Riccio, architecte du Comité, a semé avec beaucoup de goût, dans des jardins et des bosquets fort habilement dessinés, un grand nombre de constructions de différents styles, et dont quelques-unes sont fort remarquables. L’ensemble des surfaces couvertes est d’environ 70 000 mètres carrés.
- M. Riccio a établi, comme on l’avait fait à Paris, une ligne spéciale pour relier l’Exposition au réseau des chemins de fer de la liaute-ltalie, afin de faciliter le transport des objets de toute nature. Mais l’entrée principale a été construite en face du palais du Valentino.
- La porte monumentale est accompagnée à droite et à gauche de deux pavillons carrés pareils et d’une architecture gracieuse. Celui de droite est consacré à l’Administration, et celui de gauche à la Météorologie et à la Physique terrestre. Dans l'étage supérieur du pavillon de l’Administration se trouve un équatorial destiné à l’Observatoire de Turin. La terrasse centrale et celle qui couronne la Tour de la météorologie, sont le lieu d’observations quotidiennes de toute nature, dont les résultats sont immédiatement sous les veux du public. Nous avons constaté avec plaisir que les instruments enregistreurs de MM. Richard frères fonctionnent de la façon la plus régulière dans le bel établissement improvisé. Il est placé sous l’autorité du Père Denza, de l'ordre des Rarnabites, directeur de l’Observatoire de Monca-lieri, président de la Société météorologique italienne et précepteur des enfants du duc d’Aoste.
- Il y a dans les salles d’exposition, les portraits et les ouvrages des principaux météorologistes italiens, ainsi que de nombreux instruments, parmi lesquels nous avons remarqué ceux de M. Ragona, directeur de l’Observatoire de Modène, et ceux du Père Denza. Il y a de plus une carte en relief du royaume, indiquant la situation des observations météorologiques.
- Les étages inférieurs contiennent des objets fort intéressants, qui demanderaient une description détaillée. Une carte en relief du Vésuve, une de l’Etna et une autre de l’île d’ischia; la collection des échantillons d’ambre que le professeur Silvestri est parvenu à faire dans ses observations géolo-gico-plutoniennes, et qui ont révélé une richesse complètement ignorée, est aujourd’hui richement exploitée. Quelques-uns de ces curieux échantillons renferment des insectes emprisonnés et parfaitement conservés.
- Le professeur de Rossi, directeur du bureau et de l’Observatoire géodynamique récemment créé, distribue aux savants qui visitent l’Exposition un
- Catalogue illustré, de plus de 200 pages, contenant le programme complet des recherches qu’il a organisées, le résumé des résultats principaux auxquels il est arrivé, et la description des appareils seismo-graphiques en usage dans les stations du réseau italien ; ces appareils sont en partie à observations directes, et en partie à enregistrement électro-magnétique. Un grand nombre d’appareils, présentés par divers savants, ont vu pour la première fois le jour dans cette exposition. On peut dire, sans exagération, . qu’une compensation de la catastrophe d’ïschia aura été la création d’une science nouvelle, que Robert Mallet avait devinée, mais qui était encore à organiser. Son développement rapide est une des révélations de l’Exposition de Turin.
- Plusieurs journaux italiens, entre autres la Ri-forma de Rome, ont reproché à l’architecte de l'Exposition d’avoir disséminé les divers bâtiments sur une vaste étendue de terrain. Nous croyons que M. Riccio mérite plutôt des éloges pour une innovation que les architectes français pourront heureusement imiter lors de l’Exposition de 1889, et qui permettra d’éviter la monotonie de constructions gigantesques dans le genre de celles qui avaient été élevées au Champ de Mars en 1878. Le plan général que nous reproduisons à la page précédente, donne d’ailleurs, mieux que toute description, une idée complète de l’ensemble.
- Toutes les parties de ce vaste ensemble peuvent être visitées sans fatigue ; en effet, outre la ligne de tramways, on a établi un petit chemin de fer du système Deeauville, qui marche à merveille et dessert toute la ligne des jardins.
- En sortant du Pavillon météorologique, le premier édifice qui frappe l’attention est le temple consacré aux Annales de la Révolution italienne. Le fronton est aux armes de la monarchie de Savoie. Dans l’intérieur se trouvent des reliques de toutes les insurrections, de toutes les guerres qui ont conduit à l’émancipation nationale. Mille objets étranges ou gracieux, horribles ou glorieux, sollicitent l’attention du philosophe ou de l’homme d’État. Mais ce n'est point dans un journal consacré aux sciences qu’il convient de décrire cet étonnant et magnifique assemblage.
- En face de ce sanctuaire du patriotisme, se trouve un très beau modèle du temple de Yesta et le pavillon spécial de la ville de Rome. Nous y avons surtout remarqué un plan de la Ville éternelle, indiquant les fouilles archéologiques ainsi que les constructions nouvelles, et un meuble couvert des publications scientifiques qui s’y font actuellement. A côté des Annales de l’Académie des Lyncei, on y voit les magnifiques volumes édités par l’Ecole française de Rome aux frais de notre gouvernement.
- Le dôme que l’on aperçoit en entrant est celui qui décore l’entrée de la galerie de l’Industrie, où sont disposés généralement avec goût une multitude d’objets de toute nature, dans l’appréciation desquels il nous est impossible d’entrer, mais dont l’examen
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- sera très instructif pour les gens spéciaux. Nous devons cependant insister sur la partie consacrée aux poteries de Florence et aux verreries de Venise. En effet on y retrouve les qualités traditionnelles de ces centres de production artistique et raffinée.
- Après avoir marché longtemps dans cette partie importante de l’Exposition, l’on arrive à la galerie des machines en action. La force motrice est fournie par des chaudières situées à quelque distance de l’autre côté de la voie. Ce transport de force n’a pas lieu sans quelques difficultés, qui ne se manifestent que dans la section internationale d’électricité. Tous les mécanismes qui remplissent la galerie du travail marchent à vide ou demandent très peu d’effort dynamique; cette partie de l’Exposition est très bien réussie. Les métiers sont nombreux et paraissent montés avec grand soin : cela n’offre rien d'étonnant dans un pays qui produit les principaux textiles, et où les arts mécaniques étaient déjà cultivés alors qu’ils étaient encore inconnus chez nous.
- Un des plus grands attraits de l’Exposition de Turin est assurément la visite consacrée aux salles spécialement ouvertes à l’Electricité ; nous en parlerons plus spécialement dans notre prochaine notice.
- — A suivre. — W. DE FoNVIELLE.
- MOTEUR SPHÉRIQUE ROTATIF
- A GRANDE VITESSE, DE M. B E AUC H A M P-T O W'E R
- Les progrès réalisés pendant ces dernières années dans la construction des moteurs rotatifs les ont fait entrer résolument dans le domaine de la pratique, et les applications chaque, jour plus nombreuses de l’électricité ne sont pas étrangères à ce progrès.
- Les moteurs destinés à actionner les machines magnéto et dynamo-électriques, doivent présenter en effet un ensemble de qualités qu’on trouve assez bien réunies dans les moteurs rotatifs, c’est-à-dire grande vitesse, grande régularité de mouvement et grande légèreté, qualités des plus précieuses lorsqu’il s’agit, par exemple, d’installer un éclairage électrique à bord d’un navire où l’espace et les poids sont strictement mesurés.
- Le moteur imaginé par M. Beauchamp-Tower et plus connu en Angleterre sous le nom de moteur sphérique Tower ou moteur Tower, est le dernier mot de la légèreté et de la puissance ; c’est le moteur actuellement connu qui, à poids et à dimensions égales, produit la plus grande somme de travail par tour, et il fonctionne aux plus grandes vitesses sans bruit ni vibrations, aussi est-il particulièrement approprié à la commande des machines dynamo dans tous les cas où le bruit et les trépidations peuvent être un obstacle à l’adoption de l’éclairage électrique.
- Pour en comprendre le principe, très simple en réalité, mais d’une explication un peu délicate, il faut d’abord supposer le moteur réduit à ses éléments théoriques.
- Ces éléments théoriques sont deux axes de rotation, deux tranches de sphère et un disque circulaire.
- Les deux axes de rotation sont dans le plan du papier et font entre eux un angle de 155°.
- Les deux tranches de sphère limitées chacune par deux plans rectangulaires l’un à l’autre et passant par le centre sont fixées sur les deux axes par leur milieu et tournent autour de ces deux axes. Le disque placé entre eux s’appuie toujours sur les deux arêtes des deux quarts de sphère. On peut alors considérer l’ensemble de ce mécanisme comme réduit à un joint de Cardan dont les secteurs constituent les tourillons et le disque le croisillon qui les relie.
- La fig. 1 que nous empruntons à ïEngineering montre nettement cette disposition.
- Si l’on enferme l’ensemble dans une sphère creuse, on voit que la somme des espaces vides à l’intérieur de la sphère, sera toujours égale à la somme des espaces pleins occupés par les deux segments, c’est-à-dire égale à la moitié du volume de la sphère. Mais
- Fig. 1. — Éléments théoriques du moteur sphérique.
- si nous supposons qu’on imprime un mouvement de rotation à l’axe A, mouvement qui se transmettra à l’axe B parla réaction du disque rigide et infiniment mince, l’espace vide sphérique sera divisé par le disque et les segments en quatre parties dont deux augmentent de volume de zéro à un quart de sphère pour chacune d’elles, pendant que les deux autres diminuent de volume de un quart de sphère à zéro, et réciproquement.
- Si on admet à chaque instant de la vapeur dans les chambres pendant qu’elles augmentent de volume et qu’on laisse cette vapeur s’échapper lorsque leur volume diminue, on produira ainsi la rotation de la machine, et c’est ce qu’a réalisé M. Tower dans son moteur.
- La fig. 2 représente une vue d’ensemble de la machine, une coupe longitudinale du moteur sphérique, une vue de l’ensemble du disque et des deux segments sphériques, et une vue du tiroir de distribution commandé par l’axe horizontal de la machine.
- Pour effectuer la distribution, l’axe horizontal porte un prolongement cylindrique dans lequel tourne un cylindre percé de conduites qui, pour certaines positions convenablement choisies de l’arbre,
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- laissent entrer ou sortir la vapeur dans les espaces qui augmentent ou diminuent de volume. La distribution est ainsi directement commandée par la rotation de l’arbre sans tiroirs à commandes auxiliaires. On assure l'étanchéité des joints du disque et des quarts de sphère à l'aide de segments engagés dans des rainures ménagées sur le disque et sur les quarts de sphère, et poussés extérieurement par des ressorts.
- La vitesse est réglée par un régulateur à force centrifuge qui agit sur la valve d’admission ; le graissage a lieu à l’aide d’une pompe qui puise de l’huile dans un réservoir et l’injecte dans des tuyaux qui l’amènent aux différents organes.
- La douceur du mouvement obtenu dans ce moteur s’explique par ce fait que les efforts exercés sur les portées des arbres sont toujours de même sens, ce qui supprime les à-coups dont on ne peut totalement s’affranchir dans les machines à mouvements alternatifs. L’étanchéité est assurée par de larges surfaces de glissement sur les quarts de sphère et le disque auquel on a donné une certaine épaisseur, ce qui a permis de le munir de trois segments circulaires parallèles.
- Quelques chiffres donneront une idée de la puissance de ce moteur eu égard à ses dimensions :
- Fig. 2. — Moteur sphérique <le M. Beauchamp-Tower. — Disposition du tiroir de distribution tournant. — Coupe longitudinale.
- Vue du disque. — Ensemble de la machine.
- A 500 tours par minute, un moteur Tower dont la sphère a seulement 4 pouces (10 centimètres) de diamètre intérieur peut produire 1 cheval-vapeur (au frein) avec de la vapeur à 5 atmosphères et 2,5 chevaux-vapeur lorsque la pression atteint 8,5 atmosphères. Un moteur de 20 centimètres produit 7 chevaux à 5 atmosphères, 10 chevaux à 4 atmosphères, 15 chevaux à 6,5 atmosphères et 20 chevaux à 8,5 atmosphères. Le plus grand modèle dont le diamètre n’est que de 63 centimètres produit entre 234 et 624 chevaux-vapeur, suivant la pression de la vapeur.
- Il nous manque malheureusement des chiffres sur la consommation de vapeur qui correspond à ces différentes puissances. On peut craindre, comme on
- l’a constaté jusqu’ici avec tous les moteurs rotatifs, qu’elle ne soit beaucoup plus considérable qu’avec les moteurs à cylindre et à piston ordinaires.
- Quoi qu’il en soit, le moteur Tower présente des qualités de légèreté, de vitesse et de régularité propres à en dicter le choix dans bon nombre d’applications où elles sont indispensables et en particulier pour la commande des machines dynamo-électriques à grande vitesse ; la suppression des renvois de mouvement et des pertes de travail qui en résultent, peuvent, dans bien des cas, compenser l’augmentation de dépense due à la plus grande consommation relative de vapeur des moteurs rotatifs.
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- ATTITUDES APRÈS LA MORT
- PAR LA FOUDRE
- M. Brown-Séquàrd a publié récemment une intéressante notice sur la conservation après la mort de l’attitude que présentait le sujet, au moment même de la cessation de la vie1. En signalant ces faits, le but principal de l’auteur était de rechercher la cause de ce phénomène ; mais il est amené à reconnaître que la solution de cette question ne peut être précisée dans l’état actuel de la science.
- Si ce problème délicat embarrasse le savant
- physiologiste, je n’ai, à coup sur pas la prétention d’apporter ici une solution satisfaisante. Mon seul but est de signaler quelques faits d’un ordre spécial et tpii n’ont pas été relevés par l’auteur de cette notice ; comme ces faits peuvent éclairer un certain nombre de points de la question et aider ainsi à sa solution, j’ai pensé qu’il était utile de les faire connaître, à titre de renseignements.
- Pour que ce phénomène de la conservation de l’attitude ultime se manifeste, il faut quelques conditions particulières, dont la principale semble être une mort violente, instantanée ou très rapide. Mais cette condition se réalise très souvent sans qu’on
- La mort par la lbudre... « Tu ne vois donc pas que tu brûles », lui crièrent ses camarades... (Page 58, col. 2.)
- observe cette conservation de l’attitude, et d’un autre côté, on cite également des cas où la mort semble n’avoir pu être instantanée, ni même très rapide, relativement du moins, tel que le cas d’une blessure de la cuisse.
- On a invoqué aussi, comme cause active, l’influence morale exercée sur le sujet dans des cas où la mort n’aurait pas été instantanée ou tout au moins dans ceux où le sujet aurait pu avoir la connaissance, la perception rapide du danger qui le menaçait. Et sans expliquer la cause immédiate, le point de départ de cette action instantanée du système nerveux, on la désignait elle-même sous le nom de sidération, c’est-à-dire, foudroiement, fulguration.
- 1 Vov. n» 573 du 24 mai 1884, p. 405.
- Or, en relevant les causes de mort qui ont donné lieu à la conservation de l’attitude, M. Brown-Sé-quard a précisément omis de signaler les cas où cette expression de sidération peut être appliquée dans toute sa plénitude, au propre et non pas seulement au figuré, c’est-à-dire le cas où la mort a été eau-sée par la foudre.
- Ces cas sont assez nombreux et on a constaté quelques détails qui peuvent apporter la lumière dans cette question. Je citerai tout d’abord les observations les plus remarquables.
- 1. — Un. des plus anciens faits est relaté par J. B. Cardan, qui a publié un ouvrage sur la foudre (Lyon, 1655). Huit moissonneurs s’étaient réfugiés sous un chêne pour se mettre à l’abri de l’orage et prendre leur repas. Un coup de tonnerre retentit, et
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- les huit personnes frappées à mort par la foudre restent dans la position qu’elles occupaient, l’un tenant son verre, l’autre portant son pain à la bouche, sans que l’expression de leur visage ait été modifiée.
- II. — Le fait précédent avait laissé des doutes et on était disposé à croire à une exagération, mais un autre fait identique fut rapporté ensuite par un pasteur protestant, Butler, qui en avait été témoin. Le 27 juillet 1691, à Everdon, dix moissonneurs se réfugièrent sous une haie à l’approche d’un orage ; bientôt la foudre éclate et tue raide quatre d’entre eux (pii restent immobiles et comme pétrifiés dans l'attitude même où ils se trouvaient. L’un tenait entre scs doigts une prise de tabac qu’ij allait prendre. Un autre avait sur les genoux un chien, mort également; une de ses mains caressait l’animal, tandis que de l’autre, il lui offrait un morceau de pain. Un troisième était assis, les yeux ouverts et la tète tournée du côté de l’orage.
- III. — L’abbé Richard rapporte que le procureur du Séminaire de Troyes revenait à cheval lorsqu’il fut frappé par la foüdre. Un frère qui le suivait ne s’en étant pas aperçu, crut qu’il s’était endormi parce qu’il le voyait vaciller. Ayant essayé de le réveiller, il constata qu’il était mort.
- IV. — Un autre cas analogue est également rapporté dans les annales funèbres de la foudre. Un prêtre fut frappé pendant qu’il était à cheval, sans que sa monture fût atteinte. L’animal continua sa route accoutumée et rentra au domicile habituel emportant le cavalier mort, sans qu’il ait quitté son attitude. La distance ainsi parcourue était d’environ deux lieues.
- V. — « Le 9 mai 1781, le tonnerre est tombé vers trois heures sur la porte de la Chapelle de la Commandcrie de Saint-Jean, près de laquelle s’étaient réfugiés une femme et trois enfants. La femme, assise au premier rang a été suffoquée, sans changer d’attitude, ainsi qu’un des enfants. » (Cité par Boudin, d’après les Affiches de Lorraine.)
- VI. — Le 14 août 1793, un homme, surpris par l’orage aux environs de Douvres, se réfugia avec quatre chevaux sous un buisson. La foudre étant tombée, tua l’homme et les chevaux avec cette particularité que l’homme mort resta assis. (Cité par Boudin, d’après G. Lyons.)
- VII. — Le dimanche 11 juillet 1819, l’église de Châteauneuf (Basses-Alpes) fut frappée par la foudre au moment du service divin. Un grand nombre de personnes furent frappées (82 blessés et 9 morts). La particularité à signaler au point de vue qui nous occupe est que « tous les chiens qui étaient dans l'église furent trouvés morts dans l’attitude qu’ils avaient auparavant ».
- VIII. — A Yic-sur-Aisne, en 1858, au milieu d’un violent orage, trois soldats s’étaient mis à l’abri sous un tilleul. La foudre éclate et les frappe de mort instantanée tous les trois et du même coup. Cependant tous trois restent debout, dans leur situation primitive, comme s’ils n’avaient pas été atteints
- par le fluide électrique ; leurs vêtements sont intacts. Après l’orage, des passants les remarquent, leur parlent sans obtenir de réponse, s’approchent, les louchent, et ils tombent en un monceau de cendres, pulvérisés. (André Poey, cité par Flammarion.)
- IX. — Au mois de juillet 1845, quatre habitants d’IIeilz-le-Maurupt, près de Vitry-le-François, se réfugièrent, trois d’entre eux sous un peuplier et le quatrième sous un saule contre lequel il s’appuya. Bientôt après, ce dernier fut frappé de la foudre ; une llamme claire jaillissait de ses vêtements et, toujours debout sous le saule, il paraissait ne s’apercevoir de rien : « Tu brûles ! mais tu ne vois donc pas que tu brûles ! » lui crièrent ses camarades (Voy. la gravure); en se précipitant vers lui, ils constatèrent que leur compagnon n’était plus qu’un cadavre.
- X. — C’est un animal qui forme le sujet de cette observation, recueillie à la suite cl’un orage d’hiver le 22 janvier près de Clermont. Une chèvre fut frappée par la foudre et tuée sur le coup. On la trouva debout sur ses pattes de derrière, tenant encore à la bouche une branche de verdure. (Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1849.)
- XI. — Une jeune femme, mariée à un mineur de la Ricamarie, était allée voir sa famille à Saint-Bomain-les-Atheux, emmenant avec elle son enfant âgé de quatre mois. C’était le 16 juillet 1866;’ëlle était seule à la maison pendant un orage. Quand ses parents revinrent des champs, un triste spectacle les attendait ; la jeune femme avait été tuée par la foudre. Ils la trouvèrent à genoux dans un coin de la chainbre, la tête cachée dans ses mains; elle ne portait aucune trace de blessure. L’enfant, qui était couché dans la chambre n’a été que légèrement atteint par le fluide électrique. (Cité par C. Flammarion, l’Atmosphère.)
- XII. — J’ai rapporté les observations précédentes par ordre chronologique, et je termine cependant par celle qui aurait dû être placée la première. Elle est rapportée par Quinte-Curcc (liv. VIII, ch. iv). Alexandre, dit le Grand, parcourait l’Asie, en semant la ruine sur son passage, lorsqu’arrivé dans la région qui aujourd’hui est nommée la Boukharie, son armée fut assaillie par un effroyable cyclone : « Cette horrible tempête emporta près de mille hommes, soldats, vivandiers ou valets. On dit qu’on en trouva quelques-uns appuyés au tronc des arbres, qui semblaient être encore en vie, et parler ensemble, dans la même situation où la mort les avait surpris. »
- Les observations qui précèdent nous paraissent fournir des renseignements utiles sur quelques points de la question. Ainsi la perception du danger n’est pas nécessaire pour expliquer l’influence exercée sur le sujet. Déjà le cas du soldat observé à Beaumont, près de Sedan, semble démonstratif; il n’a pas eu conscience du danger, en raison de l’action rapide et imprévue du boulet. A coup sûr, cette cause ne peut être invoquée dans les cas de mort par la foudre : il
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- est parfaitement démontré par de nombreuses observations que les sujets ainsi frappés n’ont et ne peuvent avoir aucune appréhension du danger imminent . Le foudroyé non seulement n’entend pas le bruit du tonnerre dont la propagation est relativement très lente, mais il n’a même pas la perception — l’avertissement — de l’éclair dont la rapidité est considérée comme un type devenu proverbial. La mort est instantanée et le sujet n'a pas éprouvé l’inlluencc morale qui résulte de la perception du danger.
- Nous avons relaté particulièrement les cas où se trouvent compris des animaux (Obs. Yllct X), qui ne peuvent non plus avoir cette appréhension ; il est remarquable de voir que les chiens ont été frappés tous et ont tous conservé leur attitude dans le coup de foudre de Châteauneuf, alors que le nombre des victimes humaines a été proportionnellement beaucoup moindre. Aucune n’a d’ailleurs conservé l’attitude du moment de la mort. Dans l’Obs. VI, un homme conserve sa position et reste assis auprès de quatre chevaux morts sans que ceux-ci présentent le maintien de leur attitude.
- Dans l’Obs. I, on voit que tous les individus exposés à l’action de la foudre ont été frappés mortellement et ils ont tous, au nombre de huit, conservé leur attitude ; dans la deuxième quatre sujets sur dix ont été frappés ; les six autres paraissent n’avoir pas été influencés par le fluide électrique, et, en somme, tous ceux qui ont été frappés de mort ont aussi tous conservé l’attitude dernière de la vie.
- Les cas de foudroiement sont malheureusement assez nombreux, mais le nombre de ceux où l’on a constaté cette conservation de l’attitude est relativement restreint. Sans avoir des chiffres comparatifs sur lesquels on puisse établir avec certitude une proportion exacte, il semble cependant qu’ils soient plus fréquents après le foudroiement qu’après les autres modes de mort instantanée.
- Remarquons encore que dans des cas de mort par la foudre avec conservation de l’attitude, il a été constaté qu’il n’existait aucune lésion extérieure (Obs. XI) sur le corps de la victime ; aucune autopsie n’est venue montrer quel point avait pu être influencé ainsi sans aucun contact apparent ; peut-être n’aurait-on pu constater aucune altération particulière dans les organes essentiels de la vie, et c’est surtout dans ces cas que l’on peut employer dans toutes ses acceptions à.la fois l’expression de sidération.
- Les circonstances particulières qui accompagnent la mort par la foudre peuvent acquérir —et cela s’est produit — une certaine importance au point de vue médico-légal. Je n’ai pas à m’en occuper ici ; mon seul but était de signaler quelques faits intéressants d’où l’on peut tirer des enseignements utiles pour l’étude et la solution de cette question de la conservation après la mort de l’attitude dernière de la vie.
- Dr Jules Rouyer.
- Laigle, l" juin 1884.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- MODE D’iSOLEMENT DES FILS MÉTALLIQUES EMPLOYÉS DANS LA TÉLÉGRAPHIE ET LA TÉLÉPHONIE. .
- Ayant eu l’occasion, depuis une année, d’appliquer, pour la décoration d’objets de bijouterie et de mode, les procédés signalés par Nobili et Becquerel pour obtenir les colorations au moyen de bains de plombâtes et de ferrâtes alcalins, j’ai observé que les pièces ainsi colorées étaient devenues absolument résistantes à toute action galvanique, c’est-à-dire que leurs surfaces, une fois recouvertes de peroxyde de plomb ou de fer, étaient isolées et ne conduisaient plus le courant électrique. Un fil de cuivre ou de laiton, et même de fer, se trouve ainsi recouvert d’une couche isolante, analogue à celle d’une couche de résine ou de gulta.
- • Il y a là, je crois, une application facilement utilisable dans la confection des cables ou fils employés dans la télégraphie et la téléphonie.
- Le moyen d’obtenir cette couche isolante est très pratique, au point de vue industriel, et le coût fort minime; la durée de cette couche, très résistante aux diverses actions atmosphériques, est une garantie de durée. L’isolement est absolu.
- Le mode de préparation est fort simple : il suffit de préparer un bain de plomba te de potasse, en faisant dissoudre 10 grammes de litharge dans un litre d’eau à aquelle on a ajouté 200 grammes de potasse caustique, et de faire bouillir pendant une demi-heure environ; on laisse reposer, on décante, etle bain est prêt à fonctionner. On attache le fil métallique à recouvrir de peroxyde de plomb au pôle positif d’une pile et l’on plonge dans le bain une petite anode de platine au pôle négatif; du plomb métallique très divisé se précipite au pôle négatif, et le peroxyde de plomb se porte sur le fil métallique, en passant successivement par toutes les couleurs du spectre; l’isolement n’est parfait que lorsque le fil est arrivé à la dernière teinte, qui est d’un brun noir.
- Le fil ainsi recouvert est parfaitement insensible à l’action électrique; on peut y attacher des objets parfaitement décapés et les porter au pôle négatif d’un bain de dorure, d’argenture, de nickelage, sans que le courant, si puissant qu’il soit, ait une action sur les pièces à recouvrir de métal ; un tel fil, placé dans un courant et mis en contact avec un autre fil en rapport avec un galvanomètre, laisse celui-ci parfaitement insensible; il n’y a aucune déperdition du premier courant, qui passe par le fil recouvert de peroxyde.
- J’ai pensé que cet isolement parfait pouvait être utilisé par les électriciens, soit pour les boussoles, soit pour tous autres appareils; c’est pourquoi j’ai eu l’honneur d’en faire part il y a quelque temps déjà à l’Académie. Il sera facile aux physiciens de contrôler ces résultats par l’expérience.
- C. "WlDEMANN.
- CANON MULTICHARGE OU ACCÉLÉRATEUR
- DE M. PERREAUX
- La Nature a récemment publié une notice sur le canon nrulticharge américain1 dont on s’est si vive-
- 1 Voy. n° 556 du 26 janvier 1884, p. 129.
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- ment préoccupé dans ces derniers temps. L’auteur de la notice a déjà rappelé que l’idée de ce système était due à un ingénieur français, M. Perreaux, qui l’avait fait connaître sous le nom de canon théorique. 11 nous a paru intéressait de publier quelques détails complémentaires sur l’ancien travail de notre compatriote : c’est ce que nous allons essayer de faire dans le présent article.
- Dans le canon théorique de M. Perreaux, le feu est rais à l’avant et la cliarge progressive établissant des pressions constantes, accélère sans recul apparent la vitesse initiale du projectile jusqu a complète comburation des poudres. La loi sur la chute des corps, image si frappante des forces progressives, est le plus grand exemple de l’emmagasinage des forces, où l’inertie est vaincue sans choc ni perturbations, en dehors des mouvements accélérés qui accompagnent toujours la pesanteur. Tel est le canon Perreaux particulièrement destiné à prouver les effets indéfinis d’une charge progressive ; il ne diffère des autres que par la position de la charge dans l’àme et cette charge, à partir de la culasse, présente des tranches de poudre séparées par des bourres allant en diminuant suivant la progression établie, de telle sorte que la plus faible touche le projectile et n’a de force que pour vaincre son inertie.
- Deux systèmes automatiques sont mis en présence, ils permettent l’un et l’autre de constater la loi sur les plus grands effets de la poudre dans les armes à feu et d’arriver par des analyses, à une surface de grain propre à former une cartouche progressive identique a celle-ci ; mais dans ce canon théorique, œuvre aussi remarquable qu’ingénieuse, il nous faut dire que c’est le projectile, lui-même qui, à mesure qu’il s’éloigne de son point de départ, met, à l’aide de fils électriques, le feu à la poudre en raison de sa vitesse acquise et l’achève toujours avant sa sortie. Dans ces conditions le système à fils tendus dans l’àme (fig. 1) est, comme on va le voir, de beaucoup supérieur à celui des deux chambres échelonnées (fig. 2), car la précision avec laquelle les inflammations plus ou moins rapides peuvent se produire et les charges superposées peuvent elles-mêmes varier de volume et de poids, le place au premier rang. Au contraire, les cartouches échelonnées dans l’àme ne peuvent ni varier les distances entre elles ni augmenter ou diminuer aisément de volume et de poids et, par le fait, atteindre le sommet des plus grands effets balistiques, comme dans le système fig. 1, qui se prête si bien k l’étude des charges progressives, parfaitement appliquées, dans telle ou telle bouche a feu.
- Ces fils électriques traversent deux à deux les diverses charges et se divisent ensuite en deux foyers différents, soit cinq fils de chaque côté, formant l’un le pôle positif et l’autre le pôle négatif. Les foyers Z et K communiquent à la pile M en permettant les courants par la rupture des fils tendus dans l’àme C, D, E, F. La progression établie entre ces fils ainsi que le poids total d’une cartouche, doit être de beaucoup supérieure à une charge ordinaire et surtout en rapport avec la longueur de la pièce. Pour donner une idée des proportions à garder, nous supposerons ici, C à 40 centimètres du projectile, D à 80 centimètres, E à 120 centimètres et F à 160 centimètres pour une pièce de 2m,50 k 5 mètres de long. De même nous supposerons 1 kilogramme de poudre pour la première charge, deux pour la deuxième, trois pour la troisième, etc., etc., au total 15 kilogrammes de poudre dont la dernière n’étant, plus que d’un tiers de la charge, on reconnaît que les pressions, en se produisant dans un milieu toujours croissant et de plus en plus élastique par son grand report, le recul est annulé, cette dernière charge étant trop faible pour le produire. Ces fils tendus dans
- l’àme sont attachés a des ressorts P,Q, R, S, fixés sur la pièce côté droit (fig. n° 1) et de l’autre sont arrêtés par quatre vis T, U, V, X, qui les maintiennent tendus. Fans les conditions de çe mécanisme c’est le projectile qui, en le rompant dans sa marche, forme les contacts, et pour obtenir le premier feu, il suffit d’établir ceux des numéros 1 et 2 appartenant aux foyers Z et K. L’inertie du projectile est à peine vaincue par cette première inflammation mais bientôt, il vient rompre le fil C, en établissant les courants par la flexion du ressort P et cette deuxième déflagration s’est k peine effectuée, qu’instantané-ment une pression croissante agit aussitôt et active progressivement la marche du projectile vers les fils J), E, F; ce système, en multipliant les forces vives et triplant et quadruplant la vitesse initiale sans choc ni perturbation, arrive à produire des effets remarquables comme portée et justesse de tir.”
- En 1878, k l’Exposition universelle, M. Perreaux mettait sous les yeux du jury ces deux systèmes de canons théoriques et, par leur ingénieuse combinaison, obtenait une première médaille dans la classe 68, présidée par le général Davis, des Etats-Unis. Après l’examen, M. Perreaux lui remit les dessins et la description de ces deux modèles. Nous avons cru devoir faire cette juste revendication en faveur de l’un de nos compatriotes.
- G. de Sainte-M...
- Fig. 1 et 2. — Canons accélérateurs de M. Perreaux.
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- LE CRAPAUD CORNE
- Los immenses forêts vierges qui couvrent une partie de l’empire dii Brésil sont le séjour de prédilection do Batraciens des plus étranges et des plus bizarres. C’est Là que se trouve le hideux Pipa, à la tète courte et déprimée, au dos percé de nombreuses cavités dans lesquelles éclosent les jeunes ; c’est là que vivent l’Agua, le géant des Crapauds, aux glandes venimeuses énormes, à la tète toute sillonnée de crêtes osseuses, les Dendrobatcs, dont le venin entrerait, au dire des voyageurs, dans la
- composition du terrible poison des flèches, les Phrynisques au museau prolongé en pointe, et de nombreuses espèces encore.
- Parmi ces animaux, un des plus curieux sans contredit est une Grenouille de très grande taille, connue depuis le milieu du siècle dernier sous le nom de Crapaud cornu.
- Ce singulier Batracien, que M. Binot vient de faire parvenir à la Ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle, ressemble à une énorme Grenouille chez laquelle le bord de la paupière supérieure se prolongerait en pointe, de manière à former une corne. La bouche est largement
- Le Crapaud comu, d’après l’individu actuellement vivant au Muséum d’histoire naturelle de Paris. (Demi-grandeur naturelle.j
- fendue; la peau du dos renferme dans son épaisseur des plaques osseuses dont la réunion représente grossièrement ce que l’on appelle une ligure de trèfle.
- La coloration, toujours brillante, paraît varier suivant le sexe et suivant les individus.
- L’animal qui vit au Muséum, et qui est probablement une femelle, a depuis le museau jusque près de l’extrémité du corps une large bande du plus beau vert pré; cette bande émet des prolongements latéraux; la mâchoire supérieure est bordée de vert gai, la mâchoire inférieure de jaune verdâtre ; la partie inférieure de l’œil et la corne sont d'un beau vert avec une étroite bande noire; des bandes vertes se voient aux membres de derrière ;
- l’espace laissé libre entre les bandes est brunâtre ; un cercle d’or entoure l’œil.
- D’après le prince Maximilien de Wied, les mâles sont de couleur orangée sur la tête, le dos et le bas des flancs ; une tache noire se voit au-devant de l'œil ; une bande de même couleur va de l’œil à l’épaule et de chaque côté du dos ; le dessus des cuisses est barré de verdâtre. Chez certains individus, une large-bande d’un jaune orangé, tachetée de vert, s’étend le long du dos, qui est relevé de taches et de bandes d’un rouge brun ; les flancs sont gris brun et parsemés de taches d’un noir verdâtre, bordées de gris rouge pâle ; le ventre est jaune pâle avec des points d’un rouge brun.
- La grenouille cornue est connue au Brésil sous le
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- LA NATURE.
- nom d’ltania; elle vit dans les grandes forêts chaudes et humides et se tient surtout dans les endroits marécageux. C’est un animal très vorace qui se nourrit de petits mammifères, d’oiseaux, d’autres batraciens et de mollusques; grâce à sa bouche démesurément fendue il peut, dit-on, engloutir une proie aussi grosse que lui ; la voix est retentissante, le chant très monotone.
- A la ménagerie des reptiles, le Cornu se montre comme un animal essentiellement nocturne; il est terré pendant toute la journée et ne sort de sa cachette qu’à la nuit tombante. Comme beaucoup d’autres Batraciens de grande taille, il peut mordre fortement et cherche toujours à se défendre quand on veut le saisir. E. Sauvage.
- CHRONIQUE
- Lumière électrique. — Il vient de se former à Madrid une Société d’éclairage électrique au capital de 2 550 000 francs, destinée à créer dans cette ville une station centrale capable d’alimenter 12 000 lampes à incandescence. L’usine doit être construite près de la porte Salamanca et renfermer quinze générateurs à vapeur de 100 chevaux du système Belleville ou iN'aever et deux moteurs Sultzer ou Corliss de 1000 chevaux. Les machines électriques seront deux dynamos Gordon qui, à une vitesse de 150 tours par minute, débiteront 10 000 ampères avec une force électro-motrice de 120 volts. La distribution du courant se fera par des cables souterrains et suivant le système Edison. Madrid se prête, suivant nous, dit L'Ingénieur, mieux que toute autre ville a une installation de ce genre. L’usine à gaz y est, en effet, mal agencée, la canalisation tout à fait insuffisante et le transport du charbon nécessaire à la fabrication du gaz met le combustible à un prix fort élevé; de plus, les sous-produits de cette fabrication sont encore peu ou point utilisés, de tel/e sorte que le gaz est excessivement cher. Toutes ces circonstances nous font penser que l’introduction de la lumière électrique à Madrid ne rencontrera pas de difficultés et que ses avantages y seront encore supérieurs à ceux qu’elle possède dans les autres contrées.
- Plomb fondu dans l’œil. — M. Perrier a communiqué à la Société d’anatomie et de physiologie de Bordeaux, une observation très curieuse relative à la solidification à la surface de l’œil, et sans l’altérer, d’un morceau de plomb fondu. L’explication de ce fait, en apparence très bizarre, se trouve dans le phénomène physique de l’état sphéroïdal des liquides ou de la caléfaction, en vertu duquel les ouvriers des hauts fourneaux, après avoir préalablement trempé leurs bras dans de l’eau ordinaire, dans de l’huile, dans de l’eau alcoolisée, les plongent impunément, pour un temps assez court, dans la fonte en fusion. La surface de l’œil étant toujours légèrement humide, le même effet de caléfaction se serait produit dans le cas observé. Mais la température nécessaire à la production de la caléfaction est d’au moins 171° et elle se produit d’autant plus facilement que la température du métal en fusion est plus élevée : si elle était inférieure à 171°, il y aurait alors danger de profonde brûlure. Lorsque le plomb fondu arrive à la surface de l’œil, il détermine la vaporisation du liquide en contact avec lui ; c’es à-dire qu’il se produit, entre lui et la surface de l’œil,
- une auréole de vapeur qui l’isole complètement. Lorsque le plomb ayant dégagé sa chaleur latente et de fusion, s’est refroidi, il passe ensuite à la température de 520° à celle de 171° : jusque-là, la caléfaelion se maintient, elle ne cesse qu’au-dessous de 171°; alors le plomb se trouve s en contact directe avec la conjonctive ; c’est à ce moment que la secrétion lacrymale garantit l’œil contre des lésions étendues.
- Utilisation de la sciure de bois pour l'éclairage des usines. — La plupart des industries qui travaillent le bois ne savent que faire de leur sciure. Encombrante, hygrométrique, dangereuse, car l’incendie y couve à son aise, la sciure est un perpétuel problème. On s’est évertué à la brûler sur des grilles spéciales, dans des foyers ingénieusement combinés ; mais, jusqu’à présent, on n’a obtenu que de très médiocres résultats. La fabrication du bois artificiel par compression et agglomération de la sciure n’a pas fourni non plus le débouché auquel on s’attendait. Il convient de signaler un usage intelligent qui en est fait en Amérique pour la production, par distillation, du gaz d’éclairage. Au Canada, notamment, Je pays des scieries gigantesques, plusieurs usines considérables à gaz de sciure ont été établies, notamment à Dese-ronto et à Ontario, sur l’initiative et d’après les plans de M. R. Tomlinson, ingénieur, ancien directeur de l’usine à gaz de Cottingham, près de Hull.La distillation se fait dans des cornues verticales en batteries, analogues à celles que Ton emploie dans la distillation des schistes. Les sous-produits ammoniacaux, sans être aussi riches que ceux de la houille, sont utilisables et rémunérateurs. Comme ces installations sont peu compliquées et peuvent aussi bien se faire en petit qu’en grand, il y a dans le système Tomlinson une source d’éclairage économique pour les scieries et les ateliers de menuiserie ou d’ébénisterie, en attendant que la lumière électrique ait franchi le seuil de ces ateliers, ce qui ne tardera pas, il faut l’espérer.
- La peinture et la photographie. — L’application de la photographie à la peinture vient de subir une modification assez curieuse : lorsqu’on reproduit sur le canevas, d’après le négatif photographique, un agrandissement du sujet que l’on désire peindre, on obtient l’image en lignes noires qui sont difficiles à modifier ou à oblitérer si on le désire, et que Ton ne peut pas toujours faire disparaître à l’aide de la couleur appliquée. Les artistes peintres se servent ordinairement de fusain pour leurs ébauches, et les lignes tracées par cette variété de charbon végétal, sont aisément enlevées. Aujourd’hui, au lieu de faire imprimer une épreuve agrandie sur le canevas préparé pour la recevoir, on se contente de projeter sur la toile non préparée une image agrandie du négatif, dont l’artiste lui-même trace les contours au fusain. On conçoit que, de cette manière, la photographie soit toujours d’un grand secours à l’artiste peintre, tout en lui laissant une certaine liberté pour le développement de ses idées poétiques.
- La mission allemande du choléra. — On a déposé sur le bureau du Reichstag ou Parlement allemand, un projet de loi par lequel 155 000 marks sont mis à la disposition de l’Empereur, dans le but de donner une dotation aux membres de la mission allemande du choléra, mission qui est revenue depuis quelque temps déjà et à laquelle on a fait un accueil des plus chaleureux en Allemagne. Le docteur Koch, qui en était le chef, est un homme de 40 à 41 ans, blond, très maigre et portant lunettes. Koch, né à Klausthal (Hartz), a fait ses études à
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- LA NATURE.
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- l’Université de Gôttingue. Après avoir été Kreisphysikus (médecin de cercle), il a entrepris des études microscopiques et bactériologiques sous la direction du célèbre botaniste Cohn. Koch a découvert, en suivant les méthodes de Pasteur, le bacille de l’inflammation de la rate (charbon), celui de la tuberculose. Il prétend, mais le fait est jusqu’ici douteux, avoir découvert lé bacille du choléra.
- (Med. Wochenschrift)
- Le jardin fleuriste de la ville de Paris. — On
- sait que le jardin fleuriste de la Muette, au bois de Boulogne, va être transféré au Fonds-des-Princes, conformément à une délibération du Conseil municipal. Le Fonds-des-Princes est situé à proximité de la gare d’Auteuil. 11 longe la route d’Auteuil à Boulogne et s’étend des fortifications à la porte de Boulogne. Il y a là un espace immense sur lequel on a l’intention d’organiser une Ecole municipale d’horticulture, dont les élèves des écoles communales pourront profiter. En même temps le jardin de la Ville aura des proportions plus grandes et des débouchés plus faciles. Les terrains occupés actuellement par le jardin fleuriste de la Muette seront divisés en une trentaine de lots, que l’administration a l’intention de vendre à l’industrie privée afin d’y élever des constructions. Afin de faciliter cette vente, on ouvrirait sur ces terrains quatre rues nouvelles de 12 mètres de largeur. On obtiendrait ainsi cinq îlots formant ensemble une surface aliénable de 20 000 mètres carrés.
- A Cambridge, MM. les professeurs Livring et Dewaront reproduit, à l’aide de la plaque sensibilisée, le spectre produit parla flamme due à l’explosion d’un mélange d’hydrogène et d’oxygène. Dans ce cas le spectre donne les lignes caractéristiques de la substance dont est construit le vase dans lequel l’explosion est opérée. Ainsi dans un vase de fer, avec une fenêtre en quartz, on n’obtient pas moins d’une soixantaine des lignes du fer dans le spectre obtenu sur la plaque sensible. Dans ces expériences, l’intensité de la lumière est sans doute énorme, mais sa durée n’est qu’instantanée.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 juin 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Suture secondaire des nerfs. — C’est un véritable succès qu’obtient M. le D' Tillaux, chirurgien de l’hôpital Beaujon, par sa lecture d’un mémoire sur deux cas de rappel de la sensibilité dans un membre à la suite de la suture secondaire de nerfs sectionnés. 11 s’agit d’abord d’une bonne qui en nettoyant une fenêtre brisa les vitres avec sa main gauche dont le nerf médian fut sectionné à la hauteur du poignet. Trois doigts dont le pouce et l’index étaient, après cicatrisation de la blessure, si complètement paralysés que la malade pouvait sans douleur les immerger dans l’eau bouillante ou les mettre en contac t de charbons en ignition. Quatre mois après l’accident, M. Tillaux entreprit de rendre à la main sa sensibilité première : la malade étant chloroformisée, on isole les deux bouts du nerf, puis on les sectionne avec des ciseaux ; on fait ensuite passer un fil dans leur substance et, par la traction, on amène les deux sections en contact en veillant à ce que le névrilème ne se retourne pas. Le fil est noué
- puis abandonné dans la plaie qui est muni d’un bandage antiseptique. Dès le second jour, la malade ressent un picotement dans sa main et perçoit le contact d’une épingle qu’on promène légèrement à sa surface ; au bout de six semaines la guérison était complète.
- Ce résultat inespéré provoqua chez une autre malade de Beaujon, offrant la même infirmité, à la suite d’un accident tout pareil, le désir de subir la même opération. Le résultat fut identique et d’autant plus remarquable que la paralysie remontait non pas à quatre mois mais à quatorze ans ! En terminant, M. Tillaux insiste sur la difficulté d’expliquer les faits qu’il a observés et qui sont en contradiction absolue avec les doctrines de M. Yulpian et de M. Ran-vier.
- Chimie végétale. — Comme première partie d’un travail qui sera volumineux, M. Berthelot communique le résultat d’analyses qui lui ont démontré la présence universelle des azotates dans le règne végétal. Les plantes les plus différentes, depuis les mousses et les fougères jusqu’aux grands arbres de nos forêts en passant par toutes les herbes monocotylédones et dicotylédones ont donné, parla méthode de Schlœsing, des quantités plus ou moins considérables de salpêtre. Ce sel est surtout abondant dans les jeunes tiges ; il est plus rare dans les feuilles et dans les racines et peut même y manquer. Sa présence indique, suivant l’auteur, une nouvelle fonction physiologique des plantes ; certaines cellules se comportent comme le ferment nitrique découvert par M. Schlœsing. On rapprochera certainement ces faits des observations curieuses de MM. Arnaud et Padé, décelant les azotates dans un grand nombre de plantes à l’aide des sels acidifiés de la cinchomanine.
- A l’occasion de ces communications, M. Boussingault rappelle qu’en certaines circonstances les jeunes plants de tabac sont naturellement saupoudrés d’un véritable givre de salpêtre.
- Carte géologique de France. — On apprendra avec satisfaction que deux jeunes géographes connus déjà par des travaux importants, MM. Carrez et Vasseur, commencent la publication d’une carte géologique de France au 1/500 000e destinée à remplacer la carte d’Elie de Beaumont et Dufre-noy désormais dépassée. Le travail dont la base est la carte du colonel Prudent, comprendra 24 feuilles dont 8 sont mises aujourd’hui sous les yeux de l’Académie par M. Hébert.
- Election. — Une place de correspondant étant libre dans la section de géométrie, M. Salmon est appelé à la remplir par 34 suffrages.
- Varia. — M. de Lesseps annonce que la décision a été définitivement prise d’élargir le canal de Suez et non pas de creuser un second canal à côté de lui. — La hauteur et la forme des montagnes de Vénus dont M. Bouquet de la Grye s’est récemment occupé, fournit à M. Lamey le sujet d’un mémoire. — D’après M. Dieulafait, le salpêtre natif du Chili contient du lithium, du cæsium, du rubidium, de l’acide borique, etc. — Un professeur de Turin trouve que la température des corps à l’état sphéroïdal s’abaisse beaucoup dans le vide : l’eau donne seulement 17 ou 18 degrés et l’éther une température bien inférieure à zéro. — la vigne de l’Indre serait attaquée par un nouveau parasite de l’ordre des hémiptères mais qui, au lieu d’être un puceron comme le phylloxéra, serait une vraie punaise. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LE TABLEAU A TROIS FACES
- Le cadre à trois faces, dont nous représentons ci-dessous un spécimen (fig. 1), est loin d etre une invention nouvelle, on en voit souvent des spécimens dans
- les fêtes publiques, et il est probable qu’il s’en confectionne depuis une époque très ancienne.
- L’idée de ce petit appareil est ingénieuse, originale et son mode d’exécution n’est, généralement pas très connu; ces motifs nous engagent à le signaler, espérant que plus d’un lecteur profitera de nos indications.
- Fig- 1. — Le tablea.u à trois faces, vu à droite, à gauche et au milieu.
- Voici la méthode de fabrication la plus simple : Nous découpons par bandelettes verticales de 0m,01 de largeur environ, trois chromolitographies ou gravures, que nous appellerons A, B, G, choisies de papier léger, et de même dimension. Ces bandelettes étant numérotées par feuille, de gauche à droite, nous les collons à côté les unes des autres sur une grande feuille de papier mince qui mesure en hauteur celle d’une des gravures, et en largeur celle des trois réunies. Nous obtenons alors une planche fort bizarre, oh nous ne saurions distinguer les personnages, les fleurs, les paysages, aucun des objets que nous y avons cependant collés. Seules les bandelettes nous apparaissent distinctes dans cet ordre uniforme à1 b1 c1,
- a2 ........an bn cn. (fig. 2). Le collage étant sec, nous
- plissons notre feuille en accordéon, comme l’indique notre figure 3 ; nous collons chacune à chacune, par derrière, les parois des bandelettes a et b; l’angle dièdre disparait, et nous avons alors une série de petits plans, perpendiculaires au plan du fond.
- Et le tableau à trois faces est confectionné.
- Vu de face, ce tableau nous offre le plan C, que semble masquer quelque peu une grille formée des arêtes des deux autres plans. Nous déplaçant d’un pas à gauche par rapport au tableau, notre œil passe successivement de l’arête extérieure de la facette a1, ù l’arête intérieure de l’autre facette a2, de a2 ù a3 pareillement, et ainsi de suite, et perçoit alors le plan A, sans dissection, mais légèrement surchargé d’une série de lignes parallèles et verticales, qui ne lui ôte rien toutefois de sa netteté. Un pas à droite, et nous voyons de même la partie B.
- Enchâssé dans un cadre dont la feuillure a été ménagée profonde à cet effet, ce genre de tableau est vraiment curieux et donne lieu à une illusion d’optique très intéressante. A. Bergeret.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
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- Fig. 2 et 3. —
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Taris.
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- N° 57'J. — 5 JUILLET 188 4.
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- LES BAINS PUBLICS A BON MARCHÉ
- Un hygiéniste distingué, Je professeur Arnould (de Lille) disait, il y a quelque temps, qu’il existait trois groupes démographiques qui prenaient peu ou pas de bains et que c’était précisément ceux qui en auraient le plus besoin. Ces trois groupes sont les militaires, les ouvriers industriels et les paysans. Par leurs occupations, par les nécessités quotidiennes de la vie, ils sont obligés à des travaux de force qui déterminent au maximum les excrétions de la surface cutanée. D’une part, le changement de linge
- assez rare, le port des mêmes vêtements, des ablutions parcimonieuses ; d’autre part, les souillures par le travail, les poussières de tous genres qui viennent s’insinuer jusque dans la profondeur des vêtements, toutes ces causes de malpropreté et d’insalubrité réclameraient la fréquentation assidue d’établissements de bains. L’été, tout va bien. On peut, à bon marché, se procurer le plaisir et la satisfaction d’une pleine eau et d’un nettoyage à fond dans l’eau courante de la rivière. Mais l’hiver, le moindre établissement de dixième catégorie demande, pour un bain simple, soixante centimes au minimum. Si vous avez envie, envie bien légi-
- Les bains publics à bon marche de la rue Château-Laudon, à Paris
- time, n’est-ce pas, de vous sécher au sortir du bain et d’employer à cet usage autre chose que votre chemise, c’est quinze ou vingt centimes de supplément qu’il vous faudra payer. Quinze à vingt sous, c’est beaucoup pour la généralité des ouvriers.
- Dans quelques régiments, on supplée à la baignade réglementaire de la belle saison par des ablutions à la douche. Cette innovation digne d'encouragement, en attendant la création de salles de bains dans les casernes, est due à quelques chefs de corps. Les hommes passent à tour de rôle dans un cabinet où, après un savonnage consciencieux, une aspersion générale d’eau tiède permet un nettoyage complet. Dans un régiment de cavalerie, on 12° aonée. — 2“ semestre.
- avait trouvé le moyen d’avoir de l’eau chaude à discrétion en utilisant la chaleur de fermentation des fumiers, au milieu desquels on enfouissait des bonbonnes remplies d’eau. La nécessité rend ingénieux. Mais dans les grandes villes, l’ouvrier, qui*, peut disposer de son dimanche, quand ce n’est p$s aussi du lundi, ne trouve aucun moyen peu coûteux, conciliable avec les limites de sa bourse, pour avoir les quelques cents litres d’eau nécessaires à une toilette complète.
- Cette lacune vient d’être comblée à Pai*is ; après quelles difficultés, quelles tentatives infructueuses? Un court historique va vous l’apprendre. Depuis quarante ans, il existe en Angleterre des bains et lavoirs publics, à la portée de toutes les bourses.»
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- En \ 846, le Parlement anglais adoptait un projet de loi pour encourager et protéger la création de ces sortes d’établissements. Dix-huit, mois après la promulgation de l'édit, une paroisse de Londres, Saint-Marlin-aux-Champs, ouvrait des bains k bon marché. Quelques années plus tard, onze paroisses en possédaient et, sur les douze ou quinze établissements, neuf avaient une piscine, un bain de natation.
- L’exemple fut contagieux. Toutes les grandes villes d’Angleterre se mirent en mesure de créer des établissements analogues. En 1854, il y en avait déjà dans 25 villes. En Allemagne, en Belgique, on ne tardait pas k imiter les Anglais et aujourd’hui la plupart des grandes villes de ces divers pays possèdent des bains publics aménagés de la façon la plus intelligente. En Angleterre, ce furent d’abord les municipalités qui prirent l’initiative de ces bains publics ; puis peu k peu des sociétés financières en établirent. D’autres enfin s’élevèrent, grâce à des souscriptions volontaires, ou k des souscriptions privées, comme les bains des clubs de Londres et Glascow.
- Glascow a été la première ville k créer des bains de luxe. Le bain dit Occidental, établi en 1871 par le club Arlington, au capital de 7000 livres, est installé avec tout le confort moderne ; mais il n’est accessible qu’aux membres du club. Encore ceux qui ne sont pas actionnaires payent-ils un droit de 65 shellings par année. Le bain Victoria, toujours k Glascow, est encore plus luxueux; il est dù, comme le premier, k la souscription d’un cercle et n’est pas public. C’est le dernier mot du confortable, de l’élégance. On y trouve toutes les variétés de bains imaginables, bain russe, bain turc, douches île tous genres, cabinets de bains spéciaux, piscine, etc...
- Ces bains ne représentent pas précisément le bain publie, encore moins le bain à bon marché. Mais cela donne une idée de l’engouement qui a suivi la création des premiers établissements. Londres possède actuellement près de 7(J bains publics, depuis les plus luxueux, comme Argyll jusqu’aux plus simples, aux plus modestes comme Saint-Pancrace. Tous sont installés avec commodité et la majeure partie possède une piscine plus ou moins vaste pour la natation. A Southport, dans le Lancashire, un de ces établissements offre asile à la fois k toutes les classes de la société k des prix variés, bien entendu. 11 a sept piscines, alimentées k l’eau froide, à l’eau tiède, k l’eau de source ou à l’eau de mer.
- A Vienne, il existe trois grands établissements, le bain Diane, le bain Sophie et le bain Margueritte. Le premier est fort ancien; il date de 1804. Mais les aménagements qui en ont fait un véritable bain public ne datent que de 1842 et 1854. En Allemagne, il est peu de villes où on ne rencontre des bains publics. A Hambourg, à Berlin, à Magdebourg, à Leipzig, etc., partout se sont élevés des étab'is-sements dont la disposition diffère peu, non plus
- que les prix. Magdebourg a créé le premier établissement ayant une piscine ouverte toute l’année. Le bain de piscine coûte 50 centimes; l’abonnement de 12 bains, 5 francs; des billets de famille pour six personnes et plus sont délivrés au prix de 90 francs par an. En 1875 la piscine a reçu 54 000 baigneurs ; on distribuait en même temps près de 15 000 bains de baignoires. L’eau de la piscine est vidée chaque nuit d'été; l’hiver, le renouvellement est moins fréquent. A Brème, l’eau est renouvelée chaque nuit; le bassin n’a, il est vrai, que 112 mètres carrés de surface; de plus l’eau propre est amenée d’une façon constante, au débit de 10 mètres cubes par heure.
- Il y a quarante ans que l’on a inauguré ces bains publics k l'étranger; il y a plus de vingt ans que toutes les grandes villes en ont été dotées. Pendant ce temps, Paris ne pouvait offrir à sa nombreuse population ouvrière que le bain de pleine rivière pendant les mois d’été. On s’étonnera quelque peu de voir notre capitale restée en arrière de ce mouvement. On aura d’autant plus le droit de s’en étonner que c’est à Paris que se sont produits les premiers essais d’installation de bains de ce genre. En 1845, un ingénieur, M. Philippe, avait commencé les travaux d’un grand bassin de natation au quai de Bijly. L’eau chaude devait être fournie par la pompe k feu de Chaillot. La construction était en train, lorsque survinrent les événements de 1848. Tout fut arrêté, les travaux furent suspendus et l’entrepreneur y laissa tout l’argent qu’il avait engagé. Un peu plus tard, en 1851, l’Assemblée nationale votait un crédit de 600 000 francs pour encourager la création de bains ou lavoirs publics. C’était le pendant du projet du Parlement anglais. Le crédit dut être rapporté l’année suivante, aucune ville, aucune commune n’ayant soumis de propositions sérieuses.
- On en resta là pendant vingt ans. Les publications des Conseils et des Sociétés d’hygiène appelèrent l’attention sur ce qui se faisait k l’étranger. En 1880, deux industriels demandèrent au Conseil municipal la concession des eaux de condensation des machines de la ville pour l’installation de bains publics. Le Conseil accorda la concession sous réserve de lui fournir 600 000 cachets pour les indigents au prix de 10 centimes. Le traité fut négocié, mais deux ans plus tard on fut obligé de retirer la concession, les clauses du traité n’ayant pas été exécutées. Fort heureusement le projet fut repris tout aussitôt par un nouvel entrepreneur et la concession fut accordée, avec quelques modifications du cahier des charges.
- La Ville s’engageait à fournir gratuitement l’eau de condensation des machines élévatoires 'de la Yillettc, du quai de Billy et du pont d’Austerlitz. Elle se réservait, pour deux jours par semaine, le droit d’occuper l’établissement; un jour pour les soldats de la garnison, l'autre jour pour les enfants des écoles. Elle payait un droit de 15 centimes par
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- bain pour les garçons, de 20 centimes pour les filles, linge compris.
- La Société concessionnaire, dite Société française des Gymnases nautiques, accepta ces conditions. Elle se mit de suite à l’ouvrage et d’ici quelques jours elle ouvrira au public son premier établissement, rue Chàteau-Landon, n° 51, au milieu du quartier populeux de la Villette et de la Chapelle. C’est un vaste hall, vitré dans toute la partie supérieure, recouvrant une vaste piscine de 50 mètres de long sur 10 de large. L’établissement présente dans son ensemble la disposition générale des écoles de natation ou bains froids de la Seine. A l’entrée, deux grandes salles sont réservées pour les douches froides et chaudes et pour les bains de vapeur. Tout autour de la piscine s’élèvent deux étages de cabines, propres, suffisamment larges, pouvant donner place à deux cents baigneurs a la lois. Le fond du bassin, cimenté, est incliné en pente douce de façon à donner une profondeur de 60 centimètres jusqu’à près de trois mètres.
- Cet immense bassin de mille mètres cubes est alimenté par l'eau de condensation de la machine de la Villette qui peut amplement suffire au renouvellement quotidien. L’eau, amenée par canalisation spéciale, arrive à 25°, sans avoir perdu un degré dans ce parcours et dans les tuyaux de filtration. Elle se déverse d’une façon constante tombant en cascade d'une niasse de rocailles, donnant à la nappe d’eau un mouvement ondulatoire qui facilite l’écoulement, par les rigoles de trop-plein, des particules grasses qui viennent surnager à la surface. Un large tuyau de débit s’ouvre à la partie la plus déclive, entraînant de son côté les impuretés tombées au fond de l’eau. Le bain est maintenu, par cet apport constant, à une température fixe de 25°, fort suffisante pour une piscine où l’on peut s’agiter, remuer, nager.
- Sous le quai, à claire-voie et en encorbellement, circule une canalisation de vapeur destinée à donner en hiver une chaleur douce de 17 à 18° uans toute la salle. Nous signalerons aux propriétaires une innovation pour les prochains établissements. C’est une galerie circulaire extérieure, donnant accès dans les cabines sans qu’on puisse entrer par le quai, autrement que déshabillé et les pieds nus ; on évite ainsi le passage avec des chaussures plus ou moins propres et, partant, le transport dans l’eau du bassin de boues, de saletés. La surveillance est, il est vrai, un peu plus difficile, mais la propreté est, de ce fait, bien assurée.
- Le prix du bain est peu élevé : pour cinquante centimes une fois payés, vous avez droit à toutes les variétés de douches, au bain de vapeur, au bain de piscine. Vous pouvez choisir entre tous les modes d’ablutions, vous pouvez, si le cœur vous en dit, passer de l’un à l’autre ; il n’en coûte pas plüs cher. Vous avez en outre droit, sans supplément, au linge, c’est-à-dire un peignoir et un caleçon.
- C’est, on le voit, le bain public à bon marché. Il
- n’est pas douteux que cet établissement obtienne un succès égal à celui des bains analogues de l’étranger. Les hygiénistes applaudiront à cette création qu’ils ont si longtemps réclamée et qui ne peut manquer d’exercer une influence salutaire sur la santé de la population de ce quartier l. A. Cartaz.
- LE CANAL DU DANUBE A L’ELBE
- La situation faite aujourd’hui à l’industrie et au commerce français par les efforts toujours grandissants de la concurrence allemande, appelle de nouveau l’attention sur un point qui intéresse au plus haut degré la prépondérance industrielle et commerciale de notre pays. Nos voisins, après avoir imité la France dans l’établissement de son réseau de chemins de fer et bénéficié comme elle des immenses résultats obtenus par la création de voies ferrées, nous apportent aujourd’hui, soutenue par le bas prix de leur main-d’œuvre, une concurrence dont il ne semble pas facile de combattre les effets autrement que par la production à bon marché. Augmenter la valeur des produits en réduisant le prix de la production, tel est à notre avis le seul remède qui puisse apporter quelques soulagements aux souffrances de l’agriculture et le seul capable de faire disparaître la crise intense que traverse aujourd’hui notre industrie entière. Produire, créer des débouchés ne suffisent pas si l’on ne dispose de tous les moyens pour transporter facilement les produits aux marchés où les besoins et les demandes de l’homme trouvent une satisfaction immédiate ; on conçoit donc que toute l’attention des industriels et des économistes se soit portée sur la question du transport à bon marché, ce facteur si important puisqu’il intervient pour une grande part dans le prix de revient des produits.
- La question des voies navigables de la France n’a pris une importance capitale que du jour où l’on s’est aperçu que le développement considérable du réseau de nos voies ferrées coïncidait avec une augmentation sensible du prix de revient des transports par chemins de fer, et cela par suite de l’introduction dans ce réseau de nouvelles lignes coûteuses et à trafic plus faible. Le réseau des voies navigables qui offraient en 1874 une circulation plus qu’irrégulière puisque les différents tronçons qui le composaient, mal ou pas du tout reliés entre eux, opposaient à une navigation économique, par suite de différences de tirants d’eau, de dissemblances dans les sections des canaux et dans les dimensions des écluses, des obstacles presque insurmontables, s’améliore progressivement chaque année depuis que des sommes considérables ont été allouées par l’Etat pour l’ex-
- 1 D’autres établissements doivent être créés par la même Société dans d’autres quartiers. Il est question d’établir un bain plus luxueux au voisinage du Château-d’Eau.
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- tension de ce réseau. Un résultat complet est encore loin d’être atteint, mais le premier pas est fait, et tout le monde admet aujourd'hui avec M. Cotard qui a établi ce principe avec tant d’autorité dans une remarquable étude publiée dans le Bulletin de la Société des Ingénieurs civils, que non seulement un réseau homogène et complet de voies navigables pourra seul, et sans qu’il en résulte un abaissement des tarifs ordinaires des chemins de fer, produire une réduction dans le prix des transports pour une classe considérable de marchandises, matières premières, volumineuses, mais aussi que l’établissement de ce réseau sera un appoint utile et nécessaire à notre système de voies ferrées au lieu de lui élever une concurrence désastreuse. Le développement de nos voies navigables doit suivre une marche parallèle avec l’accroissement de notre réseau de chemins de fer, et la navigation destinée surtout au transport de matières lourdes et encombrantes à petite vitesse et à bon marché, donnera naissance par le fait même des facilités qui lui seront accordées, comme il arrive lors de l’ouverture d’une voie de transport plus économique, à un trafic-nouveau, à une prospérité industrielle et agricole dont les voies ferrées seront les premières à profiter.
- La création d’un mode de transport plus économique que la voie ferrée s’im-.pose donc fatalement à tous les peuples soucieux d’augmenter leurs revenus et c’est ce qu’ont parfaitement compris les nations qui nous entourent et dont il est intéressant d’examiner de près les efforts pour nous devancer dans cette voie. L’Autriche, plus particulièrement, maîtresse de cette puissante voie de communication : le Danube, vient d’émettre un vaste programme pour l’extension de son réseau navigable et nous ne pouvons donner une meilleure idée de l’importance des travaux prévus qu’en présentant* à nos lecteurs le projet adopté il y a quelques semaines par une Commission nommée par le Reichstag autrichien et élaboré par M. Deutsch, pour la réunion au moyen d’un canal à écluses des deux immenses bassins du Danube et de l’Elbe. Ce travail qui coûtera environ 200 millions de francs, doit entrer prochainement dans 1ère de l’exécution et sera sans aucun doute la source de revenus considérables pour l'Autriche.
- Le Danube, qui prend naissance dans le duché de Bade, se jette dans la mer Noire par plusieurs embouchures après un parcours total de 2860 kilomètres. La navigation, rendue autrefois
- très difficile par les nombreux empêchements qu’apportaient les gouvernements des pays traversés, a été déclarée libre après la guerre d’Orient par le traité de 1856, et actuellement la circulation qui est très active sur ce fleuve (la flotte de la Compagnie Danubienne de navigation à vapeur ne comprend pas moins de 800 bateaux dont les plus grands jaugent 525 tonneaux) ne rencontre d’obstacles matériels qu’aux environs des Portes de fer, nom donné à une série de roches saillantes entre Moldova et Turn-Severin qui offrent de grands dangers à la navigation pendant les basses eaux.
- Plusieurs projets sont à l’étude pour créer un chenal profond à travers ces obstacles qui rendent le trafic si difficile et qui arrêtent si fâcheusement le développement commercial de cette partie de l’immense bassin du Danube.
- L’Elbe, qui prend sa source en Bohême, devient navigable à partir de Melnik et se jette dans la mer
- du Nord à Cuxhaven après un parcours de 829 kilomètres. A Melnik elle reçoit un confluent, la Moldau, dont le cours tout entier, 422 kilomètres, se trouve en Bohême et qui devient navigable à Budweis avec une profondeur normale de 1 mètre. Cependant pendant les grandes eaux, la profondeur de la Moldau atteint 2 et 5 mètres, mais alors la vitesse qui dépasse 5 mètres par seconde rend la navigation difficile sinon impossible ; d’un autre côté les basses eaux ne donnant qu’une profondeur de 0m,60, une canalisation pourra seule rendre la Moldau navigable.
- La voie navigable qui doit réunir les bassins du Danube et de l’Elbe, en franchissant au moyen de biefs éclusés une différence de niveau de 390 mètres sur une distance de 468 kilomètres se compose, comme on peut le voir sur le profil longitudinal ci-contre : 1° d’un canal artificiel joignant Vienne à Budweis ; 2° de la Moldau canalisée entré Budweis et Melnik où l’Elbe devient navigable. Le transport par eau, économique comme nous l’avons dit à la condition detre effectué à petite vitesse, convient a une vaste classe de marchandises auxquelles en général un retard de plusieurs jours dans l’envoi, ne peut causer aucun préjudice ; cependant comme l’on a souvent intérêt, pour certaines d’entre elles, les blés et grains par exemple, qui sont une des principales productions de l’Autriche-Hongrie et qui font l’objet d’un immense trafic, à faire l’expédition le plus rapidement possible, il importe d’adopter dans la me'
- Fig. 1. — Carte des bassins du Danube et de l’Elbe, et du canal projeté pour les réunir.
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- sure du possible la traction à vapeur, dont l’emploi combiné avec une disposition judicieuse des biefs permet de réduire à son minimum la durée du voyage. On voit donc que si la distribution des biefs et des échelles d’écluse dépend principalement de la configuration du sol, elle dépend aussi en quelque sorte du choix du moteur et cette considération a conduit à rapprocher les écluses l’une de l’autre par groupes, de façon à laisser entre chaque groupe des nappes d’eau assez longues pour y permettre l’emploi économique du touage à vapeur et compenser ainsi la perte de temps due tant aux passages des bateaux dans les écluses qu’à la traction par chevaux dans ces différents groupes d’écluses. Pour éviter les encombrements, le canal sera à deux voies dans ces groupes et la traction s’y fera par des chevaux qui,'après avoir travaillé pendant dix minutes en moyenne seront au repos les dix minutes suivantes pendant l’éclusage. Les biefs compris dans les groupes d’écluses ont des longueurs variant entre 500 mètres et 4000 mètres suivant la tandis que les nappes parent les groupes et dans lesquelles le ouage se fera au moyen de toueurs de 450 à 220 chevaux pouvant traîner un convoi de 5 bateaux de 560 tonnes chacun ont de 44 à 20 kilomètres'de longueur.
- Ces grands biefs, dans lesquels on a aménagé des garages en nombre suffisant, sont à une seule voie et les écluses à chacune de leurs extrémités permêttront l’éclusage simultané dps 5 bateaux du même convoi. Sur le parcours de ces biefs seront établies des portes de sûreté pour le cas où le canal viendrait à être
- menacé d’une vidange complète à la suite de la rupture d’un remblai ; de même des déversoirs permettront de conserver un niveau constant dans le canal. Le bief de partage a 75 kilomètres de longueur
- et ceux de la Moldau canalisée une longueur moyenne de
- 4 kilomètres. Les écluses ordinaires du canal artificiel ont
- 5 mètres de chute, 7m,80 de largeur et 61 mètres de longueur et ne pourront écluser qu’un bateau à la fois tandis que celles de la Moldau établies avec 424m,50 delongueur et 15“,50 de largeur pourront écluser un convoi de 5 bateaux avec leur toueur.
- Quant aux vitesses maxima que l’on pourra atteindre et qui permettront de faire la traversée de Vienne à Melnik en 8 jours (la voie ferrée la plus courte met 6 jours), on pourra compter sur 4 kilomètres par heure pour la traction par cheval entre les écluses, ce qui correspond en y comprenant les arrêts dans les écluses à une vitesse moyenne de 0m,46 par seconde. Cette vitesse est dépassée sur les canaux américains où l’on atteint bien organisés ; en F rance, biefs de 42 à 20 kilomètres les toueurs seront animés d’une vitesse de 6 kilomètres à l’heure qui atteindra 7k,5 dans le bief de partage et 8 à 40 kilomètres dans la Moldau canalisée.
- Pour terminer cette description générale, il nous reste à dire quelques mots sur un point capital : l’alimentation du canal. L’alimentation d’un canal à biefs écluses exige un grand volume d’eau, car à la perte d’eau provenant du passage des bateaux traversant le bief de partage et qui est égale, pour un bateau, au double du volume du sas de l’écluse
- T{R fl 'C1 H
- Salzboun
- Canal artificiel et Moldau canalisée.Canal de dérivation. Carte de la Bohème, indiquant le tracé du canal projeté.
- Fig. 5. — Prolil transversal du canal du Danube à l'Elbe. — Dimensions îles bateaux : Longueur 60 mètres; largeur 7 mètres; tirant d'eau tonnage 360 T.
- configuration du terrain, d’eau plus longues qui sé-
- 0m,65 grâce à des relais elle est moindre. Dans les
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- il faut ajouter celles ducs aux infiltrations dans le sol, à l’évaporation, à la fermeture non hermétique des portes d’écluse, et l’on comprend que dans ces condilions on hésite souvent à établir des canaux dans des contrées montagneuses. Dans le cas actuel, la Bohême étant une région des plus abondamment arrosées et les jaugeages du fleuve et les observations faites sur le régime des eaux pluviales du bassin supérieur de la Moldau ayant conduit à un débit de 8mc,75 par seconde, on n’aura pas à craindre un arrêt dans l’alimentation du canal.
- Le problème a été divisé en deux : alimentation de la Moldau canalisée et alimentation du bief de partage. La canalisation régulière de la Moldau est plus qu’assurée par son bassin très boisé qui comprend une étendue de 2800 kilomètres carrés et qui peut recueillir avec des hauteurs minima de pluie de 142 millimètres par an, un volume de 1 million de mètres cubes par jour, soit 12 mètres cubes par seconde. Quant à la nappe d’eau du bief de partage qui est à la cote 553 comme l’indique le profil en long on a dû déterminer, dans le cours supérieur de la Moldau, un point du bassin situé à une plus grande altitude et qui puisse alimenter d’une façon continue l’extrémité ouest du bief au moyen d’un canal de dérivation de 115 kilomètres de longueur et de dimensions telles qu’il pourra être utilisé pour le flottage et donner lieu à un emploi de force motrice. A l’origine de ce canal d’alimentation sera établi un grand réservoir de 20 millions de mètres cubes débitant 3 mètres cubes par seconde et l’extrémité est du bief sera de la même façon alimentée par un second réservoir de 14 millions de mètres établi dans le voisinage direct du bief et débitant 2 mètres cubes par seconde. D’après de nombreuses observations faites sur des canaux existants on peut estimer les pertes d’eau dues aux différentes causes déjà indiquées à lmc,50 à lmc,60 par jour et par mètre courant de canal, soit 4mS, par seconde dans les circonstances les plus défavorables et une fois le canal rempli; l’alimentation du bief de partage se trouve donc assuré par les deux réservoirs d’un débit total de 5 mètres cubes. Les autres biefs pour lesquels il suffit de remplacer l’eau perdue par les effets de l’infiltration et de l’évaporation seules et qu’on peut évaluera 800mètres cubes par kilomètre courant, seront suffisamment alimentés au moyen de rigoles latérales.
- La dépense de construction s’élèvera à 175 millions de francs qui représentent une dépense kilométrique moyenne de 550 000 francs soit 000 000 francs pour le canal artificiel et 150 000 pour la Moldau canalisée; les fraisd’établissement, chevaux, touage, etc., s’élevant à environ 15 millions de francs la somme de la dépense totale sera d’environ 200 millions de francs. Quant au prix moyen de revient de la tonne kilométrique les calculs les plus précis le font ressortir à 0rr,019, intérêt et amortissement compris.
- Avec les chiffres que nous venons de fournir et qui donnent la mesure de l’importance de ce travail, |
- ! nous aurons noté les traits caractéristiques de ce projet dont la réalisation prochaine mettra l’Autriche à même de prendre une plus grande part au commerce international en donnant au Danube le rôle d’intermédiaire direct entre les producteurs de l’Orient et les marchés de l’Europe centrale. Car il ne s’agit pas seulement du développement d’un trafic local, ni de création de nouvelles industries en Bohême, pays déjà si industrieux par lui-même; le but principal de l’œuvre que la réunion de 829 kilomètres de l’Elbe avec les 4676 kilomètres du Danube (en y comprenant les fleuves tributaires) rend évident, est de former une seule voie navigable qui unisse la mer Noire aux ports de la mer du Nord en se ramifiant dans toutes les directions de l’Europe centrale, fournissant ainsi un débouché direct aux blés et aux grains de Roumanie et de Russie, exclus jusqu’à présent de ces marchés par la concurrence américaine qui trouve encore profit malgré la longueur de la route maritime à apporter ses grains dans le cœur de l’Europe centrale. Il ne suffît donc pas d’avoir des chemins de fer, il faut aussi créer des transports à bon marché si l’on veut encourager et développer la production et augmenter la circulation sans constamment réclamer des Compagnies de chemins de fer des tarifs de faveur qu'elles sont dans l’impossibilité absolue d’accorder au taux auquel leur revient leur exploitation : l’Autriche, qui ne possède pas moins de o lignes ferrées parallèles au nouveau canal, montre qu’elle espère tirer de cette quatrième voie des avantages considérables.
- La France, comme nous l’avons dit, lient encore le premier rang au point de vue des canaux, mais pour lui permettre de lutter avec avantage contre l’étranger sur ie terrain industriel et commercial, il lui reste encore beaucoup de travaux indispensables à exécuter, dont les projets‘sont dressés depuis bien longtemps : les canaux dérivés du Rhône, le canal maritime de Bordeaux à la Méditerranée, l’approfondissement et le développement des ports du Havre et de Bordeaux dans lesquels la navigatiqp est difficile sinon impossible à certains moments et qui sont dans une situation d’infériorité déplorable comparés aux ports anglais. Montrons que si la France sait consacrer des millions à conquérir des colonies lointaines, elle* sait aussi les employer à faire chez elle les travaux indispensables qui doivent lui conserver son rang de première nation industrielle du continent.
- Émile Pitsch,
- Ingénieur.
- L’AIR COMPRIMÉ
- CONSIDÉRÉ COMME RÉSERVOIR d’ÉNERGIE
- Les discussions auxquelles a donné lieu récemment devant la Société des Ingénieurs civils la question du Métropolitain, nous apportent des renseignements intéressants sur différents points, et, en particulier, sur les moteurs destinés à la traction des trains.
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- C’est ainsi que M. Mékarski a fourni des chiffres très précieux sur la puissance de l’air comprimé considéré comme réservoir d’énergie, chiffres que nous allons résumer pour nos lecteurs.
- Il résulte d’expériences faites au moyen du frein de Prony sur une machine Compound permettant une expansion de huit volumes, qu’un kilogramme d’air comprimé, introduit dans le premier cylindre k la pression initiale de 10 kilogrammes par centimètre carré peut fournir un travail effectif de 24 000 kilogrammètres.
- Une locomotive Compound k air comprimé fournissant un effort de traction de 1000 kilogrammes, sulfisant pour un train de 100 tonnes, dépenserait environ 40 kilogrammes d’air par kilomètre.
- Le trajet, comportant 18 kilomètres, serait largement effectué par le type de locomotive étudié par M. Mékarski et comportant un approvisionnement initial de 1000 kilogrammes d’air.
- Ces 1000 kilogrammes d’air amenés k une pression de 50 kilogrammes par centimètre carré occuperont 17 mètres cubes k la température ordinaire et seront renfermés dans cinq réservoirs cylindriques de 85 centimètres de diamètre et de 6 mètres de longueur. Fabriqués en tôle d’acier doux de 2 centimètres d’épaisseur, le poids total de la batterie de réservoirs sera de 15 tonnes. Avec un réservoir d’eau chaude de capacité convenable, la machine k trois essieux couplés pèserait 35 tonnes k vide et 58 tonnes en marche avec 1000 kilogrammes d’air et 2000 kilogrammes d’eau k la température de 175° centigrades.
- Lorsqu’on considère le poids de l’air seul, on voit qu’il constitue un réservoir d’énergie extrêmement léger puisqu’un kilogramme peut fournir un travail total de 24 000 kilogrammètres et qu’il suffirait de 12 kilogrammes pour produire 1 cheval-heure.
- Lorsqu’on considère ces 1000 kilogrammes d’air capables de fournir un travail total de 24 000 000 de kilogrammètres en tenant compte du poids de 15 tonnes représenté par les réservoirs qui les contiennent, le travail disponible par kilogramme n’est plus que de 1500 kilogrammètres. Enfin, en prenant le poids total du véhicule en ordre de marche, soit 38 tonnes, le travail effectif disponible par kilogramme s’abaisse k 632 kilogrammètres.
- Il est intéressant de comparer ces chiffres k ceux des moteurs des torpilles k air comprimé.
- Il est probable que la puissance des moteurs k air comprimé des torpilles Whitehaid doit s’approcher de ce chiffre (six k sept cents kilogrammètres) comme somme de travail effectif disponible par unité de poids, mais la différence essentielle entre les deux applications ditfère par le mode d’emploi et la rapidité du débit. Dans la torpille, on sacrifie le rendement pour obtenir une puissance énorme sous un faible poids, mais pendant quelques minutes seulement ; dans le véhicule k air comprimé, le débit est moins rapide, mais le rendement est meilleur et l’on utilise tout le travail possible en réalisant ed grandes détentes et en réchauffant l’air.
- BIBLIOGRAPHIE
- Piles électriques et accumulateurs. Recherches techniques, par Emile Reynier. 1 vol. in-8* avec figures.
- Paris librairie J. Michelet, 1884.
- La question des générateurs électriques préoccupe et intéresse aujourd’hui non seulement les techniciens et les spécialistes, mais les amateurs et les gens du monde
- désireux de mettre k profit les curieuses et intéressantes ressources de Fêle triché moderne. M. Emile Heynier, qui par ses travaux personnels, a fait faire des progrès réels k la science k laquelle il consacre ses efforts, était k. même de nous bien renseigner sur l’état de la question des piles et des accumulateurs. Il le fait avec beaucoup de méthode et de précision dans le livre que nous annonçons aujourd’hui. Après avoir reproduit le résultat de ses recherches sur les piles primaires et secondaires, l’auteur retrace les travaux importants qu’il est utile de connaître, il s’étend longuement sur les applications k l’éclairage et k la traction, et nous donne un véritable traité qui sera certainement apprécié et utilisé par tous les électriciens.
- Développement de la méthode graphique par l'emploi de la photographie, par E. J. Marey, membre de l’Institut, professeur au Collège de France, supplément à la méthode graphique dans les sciences expérimentales avec 35 fig. dans le texte, 1 broch. in-8°. Paris, G. Masson, 1885.
- LES GRANDS TINS DE CHAMPAGNE
- « Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois font cent bêtes », dit un vieux proverbe bien connu, mais peu galant envers un certain nombre de nos compatriotes. — « Quatre-vingt-dix-neuf grenadiers de ma vieille garde et un Champenois font cent braves », a répondu Napoléon Ier.
- Quoi qu’il en soit, Dom Pérignon, un vieux moine champenois, qui mourut en 1715 après avoir été pendant quarante-sept ans procureur de l’abbaye d’Hautvillers, n’était peut-être pas un brave, mais à coup sûr ce n’était pas une bête, car c’est à lui que l’on doit les procédés employés aujourd’hui pour la préparation des vins de Champagne mousseux.
- Au temps jadis, c’étaient les vins de Lesbos et de Chio, de Falerne, deCécube et de Massique qui formaient le complément indispensable de tout festin d’apparat chez les Grecs et chez les Romains : les convives, couronnés de roses et couchés sur des lits luxueux, savouraient avec délices ces breuvages célèbres que l’industrie n’avait pas encore songé à sophistiquer. Aujourd’hui le vin de Champagne a détrôné les vins chers à nos aïeux, sa réputation est devenue universelle, on en consomme dans tous les pays du monde et un grand dîner ne serait pas complet s’il n’était accompagné de quelques bouteilles de Clicquot ou de Moët et Chandon, de Mercier ou de Ruinart, de Rœderer ou de Montebello. Quelques mots sur ce nectar des temps modernes ne seront donc pas déplacés au moment où l’Exposition régionale qui vient de s’ouvrir à Epernay appelle de nouveau l’attention des gourmets sur ce précieux produit que le phylloxéra a laissé indemne.
- Le véritable vin de Champagne se récolte uniquement dans certains vignobles du département de la Marne situés aux environs de Reims et d'Epernay, et occupant une superficie d'environ 15 000 hectares. La production moyenne depuis douze années
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- a dépassé 4-50 000 hectolitre, soit 30 hectolitres par hectare et par an, et a rapporté annuellement environ 41 millions de francs, soit 9700 francs par hectare, ce qui porte le prix de l’hectolitre à environ 92 francs. Or les dépenses d’entretien peuvent être évaluées à 27 millions de francs chaque année, soit 1800 francs par hectare. D’où il suit que la culture des vignes en Champagne a procuré à la France un bénéfice annuel moyen de 14 millions, soit plus de 900 francs par hectare. On conçoit que des terres qui rapportent de si beaux revenus doivent atteindre des prix considérables. En effet, on estime à plus de 127 millions la valeur foncière des 15 000 hectares de vignes de la Champagne, ce qui donne un prix moyen de près de 8500 francs par hectare. Aussi les vignerons ne ménagent-ils pas le fumier et n’épar-gnent-ils pas leurs peines !
- Toutes les vignes sont plantées sur les coteaux : la plaine n’en contient point.
- C’est dans les parties basses, où le sol est composé d’une couche de terre végétale plus ou moins siliceuse avec un sous-sol crayeux ou pierreux, que se récolte le meilleur vin ; malheureusement ces parties sont plus exposées que les autres aux gelées nocturnes du printemps, et trop souvent les espérances des vignerons se trouvent déçues. A mi-côte, le sol est sensiblement le même et la récolte est plus certaine : c’est ce qui explique les prix plus élevés qu’atteignent les vignes situées à ce niveau. Vers le haut, la couche de terre végétale présente moins d’épaisseur et est souvent mélangée de sable ; d’autre part, le sous-sol y est ordinairement argileux, c’est-à-dire trop froid pour la vigne : aussi la qualité du vin s’en ressent-elle, et malgré les récoltes abondantes qu’elles fournissent, les vignes supérieures sont-elles cotées à des prix moindres que les autres.
- Tout naturellement ces vignobles sont l’objet d’une culture spéciale et particulièrement soignée. C’est à ce mode de culture, c’est aussi à la nature du sol, mais c’est surtout aux soins des négociants qui les manipulent que les vins de Champagne doivent la grande finesse de leur goût., leur fraîcheur et leur bouquet délicat : aussi les consommateurs, ou, pour employer le terme à la mode, les dégustateurs tiennent-ils ordinairement beaucoup plus à telle ou telle marque qu’à un vin de tel ou tel cru.
- Un quart seulement des vignobles produit du raisin blanc; les trois autres quarts sont plantés en raisins noirs. L’un et l’autre servent à faire du vin blanc, car, aussitôt la cueillette, les raisins noirs sont séparés de la peau et des pépins qui seuls occasionnent la couleur rouge pair leur fermentation avec le liquide; toutefois, dans les bonnes années hâtives, lorsque les raisins noirs ont atteint une Irèsgrandc maturité, le vin qu’ils fournissent se trouve un peu rosé ou taché, ce qui alors est l’indice d’une qualité exceptionnelle. Le vin de raisins noirs a plus de corps, de vinosité et de bouquet, le, vin de raisins blancs a'plus de finesse et de sève et il excite davantage la mousse. Beaucoup d’amateurs et de connaisseurs accordent la préférence au vin de raisins noirs.
- Les principaux crûs de raisins noirs sont ceux de Verzv, de Verzenay, de Sillery, de Mailly, de Rilly-la-Montagne et de Villedomange sur les coteaux qui avoisinent Beims; de Bouzy, d’Ay, deMareuil, d’Ave-nay, de Dizy, de Champillon, d’Hautvillers, de Cu-mières, d'Epernay et de Pierrv au-dessus de la rivière de Marne. Les principaux crûs de raisins blancs sont ceux de Cramant, d’Avize, d’Oger, du Mesnil, de Grauves et de Cuis, situés au sud d’Eper-
- Fig. 1. — Entrée des caves de la maison Théophile Kœderer, fondée à Reims eu ISCi.
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- nay. On cultive en Champagne le pineau noir, le vert, le vert doré, le plant royal, le meunier, qui petit noir, le plant rouge, le plant gris, le plant fournissent des raisins noirs, — le pineau blanc, le
- Fia. 2. — Vue générale des caves de la maison E. Mercier et C", à Épernay.
- petit blanc, le blanc gris, le vert gris, le pineau doré, le garnai, le gouai, le meslier, Vépinette qui produisent des raisins blancs.
- La taille de la vigne se fait vers le mois de février, puis vient le bêchage, qui s’effectue à l’aide d’une houe ou hoyau et qui a pour but de détruire les mauvaises herbes et de recoucher les ceps en ne maintenant hors de terre que le bois de l’année précédente : les racines sont ainsi toujours rajeunies et l’alimentation de la plante se trouve toujours assurée même dans les cas où les anciennes racines viendraient à pourrir. Au mois d’avril, on procède au provignage, qui consiste à coucher à la profondeur de la plantation les provins, ou pousses de l’année précédente, que'l’on a ménagés lors de la
- taille pour repeupler la vigne et remplacer les ceps morts. Au commencement de mai, on plante lesécha-
- las destinés à maintenir les jeunes rameaux, puis on donne à la vigne un premier sarclage. En juin, la fleur du raisin est éclose : c’est le moment du rognage, qui s’effectue à la main, et du liage de la vigne. Ensuite on fait un deuxième sarclage, puis un nouveau rognage vers le mois d’août : celte fois, on se sert d’une serpette pour couper les nouvelles pousses, afin d’arrêter la végétation et de refouler la sève dans le raisin. Enfin, un troisième sarclage a lieu, et le moment de la vendange est arrivé.
- Certes, malgré tous ces soins, la récolte est loin d’être toujours fructueuse. Si certaines années sont excellentes, en
- 3. — Foudre de 75.000 bouteilles de Champagne. Caves de M.M. Mercier et C'% à Épernay.
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- revanche, combien d’autres sont détestables! En effet, la Champagne se trouve située presque à la limite septentrionale de la culture delà vigne, et, pour peu que la saison ait été trop froide ou trop pluvieuse, tout se trouve compromis.
- La vendange, avons-nous dit, est l’objet de soins tout particuliers : les grappes sont coupées à la serpette , sous la surveillance de chefs d’équipe, puis placées dans des paniers, triées, épluchées, enfin écrasées chaque jour sur le pressoir.
- La première pressée ou serre tirée du pressoir fournit la mère-goutte, qui est d’environ cinq pièces pour 4000 kilogrammes de grappes. Les deux serres suivantes donnent encore l’une trois pièces et l’autre deux, soit en tout dix pièces : c’est le vin de cuvée, c’est-à-dire le vin de première qualité. La quatrième pressée donne le vin de tailles ou de suite, qui est de qualité moindre ; enfin le reste du liquide forme un vin de qualité inférieure que les
- marchands consciencieux ne livrent pas au commerce, et qui sert à la consommation des vignerons et des tonneliers.
- Une fois sorti du pressoir, le vin est envoyé, par des tuyaux argentés à J'intérieur, dans des cuves où il séjourne de six à dix heures, c’est-à-dire jusqu ace que la première écume soit montée. Puis il est mis dans des tonneaux où la fermentation se produit au bout de quelques jours et dure jusqu’à l’époque des premières gelées. Ces tonneaux sont seulement fermés par une feuille de vigne placée sur la bonde et recouverte de sable fin, ce qui permet à l’acide carbonique de s’échapper. Ensuite on procède au soutirage, opération qui a pour but de séparer le liquide clair de la lie qui s’est accumulée au fond des tonneaux. Enfin on fait les recoupages, c’est-à-dire qu’on mélange ensemble dans des proportions convenables les vins de différents crûs, les vins de raisins blancs avec les vins de raisins noirs. Les recoupages constituent une des opérations les plus délicates de la préparation des vins de Champagne, car il s’agit d’associer les crûs qui se conviennent, qui s’améliorent et qui se complètent mutuellement. Ils s’effectuent dans des foudres de grande capacité. Pour donner une idée de la dimension de ces gigantesques récipients, qu’il nous suffise de dire que nous avons vu, dans les caves de la maison Mercier et C°, à Epernay, trois fûts, véritables chefs-d’œuvre de tonnellerie, qui ont fait l’admiration des visiteurs
- \ l’Exposition de 1878, et qui contiennent, l’un 75000, l’autre 120000 et le dernier 170 000 bouteilles de Champagne (fig. 3).
- Les mélanges de vins de divers crûs sont désignés sous la dénomination de cuvée, et on leur donne le nom du vin qui y est entré en plus grande quantité. Il va sans dire que des vins de qualités très différentes peuvent se trouver étiquetés du même nom, tout dépend de l’exposition du terrain, de la nature de la vigne, des soins apportés à la culture et à la vendange, enfin et surtout de l’année.
- C’est vers le commencement de l’été que le vin est mis en bouteilles. On ajoute au vin de la récolte de l’année une partie de vin des récoltes précédentes réservée à cet effet, principalement lorsque ce sont des années de grande qualité.
- .Les bouteilles, dont tout le monde connaît la forme conique particulière sont fabriquées dans les verreries de Magenta près d’Epernay, d’Ay, de Reims, de la Neuvillette, de Loivre, de Courcy, de la Harazée, dans le département de la Marne, de Vauxrot, de Folembray, dans le département de l’Aisne, etc. Elles doivent être épaisses, résistantes, et le col doit en être rétréci afin d’imprimer au bouchon cette sorte d’étranglement qui le maintient solidement. Les bouteilles sont rincées avec soin, non à la main, ce qui serait trop long, mais au moyen des nouvelles machines du système Caillet. Elles sont emplies et bouchées à l’aide de machines spéciales, et le bouchon est maintenu par une agrafe en fer étamé. Puis elles sont couchées et empilées sur des lattes.
- Au bout de deux ou trois semaines, suivant le degré de température, la mousse, c’est-à-dire l’acide carbonique, se développe dans les bouteilles et en brise quelques-unes : c’est alors le moment de les descendre, par des puits disposés à cet effet, dans des caves très profondes et très froides où on doit les laisser pendant trois ou quatre ans, car ce n’est qu’au bout de ce temps que le vin est prêt à être expédié et consommé. Là elles sont rangées sur tas, ou en treillis séparés par des lattes.
- Les caves de la Champagne ne sont pas une des moindres curiosités du pays. Bien peu d’étrangers passent à Reims ou à Epernay sans demander l’autorisation de les visiter, autorisation qui leur est, d’ailleurs, ordinairement accordée très gracieusement par les propriétaires. Qu’on se figure d’immenses galeries établies dans d’anciennes crayères ou taillées dans le vif de la craie et s’enfonçant sous le sol à des distances plus ou moins considérables. Les caves de la maison Théophile Rœdercr et C°, fondée à Reims en 1864, sont particulièrement remarquables : les galeries n’ont pas moins de seize mètres de hauteur et à leurs intersections se trouvent cent trente-neuf berceaux ou rotondes coniques affectant la forme d’immenses bouteilles à Champagne (fig. 1). Il y a en Champagne des négociants dont les caves présentent un développement de 15 kilomètres et plus, correspondant à une superficie de 40 000 mètres et
- Fig. i. — Bouteilles de chaiapagne sur pointe.
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- sont reliées au chemin de fer par des embranchements particuliers, ce qui permet aux wagons de la Compagnie de l’Est d’y pénétrer pour y charger les millions de bouteilles des différents crûs qui s’expédient chaque année (fig. 2). Dans ces caves, il règne une température constante de 8 degrés environ. Quelques-unes d’entre elles, comme les caves de Mme veuve Pommcry à Reims, ou de MM. Mercier et C° à Epernay, sont ornées de bas-reliefs sculptés dans la craie.
- Lorsqu’une cuvée est restée en cave sur tas le temps nécessaire pour que le vin soit bien à point, les bouteilles sont renversées le col en bas ou sur pointe, sur des tables pupitres obliques percées de trous (fig. 4), et, pendant un mois ou deux, chaque bouteille est agitée tous les jours au moyen d’un mouvement circulaire rapide particulier, qui fait descendre sur le bouchon tout le dépôt qui s’est formé à l’intérieur par suite du développement de la mousse, et on continue ainsi jusqu’à ce que tout le dépôt soit complètement tombé sur le bouchon. Alors la bouteille est prise par un ouvrier dit de'gor-geur, qui la tient de la main gauche, toujours dans une position renversée afin de ne pas troubler le liquide, tandis que de la main droite il fait sauter l’agrafe; le bouchon, attiré à l’aide d’une pince et poussé par le gaz acide carbonique, sort de la bouteille en entraînant le dépôt et une petite quantité de vin qui est perdue. Cette opération, qui est des plus délicates, est confiée aux ouvriers les plus habiles. Le vide formé dans la bouteille est alors comblé par une nouvelle quantité de liquide ; mais comme le développement de la fermentation a transformé le sucre naturel du vin partie en alcool et partie en acide carbonique, c’est-à-dire en mousse, et que, dans cet état, le vin ne serait pas agréable à boire, on remplit les bouteilles, non avec du vin pur, mais avec une liqueur sucrée formée de sucre candi dissous dans du vin vieux de réserve de premier choix : on restitue ainsi au vin mousseux le sucre qu’il a perdu par suite de la formation de la mousse. Cette liqueur sucrée est introduite dans les bouteilles à l’aide d’une machine spéciale qui permet d’en modifier la quantité et, par suite, de livrer au commerce des vins plus ou moins secs suivant le goût des consommateurs auxquels ils sont destinés. M. Goubault, chef des caves de la maison Moët et Chandon, à Epernay, est l’inventeur d’un appareil très pratique pour cet usage. La bouteille est ensuite rebouchée au moyen d’un bouchon neuf portant la marque de la maison et assujetti par une ficelle trempée dans de l’huile de lin et par un fil de fer. Les bouteilles ainsi préparées restent sur tas au cellier pendant plusieurs semaines, ce qui permet de reconnaître la valeur du nouveau bouchon. Enfin elles sont revêtues d’étiquettes, coiffées de feuilles d’étain blanc ou doré, de cire ou de capsules, enveloppées de papier, puis emballées dans des caisses ou dans des paniers par groupe de 12, de 25, de 50 et même de 120 bouteilles.
- A leur arrivée à destination, les bouteilles • doivent être couchées en cave dans un lieu frais. Plusieurs jours de repos sont nécessaires avant la dégustation. Les vins de Champagne se bonifient en cave en vieillissant, mais ils perdent alors une portion de leur acide carbonique, qui s’échappe par le bouchon, ce qui produit, avec le temps, une fuite dans les bouteilles, qui deviennent ainsi recouleuses.
- Ces vins doivent en général être bus froids. Depuis quelques années, la mode est au champagne frappé, c’est-à-dire glacé. Dans ces conditions, la force expansive de l’acide carbonique est de beaucoup diminuée, le bouchon ne saute plus, et les convives sont privés de la joyeuse détonation qui contribuait pour sa part à la gaieté du festin.
- Au commencement de cet article, nous avons cité quelques chiffres. Nous avons dit en particulier que la récolte annuelle de vin de Champagne était d’environ 450 000 hectolitres,' soit en chiffres ronds 40 millions de bouteilles. Le lecteur a dû se demander par qui était absorbée cette quantité énorme de vin de luxe. La nation la plus friande de vin de Champagne est la Russie, où il en est fait une consommation considérable. Ensuite viennent les Allemands qui, pendant la dernière occupation de la Champagne, ont appris à apprécier ses vins mousseux, puis les Anglais et les Américains. Quant aux Français, qui l’eût dit? ils ne viennent qu’ensuite, car c’est tout au plus s’ils en consomment la dixième partie !
- Al. Laplaiche.
- LE BROYEUR CÀRR
- L’appareil dont nous allons parler sous ce titre, est déjà assez ancien dans l’industrie, mais il n’en a jamais été question dans La Nature et il mérite d’être signalé comme éminemment ingénieux et d’une haute utilité pratique.
- On sait qu’un grand nombre de substances employées dans l’industrie ne peuvent être utilisées dans l’état où elles se trouvent dans la nature ; elles doivent être divisées en fragments de différentes grosseurs, et quelquefois réduites en poudres plus ou moins fines. Autrefois le broyage s’effectuait presque essentiellement par le choc, à l’aide du pilon et du mortier ou par l’écrasement au moyen de meules.
- Dans ces systèmes un peu primitifs, il y a une grande quantité de travail perdu. Considérons le travail du pilon dans un mortier, une portion très importante de la puissance vive acquise par le pilon en tombant, se trouve absorbée par l’appareil ; avant d’être désagrégée, la matière à broyer transmet au mortier une fraction considérable de la puissance vive qui lui a été transmise. Il en résulte des secousses du système qui tend à se détériorer. Si l’on pouvait supprimer le mortier, ou en d’autres termes la substance qui sert d’appui ou de support au corps à broyer, on éviterait les inconvénients dont nous venons de parler. Il s’agirait en un mot de piler
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- une matière solide sans l’appuyer sur rien ; cela paraît impossible a priori, et c’est cependant ce que réalise le broyeur Carr.
- L’inventeur, M. Carr, a été conduit à construire son broyeur universel à la suite des raisonnements que nous avons énumérés ; il se disait : « Si je jette un morceau de craie en l’air, et que je l'atteigne d’un coup de canne, je le briserai infailliblement; si chaque morceau est rencontré de la même façon, par une tige rigide en mouvement, il sera divisé à son tour, et ainsi de suite jusqu’à la pulvérisation complète. Tél est le principe de l’appareil.
- Le broyeur Carr est formé de barreaux de fer im-
- plantés à la circonférence de deux plateaux parallèles entre eux, et séparés par un. assez large intervalle. Deux autres circonférences de diamètre moindre, sont disposées de la même façon sur un disque porté par un arbre situé sur le prolongement du premier. Les deux arbres sont mis en mouvement en sens contraires, entraînant avec eux les roues et les barreaux, de telle façon que les deux rangées consécutives de barreaux, tournent dans des directions opposées et avec des vitesses considérables. Une sorte de caisse à parois pleines recouvre l’appareil.
- On peut concevoir à présent le mode de fonctionnement du système; la matière à pulvériser est in-
- L<; liroveur universel de Jl. Carr.
- troduite en fragments par une ouverture centrale, elle participe bientôt au mouvement de rotation, et la force centrifuge la projette contre les barreaux de la roue de plus faible diamètre ; les fragments se divisent par suite de ce premier choc, et en même temps ils sont lancés contre les barreaux de la deuxième roue de plus grand diamètre, tournant dans une direction opposée ; le nouveau choc divise encore les parcelles déjà antérieurement brisées, et renvoie les fragments contre les premiers barreaux ; ainsi de suite alternativement jusqu’à ce que la matière pulvérisée s’échappe par l’ouverture inférieure de l’appareil.
- Le broyeur universel permet d’opérer le broyage de toutes les matières cassantes et d’obtenir des
- poussières plus ou moins Unes selon les vitesses de rotation imprimées aux roues à barreaux. Ce remarquable appareil est employé à broyer les minerais, à pulvériser les sables de fonderies, les produits chimiques, le noir animal, les graines oléagineuses^ le kaolin, les matières dures comme le quartz, et tendres comme la fécule; il sert à la fabrication des asphaltes, des agglomérés et coke et peut trouver encore de nombreuses applications.
- En dehors de son intérêt pratique et industriel, on a vu que le broyeur imaginé par M. Carr est très remarquable au point de vue purement mécanique et se trouve basé sur un principe théorique des plus intéressants. G. T.
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- LA N AT U HE.
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- EXPOSITION GÉNÉRALE ITALIENNE
- DE T U KI N ( Suite. — Voy. jj. 53. ;
- Dans le plan primitif des organisateurs de l’Exposition, la galerie d’électricité devait être une simple section des arts mécaniques, c’est grâce à l’initiative de M. Galilée Ferraris, professeur de physique à l’Université et à l’École Industrielle de Turin, et président du sous-comité, que la section a été déclarée internationale. Cette intelligente résolution étant récente, le contingent des pays étran-
- gers n’est pas aussi considérable qu’on aurait pu l’espérer. Aussi c’est une maison allemande, dont la vitrine est pauvrement garnie, qui expose les charmants objets dans la fabrication desquels excelle M. Trouvé; mais nous avons vu la France très brillamment représentée à chaque bout de cette galerie si bien garnie.
- Du côté de la galerie du Travad s’élève l’exposition de MM. Sautter-Lemonnier, qui représentent l’éclairage électrique d’un navire de guerre. Du côté du jardin, l’on admire le trophée des accumulateurs Planté.
- Dans la partie centrale s’agitent quelques-uns de
- L’Exposition de Turin. — Vue d’ensemble de l’entrée. (D’après une photographie.)
- nos compatriotes qui ont obtenu de vendre des objets n’étant électriques que parce qu’ils sont fabriqués avec des instruments mis en mouvement par l’électricité.
- Comme cette petite industrie prospère, et que le Comité, qui prélève un droit de 5 p. 100 sur le livre des recettes, y trouve son compte, ne troublons pas ces braves gens par nos critiques.
- Les expériences du transport de la force, qui vont avoir lieu à Creil, occupent trop M. Marcel Desprez pour que notre savant compatriote ait pu envoyer des machines à Turin, mais nous sommes heureux de constater que ses électro-aimants à deux fils ont pénétré en Italie. Ils sont employés dans la station centrale d’électricité de Milan, qui éclaire
- avec les lampes Edison, deux théâtres, un grand café, plusieurs établissements importants et un grand nombre de maisons particulières.
- L’exposition spéciale de la Compagnie électrique des lampes Edison qui exploite cette station est excessivement remarquable et renferme un trop grand nombre d’objets intéressants pour que nous puissions en tenter ici la description.
- Nous en dirons de même de l’exposition de M. Nigra, que l’on nomme le Breguet de Turin, et qui a organisé une excellente salle d’audition d’un concert donné à une distance d’un kilomètre. Cet ingénieur emploie des téléphones, sans piles et tout à fait métalliques, de son invention. Cette exposition spéciale fait partie d’une annexe dans laquelle
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- se trouvent seize salons sans fenêtres, destinés à l’essai de la lumière d'incandescence.
- La lampe d’incandescence qui paraît avoir le plus de succès est nouvelle, fort originale et construite par un ingénieur italien, nommé Cruto, qui l'a, dit-on, découverte par hasard en cherchant la pierre philosophale, c’est-à-dire l’art de fabriquer le diamant. En effet, ayant été conduit à décomposer des hydrocarbures en y faisant passer des courants électriques avec des électrodes en fil de platine, il a reconnu que le fil négatif se recouvrait d’une gaine de carbone parfaitement élastique et adhérente. En volatilisant le platine par un fort courant il restait un tube creux ayant toutes les qualités indispensables pour construire la plus parfaite des lampes d’incandescence. Comme le disait devant moi un homme d esprit, c’est véritablement la lampe philosophale qu’il a imaginée.
- Parmi les nouveautés, nous signalerons encore la bobine d’induction de notre compatriote, M. Gau-lard. Elle se compose de rondelles de cuivre superposées, séparées par de simples feuilles de papier. Les soudures, qui sont placées en dehors, sont disposées de manière à former deux circuits parallèles, dont l’un sert pour le passage de l’inducteur et l’autre pour celui de l’induit.
- Nous citerons de merveilleux bas-reliefs obtenus par la galvanoplastie, et, ce qui est beaucoup plus curieux, des coins assez durs pour pouvoir frapper des médailles ou des monnaies en n’importe quel métal.
- Des appareils très curieux sont destinés à des emplois paradoxaux, à l’enregistrement du nombre de coulombs qui passent dans un fil de cuivre et à la détermination automatique de la densité des gaz. Il y a aussi la machine Paccinotti, le premier appareil Caselli, les instruments dont s’est servi Volta, une photographie de Matteucci, une photographie des monuments de Volta à Gôme et de Galvani à Bologne, etc., etc., un modèle du bureau central du Municipe de Turin, où aboutissent les fils des téléphones en service dans tous les carrefours pour les avertissements utiles à la police et au service des incendies, les télégraphes Wheatstone automatiques, disposés par le commandant De Amico pour transmettre simultanément à tous les journaux italiens le résumé des dépêches parlementaires, etc., etc.
- L’exposition de peinture et de sculpture occupe un monument disposé avec beaucoup d’élégance, lies statues surtout sont placées sous des colonnades dont Phydias se serait peut-être contenté, mais l’ensemble de tout cela est bien inférieur à ce que l’on voit sans quitter Paris.
- Nous signalerons encore le bâtiment de VAlpine Club, où se trouve un modèle en plâtre de la montagne pittoresque des Alpes, connue sous le nom de Dent-du-Géant, et la représentation historique d’un bourg du moyen âge, organisée par la Société archéologique, d’après les données les plus sérieuses. Rien n’est plus curieux et plus original à la fois
- que de voir revivre en plein dix-neuvième siècle des populations portant les costumes du temps déjà bien éloigné, des guerres de religion.
- W. de Fonvielle.
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- NÉCROLOGIE
- Corenwinder. — C’est avec une vive douleur que nous apprenons la mort de M. Corenwinder, dont les travaux de chimie agricole, poursuivis depuis plus de trente ans avec un zèle et une ardeur infatigables, sont connus de tous ceux qui s’intéressent au progrès de l’agriculture. M. Corenwinder s’est fait lui-même et il a conquis sa place par le travail et l’énergie. Premier directeur de la station agronomique de Lille, il s’est principalement occupé de la betterave et des industries auxque les elle fournit leur matière première. La culture, la sucrerie et la distillerie lui doivent des recherches importantes. 11 avait acquis, dans toutes les questions qui s’y rattachent, la plus légitime autorité; aussi lorsque la Société des Agriculteurs du Nord a été créée, il en fut le premier président. M. Corenwinder n’était âgé que de 64 ans ; il était correspondant de la Société nationale d’agriculture dans la section des sciences physico-chimiques agricoles; en 1878, il avait été promu au grade d’officier de la Légion d’honneur à la suite de l’Exposition universelle.
- CHRONIQUE
- Nouvelles lampes électriques À arc. —
- MM. Siemens frères et Cio, de Charlottenburg, viennent de construire de petites lampes à arc qui fonctionnent dans les mêmes conditions que les lampes à incandescence et produisent plus économiquement la même quantité de lumière. Ces lampes n’exigent pas en effet plus de deux ampères et de 40 volts, et se placent en quantité. Cette nouvelle disposition est due à une amélioration des crayons de charbon. Quant au mécanisme même de la lampe, il est très simple : le charbon supérieur descend par son propre poids et passe, à mesure qu’il se consume, par un trou percé dans un disque de cuivre dont le diamètre est un peu plus petit que celui du charbon ; le charbon inférieur s’élève sous l’action d’un ressort dans un tube de cuivre muni de trois petits crochets de cuivre aiguisés comme des couteaux. Enfin, un solénoïde règle la longueur de l’arc en agissant sur un noyau fixé au crayon supérieur. Si l’expérience vient confirmer les premiers résultats obtenus, cette invention constituera un grand progrès pour les applications industrielles de la lumière électrique.
- Influence de la couleur du plumage sur la ponte des «eufs. — Un naturaliste allemand a remarqué que la couleur foncée du plumage des poules exerce une grande influence sur la ponte des œufs. Elle la favorise en ce sens qu’elle la hâte et en augmente l’activité. Le fait qu’un tel plumage absorbe mieux la chaleur rayonnante venant de l’extérieur et détermine une élévation externe et même interne de la chaleur du corps de la poule, serait une des principales explications de ce fait. Les bonnes pondeuses ont à peu d’exceptions près, un plumage foncé, mais cette couleur n’exerce une influence dans le sens indiqué que sur les poules qui vivent à l’air libre et sont directement exposées à l’action solaire. Celles
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- LA NATURE.
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- que l’on maintient dans des espaces clos ou chauffés arti- I ficiellement ne sont plus soumises à une telle action. Le fait mentionné n’est pas seulement exact pour les poules, il l’est encore pour les autres oiseaux. Les oies blanches et certaines espèces de canards de couleur claire pondent plus rarement que les autres.
- (Wiener Algemeiner Zeitung).
- Arabia papyritéra. — Au jardin botanique de Kew, près Londres, on cultive à présent une petite plante, l’A-rabia papyrifera, une espèce de lierre, qui croît en Chine où elle atteint une hauteur de 7 pieds environ. C’est avec la moelle bien blanche de cette plante que les Chinois obtiennent leur papier de riz bien connu. La tige n’atteint guère plus de 4 pouces en diamètre, elle ne contient que peu de bois, mais est remplie d’une abondante moelle.
- Abondance de fraises. — U y a trois semaines, sur le carreau des Halles, à Paris, on a compté jusqu’à onze cent cinquante voitures chargées chacune de quarante-cinq paniers, et comme le poids moyen des paniers était de huit kilos, il y eut donc ce jour-là 414 000 kilogrammes de fraises.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 juin 1884. — Présidence de M. Rolland.
- L'oxygène liquide. — Il semble que M. Caillelet vient de perfectionner définitivement les méthodes de liquéfaction de l’oxygène : désormais ce corps peut être manié dans un tube scellé en quantités assez grandes pour apparaitre sous forme d’un liquide incolore, très mobile, fort ressemblant à l’acide sulfureux condensé. L’auteur commence, à l’aide de l’acide carbonique solide et de la pression par liquéfier de l’éthylène. Par l’intermédiaire de celui-ci il liquéfie du formène, et c’est à l’aide du froid dégagé par la vaporisation du formène qu’il amène enfin l’oxygène à prendre l’état liquide.
- Le bolide du 28 juin. — En ce moment à son laboratoire maritime de Concarneau, M. le professeur G. Pouchet a vu samedi dernier à 8\20 du soir un magnifique bolide. Au moment de l’observation le météore était double : un petit globe en suivait un plus gros et tous deux répandaient des étincelles. Leur couleur était verdâtre, mais comme le ciel était rouge, l’effet tenait peut être au phénomène du contraste simultané.
- A Paris, à 9 heures 5 minutes, M. Léon Jaubert a vu le même bolide de la place du Trocadéro. 11 était d’un jaune d’or et se mut de fi de la Vierge jusqu’au voisinage de la lune qui se trouvait par 1 lt’,24m,24’ d’ascension droite et de déclinaison, tout en descendant obliquement vers l’horizon comme s’il allait vers le soleil. 8a marche d’abord rapide s’est ralentie, après avoir passé au delà de la lune. 11 a ensuite décrit quelques sinuosités tout en acquérant un volume et un éclat considérables et bientôt il s’est sépare en deux gros fragments. Les deux morceaux ont fait route ensemble tout en s’écartant l’un de l’autre : le plus gros allait plus vite que l’autre.
- Nalurc des sigillaires. — Jusqu’ici les affinités botaniques des sigillaires ont laissé beaucoup de doute dans l’esprit des paléontologistes, ün échantillon provenant de l’Ëscarpelle, département du Nord, a fourni à M. Zeiler des cônes rattachés à des rameaux de sigillaires et présen-
- tent des spores adhérents. Il en résulte que les plantes dont il s’agit ne sont point des cycadées, mais certainement des cryptogames.
- La feuille de ïlilsen. — Je reçois de Bruxelles une nouvelle livraison de l’explication de la carte géologique de Belgique : il s’agit cette fois de la feuille de Büsen; les auteurs sont deux savants bien connus, MM. E. Van der Brceck et A. Rutot. Outre les faits stratigraphiques concernant la région étudiée, ce volume présente un intérêt tout spécial et à un double point de vue. Tout d’abord les auteurs y font connaître un complément de combinaisons cartographiques qu’ils ont introduit dans le système de fusion des cartes du sol et de celles du sous-sol, conformément aux propositions du service de la carte de Belgique en 1879 ; en second lieu, M. Van der Brceck a saisi l’occasion de ce nouveau travail pour étayer sur des faits bien observés sa méthode de classification géologique dont nos lecteurs ont déjà été entretenus. On sait que le géologue belge substitue aux déterminations purement paléontolo-giques la considération des phénomènes oscillatoires de la surface du globe. D’après lui, l’analyse du phénomène d’oscillation, étudiée dans ses rapports avec la sédimentation marine montre la valeur stratigraphique des lits caillouteux marins pris comme niveau séparatifs des groupes sé-dimentaires, Nous aurons l’occasion de revenir sur cette intéressante question.
- L'acide chromique monohydraté. — M. II. Moissan a obtenu l’acide chromique monohvdraté en mettant un excès d’acide chromique pur en présence d’une petite quantité d’eau. Le mélange s’échauffe légèrement; on maintient quelques instants le tout à 100 degrés, puis on décante et l’on refroidit le liquide à la température de la glace fondante. Il se dépose alors sur les parois du flacon de petits cristaux de couleur rouge qui, séparés des eaux mères, sont mis à sécher dans le vide sec.
- Chauffés dans un tube fermé, ces cristaux fondent facilement, laissent dégager de l’eau et refroidissent alors l’acide chromique anhydre. Abandonnés à l’air, ils attirent l’humidité et tombent rapidement en déliquescence. Le dosage du chrome dans ce composé indique qu’il a pour formule Cr05,II0. On savait depuis longtemps que les chromâtes et les sulfates d’un même métal étaient isomorphes; c’est donc une importante analogie de plus entre l’acide chromique et l’acide sulfurique.
- M- Moissan signale aussi une curieuse réaction entre l’acide chlorhydrique gazeux et l’acide chromique, etc. Ce dernier est transformé en acide chlorochromique à la température ordinaire avec une élévation de température assez forte, c’est donc une préparation commode et rapide de l’acide chlorochromique.
- Valeur nutritive des sucres. — Dans un travail communiqué par M. Paul Bert, MM. Dastre et Bouqueleau ont introduit dans le sang par injection intraveineuse, les différentes matières sucrées, puis ils ont cherché par l'analyse des urines à déterminer la proportion qui en avait été utilisée par l’organisme. De cette façon les urines sucrées se rangent ainsi, d’après leur degré, déplus en plus grand de pouvoir nutritif : saccharose, lactose, maltose et glycose.
- Revues scientifiques. — M. Paul Bert offre à l’Académie le 6e volume des Revues scientifiques qu’il publie chaque semaine dans laRépublique française. Ce volume, enrichi de 19 figures intercalées dans le texte, traite des sujets les plus variés appartenant aux sciences pures et à leurs
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- applications. Dès maintenant, la collection constitue une encyclopédie scientifique des plus utiles à consulter.
- Varia. — On mentionne un mémoire de M. Bornier sur la fermentation alcoolique. —M. Bigourdan a observé la petite planète n° 237. — Dans un travail remarquable, M. Albain Figuier, professeur à l’Ecole de médecine de Bordeaux et neveu du publiciste connu de tout le monde, décrit des perfectionnements importants qu’il a apportés à la pile à gaz de Grove. Stanislas Meunier.
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- APPAREIL A BOUCHER LES BOUTEILLES
- En visitant, il y a quelques mois, l’exposition du Concours agricole au Palais de l’Industrie, nous avons remarqué le curieux appareil que nous représentons ci-contre ; nous le signalerons aujourd’hui à nos lecteurs.
- Cet appareil construit parM. J. Pia est destiné à remplir et à boucher les bouteilles, avec la plus grande facilité.
- Avec la plupart des machines à boucher actuellement en usage, il faut d’abord emplir la bouteille, la placer sur la pédale du bouche-bouteilles, bien l’assujettir, mettre le bouchon dans le tube conique et refouler le bouchon dans la bouteille, soit au moyen de la crémaillère, soit à l’aide du levier.
- Dans le système de M. Pia, quand la bouteille est pleine, le liquide s’arrête à volonté suivant l’espace que l’on veut laisser entre lui et le bouchon. On peut boucher toute espèce de bouteilles, soit en grès, soit en verre noir, sans s'inquiéter de la contenance qui est réglée par la machine ; on peut mettre en bouteilles, sans le déranger, un fût gerbé en deuxième, troisième et quatrième rang : il suffit d’allonger, selon le besoin, le tuyau en caoutchouc, dont il sera parlé dans la description.
- Le bouche-bouteilles de M. Pia consiste en un châssis en fer, incliné obliquement sous un angle de trente à trente-cinq degrés et maintenu dans cette position par une petite charpente également en fer, le tout pèse environ quinze kilogrammes. Le châssis porte à sa partie supérieure un levier articulé, faisant fonctionner un piston, monté sur une tige B et dont l’extrémité parcourt toute la longueur du tube conique, destiné à recevoir le bouchon.
- Par un dispositif des plus ingénieux, la bouteille,
- placée sur le châssis oblique et maintenue fixe au moyen de la clef, reçoit directement le vin ou autre liquide à embouteiller, au moyen d’un tube en caoutchouc adapté au robinet de la pièce, robinet qui peut rester constamment ouvert.
- En effet, la bouteille fixée dans son châssis, on lève le levier et l’on place le bouchon dans le tube conique. Le vin s’écoule dans la bouteille; celle-ci une fois pleine, on rabat le levier, qui, tout en bouchant la bouteille, vient comprimer le tube en caoutchouc en A et, par suite, arrêter l’écoulement du liquide. On retire, de dessus le châssis, la bouteille qui est pleine et bouchée, et on la remplace par une bouteille vide, on lève le levier, on met le bouchon en place, pendant que la bouteille s’emplit, et, la bouteille-pleine, on rabat le levier, et ainsi de suite.
- Si nous nous sommes bien expliqué, on doit comprendre que le temps qu’on emploie avec la plupart des autres systèmes pour boucher la bouteille est supprimé, puisqu’ici le bouchage se fait au moment de l’arrêt du liquide, lorsque la bouteille est pleine. Avec la machine de M. Pia, il ne faut pas plus de temps pour boucher la bouteille qu’il n’en faut dans l’emplissage ordinaire pour tourner le robinet de la pièce, lorsque la bouteille est pleine et qu’il faut la remplacer par une vide. Rien donc de plus simple et de plus expéditif.
- Nous ajouterons que ce premier appareil est complété par une autre machine qui permet de boucher les bouteilles avec une pompe pneumatique. Cette machine a particulièrement été construite en vue de la mise en bouteilles des liquides volatils et odorants et des produits chimiques. C’est le même système ; seulement, au lieu que ce soit le liquide qui, en s’introduisant dans la bouteille chasse l’air, c’est une pompe pneumatique qui fait préalablement le vide dans la bouteille, et quand le vide est fait, il suffit de lever le levier, pour que le liquide soit aspiré et emplisse instantanément la bouteille. Celle-ci pleine, on baisse le levier, on interrompt l’écoulement ou plutôt l’aspiration du liquide, et la bouteille se trouve en même temps bouchée. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanuier.
- Appareil à boucher les bouteilles.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Taris.
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- N» 580. — 12 JUILLET 1884.
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- CHEMIN DE FER HONORAIL AÉRIEN
- SYSTÈME DUCHAMP1
- Nous avons parlé à plusieurs reprises de l’ingénieux chemin de fer monorail de M. Lartigue, et dès que ce mécanisme a été connu en France, plusieurs publications techniques américaines ont rappelé qu’un système monorail analogue avait été breveté aux Etats-Unis, pour opérer le transport de véritables wagons avec des voyageurs. L’invention première appartenait donc à la jeune Amérique. Eh bien! nous allons montrer aujourd'hui, qu’avant cette en-
- treprise américaine, un de nos compatriotes, M. l)u-champ avait construit à Lyon, lors de l’Exposition de 1872, un très curieux système de chemin de fer aérien monorail. L’idée première du chemin de fer monorail appartiendrait donc a la vieille France.... à moins que notre savantcollaborateurM.de Rochas ne la retrouve un jour dans les Mémoires de Héron d’Alexandrie !
- Le chemin de fer aérien de M. Duchamp est une œuvre très bien étudiée, et très bien conçue, elle ne retire absolument rien du mérite de la construction de M. Lartigue, qui, hàtons-nous de le reconnaître, a entrepris un travail absolument original, mais elle
- Fig. 1. — Chemin de 1er mouorail aérien, construit à Lyon à l’occasion de l’Exposition de 1S72.
- est assurément très digne d’ètre décrite, comme une intéressante conception scientitique.
- Notre première gravure (fig. 1) en représente la vue d’ensemble et montre sa disposition générale que nous compléterons par quelques détails explicatifs.
- La longueur de la ligne était de 1 kilomètre environ (1100 mètres exactement). Le rail unique, surélevé au-dessus du sol, était supporté de distance en distance par des poteaux implantes dans la terre. Ces poteaux se composaient d’une première partie en bois s’élevant jusqu’il 4m,50 au-dessus du sol. A cette hauteur, il y avait un rail latéral en bois D (fig. 2) formant glissière de chaque côté du poteau. Au-des-
- 1 Vov. n° 549 du 8 décembre 1885, p. 20, et n° 569 du 26 avril 1884, p. 557.
- 12* année. — 2° semestre.
- sus de cette pièce de bois se trouvait une tige de fer I fixée au poteau de bois par une semelle et qui portait à l’extrémité supérieure un morceau de bois D placé sur champ, et porteur du rail.
- Le véhicule ou wagon était formé de deux parties symétriques qui se faisaient équilibre de chaque côté du rail auquel il se trouvait suspendu par deux poulies, une à l’avant, l’autre à l’arrière. Ainsi placée, cette voiture n’était en équilibre qu’autant que le chargement était sensiblement le même de chaque côté. L’inventeur avait remédié à cet inconvénient en adaptant, au-dessous des voitures une poulie horizontale C (fig. 2) qui, chaque fois que l’équilibre était rompu, venait frotter contre le rail latéral dont nous avons parlé plus haut.
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- Chaque voiture pouvait contenir 50 voyageurs assis sur un banc dans le sens de la longueur et faisant face à l’extérieur. Le train se composait de 2 voitures attelées comme d’ordinaire. Le prix des places était de 0 fr. 10, il y a eu des recettes journalières dépassant 350 francs.
- Après avoir décrit la voie et le véhicule, il nous reste à parler de la traction.
- L’appareil locomoteur était un câble sans tin tournant autour de deux tambours horizontalement placés (un à chaque extrémité de la ligne). L’un de ces tambours était actionné par une machine à vapeur de 8 chevaux, mais on n’en utilisait que 2 ou 5.
- Le câble était en chanvre et avait une longueur
- Fig. 2. — Chemin de fer inonorail de M. Duchamp.
- Coupe du véhicule et du monorail.
- de 2200 mètres ; il traversait les voitures dans le sens de la longueur ; lorsque la voiture était au repos, il glissait simplement sur des galets E. Lorsqu’on voulait le mettre en mouvement il suffisait de pincer le brin qui se dirigeait du côté vers lequel on voulait aller.
- Voici le dispositif que M. Duchamp avait imaginé pour pincer le câble. Gomme le représente le croquis ci-contre (lig. 3) il y avait 4 galets fixes et trois mobiles qui pouvaient se rapprocher ou s’éloigner de ceux qui étaient fixes au moyen d’une vis de pression F. '
- Il y avait deux trains de galets, un pour l’aller, l’autre pour le retour ; ils étaient disposés de façon à ce qu’il n’y ait qu’un brin qui puisse être pincé à la fois.
- Le câble étant serré très fortement contre ces
- galets disposés en quinconce, le véhicule était entraîné ; arrivé au bout de la course, il n’y avait qu’à presser l’autre brin pour revenir au point de départ. Quand il fallait s’arrêter pendant le trajet, le conducteur pinçait le brin allant dans le sens opposé.
- On voit que ce système était fort bien établi ; il a fonctionné dans les meilleures conditions et nous
- Fig. 3. — Chemin de fer monorail de M. Duchamp.
- Plan du mécanisme d’entraînement.
- serions heureux que sa description servît de base à quelque tentative analogue.
- Nous ne terminerons pas sans adresser nos remerciements à M. l’ingénieur Couffinhal, l’inventeur de la remarquable machine à agglomérer1, qui a bien voulu, sur notre demande, nous fournir les documents relatifs au chemin de fer aérien de M. Duchamp.
- Gaston Tissandier.
- DÉTERMINATION DES DENSITÉS
- MÉTHODE SIMPLE ET RAPIDE
- MM. James J. Dobbie et John B. Hutcheson, préparateurs de chimie à l’Université de Glascow, viennent de publier dans le Philosophical Magazine, une méthode de détermination des densités qui nous semble digne d etre signalée, à cause de la rapidité avec laquelle elle permet de prendre des densités d’une part, et de son caractère plus général d’emploi d’autre part, car elle ne fait pas intervenir dans la mesure la densité du liquide dans lequel se fait l’expérience, lorsqu’on étudie des corps plus légers que l’eau ou solubles dans ce liquide. /
- La méthode consiste à substituer à la pesée dans un liquide, la détermination du volume exact de l’eau déplacée par le solide.
- L’appareil représenté ci-contre et auquel les auteurs donnent le nom de burette à poids spécifique permet de faire rapidement cette mesure volumétrique. Il se compose d’un tube en U dont une des _ branches A a environ 3 millimètres de diamètre intérieur et dont l’aulre B est de plus grande section. Un morceau de tube G de même diamètre que B et 1 Voy. n° 574 du 31 mai 1884, p. 423.
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- muni d’un robinet, vient s’ajuster à la partie du tube B à l’aide d’un morceau de tube en caoutchouc, ce qui permet de le mettre en place ou de le retirer à volonté avec la plus grande facilité, l’appareil est sup porté par une tige E en fer plantée dans le support, et par un morceau de liège dans lequel on a ménagé une rainure pour le supporter. Le tube A est divisé en centimètres cubes et l’on trace sur le tube B, à hauteur du commencement de la graduation du tube A quelques lignes destinées à servir de points de repère.
- Voici comment s’effectue la détermination d’une densité :
- On commence par remplir le tube de liquide jusqu’à la hauteur indiquée par le commencement de la graduation du tube À, puis après avoir pesé le corps dont on cherche la densité, on l’introduit dans le tube B ; le niveau s’élève dans les deux branches. On fixe alors le bout de tube G, puis ouvrant le robinet, on souffle dans l’appareil jusqu’à ce que le niveau dans le tube B s'abaisse au-dessous des points de repère. On ferme alors le robinet et on l’ouvre méthodiquement pour laisser échapper l’air jusqu’à ce qu’il atteigne le niveau auquel il se trouvait avant l’introduction du corps.
- On n’a plus alors qu’à lire le volume déplacé par le corps sur le tube gradué en centimètres cubes. La densité s’obtient en faisant le rapport entre le poids du corps en grammes et le vo-lume en centimètres cubes lu sur le tube A, quelle que soit la nature du liquide employé.
- Pour ramener le liquide exactement an même niveau dans la branche B, MM.‘Gray, du laboratoire de physique de l’Université de Glascow, ont suggéré aux auteurs de souder sur le tube B un second tube F en forme de V et de régler les niveaux sur des traits de repère tracés sur ce tube : grâce à cet artifice, le moindre changement de niveau dans le tube B se traduit dans la branche par un grand déplacement horizontal très facile à apprécier.
- Les mesures faites avec cette burette densimétri-que ont donné des résultats très exacts et très concordants ; tout en rendant les mesures plus rapides les auteurs espèrent que les facilités que présente son emploi, détermineront les chimistes à joindre plus souvent aux analyses des corps qui leur passent entre les mains, un chiffre qui caractérise une propriété physique aussi importante que la densité.
- NOUVEL APPAREIL A NIVEAU CONSTANT
- POUR LES LABORATOIRES
- On connaît depuis longtemps de nombreuses dispositions pour maintenir constant le niveau de liquides qui s’évaporent, comme l’eau des bains-marie, les étuves de Gay-Lussac ou lorsqu’on a besoin dcvaporer de grandes quantités d’eau à la fois pour les analyses. Dans tous les cas que nous venons de citer, et bien d’autres qui pourraient se présenter, il convient d’alimenter les bains et les capsules d’une manière continue, pour avoir une vaporisation. régulière et gagner du temps sans s'astreindre à aucune surveillance. Parmi les nombreux appareils combinés à cet effet, aucun ne nous paraît aussi simple, aussi sensible et aussi economique que celui dont nous trouvons dans la Chronica
- Appareil de laboratoire à niveau constant.
- cientifica, et dont le docteur Eugène Mascarenas y Hernandez qui en est l’auteur fait un usage constan-dans son laboratoire.
- 11 se compose, comme l’indique la figure ci-dessus, d’un flacon à une seule tubulure F rempli d’eau et fermé par un bouchon qui livre passage à deux tubes A et D deux fois recourbés à angle droit. Le premier arrive jusqu’au fond du flacon F, le second ne dépasse le bouchon que de quelques centimètres. Les autres extrémités des tubes A et B arrivent dans le récipient M N dont on veut maintenir le niveau constant. Tant que le niveau reste constant en M N, l’air ne peut pénétrer dans le flacon et le siphon constitué par le tube A ne fonctionne pas. Lorsque le niveau baisse, l’extrémité du tube B se débouche, l’air pénètre et le liquide s’écoule jusqu’à ce que le niveau revienne à sa hauteur normale et bouche de nouveau, l’arrivée de l’air.
- Pour que l’appareil fonctionne régulièrement, il faut que les deux tubes soient d’égal diamètre, et de préférence que B soit le plus gros ; l’extrémité de ce dernier plongeant dans le récipient à niveau constant, doit être taillée en biseau pour faciliter le passage de l’air au travers de la colonne liquide bb' (ju'il renferme lorsque son extrémité inférieure est ! fermée.
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- LA NATURE.
- En dehors de son économie et de sa sensibilité, l’appareil présente l’avantage de ne pas exiger de supports spéciaux pour les pièces qui le composent ni de dispositions appropriées de la partderécipients auxquels on l’applique. C’est donc un appareil pratique de laboratoire par excellence, et c’est ce qui nous a engagé à le faire connaître à nos lecteurs.
- HYGROMÈTRE ENREGISTREUR
- DE MM. RICHARD FRÈRES
- Si nous nous en rapportons au savant Mémoire publié par M. L. Symons, l’habile météorologiste anglais, sur les différents instruments destinés à donner l’état hygrométrique de l’air, il faut remonter jusqu’à Pline pour retrouver les traces de l’observation de l’humidité atmosphérique. Mais ce n’est guère qu’en 1754 qu’on commence à s'occuper réellement d’hygrométrie.
- Depuis cette époque plus de cent quarante inventeurs mirent au jour des hygromètres basés soit sur l’observation des modifications de substances animales ou végétales, soit sur la différence de température de ther-momètres secs ou mouillés (psychromètres), soit enfin sur la température à laquelle se produit un dépôt de rosée sur un petit vase dans lequel on fait évaporer rapidement un liquide volatil tel que l’éther sulfurique.
- Les instruments basés sur l’observation des modifications d’une substance animale sous l’influence de l’humidité de l’air atmosphérique, sont de beaucoup les plus faciles à observer, mais ils n’ont jamais été établis de telle sorte qu’on puisse s’en servir scientifiquement. L’appareil le plus sérieux et le plus célèbre de cette nature, l’hygromètre à cheveu de Saussure, ne donne lui-même que des résultats peu exacts, non comparables à ceux donnés par l’hygromètre à condensation et sa durée est des plus limitéé à cause de son peu de solidité. Au bout de peu de temps, le cheveu s’allonge et perd ses qualités hygrométriques.
- Ces instruments sont cependant les seuls qui se prêtent à la construction d’un hygromètre enregistreur.
- MM. Richard frères, les constructeurs du baromètre et du thermomètre enregistreurs que nous avons déjà décrits1, ont dirigé leurs études de ce côté et, après avoir utilisé non sans succès la baudruche qui avait d’ailleurs été déjà employée avant eux, ils ont découvert une substance animale qui n’avait jamais été appliquée à l’hygrométrie et qui possède des qualités remarquables de stabilité et d’exactitude.
- Cette substance est la corne de bœuf non encore travaillée, qui, coupée en bandes de 70 millimètres de long sur 8 de large et de 1 vingtième de millimètre d’épaisseur, permet de construire des instruments donnant tous les résultats désirés par la science.
- Dans l’appareil représenté par le dessin, la lame de corne est utilisée par tension au moyen d'un petit levier commandant directement une aiguille ou
- style. Ce style porte à son extrémité la plume que nous avons décrite dans l’étude que nous avons faite du baromètre enregistreur. On obtient ainsi à l’encre, le diagramme de l’état hygrométrique de l’air sur un papier enroulé sur un cylindre tournant en une semaine au moyen d’un mouvement d’horlogerie.
- L’instrument est gradué au moyen de cloches dans lesquelles on établit artificiellement différents degrés d’humidité depuis les derniers degrés de la sécheresse jusqu’à la complète humidité. Les points sont pris au moyen de l’hygromètre à condensation de Régnault perfectionné par Alluard.il est facile de comprendre que l’instrument ainsi réglé donne l’état hygrométrique absolu de l’air. On sait qu’un des inconvénients des autres appareils basés sur l’observation d’une matière animale, ne donnent cet état qu’a-près comparaison des observations avec des tables construites d’avance (tel l’hygromètre de Saussure).
- Des instruments ainsi construits, fonctionnent depuis deux ans, et leurs indications ont constamment été contrôlées par l’hygromètre à condensation. L’erreur maximum a atteint 5 centièmes dans des cas très rares, elle n’est généralement pas supérieure à 1 centième. G. T.
- 1 Voy. n° 405 du 5 mars 1881, p. 220, et 442 du 19 novembre 1881, p. 585.
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- LES SEYANTS DE LÀ RENAISSANCE
- LE PÈRE SCHOTT
- Après le Père Kirclier dont nous avons parlé dans un des précédents numéros de La Natureil n’est personne qui ait eu autant de renommée que le Père Sehott chez des gens qui se sont occupés des curiosités de la science.
- Gaspard Sehott naquit en 1608 en Bavière dans le diocèse de Wurtz-bourg. Il entra très jeune dans l'ordre des Jé-suites et les guerres qui désolaient alors l’Allemagne le décidèrent à aller s’établir comme professeur 'de sciences d’abord ài
- Païenne en Sicile où il assista au curieux concert d’ânes qui a été raconté dans cette Revue1, puis à Rome où il se lia d’une étroite amitié avec Kircher; il fut le collaborateur de ses travaux et dirigea la construction de la plupart des appareils de physique qui ont constitué le célèbre musée Kircher encore
- existant.
- Vers l’âge de cinquante ans, Sehott revint à Wurtzbourg où il vécut encore une dizaine d’années partageant son temps entre la rédaction de ses ouvrages et l’enseignement des sciences physiques dont il ranima l’étude en Allemagne.
- Ses principaux livres furent imprimés à Wurtzbourg dont le | nom latinisé est Herbipolis; ils sont tous illus-
- Fig. 2. — Fontaine de Héron.
- très de très nombreuses gravures et ont pour titres :
- I. — Mechanica Hydraulica, Pneumatica. Herbi-poli, 1657, in-4° de 502 pages. L’auteur y décrit une grande partie des appareils contenus dans les 1 Voy. n° 551 du 22 décembre 1885, p. 59.
- Fig. 3. — Fontaine de Prague.
- Pneumatiques de Héron d’Alexandrie, et quelques autres nouveaux. Il en donne la théorie en partant du principe de l’horreur du vide.
- II. — Magia Universalis Naturæet Ârtis. Herbi-1 Voy. n° 541 du 13 octobre 1883, p. 319.
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- LA NATURE.
- poli, 1657-4 659 ; 4 vol. in-4° d’environ 550 pages chacun. Ce livre passe en revue les applications curieuses de toutes les sciences connues alors : le premier volume traite de Y Optique; le deuxième de Y Acoustique; le troisième de la Mathématique, et le quatrième de la Physique.
- 111. — Technica curiosa, sive Mirabilia Artis.
- Herbipoli, 1662; in-4° de 1044 pages.
- Ce livre est une espèce de supplément aux ouvrages précédents. Sehott y décrit un grand nombre d’inventions souvent peu réalisables de ses contemporains, dont l'esprit chercheur abordait tous les
- problèmes, y compris cel
- Fig. 4. — Coupe théorique de la fontaine de Prague.
- d’hui sont extraits de la
- i du mouvement perpétuel et de la quadrature du cercle ; il y a introduit les curiosités qui n’avaient pu trouver place ailleurs, telles que la Cabale. Je citerai comme particulièrement intéressantes les relations détaillées des expériences relatives à la pesanteur de l’air qui se poursuivaient presque simultanément en Hollande par Otto de Gue-ricke, en Angleterre par Robert Boyle et en Italie par Toricelli. On trouve reproduites in extenso plusieurs lettres d’Otto de Guericke à Scott sur ce sujet.
- Les trois dessins que nous reproduisons aujour-Technica curiosa.
- ï. — Navire qui peut se mouvoir dans les eaux peu profondes sans quon soit obligé de le décharger.
- Tel est le titre sous lequel Sehott décrit le navire représenté par la figure J, navire qui n’a certainement jamais été construit et qui avait été proposé un jeune étudiant de Leyde, Wilhelm Schroter, fils du chancelier du prince de Saxe-Gotha.
- Cette invention est assez curieuse en ce sens qu’elle offre une des premières applications connues des roues à aubes, de la chaîne sans fin et du principe de la vessie natatoire que M. Toselli est en train d’utiliser pour les explorations sous-marines.
- Le navire de Schroter se composait de trois parties. En haut, le bateau proprement dit, destiné à recevoir marchandises et passagers, avec un fond plat Q Q ; en bas la coque R R O fermée de toute part, remplie d’air et terminée à sa partie supérieure par un couvercle plat RR pareil au fond QQ; entre R R et QQ un énorme sac de cuir communiquant par le tube AI avec un soufflet cylindrique placé à l’avant au-dessus de la ligne de flottaison.
- Quand on voulait augmenter la force de flottaison du navire on comprimait de l’air dans le grand sac
- de cuir à l’aide du soufflet en question qui était mù par un levier et un engrenage.
- Les deux fonds P P et QQ s’écartaient alors l’un de l’autre, le bateau supérieur s’élevait par rapport au niveau de l’eau et les aubes, pouvant ne plus se trouver assez longues pour agir, on rabattait alors les allonges à charnières qu’on voit à leur extrémité.
- La roue à aubes était mue par un homme agissant à l’arrière sur une manivelle B qui transmettait son action au moyen d’une chaîne sans fin passant sur des poulies DE F GH; cette chaîne était constituée par des cordes inextensibles munies de petites boules en bois dur qui trouvaient place dans des évidements convenablement ménagés sur la surface extérieure des cylindres autour desquels la chaîne s’enroulait.
- Le navire pouvait s’avancer, même quand il touchait le fond, grâce aux deux cylindres N, dont l’antérieur pouvait être actionné par l’homme placé en B grâce à la chaîne sans fin et aux roues dentées K et M.
- II. — Fontaine de Héron perfectionnée (fig. 2).
- Cet appareil a été réellement construit pour le Père Kircher et il est peut-être encore à Rome dans son musée. II est surtout remarquable par l’élégance de sa forme.
- Au point de vue théorique, il ne diffère de l’appareil classique qu’en ce qu’il possède deux tuyaux de descente FN et E O pour l’eau que l’on verse dans la cuvette supérieure, et deux tuyaux KI et L M pour la communication de Pair entre le vase inférieur CD et le vase moyen AB. Grâce à ces doubles tuyaux on obtient un effet analogue à celui qu’on aurait obtenu en se bornant à augmenter les diamètres des tubes qu’on emploie ordinairement par rapport à celui de l’oritice G, c’est-à-dire une compression plus grande de l’air et une augmentation de la hauteur du jet.
- III. —Fontaine de Prague.
- Ce gracieux appareil est fondé sur le principe de celui que Héron décrit dans ses Pneumatiques sous le n° XLIV de notre traduction l.
- La figure 5 donne une idée suffisante de la forme extérieure, je me bornerai à dire que le globe est en verre.La figure 4 est une coupe théorique de l’appareil.
- Le vase du milieu A B est divisé en deux par un diaphragme EF; la première chambre AEF communique avec l’extérieur par le robinet B ; la seconde BEF par la soupape S.
- Le vase inférieur CD a un robinet Q et une ou deux ouvertures T et V percées dans son couvercle.
- Le globe de verre qui forme le vase supérieur communique avec la chambre E B F au moyen du tube IL qui se rétrécit à son orifice I pour former le jet. Ce même globe communique avec la chambre AE F par le tube H K.
- 1 La science des philosophes et l'art des thaumaturges. — Paris, Masson, 1882, p. 164.
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- Enfin du fond de la chambre AEF part un tube MN qui descend jusqu’au fond du vase inférieur CD et qui peut se fermer par un robinet X qu’on voit entre les queues des dauphins.
- Ceci posé, voici comment on opère.
- Le robinet X étant fermé, on remplit d’eau les deux chambres du vase AB à l’aide des ouvertures R et S, puis on ferme R et on laisse S ouvert. Ouvrez maintenant le robinet X ; l’eau de la chambre AEF descendra par le tube MN dans le vase inférieur CD; elle sera remplacée dans cette chambre par l’air venant du globe qui passera par le tube II. La pression de l’air diminuant ainsi dans le globe, l’eau de la chambre BEG y montera par le tube Ll et y formera un jet, puis elle tombera par le tube II dans la chambre AEF.
- L’appareil fonctionnera ainsi tant qu’il y aura de l’eau dans la chambre EFG; quand toute cette eau sera passée dans le vase inférieur CD on videra celui-ci par le robinet Q et on remplira de nouveau les chambres du vase AB pour recommencer l’opération.
- Cette fontaine a reçu le nom de fontaine de Prague parce qu’elle a été proposée par le Père Valentin Stansel, jésuite à Prague. On la trouve décrite pour la première fois dans la Philosophie des fontaines de Jacob Dobrezenski de Négrepont. Le Père Kircbcr en fit construire une pour son musée avec des dispositions un peu différentes. A. de Rochas.
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- LE NOUVEAU CAMP RETRANCHÉ DE PARIS
- ET LES FORTERESSES MODERNES1
- Avant de produire ici le plan d’ensemble du nouveau camp retranché, nous avons encore à dire un mot du mode de répartition des feux d’artillerie et de mousqueterie. Il convient aussi de placer sous les yeux du lecteur deux types d’ouvrages, dont l’un a parfois servi de guide aux ingénieurs militaires de Paris. L’autre a inspiré le constructeur d’un certain nombre de forts de Strasbourg.
- Nous les avons mis en regard.
- On met de l’artillerie sous les abris voûtés qu’on désigne sous la dénomination générique d’ « organes de flanquement ».
- Les flancs d’une caponnière de tête sont percés de deux ou trois embrasures, lesquelles ont pour défenses des visières ou masques-tunnels. En deçà de la visière s’ouvre ordinairement une cheminée d’aérage. Du fait de son assiette au niveau du fond du fossé, la caponnière est exposée aux dangers d’une attaque de vive force. Pour parer à de telles éventualités, on l’a dotée d’un fossé-diamant, que flanque un orillon. Les dessus de la caponnière de tête sont souvent occupés par une plate-forme avec parapet pour tireurs ou pièces de montagne.
- Les demi-caponnières ou ailerons, destinés à
- 1 Suite. — Voy. n° 564 du 22 mars 1884, p. 257.
- flanquer une branche d’ouvrage, s’organisent suivant les mêmes principes que les caponnières de saillant, mais sans visières. Chacun de ces abris peut recevoir deux ou trois bouches à feu.
- Dans quelques forts, le flanquement des faces du front de gorge est tiré de deux casemates à canon, organisées sous les flancs. Là, il était évidemment inutile de munir les embrasures de visières. On n’y a pas, non plus, ouvert de fossés-diamants.
- Tels sont les principes généraux qui président au mode d’installation de l’artillerie.
- Pour assurer, d’autre part, la bonne exécution de la défense rapprochée, surtout pour parer au danger des surprises, il était indispensable de se ménager dans un fort l’appui des feux de mousqueterie. De là nécessité de réserver spécialement certaine longueur de crêtes à l’infanterie de la garnison.
- Quels sont les dispositifs adoptés en vue de satisfaire à cette obligation? Quels emplacements a-t-on réservés aux tireurs, en dehors de ceux qui sont spécialement affectés aux servants des pièces ?
- Le problème peut se résoudre de trois manières différentes.
- Un premier type (voyez la figure insérée au numéro du 22 mars 1884, page 257) a été conçu dans la condition admise de l’action concurrente d’un cavalier et d’un rempart bas. Celui-ci, attribué presque exclusivement à l’infanterie, assure le service de surveillance et pourvoit aux besoins de la lutte rapprochée. Quant au cavalier, armé de bouches à feu de gros calibre, il remplit l’office de grande batterie dont le rôle se prononce surtout au cours de la lutte à distance1.
- L’organisation d’un fort d’enceinte avec cavalier implique la création d’un parados, destiné à garantir les logements sous cavalier des coups de revers qui pourraient les atteindre, au cas où la ligne des forts aurait été percée. Ce parados, qui peut être armé de quelques pièces tirant à ciel ouvert, recouvre généralement des casemates aménagées en vue de l’exécution d’un tir indirect.
- Un deuxième type (fig. 1) comporte un parapet unique, armé de bouches à feu, et dont quelques parties seulement sont réservées au tir de l’infanterie. Au centre de l’ouvrage s’élève un grand massif de terres, qui sert de parados à toutes les crêtes et sous lequel sont organisés les logements Ces locaux prennent jour sur une cour intérieure de dimensions restreintes et orientée de 1 Un fort d’enceinte de ce type comporte donc ainsi deux étages de feux destinés à prendre part : l’un, à la lutte à distance; l’autre, au combat rapproché. Cette combinaison de deux moyens d’action distincts n’est que la réalisation de l’idée émise par le maréchal de Saxe, au milieu du dix-huitième siècle. Ce type avait repris faveur en France quelque années avant la guerre de 1870. Les forts de Metz et de Langres, construits vers cette époque, en offrent des exemples intéressants.
- a Les parties supérieures du parados sont organiséees de façon à permettre l’exécution d'un tir d’infanterie. Une telle disposition pare à l’éventualité d’une attaque de vive force, se produisant de loin, antérieurement à la lutte d’artillerie.
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- façon à échapper aux coups les plus dangereux. De ces logements et magasins, les défenseurs peuvent sans danger se rendre aux pièces qui sont en batterie sur le rempart. Ils pratiquent, à cet effet, des communications couvertes reliant, de distance en distance, les abris du parados aux traverses du parapet.
- Ce deuxième type convient, mieux que le premier, aux ouvrages qui ont à craindre des coups venant de toutes les directions. Il permet de procéder à l’armement avant l’achèvement des travaux de construction des logements, ce qui ne peut se faire dans le type du fort avec cavalier.
- On doit observer, d’ailleurs, que, à l’heure où devra s’engager la lutte rapprochée, l’artillerie aura été, dans les deux cas, préalablement réduite au
- silence. A ce moment, le commandant du fort sans cavalier fera occuper par l’infanterie les emplacements abandonnés par les batteries de la défense. Les parapets seront facilement appropriés au tir du fusil, et les hommes trouveront derrière les traverses une excellente protection.
- Enfin, dans le troisième type (fig. 2), le massif central du type précédent est supprimé. On ne conserve que la crête unique le long de laquelle se répartissent méthodiquement l’artillerie et l’infanterie.
- Le type avec cavalier assure une protection efficace aux abris voûtés dont il va être parlé tout à 1 heure. On obtient, moyennant son emploi, deux étages de feux ; on peut donner au cavalier un tracé qui diffère de celui de la crête basse, et permette ainsi de
- Fig. 1. — Type de fort d’eneeinte avec crête basse d’artillerie et massif central.
- battre le terrain extérieur dans toutes les directions voulues; enfin, les défenseurs sont abrités par le massif du cavalier. Mais, dans un fort de ce genre, les communications sont difficiles ; les bouches à feu imposent un travail pénible à qui doit les faire arriver à leurs plates-formes; on peut en dire autant des projectiles. De plus, eu égard à l’importance du commandement, les traverses et, par conséquent, les pièces du cavalier peuvent être repérées de fort loin par l’ennemi.
- Dans le type sans cavalier, ces deux inconvénients sont atténués d’une façon très sensible. Le second disparaît même à peu près complètement, attendu que, au lieu de se détacher sur le ciel, les emplacements des traverses et des pièces se projettent, en se confondant, sur le talus des terres du massif central.
- Dans le troisième type, la suppression du massif
- central a pour effet d’exposer à d’assez grands dangers les défenseurs de la gorge et ceux qui circulent dans le fort, si restreinte que soit l’étendue de la cour intérieure. Les abris voûtés s’organisent tantôt sous le parapet de tête, tantôt sous celui de la gorge. Dans le premier cas, on est conduit à un relief assez considérable. Dans le second, les communications sont peu commodes et l’exécution du service en souffre notablementl.
- On vient de voir que, considéré au point de vue de ses propriétés défensives, un fort n’est autre chose qu’une grande batterie de pièces de gros calibre, appuyée de feux de mousqueterie. Mais un tel ouvrage doit, en outre, s’aménager de façon à offrir
- 1 Ce mode d’organisation des casernes à la gorge des ouvrages n’est guère usité qu’en Allemagne. Voy. la figure 2, représentant le fort Schwartzkoff, du camp retranché de Strasbourg.
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- au personnel qui n’est point de service des garanties de sécurité suffisante ; à préserver de la ruine le matériel et les approvisionnements de toute nature attribués à sa garnison.
- Pour résister à l’action du tir prolongé des bouches à feu de siège, un abri quelconque doit, quelle qu’en soit la destination, être formé d’une voûte en maçonnerie d'un mètre d'épaisseur au minimum, pour une portée maximum de six mètres. Cette voûte doit être recouverte d’un massif de terres de deux mètres, au moins, de hauteur.
- Ces chiffres, il faut bien l’observer, expriment des minima. C’est que les parcs de siège des puissances européennes renferment aujourd’hui des mortiers de gros calibre lançant d’énormes projectiles creux, munis de fortes charges intérieures. La chute de
- ces projectiles s’effectue sous des inclinaisons voisines de la verticale et la puissance de pénétration en est considérable. Quand il en arrive et qu’il en éclate plusieurs dans les alentours d’un même point du plus solide abri, la ruine de cette construction est, à peu près, inévitable.
- La question des abris voûtés ou locaux couverts est donc à considérer au premier chef, lors de l’établissement du projet d’un ouvrage de fortification quelconque et, par conséquent, d’un fort d’enceinte.
- Les casernes à l'épreuve des projectiles s’établissent sous le massif des parados et des cavaliers. Les logements sous parados s’éclairent sur la cour par des fenêtres munies de volets en fer ou de blindages en bois. Ils sont desservis, d’autre part, par une
- Fig. 2. — Type de fort d’enceinte avec crête unique, sans massif central. (Fort Scliwartzkoff, de Strasbourg.)
- gaine qui est assainie. Cette gaine est parfois mise en communication avec des voûtes de batteries à tir indirect. De là une ventilation énergique. On organise, suivant les mêmes principes, un casernement sous cavalier. Pour être mises à l’abri des effets de l’humidité, les casemates doivent être détachées des terres. On les sépare du talus par des couloirs qui servent, d’ailleurs, aux communications. Ces corridors sont parfois assez obscurs, mais la ventilation en est assurée par des cheminées d’aérage qui débouchent dans les parties supérieures du massif. Lesdites cheminées sont munies de réflecteurs en faïence, destinés à en améliorer l’éclairage.
- Les casernes sous cavalier et sous parados comportent un emploi de lits à deux étages, de deux places chacun. Suivant ce système, les hommes sont groupés par quatre, comme le sont dans leurs cadres des passagers à bord d’un navire.
- Le matériel d’artillerie réclame des emplacements de grande étendue, et tous les magasins qu’il occupe doivent nécessairement être établis sous voûte. Pour être à l’abri de l’humidité, le magasin à poudre est construit sur cave et enveloppé d’une gaine d’aérage qui l’isole des terres. Il affecte en plan une forme rectangulaire, et sa voûte toujours à plein cintre. Sur l’un des pignons du bâtiment se ménage une chambre aux lampes. On bouche, en temps de siège, toutes les baies donnant à l’extérieur, toutes les cheminées d’aérage, et le magasin n’est plus éclairé, dès lors, que par la lumière artificielle dont les rayons traversent une vitre épaisse.
- Les approvisionnements en subsistances, les fours, les citernes, etc., doivent aussi trouver place sous des abris voûtés.
- La circulation à l’intérieur d’un fort doit pouvoir s’effectuer, en tous sens, sans trop de chances de
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- danger. On y établit, à cet effet, des communications couverles pour relier entre eux les casernements, les magasins, et les puits-gaines qui débouchent sous les traverses-abris. Dans le type de fort d’enceinte représenté au numéro du 22 mars, page 257, on distingue deux communications maîtresses; la gaine intérieure et le passage central. La gaine intérieure fait le tour du fort en passant sous le parados et sous le cavalier. Elle donne accès aux casernes, aux magasins à poudre, aux magasins aux subsistances, aux puits-gaines, etc. Le grand passage central, tracé suivant Taxe du fort, se développe depuis l’entrée jusqu a la caponnièrc de tête. Passant à niveau de rez-de-chaussée des différents locaux couverts, il n’est interrompu que par des cours étroites. La gaine intérieure et le passage central commandent nombre de communications secondaires. On peut citer, parmi celles-ci, les rampes voûtées qui, de la gaine, conduisent aux ailerons.
- L’entrée d’un fort est ordinairement couverte par une petite place d’armes, dite avancée, munie d’un abri pour un poste extérieur de 10 à 20 hommes.
- On classe ordinairement sous la rubrique de Défenses accessoires les Contre-mines, les Torpilles, les Eaux et les Plantations.
- Les contre-mines ont aujourd’hui plus de valeur que jamais. Aussi les Allemands ne manquent-ils point d’en munir les dessous de glacis de leurs ouvrages à fossés secs. C’est ainsi qu’ils ont, par exemple, construit des écoutes en éventail sous le front de tête du fort Kronprinz, de Strasbourg1.
- Les torpilles peuvent avantageusement concourir à la défense d’une forteresse fluviale. Ainsi, avant l’investissement de Paris, M. Dupuy de Lôme y avait fait expédier, des ports de l’Océan, un certain nombre de carcasses ou enveloppes torpédiques. Ces appareils devaient être, après chargement, noyés dans la Seine à l’effet de parer à tout danger de surprise, tant à l'entrée qu’à la sortie des eaux.
- Les eaux elles-mêmes servent à tendre des inondations en avant des ouvrages — dont l’abord devient ainsi difficile. En 1870, par exemple, la Bièvre fut coupée par un barrage à son entrée dans l’enceinte, et l’on obtint de cette manière une nappe d’eau qui s’avança graduellement jusqu’aux premières maison de Gentilly.
- Les plantations ont également une grande valeur. Aménagées aux abords d’une place, elles constituent à celle-ci un magasin d’approvisionnements en bois de blindage et de fascinage. La forteresse dispose ainsi d’un stock d’abatis dont l’emploi bien compris est de nature à renforcer singulièrement les défenses permanentes. En procédant à la coupe de ces bois, le défenseur aura soin de laisser en terre les troncs d’arbres qui serviront de piquets à des réseaux de fils de fer. En tous cas, les racines feront obstacle aux travaux d’approche de l’assaillant.
- D’autre part, les plantations masquent les l'orti-
- 1 Voy. La Nature, n° du 3 novembre 1883, p. 360.
- fications aux vues de l’ennemi qui, dès lors, ne peut régler son tir. Ce résultat s’obtient même en hiver après la chute des feuilles, si l’on fait choix d’arbres à feuillage persistant ou d’essences fournissant à leur tète beaucoup de menues branches. Suivant ce principe, on dissimule les embrasures des ouvrages en plantant sur les talus extérieurs — et même sur les plongées — des arbustes touffus dans le massif desquels on ouvre des trouées au moment du besoin. Les Allemands excellent en l’art de l’organisation des plantations militaires. Leurs forts isolés sont à peu près invisibles. Les formes n’en sont, sous aucun point de vue, accusées. L’œil de l’assaillant n’y saurait percevoir que l’aspect d’un petit bois; mais sous ce bois il y a des fortifications armées de pièces de gros calibre. En quelques instants, ces pièces peuvent ouvrir leur feu. Lieutenant-colonel Hennebert.
- — A. suivre. —
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- Là FABRICATION DES BOITES à MUSIQUE
- A GEXÈVE
- La fabrication des boîtes à musique de Genève n’est pas très ancienne ; elle ne date que du milieu du siècle dernier. Cette fabrication débuta par l’article Tabatière à un air dont le clavier était composé d’une quantité de petites pièces de 5 ou 4 lames reliées à vis sur un axe unique formant le peigne au clavier. Vers la fin du siècle, de 1790 à 1800, ce fut un ouvrier, A. Favre, qui inventa le clavier d’un seul bloc d’acier, encore ce fut-il sur des dimensions restreintes qui ne dépassaient jamais 20 centimètres, que ce perfectionnement fut mis en pratique. On peut signaler ensuite l’invention de l’ellipse ou escalier permettant le charriement automatique du cylindre sur la tige et qui permit de piquer sur le cylindre plus de deux airs ; ce système donne aujourd’hui la possibilité de mettre sur un cylindre jusqu’à 12 et même 16 et 18 airs. Ces progrès donnèrent à cette industrie une impulsion étonnante; la fabrication s’accrut surtout à Genève dans une énorme proportion et l’on y a vu fabriquer il y a vingt ans jusqu’à 15 000 boîtes de tous genres occupant plusieurs centaines d’ouvriers.
- Avec ce progrès il en vint d’autres, que l’on peut appeler des adjonctions, car le système théorique du piquage de division des lames du clavier étant connu il n’y eut plus que les dimensions qui allèrent en augmentant et les accompagnements et adjonctions vinrent s’ajouter au clavier primitif. Aujourd’hui la fabrication, produit avec le clavier seul, des effets de vielle et de mandoline ou trémolo, au moyen de successions de goupilles et de certains nombres de lames du clavier, selon la valeur de la note à reproduire. Dans la boîte à musique primitive la lame du clavier était unique malgré les valeurs musicales , aujourd’hui les constructeurs peuvent aller jusqu’à 10 lames et 10 goupilles correspondantes pour une seule note. Ensuite vinrent les accompagnements de tambours,
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- de timbres, de castagnettes puis l’adjonction de lames harmoniques produisant le son filé du violon, de la flûte, de la voix même, au moyen du vent promût par une soufflerie actionnée par le mécanisme du cylindre ; enfin la harpe qui se fixe sur le clavier et, qui s’abaisse ou s’élève à volonté et détruisant la sonorité du clavier lui substitue une tonalité imitant la guitare ou la mandoline et sc marie admirablement avec les diverses combinaisons de la boîte'a musique. Voilà pour l’exécution. Quant au mécanisme, on est parvenu à adapter sur la même pièce2, 4, 6, 8 barillets contenant un nombre correspondant de ressorts qui se déroulant à tour de rôle, permettent une marche d’une heure et plus, sans remontage. Le système de ponts brisés qui permet d’enlever le cylindre et d’en ajouter un nombre illimité, multiplie ainsi le nombre des airs. Enfin un mécanisme très simple d’invention récente permet de faire jouer instantanément l’un des airs qui sont piqués sur le cylindre sans avoir à entendre les autres. Un mécanisme régulateur du mouvement donne l'extrême lenteur jusqu’au mouvement le plus accéléré ; il est à remarquer que le travail manuel et l’intelligence de l’ouvrier n’ont pu, malgré de fréquentes tentatives, être jusqu’ici remplacés par la machine. J’ajouterai que la modeste boîte à musique a fait l’admiration de plus d’un compositeur et qu’il a été composé pour elle plus d’une œuvre marquée au coin du génie.
- J’ai eu l’occasion de visiter récemment la fabrique de M. Brémond à Genève: c’est l’un des plus importants centres de production de l’Europe. Cette manufacture comprend depuis l’article pacotille (un air à manivelle) jusqu’aux orchestres avec cylindres de rechange qui coûtent parfois jusqu’à 6000 francs, et au delà, si la musique proprement dite est compliquée de pièces mécaniques automatiques tels que danseurs ou cymbaliers, ou oiseaux chanteurs et joueurs de llûte, etc.
- M. Brémond a inventé un système qui permet le* déroulement de grands morceaux tels qu'ouvertures d’opéras sans arrêt à chaque fraction d’air. Nous avons entendu là des pièces imitant les orgues d’églises avec voix célestes : orchestre composé de jeu d’anches et comprenant clavier, harpe, mandoline, batterie de tambour, timbres, castagnettes, dans un espace de 50 à 60 lames; ces appareils merveilleux ont une puissance de son et une perfection extraordinaires. Le constructeur possède des collections d’airs de tous les pays et il nous a été permis de constater que certains d’entre eux ont un cachet mélodique tout à fait remarquable : airs chinois, japonais, indous, africains, pour ne parler que des plus
- curieux. DrZ...
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- BIBLIOGRAPHIE
- Au Feu! Historique de Vorganisation du corps des sapeurs-pompiers et des secours contre Vincendie dans le
- canton de Genève, par L. IL Malet. — Théorie de ma-
- nœuvre et nomenclature des pompes à incendie. — Description et manœuvre des engins de sauvetage. — 1 vol. in-8° avec 52 planches et un plan de Genève, imprimerie Jules Carey.
- Nous signalons à nos lecteurs cet excellent ouvrage, écrit un homme d’une haute compétence, qui résume d’une façon complète toutes les mesures à prendre pour lutter avec efficacité contre l’effroyable fléau du feu.
- Mission en Abyssinie et dans la mer Rouge, par le Comte Stanislas hussEL, capitaine de frégate. — 1 vol. in-18 avec une préface de M. Gabriel Charmes. — Paris, librairie Plon, 1884.
- RAPPORTS
- DES FLEURS ET DES INSECTES
- Lorsqu’au premier printemps les arbres de nos vergers se couvrent de ces fleurs que les Abeilles et les Bourdons, dans leur fiévreuse activité, font, tout en butinant, retomber en neige embaumée, la première sensation qui vienne à frapper l’observateur est celle d’une admiration sans bornes pour cette grande harmonie qui a mis le couvert pour ces affamés, chassés de leur sommeil léthargique par les premières caresses du soleil.
- Mais, tout en admirant la nature dans ses merveilleuses ressources, d’aucuns laissèrent pousser plus loin leur esprit d’analyse. Ils cherchèrent à savoir si les plantes se couvraient ainsi de fleurs contenant un nectar embaumé uniquement pour la satisfaction des appétits de l’insecte. Sprengel, le premier (1785), entrevit toute l’importance des rapports existant entre la fleur et l’insecte, et ne .tarda pas à reconnaître que la visite intéressée de l’un profitait également à l’autre. Ce qu’avançait timidement le spiritualiste allemand fut affirmé d’une manière plus solide et plus brillante par les philosophes qui suivirent; et deux d’entre eux jetèrent sur ces découvertes une lumière éclatante. Nous entendons parler de Darwin et de sir John Lub-bock.
- Grâce aux sagaces et patients travaux de leurs précurseurs allemands ou autres, H. et F. Müller, Delpino, Axel, Bennet, Ilooker, Hildebrand, Ogle, grâce à leur prodigieuse faculté d’observation et de déduction positive, ces deux grands naturalistes ne craignirent pas d’énoncer une loi dont la hardiesse ne le cédait qu’à la lucidité. A l’exception de certaines familles, la plupart des plantes ne peuvent se féconder que par la visite des insectes. L’Abeille butinant sur une fleur mâle se couvre de pollen qu’elle va porter ensuite sur le stigmate d une fleur femelle, d’où fécondation.
- De là on arrive fatalement à reconnaître que la plante se trouvait, dans son évolution, condamnée à subir la grande loi commune à tous les êtres vivants, celle de la lutte pour l’existence, de la concurrence vitale. Les fleurs dont les corolles peu
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- brillantes, l’odeur peu agréable, ne savaient pas s’attirer la visite des inconstants gastronomes, durent ou disparaître, ou modifier leurs formes et la qualité de leur nectar.
- Semblables au cabaret dont l’enseigne fraîchement décorée appelle de loin le voyageur fatigué et lui redonne des forces avant même que les fumets d’une cuisine exquise ne viennent flatter son odorat, les fleurs rivalisèrent de séductions à l’égard des insectes.
- Les verti-cilles se disposèrent en zones bien faites pour guider l’insecte vers le nectar, qui s’améliora en odeur et en qualités substantielles. En même temps les étamines défendaient mollement l’entrée du festin, pour inon-derde pollen le bourdonnant intrus. Celui-ci portant un instant après plus loin ses caprices, allait déposer la poussière fécondante sur l’organe femelle d’une autre fleur qui l’attirait au passage. Mais il est des fleurs d’une disposition spéciale, permettant difficilement à l’insecte l’approche du suc parfumé des nectaires. C’est, dans ces cas difficiles, que l’on voit se déployer l’intelligence de l’insecte, et ainsi que
- le dit sir John Lubboek : « ........ Il serait difficile
- d’expliquer les rapports qui existent entre les fleurs et les insectes par l’hypothèse d’un instinct aveugle
- chez ces derniers...... H. Millier cite le fait d’une
- femelle de Bourdon qui examinait une Ancolie; elle fit plusieurs vains essais pour pomper le nectar, puis, ayant sans doute conscience de l’inutilité de ses efforts, elle finit par faire un trou dans la corolle.
- Ayant pu ainsi obtenir du nectar, elle alla visiter diverses fleurs de la même plante et les perfora immédiatement, sans faire de nouveaux essais pour entrer dans la fleur, comme si elle avait compris toute l’inutilité de ses efforts... Les autres Abeilles profitaient aussi de ses perforations. »
- On a observé les mêmes faits sur la Grande Consolide. Notre figure 1 montre en A la disposition de
- la fleur empêchant l’insecte d’arriver jusqu’aux nectaires en entrant par la corolle. Mais néanmoins la fécondation de la fleur est assurée. Car si l’on veut bien considérer que le Bourdon perfore la corolle au-dessous des étamines pour sucer le nectar, il demeure possible que sa longue trompe engluée du suc visqueux s’enrobera dans le pollen tombant dessus. Lorsque notre insecte visitera une autre fleur de la même espèce, il commencera par examiner, l’ouverture naturelle avant d’en pratiquer une artificielle et dans cet examen sa tète et sa trompe heurteront plus ou moins le stigmate dépassant et y déposeront la poussière fécondante.
- La figure 2 représente un Bourdon butinant sur les fleurs de la Linaire. Cette plante a de grandes fleurs presque hermétiquement closes. Les nectaires sont à la base de la corolle protégée par un long éperon dont ils occupent le fond. Les insectes ont beaucoup de peine à pénétrer dans la fleur, aussi après avoir tenté vainement de recueillir ainsi le nectar, préfèrent-ils perforer la corolle. C'est ce qu’ils font directement lorsque les fleurs forment
- Fig. 1. — Bourdon butinant sur les fleurs de la grande Consoude, en perforant la corolle.
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- une boîte fermée (fig. 3) dont l'entrée devient impossible aux insectes, si petits qu’ils soient.
- Nous citerons, en terminant, un fait, qui, pour ne pas être absolument de même nature, n’en offre pas moins un très grand intérêt.
- Sprengel a remarqué qu’un des obstacles les plus grands à la fécondation des fleurs monoïques par elles-mêmes, provenait de ce que les organes mâles n’arrivaient pas en même temps que les organes femelles à leur degré de maturité. Les insectes se chargent, bien malgré eux, du soin d’assurer la fécondation dans ces conditions difliciles. La lleur ainsi conformée n’hésite pas, dans certains cas, à user envers ses hôtes des procédés les plus sommaires et les plus abusifs. Nous voulons parler de la séquestration.
- Chez l'Aristoloche, par exemple, le pistil mûrit bien avant les étamines.
- On sait que la corolle de cette lleur est en forme de tube allongé et profond, à ouverture étroite et fermée par des poils. Ces poils sont fort rudes et se dirigent d'avant en arrière, par rapport à l’ouverture, de telle manière que cette disposition rappelle beaucoup celle d’une nasse. Les petits insectes, diptères en général, entrent imprudemment dans le tube pour s’emparer du nectar. Les poils ne les empêchent nullement de pénétrer, ils leur servent même de poteaux indicateurs complaisamment disposés pour montrer à ces gloutons l’entrée de la salle du festin. De nouveaux arrivants se pressent sans cesse, la corolle est à la fois salle de bal et salle à manger. Mais la bombance finie, il ne faut plus songer à sortir, ou si l’on y songe, on s’en revient bientôt, brisé par des difficultés insurmontables.
- Condamnés à la prison perpétuelle,
- suites de cette orgie.
- logue
- Fi.
- 2. — Bourdons butinant sur la Linaire: l’un pénètre directement dans la corolle; l’autre y a pratiqué une perforation.
- Fig. 3. — Linaire monstrueuse.
- peut-être, nos viveurs incarcérés gémissent sur les | cée du choc de quelque pesant insecte qui gaspille-
- Mais un beau jour le pistil dépasse sa maturité et ne peut plus dès lors être fécondé. Les étamines mûrissent alors et les anthères, s’ouvrant, couvrent les mouches prisonnières d’une pluie de pollen. C’est le signal de la délivrance. Les poils qui défendaient la sortie de la prison tombent au même moment, et les captifs élargis s’envolent chargés de pollen vers d’autres bombances, pour retomber dans un nouveau piège et féconder le pistil d’une autre lleur.
- Une disposition ana-dans ses effets, bien que différente dans ses formes, se retrouye dans le Pied de Veau. Là, encore, les insectes sont emprisonnés quelque temps dans le même but, et, comme le dit sir John Lubbock : « ... Au bout de quelque temps la période de maturité des stigmates est accomplie, et chacun distille une gqutte de nectar pour consoler sans doute les insectes de leur captivité. »
- Finissons en disant que si les insectes connaissent bien les fleurs qui leur conviennent, et s’en tiennent dans leurs visites à un petit nombre d'espèces, les plantes ont aussi leurs habitudes et connaissent fort bien leurs hôtes. La raison du sommeil des plantes se trouve ainsi expliquée.
- Les fleurs qui doivent être fécondées par les insectes nocturnes n’ont aucune raison de rester ouvertes pendant *le jour. Il en est de même pour celles que les insectes visitent seulement le jour, tout leur conseille de se fermer la nuit. En effet, le temps que la fleur reste ouverte en dehors de la visite de ses hôtes ne peut lui porter que préjudice. Elle est exposée, soit à l’humidité, soit à une trop grande chaleur, ou se voit sans cesse mena-
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- rait son pollen sans la féconder, tandis que la Heur fermée n’a guère à craindre tous ces accidents. Les clients attendront dans le sommeil l’heure propice où l’établissement dans lequel ils ont leurs habitudes, viendra à s’ouvrir, et aucun n’ayant inutilement compromis ses facultés, tous pourront coopérer utilement à cette grande phase de la concurrence vitale : la reproduction de l’espèce. Maurice Mainduox.
- —*<>o—
- CHRONIQUE
- Le choléra, mesures» sanitaires. — Plusieurs lecteurs nous ont demandé quelles étaient les mesures sanitaires à prendre en vue du choléra qui sévit actuellement à Toulon et à Marseille ; ces mesures sont de deux ordres, d’hygiène individuelle et d’hygiène publique. Nous renverrons pour celles-ci aux instructions rédigées par le Comité d’hygiène ; elles ont été publiées dans la plupart des journaux et seront du reste affichées dans toutes les mairies. Quant aux précautions individuelles elles pourraient se résumer ainsi : ne pas céder à une peur exagéréé, vivre delà vie ordinaire, ne commettre aucun excès. Mais ce conseil un peu laconique ne suffirait pas à tout le monde. Voici donc les principales règles à suivre. Éviter toute fatigue, tout excès de travail, ne pas prolonger les veilles, éviter toute cause de refroidissement, surtout la nuit, pendant les périodes de fortes chaleurs. Ne pas céder à la tentation de boire des quantités d’eau et surtout d’eau ou de boissons glacées. Si l’on n’a pas à sa disposition une eau de source très pure, ne faire usage que d’eaux minérales (garanties, car il s’en fabrique de grandes quantités) ou mieux encore d’eau bouillie la veille. Pour étancher la soif, nous conseillons aux personnes qui ne craignent pas les boissons chaudes, les infusions de thé, de café léger, de menthe ou autres plantes aromatiques; si l’on veut boire froid, mélanger à l’eau rougie du repas une petite quantité de macération de quassia amara, dont l’amertume calme bien la soif; en dehors des repas, le jus d’une moitié de citron exprimé dans un verre d’eau légèrement sucrée et additionnée d’un peu d’eau-de-vie constitue une excellente boisson. Se garder avec soin de faire un usage immodéré des boissons alcooliques ; l’abus est cent fois plus dangereux que l’abstention. Les fruits doivent être mangés en petite quantité, de préférence cuits; de même pour les légumes. En dehors de la question d’alimentation, il est nécessaire de tenir les habitations dans le plus grand état de propreté. Les planchers, quand ils ne sont pas cirés, seront lavés chaque jour avec une eau additionnée de un demi pour cent de chlorure de zinc. Les cabinets d’aisance seront désinfectés avec une solution de sulfate de cuivre, à cinq pour cent, diluée dans un litre d’eau, ou une tasse à café de chlorure de chaux dans la même quantité d’eau. A.C.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 juillet 1884.— Présidence de M. Roi,la.mi.
- Election. — La salle est agitée et pleine comme aux jours d’élection. Il s’agit en effet de pourvoir à la place laissée vide dans la section de chimie par le décès de M. Wurtz. 50 suffrages désignent IL Troost, contre 4 donnés à M.Schutzenberger, 1 àM.Grimauxet à 1 à M. Jungfleich.
- Météorite. — M. de Baunmauer adresse la description d’une météorite tombée le 3 octobre 1883 àNgawi, dans
- la partie centrale de Pile de Java. Le travail du savant de Harlem est accompagné de deux planches qui donnent l’aspect de la pierre, et celui de sections vues à l’œil nu ou au microscope. La roche jaune en fer nickelé, riche en sulfure, éminemment chondrotiquenous paraît appartenir à un type voisin de la parnallite; mais nous n’avons pas eu encore l’occasion de le voir parnous-même.
- Nouveau genre de graines du terrain houiller. — Mon savant collègue et ami M. Renault adresse, en collaboration avec M. Zeiller, un curieux mémoire de paléontologie végétale. Nous en publierons l’analyse dans une de nos prochaines livraisons.
- Sur la fabrication du fumier de ferme. — En continuant ses recherches sur la fermentation du fumier, notre savant et sympathique collaborateur M. Dehéraina reconnu que la paille employée à la confection des litières ne s’oxyde que sous l’influence des vibrions dont elle renferme les germes et qui se mettent à l’œuvre, aussitôt que la paille est humectée et maintenue à une tempéra turc de 30 ou 40°. A l’abri de l’air l’altération est très lente, si on ne fait pas intervenir de ferments étrangers. M. Dehérain fait remarquer avec raison que c’est sans doute à l’absence de ferments anaérobies dans les plantes herbacées qu’est due leur conservation par l’ensilage, tandis que'leur altération est rapide sous l’influence des ferments aérobies, toutes les fois que le tassement n’est pas assez énergique pour empêcher complètement l’accès de l’air.
- M. Dehérain distingue dans te fumier de ferme deux fermentations différentes, l’une donne du gaz des marais et ne produit pas d’acide, c’est la plus fréquente; l’autre donne de l’hydrogène, parfois du formène et fournit de l’acide butyrique; il arrive rarement qu’on trouve à la fois les deux gaz combustibles. En comparant les produits de la fermentation du fumier, à ceux qui prennent naissance dans le tube digestif des herbivores, il semble qu’on en puisse conclure que les excréments des animaux apportent aux litières les germes des ferments qui sont à l’œuvre pendant la fabrication du fumier.
- Eludes polarimétriques sur la cellulose. — Dans cette nouvelle note M. Levallois établit que la cellulose régénérée des celluloses nitriques a le même pouvoir rotatoire que la cellulose du coton. Ce résultat est en opposition avec la théorie de M. Blondeau, théorie d’après laquelle la cellulose se modifierait avant de se transformer en dérivés ni-trés. La cellulose soumise à l'action de l’acide sulfurique a également été étudiée par l’auteur de la note. Il a observé que la cellulose soumise à l’action de l’acide sulfurique étendu, puis dissoute dans le réactifammoniaco-cuivrique agit comme la cellulose normale sur le plan de polarisation tant que la liqueur sulfurique peut être précipitée par l’eau. Lorsque l’action de l’acide est suffisamment prolongée on obtient une solution qui, versée dans une grande quantité d’eau, ne trouble pas immédiatement ce liquide mais fournit un abondant précipité par l’alcool. Ce précipité imprime au plan de polarisation une rotation beaucoup plus faible que la cellulose du coton.
- Varia. — Le bolide du 28 juin et le choléra se partagent un nombre considérable de communications d’ailleurs sans intérêt. — L’action déshydratante des sels, occupe M, Tomasi. — M. Bouty continue ses études sur la conductibilité des dissolutions étendues. — En réponse à une récente cominmunication de M. Cosson, M. de Lesseps affirme de nouveau l’intention inébranlable de M. Rou-daire de tenter la création de la mer intérieure africaine.
- Stanislas Meunier.
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- LES CARICATURES ÉLECTRIQUES
- Il n’y a pas qu’en France où tout se traduise par des ehansons... ou des caricatures.
- 11 s’est trouvé, de tous temps et en tous lieux, des esprits assez philosophes pour prendre , les choses par le bon côté, nous entendons par le côté gai, et prêts, comme Beaumarchais, à rire de tout pour n’êtrc pas obligés d’en pleurer.
- De combien de caricatures l’admirable découverte des Montgolfier n’a-t-clle pas servi de prétexte? Les privilégiés qui, comme nous, ont eu la bonne fortune de feuilleter la collection unique d'images à ballon de notre directeur,
- M. Gaston Tissandier, peuvent seuls le dire.
- Toutes les inventions ont plus ou moins passé par là.
- On pourrait même ajouter, sans être taxé d’exagération, que la caricature est, en quelque sorte, la sanction du succès, aussi n’est-il pas étonnant de voir que les merveilles de l’électricité ont payé leur tribut à l’esprit satirique de nos contemporains, et que les premières caricatures relatives aux applications industrielles de l’électricité nous viennent du pays qui avait le plus fait jusqu’ici pour ses progrès.
- L’espèce de fureur électrique qui sévit à Londres en 1881 et 1882, à la suite des résultats brillants obtenus par les premières tentatives d’éclairage électrique public et industriel sur une grande échelle, donna l’occasion aux caricaturistes anglais d’exercer leur verve sur un sujet qui était encore de l’inédit à ce point de vue.
- Parmi les nombreuses caricatures parues à cette époque, nous en reproduisons deux qui présentent encore un certain caractère d’actualité.
- La première parut dans le journal satirique Punch du 25 juin 1881, au moment où les accumulateurs Faure, lancés avec le fracas que l’on sait parM. Phi-lippart, parurent en Angleterre. Disons en passant que
- pour un pays aussi avancé dans les questions électriques, la surprise causée par cette apparition indiquait une ignorance par trop grande des travaux de M. Gaston Planté. Le roi charbon et le roi vapeur regardent avec inquiétude ce nouveau venu et se demandent ce qu’il en sortira (fig. 1) (What wii.l he grow to?) Le roi charbon est particulièrement intrigué et jette à l’enfant un regard qui ne présage rien de bon. On sait combien cette inquiétude est vaine et mal placée, puisque, pour emmagasiner de l’énergie électrique, il faut, le plus souvent, consommer du charbon, soit directement dans les chaudières de la
- machine motrice, soit indirectement, pour réduire les minerais et amener le zinc à l’état métallique, avant de pouvoir l'employer dans la pile destinée à la charge des accumulateurs,
- La seconde caricature que nous reproduisons (fig. 2) est empruntée au journal The City du 4 novembre 1882 et représente Le rêve d'un gazier. L’artiste a cherché à figurer les cauchemars qui hantent le cerveau d’un directeur d’usine à gaz à la pensée des nouvelles inventions de l’éclairage électrique qui, à cette époque, s’introduisait rapidement en Angleterre sous forme d’une multitude de sociétés dont plusieurs n’ont été d’ailleurs qu’éphémères.
- Notre directeur d’usine est censé avoir lu le journal The City avant de s’endormir, et, au lieu de trouver le repos si désiré, l’éclairage électrique et les diverses phases de son développement et de ses rapides progrès, passent devant ses yeux comme une vision sous forme de ses promoteurs et inventeurs, tandis que le gazomètre disparaît au loin dans la nuit sombre.
- L’esprit anglais qui ne recule pas devant le calem-bourg, représente sir Henry Tyler (n° 1), le promoteur en Angleterre des machines Brush, asticotant notre gazier avec un pinceau (Brush en anglais signifie brosse), M. Swan sur un cygne (Swan signifie cygne) dont la lampe forme la tête, etc.
- On trouvera, en s’aidant de la légende qui accom-
- Fig. 1. — What will he grow to?
- Un géant en germe. Caricature publiée par Punch ou The London Charivari, le 23 juin 1881.
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- LA NATURE.
- pagne la ligure, le nom et le portrait, assez réussi en général, de la plupart de ceux qui ont contribué au progrès de l’éclairage électrique depuis quelques années.....en Angleterre. Tout en signalant cet ex-
- clusivisme, nous le trouvons très naturel dans un journal purement local et cherchant surtout à faire ressortir les inquiétudes d’un gazier dans son propre pays.
- Puisque nous parlons caricatures, c’est-à-dire choses futiles en apparence, n’est-ce pas le cas de rappeler
- que l’illustre savant anglais Clerk-Maxwell se reposait de ses études arides de mathématiques transcendantes en composant des petits poèmes électrico-fantaisistes1 dont il n’est malheureusement parvenu qu’une partie jusqu’à nous?
- Nous avons donc des précédents d’une autorité incontestable pour nous permettre de mêler quelquefois les choses gaies aux choses sérieuses, d’autant mieux qu’il est souvent certaines vérités qu’on ne peut dire qu’en riant. E. H.
- Fig. 2. Caricature électrique anglaise. — Le rêve d’un gazier.
- 1 Sir He su y Wiiatley Tyler, promoteur eu Angleterre du système Brush. — 2. Georges Okfor, ingénieur en chef de la South Easteru Brush Electric C1’. — 3. Robert Hammond, promoteur de la Hammond Electric Light and Power Supply C°.— 4. John Scüdamork Sellon, inventeur d'un perfectionnement à l’accumulateur Faure. — S. Ernest Voi.ckmar. Même titre industriel. — 6. William et VVerner Siemens. — 8. Joseph Wilson Swan, inventeur de la lampe qui porte son nom. — 9. R. E. Crompton, constructeur et inventeur d’une lampe à arc. — 10. Brockie, inventeur d’une lampe à arc. — 12. Thomas Alva Edison. — 13. Stevens 11iram Maxim. — 11. Robert J. Gulciier, inventeur de lampes et machines électriques. — 15. l)r Stephen H. Emmens, directeur d’une Compagnie d’éclairage électrique. — 16. Henry Francis Joël (Lampe). — 18. Paul Jablociikofe. — 19. George Hawkes (Lampe). — 20. Camille Faure. —21. W. T. Henley, premier constructeur des machines de l’Alliance. —23. John Banting Rogers (Système d'éclairage).— 24 et 25. Lotus Clerc et A. Bureau, inventeurs de la lampe-soleil. — 26. George Guillaume André (Lampe et machines électriques).
- 1 ?ious traduisons ici littéralement, à titre de curiosité, une dp
- Valenline signée nom de plume fantaisiste de James-
- Clerk-Maxwell, tiré de l’équation fondamentale de la thermodynamique :
- ny=i- C. M. dt
- VALENTIiSE ÉLECTRIQUE Télégraphiste A à télégraphiste B.
- « Les spires de mon âme sont entrelacées avec les tiennes, bien que plusieurs milles nous séparent; et les tiennes sont enroulées en circuits serrés autour de l’aimant de mon cœur.
- « Constant comme un Daniel!, puissant comme un Grove,
- bouillant partout comme un Smée, mon cœur répand ses flots d’amitié, et tous ses circuits sont fermés sur toi.
- « 0 dis-moi, lorsque sur la ligne, passer le message qui s’épanche de mon cœur trop plein, quel courant induit-il dans le tien? Un battement de ton cœur mettrait fin à mon malheur.
- « A travers plusieurs ohms, le weber coule et transmet au son derrière moi cette réponse :
- « le suis le Farad fidèle et sûr chargé à un Volt d! amitié pour loi. »
- dp
- dt
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 581. — 1 y JUILLET 1 884.
- LA NATURE.
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- LE CHOLÉRA EN 1884
- Lorsque les Anglais prirent, l’année dernière, possession de l’Egypte, il y eut dans toute l’Europe un moment de vive panique, causée moins par le bouleversement politique qui pouvait être la conséquence des coups de canon tirés à Alexandrie et à Tel el Kébir, que par l’annonce d’une nouvelle invasion du choléra. Depuis 1865, grâce à l’apjdication de mesures rigoureuses, ce « mal quirépand la terreur», n’avait pas franchi la barrière de la mer Rouge. L'oubli des précautions habituelles, le sans-gêne
- avec lequel les autorités britanniques s’affranchirent des règlements internationaux eut ses conséquences immédiates. Un navire parti de Bombay avec patente nette apportait le choléra sur les rives du canal de Suez et en quelques jours l’épidémie gagnait toute la basse Egypte. La séquestration rigoureuse des provenances égyptiennes et indiennes, l’observance des quarantaines nous mirent, la France et l’Europe, à l’abri de la contamination.
- Nous pouvions nous croire délivrés de ce lourd cauchemar d’une invasion aussi terrible et voici que tout à coup, sans qu’on ait eu en Egypte un de ces retours offensifs de l’épidémie, assez fréquemment
- Fig.l. — Salle de désinfection à la gare de Lyon, à Paris, pour les voyageurs venant de Toulon et de Marseille. (D’après nature.)
- observés, le télégraphe nous apprend nn beau jour que le choléra règne à Toulon, qu’il a éclaté au milieu du port sur un des bâtiments stationnaires de la flotte et qu’il est en voie de se propager en ville. La surprise a été d’autant plus grande que nous dormions, confiants dans la puissance de cette pratique des quarantaines, de ces règlements sévères qui nous avaient- préservé l’été dernier. Rassurés un instant par l’annonce d’une simple épidémie de choléra sporadique, il a fallu se rendre bientôt à l’évidence. Le diagnostic posé solennellement par un personnage officiel était erroné : c’était bien le choléra asiatique. La terreur fut à son comble et cette terreur sera difficile à calmer, quelque lenteur qu’affecte l’épidémie dans son évolution.
- 12e année.
- 2e semestre.
- Le choléra asiatique, le vrai choléra est endémique 1 dans l’Inde. A a-t-il existé de tous temps, comme le prétend le Dr Tholozan et en trouve-t-on la trace dans les écrits de l’antiquité? N’était-ce jadis qu’une maladie ayant d’autres caractères et pouvant être confondue de ce fait avec le choléra ? S’agissait-il du choléra nostras ? Tout autant de questions qui partagent les épidémiologistes et que la conférence internationale de Constantinople n’a pas cru devoir trancher. Toujours est-il qu’à partir de 1817, le choléra, parti des hords du Gange, s’est établi à demeure dans l’Inde, notamment dans le Bengale. Chaque année ce foyer endémique donne naissance à des épidémies plus ou moins graves, qui frappent Madras, Pooree, et d’autres régions où ont lieu les
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- LA NATURE.
- pèlerinages, et partant, les agglomérations d'Hindous. A des intervalles un peu plus éloignés, il s’étend dans d’autres provinces.
- Jusqu'en 1823, le choléra, en dépit de cette endémicité, n'avait pas dépassé les frontières asiatiques. A cette époque, des caravanes l’importèrent en l’erse; le tléau gagna Astrakhan; heureusement pour l’Europe, il s’éteignait bientôt dans cette province. Mais déjà on pouvait prévoir que si une barrière sérieuse ne lui était pas opposée, le choléra gagnerait plus avant. C’est ce qui arriva en 1830, époque de la première épidémie de choléra asiatique en Europe. Venu de Perse, il pénétra en Russie par le Caucase ; de là, après avoir ravagé tout le district d’Astrakhan, il remonta le Yolga, s’étendit dans la Russie et gagna le reste de l’Europe en passant par l’Angleterre avant d’arriver chez nous.
- En 1840, parti des mêmes points, le choléra pénétrait encore par la Russie et procédant par étapes successives et d’après une marche toujours identique, gagnant les régions distantes au fur et à mesure de l'émigration, il traversait l’Allemagne, la France et toute l’Europe. Cette seconde épidémie dura près de dix ans ; les historiens les plus autorisés du choléra sont en effet d’accord pour rattacher à l’épidémie de 1846, le retour offensif de 1852 à 1855 ; elle coûta à la France seule plus de 250 000 personnes.
- L’épidémie de 1865 inaugure l’importation par la voie des mers. Comme l’année dernière, le choléra venait de l’Inde, était importé dans le Hedjaz par des navires provenant de Calcutta, Bombay et, chargés de pèlerins. Au retour du pèlerinage, des bateaux viennent débarquer à Suez des milliers de ces pieux voyageurs. La maladie éclate bientôt à Alexandrie, puis se répand avec les émigrants à Constantinople, Smyrnc, Marseille, Odessa et de là dans d’autres ports jusqu’en Amérique.
- Pas plus que la précédente, cette dernière épidémie n’a été éteinte avant de nombreuses années. Les petites épidémies de Gallicie, de Bohême, celle de Paris en 1875, peuvent être considérées comme les dernières atteintes du fléau. Sous l’influence de circonstances adjuvantes locales, conditions telluriques ou autres, des foyers où la maladie n’était pas complètement éteinte ou s’était cantonnée à l’état endémique, ont tout d’un coup rallumé l’incendie.
- L’épidémie île Toulon présente ce caractère bizarre d’être née en apparence surplace. Je dis en apparence, car il n’est pas douteux que les lois ordinaires de la transmission cholérique aient présidé à sa naissance. L’enquête sévère et minutieuse de MM. Brouar-del et Proust n’a pas réussi à faire découvrir le mode d’importation. Mais cette énigme sera peut-être éclaircie quelque jour par un détail passé inaperçu. Assurément le choléra nous vient des Indes ou de l’Indo-Uhine. 11 se pourrait qu’un foyer mal éteint en Egypte ait pu être le point d’origine, mais on aurait constaté dans cette région un réveil, si peu prononcé lût-il, de la maladie.
- Quoi qu’il en soit de ce détail, qui présente cepen-
- dant une grande importance au point de vue de la valeur des mesures prophylactiques actuellement en vigueur, c’est-à-dire des quarantaines et des procédés de désinfection des navires, la transmission s’est toujours faite de la même manière. L’air, on l’a prouvé il y a longtemps, n’est pas le véhicule de la contagion; qu’on dise, pour exprimer la rapidité de sa diffusion, que le choléra nous arrive sur l’aile du vent, je le veux bien, mais il ne faut prendre l’expression qu'au figuré. A défaut de l’air, ce ne sont pas les agents de transmission qui manquent,
- Ce sont, en première ligne, les malades ; et je ne parle pas ici des pauvres diables cloués sur un lit, dont ils ne sortiront peut-être pas, par la diarrhée, les crampes ou la cyanose. Ce sont les malades au début, ceux qui, ignorants de leur contamination, sont à la période d’incubation, qui n’ont que les phénomènes prémonitoires et qui ne dépasseront peut-être pas ce premier degré. Par nécessité ou cédant à la frayeur, plus contagieuse que le mal lui-même, ces cholériques inconscients émigrent de la ville, fuient au loin devant le mal et vont répandre l’épidémie aux quatre points cardinaux. Ce n’est pas dans leurs habits qu’ils emportent le poison, c’est dans le ventre, comme le disait fort bien un médecin distingué. Ils n’ont qu’une légère diarrhée; mais ils vont s’arrêter dans un hôtel, dans une maison amie. Leurs déjections, qui sont du fait de cette contamination, si légère qu’on la suppose, pestilentielles, vont créer un véritable foyer de contagion. Ils ont transporté le choléra à leur insu ; ils peuvent repartir guéris de leur indisposition ; mais l'épidémie éclate derrière eux, ayant son point d’origine dans la maison où ils se sont arrêtés. La dose de poison, soit qu'elle fût insuffisante, soit que la réceptivité fût moindre, n’a déterminé chez eux qu’une simple diarrhée; mais elle est capable de donner naissance à une épidémie, et à une épidémie qui peut être fort grave.
- Ce ne sont pas là les seuls agents de transmission; le linge, les effets qui ont Appartenu à un cholérique sont contagieux au plus haut degré, s’ils n’ont été l’objet d’une désinfection absolue, complète. Certaines marchandises, comme les laines, les peaux, les chiffons, doivent être tenues pour suspectes, quand elles ont traversé des régions ravagées par la maladie. On s’est demandé longtemps si un sujet en parfaite santé pouvait transmettre le choléra ; on n’a pas encore démontré la réalité de cette transmission et les faits qu’on a interprétés en faveur de cette opinion peuvent être expliqués par un contact avec des cholériques ou par le transport simultané d'objets, de vêtements souillés de matière cholérique.
- Une fois transporté par l’un de ces divers intermédiaires, le choléra apparaît; ce n’est d’abord qu’un pelit foyer isolé, mais qui ne tarde pas à s’étendre de proche en proche ou par les mêmes moyens de transmission sur un point plus éloigné. Dans ces conditions on ne s’explique guère, étant donnés sur-
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- LA NATURL
- tout l’organisation de la vie sociale actuelle, les déplacements fréquents, que certaines localités échappent absolument à la contagion ou ne voient apparaître qu’une épidémie restreinte. G est qu’il y a des conditions très favorables, à l’extension du fléau, qui ne se rencontrent pas partout; ce sont des conditions naturelles, comme la disposition et la composition du sous-sol ; des conditions locales, telles que le mauvais aménagement des égouts, des.fosses d'aisance, l’encombrement dans déshabitations sales, mal ventilées, mal éclairées, etc.
- Et ces conditions naturelles, telluriques, donnent, à elles seules, l’explication de l’immunité de certains points. Lyon est, par exemple, une des rares villes qui présente une immunité très curieuse pour le choléra. Les conditions hygiéniques de la ville ne diffèrent pas sensiblement de celles de Paris ou d’autres grands centres. Or Lyon a échappé absolument à l’épidémie de 1852-1835, qui faisait à Marseille et sur le littoral du Rhône des ravages considérables. En 1865, le choléra passa presque inaperçu; en 1849 les cas furent peu nombreux. En 1854, le choléra fut plus sérieux et fit environ 200 victimes. Cette immunité tient à une disposition particulière du sous-sol, à une égalité presque constante de la nappe d’eau souterraine dont les brusques variations sur d’autres points permettent et favorisent la décomposition des matières organiques. Cette nappe d’eau est. alimentée presque exclusivement par le Rhône ; elle est purifiée incessamment par la puissance et l’abondance de ce cours d’eau. Les matières organiques et les germes cholériques ou autres, qu’elle renferme, ne trouvent pas les conditions propres à leur développement et leur dispersion; l’immunité pour le choléra s’expliquerait de la sorte d’après certains médecins. Ce qui tendrait à prouver le bien fondé de cette assertion, c’est qu’en 1854, seule année où le choléra ait fait une apparition sérieuse, les eaux du Rhône descendirent à un niveau qu’on n’avait jamais observé ; elles furent, pendant plusieurs mois, de deux tiers au-dessous de l’élévation moyenne.
- L’inlluence de ces conditions diverses, telluriques, hygiéniques, est si réelle qu’on pourrait se demander si le germe cholérique, importé dans un village idéal de propreté, pourvu d'eau potable excellente, peuplé d’habitants obéissant aux lois strictes de l’hygiène, un rêve, presque une utopie, si ce germe, dis-je, y trouverait des conditions suffisantes pour son développement, sa multiplication. Si cette question reste hypothétique, l’inverse à coup sùr trouve une réponse des plus démonstratives dans l’épidémie de 1884. L’état inouï, ce n’est pas trop dire, dans lequel on laisse la voirie à Toulon, n’est certainement pas étranger à l’extension rapide du choléra dans cette ville.
- Passons à l’histoire de l’épidémie actuelle ; je n’en donnerai qu’un court résumé. Il n’est pas un de nos lecteurs, j’imagine, qui n’en ait suivi jour par jour le récit dans les journaux politiques.
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- Le 14 juin, alors que l’état sanitaire de Toulon ne présentait rien d’anormal, la direction de la santé signalait tout à coup l’apparition du choléra à bord du Montebello. Le MontebeUo, le Jupiter., l’Alexandre et le Kléber sont de vieux bateaux, aménagés en pontons-casernes qui sont mouillés sur la vieille Darse. Chacun de ces bateaux loge 400 et souvent 500 ou 600 marins des équipages de la flotte. Le malade fut évacué aussitôt à l’hôpital*; le lendemain, un second cas se déclarait à bord du même bateau ; puis un autre à bord du Jupiter, deux à bord de Y Alexandre. Ce fut là le début de l’épidémie. Les deux premiers marins atleints n’avaient pas navigué depuis deux années et ils n’avaient eu, la veille, aucune communication avec la ville ou le reste de la flotte.
- Ces premiers cas furent attribués au choléra nos-tras. La supposition était d’autant mieux fondée que ces bâtiments sont mouillés dans une annexe du port, qui n’est qu’un vaste foyer d’égout. A Toulon, on en est encore aux pratiques du moyen âge et si le passant qui s’attarde le soir n’est pas exposé à recevoir une douche peu odorante, c’est tout juste. Les égouts n’existent pas et chaque habitant vient déverser dans le ruisseau qui passe à sa porte, tout le contenu, liquide et solide, de son vase de nuit. Si le temps est à la pluie, si par un hasard heureux, les eaux de la source réservée au lavage des rues sont lâchées à ce moment, les immondices sontbalayées et emportées un peu plus vite. Toutes ces ordures viennent tomber dans le Vieux Port, dans les darses où sont mouillés les bâtiments de la division. La marée faisant défaut pour l’emporter journellement, ce dépôt, s’accumule, formant une vase à moitié fécale, dans laquelle une pierre, un bâton plongé comme lance de sondage, font dégager en abondance des gaz méphitiques.
- A la première nouvelle de l’épidémie, MM. les Drs Brouardel et Proust avaient été délégués par le Ministre du Commerce pour procéder à une enquête sur la nature du choléra et sur son origine. Le choléra se montrait en ville; le samedi 21, un jeune élève mourait au Lycée ; puis les décès augmentaient et les médecins semblaient d’accord pour reconnaître les caractères du choléra asiatique. On accusait la Sarthe, bateau retour deCochinchine, d’avoir introduit le choléra en France. C’est sur ces divers points que dut porter l’enquête des délégués sanitaires. S’agissait-il vraiment d’une épidémie de choléra asiatique? et dans ce cas quel avait été le mode d’importation?
- La première question était délicate à trancher; dans les deux formes de choléra, les symptômes, les lésions reconnues à l’autopsie n’offrent pas des dissemblances telles qu’on puisse, de ce fait seul, établir la nature d’une épidémie. Il fallait donc avant tout en rechercher l’origine. L’amiral Krantz se mit à la disposition des délégués, facilitant toutes les recherches, toutes les investigations. Or, l’enquête n’a pas permis d’établir la véritable origine. La Sarthe, qu’on regardait comme la cause de tout le mal, ne put être in-
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- riminée. On avouera que le public u’avait pas tous les torts en suspectant ce bateau. Au moment de son départ de Cochinchine, le Ier avril, laSarthe avait eu un homme du bord, un mécanicien, atteint de choléra. La maladie régnait alors dans notre colonie.
- Le malade lut débarqué et mourait en quelques heures. Tous les objets qui lui étaient personnels , vêtements, sac, hamac avaient été débarqués en même temps.
- Le gouverneur prescrit aussitôt une quarantaine au cap Saint-Jacques, à quinze kilomètres de Saigon. Là un second cas se déclare. On fait alors revenir ce bateau à quai ; on décharge tout le matériel, toutes les marchandises et on procède à une désinfection complète, fumigations, badigeonnages , grattage des parois. Le 20 avril, la Sarthe reprenait la mer et arrivait à Toulon le 5 juin ; on laisse le bateau sur rade pendant trois jours et ce n’est qu’alors qu’on l’admet dans le port.
- Pendant ces quarante-cinq jours de navigation, pendant ces trois jours de quarantaine, l’état sanitaire avait été parfait. On a, je sais bien, inventé une histoire de débarquement de sacs ayant appartenu aux malades ; l’histoire est sans fondement et se réduit à ceci: le sac d’un déserteur avait été vendu à un homme du bord ; mais ce sac, qui appartenait à un homme en bonne santé, n’a pas même quitté le bord.
- En présence de ces faits qui ne laissaient pas entrevoir la possibilité d’une contagion par voie maritime,
- MM. Brouardel et Proust devaient se montrer très réservés sur la nature du choléra; ils n’avaient guère de doutes à l'examen des cas, mais ils ne pouvaient cependant donner au Ministre une affirmation catégorique, officielle, puisqu’ils manquaient de preuves. A défaut de la vraie source d’importation, des faits d'un ordre nouveau levèrent leurs scrupules et leur permirent de ne plus avoir d’hésitation ; ces faits étaient l’importation du choléra à dis-
- tance par des voyageurs venus de Toulon. Le vendredi, un jeune lycéen, sorti du collège l’avant-veille, venait mourir à Marseille du choléra. Le même jour, éclataient dans la même ville, six autres cas, dont
- trois dans un groupe de maisons resserrées, en face desquelles se tient une foire. Cette foire avait eu lieu quelques jours auparavant, et des marchands forains de Toulon y étaient venus. Les trois malades étaient pris, le même jour, presque à la meme heure, et tous les trois mouraient à quelques heures d’intervalle.
- Une autre preuve était tirée de la constatation de cas dits intérieurs dans les hôpitaux, c’est-à-dire de malades résidant dans les salles depuis longtemps et contractant le choléra du fait de l’entrée des cholériques. Au dernier moment, alors que les délégués convaincus étaient en route pour Paris, le Dr Cunéo télégraphiait à l’un d’eux que le choléra avait causé deux décès à La Valette et au Pradet, villages propres et bien tenus des environs de Toulon, chez des individus qui n’étaient pas venus depuis longtemps dans cette ville.
- 11 n’y avait plus de doutes sur la vraie nature de l’épidémie ; c’était bien le choléra asiatique et si l'enquête n’a pas mis au jour le vrai point d’origine, on n’est pas moins fixé sur les caractères de l’épidémie actuelle.
- Jusqu’à présent, le fléau s’est cantonné à Toulon et à Marseille; mais on a vu par les moyens de transmission quelles peuvent être les facilités offertes à sa diffusion. Aussi toutes les villes ont-elles pris leurs précautions pour prévenir cette invasion. Les pays étrangers se sont signalés par l’énergie des mesures, désinfections dans les gares, quarantaines aux frontières. Précautions inutiles et purement vexatoires ; le seul résultat qu’on en puisse attendre est peut-être un effet moral, mais la valeur de ces divers moyens prophylactiques est plus que douteuse.
- Fig. 2. — Pulvérisateur à vapeur, employé à la gare (le Lyon pour désinfecter les voyageurs de Toulon et de Marseille.
- Fig. 5. — Le même appareil démonté. — M. Liquide à vaporiser. — AIF. Iujecteur. — C. Chaudière chauffée sur une lampe à esprit-de-vin, produisant le courant de vapeur d’eau qui fait fonctionner l’injecteur.
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- Lorsque la Conférence internationale a prescrit les quarantaines de mer, elle savait qu’on pouvait, par cette pratique, défendre utilement les pays d'Europe. La quarantaine stricte, rigoureuse, ce qui n’est malheureusement qu’une rare exception, empêche l’invasion du choléra dans la mer Rouge. Si l’inobservance des règlements laisse contaminer l’Egypte, l’Europe est fort en péril, car tous les points de la Méditerranée peuvent devenir des foyers pestilentiels. Une fois que le choléra a franchi la Méditerranée, qu’il est en Europe, ne cherchez pas à vous défendre par des quarantaines, c’est inutile; le réseau d’un cordon sanitaire ne sera jamais assez serré pour
- retenir ce terrible microbe et vous ne faites que gêner le commerce, paralyser le mouvement des affaires. Mais vous les gênez bien autrement par les quarantaines de mer, me dira-t-on : d’accord, mais on est alors sûr du résultat. Ceux qui réclament l’application rigoureuse, non pas seulement d’une quarantaine, mais du cordon sanitaire, ont-ils réfléchi aux difficultés pratiques que ce procédé soulève? Vous mettez un cordon sanitaire autour d’une ville, Toulon si vous voulez, puisque c’est le berceau de l’épidémie actuelle. 11 vous faut tout d’abord un double, un triple cordon, car le premier sera sûrement contaminé du fait du contact avec les
- 4. — Le choléra de 1884. — Les leux allumés à Toulon. (D’après les documents communiqués par M. F. Zureher.,-
- émigrants. Vous m’accordez une armée entière pour cette œuvre de salut» Mais avez-vous songé à l’effarement de ces cinq, dix, quinze, vingt mille personnes qui fuient l’épidémie, qui s’entassent, à défaut du chemin de fer, sur tous les véhicules possibles. Quand cette masse affolée, se présentera, pressante, contre votre cordon sanitaire, donnerez-vous l’ordre de faire usage des armes, de consommer un massacre horrible. Pas un gouvernement ne prendrait la responsabilité de telles mesures.
- Remarquez que je ne grossis par les difficultés à plaisir ; s’il n’y avait qu’une personne, dix, vingt, si vous voulez, qui tentassent de franchir par force la barrière quarantenaire, mieux vaudrait certainement l’internement, la mort même de ces quelques
- malheureux que la mort possible de milliers de victimes, mais la question se présente, comme je l’ai posée. La peur fait partir des masses d’émigrants. La gare de Toulon était tellement encombrée les premiers jours qu’on ne recevait plus que les voyageurs sans bagages.
- Les cordons sanitaires sont impraticables; les quarantaines ne servent à rien. Et les désinfections? pas beaucoup plus ! J’ai expliqué pourquoi, au début de cet article, en disant que c’était moins par les vêtements, par les hardes que le choléra se propageait, que par les diarrhéiques, non encore malades ou qui ne le seront même pas du tout. Mais ces mesures ne gênent pas beaucoup les voyageurs ; elles ne sont pas attentatoires à la liberté indivi-
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- duelle, comme on l’a crié bien haut et je ne rois pas d’inconvénients à les continuer. A la gare de Lyon, le préfet de police a pris des mesures pour que tous les voyageurs venant de Toulon subissent une désinfection rapide. Tour ce faire, une salle d’altente a a été aménagée tout spécialement; nous en donnons le dessin, en reproduisant l’aspect qu’elle présentait un des jours de la semaine dernière (fig. I). Des pots à fumigation répandent dans l’air des vapeurs d’acide nitreux en quantité à peine appréciable à l’odorat, mais suffisante pour la destruction des microbes déposés à la surface des vêtements. On se sert en outre de deux pulvérisateurs à vapeur, construits par M. Waseige; nos figures 2 et 5 font comprendre le dispositif de cet appareil, d’un fonctionnement très régulier. Le liquide que l’on lance pulvérisé dans l’atmosphère offre la composition suivante : 1 gramme de thymol et 10 grammes d’acide borique par litre d’eau.
- Les voyageurs doivent séjourner environ une demi-heure dans cette officine. Les bagages subissent de leur côté une désinfection analogue dans une autre salle, où ils sont soumis à l’action du désinfectant nitreux (sulfate de nitrosyle). Ce n’est qu’après ces diverses opérations que les voyageurs sont autorisés à circuler dans Paris. Leurs noms et leurs adresses sont pris avec‘soin pour que l’administration puisse vérifier tout nouveau cas de contagion.
- A Marseille et à Toulon, la municipalité a fait, suivant une coutume fort ancienne, en temps d’épidémie, allumer de grands feux dans les rues, aux carrefours. La foule se presse autour de ces bûchers destinés à assainir l’air et à Toulon une foule considérable salue chaque soir l’allumage de ces foyers. On a brûlé à plusieurs reprises, sur la place de la Liberté, dans cette dernière ville, une quantité de goudron fournie par le Directeur de la Compagnie du gaz. Notre collaborateur, M. F. Zurcher, qui est en résidence à Toulon, a bien voulu communiquer à La Nature les croquis qui ont permis à notre dessinateur de reproduire cette scène singulière (fig. 4).
- Il me paraît inutile d’indiquer ici les mesures hygiéniques à prendre en vue de se préserver du choléra. Le Comité d’hygiène les a fait publier dans tous les journaux. Ce qu’il y a de plus sûr, c'est de vivre calme et tranquille, sans changer son régime habituel, ne pas se fatiguer, ne pas se surmener, ne pas s’effrayer surtout. La peur a un retentissement fâcheux sur les entrailles ; elle met l’organisme tout entier dans un état de dépression à la fois psychique et physique qui le rend plus apte à contracter les maladies. Gardons-nous de la crainte, vivons de la vie ordinaire et espérons que nous éviterons l’apparition de ce visiteur dangereux. |)r A. Caktaz.
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- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE A DOMICILE
- DANS LA VILLE DE COLCHESTER
- Les essais de distribution de lumière électrique continuent sans interruption et nous avons à enregistrer aujourd’hui une uouvelle tentative faite à Colchester par la South
- Eastern Brush Electric Light and Power C°. Dans cette installation qui présente le plus vif intérêt, l’électricité est fournie aux particuliers de la même manière que le gaz, et l’indépendance des foyers se trouve assurée.
- La station centrale, située dans Curver Street, comprend deux dynamos Brush, mises en mouvement par une machine à vapeur Davey-Paxman de 25 chevaux. Ces dynamos sont excités par une petite machine Victoria, et reliées en quantité; elles fournissent, à la vitesse de 750 tours par minute, une force électromotrice de 1800 volts et un courant de 20 ampères environ.
- Ce courant sert à charger des batteries d’accumulateurs placées à la station centrale et aux stations auxiliaires de Ilead Street et de Iligh Street, et ce sont ces batteries qui fournissent l’électricité nécessaire à l’éclairage des maisons particulières où la tension du courant ne dépasse pas la limite de 200 volts imposée par les autorités.
- Les conducteurs qui relient les machines génératrices aux batteries secondaires sont placés sous les trottoirs, dans des conduits en briques dont les dimensions intérieures sont de 25 et de 18 centimètres ; une pareille disposition assure un accès facile pour l’entretien et la réparation des lignes. C’est d’ailleurs l’établissement de ces lignes qui constitue le plus important perfectionnement de l’expérience; grâce à l’adoption des hautes tensions sur le circuit des dynamos et des accumulateurs, tensions qui, dans ces conditions ne peuvent causer aucun accident puisqu’elles existent en dehors des maisons, le courant électrique peut être amené aux stations auxiliaires par des conducteurs de faible diamètre. 11 résulte de là une économie considérable.
- D’autres points sont encore à signaler dans cette intéressante expérience. Le travail des machines électriques varie en raison de la dépense du circuit extérieur. Cette proportionnalité est due à un régulateur automatique; voici en quelques-mots le principe. Le courant qui charge les accumulateurs traverse les bobines d’un électro-aimant dont les mouvements de l’armature mettent en circuit un petit moteur électrique; le sens de la rotation de ce moteur dépend de la force du courant, et suivant ce sens l’intensité du champ magnétique de la machine Victoria et, par suité du courant excitateur des dynamos Brush, se trouve augmentée ou diminuée.
- Les accumulateurs, construits par la Consolidated Electric C°, renferment deux plaques identiques composées de minces rubans de plomb de 5 millimètres de largeur; la plupart de ses rubans sont pleins, les autres présentent des cavités qui facilitent la circulation du liquide; ils sont tous roulés les uns sur les autres et forment une plaque solide à peu près rectangulaire. Le but de cette disposition est d’augmenter la surface des électrodes.
- Un certain nombre de boutiques et de maisons de High Street possèdent déjà la lumière électrique fournie par la South Eastern C°; l’éclairage-de l’hôtel de ville et du restaurant de l’hôtel du Lion-Kouge a eu lieu dernièrement à l’entière satisfaction du public. Enfin, la Société anglaise construit actuellement des lampes incandescentes de 140 bougies, destinées à remplacer les foyers ordinaires de 20 bougies sur les voies publiques. Le coût de la lumière est relativement peu élevé ; la lampe-heure revient à moins de six centimes.
- L’éclairage de Colchester est la première grande application industrielle des accumulateurs; aussi ses résultats sont-ils attendus avec impatience1.
- 1 P après le Bulletin de la Compagnie des téléphones.
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- LA NATURE
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- LES OISEAUX UES GRANDES AILLES
- Nous étonnerons certainement beaucoup de lecteurs en leur disant que l’on compte plus de cinquante espèces d’oiseaux vivant en liberté pendant toute l’année ou seulement à certaines saisons dans l’enceinte de la ville de Paris. Dans un petit livre très intéressant, publié il y a une dizaine d’années par M. Nérée Quépat (Renée Paquet) et intitulé Ornithologie parisienne, je relève le chiffre de cinquante-trois espèces; mais je crois qu’on peut facilement mettre cinquante-cinq, en ajoutant a la liste la Mouette rieuse et l’Hirondelle-de-mer Pierre Garin qui se montrent accidentellement sur la Seine, entre Bercy et le Point-du-Jour.
- Cette petite faune parisienne comprend des représentants de tous les ordres, à l’exception toutefois des Grimpeurs, car je ne sache pas qu’on ait jusqu’ici signalé la présence dans nos murs du Pic-vert ou du Coucou vulgaire. Un Rapace, un Faucon pèlerin, s’était établi, il y a quelques années, sur les tours de Notre-Dame et faisait la chasse aux Pigeons du voisinage, et de temps en temps, quand les eaux sont basses, un Martin-pêcheur, quittant les parages du Ras-Meudon ou de la Varenne-Saint-IIilaire vient poursuivre les insectes et les petits poissons en plein Paris, auprès du pont des Arts. Des Bécassines et des Râles hantaient naguère, à l’arrière - saison, les étangs de la Glacière où nichaient au printemps quelques couples de Poules d’eau; mais il est probable que ces Echassiers chercheront un autre asile, car leurs domaines se réduisent chaque jour et il ne restera bientôt plus aucune trace des anciens marais. Dans la même localité, mais au milieu des terrains cultivés revenait s’installer chaque année une paire de Cailles dont la présence était révélée, dès le mois de juin, par léchant bien connu du mâle. Cette paire était d’ailleurs la seule que M. Quépat eût jamais rencontré dans ses pérégrinations à travers la Capitale.
- Les Pigeons ramiers forment, pendant toute la belle saison, de nombreuses colonies dans nos jardins publics, où s’établissent aussi des Grimpereaux, des Troglodytes, des Fauvettes, des Rouges-queues, des Merles, des Verdiers, des Pinsons, des Moineaux et des Freux, tandis que des Hirondelles, des Martinets et des Choucas accrochent leurs nids sous les corniches de nos maisons ou les cachent dans les cheminées, dans les trous des vieux murs, dans'le clocher des églises. Il ne serait certainement pas sans intérêt de passer en revue ces types si variés de la faune parisienne, de décrire leurs habitudes, d’indiquer les endroits qu’ils préfèrent; mais cela nous entraînerait beaucoup trop loin, aussi nous contenterons-nous de parler de ceux qui se montrent le plus familiers, de ceux qui, tout en gardant leur liberté, ont pris les allures d’oiseaux élevés en captivité.
- Parmi ces espèces qui vivent avec nous sur le pied de la plus parfaite intimité, le Moineau occupe le
- premier rang. Partout il recherche le voisinage de l'homme, aussi bien en Australie, à la Nouvelle-Zélande et dans l’Amérique du Nord, où il a été récemment introduit, que dans l’Ancien Continent où se trouve sa véritable patrie, et partout il nous rend des services signalés (pie nous payons souvent de la plus noire ingratitude. Aucun oiseau en effet n a été plus calomnié que le Moineau. Buffonlejuge en ces termes plus que sévères : « Les Moineaux sont comme les Rats, attachés à nos habitations : ils suivent la société pour vivre à ses dépens; comme ils sont paresseux et gourmands, c’est sur des provisions toutes faites, c’est-à-dire sur le bien d’autrui qu’ils prennent leur subsistance; nos granges et nos greniers, nos basses-cours, nos colombiers, tous les lieux en un mot où nous rassemblons ou distribuons des grains sont les lieux qu’ils fréquentent de préférence, et comme ils sont aussi voraces que nombreux, ils ne laissent pas de faire plus de tort que leur espèce ne vaut.... Ce sont des gens que l’on rencontre partout et dont on n’a que faire. » Et cependant il est parfaitement démontré aujourd’hui qne non seulement les Moineaux ne dévorent pas autant de grains qu’on l’a prétendu, mais qu’ils font au printemps une chasse active à diverses sortes d’insectes et notamment aux hannetons et à leurs laves. L’ornithologiste anglais Macgillivray affirme que, sans les Moineaux, les jardins potagers des environs de Londres ne pourraient pas fournir un seul chou au marché de cette ville et M. Châtel, de Vire, qui s’est fait tout particulièrement l’avocat des petits oiseaux, n’hésite pas à déclarer qu’à ses yeux le Moineau est le plus utile des insectivores. Ce qui prouve du reste la réalité de ses services c'est que dans certaines contrées où l’on avait mis sa tête à prix on a été bientôt après obligé de favoriser sa multiplication.
- Les Moineaux cependant, il faut bien l’avouer, ont aussi quelques défauts. Ils sont bruyants, effrontés, querelleurs et gourmands comme le Pierrot de la comédie que les enfants leur ont donné pour patron. Toute la journée perchés sous les toits, picorant dans les rues, voletant d’arbre en arbre, ils font entendre leur pépiement aigu et discordant et, quand le soir venu, ils cherchent un gite sur un arbre déjà occupé par quelques-uns de leurs semblables, ils font un tapage assourdissant. Chacun voudrait la meilleure place et il s’écoule une bonne demi-heure avant que tout le monde soit casé. Au printemps les querelles sont plus sérieuses. Excités par la jalousie les mâles se battent avec rage. Après s’être déliés pendant quelques instants, la tète redressée, l’œil brillant, les ailes et la queue frémissantes, ils se précipitent l’un sur l’autre, se lardent de coups de bec, se déchirent, s’arrachent les plumes, et roulent pêle-mêle jusque sous les roues des voitures. A cette époque aussi ils engagent parfois des luttes avec les Hirondelles, dont ils convoitent les nids; mais ils ne sortent pas toujours à leur avantage de ces téméraires entreprises. A la campagne
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- ils s'introduisent dans les granges pour y cueillir des grains de blé et ils s’abattent même, dit-on, sur les terrains récemment ensemencés ; dans les basses-cours ils sc mêlent aux volailles et disputent aux Poules et aux Canards leur pâtée quotidienne. Vient-on à suspendre, en dehors d’une croisée, la cage d’un Serin ou d’un Chardonneret, après avoir rempli la mangeoire de chènevis et de millet, à peine la fenêtre est-elle refermée que les Moineaux accourent, se posent sur le bord de la croisée, promènent de côté et d’autre leurs regards investigateurs , et s’ils n’aperçoivent rien de sus-pect, s’accrochent aux barreaux de la cage, et déjeunent aux dépens de l’oiseau captif qui cherche vainement â repousser les intrus en battant des ailes et en soufflant avec colère. Au Jardin des Plantes ces petits pillards en prennent même plus à leur aise ; ils se sentent là tout à fait chez eux et vont chercher des morceaux de pain jusque dans la fosse aux Ours, sous le nez de maître Martin; je crois même qu’un couple de moineaux avait cette année poussé l’impudence au point de venir nicher sous le toit de la cabane où s’abritent les Gypaètes ! Dans les autres jardins publics et dans les promenades , au Luxembourg, au Parc-Monceau, aux Buttes-Chaumont, aux Tuilerie0 et aux Champs-Elysées, les Moineaux ne mènent pas une vie moins heureuse. Pendant toute la belle saison ils ont leur couvert mis dans les allées ombreuses où les enfants éparpillent les restes de leur goûter; pour dormir les marronniers touffus leur offrent de confortables abris ; ils trouvent dans les prises d’eau des baignoires naturelles et s’ils veulent se donner le luxe d’une douche ils n’ont qu’à se placer sous les tuyaux d’arrosage disposés le long des pelouses. En hiver,
- il est vrai, la vie devient plus difficile ; les arbres sont dépouillés et dans les carrefours où souffle la bise les promeneurs se font rares ; mais il reste aux Moineaux, pour sc garantir contre le froid quelques trous béants dans les murs mitoyens, quelques cachettes sous les toits et, pour sc nourrir, les graines et les miettes de pain que des âmes charitables ne manquent pas de leur distribuer.
- Contrairement à ce qui se passe pour les pauvres humains, les Moineaux mènent donc dans les villes
- une existence beaucoup plus large que dans les campagnes ; aussi se sont-ils singulièrement multipliés dans toutes les capitales de l’Europe et même dans les grandes villes des Etats-Unis.
- New-York où l’on a disposé dans les parcs des nids de paille spécialement à leur intention, ces Passereaux seront bientôt aussi répandus qu’à Berlin, à Vienne, à Londres ou à Paris. Dans cette dernière ville M. Né-rée Quépat prétend qu’ils sont au moins trois fois plus nombreux que les habitants. Je le croirais volontiers, en voyant les troupes innombrables de Moineaux qui accourent de tous les coins du ciel à la voix des charmeurs d'oiseaux. Les charmeurs, je me hâte de le dire, ne sont nullement des personnages mystérieux, doués de quelque pouvoir surnaturel, mais tout simplement de braves gens, hommes ou femmes, qui aiment les animaux et qui par des friandises habilement distribuées, en opérant doucement, sans brusquerie, arrivent peu à peu à gagner la confiance de la gent emplumée. Les oiseaux reconnaissent bien vite à qui ils ont affaire : après avoir ramassé des miettes aux pieds de leur ami, ils s’enhardissent, voltigent autour de sa tête, saisissent au vol les houlettes de pain] qu’il leur jette, se penchent sur
- Fig. 1. — Petit pavillon pour les oiseaux, à Constantinople. (D’après nature.)
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- son épaule, et finissent par prendre dans sa main ou entre ses lèvres le morceau convoité (fig. 2).
- Ce ne sont pas seulement des Moineaux qui se familiarisent ainsi; les Pigeons ramiers laissent aussi facilement capter leur confiance. Autant ils sont farouches dans les grandes forêts, autant ils se mon-
- trent confiants dans nos jardins publics. Forts de l’appui de l’autorité qui, dans certains cas, pousse la complaisance jusqu a faire abattre les nids des Freux, leurs rivaux naturels, les Ramiers se promènent sur les pelouses, se perchent, d’une façon quelque peu irrévérencieuse, sur la tète des héros et des déesses
- Fig. 2. — Uu charmeur d'oiseaux au Jardin des Tuileries, à Paris. (D’après nature.)
- de marbre et partagent volontiers les festins de Moineaux turbulents. Dès les premiers jours du printemps on les entend roucouler et le mâle récolte sur les arbres et sur le sol les brindilles et les racines qui serviront à la construction du nid. La femelle reçoit ces matériaux et les dispose en une corbeille grossière, en une coupe à claire-voie, qui est simple-
- ment fixée sur une branche et qui est à peine assez solide pour supporter le poids de la mère ou des jeunes. Mais les Ramiers n’y regardent pas de si près, et ils n’ont certes guère le temps d’édilier une œuvre artistique puisqu’ils font deux pontes successives, Func en mars, l’autre en juin, et qu’ils ont deux couvées à élever dans l’espace d’une saison. Aussitôt
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- que les petits sont assez forts pour se suffire à eux-mêmes, les Ramiers font leurs préparatifs de départ Ces oiseaux appartiennent en effet à la catégorie des migrateurs et, à l’exception de quelques-uns <jui ne peuvent se décider à quitter en hiver leurs jardins favoris, ils prennent dès le mois d’octobre la route du Midi, d’où quelques-uns nous reviennent au printemps suivant. Nous disons quelques-uns car nombreux sont les vides qui se produisent dans les rangs des émigrants, soit à l’aller, soit au retour. Dans la Basse-Navarre, le Béarn et sur les côtes de la Méditerranée on fait en effet, depuis un temps immémorial, une chasse active aux Ramiers qu’on désigne sous le nom de Palombes et à d’autres pigeons sauvages appelés Colomb ins. On les mitraille à coups de fusil et on dispose sur leur passage d’immenses filets qui en capturent des troupes entières. Aussi, par suite de cette guerre acharnée, le nombre des Palombes et des Colombins diminue-t-il d’année en année, et si l’on ne met pas un terme à de pareils massacres, dans moins d’un siècle on ne verra plus dans les jardins de Paris un seul représentant de l’espèce du Ramier. Combien n’avons-nous pas, sous ce rapport, à apprendre des Musulmans qui, loin de sacrifier inutilement ou sans grand profit toutes sortes d’animaux, les entourent au contraire d’une sorte de respect, qui leur donnent asile aux environs de leurs mosquées et qui bâtissent même à leur intention des abris où ils se reproduisent en toute sécurité. C’est ainsi qu’à Constantinople on voit appliqué le long des murs de petits pavillons tels que ceux dont M. A. Tissandiera pris le croquis d’après nature, pavillons qui dans leurs chambres contiguës logent des Pigeons, des Moineaux et d’autres petits oiseaux (fig. 1).
- Dans la Haute-Égypte il existe également, suivant M. Brehm, de nombreuses constructions, en forme de pyramide tronquée, dont le rez-de-chaussée est habité par les paysans tandis que la partie supérieure, peint en blanc et diversement décorée, est spécialement réservée aux Pigeons bisets qui vivent là dans un état de demi-liberté. Quelquefois même les Pigeons occupent seuls des tours élevées à leur intention.
- Avec un peu de bonne volonté on arriverait sans doute à fixer à Paris plusieurs espèces qui passent sans s’arrêter au-dessus de la capitale, les Cigognes blanches par exemple, dont la sociabilité est devenue proverbiale et qui, depuis des siècles, vivent sur les toits des villes et des villages de l’Alsace. Dans cette province, les gens des campagnes, n’ignorant pas les services que les Cigognes rendent à l’agriculture en détruisant des rongeurs, des mollusques, des vers et des reptiles, cherchent à attirer ces oiseaux en plaçant sur les cheminées de leurs maisons ou sur le pignon de leur église une vieille roue de chariot ou un plancher en bois. Reconnaissantes de cette attention, les Cigognes bâtissent volontiers leur nid sur cette plate-forme, et y reviennent chaque printemps, se contentant d’ajouter de nouveaux branchages à
- l’ancienne construction. L’édifice acquiert ainsi peu à peu une hauteur de cinquante à soixante centimètres.
- Plusieurs de ces nids existaient, il y a une vingtaine d’années, dans un même quartier de Strasbourg, à l’ouest de la cathédrale, mais reposaient tout simplcmentsur de vieil les cheminées. Enfin on peut en voir chaque été quelques-uns dans un des parquets du Jardin des Plantes de Paris, où des cigognes vivent côte à côte avec des Goélands. Cette promiscuité donne même lieu à de fréquentes disputes, non pas tant pour la nourriture que pour les matériaux destinés à la construction des nids. En effet, à peine les Échassiers ont-ils déposé quelques brindilles sur une vieille souche ou à la surface du sol, que des Goélands viennent subrepticement s’en emparer. Le légitime propriétaire finit par reprendre son bien, mais il est bientôt victime d’un nouveau larcin. Il paraît d’ailleurs que les Cigognes ne sont pas non plus très honnêtes et qu’elles se volent entre elles assez volontiers. Ainsi M. Martner, dont les observations sont citées par M. Berthoud dans son Esprit des oiseaux, raconte qu’un couple jeune et inexpérimenté s’était établi sur une cheminée vacante et élevait rapidement son nid quand, un jour, une demi-douzaine de Cigognes, s’apercevant que ce nid se formait aux dépens des leurs, se précipitèrent avec fureur sur le nouvel édifice et en * dispersèrent les matériaux qu’elles firent tomber sur le sol ou qu’elles emportèrent dans leur bec.
- Chaque couvée ne comprend d’ordinaire que trois petits, mais parfois le nombre s’élève à cinq, et dans ce cas, les parents ont beaucoup de peine à subvenir aux besoins de leur famille. Toute la journée ils sont occupés à battre la campagne pour chercher d’abord des larves de coléoptères., des sauterelles, des sangsues, puis des souris, des lézards, des-orvets, des couleuvres qu’ils rapportent à leurs jeunes. Dans les premiers temps le père et la mère donnent la pâtée à leurs petits, mais plus tard ils se contentent de régurgiter la nourriture devant eux. Cette habitude entraîne quelques désagréments pour les habitants de la maison sur laquelle les Cigognes ont élu domicile, car de temps en temps quelque bête immonde roule du haut du toit et vient ramper dans la cour ou devant la porte. Aussi conseillerons-nous aux personnes qui désireraient faire nicher des Cigognes dans leurs propriétés, de préparer à ces oiseaux quelque retraite isolée, sur un arbre mort ou sur une vieille tour. De semblables installations seraient très faciles dans quelques grandes promenades de Paris, aux Buttes-Chaumont ou mieux encore dans une des îles du Bois de Boulogne ou du Bois de Yin-cennes, et les Cigognes ainsi gardées donneraient au paysage une certaine animation et amuseraient les passants par leurs évolutions curieuses, en même temps quelles purgeraient les environs d’une foule de bêtes malfaisantes. E. Oustalet.
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- DE PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- L’emploi du bromure d’argent, émulsionné dans une couche de gélatine qui s’emploie à l’état sec, a fait faire à la photographie un progrès tellement immense, sous le rapport de la rapidité des poses et de la commodité de l’emploi, que l’on dut se mettre en quête d’appareds spéciaux destinés à permettre à l’opérateur de tirer parti du nouveau pouvoir dont 'il était armé. 11 fallut d’abord construire des obturateurs mécaniques qui permissent de mesurer exactement une exposition ne dépassant pas une fraction de seconde. Le nombre des appareils de ce genre qui furent inventés dans l’espace de quelques années s’appelle légion. Nous n’entrerons point ici dans une description des principes sur lesquels ils reposent; encore moins discuterons-nous leurs mérites respectifs. Qu’il nous suffise de dire que l’un des plus surs comme aussi des plus portatifs est celui que MM. Thury et Amcy construisent à Genève et dont le premier exemplaire fut exécuté sur la commande de M. Kagardon.
- Dans les appareils photographiques usuels, l’objectif et la chambre sont uniques, d’où l’obligation de commencer par mettre au point sur l’objet qu’on désire photographier, d’enlever ensuite la glace dépolie et de la remplacer par un châssis qui contient la plaque sensible; puis de découvrir cette dernière après avoir bouché l’objectif, et ce n’est qu’alors qu’on peut découvrir l’objectif et donner la pose. Il va sans dire que, s’il s’agit d’un animal en mouvement, il est parti depuis longtemps lorsque tout est enfin disposé pour obtenir son image sur la plaque sensible.
- Cette difficulté a été tournée de trois manières. L’une consiste à employer des objectifs qui donnent une égale netteté pour des objets situés à des plans très différents et qui ne nécessitent pas de mise au point. Malheureusement, ces objectifs-là ont toujours et forcément une très petite ouverture, peu de pouvoir lumineux et sont par conséquent impropres à la photographie très rapide. De plus, s’ils sont au point pour différents plans, ils ne sont exactement ajustés sur aucun ; les images ne sont jamais parfaitement nettes; enfin, ils ne donnent et ne peuvent jamais donner un dessin correct. Chacun de ces trois motifs suffirait à nous les faire rejeter.
- La seconde manière de tourner la difficulté est celle qu’ont adoptée MM. Muybridge et Marey. Elle consiste à établir son appareil d’avance, à le mettre au point sur un certain endroit, puis à faire passer l’animal dont on veut étudier les mouvements dans cet endroit et à donner la pose au moment où il passe. Le procédé est irréprochable et, entre les mains de l’éminent physiologiste, il a donné les résultats les plus brillants. Son seul inconvénient est d’exiger une installation coûteuse, qui demande beaucoup de place, et puis de n’être applicable
- Qu’aux animaux qui se plient aux exigences de l’expérimentateur. L’on sera limité, dans la plupart des cas aux animaux domestiques, et les poses obtenues seront bien souvent celles que prend un être 1res effrayé par la vue d’appareils étranges.
- La troisième manière enfin est celle dont le principe a été inventé depuis longtemps, et qui consiste à employer un appareil très portatif, formé de deux chambres symétriques et solidaires, avec une paire d’objectifs identiques, dont l’un sert à la mise au point, l’autre à donner la pose. C’est, le principe de la jumelle photographique inventée depuis fort longtemps en Angleterre, mais qui était, paraît-il, tombée dans l’oubli, car elle a été réinventée très récemment. Disons de suite que le second inventeur n’a pas eu beaucoup plus de succès que le premier, car si l’appareil doit être léger et portatif, il doit pourtant présenter des conditions de stabilité suffisantes pour ne pas exécuter, pendant le temps si court de la pose, un mouvement angulaire qui produise des images troubles ; or c’est précisément ce qui arrive avec la jumelle photographique, à moins qu’on ne l’appuie sur un support, et alors à quoi sert-il qu’elle soit maniable?
- En outre, la plupart des appareils inventés jusqu’à ce jour, le fusil photographique deM. Marey, la jumelle photographique, le revolver photographique de M. Enjalbert donnent des images excessivement petites qui n’ont guère que 1 à 2 centimètres de diamètre, et atteignent à peine 4 centimètres pour la jumelle. .L’image de l’objet n’occupant qu’une fraction de cette étendue est trop petite pour servir à quelque chose.
- Mon appareil, que je nommerai « le fusil photographique à répétition » a été imaginé et exécuté avant la publication des inventions de M. Marey et de M. Enjalbert, et me sert depuis plus de deux ans. Il s’épaule à la manière d’une carabine, ce qui lui donne une stabilité suffisante pour que les images soient parfaitement nettes. L’image, quoique n’utilisant que la partie centrale de Ce que l’objectif peut couvrir, mesure 9 centimètres sur 12. L’appareil contient 11 plaques que l’on peut exposer successivement, à de courts intervalles, sans autre manipulation que de remonter l’obturateur et d’incliner le tout alternativement dans deux sens. Enfin, il se plie et se réduit à un volume commode pour le transport, bien que son poids, lorsqu’il contient 11 plaques, ne soit pas absolument négligeable.
- Voici quelques détails sur sa construction : les objectifs sont des antiplanets de Steinheil à Munich de 2 7a centimètres de diamètre, de 14 1ji centimètres de foyer et capables de couvrir une plaque deo2 centimètres de côté Leur puissance lumineuse est considérable.
- L’obturateur est à ressort, à déclenchement pneumatique et sc compose de deux plaques métalliques, percées chacune d’un trou et qui passent en sens inverse entre les deux systèmes de lentilles de l’objectif, à l’endroit où se place ordinairement le dia-
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- phragme. 11 donne des temps de pose que l’on peut faire varier à volonté de 1/80 à 1/120 de seconde.
- La chambre se compose d’un soufflet (fig. 1, s s) divisé d’une manière complète en deux espaces par une cloison (fig. 1, S) à l’épreuve de la lumière. J’ai dû confectionner ce soufflet moi-même, car on n’en trouve pas dans le commerce. Des bandes de carton, une épaisseur de taffetas de soie noire et une peau de gant noire sont les matériaux qui ont servi à sa construction.
- La moitié gauche du soufflet (fig. 1, sg) forme une chambre destinée à permettre à l’objectif de gauche (o) de former une image sur le verre dépoli (<//). Le soufflet de droite (sd) circonscrit l’espace dans lequel l’objectif qui porte l’obturateur (ob) forme une image, pareille à la précédente, sur une plaque sensible con-tenne dans la boîte (B).
- Une planchette frontale (fr) porte les deux objectifs et soutient la partie antérieure du soufflet. Un cadre large (c) porte le verre dépoli et la boîte aux plaques, en même temps qu’il sert de point d’attache postérieur au soufflet. L’ajustement se fait en écartant ou rapprochant, par un mécanisme que nous aurons à décrire, la partie frontale (fr) du cadre (c).
- La boîte aux plaques est assez spacieuse pour contenir douze plaques en deux piles de six chacune. Chaque plaque est fixée dans un petit cadre en bois et garnie au dos d’une tôle très mince qui intercepte la lumière entre chaque plaque et la suivante. Les deux piles de cadres sont séparées l’une de l’autre par une cloison incomplète, laissant assez de place de part et d’autre pour permettre à l’un des cadres de glisser d’une pile sur l’autre. Si maintenant cette boîte à 12 châssis est garnie seulement avec 11, il reste une place vide et il sera toujours possible, en inclinant la boîte, de faire glisser le onzième cadre d’une pile sur l’autre. Lorsqu’une plaque a été exposée, il suffit donc de redresser l’appareil, puis de l’incliner vers la droite pour que la plaque exposée passe dans le compartiment de droite. Si maintenant on tourne l’appareil de façon que les objectifs regardent la terre et l’incline ensuite vers la gauche, l’une des plaques de droite viendra compléter à nouveau la pile de gauche. Avant chaque exposition, il convient de serrer un peu la vis (d) pour appliquer
- le cadre le plus antérieur contre le rebord de la boite et l’amener à une distance de l’objectif parfaitement pareille à celle de la glace dépolie. En répétant les mêmes mouvements, on exposera successivement les 11 plaques sans qu’aucune confusion ni interversion soit possible, sans avoir ni à ouvrir la boîte, ni à laisser pénétrer la lumière autrement qu’à l’instant même de la pose.
- Les poses terminées, une plaque métallique est poussée et vient séparer l’intérieur de la boite à plaques de la chambre de droite. La boîte étant maintenant close de toutes parts peut être enlevée* et rentrer entièrement dans le cadre (c), qu’une petite porte mobile à droite achève de fermer. La pièce frontale étant maintenant appliquée contre le
- cadre, l’appareil tout entier se réduit à une boîte de 15 centimètres sur 16 et sur 24 centimètres. Rien ne s’opposerait, naturellement, à ce que l'on se munît de deux ou trois boîtes à plaques, semblables à celle que j’ai décrite, ce qui porterait à 22 ou à 53 le nombre des clichés disponibles.
- La mise au point est effectuée par deux cadres métalliques à crémaillères (fig. 2) qui se trouvent dessous l’appareil et dont l’un porte la pièce frontale (ci) tandis que l’autre (es) glisse dans une rainure du cadre. Les deux cadres sont mis en mouvement l’un sur l’autre par un bouton latéral (P) terminant une tige qui porte deux cylindres cannelés (p) ; les cannelures s’engagent dans une crémaillère des pièces latérales du cadre métallique ci. Le cadre en est mis en mouvement par une roue horizontale R, à axe vertical, terminé en bas par une pomme qu’on tient dans la main gauche et qui sert à supporter l’appareil comme dans le tir avec les anciennes carabines de Stand. 11 suffit de tourner légèrement la paume de cette main gauche dans un sens ou dans l’autre pour amener, par l’intermédiaire de la grande roue (R, fig. 2), un mouvement rapide du cadre es et conséquemment de toute la planchette frontale et des objectifs. Une petite roue dentée (r) sert à transmettre le mouvement de la grande roue au côté opposé du cadre et à lui assurer un mouvement de glissement parallèle et dépourvu de tout déplacement latéral.
- Pendant l’usage, l'appareil est porté sur un affût
- Fig. 1,2 et 5. — Appareil de photographie instantanée de M. II. Fol. Détails du mécanisme.
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- (fig. 5) en forme debois de fusil, mais composé de quatre lattes, mobiles à l’aide de charnières, qui permettent de le replier entièrement sur lui-même. La partie antérieure renferme un tube
- cylindrique (fig. 5, t), p ------ -- ——
- dans lequel glisse un piston (pi), repoussé par un ressort à boudin (sp).
- En se détendant, ce ressort chasse brusquement le piston en avant et produit une compression de l’air du tube, compression qui se transmet, par le tuyau de caoutchouc (ca), à l’obturateur et détermine son déclenchement.
- Pour tendre le ressort, il suffit de tirer en arrière la pièce (ch), jusqu’à ce qu’elle vienne s’accrocher à la gâchette (g).
- Une pression du doigt sur cette dernière suffit alors à faire partir immédiatement l’obturateur. Cet appareil, sauf le soufflet et l’obturateur, a été exécuté avec beaucoup d’intelligence et de perfection sur mes dessins et mes indications par l’Atelier pour la construction d’instruments de Physique à Plainpalais. Qu’il me soit permis de remercier ici M. Ebers-berger pour la complaisance et le zèle qu’il a apportés à surmonter les difficultés assez no ombreuses de cet agencement un peu compliqué.
- La manière de se servir de l’appareil est simple. La boîte aux plaques étant mise en place, l’obturateur remonté, la crosse épaulée, le ressort tendu, il suffit de tourner l’appareil vers l’objet à photographier et d’en examiner l’image sur la plaque dépolie (fig. 4).
- Un léger mouvement de la main gauche suffit à achever et à maintenir la mise au point, tandis que l’index de la main droite détermine la pose au moment opportun. Il suffit alors d’incliner successivement l’appareil dans
- deux sens, pour faire succéder une autre plaque sensible à celle qui vient d’être impressionnée et, les détentes étant remontées, on peut procéder à la
- pose suivante.
- Avec les plaques actuellement dans le commerce, on obtient en plein air, par un beau temps, en été et au milieu du jour, des clichés bien détaillés et excellents. Dans d’autres circonstances les poses si rapides sont insuffisantes pour impressionner la plaque au point voulu pour un bon cliché.
- La supériorité très grande de cet instrument sur tous les appareils portatifs qui ont été proposés jusqu’à ce jour est trop évidente pour que je m’attache à la faire ressortir. Le seul point sur lequel je désire insister c’est la valeur scientifique des résultats qu'il peut fournir, à celle des appareils à poste fixe de MM. Muybridge et Marey. Pour la solution des questions que soulève le mécanisme des mouvements
- des animaux, le vol des pigeons, les allures des quadrupèdes domestiques et de l’homme, il est incontestable que l’ensemble des appareils et des installations de MM. Muybridge et Marey peuvent donner des documents plus précieux et infiniment plus complets. Les séries de poses que prend un animal dans une certaine allure, toutes photographiées à des intervalles très rapprochés sur une seule et même plaque sont évidemment plus instructives que les photographies isolées que mon appareil me permet de prendre. Mais d’un autre côté, la méthode de M. Marey se trouve, par sa nature même, limitée aux animaux qu’il est possible de faire passer devant son objectif exactement
- Fig. 4. — Mode d’emploi de l’appareil de photographie instantanée
- de M. H. Foi. comparée
- Fig. 5. — Spécimen d’une photographie obtenue avec l’appareil ci-dessus. — Pigeon-voyageur au vol.
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- de profil et à une distance déterminée d'avance, tandis que je puis inscrire sur ma plaque toute attitude qui peut s’observer dans des conditions où l’on pourrait tirer un coup de fusil. Mon appareil est d’une application beaucoup plus générale.
- Mon procédé me semble donc fournir un complément utile aux résultats de MM. Muybridge et Marey. Pour en donner la preuve, il me suffira -de citer les clichés qu’il m’a été possible de prendre pendant deux ou trois promenades faites avec mon fusil à répétition :
- Ün pigeon qui part de son pigeonnier, au moment où il se lance dans les airs (fig. 5) — un pigeon qui arrive et va se poser — des mouettes qui s’arrêtent dans leur vol ou qui plongent sur une proie — un chien dans des attitudes d’équilibre sur trois jambes, ou qui se gratte — coqs et poules dans des postures qu’il serait difficile de leur faire prendre sur commande — petites filles sautant à la corde et petits garçons jouant à saute-mouton sans se douter qu’on est en train de les photographier— oiseaux sauvages dans diverses attitudes, etc., etc.
- 11 est à regretter que d’autres occupations ne m’aient pas permis de continuer à augmenter cette collection de représentations graphiques, car je suis persuadé que la physiologie de la locomotion et de l’équilibre y pourrait puiser un monde de renseignements qui ne feraient pas double emploi avec ceux de MM.Muybridge et Marey et ne manqueraient pas de nous révéler beaucoup de faits nouveaux, inaccessibles à tout autre mode d’analyse.
- C'est à ce point de vue que l'appareil que j’ai combiné et construit me paraît mériter de prendre place dans l’arsenal des instruments scientifiques, et que je voudrais voir continuer par d’autres la récolte que j’ai dû moi-même interrompre, de documents dont la valeur est incontestable1. Hermann Fol,
- Professeur à l’Université de Genève.
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- CORRESPONDANCE
- IMITATION DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES ET MAGNÉTIQUES PAR DES PHÉNOMÈNES HYDRODYNAMIQUES.
- Monsieur le Rédacteur,
- Les articles publiés dans La Nature a sur les curieuses et intéressantes expériences de MM. Bjerknes et Stroh ont vivement attiré mon attention et je suis convaincu que l’analogie entre ces phénomènes et les phénomènes magnétiques doit être complète. Il me semble que si les phénomènes se produisent en sens inverse, cela doit provenir non des phénomènes eux-mêmes, mais bien de quelque terme de la comparaison pris en sens contraire.
- J’étais préoccupé par cette pensée quand j’expliquai à mes élèves la théorie d’Ampère sur les aimants ; je crus voir alors bien clairement la solution du problème si souvent médité. Encouragé par les paroles de M. Hospitalier
- 1 Yoy. Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.
- * N° 441 du 12 novembre 1881, p. 36S), et n° 475 du 8 juillet 1882, p. 87*
- placées à la fin de son dernier article, et voyant le bon accueil que vous faites aux communications de vos lecteurs je me suis déterminé à vous écrire pour vous dire ma manière de voir sur ce fait particulier. Soumise à des personnes plus autorisées que moi (et elles sont nombreuses parmi les rédacteurs et les lecteurs de Là Nature), celte manière de voir leur permettra de déduire une à une toutes les conséquences qui se sont présentées à mon esprit dans leur généralité ; peut-être sera-ce soulever un peu le voile mystérieux qui nous cache l’agent appelé électricité ou magnétisme; peut-être ferons-nous un pas de plus dans ce chemin qui nous conduira à admettre d’une manière absolue la grande théorie de l'Unité des forces physiques.
- M. Hospitalier dit dans son premier article : « L’effet hydrodynamique1 est inverse de l’effet magnétique; les phases semblables s’attirent (les pôles du même nom se repoussent), les phases différentes se repoussent (les pôles différents s’attirent) ». Quand il décrit dans l’article suivant les effets obtenus par M. Stroh dans l’air il dit : « L’analogie inverse entre les aimants et les membranes vibrantes est ici tout à fait manifeste. Membranes vibrantes : les membranes vibrantes de même phase s’attirent;
- les membranes vibrantes de phases contraires se repoussent. Aimants : les pôles de même nom se repoussent; les pôles de noms contraires s’attirent. »
- Mais, si au lieu de dire phases semblables ou même phase on dit phases symétriques ; et si, par ailleurs, on remarque que d’après la théorie d’Ampère les courants des pôles contraires d’un aimant sont symétriques, comme on le peut voir dans la figure ci-dessus, empruntée au Traité de Physique de Ganot, on verra que l'on peut en conclure rigoureusement que les phénomènes mécaniques développés par MM. Bjerknes et Stroh ne sont pas inverses aux phénomènes magnétiques produits par les aimants, mais tout à fait directs; et que, par suite, l’analogie qui nous occupe est entière et parfaite.
- La loi des courants symétriques a également lieu dans les lois qu’Ampère formula sur les courants parallèles ou angulaires.
- Veuillez agréer, etc. J.-A. Beuasategui,
- ♦ Professeur de physique, à Malaga,
- SUSPENSION DES POUSSIÈRES DANS I,'ATMOSPHÈRE.
- Vrignolles, 6 juin 1884.
- Monsieur,
- Je ne sais si le petit fait suivant pourrait avoir de l’intérêt pour quelques-uns de vos lecteurs et aider à rechercher les causes qui tiennent longtemps en suspension dans l’atmosphère les poussières diverses.
- 1 Dans les appareils de M. Bjerknes.
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- Hier, 5 juin, à 7h,30 du matin, me trouvant au jardin, je vois tomber autour de moi comme de petits flocons de neige. J’en recueille quelques-uns et je reconnais de la cendre. Je cherche de quel côté elle peut provenir et je vois qu’il en tombe de partout, aussi loin que mon regard peut atteindre. Cette chute, qu’on peut comparer à celle d’une neige clair-semée, se fait lentement, verticalement, par un temps très calme, et doit s’étendre assez au loin. Je remarque que cette cendre conserve la forme des feuilles dont elle provient et v constate une légère odeur de romarin qui m’en explique la provenance.
- La veille au soir comme les jours précédents, on avait fait dans les rues de la ville, comme préservatifs du choléra, de menus feux de plantes odoriférantes, romarins, thyms, etc. C’était la cendre des feuilles brûlées la veille qui retombait en ce moment.
- Comment cette cendre, non à l’état, pulvérulent, mais en petites masses, a-t-elle pu rester dans l’atmosphère, sans tomber, jusqu’à cette heure? Comment, soulevée par de tous petits feux, a-t-elle pu s’élever assez haut pour n’étre point entraînée au loin par un petit vent de nord-ouest qui le matin, à 6 heures, poussait nettement et assez vivement la fumée des cheminées ?
- Quelle cause a pu déterminer sa chute à cette heure relativement avancée. Peu auparavant il n’en tombait, point et une demi-heure après je pouvais en voir tomber encore.
- Le point d’observation était au moins à 200 mètres du feu de la veille le plus rapproché.
- J’ajouterai, comme complément d’observation que la nuit qui a précédé la chute était légèrement brumeuse et humide ; que cette cendre pouvait être le produit des feux de plusieurs soirs, et que mes observations, renouvelées ce matin à la même heure, ne m’ont pas permis de constater la moindre chute de cendre.
- Veuillez agréer, etc. J. Béguin.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- La séance du lundi 14 juillet ayant été ajournée au lendemain mardi 15, à cause de la Fête nationale, nous en publierons le compte rendu dans notre prochaine livraison.
- CHRONIQUE
- Le commerce des vins en France. — Malgré les ravages causés par le phylloxéra, c’est encore la France qui fournit au commerce la plus grande quantité de vins. Sur 115 millions d’hectolitres qu’a produits l’Europe en 1881, la France en a donné 54 millions, tandis que la moyenne, fournie par l’Italie, l’Espagne, F Autriche-Hongrie, n’est que de 20 à 25 millions, et que celle de l’Allemagne, du Portugal, de la Turquie, de la Grèce, de la Roumanie, de la Suisse varie de 4 millions (Portugal) à 1 million (Suisse). Il est vrai que la France supplée actuellement à l’insuffisance de ses récoltes en recevant des vins du dehors qu’elle réexpédie ensuite, mélangés avec les siens, coupés, transformés. C’est surtout avec des vins d’Espagne, d’Italie, de Portugal, de Grèce qu’elle comble son déficit. Elle traite aussi les résidus, les marcs de la récolte indigène avec du sucre, de l’alcool et de l’eau et fait ainsi les vins dits de secor^e cuvée. Enfin
- elle fabrique encore du vin avec les raisins secs qui lui sont envoyés des pays cités plus haut et de la Syrie. On ajoute à ces raisins, quand ils ont macéré dans l’eau, du sucre et de l’alcool; un kilogramme de raisins peut produire trois à quatre litres d’un vin inoffensif. — Cette fabrication se fait particulièrement à Marseille, à Cette, à Bordeaux, à Bercy. L’importation en France des raisins secs-est maintenant de 70 000 tonnes, représentant 58 millions de francs; ces raisins donnent environ 5 millions d’hectolitres de vin. — Les vins de seconde cuvée fournissent à peu près une égale quantité d’hectolitres.
- Briques en liège. — On parle en Allemagne d’une nouvelle matière proposée aux entrepreneurs de bâtiments et composée de liège, de silice et de chaux. Cette matière, qui se conserve intacte, offre l’avantage de fournir des matériaux très légers, que la chaleur ne traverse pas et qui isolent bien les locaux des bruits extérieurs. On peut en raison de ces qualités établir des cloisons dans des locaux où la brique ordinaire serait trop lourde.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- Un certain nombre de lecteurs, amis des récréations utiles et instructives, nous écrivent de temps en temps pour nous dire obligeamment : « Il y a bien longtemps que vous n’avez publié d’expériences de Physique sans appareils, c’est une joie dans le petit monde de la maison, quand il en paraît dans La jSature ; vous nous feriez bien plaisir en continuant cette série. » Quelquefois ce sont des instituteurs, ou des professeurs qui nous disent :
- « Votre Physique sans appareils est bien précieuse à notre enseignement ; elle nous permet de donner des démonstrations des lois naturelles, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des machines difficiles à se procurer, chères à acquérir. Les enfants en outre retiennent mieux le principe des expériences qu’ils voient faire avec un objet usuel et qu’ils peuvent répéter eux-mêmes. » Et des lettres semblables, il nous en vient non seulement de France et de Belgique, mais parfois de pays lointains, de l’Amérique et de l’Inde.
- Nous sommes heureux de pouvoir ajouter aujourd’hui un nouveau chapitre à la Physique sans appareils.
- Expérience sur la compression de l’air. —Prenez une planchette mince de 5 à 6 millimètres d’épaisseur, de 20 centimètres de largeur environ et de 60 centimètres de longueur. Posez cette planchette sur le bord d’une table en porte-à-faux. Il est évident que le moindre effort la fera trébucher et tomber. Mais sur cette planchette ainsi posée, étendez une grande feuille de papier, un journal grand format convient parfaitement ; si vous venez à frapper un vigoureux coup de poing sur la partie de la planchette en saillie sur la table, vous serez tout surpris de voir que
- 1 Voy. Tables des matières des années précédentes.
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- la planchette a résisté au choc, absolument comme si elle eût été clouée et fixée d’une façon immuable. Si vous frappez fort, vous vous ferez mal à la main, vous casserez même peut-être la planchette qui volera en éclats, mais vous n’enlèverez pas le simple papier qui la retient. La brusque compression de l’air, dont l’effet s’exerce, sur une surface considérable, suffit pour expliquer le phénomène *.
- Ajoutons q ue pour bien réussir l’expérience, il faut appliquer convenablement la feuille de papier sur la planchette, sur la table, et faire disparaître autant que possible tous les plis du journal, afin de chasser l’air interposé.
- Expérience sur la réfraction'— Lenjplle divergente. L’expérience dont nous allons entretenir nos lecteurs nécessite un gobelet de verre ordinaire, une assiette, un peu d’eau, une pièce de deux francs et une allumette chimique. Elle peut être présentée sous une forme plaisante et donne la solution de l’étonnant problème suivant : Faire voir 7 francs 50 centimes avec 2 francs.
- Vous prenez une pièce de 2 francs et vous la placez au milieu d’une assiette plate contenant assez d’eau pour recouvrir la pièce. Vous prenez ensuite un verre à boire ordinaire, sans pied, en le retournant l’ouverture en bas ; vous le chauffez avec une allumette enflammée. Quand l’air intérieur est chaud, ce qui a lieu lorsque le verre commence à se
- 1 Expérience communiquée par M. Léon Leseure, ingénieur des Arts et des Manufactures, à Nîmes.
- ternir d’une buée, vous le posez sur la pièce de 2 francs qui se trouve dans l’assiette (fig. 2).
- L’eau va monter légèrement dans le verre par suite de la contraction de l’air chaud qui se refroidit et de la pression atmosphérique. Regardez alors la surface du liquide, vous verrez la pièce se dédoubler par la réfraction ; vous distinguerez la pièce de 2 francs et un peu au-dessous l’aspect d’une grande pièce d’argent qui offrira la grandeur d’une pièce de 5 francs. Re-par en haut, le fond dont il est formé, constitue une lentille divergente qui donnera une image réduite de la pièce de 2 francs et en tout semblable à une pièce de 50 centimes. — 2 francs, 5 francs et 50 centimes; cela fait bien un total de 7 francs 50 centimes. Le problème est résolu !
- Dans cette expérience amusante, il y a plusieurs points d’instruction physique pour les enfants : dilatation de l'air par la chaleur, contraction par le refroidissement du volume chauffé, ascension de l’eau dans le verre sous l’action de la pression atmosphérique extérieure, réfraction, divergence des rayons lumineux par une lentille, tels sont les différents phénomènes qui se sont succédés, et qu’un professeur peut analyser avec toute l’étendue nécessaire. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig- 1 — Expérience sur Ja résistance de l’air.
- | gardez enfin le verre
- Fig. 2. — Expérience de réfraction et lentille divergente obtenue avec un verre à boire.
- Imprimer® A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 582
- 20 JUILLET 188 4.
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- LE SERVICE METEOROLOGIQUE EN RUSSIE
- Fi<r. 1. — Vue d’ensemble de 1 Observatoire météorologique de Saint-Pétersbourg.
- vatoires d’astronomie et de météorologie; et dans ces derniers établissements les études magnétiques ont été depuis longtemps organisées
- L’Observatoire central fut fondé en 1849 à Saint-Pétersbourg par les soins de Kupf-fcr. C’était plutôt un laboratoire de recherches sur les sciences physiques, comprenant, accessoirement des observations météorologiques et magnétiques. Les résultats étaient d’ailleurs publiés séparément. On publia également des observations météorologiques horaires recueillies dans sept autres stations et les observations magnétiques faites dans 12e année. — 2“ semestre.
- six. Seulement ces publications d’une grande valeur scientifique avaient le tort de netre pas toujours très claires Au début de l’organisation, les aides n’étaient pas des hommes spéciaux, aussi le directeur devant être partout, ne pouvait suffire aux observations, encore bien moins au contrôle de celles que lui transmettaient les vingt observatoires répartis sur l’immense surface du pays.
- Aussi n’cst-il pas surprenant que pendant longtemps les observations russes aient été délaissées par les savants étrangers. L’institution alla bientôt en
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- Fig. 2. — Pavillon magnétique de l’Observatoire météorologique de Saint-Pétersbourg.
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- LA NATURE.
- déclinant, et on songeait à une réorganisation sérieuse lorsque Kupffer mourut, et Kaëmtz fut appelé à lui succéder.
- Ce grand météorologiste dressa de nombreux plans pour établir le service sur des bases plus larges, mais rien n’était encore fait quand sa mort arriva deux ans après.
- Wild le remplaça en 1868 et réalisa les progrès que Kaëmtz aurait certainement obtenus, s’il eût vécu. Wild doubla le nombre des aides et améliora leur position de telle sorte que des élèves de l’Uni-iversité et même des étrangers instruits, n’hésitèrent Ipas à accepter ces postes. 11 résulta de ce fait un grand allègement de travail pour le directeur, sur de l’habileté des employés qui le secondaient.
- Nous arrivons maintenant au service tel qu’il fonctionne aujourd’hui.
- L’organisation complète comprend plusieurs observatoires de premier ordre, où se fait toutes les heures le relevé des indications des instruments, et environ cent trente observatoires de second et de troisième ordre, où les observations ne se font qu’à certains instants déterminés.
- L’observatoire de Saint-Pétersbourg se compose de deux bâtiments. L’un central, dans la ville même; l’autre à Pawlowsk à trente kilomètres dans la campagne. Le premier fut construit en 1860, et terminé en 1877, époque à laquelle l’autre fut créé.
- , L'observatoire urbain se trouve dans une vallée, à J'extrémité ouest de la ville, près de la rive nord de la Néva, mais comme la ville tend à s’étendre de ce côté, il est moins isolé qu’il n’était autrefois.
- Là se trouvent les instruments types, les étalons, le matériel de rechange; c’est là que se fait la correspondance et que se préparent les travaux destinés à l’impression. C’est aussi pendant huit ou neuf mois de l’année le quartier général du directeur.1
- Les visiteurs étrangers à la science météorologique peuvent y admirer l’immense cabinet d’instruments où se trouvent les appareils les plus beaux, les étalons les plus précis. La bibliothèque est également fort belle et l’on y trouve beaucoup plus de titres en toutes langues qu’en langue russe.
- L’observatoire de Pawlowsk est aussi très intéressant. 11 est situé à une heure de chemin de fer de la ville, et pendant le trajet l’on peut apercevoir le grand observatoire astronomique dePulkowa.
- On l’a construit en cet endroit parce que l’ancien bâtiment ne répondait plus aux conditions requises pour des observations de précision, surtout pour les études magnétiques, à cause du passage fréquent sur la Néva de gros bateaux en fer.
- Près dé là se trouve la charmante ville de Pawlowks, séjour de villégiature très fréquenté pendant la courte durée de leté.
- Le bâtiment et ses annexes occupent une assez vaste portion d’un parc dont l’oncle du czar actuel a fait don lorsqu’il s’est agi de construire cet observatoire (fig. 1).
- Le terrain est très plat et couvert d’arbres épais,
- quoiqu’on en ait abattu quelques-uns .dont la présence aurait pu influencer les instruments.
- C’est un véritable paradis météorologique au moins en été, et rien n’y laisse à désirer. L’installation a coûté trois cent soixante quinze mille francs.
- La température de l’air dans toutes les conditions possibles, la température du sol, la pression, l’état hygrométrique, etc., toutes les observations imaginables sont faites avec le plus grand soin.
- On avait installé une mare pour faire des études d’évaporation, mais on a bientôt renoncé à ces observations dépourvues de précision, et la mare sert aujourd’hui à fournir le garde-manger de gros poissons.
- Nnlle part au monde, si ce n’est actuellement en France, depuis les beaux travaux de M. Mascart, les recherches et les observations magnétiques ne sont faites avec plus de soins qu’à Pawlowsk. Le bâtiment, qui leur est réservé (fig. 2) se compose de deux chambres où la température est maintenue rigoureusement constante, et le tout est complètement isolé du pavillon principal. C’est là que les observations ont été faites simultanément avec celles des expéditions polaires internationales.
- Les travaux de cet institut ont un caractère scientifique au plus haut degré, et il est difficile de for muler la moindre critique sur la manière dont le service est dirigé. II. Y.
- GRAINES DU TERRAIN HOUILLER
- On sait que le nombre de graines fossiles trouvées surtout à la partie supérieure du terrain bonifier est déjà fort considérable et a lieu de surprendre si on le compare à celui des tiges de la même- époque signalées jusqu’ici et auxquelles ces graines pouvaient se rapporter.
- Nous venons cependant en augmenter le nombre en donnant la description d’un genre nouveau rencontré à l’état d’empreinte par M. Fayol dans les grès argileux des houillères de Commentry et remarquable par les organes délicats de dissémination qui couronnent les différentes espèces rentrant dans ce genre.
- Les graines sont petites, elliptiques sur une coupe longitudinale, circulaires ou elliptiques sur une coupe transversale, présentant quelquefois un certain nombre de crêtes saillantes correspondant à autant de côtes longitudinales; dans toutes, le tégument de faible épaisseur se continue en dessus par un organe divisé en trois ou en quatre branches recouvertes de nombreux poils très fins plus ou ! moins étalés et parfaitement distincts, l’une des fonctions de cette partie de l’enveloppe était de permettre à la graine mûre d’être facilement emportée par les vents.
- On a déjà signalé l’existence de graines silicifiées contenues dans une sorte d’ovaire incomplet et surmontées d’un appareil disséminateur semblable.
- Les dimensions peu différentes des graines adultes trouvées à l’état d’empreinte et de celles plus jeunes con servées par la silice, la faible épaisseur du tégument observé chez les unes comme chez les autres, la présence d’un appareil disséminateur analogue, sont autant de raisons qui nous engagent à les réunir dans un même genre que nous désignerons sous le nom de Gneiopsis.
- Le genre Gnetopsis renferme actuellement les trois espèces suivantes: G. elliptica, G. trigona, G. hexagona.
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- Gnelopsis elliptica. Graines à section transversale elliptique, tégument de faible épaisseur, enveloppe nucellaire parcourue par quatre faisceaux vasculaires opposés deux à deux à chaque extrémité du grand diamètre de l’ellipse et s’élevant de la chalaze jusqu’à la chambre pollinique; sac embryonnaire renfermant deux corpuscules dans le plan principal pollinique; longues de 2mm,5 et large de surmontées d'un appareil disséminateur d’abord en forme d’entonnoir au moment de la pollinisation, puis se divisant en un certain nombre de branches longues de 5 à 6 millimètres' couvertes de poils placés au nombre de deux à quatre dans une sorte d’ovaire ouvert et entourées complètement de longs poils qui achevaient la protection. Pendant la pollinisation la première forme de l’appareil disséminateur permettait aux grains de pollen de parvenir plus sûrement dans la chambre pollinique.
- L’ovaire incomplet est formé de deux bractées soudées partiellement, à bords supérieurs dentés et légèrement rejetés en dehors, parcourues par cinq à sept faisceaux vasculaires à tranchées internes, et montant jusque dans les dentelures. La longueur des bractées est de (3m,”,4, et la largeur de la cavité qu’elles forment de 5mm,4, elles se terminent inférieurement par un prolongement recourbé qui semble avoir été leur point d’attache.
- Gnetnpsis trigona. Graines à section transversale marquée à l’extérieur de trois crêtes saillantes, correspondant à trois crêtes longitudinales allant de la chalaze au micro-pvle, à tégument de faible épaisseur; longues de 4 millimètres et larges de 2 millimètres.
- L’appareil disséminateur forme d’abord au-dessus de la graine une colonne étroite de 0mra,8 de longueur, puis se divise en trois branches égales longues de 8m,5 et couvertes de poils déliés.
- Gnetopsis hexagona. Graines à section transversale marquée extérieurement de 6 crêtes saillantes correspondant à 6 côtes longitudinales allant de la chalaze au mi— cropyle, à tégument de faible épaisseur. Longues de 5 millimètres et larges de lmm,7.
- L’appareil disséminateur long de 18 millimètres forme d’abord une sorte d’entonnoir allongé qui se résout plus ou moins promptement en trois bandes, l’une de ces bandes se divise en deux autres à une distance de 12 millimètres environ à partir de la base, toutes sont couvertes de poils fins et étalés, les branches dans cette espèce sont moins écartées que dans celle qui précède.
- La présence de corpuscules dans le sac embryonnaire, et d’une chambre pollinique très visible an sommet d’une nacelle dans l’espèce silicifiée, jointe à l’existence du système vasculaire interne rapproche ces graines de celles des Cvcadées et des Gnétacées, mais le prolongement de ce système dans l’enveloppe nacellaire depuis la chalaze jusqu’à la chambre pollinique, rappelle plus particulièrement le genre Gnetum. Parmi les Gnétacées nous avons voulu faire allusion à cette analogie en désignant le nouveau genre par le nom de Gnetopsis.
- B. IUnault et R. Zeiller.
- A LONDRES
- Sans parler des circonstances toutes spéciales qui attirent en ce moment l'attention sur les questions se rapportant à l’hygiène, il est impossible de n etre
- ii;>
- pas frappé de l’importance que, depuis quelques années, ces questions ont prise non seulement parmi les hommes spéciaux, mais même dans le grand public. Cette importance se manilcsie dans tous les pays de l’Europe comme aux Etats-Unis par la création de sociétés, de journaux, de revues, de congrès et aussi par des Expositions spéciales.
- Une de ces expositions (International Health Exhibition) vient de s’ouvrir à Londres il y a peu de semaines et est digne d’être signalée avec quelques détails ; il nous faudra d’ailleurs abréger, car, à ce propos, on pourrait passer en revue toutes les questions d’hygiène.
- L’Exposition a été installée dans des galeries, dont quelques-unes sont provisoires, établies dans les jardins de la Société d Horticulture, au voisinage du remarquable musée de South Kensington et dans des salles dépendant du Technical lnstitute et de Albert Hall (fig. 1). Ces galeries ont servi l’an passé à une exposition relative aux pêcheries1 et elles seront utilisées pendant deux ou trois ans encore par des expositions d’autre nature; Disons quelles ne sont pas très éloignées du centre de Londres ; que les moyens de communication sont faciles et nombreux, voitures, omnibus et chemin de fer métropolitain ; toutes conditions favorables.
- Les Anglais sont gens pratiques, aussi ont-ils cherché à donner à l’Exposition un caractère capable d’attirer le plus grand nombre possible de visiteurs. Outre les attractions extra-scientifiques que nous signalerons tout à l’heure, ils ont joint à l’Exposition d’hygiène proprement dite une autre exposition qui ne s’y rattache que de fort loin, si tant est même quelle s’y rattache, une exposition d’éducation; il ne s’agit pas des questions de l’hygiène des Ecoles qui sont naturellement comprises dans l’hygiène générale, mais des questions de programmes et de méthodes d’enseignement. Nous ne voyons pas, si ce n’est au point de vue de l’effet attractif sur le public, nous ne voyons pas l’intérêt qu’il y a à réunir des sujets si dissemblables.
- Nous nous occuperons exclusivement de l’hygiène .
- Comme il était facile de le prévoir, et malgré le caractère international de l’Exposition, les exposants anglais sont en très grande majorité. Les nations étrangères qui sont représentées par un ensemble notable d’exposants sont seulement la France, la Belgique, la Russie, l’Italie, l’Autriche-Hongrie. Les autres nations, ou ne figurent pas au catalogue, ou n’ont envoyé que quelques rares objets.
- Lorsque l’on entre par la principale entrée, on arrive dans la galerie la plus vaste et peut-être la plus souvent visitée, la galerie sud : elle contient les produits anglais se rapportant à l’alimentation. Les vitrines sont nombreuses, bien remplies et décorées de vives couleurs ; à notre avis, ce sont peut-être les moins intéressantes pour le simple visiteur,
- 1 Voy. n° 522 du 2 juin 1883, p. 11.
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- car on ne peut juger de la valeur d’un produit alimentaire, — vins, biscuits, conserves, —sur la mine ou mieux encore sur l’aspect extérieur des boites ou des flacons. On retrouve, il est vrai, des marques connues ; mais on serait aussi bien renseigné par une simple pancarte. Quoi qu’il en soit, notre avis ne semble pas partagé, car la galerie est constamment pleine.
- Il faut dire, il est vrai, que sur cette galerie s’ouvrent plusieurs restaurants, dont chacun a une clientèle spéciale correspondant à ses prix qui varient de 0 fr. 30 la portion à 5 francs le repas, boisson non comprise, restaurants qui de midi à 0 heures du soir sont constamment remplis.
- Ajoutons que cette même galerie contient de très intéressants spécimens de laiteries, laiteries installées d’après les perfection nements les plus récents par des Compagnies qui prennent de jour en jour à Londres une plus grande extension et grâce auxquelles on peut dans cette ville boire du lait pur. Les spécimens sont complets, comprenant l’étable avec ses animaux que l’on trait séance tenante et dont les produits subissent devant les yeux du public toutes les opérations qui les peuvent transformer en crème, en beurre, en fromage.
- Aussi la foule se pressc-t-clle dans chacune de ces laiteries (Dairy).
- De cette grande galerie transversale partent perpendiculairement une série de galeries longitudinales reliées entre elles par des annexes et aboutissant a une seconde galerie transversale, parallèle à la première, la galerie nord, renfermant exclusivement des objets se rapportant à l’art industriel ; cette galerie est fort intéressante, mais non au point de vue de l’hygiène, nous n’y insisterons pas.
- Devenons donc aux galeries longitudinales pour indiquer en quelques mots ce qu’elles renferment de plus intéressant.
- La galerie de l’Est est occupée dans toute sa lon-geur par les appareils de chauffage, cheminées, poêles et fourneaux. Les modèles sont innombrables et bien compris en général ; les dispositions diffèrent de ce que l’on trouve en France, ce qui tient spé-
- cialement à l’abondance du combustible et à sa nature. On se préoccupe beaucoup à Londres de l’excès de fumée déversée constamment dans l’atmosphère et à laquelle on attribue, au moins pour une part, les brouillards si fréquents et si épais. Aussi a-t-on recherché la fumivorité des foyers domestiques, tandis que, en France, la question ne s’est guère soulevée que pour les foyers industriels.
- Dans d’autres galeries voisines, nous trouvons le pavillon des eaux où l’on a réuni tout ce qui se rapporte à la distribution et à la purification des eaux potables ; plus loin les boulangeries à machines et à fours perfectionnés qui fonctionnent journellement; puis l’apiculture, les instruments de météorologie , la gymnastique, les appareils contre l’incendie et les appareils de sauvetage ; puis encore, et c’est là surtout où les Anglais sont absolument supérieurs, il faut l’avouer, les aménagements des maisons, distribution d’eau froide et chaude, bains, douches, watcr-closels, cuisines; partout l’eau est largement distribuée et s’écoule sans arrêt dans les égouts sans que, cependant, par suite de l’emploi des siphons, les gaz des égouts et des conduites puissent revenir dans les maisons.
- Dans une autre paierie on voit des appareils propres à la réfrigération et des étuves à froid, si l’on peut ainsi s’exprimer, où sont conservés des aliments et notamment des moutons d’Australie que l'on débite; à côté une fabrique de bougies, plus loin des appareils à moudre de divers modèles, des buanderies; une galerie consacrée à l’éclairage, une autre comprenant la ventilation. Citons encore une autre galerie où l’on a installé une série de chambres ou de petits appartements complètement aménagés.
- Enfin, dans une partie attenant à Albert-Hall on a réuni tout ce qui se rattache à l’hygiène du vêjte-ment.
- Les expositions étrangères sont groupées dans la partie nord-ouest : seule, la Belgique a un pavillon séparé quelle remplit parce qu’elle y a réuni ce qui a rapport à l’éducation tandis que, en général, les
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- objets se rapportant à eette question sont exposés dans le Teclinical Institute.
- La France a une exposition qui n’est pas très considérable mais qui n’est pas cependant sans lui faire honneur. Elle paraît moins avancée pour l’hygiène des intérieurs mais est au moins égale, à notre avis, pour l’hygièné générale et l’hygiène industrielle. Les produits alimentaires y sont dignement représentés, ainsi que certaines industries relatives aux vêtements; mais ce qui attire le plus l’attention, c’est ce qui touche à l’hvgiène des écoles d’abord, ce sont les modèles de mobilier scolaire, puis l’exposition des divers services de la Ville de Paris; signalons, dans un autre ordre d'idées les appareils enregistreurs pour la météorologie de MM. Richard; les appareils de M. Appert pour souffler le verre à l’aide de l’air comprimé. Enfin les laboratoires ont également une exposition intéressante : laboratoire de chimie du service municipal, laboratoire de météorologie de Montsouris et surtout le laboratoire de M. Pasteur, où l’on a réuni non seulement des modèles des appareils employés par ce savant, mais aussi une série de renseignements fort intéressants sur les industries qui ont été modifiées par ses travaux , fabrication du vinaigre, fabrication de la bière, chauffage des vins, examen microscopique de la graine de vers à soie, etc.
- On peut juger par ce compte rendu, bien sommaire cependant, de l’intérêt que présente l’Exposition d’hygiène de Londres. Peut-être cependant n’aurait-elle pas eu les succès qu’elle mérite si les organisateurs n’avaient introduit dans le programme des éléments étrangers à l’hygiène plus ou moins complètement, mais propres à appeler l’attention. D’abord l’Exposilion reste ouverte le soir jusqu’à 10 heures et quelquefois jusqu’à 11 heures; les galeries sont éclairées à la lumière électrique ; un grand nombre de systèmes différents ont été employés et la salle des machines est fort intéressante à visiter. Les jardins sont illuminés le soir, des jets d’eau s’élèvent du milieu des bassins tandis que l’on y projette de vifs faisceaux de lumière colorée ; des musiques militaires s’y font entendre et à certaines heures on exécute des morceaux sur le bel orgue
- de Albert Hall ; les restaurants, les cafés, les bars abondent. Dans une galerie, on a réuni une série de costumes anciens portés par des mannequins de grandeur naturelle et exécutés d’après des documents authentiques.
- Enfin, et c’est là une partie des plus réussies, dans une partie du jardin on a construit, non en toile peinte, mais en briques et plâtre une rue du vieux Londres (seizième siècle) ; chaque maison est la reproduction authentique d’une maison ayant existé réellement; à l’une des extrémités on trouve une porte de ville dans une muraille crénelée, des enseignes de couleurs vives pendent à chaque maison dont les rez-de-cliaussée sont convertis en magasins
- ou en boutiques où travaillent des artisans dont la plupart ont adopté le costume du temps (fig. 2). La description complète nous entraînerait trop loin et nous devons nous borner à signaler le goût qui a présidé à cette restauration. Disons encore cependant que l’effet produit est encore plus frappant le soir : la vue est éclairée alors par un foyer électrique placé en dehors et qui produit absolument l’effet du clair de lune. Aussi cette partie est-elle toujours remplie de visiteurs qui avec leurs costumes modernes détruisent l’illusion que pourrait faire naître l’aspect de ces vieux bâtiments.
- Le nombre des personnes qui viennent à l’Exposition dépasse ce que nous imaginions : en moyenne, il est de 150 000 environ par semaine, pour six jours. Sans croire que tous emportent de leur visite des données certaines sur l’hygiène, il n’en est pas moins vrai que tous savent que l’hygiène existe et qu’elle touche à bien des choses, qu’ils sont ainsi mieux disposés à écouter et à comprendre lorsqu’il leur en sera parlé d’autre part et que, peu à peu, les notions d’hygiène se répandront, conditions nécessaires pour que la plupart des réformes dont quelques-unes paraissent s’imposer aux hygiénistes puissent être acceptées par le public; les réformes, de quoique nature qu’elles soient, peuvent toujours être proposées, elles ne réussissent que s’il existe un courant d’opinion qui leur soit favorable. C. M. Gauhx.
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- Fig. 2. — Exposition d'hygiène de Londres. La rue du vieux Londres (seizième siècle). D’après une photographie.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Voyages, aventures et captivité de J. Bonnat chez les Achantis, par Jules Gros, officier d’Aeadémie. 1 vol. in-18° enrichi de gravures et d’une carte. Paris, librairie Plon, 1889.
- Guide pratique de botanique rurale, par Gustave Camus. 1 vol. in-8° avec 52 planches contenant environ 600 figures. Paris. Jacques Lechevalier, 1884.
- De l'influence de Vêlât de l'atmosphère sur l'apparition des couleurs dans la scintillation des étoiles au point de vue de la prévision du temps, par Ch. Montigny, 1 broch. in-8°. Bruxelles, F. Rayez, 1884.
- Annual Report of the chief signal officer united stales army to the secretary of war for the fiscel year ending June 50 1882. 2 vol. g. d. in-8°. Washington, govern-ment printing office. 1883.
- LE NOUVEAU CAMP RETRANCHÉ DE PARIS
- ET LES FORTERESSES MODERNES (Suite et fin. — Voy. p. 87.)
- La ville de Paris, avons-nous dit1, a été, de tous temps fortifiée. A ne parler ici que des âges historiques, on observe que César n’omet point de la qualifier d'oppidum. Alors détruite par l’incendie qu’avaient allumé ses habitants eux-mêmes, la ville de Lutèce ne tarda pas à renaître de ses cendres et fut de rechef munie de défenses permanentes. Le fait de ces fortifications gallo-romaines est irrécusable puisqu’Ammien Marcellin attribue expressément à Lutèce la qualification de castellum.
- Un diplôme de Childcbert,dont Grégoire de Tours nous a conservé le texte, révèle l’existence ultérieure d’une enceinte mérovingienne, enceinte appuyée d’une tour ou citadelle qui occupait vraisemblablement la pointe occidentale de l’île, c’est-à-dire le site de la portion centrale du Pont-Neuf.
- Les fortifications des temps Carlovingiens sont de même mentionnées en des documents authentiques. Nous savons que, au neuvième siècle, l'île était entourée de murailles ; que le Petit-Pont et le Pont-au-Change étaient alors couverts par de solides têtes-de-pont, lesquelles s’élevaient aux emplacements où furent assis plus tard les Grand et Petit Châtelets.
- Vient ensuite, dans l’ordre chronologique (douzième et treizième siècles), l’enceinte justement célèbre de Philippe-Auguste. Alors, la ville a débordé l’île de la Cité et s’étend sur les deux rives de la Seine. Sur la rive gauche, la ligne des fortifications part de la Tour de JSesle (aile orientale de l’Institut), suit les rues Mazarine, Contrescarpe, Saint-André-des-Arts, des Fossés-Monsieur-le-Prince, des Fossés-Saint-Jacques, des Fossés-Saint-Victor, des Fossés-Saint-Bernard et aboutit à la Tournelle, un peu en amont du pont de ce nom. Sur la rive
- * Voy. n° 560, du 23 février 1884.
- ! droite, l’enceinte commence à la Tour du Louvre, près de Saint-Germain-l’Auxerrois1. I)e là, son tracé passe par les rues de l’Oratoire, Saint-Honoré, Jean-Jacques-Rousseau, Montmartre, Mauconseil, Sainte-Àvoye, Paradis, Culture-Sainte-Catherine et finit à la Tour Barbeau, sise au quai Saint-Paul2.
- Le milieu du quatorzième siècle voit ensuite s’élever l’enceinte de Charles V, dont notie carte indique, aussi exactement que possible, le tracé dans l’intérieur du Paris actuel (tîg. 2). Au Nord, sur la rive droite, cette enceinte, partant de la porte Barbette (près delà Bibliothèque de l’Arsenal), suivait la ligne des boulevarts jusqu’à la rue Meslay, puis la rue Sainte-Apolline ; coupait la place des Victoires, le jardin du Palais-Royal, la place du Carrousel et se terminait à la Tour-de-Bois, sise à hauteur du Pont-Royal3.
- La superficie du Paris fortifié s’accroît de plus en plus dans les siècles suivants. François Ier et Henri IV en développent successivement l’importance. Reprenant l’œuvre de Charles V, Louis XIII fait continuer l’enceinte (rive droite) de la porte Saint-Denis à la porte Saint-Honoré. L’agrandissement suit, dans cette section, la ligne de nos boulvarts4 et le nom de rue Bassc-du-Rempart (près de la Madeleine) témoigne encore aujourd’hui du site de l’un des éléments du tracé.
- Sous Louis XV, un nouvel agrandissement de la ville fit englober sous des fortifications nouvelles la Chaussée-d’Antin, le Roule, le faubourg Saint-Honoré ; et, sur la rive gauche, le faubourg Saint-Germain. Mais, Paris prenant des développements encore plus considérables, ces défenses durent disparaître à leur tour. Elles furent remplacées, sous Louis XVI, par ce mur d’octroi dont les contemporains de Galonné disaient, on s’en souvient :
- Le mur murant Paris rend Paris murmurant.
- Le mur si fameux de Calbnnc suivait la ligne des boulevarts qu’on a longtemps appelés extérieurs; il était dépourvu de toute espèce de valeur défensive.
- Ultérieurement, en 1792, on construisit, —à la hâte — quelques retranchements en avant des faubourgs de la, Villettc et de la Chapelle. En 1815,une ligne continue d’ouvrages enveloppa la capitale menacée. Sur la rive droite, cette enceinte improvisée partait de Bercy, englobait Saint-Mandé, se développait sur les hauteurs de Ménilmontant et de Belleville ; passait en deçà de la Villettc et de la Chapelle; couronnait Montmartre et venait s’appuyer à la Seine, vers Clichy-Ia-Garcnne, vis-à-vis d’Asnières. Une avant-ligne couvrait la Villette, la Chapelle et
- 1 La Tour du Louvre se conjuguait avec la Tour de Nesle, en vue de la défense de la Seine. Une chaîne noyée était tendue de l’une à l’autre.
- 8 La Tour Barbeau se conjuguait de même avec laTournelle. s A l’enceinte de Charles V fut annexée une citadelle qui prit le nom de Bastille Saint-Antoine.
- 4 Le mot boulevart (Boll-werk) implique la signification d’ouvrage armé de bouches à feu.
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- Saint-Denis. Sur la rive gauche, l’enceinte de 1815 comportait un tracé intermédiaire entre le mur de Galonné et notre enceinte actuelle. Elle coïncidait avec celle-ci sur les hauteurs de Montrouge et se confondait avec le mur d’octroi depuis la rue de Sèvres jusqu’à la Seine.
- L’année 1852 vit s’élever certain nombre d’ouvrages en terre sur la crête orientale du plateau de Romainville. De là, le système des défenses alors organisées se prolongeait le long des canaux de l’Oureq et de Saint-Denis. Les ouvrages du plateau subsistent encore aujourd’hui, plus ou moins transformés. Quatre d’entre eux sont devenus les redoutes de Fontenay, de laBoissière, de Montreuil, de Noisy; quatre autres constituent les avancées des forts de Nogcnt, Rosny, Noisy et Romainvdle.
- En 1840, la ville de Paris fut entourée de l’enceinte bastionnée que tout le monde connaît. Cette enceinte, comportant quatre-vingt-treize fronts, engloba une partie de Vaugirard, Àutcuil, Passy, Montmartre, les Buttes Chaumont, Ménilmontant et Charonne. En avant, s’éleva une ceinture de seize forts détachés. A l’ouest, à la gorge de la presqu’île de Gennevillicrs, le Mont-Vàlérien ; — au Nord, les forts de La Briche, de la Double-Couronne, et de YEst, — couvrant tous trois Saint-Denis — et le fort d’Aubervilliers protégeant la plaine du canal de l’Oureq ; — à l’Est, les forts de Romain-ville, Noisy, Bosny, Nogent au sommet des pentes du plateau; puis les Bedoutes de Saint-Maur (la Faisanderie et Gravellc) à la gorge de la boucle de la Marne ; ensuite le fort de Charenton couvrant le confluent de la Marne et de la Seine ; — au Sud, enfin, de la Haute à la Basse Seine, les forts à'Ivry, de Bicêtre, de Montrouge, de Vanves et d’Issy.
- On sait quels éminents services ont rendus, en 1870-71, ces fortifications de 1840 et, spécialement, les fronts de l’enceinte continue. Sans ces bastions, sans ces courtines, les Prussiens eussent campé sur la placé de la Concorde dans la nuit du 19 au 20 septembre!...
- Or on demande aujourd’hui la suppression de ces défenses qui ont si bien fait leur devoir.
- Eh bien ! démolir nos remparts ce serait non seulement faire acte d’ingratitude mais encore se rendre coupable d’une impardonnable hérésie technique. C’est ce que nous démontrerons sans peine à qui voudra, quand on voudra.
- Quant aux forts détachés de 1840, nous avons dit1 pourquoi il était devenu indispensable d’en doubler le système par le moyen d’une seconde ceinture d’ouvrages jetés à grande distance en avant. Nous n’avons plus qu’à donner une description sommaire de ce nouveau Camp retranché.
- Et d’abord, il nous faut observer que Paris se trouve placé dans une situation tout à fait exceptionnelle. Ce n’est, à proprement parler, ni une place forte ni un camp retranché, c’est une pro-
- 1 Voy. La Nature, n° 560, du Ü3 février 1884.
- vince fortifiée, que sa situation topographique, son étendue et l’immensité de scs ressources destinent au rôle de base stratégique pour une armée même considérable.
- La loi du 27 mars 1874, portant réorganisation des défenses de Paris, s’est proposé : de rejeter au loin les lignes d’investissement de l’ennemi, de manière à leur imposer un développement considérable; à les rendre par suite faibles et faciles à percer, du fait des sorties de la garnison et de l’action des armées de secours ; — de soustraire la ville aux effets du bombardement, dans l’hypothèse admise des portées maxirna de la nouvelle artillerie de siège; — d’englober sous le périmètre des nouveaux forts de grands espaces réservés au service de Pali-mentation des troupes et de la population ; des terrains couverts de culture, d’usines et de chemins de fer ; — de n’abandonner à l’ennemi que des plateaux peu fertiles occupés par une population peu dense.
- Le problème a été résolu moyennant la création de trois vastes groupes d’ouvrages élevés au Nord, à l’Est et au Sud-Ouest de Paris. Ces groupes sont destinés à couvrir : l’un, le point d’attaque probable; le deuxième, le point d’arrivée de l’ennemi ; le troisième, le point de ravitaillement de la place assiégée. Ce vaste ensemble offre, en outre, aux défenseurs de grandes facilités de débouchés sur les positions indiquées comme champs de bataille obligés des deux armées en présence (fig. 2).
- Les armées qui désormais voudront assiéger Paris devront, au préalable, s’être rendues maîtresses de la région comprise entre l’Oise et la Haute Seine, région que le cours de la Marne divise en deux secteurs. La partie comprise entre Marne et Seine ne conduit qu’aux plateaux boisés et découpés de la Brie, faciles à disputer pied à pied, séparés en partie par la Marne elle-même de la position fortement organisée des anciens forts de l’Est. L’ennemi ne peut compter sur aucun succès dans cette direction, et son rôlo se bornerait vraisemblablement à y établir une ligne d’investissement solide.
- Il n’en serait pas de même dans la région comprise entre Oise et Marne où la plaine n’était naguère défendue que par la faible place de Saint-Denis et par le fort d’Aubervilliers. C’était un point très vulnérable. Une fois maître de Saint-Denis, l’ennemi avait toutes facilités pour bombarder une notable portion de Paris. Pour le rejeter au loin et aussi pour appuyer notre offensive dans la plaine de Saint-Denis, on a pris le parti de fortifier les hauteurs qui s’étendent de Cormeil à Stains, en passant par le plateau Domont-Montmorcncy.
- La position de Cormeil comporte une ligne de hauteurs à la pointe Nord-Ouest de laquelle s’élève le fort de ce nom. En arrière à l’Est, le long de l’étroit plateau qui court vers Sannois, s’échelonnent la Bedoute des Cotillons, la batterie du Rond-Point, la batterie du Château-Rouge et la redoute ou batterie de Franconville, Tous ces ouvrages battent les
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- pontes de cotte haute et longue colline qui ferme la bouche d’Argenteuil.
- Au Nord-Est des ouvrages de Corrncil, le plateau Domont-Montmorency a servi d'assiette à trois forts : un grand, le fort de Domont; et deux plus petits, les forts de Montlignon et de Montmorency, auxquels sont annexées des batteries destinées à surveiller les pentes de la position. La plus importante de ces batteries est colle de Blémur.
- Le fort de Stains se trouvait trop éloigné de celui de Montmorency ; l’ennemi eût pu se frayer passage entre les deux pour attaquer directement Saint-Denis. On a remédié à cet inconvénient en construisant, dans l’intervalle, la redoute de- la Butte Pinçon. Enfin, pour protéger Stains et empêcher l’ennemi de tourner par la gorge le plateau de Montmorency, on a placé, à titre de sentinelle avancée, le fort d'Ecouen qui sert de réduit à une position très belle.
- En occupant le village d’Ecouen, ainsi que le vieux mais solide château de la Légion-d’Honneur, on a rendu cette position extrêmement forte. Les batteries annexes dont elle est dotée — batterie des Sablons et redoute du Moulin — ont grande action sur la plaine qui s’étend au Nord et à l’Est; ces ouvrages croisent leurs feux avec ceux de l’artillerie de Blémur et de Stains.
- La place et les forts de Saint-Denis, et aussi le fort d’Aubcrvillicrs améliorés, pourvus de traverses, d’abris, de bonnes communications intérieures, constituent de ce côté une seconde ligne de défense qu’on pourra renforcer, au moment du besoin, par le moyen de l’inondation du Crould. On barrera également les petits ruisseaux de la Molette et de la Moréc pour obtenir une inondation de la plaine en avant du Bourget ; tout au moins, pour rendre cette plaine impraticable à l’artillerie.
- On n’a rien négligé à l’effet de rendre très forte la magnifique position Domont-Montmorency. U le fallait, attendu que cette position se trouve de niveau avec la partie occidentale de la forêt de .Montmorency, forêt que l’on regarde comme une forteresse naturelle qu’occuperaient des troupes mobiles en cas de siège. Saint-Denis est donc ainsi puissamment protégé. Toute sortie dans la grande plaine du Nord-Est aura son flanc gauche bien ap-
- puyé. On va voir que, sur le flanc droit, il en sera de même.
- La région située à l’Est de Paris était déjà bien défendue par les anciens forts qui s’échelonnent de Romainville à Charcnton par Noisy, Rosny, Nogent et les redoutes qui ferment la boucle de la Marne; mais l’offensive n’y était point facile. Les pentes raides et les escarpements qui se prononcent entre le Rainey et Gagny, entre Bry-sur-Marne et Ormcsson, la Marne elle-même sont, en effet, autant d’obstacles qui s’opposent au succès d’une sortie. L’échec du combat de Champigny le prouve surabondamment. Il fallait que le défenseur restât maître des plateaux qui dominent les pentes dont il vient d’être parlé ; qu’il eût de bonnes tètes-de-pont, sur la Marne. Le j problème a été résolu du fait de la construction du I fort de Vaujours, des forts de Chelles, de Villiers-
- sur - Marne et de Champigny.
- Ces ouvrages, dont l’action peut s’étendre au loin, protégeraient admirablement les troupes de la garnison qui auraient à se porter en avant. Sous le canon de Vaujours, par exemple, ces troupes mobiles iraient sans crainte occuper la belle position de Ville-vaudé, dont les flancs sont proté-gés par le canal de l’Oureq et la Marne.
- C’est ce même fort de Vaujours qui, appuyé de ses batteries annexes, couvrirait le flanc droit des troupes chargées du soin d’opérer une sortie dans la grande plaine du Nord-Est. On a vu que leur flanc gauche serait également bien appuyé. Toutefois, considérant que Stains et Vaujours sont assez éloignés l’un de l’autre, on a conçu, pour découper cet intervalle, le projet d’un fort à établir au point dit l’Orme de Morlu. «
- Au groupe de l’Est appartient aussi le fort de Villeneuve-Saint-Georges, importante position qui bat la vallée de la Seine, ainsi que les chemins de fer de Lyon et d’Orléans. Les forts intermédiaires de Limeil et de Sucy-en-Brie le rattachent rationnellement audit groupe.
- Ainsi occupés, les hauts plateaux du bassin de la Marne et de la rive droite de la Ilautc-Scine nous assurent, à l’Est de Paris, de beaux campements dans les plaines basses qu’ils couvrent d’une façon parfaite. Le fort de Villeneuve-Saint-Georges nous serait,
- Gonesse
- STDENIS
- Ur f%rt Calant
- S1 Germai I
- Eric Comte Robert
- • Chemins de/èr
- Fig. 1. — Carte du réseau télégraphique de l’armée prussienne pendant le siège de Paris en 1870.
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- en outre, d'un appui précieux au cas d’une sortie dirigée vers une armée de secours venant d’Orléans. Enfin, les anciens forts de l’Est forment, en arrière des nouveaux, une ligne difficile à franchir. Ce côté de Paris peut passer pour inexpugnable.
- En prescrivant d’cnvelopper Versailles dans la ceinture des forts, la loi de 1874 a surtout visé l’occupation du plateau de Satory, lequel couvre un autre important plateau, celui de Velizy-Châtillon.
- Militairement, d’ailleurs, Satory met Paris en relation avec la Beauce, c’est-à-dire avec un pays riche en céréales, mais dont le sol plat, nu et privé d’eau placerait dans de mauvaises conditions l’ennemi occupant.
- La ligne des forts établie de Saint-Cyr à Palaiseau nous rend maîtres du vallon de la Bièvre, par lequel les communications peuvent s’effectuer en toute sécurité. Appuyé de ses annexes — batterie de
- Le trace* des Fortifications indique dans Vmtériczu'de Iiiris.aclépri&sut'unphm caeould sous C/uirles XT. ‘ Kilomètres.
- E.MOujeu Sc
- Fig. 2.
- Carte générale du camp retranché de Paris, avec
- l’indication de tous les nouveaux forts (teintés en noir).
- Y Yvette et batterie de la Pointe — le fort de Palaiseau commande, en un point important, la vallée de l’Yvette.
- Au Nord-Ouest de Palaiseau, les forts de Vil 1er as et du Haut-Bue battent le long plateau qui leur fait face. Puis vient le fort de Saint-Cyr, assis près du sommet de l’angle des chemins de fer de Dreux et de Chartres. Il a pour annexes les batteries de Bouviers et de Bois-d'Arcy.
- En arrière de cette ligne Saint-Cyr-Palaiseau, le plateau de Satory est bordé de quelques ouvrages spécialement affectés à sa défense. Ce sont les batte-
- ries de la Station de Saint-Cyr, du Ravin de Bouviers, delà Porte du Désert et Y ouvrage des Docks.
- En arrière aussi des nouveaux forts du Sud-Ouest, le plateau Velizy-Châtillon a été solidement occupé, moyennant la construction d’un fort de Châ• tillon —llanqué de batteries annexes —et l’établissement du groupe des ouvrages de Verrières. Ce groupe comprend un réduit central à l’entour duquel sont jetées, face à l’ennemi, les batteries de Bièvre, â'Igny, des Gatines, du Terrier et de La Châtaigneraie.
- On remarquera que la vaste plaine du Sud est,
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- jusqu a présent, dépourvue de défenses ; qu’il existe une lacune regrettable entre le fort de Palaiseau et celui de Villeneuve-Saint-Georges. Cette lacune sera comblée par de nouveaux forts à établir sur la Butte-Chaumont et au-dessus à'Ablon-sur-Seine. Peut-être même créera-t-on quelque ouvrage à la hauteur de Juvisy.
- A l’Ouest de Versailles, se développe une petite vallée— dite du Rûde Gally — comprise entre les hauteurs de Satory et celles de Rocquencourt. Cette vallée ou plaine est battue par les feux croisés des batteries de Bois d'Arcy et de Noisy-le-Roi.
- Enfin, pour maîtriser la forêt de Marlv et, par suite, celle de Saint-Germain, on a cru devoir organiser le groupe des ouvrages de Marlv, lequel comprend un réduit dit du Trou d'Enfer et six batteries bordant, face à l’ennemi, le périmètre du plateau. Ce sont celles de Noisy, de VAuberderie, du Champ-dc-Mars, de Marly, des Réservoirs et des Arches.
- Ce troisième groupe de forts, qui s’étend du Sud à l’Ouest de Paris, fait face aux départements sur lesquels on peut le plus compter pour le ravitaillement de la ville. Les troupes mobilisées dans la basse Normandie, le Maine, l’Anjou, la Bretagne, dans l’Ouest et dans une partie du Midi de la France, ainsi que les ressources de toute sorte que produisent ces contrées, arriveront à Paris par les chemins de fer de Granville, du Mans et d’Orléans, longtemps encore après que l’ennemi se sera rendu maître du cours supérieur et même du cours inférieur de la Seine. Cette extension des défenses vers la Beaucc permettra aux troupes mobiles de la garnison d’aller au-devant des armées de secours, surtout si nous restons longtemps maîtres d’Orléans—position stratégique de la plus haute importance dont il faut, à tout prix, nous ménager la possession indéfinie.
- La courbe fermée suivant laquelle s’échelonnent les nouveaux forts affecte Ja forme d’une vaste ellipse dont le grand axe — Cheîles-Trou-d'Enfer — mesure une quarantaine de kilomètres; et le petit axe—Domont-Palaiseau — environ 35. D’où il suit que la superficie du nouveau camp retranché est à peu près de onze cents kilomètres carrés, c’est-à-dire cent fois plus grande que celle du terrain jadis englobé sous les remparts du dix-septième siècle.
- Nous voilà loin de l’enceinte de Philippe-Auguste qui n’enfermait que 250 hectares, et encore plus loin de la forteresse Mérovingienne qui n’embrassait que File de la Cité!
- Théoriquement, l’attaque du nouveau camp retranché de Paris nécessiterait l’emploi d’une force de près de trois cent soixante mille hommes ; la défense n’en exigerait que cent quarante mille, dont trente-cinq mille seulement appartenant à l'armée active et le reste, à l’armée territoriale.
- Des considérations d’un autre ordre permettront de mieux juger encore de l’importance de cette ceinture de forts, dont le périmètre mesure environ cent vingt kilomètres.
- Lors du siège de 1870-71, les Prussiens avaient organisé, à l’entour de Paris, un réseau télégraphique dont notre figuré 1 indique le tracé. Les deux grands centres où venaient aboutir les fils étaient : à l’Ouest, Versailles, siège du grand-quartier-général et du quartier-général de la troisième armée ; à l’Est, Thorigny, près Lagny.
- Sur ce diamètre Thorigny-Versailles se développait, Nord et Sud, une véritable toile d'araignée, dont quelques sections étaient à plusieurs fils. Il y avait, par exemple, neuf fils entre Versailles et Juvisy.
- Aujourd’hui, ce réseau ne serait plus possible. Versailles se trouve à l’intérieur du camp retranché; Thorigny est sous le feu des nouveaux forts. Les fils télégraphiques ne pourraient se poser—nulle part — à moins d’une dizaine de kilomètres de ces ouvrages, c’est-à-dire le long des bords extérieurs de la zone d’investissement.
- Or, cette limite extérieure des lignes de l’assiégeant ne mesure pas moins de cent quatre-vingts kilomètres.
- Et tout est dans ces proportions.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- La science admet aujourd’hui, à la suite des recherches de M. Pasteur et de ses élèves, que les maladies contagieuses épidémiques, ou infectieuses sont dues au développement dans l’organisme d’êtres infiniment petits, que l’on appelle suivant leurs formes microbes, bactéries, baccilles ou vibrions ou en général bactéries. Sous le microscope les formes de ces êtres offrent une grande analogie et il est presque impossible de les distinguer les uns des autres; les bactéries nocives, en particulier, causes des maladies infectieuses, ne se laissent reconnaître que par leurs propriétés d’engendrer la maladie par inoculation, à part quelques réactions chimiques spéciales encore bien peu connues.
- Les bactéries, heureusement pour nous, ne peuvent vivre que dans des conditions déterminées, et l’organisme en bonne santé leur est réfractaire et les rejette violemment quand elles essayent de l’envahir ; mais si par une cause quelconque il s’affaiblit, les bactéries envahissent la place, pullulent avec une rapidité prodigieuse, et en modifiant les conditions de vitalité des organes, créent de nouvelles relations factices qui sont la maladie.
- Les bactéries se reproduisent de deux manières : la première est la scissiparité ; le corps s’étrangle, puis se divise en deux bactéries qui se séparent ensuite pour se rediviser plus loin : ce phénomène s’accomplit en quelques heures. Un autre mode est la reproduction par germes : à l’une des extrémités de la bactérie, souvent même aux deux, il se développe un point très brillant, qui survit à la destruction de l’être et peut se conserver séché un temps assez long. Placé dans des conditions favorables, ce corpuscule-germe se développe et donne naissance à une bactérie, souche de nombreuses générations par la scissiparité.
- En temps d’épidémie, il est donc du devoir de l’homme de se défendre contre les bactéries infectieuses en les détruisant partout où il lui est possible de les atteindre :
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- tel est le but des désinfectants ; nom qui vient de ce que les bactéries étant les causes de la putréfaction et habitant des liquides putrides, la plupart de ces agents enlèvent l’odeur en tuant ses causes.
- Parmi nos moyens les plus énergiques, il faut citer la chaleur. Les bactéries sont détruites à des températures de tiO à 70° au plus; mais les corpuscules-germes ont une force de résistance plus considérable; certains d’entre eux résistent à une température de plus de 100°, par exemple le baccille de la tuberculose, et il faut chauffer à 130-150° pour être sur de les détruire complètement.
- Les agents chimiques employés pour la désinfection agissent de trois manières :
- 1° En détruisant les corps odorants produits par la putréfaction;
- 2° En formant des combinaisons insolubles avec les produits putrescibles;
- 3° En détruisant les bactéries.
- Dans les deux premières classes, nous citerons le sulfate et le chlorure de cuivre, le chlorure de zinc, puis le sulfate de fer : ces agents coagulent les matières albuminoïdes et gélatineuses, fixent l’hydrogène sulfuré et les produits ammoniacaux. Dans la seconde classe seulement, nous trouvons l’alun, le tannin et la chaux.
- Les composés chimiques qui tuent les bactéries ont été 1 objet d’un certain nombre de recherches, parmi lesquelles nous ne citerons que les plus récentes.
- M. Miquel a fait des essais sur le pouvoir antiseptique ou destructeur des bactéries, de nombreux produits chimiques. 11 a pris comme type de ses essais le bouillon de bœuf neutralisé, liquide éminemment putrescible; comme source de bactéries, il a pris l’eau d’égout, qui renferme de nombreuses espèces : et il a trouvé que pour le rendre stérile et empêcher les bactéries de s’y développer il fallait les doses maxima suivantes :
- Bi-iodure de mercure, Dgr,025; iodure d’argent, 0e',030; eau oxygénée, 0gr,050; bichlorure de mercure, 0gr,070; nitrate d’argent, 0gr,080. Ces corps sont éminemment antiseptiques.
- Viennent ensuite ;
- L’iode 'a la dose de 0gr,25; l’acide cyanhydrique, 0gr,40 ; le brome, 0gr,60; le sulfate de cuivre 0gr,,90; le bichromate de potasse, lgr,20; le chlorure de zinc, lgr,90; le thymol, 2gr,0; le phénol, 3gr,20; le permanganate de potasse, 3gr,50; l’alun, 4g',50; le tannin, 4gr,80; l’acide borique, 7gr,50; le chloral , 9gr,30; le salicylate de soude, 10gr,0; le sulfate de fer, 11 grammes.
- Parmi les composés les plus antiseptiques, nous voyons figurer le sulfate de cuivre qui, à la dose de moins d’un millième, s’oppose complètement au développement des bactéries ; ce sel jouit également de la propriété de coaguler les matières albuminoïdes et gélatineuses, de fixer l’ammoniaque, de précipiter les phosphates, aussi le recommande-t-on depuis plusieurs années comme le meilleur désinfectant pour les selles, déjections de toute nature; pour les cabinets, urinoirs et pour arroser le sol imprégné de produits putrides. Son efficacité est encore augmentée par le mélange avec du sel marin, qui donne naissance à du chlorure de cuivre. Ce mélange, indiqué il y a déjà quelques années est reconnu aujourd’hui plus efficace que le sulfate. Ces deux sels de cuivre en dénaturant le milieu et enlevant au microbe ces moyens d’existence, agissent a des doses moindres que celles qui tuent le microbe.
- Le chlorure de zinc est deux fois moins antiseptique que le sulfate de cuivre, et son action sur les matières
- albuminoïdes est plus faible : quant au sulfate de îeç il est bien peu actif.
- Le phénol, le thymol, ne sont actifs qu’à l’état liquide et en contact récent avec les bactéries ou leurs germes : il en faut des doses assez élevées. 11 est beaucoup plus difficile d’atteindre les germes dans les poussières de l’air, leur station habituelle. M. Miquel a trouvé sans efficacité les vapeurs de chloroforme, de phénol, de camphre, d’éther azoteux, de sulfure de carbone, etc., et donne la préférence à l’acide chlorhydrique, au brome et aux vapeurs nitreuses : l’ozone ne lui a pas donné les résultats sur lesquels il pensait pouvoir compter. M. Vallin a publié dans la Revue d'hygiène des expériences faites avec le virus tuberculeux, et a obtenu les résultats suivants .
- L’acide sulfureux détruit la nocuité de ce virus à la dose de 60 grammes ou 21 litres par mètre cube, soit 30 grammes de soufre brûlé par mètre cube d’air : le virus ayant séjourné dans une telle atmosphère n’engendre plus la maladie par inoculation.
- L’eau bouillante s’est montrée efficace sur les bacilles, comme il était facile de le prévoir.
- Les vapeurs nitreuses produites par la décomposition des cristaux de chambres de plomb, dont il a déjà été question dans La Nature, ont stérilisé le virus à la dose de 0gr,66, soit un volume de 58 centimètres cubes de vapeur nitreuse par mètre cube ou 1/2000. Les vapeurs nitreuses sont par conséquent un excellent agent de désinfection, et elles agissent à des doses très faibles. Citons encore une expérience de M. Vallin dans laquelle ce savant professeur a essayé de désinfecter par cet agent un amphithéâtre d’anatomie de la capacité de 250 mètres cubes. Le soir, à cinq heures, on a dégagé les vapeurs nitreuses de 100 grammes de cristaux de chambres de plomb, soit 9 litres environ de vapeur nitreuse réelle ; dans la même salle on avait placé une cage renfermant des cobayes et des lapins. Le lendemain matin les animaux étaient bien portants et l’amphitéâtre était désinfecté; les germes bactériens ainsi que les odeurs avaient été détruits.
- HORLOGE HYDRAULIQUE
- DU JARDIN DES TUILERIES, A PARIS
- On voit depuis quelques jours au Jardin des Tuileries une horloge monumentale adossée à la terrasse du bord de l’eau. Elle a été imaginée et construite par un interprète de l’armée d’Afrique, M. Cliehab, qui a obtenu du Ministre des Beaux-Arts l’autorisation de l’installer en cet endroit pour faire connaître et apprécier son invention.
- Cette horloge marche sans poids et sans ressorts. Elle est munie d’une sonnerie et marque non seulement les heures et les minutes, mais aussi les jours et le quantième du mois.
- La force nécessaire à son fonctionnement est empruntée à l’eau. Malgré la dimension des cadrans qui sont au nombre de deux, l’un de lm,20, l’autre de 2m,10 de diamètre, la force employée est très faible, et la pression à laquelle l’eau de la ville arrive dans l’appareil n’est utilisée en rien. En effet, cette eau est reçue dans un petit réservoir de 0m,50 de haut sur 0m,30 de large. II est muni d’un
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- LA N AT U H K.
- d’une on en un point
- B*-
- convien-
- essen-
- Fig. 1.
- trop-plein disposé de telle sorte que la niveau soit toujours constant, malgré l’écoulement qui se produit à la partie inférieure par un tuyau de 6 à 8 millimètres de diamètre environ.
- 11 est facile de comprendre que, dans ces conditions, le volume et la pression de l’eau qui s’échappe par ce tuyau, restent constants , quelles que soient les variations qui pourront se produire dans la conduite générale.
- On dispose donc là d’une force absolument invariable ; et, lorsqu’il horloge,
- c’est, dra, tiel.
- Cette force produite par la chiite ou le jet d’eau sortant du réservoir est nécessairement assez faible ; mais on va voir que, grâce à la façon ingénieuse dont elle est employée, elle suffit pour actionner tout le système d’une horloge de grande dimension.
- Pour bien faire comprendre ce système on peut le comparer à un mouvement de tourne-broche. La seule différence consiste à appliquer le moteur au mobile ayant le moins de force et le plus de vitesse, c’est-à-dire à celuiqui dans le tourne-broclie représente le volant, au lieu de l’appliquer, comme on le fait dans toutes les horloges, au mobile ayant le plus de force et le moins de vitesse, c’est-à-dire sur le barillet.
- Dans le mécanisme de M. Chehab, le mobile consiste en deux petites turbines A et B, que le jet d’eau fait tourner rapidement. L’axe de la roue A
- l’horloge petit dont posi-
- lloiiogc hydraulique de M. Chehab, dans le Jardin des Tuileries.
- Fig. 2. — Détail du mécanisme.
- porte une vis sans fin, qui actionne une roue dentée dont le pignon transmet le mouvement à d’autres roues d’engrenage C. On arrive ainsi à diminuer considérablement la vitesse et par suite à force.
- On règle au moyen d’un volant ordinaire on fait varier la tion des boules.
- La sonnerie est actionnée par la seconde turbine B qui actionne une série d’engrenages D analogues aux précédents.
- Le principal avantage d’une horloge de ce genre est de coûter très bon marché; en outre elle n’a jamais besoin d’être remontée. Il suffit de disposer d’une chute d’eau de 0m,50 de hauteur et cette eau peut être ensuite employée à d’autres usages.
- Dans la plupart des villes et en particulier à Paris où la distribution d’eau s’étend à peu près partout, ce système rendra certainement des services.
- Il permettra d’augmenter à peu de frais les horloges publiques qui dans bien des quartiers font complètement défaut.
- Bien ne serait plus facile, par exemple, qu’une installation de ce genre au-dessus des kiosques, dits Vespasiennes où l’on a un écoulement d’eau continu, qui pourrait passer par le réservoir de l’horloge avant de se vendre sur les ardoises qu’il est destiné à laver. L’eau serait ainsi doublement utilisée et les frais d’installation seraient peu élevés.
- G. Mareschar.
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- OBSERVATION D’UN NUAGE ÉLECTRIQUE
- Vendredi soir, 4 juillet, vers 9 heures 50 minutes, le temps était orageux, le vent soufflait du nord-ouest; le ciel était généralement assez clair, sauf du côté du nord, où un seul nuage mamelonné se ! découpait dans le ciel. Ce nuage était gris terne, et !
- on y distinguait à peine les reliefs. Je remarquai que, par moments, il brillait tout à coup de lueurs électriques qui le rendaient subitement lumineux, comme une immense lanterne vénitienne qui eut brillé dans le ciel. La lueur ne durait que quelques secondes, et le nuage rentrait dans l’obscurité; puis la lumière brillait encore et ainsi de suite alternativement à intervalles assez réguliers de 50 secondes
- Fig. 1. — Nuage mamelonné observé le vendredi 4 juillet, Fig- 2. — Le même, illuminé par des lueurs électriques,
- à 9 heures 40 minutes du soir. à 9 heures 45 minutes.
- en 50 secondes environ. Mon frère Albert Tissandier qui était avec moi, prit aussitôt son crayon, et reproduisit l’aspect de ce nuage singulier; la figure 1 le montre dans son premier aspect, et la ligure 2 le l’ail voir, quand il était illuminé fpar la lueur
- électrique. La lumière en changeait complètement l’aspect, et faisait nettement apparaître des reliefs arrondis que l’on ne distinguait pas auparavant. Je continuai à observer ce nuage qui paraissait à peu près immobile dans le ciel; à 10 heures il changea
- Fig. 3. — Déformation du nuage à 10 heures 5 minutes ; l**g. 4. Aspect du même nuage à 10 heures 20 minutes ;
- il est sillonné de nombreux éclairs. les éclairs y sont toujours abondants.
- presque tout à coup de forme, et alla en s'élargissant très rapidement, ce qui indiquait une perturbation atmosphérique locale très énergique. 11 devint noir foncé vers le centre, et les lueurs furent accompagnées d’éclairs en zig-zags qui se produisaient avec beaucoup d’intensité (lig. 5). La déformation se continua, et les éclairs augmentèrent d’éclat, offrant par moments un spectacle vraiment admirable. On eut dit qu’il allait se former un orage, et la pluie semblait menaçante, mais il ne tomba une goutte d’eau. A 40 heures 20 minutes
- le nuage continua à s’étaler au milieu des éclairs de plus en plus nombreux (fig. 4) et bientôt il se disperça dans la nappe brumeuse qui s’étendait de ce côté du ciel. La brume continua à couvrir les régions Nord de l’atmosphère, et leà éclairs diminuèrent peu à peu d’éclat. Nous avons enregistré ce fait qui nous a semblé offrir quelque intérêt au point de vue météorologique. Par les temps orageux, il est probable que les phénomènes de cette nature sont assez fréquents. Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
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- NÉCROLOGIE
- L'abbé Moigno. —L’Eglise, la science et la presse, viennent de faire une perte sensible, dans la personne de l’abbé François-Napoléon-Marie Moigno, décédé à Saint-Denis, à l’àge de quatre-vingts ans.
- L’abbé Moigno était un enfant de la Bretagne, cette « terre recouverte de genêts )) toujours féconde en hommes illustres. 11 était né à Guémenée (Morbihan) le 20 avril 1804. C’est au collège de Pontivy et chez les Jésuites de Sainte-Anne-d’Auray qu’il fit ses humanités pour entrer ensuite au séminaire de Montrouge. Pendant son cours de théologie, il sentit s’éveiller en lui un goût particulier pour les sciences, et la Compagnie de Jésus, à laquelle il était lié par des vœux, le chargea de l’enseignement des mathématiques à la rue des Postes. Ses leçons, fort remarquées, ne l’empêchaient pas de se livrer en même temps à la prédication et aux polémiques religieuses dans VUnivers et l’Union catholique.
- Pour des raisons que nous n’avons pas à examiner ici, le P. Boulanger, supérieur des jésuites, lui ordonna en 4861 de suspendre la publication de son livre : Leçonsmde calcul différentiel et intégral, et l’envoya au séminaire de Laval enseigner l’hébreu et l’histoire. Epris plus que jamais de ses recherches scientifiques, l’abbé Moigno préféra quitter l’ordre plutôt que d’y renoncer.
- Il collabora bientôt comme rédacteur scientifique à l’Epoque, à la Presse et au Pays. Il fonda le Cosmcs qui fut remplacé plus tard par le journal Les Mondes.
- Il avait rempli pendant quatre ans les fonctions d’aumônier adjoint au lycée Louis-le-Grand. En 4873, il fut nommé chanoine de Saint-Denis. Il était chevalier de la Légion d’honneur.
- Ses principaux ouvrages sont : Traité de la télégraphie électrique; Mémoires sur le stéréoscope et le sacchari-mèlre ; Répertoire d’optique moderne; Cours de science vulgarisée; Leçons de mécanique analytique; les Eclairages modernes; un grand nombre de volumes des Actualités scientifiques, et enfin, les Splendeurs de la foi.
- L’abbé Moigno a été un des travailleurs les plus assidus et, suivant sont expression, l’un des plus grands piocheurs de son siècle. Levé tous les jours à cinq heures du matin, il remplissait ses exercices religieux, et se mettait ensuite au travail, qu’il ne quittait que le soir, et il a mené cette vie presque jusqu’à son dernier jour. D’une grande éru dition, il a publié plus de cent volumes sur les sujets scientifiques les plus divers, sans compter les 21 volumes du Cosmos et les 58 volumes des Mondes.
- L’abbé MoigDO avait une mémoire étonnante et prodigieuse ; il avait appris comme en se jouant la plupart des langues usuelles, anciennes ou modernes. Il s’était inoculé une méthode mnémotechnique assez curieuse, qu’il a publiée dans un de ses volumes intitulé la Mnémotechnie, et à l’aide de laquelle il avait réussi à retenir une foule de données littéraires, historiques ou scientifiques. C’était merveilleux de voir avec quelle facilité et quelle aisance il allait chercher dans sa mémoire les dates les plus obscures ou les documents scientifiques les plus minutieux.
- CHRONIQUE
- Le Canal de Panama. — Dans une des dernières séances de la Société de géographie, M. Ferdinand de Lesseps a pris la parole pour réfuter les bruits qui ont
- couru d’effondrements survenus au canal de Panama, effondrements qui auraient fait abandonner les travaux. Le jour même, le directeur général des travaux, M. Din-gler, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a fait au Conseil d’administration de la Compagnie un compterendu de la situation de l’entreprise : M. de Lesseps a tracé un résumé rapide de cet exposé. « En quittant l’isthme, il y a un mois environ, M. Dingler a laissé sur les lieux seize mille ouvriers, parmi lesquels il y a eu, dans le cours du mois, à peu près quarante-huit décès, ce qui représente environ 3 1/2 pour 100 de mortalité pour l’année entière; dans ce chiffre, on ne compte qu’un seul Européen décédé. A Panama, il a été construit un hôpital, installé sur une colline, en face de l’Océan Pacifique, et dans la meilleure situation : cet hôpital possède trois cents lits ; il a coûté deux millions de francs. Les médecins ne manquent pas. Il y a même un médecin nègre, en qui ses compatriotes ont beaucoup de confiance, et qui guérit surtout les fièvres. Les soins, dans cet hôpital, sont donnés par quarante-cinq Sœurs de Charité. Les travailleurs viennent maintenant en grand nombre d’Haïti et de la Jamaïque. Ce sont d’excellents ouvriers, vigoureux, ayant la poitrine assez forte. Leur salaire est de cinq francs par jour; ils sont payés non point à la journée, mais à la tâche. Ils travaillent nuit et jour, ne demandant qu’à gagner le plus d’argent possible. Comme ils dépensent fort peu, un franc environ, ils s’en retournent dans leur pays au bout de trois ou quatre mois, et d’autres viennent les remplacer. C’est un mouvement perpétuel entre la Jamaïque, Haïti et l’isthme de Panama. Quatorze stations, qui sont autant de petites villes, sont déjà installées le long de la ligne, dont le creusement se poursuit avec activité. On fait six cent mille mètres cubes par mois avec des machines qui commencent seulement à fonctionner. On a des dragues qui enlèvent jusqu’à quatre et cinq mille mètres cubes par jour. Mais ce qu’on retire actuellement n’est rien en comparaison de ce qui se fera plus tard. Il en a été de même pour le canal de Suez, qui a bien réussi, et qui a été construit seulement dans les trois dernières années. Il y a, il est vrai, la montagne à percer, montagne de 45 kilomètres de longueur, et de 93 mètres de hauteur. Les couches sont un mélange de terre et de pierres. Mais tout a été sondé jusqu'au fond, jusqu’à neuf mètres au-dessous du niveau de l’eau, en sorte qu’on connaît parfaitement le terrain auquel on aura affaire. Toutes ces masses de terre et de pierres qu’on doit enlever sur une telle longueur, sont transportées par des wagons dans une vallée, entre deux montagnes où coule le Chagres, cette grande rivière qui a des crues considérables, parfois de quatre mètres en vingt-quatre heures, ce qui pourra, en effet, déranger les travaux. Toutes ces masses de terre et de pierres sont disposées de façon à former entre ces deux montagnes un réservoir immense qui pourra contenir de deux à trois milliards de mètres cubes d’eau. On aura là une force hydraulique considérable pour toutes les industries qui se créeront dans cette partie de l’Amérique. M. Dingler croit pouvoir affirmer que les travaux seront terminés en 1888. »
- Les bains électriques. — M. Ijevsky, d’après un grand nombre d’expériences faites sous la direction du professeur Dresdoff,‘"donne le résultat qu’il a obtenu par les effets physiologiques et thérapeutiques des bains électriques. Les essais ont surtout porté sur un certain nombre de maladies du système nerveux. Voici les principales conclusions de son travail, d’après, The Practitioner, de Londres: Le patient, placé dans
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- LA NATURE.
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- un bain à 27° Réamnur et dans lequel passe un courant assez fort, éprouve une sensation assez agréable sur toute la surface du corps. Si l’on augmente la force du courant, on produit de la rigidité musculaire, et même des contractions (spécialement dans les membres qui sont placés près des pôles de la pile). Ces contractions ne s’accompagnent pas de douleurs, à moins que le courant ne soit trop fort. Après un bain qui a duré environ de cinq à dix minutes, le pouls diminue de fréquence, la respiration devient plus régulière, plus calme et plus profonde. La sensibilité cutanée essayée au moyen de l’es-thésiomètre de AVeber ainsi que la sensibilité électromusculaire sont augmentées. La force musculaire essayée avec le dynamomètre (immédiatement après le bain) décroît d’abord, puis augmente ensuite progressivement. Le poids du corps devient plus considérable : tels furent les effets physiologiques. Les effets thérapeutiques furent expérimentés sur des malades atteints soit de maladies nerveuses dues à l’anémie ou à une dénutrition générale, soit d’affections rhumatismales, soit enfin de maladies d’origine saturnine. Sous l’influence du traitement par les bains électriques, l’appétit et les forces des malades se modifièrent d’une façon favorable, et les paroxysmes nerveux, survenant périodiquement, diminuèrent de force et de durée. Dans les cas de rhumatismes, la douleur et la sensibilité diminuèrent. Le tremblement résultant de l’épuisement musculaire diminua graduellement, quoique très lentement. Les désordres nerveux sous l’influence du saturnisme, qui sont lentement soulagés par le traitement ordinaire, disparaissent rapidement, et bientôt la guérison s’établit d'une façon permanente.
- La population de l’Alsace-Lorraine. — La
- population de l’Alsace-Lorraine s’élève, actuellement à 1 545 000 habitants, dont 1 420 000 Alsaciens-Lorrains 90 000 Allemands et 35 000 étrangers. Les étrangers comprennent 15 000 Français, 8000 Suisses, 7000 Luxembourgeois, etc. Sur les 90 000 Allemands, on compte 40 000 Prussiens, 15 000 Bavarois, 7000 Wurtember-geois, 6000 Badois, 2000 Saxons. L’armée n’est pas comprise dans ce recensement; son effectif est de 39 000 hommes, dont 12 000 Alsaciens-Lorrains. La population de Strasbourg approche de 100 000 habitants, non compris la garnison ; sur ce nombre 23 000 sont Allemands ; a Metz sur 53*000 habitants il y a 15 000 Allemands. Au point de vue des cultes, la population totale de l’Alsace-Lorraine se divise de la façon suivante : catholiques 1 218 000; prolestants, 306 000; israélites, 40 000. Depuis 1875, le nombre des Alsaciens-Lorrains a diminué de 9000.
- La prospérité des classes laborieuses en Australie. — Un exemple qui montre bien le degré do prospérité auquel sont arrivées les classes laborieuses en Australie, nous est fourni dans les derniers rapports publiés par la « Savings’Bank » de Sydney. On y voit que les caisses de cette banque renferment des sommes s’élevant au chiffre considérable de 45 millions de francs appartenant à 33 412 déposants habitant la ville et à 8862 personnes habitant les provinces. La Banque de Dépôt du gouvernement a reçu 28 millions dont le dépôt a été effectué par 58 853 personnes. Cela fait un total de 73 millions déposés par 81 ï'il personnes sur une population de 800 000 habitants. Ces chiffres, comparés à ceux qui représentent la population, sont beaucoup plus élevés que ne le donnerait une semblable comparaison faite en Europe ou aux États-Unis. 11 faut en outre faire remar-
- quer que des sommes énormes ont dû être consacrées la création de propriétés immobilières.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juillet 1884.— Présidence de'Si. Rolland.
- Election. — La mort de Lawrence Smith ayant laissé vacante une place de correspondant dans la section de minéralogie, M. James Hall est appelé à la remplir par 23 suffrages sur 29 votants.
- Composition des farines. — Comme conclusion de nombreuses analyses, M. Balland pose en fait que la proportion d’eau contenue dans les divers produits des moutures, par cylindres ou par meules, est sen«iblement la même. 11 ajoute qu’il existe une relation constante entre l’état hygrométrique de l’air et le degré d’humidité d’une farine : les farines renferment généralement 1 à 2 pour 100 de plus en hiver qu’en été. La moyenne de l’eau dans les farines premières du commerce est de 14 pour 100; le maximum est de 16 pour 100 et le minimum de 11,10.
- Physique solaire. — M. Tacchini adresse un tableau résumant ses observations des protubérances solaires pendant l’année 1885. 11 en tire cette remarque intéressante que le nombre des protubérances n’est pas suffisant pour caractériser l’époque du maximum d’activité solaire; mais que L’on doit aussi tenir compte de la distribution, à peu près comme on le fait en météorologie pour la pluie. ^
- Gisement de scâpêtre. — D’après M. Sacc, il existe à l’est de Cochahamba,en Bolivie,, près du village d’Arané, un immense dépôt salin qui traité par l’eau bouillante donne par simple refroidissement une abondante cristallisation de nitrate de potasse. Le salpêtre représente plus de 60 pour 100 de la matière brute et sa formation tiendrait à l’oxydation de sels ammoniacaux de la terre arable en présence de la potasse et de la soude qu’y apporte la décomposition lente des schistes ardoisiers du sous-sol. Tout le monde sentira l’importance industrielle de ce gisement qui, selon l’expression de M. Sacc, peut fournir de salpêtre le monde entier.
- Action physiologique du café. — Si l’on en croit MM. Couty, Guimaraes et Niobey, le café est un aliment complexe qui agit surtout par les modifications intermédiaires imprimées aux phénomènes de nutrition et de fonctionnement général. 11 rend l’organisme capable de consommer et de détruire en plus grande proportion les éléments azotés et par suite il doit être considéré' comme un fournisseur indirect de travail, utile à tous ceux qui ont besoin de beaucoup de forces disponibles.
- Varia. — M. Tresca présente un mémoire de M. Lemstrôm sur quelques résultats de l’expédition polaire finlandaise de 1883-1884. Il s’agit surtout de l’étude des phénomènes électriques de l’atmosphère et en particulier de l’aurore boréale.* — La perception des différences successives de l’éclairage, occupe M. Charpentier. — Une nouvelle méthode de purification de l’alcool inéthylique est proposée par M. Régnault et Villejean. — M. Tacchini a observé le 4 juillet, à Rome, une auréole rouge autour de la lune.
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- LA NATURE.
- Séance du 21 juillet 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Autographes. — En étudiant la nombreuse collection de papiers provenant d’Ampère cpie possède l’Academie, M. Joubert y a trouvé deux Mémoires d’Augustin Fresnel. Ce sont des réflexions inspirées par les idées d’Ampère sur la nature des aimants. Le premier est intitulé : Comparaison de la supposition des courants autour d'un axe avec celle des courants autour des molécules; l’autre s’appelle Hypothèse des courants particuliers. Ils figureront tous les deux dans le prochain Compte rendu.
- de chlorure de baryum, MM. Rousseau et Saglier les transforment en manganites parfaitement cristallisés. — M. de Jonquières offre à l’Académie le fac-similé de la dernière lettre deLapeyrouse. —L’influence delà lumière sur la respiration des tissus sans chlorophylle occupe MM. Bonnier et Mangin. — Une nouvelle pile est présentée par MM. Tommasi et Radiguet. — C’est avec peine qu’on acceptera une nouvelle théorie de la grêle préparée par M. Luvini d’après qui le tonnerre aurait la propriété de faire congeler l’eau immédiatement.
- Stanislas Meunier.
- La mer Saharienne. — Dans une note extrêmement courte, M. Cosson renouvelle ses objections contre la mer de Roudaire. M. de Lesseps rappelle que la Société n’a pas demandé au gouvernement la concession de millions d’hectares autour de la future mer, mais seulement l’autorisation de construire, à ses risques et périls, un port marchand, avec le droit de faire arriver la mer dans les Chotts quand elle le jugera opportun. M. de Lesseps ajoute qu’il a causé le [matin même de ce projet avec le président du Conseil.
- L'hydrogène liquide.—
- M. Olzewsky en plaçant l’azote liquéfié dans le vide, arrive à produire une température de 215 degrés au-dessous de zéro. Dans ces conditions, l'hydrogène se liquéfie et contrairement aux suppositions fondées sur ses allures métalliques, loin de ressembler au mercure, il a les allures mobiles et transparentes des carbures.
- C’est là un résultat du plus vif intérêt.
- Origine du phosphore de la houille. — En dosant le phosphore dans diverses variétés de houille,
- M. Carnot a été frappé de la proportion exceptionnelle que renferment les Cannel Coal. Un échantillon de Commentry donné par M. Fayol a fourni k de phosphore pour 10 000. Ce combustible étant, comme l’a reconnu M. Renault, formé en très grande partie par des spores et des grains de pollen, M. Carnot a recherché le phosphore dans les spores et dans le pollen des végétaux actuels. Le résultat est que ces organes sont en effet très riches en phosphore.
- Circulation des Insectes. — 11 résulte des patientes recherches de M. Kunckel, aide-naturaliste au Muséum, que le mouvement du coeur des insectes subit un arrêt pendant la période où il y a changement dans les tissus. Le mouvement reprend quand le coeur nouveau est constitué.
- Histoire chimique du chrome. — En chauffant le chlorure de chrome et un chlorure métallique, pendant quelques heures dans un tube scellé en présence d’un excès d’acide chlorhydrique concentré, M. Godefroy obtient la combinaison cristallisée des deux sels d’où il est parti. Cette méthode promet de fournir des résultats intéressants.
- Varia. — En fondant les manganates dans un excès
- LÀ SCIENCE PRATIQUE
- ENCRIER SPÉCIAL TOUR l’eNCRE DE CHINE
- L’Institut de Vienne travaille depuis plusieurs années, à une œuvre considérable ; il s’agit
- de l’exécution d’une carte au 1/75 000 de la monarchie austro-hongroise. Les feuilles de cette carte sont reproduites par les procédés de l'héliogravu re,d’après des minutes au 1 /60 000 dessinées à la p J unie par les officiers attachés à l’Institut.
- Chaque minute exige environ un an pour son complet achèvement ; afin d’éviter que la teinte de l’encre ne varie d’un bout à l’autre du travail, l’Institut emploie des encriers de forme spéciale dans lesquels l’encre une fois laite se conserve longtemps sans altération.
- L’encrier dont il s’agit, représenté ci-dessus en vraie grandeur, consiste en un petit vase de verre soufflé muni d’une tubulure latérale, et dont le goulot est fermé par une membrane de caoutchouc ficelée sur une gorge.
- L’encrier étant rempli il suffit de presser sur la membrane du caoutchouc pour faire monter l’encre dans le petit entonnoir, où l’on peut alors tremper la plume. Lorsqu’on cesse de presser sur la membrane l’encre redescend; on voit qu’ainsi elle ne peut se dessécher ni être salie par la poussière.
- Chaque encrier est contenu dans une boîte ronde en buis, garnie intérieurement de coton, avec une échancrure pour laisser passer le tube à entonnoir.
- Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lnliure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Eiurier pour l'encre de Chine en usage à l’Institut militaire géographique de Vienne.
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- N' 585. — 2 AOUT 1 884.
- LA NATURE.
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- LES DIAMANTS DE LA COURONNE
- DE FRANCE
- D’après une récente loi du Parlement, une grande partie des joyaux de la Couronne de France est des-
- tinée à être vendue. L’exhibition de ces richesses <|ue depuis deux mois le public peut voir au complet à l'Exposition nationale des arts industriels organisée dans la Salle des Etals, au palais du Louvre, excite vivement l'intérêt et la curiosité des visiteui's. II y a là, amoncelés dans
- une grande vitrine octogonale, des trésors incomparables, dont la valeur dépasse un nombre considérable de millions. D’après l’inventaire de 1818, les 52 000 pierres précieuses de la Couronne de France étaient estimées à plus de 20 millions de francs, mais depuis celte époque, les pierreries ont augmenté de nombre, et l’argent a singulièrement 12® année. — 2° semestre.
- diminué de valeur de telle sorte que le total serait aujourd’hui beaucoup plus élevé.
- Pour exposer publiquement des trésors si précieux, il fallait sc mettre à l’abri des voleurs et de l’incendie, et c’est ce qui a été réalisé d’une façon très sure et très ingénieuse. La collection des joyaux de la Couronne est répartie sur les huit faces d’un cône
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- LÀ NATURE.
- tronqué octogonal, supporté par un châssis charpente (le 1 mètre de hauteur à la partie inférieure. L’étagère est exposée tous les jours de dix heures du matin à six heures du soir, sous une élégante vitrine de même forme surmontée d’une haute statue : La Fortune, en bronze, de Barbcdienne. Un dais recouvre l’ensemble comme le fait voir notre gravure (fig. 1).
- Une équipe de gardiens du Trésor est préposée à la garde des joyaux de la Couronne, et ce sont eux auxquels on a confié le soin de faire fonctionner soir et matin le mécanisme de sûreté que nous allons décrire. L’effet de ce mécanisme a pour but de faire descendre, dans un coffre de sûreté, l’étagère entière avec tous ses joyaux.
- Une manivelle mobile, représentée en A à la droite de notre gravure, met en mouvement un système de roues d’engrenages calées à angle en B et C sur des arbres intermédiaires transmettant le mouvement aux quatre arbres filetés d’entraînement vertical ascensionnel, du châssis-étagère D.Tous ces arbres ont quatre centimètres de diamètre, et les roues dentées au nombre de vingt pour cette seule manœuvre ont 12 centimètres de diamètre.
- La fosse d’abri est formée d’un mur octogonal en briques réfractaires de 50 centimètres d’épaisseur; sa hauteur est de lm,90.
- Une tôle de fer très épaisse est noyée au milieu de ce massif de maçonnerie.
- Le fond de la fosse est isolé du plancher de la salie d'exposition par une première épaisseur de tôle puis, par un remplissage de briques réfractaires à plat et enfin par une deuxième .épaisseur de tôle de fer.
- La fermeture de cette fosse gigantesque s’effectue au moyen d’une énorme plaque de tôle de 3 mètres sur 2m,70 et de 15 centimètres d’épaisseur. !<
- La manivelle mobile qui manœuvre cette’ masse est placée en E; elle actionne un système de roues d'engrenages calées à angle en F, transmettant son mouvement à 2 vis horizontales dissimulées sous le parquet et entraînant la forte plaque de tôle H. Celle-ci est munie de deux séries parallèles de5 galets roulant sur de longues et fortes pièces de bois recouvertes de rails.
- Des avertisseurs électriques sont placés près des carrés de manivelles. Un poste de pompier est organisé en permanence à 4 ou 5 mètres du pavillon d’exposition.
- Une Commission composée de joailliers et de minéralogistes compétents, a été chargée de faire l’expertise des diamants de la Couronne de France et d'indiquer ceux qu’il y avait lieu de distraire de la vente, en raison de leur intérêt scientilique, artisti-
- que ou historique. Les membres de la Commission ont proposé de conserver les objets suivants :
- 1° Lc Régent en raison de sa rareté minéralogique, de la perfection de sa taille, de la limpidité de son eau, de son éclat incomparable et de son volume énorme (environ 8 centimètres cubes) qui en fait encore aujourd’hui le plus gros brillant connu. Nous représentons ci-dessous avec toute l’exactitude que comporte la gravure, cette véritable merveille de la joaillerie (lig. 2).
- 2° L'Epée militaire du sacre de Charles X. La poignée est tout en brillants, montés par Bapst avec un art merveilleux.
- 3° Le Bijou dit Reliquaire, en brillants, du quinzième siècle.
- 11 faut joindre à ces richesses les intéressants objets suivants : La Montre du dey d'Alger, YElé-phant du Danemark, les décorations et les plaques d’ordres étrangers, des couronneltes et des diadèmes de saphir, rubis) perles qui sont un curieux spécimen de l’art français au commencement de notre siècle, un des mazarins légués par le célèbre Cardinal et des lots de pierres de couleur destinées à nos musées nationaux.
- L’exposition des arts industriels, où se trouvent réunis les joyaux de la Couronne, comprend un certain nombre d’autres collections d'un grand intérêt, qu’il y aurait injustice à passer sous silence. Nous signalerons spécialement l’exposition organisée par la Compagnie française des mines de diamant du Cap, où l’on peut se rendre compte de tous les détails de cette exploitation prospère, à l’aide de photographies et de nombreux échantillons. Des bronzes d’art, des objets de joaillerie, d’orfèvrerie et de maroquinerie, des pendules et des montres, des boîtes à musique, les bijoux lumineux électriques de M. Trouvé et de M. Aboi-lard, des collections d’art rétrospectif, ont spécialement attiré l’attention du public.
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- LES POSTES ET TÉLÉGRAPHES
- EX FRANCE
- Des modifications importantes ont été apportées en France dans les services des Postes et des Télégraphes ; la réunion de ces services a été réalisée depuis le commencement de 1878 et la réduction des taxes postales et télégraphiques date du 1er mai de cette même année. M. Co-chery, ministre des Postes et des Télégraphes, vient d’adresser à M. le Président de la République un long Rapport qui exposé l’ensemble des mesures adoptées, des réformes accomplies et des résultats obtenus. INous avons sous les yeux ce grand travail qui forme un volume in-folio de 2(.!4 pages ; nous ne saurions en publier ici une analyse complète ; mais nous empruntons à ses différents chapi-
- Fig. 2. — Le Régent représenté en vraie grandeur.
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- très quelques chiffres curieux qui montrent le développement considérable du service des Postes et des Télégraphes.
- Le Personnel. — Le nombre total des facteurs était en 1877 de 24 CIO, et de 30 096 au 31 décembre 1883. Le nombre des services des bureaux ambulants quotidiens s’élevait en 1883 à 82, le parcours quotidien a été de -48 400 kilomètres.
- Transport des dépêches. — Un des services les plus intéressants est celui de la malle de l’Inde. Par suite d’un arrangement récent avec l’Angleterre, le transit intégral de la malle de l’Inde se fait par nos lignes. Les correspondances d’un poids annuel de 855 700 kilogrammes transitent aujourd’hui par Calais et traversent la France.
- Les Services maritimes. — L’ensemble de nos grandes lignes maritimes de paquebots-poste, comporte annuellement 1 129 282 lieues marines. Le nombre des paquebots est de 103, représentant une force motrice de 41 510 chevaux-vapeur, un tonnage brut de 214 486 tonnes et un tonnage net de 157 562 tonnes.
- Réseau télégraphique et appareils. — Depuis le 1er janvier 1878 jusqu’au 1er janvier 1884, il a été mis en service 509 nouveaux fils comprenant 14 conducteurs internationaux, 28 conducteurs de grande communication reliant des centres principaux; 119 conducteurs de moyenne communication dont 51 aboutissent à Paris, 158 fils interdépartementaux ou auxiliaires; 190conducteurs départementaux.
- La longueur totale de nos lignes qui était de 55 500 kilomètres en 1877, s’est élevée au chiffre de 75 000 kilomètres au 51 décembre 1885, soit une augmentation de 5 pour 100.
- Le réseau municipal de la ville de Paris a une importance particulière; son développement total dépasse aujourd’hui 975 kilomètres de fils.
- Téléphonie.— L’Administration conserve, comme on le sait, un contrôle absolu sur la Société générale des Téléphones dont le service se trouve ainsi compris dans le département des Postes et des Télégraphes. Cette Société a établi des réseaux dans plusieurs grandes villes de province. Le nombre des abonnés desservis au 31 mars 1884 est à Paris de 3227 et dans les autres villes de 1852 soit en tout 5079.
- Bureaux de poste et de télégraphe. — Le nombre des bureaux de poste qui était en 1877 de 5570 s’élevait au 1er janvier 1884 à 6486. Le nombre des bureaux télégraphiques qui était en 1877 de 4541 s’élevait au 1er janvier 1884 à 7523.
- Le nombre des boîtes aux lettres a été porté de 49163 à 55 240 en six ans. 11 y a aujourd’hui 5814 habitants par bureau de poste et 5140 par bureau télégraphique.
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- LES LOTERIES
- ET LE CALCUL DES PROBABILITES
- Une grande loterie a été tirée récemment; nous avons vu tant de personnes, riches et pauvres, attendre avec impatience le résultat du tirage, consulter avec avidité et non sans une certaine émotion, la liste des numéros gagnants, qu’il nous a paru intéressant de considérer la question à un point de vue que nous appellerons scientifique, puisqu’il est basé sur le calcul des probabilités.
- Ces grandes loteries, il faut le dire, sont à l’égard
- du public ou plutôt de ceux qui prennent des billets, de grandes duperies.
- Le nombre des billets émis est si considérable, et celui des numéros gagnants si minime en proportion, que la chance du gain se réduit à une fraction infime. Telle loterie ne compte pas moins de deux millions de billets; avec un billet, vous avez donc 1/2 000 000e de chance de gagner le gros lot.
- J’ai vu l’autre jour un ouvrier, père de famille, laborieux, intelligent, économe, qui sait mettre les sous de côté, sachant que les petits ruisseaux font les rivières. 11 m’a dit : — Monsieur, j’ai pris vingt billets à la loterie, cette fois j’espère bien gagner.— Cette phrase m’a navré. Voilà, me disais-je, un homme honnête, travailleur et rangé, qui, dans la vie habituelle, ne dépense pas cinquante centimes inutilement, et qui a sacrifié vin^t francs, trois jours de travail ! dans la folle espérance d’un gain imaginaire. Tout à l’heure avec un billet, nous avions 1/2 000 000e de chance de gagner; avec vingt billets nous aurons 1 /100 000e de chance, c’est-à-dire encore cent mille chances contre une de ne pas gagner. Aussi nous ne gagnons pas.
- Je disais à mon ouvrier : — Mais, mon ami, vous jetteriez votre argent dans la Seine que vous feriez un placement à peu près semblable à celui de la loterie; songez-y bien! 100 000 probabilités contre une. Joueriez-vous 20 francs avec moi, à pile ou face ou à l’écarté? — Oh! non, monsieur, je ne suis pas joueur. — Eh bien ! vous seriez moins fou en acceptant cette partie puisqu’au moins, vous joueriez à chance égale.
- On fera remarquer que les loteries comptent avec le gros lot, un certain nombre d’autres lots de valeur moindre, de 10000 francs, de 5000 francs et de 1000 francs. Supposons que, dans une loterie comprenant deux millions de billets, il y ait 200 lots à 1000 francs; avec nos 20 billets nous jouons encore une singulière partie, ayant 10000 chances contre nous, puisqu’il n’y a qu'un numéro gagnant sur 10000 billets.
- En outre, il faut bien noter que celui qui dans ces conditions gagne 1000 francs avec un billet de 1 franc, ne gagne que mille fois sa mise tandis qu’il avait dix mille chances contre lui.
- A la roulette, il n’en est pas ainsi; si je place un franc sur un numéro, je joue à 38 chances contre une, en comprenant le zéro et le double zéro; mais quand je gagne, je reçois 36 fois ma mise. Il y a là compensation à deux unités près.
- On excuse la loterie parce que le bénéfice qui s’y réalise est en partie consacré à des œuvres charitables et utiles ; mais à côté de l’œuvre de bienfaisance, il y a les directeurs, les administrateurs de la loterie, qui profitent de l’argent gagné par le jeu, par un jeu joué à coup sûr poùr ceux-là.
- Au nom du calcul des probabilités, ne prenez jamais des billets de loterie. Gaston Tissandier.
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- Fig. 1. — Lampe électrique d’appartement avec guéridon contenant la pile de charge au sulfate de cuivre et les accumulateurs.
- Quand la lampe est posée sur le guéridon, elle se trouve en relation avec une colonne d’ébonite que l’on voit sur la figure, et qui renferme quatre accumulateurs. Le commutateur-clef, dont nous venons de parler, met en communication ces quatre accumulateurs, avec les quatre éléments du pie l de la lampe, de telle sorte qu’ils soient toujours montés en tension par quatre ; chaque clément de la lampe se trouve doublé, et dans ces conditions la durée de l'éclairage est de six hèures.
- Le compartiment inférieur du guéridon dissimule la batterie d’alimentation, le générateur d’électricité. Ce coffre inférieur mesure O111,40 de côte et 0U,,25 de hauteur. Il contient 16 éléments au sulfate de cuivre qui chargent les accumulateurs.
- On voit que le guéridon électrique est une heureuse disposition, réalisée sous une forme très avan-
- combustion, est remplacée par une petite lampe à incandescence de 8 bougies. La lampe renferme dans son pied un accumulateur disposé dans une boîte d’ébonite à quatre compartiments formant quatre éléments montés en tension. L’une des clefs sert d’interrupteur pour allumer ou éteindre la lampe; l’autre clef, placée à côté, sert de commutateur, et nous allons indiquer son usage.
- La lampe telle que nous venons de la décrire, peut être transportée comme une lampe ordinaire; c’est une lumière électrique portative. Mais les accumulateurs qu’elle renferme sont nécessairement de petit format, et ne sauraient alimenter la lampe à incandescence pendant un espace de temps suflisant.
- Fig. t. — Lanterne électrique de voiture, avec la boîte d’accumulateurs, pouvant se placer sous le siège du cocher.
- tageusc. Nous avons la persuasion qu’il sera bien accueilli des amateurs électriciens.
- La figure 2 représente une lanterne électrique de voiture; cette lanterne est intérieurement garnie d’un métal blanc poli formant réflecteur, la lampe à incandescence de 12 bougies, donne un puissant éclairage. Cette lampe fonctionne au moyen de trois accumulateurs, contenus dans une boîte qui n’a pas plus de 0:n,25 de hauteur, qui ne pèse que 10 kilogrammes et qui peut facilement se placer sous le siège du cocher. Quand la voiture est remisée, les accumulateurs se mettent en charge à l’aide de piles au sulfate de cuivre.
- Nous avons réuni dans la figure 5 quelques autres charmants appareils d’éclairage, qui fonctionnent toujours au moyen d’accumulateurs plus ou moins petits. C’est d’abord un cartel porte-montre (n° 1)
- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE
- APPAREILS d’ÉCLAIRAGE AVEC ACCUMULATEURS ET PILES AU SULFATE DE CUIVRE.
- Un de nos habiles constructeurs, M. Aboilard, nous a montré récemment les différents appareils d’électricité domestique qu’il construit; ces appareils, que nous avons expérimentés, nous ont paru très ingénieux, très élégants, et nous les signalerons aujourd’hui à nos lecteurs.
- Voici d’abord un petit guéridon avec lampe électrique (fig. 1) qui est fort bien combiné. La lampe a la forme d’une Carcel ordinaire, mais la mèche en
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- très précieux pour la nuit. Il mesure 0m,09 de hauteur 0m,06 de largeur et 0m. 19 de longueur. Il renferme deux petits accumulateurs montés en tension qui actionnent une lampe à incandescence minuscule de 0m,004 de diamètre, placée au bas de la montre dans une coquille formant réflecteur. Vous vous réveillez la nuit, et vous voulez savoir l'heure. Vous touchez le bouton-commutateur fixé au cartel, la î brille et jette la lumière sur le cadran de votre montre. Non seulement vous voyez l’heure, mais votre chambre tout entière se trouve éclairée. Voici une sacoche portative de voyage (n° 2) que l’on j porte en bandoulière, elle renferme deux accumulateurs et pèse I kilogramme. Elle fait fonctionner
- Fig. o. — Porte-montre à lumière (il0 1). — Sacoche pour l’éclairage tle voyage (n“ 2). — Autre lampe de voyage (n° 5).
- jaillit la lumière. La petite lampe à incandescence qui illumine ces bijoux, a seulement 4 millimètres de diamètre. La pile de poche qui les fait fonctionner a la forme d’un portefeuille de 0m,08 de hauteur de 0‘u,02 d’épaisseur, pesant 500 grammes; elle est formée de deux accumulateurs en tension, qui permettent d’éclairer les bijoux par intermittence; ces petits appareils sont trop délicats pour fonctionner longtemps de suite, mais la lumière qu’ils produisent est très belle et très intense. Le petit interrupteur placé dans le circuit se compose d’une bague en ébonite ayant au centre une sphère métallique vissée sur un axe. En faisant tourner la sphère sur la vis, on la déplace d’un côté ou de l’autre, et on établit ou on suspend le contact qui fait passer ou interrompt le courant. Ce petit système est représenté au bas de notre figure 4. Il est d’un
- une petite lanterne électrique de 3 bougies que l’on pond à la boutonnière de son habit.Voici (u°3), une autre sacoche à accumulateur de plus grandes dimensions.
- Nous terminerons l’énumération des appareils de M. Aboilard, en parlant des ravissants bijoux électriques qu’il construit. Notre gravure (fig. 4) les représente en vraie grandeur, et montre comme ils sont délicatement construits. A droite et à gauche du dessin, on a figuré deux épingles de cravate pour hommes ; l’une a la forme d’une petite lanterne, et ! l’autre représente une fleur épanouie, formant réflecteur. Au milieu, on aperçoit deux jolis bijoux de dames : un oiseau et un diadème au milieu desquels
- Fig. 4. — Bijoux lumineux électriques représentés eu vraie grandeur avec leur interrupteur sphérique.
- maniement très commode et peut fonctionner dans la poche.
- Nous devons faire remarquer que l’emploi de ces différents appareils, nécessite du soin de la part des opérateurs. 11 faut veiller au fonctionnement des piles au sulfate de cuivre, et tenir en bon état les accumulateurs, dont le pôle po-itif est souvent rongé par l’action de l’acide. On pourra répondre à cela qu’une lampe Carcel ne marche pas toute seule, et que l’opération de couper la mèche, et de remplir d’huile le réservoir, n’est pas aussi sans offrir quelques désagréments. D’ailleurs quand la lampe électrique brille, on est dédommagé de ses peines. Un poète a déjà dit bien avant nous, que sans un peu de travail il n’est pas de plaisir.
- Gaston Tissandier.
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- UN PROJET DE RADE POUR LE HAVRE
- Le port actuel du Havre est absolument insuffisant pour répondre aux besoins toujours grandissants du commerce. Son entrée trop étroite, pas assez profonde, ne permet pas aux steamers d’entrer, de sortir et d’évoluer avec la rapidité indispensable à notre époque. Aussi peu à peu abandonnent-ils notre port et vont-ils charger et décharger à Anvers et ailleurs. Lin grand nombre de bons esprits soucieux de l’avenir du port du Havre et des intérêts nationaux, se sont attachés à trouver le moyen de l’agrandir non pas en creusant de nouveaux bassins, ruineux pour le budget et inutilisables en vingt ans, mais en installant une véritable rade à leur entrée.
- Dans les cartes du service hydrographique, on voit, sous le nom de Petite Rade, un vaste espace de mer, large de près de deux kilomètres et long de 3 à 4, borné d’un côté par les hauteurs de la Hève et de Sainte-Adresse, de l’autre par la ligne rocheuse de l’Éclat et des Hauts de la Rade (fig.
- 1). Cette Petite Rade, qui n’en a que le nom , pour en devenir une ~ véritable aurait besoin d’être protégée contre les grandes lames du large. L’abriter, la fermer le plus rapidement et le meilleur marché possible : Voilà le problème.
- En 1838, Charles de Massas présenta un projet, le premier en date, qui consistait à construire sur le banc de l’Éclat une digue en forme de demi-lune et un brise-lames au cap de la Hève. De plus sur les parties émergeantes de l’Éclat et des Hauts de la Rade il proposait d’installer deux forts.
- C’est une question fort importante et qui paraît complètement abandonnée que celle de la défense du port du Havre. Depuis qu’en 1808 l’ingénieur Degaulle conseilla d'élever un fort sur l’Éclat, l’on a périodiquement émis des vœux et dessiné des projets. Les vœux sont oubliés, les dessins sont dans les cartons des Ministères, et si demain la France avait une guerre avec une puissance maritime,
- notre grand port du Nord pourrait être détruit et incendié par la moindre escadrille.
- Quelques années après le projet de Massas, deux officiers, Deloffre et Rlève et un ingénieur, Renaud, reçurent la mission de chercher les moyens de fermer une partie de la baie de Seine. Ils conseillèrent d’élever deux digues, l'une sur l’Eclat dans l’axe même de cet écueil, l’autre à la Hève. Entre ces deux digues en maçonnerie était placé un brise-lames flottant. Leur projetsoumis en 1845 à l’amiral de Hell reçut de ce dernier un accueil favorable ; cet, amiral applaudit surtout à l’essai de brise-lames flottant « dont il est beaucoup parlé en Angleterre sans que pourtant les effets qu’ils doivent produire soient bien connus. » Le projet de Deloffre, Rlève et Renaud, comprenait deux loris, l’un au nord, l’autre au sud
- de la Rade.
- Pendant longtemps l’on n’en parla plus. Ce n’est que dans ces dernières années, le péril devenant imminent pour Le Havre, menacé d’être abandonné même par les transatlantiques français1, que la question a été remise à l’ordre du jour.
- Un négociant, M. Rcrt, veut protéger la Petite Rade au moyen de deux rochers artificiels longs de 1000 et de 1600 mètres, élevés l’un sur l’Éclat, l’autre sur les Hauts de la Rade. Un construirait ces écueils en coulant d’abord à pierre perdue des quartiers déroché ; aussitôt au-dessus du niveau de l’eau, on se contenterait de terre et de brique. Il faudrait, croyons-nous, une bien grande rapidité d’exécution pour arriver à terminer cette œuvre avant l’arrivée des ouragans qui ne manqueraient pas de détruire tous ces fondements et de balayer tous ces blocs que rien ne retiendrait entre eux.
- Après chaque tempête ce serait à recommencer.
- 1 Le gonvernement qui oblige la Compagnie des Transatlantiques à avoir des vaisseaux immenses pour les exigences de son service postal, devrait, ce semble, lui fournir de quoi les abriter. Il faut deux vapeurs pour faire sortir La Normandie (14U mètres de long); Ton n’est pas toujours certain de la voir rentrer sans qu’elle choque dans le musoir. Et le cahier des charges oblige la Compagnie à avoir sur chantier des bateaux de 150 mètres de longl
- Petite Rade
- Banc de ( Eclat;
- r. ftyetcfodùjuestU Deir/fres Blèoe*
- Banc d'Amfard
- Projet de- brises lame# fYoHcmty
- F Brifeslamc* flottant dc/DeZoffre^
- Blèofet' RcncuicL.
- • M Dùpi& dc/laHèoei proposée-pi
- Atassas,DeIer/frefBlèot'et’iténauds.
- Banc deTrouville
- Banco
- Fig. 1. — Carte des projets de rade pour Le Havre.
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- M. Yial a proposé lui aussi un enrochement d’une longueur de 2000 mètres formant une digue haute et large de 10 mètres dont la plate-forme serait au niveau des plus hautes marées.
- Vient ensuite le projet plus récent de M. Coulon. Étant donné que ce sont les apports de l’Océan et non ceux de la Seine qui envasent l’estuaire, M. Coulon conseille de construire une digue longue de 2000 mètres environ partant de la jetée du Havre et aboutissant à l’extrémité sud-est des bancs des Hauts de la Rade, plus une seconde digue en retours vers le nord-ouest de 500 à 1000 mètres. Ces deux digues serviraient de brise-lames arrêtant les détritus venant du nord. On en élèverait une troisième et très longue (elle n’aurait pas moins de 8 kilomètres) de Ilon(]eur au banc du Ratier. Cette dernière rétrécissant la baie, contribuerait à augmenter la force du courant, qui rejetant à l’Océan ses vases et ses galets nous ramènerait aux profondeurs de 15 et 20 mètres indiquées dans la carte de Beau-temps-Beaupré.
- Cette année encore deux projets ont vu le jour : ce sont par ordre d’apparition celui de M. Thuillard-
- Fig. 2. — Brise-lames llottant (système Lewis).
- Froidcville et celui de M. Hersent. Quelques mots d’abord du dernier qui se rapproche davantage des projets précédents.
- D’après M. Hersent il faudrait couvrir la Petite Rade par une digue insubmersible, construite sur les bancs rocheux, elle aurait son origine au cap de la Ilève quelle consoliderait et aboutirait en face l’entrée du Port à 1600 mètres au large des jetées; on y pratiquerait cinq passes d’accès. On construirait ensuite une autre digue, partant du rivage et allant à la rencontre de la jetée destinée à couvrir la petite rade. En arrondissant l’angle de rencontre on la continuerait en Seine jusqu’à Berville. Enfin une troisième digue allant d’Honfleur à Berville achèverait ce système.
- Le projet de M. Hersent, l’un des plus remarquables qui aient été proposés, n’a qu’un tort : il nécessite douze ans de travaux et 158 millions.
- M. Thuillard-Froideville1, renonçant complètement aux digues en maçonnerie comme trop coûteuses et trop longues à établir, propose de fermer la rade du Havre au moyen de brise-lames flottants.
- Nous avons déjà vu qu’en 1845 on en avait proposé l’emploi entre la Hève et l’Eclat. Le projet
- 1 La Rade du Havre, par Thuillard-Froideville. —Paris, 1884.
- ayant été abandonné les modèles de ces brise-lames sont rares.
- Dans les Constructions à la mer de Bouniceau on trouve une figure bizarre, sorte de charpente à claire-voie, lourde de forme, ancrée d’une façon singulière, et surmontée de chambres pour gardiens, de sémaphores, de postes pour naufragés, etc. C’est bien le type le plus compliqué et le plus impraticable qui se puisse imaginer.
- Le modèle de M. Lewis, exposé l'an dernier dans
- /Niveau delamer
- Fig. 3. — Brise-lames flottant (système Froideville).
- Coupe transversale.— fff, flotteurs.—ppp..., poutres longitudinales formant les angles du brise-lames.
- International fisheries exhibition, est au contraire des plus simples. Qu’on suppose une forte pièce de bois dont la section serait à peu près taillée en équerre. L’angle le plus aigu de l’équerre dirigé vers la pleine mer est destiné à couper les lames et à les faire déferler (fig. 2). Si par une grâce du ciel toute spéciale ce brise-lames qui présente au choc et à la
- Fig. 4. — Brise-lames (système Froideville). Mode de réunion des pièces.
- pression des vagues des surfaces absolument planes n’est pas émietté à la première tempête il s’acquittera certainement du rôle auquel le destine l’inventeur.
- Lorsqu’on a un système de résistance à la mer ancré et dirigé suivant une direction donnée, ne pouvant par conséquent pas tourner autour de son ancre, comme le font les vaisseaux, il faut soigneusement éviter de lui donner des surfaces pleines.
- Le brise-lames de M. Froideville se compose d’une charpente longue de 25 mètres, haute et large de 9. Cette charpente affecte la forme d’un prisme irrégulier à 5 pans (fig. 3). Le plus petit côté du prisme est destiné à servir de quille plate. L’axe est formé par un flotteur métallique à cloisons étanches, d’où partent des rayons constituant comme le squelette de la charpente, et destinés à réunir le centre à cinq
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- longues poutres en sapin qui figurent les angles du prisme. Sur ces poutres viennent s’appliquer les traverses qui forment parois à claire-voie. Cinq longues pièces de bois parallèles aux cinq poutres angulaires mais plus faibles quelles, protègent les traverses et les garantissent contre toute rupture en leur milieu. Tous les angles du brise-lames et tous les points de jonction des pièces entre elles sont garnis d’armatures de fer. C’est pour eontrc-balancer le poids de toutes ces armatures que l’on a installé le flotteur central. Parallèlement à ce premier il y en a deux autres, plus petits, destinés à atténuer autant que possible les effets du roulis. Réduit à un seul flotteur, le brise-lames pourrait se coucher trop longtemps sous la vague ; grâce aux deux autres il se redresse, se cambre et présente toujours au flot Icperon de son toit aigu.
- Pour éviter que les brise-lames s’entrechoquent entre eux on les a réunis bout à bout au moyen d’un système fort simple et très ingénieux. De chacun d’eux part une barre de fer profondément encastrée qui aboutit à un tourillon aux trois quarts permettant les oscillations du brise-lames. Entre les deux tourillons est situé une espèce d’émerillon dont les pièces, jouant les unes sur les autres, laissent aux brise-lames leur élasticité et leur indépendance, les tenant cependant toujours à distance les uns des autres (fig. 4). De chaque côté de l’émerillon partent encore les deux branches d’une pièce de fer demi-circulaire, à laquelle s’attache la chaîne d’amarrage. Cette dernière est en acier et sans soudures. Sa construction parfaite permet de ne plus redouter les ruptures. Au bout de la chaîne se trouve une ancre à deux dents mordant ensemble le fond.
- M. Froideville propose d’installer sur une longueur de 7 kilomètres 1/2 environ, deux lignes de ces brise-lames partant au Nord du cap de la llève, le protégeant et enfermant des profondeurs de 10 et 15 mètres, les plus belles que l’on trouve dans la petite rade, passant devant l’Éclat et les Hauts et venant aboutir en face de l’entrée du port actuel.
- Le premier rang est destiné à faire déferler la lame. Le second rang devra lui prêter son concours lors des grandes tempêtes et aura pour fonction d'arrêter la houle échappée au premier.
- L’extrême simplicité de ce projet a permis à son promoteur d’affirmer qu’en quelques mois et avec neuf millions il pourrait enfermer la rade du Havre.
- La Petite Rade étant donc désormais abritée deviendra par le gros temps un excellent port de refuge. En outre un système de chalands à vapeur, ou mieux quelques appontements reliés à la côte et formant quai permettront aux vaisseaux d’effectuer leurs chargements avec une grande rapidité.
- Le projet de M. froideville présente cet autre avantage de rendre plus aisée et plus rapide la mise en défense du port du Havre. Un certain nombre de batteries flottantes, ancrées derrière les brise-lames, protégeant de leur tir, la marche de torpilleurs formeraient un ensemble de défense formidable.
- N’ayant pas à évoluer, elles pourraient sans danger être revêtues de cuirasses plus épaisses que les cuirasses ordinaires. Pour compléter le système, on pourrait élever sur l’Éclat un fort blindé semblable à celui qui défend l’entrée de Porstmouth.
- Un chroniqueur anglais du quatorzième siècle parlant de son pays le met au-dessus de tous les autres, déclare que les hommes y sont plus beaux, plus blancs, d’un sang plus pur qu’ailleurs, et il le dit « parce que cela est, » Nous ne voudrions pas imiter son naïf raisonnement, et cependant pour défendre le système si original proposé par M. Froidc-ville, nous n’avons que notre conviction, conviction que nous partageons du reste avec un grand nombre de marins et d’ingénieurs. Les mathématiques sont impuissantes à nous prédire avec exactitude la manière dont se comporteront les brise-lames flottants. Reste l’expérience. Qu’on accorde donc au promoteur du projet l’autorisation de couvrir quelques centaines de mètres et si, comme nous le supposons, les brise-lames restent inébranlables au coup du JSord-Ouest, une révolution maritime aura été opérée. Edmond Bayle.
- L’EXPOSITION GÉNÉRALE ITALIENNE
- DE TURIN
- LA GALERIE INDUSTRIELLE. --------- l’eXPOSITION
- DU MINISTÈRE DE LA GUERRE.
- L’importance qu’a prise l’Exposition générale de Turin depuis son ouverture, la place élevée qu’elle a su s’assigner parmi les grands concours ouverts à époques déterminées dans les principales villes du monde, nous ont conseillé de compléter l’étude d’ensemble publiée dans un de nos derniers numéros1.
- Nos lecteurs l’ont vu par le plan général publié, trois corps principaux de bâtiments, dont l’un — la galerie des produits manufacturés et des machines — est de dimensions relativement considérables2, se partagent le jardin du Valentin. A cette galerie principale, dont les deux ailes se relient très heureusement par la vaste salle des concerts, oiï se sont déjà fait entendre les orchestres célèbres de la Scala de Milan et du San-Carlo de Naples, viennent se joindre la galerie des industries extractives et l’exposition des Beaux-Arts, installée dans une élégante rotonde semi-circulaire. L’exposition générale italienne, dans ses parties principales, tient tout entière dans ces trois bâtiments; les installations qui les entourent, qu’elles aient été créées par utilité ou simplement pour l’agrément des visiteurs, ne sauraient toutefois échapper à l’examen : le matériel des voies ferrées, les collections de l’enseignement, l’importante exposition du Ministère de la Marine — celle du Minis-
- 1 Voy. n° 578 du 28 juin 1884, p. 53, et n° 579 du 5 juillet 1884, p. 77.
- 3 Dimensions de la galerie principale, sans ses annexes: 535 mètres de longueur sur 35 mètres île largeur.
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- 1
- — La galerie du Ministère de la guerre. (D’après une \ holographie.)
- L’Exposition générale italienne de Turin.
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- 1ère de la Guerre se trouve dans la galerie principale — le Club alpin, l’exposition de chasse et de pêche, le matériel agricole, l’exposition horticole et ilorale, le village et le château moyen âge forment autant d’accessoires habilement disséminés dans les parcs de verdure. En dehors de l’enceinte même, le ballon captif de Godard balance dans l’espace, aux yeux des visiteurs émerveillés, son ventre énorme.
- Après avoir, dès notre entrée, visité la curieuse exposition de météorologie et de physique terrestre, jeté un coup d'œil sur le temple de Vesta, nous franchissons le seuil de la galerie principale. Nous sommes dès lors en pleine industrie moderne, et notre premier coup d’œil sur la céramique et la verrerie est un véritable éblouissement. Les maîtres verriers et mosaïstes de Venise, les céramistes de Florence, Milan, Savone, Gênes, Naples, Pesaro, ont tapissé ces salles de toutes leurs merveilles. Vases aux contours* d’une élégante souplesse, aux anses délicates comme des fils de soie, ampoules au long col effilé, semés de perles multicolores, scintillant d’ors, d’agathes, de bronzes, un enchevêtrement exquis de chefs-d’œuvre, légers comme des souffles — les fabriques séculaires de Venise et de Murano, Salviati, Candiani et autres, ont entassé là toutes les merveilles de leurs vitrines des Procuratiès. La céramique n’est pas moins brillante, et il faut suivre lentement cette longue et resplendissante galerie, constellée jusqu’au faîte de plats aux couleurs mattes et chatoyantes, de hauts vases aux panses soigneusement ornées, peintes ou en relief, de statuettes délicieusement colorées, dont s’enorgueillissent à raison les fabriques modernes. Voyons en passant les imitations étonnantes de vérité de vases étrusques de Corneto, et, en retournant sur nos pas, les mosaïques décoratives des ateliers de Murano, qui n’ont rien à envier aux célèbres « fresques de pierre » des basiliques de home et de Ravenne. Toute cette partie de l’exposition réservée aux industries artistiques, y compris les expositions des bronzes de Venise et de Florence, les remarquables spécimens de meubles et d’armes, modernes ou imités de l’antique, me semblent l’un des plus réels triomphes du concours industriel et artistique de Turin.
- Les produits manufacturés, tissus imprimés ou gaulïrés, les toiles, les soies, les tapis, les dentelles vénitiennes, les velours de Gênes et de Milan, les fleurs artificielles, les industries du costume, et en général toutes celles qui se rattachent à la vie quotidienne, montrent suffisamment que les industriels italiens dirigent avec succès tous leurs efforts contre la concurrence étrangère, qu’ils ont si longtemps subie. Les instruments de musique, orgues, pianos, cuivres, instruments à cordes, nous conduisent à la galerie dite du travail, dans laquelle huit moteurs mettent en activité les organes de transformation des matières premières en produits manufacturés. C’est là, comme à toutes les expositions, que s’accumule le public, attiré par le ronflement des machines, le fonctionnement sous ses yeux d’industries dont il
- use chaque jour les produits sans en connaître la provenance ni les transformations. Ici, se fabrique le chocolat, là le savon, plus loin les briques, les peignes et ouvrages d écaillé, les porte-monnaies, les enveloppes de lettres. Les hauts métiers à tisser, les systèmes variés à l’infini des machines à filer, laissent voir à travers leurs mécanismes les étoffes s’allonger à mesure, se teindre des couleurs les plus délicates ; la soie, lés velours, les tissus plus communs sortent tout ornés, imprimés, gauffrés ou brodés, par une main invisible. Une compagnie de jolies Florentines tressent ces délicats ouvrages de paille, éventails, paniers, vases, chapeaux, que vous offrent, avec une implacable insistance, les vendeurs de la route de Fiesole. Plus loin, les brunes Milanaises tournent et retournent dans leurs doigts effilés les bouquets de fleurs artificielles, si délicates, si odoriférantes « à la vue » qu’un paysan des montagnes s’approche pour respirer le parfum de leurs fines corolles. En face, des superbes machines motrices exposées par les maisons de construction de Milan, Turin, Gênes, Sestri, SaJcrne, Pie-trarsa, dans une installation spéciale, les verriers de la maison Candiani soufflent leurs vases légers, taillent le verre qui sort flamboyant du creuset, et, devant nous, grain à grain, branche à branche, nous voyons se façonner et sortir enfin tout achevé des mains de l’artiste un de ces lustres splendides, aux bras harmonieusement recourbés, au panache multicolore, qui sont la gloire de la verrerie vénitienne.
- Tournons à gauche: dans une éclaircie, se profile majestueusement, sur le fond d’azur du ciel, les silhouettes silencieuses des canons géants, canons de 45, 32 et 24 centimètres, aux croupes monstrueuses, à la gueule menaçante. Au bas de chaque pièce, le projectile, dont la section laisse voir la charge. Le canon de 100 tonnes, fondu à l’arsenal de Turin, est semblable à ceux qui défendent l’entrée du port de guerre de la Spezia. Sur toute la longueur de cette exposition belliqueuse, les modèles des pièces d’artillerie, canons de campagne, obusiers, fusils de rempart et de troupe, avec toutes les transformations qu’ils ont subies, quelques très anciens modèles du plus grand intérêt, entre autres une vieille pièce du seizième siècle, sorte de mitrailleuse rudimentaire, allongeant sur un même plan ses 32 canons de fusil, comme de véritables tuyaux d’orgue. Puis viennent les mille détails de l’équipement, du harnachement, tout ce qui se rattache à la vie militaire, depuis le pantalon de drap grossier du simple soldat jusqu’à la culotte galonnée d’argent du général, depuis l’ancien fusil à pierre jusqu’à la monstrueuse pièce qui vomit des projectiles de un mètre de hauteur. Curieux contraste que cette exposition du matériel de guerre, voisine de celle de l’industrie, que cette file de canons allongés sur leurs affûts, au-dessus desquels se dresse, dans le lointain des galeries, la charpente de quelque métier développant la pièce de soie aux
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- couleurs étincelantes, ou les lourdes meules d’une machine hroyeusc, tournant lentement et pacifique ment.
- — A suivre.— MAXIME HÉLÈNE.
- Turin, 10 juillet 1884.
- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel hydrologique du Bassin de la Seine, par A. de Préaudeau, ingénieur des ponts et chaussées, sous la direction de .VI. Cn. Lefébure de Fourcy, directeur du service hydrométrique du bassin de la Seine, et U. Lemoine, ingénieur en chef, chargé du service hydrométrique du bassin de la Seine. 1 vol. gr. in-8°, publié par le ministère des travaux publics. — Paris, Imprimerie nationale, 1884.
- Traité de chimie biologique, par Ad. Wurtz. 2e partie. 1 vol. in-8° avec figures dans le texte. — Paris, G. Masson, 1885.
- La matière et la physique moderne, par J.-B. Stallo. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale, avec une préface sur la Théorie atomique, par VI. G. Friedel. — Paris, Félix Alcan, 1884.
- Une mission en Abyssinie et dans la mer Rouge, 25 octobre 1859-7 mai 1860, parle comte Stanislas Rus-sel, préface de VI. Gabriel Charmes. 1 vol. in-18. — Paris. Librairie Plon, 1884.
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- APPAREIL DEACON
- POUR DÉCOUVRIR LES PERTES D’EAU DANS L’ALIMENTATION CONTINUE
- Los progrès de l’hygiène et le grave danger de ne pouvoir disposer, avec rapidité, d’un volume suffisant d’eau pour l’extinction des incendies, ont fait, depuis longtemps, condamner, au moins en principe, par tous les esprits éclairés, l’alimentation intermittente encore trop fréquemment appliquée dans certaines villes, et particulièrement en Angleterre.
- Par contre, l’alimentation continue entraîne des pertes d’eau considérables. On s’en rendra facilement compte en observant que, sous une pression de trois atmosphères, qui n’a rien d’insolite en pareil cas1, une fuite aussi petite que le trou d’une aiguille de grosseur moyenne débite 800 litres par vingt-quatre heures, ce qui suffit à la consommation de deux familles de six personnes chacune, à raison de 70 litres par tête. Il est donc extrêmement important de pouvoir découvrir et aveugler ces fuites, qui constituent une déperdition d’un produit utile sans aucun avantage pour la consommation réelle : celle-ci, au contraire, doit toujours être encouragée au point de vue du développement de l’hygiène dans les habitations, et tonte solution du problème doit scrupuleusement écarter les mesures qui tendraient à la restreindre.
- 1 Elle s’élève à 5 atmosphères pour la distribution d’eau d’Anvers.
- La méthode imaginée par M. Geo. Dcacon, remplit parfaitement cette condition indispensable, tout cn assurant la découverte des fuites par un procédé aussi efficace que rapide. Elle a été appliquée avec un plein succès à Liverpool et dans plusieurs villes d’Angleterre et des États-Unis. Nous en empruntons la description à un article très complet, publié par M. E. River, dans le Génie Civill.
- Les pertes d’eau peuvent se diviser en deux classes : les pertes non apparentes, c’est-à-dire celles qui se produisent au-dessous de la surface du sol, et les pertes apparentes, c’est-à-dire celles auxquelles donnent lieu les appareils de distribution proprement dite, situés au-dessus de terre. 11 va sans (lire que les dernières sont de beaucoup les moins importantes, parce qu’on les arrête aussitôt qu’elles deviennent susceptibles d’inconvénients sérieux, tandis que les pertes non apparentes ne peuvent se découvrir qu’en creusant le sol, si les conduites ne sont pas placées dans des égouts à large section.
- La méthode de M. Deacon a pour but de déceler les deux natures de fuites ; elle repose sur la possibilité de les reconnaître par le son propagé à travers le tuyau jusqu’à une surface métallique contre laquelle on puisse appliquer l’oreille. Ces surfaces métalliques sont, dans l’espèce, les robinets d’arrêt des tuyaux branchés, pour chaque habitation, sur la conduite principale ; car ils sont aisément accessibles de la rue, où l’on peut, sans grands frais, adopter les dispositions nécessaires pour atteindre ce but. L’inspection se fait à partir de minuit, c’est-à-dire au moment où la plus grande tranquillité règne dans la ville, et où la consommation, réduite à son minimum, donne le moins de complication pour les opérateurs. Ceux-ci examinent, l’un après l’autre, les robinets d’arrêt, au moyen de la douille tournante qui leur sert de clef et remplit l’office d’un stéthoscope. Tout robinet dans lequel ils entendent couler l’eau est fermé. En même temps on note le numéro du robinet et l’instant précis de la fermeture.
- Pour contrôler ces visites, M. Deacon a imaginé un compteur spécial (waste water meter), qui enregistre les résultats obtenus, tout en restant hors de la portée des agents. L’appareil est placé directement sur la conduite, afin de réduire autant que possible la perte de charge ; il suffit d’en poser un par district de 1000 à 4000 habitants. Il consiste en une douille tronconique, dont la grande base est placée du côté du fond de la conduite. Dans cette douille se meut un plateau horizontal de bronze, de diamètre égal à celui de la petite base, qui a, elle-même, une section égale à celle de la conduite. Le plateau porte, en son centre, une tige guidée par une portée cylindrique, et reliée à un fil métallique tendu par un contrepoids, dont l’action est supérieure au poids du système mobile, en sorte que quand l’eau ne coule pas, le plateau afileure au sommet de la douille. Un petit chariot fixé sur le fil, porte une pointe inscri-
- 1 Voy. le n° du 19 avril 188 i,
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- vante mobile sur un diagramme qu’on change toutes les 24 heures, et dont le zéro est placé à la partie supérieure. Pour empêcher l’eau de pénétrer dans la chambre de l’appareil enregistreur, le fil passe à travers deux bouchons en bronze phosphoreux, entre lesquels un tuyau d’égouttage intercepte l’eau qui aurait pu suinter au-dessus du bouchon inferieur.
- Dès qu’il y a écoulement d’eau, le liquide passe entre la douille et le plateau ; celui-ci s’abaisse et prend pour chaque débit une position d’équilibre qui est enregistrée par la pointe. On peut donc retrouver à tout instant, sur le diagramme, la trace de l’ouverture et de la fermeture de chaque robinet, par les chutes ou les relèvements soudains qu’elles impriment a la pointe ; on peut en même temps constater la durée de l’écoulement, et le débit correspondant par heure, en calculant la différence dans le débit général et après l’ouverture.
- L’appareil ne présente d’ailleurs aucun inconvénient dans le cas où l’on a besoin de débits considérables, comme pour les incendies; car le disque descend alors au-dessous de la douille; la surface d’écoulement devient égale à celle de la conduite, et la perte de charge n’a plus qu’une valeur insignifiante.
- Les débits affectent sur les diagrammes trois formes distinctes qui permettent de les distinguer et d’attribuer aux fuites la dépense qui leur est afférente. Celles-ci sont nécessairement constantes, qu’elles soient apparentes ou non, et sont représentées par des rectangles limités sur toute la surface du diagramme à une même ordonnée. La consommation utile est au contraire intermittente, mais elle donne lieu à deux indications distinctes. Si les robinets sont alimentés par un tuyau venant directement de la conduite sans réservoir intermédiaire, le diagramme représentant l’écoulement sera un rectangle dont les côtés verticaux auront pour abscisses l’instant de l’ouverture et celui de la fermeture. Quatre de ces rectangles sont nettement indiqués (fig. 1) entre trois et quatre heures du matin sur le tracé.
- Si l’alimentation se fait au moyen d’un réservoir intermédiaire entre la conduite et le robinet, le débit donnera lieu à un triangle curviligne, car la soupape du réservoir se lève aussitôt qu’on ouvre le robinet, et l’écoulement atteint immédiatement son maximum, pour diminuer progressivement à mesure que le réservoir se remplit. Le diagramme en indique un exemple très marqué entre 4 heures
- 17 minutes et 4 heures 45 minutes du matin.
- L’application pratique à une ville importante se fait de la manière suivante. On la divise en un certain nombre de districts de 1 à 5000 habitants suivant la disposition des conduites. Chacun de ces districts est pourvu de son compteur, et on place sur les conduites les robinets d’arrêt accessibles de la rue, s’ils ne s’y trouvent déjà.
- Nous empruntons à l’article déjà cité la description du fonctionnement :
- « Un inspecteur pose les diagrammes en blanc sur leurs cylindres tournants, opération qu’il répète environ 50 fois par jour, et il apporte au bureau un nombre égal de diagrammes levés par lui sur les mêmes compteurs, l’un des jours de la semaine précédente. Quelques jours après la mise en train, l’ingénieur se trouve en possession du nombre de diagrammes correspondant à celui des districts, sur lesquels un employé a transcrit le débit par heure et l’alimentation par tête... De ces diagrammes, il ressort ce fait bizarre que plusieurs districts dépensent beaucoup plus que les autres, et cela, sans cause apparente, alors que la canalisation des uns et des autres a été établie d’une façon identique et même côte à côte.
- « Au lieu de fatiguer ses agents à inspecter les autres districts, l’ingénieur peut dès lors concentrer son attention sur ceux qui dépensent le plus, et c’est le plus mauvais qu’il attaque le premier. »
- Comme nous l’avons dit plus haut, la tournée commence à minuit. Les agents ferment les robinets au travers desquels ils entendent l’eau couler, et notent le numéro du robinet ainsi que l’instant de la fermeture qui se trouve d’ailleurs automatiquement enregistré sur le diagramme du compteur.
- « Sur le pavé, au-dessus de chaque robinet ainsi fermé, on trace une croix à la craie. Si le bruit continue à se faire entendre après la fermeture, il est évidemment causé par une fuite de la conduite, ou par une fuite du tuyau situé entre le robinet et la conduite; dans ce cas, on l’entend généralement à plusieurs robinets, et, d’après l’intensité du son, on juge approximativement de l’endroit de la fuite. On ausculte alors les divers points de la chaussée et du trottoir, jusqu’à ce que l’on découvre un point d’intensité maximum, qu’on marque également à la craie.
- « Au bout de deux à quatre heures, la ronde est finie, et les inspecteurs se trouvent revenus auprès
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- Fig. 1 — Spécimen il’im diagramme de l’appareil Deacon.
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- du compteur. Us ferment alors la vanne d’arrêt de la conduite, et la laissent ainsi une minute ou deux ; puis, commençant par cette vanne, ils vont rouvrir tous les robinets fermés qu’on retrouve aisément grâce aux marques de craie. Enfin ils retournent au bureau de nuit, pour écrire sur un registre le résultat de leur tournée.
- « Un autre mode, moins fréquemment adopté, et qui ne sert que dans le cas où la perte est déjà fortement réduite, consiste à fermer tous les robinets sans les ausculter. Au retour, on les rouvre un à un et on les ausculte.
- Le résultat est de mettre en évidence les petites fuites ducs aux réservoirs munis de soupapes à boulet. »
- L’inspecteur de jour prend le lendemain connaissance du rapport de l’inspecteur de nuit et fait iaire les réparations. Le même jour, le diagramme est re-mis à l’ingénieur, qui constate les résultats de la tournée de nuit : un mois plus tard, un autre diagramme lui fera connaître le succès des efforts de l’inspecteur de jour pour arrêter les pertes découvertes.
- Cette méthode a été appliquée tout d’abord par la Compagnie des Eaux de Liverpool, après quelle eût reconnu les inconvénients de l’alimentation intermittente, et le peu
- d’efficacité des visites effectuées, maison par maison, par ses inspecteurs. Les résultats ont été supérieurs à l’attente, car l’économie, pour plusieurs districts, s’est élevée à plus de 50 pour 100 dès les premières visites, en n’aveuglant que les fuites non apparentes. À Londres, la « Lambeth Water C° » a obtenu une économie de 76 pour 100 de septembre à novembre 1881. A Boston, de mai à décembre 1881 l’économie a atteint 50 pour 100.
- Il faut ajouter que la méthode de M. Deacon présente sur l’inspection maison par maison, la seule pratiquée en Angleterre jusqu’à ces derniers temps, les avantages suivants :
- 1° Les inspecteurs sont toujours employés dans les districts ou les pertes sont les plus fortes ;
- 2° La durée de la tournée est considérablement réduite, car un inspecteur visitant les maisons ne
- peut guère examiner en un jour que les locaux habités par 180 personnes environ , tandis (pie le système Deacon porte ce nombre à plus de 1000 personnes par inspecteur pendant le même temps;
- 5“ Les deux genres de pertes apparentes ou non sont également découvertes, tandis quo l’inspection maison par maison ne décèle guère premières, diagrammes
- Fig. 2. — Appareil Deacon pour découvrir les perles d’eau.
- que les et les
- font voir que celles-ci n’atteignent pas en général la moitié des pertes non apparentes.
- On ne saurait donc trop recommander l’emploi de cette méthode à la fois si simple et si féconde en résultats; il est clair, d’ailleurs, que l’économie réalisée sera d’autant plus grande que le système de canalisation présentera plus d’imperfection, et, à ce titre, elle trouvera tout naturellement son application dans les villes fort nombreuses encore, où la canalisation est posée directement dans le sol. Pour les grandes cités, où les conduits suivent, en majeure partie, le réseau des égouts, et sont presque partout faciles à visiter, les pertes dites non apparentes peuvent certainement se trouver diminuées dans une certaine proportion ; mais il reste toujours les pertes apparentes que la négligence des abonnés laisse sc produire et qui atteignaient à Liverpool 1/6 de la consommation totale et 1/3 de la consommation réelle. D’ailleurs
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- les exemples d'économies considérables (pic nous avons cités plus haut, pour de grandes agglomérations, et notamment pour Londres, démontrent que même pour ces exploitations, qui semblent placées dans les conditions les moins défavorables, la recherche des pertes par cette méthode perfectionnée s’impose aux Compagnies et aux administrations municipales. Il ne faut pas oublier en effet qu’elle permet de contrôler avec une parfaite exactitude le travail de l’inspection, et ce n’est certes pas un de ses moindres avantages. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- CORRESPONDANCE
- OBSERVATION d’un NUAGE ÉLECTRIQUE1 Monsieur le Rédacteur,
- Pans le dernier numéro de votre journal, vous avez publié une note sur un nuage électrique remarquable que vous avez observé le 4 judlet courant.
- À Marly,par 152 mètres d’altitude, nous avons pu faire une observation analogue à celle dont vous parlez; voici à ce sujet ce que nous relevons sur notre journal météorologique : lie 9 h. 50 à 11 h. du soir, nous avons observé des éclairs intenses, du S. E. au N. E. : en passant par PE., dans un stratus à l’horizon surmonté d’un cumulus blanc immense, dont le sommet, relevé à 10 h. s. à l’E. N. E., était à 20° au-dessus de l’horizon. Pendant près de deux heures, cette masse imposante n’a pas changé sensiblement de forme, se transportant à l’horizon du S. E. au N. E., mue sans doute par un courant S. W. Les éclairs étaient fréquents, diffus et paraissaient localisés dans toute la masse de ce nuage, dont on pouvait, grâce à eux, suivre toutes les sinuosités.
- Veuillez agréer, etc. G. Raymond.
- N. B. — À 9 h. s., la température était de 22°,0 ; l’humidité relative de 0,77 ; la nébulosité 0, le stratus était assez bas au S. E., pour ne pas être apprécié dans la couverture du ciel ; le vent W. S. W. 0.1.
- Station météorologique de Marly-le-ltoi, le 27 juillet 1884.
- CHRONIQUE
- L’Exposition de Rouen. — La ville de Rouen a eu l’heureuse idée de recommencer en 1884, sur une échelle agrandie, l’exposition industrielle qui avait accompagné le concours régional de 1865. L’exposition de Rouen a été construite sur le Champ de Mars. Le nombre des exposants est de plus de deux mille. Plusieurs colons algériens ont envoyé des échantillons des divers vins qu’ils fabriquent. Une dégustation publique a été établie de manière qu’il est très facile de se rendre compte des ressources vinicoles que nous offre aujourd’hui cette terre à jamais française. — Rouen étant une grande ville manufacturière et industrielle, il n’est pas étonnant que la galerie des machines soit très richement garnie de moteurs
- 1 Yoy. n° 582 du 26 juillet 1884, p. 125.
- excellents et d’une grande puissance. C’est cette circonstance qui a permis de donner à l’exposition de lumière électrique uu très grand développement. La galerie des machines et le jardin où l’on a établi un excellent orchestre sont tous deux éclairés à la lumière électrique chaque soir. Le coup d’œil est réellement féerique. L’intérieur est plus particulièrement éclairé pur des régula-lateurs Bréguet, la galerie des fêtes où se tient l’orchestre en cas de mauvais temps l’est avec plusieurs centaines de lampes à incandescence Swnn et par un lustre de lampes Jabloshkoff. La Société des téléphones, qui possède 120 abonnés dans la ville de Rouen, a exposé ses appareils à l’entrée principale. Ils relient à l’exposition les places de voitures publiques. Quelques exposants qui comptent parmi les abonnés de la Compagnie téléphonique ont relié leurs stalles au réseau général, et par conséquent à leurs magasins. Un des grands passe-temps des Roueunais est de commander des objets qu’ils retrouvent à leur domicile en rentrant chez eux. M. Lartigue, le frère du sympathique directeur de la Compagnie des téléphones, a organisé un spécimen de son chemin de fer électrique, à rail unique, dont nos lecteurs ont eu précédemment la description.
- Recherche de l’alco»l amylique dans l’nlcool commercial. — L’alcool commercial, principalement celui qui est importé en France de l’étranger, contient souvent en mélange des quantités plus ou moins importantes d’alcool amylique ou huile de fusel, introduites dans un but de falsification et qu’il convient à tous .les points de vue de pouvoir déterminer. Voici la méthode indiquée, pour y arriver, par M. Marquard dans le Chemical News. On prend 150 grammes de l’alcool suspecté que l’on étend de 800 grammes d’eau distillée ; on y ajoute 50 centimètres cubes de chloroforme, à trois reprises différentes, en agitant fortement à chaque fois pendant un quart d’heure environ. Les 150 centimètres cubes de liqueur chloroformique recueillis, sont bien lavés par agitation avec de l’eau; ils• contiennent l’alcool amylique qu’ils ont enlevé au mélange avec l’alcool ordinaire. On les traite alors par une solution de 5 grammes de bichromate de potasse dans 50 grammes d’eau et 2 grammes d’acidè sulfurique ; cette opération se fait au bain-marie, à -4- 85°, dans une bouteille en fonte bouchée avec un bouchon à vis; elle dure six heures, et il convient d’agiter la bouteille toutes lés demi-heures à peu près, très fortement. Au bout de ce temps, l’oxydation est terminée. Le cpntènu de la bouteille refroidi et les eaux qui ont servi à la rincer, sont distillés. On mélange le produit distillé à la fin avec du carbonate de baryte et on laisse digérer environ une demi-heure dans un appareil à reflux ; on filtre alors, on lave, puis on évapore au bain-marie. Le résidu est dissous dans de l’eau acidulée d’acide nitrique, de façon à obtenir 100 centimètres cubes de solution. Dans 50 centimètres cubes on détermine le baryum ; dans les 50 autres, le chlore : on déduit le chlorure de baryum répondant au chlore du résidu total, et la quantité de baryte, du reste. La teneur en alcool amylique se calcule en admettant que deux molécules de cet alcool correspondent à une molécule de baryte. Une exactitude satisfaisante rachète la complication relative de cette méthode-
- Chauffage des appartements par le système Liehau. — On a installé dans une villa de Gohlis-Leipzig le chauffage à circulation d’eau chaude, d’après le système breveté de M. Liebau. L'invention est basée
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- sur cette idée d’utiliser le feu de la cuisine pour chauffer les appartements. Daus l'installation en question, on a disposé les choses de la façon suivante : on a placé dans le foyer de la cuisine un récipient en tôle fermé de tous côtés et traversé dans toute sa hauteur par 3 tuyaux verticaux, ouverts aux deux extrémités. L’espace laissé libre entre les parois du récipient et celles des tuyaux, est rempli d’eau destinée au chauffage; il est mis en communication par les procédés ordinaires avec les appareils disposés dans les appartements. Les tuyaux servent de supports aux grilles. Aux époques où l’on ne chauffe pas les appartements, les grilles, nécessaires à la cuisson des aliments, sont placées à la partie supérieure des tuyaux, de sorte que l’eau n’est guère échauffée. Lorsque, au contraire, la maison doit être chauffée, on fixe les grilles à une hauteur convenable dans l’intérieur des tuyaux, de telle sorte que le coke incandescent touche une surface voulue de ces tuyaux, et chauffe plus ou moins l’eau du récipient. La cuisson des aliments se fait alors sous l’action de la chaleur rayonnnante et de gaz de la combustion.
- L’huile de pépins de raisin. — On utilise beaucoup, en Italie, les pépins de raisin qui restent après les vendanges, pour l’extraction de l’huile qu’ils contiennent. Cette huile sert principalement â l’éclairage, et Modène est le grand centre de cette industrie. Il y a longtemps du reste qu’elle est pratiquée en Allemagne et dans le Levant. Les pépins renferment environ 18 pour 100, de leur poids, d’huile. Les pépins de raisin blanc ën contiennent un peu moins. En France, les raisins du Roussillon, de l’Aube et de l’Hérault donnent environ 2 pour 100 d’huile de plus que ceux de Bordeaux. La couleur de cette huile est d’un jaune doré. On en perd environ 25 pour 100 en la purifiant. H serait à désirer que l’industrie yinicole tirât de ce produit une nouvelle industrie, similaire à celle des huiles extraites de la graine de coton. Cette dernière industrie est en effet devenue d’une importance capitale et, à la Nouvelle-Orléans, forme le principal commerce de la ville.
- Une nouvelle source de caoutchouc. — L’attention du gouvernefnent indien vient d’être attirée sur une nouvelle plante, commune dans l’Inde méridionale, qui donne des quantités abondantes de caoutchouc pur. Elle appartient à la classe des apocynées et s’appelle Pra-meria glandulifera; elle est originaire des forêts de la Cochinchine où son jus liquide est souvent employé comme médecine par les Annamites et les Cambodgiens. Les Chinois l’appellent Tuchung, et ce produit est un ingrédient fréquent dans le matériel medical chinois, sous forme de fragments noircis, d’écorce ou de petites branches. 11 est importé dans ce pays, de la Cochinchine, le prix de 1 écorce, après avoir été fumée au sec, étant d’environ 40 centimes le kilogramme. Lorsqu’on casse les branches, on peut voir, dans l’intérieur, une quantité abondante de caoutchouc, qui peut être étiré en fils comme le Landelphia de l’est de l’Afrique. La plante peut être propagée par la plante des jeunes pousses, et M. Pierre, directeur du Jardin botanique de Saigon, pense qu’elle peut être plantée dans des réserves quand elle n’a pas dépassé dix années, et qu’elle peut constituer une addition d’une grande valeur économique à l’industrie forestière indienne.
- Tuyaux à gaz en papier. — On fait en Amérique l’essai de tuyaux à gaz en papier, fabriqués de la façon
- suivante : une bande de papier dont la largeur est égale à la longueur du tuyau que l’on veut obtenir, se déroule, passe dans un récipient rempli de bitume dont elle s’imprègne et vient s’enrouler sur un mandrin cylindrique. On coupe la bande lorsque la couche de papier enroulé a l’épaisseur voulue, on soumet le tuyau à une forte pression, on saupoudre la surface avec du sable très fin et on refroidit le tout dans l’eau. Enfin on retire le mandrin et on garnit l’Intérieur de tuyau d une substance imperméable. Les tuyaux ainsi obtenus sont, parait-il, absolument étanches, très résistants et beaucoup moins coûteux que ceux en fer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 juillet 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Le Phylloxéra. — On sait que les vignes cultivées dans le sable fin, aux environs d’Aigues-Mortes, ne subissent pas les atteintes du phylloxéra, M. de Verneuil qui a examiné nombre de pieds de vignes développés dans le sable, suppose que cette matière agit comme l’eau autour des racines, et empêche l’accès de l’air indispensable à l’existence de l’insecte dévastateur. Dans cette hypothèse, et puisqu’il est certain que les végétaux ne peuvent vivre dans un sol entièrement privé d’oxygène, il faut admettre que l’insecte ne peut cheminer dans ce milieu compacte, dépouillé d’air seulement, lorsque des pluies l’ont imprégné de la faible quantité d’eau nécessaire à l’expulsion des gaz emprisonnés entre les particules.
- L'analyse des vins. — Le dosage de l’extrait sec dans les vins présente de grandes difficultés : l’opération est longue et doit être faite dans le vide, si l’on veut éviter des pertes de glycérine. Un procédé empirique de M. Ama-gat permettrait d’opérer beaucoup plus rapidement: il consiste à évaporer le vin jusqu’à lui faire perdre la totalité de son alcool, à ramener le liquide à son volume primitif avec de l’eau pure et à prendre la densité. Si d’autre part on a pris la densité du vin, on peut, d’après M. Ama-gat., calculer l’extrait sec à l’aide de tables.
- Les remèdes contre le choléra. — L’Académie ayant chargé une commission d’étudier les communications relatives au traitement du choléra, M. Yulpian, au nom de cette commission, indique quelques-uns des remèdes proposés par les nombreux correspondants.
- L’Académie n’a pas reçu moins de 237 communications sur ce sujet ; les remèdes les plus bizarres coudoient ceux qui sont appliqués depuis longtemps. Nous citerons rimmersion des cholériques dans des bains d’urine ou de vin de quinquina; le vin de Malaga, dans lequel on a laissé macérer, pendant 24 heures, un œuf très frais; l'essence de pétrole, la moutarde, l’ail, etc... Un correspondant ne veut pas livrer son secret, mais demande des frais de route. En résumé, de l’avis de M. Vulpian, on ne peut rien prendre en considération dans ce volumineux dossier.
- Etudes géologiques en Tunisie. — La ville de Kef est adossée à une colline dont la partie supérieure estfonnée de calcaire nummulitique; au-dessous se trouvent deux couches fossilifères très remarquables par la présence de fossiles, que l’on n’avait rencontrés jusqu'ici que dans les Pyrénées et sur les bords de la Baltique. L’une d’elles qui correspond au niveau de la craie à Belemnitella mucro-
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- nata de Meudou contient des oursins que l’on n’avait encore trouvés qu’aux environs de Pau et des Hétérocères dont on ne connaissait de gîte qu’aux environs de Dax et dans les quelques points de l’Allemagne du Nord.
- Un nouveau pendule. — M. Bouquet de la Grye présente à l’Académie un modèle d’un appareil qu’il avait installé dans une chapelle, h Puebla et qui se compose d’un pendule et d’une balance multiplicatrice. Cet appareil est d’une telle sensibilité que l’on a pu observer et mesurer les déviations produites par la lune et par le soleil.
- Varia. — Citons encore une note d’un observateur dont la signature est illisible, sur des fourmis ignivores de Pile Saint-Thomas. Ces insectes attirés par le feu s’y précipitent en nombre si considérable qu’elles finissent par l’éteindre. — M. Chevreul décrit un procédé de dosage des nitrates dù à M. Àrnault. — On signale une note de M. Malard sur les réseaux critallins. — M. Witz ayant étu-
- dié les quantités de chaleurs dégagées par la combustion du gaz commun et de l’hydrogène au sein de gaz inertes a observé l’influence très notable exercée par ces milieux.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES CA DI! ES-AQUARIUM
- Nous avons récemment vu chez un amateur de science, les curieux cadres-aquarium que nous allons décrire aujourd’hui. Depuis peu, ces objets, que l’on peut facilement confectionner, se trouvent d’ailleurs dans le commerce parisien.
- Une caisse de zinc dont l’un des grands côtés est | laissé libre et remplacé par une feuille de verre
- double, forme le réceptacle aux petits poissons rouges ou aux bestioles de nos tableaux vivants. Le fond de cet aquarium peut être peint en vert, ou prendre l’aspect d’un paysage aquatique.
- Le verre est maintenu adhérent à la caisse de zinc par un rebord de 6 à 7 millimètres dans les lianes de celle-ci, et la boîte rendue étanche par un peu de mastic hydroluge. Les dimensions de l’objet peuvent varier au gré de chacun, mais une bonne moyenne serait un récipient de O"1,50 largeur sur 0m,40 hauteur, pour le fond, et des flancs de 0m,15 de largeur en haut et 01U,05 en bas, environ. Le tout orné d’un cadre, est fixé au mur au moyen de deux pattes à oreilles, soudées solidement au bord supérieur du fond de notre aquarium.
- Notre gravure donne un aperçu de l’effet produit par deux de ces cadres originaux; l’un est destiné à des poissons divers aux reflets variés, qu’il est cu-
- rieux de voir prendre leurs ébats, au milieu des coquillages et des plantes dont nous agrémentons leur demeure; l’autre, le pendant, est réservé à d’autres animaux aquatiques : à travers quelques branches de roseaux, et quelques lentilles d’eau, sur un lit rocailleux, nous apercevons des hydrophiles, des gyrins, des têtards, des tritons, des notonectes, etc..., et au milieu de ce petit monde la rainette et son échelle.
- On pourrait ajouter à ces curiosités deux autres cadres du même genre, mais munis de grillage sur les côtés, et servant à* renfermer des oiseaux, des insectes vivants. Dansjrje cas la glace devrait être verticale : la collection de notre naturaliste serait complète. A. Bergeret.
- ——, - - y- ' '
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanmeii.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N» 584.
- ‘.t AOUT 1884.
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- VOITURE À VAPEUR
- DE MM. A. DE DION, G. BOCTON ET C. TRÉPAUDOUX
- 11 y a quelques semaines, on a vu expérimenter, avenue de la Grande-Armée, à Paris, une voiture à vapeur qui excitait vivement la curiosité des passants. Le fait a été signalé dans les journaux politiques et plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé des renseignements à ce sujet. Nous allons accéder à leur désir en décrivant la nouvelle voiture à vapeur qui est due à MM. le comte A. de Dion, G. Bouton et C. Trépardoux.
- L’appareil que notre gravure représente d’après une photographie (fig. 1), se compose de deux trains que des ressorts, doubles par derrière et simples par devant, réunissent au châssis de la voiture sur lequel sont fixés le générateur et le moteur. Le tout est donc supporté par des ressorts et les roues sont garnies de caoutchouc.
- Les roues directrices d’arrière sont folles sur deux essieux indépendants; ces essieux portent chacun une manivelle reliée par une bielle d’accouplement qui reçoit du levier de direction placé à la droite du conducteur, un mouvement transversal de gauche à droite ou de droite à gauche.
- Fig. 1. — Nouvelle voiture à vapeur. (D’après une photographie
- Le ralentissement ou l’arrêt s’obtiennent à l’aide de deux freins de Prony accouplés à un seul levier de manœuvre placé à la gauche du conducteur et agissant sur les deux grandes roues.
- La voiture est actionnée par deux moteurs oscillants indépendants. Le diamètre des cylindres est de 0m,07 et la course des pistons de 0,n,10. Le nombre de tours pour une vitesse de 40 kilomètres à l’heure est de 450 environ, soit 900 coups de piston à la minute.
- L’échappement des moteurs se fait dans une enveloppe entourant le foyer. La vapeur rafraîchit les parois du foyer, se surchauffe, puis se rend dans la cheminée au-dessus du papillon et sort incolore.
- L’échappement de l’alimentateur se fait dans le
- • 12e année. — 2e semestre.
- réservoir d'eau ; cette eau se trouve de ItTSOfUTrapidement échauffée et arrive dans la chaudière à une température voisine du point d’ébullition.
- Le générateur employé est un nouveau système dont notre figure 2 donne la disposition. Il se compose :
- 1° D’un manchon à double enveloppe EE, CG, portant tous les accessoires réglementaires d’une chaudière ;
- 2° D’un corps intérieur tubulaire formé par un tube cylindrique D réuni au manchon extérieur par une quantité considérable de tubes T, rayonnants et inclinés. L’eau se trouve donc emprisonnée entre les deux cylindres E et C, dans les tubes T» et dans le cylindre vertical D. Les flammes circulent autour
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- du faiseeau tubulaire et sont contrariées par les tubes T. Cette disposition permet une bonne utilisation du combustible et une circulation rapide dans le sens des (lèches. La vaporisation atteint 0 kilos de vapeur par kilogramme de coke.
- Un alimcntatcur à niveau constant et automoteur est joint Jx la chaudière. Le niveau se règle de lui-mème, sans qu’on ait jamais besoin de s’en occuper.
- Cet alimentateur est une pompe à double effet, actionnée directement, par un moteur de distribution spéciale, dont la prise de vapeur se fait sur la chaudière à la hauteur normale du niveau d’eau en marche.
- On peut marcher à cendrier ouvert ou à cendrier fermé ; dans ce dernier cas, on active la combustion à l’aide de deux souffleurs à vapeur entraînant de l’air mélangé de vapeur sous la grille.
- Yoici les dimensions exactes de la voiture à vapeur : Longueur du châssis lm,80 ; distance entre les roues d’axe en axe lm,60; hauteur du siège au-dessus du sol 0‘",90; hauteur du plancher 0m,55; diamètre des^grandes roues lm,20, des petites roues 0m,80. La voiture" proprement dite pèse 150 kilogrammes; la chaudière (générateur, foyer ,rlf souffleurs , etc.) 480 kilogrammes; les moteurs 25 kilogrammes, l'alimenta teur 1U kilogrammes, l’outillage 15 kilogrammes. Avec une provision de 80 litres d’eau, suffisante pour une heure et demie et 50 kilogrammes de coke, on arrive au poids total de 470 kilogrammes.
- La voiture à vapeur de MM. A. de Dion, G. Bouton et C. Trépardoux, fait très peu de bruit ; elle fonctionne sans échappement visible de vapeur ni de fumée et tourne dans une circonférence de 2U,,50 de rayon ; elle doit atteindre sur une bonne route une vitesse de 40 kilomètres à l’heure.
- Nous avons reproduit ci-contre l'intéressante photographie qui a été faite récemment du système; le conducteur est représenté au moment où il saisit le levier de mise en marche qui se manie avec la plus grande facilité.
- Depuis le premier essai de l’avenue de la Grande-Armée, l’appareil a fonctionné à plusieurs reprises ; il est vraisemblable qu’il va quitter la période expérimentale pour entrer dans le domaine de la pratique. Aussi avons-nous cru devoir en donner la description, toujours désireux que nous sommes, d’encourager les tentatives originales et hardies.
- Gaston Tissandikr.
- LÀ NOIX DE K0LÀ
- On a parlé beaucoup, dans ces derniers temps, de la noix de kola ; on sait que ce produit, cultivé par les peuplades de l’Afrique occidentale, qui en font un constant usage, jouit, comme le café, le thé, le maté et la coca, de propriétés toniques et stimulantes, qu’il doit en partie à la notable proportion de caféine qu’il contient.
- Les noix de kola sont fournies par un bel arbre de 10 à 20 mètres de hauteur, 1 eSterculia acum inata, ressemblant assez a notre châtaignier. Son tronc est droit, cylindrique, à rameaux serrés, s’inclinant et retombant jusqu’à terre ; ses feuilles sont ovales et très développées, scs fleurs sont polygames, très nombreuses et disposées sur des cimes paniculées, terminales et axillaires. Les fleurs mâles sont plus petites que les femelles. L’arbre donne deux récoltes par an, l’époque de la maturi é des premiers fruits correspondant à peu près à celle de la nouvelle floraison. Le Sterculia offre le curieux aspect de porter à la fois des fleurs et des fruits, ce qui rend la récolte de ceux ci assez délicate; il commence à produire à-l’âge de cinq ans, mais ce n’est que vers sa dixième année qu’il est en plein rapport. La production de cet arbre est telle qu’il peut fournir dans une année, en deux récoltes, environ 45 kilogrammes de fruits.
- Le fruit, assez volumineux et d’un aspect brunâtre, contient de une à seize graines, indifféremment blanches et rouges, dans la même coque, bien qu’elles soient arrivées au même degré de maturité. La graine, débarrassée; de sa coque et de son épis-perme, est particulièrement intéressante; c’est en effet la seule partie du fruit utilisée empiriquement par les indigènes. La saveur, à l’élat frais, se rapproche de celle de l’éeorce de grenade, mais est un peu moins amère. Par la dessiccation, l’amertume s’atténue et fait place à une saveur plus douce. D’un poids qui varie de 5 à 25 grammes, la graine est composée de 2 à 8 cotylédons charnus, souvent aussi variables de couleur dans la même graine (du blanc jaunâtre au rouge rosé) et divisés en segments irréguliers parfaitement distincts.
- Gette masse cotylédonaire, dans l’épiderme de laquelle se trouve accumulée de la matière colorante, est formée de cellules. Celles-ci sont littéralement gorgées d'amidon ; elles renferment de notables proportions de caféine et de théobromine, à l’état libre, dans des proportions supérieures à celles contenues dans les thés et les cafés commerciaux les plus riches (2 grammes pour lüO), du glucose, du tannin et de la matière amère.
- Les noix de kola, récoltées et triées avec soin, disposées convenablement dans des paniers tapissés et recouverts de feuilles de Bal, nous arrivent facilement à l’état frais. C’est en Gambie et à Corée que se tiennent les principaux marchés de cette graine. Non seulement la consommation sur place est con-
- r- c / c 1
- Fig. 2.
- Chaudière de la voiture à vapeur.
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- sidérable, mais il s’en fait encore un commerce d’exportation très important. Autant que possible, on vend la graine de kola à l’état frais, mais dès qu’elle commence à se rider et à se dessécher, on achève sa dessiccation au soleil, et on la réduit, par mouture, en une poudre fine. Cette poudre est très recherchée par les peuplades de l'intérieur, qui la mêlent au lait et au miel et en obtiennent une boisson alimentaire excitante, fort agréable; dans d’autres localités, les habitants se contentent de la triturer avec les dents et de la mâcher, comme font les Mexicains de la noix de coca.
- Le prix des noix de kola est encore assez élevé en raison de l’utilité première que leur reconnaissent les Africains qui, dans certaines contrées, en interdisent l’exportation..A Corée et à Saint-Louis, selon la saison et d’après leur grosseur et leur forme, elles valent de 15 à 50 centimes la pièce. Les graines plates qui n’ont que deux cotylédons sont plus estimées que les'autres. Sur les bords du Niger, une seule graine se vend jusqu’à 5 francs, et dès quelle y est un peu rare, est estimée à la valeur d’un esclave. Dans certaines contrées du centre, les marchands trouvent facilement à échanger leur poudre de kola contre son poids de poudre d’or. Les indigènes la consomment de préférence au café, qu’ils ont cependant de première qualité, et qu’ils ne récoltent que dans le but de l'échanger contre cette graine précieuse que leur apportent les marchands.
- En général, à l’état frais, la noix de kola est usitée comme masticatoire; à l’état sec, comme aliment ; cependant, dans certaines contrées, les naturels mâchent la poudre sèche comme d’autres mâchent le tabac. Cette mastication, avec déglutition de salive, raffermit les gencives et combat l’atonie des voies digestives.
- L’usage de la kola, excellent pour l’estomac, a la plus heureuse influence sur les fonctions digestives,, dont l’irrégularité et le trouble engendrent si facile-' ment l’hypocondrie. Le docteur Daniel rapporte que, dans une tribu d’indigènes souffrant d’affections de l’estomac et adonnés au suicide d’une façon endémique, l’usage de la noix de kola fit cesser cette manie.
- L’action bienfaisante de la kola sur les fonctions digestives a aussi un retentissement favorable sur le foie, en prévenant les altérations constitutionnelles qui, par défaut de nutrition, engendrent les maladies de cet organe auxquelles les nègres sont particulièrement sujets. La kola modère pendant longtemps les exigences de la faim et rend ceux qui en font usage, propres à supporter sans fatigue les travaux et les marches prolongés. Le docteur Cunéo, médecin en chef de la marine, l’a expérimentée avec grand succès, à l'hôpital de Toulon, sur des malades atteints de la diarrhée de Cochinchine et réfractaires à la cure lactée. Chez tous, l’administration de la kola, sous forme de vin et d’élixir, a produit les résultats les plus satisfaisants. Il s’en est également bien trouvé dans deux cas de gastralgie compliquée
- de lipothimie, et chez un jeune homme de il ans, atteint de phosphaturie.
- Enfin, plus récemment, le docteur Dujardin-Beau-metz, en a tiré les meilleurs résultats dans le traitement des diarrhées chroniques et des affections cardiaques1.
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE D’ANVERS
- EN 1885
- En 1885 s’ouvrira à Anvers une Exposition universelle. Elle comprendra tous les produits industriels, toutes les marchandises donnant lieu à des transactions commerciales et tous les objets ou appareils présentant quelque intérêt pour la navigation.
- Due à l’initiative privée, cette Exposition a obtenu le haut patronage de S. M. Léopold II, le concours efficace du gouvernement belge et l’appui sympathique de la ville d’Anvers.
- L’exposition sera organisée par une Société anonyme dont le capital a été fourni par toutes les classes de la population anversoisc. Ces efforts combinés ont pour but de multiplier et d’étendre les relations commerciales de la Belgique et du port d’Anvers avec tous les pays. Voici en quels termes le Comité exécutif de l’Exposition d’Anvers en a exposé le but :
- « En appelant chez nous les industriels et les commerçants des cinq parties du monde, en leur offrant le spectacle grandiose d'installations maritimes pour lesquelles le gouvernement belge et la ville d’Anvers ont dépensé depuis cinq ans plus de cent millions de francs, et qui font dès aujourd’hui de notre port un des plus sûrs et des mieux outillés du monde, on accroîtra encore l’estime et la sympathie, la bonne renommée que la Belgique s’est acquise parmi les nations qui marchent au premier rang de la civilisation moderne.
- « Montrer aux étrangers, à tous nos amis du dehors, les progrès incessants de l’industrie belge; placer sous les yeux de nos industriels, de nos commerçants, les plus remarquables productions de l’industrie étrangère : c’est à notre époque de concurrence universelle la voie la plus sûre et la plus prompte pour en arriver à développer les échanges au plus grand profit de tous.
- « Ainsi l’on parviendra à étendre les relations -déjà existantes et à en créer de nouvelles avec tous les pays d’Europe et d’outre-mer. Le moment est favorable, particulièrement en ce qui concerne le port d’Anvers, dont la réputation va de jour en jour grandissant. Déjà il compte parmi les plus importants du monde entier : sa transformation merveilleuse l’appelle à des destinées plus grandes encore. *
- « Nous convions donc tous les producteurs étrangers à venir à Anvers.
- 1 La noix de Kola et ses préparations, par J. Nation.
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- « Dans notre métropole commerciale si hospitalière pour tous, si facilement accessible par sa situation géographique, leurs produits rencontreront un immense public capable de les apprécier, et eux-mêmes, un moyen simple et pratique de nouer des relations utiles et profitables pour l’avenir.
- « Des adhésions nombreuses et sympathiques sont déjà parvenues de l’étranger. Pour ne citer que es principales, parmi nos voisins et amis de l’Europe : l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche, l’Espagne, la France, la Hollande, l’Italie, le Portugal, la Russie, la Suisse, offriront un contingent remarquable de leurs produits. Les États de l’Amérique, dont les relations commerciales avec Anvers sont de plus en plus suivies, trouveront dans les facilités accordées par nos lignes régulières de navigation un stimulant pour s’y faire représenter dignement. L’Extrême Orient, les Colonies en général, l’Afrique elle-même , occuperont dans l’Exposition une place en rapport avec l’intérêt que leurs peuples éveillent chez nous.
- « Malgré la fréquence des Expositions dans les dernières années, nos producteurs comprennent qu’il est de leur intérêt de figurer avec éclat dans ce concours international. Destinée à vivre d’exportation, la Belgique industrielle rencontrera à Anvers une occasion unique de faire connaître ses produits aux consommateurs de toutes les parties du monde. Dès aujourd’hui le concours de nos grands industriels est assuré. »
- L’Exposition s’ouvrira au mois de mai 1885.
- Elle sera érigée sur les terrains de l’ancienne citadelle, à proximité de l’Escaut et des nouveaux établissements maritimes. Une partie du bassin de batelage sera spécialement affectée à l’Exposition maritime et la gare du Sud servira à l’installation de la galerie des machines (voir le plan ci-dessus).
- Avec l’Exposition universelle coïncidera l'Exposition de Peinture, de Sculpture, d’Architecture et de Gravure à laquelle la Société Royale d'Encouragement des Beaux-Arts conviera les artistes de tous las pays. Anvers, qui aussi est la métropole des arts en Belgique, tiendra à honneur de donner à son Salon de 1885 une splendeur exceptionnelle.
- L’horticulture et l’agriculture belges contribueront par l’exhibition de leurs produits justement
- renommés à rehausser l’éclat de cette grande fête de l’Industrie, du Commerce et des Arts.
- On sait avec quelle activité sans cesse croissante la concurrence étrangère presse notre commerce et notre industrie. Il y a donc pour nous un immense intérêt à être représentés dignement à l’Exposition universelle d’Anvers, et à faire connaître sans cesse nos produits au dehors. Le Ministre du Commerce a nommé une Commission spéciale chargée de rechercher les moyens de faciliter la participation de la France à cette grande exposition, et nous avons l’espérance que nos vœux se trouveront réalisés.
- La France occupera probablement 12 500 mètres dans la galerie principale et 5500 mètres dans celle des machines. Le plan de l’installation comporte d’ailleurs de grandes extensions, dans le cas où la place viendrait à faire défaut.
- Des propositions importantes ont déjà été discutées par le Comité d’organisation en Belgique : l’éclairage électrique des halls principaux, du jardin et de ses annexes est à l’ordre du jour. Si ce projet grandiose se réalise, les salons luxueusement meublés qui borderont les deux côtés des galeries centrales seront brillamment illuminés par la lumière à incandescence.
- Le comité étudie aussi une question vers laquelle se porte chaque jour davantage l’attention des savants et la curiosité du public : jusqu’ici, lors des auditions téléphoniques musicales et théâtrales, la source sonore se trouvait à une distance peu considérable du récepteur; à l’Exposition d’Anvers on entendra une comédie, un concert, un opéra exécutés à Bruxelles, à Gand, à Liège ou à Verviers.
- Mais le champ d’expérience des applications de l’électricité ne se renfermera pas uniquement dans l’Exposition elle-même. Déjà le comité est saisi de la question de la navigation électrique sur l'Escaut, de la transmission de la force à grande distance, de la traction par l’électricité des voitures de tramways dans Anvers, etc.
- On peut dès aujourd’hui prédire que la section spéciale d’électricité sera une des plus grandes attractions de l’Exposition universelle d’Anvers.
- Plan de l’Exposition d’Anvers en 1885.
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- LE GRAND ASCENSEUR DE BAHLA
- AU liRÉSI h
- Nous avons récemment décrit l’ascenseur de Stockholm, qui permet de s’élever des quartiers bas de la ville aux quartiers élevés1. Une installation du même genre et plus considérable existe depuis plusieurs années à Rallia, au Brésil. Grâce à l’obligeance de M. l’ingénieur de Gomès qui a bien voulu nous envoyer à ce sujet les documents les plus complets, nous allons faire connaître aujourd’hui à nos lecteurs ce remarquable appareil métropolitain.
- Une partie de la ville de Rallia est située à une grande hauteur, au sommet de terrains élevés.
- 11 est assez fatigant de gravir les chemins un peu raides qui conduisent dans ces quartiers.
- La Compagnie de Ferro Carril Transportes Urbanos possède un privilège pour la construction, sur la côte occidentale de la ville, de lignes de communication entre la ville haute et la ville basse, pour le transport de passagers et marchandises. Cette Compagnie a fait construire une grande tour dans la partie basse en face de la douane, presque à côté des débarcadères, et y fait fonctionner un ascenseur. Lu partie supérieure de la tour est reliée par un pont
- Le grand ascenseur de Baliia, au Brésil.
- métallique, aux quartiers élevés de la ville, sur la I place du Palais du Gouvernement.
- Ces travaux ont été commencés le 17 octobre 1869.
- L’inauguration de cette importante construction que représente la gravure ci-dessus, a eu lieu le 8 décembre 1875.
- Le grand ascenseur de Baliia est donc livré au public depuis dix ans a peu près ; il fonctionne parfaitement bien et transporte chaque jour, en moyenne, 2600 personnes au prix de 25 centimes par voyageur.
- La tour verticale a 58 mètres de hauteur et les parois 3 mètres d’épaisseur en moyenne.
- 1 Voy. n° 573 du 24 mai 1884, p. 404.
- Le pont métallique, placé au sommet de la tour de l’ascenseur, a 45 mètres de longueur.
- La tour contient deux cages d’ascenseur où prennent place 20 passagers à la fois.
- Cet ascenseur possède 2 machines à vapeur dont une de 60 chevaux et l’autre de 50, ainsique 5 chaudières multituhulaires dont 5 de grande force et deux accumulateurs hydrauliques.
- La vitesse de translation est assez rapide, l’ascension ne dure pas plus de deux minutes.
- Les machines et tous les appareils sont placés à la partie inférieure de la tour.
- La tour est éloignée de l’entrée principale, de 45 mètres dont 19 mètres sont formés d’un tunnel en maçonnerie, creusé dans la roche et qui a 4 mè-
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- très de largeur. Au sommet de la tour, le voyageur a sous les yeux un spectacle incomparable : la baie de Bahia, la ville et les îles environnantes forment un panorama splendide.
- La Compagnie du chemin de fer métropolitain de Bahia se propose de construire, dans un autre quartier de la ville, un second ascenseur qui aura 23 mètres de hauteur et sera tout en fer; le mécanisme sera le même que celui de l’ascenseur actuel.
- LES INONDATIONS A MURCIE
- Les lecteurs de La Nature n’ont pas oublié la terrible inondation qui répandit en 1870, à Murcie, le deuil, la ruine et la désolation. Tout ce que Paris, plus récemment, a fait pour soulager les infortunes nées au lendemain des cataclysmes d’ischia et de Krakatoa, n’est qu’un écho de ce que sut lui ins-
- Carle de[la"vallée de Murcie.
- pirer sa charité le jour où se répandit la nouvelle de l’inondation de la plaine de Murcie. Mais, ce que tous les lecteurs ne savent pas, c’est qu’au mois de mai dernier, une nouvelle inondation plus épouvantable peut-être que celle de 1879 est venue désoler l’Espagne.
- Cette province qui est l’une des plus riches de l’Espagne produit en grande quantité des tomates, des piments et des pommes de terre, le tout d’excellente qualité; il faut ajoutera cela les mûriers, qui permettent de recueillir une belle et bonne récolte de soie, les orangers et les palmiers, Et tout à coup, du soir au lendemain, une vallée riche, belle, au moment même où elle déploie toute sa splendeur, sur une longueur de 75 kilomètres, se trouve transformée en un immense torrent entraînant dans ses flots qui roulent tumultueusement, habitants, animaux, demeures, arbres, récoltes. Les digues sont rompues, les barrages sont couverts, et quand les eaux se retirant, laissent calculer l’importance des pertes aux survivants de la catastrophe, une couche de 75 centimètres de sable
- couvre la terre labourable. Les pertes sont immenses. Sans compter les sommes dépensées et à dépenser pour l'cndiguement de la rivière Segura et ses affluents, ni les pertes en hommes, animanx, édifices, etc., on évalue les seules pertes agricoles à 225 millions de réaux (56 250000 francs). La gendarmerie de Murcie a fait une statistique d’après laquelle plus de mille édifices publics ou autres ont été détruits.
- Le maire de Murcie estime cette inondation plus dévastatrice que celle de 1879.
- On sera certainement surpris de voir, à cinq ans de distance, se reproduire le même fait, d’une façon si tragique. Mais ce n’est pas d’aujourd’hui que ce fléau s’abat sur la vallée de Murcie et les deux villes voisines de Murcie, Orihuela et Lorca. Des travaux de la Junte populaire de secours, il résulte que de tous temps les rivières Segura et Sangonera ou Guadalentin ont eu des débordements subits et des crues rapides qui, répandant sur les environs leurs eaux, renouvelaient trop souvent les désastres et les ruines.
- Voici ce que cette Junte, s’appuyant sur les documents manuscrits ou autres conservés dans les archives de Murcie, a livré à la connaissance publique sur l'historique des inondations.
- Avant le seizième siècle on pe sait rien de bien précis, par le manque de documents. On ne possède qu’une pierre, que les archéologues estiment remonter pour le moins au quinzième siècle, qui était fixée auprès du pont de Lorca, et sur laquelle se trouve cette inscription :
- Cuando el agua llcgue â aqui,
- Murcia que sera de ti !
- Ce qui veut dire : « Quand l’eau arrivera ici, Murcie, qu’en sera-t-il de toi? « Cette triste prophétie eut son terrible accomplissement en 1879. L’eau atteignit la plaque dont je parle.
- D’après la tradition et les vestiges que l’on en a découverts sur les sommets de quelques montagnes environnantes, on peut affirmer aujourd’hui que les Arabes annonçaient aux populations menacées, le terrible fléau, au moyen de signaux, en allumant sur les hauteurs d’immenses bûchers et en sonnant des conques marines. Cet usage s’est conservé jusqu’à nos jours chez les peuples riverains du Segura.
- La première inondation (elle fut terrible) dont on ait conservé les documents, remonte au dix-septiéme siècle. Elle eut lieu le 14 octobre 1651 et fut pour ce motif nommée de Saint-Calixte. Elle commença à 3 heures du matin. La rivière Segura et celles de Lorca et de Mula débordèrent. (Voy. la carte.) Toute la campagne et la ville de Murcie furent inondées. Une foule de personnes et d’animaux furent noyés, les récoltes et les plantations détruites; un grand nombre d’édifices s’écroulèrent. L’eau pénétra dans la cathédrale et y arriva assez haut pour pétruire toute sorte d’ornements précieux.
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- A propos de l’inondation suivante il existe une note que je traduis littéralement :
- « 7 octobre 1655. — Les eaux des rivières Se-gura et Sangonera débordent en grande quantité. Elles inondent les vergers de Murcie et d’Orihucla et détruisent dans la campagne de la première de ces villes six mille demeures. Plusieurs affirment que cette inondation est plus forte que celle dite de Saint-Calixte. Le chapitre de la cathédrale décide, à la suite de celte épouvantable catastrophe, de se transférer à Albacete. Mais la ville de Murcie obtient du roi Philippe IV un ordre qui l’oblige à rester. La ville donne dix mille ducats pour les ornements à remplacer et les réparations à faire. »
- Le 25 octobre 1756 nouvelle inondation causée par le débordement du Segura et du Sangonera.
- Le 6 septembre 1775 le débordement des mômes rivières reproduiront les mêmes désastres. Mus de cinq cents personnes y trouvèrent la mort, attendu que la catastrophe se produisit à onze heures du soir, la plupart des habitants se reposant des rudes labeurs de la journée.
- Le 25 octobre 1776 les eaux débordées du Segura se répandent dans les vallées de Murcie et d’Orihucla. Dans la première de ces villes, l’eau pénétra dans le couvent du Carmel, dans l’église duquel elle s’éleva jusqu’au maître-autel. On .peut juger par là des pertes d'hommes et de récoltes qui en furent la conséquence.
- Le 16 janvier 1778, deux ans après, nouvelle crue, nouveau débordement, nouvelle inondation. Les eaux pénètrent dans les villes déjà nommées de Murcie et d'Orihuela, détruisant une foule d’édifices, après avoir emporté les semailles et une grande quantité de terres labourables.
- Le 2 octobre 1788, au milieu de la nuit, Murcie est surprise par une inondation produite par un débordement du Segura, dont les eaux répandues dans la ville, ont une hauteur de près d’un mètre dans certains quartiers. Depuis le 2 jusqu’au 19, il y eut neuf crues successives du Guadalentin ou Sangonera (Voir la carte). Rien ne saurait donner une idée de l’importance des pertes de toute sorte. Bon nombre d’habitants se réfugièrent dans les montagnes voisines. Le chapitre de la cathédrale fut chargé d’adresser des supplications au Ciel. Un grand nombre de ceux qui échappèrent à la fureur des Ilots envahisseurs moururent de .aim ou de misèie.
- En 1802 le Bourbier de Lorca voit ses digues rompues, et les eaux se précipitant par le lit du Guadalentin, envahissent Lorca et vont inonder avec une marche rapide les vergers de Murcie et Orihuela, noyant un grand nombre de victimes, détruisant des édifices et ravageant entièrement la campagne.
- Pour plusieurs raisons, dont l’une d'elles semble être le manque d’argent, la reconstruction de cet immense ouvrage n’est pas achevée encore. Son utilité est incontestable : son rôle est à peu près celui qu’avait le Mœris pour la vallée du Nil. Les eaux y sont emmagasinées et leur écoulement pour l’arro-
- sage des terres ou autres usages, y est réglé avec une grande précision.
- Enfin, le 8 octobre 1854, une crue extraordinaire, suivant les sinistres coutumes des précédentes, entraîna les récoltes, arracha un grand nombre d’arbres, et détruisit quatre mille demeures.
- Depuis lors, jusqu’à l’inondation du mois de mai dernier, il n’y eut ([ue celle de 1879 que je ne décrirai pas, car elle est, malheureusement, trop tristement connue de tous.
- Je suis loin d’avoir cité toutes les crues qui sont venues désoler cette contrée. Je n’ai fait qu’un rapide aperçu sur les principales. On remarque en jetant un coup d’œil sur ces funèbres dates, que la presque totalité des inondations ont eu lieu en octobre. Une foule de causes viennent s’ajouter les unes aux autres pour le malheur de cette région.
- En automne les orages déversent de grandes quantités d'eau sur la chaîne de Las Estancias. Les pluies y sont tellement rares pendant le reste de l'année qu’aucune végétation ne consolide ce terrain sec et imperméable en quelque sorte. Les torrents roulent avec impétuosité des quantités d’eau qu’ils ont peine à contenir et qui viennent subitement grossir les rivières Guadalentin et Segura. La sécheresse perpétuelle est presque instantanément changée en une inondation non moins désastreuse qui va causer des dommages iucalculables à la paitie plus basse des terres cultivables et d’un si bon rapport de Murcie et Orihuela.
- La partie sud-est du bassin du Sangonera est sillonnée de pics escarpés séparés par des crevasses profondes qui recueillent une grande quantité d’eau durant les pluies. Cette masse liquide qu’aucune végétation ne vient arrêter ou ralentir dans son impétuosité, va se réunir rapidement à celle qu’amène de plus haut le Sangonera. Après un parcours de 40 kilomètres environ il se produit un rétrécissement en forme d’entonnoir, où les eaux sont retenues, et s’élèvent à une grande hauteur pour se précipiter dans la vallée de Murcie avec force, par une pente de 14 mètres environ. Plus loin ces eaux se réunissent à celles de la rivière Segura qui est plus importante, ce qui fait qu’en temps de grosses crues cette région est convertie en un immense lac.
- En résumé, les causes qui rendent si fréquentes et si terribles les inondations dans ce pays sont les suivantes : 1° Le" montagnes sont formées de roches tendres et de terre argileuse; 2° leurs versants sont très abrupts, ce qui réunit en peu de temps de grandes masses d’eau, animées d’un mouvement lapide; 5° l’automne est la saison où les orages se déchaînent avec le plus de violence.
- 11 est à remarquer, qu’en général, en Espagne, les montagnes sont dépourvues de végétation et cela est pour beaucoup dans l’importance et la fréquence des inondations de Murcie.
- Albert Gayan.
- Madrid, juillet 188i.
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- LA NAT DUE.
- LES ILLUSIONS D'OPTIQUE
- ET LA PRESTIDIGITATION
- La notice qui a été publiée dans La Nature, il y a quelques semaines déjà, sur la Double vue et les expériences de M. Stuart Cumberland, nous a valu un certain nombre de lettres de fervents crovants au spiritisme. Nos honorables correspondants protestent contre la confusion qui aurait été faite dans l’intéressant article de notre collaborateur qui signe G. Kerlus, entre les thaumaturges et les médiums. « Croyez bien, nous disent nos correspondants, qu’il y a, parmi les spirites, des hommes fort estimables, de très bonne foi. Des savants de grand mérite ont
- Fig. I. — Illusion d’optique. Lu bug lutte magique. B. Glissière servant ù réaliser l’expérience.
- tant que leurs opérations s'exécuteront comme en cachette, sous une table mal éclairée, et en présence de spectateurs déjà convaincus. La science ne craint pas le plein jour, la grande lumière, et quand un physicien attire des corps légers avec un bâton de résine électrisé par le frottement, il n’a pas besoin de baisser les lampes ou de faire sortir les personnes auxquelles il conviendrait de ne pas croire à la physique.
- Baisser les lampes, voilà le secret des médiums. M.Home éleignait tout à fait les lumières quand on voyait apparaître des caractères de feu au plafond. Le célèbre devin se servait à cet effet d’une canne qu’il avait préalablement dissimulée, et qui s’ouvrant comme une canne à pêche, lui permettait de promener un morceau de phosphore à la surface du
- parfois assisté à des expériences absolument démonstratives. On ne peut nier, quelque difficile qu’en soit l’explication scientifique, l’évidence des faits. » Telle est à peu près la substance des lettres qui nous ont été adressées.
- Il nous sera facile de répondre. Nous ne nions pas qu’il y ait des spirites de bonne foi ; ceux-là, ce sont ceux qui voient, qui écoutent, qui constatent les faits, qui assistent au mouvement des tables, et qui entendent les bruits des esprits frappeurs. Mais à côté des spectateurs sincères... et naïfs, il y a les médiums qui exécutent les expériences, qui soulèvent les tables et font résonner les parois des meubles ; ceux-là ce sont bien des thaumaturges au pouvoir desquels nous ne pourrons jamais croire,
- Fig. 2. — Autre illusion d’optique. Doigt traversé par uu clou. A. Disposition du clou employé.
- 1 plafond. Quand M. Home s’apercevait qu’il y avait, dans l’assistance devant laquelle il opérait, un incrédule qui voulait voir de trop près, il le priait de s’en aller, disant que les esprits ne peuvent faire leurs manifestations devant les sceptiques.
- Nos correspondants nous citent des faits qu’ils ont constaté de visu. L’un d’eux nous écrit qu’un médium anglais avait le poignet entouré d’un bracelet de fer forgé qu’on avait confectionné exprès, et que ce bracelet tombait de lui-même sans s’ouvrir, alors que le médium avait la main posée sur une table. Le bracelet se trouvait à terre absolument intact. — Gomment, nous dit-il triomphalement, expliquez-vous un pareil phénomène? — Nous avouons que nous ne l'expliquons en aucune façon, pas plus que ne s'expliquent immédiatement certains tours
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- de physique amusante, quand ils sontexécutés par des prestidigitateurs habiles. On a vu pendant longtemps la fameuse bouteille inépuisable de Robert Boudin sans savoir comment s’exécutait cette ingénieuse expérience. 11 y a quelques jours j’assistais à une représentation du Cirque des Champs-Elysées, et j’ai admiré là un prestidigitateur qui exécute un tour remarquable. Il se présente avec une cage d’oiseau d’assez grande dimension, qui a environ 0m,50 de ! hauteur et 0m,20 de diamètre. Cette cage renferme un oiseau vivant. L’opérateur la présente au public, il annonce que l’objet va être escamoté. Une... deux... trois. Tout en effet a subitement disparu,
- instantanément, et sans qu’il soit possible de rien voir. Cela est aussi étonnant que le bracelet du médium, mais l’habile opérateur du Cirque ne prétend en aucune façon avoir des relations directes avec le monde des esprits, aussi reçoit-il les applaudissements que lui vaut bien son incomparable adresse.
- Les procédés employés pour produire les effets qui paraissent les plus extraordinaires, sont parfois les plus simples et les plus faciles à réaliser.
- La baguette magique qui se tient d’el’e-même à l’extrémité des doigts ouverts (fig. 1) pourrait servir aux médiums et aux opérateurs du spiritisme. La
- Fig. 5. — Expérience de la eamie enchantée qui se tient debout.
- glissière métallique B est tenue entre les doigts par les tiges dont elle est munie à ses deux extrémités; ces tiges doivent être coupées assez court, pour qu’on ne les voie pas saillir sur la face supérieure de la main. La baguette magique est introduite dans la glissière quand on a la main à peu près fermée; on peut sortir la baguette de la main, la montrer aux spectateurs, la remettre dans la glissière, allonger les doigts, et recommencer l’expérience, qui doit se faire, pour compléter l’illusion, à l’aide de passes magnétiques mystérieuses.
- Les escamoteurs du moyen âge savaient faire des expériences analogues; ils connaissaient par exemple le moyen de traverser leur doigt par un gros clou, et quelques-uns même simulaient des taches de sang
- qui donnaient plus complètement l'illusion de la plaie. Notre fig. 2 représente l’aspect de l'expérience; nous avons montré, au bas de la tigure, la disposition qu’il faut donner au clou pour produire l’illusion. Le clou a été coupé en deux parties, réunies à l’aide d’une demi-bague soudée à ses deux extrémités. 11 faut pour faire l’expérience avoir un clou intact, que l’on montre aux spectateurs, pour faire voir « qu’il n’est nullement préparé » ; on opère avec le-clou préparé, après avoir dissimulé celui quia été exhibé1.
- Une des plus curieuses illusions que l’on puisse
- 1 On peut confectionner par le même procédé un couteau qui permet de perforer le poignet. C’est sous cette forme que l’expérience se trouve décrite dans les anciens livres de Physique amusante.
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- recommander aux amateurs de physique amusante, est celle de la canne enchantée, ou de la canne magnétisée. L’opérateur se présente avec une canne que lui a remise un assistant; il s’asseoit, les jambes un peu écartées, il pose la canne par terre, debout devant lui, et il y lance de la main droite, des torrents de iluidc magnétique, tandis que la main gauche tient encore la canne. Voici la canne immobile, la main qui la tenait est enlevée, et alors, chose vraiment prodigieuse, la canne en présence de tout le monde, reste debout en équilibre, entièrement isolée.
- Pour faire ce tour amusant, il faut prendre un fil noir très fin, de 0m,70 de longueur environ. On l’attache à deux épingles noires que l'on fixe au drap de son pantalon, une épingle à chaque jambe, à la hauteur des genoux. Ce fil est invisible à 2 mètres de distance ; on peut marcher, aller et venir sans qu’il soit en aucune façon apparent. Quand on est assis et que l’on veut faire tenir la canne debout, on la pose entre les deux genoux, près du corps, et on l’eloigne peu à peu jusqu’à ce qu’elle ait rencontré le fil tendu qui lui sert de point d’appui.
- , C’est par un procédé analogue que le célèbre prestidigitateur Hermann faisait tenir un petit bâton dans l’espace entre ses mains écartées. Il le retenait par deux longs cheveux noirs, très fins, attachés à chaque extrémité. Cette expérience qui en réalité était la plus facile de toutes celles qu’il exécutait, passait cependant pour la plus étonnante.
- Ces quelques exemples montrent bien que, par certains procédés ingénieux, souvent très simples, il est facile de produire des illusions, qui masquent la réalité des faits. On concevra qu’une table peut se soulever., ou se remuer, sans que les spectateurs s’aperçoivent des procédés qui ont été employés pour produire ces mouvements. C’est ce que font les médiums-escamoteurs qui opèrent, devant les spirites-spectateurs de fort bonne foi, à la classe desquels appartiennent, nous n’en doutons pas, les signataires des lettres qui nous ont été adressées.
- Ou ne saurait soupçonner le nombre prodigieux de somnambules, de tireuses de cartes et de médiums qui exploitent, àParis, l’amour du merveilleux et du surnaturel.
- Il y a des médiums qui sont payés à tant la séance et qui ont la prétention, le croirait-on? d’écrire sous la dictée des morts dont ils évoquent l ame. Et ces gens-là ont des clients assidus et convaincus, qui les admirent et qui les payent!
- 0 crédulité humaine! Gaston Tissandier.
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- U PISCICULTURE DANS LA FERME
- Les nouvelles conditions économiques que la concurrence étrangère ont créées à notre agriculture, ont eu pour résultat, tout au moins dans certaines parties de la France, un changement plus ou moins complet des systèmes de culture. Sur les conseils d’hommes éclairés, quelques cultivateurs ont essayé la production et l’élevage du poisson, cultivant ainsi les eaux et la terre. Sous ce rapport l'An-
- gleterre, l’Allemagne, la Suisse, les États-Unis et même la Chine sont beaucoup plus avancés que nous. Ainsi en Chine, les moindres mares sont utilisées pour la production du poisson qui est un des principaux aliments du pays. Or, il est à remarquer, qu'indépendamment de nos 157 000 kilomètres de cours d’eau, nous possédons 110 000 hectares d’étangs et 20 000 hectares de lacs, il est évident qu’avec de tels éléments, l’élevage bien conduit pourrait livrer en abondance une nourriture aussi saine que nutritive. D’ailleurs, en raison de la richesse de la chair de poisson en phosphore, elle agit sur les fonctions de la reproduction, c’est ce qui explique pourquoi les populations qui font du poisson leur principa'e nourriture, sont d’une fécondité exceptionnelle. I.es Chinois et les peuples ichtvophages en sont un exemple frappant.
- Toutes ces raisons militent bien en faveur de la pisciculture. Activement secondées par le Ministre de l’Agriculture, dans la personne de son éminent délégué M. Chabot Karlen, les fermes-écoles et les écoles pratiques d’agriculture ont tracé la voie à suivre, aussi peut-on espérer que les exploitations agricoles placées dans des conditions favorables imiteront cet exemple. Lorsqu’on songe aux ressources alimentaires qu’une production bien entendue de poisson pourrait fournir au pays, on s’étonne que l’élevage du poisson d'eau douce n'ait pas plus d’extension, étant donné surtout le prix élevé de cette marchandise à 1 heure présente sur nos marchés. Le gouvernement, par la loi du 23 juillet 1875, a décrété obligatoiiè l’enseignement théorique et pratique de la pisciculture dans les ecoles d’agriculture. Or, nous avons tout lieu du croire que cet enseignement portera bientôt ses fruits.
- 11 y a deux voies à suivre en pisciculture : les cours d’eau se dépeuplent de plus en plus, cela est incontestable ; quelles sont les causes de ce dépeuplement? On peut les ramener aux trois suivantes :
- 1“ Les exigences de la navigation, qui au moment du frai, empêchent la reproduction. Jri, rien à faire, c’est au point de vue piscicole, un mat nécessaire ;
- 2° Les résidus insalubres que les usines jettent dans les cours d’eau. Ces résidus sont de trois sortes : d’abord les détritus solides inertes, puis les liquides solides ou vénéneux, entin les liquides chargés de malières organiques susceptibles de fermentation, causes également défavorables à la multijplication du poisson;
- 3° Enfin la législation de la pèche qui non seulement est insuffisante, mais dont les lois ne ^sont nullement observées.
- 11 importe donc, tout d’abord, de repeupler les cours d'eau, et surtout d atténuer les causes du dépeuplement par des mesures séveres.
- Cette question du repeuplement est tout à fait nationale, aussi incombe-t-elle aux soins de l'Etat. En effet, peu de particuliers sont en mesure d’empoissonner les cours d’eau, n’étant pas sûrs de récolter ce qu'ils auront semés, et se souciant fort peu, on le comprend sans peine, de travailler pour les autres.
- Mais cela n’empêche pas la pisciculture industrielle, à laquelle les agriculteurs, mieux que n’importe qui, peuvent se livrer avec avantage. Ils pourront alors produire et élever le poisson tout comme les bœi.fs et les moutons. Pour cela on utilisera les étangs, lacs et pièces d’eau fermées; de cette façon tout le monde pourra manger du poisson et les cultivateurs réaliseront des bénéfices d’autant plus considérables, que l’elevage sera mieux conduit.
- Albert Larbalétrier,
- Sous-directeur à la ferme-école de la Pilleticre (Sartho).
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- YERRE DE LAMPE DE M. PAUL BAYLE
- Les différents types de lampes, qui servent aujourd’hui pour l'éclairage domestique, présentent plusieurs imperfections, et l’expérience journalière montre trop souvent combien, même avec les modèles les plus soignés et les mieux étudiés, il est difficile de réaliser une combustion parfaite des divers liquides usuels, huile, pétrole ou schiste.
- M. P. Bayle s’est efforcé d’apporter un remède à cet état de choses, mais, ne pouvant songer à modifier la disposition des lampes du commerce, adoptées par le public, sans léser beaucoup d’intérêts et sans se heurter à de graves diflicultés matérielles, il a dirigé ses recherches sur la cheminée, sur le verre de la lampe.
- La cheminée n’est pas seulement un appareil destiné à écouler les fumées et les gaz de la combustion, son rôle principal est de rompre l’équilibre de l’air atmosphérique, qui est le grand réservoir d’oxygène et d’appeler dans le foyer, par la différence des densités, cet agent indispensable à toute combustion.
- Les lampes dont nous nous servons sont munies de cheminées en verres cylindriques avec ou sans base coudée.
- La cheminée cylindrique coudée serait suffisante pour appeler dans le foyer la quantité d’air nécessaire à une bonne combustion, si l’on pouvait à volonté en augmenter les dimensions dans le sens du diamètre ou de la hauteur. Mais à cause de la nature fragile de la matière qui la compose, comme aussi à cause de la disposition des appareils d’éclairage, on est forcé de donner des dimensions restreintes à la cheminée de la lampe. Il en résulte un appel insuffisant du gaz comburant et, par suite, une combustion imparfaite.
- Il s’agissait donc de trouver une cheminée, qui, sous de petites dimensions eût une grande force d’aspiration.
- M. P. Bayle a mis à profit les propriétés définies par Venturi et Bernoulli des ajutages convergents-divergents et s’est inspiré des travaux de M. de Ro-milly, à savoir qu’un courant de gaz dirigé dans l’axe et vers la petite base d'un cône tronqué, à une distance déterminée de cette petite base, a la propriété d’entraîner avec lui, par impulsion, une quantité d’air à peu près double de celle que ce même courant pourrait entraîner s’il était dirigé vers un cylindre.
- Voici comment il a mis à profit ces principes pour la réalisation de son nouveau verre : les lampes à bec rond, ont, comme on le sait, deux courants d’air : le courant intérieur qui traverse le petit conduit autour duquel la mèche s’enroule, et le courant d’air extérieur qui passe sous le boisseau du verre extérieurement à la mèche.
- En donnant à la partie supérieure du verre, à la cheminée proprement dite, la forme d’un cône tronqué dont la petite base est tournée vers le courant d’air intérieur du foyer de la lampe, c’est-à-dire en
- dirigeant ce courant vers la partie contractée du cône supérieur, au point où la dépression est la plus grande, on détermine une aspiration énergique qui a pour effet d’entraîner, en lui communiquant sa vitesse, l’air appelé entre la mèche et le verre.
- d’appel des deux courants d'air étant réalisé, comme il vient d être dit, par la forme conique de la partie supérieure de la cheminée, il restait à régler l’entrée, dans la flamme, du courant extérieur : si ce courant y pénètre sous un angle trop aigu, il entraîne la flamme vers la sortie de la cheminée, avant que la combinaison chimique de l’oxygène et du carbone soit terminée ; s’il la traverse au contraire, sous un angle trop obtus, il la rabat et la raccourcit. L’expérience a montré que dans la plupart des cas, l’angle le plus favorable, sous lequel le courant d'air extérieur doit être conduit dans la flamme, varie entre 55 et 45 degrés. Nous disons dans la plupart des cas, car il y a des exceptions ; cela dépend des matières comburées et des conditions dans lesquelles ces matières pénètrent dans le foyer.
- La figure ci-contre montre la forme adoptée par l’inventeur pour les lampes à huile et les lampes à pétrole. Gomme on le voit, la cheminée se compose de deux cônes, A, B, réunis bout à bout par leur petite base :1e cône supérieur A, ou cône divergent, est construit sur un angle variable mais qui, pour produire son maximum d’effet, ne doit pas beaucoup s’écarter de 5 degrés. Ce cône repose sur le cône convergent B, dont l’angle, ainsi que nous l’avons dit plus haut, varie entre 55 et 45 degrés ; à la grande base de ce cône se trouve soudée une partie cylindrique c destinée à fixer le verre sur le boisseau de la lampe.
- La hauteur donnée au cône divergent est également variable, mais on obtient une très belle lumière quand elle est égale à six fois le diamètre de l’étranglement.
- Quand la lampe est destinée à brûler dans une atmosphère tranquille, exempte de courants d'air brusques, cette hauteur peut même être abaissée jusqu'à quatre fois le diamètre de la base, sans que pour cela la lumière soit moins vive.
- Quant à la hauteur à donner au cône convergent B, elle est déterminée par l’ouverture de l’angle sous lequel ce cône a été construit.
- Enfin, en thèse générale, le diamètre de la petite base doit être égal à la moitié de la grande base du cône convergent B.
- Le nouveau verre doit être placé sur le boisseau de la lampe de telle sorte que la partie supérieure du porte-mèche D sc trouve à quelques millimètres au-dessous de la base du cône convergent. La hauteur à donner à la mèche varie suivant la lampe dont on fait usage ; on la règle de façon à obtenir une combustion tranquille et régulière. Dans les lampes à l’huile il faut la sortir de 1 centimètre 1/2 environ,
- Lorsqu’on observe deux lampes de même calibre, dont l’une est munie du nouveau verre et dont l’autre, au contraire, possède le verre du modèle
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- ancien, on est frappé de la différence qui existe dans la couleur de la flamme, ainsi que dans l’intensité de la lumière produite.
- Tandis que, dans le cas du verre cylindrique, la flamme est rouge et peu brillante, avec le verre conique, au contraire, la flamme est blanche et extrêmement lumineuse; cet effet n’a rien d’ailleurs de surprenant, si l’on se reporte aux conditions théoriques sur lesquelles repose la construction de la nouvelle cheminée : l’afflux énergique d’air ayant pour résultat d’opérer une combustion plus active du liquide et,[par suite, de porter au rouge blanc les particules de charbon répandues dans la flamme, particules qui, comme on le sait, communiquent à celle-ci son pouvoir éclairant. Le maximum d’effet utile se produit, ainsi que nous l’avons dit, lorsque les diamètres donnés aux cônes ont été calculés de telle sorte que l’air soit amené avec assez d’abondance pour opérer une combustion complète, sans cependant arriver en excès, de façon à ne point refroidir la flamme.
- 11 était intéressant de mesurer quel était, pour une lampe donnée, l’accroissement du pouvoir éclairant occasionné par l’emploi du verre Bayle; à cet effet,
- M. Félix Le Blanc a exécuté des essais photométriques à l’aide des appareils si précis 'qu’il possède dans son laboratoire de l’avenue Victoria. Les essais ont été faits sur une lampe sortant des ateliers de M. Gagneau, à bec de 16 lignes, armée successivement d’une cheminée de verre du modèle ordinaire, puis de la cheminée en verre de forme spéciale, modèle de M. P. Bayle. Les mesures n’ont été faites, pour chaque système, qu’après une demi-heure d’allumage, c’est-à-dire après un temps suffisant pour que le régime de marche normale se soit établi.
- La lumière de la lampe Carccl réglementaire étant de 1, on a obtenu pour la lampe Gagneau, à verre ordinaire, une lumière de 1,113 carcel, et pour la même lampe, munie du verre Bayle une lumière de 1,404 carcel.
- •. 1,113 , . . . .
- Ainsi, représenté le rapport de la lumière
- de la même lampe avec le verre ordinaire et avec le verre du système Bayle ; d’où il suit :
- Que la lumière de la- lampe avec l’ancien verre étant 1, la lumière avec le verre nouveau est de 1,26, soit un accroissement de 25 pour 100 environ. Ce chiffre de 25 pour 100 n’a rien d’absolu. Sur les lampes à pétrole le nouveau verre, comparé au verre étranglé prussien, donne un accroissement de 40 pour 100 de pouvoir éclairant. Avec son emploi le pétrole est brûlé sans odeur.et sans fumée.
- Il était intéressant de voir si cet accroissement
- d’intensité n’était pas dû à une consommation supérieure d’huile; à cet effet, on a déterminé la quantité d’huile brûlée par chaque lampe.
- La lampe Gagneau, avec l’ancien verre, a brûlé 62er,25 d’huile à l’heure.
- La même lampe, avec le verre Bayle, a consommé 63 grammes pendant le même temps, c’est-à-dire une quantité égale.
- Cet essai de consommation, a été répété à plusieurs reprises pendant des temps différents, en prolongeant sa durée jusqu’à neuf heures : toujours on a trouvé une consommation sensiblement égale pour les deux modèles de verre, les mèches étant réglées, dans chaque cas, de façon à obtenir le maximum de lumière.
- On peut donc conclure que l’accroissement de lumière est dû à la forme spéciale donnée au verre. 1
- Le verre Bayle s’applique aux lampes à l’huile, aux lampes à pétrole et aux lampes à gaz; dans cette dernière application l’inventeur avait rencontré d’abord une difficulté imprévue. L’élévation de la température produite par le courant d’air forcé était telle qu’au bout de peu de temps le verre fondait et s’affaissait, mais cela tenait à la mauvaise qualité du verre employé. Il a suffi à M. Bayle de changer d’usine pour faire disparaître cet inconvénient. Les verres à gaz qu’il livre aujourd’hui au commerce résistent à toutes les températures.
- Les effets réalisés par la nouvelle cheminée peuvent se résumer ainsi,: augmentation du pouvoir éclairant, résultat naturel d’une meilleure combustion ; suppression de toute fumée ; combustion plus active desséchant les parties charbonneuses de la 'mèche et facilitant ainsi l’ascension des huiles. La rapidité du courant d’air emportant les huiles jusqu’au sommet de la mèche, facilite également l’action de la capillarité.
- I)c plus, l’afflux considérable d’air appelé sous le foyer rafraîchit continuellement le pied de la cheminée ainsi que la bougie porte-mèche ; ils en résulte que l’excédent d’huile tombe limpide, et non altéré, dans le réservoir, et ne produit pas ces dépôts gluants qui encrassent les mouvements extérieurs et obturent les conduites d’ascension de l’huile.
- Cet afflux d’air produit par le verre conique permet enfin de brûler, sans fumée et sans charbonnement de la mèche, les huiles de mauvaise qualité (mélanges d’huile de colza et d’huile de lin) que l’on rencontre malheureusement trop souvent dans le commerce, et ce n’est pas là un des moindres avantages du nouveau système.
- re de latupe . Bayle.
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- CONSTRUCTION DES CHEMINS DE FER
- AUX ÉTATS-UNIS
- Nous avons signalé bien souvent déjà la prodigieuse activité qu’apportent les Américains dans la construction des chemins de fer : les voies ferrées qu’ils lancent à travers des pays souvent vierges y précèdent même généralement tous les autres moyens de communication. Elles sont établies d’une manière un peu hâtive, sans études bien approfondies, avec les matériaux les plus communs dont on peut disposer dans le pays. Plus tard, à mesure que l’exploitation devient plus active, on remplace progressivement tout ce que
- la construction première avait laissé d’imparfait : on rétablit l’assiette de la voie souvent posée directement sur le sol sans ballast, on répare les ouvrages d’art, on remplace les viaducs en bois par des ponts en fer ou eu pierre. C’est ainsi que les Américains arrivent à donner à leurs voies ferrées le développement prodigieux qu’elles ont pris ; à la fin de l’année 1883, la longueur des chemins déjà construits atteignait 195 917 kilomètres, et la longueur qui en a été faite dans chacune de ces quatre dernières années a continuellement dépassé 10 000 kilomètres. Ainsi on obtenait en effet les chiffres suivants : en 1880, il a été construit 11 500 kilomètres de chemins de fer, en 1881, 15 750 kilomètres, en 1882, 18 760, et en 1883 plus de 10 000 kilomètres.
- On se fera une idée de ce développement en
- Versoir mécanique pour répandre le ballast sur la voie des chemins de fer américains.
- songeant qu’en France, la longueur totale de nos voies ferrées exploitées n’était, au 1er janvier 1883, que de 28 884 kilomètres, elle n’atteignait donc pas la longueur des lignes construites aux Etats-Unis en l’espace de deux années seulement, 1881 et 1882 par exemple; elle atteint le i/1 à peine du développement des lignes américaines. La construction d’une longueur pareille de voies ferrées, 10 à 15000 kilomètres par an, exige un nombre d’ouvriers considérable qu’on n’évalue pas à moins de 33 000, en dehors du personnel régulier des chemins de fer. Comme le prix de la main-d’œuvre est très élevé en Amérique, on a cherché à remplacer le travail des ouvriers par des moyens mécaniques appropriés. Ainsi, par exemple, nous avons eu déjà l’occasion de décrire précédemment une machine creusant les tranchées de chemins de fer, cette machine avait été construite par M. Buchanam, inspec-
- teur du chemin de fer du Midi aux États-Unis (Yoy. La Nature du 16 octobre 1880). Ainsi que nous le disions, elle a été employée en particulier sur la ligne de Saint-Louis Akamas où elle a creusé une longueur de 160 kilomètres de voies ferrées. Elledon-nait en moyenne un avancement d’un mille, soit 1600 mètres environ par jour, et elle a pu creuser, dans des circonstances favorables, des tranchées de 3 kilomètres de longueur en dix heures seulement.
- On a eu recours également à des dispositions mécaniques pour répandre le ballast sur les voies déjà posées ; celles-ci sont établies souvent, en effet, directement sur le sol en interposant simplement des traverses reposant sur des longrines en bois, et c’est en cours d’exploitation que l’on ajoute le ballast. La figure ci-dessus donne une idée de l’ingénieuse disposition adoptée pour le répartir régulièrement et par des moyens mécaniques. Les wagons charges
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- de ballast, portent au milieu de leur plate-forme, un rail central formant ainsi une ligne continue régnant d’une extrémité à l’autre du train. Sur ce rail, on fait glisser une sorte de double versoir ayant la largeur du wagon ; on enlève au préalable les panneaux latéraux du véhicule qui devient alors une simple plate-forme, et le versoir en avançant oblige le ballast à tomber en le répartissant d’une manière bien uniforme. Le versoir est commandé, comme on le voit sur notre figure, par un câble de remorquage attaché au crochet de traction de la locomotive. On maintient le train immobile en serrant les freins des wagons dont on voit les volants de manœuvre sur la ligure, et la locomotive avance seule en tirant à elle le versoir.
- Après avoir signalé ces appareils qui assurent cette rapidité étonnante dans la construction des voies ferrées nous avons cru intéressant de compléter les chiffres donnés plus haut sur le développement des chemins de fer aux États-Unis, par quelques indications sur la consommation et la production des rails dans ce pays.
- Ainsi, d’après les renseignements fournis par le Railroad Gazette et la Revue générale des chemins de fer, la consommation des rails a atteint les chiffres suivants depuis 1880 :
- années. rails en fer. rails en acier. ensemble.
- Tonnes. Tonres. Tonnes.
- 1880 ........ 568 072 1 021 720 1 589 792
- 1881 ........ 567 503 1455 807 1023 310
- 1882 ........ 247 760 1 490 485 1 738245
- 1883. . . . 59608 1 210092 1269700
- On remarquera en examinant ce tableau la diminution continue de l’emploi des rails en fer : nous retrouvons là un fait sur lequel nous avons eu souvent déjà l’occasion d’insister, et qui doit amener dans un temps prochain le remplacement complet des rails et même de la plupart des produits en fer, par des produits similaires en acier. __
- Cette énorme consommation de rails était alimentée en partie jusqu’à ces dernières années par l’importation d’Europe; mais actuellement, ce débouché va se trouver fermé pour les usines européennes, car les aciéries américaines arrivent aujourd’hui à une production suffisante pour répondre à tous les besoins. La production totale à partir de 1880 atteignait en effet les chiffres suivants :
- ANNÉES. RAILS EN FER. RAILS EN ACIER, ENSEMBLE.
- Tonnes. Tonnes. Tonnes.
- 1880 ....... 447 912 878182 1 525 094
- 1881 ......... 443 212 1 229 649 1672 861
- 1882. . . . . 206 714 1 325 263 1 531 977
- 1883............. 58 922 - 1 175 421 1 254 343
- On voit par là que la production atteint une importance égale à la consommation, et nos métallurgistes ne peuvent plus espérer de trouver en Amérique l’emploi de cette production surabondante qui encombre notre marché, et qui malheureusement ne parait pas en état de conquérir des débouchés à l’extérieur, en présence surtout, des difficultés économiques contre lesquelles se débattent aujourd’hui la plupart de nos grandes industries. L. B.
- CHRONIQUE
- La volerle de Londres. — La partie de Londres qu’on appelle en anglais London, pour la distinguer de la banlieue Onter-London, et qui est renfermée dans lés limites municipales, contient 4 millions d’habitants et occupe une superficie de 304 kilomètres carrés, sur laquelle sont bàlies 500 000 maisons. La moyenne est ainsi de 8 personnes par maison, ce qui fait 17 maisons et 13*2 habitants par hectare. Cette population est égale à celle de la Hollande, supérieure à celle de l’Écosse, double de celle du Danemark. Elle s’accroît de 70 000 habitants par année, c’est-à-dire d’une quantité égale à la population des villes comme Genève ou Nancy. En 1878, on comptait 2753 kilomètres de voies publiques, dont 2154 macadamisées, 540 pavées en granit, 24 pavées en bois (quantité considérablement augmentée depuis) et 35 en asphalte. La longueur totale des égouts était de 5700 kilomètres avec des diamètres variant entre 0'“,22 et 5m,75. Toutes les maisons sont en communication avec les égouts et y évacuent directement leurs eaux ménagères et leurs vidanges. L’eau propre est distribuée avec abondance et sert de moyen d’entraînement pour conduire les matières jusqu’aux réservoirs situés sur les bords de la Tamise, à 20 kilomètres en aval du pont de Londres. L’alimentation d’eau est assurée par huit Compagnies, qui fournissent ensemble journellement 650 000 mètres cubes (dont 70 000 à 80 000 consommés en dehors de la ville proprement dite). Le capital de ces Compagnies s’élève à environ 525 millions de francs. L’eau est fournie à raison de 17 centimes le mètre cube ; les dépenses sont de 7 centimes environ, ce qui laisse un profit de 10 centimes. L’éclairage de la métropole est effectué par trois Compagnies de gaz et consomme par an 560 millions de mètres cubes, dont la fabrication exige 2 millions de tonnes de charbon. Ce gaz est distribué par 4000 kilomètres de conduites de 0m,075 à lm,22 de diamètre. La dépense annuelle de l’éclairage s’élève à plus de 75 millions de francs, c’est-à-dire à plus du double de la dépense de l’alimentation d’eau.
- Les renseignements qui précèdent sont empruntés au discours d’installation du président de Y Institution of civil Engineers, M. J. W. Bazalgette. Le Bulletin du ministère des travaux publics qui les reproduit rappelle à titre de comparaison, que Paris occupe une superficie de 78 kilomètres carrés et 77 000 maisons.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 août 1884.— Présidence de M. Rolland.
- L’acide carbonique solide. — L’acide carbonique solide se fabrique maintenant en quantités relativement considérables. On sait qu’après avoir comprimé l’acide pour lui faire prendre l’état liquide on ouvre à la partie inférieure de l’appareil de Thilorier, un robinet qui laisse échapper le liquide; celui-ci est reçu dans une boîte métallique mince dans laquelle, par suite de la volatilisation d’une partie de la matière, le reste prend la forme solide et constitue une neige qui bientôt remplit la boîte. M. Ducretet ayant substitué à la boîte métallique un récipient en ébonite, corps mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité, put obtenir une plus grande quantité d’acide carbonique solide. 11 observa, en outre, que l’appareil était devenu une véritable machine électri-
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- que, l’ébonite se chargeant suffisamment pour donner des étincelles.
- Spectroscopie.— En étudiant les raies telluriques avec un appareil doué d’un grand p""1','>ir dispersif, M.Thollon a pu résoudre la raie B en 17 autres et observer 12 paires de raies régulièrement espacées.
- Les raies telluriques sont bien produites par les éléments fixes de l’air, leur intensité est la même, que l’air soit sec ou humide. M. Thollon a recherché s’il fallait les attribuer à l’azote, à l’oxygène ou il l’acide carbonique. Des expériences sur la lumière qui avait passé à travers un tube rempli d’oxygène comprimé lui ont permis d’observer les mêmes raies que dans l’atmosphère. Ce serait donc à cet élément qu’il faudrait les attribuer. Le résultat est singulier, car les raies brillantes.de l’oxygène ne coïncident pas avec les raies telluriques et jusqu’ici on avait toujours constaté que les raies d’absorption cédaient leur place aux raies brillantes lorsque le gaz était porté à l’incandescence.
- Hygroscopicité de la terre végétale. — La température joue un grand rôle dans les questions d’hygroscopicité; il était d’un grand intérêt de voir quelle est son action sur la terre placée dans de l’air cbargé de vapeur d’eau. M. Schlœsing résume devant l’Académie les résultats que lui a fourni le commencement d’un travail entrepris dans cette direction. Il a fait circuler de l’air ayant un certain degré d’humidité sur de la terre à des températures variant de (1° à 40° et a observé que la tension de l’eau dans la terre est à peu près proportionnelle à la tension maxima pour la même température. On peut donc dire, approximativement, que, dans le cas des expériences de M. Schlœsing, la tension est fonction de l’état hygrométrique et non de la température.
- Fonte blanche et fonte grise. — M. Forquignon avait énoncé ce fait que, lorqu’on chauffe de la fonte blanche à une température un peu inférieure au point de fusion, elle se transforme en fonte grise. Le carbone se dégagerait de sa combinaison et se déposerait dans la matière. Par des expériences récentes très précises, M. Forquignon a établi que les choses se passaient ainsi. 11 a chauffé, pendant 172 heures, des barreaux de fonte blanche, dans un appareil bien privé de gaz et a fait l’analyse de ces barreaux. La fonte blanche en expérience contenant 3 pour 100 de carbure combiné, la matière que l’on a retiré du four, renfermait 0,895 de carbure combiné et 2,061 de carbure à l’état graphitique.
- Varia. — Le baron Larrey signale un cas de tonnerre en boule. — Un nouveau rapport sur les communications relatives au choléra est lu par M. Charcot. — Un filtre en porcelaine dégourdie permettant d’obtenir par jour 25 litres d’eau physiologiquement pure est déposé par M. Bouley sur le bureau. — Une note de M. Carnot sur les rapports qui existent entre la composition de la houille et les plantes qui l’ont fournie, est analysée par M. Daubrée. Stanislas Meunier.
- LA CLOCHE D’EAU
- Divers moyens sont employés depuis longtemps par les constructeurs d’appareils hydrauliques pour produire, avec de l’eau sortant d’un ajutage, une sorte de cloche demi-sphérique qu’alimente un
- réservoir placé à une faible hauteur au-dessus du bassin dans lequel l’eau se déverse.
- L’appareil représenté sur la figure ci-contre a également pour but de produire une cloche d’eau, mais plus limpide et plus complète que celles obtenues par les moyens généralement employés, et qui consistent tous soit à faire sortir l’eau par un orifice annulaire très réduit ou à lancer le jet liquide contre un disque en métal poli, à rebords légèrement surbaissés. Les cloches produites par ces divers ajutages sont toujours frangées sur toute leur circonférence et manquent de transparence.
- La disposition employée dans l’appareil ici décrit emprunte son caractère de nouveauté à la manière de produire l’épanouissement de la veine liquide au moment où elle franchit l’oritice de l’ajutage.
- Au lieu de la faire frapper contre une plaque de métal, dont la surface, bien que polie avec soin, présente toujours quelque imperfection, M. E. Bourdon lui oppose une colonne d’eau antagoniste com tre laquelle la veine s’épanouit et tombe dans le bassin en formant une cloche aussi transparente que du cristal et assez complètement étanche pour supprimer toute communication entre l’air ambiant et l’air qu’elle renferme.
- La construction de l’ajutage est très simple. Le tuyau qui amène l’eau du réservoir se termine par un bec de forme tronconique d’environ 12 degrés d’ouverture angulaire, de façon à faire converger tous les filets lluides vers le milieu du jet. Puis au-dessus on dispose concentriquement au bec tronconique un tube de verre de 20 centimètres environ de longueur et de même diamètre intérieur que l’orifice par lequel s’élève l’eau du réservoir.
- Ce tube que nous appelerons tube antagoniste devra être supporté par une tige de cuivre fixée soit contre un mur soit sur le bord du bassin et la distance de son extrémité inférieure, dressée et polie, sera réglée à 2 centimètres de l’ajutage tronconique.
- Le réservoir devra être maintenu à niveau constant au moyen d’un robinet à llotteur.
- La charge au-dessus du jet sera d’environ 60 centimètres. Comme dans tous les jets d’eau, on mettra un robinet pour régler l’écoulement et l’arrêter au besoin.
- L’appareil étant disposé suivant les indications qui précèdent, et le bassin rempli d’eau jusqu’au niveau du trop-plein, on ouvrira doucement le robinet et l’eau traversant a l’air libre l’intervalle rrfénagé entre l’ajutage et le tube antagoniste s’élèvera dans ce dernier à quelques centimètres de hauteur ; alors on verra se former une boule de forme ovoïde dont on augmentera progressivement le diamètre en ouvrant très lentement le robinet jusqu’à ce que la cloche prenne la forme hémisphérique. Si, à ce moment, on diminue d’une très petite quantité l’ouverture du robinet, la cjoche changera de forme, son bord s’abaissera jusqu'au plan d'eau du bassin et son profil se modifiant instantanément, fera ap-
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- paraître une cloche semblable à celles dont les jardiniers font usage.
- Par un moyen très simple on pourra l’ouvrir et y enfermer une statuette, une bougie allumée, une cage contenant un oiseau.
- Il suffit pour cela de présenter verticalement vers le haut de la cloche un très mince fil de cuivre et aussitôt une coupure verticale se produit, les 2 côtés s’écartent comme le feraient les rideaux d’une fenêtre, puis se rapprochent aussitôt lorsqu’on éloigne le fil de cuivre qui a servi à l’ouvrir.
- En s’y prenant avec un peu d’adresse, cette petite manœuvre se fait sans que l’objet introduit sous la cloche soit aucunement mouillé.
- 11 est facile de réaliser plusieurs expérieuccs avec la cloche d’eau.
- Nous avons dit qu’on pouvait y introduire une cage contenant un oiseau.
- En plaçant à côté de la cage une uougie allumée et refermant la cloche, on verra peu à peu la flamme faiblir et l’oiseau mourrait par asphyxie pour peu qu’on prolongeât l’expérience suffisamment longtemps.
- On comprend sans peine que l’étanchéité de la cloche étant complète bien que la lame d’eau qui la forme n’ait qu’un à deux dixièmes de millimètre d’épaisseur, l’air qu'elle contient est bientôt vicié tant par la combustion de la bougie que par la respiration de l’oiseau, c’est donc par manque d’air respirable que l’oiseau serait asphyxié si on n’ouvrait pas la cloche lorsque les symptômes du mal commencent à se manifester.
- La séparation complète de l’air extérieur d’avec l’air contenu dans la cloche peut encore être démontré par une autre expérience.
- Si on y place une boite à musique ou quelque autre objet mécanique produisant du bruit, ce bruit sera notablement atténué par la seule interposition de la cloche d’eau sous laquelle l'objet sera enfermé. Si au moyen d’une disposition facile à concevoir, on dirige comme dans la fontaine du professeur Col-ladon, un rayon de lumière colorée à la base du jet ascendant, on obtient une cloche dont les couleurs peuvent être variées à vplonté et dont toute la surface projette des reflets lumineux d’un très bel effet.
- Nous terminerons par quelques remarques au point de vue scientifique.
- En observant attentivement les diverses modifications qui se produisent dans le développement et dans les transformations de la cloche à mesure qu’on laisse affluer une plus grande quantité d'eau, on peut suivre l’effet curieux dù à la lutte qui s’établit entre la force de projection et l’attraction moléculaire de la veine d’eau qui, tout d’abord, prend la forme ovoïde, puis augmente progressivement de volume jusqu’à ce que la force de projection devenant prédominante, oblige la veine d’eau à prendre la forme d’une demi-sphère, puis enfin celle d’une cloche reposant par sa base sur la surface de l’eau du bassin. On a peine à comprendre que les molécules de l’eau sans mélange d’aucune substance étrangère, aient une force de cohésion suffisante pour
- former une nappe liquide n’offrant aucune déchirure et d’une complète étanchéité.
- Bien que les expériences sur la cloche d’eau n’aient encore été faites qu’avec des ajutages n’excédant pas 20 millimètres de diamètre, il est à peu près certain qu’on pourra en produire avec des appareils de dimensions beaucoup plus grandes. Il sera possible d’obtenir des cloches de 3 à 4 mètres de diamètre sous lesquelles on] pourra se promener ou s’asseoir au frais, aussi parfaites que celles de 60 et 80 centimètres. 11 est presque superflu d’ajouter qu’on disposera un tuyau de gros diamètre soudé au fond du bassin cf débouchant au-dessus de la surface de l’eau, afin d’assurer le renouvellement d’air respirable dans la cloche.
- On devra prendre pour base de calcul que le jet, autrement dit l’orifice de l’ajutage, devra avoir pour diamètre le 50e du diamètre de la cloche à produire, 'soit 2 centimètres pour une cloche d’un mètre.
- L’installation devra être faite dans un espace fermé, afin d’éviter l’action du vent, surtout lorsqu’on voudra donner un grand volume à la cloche.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- La cloche d’eau de M. E. Bourdon.
- Imprimerie A. Laliure99, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 585.
- 1 6 AOUT 188 4.
- LA NATURE.
- ICI
- LE NOUVEAU PONT-ROUTE DE PORTO
- Le pont le plus grand, aujourd’hui existant, est le pont de New-York, dont nous avons eu occasion j d’entretenir nos lecteurs à plusieurs reprises1. La ; travée centrale a 518 mètres de longueur, et laisse ; loin derrière elle tous les ouvrages analogues, con- |
- struits précédemment. On sait toutefois que ce pont appartient à un type que l’Amérique seule admet encore, et que l’Europe a abandonné complètement, comme manquant à la fois de durée et de sécurité. Les ponts rigides seuls répondent à ces deux conditions essentielles, et c’est dans les progrès de leur construction, que de ce côté de l’Atlantique on cherche actuellement le progrès.
- Fig. 1 ù i. — Différents projets du concours pour la construction du pont-route de Porto.
- Nous donnons aujourd’hui à nos lecteurs quelques détails sur un de ces ouvrages, qui est près de son achèvement, et qui sera, — pour quelque temps au moins, — celui qui, d’une seule ouverture, franchira la distance la plus considérable.
- La rivière du Douro, qui traverse le nord du
- Portugal, présente, dans toute sa partie voisine de l'embouchure, une grande largeur, jointe à des rives très hautes, escarpées, descendant sous l’eau à des profondeurs considérables. Près de la ville de Porto notamment, ces caractères sont très marqués et on a jugé à peu près impossible de faire, sur
- Fig. 5. — Projet de M. Seyrig, adopté par le gouvernement Portugais et en voie d’exécution.
- cette partie de la rivière, un pont qui ait une pile placée en son milieu. Déjà pour y faire passer une voie ferrée, on avait choisi le défilé le plus étroit, et on y avait jeté un pont en arc dont La Nature a donné le dessin1.
- Mais cela ne suffisait pas, et cette région si peuplée sur les deux rives, exigeait un moyen nouveau de communication pour le commerce. La ville de Porto et celle de Villanova, se faisant face sur
- 1 Yoy. n° 529 du 21 juillet 1883, p. 119.
- a Yoy. n° 285 du 16 novembre 1878, p. 392.
- 12° aanée. — semestre.
- les deux escarpements du fleuve, obtinrent du gouvernement qu’un pont serait établi, qui pùt desservir à la fois les quais où se fait le service du port, et les villes hautes, non moins importantes, non moins peuplées. C’était un problème important à résoudre, et l’Administration portugaise préféra faire appel aux lumières de tout le monde, pour la réalisation de son programme, plutôt que d’élaborer un projet définitif. Elle imposa seulement comme conditions que le pont eut deux tabliers, placés l’un à 62 mètres au-dessus du fleuve, pour desser-
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- LA NATURE.
- vir les quartiers hauts, et l’autre à 12m,50 seulement, pour le service du pont et des quais. L’ouverture entre les deux appuis les plus voisins de la rivière devait avoir au moins 172m,50.
- Les constructeurs anglais, français et belges se présentèrent au concours. Neuf projets, sans compter plusieurs variantes, furent proposés, et sans les indiquer tous ici, nous en signalerons quatre seulement pour montrer quelle variété de solutions peut présenter un problème de cette nature.
- Plusieurs concurrents proposaient un arc, solution la plus élégante et la plus rationnelle. Mais la difficulté de le mettre en place, — tout échafaudage temporaire étant impossible, — avait fait chercher d’autres méthodes. L’un, par exemple (fig. 1), proposait l’emploi d’une grande poutre inférieure, construite en acier, et formant un pont tubulaire, dans l’intérieur duquel passait la route du bas. Des piles étaient placées sur ce tube et supportaient un tablier plus léger, formant la chaussée supérieure. Une fois le tablier inférieur placé, la difficulté était vaincue; on se proposait de construire celui-ci sur l’une des rives du fleuve, de l’enlever avec des bateaux, puis de le placer dans sa position définitive d’un seul coup.
- Une autre solution consistait à employer des grandes colonnes, construites verticalement sur chacune des culées et retenues par leur sommet. Cela fait, elles devaient être inclinées pour rapprocher leurs extrémités, et l’ouverture étant ainsi réduite, on la franchissait plus aisément (fig. 2).
- Un troisième considérait l’ensemble de toute la grande partie centrale comme une gigantesque poutre à croisillons (fig. o), permettant une construction sur place quelque peu dans le genre du n° 2, mais donnant un ensemble plus rationnel et plus solide une fois que le tout était monté.
- Un quatrième (fig. 4) proposait une grande poutre en bowstring, surmontée de piles comme le n° 1, pour porter le tablier supérieur.
- Ces solutions, quelque ingénieuses qu’elles fussent peut-être, et malgré le bas prix de quelques-unes d’elles, ne trouvèrent pas grâce devant la Commission d’examen. Les projets avec arcs, au nombre de trois, furent préférés, et parmi eux, elle donna la préférence à celui dont nous reproduisons le dessin (fig. 5) en raison des conditions techniques, aussi bien qu’en raison de l’aspect heureux qu’il présente.
- Avant de le décrire, nous rappellerons ici les dimensions des plus grands pouts en arc aujourd’hui exécutés, afin qu’on apprécie le progrès lent, mais constant, que fait l’art de la construction :
- Pont de chemin de fer de Saint-Louis, sur le Mis-sissipi, 153 mètres et 158m,50, construit en 1874; pont de chemin de fer de Porto, sur le Douro, 160 mètres, construit en 1876; pont de chemin de fer du Garabit, dans le Cantal, 165 mètres, construit en 1884; pont-route de Porto, sur le Douro, 172m,50, construit en 1884.
- Ce dernier ouvrage, dont nous parlons ici, livre passage à deux routes ayant chacune 8 mètres de largeur. La route supérieure a 392 mètres de longueur, mesurés entre les culées qui terminent la partie métallique. Son point culminant, situé au milieu de la grande arche, est à 62m,25 au-dessus de la rivière. La route inférieure, dont la longueur entre culées est de 173 mètres, a une très faible pente de chaque côté; son milieu est à 12m,64 au-dessus de l’eau. De cette façon, les bateaux de rivière passent librement en dessous.
- La chaussée inférieure est portée par un tablier métallique dont les poutres ont 5 mètres de hauteur. Dans la partie centrale de l’arche, ces poutres sont remplacées par d’autres moins hautes, ainsi que l’exige la courbure de l’arc. Les travées sont de dimensions variables, le profil du terrain et le plan des propriétés à ménager ayant imposé des conditions spéciales à cet égard. La plus grande portée de ces travées est de 50m,700, qui se trouve du côté de Porto. Les supports intermédiaires du tablier sont, en outre du grand arc, trois piles en métal et deux plus petites piles en maçonnerie. La structure métallique porte un platelage général en tôle, sur lequel reposent le macadam de la chaussée et les trottoirs.
- La chaussée supérieure est portée par deux poutres qui forment garde-corps et qui ont 3m,20 de hauteur chacune. Entre elles se trouve l’ossature de la voie qui, de même que pour le tablier du haut, porte un platelage général en tôle, lequel reçoit le macadam et les trottoirs. Les poutres principales sont elles-mêmes suspendues à des tiges fixées au grand arc, ce qui les subdivise en travées de 33 et de 36 mètres de portée franche.
- La partie essentielle de l’ouvrage est, comme on le voit, l’arche principale, dont les appuis extrêmes ont la distance indiquée plus haut, de 172m,50. Elle est constituée par une structure en treilles, plus haute aux naissances qu’à la clef, ce qui lui assure une forme plus agréable à l’oeil que la forme en croissant. Elle a cette particularité que les deux arcs distincts qui la constituent sont disposés dans des plans obliques, en sorte que l’arche entière est plus étroite au sommet qu’aux naissances. De là une très grande rigidité contre les efforts du vent; de là aussi la possibilité de faire passer à travers l’arc, près de ses appuis, la triangulation de la structure, qu’on appelle le contreventement. Le passage de la route dans les retombées de l’arc, constituées par un immense cadre en tôlerie très rigide, lequel remplace les pièces diagonales, résout ce problème.
- L’emploi de la forme en croissant ne donnait point de disposition satisfaisante de cette nature, non plus qu’une architecture élégante pour les entrées du pont. Ici au contraire, des arcs massifs, de forme imposante, accuseront la grandeur de l’ouvrage, et fourniront la décoration essentielle aux seuls points où le passant approchera de la construction et pourra l’examiner en détail. L’effet de
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- l’ensemble est produit par la disposition harmonieuse des grandes lignes de l’ouvrage, et non par aucun ornement de détail. C’est évidemment là le moyen qu’il faut employer pour donner leur caractère aux ouvrages de dimensions exceptionnelles, et non plus en se servant des formes plastiques si nécessaires dans l’architecture courante.
- Ces dispositions générales ont, on le comprend, motivé l’adoption par le gouvernement portugais, de ce remarquable projet qui est. dû à M. Seyrig, et qui a été exécuté aux ateliers de Willebrœck, près d’Anvers. Nous aurons occasion d’y revenir à propos de son montage qui constitue une des opérations les plus intéressantes de l’art de l'ingénieur.
- Gaston Tissandier
- LE RAPPORT DU Dr STRAUS
- SUR LE CHOLÉRA DE TOULON
- Dans le rapport qu’il publiait l’an dernier sur le choléra d’Egypte, le Dr Straus avait affirmé qu’on ne rencontrait chez les cholériques aucun micro-organisme caractéristique. L’inoculation aux animaux par les procédés les plus divers, alimentation, injections sous-cutanée, intra-veineuse, rectale, était infructueuse; les animaux se montraient absolument réfractaires au choléra. En même temps que M. Straus et ses collègues, M.Kocli, le chef de la mission allemande, étudiait le choléra. Il annonçait bientôt la découverte d’un microbe analogue, disait-il, à celui de la morve. Un peu plus tard, poursuivant ses recherches au foyer primordial du choléra, dans les Indes, M. Koch abandonnait le bacille en bâtonnets pour affirmer la présence constante, chez les sujets atteints de choléra, d’un bacille spécifique, le bacdle virgule. Pas plus que M. Straus, M. Koch, ne parvint à inoculer la maladie aux animaux; cela ne l’empêchait pas d’affirmer, avec trop d’enthousiasme, que c’était bien là le microbe du choléra, l’agent spécifique de cette terrible maladie.
- L’épidémie de Toulon est venue fournir à MM. Straus et Roux l’occasion de contrôler les assertions très catégoriques du savant Allemand. Les autopsies qu’ils pratiquaient dès leur arrivée, leur faisaient reconnaître les mêmes altérations que chez les cholériques égyptiens, même abondance de micro - organismes de tous genres : bactéries de diverses dimensions et formes, micrococcus isolés ou réunis en zooglœa ou disposés en chaînettes, tous prédominant dans les dernières portions de l’intestin grêle. Ces micro-organismes sont d’autant moins nombreux qu’on prend des cas plus aigus de choléra, les formes foudroyantes. Il semble donc bien qu’il n’y ait pas entre le microbe et le choléra une relation de cause à effet et que cette invasion parasitaire soit plutôt secondaire à l’apparition de la maladie : résultat et non pas cause.
- Et le bacille virgule? Eh bien, ce fameux bacille
- spécifique fait défaut dans un grand nombre de cas ; chez treize cholériques présentant les déjections caractéristiques, riziformes, M. Straus n’a trouvé que trois fois un grand nombre de ces bacilles. Quatre fois leur nombre était restreint et dans cinq cas il n’en existait pas du tout. C’est dans les selles et pendant les premières phases de la période algide qu’on a le plus de chances de le rencontrer; mais sa présence n’a pas plus de valeur que les milliers d'autres micro-organismes qu’on trouve en même temps que lui. Un dernier argument vient renverser complètement les théories de M. Koch. Le bacille virgule, disait-il, est si bien le bacille spécifique du choléra, qu’on ne le rencontre dans aucune autre maladie. Et voici qu’un médecin anglais, le Dr Mad-dore, le trouve (et comme garantie, le fait photographier) dans un bassin d’eau stagnante, le Dr Malas-sez, bien compétent sur ce sujet, le trouve aussi dans les selles d’un malade atteint de dysenterie. M. Straus, enfin, arrive à reconnaître ce bacille dans les sécrétions muqueuses chez un malade cancéreux.
- La forme n’a donc rien de caractéristique en elle-même et la fréquence, l’abondance du bacille tient peut-être tout simplement à ce qu’il trouve dans l’intestin un milieu de culture favorable. Son rôle spécifique est plus que douteux, et si on voulait assigner à ce micro-organisme une certaine influence, on ne pourrait que supposer, par exemple, qu’il se développe secondairement un poison soluble, une sorte de ptomaïne qui infecte l’économie tout entière.
- MM. Straus et Roux ne trouvent rien à ajouter ou à reprendre aux conclusions de leur premier rapport. M. Koch eût mieux fait d'imiter leur sage réserve, et ne pas annoncer pompeusement une découverte encore à faire. Dr A. Cartaz.
- BIRLIOGRAPHIE
- Cosmographie stellaire, par J. Liacre. 1 vol. in-18 avec 4 cartes célestes, ouvrage couronné par l’Académie royale de Belgique. — Paris, J. Baudry, 1884. Prix ; 3 francs.
- Mémoire d'une lycose. Texte et illustrations, par Léon-Becker. 1 vol. in-8°. — Paris, Maurice Dreyfous.
- La colonisation scientifique et les colonies françaises, par M. le Dr A. Bordier, professeur de géographie médicale à l’Ecole d’anthropologie. 1 vol. in-S°. — Paris, C. Reinwald, 1884.
- Petite flore mancelle contenant l’analyse et la description sommaire des plantes phanérogames de la Sarthe, par Amb. Gentil, professeur de sciences physiques et naturelles au lycée du Mans. 1 vol. in-8. — Le Mans, typographie Monnoyer, 1884.
- L'Industrie de l’éclairage électrique en 1883. par M. Ph. Delahaïe. 1 broch. in-18. — Paris. Imprimerie de la Société des Publications périodiques, 1884.
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- LÀ NATURE.
- L’ART INDUSTRIEL A BLOIS
- FABRICATION DK LA FAÏENCE
- Blois doit-être, dans une quinzaine de jours, le siège du Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences. Beaucoup des lecteurs de La Nature y prendront sans doute part; j’ai pensé qu’il ne serait point sans intérêt pour eux, d’avoir quelques détails sur le caractère et les procédés des industries d’art dont cette ville a la spécialité.
- La faïence peut se diviser en deux classes suivant que la terre cuite sur laquelle on opère est rouge ou blanche.
- Quand la terre est rouge, on applique d’abord sur la pièce, très légèrement cuite ou dégourdie, une engobe, c’est-à-dire une couche d’émail blanc, vitri-fiable et opaque dont la base est l’étain; on obtient ainsi une surface mate à peine adhérente qui forme le fond sur lequel on peint la décoration avec des poudres diverses dont les colorations sont en général complètement différentes de celles qu’elles doivent présenter plus tard ; c’est ce qu’on appelle peindre sur cru.
- La pièce ainsi préparée est portée au four où une seule cuisson au grand feu suffit pour vitrifier l’engobe et le décor.
- Quand la terre est blanche on se dispense de faire un fond; on applique directement les émaux de couleur sur la terre elle-même puis on étend sur le tout un silicate plombeux c’est-à-dire un verre destiné à former par la cuisson une couverte brillante et translucide.
- Le premier de ces procédés a été le seul en usage pendant bien longtemps, notamment en Italie, probablement parce que les terres blanches étaient peu connues. Il présente infiniment plus de difficultés que le second parce qu’aucune retouche dans l’ornementation n’est possible quand on l’applique sur un fond pulvérulent et sans consistance qui s’enlève au moindre contact des doigts et absorbe rapidement les couleurs; on devrait même renoncer à exécuter ainsi les vases aux formes compliquées qu’il faut
- pouvoir retourner dans tous les sens pour les peindre si les céramistes n’avaient point inventé pour ce cas-là, des artifices ingénieux qu’ils n’aimenl point divulguer. En revanche, la peinture sur cru a l’avantage de donner aux effets une douceur extrême parce que la décoration et l’engobe s'unissant intimement l’un à l’autre et s’incorporant dans la pâte elle-même, présentent des transitions de tons harmonieusement fondues.
- En 1861, un jeune peintre, qui déjà s’était fait un nom à Paris par ses tableaux de genre, M. Ulysse Besnard, se retirait pour des raisons de famille, à
- Blois, sa ville natale.
- Cherchant à décorer son atelier, il eut l’idée de faire exécuter par un potier du pays quelques vases sur le modèle de ceux que le comte de Froberville avait rapportés de l’Inde dans son château de Ville-louet ; les vases faits il voulut les décorer, et, d’essais en essais, il en arriva bientôt à faire construire lui-même un four afin de pouvoir réaliser ce qu’il avait conçu. L’originalité et la vigueur de ses premières œuvres frap-’ pèrent vivement quelques amis très compétents qui attirèrent sur elles l’attention des étrangers. Quelques mois après on se les arrachait et les commandes affluaient de toutes parts. Pour y satisfaire M. Ulysse dut abandonner la peinture pour se livrer à l’industrie nouvelle qui venait d’éclore, pour ainsi dire spontanément, à La Croix-des-Pèlerins, dans le faubourg du Foix.
- N’ayant d’autres guides que les conseils de son potier et les anciens traités qu’il avait pu se procurer sur la malière, il adopta naturellement le procédé des premiers céramistes et, depuis, il a cru devoir les conserver malgré les avantages que présente l’autre au point de vue commercial.
- Pour la décoration il ne procède que de lui-même : généralement il transporte sur la faïence les scènes qui firent le succès de ses toiles et celui qui aurait la patience de rassembler l’œuvre du maître dispersée aujourd’hui aux quatre coins du monde, reconstituerait en même temps le tableau le plus complet et le plus animé de la vie au seizième siècle
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- depuis les personnages isolés, types de seigneurs, de soldats, de malandrins finement saisis et crânement posés, jusqu'aux grandes compositions historiques telles que la fuite de Charles-Quint dans la nuit du 10 mai 1552 qu’on a admirée au Salon de 1880. L’encadrement des sujets comme l’ornementation des pièces de moindre importance est presque toujours puisée dans les motifs de la Renaissance que présentent à profusion les sculptures du château de Blois. Cependant il s’est quelquefois inspiré des chefs-d’œuvre étrangers; il a notamment reproduit le fameux violon de Delft, les fonds bruns plaqués d’or
- mat des faïences espagnoles et moresques, ainsi que les arabesques aux tons vifs et aux reflets métalliques sur fond bleu des vases persans; enfin il obtient d'une façon pratique et certaine les reflets métalliques italiens du seizième siècle, or et rubis, dont le marquis Ginozi a également retrouvé le secret à Doecia. Ces reflets ne sont autre chose que des irisations produites par une altération légère de la mince pellicule qu’on pourrait appeler l’épiderme de la faïence, altération obtenue en soumettant la pièce à l’action d’un feu violent, après qn’elle a déjà été cuite et refroidie. «
- Fig. 2. — Vase de M. Tortat. F*!,'. 3. — Vase de M. Thibault.
- Comme les célèbres céramistes d’autrefois l’artiste Blaisois ne se répète jamais; depuis la fondation de son établissement, il a produit plus de 28 000 pièces dont aucune n’est la copie de l’autre. Ses formes présentent également une grande variété. Les unes sont remarquables par la pureté des contours ; les autres par leur originalité ; parmi ces dernières je citerai la bouteille en couronne (fig. 1), les vases en conque marine, les encriers en jonque chinoise et les plats avec bordures à jour.
- Ulysse a formé un grand nombre d’élèves ; deux d’entre eux, MM. Tortat et Thibault, sont arrivés à se faire un nom à côté du maître.
- Tortat se sert également de terre rouge et peint
- sur cru; mais, au lieu d’employer comme la plupart des céramistes une engobe blanche, il a adopté des fonds de couleur et spécialement des bleus qu'il décore soit en camaïeu, soit en vert, soit enfin avec des vigoureuses touches blanches dites blanc fixe. De là les impressions nouvelles extrêmement agréables qu’on peut comparer à ceux qu’obtiennent les dessinateurs quand au papier blanc ordinaire ils substituent des papiers teintés. 11 recherche avant tout l’effet décoratif par l’élégance du profil et la grâce des enroulements empruntés à une flore idéale. La figure 2 privée du secours de la couleur ne donne qu’une idée imparfaite de son genre. Les | amateurs admirent avec raison ses grandes pièces
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- à fond ivoire niellées de noir, de jaune et de rouge, mais elles atteignent des prix assez élevés; je signalerai aux simples curieux, parmi les mignons objets d’étagère, les baguiers en forme de fleurs de lys dont l'ornementation varie à l’infini. M. Tortat a son atelier dans Blois même, et il se propose de faire assister les membres du Congrès aux opérations les plus intéressantes de son art.
- Quant à M. Thibault, il est établi à la Chaussée-Saint-Victor, à 4 kilomètres de la ville. Lui, peint sur terre blanche et il possède à un haut degré toutes les qualités inhérentes à ce procédé; l’éclat des couleurs et la netteté du décor. Il ne s’est jamais inspiré, croyons-nous, des faïences françaises si ce n’est de celle d’Oiron pour le dessin de ses nielles à la fois si vigoureux et si fins, genre qui lui est bien personnel et dans lequel il est sans rival comme pour les armoiries et emblèmes héraldiques. Dans un séjour de trois ans qu’il fit en Italie, étant encore fort jeune, il se passionna pour les ornements de la Renaissance italienne dont il pouvait chaque jour admirer et étudier partout les merveilleux spécimens. Il n’est pas difficile de reconnaître dans son œuvre les grotesques de Pésaro, les candelieri de Castel-Dorante, les arabesques en couleur sur fond blanc d’Urbino et tous les rinceaux capricieux ornés d’enfants, d’oiseaux, de monstres, de trophées qui constituent le fond du décor de ces vases, de ces grands plats que les Italiens appellent Piatti da pompa. Thibault excelle surtout dans eette dernière ornementation quand il l’exécute en blanc légèrement modelé de gris sur un fond d’azur profond qui rappelle le bleu de Sèvres. Le grand vase que reproduit la figure 3, pour être une création de la décadence italienne, n’en a pas moins un très grand caractère; ou voit qu’à l’imitation de ses maîtres de prédilection, l’artiste de la Chaussée n’a pas craint d’aborder, pour la décoration, les scènes bibliques et mythologiques; ceux qui ont pu étudier son œuvre reconnaîtront qu’il ne leur est point inférieur.
- À. de Rochas.
- L’EXPLOITATION DU DIAMANT
- [au BRÉSIL
- Ce fut en 1729 que le gouvernement portugais connut la découverte du diamant faite dans les rivières des environs de Diamantina par des aventuriers qui avaient pénétré dans cette région à la recherche de l’or. Depuis cette époque, l’exploitation du diamant, poursuivie sous des régimes variés et avec des fortunes diverses, n’a jamais cessé.
- A peine informé de la découverte du diamant, le gouvernement portugais songea à en tirer le plus de profit possible. 11 n’autorisa plus dans les régions de Diamantina d’autre exploitation que celle du diamant et la frappa d’un impôt qui, fixé en 1729 à 28 francs par tête de travailleur, était déjà de 224 francs en 1734. De 1734 à 1738 toute exploi-
- tation fut suspendue ; on cherchait une organisation plus lucrative pour le fisc; et en 1739 on inaugura l’ère des contrats : l’exploitation du diamant était affermée pour quatre ans à un contratador qui devait exploiter des terrains déterminés avec un nombre de travailleurs fixé au maximum à 600 et payer au trésor par tête d’ouvrier, travaillant ou non, une somme qui varia de 1288 francs par an en 1734 à 1344 francs pour le dernier contrat qui prit fin en 1772.
- A cette époque le gouvernement portugais prit à son compte l’exploitation du diamant et en chargea une administration spéciale, soumise à la direction du trésor de Lisbonne, et ayant à sa tète l’intendant des diamants. Ce nouveau régime dura jusqu’en 1845, mais à partir de l’époque où le Brésil échappa à la domination portugaise jusqu’au moment où, sorti de la première période d’organisa-.tion, il soumit l’exploitation de diamant, comme celle des autres minéraux, au régime des concessions (1845), la Royale Extraction n’eut en fait qu’une existence nominale.
- Pour rendre efficace la surveillance des agents du trésor et empêcher la. contrebande sur une matière qui s’ÿ prête aussi facilement que le diamant, il avait fallu imposer à toute la région de Diamantina un régime spécial, et en fait, elle fut jusqu’à l’époque de l’indépendance du Brésil, soumise à des règlements draconiens.
- On ne connaît la quantité de pierres produites que pour la période où l’exploitation a été dirigée par la Royale Extracçaô ; de 1772 à 1845, le total s’élève à 269 870 grammes soit plus de 1300 000 carats. Il est bien entendu que tout ce qui a pu être extrait en contrebande n’entre pas dans ce total, et pendant les dernières années, quand YExtracçaô n’existait plus que de nom, la contrebande a dù être active.
- Depuis cette époque, l’exploitation a été continuée par les concessionnaires de terrains diamantifères. 11 est à peu près impossible d'évaluer ce qu’elle a produit et la découverte des gisements du Cap lui a porté un coup terrible. Quoique le diamant du Brésil soit beaucoup plus beau, et se maintienne pour cette raison à des prix bien supérieurs; ces nouvelles exploitations en jetant tous les ans sur le marché des quantités énormes de pierres, ont amené un grand abaissement de prix, même pour le beau diamant, et les exploitations de Diamantina, devenues à la longue difficiles et coûteuses, en ont reçu une grave atteinte. C’est ainsi que la production annuelle de Diamantina, évaluée pendant les années qui ont précédé 1870 à 3000 oitavas (environ 52 000 carats), n’est guère maintenant que de 500 oitavas.
- Les rivières des environs de Diamantina coulent au fond de sillons profonds et étroits, creusés à travers le plateau dénudé au milieu duquel se trouve la ville de Diamantina, à des profondeurs qui atteignent parfois 300 et 400 mètres au-dessous du niveau du plateau. Dans le lit de ces rivières, là où
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- elles n’ont pas encore été exploitées, on peut trouver au-dessous d’une couche de sable moderne, stérile, une couche de blocs de rocher, puis enfin un dépôt de graviers roulés, fortement mélangés d’argile et diamantifère. Ce gravier caractérisé d’abord par ce fait que tous ses éléments sont roulés, caractérisé encore par la présence d’un très grand nombre de minéraux parmi lesquels les plus importants sont tous les oxydes de titane, divers oxydes de fer, la tourmaline, le disthène, toute une série de phosphates hydratés de composition complexe, s’appelle dans la langue du pays, du cascalho. C’est le minerai de diamant, et on en extrait la pierre précieuse par lavage. Disposé en chapelets sur le fond du lit des rivières, il s’y rencontre à des profondeurs variables depuis quelques décimètres, jusqu a 25 et 30 mètres.
- . On trouve encore le même minerai, avec le même nom, déposé à toute hauteur sur de petites terrasses, au flanc des vallées au fond desquelles coulent les rivières : il y est plus grossier, moins roulé, et y a été vraisemblablement déposé par des crues durant la période de creusement des vallées. Ces gisements portent dans le pays le nom de gupiarras.
- On le retrouve enfin encore plus grossier et moins roulé, mêlé ii des terres rouges, et déposé en couches horizontales sur le haut plateau : il prend alors le nom de gorgulho.
- De ces divers dépôts, les plus importants sont ceux du lit des rivières ; le minerai y a subi une vraie préparatioq mécanique et y est plus riche1. Ce sont ces dépôts qui ont donné lieu aux exploitations les plus importantes.
- L’année se divise en deux saisons distinctes : la saison sèche, de mai à septembre, durant laquelle la pluie est tout à fait exceptionnelle, et la saison des pluies, d’octobre à avril. L’eau étant nécessaire à toutes ces exploitations, on ne peut travailler sur les hauts plateaux qu’à la faveur de l’eau de pluie recueillie dans de grands réservoirs ; ces gisements forment ce qu’on appelle des lavras de la saison des pluies. Dans les rivières, l’exploitation du lit, nécessite un assèchement préalable obtenu en dérivant la rivière : or, dans toute cette région dénudée et pierreuse, l’eau qui tombe va immédiatement à la rivière et y produit presque instantanément des crues terribles : des travaux susceptibles de maintenir le lit à sec, même pendant ces crues, seraient hors de proportion avec les résultats probables de l’exploitation, d’où il suit que celle-ci n’est possible qu’en temps sec et que ces gisements constituent les lavras de la saison sèche.
- Ces dépôts sont encore exploités de nos jours comme ils l’étaient au temps des Portugais. Pour assécher le lit on fait un barrage et on dérive la rivière soit dans un canal en planches porté sur pilotis, soit dans un canal établi sur la rive par
- 1 Description des gisements. — Annales des mines, 2° livraison 1883 ; 3* livraison 1884. Notice de l’auteur.
- creusement du sol ou au moyen de murs étanches selon ce que permet la disposition des lieux. Le second procédé, préférable au premier, est en effet d’un emploi impossible quand la rivière coule comme c’est souvent le cas, dans un canal étroit à parois abruptes. Ces travaux sont parfois très importants : en 1881 le canal de l’exploitation d’Acaba Mundo, canal en planches, avait 140 mètres de long, 5m,20 de large et débitait avec une vitesse de 2m,25 4500 litres a la seconde. On en pourrait citer de plus longs débitant jusqu’à 8000 litres. *
- Dans la partie de la rivière asséchée, l’extraction des sables, puis des pierres, enfin du cascalho, se fait uniquement à bras. Les hommes portent le sable sur la tête, dans de petites sébilles en bois appelées carumbe's, qui tiennent environ 15 kilogrammes et vont le jeter en quelque point où ces dépôts ne puissent pas gêner l’exploitation. Ces hommes sont presque tous des nègres, ils courent avec leur charge sur la tête, au grand soleil, sur le sable blanc en chantant quelque chanson de leur pays : c’est très pittoresque ; il est douteux que ce soit économique.
- Depuis un siècle et demi que les rivières de cette région sont fouillées et refouillées on peut admettre que partout où le cascalho était facile à atteindre, il a été enlevé et que là où elle était difficile, l’exploitation a été moins tentée. Dans quelle mesure ces tentatives, faites sans doute à plusieurs reprises, ont-elles abouti? c’est ce qu’il est bien difficile de savoir aujourd’hui. Les exploitations ont été trop nombreuses pour qu’on puisse maintenant évaluer la valeur d’un gisement d’après les données de la géologie, et la tradition locale est trop incertaine ou trop exagérée pour qu’on y puisse attacher grande confiance
- Tout au plus peut-on dire que s’il reste des points encore intacts, ce doit être pareeque l’exploitation en était trop difficile avec les procédés qu’on y employait, et ce doit être une raison, si on en veut tenter l’exploitation à nouveau, de recourir à des procédés de travail tout différents. Il peut sembler rationnel dans ce sens d’essayer de profiter de la force hydraulique que la dérivation rend disponible pour faire mécaniquement l’extraction des sables.
- Il sera tout indiqué alors, le champ à exploiter étant naturellement long et étroit, d’y employer une série de plans inclinés répartis le long de la rive, actionnés par des roues hydrauliques et correspondant à autant de petits chantiers distincts.
- Souvent la rivière coule dans un véritable boyau à parois à peu près verticales où l’espace manque absolument pour installer des roues ailleurs qu’à la sortie du canal, et il peut devenir nécessaire de répartir la force de ces roues le long des travaux. Dans ces régions d’accès difficile et de peu de ressources, il faut éviter tout appareil compliqué et on pourrait, semble-t-il en pareil cas, songer à l’emploi de moteurs électriques dont, l’installation, en ne cherchant pas à faire une distribution, est facile.
- Une exploitation a été pour la première fois tentée,
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- en 1885 conformément à ces idées, sur le RibeiraÔ de Inferno au Porta5 de Ferro1. Nous allons en donner la description.
- Une fois installé dans le pays, la première chose à faire est de créer d’abord quelques.chemins qui assurent les communications avec les villages voisins et les forêts, puis ensuite d’aller couper du bois pour bâtir des maisons que l’on construit couramment, pour ces exploitations, en bois non équarri et en terre, avec toit de chaume. On lit ainsi au Portaô de Ferro quelques kilomètres de chemins, puis des maisons pour les ingénieurs et ouvriers spéciaux, des casernes pour 200 ouvriers,
- magasins, cuisines, etc.; uns forge et un atelier avec un tour et une scie mue par une roue de côté.
- Il fallut ensuite réparer l’ancien canal de dérivation, creusé au rocher du temps de l’Extraction, mais éventré sur une grande longueur, ce qui nécessita l’exécution de murs étanches en pierre sèche, herbe et terre sur une longueur de 200 mètres avec des épaisseurs de C à 10 mètres.
- Pour faire passer l’eau dans ce canal il était nécessaire de relever son niveau de 5 mètres. Ce barrage devait donc supporter une forte pression et on ne pouvait le bâtir sur le sable : il fut nécessaire de faire un barrage provisoire et de dériver la rivière
- Fig. 1.— Barrage du Bibeiraô de Inferno au Portai") de Ferro, près Diamautina (Brésil). D’après une photographie.
- dans un canal en planches pour pouvoir fouiller l'emplacement du barrage définitif et atteindre le fond solide à une profondeur de près de 4 mètres. Le barrage définitif avait ainsi une hauteur totale de 10 mètres avec une épaisseur de 15 mètres a la base et 7 au. sommet : il était également construit en pierre sèche, herbe et terre, avec addition d’un fort boisage. Les roches sur lesquelles il avait fallu letablir étaient très fissurées et quand on voulut le fermer on eut au fond de fortes venues d’eau qui faillirent le compromettre et nécessitèrent la construction d’un second mur en arrière et d’un talus de terre en avant. Tel qu’il est représenté sur le dessin ci-dessus (fig. 1 ). le barrage terminé avait uncépais-
- 1 Cette exploitation a été exécutée sous la direction de l’auteur. . •
- seur au pied de 25 mètres. 11 fut fermé le 2 juillet et produisit une retenue d’eau de 55 000 mètres cubes.
- On ouvrit la fouille principale au point où le lit était le plus profond et où par suite les anciens devaient avoir eu le plus de peine à parvenir. On y installa deux pompes Letestu mises en mouvement par une roue de quatre chevaux, munies chacune d’un balancier contrepoids et d’un petit chariot destiné à briser la tige à l’entrée de la fouille. Ces' pompes épuisèrent jusqu’à 50 mètres cubes à l’heure. On n’avait apporté que les corps de pompe et les tuyaux, tout le reste fut exécuté sur place, en bois.
- L’eau épuisée était menée hors des travaux dans un canal en planches de 160 mètres de long qui enlevait aussi l’eau motrice des roues.
- Pour le service de la même fouille, on installa
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- deux plans inclinés à simple effet mus par une roue de quatre chevaux. Le dessin ci-contre (tig. 2) représente l’ensemble de cette installation.
- Les voies des plans inclinés étaient à rails de bois; on n’avait, du reste apporté que des roues d’acier pour les wagonnets, des câbles et les parties métalliques des treuils; tout le reste fut exécuté sur place, y compris toutes les poulies de transmission de mouvement de la roue aux treuils, exécutées en bois.
- Cette fouille atteignit le fond à une profondeur de 16 mètres. La seconde fouille toucha le fond vers 10 mètres et donna accès à un canal souterrain que
- l’on suivit sur environ 20 mètres de longueur. L’extraction du sable y était faite par un plan incliné mù par une machine Gramme. La génératrice devait faire 1500 tours et être mise en mouvement par une roue en dessus; le temps manquant, il fallut réduire le plus possible le nombre des organes à employer à la transmission de mouvement et comme on avait de l'eau en abondance, on accepta, quitte à diminuer le rendement, une vitesse de 15 tours pour la roue qui devait avec une chute totale de 4m,80 donner 8 chevaux. Par l’arbre de la roue, on mit une poulie de 3 mètres ; elle était en bois fraîchement coupé et exposée en plein soleil; pour
- avoir une solidité suflisante et éviter le gauchissement, on plaça la poulie tout contre la roue, de façon à l’appuyer sur les bras de celle-ci. Mais alors il fallut renoncer à employer une courroie qu’on ne pouvait empêcher de se mouiller ; on ne put dans le pays trouver de cordes et on dut se résoudre à se servir d’une chaîne trop lourde qui n’était nullement destinée à cet usage et qui à la vitesse de 15 tours prenait un fort balancement et devait absorber beaucoup de force. La grande poulie commandait sur un arbre intermédiaire une poulie de 0m,40 ; sur le même arbre, une poulie de 2m,60 en bois commandait directement au moyen d’une courroie, la poulie de 0m,20 de la machine génératrice.
- On peut par cet exemple juger des ressources que l’on trouve dans le pays.
- La machine motrice commandait par courroie un treuil muni d’engrenages retardateurs convenables.
- La distance des deux machines était de 116 mètres ; sauf la transmission par chaîne, l’ensemble fonctionnait d’une façon satisfaisante. On ne-put évaluer le rendement qu’en bloc, en comparant d’une part le travail théorique de la chute d’eau, et d’autre part le travail théorique d’élévation verticale du wagon : encore en fut-on réduit à évaluer le poids du wagon. Si on admet 1 000 kilogrammes pour le poids d’un wagon qui recevait 360 litres de sable fin sec ou 300 litres de sable mouillé, le rendement était de 19 pour 100 et paraît satisfaisant pour les conditions dans lesquelles était faite cette installation. Cet essai était en tous cas de nature à engager à employer ces machines dans les cas où la disposition
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- des lieux nécessiterait absolument une transmission de force.
- Les premiers ouvriers étaient arrivés au PortaÔ de Ferro le 15 décembre 1882; le matériel expédié de France n’y parvint que le 25 avril 1885 ; on suspendit les travaux vers le 25 septembre quand depuis une huitaine de jours déjà on ne pouvait plus se faire illusion sur la façon dont le lit de la rivière avait été nettoyé par les anciens1.
- 11 restait du moins de ce premier essai, la preuve qu’il serait relativement facile d’introduire dans le pays, pour des exploitations ultérieures, des méthodes de travail plus rapides et plus économiques que celles qui y sont actuellement en usage. En effet, tous les travaux avaient été faits avec des ouvriers du pays, à l’exception d’un charpentier et d’un forgeron venus de liio-de-Janeiro. De Bovet.
- EXPOSITION INTERNATIONALE
- DE LONDRES
- SECTION D’ÉDUCATION
- Dans son article, paru dans le n° du 26 juillet dernier, M. le docteur Gariel, de l’Académie de médecine, tout en donnant une idée de l’ensemble de l’Exposition, N’est plus particulièrement occupé de la section d’hygiène. Il nous reste à dire quelques mots de l’Exposition scolaire qui forme la seconde division de l’Exposition.
- On peut dire des expositions spéciales, et de celle-ci entre autres, ce qu’on disait de la méthode Jacottot, que tout est dans tout, car, à propos de l’hygiène, on a trouvé moyen d’y donner place à des produits qu’on a qualifiés hygéniques pour les besoins de la cause. Aussi les expositions internationales se ressemblent-elles de plus en plus et tournent quelque peu au magasin encyclopédique ; elles le deviendraient tout à fait si l’on permettait à l’exposant de vendre ses produits. Ce n’est pas d’ailleurs de nature à diminuer l’attrait quelles offrent au public, j’entends au public nombreux, peu curieux de nouveautés scientifiques qu’il ne comprend pas, et qui vient là chercher une distraction utile et agréable, peut-être aussi un enseignement.
- Les expositions ne sont-elles pas la leçon des choses mise à la portée des grands enfants, — car ce n’est pas l’âge qui fait l’enfant mais le défaut de culture de l’esprit, — leçon de chose donnée, comme elle doit l’être, avec les choses mêmes et des explications sommaires. A ce point de vue, les expositions peuvent être regardées comme des œuvres d’enseignement populaire ; ce n’est pas là le moindre de leurs avantages.
- Ajoutons que si l’on invente peu, on perfectionne beaucoup. Or, il y a toujours quelque intérêt pour le visiteur spécial à revoir amélioré ce qu’il a déjà vu incomplet ou insuffisant. Donc, tout compte fait,
- 1 Exploitation de Portaô de Ferro. Annales des mines, 3« livraison 1884.
- les Expositions sont une bonne chose utile à tous. J'ajouterai encore parmi les avantages le bien qui résulte du rapprochement des nations.
- La maison decole parfaite est encore à faire, mais il y a des progrès accomplis. Jusqu’à présent, les architectes ont construit les écoles pour les passants. Aussi, voit-on souvent de jolies façades appliquées contre des maisons scolaires mal conçues. Ils ont compris enfin qu’une façade n’est pas un monument et qu’un véritable. architecte doit pouvoir réaliser un édifice qui, tout en répondant à sa destination par les aménagements intérieurs, offre un extérieur agréable et approprié. Il n’est que juste d’ajouter à la décharge des architectes qu’ils sont souvent forcés de se soumettre à certaines conditions : tantôt on leur livre un trop petit espace, tantôt on limite à l’excès la dépense.
- Actuellement, par exemple, il nous faut réaliser l’école à bon marché et c’est fâcheux. Aussi avons-nous encore des classes qui sont des halles et où on loge plus de cinquante enfants. Cinquante ! Voilà un chiffre à ne pas dépasser; nous préférerions quarante comme maximum. On continue encore à construire des dortoirs où l’air fait défaut, des cabinets sans eau et des classes situées au premier et même au second étage. Mais il ne s’est pas fait tant de dépenses folles qu’on le croit, et nous n’avons pas tant de palais scolaires qu’on le pense.
- Du mobilier nons dirons peu de chose : les modèles ne manquent pas. Chacun fait choix non du meilleur ou de celui qu’il préfère mais de celui dont le prix est en rapport avec l’état de ses finances. On sait aujourd’hui construire des tables où les élèves se trouvent bien assis et d’où ils sortent aisément, surtout si les pieds sont en métal et non en bois, ce qui est plus léger et moins encombrant. Pourquoi ne fait-on pas le dessus de la table beaucoup plus incliné, afin que lecolier ne creuse pas sa poitrine et ne respire pas péniblement lorsqu’il écrit, surtout s’il ne voit que de très près. Nous ne sommes pas partisan du pupitre pour soutenir le livre pendant la lecture. Le livre doit être tenu à la main, à la portée de la vue, sous une inclinaison telle que les rayons visuels tombent normalement sur les pages, le torse étant vertical. C’est le livre qui doit venir au-devant des yeux et non les yeux qui doivent s’avancer vers le livre.
- Nous ne voudrions de tables qu’à une place. L’élève soigneux et ordonné y trouve son compte ; il n’a pas à souffrir de la mauvaise tenue ou du désordre ou de la malpropreté du voisin. Il a sa place à lui; il tiendra, s’il est bon élève, à ce qu’elle ne soit pas souillée de taches d’encre ou zébrée de coups de canif. Malheureusement une table par élève, cela suppose de vastes classes d’abord, puis une plus grande dépense. Résignons-nous donc à faire usage de table à deux ou trois places. Dans tous les cas, point de complication ni de détails ingénieux; la table d’école doit être simple et solide.
- L’outillage scolaire tend aussi à devenir uniforme. Pour ce qui est des livres, on peut dire qu’à aucune
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- epoque on n’en a vn de si variés et de mieux imprimés, de mieux illustrés, de mieux conçus. A cet égard, on constate un progrès considérable en France comme à l’étranger. Les éditeurs n’ont pas craint de s’adresser à d’illuslres savants pour obtenir des livres très élémentaires. Ils ont pensé avec raison que nul n’est plus propre à initier à la science que celui qui l’embrasse dans toute son étendue et la do mine. Ceux-là seuls osent être simples qui ne craignent pas d’être taxés d’ignorance. Ainsi, parmi les auteurs des livres élémentaires anglais, nous trouvons Herbert Spencer, Gcykie, Tyndall, Huxley, Lubbock, et, ce qui pourra causer quelque étonnement chez nous, c’est devoir des livres signés de tels noms dans les collections des congréganistes protes-testants ou catholiques.
- Nous constatons avec plaisir que partout l’outillage scientifique élémentaire s’accroît et s’améliore: l’école primaire possède dès à présent des dessins, des objets, voir même des appareils, j’entends de ceux que le maître construit de ses mains, et qui n’exigent que des dépenses d’ingéniosité et d’adresse.
- La Belgique a exposé à profusion des musées scolaires. Nous préférons à cet égard la sobriété de notre exposition française. M. Benjamin Buisson, commissaire de la section française d’éducation, a pensé avec raison que ce qui importe dans une exposition, c’est moins l’abondance que le choix des objets et des documents exposés, ainsi que l’ordre dans lequel ils sont disposés. L’homme compétent doit pouvoir s’assurer d’un coup d’œil s’il y a ou non des progrès accomplis dans telle ou telle branche.
- En outre, le Musée scolaire belge n’est pas assez simple pour Fécole primaire. Il est trop complet, trop détaillé, rien n’y manque, et tout y est dans l’ordre; mais il convient à un cours de technologie plus qu’à une leçon de choses. Les classes scientifiques à l’école primaire doivent être des classes d’initiation. Il ne faut pas traiter le même sujet de la même manière lorsqu’on s’adresse à des enfants qui n’ont ni le même âge ni le même degré de culture. Or, c’est la tendance actuelle et elle s’accuse de plus en plus, dans l’enseignement, et dans les examens. Le maître veut tout enseigner et enseigner tout complètement. L’examinateur oublie dans le cours de l’interrogation à qui il s’adresse, et exige le même savoir, la même abondance de détails sur un fait historique ou scientifique, de l’enfant qui se présente aux examens du certificat d’étude et du maître qui subit les épreuves du brevet.
- Nous voyons avec peine se perpétuer l’usage de ces machines encombrantes et fastidieuses qu’on nomme des bouliers. Prenez donc les premiers objets venus, cailloux, graines, boutons, pour inaugurer l’étude des nombres. Point d’appareils, des objets. Ce que les enfants voient le mieux dans les appareils, ce sont précisément les accessoires. Le cadre les empêche de voir le tableau. L’ingéniosité, la complexité ne conviennent pas plus aux enfants que la métaphysique.
- Nous ne parlerons des travaux d’élèves que pour réclamer contre le choix de certains cahiers ou contre la coutume de faire faire des devoirs exprès pour une exposition. Il faut saisir le travail de l’enfant sur le vif, à un moment quelconque, si nous voulons une expression sincère de la valeur de L’enseignement. Point de cahier de mise au net, luxueux et immaculé mais qui ne révèle rien des qualités sérieuses de l’écolier, et ne nous n nseigne pas plus que l’habit neuf du dimanche sur l’ordre et la tenue de celui qui le porte.
- Signalons en passant les améliorations introduites dans tous les pays dans l’enseignement du dessin. Les remarquables travaux des élèves des. écoles spéciales font l’admiration des hommes compétents. Nous souhaitons des résultats plus sérieux à l’école primaire. Le dessin a plus d’importance que l’écriture au point de vue des services qu’il peut rendre. Il n’y a ni art ni métier dont le dessin ne soit un auxiliaire utile, quelquefois indispensable. C’est l’instrument universel. L’art doit être vulgarisé comme la science; nous avons à élever d’un degré le goût du peuple comme son intelligence et sa moralité. D’ailleurs, tout cela se tient ; sous peine de produire des âmes difformes, nous devons développer toutes les facultés de l’àme.
- Cette exposition aura mis en lumière une fois de plus les efforts des gouvernements pour élever le niveau de l’enseignement en général et pour diffuser l’enseignement primaire. Chacun vient aux expositions se renseigner sur ce qu’ont fait scs émules des autres nations pour améliorer leurs procédés, leurs méthodes, leur outillage, etc., afin d’imiter ou de surpasser s’il se peut, les œuvres des autres. C'est une grande école d’émulation dont toutefois il convient d’user sans abuser. Félix Hément.
- ASCENSIONS AÉROSTATIQUES
- DU 7 AOUT 1884
- Nous avons eu l’occasion de dire précédemment combien le nombre des ascensions aérostatiques se multipliait en France, d’année en année. Il n’est presque pas de jours où quelque voyage en ballon ne s’exécute dans notre pays. A l’étranger, quoique moins fréquentes, les excursions aériennes ne sont pas rares. Jeudi 7 août dernier,il n’y a pas eu moins de trois ascensions aérostatiques, dans la même journée. M. G. Masson et moi, nous nous sommes élevés à ht h. 20 m. de l’atelier aérostatique d’Auteuil. Pendant que nous admirions le coucher du soleil du haut des airs, trois heures environ après notre départ, un jeune aéronaute d’une intrépidité rare, M. Lhoste, s’élevait à 7 heures de Boulogne - sur-Mer. Pour la seconde fois, il allait traverser la Manehe en ballon1, et descendre à 9 heures 50 minutes à Ncw-Rommey en Angleterre, à quel-
- 1 Nous avons donné le récit complet des précédents voyages de M. Lhoste dans le n° 527 du 7 juillet 1884, p. 83.
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- ques kilomètres de Folkestone. A l’usine à gaz de la Yillctte, le même jour à 9 heures du soir, un amateur d’aéronautique, M. Hervé, se préparait enfin à faire une ascension nocturne dans un aérostat pourvu de quelques organes d’un nouveau système.
- L’ascension que j’ai exécutée en compagnie de notre éditeur et ami, M. G. Masson, a été signalée par plusieurs particularités atmosphériques assez curieuses. Je vais en donner un récit succinct.
- Le départ a eu lieu dans les conditions les plus favorables à 4 h. 20 m. de l’après-midi, ^près un orage qui éclata sur Paris et qui ne dura guère plus de 45 minutes. L’aérostat s’est élevé lentement, entraîné à 150 mètres d’altitude par un courant aérien assez vif soufflant du N. N. E. Ce courant n’avait pas une épaisseur de plus de 100 mètres ; à 250 mètres, une autre couche d’air se déplaçait dans une direction perpendiculaire à celle du courant inférieur, sa direction était du S. E. au N. 0. ; enfin au delà de 800 mètres, un troisième courant, soufflant de l’ouest, nous fit pendant quelques minutes, revenir sur notre route pour décrire un crochet très appréciable que nous avons représenté sur le diagramme ci -contre de notre ascension. A la fin de la journée les courants aériens superposées continuèrent à être très variables et le tracé de notre voyage montre le chemin singulièrement sinueux que l’aérostat a suivi au-dessus du sol.
- A 6 h. 5 m., après avoir traversé Mcudon et Cha-ville, le changement de direction du courant supérieur, nous conduisit sur Versailles qu’il nous fut donné d’admirer dans sa splendeur, à 600 mètres d’altitude.
- L’aréostat traversa le canal de Versailles a l’endroit de sa plus grande largeur; il mit juste 70 secondes à passer d’une rive à l’autre, le canal ayant en cet endroit 140 mètres, notre vitesse était donc en ce moment de 2 mètres à la seconde.
- Nous continuâmes notre route, passant successivement au-dessus de l’École de Saint-Cyr et du magnifique fort construit dans le voisinage ; puis il nous fût donné de reconnaître bientôt Grignon et sa belle
- École d’agriculture ; le courant inférieur nous ramen a enfin sur Pontchartrain et, à 7 heures du soir, il nous fut donné de contempler à 760 mètres d’altitude,le spectacle toujours grandiose du coucher du soleil.
- Le vent en ce moment devint presque nul, et pendant la dernière heure du voyage, le ballon resta presque au-dessus des mêmes régions. La descente eut lieu doucement et agréablement à Moreille-lc-Guyon à 7 h. 40 m. sans que la nacelle toucha terre; et elle fut reçue dans les bras des habitants qui étaient venus à notre aide et qui nous offrirent la plus cordiale hospitalité.
- Pour terminer l’énumération des observations faites, nous devons noter que dans le courant supérieur, à 800 mètres d’altitude, l’air était chargé d’électricité et que les éclairs brillaient çà et
- là autour de la nacelle. A 600 mètres de hauteur, au moment du coucher du soleil, la température se trouvait être un peu plus élevée (23°,50), qu’elle ne l’était, deux heures avant,à une altitude un peu moindre, où le thermomètre, à 550 mètres, marquait seulement 22°.
- Au moment où nous terminons cet article, nous recevons des nou-velles de M. Lhoste. L’ascension qu’il a exécutée à Boulogne a eu lieu sans accident, et ce n’est qu’au moment du départ qu’il a reconnu la possibilité de traverser le détroit. L’aéronautc s’est élevé seul, après avoir emprunté une ceinture de sauvetage à la Société des naufragés. Les habitants de Boulogne ont pu le suivre des yeux, et ils ont vu que l’aérostat se mouvait dans des directions différentes suivant l’altitude où il se trouvait. En effet pendant sa traversée de la Manche, de 7 h. du soir à 9 h. 50, M. Lhoste a tiré parti de trois courants superposés : un courant qui venait de l’est et qui régnait depuis la surface de la mer jusqu’à 400 mètres ; un autre qui soufflait du sud et qui s’étendait depuis 400 mètres jusqu'à 1000 mètres d’altitude. Au-dessous le vent était du sud-ouest.
- 11 n’y a jusqu’ici que les aérostats, qui peuvent ainsi faire connaître au météorologiste, cette intéressante géographie de l’atmosphère.
- Gaston Tissandier.
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- Diagramme de l’ascension exécutée le 7 août 1884, par MM. Gaston Tissandier et Georges Masson.
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- LES ÉCLAIRS
- 0 H SE R VA T10 N S M É T É 0 U 0 L 0 GIQ U K S
- Los causes qui produisent les phénomènes électriques de l’atmosphère sont encore assez peu connues pour que la simple observation de ces phénomènes soit d’un grand intérêt. Aussi nous croyons utile de signaler, sur les éclairs, quelques remarques
- Fig. i. — Début d’une pluie d’orage. Raies parallèles. (3 juillet 1883, à 4 h. 20 m. du soir.)
- éclair sinueux qui se produit derrière un nuage, ne nous apparaît que comme un éclair diffus ; il illuminera toute la masse nuageuse, si elle est peu épaisse, ou il n’en éclairera que les bords, en façon d’auréole. Le nom d’éclair diffus nous semblerait plutôt convenir à la décharge qui s’opère par une espèce de diffusion électr ique, lorsque la conductibilité du nuage électrisé devient suffisante pour qu’une infinité de petites décharges puissent s’effectuer , simultanément, dans une vaste région de la masse nuageuse. C’est alors que se manifestent ces immenses lueurs silencieuses qui prédominent dans la plupart des orages nocturnes.
- Les éclairs sinueux sont plus ou moins ramifiés et toujours explosifs. Ils ont lieu entre deux nuages, ou bien entre un nuage et le sol. Dans le premier cas, le sillon lumineux naît à la fois vers les deux nuages, et ses deux parties se rejoignent en se ramifiant et en diminuant d’éclat. — Les éclairs sinueux sont le plus souvent verticaux et s’étendent entre les nuages et la surface de la terre. Leur point de départ paraît être tantôt la nuée orageuse, tantôt le sol, tantôt les deux en même temps ; dans tous les cas, la branche principale de l’éclair présente le même éclat et sensiblement la‘même largeur sur tout son parcours.
- que nous avons faites depuis plusieurs années, et dont l’exactitude se confirme presque à chaque orage.
- On distingue généralement, comme Arago l’a fait, trois catégories d’éclairs : les éclairs sinueux, les éclairs diffus et les éclairs sphériques ou globulaires ; malheureusement, cette distinction, dans le second cas, est plutôt basée sur l’apparence de l’éclair que sur sa forme réelle. 11 est évident, en effet, qu’un
- Fig. 2. — La même pluie d’orage à 4 h. 30 m. Raies convergentes (Observations faites à Clermont-Ferrand.
- La Nature a d’ailleurs publié, dans son numéro du 29 décembre 1883, de très belles gravures d’éclairs sinueux verticaux, obtenus d’abord par la photographie instantanée, au gélatino-bromure.
- Les éclairs verticaux se manifestent toujours au-dessous du nuage, dans la région où la vapeur d’eau se précipite sous forme de pluie ou de grêle. Le
- phénomène est très net, lorsqu’on peut assister de loin et d’une certaine hauteur, à un orage local et diurne. Généralement, un énorme cumulus s’étale à la vue. Sa base, d’un gris bleuâtre, est parfaitement horizontale. La cime, qui s’élève à une grande altitude, s’entoure peu à peu de quelques bandes noirâtres plus ou moins stratifiées. Mais le nuage gigantesque grandit encore : des cirrus en forme de gerbes jaillisent pour ainsi dire de ses flancs ; une immense nuée, d’une teinte uniforme, ayant l’aspect des pallio-cirrus de Poey, se développe au dessus de lui et paraît le déborder de toutes parts. L’orage va éclater, et l’on voit des traînées noires, divisées en raies ou stries, s’échapper verticalement, de haut en bas, au-dessous de la base sombre de la masse nuageuse. C’est la pluie qui commence.
- Souvent, au début, les gouttes d’eau s’évaporent pendant leur chute, et les stries s’évanouissent avant
- Fig. 3. — La même pluie à 4 h. 4o m. L’orage s’est accentué et les raies sont redevenues parallèles.
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- d’atteindre la terre. Mais bientôt ces stries devien-nentplus nombreuses, grandissent, s’allongent, et quelques points du sol sont mis en communication avec le nuage. Tout à coup, un sillon lumineux vertical parcourt l’une des raies noirâtres ; c’est un éclair et le tonnerre retentit. La terre vient d'être foudroyée.
- La traînée de pluie a joué le rôle de conducteur imparfait ; cela est si vrai, qu’au début de certains orages, lorsque les raies de pluie sont bien nettes et bien distinctes, on peut dire avec certitude, en montrant la plus épaisse et la plus longue : un éclair va se produire là.
- La colonne de pluie joue-t-elle seulement le rôle de conducteur? Le frottement, l’évaporation qui s’effectuent à la surface des gouttes d’eau dans l’air, quelquefois très sec qu’elles traversent, constituent peut-être une source abondante d’électricité. Quelques physiciens affirment, à l’appui de cette hypothèse, avoir vu des gouttes de pluie lumineuses. Nous-mêmes nous avons observé un fait, insuffisant encore, mais néanmoins plus probant, et dont les dessins ci-contre peuvent donner une idée.
- Le o juillet 1883, un orage éclatait à l’est de Clermont, à peu près dans les conditions que je viens de décrire; le voile supérieur, le pallium faisait seul défaut. Les raies de pluie étaient très distinctes et formaient deux groupes, correspondant chacun à un plus grand développement eu hauteur du cumulus, et peut-être à deux cumulus distincts, mais très rapprochés, l’un au sud de l’autre. Toutes les raies étaient verticales, bien parallèles. Bientôt deux d’entre elles, la raie au Sud du cumulus Nord et la raie Nord du cumulus Sud s’inclinèrent en sens inverse. Elles convergèrent vers le bas, en faisant avec la verticale un angle d’au moins 30°. Elles paraissaient s’attirer l’une l’autre, sur toute leur longueur, comme si l’attraction se développait avec la distance au nuage, c’est-à-dire avec la durée de la chute des gouttes de pluie. Puis la masse unique se partagea en deux ou bien les deux nuages s’éloignèrent l’un de l’autre. Alors les deux raies inclinées reprirent lentement la position verticale. Elles s’affaiblirent en même temps d’une manière considérable et se confondirent avec les autres qui avaient, au contraire, augmenté d’intensité.
- Quelques instants après, des éclairs sinueux et ramifiés jaillissaient, verticaux, sous chaque masse nuageuse, horizontaux entre les deux masses et très peu au-dessus de leurs bases. Comme je l’ai déjà dit, les éclairs verticaux, se montrèrent beaucoup plus fréquents que les autres, dix fois environ. Souvent ils éclataient deux par deux, comme si le premier éclair déterminait le second, et constituaient alors de véritables éclairs conjugués. Dans cet orage j’ai eu l’occasion d’observer un éclair sinueux vertical composé de deux éclairs distincts, en prolongement l’un de l’autre, mais séparés par des intervalles de temps et d’espace à peine appréciables. L’éclair inférieur s’étant opéré le premier, l’ensemble
- des deux avait l’apparence d’un coup de foudre ascendant.
- Ce même orage présenta un éclair horizontal très sinueux, il était assez éclatant dans sa partie centrale, mais s’affaiblissait en se ramifiant vers les deux extrémités. Plumandon,
- Météorologiste-adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- NÉCROLOGIE
- Le baron Thénard. — M. le baron Paul Thénard, fds de l’illustre savant dont la réputation fut universelle, lui-même agronome et chimiste de grand mérite, est mort la semaine dernière, dans son domaine de «Talmay (Côte-d’Or). Les obsèques de M. Thénard ont eu lieu, mercredi 23, à La Ferté (Saône-et-Loire), où se trouve le tombeau de la famille.
- Le baron Thénard, né en 1820, s’occupa dès sa jeunesse de chimie et d’agriculture, et il se signala par des travaux importants. On lui doit des recherches d’un grand intérêt, sur l’hydrogène phosphore, sur l’acide fumique, sur l’action de l’effluve électrique dans les combinaisons chimiques, et sur un grand nombre de questions relatives à la chimie agricole. Le baron Thénard avait une fortune immense et il eut le rare mérite de savoir consacrer une partie de sa richesse aux intérêts de la science. Son laboratoire de Talmay, et celui de la place Saint-Sulpice, à Paris, étaient admirablement organisés : plusieurs préparateurs et de nombreux élèves y étaient sans cesse occupés à des travaux de recherches.
- M. Paul Thénard fut élu membre de l’Académie des Sciences le 16 février 1864. Pendant l'invasion allemande, en 1870, il fut arracné de son domaine de Talmay, et enlevé comme otage avec plusieurs notabilités du département de la Côte-d’Or. 11 fut gardé prisonnier en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Cet acte fut l’objet d’une protestation solennelle des cinq Académies de l’Institut de France, dans la séance générale du 4 janvier 1871.
- M. le baron Paul Thénard a pour successeur de ses travaux un fds qui a déjà su acquérir une véritable notoriété dans le monde de la science.
- CHRONIQUE
- La sténo-télégrapliie. — Sous ce nom, M. G.-A. Cassagnes désigne un ensemble de procédés et d’appareils ayant pour objet : 1° de sténographier, à l’aide de machines à clavier, soit la parole à la vitesse même de son émission ; soit à la lecture, les dépêches télégraphiques, en vue de leur expédition rapide ; 2° de télégraphier simultanément la sténographie ainsi obtenue. La description que l’inventeur donne de son procédé, s’applique à la machine sténographique Michela, adoptée pour le service du Sénat italien. Cette machine comprend ordinairement deux claviers, composés de dix touches chacun ; ces touches, lorsqu’elles sont frappées par l’opérateur, provoquent le soulèvement de caractères sténographiques correspondants qui viennent s’imprimer sur une bande de papier, se déroulant d’une manière automatique comme dans l’appareil Morse. Il suffit de lire ensuite cette bande de papier pour avoir le texte sténographié. ' M. Cassagnes
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- a fait de cette machine un appareil télégraphique, en plaçant à la station du départ le clavier, dont chaque touche est munie d’un contact électrique; il dispose à la station d’arrivée les poinçons imprimeurs qui sont commandés électriquement, à l’aide de conducteurs métalliques, par les touches du manipulateur. Dans ces conditions, chaque touche abaissée ferme un circuit qui transmet un signal, enregistré à la réception par le poinçon correspondant ; ce poinçon est d’ailleurs mû par un électro-aimant, actionné soit directement par le courant de ligne, soit par un courant local au moyen d’un relai. De cette façon, chaque touche du clavier peut être considérée comme un véritable Morse. Le clavier représente, par suite, un jeu de vingt télégraphes Morse qui, combinés entre eux suivant la méthode sténographique, donne une vitesse de manipulation bien supérieure à celle des autres appareils télégraphiques. La sténo télégraphie a donc pour but de transmettre la parole à distance à la vitesse même de son émission et quelle que soit la langue parlée ; elle permet en outre de faire usage de la sténographie pour l’expédition des dépêches télégraphiques enregistrées au départ, jusqu’à ce jour, à l’aide d’appareils ne comportant que des vitesses relativement faibles. D’après l’inventeur, en effet, la sténo-télégraphie permet de transmettre environ 10 000 mots à l’heure sur une ligne de 600 à 700 kilomètres de longueur; le Wheatstone qui, de tous les appareils télégraphiques employés aujourd’hui, possède la transmission la plus rapide, ne peut en expédier que 1800 dans les mêmes conditions. Il y a là un progrès sérieux qui mérite de fixer l’attention des ingénieurs chargés de la direction des télégraphes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 août 1884. — Présidence de M. Rollakd.
- Mathématiques. — M. l’amiral de Jonquières fournit des développements à ses dernières communications relatives à la règle de Newton-Sylvester.
- M. Lalanne produit une lettre du célèbre mathématicien anglais Babbage. Cette lettre, datée de juillet .1881, contient des détails sur la machine à calculer, inventée par Babbage. On se rappelle que le général Ménabréa appelait, il y a quelques semaines, l’attention du monde savant sur ce merveilleux appareil, dont la construction est restée inachevée, par suite de la mort de l’inventeur survenue en 1871. La machine de Babbage n’est point, en effet, une vulgaire machine à calculer capable seulement d’effectuer des multiplications et des divisions. Elle fournit les valeurs numériques d’un nombre déterminé de fonctions d’une ou plusieurs variables. Babbage avait appelé son appareil : Machine analytique.
- Physique. — M. Gaston Planté communique une expérience de décharge électrique, à laquelle il assimile la foudre globulaire.
- M. Jamin appelle l’attention des observateurs sur les apparences remarquables du soleil, en cette saison. Il a remarqué, avec M. Trouvelot, que le ciel présentait près des bords du soleil une coloration blanc bleuâtre très prononcée. A quelque distance de l’astre, la coloration change, devient rouge et se prolonge fort loin. Enfin, il a pu observer le dimanche 13 août, par une chaleur excessive, l’aspect d’un véritable halo solaire. Or on sait que, pour qu’un halo se produise, l’atmosphère doit tenir en suspension des petits cristaux de glace. La réalisation d’une
- pareille condition en cette saison, et durant une période de chaleurs excessives, est un fût extraordinaire.
- Physiologie. — M. Charles Richet a étudié l’influence de la chaleur sur la respiration. M. Charcot a recherché l’influence du travail intellectuel sur l’élimination de l’acide phosphorique par les urines.
- Varia. — M. Crié : Contribution à l’étude de la flore pliocène de Java. — M. l’amiral de Jonquière présente à l’Académie des débris volcaniques provenant de l’éruption du Krakatoa et recueillis sur les côtes de l’île Mayotte.
- M. le Président annonce la mort de M. le baron Thé-naret. La séance est levée en signe de deuil.
- Stanislas Meunier.
- ——
- LA
- DÉSINFECTION PAR L’ACIDE SULFUREUX
- De tous les moyens employés pour la désinfection des locaux, chambres de malades atteints d’affections contagieuses, salles d’hôpital, casernes, etc., la combustion du soufre est encore le meilleur et le plus simple. A la dose de vingt à trente grammes au maximum par mètre cube, on peut être certain de détruire les miasmes, la mauvaise odeur, les parasites (puces, punaises) et même les souris ou les rats. Les portes et fenêtres étant hermétiquement closes, l’acide sulfureux pénètre dans toutes les fissures, dans tous les recoins de l’appartement et au bout de vingt-quatre heures, on peut ouvrir sans crainte; la chambre, l’appartement sont complètement assainis.
- La dose de soufre indiquée pour une désinfection que je qualifierais de simple, pour mauvaise odeur, par exemple, est-elle suffisante pour des locaux infectés par des épidémies graves, fièvre puerpérale, variole, fièvre typhoïde, choléra ? Les hygiénistes ne sont pas absolument d’accord sur ce point; on ne connaît pas d’autre part, d’une façon très précise, l’action de l’acide sulfureux sur les différents virus. Pour résoudre ces divers points, M. le Dr Dujardin-Beaumetz a entrepris à l’hôpital Cocliin une série d’expériences de désinfection.
- Deux salles sont disposées à cet effet, contenant un lit avec ses pièces de literie, des vêtements, divers liquides, tout ce qui peut figurer dans une chambre habitée; sur une étagère, on place une série de tubes contenant l’un du vaccin, l’autre du pus variolique, un autre du virus charbonneux, etc., une variété de matières virulentes. Un petit fourneau de terre réfractaire contient la fleur de soufre à raison de 20 grammes par mètre cube ; on arrose avec de l’alcool, on met le feu et on ferme tranquillement toutes les issues.
- C’est le procédé classique. M. Dujardin-Beau-metz a recours à un autre moyen, peut-être un peu plus coûteux, mais encore moins compliqué. 11 emploie l’acide sulfureux anhydre; cet acide est liquéfié par pression dans des bouteilles à eau de Seltz, dans des siphons, la pression ne dépassant pas, à la température moyenne, deux ou trois atmos-
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- phèrcs. Ces siphons, préparés par M. Raoul Pictet, qui utilise en grand l’acide sulfureux pour son industrie, contiennent 750 grammes d’acide, donnant un volume de gaz égal à celui que fournit la combustion de 575 grammes de soufre. Un siphon suffit pour la désinfection d’un cube de vingt mètres; en prenant une chambre de dimensions ordinaires, soit 90 à 100 mètres cubes, c’est cinq siphons qu’il faut employer. Rien de moins compliqué que la manœuvre; la chambre à désinfecter étant hermétiquement close, on ménage au travers de la porte un trou (celui de la serrure peut à la rigueur suffire) pour le passage d’un tube de caoutchouc qui vient tomber au milieu de la chambre, dans une large cuvette. Vous amorcez le siphon à la partie du tube extérieur, et dès le premier coup de piston, on peut voir, en suivant derrière une fenêtre les détails de l’opération, l’acide sulfureux liquide se précipiter en bouillonnant dans la cuvette et se volatilisant plus ou moins rapidement suivant l’état de la température ambiante.
- Le procédé est des plus simples et ne réclame aucun soin particulier; il a sur la combustion du soufre l’avantage de supprimer toute crainte d’incendie; il a même un autre avantage important. Avec le soufre, les parties métalliques, cuivre des cheminées, des portes, ferrures, subissent une altération légère, brunissent et ont une légère couche de rouille. Avec l’acide sulfureux anhydre, rien de semblable ne s’est présenté. Gomme il s’agit d’un même gaz, il faut supposer que dans la combustion, de fines particules de soufre peuvent être entraînées ou qu’il se produit une petite proportion d’hydrogène sulfuré. Le Musée d’histoire naturelle de Genève a souvent eu recours aux siphons sulfureux de M. Pictet, pour la désinfection des salles et l’entretien des pièces; jamais on n’a observé la moindre altération des dorures du plafond, des glaces, des peintures. Si ce moyen a des avantages sur la fleur de soufre, il a un petit inconvénient, il est plus cher. Chaque siphon coûte cinq francs ; c’est vingt-cinq francs environ pour la désinfection d’une pièce moyenne. Avec la fleur de soufre la dépense ne dépasserait pas 2 à 5 francs. Quant aux effets, à la
- désinfection, ils sont identiques comme bien on pense, dans les deux cas. C’est à l’intéressé de choisir le plus simple ou le plus économique.
- Dr A. Cartaz.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- ROBINET A ÉCOULEMENT AUTOMATIQUE.
- Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé à différentes reprises comment fonctionnent ces robinets dont on fait aujourd’hui un grand usage dans les brasseries et dans les lavabos, et qui permettent de mouvoir le tuyau d’écoulement dans tous les sens et de régler à volonté leur débit. La petite figure ci-jointe satisfera leur curiosité ; il sera facile de comprendre le fonctionnement du système en s’aidant de la légende qui accompagne la coupe. La manœuvre du robinet se réduit à saisir la tige, à l’amener au-dessus du récipient que l’on veut remplir et à la soulever plus ou moins, suivant la rapidité du débit que l’on veut obtenir. En abandonnant la tige à elle-même elle s’abaisse aussitôt sous l’action du ressort E et ferme automatiquement l’arrivée du liquide en appliquant le clapet sur son siège.
- Lorsqu’on veut obtenir un débit continu sans s’astreindre à maintenir la tige soulevée avec la main on fait usage de la vis II qui presse sur la tige D et abaisse le clapet : on règle le débit continu par le degré
- d’enfoncement de la vis H.
- Cet appareil permet donc d’obtenir un écoulement continu réglable a volonté, et, dans les conditions ordinaires, constitue un robinet à fermeture automatique réduisant au minimum les pertes accidentelles de liquide, puisqu’il suffit d’abandonner la tige a elle-même pour provoquer instantanément sa fermeture. En dehors de ses applications industrielles, il peut rendre de nombreux services domestiques, et c’est ce qui nous a engagé à le faire connaître à nos lecteurs.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Robinet do M. P. Coquelle à écoulement automatique en tous sens et à débit variable.
- A. Boisseau. — B. Clef alésée intérieurement, fermée à sa partie inférieure par le clapet C et traversée par la tige B. Un prolongement évidé renferme un ressort E qui maintient toujours le clapet appliqué sur son siège. — F. Tige creuse pour l’écoulement du liquide, articulée en G et appuyant sur la tige D pour dégager l’orifice d’écoulement. — II. Vis de réglage appuyant sur la partie supérieure de la tige D pour ouvrir plus ou moins l’orifice d’écoulement et donner un débit continu aussi faible que l’on veut. — K. Garniture de filasse formant joint entre le boisseau A et la clef B. — L. Cul-de-lampe ou bouchon permettant d’enlever le clapet pour changer la rondelle au besoin, corriger l’usure, etc.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 5 8 G
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- L'ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE
- EXPERIENCES DE M. S. EEMSTROM
- Lors de Uexpédition polaire finlandaise qui a été exécutée en 1885 jusqu’au commencement de la présente année 1884, le chef de cette expédition, M. Selim Lemstrôm, bien connu par ses intéressants travaux de physique du globe, s’est spécialement attaché à l’étude de l’électricité atmosphérique, à la mesure des courants de la terre ou de l’atmosphère, et à celle des phénomènes lumineux artificiellement obtenus à l’aide d’appareils con-struits dans des conditions spéciales.
- Courants terrestres. — Pour étudier les courants terrestres, M. Lemstrôm a installé d’abord à Sodan-kylà (67°,24',6 latitude Nord, 27°, 17',5 Est de Greenwich) deux conducteurs en fils de cuivre, de 5 kilomètres de longueur, disposés en croix, dans les directions nord-sud et est-ouest; ces fils soutenus par des poteaux télégraphiques munis d’isoloirs, aboutissaient à des plaques de platine de 1 décimètre carré. Un galvanomètre sensible était interposé dans le développement de chacun d’eux. Bientôt, cet appareil fut complété par l’installation de deux fils de fer aboutissant à des plaques placées à environ 2 kilomètres et demi, un peu plus vers l’ouest et vers le sud. Les précédents
- X
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- %• i-
- - Gerbe de lumière verticale, observée pendant une aurore boréale, au-dessus des appareils installés au sommet du Pietarintunturi à Kultala (Laponie linlandaise). D’après un croquis deM. S. Lemstrôm.
- conducteurs furent conservés pour des études comparatives.
- A Kultala (68°,29',5 latitude Nord, 26°,59',4 Est de Greenwich) l’installation était à peu près la même; seulement les longueurs et les directions étaient un peu différentes et les plaques étaient placées dans l’eau de la rivière d’ivalo et de ses affluents.
- Avec un clectromètre de Mascart, donnant dix-huit divisions pour un volt, et avec le galvanomètre, on a pu éliminer les forces perturbatrices provenant du contact de la polarisation.
- 1° Lorsque deux galvanomètres à peu près semblables furent introduits dans les deux conducteurs 12° année. — 2e semestre.
- est-ouest, près de Sodankylà, situés l’un à 2kl,1,5 plus à l’est que l’autre, les déviations dans les deux galvanomètres se montraient presque identiques. Bans la figure 2, la courbe 1 représente les déviations dans l’ancien conducteur, et la courbe 11 celles dans le nouveau.
- La similitude tics deux courbes montre que les variations proviennent du courant terrestre et que l’effet des causes perturbatrices est très faible.
- 2° Les variations, grandes et nombreuses, surtout dans le courant est-ouest, se montraient, comme précédemment, assez rares à Kultala. 11 semble en résulter que le pôle nord de la Terre est entouré d’une ceinture de courants terrestres.
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- LA N À T U UE.
- 3U Les variations magnétiques et celles du courant terrestre ont un rapport intime.
- Courants électriques de l'air. — Dès le 42 octobre 4883, un appareil d’écoulement fut installé sur la Kommattiwaara (130 mètres de haut), à 6 kilomètres de la station Sodankyià. L’appareil, qui occupait une surface de.364 mètres carrés, consistait en un lil de fer, garni, à chaque demi-mètre, de pointes en laiton, et posé en spires rectangulaires à la distance de lm,5. Le fil reposait sur des poteaux munis d’isoloirs à acide sulfurique (Mas-cart), attachés solidement à une construction en bois, lin lil isolé conduisait jusqu’au galvanomètre de la station.
- A la station Kultala, quatre appareils, marqués I, 11, Ilf, IV, étaient situés comme l’indique le plan ci-contre (lig. 5). Deux fils conduisaient à la station et de là à deux plaques de zinc immergées. Les appareils pouvaient être réunis, de différentes manières, avec le galvanomètre par un commutateur O". La rivière d’Ivalo est située à environ 160 mètres au-dessus de la mer.
- Les observations furent faites à Sodankyià et à
- 0 1 2 3 4 5 6 7 0 9 10 11 12 13 Vt 15
- Fig. 2. — Courbes représentant les déviations des galvanomètres
- interposés dans le circuit des lils isolés de 51. Lemstrom.
- Kultala avec des appareils identiques. On observait d’abord la déviation par le courant, puis on introduisait, dans des directions opposées, un élément Leclanehé, qui faisait connaître la force électro-motrice en volts. A Sodankyià le courant observé était d’abord négatif, c’est-à-dire allant de la terre à l’atmosphère, mais il changea quelquefois de direction et resta toujours positif pendant que l’aurore boréale régnait. Des variations ayant même caractère étaient assez nombreuses et souvent assez brusques. Avec les appareils de Kultala, on fit de nombreuses expériences, qui conduisirent aux résulta ts suivants :
- 4° Si deux appareils d’écoulement, à peu près semblables et à la même hauteur, sont réunis au galvanomètre, ils ne donnent aucun courant.
- 2° L’appareil II, uni à l’appareil I, avec une différence de hauteur de 40 mètres, donnait toujours un courant positif, c’est-à-dire de haut en bas, dont la force électro-motrice variait considérablement.
- 5° Tout près de la Terre se trouve une couche d’air où la densité électrique est plus grande qu'au-dessous. Avec deux petits appareils mobiles on constata, par des expériences assez pénibles, que le
- minimum de densité se trouve entre 5 mètres et 9 mètres de hauteur.
- A partir d’une couche qui se trouve à quelques mètres au-dessus de la Terre, la force électro-motrice croît avec la différence de hauteur entre les appareils d’écoulement. Certaines circonstances portent à croire que la force croît plus rapidement que la différence de hauteur.
- E'ude des phénomènes lumineux. — L’année n’était pas favorable pour des observations de cette espèce. Une température relativement élevée régnait presque toujours; la pluie et la neige tombaient, non en grande quantité, mais presque continuellement. Le nombre des aurores boréales n’était que le dixième du nombre ordinaire, et encore ces aurores ont-elles été faibles, fait assez étonnant au milieu d’une période de maximum.
- Bien que l’apparition de ces phénomènes naturels ait été rare, M. 1 .emstrôm a constaté que ses appareils déterminaient dans l’atmosphère des phénomènes artificiels apparaissant tantôt sous forme de lueur diffuse, tantôt sous forme de rayons analogues à ceux de l’aurore boréale. A Sodankyla, on voyait parfois le phénomène à l’œil nu ; mais au moyen du spcctroscope, on l’observait plus souvent encore, et M. Lemstrom affirme que dans ce cas, la raie caractéristique
- h. 334 mètres h.32$ mètres
- de l’aurore boréale
- était très distincte. A Kultala, le phénomène était encore plus fréquent, surtout quand la température était basse. M. Lemstrom a bien voulu nous communiquer le croquis d’un des plus beaux phénomènes de lueurs artificielles, dont ses appareils ont déterminé la formation dans cette dernière localité, au sommet du Pietarintunturi. Nous reproduisons ci-contre cet intéressant document (fig. 1). Au sommet de la montagne, à l’endroit même où étaient disposés les fils métalliques montés sur leurs isoloirs, une grande gerbe de lumière s’élevait verticalement dans le ciel, tandis qu’un arc d’aurore polaire naturel brillait à l’horizon dans la direction du Nord. Ces phénomènes de lueurs artificielles ne se produisaient que pendant la durée d’une aurore naturelle.
- Les expériences de M. Lemstrom ont attiré l’attention du Bureau central météorologique1 et il y a lieu de penser que l’on pourra continuer ces études de l’électricité atmosphérique en France même, sur le sommet du Pic du Midi. Il ne paraît pas douteux qu’il y ait là un vaste champ à explorer.
- 1 Nous avons déjà signalé ces expériences (n° 552 du 29 dé^ cembre 1883, p. 07).
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- LA
- PRODUCTION INDUSTRIELLE DE L’OXYGÈNE
- ET DE l/AZOTE
- Depuis Priestley et Lavoisier, les chimistes ont toujours dirigé leurs efforts, vers la production industrielle et économique de l’oxygène. Lien des hommes dont nous passerons les noms ici ont vainement tenté l’extraction de ce gaz de l’air atmosphérique.
- C’était cependant la source la plus abondante qui se trouvait naturellement mise à la disposition des chercheurs. Nous avons passé en revue les travaux faits par des savants fort autorisés et nous n’avons rien remarqué de pratique pour l’obtention régulière et tout à fait industrielle de ce gaz.
- M. Boussingault, dans ses recherches sur les pouvoirs absorbants de la baryte caustique, déclare lui-même, dans urj, rapport fait à l’Académie des sciences en 1850, que la baryte caustique se frite et perd toutes ses propriétés dans ses fonctions d’absorption et de rendement au bout de huit ou dix opérations.
- Nous trouvons aussi consigné dans les travaux de M. Wurtz un passage touchant les opérations et les expériences de M. Gondolot.
- Mais ni M. Boussingault ni M. Gondolot ne nous ont paru encouragés par les résultats qu’ils avaient obtenus. Nous avons sérieusement cherché les causes de l’insuccès constaté jusqu’à nos jours et nous avons tout spécialement étudié les conditions chimiques et physiques de la baryte caustique au point de vue de son emploi pour l’extraction de l’oxygène de l’air atmosphérique.
- Nos recherches et les multiples expériences quelles ont nécessitées nous ont mis sur la trace réelle d’un produit que nous possédons complètement aujourd’hui et qui, non seulement ne s’amoindrit pas dans son absorption et son rendement, mais nous a toujours donné la preuve du contraire par la durée indéfinie de son fonctionnement.
- Exemple : 1 kilogramme de baryte caustique, produite par nos procédés rendra, dès la première opération, 25 litres d’oxygène. La production augmentera de jour en jour et nous arriverons à constater que, après huit jours de travail continu, ce même kilogramme rendra 68 litres d’oxygène.
- Nous affirmons donc qu’un état régulier de production permettra de compter sur un rendement de 50 litres d’oxygène pur par kilogramme de baryte caustique et par operation. Nous disons 50 litres, parce qu’il n’est pas nécessaire de pousser plus loin la désoxydation.
- Nous arrivons maintenant à la description de notre procédé pour séparer l’oxygène de l’azote dans l’air atmosphérique.
- La baryte caustique que nous produisons est placée dans des cornues en fer, disposées en batteries horizontales. Ces cornues possèdent à chacune de leurs extrémités, des joints à frictions métalliques. Pour
- la parfaite démonstration de notre système, nous avons construit deux foyers accouplés possédant chacun 15 cornues de 2*“,80dc longueur et 16 centimètres de diamètre intérieur (fig. 1). Deux pompes d'aspiration et de refoulement sont en communication avec ces batteries (fig. 2) : l’une des pompes aspire l'air dans les cornues où. au contact de la baryte caustique, il abandonne son oxygène ; c'est ce que nous appellerons la peroxydation. L’autre pompe fait le vide dans les cornues et aspire l’oxygène qui s’est combiné avec la baryte ; c’est ce que nous appellerons la désoxydation.
- Mais l’air, avant d’entrer dans les cornues, avait été préablement débarrassé de son acide carbonique, en passant dans les chambres d’un appareil contenant de la chaux et de la soude caustique.
- L’accouplement de ces deux foyers nous a permis de transporter à l’aide de canalisation et de robinets la peroxydation ou la désoxydation sur l’un ou sur l’autre des deux fours, à volonté.
- La peroxydation de la baryte caustique se fait entre 500 et 600 degrés; mais la désoxydation ne se fait bien que vers 800 degrés ; il s’agissait de régler absolument et automatiquement ces différences de température. Pour cela nous avons imaginé des barres pyrométriques qui, par leur dilatation ou leur retrait nous permettent d’obtenir rigoureusement les températures nécessaires pour la peroxydation ou la désoxydation. (Ces barres sont représentées à droite de la figure 1.)
- *En effet, la barre pyrométrique reçoit à son extrémité un levier qui tient en balance un disque destiné à proportionner exactement le mélange d’air et d’oxyde de carbone qui sert au chauffage. Or, cette barre en se dilatant vient faire reposer le disque ou clapet de prise d'air sur le disque correspondant ; de ce fait il résulte immédiatement un abaissement de température à 500 degrés, mais alors la barre pyrométrique, réglée pour permettre l’élévation à 800 degrés, se rétracte, et ce retrait amène la rentrée de l’air et par conséquent une nouvelle élévation de température.
- Nous avons obtenu de la sorte une régularité de chauffage qui nous garantit la longue durée de notre matériel et qui assure aussi un fonctionnement parfait sans qu’il soit besoin de compter pour cela sur la surveillance d’un personnel quelconque. Dès lors, la marche de nos appareils est automatique et précise, car un contre-clapet, c’est-à-dire une vanne seule, est à fermer pour produire la peroxydation. Gette vanne est au contraire ouverte pour la désoxydation et alors on laisse libre le jeu de la barre pyrométrique.
- Notre usine d’expérimentation peut produire par jour 100 mètres d’oxygène pur; ce n’est donc pas, et nous insistons sur ce point, d’une affaire de laboratoire que nous entretenons le lecteur.
- L’oxygène, produit par les procédés connus jusqu’à présent, a toujours été d’un prix de revient si élevé qu’il a été impossible de le livrer à la consom-
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- LA NATURE.
- mation, attendu qu'on ne pouvait garantir une production suffisante et un prix abordable. En outre, ce gaz qu’on extrait ordinairement du chlorate de potasse, reste malgré toutes espèces de lavage, chargé de vapeurs de chlore qui le rendent absolument impropre à des applications médicales. Le nôtre, au contraire, est absolument pur, conséquemment inodore et insipide.
- Nous allons parler à présent des applications diverses de l’oxygène.
- Nous avons pensé qu’en refoulant à haute pression l’oxygène pur dans de l’eau, nous obtiendrions la dissolution d’une certaine quantité de ce gaz. De
- plus, les volumes en excès qui 11e peuvent se dissoudre restent divisés et emprisonnés dans l’eau. — Nous avons alors une boisson gazeuse fort légère, tonique et digestive. Les essais qui viennent d’ètre faits par plusieurs médecins sont tout à fait concluants.
- L’acide carbonique qui depuis longtemps est entré dans la consommation journalière sous forme d’eau de Seltz est cependant placé dans les toxiques violents alors que notre oxygène est l’aliment indispensable de tous les êtres organisés.
- Les inhalations d’oxygène sont jugées nécessaires par les médecins dans certaines maladies. On peut donc aujourd’hui compter sur un gaz absolument
- Fig. 1. — Fabrication industrielle de l’oxygène par les procédés de MM. Brin frères. — Foyers de cornues contenant la baryte caustique
- construits à l’usine de Passy.
- pur pour arrêter toute espèce de décomposition, puisqu’il est l’antiseptique par excellence.
- Agissant comme comburant, il donne naissance à une métallurgie nouvelle par la facilité avec laquelle on obtient par son concours les plus hautes températures.
- Nous n’avons pas à insister sur l’économie qui résulte de son emploi dans la fabrication de tous les oxydes métalliques.
- On reconnaîtra aussi aisément les avantages de notre système relativement à la production de la lumière oxyhydrique.
- Nous croyons enfin devoir dire quelques mots de l’électrisation de l’oxygène.
- Plusieurs chimistes se sont occupés du même
- sujet, mais ils se sont toujours heurtés à des difficultés insurmontables pour eux. En effet, avant de faire industriellement l’ozone et de l’appliquer économiquement, il fallait d’abord obtenir l’oxygène à profusion. L’ozone n’est du reste que la réduction de trois volumes d’oxygène en un seul, réduction opérée par l’électricité.
- Nous allons soumettre à l’appréciation du lecteur un moyen fort simple et pratique pour le produire.
- L’oxygène est électrisé dans son passage contre les parois de deux éprouvettes placées l’une dans l’autre et disposées de manière à ce que les ellluves électriques traversent facilement d’une éprouvette à l’autre.
- L’éprouvette intérieure porte un liquide conduc-
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- tcur flans lequel trempe une électrode. Autour de l’éprouvette extérieure est le meme liquide dans lequel plonge une autre électrode. Ces deux électrodes sont rattachées aux deux pôles d’une bobine de Rubmkorf'f actionnée soit par des éléments de piles, soit par un dynamo. Dès que le courant passe, l’odeur caractéristique du gaz ozone permet de constater immédiatement que la réduction s’opère.
- L’énergie de l’ozone dépend donc de la somme d’électricité dont il est porteur et par suite de sa réduction.
- I/ozone sera bientôt le sujet d’expériences médi-
- cales que nous laissons aux soins des hommes de science appelés spécialement à traiter la question.
- La fabrication industrielle de l’oxygène par la réduction du peroxyde de baryum, suivie de réoxydations et désoxydations successives et indéfinies, peut être aussi bien considérée comme production d’azote que comme production d’oxygène.
- En effet, le procédé repose sur la propriété que possède la baryte de fixer l’oxygène de l’air atmosphérique et de laisser l’azote en liberté, quand on fait passer un courant d’air sur la baryte chauffée au rouge sombre.
- Fig. 2- — Vue des pompes de refoulement et d'aspiration, destinées à faire passer l’air sur la baryte chauffée entre 500 et 600 degrés et à aspirer l’oxygène dégagé à une température de 800 degrés.
- Or, les transformations de la matière étant alternatives, la production des gaz est aussi alternative; c’est-à-dire que, pendant la désoxydation, les cornues laissent dégager l’oxygène, et pendant la peroxydation ces mêmes cornues dégagent l’azote.
- Un simple changement de robinet à la sortie des cornues permet d’envoyer chacun de ces gaz dans leurs gazomètres respectifs.
- L’azote est donc aussi bien isolée que l’oxygène dans le travail de l’usine. On peut même dire que la production du premier gaz est beaucoup plus considérable que celle du second, puisque l’air atmosphérique contient environ quatre volumes d’azote pour un d’oxygène et que, par conséquent, pour un mètre cube d’oxygène produit, on obtient
- invariablement quatre mètres cubes d’azote.
- Jusqu’ici on s’est borné à recueillir seulement l’oxygène comme étant le plus fécond en applications industrielles, susceptible des combinaisons les plus nombreuses et les plus diverses, puissant par l’énergie de ses affinités, les températures considérables qu’il développe, l’éclat de sa flamme lumineuse, toutes propriétés qui font dire (à juste raison) que ce gaz est appelé à reculer considérablement les limites du champ actuel de l’industrie.
- Cependant l’azoteque l’on n’a considéré généralement que comme le tempérament de l’oxygène est susceptible aussi de nombreuses applications spéciales.
- Pour ne parler en ce moment que d’un seul
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- LA NATURE.
- débouché, les engrais artificiels, la plupart ammoniacaux, sont estimés d’après leur teneur en azote.
- La fabrication de l'ammoniaque au moyen de cette source immense d’azote résultant de la production d'oxygène est donc un des plus beaux apanages de notre usine.
- Il ne faudrait pas trouver étonnant que personne n’ait encore tenté de faire cette synthèse de l’ammoniaque, c’est-à-dire de provoquer la combinaison directe de ses éléments azote et hydrogène.
- La raison en est bien simple. 11 fallait d’abord créer ces deux éléments.
- Cet obstacle disparaît, quand on a à sa disposition une source d’azote absolument gratuite, et c’est le cas qui nous occupe.
- Ce problème ainsi simplifié s’est posé à notre esprit, et nous pouvons dire qu’il est résolu.
- Sans entrer dans une série de considérations chimiques sur les affinités réciproques de l’azote et de l’hydrogène, on prévoit qu’il est possible de faire naître telles conditions suffisamment favorables pour amener la combinaison de ces deux corps.
- L’intermédiaire que nous avons choisi est un mélange intime de charbon et de baryte caustique.
- Nous plaçons ce mélange concassé dans des cornues disposées soit dans le sens vertical soit dans le sens horizontal. Un tuyau amène l'azote dans une masse d’eau qui le divise, et il entraîne ainsi une certaine quantité de vapeur d’eau.
- L’azote chargé d’humidité est lancé dans la cornue chauffée à 150 degrés environ. Alors la vapeur d’eau se décompose au contact de la baryte et du charbon sur lesquels l’oxygène se fixe, tandis que l’azote et l’hydrogène, restés seuls en présence, se combinent et l’ammoniaque se dégage.
- La production des sels ammoniacaux découle donc de la combinaison facile du gaz ammoniac et des acides avec lesquels il est mis en présence.
- En résumé, nous -ne craignons pas nous avancer trop, en prévoyant l’avènement de bien des industries basées sur notre production d’oxygène et d’ammoniaque1. Bnm frères.
- DE TURIN
- *
- • (Suite et fin. — Yoy. p. 136.)
- I.’eXPOSITION DU MINISTÈRE DE LA MARINE. ----- LES TRAVAUX PUBLICS ET LAGR1CULTURE. ---------------- LES INDUSTRIES
- CHIMIQUES ET EXTRACTIVES. — LE CLUB ALPIN. ------ LE
- CHATEAU FÉODAL. ----i/eXPOSITION DE LA BAIE D’ASSAB.
- La construction toute récente encore des cuirassés italiens — le Duilio, le Dandolo, l'Italia, le Lepanto, — tous armés de canons de gros calibre, donnent intérêt tout particulier au pavillon du Ministère de la Marine. Flanquant les deux portes d’entrée,
- 1 D’après une Communication faite à la Société d’encouragement.
- les gabarits gigantesques des puissants monitors sont exécutés en grandeur naturelle. A la porte Ouest, ceux de VItalia et du Lepanto, les derniers lancés, mesurant 20 mètres de hauteur de la quille aux canons ; à l’Est, d’un côté le Duilio et le Dandolo, de l’autre, les cuirassés Laurin, Morosini et Doria,mesurant environ 15 mètres de hauteur et 20 mètres de largeur. Nous retrouvons dans l’intérieur du pavillon les très curieuses sections de ces mêmes cuirassés, à l’échelle du 1/25, laissant voir dans la profondeur de leur corps énorme, les chaudières, les ponts, les cabines, et, profilées sur le ciel, les tourelles avec leurs canons gigantesques, les six cheminées, tout l’ensemble de l’armature géante de ces colosses de la mer1. Autour d’eux, les modèles des bateaux torpilles, la plus grande part du système Thornychroff, la Vega, la Lira, la Cassiopea, construits sur les chantiers italiens de Sestri, Naples, Livourne. Ceux qui s’intéressent plus particulièrement à la marine de guerre peuvent, en dehors de ces réductions exécutées avec soin, visiter le bateau-torpille Clio, avec ses appareils de lancement des silures, complètement armée, prête à entrer dans le tunnel ménagé à la poupe du Duilio. La Clio est montée dans la galerie centrale s’ouvrant sur la porte ogivale que représente une de nos gravures (fig. 2). Nous trouvons dans la salle voisine un modèle au I/20 de l’appareil balistique employé à la Spezia pour l’essai des cuirassés; tout est en place, canons de 100 tonnes prêt a lancer le projectile, appareils déterminant la vitesse aux différents points du parcours, bastions protecteurs de l’explosion, cuirasse destinée à l’essai2. Tout près, le plan en relief du fameux golfe de la Spezia, montrant sa rade superbe, ses arsenaux, ses forts nouvellement , construits.
- Les amateurs d’art antique trouveront dans le pavillon du Ministère de la Marine une ample moisson de renseignements précieux. L’arsenal de Venise expose entre autres quatre pièces fort rares : un canon du seizième siècle de 80 centimètres de lon-geur, à culasse rotative, dont les 5 chambres viennent se mettre, comme celles d’un revolver moderne, en "prolongement du canon central unique ; une mitrailleuse du seizième siècle à 20 canons, dont 10 de fusil et 10 de pistolet; un autre pistolet-revolver également du seizième siècle; un allumeur du dix-septième siècle, permettant de mettre le feu à un groupe de 65 mèches à mine. Plus artistiques encore sont les modèles des barques vénitiennes : le fameux Bucentaure, tout resplendissant de dorures, prêt à recevoir le Doge pour son mariage avec l’Adriatique ; les trirèmes et birèmes vénitiennes du seizième siècle, montrant leurs rangs de rameurs élevant et
- 1 Donnons les dimensions principales des deux cuirassés Italia et Lepanto, lancés en 1880 et 1883 : longueur , 122 mètres; largeur, 22m,54; hauteur, 14m,97 ; épaisseur de la cuirasse d’acier, 0m,48; jauge, 14 000 tonneaux; force en chevaux-vapeur, 18000.
- 2 La distance de la bouche du canon au bastion est de 105 mètres.
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- abaissant avec une régularité merveilleuse les longues files de rames, dont chacune cependant ne pesait pas moins de 62 kilos! Suivent les frégates, les bombardes des dix-septième et dix-huitième siècles, les gondoles avec leurs tentures sombres, les navires de guerre à voile, témoins de tant de combats glorieux, aujourd’hui relégués dans les archives historiques de la République Scrénissime.
- À côté du Ministère de la Marine, les Ministères des Travaux Publics et de i'Agriculture renferment de remarquables spécimens de leur activité. La direction des voies ferrées montre les plans et photographies des travaux nécessités pour l’établissement du nouveau réseau italien, le raccord avec la grande ligne du Gothard, les nouvelles voies transapennines, reliant entre elfes les provinces des deux versants adriatique et méditerranéen. A remarquer le modèle de l’imposant viaduc sur le torrent Verde qui précède l’embouchure du nouveau grand tunnel du Giovi en construction (8600 mètres). Les travaux de canalisation du Tibre, ceux du port de Gênes, l’établissement du canal Cavour, les projets d’assainissement de la Campagne Romaine, sont autant de sujets attachants à noter. Les galeries du Ministère de l’Agriculture et du Commerce renferment les différentes expositions des écoles industrielles: l’Ecole des mines sarde d’Iglesias expose la reproduction complète du travail d’exploitation d’une mine ; galeries souterraines, boisées ou maçonnées, puits avec leurs échelles et leurs pompes, etc., l’Ecole industrielle de Carrare envoie de belles cristallisations de quartz et soufre sur marbre ; les mines d’Elbe, une collection des différents minerais de fer exploités dans leurs gisements célèbres, fer oligisle, limonitc, ématite, magnétite. Si l’espace ne nous était limité, nous décririons ce que nous ne pouvons que noter à la hâte, les vitrines du corps royal des mines, celles du corps des forêts, des écoles d’agriculture, les échantillons de toutes les variétés de soies cultivées dans les diverses provinces italiennes.
- Avec les produits manufacturés, nous rentrons dans l’industrie privée. Signalons au passage : les produits en caoutchouc et gutta-percha envoyés par la fabrique Pirelli de Milan, plaques, tubes, vêtements, appareils, éàbles sous-marins, que nous retrouverons dans l’exposition d’clectricité; ces produits rivalisent aujourd’hui avec ceux de l'étranger. Une exposition de tissus en cuir imperméable (Turin) ; les savons et bougies de Milan, Venise, Turin, Florence ; les soufres de Rimini; les sucres raffinés de Gênes; les briques réfractaires du Val de Suse. Dans la série des produits chimiques : l’acide sulfurique représenté par les maisons de Turin et de Milan; les produits pharmaceutiques et de laboratoire par la fabrique lombarde de Milan, qui s’est adonnée à la fabrication de la quinine et de ses composés. Retournons sur nos pas, nous trouvons les expositions des fabriques de papier, et des tentures d’appartement ; la fabrique de Fibreno
- (Caser ta) expose de remarquables papiers peints imprimés sur une machine à 24 couleurs. Parmi les curiosités de cette galerie, un album de 40 000 sujets pour boîtes d’allumettes, d’autant plus intéressant à feuilleter que chacun connaît la gaieté parfois assez leste des dessins et des légendes qui les accompagnent.
- Les richesses de sol en Italie sont très importantes; les marbres de Carrare, les soufres de Sicile, le fer de l’Elbe, les plombs de Sardaigne, sont assez connus pour que nous nous contentions de les nommer. A côté de la Sicile, la Romagne a envoyé les soufres de ses bassins d’Urbino, Frabosa a envoyé ses marbres, Simignano ses serpentines, Perosa et Fenestrella leurs talcs. Les produits en amiante tiennent une large place dans cette exposition; notons encore le borax des étranges sof'fioni de Toscane. La Sardaigne envoie ses minerais de plomb argentifère, parmi lesquels ceux de la puissante Société de Monteponi, qui expose également les perforatrices en activité dans ses galeries. La métallurgie est représentée principalement par les grandes usines de Ligurie de Toscane, et du Val d’Aoste, et qui livrent au commerce des fers marchands et des rails, par les fonderies de plomb de Pertusola, auxquels viennent se joindre les nombreux établissements installés aujourd’hui dans les divers centres commerciaux de la Péninsule.
- Parcourons l’exposition des produits alimentaires, d’une réjouissante étrangeté, les amoncellements de conserves, les pyramides de bouteilles, les files odorantes de pantagruéliques saucissons, dont les constructeurs ont exagéré à l’envie les dimensions colossales. Saucissons de lm,50 de longueur, jambons taillés dans, la cuisse de porcs gigantesques, pesants comme la massue d’Hercule, pieds gonflés de hachis appétissants, envoyés par ces patries de la charcuterie italienne, Modène, Novare, Alexandrie. Bologne triomphe avec une mortadelle de cent kilogrammes, majestueusement suspendue par- une chaîne de saucissons. La galerie alimentaire est la gaieté de l’exposition ; elle n’en est pas moins une des parties les plus curieuses à étudier, au point de vue des produits spéciaux et en premier lieu des produits agricoles du sol italien.
- La place nous manque pour examiner longuement les machines agraires envoyées par Tréviscv Bologne, Milan ; le matériel des voies ferrées, où nSus remarquons de beaux modèles de wagons de première classe, dont l’un construit spécialement pour le prince héritier, et surtout la longue file des wagons pouvant être adaptés au transport des blessés et au service de la Croix-Rouge. La carrosserie ordinaire expose des modèles élégants à des prix qui nous ont semblé très modérés. Les salles réservées au chauffage, à la ventilation et à l’aménagement général des appartements sont à examiner. L’exposition d’hygiène renferme les ustensiles spécialement réservés au service de l’Assistance publique.Tout près, l’anthropologie préhistorique avec de belles collée-
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- fions des palafittesde Milan, Corne, Bologne, Modène, Reggio, Vicence, etc.
- Une autre étape sera pour le pavillon du Club Alpin, montrant sur son fronton rustique l’écusson étoilé. Tous les produits alpins, les petites industries des montagnes, les bois grossièrement et cependant très artistiquement ciselés, les ouvrages en paille tressés avec une surprenante adresse, les pittoresques costumes des Alpes d’Aoste et d’Ossola, se marient harmonieusement aux reproductions de la faune et de la flore des montagnes. Nous remarquons un très beau relief des régions alpines du Mont-Blanc et du Simplon. exécuté au 1/28 000 par
- M. l’ingénieur Bonazzi, inspecteur principal du mouvement des chemins de fer de la Haute Italie. Sur ce relief, nous 'pouvons suivre les tracés des grands tunnels projetés à travers le Simplon et le Mont-Blanc. Une belle reproduction de la Dent du Géant remplissant toute la paroi du fond de la salle principale frappe dès l'entrée, et nous reporte aux souvenirs des ascensions qui précédèrent la glorieuse victoire du 29 juillet 1881.
- Réunir dans un même groupement une sorte d’histoire de l’art en Italie pendant une période donnée, reconstituer en face de la vie moderne, toute de mouvement et de progrès, la vie ancienne,
- Fig. 1. — L’Exposition
- jônéralc italienne Je Turin. — Vue du château féodal et du pavillon de Ministère de la Marine. (D’après une photographie.)
- totite de repos et d’avilissement, mettre côte à côte avec le dix-neuvième siècle cette longue suite d’années que Michelet a si bien nommé la nuit du moyen âge, opposer aux cheminées qui fument, à la lumière électrique qui flambe sous ses globes dépolis, les créneaux silencieux, les vitraux obscurs des castels féodaux, c’était là certes une tâche attrayante et hérissée de diflicultés qu’a remplie, avec un succès incroyable, le Comité préposé spécialement à l’organisation de la partie artistique de l’Exposition générale Italienne. Bien que sortant du cadre ordinaire de nos études, nous décrirons donc brièvement l’installation unique en son genre du village et du château féodal.
- La figure 1 donne une idée très exacte de
- l’ensemble du château féodal, que l’on aperçoit au second plan du dessin. Le. bourg féodal domine le village dont les constructions longent le Pô, se prolongeant jusqu a la porte principale d’entrée par un haut mur crénelé. Le pont-levis et la tour une fois franchis, le visiteur peut se croire transporté en plein quinzième siècle. Chacune des maisons qui bordent la rue principale du bourg, avec leurs voûtes à piliers, la fontaine, l’église qui précèJe la place du Château, sont autant de reproductions exactes de constructions encore existantes dans le Piémont, à Bussoleno, Alba, Ciriè, Ghicri, Avigliana, Pinerolo. L’intérêt est doublé par la reproduction exacte de la vie du moyen âge, forgerons battant le fer ou le cuivre, tisserands allongeant la toile sur
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- leur métier primitif, potiers tournant les vases d’ar- | gile, ébénistes sculptant les coffres, les dressoirs,
- Fig.jÆ. — ^Entrée principale du pavillon du Ministère de la Marine. (D’après une photographie.
- les autels, damoisellcs versant dans des roupes | moyen âge des vins qui, hélas ! sont d’une époque
- Fig. 5. — L’Exposition générale italienne de Turin. — Une salle de l’intérieur du château féodal. (D’après une photographie.)
- beaucoup moins reculée. Fresques naïves décorant | les parois,! meubles, ustensiles, jusqu’aux costumes
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- des braves gens qui se prêtent à cette comédie instructive et récréative à la fois, l'illusion ne saurait être plus complète. L’intérieur même du château est décoré avec un luxe extraordinaire. Chacune des salles, depuis la salle des gardes du rez-de-chaussée, la grande salle à manger du château (fig. 5), jusqu’au lit de justice et à l’oratoire, sont, comme les maisons du village, exécutées sur des originaux encore existants.
- Les amateurs d’ornithologie et de pisciculture visiteront avec curiosité le pavillon de la chasse et de la pêche, qui renferment de très belles collections d’oiseaux préparés et spécialement de la faune des hauts sommets. Dans le salon central, au-dessous d’un gigantesque filet, un remarquable groupe du gros gibier des montagnes, le bouquetin, le chamois, le chôvreuil, le lynx. A côté d’eux un faisceau de belles armes de Brescia. Les parois sont tapissées d’ustensiles de chasse et de trophées. Dans la salle réservée à la pêche, une série de bocaux dans lesquels on peut examiner des étoiles de mer, des éponges. Un aquarium est l’inévitable complément de ce pavillon.
- Notre revue rapide de l’Exposition générale italienne se termine ici ; nous l’avons parcourue à la hâte il est vrai, mais du moins le plus complètement possible dans ses nombreuses divisions. Avant de nous diriger de nouveau vers la porte principale, un coup d’œil sur l’humble exposition d’Assab. Quatre huttes en nattes grossières, dont trois demi - sphériques, sur un sol sableux et brûlant, sont placées là comme un échantillon du coin de terre que l’Italie songe à coloniser en face d’Aden, à la bouche du détroit de Bab-el-Mandeb. Les produits exposés consistent en marchandises d’importation, étoffes, bijoux, qui peuvent être vendues aux peuples voisins, les Somalis, les Gallas, et en produits qui, comme l’ivoire, l’écaille, les plumes d’autruche du Scioa ou de l’Abyssinie, peuvent être envoyés en Europe. L’arrivée de six naturels d’Assab, parmi lesquels le fils de l’ancien sultan régnant, donnent à cette Exposition un véritable attrait.
- Nos lecteurs ont pu en juger : l’Exposition générale italienne a pris rang dès aujourd’hui, parmi les manifestations du progrès industriel, comme l’une des plus complètes et des plus originales. A première impression, il eut semblé que le Concours de Turin, dont l’idée première se fît jour dès l’achèvement de l’Exposition de Milan, ne dût différer que de fort peu de chose de cette dernière, et quelle ne pût offrir par conséquent qu’un intérêt tout secondaire. Il n’en est cependant point ainsi ; les améliorations réalisées dans les diverses branches de l’industrie italienne,pour qu’elles ne soient point comparables à celles qu’aurait pu créer une période de travail plus considérable, n’en sont pas moins facilement reconnaissables et vraiment sérieuses. Le progrès n’eùt-il même point dû être réel et palpable, comme il l’est à la vérité, l’Exposition générale eût eu malgré
- | cela sa raison d’être, en ce sens qu’elle expose au | grand jour les preuves extérieures de l’activité d’un | pays ouvert tout récemment encore à l’industrie, i En dehors du Piémont lui même, les provinces ! italiennes ont parfaitement compris cette situation, et toutes, avec un louable ensemble, du Sud au Nord, du fond des Calabres aux plaines de Lombardie, des forêts de la Sardaigne aux cimes blanchies des Alpes, sont accourues à l’appel de leurs compatriotes, apportant à Turin le résumé des progrès industriels et artistiques de la Péninsule. Maxime Hélène.
- Turin, 1p. 25 juillet 1884.
- LA MISSION FRANÇAISE AU KRAKATOA
- MM. Cotteau et Korthals, membres de la Société de Géographie, ont été envoyés en mission à Java par M. le Ministre de l’Instruction publique pour explorer le volcan Krakatoa, dont nos lecteurs connaissent .la dernière et terrible éruption. Nous empruntons au rapport des hardis voyageurs les curieux passages qui suivent.
- A mesure que nous approchions de Krakatoa ou Kra-katau, le volcan nous apparaissait enveloppé d’une fumée blanchâtre. Nous croyions tous à l’existence de vapeurs s’échappant des fissures de la paroi verticale qui termine brusquement la montagne du côté du Nord ; elles s’élevaient lentement et venaient, comme un léger nuage, en couronner le sommet, haut de 822 mètres.
- Du pont du steamer nous étions convaincus avoir en face de nous des fumerolles témoignant que le volcan était encore en activité. Mais plus tard, ayant fait mettre le canot à la mer et nous étant approchés du pied de la falaise, nous avons reconnu que les prétendues fissures étaient de simples ravins et que ce que nous prenions pour des vapeurs n’était autre chose que des flocons de poussière, soulevés par la chute incessante de pierres bondissant sur les pentes rapides. En même temps une rumeur continue, semblable au crépitement d’une fusillade éloignée, se faisait entendre, tandis que nous apercevions distinc'ement des pierres d’une certaine grosseur, tournoyant dans les airs et venant après p'usieurs ricochets s’engloutir dans la mer. Nous avons remarqué que, lorsque ces projectiles frappent un terrain friable, ils se désagrègent ; alors les parties lourdes s’écroulent en avalanches, en cascades de sable d’une coloration foncée, tandis que les parties légères, composées de cendres grises, remonter-f en flocons nuageux, et sont entraînées au loin par la brise.
- Malgré le danger évident — un de nos matelots venait d’être atteint à la jambe par une pierre de la grosseur d’une petite orange, en même temps qu’un bloc d’un volume supérieur à un obus de la plus forte dimension tombait à quelques mètres de notre barque, — nous réussîmes à nous approcher de la base même de la montagne et à recueillir sur plusieurs points des échantillons de roches.
- Dans l’après-midi nous visitons l’île Yerlaten, autrefois corbeille de verdure, maintenant uniformément recouverte d’une couche de cendres solidifiées, épaisse d’une trentaine de mètres. Les profondes crevasses, élargies par l’action des pluies qui en sillonnent la surface, lui don-
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- nent de loin l’aspect d’un glacier. Que n’en avait-elle j aussi la fraîcheur bienfaisante ! Son étendue a doublé par | suite de la dernière éruption.
- Le 27, nous retournons à Krakatau ; nous avions fini par découvrir un point abordable, où il nous était possible d’étudier en sécurité la nature des roches et des diverses matières projetées par le volcan. A terre nous n’avons trouvé aucune autre trace de vie végétale ou animale, sauf une seule et très petite araignée. L’épaisseur de la couche de boue et de cendres solidifiées nous a paru atteindre, en certains points, de 60 à $0 mètres.
- A deux kilomètres du rivage actuel, s’élève à quelques mètres au-dessus delà mer, un noir rocher. C’est le dernier débris de la portion engloutie.
- En résumé, notre voyage a permis de constater, dès à présent, deux faits nouveaux : 1“ la disparition des îles nouvelles ; 2° la fin de la période éruptive du Krakatau. Car, en ce qui concerne ce dernier point, on croyait gé-néralemént à Batavia que les nuages planant au-dessus du volcan étaient le résultat d’émanations gazeuses, tandis qu’en réalité ce ne sont que des poussières produites par la chute des matériaux qui tendent à se désagréger sous l’action directe du soleil. Ce phénomène atteint son maximum d’intensité de midi à trois heures du soir et paraît cesser avec le jour. Pendant la nuit nous n’avons entendu aucun bruit.
- CHEMINS DE FER
- AIGUILLE POUR CHANGEMENT DE VOIE SANS INTERRUPTION DE LA VOIE PRINCIPALE.
- L’extension considérable que prennent les voies ferrées oblige à construire un grand nombre de voies secondaires dont les embranchements sont répartis nécessairement sur tout le parcours des voies principales. On arrive ainsi à installer sur celles-ci des aiguilles de croisement dont la multiplication n’est pas sans danger pour la circulation et présente en tous cas l’inconvénient de la ralentir beaucoup.
- Les règlements en vigueur chez nous obligent en effet les trains de toute nature à diminuer de vitesse en approchant des aiguilles qui sont continuellement protégées dans toutes les directions par des disques maintenus à l’arrêt; le mécanicien approchant du signal indicateur de l’aiguille doit indiquer la direction qu’il compte suivre par un nombre déterminé de coups de sifflet, et se mettre en mesure d’arrêter son train avant d’atteindre le disque, si la voie ne lui est pas ouverte immédiatement. On voit par là que les aiguilles entraînent toujours ainsi un ralentissement très sensible dans la marche du train lorsqu’elles ne l’arrêtent pas complètement, et c’est là une des causes qui empêchent d’atteindre chez nous les vitesses utiles que l’on obtient en Angleterre par exemple. Dans ce pays en effet, on protège depuis longtemps déjà les aiguilles par les dispositions d’enclenchement qui sont d’ailleurs appliquées aujourd’hui aussi sur nos différents réseaux; mais dans le système d’exploitation suivi, ces aiguilles ne sont pas protégées par des disques à l’arrêt, le train qui se présente est toujours annoncé par le
- télégraphe, et il trouve en conséquence la voie libre devant lui et ouverte à l’avance dans la direction qu’il doit suivre, il peut donc franchir en pleine vitesse.
- En dehors des enclenchements qui assurent l’immobilité de l’aiguille pendant le passage du train et préviennent ainsi les déraillements auxquels on serait exposé dans une marche à pleine vitesse, on applique aussi en Angleterre et surtout aux Etats-Unis des dispositions d’aiguilles, assurant la parfaite continuité des rails de la voie principale, de manière à ce que le train suivant cette direction puisse avancer absolument comme en pleine voie. Les rails de la voie secondaire, de leur côté, présentent à partir de la pointe de l’aiguille une pente suffisante pour que les roues des véhicules suivant cette direction puissent passer au-dessus des rails de la voie principale sans qu’il y ait choc des boudins des bandages contre ces rails. Le rail extérieur de la voie secondaire présente d’autre part une solution de continuité au croisement du rail intérieur de la voie principale pour laisser le passage libre dans cette direction ; mais il faut qu’au moment où la voie secondaire est ouverte, une pièce auxiliaire vienne se loger au-dessus du rail principal dans le vide ainsi ménagé pour rétablir la continuité.
- Un grand nombre d’essais ont été entrepris déjà pour réaliser cette disposition d’une manière suffisamment pratique; nous citerons en particulier l’aiguillage de Wharton très usité aux Etats-Unis qui a l’inconvénient d’être bien compliqué. Nous représentons dans les figures ci-contre empruntées à la Revue générale des Chemins de fer une disposition plus simple due à M. Williams et qui est appliquée avec succès sur certaines lignes de l’Etat Belge ainsi que par des Compagnies d’Angleterre et d’Ecosse.
- L’aiguille intérieure est seule d’une forme spéciale ; comme l’indiquent les coupes AB, CD, et EF c’est une sorte de rail à gorge entaillé extérieurement pour s’adapter sur le rail fixe de la voie principale : en buttant contre le boudin du bandage de la roue des véhicules, elle dévie graduellement ceux-ci et les force à quitter le rail fixe, suivant la disposition indiquée fig. 1, n° 2, qui représente l’aiguille ouverte sur la voie branchée. L’aiguille extérieure en B conserve la forme d’un rail ordinaire et l’ensemble des deux aiguilles présente une légère pente assurant la surélévation dont nous avons parlé plus haut pour permettre le passage des roues au-dessus des rails fixes de la voie principale.
- Le croisement de voie qui doit assurer la continuité du rail intérieur de la voie secondaire est représentée en plan dans la figure 2, et en coupe dans les deux sections GH et IJ ; c’est une «pièce creuse en acier mobile avec l’aiguille de la voie secondaire et qui vient se placer au-dessus du rail fixe et reposant sur un tasseau en bois.
- Cette disposition d’aiguille particulièrement simple fonctionne avec grand succès, l’inconvénient principal qu’elle présente tient à ce que le croise-
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- ment ne se fait d’une manière automatique lorsqu’un train venant de la voie secondaire se présente pour entrer sur la voie principale. On y a remédié en employant des voies de sûreté : chaque voie de garage adjacente à la voie principale a été prolongée en cul-de -sac. Le changement de voie du garage ne peut être dirigé vers la voie principale qu’autant que le levier unique servant à manœuvrer l’aiguillage
- et le croisement a été enclenché dans la position voulue.
- Ce type d’aiguillage permet ainsi de maintenir continue la voie sur laquelle s’opère le branchement; mais comme les voies sont toujours doubles dans les bifurcations, il convient de prendre des dispositions spéciales pour éviter de croiser la voie de retour voisine en déviant la voie secondaire. Autrement on
- 1 Ouvert sur la voie principale
- 2 Oüvertsurlavoiebranchèe C
- 3 Coupe suivant, A B I
- 4 Coupe suivant C [T
- 5 Coupe suivant E. F
- JL L
- Fig. 1. — Installation de l’aiguille Williams. — Vue de la pointe de l’aiguille.
- aurait encore en ce point un croisement qu’il faudrait protéger par des signaux obligeant à ralentir la vitesse des trains parcourant ectte voie principale. On y réussit en plaçant les branchements de la voie secondaire, chacun d’un côté différent de la voie principale, celui d’aller se dévie directement à gauche
- de la voie d’aller suivant la pratique suivie en France et en Angleterre par les trains en marche, et celui de retour vient se brancher du côté opposé qui forme alors la gauche de la voie de retour. Il s’agit ensuite de réunir ces deux branchements d’un côté unique de la voie principale pour les ramener dans
- Fig. 2. — Installation do l’aiguille Williams.— Vue du croisement.
- la direction que doit suivre la voie secondaire; et à cet effet, le branchement qui a été dévié du côté opposé à cette direclion vient croiser la voie principale en la traversant généralement sous un pont ce qui évite ainsi, comme on le voit, toute solution de continuité sur celle-ci.
- Celte disposition ingénieuse est appliquée déjà depuis longtemps sur nos grandes lignes et supprime ainsi tous les dangers résultant des croisements : nous pouvons en eiter comme exemple, sur la ligne du
- Nord, la bifurcation installée auprès de la station d’Epinay sur la ligne de Pontoise, et qui forme le point de départ de celle de Montsoult. La voie allant à Monsoult est déviée à gauche de la voie de Pontoise, quelle traverse ensuite sous un pont pour retourner à droite dans la direction qu’elle doit suivre. La voie de retour se branche directement du côté opposé sur celle venant de Pontoise. L. B.
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- UN BATEAU-MALLE
- Voici une invention singulière et qui porte bien le sceau de son origine américaine. 11 s’agit d’un système combiné de telle manière qu’il peut à volonté constituer une embarcation légère, ou bien, en étant reployé sur lui-même, former une malle ou coffre facilement transportable.
- Notre gravure représente le système, sous deux aspects, plié sous forme de malle, et ouvert sous celle de canot.
- Nous allons indiquer le mode de construction employé dans ce but par l’inventeur, en nous aidant surtout de la figure inférieure ci-dessous, qui est une vue du canot ouvert prêt à prendre l’eau.
- Le système est divisé sur la longueur en trois parties A, C, C, fermées chacune à leurs extrémités, et qui sont articulées à charnière les unes aux autres. La section antérieure C est couverte et elle sert, de même que les autres, de récipient pour toutes sortes d’objets, linge, etc., faisant ainsi fonction de malle. La partie antérieure de la section centrale est pourvue d’une traverse D qui sert de banc de rameur lorsque le système est employé comme bateau ; cette même section est munie d’équipets triangulaires que l’on voit figurés en E. Deux équipets semblables rcpré>entés en F sont disposés h l’avant de la dernière section A.
- Toutes les faces extrêmes des diverses sections, destinées à venir en contact les unes avec les autres, sont pourvues d’oreilles qui permettent, en y pas-
- Bateau-malle américain, représenté sous ses deux aspects.
- sant une tringle rigide, d’assembler rapidement et solidement tout le système. Gela fait, il est prêt à servir d’embarcation, car sa section centrale porte des tollets pour recevoir les avirons. Un de ceux-ci est dessiné au premier plan de notre gravure; on voit qu’il est lui-même formé de deux parties qui se démontent afin que l’on puisse les loger dans les compartiments du bateau.
- Lorsque l’on veut transformer le bateau en coffre, on retire les tiges d’assemblage dont il a été parlé plus haut, et l’on rabat la section antérieure sur celle du milieu, dans laquelle son extrémité pénètre d’une certaine quantité et vient se loger entre les deux équipets E ; la section d’arrière est ensuite rabattue par-dessus les deux autres, toute la section C trouvant alors place entre ses équipets F. Tout le système est maintenu ainsi replié au moyen de c our-roies que l’on boucle par-dessus et qui, dans l’ap-
- plication comme embarcation, sont croisées au-dessus de la section centrale, ainsi qu’on le voit sur notre gravure.
- Ainsi transformé en coffre, le système est facilement transportable et remplit absolument les fonctions d’une malle ordinaire de même dimension, car il possède à peu de chose près la même capacité. Lorsqu’on veut le déployer pour changer sa destination, il n’est pas nécessaire de rien déranger des objets qui emplissent les compartiments.
- L’inventeur de ce curieux système déjà ancien, est M. J. A. Olmstead de New-York, qui l’a souvent utilisé dans ses excursions de touriste-canotier1. Nous ajouterons que cet appareil a été construit à titre de spécimen d’amateur, et qu’il n’a pas de constructeur industriel.
- 1 D’après VAmerican Artisan.
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- LA NATURE
- LA DIRECTION DES DALLONS
- i/aérostat électrique a hélice
- DE MM. LES CAPITAINES RENARD ET K! ERS.
- Lundi dernier, 18 août, M. Hervé Mangon a communiqué à l’Académie des sciences le résultat de la grande expérience aérostatique qui a été exécutée, le 9 de ce mois, aux environs de Paris. Voici en quels termes s’est exprimé Ihonorable académicien en déposant sur le bureau, la note dont le texte paraîtra dans le prochain Compte-rendu.
- J’ai l’houneur de présenter à l’Académie une note de M. le capitaine Renard et de M. le capitaine Krebs sur le ballon dirigeable, construit à l’atelier militaire de Chalais, à Meudon.
- La navigation aérienne est un art tout français ; non seulement l’invention des ballons est due aux frères Mont-golfier, mais tous les perfectionnements réalisés depuis eux sont l’œuvre de Français : l’emploi de l'hydrogène, le filet, la soupape, sont dus au physicien Charles; le parachute, l’ancre-cône sont également des inventions françaises. Les applications des ballons à l’art militaire dès le commencement de la Révolution ont été réalisés par le brave Cou-telle, sous la haute direction de Carnot et de Monge, avec le concours de l’esprit d’invention et de la merveilleuse habileté de Conté; aujourd’hui encore, une brigade d’aé-ronautes seconde au Tonkin les efforts de nos soldats. Les ascensions-scientifiques Laites en France ont été plus nombreuses que partout ailleurs et l’Académie, qui les a souvent encouragées, sait combien elles ont été fructueuses en observations utiles.
- Pendant le siège terrible de Paris, en 1870-71, les ballons, comme s’ils avaient voulu se montrer reconnaissants pour leur patrie d’origine, ont rendu des services pratiques d’une grande importance ; si, à défaut de ballons dirigeables qui n’existaient pas encore, il nous a été impossible d’avoir des nouvelles du dehors, au moins avons-nous pu donner à tous nos départements des nouvelles de Paris investi.
- La direction des ballons n’a point cessé depuis leur origine de préoccuper les inventeurs ; Guyton de Morveau, dans sa célèbre ascension du 12 juin 1781, avait armé sa nacelle de rames légères, qui ne l’empêchèrent pas de suivre exactement la direction du vent.
- Dans ces dernières années, des essais très sérieux de direction des ballons ont été tentés. Le 24 septembre 1852, le regretté Henri Giffard essaya de se diriger avec une hélice mue par la vapeur; en 1872, notre confrère M. Ifupuy de Lomé, après une étude très approfondie et très remarquable du problème, voulut employer la force humaine comme moteur de son hélice; l’année dernière enfin, M. Gaston Tissandier appliqua, le premier, la force d’une machine dynamo-électrique à la direction des ballons et s’éleva dans les airs avec un moteur de cette espèce *.
- Aucun de ces essais n’avait donné des résultats indiscutables et véritablement pratiques. Pour la première fois, le 9 de ce mois, un ballon véritablement dirigeable, s’est élevé dans les airs, il a suivi un itinéraire fixé à l’avance et il est revenu prendre terre au point même d’où il était parti.
- 1 Voy. L'Aérostat électrique à hélice de MM. A. et G. Tis-sandier, n° 543 du 27 oetobre 1883, p. 343.
- Cent ans environ après la découverte des frères Mont-golfier, deux officiers français, M. Charles Renard et M. A. Krebs, ont eu l’honneur de réaliser les premiers un aérostat dirigeable et d’assurer à notre pays la gloire de la solution d’un problème regardé comme insoluble pendant de si longues années.
- La date du 9 août marquera dans l’histoire des sciences .appliquées et l’armée française doit être fière de compter parmi ses membres les courageux aérostiers de notre première Révolution et les deux officiers qui viennent de résoudre pratiquement le problème de la direction des ballons.
- Je prie l’Académie de me permettre de lui donner quelques renseignements très brefs sur la mémorable expérience du 9 août 1884.
- Le ballon de MM. Renard et Krebs a 50 mètres de longueur et 8m,40 de diamètre au maitre-couple. Sa forme est celle d’un solide de révolution géométriquement défini. Un ballonet intérieur permet de maintenir le ballon complètement gonflé. L’hélice motrice est mise en mouvement par aine machine dynamo-électrique et une pile remarquablement légères. Ce moteur peut donner huit chevaux et demi de force, mais pour le premier essai on n’a utilisé qu’une partie de cette puissance.
- Le samedi 9 août, à quatre heures, par un temps calme, le ballon s’est élevé de l’atelier de Meudon, conduit par M. Renard et par M. Krebs; on a mis la machine en mouvement et l’on s’est dirigé vers le sud. L’un des officiers était particulièrement chargé du soin du gouvernail et de la direction dans le sens horizontal, l’autre maintenait le navire aérien à une hauteur régulière de 300 mètres environ. De la nacelle, on voyait l’ombre du ballon avancer régulièrement sur le sol, tandis que l’on ressentait l’impression d’un vent de bout léger, produit par la marche de l’appareil à raison de 5 mètres environ par seconde.
- Parvenus au-dessus de Villacoublay, à quatre kilomètres de Chalais, les deux officiers ont arboré le drapeau annonçant leur retour aux hommes restés à l’atelier. Ils ont viré de bord en décrivant un demi-cercle de 500 mètres de diamètre environ. Revenus vers Meudon, ils ont gouverné un peu à gauche pour rejoindre Chalais, et après deux ou trois manœuvres de machine en arrière et en avant, aussi précises que celles d’un steamer qui accoste, l'atterrissement a eu lieu au point même du départ.
- L’Académie accueillera avec satisfaction le succès de -MM. Renard et Krebs, je la prie de vouloir bien insérer leur note dans le compte rendu de cette séance.
- La semaine prochaine nous publierons la description plus complète de l’aérostat construit par MM. Renard et Krebs.
- --0<X>- .
- CHRONIQUE
- Études de M, Pasteur sur la rage. —- La Commission désignée par le Ministre de l’Instruction publique pour vérifier le résultat des expériences de M. Pasteur sur les inoculations préventives de la rage, a publié récemment son R apport dans le Journal officiel. La Commission conclut que la série des expériences auxquelles elle a pris part, a donné des résultats décisifs.
- « Tous les chiens que M. Pasteur avait déclarés réfractaires, de par l’immunité qu’il leur avait conférée, ont résisté aux épreuves d’inoculation qui leur ont été faites
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- avec les virus les plus forts ^t par les procédés reconnus les plus sûrs, tandis que la plupart des chiens qui leur servaient de témoins, c’est-à-dire qui ont été soumis aux mêmes épreuves, sans avoir été prémunis contre leurs effets par une inoculation préventive, n’ont pu les supporter et ont péri par la rage. »
- D’autres expériences restent à faire, notamment pour apprécier la durée de l’immunité dont les chiens sont investis par l’inoculation préventive et surtout pour résoudre cette autre question d’une si grande importance au point de vue de la prophylaxie de la rage humaine, celle de savoir si, après une morsure reçue, l’action préventive de l’inoculation avec le virus atténué peut être efficace à annuler celle du virus inoculé par la morsure. M. Pasteur a commencé devant la Commission les expériences qui ont pour objet la solution de ce grand problème, mais on conçoit qu’en pareille matière rien ne se peut faire de rigoureux sans le temps et le nombre.
- Gisements de soufre de Djemsa. — Il existe à Djemsa, près de Suez, et dans le désert africain, un gisement important de soufre. L’exploitation de ce dépôt est facilitée par'son peu de distance de la côte dont il n’est étoigné que de quelques kilomètres. Il forme une véritable colline d’environ 200 mètres d’élévation et les flancs en ont déjà été largement attaqués par les travaux d’extraction. Sous la direction d’ingénieurs français, environ 200 Arabes sont occupés et eu retirent près de 10 tonnes par jour. On trouve un dépôt semblable à Ranga, localité située à 800 kilomètres de Suez, sur les bords de la mer Rouge. Ce dernier gisement diffère cependant du premier en ce qu’il est enfoui dans d’autres couches de terrain, de sorte que les travaux sont plus difficiles et nécessitent une véritable exploitation minière.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 août 1884.— Présidence de}I. Rolland.
- Astronomie. — MM. Paul et Prosper Henry chargés de dresser la carte de la zone écliptique ont terminé les quinze premières feuilles de te travail. Chaque feuille renferme toutes les étoiles jusqu’à la 15e grandeur, au nombre de quinze à dix-huit mille. MM. Henry vont aborder maintenant la portion de la zone écliptique traversée par la voie lactée.
- La construction des feuilles représentant cette partie du ciel serait une tâche presque irréalisable par les procédés ordinaires. MM. Henry, suivant les indications données par M. Janssen en 1881, ont eu l’idée d’appeler la photographie à leur aide. L’amiral Mouchez communique à l’Académie, des épreuves de 1 décimètre carré de superficie, présentant dans ce petit espace 1500 étoiles. Les étoiles apparaissent comme de petits points blancs dont le diamètre est proportionnel à la grandeur de l’astre.
- M. Perrotin envoie des observations de la comète de Barnard faites à l’observatoire de Nice; M. Taccchini adresse la suite de ses recherches relatives à la fréquence et à la distribution des taches à la surface du soleil.
- Physique. — M. Chapelle a découvert une formule empirique d’après laquelle, la somme du carré du poids atomique et du carré de la température de fusion comptée à partir de 0 absolu (275° environ au-dessous de la température de la glace fondante) donnerait un nombre constant pour les corps simples, on tout au moins un nombre
- constant pour les corps simples d’un même groupe; cinq groupes suffisent, d’après M. Chapelle, pour vérifier sa formule qui n’est très probablement qu’un jeu d’arithmétique.
- M. Faye dépose deux brochures relatives à la compensation des compas avec ou sans relèvement. On sait que sur les navires modernes qui contiennent des masses énormes de fer, l’aiguille aimantée est déviée de sa position normale. La compensation est un problème résolu depuis longtemps par Poisson, simplifiée par M. William Thompson et le commandant Fournier, signataire du traité de Tien-Tsin. M. Faye signale l’importance extrême de la régulation du compas d’un navire. Une grande partie des naufrages provient d’uue fausse compensation.
- La direction des ballons. — M. Hervé Mangon annonce à l’Académie le succès complet des expériences d’aérostation de MM. Renard et IvreHs; Nos lecteurs liront un peu plus haut la communication qui'a été faite à ce sujet.
- Physiologie. — M. Boulev signale quelques particularités du microbe de la fièvre typhoïde. Jamais l’inoculation du sang tiré d’un homme malade ou du cadavre n’a déterminé la maladie. Parle fait d’une culture, le microbe devient susceptible, au contraire, de déterminer sur des cochons d’Inde, des accidents tout à fait analogues à ceux de la fièvre typhoïde.
- Varia. — M. Mairet continue ses recherches sur l’élimination de l’acide phosphorique par les urines. — M. Herrmte a imaginé une simplification à sa lunette astronomique fixe. — On annonce la mort de M. le docteur Burke, l’inventeur de la Métallothérapie.
- Stanislas Meunier.
- PHOTOGRAPHIE SANS APPAREILS
- Prenez deux plaques de verre blanc, sans bulles et bien planes, un peu plus grandes que la photographie ou le dessin dont vous voulez obtenir la reproduction. Collez sur la face de l’une d’elles un carton mince noirci, dans la partie centrale duquel un petit carré, ouvrant à volonté, sera réservé. Réunissez enfin chaque extrémité des plaques par une jarretière en caoutchouc.
- Préparez ensuite dans un flacon quelconque, en verre, une solution composée de 6 grammes de bichromate de potasse pour 100 grammes d’eau filtrée et achetez quelques feuilles de papier albuminé qu’on trouve, ainsi que le bichromate, chez tous les marchands de produits chimiques.
- Il suffit maintenant pour sensibiliser le papier albuminé de passer au dos, c’est-à-dire sur le côté non brillant, une couche de solution bichroinatée que vous étendez avec un pinceau ordinaire. Cette opération doit être faite dans l’obscurité et il est bon, pour empêcher le papier de goder, Je prendre la feuille un peu plus grande et de laisser contre ses bords une petite marge non sensibilisée.
- La feuille est ensuite séchée à l’abri du jour et elle doit présenter du côté brillant une couleur jaune d’or bien uniforme. On peut préparer d’avance un certain nombre de feuilles. Le papier devient même meilleur au bout de quelques jours quand il est conservé dans un endroit sec et obscur.
- H faut maintenant s’occuper du cliché, c’est-à-dire de la photographie à reproduire. Si l’image est collée comme
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- LA NATURE.
- d’habitude sur un carton, on l’en détache facilement en laissant séjourner le tout pendant 24 heures dans l’eau. Le cliché est ensuite séché entre deux feuilles de papier buvard.
- et par une seule opération une épreuve positive avec un cliché positif. On est ainsi débarrassé des ennuis de la transformation du négatif et l’on ne fait usage que de solutions à peu près inoffensives qui peuvent être mises
- Tout étant ainsi disposé, on opère à l’abri du jour et l’on introduit dans le châssis en verre : d’abord le cliché, ensuite le papier albuminé dont la couche sensible et brillante doit être posée entre le cliché, du côté de l’exposition à la lumière. On remet enfin les bagues en caoutchouc et l’on expose au soleil, de 15 à 20 minutes, jusqu’à ce que l’iinage devienne apparente derrière le papier sensible, ce qu’on peut vérifier en ouvrant la petite porte réservée au centre, du fond du châssis.
- On apporte alors le châssis dans le cabinet noir et on plonge l’épreuve dans une assiette creuse remplie d’eau de pluie ou de rivière, pour enlever les parties d’albumine bichromatée qui sont res-tées solubles.
- On étend ensuite l’épreuve sur l’un des verres du châssis ; on la laisse égoutter jusqu’à ce que sa surface soità peu prèssèche, et on procède au développement en recouvrant uniformément l’image, à'encre ordinaire qu’on étend avec un pinceau (j’ai employé indifféremment l’encre Gardot, de Dijon, et celle Antoine, de Paris). On î-esserre les bords pendant cette opération, absolument comme pour la sensibilisation du papier. J1 faut opérer vile et mettre une couche suffisante pour que l’encre ne sèche en aucun point.
- Le développement se fait assez rapidement et doit être surveillé pour éviter l’empâtement des fonds.
- Quand on juge que l’image est suffisamment venue, on balaie l’encre vivement par un filet d’eau ou par un pinceau doux constamment mouillé d’eau claire, en commençant par un angle. Il ne reste plus enfin qu’à laver l’épreuve en la plongeant dans l’eau jusqu’à ce qu’elle ait perdu toutes traces de bichromate.
- L’image est d’un ton violacé qui tire au ton chaud par une exposition prolongée à la lumière. Elle est d’ailleurs parfaitement fixée puisqu’il se pi'oduit une véritable teinture de la pellicule d’albumine dont certaines pai'ties ont été rendues insolubles par l’action de la lumière, tandis que les autres, seules, absorbent la matière colorante qui se fixe dans le réseau qu’elles ont formé.
- En résumé, l’opération consiste simplement :
- 1° À sensibiliser le papier albuminé avec une solution de bichromate de potasse à 6 pour 100;
- 2" À exposer l’épreuve au soleil jusqu’à ce que l’épreuve paraisse au dos du papier sensible ;
- 5° A laver l’épreuve et à la développer à Y encre ordinaire.
- Ce qui est assez remarquable, c’est qu’on obtient ainsi
- entre les mains de tout le monde.
- On peut d’ailleurs remplacer par d’autres bains déve-loppateurs l’enci'e ordinaire ; mais on réussit très bien avec celle-ci et son emploi conserve au procédé une simplicité qui en fait le seul mérite. P. Chenevier,
- Architecte à Verduu.
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- TYPE DE LA ROCVELLE-ZËLANDE
- Les naturels de la Nouvelle-Zélande sont, comme on le sait, remarquables par les tatouages dont ils
- sont couverts. Notre gravure représente un vieux chef de ce pays, Mete Kingi, qui est mort récemment et qui d’après l’affirmation de ses concitoyens, aurait atteint l’àgc de cent ans. Il peut être considéré comme un des plus intéressants représentants de la race Maori, si nous en ci'oyons un journal océanien, The lllustrated Austra-lian News, auquel nous empruntons les documents que nous reproduisons ici.
- Les habitants de la Nouvelle-Zélande, sont les plus habiles de tous les peuples dans l’art du tatouage. Les hommes ont l’habitude de se tatouer le visage, et les jambes; les femmes réservent leurs plus beaux ornements de tatouages pour leur lèvre supérieure. L’opération se fait à l’aide du charbon obtenu parla gomme dcKauri.Nous renvoyons A ce sujet nos lecteurs aux renseignements que nous avons publiés précédemment au sujet du tatouage et de ses procédés1.
- Mete Kingi, dont nous donnons le portrait, était un homme vénéré de ses compatriotes; il aimait les Européens, et s’était depuis longtemps déjà converti au christianisme. Jusqu’à sa dernière heure, ce vieillard jouit d’une admirable santé, et il s’éteignit doucement, sans souffrances, comme pour se reposer dans le sommeil suprême. L)1 Z...
- 1 Voy. n° 419 du 11 juin 1881, p. 24.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandiër Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Portrait de Mete Kiugi, chef .de la Nouvelle-Zélande.
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- N° 58 7.
- 50 AOUT 1884.
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- L’AEROSTAT DIRIGEABLE E
- DE MM. CH. RENARD ET A. KREB'S^g^
- Un essai de navigation aérienne, couronné d'un plein succès, vient d’être accompli dans les ateliers militaires de Chalais ; la présente note a pour objet de porter à la connaissance de l’Académie les résultats obtenus.
- Le 9 août, à 4 heures du soir, un aérostat de forme allongée, muni d’une hélice et d’un gouvernail, s’est élevé en ascension libre, monté par MM. le capitaine du génie Renard, directeur de l’é-
- lissement, et le capitaine d’infanterie Krebs, son ôjïRaborateur depuis six ans. Après un parcours total 7km,6, eifeetué en vingt-trois minutes, le ballon est venu atterrir à son point de départ, après avoir exécuté une série de manoeuvres avec une précision comparable à celle d’un navire à hélice évoluant sur l’eau.
- La solution de ce problème, tentée déjà en 1855, en employant la vapeur, par M. Henri Giffard1, en 1872 par M. Dupuy de Lôme, qui utilisa la force musculaire des hommes, et enfin l’année dernière par M. Tissandier, qui le premier a appliqué l’électricité à la propulsion des ballons, n’avait été, jus-
- Fig. I.— L’aérostat dirigeable électrique de MM. Ch. Renard et A. Krehs, au-dessus de l’usine aéronautique railitairede Chalais, Meudou. D’après l’esquisse d’un témoin oculaire de l’expérience du 9 août 1881.
- qu’à ce jour, que très imparfaite, puisque, dans aucun cas, l'aérostat n’était revenu à son point de départ.
- Nous avons été guidés dans nos travaux par les j études de M. Dupuy de Lôme, relatives à la construction de son aérostat de 1870-72, et, de plus, nous nous sommes attachés à remplir les conditions suivantes :
- Stabilité de route obtenue par la forme du ballon et la disposition du gouvernail ; diminution des résistances à la marche par le choix des dimensions; rapprochement des centres de traction et de résistance pour diminuer le moment perturbateur de
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences, le 18 août 1884.
- 12® année. — 2® semestre.
- stabilité verticale ; enfin, obtention d’une vitesse capable de résister aux vents régnant les trois quarts du temps dans notre pays.
- L’exécution de ce programme et les études qu’il comporte ont été faites par nous en collaboration; toutefois, il importe de faire ressortir la part prise plus spécialement par chacun de nous dans certaines parties de ce travail.
- L’étude de la disposition particulière de la che-
- 1 Nous rectifierons ici une légère erreur de date. La première expérience de M. Henri Giffard dans un aérostat à vapeur à hélice, a été exécutée en 1852. C’est un deuxième aérostat qui a fonctionné en 1855. Ce second aérostat était remarquable par son allongement, mais il dût fonctionner encore à jour fixe, et la vitesse du vent dépassait de beaucoup la vitesse propre du navire aérien.
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- LA NATURE.
- mise de suspension, la détermination du volume du ballonnet, les dispositions ayant pour but d'assurer la stabilité longitudinale du ballon, le calcul des dimensions à donner aux pièces de la nacelle, et enfin l'invention et la construction d’une pile nouvelle, d'une puissance et d'une légèreté exceptionnelles, ce qui constitue une des parties essentielles du système, sont l'œuvre personnelle de M. le capitaine Renard.
- Les divers détails de construction du ballon, son mode de réunion avec la chemise, le système de construction de l'hélice et du gouvernai1, l’étude du moteur électrique calculé d’après une méthode nouvelle basée sur des expériences préliminaires, permettant de déterminer tous ses éléments pour une force donnée, sont l’œuvre de M. Krebs, qui, grâce à des dispositions spéciales, est parvenu à établir cet appareil dans des conditions de légèreté inusitées.
- Les dimensions principales du ballon sont les suivantes : longueur* 50m,42; diamètre, 8m,40; volume, 1864 mètres.
- * L’évaluation du travail nécessaire pour imprimer à l’aérostat, une vitesse donnée a été faite de deux manières r
- il "En partant des données posées par M. Dupuy de. Lôihe et sensiblement vérifiées dans son expérience de février 1872; 2° En appliquant la formule admise dans la marine pour passer d’un navire connu à un autre de formes très peu différentes et en admettant que, dans le cas du ballon, les travaux sont dans le rapport des densités des deux fluides.
- Les quantités indiquées en suivant ces deux méthodes concordent à peu près et ont conduit à admettre, pour obtenir une vitesse par seconde de 8^9 mètres, un travail de traction utile de 5 clie-vdüxdc 75 kilogrammètrcs,ou,en tenant compte des rendements de 1 hélice et de la machine, un travail électrique sensiblement double, mesuré aux bornes de la, machine.
- La machine motrice a été construite de manière à pouvoir développer sur l’arbre 8,5 chevaux, représentant, pour le courant aux bornes d’entrée, 12 chevaux. Elle transmet son mouvement à l’arbre de l’hélice par l'intermédiaire d’un pignon engrenant avec une grande roue.
- La pile est damée en quatre sections pouvant être groupées en surface ou en tension de trois manières différentes. Son poids, par cheval-heure, mesuré aux bornes, est de 19ks,550.
- Quelques expériences ont été faites pour mesurer la traction au point fixe, qui a atteint le chiffre de 60 kilogrammes pour un travail électrique développé de 840 kilogrammes et de 46 tours d’hélice par minute.
- Deux sorties préliminaires dans lesquelles le ballon était équilibré et maintenu à une cinquantaine de mètres au-de-sus du sol ont permis de connaître la puissance de gyration de l’appareil. Enfin, le 9 août, les poids enlevés étaient les suivants (force
- ascensionnelle totale environ 2000 kilogrammes) :
- Uillon et halbmet. . . Chemise et filet. . . Nacelle complète. . .
- Gouvernail............
- Hélice................
- Machine...............
- Uàtis et enji'rtuuige. . Arbre niJcur. . . . Pile, appareils et divers
- Aéronautes............
- Lest....................
- 539 k« 127 452 43 41 98 47
- 30,500 435,5U0 140 214
- Total
- 2uü0 k«
- A 4 heures du soir, par un temps presque calme, l’aérostat, laissé libre et possédant une très faible
- i nord'
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- Fia. 2. — Tracé du voyage aérien exécuté le 9 août 188-i, par MAI. Ch. Renard et Krebs, dans leur aérostat dirigeable électrique
- force ascensionnelle, s’élevait lentement jusqu’à hauteur des plateaux environnants. La machine lut mise en mouvement, et bientôt, sous son impulsion, l’aérostat accélérait sa marche, obéissant fidèlement à la moindre indication de son gouvernail.
- La route fut d’abord tenue nord-sud, se dirigeant sur le plateau de Chàtillon et de Verrières; à hauteur de la route de Choisy à Versailles, et pour ne pas s’engager au-dessus des arbres, la direction fut changée et l’avant du ballon dirigé sur Versailles. .
- Au-dessus de Villacoublay, nous trouvant éloignés de Lhalais d’environ 4 kilomètres et entièrement satisfaits de la manière dont le ballon se comportait en roule, nous décidions de revenir sur nos pas et de tenter de descendre sur Chaiais même, malgré le peu d’espace découvert laissé par les arbres. Le ballon exécuta son demi-tour sur la droite avec un
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- LA NATUUK
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- angle très faible (environ 11") donné au gouvernail. Le diamètre du cercle décrit fut d’environ 300 mètres. Le dôme des Invalides, pris comme point de direction, laissait alors Chalais un peu à gauche de la roule.
- Arrivé à hauteur de ce point, le ballon exécuta, avec autant de facilité que précédemment, un changement de direction sur sa gauche; et bientôt il venait p'aner à 300 mètres au-dessus de son point de départ. La tendance à descendre que possédait le ballon à ce moment fut accusée davantage par, une manœuvre de la soupape. Pendant ce temps il fallut, à plusieurs reprises, faire machine en arrière et en avant, afin de ramener le ballon au-dessus du point choisi pour l’atterrissage. A 80 mètres au-dessus du sol, une corde larguée du ballon fut saisie par des hommes, et l’aérostat fut ramené dans la prairie même d’où il était parti.
- Chemin parcouru arec la machine, mesuré sur
- le sol............................ 7 km,600
- Durée de cette pé iode................... . 23 m
- Vitesse moyenne à la seconde ’............. 5 m,50
- Nombre d éléments employés................. 32
- Force électrique dépensée aux bornes à la machine.................................... 250 k«m
- Rendement probable de la machine............... 0,70
- Rendement preb. de l'hélice.................. 0,70
- Rendement total, environ............ 1/2
- Travail de traction..........................123k*m
- Résistance approchée du ballon................. 22k“,800
- A plusieurs reprises, pendant la marche, le ballon eut à subir des oscillations de 2U à 5° d’amplitude, analogues au tangage; ces oscillations peuvent être attribuées soit à des irrégularités de forme, soit à des courants d’air locaux dans le sens vertical.
- Ce premier essai sera suivi prochainement d’autres, expériences faites avec la machine aü complet, permettant d’espérer des résultats encore plus concluants. Ch. Renard et A. Krebs.
- Nous accompagnons la note de MM. Ch. Renard et A. Krebs, de la vue de leur aérostat dirigeable, dessiné par un témoin oculaire de l'expérience du 9 août. (tig. 1)
- L’hélice de propulsion qui doit avoir environ 7 métrés-de diamètre est à l’avant du système, elle est reliée par un arbre de transmission à la machine dynamo-électrique.
- Le gouvernail est placé à l’arrière. Ses deux faces semblent être légèrement bombées.
- Les aéronautes se tiennent au milieu de la nacelle, vraisemblablement formée de longues perches de bambous, recouvertes de toile vernie.
- Le tuyau que l’on aperçoit au milieu de l’aérostat, nous parait destiné à insuffler de l’air dans le ballonnet compensateur à l’aide d’un ventilateur.
- Quand l’aérostat de Chalais-Meudon est à terre, il est enfermé dans un vaste hangar, qui l’abrite, le protège des intempéries et lui permet d’altendre un moment favorable pour prendre l’air. Cet abri, depuis longtemps indiqué comme le complément presque indispensable des aérostats dirigeables, est une des plus sûres conditions du suc-
- 1 Le vent étant presque nul, la vitesse absolue se confond sensiblement avec la vitesse propre par rapport à l’air, d’autant plus que l’aérostat a décrit une trajectoire fermée.
- cès ; mais il nécessite pour sa construction des dépenses considérables.
- La carte que nous publions (tig. 2), a été dressée d’après le Rapport de MM. Renard et Krebs; elle représente approximativement le tracé de ce voyage aérien mémorable, qui aura donné pour la première fois une démonstration expérimentale complète de la direction des aérostats. G. T.
- —
- LA F0LDRE GLOBULAIRE1
- J’ai décrit, il y a quelques années, sous le nom iVétincelle électrique ambulante*, un phénomène particulier produit par le passage d’un courant électrique de haute tension. Si l’on met un condensateur, à lame de mica très /mince, en communication, par ses deux armatures, avec les électrodes d’une batterie secondaire de huit cents couples, le condensateur peut être percé,- en raison de la tension devée du courant, et comme, dans ces conditions, la quantité est beaucoup., plus grande qu’avec une source d’électricité statique, l’effet ne se borne pas à Ja production d’une étincelle bruyante : il se forme un petit globule incandescent, par suite de la fusion de la matière même du condensateur, et ce globule se meut lentement à sa surface, en suivant les points où la lame isolante qui sépare les armatures présente le moins de résistance, et en décrivant les plus capricieuses «sinuosités (tig. 1).
- L’expérience peut durer une ou deux minutes; elle ne cesse que lorsque la batterie s’est déchargée, au point que le globule ne puisse plus se maintenir fondu entre les deux armatures.
- Le mouvement lent de ce petit globule est accompagné d’un fort bruissement, et, lorsque le condensateur est rendu adhérent à la surface d’une plaque de caoutchouc durci, on entend un cri aigu et strident,. semblable h celui que produit une feuille de métal ou de ^carton sciée ou déchirée par une roue dentée animée d’une grande vbesse. Le condensateur est en même temps scié et découpé à jour sur tout le trajet du globule étincelant.
- J’ai signalé l’analogie de ces effets avec ceux de la foudre globulaire. Pour mieux imiter encore les conditions dans lesquelles se produit le phénomène naturel, j’ai augmenté dernièrement la tension de la source d'électricité dynamique, et mis en jeu le courant d’une batterie secondaire de 16u0 couples, dont la force électromotrice, dans les premiers instants de la décharge, est de 4000 volts environ. Supprimant, d’autre part, la lame de mica et les armatures métalliques, puisqu’il n’y a dans l’atmosphère que des masses d’air et de vapeur d’eau, j’ai opéré simplement avec des surfaces humides électrisées, séparées par une couche d’air. Ces surfaces humides étaient constituées par des tampons ou des disques de papier à liltrer humectés d’eau distillée Qig. 2).
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences le l i août 1884.
- 4 Voy. n° 288 du 7 décembre 1878, pi 15i
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- LA N AT LUE.
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- Dès qu’on met ce système en relation avec les pôles de la batterie, on voit apparaître une petite boule de feu qui court, de côté et d’autre, entre les deux surfaces, et présente des intermittences spontanées dans son apparition et sa disparition, pendant plusieurs minutes. Gomme la batterie se décharge ainsi moins rapidement qu’entre des armatures métalliques, l’expérience dure en effet plus longtemps. Les intermittences proviennent de ce que, lorsque le globule de feu a desséché divers points des surfaces humides, par suite de l’effet calorifique qu’il produit, et fait disparaître la vapeur d’eau dont la présence diminuait la résistance de l’intervalle entre les surfaces, le courant s’interrompt sur ces points ; mais l’effet reparaît alors sur d’autres points restés humides, et ainsi de suite.
- Ces expériences nie paraissent confirmer les explications-que j’ai déjà présentées relativement à la foudre globulaire, et je crois pouvoir en conclure aujourd’hui, avec plus de certitude, que la foudre globulaire est une décharge lente et partielle, soit directe, soit par influence,'de l’électricité des nuées orageuses, lorsque cette électricité est en quantité exceptionnellement abondante, et que la nuée elle-même, ou la colonne d’air humide fortement électrisée, qui en forme pour ainsi dire l’électrode, se trouve très rapprochée du sol, au point de l’ai.eindre presque complètement, ou de n’en rester séparée que par une couche d’air isolante de faible épaisseur.
- Dans ces conditions, le flux électrique, par suite de son abondance, ou plus exactement la matière pondérable qu’il traverse, s’agrège, comme dans les expériences que je viens de décrire, sous la forme d’un globe de feu. C’est en quelque sorte un œuf électrique, sans enveloppe de verre, qui se forme avec les éléments de l’air et de la vapeur d’eau raréfiés et incandescents. Ce globe fulminaire ne constitue pas une sorte de bombe chargée d’électricité ; il n’est point fulminant et dangereux par lui-même, comme le prouvent d’ailleurs les curieuses relations de Babinet et de divers observateurs; car le moindre courant d’air suffit à le déplacer, de même que, dans les expériences ci-dessus, une faible insufflation sur le globule peut l’éloigner ou le faire momentanément disparaître; mais sa présence est
- Fig. 1. — Expérience sur l’électricité à l’état globulaire.
- Fig. 2. — Autre expérience sur le même sujet.
- néanmoins redoutable; car il amène l’électricité de ht nuée orageuse, avec laquelle il communique d’une manière latente, ou quelquefois visible, comme à l’extrémité des trombes, et révèle le lieu d'élection de son écoulement.
- Si la couche d’air qui sépare la nuée du sol n’est point traversée, le globe de feu peut disparaître sans bruit, comme on l’a souvent observé; ou si une portion de la nuée orageuse s’abaisse vers la terre sur un autre point, la foudre peut tomber plus loin, en même temps que le globe disparaît. Mais, si la couche d’air est percée, il en résulte naturellement, sur le point même où apparaissait le globe, une chute de foudre, accompagnée du bruit du tonnerre, provenant, non de la faible quantité d’électricité renfermée dans la petite masse d’air raréfié et lumineux qui forme le globe, mais de la décharge brusque de toute l’électricité ou d’une grande portion de l’électricité contenue dans la nuée orageuse.
- La marche lente et capricieuse de ces globes ful-minaires s’explique, comme celle des globules de feu électriques produits dans les expériences décrites ci-dessus, par les variations de la résistance de la couche d’air qui les sépare du sol, et par la tendance naturelle du flux électrique à chercher la ligne de moindre résistance pour son écoulement vers la terre.
- Quant aux globes de feu qui apparaissent quelquefois au sein des nuages eux-mêmes, par de violents orages, et dont Arago a relaté plusieurs exemples, l’expérience précédemment citée (fig. 2) en offre une image exacte, quoique très réduite, et il suffit de la voit pour se rendre compte du phénomène naturel.
- Ainsi peuvent s’expliquer les divers effets de la foudre globulaire ou tonnerre en boule, qui semblaient être une énigme, tant que l’on n’avait pour terme de comparaison que les effets des appareils d’clectricité statique, dans lesquels la quantité d’électricité en jeu est trop minime poui présenter des phénomènes analogues, mais qui deviennent, au contraire, faciles à comprendre, en les rapprochant des effets produits par une source d’électricité dynamique, réunissant à la fois la quantité et la tension. Gaston Planté.
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- LA NATURE.
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- LES HORLOGES HYDRAULIQUES
- DANS L’ANTIQUITÉ
- L’horloge hydraulique que l’on voit en ce moment au Jardin des Tuileries et dont La Nature a donné
- la description1, est fondée sur l’uniformité de la vitesse d’écoulement par un orifice d’un liquide à niveau constant.
- C’est précisément sur ce principe qu’étaient basées les horloges des anciens. Héron d’Alexandrie avait composé un traité, aujourd’hui perdu, sur les Hor-
- Fig. 1.— Appareil à niveau constant de l'hilon de Byzanee.
- Fig. 2.
- Horloge hydraulique des Egyptiens.
- Fig 5.— Horloge égyptienne, mise en action par le soleil
- loges hydrauliques, et Philon de Byzance, 'dans un fragment récemment retrouvé de scs Pneumatiques, indique plusieurs des appareils qui étaient en usage pour obtenir la constance du niveau du liquide moteur dans les cas où l’on n’avait pas à sa disposition une alimentation continue qui permit d’employer le procédé très simple du trop-plein.
- Voici l’un de ses appareils avec la figure qu’en donne le manuscrit.
- Soit HT le vase dans lequel il s’agit d’obtenir un niveau constant à la hauteur de Z malgré l’écoulement qui se fait en T. On le surmonte d’un réservoir AC B percé de trois trous : l’un en C pour y introduire le liquide, l’autre en R pour recevoir un tube BP qui sert à alimenter le vase HT, enfin en B pour laisser passer le tube QZ qui fait communiquer la partie supérieure du réser-
- voir avec le vase inférieur au niveau Z.
- On remplit d’eau le vase supérieur par le trou C en bouchant l’orifice P, puis on bouche le trou C et l’on ouvre P. Le liquide s’écoule alors dans le vase HT l’air pénétrant par ZQ; si le débit du BP est supérieur à celui de l’orifice T, le liquide s’élèvera peu à peu dans HT jusqu’à ce qu’il arrive au niveau Z; l’appareil sera alors monté, car dès que le niveau de l’eau se sera élevé au-dessus de Z l’air ne pourra plus pénétrer par RQ et l’écoulement du vase supérieur s’arrêtera; il ne recommencera que lorsque le niveau en s’abaissant aura démasqué Z. Ce niveau oscillera donc entre deux limites très rapprochées jusqu a ce que le réservoir supérieur soit vidé.
- 1 Voy. n° 582 du 26 juillet 1884, p. 125.
- Fig. 4. — Siphon à débit constant de Héron d'Alexandrie.
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- LA NATURE.
- J’ai choisi la disposition précédente parmi les quatre qu’indique l'auteur grec parce qu’elle se prête à la production d’un de ces petits prodiges dont les anciens raffolaient; on conçoit en effet que si l’on remplace le vase inférieur par une urne largement ouverte et le fond AB par un crible, on pourrait avoir ainsi une explication fantaisiste de l'action de la Providence envoyant la pluie à intervalles périodiques pour alimenter la source des fleuves1.
- Avant que les Grecs n’eussent songé à établir des niveaux constants, les Egyptiens avaient imaginé des clepsydres basées sur les propriétés du siphon. Un grammairien grec du nom d’Uorapollo, qui enseignait les belles-lettres à Alexandrie au quatrième siècle de notre ère, nous a laissé à ce sujet quelques détails que je ne puis citer qu’en latin.
- « Rursus æquinoetia signilicantes idem animal Cynocephalum sedentem pingunt: duobus enimanni æquinocliis, duodeeie§ in die, per singulas nimirum horas urinam reddit; jidemquc noctie facit. Quare non immerito suis hoçologiis Ægyptii cynocephalum sedentem insculpunt, a ciijns membro aqua difluat id jue proplerca quod duobus quas jam dixi, in quas æquinoctii tempore dies et noctes ex æquo dividentur, horas sîgnificet. Cœtcrum ne foramen illud acue ar-titicioseque constructum, per quod in horologium aqua profluit et exccrnitur, aut latius fît, aut rursum anctius, remedium hoc excogitarunt, est quo quiquid ’ pilorum est» ad caudam usque abradentes, pro hujus crassitudine ferream quondam fistulam in usum jam dictum fabricentur. »
- La ligure 2 donne la restitution proposée par le P. Kircher2 pour la clepsydre égyptienne d’Horapollo.
- Le cynocéphale M contient un vase d’airain qui sert de réservoir à l’eau dont l'écoulement doit mesurer les heures; Cl) est un cylindre de verre dont Je fond est percé de manière à laisser passer un tube K qui forme siphon avec la «loche EF. On voit que l’eau qui s’écoulera du corps du cynocéphale dans le cylindre CD montera dans ce cylindre jusqu’à ce que son niveau atteigne l’orifice supérieur du tube IK ; à ce moment le siphon s’amorcera et l’eau s’écoulera dans le vase GH ; si le débit de K est suffisamment grand par rapport à celui du Cynocéphale, le vase .CD le videra complètement au bout d’un certain temps. On peut établir entre les contenances et les débits du cynocéphale M, et du vase cylindrique CD des rapports tels que, le cynocéphale contenant de Peau pour alimen er l’horloge pendant 24 heures, CD se remplisse en 12 heures et qu’il se vide également en 12 heures ; il suffira alors de marquer sur les cylindres CD et. EF des divisions qui correspondent à ces heures. Les divisions ; ascendantes marquées sur le cylindre CD représenteront par exemple les 12 heures du jour et les divisions descendantes
- 1 On remarquera que l’appareil à niveau constant duDrMas-carenas y Hernandez, qu’a décrit La Nature dans son numéro du 12 juillet 1884, n’est autre chose que l’appareil de Philon. Que les inventeurs modernes veuillent bien me pardonner !
- * Œitipus ær/ypliftcuft. t. H {De Mer h an. ægypt.).
- marquées sur la cloche EF, les 12 heures de la nuit ; ces divisions ne seront point toutes exactement à la même distance, la vitesse d’écoulement variant avec la hauteur liquide au-dessus de l’orifice par lequel il s’écoule.
- On pourrait, en modifiant chaque jour à l’aide de robinets, le débit du cynocéphale et celui du tube K , arriver à faire remplir* le cylindre CD pendant le temps qui s’écoule entre le lever et le coucher du soleil et le faire vider dans le temps qui s’écoule entre le coucher et le lever suivant; mais l’opération serait fort délicate et les anciens ont résolu autrement le problème à l’aide des courbes analogues à celles qui servent à l’Equation du Temps dans les cadrans solaires.
- Dans l’horloge que je viens de décrire, on suppose que, toutes les 24 heures, on remplit d'eau nouvelle le cynocéphale ; pour éviter cet assujettissement il suffit de faire couler l’eau d’une fontaine A dans un bassin muni à sa partie supérieure pour l’écoulement du trop-plein d’un robinet qui maintient le niveau constant, et à la partie inférieure d’un siphon recourbé qui envoie l’eau dans le grand vase cylindrique.
- Kircher prétend avoir lu, dans le traité sur les horloges hydiauliques de Héron, que les Egyptiens avaient de ces horloges qui entraient d’elles-mèmes en action au lever du soleil. Pour cela on employait comme réservoir supérieur une sphère de verre ou de métal très mince qui était munie à l’intérieur d’un siphon recourbé DE montant un peu plus haut que le centre. Par une ouverture A, on versait dans la sphère de l’eau jusqu’au-dessous de la courbure du siphon, puis on bouchait hermétiquement cette ouverture. On voit que les premiers rayons du soleil qui frappaient sur la sphère dilataient l’air et, faisant monter l’eau dans le siphon, l’amorçaient. Le débit se continuait alors jusqu’à ce que la sphère fut vidée1.
- Avec deux horloges de cette espèce marchant alternativement, on était dispensé de l’obligation de voir lever l’aurore, à moins toutefois que le ciel ne fut couvert; ce qui arrive, paraît-il, fort rarement en Egypte.
- Dans l’appareil représenté par la figure 2, aussi bien que dans l’appareil de la figure 1, le débit du vase supérieur va en diminuant à me ure que le niveau du liquide qui y est contenu s’abaisse. Héron d’Alexandrie décrit dans scs Pneumatiques une disposition qui permet de rendre constant le débit d’un siphon et même de faire varier à volonté la vitesse d’écoulement de ce débit constant.
- Pour rendre le débit constant, il suffit d’engager la petite branche du siphon dans un flotteur (lig. 4) grâce auquel cette branche conserve toujours la même longueur au-dessus de la surface de l’eau.
- On fait varier la vitesse d'écoulement en augmen-
- 1 Le siphon extérieur devait servir de soupape de sûreté pour le cas où réchauffement de l'air du ballon eût été trop considérable.
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- tant ou diminuant cette longueur grâce à la vis D qui actionne une traverse c mobile entre les deux montants d’un bâtis fixé sur le Ibttcur; la petite brandie du siphon est fixé à cette traverse et son extrémité glisse à frottement doux dans un tube AD encastré dans le flotteur.
- On voit que 200 ans avant J.-C. la vis était déjà utilisée dans la pratique, mais on ne savait encore fabriquer les écrous ; il résulte de la description de l’ingénieur alexandrin que l’écrou était remplacé par une simple cheville qui était fixée à la traverse et qui s’engageait dans la rainure de la vis.
- A. de Rochas.
- ASCENSIONS AÉROSTATIQUES
- DU 7 AOUT 18841
- En donnant le récit de notre ascension aérostatique du 7 août dernier, j’ai fait remarquer qu’il avait été exécuté dans cette meme journée deux autres voyages aériens, par M. Lhoste, de Boulogne-sur-Mer en Angleterre (nous avons parlé de cette curieuse traversée) et par M. Hervé à l’usine
- Itinéraire~deTascension de nuit du 17-8 août 1884, exécutée par MM. Hervé et Alluard.
- à gaz de la Villette. Ce dernier voyage a été entrepris pendant la nuit, il n’a pas duré moins de treize heures, et mérite d’être raconté ; c’est ce que nous allons faire succinctement.
- M. Hervé, accompagné de M. Alluard, s’est élevé jeudi soir 7 août à minuit (n’est-ce pas plus tnt, vendredi matin à la première heure, qu’il faudrait dire?) dans son aéros-
- 1 Voy. n» 585 du 16 août 1884, p. 171.
- tat cubant 1200 mètres cubes. Le départ a eu lieu de l’usine à gaz de la Villette à Paris.
- La nacelle contenait des accumulateurs d’électricité construits par M. Aboilard, alimentant des lampes à incandescence, dont la clarté concentrée par un puissant réflecteur devait servir à éclairer sans aucun danger les manœuvres du départ et permît aux aéronautes de procéder en toute sécurité à la lecture des instruments et des cartes dont ils étaient munis.
- Lentement, l’aérostat traversa Paris dans toute son étendue à la faible hauteur de (50 mètres; il vint illuminer les tours Notre-Dame, franchit le Panthéon, et s’en alla disparaître dans la direction du sud.
- 11 atlerrissait le lendemain à Poisly, près de Villermain (Loir-et-Cher),-à une heure de l’après-midi après un séjour de près de.treize heures dans l’atmosphère.
- L’itinéraire suivi parce ballon, et scrupuleusement noté, est d’un véritable intérêt. Après avoir plané par un splendide clair de lune au-dessus de Sceaux et Limours, les voyageurs arrivèrent à cinq heures du matin à Arcemont, près Rambouillet. Là un violent remous des courants aériens les précipita sur AbLs puis les ramena à l’ouest vers Chartres.
- L’atterrissage eut lieu près de la forêt de Marche-noir. L’ancre, de construction perfectionnée, mordit sans peine et en quelques minutes le ballon eut, grâce à sa vaste soupape, exhalé ses 1200 mètres de gaz. Nous donnons ci-contre le tracé complet du voyage, tel qu’il nous a été communiqué par M. Hervé. G. T.
- UN FILTRE PARFAIT
- L’opinion est si bien faite aujourd’hui que les eaux peuvent transporter les germes des maladies, que, en cas d’épidémie, on recommande de boire des eaux minérales naturelles ou de faire bouillir l’eau ordinaire.
- C’est là une sage mesure, assurément; mais les eaux minérales naturelles coûtent cher; de plus, beaucoup de personnes ne peuvent pas s’en accommoder. Quant à l’eau bouillie, c’est une eau qui n’a plus la composition normale : une partie des sels qu’elle contenait en dissolution a été précipitée et les gaz dissous se sont dégagés. Malgré l’aération qu’on lui fait subir ensuite, elle conserve un goût fade, et je crois qu’elle est peu digestive. J'ai donc pensé qu’il serait très important, au point de vue de l’hygiène générale, d’avoir un filtre qui dépouillerait sûrement l’eau de tous les microbes ou germes qu’elle renferme, tout en lui conservant les sels ou les gaz qu’elle lient en dissolution.
- Je suis arrivé à ce résultat; et, bien que ce soit toujours délicat de parler des choses que l’on a faites soi-même, je crois que la question est trop importante pour ne pas dire tout ce que je pense de cet appareil. C’est une question d’hygiène générale devant laquelle je dois disparaître complètement.
- Dans le laboratoire de M. Pasteur, on filtre les liquides dans lesquels on a cultivé des microbes, afin de les séparer du milieu liquide dans lequel ils se trouvent. Nous nous servons, à cet effet, d un petit tube en porcelaine dégourdie que nous avons
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- fait construire spécialement dans ce but. Le liquide traverse la paroi poreuse sous l’influence de la pression atmosphérique, car nous faisons le vide autour du tube à l’aide d’une machine pneumatique. On recueille ainsi, après plusieurs heures, quelques centimètres cubes de liquide absolument pur, car il peut être inoculé sans danger aux animaux, tandis que la plus petite quantité du même liquide non filtré amène infailliblement la mort.
- C’est ce procédé que j’ai appliqué à la filtration de l’eau. J’y ai introduit seulement les modifications nécessaires pour rendre l’appareil tout à fait pratique. Mon appareil se compose d’un tube de porcelaine dégourdie renversé sur une bague de porcelaine émaillée faisant corps avec lui et portant une ouverture pour l’écoulement de l’eau. Ce tube est placé dans un autre tube métallique, s’adaptant directement sur un robinet soudé sur la conduite. Un écrou placé à la base et que l’on serre à la main permet, grâce à une rondelle de caoutchouc placée i sur ,1a bague émaillée, de clore hermétiquement le tube métallique.
- Dans ces conditions, lorsqu’on ouvre le robinet, l’eau remplit la partie comprise entre le tube métallique et, le tube poreux ou bougie filtrante. Elle filtre lentement, sous l’influence de la pression, à travers la paroi de l’extérieur à l’intérieur, où elle se dépouille de toutes les matières solides, y compris les microbes et les germes qu’elle renferme. Elle s’écoule tout à fait pure par l’ouverture inférieure dans un vase où on la reçoit.
- J’ai constaté directement que l’eau filtrée ainsi était débarrassée de tous ses germes. Pour cela, j'en ai ajouté, avec les précautions nécessaires pour ne pas introduire d’organismes étrangers, à des liquides très altérables, tels que le bouillon de veau, le sang, le lait. Il n’y eut jamais d’altération. Cette eau est donc incapable de transmettre les germes des maladies.
- Avec un appareil comme celui dont nous donnons ici le dessin et où la bougie filtrante a 20 centimètres de longueur sur 2 centimètres et demi de dia-
- mètre, on obtient une vingtaine de litres d’eau par jour lorsque la pression est de deux atmosphères environ (c’est la pression moyenne dans le laboratoire de M. Pasteur où j’ai fait mes expériences). Naturellement le débit est plus ou moins grand suivant que la pression est plus ou moins grande. Un débit de 15 ou 20 litres d’eau me paraît suffisant pour les besoins d’un ménage ordinaire. Pour les écoles, les hôpitaux, les casernes, etc., il est facile d’avoir le volume d’eau nécessaire en associant ces tubes en batterie. Le rendement est multiplié par le nombre des tubes.
- Dans les villes qui n’ont pas de conduites d’eaux ou dans les campagnes , il est facile d’imaginer un dispositif donnant de la pression.
- 11 ne faudrait pas songer à augmenter la porosité de la bougie filtrante, parce qu’alors elle laisserait passer les germes très ténus.
- Ce filtre étant un filtre parfait, on doit s’attendre à le voir se salir rapidement. Les filtres qui ne se salissent pas sont ceux qui ne filtrent pas. Mais avec la disposition que j’ai adoptée, les matières solides et les microbes se déposent sur la face extérieure de la bougie, la face intérieure restant toujours parfaitement propre. Pour le nettoyage, il suffit donc de retirer la bougie et de la brosser énergiquement. Comme la bougie est tout entière en porcelaine, on peut aussi la plonger dans l’eau bouillante, pour détruire les germes qui pourraient avoir pénétré dans l’épaisseur de la paroi, ou mieux encore la chauffer sur un bec de gaz ou dans un fourneau ordinaire. On brûle ainsi toute la matière organique, et la bougie reprend sa porosité primitive.
- Avec ce filtre, on réalise une véritable petite source à domicile, les eaux de source, prises à leur origine, étant absolument pures de microbes, ainsi que l’a montré M. Pasteur L Chamberland,
- Directeur du laboratoire de M Pasteur
- 1 Extrait d’une Conférence sur les Microbes des maladies dans l’air et dans l’eau, publiée par le Génie civil.
- Bougie iiltrante. Vue extérieure et coupe.
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- LES
- JARDINS DU LITTORAL MÉDITERRANÉEN
- Le littoral méditerranéen est, au point de vue botanique et horticole, une région privilégiée entre toutes. Sa llorc autochtone, dont la physionomie si caractéristique frappe l’œil le moins observateur, est d’une riehesœ incomparable, et à côté d’elle se forme une sorte de flore artificielle et subspontanée où viennent se rencontrer les spécimens de presque tous les domaines végétaux du globe. C’est à Nice que l’on a vu apparaître le premier représentant de la
- famille des palmiers, le Palmier nain (Chamœrops humilis). Bien des plantes des régions chaudes s’y sont naturalisées et s’y multiplient à l’état subspontané et sans l’intervention de l'homme. L’Agave et le figuier d’Inde, tous les deux du Mexique, poussent sur les rochers les plus arides et les plus inaccessibles, et donnent à certains coins de la Corniche un faciès tout africain. Quelques Ficoïdes du Cap tapissent les talus du chemin de fer, et le voyageur peut, pendant des trajets de plusieurs kilomètres, admirer de la portière du wagon leurs innombrables fleurs d’un rose vif s’épanouissant au soleil. Dans les Garigues, le Ricin, originaire de l’Inde, devenu
- Groupe d’aloès, d’opuntia et d'agaves, dans le jardin Dognin, à Cannes. (D’après une photographie.)
- vivace et passé presque à l’état d’arbre, se mêle à l’Euphorbe arborescent, et à la Cinéraire maritime, ces hôtes habituels des rochers incultes du bord de la mer. Le Géranium (Pélargonium zo-nale), abandonné à lui-même, forme sur bien des points des haies toujours en Heurs qui se conservent et se renouvellent sans aucun soin. Une espèce de tabac (Nicotiana glauca) tend à s’échapper des jardins et à se multiplier spontanément. Que d’autres exemples l’on pourrait citer !
- Les conditions climatériques, du reste, favorisent ces tendances. L’hiver, cette saison si critique dans nos pays pour les plantes des pays chauds, se fait assurément sentir sur le littoral, mais en général d’une façon assez atténuée pour épargner les plus
- sensibles d’entre elles. Sur certains points bien abrités, le thermomètre descend rarement au-dessous de 0°, et encore n’est-ce que pendant quelques instants. C’est vers la fin de janvier ou dans les premiers jours de février que la plupart des plantes indigènes, trouvant dans le sol l’humidité nécessaire à leur développement, commencent à entrer en végétation et quelques-unes à fleurir, et depuis ce moment jusqu’en mai, c’est une série de floraisons qui s’échelonnent et se succèdent sans interruption. Puis en juin commence la saison sèche ; la végétation s’arrête et entre dans la période de repos dont elle ne sortira guère qu’en décembre.
- Par ce régime de la végétation qui contraste si I, fort avec celui de l’Europe centrale, la région nié-
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- LA NATURE.
- ditcrranéenne se sépare nettement de celle-ci et se rapproche nettement des contrées de la zone chaude.
- Il y a là, on le voit, un vaste champ d'expériences et de recherches pour T acclimatement des végétaux exotiques. Sous l’impulsion de quelques amateurs riches et éclairés, ce champ a été largement exploité dans ccs dernières années, et la llore cultivée s’est enrichie et s’enrichit tous les jours de nombreuses espèces nouvelles.
- Une visite dans quelques-uns des jardins du littoral, en permettant déjuger du résultat de ces tentatives et de la valeur de ces récentes acquisitions, ne peut donc manquer d’offrir un vif intérêt, tant au point de vue de la géographie botanique, qu’à celui de l'horticulture.
- C’est à Cannes incontestablement que sont les plus beaux et les plus riches, et ce privilège, cette station le doit moins à son climat dont la moyenne de température serait plutôt inférieure à celle des stations voisines qu’à son sol, un gneiss en décomposition éminemment propre à la culture arborescente, à l'abondance de ses eaux, aussi bien qu’à la riche colonie qui s’y est fixée et qui en a fait sa patrie d’adoption. Une promenade dans les jardins des environs de Cannes donne une idée de ces splendeurs végétales. Nous devons citer surtout le jardin Valetta dont son opulent propriétaire, M. Dognin, a fait une des merveilles du littoral.
- Ce parc de 5 hectares, tracé sur le versant d’une colline exposée au sud-est, dans une situation unique, dominant la mer, avec de féériques échappées sur l’Estcreal, les îles Sainte-Marguerite, le cap d’Antibes et les sommets neigeux des Alpes au dernier plan, est un exemple de ce que peut faire dans cette légion favorisée un amateur passionné d’horticulture, riche et homme de goût.
- Une promenade, sous la direction de l’aimable M. Dognin qui sait faire avec tant de bonne grâce les honneurs de ses plantes, est un véritable voyage autour du monde végétal, faisant passer sous les yeux du botaniste émerveillé les types les plus variés et les plus rares. Comme culture de plein air de végétaux exotiques, nous ne croyons pas qu’il existe en Europe rien qui puisse être comparé à ce splendide jardin. (Vov. la gravure.)
- Non loin de là, au golfe Jouan, est la villa des Cocotiers, appartenant à un amateur distingué, M. le comte d’Epremesnil. Quoique assez récemment créée, sa collection de palmiers peut compter parmi les plus îiches et les plus remarquables, tant au point de vue du nombre des espèces que de la force et de la beauté des individus. D’intéressants essais d’acclimatation de ces magnifiques végétaux se poursuivent, sous l’intelligente direction du jardinier en chef, M. Chevrier.
- Nous ne devons pas omettre non plus le jardin Mazel, qui, quoique un peu dépouillé aujourd'hui, conserve encore quelques beaux spécimens d’espèces rares et le jardin de la villa Vallombrose, un des plus anciens et des plus remarquables de Cannes.
- Au cap d’Antibes nous trouvons le jardin qu’un botaniste éminent, M. Thuret, avait créé à grands frais et à l’entretien duquel il consacrait la m illeure part de ses revenus. L’État auquel Thuret l’a généreusement légué en a confié la direction à un membre de l'Institut, M. Naudin, dont les belles recherpbes sur les hybrides du règne végétal ont été si souvent invoquées dans les polémiques auxquelles ont donné lieu les théories darwinistes. 11 était difficile de faire un meilleur choix, et ce savant éminent, dont les précieux renseignements nous ont été si utiles pour la rédaction de notre article, accomplit un véritable tour de force en maintenant avec le budget plus que modeste qui lui est alloué, le jardin Thuret à la hauteur de sa réputation.
- Sur un autre point du littoral, entre Menton et Vintimille, un riche amateur anglais, M. Thomas Hanbury, a transformé le pittoresque, mais aride cap de la Morlola, en un féérique jardin qu’il peuple de plantes venues à grands frais de toutes les parties du monde, de la Chine et de l’Inde en particulier. Désireux de donner un caractère plus scientifique à scs.essais d’introduction, M. Ilanbury a attaché à son jardin un botaniste spécialement chargé de la détermination des espèces qui y sont cultivées.
- Tout près de Menton, sur la frontière italienne se trouve le jardin que notre aimable et distingué confrère, le Dr H. Bonnet, a créé sur les rochers ensoleillés de Grimaldi. Beaucoup moins étendu que le précédent, il n’en renferme pas moins des spécimens intéressants et que l’on chercherait en vain ailleurs. Ce jardin est en effet dans des conditions d’abri toutes particulières qui en font une sorte de serre chaude. En entendant l’éminent Docteur causer sur scs chères plantes et nous r.icontcr les ingénieuses observations qu’il a faites sur chacune d’elles, on s’aperçoit vite que l’amateur est doublé d’un savant physiologiste. Citons aussi dans celte revue les jardins de Monte Carlo et leurs pépinières.
- Nous n’en finirions pas si nous devions signaler tous les parcs de la contrée, remarquables à des titres divers ; nous ne pouvons cependant oublier dans cette rapide énumération le jardin de la villa Yigier, un des plus anciennement créé, et riche en beaux et forts exemplaires de palmiers et de conifères, le jardin Frémy, un petit coin de forêt vierge, le parc de la villa de Chambrun, le plus vastp peut être du littoral, tous ! rois à Nice.
- Dans une région dont la caractéristique est la douceur des hivers, c’est sur les palmiers, ces princes du règne végétal, que s’est surtout portée, comme il était facile de le prévoir, la faveur des amateurs. Ce sont eux qui donnent à la flore de jardins de la rivière ce cachet si particulier et si exotique et cet aspect tropical qui frappe tout d’abord les gens du Nord.
- Nous sommes loin du temps où le dattier, le Chamœrops excelsa et le Chamœrops humilis, qui se trouvait il y a quelques années encore, à l’état
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- sponfané, au cap Ferrât, représentaient à eux seuls ! cette remarquable famille. A la session de la Société botanique tenue à Nice en 1865, M. Germain de Saint-Pierre parlant des plantes décoratives rustiques de la région, ne signalait outre ces trois espèces, que le Jubæa spectabilis. Aujourd'hui l’on compte au moins une cinquantaine d’espèces cultivées en plein air et ce nombre augmente chaque année.
- Le plus répandu, cela va sans dire, est le dattier. On le rencontre un peu partout, et toute station hivernale qui se respecte en plante a tort et à travers le long de ses promenades et de ses avenues (à titre de réclame). Je ne sais si ces tristes échantillons atteignent bien le but que l’on se propose et n’inspirent pas plutôt des comparaisons désobligeantes pour ce noble fils du désert. En tous cas, ce n’est pas d’après ces spécimens qu’il faudrait juger de ce bel arbre, et c’est à Bordighera, dont le sol sablonneux et aquifère lui convient particulièrement et où il est cultivé sur une vaste échelle, qu’il faut voir ses troncs élancés pressés les uns contre les autres, se mêlant et s’entrelaçant dans tous les sens, ses majestueux panaches qui se balancent au souffle de la brise de mer. C’est bien là l’oasis tel que l’ont décrit les voyageurs, tel que notre imagination se l’est représenté. En dehors de ce petit coin de la Rivière, où il ne mûrit d’ailleurs pas ses fruits, le dattier semble, il faut l’avouer, un peu dépaysé, et plusieurs autres palmiers, quoique d’introduction plus récente et de patrie beaucoup plus lointaine, paraissent le surpasser en rusticité.
- Parmi ces espèces nous citerons en première ligne le Phœnix Canariensis, improprement appelé à Nice Phœnix Vigieri dont le port plus compact et le feuillage plus touffu en fait un des palmiers les plus décoratifs ; le Jubæa spectabilis, au tronc monstrueux dont on peut voir de très forts exemplaires dans les jardins Thuret et Dognin; se plaisant dans les en lroits les plus secs, tout à fait rustique, il se développe malheureusement très lentement ; YAreca sapida de la Nouvelle-Zélande, au port si élégant et si majestueux ; le Brahea ou Pritchardia filifera du Mexique, caractérisé par les filaments blanchâlres qui se détachent du bord de ses feuilles : par la rapidité de sa croissance et sa résistance au froid, presque legale de celle du Chamœrops excelsa, il est une des meilleures acquisitions de ces derniers temps; plusieurs espèces de cocos, le C. flexuosa, Romanzoffiana campestris et d’autres dont la détermination est encore douteuse, qui se développent avec une rapidité et une vigueur incroyables dans les jardins d’Epremesnil et Bognin et qui ont supporté plusieurs degrés de froid.
- Bans le jardin de ce dernier, il existe un sujet rapporté au C. botryophosa, âgé de 10 à 12 ans et dont le stipe droit et élancé à une douzaine de mètres de hauteur et lm,60 de circonférence à 0n*,20 du sol.
- N’oublions pas les Kentia Bnhmoreana et Fors-teriana, espèces de la Nouvelle-Zélande, d’une élégance rare ; le Rhapis fhbelliforinis qui forment de vigoureuses touffes chez le comte d’Epremesnil, le Sabal umbraculifera, magnifique espèce dont les feuilles s’enroulent autour du tronc.
- Enfin un grand nombre d’autres espèces, plus récemment introduites et qui ne sont encore représentées que par quelques rares exemplaires, viendront probablement bientôt grossir celle liste . dédà longue de palmiers rustiques.
- A côté de ces palmiers, les opulents amateurs dont nous avons parlé essayent dans les parties les plus fraîches et les plus ombragées de leurs parcs la culture des fougères arborescentes de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, de Tasmanie, les Cyatbea, Cibotium, Alsophila, Bnlantium. Grâce à beaucoup de soins, de minutieuses précautions contre les rayons directs du soleil, ces fougères paraissent développer de vigoureuses frondes. Mais s’accommoderont-elles bien de l’atmosphère si sec des étés du Midi ? Et d’ailleurs, peut-on parler d’acclimatement lorsqu’on est oblige de faire venir les troncs, déjà gros, du pays d’origine dont les forêts, grâce à ce commerce, se dépeuplent rapidement? C'est ce qui nous paraît douteux.
- Les cycadées d’Australie et de l’Afrique australe, telles que le Cycas revolula, les Encephalartos, le Dion edule, paraissent mieux appropriées au climat, y lleurissent et sont représentées dans quelques jardins par de superbes échantdlons.
- Les conditions métcréologiques de la Rivière, l’extrême sécheresse de l’été ne semblent guère favorables à la plupart des Conifères qui aiment, en général, l’humidité atmosphérique, l'exposition au Nord, les altitudes élevées. Beux ou trois espèces de pins, à peu près, autant de genévriers frutescents, représentent seules cette famille dans.la flore spontanée du 'littoral ; ce sont : le Pinus Halepensis, arbre de troisième grandeur qui constitue le fond de la végétation arborescente de terrains calcaires entre Nice et Menton; le Pinus maritima, et le majestueux pin parasol ou pin pignon qui préfèrent les terrains sablonneux des environs de Cannes ; où ce dernier forme quelques petites forêts.
- Quelques espèces exotiques paraissent cependant très bien venir dans certains jardins, et chez MM. Dognin et Vigier, l’on peut voir de magnifiques spécimens des Araucaria excelsa Bidwitii, Brasiliensis, de Dammara amtralis; de Podocar-piis tolara, arbre de grande taille, très résinifère et donnant un excellent bois; de Callitris quadrival-vis ou thuya d’Algérie, originaires, pour la plupart, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Citons aussi deux espèces intéressantes d’un groupe voisin, tout à fait naturalisées, le Casnarina quadrivalvis et le C. tenuissima. Dr Gujhauu.
- — A Miivre. --
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- LA NATURE.
- HISTOIRE DE LA CIVILISATION
- M. Ch. Seignobos, maître de conférences à la Faculté de Dijon, vient de publier sous ce titre1, un excellent ouvrage qui mérite d’attirer l’attention.
- Spécialement écrit pour renseignement classique, d’après les programmes du 28 juillet 4882, ce livre ne s’en adresse pas moins à tous, et nous sommes persuadé qu’il n’est pas un de nos lecteurs qu’il n’intéresserait.
- L’auteur a su faire comprendre sous une forme intelligible à des élèves, comment la civilisation est née et comment elle s’est développée, depuis la première apparition de l'homme jusqu’à nos jours. L’ouvrage est divisé en deux parties qui correspondent aux deux années du programme. Le premier volume s’arrête après Charlemagne , c’est-à-dire au moment où disparaissent les derniers débris du inonde antique. Le second s’étend de puis Charlemagne jusqu’à nos jours.
- M. Seignobos a choisi les événements les plus considérables, ceux qui ont agi sur les mœurs, la religion, l'art, et dont nous subissons encore les effets, il les a racontés en expliquant leurs causes et leurs conséquences, sans se laisser détourner par les événements qui n’ont fait que frapper les imaginations. L’auteur a insisté sur l’invention de l’ai-
- O . ,
- phabet phénicien plus que sur les victoires d Han-nibal ; sur la jurisprudence romaine plus que sur les guerres de Marius et de Svlla.
- 1 Un vol. in—18 avec 105 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1885.
- Les gravures dont le livre abonde, ne sont pas de vains ornements; elles sont faites avec beaucoup d’art et d’exactitude, d’après des bas-reliefs ou des peintures anciennes. Nous en reproduisons ici quelques-unes, avec le texte qui les accompagne.
- Jugement de l’âme au temps des E gyp tiens (lig. 1).— A partir de la onzième dynastie , les Egyptiens crurent que lame s’envolait du cadavre et allait retrouver Osiris sous la terre où le soleil semble s’enfoncer ehaquejour. Là Osiris siège sur son tribunal, entouré de 42 jurés; l’âme comparaît devant eux pour rendre compte de sa vie passée. Ses actions sont pesées dans la balance de vérité, son cœur est appelé en témoignage. « O cœur, s’écrie le mort, cœur qui me vient de ma mère, mon cœur de quand j étais
- sur terre, ne te dresse pas comme témoin, ne me charge point devant le dieu grand. » L’âme trouvée mauvaise est tourmentée pendant des siècles, puis anéantie. L’âme bonne s’élance à travers les espaces; après beaucoup d’épreuves, elle rejoint la troupe des dieux et s’absorbe en eux.
- L'Amphithéâtre romain (fig. 2). — Aux portes de Rome l’empereur Vespasien avait fait bâtir le Colisée, énorme construction à deux étages qui pouvait contenir 70000 spectateurs. C’était un cirque rond autour d’une arène où se donnaient les chasses et les combats. Pour les chasses, on transformait l’arène en une forêt où on lâchait les bêtes féroces que des hommes armés d’un épieu venaient combattre (lig. 2). On cherchait à varier le spectacle en employant les animaux les plus divers, surtout les animaux rares, lions, panthères, élé-
- S.BiUHS
- Fig. 1. — La Pesée des âmes. Vignette du livre des Morts.
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- LÀ NÀTUKE.
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- pliants, ours, buffles, rhinocéros, girafes, tigres, crocodiles. Déjà, dans des jeux donnés par Pompée avaient paru 17 éléphants et 500 lions ; et quelques empereurs entretinrent toute une ménagerie. — Puis, au lieu de mettre des hommes armés en présence des bêtes, on trouva plus dramatique de lâcher des bêtes sur des hommes nus et enchaînés.
- L’habitude se prit dans toutes les villes de l’empire de faire servir les condamnés à mort à ce divertissement. Des milliers de personnes de tout sexe et de tout âge, et parmi eux bien des martyrs chrétiens, furent ainsi dévorés par les bêtes sous le? yeux de la foule.
- Un port romain (lîg. 5). — Les Romains avaient partout établi des routes avec des stations et des relais ; on avait même dressé des cartes routières de l’empire. Beaucoup de gens, artisans , commcr -çants, voyageaient d’un bout à l’autre de l’empire1. Les rhéteurs, les philosophes, traversaient toute l’Europe, allant d’une ville à l’autre et donnant des conférences. Dans toute province on trouvait établis des hommes des provinces les plus éloignées. Les inscriptions nous montrent en Espagne des professeurs, des peintres, des sculpteurs grecs, en Gaule des orfèvres et ouvriers asiatiques. Tous ces gens transportaient et mélangeaient leurs coutumes, leurs arts, leur religion. Peu à peu ils s’habituaient à parler la langue des Romains. Dès le
- 1 Dans une inscription, un Phrygien raconte qu'il a fait soixante-douze fois le voyage d’Asie en Italie.
- troisième siècle le latin était devenu la langue commune de l'Occident, comme le grec, depuis les successeurs d’Alexandre, était la langue de l’Orient. Il se forma ainsi, comme à Alexandrie,
- une civilisation commune. On lui a donné le nom de romaine; elle ne l’était guère que par le nom et par la langue. En vé rité, c’était la civilisation du monde antique réuni sous l’autorité de l’empereur.
- L'armée de Charlemagne (fig. 4). — Charlemagne a été avant tout un chef de guerriers.
- Il a fait dans sa vie 55 expéditions. Pour suffire à ces guerres incessantes, il fallait que le peuple fut une armée. Suivant l’usage des peuples germaniques, tous les propriétaires étaient en même temps guerriers. Quand
- le roi voulait entrer en campagne, il leur ordon-
- nait de s’assembler en un lieu fixé; l’ordre arrivait un jour, il fallait se tenir prêt pour le lendemain. A* ceux qui manquaient à l’appel, on infligeait une énorme amende ( heerbann ). Les évêques et les* abbés devaient venir comme les laïques. Voici une lettre de convocation adressée à l’abbé de « Nous vous ordonnons d’être au rendez-vous le 20 juin avec vos hommes armés et équipés convenablement. Vous vous rendrez au lieu assigné de façon à pouvoir combattre partout où nous vous commanderons, c’est-à-dire avec vos armes, vos outils et des .approvisionnements. Chaque cavalier aura un bouclier, une lance, une épée, une demi-épée, un arc et un carquois garni. Vous aurez sur
- Fig. 3. — Un port romain, d’après une peinture antique.
- Fig. 4. — Cavaliers Parthes, d’après un bas-relief de Colonne
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- vos chariots des oulils d’espèce différente, cognées, doloires, tarières, haches pioches, pelles de fer et autres instruments nécessaires à l’armée. Vous vous fournirez de vivres pour trois mois, d’armes et d’habits pour six mois. »
- Les guerritrs devaient s’équiper et s’armer à leurs Irais. Les moins riches venaient à pied, armés d'un long bouc ier. Mais tous ceux qui en avaient les moyens faisaient la guerre à cheval et recouverts d’une armure de fer. Ces armures n'étaient pas nouvelles : les cavalieis parthes en avaient déjà, comme le montrent les bas-reliefs de Colonne (tig. 4) ; le corps de cavaliers (cataphractes) qui combattait dans l’armée romaine au quatrième siècle était armé de même façon. Quand les guerriers furent libres de s’équiper à leur fantaisie, ils préférèrent l’équipement qui les mettait le plus à l’abri du danger. Aussi les fanlassins disparurent des armées et à la lin du neuvième, il ne resta plus dans l’Europe occidentale d’autres guerriers que les cavaliers revêtus de fer. Ce sont les chevaliers du moyen âge.
- LE MÉRIDIEN UNIVERSEL
- On sait toute l'importance que comporte le choix d’un premier méridien, et cette grande question doit attirer l’attention du monde savant, dans tous les pays. Le premier méridien est le point de départ des longitudes, pour l’astronomie et pour la géographie marine ou terrestre ; il touche à drs intérêts multip'e«, et servira d'introduction à l’heure universelle; c’est une œuvre universelle, dans toute l’acception du mot. On s’en est préoccupé depuis longtemps, mais depuis deux ans seulenîent le problème à résoudre est entré dans une voie active. Les Américains ont soulevé les premières propositions, et au mois d’octobre dernier un Congrès s’est constitué à home pour traiter lelte grande que.-tion. Les différents savants qui formaient le Congrès, ne pouvaient prendre des résolutions définitives, mais ils ont pu se concerter ensemble dans le but d’élaborer les propositions qui seront soumises au Congrès qui aura lieu à Washington en octobre 1884.
- Dans ce Congrès, les nations seront représentées diplomatiquement et arriveront à des conclusions qui engage-i’ont les gouvernements.
- 11 convient de faire remarquer que l’idée d’un méridien universel n’est pas nouvelle, Ptolemée, Mercator s’étaient déjà servi d’un méridien situé dans les environs des Canaries, et à partir duquel élaieut comptées toutes les longitudes du monde connu.
- Le méridien de Mercator ne ressemblait pas entièrement à celui de Ptolémée ; il s’en rapprochait beaucoup cependant.
- Nous devons ajouter que dans les temps modernes, c’est à la France que revient l’initiative d’un méridien univer sel. Sous Louis XIIl on a réuni une assemblée de savants et on a arrêté le méridien de l’île de Fer. La France peut donc levendiquer la priorité de cette idée dans ce qu elle a de moderne.
- 11 est à souhaiter que l’idée d’un méridien réellement universel soit reprise. Malheureusement, à Home, nos représentants ne se s nt pas assez concertés, et il résulte des documents publiés à la suite du Congrès, que l’un d’eux aurait accepté le méridien de Greenwich.
- Nous allons être en face du Congrès de Washington, il faut que l’idée d’un méridien universel réellement neutre soit énergiquement soutenu. Ce méridien neutre pourrait être à l’ouest des îles Canaries ; celui de l’île de Fer, ou celui qui passerait dans le détro t de Behring, pourraient convenir, sans froisser aucune susceptibilité nationale. Le méridien du détroit de Behring offrirait surtout de grands avantages ; il séparerait d’abord l’Extréme-Asie de l’Extrême-Amérique, et traverserait presque toute l’étendue de la mer.
- Nous savons que le Ministre des Affaires étrangères envoie des représentants à Washington. Nous faisons des vœux pour qu’ils représentent dignement les intérêts de la France.
- CHRONIQUE
- JLe dispensaire Furtado- Heine.— L’inauguration du dispensaire fondé par madame Furtado-lleine a eu lieu récemment. Cet établissement, élevé au fond du quartier Montrouge, 16, rue Delbet, au centre d’un des arrondissements les plus pauvres et les plus peuplés de Paris, est destiné au traitement des enfants des deux sexes, âgés de moins de quinze ans, sans aucune distinction de nationalité ni de religion. Les consultations, données par les médecins les plus distingués du corps des hôpitaux, sont immédiatement exécutées, qu’il s’agisse d’un bain simple ou composé, de douches, de massage, de manœuvres orthopédiques ou d’application d’électricité. L’enfant est conduit, dans des salles admirablement disposées, où traitement et pansement sont faits avec le plus grand soin, par des infirmières de choix.
- Ce dispensaire, qui a été construit par M. Paul Blondel, grand prix de Borne, mérite l’attention des hygiénistes. Dans l’ensemble comme dans les détails, c’est une œuvre parfaite; disposition et aménagement des salles, distribution de la ventilation et du chauffage, tout a été étudié et exécuté avec une perfection rare. Partout, on devine la préoccupation d’assurer la propreté la plus rigoureuse, l’abondance d’air et de lumière. Ce dispensaire rendra les plus grands services dans ce quartier de Paris et c’est un devoir de la presse de signaler à la reconnaissance de tous, l’œuvre philanthropique de madame Furtado-lleine.
- La fabrication du bichromate de potasse. —
- L’énorme quantité de bichromate de potasse que l’on consomme actuellement dans l’industrie rend la fabri-a-tion économique de ce produit un sujet de la plus grande importance. Nous apprenons que M. l'otter essaye d’introduire le bichromate de soude, comme étant un peu meilleur marché. D’autre part, M. Roemer fait connaître un procédé économique pour la fabrication du bichromate de potasse. On fait fondre ensemble 100 parties de minerai de chrome avec 150 parties de chaux, 40 parties de potasse et 30 parties de soude. On opère la lixiviation comme d’habitude avec de l’eau, et la liqueur qui en résulte, et qui contient du chromate de potasse et du chromate dé soude,’ est traitée avec de l’acide sulfurique ou hydrochlorique dans la proportion voulue pour former du bichromate de potasse et du sulfate^ de soude. Par l’évaporation, le bichromate de potasse se cristallise, ün équivalent de chromate neutre de potasse, plus un équivalent de chromate neutre de soude (telle est la composition de la liqueur), exigent un équivalent d’acide sulfurique monohydraté, et donnent un équivalent de bichromate de potasse, un équivalent de sulfate de soude et deux équivalents d’eau.
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- Le froid aux États-Unis en IM84. —Tandis que nous avons joui en Europe d’un mois de janvier très doux, les États-Unis éprouvaient des froids d’une très grande rigueur, notamment dans la partie orientale. Ces contrastes ne sont pas une exception; ils sont en quelque sorte la règle, comme de longues séries d’observations comparatives l’ont prouvé. Cour donner une idée des différences de température constatées entre l’ancien et le nouveau monde, en janvier 188 't, nous citerons : les villes de Knoxville et de Naschviîle, situées sous la même latitude que Malte, ont eu 26°,7 et 25°,3 de froid, alors qu’à Malte, le thermomètre marquait 5°,9 au-dessus de zéro. À lndianapolis et à Columbus, on a constaté 51°,7 et 28°,9 au-dessous de zéro, alors qu’à Madrid, situé sous la même latitude, ou ne relevait, comme maximum que 9° au-dessous de zéro. Quatre autres stations, à des latitudes comprises entre celles ne Londres et de l’aris, ont enregistré les ininima suivants: Poplar river (Montana), — 44°,4; Fort Yates (liakota), — 45°,1 ; Fort Lincoln (Bako’al, —42°,S ; Moorhead (Minnesota), — 41*,7. En général, la moyenne thermométrique de janvier aux Etats-Unis, a été de 3 à 3° plus basse que la moyenne normale.
- La mission française au Krakatoa. — En publiant le récit des observations récemment faites au Krakatoa (Voy. p. 186 du précédent numéro) nous avons omis de citer le nom de l’un des membres de la Mission, M. R. Bréon, élève de M. Fouqué, -comme son collègue M. Korthals. Nous réparons cet oubli. M. Colleau s’est joint à ces messieurs à titre de voyageur, et ne faisait pas partie de la mission scientifique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 août 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Mathématiques. — M. l’amiral de Jonquières poursuit ses études sur la théorie des équations. 11 résume les travaux antérieurs sur cetle question en remontant à Newton. 11 recherche aujourd’hui l’influence succe sive des termes d’une équation sur la courbe représentant les valeurs d’une fonction.
- Mécanique. — M. Tresca, en poursuivant ses recherches sur la résistance des matériaux, a reconnu que l’on peut reculer la limite d’élasticité des métaux. Si l’on soumet une barre métallique à un effort inférieur à sa limite d’élasticité, cette barre revient à sa forme primitive, après la cessation de l’elfort. Si l’on dépasse la limite d’élasticité, la barre conserve sa nouvelle forme mais reste élastique jusqu’à celte nouvelle limite. On peut donc, par une éducation du métal, reculer la limite d’élasticité. M. Tresca a reconnu que par cette propriété les métaux se rapprochent des corps granuleux, tels que la pierre, lesquels restent parfaitement élastique, quoique dans de faibles limites, jusqu’à la rupture.
- Aérostation. — M. Dupuy de Lomé, dangereusement malade, fait présenter, par M. l’amiral Pans, une note sur ses expériences d’aérosUdion remontant au commencement de l’année 1872. Il rappe'le son ascension du 2 février de celte année dans laquelle il avait pu obtenir une vitesse de 8 kilomètres par heure au moyen d’une équipe de 8 hommes manœuvrant une ht lice. Malheureusement un veut très violent l'avait empéché de donner à son expérience la sanction du succès. 11 rappelle qu’il avait prédit dès lors, qu’à l’aide d’un moteur à gaz ou à
- air comprimé, ou pourrait doubler cette vitesse et par conséquent obtenir un résultat presque satisfaisant. M. Dupuy de Lôme rend hommage aux expérimentateurs qui lui ont succédé, à M. Tissandier et à MM. les capitaines Renard et Krebs.
- Géodésie. — A propos du Congrès de Washington qui va s’ouvrir prochainement et dans lequel va être discuté la question de l’heure universelle, M. d’Abbadie critique les systèmes de mesures actuellement en usage. M. Gas-pari, contrairement à l’avis du Congrès géodésique réuni à Rome en automne dernier, voudrait que l’heure fut celle correspondant réellement au méridien de Greenwich et non celle correspondant au prolongement de ce plan, c’est-à-dire à l’antipude de Greenwich. L’adhésion toute nouvelle de l’Angleterre à l’association géod sique internationale aura sans doute pour effet la réalisation de ce vœu.
- Anatomie. — M. Durozier reprend l'idée des sphincters des veines caves proposée au siècle dernier par Duverney etSenac puis abandonnée. L’auteur admi t trois sphincters étagés, le premier fermant la veine cave supérieure, le second pour la veine cave inférieure, le troisième pour la veine cardiaque. 8i l’on ampute l’auricule droite pour se ménager une fenêtre d’observation, on aperçoit dans le fond trois boutonnières étagées qui étreignent les trois orifices: ce sont les sphincters.
- Varia. — M. Berlhelot donne le mode de formation des azotates pendant la végétation. — M. Becquerel a étudié le spectre infra-rouge des vapeurs métalliques. — M. Zenger a déterminé une série d’indices de réfraction. — M. Duchartre présente la 3e édition de ses « Éléments de Botanique. » Stanislas Mkunier.
- LA POPULATION DE PARIS
- Les résultats du dénombrement de la population parisienne, d’après le recensement fait en 1881, viennent d’être publiés par la préfecture de la Seine.
- Paris compte deux millions deux cent trente-neuf mille neuf cent vingt-huit habitants. 1 113 526 sont du sexe masculin : 1 126 602, au contraire, appartiennent au beau sexe.
- Le premier recensement de Paris fait en 1700 accusait 720 000 habitants et celui qui précède le recensement de 1881, le recensement de 1876, n’avait donné que le chiffre de 1 988 806 habitants, divisés en 980 858 hommes et 1 007 968 femmes. La population de Paris depuis 1876 a donc progressé de 251 122 habitants.
- Cette population occupe 68126 maisons d’habitation, dont 52 422 sont élevées de plus de quatre étages.
- Comme état civil, Paris compte 440022 hommes mariés et 456 297 femmes mariées : il y aurait donc plus de femmes que d’hommes mariés. Le contraire a lieu pour les garçons qui sont au nombre de 621 569 alors qu’il n’y a que 557 054 filles.
- Comme curiosité, le recensement ne mentionne à Paris qu’un seul homme marié à l’àge de dix-sepl ans et une seule femme âgée de quatorze ans. Les veufs sont au nombre de 51 735, et les veuves de 123 251. Citons, comme singularité, trois veufs âgés de dix-huit ans, et deux veuves âgées de seize ans.
- On vit très vieux à Paris. 6586 personnes sont âgées de plus de quatre-vingts ans; 2747 varient entre quatre-vingt-cinq et quatre-vingt-neuf ans; 649 ont dépassé quatre-vingt-dix ans; 158 ont plus de quatre-vingt-
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- quinze ans. Enfin, il y a dans la capitale vingt centenaires, quatre garçons, un homme marié et six veufs, pour le sexe masculin; une fille, une femme mariée et sept veuves, pour le sexe féminin.
- Les individus nés en France, habitant Paris, sont au nombre de 1 021 996 hommes et i U55 804 femmes. 548 845 hommes et 372 576 femmes sont nés à Paris.
- La population étrangère se chiffre par 91 872 hommes et 75 542 femmes. Elle se divise ainsi :
- Belges : hommes , 23 981 ; fem-
- mes, 21 300. — Italiens : hommes,
- 15 705; femmes,5874.— Allemands : hommes , 15 441 ; femmes, 15 749. —
- Suisses: hommes, 12 264 ; femmes, 85 46, etc. Les Anglais comptent 4607 hommes et 6182 femmes ; les Américains, 2954 hommes et 2975 femmes. Paris est aussi habité par 149 Asiatiques et 65 Chinois.
- Par groupes professionnels, c’est ainsi que se répartit la population, classée en patrons, employés, ouvriers et membres de leur famille :
- 1° Personnes vivant de l’agriculture (propriétaires cultivant leurs terres, charbonniers, etc., 9678 (5568 hommes, 4210 femmes) ; 2“ Industrie, 1 102313 (540288 hommes, 562 205 femmes). Sur ce nombre, les individus attachés directement sont : comme ouvriers,317 712; comme ouvrières,
- 272187; 3° Le commerce fait vivre 551 678 personnes; 4° Les transports et la marine 49 905: 5° La force publique comprend 25 482 hommes, sur lesquels l’armée de terre en compte 12 555 ; l’armée de mer 535 ; la gendarmerie et la police 12 594. —
- 8565 femmes sont regardées comme vivant de ce chef; 6° 11 y a 66 720 personnes qui vivent de fonctions de tout ordre, salariées par l’Etat, les départements ou les communes. 37 405 appartiennent au sexe masculin.
- Le service ces cultes comprend 1858 hommes. — Les communautés religieuses,
- 5938 individus (1569 hommes, 4369 femmes).
- — Les professions judiciaires font vivre
- 16 899 personnes (hommes 9132). — Les professions médicales, 18 504 personnes dont 8723 hommes. — L’enseignement compte 9324 hommes et 12 497 femmes. — Les artistes : peintres, sculpteurs, acteurs, etc., sont au nombre de 42 646, dont 22 462 hommes et 20 164 femmes. — Les savants et les publicistes comptent 5684 hommes et 5500 femmes. — Les professions libérales font donc vivre 186 731 individus.
- Les propriétaires et les rentiers font vivre 210 860 individus, dont 151 822 femmes : les pensionnés et retraités, 20050.
- Les individus sans profession, enfants en nourrice» étudiants et élèves, pensionnaires des hôpitaux, gens sans place, mendiants, vagabonds, filles publiques, etc., sont au nombre de 61 699, dont 25 078 hommes et 56 621 femmes.
- Fig. i.
- Lettres allongées lisibles.
- Fig. 2.
- Les mêmes lettres beaucoup plus allongées.
- Four les lire, il faut les considérer obliquement en les tenant presque parallèles au rayon visuel.
- ILLUSION D’OPTIQUE
- LES LETTRES ALLONGÉES
- La ligure 1 représente une inscription en lettres allongées dans le sens de la hauteur. La figure 2 _ .. montre les mêmes lettres démesu-
- 1 u | Si nous plaçons cette ligure 2 devant nos yeux, en l’inclinant nor-i malement, de telle sorte que nous ne percevions plus qu’un plan d’une hauteur réduite au 1/10 environ, c’est-à-dire que ces lettres au lieu d’avoir 0,12cm n’en aient plus que 0,0lclIi 1/2, nous la lirons presque aussi facilement que l’inscription de la figure 1, dont le texte est le même, mais qui a été réduite comme elle doit l’être pendant la lecture de la figure 2.
- Le lecteur réussiia à bien lire les lettres delà figure2, s’il lient La Nature inclinée comme nous venons de l’indiquer, à une distance de Üm,20 à 0m,30 de scs yeux.
- L’exagération en largeur dans l’écartement des jambages de la figure 1 a pour but de . décomposer, à l’amateur qui voudrait les imiter, ces caractères hiéroglyphiques.
- Ce genre de lettres a été quelquefois employé pour des enseignes placées verticalement à une grande hauteur, sur la façade d’une maison donnant dans une rue étroite. Le passant, en levant la tète, ne se doutait guère qu’il lisait là une écriture qu’il lui eût été impossible de déchiffrer de face.
- Une application analogue peut se faire pour des dessins qu’il est facile de rendre ainsi presque incompréhensibles si on ne les considère pas dans l’obliquité voulue. Comme l’œil doit, d’un seul coup, percevoir toute l’image, il faut que les lignes en hauteur concourent au même point d’optique qui est le sommet d’un triangle; c’est de ce point que part le rayon visuel pour faire cesser l’illusion.
- On peut, avec un peu d’habitude, et en procédant par tâtonnements, obtenir un allongement plus considérable encore des lettres qui n’en sont pas moins lisibles quand on les considère dans la position voulue. C’est affaire de légèreté de main et de délicatesse du trait.
- A. Lergeret.
- Le propriélaive-gcrant : G. Tissandier.
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- Imprimerie A. Lnlinre, 0, rue de Pleurus, à Fans.
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- N° 588. — 5 SEPTEMBRE 1884.
- LA NATURE.
- CLAUDE JOUFFROY
- On a voulu rendre un hommage, bien tardif, hélas ! de reconnaissance et d’admiration, à la mémoire du marquis de Jouffroy, l’un des premiers inventeurs de la navigation à vapeur, et la statue de notre compatriote a été inaugurée à Besançon, le 17 août 1884 (fig. 1). Cette œuvre d’art est due au ciseau d'un sculpteur de grand mérite, M. Ch. Gautier, qui a souvent présenté au public des spécimens de son beau talent. Son exécution matérielle a été assurée par une souscription publique, sur l’initiative de l’Académie des sciences, qui a délégué M. Ferdinand de Les-seps pour la représenter à la cérémonie de Besançon.
- ' Nous 'rappellerons a cette occasion les principaux épisodes de la vie du marquis de Jouffroy ; c’est une belle page de l’histoire des découvertes modernes 1.
- Claude- François - Dorothée , marquis de Jouffroy, né. vers 1751, était issu d’une grande famille de la Franche-Comté. A vingt ans, il entra au régiment de Bourbon-Infanterie, et e’est en 1775, a Paris, qu’il eut l’idee d’appliquer la vapeur à la navigation, à la suite d’une visite qu’il fit à la pompe à feu de Chaillot, établissement que venaient d’établir les frères Périer.
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- Fig. i. — La statue de Claude Joufïroy, inaugurée à Besançon, le 17 août 1884.
- Claude Jouffroy développa son idée devant Périer, le chevalier de Follenay, le marquis Ducrcst, et d Auxiron. Elle fut accueillie; on la discuta, mais on ne tomba pas d’accord sur le calcul de la puissance à vaincre. Pendant que Périer se perdait en essais infructueux, Jouffroy, aidé d’un simple' chau-
- 1 Nous empruntons les documents de cette notice aux ouvrages suivants : Des bateaux d vapeur, Précis historique de leur invention, par Ach. de Jouffroy. Nouvelle biographie générale de Firmin Didot. Les merveilles de la ÿcience, par Louis Figuier, chapitre : Bateaux à vapeur, année. — £° semestre.
- dronnier de villaJ^-JfSfvenait à faire marcher un bateau par la vapeur sur le Doubs, à Baume-les-Dames, dans les mois de juin et juillet 1776. Son appareil se composait de tiges de2m,66 de longueur, suspendues de chaque côté du bateau vers l’avant : elles portaient à leurs extrémités des châssis armés de volets mobiles plongeant de 50 centimètres dans l’eau. Les châssis, pouvant décrire un arc de 2m,66 de rayon, et de 1 mètre de corde, étaient maintenus au bout de leur course vers l’avant, par un levier muni d’un contrepoids. Le moteur était une pompe à feu ou machine à simple effet, dont le piston communiquait aux tiges, par une chaîne et une poulie de renvoi.
- Le premier essai ne fut pas complètement heureux. A la même époque, Jouffroy voulut entrer dans' l’artillerie ou le génie; scs parents se récrièrent : pour eux c’était déroger, et il dut rentrer dans l’infanterie. On se moquait de ses recherches mécaniques ; on le désignait par le sobriquet de Jouffroy-la~ Pompe, et à la Cour on plaisantait sur lui en disant « qu’il voulait accorder le feu et l’eau ». Il persévéra pourtant dans son projet, et chercha d’abord le moyen d’obtenir ‘un mouvement continu.
- Ne pouvant arriver à remédier au défaut de son premier appareil nageur, il se décida, quoique à regret, â remplacer les rames à châssis par des roues à aubes. II plaça le barillet à encliquetage, autour duquel s’enroulaient les chaînes tenant aux pistons, à l’arbre des roues, et chacune de ces chaînes faisait alternativement tourner cet arbre. Il mit cet appareil sur un bateau de 45IU,55 de long et de 41U,66 de large; les roues avaient 4m,66 de diamètre; les aubes, de 2 mètres de longueur, plongeaient de Om,G6 dans l’eau. Le bateau tirait 1 mètre d’eau, ce qui supposait un poids de 527 milliers (fig. 2). Construit à Lyon, dans les ateliers des frères Jean, il remonta jusqu’à l’île Barbe, le 15 juillet 1785, en présence
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- des membres de l’Académie de Lyon et de nombreux témoins, le courant de la Saône, qui alors était au-dessus des moyennes eaux. Procès-verbal de l’expérience fut dressé. Jouffroy chercha dès lors à former une compagnie pour construire des bateaux plus grands et exploiter les rivières. Mais pour cela il fallait obtenir un privilège. Jouffroy en demanda un de trente ans au gouvernement. De Calonne envoya la demande à l’Académie des sciences. Ce corps savant, a qui Jouffroy adressa en même temps un Mémoire sur les Pompes à feu, nomma pour examiner le mémoire Borda, Bossut, Cousin et Périer, et pour inspecter le bateau Borda et Périer. Ce dernier, qui avait échoué de son côté dans ses essais de navigation par la vapeur, ne voulut pas croire au succès pratique de l’expérience indiquée. 11 amena l'Acadé-
- Fig. 2. — Machine du bateau à vapeur à roues de Claude Jouffroy qui remonta le courant de la Saône, le 15 juillet 1783. — Coupe et élévation.
- mie a ne pas se prononcer, et le Ministre écrivit à Jouffroy, le 51 janvier 1784 :
- Il a paru que l’épreuve faite à Lyon ne remplissait pas suffisamment les conditions requises. Mais si, au moyen de la pompe à feu, vous réussissez à faire remonter sur la Seine, l’espace de quelques lieues, un bateau chargé de trois cents milliers, et que le succès de cette épreuve soit constaté à Paris d’une manière authentique, qui ne laisse aucun doute sur les avantages de vos procédés, vous pouvez compter qu’il vous sera accordé un privilège limité à quinze années.
- Jouffroy n’essaya pas de lutter contre cette fin de non recevoir. Sa machine et son bateau d’essai avaient été mis hors de service par la première expérience. 11 se contenta de faire établir un petit modèle de son bateau, et l’envoya à Périer la même année. On lui conseillait de porter son invention en Angleterre ; il ne put s’y résoudre. Enfin, la Révolution arriva ; Jouffroy fut un des premiers à émigrer. Il servit dans l’armée de Condé, et prit part à quelques tentatives en faveur des Bourbons. 11 ne revint en France que sous le Consulat. Dcsblancs et Fulton s’occupaient alors de la navigation à vapeur, le premier à Trévoux, l’autre à Paris; une polémique s’engagea
- entre eux, et Fulton déclara que s’il s’agissait d’invention, cette gloire appartenait à l’auteur des expériences de Lyon, « des expériences faites en 1785 sur la Saône ». Le bateau de Fulton était en effet le même que celui de Jouffroy, seulement la machine motrice différait. Watt avait inventé la machine à double effet, et elle rendait l’application de la vapeur à la navigation, plus facile.
- A son retour, Jouffroy se trouvait sans fortune; il ne réclama pas. A la Restauration, il vint se fixer à Paris, obtint un brevet en 1816, forma une compagnie pour l’exploiter, et trouva enfin de l’argent et des protecteurs. Le comte d’Artois lui permit même de donner le nom de Charles-Philippe à son premier bateau à vapeur, construit à Bercy et lancé le 20 août. Mais une société rivale lui fit concurrence, et toutes deux se ruinèrent. Jouffroy, tout à fait désillusionné, retomba dans l’oubli. Après la révolution de Juillet, il se retira aux Invalides, où il mourut du choléra.
- - ÉTUDES
- SUR LES MARINES DE L'ANTIQUITÉ
- BATAILLE DE CHIO
- Une des pages les plus intéressantes de l’histoire de la marine est celle que Polybe a consacrée au récit de la bataille navale livrée, deux siècles avant notre ère, par Attale, roi de Pergame, et les Rho-diens ses alliés, à Philippe de Macédoine. Le récit, de Polybe ne peut se passer de commentaires; j’essayerai d’en faciliter l’intelligence à ceux qui n’ont pas étudié la construction et la tactique des navires de guerre de l’antiquité.
- Dans les temps homériques les galères des États de la Grèce et des îles de l’Archipel étaient des barques ouvertes, rapides à l’aviron, montées par 40, 50, 60 hommes à la fois rameurs et combattants1. A la proue et à la poupe des superstructures légères servaient d’abris et de plates-formes de combat; les étraves étaient garnies de bandes de métal dans le double but de les préserver et de les renforcer; il n’y avait alors ni marines permanentes, ni tactique régulière; les combats étaient des mêlées.
- La piraterie avait longtemps désolé le bassin oriental de la Méditerranée. Lorsque les gouvernements devinrent assez forts pour la réprimer, le commerce maritime prit de l’extension, les richesses s’accrurent, la construction navale fit des progrès. 500 ans avant la guerre du Péloponèse les Corinthiens construisirent les premières trières; mais jusqu’au commencement du cinquième siècle avant J.-G. les flottes grecques furent encore principalement composées de galères ouvertes, de celles qu’on
- 1 Ces nombres approximatifs sont, en moyenne, inférieurs à ceux mentionnés par Thucydide pour la Hotte d’Agamemnon ; mais il faut tenir compte de ce que cette Hotte, qui n’était pas destinée à rencontrer d’ennemis, opérait connue Hotte de transport.
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- appelait triacontores, tétracontores, pentécontores, parce qu’elles étaient armées de 30, 40, 50 rameurs.
- Quelques années avant l’invasion de Xercès, Thé-mistocle, jugeant que c’était sur mer qu’il fallait vaincre, persuada à ses compatriotes de construire un grand nombre de trières. C’étaient des galères pontées plus petites que celle dont les lecteurs de La Nature ont vu les plans1, et dont la plate-forme supérieure (eatastroma) ne s’étendait pas d’un bout à l’autre; probablement leur effectif approchait de 150 hommes.
- Pendant le cinquième siècle, entre la bataille de Salamine et la guerre du Péloponèse, les chefs de la république d’Athènes, profitant de la situation que la reconnaissance des peuples avait faite à leur ville, développèrent sa marine : non seulement les trières furent plus nombreuses, plus grandes, mieux construites; mais l’organisation de la flotte devint régulière et les armements continus. Périclès alla plus loin : il créa une véritable école de manoeuvres, une escadre d'évolutions sur laquelle officiers et matelots pratiquaient cette tactique qui assura pendant longtemps à la marine athénienne une supériorité incontestable.
- C’est alors que la trière, considérée comme instrument de navigation et de combat, fut Ja plus parfaite. Un équipage de vogue nombreux, bien exercé, lui donnait la vitesse ; des formes excellentes, des dispositions ingénieuses, des manœuvres bien concertées, lui assuraient la facilité d’évolution; l’éperon immergé était presque sa seule arme ; mais les coups en étaient d’autant plus redoutables qu’ils n’étaient, en général, suivis d’aucun dommage pour l’assaillant; enfin, grâce à l’invention d’Améinoclès, des rames de grandeur et de hauteur différentes, employées suivant les circonstances et les besoins, lui procuraient et la plus grande rapidité et le plus grand rayon d’action possible (trière du Musée du Louvre).
- Thucydide, dans son histoire, nous a fait connaître les principes d’une tactique que lui-même avait pratiquée. Les stratèges athéniens ne cherchaient plus, comme Thémistocle confiant dans la valeur individuelle des Grecs l’avait fait à Salamine, les lieux étroits et les mers resserrées ; il leur fallait le large et l’espace. Surs de leur supériorité de marche et de manœuvre, ils tournaient autour de l’escadre ennemie, attendant qu’une faute, une circonstance inattendue vînt y mettre le désordre1. Alors ils fondaient sur elle et choisissaient leurs victimes ; ou bien ils passaient à travers les lignes ennemies, brisaient les avirons, se retournaient avec prestesse et venaient déchirer avec les pointes de leur éperon tricuspidé les bordages de l’arrière ou du travers de leurs adversaires.
- On comprend qu’une pareille tactique eût été dangereuse, impossible même, avec des équipages novices. Le périple n’était sans risques pour une galère qu’autant quelle pouvait faire rapidement un quart de tour et marcher en arrière aussi vite
- 1 Voy. n° 503 du 20 janvier 1883, p. 119.
- qu’en avant1 ; le passage à travers la ligne, le bris des avirons, l’inversion après le passage, eussent été suivis d’avaries fort graves si les pilotes ne se fussent pas bien entendus, s’ils n’avaient pas été parfaitement obéis. Toutes ces conditions étaient remplies sur les trières d’Athènes qui sont restées maîtresses de l’Archipel jusqu’au jour où des ordres téméraires partis de la place publique les ont obligées à changer de théâtre, à accepter la lutte dans des conditions désavantageuses.
- A pas plus ou moins rapides les marines grecques du cinquième siècle avaient progressé à ,1a fois : les trières corinthiennes n’étaient point inférieures en dimensions et en effectifs aux trières d’Athènes; mais tout porte à croire que l’instruction du personnel était inférieure, que la tactique était différente, que les proues étaient autrement construites, l’éperon émergé au lieu d’être immergé. Quant à la composition des escadres, elle était la même : les trières y représentaient les navires de ligne, les pentécontores, en nombre à peu près égal, les bâtiments légers. Ces derniers, chargés des missions, des grand’gardes, prenaient néanmoins aux combats une part d’autant plus active que leurs dimensions étaient moins différentes de celles des galères pontées.
- A partir du quatrième siècle un grand fait, l’introduction de l’artillerie, vint changer les conditions de l’architecture navale. Les lecteurs de ce journal ont appris, par les remarquables publications de M. le commandant de Rochas, à connaître la nature et la puissance de ces machines capables de lancer à de grandes distances d’énormes flèches ou de lourdes pierres. Pourvoir à l’installation de ces machines, mettre les équipages de vogue à l’abri de leurs coups, tel fut le double problème posé aux ingénieurs; ils ne purent le résoudre qu’en augmentant les dimensions des galères, en les rendant plus solides dans les hauts, plus stables, en fermant par des bordages les vides des allonges soutiens du eatastroma, en installant des deux côtés des abris ou des tourelles dont les parapets couvraient d’une certaine protection le mécanisme des machines de jet et les hommes chargés de les servir.
- Alors les galères s’alourdirent, et comme leur longueur, sous peine de perdre toute faculté d’évolution, ne put être accrue au delà de certaines limites, il fallut augmenter largement les dimensions de la maîtresse section, c’est-à-dire la résistance. Pour conserver la vitesse, cette qualité reine sans laquelle il n’y a pas de vrai navire de combat, le nombre des rameurs fut augmenté, et là polyrémie, cette organisation savante qui n’avait eu d’abord pour but que de faire varier, suivant l’énergie disponible, les dimensions de l’organe de propulsion,
- 1 Les rameurs des trières changeaient de banc pour voguer en arrière, de sorte qu’ils faisaient les mêmes mouvements et déployaient autant de force. Restait la difficulté de gouverner; nous savons qu’avec un équipage exercé et attentif, elle n'est pas insoluble.
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- changea peu à peu de caractère ; ou plutôt elle permit, en conservant la principale de ses propriétés, d’étager au besoin jusqu’à trois rangs de rames agissant ensemble, par suite d’augmenter le nombre de rameurs par intcrscalme, élément qu'on peut appeler : la densité de la vogue.
- Cette transformation ne fut pas l’œuvre d’un jour. On commença, et les chantiers du Pirée ne furent pas les derniers à entrer dans cette voie, par construire des tétrères et des pentères. Ce n'étaient encore, comme installation de vogue, que de grandes trières dont les avirons thranites étaient maniés par 4, 5 rameurs; mais une fois la lutte commencée entre l’attaque et la protection, nous le savons par expérience, on ne s’arrête plus. Les pentères devinrent insuffisantes ; on bâtit des hexères, des octères, des décères ; les Démétrius et. les Ptolémées entassèrent des équipages immenses sur des bateaux qui comptaient 20, 50 rangs de rameurs. A mesure que le tonnage des navires s’accroissait, leur hauteur au-dessus de l’eau et en même temps la hauteur de leurs scalmcs supérieurs croissait parallèlement, et il arriva que, sous une rangée de rames, on put faire fonctionner une ou deux rangées de rames plus courtes; on profita de cette faculté avec d’autant plus d’empressement qu’elle s’offrait sur des navires dont la lourdeur imposait l’obligation d’augmenter dans la plus large mesure possible la force propulsive.
- On comprend que, dans ce nouvel ordre de choses, les solutions durent être variées; les documents qui nous restent ne nous permettent pas d’en suivre les détails. Ce que nous pouvons faire, c’est d’en calculer approximativement les conséquences au point de vue des effectifs, et comme nous partons d’une base à peu près certaine, que nous avons fixé l’effectif de la grande trière à 200 hommes, celui de la pentère, d’après Polybc lui-même, à 470 hommes, nous arrivons à des chiffres probables pour les batiments de ligne qui prirent part à la bataille de Cbio.
- A mesure que les dimensions des galères s’accrurent et qu’elles devinrent moins manœuvrantes, la composition de leurs équipages et leur tactique se modifièrent. Sur les trières athéniennes le nombre des soldats qui occupaient le pont supérieur (les épibates) était très faible ; la galère était si peu stable qu’il leur fallait lancer leurs traits étant assis et prendre garde en sc portant tous sur un bord de faire donner une bande dangereuse; sur les pentères le nombre des épibates a été porté à 120, ils se servent de ponts volants pour passer d’un navire sur l’autre, preuve suffisante que dans les batailles navales l’abordage et le choc étaient également employés.
- La première conséquence de cette transformation fut l’abandon de l’éperon sous-marin. Ce genre d’éperon très redoutable dans le combat était, pour la navigation, incommode et parfois dangereux. Nous avons de fortes raisons de croire qu’au cinquième siècle son usage n’était pas général et les textes de l’olybc nous prouvent que 200 ans plus
- tard il n’y avait plus ni sur les galères Grecques, ni sur les galères Ioniennes d'éperons immergés1.
- Il est logique que, dans la composition des escadres, la différence qui sépare les bâtiments de ligne des batiments légers augmente à mesure que les premiers deviennent plus puissants. 11 en fut ainsi dans les temps anciens. Pendant la guerre du Pélo-ponèse les Athéniens n’avaient, comme galères ouvertes, que des pentécontores ; dans le siècle suivant leur flotte comptait nombre de triacontorçs. Plus tard les galères ouvertes changèrent de nom ; on les appela lembes, pristes ; mais leur rôle resta le même. Philippe de Macédoine en avait réuni un très grand nombre ; il est probable qu’en fixant leur effectif moyen à 50 hommes, on est près de la vérité.
- Le mot cataphracte que les Latins ont traduit par constrala a eu chez les Grecs des sens différents dérivés tous de la même origine étymologique. Cata phracte veut dire fermée.n opposition avec aphraetc, ouvert. Les barques homériques étaient ouvertes. Lorsqu’on voulut agrandir le navire de combat, le rendre plus solide et plus puissant, il fallut le pon-ter, et l’invention du Corinthien Améinoclès consista précisément à conserver, sur un grand navire ponté, les aptitudes qui, au point de vue de la vogue, caractérisaient le navire ouvert. Les navires pontés à l’origine furent appelés cataphraetes par opposition aux galères ouvertes ; au-dessus de leur pont principal s’élevaient des superstructures qui ne régnèrent d’abord, sous forme de teugues, qu’à l’avant et à l’arrière ; puis, dans le courant du cinquième siècle ces teugues furent réunies et constituèrent un pont supérieur (catastroma).Lc catastroma était très léger, soutenu par des allonges non bordées ; la chambre de vogue restait ouverte2. Plus tard le bordé des flancs montant jusqu’au pont supérieur, les rameurs sc trouvèrent dans un espace protégé et presque clos. Les galères furent dites alors cataphraetes par opposition à celles dont la chambre de vogue était sans protection ; mais, en fait, l’existence d’un catastroma et l’application d’un bordé sur les allonges des couples devinrent, à partir de la fin du quatrième siècle, des caractères inséparables, de sorte que plusieurs auteurs, et c’est le cas de Polybe, ont appelé cataphraetes les galères qui avaient un catastroma, et que les Latins ont désigné par le mot constratæ ces mêmes galères qui étaient à double titre cataphraetes. Contre-amiral Seiuie.
- — A suivre. —
- 1 Yoy. n°546 du 17 juillet 1883, p. 395.
- - Ces remarques sur la tonne des éperons sont eunlirmées par l’hylon de Byzance (deuxième siècle avant J.-C.).On trouve dans les extraits publiés par M. le commandant de Hochas {Principes de fortification antique, p. 47) : « Si les murs sont baignés par la mer et que les grandes galères puissent en attaquer le pied avec leurs éperons, on défendra l’approche de ces murs avec des enrochements. » Il est clair que pour frapper de l’éperon le pied cl’une muraille avec chance de succès, il faut que cet éperon soit attaché dans une partie visible, et qu’il n’ait pas le pi’oiil trieuspidé de l’éperon de la trière athénienne.
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- CURIOSITÉS PHYSIOLOGIQUES
- LES SAUTEURS
- « Tu ne peux môme pas prévoir le matin tout ce que tu seras appelé à faire pendant le jour », dit une sentence arabe. En d’autres termes, on a souvent à exécuter des actes qui semblaient complètement improbables quelques instants auparavant. En voici un exemple se rapportant à notre sujet.
- Au retour des courses d’Enghien, deux ou trois cents Parisiens se dirigeaient à pied vers le sentier qui conduit vers la gare à gauche du petit
- lac. Ils avaient à traverser un ruisseau sur un pont formé de quelques planches en fort mauvais état ; sous un poids trop considérable le pont s’écroule, et les amateurs de courses viennent s’étager le long du ruisseau qui malgré sa laible largeur, un mètre et demi à peine, leur barre le chemin du retour. Quatre ou cinq jeunes gens franchissent l’obstacle d’un bond, une dizaine de personnes les imitent, l’une d’elles tombe dans l’eau. Plus de cent cinquante autres se décident alors à faire le grand tour par la route des voitures. C’est-à-dire que pour n’avoir pas pu franchir un ruisseau d’une faible largeur, ces personnes durent faire un détour de deux kilomè-
- Sautcur indien franchissant un éléphant et plusieurs chameaux. (D’après le colonel Ironside.)
- très, s’exposer à manquer l’heure du train et à toutes les conséquences d’ennuis et de vexations qui peuvent en résulter.
- A la chasse, dans les excursions, les voyages, en guerre, pouvoir passer un talus, sauter un obstacle, se laisser tomber de plusieurs mètres, est un talent, pour ainsi dire indispensable qu’on a à chaque instant occasion d’utiliser.
- Le mécanisme du saut est beaucoup plus simple que celui de la marche ou de la course.
- Voici par exemple comment s’exécute le saut en hauteur à pieds joints dont les autres ne sont, pour ainsi dire, que les dérivés.
- Le sauteur reposant sur la pointe des pieds, plie les genoux, penche le corps sur les cuisses, puis après un ou deux balancements contracte tout à
- coup ses muscles extenseurs, les articulations sont brusquement redressées, le poids du corps est soulevé, et en vertu de la vitesse qu’il a acquise dans ce soulèvement il est porté au-dessus du sol à une hauteur assez grande pour que les membres inférieurs ne touchent plus celui-ci1.
- Si le corps, avant que l’impulsion lui soit donnée est très incliné en avant, le saut a lieu en largeur.
- Si une forte impulsion horizontale est obtenue par une course rapide précédant l’action du saut, celui-ci a lieu en largeur comme quand il s’agit de franchir un fossé, soit en hauteur et largeur, pour franchir un talus, une barrière.
- 11 est à remarquer qne le centre de gravité du
- 1 Voy. La Photographie instantanée, de M. Marey, n* de La Nature du 29 septembre 1883, p. 270.
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- corps du sauteur, sous l’iniluence des deux forces auxquelles il est soumis, d’abord la force d’impulsion qui le maintient en l’air pendant un instant, et en second lieu l’action de la pesanteur, parcourt une courbe, qui est une parabole analogue à la trajectoire d’un boulet de canon.
- L’individu qui franchit un obstacle en hauteur élève non seulement son centre de gravité par la vitesse acquise provenant de la détente de scs muscles, mais de plus il replie ses jambes, porte ses pieds en avant, de sorte que la hauteur réelle du saut est celle de l’obstacle moins la longueur des membres inférieurs du sauteur.
- Ainsi un individu de taille moyenne, lm,70 par exemple, qui saute une barrière de 0m,75 n’a d’impulsion à prendre, d’effort à faire que celui qui est nécessaire pour maintenir son corps dans l’espace pendant la durée du saut, 0m,75 étant à peu près la longueur de ses membres inférieurs,
- S’il franchit une hauteur de un mètre, son centre de gravité devra s’élever de 0m,25; pour un obstacle de lm,50 de hauteur l’élévation du centre de gravité devra être de 0,u,75.
- Le travail estimé en kilogrammètre serait de 0 kilogrammètre dans le premier cas, de 18 kilo-granunètres pour un saut de 1 mètre, et de 56 kilo-grammètres pour un saut de lm,50. On voit dans quelle énorme proportion croît l’effort comparativement à la hauteur a atteindre.
- L’écuyer de l’Hippodrome qui ces temps derniers sautait du sol, debout sur un cheval lancé au galop, faisait non seulement preuve d’une grande adresse mais encore d’une agilité remarquable car la hauteur du cheval était d’environ lm,65.
- Cette différence entre la hauteur franchie et l’élévation nécessaire du centre de gravité est surtout à considérer chez les animaux sauteurs. On peut prendre comme exemple le fameux cerf « Coco » du cirque Franeoni qui passe au-dessus d’un cheval. En arrivant près de l'obstacle il se dresse debout presque verticalement, son centre de gravité est très élevé, il dépasse le dos du cheval et alors le cerf, sans effort pour ainsi dire, pivote sur l’obstacle et retombe de l’autre côté.
- Le magnifique cheval de l'Hippodrome qui exécute cet exercice extraordinaire de sauter au-dessus de trois autres chevaux placés côte à côte, a besoin d’une impulsion, d’un effort beaucoup plus considérable, en raison de son poids, de la largeur de l’obstacle à franchir, et de ce fait qu’avant de s’élancer il se dresse beaucoup moins verticalement, élève moins son centre de gravité que son confrère le cerf « Coco ».
- Un dernier exemple pris dans l’espèce humaine : Deux de nos camarades, dans une école, étaient d’une agilité remarquable, bien que très ^ différents de complexion, l’un était grand et mince avec de longues jambes, le second de nationalité grecque, était petit, lm,30 à peine, mais bien proportionné et très vif. Le théâtre de leurs luttes était le plus ordinai-
- rement une salle de cours et l’obstacle à franchir le dessus de la chaire que le professeur venait de quitter, c’est-à-dire une hauteur de lm,60 environ. L’un et l’autre y arrivaient d’un seul bond fait à pieds joints. L’élévation du centre de gravité était chez le grand d’environ 0m,80 et chez le petit de plus d’un mètre. Ce dernier exemple vient confirmer une loi physiologique très curieuse.
- En multipliant le poids de chacun de ces deux jeunes gens par l’élévation de leur centre de gravité, on trouve que le travail devait être de 60 kilogram-mètres pour le plus grand et de 50 kilogrammètres pour le plus petit. Le rapport de l’effort d'impulsion à la hauteur des individus, aurait donc été comme 1 : o pour le premier et comme 1 : 2,5 pour le second, c’est-à-dire (pie l’agilité de celui-ci, du plus petit sauteur, était beaucoup plus considérable. Ces chiffres démontrent que la loi établie par Cuvier, pour la série animale, peut s’appliquer à l’espèce humaine. Cuvier disait que « dans l’échelle des animaux l’étendue de l’espace parcouru par l’un d’eux en sautant est inversement proportionnelle à son poids», ou, en d’autres termes, plus les animaux sont petits, mieux ils sautent.
- Or journellement on voit la justification de cette loi. Dans les fameuses courses d’éléphants avec obstacles que Barnum montrait l’année dernière à New-York, les énormes animaux franchissaient des haies et des barrières d’environ un mètre, c’est-à-dire n’atteignaient que le tiers environ de la hauteur de leur centre de gravité h
- Le cheval saute un peu plus que cette hauteur. Le daim, l’élan, la gazelle, le cerf, le chevreuil sautent une fois et demie environ la hauteur de leur centre de gravité. Le lion saute deux fois cette hauteur. Le tigre, le léopard, la panthère, de deux à trois fois, le chien et surtout certaines espèces atteignent le même rapport, le lièvre, la gerboise viennent, ensuite. Le chat, le chat sauvage principalement, semble être un des meilleurs sauteurs parmi les quadrupèdes; nous avons vu un chat faire un bond de deux mètres de bas en haut. Si on considère les insectes, on trouve dans certains de ceux-ci une agilité prodigieuse, nous ne citerons que la puce, 1 epère du saut comme l’appellent les Arabes, qui atteint en sautant une hauteur dépassant 100 fois sa longueur totale.
- I,a loi de Cuvier est donc facile à vérifier dans la série animale, et même comme nous venons de le voir dans l’espèce humaine considérée isolément. Du reste pour ce qui concerne celle-ci, on peut remarquer que dans tous les exercices du corps demandant de l’agilité, de la souplesse, de l’énergie, les hommes moyens ou même petits, sont plus agiles que les individus d’une taille élevée quoique bien proportionnés.
- 11 y a peu d’exemples, outre ceux que nous avons rapporté, de sauts extraordinaires de bas en haut et
- 1 La hauteur du centre de gravité est la distance de ce point au sol quand l’animal est debout, au moment où il prend son élan.
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- cela pour la raison bien simple que l’homme qui, à la chasse ou en combattant, se trouve devant un obstacle tel qu’un mur ou un talus de quelque élévation, le franchit en s’aidant des mains, ce qui lui demande un effort beaucoup moins considérable que s’il le sautait.
- Le saut exécuté en posant les mains sur le sommet de l’obstacle est relativement facile ; dans les jardins publics ou sur les boulevards on voit journellement des enfants sauter en posant les mains sur le dossier, les bancs doubles de ces promenades. Un homme agile peut de cette façon franchir un cheval de bois de gymnase, ou un talus de lm,50 à l,n,60dc hauteur, un acrobate atteindra par le même moyen lm,70, lm,80 ou même davantage.
- Le saut en largeur donne des chiffres beaucoup plus élevés; il s’exécute soit à pieds joints sans élan ou bien après avoir parcouru quelques mètres très rapidement afin que le corps après l’impulsion soit projeté le plus loin possible. Pendant le bond, les jambes sont portées en avant et peuvent ainsi augmenter la largeur franchie de presque toute leur longueur. De nos jours, dans les gymnases, on dit souvent en parlant de quelqu’un d’une grande agilité : « Il sauterait une écluse » ; en réalité cette expression doit être considérée comme métaphorique, comme synonyme de franchir une largeur de cinq à six mètres ce qui est tout différent. Essayer de « sauter une écluse » présenterait un très grand danger, et cela, non seulement en raison de la largeur de celle-ci mais aussi en raison de ses deux rebords en pierre sur lesquels le pied est exposé à glisser soit au départ, soit du côté opposé, puis en outre à cause du peu de recul que présentent les berges, ce qui rendra impossible la prise d’un élan assez fort. Malgré le nombre des individus qui prétendent pouvoir sauter une écluse, nous ne croyons pas que ce saut ait été jamais exécuté authentiquement.
- L’histoire et les traités de gymnastique apportent un très grand nombre d’exemples de largeurs considérables franchies en sautant; en voici quelques-uns
- Un sauteur grec, Phayllus de Crotone franchissait, rapporte Eustathe, un espace de 54 à 56 pieds, c’est-à-dire de 16m,84 à 17m,25, le pied olympique correspondant à 0in,3082 de nos mesures actuelles. Du reste les historiens grecs et romains donnent comme assez fréquents des sauts d’une cinquantaine de pieds, exécutés par des athlètes. Si ces chiffres ne présentent pas d’exagération, nos sauteurs modernes sont bien dégénérés.
- Cependant le colonel Amoros, dans son Traité d'éducation physique, cite un Anglais qui a sauté « le fossé du Jardin Mousseau qui a trente pieds ; » — « le plus fort de mes* élèves à Paris, dit-il, a sauté 16 pieds en largeur et à Madrid un jeune homme de 16 ans a sauté 18 pieds (6 mètres). »
- Parmi les sauts extraordinaires en largeur se place celui que fit une jeune fille écossaise qui, suivant une légende, pour fuir un grave danger sauta du sommet d’une tour sur celui d’une autre distant de
- neuf pieds, et cela au-dessus d’un abîme de 60 pieds. On montre encore aux voyageurs l’endroit, où se fit ce prodige, on le désigne sous le nom du « Saut de la Vierge».
- Les acrobates et les gymnasiarques pour sauter en hauteur et en largeur se servent presque toujours d’un tremplin qui double ou triple la puissance de leurs bonds. Le tremplin se compose le plus ordinairement d’une planche suffisamment résistante bien qu’ayant une grande élasticité. Une de ses extrémités repose sur le sol, l’autre sur un chevalet qui lui donne une inclinaison de 25 à 50 degrés. Un tremplin perfectionné consiste dans une espèce de boîte ayant l’aspect d’un gros coussin rembouré, cette boîte renferme une série de bandes d’acier ressemblant un peu à des ressorts de voiture et agissant de même par leur élasticité. Quand le sauteur après avoir pris son élan arrive sur le tremplin, celui-ci cède sous le choc puis se redresse en donnant au sauteur une impulsion qui vient s’ajouter à celle résultant de la détente de ses muscles. Cette impulsion est considérable voici quelques exemples des résultats obtenus par des acrobates.
- Au cirque Fernando tous les clowns sautaient dernièrement au-dessus de 10 ou 12 chaises placées côte à côte. Sur la dernière un homme était assis, % ils faisaient cet énorme bond en tournant sur eux-mêmes. Au même cirque un des clowns saute au-dessus de huit personnes se tenant debout coude à coude.Dans un autre cirque, nous avons vu un jeune homme sauter au-dessus de quatre chevaux, dont un, celui du milieu, portait un cavalier.
- Souvent on voit des acrobates passer d’un bond au travers d’un cercle garni de pipes en terre ou de poignards, ce cercle étant tenu par un homme debout les bras levés. Le cercle est quelquefois remplacé par deux épées dont les pointes sont croisées en l’air. Ces jeux étaient connus des Grecs et même exécutés par des femmes dans les divertissements qui suivaient les grands festins, ce qui faisait dire au sage Socrate : « Il me semble que faire des culbutes à travers un cercle d’épées nues est un divertissement qui ne convient guère à la gaieté d’un festin. Est-il plus récréatif de voir une belle personne se tourmenter, s’agiter, faire la roue, que de la contempler calme et tranquille?»
- Parmi les sauteurs extraordinaires on peut citer cet Anglais qui, d’après M. Srutt1, sautait au-dessus de neuf chevaux rangés côte à côte. On lui tendait une bande à 14 pieds de haut, ilia franchissait d’un seul bond. Il crevait d’un coup de pied une vessie suspendue à 16 pieds (4m,80) de haut. Une autre fois il franchissait une lourde voiture couverte de sa banne.
- L’expérience de la vessie a été exécutée à Paris il y a quelques années par une troupe de sauteurs et de disloqués qui s’exhibait aux Folies-Bergères; l’un d’eux crevait d’un coup de pied une vessie que son
- 1 Jeux et amusements du peuple anglais.
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- camarade monté sur une chaise tenait le bras tendu horizontalement. Il abattait aussi de la même façon un chapeau posé sur la tète d’un individu monté sur I une taille. !
- Une anecdote se rapporte à ce genre d'exercice : au milieu du dix-huitième siècle se révéla à la foire Saint-Germain un sauteur du nom de Grimaldi qui devint bientôt célèbre et fut appelé à jouer devant la Cour dans un divertissement intitulé le Prix de Cythère. « Il avait parié, rapporte M.Victor Fournel, qu’il bondirait jusqu’à la hauteur des lustres de la scène, il tint si bien parole que du coup qu’il donna dans celui du milieu il en fit sauter une pierre à la figure de Mehemet-Effendi, ambassadeur de la Porte qui se trouvait dans la loge du roi. A l’issue du spectacle, Grimaldi, se présenta devant lui espérant une récompense, mais il fut rossé haut et ferme par les esclaves de l’ambassadeur qui prétendaient qu’il avait manqué de respect à leur maître ».
- I/lnde est le pays par excellence des bateleurs, des jongleurs, des disloqués, etc., qui exécutent des tours fort curieux. Si l’on en croit le récit des voyageurs, on y rencontre des sauteurs qui dépassent en légèreté tout ce qu’on a jamais rapporté de plus invraisemblable sur les sauteurs européens.
- * Sauter par-dessus vingt personnes ayant les bras élevés est, paraît-il, une chose assez simple pour un sauteur indien. Le colonel Irônside raconte avoir vu un vieillard à barbe blanche qui franchissait d’un saut un groupe formé d’un éléphant flanqué de cinq ou six chameaux, et malgré cela le vieillard regrettait la légèreté de sa jeunesse.
- Un des tours des plus gracieux et des plus brillants comme mise en scène, exécuté par les sauteurs indous est celui des écharpes. Une douzaine d’hommes, rangés côte à côte sur deux rangs, tiennent les bras élevés une série d’écharpes de soie aux couleurs vives. Le sauteur, vêtu d’un costume de soie blanche garni de franges d’or circule sous cette voûte brillante, puis tout à coup prenant son élan et faisant un bond prodigieux, il passe au-dessus des écharpes en tournant deux fois sur lui-même.
- — A suivre. — G. Kerlus.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DES MAGASINS DU « PRINTEMPS », A PARIS
- A la suite du terrible incendie qui, le 9 mars 1884, a détruit de fond en comble, les magasins de nouveautés du Printemps à Paris, l’établissement a été entièrement reconstruit avec beaucoup d’art et de luxe par un habile architecte, M. Paul Sédille. Nous avons été récemment invités à visiter le système d’éclairage électrique organisé dans le nouveau monument de M. Jaluzot; ce système est assurément l’un des plus remarquables et des plus complets qui fonctionnent actuellement à Paris, nous en donnerons ici la description succincte.
- Notre gravure en montre l’ensemble, qui comprend
- trois machines à vapeur motrices actionnant une série de machines dynamo-électriques. Ces machines ont été construites par le Crcusot, d’après le dernier type de G. II. Corliss.
- Chacune d’elles a une puissance de 120 chevaux effectifs et actionne 7 machines dynamo-électriques. Une machine Compound de 20 chevaux réservée à l’éclairage des sous-sols pendant la journée, complète cette puissante source d’énergie. Les machines sont alimentées par des générateurs Belle-ville, placés dans une salle voisine.
- Les machines Corliss actionnent, avec la machine Compound, 22 machines dynamo-électriques auto-excitatrices de Gramme, que l’on aperçoit au second plan de notre gravure, et deux machines à courant continu, type d’atelier.
- Ces générateurs d’électricité alimentent : 265 foyers Jablochkoff de 4 millimètres, 18 de 6 millimètres, 150 lampes à incandescence Maxim, 50 Edison, 55 Swan et 4 régulateurs.
- Lorsque l’immeuble sera entièrement achevé, les machines seront au nombre de quatre, placées symétriquement deux à deux au milieu de la salle, les volants occupant l’espace central.
- D’ordinaire on place sur un même circuit 5 foyers Jablochkoff groupés en tension. Cette disposition présente l’inconvénient suivant : si, par suite d’un accident quelconque, l’une des bougies s’éteint, le courant ne passe plus, il en résulte l’extinction des 5 foyers. Pour parer à cet inconvénient, qui est d’une certaine importance pour un magasin de nouveautés, on a croisé les circuits, c’est-à-dire que, dans une galerie où se trouvent deux lignes de feux, sur chacune d’elles deux foyers consécutifs appartiennent à des machines électriques différentes, mises en mouvement elles-mêmes par des moteurs différents. Il résulte de cet arrangement des circuits que l’une des machines Corliss peut s’arrêter sans qu’une partie quelconque du bâtiment se trouve privée de lumière.
- Lorsque les magasins sont fermés, une partie du personnel reste encore pendant un certain temps, tantôt dans une partie du bâtiment, tantôt dans une autre; il faut pouvoir laisser la lumière là seulement où elle est utile et en ne faisant fonctionner sur un moteur déterminé que le nombre de machines électriques absolument nécessaire. On fait usage pour cela d’un commutateur de substitution imaginé par M. Juppont, ingénieur des magasins du Printemps, et qui permet le changement de courants sans aucune extinction et en même temps l’allumage des circuits.
- Des bougies de 6 millimètres ont été placées au nombre de 6 dans le vestibule, 8 dans le hall, 3 à l’extérieur, sous les marquises du boulevard Hauss-mann, et 4 dans la grande nef pour l’éclairage des vitraux ; ce dernier est complété par 4 régulateurs, 2 du système de Mersanne et 2 régulateurs à dérivation de M. À. Gérard.
- L’éclairage à incandescence est plus simple d’in-
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- L’usine électrique des raagassin du Printemps, à Paris. Vue des machines à vapeur JCorliss, actionnant les machines dynamo-électriques.
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- LA NATURE.
- stallation, il utilise également les permutations de circuits. Le montage se fait en dérivation par deux pour les lampes Maxim et Swan ; de cette façon, si un contact se produit sur les fils d’une lampe, la suivante reçoit un courant beaucoup trop intense, brûle, et par ce fait forme coupe-circuit sur sa dérivation, sans que les autres soient gênées dans leur marche par cet accident.
- Lorsqu’un certain nombre de dérivations sont éteintes sur un circuit, sa résistance totale est augmentée. Comme la vitesse de la machine reste constante et qu’elles sont actuellement dépourvues de régulation, il est à craindre que les lampes en bon état brûlent, ce qui causerait une perte sérieuse et amènerait des désordres dans les machines. On empêche cet accident en faisant usage d’un coupe-circuit à répétition. Chaque conducteur de machines a près de lui deux lampes-témoin qui lui indiquent l’état de la lumière dans les étages supérieurs ; par leur extinction il a été prévenu de la fusion du fil de plomb ; immédiatement il ajoute de la résistance, toujours en réserve sur le circuit, et ce n’est qu’après avoir fait cette opération qu’il place son interrupteur et règle les lampes par tâtonnement, à mesure que les surveillants d’éclairage remplacent dans le magasin celles qui ont été brûlées.
- L’usine électrique du Printemps est construite dans le sous-sol; notre dessinateur, pour en montrer l’ensemble, a dû supprimer sur son dessin, le mur vitré qui la ferme au premier plan où se trouvent les visiteurs que l’on voit figurer. En réalité l’espace est exigu, mais tout y est remarquablement ordonné. Un escalier qui aboutit à l’entresol permet au public de parcourir la salle des appareils.
- Nous ne terminerons pas sans adresser nos remerciements à M. l’ingénieur du Printemps, qui a bien voulu nous donner les renseignements que nous publions aujourd’hui et nous faire avec le plus aimable empressement, les honneurs de cette belle installation.
- LARYNGOSCOPE ÉLECTRIQUE
- L’examen des cordes vocales et du larynx, situés au-dessous de la base de la langue, présente une certaine difficulté puisqu’on ne peut les voir directement. On est obligé d’avoir recours à un petit miroir qui est monté sur une tige avec laquelle il fait un angle de 135°. On J’appuie contre la voile du palais, de façon à ce qu’il se trouve en face du larynx, qu’on voit alors par réflexion. Mais on comprend facilement que pour cela il faut éclairer fortement le fond de la bouche du patient. On parvient en y envoyant un faisceau lumineux produit par une lampe Carcel, ou même, comme dans la clinique du Dr Fauvel, par une lampe à gaz oxhydrique. Cet éclairage nécessite toute une installation et le médecin ne peut le transporter avec lui s’il a besoin d’examiner un malade à domicile.
- C’est pour remédier à cet état de choses que MM. Cadot et Corneloup ont, sur les indications du Dr H. Mareschal, «instruit le petit appareil que nous allons décrire et dans lequel l’éclairage se fait au moyen d’une petite lampe à
- incandescence placée près du miroir et dans la bouche même du malade. L’électricité est fournie à la lampe, soit par un petit accumulateur de poche, soit par une petite pile au bichromate de potasse ou au bisulfate de mercure.
- L’appareil se compose d’un tube extérieur B en cuivre argenté et d’un tube concentrique A également en cuivre et isolé du premier. Le conducteur souple, qui traverse le manche en bois M, est réuni par l’un de ses fils au tube A et par l’autre au tube B.
- Les lampes sont absolument indépendantes et on peut les remplacer avec la plus grande facilité. A cet effet elles sont montées au fond d’un petit cornet E en cuivre argenté qui sert de réflecteur et s’ajuste à frottement dur dans le tube extérieur B. L’un des fils de la lampe est soudé à ce cornet, tandis que l’autre est fixé à une petite tige II en cuivre, placée au centre dans un cylindre d’ébo-nite, de manière à ce qu’elle vienne s’emmancher dans le tube A. On n’a donc pas à s'occuper d’assurer les contacts qui se font tout naturellement lorsqu’on met la lampe en place.
- Le laryngoscope proprement dit, c’est-à-dire le miroir G et sa tige T, se fixe le long du tube extérieur au moyen de deux coulisses DD, dont l’une est munie d’une vis de pression. Cette disposition permet d’éloigner plus ou moins la lampe du miroir, de l’enlever facilement, soit pour laver le miroir, soit pour le remplacer par un autre de dimension différente, soit pour éclairer tout autre cavité naturelle,
- En résumé, le médecin aura là un instrument portatif, peu compliqué, dont les pièces essentielles peuvent être facilement entretenues en bon état et remplacées sans le secours d’un ouvrier. Ce sont là des avantages précieux qui le rendent réellement pratique. G. M.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traite élémentaire de Mécanique céleste, par M. II. Resal, membre de l’Institut, professeur à l’Ecole Polytechnique. 2e édition. 1 vol. in-4° de 460 pages. — Paris, Gauthier-Villars, 1884.
- Les Possessions espagnoles du golfe de Guinée. Leur présent et leur avenir, par le lieutenant Sorellà. 1 broch. in-8°. — Paris, A. Lahure, 1884.
- Recherches expérimentales sur les mouvements respiratoires des insectes, par Félix Plateau, membre de l’Académie royale de Belgique. 1 broch. in-4° avec planches. — Bruxelles, F. Ilayez, 1884.
- Les Écoles au moyen âge, par E. Lagrange. Illustrations de Martinus. 1 vol. in-18. — Bruxelles, librairie A. N. Lebègue et Cie.
- Traité élémentaire d'Électricité, par James Clebk Maxwell, publié par W. Garnett. Traduit de l’anglais par Gustave Richard, ingénieur civil des Mines, à Paris, 1 vol. in-8®. — Paris, Gauthier-Villars, 1884.
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- L’ÉMIGRATION AU TONKIN
- Il y a deux moyens de se rendre au Tonkin : 1° à ses frais; 2° comme rationnaire de l’Etat.
- A ses frais : par les Messageries maritimes. — Un départ de Marseille pour Saigon tous les deux dimanches. — Un départ de Saigon, pour les stations de l’Annam et du Tonkin (Quin-Hon, Tou-rane, Chomay-IIué, Haï Pliong) a lieu tous les 14 jours, en correspondance avec l’arrivée du paquebot parti de Marseille.
- Prix du passage, nourriture comprise : pour Saigon: lre classe, 4750 francs; 2e, 1400 francs; oe 700 francs. De Saigon à Ilaïplion : lre classe, 251 francs: 2% 176 fr. 50; 5e, 75 fr. 25. Durée du voyage de Marseille à Saigon, 7245 kilomètres, 51 jours ; de Saigon à Ilaïphon, 580 kilomètres, 4 jours. Indépendamment du prix du voyage et d’un stock de quelques marchandises qu’il pourra emporter, une somme de 20000 francs paraît indispensable au négociant arrivant au Tonkin pour nouer des relations commerciales.
- Comme rationnaire. — La marine accepte à bord de ses transports des émigrants comme rationnâmes au prix de 75 francs par tête, mais jusqu'à Saigon seulement. Le voyage de ce port à tout autre port du Cambodge, de l’Annam ou du Tonkin esta leurs frais. Nous n’engagerons pas les petits commerçants à aller au Tonkin ; ils ne pourraient lutter contre la concurrence des détaillants chinois. De même pour les simples ouvriers. Mais ceux qui sont capables de faire des contre-maîtres peuvent s’y rendre. Sous peu, certainement, d’importants travaux de construction seront entrepris, aussi bien par les administrations militaires ou civiles que par les maisons de commerce et les compagnies industrielles qui s’y établiront. Les contre-maîtres maçons, charpentiers, menuisiers, serruriers, etc., peuvent, croyons-nous, tenter ce voyage, que leur facilitera le ministre de la marine, s’ils lui en font la demande.
- Renseignements complémentaires émanant de négociants retour du Tonkin. Le travail manuel est beaucoup plus facile au Tonkin qu’en Cocliin-chine; le climat y est bien plus varié, et l’Européen peut y travailler sans danger ni excès de fatigue pendant sept à huit mois de l’année, durant lesquels la température est fréquemment la même que dans le Nord de la France au mois de mai.
- Les relations sont très fréquentes entre Ilaï-phong et Ilong-kong, Chang-haï et Canton. Elles le deviennent de plus en plus. Va-et-vient continuel de remorqueurs ou de petits vapeurs entre Haï-phong et Hanoï; — relations télégraphiques avec Saigon, et par Singapore avec l’Europe, la Chine et le Japon; — prix des dépêches, voie Marseille; — Malte, la plus sûre: 8,75 par mot pour Saigon,9,50 pour Hué et 18 francs pour Ilaï-phong. La section de ce port à Hanoï n’est pas encore ouverte officiellement au
- commerce. — Un télégramme met environ deux jours à parvenir en France.
- Il faut arriver de préférence au Tonkin de septembre à fm mars, période sèche pendant laquelle la température reste entre 7° et 15° au-dessus de zéro. D’après M. Millot, il faudrait disposer d’au moins 50 à 60 000 francs de crédit et venir à Ilaï-phong, sans marchandises, voir ce qu’il y a à faire, puis, la situation de la place jugée, faire venir ce qu’il faut. Ce serait, paraît-il, le moyen d’éviter les mécomptes.
- 11 faudrait en outre ne prendre avee soi (pie l’argent indispensable aux frais de voyage jusqu’à Saigon et convertir le reste en un chèque sur la banque de l'Indo-Chine (Paris-Saïgon) : ce qui épargne l’ennui du change, car en Cochinchine comme au Tonkin on compte par piastres, ligatures et sapèques. (Bulletin des renseignements coloniaux.)
- CURIEUX DOCUMENTS MÉTÉOROLOGIQUES
- Les appareils enregistreurs qui remplacent si avantageusement les chiffres notés par un observateur, et qui donnent la continuité des phénomènes, ce que personne si assidu qu’il soit, ne pourrait obtenir en lisant les indications fournies par nos instruments de . mesure, rendent des services considérables aux sciences en général, et à la météorologie en particulier. On ne sait pas généralement que l’idée d'employer pour l’étude des phénomènes aériens, des appareils enregistreurs, remonte à plus d’un siècle. En 1782, le grand navigateur Magellan expérimenta des thermomètres et des baromètres qui enregistraient les modifications auxquels ils étaient soumis sous l'influence des variations atmosphériques. Depuis cette époque, les progrès accomplis dans la construction des appareils ont été considérables, et le nombre des systèmes fonctionnant avec exactitude et régularité est aujourd’hui considérable. Presque tous les observatoires et les stations météorologiqnes sont actuellement pourvus d’instruments enregistreurs, véritables observateurs mécaniques qui ne laissent rien passer d’inaperçu, et qui gardent fidèlement la trace des faits enregistrés.
- Les documents que nous allons publier ici sont les plus frappants témoignages de l’efficacité de ce mode d’observation ; sans les appareils enregistreurs, ils auraient très probablement passé inaperçus. Sans nous étendre plus longuement sur cette question, nous allons aborder de suite l’examen des faits dont il s'agit.
- On n’a pas oublié la terrible catastrophe du détroit -<le la Sonde1 et de l’affaissement qui en résulta, d’une partie de File de Krakatoa au sein de la mer. Le mouvement océanique local fut si intense qu’il balaya les côtes de l’île de Java d’une vague gigantesque,qui anéantit les villes en quelques
- 1 Yoy. Table des matières du précédent volume de La Nature.
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- instants; l’ondulation de l’eau se propagea à la surface de tous les océans et produisit, sur tous les rivages des continents, un mouvement de marée extraordinaire. L’explosion formidable qui précéda la catastrophe, produisit au sein de l’atmosphère des ondulations analogues, et tous les baromètres enregistreurs, dans le monde entier, indiquèrent nettement cette brusque dépression. Lorsque cette ondulation atmosphérique est passée à Paris, le
- 27 août 1883 à lh50/ (dix heures, après l’éruption la plus violente), elle a fait baisser les baromètres de l’Observatoire de plus de 2 millimètres. Cette première oscillation arrivée par l’Est, n’avait mis que dix heures à venir. Mais l’ondulation se répandit cir-culairement dans l’atmosphère tout autour du détroit de la Sonde. Celle qui marchait dans la direction de l’Ouest est à son tour arrivée à Paris, après avoir traversé le Grand Océan, l’Amérique et l’Atlantique à 41,20' du matin dans la nuit du 27 au 28, c’est-à-dire 14h30' après la première. La première ondulation a franchi 11 500 kilomètres en dix heures environ, la seconde
- 28 500 kilomètres en vingt-quatre heures et demie. Après avoir fait une première fois le tour du monde, ces ondulations atmosphériques l’ont fait une seconde et troisième fois, amenant encore des dépressions barométriques à des intervalles de trente-cinq heures environ. Nous avons publié la première mention qui ait été faite de ce phénomène par M. Fœrster, directeur de l’Observatoire de Berlin1, et nous avons donné les observations complémentaires faites à ce sujet par M. Genou ; mais il manquait à nos lecteurs d’avoir sous les yeux la courbe d’un baromètre enregistreur, portant la trace de ce grand cataclysme du 27 août 1883. Nous sommes heureux de pouvoir combler cette lacune; nous devons communication de ce précieux document à 1 obligeance de M. Lecornu,
- 1 Yoy. n° 555 du 15 janvier 1883, p 115.
- de Caen, qui nous l’a adressé avec les lignes suivantes :
- « Je vous envoie le relevé exact de la courbe barométrique obtenue au baromètre inscripteur Richard, installé à l’Observatoire de Sainte-Honorine par la Commission météorologique du Calvados. Cette courbe montre la dépression provenant de l’éruption du Kraka-toa,etqui s’est fait sentir à Sainte-Honorine le mardi 28 août 1883, à 3 heures et demie du matin. La dépression, qui atteint environ lmm,9 dixièmes, se distingue très nettement des autres sinuosités de la courbe et présente bien un aspect tout particulier. Cette courbe m’a été communiquée par M. l’abbé Lebreton, curé de Sainte-Honorine , qui dirige l’Observatoire depuis de longues années. » Le second document que nous avons à communiquer à nos lecteurs, n’a aucun rapport avec le premier, mais il n’en offre pas moins beaucoup d’intérêt : c’est le diagramme de la tempête du 26 janvier 1884 (fig. 2). Les tracés figurés ont été obtenus avec l’anémomètre enregistreur de M. E. Bourdon1, installé depuis deux ans à l’Observatoire de Paris. Les chiffres inférieurs donnent l’intensité du vent en mètre à la seconde ; on peut les lire nettement à la loupe, car nous avons dû réduire considérablement le tracé réel qui a environ une hauteur dépassant de trois fois le format de La Nature; la colonne de gauche donne les heures, de bas en haut; le tracé de droite indique la direction du vent. On observera que de minuit et terni à une heure du matin, la vitesse du vent a atteint 38 mètres à la seconde, et, chose remarquable, la tempête s’est arrêtée tout à coup, pour donner subitement des vitesses de 8 à 10 mètres.On voit encore une fois par ces exemples, combien sont précieux les instruments enregistreurs. Ils sont la base fondamentale de l’observation scientifique. G. T.
- 1 Voir la description de l’appareil, n° 482 du 26 août 1882, p. 194.
- Lundi 27 Août 1883
- Mercredi 29
- Jeudi3o
- Minuit 61? XII1?
- Jk at'o a
- »p ression à S*? Honor in
- e.HiaraU jffé3
- jj : lèi-rj.._
- Fig. 1.— Courbe barométrique il’un baromètre Richard, montrant la dépression produite le 28 août 1883, à la suite de l’éruption du Krakatoa.
- FO- 2.
- Diagramme de la tempête du 26 janvier 1884.
- Tracés obtenus à l’Observatoire de Paris avec l’anémomètre enregistreur de M. Bourdon.
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- LA NATURE.
- UNE
- NOUVELLE APPLICATION DL CAOUTCHOUC
- Si le fer occupe la première place parmi les produits de l’industrie moderne au point de vue de la quantité et du nombre de ses applications, il ne vient cependant qu’a-près le caoutchouc au point de vue de la variété de ses applications.
- Aimez-vous la muscade ? on en a mis partout. Ainsi pourra-t-on dire bientôt du caoutchouc dont la carrière industrielle, bien qu’en-corc fort courte, laisse bien en arrière celle de la plupart des autres matières premières manufacturées.
- L’énumération seule des qualités du caoutchouc suffirait à justifier la diversité de scs applications. 11 possède une élasticité remarquable, et c’esl par milliers que se comptent les usages pour lesquels on le recherche à ce point de vue : bretelles, jarretières, claques de bottines, etc., etc.
- Rappelons à ce propos que le caoutchouc est, sinon le plus léger, du moins le plus puissant ré-servo'ir d’énergie mécanique connu; il se prête le plus facilement à la restitution, sous forme de travail mécanique, de l’énergie qu’on lui a confiée en exerçant une tension, et cette restitution peut se faire en un instant très court. C’est grâce à la légèreté relative du caoutchouc considéré comme accumulateur de travail, et surtout à sa puissance, que l’on a pu mettre en évidence, sur une petite échelle , la justesse du principe du plus lourd que l’air.
- Au point de vue électrique, le caoutchouc isole mieux que la gutta-percha ; c’est l’un des corps les plus isolants connus, sa capacité inductive spécifique est ainsi plus faible que celle de la gutta-percha, et enfin il ne devient pas plastique à une température modérée. Ces propriétés en font un excellent isolant pour les applications électriques : télégraphie sous-marine et souterraine, lumière électrique, transmissions de foree, etc. L’isolement est meilleur et, dans
- les pays chauds, le conducteur ne risque pas de se décentrer, comme cela se produit quelquefois avec la gutta-percha.
- On sait que le caoutchouc s’oxyde par l’exposition à l’air et à la lumière, surtout par les alternatives de sécheresse et d’humidité : en soumettant le caoutchouc à une opération spéciale, appelée vulcanisation, on obtient un produit qui conserve sa souplesse à de basses températures , résiste beaucoup mieux à la chaleur, ne s’oxyde pas à l’air, est plus élastique et absorbe moins l’eau. C’est surtout sous la forme de caoutchouc vulcanisé que scs applications sont nombreuses.
- Le caoutchouc se présente enfin sous une troisième forme, non moins utile, celle d'ébo-nite ou caoutchouc durci, qui joint à sa légèreté et à sa grande résistance électrique, l’avantage de résister aux acides, ce qui le fait employer exclusivement lorsqu’on a besoin de vases de pile ou autres réservoirs légers et peu fragiles. On voit donc que le caoutchouc — nouveau Protée — sait merveilleusement se plier aux exigences, chaque jour plus nombreuses et plus pressantes, de l’industrie moderne.
- Que le lecteur nous pardonne cette digression et ces variations à perte de vue sur les bienfaits et les qualités .du caoutchouc, et nous revenons à l’application nouvelle, curieuse et originale qui fait l’objet de cette note.
- L’idée de l’inventeur, dont le nom n’est malheureusement pas parvenu jusqu’à nous, a été d’utiliser la grande adhérence que présentent un corps mou et un corps dur. Le fait physique lui-mème était connu depuis longtemps, mais non l’application ingénieuse à laquelle il a servi de principe.
- C’est en partant de ce principe que l’inventeur a créé toute une série d’objets domestiques en faïence, porcelaine, verrerie, etc., présentant une grande adhérence avec leur support, et il a obtenu ce résultat fort simplement en ménageant à la partie inférieure de tous les objets de gobcletterie (fig. 2) une
- Fig. 1. — Position que peuvent occuper sans tomber des ustensiles de ménage garnis de caoutchouc.
- Fig. ï.
- Disposition de la garniture en caoutchouc dans une rainure en queue-d’aronde AA ménagée à la partie inférieure de l’objet.
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- rainure AA en forme de queue d’aronde dans laquelle vient sc loger une bande de caoutchouc rouge, variété de caoutchouc vulcanisé, formant une fois posé, une sorte de bourrelet circulaire. Les objets ainsi garnis sont à peu près inversables. On peut en effet les placer sur une table en bois et incliner la table (fig. 1) à 45, à 50 et même 00 degrés sans qu’aucun d’eux ne se renverse. L’application la plus directe et la plus immédiate des propriétés nouvelles acquises par la vaisselle garnie de caoutchouc est évidemment pour le service de la navigation. L’année dernière, à l’Exposition des pêcheries, de Londres, et cette année à l’Exposition d’hygiène, l’inventeur a exposé une petite barque dont le pont est entièrement couvert d’objets de vaisselle ainsi* garnis; il peut imprimera la barque qui flotte dans un bassin les mouvements les plus désordonnés sans qu’aucune pièce du service ne se renverse.
- Tous ceux qui ont voyagé par des gros temps savent quelle impression désagréable et pénible produit la mise du filet sur la table, filet destiné à empêcher les verres et les bouteilles de se renverser. Avec la vaisselle au caoutchouc, le filet devient inutile, et les voyageurs sont dispensés d’une formalité qui coupe l’appétit aux estomacs les plus solides.
- Ajoutons comme avantages accessoires de la vaisselle inversable que la bande de caoutchouc permet d’effectuer le service avec moins de bruit et qu’on risque moins de briser les objets en les posant brusquement sur la table. Aussi construit-on utilement des cuvettes et des pots à eau disposés de la même façon.
- ^ Les malades au lit, qui mangent sur une planche posée plus ou moins horizontalement en travers du lit, les enfants qui renversent si facilement verres et bouteilles, pourront aussi faire usage de la vaisselle inversable. 11 y a donc là une application simple, ingénieuse et utile que nous avons cru devoir présenter à nos lecteurs, en dépit de son apparence futile.
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- CHRONIQUE
- Éclairage électrique domestique. —L’éclairage électrique des bals et des soirées, très à la mode eu Angleterre, a donné lieu de l’autre côté du détroit à une nouvelle industrie. Dans la journée, des ouvriers viennent poser les fds temporaires et fixer en position les lampes et l’appareillage nécessaire, laissant passer par une fenêtre ou ouverture quelconque les deux fils qui doivent être reliés à la source d’électricité. Dans la soirée arrive un camion chargé d’accumulateurs. La connexion est établie au moyen de deux raccords, et l’éclairage prêt à fonctionner. Sir Daniel Cooper donnait, il y a quelques mois, un bal éclairé dans ces conditions, et plus récemment, une soirée à laquelle étaient invitées les sommités de la science électrique. Sir D. Cooper est le président de la Compagnie exploitant les accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar. A l’occasion de cette soirée, 60 accumulateurs d’un type récent avaient été expédiés, la veille, tout chargés, et installés dans l’écurie ; ils alimentaient
- 126 lampes Swan de 20 candies, distribuées dans toutes les pièces, passages, etc., de l'immense hôtel. L’effet était des plus agréables, et l’éclairage des plus réussis. De nombreux appareils scientifiques, principalement électriques étaient exposés, rendant cette soirée particulièrement attrayante pour les distingués invités. Comme nous le disions en commençant, ce système d’éclairage devient tout à fait à la mode, et, la semaine dernière, l’habitation d’une grande dame était éclairée à giorno à l’occasion de deux soirées dansantes, données au milieu des plus fortes chaleurs que nous venons de traverser. La température était des plus confortables et peut-être moins élevée que celle qui aurait résulté d’un éclairage au gaz par une soirée d’hiver. Les lampes, du type Woodhouse etRawson, étaient alimentées par 50 accumulateurs Faure.
- Mines de strontiane. — On exploite aujourd’hui, outre celles de la Westphalie, dés mines de célesline et de strontianite à Pschovvet Krzischowitz, en Haute Silésie, découvertes en juillet et août 1882 par le professeur Hauenschild, qui avait exécuté à ce sujet des fouilles, des perforations et des analyses. Le minerai trouvé se compose de sulfate de strontiane (célestine) et de carbonate à l’état parfois très pur. La plupart des gisements s’étendent à la surface du sol et se prêtent ainsi au travail en plein jour, relativement très économique. Une autre Compagnie, la Société par actions pour l’extraction de la strontiane, dont le siège est à Cologne, est déjà relativement ancienne : pour l’andée 1885, elle a distribué un dividende de 46 450 francs, représentant 4 p. 100 des fonds engagés. La vente de strontianite a été de 17 512 quintaux en 1885 et de 8715 en 1882. L’incertitude qui, planait sur la question de l’impôt éventuel dont serait frappé le sucre extrait des mélasses n’a pas été favorable au développement de l’emploi de la strontiane. On sait, en effet, que le travail à la strontiane, comme les similaires, n’est réellement rémunérateur qu’à la condition de s’appliquer à l’extraction d’un sucre indemne de droits.
- lies fonderies d’Essen. — On sait quelle est l’importance de la grande fonderie de canons de M. Krupp, à Essen ; une statistique qui vient d’être publiée en Allemagne, nous donne à ce sujet des chiffres d’un grand intérêt. C’est, en effet, à l’usine Krupp que s’alimente l’année allemande, et que s’approvisionnent en tout ou en partie, plusieurs autres nations, fin 1860, les fonderies d’Essen n’occupaient encore que 1764 ouvriers; eu 1870, le nombre des ouvriers occupés dans les ateliers de M. Krupp était de 7084, et aujourd’hui il est de 20 000 environ. Si l’on compte les femmes et les enfants de ces ouvriers, on arrive au chiffre de 65581 individus, dont 29 0000 habitent dans des maisons appartenant à M. Krupp, Actuellement le grand établissement de M. Krupp comprend huit sections : 1° les ateliers d’Essen; 2° trois charbonnages à Essen et Bochum ; 5° cinq cent quarante-sept mines de fer en Allemagne; plusieurs mines de fer dans le nord de l’Espagne, aux environs de Bilbao; 5° les hauts fourneaux; 6° un emplacement de 17 kilomètres à Meppen, consacré à des expériences de tir au canon; 7° d’autres emplacements d’une longueur de 7 kilomètres et 1/2; 8° enfin, quatre bâtiments à vapeur pour les transports maritimes. Le nombre des hauts fourneaux en exploitation est de onze; celui des autres fourneaux de 1542 ; il y a, dans ces divers établissements, 459 chaudières à vapeur, 82 marteaux à vapeur et 350 machines à vapeur représentant une force de 185000 chevaux. A
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- Essen seulement, les travaux exigent 59 kilomètres de rails, 28 locomotives, 888 wagons, 69 chevaux, 191 kilomètres de lignes télégraphiques, 55 stations et 55 appareils Morse. On peut dire sans aucune exagération que cet établissement est l’un des plus importants du monde entier.
- Application électrique de l'iridium. — Dans une communication à la Société américaine des Ingénieurs des mines, M. Dudley a résumé les nouvelles applications, encore fort peu connues, que les électriciens pouvaient faire de l’iridium.
- Placé comme électrode négative dans l’arc électrique, l’iridium possède cette propriété de conserver à ce pôle toujours la même forme et de résister à la haute température de l’arc ; mais comme il devient malléable par la chaleur, il faut qu’il soit préservé des chocs du charbon positif, qui, par leur répétition, arriveraient à le déformer. Ces crayons d’iridium se fabriquent en plaçant à l’extrémité d’une tige de laiton un morceau de ce métal, long d’environ lm,25 centimètres et purifié de toute trace de phosphore. 11 est en effet reconnu qu’à cette distance de l’arc, le laiton ne souffre pas de la température élevée du foyer électrique. 11 est cependant préférable, pour éviter tout accident, de mettre un petit dé de platine entre l’iridium et le laiton.
- Une autre application fort importante consiste dans la fabrication des contacts électriques. Ces contacts sont faits maintenant avec des fils de cuivre, garnis d’iridium à leur extrémité. Ils présentent sur les anciens contacts en platine, l’avantage d’être à l’abri de toute oxydation ; il suffit pour les entretenir en bon état de les frotter avec de la poudre d’émeri.
- On est en outre arrivé à déposer l’iridium par l’élec-trolyse ; on a ainsi obtenu des objets d’un aspect très brillant et résistant parfaitement à l’action des acides. Mais le procédé exige encore certaines études expérimentales avant d’être adopté par l’industrie. 11 est probable que les essais ultérieurs de M. Dudley résoudront prochainement la question.
- Influence de l'altitude sur la respiration. —
- M. le Dr W.Marcet a présenté, à la Société de physique ét d'histoire naturelle de Genève, quelques résultats de travaux qu’il a entrepris sur le Righi pendant l’été 1885, au sujet de l’influence exercée par l’altitude sur la respiration. La quantité absolue d’acide carbonique expiré est en général plus élevée sur les hauteurs que dans la plaine, ce qui doit être attribué, apparemment, à l’abaissement de la température et à l’augmentation de l’appétit plutôt qu’à un effet direct de raréfaction de l’air. M. Marcet a reconnu, de plus, que le rapport de l’acide carbonique formé à l’air expiré, augmente lorsqu’on s’élève ; c’est-à-dire qu’il faut respirer un poids d’air moins considéi’able sur la montagne que dans la plaine pour produire la même quantité d’acide carbonique. C’est probablement là la cause salutaire qu’exerce la montagne sur les maladies de poitrine. Ces résultats confirment ceux qu’il a obtenus précédemment.
- Éruption de l’Etna et du Vésuve. — Dans deux savants mémoires, publiés en Italie, M. Mercalli a donné récemment la description des dernières éruptions de l’Etna, du Vésuve, du Stromboli et de la Fossa di Yul-cano. A cette description, sont jointes quelques remarques plus générales sur le fait que les éruptions latérales consécutives de l’Etna et de beaucoup d’autres volcans se produisent presque toujours sur une même génératrice du cône de la montagne, ou bien sur deux génératrices
- opposées, comme si chaque éruption préparait plus ou moins la voie de l’éruption suivante. L’auteur insiste aussi sur le synchronisme remarquable que l’on peut observer dans l’activité de ces divers volcans, et surtout de l’Etna et du Stromboli. Tous ont présenté une recrudescence d’activité aux environs de l’époque du tremblement de terre d’ischia, que l’auteur, nous l’avons dit plus haut, considère lui-même comme une tentative d'éruption avortée.
- Les Indiens aux États-Unis. — Le nombre des Indiens qui vivent en dehors du territoire indien sont au nombre de 200 000. La moitié de ces Indiens s’habillent comme les blancs; 25000 parlent anglais, et 56 000 familles habitent des fermes. Les cinq tribus du territoire indien forment un tiers de toute la population indienne des Etats-Unis. La tribu des Oumatillas, dans l’Orégon, habite sur la frontière du pays de Oualla-Oualla, renommé pour la culture des céréales. Il arrive que souvent un agriculteur se marie avec une femme indienne, et qu’il cultive alors les terres qu’elle possède, auxquelles il fait rapporter de bonnes récoltes ; les enfants qui naissent de leur union deviennent des propriétaires fonciers aisés; car sur un grand( nombre de ces réserves le terrain vaut 50 dollars l’acre, et le transport des produits est facilité par le passage d’un chemin de fer.
- La treizième session de Y Association française, pour l'avancement des sciences a été ouverte à Blois le jeudi 4 septembre 1884, sous la présidence de M. Bouquet de la Grye, de l’Institut. Nous parlerons du Congrès scientifique de Blois dans une de nos prochaines livraisons.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er septembre 1884.— Présidence de M. Rolland.
- Astronomie. — M. Tisserand reprend la théorie de la figure des planètes par la méthode analytique due à Clai-raut. — M. Borelli a découvert à l’observatoire de Marseille, pendant la nuit du 28 au 29 août dernier, la 240° petite planète. — M. Forel a déjà signalé l’apparence insolite des régions du ciel entourant le soleil. Dans le but de mieux étudier ces phénomènes lumineux, il a entrepris plusieurs ascensions en montagne. Il a pu constater la persistance du phénomène à des altitudes variant entre 650 mètres et 5000 mètres. M. Forel prie les aéronautes de porter leur attention vers le même sujet durant leurs ascensions aérostatiques.
- Physique. — M. Decharme assimile les anneaux électro-chimiques avec des anneaux qu’il obtient en interposant une plaque de métal dans la flamme d’un brûleur de Bünsen. M. Decharme appelle les anneaux ainsi obtenus « anneaux thermiques ». Il ne justifie point d’ailleurs l’assimilation qu’il propose.
- Aéroslation. — A propos des nombreuses réclamations de priorité au sujet de la direction des ballons, parvenues à l’Académie, M. le colonel Laussedat mentionne d’inté-ressauts travaux qu’il a eu l’occasion d’étudier alors qu’il s’occupait d’aérostation. Ces travaux déjà fort anciens appartiennent au général Meusnier, à Conté et Alcan. Le général Meusnier a indiqué la forme allongée pour le ballon,
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- LA NATURE.
- l’emploi de l’hélice comme agent de propulsion et enfin l’usage d’une poche à air, comme organe de régulation de la montée ou de la descente. 11 est à remarquer que le général Meusnier utilise l’hélice bien avant que Sauvage ait eu l’idée de l’appliquer à la navigation.
- Les indications de Conté sont relatives à la construction des ballons. Sous la première République il avait appliqué un système de télégraphie optique, grâce auquel il pouvait transmettre une dépêche de l’intérieur de la nacelle à un point distant de plusieurs kilomètres. Alcan enfin a, le ptemier, proposé vers 1840 la construction d’un aérostat de grande dimension, muni d’une hélice mue par une.ma-chine à vapeur.
- ,Télégraphie. — M. Faye annonce que M. Adams a réussi a relier File Maurice à l’île de la Réunion au moyen de la télégraphie optique. M. Adams avait longtemps poursuivi la communication des deux iles à l’aide d un câble. Le gouvernement français ayant décidément refusé sa coopération à une œuvre trop coûteuse,
- M. Adams a songé à tirer parti des belles expériences de transmission lumineuse réalisées par-dessus la Méditerranée, entre la France et l’Espagne, par M. le colonel Perrier, dans un autre but purement scientifique.
- La distance franchie n’était pas de moins de 500 kilomètres. C’est en faisant usage du même appareil (le collimateur optique du colonel Mangin), que M.
- Adams a pu apercevoir, de l’ile de la Réunion, la lumière de l’ile Maurice. La source lumineuse employée était une lampe à pétrole placée au foyer du collimateur. On a pu, par l’échange des signaux lumineux de la télégraphie optique, transmettre une dépêche entre les deux îles. M. Adams installe son poste à une altitude de 650 mètres. Le rayon lumineux passe à 100 mètres au-dessus de la mer. Grâce aux efforts persévérants de M. Adams, un personnel va être dressé et un service régulier pourra fonctionner entre les deux iles. La communication est précieuse au point de vue de la prévision des tempêtes sur les côtes de la Réunion. On sait de plus que l’île Maurice est reliée par un câble.
- Varia. — M. Bcrthelot lit un mémoire sur la marche de la végétation dans les [liantes annuelles. — M. Becquerel donne les longueurs d’onde des principales raies du spectre solaire. — MM. Paris et Bouquet de la Gi ye, chargés de prendre des nouvelles de M. Dupuy de Lomé, annoncent que l’étai de santé de l’illustre ingénieur est très amélioré. Stanislas Meunier.
- GRAISSEUR A ÉCLAIRAGE
- Tous ceux qui se sont plus ou moins occupés de mécanique pratique, et ont eu à graisser des machines pendant la nuit, savent combien c’est là une manœuvre incertaine, difficile, quel gaspillage d’huile elle entraîne, et combien elle présente de dangers.
- Il est cependant impossible d’échapper à cette nécessité, et le graissage de nuit est tout au moins aussi utile que le graissage de jour; pour les locomotives en particulier, il est absolument indispensable. Ordinairement, on se contentait jusqu’ici de prendre une lampe ou une lanterne d'une main et la burette à l’huile de l’autre, mais on avait ainsi les deux mains embarrassées, et par suite une plus grande difficulté à circuler sur la machine.
- Un Américain, M. Cook, esprit pratique comme celui de la plupart des Américains , a eu l’idée de réunir en une seule pièce,la lanterne et la burette. En s’aidant de la ligure ci-contre, qui représente l’appareil complet , en train de fonctionner pour le graissage d’une tête de bielle de locomotive, il ne sera pas difficile d’en comprendre les dispositions.
- La lampe, une simple lampe à mèche plate, sans, verre, brûle de l’huile de colza ou de spormaceti, ce qui évite toute chance d’explosion ; une lentille placée à l’avant concentre le faisceau lumineux sur l’extrémité du bec graisseur. Le flux d’huile est réglé par la pression du pouce agissant sur un bouton placé à l’arrière de la burette : de sorte que pas une goutte d’huile ne peut échapper, tant que le bouton est abandonné à lui-même. La lampe et la burette ne sont pas solidaires; on peut les séparer et se servir isolément de l’une et de l’autre suivant les besoins; leur réunion se fait très simplement au moment de la mise en service à l’aide d’une gâchette ingénieusement disposée. S’il n’y a pas là une grande invention, il y a du moins une application pratique et utile, digne d’être signalée.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier
- ISurelto-graisseur à éclairage de M. Cook.
- Imprimerie A. Lalture, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 580. — 15 SEPTEMBRE 1884.
- LA NATURE.
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- LE RÉSEAU
- DE TÉLÉGRAPHIE PNEUMATIQUE
- A PARIS
- Le système des tubes pneumatiques dont rétablissement remonte à l’année 1867, n’avait au 1er jan-
- vier 1878 qu’un développement de 55 kilomètres, ce qui représentait, depuis l’origine, une moyenne de 2692 mètres de tubes posés par an. 11 y a actuellement une longueur totale de 140 kilomètres, auxquels on doit ajouter 20 kilomètres de canalisation qui assurent la communication avec les centres de force. 11 comprend un réseau principal à double voie, auquel viennent aboutir 72 réseaux secondaires avec
- Nouveau système de tubes pneumatiques au Bureau central des télégraphes, à Paris.
- divers embranchements, plus une voie directe entre le Poste central et la Bourse.
- Le nombre des bureaux ouverts au service des tubes est de 75, y compris ceux de la Chambre des Députés et du Sénat.
- Les 140 kilomètres de lignes sont desservis par 8 postes de machines à vapeur, ayant une force totale de 515 chevaux. 4 moteurs auxiliaires à eau peuvent en outre être utilisés éventuellement.
- Les trains circulent toutes les trois minutes sur 12° année. — 2e ^mestre.
- la ligne directe du Poste central à la Bourse, toutes les cinq minutes sur le réseau principal et sur les réseaux secondaires, et tous les quarts d’heure seulement sur quelques embranchements.
- Les lignes sont constituées par des tubes de 65 millimètres de diamètre intérieur, parfaitement alésés, de façon à ne présenter aucune saillie pouvant gêner la circulation des curseurs.
- Les boîtes ou curseurs circulent dans les tubes sous l’action de l’air comprimé (ou rarélié) produit
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- LA NATURE.
- par des pompes spéciales qui ont été décrites précédemment dans les excellents articles publiés ici même par notre regretté collaborateur et ami Charles Bontemps1.
- Les dépêches étant introduites dans la boîte, celle-ci est fermée au moyen d’un étui en cuir qui la recouvre presque entièrement.
- La dernière boite de chaque train porte à sa partie postérieure une sorte de collerette formée d’une rondelle en cuir flexible de 80 millimètres de diamètre, dont les bords venant se replier contre les parois,,du tube par l’effet même de la pression qu’ils supportent, réalisent une obstruction complète du tube sans gêner le mouvement du curseur. Une boîte munie d’une pareille collerette prend le nom de boîte-piston et joue le rôle de la locomotive dans les chemins de fer, tandis que les boîtes simples sont assimilables aux wagons. 11 y a cependant cette différence que, lorsque les voyageurs, c’est-à-dire les dépêches, ne sont pas très nombreuses c’est la locomotive elle-même qui les amène à destination. Chaque boîte peut contenir une vingtaine de plis.
- Les appareils dont nous donnons le dessin servent de gares à nos trains ; comme dans la plupart des gares, il y a le côté d’arrivée et le côté du départ. Les appareils d’un même réseau sont, ainsi groupés deux à deux, mais ils sont d’ailleurs exactement semblables afin qu’on puisse au besoin intervertir le sens de la marche des trains. Us sont composés essentiellement d’un tube vertical auquel aboutit la ligne, terminé par une chambre carrée dont la. face antérieure présente uqc porte fermant hermétiquement; c’est par cette porte que l’on introduit les boîtes dans la ligne, ou qu’on les reçoit à l’arrivée. Les tuyaux courbés que l’on aperçoit, de part et d’autre du tube central de chaque appareil, servent à mettre la ligne en relation avec le vide ou la pression au moyen des robinets que l’on manœuvre par un petit volant. Les gros tubes collecteurs placés horizontalement communiquent par des canalisations avec les réservoirs dans lesquels le jeu des pompes renouvelle constamment la provision d’air comprimé, ou raréfié. Enfin, dans le cas où une boîte arrivée dans un appareil doit repartir par l’appareil voisin sans emprunter le vide ou la pression dans le poste même (c’est ce qui a lieu dans tous les bureaux intermédiaires qui ne sont pas reliés directement à un centre de forces), il faut que l’air comprimé ou raréfié puisse traverser le poste pour pousser le train vers les stations suivantes. On relie alors les deux chambres qui constituent les têtes l’appareil, en ouvrant un robinet placé sur un tuyau de jonction situé en arrière.
- Il pourrait arriver qu’une boîte parvenue jusqu’à la tête de l’appareil retombât dans la Ligne : pour éviter cet accident, aussitôt qu’un train est arrivé, ce dont on est averti par le bruit du choc qui se
- 1 Voy. 1873, 1™ année. La télégra-phie atmosphérique, p. 195, 212 et 232;
- produit, l’agent « tubiste » obture la ligne au moyen d’une valve, qui se manœuvre par un levier placé sous sa main. Dans la figure ci-contre les trois appareils de gauche ont leurs valves fermées, c’est-à-dire sont isolés de leurs lignes; le quatrième seul est dans la position de réception ou d’envoi.
- Le jeu des valves est utile également pour empêcher l’air comprimé ou raréfié qui remplit la ligne an moment de l’arrivée d’un train de se perdre à l'atmosphère lorsqu’on ouvre la porte de l’appareil.
- La figure montre encore plusieurs accessoires indispensables. Les manomètres indiquent à chaque instant le degré de pression ou de vide : l’examen attentif de la marche de l’aiguille sur le cadran, révèle nettement à un agent expérimenté les irrégularités qui peuvent se produire dans la course du « piston». — Un manipulateur placé au-dessus de la porte, et une sonnerie surmontant le « chapeau » de l’appareil, servent à l’échange des signaux électriques de réception et d’envoi. — Enfin une série de gaines en tôle servent à renfermer des curseurs de rechange.
- La vitesse des curseurs varie avec la longueur des lignes et avec la grandeur de la force qui détermine leur mouvement. Dans des conditions favorables, c’est-à-dire sur des lignes très courtes, et avec .une différence de pression de 40 centimètres de mercure, cette vitesse peut atteindre 1 kilomètre par minute. Le réseau pneumatique de Paris sera terminé cette année, et bientôt les cartes télégrammes circuleront dans tous les arrondissements.
- Charles Bontemps, dont nous venons de prononcer le nom, n’aura pas vu l’achèvement de son œuvre commencée depuis dix-huit ans; mais cette œuvre demeurera la sienne, car c’est d’après ses plans que les derniers travaux seront exécutés.
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- LES TRANSPORTS MILITAIRES
- PAR CHEMINS DE FER
- l,es chemins de fer sont surtout remarquables par la facilité extraordinaire avec laquelle ils se prêtent au transport rapide de masses considérables de voyageurs ou de matériaux à des distances quelconques : aussi cette propriété les rend-elle précieux aii point de vue militaire pour la mobilisation et la concentration des troupes, pour le transport des chevaux et du matériel de guerre, enfin comme moyen de ravitaillement et d’évacuation des blessés.
- Le caractère distinctif des équipages de siège modernes, c’est de se composer de masses indivisibles colossales. Autrefois, il était possible, en fractionnant convenablement le matériel, de l’amener peu à peu sur le théâtre des opérations, soit par les routes ordinaires, soit par tout autre moyen ; mais, aujourd’hui, ce mode de transport serait radicalement impraticable, étant donné le poids des engins modernes, et les chemins de fer seuls sont capables de mener à bien l’entreprise, dans les con-
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- LA NATURE.
- ditions de célérité indispensables, grâce à leur puissance de traction considérable. Pour montrer l’impossibilité absolue qu’il y aurait à effectuer le transport et l’approvisionnement d’un parc de siège par des charrois et sur les routes ordinaires, même dans les hypothèses les plus favorables sur le nombre et la qualité des chaussées, et sur l’aboq-dance des ressources en véhicules et animaux de trait, qu’il nous suffise de citer quelques chiffres relatifs aux sièges de Strasbourg, de Paris et de Belfort, pendant la guerre de 1870-71. A Strasbourg, l’ennemi disposait de 573 pièces, qui ont lancé environ 200 000 projectiles pesant ensemble 4000 tonnes; — à Paris, l’assiégeant a mis en batterie 440 pièces, qui ont lancé 250 000 projee-iles pesant ensemble 5000 tonnes; — enfin, à Belfort, les Allemands avaient 228 pièces, et n’ont pas lancé sur la ville moins de 410 000 projectiles, dont le poids total a été de 8000 tonnes environ. Quelle que soit l’importance de ces chiffres, on voit qu’ils ne comprennent pas le poids du matériel proprement dit, pièces, affûts, caissons, attirails, etc. D’ailleurs, il y a lieu de remarquer que les guerres de l’avenir nous réservent sans doute des chiffres encore plus importants, car, d’une part, ces trois sièges n’ont pas été poussés jusqu’au bout, et, d’un autre côté, lorsque toutes les places auront été pourvues d’un outillage en rapport avec les exigences actuelles, le travail destructeur de l'assiégeant devra être beaucoup plus considérable.
- Ces diverses considérations, qui donnent aux chemins de fer une haute valeur stratégique, ont fait décider la création d’une Commission militaire supérieure chargée, sous la présidence du général de division Saget, d’étudier les moyens d’utiliser le mieux possible les voies ferrées pour les transports militaires. Celte Commission a présenté un projet de règlement qui a été sanctionné par un décret présidentiel du 1er juillet 1874, et complété par un nouveau décret du 27 janvier 1877 : c’est ce règlement qui est actuellement en vigueur.
- Les transports militaires par chemins de fer se divisent en deux catégories bien distinctes, les transports ordinaires et les transports stratégiques.
- • Les transports ordinaires sont ceux qui ont lieu à l’intérieur de la France, et qui peuvent être exécutés sans apporter aucun trouble à l’exploitation commerciale des chemins de fer. Ils comprennent, en temps de paix : 1° Le transport des militaires et marins voyageant isolément ; — 2° Le transport des troupes et de leur matériel par les trains ordinaires de l’exploitation: — 3° Le transport des troupes et du matériel qui les accompagne par des trains spéciaux ajoutés à ceux du service journalier des chemins de fer, avec marches subordonnées à celles des trains commerciaux ; — 4° Les transports du matériel, denrées et approvisionnements de toute nature.
- Les militaires et marins voyageant en corps ou isolément ne sont assujettis, eux, leurs chevaux et leurs bagages, qu’au quart de la taxe du tarif fixé
- par le cahier des charges, sur les lignes d’intérêt général, sur tout le réseau de l’Etat, et sur quelques lignes d’intérêt local (soit 0f,028 par kilomètre en 1re classe, 0f,021 en 2e classe, et 0f,0154 en 3e classe); — sur la plupart des lignes d’intérêt local, ils payent la moitié du tarif (soit 0f,056 par kilomètre en lre classe, 0f,042 en 2e classe, et 0f,0308 en 3e classe) ; — enfin, sur quelques-unes, ils ne sont transportés qu’au plein tarif (soit 0f,H2 par kilomètre en lru classe, 0fr,084 en 2e classe, et 0f,0616 en 3e classe).
- Les transports stratégiques sont ceux qui ont pour objet la concentration rapide de grandes masses de troupes et de matériel sur un ou plusieurs points déterminés, transports qui nécessitent généralement l'emploi de tout ou partie des ressources en matériel et en personnel des Compagnies de chemins de fer, et qui ont pour conséquence de restreindre ou de supprimer complètement le service ordinaire.
- En cas de besoin, le gouvernement peut acquérir la totalité des moyens de transport dont dispose une
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- Fig. 1. — Bancs mobiles. — Fig. 2. — Wagon aménagé avec des bancs mobiles. — Coupe transversale.
- Compagnie. Cette réquisition est notifiée aux Compagnies par un arrêté spécial du Ministre des Travaux publics. Dans ce cas, le prix des transports militaires s’élève du quart à la moitié des taxes normales, tant pour les hommes que pour le matériel militaire ou naval, en deçà de la base d’opérations ; au delà de cette base d’opérations, il n’est dû aux Compagnies que la taxe de péage fixée conformément au cahier des charges.
- Les troupes de toutes armes sont exercées en temps de paix l’embarquement et au débarquement sur les voies ferrées, de jour et de nuit. A cet effet, des quais spéciaux ont été construits dans les principales villes de garnison, soit à proximité des gares, soit sur des embranchements militaires particuliers reliant les magasins de la place au chemin de fer, et les Compagnies prêtent leur concours à ces exercices en fournissant de temps en temps des trains de matériel vide.
- 1° Transports ordinaires. — Le ministre de la guerre et les généraux commandant en chef ont seuls qualité pour ordonner que les corps ou déta*
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- LA NATURE.
- elicments et le matériel qui les accompagne voyagent par chemins de fer. Les demandes de trains et avis de transport adressés par ces autorités aux Compagnies de chemins de fer sont obligatoires pour ces dernières.
- Les militaires isolés voyagent dans les trains ordinaires de l’exploitation; mais, afin d’éviter les inconvénients qui peuvent résulter de l'insuffisance des trains et de l’encombrement des gares, au moment de l’appel des jeunes soldats, de l’appel ou du renvoi des réserves, de la libération des classes, du départ et du retour des semestriers, l’autorité militaire avise les Compagnies de chemins de fer, autant
- que possible, 24 heures à l’avance, en indiquant le nombre des militaires à mettre en route dans chaque direction. Tout détachement est pourvu d’une feuille de route collective. Son chef est, en outre, porteur de bons de chemins de fer.
- Lorsqu’il s’agit d’un transport peu important et que les hommes, les chevaux, les bagages et les voitures à transporter n’exigent pas l'emploi de plus dc-buit véhicules, l’autorité militaire peut se servir, au même titre que le public, des trains ordinaires de l’exploitation renfermant des voitures de toutes classes ; mais si l'addition de ces véhicules conduit à une composition de train supérieure à la compo-
- l'ig. 5. — Transports militaires. Wagon aménagé avec des bancs mobiles. — Coupe longitudinale.
- silion normale (24 voitures au maximum), la Compagnie double le train sans qu’il en résulte pour l’Administration de la guerre l’obligation de payer un train spécial. En général, l’expédition de tout déta-’chement de plus de cinquante hommes, ainsi que de tout détachement ayant des chevaux ou des voitures doit être demandée à la gare de départ vingt-quatre heures au moins avant l’heure fixée pour son embarquement ; le détachement ne se rend à la gare que sur l’avis donné par cette dernière que le départ est assuré. Dès que les Compagnies ont accepté de transporter un détachement, elles ne peuvent le scinder en route pour le répartir dans des trains différents.
- Lorsque le nombre de véhicules nécessaires pour le transport est supérieur à huit, l’autorité militaire
- qui donne l’ordre de mouvement est dans l’obligation de requérir un train spécial.
- Dans tous les cas, les mouvements de troupes effectués à l’intérieur des gares doivent être exécutés en ordre militaire, sous la responsabilité des chefs de détachements.
- Les trains spéciaux pour les transports de troupes et de matériel se divisent en deux catégories : 1° les trains spéciaux dits facultatifs militaires, prévus par les livrets de marche des trains et marchant à la vitesse de 20 à 50 kilomètres à l’heure; 2° les trains spéciaux extraordinaires. Les trains facultatifs militaires doivent être demandés aux Compagnies six heures à l’avance si le train prévu sur le réseau d’une seule Compagnie ne doit emprunter que des lignes à double voie, et vingt-
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- quatre heures à l’avance si le train doit partir d’une station autre que celles indiquées comme points de départ des trains facultatifs militaires, ou si ce train doit emprunter des sections à voie unique, ou enfin si ce train doit emprunter le réseau de deux Compagnies dif-férenles.
- En général les voitures de première classe sont réservées aux officiers supérieurs; les voitures de deuxième classe, aux officiers inférieurs, les sous-officiers et la troupe voyagent dans les voitures de troisième classe.
- Dans les transports de troupes importants, transports stratégiques, convocation des réserves et de l’armée territoriale, etc., les sous - officiers et la troupe peuvent être embarqués dans des wagons à marchandises couverts, si le nombre des voitures à voyageurs est insuffisant. Des dispositions sont [irises pour que tous les hommes embarqués puissent être assis simultanément, c’est-à-dire que huit lianes mobiles en bois (fig. 1 et 2) sont installés à l'intérieur dans le sens de la longueur du wagon. Les frais résultant de cet aménagement sont à la charge de l’Administration de la guerre; mais les Compagnies ont à veiller à la conservation et à l’entretien des planches, supports et agrès installés dans les wagons.
- Les mêmes wagons sont aussi utilisés pour le transport des chevaux de la cavalerie et de l’artillerie.
- L’éclairage des wagons à marchandises aménagés pour les transports de troupes est assuré au moyen de lampes accrochées à l’intérieur, et qui ne peuvent être ouvertes qu’au moyen d’une clef spéciale, ce qui enlève aux mili-
- taires transportés la possibilité de les éteindre ou de commettre une maladre se quelconque. D’autre part, tous ces wagons ont été pourvus de marchepieds, qui en facilitent considérablement l’accès.
- Les Compagnies de chemins de L r font inscrire sur chaque paroi longitudinale du wagon, dansun cartouche disposé à cet effet, le nombre d'hommes ou de chevaux que ce wagon peut contenir. La contenance est ordinairement de 52 hommes ou 8 chevaux. Le chiffre de 52 hommes est applicable sans réduction aux hommes de l’infanterie (fie. 5) et de
- la cavalerie lé-gère ; pour les autres armes, c’est-à-dire pour lev génie, la gendarmerie, la cavalerie de réserve ou de ligne, l’artillerie et le train des équipages militaires, il est diminué d’un cinquième. Quant au chiffre de 8 chevaux, il ne s'applique sans réduction qu’aux chevaux de la cavalerie légère, de la cavalerie de ligue, de l’artillerie, du train des équipages militaires, et auS chevaux de trait; il est réduit à fi pour les chevaux de la cavalerie de réserve (cuirassiers et gendarmes).
- Lu règle générale, les chevaux de l’armée sont placés dans les wagons dans le sens parallèle à la voie, c’est-à-dire en long (fig. 4, 5, et. 6), à raison de 6 chevaux de cavalerie de réserve (cui -ra-siers et gendarmes) par wagon, ou de 8 chevaux pour les autres armes. Les selles et les sacs d’avoine sont rangés dans les wagons oii se trouvent les chevaux. Lorsque les wagons ne portent pas l’indication du nombre de chevaux qu'ils peuvent reufermer, rembarquement se fait dans le sens perpendiculaire à la voie, et on calcule la eon-
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- tenance d’après des données moyennes. Les bagages des corps sont chargés dans les fourgons employés à cet usage dans le service de l’exploitation, ou, à défaut, daus des wagons couverts à marchandises.
- Les voitures d’artillerie, les équipages militaires, les équipages de pont et généralement toutes les voitures employées par l’armée sont chargées sur des wagons plats. Des règles militaires spéciales, dans le détail desquelles nous n’avons pas à entrer ici, font connaître le nombre de véhicules à placer sur chaque wagon et les mesures à prendre pour chaque nature de véhicules.
- Les wagons employés pour le transport des approvisionnements de l’armée sont ceux employés pour les transports ordinaires de marchandises. Les wagons découverts sont munis de bâches ou prélarts pour abriter les denrées et matières qui craignent la mouille.
- Enfin des précautions toutes spéciales sont prescrites pour l’expédition et le transport des poudres et matières explosibles.
- Fig. 7. — Rampe mobile en charpente. Chargement par côté.
- Les trains militaires dans la composition desquels il n’entre que quatre voitures à voyageurs sont, au point de vue du nombre total des véhicules, considérés comme trains de marchandises, c’est-à-dire qu’ils peuvent se composer, au maximum, de 80 wagons. Lorsqu’ils comprennent plus de quatre voitures à.voyageurs, le nombre total des véhicules ne doit pas dépasser 50.
- Pour l’embarquement et le débarquement des chevaux et des voitures sur un quai, on emploie des ponts volants assez solides pour qu’ils ne fléchissent pas sous le poids des chevaux ou des voitures, et raccordant par une pente douce le plancher des wagons avec le terre-plein du quai ou les wagons plats entre eux. Pour l’embarquement ou le débarquement des chevaux sur un point quelconque de la voie, on emploie une rampe mobile que l’on place devant l’ouverture du wagon dont elle arase le plancher par une des ses extrémités, tandis que, de l'autre, elle repose sur le sol. L’embarquement et le débarquement du matériel en pleine voie se font 'a l’aide de longrines (fig. 7 et 8). Les ponts volants sont fournis par les Compagnies de chemins de fer, qui en possèdent poiir leur usage journalier; les rampes mobiles et les longrines sont fournies par le département de la Guerre.
- Les relations générales des agents de l’exploitation avec le chef de la troupe embarquée reposent sur l’observation d’un double principe qui a pour but d’éviter les conflits : les agents de l’exploitation
- n’ont à s’immiscer dans aucune question de discipline militaire, et le chef de la troupe embarquée ne doit intervenir en rien dans tout ce qui constitue les opérations techniques de formation et de conduite du train. L’embarquement au départ, comme le débarquement à l’arrivée, s’effectuent sous les ordres du chef de détachement, conformément aux règles militaires. Mais une fois l’embarquement terminé et les portières fermées, la direction du train, pendant la marche et jusqu’au moment de l’arrivée, appartient au chef du train exclusivement.
- 2° Transports stratégiques. — Les transports stratégiques se divisent en deux catégories : 1° les transports en deçà de la base d’opérations, qui sont ordonnés par le Ministre de la Guerre, et qui coiut prennent les transports de mobilisation, les transports de eoneentratiun, les transports de ravitaillement et les transports d’évacuation ; ces transports sont exécutés par les Compagnies sous la direction et la responsabilité de la Commission militaire supérieure avec la coopération des Commissions de lignes et des Commissions d'étapes; —2° les trans-
- Fig. 8. — Rampe mobile à longrines en 1er. Chargement par bout.
- ports au delà de la base d’opérations, qui sont ordonnés par les généraux en chef, et sont exécutés, avec le matériel ordinaire des chemins de fer, par un personnel spécial organisé militairement, sous la responsabilité de la direction des chemins de fer de campagne, avec la coopération de Commissions militaires des chemins de fer de campagne et de commandements militaires des chemins de fer de campagne. Le personnel spécial dont il s’agit se compose des agents des Compagnies qui, en raison de leur âge, sont encore astreints au service militaire et qui constituent les sections techniques ; ces agents sont pris dans les trois services : voie, traction, * exploitation. ,
- Lorsque la durée du voyage ne doit pas excéder quarante-huit heures, les troupes embarquées reçoivent avant le départ le pain pour toute la durée de ce voyage ; si le trajet à effectuer dépasse cette limite, de nouvelles distributions sont faites dans des stations d’étapes. Les hommes emportent un repas froid préparé par les ordinaires et destiné à être consommé pendant la route; ils reçoivent en outre, chaque jour, à des stations de halte prévues par les itinéraires, le café le matin et un repas chaud le soir. Lorsque le trajet dure plus de vingt-quatre heures, le repas froid consommé dans la première journée est renouvelé par des achats directs faits en route par les ordinaires. Un certain nombre de gares, dites halles-repas sont désignées à l'avance pour les haltes des troupes dans les transports stratégiques. Chacune de ces gares doit être pourvue
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- suivant les besoins, de tout ou partie des aménagements ci-après :
- 1° Une halle couverte pour abriter les hommes pendant les repas; on utilise ordinairement à cet effet un quai couvert de la gare des marchandises ;
- 2° Des cuisines placées autant que possible dans un bâtiment contigu au réfectoire, et dont la capacité est calculée de façon à pouvoir servir à la préparation d’un repas pour mille hommes, à raison d’un litre par homme ;
- 3° Des réservoirs d’eau potable; l’eau pour les hommes est fournie par des robinets au nombre de douze au moins ; l’eau pour les chevaux est contenue dans des tonneaux placés à proximité des trains en stationnement ; le volume en est calculé à raison de dix litres par cheval ;
- 4° Une ambulance provisoire de gare ;
- 5° Des latrines.
- 11 est institué auprès de chacune des grandis Compagnies de chemins de fer une Commission d’études chargée de toutes les études nécessaires pour que le réseau, Je matériel et le personnel de cette Compagnie puissent être utilisés de la façon la plus complète dans l’exécution des transports stratégiques. Ces études ont pour objet la rédaction précise des plans de marche des trains et des ordres de mouvements à envoyer aux troupes et aux divers établissements de la guerre, soit pour la mobilisation partielle ou totale des réserves, soit pour la concentration d’un ou de plusieurs corps d’armée sur des points déterminés. Ces études sont faites en temps de paix et d’une manière permanente en tenant compte chaque année de l’ouverture des sections nouvelles.
- Dès que les Compagnies ont reçu du Ministre des Travaux publics la notification de la réquisition portant que tous leurs moyens de transport doivent être mis à la disposition de l’Administration de la guerre, elles prennent, dans le plus court délai possible, toutes les mesures nécessaires pour assurer aux transports militaires la prééminence absolue sur les transports commerciaux. Dès lors la Commission militaire supérieure exerce les pouvoirs les plus étendus pour l’exécution des transports stratégiques ; elle donne ses instructions aux Commissions de lignes qui fonctionnent comme des agents d’information et de contrôle, et qui ont elles-mêmes autorité sur les Commissions d’étapes, chargées d’assurer les distributions de vivres, les soins à donner aux malades et blessés, et le logement des troupes de passage.
- Quand les transports stratégiques ont lieu au delà de la base d’opérations, ils sont dirigés par la direction des chemins de fer de campagne instituée à l’état-major général de l’armée. Cette direction a sous ses ordres : 1° les Commissions militaires des chemins de fer de campagne, chargées des travaux de construction, de réparation et de destruction de la voie et des ouvrages d’art, et du mouvement des trains ; — 2° les commandements militaires d’étapes
- des chemins de fer de campagne ; — 3° un nombre suffisant d’officiers de. différentes armes, d’officiers d’administration et d’agcnls de chemins de fer pour l’accomplissement des missions et l'expédition des affaires.
- Transports de la marine. — Le Ministre de la Marine et des Colonies et les préfets des cinq arrondissements maritimes ont seuls qualité pour ordonner que les corps ou détachements de la marine et le matériel qui les accompagne voyagent par chemins de fer.
- Les dispositions que nous venons de faire connaître sont en général, applicables aux transports de la marine. >f.
- Disons en terminant qu’un décret en date du 7 juillet 1884 vient d’établir une concordance absolue entre le service des chemins de fer et celui des étapes, en Jes réunissant sous une directiou unique. Al. Laplaich,e,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- BIBLIOGRAPHIE
- Problèmes de Physique, de Mécanique, de Cosmographie, de Chimie, à l’usage des candidats au baccalauréat ès sciences et aux écoles du gouvernement, par Edme Jacquier, licencié ès sciences. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villlars, 1884.
- AB C de la Photographie moderne, contenant des instructions pratiques sur le procédé sec à la gélatine, par W. K. Burton, G. E., traduit de l’anglais sur la 5e édition, par G. Huberson. 1 vol. in-18. —Paris, Gauthier-Yillars, 1884.
- L’organisation à Paris d’Ambulances urbaines analogues à celles des grandes villes d’Amérique. Premiers secours aux malades et blessés tombés sur la voie publique, dans les ateliers, usines, etc., par Henri Nachtel avec une lettre de Yictor Hugo, 1 broch. in-8°. — Paris, G. Masson, 1884.
- Histoire de la réformation, par N. Lamarche. 1 vol. in-18. Paris, G. Fisbacher.
- Végétations pélagiques et microscopiques du lac de Genève, au printemps de 1884, par Jacques Brun.
- 1 broch. in-8“.— Genève, 1884.
- La chaleur et le froid, par L. C. E. Yial. 1 broch. in-8°. — Paris, J. Michelet, 1884.
- L’ÉCOLE MONGE
- Nous avons déjà parlé dans La Nature de ce bel établissement d’enseignement et d’éducation dont la réputation n'est plus à faire aujourd'hui. Mais quand nous avons publié notre premier article à ce sujet1, l’École Monge n’avait pas encore pris tout son développement. Elle est entièrement construite aujourd’hui; le monument est achevé, il n’y reste plus rien à faire, et nous avons voulu le visiter à l’état complet.
- Yoy. n° 198 du 17 mars 1877, p. 247.
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- Le sympathique directeur de l’École, M. A. Godard, a eu l’obligeance de nous ouvrir toutes les portes et de nous donner lui-même les explications nécessaires sur l’organisation et le fonctionnement d’un établissement qui nous a paru mériter le nom d'établissement modèle. Air , espace , propreté , soin, bonne tenue des élèves et du personnel, voilà ce qui caractérise l’Ecole Monge. Quel contraste avec les collèges du vieux temps !
- Nos lecteurs trouveront peut-être un certain intérêt à visiter avec nous l’École Monge ; nous allons à notre tour leur servir de guide. Ils pourront d’abord se rendre compte de l’ensemble de l’établissement en jetant les yeux sur la coupe longitudinale que nous en donnons, d’après les plans de l’architecte (tig. 1). On voit à gauche la porte d’entrée qui est située 145 boulevard Malesherbes ; on pénètre dans une cour, où sont rangés les omnibus qui vont chercher le matin à domicile, les élèves externes et les reconduisent le soir. Après la cour, en suivant vers la droite, on voit la coupe des deux grands corps de bâtiment, montrant l’intérieur des dortoirs, des classes, et les réfectoires dans le sous-sol. Entre ces deux grandes constructions, est une grande cour vitrée, qui sert de salle de récréation quand il pleut; une gymnastique organisée sur le premier plan n’a pu être représentée sur le dessin. A droite enfin on aperçoit le jardin de récréation où les élèves prennent leurs ébats quand il fait beau. Dans le fond, on aperçoit la cour des grands, c’est-à-dire des élèves des classes supérieures.
- L’École Monge est établie sur un terrain de 12000 mètres carrés dont 6000 en cours de récréation et 6000 en bâtiments.
- Son effectif est de 800 élèves dont 200 intentes, 400 demi-pensionnaires, 200 externes répartis en trois divisions : 1° division élémentaire, 400; 2° division classique, 500 ; 5° division préparatoire aux écoles du gouvernement, 100.
- Les classes contiennent au plus 50 élèves, elles ont : 60 mètres carrés de surface et 4 mètres de
- ; hauteur. La ventilation enlève 15 mètres cubes d’air par heure et par élève. Elles sont éclairées des deux côtés par quatre larges ouver-! turcs. Au dortoir on donne à chaque I élève 8 mètres superficiels sur 4 mètres de haut, soit 52 mètres cubes. La ventilation marche toute la nuit en été comme en hiver; de sorte qu’au lever, l’air est aussi res-pirablc qu’au coucher.
- Les classes et les dortoirs sont chauffés à l’eau chaude. L’infirmerie est complètement isolée des bâtiments sco'aires. Elle est disposée de façon à recevoir en pension les mères de famille qui désirent soigner leurs enfants malades.
- Au réfectoire, on a réservé 2 mètres superficiels par élève. Les murs sont revêtus de faïence. Le plafond est recouvert d’une épaisse couche de peinture vernie ; les tables sont en marbre avec pied en fonte. On a proscrit toutes les surfaces poreuses, qui peuvent s’imprégner de graisse et l’on a pu de la sorte se mettre complètement à l’abri de cette odeur permanente de réfectoire dont on ne peut plus se débarrasser.
- Lors de notre visite, nous nous sommes arrêtés quelques instants dans une classe réservée aux divisions élémentaires. C’est une dame qui professe, et qui traite les enfants, avec un dévouement et une affection toute maternelles. Je me rappelais alors les banquettes du lycée Bonaparte (aujourd’hui lycée Fontanes), où j’étais assis, il y a quelque vingt-cinq ans. Pas de tables pour travailler; il fallait écrire sur ses genoux, et on était assis en quelque sorte sur les souliers crottés de boue, de son voisin de l’étage supérieur. Aujourd’hui chaque élève a sa petite table, il est isolé de son voisin; il a scs livres rangés dans un pupitre, et le pupitre est muni d’une glace qui facilite la surveillance (fig. 2). La classe est ornée de tableaux instructifs de zoologie ou de botanique; des cartes et des tableaux noirs en couvrent les murs d’autre part. Les écoliers eux-mêmes, sont propres, soignés et soigneux et subissent l’influence de la bonne édücation qu’ils reçoivent.
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- Fig. 5. — École Monge. — Un dortoir avec ses lavabos. (D’après une photographie.)
- Lesjavabos formés d’une cuvette à écoulement, constant avec tube de trop-plein, sont ligurés au milieu de la galerie
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- Les dortoirs de l’École Monge sont vraiment remarquables. Chaque élève à son lit, contenu dans une alcôve de bois, qui forme une véritable cham-brette isolée, où il est chez lui. Pour faire sa toilette il trouve au milieu du couloir central, une cuvette où l’eaü coule constamment (fig. 5) et il y a enfin dans la maison des salles de bain confortables, où il se baigne tous les huit jours.
- Nous avons déjà parlé des réfectoires ; pour terminer nous dirons un mot des cuisines, qui n’ont pas été oubliées dans notre promenade à travers l’Ecole. Elles sont spacieuses, aérées et les bassines de cuivre y brillent de tout leur éclat. On y confectionne de bons plats.
- Après la nourriture- de l’estomac, il nous faudrait aborder la question non moins importante de la nourriture de l’esprit. Nous ne dirons rien cependant de renseignement proprement dit, si ce n’est qu’il est mis en pratique par d’excellents professeurs et qu’il répond aux programmes officiels. Notre but n’est pas d’aborder un sujet d’étude qui nécessiterait de si grands développements. Nous n’avons eu d’autres prétentions en écrivant cette notice, que de signaler encore une fois à nos lecteurs, et par un simple aperçu d’ensemble, un des plus remarquables établissements d’éducation de Paris.
- Gaston Tissvndier.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Session de Blois, 1884
- L’ouverture de la treizième session de l'Association française a eu lieu à Blois le 4 septembre dernier sous la présidence de M. Bouquet de la Grye, de l’Institut, qui a succinctement résumé dans la séance d’ouverture, les progrès de l'hydrographie en France, non sans avoir en excellents termes, rappelé le rôle que les Blaisois ont joué dans la science française. M. Grimaux, secrétaire général, a parlé des travaux de l’Association et a salué ceux que la science avait perdus, Dumas, Wurtz, Breguet, d’Haussonville et d’autres membres éminents.
- « Dans cet exposé de la vie de notre association, a dit M. Grimaux, ma tâche a été surtout douloureuse. Depuis notre réunion de l’an passé, que de deuils accumulés, que de serviteurs dévoués de la science, que de noms illustres ont disparu! Mais le sol de France est un sol généreux; après avoir donné au monde Lavoisier, Ampère, Arago, Gay-Lussac, Dumas, Claude Bernard, Wurtz, pour ne citer que les gloires disparues, il n’a pas épuisé sa sève féconde ; d’autres noms sont encore aujourd’hui l’illustration du pays. J’entends d’ici le bruit des acclamations qui, de là-bas, dans la capitale du Danemark, saluent un grand Français; d’autres noms encore surgiront d’hommes attachés au culte des sciences, qui seront l’honneur de l’association de la France,-je puis dire de l’humanité tout entière. »
- M. Dufay, au nom du maire de la ville de Blois, a souhaité la bienvenue aux membres du Congrès scientifique, et il a rapidement énuméré les richesses archéologiques et scientifiques de la région.
- M. G. Masson, trésorier de l’Association, a présenté son
- Bapport annuel sur les finances toujours en prospérité de l’Association.
- Outre les séances de section, les réceptions, les visites industrielles et scientifiques, les membres du Congrès de Blois ont exécuté de nombreuses et intéressantes excursions pendant la durée de la session qui a été terminée le Il septembre. On n’a pas manqué de rendre hommage à la mémoire de notre grand compatriote Denis Papin, et en présence des membres du Congrès réunis autour de la statue de l’inventeur, M. Tresca, de l’Institut, a salué le créateur de la machine à vapeur. *
- Lors de l’excursion qui a été faite au château de Chambord, on a visité avec beaucoup d’intérêt les belles collections préhistoriques et minéralogiques de M. de Yibraye, au château de Cour-Cheverny.
- CONGRÈS
- DE L’ASSOCIATION BRITANNIQUE
- A MONTRÉAL
- Après Y Association française nous consacrons un compte rendu succinct de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, sœur aînée de Y Association française.
- Pour la première fois, depuis que l’Association britannique existe, elle tient ses assises scientifiques hors du Royaume-Uni, et son Congrès annuel vient de s’ouvrir cette année dans une des villes les plus importantes du Canada, à Montréal où plus de 800 membres de l’Association se sont rendus, sans tenir compte de la distance qui sépare Montréal de l’Angleterre.
- La session de l’Association britannique est toujours un grand événement en Angleterre, mais ce qui généralement intéresse le plus, c’est le discours d’ouverture du Congrès quuest confié aux hommes les plus éminents, de la science anglaise. Pendant ces dernières années, c’étaient sir John Hawkskaw, le professeur Tyndall, sir William Thomson, sir William Siemens, qui nous avaient fait le tableau des progrès scientifiques et industriels surtout en ce qui se rapportait à la spécialité de chacun d’eux. Cette année le discours d’ouverture a été prononcé par lord Rayleigh, professeur de physique expérimentale à l’Université de Cambridge et dont voici par initiales à la mode anglaise l’énoncé des titres M.A., D.C.L., F.R.S., F.R.A.S., F.R.G.S. (Master of Arts. Doctor Civil Law. Fellow of lhe Royal Arts Society. Fellow of lhe Royal Arts Society, Fellow of the Royal Geographical Society.}
- Les principaux sujets de l’Adresse de lord Rayleigh se rapportaient, comme de juste, à la physique qui est sa spécialité, et sans sécheresse, mais sans phrases, nous y trouvons un compte-rendu de tous les progrès qui depuis un an se sont accomplis en acoustique, en optique, en chaleur et en électricité.
- Ce compte-rendu laisse peu à désirer au point de vue philosophique ; nous ferons remarquer toutefois que nous y voyons peu mentionnés les travaux des savants français; Becquerel et Foucault y sont cependant nommés. L’orateur cite par exemple les lois de mouvement dans les tubes capillaires découverts par Poiseville, mais enrevanche, la propulsion des navires le fait parler longuement de M. Froude, et à propos des gaz et de leur viscosité, il s’étend autant que possible sur Maxwell. L’optique lui donne l’occasion de rappeler les expériences d’Abdey de Langley, de ses collègues de Cambridge, MM. Liveing et Dewar. Mais nous
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- h er cher ions en vain le nom de M. Chevreul. En fait d’électricité, lord Rayleigh ne remonte ni à Arago ni à Ampère dont les découvertes ont été le point de départ de l’électro-magnétisme. 11 s’arrête à Faraday, sur les découvertes duquel a été fondée la machine dynamo-électrique, et il n’est question dans cette adresse d’inauguration que des dynamos Siemens, Gordon et Ferranti. Gramme pour lui n’existe pas.
- En sa qualité de professeur de l’Université, il était peu supposable que lord Rayleigh ne donnât point son opinion sur l’éducation. C’est par là qu’il termine et nous allons résumer cette fin de son discours où il nous montre des esprits pour qui les idées scientifiques sont en quelque sorte répugnantes, tandis que d’autres restent insensibles aux beautés littéraires. Lord Rayleigh n’est pas d’accord avec les partisans à outrance de 1 enseignement exclusivement scientifique et, quand on peut le faire et qu’on a des aptitudes pour la littérature, il ne trouve pas mauvais qu’on apprenne le latin et le grec. Mais il dénonce le fait bien connu d’ailleurs, que la plupart des jeunes gens perdent leur temps à apprendre quelques mots de latin et de grec et qu’ils ne profitent jamais de la lecture des auteurs anciens qu’ils ne comprennent généralement qu’à coups de dictionnaires, En repolissant la fausse idée qu’on a, que la science conduit au matérialisme, il recommande d’étudier les mathématiques et les sciences, de faire apprendre l’histoire et la littérature et de remplacer le grec et le latin parle français et l’allemand. E. A. Toirnikr.
- N0EYE1U TRICYCLE
- Il y a longtemps que l’on a cherché à utiliser le poids même du cavalier pour actionner les vélocipèdes; mais, jusqu’ici les résultats obtenus n’avaient jamais été satisfaisants.
- Je signalerai aujourd’hui aux lecteurs de La Nature un nouveau système de tricycle que j’ai construit et dans lequel j’ai essayé de résoudre ce problème ; l’appareil, d’une simplicité remarquable, offre sur tous les autres systèmes, de sérieux avantages, faciles à apprécier.
- La figure ci-contre représente, à peu près, le véhicule vu dans son ensemble. Je désigne par des lettres les principales pièces de la machine, dont voici le fonctionnement :
- La pièce A, représente l’arbre moteur, sur lequel est callé le balancier B. Ce balancier à l’extrémité duquel l’on remarque la barre des pédales C, est articulé, à son extrémité opposée à cette barre, à la glissière D qui supporte le siège et glisse sur l’arbre des roues. Sur l’arbre A est fixé un deuxième balancier à déclenchement E qui communique un mouvement de va-et-vient à la bielle F ; celle-ci commande à son tour la manivelle des roues motrices. Les pièces principales étant désignées, je vais essayer d’en faire comprendre le jeu : En se mettant sur le siège et supposant le balancier B à fin de course comme le représente la figure, le cavalier ayant les pieds sur la barre des pédales, il n’a qu’à laisser appuyer son corps sur ledit siège, pour faire faire une moitié d’évolution aux roues motrices.
- En faisant le mouvement inverse, c’est-à-dire en
- appuyant avec les pieds, sur la barre des pédales, le cavalier revient à sa première position et les roues finissent d’accomplir leur entière révolution.
- Le mouvement du cavalier sur la machine, imite à peu près celui de l’homme sur un cheval lancé au galop. II est utile de remarquer que la partie du balancier actionné par les pieds, est sensiblement plus longue que celle qui subit l’action du corps, afin de faciliter le mouvement des jambes pour remonter la partie du poids du corps qui repose sur le siège. La longueur du balancier en question a été calculée de manière a annihiler complètement, par l’action des jambes, le poids reposant sur le siège. Dans quelque position que puisse être le cavalier, c’est toujours le poids entier du tricycliste qui agit sur la manivelle des roues motrices, afin d’actionner la machine au moyen de deux mouvements alternatifs. Un seul de ces deux mouvements demande un peu de
- Tricycle utilisant le poids du cavalier.
- travail (action des jambes sur les pédales), le second s’accomplit seul sans aucun effort, le corps agissant par son propre poids (action du corps sur le siège).
- Dans les anciens systèmes de tricycles, indépendamment du mouvement circulaire pour suivre les pédales, les jambes ont quatre mouvements à exéculer pour faire faire un tour aux roues motrices ; il n’y a jamais qu’une jambe qui travaille utilement à actionner la machine; l’autre, tout en faisant contrepoids, est uniquement occupée à suivre le mouvement circulaire et ascensionnel de la pédale.
- Une combinaison de roues d’engrenage rend les deux roues motrices indépendantes « La grande puissance de propulsion obtenue au moyen de son mécanisme permet d’utiliser pour ce tricycle des roues d’un diamètre exceptionnel. Dans ses détails la machine réunit les derniers perfectionnements : frottements à billes, ou à galets, freins, graisseurs automatiques, etc., etc. A. Mange,
- à Ronchamp (Haute-Saône)
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- LA N A TU HH.
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- LES ORGANISMES VIVANTS
- DE L ’ A T M O S 1> H È R E
- On sait que, pendant des siècles, on considérait les fonds de l’Océan comme des abîmes inaccessibles à la vie ; on enseignait que nul être vivant ne pouvait trouver l’existence dans ces immensités ob seures. L’esprit humain est ainsi fait qu’il ramène tout à lui-même, et qu’il se plaît à nier ce qu’il ne voit pas. 11 suffisait cependant de jeter la sonde et la drague dans les vallées sous marines, pour y découvrir toute une flore, admirable de richesses et de beautés, toute une faune d’êtres singuliers, sur la forme et la nature desquels on ne pouvait avoir soupçon b Le microscope a d’autre part révélé l’existence d'innombrables animalcules microscopiques
- Fig. 1. — Dépouille d’ncarieii. Grossissement, 250 diamètres.
- nismes vivants, des animalcules infiniment petits, qui vivent, se nourrissent, se développent et se reproduisent; germes des fermentations et des putréfactions, êtres redoutables où M. Pasteur a trouvé la cause de tant de maux qui affligent l’humanité.
- Nos lecteurs n’ont peut-être pas oublié les études que nous .avons exécutées sur les Poussières de l'air et les faits nouveaux qu’il nous a été donné d’apporter à la micrographie atmosphérique, sur les parcelles ferrugineuses que l’on retrouve dans les sédiments des eaux pluviales, et sur plusieurs autres points curieux des sédiments aériens1 2 3. Depuis cette époque, la question des poussières de l’air a été étudiée, à l’aide de méthodes nouvelles, par un savant chercheur, M. le Dr P. Miquel, chef du service
- 1 Yoy. Explorations sous-marines. Voyage du Talisman.—
- Table des matières du précédent volume de La Nature.
- 3 Voy. La Nature, Table des matières de 1X74 à 1876. — Nos recherches ont été réunies dans uo ouvrage intitulé Les Poussières de l’air. 1 vol. in—18.— Paris, Gauthicr-Villars.
- au sein de la moindre goutte d’eau prélevée dans quelque lieu que ce soit de la surface des mers, et là, où l’on croyait qu’il ne pouvait y avoir que la matière inerte, on a reconnu la présence de la vie dans son développement le plus complet.
- 11 en est de même de l’atmosphère. Cet air transparent, invisible, insaisissable, où l’on n’a vu pendant des siècles que des oiseaux ou des insectes ailés, le microscope nous y montre aujourd’hui (ont un monde qui s’y trouve suspendu à notre insu, au milieu des poussières qui y voltigent sans cesse. L’air n’est pas moins peuplé que l’Océan, et, de même que nous voyons dans une goutte d’eau de la mer des sédiments, des infusoires, des algues microscopiques, nous ne manquons pas de trouver dans le moindre volume d'air recueilli près du sol, des poussières, des débris de végétaux, et des orga-
- Fig. 2. — Spores d’Alternia. Grossissement, 400 diatnètie.s.
- micrographique à l’Observatoire de Montsouris. M. Miquel a réuni la description de ses procédés d’analyse et de recherches, et les résultats qu’il a obtenus, dans un remarquable ouvrage que nous signalerons aujourd’hui à nos lecteurs, en y puisant quelques faits intéressants et peu connus b
- Nous ne parlerons pas des méthodes au moyen desquelles on peut recueillir les poussières atmosphériques et les sédiments aériens ; i! nous suffira de dire que ces méthodes sont généralement basées sur la filtration d’un certain volume d’air, sur la condensation de la vapeur d’eau qu’il contient et qui entraîne les poussières en suspension, ou b:cn encore sur l’examen des sédiments des eaux de pluie ou de neige, recueillis dans des conditions spéciales.
- Nous donnerons aujourd’hui quelques spécimens des produits que M. Miquel a trouvés dans les pous-
- 1 Les Organismes vivants dans l'atmosphère, par M. P. Miquel, docteur ès sciences. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Vil lars, 1883.
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- sières de l’air, pendant le cours de ses longues et patientes recherches Les cadavres et les dépouilles de nature végétale et animale se rencontrent très
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- Fig. 3.— Spores eryptogumiques aériennes— a algues veitos; b cellules jeunes rte cryptogames, et c spores de l’air libre. Grossissement, 500 diamètres.
- fréquemment dans les corpuscules de l’atmosphère; on y trouve des écailles de papillon, du duvet échappé aux corps des oiseaux, des débris du corps des in-
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- Fig. 4. — Autres spores cryplogamiques de l’air libre, recueillies dans l'atmosphère, à l’Observatoire météorologique du Parc de Montsouris. Grossissement, 500 diamètres.
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- sectes, et quelquefois même des dépouilles entières d’acariens ifig. I).
- La nature des corpuscules organisés de l’atmosphère est d’une incomparable variété; les grains d’amidon, les pollens, les spores de cryptogames et les végétaux complets unicellulaircs y sont très abondants. La tigure 2 montre, sous un grossissement de 400 diamètres, deux semences <ïalternia voisines d’une masse noirâtre qui n’est, autre qu’une spore de lichen échappée à la mise au point. La ligure 5 représente quelques types fort communs tle spores aeriennes : on voit en b un grand nombre de semences jeunes et tendres fort abondantes après les pluies. La figure 4 en montre quelques autres spécimens que M. Miquel a recueillis dans l’air du parc de Montsouris.
- Depuis les grands travaux de M. Pasteur l’étude
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- Fig. 5. — Bactériums atmosphériques. Grossissement : 1000 diamètres.
- des animalcules de l’atmosphère, des bactéries, des bacilles et des vibrions, qui s’y trouvent en suspension, offre un intérêt capital, et M. Miquel a su y jeter une vive lumière. Il faut pour recueillir les bactéries atmosphériques, recourir à des méthodes délicates, et notamment examiner, sous de forts grossissements, le liquide formé par la condensation artificielle de la vapeur d’eau atmosphérique, celui qui ruisselle par exemple à la surface d’un vase de verre intérieurement refroidi. Nous avons souvent, pour notre part, rencontré souvent aussi des gouttes de rosée, que nous présur les brins d’herbe, au
- bactéries, dans des lévions à la campagne lever du jour.
- La figure 5 montre, d’après M. Miquel, quatre spécimens de bactériums atmosphériques : « Le premier, dit le savant observateur, se rapproche des mi-
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- LA NATURE.
- crococcus par l’apparence, et des bictériums pat-mobilité; le second pourrait servir de type à l’espèce; scs articles adultes, longs de 4/1000 à b/1000 de millimètre, possèdent environ 1/1000 de millimètre de largeur; il est ae'robie et parait se confondre avec le bacterium lineola de Colin; je l’ai assez fréquemment rencontré dans les poussières des hôpitaux. Le troisième a l’apparence du bacle-vium cale nu la de Dujardin; l’air en montre plusieurs variétés; j’en ai, pour ma part, cultivé une qui a la singulière propriété de transformer en quarante-huit heures 1 gramme de soufre en acide sulfhydrique par infusion de 4 litres d’eau bouillie additionnée de tartrate d’ammoniaque et d’un excès de soufre. Le hactérium représenté enfin au n° 4 est un microbe d’une extrême petitesse; il faut accoutumer longtemps l’œil à la lumière du microscope pour le voir se détacher en brillant ou en noir sur le champ rendu sombre ou lumineux ; on le trouve assez fréquemment en voie de développement dans la glu sécrétée par plusieurs micrococcus. »
- Tels sont les organismes vivants à la classe desquels appartiennent ces microbes dont M. Pasteur a révélé l’existence et le rôle. Quand on considère, sous l’objectif du microscope, ces infiniment petits, vérilables points en mouvement, on ne saurait se défendre de cette impression singulière que Michelet, dans son poétique langage, a si bien appelé « le vertige de l’infini. » Que ne donnerait-on pas pour pouvoir disposer d’un microscope plus puissant, qui permettrait de mieux voir, et de distinguer les détails d’organisation de ces êtres infimes ?
- Mais à quoi bon? On en découvrirait sans doute alors d’autres plus petits encore, qui jetteraient à leur tour un nouveau défi à la science.
- Caston Tissandiek.
- LES
- UNITÉS DE LONGUEUR ASTRONOMIQUES
- Dans une Note adressée récemment à M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, M. A. d’Abbadie, s’élève avec raison contre la confusion auxquelles donnent lieu les mesures astronomiques. Il constate avec plaisir, cependant, qu’on commence à abandonner aujourd’hui l’usage de désigner en pouces les diamètres des objectifs astronomiques.
- Outre le vague qui s’attache aux nombres ronds d’une unité aussi grande, on ignore souvent de quel pouce on veut parler. Celte dernière raison a empêché un astronome de publier, par grandeurs décroissantes, une liste des grands objectifs usités en divers observatoires. Au lieu de mentionner en pouces les dimensions des disques de verre employés, ce qui n’est utile qu’aux opticiens, il vaut mieux préciser en donnant l’ouverture réelle de l’objectif en millimètres. .
- M. d’Abbadie proteste aussi contre l’emploi des milles ou des lieues comme unités de longueurs astronomiques, faisant observer que ni la lieue ni
- | le mille, ne sont exactement ni nettement définis.
- Pour faire cesser cette confusion, M. d’Abbadie pro-| pose de créer une nouvelle unité de longueur à laquelle on donnerait le nom de mégiste.
- Les milles et les lieues sont des unités trop petites poulies espaces célestes.. Il serait plus convenable d’employer à cet effet l’étendue des 10 000 kilomètres qui comprennent le quart d’un méridien terrestre. Pour en abréger l’énoncé, on pourrait l’appeler mégisie (piytorov), comme étant la plus grande étendue dont la majeure partie ait été mesurée directement. Au lieu de professer, par exemple, que la distance de la Terre au Soleil est comprise entre 37 745 000 et 30 500 400 lieues, on arriverait plus simplement au même but en disant qu’elle est de 14 000 à 15 000 mégistes.
- Il nous semble qu’il est facile de donner satisfaction au désir exprimé par M. A. d’Abbadie sans créer de mot nouveau.
- Les préfixes méga et micro sont déjà adoptés partout pour désigner respectivement le multiple égal à un million de fois l’unité et le sous-multiple égal à un millionième de l’unité. Il suffit alors, en astronomie, d’adopter le mégamètre, égal à un million de mètres ou à 1000 kilomètres. Le quart du méridien terrestre sera égal à 10 mégamètres, et la distance de la Terre au Soleil sera comprise entre 140 000 et 150 000 mégamètres. L’unité sera ainsi parfaitement définie par son nom sans qu’on ait à créer un nouveau mot ni à définir une nouvelle unité, et l’on généralisera davantage l’emploi d’une expression qui rend déjà tant de services en électricité. E. H.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 septembre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Aérostation. — M. Bertrand proteste contre l’erreur répandue dans le public par les articles de certains journaux au sujet des expériences de MM. Krebbs et Renard. Ces articles ont fait croire que l’opinion des savants s’était prononcée très nettement contre la possibilité de diriger les aérostats.
- M. Bertrand rappelle que Fourrier, faisant l’éloge des travaux de Charles, déclarait qu’il n’existait aucune impossibilité théorique à la direction des aérostats. C’était se montrer aussi affirmatif que l’état de la question le permettait.
- M. Duroy proclamait, dès 1871, la solution prochaine. Il avait signalé, dès cette époque, à l’attention des expérimentateurs la nécessité de porter leurs efforts sur deux conditions principales : augmenter la puissance du moteur ; réduire la résistance de l’air. MM. Krebbs et Renard paraissent avoir exactement satisfait aux deux conditions par l’application d’un moteur électromagnétique très perfectionné et par l’emploi de la forme allongée pour leur ballon. D’autre part l’auteur signale la nécessité de faire coïncider les centres de traction et de résistance. Le défaut de coïncidence de ces deux centres entraîne une augmentation de résistance et la production du mouvement de tangage signalé par MM. Renard et Krebbs.
- Géographie. — M. l’amiral de Jonquières donne coin
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- LA NATURE.
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- munication d’un travail de M. le lieutenant de vaisseau Belot, relatif au choix d’un méridien initial. On sait que cette importante question, soumise l’année dernière au Congrès géodésique de Home et accueillie avec faveur par la majorité du Congrès, va être traitSe et tranchée par un Congrès spécial, qui se réunira prochainement à Washington. M. Belot fait l’historique des principaux méridiens successivement employés :
- Le méridien de Ptolémée qui passait à un demi-degré à l’ouest des îles Fortunées; le méridien des Arabes qui traversait Gibraltar ;
- Le méridien de Tolède au onzième siècle.
- Enfin, après la découverte de l’Inde et de l’Amérique, le pape Alexandre VI délimite les possessions maritimes des Espagnols et des Portugais par un méridien passant à 36° à l’ouest de Lisbonne. Ce méridien fut bientôt reculé à 34° par suite d’un accord survenu entre les deux nations.
- Jusqu’au commencement du siècle dernier les Hollandais sc servaient d’un méridien voisin de celui de Ptolémée et passant par le pic de Ténériffe.
- Le célèbre Mercator emploie le méridien des îles Açores parce que la direction de l’aiguille aimantée, en ce point, donnait exactement le nord.
- Enfin, en 1834, la France prenait l'initiative d’un méridien passant à 20° ouest dè Paris, dit méridien de File de Fer. Ce méridien n’a cessé d’être employé en Allemagne.
- En 1871 le Congrès géographique d’Anvers, saisi delà question, ne reconnaissait pas des inconvénients très graves à la coexistence de plusieurs méridiens.
- Le choix du méridien de Greenwich ne s’impose point du tout. 11 faudrait en effet transformer les immenses matériaux cartographiques accumulés par la France, l’Allemagne et la Russie. Le dépôt de la marine à lui seul possède plus de 4000 planches; le dépôt de la guerre est aussi très riche. D’ailleurs Paris est relié aux autres observatoires d’Europe par des déterminations bien supérieures à celles qui relient Greenwich. On objecte que le choix du méridien de Greenwich serait le prix de l’adhésion de l’Angleterre au système métrique. C’est de la nécessité qu’il faut attendre l’adoption du système décimal par l’Angleterre, et cette adhésion s’impose chaque jour. Enfin M. l’amiral de Jonquières déclare que la connaissance des temps atteint un degré de précision et de commodité supérieur à celui du Nautical almanac. U faudrait changer l’origine des éphémérides et ce serait une dépense, un inconvénient pour les observatoires de France, sans fruit pour les navigateurs, ufi amoindrissement de l’influence scientifique française.
- L’unification de l’heure, liée d’ailleurs au choix du méridien initial, serait seule désirable au point de vue des intérêts des communications rapides et de la date des grands phénomènes de la météorologie. On serait dès lors obligé de fixer le méridien initial au milieu de l’Océan dans des lieux inhabités. M. Belot croit que le maintien du stalu quo est préférable à un changement coûteux sans utilité réelle, qui bouleverserait les caries et les éphémérides astronomiques.
- Varia. — M. le président adresse à M. Chevreul les félicitations de l’Académie, à l’occasion du quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire de l’illustre chimiste. — M. Thollon rappelle ses observations précédentes relatives aux couronnes solaires, confirmées par les observations de M. Forel. — M. Dieulafait donne une note sur l’origine du phosphate de chaux dans le sud-ouest de la France.
- — M. Lalaune rappelle ses travaux sur la résolution graphique des équations, à l’occasion de la dernière communication de M. Jonquières. — M. Tacchini envoie le résultat de ses recherches sur les taches solaires durant les mois d’avril, mai, juin de cette année.— VI. le duc de Broglie invite les membres de la section des sciences à l’inauguration du monument élevé à Augustin Fresnel à Broglie (Eure) ; cette inauguration aura lieu dimanche prochain 14 septembre. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- ILLUSIONS D’OPTIQUE PRODUITES PAR LA PERSISTANCE DES IMPRESSIONS SUR LA RÉTINE
- Tout le monde connaît cette expérience classique qui consiste à faire tourner rapidement un morceau de charbon au bout d’une pincette, ou, plus simplement, une allumette en bois encore incandescente. La trajectoire décrite par le point lumineux apparaît comme une ligne de feu continue, d’autant plus nette et plus longue que le mouvement est plus rapide. L’explication en est des plus simples; c’est un effet du à la persistance des impressions sur la rétine. Un moyen encore plus simple de la mettre en évidence consiste à jeter les yeux sur un journal en ouvrant et fermant les yeux successivement et très rapidement. Si la durée de la fermeture a été assez courte, on éprouvera seulement l’impression d’un affaiblissement de l’éclairement du journal, mais on n’aura jamais cessé de voir les caractères.
- Grâce à cette propriété particulière de la vision, on peut obtenir la sensation continue de la présence en un point d’un objet qui ne s’y trouve que par intermittences, à la condition de ramener l’objet au point considéré, pour produire une nouvelle impression sur la rétine, avant que l’impression produite précédemment ne soit effacée.
- C’est sur une application ingénieuse de cette illusion d’optique qu’est fondé le charmant jouet que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, et dont il sera facile de comprendre le fonctionnement en jetant un coup d’œil sur la figure 1.
- Il sc compose d’une petite turbine à air,, mise en mouvement par le souffle de l’expérimentateur, qui imprime un rapide mouvement de rotation à un axe vertical en venant frapper des palettes fixées sur un disque horizontal attaché à cet axe. Un tuyau en caoutchouc relie l’appareil au bec en étain que l’opérateur place entre scs lèvres pour actionner la turbine, et lui permet de l’éloigner pour voir les phénomènes.
- On fixe sur cet axe vertical des petites ban,des de fer-blanc d’environ 5 millimètres de largeur convenablement repliées, et on leur imprime, en soufflant, un rapide mouvement de rotation. Si on a soin de bien éclairer le système en mouvement et de le regarder de façon à ce qu’il se projette sur un fond sombre, on voit dans l’espace les solides de révolution correspondants à chacune des formes du mor-
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- eeau de fer-blanc mis en rotation. La figuie 2 montre quelques-unes des formes de ces petits morceaux de fer-blanc et au-dessous les effets produits par leur rotation.
- Les reflets du fer-blanc produisent, à s’y méprendre, les effets du verre transparent. C’est ainsi qu’on peut représenter une carafe dans son plateau (2), une carafe bouchée (5), un vase plus ou moins étrusque (4), une cloche à fromage (5), un verre à pied (6), etc., etc.
- Lorsqu’on veut donner un aspect d’opacité aux objets, et leur enlever cette transparence, il suffit de peindre la petite bande de fer-blanc avec une couleur mate. En traçant des lignes de différentes cou-
- leurs, dorées, argentées, etc., on reproduit, par la rotation, des objets garnis de filets plus ou moins décoratifs.
- C’est ainsi qu’on peut avoir une collection d’objets en terre cuite, en fironze florentin, etc., en peignant les lames de fer-blanc avec des couleurs appropriées. L’un des effets les plus curieux est celui obtenu avec le numéro 1 de la ligure 2. En peignant convenablement les deux faces de la lame, on obtient l’impression d'un chapeau haute-forme gris, avec un crêpe extérieur noir, et la bande intérieure en cuir jaune ou marron.
- La substitution des différents objets se fait très rapidement, et c’est, chaque fois, pour chacun d’eux,
- Fig. i. _ Nouveau .iouet fondé sur les illusions Fig. 2. — Spécimens des bandes de fer-blanc et des illusions
- d’optique. Petite turbine à air. d’optique produites par leur rotation.
- un effet curieux, amusant et nouveau. Si ce jouet fait la joie des enfants, il réalise aussi la tranquillité des parents, car il est à la fois propre, peu encombrant, instructif, sans danger et silencieux !
- C’est là plus de qualités qu’il n’en faut pour le recommander chaudement.
- 11 suffirait de* légères modifications au jouet que nous venons de décrire pour lui permettre de rendre des services précieux dans les trucs de théâtre, et produire des effets nouveaux en lui adjoignant l’é-lectricitc comme auxiliaire.
- Remplaçons la turbine à hélice par un petit moteur électrique, et la lame de fer-blanc par des tubes de Geissler, des fils de platine ou même une série de petites lampes à incandescence disposées sur un support approprié. A un signal donné, rien de plus
- simple que de faire apparaître une boule de feu, un service complet, verres et bouteilles, que les librettistes de féerie ne manqueront pas d’appeler la vaisselle du diable, ou un chapeau qui sera le chapeau fantastique, etc., etc.
- Grâce aux accumulateurs et aux lampes à incandescence, tous ces trucs qui eussent été fort dispendieux et presque irréalisables il y a seulement quelques années, deviennent aujourd'hui relativement simples et faciles, et nous nous permettrons de les signaler aux directeurs de théâtres avides d’effets nouveaux. D1' Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Pans..
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- N* 5'JO. ~ 20 SEPTEMBRE 1884.
- LA NATURE.
- L’AÉROSTAT DIRIGEABLE ÉLECTRIQUE DE MM. CH. RENARD ET KREBS1 fe ^
- DEUXIÈME EXPÉRIENCE I)D 12 SEPTEMBRE 1881
- L’aérostat dirigeable électrique de Ghalais-Meudon a été expérimenté pour la deuxième fois le vendredi
- 12 septembre 1884. Nous avons eu la bonne fortune, mon frère et moi, d’être prévenus assez à
- Fig. 1. — L’aérostat à hélice de MM. Ch. Renard et Kreba, au-dessus des bois de Meudon. Expérience du 12 septembre 1884.
- temps pour qu’il nous ait été possible d’assister aux préparatifs et à l’exécution de cette grande expé-
- Voy. n° 587 du 50 août 1884, p. 104.
- 12* innée. — 2* semestre.
- rience; nous avons suivi des hauteurs du bois de Meudon, avec un certain nombre de spectateurs venus des environs, toutes les évolutions du navire aérien de MM. Ch. Renard et lvrebs, depuis son as-
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- cension jusqu'au moment de son atterrissage ; nous allons pouvoir aujourd’hui satisfaire la curiosité de nos lecteurs, en donnant quelques renseignements précis sur un matériel qui a si vivement attiré l’attention publique.
- Dès la matinée du 12 septembre, l’aérostat à hélice était arrimé dans le vaste hangar, où malgré ses dimensions il se trouve complèlementenfermé, àl’abri tles intempéries atmosphériques. A o h. 25 m. de l’après-midi, un petit ballon d’essai a été lancé de l’enceinte de Chalais-Meudon ; il était entraîné assez rapidement par un vent Nord-Est. Le ciel était bleu, de nombreux cumulus blancs planaient çà et là dans l’atmosphère ; il y avait à terre une brise appréciable, et les feuilles des arbres étaient parfois agitées par un vent léger. A 5 h. 55 m., une voiture arriva devant le hangar même de Chalais-Meudon ; M. le Ministre de la Guerre en descendit; il fut reçu par MM. les capitaines Renard et Krebs qui lui firent visiter leur matériel à l’intérieur du hangar. A 4 h. 25 m., le moteur fut essayé à terre, et on
- PtBicètre
- Fig. 3. — Tracé du deuxième voyage aérien de l’aérostat élec-
- trique à hélice de Chalais-Meudon, 12 septembre 1884.
- aperçut à travers les vitres de la gare aérostatique l’hélice qui accomplissait ses rotations.
- A 4 h. 45 m., l’aérostat fut détaché de ses amarres, sa longue* nacelle tenue par une quarantaine d’hommes de manoeuvres, servit à le transporter en dehors, au-dessus de la pelouse qui s’étend à l’entrée de la gare de remisage. MM. Renard et Krebs se tenaient au milieu de leur nacelle qui a la forme d’une longue yole de canotage.
- L’aérostat s’éleva lentement en gardant une stabilité parfaite, la nacelle restait absolument horizontale. L’hélice fut aussitôt mise en mouvement, et le gouvernail fut actionné pour virer de bord. Le ballon allongé commença d’abord à descendre le courant aérien, puis sous le jeu de son gouvernail, il décrivit un demi-cercle et navigua vent debout (fig. 1). L’hélice tourna aussitôt avec un peu plus de rapidité, mais le nombre de tours ne dépassa pas 40 à la minute; le navire aérien tint tête au vent, et pendant plusieurs minutes, on le vit rester absolument immobile au-dessus des arbres, dont il ne semblait pas éloigné de plus de 200 mètres. Une manœuvre du gouvernail fit incliner l’axe du navire, qui prit alors
- le vent en biais, et il semblait qu’il allait pouvoir se rapprocher de son point de départ. Peut-être s’il avait lutté longtemps ainsi, aurait-il réussi; mais après dix minutes de fonctionnement, montre en mains, à 4 h. 55 m., le moteur, par suite d’un accident, cessa de fonctionner, et le ballon fut emporté par le courant aérien. On le vit s’éloigner de son point de départ, jusqu’au moment où il descendit avec assez de rapidité, pour disparaître derrière le rideau d’arbres qui masquait l’horizon.
- Nous nous précipitâmes, mon frère et moi, à travers bois et à travers champs, dans la direction où semblait avoir eu lieu la descente. Après une demi-heure de marche rapide, nous arrivâmes à Yélizy, à l’ouest de Villacoublay, où nous aperçûmes l’aérostat à hélice qui venait d’exécuter son atterrissage dans les plus favorables conditions et sans aucun dégât du matériel1. La descente avait eu lieu à 5 h. 10 m., 25 minutes après le départ. La distance parcourue est en chiffre rond de 5 kilomètres. Le ballon de
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- Fig. 4. — Carte donnant le tracé ci-contre à une plus petite échelle et montrant la position de l’établissement militaire de Chalais-Meudon, par rapport au centre de Paris.
- Chalais-Meudon étant resté stationnaire pendant 10 minutes sous le jeu de son hélice, il se trouve avoir parcouru un espace de 5 kilomètres en 15 minutes, ce qui indique que la vitesse du vent était pendant l’expérience de 20 kilomètres à l’heure, soit de 5 à 6 mètres à la seconde2. La vitesse propre du navire aérien était précisément égale à la vitesse du courant au sein duquel il fonctionnait, puisqu’il y restait immobile avec vent debout.
- Dès que le ballon à hélice fut revenu à terre, l’équipe de Chalais-Meudon, avec M. Duté-Poitevin, aéronautc de l’établissement militaire, se dirigea vers le point où avait eu lieu l’atterrissage. L’hélice fut démontée de l’arbre d’acier à l’extrémité duquel
- 1 Pendant le trajet, nous vîmes s'élever de loin, l’un des aérostats-captifs de Chalais-Meudon; il y avait un aéronautc dans la nacelle. Il est probable que M. le Ministre de la Guerre avait exprimé le désir de voir fonctionner aussi les nouveaux aérostats d’observation militaire.
- 2 Les chiffres que nous donnons ici ne sont pas absolus, car nous ne connaissons l’heure de la descente qu’à quelques minutes près; mais ils se rapprochent beaucoup de la vérité.
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- elle était fixée, et placée dans la nacelle. Une grappe d’hommes de manœuvres s’attacha à la corde du guide-rope fixée à l’avant de l’aérostat; deux hommes restèrent dans la nacelle, et le ballon fut remorqué à travers champs pour revenir à son hangar de remisage. Nous suivîmes alors l’aérostat électrique à son retour. À ce moment, le soleil couchant brillait à l’horizon; il se découpait au-dessus des arbres en un disque rouge de grand diamètre, c’était un spectacle vraiment curieux que ce singulier transport au milieu de la campagne (fig. 2).
- La description que nous avons donnée précédemment du navire aérien de MM. Ch. Renard et Krebs était très concise, mais exacte ; nous la compléterons aujourd’hui. Le ballon proprement dit est enveloppé d’une housse ou chemise de suspension, dans laquelle il se trouve parfaitement sanglé de toutes parts, sauf à la partie inférieure. L’avant est d’un diamètre plus considérable que l’arrière, exactement connue le représentent nos gravures exécutées d’après nature1. La nacelle est formée de quatre perches rigides de bambous, reliées entre elles par des montants transversaux. Elle a environ 55 mètres de longueur, et 2 mètres de hauteur au milieu. Trois petites fenêtres latérales sont réservées vers le milieu afin que les aéronautes puissent voir l’horizon et distinguer la terre. Cette nacelle, très légère et de forme élégante, est recouverte de soie de CI line tendue sur ses parois. Cette enveloppe a pour but de diminuer la résistance de l’air, et de faciliter le passage du système à travers le milieu ambiant. L’hélice est à l’avant de la nacelle, elle est formée de deux palettes, et a environ 7 mètres de diamètre ; elle est faite à l’aide de deux tiges de bois reliées entre elles par des lattes recourbées suivant épure géométrique et recouverte d’un tissu de soie vernie parfaitement tendue.
- La nacelle est reliée à l’aérostat par une série de cordes de suspension très légères réunies entre elles au moyen d’une corde longitudinale qui, attachée vers le milieu, donne de la rigidité au système. Le gouvernail placé à l’arrière, est à peu près rectangulaire, ses deux surfaces en étoffe de soie bien tendues sur un châssis de bois sont légèrement saillantes, en forme de pyramides à 4 faces de très faible hauteur. Le navire aérien est muni de deux tuyaux qui descendent dans la nacelle; l’un de ces tuyaux est destiné à remplir d’air le ballonnet compensateur, au moyen d’un .ventilateur que l’on fait fonctionner dans la nacelle; le second tuyau, sert probablement à assurer une issue à l’excès de gaz produit par la dilatation. A l’arrière de la nacelle, deux grandes palettes en forme de rames, sont fixées horizontalement ; elles servent peut-être à écarter à droite et à gauche les cordes du gouvernail. Nous ne savons pas quel est l’usage de cet organe ; il est possible qu’il soit utilisé dans le but de
- 1 Les dimensions principales ont été données par MM. Renard et Krebs dans leur Note à l'Académie des sciences. — Voy. n° 587, p. 193.
- modérer la descente. L’hélice est actionnée par une machine dynamo-électrique, et le générateur d’électricité est une pile au sujet de laquelle M. le capitaine Renard garde le secret.
- La carte que nous publions (fig. 5) donne le tracé du deuxième voyage exécuté par l’aérostat à hélice de Chalais-Meudon. Nous y joignons une autre carte à une plus petite échelle (fig. 4) ; elle a pour but de montrer la distance qui sépare l’établissement d’aéroslation militaire, de la place de la Concorde, où les aéronautes se proposaient de venir. Il y a là un chemin de 10 kilomètres environ à parcourir. Dans une prochaine expérience, les savants officiers de Meudon, peuvent assurément réussir s’ils choisissent un temps calme, et si le générateur d'électricité, dont ils font usage, fonctionne pendant une durée suffisamment prolongée.
- Quoi qu’il en soit, l’œuvre de MM. les capitaines Renard et Krebs, peut dès à présent, être considérée comme un grand progrès réalisé dans la navigation aérienne par les aérostats allongés munis de propulseurs à hélice; mais on a peut-être exagéré dans le public ia portée d’une première expérience d’aller et retour, qui avait été exécutée dans des conditions atmosphériques toutes particulières.
- Pour que la direction des aérostats fasse de nouveaux progrès, il faut que les navires aériens sortent des proportions ordinaires, qu’ils se construisent en grand, qu’ils atteignent des proportions considérables afin de pouvoir enlever des moteurs de grande puissance qui leur assurent une vitesse propre supérieure * à celle des vents d’intensité moyenne. Cela est réalisable, avec les moyens dont dispose l’industrie et la science modernes. Gaston Tissandier.
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- POSTE TÉLÉPHONIQUE
- DE M. CH. MIL DÉ
- g’il est une partie de l’électricité dans laquelle les inventeurs se sont donné libre carrière, c’est bien dans la téléphonie et, en particulier, dans l’établissement de petits postes téléphoniques simples, économiques de prix d’achat et d’une manœuvre facile. En fait, le problème est plus complexe qu’il ne le paraît. Les téléphones magnétiques réalisent bien la simplicité cherchée et suppriment la pile, mais cette pile est nécessaire pour mettre en mouvement la sonnerie d’appel. Si on fait usage d’une sonnerie magnétique, on arrive alors à un appareil d’un prix relativement élevé, et ne réunissant pas toutes les conditions énumérées ci-dessus.
- Puisque la pile est nécessaire pour l’appel, autant l’utiliser pour la transmission de la voix, et substituer au transmetteur magnétique de Bell un transmetteur à pile ou transmetteur microphonique avec lequel la réception est, sinon plus nette, — les opinions sur ce point sont partagées, — du moins plus puissante.
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- LA NATURE.
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- Les meilleures dispositions à donner au transmetteur, au bouton d’appel, à la sonnerie et au commutateur automatique destiné à mettre la ligne à volonté sur téléphone, ou sur sonnerie, soulèvent une foule d’autres questions pratiques habilement résolues dans le petit poste téléphonique de M. Ch.Mildéque nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs. C’est sans contredit le dernier mot de la simplicité, de l’élégance et du bon marché.
- La figure ci-dessous représente l’ensemble de deux postes : chaque poste, sauf la pile qui forme une pièce à part, est complet en lui-mème et comprend la sonnerie, le bouton d’appel, le commutateur automatique, le transmetteur microphonique et le récepteur magnétique.
- La pile, constituée par un élément Leclanché pour chaque poste, est enfermée dans une petite boite rectangulaire; elle peut sc suspendre au mur, au-dessus de la table sur laquelle repose le poste, ou se dissimuler dans un coin de la pièce où le poste est établi. Dans un modèle tout récent, le poste tout entier repose sur une élégante console en zinc bronzé ; c’est la console elle-même qui constitue à la fois le supportordinaire de l’appareil à l’état de repos, le récipient de la pile Leclanché, et son pôle négatif.
- On voit sur la figure que le poste lui-même se compose de deux parties ; une partie ronde et une partie prismatique, reliées par une sorte de colonne qui sert de poignée à l’appareil lorsqu’on veut s’en servir. Les deux postes sont représentés dans deux positions différentes; l’une, à gauche,montre la face antérieure et l’autre, à droite, montre sa face postérieure. Cette dernière, laisse voir le timbre de la sonnerie, une sonnerie ronde d’un modèle spécial et nouveau, dans laquelle le timbre dissimule tout le mécanisme: électro-aimant, tremblcur, interrupteur et marteau. Le bouton d’appel A est à la partie inférieure. La face antérieure, à gauche, montre au contraire l’embouchure, — un mot tout à fait impropre, d’ailleurs, pour qualifier un objet qu’on ne met ici jamais devant la bouche — d’un téléphone magnétique de Bell, du modèle dit à tabatière, dans lequel l’aimant, en forme de spirale, n’occupe qu’un espace très restreint; et enfin, sur la partie
- prismatique, une plaque rectangulaire en sapin supporte un transmetteur microphonique d’Argy dont nous avons fait connaître autrefois les dispositions. Comme ce poste téléphonique est surtout établi pour de petites distances, il fonctionne sans bobines d’induction.
- Lorsque les communications sont sur téléphone, le circuit téléphonique comprend les deux piles, une à chaque poste, les deux transmetteurs, la ligne — une ligne à double fil, — et les deux bobines des récepteurs magnétiques. On conçoit que si la distance devenait grande, les variations de résistance du transmetteur deviendraient moins sensibles; il faudrait alors recourir «à une bobine d’induction qu’il serait d'ailleurs facile de dissimuler dans la partie prismatique du poste, sans aucune complication extérieure, et sans augmentation de poids bien
- importante.
- Revenons maintenant au poste simple.
- Dans la position ordinaire ou position de reposées appareils sont posés sur une table ou sur une élégante console. Un bouton B placé sous l’appareil se trouve ainsi soulevé et met toutes les communicatioiïs sur sonnerie. En appuyant sur le bouton A, le poste de droite appelle le poste de gauche qui appelle à son tour le poste de droite. 11 suffit alors que les deux interlocuteurs saisissent l’appareil par la poignée et l’appliquent à l’oreille pour effectuer automatiquement toutes les communications et les replacent sur téléphone. Le système est disposé de telle façon que, lorsque le récepteur est appliqué contre l’oreille, la planchette rectangulaire du transmetteur vienne près de la bouche, sur le côté et un peu obliquement. La transmission reste nette sans que l’interlocuteur se trouve aucunement gêné. En remettant les appareils en place, une fois la conversation finie, toutes les communications se rétablissent automatiquement sur sonnerie. L’ensemble du poste est compact et léger ; les deux postes et leurs piles, avec soixante mètres de fil, sont enfermés dans une élégante boîte, et constituent de charmantes étreunes électriques, que nous souhaitons de voir donner souvent aux jeunes amateurs d’électricité.
- Nouveau poste téléphonique dit poste à pied, de M. Ch. Mildé.
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- PHOTOMÈTRE OPTIQUE
- DU Dr L. SIMONOFF
- Le degré d’éclairement d’un objet est, comme on le sait, proportionnel à la quantité de lumière qui tombe sur lui. Si l’objet est dans une pièce ne recevant de la lumière que par une fenêtre, l’intensité de l’éclairage dépendra de l’ouverture de cette fenêtre.
- Une ouverture 2, 5, 4,
- 5 fois plus petite, donnera 2, 3, 4, 5 fois moins de lumière, et l’objet sera d’autant moins éclairé. L’ouverture peut devenir si petite que l’objet cessera d'être distinct, et comme ces résultats seront produits par la dimension plus ou moins grande de l’ouverture, il est facile de comprendre que cette dimension puisse servir à mesurer l’intensité de lumière venant du dehors.
- C’est sur ce principe que repose le photomètre du docteur L. Si-monoff (fig. 1). Cet instrument est le seul des photomètres optiques connus qui puisse apprécier l’intensité d'une source lumineuse sans le concours simultané d’une autre source lumineuse ; c’est un de ses avantages.
- L’instrument a la forme d’une petite lunette à deux tirages, pouvant se mettre facilement dans la poche (fig. 2).
- Dans le cylindre A rentrent à frottement doux les deux tubes B et C; à l’extrémité du tube A, s’ajuste le porte-diaphragmes D, fermé par une rondelle F en verre opale, en arrière de laquelle se trouvent deux autres rondelles semblables G et H fixées à l’intérieur du corps A de l’instrument. Ces rondelles servent à diffuser et à affaiblir la lumière qui entre dans l’appareil, jusqu’au degré indiqué par l’expérience ; dans certains cas, dont il sera parlé plus bas, on peut en retirer une ou deux, et les remplacer au besoin par des rondelles en verre
- dépoli qui accompagnent l’instrument. A l’extrémité du tube B est placé un écran translucide en verre J portant des chiffres. Il est fermé en avant par une quatrième rondelle en verre opale. Les divisions tracées à l’extérieur du tube B servent à indiquer la distance entre l’écran et l’ouverture par laquelle enlre la lumière.
- Pour opérer, l’observateur regarde l’écran par l’ouverture E du tube C ; le tirage de celui-ci sert à adapter l’œil à l’écran, selon l’acuité visuelle de l’observateur. Les personnes habituées aux lunettes doivent s’en servir, ou mieux encore, faire sertir en E la lentille dont ils font habituellement usage.
- Outre l’écran qui est placé dans l’instrument, deux autres écrans en verre portant différentes grosseurs de chiffres accompagnent le photomètre ; l’observateur choisit celui qui convient le mieux à sa vue L
- 11 y a deux modèles différents de porte-diaphragmes.
- Dans le premier, l’instrument est muni dedeuxcouli-ses(Let K, fig. 2) entre lesquelles glissent les bandes à diaphragmes (fig. 3). Ces bandes, ordinairement au nombre de six (on peut en faire davantage) portent chacune cinq ouvertures numérotées. Le taquet du ressort arrête l’ouverture juste au milieu du porte-diaphragmes; l’arrêt est annoncé par un petit bruit. On introduit les bandes entre les coulisses du porte-diaphragmes, du côté opposé au taquet du ressort.
- Dans le second modèle (fig. 4), les bandes sont remplacées par un seul diaphragme carré à ouverture variable, mû par une vis de rappel A ; sous l’influence de celle-ci, l’ouverture du carré peut varier entre 0 et 324 millimètres carrés (0 et 18 millimètres de côté). Les petites divisions de la règle B,
- 1 Pour changer l’écran, on n'a qu’à dévisser le tube B, puis l’anneau qui maintient l’écran et la rondelle opale.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du photomètre optique posé sur son support tel qu’il peut être employé pour l’usage de la photographie.
- Fig. 2. —Disposition intérieure du photomètre optique.
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- qui suit les mouvements du diaphragme, correspondent. aux 2 dixièmes de millimètre et, les grandes à des millimètres entiers, du côté du diaphragme carré; la division qui se trouve arrêtée devant l’index donne la mesure du côté du diaphragme, au moment de l’arrêt.
- Le premier modèle suffit dans tous les cas où l’on n'a pas besoin d’une exactitude mathématique. Les photographes pourront s’en servir pour évaluer le temps de pose, et les gaziers, pour comparer les différentes sources de lumière artificielle, etc. Bien que ce diaphragme paraisse un peu encombrant, il permet à la personne habituée à le manier, de faire fies appréciations plus rapides qu’avec le second modèle : le nombre de bandes n’est pas un obstacle, car ordinairement on n’en emploie qu’une ou deux en même temps.
- Le second modèle, d’autre part, entre les mains habiles, peut être mathématiquement exact.
- Voici comment on emploie le photomètre optique."
- Oh s’assure d’abord que les chiffres de l’écran et le porte-diaphragmes sont dans leur position normale. Bans le premier modèle, les bandes doivent glisser dans la direction horizontale 1 ; dans le second, la tète de la vis doit se trouver en bas à
- Fig. 3. — Premier système de diaphragmes du photomètre optique.
- gauche de l’observateur. Si c’est possible, on appuie l’instrument2. En tirant le tube C (fig. 2), on adapte son œil à l’ccran; on regarde ce dernier avec l’œil droit, l’autre étant fermé. Avec la main droite on soutient l’instrument de manière à préserver en même temps l’œil des rayons directs de la lumière3; la main gauche sert à faire mouvoir les bandes ou la vis. Ayant braqué l’instrument sur la source lumineuse ou l’objet éclairé, on glisse la bande, ou l’on fait jouer la vis, suivant le modèle dont on fait usage, jusqu’au moment précis où l'on ne peut plus lire les chiffres; on note alors l’ouverture du diaphragme. En examinant de la même manière une autre lumière, on arrive à un autre diaphragme. Le rapport inverse des ouvertures [ou des carrés du diamètre) donne le rapport de l'intensité des deux lumières. Si l’ouverture (ou le carré de diamètre) dans le premier cas était 24 millimètres carrés, et dans le second cas 12 millimètres carrés, l’intensité de lumière dans le second cas serait 24/12, c’est-à-dire deux fois plus grande.
- Pour faciliter le calcul, les chiffres qui donnent le rapport des intensités lumineuses sont gravés devant chaque ouverture sur les bandes du premier modèle ;
- 1 On les introduit du côté opposé au taquet du ressort.
- - Pour les lumières artificielles, il doit être fixé.
- 3 Quand on fait face au soleil, il vaut mieux se couvrir la tête.
- pour le second modèle, les résultats du même calcul sont reproduits dans des tables spéciales.
- Pour apprécier à l’extérieur, la lumière du jour, l’instrument doit être ordinairement employé avec les quatre rondelles opales et le coulant divisé B tiré entièrement, lccran étant à la distance de 15 centimètres de l’ouverture du porte-diaphragmes. Dans cet état, l’instrument suffit, étant muni du porte-diaphragmes du premier modèle, pour apprécier toutes les intensités de la lumière diffuse du ciel, mais pour la lumière directe du soleili, il faudrait prendre le diaphragme à vis (fig. 4), dont l’ouverture carrée peut être rétrécie jusqu’à zéro.
- Pour les photographes, les ouvertures (diaphragmes) des six bandes, qui accompagnent le premier modèle, sont disposées et - numérotées en rap- Fig. 4.— Second système de diaphragmes. port des temps
- de pose. Le numéro 1 correspond au temps de pose 1, les numéros 1 |, 2, 5, 4, etc., aux temps de pose 1 2, 5, 4, etc., et ainsi de
- suite jusqu’à 56. Cette disposition rend le calcul très prompt et très facile. Exemple : Si avec le numéro 4, on a posé 2 secondes, avec le numéro 6, on doit poser §x2 = o secondes; avec le numéro 8 = £ X 2 — 4 secondes ; avec le numéro 2 = | x 2 = 1 seconde, avec le numéro 1 seconde, etc.
- Les photographes peuvent utiliser le photomètre optique dans trois cas dis • tincts :
- 1° Evaluer la lumière du jour en général, et ce facteur étant connu, calculer d’après lui les temps de pose. Pour que les
- résultats soient comparables, l’appréciation doit être faite, ou toujours dans un endroit découvert du côté de la direction de l’instrument, ou toujours à la même place avec la même direction et la même position de l'instrument. Dans l’atelier vitré on fixe l'instrument sur un support immobile (fig. 1) après l'avoir dirigé un peu en haut, du côté du ciel qui éclaire l’atelier, et où il n’y a jamais de soleil.
- 2° Après avoir mis au point l’objet à photographier, l’opérateur appuie l’instrument sur le haut de la chambre, autant que possible toujours sur le même point, et le dirige pour un portrait, toujours sur la face du sujet et, pour un paysage, toujours
- :|X2:
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- Fig. S. — Autre dispositif du photomètre optique.
- 1 Pour apprécier la lumière directe du soleil, on peut, si cela est nécessaire, ajouter aux quatre rondelles opales une rondelle en verre, couleur fumée, qui se place dans le porte-diaphragmes, avant la première rondelle opale F.
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- vers le milieu du paysage, un peu au-dessous du j point de jonction de celui-ci avec le ciel en évitant les rayons directs du soleil. En général s’il y a un groupe ou un ensemble d’objets à photographier, il dirige le photomètre sur le milieu, s’il veut que l’instrument indique l’éclairage moyen.
- Ayant trouvé ainsi une fois un numéro de diaphragme quelconque, correspondant au temps de pose convenable, on s’en sert ensuite, pour calculer d’avance tous les temps de pose. Exemple : Le 45 juillet, à 5 heures après-midi, le numéro correspondant à l’action lumineuse du paysage étant 6, on a posé 4 secondes, et le temps de pose, après révélation, a été reconnu juste. Quels seront les temps de pose le 40 novembre à 2 heures après midi, et le 2 mai ail heures avant midi, si les numéros de diaphragmes trouvés sont, dans le premier cas 12 et dans le second 8 ? Réponse ^ X 4 = 8 secondes, le 10 novembre, et |x4 = 5 secondes, le 2 mai.
- 5° Le photographe peut apprécier avec l’instrument l’intensité spéciale de la lumière qui, après avoir passé par l’objectif, tombe sur le verre dépoli de la chambre (ou sur la plaque sensible). Pour cela, le photomètre doit être un peu modifié (fig. 5). Le porte-diaphragmes D reste le même ; les autres parties seules sont changées. A l’aide d’une planchette de bois M, percée au centre, le porte-diaphragmes est accroché derrière la glace dépolie ; l’ouverture est fermée par une rondelle de verre dépoli N dont le côté dépoli est tourné vers l’extérieur; le corps, long de 5 centimètres environ, entre dans le porte-diaphragmes et porte à l’intérieur un autre verre dépoli ou un verre concave 0, et en arrière l'écran J, contre lequel est également placé un verre dépoli ; enfin, le tube P, long environ de 4 centimètres, recouvre le tout. On choisit l’écran portant les plus gros chiffres. Si la vue de l’observateur et la force de la lumière le permettent, on place l'écran à 5 centimètres de l’ouverture du porte-diaphragmes. Un point de repère à l’extérieur du corps marque cette distance, sinon on introduit le tube entièrement. Dans le premier cas, un court cylindre métallique doit être introduit avant le corps pour maintenir le verre N. Après avoir mis au point l’objet à photographier, on accroche la planchette avec l’instrument au verre dépoli de la chambre (ou on remplace celui-ci par celle-là), on se couvre bien avec le voile noir, et, en regardant l’écran, on fait jouer les diaphragmes comme à l’ordinaire. On peut expérimenter avec l’objectif diaphragmé; mais si la lumière est faible, il vaut mieux opérer à toute ouverture et faire ensuite la correction pour le diaphragme que l’on emploiera.
- Quand on veut se servir de l’instrument pour la mesure des lumières artificielles, on retire la première rondelle opaque F, ou même la seconde G. L’instrument placé sur un support fixe, est placé à la même distance des lumières à comparer, à 20 ou 50 centimètres environ.
- Pour que les résultats soient exacts, il faut expérimenter dans une pièce obscure et abriter les yeux contre la lumière par un écran noir, par exemple, un rond ou un carré de carton noirci, percé au milieu et appliqué sur l’instrument. Pour ne pas fatiguer l’œil, il ne faut jamais faire beaucoup d’expériences en peu de temps, et toujours laisser aux yeux le temps de se reposer.
- —o-Çx--
- OBSERVATION DES NUAGES
- L’étude des nuages offre un grand intérêt au point de vue météorologique ; elle n’est pas sans présenter aussi un grand attrait pour l’observateur, et nous voyons avec plaisir qu’un certain nombre d’amis de la nature s’y appliquent assidûment.
- Nous avons publié récemment quelques observations au sujet d’un nuage électrique1 et de nuages de pluie, étudiés par M. Plumandon à l’Observatoire du Puy-de-Dôme2; nous présenterons aujourd’hui quelques faits que nous avons recueillis dans une récente ascension aérostatique; mais nous voulons auparavant donner des explications à l’un de nos lecteurs, au sujet de l’aspect particulier, en éventail, que présentent parfois dans le ciel les longues traînées de cirrus. Voici la lettre que nous avons reçue de notre correspondant, M. D., à Nancy :
- Le 29 juin dernier, vers 9 heures 1/4 du soir, regardant par hasard le ciel, je fus surpris de le voir totalement occupé par des bandes de nuages qui se réunissaient en
- Fig. 1. — Schéma de la disposition des nuages observés à Nancy, le 29 juin 1884.
- un point exactement situé sur l’horizon et au nord, et de là divergeaient en laissant voir entre elles un ciel parfaitement pur. L’ensemble ressemblait à une portion d’une immense roue, dont les bandes de nuages figuraient les rayons. Le croquis ci-dessus donne une idée de cette disposition (fig. 1).
- Étonné de ce phénomène nouveau pour moi, j’en cherchai l’explication dans divers traités demétéréologie, mais inutilement. Le soleil y est étranger car il était couché depuis plus d’une heure, et à l’Ouest. Diverses personnes m’ont assuré que cette apparence des nuages, d’ailleurs fort rare, est appelée par les vieux paysans arbre de Macchabée.
- Il y a dans ce remarquable aspect des nuages, non pas une disposition en rayons d’une roue, mais un simple effet de perspective. Les cirrus se dis-
- 1 Voy. n° 588 du 26 juillet 1884, p. 125.
- 2 Voy. n° 585 du 16 août 1884, p. 173,
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- posent fréquemment en bandes parallèles, qui s'étendent du Sud au Nord, ou du Sud-Ouest au Nord-Est. Bravais est le premier, croyons-nous, qui ait fait remarquer que ces bandes parallèles, en divergeant d’un point de l’horizon jusqu’au zénith ou dans son voisinage, convergent ensuite vers le point opposé. C’est un phénomène de ce genre que représente la figure 2, reproduction d’un croquis dessiné d’après nature par notre savant collaborateur et ami M. Amédée Guillemin, dans la soirée du 7 décembre 1885.
- Le dessin ne donne que la moitié à peine du faisceau de cirrus, celle qui était orientée vers le soleil couchant. On voit que l’observation de M. Guillemin est tout à fait comparable à celle de notre correspondant de Nancy ; elle rentre dans la série de ces effets de perspective signalés par Bravais.
- Si l’observation des nuages est pleine d’intérêt pour le naturaliste à la surface de la terre, combien ne l’est-elle pas davantage pour l’aéronaute qui s’élève dans l’atmosphère ?
- Lundi 8 septembre 1884, nous avons exécuté en compagnie de M. Frédéric S. Gowcr, l’inventeur américain bien connu du téléphone qui porte son nom, une ascension en ballon ; et rarement, il m’avait été donné d’admirer un tableau plus grandiose de nuages amoncelés. Le départ a eu lieu de notre atelier aérostatique, près le Point-du-Jour, à midi 45 minutes. Nous avons traversé Paris dans sa plus grande largeur, passant successivement au-dessus du Champ-de-Mars, du Luxembourg, du Panthéon et de la place des Nations, nous dirigeant ainsi de l’Est à l’Ouest. Au delà de Vincennes, nous nous sommes élevés au-dessus des cumulus qui planaient dans le ciel, et nous avons atteint l’altitude de 1900 mètres où la température était de 7° seulement. Au-dessus des nuages, il y avait un autre courant aérien qui formait avec le premier, un angle très appréciable, et qui se déplaçait du Nord-Ouest vers le Sud-Est. Les nuages Bottaient à la partie supérieure du courant de terre ; on les voyait courir à quelques centaines de mètres au-dessous de la nacelle ; ils passaient les uns à la suite des autres, comme d’immenses montagnes de neige, et quelques-uns d’entre eux atteignaient des proportions
- énormes, ayant plusieurs centaines de mètres de hauteur, et plus d’un kilomètre de longueur. Au-dessus de cette première couche de nuages qui s’étendaient à 700 mètres d’altitude, il y avait, à 5000 mètres de hauteur environ, une seconde nappe de nuages, qu’il nous a été impossible de traverser, en raison du petit volume de l’aérostat (550 mètres cubes). A 5 heures nous avons opéré notre descente, revenant à terre, par suite de la condensation du gaz, avec une très grande rapidité. L’atterrissage eut lieu par un vent violent, mais dans de très bonnes conditions, à Nangis (Seine-et-Marne), après un parcours de 70 kilomètres. Par une singulière coïncidence,
- la semaine précédente, mon frère Albert Tissan-dier, accompagné du même voyageur M. F.-S. Go-wer, avait pris terre, avec le même ballon, presque dans la même localité, à Vimpelles (Seine-et-Marne). L’état atmosphérique pendant cevoyage n’était plus le même, et les observateurs restèrent immergés dans des massifs de brume grisâtre offrant parfois aussi cependant, des scènes majestueuses à contempler et des effets de nuages très curieux. Gaston Tissandier.
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- LE DÉPART DES HIRONDELLES
- OBSERVATIONS DU CENTRE DE LA FRANCE
- Les lecteurs de La Nature ont eu précédemment sous les yeux une note sur l’arrivée des hirondelles à Vendôme et à Paris1.
- J’ai relevé depuis sur mes registres la date de leur départ. Cette date, sans qu’il y paraisse au premier abord, est beaucoup plus difficile à constater que celle de l’arrivée ; aussi n’ai-je dès aujourd’hui, que 12 années d’observations. Voici ce petit tableau :
- Départ des hirondelles à Paris ou aux environs.
- 1855........... 17 octobre. 1878............ 11 octobre.
- 1871............12 — 1879............15 —
- 1874 .......... 4 — 1880............ 17 —
- 1875 ......... 18 — 1881............ » —
- 1876 ........ 5 — 1882.......... 7 —
- 1877 ........ 2 — 1883.......... 15 —
- La date moyenne est le 11 octobre. Ces observa-1 Yoy. n° 566 du 5 avril 1884, p. 206.
- (D’après, un croquis de M. Amcdée Guillemin.)
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- Le départ des hirondelles ù Paris. (Composition inédite de M. Giacomelli.)
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- LÀ NATURE.
- tions se rapportent à l’hirondelle de cheminée ; néanmoins j’ai presque toujours constaté la présence des hirondelles de fenêtre parmi les premières au moment des derniers passages.
- La Bibliothèque de la Société d’Agriculture possède des manuscrits très intéressants, ceux du Père Cotte, qui observait de 1767 à 1814, à Montmorency; j’y ai trouvé les dates de l’arrivée et du départ des hirondelles dans cette localité pour ce laps de temps, mais avec des lacunes. Voici ce tableau :
- ARRIVÉE. DÉPART.
- 1767 . » 28 septembre.
- 1768 . 22 avril. 29 —
- 1769 . 14 — 2 octobre.
- 1770 . 25 — 7 —
- 1771. . . . . . 11 — 27 septembre.
- 1772 . 5 - 5 octobre.
- 1775 . 10 — 5 —
- 1774 . 4 — 26 septembre.
- 1775. . . . . . 10 — 27 —
- 1776 . 5 — 29 —
- 1777 . 1 — 4 octobre.
- 1778 . 2 — 8 —
- 1779 . 6 — 7 —
- 1780. .'. . . . 50 mars. 50 septembre.
- 1781 1 avril. 2 octobre.
- 1782 . 20 — 29 septembre.
- 1785 . 10 — 26 —
- 1784 . 14 — 8 octobre.
- 1785 . 11 — 1 —
- 1786 . 8 — 5 —
- 1787 2 29 septembre.
- 1788 . 15 — 1 octobre.
- 1789 . 10 — 29 septembre.
- 1790 . 25 mars. »
- 1792 . 29 — 22 septembre.
- 1795 . 18 avril. 6 octobre.
- 1794. . . . 1 — 26 septembre.
- 1795 . 18 — 8 octobre.
- 1796 . 8 — 50 septembre.
- 1797. . . . . 14 — 10 octobre.
- 1806 . 19 avril. 27 septembre.
- 1808 . 18 —
- 1809. .... . 20 —
- 1810 . 21 — 50 —
- 1811. . . . . . 17 — 17 —
- La date moyenne de l’arrivée est le 10 avril et celle du départ le 1er octobre. La première est presque conforme à ce que j’ai trouvé pour Paris; mais la dernière est très différente. 11 est bien difficile de croire que les hirondelles partent à présent 10 jours plus tard que du temps de Cotte. Il est bien plus probable que ce célèbre météorologiste n’observait pas de la même manière que moi; qu’il notait probablement le passage des derniers groupes un peu nombreux, ou même le moment où il n’y avait plus d’hirondelles à demeure autour de lui. J’ai toujours remarqué, en effet, que les hirondelles quittent nos pays dans les derniers jours de septembre; celles qu’on voit ensuite sont des oiseaux de passage, venant du Nord-Est; mais j’ai noté les jours où l’on a vu même une seule hirondelle ; c’est ce qui est arrivé le 15 octobre dernier.
- M. le comte de Touchimbert m’a envoyé le tableau ci-dessous, résumant ses observations à Poitiers de-
- puis 15 ans, sur l’arrivée et le départ des hiron-
- déliés. ARRIVÉE. DÉPART.
- 1868. . 7 avril.
- 1869. . 5 —
- 1870. . 5 —
- 1871. . 5 —
- 1872. . 30 mars.
- 1875. . 2 avril.
- 1874. . 21 mars.
- 1875. . 15 —
- 1876. . 7 avril.
- 1877. . 2 —
- 1878. . 7 —
- 1879. . 2 —
- 1880. . 31 mars. 30 septembre.
- 1881. . 19 — 11 octobre.
- 1882. . 11 avril. 7 —
- 1885. . 21 mars. 1 —
- Les martinets sont arrivés à Poitiers en 1878 le
- 25 avril et en 1879 le 20 du même mois.
- La date moyenne de l’arrivée des hirondelles, à Poitiers, est, d’après ce tableau, le 51 mars, bien différente de ce que j’ai trouvé précédemment pour Vendôme et pour Paris ; on se rappelle que la date de l’arrivée à Vendôme est le 9 avril et à Paris le 10. Or Vendôme est presque exactement à moitié chemin de Poitiers à Paris. Les hirondelles se répandraient donc d’une manière très irrégulière à la surface de la France. Il me semble d’ailleurs impossible qu’il y ait là une erreur de M. de Touchimbert ; on peut noter l’arrivée trop tard, si on n’aperçoit pas les premières, mais la noter trop tôt, me paraît, je le répète, impossible à admettre. Il n’y a que des observations à venir pour d’autres localités qui pourront éclaircir ce point obscur.
- E. Renoc.
- ».
- ÉTUDES
- SUR LES MARINES DE L’ANTIQUITÉ
- BATAILLE DE CHIO (Suite et fin. — Voy. p. 210.)
- Un des’ passages les plus curieux du récit de Po-lybe est celui où il décrit le procédé employé par les Rhodiens pour rendre leurs attaques à l’éperon plus efficaces. La traduction littérale étant inintelligible, il faut entrer dans quelques éclaircissements.
- Tout navire d’une certaine dimension est invariablement composé d’un fond, d’un pont et de deux flancs. C’est une poutre creuse dont la rigidité dépend des relations de distance et de solidité de ces diverses parties. L’espace fermé au-dessous du pont est la cale, le creux, le ventre, Yœuvre-vive suivant les temps, les lieux, les idiomes. Au-dessus du pont il y a des logements, une chambre de vogue emménagée, le pont ou les ponts supérieurs ; cet ensemble ce sont : les superstructures, les hauts, Y œuvre-morte. La distinction si rationnelle entre l’œuvre-vive et l’œuvre-morte, distinction admise au moyen âge et dans les temps modernes chez tous
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- LA NATURE.
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- les peuples qui ont construit des galères, a été faussée de nos jours; on a appelé œuvre-vive la partie de la carène qui est dans l’eau, œuvre-morte la partie de la carène qui est hors de l’eau, définitions impropres qui ne reposent ni sur l’architecture du navire, ni sur un fait constant, puisque la flottaison est un plan variable suivant l’état du chargement, définitions que d’ailleurs on ne peut nous reprocher d’avoir inventées, car dans les textes grecs et latins nous trouvons les mots immergé, émergé, dans l’eau, hors de l'eau comme équivalents des termes œuvre-vive, œuvre-morte.
- On comprend aisément (fig. 2) que la résistance transversale d’une carène an choc d’un éperon contondant comme le sont les éperons émergés est d’autant plus grande que le coup est porté plus près de la ligne du pont P P : plus haut l’éperon désorganise les superstructures ; plus bas, si la force vive de l’impact est suffisante, il enfonce les borda-ges, les brise et, soit par action directe, soit par transmission, il ébranle les assemblages de la flottaison et ouvre une voie d’eau. Si donc, par un moyen quelconque, on peut amener l’éperon qui menaçait l’œuvre-morte à choquer l’œuvre-vivc, on change complètement les conditions de la lutte. Ici se posent deux questions : Pourquoi la hauteur de l’éperon n’est-elle pas réglée en permanence, à la hauteur qui convient le mieux à son action? Comment, si cette hauteur est variable, peut-elle être modifiée au moment du combat?
- Le tracé d’une galère et l’établissement des soutes à lest au-dessous des thalames répondent à ces questions1. Le pont d’une trière est à 0m,40 au-dessus de la flottaison ;celuid’une pentère est à quelques centimètres plus haut ; pour qu’un éperon qui menaçait l’œuvre-morte et les lisses porte-tolets frappe dans l’intervalle qui sépare le pont delà flottaison, il suffit (ju’il descende de 0m,50 à 0m,40. Ce changement d’assiette sur l'avant n’est pas de nature à diminuer l’efficacité de la vogue ; mais il peut être inconciliable avec la navigation à la voile qui requiert une certaine différence de tirant d’eau. C’est ainsi qu’on s’explique la manœuvre, l’artifice, le ti tecnicon des Rhodiens. Quant à l’exécution, elle est des plus simples, puisque le lest est sous la main, et qu’on peut le transporter en peu de temps de l’arrière à l’avant des soutes.
- Parmi les bâtiments légers des deux flottes nous trouvons des triémiolies. Quelle était la forme et la grandeur de ces demi-trières? L’analogie et le tracé nous fournissent une réponse plausible.
- De tous temps la forme de ligne d'eau indiquée dans la figure 1, a passé chez les constructeurs pour convenir aux grandes vitesses. M. l’amiral Paris a superposé les sections d'une jonque chinoise et celles de la célèbre America ; il a ainsi prouvé que la wave-line est aussi vieille que la navigation. Avec l’éperon immergé, les sections profondes sont naturellement pleines et la wave-line n’est pas ap-
- 1 Voy. n° 503 du 20 janvier 1883, p. 119.
- plieable ; avec 1 ’éperon émergé, elle le devient. La conséquence de son introduction,, c’est que l’ampleur des sections verticales de l’avant diminue, de sorte que, si le mât est en M, le constructeur peut-être obligé à supprimer les thalames sur l’avant de M et à ne plus employer que deux rames sur les avirons compris entre le mât et la proue : alors la trière n’est plus trière dans toute sa longueur, elle devient trié-miolie. Le Musée du Louvre offre un exemple remarquable d’une exception de ce genre : la galéasse La Royale a neuf rangs de rameurs jusqu’au grand mât, 8 seulement entre le grand mât et le mât de misaine, c’est une ennémiolie.
- La triémiolie était, comme nous l’avons dit, un bâtiment léger, il en était de même des trières sans catastroma continu. Ces deux types comptaient vraisemblablement de 100 à 150 hommes d’équipage.
- Ces explications préliminaires étant acceptées, nous pouvons lire le récit de Polybe.
- Situation des belligérants (fig. 5). — Philippe de Macédoine ayant déclaré la guerre au roi Attale, ravage ses provinces et met le siège devant Per-game. S’appuyant sur un traité antérieur il demande des secours à Zeuxis. Le Satrape élude les engagements pris par son maître. Entre temps Théophilisque décide les Rhodiens ses compatriotes à se déclarer contre l’envahisseur ; il prend le commandement de la flotte de Rhodes, et va rejoindre avec scs galères celles qu’Attale commandait en personne. Leurs forces réunies bloquent le golfe d’Elée où Philippe avec son armée navalç, appuyait les opérations du siège. Le gros des forces alliées était à l’ancre près de Phocée, une partie de l’escadre de Rhodes mouillée aux Arginuses surveillait le Nord de la baie.
- Paraphrase. — Le roi Philippe rebuté par la lenteur du siège et menacé par une flotte nombreuse mouillée dans le voisinage ne savait comment parer aux dangers de sa situation. N’ayant pas d’autre alternative, il appareilla avec sa flotte au moment où ses ennemis, qui le croyaient encore occupé des travaux du siège, s’y attendaient le moins (fig. 5). Il espérait, grâce à ce départ subit, prendre de l’avance et suivre en sûreté la côte jusqu’à Samos ; mais son espoir fut déçu; car les capitaines des vaisseaux d’Attale et de Théophilisque, conformément à leurs instructions, levèrent l’ancre sur-le-champ et le poursuivirent. Ce mouvement se fit sans ordre, parce que, comme nous l’avons dit, personne ne s’attendait à voir Philippe abandonner ses ouvrages devant Per-game. Les alliés n’en firent pas moins force de rames, atteignirent et attaquèrent les galères de Philippe, Attale engageant l’aile droite qui était la plus en avant, Théophilisque l’aile gauche *.
- Philippe, dans ces conjonctures difficiles, signale à
- 1 Aile droite , escadre de droite, aile gauche, escadre de gauche, n’étaient pas des noms de situation, mais bien des désignations permanentes. Dans l’ordre naturel, en ligne de front, l’escadre de droite tenait la droite, en ligne de fde elle tenait la tète : en ordre inverse, c’était le contraire.
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- LA NATUBE.
- i’escadre de droite le mot de reconnaissance, lui ordonne de faire volte-face, de combattre l’ennemi à outrance, puis avec quelques lombes il se réfugie au milieu d’un groupe de petites îles situées à mi-chemin, et là il attend, loin du danger, l’issue du combat.
- La flotte de Philippe était composée de 55 cata-pliractes, de quelques aphractes et de 150 lembcs ou pristes ; le reste de ses vaisseaux qu’il n’avait pas eu les moyens d’armer était resté à Samos. Ses adversaires avaient réuni 65 cataphractes y compris celles qui étaient venues de Byzance, 9 trié-miolies et 3 trirèmes.
- Dès que le vaisseau d’Attalc a commencé le combat, toutes les galères, sans attendre le signal, prennent part à la lutte ; Attale s’élance sur une octère, la frappe d’un coup d’éperon dans ses œuvres-vives, et malgré les efforts des épibates qui combattent vaillamment sur le catastroma, achève de la couler. La décère de Philippe qui portait le pavillon amiral est prise par suite d’un accident singulier. Cette galère ayant croisé une triémiolie, l’aborde par le milieu et la transperce au-dessous de la lisse des scalmes thranites. Le pilote de la décère essaye en vain de la remettre en route, les deux navires restent unis et la décère, sur l’éperon de laquelle la triémolie est en travers, devient incapable de tout mouvement. Sur ces entrefaites elle est assaillie à droite et à gauche par 2 pentères qui la submergent ; tous ses défenseurs périssent et parmi eux Démocrate, navarque de Philippe.
- Sur un autre point, deux frères, Dionysidore et Dinocrate, navarques d’Attale, échappèrent par une fortune inespérée, à un péril imminent. Le premier avait attaqué une heptère, le second une octère Dinocrate qui avait mis sa propre galère sur proue1 reçut un coup d’éperon dans ses œuvres-mortes ; à son tour il réussit à frapper l’ennemi, mais dans les œuvres-vives où son éperon pénétra et d’où il ne put, même en faisant renverser la vogue, le dégager.
- Dans cette situation, les soldats macédoniens combattant avec le plus grand courage, il courut le risque d’être enlevé. Heureusement, Attale vint à son secours, choqua violemment son adversaire et le délivra en séparant les deux navires ; les épibates de l’octère se firent tuer jusqu’au dernier, et le navire sans défenseurs tomba aux mains d’Attale. Dionysidore en chargeant à toute vitesse manqua la galère qu’il voulait frapper, et, en la dépassant, il brisa ses avirons de tribord ainsi que les consoles des tourelles du même côté. Aussitôt il est entouré par les ennemis qui l’assaillent en poussant de grands
- 1 >’ous disons sur nez.
- cris ; le navire périt avec son équipage ; Dionysidore, avec deux compagnons, se sauve à la nage; il est recueilli par une triémiolie.
- Les forces des armées étaient à peu près égales : celle de Philippe comptait un plus grand nombre de lembcs ; celle d’Attalc plus de cataphractes ; (mais l’égalité n’était qu’apparente) : à l’aile droite la victoire penchait du côté d’Attale; à l’aile gauche les lthodiens, qui par suite d’un appareillage imprévu, s’étaient trouvés, au début de l’action, loin de l’ennemi, avaient forcé de rames ; grâce à leur vitesse supérieure ils avaient atteint l’arrière-garde des Macédoniens, et ils commençaient à attaquer les vaisseaux de queue en brisant leurs rames et en les chargeant par derrière. Alors les galères de Philippe firent volte-face, et comme les navires rhodiens qui avaient appareillé les derniers avaient rejoint ceux qui dès le début avaient suivi Théophi-lisque, les deux escadres se montrant leurs éperons, s’animant par les cris des matelots et le son des trompettes, s’élancèrent l’une contre l’autre.
- Si les Macédoniens n’avaient pas, dans leur ordre de combat, entremêlé les lembcs et les cataphractes, la victoire n’eùt pas été longtemps douteuse; mais cette disposition fut un grand obstacle aux manœuvres des Bhodicns; car aussitôt après la première charge, tous les navires furent mêlés et confondus; les lembcs se jetant sur les grandes galères, tantôt à la poupe, tantôt à la proue, empêchaient le jeu des avirons ; les pilotes ne pouvaient ni mettre les navires en marche, ni les gouverner ; de sorte qu’il était impossible aux Bhodiens de traverser la ligne, de se retourner, d’employer en un mot leur tactique habituelle : toutefois, au milieu de ces charges (sans ordre et de ces combats sans règle) ils se servirent d’uti artifice (ti tec-nicon) qui fut fatal à plus d’une galère ennemie : ayant (au moyen de leur lest) abaissé les proues de leurs galères (et leurséperons),ilsne recevaient, dans les charges à contre-bord, que des coups sans gravité ; tandis que, atteignant leurs adversaires dans les œuvres-vives, ils les frappaient de coups mortels.
- D’ailleurs, cette tactique (qui ne leur était pas toujours avantageuse) ne fut pas celle qu’ils employèrent de préférence. Quand les galères s’accostaient de long en long (ce qui arrive parfois dans les charges à contre-bord), les soldats macédoniens postés sur les catastroma se défendaient avec une telle vigueur que les Bhodiens craignaient de ne pas avoir le dessus; tandis que,en profitant de leur supériorité dans la manœuvre, ils parvenaient souvent à traverser la ligne, à briser les rames, à avarier la vogue ou les gouvernails, à frapper de leur
- Fis. 1.
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- cporon la poupe ou le travers des bâtiments ennemis. C’est par ces moyens qu’ils parvinrent à en détruire un grand nombre.
- Trois pentères rhodiennes coururent les plus grands dangers : la prétorienne que montait Théo-philisque, celle qui était commandée par le trié-rarque Pliilostrate, enfin celle qui avait pour pilote1 Autolyque et qui portail Nicostrate. Celte dernière galère ayant brisé son éperon contre les flancs d’un navire ennemi, ce navire coula avec son équipage; du même coup sa proue fut disloquée et l’eau entra par l’avant. Autolyque et quelques-uns de ses épi-bates entourés d’ennemis, se défendirent vaillamment; mais bientôt il fut jetc à la mer avec ses armes. Sur ces entrefaites, Théopbilisquc arriva avec trois pentères ; il ne put sauver celle d’Autolyque qui coulait bas d’eau ; mais il fit à deux navires ennemis des avaries si graves que leurs équipages furent forcés de les abandonner.
- A ce moment, entouré d’une foule de leinbes et de plusieurs cata-pbraetes il perdit la plupart de ses épibates, reçut trois blessures, et, dans ce danger suprême, grâce à l’aide de Philostrate qui s’y était jeté pour le partager avec lui, il parvint à sauver son navire. Bientôt rejoignant ses galères, il tomba de nouveau sur l’ennemi ; son corps était affaibli par scs blessures; mais son âme était encore plus ardente qu’au commencement de l’action.
- Il arriva donc qu’en ce jour il y eut en réalité deux batailles, à distance l’une de l’autre; car l’aile droite de Philippe longeant la côte suivant le plan primitif resta près des terres d’Asie, tandis que l’aile
- 1 Pilote est le seul équivalent possible du mot gubernetès. Le gubernetès était le second officier du bord : il était souvent le premier en capacité nautique. Il gouvernait pendant le combat, soit de ses mains, soit en faisant agir des matelots placés sous sa direction immédiate.
- gauche qui avait fait volte-face pour secourir l’ar-rière-gardecombattit contre les Rhodiens près de Chio.
- L’escadre d’Attale pressant l’aile droite de Philippe qui continuait à se défendre, le théâtre de la lutte se rapprochait des îles oii le roi de Macédoine attendait à l’ancre l’issue du combat. Tout à coup Attale voyant à distance une de ses pentères désemparée, sur le point d’être coulée par un navire ennemi, s’élance à son secours avec deux tétrères. Le navire prend la fuite et court à terre ; le roi le poursuit avec plus d’ardeur que de prudence. Philippe voyant Attale éloigné des siens prend quatre pen-lères, (rois hémioles *, les lembes qu’il a sous la main, lui coupe la route et le force à se jeter à la côte. Le roi, avec les siens, se retira à Erythrée;
- Philippe s’empara de ses navires et de ses bagages. Dans cette circonstance, les compagnons d’Attale usèrent d’artifice; ils dispersèrent sur le ca-tastroma les objets les plus précieux du mobilier royal, de sorte que les équipages des lembes arrivées les premières se jetant sur les vases, sur les vêtements de pourpre et autres objets précieux, abandonnèrent la poursuite pour le pillage. Grâce à cette ruse Attale put en sûreté atteindre Erythrée.
- Philippe qui, dans cette journée, avait été complètement battu, mit â profit la mésaventure d’Attale pour dissimuler sa défaite : il appareilla, réunit scs navires et félicita ses soldats comme s’ils eussent été vainqueurs. Il y en eut d’ailleurs qui voyant la galère royale prise par les vaisseaux de Philippe, purent croire à la mort d’Attale. Dionysi-dore craignant qu’il n’eût été pris, rassembla ses vaisseaux, signala le ralliement, et gagna un mouillage sur la côte d’Asie; en même temps ceux des Macédoniens qui étaient encore engagés avec les
- 1 Hémioie est le nom générique des bâtiments dont la vogue n’a pas la même organisation à l’avant qu’à l’arrière.
- Fig. 3 — Diagramme horaire probable de la bataille de Chio.
- Armée de Philippe. — De Pergame à la mer, 150 stades (15 milles marins), a a'. De minuit à 5 h. du matin, 150 stades. — iV. De 5 h. à 10 h., 175 stades. — pp'. De 1 h. du malin à 5 11., 120 stades. — p'p1'. De 5 h. à 10 h., 175 stades.
- Armée d’Attale et des Rhodiens. — èDe 5 h. du matin à 10 h., 200 stades. — et'. De 5 h. du matin à 10 h., 200 stades. — ff. De 5 h du matin à 10 heures, 225 stades.
- Philippe arrive aux Uippides en faisant force de raines à 1 h. de l’après-midi, 4 ou 5 heures plus tard, Attale jette sa galère à la côte. Vers 7 ou 8 heures du soir, Philippe fait le signal de ralliement et arrive à minuit au promontoire d’Ar-genue. Le vent, battant du nord, y pousse les galères désemparées; le lendemain malin, il recueille les débris et fait ensevelir les morts. De minuit à minuit, il a parcouru 600 stades.
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- Rhodiens et qui avaient déjà beaucoup souffert, se retirèrent les uns après les autres, sous prétexte de porter secours à leurs compagnons. Les Rhodiens ayant pris à la remorque une partie des galères capturées et ayant coulé les autres à coups d’éperon, se retirèrent à Chio.
- Dans le combat contre l’escadre d’Attale l, Philippe perdit une décère, une ennère, une heptère, une hexère, dix cataphractes, trois triémolics et vingt-cinq lembes avec leurs équipages ; dans le combat contre les Rhodiens, il perdit dix cataphractes et environ quarante lembes; deux tétrères et sept lembes furent prises avec ceux qui les montaient. Dans la Hotte d’Attale, deux pentères et une triémiolie furent coulées jet la galère royale fut prise. Les Rhodiens perdirent deux pentères et une trière; aucun de leurs navires ne fut pris. Le nombre des morts chez les Rhodiens fut d’environ 60, sur la flotte d’Attale, d’à peu près 70. Sur la flotte de Philippe les pertes furent d’environ 5000 soldats macédoniens et 6000 hommes d’équipage; le nombre des prisonniers fut à peu près de 2000 soldats macédoniens et hommes d'équipage et de 700 Égyptiens. Telle fut l’issue delà bataille de Chio. Philippe s’attribua la victoire sous deux prétextes : le premier, qu’il avait pris la galère royale après l’avoir forcée à se mettre à la côte; le second, que le soir du combat, il avait mouillé au cap d’Argenne au milieu des débris des galères. Le lendemain il recueillit une partie de ces débris et lit donner la sépulture à ceux qu’on put reconnaître cherchant ainsi à confirmer les nouvelles qu’il avait répandues ; mais ce n était Jà qu’une grossière imposture; et on le vit bien lorsque les lihodiens et Dionysidore venant de nouveau lui offrir le combat, il resta au mouillage et les laissa reprendre la route de Chio.
- Si on veut se rendre compte graphiquement des phases de la bataille de Chio, on peut faire les hypothèses suivantes : Philippe est mouillé avec son escadre de droite en « (lig. 5) à l’embouchure du Cetius, son escadre de gauche est mouillée en p à l’embouchure de l’Evcnus. Attale est sur rade de Phocée en s ; sa seconde escadre est à Egée en S avec Théophilisque et une partie des Rhodiens; le reste de la flotte est mouillée en y non loin des Arginuses.
- Philippe a rappelé la veille les soldats occupés au siège ; ils ont parcouru dans l’après-midi et la soirée les 150 stades qui séparent Pergamc du rivage. L’escadre de Philippe, prête la première, appareille à minuit ; à 5 heures (à raison de 5 nœuds à l’heure) elle se trouve en a'; la seconde escadre,prête un peu plus tard, est à la même heure en (*'. A ce moment Attale et les Rhodiens qui ont vu le mouvement appareillent. De 5 à 10 heures Philippe (à raison de 3n,5) parcourt a'a"; il est poursuivi par Attale qui cherche à lui couper la route et arrive à 10 heures (à raison de 4n,0) en s. Pendant ce
- 1 Attale commandait en personne l’aile droite ou la première escadre de sa flotte.
- temps Théophilisque avec ses galères Ioniennes et Rtiodiennes suit la ligne SS' poussant l’ennemi du côté du large; les Rhodiens de l’escadre d’observation du Nord, sans doute les meilleurs marcheurs, partent du point y, ils filent 4n,5; ils sont à
- 10 heures en y' et menacent l’arrière-garde de
- l’escadre de gauche de Philippe.
- La poursuite continuant dans ces conditions, Philippe entre à la tête de la première escadre dans le canal de Chio; il ordonne à ses galères de faire volte-face et de combattre; lui-même se retire aux îles Hippides. La victoire n’est pas longtemps disputée; le mouvement vers le Sud se prononce et s’accélère ; pendant ce temps la seconde escadre a été obligée de mettre le cap sur Fanum ; bientôt
- pressée des deux côtés par Théophilisque et par les
- Rhodiens venus du Nord, elle fait tête et le combat s’engage sur le méridien des îles Enusses. Les deux escadres de Philippe sont battues ; vers le soir le roi de Macédoine qui a profité de l’imprudence d’Attale et pris la galère qu’il montait, réunit les navires et va mouiller au cap d’Argenne. Du fond du golfe d’Eléeau promontoire d’Argenne il y a 600 stades: en admettant que Philippe y soit arrivé à minuit après avoir perdu 6 heures, on trouve qu’il a dù marcher pendant 18 heures à la vitesse de 3n à 5n,5, moyenne admissible puisque les galères désemparées ont été poussées vers le promontoire d’Argenne par des vents du Nord.
- Si on calcule les effectifs des deux armées navales en admettant que la proportion de composition totale était la même que celle de la partie de la flotte de Philippe prise ou détruite, que les équipages des grandes galères suivaient la loi d’accroissement trouvée pour les trières et les pentères, on arrive à un total de 28 à 50 000 combattants de chaque côté; le rapport est d’ailleurs conservé entre les pertes en hommes et les pertes en navires de la flotte macédonienne. 11 n’y a là rien d’invraisemblable; car Philippe disposait des ressources de la Grèce; les royaumes de l’Ionie riches et peuplés avaient de puissantes marines, et Rhodes était aussi renommée pour l’organisation de ses escadres que pour la valeur de ses marins. Les chiffres les plus difficiles a admettre sont ceux relatifs aux pertes des deux armées: toutefois il faut se souvenir que dans les combats de galères les équipages du vainqueur étaient presque toujours sauvés, ceux du vaincu presque toujours sacrifiés : il faut aussi tenir compte de la supériorité nautique de la flotte d’Attale et du caractère de l’action qui a été une poursuite plutôt qu’une bataille rangée.
- Le récit de Polybe ne brille ni par l’ordre ni par la clarté : il faut pourtant reconnaître que la concordance des faits et des nombres, la précision des détails, le caractère des épisodes, inspirent une grande confiance dans la fidélité des souvenirs et la véracité des témoignages que l’auteur a recueillis1. La ba-
- 1 A l'époque où Polybe a écrit il a pu interroger des marins présents à la bataille de Chio.
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- LA NATURE.
- taille de Chio est un document précieux pour l’archéologie et non moins précieux pour l’histoire ; il nous donne sur la composition des Hottes dans l’antiquité des idées très différentes de celles que fait naître la lecture des légendes de la première guerre Punique. Un jour la critique technique sera appelée à discuter les assertions de l’historien qui a raconté les débuts de la marine romaine, les batailles de Myles et d’Ecnome ; lorsqu’elle mettra la main à cette tâche, elle n’aura pas de meilleur auxiliaire contre Polyhe que Polvbe lui-même.
- Contre-amiral Serre.
- NÉCROLOGIE
- J.-A. Barrai. — Un des plus éminents chimistes et agronomes français, M. J.-A. Barrai, est mort la semaine dernière à l’âge de soixante-cinq ans ; il était né à Metz, où il fut conseiller général jusqu’à la perte de la Lorraine. Les obsèques de M. Barrai ont eu lieu le samedi la septembre 1884, à midi. Une affluence considérable de notabilités politiques et scientifiques et un grand nombre de Lorrains, habitant Paris, suivaient le convoi. Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Tisserand, membre de l’Institut ; Louis Passy, député ; Bailly, membre de la Société nationale d’agriculture de France ; Dutasta, maire de Toulon. Quatre discours ont été prononcés sur la tombe par MM. le pasteur Bridel, Passy, Henri Sagnier, Dutasta.
- J.-A. Barrai, né à Metz en 1819, fut reçu en 1858 à l’Ecole Polytechnique, et entra à sa sortie de l’Ecole dans l’administration des tabacs. Il a été pendant quelques mois répétiteur à l’Ecole Polytechnique et pendant l’empire, il professa la physique au collège Sainte-Barbe. En 1850 M. Barrai a entrepris avec M. Bixio un voyage aérostatique resté célèbre, dont le but était essentiellement d’observer les variations de la température, du degré de l’humidité atmosphérique et de recueillir de l’air à grande hauteur; les voyageurs dépassèrent l’altitude de 7000 mètres ; le récit de cette remarquable ascension eut alors un retentissement considérable.
- M. J.-A. Barrai fonda le Journal d'Agriculture pratique qui obtient encore aujourd’hui un si grand et si légitime succcès, et il a publié dans le cours de sa longue et laborieuse carrière un nombre considérable d’ouvrages et de mémoires relatifs à l’agriculture.
- Arago, au moment de sa mort, désigna J.-A. Barrai pour être l’éditeur de ses œuvres complètes, et le savant agronome a mené à bonne fin cette belle entreprise en publiant successivement 17 volumes in-8° enrichis de tables analytiques et de précieux documents. M. J.-A. Barrai était commandeur de la Légion d’honneur, et son nom, à jamais célèbre, restera toujours attaché aux progrès de la science agricole.
- CHRONIQUE
- Le Congrès de Washington. — M. J. Janssen, de l’Institut, est parti samedi 15 septembre pour Washington, où il va représenter la France au Congrès pour l’unification du méridien et de l’heure. Nous applaudissons au choix que le Gouvernement a fait de notre savant compatriote pour défendre les intérêts de la science et ceux de notre pays. Nous espérons que l’impartialité triomphera dans les débats qui vont s’ouvrir, et que l’on adop-
- tera le choix d’un méridien neutre, seule solution capable de sauvegarder le légitime amour-propre de toutes les marines du monde civilisé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 septembre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Mathématiques.— M. Svlvester adresse un mémoire sur la théorie des équations ; M. l'amiral de Jonquière oommu-nique la fin de son travail sur la résolution des équations.
- Zoologie. — MM. Dubois et Aubert ont étudié les lueurs produites par certains insectes. Lorsque la période d’activité est complète, c’est-à-dire lorsque l’on frotte l’insecte avec une barbe de plume, on obtient une lueur qui fournit un spectre continu sans aucune raie. Lorsque l’excitation cesse, le spectre se réduit peu à peu à sa partie verte.
- Physique. — M. Govi a recherché l’explication de la déformation de l’image de deux raies parallèles regardées au moyen d’une lunette. D’après les lois de la perspective, l’image devrait présenter deux traits convergente ; l’observation, au contraire, montre deux traits divergents. Ce phénomène, décrit par Secchi, avait été déjà étudié par Echinardi, physicien, mort en 1705. M. Govi reprenant les travaux d’Echinardi et de Secchi réussit à donner une interprétation claire de ce singulier phénomène.
- La statue de Fresnel. — MM. Bertrand, Fremy et Jamin ont représenté l’Académie à l’inauguration du monument élevé à la mémoire d’Augustin Fresnel. Cette cérémonie a eu lieu à Broglie (Eure), le 14septembre dernier. M. Jamin est invité à donner communication du discours qu’il a prononcé au nom de l’Académie, devant le monument dédié à Fresnel.
- L’auteur dépeint Fresnel malade dès sa naissance, n’ayant reçu les premières leçons de lecture qu’à l’âge de huit ans, entrant néanmoins très jeune à l’Ecole Polytechnique. Après sa sortie de l’Ecole, Fresnel fut attaché au corps des Ponts et Chaussées et il consacra les premières années de sa vie à des travaux purement techniques. En 1811, à la nouvelle du débarquement de l’empereur, Fresnel céda à des sentiments politiques, fruit d’une éducation reçue au sein d’une famille profondément dévouée à la cause royaliste, il prit les armes et fut peu après révoqué. 11 se relira alors à Broglie près de sa mère, et, c’est du fond de cette retraite qu’il adressa à Arago sa première œuvre scientifique, sur la diffraction.
- L’Académie, à cette époque, était entièrement newton-nienne, c’est-à-dire qu’elle adoptait la théorie de Newton, d’après laquelle la lumière serait un fluide impondérable. Les hommes qui défendaient cette théorie étaient Laplace, Arago, Poisson, Fourrier et Biot. Fresnel eut la gloire de donner la véritable théorie de la diffraction en s’appuyant sur la théorie des ondulations se propageant dans un milieu élastique immobile.
- A la vérité, Fresnel trouva l’idée des ondulations indiquée dans plusieurs auteurs, d’une manière plus ou moins nette, surtout dans Euler. Mais on peut dire qu’il rendit sienne cette théorie par la forme précise qu’il lui donna, par les développements analytiques qu’il en tira, par l’application qu’il en fit à l'interprétation des phénomènes de l’optique. Arago et Laplace furent, dès le début, conquis à l’idée nouvelle ; Biot se refusa au changement de théorie.
- Fresnel poursuivit ses travaux avec ardeur; il donna successivement la théorie des interférences, de la polarisation et de la double réfraction.
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- Il entra à l’Institut en 1825 après avoir échoué une première fois contre Dulong.
- Fresnel ne recueillit point de grands avantages de scs travaux ; il brigua une chaire vacante au Collège de France; on lui préféra Ampère. Sa situation précaire le conduisit bientôt à solliciter sans succès la place d'examinateur de la marine : on ne le trouvait pas assez royaliste.
- Fresnel avait - doté la marine du système de phare qui est encore en usage. Jusqu’à l’époque de son invention, on avait employé un foyer lumineux placé au centre d’un réflecteur parabolique. 11 eut l’idée de substituer au réflecteur une lentille à échelons. L’idée de la lentille à échelons appartient àBul-fon, mais Fresnel perfectionna singulièrement l’appareil du grand naturaliste, en même temps qu’il donna les formules nécessaires. En outre, il plaça au foyer une lampe perfectionnée.
- Atteint par la maladie, Fresnel passa les deux dernières années de sa vie dans l’inaction. Il eut le suprême honneur de recevoir sur son lit de mort une grande médaille que la Société royale de Londres avait fait frapper à son effigie pour immortaliser sa découverte. Ce fut une couronne déposée sur un cercueil.
- Fresnel a eu la gloire d’avoir accompli lui-même une révolution scientifique, d’avoir vaincu l’opposition de Laplace, d’avoir entendu celui-ci lui dire un Jour en public : « Vos travaux sont ce qui a été fait de plus grand depuis bien longtemps. » Il put donc jouir du triomphe de ses idées. Un seul homme resta réfractaire à la théorie nouvelle, ce fut Biot qui jusqu’à la fin de sa vie resta attaché à l’hypothèse de Newton.
- L’œuvre de Fresnel, accomplie en si peu d’année , est tellement féconde, tellement grande que M. Jamin a pu justement l’appeler le Newton français.
- M. Faye fait observer à M. Jamin que Biot, dans les dernières années de sa vie, accepta la théorie des ondulations. M. Faye s’appuie sur une lettre que lui a écrite à ce propos M. Lefort, petit - gendre de Biot. Al. Jamin cite le témoignage de Yerdet qui édita les œuvres de Fresnel. M. Berthelot raconte que dans ses jeunes années il a approché familièrement Bict et que celui-ci reconnaissant un jour l’exactitude des théories de Fresnel conclut par ces mots : « Je suis trop vieux pour changer mes idées. » Enfin M. Jamin, rappelant des souvenirs personnels, déclare qu’il s’acquit la malveillance de Biot pour avoir embrassé la théorie nouvelle. 11 dit que Biot n’eut connaissance des expériences de Fresnel que tout à fait à la fin de sa vie, par une circonstance toute fortuite.
- Stanislas Meunier.
- IAMPE k PÉTROLE SYSTÈME WELLS
- La gravure que nous publions ci-eontrc (fig. 1) représente une lampe alimentée par les essences de pétrole, et qui donne un éclairage des plus intenses, très précieux pour être utilisé en plein air, dans les tunnels, dans les travaux de carrières, dans les chantiers de construction, partout où l’on cherche la lumière à bon marché.
- Cette lampe, construite par M. Wells, est formée d’un réservoir que l’on remplit d’huile minérale volatile (essence de pétrole, benzoline, etc.). Un entonnoir à vis placé à la partie supérieure, est muni d’un système à vis qui permet de déterminer une fermeture hermétique à la partie supérieure du réservoir. Le liquide remplit le tube courbé que l’on voit représenté sur notre figure, et arrive au brûleur dont nous donnons le détail (fig. 2), sans pouvoir toutefois s’échapper par les trous pratiqués à la partie inférieure de ce brûleur, par suite de la fermeture de 1 orifice de remplissage. Quand on veut se servir de la lampe, on dévisse avec précaution le bouchon d’emplissage, de manière à laisser écouler un peu de liquide. On allume avec une flamme, et avant que l’essence soit consumée, le brûleur est assez chaud pour vaporiser l’huile minérale et l’empêcher d’arriver en jet. On desserre alors doucement et graduellement le bouchon d’emplissage, de manière à régler la flamme.
- La lampe minérale que nous venons de décrire, produit un éclairage de toute beauté et d’une grande puissance mais en raison de l’odeur quelle dégage, elle ne peut être utilisée qu’en plein air. Nous l’avons vue fonctionner dans un grand cirque forain en Angleterre, et nous savons qu’elle est fréquemment employée en France même, dans les chantiers de construction. Outre les lampes à grande lumière, M. Wells fabrique des lampes-torches, et des lampes à bascules qui sont susceptibles de rendre de grands services à l’industrie.
- Le propriétaire-gerant ; G. Tissandier
- Fig. 1. —Lampe à essence minérale de M. Wells.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- K« 591. — 2 7 SKl’TKMH H K 1 88 4.
- LA NATURE
- ‘257
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Session de Blois, 1884
- La première journée du Congrès scientifique de Blois a etc consacrée, comme nous l’avons dit précédemment1, à la grande séance d’ouverture, où MM. Bouquet de la Gryc, de l’Institut, président de l’Association française, Gri-maux, professeur à l’Ecole Polytechnique, secrétaire, Dufay, sénateur du Loir-et-Cher et G. Masson, trésorier de l’Association, ont successivement pris la parole. Dans la journée du lendemain 5 septembre, ont eu lieu des séances de section et des visites industrielles fort intéressantes. Le soir M. Boulcy, de l’Institut, a fait une conférence sur les derniers travaux de M. Pasteur. L’orateur a exposé avec une grande clarté, et non sans éloquence, les doctrines de notre grand savant auquel l’humanité est redevable de tant de précieuses découvertes.
- « Que nous voilà donc loin, dit M. Bouley en terminant, de ce chaos médical dont on a accusé la doctrine microbienne d’être la cause; de cette stérilité dont on l’a prétendue frappée ; et enfin des dangers qu’on affirmait lui être inhérents! Appliquée à l’étude de la rage, cette doctrine en a dévoilé la nature, jusqu’à ces derniers temps, si mystérieuse, elle a fait de son virus un vaccin ; et avec ce vaccin, elle étouffe dans sa période d’incubation le virus
- 1 Yoy. n° 589 du 13 septembre 1884, p. 234.
- 12e année. — 2e semestre.
- mortel que la morsure a inoculé et l’empêche de / produire ses effets. Rage et bénignité; — rage Lu immunité ; — rage et guérison : — quel triompfte£\ pour la science et, pour la médecine, quel immensô^^ progrès implique l’association de ces mots ; et N quelle reconnaissance, quelle admiration, quelles actions de grâces, dirai-je même, une découverte aussi féconde pour l’humanité ne doit-elle pas ins-
- , pirer aux peuples et aux savants du monde entier ! »
- Dans la séance générale du 6 septembre , M. le marquis de Ro-chambeau a fait une communication sur les richesses archéologiques du Ven-dômois. M. le Dr Dclthil a parlé des célébrités médicales duBlésois et du rôle qui leur est du dans l’histoire de la médecine ; enfin M. G. Masson a vivement intéressé l’auditoire en montrant à l’aide de diagrammes colorés d’une grande netteté, la progression du nombre des membres de l'Associa-tion française, et l’influence exercée par chaque Congrès dans les localités où il tient ses séances.
- Le même jour, la municipalité de Blois a reçu les membres du Congrès, dans la magnifique salle du château de Blois. Rarement on a pu voir un si beau cadre pour une semblable cérémonie de la science.
- Le maire de la ville a chaleureusement célébré les bienfaits de la science, et, il a salué l’Association française dans la personne de son éminent président. M. Bouquet de la Gryc a porté un toast à la prospérité des industries blésoises, et il a insisté tout spécialement sur l’art des maîtres-céramistes de Blois, dont nos lecteurs ont eu sous les yeux quel-
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- Le Congrès scientiiique de Blois. — Les membres de l'Association française réunis autour de la statue de Denis Papiu, le 6 septembre 1884. (D’après uue photographie instantanée de M. A. Delugin.)
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- ques-uns des plus remarquables spécimens avec l’intéressant arlicle qu’a bien voulu écrire à ce sujet pour La Nature, notre savant collaborateur M. A. tle Rochas1. Les membres du Congrès sont allés ensuite déposer une grande couronne au pied de la statue de Denis Papin. Grâce à la photographie instantanée et à l’habileté avec laquelle M. A. Relugin de Blois, sait en faire usage, nous reproduisons ci-contre le tableau de cette scène touchante. On voit au premier plan la foule qui assiste à la cérémonie, tandis que les membres de l’Association gravissent les marches de l’escalier monumental, à la partie supérieure duquel est l’œuvre du sculpteur Millet (Voy. la gravure ci-contre). M. Tresca, membre de l’institut, a prononcé une excellente allocution, où il a su démontrer tpie notre grand Denis Papin, est incontestablement l’inventeur de la première machine à vapeur à piston permettant d’utiliser le travail produit. L’orateur a retracé les conséquences inouïes de cette découverte ; il a montré les forces de l’humanité multipliées, et les bienfaits de toutes sortes que la vapeur a répandus dans le monde en général, et la classe ouvrière en particulier. M. le Dr Lunier, de l’Académie de médecine, a pris ensuite la parole, et il a salué en Denis Papin le plus illustre des enfants de la ville de Blois, et l’une des plus belles de nos gloires nationales.
- Le dimanche 7 septembre a été entièrement consacré à une excursion générale. On s’est arrêté à Saint-Dyé pour voir le nouveau pont du chemin de fer sur la Loire et l’église de la localité qui possède dans ses archives un précieux manuscrit du treizième siècle. Les excursionnistes ont longuement visité le château de Chambord, cette merveille d’architecture que François Ier a fait construire, pendant douze années consécutives. Us ont parcouru, au retour, les galeries du château de Cour-Chaverny, où les collections artistiques et scientifiques du marquis de Vibraye ont excité l’admiration générale.
- Le lendemain 8, en outre des séances de section, on a entendu le soir la deuxième conférence du Congrès; elle a été faite par M. Lucas, professeur au lycée Saint-Louis, sur les machines à calculer. La description de la nouvelle machine électrique à calculer de M. Genaille, a vivement intéressé l’auditoire.
- Le mardi 9, nouvelles excursions à Vendôme, à Montoire, à Laverdin et aux Cavernes celtiques de Troô: après la séance de clôture qui a eu lieu le i l, le Congrès de Blois, si bien rempli, s’est terminé par une grande excursion en Touraine.
- L’article 25 de l’ordonnance du 15 novembre -184(5 prescrit aux Compagnies de chemins de fer de mettre les conducteurs gardes-freins en communication avec le mécanicien de tout train en marche, pour donner, en cas d’accident, le signal d’alarme par tel moyen qui sera autorisé par le Ministre des Travaux publics.
- 1 Voy. ji° 585 du 10 août 1884, p. 10t.
- Pendant longtemps les Compagnies se sont bornées à établir la communication entre le chef de train placé dans le premier fourgon de tête et le mécanicien au moyeu d’une cloche ou d’un timbre placés sur le tender, et dont le conducteur pouvait actionner le marteau de l’intérieur du fourgon à l’aide d’une corde. Ce procédé assez rudimentaire sert encore aujourd’hui à donner le signal du départ au mécanicien d’un train en stationnement et à lui prescrire l’arrêt pendant la marche.
- Pour les trains rapides seulement, qui comprennent un nombre de voitures assez restreint, et dont la composition en cours de route, est rarement modifiée, la Compagnie de l’Est avait complété ce système par deux cordes passant au-dessus de la toiture, qui partaient de l’intérieur de chacun des fourgons de tête et de queue pour venir s’attacher par leur autre extrémité, au levier de manœuvre du marteau d’un timbre placé au-dessous de la toiture de l’autre fourgon. L’extrémité restée libre dans le fourgon servait à actionner le timbre de l’autre fourgon et, par suite, à avertir l’agent monté dans ce fourgon. Ce système était automatique en cas de rupture d’attelage.
- Sur les autres réseaux, les gardes-freins ne pouvaient communiquer avec le chef de train et le mécanicien qu’au moyen de signaux optiques échangés d’une vigie à l’autre et difficilement perceptibles surtout en temps de brouillard.
- Mais différents événements, crimes, accidents de personnes, etc., survenus sur différentes lignes, et qui ont entraîné mort d’hommes, ont démontré la nécessité d’exiger des Compagnies une exécution plus complète des prescriptions de l’ordonnance du 15 novembre 1846 et de les inviter à prendre les mesures nécessaires pour donner désormais aux voyageurs le moyen de faire appel aux agents des trains. La Commission d’enquête sur les moyens de prévenir les accidents de chemins de fer, saisie de la question, a été d’avis qu’il y avait lieu : 1° de prendre les mesures nécessaires pour que la circulation par les marchepieds fût toujours possible, au moins pour un des agents, soit en adaptant des marchepieds et des mains-courantes aux wagons à marchandises admis dans les trains de voyageurs, soit en plaçant convenablement ceux qui n’en seraient pas munis; 2° d’établir entre les compartiments des ouvertures de dimensions restreintes fermées par des glaces, et cela dans le but de prévenir les tentatives criminelles ; 5° de prendre des mesures pour donner aux voyageurs le moyen de faire appel aux agents et de recommander, comme ayant fait ses preuves sous ce rapport, aussi bien que pour les communications entre les agents, le système électrique en usage sur les réseaux du Nord et de Paris-Lyon-Méditerranée.
- Ce dernier système qui est dû à M. l’ingénieur Prud’homme, et qui porte le nom d'intercommunication électrique, réalise le triple but d’établir une communication électrique entre les agents des trains ; de permettre aux voyageurs, en cas de danger, d’appeler par une sonnerie l’attention de ces agents ; enfin d’avertir instantanément ces derniers de la rupture du train pendant la marche. L’appareil est disposé de la manière suivante :
- Une boîte mobile contenant une pile et une sonnerie est disposée dans le fourgon d’arrière et le fourgon d’avant où elle s’adapte à des crochets de suspension ; sur la paroi du wagon et h proximité de cette boîte est fixé un levier d’appel à ressort dit commutateur, sur lequel il suffit de presser pour faire fonctionner la sonnerie électrique placée à l’autre extrémité du train. La communi-
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- cation entre la tète et la queue du train est assurée au moyen de deux fils métalliques posés sous le châssis de chaque wagon et constituant deux circuits correspondant à la sonnerie d’avant et à la sonnerie d’arrière. Entre deux wagons adjacents, la communication de ces deux fils est assurée par des cordes ou câbles d’attelage composés de fils métalliques recouverts d’une enveloppe de coton et ne présentant à la tension qu’une résistance très limitée : aussi doit-on éviter qu’ils soient accrochés par les barres et les chaînes d’attelage.
- Les câbles d’attelage sont ainsi disposés : à chaque extrémité du wagon, un câble partant de la traverse et faisant suite au fil conducteur est armé, à son autre bout, d’un anneau qui vient s’enfoncer dans un crochet d’une forme spéciale, adapté à l’extrémité du fil conducteur du wagon correspondant. Réciproquement, un câble identique partant de l’autre fil de ce dernier wagon vient s’adapter par un anneau dans un crochet qui termine le deuxième fil du premier wagon ; de telle sorte qu’après l’attelage, deux wagons correspondants sont toujours reliés par les deux câbles.
- Dans chaque wagon, des boutons d’appel fixés sur le plafond à côté de la lampe, sont reliés aux fils conducteurs dont nous venons de parler et permettent d’utiliser. le circuit électrique que ceux-ci réalisent pour faire communiquer les voyageurs avec les agents du train. Chaque bouton d’appel est entouré de l’inscription : Appel au chef de train en cas de danger absolu.
- Quant au crochet d’attelage, il se compose d’un coussinet en fonte portant une manette mobile en cuivre chassée en arrière par l’action d’un ressort. Lorsque les anneaux sont introduits dans les crochets, ils chassent les manettes en avant; mais lorsqu’on les retire, les manettes viennent buter contre une borne en cuivre fixée elle-même sur la traverse au-dessus du coussinet et communiquent avec la terre.
- Pour atteindre le but que nous venons d’indiquer, il faut qu’au moment de la formation des trams on s’occupe de relier les communications des wagons au moyen de câbles d’attelage, de manière que, lorsque chaque anneau d’un wagon est passé dans un crochet du wagon correspondant, et que cet anneau est à fond, la manette cesse d’ètre en contact avec la borne supérieure.
- Le chef de train fait usage de l’appareil Prud’homme, tantôt pour s’assurer de la présence à son poste du garde-frein d’arrière, qui doit répondre à ses appels, tantôt pour éveiller son attention lorsque le mécanicien siffle aux freins. Le garde-frein peut également appeler le chef de train en cas d’événement extraordinaire. Enfin les voyageurs peuvent aussi appeler les agents du train à l’aide des boutons placés dans les compartiments. En cas de rupture d’attelage d’une voiture du train, les appareils fonctionnent automatiquement par le décrochage des câbles qui relient ce-.te voiture à la précédente.
- Par une circulaire ministérielle en date du 15 avril 1884, toutes les Compagnies de chemins de fer ont été mises en demeure d’établir l’inlercominunication dans tous les trains express ou directs effectuant des parcours de 25 kilomètres ou plus sans arrêt. Cette importante amélioration devra être réalisée avant le 1er juillet 1885. Les appareils devront, à l’avenir, donner aux agents, par un signe placé de préférence à l’extérieur des voitures, le moyen de reconnaître le compartiment d’où un signal est parti, sans qu’il soit possible aux voyageurs d’en supprimer l’indication. Sur le réseau du Nord, cette condition est depuis longtemps réalisée : des ailettes faisant saillie sur les
- parois latérales de la voiture deviennent visibles dès qu’un voyageur a établi le circuit électrique, et indiquent le compartiment d’où est parti l’appel. Al. Laplaiche,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
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- DÉPLACEMENT DE LÀ VERTICALE
- Les opérations géodésiques exécutées en Californie viennent encore de démontrer que pour certaines régions du globe, la direction de la verticale paraît soumise à des causes de déviation anormale. Le professeur Davidson a signalé des écarts qui atteignent fréquemment 10 et même 11", ce qui correspond normalement à un déplacement de 500 à 400 mètres en latitude. 11 est extrêmement intéressant de remarquer que ces déviations paraissent en général se produire dans le sens des dépressions du terrain ; en d’autres termes, la verticale se comporte comme si les parties montagneuses situées dans son voisinage exerçaient une attraction moindre que la masse qui avoisine une dépression. Ce phénomène, particulier à la Californie, se produit généralement sous l’influence des dépressions marines ; M. Paye attribue dans ce cas l’anomalie eu question à une angmentation d’épaisseur des masses sous-marines, augmentation due au refroidissement plus précipité et plus profond de la croûte terrestre sous les mers.
- Les mêmes travaux géodésiques ont également révélé le fait non moins curieux d’une variation sensible de la verticale pour une période moindre que trente ans. Le professeur Davidson signale une station pour laquelle la direction verticale, naturellement déterminée au moyen d’observations astronomiques, a varié de 16" depuis 1854. Il est probable que cet effet doit dépendre de déplacements de masses considérables ayant eu lieu depuis cette époque; cette hypothèse est d’autant plus vraisemblable que la région dont il s’agit est située sur le parcours du cercle volcanique qui contourne l’Océan Pacifique, ce qui en fait une contrée fréquemment soumise à des tremblements de terre.
- PONT MOBILE A SOULÈVEMENT VERTICAL
- Nous avons publié précédemment la description du pont mobile à soulèvement vertical de Syracuse aux Etats-Unis. Ce pont établi, sur le canal d’Oswego, laisse passer les trains de chemins de fer ; puis au moyeu de dispositions spéciales que nous avons décrites, il l’élève sous l’action de machines à vapeur Corliss, quand il s’agit de faire circuler des bateaux à sa partie inferieure1.
- Un autre pont analogue a été construit postérieurement dans la même localité et sur le même canal. Le principe qui le fait fonctionner n’est plus le même, et, dans ce dernier cas, le soulèvement a lieu au moyen de l’eau sous pression. Voici la description que donne le Scientific American de eet intéressant système.
- Le pont (tig. 1 et 2) a 25m,50 de longueur, iim,60 de largeur, et franchit le canal sous un angle de 35° et demi. Il se compose d’un tablier constitué par des traverses de tôle. Ce tablier est soutenu par des câbles d’acier qui s’engagent sur des
- 1 Vov. n° 552 du 29 décembre 1885, p. 65.
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- poulies à gorge de 1 mètre de'diamètre et supportent à leurs autres extrémités des eouloirs longitudinaux. Ceux-ci sont chargés de poids suffisants pour équilibrer à peu près le tablier, tout en laissant un léger excédent qui le maintienne solidement en place sur des culées en pierre, quand il est abaissé.
- Les arbres des poulies ont 0U1,75 de diamètre; ils reposent sur des poutrelles transversales portées elles-mêmes par deux grandes poutres longitudinales en treillis. Celles-ci se terminent par des contre-fiches qui s’appuient sur des piles en treillis établies sur les culées.
- Fig. 1 et 2. — Pont à soulèvement vertical de Syracuse, aux États-Unis, construit sur le canal d’Oswego.— Fig. 1. Tablier abaissé pour laisser passer les voitures. — Fig. 2. Tablier levé pour le service du canal.
- Le cylindre moteur, auquel l’eau est fournie par la distribution de la ville, repose sur les membrures inférieures et son axe leur est perpendiculaire. 11 a 0m,825 de diamètre et lu,,65 de course. Les lumières d’admission ont 0m,062o xOm,27ri et celle d’échappement 0m,10x 0,n.275. La tige du piston, de 0m, 11 de diamètre., est terminée à chaque extrémité par une crémaillère de 0,n,20de large et de 0m,075 de pas. Chaque crémaillère engrène avec un pignon calé sur un arbre de 0m,125 de diamètre et parallèle aux membrures inférieures, mais l’une des crémaillères attaque le pignon correspondant par le haut, et l’autre par le bas (fig. 5). Les pignons ont 0"’,60 de diamètre; leurs arbres portent des roues d’engrenage de 0!,1,975 de diamètre et de üm,0625 de pas, qui actionnent des crémaillères verticales fixées sur des montants. Elles se continuent, à leur partie supérieure, par des tiges de suspension de 0m,04 de diamètre, reliées elles-mêmes à des câbles d’acier de 0m,0175 qui passent sur des poulies reposant sur les membrures supérieures. A l’autre bout, les câbles sont munis de contrepoids, comme ceux qui équilibrent le tablier.
- L’admission de l’eau dans le cylindre met en mou-
- vement le piston et les pignons qui engrènent avec les deux crémaillères de sa tige. Ces pignons tournent en sens contraire, grâce à la disposition indiquée plus haut, et qui est essentielle, les deux cré-mail èrcs verticales se faisant face. Le pont se soulève ainsi sans secousse et d’une manière parfaitement régulière, en même temps que les contrepoids opèrent leur descente.
- Pour l’abaisser, on ferme le robinet d’admission , et on laisse échapper peu à peu l’eau contenue dans le cylindre; la partie du poids qui n’est pas équilibrée suffit à produire la descente du système, qui s’effectue également avec facilité.
- La hauteur dont le pont doit être soulevé, pour laisser passer les bateaux et pour le service de hâlage, est de 2m,70. Chaque opération simple dure quinze secondes seulement et n’emploie qu’une cylindrée d’eau sous pression, soit environ 1 mètre cube. La force motrice dépensée est donc très économique. Il en est, d’ailleurs, de même de son entretien. Construit depuis quelque temps déjà par les Delamater Iron Works de New-York, il a jusqu’ici donné de très bons résultats.
- Fig. 3. — Détail de l'appareil de manœuvre du pont à soulèvement.
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- LE VENIN DE L\ VIVE
- Les Vives, que Cuvier avait placées dans la famille des Percoïdes, forment aujourd’hui la famille des Trachinidées. On en compte plusieurs espèces fort communes sur nos côtes, mais les plus répandues sont le Trachinus vipera et le Trachinus druco. Le Trach. vipera est un poisson de petite taille (15 à 20 centimètres), assez joli au premier aspect. Toutefois, quand on l’examine, sa lèle courte et obtuse lui donne une physionomie repoussante.
- Le Trachinvs draco ou vive commune, qui vil au large et ne se rapproche du rivage qu’à l'époque du frai, est comestible, et il est transporté sur tous les marchés de l’intérieur de la France, grâce à la
- fermeté de sa chair, qui le met à l’abri d une décomposition rapide. 11 peut atteindre jusqu'à 0m,r>8 de longueur. On en voit souvent à Paris. La chair du Trachinus vipera n’est pas estimée ; cette dernière espèce vit sur le rivage même.
- A moitié enfouis dans le sable humide, ces poissons se trouvent complètement cachés aux regards. Si par malheur un imprudent fouille avec ses mains le sable de l’endroit où ils se trouvent ou y marche nu-pieds, il peut être dangereusement blessé. Ce petit poisson est d’autant plus à craindre que le ton gris-roussàlrc de son corps se confond avec, la couleur du sable et le rend très difficile à distinguer.
- La vive est carnassière ; elle se nourrit de petits crustacés et de petits poissons. J’ai même vu pêcher
- La Vive (Trachinus vipera) avec ses épines opereulaires dressées.
- une vive de moyenne taille qui avait avalé une équille formant à peu près le quart du volume de son propre corps. Son estomac distendu faisait au dehors une saillie de la grosseur d’une noix.
- Les pêcheurs des côtes normandes qui la nomment aspic, la redoutent extrêmement et l’assomment avec bonheur toutes les fois qu’ils en trouvent une dans leurs filets. Ils prétendent que la piqûre peut être mortelle et citent des exemples de pêcheurs n’ayant pas hésité à se faire l'amputation d’un doigt traversé par une épine d’un de ces poissons.
- Quand on pèche des crevettes sur des plages sablonneuses on trouve assez souvent une vive au fond de son filet. Immobile, semblant mort, ce petit poisson a l’air tellement inoffensif que le premier mouvement est de le saisir. Rien n’est plus dangereux. A peine l’animal se sent-il emprisonné dans la main qu’il redresse brusquement les épines qui
- garnissent ses opercules et les rayons de sa nageoire dorsale, et fait à l’imprudent pêcheur de cruelles blessures.
- M. le docteur E. Recaisne a eu l’occasion de vérifier par lui-même que les récits rapportés à ce sujet n’ont rien d’exagéré.
- « Pendant un séjour que je fis à l’époque des vacances dans un château des environs de Nantes, dit notre savant confrère, la maîtresse de la maison voulut un jour régaler ses hôtes d’une bonne bouillabaisse dans laquelle devaient entrer des vives. La fille de cuisine qui préparait les poissons pour la confection du précieux plat se piqua à l’index de la main droite avec les épines opereulaires d’une vive. Elle poussa un cri déchirant de douleur et se laissa tomber sur une chaise. Je descendis immédiatement à la cuisine et je trouvai la jeune fille livide, avec un pouls très faible, des envies de vomir, de la rai-
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- (leur musculaire, de la sueur froide, etc. ; l’index était déjà tuméfié et les ganglions de l’aisselle lé^ gèremcnt engorgés. Les soins qui lui furent immédiatement administrés dissipèrent peu à peu ces symptômes inquiétants. Mais la patiente eut une fièvre assez vive, avec délire, la nuit suivante. 11 se développa un phlegmon, que j’ouvris Je quatrième jour. Bref, cette jeune fille ne fut tout à fait remise que le dixième jour, après avoir perdu l’ongle de l’index. »
- Deux autres espèces vivent particulièrement dans la Méditerranée : c’est le Trach. radiatus, et le Trach. nraneus. Les propriétés venimeuses de ces derniers étaient connues des anciens. Eli en, Oppien, Pline signalent le Draco marinas comme pouvant causer des blessures envenimées. Le nom d’Araneus, donné à l’une de ces espèces, lui vient suivant quelques auteurs, de ce que l’on a assimilé ses propriétés venimeuses à celles de l’araignée (Tarentule) dont la morsure était réputée mortelle.
- Pline prétend même que le venin de la vive possède le singulier privilège de guérir les maux de dents.
- MM. G ressin, docteur en médecine à Montivilliers, et Bottard, interne à l’hôpital du Havre, viennent de découvrir ce venin et de mettre en évidence la glande qui le sécrète. Leurs recherches très intéressantes ont été exécutées au laboratoire de physiologie maritime du Havre.
- A la base de chaque côté des épines operculaires de la vive se trouvent, des culs-de-sacs membraneux au fond desquels repose la glande. On comprend qu’en pénétrant dans un corps quelconque, la hase de l'épine presse sur la glande et fait couler le venin. C’est exactement le même mécanisme que celui des vipères ; seulement, ou lieu de pénétrer dans la blessure par un canal central, comme celui de la dent des -serpents, le venin suit deux canalicules placés symétriquement de chaque côté de l'épine.
- MM. Gressin et Bottard ont recueilli avec soin ce venin, et ils l’ont inoculé à des grenouilles, à des poissons, à des oiseaux et à de petits mammifères. En peu de temps, ces animaux sont morts, après avoir présenté les phénomènes suivants : douleur aiguë, convulsions, contracture musculaire, collapsus et mort1.
- 1 Voici quelques extraits plus complets de l’intéressant travail de MSI. Gressin et Bottard :
- « La glande, niée par les auteurs modernes, existe réellement. C’est une glande py ri forme double, analogue aux glandes sébacées, contenue dans la cavité que lui forme l’épine et envoyant un prolongement jusque dans les canalicules de l’épine elle-même et dans l’intérieur de celle-ci. Les cellules qui la composent sont polymorphes, de dimensions variables, pressées les unes contre les autres, d’autant plus petites que l’on descend plus bas dans la coupe. Ces cellules, très grosses, sont remplies : les unes de granulations fines, les autres d’une matière colloïde, dont la réfringence pourrait faire soupçonner une origine graisseuse. Il n’en est rien, cependant. Ces cellules, traitées par l’éther, n’ont pas donné la réaction des cellules adipeuses.
- « Le venin est sécrété par les cellules dont nous venons de parler, de la manière suivante. Comme les cellules muqueuses de certains poissons (grammi«te, anguille, etc. Vov. Leydig).
- Ces expériences éclairent une question restée fort obscure jusqu’ici. Elles conduiront probablement à démontrer dans la suite que d’autres poissons que la Vive possèdent un venin analogue. Dr Z...
- L’industrie chevaline, considérée dans la France entière, fait depuis quelques années de rapides progrès. En 1881, nous avons acheté à l’étranger 11 508 chevaux de plus que nous n’en avons vendu. En 1882, l’excès de nos importations sur nos exportations se réduisait à 72-:>3 tètes et tombait l’année dernière au faible chiffre de 1942 tètes. Si cette progression continue, nos exportations ne tarderont pas à l’emporter de beaucoup sur nos importations
- A l’origine des chemins de fer, on s’inquiétait de la concurrence que les locomotives feraient aux chevaux de trait. Cette industrie nouvelle devait ruiner l’agriculture. Parodiant le mot de Victor Hugo : Ceci tuera cela, criaient les alarmistes, car, alors comme aujourd’hui, il y avait des voix pour maudire l’invention nouvelle, il y avait des hommes pour nier que l’agriculture est la première à profiter de l’accroissement, de la force et de la richesse sociale. Eh bien non ! les locomotives n’ont point tué les chevaux; bien au contraire : vers 1845, la France possédait 1 250 000 chevaux, elle en a plus du double aujourd’hui, soit exactement 2 848 800.
- En môme temps que nos chevaux augmentent en nombre, ils gagnent çn qualité. On trouverait difficile—
- celle de la glande de la vive sc gonflent, et se rompent ensuite sous l’action du liquide qu’elles contiennent. (Examen histologique de M. le professeur Rémy.)
- « Nous ne croyons pas que l’issue du venin sc fasse d’une façon volontaire. Pour que le venin pénètre dans la plaie, il faut que la base de l’épine soit comprimée d’une manière ou d’une autre, car le bourrelet qui termine la gaine de l’épine ne permet pas l’issue libre du venin. En supposant la compression du poisson par le pied nu du pêcheur, l’épine operculairo pénétrera seule dans la plaie, la gaine sera retroussée et comprimera circulairement les glandes et le cul-de-sac qui leur servent de réservoir. La compression est donc nécessaire pour chasser le venin dans la plaie.
- « L’action du venin de la vive ne peut être mise en doute, car nous avons vu des animaux assez robustes succomber rapidement après la piqûre.
- « Ce venin est un liquide bleuâtre, légèrement opalescent après la mort du poisson, à peine styptique et sans goût marqué; son action sur les réactifs végétaux est presque nulle, plutôt acide que basique. Son résidu, après dessiccation, n’est pas soluble dans l’alcool comme le venin du crapaud (Vulpian).
- « Le venin de la vive paraît être un poison convulsivant. Il produit la paralysie et l’impotence fonctionnelle, mais ce résultat n’est atteint qu’après une phase de contracture, de tétanisation véritable. H est bien différent, en cela, du venin des serpents qui produit, d’après M. Uruetta, des phénomènes de paralysie presque instantanée. De plus, il n’est pas, comme ce dernier venin, un poison du sang, car nous n’avons pu trouver les globules crénelés dont cet auteur nous avait signalé la présence. Le venin trachyuien semble porter son action sur la moelle et sur le bulbe, ainsi qu’en témoigne le ramollissement médullaire observé chez les rats que nous avons autopsiés. Il paraît s’éliminer par le foie, les reins et les intestins. Enfin, son action sur le cœur nous semble affirmée par les expériences que nous avons tentées sur les grenouilles.
- « Les sujets out succombé assez rapidement à nos inoculations, malgré la puissante innervation cardiaque des grenouilles, innervation qui permet au cœur de se contracter même après avoir été arraché de la poitrine. »
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- ment chez nous des chevaux comme ces Turcomans, descendant de la meilleure jument de Mahomet, qui, dit-on, parcourent en trois jours, avec une charge de 100 à 125 kilogrammes, dans les terrains les plus difficiles, une distance de 450 kilomètres. Mais nous obtenons une force et une résistance moyenne des plus satisfaisantes. En 1885, par exemple, la 6e brigade, avec tous ses services, équipages et artillerie, a pu faire 60 kilomètres en 14 heures, après avoir parcouru 60 kilomètres la veille, 55 kilomètres l’avant-veille et 45 le jour précédent. Vers la même époque, 900 cavaliers ont fait les uns 82 kilomètres et les autres jusqu’à 102 kilomètres en 19 heures, résultats fort remarquables pour des opérations d’ensemble.
- Les haras nationaux possèdent maintenant au complet l’effectif fixé par la loi, savoir : 430 étalons de pur-sang anglais, arabe et anglo-arabe, 1854 étalons demi-sang, dont 125 du type Norfolk et 250 étalons de trait, en tout, 2514 chevaux. Les étalons approuvés en 1885 étaient au nombre de 1222, dont 1142 ont pu toucher la prime.
- En évaluant les naissances à 60 0/0 du nombre des saillies, la France, en 1883, a dû produire 115 000 poulains ou pouliches nés des étalons améliorateurs des haras ou des particuliers. La Manche, à elle seule, fournit plus du dixième de ces produits, soit 12 000 jeunes animaux, presque tous excellents. Notre département se place en première ligne pour la production du cheval, il en fournit plus à lui seul que le Finistère et les Côtes-du-Nord réunis, qui viennent en seconde et en troisième lignes, le premier avec 5995 et le second avec 5448 naissances. Le Calvados se place en quatrième ligne, seulement avec 4395 naissance. Viennent ensuite les départements de la Seine-Inférieure, du Maine-et-Loire et de la Haute-Marne, qui comptent chacun un peu plus de 5000 naissances ; puis une douzaine de départements qui fournissent chacun de 2000 à 3000 produits, tandis que les autres présentent des chiffres de production relativement insignifiants *. Hervé Mangon,
- de l’Institut.
- * LES
- JARDINS DU LITTORAL MÉDITERRANÉEN
- (Suite et fin. — Voy. p. 201)
- De toutes les acquisitions faites depuis longtemps, la plus précieuse pour la région méditerranéenne est assurément celle des Eucalyptus, qui sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important, tant par leurs propriétés antimiasmatiques que par les qualités supérieures de leur bois. Le genre est très nombreux en espèces, et leur nomenclature en est encore un peu confuse et embrouillée. M. Nau-din, qui s’en occupe avec prédilection et qui en a fait récemment l’objet d’une intéressante étude publiée dans les Annales des Sciences naturelles, évalue à 80 environ les espèces qui sont déjà introduites sur le littoral et qui paraissent devoir s’y acclimater.
- L'Eucalyptus globulus, le plus ancien et le plus répandu, peuple déjà les promenades, les abords des gares, les jardins, et par les dimensions qu’ont atteintes des sujets âgés au plus de 20 à 25 ans, tels
- 1 Extrait d’une allocution prononcée au Comice agricole du Cotentin.
- que ceux que l’on voit en sortant de la gare de Nice, on peut juger si les espérances que l’on fonde sur lui sont justifiées. Plusieurs autres espèces, qui ont déjà ileurielfructifié, telles que les E. cornuta Lehmanni, rudis calophylla, etc., etc., ne paraissent pas avoir une moindre valeur.
- Les Acacias, presque tous d’Australie, entrent pour une large part dans cette flore artificielle, et ne contribuent pas peu, par leurs élégantes houppes d’un jaune d’or, s’épanouissant en hiver à l’ornementation des jardins. Parmi les plus intéressantes ou les plus gracieuses, l’on peut citer VA. Farne-siana, vulgo la Cassie, cultivée industriellement sur quelques points, pour ses fleurs, qui fournissent une essence très recherchée en parfumerie, VA. decurrens, grand arbre précieux par l’abondance du tannin de son écorce, les A. stenophylla, me-lanoxylon, ylaucoptera, cultriformis, cyano-paylla, etc., etc., et surtout le ravissant A. dealbata, aussi décoratif, par son feuillage léger et délicat que parles innombrables fleurs dont il se couvre au premier printemps, mais qui, malheureusement, ne prospère que dans le sol granitique des environs de Cannes et dépérit dans les terrains calcaires de Nice et des autres stations.
- Un autre groupe non moins répandu dans les jardins du littoral, et qui y est représenté par de nombreuses espèces, est le groupe des Agaves, Aloès, et Cactées qui retrouvent dans une certaine mesure, dans la région méditerranéenne, les conditions de milieu de leur pays natal.
- L’on sait combien l’Agave commun (A. Americana) et le figuier de Barbarie (Opuntia ficus Indica), originaires du Mexique d’où ils ont été importés, il y a trois ou quatre siècles, par les Espagnols, se sont vite naturalisés sur les bords de la Méditerranée et avec quelle rapidité ils s’y sont multipliés. Dans l’Afrique du Nord où ils sont utilisés pour former les haies des champs, ils forment un des traits caractéristiques du paysage. Sur la Rivière, c’est sur les rochers les plus arides et les plus brûlés par le soleil, d’Ezé, de Monaco, de Villefranche, de la Mortola qu’ils se plaisent, et que l’on aperçoit de loin la gigantesque hampe de l’Agave se détachant dans l’azur du ciel.
- C’est dans les jardins Hanbury, Bennet, Dognin que l’on pourra juger du nombre et de la variété des espèces de ce groupe introduites dans ces derniers temps, et se rendre compte de leur mérite ornemental. C’est le genre Agave qui a été surtout mis à contribution et l’on ne peut nier que quelques espèces, l’A. Salmana, applanata, ferox, quoique un peu raides, ne soient par leur taille et l’ampleur de leurs feuilles, de superbes et majestueuses plantes.
- Les Bambous jouent aussi un rôle important dans la décoration des jardins où ils forment d’énormes touffes et poussent des chaumes de plusieurs mètres de haut, et d’une grosseur proportionnée.
- Nous ne pouvons omettre enfin de signaler, parmi les plus belles espèces exotiques tout à fait rustiques, le faux poivrier (Schinus molle) à l’élégant feuil-
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- LA NA TU UE.
- Jage et le magnifique Bougainvillea spectabilis, du Brésil, dont les rameaux grimpants tapissent les murs et se couvrent tout l’hiver de fleurs (bractées florales) du violet le plus éclatant. Bien d’autres plantes que l’on n’est guère habitué à voir qu’en serre, sont cultivées à l’air libre dans les jardins dont nous avons parlé et ne ressemblent guère aux échantillons plus ou moins étiolés que l’on connaît dans le Nord; le Theophrasta imperialis, Arctocar-pus imperialis, les Strelitzia, quelques Ficus, le camphrier (laurus camphora) ombrageant de son épais et noir feuillage, une longue allée du parc Bognin, de nombreux représentants de cette belle famille des Protéacées d’une culture ordinairement si difficile et si ingrate dans nos pays, Banshia, Stenocarpus, Grevillea Protea qui deviennent ici de grands arbres, etc., etc. La façon.dont ils se comportent et dont ils se développent, fait bien augurer de leur avenir, mais les essais sont encore trop récents et trop peu multipliés, les espèces, encore trop rares, pour qu’on puisse en tirer aucune conclusion définitive. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que l’exposition, les conditions d’abri, le sol, jouent un rôle capital dans le plus ou moins de succès de ces tentatives isolées. Par suite de variations dans ces divers éléments, il existe sur le littoral, parfois dans une aire très restreinte, plusieurs climats locaux présentant de sensibles différences. C’est ainsi que bien des plantes acclimatées au golfe Jouan ne résistent pas dans le jardin Thuret au cap d’Antibes.
- Mais que d’autres végétaux pourraient être essayés avec de grandes chances de succès! Que de belles acquisitions il reste à faire dans le groupe des bruyères du Cap dont la brillante floraison a lieu en hiver, et qui s’accommoderaient parfaitement sans doute des terrains où se plaisent si bien leurs gracieuses sœurs, les bruyères méditerranéennes, dans la superbe famille des Melastomacées, dans les orchidées terrestres ou épiphytes dont le Comte de Paris possède à la villa Saint-Jean, à Cannes, une remarquable collection, et qui, selon le savant directeur du jardin Thuret, trouveraient sur certains points un milieu favorable à leurs habitudes.
- Comme on le voit, le champ est vaste et presque illimité. Mais pour en tirer le meilleur parti et éviter les tâtonnements et les déceptions, il faut voir si les conditions climatériques du pays d'origine de la plante que l’on veut introduire, ne diffèrent pas trop de celles de la région méditerranéenne, et par conditions climatériques, nous entendons, non seulement la température moyenne qui n’est qu’un des facteurs du climat, mais bien cet ensemble complexe de phénomènes auquel les organismes végétaux se montrent sensibles.
- Les résultats déjà obtenus sont là, du reste, pour montrer la voie à suivre et fournissent, au point de vue de la géographie botanique, de précieuses indications. Si l’on jette un coup d’œil, en effet, sur la part que les divers domaines végétaux ont prise à la for-
- mation de cette flore, il est facile de voir combien cette part est inégale.
- Parler de végétation tropicale dans la région méditerranéenne est une figure permise aux littérateurs, mais un peu inexacte au point de vue scientifique. Les régions tropicales et subtropicales ne fournissent, en effet, qu’un appoint tout à fait insignifiant aux jardins du littoral, et cela était aisé à prévoir si l’on considère, qu’outre l’infériorité de la température moyenne, les conditions climatériques sont tout à fait opposées. D’un côté un régime régulier de pluies coïncidant avec la saison chaude, une atmosphère saturée d’humidité pendant la période de végétation, de l’autre une sécheresse extrême de l’été entraînant l’arrêt presque complet de cette végétation pendant les mois à température élevée, ainsi que de grandes variations, suivant les années, dans la quantité d’eau tombée et dans les époques où elle tombe. Aussi les plantes vraiment tropicales, celles à végétation continue ou à végétation estivale font-elles assez triste ligure et ne contribuent guère à la décoration des jardins.
- La part de la région Chino-Japonaise est déjà plus grande. C’est le pays d’origine de la plupart des bambous acclimatés sur le littoral, du camphrier, du Chamœrops excelsa et du Bhapis flabelliformis. Cependant les plantes les plus caractéristiques de cette flore, les Magnoliacées, les Conifères, les Camélias s’accommodent en général mieux du climat plus humide et plus égal des côtes de l’Océan, se rapprochant davantage de celui de leur patrie.
- Le Mexique fournit la nombreuse série des Agaves et deux des palmiers les plus rustiques, Brahea filifera et dulcis.
- De i’Amérique du Sud, mais de la région extra-tropicale, Pérou, Chili, Paraguay viennent la plupart des cocotiers qui paraissent si bien s’accommoder du climat et du sol de Cannes, ainsi que le Jubœa spectabilis.
- Mais il y a deux domaines végétaux dont les conditions climatériques ont une singulière analogie avec celles de la région méditerranéenne, l’Afrique Australe, le Cap en particulier, et l’Australie du Sud et la Nouvelle-Zélande, et ce sont ces deux régions qui ont contribué dans la plus large mesure, comme il est facile d’en juger, à la constitution de cette flore cultivée et qui lui fourniront dans l’avenir ses plus précieuses acquisitions.
- C’est au Cap que l’on doit les nombreux aloès recherchés pour la bizarrerie de leur port et leurs belles fleurs, la plupart des cycadées, les strelitzia, les bruyères, et un grand nombre de plantes bulbeuses, etc., etc., et c’est l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui ont fourni le plus grand nombre de palmiers, l’innombrable série des acacias, les Eucalyptus, les Protéacées, les fougères arborescentes, etc., etc.
- Outre que par suite de cette analogie de climat la naturalisation des végétaux de ces contrées est presque assurée, ceux-ci ont l’avantage si recherché
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- Groupe de palmiers Chamœrops, Phoenix, Sabal, etc., etc., dans le jardin Dognin à Cannes. (Sur le premier plan on voit un Opuntia
- et un Agave.) D'après une photographie.
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- sur le littoral d’une floraison hivernale, et leur période de végétation coïncide avec celle de la plupart des plantes méditerranéennes. Aussi grâce à l’appoint qui lui est fourni par ces flores exotiques, M. Ilanbury est-il arrivé à constater dans son jardin de. la Mortola la floraison, dans la première semaine de janvier 1885, de 429 plantes, dont la liste a été publiée par le Gardener s Chronicle.
- C’est là un résultat d’autant plus intéressant que le littoral est, comme on le sait, la grande officine de fleurs de toute l’Europe. Il y a, en effet, dans ces essais plus qu’une question de curiosité ou de fantaisies conteuses. L’industrie horticole, grâce à la situation privilégiée de la région, tend à prendre une importance de plus en plus grande. Des maisons considérables se sont déjà fondées et voient le chiffre de leurs affaires augmenter chaque année.
- Dans le rapport de la prime d’honneur du Concours régional tenu à Nice en novembre dernier, nous trouvons qu’une Société, de création assez récente cependant, et qui se livre surtout à la culture des fleurs pour bouquets, obtient un rendement net de 4 à 5000 francs à l'hectare, tous frais payés, et cela sur une superficie de plusieurs hectares.
- Il est parlé dans le même rapport, d’un jardin d’un hectare et demi-cultivé à métayage dont la part des métayers est, pour l’un d’eux, de 5500 francs par an, pouf l’autre de 1800 francs.
- D’autre part au golfe Jouan, à Nice, à Bordighera plusieurs horticulteurs se livrent avec succès à l'élevage en grand des palmiers, eycadées, agaves et ne craignent pas d’entrer en concurrence avec les établissements si bien outillés de la Belgique.
- Mais en laissant même de coté le point de vue utilitaire, les opulents amateurs dont nous avons essayé de signaler les essais d'acclimatation n’en ont pas moins bien mérité de la botanique et de l’horticulture en introduisant nombre de belles et intéressantes plantes, pour la plupart fort peu connues en Europe à l’état vivant, et en permettant de les juger et de les étudier dans des conditions qui se rapprochent de celles dans lesquelles elles se développent à l’état spontané. Dr Guiraud.
- LA MALADIE DE LA GOMME
- DES ARRRES FRUITIERS1
- Une des maladies les plus sérieuses qui atteignent les arbres de nos vergers est ce que l’on appelle la gomme, qui se montre sur les pruniers, les cerisiers, les abricotiers et généralement tous les arbres à noyaux cultivés pour leurs fruits. Mais cette affection n’est réellement grave que pour le pêcher qui succombe habituellement en très peu de temps quand il est pris de la gomme.
- Jusqu’alors on ne pensait pas que cet état patho-
- * Voy. Bull. Soc. Bol. A, p. 41 (1884).
- logique prit être contagieux. On le considérait comme une expansion de la sève modifiée et causée par une destruction du tissu végétal dont l’origine était inconnue. Cependant on savait que telles variétés étaient plus aptes à contracter la gommoseque telles autres.
- Un naturaliste hollandais, M. W. Bcijerinek, a tenté des expériences dont le résultat était inattendu.
- Ayant remarqué au milieu de la gomme, examinée au microscope, des organismes figurés fort ténus, il conclut à reconnaître un parasite végétal vivant au sein de cette matière. Dans le but de rechercher si ce parasite était transmissible aux arbres sains, il opéra de la manière suivante : Après avoir pratiqué des entailles à des arbres en parfaite santé, il y porta des fragments dégommé. Cette inoculation détermina invariablement la même maladie ; tandis que la même opération faite avec des fragments d’arbres en bon état, non contaminés, ou des corps inertes, bois sec, débris minéraux, etc., ne donna lieu à aucun résultat fâcheux.
- Que l’on porte la gomme du cerisier, du prunier ou de l’abricotier sur le pêcher, et réciproquement, l’affection si redoutée se manifeste immédiatement. Cependant si la gomme a été soumise à une température d’environ 50°, elle devient inoffensive.
- L’observation a conduit M. Beijerinch à reconnaître un champignon inférieur au milieu de la gomme produite par les arbres malades, ou toutefois l’état, mycélien de ce champignon rapporté au genre Coryneum.
- Il résulterait de ces curieuses recherches, et, comme conclusions pratiques, que la cause de ce mal étant connue, il deviendrait nécessaire d’éviter tout contact entre des arbres fruitiers atteints de la gommose et ceux qui sont indemnes. Il est probable même, si ces expériences recevaient la consécration des praticiens, qu’on admettrait que la contagion s’est produite bien souvent dans nos jardins et nos vergers, sans qu’on ait eu la pensée d’isoler les individus contaminés, ne se doutant pas que la maladie put être parasitaire.
- C’est une révélation dont profiteront indubitablement les pépiniéristes et les propriétaires d’arbres fruitiers
- Ces études ont amené l’auteur de ce travail à examiner les différentes gommes d'Acacia, et même la gomme adragante, dans lesquelles il a remarqué des traces de champignons.
- Faut-il admettre sans restriction que là où la gommose s’est produite sans inoculation par la main de l’homme, elle y a été provoquée par le transport du virus d’une façon qui jusqu’ici a échappé à l’observation, ou bien le champignon est-il la conséquence de la gommose? Quelque concluantes que puissent être les expériences du savant hollandais, elles auront besoin, vraisemblablement, d’être appuyées par la sanction des arboriculteurs dont elles ne manqueront pas d’exciter l’intérêt. J. Poisson.
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- LA NATURE.
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- LA SCIENCE AU THEATRE
- DEUX NOUVELLES ILLUSIONS d’oTTIQUE
- Tous les effets d’optique qui ont pour résultat de montrer une partie du corps humain vivante, mais isolée, telle qu’une tète séparée du tronc, un buste sans corps — ou un corps sans tète, surprennent et intéressent toujours le spectateur.
- Nous avons appris dès notre première enfance que la vie est impossible dans ces conditions; et cependant si l’expérience est bien présentée, nous voyons distinctement la réalité de ce que notre jugement et notre expérience s’accordent à déclarer impossible, nous sommes alors tentés de douter du témoignage de nos yeux auquel cependant nous avons journellement confiance.
- Celte espèce de lutte entre les sens et la raison dure plus ou moins longtemps suivant les spectateurs ; elle est rapide chez les uns, plus lente chez les naïfs, mais on peut dire que chez presque tous, ce genre de spectacle excite fortement la curiosité.
- C’est pour cela que depuis la première exhibition en Angleterre du décapité parlant, par le colonel Stodare, les prestidigitateurs et les physiciens se sont ingéniés à obtenir des effets analogues par des procédés variés, avec une" mise en scène plus ou moins heureuse, et alors ont paru un très grand nombre de décapités parlants, de bustes vivants, de demi-femmes, de personnages à deux et à trois tètes, et inversement d’hommes coupés en morceaux et de corps décapités de toute espèce.
- Comme exemple de la réalisation apparente, de plusieurs de ces impossibilités physiologiques nous citerons une singulière exhibition qui a lieu actuellement à Londres au célèbre théâtre de prestidigitation Egyptian Hall.
- Un médecin et un client sont sur la scène, tous les deux se livrent à un dialogue fort animé; le malade s’asseoit dans un fauteuil, le médecin lui coupe la tête et la pose sur une table. La tête parle et menace le médecin de la vengeance du ciel, et alors le corps sans tète se lève et par une mimique expressive joint ses reproches à ceux de sa tète. Puis il prend celle-ci sur son bras et le dialogue continue, la tête parlant toujours et le corps gesticulant.
- Après avoir vu ce genre de spectacle donnant une illusion plus ou moins complète, un certain nombre de personnes sortent indifférentes sur les procédés par lesquels ces effets sont obtenus; d’autres au contraire s’y intéressent : c’est pour ces derniers que La Nature a publié précédemment la description et l’explication de plusieurs de ces illusions, notamment celles des décapités parlants, de la demi-femme, du buste isolé, de la femme à plusieurs têtes1 — et que nous parlons aujourd’hui de deux nouveaux trucs qui ont été montrés récemment à Paris dans un théâtre de curiosités, aux Folies-Bergères, l’un
- 1 Voy. Tables des matières du 2e semestre 1882 et du 1er semestre 1883. *
- sous le nom de Stella, l’autre sous celui de « Le mystère du docteur Lynn. »
- Stella. — Le spectateur en entrant voyait devant lui un grand panneau au milieu duquel était à hauteur d’appui une ouverture de lm,50 environ de côté, fermé par un rideau de soie.
- Le rideau s’ouvre et alors on aperçoit une petite scène élégamment décorée, dont on distingue parfaitement les parois. Au milieu de cette scène, suspendue dans l’espace, se trouve une tète de jeune tille dont le cou sort d’une collerette de satin (fig. 1).
- Cette tête est bien isolée de tous les côtés ; on aperçoit le fond de la scène, les côtés, le sol, le plafond, l’éclairage ne laisse aucune partie dans l’ombre. La tète est vivante; elle parle, sourit, les yeux remuent, le montreur le prouve en outre en lui présentant une bougie allumée quelle éteint en soufflant. Le montreur alors tenant toujours à la main le flambeau, disparaît dans la coulisse.il tire alors, sem-ble-t-il, un petit panneau dans la paroi formant le fond de la scène, et par l’ouverture ainsi produite le spectateur voit très distinctement le dessus d’une table et sur cette table le flambeau dont la tête de la jeune fille a éteint la bougie. Or cette ouverture est directement au-dessous de la tête, mais beaucoup plus loin, elle se trouve dans la direction qu’occuperait le corps si cette tête avait un corps, l’absence de celui-ci est donc surabondamment démontrée... et le rideau retombe.
- C’était là le témoignage des yeux— la réalité était complètement différente.
- La tête était bien réelle et vue directement, il en était de même du plafond et d’une partie des parois, mais h part cela le reste n’était qu’une illusion, la scène n’avait pas de fond, pas de plancher, pas de côté, l’ouverture qu’on croyait voir dans le fond n’était pas en cet endroit. L’illusion était obtenue à l’aide d’une simple glace étamée.
- Cette glace partant de la partie supérieure du fond de la scène descendait obliquement jusqu’au-devant de celle-ci. Au milieu était une ouverture masquée par la collerette de satin dont nous avons parlé, et à travers laquelle la jeune fille passait la tête.
- L’inclinaison de la glace était bien facile à déterminer; elle était en effet indiquée par une baguette dorée, destinée à masquer la ligne de jonction de la glace et de la paroi.
- Par leur réflexion dans cette glace, la partie .intérieure du plafond semblait être le sol, la partie postérieure du même plafond produisait le fond du théâtre ; Ips côtés, dont on ne voyait que la partie supérieure, semblaient se prolonger et rejoindre le sol.
- Quant à l’ouverture par laquelle on apercevait une table au fond de la scène, elle était en réalité au plafond, la table était verticale, et le flambeau qui lui était fortement fixé était par conséquent horizontal. La comédie de la bougie éteinte et du flambeau porté dans la coulisse n’avait pour but que de faire
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- croire au public que c'était le même flambeau qui se voyait au fond du théâtre alors que ce n’était que son sosie.
- Si on veut bien se reporter au plan que nous avons donné d’un effet de glace analogue, le buste isolé’, on verra que Stella en est un très heureux perfectionnement.
- On peut se rendre parfaitement compte, du reste, (le la disposition du plafond et des côtés par rapport à la glace par une expérience, des plus faciles à répéter.
- On prend une petite glace carrée, on l'incline d’environ 35 à 40° en l’appuyant sur un livre ; si alors on place au-dessus de cette glace un morceau de carton, la couverture d’un cahier, ou un almanach par exemple, on verra en tâtonnant quelle inclinaison lui donner pour obtenir par sa réflexion l’illusion d’un fond vertical.
- En approchant le même morceau de carton sur les côtés de la glace, la partie qui sera au-dessus de cette glace semblera se prolonger au-dessous.
- Si on veut se donner la peine de fixer dans ces différentes positions plusieurs morceaux de carton avec des épingles on pourra produire l’illusion d’un espace semblant complètement vide alors qu’il est coupé par la moitié par une glace inclinée. Il sera facile dès lors de se rendre compte du procédé employé pour produire l’illusion que donnait Stella.
- Le mystère du docteur Lynn. — Dans cette nouvelle illusion présentée actuellement aux Folies-Bergères, la scène est plus grande que pour Stella ; elle part du sol, et c’est presque sur le devant, à une très faible distance du spectateur qu’on aperçoit un buste de femme, coupé aux hanches et reposant sur le banc d’une petite escarpolette (fig. 2).
- Cette femme est vivante; déplus, sous l’impulsion du Barnum, l’escarpolette oscille, se déplace latéralement.
- A un moment, la femme saisit les cordes de l'es carpolette, le montreur retire le banc de celle-ci et l’on voit le corps rester suspendu pendant quelques instants.
- Le montreur passe une baguette sous le buste et autour, et montre qu’il est complètement isolé.
- Où est le corps? C’est la question que se pose chaque visiteur.
- Dans le buste isolé que nous avons décrit, dans Stella, dans plusieurs trucs analogues montrés par des prestidigitateurs français et anglais, on présentait au public des tètes ou des bustes complètement isolés mais immobiles; la plupart de ces trucs étaient obtenus par des effets déglacé. Même avec des glaces, il serait possible d’obtenir le déplacement d’un buste, une oscillation sur une escarpolette, mais nous croyons que le mystère du docteur Lynn est obtenu par un procédé beaucoup plus simple, par un simple effet d’éclairage.
- Tous les peintres savent que dans un tableau trop fortement éclairé, les blancs et les couleurs claires ressortent aux dépens des demi-teintes et des couleurs sombres, elles accrochent la lumière et cet
- effet est d'autant plus funeste que la lumière est plus vive. De là les plaintes que l’on entend aux expositions de peinture, l’éclairage ne convient jamais aux exposants. Un tableau qui n’est pas dans son jour ne se tient plus, les diverses teintes n’ont plus le même rapport entre elles que dans l’atelier.
- Ce même effet se fait sentir pour deux objets placés l’un à côté de l'autre; si un objet blanc est placé près d’un autre de couleur sombre, le premier empêchera d’aussi bien distinguer les détails du second que si celui-ci était seul.
- La visibilité des objets est donc relative, elle dépend du plus ou moins d’éclat de ce qui les entoure, une chose qui tire l'œil se voit aux dépens de ce qui est placé à côté d'elle.
- Cette différence de visibilité qui se fait sentir quand l’éclairage des deux objets est le même, sera naturellement encore plus considérable si l’objet blanc est en pleine lumière et l’objet sombre dans l’obscurité. Or c’est sur cette constatation digne de M. de la Palisse que semble basé le truc du docteur Lynn.
- Si on prend un livre à couverture de toile noire ou de couleur très foncée, qu’on le mette en dehors du cône de lumière produit par l’abat-jour d’une lampe, on pourra l’apercevoir plus ou moins distinctement, mais que dans la même direction on place une feuille de papier blanc, de façon à ce
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- qu'elle soit bien éclairée par la lampe, la visibilité du livre sera nulle ou à peu près, et on le verra de nouveau si on retire la feuille de papier.
- C’est pour le même motif qu’une personne qui
- tient une lampe à réllccteur la nuit devient complètement invisible pour les autres personnes vers lesquelles elle dirige cette lampe, et pourra être distinguée si la lampe est dirigée d’un autre côté.
- Fig. 2. — Autre illusion d'optique. La femme sans corps. — Aspect de l’expérience exéculée au Théâtre des Folies-Bergères, à Paris.
- Une autre petite expérience nous expliquera directement le truc du docteur Lynn.
- Supposons que le soir une personne vêtue de noir vienne s’appuyer sur une table, la tète penchée entre deux lampes munies d’un réflecteur ; le réllccteur peut n’êtrc qu’un carton blanc, ou quelques feuilles de papier, les lampes peuvent être remplacées par deux bougies abritées chacune par un livre ouvert.
- Dans ces conditions, le spectateur assis de l’autre côté de la table, apercevra distinctement la ligure de la personne placée en face de lui, les parties blanches du costume, le col, les manchettes, la partie antérieure des épaules et des bras qui sera bien éclairée. Mais s’il n’y a aucun reflet du plafond ou des boiseries, tout le reste du corps placé dans l’ombre sera invisible.
- Fig. ô.
- Que l'on suppose que toutes les précautions soient prises pour que cette expérience réussisse, comme lorsqu’il s’agit d’une exhibition publique, et que
- l’on mette un peu de mise en scène, on pourra avoir de cette sorte, un décapité parlant, un buste vivant ou répéter le mystère du docteur Lynn.
- Pour ce dernier truc un coup d’œil sur la ligure explicative (fig. 5) fera comprendre comment l’illusion peut être obtenue. La partie inférieure du buste que l’on aperçoit est un mannequin sur lequel vient reposer le liant du corps de la jeune femme, celle-ci est étendue à peu près horizontalement sur un appareil, gouttière ou hamac, pouvant osciller et suivre le mouvement de l’escarpolette. Toute cette partie est cachée par des draperies noir-mat disposées de façon à n’accrocher la lumière sur aucun point.
- Explication du phénomène.
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- Le buste et l'escarpolette reçoivent un éclairage très intense, puis immédiatement derrière on aperçoit une ombre épaisse, un fond d’un noir absolu. Ce fond est rendu encore plus obscur par les cordes brillantes de l’escarpolette, une chaîne métallique et une épée nue suspendue au-dessous de celle-ci, un mouchoir blanc semblant tombé par hasard sur le devant de la scène.
- Si l’on joint à cela six lampes à gaz avec de puissants réflecteurs tournés du côté du spectateur, on comprendra que celui-ci est en quelque sorte ébloui par tout ce qui frappe sa vue au premier plan et qu’au delà d n’aperçoive absolument rien, si ce n’est un fond noir.
- Telle est l’explication qu'on peut donner du mystère du docteur L y un, illusion qui repose sur un curieux principe de physique. Nous croyons qu’elle présentera autant d’intérêt pour les personnes qui la verront en en connaissant le principe, que pour celles qui l’ont vue sans se rendre compte du moyen employé pour la produire. G. Kkklus.
- CHRONIQUE
- Un bateau-torpille électrique. — Un Américain, le professeur Tuck, vient de construire un bateau électrique sous-marin qui, à une certaine distance, présente l’aspect de deux larges bateaux à rames, juxtaposés ouverture contre ouverture, peints en vert de mer. La carcasse du nouveau bateau est en fer; elle a 9 mètres de longueur et déplace 20 tonnes. Au milieu du por.t est percé un trou d’homme qui, à l’aide d’une chambre d’air, permet d’entrer dans le bateau ou d’en sortir, même lorsqu’il est complètement immergé. Ce trou d’homme sert aussi de poste d’observation au capitaine ; il est protégé par une calotte de verre épais dont il peut, à son choix, exclure l’eau et occuper l’intérieur en ayant la tête et les épaules hors de l’eau, ou au contraire, enlever, en enfermant la partie supérieure de son corps dans un vêtement de plongeur. Le capitaine a, à portée de la main, des signaux pour transmettre les ordres aux mécaniciens placés à l’intérieur. Le bateau est muni de trois gouvernails : l’uu vertical à l’arrière, les deux autres horizontaux et placés sur les côtés. Ces derniers sont disposés pour permettre des mouvements de montée et de descente. On peut .aussi changer de niveau à l’aide de réservoirs dans lesquels on pompe de l’eau pour descendre ou de l’air pour s’élever. Un appareil de réoxygénation dont on ne fait pas connaître la nature permet de restituer à l’air l’oxygèhe absorbé par la respiration. Une disposition simple permet d’ailleurs de puiser de l’air frais à l’extérieur à l’aide de deux tubes en caoutchouc dont les extrémités viennent flotter à la surface de l’eau. Le propulseur à hélice est actionné par un moteur alimenté par des accumulateurs.
- L’intérieur du bateau sous-marin, aménagé pour un équipage de quatre à cinq hommes, est éclairé par des lampes à incandescence. Un indicateur de pression fait connaître le niveau du bateau au-dessous de la surface de la mer. Le bateau peut recevoir deux torpilles, l’une à l’avant et l’autre à Tan ière ; elles sont maintenues en place dans des gaines en fer à l’aide d’éleclro-aimanis qui les laissent partir lorsque le courant est interrompu.
- Elles sont maintenues à niveau par des ilotleurs eu liège, et lorsqu’une d’elles est en place, le bateau-torpille se retire à une certaine distance en déroulant deux conducteurs électriques qui permettent d’enflammer In torpille au moment voulu. Dans une expérience récente laite près des forges de Delamater (New-York), une équipe de trois hommes était à bord du bateau pour l’essai du moteur. L’appareil a navigué sur la rivière en arrière et en avant à une vitesse de dix nœuds, en obéissant exactement au gouvernail. 11 sera de nouveau essayé prochainement, le lest emporté dans la première expérience ayant été jugé insuffisant, pour lui permettre de naviguer sous l’eau.
- Le JMississipi. — Les chiffres suivants font ressortir l’importance de ce grand fleuve d’Amérique : La quantité d’eau que le Mississipi déverse chaque année dans la mer est de 14 855 590 880 pieds cubiques, et la quantité de sédiment qu’il dépose dans la même période de temps est de 18188 082 892. La superficie du delta du fleuve, selon les calculs de Lyell, est de 15 000 milles carrés; sa profondeur, suivant le professeur Riddel, est de 1050 pieds. — Le delta, d’après ces chiffres, comprend 400 578429 440 000 pieds cubiques, si pour la formation d’un mille cubique du delta il faut une période de 5 ans et 81 jours, et pour la formation d’un mille carré d’une profondeur de 1056 pieds une période d’un an et 16jours; il a donc fallu 14 208 ans pour la formation du delta tout entier.
- Filtre électrique. — Ou vient de découvrir encore une nouvelle application de l’électricité : 11 s’agit cette fois d’un filtre électriqne destiné à empêcher la propagation des maladies contagieuses, le choléra et la lièvre typhoïde par exemple. Tout ré emment, le Dr Dobell conseillait dans le Times de détruire les germes malsains renfermés dans l’eau potable en faisant passer dans cette eau un courant électrique ; l’action désinfectante serait due à l’oxygène naissant. La même idée semble avoir été conçue par le I)r Stephen Einmens. Son filtre électrique se compose d’un récipient en verre dans lequel sont placés des vases poreux ; ces vases contiennent de la houille ou du fer spongieux et des plaques de charbon qui sont reliées au pôle positif d’une batterie Leclanché; ils sont séparés les uns des autres par d’autres plaques de charbon qui communiquent avec le pôle négatif de la pile. L’eau arrive dans les vases poreux, traverse la houille ou le fer, et s’écoule du récipient extérieur. Le I)r Eminens prétend, comme le I)r Dobell, que l’oxygène naissant détruit tous les germes qui pourraient rendre l’eau dangereuse. Cette invention est en outre applicable à la purification des eaux d’égout. Dans ce but, les filtres ont la forme d’une conduite, divisée par des cloisons en une série d’éléments que les eaux traversent successivement. Les électrodes sont des cages de bois, alternativement remplies de morceaux de fer et de coke. Après cette disposition, la pile primaire n’est plus nécessaire, car la conduite elle-même constitue une puissante batterie dont le courant est plus que suffisant. Le principe de cette invention est fort ingénieux et elle mérite d'être essayée par les municipalités.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- St ance du 22 septembre 1884.— Présidence de M. Rolland.
- Mathématiques. -- M. le colonel Terrier a décidé de publier prochainement une table de Logarithmes centésimales, à 8 chiffres. On sait que depuis le commencement
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- LA NATURE
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- du siècle, le Dépôt de la Guerre u’a cessé d’employer la division centésimale du cercle ; les longitudes et les latitudes sont comptées en grades dans toutes les cartes publiées par cet établissement. Le Congrès de l’Association géodésique internationale tenu à Rome, l’an dernier, a décidé d’adopter la division centésimale, l'our que cette utile réforme puisse être réalisée, il faut que la science soit pourvue de l’instrument de calcul indispensable. Les seules tables centésimales que l’on ait sont dues à Borda et datent de la tin du siècle dernier. Elles sont mal disposées, d’un usage pénible. L’édition est depuis longtemps épuisée; les rares exemplaires atteignent en librairie un prix élevé. M. le colonel Perrier, pour remplacer les tables de Borda et pour satisfaire aux besoins de la géodésie moderne, a entrepris la publication d’une table à 8 décimales. Ces tables donneront les log. de 1 à 12Ü 000, ceux des fonctions circulaires de 10 en 10 secondes centésimales, avec l’indication des chiffres forcés. On pourrait donc obtenir les logarithmes avec une erreur moindre qu’une demi-unité du huitième ordre. L’interpolation sera facilitée par des tables de parties proportionnelles. M. le colonel Perrier et M. d’Àbbadie se sont appliqués à rechercher un système de chiffres présentant la plus grande visibilité possible, de manière à diminuer les erreurs de lecture et la fatigue du calculateur.
- Chimie. — M. Peligot présente une note sur les propriétés antiseptiques du sulfure de carbone. Contrairement à ce qui est enseigné dans les ouvrages de chimie, le sulfure de carbone est soluble dans l’eau :-un litre d’eau en dissout facilement 2 à 3 milligrammes. Le sulfure de carbone arrête les fermentations, tue les microbes. Le maniement de ce corps a été reconnu parfaitement inoffensif par l’auteur. On a donc enseigné à tort que les ouvriers employés à la manipulation du sulfure de carbone étaient sujets à la paralysie des membres inférieurs et à la perte des facultés viriles. Jamais l’auteur n’a observé ces accidents chez des ouvriers vivant continuellement au milieu d’émanations sulfocarbonées.
- La respiration de la vapeur de sulfure de carbone occasionne au bout de quelques instants une anesthésie, semblable à l’éthérisation, qui disparaît en peu de temps sans causer d’autre incommodité qu’un léger mal de tète.
- La dissolution aqueuse possède une saveur sucrée et produit une sensation de chaleur dans la bouche et dans l’estomac, suivie, après quelques moments, de picotements dans le nez pareils à ceux que provoque l’acide sulfureux.
- Le sulfure de carbone est aussi un révulsif énergique ; son action sur la peau est instantanée.
- L’auteur pense que la dissolution de sulfure de carbone peut être employée avantageusement, en raison de ses propriétés antiseptiques, dans le traitement du choléra. On userait aussi d’applications externes de sulfure de carbone de préférence à tout autre révulsif. Enhn l’auteur propose de faire passer les eaux servant à l’alimentation des villes contaminées à travers des appareils où elles s’imprégneraient de sulfure de carbone.
- Varia. — M. le colonel Perrier présente la 5° livraison des feuilles de la carte d’Algérie. Ces feuilles sont gravées en 7 couleurs différentes. A la fin de l’année le nombre des feuilles parues s’élèvera à 50. — M. Cornu développe quelques considérations sur les meilleures conditions d’observation des couronnes soiaires.
- Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE DOMESTIQUE
- Si vous aimez le monologue, vous n’ètes pus sans connaître celui du Bilboquet. 11 s’agit d’un amateur qui s’exerce depuis quinze ans, à raison de huit heures par jour et qui ne sait pas jouer. Cette fantaisie nous revient en mémoire à propos des petits objets que nous voulons présenter aux lecteurs de La Nature, et du titre, si prétentieux en apparence, sous lequel nous les désignons.
- La plupart des objets dont nous nous servons chaque jour sont mal laits, et, pour dire le mot, remplis d’hérésies scientifiques.
- Dans son introduction à la science sociale, Herbert 'Spencer a constaté avec peine que nous ne savions pas encore faire un fauteuil dans lequel on soit confortablement assis, ni une bouteille permettant de verser facilement le liquide qu’elle contient sans en répandre. Est-il un instrument plus incommode que la pince à sucre, et de supplice comparable à celui qu’on éprouve quand on est assis sur une chaise dont les pieds de devant sont trop courts ?
- Nous pourrions multiplier indéfiniment les exemples : ceux que nous venons de citer suffisent pour prouver que le mot de science domestique appliqué aux créations de petits inventeurs, ingénieux et intelligents qui nous enrichissent d’objets vraiment pratiques, n’est pas aussi exagéré qu’il en a l’air, et les quelques objets que nous avons réunis dans le dessin ci-contre compléteront victorieusement notre démonstration. Ces objets de provenance anglaise ou américaine, dont nous avons fait l’acquisition dans un récent voyage à Londres, répondent tous simplement et économiquement à un besoin et atteignent exactement, chacun dans leur sphère, le but pour lequel ils ont été imaginés.
- Rien ne semble plus simple,* on principe, que de fixer solidement et rapidement la corde de tirage d’un store pour le maintenir à des hauteurs variables. En fait, aucun des appareils construits jusqu’ici ne résout le problème : les crochets en fourche obligent à faire sur la corde une série de nœuds fort disgracieux; la plupart des crochets d’arrêt coupent la corde en la hachant et la mettent rapidement hors de service. Le holdfast (mot nouveau dont la traduction littérale est, tenir solidement) représenté n° 1 comble la lacune. Il se compose simplement d’un disque de diamètre variable avec la grosseur de la corde, planté un peu obliquement sur une tige carrée à arêtes un peu arrondies fixée elle-même sur le bord de la fenêtre à l’aide de deux vis. Pour arrêter la corde à la hauteur voulue, il suffit de lui faire faire un tour sur le holdfast. En vertu des positions obliques du disque et de la tige, la tension exercée sur la corde repousse la boucle vers le disque; le bout tendu coince le bout libre et le maintient avec d’autant plus de force que l’effort exercé sur la corde est plus grand. Les arêtes étant mousses ne coupent pas la corde qui se trouve attachée ou dé-
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- LA NATURE,
- tachée en un instant, à une hauteur quelconque et par une manœuvre des plus simples.
- Avez-vous jamais essayé de fixer un clou à crochet dans le plâtre pour y suspendre un tableau? Si oui, vous n’ignorez pas qu’il est à peu près impossible de le faire tenir solidement, et si l’on y réussit, ce n’est pas sans faire un trou plus ou moins large qui laissera une plaie béante lorsqu’on voudra le retirer pour changer le tableau de place. Heureux encore si des plâtras ne suivent pas le clou à crochet lorsqu’on voudra l’arracher.
- Rien de pareil n’est à craindre avec le petit système représenté n° 2. Une simple plaque de laiton repliée en forme d’agrafe et percée de quatre trous dans lesquels on vient enfoncer quatre petites pointes fines et longues constituent un système solide, capable de supporter plus de 50 kilogrammes sans se détacher. Lorsqu’on veut changer le crochet de place, il est facile de le faire sans détériorer le papier de tenture, les petits trous faits par les pointes ne laissant que des marques invisibles.
- 11 est a craindre que le crochet ne vienne à la longue user la cordelette en coton ou en soie qui sert à suspendre le tableau; l’objection est prévue, et l’anneau de suspension n° 5 qui s’explique de lm-mème à l’inspection seule de la figure est un moyen aussi simple qu’élégant de réduire cette objection à néant.
- Il s’agit maintenant d’obtenir le bouchage d’une bouteille aussi hermétique qu’inaccessible aux indiscrétions intéressées. Nous nous servirons à cet effet du Patent air-tight de Fleming (n° 4). 11 se compose de deux cylindres en buis réunis par une vis : on intercale entre ces deux cylindres en buis un certain nombre de rondelles de caoutchouc. En serrant la vis, on écrase les rondelles entre les deux morceaux de buis; leur diamètre augmente, et elles viennent se mouler à l’intérieur du goulot de la bouteille dans lequel le bouchon a été préalablement introduit, formant ainsi un joint parfait et un bouchon qu’on ne peut enlever de son récipient qu’en desserrant à nouveau lavis, opération pour laquelle il est indispensable d’avoir la clef. L’inventeur recommande surtout ce mode de bouchage pour les
- liqueurs gazeuses, champagne, eau de Seltz, limonade, etc., et pour les produits pharmaceutiques dangereux.
- Notre dernier article de science domestique s’adresse tout particulièrement aux célibataires, voyageurs et aux chasseurs. 11 est connu en Angleterre sous le nom de Batchelor bntton, et se recommande par sa simplicité et sa commodité, à tous les membres du sexe fort — et ils sont nombreux — qui ne savent pas se servir d’une aiguille. On voit en 5 le bouton et son anneau, prêt à être posé, et en 6 le bouton posé, vu par sa lace postérieure. Il se compose d’une pièce de tôle mince emboutie et présentant 4 pointes que l’on vient enfoncer dans l’étoffe, au
- point où le bouton doit être cousu, en exerçant une pression sur sa face antérieure. Lorsque le bouton est en place, on enfonce l’anneau de façon que les 4 pointes forment les quatre sommets d’un carré inscrit à l’anneau, et avec le dos d’un couteau, on replie ces quatre pointes en dehors : l’anneau sert à répartir la pression sur l’étoffe, les quatre pointes le maintiennent, et l’ensemble constitue un système solide et indécousable. Le grand avantage de ce petit bouton sur ceux qui l’ont précédé consiste en ce qu’il ne demande aucun appareil de manœuvre accessoire, tel que poinçon, emboutisseur, etc.
- Notre expérience personnelle pendant notre voyage à Londres nous autorise à le recommander chaudement.
- On voit, par ces quelques exemples, quels trésors d’ingéniosité ont été dépensés par les inventeurs de ces petits articles. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de les apprécier plus complètement en 1885, à Londres, où doit s’ouvrir au mois de mai, dans les locaux occupés actuellement à South-Kensington par l’Exposition internationale d’hygiène, une exposition de toutes les inventions, grandes ou petites, faites depuis 1862. Nous ne manquerons pas d’y assister et d’y faire une ample moisson au profit des lecteurs de La Nature. E. H.
- Le propnëtaive-gcranl : G- Tissaxdier. Imprimerie A. I.ahure, 9, rue de Fleures, à l'arts.
- Appareils de science domestique.
- 1. Holdfasl pour stores. — 2. Crochet pour suspendre des tableaux, dans du plâtre. — 3. Anneau de suspension. — 4. Bouchon en caoutchouc avec clef. — S. The batchelor button. — 6. Vue intérieure du batchelor button posé.
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- N* 592.
- 4 OCTOBRE 1884.
- LA NATURE.
- L’AÉROSTAT ÉLECTRIQUE A HÉLICE DE MM. TISSANDIER FRÈRES
- EXPÉRIENCE DU 26 SEPTEMBRE 1884
- A'la suite de l’ascension que nous avons exécutée le 8 octobre 1883 dans notre aérostat à hélice, le premier qui ait emprunté à l’électricité sa force motrice et dont nos lecteurs ont eu précédemment la description complète1, nous avons dû modifier quelques parties du matériel et refaire notamment de toutes pièces le gou-verm lil (fig. 1), dont le rôle n’est pas moins important que celui du propulseur.
- On se rappellera peut-être que les évolutions de notre aérostat, se trouvaient fréquemment contrariées lors de la première expé-
- Fi?. 1.
- rience, par des embardées, c’est-à-dire par des rotations de tout le système autour de son axe.
- Nous avons exécuté, le vendredi 26 septembre 1884, un deuxième essai ; il a donné tous les résultats que nous pouvions attendre d’une construction faite exclusivement dans un but d’étude expérimentale. Notre aérostat, dont la stabilité n’a jamais rien laissé à désirer, obéit à présent avec la plus grande sensibilité aux mouvements du gouvernail, et il nous a permis d’exécuter au-dessus de Paris des évolutions nombreuses
- 1.'aérostat électrique à hélice île MM. Tissandier frères, avec la nouyelle disposition de son gouvernail.
- Fig. 2. — Tracé du voyage aérien exécuté par MM. Tissandier frères, le 26 septembre 1884, dans leur aérostat électrique à hélice. La ligne pleine indique la route suivie par l’aérostat; la ligne ponctuée donne la direction du vent.
- dans des directions différentes, et de remonter
- 1 Voy. n° 542 du 20 octobre 1883, p. 320 et 543 du 27 octobre 1883, p. 343.
- 12" année. — 2e semestre.
- même, à plusieurs reprises, le courant aérien avec vent debout, comme ont pu le constater des milliers de spectateurs.
- 18
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- LA NATUBE.
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- L’aérostat a été gonflé avec le grand appareil à gaz hydrogène que nous avons construit dans notre atelier aérostatique d’Auteuill. A 4 heures de l’après-midi, il était entièrement arrimé et prêt à partir. Nous avons essayé à terre la machine dynamo-électrique; mon frère et moi, nous sommes montés dans la nacelle avec un ancien marin, notre cordier, M. Lecomte, qui ayant bien voulu se charger des manœuvres du gouvernail, a pris place à la partie supérieure delà cage de bambou, sur un petit banc de vigie construit spécialement à cet effet. L’ascension a eu lieu à 4 b. 20 m., au milieu des applaudissements et des clameurs d’une foule considérable réunie dans les environs5. Mon frère Albert s’était chargé du jeu de lest, destiné à maintenir l’aérostat au même niveau, M. Lecomte tenant de chaque main les drosses du gouvernail, faisait virer de bord selon la direction que nous voulions prendre ; quant à moi, je m’occupais spécialement de faire fonctionner le moteur et de prendre le point.
- A 400 mètres d’altitude, nous avons été entraînés par un vent assez vif du N.-O. et aussitôt l'hélice a été mise en mouvement, d’abord à petite vitesse; quelques minutes après, tous les éléments de la pile montés en tension, ont donné leur maximum de débit. Grâce aux dimensions plus volumineuses de nos lames de zinc et à l’emploi d’une dissolution de bichromate de potasse plus chaude, plus acide et plus concentrée, il nous a été donné de disposer d’une force motrice effective de 1 cheval et demi, avec une rotation de l’hélice de 100 tours à la minute.
- L’aérostat a d’abord suivi presque complètement la ligne du vent, puis il a viré de bord sous l’action du gouvernail, et décrivant une demi-circonférence, il a navigué vent debout. Nous sentions alors un air très vif qui soufflait avec assez de force et nous indiquait que nous luttions contre le courant. En prenant des points de repère sur la verticale, nous constations que nous nous rapprochions très lentement, mais sensiblement, de la direction d’Auteuil, ayant une complète stabilité de route. La vitesse du vent était environ de 5 mètres à la seconde, et notre vitesse propre, un peu supérieure, atteignait à peu près 4 mètres à la seconde. Nous avons ainsi remonté le vent au-dessus du quartier de Grenelle pendant plus de 10 minutes; le tracé du voyage que nous publions ci-contre (fig. 2), indique ce mouvement d’évolution, qui nous conduisit jusqu’au-dessus de l’église Saint-Lambert.
- 1 Voy. n° 540 du 6 octobre 1883, p. l29l.
- 3 Nous sommes heureux d’adresser nos remerciements à tous ceux qui ont bien voulu nous prêter leur concours pour l’arrimage de l’aérostat et l’équilibrage, au moment de l’ascension. M. Lechevalier, entrepreneur, qui a construit notre appareil à gaz, M. Comme, qui a confectionné la nacelle, et M. Lecomte, cordier, nous ont obligeamment aidés pendant le gonflement. M, Lachambre, aéronaute constructeur, et ses aides, nous ont tout particulièrement été utiles. Nous remercions aussi M. Gabriel Yon, le praticien bien connu, et M. Louis Godard jeune, qui ont exécuté l’équilibrage au moment du départ, avec M* Lachambre et nombre de spectateurs sympathiques et dévoués.
- Nous avions constaté avant notre ascension, par le lancement de petits ballons d’essais, et par l’observation des nuages, que les courants aériens supérieurs étaient trop rapides pour qu’il puisse nous être permis de revenir au point de départ; il nous eût été d’ailleurs de toute impossibilité de descendre dans notre terrain très exigu, et tout entouré d’arbres élevés ou de constructions.
- Après notre première évolution, la route fut changée et l’avant du ballon, tenu vers l’Observatoire ; on nous vit recommencer dans le quartier du Luxembourg, une manœuvre de louvoyage tout à fait semblable à celle que nous avions exécutée précédemment, et l’aérostat la pointe-avant contre le vent, a encore navigué quelques minutes à courant contraire pour remonter ensuite d’une façon très appréciable dans la direction du Nord.
- Après avoir séjourné pendant 45 minutes au-dessus de Paris, l’hélice a été arrêtée à la hauteur du pont de Bercy, et l’aérostat laissé à lui-, même, tout en étant maintenu à une altitude à peu près constante, a été aussitôt entraîné par un vent assez rapide. Il passa au sud du bois de Yincennes. A partir de cette localité, il nous a été facile de mesurer encore une fois par le chemin parcouru au-dessus du sol, notre vitesse de translation et d’obtenir ainsi très exactement celle du courant aérien lui-même. Cette vitesse n’était pas constante; elle variait de 5 mètres à 5 mètres par seconde, et a changé fréquemment pendant le cours de notre expérience. Arrivés au-dessus de la Varenne-Saint-Maur, à 5h,50 minutes, nous avions tout disposé pour la descente, devenue nécessaire par l’approche de la nuit. Le soleil se couchait au-dessus des brumes, quand nous remarquâmes que le vent diminuait sensiblement de vitesse. Mon frère me fit observer que puisque nôtre pile était loin d’être épuisée, nous poumons profiter de cette accalmie pour recommencer de nouvelles évolutions, ne serait-ce que pendant quelques minutes. Aussitôt je pris mes dispositions pour remettre la machine en mouvement; nous vîmes .alors l’aérostat obéir facilement à son action, et remonter avec beaucoup plus de facilité que précédemment, le courant aérien devenu momentanément presque nul. Si nous avions eu encore une heure devant nous, il ne nous aurait pas été impossible de revenir vers Paris.
- Notre carte montre la rétrogradation de route exécutée au-dessus de la Marne, que nous avons traversée successivement deux fois en sens contraire. Cette manœuvre, à notre grand regret, dut être arrêtée promptement; il ne fallait pas songer à retarder plus longtemps la descente.
- L’atterrissage eut lieu près du bois Servon, à Marolles-en-Brie, canton de Boissy-Saint-Léger (Seine-et-Oise),à une distance de 25 kilomètres du point de départ, après un séjour de 2 heures consécutives dans l’atmosphère.
- Le vent de terre était assez vif ; notre guide*
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- LA NATURE.
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- ropc fut incapable de nous arrêter. Il fallut jeter j l’ancre qui ne mordit pas immédiatement, et notre nacelle eût à subir l’action de deux légers chocs qui nous permirent d’éprouver la solidité de notre matériel. II n’y eut absolument rien d endommagé1.
- La nouvelle disposition que nous avons adoptée mon frère et moi pour le gouvernail, nous paraît devoir être signalée, comme très favorable à la stabilité de route. Cet organe, confectionné en tissu de percaline lustrée, est placé à la pointe-arrière extrême et il fait sensiblement saillie au delà de cette pointe. Il est divisé en deux parties bien dis- j tiuctes ; la moitié de sa surface environ, est maintenue rigide, et constitue la quille du navire aérien, tandis que le gouvernail proprement dit qui forme la suite de cette quille peut être incliné à droite et à gauche(fig. 1), et déterminer, quand l’hélice est en rotation, un mouvement correspondant de tout l’appareil. Le gouvernail et la quille tendus par des cordelettes, sont montés sur un châssis de bambou, relié d’une part aux brancards longitudinaux de l’aérostat, et d’autre part à une pièce de bois de noyer très solide fixée au-dessous de l’hélice, à la partie inférieure de la nacelle.
- La translation de l’aérostat dans l’air, est facilitée par la rigidité de sa surface, et un ballon dirigeable doit être toujours bien gonflé. Notre navire aérien est muni à sa partie inférieure d'une soupape automatique qui favorise ces conditions. Elle est réglée de telle sorte qu’elle augmente sensiblement la pression intérieure, tout en permettant à l’excès de gaz formé par la dilatation, de s’échapper au dehors.
- L’ascension du 26 septembre 1884, aura donné mie démonstration expérimentale de la direction des aérostats fusiformes symétriques avec hélice à l’arrière; et cela, sans qu’il ait été nécessaire de rapprocher dans la construction, les centres de traction et de résistance. La disposition que nous avons adoptée, favorise considérablement la stabilité du système, sans exclure la possibilité de confectionner des aérostats très allongés et de très grande dimension, qui pourront seuls assurer l’avenir de la 1 ocomotion atmosphérique.
- MM. les capitaines Renard et Krebs2 ont brillamment démontré d’autre part, que l'hélice pouvait être placée à l’avant et qu’il était possible de rapprocher considérablement la nacelle, d’un aérostat pisciformc auquel elle est attachée; ils ont obtenu,
- 1 Nous ferons remarquer ici que si les aérostats allongés ont une forme favorable à leur translation au sein de l’air, ils obéissent aussi beaucoup moins facilement à l’action du vent, à la descente, que ne le font les aérostats sphériques. Si le point d’attache des cordes d’arrêt, guide-rope et corde d’ancre, est placé dans le voisinage d’une pointe de l’aérostat, le navire allongé fait en quelque sorte girouette sous l’action du vent, et offrant dans ce cas moins de surface qu’un ballon sphérique de même volume, il est arrêté avec beaucoup plus de facilité. Les aérostats fusiformes bien construits, loin d’être dangereux, offrent toute sécurité au point de vue de voyage aérien proprement dit.
- Voy n® 590 du 20 septembre 1881, p. 241. j
- grâce à l’emploi d'un moteur très léger, une vitesse propre qui n’avait jamais été atteinte avant eux.
- Nous rendons hommage au grand mérite de l’œuvre de MM. Renard et Krebs, comme ces savants officiers l’ont fait eux mêmes à l'égard de l’antériorité de nos essais, en ce qui concerne l’application de l’électricité à la navigation aérienne.
- Gaston Tissandier.
- NÉCROLOGIE
- Élie tlnrgollc. —Notre cher et vénéré collaboraleur vient d’être enlevé à la science et à ses amis à l’àge de soixante-neuf ans. Nous adressons ici un dernier hommage à sa mémoire en résumant sa vie si bien remplie.
- Elie Margollé est né à Toulon en 1816, mais il passa ses premières années à Calais, où son père, ancien officier de marine de l’empire, se retira pour naviguer au commerce après avoir vu sa carrière brisée par la Restauration. Admis à l’École navale il en sortit le second de sa promotion et navigua dans diverses stations de la Méditerranée, ainsi que sur les escadres d’évolution. Il fut décoré pendant la guerre de Crimée à laquelle il prit une part très active.
- Attiré de bonne heure vers les travaux scientifiques et littéraires, il quitta jeune encore la marine pour se livrer plus librement à ses goûts. Il s’y était fait connaître comme un officier distingué et il laissait partout les souvenirs les plus honorables.
- Il s’attacha principalement aux travaux du commandant Maury, l’illustre directeur de l’Observatoire de Washington, qu’il fit connaître en France en s’associant à son ancien compagnon de navigation F. Zurcher, principalement adonné aux études météorologiques. Cette œuvre de vulgarisation fut étendue à différentes branches des sciences naturelles, comme les tempêtes, les glaciers, les volcans, le monde sous-marin, etc., dans des livres dont La Nature a rendu compte à mesure qu’il furent publiés. Avant d’écrire dans La Nature, Margollé avait collaboré à l’Ami des sciences, aux Revues germanique et nationale, à Y Annuaire Dehérain en cherchant toujours à mettre en relief le côté moral des sujets abordés.
- Margollé avait un talent poétique remarquable, mais a cause de son excessive modestie, il ne publia jamais ses vers qui l’estèrent dans le cercle de sa famille et de scs amis.
- En même temps qu’il s'occupait de ces travaux littéraires, Margollé, élu conseiller municipal de Toulon, remplit pendant plusieurs années les fonctions de premier adjoint et se signala par sa fermeté et son dévouement, dans l’épidémie de choléra de 1865 à la suite de laquelle une médaille d’honneur lui fut décernée.
- M. Elie Margollé avait épousé la sœur de son insépa-ble collaborateur et ami, M. F. Zurcher, dont nos lecteurs ont souvent apprécié la science et le talent d’exposition. Ce qu’ils n’ont pu apprécier c’est l’admirable entente de deux familles, vivant ensemble dans une union rare, el absolument dévouées à la" science et au bien. Il y a trois ans que M. Margollé eut la douleur de perdre sa compagne bien-aimce, et c’est à la grande douleur qu’il en ressentit, qu’il faut surtout attribuer la grave maladie qui vient de lui fermer les yeux, à Toulon, dans la ville même où il avait vu le jour. G. T.
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- LA NATURE.
- ÉCLAIRAGE
- DES WAGONS DE CHEMINS DE FER
- P A II LE GAZ p’hUILE COMPRIMÉ
- L’éclairage des voitures de chemins de fer, tel qu’il existait partout autrefois, et tel qu’il est encore aujourd’hui en France, est excessivement défectueux.
- Les inconvénients qui résultent de l'emploi de l’huile sont très nombreux;,il suffit, pour s’en convaincre, de se rendre compte de tous les embarras auxquels il donne lieu; manipulations multiples : remplissage, nettoyage des lampes, remplacement des verres, des mèches, réparations fréquentes des appareils, contrôle difficile de la consommation d’huile, malpropreté, etc.
- L’emploi de bougies qui a été fait dans certains pays n’a supprimé qu’une partie seulement de ces défectuosités, ce mode d’éclairage est d’un contrôle
- difficile; les ressorts destinés à maintenir la bougie à la hauteur convenable fonctionnent mal, et, quand ce casse présente, il est difficile d’y remédier pendant la durée des stationnements.
- La supériorité du gaz sur tous les autres agents de lumière l’a fait adopter presque universellement pour l’éclairage des villes et des batiments, et devait nécessairement en imposer également l’emploi pour l’éclairage des chemins de fer.
- Les premiers essais ont été entrepris au moyen du gaz de bouille, qui n’a donné que de mauvais résultats, et en voici les raisons principales.
- Le gaz de houille perd par la compression la plus grande partie de son pouvoir éclairant, en outre, il ne se conserve pas; après deux ou trois jours, il n’éclaire presque plus.
- Les tentatives faites dans le but d’enrichir le gaz, en le carburant par divers procédés, n’ont pas réussi; au bout de très peu de temps, ces éléments se séparent et se déposent dans les conduites.
- Fig. 1. — Coupe longitudinale d’un wagon de première classe, éclairé au moyen du gaz à l’huile comprimé.
- Il n’existait pas d’appareil disposé de façon que le gaz arrivât aux brûleurs avec une pression égale, quelle que soit la tension dans les réservoirs et quelles que soient les trépidations produites par la marche du train.
- L’emploi du gaz d’huile comprimé a remédié à ces défauts; en effet, il a un pouvoir éclairant qui est, sous une pression de 10 à 12 kilogrammes, trois fois et demie supérieur à celui du gaz ordinaire, il ne perd donc presque pas (seulement 1/8) par la compression, il peut se conserver indéfiniment, il ne laisse aucun dépôt dans les tuyaux ; ces divers avantages, combinés avec la perfection des appareils inventés par M. Pintsch, font qu’aujourd’hni son système est adopté, dans presque tous les pays, par les Compagnies de chemins de fer.
- La préférence à donner au gaz riche étant établie, on a recherché quelle était la méthode la plus pratique pour emmagasiner et transporter le gaz.
- Il a paru tout d’abord plus simple de renfermer la quantité de gaz nécessaire dans un fourgon attelé à chaque train, en reliant entre elles toutes les voitures; ce procédé présentait l’avantage de réunir la
- provision de-gaz en un seul point et de ne nécessiter, par suite, que l’emploi d’un seul régulateur. A l’épreuve, on a reconnu à cette méthode de nombreux inconvénients, et l’impossibilité d’avoir ainsi un éclairage économique et régulier. Les raccords entre les conduites de chaque voilure donnent lieu à des fuites constantes, quel que soit le soin avec lequel ils peuvent être entretenus. Les secousses que reçoivent pendant la marche les tuyaux de caoutchouc font subir aux flammes des vacillations perpétuelles, au point même de les éteindre fréquemment ; le plus faible dérangement ou engorgement des tuyaux se fait sentir sur toute la longueur du train. Une partie des voitures est exposée à rester dans l’obscurité, lorsqu’on est obligé de couper le train, pour un motif quelconque.
- Les différents moyens qu’on a employés pour surmonter ces obstacles, tels que l’adjonction à chaque voiture de sacs en caoutchouc, n’ont réussi qu’imparfaitement et ce sont la source de réparations fréquentes. L’accouplement des voitures et leur séparation entraînent une grande perte de temps. Enfin, l’économie n’est qu’apparente, puisque
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- avec ce système il faut un wagon spécial qui représente un capital relativement élevé et conte un entretien constant.
- Il vaut donc mieux munir chaque voiture d'un réservoir renfermant la provi>ion de gaz voulue; cela est facile avec l’emploi du gaz d’huile, avec lequel les réservoirs n’ont qu’un volume très restreint. On peut affirmer que ce système s’est montré le seul véritablement pratique. La figure 1 en donne la disposition.
- Sous la voiture, parallèlement ou perpendiculairement à sa longueur, on dispose un ou plusieurs récipients en tôle a, de 5 millimètres d’épaisseur, avec douille rangée de rivets, les fonds sont bombés et fixés au moyen devis.
- La longueur généralement adoptée est de lm,850, par exception seulement on en a construit de 3 mètres de long, leur diamètre varie de 320 à 520 millimètres. Afin d’obtenir une étanchéité parfaite, ils sont étamés et soudés intérieurement et extérieurement.' Le nombre et la dimension des réservoirs varient d’après le nombre de becs de chaque voilure et en raison de la durée de l’éclairage.
- Ils sont remplis de gaz à une pression de 6 à 7 kilogrammes. Afin de rendre plus facile celte opération, une soupape de remplissage c est disposée de chaque côté de la voiture, elle est renfermée dans une boîte métallique qui sert à la protéger. Lorsque plusieurs réservoirs sont placés sur une voiture, ils sont reliés entre eux par un tuyau de 7 millimètres de diamètre, un tuyau de 5 millimètres les fait communiquer avec le régulateur de pression b , placé au-dessous de la voiture.
- Les lampes de chaque compartiment sont alimentées par des tuyaux branchés sur la conduite.
- Les becs peuvent tourner autour d’une charnière M, de sorte qu’en enlevant le réflecteur O, on n’a qu a relever le bras qui porte le bec R pour nettoyer sans difficulté la coupe placée à la partie inférieure.
- Le brûleur est en stéatite, et sa construction doit être très soignée pour obtenir une belle flamme. Les produits de la combustion sont guidés au dehors par un tuyau aplati T, correspondant avec une ou-
- verture pratiquée dans le centre du réflecteur qui est en tôle émaillée.
- L’air nécessaire entre par le couvercle de la lanterne, et pénètre dans la coupe, au moyen d’échancrures ménagées dans le pourtour de la cloche en fonte sur laquelle est fixé le réflecteur. Il n’y a pas de communication entre la lanterne et l'intérieur de la . voiture, on n’a donc pas à redouter pour les voyageurs l’odeur du gaz.
- L’ouverture et la fermeture des portières, qui agissent la plupart du temps sur la flamme des lampes, au point même de les éteindre, ne peuvent avoir ici aucune influence. Une autre amélioration consiste dans la faculté de réduire la flamme à l’état de veilleuse; dans ces conditions, on a constaté que la consommation du gaz est presque nulle.
- On obtient ce résultat au moyen d’un appareil particulier disposé de façon à réduire la flamme à son minimum, sans qu’elle puisse s’éteindre.
- 11 est mis soit à la disposition des voyageurs, soit seulement à la portée du conducteur du train. Dans le premier cas, il y a, par chaque compartiment, un bouton qu’il suffit de tourner pour réduire la flamme ou la reLever; pour de longs trajets, cet appareil a l’avantage de réduire la dépense quand les voyageurs préfèrent dormir.
- Dans le second cas, un levier placé à l’une des extrémités de chaque voiture donne au conducteur du train la faculté de lever ou de baisser la flamme, soit avant ou après le passage d’un tunnel, soit à la tombée de la nuit ; de la sorte on ne fait pas de dépense inutile de lumière, et on peut obtenir sur certaines lignes une économie de près de 30 pour 100 sur la quantité de gaz consommé.
- Le système Pintsch pour l’éclairage des voitures de chemins de fer a été reconnu avantageux et économique ; il est déjà adopté par 45 Compagnies, qui l’ont appliqué à 7567 voitures.
- Il y a lieu de remarquer en outre que depuis trois ans la progression est très rapide. En 1874, il n’y avait que 435 voitures, aujourd’hui il y en a 7567 qui sont en service, en Angleterre, en Autriche, en Allemagne et en Russie, sans tenir compte de celles qui fonctionnent aux États-Unis d'Amérique, qui ont
- Fig. 2. — Lanterne d'éclairage des wagons, par le gaz d’huile comprimé
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- récemment adopté ce système et qui ont déjà monté plusieurs centaines de voitures.
- Les wagons-salons, les wagons-poste, ont aussi été très améliorés par ce mode d’éclairage.
- La fabrication du gaz d’huile s’exécute dans des usines spéciales; il se produit par la distillation des matières grasses liquides, quelle que soit leur origine. C’est un gaz dont le pouvoir éclairant ne subit aucune diminution sous l’influence des changements de température, et qui ne perd que faiblement de sa puissance par la compression. Le gaz d’huile en sortant des cornues traverse des laveurs où il perd son goudron, et des épurateurs, où il se dépouille des substances qui en troublent la pureté. Quand le gaz est destiné à l’éclairage des bouées dont nous avons parlé précédemment1 ou des wagons, on le comprime dans des réservoirs spéciaux où il est transporté au lieu de consommation.
- LES PÉLICANS
- Avec leur corps massif, leurs pattes courtes et largement palmées, leur cou flexible, leur tête petite, généralement ornée d’une huppe et dénudée sur les joues, leur bec aplati, démesurément allongé et muni en dessous d’une vaste poche, suspendue à la mandibule inférieure, les Pélicans offrent une physionomie tout aussi étrange que les Anhingas dont nous avons récemment entretenu nos lecteurs2. 11 y a d’ailleurs parenté entre ces deux groupes ornithologiques. Les Pélicans, comme les Anhingas, ont en effet les quatre doigts réunis par des membranes natatoires et appartiennent par conséquent à la division, des Palmipèdes totipalmes qui renferme aussi les Fous et les Cormorans. Mais tandis que les Anhingas habitent exclusivement le Nouveau Monde, l’Australie et les parties chaudes ou tempérées de l’Asie et de l’Afrique, les Pélicans s’avancent jusque dans l’est et dans le sud de l’Europe, où ils sont représentés par deux espèces distinctes. Aussi n’est-on pas étonné de trouver dans les écrits de Pline, d’Aristote et d’autres naturalistes anciens quelques passages qui s’appliquent certainement à ces oiseaux, aussi remarquables par leurs fortes dimensions que par leurs caractères extérieurs.
- Plus tard, au Moyen âge, le Pélican fut pris comme emblème de l'amour maternel, et à ce titre il devint bientôt populaire, on ne se contenta pas de représenter sur les enseignes l’image du grand Pélican blanc qui se dcchire les flancs pour nouYrir ses enfants ; on dota l’oiseau des vertus les plus touchantes et on en fit le héros d’une foule de légendes qui se sont perpétuées jusqu’à nous et dont il est assez difficile de découvrir l’origine. Buffon prétend que ces fables ont pris naissance chez les anciens Egyptiens, mais qu’elles s’appliquaient primitivement au Vautour et qu’elles ont été trans-
- 1 Voy. n° 331 du 4 octobre 1879, p. 279, et n° 52G du 30 juin 1883, p. 05.
- * Voy. n" 573 du 7 juin 1884. p. 8.
- portées an Pélican par deux Pères de l’Eglise, saint Augustin et saint Jérôme. Toutefois l’explication ne me semble pas très plausible puisque le Vautour n’a pas davantage les habitudes que Pon prêle au Pélican et j'aimerais encore mieux admettre que la croyance populaire repose sur une erreur d’observation. Le Pélican, en effet, prend fréquemment la position de l’un des individus représentés dans la planche ci-jointe : il étend le cou et baisse fortement la tête, afin de pouvoir nettoyer avec son bec les plumes de sa poitrine, puis il relève la tète et semble exécuter des mouvements de déglutition. It’autrc part, quand il a des petits, il doit dégorger devant eux la nourriture qu’il a transportée dans sa poche buccale. Or, en combinant ces deux sortes de mouvements qui n’ont rien de commun, un observateur superficiel n’a-t-il pu croire que l’oiseau, après avoir arraché avec le crochet de sa mandibule des lambeaux de sa chair, les faisait disparaître dans son sac et les offrait ensuite tout pantelants à la voracité de sa progéniture?
- Dans toute cette légende il ne paraît du reste y avoir qu’une seule chose vraie, c’est l’amour du Pélican pour ses petits. Il ne se contente pas de leur fournir une abondante nourriture, il veille sur eux avec sollicitude et, en cas de danger, il les couvre de son corps en s’exposant hardiment aux coups des chasseurs. Ces petits ne sont pourtant ni beaux ni bien faits : ils ont la tète disproportionnée, le bec court, la poche buccale assez petite et colorée en-jaune rougeâtre, le cou dénudé et d’un ton rouge qui ,1e fait paraître sanguinolent, le sommet de la tète couvert d’un duvet ras, d’un blanc sale, grisâtre ou brunâtre, le corps revêtu d’un duvet de même i couleur, mais plus allongé et disposé en rangées qui sont assez espacées pour laisser voir la peau, les ailes réduites à deux moignons et les pattes tuméfiées et colorées en rouge pâle. Au bout d’un certain temps ils prennent une livrée grise tirant au blanc sur la tète, le cou et le devant du corps et au brun sur la région dorsale, leur poche se développe et leurs pattes deviennent plus sveltes et prennent des teintes grises ou brunâtres. Enfin plus tard encore les jeunes portent le costume caractéristique de leur espèce, costume où le blanc domine généralement mais qui, dans certains cas, offre un agréable mélange de blanc, de noir et de gris argenté. Cette dernière livrée est l’apanage d’une espèce américaine qui est connue sous le nom de Pélican de Mo-lina (Pelecanus Molinæ) et qui vit au Chili et au Pérou. D’autres Pélicans, comme le Pélican rous-sâtre (Pelecanus rufescens) qui se rencontre à la fois aux îles Philippines, dans l’Inde continentale et dans l’Afrique tropicale et comme le Pélican brun qui habite la Californie et les côtes du golfe du Mexique, ont les parties supérieures du corps plus ou moins nuancées de brun ou de gris et les parties inférieures blanches ou rayées de blanc sur fond brun ; mais la plupart des espèces que l’on voit dans les jardins zoologiques ont des couleurs plus simples
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- et plus uniformes. Ainsi le Pélican onocrotale (Pe-lecanus onocrotalus) et le Pélican nain (Pelecanus minor) qui ne diffèrent guère l'un de l’autre que par les proportions et qui, pour beaucoup d’auteurs, représentent même deux simples races d’une seule espèce, sont couverts de plumes blanches qui, au printemps, prennent des reflets roses fort agréables à l’œil ; une livrée blanche, mais avec des reflets brillants et légèrement argentés sur le dos et une nuance jaune sur la poitrine, existe aussi chez le Pélican frisé (Pelecanus crispus), enfin le même costume, mais plus fortement lavé de jaune ou rehaussé par des taches noires, se retrouve chez le Pélican à bec rouge (Pelecanus erythrorhynchus) de l’Amérique du Nord et chez le Pélican à lunettes (Pelecanus perspicillatas) de la Nouvelle-Hollande.
- Chez tous les Pélicans les plumes de la région inférieure du corps sont épaisses, élastiques, et constituent un vêtement imperméable, tandis que celles de la région supérieure sont lâches et de forme lancéolée ; mais les plumes de la tête et du cou n’offrent pas toujours le même aspect, et si, dans la plupart des espèces, elles restent courtes et duveteuses, à l’exception de quelques-unes qui figurent une sorte de huppe sur l’occiput, chez le Pélican frisé elles s’effilent et se recroquevillent sur elles-mêmes en même temps que la huppe se transforme en un cimier recourbé en avant, au-dessus du front. Enfin, d’une espèce à l’autre, on constate certaines différences dans la disposition des plumes frontales qui dessinent à la base de la mandibule supérieure une ligne tantôt concave, tantôt convexe, dans la coloration de la poche buccale qui est généralement d’un jaune clair mais qui parfois offre à sa surface des lignes foncées, ou bien encore dans l’aspect des côtés de la tête, le tour des yeux et l’espace compris entre le bec et l’orbite étant plus ou moins dénudés et colorés en jaune ou en rose chair. Mais il est inutile d’insister davantage sur ces caractères dont les naturalistes seuls ont besoin pour leurs déterminations, d’autant plus que je n’ai pas l’intention d’examiner icijes huit ou dix espèces que renferme le genre Pélican. Ces espèces, en effet, quel que soit leur habitat, ont sensiblement les mêmes mœurs, le même régime et ce que je dirai à cet égard du Pélican onocrotale" s’appliquera également au Pélican frisé, au Pélican à lunettes, etc.
- Le, Pélican onocrotale, ou Pélican blanc, est un oiseau de forte taille qui, lorsqu’il est adulte, paraît beaucoup plus gros qu’un Cygne et ne mesure pas moins d’un mètre et demi de la pointe du bec à l’extrémité de la queue. Pendant la saison qui correspond à notre hiver il se montre sur divers points de l’Afrique, mais c’est dans le nord-est de ce continent qu’il est le plus répandu. « Sur les lacs des côtes de l’Egypte, dit M. Brehm, sur le Nil pendant les inondations, ou plus avant dans le sud, tout aussi bien sur le Nil Blanc, sur le Nil Bleu et sur les lacs voisins que sur la mer Rouge, on rencontre parfois les Pélicans réunis en masses si grandes,
- que l’œil ne peut en calculer le nombre. Ils recouvrent littéralement le quart ou la moitié d’un carré de deux lieues ; ils ressemblent, quand ils nagent, à de gigantesques roses de mer, ou bien à une immense muraille blanche; quand ils vont sur le rivage ou sur les îles pour se sécher au soleil, nettoyer leurs plumes ou se reposer, ils y couvrent tous les arbres d’une manière si compacte, que l’on dirait de loin des arbres dont le feuillage a été remplacé par de grandes fleurs blanches. »
- En Egypte les Pélicans forment des troupes extrêmement nombreuses qui généralement émigrent en masse dès les premiers jours du printemps, mais qui parfois se dissocient, les jeunes individus ne pouvant se décider à quitter la côte d’Afrique, tandis que les adultes traversent la mer pour gagner les provinces méridionales de l’Europe. Ils arrivent en Grèce, en Hongrie et en Grimée vers la fin d’avril et s’y arrêtent ordinairement pour nicher; de temps en temps cependant quelques individus, poussés par un esprit aventureux, ou séparés accidentellement du gros de la bande, viennent se faire tuer en Allemagne, en Belgique et en France. C’est ainsi qu’en 1855 et 1849 plusieurs Pélicans ont été pris, soit en été, soit en automne dans le département de la Moselle et dans celui de la Gironde et qu’à une autre époque, que je ne puis malheureusement préciser, une troupe beaucoup plus considérable et comprenant, dit-on, plus de cent oiseaux a été observée en Suisse, sur le lac de Constance.
- D’après les renseignements recueillis par M. von der Mühl et reproduits par M. Brehm, les Pélicans construisent leurs nids dans des endroits presque inaccessibles, au milieu des marécages ou sur des îles flottantes. Ces nids établis au ras du sol, avec des herbes et des joncs grossièrement entrelacés, sont tellement approchés les uns des autres, qu’il se produit quelquefois, dit-on, une certaine confusion entre les ménages d’une même colonie et qu’une femelle vient, par inadvertance, déposer un œuf dans le nid de sa voisine. En outre, la ponte de tous les couples ne s’effectue pas simultanément. II en résulte que les différents nids d’une même colonie renferment les uns deux œufs d’un blanc légèrement bleuâtre et de forme allongée, d’autres un œuf et un poussin en duvet, d’autres encore un petit récemment éclos et un jeune prêt à prendre son vol. Tout ce monde vit et se développe dans un milieu véritablement infect; car les excréments des parents et des jeunes souillent l’eau environnante et mêlent leurs émanations à l’odeur nauséabonde des débris de poissons qui tombent des nids et qui se putréfient sous les rayons brûlants du soleil.
- Ce sont, en effet, les poissons qui constituent le fond de la nourriture des Pélicans, mais telle est la voracité de ces oiseaux qu’ils cherchent aussi à happer au passage les petits rongeurs et les jeunes palmipèdes qui se hasardent dans leur voisinage. On dit qu’ils avalent parfois des Canards qui sont j déjà parvenus à la moitié de leur grandeur, et au
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- Jardin des Plantes ils se précipitent parfois, le con tendu, le bec cntr’ouvert, sur les Moineaux qui picorent dans leur enclos et qui, cela va sans dire, échappent sans'peine à leurs entreprises. À l'état sauvage les Pélicans s’en vont tous les matins explorer les étangs, les baies et les rivières de faible profondeur, en glissant légèrement à la surface de l'eau et en se servant de la moitié inférieure de leur bec comme d’un truble ou d’une épuisette. Ils ne sauraient, en effet, plonger à la manière des Canards et des Grèbes, et leur corps est si léger qu’il Hotte comme un bouchon de liège. Cela tient à la présence d’une grande quantité d’air non seulement dans l’intérieur de leurs os, mais encore dans de vastes réservoirs situés entre les muscles et dans les lacunes du tissu cellulaire, immédiatement sous la peau. Grâce à cette circonstance, les Pélicans peuvent aussi, en dépit de leurs fortes dimensions, s’enlever sans beaucoup d’efforts, monter en tournoyant ou filer en ligne droite à travers les airs. D’ordinaire ils volent en troupes qui tantôt se rangent en une seule ligne, tantôt affectent l’ordre cunéiforme, chaque individu conservant soigneusement ses distances de manière à ne pas gêner ses voisins par ses battements d’aile. Tous exécutent d’ailleurs les mêmes mouvements et présentent au veut leur poitrine arrondie, en tenant leur tête fortement rejetée en arrière, de telle sorte que la pointe du bec fait à peine saillie. En nageant ils prennent à peu près la même position qu’ils adoptent aussi volontiers pour se reposer, couchés à plat ventre sur le sol. Mais dans ce dernier cas ils dirigent plutôt la pointe de leur bec dans l’autre sens, du côté de la queue, en l’enfouissant dans les plumes qui couvrent la région dorsale,’ et c’est ce qu’ils font aussi lorsqu’ils se perchent pour dormir sur une vieille souche ou sur une grosse branche, située à une faible hauteur au-dessus du sol. Du reste, quoi qu’en dise M. Brebm, leur cou est tellement flexible qu’ils peuvent le contourner dans tous les sens, soit pour nettoyer avec leurs mandibules les diverses parties de leur plumage, soit pour promener dans l’eau la vaste poche dont la nature les a gratifiés.
- Leurs pattes relativement courtes et rejetées dans la région postérieure du corps ne leur permettent pas de cheminer avec aisance à la surface du sol ; toutefois leur démarche est moins gauche que celle des Oies et ils courent assez rapidement en battant des ailes. A certaines heures et dans certaines circonstances on les voit même se livrer à des jeux qui rappellent un peu ceux des Demoiselles de Numidie; ils sautillent en claquant du hcc et se poursuivent en poussant ces cris discordants que l’on a comparés au braiement, de l’Ane et qui ont valu à l’espèce vulgaire son nom spécifique d'Onocrotale.
- Sans être doués de facultés exceptionnelles, les Pélicans sont pourtant, sous le rapport de l’inlelli-, gence, supérieurs â beaucoup d’autres Palmipèdes. A l’état sauvage ils montrent une extrême prudence dans les contrées où ils se savent en butte aux atta-
- ques de l’homme, tandis qu’ailleurs ils se comportent comme des oiseaux privés et s’approchent des bateaux pour recevoir la nourriture qu’on leur jette par-dessus bord.
- Leurs relations avec les autres animaux sont assez pacifiques pour qu’au Jardin des Plantes on ait pu, sans inconvénient, les enfermer dans un parquet où se trouvaient déjà des Chèvres naines, des Cygnes blancs et des Cygnes noirs; mais c’est seulement aux individus de leur espèce qu’ils témoignent une réelle affection et qu’ils s’associent soit pour voyager, soit pour se livrer à la pêche. A diverses reprises M. Nordmann a vu des Pélicans frisés se réunir ainsi pour capturer des poissons. « Après avoir choisi un endroit convenable, une baie où l’eau est basse et le fond lisse, les Pélicans, dit M. Nordmann, se placent tout autour, en formant un large croissant ou un fer-à-cheval ; la distance d’un oiseau à l’autre semble être mesurée : elle équivaut à son envergure. En battant fréquemment la surface de l’eau avec leurs ailes déployées et en plongeant de temps en temps la moitié du corps, le cou tendu en avant, ces oiseaux s’approchent lentement du rivage jusqu'à ce que les poissons réunis de la sorte se trouvent réduits à un espace restreint ; alors commence le repas commun. »
- Etant donnés ces instincts sociables et la facilité avec laquelle s’apprivoisent les Pélicans, il semble que sur divers points du globe on aurait dù chercher depuis longtemps à employer ces oiseaux comme auxiliaires; cependant il n’en est rien et ce n’est guère qu’en Egypte que l’on voit des Pélicans vivant dans un état de demi-liberté, aux alentours des villages de pêcheurs. Partout ailleurs on fait la chasse aux Pélicans que l’on accuse de détruire de grande quantité de poissons, et en se postant partout les endroits que ces palmipèdes ont adoptés comme lieux de repos, on en abat des centaines à chaque saison. La chair des Pélicans est cependant complètement immangeable à cause de son goût de poisson et de l’huile dont elle est imprégnée, et seule la poche buccale peut être utilisée soit pour faire des blagues à tabac, soit, lorsqu’elle adhère aux mandibules, pour constituer encore une sorte d epuisette au moyen de laquelle les pêcheurs rejettent l’eau de leurs embarcations.
- Dans les contrées méridionales de l’Europe on capture aussi des Pélicans vivants qui sont destinés aux Jardins zoologiques. Ces animaux supportent, en effet, très bien la captivité et peuvent vivre une vingtaine d’années dans nos ménageries. Rzaczynski a même cité l’exemple d’un Pélican qui fut nourri pendant quarante ans à la cour de Bavière et Col-mann a retracé l’histoire d'un autre oiseau de la même espèce qui fut conservé pendant quatre-vingts ans en domesticité. Ce Pélican avait accompagné l’empereur Maximilien dans toutes ses campagnes, tantôt suivant l’armée, tantôt planant à une grande hauteur au-dessus des troupes en marche; aussi dans sa vieillesse était-il nourri, en raison de ses bons
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- Les attitudes du Pélican. (Dessiné d’après nature au Jardin des Plantes
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- services, à raison de quatre éeus par jour sur la cassette de l’empereur.
- Il y aurait encore beaucoup à dire au sujet des Pélicans, mais en terminant je me contenterai de rappeler que les Musulmans n’ont eu garde d’oublier ces oiseaux dans leurs légendes : ils racontent, en effet, que les Pélicans ont reçu du ciel la mission d’abreuver les pèlerins qui traversent le désert et que lors de la construction de la Kasba de la Mecque ils ont été chercher, à une très grande distance, l’eau qui manquait aux maçons pour continuer Içurs travaux- E. Oustalet.
- CURIOSITÉS PHYSIOLOGIQUES
- LES SAUTEURS (Suite et fin. — Yoy. j). 213.)
- A propos du saut avec culbute, du saut périlleux, citons un fait historique fort peu connu. Charles IX, le fils de Catherine de Médicis, était beaucoup plus passionné pour les exercices du corps que pour la politique, et pendant que sa mère gouvernait, il s’exerçait à la lutte, à la course, faisait de l’escrime et enfin cultivait d’une façon spéciale le saut périlleux. Ce fait s’est transmis à la postérité par un ouvrage1 de son professeur, le fameux sauteur italien Archange Tuccaro. Tuccaro dit en effet : « ... Ce magnanime roi était désireux au possible de s’exercer à ces sauts périlleux ès quels j’avais l’honneur de lui servir de maître », et il parle avec enthousiasme des progrès de son élève.
- Les sauts extraordinaires exécutés de haut en bas sont très .nombreux et la raison en est que la plupart du temps ils sont involontaires ou à peu de chose près.
- Bien souvent ils ont été accomplis pour éviter un danger, une poursuite, un incendie par exemple. Dans ce genre de saut il y a toujours un aléa terrible, c’est qu’on ne peut savoir quelles seront les conséquences de l’arrivée, de la rencontre du corps avec le sol.
- On raconte-qu’Arlequin tombant du haut d’un clocher, criait pendant sa chute : « Pourvu que cela dure,mon Dieu! pourvu que cela dure! » Ce désir prouvait chez son auteur une grande sagesse.
- Cependant ces chutes sont souvent exécutées par des gymnasiarques ou des acrobates de profession. Le colonel Amoros, que nous avons déjà cité, parle d’un saut de haut en bas en arrière exécuté d’une hauteur de 35 pieds, soit 1 lm,55 sur une terre dure; et d’une autre de 25 pieds (8m,25), en avant avec chute sur le pavé.
- Journellement, dans les gymnases, on voit des jeunes gens debout sur le portique sauter à terre sur la sciure ou le sable qui recouvre le sol, c’est-à-dire faire sans inconvénient une' chute de cinq à six mètres.
- 1 Trois dialogues de l'exercice de sauter et de voltiger en l’air. — Paris, 1599.
- Entre toutes les chutes volontaires faites en retombant sur les pieds, nous citerons celle d’un jeune sergent qui, lors de l’incendie du théâtre de Rouen en 1881, sauta du troisième étage, tomba sur le sol en suivant les règles de la gymnastique et se releva immédiatement pour aller travailler à une pompe, tandis que de malheureuses figurantes venaient se briser sur le sol, et que d’autres accrochées aux fenêtres aimaient mieux périr par le feu que de tenter une terrible chute.
- Tous les gymnastes savent qu’en sautant ils doivent toucher le sol sur la pointe des pieds, les jambes et le corps étant pliés afin que, comme nous l’avons déjà dit, le choc s’amortisse dans les articulations, dans les ligaments et dans l’extension des muscles. En observant ces règles, les chutes sur les pieds, même d’une hauteur considérable, comme nous venons de le voir sont amorties et sans danger.
- Il existe plusieurs moyens d’amortir artificiellement les chutes et les sauts effectués d’une très grande hauteur.
- Ainsi la plupart des exercices acrobatiques présentant quelque danger, se font au-dessus d’un filet. Ce filet est formé de cordelettes très résistantes. Il est fortement tendu à l’aide d’un système de moufles et de câbles. La sécurité que donne cet appareil est assez grande pour que journellement des gymnasiarques, des hommes, des femmes, des enfants à la fin de leurs exercices s’y laissent tomber, et cela de 10 ou 15 mètres et même davantage; l’élasticité de l’appareil amortit instantanément leur chute.
- Un « plongeur » grimpé jusqu’au faîte de la charpente de l’Hippodrome, c’est-à-dire à près de trente mètres, se laissait tomber tout à coup et après avoir fait dans l’espace deux tours sur lui-même, donnant ainsi l’épouvantable image d’une personne tombant d’une maison et venant se fracasser sur le pavé, il était reçu par le filet qui fléchissait sous le choc et le faisait rebondir sans accident.
- On ’a proposé un système analogue pour recevoir les personnes qui dans les incendies sautent par les fenêtres, un filet soutenu par des perches et tendu à l’aide de cordes attachées aux maisons voisines, les recevrait et amortirait leur chute.
- Suétone rapporte que l’empereur Othon, lorsqu’il rencontrait pendant ses rondes de nuit quelque ivrogne dans les rues de Rome le faisait mettre par ses soldats « dans un manteau tendu avec force et jeter en l’air ». Le supplice de la berne n’est pas on le voit d’invention récente.
- On se rappelle, quand Don Quichotte voulut quitter l’hôtellerie, que les< muletiers s’emparèrent de son malheureux écuyer et le bernèrent, «... et là ayant bien étendu Sancho sur la couverture ils commencèrent à l’envoyer voltiger dans les airs, se jouant de lui comme on fait d’un chien dans le temps du carnaval1 ». Les étudiants espagnols avaient en effet, du temps de Cervantès, la singulière
- 1 Don Quichotte, cliap. xvii.
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- LA NATUlîE.
- coutume do prendre les chions qu’ils trouvaient pendant le carnaval et de s’amuser à les taire sauter dans un de ces grands manteaux qui fait partie du costume de la « estudiantina ». La berne est encore employée comme brimade dans quelques régiments et dans certaines écoles qui ont conservé cette sauvage coutume do vexer et même de faire soidfrir les « nouveaux ».
- Or ce moyen de supplice est aussi un puissant moyen de sauvetage. Une simple toile tondue fortement par dix ou douze hommes la tenant par les bonis, peut recevoir des enfants, des femmes, sautant de plusieurs étages dans un moment de danger: l’élasticité de la toile, la résistance des hommes amortit la chute au point d’en supprimer les risques de blessures ou do fractures. Cette simple toile tendue qui a été si désagréable à tous ceux quelle a servi à berner, a sauvé la vie à des milliers d’individus.
- Il existe d'autres moyens d’atténuer les risques dos sauts faits d’une très grande hauteur, ces moyens protègent le sauteur dès le commencement de sa chute.
- Il y a une vingtaine d’années, alors que le Mont-Saint-Michel était encore une prison, un condamné parvint à s’échapper d’une façon très ingénieuse.
- L’ancienne abbaye du Mont-Saint-Michel est un superbe monument placé au sommet d’un rocher très élevé. A marée haute, le Mont est isolé par la mer et forme une île: à marée basse il reste entouré par une vaste plaine do vase marine et de sable.
- La surveillance des gardiens s’exerçait naturellement beaucoup plus du côté de la porte que du côté du ciel, à soixante mètres au-dessus, c’est cependant ce dernier chemin que prit le prisonnier dont nous parlons. Ce prisonnier étant parvenu à sortir de l’infirmerie en dérobant deux draps, put sans donner l’éveil gagner la plate-forme de l’Abbaye, là il découpa un de ses draps en lanière et en fit quatre cordes qu’il attacha aux quatre coins du second drap et réunit les autres extrémités par un nœud ; alors saisissant celui-ci et confiant dans ce faible parachute il se précipita dans le vide (fig. 1). La descente dut avoir lieu avec une rapidité vertigineuse en raison de la faible résistance à l’air que présentait l'instrument par suite de son peu de surface, mais le courageux forçat tomba sur le sable de la grève et fut sauvé.
- * II y a quelques années il était encore d’usage dans une petite ville d’Italie, à Empoli, de faire sauter un âne du haut d’une tour très élevée, usage qui remontait à plusieurs siècles et se rapportait à une légende locale.
- Chaque année, à jour déterminé, un ànc était hissé en cérémonie au sommet de la tour, là on lui attachait autour du corps les extrémités d’une série de bandes d’étoffe, le milieu des bandes restant libre en forme d’anses, puis l’àne était poussé dans l’espace malgré une résistance suffisamment
- justifiée. L’air s’engouffrant dans les bandes d’étoffe, celles-ci se déployaient et offraient une surface assez grande pour atténuer la chute du pauvre animal ; d’ailleurs on avait soin de garnir le sol d’une épaisse couche de bottes de paille, et la descente avait lieu le plus ordinairement sans accident
- Un sauteur peut, en employant un moyen analogue, atténuer considérablement les risques d’une chute faite d’une grande hauteur. Connue parachute il peut se servir de un ou préférablement de deux parapluies.
- Cet essai demande cependant quelques précautions.
- 11 y a peu d’années, un jeune homme ayant entendu parler de ce* moyen d’atténuer les chutes, prit un parapluie, l’ouvrit et sauta du haut d’un mur. Le parapluie fut retourné par la secousse, il n’offrit plus dès lors de résistance à l’air et la chute eût été terrible si le jeune homme n’avait eu la chance de rencontrer, au lieu du sol, une mare d’eau boueuse.
- Mais si on a soin de se servir de deux parapluies d’une surface assez grande et d’une solidité suffisante et que de plus on prenne soin d’attacher par des ficelles l’extrémité des branches à la poignée, la résistance à l’air que présentera ces deux parapluies sera assez forte pour que si l’on saute en en tenant un de chaque main on se sente soutenu, on tombe sur les pieds et que la vitesse de la chute soit beaucoup moins grande que si on sautait sans aide de quelques mètres seulement. Des expériences de ce genre ont été faites un grand nombre de fois. Un jeune gymnaste de Nancy est sauté à plusieurs reprises sans accident du mur des fortifications de cette ville dans les fossés, en se servant de deux parapluies.
- Une scène de ce genre s’est passée récemment dans le quartier Latin. A la suite d’un dîner d’étudiants un des convives, la tête légèrement échauffée, fait le pari de sauter du troisième étage dans la rue en se servant de deux parapluies comme de para- t. chutes. On les lui prépare, il se lance dans le vide et atteint le sol sans blessures ; ses camarades enthousiasmés l’imitent à tour de rôle, une jeune femme eut même l’audace de suivre leur exemple. Naturellement une foule considérable s’était amassée, étonnée de ce singulier exercice.
- La berne dont nous parlons plus haut est non seulement un procédé propre à atténuer le danger des chutes, mais c’est aussi un moyen mécanique très puissant de saut en hauteur.
- L’individu berné obéissant à l’impulsion, à la cadence que font subir à la toile les hommes qui la tendent, rebondit de plus en plus facilement et est envoyé à des hauteurs successives de un mètre, deux mètres, et même paraît-il quelquefois trois et quatre mètres. Dans une pantomime jouée à Paris par des clowns anglais, un jeune enfant apparaissait tout à coup derrière un mur situé au fond de la scène : il était jeté à une hauteur considérable, retombait et était rejeté plus haut et ainsi de suite à plusieurs reprises. Cet effet très curieux était obtenu
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- à l’aide d’une berne, d’une toile tendue manoeuvrée par des machinistes, sur laquelle on plaçait l'enfant.
- Il existe d’autres moyens mécaniques destinés à aider les sauteurs, à leur communiquer une impulsion qui décuple pour ainsi dire la puissance du saut naturel.
- Assez souvent dans les cirques, les théâtres de curiosités, les féeries, on a occasion de voir des acrobates projetés en l’air, à une élévation dépassant trois ou quatre fois leur hauteur. Ainsi dans une féerie jouée au théâtre du Châtelet, dans Peau-iVAne, un gymnaste remarquable M. Lauris jeune, dans le rôle du singe, exécutait un saut de ce genre. A un moment donné le singe était saisi, posé sur une ta ble et coupé en morceaux, puis ces morceaux étaient jetés pêle-mêle, dans une sorte de grand baquet ; tout à coup on voyait le singe vivant sauter de ce baquet à une hauteur prodigieuse et retomber sur la scène en faisant des gambades.
- L’explication de ce truc est simple, le découpage de l’animal avait lieu grâce à la substitution rapide d’un mannequin au singe vivant, le fond du baquet communiquait avec une trappe, c’est dans celle-ci que disparaissaient les morceaux du mannequin, et c’est par elle également que projeté par un puissant appareil à ressort, M. Lauris, toujours sous les traits du singe, bondissait sur la scène.
- Le cirque Franconi a obtenu il y a peu d’années un grand succès avec un truc analogue. Un jeune acrobate, Miss Lulu sur l'affiche, projeté verticale-
- ment par un appareil, allait atteindre une barre placée à une grande hauteur.
- Notre gravure (figure î) représente une expérience du même genre, c’est, celle de l'homme-obus, remarquable notamment par la curieuse mise en scène à laquelle elle- donne lieu.
- Un énorme canon est amené sur la piste d’un cirque. ; il est entouré de ses servants, en haut suspendu aux combles se trouve un trapèze. Un jeune gymnaste se place dans la gueule du canon, où il disparaît presque jusqu’à la poitrine. La musique cesse, il y a un moment d’anxiété et de silence, auquel succède un commandement bref, puis une forte détonation, et l’on aperçoit au milieu de la fumée le gymnaste lancé en l’air atteignant le trapèze. L’effet est dramatique.
- En réalité l’acrobate n’est pas projeté par la force de l’explosion, mais bien par la détente d’un énorme ressort à boudin qui se trouve dans l’âme du canon et que l’on tend à l’aide d’un cric. Ce ressort supporte une plateforme sur laquelle se place l’homme - obus. Une simple pression sur une
- «
- poignée permet au ressort de se détendre et l'homme est projeté. Au bout de sa course la plate-forme rencontre une pièce d’artifice dont elle provoque l’explosion. Mais il y a une telle coïncidence entre la projection et la détonation que le public est porté à croire que celle-ci est la cause de la première. Tel est le secret de l'homme-obus.
- Parmi les jeux auxquels donnent lieu l’exercice du saut nous en citerons un, qui est pour ainsi
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- dire de tradition dans toutes les letes des régiments. Ce jeu consiste à franchir une tablette de bois placée à environ un mètre du sol et large de 40 à 50 centimètres. A cette tablette est fixée une corde qui s’attache par l’autre extrémité à un seau rempli d’eau placé au-dessus sur un châssis. Si le sauteur touche la planchette quelque peu que ce soit, le seau bascule et ne manque pas d’inonder le maladroit.
- Les poè tes grecs nous ont transmis la description d’un amusement un peu du même genre auquel se livraient les paysans de l’Attiquc le second jour de la fête de Bac-chus, c’était le saut de l’outre.
- Ils prenaient une peau de boue gonflée d'air et la graissaient parfaitement à l’extérieur.
- 11 fallait pour gagner le prix sauter sur cette outre et s’y maintenir, ce qui, on le comprend, n’était pas facile; les chutes et les contorsions grotesques auxquelles donnaient lieu les efforts des concurrents pour y parvenir amusaient beaucoup les spectateurs.
- Actuellement le nom de Sapho est dans toutes les mémoires. Sapho est le titre d’un opéra, le titre d’un roman de M. A. Daudet, celui d’une magnifique statue de Pradier au Louvre; ce nom se rencontre à chaque instant dans les journaux, les livres, les conversations. Or on se rappelle que ce qui a valu à Sapho cette célébrité : c’est un terrible saut, le saut de Leucade. Voici la légende :
- L’île de Leucade était remarquable par un promontoire formé de rochers escarpés dominant la mer. C’est de ce promontoire que venaient se précipiter les jeunes gens malheureux dans leurs amours :
- ! c’était faire le saut de Leucade. Ceux qui échappaient | à la mort étaient, grâce à Apollon, guéris de leur passion. Sapho ne pouvant vaincre l’indifférence du ! jeune Lesbien Phaon, se précipita dans la mer du j haut de ce promontoire.
- | On retrouve en Bretagne une tradition ayant | quoique rapport avec la légende grecque; au siècle ! dernier il était d’usage de faire sauter certaines personnes du haut d’un rocher dans la mer, et cela dans un grand nombre de ports bretons. Ainsi, à Brest, un arrêté de 1618 disait :
- « Sur les deux ou trois heures après le dîner, tous les nouveaux mariés, comme pareillement ceux qui sont nouvellement venus résider en ville, ayant famille, ou ceux qui auront fait bâtir navire, ou un nouveau pignon de maison, le tout depuis trois ans derniers , rendront le devoir accoutumé sur le havre, qui est de sauter ou de faire sauter dans la mer, pour jouir des franchises, immunités et pri-vilèges de la ville ». On pouvait se racheter du saut moyennant une amende, et c’est ce qui avait lieu le plus ordinairement.
- A propos des sauts légendaires
- nous citerons le suivant : Le tzar Pierre Ier visita au commencement du dix-huitième siècle la tour ronde de Copenhague, accompagné de Frédérik IV, roi de Danemark, et du haut de cette tour lui vantait la puissance de son autorité.
- — Nouiez-vous, dit-il, que je vous en donne une preuve, et sans attendre la réponse de Frédérik, le Tzar fait un signe à un des cosaques de sa suite, — lui montre l’abime en disant : — Saute!
- Fig. 2. — L’hoinme-olms. Gymnaste lancé pur la détente d’un ressort.
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- Le cosaque fait le salut militaire, s’incline, s’élance ilans le vide et vient, se briser sur le sol.
- G. Kkiu.i's.
- CHRONIQUE
- B.a fondre et les constructions métalliques. —
- Le 4 août 1884, la foudre est tombée sur le magnifique viaduc métallique de Garabit dont nous avons donné la description; tous les fers de l’ouvrage étaient en place, mais quelques ouvriers se trouvaient sur le tablier près de la palée Neussargues et étaient occupés à la rivure du platelage. Les poutres étant en saillie de lm,70 sur ce plalelage; ces ouvriers protégés par ces poutres n’ont eu aucun mal bien qu’ils aient vu la foudre tomber à côté d’eux (trait de Jupiter). Mais il n’en a pas été de même des ouvriers qui travaillaient aux maçonneries du côté Marvejols. Pour l’exécution des maçonneries on avait établi une passerelle en bois dont le tablier prolongeait le platelage, de la partie mélallique. Une voie de fer était établie sur ce platelage et se prolongeait sur le tablier en bois puis sur les terrassements jusqu’à une turbine à mortier placée environ à 100 mètres de l’extrémité de la culée. Un surveillant qui se trouvait sur la passerelle en bois, un pied posé sur un des rails de la voie, à 7 mètres environ de l’extrémite de la partie métallique, a été renversé. Les maçons, placés sur les maçonneries sous le tablier de la passerelle en bois, ont éprouvé de fortes secousses. Deux d’entre eux ont été renversés. Le cheval de la turbine à mortier a sauté. Le mécanicien de la pompe prétend avoir entendu un bruit particulier dans l’appareil. Une conduite d’eau en fer partait de cette pompe arrivait au tablier en suivant une pile métallique et allait jusqu’à la turbine à mortier. Bien que le choc principal ait eu lieu près de la palée Neussargues, il est probable qu’il y a eu un échange d’électricité en plusieurs autres points. On a vu en effet des étincelles à l’extrémité du tablier Marvejols au-dessus des têtes de rivets; on en a aperçu aussi entre le tablier en bois et le dessus des maçonneries. 11 est probable que le surveillant a reçu un choc direct quoique secondaire ; les maçons ont servi de conducteurs entre le tablier en bois qui portait les rails et les maçonneries. Aucun ouvrier ne s’est ressenti de la secousse qu’il a reçue et aucun accident n’est à déplorer. Aucune trace du passage de la foudre n’a pu être constatée ni sur les fers ni sur la maçonnerie. Ou se propose d’établir une chaîne de paratonnerre pour relier à la rivière les tirants d’amarrage de l’arc et des piles, tirants qui pénètrent dans les maçonneries des soubassements. Au moment de la chute de la foudre, il y avait au dessus du viaduc de Garabit un gros nuage noir. Le reste du ciel était très peu nuageux. Le nombre des coups de tonnerre a été très petit (deux ou trois).
- Moulins à vent et à sable. — Un grand nombre de propriétaires de moulins ont installé en Amérique des moteurs construits d’une façon assez originale. Un moulin à vent élève du sable dans un réservoir disposé à une certaine hauteur, ce sable retombe ensuite à son point de départ en faisant mouvoir une roue à augets, qui est alors le véritable moteur. On obtient ainsi un mouvement régulier que l’on peut modérer à volonté en se rendant plus ou moins indépendant des variations de la force du vent. 11 est évident que l’on pourrait aussi élever de l’eau, mais dans ce cas on serait forcé d’avoir un réser-
- voir bien étanche, dont le prix serait incomparablement plus élevé que celui d’un réservoir à sable. Cette disposition de moteur est connue en Amérique sous le nom d'Araslra.
- Cloche vibrant électriquement. — Si on fixe solidement un électro-aimant à une distance de un à deux millimètres d’une cloche en fer fondu, rendue immobile, chaque fois qu’un courant électrique circu'era, l’action électro-magnétique se fera sentir sur la cloche, et un effet tendant à attirer celle-ci, sera produit sans qu’il y ait aucun contact entre l’électro-aimant et la cloche, puisque l’un et l’autre doivent être fixés à la distance indiquée ci-dessus. Si, à ce moment, on rompt le circuit, l’attraction sera brusquemement détruite et la cloche rendra un son dont la puissance sera en raison de l’intensité du courant électrique et du nombre de spires de l’électro-aimant; il sera aussi plus fort si l’interruption a été faite avec un appareil disposé pour rendre l’interruption plus brève et plus complète. On pourrait construire d’après ce principe des sonneries vibrant par l’influence directe du courant, c’est-à-dire sans l’intermédiaire d’un mécanisme agitant le marteau qui frappe sur la cloche, et des appareils pourraient alors être établis pour des applications diverses surtout destinées aux chemins de fer. Cette expérience est à rapprocher des électro-aimants chantants de Page, considérés comme précurseurs du téléphone.
- lia population ouvrière en France. — D’après une statistique du Ministère du Commerce, qui donne également le nombre des principales usines ou exploitations, la population ouvrière industrielle se répartit, en France de la manière suivante :
- 342 mines de houille, 106 415 ouvriers ; 1035 exploitations de tourbe, 27 977 ouvriers; 355 mines de fer, 8468 ouvriers; 60 autres mines métallifères, 4422 ouvriers; 359 usines à fer, 57 000 ouvriers; 412 fabriques de porcelaine et faïences, 18 708 ouvriers; 162 fabriques de verres et cristaux, 23 421 ouvriers; 536 fabriques de papier et de carton, 32 655 ouvriers; 619 usines à gaz, 10575 ouvriers ; 157 fabriques de bougies, 8603 ouvriers; 339 fabriques de savons, 3509 ouvriers; 512 fabriques de sucre indigène, 63526 ouvriers; 5024 industries textiles, 353 383 ouvriers.
- Développement de l'électricité dans les courroies. — On sait depuis longtemps que les courroies animées d’une grande vitesse développent de l’électricité. Un rapport de M. G. Bâcher, inspecteur de l’éclairage du théâtre de Dresde, contient à ce sujet des renseignements intéressants. On ne saurait, à ce qu’il paraît produire des effets plus énergiques. On a pu charger une bouteille de Leyde en quelques secondes, et l’on obtenait par la décharge des étincelles de 0m,04 de longueur ; une personne isolée du sol par un tabouret à pied de verre donnait naissance à de puissantes étincelles rien qu’en approchant l’extrémité du doigt à une dislance de 0m,10 à O",15 des courroies ; des tubes de Geissler se sont éclairés d’une lumière étincelante; en un mot, toutes les expériences auxquelles donnent lieu les machines électriques ont été répétées avec un plein succès. On pourrait attribuer à ce phénomène, les combuslions et les explosions spontanées qui se déclarent dans les minoteries: L’usage des meules en pierre présente en effet un danger tout particulier, car les armatures en fer, se trouvant isolées les unes des autres par la pierre meulière, forment une sorte de con-* densateur dont la décharge peut produire la combustion de l’air imprégné de fleur de farine à l’état de division
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- extrême. Pour éviter ce danger, il suffirait d’établir une liaison métallique entre les diverses frettes des meules.
- Une trombe dans le Morbihan. — On signale a l’Union bretonne un phénomène excessivement rare, qui a mis en émoi la population de Locmariaquer (Morbihan). Jeudi 4 septembre, une trombe gigantesque s’est formée à l’écueil du Grégan, au point de bifurcation des rivières de Vannes et d’Aurav. Malgré le vent d’ouest assez violent, elle a suivi le chenal du sud au nord en augmentant de volume sur un parcours d’environ 4 kilomètres. A ce moment, le coup d’œil devint réellement féerique. Traversée par un rayon de soleil, l’énorme masse d’eau, ayant au moins trente mètres de hauteur, ressemblait à un prisme immense, dont les éclatantes couleurs ressortaient admirablement sur le fond noir du ciel : un superbe panache, d’une blancheur éblouissante, couronnait son sommet, et à sa base une longue traînée d’écume jaunâtre s’étendait au loin sur la mer d’un vert sombre. La trombe s’effondra tout à coup, au bout d’une vingtaine de minutes, avec un bruit de tonnerre lointain, au milieu de la baie de Couët-Courzo. Jamais pareil spectacle n’a été signalé dans nos pays. Les plus vieux marins ne se souviennent pas d’avoir jamais vu dans l’Inde, où ces phénomènes se reproduisent souvent, une trombe aussi imposante, aussi grandiose.
- Le bronze de cobalt. — MM. AViggin et (1°, de Birmingham, viennent de produire un nouvel alliage qui mérite de fixer l’attention. Cet alliage est un véritable bronze de cobalt qui possède toutes les qualités du métal à l’état de pureté. La malléabilité du cobalt à l’état de pureté est reconnue depuis longtemps ; toutefois, MM. Wig-gm ont été les premiers à le laminer et à le travailler comme les autres métaux. Cependant, le prix du cobalt mettait un obstacle à l’extension des nouveaux produits. Ces raisons ont décidé, alors, les fabricants ’a composer un alliage possédant les qualités que l’on recherchait et ne coûtant guère plus que le maillechort. Cet alliage se fabrique aujourd’hui couramment et il y en a de plusieurs titres.
- Un arbre exceptionnel. — D’après le journal anglais, la Chronique des Jardins, une pièce de bois de dimensions exceptionnelles a été amenée à Turin et dressée comme mât vénitien, devant l’Exposition de Turin. L’arbre qui l’a fournie est un Pin qui se trouvait dans les forêts de Cadore, sur le territoire de Vérone. Pour le dégager et l’abattre, il a fallu sacrifier cinq autres très forts pins qui l’entouraient. Une fois qu’on l’a eu débarrassé de ses branches inférieures, on l’a divisé en deux pièces, l’inférieure longue d’à peu près 42 mètres et la sommité mesurant environ 6 mètres de longueur. L’arbre entier avait donc 48 mètres de hauteur. Le mât qu’on en a tiré est élancé relativement à sa hauteur, et le diamètre en est de 65 centimètres à la base et de 15 au sommet.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 octobre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Navigation aérienne. — M. Gaston Tissandier donne de son voyage aéronautique de vendredi une relation détaillée. Nos lecteurs trouveront dans Lu Nature ce mémoire in extenso; disons seulement ici que l’Académie en a écouté la lecture avec une attention et un intérêt marqués.
- Nouveau nicol. — En présence de la rareté de plus en plus grande du spath d’Islande, M. Bertrand propose de construire, pour l'usage du microscope, des appareils polarisants de la manière suivante :
- On prend un prisme de flint-glass dont l’indice est égal à 1,658; on le scie diagonalement, et les faces de section étant polies, on les recolle avec un baume d’indice supérieur, après avoir intercalé entre elles une petite lame de spath de direction convenable. Outre l’économie de calcite ainsi obtenue, on réalise un nicol moins épais et dont le champ est plus étendu.
- La Comète. — La nouvelle comète a été à l’observatoire de M. Bishofl’scheim l’objet d’observations suivies de la part de M. Perrotin. Le noyau très net présente un aspect écrasé et granulé ; la nébulosité s’étale en forme d’éventail. Les 16,17 et 18 septembre on a pu faire usage du spectroscope qui a donné trois raies dont la plus brillante est située vers le jaune.
- L'origine du monde. — La librairie Gauthier-Villars publie aujourd’hui sous ce titre un important ouvrage de M. Paye. Le savant auteur, après avoir résumé les principaux systèmes cosmogoniques imaginés depuis l’antiquité jusqu’à nos jours (depuis Moïse jusqu’à Laplace), expose une théorie nouvelle qui lui paraît en rapport avec l’état actuel de nos connaissances astronomiques. Celles-ci, en effet, ont fait depuis Laplace des progrès immenses, et il ne suffit plus, comme au siècle dernier, de se préoccuper presque exclusivement de la nébuleuse solaire.
- Varia. — Au nom de M. de Lesseps, M. Larrey lit un rapport médical du docteur Régnier sur la situation sanitaire de Panama, qui est aussi satisfaisante que possible. — L'étude des produits obtenus en attaquant le tellure par l’acide azotique occupe MM. Klein et Moret. — Pour séparer le cérium du thorium, M. Lecoq de Boisbaudran fait bouillir les deux chlorures mélangés : il suffit de filtrer pour retenir tout le thorium. — Une lettre de M. Bon-compagni informe l’Académie de la mort d’un de ses correspondants, M. de Cialdi. Stanislas Meunier.
- LES B4LL0NS EN CHINE
- Notre livraison commence cette semaine par la description d’expériences aérostatiques, dont l’esprit public est si vivement préoccupé depuis quelques semaines. Elle se termine aussi comme on le voit, par des ballons. Il s’agit ici, non pas de locomotion aérienne, mais de documents bien précieux qui nous sont envoyés de la légation de la République française à Pékin, par M. Collin de Plancy, auquel nous tenons à exprimer ici l’expression de notre reconnaissance pour les curiosités que nous lui devons.
- Le ballon captif de l’armée française qui a fonctionné au Tonkin, a produit en Chine une très grande impression. Le premier document que nous a adressé M. Collin de Plancy, consiste en un journal de Pékin, imprimé en chinois sur papier de riz; une gravure sur bois insérée dans le texte, donne la représentation exacte d’un aérostat ordinaire. Nous reproduisons ci-contre le fac-similé de ce dessin exécuté
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- par un artiste du Céleste Empire (fîg. 1). Voici la traduction exacte de l’article chinois du journal de Pékin, intitulé Tze-lin Ilou-pao, n°du 22 mars 1884 :
- « Les Français ont apporté en Ànnam pour leur servir, pendant les opérations militaires, des ballons dont nous donnons la reproduction et qui présentent une grande utilité. Dans la guerre qui s’est livrée jadis entre la France et l’Allemagne, les deux nations en possédaient, s’appliquant à se conformer à la parole de Confucius : « Que celui qui veut faire un ouvrage parfait aiguise d’abord avec soin son « outil ».
- Il n’est aucun engin de guerre inventé par les Occidentaux, que la Chine ne s’approprie aujourd’hui; mais nous n’avons pas encore de ballons. 11 y a beaucoup de nos compatriotes qui ignorent ce
- que sont ces ballons : c’est pourquoi nous en avons
- Fig. 1. — Fac-similé Je
- fait figurer un pour nos lecteurs. On emploie pour les fabriquer la soie de la meilleure qualité; l’intérieur est rempli de gaz produit au moyen de substances chimiques. Au-dessous est suspendu un panier où l’on s’assied et où l’on place de lourdes pierres :
- on jette ces dernières quand on veut faire monter l’aérostat, et lorsqu’on veut descendre, on ouvre une soupape et le gaz s’échappe. Voilà le résumé de ce qu’on peut dire des ballons ».
- Les autres documents que nous avons reçus de l’ékin, consistent en spécimens de gravures d’assez grandes dimensions qui sont fort répandues en Chine, et dans lesquelles notre aimable correspondant a choisi spécialement à notre intention celles où figurent des aérostats. Nous reproduisons en le réduisant considérablement l’un de ces curieux dessins (fig. 2).
- n gravure publiée dans un journal chinois de Pékin.
- Fig. 2. — Réduction d’une gravure chinoise représentant la défaite des Français devant une des forteresses du Tonkin
- et montrant un des aérostats de l’armée française.
- 11 représente la défaite des Français devant un des forts du Tonkin. C’est ainsi, qu’en Chine, on écrit l’histoire. On aperçoit figuré dans le ciel l’un des aérostats de l’armée française.
- Nous avons pensé que nos lecteurs apprécieraient comme nous, l'intérêt de ces documents si
- originaux, et nous n’avons pas voulu être seuls à en profiter. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N# 595. — 1 1 OCTOBRE 1 884.
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- Il y avait, en 1817, dans une des classes du collège Bourbon, à Paris, un petit écolier qui n’avait encore que neuf ans, et qui se faisait remarquer de ses camarades et de ses professeurs même, par son extraordinaire aptitude à la mécanique. Il construisait, sans que personne l’aidât, toutes sortes de machines ingénieuses et délicates. Un jour, notamment, on le vit faire, à la grande admiration de tous, un petit dévidoir qui lui servit à recueillir la soie des cocons de vers à soie qu’il avait élevés lui-même. La machine, composée de bobines à jour, et de roues d’engrenage de transmission, était une véritable merveille d’heureuse conception et d’habileté manuelle. Cet appareil, inouï, quand on songe à l’âge de celui qui l’exécuta jadis, existe encore, en parfait état de conservation, dans la galerie de collections de son inventeur.
- L’écolier, après avoir imaginé ce dévidoir nié-, canique, ne tarda pas à construire, chez ses parents, un tour qui lui servit'a façonner tous scs outils.
- Cet enfant, qui avait assurément le génie de la mécanique, se nommait Eugène Bourdon.
- Il allait, pendant plus d’un demi-siècle, se signaler sans jamais se lasser de produire, par une innombrable quantité de découvertes utiles et de constructions importantes.
- Eugène Bourdon est né à Paris le 8 avril 1808. Son père, qui était négociant, voulut que son fils se consacrât à la carrière commerciale ; il lui fit passer, quand il eut terminé ses études, deux ans en Allemagne pour apprendre la langue. Eugène Bourdon séjourna à Nuremberg de 18 à 20 ans. Quand il revint en France, il obéit à la volonté de sa famille, et entra comme employé dans une maison de commerce de soie : mais dès que son père mourut, il manifesta le désir de se consacrer à la mécanique.
- En 1850, Eugène Bourdon travailla chez M. Jecker opticien; en 1832, après avoir ôté attaché comme volontaire à la maison de construction de M. Calla père, il s’établit à son compte, 12, rue Vendôme, et il se mit à la besogne avec une énergie et une 12e année. — 2e semestre.
- rsévéranec sans pareilles. En 1853, il présenta à a Société d'encouragement un modèle de machine à vapeur a cylindre en verre qui lui valut une médaille d’argent. De 1855 à 1855, il construisit une série de modèles de machines les plus variés destinés aux démonstrations du professeur; on trouve aujourd’hui les spécimens de ces modèles fort ingénieux dans la plupart des collections et des établissements d’enseignement ; quelques-uns d’entre eux furent envoyés jusqu’en Amérique.
- Eugène Bourdon avait commencé sa carrière sans aucune ressource de fortune, mais il avait déjà acquis une certaine notoriété et fait quelques économies. En 1855, il fonda un établissement de construction mécanique, 74,
- Faubourg - du - Temple, où il s’installa avec un modeste loyer de 1200 francs. Cette maison dont il était alors locataire, Bourdon devait plus tard, grâce aux efforts de son travail et aux fruits de ses inventions, en faire l’acquisition avec les constructions voisines, et devenir propriétaire, de plus de 5000 mètres de terrain dans ce quartier si peuplé. La prospérité allait récompenser la persévérance du travailleur.
- Eugène Bourdon venait de prendre une grande décision en fondant un atelier de construction mécanique ; c’était une lourde charge pour un jeune homme ; il multiplia ses forces, et entra désormais dans la phase active et militante, en quelque sorte, de ses créations. 11 se maria, en 1857, et il eut le bonheur detre secondé dans ses travaux par la digne compagne qu’il avait choisie et qui devait lui fermer les yeux à son lit de mort. Il s’occupa d’abord de son bateau avec chaudière et foyer amovible ; il construisit un grand nombre de machines-outils et de machines à vapeur de dimensions considérables. En 1839, il fit connaître une des premières locomobiles qui aient été construites jusque-là ; bientôt après, il présenta aux mécaniciens, d’ingénieux flotteurs indicateurs de niveau d’eau ; enfin, le 17 juin 1849, il prit son brevet du manomètre et du baromètre à tubes métalliques qui figurèrent à l’Exposition de 1849, où il obtint une grande médaille d’or. Ces nouveaux appareils eurent un succès considérable à l’Exposition de Londres, en 1851, et c’est à cette époque
- 19
- Eugène Bourdon, né à Paris le 8 avril ls08, mort à Paris le 29 septembre 1884. (D’après une photographie,)
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- LA NATURE
- ayo
- que l’ingénieur fut nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- L’invention du manomètre à tube métallique, une des plus remarquables et des plus utiles de la mécanique moderne, a été faite dans des conditions toutes particulières qui méritent d’ètre rapportées.
- Eugène Bourdon avait construit une machine pour un concours de la Société d'encouragement ; au moment d’en faire l’essai, son contre-maître vint le trouver, tout consterné, en lui disant qu’un serpentin en plomb faisant partie du condensateur de la machine, avait été bossué et détérioré par une cause accidentelle. Il n’y avait plus le temps matériel de refaire un autre tube. Eugène Bourdon voulut à tout prix et en toute hâte réparer l’accident. Il eut l’idée de remettre en état le tube de plomb, en y comprimant intéi'ieurement de l’eau sous une très forte pression. L’expérience se lit aussitôt, et l’inventeur ne vit pas sans surprise, le tube métallique se redresser peu à peu à mesure qu’augmentait la pression intérieure.
- Les tubes flexibles de Bourdon étaient créés.
- 11 faudrait écrire tout un traité de mécanique pour énumérer l’œuvre du mécanicien hors ligne dont nous résumons la vie. Après la construction des manomètres qui contribua à faire sa fortune, une multitude d’autres inventions ou de perfectionnements importants furent encore imaginés par lui, et se succédèrent en quelque sorte d’année en année pendant sa longue carrière. 11 exécuta des machines a vapeur avec détente variable à came extérieure, des machines-outils perfectionnées, des appareils de sûreté pour chaudière, des appareils à élever l’eau, des ventilateurs et des pompes de différents modèles. Il créa son dynamomètre de rotation, imagina un monte-charge à parachute, des paliers à réservoir d’huile pour graissage continu, un télégraphe imprimant.
- En 1872, Eugène Bourdon, après avoir été constructeur-mécanicien pendant quarante ans, confia à son fils aîné le soin de diriger sa maison1 et il résolut alors de se livrer avec plus d’ardeur que jamais à ses travaux personnels. De 1872 à 1884, c’est-à-dire pendant quatorze années consécutives, il recommença en quelque sorte une nouvelle carrière. Devenu riche, il consacra largement sa fortune aux travaux de recherches et d’expériences. II s’était fait dans son habitation du faubourg du Temple, une installation mécanique digne d'un travailleur comme lui. Il avait des tours perfectionnés, des machines de toute sorte, avec la force motrice à sa disposition. Son petit cabinet de travail", au milieu de ses nombreux ateliers, attenait à une grande galerie de collections, où étaient rassemblés les spécimens de ses constructions, et toutes les curiosités de la mécanique moderne. Il faut
- 1 M. Eugène Bourdon laisse deux lits, MM. Edouard et Charles Bourdon; tous deux ingénieurs des Arts et Manufactures sauront maintenir leur nom à la place qui lui est due dans le monde de la mécanique industrielle.
- avoir visité ce sanctuaire de la mécanique, pour en comprendre l’importance et l’intérêt. Il faut surtout que tout cela vous ait été montré par le maître vénéré qui expliquait chaque appareil avec une étonnante clarté et une inaltérable obligeance.
- Pendant ces quatorze années, Eugène Bourdon, construisit un grand nombre d’appareils nouveaux et fit une série d’inventions; il fabriqua des horloges et des pendules d’un nouveau système, confectionna toute une série d’appareils d'enregistrement météorologique, il inventa enfin son système d’horloge pneumatique, et son grand anémomètre multiplicateur. Nos lecteurs ont eu la description de ces derniers appareils L Nous rappellerons que l’anémomètre multiplicateur fonctionne journellement à l’Observatoire de Paris ainsi que dans des mines et des stations météorologiques.
- Eugène Bourdon jusqu’à la fin de sa vie avait conservé toute son intelligence, toute sa force et son adresse incomparable. Il savait travailler le verre à la lampe, comme le plus habile souffleur, et il maniait le tour et tous les outils comme un praticien. Il entassait les curiosités dans son cabinet et dans ses galeries ; chaque fois qu’on allait le voir, c’étaient quelques objets nouveaux qu’il fallait admirer. Il aimait à encourager les jeunes gens laborieux, et sa générosité était inépuisable; sa bourse était toujours ouverte à ceux qui entreprenaient des expériences utiles. On ne pouvait connaître M. Eugène Bourdon sans éprouver à son égard l'affection, l’estime et le respect, que méritaient si bien la bonté de son caractère, et la noblesse de son cœur.
- Eugène Bourbon, âgé de soixante-dix-sept ans, était plein de force et d’activité. Il venait de prendre part au Congrès de Blois, et d’y exécuter, comme un jeune homme, toutes les excursions.
- Rentré à Paris, il se préparait à terminer des expériences qu’il avait entreprises depuis plusieurs mois, pour déterminer exactement l’influence du vent sur la vitesse des trains de chemin de fer. Des appareils avaient été installés à cet effet dans un wagon mis à sa disposition par la Compagnie du chemin de fer d’Orléans. Ces expériences devaient lui coûter la vie, dans les circonstances les plus douloureuses et les plus dramatiques.
- Après avoir exécuté ses préparatifs, le 29 septembre 1884, M. Bourdon voulut descendre du fourgon où il se trouvait; sa main lâcha prise et il tomba sur le sol de l’entrevoie. Il reçut une blessure au front, au-dessus de l’œil gauche, et des contusions aux genoux et aux poignets. Un médecin lui donna immédiatement des soins et fit un pansement. M. Bourdon fut ensuite reconduit à son domicile accompagné de l’ingénieur de la traction qui organisait les expériences avec lui. Eugène Bourdon reprit ses sens, et il attribua sa chute à
- 1 Voyez anénomètre multiplicateur, n° 482 du 20 août 1882, p. 194; horloge à moteur hydro-pneumatique, n° 479 du 5 août 1882, p. 147, etc.
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- un étourdissement, mais une congestion cérébrale se déclara bientôt et il rendit le dernier soupir entouré de sa famille et de ses enfants.
- Le nombre est grand, de ceux qui ont sincèrement pleuré M. Eugène Bourdon, et des milliers d’assistants émus prirent part à ses funérailles.
- Lors de ses obsèques, on avait exposé comme il est d’usage, les insignes honorifiques du défunt. En voyant sur un coussin de velours la modeste croix de chevalier de la Légion d’honneur, que le mécanicien avait si bien acquise depuis trente-trois ans déjà, je ne pouvais m’empècher de penser qu’une telle récompense était bien humble en raison des services rendus par ce fécond inventeur. Eugène Bourdon méritait plus d’hommages et plus de célébrité; mais il était d’une excessive modestie, et ne rechercha ni les distinctions ni les honneurs.
- Homme de travail et d’action, il ne connut jamais le repos. On a vu que malgré ses cheveux blancs, il est mort sur la brèche, au champ de combat de l’expérimentation scientifique.
- Gaston Tissandier.
- OPIUM DE L’INDE
- La culture de l’opium paraît avoir été pratiquée dans l’Inde depuis soixante siècles. Sous le gouvernement anglais, cette culture a été tout d’abord affermée pour une somme déterminée; mais en 1797, l’agence de Bé-narès pour la culture de l’opium a établi le système de contrôle et de direction à peu près tel qu’il existe aujourd’hui. Le pavot est cultivé à l’aide d’un système d’avances qui sont faites aux mandataires des cultivateurs désignés sous le nom de lumberdars, qui se chargent de la remise de tous les produits à l’État. Ces avances sont faites en septembre; elles aident le cultivateur au payement de sa redevance d’automne et à la préparation du sol. Pendant la saison froide, une sévère surveillance est exercée sur la culture, et un grand nombre de renseignements sont recueillis par des employés, lesquels sont aussi autorisés à faire des avances pour la construction de puits. Au mois de février, le pavot est en fleurs ; on commence la récolte des pétales, que l’on utilise sous le nom de chupatti pour l’emballage de l’opium exporté en Chine. En mars, on extrait l’opium par la grossière méthode des incisions; on le recueille dans des vases de terre. En avril, l’opium est dirigé vers les stations centrales, où il est classé, pesé, payé, et expédié aux agences. On récolte aussi la graine du pavot, qui est un objet de commerce; dans les environs de Ghazipore, on récolte même les tiges pour servir à l’expédition des caisses d’opium en Chine. Quand l’opium a été essayé à Ghazipore, le cultivateur reçoit 5 roupies par seer (2 livres anglaises) d’opium de consistance 70 degrés. L’opium est ensuite travaillé en vue de le vendre sur le marché chinois. En 1795, on produisait 1200 maunds : aujourd’hui ce nombre s’élève à 51 000 maunds ; dans la seule agence de Ghazipore, en 1877, on a traité 14 000 maunds d’opium. En dehors de l’opium préparé pour l’exportation, on travaille aussi l’opium pour la consommation locale; dans ce but, on dessèche l’opium pur au soleil, à la consistance de 90 degrés, et on le divise en caisse du poids nommai de 2 livres anglaises (1 seer). L’opium produit dans
- le nord de l’Inde est connu sous le nom d’opium de Bé-narès ; celui du centre de l’Inde est désigné sous le nom d’opium de Malvva : ce dernier est de qualité inférieure. Le bon opium contient 4 pour 100 de morphine et 3 pour 100 de narcotine. L’opium est surtout pris à l’état de pilules ou fumé après avoir été préparé sous les noms de madak et de chandu. En général, l’Européen exècre le mangeur d’opium, parce que l’opium abrutit. Pourtant, au dire de beaucoup d’autorités, l’excès d’opium est moins nuisible que l’excès d’alcool, et l’usage modéré de l’opium après quarante ans prolonge la vie, préserve des fièvres intermittentes et de l’action miasmatique des contrées tropicales. L’opium exporté en Chine produit un revenu de 265 millions de francs, ou plus d’un septième du revenu de l’Inde1.
- UNE LOCOMOTIVE A GRANDE VITESSE
- On termine en ce moment dans les ateliers de Wilkes-barre (Pensylvanie) une locomotive à grande vitesse, destinée, d’après les projets, à conduire un train vers une des lignes du Lehig road (division de New-York) à une vitesse de 80 milles à l’heure (128 kilomètres). La machine pèsera 100 000 livres anglaises> (45 tonnes) et le tender, avec son chargement d’eau et de charbon, 70 000 livres (32 tonnes). La machine aura une puissance de 1400 à 1500 chevaux-vapeur. On espère obtenir cette grande vitesse en rendant l’admission et l’échappement de la vapeur dans les cylindres, complètement indépendants, permettant ainsi de régler tout à fait distinctement la détente et la compression. Grâce à cette indépendance et aux facilités de distribution qui en sont la conséquence, on pourra obtenir d’un cylindre de dimensions données une plus grande quantité de travail, pour une même pression initiale, qu’avec toutes les dispositions antérieures. La chaudière en acier, construite spécialement pour cette application, fournira de la vapeur à 160 livres de pression par pouce carré (11,5 kilogrammes par centimètre carré) ; elle comprendra 256 tubes de 5 centimètres de diamètre et une surface de chauffe totale de 1578 pieds carrés, avec 57 pieds carrés de grille. La machine est aussi munie d’une pompe à vapeur spéciale et d’un réchauffeur d’eau d’alimentation placé sous la chaudière. La pompe étant indépendante peut fonctionner lorsque la machine est au repos et maintenir toujours le niveau constant. Un pare-étincelles rejette les escarbilles dans le fond de la boîte à fumée, et l’on peut les enlever eu même temps que les cendres à la fin du voyage. Cette machine sera la plus rapide et la plus puissante actuellement construite.
- NOUVEL ALLUME-GAZ ÉLECTRIQUE
- PERPÉTUEL
- Que le qualificatif de perpétuel attribué par l’inventeur à l’ingénieux petit appareil que nous allons décrire n’effraye par nos lecteurs; il a seulement pour but d’indiquer que l'instrument en question est susceptible de fonctionner indéfiniment, sans soins, sans entretien et sans jamais avoir besoin d'être démonté.
- Dans cet allume-gaz, l’inflammation se produit
- 1 Journal de Chimie et de Pharmacie.
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- par une étincelle, mais au lieu de produire cette étincelle à l’aide d’une pile qui, après un temps plus ou moins long, a besoin d’être remontée à neuf, sinon renouvelée entièrement, on l’obtient en empruntant l'énergie an travail produit par l’opérateur appuyant sur un boulon. C’est donc, en réalité, nn allumoir mécanique, dans lequel l’électricité intervient comme un intermédiaire chargé de transformer le travail en une étincelle suffisante pour produire l'inflammation.
- Grâce à ce principe et aux dispositions de l’appareil, on obtient à la fois propreté, sécurité et économie.
- L’allumage se réduit alors à ouvrir le robinet et à porter l’extrémité de la tige au-dessus et dans le sein de la flamme pour les becs à papillon; en haut et au bord du verre pour les becs à cheminée : en poussant et lâchant ensuite le bouton, une étincelle jaillit entre les deux pointes (fig. 1) et enflamme le gaz.
- Arrivons maintenant à la description du générateur électrique qui n’est autre chose qu’une machine d’induction statique de très petit format et dont il sera facile de comprendre les dispositions en s’aidant de la figure 1 qui en représente une vue d’ensemble avec déchirures pour montrer les positions relatives des différentes pièces et de la ligure 2 qui montre ces différentes pièces détachées.
- A est un cylindre en ébonite ou caoutchouc durci renfermant toute la machine et fermé à sa partie supérieure par un fond de même substance sur lequel vient se visser la lige d’allumage; ce fond est traversé par les fils conducteurs terminés par deux ressorts de contact qui établissent la communication électrique avec le tube d’allumage.
- Deux armatures inductrices en étain sont collées à l’intérieur du cylindre A et occupent chacune un tiers environ de sa circonférence.
- Le fond du cylindre A supporte six ressorts de contact, disposés parallèlement et constituant trois paires distinctes, convenablement reliées deux par-deux aux différentes parties du reste de l’appareil.
- Le cylindre mobile ou induit B en ébonite, est muni de 6 feuilles minces d’étain équidistantes et
- isolées, d’une largeur à peu près égale à l’intervalle qui les sépare. Ce cylindre est animé d’un rapide mouvement de rotation à l’aide d’un système d’engrenage et de crémaillère chaque fois qu’on appuie sur le bouton de manœuvre F. Pendant la rotation du cylindre, les G lames isolées viennent successivement en communication avec les six ressorts de contact qui le mettent successivement en relation deux par deux :
- 1° Avec les armatures inductrices fixes;
- 2° Avec les conducteurs reliés aux deux pointes entre lesquelles doit partir l’étincelle;
- 5° Entre elles.
- Pour un tour complet du cylindre B, il se produit donc deux fois l’une des trois communications indiquées ci-dessus.
- L’appareil fonctionne alors comme le replenisher ou rechargeur de sir W. Thomson ; il suffit que les armatures collées sur le cylindre A soient au départ à une différence-de potentiel aussi petite qu’on voudra la supposer pour que le jeu de la machine multiplie la charge et lui donne bientôt une tension suffisante pour franchir la distance qui sépare deux pointes fixées à l’extrémité de la tige d’allumage G. Au point de vue technique, l’idée ingénieuse et nouvelle réside dans l’application d’un multiplicateur de charges, avec lequel l’amorçage et le fonctionnement sont toujours assurés, pourvu que les parties isolantes soient assez sèches pour que les fuites dues à l’humidité soient inférieures à la puissance de production de la machine. Ge résultat est d’ailleurs facilement atteint par l'emploi d’un système hermétiquement clos et de substances desséchantes placées dans la partie du cylindre formant la poignée de l’appareil.
- Au point de vue mécanique, l’allume-gaz renferme une série de dispositions pratiques et simples qui en font un appareil à la fois commode, peu fragile, et assez perpétuel comme durée pour justifier en partie le nom que lui a donné son constructeur M. J. Ullmann.
- Fig. 1. — Ensemble de l’alluine-gaz et de son mécanisme.
- Fig. 2. — A. Cylindre muni de la tige d’allumage G. — B. Cylindre mobile en ébonite fixé sur l’arbre E — D. Poignée renfermant la crémaillère commandée par le bouton F.
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- ROSA ET JOSEFA
- LES DEUX SŒURS TCHÈQUES
- Je viens de voir à Bruxelles un couple de jumelles pygopages qui sont extrêmement intéressantes et qui méritent d’acquérir la réputation d’Hélène et Judith décrites par Bufi’on et de Millie-Cliristine, les jeunes négresses que nous avons naguère décrites dans La Natureb
- Bosa et Josefa Blazek sont nées en Bohème, à Skreychov, district de Mulhouse , le 20 janvier 1878. Ce sont deux charmantes petites blondes, parfaitement bien portantes, très gaies et très espiègles, aimant beaucoup à courir, à jouer et à rire2.
- Elles sont pygopages, comme Mil-lie-Christine , c'est-à-dire qu’elles sont intimement unies dans la partie inférieure de leur corps.
- Elles sont tournées dos à dos, le bassin et les organes qu’il contient étant les seules parties anormales de leur corps.
- Leur position est donc conforme à la loi de l'attraction de soi pour soi formulée par Et. Geoffroy Saint-Ililaire, et qui exige que les individus qui composent les monstres doubles, soient reliés par les parties homologues de leur corps, soit ventre à ventre comme les fameux frères Siamois, soit dos à dos comme Millie et Christine. Jamais on ne verra un monstre dans lequel le ventre de l’un des individus soit soudé par exemple au dos de l’autre.
- Rosa et Josefa étaient donc dos à dos lorsqu’elles sont venues au monde, mais cette position étant très incommode, elles ont fait comme Millie et Christine ; elles se sont peu à peu tournées l’une vers l’autre, se mettant chacune de trois quarts d'un côté
- 1 Voy. La Nature. 5 janvier 1874.
- a Elles sont venues à Paris, il y a quelque temps; malheureusement l’établissement qui exploitait leur présence n’avait rien de scientifique, et elles ont passé inaperçues.
- qui est toujours le même. La longue habitude qu’elles ont de cette nouvelle position fait qu’elles ne se présentent jamais autrement, et que cela peut tromper au premier abord sur leur véritable conformation anatomique.
- De cette position à angle droit, résulte que les deux têtes sont tournées presque du même côté, et qu’elles peuvent sans aucun effort s’embrasser sur la joue. C’est de ce côté-là que s’avancent les deux sœurs; c’est du côté opposé qu’elles s'assoient; enfin l’ensemble de leurs deux personnes a un devant et
- un derrière. Il en
- -----, réelle que leurs
- quatre jambes sont disposées par paires :
- Beux jambes antérieures, ou internes, et deux jambes postérieures ou externes. Quand elles veulent marcher ou courir, elles avancent en même temps les deux internes, s’appuient dessus, puis ramènent les deux jambes externes, allure qui donne à leur marche un aspect particulier. C’est aussi de la même manière que marchaient Millie et Christine; de même que les deux sœurs américaines, Rosa et Josefa peuvent marcher, courir, danser sans aucune difficulté.
- Elles n’ont qu’un seul anus, mais les autres orifices du bassin sont doubles.
- Les visages des deux sœurs se ressemblent beaucoup. Elles sont toutes deux très vives, mais l’une d’elles est encore plus espiègle que l’autre. Leurs têtes ne sont paS symétriques, mais sont aplaties dans les parties où les deux tètes se font face.
- Les deux tètes peuvent penser chacune à un objet différent. Il arrive très souvent que l une dort quand l’autre est éveillée (l’on prétend même, mais cela est peut être exagéré, que c’est la règle et qu’elles ne sont ordinairement pas endormies ensemble). Chacune d’elle, naturellement, a un estomac distinct et éprouve le sentiment de la faim. J’ai demandé si elles éprouvaient ce besoin toujours simultanément, mais je n’ai pas obtenu de réponse suflisam-
- Itosa et Josefa. (D’après une photographie.)
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- ment précise ; on m’a répondu que tous leurs besoins étaient distincts ; le seul besoin qui leur soit commun est celui qu’indique la communauté de l’anus.
- Millie et Christine présentaient une particularité des plus remarquables, et dont les anciens lecteurs de La Nature se souviennent peut-être, qui n’existe pas chez Rosa etJoséla.
- « Elles sont toutes deux sensibles des quatre jambes, disions-nous naguère en décrivant Millie-Christine. — Des quatre membres inférieurs, quel que soit celui que l’on touche, les deux sœurs en ont conscience. A vrai dire, tandis que celle dont on touche la jambe a une notion parfaite de l'attouchement, sa sœur ne le ressent que d'une façon plus incomplète; elle ne sait si le corps dont on s’est servi est chaud ou froid, si son impression est douloureuse, ni quelle est sa forme exacte; elle sait seulement qu’on a touché la jambe de sa sœur. Pique-t-on la jambe de Millie avec les branches écartée d’un compas, Christine ne percevra qu’une seule piqûre et réciproquement.
- « Ce singulier phénomène peut s’expliquer assez facilement. On sait que le système nerveux se compose d’une série de conducteurs assez bien comparés à des fils télégraphiques qui se rendent des différents points de la surface du corps à la moelle épinière à qui ils transmettent les sensations recueillies à l’extérieur. Il suffit donc d’admettre que les fibres nerveuses des deux sœurs subissent une fusion intime avant de se rendre à la moelle pour expliquer la communauté de leurs sensations. Indépendamment des fibres nerveuses sensitives, existent des fibres motrices chargées de transmettre les volontés du cerveau aux différents muscles de l’économie ; normalement ces fibres ne sont distinctes des premières qu’à l’endroit où toutes deux vont se jeter dans la moelle épinière. — Chez Millie-Christine les fibres motrices (racines antérieures) des deux sœurs ne se fusionnent pas entre elles comme les fibres sensitives. Aussi chaque sœur ne peut-elle remuer que ses propres jambes et n’a sur celles de sa voisine aucune influence. Grâce à la fusion des fibres sensitives, chacune d’elles a conscience des mouvements de sa sœur, mais à cause de l’indépendance des fibres motrices, elle ne peut rien pour les modifier. »
- Chez Rosa et Joséfa, j’ai cherché si quelque phénomène semblable existait et j’ai pu m’assurer qu’il n’en était rien. C’est par là seulement que Rosa et Joséfa se distinguent de leurs congénères américaines. Jacques Bertillon.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les forces de l'industrie. Progrès de la puissance humaine, par Louis Bourdeau. 1 vol. in-8°. — Paris, Félix Alcan, 1884.
- Dans cet ouvrage, l’auteur donne un tableau des conquêtes progressives de l’homme sur la naturel On voit peu à peu l’être humain, un des plus faibles animaux de
- la création, mais doué de la puissance de la réflexion, dompter les forces animales, les discipliner, s’emparer des éléments et soumettre à son usage les forces physiques.
- La Prévision du temps. Annuaire pour 1885, publié sous la direction du Capitaine Delauney. I vol. in-18. — Paris, Delarue.
- Petit almanach pour 1885 fort bien édité et contenant quelques documents utiles. Quant aux prévisions de l’auteur, nos lecteurs savent à quoi l’on doit s’en tenir à ce sujet. M. Delauney veut acquérir la célébrité des Mathieu Lænsberg et des Mathieu de la Drôme. Il continue avec une étonnante persistance, des prévisions qui ne prédisent rien, et qui ne sont basées sur rien.
- Dans les Montagnes Rocheuses, par le baron E. de Mandat Grancey, dessins de Crafty et carte spéciale. 1 vol. in-18. — Paris, E. Plon, Nourrit et Ci8, 1884.
- Emploi du sulfure de carbone contre le phylloxéra, par G. Gastine et G. Couanon, publié avec la collaboration de L. Gastine. 1 vol. in-8°. — Paris, G. Masson, 1884.
- Les accumulateurs électriques étudiés au point de vue industriel, par Emile Reynier. 1 broch. in-8°, avec 24 figures dans le texte. —Paris, J. Michelet, 1885
- Le choléra, ses causes, sa nature, par le docteur IIuguet. 1 broch. in-18. — Paris, Adrien Delahave, 1884.
- Mémoires de la Société académique des sciences, arts belles-lettres, agriculture, et industrie de Saint-Quentin, 4e série Tome Y. 1 vol. in-8°. — Saint-Quentin, imprimerie Ch. Poette, 1884.
- Notions générales sur l'éclairage électrique, par Henry Yivarez. 1 broch. in-8°. — Paris, J. Michelet, 1885.
- United States Commission of fish and fisheries Report of the Commissioner, for 1880. 1 vol. gd. in-8°. — Washington, Government printing Office. 1885.
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- LES
- DÉCOUVERTES DU D* LE PLONGEON
- DANS LE YUKATAN
- Parmi les nombreuses découvertes scientifiques qui honorent notre siècle, il n’en est guère de plus intéressantes au point de vue anthropologique, que celles qui se rapportent au vieux passé de l’Amérique, absolument inconnu jusqu’à ces dernières années. Chaque jour apporte de nouveaux témoignages, et s’il convient de se montrer encore très sobre de conclusions, nous sommes du moins certains de laisser aux Américanistes de l’avenir une ample moisson de faits qui leur permettront de marcher d’un pas plus assuré. Des monuments élevés par des races disparues se montrent jusqu’au fond des déserts et les hardis explorateurs qui se frayent un passage la hachette à la main, se flattant dans leur naïf orgueil de fouler les premiers ces terres vierges, voient se dresser devant eux, des palais, des temples, des tombeaux, muets témoins de siècles écoulés, de
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- LÀ NATURE.
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- générations oubliées ! Nous voulons, continuant la tâche que nous avons entreprise, faire connaître aux lecteurs de La Nature, les dernières fouilles du docteur Le Plongeon, un de ces courageux pionniers, et leurs importants résultats. On est en général disposé à regarder les monuments du Yucatan comme relativement modernes ; telle n’est pas l’opinion du docteur Le Plongeon et cette opinion est fondée sur une résidence de dix années, sur de patientes études et des recherches multipliées1. Pour lui ces constructions sont très anciennes, dues à un peuple renommé, les Mayas, qui après de longs siècles de gloire et de puissance auraient été vaincus par des conquérants venus du Nord, les Nahuas, dont les Toltccs et les Àztecs sont les rameaux les mieux connus2. Nous partageons cette manière de voir ; mais nous nous séparons du docteur, quand il prétend que les Mayas ont eu des rapports fréquents avec les peuples les plus anciennement civilisés de l’Asie et de l’Afrique, que de nombreuses colonies Mayas se sont établies sur l’ancien continent, et que c’est à ces rapports, à ces contacts que sont dues les ressemblances si extraordinaires qne nous constatons dans les monuments3 * 5. 11 faut attendre le volume que M. Le Plongeon promet pour étudier et discuter les faits sur lesquels il appuie tout ce système; jusque-là nous nous contenterons de résumer ses découvertes à Chichen ltza, en nous montrant très réservés dans nos conclusions.
- Le Mausolée de Chaac-Mol (le Léopard), tel est le nom que lui donne le docteur, comprend une cella précédée d’un grand portique (fig. 5), soutenu par des colonnes lourdes et massives, ornées de sculptures représentant des plumes d’oiseau. La chute de l’entablement rendait la continuation des travaux difficile ; on parvint cependant à découvrir au fond de la cella un autel, ou pour mieux dire une table de pierre malheureusement brisée. On peut encore reconnaître des bas-reliefs représentant deux hommes, l’un assis, l’autre debout; puis une suite de prêtres ou de fidèles1'présentant leurs offrandes. L’autel reposait sur quinze cariatides mesurant 0,n,85 de hauteur et différant toutes entre elles par l’expression et par la posture. L’attention des artistes Mayas se portait principalement sur Je visage, le costume et les ornements, les proportions du corps humain étaient totalement négligées. Les yeux de ces figures humaines sont grands, le front large, le nez régulier, les lèvres minces; les dents petites
- 1 Le docteur prépare un volume, Mayax, ils Monuments, their Builders, où ses conclusions, nous dit-il, seront exposées avec des faits nombreux à l’appui.
- 2 Ce serait vers le cinquième siècle de notre ère que les
- Nahuas auraient envahi le Yucatan et chassé l’antique dynastie des Caes. C’est du moins ce que le docteur Le Plongeon croit avoir déchiffré sur une inscription gravée sur les murs
- d’un des palais d’Uxmal.
- 5 M. Le Plongeon prétend retrouver les mots que les Evangélistes mettent dans la bouche du Sauveur mourant : Eli, Eli, lamma Sabbacthani, dans les mots Mayas : Hele, Hele lamah zabac-thani, qu’il traduit : Tout est fini, l’obscurité s’étend sur ma face. Nous citons cette interprétation, dont assurément nous ne nous portons pas garants.
- et ne présentant aucune trace de limage ; cet usage a donc été introduit postérieurement. Les yeux, les ongles des pieds et des mains sont remplacés par des coquilles nacrées. Les cheveux sont courts et coupés carrément sur le front comme nos élégantes les portent aujourd’hui, ne se doutant guère de l’antique origine de leur singulière coiffure. Les ornements sont des mosaïques assez fines, formées de fragments d’os, d’ivoire, de test de coquilles. Toutes ces figures portent au nez soit une pendeloque, soit deux disques maintenus par un fil métallique ; quelques-unes en petit nombre sont représentées avec un ornement labial. Une d’elles offre une ornementation bizarre; tout le visage est couvert de serpents ; deux de ces reptiles se font face sur le front, leurs replis entourent les yeux ; d’autres sont enroulés autour de la bouche et leurs gueules béantes descendent aussi-bas que les genoux.
- Une chambre funéraire fait suite à la cella, le sol couvert d’un conglomérat très résistant est peint en rouge. Yis-à-vis de l’entrée, on remarque une estrade qui occupait près de la moitié de la largeur de la chambre et qui devait sans doute se rapporter à quelque rite funéraire. L’élévation est d’environ six mètres; vers la moitié de leur hauteur, les murs s’infléchissent et se rejoignent de manière à former une voûte triangulaire. C’est la même disposition que nous trouvons dans tous les monuments du Yucatan. Les murs sont couverts de peintures représentant des combats, des processions et aussi les scènes de la vie domestique. Ces peintures sont d’autant plus intéressantes qu’à l’exception de celles très frustes du gymnase de Chichen ltza, on ne connaissait encore en Amérique aucune représentation humaine. Les lois de la perspective étaient inconnues ; les figures à teintes plates mesurent environ 23 centimètres de hauteur; le dessin est ferme et les poses sont gracieuses. Pour apercevoir ces peintures, il fallût nettoyer la poussière des siècles et les nombreuses souillures de chauves-souris et d’oiseaux. Malheureusement, en 1875, les moyens mécaniques nécessaires faisaient défaut au docteur : il ne pût que relever quelques-unes des figures les plus intéressantes, celles que l’on a pu voir exposées au Métropolitan Muséum de New-York et quand il revint en 1884, presque toutes ces figures étaient effacées ou mutilées et leur reproduction rendue impossible1.
- Les jambages des portes sont également couverts de peintures. On reconnaît des guerriers avec leurs armes, leur costume, les insignes de leur rang. Les figures de grandeur naturelle sont dessinées de profil. Les linteaux en bois de sapote sont chargés de sculptures. Ces sculptures tantôt sur bois, tantôt sur pierre
- 1 Mme Le Plongeon, dans un article du Scientific American, consacré aux decouvertes de son mari, accuse de cette mutilation un consul américain qui accompagnait M. Charnay. 11 aurait effacé ces figures à coups de machette. Nous avons l’honneur de compter M. Charnay parmi nos collègues de la Société d’Anthropologie. Chacun sait ses remarquables travaux, et nous sommes assurés qu’il n’aurait jamais toléré un semblable vandalisme
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- sc retrouvent dans toutes les parties de l’édifice (fig- 2) ; elles rappellent celles du Pérou et notamment celles du grand monolithe de Tiaguanaco. Il y a là un rapprochement qui confirme les rapports qui ont certainement existé, dès les temps les plus reculés, entre les Yucatèques et les Péruviens. Les sculptures fines et délicates sont fouillées à une profondeur de 0m,018; leur étude, même sur des photographies, ne permet guère de croire que les artistes n’avaient à leur disposition que des outils en silex ou en obsidienne.
- En continuant ses fouilles, le docteur découvrit la célèbre statue de Chaac-Mol (fig. 1) aujourd’hui déposée au Musée de Mexico. Cette statue en pierre blanche, de 0ra,97 de hauteur, offre une apparence simienne des plus singulières. Le corps est peint en brun; la tête curieusement aplatie ne présente aucune trace de cheveux, elle est peinte en bleue et de longues raies rouges descendent jusqu’aux épaules.
- Les yeux sont ouverts et les paupières comme le reste de la tête peintes en bleu.
- Le nez et les oreilles sont grossièrement sculptés ; ces dernières sont percées ; mais les ornements qu’cl-les portaient, n’ont pas été retrouvés. La bouche est fermée et les lèvres sont peintes en rouge ; les mains n’offrent aucune apparence humaine ; les ongles des pieds et des mains étaient remplacés par des fragments de coquille. Un collier était figuré par des lignes rouges tracées autour du cou et des jarretières indiquées au-dessous
- des genoux par des lignes bleues. Autour des reins on distingue le n'ül que portent encore aujourd’hui les Yucatèques et qui ressemble d’une manière frappante au vêtement figuré sur les plus vieilles statues Egyptiennes. Les sandales rappellent celles des Guanches des îles Canaries ; elles sont peintes en bleu et les courroies qui les maintiennent, cnrougc. M. Le Plongeon pense que cette statue pouvait bien être celle d’un singe sacré, se rapprochant du cynocéphale que les Egyptiens avaient placé au rang des dieux et que le docteur croit retrouver dans les bas-reliefs de Chichen-ltza, d’Uxmal et d’izamal1.
- La statue elle-même reposait sur les colonnes de forme conique, peintes les unes en rouge, les autres en bleu et mesurant un mètre environ de hauteur sur trente centimètres dans leur plus grand diamètre. Ces colonnes n’étaient pas les seules et, dans un espace assez restreint, les explorateurs purent en compter d’autres au nombre de 182; celles-ci étaientaussi peintes, les deux tiers en bleu et le dernier tiers en rouge.
- Au même niveau, on découvrait successivement douze têtes de serpent d’un travail remarquable (fig. 4). Ils portaient sur leurs têtes deux cornes rappelant par leur forme
- 1 Dans une lettre adressée à M. G. Tis— sandier, M. Le Plongeon dit avoir retrouvé l’alphabet hiératique des anciens Mayas. Les caractères et les signes relevés sur les divers monuments du Yucatan se relieraient, selon lui, comme symbolisme et comme valeur phonétique, à ceux gravés sur les plus anciens monuments de la terre des Pharaons.
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- Fig. 3. — Explorations archéologiques de il. le docteur Le Plongeon dans le Yukatau (Mexique). Vue intérieure du mausolée
- de Chaae-Mol (D’aprcs un dessin de l’auteur)
- Fig. 4. — Têtes de serpent et urnes en pierre sculptée, retirées du mausolée de Ohaac-Mol dans le Yukatan (Mexique). (D’api ôs une photographie communiquée à La Mature par M. le docteur Le Plongeonj.
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- les gousses du ceiba, l’arbre sacré des Mayas ; leur dos était couvert de plumes vertes1. Toutes les couleurs connues avaient été employées pour la décoration de ces monstres : les écailles du ventre étaient jaunes ; l’intérieur de la gueule* la langue fourchue projetée en avant, rouges; les dents blanches. Les yeux, comme ceux des cariatides, étaient figurés par des fragments de coquilles nacrées.
- En creusant aux pieds de la statue, on mit au jour une urne ronde en pierre de 0m,80 de diamètre extérieur, de 01U,70 de profondeur, munie d’un couvercle également eu pierre que quatre hommes parvenaient avec peine à soulever. L’urne ne renfermait qu’une faible quantité de terre rougeâtre, un petit ornement en jade vert représentant une figure humaine, un autre ornement de forme allon- * gée également en jade, quelques menus fragments d’os ou de coquilles peints en rouge ou en vert et qui avaient dù être employés dans les mosaïques dont on rencontre de nombreux débris, enfin une boule en verre de 0m,025 de diamètre. Cette dernière découverte est intéressante; elle montre que le verre était connu des Mayas longtemps avant la conquête Espagnole
- Le docteur Le Plongeon fit enlever avec soin les. serpents et l’urne que nous venons de décrire ; puis on continua à déblayer les pierres, le mortier et la terre qui encombraient le monument et à soixante centimètres en contre-bas, les ouvriers rencontrèrent des amas d’ossements et de nombreux tessons d’une poterie très fine. L’intérieur des vases était peint en bleu et quelques-uns portaient des dessins tracés'en blanc. De chaque côté on avait disposé des flèches en obsidienne dont la pointe était tournée vers le sud-ouest; ce fait frappa le docteur et servit plus tard à guider ses recherches.
- Les ossements étaient en grande partie décomposés; les dents étaient mieux conservées. On les attribue à un petit rongeur ; mais elles sont actuellement sonmises à des zoologistes compétents qui détermineront l’espèce d’une façon plus précise.
- A quarante centimètres au-dessous de ces ossements, on découvrait un pavage en stuc, peint en rouge; puis en déblayant une certaine quantité de pierres un autre pavage peint cette fois en jaune. C’était le septième qiie l’on rencontrait depuis le commencement des fouilles. Des pierres amoncelées avec soin, mais sans aucune trace de mortier, remplissaient encore une profondeur de soixante centimètres; on atteignait enfin la roche solide que les vieux constructeurs n’avaient point entamé.
- Le docteur Le Plongeon frappé, nous l’avons dit, de l’orientation des flèches en obsidienne fit continuer les fouilles dans cette direction et après trois jours de travail, il arrivait à un bloc en maçonnerie de 0m,75 de hauteur et de 0m,65 de largeur ren-
- 1 Faut-il voir là quelque rapport avec Quctzacoatl, le législateur et le dieu des peuples de race Nahuatl, dont le nom signifie le serpent couvert de'plumes vertes.
- fermant une colla et dans cette cella une pierre plantée debout comme nos menhirs et couverte de signes ou de caractères peints en bleu, en jaune, en rouge ou en vert. Un peu plus au sud on rencontrait deux pierres semblables puis une troisième portant un poisson entouré d’un serpent.
- Ce remarquable mausolée était sacré à la mémoire d’un prêtre nommé Cay-Canchi, tel est du moins le nom que le docteur a cru lire sur une des sandales de Chaac-Mol. 11 est probable qu’il s’élevait sur les ruines d’un monument plus ancien dédié à Chaac-Mol lui-même, dont Cay-Canchi aurait été un des prêtres. La statue est certainement plus ancienne que les autres parties de la construction. Son aspect archaïque, son état fruste ne peuvent laisser de doutes à cet égard.
- Telles sont les découvertes faites par le docteur Le Plongeon durant son séjour dans le Yucatan. Tout en faisant des réserves sur ces découvertes et des réserves plus sérieuses encore sur les conclusions que le docteur prétend en tirer, il est impossible de ne pas être frappé de sa persévérance et des succès que son énergie lui a valus. Comme nous le disions au début de cet article, nous attendrons le volume que M. Le Plongeon annonce, pour nous prononcer, sur les questions qu’il soulève, et nous le ferons alors avec l’impartialité qui est le premier devoir du critique.
- Mis de Nadaillac.
- LA FILTRATION DES HUILES
- Les huiles qui servent au graissage des machines ne tardent pas à se salir et à se souiller au point qu’elles ne peuvent plus être employées. Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé d’indiquer des procédés qui permettraient de les purifier ; nous donnons ici la description qui nous a été adressée de deux appareils spéciaux de filtration. Voici une première lettre que pous avons reçue à ce sujet :
- Depuis 18 mois, je me sers pour filtrer les huiles de
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- transmission de l’appareil Michiels, et cela avec graryi
- Fig. 1. — Appareil Michiels pour la filtration des huiles. Vue extérieure et coupe.
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- avantage. En voici la description (fig. 1) : A, caisse dans laquelle on verse l’huile sale qui passe par R, traverse le compartiment B en passant par la tôle perforée R S, remonte par-dessus la cloison XY ; RS sont des tôles perforées, B et G des caisses en tôle renfermant des déchets de coton.
- Le passage de l’huile est indiqué par une ligne ponctuée. L’huile arrive en B pour se déverser dans le caisson C, et sortir enfin hien épurée par le petit robinet se trouvant au bas du caisson C.
- Pour se servir de l’appareil, on verse l’huile dans le cylindre À et on ouvre le robinet donnant de la vapeur qui chauffe l’huile; au fur et à mesure que l’huile sort épurée, on verse l’huile sale dans A afin de maintenir le niveau assez haut pour que l’huile puisse remonter au-dessus de la cloison D.
- L’huile auparavant sale et noire en sort claire et peut de nouveau être employée pour les broches de filature.
- Victor Conrot.
- Nous avons reçu, d’au Ire part, la communication suivante :
- Je trouve, dans un des derniers numéros de La Nature, une question relative à la filtration des huiles ayant servi au graissage des paliers. Permettez-moi de vous communiquer un petit appareil à l’aide duquel j’ai pu facilement effectuer cette opération (fig. 2).
- L est un entonnoir à long col, obtenu en soudant à un entonnoir ordinaire un tube en verre d’environ 0m,15. En M, on place un petit cône de toile métallique, sur lequel on dispose un tampon peu serré de soie de verre, on ajoute au-dessus environ 5 millimètres de petits fragments de verre, et on verse l’huile à filtrer dans l’entonnoir. Le col
- Fig. 2. — Autre appareil pour la filtration des huiles.
- de l’entonnoir plonge en traversant un bouchon jusqu’au milieu d’un flacon K. Un tube recourbé O traverse également le bouchon, et communique par un caoutchouc épais I avec un appareil d’aspiration quelconque. J’y adapte de préférence une petite trompe soulevant une colonne de mercure de 0m,20. Pour la construire, on ferme à chaque extrémité un col de ballon D, par un bouchon percé de deux trous. Un tube A, effilé en B, amène de l’eau provenant d’un robinet de conduite, un tube C légèrement évasé, reçoit le jet étranglé ; l’eau s’écoule par un caoutchouc P. Un petit tube en verre E fermé par un caoutchouc et un bout d’agitateur, permet de vider l’appareil si quelques gouttes d’eau pénètrent en D, et le tube F permet de mettre la trompe en relation avec l’appareil où l’on veut faire le vide. Un godet A contient du mercure dans lequel plonge le tube-manomètre H soudé au tube F ; le tout est attaché sur une planchette par trois fils de fer.
- La présence du verre pilé au-dessus du coton de verre permet d’agiter de temps en temps et de remettre en suspension les boues métalliques qui entraveraient la filtration en se déposant. La soie de verre se nettoie facilement en la faisant bouillir avec un peu de carbonate de soude. Il est facile d’ailleurs, en rétrécissant l’orifice du tube d’arrivée de l’eau, de soulever 0”,60 ou 0m,70 de mercure et de filtrer plus rapidement, avec une pression d’eau de 2 à 3 mètres. L’appareil qui fonctionne au laboratoire du lycée de Bordeaux fonctionne avec 2 mètres de pression à peine. La trompe ainsi modifiée permet de faire toutes les expériences qui demandent l’emploi de la machine pneumatique. M. Dei.ézimev.
- l’horaire des chemins de fer
- ET LA MINUTE DES OMNIBUS
- La méthode ordinairement employée dans le service des chemins de fer pour représenter la marche des trains, l’étudier et en régler facilement les modifications, a déjà été décrite en détail dans La Nature1. La première application en a été faite par Petiet en 1843, dans un Mémoire publié à la suite de l’accident de chemin de fer survenu sur la ligne de Versailles, rive gauche, le 8 mai 1842. Depuis cette publication, le procédé s’est rapidement répandu ; il est aujourd’hui universellement adopté et employé par le service de l’exploitation de tous les chemins de fer.
- Tous les Indicateurs de chemins de fer ne sont que la traduction en chiffres, du graphique ou horaire, grâce auquel on peut combiner facilement, pour un nombre de trains fixé a priori, l’exploitation la plus sûre, la plus économique et la plus avantageuse pour le service des voyageurs et des marchandises.
- Rappelons d’abord le principe sur lequel est établi le graphique des trains d’une ligne de chemins de fer, en en empruntant la description à une Communication faite récemment, par M. Léon Lalanne, à l’Académie des sciences dont il est membre.
- « Sur une feuille de papier ou de carton on a tracé un réseau de droites rectangulaires entre elles. Une suite de verticales équidistantes représente les divisions du temps (heure et fractions d’heure) ; une succession d’horizontales inégalement espacées correspond aux distances qui séparent les différentes localités que dessert la voie. Sur la feuille de dessin ainsi quadrillée, la marche du train est indiquée par une ligne oblique, généralement brisée, dont les différents tronçons sont séparés par des échelons horizontaux. L’inclinaison de chacun des tronçons sur l’horizontale, ou le rapport du trajet parcouru au temps employé à le parcourir, est la vitesse, qui peut s’exprimer en kilomètres par heure ou en mètres par seconde. Les échelons horizontaux correspondent aux arrêts des stations. Si le point de départ est placé en haut du bord à gauche du cadre,
- 1 Yoy. n° 45 du 11 avril 1874, p. 269.
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- les heures étant comptées de gauche à droite, des lignes obliques descendant de haut en bas et de gauche à droite représentent-la marche des trains qui vont en s’éloignant ; la marche des trains qui se rapprochent est, au contraire, indiquée par des obliques partant du bas et montant à droite vers le haut.
- « L’heure et le lieu précis de la rencontre de deux trains sont déterminés à vue par la rencontre des obliques qui représentent la marche de ces trains. »
- Cette méthode si logique et si simple se trouve cependant en défaut à mesure que les départs se rapprochent, et il devient de plus en plus difficile de suivre sur le graphique la marche des divers trains, haltes, rencontres, variations de vitesse, etc. Nous citerons, par exemple, l'horaire du chemin de for de Ceinture pour lequel le départ de deux trains consécutifs dans le même sens se réduit à 4 ou 5 minutes, et qui constitue un treillis presque inextricable. Avec l’échelle adoptée de 7) centimètres par heure, le gra-pliique a plus d’un mètre de longueur; si l’on doublait ou triplait l’échelle, l’épure deviendrait difficilement maniable, et l’on perdrait alors en commodité ce que l’on gagnerait en clarté.
- L’Administration des Omnibus de Paris s’est heurtée à la même difficulté pour bien distribuer le service suivant les différentes heures de la journée, pour réserver, sans que le public en souffre, des intervalles suffisants au repos des attelages, au repas des conducteurs et des cochers, etc.
- Par suite de la fréquence des départs, Yhoraire, graphique ou numérique, réglant le service a changé de nom : il s’appelle ici la minute.
- Citons, à titre d’exemple, pour fixer les idées et montrer les difficultés du problème, les conditions essentielles du service d’hiver de la ligne d'omnibus de la Pastille à la Madeleine.
- « L’intervalle à franchir est de 4500 mètres, et la durée* du trajet est de 35 minutes dans les deux sens. Le nombre des voitures employées est de 45, effectuant chacune au plus dix tours par jour, c’est-à-dire dix voyages dans un sens et dix dans un
- autre. Si toutes faisaient le même service, le nombre des trajets serait de 900 et le parcours total de 4050 kilomètres, soit quatre fois environ la distance de Paris à Marseille. Mais ce que l’onappclle 1 etier-cement, réduit notablement ce parcours. Le service commençant à 7 heures du matin et ne finissant qu’à 1 h. 5 m. après minuit, un tiers des voitures, celles qui portent les nos 2, 5, 8,.... 41, 44, ne fait pas le premier tour, cl la première (le n° ‘i) ne se met en marche qu’à 8 h. 32 m-.; un autre tiers, portant les nos 1, 4, 7, 10, ..., 40, 43, ne fait pas les deux derniers tours, et le service cesse pour la première de celles-ci (le n° 1) à 7 h. 56 m. du soir, pour la dernière (le n° 43) à 9 h. 51 m. Il n’y a qu’un tiers des voitures, portant les nos 3, 6, 9, ..., 39, 42, 45, qui exécute les dix tours complets. Le parcours effectif journalier n’est donc que de 5645 kilomètres sur la ligne de la Bastille à la Madeleine. II est inutile d’insister sur les motifs d’égale répartition du travail hebdomadaire, et, par conséquent, d’alternance d’un jour à l’autre entre les plus petites, les moyennes et les complètes durées de présence des hommes et des attelages qui ont conduit à cette ingénieuse combinaison du tiercement. La
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- Fig. 1. — Tableau numérique du service d’hiver des Omnibus de la Bastille à la Madeleine. (Les gros points placés en regard des heures de départ du 5* et du 4* tour indiquent les heures des repas.)
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- LA NATURE.
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- durée des haltes est, au minimum, de 5 minutes à la Madeleine, de 14 minutes à la Bastille. En ce dernier point, il y a deux maxima : le premier, de 11 h. 58 m. à 12 h. 52 m. du matin; le second, de 7 h. 20 à 8 li. 7 m. du soir.
- « Aux approches de l’un, les 45 cochers prennent un premier repas dont la moindre durée est de 58 minutes; en deçà et en delà de l'autre maximum se place le second repas, avec un minimum de durée de 55 minutes en commençant. Le personnel de 42 équipages seulement y prend part, les 5 derniers ayant terminé leur journée.
- « L’intervalle le plus long entre deux départs consécutifs à chacun des points extrêmes est de
- 5 minutes ; il se réduit à 2 minutes pendant la plus grande partie de la journée. »
- Tels sont les faits qu’il s’agissait d'exprimer d’une manière claire et par une notation qui soit à la portée de tous.
- Jusqu’à présent, l’Administration des Omnibus faisait usage d’un tableau numérique de 62 centimètres de longueur et de 48 centimètres de largeur dont nous reproduisons une partie (fig. 1) à une échelle réduite. Ce tableau fait connaître exactement les heures d’arrivée, de repas et de départ à chaque extrémité, mais il ne permet aucune vue d’ensemble. Aussi n’a-t-il été établi qu’après une série d’études et de tâtonnements laborieux, sans
- Voitures allant de la Madeleine à la Bastille.
- Voitures allant de la Bastille àla Madeleine.
- Fig. 2. — Minute graphique de M. Lalanne appliquée à la représentation du service d’hiver des Omnibus Madeleine-Bastille.
- que rien paisse guider dans le procédé à suivre pour arriver aux modifications de service que les circonstances peuvent exiger.
- Le procédé graphique employé ordinairement dans les chemins de fer est dans ce cas absolument inintelligible et impraticable, car il présente sur 50 centimètres de hauteur et lm,10 de longueur 810 lignes obliques très inclinées sur l’horizontale et dont les espacements varient très peu.
- Il a donc fallu chercher un mode d’expression de ee service, pour en rendre letude simple, facile et méthodique, et c’est ainsi que M. Léon Lalanne, membre de l’Institut et Président du Conseil d’administration de la Compagnie générale des Omnibus, a été conduit à imaginer une nouvelle notation très simple et très expressive, qui permettra dorénavant d’éviter une partie notable des inconvénients
- que présentent les tableaux numériques ou les graphiques ordinaires, et facilitera beaucoup l’étude des modifications de la minute, lorsqu’on passe du service d’hiver au service d’été.
- En voici d’abord le principe :
- La feuille de papier sur laquelle on opère porte les divisions du temps tracées verticalement. Chacun des trajets parcourus par un train est indiqué par un trait horizontal compris entre les deux verticales qui correspondent l’une à l’heure du départ, l’autre à l’heure de l’arrivée. On distingue par des couleurs ou par des traits d’aspect différent le sens des trajets. L’aller et le retour d’un même train, d’un même véhicule sont tracés sur une même horizontale. La marche des différents trains, des différentes voitures occupe des horizontales séparées par des intervalles arbitraires, mais que généralement
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- LA NATURE.
- on maintiendra équidistants. Les intervalles verticaux ne représentent plus des espaces parcourus. Ces espaces sont données par les longueurs mêmes des traits horizontaux, c’est-à-dire par les temps employés à les parcourir, à une vitesse connue d’avance.
- La figure 2 est une reproduction à une échelle réduite de la minute graphique de M. Léon Lalanne appliquée à la ligne d’omnibus, dont nous exposions tout à l’heure les conditions essentielles de fonctionnement.
- En réalité, ce graphique occupe lm,085 de longueur correspondant à une échelle de 1 millimètre par minute pour les 18 h. 5 m. de durée du service entre 7 heures du matin et 1 h. 5 m. après minuit. La hauteur de la minute est de 31 centimètres, hauteur suffisante pour que les 43 horizontales correspondant aux 45 voitures soient séparées par un intervalle constant de 5 millimètres.
- Chaque trajet est représenté par un trait fort de 35 millimètres de longueur (la durée d’un voyage est de 35 minutes). Il est bleu (trait plein) pour l’aller de la Bastille à la Madeleine, rouge (trait haché) pour le retour.
- Dans notre figure, les traits bleus de l’original sont remplacés par des traits pleins, et les traits rouges par des traits hachés, et le tableau ne reproduit qu’une partie du service, depuis 7 heures du matin jusqu’à 1 h. 45 m. du soir.
- Les intervalles blancs indiquent les haltes et leur durée, en même temps qu’ils distinguent les différents tours. Les bandes blanches d’inégale largeur qui vont en croissant pour décroître ensuite et qui coupent obliquement la figure 2 correspondent aux repas et à leurs approches. Le tiercement ressort de la suppression de traits horizontaux dans une certaine partie de 15 horizontales sur 45 à gauche de la figure 2 dans les deux premiers tours, et de 15 sur 45 à la fin de la journée dans les 4 derniers tours non représentés.
- C’est, comme le dit M. Léon Lalanne, dans sa Note à l’Académie, note à laquelle nous avons fait tant d’emprunts, la peinture saisissante, pour les yeux les moins clairvoyants, du service dont nous avons donné la description sommaire.
- Rien de plus facile de savoir, à une heure quelconque, quelles sont les voitures en marche dans un sens ou dans l’autre, à quel point de leur trajet elles se trouvent, à quel point elles se croisent, quelles sont les voitures en stationnement, les voitures rentrées au dépôt par suite du tiercement, etc.
- En outre de l’utilité que présente la nouvelle notation imaginée par M. Léon Lalanne pour faciliter l'étude des détails d’un grand service, dont profitent chaque année environ 200 millions de voyageurs, nous estimons que ses applications ne resteront pas limitées au service des omnibus et qu’elle trouvera d’autres emplois, en particulier dans le service des bateaux-omnibus et du chemin de fer de Ceinture. Nous formons même le vœu que
- ces minutes graphiques soient imprimées et mises entre les mains du public auquel elles pourraient rendre de précieux services.
- L’intelligence de ces minutes graphiques est en effet tellement simple, leur lecture si facile, qu’on pourrait, avec un peu d’habitude, s en servir pour combiner ses départs et ses correspondances et faire ainsi un plus grand nombre de courses dans une journée, au profit des voyageurs et de la Compagnie.
- La minute serait particulièrement appréciée par les habitants de la banlieue desservis par des omnibus dont les départs sont relativement rares, et qui, en possession de l’heure exacte et officielle du départ de chaque voiture, seraient moins exposés à la manquer. Il y a donc un intérêt général à ce que les minutes graphiques de M. Lalanne soient affichées dans les stations, vendues en feuilles au public et, en un mot, vulgarisées par tous les moyens dont peut disposer la Compagnie pour en répandre l’emploi. E. Hospitalier.
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- CHRONIQUE
- Élan ou cerf gigantesque. — Le Jardin d’Accli-matation vient d’ajouter à ses collections un animal des plus intéressants, un élan (cervus atees). Cette espèce de cerf gigantesque est rarement représentée dans les jardins zoologiques. Elle n’existe à l’état sauvage que dans les forêts du Nord, en Lithuanie, en Livonie, en Suède et Norwège, et encore tend-elle à disparaître de ces régions. L’élan est d’une conformation bizarre. Son corps, relativement court, est perché sur des membres d’une longueur démesurée, si bien qu’il dépasse en hauteur nos plus grands chevaux ; l’encolure est si petite que l’animal ne peut pas brouter l’herbe par terre sans se mettre à genoux. D’ailleurs, ses lèvres, très développées, paraissent être disposées pour saisir les feuilles d’arbres, dont il est très friand. Sa taille est encore élevée par des bois plats de grande dimension, qui sont l’apanage des mâles. 11 y avait une femelle au Jardin d’Acclimatation, depuis deux ans déjà, et c’est aujourd’hui seulement que le ménage # pu être complété. Nous lui souhaitons la meilleure prospérité.
- L’électricité à la guerre. — De nouveaux essais d’éclairage électrique pour la recherche des blessés sur les champs de bataille ont eu lieu cette semaine à Genève; mais la lune presque pleine s’est avisée de faire une sérieuse concurrence à l’électricité et sa lumière seule suffisait à faire trouver les blessés. Les résultats ont donc été moins concluants qu’on ne pouvait l’espérer. Cependant, vu les expériences décisives faites dernièrement à Berlin et à Aldershot, expériences dont nous avons parlé dans nos précédents numéros, la Conférence, réunie actuellement à Genève, a décidé de recommander aux gouvernements européens l’emploi de la lumière électrique dans les guerres futures pour l’enlèvement des blessés et l’enterrement des morts sur les champs de bataille.
- Les pins fortes grues du monde. — L'Iron nous apprend qu’on installe en ce moment à Hambourg une grue qui pourra lever une charge de 150 tonnes; il n’y en avait encore qu’une de 40 tonnes. Comme les
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- LA NATURE.
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- aciéries de Krupp sont en tram de faire des canons pesant 125 tonnes, la grue de 120 tonnes d’Anvers, la plus puissante du moment, se trouvera insuffisante; c’est pour cela qu’on installe la nouvelle grue de Hambourg. 11 y a une grue de 100 tonnes à Woolwich, une de 80 à Amsterdam et une de 60 à Bremerhaven.
- Élie Margot lé. — Dans la- notice biographique que nous avons consacrée à Élie Margollé (p. 275), nous avons commis une erreur de famille que nous nous empressons de rectifier. Margollé était le beau-frère de notre ami et collaborateur M. F. Zurcher, par suite du mariage de sa sœur aînée avec M. Zurcher. Mmo Élie Margollé était une demoiselle Souchotte, appartenant à une des familles les plus honorables de Toul. Elle avait pour aïeul maternel le célèbre maître menuisier Roubo, auteur d’ouvrages relatifs à son art d’un grand mérite et dont le nom a été donné à l’une de ses rues par la ville de Paris.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du G octobre 1884.— Présidence de M. Rolland
- L’éclipse de lune. — L’éclipse dont nous avons tous été témoins samedi dernier, a été à l’Observatoire de Paris l’ob'et d’études très attentives. Le diamètre du satellite a pu être mesuré avec un soin inusité, et M. Mouchez signale la singulière répartition de la lumière sur la surface éclipsée. MM. Paul et Prosper Henry ont fait pendant le phénomène un très grand nombre de photographies.
- Transport de Tèlectricilè. — M. Tresca rend compte d’expériences réalisées le mois dernier à l’exposition d’électricité de Turin, et dont le résultat principal a été l’entretien de 40 lampes Swan à l’aide d’un générateur électrique qui en était séparé par 40 kilomètres de fil. Le courant alternatif était fourni par une machine de Siemens de 300 chevaux. Le mérite de cette expérience revient à deux exposants français, MM. Gaulard et AVilz.
- Un nouveau microbe. — Ayant soumis à une étude expérimentale l’affection connue sous le nom d’ostéomyélite infectieuse, M. Rodet, attaché au laboratoire de M. Chauveau, à Lyon, en a conclu que l'agent morbide est un microbe particulier. 11 s’est assuré qu’en injectant cet organisme dans le système vasculaire d’un lapin, les os de celui-ci ne tardent pas à devenir le siège d’une nécrose caractéristique. M. Bouley, qui présente le mémoire d’une manière très élogieuse, ajoute cependant qu’il sera indispensable de le soumettre à une vérification sévère.
- La nouvelle comète. — Au nom de M. Perrolin, M. Faye résume quelques observations faites à Nice sur Ta nouvelle comète. L’astre est de septième grandeur; son rayon, de forme circulaire, mesure 8 secondes de diamètre et présente un aspect fort analogue à celui d’Uranus. Malgré sa petitesse, ses réactions spectrales sont fort nettes : non seulement on y retrouve les trois bandes spéciales aux spectres cométaires, mais encore on y aperçoit une quatrième ligne très faible dans le violet.
- Météorites. Sous ce titre, VEncyclopédie chimique, publiée sous la direction de M. Frémy, livre au public un volume grand in-8° de plus de 500 pages, avec 130 gravures et photogravures, où j’ai exposé l’état actuel de nos
- connaissances relativement aux pierres tombées du ciel. Après une courte introduction, les météorites sont successivement considérées au point de vue purement chimique, c’est-à-dire de leur composition élémentaire; — au point de vue minéralogique ou de leur composition immédiate ; — au point de vue lithologique, c’est-à-dire des roches dont elles comprennent les types variés, aujourd’hui au nombre de 53; — au point de vue synthétique, qui comprend les expériences de reproduction artificielle de minéraux et de roches météoritiques ; — au point de vue géogénique, où sont développées les considérations qui permettent de voir parmi les météorites des roches primitives, des roches pépériniformes, des roches volcaniques, des roches éruptives, des roches füoniennes, des roches épigéniques, des roches métamorphiques ; — au point de vue stratigraphique, c’est-à-dire relativement aux rapports de position que les types météoritiques affectaient dans leur gisement originel ; — au point de vue géologique; — au point de vue astronomique; — enfin au point de vue météorologique. L’histoire de l’admission dans la science du phénomène météoritique, le catalogue des chutes observées, une courte description des principales collections de météorites terminent le volume.
- Varia. — M. Tacchini a de son côté observé à Rome, depuis le mois de novembre, les gloires signalées récemment autour du soleil par M. Cornu.—Un ingénieur dont le nom nous échappe adresse un volumineux projet de canal maritime à grande navigation de l’Océan à la Méditerranée. — Par l’entremise de M. de Lesseps, une étude topographique de l’isthme de Panama est déposée sur le bureau. — MM. Klein et Morel étudient l’action de l’eau et de l’acide azotique sur l’azotate de tellure. — M. Lallier, directeur des asiles d’aliénés de Rouen, a étudié l’élimination urinaire de l’acide phosphorique dans ses rapports avec l’épilepsie et l’aliénation mentale. Stanislas Meunier.
- L’ORCHESTRIONNETTE ARIST0N
- Encore un nouveau progrès à enregistrer à l’actif île la musique mécanique : l’art pur y sera peu sensible, mais il ne manquera pas d’intéresser ceux qui, comme nous, ont été condamnés dans leur enfance à moudre éternellement les mêmes airs piqués sur le cylindre unique de la serinette ou de la boîte à musique. Le remplacement de ces cylindres constituant une opération assez compliquée, et leur prix étant d’ailleurs relativement élevé, force était de toujours tourner dans le même cercle vicieux... et agaçant.
- Un premier progrès a consisté à remplacer le cylindre par des planchettes sur lesquelles les airs étaient piqués, puis par des bandes de carton perforées. Ces bandes présentaient cependant encore un inconvénient assez grave : il fallait les enrouler et les dérouler chaque fois qu’on voulait s’en servir afin de les remettre dans le bon sens, le commencement du morceau en dehors1, et une fois le morceau en-
- 1 Cette critique ne s’applique qu’aux bandes continues des petits appareils à bon marché ; dans le pianista de M. Thibou-ville, la bande continue se replie d’elle-même, au fur et à mesure de l’exécution du morceau, sans qu’on ait à s’en préoccuper.
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- LA NATURE.
- gage dans l'appareil, il fallait, bon gré mal gré, le jouer jusqu’au bout avant de passer au suivant. En-lin, une collection d’un certain nombre de morceaux constituait une bibliothèque aussi incommode qu’encombrante.
- Tous ces inconvénients ont été évités avec l’or-chestrionnclte Ariston représentée ci-contre. Elle comporte, comme scs devanciers, un système de soufflets commandés par une manivelle, 24 anches et un nombre égal d’obturateurs commandés par des leviers qui viennent les ouvrir et les fermer au moment opportun pour donner le vent aux anches, mais elle en diffère par le mode de commande de ces obturateurs.
- La bande de papier continue est remplacée par un disque de carton perforé qui vient se placer au-dessus de la boite de l’appareil. 11 est maintenu en place sur l’axe vertical autour duquel il tourne à l’aide de cinq goupilles <pii viennent s’engager dans cinq trous d’égal diamètre ménagés sur le disque.
- Dans la position de repos, lorsqu’il n’y a pas de disque de carton sur l’appareil, tous les obturateurs sont ouverts. En plaçant le carton, sa
- lace inférieure vient refouler des| leviers qui affleuraient le dessus de la boîte et fait fermer tous les obturateurs. Une traverse en fonte dirigée suivant un rayon du disque et placée directement au-dessus des leviers maintient le disque de carton et l’empêche d’être soulevé par l’action des ressorts des obturateurs. Cette traverse pivote horizontalement autour d’un axe placé en dehors du disque pour permettre de fixer ce dernier sur l’axe de rotation.
- En tournant la manivelle, on gontle le soufflet et on entraîne le disque ; chaque fois que l’un des leviers renconlre un trou perforé sur le disque, il y pénètre, soulève l’obturateur correspondant et donne du vent à la note pendant une durée qui dépend de la
- L’orchestriounette Ariston.
- longueur de la perforation et de la vitesse de rotation.
- Il importe de remarquer qu’avec le système adopté, les notes de durées égales ne sont pas représentées par des perforations de longueurs égales, parce que les vitesses d’entraînement du papier en chaque pont sont proportionnelles au rayon du cercle décrit. Un coup d’œil jeté sur le haut de la ligure et à droite permet de comprendre comment agissent les trous ménagés dans le disque pour ouvrir les obturateurs. La déchirure opérée dans la vue d’ensemble montre les obturateurs disposés en trois rangées de huit. Un a supprimé à dessein les soufflets
- qui occupent la partie antérieure de la boîte et qui masqueraient le mécanisme.
- Le grand avantage de cette disposition réside dans la facilité d’arrêter l’exécution d’un morceau à un instant quelconque et de le remplacer aussi tôtpar un autre, ainsi que dans la forme du carton qui permet d’empiler un grand nombre de morceaux dans un volume restreint. Le catalogue des morceaux compte déjà plus de lOUO numéros, comprenant toutes les formes de la musique, depuis bandante jusqu'au galop, depuis les marches funèbres jusqu'aux quadrilles. Nous avouerons notre préférence marquée pour tous les morceaux d'une allure un peu vive, et en particulier pour les danses bien rythmées, l’orebestrionnette ne ic prêtant que très médiocrement aux morceaux de sentiment.
- C’est l’instrument indispensable de tout bal d’enfants; une bonne suffit pour tourner la manivelle et jouer juste et en mesure.
- Combien est-il de casinos sur nos plages normandes qui ne sauraient en offrir autant?
- Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Luliure, 9, rue de Fleurus, à Pans.
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- N° 594. - 18 OCTOBRE 1884. fê.^i'nrJMteTJÜRE.
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- L’ECLIPSE TOTALE DE ¥
- DU 4 OCTOBRE 1884
- L’éclipse totale de lune du 4 octobre, favorisée par un temps assez beau, a permis aux astronomes de faire quelques remarques intéressantes. Nous avons attendu la discussion des documents recueillis pour en donner la description à nos lecteurs.
- M. Trépied, directeur de l’Observatoire d’Alger, de passage à l’Observatoire de Paris, a obtenu d’intéressantes observations que nous allons reproduire.
- « La pénombre est restée invisible jusqu’à 8h,20 environ. A ce moment, on peut constater un assombrissement assez marqué. A 8 K, 40 l’omb re étant déjà très avancée sur le disque lunaire, j’examine dit le savant astronome, les environs de séparation d’ombre et de lu-
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- mière. Le contour de l’ombre est légèrement estompé avec une teinte rouge assez intense ; le bord éclairé de la lune se prolonge dans l’ombre à une très faible distance seulement de la ligne dé séparation. En dehors de là, il est impossible d’apercevoir le bord de la lune à travers l’ombre.
- « De 8h,50 jusqu’à l’approche de la totalité, on peut, à l’aide du spec-troscope constater, dans la partie estompée une observation continue du spectre depuis le violet jusqu’à l’orangé.
- « A 9VI5 on commence seulement à apercevoir le disque de la lune à travers l’ombre, mais à partir de cet instant, l’illumination du disque augmente avec rapidité ; 3 minutes plus tard, on voit nettement tout le contour de la partie éclipsée. »
- M. l’amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire de Paris, qui observait avec une lunette de 8 centimètres d’ouverture a trouvé que la durée
- Fig. 2. — A 11 li. 47 m. 7 s. Fig. 3. — A 11 h. 49 m. 7 s. Fig. 4. — A 11 h. 51 m. 7 s.
- Reproduction directe par l’héliogravure de quelques-uns des clichés obtenus à l’Observatoire de Taris par MM. l’aul et Prosper Henry.
- Sortie de l’ombre.
- de l’éclipse était un peu plus petite que celle donnée par la théorie. Ce savant a constaté en outre, que pendant la totalité, la lune présentait une apparence d’illumination tout à fait inattendue. Les deux segments sphériques des bords correspondant aux deux points de contact d’entrée et de sortie et sur une étendue d’une trentaine de degrés, sont restés sensiblement plus éclairés que le reste de la surface et de la circonférence de notre satellite. Ce fait très
- 12e aanée. — 2* semestre.
- remarquable n’a pu échapper à aucun observateur.
- MM. Paul et Prosper Henry, astronomes de l’Observatoire, ont réussi à prendre un grand nombre de photographies de l’éclipse.
- Les ligures que nous donnons ci-dessus, sont la reproduction de quelques-unes des phases du phénomène. La figure 1 donne l’aspect de la lune à 8 h. 52 m. 59 s., c’est-à-dire 27 minutes environ
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- LA NATURE,
- après son entrée dans l’ombre1. Les figures 2, 3 et 4, représentant le phénomène à partir de 11 h. 47 m. 7 s., montrent la sortie de l'ombre, de deux en deux minutes d’intervalle.
- Nous nous permettrons d’appeler tout spécialement l’attention de nos lecteurs sur nos figures ; elles ont été faites directement par l’héliogravure, sur les clichés photographiques que nous devons à l’obligeance de M. le contre-amiral Mouchez et de MM. Paul et Prospcr Henry, les savants et sympathiques astronomes de l’Observatoire de Paris. Ces figures sont elles-mêmes, par conséquent, des photographies qui donnent la réalité du phénomène2.
- Ces diverses épreuves montrent très nettement et bien mieux que l’observation directe la marche de la pénombre sur le disque lunaire. La pénombre, ne produisant qu’une diminution lente et graduelle de l’intensité lumineuse, il est assez difficile de noter avec quelque certitude le moment précis de son apparition. Aussi n’a-t-il été possible de remarquer une réelle diminution de l’éclat de la lune que 30 minutes environ après son entrée dans la pénombre. Les photographies, au contraire, permettent de constater un affaiblissement évident dans l’éclat du disque lunaire presque à l’instant de l’entrée dans la pénombre. Au moment de la totalité, la lune ne paraissait plus pour le ciel que comme une étoile inférieure à la seconde grandeur.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité pratique d'électricité industrielle, par E. Cadiat, ingénieur des Arts et Manufactures et L. Dübost, ancien élève de l’Ecole Polytechnique. 1 vol. in-8° avec 204 gravures dans le texte. — Paris, Baudry et C‘e, 1885. Prix 15 francs.
- Ce livre, que nous venons de lire avec autant d’intérêt que de profit, rendra de grands • services, à notre époque qui est caractérisée par les débuts si importants déjà, de l’électricité industrielle et de la mécanique électrique. 11 s’adresse spécialement aux ingénieurs, aux praticiens, et donne avec méthode et clarté le résumé des phénomènes et des lois électriques. Unités et mesures ; piles et machines électriques ; éclairage électrique ; transmission électrique de la force ; galvanoplastie et électro-métallurgie ; téléphonie ; tels sont les différents chapitres de l’ouvrage que les lecteurs spécialistes, pourront étudier et consulter. Les auteurs dont la compétence est connue, ont rempli leur livre de faits pratiques très utiles, sans rien sacrifier aux démonstrations théoriques indispensables.
- Les aérostats dirigeables, leur passé, leur présent, leur avenir, par B. de Grilleau. 1 vol. in-18, orné de 5 gra-
- 1 Ceux de nos lecteurs que le sujet intéresse spécialement trouveront les notes complètes de M. l’amiral Mouchez et de M. Trépied, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du 6 octobre 1884.
- 2 Afin de donner une juste idée de l’importance de la photographie au point de vue des observations astronomiques, nous avons le projet de reproduire par l’héliogravure quelques-uns des spécimens qui auront été obtenus à l’Observatoire de Paris. Nous espérons que l’on en appréciera tout l’intérêt-
- vures et de 5 planches. — Paris, E. Dentu, 1884. — Prix : 3 francs.
- Ce petit volume résume avec beaucoup d’impartialité l’histoire de la navigation aérienne par les aérostats allongés à hélice. L’auteur raconte successivement les expériences des Giffard, des Dupuy de Lomé et des Tissandier, et il arrive à la remarquable entreprise des savants officiers de Meudon, MM. Renard et Krebs ; il en donne toutes les curieuses péripéties. La direction pratique des aérostats n’est plus aujourd'hui qu’affaire d’argent et de grandes constructions. C’est la conclusion de l’auteur, qui considère avec raison le problème comme résolu. M. de Grilleau montre les conséquences de cette application nouvelle qui est assurément appelée à jouer un grand rôle dans le monde. Son livre sera certainement apprécié par tous ceux qui s’intéressent aux progrès de l’avenir.
- Nouveau manuel complet du chauffage et la ventilation, par M. A. Romain, ancien élève de l’Ecole Polytechnique.
- 1 vol. in-18. Manuel Roret. Librairie encyclopédique Roret. — Paris, 1884.
- Manuel de météorologie agricole, par F. Canu et Albert Larbalétrier. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Professions. — Paris, Hetzel et Cie. Prix 2 francs.
- Sténographie française. Ecriture rationnelle typographique et courante. 1 vol. in-8\ Montrouge-Seine. — Laffaille, éditeur, 1884.
- LES TYPHONS
- OBSERVATIONS DE M. LE I>. DECHEVRENS
- Le R. P. Dechcvrens, directeur de l’Observatoire de Zi-ka-wei, est parvenu à centraliser les observations d’environ cinquante stations météorologiques répandues dans la Chine du nord, dans la Chine centrale, dans la Chine méridionale, dans les Indes anglaises, aux îles Philippines, au Japon et jusque dans la Sibérie. En outre, il reçoit régulièrement les rapports de plus de quarante capitaines de navires à voile et à vapeur naviguant dans les mers orientales. Les données recueillies ont servi à dresser des cartes du temps quotidiennes sur lesquelles il a suivi les typhons décrits dans le Mémoire dont nous donnons le titre l.
- On est surpris, au prcmiei abord, en voyant les résultats exposés par Kéminent météorologiste. Les trajectoires des centres de ses typhons sont fort complexes et diffèrent beaucoup de celles de la généralité des tempêtes tournantes. Toutefois l’étonnement diminue quand on examine la marche des centres des cyclones arrivant de l’Atlantique sur les côtes d’Europe et qu’on les voit se modifier constamment d’après les contours de ces côtes et la direction des
- 1 Parmi les auteurs qui l’ont précédé dans ces études nous citerons Paddington : Guide marin sur la loi des tempêtes, où il passe en revue 60 typhons de la mer de Chine ; pour les parages du Japon, J. Revertégat, lieutenant de vaisseau, dont la notice a été l’objet d’un compte rendu dans La Nature du 30 mars 1880; le météorologiste russe Spindler et M. Knip-ping, actuellement à la tète du service météorologique au Japon. Il est à désirer que les officiers de notre escadre de Chine nous rapportent une riche moisson d’observations sur le même sujet.
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- LA NATURE
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- chaînes montagneuses qui y aboutissent. Il y a lieu de considérer ensuite que les tourbillons aériens exercent les uns sur les autres des attractions et des répulsions par suite desquelles la régularité en trajectoire est notablement altérée. Le savant Américsin Loomis, qui s’est beaucoup occupé des* tempêtes des Etats-Unis, en cite quelques-unes qui, comme les typhons dont il sera question plus loin, ont décrit des courbes rentrant sur elles-mêmes de manière à former des boules.
- Comme les autres tourbillons, les typhons ont une grande facilité à se diviser et se subdiviser et cela arrive surtout pendant les mois de juillet et d’août.
- « Quand ces météores, dit le P. Dechevrens, changent rapidement de route pour obéir à une attraction nouvelle et prépondérante, la scission des dépressions devient fort naturelle. Les parties les plus éloignées de ce centre d’attraction, n’en pouvant ressentir l’influence qu après toutes les autres, sont encore sous l’intluence de la première attraction qui avait déterminé la marche antérieure quand déjà les portions plus rapprochées s’ébranlent pour aller où elles sont appelées maintenant. Il en résulte un élargissement de la dépression et la formation de deux, centres de giration. » On comprend facilement que ces divisions se produisent au contact des hautes montagnes ou au passage des chaînes coupées de profondes vallées.
- Aucune des routes suivies par les typhons ne se montre régulièrement parabolique comme celles de la plupart des tempêtes tournantes de nos régions. Leurs courbures diverses donnent lieu à des marches et des contre-marches fort bizarres. Toutefois, une remarque essentielle à faire, c’est que dans ces évolutions désordonnées deux lois générales ne cessent pas de se maintenir : celle du mouvement giratoire autour d’un axe plus ou moins incliné et celle du sens de là giration constamment contraire au mouvement des aiguilles d’une montre.
- Dans le premier chapitre du mémoire se trouve la description de la formation du typhon principal. Nous la citons en nous reportant aux idées théoriques émises par le P. Dechevrens dans une lettre adressée à notre rédacteur en chef et reproduite dans La Nature du 11 juin 1881 : « Le 5, le G et le 7 juillet 1882, une importante dépression atmosphérique traversait la Chine de l’ouest à l'est en se rendant au Pacifique par le Japon. Le centre était à une faible distance de Zi-ka-wei, le 6 vers 5 heures de l’après-midi. A toute dépression atmosphérique correspond naturellement une pression supérieure à la moyenne soit sur tout son pourtour, si elle est parfaitement régulière, soit sur une ou plusieurs régions plus ou moins étendues loin de son centre. Dans les circonstances présentes, ce maximum de pression ou mieux ces pressions relativement élevées, s’étendaient sur l’Inde, l’Indo-Chine et les îles Philippines dans le sud, et sur la mer d’Okotok dans le nord. Le 5 août, pendant que la dépression est encore sur la Chine centrale, au nord-ouest des Phi-
- lippines, l’air chassé du centre dans les régions élevées se répand sur l’Inde et y comble en partie la dépression qui existe ordinairement sur ces contrées au sud de l’Himalaya. Dans la mer de Chine les isobares sont à peu près dirigées du sud au nord et un maximum de pression s’étend sur l’archipel sud et au sud-est des Philippines. Le 6, quand la dépression passe près de Zi-ka-wei et au nord de la mer de Chine, l’air se détend sur l’Inde et est encore à son état normal au nord et au nord-est du Japon; les hautes pressions sont confinées au sud de la dépression ; le maximum qui existait la veille dans le sud-est est remonté entre Formose et Luçon s’étendant jusqu’au delà de Manille vers le sud; le temps est beau sur tout l’Archipel, l’air calme, le soleil ardent. Le 7, la dépression couvre le Japon; les hautes pressions envahissent le nord et le nord-est, comme pour lui barrer le chemin; elle s’étend alors vers le sud-ouest et refoule dans cette direction, vers le sud de la mer de Chine, Paire des hautes pressions qui était la veille sur Luçon. Dans ce transport successif du maximum de pression du sud-est des Philippines au nord et enfin au sud-ouest, c’est-à-dire dans ce mouvement général de l’air de l’est à l’ouest par le nord, on a tout ce qu’il faut pour créer sur l’Archipel un mouvement giratoire et une dépression augmentée encore par les fortes pluies qui surviennent, le 7, sur les îles de l’Archipel.
- La marche de ce typhon constitué définitivement du 7 au 9 juillet dépendra désormais à chaque moment des conditions générales de l’atmosphère qui l’environne. Sorti de la mer de Solo, il se dirige vers le nord et bientôt se divise en deux tourbillons dont l’un, s’écartant vers l’ouest, pénètre le 11 dans le golfe du Tonkin, tandis que l’autre reste arrêté, bien que toujours en rotation, près des Philippines. De là il se transporte sur le continent où un plus petit typhon de peu de durée s’en détache tandis que le corps principal remonte au nord par le Yannon et le Se-tcheven. A l’est de Kausou il passe auprès d’une station de missionnaires catholiques qui l’observent avec précision et constatent que le 15 le baromètre est descendu à 747 millimètres. De là le centre s’éloigne dans l’est en suivant le cours du fieuve Jaune. Il est probable que pendant cette marche un nouveau tourbillon s’est détaché en se dirigeant vers le nord lorsque la dépression dévia de cette direction pour se porter plus à l’est vers le golfe de Pé-tchéli (15 et 16 juillet), d’où elle marcha vers le nord-est à travers la Mongolie. Pendant le séjour qu’elle fit sui le Japon elle perdit beaucoup de son intensité. C’est à Tokio que fut observé le minimum barométrique. Après avoir traversé la grande île de Niphon, le typhon reparut le 25 sur la mer du Japon et il se perdit ensuite dans la Mant-chourie. Cette dissolution eut lieu après un parcours de 5000 milles en 14 jours à la vitesse moyenne de 15 milles à l’heure. Après cet exemple de long parcours nous choisissons parmi les autres descriptions
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- 31 Juillet
- dans leurs routes
- du mémoire une série de phénomènes tourbillonnaires qui eurent pour théâtre l’espace plus restreint du canal de Formose. Au commencement du mois d’août apparut au nord de cette grande île un typhon qui venait d’être considérablement renforcé par suite de son passage sur le Kuro-Siwo, le puissant courant chaud qui joue dans ces mers le rôle du gulfstream dans l’océan Atlantique. Cette impulsion fut due aux grandes masses de vapeurs qu’il aspira pendant ce passage. Leur condensation engendra durant le 31 juillet et les deux premiers jours d’août des '’ents d’une extrême violence (115 kilom. à l’heure) et il s’opéra un sectionnement en trois typhons bien caractérisés que les observations permettent de suivre diverses.
- Un premier tourbillon, après avoir marché normalement à la côte de Chine la suivit ensuite en s’élevant vers le nord et passant près de Shanghaï le 2 août. Un second entra dans le canal de Formose, où il rencontra le paquebot français le Meuzaleh qu’il mit en grand danger dans la nuit du 31 juillet au 1er août. Dans son rapport de mer, le capitaine de ce bâtiment a donné le tracé graphique ci-contre (fig. 1) de la variation barométrique et des variations du vent qui furent constatées dans la partie centrale. Ce typhon, après avoir passé au nord-ouest de Tamsui se trouva vers 11 heures du soir à l’est de Foutcbéou ; il décrivit à l’entrée du canal une boucle qui le rapprochant d’abord de la côte de Formose le relança Chine.
- Les mouvements du troisième typhon peuvent être suivis à l’aide des observations faites aux phares de Middle-dog, Touruabout, Ockseu, Chapel et Pesca-
- dores. Le centre, après avoir passé près du Tamsui, dut faire une évolution sur lui-même en remontant vers l’O.-N.-O. et se rapprochant de la côte de Chine
- voisine. (La course cluty-1e.rAoût phon est représentée sur la
- ligure 2). Descendant ensuite au sud l’influence des îles Ilaïtan le dévia à gauche vers le milieu du canal où ses mouvements furent plus libres. Il poursuivit sa route en laissant Ockseu à sa droite et se trouva bientôt dans les parages des îles Pes-cadorcs où régnait un temps très mauvais depuis le 31 juillet au soir. Les registres de leur phare si-
- gnalent vers le 5 août un baromètre bas, des pluies torrentielles et des vents impétueux. D’après la succession de ces vents on peut conclure que le centre, après avoir décrit une nouvelle boucle, se dirigea vers les côtes de Formose. La tempête perdit sa violence dès que les spires du typhon touchèrent les hautes montagnes
- de l’île et le baromètre remonta rapidement. La marche du tourbillon sur la terre ne put être connue avec exactitude, mais une évolution sur lui-même est probable. Le P. Dechevrens pense qu’à la manière des trombes de petit diamètre il est remouté en partie dans les régions moyennes de l’air et qu’une fois de retour sur la mer les pluies produites ont provoqué son abaissement vers les régions inférieu-
- du 1" au 10 août 1882.
- ensuite vers la côte de
- rcs et déterminé sa reconstitution comme typhon. Ce typhon apparut le 9 près du phare d’Ock-seu, sortit du canal en se conformant à la courbure de la côte et alla traverser le Tonkin le 11, laissant derrière lui deux tourbillons de peu d’importance dont l'un s’est dissipé bientôt dans le canal de Formose et l’autre à l’entrée du golfe du Tonkin.
- F. Zurchek.
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- LÀ LOCOMOTIVE « EL GOBERNADOR »
- Nous reproduisons clans la figure ci-dessous la vue d’une locomotive particulièrement remarquable par l’énormité de ses dimensions. Nous avons à peine besoin d’ajouter qu’il s’agit d’une machine américaine, car c'est prescpie toujours aux États-Unis qu’il faut se reporter pour y trouver ces phénomènes de mécanique, et le Railroad Gazette qui en donne la description nous dit, en effet, qu’elle est la locomotive la plus puissante du monde1. Cette affirmation paraît justifiée, bien que les dimensions de la chaudière ne soient pas complètement indiquées, si on considère celles vraiment exception-
- nelles de ses cylindres, et c’est aussi la conclusiou à laquelle arrive M. Mallet en terminant l’étude qu’il a consacrée à cette machine dans la chronique du Bulletin de la Société des ingénieurs civils.
- Cette locomotive porte un nom, Gobernador, qui est en quelque sorte le symbole de sa puissance : elle a été construite par la Compagnie du Central Pacific Railroad dans ses ateliers du Sacramento d’après les plans de M. A. Stevens : elle est destinée à remonter les rampes de la Sierra Nevada sur la ligne du Southern-Pacific. Elle comporte cinq essieux accouplés comme l’indique la figure, outre les deux essieux porteurs de l’avant-train ordinaire des machines américaines. On voit immédiatement que ce grand nombre d’essieux moteurs assure à la machine
- La locomotive américaine El Gobernador. Vue en élévation de la machine, et vue en plan de l’installation des roues et des bielles d’accouplement. Le tender est supporté sur deux trueks articulés comprenant chacun trois essieux.
- une puissance exceptionnelle, car on France, par exemple, on n’a jamais dépassé quatre essieux accouplés pour les grosses locomotives des plus lourds trains de marchandises, et sur bien des réseaux encore les ingénieurs se refusent à dépasser le nombre de trois essieux. C’est que déjà pour installer quatre essieux, on se trouve amené à augmenter démesurément la longueur de la chaudière, et si l’augmentation du volume de vapeur qui en résulte entraîne un accroissement correspondant dans la puissance de la machine, on éprouve aussi, d’autre part, de nombreuses difficultés pour l’installation du mécanisme, car il faut nécessairement laisser en même temps à la machine l’élasticité dont elle à besoin pour s’inscrire dans les courbes que présentent si fréquemment les voies montagneuses.
- Néanmoins, grâce aux dispositions adoptées dans
- 1 La locomotive dont il a été question dans la précédente livraison (n° 595 du 12 octobre 1884, p. 291), est en voie de construction.
- l’installation des bielles d’accouplement, le Gobernador, dont la longueur totale atteint 20 mètres en y comprenant le tender, peut s’inscrire sans difficulté dans des courbes dont le rayon s’abaisse jusqu’à 145 mètres. La longueur occupée par les cinq essieux accouplés est de 5n,,90, et l’inscription serait impossible si l’un au moins de ces essieux n’avait une certaine liberté d’oscillation : celui d’arrière est rattaché à l’essieu précédent par une bielle d’accouplement extérieure à celle des quatre autres, et munie aux articulations de boulons sphériques, disposition grâce à laquelle il peut osciller transversalement à la voie; en outre les boudins sont supprimés sur les bandages du deuxième et du troisième essieu.
- Le diamètre des cylindres du Gobernador est de 0m,5o et la longueur de la course est de 0m,915; ce sont là, comme nous le disions, des dimensions tout à fait exceptionnelles, et, ainsi que le remarque M. Mallet, pareille longueur de course n’avait jamais
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- été atteinte jusqu’à présent. Ainsi, par exemple, les cylindres des machines à huit roues accouplées des chemins de fer de l’État ont 0"‘,54 de diamètre sur 0m,66 de longueur, celles du Gothard atteignent 0m,52 sur 0m,61. Le Gobernador dépasse même aussi le célèbre Mastodon construit par la maison Baldwin pour le Central Pacific Railroad et qui figurait, en 1885, à l’exposition de Chicago où cette machine attirait déjà l’attention des visiteurs par ses dimensions exceptionnelles Le Mastodon n’avait, en effet, que 0",508 de diamètre aux cylindres et une course de piston de 0m,765, soit un volume de cylindre de 0mc,153, tandis que le Gobernador atteint 0mc,205. Partant de ces dimensions de cylindres, l’effort de traction que peut développer ce géant des locomotives dépasse 11 000 kilogrammes sur la jante des roues motrices et surpasse ainsi de près de 2000 kilogrammes l'effort de nos machines les plus puissantes. Le travail correspondant calculé pour une vitesse de marche très faible de 13 kilomètres à l’heure serait de 553 chevaux, d’après M. Mallet.
- En partant des diagrammes relevés sur le Mastodon, et en tenant compte des résultats pratiques observés sur cette machine qui peut tramer un train chargé du poids de 380 tonnes sur une rampe de 22 millimètres, le Railroad Gazette calcule que, à la même vitesse de marche, soit à 13 kilomètres à l’heure, le Gobernador pourrait remorquer un poids de 540 tonnes.
- La distribution de vapeur est d’un type particulier dû à M. Stevens lui-même, dont on trouvera la description dans le Bulletin de juillet 1884 de la Société des ingénieurs civils, elle permettrait d’obtenir une détente très prolongée, tout en réduisant au minimum la chute de pression de la chaudière aux cylindres. Ce type de coulisse était appliqué déjà sur le Mastodon, avec une distribution comprenant quatre tiroirs dont deux spéciaux pour la détente; mais cette installation a été simplifiée sur le Gobernador, où elle ne comprend plus que deux tiroirs comme sur nos machines européennes.
- Le Railroad Gazette ne donne pas les dimensions de la chaudière non plus que la valeur de la pression de la vapeur ; mais il y a lieu de supposer, d’après le dessin, que la longueur de la chaudière ne doit pas être inférieure à 6m,80, la grille ayant environ 5m,20 et les tubes 3m,65. Elle dépasse d’ailleurs la longueur des chaudières de nos grosses machines; sur le réseau du Nord, par exemple, le foyer des machines 4971-4990 a 2m,13 de long, et les tubes 4‘",10, ce qui donne une longueur totale de 6m,25. La pression atteint sans doute 9 à 10 kilogrammes, et c’est là, d’ailleurs, un chiffre qui n’a rien d’exagéré et que nous obtenons régulièrement en France; en Allemagne on arrive même aujourd’hui à 12 ou 13 kilogrammes.
- Le diamètre des roues motrices est relativement considérable eu égard à la faible vitesse de marche de la machine; il atteint, en effet, lm,44, tandis que la locomotive Mogul, par exemple, du Great
- Eastern construite cependant pour atteindre une vitesse de 32 kilomètres sur des rampes de 7 à 8 millimètres, a seulement lm,84 de diamètre sur les roues motrices.
- Le poids total du Gobernador est de 66138 kilogrammes sur la machine en service, celui du tender à vide est de 22 945 kilogrammes ; ce dernier peut tenir 14 mètres cubes d’eau et 4500 kilogrammes de charbon, ce qui fait un poids total pour la machine et le tender de 107 683 kilogrammes. Le poids des machines du Nord précédemment citées atteint seulement 44 tonnes en charge et 58 tonnes à vide.
- Malgré cette différence des poids, la charge supportée par les rails est plus faible par mètre courant sur la machine américaine en raison du grand écartement des essieux, elle est de 9800 kilogrammes au lieu de 15 250 kilogrammes par exemple pour les machines des chemins de l’État.
- La charge supportée par les essieux accouplés est de 58 000 kilogrammes, soit 11 600 kilogrammes par essieu ; elle s’abaisse à 55 220 kilogrammes sur les machines de l’État, mais l’effort supporté par chaque essieu isolé est néanmoins plus élevé, et atteint ainsi 13 300 kilogrammes. Le poids par mètre courant des machines à marchandises du Nord est de 10l,4, et le poids moyen sur chaque essieu est de il tonnes. L. B.
- L’ICHTYOL
- L’ichtyol est un nouveau médicament introduit dans la thérapeutique des maladies cutanées par le docteur M. Unna, de Hambourg. On obtient ce produit par la distillation d’une roche bitumineuse trouvée, il y a environ trois ans, près de Seefeeld, en Tyrol. Le bitume de cette roche ne serait autre chose que le résidu de matières animales décomposées, provenant de poissons et d’animaux marins préhistoriques. Le professeur V. Fritsch, qui a émis cette hypothèse, la base sur la présence d’un grand nombre de fossiles et d’empreintes de poissons dans les couches qui contiennent la roche bitumineuse en question. De là, le nom d’ichtyol donné à la nouvelle substance médicamenteuse.
- Pour obtenir l’ichtyol, on traite les produits de distillation de la roche bitumineuse de Seefeeld par de l’acide sulfurique concentré. La substance obtenue, après neutralisation, se présente sous forme d’une masse molle, de consistance analogue à celle de la vasehne, et d'un aspect rappelant celui du goudron. Elle diffère des goudrons végétaux et minéraux connus, non seulement par son odeur toute spéciale, mais surtout par ses propriétés physiques; mélangé à l’eau, l’ichtyol s’émulsionne; il est soluble, en partie, dans l’éther ou dans l’alcool. Un mélange de ces deux derniers liquides le dissout complètement. Il est miscible en toute proportion avec la vaseline et les huiles.
- L’ichtyol est caractérisé surtout par sa richesse en soufre : il en contient environ 10 pour 100, tandis que les produits de distillation de la roche bitumineuse dont il provient n’en renferment que 2 à 3 pour 100 avant le traitement par l’acide sulfurique.
- Le soufre contenu dans l’ichtyol lui est si intimement
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- uni qu’il n’en peut être extrait que par la décomposition complète de l’ichtyol, ce qui constitue une différence essentielle avec les préparations sulfureuses en usage. Outre le soufre, l’ichtyol renferme une notable quantité d’oxygène, ainsi que du carbone, de l’hydrogène et des traces de phosphore.
- M. Unna a employé l’ichtyol contre différentes maladies de la peau où il y avait indication d'utiliser la forte proportion de soufre signalée plus haut. C’est ainsi qu’il en a obtenu de bons résultats dans le psoriasis, et il a vérifié, à celte occasion, que l’ichtyol, appliqué d’une façon continue pendant des semaines entières sur la peau saine, ne détermine pas de dermatite, alors même que la peau est recouverte, par-dessus le médicament, d’une enveloppe imperméable. Une inflammation de la peau serait inévitable si l’on faisait usage, dans les mêmes conditions, d’une pommade renfermant 10 pour 100 de soufre.
- Mais, c’est comme anlieczémateux surtout, que M. Unna recommande l’ichtyol. Il a eu l’occasion de traiter, par ce médicament seul ou associé à d’autres substances, une trentaine de cas d’eczémas qui guérirent avec une rapidité étonnante. Sous l’influence de l’ichtyol, les surfaces suintantes se dessèchent, l’épiderme se reforme, les douleurs et les démangeaisons disparaissent rapidement
- LES MINES DU TONKIN
- Les Allemands sont généralement fort au courant de tout ce qui nous intéresse (pas toujours pour nous servir) ; nous avons intérêt, à ce point de vue, à savoir ce qu’ils disent. Un journal métallurgique de Saint-Etienne, rédigé par M. F. Laur avec l’ardeur et le talent que l’on sait, donne le résumé d’une lecture sur les mines du Tonkin faite récemment à la Société asiatique allemande, par M. Toda, ingénieur, ayant longtemps habité ce pays.
- 11 paraît qu’à l’oiigine les Chinois s’étaient jetés avec une telle activité sur l’exploitation de ces mines, que le gouvernement annamite, inquiet, limita à 300 le nombre de mineurs autorisés à travailler dans chaque exploitation. Il semblerait, d’après ce qu’on va lire, que ces exploitations pourraient être très lucratives.
- « Toutes les mines du Tonkin sont dans la partie montagneuse limitrophe de la Chine. Plusieurs mines d’or sont exploitées dans cette région, elles payaient au gouvernement annamite une redevance annuelle de six à vingt onces d’or, suivant leur rendement. Les plus productives de ces mines sont dans la province de Thai-Guen. C’est dans cette même province que sont les cinq mines d’argent de toute la région. Celle de Tien-Son paye une redevance de 400 onces d’argent. Dans la province de Hung-Hoa, deux mines de cuivre payent une redevance de 400 livres; celle de Ling-Tan, dans la province de Son-Taï, une redevance de 300 livres. De toutes ces mines, la plus importante est celle de Tu-Long, dans la province de Tuen-Quanq, sa redevance est de 80 onces d’argent et 12 000 livres de cuivre. Les mines d’étain de Thaï-Guen payent une redevance de 600 livres. Comme on le voit, la richesse minérale du Tonkin est considérable et le rendement très élevé, malgré une exploitation des plus primitives.
- Il doit exister d’autres mines non exploitées, car les habitants des montagnes apportent souvent aux marchés de l’intérieur, du plomb, du fer, de l’étain, de l’argent, dont on ignore la provenance. »
- LA CONSERVATION DU LAIT
- Le lait qui tourne est en principe le meilleur ; et c’est en vain que l’on chercherait à faire tourner convenablement un mélange d’eau et de plâtre ou de blanc de Meudon pulvérisé. — Mais il est néanmoins généralement reconnu préférable de consommer le lait avant qu’il ait tourné qu'après et le problème de la conservation du lait intact pendant les grandes chaleurs de l’été, fait le désespoir de personnes appartenant à toutes les classes de la société, et notamment de celles qui élèvent des enfants. * Les savants n’y réussissent pas toujours mieux que les autres et, sans avoir la prétention d'être plus heureux, sans assumer aucune responsabilité, nous résumerons ce qui se fait jusqu’à présent avec plus ou moins de succès pour conserver au précieux liquide ses propriétés nutritives et sa facile assimilation. Le lait est un liquide formé d’eau* de caséine, albumine, lactose, beurre ou matière grasse et sels (phosphates, chlorures, etc.). — Sa densité varie de 1,028 à 1,045. —Le lait de vache (et les autres laits aussi) varie plus ou moins de couleur, de saveur, de consistance, d’odeur et de composition. — Indépendamment du tempérament et de l’alimentation de l’animal producteur, il y a la température, l’humidité, l’état électrique de l’atmosphère, et bien d’autres circonstances, pour modifier le produit. Certaines races produisent des laits très différents des uns des autres ; et suivant ses impressions du moment, la même vache donne aussi des différences considérables.
- L’organisation et l’état physiologique de l’animal, son âge, les soins plus ou moins grands dont il est l’objet, l’introduction voulue ou accidentelle de telles ou telles plantes dans son alimentation, voilà ce qui explique toutes ces variations.
- Pour obtenir un lait riche et abondant, on a proposé de donner chaque jour aux vaches du son en suspension dans dix fois son volume d’eau tiède légèrement salée. — La pulpe de betterave augmente la sécrétion lactée et la richesse du lait en beurre, mais nuit à la qualité. — Comme la plupart des produits organiques, le lait abandonné à lui-même ne demande qu’à s’altérer ou se décomposer. — Lorsque l’on chauffe du lait à cent degrés pendant un certain temps dans un vase exactement plein et qu’on le renferme ensuite hermétiquement, il se conserve ainsi fort longtemps, probablement parce que à cent degrés, tous les microbes, cryptogames ou germes quelconques d’altération, ont été tués. —Mais emportez-le un peu plus loin; aussitôt l’agitation inévitable déterminera la séparation du beurre, et puis la saveur perd aussi quelque chose à cette élévation de température.
- Dans son Dictionnaire des Arts et Manufactures, ouvrage si justement réputé, M. Laboulaye indique une préparation obtenue en distillant 6 litres d’eau avec 6 Ail. de radis sauvages et retirant 9 litres du produit. Il paraîtrait qu’en ajoutant au lait une cuil-
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- lerée à bouche de cette préparation par litre, on le conserve sans lui donner aucun mauvais goût, et sans empêcher d’en extraire la crème et de préparer du bon beurre.
- On vend sous le nom de lactéinc, du lait concentré et évaporé à froid jusqu’à réduction en pâte sèche; et en délayant cette pâte dans l’eau on reproduit du lait naturel à peu près.
- Le lait distribué aux Parisiens vient de 50 ou 40 lieues ou même davantage; les laiteries de l’Eure et autres régions, expédient des wagons entiers de boîtes à lait que l’on voit arriver pleines le matin et repartir vides l’après-midi ; notamment sur les lignes du Nord et de l’Ouest. 11 yen a des trains complets.
- Lorsque le lait a été écrémé (à l’écrémeuse centrifuge ou autre), il présente une teinte plus ou moins bleuâtre. En été et aussitôt que la température dépasse 1 5°, le lait abandonnéà lui-même s’altère très promptement et tend à s’acidifier. — Au-dessous de 20 ou 25°, quelques heures suffisent pour que ce phénomène fâcheux s’accomplisse.
- Les laitiers s’arrangent comme ils peuvent pour lutter contre ces inconvénients. D’abord, le lait provenant de la traite du matin est versé dans de grandes chaudières en cuivre étamé, et porté à l’ébullition. On le soutire ensuite dans des boîtes en fer-blanc de
- 10 pintes ou 20 litres de capacité : et ces boîtes sont laissées ouvertes et portées dans un courant d’eau fraîche naturel ou artificiel, où le lait se refroidit jusqu’au soir. — Après la traite du soir, on mélange le produit avec la traite du matin conservée comme
- 11 vient d’être dit ; et l’on expédie en boîtes de 20 litres, dans lesquelles le lait se conserve facilement jusqu’au lendemain.
- Dans d’autres laiteries importantes, on chauffe le lait à —J—100° ; puis on le refroidit immédiatement à H- 1° ou-b 2°, soit directement dans les boites d’expédition, soit dans un réfrigérant à serpentin où le lait circule au milieu du courant extérieur d’eau très froide.
- Le lait ainsi expédié à-(- 2°, n’a que + 8° à -|- 10° en arrivant à destination, et se conserve une journée.
- MM. Mathey et Rocques traitent le lait par l’acide carbonique, qu’ils y refoulent et y dissolvent sous pression; et ils le mettent en siphons, comme l’eau de Seltz. ,
- % MM. Boulard, Bucquet et Cie proposent d’y introduire un produit connu sous le nom de vaseline ou pétroléine, dont nous ignorons le goût. — Un seul critérium peut permettre de juger des valeurs respectives de tous ces moyens : c’est l’expérience prolongée. — l’eut-être l’acide salycilique à faible dose serait-il recommandable, puisqu’il sert efficacement déjà à préserver de toute altération certaines boissons et certains produits alimentaires. Le bicarbonate de soude et les borates sont également des agents conservateurs dans une certaine mesure ; et le premier tend à neutraliser l’acide lactique s’il s’en forme. —125 grammes^le bicarbonate de soude
- suffisent pour 200 litres de lait; et le consommateur ne se porte généralement pas [dus mal, surtout si son médecin lui a recommandé l’usage des eaux minérales alcalines. Enfin la précaution essentielle et sans laquelle les autres n’ont que peu ou point de succès, c’est la plus grande propreté des vases et ustensiles employés ; car la propreté c’est l’élimination implicite des microbes, des bacilles, des ferments et agents d’altérations. L. Poii.lon.
- LA GROTTE DE L’OMBRIVES
- PRÈS TARASCON (aRIÈGe)
- Parmi les nombreuses cavernes des Pyrénées explorées par divers savants, celle de L’Ombrives est certainement l’une des plus belles au point de vue pittoresque, et des plus curieuses en ce qui touche à l’archéologie. Nous allons en entretenir quelques instants nos lecteurs, après les avoir mis au courant des résultats auxquels ont conduit les diverses fouilles faites depuis plus de trente ans dans le sol de cet antre connu depuis tant de siècles; nous leur donnerons les conclusions scientifiques auxquelles le dernier Congrès d’archéologie accorda son adhésion au mois de mai dernier.
- Cette caverne a été creusée par les agents naturels (dislocations du sol et passage de cours d’eau surchargés d’acide carbonique) dans les calcaires crétacés inférieurs (aphien) qui bornent à l’ouest la vallée de l’Ariège. Au pied de la montagne de L’Ombrives se trouve la station thermale d’Ussat-les-Bains, dont les sources naissent sur le passage de l’une des fractures qui a donné en partie sa direction à la grotte.
- Il suffit d’une demi-heure de montée pour atteindre l’entrée de la caverne. Cette ascension se fait au milieu d’un chaos des plus sauvages qu’augmentent assez souvent encore les blocs que la gelée détache des escarpements surplomblant l’entrée de la grotte. Cette entrée cachée par un talus d’ébou-lement considérable, est grandiose. Dépourvue de suintements elle pourrait être aujourd’hui habitée comme elle le fut autrefois.
- Si nous pénétrons dans cet immense palais, où, d’après la légende trônait la confiante Pyrène, on voit bientôt la grotte se diviser en deux couloirs.
- Celui de droite vient s’ouvrir en vue de Tarascon, et se termine par une plate-forme que l’on atteint en quelques minutes. Elle se termine à pic au sommet de précipices profonds. On y a trouvé de nombreux vestiges de l’habitation humaine pendant l’époque dite de la pierre polie. Dans ce couloir la nature a prodigué les stalactites les plus bizarres. Ici se sont les femmes pendues, là les oies grasses, plus loin un lustre de cathédrale. Celui de gauche, le plus grand, se poursuit environ pendant l’espace de 400 mètres, et se termine brusquement par un étroit passage qu’autrefois on ne franchissait qu'en
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- Caverne de l’Ombrives (Àriège). Le lac. (Dessin d’après nature de M Albert Tissandier )
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- rampant. Tout à coup on débouche dans une salle immense. Là, plus de stalactites, la lumière des torches éclaire vaguement la voûte qui s’élève comme celle d’une cathédrale, et devant soi le regard s’arrête sur l’immense mur vertical au sommet duquel on devine la grotte supérieure. On est muet, interdit, et l’on cherche quel intérêt poussait l’homme qui le premier osa gravir ce redoutable passage.
- Autrefois cinq échelles fixées sur autant de rebords du rocher permettaient d’atteindre l’ouverture qu’on aborde aujourd’hui tout à l’aise par des escaliers tantôt creusés dans le roc, tantôt suspendus sur l’abîme comme le pont d’abordage d’un bâtiment.
- Sur la plate-forme où se terminent les marches, s’ouvre un couloir que des roches entassées rendent dangereuses à parcourir. Il débouche, après avoir obligé le visiteur à une nouvelle et pénible ascension, dans la salle la plus importante et la plus curieuse : le Cimetière, sur lequel nous reviendrons bientôt.
- En avançant toujours dans la caverne, la voûte fuit au loin, régulière et majestueuse. D'énormes concrétions stalactiformes portent encore des noms plus ou moins bien imaginés. Un lac dont l’étendue varie suivant les saisons, occupe souvent toute la largeur de la caverne sur plus de 100 mètres de long. 11 est en partie représenté sur la gravure dont notre ami Albert Tissandier a bien voulu accompagner ma note. Après l’avoir franchi sur des pointes de rochers et de stalagmites, on continue à marcher l’espace de quelques centaines de mètres et l’on se trouve en face de deux galeries.
- Celle de droite se termine d’une manière inattendue par un escarpement ; des cordes sont néces -saires pour atteindre le sol inférieur. Au bas de ce mur est une salle assez vaste se terminant elle-même par un second précipice dans lequel personne n’est jamais descendu. C’est là sans doute un point de communication avec la grande grotte de Niaux qui s’ouvre dans le massif calcaire au-dessus de la rivière de Vic-de-Sos.
- Dans la galerie de gauche, le sol, chose étrange, est constitué par des cailloux et des blocs granitiques roulés. La route que le visiteur va rejoindre par une pente rapide, est traversée par une fissure, et l’on touche bientôt au fond de la grotte.
- Depuis l’entrée, on a ainsi parcouru une étendue de plus de 1600 mètres.
- La beauté du spectacle enlève à cette visite souterraine ce qu’une âme pusillanime pourrait y trouver de terrible en présence de la longueur de la promenade à la lueur rouge des torches dans un lieu qui semble vous conduire dans le royaume de Pluton.
- Voyons maintenant quel intérêt scientifique présente cet antre sauvage et imposant à la fois.
- Comme presque toutes les cavernes, celle de L’Ombrives a offert dans les temps préhistoriques un refuge naturel aux populations primitives qui vivaient dans ce point des Pyrénées nommé aujourd’hui : vallée de Tarascon.
- Sous l’immense portique qui forme l’entrée de la caverne et qu’une lumière abondante et douce éclaire, sont amoncelées des cendres marquant l’emplacement des foyers, autour desquels des familles entières vivaient à l’époque préhistorique que l’on appelle âge delà pierre polie. Des meules en granit, des fragments de poterie grossière, des os appointés, des haches en pierre et en diorites polies, des ossements cassés de ruminants, et l’absence de tout objet en métal, attestent la présence de l’homme à une époque assez primitive. J’ai depuis longtemps assimilé cette époque à celle de l’habitation première des lacs de la Suisse.
- Tout à côté, se trouvent d’autres foyers, édifiés par des êtres humains à civilisation plus perfectionnée, comme l’attestent la présence d’ornements en verre et de poteries plus fines; on y découvre aussi des fragments d’objets en bronze et en fer.
- Mais c’était surtout dans le lieu que nous avons appelé le Cimetière, que gisaient les objets les plus intéressants et les plus abondants parmi ceux signalés jusqu’à ce jour dans cette caverne.
- Des squelettes humains très nombreux, réunis comme par groupes, se trouvaient mélangés à des débris de poterie, à des objets en bronze (bracelets, fibules, épingles, hameçons, etc.), à des ornements en fer, à des colliers de dents de chien percées, à des haches en jade polie, à des fragments d’ossements d’animaux divers (bœuf, cerf, mouton, ours de petite taille) à du charbon enfin.
- Dire à quel âge historique ou préhistorique pouvait se rattacher un pareil ensemble d’objets et de squelettes humains, était resté pour moi un problème, ainsi que je l’ai dit dans diverses publications faites sur ce sujet, soit en collaboration, soit seul.
- Mais, en étudiant la disposition des lieux, la manière dont les groupes de squelettes étaient distribués dans le Cimetière, la nature des objets (presque tous des ornements et des objets de toilette), en constatant la quantité restreinte des débris animaux, en sachant enfin que le plus grand nombre des crânes trouvés indiquent surtout la présence de femmes et d’enfants de type causasique, il est permis de supposer qu’on n’est pas là en présence d’un lieu d’habitation humaine semblable à celui dont l’existence a été signalée à l’entrée de la caverne.
- Si l’on se rappelle également le fait historique signalé par César dans ses Commentaires : qu’il fit périr dans les grottes où ils s'étaient réfugiés les habitants des vallées pyrénéennes qu’envahissaient ses armées, il est permis de baser sur ce gisement préhistorique, aujourd’hui très bien connu, mais non expliqué, une théorie qui semble s’accorder avec les faits observés.
- Le gisement du Cimetière de la grotte de L’Ombrives serait constitué par les restes d’une population historique, préromaine, surtout composée de femmes et d’enfants qui se seraient réfugiés dans ce "point de la caverne pour y être en sûreté pendant
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- quelque temps, et auxquels on aurait enlevé les moyens de reprendre la route première qu’ils avaient dù franchir : celle des escarpements.
- Telle est l’idée que j’ai émise, il y a quelques mois, devant le Congrès archéologique de France, après lui avoir fait étudier sur place toutes les conditions du gisement. Le Congrès a cru pouvoir accepter l’explication que j’ai ainsi donnée de ce point encore mystérieux de la formation du gisement archéologique du Cimetière de la grotte de L’Ombrives, comme étant jusqu’ici la plus en rapport avec les faits observés.
- Des légendes sont nées sans doute à des époques très reculées reposant sur le fait important que je signale.
- L’existence des ossements humains de L’Ombrives est indiquée par un historien du seizième siècle, Elias Appamiensis. Un autre auteur de la même époque, Holagraï, s’étendant aussi sur les merveilles du pays de Tarascon, cite la présence des ossements de L’Ombrives qu’il invoque comme marquant une grande antiquité :
- Ce roc cambré par art, par nature et par l’aage,
- Ce roc de Tarascon hébergea quelquefoix
- Les géants qui courroyent les montagnes de Foix,
- Dont tant d’os excessifs rendent leur témoignage.
- Telle est la grotte de L’Ombrives qu’on n’aura plus le droit d’appeler, comme autrefois, la grotte des Echelles, puisque, grâce à la libéralité du Conseil général et à la sollicitude de M. Henri Paul, préfet de l’Ariège, ce dangereux moyen de gravir l’escarpement qui sépare les deux grottes, est remplacé par un solide escalier que peuvent- aborder même les plus timorées parmi les dames.
- Consacré sans doute au dieu Ilumber qu’adoraient dans le pays nos ancêtres Ibériens, la grotte de L’Ombrives est la plus belle de toutes les cavernes du pays de Tarascon qui renferment, d’après d’Ar-cliiac, « les principaux éléments d’une chronologie humaine plus complète que dans aucune autre contrée d’une égale surface. » Dr F. Garrigou.
- NOUVEAU CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN
- SANS RAILS NI WAGONS, NI PONTS NI TUNNELS
- La question du chemin de fer métropolitain de Paris est à l’ordre du jour, et il ne se passe pas de semaine sans qu’il ne surgisse un projet nouveau, tout naturellement supérieur à tous les autres, du moins dans l’esprit du promoteur.
- Quel que soit l’avenir réservé à celui que nous voulons présenter aujourd’hui a nos lecteurs, il serait difficile de lui renier sa qualité dominante : l’originalité. A l’époque où nous vivons, c’est déjà quelque chose que de faire nouveau, et il faut savoir en tenir compte.
- Voici d’abord le résumé des considérations par lesquelles M. Edouard Mazet, capitaine au long
- cours, a été conduit à imaginer son Nouveau chemin de fer métropolitain sans rails, ni wagons, ni ponts, ni tunnels. La suite montrera dans quelle mesure le système justifie son appellation.
- Deux systèmes de chemins de fer métropolitains sont en présence :
- 1° Le chemin de fer souterrain; 2° le chemin de fer aérien sur ponts.
- M. Mazet a bientôt fait le procès des chemins de fer souterrains.
- « Ce qui a empêché et empêchera toujours1 l’établissement du premier de ces systèmes dans des villes telles que Paris, c’est qu’il aurait fallu, à l’origine de la formation de la cité, en prévision de son extension actuelle et future, combiner par avance les différentes routes que devaient suivre plus tard et sans enchevêtrements possibles, au fur et à mesure des découvertes de la science et des besoins de l’homme, les voies de communication, les égouts, les conduites d’eau, de gaz, d'électricité, les téléphones, etc., enfin prévoir et ménager sous terre un espace libre et suffisant où l’on pùt faire circuler un chemin de fer à double voie, sans être dans la nécessité de changer ou détourner aucun des égouts, conduites, etc., déjà existants.
- « Mais comme l’on ne pouvait prévoir ce que deviendrait Paris, pas plus que nous ne pouvons soupçonner ce qu’il sera dans les temps futurs, et comme nous sommes, de plus, convaincu que ce défaut de divination se perpétuera dans les siècles, nous croyons pouvoir émettre l’opinion : que les difficultés matérielles et financières qui se sont amoncelées depuis l’époque où la première tribu est venue se fixer sur les rives de la Seine, jusqu’à nos jours, empêcheront maintenant et pour jamais l’établissement d’un réseau souterrain à Paris.
- « En résumé, 1° La création d’un chemin de fer métropolitain souterrain doit précéder la création de la ville où il doit être établi, car lorsque la ville existe avec toutes les artères indispensables à son existence, les difficultés matérielles et financières qui se présentent peuvent être considérées comme insurmontables.
- « 2° La création d’un chemin de fer métropolitain souterrain ne peut précéder la création de la ville où il doit être établi, car la nécessité d’un réseau souterrain ne se fait sentir que lorsqu’il y a agglomération d’habitants, c’est-à-dire : ville.
- « Nous voyons que, d’une part, ils doivent précéder ; que, d’autre part, ils ne peuvent précéder, et nous concluons : les chemins de fer métropolitains souterrains doivent être rejetés. »
- M. Mazet accorde dix ans pour la construction
- 1 Nous ferons remarquer que c’est l’auteur qui parle. Nous avons reproduit textuellement la citation, nécessaire pour la justification du projet, sans en garantir l’exactitude, puisque les événements viennent de lui donner un démenti, et qu’une convention vient d’être signée entre le Ministre des travaux publics et un groupe formé d'un certain nombre de Sociétés de crédit pour la concession du Chemin de fer Métropolitain de Paris.
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- d’un souterrain, et passe en revue les moyens actuels de locomotion devenus absolument insuffisants, pour démontrer qu’il faut une solution immédiate :
- « Il faut que dans six mois l’on puisse voyager dans Paris avec une vitesse de huit lieues à l’heure, que les trains passent dans les voies principales toutes les Jeux minutes, qu’ils offrent au public au moins un tiers de places disponibles en vue du nombre des voyageurs. »
- Voici maintenant le procès des chemins de fer aériens :
- « Pressentant l’antipathie du Parisien pour un chemin de fer souterrain, on a dû chercher un autre mode de transport et l’on s’est arrêté, pendant un certain temps, à un projet de chemin de fer aérien circulant sur des ponts.
- « Il fallait, sur des piliers, établir des ponts dans les rues principales et sur les boulevards, et c’est sur ces ponts qu’auraient circulé les trains à la hauteur des premiers étages des maisons, premiers étages qui passaient alors à l’état de rez-de-chaussée, tandis que les boutiques, ornement de Paris, descendaient dans les caves. C’était insensé! encore plus insensé que ce métropolitain souterrain.
- « Paris, cette coquette, qui passe tout son temps et dépense tout son argent à s’embellir, était défigurée à jamais.
- « D’affreux ponts, en fonte grisâtre froide, masquant les maisons, les hôtels,
- Y Opéra! c’était mortel pour Paris qui ne devait tarder à passer à l’état de simple bourgade.
- « Heureusement Y Opéra s’est trouvé là, bien assis sur sa base ; fort de sa majesté et de sa popularité il a pu dire : On ne passe pas ! c’était l’obstacle, obstacle heureux, s’il en fût, qui a empêché de commettre une bêtise sans appel.
- « On a craint de détruire l’effet décoratif que produit l’Opéra vu de l’extrémité de son avenue, on a réfléchi et on s’est enfin dit qu’il n’était pas possible d’avoir entassé tant de millions dans une œuvre d’art, pour en masquer tout à coup la vue, sans nécessité absolue. Dès lors, le chemin de fer aérien était condamné !
- « Mais sans tenir compte de l’Opéra, était-il possible de faire passer deux voies aériennes dans des rues comme la rue Montmartre, par exemple? Mais ces voies se seraient touchées, et auraient affleuré
- les maisons, bouchant complètement la rue; c’était une nouvelle chaussée créée en l’air à la hauteur d’un premier étage, les voitures et les piétons circulaient dessous à travers cette forêt de mâts de fonte. Nous avions alors l’opposé du métropolitain souterrain, c’étaient les voitures et les piétons qui devenaient souterrains, la population parisienne errait à l’aventure cherchant sa route dans ce nouvel et vaste égout collecteur.
- v Financièrement parlant, l’affaire était colossale : M. Songeon, président de la Commission municipale, ne parlant de rien moins que de un milliard et
- demi. En face de ce chiffre qui répand lepouvante autour de lui, nous n’irons pas plus loin. »
- Dans le système que propose M. Mazet, il n’y a rien de changé aux habitudes pas plus qu’à la configuration de la ville. Passons outre devant tous les compliments que l’auteur fait à son projet, tous les avantages qu’il présente pour la ville, le public, l’hygiène, le bien-être, etc., et arrivons à sa description sommaire, facilitée par les figures qui l’accompagnent.
- En principe, il se compose d’une série de poteaux ’ ou colonnes en fonte espacées de 10 en 10 mètres, ou de 15 en 15 mètres, et sur lesquelles vient glisser un bateau ou wagon aérien, assez long pour s’appuyer toujours sur deux colonnes à la fois.
- L’armature de ce wagon est constituée par des fers double T, reliés entre eux par des croisillons et des entretoises en fer léger. La partie conductrice du fond glisse, par l’intermédiaire de galets, dans les rainures du poteau servant de voie (fig. 1). A l’avant est la chambre de la machine, à l’arrière le frein ; le reste est réservé aux voyageurs d’intérieur. La figure 2 est une coupe transversale du wagon montrant son système de suspension ainsi que la forme des colonnes.
- La figure 3 est une vue perspective montrant les bateaux-wagons circulant sur les boulevards.
- La partie inférieure du bateau ne fait saillie que de lm,10 et au sol de la plate-forme de l’impériale de lm,40. En plaçant les poteaux dans l’alignement des arbres, le côté extérieur viendrait donc sur la perpendiculaire à fleur du trottoir.
- Les poteaux suppriment et remplacent les becs de gaz actuels; ils ont 5 mètres de hauteur, lm,20 de
- Coupe longitudinale.
- Coupe extérieure
- Fig. 2.
- Coupe transversale.
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- Fig. 5. — Exemple d’application du système Mazet sur un boulevard.
- Le wagou-bateau est représenté sur la place de l'Opéra glissant sur les poteaux qui servent de voie.
- diamètre à la base, 50 centimètres au sommet. On profitera des kiosques-affiches, des kiosques de marchands de journaux, etc., pour dissimuler un poteau.
- Les rainures se dégagent un peu en éventail de chaque coté pour servir de guide et empêcher le bateau de marquer le support si le vent ou les trépidations venaient donner au bateau une direction oblique.
- Nous laissons de côté les dispositions spéciales combinées pour pouvoir marcher dans les courbes, les montées et les descentes, les stations débarcadères, bifurcations, etc., pour arriver au moteur destiné à mettre le bateau en mou-ment. Ici les détails font défaut. Voici en effet tout ce qu’en dit M. Mazet :
- « Moteur. — Le moteur sera : soit électrique, genre accumulateurs Faure-Selon-Wolckmar, ou Reynier, ou Ayr-ton et Perry ;
- « Soit à vapeur sans fumée, à air comprimée, à acide carbonique... etc.
- * « Le moteur
- est installé à bord dans une chambre spéciale.
- « Si pour rendre le bateau plus léger, ou pour gagner un plus grand nombre de places, l’on supprimait la machine à bord du bateau, on se servirait d’une force fournie par une usine centrale qui mettrait le galet ou une roue en mouvement.
- « La partie inférieure du bateau, qui passe sur ce galet ou cette roue, serait filetée pour en empêcher le glissement, et le bateau suivrait sa route emporté par chacun des galets tournants à chaque poteau.
- « La force transmise de l’usine centrale pourrait l’être au moyen d’une corde sans fin passant sous terre dans des tubes, et aux pieds des poteaux et
- actionnant le galet au moyen de transmissions, ou à l’aide de l’air comprimé, de vapeur, de conduits électriques, etc. »
- Nous estimons qu’il serait plus simple et plus pratique d’imiler ce qui se fait avec le telphcrage de M. Flcming-Jenkin : laisser le moteur sur le bateau et amener le courant d’une usine centrale par des
- conducteurs souterrains avec des prises de courant débouchantà chaque colonne. La corde sans fin passant dans des tubes au moyen de transmissions ne nous paraît pas réalisable.
- Il en est de même pour le système de propulsion lui-même constitué par un système compliqué de crémaillères et de cliquets qui fourniraient nécessairement des mouvements brusques et saccadés.
- Nous n’avons pas d’ailleurs l’intention de faire une critique technique complète du projet de M. Mazet;
- il nous a suffi d’indiquer les grandes lignes de son idée si originale ; réalisée sur une petite échelle , elle obtiendrait un certain succès dans les foires et rajeunirait un peu les chevaux de bois dont la forme antique commence à lasser les amateurs, même les plus forcenés.
- A côté de cette application récréative, il s’en trouve une autre plus sérieuse et plus importante et que propose M. Mazet pour la traversée des rivières, des marais, des plaines et des précipices. C’est celle que représente la figure 4. En dehors de la question économique résultant de la suppression des arches et de la facilité de construction, on aurait l’avantage, bien plus important encore, de faciliter la naviga-gation fluviale en n’obturant plus les rivières par des barrières qui lui fixent aujourd’hui une limite. Un
- Fig. 4. — Exemple d’application du système Mazet pour la traversée d’un précipice. Le wagon-bateau est figuré sur le bord du précipice, au moment où il va s’engager dans les rainures des supports.
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- coup d’œil sur la figure 4 en dira plus (pie de longues explications.
- Nous renvoyons à la brochure de l’auteur1 ceux qui voudraient connaître plus avant son projet et seraient disposés à partager son enthousiasme certainement exagéré. Ce que nous avons dit suffit pour en comprendre l’esprit général et juger dans quelle mesure il serait susceptible d’applications.
- UN
- NOUVEAU RÉGULATEUR DE TEMPÉRATURE
- Parmi les nombreux appareils destinés à maintenir automatiquement constante la température d’un milieu, il n’en est pas, à notre connaissance, de plus simple et de plus facilement réglable que celui imaginé par M. N. A. Raudolph, du laboratoire biologique de l’Université de Pensylvanie, et dont nous trouvons la description dans The Journal of the Franklin Institute.
- On voit sur le diagramme ci-dessous qu’il se compose en principe d’un thermomètre à air disposé pour pouvoir,
- à un moment donné, couper l’arrivée du gaz qui sert à chauffer l’étuve ou l’enceinte ; la nouveauté du système consiste dans l’adjonction d’un robinet en verre D qui permet de faire varier la tension de l’air dans la chambre A et par suite la hauteur du mercure dans la branche 0. 11 est évident que lorsque le mercure est arrivé près de la bifurcation en forme d’Y, la moindre élévation ultérieure de température suffira pour dilater encore l’air en A et amener la colonne de mercure à couper l’arrivée du gaz. Si les niveaux étaient les mêmes, il faudrait une variation de température plus grande pour produire le même effet ; l’appareil serait moins sensible. En pratique, on ajuste l’appareil en le plaçant dans un milieu à la température requise, et en injectant lentement de l’air dans le réservoir A par l’intermédiaire du robinet D à l’aide d’une seringue, jusqu’à ce que la colonne B soit très voisine du point de bifurcation. 11 faut employer le gaz destiné au chauffage à une pression aussi basse que possible, et il sera bon d’intercaler un régulateur de pression entre la prise de gaz générale et l'appareil, au delà du point G. 11 sera bon que les deux branches latérales de l’Y soient d’un diamètre plus grand que la branche verticale et que le point de rencontre des trois branches soit aussi un peu étranglé pour que les moindres variations de température produisent de grandes dénivellations et par suite des occlusions et des ouvertures franches.
- Lorsque le mercure décline en B, le bec I s’éteint; Je
- 1 Nouveau chemin de fer métropolitain sans rails, ni wagons, ni ponts ni tunnels, par 31. Edouard Mazet, capitaine au long cours. — Paris, E. Dentu, éditeur.
- refroidissement s’opérant, le niveau baisse de nouveau et le gaz vient s’allumer à un veilleur I placé près du bec. Ce veilleur-allumeur est calculé pour ne fournir qu’une quantité de chaleur inférieure à celle perdue par l’enceinte, par rayonnement ou par conductibilité. Pour obtenir un fonctionnement régulier pour des expériences de longue durée, il faut mettre quelques gouttes de glycérine sur la surface du mercure pour en prévenir l’oxydation. Un thermomètre plongé dans l’enceinte à température constante permet de vérifier de temps en temps le bon ajustement de l’appareil.
- CHRONIQUE
- Exposition internationale des inventions en Angleterre. — Une exposition internationale des inventions doit avoir lieu, au mois de mai prochain, à South-Kensington, sous le haut patronnage de S. M. la reine Victoria et sous la présidence de S. A. R. le prince de Galles. Cette exposition comprendra deux grandes divisions : dans la première, celle des inventions, seront admis tous les appareils, procédés et produits inventés ou mis en usage depuis 1862, ce qui permettra de se rendre compte des progrès réalisés pendant le dernier quart de siècle. La seconde division (musique), beaucoup plus restreinte, réunira les types d’instruments de musique dont la date ne remonte pas au delà du commencement de ce siècle; et, en outre, les machines, appareils et procédés servant à leur fabrication ou employés par la science et l’art de la musique. Cette partie de l’exposition sera complétée par des collections historiques d’instruments ou de peintures et de gravures ayant trait à la musique. Ouverte en mai 1885, l’exposition sera fermée six mois après. Des médailles d’or, d’argent et de bronze, et des diplômes d’honneur seront décernés par les jurys des classes. Les demandes d’admission doivent être faites sur des formules imprimées que délivre le secrétaire de l’Exposition. Elles devront lui parvenir avant le 1er novembre 1884.
- Ascension aérostatique de longue durée. — Un
- remarquable voyage aérien a été exécuté au commencement du mois par M. Hervé accompagné de M. Lair. Le départ a eu lieu le mercredi 1er octobre à 10 h. 15 m. du soir de l’usine à gaz de la Villette, où l’aérostat, appartenant à M. Hervé et du cube de 1200 mètres, a été gonflé. Les voyageurs ont passé toute la nuit en ballon; ils ont traversé l’est de la France, et à 6 h. 35 du matin, le ballon passait la Moselle à 1100 mètres d’altitude, dans le voisinage de Metz. A 9 heures du matin le 2 octobre, les aéronautes s’élevaient à 1500 mètres d’altitude et admiraient les effets d’un soleil étincelant dardant ses rayons au-dessus d’une mer de nuages éblouissante. L’ombre de l’aérostat se projetait sur les nuées avec l’auréole irisée des aéronautes. A 9 h. 30 m., MM. Hervé et Lair admiraient le tableau des campagnes que le Rhin arrose de ses eaux, et à 9 h. 40 m. ils exécutaient leur descente à Germersheim, Bavière Rhénane, après un séjour de 11 h. 25 m. dans l’atmosphère. Les voyageurs avaient emporté dans la nacelle divers appareils météorologiques enregistreurs et une lampe électrique à incandescence qui leur fut très utile pendant la durée de la uuit.
- Vitalité des insectes dans les gaz. — L’action des gaz délétères se manifeste sur les divers insectes à des degfés bien différents. Des expériences publiées dans
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- Y American Naturalist ont donné les résultats suivants : dans l’oxygène, après un effet d’excitation d’une courte durée, des mouches ont. pu vivre de 9 à 29 heures; le papillon citron, 12 heures; une noctuelle, un jour et demi; le Doryphora (insecte du Colorado) paraissait n’avoir pas souffert après 3 jours. Dans l’hydrogène, les mouches cessèrent leurs mouvements au bout de 20 minutes ; l’une d’elles, cependant, pouvait encore voler au bout de 24 heures. Une noctuelle mourut en 20 minutes; une guêpe noire en 10 minutes. Sur l’insecte du Colorado, point d’effet appréciable. Dans l’acide carbonique, les mouches moururent en 10 à 15 minutes; l’insecte du Colorado revenait à la vie après 3 heures d’immersion. L’oxyde de carbone fit périr les fourmis en moins d’une minute; après 45 minutes, l’insecte du Colorado vivait encore. L’acide prussique et les vapeurs nitreuses agirent fatalement sur tous les insectes. Le Doryphora fut le seul qui résista à 1 heure d’immersion dans le chlore. Les expériences ont été faites dans de grands flacons à deux tubulures, un tube servant à l’entrée et l’autre à la sortie du gaz. — L’auteur pense qu’on pourrait préserver les collections d’insectes en les enfermant hermétiquement dans des boîtes remplies de gaz agissant d’une façon délétère sur les Anthrènes, etc. R. Viox.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 octobre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Pierre ponce. — On voit sur le bureau, délicatement enveloppée dans du papier de soie, une pierre ponce de plus de 6 kilogrammes, à la forme arrondie et à la surface couverte de coquilles. Elle a été recueillie, alors qu’elle flottait sur la vague, en pleine mer, non loin de Madagascar, par M. Antoine, officier de marine. Cette roche, qui provient de la célèbre éruption du Krakatoa, pourra contribuer à faire connaître la direction et la vitesse des courants marins qui du détroit de la Sonde se dirigent vers la côte orientale de l’Afrique. Sa découverte, comme le fait remarquer M. Alphonse Milne Edwards, doit porter aussi un autre enseignement en rendant fort prudent sur les déductions à tirer du draguage de ponces en mer profonde. La première idée quand on ramène des abîmes de l'Océan des mètres cubes de ponce comme l’ont fait les explorateurs du Talisman, est de supposer que le bassin de la mer a été le siège de phénomènes volcaniques : on voit qu’il suffit de courants pour que ce bassin soit parsemé de roches originaires de fort loin. La réserve, bien entendu, ne s’applique qu’à des ponces et non à des laves ou à d’autres roches trop denses pour être entraînées par les eaux.
- Entomologie. — Comme suite à des travaux antérieurs sur lés métamorphoses des coléoptères vésicants, M. Beau-regard adresse, par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne Edwards, une note sur la larve de YEpicantha européenne. Son organisation identique à celle de ses congénères américains montre quelle doit suivre les mêmes mœurs et le même régime que celles-ci. On sait que ces dernières traversent la série de leurs transformations dans les nids de grosses sauterelles, vivant aux dépens des œufs volumineux de ces orthoptères.
- Glaciers fondus. — Un géologue bien connu, de Genève, M* le professeur Alphonse Favre, fait hommage à l’Aca-
- démie d’une carte représentant les sept glaciers qui, à l’époque quaternaire, recouvraient toute la Suisse. On y voit la disposition des moraines successives édifiées par ces glaciers durant leur mouvement de retraits et la situation des principaux blocs erratiques dont on doit souhaiter la conservation.
- Dissociation de l’oxyde de cuivre. — M. Debray a soumis à une étude nouvelle la décomposition de l’oxyde de cuivre sous l’influence de la chaleur. Sa conclusion contraire à celle de plusieurs chimistes, mais fondée sur les données précises des phénomènes de dissociation, est qu’il n’existe pas de composé défini intermédiaire entre CuO et Cu-O.
- Nouveau phylloxéra. — Il faut convenir que le besoin ne s’en faisait nullement ressentir; mais puisqu’il existe, le mieux est encore de le connaître. 11 ne s’attaque d’ailleurs pas à la vigne mais au saule et a été découvert dans son propre jardin par M. Lichtenstein à l’état de cadavre desséché dans la crevasse d’une écorce. L’arbre avait sur ses feuilles de petites taches blanches où l’entomologiste de Montpellier trouva des œufs. Ceux-ci convenablement soignés laissèrent sortir des phylloxéra dont l’auteur a fait, dès maintenant, une étude détaillée qu’il se propose de continuer.
- Varia. — La correspondance renferme un nombre considérable de communications sur la navigation aérienne ; d’après ce qu’en dit M. le secrétaire il n’y a rien à en retenir pour nous ; mais ce nous sera une occasion de signaler de nouveau l’excellent journal de M. le DrAbel Bureau de Villeneuve, VAéronaute où les personnes que cette question intéresse trouveront l’état actuel des études aérostatiques. — Un nouveau galvanomètre a été inventé par M. Ducretet. — Le directeur de l’Observatoire de Marseille, M. Stéphan, adresse ses observations de l’éclipse de lune et des deux planètes 240 et 241. — De la.même ville M. Louis Ronge annonce la découverte d’une nouvelle ascidie simple. Stanislas Meunier.
- ANNEAUX DE FUMÉE
- Lorsqu’à l’aide d’un tube, de 2 à 5 millimètres de diamètre, on souffle doucement de la fumée de tabac contre une lame de verre mouillée, on produit des anneaux très fugitifs. Si l’on opère en vase clos les anneaux sont fixes, le courant étant lui-même uniforme. Mais l’expérience qui met le phénomène en parfaite évidence, est celle qui consiste à rendre le courant automatique, au moyen d’un aspirateur ; disposition analogue à celle que M. Nicklès a imaginée pour analyser la flamme d’une bougie. Un tube de verre effilé, ou mieux un bout de chalumeau métallique traverse un bouchon qui ferme hermétiquement un grand flacon à robinet inférieur, et plein d’eau (fig. 1). Le bec du chalumeau plongeant dans le centre de la flamme et le robinet étant ouvert, le liquide s’écoule et une colonne de fumée blanche descend verticalement jusqu’à la surface de l’eau (comme le ferait une veine liquide continue, où elle forme plusieurs anneaux concentriques, dont le relief augmente bientôt avec l’épaisseur de la lourde fumée qui ne trouve pas d’issue.
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- LA NATURE.
- Ces anneaux ont des diamètres d’autant plus grands que le courant est plus lort (fig\ 2).
- Malheureusement, le nombre de ces anneaux diminue bientôt, à mesure que la couche de fumée, qui reste à la surface de l’eau, devient plus épaisse. On finit par n’avoir plus qu'un seul anneau à bourrelet très élevé, de plus de 0m,015 d’épaisseur verticale (fig. 5).
- Au lieu de la fumée d’une bougie, on peut employer celle d’un cigare, d’une pipe de tabac. On évite ainsi le dépôt de matière grasse qui, dans le premier cas, obstrue bientôt le tube, s’il est trop fin et arrête ainsi l’expérience.
- On connaît plusieurs circonstances dans lesquelles se produisent des anneaux ou couronnes, ou plutôt des tores de fumée :
- 1° Par exemple dans la combustion spontanée de |
- l’hydrogène phosphore. Les vapeurs blanches d’acides phosphoriques qui en résultent, s’élèvent, en s’enroulant dans l’air en couronnes blanches horizontales, quand l’air est calme (fig. 4). Ces couronnes dont le diamètre augmente sans cesse, finissent par se déchirer en lanières qui se dissolvent dans l’humidité de l’air dont elles sont très avides.
- 2° Les couronnes qu’on observe quelquefois , en temps calme, autour des bouches à feu, au moment du tir, ont même origine bien qu’elles soient de nature différente et qu'elles se propagent horizontalement jusqu’à une certaine distance. Avec des obu-siers verticaux, les couronnes sont horizontales et très belles, vues en dessous puisqu’elles se transportent verticalement.
- 5° On sait qu’une boîte cubique en carton, percée
- Fig. 1. — Appareil pour produire les anneaux de fumée.
- Fig. 2 à S. — Différents aspects des anneaux de fumée.
- de deux ouvertures au milieu de deux faces opposées, pleine de fumée et frappée sur l’une de ces faces, laisse échapper par l’ouverture opposée des anneaux tourbillonnants de fumée (Voy. n° 427 du 6 août 1881, p. 149).
- 4° La vapeur d’eau qui sort à l’air libre par l’in-
- termittence d'un tuyau de dégagement vertical, s’échappe parfois en couronnes circulaires ou elliptiques (lig. 5). G. U.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- NJ 595. — 2 5 OCTOBRE 188flfr
- TURE.
- ASSÀB ET LES AS
- Les récits des exjdorations nombreuses qui ont été faites au cours de ces dernières années, principalement dans les contrées inconnues du continent noir ; les exhibitions, plus ou moins intéressantes à la vérité, de naturels ramenés en Europe par les voyageurs; les expositions de produits agricoles ou manufacturés de l’industrie et du sol des pays parcourus, ont contribué pour une large part au développement d’une science dont les découvertes se traduisent par des résultats pratiques, la géographie
- commerciale. En même temps que l’étude et l’examen des produits matériels ou purement scientifiques des explorations africaines jetaient une vive lumière sur les mœurs des peuples visités, ils aidaient encore le commerçant à se faire une idée exacte des ressources que pouvait offrir une exploitation des contrées nouvelles.
- La Nature a visité ainsi et décrit les différentes expositions installées à Paris au retour des explora-ratcurs, et c’est, à ce même point de vue que nous signalons aujourd’hui la collection des produits rapportés d’Assab, possession italienne de date récente, à peu de distance du détroit de Bab-cl-Mandcb, que
- Les Assabais exhibés à Turin pendant la durée de l’Exposition nationale. (D’après une photographie.)
- sa position indique comme un futur débouché des pays abyssiniens, du Clioa, des Gallas et autres tribus de l’intérieur.
- L’exposition d’Assab, classée à Turin par les soins du Ministère de l’agriculture et par ceux de la Société africaine d’exploration de Naples, nous montre tout d’abord, installés sur un spécimen peu attrayant de la côte africaine — un sable aride que percent çà et là quelques cactus désolés, et que brûle un soleil qui fait sauter le thermomètre à plus de 40° — une demi-douzaine de naturels choisis certainement parmi la fleur du dilettantisme assabais. Tels Ab-dallah-Brahim, fils du sultan Ibrahim, qui vendit la
- 1 Voy. Campionario commerciale di Assab, delV Abissi-nia e dei Paesi Galla. Publication du Ministère d’agriculture, industrie et commerce. — Roma, tipografia Eredi Botta. 1884. \%a année. — 2e seineslre.
- terre d’Assab à l’Italie. A côté de lui, le guerrier Grita et son compatriote Kanimil, que l’on nous présente comme un capitaine de la milice assabaise de Margableh, tous deux porteurs d’une lance et d’un bouclier. Ajoutez à ce trio royal Mme Kaliga, que l’on dit être l’une des trois femmes du guerrier, et deux jeunes Assabais, fils de Grita. Cette compagnie, qui a déjà rappatrié à cette heure le sol sableux d’Assab, a fait la joie des curieux pendant tout son séjour à Turin, non sans manifester parfois quelque mauvaise humeur devant l’insistance des badauds qui voulaient les approcher de trop près. Nos Assabais n’étaient, du reste point sans avoir quelques exigences ; ils s’attendaient à être traités dès leur arrivée comme le méritent les proches d’un sultan ; ils eurent, du reste, lieu d’être amplement
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- LA NATURE.
- satisfaits : les princes de la maison royale d’Italie, le duc d’Aoste, le prince héritier, les ont reçus dans leur palais, et ont congédié leurs nouveaux sojets en les couvrant de magnifiques présents. Notre gravure représente les six Danakils recouverts des vêtements et des bijoux qu’ils doivent à la magnificence de leurs hôtes.
- Moins récréatifs- peut-être, mais plus dignes d’attention, sont les produits exposés dans les quelques cabanes élevées sur l’emplacement de l’exposition d’Assab. C’est à ces vitrines que le commerçant doit s’arrêter, et examiner attentivement les produits divers, d’exportation ou d’importation, qui lui permettront de nouer des relations avec les contrées africaines ayant leurs débouchés sur les ports de la mer Rouge. Dans la catégorie des objets d’importation fabriqués en Europe et apportés à la côte, nous trouvons les divers échantillons de tissus de soie, de coton ou de laine, aux couleurs éclatantes, aux dessins bariolés, suprême coquetterie de ces peuples primitifs. La verrerie tient une grande place dans la liste de ces marchandises; il est de tradition que les naturels de ces pays estiment au-dessus de toutes choses les perles multicolores dont ils savent se composer des ornements divers, colliers, bracelets, pendants d’oreilles ou de nez — comme le portait Mme Kaliga — insignes de royauté ou de suprématie quelconque. Les Assabais et, parlant d’une manière plus générale, les Gallas, ne se laissent toutefois plus échanger quelques perles de verre pour un chargement d’ivoire ou de café, comme seraient disposés à le croire encore ceux qui ne connaissent les sauvages que par les récits du capitaine Cook ou par ceux des romanciers du désert : il est un ornement qui dépasse de cent coudées chez ces naïfs Orientaux les verroteries les plus précieuses, c’est le thalcr, le vieux thaler de Marie-Thérèse, exclu des relations européennes, mais qui a retrouvé aux bords du Nil Bleu sa valeur authentique. Nous étonnerons certes bien des gens en disant que mille perles de la grosseur d’une noisette, de couleurs variées, ne valent que 5 thalers à la côte et 6 dans l’intérieur ! Les tissus de soie ne valent que de 5 à 6 thalers la medda (qui équivaut à 5 mètres) ; les étoffes de laine de 8 à 10 thalers la pièce de 25 à 50 mètres; la pièce de cotonnade de 40 mètres ne vaut guère que 5 thalers à la côte, le double dans l'intérieur!
- L’or, l’ivoire, l’écaille, le cale, sont envoyés à la côte d’Assab, ou dans les ports voisins de Suakin, Massana, Berbcra et Zeila par les Somalis, les Gallas, les Danakils, et par. les nombreuses peuplades de l’Abyssinie. L’or se retire des sables aurifères des fleuves du pays des Gallas : il est mis dans le commerce sous forme de petits cylindres, d’un poids moyen de 25 à 50 grammes. L’unité de poids est Yuchia, correspondant à 27 ou 28 grammes. Un uchia d’o; se vend de 12 à 15 thalers à Egibié, place commerciale de l’intérieur; à la côte, Yuchia d’or monte à 18 ou 19 thalers. Les échantillons d’or
- recueillis sont très variables de composition ; tandis que les uns sont au titre de 900 d’or, 95 d’argent et 5 de platine, on en rencontre qui n’ont que 568 d’or, contre 150 d’argent et 282 de platine. A ces divers titres de l’or, correspondent des couleurs variant du jaune brillant au jaune blanchâtre. L’ivoire se vend également à Yuchia, qui vaut en Abyssinie environ 15k« 1/2, et sur la côte 17 kilogrammes; dans l’intérieur l’ivoire se vend de 55 à 50 thalers Yuchia; sur la côte, ce prix monte à 100 et 120 tha-lcrs. Les peaux de léopard s’achètent 1 thaler à l’intérieur, et 5 thalers si elles ont la tête, les dents et les ongles. Le café du pays des Gallas se vend à la mesure du vongia, correspondant à 550 grammes ; 40 à 60 vongie valent 1 thalcr. Le café de la côte est exporté en Egypte ; une bonne partie est dirigé sur Aden et nous vient en Europe avec la célèbre marque moka.
- L’unité monétaire qui sert aux échanges de toutes ces marchandises, tant dans l’intérieur que sur la côte est, comme nous l’avons signalé, le thaler de Marie-Thérèse, tant en Abyssinie, que chez les Gallas, les Somalis et les Danakils. On l’achète à Trieste, en Egypte, dans tous les ports de la mer Rouge, à Aden, au prix de 4fr,50 ou 4fr,60. On se fera une idée du peu de naïveté qu’ont conservé ces aimables sauvages et du profond amour qu’ils ont acquis pour la monnaie européenne par ce fait seul qu’ils n’acceptent’ que les thalers bien frappés ; l’effigie doit être non seulement très nette, mais elle doit présenter tous les reliefs indiquant les pierres de la couronne de l’impératrice et ceux de l’agrafe du manteau impérial. Nous ne sommes point aussi exigeants chez nous ! 11 est probable du reste que, pour en arriver à un tel degré de confiance, les naturels des côtes africaines ont dû être suffisamment exploités par les traficants arabes, syriens, grecs et même européens, qui parcourent la côte et l’intérieur, joignant souvent à leur métier celui de marchands d’esclaves. Maxime Hélène.
- Turin, 25 septembre 1884.
- LES EXPÉRIENCES DE CREIL
- Voici, d’après noire excellent confrère de Londres Engineering, l’état actuel des expériences de transport de force à distance, qui doivent avoir lieu dans quelques mois entre Creil et Paris :
- Les importantes expériences sur la transmission de la force par l’électricité qui sont depuis longtemps en préparation entre Paris et Creil, entreront bientôt dans la phase pratique. On se rappelle qu’un syndicat puissant a été formé, il y a déjà quelque temps, pour réaliser sur une grande échelle les théories de M. Marcel Deprez sur la transmission électrique de la force, théories qui ont reçu un développement pratique au Palais de l’Industrie en 1881, à Munich, au chemin de fer du Nord et à Grenoble.
- Ce syndicat qui se composait, entre autres, de la maison Rothschild de Paris, des Compagnies du Creuzot et de Fives-Lille, et de la Société industrielle et commerciale
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- des métaux, a souscrit un capital de 500 000 francs. La nouvelle série d’expériences aura lieu entre Paris et Creil. Le programme a été préparé par une Commission composée de M. Marcel Deprez, M. Sartiaux, M. Aron, ingénieur de MM. de Rothschild, M. Cael, du Ministère des Postes et des Télégraphes et plusieurs autres ingénieurs distingués. Le regretté Charles Bontemps était aussi membre de la Commission.
- D’après le programme arrêté, il s’agit d’installer, à la station de Creil, une force motrice initiale fournie par deux locomotives de 150 chevaux-vapeur chacune. Ces deux machines commanderont la machine génératrice par l’intermédiaire de quatre dynamomètres totalisateurs d’un nouveau type qui permettront de lire d’une façon continue le travail mécanique fourni à la dynamo.
- La machine génératrice fournira un courant de 20 ampères et une force électromotrice de 7500 volts, ce qui correspond à peu près aux 200 chevaux-vapeur absorbés. Cette énergie sera transmise à deux dynamos réceptrices d’un plus petit type placées à Paris à la station de La Chapelle et qui doivent rendre en travail 50 pour 100 de l’énergie initiale, la première fournissant 60 chevaux-vapeur et la seconde 40 chevaux-vapeur.
- Les dynamos ont été construites par la Compagnie de Fives-Lille, et on pourra avoir une idée de leurs dimensions par ce fait qu’il a fallu 17 600 livres de cuivre (8000 kilogrammes) pour rouler l’armature et les inducteurs.
- La ligne qui a plus de 70 milles (112 kilomètres) et forme un circuit fermé complet, sera aérienne et se composera d’un câble de 7 fils de bronze silicieux fabriqué par M. Lazare "Weiller d’Angoulême. Chaque fila 19 dixièmes de millimètre de diamètre, et le toron correspond, comme section, à un fil unique de 5 millimètres de diamètre. Le poids de la ligne sera de 2000 à 2500 kilogrammes et sa résistance électrique inférieure à 100 ohms. Sa résistance de rupture est inférieure à 1900 livres (860 kilogrammes).
- Au début des expériences, la question d’employer un câble isolé ou non a été chaudement discutée. La nécessité d’un isolant paraissant tout d’abord d’une très grande importance, en considération de la tension élevée du courant qu’on voulait porter à 10 000 volts.
- Dans ces conditions, les ingénieurs de la Commission représentant l’État voulaient enfermer le câble dans un isolant protecteur, pour éviter les pertes, surtout pendant les pluies, et pour éviter des accidents. Après un certain nombre d’expériences, on a décidé d’abandonner l’isolement continu qui présenterait le double inconvénient d’une grande dépense et d'une protection insuffisante.
- Il a semblé que les accidents étaient peu à craindre puisqu’on se trouvait sur un circuit complet fixé sur des supports à une grande hauteur au-dessus du mouvement ordinaire, et on s’est décidé pour l’adoption d’un système mixte comportant l’isolement de 47 milles (75 kilomètres). L’isolement, fabriqué par la Société générale des téléphones 'est «du système Berthoud-Borel, avec enveloppe en plomb.
- Les expériences faites avec cette disposition ont donné des résultats parfaitement satisfaisants, bien qu’on ait trouvé qu’avec 2500 volts, le câble ainsi couvert se comportait comme une bouteille de Leyde, l’enveloppe donnant des étincelles statiques pendant un temps considérable. L’inconvénient résultant de ce fait sera facilement évité en reliant l’enveloppe de plomb à la terre. En rompant l’enveloppe de plomb par intervalles et spécialement aux soudures, distribuées tous les 500 mètres, et en faisant les
- joints en caoutchouc durci, la surface totale du condensateur sera réduite et ces effets entièrement évités.
- On espère que tous les essais préliminaires seront terminés dans un mois ou deux, et que les expériences se feront à la fin de l’année.
- LA PHOTOGRAPHIE POUR TOUS
- Notre confrère et ami M. Bauer, secrétaire de la rédaction du journal le XIXe Siècle, est un amateur passionné de photographie, et bien des praticiens pourraient être ses élèves. Il a eu l’heureuse idée de mettre à profit les nouvelles méthodes de la photographie au gélatino-bromure, pour faire établir par des constructeurs un appareil de photographie réduit à sa plus grande simplicité, et à un prix tellement modeste qu’il peut être offert en prime par son journal. L’appareil complet avec tous les produits, les plaques sèches, et un petit traité de photographie par Pierre Petit, est offert aux abonnés du XIXe Siècle, pour 30 francs. Tout le monde peut se le procurer d’autre part chez M. Laverne pour 45 francs ; c’est, on le voit, le comble du bon marché. Mais ce qui est plus extraordinaire encore, c’est que l’appareil fonctionne très bien, et qu’il nous a servi, à nous profane, à faire des clichés fort présentables. C’est à ce titre d’appareil pratique et économique que nous le signalons à nos lecteurs.
- M. Davanne, qui est, comme on le sait, un maître en photographie, a lui-même admiré la simplicité du matériel de M. Bauer, et il l’a présenté dans les termes suivants à la Société française de photographie :
- « L’cnseinble de l’appareil photographique comprend tous les instruments et produits pour faire les épreuves négatives et positives du format quart de plaque.
- « Je me suis demandé tout d’abord, dit M. Davanne, si réellement, dans de semblables conditions, il était possible d’obtenir une épreuve à peu près satisfaisante ; l’essai dont je vous apporte les résultats m’a prouvé que l’appareil fonctionne convenablement et qu’il a été organisé par une personne connaissant bien les diverses conditions de la photographie.
- « La chambre noire se monte sur sa base, soit en hauteur, soit en largeur; elle est munie d’un objectif simple, auquel on pourrait demander un peu plus d’amplitude dans le champ, mais avec lequel j’ai fait dans l’atelier la reproduction d’un moulage en plâtre en deux secondes et à l’extérieur une vue en moins d’une seconde ; les clichés sont nets et brillants ; cependant, lorsque l’éclairage est trop vif au dehors, il se fait sur le bord interne de la monture un reflet qui nuit à la pureté de l’image et que l’on évitera en noircissant mieux celte partie de la monture. Si les lignes droites extrêmes commencent à se courber légèrement, nous savons que cela
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- vient d‘un défaut inhérent à tous les objectifs simples et nous ne pouvons demander à celui-ci les qualités des instruments perfectionnés que nous achetons si cher.
- « Le châssis est doublé, s’ouvrant à charnières en deux parties, pour recevoir une glace de chaque côté ; une moulure rentrant dans sa contre-partie est destinée à empêcher la pénétration de la lumière. Nous conseillons cependant aux opérateurs de tenir toujours leur châssis enveloppé et de faire la pose sous le voile noir ; sans cela ils ont à craindre les coups de jour que nous évitons si difficilement, même avec les châssis les mieux confectionnés.
- « L’ensemble comprend t aussi deux cuvettes en
- porcelaine, un châssis positif, un verre gradué, un entonnoir, des filtres, les flacons, six glaces sensibles au gélatino-bromure d’argent, les substances nécessaires pour leur développement et fixage, du papier positif sensible, etc. ; ces appareils et produits portent la marque de maisons connues. Nous croyons que le secret de ce grand bon marché, ne donnant aux fournisseurs aucun bénéfice sérieux, est dans la publicité que procure l’estampille laissée sur les objets par eux fournis.
- « Us comptent évidemment sur l’entraînement photographique qui résultera des essais mis ainsi à la portée de tous, et ils ont intérêt à bien fournir pour qu’on retourne à l’adresse donnée. Nous
- Appareil photographique a bon marché et ses accessoires.
- .Ensemble de l’appareil monté sur son pied. — 2. Chambre noire à soufflet avec châssis à glace dépolie et objectif achromatique. — 5. Châssis double pour plaques. — 4. Flacon de sulfate de fer. — 5. Oxalate de potasse. — 6. llyposullite de soude. — 7. Agitateur en verre.— 8. Entonnoir. — 9, Vase gradué. — 10. Filtres en papier. — 11. Petit traité de photographie. — 12. Paquet de papier sensibilisé. — 13. Châssis-presse pour tirage des épreuves. — 14. Paquet de plaques sèches. — 15. Cuvette de zinc. — 16. Cuvette de porcelaine. — 17. La boîte contenant tous les objets désignés ei-dessus.
- croyons que notre Société ne peut que remercier M. Rauer de cette heureuse combinaison, car déjà le nombre des appareils livrés dépasse un millier, et nous sommes certains que beaucoup de nouveaux adeptes seront séduits par les charmes de la Photographie. Nous verrons ainsi s'accroître cette pléiade d’amateurs qui, se joignant aux praticiens les plus expérimentés dont ils peuvent recevoir les conseils, se groupent autour de notre Société, en augmentent l’influence et contribuent ainsi à assurer on France les progrès constants de la Photographie. »
- La gravure ci-dessus que nous avons fait exécuter d’après l’appareil dont M. Bauer a bien voulu nous faire hommage, donne l'ensemble de toutes ses parties constitutrices. La légende en donne l’explication. Tous ceux qui sont initiés aux opérations du gélatino-bromure se serviront immédiatement de l’appareil; et les personnes qui n’ont aucune notion de l’art photographique, feront très rapidement et très facilement leur apprentissage. G. T.
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- LA FONTAINE COLLADON
- RÉFLEXION d’un IiAïON DE LUMIÈRE A i/lNTÉRIEUR d’une VEINE LIQUIDE PARABOLIQUE
- Nous avons récemment publié la description de la remarquable cloche d’eau imaginée par le regretté M. Eugène Bourdon1. A celle occasion nous avons parlé de l’appareil de M. Colladon pour faire circuler la lumière en ligne courbe à l’intérieur d’une veine liquide, appareil désigné dans les cabinets de physique sous le nom de fontaine Colladon.
- Cet appareil qui a été expérimenté dans bien des pays et même dans des pièces de théâtre, notamment dans Faust, à l’Opéra, n’a jamais été représenté, et nous avons pensé que nos lecteurs accueilleraient avec intérêt des documents précis à ce sujet ; nous en avons demandé la description à son auteur. M. D. Colladon a bien voulu nous communiquer le dessin de son expérience, avec une description faite d’après une note qu’il a autrefois présentée à l’Académie des sciences. Nous reproduisons ci-dessous ces curieux documents. G. T.
- J’ai souvent cherché dans mes cours à rendre visibles pour tous les élèves, réunis dans un amphithéâtre, les différentes formes que prend une veine fluide en sortant par des orifices variés.
- C’es,t pour y parvenir que j’ai été conduit à éclairer intérieurement une veine placée dans un espace obscur. J’ai reconnu que cette disposition est très convenable pour le but que je m’étais proposé, et que de plus elle offre dans ses résultats une
- des plus belles et des plus curieuses expériences que l’on puisse faire dans un cours d’optique.
- L’appareil que j’emploie pour ces essais se compose d’un vase parallélipédique de un mètre de hauteur ; sur une des faces, un peu au-dessus du fond, est une ouverture où s’adaptent à vis différents diaphragmes pour varier la grosseur et la forme du jet. Cette veine
- s’échappe du vase dans une direction horizontale : pour l’éclairer intérieurement on perce un trou dans la paroi opposée sur la même direction, on adapte à ce trou une lentille convexe et on ajoute en dehors du vase un tube court, horizontal, noirci à l’intérieur, destiné à empêcher les rayons obliques à l’axe du jet de pénétrer dans le vase. L’appareil est ensuite placé dans une chambre obscure ; un des volets de cette chambre peutêtrepercé d’un trou auquel on adapte le tube noirci, et l’on renvoie par un miroir un faisceau de lumière solaire parallèlement à l’axe du tube. On peut encore employer avec avantage une lampe oxyhy-drique ou électrique projetant un faisceau de lumière horizontale comme le représente la figure ci-dessus. Les rayons lumineux traversent la lentille et le liquide, et vont converger dans l’ouverture par laquelle s’échappe lu veine ; une fois entrés dans la veine, ils rencontrent sa surface sous un angle assez petit pour éprouver une réflexion intérieure totale; le même effet se produit à chaque nouveau point d’incidence, en sorte que la lumière circule dans ce jet transparent comme dans un canal, et en suit toutes les inflexions.
- Si l’eau est parfaitement limpide et l’ouverture
- Expérience de la fontaine Colladon.
- 1 Voy. n° 584 du 9 août 1884, p. 159.
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- LA NATURE.
- du diaphragme bien nette, la veine est à peine visible, quoiqu’une lumière très intense circule dans son intérieur. Mais partout où cette veine rencontre un corps solide qui l’interrompt, la lumière qu’elle contenait s’échappe, et les points de contact deviennent lumineux. Ainsi, en recevant le jet dans un bassin posé horizontalement, le fond de ce bassin se trouve illuminé par la lumière sortie du vase à travers la veine.
- Si la veine tombe d’une grande hauteur, ou si son diamètre n’est que de quelques millimètres, elle se réduit en gouttes dans sa partie inférieure. C’est là seulement que le liquide s’éclaire, et chaque point de rupture de la veine lance une vive lumière. Si une veine continue tombe sur une surface capable d'un certain nombre de vibrations, le mouvement vibratoire peut se communiquer au jet liquide qui se brise jusqu a une grande hauteur au-dessus de la plaque vibrante. Cette expérience de Savart, ainsi que plusieurs de celles qu’il a étudiées et décrites dans les Annales de Chimie, peuvent se répéter et être rendues facilement observables par ce nouveau procédé. On comprend d’ailleurs qu’iJ serait aussi facile d’éclairer un jet ayant une direction quelconque au moyen de réflecteurs, ou d’éclairer l’intérieur de la veine de toutes les couleurs du prisme, en interposant des verres colorés entre la lampe et le tube noirci placé en dehors de l’appareil ; la seule précaution essentielle c’est de se servir d’eau à la température de la chambre où l’on opère, pour qu’il ne se dépose pas de rosée sur la surface extérieure de la lentille.
- Dans les expériences qui ont pour but de rendre visible le jet près de l’orifice, pour étudier les contractions de la veine, il est indispensable de louchir l’eau, soit avec des solutions, soit en y mélangeant des poussières ; la lumière se disperse dès la sortie du jet, et la veine devient lumineuse à sa partie supérieure.
- Un fait que l’on peut souvent observer avec cet appareil, c’est que de petits coups frappés contre le vase, près de l’orifice, avec un corps dur, brisent la veine dans le plan même de l’orifice, et y produisent de véritables fissures faciles à voir et très brillantes. Parfois ces fissures liquides ne se referment pas immédiatement, elles continuent de subsister un instant en s écoulant dans la veine. D. Colladon,
- Correspondant de l’Académie des sciences.
- LA
- TREMPE DE L’ACIER PAR COMPRESSION
- PROCÉDÉ CLÉMANDOT
- Nous allons résumer ci-après un intéressant Mémoire de M. Carnot à la Société d'encouragement sur la trempe de l’acier par le procédé Clémandot. La méthode consiste en principe à chauffer fortement l’acier de manière à le rendre ductile, puis à le soumettre pendant toute la durée de son refroidissement à une pression très énergique.
- M. Clémandot a remarqué que cette opération transformait la structure du métal et lui donnait des propriétés analogues à celles de l’acier trempé.
- C’est donc une trempe par compression.
- 11 y a quelques années, M. Whitworth, en Angleterre, avait déjà soumis à la compression l’acier fondu ; mais il se proposait simplement d’éviter les soufflures ou bulles gazeuses tendant à se dégager pendant la solidification. La compression s’effectuait alors dans le moule même enduit de pisé réfractaire où la pièce venait d’être coulée et se refroidissait. En France, on renouvela des essais analogues, toujours sur'l’acier encore en fusion.
- M. Clémandot prend au contraire l’acier déjà fabriqué, martelé ou laminé; et après l’avoir non point fondu, mais chauffé seulement au rouge cerise, il le soumet à une pression hydraulique de 10, 20 et même 50 kilogrammes par millimètre carré. Le refroidissement de la masse s’opérant sous cette pression et entre les plateaux mêmes de la presse, la matière a acquis des propriétés nouvelles, sans recuit ni opération supplémentaire.
- Comparé à l’acier naturel, ou refroidi lentement et sans compression, le métal ainsi traité, en diffère par son grain beaucoup plus fin, par une dureté plus grande et par une résistance plus grande à la rupture. Cela est vrai du moins pour certaines qualités d’acier assez fortement carburées. Sans être identique à l’acier trempé dans l’eau froide, l’acier Clémandot s’en rapproche à certains égards.
- Essayer cette nouvelle méthode de travail de l’acier, c’est l’affaire de l’industrie. Mais pour procéder à des essais de ce genre, il est bon d’y être guidé par quelques considérations théoriques.
- Que peut-il donc se passer entre les molécules de l’acier lorsqu’on les soumet ainsi à la fois à une compression énergique et à un refroidissement rapide? Dans la compression, il doit y avoir transformation de travail mécanique en chaleur et surélévation de température. En même temps, les particules sont violemment rapprochées les unes des autres, et cela à une température assez élevée pour qu’elles puissent encore se souder. Quant au refroidissement, il est prompt, puisqu’il s’opère par le contact direct et intime des plateaux de la presse ou des flasques métalliques interposées entre la pièce d’acier et ces plateaux. On comprend que la pression rende les contacts aussi intimes que possible. Il y a donc là des résultats assez semblables à ceux d’un écrouissage et d’une trempe combinés : En effet, que sont au juste l’écrouissage et la trempe ?
- Lorsqu’on laisse lentement refroidir l’acier ramolli par son réchauffage au rouge, ses molécules tendent à subir une sorte de cristallisation ; et souvent une portion du carbone se sépare à l’état de paillettes de graphite que l’on peut isoler à l’état de résidu noir en traitant le métal par l’acide chlorhydrique concentré. — Mais, si au lieu d’être abandonné à lui-même pendant son refroidissement, le métal est martelé, laminé, ou étiré, la cristallisation est plus
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- ou moins gênée et le métal acquiert par suite plus de cohésion et d’homogénéité. Il se sépare aussi moins de carbone à l’état de graphite.
- Seulement avec le martelage et le laminage, il manque un élément pour obtenir des résultats complets : c’est le temps; tandis que la pression hydraulique peut durer tout Je temps qu’on veut. — L’effet est sans doute moins énergique que le choc d’un lourd marteau, mais il est prolongé à volonté pendant toute la durée du refroidissement, sans interruption ni défaillance.
- La trempe de l’acier fortement chauffé dans les •liquides, paraît aussi agir en empêchant la cristallisation. — L’huile donne une trempe douce ; l’eau une plus dure, parce quelle absorbe plus vite beaucoup de calorique en se vaporisant. Enfin le mercure donne une trempe encore plus dure en raison de sa conductibilité de métal.
- Les expériences de MM. Troost et Hautefeuille établissent que la trempe augmente dans l’acier la quantité de carbone combiné ou plutôt à l’état de dissolution, l’excès étant emprunté à la quantité de carbone précédemment graphitoïde. La trempe tend donc à déterminer l’union plus intime du carbone avec le fer et à empêcher la séparation de ces deux éléments.
- En ce qui concerne les effets physiques, ou doit admettre que la couche superficielle brusquement saisie par le froid se contracte et serre fortement les parties intérieures encore chaudes et malléables, de manière à rapprocher et souder les molécules. C’est une sorte de frettage ou de choc de marteau, puisque l’effet est brusque.
- Toutefois, si la pièce est un peu volumineuse, elle cesse de pouvoir se refroidir assez rapidement ; et l’intérieur se refroidit seulement lorsque l’extérieur est déjà solidifié et ne peut plus suivre le mouvement de retrait. Alors donc la portion centrale doit être fortement distendue, puisque la couche extérieure s’est solidifiée sous un volume plus grand que celui auquel l’aurait fixée et arrêtée un refroidissement progressif. Loin de serrer les couches internes, la couche superficielle doit alors résister à leur effet de contraction. C’est ce que confirme la diminution de densité de l’acier trempé.
- MM. de Luynes et Feil, puis M. Alfred Léger, ont observé sur des plaques et cylindres de verre trempé, des faits analogues. Dans ce cas la translucidité de la substance, facilite les expériences et permet, à l’aide de la lumière polarisée, d’observer la distribution des points d’égale pression.
- La distension produite par la trempe explique les ruptures intérieures qui surviennent de temps en temps dans les grosses pièces d’acier, soit au moment même de leur immersion dans un bain froid, soit plus tard sous l’influence d’un choc (même insignifiant). Plus la trempe est dure, et plus l’accident est à redouter; et c’est pour cela que l’on trempe de préférence les grosses pièces dans l’huile ou dans l’eau gommée, ou dans l’eau chaude.
- Les effets chimiques et physiques de la trempe ordinaire étant ainsi analysés, cherchons à raisonner et à discuter les effets de la compression énergique et prolongée exercée par M. Clémandot sur l’acier chauffé au rouge cerise. Cette compression s’exerce non point sur toute la surface de la pièce, mais sur deux faces opposées, en contact chacune avec un plateau de la presse; et il y a avantage évidemment à ce que ces surfaces soient planes et les plus étendues possible. Il faut de plus opérer prestement, pour éviter le refroidissement de la pièce.
- On met donc la pièce sur la presse avec le moins de pertes de temps possible ; et l’on pousse tout de suite la pression à 10, 20, 50 kilogrammes par millimètre carré. 11 importe que les parties des plateaux en contact avec la pièce, soient bien dressées et que les surfaces soient bien nettes pour assurer le contact intime, la parfaite conductibilité et la rapidité du refroidissement. Dans ces conditions, on comprend qu’il y a refroidissement brusque comme dans le cas de la trempe dans un liquide et qu’en même temps la pression empêche les phénomènes de distension intérieure dont nous avons parlé il y a un instant. La diminution de densité est empêchée et la résistance augmente.
- Une dernière circonstance qui rapproche les effets de la compression de ceux de la trempe, c’est que, par la première comme par la seconde, on communique à l’acier la force coercitive, ou faculté de recevoir et de conserver l’aimantation. Cependant, à ce point de vue, les aciers comprimés sont jusqu’à présent un peu inférieurs aux aciers trempés proprement dits. Mais d’une part, rien ne prouve encore que cette infériorité soit définitive ; et puis d’autre part, l’acier comprimé a sur l’acier trempé l’avantage de pouvoir être recuit et forgé sans perdre son aptitude à l’aimantation.
- Après le recuit, l’acier comprimé conserve aussi la finesse de son grain, et les effets acquis par la compression semblent donc plus stables que ceux de la trempe ordinaire.
- Quelques expériences semblent indiquer que la force magnétique peut être accrue en soumettant à une seconde compression, après forgeage, une barre d’acier comprimé. On peut encore tremper à l’eau et aimanter fortement un barreau d’abord comprimé.
- Autres avantages en faveur de' la compression. Elle s’applique sans difficulté aux aciers les plus durs fournissant les meilleurs aimants, tandis qu’en les trempant à l’eau on est fort exposé à les faire éclater (exemple les aciers contenant 3 ou 4 p. 100 de tungstène). Et puis la compression ne déforme pas les pièces et ne les rend point cassantes, si bien que l’on peut encore par la suite les limer et y forer des trous.
- En résumé, il y a dans la trempe par compression une voie nouvelle d’essais et d’applications à explorer avec soin ; et ce procédé mérite toute l’attention des savants et des industriels que la question des aciers intéresse. - L. Poillon,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- NAVIGATION AÉRIENNE
- APPAREILS PLUS LOURDS QUE l’AIR
- Le problème de la direction des aérostats dont on s’est si vivement préoccupé dans ces derniers temps à la suite des expériences de Chalais-Meudon et de l’atelier aérostatique d’Auteuil, a ramené l’attention sur toutes les questions qui se rattachent à la navigation aérienne, et les appareils plus lourds que l'air, sont assurément très dignes d’être étudiés et discutés. Notre conviction est que dans l’état actuel de la science, la navigation aérienne par les aérostats est tout à fait sûre et pratique, tandis que personne jusqu’ici, ne s’est élevé avec des appareils plus lourds que l’air, et que les moteurs dont nous disposons actuellement, ne paraissent pas encore permettre d’entreprendre en gland ce genre de -constructions.
- Nous sommes toutefois les premiers à reconnaître que la science ne doit pas être exclusive; aussi croyons-nous devoir publier un extrait du mémoire que M. Victor Tatin, l’un de nos mécaniciens les plus habiles, a envoyé à l’Académie des sciences pour le concours du prix Pénaud.
- Ce mémoire a été couronné par l’Académie, avec celui que nous avions adressé nous-mêmes, sur les Applications de l'électricité à la navigation aérienne et celui de M. Du-roy de Bruignac sur un aéroplane mixte. Ce suffrage si élogieux, accordé par la savante Compagnie au travail de M. Tatin, montre à nos lecteurs que nous avons puisé à la bonne source pour les renseigner. M. Victor Tatin, comme on va le voir, a déjà réussi dans certaines limites, des expériences faites en petit, et ses travaux mériteraient assurément d’être encouragés. G. T.
- La solution purement mécanique du problème qui nous occupe a été cherchée par trois moyens principaux : les hélicoptères ou grandes hélices à axes verticaux ; l’imitation du vol naturel des oiseaux ; enfin, les aéroplanes ou cerfs-volants, remorqués par des hélices à axes horizontaux.
- Hélicoptères. — Le premier hélicoptère qui ait pu se soutenir ou s’élever dans l’air est dû à Lannoy et Bienvenu, il remonte à 1 784, époque à laquelle il fut présenté à l’Académie des sciences ; un arc en baleine lui fournissait la force motrice nécessaire. On était alors bien loin d’une solution pratique, et cet appareil attendit un perfectionnement pendant plus de trois quarts de siècle. C’est alors qu’un ingénieux expé-
- rimentateur, A. Pénaud, le modifia heureusement en en remplaçant le ressort par un fil de caoutchouc tordu ; cet appareil donna un résultat tellement supérieur à ce qu’on avait obtenu qu’il put presque passer pour une création nouvelle ; mais malgré les efforts de Pénaud et d’un certain nombre d’autres chercheurs, il fut impossible de tirer de l’hélicoptère aucun résultat pratique, et la petite machine devint un jouet intéressant, mais ce fut tout1.
- Le seul appareil de ce genre qui ait été construit depuis lors et ait donné un résultat assez important, est l’hélicoptère de M. Forlanini. Cet essai fut fait sur une échelle un peu plus grande ; les ressorts furent remplacés par une petite machine à vapeur très légère dont la chaudière était formée par un
- récipient rempli d’eau portée à une haute tem-pérature. L’ensemble pesait 3 kilogrammes et s’élevait dans Pair lorsque la machine développait un quart de cheval-vapeur, soit un cheval par 12 kilogrammes de poids. Malgré tout l'intérêt que présente une semblable expérience, on ne peut s’empêcher de remarquer que le poids disponible était bien faible relativement au travail considérable demandé à la machine. Malgré l’avis contraire de beaucoup de personnes, nous démontrerons sans peine qu’on peut obtenir au moyen de l’hélice des effets bien plus favorables. Les expériences sur lesquelles nous nous basons étaient, comme celles de M. G. Tissandier, faites au moyen d’hélices qui, par leur construction même, n’avaient pas le maximum de force soutenante; elles n’étaient pas construites comme dans l’appareil de M. Forlanini en vue d’un recul de 100 p. 100 environ.
- Toute hélice, en effet, doit être soigneusement étudiée en vue de ce qu’on en attend ; aussi, dans l’hélicoptère, l’hélice étant en même temps plan sustenteur, doit être assimilée à une surface se mouvant horizontalement et dans laquelle, par conséquent, la résistance au mouvement sera à la force soulevante comme le sinus est au cosinus de l’angle formé par ce plan avec l’horizon. Si l’on construisait
- 1 Nous donnons (fig. 1) l’aspect d’.un de ces hélicoptères-jouets basés sur le même principe construits par M. Dandrieux Sous l’action du ressort de caoutchouc, l’hélice tourne et enlève le petit appareil à quelques mètres de hauteur.
- Fig. 1. — Ilélicoptère-jouet.
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- donc une semblable hélice d’un pas suffisamment théoriquement et en poussant les choses à l’extrême, court et d’une surface considérable, on pourrait, soulever un poids indéfini avec la force la plus mi-
- Fig. 2. — Aéroplane de M. Victor Talin avec son moteur et ses hélices.
- Fig. 3. — Expérience de l’aéroplane de M. Victor Tatin, exécutée en 1879 dans les ateliers militaires de Chalais-Meudon
- nime ; on ne serait limité que par les résistances passives et les frottements. Lorsqu’au contraire, une hélice au lieu d’être immobile, ou à peu près, est
- destinée à avoir une certaine translation dans le sens de son axe, on peut lui donner un pas plus long, car alors elle attaque l’air sous un angle
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- d’autant plus faible que le recul est moindre ; elle se trouve ainsi dans d’aussi bonnes conditions qu’une hélice à pas très court dont le recul serait 100 p. 100. Nous pensons que les détracteurs de l’hélice n’ont pas compris cette condition.
- Quoi qu’il en soit, il nous semble que le système hélicoptère a bien peu d’avenir, à cause de la légèreté extrême qu’il faudrait donner à des constructions immenses dont presque toutes les parties seraient en mouvement. En outre, nous pouvons nous demander quelle vitesse de translation l'on obtiendrait, car l’on n’aurait ici qu’un moyen à employer, celui d’incliner les axes de rotation des hélices ; se servir d’hélices secondaires serait évidemment une complication par rapport à l’emploi de l’aéroplane. Quelle serait aussi l’immobilité relative de la nacelle suspendue aux axes de deux hélices tournant en sens inverses? Ces questions ne sont pas résolues.
- Oiseaux mécaniques. — L’imitation de la nature a toujours dû paraître à l’homme le moyen le plus rationnel de résoudre artificiellement les problèmes qu’elle a résolus; nous en trouvons la preuve dans quelques anciennes fables mythologiques dont l’origine est perdue dans la nuit des temps. Parmi les tentatives faites depuis, aucune n’aboutit à un résultat réel et nous ne sommes guère plus avancés aujourd’hui qu’au temps d’Arehytas de Tarente.
- C’est encore à A. Pénaud qu’on doit les premiers résultats importants dans cette voie, la plus ardue qu’on puisse choisir pour arriver au succès des appareils plus lourds que l’air, celle dans laquelle on est le plus arriéré1. Lorsque Pénaud, par l’emploi du caoutchouc tordu, eut obtenu le vol d’unê petite machine, cela excita aussi notre émulation et nous fûmes peut-être le plus acharné à la poursuite d’un résultat définitif. Au cours de nos recherches, qui durèrent plusieurs années, nous avons construit un nombre considérable d’oiseaux mécaniques de tous poids et de tailles diverses, depuis 0«r,6 jusqu’à plus d’un kilogramme, atteignant, dans ce dernier cas, jusqu’à plus de % mètres d’envergure. Dans nos plus petits modèles, le ressort de caoutchouc fut toujours employé2 * 4, mais nous avons varié à l’infini la forme et l’étendue relative des ailes, le nombre et l’amplitude des battements ; nous avons comparé les avantages et les inconvénients de l’emploi d’ailes d’oiseaux ou de chéiroptères, enfin nous avons obtenu des résultats qui n’ont jamais été surpassés, ni même atteints, mais toujours en dépassant une force peu en rapport avec l’effet obtenu. Nous avons voulu ensuite nous rendre compte aussi exactement que possible de la valeur de cette dépense excessive, en construisant des machines à air comprimé destinées à remplacer le caoutchouc ; ces appareils furent les plus grands que nous ayons expérimentés et leur légèreté extrême nous permit de fournir à un oiseau
- 1 Yoy. La description des Oiseaux mécaniques, de Pénaud,
- n° 99 du 24 avril 1875, p. 327.
- - Yoy. Les Oiseaux mécaniques, de M. Tatin, n" 192 du
- 4 février 1877, p. 148.
- mécanique jusqu’à près de 10 fois son poids en kilogrammètres par seconde.
- Après des modifications sans nombre et des reconstructions entières ou partielles, les résultats furent si malheureux que nous avons dû abandonner la lutte, au moins dans cette voie. Est-ce à dire qu’un oiseau mécanique soit une machine impossible à réaliser? Nullement; nous ne devons pas conclure de nos échecs qu’on ne puisse faire mieux, mais nous n’engagerons personne à l’essayer en vue d’obtenir un résultat pratique en aéronautique. Les mouvements très complexes d’une aile d’oiseau pendant le vol, sont bien difficiles à imiter en mécanique et, si la nature les a employés, c’est que les organes de ces animaux ne sauraient se prêter bien utilement à d’autres mouvements plus simples et dont la mécanique dispose, le mouvement rotatif, par exemple. Au surplus, on pensera peut-être que nous avons été un assez mauvais mécanicien; nous l’admettons très volontiers, mais aujourd’hui, nous sommes parvenu à nous convaincre, à force de temps et d’argent, que l’imitation de la nature n’a d’autre intérêt que de nous faire mieux comprendre les moyens quelle a employés. Il nous semble inadmissible de construire un oiseau mécanique pour faire de la navigation aérienne. Nos pères n’ont pas cherché non plus à construire la locomotive sur le type du lièvre ou de l’antilope afin d’imiter la vitesse de ces animaux.
- Des aéroplanes. — On désigne sous ce nom des appareils dont l’invention est assez récente, car le premier projet rationnel qu’on en ait publié est dû à Henson, et ne remonte qu’à 1842. C’est, du reste, le type qui depuis lors a toujours été reproduit.
- Le principe de cet appareil consiste à maintenir sur l'air un vaste plan auquel des hélices propulsives communiquent un rapide mouvement de translation. Personne, que nous sachions, n’avait obtenu de bons résultats au moyen des aéroplanes avant Pénaud, qui employa encore le caoutchouc tordu pour mettre en mouvement ces petits appareils si étonnants par la simplicité de leur mécanisme. Cet ingénieux expérimentateur n’a malheureusement réalisé que des types d’aéroplanes de petites dimensions. La maladie qui devait nous l’enlever a sans doute entravé ses recherches. Quelques années avant sa mort, il avait cependant publié, avec le concours d’un de nos amis communs,M. P. Gauchot, ingénieur distingué, un projet d’aéroplane de grandes dimensions ; la mort de Pénaud dut en empêcher la réalisation. Cette construction eût sans doute entraîné d’assez fortes dépenses, mais nous croyons qu’elle eut donné la preuve victorieuse de la supériorité de l’aéroplane sur tous les appareils que nous avons décrits ci-dessus.
- A l'époque où Pénaud se rattachait définitivement à l’emploi de l’aéroplane comme à la méthode la plus capable de donner des résultats pratiques, nous poursuivions encore la création d’appareils basés sur l’imitation du vol de l’oiseau. Nos yeux s’ouvrirent
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- enfin à l’évideuce et nous entrâmes dans la voie que, depuis lors, nous n’avons plus cessé de suivre. Nous ne tardâmes pas à nous applaudir de ce changement, car, dès nos premiers essais, les résultats furent très satisfaisants.
- Un petit aéroplane d’environ 0n"»,7 de surface était remorqué par deux hélices tournant en sens invers; le moteur était une machine à air comprimé analogue à une petite machine à vapeur dont la chaudière était remplacée par un récipient relativement grand et d’une capacité de 8 litres; malgré le peu de poids dont nous pouvions disposer, nous avons pourtant pu donner à ce récipient une solidité suffisante pour qu’il puisse résister, à l’épreuve, à plus de 20 atmosphères ; dans nos expériences, la pression n’en a jamais dépassé 7 ; son poids n’était que de 700 grammes. La petite machine développant une force motrice d’environ 2ksm,6 par seconde pesait 300 grammes ; enfin, le poids total de l’appareil, monté sur roulettes, était de ik,750 (fig. 2) ; cet ensemble quittait le sol, à la vitesse de 8 mètres par seconde, quoique les résistances inutiles fussent presque égales à celles dues à l’ouverture de l’angle formé par les plans au-dessus de l’horizon. L’expérience a été faite en 1879 dans l’établissement militaire de Chalais-Meudon. L’aéroplane attaché par une cordelette au centre d’un plancher circulaire, tournait autour de la piste, et a pu s’enlever du sol, et passer même une fois au-dessus de la tête d’un spectateur (fig. 3). Nous ne pouvons que renouveler ici les remerciements que nous avons déjà adressés à MM. Renard et Krebs, pour leur extrême obligeance et l’intérêt qu’ils semblaient prendre à nos essais.
- Après ce résultat, nous avions formé le projet d’étudier avec cet appareil les avantages ou les inconvénients de l’emploi de plans plus ou moins étendus, d'angles plus ou moins ouverts, et enfin, de diverses vitesses dans chacun de ces cas ; mais nos ressources, alors plus qu’épuisées par ces longs et coûteux travaux, ne nous le. permirent pas et, à notre grand regret, nous avons dû depuis nous contenter d’indiquer le programme de nos expériences, sans pouvoir le réaliser nous-même.
- L’expérience que nous venons de rapporter corroborait, d’ailleurs, nos prévisions et nous pensons aujourd’hui pouvoir tracer les lignes principales d’un aéroplane, sans crainte de commettre de grave erreur. Dans un aéroplane, comme dans un ballon, la résistance à la translation croît comme le carré de la vitesse, la force motrice devra donc, ici aussi, croître comme le cube de cette vitesse, mais comme, pour un angle donné et supposé invariable, la poussée de sustention et la résistance à la translation seront toujours dans le même rapport, le poids disponible augmentera avec le quarré de la vitesse, de sorte qu’on se trouve sur ce point, plus avantagé qu’avec l’emploi des ballons.
- Il faut remarquer, par contre, qu’avec le système aéroplane, les grandes constructions ne procureront
- que l’avantage de pouvoir obtenir des moteurs relativement plus légers et plus économiques.
- 11 est bien évident que les premiers essais qu’on pourrait traiter avec des a éroplanes ne seraient que d’une courte durée. Ayons d’abord des vues modestes. Qu’une machine aérienne fonctionne seulement une heure, une demi-heure même, à la vitesse d’une quinzaine de mètres par seconde, et le progrès accompli sera immense ; on peut même dire que le problème sera entièrement résolu. Après ce premier pas, viendront rapidement les perfectionnements qu’indiquera l’expérience ; les moteurs nouveaux deviendront un but de recherches qui ne tarderont pas à être fécondés, et l’humanité se trouvera enfin en possession du plus puissant engin qu’elle ait jamais imaginé. Victor Tatin.
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- ËLECTRICITË PRATIQUE
- Fixation des fantômes magnétiques. —
- Quand on place sur un aimant une lame mince de carton ou de verre et que l’on projette de la limaille de fer sur cette lame, on voit la limaille prendre certaines positions et tracer certaines lignes auxquelles Faraday a donné le nom de lignes de force magnétique s, ou plus simplement lignes de force. L’ensemble de la figure ainsi formée constitue un spectre ou fantôme magnétique.
- Les formes du fantôme varient avec celles des aimants, les positions relatives de l’aimant et de la lame, etc.
- Tout l’espace soumis à l’influence de cet aimant constitue le champ magnétique, caractérisé par la présence de ces lignes de force, dont l’étude est des plus importantes au point de vue des actions électromagnétiques et de l’induction. Il est commode, pour étudier ces fantômes, de les fixer pour pouvoir les conserver, les projeter ou les photographier.
- La figure 1 montre comment on peut fixer ces fantômes. A cet effet, on recouvre la plaque d’une couche de dissolution de gomme arabique que l’on laisse sécher, puis onia place au-dessus de l’aimant ; on saupoudre sa surface de limaille de fer doux à l’aide d’un petit tamis, et lorsque les courbes sont bien développées, ce qu’on obtient en donnant de légers coups sur la plaque à l’aide d’une baguette de verre, on pulvérise de l’eau à sa surface à l’aide d’un pulvérisateur ordinaire. La couche de gomme arabique se ramollit, emprisonne la limaille sans que les parcelles changent de position ; lorsque la gomme est sèche de nouveau, l’on retire l’aimant et le fantôme se trouve fixé.
- L’on a ainsi une représentation matérielle du champ magnétique produit par l'aimant dans le plan de la lame de verre ou de la feuille de papier. Le nombre de ces lignes ou leur densité est en chaque point proportionnelle à l’intensité du champ, les courbes tracées indiquent leur direction. Pour achever de définir le champ, il reste à déterminer le sens
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- LA NATURE.
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- de ces lignes de force. Ce sens est, par définition et par convention, la direction dans laquelle se déplacerait le pôle nord d’une petite aiguille aimantée, libre de se mouvoir dans le champ. Il résulte de cette définition que les lignes de force sortent du pôle nord d’un aimant et rentrent dans le pôle sud, puisque le pôle nord d’un aimant repousse le pôle nord de l’aiguille et que le pôle sud de l’aimant attire le pôle nord de l’aiguille.
- Ces considérations relatives à la direction , au sens et à l’intensité du champ magnétique sont de la plus haute importance pour la théorie physique des machines magnéto - électriques.
- Voici un autre mode de fixation des fantômes employé par M. Baille, profess ur à l’Ecole de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. On commence à former le fantôme à la manière ordinaire sur un papier préparé au ferrocyanure, et on l’expose à la lumière du jour pendant un temps suffisant. La limaille forme écran d’autant plus parfait qu’elle est plus dense, et après fixation, on obtient un fantôme négatif, c’est-à-dire dans lequel les parties où le champ est le plus dense sont restées blanches.
- Les mêmes procédés de fixation s’appliquent également bien aux fan-tômes galvaniques, c’est-à-dire aux champs galvaniques produits par le passage du courant dans un conducteur et qui sont constitués par des lignes de force analogues. Ils peuvent être employés très sûrement et avec beaucoup d’efficacité.
- Supports pour lignes télégraphiques et téléphoniques légères. — Nous avons décrit, en parlant de l’installation des sonneries et des téléphones domestiques, les principaux moyens employés pour fixer les fils couverts le long de murs à l’intérieur des maisons. Nous avons réuni dans la figure 2 quelques supports en porcelaine destinés aux fils nus placés soit à l’intérieur , soit à l’extérieur des maisons pour les lignes légères ou les installations domestiques.
- 1 et 2 sont des poulies à gorge simple ou double, fixées contre un mur sur un poteau ou un chambranle de porle à l’aide d’un simple clou; 5 est une poulie de plus grande dimension pour des fils de fer; 4, 5 et 6 sont des supports à trous assez commodes pour tenir le fil et le supporter, mais qui présentent un inconvénient de pose évident lorsque le fil est un peu long.
- 7 est une garniture de percement destinée à protéger le fil à la traversée d’un mur ; 8 est un support à cloche petit modèle destiné surtout aux petits poteaux; on peut s’en servir soit en passant simplement le fil dans le trou, soit en l’attachant au collet de la cloche; 9 est un support fendu destiné surtout à fixer le fil dans les parties où il doit former un angle. L’inspection de la figure suffit pour comprendre le mode d’emploi de ces supports et isolateurs. Pour les grandes lignes, on fait usage de supports plus gros et de formes un peu différentes, mais leur examen sortirait de notre cadre.
- Fig. 1. — Fixation des fantômes magnétiques.
- PoYET
- Fig. 2. — Supports' isolateurs en porcelaine pour lignes télégraphiques et téléphoniques légères.
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- LA N AT U UE.
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- Bornes, attaches, serre-fils et cordons de liaison. — Nous avons réuni dans la figure 5 les principales dispositions actuellement employées pour effectuer des liaisons conductrices convenables entre les différents appareils électriques ; chacune d’elles est appropriée à un besoin spécial, et si le tableau est incomplet, il est cependant suffisant pour résoudre la plupart des cas de la pratique courante.
- 1 est la borne à trou classique ordinaire fixée sur un socle d’appareil ; 2 est une modification de cette borne permettant de fixe!1 le fil, soit dans le trou lorsqu’il est assez gros, soit entre deux parties plates lorsqu’il est fin ou qu’il a une forme aplatie; 5 est une borne maintenue par une queue de cochon, elle se fixe sur les appareils dont le dessous n’est pas accessible et ne permet pas d’employer les bornes 1 ou 2.
- 4 et 5 sont des bornes destinées a permettre un serrage énergique obtenu par l’al-1 ongement du bras de levier ; ce levier consiste soit en une barre transversale fixée à demeure sur la tète de la barre (n° 4), soit en un clou qu’on vient introduire dans les trous de la tête de la base (n° 5) ; cette disposition convient surtout dans les endroits où la place est restreinte et où l’on n’a pas besoin de changer souvent les attaches des fils. On voit en 0 au-dessous des nos 5 et 4, une tête de borne plate permettant un serrage énergique à l’aide de pinces plates.
- 6 est une borne avec serrage plat employée surtout dans les appareils télégraphiques et les appareils de mesure; elle se fixe sur le socle à l’aide d’une vis inférieure, comme les bornes 1 et 2 ; un
- ergot ménagé sur la partie inférieure empêche la borne de tourner sous l’action du serrage.
- Lorsqu’on a à relier deux fils entre eux, l’on fait usage du serre-fil n° 9 qui se compose d’un simple cylindre en laiton percé d’un trou dans toute sa longueur ; les deux fils à réunir entre eux s’engagent chacun par une des extrémités et sont très facilement maintenus en place par deux vis de serrage.
- 8 et H sont les pinces classiques employées dans le montage des piles Bunsen pour relier les charbons aux lames de cuivre ; 11 est une pince ordinaire; 8 est une borne terminus sur laquelle vient se fixer le fil conducteur ; 9 est une borne termi-nus pour une lame de zinc ; 10 est la pince double employée parM. G. Trouvé dans ses piles au bichromate pour relier simplement et rapidement les éléments.
- On a besoin, dans certains cas, de substituer souvent un appareil à un autre et d’établir deux fils de communication. Dans lesme-suresélectriques, par exemple, le galvanomètre est commun à plusieurs combinaisons , et il est commode de pouvoir effectuer facilement la substitution. A cet effet, les deux fils du galvanomètre, qui n’est pas toujours facilement accessible, sont reliés une fois pour toutes, à deux bornes disposées sur une petite planchette en chêne paraffiné ou en ébonite ; cette planchette se fixe elle-même contre un mur ou sur une table à portée de l’expérimentateur, et c’est aux deux bornes ainsi fixées qu’on attache successivement les fils qui, dans chaque mesure, doivent être reliés au galvanomètre. Les liaisons entre un appareil mobile et des bornes
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- LA NATURE.
- fixes s’effectuent à l’aide de cordons souples ou cordons de liaison dont les numéros 13, 14 et 15 de la figure 3 montrent quelques dispositions.
- Le n° 13 est un fil souple dont les extrémités sont reliées à des broches lorsqu’on a des bornes à trous (n08 1, 3, 4, 5).
- Le n° 16 est l’attache Radiguet qui convient surtout pour les serrages plats (n03 2 , 6 et 9).
- Le n° 14 représente le mode de fixation des cordons de téléphone; les tractions accidentelles qui seraient exercées sur le fil n'agissent pas sur les œillets de communication, mais sur une rondelle en bois prise entre les deux cordons et maintenue sur la planchette à l’aide d’une vis.
- Lorsqu’on doit établir des communications de faible résistance, on fait usage de lames (n° 15) munies d’encoches et sur lesquelles on peut exercer un serrage énergique.
- CHRONIQUE
- Mesures métriques. — On a employé jusqu’ici des abréviations différentes pour désigner les mesures métriques et il en résulte souvent des confusions. Le Congrès international du mètre a pensé qu’il était utile d’uniformiser ces abréviations, et il a adopté les désignations suivantes qu’il est à désirer voir devenir d’un emploi général :
- 1° Mesures de longueur. — Kilomètre, km; mètre, m; décimètre, dm; centimètre, cm; millimètre, mm.
- 2° Mesures de surface. — Kilomètre carré, km*; mètre carré, m*; décimètre carré, dm*; centimètre carré, cm*; millimètre carré, mm*; hectare, ha; are, a.
- 3» Mesures de volume. — Kilomètre cube, /cm3; mètre cube, m3; décimètre cube, dm3; centimètre cube, cm3; millimètre cube, mm3.
- 4° Mesures de capacité. — Hectolitre, hl; litre, l; décilitre, dl; centilitre, cl.
- 5° Mesures de poids. — Tonne de 1080 kilogrammes, i; quintal métrique de 100 kilogrammes, g; kilogramme, kg; gramme, g; décigramme, dg ; centigramme, cg ; milligramme, mg.
- On emploiera pour les abréviations des caractères itali -ques non suivis d’un point à droite, les abréviations devront être placées sur la même ligne que les chiffres et, après le dernier, que ce soit un entier ou une décimale.
- Nouveau noir végétal. — Chacun sait que le noir animal ou noir d’os employé en sucrerie pour la filtration des jus concentrés et sirops, grève chaque année d’une grosse dépense le budget du fabricant. M. Prévost de Ham propose de remplacer tout simplement le noir animal par de la tourbe (préparée, bien entendu, d’une certaine façon). Il s’agit, pour cette application, d’empêcher la tourbe de former une sorte de boue peu perméable et de donner mauvais goût aux liquides filtrés. M. Prévost affirme qu’il y est parvenu en la carbonisant ou calcinant en vase clos et, qu’ainsi préparée, elle retient les sels et matières colorantes tout comme le ferait un noir animal parfait. Une macération à l’acide chlorhydrique étendu et un lavage à l’eau pure, suffisent ensuite pour la revivifier. 11 paraîtrait que ce noir végétal concassé en grains, peut servir très longtemps comme filtre; et finalem c’est
- encore un engrais ou un combustible. Pulvérisé, il peut servir à désinfecter les eaux d’égouts ou résidus d’usines, épurer les flegmes et alcools, etc. Il coûte 12 fr. 50 les 100 kilogrammes.
- Bouteilles de papier. — Le papier sert à tout, de nos jours, même à faire des roues de wagons et à construire des maisons. Voilà que l’on en fait également des bouteilles.
- On prend une pâte composée de 10 parties de pâte de chiffons, 40 de pâte de paille et 50 de pâte de bois. On en fait des feuilles de carton ; et chaque feuille est imprégnée sur ses deux faces d’une mixture composée de 60 parties de sang frais défibriné, 35 parties de chaux en poudre et 5 parties de sulfate d'alumine. On laisse sécher ; puis on donne une seconde couche ; puis enfin on prend dix feuilles que l’on comprime à chaud dans des moules pour former la moitié de chaque bouteille. Finalement on réunit les moitiés deux par deux à chaud également et sous pression. Ces bouteilles ne sont attaquées ni par le vin, ni par l’alcool, ni par la plupart des liquides, et ne sont point cassantes comme les bouteilles de verre.
- Kmploi des feuilles de vigne. — C’est la saison de s’en occuper après les vendanges. Presque partout on laisse perdre les feuilles de vigne et l’on a tort ; car elles pourraient, paraît—il, servir dans les pays vignobles, comme nourriture pour les bêtes à cornes ou à laine. L’expérience a démontré, paraît-il, qu’elles fournissent un aliment tonique excellent pour les bestiaux. Ces feuilles peuvent être ramassées après la vendange et gardées au besoin pour servir en hiver. Dans ce cas on les place dans une barrique après les avoir bien foulées, on les arrose d’un seau d’eau et l’on couvre la barrique aussi hermétiquement que possible, en ayant soin de charger le couvercle. Voilà un moyen d’utilisation.
- Beaucoup de colons algériens, dit-on, lâchent tout simplement leurs moutons dans la vigne après la vendange. Ce n’est pas compliqué.
- Les moutons mangeant fort délicatement et circulant avec dextérité et légèreté, ne blessent pas la plante. Il n’en serait apparemment pas de même des bœufs et vaches aux pieds desquels on ne saurait exposer les ceps de vignes sans quelque danger.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Sr'ance du 20 octobre 1884.— Présidence de M. Rolland,
- Transmission du choléra. — Reproduisant un ensemble de considérations qu’il a déjà fait valoir devant l’Académie de médecine, M. Marey développe son opinion que le véhicule du microbe cholérique est bien moins l’air que l’eau. Il rappelle l’observation déjà ancienne du docteur Snow qui constata la concordance exacte sur le plan de Londres des traits marquants la place des décès cholériques et de ceux exprimant la canalisation des eaux fournies par une certaine pompe de Broad Street. Notre compatriote montre qu’une concordance analogue résulte du rapprochement qu’il a fait des tableaux de la mortalité cholérique à Nîmes en 1832 et d’un réseau de canaux souterrains. Une observation inverse, qui corrobore cependant les précédentes, est qu’en 1849 les régions de Paris relativement indemnes étaient alimentées par l’eau de Grenelle tandis que l’eau de l’Ourcq et celle de la Seine arrosaient les autres. Le haut de la rue Mouffetard jus-
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- LA NATURE.
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- qu’au n° 42 fut à peu près épargné ; plus bas, la population fut décimée : jusqu’au 42 arrivait l’eau artésienne. L’auteur a cité plusieurs autres faits du même genre qui seront d’autant mieux accueillis sans doute qu’ils cadrent avec le sentiment général.
- Chimie.— Un jeune chimiste, dont nous avons eu déjà bien des fois à citer les travaux, M. H. Moissan, professeur agrégé à l’École de pharmacie, présente une étude détaillée du trifluorure de phosphore. Ce composé est gazeux à la température ordinaire ; il se liquéfie à la température de —10°sous une pression de 40 atmosphères. Sa densité est de 5,02. En présence de l’eau, le trifluorure de phosphore se décompose en acide fluorhydrique et acide phosphoreux. Mélangé d’oxygène, il détone en présence d’une flamme ou de l’étincelle électrique et fournit alors l’oxy-fluorure de phosphore. Sous l’action de la chaleur, dans un vase de verre, il se dédouble en phosphore et fluor. Ce dernier corps attaque la silice du verre et il se produit du fluorure de silicium. Cette dernière propriété a même permis à M. Moissan de doser par une méthode toute nouvelle le fluor dans ce composé.
- M. Moissan a préparé le trifluorure de phosphore en chauffant un mélange du phosphure de cuivre et de fluorure de plomb bien exempt de silice.
- Un nouveau moteur. — Le célèbre inventeur du Frigorifique, M. Charles Tellier, adresse modestement à l'Académie des [sciences deux volumes qui nous paraissent destinés à faire une sensation profonde dans le monde des physiciens et dans celui des ingénieurs. Préoccupé avant tout d’un but essentiellement pratique : la production dans des conditions avantageuses de la force motrice et du froid, l’auteur s’est livré à une étude théorique, ne laissant de côté aucun des détails de cet immense problème. Dès à présent on peut voir à Auteuil un appareil fondé sur des principes tout nouveaux, fonctionnant comme moteur fixe, et M. Tellier annonce comme très prochaine la réalisation d’une forme mobile de son invention. Un avantage qui ne laissera personne indifférent, c’est la réduction énorme de la consommation calorifique. L’auteur l’exprime par 2 ou 5 équivalents dans sa machine, alors qu’elle est de 10 à 12 dans les meilleures Compouncl. La dépense qui, avec celles-ci, est au moins de 1 kilogramme de charbon par heure et par force de cheval, descend désormais à 200 grammes. D’un autre côté, la place prise par l’ensemble des machines dans les grandes forces à vapeur peut être réduite de près de moitié en même temps que la main-d’œuvre de surveillance, d’entretien et d’approvisionnement est diminuée de 60 à 75 p. 400. Il n’y a pas à insister sur les conséquences de ces faits au point de vue général et particulier. •
- Varia. — On peut dire que M. Beaunis propose une révolution dans l’enseignement du chant : on commencera par chanter sans émettre de sons, on étudiera ensuite les intervalles musicaux en partant de la quinte comme la plus riche en harmoniques, pour arriver à la seconde et aux dissonances. On n’apprendra la gamme que quand on saura tout le reste. — Un monsieur a dépassé Albert et Gaston Tissandier, les capitaines Krebs et Renard ; il dirige son ballon à l’aide de voiles qu’il plonge à des distances quelconques dans les courants de directions convenables, avec des perches si c’est en haut, et qu’il faut aller chercher avec des sondes si c’est en bas. 11 ne manque plus qu’une chose à cette invention, c’est d’être réalisée. L’auteur acceptera les fonds que l’Académie voudrait bien
- lui allouer dans ce but. — M. Badoureaux, ingénieur des mines, émet l’opinion d’ailleurs absolument gratuite que les couronnes solaires signalées ces temps derniers par M. Cornu seraient dues à des nuages constitués aux confins de l’atmosphère dans un milieu qu’il dote d’une pression nulle et d’une température égale au zéro absolu par des particules d’acide carbonique, d’oxygène et d’azote réduits à l’état solide. — Mentionnons enfin quelques observations de l’éclipse lunaire comprenant des occultations d’étoiles par notre satellite ; celles de la comète Wolf au cercle méridien de Bordeaux; enfin celles de la planète 244 à l’observatoire d’Alger.
- Stanislas Meunier.
- DE L’UTILITÉ DES MOUCHES
- L’opinion généralement admise en ce qui concerne les mouches est que ces insectes constituent une des petites misères de la vie, auxquelles il est impossible de parer complètement, quoi qu’on fasse. Quand ces mouches salissent nos peintures et les décorations de nos maisons, quand elles tombent dans notre lait ou nous empêchent de dormir avec leur bourdonnement agaçant et leurs chatouillements, nous remercions le destin de ce que le froid nous débarrasse de cet ennemi de tous les instants. L’on sc demande à quoi sert cet insecte, si ce n’est à nous exaspérer. Eh bien! la mouche, si incommode qu’elle soit, a, comme tout ce qui vit ici-bas, une mission à remplir, et une mission fort importante, qui doit lui faire pardonner les attaques obstinées dont nous sommes l’objet de sa part.
- Regardez attentivement une mouche qui vient se reposer après avoir volé pendant quelque temps ; vous lui verrez exécuter une série de mouvements qui vous rappelleront ceux du chat qui fait sa toilette ou de l’oiseau qui lustre ses plumes. Ce sont d’abord les pattes de derrière qui sont frottées l’une contre l’autre ; puis, chacune de celles-ci passe sur une aile; puis, c’est au tour des jambes de devant de se frictionner ; enfin, vous verrez la trompe passer sur les jambes et sur toutes les parties du corps qu’elle pourra atteindre.
- Ce manège est-il fait dans un but de propreté seulement? On l’a cru jusqu’ici; mais M. Emerson, un chimiste anglais, a récemment démontré qu’il en était tout autrement. En plaçant une mouche, qu’il venait de prendre, sous un microscope, il vit quelle éttfit couverte de parasites d’une petitesse incroyable 1 ; il renouvela son expérience sur d’autres mouches et constata qu’il en était de même pour toutes.
- Il remarqua ensuite que ces insectes passaient leur trompe sur leur corps, là où il y avait des pucerons, et que les divers mouvements de pattes dont nous avons parlé n’avaient d’autre but que de rassembler en un même point le plus de ces animalcules possible pour n’en faire qu’une bouchée. M. Emerson crut d’abord que c’était leur progéni-
- 1 Voy. Parasites des mouches, 1883, premier semestre, p. 71, 94 et 128.
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- tare que dévoraient les mouches, car on sait qu’elles portent leurs petits attachés à leur corps ; mais de nouvelles expériences le tirèrent bientôt de cette erreur.
- Il mit, en effet, sous le microscope un morceau de papier blanc sur lequel s’étaient posées deux mouches, qui semblaient très occupées à manger quelque chose ; il constata sur le papier la présence des mêmes pucerons. 11 essuya alors le papier et le plaça en un lieu dont il prit soin qu’aucune mouche n’approchât ; au bout d’un certain temps, il remit le papier sous le microscope et vit avec étonnement qu’il était couvert de pucerons. Ce n’était donc pas
- leurs petits que les mouches mangeaient, mais des animalcules qui flottaient dans l’air et qui s’accrochaient aux ailes, aux pattes, au corps de celles-ci. Une fois que les mouches étaient suftisamment chargées de cette provision vivante, elles se retiraient dans un coin tranquille pour y faire leur repas.
- L’expérimentateur renouvela ses expériences en un grand nombre d’endroits. Dans les lieux sales où l’air était vicié, il constata que les myriades de mouches qui se pressaient étaient littéralement couvertes d’animalcules. D’autres mouches, capturées dans des endroits propres et bien aérés, étaient, au contraire, maigres et presque complètement dépour-
- Une mouche commune vue au microscope.
- vues d’animalcules. Ainsi, là où la corruption existait, les germes animés pouvant déterminer des maladies existaient de même, et de même aussi les mouches qui leur faisaient la chasse. Là où la propreté régnait, on ne voyait pas d’animalcules, et les mouches étaient rares et affamées.
- C’est ainsi que M. Emerson conclut que les mouches ont en ce monde une mission autre que celle de nous tourmenter.
- Par ses recherches, cet observateur a mis au jour un nouvel anneau de cette chaîne nécessaire de destruction qui existe dans la nature animée. Ces corps microscopiques servent de nourriture à la mouche, celle-ci à l’araignée, l’araignée à l’oiseau, l’oiseau aux quadrupèdes ou à l’homme.
- De leur côté, ces animalcules animés ont des besoins. Comment se nourrissent-ils? Ont-ils vis-à-vis d’autres animalcules invisibles le même rôle que •les mouches ont vis-à-vis d’eux? Voilà ce qu’on ne saurait dire et ce que la perfection des instruments ne permettra peut-être jamais de constater. Ce que l’on peut avancer sûrement, c’est que ces animalcules doivent avoir leur utilité en ce monde, la nature ne faisant rien sans cause *.
- 1 D’après le Scienlific American.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue Je Fleuras, à Paris.
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- N° 590. — 1er NOVEMBRE 1884.
- LA NATURE.
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- UTILISATION DES FORCES NATURELLES
- I, ELECTRICITE A BELLEGARDE (AIN)
- La Valserinc, pittoresque rivière d’une cinquantaine de kilomètres de cours, naît près de la frontière du canton de Yaud, dans le département du Jura, entre dans l’Ain à Lelex: elle longe constamment du nord-nord-est au sud-sud-ouest le pied occidental de la plus haute chaîne du Jura. Tout le long de son cours, elle se trouve profondément encaissée entre les rochers, comme le fait voir la figure 1 qui représente la vue de la Valserinc un
- Fig. 1. — Vue de la Yalserine, près Bellegurde. (D’après une photographie.)
- peu en avant de Bellegarde, à 1500 mètres environ; puis ensuite elle se jette dans le Rhône.
- Par arreté préfectoral du 28 mars 1882, M. Dumont (Louis), industriel de Bellegarde, a eu l’autorisation de harrer la Valserinc, en vue d’en obtenir une force motrice. •
- Le barrage a été terminé l’année dernière; no're figure 2 en présente une vue d’ensemble à l’aval, tandis que les figures 5 et 4 en représentent des coupes en élévation et en plan. 11 est établi à 50 mètres en aval du viaduc du chemin de fer de Mâcon à Genève. Les parements du mur sont en moellons durs à joints incertains; l’intérieur de la maçonnerie est en moellons bruts sans assises régulières;
- Fig. 2. — Barrage Dumont sur la Valseriue (aval). (D’après une photographie.)
- le barrage se présente en pointe à l’amont, de façon à . reporter les pressions sur les flancs de la vallée qui sont en calcaire oolithique, et dans lequel les murs sont encastrés de deux mètres.
- Le mur est fondé sur un calcaire dur très consistant ; la roche a été mise à nu et dérasée de distance en distance; le barrage est percé de trois ouvertures où sont établies les vannes réglant le débit du cours d’eau (fig. 3). Le mur a une largeur de 12 mètres à sa base (fig. 4), ce qui est plus que suffisant pour une charge maximum de 15 mètres d’eau.
- Ainsi qu’on le voit le barrage a été construit dans les meilleures conditions de solidité : c’est ce qui lui a permis de résister victorieusement à la crue extraordinaire de janvier 1883.
- La chute ainsi créée est de 50 mètres de hauteur avec un débit minimum de 5000 litres à la seconde
- f 2° année. — 2» semestre.
- par les plus basses eaux de la saison deté, ce qui correspond à une force hydraulique nominale de 2000 chevaux. Cette force sera répartie entre trois turbines, dont l’une de 600 chevaux est complètement installée. C’est celle qui sert actuellement pour l’éclairage électrique de Bellegarde.
- L’appareil électrique se compose de deux petites machines Gramme à courant continu, auto-excitatrices dont les anneaux induits font environ 600 tours à la minute ; elles sont assemblées en tension ; elles ont été construites par MM. De Meuron et Cuénod de Genève. Des deux bornes libres de la machine double part le conducteur principal qui est un cylindre en bon cuivre rouge de 5 à 6 millimètres de diamètre ; il est aérien et fait le tour de Bellegarde supporté par des isolateurs en porcelaine fixés sur des poteaux de sapin. Les lampes, toutes du système
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- LA NATURE.
- Edison, sont montées en dérivation sur le conducteur principal et ont été placées dans les anciens réverbères des rues de Bellegarde. Une lampe témoin a été placée près de la machine pour permettre au mécanicien d’en modifier la vitesse suivant les besoins; le réglage s’effectue, non pas sur les machines Gramme, mais sur la turbine motrice.
- L’éclairage produit directement sans l’intermédiaire des accumulateurs est très brillant, mais
- Elévation Amont.
- Fig. 3. — Le barrage de la Valserine, à Bellegarde. Coupe en élévation.
- offre quelques inconvénients que nous nous permettons de signaler. D’abord l’indépendance des foyers n’est pas assurée, en ce sens que toutes les lampes, même celles des particuliers, se trouvent ou allumées ou éteintes en même temps ; ensuite quelques extinctions intempestives ont fait tressaillir de joie les
- Bâtiment
- des
- Turbines
- PLAN
- Profil du Canal de fuite
- Fig. 4. — Le môme barrage. — Plan.
- adversaires nés de tout progrès et de toute initiative; de temps en temps même des variations du rendement lumineux clés lampes accusent les irrégularités inévitables de la machinerie. Tous ces inconvénients .seront faciles à éviter par l’introduction de quelques batteries d'accumulateurs qui sont devenus absolument indispensables dans toute distribution électrique importante et sérieuse; d’ailleurs leur emploi est devenu absolument pratique et leur installation est aussi simple que facile.
- Malgré tout, on doit féliciter M. Dumont, dont l’initiative a su mener à bonne lin une œuvre con-
- sidérable, malgré les tracasseries dont il a été l’objet. Ajoutons que pour rester dans la voie du progrès, M. Dumont effectuera le transport de la force par câbles électriques pour toutes les usines qui viendront lui louer sa force motrice. Espérons que l’industrieuse cité de Bellegarde sera la première ville de France où l’on verra s’effectuer industriellement le transport du travail électrique.
- L. Grezel,
- Professeur de physique à Nantua.
- ——
- L’INDUSTRIE DES CUIROTS DE MOUTONS
- Parmi les trois grands centres étrangers de production de laines, l’Australie, le Cap et la Plata, ce dernier est le seul qui exploite d’une façon régulière et complète les peaux de moutons, pour en retirer à la fois de la laine et des cuirots. D’ici peu l’Australie et le Cap s’organiseront sans aucun doute comme la Plata, mais les procédés pratiques et simples pour la conservation des peaux n’y ont pas encore été importés et ils sont aujourd’hui la propriété à peu près exclusive de Yestanciero.
- Pourtant la conservation et l’utilisation des peaux sont le complément naturel de l’élevage et de la tonte, et devraient être pratiquées dans tous les pays de moutons sans exception.
- Dans un pays d’élevage, le nombre des animaux qui meurent ou qu’on tue chaque année est en effet considérable. Les statistiques d’exportation de la Plata nous montrent que, depuis 1876, on exporte environ 10 millions de peaux en laine, annuellement. La valeur moyenne du cuir de chacune de ces peaux, étant, dans nos pays d’au moins 1 franc, les recettes annuelles de l’industrie des peaux se chiffrent donc, pour le cuir de ces peaux, par 10 millions de francs. Encore ces recettes ne se rapportent-elles qu’à des années de mortalité normale, où l’on n’a eu à souffrir d’aucune épidémie. Qu’il survienne une période de gronde sécheresse, les épidémies qui en résultent feront périr plus de la moitié des troupeaux de la pampa, et, dans l’espace de quelques mois, plus de 50 millions de peaux arriveront sur les marchés de Buenos-Ayres et de Montevideo, représentant, rien que pour les cuirs, malgré la baisse que pourra produire cette abondance de production, une valeur d’au moins 40 millions de francs.
- Ces chiffres suffisent à montrer qu’un pays d’élevage, si riche qu’il soit, ne doit, point abandonner cette branche de l’industrie lainière. Nous allons voir d’ailleurs qu’elle est des plus simples, tout au moins pour l’éleveur, et que pour lui elle ne demande aucune mise de fonds.
- Les peaux en laines sont désignées sous le nom de matadéros, de campos, et d’épidémies ou déchets, suivant leur provenance.
- Les matadéros proviennent des saladeros, usines où l’on tue le mouton, pour en retirer la graisse
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- LA N ATli II K.
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- et le suif. Les peaux dites campos sont celles des animaux tues par l’estanciero (éleveur) pour sa nourriture et les besoins de ses hommes. Enfin les peaux des animaux morts de maladie sont dites épidémies ou déchets.
- Chacune de ces catégories donne des hautes et des trois quarts, des demies et des quart laines, des rasons et dés pelés suivant le temps qui s’est écoulé entre la dernière tonte de l’animal et sa mort. Aussitôt mort l’animal est pelé. La peau est étendue à terre pour sécher. Autant que possible il faut l'étendre à l’ombre. Si dans le campo on ne trouve pas d’ombre, ce qui arrive parfois, il faut au moins avoir soin de ne pas exposer le cuir au soleil, et d’étendre la peau, le cuir contre le sol, la laine en dehors. Voilà tout le travail de préparation dans le campo ou dans le saladero : bien peler afin de ne pas abîmer le cuir en l’écorchant avec le couteau, et le diminuer ainsi de valeur, bien sécher, mais sans que le cuir soit brûlé par le soleil.
- Les peaux sèches sont transportées à l’aide de chars jusqu’à la station du chemin de fer la plus voisine. Elles arrivent à Buenos-Ayres et à Montevideo où se tiennent les marchés. Aussitôt achetées elles sont emportées à la baraque.
- C’est à la baraque que se fait tout le travail de l’acheteur. II y classe tout ce qu’il a acheté, choisissant dans ses achats pour former des lots homogènes, composant ses balles et ses lots d’après les demandes qu’il a ou qu’il prévoit.
- C’est également à la baraque qu’on prépare les peaux contre la mite aux périodes de grande chaleur. La méthode est très simple. On badigeonne la peau avec une solution très étendue d’arsenic. Ces opérations faites, on emballe. Comme les transports maritimes sont tarifés au mètre cube et non au poids, on emploie pour l’emballage des presses très puissantes. Les peaux sont pliées avec soin, empilées les unes sur les autres entre les plateaux des presses, et une fois la pression donnée, entourées de cercles en fer. La balle cube environ 1 mètre. Elle pèse 500 à 600 kilogrammes, et elle contient en moyenne 20 douzaines de peaux. Suivant la qualité de la marchandise hautes laines, rasons, agneaux, ou épidémies, son prix varie de 500 à 800 francs. Le transport coûte 15 francs pour Bordeaux, 20 francs pour Anvers, à bord des grands paquebots.
- La partie la plus difficile du voyage n’est pas la traversée, mais l’embarquement. Buenos-Avres n’a pas de quais, il n’y a même pas de rives. La côte est plutôt une plage. Si bien que de la baraque au navire, il faut employer trois engins de transport. Les balles sont apportées jusqu’à la côte sur des chariots. Là elles sont transbordées sur un espèce de radeau muni de roues pour sortir de l’eau et venir accoster le chariot. Lorsque les balles sont sur le radeau, un cavalier vient y atteler son cheval, et conduit à la nage le radeau vers un chaland. Bien souvent un coup de vent s’élève, le cavalier dételle et le radeau flotte comme il peut jusqu’à ce que le
- temps soit redevenu calme. Si le coup de vent est un peu fort, les balles vont à l’eau, et on les retrouve sur la côte tant soit peu mouillées et avariées. Sur le chaland elles sont en sûreté, et une fois là elles arrivent au navire sans incident. Nous les retrouverons débarquaut à Bordeaux, à Liverpool, au Havre et à Anvers.
- Toutes les affaires de laines et de peaux avec la Plata se font par l’intermédiaire des comptoirs. Presque tous sont entre les mains de maisons étrangères au pays et ne sont que des succursales de grandes maisons de commerce d’Europe. La plupart ont leur baraque. Quelques-uns font emballer à façon dans les baraques des autres.
- L’acheteur de la maison dirige le comptoir. C’est sur lui que tout repose, puisque d’achats bien ou mal faits résultent des bénéfices ou des pertes pour la maison. Il a une situation fort difficile. Il doit savoir tout ce qui se passe dans les centres lainiers d’Europe, il doit être au courant de toutes les enchères publiques, de toutes les tendances nouvelles des marchés, pour prévoir ce que sera la situation dans 3 ou 4 mois, à l’époque où arriveront en Europe les laines qu’il va bientôt acheter, quel? seront à ce moment les besoins de la consommation, quelles seront les marchandises qu’achèteront les fabriquants.
- — A suivre. —. A. BrILLOUIN,
- Ingénieur des Arts et Manufactures
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- LA CÉLÉBRATION DD CENTENAIRE
- DE LA PREMIÈRE ASCENSION AÉROSTATIQUE FAITE EN ANGLETERRE LE U SEPTEMBRE 1784
- VINCENTLUNAROI
- DOCUMENTS INÉDITS
- On a brillamment célébré l’année dernière, en France, le centenaire de la découverte des aérostats, découverte incomparable qui est une des plus belles gloires de notre génie scientifique, et la statue des frères Montgolfier a été inaugurée à cette occasion à Annonayl, sous les auspices des représentants les plus autorisés de la science contemporaine.
- Cette année, les Anglais ont cru devoir fêter le centenaire de la première ascension qui a été faite de l’autre côté du détroit le 14 septembre 1784, par D. Vincent Lunardi. La Ballon Society of Great Britain, ayant pour président l’honorable M. H. Le Fèvre, a pris finitiative.de cette cérémonie, qui a eu quelque retentissement en Angleterre. Nous profitons de cette occasion d’actualité pour publier au sujet de Vincent Lunardi quelques documents inédits que nous emprunterons à des pièces curieuses et récemment acquises de notre collection aérostatique.
- Vincent Lunardi était Italien ; jeune secrétaire de l’ambassadeur napolitain à Londres , il avait été
- 1 Voy. n° 534 du 25 août 1883, p. 193.
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- LA N AT LUE.
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- nommé capitaine dans l’armée anglaise. Cavalier d’une élégance rare, sa physionomie était séduisante au plus haut degré. Plein d’activité, d’audace et d’initiative, la découverte des aérostats ne pouvait le laisser indifférent ; dès qu’il eut appris les résultats des premières ascensions exécutées en France par Pilàtrc de Rozier et le marquis d’Ar-landes dans une Montgolfière ou ballon à air chaud, par Charles et Robert dans un aréostat à gaz, il résolut de construire un ballon pour s’élever lui-même à Londres, où il se trouvait en résidence.
- Vincent Lunardi fut aidé dans son entreprise par un riche Anglais, M. Biggin, qui devait exécuter l’ascension avec une jeune dame d’une grande beauté, Mme Sage, dont les gravures du temps nous ont laissé le portrait.
- L’ascension eut lieu le 14 septembre 1 7 84, dans un aérostat gonflé d’hydrogène * pur, et muni d’une nacelle dans laquelle se trouvaient deux rames de propulsion que l’aé-ronaute devait mettre en mouvement pour se diriger. Ce ballon avait environ 500 mètres cubes ; il fut gonflé au milieu d’une grande place nommée Artillerie Ground, et au moment du départ, le chevalier Biggin, Mme Sage et Lunardi prirent place dans la nacelle. Une gravure du temps, véritable chef-d’œuvre du burin, qui a souvent été reproduite, a représenté cette scène émouvante. Mais, hélas ! le gaz, assurément mal préparé, n’avait pas une force ascensionnelle suffisante ; Mme Sage et le chevalier Biggin durent descendre de la nacelle, et Lunardi partit seul au milieu des acclamations d’une foule énorme. Il s’éleva à une hauteur assez considérable et eut à endurer l’action d’un froid très intense, le givre se formant autour de lui sur l’aérostat; il descendit une heure et demie après son départ, laissant à terre, à moitié mort de froid, un chat qu’il avait emporté avec lui ; puis il s’éleva une seconde fois pour aller atterrir un peu plus tard dans une prairie de la paroisse de Standon (comté d’Hertford) *.
- 1 Voy. une brochure de Lunardi : An.account of the
- Le chevalier Biggin et Mme Sage, ne se contentèrent pas d’avoir mis le pied dans la nacelle de Lunardi; le *29 juillet de l’année suivante, 1785, ils s’élevèrent en compagnie du jeune capitaine, de Saint-Georges Fields, à 1 h. 25 m. de l’après-midi ; ils descendirent à 5 heures à quelques milles d’Harrow, Middlesex, à une distance de 48 kilomètres du point de départ.
- Après les ascensions assez nombreuses que Vincent Lunardi exécuta en Angleterre, on ne sait généralement pas ce qu’il devint ; les traités de l’aérostation et les autres documents historiques n’en disent rien.
- Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir continuer l’histoire de Vincent Lunardi, par suite de circonstances assez singulières qui nous paraissent dignes d’être rapportées.
- Nous avons à plusieurs reprises publié dans La Nature, sous le titre de Curiosités Aérostatiques, quelques notices dans lesquelles nous avons donné la description de faïences à ballon, de gravures ou de bonbonnières représentant les premiers aérostats du temps de Louis XVI, pièces que mon frère et moi, avons réunis avec la-persévérance et la patience de bénédictins, qui caractérisent les collectionneurs. Plusieurs de nos lecteurs nous ont indiqué les objets qu’ils connaissaient et qui pouvaient accroître notre collection ; l’un de nos aimables correspondants, M. le marquis deCamarasa, nous écrivit d’Espagne, l’an dernier, que l’on mettait en vente, à Madrid, la magnilique collection de tableaux de feu don Luis de Portilla, où se trouvaient des peintures délicieuses, mais fort abîmées, représentant l’histoire inconnue d’un aéronaute. Ces peintures, très remarquables, étaient anciennes, et signées d’un peintre italien, Francesco Verini ; elles étaient en très mauvais état. Grâceà l’obligeance de M. deCamarasa, nous en fîmes l’acquisition, et un artiste habile
- first aerial voyage in England. 1874, London. Voy. aussi Histoire et pratique de l’aérostation, par Tibère Cavallo. 1 vol. in-8°, traduit de l’anglais. — Paris, 1780.
- Fig. ].— Le triomphe de Lunardi. (ltéduetion d’un tableau de la fin du dix-huitième sièele du peintre italien Francesco Yerini.)
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- les restaura complètement. Nous n’avons pas tardé à reconnaître que ces peintures représentaient le Triomphe de Lunardi; elles figurent les différentes phases des principales entreprises de Lunardi,
- et Tune d’elles notamment, montre le jeune capitaine qui, s’élevant dans le ciel, rencontre au milieu des nuages le char de Jupiter et de Junon (fig. I)1. Après cette heureuse découverte, M. le marquis de
- Fig. 2. — Ascension de Lunardi, exécutée à Madrid le 11 août 1792. Fig. 3.— Ascension de Lunardi, exécutée à Madrid le Sjanvier 1793. (Reproduction d’une ancienne gravure espagnole.) Réduit. (Reproduction d’une ancienne gravure espagnole.) Réduit.
- Camarasa, eut l’obligeance de faire pour nous d’autres recherches à Madrid, et il trouva chez un collectionneur qui voulut nous en faire hommage, plusieurs gravures du temps, représentant les ascensions aérostatiques que Vincent Lunardi exécuta à Madrid, et qui sont absolument restées ignorées jusqu’ici en France.
- Veut-on savoir pourquoi nos historiens n’en ont pas parlé? C’est parce qu’elles eurent lieu aux époques les plus mouvementées et les plus terribles de notre histoire, en 1 792 et en 1795 ! L’une de ces curieuses et naïves gravures (fig. 2)représente le ballon de Vincent Lunardi qui s’éleva, d’après la légende gravée sous le dessin, « du Bven Retiro, le
- 1 Les peintures du Triomphe de Lunardi sont, comme nous venons de le dire, au nombre de six; chacune d’elles, de forme circulaire, mesure 0ra,22 de diamètre. Elles sont allé-
- 12 août 1792, et descendit à Daganzo, à 5 lieues de Madrid, aux applaudissements de tous ». Une autre gravure que nous reproduisons aussi (fig. 5), porte
- cette légende que nous traduisons de l’espagnol, comme nous l’avons fait de la précédente ; « Vue du ballon aérostatique lancé devant LL. MM. et leur R. famille, le 8 janvier 1795, dans lequel s’éleva D. Vicente Lunardi et qui alla tomber à Pozuelo del Monte del Taja, s’éleva ensuite deux fois et toucha terre d’abord à la Canada Larga, commune de Fluente, et en dernier lieu à Horcajô.— N° 1. Bande équatoriale du ballon. — N° 2. Pistolet avec lequel Lunardi fit feu.— N°3. Le Palais. — N° 4. Enceinte pour gonfler le ballon. »
- goriques. Le premier tableau représente Vincent Lunardi endormi sur un rocher; son génie protecteur, sous la forme d’une déesse flottant au-dessus d’un nuage, lui montre du doigt un
- BcLhete d‘ùtfroduçdo na Fùzéea doAnfiihpatro do Terreiro do Thço no Z)ia <ÿue o Çapittio Lufuirdiircî no Ar
- Freco
- Fig. i. — Fac-similé de ia carte d’entrée dans l'enceinte des ascensions aérostatiques exécutées à Madrid par Lunardi, en 1792 et en 1793. (Légèrement réduit.)
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- On voit que Lunardi s’élevait à Madrid quelques jours avant que Louis XVI fut guillotiné et l’on comprend, comme nous venons de l’indiquer, que cette ascension faite aune telle époque, resta tout à fait inconnue parmi nous. Il a fallu les vieilles gravures de Madrid pour nous en apprendre l’existence. Ces gravures qui ont pour l’histoire de l’aéronautique un véritable intérêt, nous ont permis d’apprécier, d’autre part, à sa valeur, un autre document de notre collection et que nous possédions depuis longtemps ; c’est une carte d’entrée pour assister aux ascensions de Lunardi dans le Buen Retiro. Cette carte très élégamment composée (fig. 4) et dont nous ne connaissions pas l’origine exacte, se rapporte assurément aux ascensions de Madrid exécutées en 1792 et en 1793.
- On voit combien des documents épars peuvent acquérir de l’intérêt, une fois qu’ils sont réunis et commentés. C’est la joie de l’historien, quand il peut en quelque sorte, faire renaître certains faits qui l’intéressent dans le passé. On pourrait croire que des événements très anciens, une fois oubliés, ont à jamais disparu» Il n’en est rien ; il suffit souvent de quelques circonstances fortuites pour les rappeler et les remettre en lumière1. Gaston Tissandier.
- LE TÉTRAOGALLE DE L’HIMÀLAYA
- Au printemps de cette année le Jardin d’Acclima-tation du Bois de Boulogne a reçu dix individus vivants d’une belle espèce de Gallinacé qui est originaire de l’Asie mais dont M. J. Gould avait, il y a déjà longtemps, préconisé la naturalisation dans les régions montagneuses de l'Europe occidentale. Nous voulons parler du Tétraogalle de l’ilimalaya ( Tetraogallus himalayensis) qui est connu des indigènes sous les noms de Kabak, Kubuk-Deri, Kowk-DuiTa ou Jer-monal et des chasseurs anglais sous ceux de Faisan des neiges et de Faisan des mon-
- ballon planant dans le ciel. Le second tableau est celui que nous reproduisons ci-contre. Lunardi, dans son esquif aérien, rencontre le char de Jupiter traîné par des aigles. Les trois tableaux suivants sont relatifs à un appareil de sauvetage imaginé par Lunardi. Le Génie protecteur du jeune capitaine lui montre d’abord en mer des naufragés ; sur le quatrième tableau, Lunardi vole à leur secours à l'aide de son esquif océanique, et sur le cinquième, il rencontre en mer le char de Neptune, traîné par des chevaux marins. Dans le sixième tableau, la Déesse protectrice de Vincent Lunardi le conduit au temple de la Gloire. Ces tableaux sont d une grande finesse et les figures, peintes avec un art remarquable, sont d’une composition délicieuse.
- 1 Notre collection aérostatique s’accroît de jour en jour et prend les proportions d’un petit musée. Nos serons reconnaissants à ceux de nos lecteurs qui voudront bien nous indiquer les documents anciens ou modernes qu’ils pourraient connaître sur les aérostats : gravures, livres, autographes, objets d’arts, faïences, bonbonnières, etc. Ces documents nous permettront de mettre à exécution un projet que nous espérons pouvoir mener à bonne fin : une histoire complète et détaillée de la navigation aérienne. G. T.
- tagnes. Cet oiseau appartient à un genre dont l’aire d’habitat a pour centre le massif de l’ilimalaya, mais s’étend d’une part sur la Tartarie chinoise, de l’autre sur le Caucase .et l’Arménie et qui, par les principaux traits de sa physionomie, se rapproche plutôt des Perdrix, des Tétras et des Crossoptilon que des Faisans proprement dits. Chez les Tétrao-galles, la. tête paraît petite relativement au corps qui est massif et porté sur des pattes assez courtes, mais très robustes ; le bec est fort, avec la mandibule supérieure busquée, faiblement carénée et recouvrant largement la mandibule inférieure ; les narines s’abritent en partie sous une membrane épaisse; les tarses, munis chez les mâles d’un éperon émoussé, sont garnis en avant d’écailles imbriquées; le doigt postérieur est, comme chez la plupart des Gallinacés, notablement moins développé que les doigts antérieurs dont le médian et l’externe se trouvent réunis à la base au moyen d’une petite membrane; les ongles ressemblent à de véritables griffes, creusées en gouttière sur la face inférieure ; les ailes, de longueur médiocre, sont un peu plus pointues que celles des Tétras et des Perdrix, et la queue, formée de dix-huit pennes, s’arrondit légèrement à l’extrémité et dépasse notablement les ailes quand celles-ci sont ployées.
- Le Tétraogalle de l’ilimalaya est intermédiaire, pour la taille, entre la Perdrix et le Grand Coq de Bruyères : il mesure environ 70 centimètres de long et 1 mètre d’envergure et porte une livrée aux teintes douces et harmonieuses. Un gris clair règne sur toutes les parties supérieures de son corps, mais il est recoupé sur le dos par des bordures fauves entourant chaque plume et par une multitude de petites lignes ondulées formant un dessin très compliqué. Une raie jaunâtre dessine une sorte de sourcil immédiatement au-dessus de l’œil, de l’angle postérieur duquel part un trait bien marqué, d’un brun marron très vif, qui descend en se recourbant derrière l’oreille. Un second trait, de même couleur, naissant de la base du bec marche à la rencontre du trait correspondant situé sur l’autre côté de la tête, de manière à encadrer plus ou moins la région du menton qui est d’un blanc pur. Ensuite vient un plastron grisâtre, orné de raies transversales noires, en demi-lunes, puis, sur la poitrine, un fouillis de petites lignes et de points noirs, et sur les flancs de longues flammèches couleur terre de Sienne brûlée. Les ailes sont variées de gris et de roux dans leur partie antérieure et de blanc du côté de la pointe, sur les grandes rémiges, tandis que la queue est d’un brun marron à l’extrémité et d’un brun grivelé de noirâtre à la base, avec les couvertures inférieures entièrement blanches. Enfin les mandibules sont couleur de corne, les yeux d’un brun foncé et les pattes d’un rouge orangé.
- Les adultes des deux sexes portent du reste la même livrée, tandis que les jeunes se reconnaissent facilement aux teintes moins nettes de leur plumage.
- Le grand plateau de l’Asie centrale est la véritable
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- patrie des Tétraogailes de l’Himalaya qui sont très communs sur les hautes montagnes du Tibet et du Népaul mais qui se rencontrent aussi en Tartarie, ainsi que dans le pays de Kaschmyr. Dans la chaîne de l’Himalaya ces oiseaux se tiennent pendant l’été sur les pics couverts de neige, au-dessus de la limite de la végétation forestière ; mais, quand vient la mauvaise saison, ils quittent généralement ces régions glacées pour se répandre, d’abord dans les pâturages, puis dans les zones non boisées de la région forestière. C’est ainsi qu’on les voit revenir pendant plusieurs années de suite dans les mêmes localités presque à la même époque. Toutefois, quand l’hiver est exceptionnellement doux, ils ne s’astreignent pas à cette double migration et restent confinés sur le sommet des montagnes. Dans le Kounawoor ils paraissent être sédentaires, tandis que sur les montagnes du Gange ils ne se montrent que pendant deux ou trois mois de l’année, et encore en très petit nombre.
- Doués d’un naturel éminemment sociable, les Tétraogailes ne vivent par couples que durant la saison des nids, et, aux autres époques, se réunissent en bandes de cinq à trente individus qui se font garder par une sentinelle, perchée sur une pointe de rocher et chargée de signaler, par un sifflement particulier, l’approche du moindre danger. Cette habitude que M. Hutton attribue aux Tétrao-galles de l’Himalaya, doit rendre la chasse de cet oiseau très difficile, d’autant plus qu’ils habitent des lieux presque inaccessibles. Cependant on en tue chaque année un certain nombre et on en apporte assez fréquemment sur les marchés de Caboul.
- Ce que M. Hutton nous apprend du caractère du Tétraogalle de l’Himalaya ne concorde d’ailleurs pas entièrement avec les observations d’autres naturalistes d’après lesquels ce gibier ne serait pas aussi farouche. Ainsi Mountaineer prétend que les Tétrao-galles ne se hâtent nullement de prendre leur essor quand le chasseur se trouve en contre-bas, sur le flanc d’une montagne. Ils se contentent alors de remonter à pas comptés, en se dirigeant soit obliquement, soit en ligne droite et s’arrêtent aussitôt qu’ils ne se sentent plus poursuivis. Au contraire quand ils aperçoivent le chasseur à une faible distance au-dessus d’eux, ils s’envolent immédiatement, sans doute parce que, sur un terrain incliné, la descente leur paraît plus pénible et plus périlleuse que la montée. Sur le sol du reste leurs allures sont toujours disgracieuses : ils marchent lourdement et ne se mettent à courir qu’au moment où ils vont prendre leur vol. Toute la bande s’enlève à la fois, brusquement, et^dans un pays plat et découvert, franchit à tire-d’aile une assez grande distance, tandis que dans une contrée montagneuse elle va se reposer dans le voisinage.
- Quand rien ne les inquiète, les Tétraogailes passent la journée à picorer, en gravissant lentement les pentes abruptes et en récoltant çà et là des graines, des fruits, des feuilles, de jeunes pousses et
- surtout des racines bulbeuses qu’ils savent fort bien déterrer avec leurs mandibules. C’est surtout lorsque le temps est froid et charge de brouillards qu’ils déploient toute leur activité ; au contraire, la chaleur les engourdit et les fait rester des heures entières immobiles au milieu des rochers sur lesquels ils ont coutume de se percher pour passer la nuit. Au lever du soleil ou plus rarement pendant la journée, ils font entendre une note mélancolique auquel succède une série de sifflements interrompus, et, lorsqu’ils sont effrayés, ils poussent des cris stridents, précipités, qu’ils répètent tout en volant et même quelques instants après s’être reposés. Ces cris, suivant le capitaine Boys, auraient beaucoup d’analogie avec ceux du Monaul ou Lophophore, qui vit à peu près dans les mêmes régions.
- On ne sait pas au juste combien les Tétraogailes de l’Himalaya ont de petits à chaque couvée ; mais on connaît leurs œufs, qui sont à peu près de la grosseur des œufs de Dindon, avec une forme plus allongée, et qui offrent sur un fond olivâtre de petites taches d’un brun clair. Les jeunes, aussitôt qu’ils sont assez robustes pour chercher eux-mêmes leur nourriture, se joignent aux adultes pour constituer des petites troupes qui séjournent, au moins pendant une saison, dans un domaine nettement circonscrit ou qui se permettent tout au plus quelques excursions matinales dans les champs voisins de leurs stations. Les Tétraogailes s’abstiennent en effet de visiter les régions entièrement cultivées, moins par méfiance naturelle que parce qu’ils trouvent sur leurs montagnes une pâture suffisante. Ce qui le prouve c’est qu’ils sont ordinairement fort gras. Aussi occuperaient-ils dans le gibier à plumes un rang très distingué si certaines plantes alpines dont ils font leur nourriture ne communiquaient souvent à leur chair un fumet trop accentué. Ce défaut disparaîtrait peut-être si l’on transplantait les oiseaux dans un autre pays, et, en tout cas, il pourrait être corrigé sur les individus que l’on conserverait en captivité et dont on réglerait l’alimentation car, nous ne devons pas oublier de le signaler, les Tétraogailes supportent fort bien la captivité : le capitaine Hutton en a gardé quatre pendant plusieurs mois et d’autres amateurs en ont possédé également quelques-uns qu’ils nourrissaient avec du grain et qu’ils tenaient dans une vaste basse-cour. Il est vrai que ces tentatives ont été faites principalement dans l’Inde, mais tout porte à croire qu’elles auraient aussi bien réussi dans certaines parties de l’Europe dont le climat est analogue à celui de la région himalayenne. Ainsi il est probable qu’on acclimaterait facilement les Tétraogailes dans les highlands de l’Ecosse ou dans les Alpes de la Suisse, du Dauphiné, de la Savoie et du Tyrol. Enfin si les individus que M. Hutton avait confiés à un de ses amis, sont rports pendant la traversée du Bengale en Angleterre, c’est là un accident qu’avec quelques soins on aurait pu sans doute éviter ; l’envoi qui vient d’être fait au Jardin d’AccIimatation montre du reste que le trans-
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- port des Tétraogalles de l'Himalaya peut s’effectuer par la voie de la mer Rouge sans plus de difficultés que celui des Lophophores et des Crossoptilon ou Faisans oreillards qui commencent à se répandre dans les jardins zoologiques de l’Europe et dans les parcs de quelques riches particuliers.
- Le climat et la végétation de certaines régions de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de l’Autriche et de la France, ne conviendrait pas moins aux autres espèces du genre Tétraogalle, qui ont les mêmes mœurs et le même régime que le Tétraogalle de l’Himalaya et qui s’en distinguent seulement par le dessin du plumage et par les proportions des diverses parties du corps. Ainsi le Tétraogalle caspien (Tetraogallus caspius) ou Tétraogalle du Caucase (T. caucasiens) est à peu près de la même taille j que l’espèce indienne et porte également une livrée I où dominent le gris, le blanc, le noir et le fauve, mais il n’a pas de lignes transversales noires sur la poitrine et offre de chaque côté du bec deux traits mal définis de couleur grise.
- Ces traits font défaut ou plutôt se confondent avec la teinte générale des côtés du cou chez le Tétraogalle de l’Altaï (T. altai-cus) et chez le Tétraogalle du Tibet {T. tïbeta-nus ) qui sont d’ailleurs, le dernier surtout, sensiblement plus petits que le Tétraogalle de l’Himalaya.
- De toutes ces espèces, la plus anciennement connue est naturellement celle qui habite la chaîne du Caucase et qui est désignée par les Persans sous le nom de Keph-e-derra ou Perdrix royale. D’après une note insérée dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg et reproduits par M. Gould dans son bel ouvrage sur les Oiseaux d'Asie, les Tétraogalles du Caucase vivent, comme tous leurs congénères en petites troupes, sur le sommet des montagnes dans la zone des neiges et courent avec agilité sur les rochers qui bordent les précipices. L’air vif et froid de ces hautes régions paraît nécessaire à leur santé, car tous les jeunes que l'on a essayé d’élever dans les plaines de la Kahétie n’ont pas tardé à succomber; cependant, il y a plusieurs années, on est parvenu à transporter en Angleterre deux adultes de cette espèce qui ont
- vécu pendant quelque temps au Jardin zoologique de Londres.
- Comme gibier, les Tétraogalles du Caucase sont peut-être supérieurs aux Tétraogalles de l’Himalaya,-puisque l’on compare leur chair à celle de la Perdrix commune et ils acquièrent également beaucoup d’embonpoint à l’arrière-saison. Durant tout l’été et l’automne, ils se nourrissent de plantes alpines, de baies sauvages et probablement aussi d’insectes, comme les Tétraogalles de l’Altaï dans l’estomac desquels Gebler a trouvé des débris de sauterelles mêlés à des fragments de feuilles et de tiges et à des grains de sable ; mais pendant les hivers rigoureux ils sont parfois réduits, dit-on, à manger les excréments des Bouquetins. Ce qui est certain, c’est qu’ils se montrent souvent en compagnie de ces ruminants et que les Tétraogalles de l’Altaï présentent
- la même particularité de mœurs. Le natu r a 1is t e Radde pense que la cause de cette association réside dans la communauté de régime. L’oiseau et le mammifère recherchent également les endroits où croissent les potentillcs des Alpes, des bourgeons desquelles ils sont très friands. « La réunion de ces oiseaux est assez étrange , dit M. Radde, pour que les Sojotes et les Benjates des vallées d’Irkoutsk et d’Oka l’aient remarquée. Malheureusement je ne pus m’emparer d’un de ces oiseaux. D’après les récits des chasseurs ils sont quelque temps en mouvement un peu avant et après le lever du soleil, mais ils restent tranquilles tout le jour. Par les temps de pluie ils font entendre un cri précédé d’un sifflement. Ils nichent et passent la nuit dans des cavités de rochers. Les œufs seraient bleuâtres tachetés de noir. »
- Quant au Tétraogalle du Tibet, qui se trouve aussi dans le Népaul, nous ne possédons à son égard aucun renseignement. On voit donc qu’il y a encore beaucoup d’observations à recueillir sur les Tétraogalles, et il faut espérer que J’étude d’un certain nombre d’individus, vivant et se reproduisant dans un état de demi-liberté, permettra de combler les lacunes que présente encore l’histoire de ces Gallinacés. E. Oustai.i t.
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- LES ROUES ÉLÉYÀTOIRES
- DANS LES MIMES DE CUIVRE
- La quantité de résidu* produits par les mines de cuivre de la Calumet and Hecla Mining Company, sur les bords du lac Supérieur, sont suffisants pour couvrir une acre de terrain sur une hauteur de un pied toutes les quarante-huit heures.
- On ne se débarrasse de ces résidus qu’avec de longs travaux et de grandes dépenses; le niveau du sol de la mine, peu élevé, ne permet pas de les drainer dans une localité où ils ne présenteraient
- aucun inconvénient. On a résolu le problème en se servant de roues élevatoires de dimensions gigantesques qui élèvent les débris à une hauteur suffisante pour qu’ils s’écoulent ensuite naturellement dans le lac. Deux de ces roues ont été commandées ; l’une d’elles est déjà établie dans les conditions que représente la ligure ci-dessous.
- L’arbre qui supporte la roue a 50 pouces (75 centimètres) de diamètre. Il repose sur des paliers à centrage et à réglage pour assurer le mouvement de la roue dans un plan bien vertical. La jante qui porte les augets et l’engrenage de commande, est fixée sur l’arbre par huit bras qui constituent chacun une
- Grande roue élévatoire des résidus, dans les miues de cuivre du Lac Supérieur, aux États-Unis.
- véritable pyramide en fers cornière et en fers méplats. On comprendra la nécessité de cette construction en songeant que l’engrenage dont le diamètre moyen est de 43 pieds (15 mètres), se compose de 16 pièces distinctes et compte 552 dents de 30 centimètres de longueur. Le système élévatoire compte 25 doubles augets disposés de chaque côté de l’engrenage de commande, soit 100 augets en tout, qui peuvent enlever près de deux mille gallons (9180 litres) par tour.
- Les dents de l’engrenage ont été taillées sur place à l’aide de deux fraiseuses à chariot disposées de chaque côté de la roue sur un même diamètre horizontal et agissant simultanément. Il n’a pas fallu moins de 215 heures pour tourner la jante et tailler des dents : l’ajustage parla méthode ordinaire
- aurait demandé quatre lois plus de temps au moins.
- Les augets viennent se vider par la partie inférieure dans un déversoir dont la partie supérieure est à 40 pieds (12 mètres) au-dessus du niveau du sol de la mine; ce déversoir se continue jusqu’au lac par un long canal en pente douce.
- La roue est commandée par un pignon en acier actionné par une machine dont la puissance est de 175 chevaux-vapeur. Elle fait 4 tours par minute environ, élevant ainsi 36 mètres cubes dans le même temps, soit 2160 mètres cubes par heure. Le poids des deux roues est de 124 tonnes; en place, elles coûteront 50 000 dollars (250000 francs).
- La Dickson Manufacturing C° de Seranton qui a fabriqué ces roues gigantesques construit aussi, nous apprend le Scientific American à qui nous
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- LA NATURE.
- empruntons ces détails, les deux plus grandes boîtes à feu de chaudières de locomotives actuellement existantes, chacune d’elles représentant une puissance de 1000 chevaux-vapeur. Elles sont faites en tôle d’acier de 14 millimètres d’épaisseur, et comptent 200 tubes de 16 pieds (4,8 mètres) de long et de 75 millimètres de diamètre soudés à recouvrement. Chacune de ces chaudières pèsera 61 tonnes : elles sont destinées à fournir la vapeur aux machines qui actionnent le puissant outillage de la Calumet and Hecla Mining C°.
- LES PHOTOGRAPHIES MAGIQUES
- Un de nos correspondants, M. Robert Le Fort, à Troyes, nous a adressé quelques spécimens de photographies magiques. Elles consistent en simples feuilles de papier glacé blanc. 11 suffit d’étendre sur le papier glacé une feuille de papier à filtrer imbibé d’eau, de l’y laisser quelques heures ; la photographie est ainsi obtenue. On peut encore se contenter de laisser immergé le papier dans de l’eau; l’épreuve apparaît avec plus ou moins d’intensité, suivant la qualité de la préparation. Pour rendre les épreuves inaltérables, on doit le laisser plonger pendant deux à quatre heures dans l’eau glacée. Noire correspondant ajoute qu’il nous serait très obligé, de faire connaître le procédé de fabrication de ces photographies. Cette question nous paraissant de nature à intéresser un grand nombre de nos lecteurs, nous nous sommes adressé à M. Léon Vidal, dont la haute compétence en photographie est connue de tous.
- Nous publions ci-dessous la notice que le savant rédacteur du Moniteur de la Photographie a bien voulu écrire pour La Nature. G. T.
- L’on appelle photographies magiques des épreuves photographiques imprimées à l’état latent sur du papier blanc qu’il suffît d’immerger dans de l’eau ordinaire pour voir apparaître l’image.
- Voici le moyen employé pour réaliser cet effet curieux et si surprenant pour les personnes qui ne sont pas initiées à ces sortes de réactions.
- L’on imprime des épreuves photographiques à .l’aide de négatifs quelconques sur du papier sensibilisé au chlorure d’argent, papier que l’on trouve à acheter tout préparé chez les dépositaires de produits photographiques.
- L’impression s’opère à l’aide de la lumière solaire directe ou diffuse dans un châssis-presse ad hoc ou plus simplement encore entre deux plaques de verre maintenues serrées l’une contre l’autre avec deux pinces en bois dites épingles américaines.
- L’image, une fois imprimée, est fixée dans un bain d’hyposulfitc de soude à 10 grammes pour 100 grammes d’eau ordinaire.
- On ne la vire pas à l’or, mais on la lave absolument bien après le bain d’byposulfîte, de façon à débarrasser les fibres du papier de toute trace de cette substance.
- Ce complet lavage est rigoureusement nécessaire pour que le papier demeure parfaitement blanc
- après qu’il aura été traité par le bain suivant formé de :
- Bichlorure de mercure (sublimé
- corrosif)....................5 grammes
- Eau.............................100 —
- L’épreuve immergée dans ce bain ne tarde pas à se décolorer graduellement puis elle disparaît entièrement.
- Quand le papier où se voyait l’image a repris toute sa blancheur on le lave à grande eau et on le laisse sécher.
- Si l’on veut faire réapparaître l’image qui s’v trouve à l’état latent, il suffît de plonger le papier dans une faible dissolution d’byposulfîte de soude ou mieux de sulfite de soude.
- Les photographies magiques sont préparées de telle sorte qu’un fragment de papier buvard imprégné de sulfite de soude se trouve collé par les bords derrière le papier où se trouve l’image latente. De cette façon quand l’on immerge le papier dans l’eau, le sulfite de soude se dissout aussitôt et l’effet de réapparition de l’image se produit rapidement.
- Le bichlorure de mercure est une substance qu’il ne faut employer qu’avec de grandes précautions car elle constitue un poison violent : il faut donc prendre garde de mettre aucune partie délicate du corps en contact avec ce produit et éviter aussi de laisser traîner, sans les avoir mis en lieu sûr, à l’abri de toute atteinte, les récipients contenant ce composé à l’état solide ou en dissolution.
- Le papier sensible propre à cette curieuse récréation peut être, soit du papier albuminé, soit du papier simplement salé.
- La sensibilisation, si on veut la pratiquer soi-même, s’effectue en faisant flotter sur un bain de nitrate d’argent à 10 pour 100 et pendant cinq minutes, soit du papier albuminé salé qu’on trouve à acheter dans cet état, soit du papier salé que l’on peut préparer aisément en immergeant du papier blanc dans de l’eau contenant en dissolution 5 parties (pour 100 c. c. d'eau) de sel de cuisine blanc.
- On suspend par un coin après sensibilisation et on laisse sécher dans un lieu obscur. Pour tout le reste des opérations on suivra la marche indiquée plus haut.
- Voici, à l’appui des indications pratiques ci-dessus, quelques données théoriques. L’image formée par la lumière est colorée par de l’argent réduit.
- Cette image, blanchie au bichlorure de mercure, renferme à la fois du calomel (chlorure de mercure) et du chlorure d’argent.
- Le sulfite de soude a la propriété de dissoudre le chlorure d’argent et de noircir le chlorure de mercure ou calomel en formant un sulfure de mercure
- Ces diverses réactions permettront aux curieux, auxquels ne suffit pas une simple explication pratique, de comprendre sur quels faits scientifiques est basée la formation des photographies magiques.
- Léon Vidal.
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- CLEPSYDRE OU HORLOGE APPROXIMATIVE
- FACILE A CONSTRUIRE
- Voulez-vous avoir un instrument economique et simple donnant l’heure à quelques minutes près et qu’un ferblantier de village vous confectionnera en une journée sur vos indications? Youlez-vous y ajouter un réveille-matin qui fera, au moment, voulu, autant de bruit que vous voudrez?
- Prenez alors exemple sur quelques moines espagnols des temps passés dont un abonné de Madrid nous signale l’ingéniosité. II y a plusieurs combinaisons, nous dit-il ; mais elles ne diffèrent que par des détails. D’ailleurs les inventeurs sont modestes, par état, dans la circonstance présente; ils n’ont point l’ambition de passer à la postérité pour si peu de chose. Nous pourrons donc décrire un seul type sans exciter de jalousies, et nous dirons qu’il est dû à un ancien Chartreux.
- Déjà en divers pays et à diverses époques, on a exécuté des clepsydres ou horloges hydrauliques dont l’organe essentiel est un vase se remplissant et se vidant d’eau avec le plus de régularité et d’uniformité possible. Les hauteurs successives du niveau de l’eau dans ce vase, enregistrées"par une graduation, indiquent l’heure à peu près, et avec d’autant plus de justesse que l’uniformité d’écoulement est mieux réalisée. Mais, outre que cette uniformité est moins facile à obtenir qu a concevoir, c’est souvent une assez grande gêne de fournir à la dépense de ce lilet d’eau constamment renouvelé.
- Dans le système que nous allons décrire, le liquide ne se renouvelle point ; et un même volume (insignifiant d’ailleurs) d’eau, d’alcool, de pétrole ou de tout ce que vous voudrez, sert indéfiniment, tout comme les poids d’une horloge et l’instrument se remonte tout aussi aisément. Mais c’est ce que sa description même fera suffisamment ressortir.
- La clepsydre proprement dite, c’est-à-dire le chronomètre, en laissant pour le moment le réveille-matin de côté, comporte essentiellement un cylindre creux A (fig. 1) en feuilles métalliques enroulées et assemblées, au tiers rempli d’un liquide quelconque, et dont nous verrons plus loin les dispositions intérieures. Ce cylindre A est fixé sur un axe qui le traverse en son centre; et de chaque côté s’enroule une mince ficelle dont une extrémité est fixée sur l’axe même, tout contre le cylindre, tandis que l’autre extrémité est attachée à un point de suspension supérieur C" dépendant d’une planchette destinée à supporter tout l’ensemble et à être fixée contre un mur.
- On conçoit dès à présent que si les deux ficelles se déroulent en même temps et des mêmes quantités, le cylindre A descend ; et il suffit pour mesurer cette descente et la rendre rigoureusement appréciable, de faire cheminer l’axe, parallèlement à lui-même le long de B règle graduée. Les divisions parcourues sont proportionnelles à la durée et
- donnent donc la mesure du temps. Elles sont d’autant plus petites que l’axe et les ficelles sont plus minces. A cause du poids du liquide contenu dans A, les ficelles ne se déroulent que lentement et uniformément; et le cylindre en descendant ne semble pas plus bouger que l’on ne voit avancer les aiguilles d’une horloge. Sur la figure ci-contre, l’axe marque il b. 1/4.
- En ce qui concerne les dispositions intérieures du cylindre A, il suffit, pour s’en rendre compte, de considérer la figure 2.
- Le point de suspension P étant à droite du centre géométrique du tambour, celui-ci tend à tourner dans le sens de la .flèche. Le liquide contenu à l’intérieur ne suit pas librement le mouvement, parce qu’il rencontre les palettes A A' A"; et cependant ces palettes n’empêchent pas non plus ce mouvement d’une façon absolue, à cause des trous 00 dont elles sont percées.
- Nous croyons que ces quelques explications suffisent pour faire comprendre le fonctionnement. Au lieu d’eau il est préférable d’employer un liquide moins congelable et moins oxydant (esprit-de-vin ou de bois, pétrole, etc.).
- On introduit ce liquide par un trou que l’on referme ensuite avec un peu de soudure.
- Sur l’axe du tambour, on a eu soin de souder bien symétriquement deux petits anneaux de laiton, auxquels on fixe les extrémités des deux ficelles.
- On place alors le tambour devant la règle; et l’on gradue celle-ci, en observant la descente avec une montre ou une pendule. En procédant jusqu’au bout de la sorte, les irrégularités de diamètre de l’axe et des ficelles sont sans influence. 11 pourrait ne pas en être de même si l’on se contentait de tracer une ou deux divisions sur la montre et de prolonger la graduation avec un compas. Les ficelles doivent avoir été tendues pendant quelque temps, pour ne plus éprouver d’allongement.
- Les variations hygrométriques de l’atmosphère, et celles de la température, sont de nature à déranger un peu l’exactitude des indications en agissant sur les ficelles; mais encore une fois l’instrument est approximatif. Ce n’est point un chronomètre de précision. Les trépidations et vibrations accéléreraient la descente, et doivent être évitées.
- Pour remonter l’horloge, il suffit de faire tourner l’axe entre les doigts, comme on roule une cigarette.
- En ce qui concerne la construction du tambour ou cylindre, elle est des plus simples. On commence par découper les deux disques latéraux, puis les lames destinées à former les palettes. Ensuite à l’extrémité extérieure future de chaque palette on soude l’équerre ou petit rectangle de même largeur et formant donc, avec la palette, un T.
- Cela fait, on enfile et on soude les deux disques sur l’axe, comme deux roues sur leur essieu, en leur donnant pour écartement, naturellement, la largeur de la palette ou longueur de génératrice du cylin-
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- dre. Puis on soude une à une chaque palette entre les deux disques suivant des rayons équidistants, de telle façon que les tables des T affleurent exactement à la circonférence extérieure. Et puis enfin il ne reste plus qu’à découper en six morceaux courbes la surlace cylindrique extérieure et à souder successivement chaque morceau aux tables de deux T consécutifs. Le tambour alors est fini. Si l’on voulait
- employer un cercle extérieur d’une seule pièce, on n’arriverait point à le souder exactement à chaque T; et il y aurait trop de fuites ou communications entre les espaces successifs séparés par les palettes.
- Telle est l’horloge.
- En ce qui concerne le réveille-matin ou appareil destiné à mener un certain tapage à un moment déterminé d’avance, il peut varier beaucoup. Mais,
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- Fig. 1.
- Ancien clepsydre espagnol.
- Fig. 2. — Disposition inter représenté rien principe, c’est toujours le cylindre A qui, en descendant, vient à l’heure voulue toucher un mécanisme de déclenchement. Ce mécanisme permet à un poids de tomber et d’actionner un système plus ou moins bruyant, par exemple une sonnerie, des marteaux, etc. A la rigueur on pourrait déterminer l’explosion d’un pétard ; et toutes les fantaisies peuvent là se donner carrière.
- En comptant sur un mécanisme a poids et une sonnerie, on pourra par exemple, adopter le dispositif de la figure 5 ci-contre.
- L’axe du tambour A de tout à l’heure, viendra en descendant, buter contre un levier L dont le petit bras porte le poids P ; et ce poids P se trouvera décroché. En tombant, P abaissera le levier de détente D qui, dans sa position précédente, maintenait immobile un encliquetage. Cet encliquetage étant de-
- ieure du cylindre A,
- -contre.
- venu libre et ne retenant plus le mécanisme inférieur, le gros poids P' descendra en actionnant ce mécanisme et mettant en branle une sonnerie.
- Le mécanisme de détente M se fixe à l’endroit que l’on veut le long de la règle graduée B, à l’aide d’une simple vis de pression.
- En résumé donc, et sauf la sonnerie et le mécanisme du réveil pour lequel le concours d’un horloger sera plus ou moins nécessaire, le ferblantier construira aisément l’instrument sur les simples indications données ; et à la campagne cet instrument serait, à la rigueur, très suffisant pour la mesure des heures de la journée et de la nuit.
- L. Poillon,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Fig. 3.
- Disposition du mécanisme de la sonnerie.
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- LES PLUIES DANS L’INDE
- Le service météorologique du gouvernement des Indes, qui a son siège à Calcutta, a récemment publié sur le régime des pluies dans cet immense ter ritoire, une carte qui offre un intérêt météorologique
- considérable et que nous réduisons ci-dessous. La carte originale en couleur a été dressée par M. Henry F. Blanford F. R. S., Meteoroloc/icat reporter to the Government of India, qui a bien voulu nous en faire hommage; elle mesure plus d’un mètre de côté, et est d’un fini d’exécution très remarquable. Elle a été faite d’après les renseignements recueillis
- LEGENDE
- I 1 Au-dessous de S pouces par InvCyll de S à 10 pouces .i de 10 à 20 I.
- EHHl dé 20 à 30 .1 XWÆ de 30 à 40 „
- 40 à 50 pouces 50 à70 ..
- 70 à 100 fi Au-dcccus de 100 pouces
- Échelle en Kilomètres
- louchistan'
- L F £
- BEN
- Iles Nicobar
- ICEYLAN
- Coloml
- Carte des pluies dans l’Inde, dressée par M. Henry F. Blanford. (Service météorologique du gouvernement de l’Inde.)
- dans 1300 stations météorologiques, pendant une période variant de 3 ans à 69 ans, suivant les stations. Elle donne le régime des pluies sur la surface tout entière de l’Inde, d’après les divisions suivantes indiquées par des teintes distinctes :
- Hauteur d’eau tombée : 1° Au-dessus de cinq pouces par an1 ; 2° de 5 à 10 pouces ; 3U de 10 à 20 ;
- 1 Le pouce anglais, inch, vaut 0ra,G2o4.
- 4° de 20 à 30 ; 5° de 30 à 40 ; 6° de 40 à 50 ; 7° de 50 à 70; 8° de 70 à 100. Les surfaces de pays correspondant à une hauteur d’eau annuelle dépassant 100 pouces, c’est-à-dire au delà de 2m,54, sont teintées de la nuance la plus foncée.
- On voit que les maxima sur toutes les côtes ouest de la mer d’Oman, et sur celles du golfe du Bengale qui se trouvent dans la même orientation, ont lieu à peu près aux mêmes époques. Elles sont
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- assurément dues à la fréquence des courants atmosphériques de l’Ouest et de Sud-Ouest qui abandonnent sur les côtes de la mer d’Oman la vapeur d’eau dont ils sont satnrés ; le phénomène semblable se reproduit pour les côtes de Birmanie que baigne le golfe du Bengale.
- L’abondance des pluies au Nord de la carte est due à l’action de la grande chaîne des Himalaya.
- Ces documents parlent d’eux-mêmes, et nous ne croyons pas utile d’y insister davantage. Chacun de nos lecteurs pourra faire, en examinant la carte, les observations qui l’intéressent. G. T.
- ---0^0---
- BIBLIOGRAPHIE
- Sur l'origine du monde. Théories cosmogoniques des anciens et des modernes, par H. Faye, de l’Institut. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1884.
- Les organes de la Parole et leur emploi pour la formation des sons du langage, par G. H. Meyer, traduit de l’allemand et précédé d’une introduction sur l'enseignement de la parole aux sourds-muets, par 0. Claveau, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, Félix Alcan, 1885.
- Elude sur la thermo-dynamique appliquée à la production de la force motrice et du froid, par Ch. Tellier, ingénieur civil. 2 vol. in-8° avec figures. — Paris-Auteui!, 20, rue Félicien-David, 1884.
- Instructions pratiques sur l'emploi des appareils de projection : lanternes magiques, fantasmagories, polyo-rarnes, appareils pour l'enseignement, par A. Molteni, 5e édition. 1 vol. in-18 avec figures. — Paris, 44, rue du Château-d’Eau.
- CORRESPONDANCE
- SUR LA TREMl'K DE I.’aCIER PAR COMPRESSION
- Mon cher Ami,
- Vous avez bien voulu signaler dans votre dernière livraison (p. 326) mes travaux sur la compression, en publiant le résumé que vous a donné M. Poillon sur le Rapport de M. Carnot. Je vous adresse quelques nouvelles observations suggérées par les résultats des nombreuses expériences que j’ai faites à ce sujet.
- Je crois que j’ai peut-être improprement appelé mon procédé Trempe par compression. Le fait est vrai, s’il s’agit de tremper l'acier pour lui donner la force coercitive, mais il n’est plus aussi juste quand la compression est appliquée, en vue de donner plus de résistance à l’acier ; dans ce cas, la pression continue et maintenue, est une véritable opération métallurgique, beaucoup plus efficace que toutes les autres opérations usitées qui rapprochent bien les molécules, mais qui les abandonnent à elles-mêmes, pendant le refroidissement. Il n’en est pas de même du refroidissement sous pression ; d’abord la pression a amené un refroidissement très brusque, en cela analogue à la trempe, de plus, il doit y avoir eu soudure des molécules. Si d’un mot je veux définir le résultat obtenu, je dirai qu’il en résulte une homogénéité absolue;
- et de plus une compacité qui exclut toute cristallisation subséquente, cause ordinaire de toutes les ruptures. Telle est maintenant ma manière de voir, et si cela était possible, je désirerais qu’à l’occasion de votre dernier article sur la compression, vous puissiez la faire connaître.
- Votre tout dévoué, L. Clémandot.
- FIXATION DES FANTÔMES MAGNÉTIQUES.
- Mon cher Ami,
- A propos de l’intéressant article publié dans la dernière livraison de La Nature (p. 331), voulez-vous me permettre de rappeler qu’il y a dix-sept ans déjà le petit problème de la fixation des fantômes magnétiques m’avait préoccupé 1 A la suite des procédés de Haldat et de Nicklès, agglutinant les grains de limaille, le premier par de la colle de pâte, et le second par de la stéarine fondue, je proposai de produire le fantôme à l’aide de la poudre fine de la pierre d’aimant naturelle sur une feuille de papier imprégnée de ferro-cyanure de potassium et séchée. On laisse alors arriver sur la feuille de papier, pendant quelques secondes seulement une très petite quantité d’acide chlorhydrique pur et gazeux, amené à la partie supérieure d’un entonnoir renversé disposé au-dessus du fantôme. Dès que le gaz a agi, on rejette la poudre magnétite et on lave la feuille de papier à grande eau. On voit alors chaque grain de la pierre d’aimant se dessiner sous forme d’un petit cercle bleu foncé qui se détache sur un fond bleu clair et l’ensemble de ces petits points reproduit en positif tous les détails du fantôme. L’épreuve ainsi obtenue est extrêmement solide; une fois sèche elle peut entrer dans un cahier et se prête à une conservation illimitée. J’ai donné quelques détails sur le mode opératoire à employer, dans le journal Cosmos du mois de juillet 1867.
- Votre tout dévoué, Stanislas Meunier.
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- CHRONIQUE
- Conservation des grains pendant leur transport. — Les grains et graines chargés sur navires dans les pays d’outre mer constituent généralement un capital dont le destinataire ne reçoit guère qu’un dividende, la majeure partie étant absorbée par les insectes et les rongeurs embarqués sans autorisation. Il y a d’ailleurs encore des avaries et détériorations par suite de réchauffement en tas. M. Max Gossi affirme que l’injection d’air frais en dedans et en dessous des tas, atténue considérablement ces inconvénients, et il conduit de l’air comprimé dans toute la masse à l’aide de tuyaux placés à fond de cale, le long des parois et partout où ils sont nécessaires.
- On peut, du reste, à volonté employer : 1° Soit un compresseur d’air avec canalisation d’air comprimé pour tout le navire. 2° Soit plusieurs tuyauteries indépendantes assurant tel ou tel service partiel. (Ces tuyaux sont percés de trous aux endroits où doit s’exercer la ventilation et certains trous peuvent être pourvus à volonté d’obturateurs à vis. ) 3° Soit employer des tuyaux distincts en relation chacun par une extrémité avec le compresseur d’air, et portant à l’autre extrémité une bouche de projection d’air que l’on dirige où l’on veut.
- Nous nous expliquons que ce système empêche les échauffements et fermentations. Quant aux insectes, ils doivent être très troublés et ennuyés, ce qui les décide
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- apparemment à déguerpir. Les rongeurs ne peuvent, eux, manquer de contracter des fluxions de poitrine, sous l’influence de cette ventilation énergique, absolument contraire à leurs habitudes de calme et de retraite. L’inventeur parle également d’appliquer ce système à l’aérage des navires transportant des troupes, des émigrants, du bétail et des chevaux. Mais alors naturellement on modérerait l’application, de manière à renouveler l’atmosphère des entreponts sans courants d’air violents ; car le traitement des hommes et des chevaux ne saurait être assimilé à celui des simples rongeurs. C’est le contraire. Sans entrer à ce sujet dans plus de détails, disons qu’une expérience faite à Anvers en présence d’ingénieurs compétents a permis de constater qu'un courant d’air lancé dans un chargement de grains par une puissante machine, passait à travers les interstices de la masse sans produire d’abord à la surface du tas aucun effet visible. Ce n’est que lorsque tout le tas est bien aéré que la surface commence à s’agiter et qu’il ne tarde pas à se produire des projections de grains. A ce moment, on arrête.
- Dangers de la fabrication des (( chinois. )) — À
- propos d’une discussion sur la vanilline,M.Méran a signalé les accidents observés chez des femmes chargées de la préparation des petites oranges désignées sous le nom de chinois. C’est en râpant ces fruits, pour en séparer la plus grande partie de l’huile essentielle, que les ouvrières, au nombre de plusieurs centaines, sont condamnées à vivre pendant des journées entières dans une atmosphère sursaturée d’essence. Des accidents nerveux (céphalalgie, vertige, une sorte d’ivresse) se manifestent d’abord; puis surviennent des troubles du côté des organes digestifs^ et plus tard des manifestations exanthématiques à la peau. Il y a la plus grande analogie entre ces faits et ceux observés chez les ouvriers qui manipulent la vanille, en dehors des accidents produits par les poussières et les impuretés de la vanille venant directement agir sur la peau ou vers les orifices des muqueuses.
- La lumière électrique en Allemagne. — Mous avons annoncé, il y a quelque temps, que Berlin allait posséder une distribution de lumière électrique analogue à celle de Pearl-Street, à MTew-York. La station centrale est sur le point d’ètre terminée. Elle renfermera quatre machines dynamos Edison de 500 lampes, ainsi que les moteurs à vapeur et les chaudières nécessaires à leur mise en marche, et pourra alimenter environ 2000 lampes incandescentes d’une intensité lumineuse de 16 bougies. I)’un autre côté, nous apprenons que MM. Siemens et Halske de Berlin ont été chargés d’installer la lumière électrique dans la nouvelle gare centrale de Mayence. Cet éclairage comprendra 27 foyers à arc de 800 bougies. Enfin, le Conseil municipal de Leipzig vient d’accorder à la Société du gaz de la ville une concession pour l’installation d’une station centrale d’éclairage électrique et de distribution de la force. Les travaux Vont être commencés immédiatement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 octobre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- L’oxyde de carbone liquide. — Il résulte de nouvelles études de M. Olszewsky que le point critique de l’oxyde de carbone est à 139°,5 au-dessous de zéro. C’est-à-dire
- qu’au-dessus de cette température, aucune pression ne détermine le changement d’état physique du corps étudié.
- A ce point thermométrique la liquéfaction est possible, mais elle exige 35 atmosphères. Si on refroidit, on constate que la pression nécessaire est de moins en moins grande : à — 211°, il suffit de 28 atmosphères; à —145°, de 25 ; à —190°, d’une seule. En refroidissant l’oxyde de carbone à 211 degrés sous zéro, on le solidifie et il se concrète en un givre opaque si l’abaissement de température a été brusque; en glace complètement transparente s’il a été plus lent.
- Thermochimie. — D’ingénieuses considérations sont présentées par M. Boillot au sujet de la combinaison de l’oxygène avec l’hydrogène. L’auteur remarque que 8 grammes d’oxvgène se combinant avec 1 gramme d’hydrogène, il en résulte 9 centimètres cubes d’eau et il admet que dans cette combinaison 6 centimètres sont occupés par l’hydrogène et 3 par l’oxygène. La combinaison dégageant 54 calories, il en attribue 30,5 à l’oxygène et 23,5 à l’autre gaz, — faisant remarquer que si on réduisait les deux composants gazeux au volume qu’ils occupent dans la combinaison, mais sans les unir, ils rendraient libres des quantités de chaleurs égales aux précédentes à la différence près de la chaleur latente de l’eau qu'il en faudrait retrancher.
- Le salpêtre des plantes. — On sait déjà que M. Ber-thelot trouve beaucoup de nitrates dans divers végétaux et spécialement dans les amaranthes. L’auteur a reconnu que le sel est surtout abondant dans la tige; les feuilles en renferment très peu. La proportion des nitrates augmente depuis l’époque de la germination jusqu’aux débuts de la floraison ; elle baisse alors pour se relever après la maturation.
- Pour déterminer l’origine des azotates M. Berthelot commence par les doser dans plusieurs plantes.
- La bourrache, par hectare, contient 120 kilogrammes de sulfate; l’amaranthus bicolor, 128; l’amaranthus can-datus, 140; l’amaranthus pyramidalis, 163; l’amaranthus giganteus, 320.
- La potasse provient nécessairement du sol : 1 kilogramme de terre contenant avant la culture 6*r,4 de potassium et après 4gr,7 seulement. Quant à l’acide azotique il n’est formé en totalité ni par le sol, ni par l’air et M. Berthelot pense qu’il est élaboré dans l’organisme végétal comme l’acide carbonique, l’acide oxalique, l’acide malique et beaucoup d’autres composés oxygénés.
- Application du sulfure de carbone. — A propos d’un récent travail dont nos lecteurs ont été informés, M. Ro-mier rappelle que, dès 1882, il a'constaté la stabilité du sulfure de carbone dans l’eau en signalant l’application à la culture des vignes du liquide aqueux ainsi obtenu. De son côté, M. Livache a montré que le même corps se dissout à raison de 200 grammes par litre dans l’eau savonneuse additionnée de pétrole, sans que le liquide précipite par des additions d’eau.
- Signalons à cette occasion l’excellent volume publié chez Masson par MM. Gustave et Georges Couanon, délégués régionaux du Ministère de l’Agriculture, sur l’emploi du sulfure de carbone contre le phylloxéra. On trouvera dans cette intéressante monographie, après une notice biologique sur le phylloxéra, un exposé très complet des méthodes insecticides en agriculture. La théorie des traitements insecticides est traitée avec une haute compétence et les auteurs le font suivre de considérations générales
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- sur l’application des terrains, sur la culture de la vigne en pays phylloxérés, et sur les engrais et amendements. Les praticiens liront avec grand fruit ce qui concerne les moyens d’application du sulfure de carbone, comprenant des instructions pratiques pour l’exécution des traitements au sulfure de carbone, des tableaux pour la disposition des trous d’injection et les prix des traitements. Dans des chapitres spéciaux sont résumés les divers décrets, lois et règlements concernant la lutte contre le phylloxéra.
- La couronne solaire. — Observant des régions élevées du Cantal, M. Duclaux a reconnu que la couronne solaire signalée ces temps derniers, avait sa contre-partie dans la région orientale. On y voyait au moment du coucher du soleil une apparence ayant la forme de la lunette noire que les Naja ont sur le derrière de la tête. Les deux boucles en étaient remplies d’une sorte d’empâtement rougeâtre. l e phénomène se levait progressivement à mesure que le soleil plongeait de plus en plus sous l’horizon.
- De leur côté, MM. Albert et Gaston Tissandier ont soumis la couronne à des observations aérostatiques. Dégagés du banc de brume épais de 800 mètres qui recouvrait Paris, ils ont constaté de 1600 à 3500 mètres que le météore possédait un éclat très vif; ils ont noté l’ordre de succession des couleurs concentriques et M. Cornu en pré-sentantleur travail, se félicite du concours procuré par eux à l’étude de la physique du globe.
- Varia. — Un rapport officiel sur la catastrophe du 26 août 1883 est adressé de Puitenzorg (Batavia), par M. Verbeek, sous ce titre : Kort Verslag over de Uitbars-ting van Krakatau. — M. le Dr Bureau de Villeneuve pense qu’on éviterait des causes de propagation épidémique en employant à l’alimentation l’eau de condensation des chaudières à vapeur. 11 a fait usage d’eau distillée depuis un temps très long et s’en félicite grandement. — D’après M. Debray, l’oxydule de cuivre est aussi avide d’oxygène que le cuivre métallique. — Au nom de M. Dumont, on dépose un projet de canal d’assainissement de Paris à la mer : l’auteur évalue la dépense à 300 millions.
- Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- MANIÈRE DE COUPER UNE FICELLE AVEC LES MAINS
- Vous avez souvent vu les garçons épiciers, ou les employés des maisons de commerce, couper la ficelle avec laquelle ils veulent faire des paquets, en
- la saisissant à l’aide de leurs mains, qu’ils rapprochent d’ahord, et qu’ils éloignent ensuite brusquement en donnant un coup sec. Vous avez peut-être cru que ce mouvement rapide suffisait. Essayez; vous vous couperez les mains, et vous ne casserez pas la cordelette, pour peu qu’elle ait une certaine solidité.
- 11 faut, pour réussir, disposer la ficelle de certaine façon, comme nous allons l’indiquer à nos lecteurs.
- On place sur la main gauche la ficelle à briser et l’on passe un des bouts sur l’autre, de façon à former une croix ; l’on enroule autour des doigts le bout formant le petit bras de la croix. 11 faut le laisser assez long pour faire plusieurs tours. L’autre bout est alors retourné et on l’enroule autour de la main droite en laissant entre les deux mains un assez grand espace (0ra,50 environ).
- Si le système est bien réussi, la ficelle devra avoir
- dans le milieu de la main la forme d’un Y, ainsi qu’on le voit sur le dessin figuré à la partie inférieure de notre gravure.
- Il suffit ensuite de fermer la main, après s’être assuré que l’Y était bien tendu, de saisir la cordelette de l’autre main, en la tenant à 0“‘,50 de distance environ (Voy. la partie supérieure de la ligure ci-contre). Cela fait, on rapproche les deux mains, et on les éloigne vivement, en tirant d’un coup sec, au point de jonction des branches de l’Y qui-forment un véritable couteau. On conçoit, en outre, que la ficelle étant brisée brusquement, le choc n’a pas eu le temps de se transmettre aux mains. Il y a là une intéretsanle démonstration du principe de l’inertie.
- On peut arriver ainsi à couper très facilement des cordelettes d’assez grand diamètre, et sans se faire aucun mal. Les mains les plus délicates peuvent très bien réussir cette expérience, pourvu que la traction soit brusque, et que la ficelle soit convenablement disposée. Avec un peu d’habitude, cela se fait très rapidement, et les employés de magasins qui sont bien exercés, arrivent à ne plus jamais se servir de couteaux ou de ciseaux. G. P.
- Le propriétaire-gérant : G. Tusandier
- Imprimerie A. Liilmre, 9, rue du Mourus, à Paris.
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- N° 59 7.
- 8 NOVEMBRE 18
- AT U II E.
- LE DYNAMOMÈTRE
- DU D FRANKEL
- Nos lecteurs se sont quelquefois demandé, sans doute, ce qui se passe dans la matière dont on compose un ouvrage, pont, charpente ou mur, lors-qu’ilvient à subir des charges. Ils savent par leurs études, ou tout au moins ils ont entendu dire que l’on est arrivé aujourd’hui à déterminer par le calcul toutes les dimensions d’une construction, depuis l’épaisseur des maçonneries d’une maison jusqu’au diamètre des fils de fer d’un cable de pont suspendu,
- ou les dimensions des tiges qui composent une charpente. Peut-être se sont-ils aussi demandé si l’on réussissait «à vérifier les calculs ainsi faits, et si, d’une manière quelconque, on pouvait constater ou mesurer les efforts qui se produisent. Question indiscrète jusqu’à un certain point, car en bien peu de cas réussit-on à se rendre compte de ce qui se passe, et en général la seule vérification que l’on ait des études et calculs relatifs à une construction, c’est qu’elle résiste, qu’elle ne cède pas sous les efforts qu'elle est destinée à supporter.
- C’est là une maigre satisfaction pour un théoricien ou pour un ingénieur qui veut,construire^avec pru-
- Fig. 1 à 3. — Dynamomètre enregistreur de M. le D' Frankel.
- Fig. 1. Ensemble de l’appareil, vu de profil. — Fig. 2. Détail du mécanisme enregistreur. — Fig. 3. Détail de la tige creuse
- et de son mode d’attache.
- dence mais avec économie ; qui veut bien donner des dimensions suffisantes à ses ouvrages, mais non les exagérer en jetant de l’argent par les fenêtres. Quand on voit à vingt années d’intervalle, se reconstruire des ouvrages identiques comme résultat, dont le second emploie un quart ou moitié moins de matière que le premier, on s’étonne d’abord, puis on voit qu’un progrès considérable s’est' accompli, puis enfin on demande à aller plus loin encore. Eh bien ! pour les constructions métalliques au moins, la science est arrivée au point où avant d’aller plus loin il faut s’assurer que les théories qui nous servent de base sont vraies et que les efforts subis par les pièces de nos constructions sont bien 42' année. — 2' semestre.
- ceux que nous leur attribuons. Si cela est ainsi, peut-être pourra-t-on être plus hardi encore; sinon, peut-être faudra-t-il trouver d’autres méthodes de calcul ou inventer d’autres types de construction.
- C’est pour se rendre compte des efforts qui se produisent dans des barres métalliques sous des charges variables, qu’a été inventé l’appareil que nous présentons à nos lecteurs aujourd’hui. Il est destiné non seulement à les observer, mais à en écrire l’histoire véritable et authentique, instant par instant. Il la fait écrire par la barre elle-même, avec toutes ses péripéties, toutes ses finesses, et en ce faisant, il permet à l’observateur de se rendre compte n’importe quand, lorsque l’expérience est
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- LA NATURE.
- terminée, de ce qui s’est passé et d’en tirer toutes les déductions qu’il lui plaît.
- Tout le monde sait que lorsqu'on tire sur un fil métallique ou sur une tige, elle s’allonge. Si on comprime la lige, elle se raccourcit. Toute la science du calcul des résistances est fondée sur ce simple fait que, pour une même tige, les allongements ou les raccourcissements sont proportionnels aux efforts subis. Autrement encore, ces variations de longueur sont proportionnelles aux efforts par unité de section, par millimètre carré par exemple, dans des tiges de n’importe quelle dimension. Voilà ce qu’enseigne la théorie de l’élasticité
- C’est cette propriété très simple que M. le Dr Frankel a utilisée, en imaginant son dynamomètre enregistreur. Il prend une certaine longueur de la tige à examiner, il fixe des attaches à ses deux extrémités et il fait inscrire sur une feuille de papier qui se déroule, les variations que subit l’écartement de deux extrémités de celte longueur. Sachant que pour le fer, par exemple, une longueur de 1 mètre augmente de 0mm,05, lorsque la tension qui se produit est de 1 kilogramme par millimètre carré, il sera facile, en mesurant l’allongement inscrit sur le papier, de savoir de combien a été tendue ou
- Longnne en fer ïorès supportant \erat\-Passage d'une locomotive! Suivie de sonternier. I
- Fig. 4. — Diagramme réduit au 0,34 de sa vraie grandeur.
- comprimée, par millimètre carré, la section de la barre que l’on expérimente. Voici donc comment est conçu ce très intéressant appareil.
- Sa partie principale se compose d’un cadre en fonte A (fîg. 1 et 2) qui est solidement fixé à la tige soumise à l’expérience, au moyen de vis de pression. 11 porte le mécanisme enregistreur. Le long d’un de ses côtés, et parallèlement à la barre expérimentée, se trouve une tige ronde mobile dont la tête L se présente en dehors du cadre. Cette tête reçoit une petite sphère appartenant à une autre tige creuse C de 0m,800 de longueur environ. L’autre extrémité de celle-ci porte une sphère analogue qui se loge dans une tête pareille à la première (fig. 3) portée par une mâchoire indépendante, fixée elle aussi à la barre. La vis d’attache b de cette mâchoire et la vis correspondante a du cadre A déterminent la longueur de barre sur laquelle se fait l’expérience. La tête L étant fixée à la mâchoire, la tige C sera entraînée, si la barre s'allonge ou se raccourcit ; tout en gardant elle-même une longueur constante, son autre extrémité se déplacera donc par rapport au cadre principal A.
- Imaginons donc que cette extrémité soit munie
- d’une surface plane, et que contre cette surface vienne, attirée par un ressort, presser une petite . boule portée par un levier articulé sur un axe fixe. Cette partie est malheureusement cachée par l’appareil (fig. 2). Tout déplacement de la tige C fera mouvoir ce levier, et si le rapport de ses deux bras est convenablement choisi, son autre bout amplifiera les mouvements de la petite boule qui est au contact de la tige. Un nouveau renvoi de mouvement fait au moyen d’un pignon et d’un segment denté permettra d’amplifier encore les déplacements observés et, sans que nous puissions entrer ici dans tous les détails, on comprendra qu’en fin de compte on obtiendra d’un crayon inscripteur H des mouvements qui seront un multiple exact du déplacement de la tête de tige C. Dans l’appareil, tel qu’il s’exécute, cette multiplication est toujours d’environ 170 fois la variation de longueur à mesurer. En partant du chiffre que nous avons indiqué plus haut, on verra aisément que si un millimètre par mètre d’allongement réel de la tige correspondait à un effort de 20 kilogrammes par millimètre carré, un millimètre du diagramme obtenu correspond à
- = 0k,l 17 par millimètre.
- L’inscription se fait sur un papier qui se déroule
- Train de marchandises,arrêté.-Train «n marche (iocom*)
- Fig. S. — Diagramme des efforts sur une diagonale de pont, réduit aux 0,36 de sa vraie grandeur.
- lentement sous le crayon. Le cylindre Q contient un ressort de tension qui enroule le papier. Le mouvement de celui-ci est réglé par un mouvement d’horlogerie contenu dans le tambour D. Les autres tambours intermédiaires sont destinés à régler la tension du papier et à le maintenir appliqué sur la surface où appuie le crayon. Le mouvement rectiligne de celui-ci est obtenu par un parallélogramme supérieur, et, pour avoir un point de repère certain, un deuxième crayon, près de la manette F, trace un trait continu auquel on rapporte facilement les ordonnées de la courbe obtenue.
- Le papier se déroulant avec une certaine vitesse, il est important de ne pas l’épuiser, quand aucune expérience n’est en cours. A cet effet, un déclenchement soit à la main, soit électrique, peut être opéré au moyen du petit levier F, et ce même déclenchement peut être rendu automatique, quand par exemple un train va arriver sur le pont dont il s’agit d’examiner le travail. L’arrêt se fait à la main par l’observateur. Mais le même courant électrique fait encore marquer sur le papier des points de repère qui permettent conséquemment de constater mathématiquement les instants auxquels on veut faire une observation, par exemple, lorsque le passage d’une roue en un point précis se fait.
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- Les courbes que l’on obtient sur le papier sont d’une linesse à laquelle on pouvait ne pas s’attendre, vu la petitesse des variations de longueur observées. Nous donnons ici comme spécimen deux tracés réduits à une petite échelle et qui montrent l’enregistrement sous le passage de locomotives et de trains.
- La figure 4 se rapporte à l’observation faite sur une longrine en fer Zorès, placée sous un rail, sous le passage d’une locomotive à quatre roues suivie de son tender, d’abord dans un sens, puis en sens inverse. On voit au premier abord que l’une des roues, plus chargée que l’autre, a produit des efforts plus grands. Sur l’original, 1 millimètre d’ordonnée représentant un effort de 0k,12 par millimètre carré, on en conclut que le fer a subi sous ce passage un effort maximum de 0,12x 75 = 9 kilogrammes dus à la première roue de la machine, un peu moins pour la seconde, puis un effort de 4k,92 par millimètre, dû au tender. Après le passage, l’effort a disparu avec l’allongement du métal.
- La ligure 5 est le tracé produit par l’instrument fixé à une des barres de treillis terminales d’une poutre de pont sous le passage d’un train de marchandises, poussé par sa machine. Le train arrivant avec lenteur, puis s’étant arrêté, le crayon a tracé une courbe peu variée ; il semble que pendant ce temps l’équilibre se soit établi assez lentement. On voit deux ressauts brusques de la courbe, dus à un déréglage momentané de l’instrument. Mais lorsque le train se met en marche, on voit se produire des variations dues aux passages successifs des roues au point correspondant à la diagonale. On discerne assez nettement (et mieux encore dans le tracé vrai) chaque wagon chargé qui passe. Puis enfin arrive la locomotive qui donne un maximum d’effort, après quoi le pont totalement déchargé ne conserve plus trace de la surcharge qui vient de passer.
- On voit aisément, d’après ce qui précède, quelle est la précision de l’examen que cet instrument permet de faire de toute pièce métallique soumise à des efforts variables. Son application ne se limite pas d’ailleurs à des pièces fixes. Malgré sa délicatesse apparente, on l’a attaché à des bielles de locomotives et on a pu enregistrer les tensions et les compressions alternatives auxquelles ces pièces ont été soumises. On peut donc espérer qu’il rendra à la science de la résistance des matériaux des services sérieux et féconds. T. S.
- PRÉPARATION DE LA PÂTE A PAPIER
- PAR LACIDE SULFUREUX
- L’inventeur de ce procédé, M. Raoul Pictet, ne se lasse pas de multiplier les applications à l’acide sulfureux dont il a déjà, comme on sait, utilisé sous diverses formes les propriétés à la production du froid artificiel. A la 66e session de la Société helvétique, il a lu une communication sur l’emploi de l’acide sulfureux et des basses températures pour la fabrication de la pâte de bois devenue, dans ces dernières années, la matière première de l’industrie du papier.
- Lorsqu’on chauffe les substances ligneuses, bois, paille, joncs, etc., et qu’on élève progressivement leur température, on constate que tous les produits multiples contenus dans ces corps ne subissent aucune transformation appréciable jusqu’à la température de 80° centigrade. Au-dessus de ce point, les gommes, les résines et, en résumé, tous les produits abandonnés dans le bois par la sève montante et descendante, tendent à brunir, à noircir et à charbonner. La cellulose qui constitue l’élément essentiel de chaque fibre peut résister sans altération jusqu’à 180 degrés. Au-dessus de cette température, elle se décompose et se détruit.
- La fabrication de la cellulose, pour la confection du papier, a pour objet de dégager les fibres de cellulose, contenue dans les éléments ligneux, des matières incrustantes qui les enveloppent de toutes parts comme un fourreau. Jusqu’à ce jour, pour désagréger les bois, on les met en morceaux menus, coupés à la scie ou à la guillotine, dans de grands autoclaves, sortes de chaudières à parois résistantes, et l'on verse simultanément des solutions de sulfite de chaux ou de magnésie. On porte le tout à une température de 150 à 160 degrés et on laisse la cuisson se prolonger plusieurs jours. Toutes les matières incrustantes se dissolvent peu à peu, et il ne reste plus que la cellulose ; seulement la carbonisation des matières incrustantes l’a noircie et a déposé des millions d’atomes de carbone contre les parois élastiques des fibres. Des lavages réitérés et un blanchiment coûteux sont rendus nécessaires avant de pouvoir vendre le produit obtenu.
- M. Pictet a pensé que la plupart de ces difficultés pouvaient être supprimées par l'emploi d’un liquide convenablement choisi, qui aurait comme condition la propriété de dissoudre les matières incrustantes et de fournir, à des températures voisines de 80 degrés, une pression de cinq atmosphères nécessaire pour faire passer dans l’intérieur du bois la liqueur dissolvante. Les solutions concentrées d’acide sulfureux et d’eau donnent une complète satisfaction à ce point de vue.
- Dans les opérations nécessaires pour se procurer ces solutions, on peut obtenir des pressions énergiques à des températures comprises entre 75 et 80 degrés. Ces solutions dissolvent totalement et sans les altérer les matières incrustantes que l’on retrouve intégralement dans les lessives. La cellulose naturelle, non altérée ni noircie, est blanchie au chlorure de chaux avec la plus grande facilité et, par évaporation, on retire tous les sous-produits qui peuvent, suivant les cas, être d’une utilité immédiate.
- M. Pictet a obtenu des papiers de qualités variables avec tous les textiles trouvés dans le canton de Genève : bâche des marais, herbes sauvages, joncs, roseaux, et avec les essences des bois les plus divers, sapins blanc et rouge, hêtre, frêne, etc. 11 ne reste plus qu’à savoir si le procédé se prête à une exploitation suffisamment économique pour être substituée aux méthodes de préparation généralement adoptées.
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- LES COURONNES SOLAIRES
- OBSERVÉES EN BALLON
- A la suite des communications qui ont été faites récemment à l’Académie des sciences, par MM. Ja-min, Forel et A. Cornu, sur les couronnes solairesqui se sont manifestées si fréquemment dans ces derniers temps, nous avons pensé qu’il était intéressant de constater si le phénomène, actuellement invisible
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- à la surface du sol, si l’on n’a pas recours à la solution de violet d’aniline dont M. A. Cornu a préconisé l’emploi, était apparent au-dessus des brumes et des nuages. Mon frère et moi nous avons exécuté à cet effet une première ascension aérostatique le 23 octobre 1884. Nous nous sommes élevés de notre atelier d’Àuteuil, accompagnés par M. La-chambre, aéronaute constructeur. Les brumes que nous avons traversées avaient une épaisseur de 800 mètres.
- Leur surface supérieure était unie comme celle d’un lac, et à cette altitude, le ciel apparaissait d’un bleu très intense tout en étant semé de nombreux cir-rhus. Au-dessus des brumes jusqu’à 1600 mètres d’altitude, une couronne de 12° environ de diamètre intérieur, se voyait autour du soleil; elle apparaissait plus distinctement quand on masquait l’astre à l’aide d’un écran. Cette couronne était formée de deux cercles concentriques, de couleurs assez pâles, jaune et rouge, le rouge étant extérieur. La zone comprise entre le jaune et le soleil était d’un blanc azuré très éclatant. Le courant aérien supérieur très faible, nous rejetant vers Paris, que nous venions de traverser très lentement une première fois, et il ne nous a pas été possible, à notre grand regret, de dépasser l’altitude de 1600 mètres.
- Nous avons remarqué que toute la partie du ciel située du côté du soleil, était d’une coloration jaune rosée très prononcée et prenait une teinte roussâtre à mesure que l’astre s’abaissait à l’horizon. La descente a eu lieu à 4 h. 40 m. au delà de la pièce d’eau des Suisses, à Versailles. Notre aérostat, formé d’un tissu bien imperméable, a pu rester gonflé toute la nuit, et le lendemain, 24, mon frère et M. Lachambre ont exécuté une seconde ascension à 10 h. 30 m. du matin. Ils ont pu s’élever jusqu’à 5500 mètres d’altitude, où ils se sont maintenus pendant plus de deux heures. La couronne à cette hauteur était plus apparente, et ses colorations jaune et rouge plus
- intenses. La couleur jaune rosée du ciel était encore d’autre part plus prononcée que le soleil s’abaissait à l’horizon, et la surface des brumes elles-mêmes, au lieu d’être d’un blanc de neige comme cela se présente habituellement, était d’une nuance safran très caractéristique.
- Ces phénomènes confirment les précédentes observations qui ont été soumises à l’Académie ; nous en présentons la description succincte, laissant à
- des maîtres plus compétents, le soin de formuler les hypothèses qui peuvent en donner l’explication.
- Nous ajouterons que notre ascension du 23 octobre a offert quelques particularités remarquables au point de vue de la superposition des cou-rantsaériens. Le vent de terre jusqu’à l’altitude de800 mètres soufflait du S. E. au N. O. ; à la surface supérieure des brumes, il y avait un contre-courant se déplaçant clans une direction complètement opposée, de O. N. O. à E. S. E. Ce second courant n’avait pas
- une épaisseur de plus de 350 mètres. Au-dessus, il existait un troisième courant à peu près de même direction que le courant inférieur. Ces courants étaient de très faible vitesse, et notre aérostat a pu aller et venir dans des directions absolument contraires.
- Comme on le voit représenté sur le tracé de notre voyage (fig. 1), le ballon a d’abord été vers le N. O., passant au-dessus du champ de course d’Auteuil, au bois de Boulogne; à une altitude un peu plus élevée il est revenu sur Paris, pour traverser la Seine au-dessus du pont de Grenelle à 1 h. 48 m. Le vent était si faible, de 800 à 1150 mètres, que nous avons mis 1 heure à sortir de Paris du côté de Montrouge. Au-dessus de 1150 mètres, l’aérostat a encore changé de route pour se diriger vers le Point-du-Jour nous ramenant dans le voisinage du lieu de l’ascension. Enfin, en revenant une vue de terre, le vent s’est mis à fraîchir, et nous a dirigés avec une vitesse appréciable dans la direction de Ver-
- Fig. 1. — Tracé du voyage aérien exécuté le jeudi 23 octobre 1884.
- 2000* 0^32^
- 1500
- 1000
- Cirrhus légers— Ciel bleu
- Direction du courant supérieur
- SE au N O
- Tr' i3°io'
- Limite du courant, intermédiaire
- rre.o_f Direction du courant intermédiaire 9 7 0N0 à ESE^
- Fig. 2. — Superposition des courants aériens pendant l’ascension du 23 octobre.
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- saillcs. Le diagramme ci-contre (fig. 2) montre la superposition des courants pendant l’ascension; le courant intermédiaire avait une température de 9°,95, inferieure à celle du courant supérieur qui était de 15°,75 L
- L’ascension exécutée le lendemain n’a pas eu lieu sans présenter aussi l’occasion de plusieurs observations intéressantes; mais je céderai ici la parole à mon frère qui a résumé, en quelques lignes, les principales phases de son voyage : « A 10 h. 50 m. du matin (24 octobre), nous partions avec M. La-chambre, ayant dans la nacelle 60 kilogrammes de lest. Nous montons graduellement jusqu’à la hau-
- teur de 5500 mètres. Il est midi, la température est de 5° centésimaux. Pendant cette montée j’observais l’ombre de l’aérostat qui courait sur les champs. Elle offrait une particularité curieuse : une auréole d’un jaune pâle très éclatant l’entourait ; le rayon de cette auréole était égal au diamètre de l’ombre du ballon. Dans une de nos précédentes ascensions, le 4 octobre 1875 \ nous avons déjà fait, mon frère et moi, une observation analogue, mais l’auréole était plus petite.
- « A la hauteur de 5000 à 5500 mètres, où nous sommes restés pendant près de deux heures sans jeter de lest nous avons, comme la veille, observé la cou-
- fc'ig, 3. — Couronne solaire observée en ballon au-dessus des brumes terrestres, d’où émergent un archipel de nuages mamelonnés. (D’après nature, par M. Albert Tissandier, le 24 octobre 1884, à 3000 mètres d’altitude.)
- ronne solaire. Ses conditions n’étaient point changées. Les couleurs des cercles intérieur et extérieur, jaune et rouge, se fondant ensuite dans le bleu du ciel avaient une intensité de teintes plus considérable, et la partie supérieure des brumes offrait une couleur jaune safran beaucoup plus intense que la veille. De légers cumulus émergeaient de cette mer de vapeurs formant comme une sorte d’archipel (voyez la gravure ci-dessus fig. 5).
- « Après nous être rapprochés de terre et avoir traversé la forêt de Conches, nous avons opéré notre descente à Le Fidelaire (Eure) après un voyage d’une durée de 4 heures et demie. »
- 1 Les températures ont été déterminées à l’aide du thermomètre fronde.
- Nous ne terminerons pas cette notice sans faire remarquer encore une fois que les ascensions en ballon offrent presque toujours au voyageur des sujets intéressants et souvent inattendus, d’observations météorologiques.
- Que de faits à recueillir, que de découvertes à faire, si les traversées aériennes pouvaient avoir la fréquence et la durée des traversées maritimes ! Gela se réalisera quand l’industrie humaine construira de grands navires aériens dirigeables, qui seront les plus précieux auxiliaires de l’exploration terrestre et atmosphérique. Gaston Tissandier.
- 1 Yoy. n° 21 du 25 octobre 1873, p. 321.
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- LA N AT IJ HE.
- LES NOUVEAUX PRODUITS
- DE LA MANUFACTURE DE SÈVRES
- AU PALAIS DE L’INDUSTRIE
- Une des plus remarquables exhibitions que l’on puisse voir à l’Exposition des Arts décoratifs au Palais de l’Industrie, est incontestablement celle de la manufacture de Sèvres, où se voient de nombreux spécimens des belles porcelaines dus aux nouveaux procédés de M. Lauth. Ces nouveaux procédés ont été différemment appréciés, et le savant administrateur de la manufacture de Sèvres a résumé la semaine dernière, dans une excellente conférence l’état de la fabrication actuelle d’une des manufactures dont notre pays doit être fier. Pour notre part, nous admirons sans réserve les produits nouveaux, et nous croyons devoir donner ici quelques documents à ce sujet en essayant de faire comprendre la différence qui existe entre l’ancienne pâte dure de Sèvres et la nouvelle.
- Quand on fit les premières recherches de porcelaine dure, on se proposait comme modèle la porcelaine de Chine que les Portugais avaient importée en Europe; après de longues recherches, on réussit à Meissen, en Saxe, à faire un produit à peu près similaire, si on n’en juge que par les apparences extérieures. Mais au point de vue de la décoration, on vit bientôt que la porcelaine de Meissen ainsi que toutes les autres porcelaines dures d’Europe ne pouvaient pas être ornées d’émaux en relief, à la manière des Orientaux ; ces porcelaines dures européennes ne peuvent être peintes qu’avec des couleurs posées excessivement minces ; ces couleurs restent souvent ternes et n’atteignent jamais au brillant et au lumineux des émaux que peuvent employer les Orientaux. Quand on essaye sur la porcelaine dure d’Europe de fixer des émaux, on ne peut y arriver : il y a désaccord tel entre le dessous et les émaux, que ceux-ci s’écaillent en arrachant la couverture de la porcelaine (et ceci plus sur la pâte dure de Sèvres que sur toute autre). Privé de ce mode décoratif des émaux qui permet de modeler en relief sur les pièces les sujets les plus brillants, on dut se contenter à Sèvres d’un succédané qu’on trouva dans les pâtes colorées', qui elles aussi peuvent former des reliefs, mais qui n’ont ni la transparence ni l’éclat des émaux, les pâtes étant par essence opaques.
- Le désir d’avoir une pâte à porcelaine propre à être décorée d’émaux existait à la Manufacture depuis longtemps, quand M. Lauth en fut nommé administrateur. En 1850 Ebelmen et Salvetat avaient entrepris des recherches dans ce sens; mais ils n’arrivèrent pas à des résultats satisfaisants. En 1875 la Commission de perfectionnement de Sèvres engagea la Manufacture à reprendre les recherches d’une pâte portant des émaux transparents. Le problème n’était pas encore résolu, et même pas plus avancé, quand en 1879 M. Lauth avec la collaboration de M. Vogt, chef du laboratoire de Sèvres, le reprit. Les savants chimistes furent heureux dans leurs recherches et en moins d’une année, ils organisèrent à Sèvres la fabrication d’une pâte permettant tous les genres de décoration de la porcelaine dure ancienne et aussi ceux des porcelaines orientales : pâtes colorées, couvertes colorées au grand feu, émaux transparents, paillons métalliques, émaux blancs sur fonds foncés à la façon des émaux sur cuivre, etc.
- En résumé, la pâte que M. Lauth a mise en fabrication à Sèvres, est une pâte dure, plus près que l’ancienne d’être semblable à la porcelaine orientale qu’on avait
- voulu imiter quand on fit l’ancienne porcelaine dure. Les éléments qui entrent dans la porcelaine dure ancienne ou nouvelle, sont toujours les mêmes que ceux que l’on a pu apprendre à connaître par les Chinois, le Kaolin et le Petuntzé.
- M. Lauth, en terminant sa conférence, a donné pleine satisfaction à ceux qui lui avaient posé différentes objections au sujet de la nouvelle porcelaine dont il est l’inventeur.
- Il n’a en aucune façon, dit-il, l’intention de substituer la nouvelle porcelaine à la pâte dure, si précieuse, si belle et si réputée ; celle-ci possède des qualités de solidité qu’aucune autre porcelaine ne saurait égaler pour l’usage domestique, journalier; mais il prétend seulement, à côté de la fabrication de cette porcelaine dure, et même de celle des charmantes porcelaines tendres du dix-huitième siècle, employer aussi à Sèvres ses nouveaux procédés, afin de produire des objets exclusivement décoratifs, créés uniquement pour le plaisir des yeux, car ces procédés permettent aux artistes l’usage d’une palette complète de forts beaux émaux qui ont beaucoup d’analogie avec ceux de l’Orient.
- UN NOUVEAU FLÉAU DES VIGNES
- LE MILDEW
- Depuis quelques années, certaines parties de nos vignes sont attaques par le mildew (Peronospora viticola), espèce de champignon particulier.
- M. Ad. Perrey vient d’adresser à l’Académie une note au sujet des résultats obtenus par le trempage des écha-las dans le sulfate de cuivre.
- Dans une parcelle d’une étendue de quinze ares, située dans le département de Saône-et-Loire, portant deux mille pieds de gamay de quatre à cinq ans d’âge, trois cents ou quatre cents souches ont reçu de vieux échalas, dont le trempage n’avait pas été renouvelé depuis plusieurs années; toutes les autres ont été dressées, au printemps, sur des échalas de tremble qui avaient subi un trempage de quatre jours dans une solution saturée de sulfate de cuivre. Or, on a constaté que, sur les quatre cents ceps qui avaient reçu de vieux échalas, pas un seul n’a gardé plus de deux ou trois feuilles, mortes d’ailleurs. Les seize cents ceps échelassés à neuf, sans exception, possèdent, au contraire, la totalité de leurs feuilles et, sans être absolument indemnes, n’ont éprouvé qu’un dommage insignifiant.
- Dans un autre cas, on s’est servi d’échalas trempés dans une solution de sulfate de cuivre trop étendue. La vigne, quoique moins éprouvée que les vignes dressées sur de vieux échalas, a été imparfaitement préservée.
- En résumé, l’examen d’un cep quelconque, dressé sur échalas trempé, permet de reconnaître que la zone d’immunité est limitée par la surface d’un cylindre ayant pour axe l’échalas et pour base une circonférence de 0“,20 à 0ro,25 de diamètre. Les pampres accolés avec soin échappent à la contagion, tandis que les feuilles éloignées de l’échalas sont plus ou moins gravement envahies par le champignon.
- Le problème de la préservation des vignes n’est pas pour cela résolu. Le simple trempage des échalas dans une solution de sulfate de cuivre, suffisant pour préserver des plants de quatre à six ans, ne suffirait probablement plus pour des plants à grande arborescence.
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- LES GORGES DU TARN
- Lorsque l’on porte ses regards sur la carte de l’Etat-major intitulée Sévérac, l’œil est frappé de suite par une large ligne noire qui, du Nord-Est au Sud-Ouest, forme de brusques zigzags et tranche sur les ondulations grises des terres qui l’avoisinent. On n’a pas besoin d’être très familiarisé avec le tracé des cartes pour comprendre que l’on a là des pentes abruptes, des falaises et des abîmes. Cette ligne, en effet, dessine, pendant environ 50 kilomètres, le cours du Tarn coulant au fond de précipices entre ces vastes plateaux calcaires dont le nom local de Causses est aujourd’hui passé franchement dans le langage géographique.
- Si l’on poursuit l’examen de cette ligne assombrie par les hachures multipliées d’un crayon ne sachant trop comment indiquer des surfaces presque verticales sur d’énormes hauteurs, on remarque bientôt un fait anormal. Sur 50 kilomètres entre la ville d’ispagnac et la jonction au Tarn de la rivière la Jonte, la carte, partout si scrupuleuse, ne montre aucun affluent venant de ces vastes plateaux. Cela paraît d’autant plus curieux que le cours de la rivière est plus bas par rapport aux pays riverains.
- Mais la carte ne tenant compte que du relief du sol, n’a pu noter ces.étranges rivières souterraines issues, tantôt d’une série de réservoirs immenses cachés dans les flancs de la montagne, tantôt s’écoulant par une fissure de plus de cinq cents mètres de profondeur et déversant au niveau du lit du Tarn leurs eaux clâires et bouillonnantes. Cette affluence de mystérieux cours d’eau, avec l’effroyable hauteur des falaises de ses rives, font de cette vallée une région unique en Europe au point de vue du pittoresque comme au point de vue hydrographique.
- Ces abîmes du Tarn entre les grandes causses, presque inconnus dans notre France il y a cinq à six ans ou n’ayant qu’une renommée localisée à la Lozère et l’Aveyron, ont ébahi les premiers voyageurs du Club Alpin que le hasard a attirés en ces parages. Leurs descriptions enthousiastes, qui ne trouvent pas de comparaison, dénotent leur surprise.
- J’ai dit que cette région, une des plus grandes merveilles naturelles de la France, n’avait pas d’analogue en Europe; mais j’avais toujours soupçonné que l’Amérique du Nord possédait certains cantons et certaines vallées dues au même phénomène géologique et devant avoir le même aspect.
- Au moment où, au mois d’août 1882, j’entreprenais ma dernière descente en bateau de ce cours du Tarn, un heureux hasard m’a fait rencontrer un voyageur qui, après avoir fait plusieurs fois le tour du monde, en quête de tout ce qu’il y a de curieux, était venu parcourir cette vallée. Il m’avoua n’avoir rien vu, en France, d’aussi attachant et n’avoir trouvé de région à spectacle à la fois aussi varié et aussi grandiose que dans cette partie des Alpes méridionales appelées les Alpes dolomitiques. Or, ce
- sont précisément les roches dolomitiques, s’étageant sur une grande partie de cette gorge, d’où le Tarn reçoit son aspect particulier.
- De lui-même, ce voyageur ajouta qu’il avait été frappé de la ressemblance entre l’aspect général de cette vallée et cette partie des Montagnes Rocheuses située au nord du Mexique et dans' le bassin du Colorado où sont ces abîmes et ces grandes fissures, connues sous le nom de canon et de barrancas, popularisées par les romans indiens de Gustave Ay-mard et de Mayne-Red.
- Mais ce qui distingue la vallée du Tarn au point de vue naturel, c’est d’abord la coloration étrange de ses roches, puis ses eaux si limpides et surtout la multiplicité des cavernes et des grottes. Au point de vue du pittoresque, ces villages et ces habitations perdus dans le fond des gorges ou cramponnés au haut d’un rocher, ces nombreuses ruines de vieux manoirs couronnant de çà et de là des falaises ou baignant leurs tours dans l’eau du Tarn.
- On conçoit que sur le territoire indien, où la colonisation pénètre à peine, de semblables tableaux ne puissent se retrouver.
- Mais ici, comme dans les Montagnes Rocheuses, c’est un phénomène assez rare qui est cause de l’aspect spécial et tout à fait local de cette tallée.
- Le canon du Tarn est partagé en quatre sections ou tronçons, variant beaucoup d’aspect lorsque l’on suit la rivière et ayant chacun un cachet particulier. D’ispagnac à Sainte-Enimie, il y a peu de grandes falaises, et les pentes abruptes et rocheuses ne portent que des buis ou des chênes rabougris. Elles sont terminées par des éboulis qui devaient former autrefois d’impénétrables taillis.
- De Sainte-Enimie à la Malène, la navigation se fait en tout temps et aucun sentier ne suit la vallée. L’aspect varie beaucoup et passe de grandes falaises percées de grottes encore habitées à des anses ou criques cultivées comme dans la première partie. Ce tronçon, par suite des grandes failles du causse, est le plus riche en sources.
- De la Malène au P as-des-Soucis, c’est le désert et le chaos. Les falaises régnent en maîtresses. Enfin, du P as-des-Soucis au Rozier, la vallée s’élargit subitement. Ce n’est plus un vrai canon, et un sentier peut suivre le Tarn. Mais au-dessus des étages éboulés du bajocien s’élève un rempart étrange de 200 à 500 mètres de dolomies ruiniformes d’un aspect saisissant, formant tantôt de gros pitons, tantôt une série de tours, reliées entre elles par d’énormes pans de rochers.
- Le chaos du Pas-des-8oucis est tout à fait saisissant, grandiose et surtout composé de blocs bien autrement colossaux que le célèbre chaos de Gavar-nie. On monte ému à travers ces effroyables entassements, cherchant, silencieux, à atteindre vite le sommet pour juger de l’ensemble. Arrivé là on jouit d’une vue bien difficile à décrire. En amont, c’est une vaste partie du merveilleux cirque des Baumes qui se déroule avec ses vertigineuses falaises et ses
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- éperons aux formes multiples. En aval, tant que l’œil peut embrasser, le Tarn déroule son ruban d’argent à travers un*1 gorge agrandie dont le bas offre des verdures, tandis que dominant de leurs crêtes abruptes cette vallée, des falaises grises se profilent et offrent dans leur longue ligne une série de tours que de temps à autre surmonte un piton ressemblant à un donjon ou un bastion d’une ville féerique. Puis, on se sent tout petit lorsque l’on jette les yeux autour de soi, tant l’énormité de ces entassements de blocs vous écrase. Au milieu de ce chaos, deux rocs différents de forme frappent surtout le voyageur. Ils sont célèbres autant en Rouergue
- qu’en Gévaudan. Ce sont l'Aiguille et la Sourde.
- L’Aiguille est un monolithe formant un cône très allongé d’environ 80 mètres de haut et dont la base engagée dans un amas d’autres rocs, lui permet d’avoir une position inclinée sans que sa stabilité en soit menacée. Cette audacieuse aiguille, de proportions si anormales, se dressant au milieu de cet ensemble d’entassements, est d’un effet des plus inoubliables. Elle est placée à mi-penchant, 150 mètres environ au-dessus de la rive du Tarn.
- Là Sourde (fig. 1) n'est qu’un bloc, mais de dimension tellement extraordinaire qu’on ne pourrait s’expliquer ce monolithe calcaire si on ne savait
- Fig. 1. — Les gorges du Tarn. — Le rocher La Sourde
- au Pas-des-Soucis. (D’après une photographie de M. Louis de Malafosse.)
- que la dolomie n’a pas de stratifications apparentes en ces régions. Au reste, tous ces gros rochers sont des débris de la dolomie. L’étage oxfordien divisé en bancs peu épais, s’est brisé en fragments assez petits pour être balayés par les irruptions quaternaires.
- Les falaises du Tarn, que l’on visite en bateau, offrent aussi des spectacles incomparables ; elles sont notamment dans le voisinage du piton de Montesquieu toute remplies de belles excavations.
- Tandis que l’on est encore à regarder la fière attitude du grand piton de Montesquieu, on rencontre sur la rive droite un énorme rocher que l’on dirait façonné tout exprès pour figurer dans un tableau. Les rares photographes venus dans les gorges du Tarn n’ont jamais manqué de prendre cet ensemble. Plusieurs excavations accessibles et d’un
- bel aspect s’ouvrent dans ce rocher, et l’une d’elles est une grotte d’eau dans laquelle la barque peut entrer à certains moments de l’année. La plus grande a reçu des touristes le nom de grotte de la Momie, à cause d’une stalagmite ressemblant assez à une momie égyptienne.
- Mais le bateau glisse silencieusement entre des falaises devenant de plus en plus abruptes et de plus en plus resserrées. Le Tarn, depuis quelque temps déjà, coule au niveau de ces belles dolomies aperçues jusque-là montrant vers le causse leur série de tours ou d’éperons aux formes dentelées. Nous ne sortirons plus de ce genre de roche jusqu’au Pas-des-Soucis, ce qui explique l’étrangeté sauvage et grandiose de ce parcours. Les crêtes de la montagne se hérissent de bois de pins dont les troncs tordus se
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- prolongent quelquefois sur l’abîme ou s’élancent d’une crevasse perdue au milieu de l’abrupt. Ce sont là les restes des anciennes forêts des Causses, les seuls subsistant encore, parce qu'ils sont, au milieu de ces précipices, à l’abri de la cupidité de l'homme.
- Un étrange erlet de perspective fait croire que Tarn va passer sous une voûte ; mais après quelques coups de gaffe, la barque prenant la ligne droite, laisse découvrir à l'horizon une coupure verticale à travers laquelle s’entrevoit un prolongement fanlastiaue: nous sommes au Détroit (fisr.
- Fig. 2. — Les gorges du Tara. — Le Détroit. (D’après uue photographie de M. Louis de Malalosse.j
- Dans l’esprit de tous les pêcheurs du Tarn c’est là la merveille de leur rivière.
- Nous n’avons mentionné ici que quelques sites intéressants des gorges du Tarn ; ces défilés en sont remplis.
- J’en appelle à tous ceux qui les ont suivis, à tous ceux qui verront à l’avenir leur barque fendre cette
- belle eau si limpide du Tarn 1 : le moindre détail y est attachant et inoubliable. Celui qui a fait ce voyage désire le refaire, et quoique des années le
- 1 Les belles gorges du Tarn commencent à être aujourd’hui assez fréquemment visitées; M. Martel a récemment publié à leur sujet une très intéressante description, qui a été publiée dans Y Annuaire du Club Alpin.
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- séparent de cette excursion, sa pensée suivra toujours avec charme, à travers ces lieux, le voyage du souvenir. Louis de Malafosse.
- LES PORTES DE FER
- Nous avons montré, dans un précédent article1, quels immenses intérêts se rattachaient non seulement pour l’Autriche mais aussi pour l’Europe entière, à la navigation du Danube, cette imposante voie lluviale qui semble destinée dans un avenir très prochain à devenir la principale arlèrc de communication entre les commerces de l’Orient et de l’Occident. A cette grande route commerciale régularisée dans tout son parcours et réunie à l’Elbe, à l’Oder et au Rhin, viendraient se ramifier une grande partie des voies fluviales du continent pour constituer ainsi un vaste réseau de voies de transport économiques, source féconde de nouvelles richesses. Malheureusement si la navigation du Danube est partout possible elle est loin d’être partout absolument facile et en certains endroits, comme par exemple aux Portes de fer, près Orsova sur la frontière roumaine, des récifs redoutables, composés tantôt de rochers agglomérés, tantôt de pics isolés autour desquels prennent naissance de violents tourbillons où l’on a vu s’engouffrer un grand nombre d’embarcations et même des bateaux à vapeur, produisent des rapides dont quelques-uns ont 4 à 5 mètres de chute, obstruent le courant et forment pour ainsi dire une barrière presque infranchissable jetée en travers du fleuve.
- On rencontre le premier de ces obstacles un peu en aval de Moldova; c’est un banc épais de granit nommé Stenka. Vient ensuite à 15 kilomètres en aval le banc de micaschiste quartzeux Kozla suivi presque immédiatement du banc de rochers Dojke. La vitesse du courant est assez faible sur ces trois cataractes pour que les bateaux puissent les franchir assez facilement et le simple creusement d’un chenal de profondeur voulue suffira en répartissant également la chute, pour donner à ces passes une sécurité absolue. Il n’en est pas de même aux cataractes suivantes : hlacz, Tachtalia et Greben situées à 10 kilomètres au delà de Dojke. Ici la vitesse et la pente des rapides très grandes pendant les crues d’une part et l’insuffisance de fond pendant les basses eaux d’autre part, créent de sérieux empêchements à la navigation, et ce n’est qu a l’aide de procédés spéciaux qu’on parviendra à diminuer la vitesse et la chute produites par le resserrement de Gieben en élevant le plan des basses eaux sans avoir recours à de trop grands déblais de rochers sous l’eau. Au delà du bassin de Milanovacz large de 1500 mètres, nous trouvons le banc de diorite Jucz dernier rapide en amont d’Orsova, placé à l’entrée du défilé de Kasan renommé par sa beauté
- 1 Voy. le n° de La Nature du 5 juillet 1884. >
- majestueuse où le fleuve se trouve subitement resserré entre deux énormes parois verticales laissant entre elles à peine une largeur de 150 mètres. Enfin en aval de la petite ville d’Orsova, à l’entrée des plaines de la Roumanie, le Danube franchit les seuils élevés auxquels on a donné le nom de Portes de fer et qui forment une série de cataractes sur lesquelles on trouve souvent à peine 50 centimètres de fond, tandis que directement en aval des rapides le fleuve présente des profondeurs de 50 mètres. C’est le passage le plus dangereux du Danube.
- Le premier projet pour la régularisation du Danube entre Moldova et Turn Severin fut celui de l’ingénieur Vasarhelyî qui en 1854 pensa franchir les rapides des Portes de fer au moyen d’un canal éclusé creusé en entier dans la rive droite. Vingt ans après pendant la guerre de Crimée les conditions déplorables dans lesquelles se trouvait la navigation du Danube attirant de nouveau l’attention du gouvernement autrichien, celui-ci envoya sur les lieux deux de ses ingénieurs, MM. Wex et Meusburger pour étudier la question et dresser un projet complet qui ne tarda pas à aller rejoindre dans les profondeurs des cartons ministériels celui de Vasar-helyi. Quelque temps après MM. Meusburger et Dinelli proposèrent d’établir un chenal dans la direction de la ligne actuelle de navigation, mais n'obtinrent aucun succès et il ne fut plus question des Portes de fer qu’en 1871, époque à laquelle de nouvelles études furent entreprises aux frais de la Compagnie Danubienne par un ingénieur américain bien connu, M. Mac Alpine.
- Dans la même année, les gouvernements austro-hongrois et ottoman autorisés par le traité de Londres à examiner par quel moyen on pourrait le plus convenablement améliorer cette partie du cours du Danube, instituèrent une Commission internationale chargée d’examiner à nouveau cette question importante tant de fois abandonnée et de dresser un projet définitif qu’elle termina en 1874. Nouveaux retards jusqu’en 1879 en quelle année le gouvernement hongrois auquel avait été confié le soin d’exécuter les travaux prescrits dans le rapport de la Commission de 1874, au lieu de procéder définitivement au travail se borna à nommer une nouvelle Commission internationale chargée de vérifier à titre d’expert les décisions de la première, et c’est ainsi que l’on se trouve devant un certain nombre de projets et rapports contradictoires qui ont fait l’objet de discussions très intéressantes à la Société des Ingénieurs civils de Vienne appelée par le gouvernement autrichien à donner son avis en dernier ressort.
- Le chenal actuel de navigation aux Portes de fer dans lequel la vitesse atteint 5 mètres aux hautes eaux pour s’abaisser à 3 mètres à letiage, décrit de nombreuses sinuosités en passant entre la rive gauche et l’agglomération de rochers appelée Pri-grada qui barre le fleuve en émergeant totalement à l’étiage. L’endiguement de ce chenal c’est-à-dire son resserrement entre deux digues insubmersibles
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- ayant pour effet de régulariser la pente et la vitesse du courant parait chose possible a priori, mais aurait l’inconvénient grave d’arrêter complètement la navigation pendant les travaux. Le profil du lit du fleuve ne permettant pas davantage, d’après la Commission de 1874, d’endiguer un chenal dans l’axe même du Danube en posant sur la roche Pri-grada les deux digues insubmersibles dont la présence d’ailleurs pourrait amener une grande perturbation dans le régime des hautes eaux, cette Commission a adopté pour y établir son canal navigable le tracé, à peu de différence près, de MM. Wex et Meusburger. Ce tracé décrit une courbe de 1795 mètres de rayon et, ainsi qu’on le voit sur le plan, côtoie sans l’entamer, la rive Serbe. Le chenal qui a 2 mètres de profondeur et 60 mètres de largeur au plafond est compris entre deux digues insubmersibles et sur une longueur totale de 2070 mètres présente une chute de 4,u,56 qui, répartie uniformément sur cette longueur, donne une inclinaison de 0,0022 par mètre. Ces données ont permis de calculer par la formule de Bazin les vitesses présumées de l’eau dans le canal qui seront d’après cela comprises entre 2m,25 et 5m,15 à l’étiage qui correspondent à un débit moyen de 340 mètres par seconde, et entre 2m,84 et 4 mètres aux hautes eaux. Ce sont là des vitesses considérables ; mais, comme on a pu le voir plus haut, elles n’atteignent pas les vitesses dans le Danube libre. Les digues revêtues de perrés avec des talus de 1 à 1 1/2 seront faites avec un mélange d’argile, de sable et de gravier, matériaux que l’on trouve à proximité des bords du Danube et auront, celle de gauche, 3 mètres de largeur au sommet, celle de droite qui servira de chemin de halage 6 mètres, toutes deux dépasseront de 0,60 le niveau des plus hautes eaux.
- La Commission de 1879 appelée à donner son avis sur ce projet, a soulevé plusieurs objections dont la plus sérieuse repose sur l’incertitude d’une alimentation suffisante du canal. L’entrée du canal éloignée du courant principal ne représentant d’après elle que le 1/10 de la largeur du Danube ne pourrait recevoir que le 1 /10 du débit total du fleuve qui est de 1700 mètres cubes à l’étiage soit 170 mètres cubes, ce qui est à la moitié seulement du débit nécessaire pour assurer la profondeur voulue de 2 mètres. L’unique solution qui, suivant son opinion, assurerait cette profondeur à l’étiage aux Portes de fer consisterait à adopter le système d’un canal à digues insubmersibles dans lequel la hauteur de chute serait rachetée par une fermeture éclusée. Son tracé serait celui qui a été adopté par la Commission de 1874, mais le canal n’aurait que 1215 mètres de longueur et formant un bief tranquille ; sa largeur au plafond serait réduite à 40 mètres. La chute de 4™,56 serait rachetée par deux écluses accolées d’une longueur totale de 350 mètres dont les sas auraient 36 mètres de largeur sur 155 mètres de longueur, ce qui permettrait d’écluser 4 bateaux à la fois. Enfin le
- canal serait séparé du Danube par un mur en maçonnerie formant en même temps bajoyers des écluses et de la rive par une digue insubmersible.
- Ce projet qui paraît a priori réunir toutes les conditions nécessaires à une bonne navigabilité des Portes de fer, loin de réunir les suffrages des hommes compétents, a rencontré une vive opposition au soin de la Société des Ingénieurs civils de Vienne, et les inconvénients qu’il présente ont été très nettement exposés par M. Deutsch, un des membres de cette Société les plus autorisés en pareille matière. Si l’emploi des écluses se justifie dans" le cas d’un canal artificiel ou d’un fleuve à faible débit, on ne saurait considérer comme pratique l’établissement dans le courant d’un fleuve débitant 1700 mètres cubes à l’étiage et appelé, comme nous l’avons montré, à un trafic considérable, des constructions telles que des écluses sujettes à des avaries nombreuses malgré toutes les précautions et quel que soit le soin qui présiderait à leur exécution. Ce serait pour ainsi dire mettre ce trafic à la merci d’accidents difficiles à éviter quoi qu’on dise, et exposer la navigation à des interruptions qui auraient des consé-
- Fig. 1. — Le Danube entre Moldova et les Portes de Fer.
- quences déplorables en toute saison et surtout en automne après les moissons alors que les produits du sol sont expédiés tous en même temps pour arriver aux marchés avant l’entrée de l’hiver. De plus, avec le tracé adopté on peut considérer le canal comme établi sur le sol étranger et dans ces conditions rien ne serait plus indiqué et plus facile en même temps, pendant une guerre toujours à la veille d’éclater dans ces pays où la rivalité des races produit une effervescence continuelle, que la destruction des écluses. Le mal serait fait en peu de temps et quelques kilos de dynamite suffiraient, tandis qu’une simple digue, en admettant l’hypothèse d’une rupture volontaire qui ne serait d’aucune utilité d’ailleurs, serait rapidement rétablie. Ces considérations, en dehors de toute question technique, suffiraient donc à elles seules pour faire rejeter le système d’un canal à écluses s’il ne venait s’en ajouter d’autres qui prouvent qu’on ne devra même pas attendre de ce procédé une meilleure amélioration du régime des eaux en amont et en aval que du système d’un canal libre. M. Deutsch, dans un examen approfondi du régime des eaux aux Portes de fer, a remarqué que la pente à l’aval diminuait au fur et
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- _________ProjetdeVas&rhfll^i 1834 avec écluse! _______Projet delaCoromiwum inttml?1314 D-diguesansdclums.
- ProjetdeMec-Alpine 1871 D-di^ue sans éclusee. ______ProjetdtlaCooimissien 1373 D*di^jeavacécluss$-
- Fig. 2. — Les Portes de Fer. — Plan général.
- à mesure des crues, ce qui prouve qu’il se produit à l’aval un remous qui réagit sur l’amont en élevant son niveau. Au moment où le niveau à l’aval viendra à suffire pour donner le tirant d’eau de 2 mètres nécessaire à la navigation sur la roche Prigrada, le régime des eaux de l’ensemble dépendra évidemment de l’inclinaison ou plutôt du régime des eaux de l’aval, et le seul avantage bien faible d’ailleurs de l’écluse sera d’offrir un bief tranquille a
- l’amont et à l’aval duquel régnera un régime créé comme nous venons de le dire par celui de l’aval. Il est donc clair que, si ce dernier en dessous des Portes de fer permet à un convoi tout entier d’arriver sans encombre jusqu’au point où est projeté l’écluse, ce convoi pourra tout aussi facilement continuer son chemin dans un canal libre dont le plan d’eau tendra à l’étiage comme pendant les crues, quoique dans une moindre proportion à prendre le niveau de l’aval. Si du contraire la vitesse et la pente de l’aval ne permettent pas au convoi d’arriver tout entier jusqu a l’écluse, les bienfaits du canal
- éclusé seront aussi illusoires que ceux du canal libre. On voit donc que le canal éclusé ne présente d’autre avantage sur le canal libre que celui de produire un plan d’eau horizontal sur une petite longueur et d’éviter ainsi des dé-rochements supplémentaires et nous venons de voir que ces avantages sont compensés par des inconvénients radicaux.
- A l’objection de la Commission de 1879 qui émet des doutes sans autrement les justifier, sur l’ali-
- mentation suffisante du canal, on a répondu avec raison que c’est là une simple question d’observations exactes à faire sur la section du Danube à l’entrée du canal et de rectification du tracé dans une direction convenable si les résultats obtenus venaient à en justifier la nécessité.
- M. Deutsch propose, pour diminuer la vitesse dans le canal ouvert, de diminuer l’inclinaison du plafond en le creusant suivant des redans ; quoique ce procédé
- ait l’inconvénient de produire une chute verticale à chaque redan, la faible hauteur de l’escalier, 0m,56
- environ, ne pourra avoir
- Fig. 5. — Profil en long du Rapide des Portes de Fer.
- Fig. 1. — Profil transversal du canal suivant le projet de la Commission de 1879.
- qu’une influence très restreinte relativement à la longueur d’un bateau.
- Les cataractes qui S3 suivent de près sur les 7 kilomètres qui séparent Islacz de Svi-nitza reproduisent au même degré les inconvénients qui rendent si difficile la navigation aux Portes de fer. Le resserrement de Greben où le fleuve se rétrécit à 400 mètres et même à 200 mètres à l’étiage produit pendant les hautes eaux un remous qui détermine un cou-rant d’une vitesse extrême provenant de ce que les eaux passent brusquement d’un rétrécissement à une section large du
- fleuve et contre laquelle les remorqueurs luttent en vain. D’autre part aux environs de Svi-nitza, sur une longueurde2600 mètres, le fleuve prenant une largeur anormale, la profondeur de l’eau diminue au point de ne pas dépasser 0m,70 en moyenne aux basses eaux et la navigation cesse. Pour arriver à élever le plan des basses eaux et à diminuer la vitesse derrière la
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- pointe de Greben, la Commission de 1874 a proposé plusieurs systèmes dont le premier consiste à rétrécir le lit du Danube entre Greben et Milanovatz de façon à ne lui donner que 500 mètres de largeur au moyen d’une digue insubmersible qui irait se rattacher à la rive droite au-dessous de Svinitza. Le niveau de l’eau s’élève ainsi non seulement entre les points indiqués mais beaucoup plus haut jusqu’à Izlacz et la vitesse du courant se modère sensiblement.
- Toutefois les calculs indiquent que la profondeur d’eau n’augmente pas suffisamment pour qu’on puisse supprimer complètement le sautage des roches et le prix de l’ouvrage étant excessif ; la Commission a alors proposé de rétrécir encore davantage le lit du fleuve de façon à obtenir partout un remous qui donnât,
- sans déblais, 2 mètres de profondeur. La digue éloignée de la rive de 350 mètres seulement, serait submersible pendant les hautes eaux pour éviter les inondations. Ce deuxième procédé encore trop coûteux aux yeux de la Commission a été abandonné par elle en faveur d’un système mixte qui consiste à régulariser séparément chaque cataracte Izlacz et
- Tachtalia au moyen de deux chenaux à digues insubmersibles analogues à celui qui a été proposé pour les Portes de fer. L’économie serait d’environ 1/3.
- La Commission de 1879 a critiqué vivement cette dernière disposition en faisant remarquer avec raison que ces chenaux compris entre rive et digue, très irréguliers dans leur largeur comme dans leur profondeur, celui d’izlacz par exemple, présentant des
- H O N
- CCanau* indépendants.«tddî^esubmersiblefCornmissions de 1674 0:18791 D digue insubmersible (Corotn. 187V) K Canal artificiel compris entre les digues insubmersibles R lProjetdeM7DeutscW
- Fig. 5. — Rapides il’Islacz et de Tachtalia.
- Fig. G — Vue d’ensemble des Portes de Fer sur le Danube. (D’après une photographie.)
- fonds de 12 mètres à côté de fonds de 2 mètres, ne donneront pas la régularisation espérée parce qu’il est certain que la pente, au lieu de se répartir uniformément comme elle le ferait dans un canal à section régulière, se concentrera dans les profils étroits en produisant des chutes aussi nuisibles que celles qui existent actuellement sur les cataractes. De plus il n’y a pas davantage lieu de compter sur une alimentation suffisante de ces chenaux qui sont
- pour ainsi dire cachés par la convexité de la rive et la Commission est amenée à conclure en faveur : 1° de la digue submersible établie sur le tracé de la Commission de 1874 pour régulariser le fleuve entre Greben,et Milanovatz; 2° de l’établissement d’un chenal de basses eaux sur la rive droite entre Izlacz et Greben, en comptant toutefois sur la moitié seulement de la valeur des remous indiqués et calculés dans le rapport de la Commission de 1874.
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- Jusqu’à présent, aucune résolution n’a encore été prise quant au système à préférer, excepté en ce qui concerne les Portes de fer même, situées à l’amont d’Orsova. Nous apprenons en effet par les journaux de Vienne que les conclusions du projet de la Commission de 1874 venaient d’être ratifiées par le gouvernement hongrois qui se disposait à commencer les travaux. La question est d’un intérêt si capital pour la fortune publique des Etats de l’Europe centrale qu’il est permis de se réjouir de cette décision quoique tardive, après une indolence si aveugle et tant d’hésitations si coupables de la part des principaux intéressés. Emile Pitsch,
- Ingénieur.
- BIBLIOGRAPHIE
- L’Évolution mentale chez les animaux, par George John Romanes, suivi d’un essai posthume sur l’instinct par Charles Darwin. Traduction française par le Dr Henry de Varigny. 4 vol. in-8\ — Paris, G. Reinwald, 1884.
- Les Torpilles, par le lieutenant-colonel Hennebert. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles avec 82 vignettes dessinées en bois. — Paris, Hachette et Cie, 1884.
- Dictionnaire français illustré des mots et des choses, ou dictionnaire encyclopédique, par MM. Larive et Fleury, in-4° à 3 colonnes. 5 premières livraisons. — Paris, Georges Chamerot, 1884.
- Les Plantes des Alpes, par II. Correvon, directeur du Jardin d’Acclimatation de Genève. — Genève, Henri Stapelmohr, libraire, 1885. '
- Navigation aérienne, par Jules Bel, 1 broch. in-8°. — Barcelone, 1884.
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- CHRONIQUE
- L’expérience de Foucault exécutée à Rouen.
- — Un certain nombre de personnes se sont rendues la semaine dernière au Champ-de-Mars de Rouen dans l’enceinte des anciens bâtiments de l’Exposition où M. Ludovic Gully les avait conviées à une expérience très intéressante. L’habile professeur avait eu l’idée de profiter du dôme monumental de l’Exposition, avant sa démolition, pour renouveler la démonstration expérimentale de la rotation de la terre autour de son axe. Cette démonstration, imaginée en 1851 par le physicien Léon Foucault^ repose sur ce principe scientifique qu’un pendule auquel on a imprimé un mouvement d’oscillation, conserve ce mouvement toujours dans un même plan, quelle que soit la mobilité de son point d’attache. Le pendule de M. Ludovic Gully était une boule de cuivre traversée par une pointe de métal et suspendue à un fil de 28 mètres de longueur fixé lui-même au plafond de la tour. Dans son mouvement d’oscillation, la pointe traversant la sphère de cuivre, passait et repassait à travers deux légères couches de sable excessivement fin, où elle creusait un sillon, dont on a pu constater le déplacement constant de gauche à droite, c’est-à-dire de l’ouest à l’est, et cela, malgré
- les conditions défavorables dans lesquelles on opérait, puisque la violence du vent soufflant à travers les embrasures du dème pouvait faire dévier le pendule.
- Le centenaire des ascensions de Lunardi. —
- Nous avons récemment parlé, à propos du centième anniversaire des voyages aériens exécutés en Angleterre par Lunardi en 1784, des ascensions faites postérieurement par le même aéronaute à Madrid en Espagne, en 1792 et en 1795. Nous avons publié à ce sujet (p. 541) le fac-similé du billet d’entrée de Lunardi dans l’enceinte de ses ascensions. Plusieurs de nos lecteurs nous font observer que la légende gravée en haut du billet est en portugais. Nous avons en effet négligé cette observation. L’inscription de la banderole au milieu du dessin semble bien se rapporter aux ascensions faites à Madrid dans le Buen Retiro. Nous supposons que Lunardi aura exécuté dans la suite, des ascensions à Barcelone, et aura fait graver la légende additionnelle supérieure, qui se rapporte à une ascension projetée au Terreiro do Paco, place célèbre de Lisbonne. Ce document semble donc donner des indications plus complètes que nous ne l’avions indiqué, et nous remercions nos correspondants d’avoir appelé notre attention sur ce point.
- Enterrés sous un caisson. — Un accident d’un caractère particulier et remarquable surtout par le sauvetage des victimes, nous est rapporté du Havre-de-Grâce (Maryland). La Baltimore and Ohio Bailroad C° construit un nouveau pont sur la rivière Susquehanna; le 1er octobre dernier, les fondations d’un des piliers s’écroulèrent et démolirent la carcasse extérieure du batardeau. Le lit du chantier et la chambre d’air furent inondés, et le chantier lui-même fut rapidement rempli.
- La plupart des ouvriers purent s’échapper avant l’accident, mais six hommes furent emprisonnés dans la chambre sous-marine. Le caisson est un des plus grands construits pour ce pont; il a 60 pieds (18 mètres) de longueur, 40 pieds (12 mètres) de largeur, et au moment de l’accident, il se trouvait à 60 pieds (18 mètres) au-dessous du niveau de la rivière. L'entrée dans le caisson s’effectue par un tube en fer d’environ 90 centimètres de diamètre. Ce tube fonctionne comme une sorte d’écluse. Lorsque les hommes descendent, la partie supérieure du tube est à la pression de l’air ambiant et la première porte ouverte. Lorsque le dernier ouvrier est descendu dans le tube, il ferme la porte de dessus et on ouvre alors la porte inférieure, l’air sous pression s’introduit dans le tube. Les hommes descendent dans le compartiment suivant , et on répète successivement la même opération jusqu’à ce que le chantier soit atteint. Ce chantier est éclairé à la lumière électrique, et bien que l’atmosphère cause un peu d’oppression, elle n’est pas désagréable. Au moment de l’accident, les ouvriers travaillaient sous une pression de 28 livres par pouce carré (2 atmosphères environ) ; l’accident leur barrait l’unique issue du caisson. L’appareil à air put heureusement continuer à fonctionner, et ce fut ce qui sauva les malheureux ouvriers, emprisonnés sans espérance, jusqu’à ce qu’ils aient été libérés par M. John O’ Brien, le directeur des travaux, qui conçut rapidement un projet ingénieux, et sut le mettre aussitôt en pratique. L’ouverture supérieure du tube en fer était à 5 pieds sous l’eau et la porte de l’écluse suivante était à une profondeur de 15 pieds; la chambre entre ces deux écluses était d’ailleurs pleine d’eau. M. O’ Brien construisit un batardeau en planches, soigneusement rendu étanche à l’aide d’étoupe et de ci-
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- ment; il vida ce batardeau, le descendit ; il parvint ainsi à atteindre l’écluse inondée qu’il vida à son tour, et il put enfin, grâce à ce système rudimentaire, arriver aux six hommes qu’il délivra de leur situation périlleuse.
- L’opération toute entière n’avait duré que cinq heures, cinq siècles pour tous ceux qui en attendaient anxieusement le résultat, et surtout pour les six ouvriers qui doivent la vie à l’énergie et à la présence d’esprit de M. 0’ Brien.
- Smp le nettoyage de la statue de Lichig. — Au
- mois d’août 1885, on a inauguré à Munich la statue de Liebig. Peu de temps après, dans la nuit du 5 au 6 novembre de la même année, une personne restée inconnue aspergea le monument d’une liqueur qui produisit sur le marbre des taches brunes ineffaçables à l’eau. Une commission composée de MM. de Pettenkofer, Bayer et Zimmermann, fut formée alors pour essayer, par tous les moyens possibles, d’enlever les taches du monument. Il s’agissait avant tout de déterminer la nature chimique des taches qui pénétraient jusqu’à une profondeur de quelques millimètres; il ne fut pas difficile de reconnaître la présence d’argent et de manganèse, d’où l’on peut déduire que la matière employée pour produire les taches était du permanganate de potasse et du nitrate d’argent. Les expériences effectuées en grand nombre ont permis de trouver une méthode qui pourra rendre des services toutes les fois qu’il s’agira d’enlever des taches d’argent sur des objets en marbre. Le principe est le suivant. On transforme l’argent avec le manganèse en sulfure, qu’on dissout dans le cyanure de potassium. Pour enlever les taches de la statue, on procéda de la manière suivante : on a recouvert les taches de kaolin imbibé de sulfure d’ammonium, qu’on a renouvelé plusieurs fois ; un lavage à l’eau a fait disparaître l’excès de sulfure; les taches ont été soumises ensuite à l’action du cyanure de potassium, dont on avait imbibé le kaolin. En répétant cette opération plusieurs fois, suivant l’intensité des taches à enlever, on a pu nettoyer complètement la statue.
- ACADÉMIE DErS SCIENCES
- Séance du 5 novembre 1884.— Présidence de M. Rolland.
- Le Mildew. — Différentes personnes ont observé l’action bienfaisante exercée par le sulfate de cuivre sur les vignes atteintes par le mildew (Yoy. p. 558). Des écha-las qui avaient été immergés pendant quatre jours dans une solution de sulfate de cuivre ont protégé des plants de vigne jusqu’à une distance de 20 centimètres. Les faits signalés par M. Lafitte l’ont conduit à préconiser l’emploi de ce sel dans le traitement du mildew. Quant au mode d’action du composé cuivrique, il reste mystérieux puisque cette action s’exerce à distance. Les quantités infinitésimales volatilisées ou entraînées par l’air suffisent-elles à produire un résultat si remarquable ou le végétal lui-même se charge-t-il, grâce à ses sucs acides, de dissoudre et de transporter le cuivre ?
- Eludes sur la marche. - - Les recherches entreprises par M. Marey sur la locomotion de l’homme ont conduit ce savant à étudier les conditions les plus favorables de la marche, conditions de chaussure, de charge, d’entraînement par le rythme, etc. Ses expériences prouvent qu’à mesure que l’on élève le talon de la chaussure, on raccourcit la longueur du pas ; celui-ci, au contraire, est
- plus développé avec des semelles longues qu’avec des semelles courtes, dans certaines limites bien entendu.
- Un pendule qui produisait un nombre déterminé de chocs par minute (de 40 à 90) a servi à rechercher l’influence du rythme. Jusqu’à une limite donnée, variable avec les individus, le pas s’allonge à mesure qu’augmente le nombre de chocs du pendule; au delà de cette limite le pas se raccourcit et tellement que bientôt le chemin parcouru devient bien plus petit dans un temps donné.
- Nouvelles lampes de mineurs. — Des lampes électriques d’une nouvelle forme sont déposées sur le bureau par M. Trouvé ; elles sont destinées à éclairer des lieux difficilement accessibles ou qui ne permettent pas l’emploi d’une flamme nue, tels que les galeries de mines. La notice qui termine la présente livraison, renseignera complètement le lecteur à ce sujet.
- Hétérosaurus et Aclinodon. — Ces reptiles fossiles du terrain Permien font l’objet d’une communication de M. Gaudry. La constitution de leurs vertèbres en partie osseuses, en partie cartilagineuses, rend leur étude très difficile. L’Hétérosaurus possède des côtes étranges présentant des élargissements; ses vertèbres offrent des particularités remarquables; c’est ainsi que leurs apophyses épineuses n’ont pas de pointes mais montrent aussi des élargissements. Cet animal devait ramper très rapidement.
- Varia. — M. Lippmann envoie une note sur les conditions d’équilibre d’une surface liquide soumise à des actions électromagnétiques. — Un mémoire de M. Bouquet de la Grye fait prévoir que l’on pourra tirer une valeur sérieuse pour la parallaxe des observations du passage de Vénus, grâce à la méthode photographique. — Citons encore une note de M. Maumené sur la décomposition de l’oxyde de cuivre par la chaleur.
- Stanislas Meunier.
- LAMPES ÉLECTRIQUES PORTATIVES
- DE M. G. TROUVÉ
- M. G. Trouvé a présenté lundi dernier à l’Académie des sciences ses nouvelles lampes électriques portatives qui sont, comme tout ce que confectionne cet ingénieux et habile électricien, très élégamment construites et très heureusement combinées.
- Ces appareils sont formés d’une lampe à incandescence, alimentée par une pile au bichromate, dont les charbons plongent ou ne plongent pas dans le liquide, selon que la lampe est suspendue par sa poignée ou posée sur sa base.
- M. Trouvé a imaginé deux types bien caractérisés de ces appareils : l’un destiné à servir à tous les usages industriels dans lesquels la sécurité est le premier desideratum, et l’autre créé principalement en vue de l’éclairage domestique, afin de remplacer, non pas les lampes servant à l’éclairage permauent et prolongé des habitations, mais les petites lampes à essence et autres, si peu commodes et si dangereuses à manier, qui servent dans un grand nombre de circonstances de la vie domestique.
- Le premier tyne, dit type industriel, est disposé
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- de manière à s’allumer et à fonctionner dès que l’homme qui s’en sert (pompier, gazier, ouvrier mineur, etc.) l'accroche à sa ceinture afin d'avoir les mains libres. La lampe s’éteint d’elle-même dès qu’on l’accroche par sa poignée, ou qu’on la tient par cette dernière pendant le transport.
- La lampe du second type, qui est principalement destinée aux usages domestiques, s’allume au contraire automatiquement, dès qu’on la saisit par la poignée et s’éteint d’elle-même quand on la pose sur une table ou autre surface d’appui. C’est dans cette position, que nous la figurons dans la gravure ci-contre.
- La disposition générale du système est la même dans les deux cas. L’ap-pan il se compose d’une caisse ou vase à compartiments formant le récipient d’une pile Trouvé, au bichromate, semblable à celle présentée à l’Académie dans sa séance du 19 mars 1883. Le couvercle du vase porte les éléments de la pile, et la lampe à incandescence est renfermée dans une double enveloppe de cristal protégée en outre par une cage métallique.
- Dans le type 'do- 1 mestique, la lampe est fixée aussi quelquefois sur le côté du récipient de la pile, muni à cet effet d’une bague métallique. Le couvercle portant les éléments, peut monter et descendre dans le vase qui contient le liquide excitateur ; c’est par ce mouvement que s’effectuent l’allumage, le réglage et l’extinction de la lampe.
- Dans le second type d’appareils (voy. la gravure), la poignée n’est plus fixée sur le couvercle, mais sur le récipient; il s’en suit que, quand on porte l’appareil par la poignée, le couvercle peut descendre librement et les éléments plongent dans le liquide
- et la lampe s’allume. Le couvercle est relié par une tige centrale à une rondelle inférieure qui pose sur l’appui qu’on donne à la lampe dès qu’on la place à terre ou sur une table. De cette manière, dès qu’on n’a plus besoin de l’appareil et qu’on le pose sur une surface d’appui quelconque, les éléments de la pile remontent hors du liquide et la lampe s’éteint.
- Le réglage des appareils s’effectue au moyen d’un écrou et d’une vis allongée pratiquée sur la tige centrale et qui permet de régler, en hauteur, la
- position normale du couvercle sur la tige. A ce modèle domestique ou usuel, M. Trouvé a ajouté une sorte de parachute formé d’armatures analogues à des branches de parapluie, et qui empêche le vase de se renverser si un choc le fait pencher sur sa base. Notre figure fait comprendre cette heureuse disposition.
- Les lampes de M. Trouvé peuvent fournir une intensité lumineuse maxi-ma de 4 à 5 bougies pendant 3 heures, ou une bougie pendant 15 heures, mais les appareils sont construits suivant les dimensions plus grandes ou plus petites, selon les applications qu’ils doivent recevoir, de sorte que la durée et l’intensité de la lumière peuvent être augmentées à volonté. Ces appareils sont très légers, aussi portatifs qu’une lampe à huile ou chandelier, et nous avons la persuasion qu’ils rendront de grands services aux industriels aussi bien qu’à tous les amateurs d’électricité.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Lampe électrique portative de M. G. Trouvé, représentée éteinte, au repos, pour montrer l’efficacité du parachute Il suffit de prendre cette lampe par la poignée F pour qu’elle s’allume aussitôt. Sa fonction automatique résulte du disque C et de sa tige centrale qui soulèvent les éléments quand on pose l’appareil sur sa base, tandis que, au contraire, les éléments redescendent par leur propre poids lorsqu’on soulève l’appareil par la poignée F. Le réglage est donné par le bouton moleté 11, qui permet, en le vissant, de faire pénétrer plus ou moins les éléments dans le liquide excitateur. Enfin l’inversabilité est obtenue par le parachute composé de branches de parapluie articulé aux colliers.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Fans.
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- N' 508.
- J 5 S O VE MI) RE 1 8 8 i.
- LA NAT U ILE.
- oG'J
- UN NOUVEAU FRUIT
- LE KAKI DE LA CHINE ET DU JAPON
- Les ressources que nous possédons en denrées et en produits alimentaires sont si abondantes et si variées que nous sommes un peu indifférents quand il s’agit d’en augmenter le contingent. Nulle part les marchés ne sont mieux approvisionnés qu’en France, surtout en légumes et eu fruits, et ceux-ci n’ont point de rivaux redoutables, ni comme nombre ni comme qualité, de l’aveu même des étrangers. Aussi est-ce une des raisons qui expliquent l’importance
- Les Kakis. (D’après un échantillon communiqué à La A attire, et provenant de la propriété de M. Paul Marès, à Mustapha, près d’Alger.)
- de l’exportation des produits de cette nature dans les différentes contrées de l’Europe. Quand nous faisons des emprunts aux cultures étrangères, ils restent, le plus souvent, a l’état d’expériences; il faut un temps fort long ou des circonstances exceptionnelles 1 pour les faire entrer dans la consommation journalière.
- Depuis plusieurs années les journaux horticoles ont entretenu leurs lecteurs d’un fruit nouveau pour l’Européen, qui mûrit sous notre ciel et qui cependant est ignoré de la plupart d’entre nous. C’est en Chine et surtout au Japon que le Kaki est cultivé en grand ; c’est un fruit national et qui est l’objet de tous les
- soins de la part des habitants. Le nombre des variétés de Kakis (Diospyros Kaki des botanistes) est considérable. Un ingénieur de la marine, M. Dupont, qui a rapporté des notes précieuses sur le Japon, qu’il a habité plusieurs années, en mentionne trente-trois variétés, à lui connues *, avec des noms dont nous ferons grâce aux lecteurs ; car depuis le Sakourakaki en passant par le Tsouroumarou, le Kochioumarou, le Kizawachi et le Goehonkaki, on a encore 28 noms de variétés dans le même goût et qui s’éloignent un peu trop de notre orthographe pour que nous y insistions davantage.
- Les Diospyros sont de la famille des Ebénacées;
- 1 Un Japonais, professeur à l’Ecole d’Agriculture de Tokio, nous disait, tout récemment, que c’était par centaines qu’op comptait les variétés de Kakis dans son pays.
- 12° année. — 2' semestre.
- nom tiré de l’un d'eux, le D. Ebenum, espèce qui fournit le bois d’Ebène de l’Inde. Le cœur du bois, ou duramen, se pénètre d’une matière brune qui donne la teinte noire que l’on connaît, alors que l’aubier blanchâtre est soigneusement éliminé, pour restreindre les frais de transport, quand on expédie l’Ebène en Europe.
- , Les fruits de plusieurs espèces de Diospyros sont. comestibles et par contre d’autres sont immangeables. La quantité de tannin que ces végétaux renferment est considérable, et les fruits verts et même mûrs
- 1 Lors de la levée du siège de Paris, il est entré certaines variétés de légumes venant du centre de la France, qu’on ne voyait pas habituellement aux Halles et marchés, et qui n’y eussent certainement pas été accueillis en temps ordinaire. Les pommes de terre rouges sont du nombre.
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- de plusieurs d’entre eux sont insupportables, malgré leur flatteuse apparence. Deux de ces espèces qui viennent volontiers sous notre climat, et qui forment des arbres d’assez belle taille, les D. Lotus, originaire d’Italie, et D. Virginiana, de l’Amérique du Nord, sont de ce nombre. D’ailleurs, avant la maturité complète, les Kakis ne sont pas abordables. 11 faut qu’ils soient blets ou entièrement mûrs, c’est-à-dire que le tannin se soit dédoublé en glyeose et acide tannique, et que ce dernier lui-même subisse vraisemblablement des transformations pendant la maturation, pour que ces fruits soient savoureux. Alors leur chair rappelle assez au goût un mélange de prune et d’abricot.
- Les variétés de Kakis ont pu être classées en Kakis sucrés et Kakis amers. Les premiers mûrissent à la fin de l’été, tandis que les derniers ont besoin d’un temps assez long pour atteindre le degré de maturation nécessaire, et sont alors nommés Kakis d’hiver. C’est avec ceux-ci qu’on fait des conserves, des sortes de pruneaux qu’on met en barrique, ou qu’on fait sécher préalablement pour les expédier.
- La forme et la taille de ces fruits est variable. Les uns ont la grosseur et la forme d’une prune, d’autres sont allongés, d’autres enfin sont plus ou moins sphériques et atteignent le volume d’une belle pêche avec la teinte jaune de l’abricot qui les rend très appétissants.
- La culture des Kakis est chose faite dans certaines régions de l’Amérique du Nord, notamment en Californie. Des renseignements exacts prouvent qu’une demi-douzaine de variétés apparaissent, depuis plusieurs années, sur les tables de San-Francisco sous le nom de « Persimmons du Japon ». En France on ne peut espérer cultiver ces arbres fruitiers que dans la région méridionale et en Algérie LCependant une race chinoise, appelée Tsiche, à laquelle Carrière a donné le nom de'Z), costata semble plus rustique que les autres et peut, en espalier, mûrir ses fruits sous la latitude de Paris, mais il faut considérer cela comme une heureuse exception en notre faveur.
- De même que pour nos arbres fruitiers, la greffe des Kakis est indispensable pour maintenir les races obtenues ; les Japonais y ont toujours recours. Ici nous devons choisir comme porte-greffe les D. Lotus ou mieux D. virginiana qui conviennent très bien.
- Ces arbres ne sont pas seulement cultivées pour leurs fruits. Leur port est, dit-on, fortdaeau. Le bois, qui est d’un grain serré, est très estimé au Japon, où il remplace, par les qualités, notre noyer. Il est veiné de noir, et l’on pouvait remarquer à l’Exposition de 1878 des meubles faits de cette essence et d’un
- 1 Les échantillons que nous figurons ci-conlre proviennent d’Alger. M. P. Mares, à qui nous les devons, a vu des fruits du Kaki provenant du Jardin d’essai d’Alger, depuis plus de 25 ans. « En mars 1881, nous écrit M. Marès, j’ai planté deux jeunes Diospyros de lm,20 de haut et de Ü“,Ü2 environ de diamètre; ils ont été bien fumés et bien arrosés. Dès l’été 1882, ils ont commencé à produire quelques fruits : cette année leur tronc est de üm,07 environ de diamètre et chacun porte une vingtaine de branches dont les extrémités sont chargées de 10 à 12 fruits. On est obligé de les soutenir avec des étais. »
- aspect tout particulier. Enfin, quand les fruits sont verts ils sont aussi utilisés. Le suc qu’on en exprime sert, comme celui du brou de noix, à teinter les bois et à fixer les badigeons des maisons de cet industrieux pays. J. Poisson.
- L’INDUSTRIE DES CUIROTS DE MOUTONS
- (Suite. — Yoy. p. 538.)
- Il faut 5 ou 4 mois pour que les balles achetées à Buenos-Avres soient revendues en Europe. De là la nécessité de connaître dans les plus grands détails, les marchés européens. Mais les informations rapides sont difficiles, car une dépêche coûte 20 francs par mot, et le moindre renseignement 200 à‘ 500 francs. Bien des maisons ont dû y remédier en se créant des dictionnaires de conversation, où l’on représente par un mot toute une phrase qui doit revenir fréquemment dans la correspondance. Je connais certains dictionnaires pour lesquels on a épuisé tous les mots du Littré. La confection d’un semblable volume exige un travail considérable. Il faut, en effet, prévoir que le télégraphe, même averti, avec une dépêche, composée de mots mis les uns au bout des autres et ne représentant pour lui rien de suivi, fera forcément des erreurs, et il importe que ces erreurs de lettres ne puissent pas transformer une phrase « achetez » en une autre « n’achetez pas », ou réciproquement.
- Les achats sont faits, ou pour le compte de la maison qui fait alors le commerce d’importation en Europe, et qui revend les marchandises brutes aux enchères de Bordeaux, d’Anvers ou de Londres, ou pour le compte de la maison qui exploite elle-même ses marchandises, ou les fait exploiter à façon poulies revendre fabriquées, ou d’après les ordres qui ont été donnés au comptoir.
- Ces affaires sont, pour les gens qui n’ont pas de fonds, singulièrement facilitées par les habitudes commerciales admises. Les marchandises ne sont payables au comptoir, par les donneurs d’ordres, que 90 jours après leur arrivée en France. Or, au bout de 90 jours, les balles sont presque toujours fabriquées et revendues et, à l’expiration de ce terme, leur premier détenteur a entre les mains une traite négociable pour faire face à son échéance. Sans avoir un sou d’argent à lui, il a donc pu acheter ou faire acheter des marchandises, et, s’il n’a pas eu la malechance d’une baisse subite ou d’une crise, les revendre avec bénéfice avant d’avoir lui-même à les payer.
- C’est grâce à cette organisation commerciale que les affaires avec Buenos-Àyres ont pu prendre un développement considérable. Mais, si le payement a 90 jours a eu des avantages incontestés pendant la période de formation, toutes les maisons un peu sérieuses sont aujourd’hui d’accord pour trouver très dangereuses ces facilités de payement. 11 est en effet déplorable que des gens par eux-mêmes non solvables, et on en voit tous les jours, puissent, par
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- une combinaison commerciale établie, donner des commandes qui par leur nombre deviennent importantes, et influencer par suite le marché et les cours, au détriment de toutes les maisons sérieuses qui ne font d’affaires qu’en raison des fonds qu'elles ont en roulement, et qui ne se permettraient jamais de jouer ainsi le tout pour le tout, en tentant un coup de fortune. Qu’il arrive en effet que quelques-uns de ces faiseurs d’affaires n’aient pu vendre à temps, ils vont céder leur marchandise à n’importe quel prix parce qu’il leur faut faire de l’argent, pour payer leurs échéances, et la baisse à la vente est établie par cette seule raison.
- La production des balles de peaux semble avoir un peu diminuée à La Plata dans ces dernières années. Cette diminution est plus appareifte que
- réelle. Comme le transport par mer se paye au mètre cube, on a été amené à faire des balles de plus en plus compactes et serrées. Leur nombre a donc pu diminuer sans que la production se soit ralentie, puisque la teneur de chaque balle a augmenté. ;
- Mais si la production est restée sensiblement constante, la répartition des balles entre les différents ports de l’Europe s’est grandement modifiée et cela tout en faveur de la France.
- Les principaux ports d’arrivage sont : Bordeaux, Marseille, Liverpool, Anvers, Le Havre, Dunkerque, Hambourg, etc.
- Le tableau suivant donne les arrivages annuels dans ces différents ports depuis 1866. Il montre qu'à Anvers et principalement à Liverpool les arrivages diminuent de plus en plus au profit de
- TABLEAU D'IMPORTATION
- DUS BALLES DE PEAUX DE LA PLATA EN EUROPE
- NOMBRE DE BALLES POUR CHAQUE VILLE
- ANNÉES BORDEAUX LIVERPOOL ANVERS MARSEILLE LE HAVRE DIVERS PORTS TOTAL
- 1866 8 716 „ 6 655 2929 )} „
- 1867 15 034 „ » 5141 3664 » »
- 1868 19 299 „ » 8 737 4557 » >,
- 1869 27 062 » » 9923 3134 » »
- 1870 23 921 „ » 10 346 3341 » »
- 1871 21 181 » >. 5 397 1894 » »
- 1872 22 668 » » 9 366 1373 » »
- 1873 20 446 28 730 8 878 9 400 1638 4369 71 665
- 1874 29 922 19283 9 682 9 862 704 5393 73241
- 1875 34 745 17143 9 666 6 282 836 4340 72 575
- 1876 34 715 18 525 7 845 4 557 540 5691 71 871
- 1877 40 087 19 018 7 641 4145 765 4581 76155
- 1878 46 582 11884 5 604 4 600 2061 3800 74 531
- 1879 43 859 5 609 4 869 2 031 1546 3225 61139
- 1880 41 457 8 950 12 589 2 362 2073 3900 71131
- 1881 41 167 3 237 6168 3 771 2014 2700 59057
- 1882 40 061 7 755 5 820 8 226 1455 7000 70 317
- 1883 42 385 4 591 4 962 6 043 1555 6700 66 216
- .Marseille, et surtout de Bordeaux. Dans un prochain article, nous verrons que cela tient au développe- j ment d’une ville industrielle du Midi de la France, j qui depuis 187 ï a su accaparer presque complètement l’exploitation des balles de peaux, et en conserver le monopole, malgré toutes les tentatives qui ont été faites pour transporter cette fabrication dans le Word. A. Brillouin,
- Ingénieur des Arts et Manufactures
- — A suivre. —
- LE PHYLLOXERA
- ET LES TRAITEMENTS PAR LE SULFURE DE CARBONE
- L’étude du Phylloxéra, ce terrible insecte qui a presque ruiné dans plusieurs, départements une culture florissante, de ses mœurs, de son mode de vie, de ses moyens de propagation et des procédés ca-
- pables d’arrêter ou tout au moins d’atténuer les ravages qu’il cause, doit toujours préoccuper les esprits soucieux de la prospérité nationale. Dans presque toutes les questions qui touchent à l’agriculture, il faut toujours tenir compte, il est vrai, de l’inertie et de la routine des petits cultivateurs, qui préfèrent supporter des pertes considérables plutôt que de changer la moindre des choses aux anciennes méthodes qu’ils emploient ou de s’informer des moyens capables de pallier ces pertes ; il semble cependant que les ruines amoncelées par le phylloxéra autour de lui sont assez grandes pour que tout le monde tâche de. résister autant que possible au fléau. Un rapport publié par M, Tisserand, directeur de l’Agriculture, atteste que, sur 2 465 510 hectares plantés en vigne avant l’apparition de la maladie en France, 859 552 étaient, au Ier octobre 1885, entièrement détruits, et 642 565 envahis. Il importe donc de
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- couper court à cette dévastation, de protéger les vignobles préservés jusqu’ici, et, dans le cas où l’on voudrait conserver en des régions déjà envahies cer • taincs races spéciales de vignes françaises, d’empêcher l’action du phylloxéra en le détruisant.
- Les trois principaux procédés préconisés par la Commission supérieure du Phylloxéra pour parvenir à ce but, la destruction des pondeuses lixées sur les racines, sont la submersion, les sulfocarbonates et le sulfure de carbone. La submersion, qui noie les insectes, ne peut guère être employée que dans des localités spéciales, car l’on ne peut pas toujours amener dans les vignobles une quantité d’eau suffisante pour recouvrir la surface entière de ces vignobles et pour remédier à la perte causée par l’évaporation pendant la durée du séjour. Quant aux sulfocarbonates, dont l’usage a été recommandé par l’illustre chimiste Dumas, leur action revient en définitive à celle exercée par le sulfure de carbone, puisque, sous l’influence de l’acide carbonique renfermé dans le sol, ils dégagent tout le sulfure de carbone qu’ils contiennent ; leur emploi serait même plus pratique que celui du sulfure s’ils ne coûtaient plus cher, s’ils n’exigeaient pas une grande quantité d’eau pour leur dissolution, et si enfin il n’existait pas d’instruments qui permettent d’injecter dans le sol, sans danger et sans apprentissage préalable, des quantités déterminées de sulfure de carbone. Grâce en effet aux recherches faites, sur l’initiative de M. Paulin Talabot, directeur honoraire de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, par un comité composé de MM. Mazel, Gastine et Catta, et que dirigeait M. le professeur Marion, la technique agricole est en possession d’une méthode très simple, et d’exécution facile, de traitements insecticides par le sulfure de carbone1.
- On peut considérer le sol comme un corps poreux, dans les interstices duquel est renfermé de l'air en communication permanente avec l’atmosphère et rejetant dans le sein de ce dernier tous les gaz, acide carbonique et autres, qui proviennent de la nutrition des plantes ou de la décomposition des matières organiques. D’autre part, le sulfure de carbone est un liquide incolore, plus lourd que l’eau, et dégageant des vapeurs qui, mélangées même en faible quantité à l’air, suffisent pour tuer rapidement le
- 1 Voy. Marion, Rapports annuels sur l'application du sulfure de carbone au traitement des vignes phylloxérées. Années 1876 à 1882. — Paris, Dupont.
- phylloxéra ; de plus, son évaporation est très rapide, et, de même que pour l’éther, si l’on en verse quelques gouttes dans le creux de la main, ces gouttes se résolvent rapidement en vapeurs en donnant une sensation de froid intense. Dès lors, si l’on introduit dans l’intérieur du sol une certaine quantité de sulfure, ce corps dégagera aussitôt des vapeurs qui sc diffuseront de proche en proche dans l’air que le sol contient, et tous les insectes qui se trouveront dans la zone d’action des vapeurs seront tués : c’est là le point de départ de la méthode. 11 y avait cependant à vaincre des difficultés considérables avant de permettre à cette méthode d’entrer dans la pratique: le sulfure de carbone est un corps très infiammable, d’odeur désagréable ; les vapeurs qu’il dégage forment avec l’air un mélange détonant ; si l’on en injecte dans le sol des quantités trop fortes, il peut tuer les radicelles et par suite la vigne ; si, par contre, ces quantités sont trop faibles, l’effet produit peut être nul ou insuffisant ; il fallait eu outre inventer un instrument, de maniement commode, qui permette d’introduire dans le sol, à une profondeur assez grande, des doses déterminées de sulfure. C’est à résoudre ces difficultés que se sont attachés MM. Marion et Gasiine, et l’on peut hardiment affirmer aujourd’hui que ces difficultés sont vaincues.
- 11 importait aussi de connaître la durée du séjour des vapeurs de sulfure dans le sol et l’étendue de l’espace envahi par ces vapeurs à partir du point d’injection. En principe, dh peut bien admettre que le sulfure se diffuse plus rapidement dans les terrains perméables que dans les terrains compacts, qu’il s’étale sur une plus grande surface, et aussi qu’il s’écoule plus vite dans l’atmosphère, mais encore fallait-il avoir des indications précises. Les recherches faites sur ce sujet ont montré que, dans les terres labourées depuis peu, dont la perméabilité est par suite portée à son plus haut degré, on ne trouve presque plus trace de sulfure vingt-quatre heures après l’injection. Par contre, dans un terrain suffisamment tassé, les vapeurs existaient encore pendant six et huit jours après le traitement, èt on reconnaissait leur présence à plus d’un mètre des trous d’injection; d’autre part, comme ces vapeurs sont plus lourdes que l’air, elles tendent à descendre dans l’intérieur du sol, et on a pu parfois constater leur présence à deux mètres au-dessous de la surface du terrain. Dans ces conditions, on conçoit fort bien qu’en injectant dans un vignoble, à des distances
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- Fig. 1. — l'al-injeeteur de JI. Gastine pour répandre le sulfure de earbone dans les racines des vignes phylloxérées.
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- que l'expérience a permis de préciser, des quantités | données de sulfure, les vapeurs dégagées se ré-
- Fig. 2. — Injecteur à traction de 11. G. Gastine pour répandre le sull'ure de carbone dans les racines des vignes phylloxérées.
- pandront dans le sol entier jusqu’à une profondeur suffisante pour anéantir les colonies de phylloxéras fixées sur les radicelles.
- Mais un des points les plus difficiles à élucider était la construction d’un instrument injecteur ; il était nécessaire en effet que cet instrument réunisse un certain nombre de conditions bien difficiles à associer; tout en étant assez délicat pour que l’on puisse exactement doser les quantités de sulfure à faire pénétrer dans le sol, il fallait aussi qu’il soit assez solide pour résister aux chocs causés par l'exécution du traitement même, et que son mécanisme soit assez simple pour que quelques instructions courtes et précises permettent au premier venu de le démonter pour le nettoyer et de le remonter ensuite; en outre, son prix devait êtfe assez modique pour que l’instrument soit à la portée de tout le monde. M. G. Gastine, avec une ingéniosité rare, est venu à bout de ces difficultés ; il a construit
- Fig. 3. — Détail de la pompe P de l’appareil ei-dessus.
- un pal injecteur pour les traitements ordinaires, et un injecteur à traction pour les traitements de grands vignobles plantés en alignements réguliers, qui ne laissent rien à désirer sous tous les rapports, et qui du reste ont valu à leur inventeur bon nombre de récompenses dans les expositions agricoles et viticoles. Je ne puis mieux faire pour indiquer la structure de ces appareils que résumer ce que M. Gastine lui-même en dit dans un excellent petit livre que tous les viticulteurs devraient posséderi.
- Le pal injecteur est un instrument portatif formé d’un réservoir cylindrique terminé par un tube perforateur; au-dessus du réservoir, deux manettes permettent de saisir le pal pour l’enfoncer dans la terre (fig. 1). Ce réservoir contient une pompe hydraulique destinée à projeter avec force dans l’intérieur du sol, par l’extrémité du tube perforateur, munie à cet effet 1 Emploi du sulfure de carbone contre le phylloxéra
- Fig. 4. — Coupe de la pompe ci-dessus.
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- LA MATURE.
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- d’une ouverture latérale, des quantités exactement dosées de sulfure de carbone ; la tige du piston de cette pompe dépasse, entre les manettes, le haut, du réservoir. Pour opérer, on saisit l’appareil par les manettes, on enfonce le tube perforateur dans le sol en appuyant sur ces manettes et sur une pédale placée au-dessous du réservoir, puis on pousse rapidement de haut en bas la tige du piston, et le sulfure de carbone, sortant à l’extrémité du tube, pénètre dans le sol; lorsqu’on cesse de presser sur la tige, le piston remonte par l’effet d’un ressort intérieur, et l’instrument est amorcé pour une nouvelle injection. On retire alors le pal, on bouche le trou avec le pied ou avec une barre de bois terminée par une masse en acier, et l’on recommence de même pour une seconde opération ; le réservoir étant préalablement rempli de sulfure, le mécanisme de la pompe est installé de telle sorte que, lorsque le piston remonte, une quantité voulue, déterminée d’avance, de ce liquide, pénètre dans la pompe pour être chassée dans le sol lors de la seconde opération, et ainsi de suite ; le pal, étant plein de sulfure, peut servir pour un grand nombre d’injections sans qu’il soit nécessaire de l’emplir à nouveau. Comme la quantité chassée dépend de la course du piston dans la pompe, il suffit, pour changer les doses, d’augmenter ou de réduire la longueur de cette course en enfilant des bagues spéciales sur la tige du piston.
- L'injecteur à traction (fîg. 2) est un assemblage de diverses pièces particulières installées sur un appareil semblable à l’une de ces charrues employées pour les labours légers. Ces ipièces sont, d’abord un réservoir R placé sur l’avant-train, puis une pompe P à double effet destinée à mesurer exactement les doses de sulfure, doses que l’on peut varier au moyen d’une barre de dosage B, ensuite un coutre C étroit et très recourbé en avant, enfin un rouleau compresseur G qui bouche le sillon creusé par le coutre et dans lequel le sulfure est parvenu; ce rouleau actionne aussi la pompe par l’entremise d’un excentrique E. Une bête de trait étant attelée à_l’appareil, le rouleau compresseur tourne sur le spl, et met en jeu la pompe représentée en détail dans les figures 3 et 4. On voit en DD (fig. 4) le piston dont les extrémités contiennent les petites soupapes d’aspiration. B est un levier qui fait mouvoir le piston; A est le corps de pompe, E, le robinet au moyen duquel on peut arrêter' l’entrée du liquide dans l’appareil quand on veut le démonter. La pompe que nous venons de décrire puise le sulfure dans le réservoir, en mesure la dose, et le projette, en injections continues, dans une rainure placée en arrière du coutre ; le sulfure pénètre alors dans le sillon tracé par le couteau, et le rouleau compresseur, passant ensuite, ramène la terre sur le point injecté en empêchant ainsi toute déperdition de vapeurs. Cet instrument est surtout très pratique en ce sens que les monvements sont automatiques, et que le fait seul
- par MM. Gastine et Couanon, 1884. — Masson, à Paris, et Féret, à Bordeaux.
- de la traction exercée par le cheval suffit pour faire fonctionner l’appareil entier sans que le conducteur ait à se soucier d’autre chose que de maintenir l’instrument vertical au moyen des mancherons supérieurs M; lorsque le cheval s’arrête, tout mouvement cesse, et l’injection est interrompue. De plus, ces mancherons peuvent être abaissés et maintenus par un verrou en arrière du bâtis, de telle sorte que le conducteur peut soulever sa charrue pour que le rouleau ne porte plus sur le sol ; le coutre est alors relevé au-dessus du terrain, et l’instrument entier conduit sur scs deux roues d’avant-train comme une simple brouette.
- C’est bien positivement aux facilités que ces appareils ont fournies pour l’application de la méthode, aussi bien qu’à l’impulsion donnée par une grande Compagnie, telle que celle de Paris-Lvon-Méditerra-née, disposant de tous les moyens de transport et d’action, qu’il faut attribuer l’extension rapide des travaux entrepris depuis 1876 et leur véritable succès. Quelques chiffres suffiront pour faire comprendre l’importance de ces opérations viticoles. Depuis le mois de mars 1877, l’industrie française a livré aux viticulteurs, pour le traitement des souches phyl-loxérées, un peu plus de 12 millions de kilogrammes de sulfure de carbone. Les principales usines du Midi de la France ont dù augmenter leur production et fonder des succursales. On fabrique maintenant à proximité des principaux centres viticoles, à Marseille, à Narbonne, à Bordeaux, à Lyon. Les pays étrangers sont entrés dans ce mouvement et le sulfure est produit, pour les traitements antiphylloxé-riques, en Portugal, en Italie, en Autriche; il est employé en Suisse, en Espagne, en Allemagne, en Russie. Il nous est permis de signaler avec satisfaction le succès de cette idée absolument française, émise par Thénard et successivement perfectionnée par Monestier, Alliés, et le Comité de la' Compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranéc. Nous ne pouvons entrer à ce sujet dans de plus longs développements; mais les intéressés trouveront tous les détails techniques utiles dans les publications spéciales. Louis Roule.
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- L’ÀËROSTUT DIRIGE4BLË ÉLECTRIQUE
- DE MM. CH. RENARD ET A. KREBS NOUVELLES EXPÉRIENCES DU 8 NOVEMBRE 1884
- Nous avons décrit en détail l’expérience que les savants officiers de Chalais-Meudon ont exécutée Je 12 septembre 1884 h après leur mémorable ascension du 9 août 1884, pendant laquelle on a vu pour la première fois un aérostat dirigeable revenir à son point de départ2. Le public, qui juge presque toujours avec passion, était porté à* exagérer un échec tout accidentel, après un succès retentissant. Nous sommes heureux d’avoir à enregistrer aujour-
- 1 Yoy. n° 590 du 20 septembre 1884, p, 241.
- a Voy. n° 587 du 50 août 1884, p. 195.
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- d’hui un nouveau triomphe de MM. Ch. Renard et A. Krcbs, qui, nous voulons être parmi les premiers à le déclarer, ont laissé bien loin derrière eux tout ce qu’ont fait leurs prédécesseurs. Il est vrai que ces savants expérimentateurs ont eu entre les mains des ressources matérielles dont personne n’avait disposé jusqu’ici, mais on doit juger les découvertes par les résultats acquis et non par les moyens qui ont permis de les obtenir. Nous applaudissons donc sans réserve à nos heureux émules.
- En 1852, M. Henry Giffard, dans le premier aérostat à hélice à vapeur, avait obtenu une vitesse propre de quatre mètres environ par seconde; en 1872, M. Dupuy de Lomé avec un moteur animé constitué par sept hommes de manœuvre avait eu une vitesse de 2m,80; MM. Tissandier frères, avec le premier aérostat à moteur électrique, ont obtenu 5 mètres en 1885 et à peu près 4 mètres en 1884 A
- MM. Ch. Renard et A. Krebs, en employant un moteur plus puissant, plus léger et un aérostat plus allongé, ont pu atteindre une vitesse propre de 5m,50 à la seconde dans leurs deux premières expériences et dépasser une vitesse de 6m,50 à la seconde dans leurs récentes ascensions du 8 novembre 1884, soit 25 kilomètres et demi à l’heure, avec une puissance effective de 5 chevaux et 50 tours de l’hélice à la minute.
- L’aérostat dirigeable de Meudon a navigué le 8 novembre dans une atmosphère qui se déplaçait avec une vitesse de 8 kilomètres à l’heure; quand il fonctionnait dans le sens du courant aérien sa vitesse pouvait être de 25km,5 -h 8 kilomètres ou de 51 kilomètres à l’heure ; quand il remontait le courant avec vent debout sa vitesse propre était au contraire de 25km,5 — 8 kilomètres ou de 15kra,5 à l’heure. Les officiers de Meudon ont donc pu facilement aller et venir dans tous les sens dans l’atmosphère.
- L’ascension a eu lieu a midi ; dès que l’aérostat eut dépassé la hauteur des plateaux environnants,
- / l’hélice a été mise en mouvement, et le ballon, virant de bord, s’est dirigé en droite ligne vers le viaduc de Meudon qu’il ne tarda pas à franchir. Il traversa la Seine en aval du pont de Billancourt, s’engagea sur la rive droite du fleuve, et le moteur fut arrêté, pour laisser l’aérostat suivre le courant aérien afin de mesurer la vitesse de ce courant. Après 5 minutes d’arrêt, la machine fut remise en mouvement, l’aérostat sous le jeu du gouvernail, décrivit un demi-cercle de 160 mètres de diamètre environ, et revint vers son point de départ à petite vitesse, et en tenant une parfaite stabilité de route. On le vit traverser Meudon et descendre après 45 minutes de voyage, sur la pelouse même du départ.
- 1 Nous ferons observer que la dernière expérience que nous avons exécutée, mon frère et moi, le 26 septembre 1884, a prouvé que notre aérostat dirigeable reviendrait aussi à son point de départ s’il fonctionnait par un temps suffisamment calme. Mais, faute des ressources financières nécessaires, il ne nous a été possible de construire un hangar de remisage, où l’aérostat tout gonflé est prêt à partir par un temps favorable.
- A trois heures de l’après-midi, MM. Ch. Renard et Krebs recommencèrent une nouvelle expérience. L’aérostat s’éleva une seconde fois et exécuta plusieurs évolutions aériennes dans les environs de Chalais. Mais le brouillard assez intense obligea les expérimentateurs à ne pas prolonger au delà de 55 minutes leur seconde ascension, dans la crainte de perdre de vue le point d’atterrissement. Ils revinrent facilement au port comme dans le premier essai. Les cartes ci-dessous donnent les tracés exacts des deux voyages.
- Ces nouvelles expériences sont décisives. La navigation aérienne par le£ aérostats allongés à hélice; est absolument démontrée. Pour la rendre pratique et utilisable, nous le répétons ici, après l’avoir déjà dit tant de fois, il faut construire des navires aériens très allongés, de très grandes dimensions qui en-
- Tracé du premier voyage aérien du 8 novembre, de midi à midi 45 m.
- Tracé du second voyage aérien du 8 novembre, de 5 h. à 5 h. 35 m.
- lèveront des machines très puissantes et atteindront des vitesses propres de 12 à 15 mètres à la seconde leur permettant de fonctionner presque constamment. Les jours de grand vent, lorsque la bourrasque ou la tempête régneront dans l’air, les aérostats dirigeables resteront au port, comme le font les navires océaniques. Ce n’est plus aujourd’hui qu’affaire de capitaux. II existe des navires cuirassés qui coûtent vingt millions de francs ; ils ont pour abri des ports qui ont parfois nécessité des dépenses de centaines de millions. Il n’en faudrait pas tant pour faire de la véritable navigation aérienne. Un million suffirait pour construire un aérostat allongé de 25 000 à 50 000 mètres cubes qui pourrait avoir une vitesse propre égale à celle de nos trains express, tout en ayant un excès de force ascensionnelle disponible très considérable, pour les voyageurs et le lest. Gaston Tissandier.
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- LE CHEMIN DE FER FUNICULAIRE
- DE LA SUPEKGA, PRÈS TURI>
- A quelques kilomètres de Turin, bâtie sur le sommet d’une colline qui domine la vallée du Pô, s’élève la Superga. Les événements qui se rattachent à la construction de cette basilique en on fait, spécialement depuis l’ouverture de la voie funiculaire qui la relie ai^pied de la montagne, un lieu de pèlerinage fréquenté. La Superga, construite par Victor-Amé-dée II, en accomplissement d'un vœu fait à la Madone pendant le siège de Turin (1706), renferme les
- tombeaux des princes de la maison de Savoie qui n’ont point été ensevelis à la fameuse abbaye de Haute-Combes. Ces souvenirs historiques, encore vivaces dans l’esprit populaire, et plus encore, la vue splendide dont on jouit du sommet de la Superga sur la chaîne des Alpes, ont décidé le gouvernement italien et la municipalité de Turin à établir la nouvelle voie ferrée que l’on baptise déjà du nom de Righi Italien. Commencés en mars 1883, les travaux furent rapidement conduits en vue de l’ouverture prochaine de l’Exposition générale de Turin et, le 27 avril 1884, le nouveau chemin de fer funiculaire était officiellement inauguré.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du chemin de fer de la Superga, près Turin, Italie. (D’après une photographie.!
- Le système choisi pour franchir l’altitude qui sépare la basilique, située à 733 mètres au-dessus du niveau de la mer, du pied de la colline, est celui de l’ingénieur Thomas Agudio, déjà éprouvé avec succès à Lanslebourg. Dans le système Agudio, la traction s’opère, comme l’on sait, au moyen d’un locomoteur spécial, représenté dans nos figures 1 et 2, dont les roues motrices sont mises en mouvement par un câble sans fin qui parcourt, dans le double sens ascendant et descendant, toute la longueur de la voie. Le câble, mis en mouvement par deux moteurs à vapeur fixes, est guidé sur son parcours par des poulies intermédiaires, soit horizontales, soit verticales ou d'inclinaisons variées, suivant le tracé rectiligne ou courbe de la voie, composée
- elle-même de 2 rails ordinaires et d’un rail central denté. Le locomoteur pousse le wagon à la montée et le retient à la descente. Tels sont les principes bien connus du système Agudio, sur lequel, après avoir examiné en détail la voie elle-même, nous reviendrons plus loin, pour signaler les freins puissants qui assurent la sécurité de l’exploitation.
- La voie funiculaire, représentée dans son ensemble sur notre figure 1, part du pied de la colline, près du village de Sassi, où elle se raccorde avec le tramway à vapeur qui fait le service de Turin à Brusasco, les voyageurs pouvant ainsi aller directement de Turin au sommet de la Superga sans descendre de wagon. La longueur totale de la ligne jusqu’à la basilique est de 5130 mètres, la diffé-
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- rence de niveau entre la station du départ et celle du sommet étant de 419 mètres, écart entre l’altitude de la station supérieure (642 mètres) et celle de la station inférieure où se trouvent les machines fixes (223 mètres). La pente moyenne est de 12 pour 100, la pente maxima, principalement à l’extrémité de la voie, comme l’indique notre vue générale, atteignant 20 pour 100. Les courbes, qui composent environ la moitié du parcours complet, ont un rayon minimum de 300 mètres. A 783 mètres de la station de Sassi, la voie franchit une galerie de 67 mètres, et plus loin, une autre de 61 mètres de longueur. Les autres oeuvres d’art
- consistent en tranchées ou ponts de peu d’importance.
- La voie ferrée qui supporte le locomoteur se compose de 2 rails type Vignole (17 kilogrammes le mètre courant), présentant un écartement de lm,49 d’axe en axe, et d’un rail central à double denture, que M. Agudio appelle avec raison la colonne vertébrale de son système. Ce rail ou plutôt ce conducteur central est formé d’un ruban d’acier, de 110 millimètres de hauteur et de *12 millimètres d’épaisseur, replié sur lui-même de manière à présenter sur ses côtés une double denture. 11 pèse 54 kilogrammes le mètre courant.
- Fig. 2. — Détail du locomoteur Agudio du chemin de fer de la Superga. (D’après une photographie.)
- Il est facile de comprendre que le câble moteur, qui voyage avec une vitesse moyenne de 12 mètres à la seconde, doive être soutenu dans son parcours, comme nous l’avons signalé déjà d’une manière générale, par une série de poulies dont la forme et la position varient avec le tracé même de la voie. Le câble lui-même est composé de six câbles partiels, formés eux-mêmes de huit fils d’acier de lmm,800 de diamètre ; le diamètre du câble est de 23 millimètres, son poids de lk,500 par mètre courant, il est capable de résister à un effort de 140 kilogrammes, par millimètre carré. En fonctionnement normal, ce câble ne sera soumis qu’à un effort d’environ 15 kilogrammes. Tandis que le câble montanL court sur la voie elle- même, le câble descendant, qui part
- du tambour supérieur, s’appuie sur des poulies montées sur piliers en maçonneries à 4“,25 au-dessus de la voie, et distants d’environ 100 mètres l’un de l’autre.
- Revenons sur le locomoteur, dont nous pouvons suivre la disposition générale sur notre figure 2. La transmission du mouvement du câble s’effectue sur les poulies de gauche (en montant); ces dernières portent sur leur circonférence deux gorges dans lesquelles s’enroule le câble. Le mouvement de ces poulies est transmis par un système intermédiaire à une paire de roues dentées qui viennent s’engrener avec le rail denté central et dirigent ainsi le mouvement du locomoteur. Le mécanicien dispose de freins d’une grande puissance, freins à frictions contre les
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- poulies motrices ou à tenailles contre le rail central. A la montée, le frein à tenailles sur le rail central fonctionne pour empêcher le mouvement de recul du locomoteur en cas de rupture de câble ; à la descente on fait agir les freins à friction, et au besoin, on peut également se servir des freins à tenailles.
- Les machines fixes qui donnent le mouvement aux deux grands tambours sur lesquels s’enroule le câble et par conséquent au câble lui-même, sont installées à la station inférieure de Sassi; elles sont du type Sulzer et développent 500 chevaux.
- En résumé, le funiculaire de la Supergü, venant après les nombreux chemins de montagne installés depuis le Rigfii, se classe aujourd’hui comme l’une des applications les plus ingénieuses , de la traction sur les fortes pentes. Son promoteur, et nous pouvons dire son auteur, M. Agudio, réalise ainsi pratiquement les théories qu’il a si clairement exposées à maintes reprises. Du panorama qui va populariser la voie nouvelle de la Superga, de la superbe vallée du Pô, dont le souvenir vous reporte aux temps les plus glorieux de l’Italie antique, du grandiose aspect de la chaîne alpine, du Mont-Rose au Mont-Viso; de toutes les merveilles qui se découvrent aux yeux éblouis, nous ne disons rien. Notre but ne dépasse point la description rapide d’une œuvre nouvelle qui a pris désormais sa place parmi les plus réels triomphes de la science de l’ingénieur.
- Maxime Hélène.
- LE LIVRE DE DEMAIN
- PAR M. DE ROCHAS
- Ou a souvent eu l’idée de se demander s’il ne serait point possible d’imprimer autrement qu’avec du noir sur du blanc. Au siècle dernier un abbé célèbre par son esprit, Caraccioli disait dans son Livre à la mode :
- « Du noir, toujours du noir; quel mauvais goût! Il n’y a rien de plus lugubre et même de plus horrible, puisque le diable n’est jamais peint qu’en noir. L’ignorance dont nous déplorons les effets n’a peut-être point d’autre cause que notre manière ridicule d’imprimer. Je suis convaincu que des pages toutes rouges ou toutes vertes auraient attiré une foule de lecteurs et que tout le monde aurait lu les ouvrages les plus difficiles si la couleur en eût été plus jolie. »
- Sortant du domaine de la fantaisie, M. Chevreul donnait en 1839, dans son fameux livre sur le contraste simultané des couleurs, quelques spécimens d’impression en noir sur papiers de couleurs, et indiquait les résultats de sa propre expérience sur leur degré de lisibilité; mais il ne faisait qu’effleurer le sujet se plaignant de la difficulté qu’il avait eu à se procurer des documents.
- Tout récemment M. le Dr Javal signalait l’avantage que présente un papier légèrement jaunâtre pour la facilité de la lecture et en recommandait l’usage pour combattre les progrès constants de la myopie.
- Notre collaborateur et ami, M. de Rochas, vient d’envisager la question sous un jour nouveau. Dans un magnifique volume dont plusieurs de nos lecteurs ont vu les épreuves au Congrès de Blois, il montre qu’il existe entre l’œil et la pensée des rapports intimes, que par suite de
- l’association indéfiniment répétée de certaines impressions morales, les couleurs finissent par éveiller dans notre esprit des idées déterminées et qu’il est possible d’utiliser ces sensations dans le livre pour aider à l’éclosion des sentiments que l’auteur cherche à faire naître dans l’âme du lecteur. Ces considérations un peu subtiles ont été abordées avec une délicatesse d’appréciation et une rigueur de raisonnement qu’on trouve rarement réunies ; cependant nous sommes convaincus que si M. de Rochas avait à refaire son ouvrage il serait encore plus précis et entrerait peut-être plus avant dans le corps même de son sujet. C’est là le sort commun à tous les initiateurs; écoliers quand ils commencent, ils ne sont maîtres que quand ils finissent.
- Les nombreuses combinaisons, qui forment la seconde partie de son volume, sont des documents précieux que l’auteur ne possédait pas plus que M. Chevreul quand il a entrepris de publier le résultat de ses observations antérieures et de ses réflexions.
- 11 n’existe point dans le cadre de La Nature d’apprécier le Livre de demain au point de vue littéraire, ni même au point de vue purement artistique; je me contenterai donc de dire qu’on y trouve de fort belles eaux-fortes et un recueil charmant de morceaux de prose et de vers dont beaucoup sont inédits et dus à des maîtres.
- Ce qui nous touche davantage c’est le côté industriel, et c’est peut-être là réellement le point capital du livre. M. de Rochas soutient cette thèse que l’art de la papeterie ne s’est nullement perdu en France et que si les bibliophiles se plaignent c’est que certains éditeurs, au lieu d’employer des papiers de fil qui ne sont relativement pas plus cher aujourd’hui qu’autrefois, se servent de papiers communs où entrent des éléments de décomposition. 11 fait à ce propos un historique très intéressant du papier aux différentes époques, et à l’appui de ses affirmations il donne des échantillons de 46 sortes de papier différents soit par l’époque soit par la nature de leur fabrication.
- Je signalerai comme particulièrement intéressants ; d’abord le papyrus qu’on ne fait plus aujourd’hui qu’en Sicile et seulement avec les vieilles tiges afin de conserver les quelques pieds du précieux roseau que le hasard a semés à l’embouchure de la rivière de Syracuse; puis le papier d’amiante dont La Nature a déjà signalé la fabrication à Paris ; les papiers des quinzième, seizième et dix-huitième siècles dont les morceaux ont dû être recueillis avec patience depuis plusieurs années ; une collection très complète des papiers de Chine et du Japon. La plus grande partie de l’ouvrage a du reste été imprimée sur de magnifiques papiers teintés provenant des usines du Renage (Isère) et d’Angoulême. M. de Rochas fait observer que, le prix des papiers d’impression variant depuis 0 fr. 80 le kilog. pour les sortes les plus communes, jusqu’à 3 francs pour les qualités les plus belles, on peut avoir pour 1 fr. 50 des papiers de coton et pour 2 fr. 50 des papiers de chanvre ou de lin qui présentent les mêmes garanties que les papiers d’autrefois.
- Il est donc facile, étant donné la grosseur d’un livre, de savoir la somme qu’il faudra ajouter au prix de revient d’un exemplaire pour assurer sa conservation, et l’on voit que cette somme est très minime relativement à la valeur des ouvrages de luxe.
- Si nous envisageons le Livre de demain au point de vue typographique, nous sommes en présence d’un véritable tour de force dont je vais essayer de faire comprendre la portée.
- Autrefois les tirages étaient fort longs et les imprimeurs, forcés de préparer eux-mêmes leurs encres ne pouvaient
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- guère songer à employcr -plus.de deux couleurs à la fois dans leurs livres. Aujourd’hui, grâce au développement de la chromolithographie, la fabrication des encres de couleur est l’objet d’une industrie spéciale dont les produits sont aussi beaux que variés. De plus les machines rotatives permettent de se préoccuper médiocrement du nombre des tirages. On peut enfin, à l’aide de la zinoo-graphie, obtenir rapidement autant de planches en relief qu’il est nécessaire pour reproduire avec,ces mêmes machines les diverses teintes qui composent une peinture.
- Les grands imprimeurs parisiens ont bien vite reconnu le parti qu’ils pouvaient tirer de ces ressources, nouvelles et ils ont complètement changé la physionomie du livre de luxe en fondant habilement le texte avec des illustrations en couleur. Ce procédé a déjà donné naissance à des volumes charmants tels que l'Eventail, Les quatre fils Aymon, Denire, les Contes de l’Archer et les autres publications de l’imprimerie Lahure telles que le Paris Illustré, mais il ne peut s’appliquer que dans des établissements munis d’un outillage de premier ordre et nécessite de forts tirages. M. de Rochas a voulu montrer ce qu’il était possible d’obtenir dans une imprimerie de petite ville à l’aide des seules ressources fournies par le commerce, c’est-à-dire avec les papiers teintés, les encres de couleurs et les vignettes que l'on vend au kilogramme. Secondé par un imprimeur de goût, M. Raoul Marchand, de Blois, il a composé ainsi 400 pages dont l’ornementation et le ton varient avec la nature du sujet.
- Quelques-unes de ces pages sont d’un effet vraiment merveilleux; grâce à la simple adjonction d’une teinte plate en lithographie, elles rappellent parfois les plus beaux manuscrits du Moyen âge.
- Le livre que nous venons d’analyser a malheureusement un grave défaut à nos yeux; c’est d’avoir été tiré seulement à 250 exemplaires presque tous retenus depuis longtemps, de sorte qu’il passera sans transition des presses de l’imprimeur dans le cabinet des bibliophiles où d s’immobilisera. C’est pourquoi nous avons cru devoir le signaler avec quelques détads comme une remarquable et utile curiosité de la typographie contemporaine. G. T.
- HYPOTHÈSE A.U SUJET
- DE LÀ CAUSE DE L’ÉPOQUE GLACIAIRE
- Nous nous demandons s’il est nécessaire, pour expliquer la grande extension des glaciers pendant lepoque quaternaire, d’avoir recours à un refroidissement anormal, dont on ne peut donner aucune explication satisfaisante.
- Le maximum d:extension des glaciers, le paroxysme glaciaire, succédant à une période géologique à température plus élevée que de nos jours, et précédant le climat tempéré dont nous jouissons actuellement, ne serait-il pas tout simplement une conséquence naturelle de la diminution lente, graduelle, régulière, de la chaleur solaire dans la suite des âges ?
- Yoici comment nous croyons que les choses ont pu se passer.
- Et d’abord rappelons que, comme l’a dit M. Faisan, « le froid tuerait les glaciers. » Que faut-il, en effet, pour qu’il y ait des glaciers dans les latitudes moyennes ? Il faut que l’évaporation soit active à l’équateur de façon à envoyer des masses considérables de vapeur d’eau se condenser sous forme de neige au sommet des montagnes. Donc, entre certaines limites, la quantité de glace produite sera proportionnelle à la chaleur que recevra la
- terre à l’équateur : pas de chaleur, pas d'évaporation, pas de neige, pas de glaciers. D’un autre côté, si la chaleur que le soleil répand sur la terre est assez forte pour que, même au sommet des montagnes élevées des latitudes moyennes, il ne tombe pas de neige, on n’a pas non plus de glaciers.
- Ce second cas est celui qui a dù précéder l’apparition des glaciers. La terre recevant de moins en moins de chaleur à mesure que le soleil se refroidissait, des glaciers ont dû apparaître au sommet des montagnes élevées, petits d’abord, mais grandissant sans cesse en surface, et cela avec assez de rapidité, puisque à cette époque reculée le soleil évaporait à l’équateur infiniment plus que de nos jours.
- Ceci étant admis, on concevra aisément qu’il a dù arriver un moment où les montagnes des latitudes moyennes étaient déjà assez refroidies pour servir de puissant condenseur des eaux météoriques, tandis que le soleil, encore bien plus chaud que de nos jours, envoyait se congeler sur les montagnes une quantité d’eau immense évaporée à l’équateur. Cet état de choses a dù passer par un maximum de conditions favorables donnant naissance à la plus grande extension des glaciers; puis, ce moment franchi et le soleil continuant à se refroidir, la quantité d’eau évaporée à l’équateur alla sans cesse en diminuant et les glaciers reculèrent de plus en plus, jusqu’à prendre les proportions réduites que nous leur connaissons aujourd’hui.
- Cette explication montre pourquoi, dans leur maximum d’extension, les glaciers déposèrent leurs moraines frontales au milieu des fougères arborescentes et des arbres à feuillage persistant d’une flore méditerranéenne. Et, en effet, à cette époque, les glaciers étaient puissants parce que la quantité d’eau qui se condensait était considérable, mais partout ailleurs que sur le glacier, la température moyenne devait être plus élevée qu’elle ne l’est de nos jours, au lieu d’être plus basse. Quant aux oscillations des glaciers, elles devaient avoir une énorme amplitude, ce qui a pu faire croire à l’existence de plusieurs paroxysmes glaciaires.
- Ces considérations si simples, expliquent aussi pourquoi des animaux tels que le renne, la marmotte, qui ne vivent aujourd’hui que dans les latitudes élevées ou les neiges, figuraient dans une faune où les herbivores étaient si largement représentés : troupeaux de chevaux sauvages, antilopes, saïgas, aurochs, mammouths, rhinocéros, auxquels il fallait pour nourriture une végétation abondante et vigoureuse.
- Cette façon d’envisager l’époque glaciaire offre, selon nous, l’avantage de n’exiger aucun changement dans l’ordre naturel des faits. * Millot,
- Chef des travaux météorologiques à la Faculté des sciences de Nancy
- LE SGINQUE DE COCTEAU
- L’archipel du Cap-Vert, situé, on le sait, à environ 500 lieues du cap du même nom, sur la côte occidentale d’Afrique, se compose d’îles de grandeur très différente; ce sont Santiago, Brava et Fogo au Sud; Boavista et Sal, à l’Ouest; San Antonio, San Vicente, San Nicolau, Santa Luzia au Nord-Ouest ; au Sud-Ouest de cette dernière île se trouvent les deux îlots de Razo et Branco.
- L’on connaissait depuis longtemps dans'les col-
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- LA NATUÏIE.
- lections du Muséum de Lisbonne et de Paris un reptile de grande taille désigné par Duméril et Bibron sous le nom d’Euprepès de Cocteau. Ce reptile, le géant de la famille des Scincoïdiens à laquelle il appartient, était de provenance inconnue; tout ce que l’on savait , c’est qu’il avait fait partie de l’ancien cabinet d’Ajuda dont le fonds avait été constitué avec les collections faites de 1784 à 1795 aux îles du Cap-Vert par un naturaliste portugais de mérite, Joâo da Silva Feijo; il y avait, dès lors, présomption pour penser que le reptile en question provenait de cet archipel, bien que le résultat des recherches faites par les savants de Lisbonne fussent demeurées sans résultat.
- Le Scinque de Cocteau n’avait pas été retrouvé, lorsque MM. Bouvier et Léon de Cessac, ayant exploré pendant plusieurs années les différentes îles de l’archipel du Cap-Vert, donnèrent quelques renseignements, assez vagues à la vérité, sur l’existence probable d’un saurien de grande taille dans un îlot à proximité de l’île Saint-Nicolas. A l’aide de ces indications , le savant directeur du musée de Lisbonne, M. Bar-boza du Bocage, put bientôt obtenir de M. Hopf-fer quelques spécimens du reptile en question; ces animaux provenaient de l’Ilhen Branco, l’îlot Blanc, rocher désert à proximité de San Nicolas ; ce reptile était désigné sous le nom de lazarto, nom, du reste, employé en portugais pour désigner tous les sauriens ressemblant à des lézards. Depuis, M. l’amiral Perrier d’Auterive et M. Delaunay, lieutenant de vaisseau, puis, en 1885, les savants faisant partie de l’expédition du Talisman ont fait parvenir l’animal vivant à la Ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle.
- Le Scinque de Cocteau, dont on a fait le type du genre Macroscinque, n’est pas un Lézard dans le sens zoologique du mot ; c’est un Scincoïdien, c’est-à-dire un Saurien dont les écailles sont entuilées et disposées en quinconce. La taille peut atteindre 60centimètres, la queue faisant près de la moitié de la longueur totale du corps. Le tronc est large, fort déprimé dans sa partie postérieure; la tête est courte, très renflée en arrière de l’angle de la bouche, recouverte en dessus de plaques rugueuses
- La langue, légèrement fendue à la pointe, est plate, garnie d'écailles ; la couronne des dents est très comprimée, légèrement arrondie et nettement dentelée sur les bords. Les membres, courts et forts, sont armés d’ongles comprimés et aigus. Les écailles qui revêtent le corps sont très nombreuses, celles du dos étant carénées, celles du ventre lisses et plus grandes. Une teinte gris olivâtre forme le fond de la coloration du dos sur lequel se détachent des taches irrégulières et mai limitées d’un brun noirâtre ; ces taches sont rapprochées sur le dessus de la tète et sur le dos; le dessous du corps et des membres est d’un blanc jaunâtre avec quelques petites taches arrondies d’un brun foncé. Certains individus présentent des marbrures d’un brun sale et d’un gris de perle assez brillant. Lorsque l’animal est irrité, il apparaît de petits traits noirs de
- chaque côté de la gorge; une tache de couleur orange entoure l’ouverture de l’oreille.
- Bien que lourd de forme, le Macroscinque, de Cocteau est assez agile ; à l’aide de ses griffes acé-> rées il grimpe avec facilité; c’est un animal très doux, se nourrissant de fruits et de végétaux. Sans aucun moyen de défense, pourchassé par les noirs qui le recherchent comme aliment et dont ils emploient la graisse en frictions contre les douleurs, le Scinque est sans doute destiné à disparaître avant peu.
- Ainsi que l’écrit avec raison M. Barboza du Bocage, « à une époque antérieure, cet animal a du avoir un habitat beaucoup plus étendu; il a dù successivement disparaître, comme tant d’autres espèces, partout où l’homme est établi à demeure; maintenant, il se trouve relégué dans son dernier refuge, mais là même, il lui sera impossible de résister à la persécution qu’il doit aux qualités qui le font rechercher comme aliment. Ce sera dans un temps plus ou moins long une espèce éteinte ; car sans inspirer aucune crainte superstitieuse qui puisse la protéger, elle est condamnée d’avance à partager le sort de Y Aie a impennis, du Strigops, de V Aptéryx et de plusieurs autres représentants de la faune actuelle. » E. Sauvage.
- Le Scinque de Cocteau.
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- LÀ NATURE.
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- LE HARFANG DES NEIGES
- DU JARDIN DACCLIMATATION
- Le tribunal correctionnel a jugé récemment un visiteur de nationalité anglaise du Jardin d’Àcclima-tation qui imagina pour se distraire de transpercer avec sa canne à épée un superbe Harfang, Chouette des neiges, qui dormait paisiblement dans sa cage.
- Cet oiseau, dont nous reproduisons le portrait, avait été capturé à bord du paquebot Le Labrador, en 4878. Il s’était abattu sur le pont du navire.
- Le capitaine, qui avait plus d’une fois voyagé dans les glaces du pôle Nord, reconnut dans le nouvel embarqué le Harfang des neiges, la grande Chouette d’Islande.
- Aussi, arrivé au terme du voyage, s’empressa-t-il de l’offrir au directeur du Jardin d’Acclimatation.
- Le Harfang qui n’avait que deux pareils en Europe, l’un à Anvers, l’autre à Dresde, vivait là heureux et tranquille, lorsqu’il a été tué comme nous venons de l’indiquer.
- M. Geoffroy Saint-Hilaire ne pouvait avoir qu’une conso-lation, celle de traîner William Leithbridge ( c’est le nom du tueur d’oiseau) devant le tribunal correctionnel. C’est ce qu’il a fait. Le défenseur du prévenu, Me Bogelot, a bien essayé d’établir que la Chouette n’étant pas un animal domestique, son client ne tombait pas sous le coup de la loi; mais sur une vigoureuse plaidoirie de Me Ilusson, le tribunal l’a néanmoins condamné à 200 francs d'amende et à 800 francs de dommages-intérêts envers l’administration du Jardin d’Acclimatation.
- Nous avons cru devoir enregistrer cette singulière histoire qui touche au domaine de l’histoire naturelle. Nous la compléterons en ajoutant quelques lignes sur le Harfang des neiges.
- Le Harfang des neiges, ou plutôt le Harfang neigeux, ISyctea nivea des naturalistes, est un des plus grands oiseaux de proie nocturnes. 11 est blanc tacheté de brun. Les taches brunes deviennent, avec l’àge, de plus en plus rares et chez les vieux Harfangs le plumage est souvent entièrement blanc.
- On le trouve dans tous les pays septentrionaux, et les navigateurs qui se sont avancés le plus loin du côté du pôle Nord ont toujours rencontré cet oiseau. C’est par exception qu’il descend dans nos contrées.
- Le docteur Franklin en cite un couple qui aurait été vu dans le North-umberland et on en tue quelquefois en Allemagne ; et aux Etats-Unis.
- C’est un animal vigou reux, plus agile que la plupart des autres Rapaces nocturnes et qui chasse aussi bien la nuit que le jour. 11 est courageux et se défend contre les chiens et même contre le chasseur.
- En Europe, il se nourrit surtout de Lemmings, mais dans les régions glacées du pôle, c’est aux oiseaux de toute sorte et aux Lièvres polaires qu’il s’attaque.
- D’après Audubon qui l’a observé dans le nord des États-Unis, il mange aussi des poissons qu’il saisit adroitement au moment où ils montent à la surface de l’eau.
- Quand il est affamé, il ne redoute pas l’homme, et. enlève au chasseur le gibier qu’il vient d’a-
- battre.
- Contrairement à ce que l’on a constaté pour tous les Rapaces de grandes tailles, le Harfang pond un grand nombre d’œufs, huit et même dix qui sont déposés dans une excavation du sol tapissée d’herbes et de plumes.
- La femelle cherche à éloigner l’homme de son nid en contrefaisant la blessée. C’est là un trait d’intelligence rare chez les Rapaces.
- Il est généralement très difficile de conserver les
- Le Harfang des neiges du Jardin u’Aeciimatation, tué par un visiteur.
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- LA NATURE.
- Harfangs en captivité, Iis meurent souvent après quelques jours de cage; le Harfang du Jardin d’Ac-climatation était d’autant plus intéressant qu’il était plus rare. l)r Z...
- BIBLIOGRAPHIE
- Discours et éloges académiques, par J. B. Dumas, membre de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, tome premier. 1 vol. in-8° avec un portrait gravé par M. Ilenriquel Dupont. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- La physionomie et Vexpression des sentiments, par P. Mantegazza, professeur au Muséum d’histoire naturelle de Florence. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale, 8 planches hors texte. — Paris, Félix Alcan, 1885.
- Histoire naturelle. Zoologie. Deuxième année. Ouvrage rédigé conformément au programme officiel de 1881. 1 vol. in-18 avec nombreuses gravures, par Maurice Girard. 5e fascicule, oiseaux, reptilles, amphibiens, poissons. — Paris, librairie Ch. Delagrave.
- Bruxelles en 1815, par Théodore Juste. 1 vol. in-18. — Bruxelles, librairie Lebègue et Cie.
- Ecole buissonnière à travers la chimie, parle I)rAirelle, 1 vol. in-18, illustré de nombreuses gravures. — Librairie Lebègue et Cie.
- Les accumulateurs électriques et la mécanique de l'élec-trolyse. 1 broch. in-8°, par Albert Bandsept. — Paris, J. Michelet.
- CHRONIQUE
- Lumière électrique. — Nous avons sous les yeux la liste des dernières installations faites par la Société Edison, dont les progrès continuent d’une façon ininterrompue. Nous relevons dans cette liste les éclairages suivants :
- Savonnerie du Cosmydor à Levallois-Perret, 50 lampes A; la force motrice absorbée est de 7 chevaux. — Compagnie française du Liuoleum, à Olry, 100 lampes A. — Fabrique de celluloïd de MM. Hyat et Ward, à Monville, près Rouen, 100 lampes. — La fabrique de liqueur de.la Grande Chartreuse, la papeterie Montgolfier, la filature Lemaire Dellis. Celte dernière usine, qui avait été entièrement détruite par un incendie dù au gaz, vient d’être reconstruite et les directeurs ont fait disparaître le gaz des nouveaux bâtiments. En outre de leur éclairage, ils ont installé une station centrale de 500 lampes incandescentes avec lesquelles ils fournissent la lumière aux fabriques voisines. — Enfin le théâtre de Bucharest se trouve éclairé par 1500 lampes Edison. Le fait est d'autant plus remarquable que cette installation a été commandée par la Société du gaz de Bucharest qui s’était chargée de l’entreprise. — Dans la maison Hachette et Cie, l’éclairage est fourni par une dynamo de ‘200 lampes et deux dynamos de 60 lampes ; les circuits de ces trois machines sont placés de telle sorte qu’elles peuvent se porter mutuellement secours en cas d’accident à l’une d’elles. — Nous devons ajouter que le matériel de la Société Edison se perfectionne chaque jour : c’est ainsi qu’elle
- fabrique maintenant de petites machines pour 20 foyers de 6 bougies. Le prix peu élevé de ces dynamos permet de penser qu’elles sont appelées à rendre de grands services dans les installations électriques de faible importance.
- Démolition d’une cheminée d’usine avec réemploi des matériaux. — Démolir une cheminée d’usine dans des conditions telles que les matériaux en provenant puissent être employés de nouveau et cela malgré la présence de constructions environnantes rendant les abords inaccessibles, tel est le problème qu’ont résolu MM. R. M. et J. Bancroft. 11 n’y avait pas à songer à jeter les briques de démolition (ni même h les descendre avec précaution) à l'extérieur. Il fallait donc les jeter à F intérieur, mais amortir le choc pour ne point les briser. A cet effet en bas de la cheminée, MM. Bancroft établirent une caisse en tôle avec porte supérieure à joints étanches, montée sur charnières. Sur cette porte on fixa une épaisse feuille de gutta-perclia: et elle fut maintenue en dessous par ce ressort. On monta ensuite sur la caisse un couloir vertical en bois ayant une section de 87 millimètres sur 125 millimètres jusqu’au bout de la cheminée, en planches de 53 millimètres soigneusement clouées ensemble, les joints * des planches étant rendus étanches par la superposition d’une feuille de plomb. Ce couloir ou tuyau rectangulaire en planches était constitué par des tronçons de 5™,60 de longueur réunis par des sabots en fonte, avec emmanchements garnis d’étoupes goudronnées : de distance en distance ledit couloir fut étayé contre les parois de la cheminée de manière à éviter tout mouvement transversal.
- Cela fait, il n’y eut plus qu’à jeter successivement d’en haut chaque brique dans le couloir vertical. Chaque brique ayant 75 millimètres sur 112 millimètres formait dans ce couloir un piston non jointif et comprimait l’air en dessous d’elle finît en le laissant s’échapper tout autour par le jeu latéral de 12 millimètres.
- La force vive due à la chute fut ainsi suffisamment amortie pour éviter le bris des matériaux, et la porte élastique de la caisse inférieure complétait cet effet. Aussitôt cette caisse remplie, un ouvrier placé au bas de la cheminée faisait signe d’arrêter et retirait les matériaux. Pendant ce temps-là, l’ouvrier d’en haut descendait son échafaudage ' et sciait la partie du couloir en planches devenue inutile, Puis on recommençait à emplir la caisse et ainsi de suite. Le couloir a coûté 150 francs. Avis à nos lecteurs qui auraient à exécuter des démolitions semblables.
- Les arbres erciix en fer. — L'Ingénieur rend compte d'une discussion qui a eu lieu à Y Institution of Mechanical Engineers, au sujet des arbres creux en fer. On sait qu’à section égale et, par conséquent, à poids égal, un arbre creux est plus résistant qu’un arbre plein. A diamètre égal, l’arbre creux est évidemment moins résistant que l’arbre plein, mais la diminution de résistance est bien moindre que la diminution de poids. Un membre de la réunion, M. Ed. Reynolds, a vivement contesté les avantages des arbres creux au point de vue pratique ; il a cité un nombre considérable de navires ayant reçu des arbres creux, lesquels avaient dù être changés au bout de très peu de temps, bien qu’ils eussent été fournis par des maisons de premier ordre. La cause de ces mécomptes est dans les fissures qui tendent tonjours à s’accroître dans les arbres creux, tandis que dans les arbl es pleins il y a un noyau central qui ne travaille pour ainsi dire pas, mais qui soutient en quelque sorte la partie
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- extérieure; aussi constate-t-ou fréquemment que des fis-•sures extérieures, dans les arbres pleins, ne s’étendent pas plus loin et que l’arbre continue à faire un bon service. En tout cas, l’arbre prévient longtemps avant de rompre, tandis que les arbres creux se brisent sans qu’on s’y attende, en entraînant des avaries considérables et quelquefois la perte du navire. M. Reynolds a en outre fait de curieuses expériences de choc sur des arbres creux et des arbres pleins de même section. A sa grande surprise, les arbres creux se sont moins bien comportés que les arbres pleins.
- Les loups en France. — Le Ministre de l’agriculture vient de publier l’état des loups tués en 1885 et des primes qui ont été payées. 1508 animaux ont été détruits et la dépense totale s’est élevée à 105 720 francs. On n’a constaté que 9 cas de loups ou louves s’étant jetés sur des personnes; le nombre des louves pleines a été de 52, des loups et louves non pleines de 774, enfin des louveteaux de 495. Les départements dans lesquels les loups font le plus de ravages et par conséquent où le total des destructions est le plus élevé se rencontrent principalement dans la région de l’Est et dans le Périgord. — Voici le nombre des destructions dans les départements de l’Est : Meuse, 122; Haute-Marne, 89; Meurthe-et-Moselle, 81 ; Vosges, 71; Haute-Saône, 55; Côte-d’Or, 54; Aube, 40, etc. Dans les départements du Centre : la Dordogne, 151 ; la Haute-Vienne, 107 ; la Charente, 66; la Corrèze, 58; la Creuse, 45, etc. Notons enfin dans la partie ouest de la Bretagne la destruction d’une centaine de fauves.
- La téléphonie en Belgique. — Des communications téléphoniques viennent d’être établies récemment entre Bruxelles et Anvers, le Gouvernement belge ayant relié les fils télégraphiques publics aux fils téléphoniques de la Compagnie du téléphone Bell qvti a les concessions téléphoniques dans ces deux villes. Les communications sont établies par le système Van Rysselberghe qui permet d’employer les fils télégraphiques pour les communications télégraphiques et téléphoniques simultanées.
- Le nouveau système qui fonctionne bien et avec la plus grande facilité, a été ouvert au public dans les conditions suivantes : Les conversations privées n’excèderont pas dix minutes. Les cinq premières minutes sont tarifées au prix de 1 franc ; au-dessus de cinq minutes, le prix est de 1 fr. 50. La nuit, le prix est doublé. Le Gouvernement belge espère établir prochainement des communications analogues entre Bruxelles et Liège, Verviers, Mons, Gand, Charleroi et Louvain.
- Clôture de l’Exposition d'hygiène. —* L’Exposition d’hygiène ouverte à Londres le 1er mai dernier a été fermée le 50 octobre après avoir reçu plus de 4 000 000 de visiteurs. Ce chiffre était justement celui que les appréciations les plus optimistes fixaient comme une limite respective extrême. L’Exposition de pêcherie tenue en 1885 dans le même local n’avait reçu que 2 700 000 visiteurs, et personne ne pouvait supposer que ce chiffre serait autant dépassé. Le nombre le plus grand de visiteurs un jour donné a été cette année de 71 884. Ces résultats font donc bien augurer du succès de l’Exposition des inventions et des iustruments de musique qui doit avoir lieu, dans les mêmes bâtiments au printemps prochain.
- Extraction du tannin. —MM. Wilson, Ambler et Marshall de Sowerby Bridge (Angleterre) ont imaginé un nouveau procédé d’extraction du tannin ou acide tannique
- contenu dans la noix de galle, l’écorce du chêne, les feuilles de sumac, le cachou et d’autres végétaux. — Ils prennent par exemple 40 kilogrammes de ces substances, et les mettent dans tin vase avec 10 kilogrammes de chlorure de sodium en ajoutant 270 litres d'eau (soit 7 litres d’eau par kilogramme de matière à traiter). On fait bouillir, et l'on maintient l’ebullition pendant 15 minutes en agitant. Puis on laisse reposer le liquide décanté dans un autre récipient, et lorsqu’il est refroidi, on peut l’employer comme mordant. 11 paraît que ce produit se conserve beaucoup plus longtemps que le tannin obtenu par les procédés usuels. Un liquide obtenu avec 20 kilogrammes de noix de galle et 10 kilogrammes de chlorure de sodium donne comme mordant de meilleurs résultats qu’en bain préparé avec 50 kilogrammes de noix de galle ou de sumac sans chlorure. Ce procédé ne laisse subsister aucune perte parceque la matière végétale peut servir de nouveau avec une nouvelle quantité de sel marin jusqu’à ce que tout le tannin ou acide tannique ait été extrait. On peut également extraire sans perte, celui qui reste dans le mordant.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 novembre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Le microbe du vomito negro. — Le Dr Domingo Freire a fait, pour la fièvre jaune, une découverte analogue à celle dont M. Pasteur a enrichi l’histoire de la pustule maligne et qui présente encore une importance plus grande, étant d’application immédiate à l’homme. Après avoir déterminé le microbe du vomito negro, il a su l’atténuer par la culture et le convertir en un vaccin préservatif. Avec la collaboration de notre compatriote M. Rebourchon qui s’est formé dans les laboratoires de M. Pouchet et de M. Pasteur, il a reconnu l’efficacité de ce vaccin sur l’homme, les auteurs ayant eu le courage de se l’inno-culer à eux-mêmes ; courage imité séance tenante par MM. Chapeau, Prévost et Cominhoa. Le succès fut si net qu’on vaccina des ouvriers employés au port de Rio-Ja-neiro, dont les compagnons succombèrent autour d’eux, aux attaques de la fièvre jaune, et que bientôt dans la capitale brésilienne, plus de 500 personnes reçurent l’injection préventive. Du nombre sont les équipages tout entiers, capitaines en tête, de plusieurs navires anglais. On appréciera le service ainsi rendu à l’humanité quand on se rappellera que, d’après le récent rapport du Dr Bro-chard, sur 25 médecins français envoyés au Sénégal pour traiter la fièvre jaune, 25 sont morts des atteintes du fléau ! Pourquoi ne ferait-on pas un jour quelque trouvaille analogue à l’égard du choléra ?
- Navigation aérienne. — M. Hervé Mangon rend compte des deux expériences aérostatiques faites samedi dernier à Meudon par MM. les capitaines Renard et Krebs. Lors des deux ascensions, l’aérostat est revenu à son point de départ, comme le lecteur pourra le voir par l’article inséré précédemment (p. 574). « Dès aujourd’hui, a dit textuellement M. Mangon, le problème de la navigation aérienne est pratiquement résolu. La France possède un petit bâtiment aérien; quand elle voudra, elle pourra lancer un vaisseau de ligne dans l’océan des airs ».
- Paléontologie. — Voici d’abord, par l’intermédiaire de M. Gaudry, M. Marion, directeur du Muséum de Marseille,
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- LA NATURE-
- qui signale la découverte, aux environs de cette ville, d’un genre nouveau de conifère fossile dans une couche dépendant du miocène le plus inférieur, située entre l’horizon à palœotherium minus et celui à anthracotherium.
- Il lui impose le nom de Deliostrobus et signale son association avec des insectes, des poissons et des végétaux variés.
- En second lieu, M. Cotteau étudie les échinides fossiles du calcaire de Stramberg en Poméranie. 28 espèces ont été décrites et figurées par l’auteur ; 5 seulement sont nouvelles, les *23 autres étaient déjà connues et avaient été dans d’autres gisements, notamment dans les couches indiquées en Europe ou en Algérie coralliennes. Il suffit de citer les Cidgris Blumenbachi, propinqua et marginata; les liemicidaris Agassizi et Crenularis, YAcrocidaris nobilis, le Stromechinus perlalus pour établir combien sont étroits les rapports qui unissent les calcaires à échinides de Stramberg avec les dépôts jurassiques supérieurs. C’est un fait à noter que presque toutes les espèces coralliennes de Stramberg sont précisément celles qui ont le plus de durée dans les âges précédents. Nous ne citerons qu’un exemple : le Pseudesorella Orbignyi, qui commence à se montrer dans le corallien inférieur, persiste dans le corallien supérieur, remonte dans le Kimmeridgien et atteint son maximum dans le calcaire de Stramberg.
- Varia. — D’après M. Aimé Girard, la betterave ne procède à l'élaboration de la saccharose que sous l’influence solaire; chaque variété de betterave possède un coefficient spécial d’activité saccharinogène. — Le mode de formation des phosphates dans les terrains sédimentaires occupe M. Dieulafait. —
- Un rapport sur l’éclairage électrique du canal de Suez est déposé par M. de Lesseps.
- Livres. — Je reçois de M. Yélain une très intéressante brochure de 127 pages où l’auteur traite des volcans.
- Personne mieux que lui n’est mieux préparé pour traiter ce grand sujet et son travail abonde en faits instructifs directement observés sur la nature. A la fin on trouvera une théorie volcanique tranchée très directement, à laquelle je ferais bien une petite objection si je ne m’exposais ainsi à l’accusation de prêcher pour mon saint, ayant moi-même exposé mes idées sur le même sujet dans une livraison antérieure de La Nature.
- M. Maurice Girard publie chez Delagrave le troisième fascicule de sa Zoologie rédigée conformément aux programmes de l’enseignement dans les écoles normales primaires. 11 s’agit cette fois des oiseaux, des reptiles, des amphibiens et des poissons dont l’histoire est traitée avec cette science profonde et cette élégance de style qui sont le propre des écrits de M. Girard.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA MOUCHE MÉCANIQUE
- Tout le monde a pu voir cette année à l’Exposition des Arts décoratifs des petites mouches montées en épingle ou posées sur une Heur (fig. 1) ; ces petits insectes qui figurent parmi les intéressants objets exposés par MM. Teissier et Delmas, remuent perpétuellement les pattes, d’une façon assez naturelle pour leur donner toutes les apparences de la vie. Si l’objet est curieux dans ses résultats, il est encore bien plus intéressant par la manière simple et remarquablement ingénieuse dont ces résultats sont obtenus, et c’est à ce titre que nous le mentionnons dans La Nature.
- Un coup d’œil sur la figure 2 qui montre les détails de construction du petit animal suffit pour en comprendre le fonctionnement.
- Les pattes découpées dans un morceau de carton noirci sont suspendues par une petite boucle à une seconde boucle fixée sur le corps de l’insecte ; elles sont équilibrées par un léger morceau de plomb collé à la partie inférieure du carton, au-dessous du crochet. Dans ces conditions, la patte peut effectuer deux mouvements élémentaires distincts : l’un de rotation dans un plan horizontal, l’autre dans un plan vertical ; en pratique ces deux mouvements se compensent et donnent à la patte un mouvement varié dans ces deux directions et limité dans son amplitude chaque fois que l’on imprime au support un léger déplacement.
- Mais comme il est impossible de tenir la main rigoureusement immobile pas plus que le corps, il en résulte que les'pâlies sont perpétuellement en mouvement, par suite des légers mouvements imprimés au système chaque fois qu’on tient l’insecte à la main ou qu’il est piqué sur la cravate d’un amateur.
- Un peut comparer la patte ainsi construite à un pendule excessivement léger et mobile, que le moindre déplacement du point de suspension suffit à mettre en marche; les frottements étant faibles, et les déplacements du point de suspension fréquents, les impulsions se succèdent et entretiennent dans les pattes un mouvement varié qui imite, dans une certaine mesure, les manifestations de la vie.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fi ' 1. — Mouche mécanique posée sur une (leur.
- Fig. 2. — Détail de construction des pattes de la mouche (grossi).
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuri», à Paris.
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- N* 51)9. — 22 NOVEMBRE 1884.
- LA NATURE.
- L’OBSERYATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE DU MONT-VENTOUX
- Depuis que l’étude de la météorologie a pris une place considérable dans les investigations de la science moderne, on a reconnu l’importance d'observer les régions élevées de l’atmosphère, et, de toutes parts, dans tous les pays civilisés du monde, des stations ont été organisées dans les montasnes, à des altitudes plus ou moins considérables.
- La France occupe un des miers rangs
- réseau des stations élevées, a
- Kg. i.
- L’Observatoire du Mont-Ventoux. Etat des travaux le 50 octobre 1S81. (D'après une photographie.)
- prépara»
- les pays qui se sont le plus préoccupés de ce genre d’établissements. Nos lecteurs connaissent, dans tous leurs détails , l’Observatoire du Pic-du-Midi à la création duquel, l’intrépide et savant général de Nansouty aura attaché son nom \ l’Observatoire du Puy-de-Dôme, que M. Alluard dirige avec tant de zèle et de persévérance3.
- Nous allons leur faire connaître aujourd’hui le nouvel Observatoire du Mont-Ventoux, dont le projet d’ensemble a déjà été exposé dans La Nature, par notre regretté collaborateur, M. Elie Mar-gollé3. Cette construction remarquable, appelée à compléter si heureusement le
- été eXecutée sdftjj^ les auVpié^^efV la CommîsÉîon météorologique de Vaucluse, dont le président M. Bouvier, ingénieur en chef des ponts et chaussées, s’est montré l’un des plus ardents promoteurs.
- Le Mont-Ventoux est admirablement situé pour l’observation des régions élevées de l’atmosphère, il constitue le point culminant département de et s’élève
- Fig. 2. — Plan général de l’Observaloire.
- du
- Vaucluse, au milieu des montagnes de Lure sur la limite des arrondissements d’Orange et de Carpentras, à une hauteur de 1908 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son sommet forme un cône assez aigu, où viennent d’être terminés au prix de bien grandes difficultés la construction que représente notre ligure 1 exécutée d’après une photographie1 2. Un chemin d’accès, taillé au milieu du rocher néocomien qui forme
- 1 Voy. n° 297 du 8 février 1879. p. 151, et n° 335 du l01 novembre 1879, p, 355.
- 2 Yoy. n° 168 du 19 août 1896, p. 187, et n° 171 du 9 septembre 1876, p. 531.
- 3 Voy. n° 252 du 30 mars 1878, p. 281.
- 12" année. — 2e «emestre
- 5- —Coupe en long de la galerie couverte, avec la plate-forme des observations.
- la partie supérieure de la montagne, conduit à la terrasse dont l’altitude exacte est de 1896“,08 (iig. 2). Un autre chemin circulaire part de la terrasse et aboutit à la plateforme du sommet. Une galerie couverte devra permettre enfin aux observateurs de se rendre du bâtiment solidement construit en pierre, à la plate-forme des observations
- 1 Los travaux ont été entravés par la foudre. Le jeudi 24
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- LA NATURE.
- située au point culminant du Mont-Ventoux 1907n,,86), comme on le voit figuré sur le plan que nous reproduisons ci-contre (fig. 2).
- On voit, au bas de la figure, la partie construite de l’Observatoire: qui comprend un bureau de travail et des chambres d’habitation. La partie ajournée de la construction est indiquée en un pointillé. Derrière la maison sont des citernes. Au milieu de la construction, on aperçoit la galerie couverte qui conduit à la plate-forme dont la figure 3 donne la coupe longitudinale.
- La nouvelle station qui est encore loin d’ètre achevée, — la construction ne représentant que la moitié de celle figurée dans le projet d’ensemble (fig. 4),—fonctionne déjà cependant, grâce à une première subvention de M. le Ministre des Travaux publics, et au concours de M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique. Les instruments comprennent actuellement: 2psychromètres,2 thermomètres à maxima,4 thermomètres-fronde, 1 psy-chromètre à cheveu, 1 pluviomètre décuplateur. H y a lieu d’espérer que ces premiers appareils seront bientôt complétés par l’envoi d’anémomètres,
- Fig. 4. — Vue d’ensemble du monument terminé.
- Façade midi, avec la plate-forme des observations et la galerie couverte.
- de baromètres et de pluviographes enregistreurs. M. Bouvier voudrait pouvoir installer ces différents instruments dans un poste spécial où les vents atteignent une violence extrême et où la hauteur de pluie en deux heures, peut s’élever à 15 centimètres, d’après une observation faite à Orange le 20 juillet 1883.
- L’installation comme la construction de l’Observa-toiie du Mont-Ventoux, sont encore en voie de création, mais un grand pas a été fait. En 1878, nous présentions un simple projet à nos lecteurs, aujourd’hui, c’est une organisation déjà importante, que nous avons à décrire. Ici comme partout ailleurs, ce sont les difficultés d’argent qui retardent et ajournent les travaux. Après les subventions allouées par le gouvernement, un des plus généreux dona-
- juillet, vers onze heures du soir, une partie des ouvriers du Mont-Ventoux étaient couchés sur de la paille, dans la chapelle qui avoisine l’Observatoire, et qui est de construction antérieure; la foudre est entrée par la fenêtre et a incendié la paille. Quoique aucun ouvrier n’ait été atteint, ils ont été très justement effrayés, et il a fallô s’occuper de l’installation d’un paratonnerre.
- leurs de la science, M. Raphaël Bischoffsheim, a encore largement secondé les efforts des créateurs du Mont-Ventoux. Nous voudrions que les beaux exemples de libéralité donnés si fréquemment par le riche député des Alpes-Maritimes soient imités dans notre pays, et que les entreprises scientifiques de l’intérêt de celle dont nous parlons, aient plus souvent l’occasion d’emprunter leurs ressources à l’initiative individuelle de nos capitalistes, sans être sans cesse dans la nécessité de recourir à l’Etat.
- Quoi qu’il en soit, nous avons la conviction que le nouvel Observatoire météorologique de Vaucluse, ne tardera pas à être définitivement organisé ; notre pays pourra compter alors, une nouvelle et importante station de montagne qui ne manquera pas de rendre de grands services à la science.
- Gaston Tissandier.
- NÉCROLOGIE
- Arthur Henninger. — Arthur Henninger est ué eu 1850 à Oberursel, près de Wiessbaden, dans le duché de Nassau. En 1867, lors de l’annexion de ce pays, la famille d’Henninger s’expatria pour ne pas devenir prussienne et vint se fixer en France. C’est alors qu’il entra, âgé de dix-sept ans, au laboratoire de Würtz : il s’v lit bientôt remarquer par son talent d’expérimentateur.
- Deux ans après, il publiait avec Tollens un mémoire sur l’alcool allylique, et avec Vogt un autre sur la synthèse de l’orcine. Mais le moment était mal choisi pour le jeune émigrant : les événements de 1870 imposant l’expulsion de tout ce qui était allemand, la famille d’Henninger dut s’expatrier de nouveau et se réfugier au Brésil. Seul, Arthur Henninger ne partit pas ; il passa le temps de la guerre en Suisse, modeste employé dans une pharmacie de Porentruy.
- Würtz, qui pressentait en lui le chimiste de l’avenir et qui connaissait le fond de ses sentiments envers notre patrie, le retint près de lui et le soutint contre ceux que son origine irritait. Il se l’attacha d’abord comme préparateur particulier en 1872, dès qu’il eut passé sa licence, puis, quelques années plus tard, comme préparateur de son cours.
- Malgré les difficultés de tout genre qui se dressaient devant lui, malgré le temps considérable qu’il devait consacrer aux nécessités de l’existence, il continuait ses études médicales et ses travaux scientifiques. Ils furent tellement remarqués que, à l’époque où il demanda le titre de Français, il obtint, après une enquête minutieuse, les lettres de grande naturalisation réservées à ceux qui peuvent contribuer à honorer notre patrie.
- En 1878, il conquit le grade de docteur en médecine après une thèse remarquable sur les peptones qui lui valut la médaille d’argent ; il fut aussitôt après, à la suite d’un brillant concours, nommé agrégé à l’unanimité. Dès lors il fut chargé chaque année, soit du cours complémentaire, soit de la suppléance de Würtz, que de trop nombreuses occupations obligeaient d’abandonner son cours favori. Ceux qui vous ont précédés ont gardé le souvenir de ses leçons si claires et si savantes, et la plupart des jeunes chimistes se rappellent le soin et le zèle avec lesquels il dirigeait les élèves du laboratoire de Würtz. C’est dans ce laboratoire qu’il a effectué ses travaux. Je me contenterai de vous énumérer les principaux.
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- Celui qui l’a occupé peudaut la majeure partie de son existence a trait à la réduction par l’acide formique des alcools polyatomiques, et spécialement de l’érythrite. Cette étude lui a fait découvrir de nombreux corps et l’a conduit à formuler une méthode générale qui permet de passer d’un alcool à un autre d’atomicité moindre...
- Son enseignement à la Faculté et ses travaux scientifiques avaient tellement attiré l’attention sur lui, que, lors de la création de l’Ecole de Physique et de Chimie industrielle, on lui confia la place de professeur, malgré son jeune âge. Là encore, il sut répondre à la confiance de ceux qui l’avaient appelé, et créa cet enseignement tout nouveau avec un succès mérité.
- Les honneurs ne manquèrent pas à celui qui avait tant fait pour le travail. Nommé officier d'académie, puis officier d’instruction publique, il fut reçu membre de la Société de biologie en 1882, et, cette année, l'Association française pour l'avancement des sciences l’avait élu président de la section de chimie au Congrès de Blois.
- Tant d’occupations et de fatigues dépassaient ses forces, et la maladie le guettait, escomptant cet excès de travail. 11 en avait ressenti les premières atteintes en 1876, mais il se flattait d’y avoir échappé, et cependant, chaque année, sa santé recevait quelque nouvelle secousse vite réparée; quand, le 4 octobre dernier, il tomba pour ne plus se relever, et mourut après une agonie de cinq semaines.
- C’est une perte pour la Faculté et pour la science ; mais il nous laisse un grand enseignement, à savoir ce que peut un jeune homme sans fortune et sans appui, quand il a pour lui la volonté et le travail1.
- L’électricité, la vapeur, bref, tous les moyeus de communication rapide, ont introduit dans les relations de peuple à peuple, et dans les échanges, des modifications profondes auxquelles nous ne songeons point assez sérieusement.
- En France, par exemple, on eu est encore, pour la correspondance commerciale, aux formules interminables. L’usage des cartes postales nous a déjà un peu corrigés sous ce rapport, et nous commençons à supprimer les longueurs et ces salutations inutiles qui, en affaires, ne font que perdre le temps. Times is money, le temps est de l’argent, c’est la devise des Américains aussi bien que des Anglais. Or, nous sommes encore bien loin des Américains à ce point de vue. Le Yankee, pour sa correspondance, se sert aujourd’hui d’un sténographe; le matin, il dépouille son courrier en sa présence (auprès de ce dernier est une machine à écrire) ; et sur-le-champ lui dicte la réponse à faire. Il trouve, à cette manière de procéder, un double avantage : d’abord, il économise un temps précieux qu’il consacrera plus utilement tout à l’heure à la gestion de ses affaires, et, en second lieu, sa pensée est plus fidèlement rendue que s’il la laissait interpréter par un secrétaire ordinaire.
- Et ce ne sont pas seulement les grands industriels, les directeurs d’établissements considérables, qui recourent en cette occasion à l’aide et à l’assistance de la sténogra-
- 1 Extrait des paroles prononcées par M. Hanriot, agrégé de la Faculté de médecine, au début de sa première leçon. (D’après la liervc scientifique.)
- - Extrait d’une conférence de M. Lourdelet. (D’après la Revue chronométrique.)
- phie; de petits commerçants, des marchands de porcelaine, de verreries, d’éponges, etc., ont également leur sténographe attitré. Aussitôt qu’il a recueilli la pensée de son patron, le sténographe s’installe devant la machine à écrire, et là, son manuscrit placé devant lui, iPpromène ses mains sur le clavier de l’appareil, et son courrier est fait.
- Le patron lui, — si c’est un homme d’affaires, — s’est, pendant ce temps, assis à son bureau, au pupitre duquel bureau sont adaptés deux appareils téléphoniques. Ces appareils ne sont point placés au fond de la pièce, parce qu’il faudrait faire trois ou quatre pas pour y aller, autant pour revenir, total six ou huit pas, complètement inutiles.
- Un jour je suis allé voir, à New-York, un agent de brevets auquel j’étais adressé.
- Cet agent habitait au 9e (nous disons au neuvième) étage. Mais il y avait dans la maison trois ascenseurs continuellement en mouvement. L’agent était installé comme nous venons de le dire ; par son téléphone il était en rapport avec le Western tetegraph qui le faisait communiquer avec le monde entier. Ici, c’est-à-dire à Paris, à l’exception de quelques privilégiés, je ne crois pas qu’on puisse^ donner l’ordre par téléphone à un bureau télégraphique d’envoyer une dépêche.
- Nous ne savons pas nous servir du téléphone, ou plutôt, on ne nous permet pas encore de nous en servir, comme les besoins l’exigeraient.
- Chez nous, quand on a besoin de faire une course, il faut s’adresser au commissionnaire du coin, et Dieu sait combien de temps on perd, outre celui qu’on vient de perdre déjà pour l’aller trouver, avant de lui faire comprendre ce qu’on exige de lui ! Là bas, on a ce qu’on appelle les messenger boys; ce sont des jeutfes gens de 14 à 15 ans, fort intelligents, faisant partie d’une association et répartis entre plusieurs bureaux (à New-York, notamment, on en compte environ 240). Ces bureaux sont, au moyen de fils télégraphiques, reliés aux hôtels, aux monuments publics, et même aux demeures, aux appartements des particuliers. Avez-vous besoin d’un de ces jeunes coureurs, vous agitez la sonnette électrique; le messager accourt, prend votre commission, part au pas de course et revient de même vous en rendre compte. — Combien? — C’est tant.Vous payez et c'est fini. Ce courrier vous coûte 1 fr. 50 l’heure, télégraphe compris.
- Faut-il, au contraire, que vous fassiez la course vous-même? Vous avez à votre disposition le chemin d : fer métropolitain, avec quatre lignes principales allant jusqu’aux extrémités de la ville. U y a des trains qui passent toutes les deux minutes. Vous arrivez, un train passe : vous montez, vous partez aussitôt, tout cela pour 25 centimes, quelle que soit la distance. Le Parisien, il est vrai, vous dira qu’il a l’omnibus; mais calculez, je vous prie, la perte de temps que vous occasionne l’obligation de se rendre à un bureau, d’y prendre son numéro et d’attendre qu’il y ait de la place !
- Nous sommes en retard au moins d’un siècle sur les citoyens des États-Unis ; quand les Américains arrivent en France, ils se croient transportés dans un pays d’un autre âge. Pour égaliser la situation, il faut absolument qu’on introduise chez nous tous les moyens d’activité humaine, ce que nous appellerons l'outillage commercial des Américains, et que l’on procure 'à notre commerce toutes les facilités qui lui sont désormais nécessaires pour lutter à armes égales.
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- NOUVELLE UNIVERSITÉ DE STRASBOURG
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- Lundi, 27 octobre 1884, ont été inaugurés solennellement les nouveaux bâtiments de l’Université de Strasbourg. Ces constructions forment tout un quartier de la ville, d’un ensemble magnifique, véritables palais élevés au culte de la science. Aucune ville d Europe, sans en excepter les grandes capitales, dont nous avons visité tous les établissements d’instruction, ne présente pour l’enseignement supérieur une installation aussi riche ou dont J es diverses parties soient mieux combinées et réunies. Chaque branche d’étude dispose ici de ses locaux propres et distincts, avec ses laboratoires, ses collections, sa bibliothèque et un outillage spéciaux. L’utile et l’agréable se trouvent prodigués avec un luxe inusité. On a voulu faire grand : on y a réussi. Gouvernement et représentants du peuple alsaciens se sont entendus et ont rivalisé d’efforts, sans reculer devant aucun sacrifice pour doter l’Alsace-Lorraine d’une haute école sans rivale pour ses dispositions,pour son luxe de construction. Ceux-là mêmes que la douleur de l’annexion à l'Allemagne touche le plus profondément, conviennent qu’en élevant ce splendide mo-mument de la nouvelle Université de Strasbourg, ils ont voulu servir les intérêts de la science, sans s'inspirer de considérations nationales mesquines ou étroites, sans oublier non plus la patrie perdue dont le souvenir évoque la plainte mélancolique du poète latin : S tint lacrymœ rerum !
- Dispersée par suite de la guerre, l’ancienne Académie de Strasbourg fut remplacée par l’Université nouvelle en vertu d’une ordonnance de la chancellerie de l’empire allemand, en date du 11 décembre 1871, le même jour où fut signée la convention additionnelle au traité de paix à Francfort. Cette ordonnance chargea l’ancien ministre badois, M. de lloggenbach, de l’organisation du corps enseignant. Dès le semestre d'été de 1872, un ensemble de 46 professeurs commencèrent leur enseignement à partir du 1er mai, au trois cent cinquième anniversaire de l’ouverture de l’Académie fondée le 1er mai 1567 par le stattmeister Jean Sturm de Sturmeck. Aujourd’hui la nouvelle Université de Strasbourg compte 73 professeurs ordinaires
- Fig. 1. — Université de Strasbourg; salle des l’as-Perdus du Palais Collégial.
- et 19 professeurs extraordinaires qui ont fait ensemble 242 cours et conférences pendant le semestre deté de l’année 1884 dans les cinq facultés. Cours et professeurs se répartissent ainsi entre les cinq facultés : théologie, 7 professeurs, 26 cours et conférences ; droit et sciences politiques, 12 professeurs, 29 cours et conférences; médecine, 26 professeurs, 60 cours et conférences ; philosophie, 25 professeurs, 77 cours et conférences ; sciences naturelles et mathématiques, 22 professeurs, 50 cours et conférences. A côté des laboratoires et des cliniques attribués à chaque branche spéciale des sciences naturelles et des sciences médicales, les autres branches de l’enseignement ont leurs séminaires propres pour initier les étudiants aux exercices pratiques. Une grande bibliothèque de 560 000 volumes et une salle de lecture qui reçoit 571 revues, feuilles périodiques et journaux sont installées dans l’ancien Château épiscopal à la disposition des élèves et des maîtres.
- Au commencement de celte année, l’Université comptait 858 élèves immatriculés, dont seulement 266 Alsaciens - Lorrains. Complétons ces détails statistiques en rappelant que, depuis l’annexion, la somme consacrée à l’installation de l’Université de Strasbourg s’élève à 16 millions de francs, sans
- compter la valeur des établissements de l’ancienne Académie; les dépenses pour la bibliothèque, 1 785 000 francs, en regard d’une charge annuelle de 1 087 227 francs pour l’Université et de 150 000 francs pour la bibliothèque, inscrite au budget de 1884 afin de répondre aux besoins courants en dehors des intérêts provenant des fondations particulières.
- Une gracieuse attention du secrétaire du sénat de l’Université, M. Schricker, qui a bien voulu nous communiquer une collection de vues photographiques destinées à accompagner la Feslchrift zur Ein-weihung der Neubauten der Kaiser- Wilhelms-Universitàt1, nous permet de placer sous les yeux de nos lecteurs un tableau des différents établissements de cette institution. Les bâtiments terminés à présent se répartissent entre deux grands groupes autour de l’hôpital civil et dans le nouveau quartier en construction entre la promenade des Contades et la porte des Pêcheurs. Si l’hôpital civil autour duquel sont réunis les cliniques et les instituts
- 1 Cette publication vient de paraître en librairie, à Strasbourg.
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- médicaux avait pu être déplacé, tout l'ensemble des constructions universitaires sc trouverait dans la ville nouvelle, élevée sur l’emplacement et en dehors de la ligne des remparts démolis depuis 4871, par suite de l'agrandissement de la place.
- Strasbourg occupe maintenant à l’intérieur de son enceinte une superficie triple de son étendue avant l’annexion à l’Allemagne et sa population a atteint le nombre de 104 000 habitants au recensement de 1880.
- Il faut une demi-heure de marche pour aller du Palais collégial aux instituts médicaux de la place de l’hôpital civil, à travers les vieilles rues qui ont conservé leur aspect primitif et leur cachet caractéristique , propre aux cités allemandes d u moyen âge.
- Quand vous allez du Kaiser-platz vers 1111, la façade en grès vosgien du Palais collégial se dresse devant vous. C’est à proprement parler le principal bâtiment de l’Université dont les instituts annexes constituent autant de dépendances (fig. 4).
- Fort belle construction, aux lignes simples, en style de la Renaissance, élevée derrière • un square avec jets d’eau et parterres gazonnés d’un aspect riant. L’ensemble a la forme d’un j, couché dont les deux
- branches faisant façade mesurent 125 mètres de développement- Les deux ailes latérales et le bâtiment central s’avancent un peu sur le front et s’élevant au-dessus de la hauteur moyenne. Un grand escalier extérieur donne accès dans le bâtiment central. Tout l’édifice repose sur un socle en grès rouge formant sous-sol à la hauteur de l'escalier. La couleur du grès des étages est grise et la pierre de taille à dimensions plus légères que dans le socle. Cinq grands portails s’ouvrent au haut de l’escalier dans le bâtiment central. A l’étage principal de ce bâtiment de grandes fenêtres en plein cintre, avec de sveltes colonnes'corinthiennes dans les intervalles
- qui supportent au-dessus de l’élégante frise une haute attique, ornée d’un groupe de cinq figures plus grandes que nature. Pal las Athénée, la Protectrice de la science se tient devant son trône, dans une attitude calme et solennelle, élevant son flambeau de la main droite, tenant dans la main gauche abaissée une couronne. Des deux côtés du trône, les personnifications de la Philosophie et des Sciences naturelles occupées d’instruire chacune un jeune homme étendu à ses pieds. L’un des jeunes gens cherche à soulever le voile
- Fig. 2. — Palais Collégial. — Plan du rez-de-chaussée.
- 1. Entrée.— 2-5-4, Galerie du milieu.— 5-6. Corridors. — 7. Salle des Pas-Perdus.
- — 8-9. Escaliers latéraux.— 10-11. Caisse de l’Université.—12-13. Salles de séances des Facultés. — 11. Recteur. — la. Antichambre du recteur. — IG. Secrétariat de lTnivercité.—17. Secrétaire du Sénat.—18. Salle du Sénat. —19. Son antichambre.
- — 20. Réunions musicales.— 21. Salle de musique. — 22. Bureau du curateur.— 25. Secrétaire du curateur.—24. Curateur.— 25. Son antichambre.— 26. Dépôt d’ustensiles — 27. Salle de cours.— 28-50. Séminaire de théologie.— 31. Salle de cours.
- — 32. Salle de lecture.— 33. Dépendance de la salle.— 54. Garde-robe. — 55-36. Escaliers postérieurs. — 37-40. Salles de cours. — 41. Dépôt d’ustensiles. — 42-45. Salles de cours. — 44-46. Séminaire de mathématiques. — 47-54. Salles de cours. — 55. Parloir des professeurs. — 56-57. Cabinets d’aisance. — 58. Portier.
- : rt ï Tl
- Fig. 3. — Palais Collégial. — Plan de l'étage principal.
- 1-2.Escaliers principaux.— 3-4. Vestibules— 5. Corridor. — 6 Vestibule de l'aula.— 7. Aula.— 8. Séminaire roman.—9. Cabinet des directeurs.— 10. ^Séminaire anglais. — 11—13. Séminaire de philologie. — 14-15. Institut d’archéologie. — 16-17. Séminaire de philologie allemande.— 18-20. Séminaire de géographie. — 21-22. Sémi-nuirede philosophie.— 23-21. Séminaire d’histoire moderne.— 25. Escalier latéral. 2’i. Domestiques.— 27-28. Séminaire d’histoire du moyen âge. —29-30. Séminaire juridique. — 51-33. Séminaire des sciences politiques. — 54-58-40-42-45. Institut pour l’histoire de l’art ancien. — 39. Escalier latéial. — 45. Salle d’Egyplologie.— 41-47. Institut et salle de cours pour l’histoire de l’art. — 48. Bibliothèque de cet Institut.
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- du sphinx, sous’ l’incitation de la Musc plus âgée, tandis que la jeune soeur explique à l’autre élève un problème scientifique à l’aide du compas et d’un cristal. Soüs le groupe l’inscription : Litteris et Patriæ, en caractères latins, et non pas gothiques, indiquent que l’édifice est consacrée à la science et à la patrie,
- Des niches ménagées dans le mur, au-dessus des fenêtres du bâtiment central, entre les colonnes corinthiennes renferment des bustes en bronze figurant les représentants des cinq facultés : au milieu l’apôtre saint Paul, sur les côtés, à gauche Solon et Aristote, à droite Hippocrate et Archimède. Deux autres niches à la hauteur des fenêtres du principal étage abritent deux statues de femmes. Argen-tina et la Gerrnania, figures symboliques de la ville de Strasbourg et de l’Allemagne. Aux angles de l’édifice, quatre pavillons portant ensemble 36 statues en pied, plus grandes que nature également, vouées aux illustrations scientifiques de l’Allemagne. A l’intérieur, le bâtiment central, comme les deux ailes, renferment une cour. La cour centrale est une immense balle vitrée, de 46 mètres d’élévation, large de 25 mètres, longue de 28 mètres, éclairée par en haut et d’un aspect monumental. Les galeries de l’étage supérieur donnent sur cette balle qui fait office de salle des Pas Perdus (fig. 1). La cérémonie de l’inauguration a eu lieu dans son enceinte. Toutes les annonces relatives au service de l’Université sont affichées sur les murs des allées sur les côtés. Des corridors voûtés partent de la salle des Pas Perdus et traversent dans leur longueur les trois ailes de l’étage inférieur ou du rez-de-chaussée. Dans la distribution des locaux, l’architecte a eu soin de placer les services administratifs et les salles de cours en bas, dans les ailes latérales, parce que ces parties servent le plus. Les séminaires de la faculté de philosophie et les collections se trouvent avec la salle des fêtes, l’aula, à l’étage supérieur.,. C’est le professeur Warlh, de Carlsruhe qui a fait les plans et dirigé la construction dans l’intervalle des années 4874 à 4884.
- Les locaux de l’administration, spacieux comme tout le reste, occupent l’aile sud du rez-de-chaussée, avec la salle du Sénat et la salle de musique, car l’enseignement de la science musicale entre aussi dans le programme de l’Université (fig. 2). Dans la salle de réunion du Sénat, décorée richement, le plafond est particulièrement remarquable. A gauche de l’entrée, dans l’aile nord du rez-de-chaussée, le parloir des professeurs et la plupart des salles de cours des diverses facultés se suivent à la file le long des corridors. Ces salles de cours ont ensemble 963 sièges. Plus ou moins grandes, suivant les besoins présumés, elles sont disposées de manière à recevoir de 27 à 208 auditeurs chacune. Sauf deux, les séminaires pour les exercices pratiques se trouvent au premier étage afin de jouir du calme nécessaire pour l’étude. Ils sont ouverts soit toute la journée, soit à certaines heures, sous la surveillance ou la direction des professeurs, qui ont tous leur cabinet
- particulier à côté de la salle réservée aux élèves. Ils remplacent les laboratoires de la faculté des sciences naturelles et offrent les collections, les appareils et une bibliothèque spéciale pour chaque branche de l’enseignement. Placés les uns à côté des autres, ils sont facilement accessibles aux membres des séminaires voisins. On y arrive par l’escalbr sud, duquel partent trois corridors fermés par des grilles en fer forgé. En partant du milieu de la façade du corps de bâtiment principal, on a successivement les séminaires des langues romanes et anglaise, le séminaire philologique, l’institut d’archéologie, les séminaires germanique, des sciences historiques, de philosophie, de jurisprudence et des sciences poli-' tiques. Toute la moitié nord du premier étage est consacrée aux collections d’objets d’art, à partir de l’aula jusqu’aux locaux du séminaire des sciences politiques. Au milieu de la façade occidentale est la salle de cours commune, entourée d’un côté de la bibliothèque de l’institut, d’archéologie, de l’autre par les locaux de l’institut pour l'histoire de l’art moderne et du moyen âge. Une salle particulière a été réservée pour des expositions temporaires. Vient ensuite la salle d’égyptologie et le musée archéologique organisé avec autant de goût que de science par M. Michaelis, professeur chargé de l’enseignement de l’archéologie. L’égyptologie et l’enseignement de la langue arabe ont des professeurs spéciaux.
- Outre les séminaires et les collections d’art, l’étage principal renferme l’aula, salle de fête pour les solennités universitaires (fig. 3). Eclairée par en haut, celte salle des fêtes occupe le milieu du corps de bâtiments du côté de la façade antérieure. Les grands escaliers y aboutissent aux deux extrémités. Au haut de chaque escalier, il y a un vestibule Cinq arcades ouvertes séparent l’aula d’une pièce extérieure, réservée au public. L’aula elle-même a 25 mètres de longueur, 40 de hauteur, et 44,5 de largeur. Elle offre assez de place pour 450 sièges, tandis que la pièce extérieure peut recevoir 200 à 300 personnes debout. Une riche ornementation en stuc décoré la salle, avec le buste en marbre blanc de l’empereur Guillaume contre le mur nord. Dans le sous-sol, au-dessous de l’étage inférieur sont aménagés les logements du questeur, des domestiques et des surveil-ants, ainsi qu’une salle d’escrime, les calorifères et la ventilation. Les salles d’étude des séminaires ont un chauffage combiné à l’air et à l’eau, tandis que les escaliers, les corridors et la salle des Pas Perdus à plafond vitré sont chauffés à l’air seul. La ventilation s’effectue au moyen des moteurs k gaz et assure le renouvellement de l’air de tous les locaux deux à trois fois en l’espace d’une heure. Toutes les fenêtres sont doubles, afin de modérer le refroidissement. Aucune application de la science n’a été oubliée pour assurer une bonne hygiène.
- L’aula, les salles de séances, les appartements du recteur, du curateur et des professeurs, les vestibules, les escaliers et la grande salle vitrée des Pas Perdus sont décorés richement d’ornements en stuc
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- et de peinture. Les salles de cours et d’études montrent plus de sévérité et de simplicité, conformément à leur destination. Par contre, rien n’a été négligé pour une construction solide et monumentale de tout l’ensemble autant que l’ont permis les moyens disponibles. Ainsi, outre les façades extérieures, les cours avec leurs arcades et leurs colonnades, ainsi que les piliers des vestibules et des corps d’escaliers, sont bâtis en grès vosgien avec revêtements en marbre à l’intérieur des vestibules et des corps d’escaliers. Les marches et les colonnes sont également en marbre, tandis que le parquet des vestibules et des corridors sont en mosaïque et en ter-razzo. Corridors et vestibules présentent des couvertures voûtées, au lieu de poutrages en fer employés pour les plafonds intérieurs. A l’exception du musée archéologique, il y a partout l’éclairage au gaz, en attendant que de nouvelles inventions mettent à meilleur compte l’éclairage électrique employé dès maintenant dans toutes les parties de la gare du chemin de fer nouvellement construite.
- Chacun des instituts spéciaux de chimie, de physique, de botanique, de pharmacie, d’astronomie, qui suivent derrière le Palais collégial mériteraient une description particulière, ainsi que les cliniques de chirurgie, d’accouchement et de psychiatrie, et les instituts d’anatomie, de chimie physiologique, et de physiologie expérimentale dépendant de la Faculté de médecine et groupés, du côté de l’hôpital civil, dans un autre quartier de la ville (fig. 5 à 15). Chacun de ces instituts est indépendant et séparé des autres, pourvus de tout l’aménagement propre à sa destination. Pour permettre aux professeurs, directeurs des instituts spéciaux, de mieux suivre le travail et les exercices du laboratoire de leurs élèves, on les a logés dans les mêmes bâtiments. Aussi la réunion de toutes ces constructions, de ces dépendances de l’Université formerait, non pas un quartier, mais une véritable ville avec sa physionomie propre. Un observatoire astronomique est joint à l’institut d’as-tromie dirigé actuellement par le docteur Schur, par suite d’une longue maladie du professeur Wi-necko, attaché à l’observatoire de Poulkowa avant de venir à l’Université de Strasbourg. A l’institut de botanique, M. de Bary, dont les travaux sur les végétaux cryptogames sont bien connus, a créé un nouveau jardin des plantes, auquel reste à ajouter une seconde serre chaude. Pour compléter l’ensemble des établissements de l’Université, il reste à construire un institut de géologie, un institut de zoologie et un institut de météorologie. L’institut de géologie, dirigé par le professeur Benecke, devra recevoir les collections minéralogiques et paléonto-logiques en même temps qu’il servira pour les travaux du levé géologique de F Alsace-Lorraine. Quant à l’institut météorologique, qui pourrait être réuni au besoin à l’observatoire d’astronomie, son établissement a été admis en principe par le Landes-ausschun, à cause de son utilité pour la prévision des temps et les avertissements à donner à l’agriculture
- au moyen de prognoses envoyées chaque jour à toutes les communes du pays.
- Sur une somme de 16 millions de francs dépensée jusqu’à ce jour pour la nouvelle Université de Strasbourg, l’empire allemand a accordé une subvention de 5 800 000 marks ou 4 750 000 francs, dont 2 875 000 dépensés pour le Palais collégial. L’institut de chimie coûte à lui seul 875 000 francs; l’institut de physique, 728 750 francs; l’institut de botanique, avec le jardin, 655 000 francs ; l’observatoire astronomique, 642 500 francs; l’institut d’anatomie, 1 048 500 francs ; la clinique chirurgicale, 662 500 francs; l’institut de chimie physiologique, 400 000 fr.; l’institut de physiologie 337 500 francs. Impossible de décrire ici tous les détails de chaque institut. Contentons-nous de reconnaître que chaque établissement a profité des derniers perfectionnements donnés par la science et fournit très largement aux étudiants tous les moyens de travail. Dès maintenant l’installation de ces instituts annexes de l’Université de Strasbourg peut servir de modèle à suivre. Non seulement ils présentent toute la perfection possible dans leur installation ; mais dès maintenant ils sont très fréquentés. Ainsi l’institut de chimie, placé sous la direction du professeur Fittig, est aménagé pour recevoir 100 élèves dans ses deux divisions de chimie organique et de chimie inorganique, n’a pas une seule place vacante. La Fests-chrift, publiée par M. Schrickcr donne les renseignements désirables sur l’organisation des différentes annexes de l’Université, dont les professeurs se mettent de la manière la plus gracieuse à la disposition des hommes compétents désireux detre renseignés sur des points spéciaux. Comme la grande bibliothèque du pays a été placée provisoirement dans le Château, sur la place de la Cathédrale, par suite de l’incendie allumé sous les ordres du général Werder, lors du bombardement du mois de septembre 1870, il est question et il importe de la transférer dans le voisinage du palais collégial de l’Université. Actuellement, à côté des bibliothèques spéciales des diflérents séminaires, il n’y a qu’une salle de lecture installée au rez-de-chaussée, entre la façade du jardin et la salle vitrée des Pas Perdus du palais collégial pour les revues périodiques et les journaux quotidiens.
- Jusqu’à présent les sujets alsaciens-lorrains ne fréquentent pas encore l’Université de Strasbourg dans la mesure voulue en rapport avec les besoins du pays. La jeunesse se tourne encore du côté de la France pour suivre ses études pour les professions libérales à Paris ou à Nancy. En attendait le recrutement des avocats et des médecins se fait avec des éléments étrangers, non sans regret pour la population indigène. On ne vit pas seulement de sentiments, en Alsace pas plus qu’ailleurs. Aussi la force des choses, plus puissante que les volontés humaines, oblige peu à peu les jeunes Alsaciens à se former à l’Université de Strasbourg, malgré les sympathies qui les attirent du côté de la France.
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- LA XATüHE.
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- Au lieu de 09 étudiants nés en Alsace-Lorraine inscrits en 1873, les registres de l’Université en ont immatriculé 253 en 1884. C’est une augmentation
- considérable. Contre 5990 étudiants immatriculés à l’Université de Berlin, 5599 à celle de Leipzig, 2276 à Munich, 1046 àBreslau, 1452 à Halle, 725 à ïlei-
- Fig. i. — Palais Collégial, à Strasbourg. Fig. 5. — Observatoire astronomique
- delberg, 625 à Fribourg, l’Université de Strasbourg I de l'année courante. Sans aucun doute ce nom-en compta seulement 858 pendant le premier semestre | bre s’accroîtra rapidement, car dans aucun autre
- Fig. 6. — Institut de chimie. Fig. 7. — Institut de physique.
- établissement d’instruction supérieure, les moyens f Quant au corps des professeurs, il compte bcau-de travail ne sont plus abondants ni plus faciles. | coup d’illustrations, parmi lesquelles il suffira de
- ,Fig. 8. — Institut de botanique Fig. 9. — Institut derphysiologie expérimentale.
- nommer M. Laband à la faculté de droit; M. Reuss à la faculté de théologie; MM. Brentano, Knapp jet Merkel pour les sciences politiques; MM. Kussmaul, Lucke et de Recklingshausen à la faculté de médecine; MM. Gerland, Michaelis et Studemund à la
- faculté de philosophie; MM. Kundt, Benecke, de Bary et Fittig à la faculté des sciences naturelles. En signalant ces noms, nous n’oublierons pas les gloires de l’ancienne Université du dernier siècle où Strasbourg a eu au nombre de ses célébrités les
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- LA NATURE.
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- professeurs Blessig, Lauth, Schoepflin, Schweighaen-ser, Oberlin, digues prédécesseurs des Buvernoy, des Schimper, des Gerhardt, des Pasteur, des Dau-
- brée, des Bautain, des Sédillot, des Janet, des Fustel de Coulanges, des Forget, des Kuss. Le 6 août 1771, Goethe fut reçu docteur en droit de l’Université de
- Fig. 10. — Institut de pharmacologie. Fig. 11. — Institut de chimie physiologique.
- Strasbourg avec une thèse sur les Droits respectifs I nouvelle a pour tâche accessoire de contribuer à la de l’Etat et de l’Eglise. Si aujourd’hui l’Université | germanisation du pays annexé, le corps des profes-
- Fig. 12. — Clinique chirurgicale. Fig. 15. — Clinique d’accouchement.
- scurs de l'ancienne Université du dernier siècle s’est rallié aux idées françaises de la manière la plus
- Fig. 14. — Institut d’anatomie et de pathologie.
- des universités de votre royaume offre à Votre Majesté ses hommages et ses vœux. Pénétrée de joie sur la convalescence et l’arrivée de son auguste monarque, elle confond aujourd’hui, Sire, en vous le père du peuple, le protecteur des Muses, avec le
- | manifeste. Témoin cette adresse au roi Louis XV I en date du 6 octobre 1744 : « Sire, la plus fidèle
- Fig. 15. — Clinique psychiatrique.
- libérateur de l’Alsace et le héros. C’est à ces éloges de vos rares vertus, grand roi, que nous consacrons nos travaux, heureux, si nos expressions pouvaient répondre à l’effusion de nos cœurs, et mériter la continuation des grâces du plus puissant et
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- LA NATURE.
- du plus aimé des souverains de l’Europe. »
- Autrefois, l’Académie de Strasbourg s’est attribuée la tâche spéciale de servir d’intermédiaire entre la France et l’Allemagne pour la propagation des idées et du mouvement scientifique. Dotée plus richement, l’Université nouvelle, en appliquant ses meilleures forces au développement de l’esprit humain, saura que les représentants du peuple de l’Alsace-Lorraine ont voulu favoriser ses efforts de la manière la plus généreuse et la plus large dans l'intérêt supérieur de la science. La science doit contribuer à l’union des peuples ; elle n’a point de caractère national exclusif et elle sert à avancer le règne de la paix dans le monde, en nous assurant une prospérité plus grande, avec plus de lumière, tout en développant en nous l’amour de la patrie !
- Charles Grad,
- Député de l’Alsace au Reichstag.
- LE CONGRÈS DE WASHINGTON
- Dans notre livraison du 20 septembre 1884, nous avons rendu compte du départ de M. J. Janssen, de l’Institut, qui s’est rendu à Washington pour représenter la France au Congrès de l’unité de l’heure et qui est heureusement revenu parmi nous.
- On n’a pas sans doute oublié, que la convocation du Congrès de Washington a été décidé l’an dernier, à la Conférence de Rome, où l’on avait déclaré par un vote presque unanime que le méridien de Greenwich devait être préféré à celui de Paris.
- M. Janssen a porté la question sur un autre terrain que les délégués à la Conférence de Rome n’avaient point abordé. Il a soutenu énergiquement qu’il fallait prendre pour origine des coordonnées géographiques et de la numération des temps, un méridien neutre comme celui de l’île de Fer ou du détroit de Behring qui ont l’avantage de séparer les deux continents et il s’est attaché à faire comprendre qu’il fallait respecter les raisons physiques qui avaient déterminé le géographe Ptolémée à placer son méridien à l’extrémité occidentale des îles Fortunées et que Louis XIII avait respectées dans sa célèbre Ordonnance de 4533, rendue sur le rapport du cardinal de Richelieu. La discussion a été très ^ longue, très vive, et tous les délégués des nations résolues à défendre le méridien de Greenwich y ont pris part, chacun se donnant la tâche de répondre à une des objections de M. Janssen.
- Comme les instructions étaient formelles en faveur de Greenwich le résultat du vote auquel M. Janssen a refusé de prendre part, ne pouvait être douteux. L’action ultérieure de la France est donc entièrement réservée. La sténographie des discours a été recueillie, et insérée dans les procès-verbaux qui sont publiés in extenso. 11 a même été décidé qu’une traduction française serait faite sous la direction de M. Janssen. Un sténographe, et trois ‘secrétaires ont été mis sous ses ordres pour s’acquitter de cette tâche si difficile.
- On doit ajouter qu’avant de se séparer, le Congrès a donné à la France une satisfaction de quelque importance. En effet, il a été émis à l’unanimité, le vœu que l’on reprenne les études pour appliquer la division décimale au temps et à la circonférence. Cette décision importante a été prise à la suite de longs débats. Les membres qui avaient parlé avec le plus d’animation en faveur du
- maintien du Statu quo, se sont, circonstance bizarre, tous ralliés à l’opinion de la France, qui cette fois a obtenu la majorité. Ce dernier vœu est d’autant plus opportun, qu’il faudra remanier les horloges puisque le Congrès a adopté le principe de la numération continue de l’heure de 1 à 24 à partir de minuit. Il n’a pas été question, paraît-il, du temps astronomique, qui serait aboli.
- LES
- CONDITIONS GÉOLOGIQUES DU CHOLÉRA
- L’apparition du choléra à Paris donne un nouvel intérêt aux discussions déjà anciennes sur les conditions géologiques du choléra. Nous laissons volontairement de côté les observations relatives aux microbes, nous ne nous inquiéterons pas de savoir si le bacille du choléra affecte la forme en virgule qui lui a été attribuée par M. Koch; notre ambition est moindre pour le moment. Contentons-nous seulement de noter sur la carte de France les localités dans lesquelles le fléau a sévi avec le plus d’intensité pendant les différentes épidémies.
- Nous remarquons d’abord que tous les points contaminés sont sur le parcours de grands fleuves, dans des deltas et en général dans des terrains d’alluvions récentes. Le bassin géologique de Paris a toujours été fort éprouvé, ceux de la Loire, du Rhône et de la Garonne ont également payé leur tribut, tandis que les pays formés de roches primaires généralement compactes et imperméables ont été épargnés.
- A Paris même, pendant les épidémies précédentes et les premiers jours de l’invasion actuelle, la Salpêtrière, le Gros-Caillou, le douzième arrondissement et Yaugirard ont toujours été des foyers d’infection. Or, tous ces quartiers sont bâtis sur un sol caillouteux et sablonneux très perméable. En 1849,1a partiebassede Montmorency était décimée, tandis que le haut de la ville ne présentait aucun cas de choléra.
- On a remarqué, en outre, que les recrudescences subites de l’épidémie ont toujours lieu à la suite de pluies abondantes.
- On pourrait multiplier les exemples qui sont accumulés dans un excellent mémoire, bien oublié aujourd’hui, du géologue Boubée, mémoire présenté à l'Institut en 1849.
- Il n’en est pas moins vrai que, quel que soit l’agent de la maladie, bacille ou autre, cet agent est transporté par les émanations telluriques qui proviennent de l’évaporation de l’eau.
- Plus le sol est meuble et susceptible de s’imbiber, plus il a de chance de retenir les eaux qui sont le véhicule du choléra. D’où la conclusion fort naturelle qu’en procédant à des arrosages incessants dans les localités contaminées, on jette véritablement de l’huile sur le feu.
- Non seulement il est prudent de faire bouillir l’eau dont on se sert pour les usages domestiques, mais encore faut-il absolument proscrire les arrosages, à moins qu’ils ne soient faits avec de l’eau contenant un agent toxique capable de tuer le ferment du choléra. Donc le moins d’eau
- possible. P- de S.
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- L’HOMME TERTIAIRE
- Nous comptons parmi les plus curieuses découvertes préhistoriques qui ont marqué le dix-neu-
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- LA NATURE.
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- vième siècle, celles qui ont trait à l’extrême antiquité de notre race. Nous pouvons aujourd’hui affirmer que l’homme a vécu durant les temps quaternaires, qu’il a été le contemporain et sans doute bien souvent la victime des grands pachydermes, des grands carnassiers dont les squelettes conservés dans nos musées montrent les monstrueuses proportions. Les témoignages sont indiscutables; nous avons les silex taillés par cet homme, les os apoin-tés par ses mains. Nous connaissons les vallées qu’il fréquentait, la caverne qui lui servait de demeure ; bien plus, on a retrouvé des ossements humains qui remontent assurément à cette époque, et déjà des savants éminents ont pu distinguer les races et classer, pour ainsi dire, nos vieux ancêtres.
- Une nouvelle question se pose : l’époque quaternaire est-elle la limite extrême de l’humanité? ou devons-nous prolonger encore notre généalogie et la faire remonter jusqu’aux temps tertiaires?
- Cette question a été souvent agitée durant ces dernières années, sans qu’elle ait fait jusqu’ici de bien sérieux progrès. Une des preuves sur laquelle s’appuient le plus volontiers les partisans de l’homme tertiaire est le travail, qu’on nous dit intelligent, subi par quelques silex trouvés à Thenay (Loir-et-Cher) aux confins du grand lac de Beauce qui recouvrait durant une partie de l’éocène et du miocène1 la région. L'Association française, dans la session qu’elle vient de tenir à Blois, a voulu vérifier sur place les faits qui étaient avancés. Des fouilles importantes avaient été préparées sous la surveillance de deux de ses membres, MM. d’Ault-Dumesnil et Daleau. Le 8 septembre, une excursion eut lieu à Thenay ; les recherches les plus actives se succédèrent durant toute la journée; la discussion commença le soir même; elle se continua le lendemain à Blois et elle aboutit à des conclusions intéressantes. Les géologues furent unanimes pour classer le terrain où gisaient les silex dans l’éocène ou tertiaire inférieur. Ce point a une certaine importance, car si nous sommes séparés des temps éocènes et miocènes par un nombre incalculable de siècles, par des phénomènes à peine encore entrevus, par des remaniements dont les assises de la terre gardent l’impérissable témoignage, il faut ajouter qu’à l’éocène, la faune mammalogique représentée, soit par des animaux qui vivent actuellement, soit par leurs ancêtres immédiats, commençait seulement à se montrer. Au début de la période, les mammifères se rapprochent de ceux qui ont paru pour la première fois à la fin de l’époque secondaire. A côté des marsupiaux, on trouve des placentaires dont l’organisation offre de nombreux points de contact avec celle des didelphes. Les pachydermes sont absolument étrangers aux espèces actuelles, les ruminants apparaissent très peu nombreux et seu-
- 1 La divinon des temps tertiaires en éocène, miocène et pliocène, imaginée par sir C. Lyell et généralement adoptée depuis lui, repose sur la proportion des formes actuelles de coquilles que leur faune renferme.
- lement vers la fin de la période. Les solipèdes se montrent en Amérique, jusqu’ici on ne les a pas trouvés sur notre continent ; les proboscidiens sont inconnus; les carnassiers n’offrent guère que le genre cynodon, et si les quadrumanes ont existé, ce qui n’est nullement prouvé, ce serait seulement dans les derniers temps éocènes et ils n’auraient été représentés que par les genres les plus inférieurs. Il est bien difficile d’imaginer l’existence de l’homme, le plus parfait des êtres au milieu d’une faune semblable ; il faudrait pour l'admettre des preuves absolument décisives.
- Les silex de Thenay fournissent-ils ces preuves? Ont-ils été intentionnellement travaillés par un être intelligent homme ou anthropoïde? La section d’anthropologie nous a paru à peu près unanime pour répondre négativement. De nombreux silex avaient été recueillis; aucun ne présentait ni le plan de frappe, ni le bulbe conoïdal, ni les retouches que l’on nous dit caractéristiques du travail humain. II en est de même des silex recueillis par l’abbé Bourgeois qui a attaché son nom à cette découverte. Que l’on examine sans parti pris ceux déposés au Musée de Saint-Germain, ceux provenant de sa collection qui sont au Musée de Vendôme, aucun, absolument aucun, n’est de nature à apporter la conviction1.
- Ce résultat de la discussion n’était pas inattendu. L’année dernière, deux de nos collègues de la Société d’anthropologie, avaient visité Thenay; parmi tous les silex qu’ils ont maniés, un seul leur a paru présenter quelques faibles traces de taille. Il a été porté à la Société, et M. Leguay, un des hommes les plus compétents parmi nous, malheureusement mort depuis, a prouvé qu’on ne pouvait voir là un travail humain ; il repoussait également le feu comme agent. Un silex brûlé ou éclaté par le feu, devient friable et impropre à tout usage. Du vivant de l’abbé Bourgeois, M. Bertrand, l’éminent conservateur du Musée de Saint-Germain, s’était rendu à Pontlevoy ; il avait ordonné des fouilles sous la direction de M. Maître, un des inspecteurs du Musée et, cette année même, M. Bertrand faisait connaître au cours qu’il professe au Louvre, les conclusions auxquelles M. Maître était arrivé après avoir examiné près de six mille silex.
- « Les rognons de Thenay, disait-il, sous l’influence de l’action du feu ou d’un changement brusque de température éclatent en fragments naturels, affectant toutes les formes que présentent les silex choisis de la collection Bourgeois. Les arêtes seulement sont plus vives et sans éraillures, comme cela doit être quand les silex n’ont encore reçu aucun choc. »
- 1 U faut citer, parmi nombre d’autres, l’opinion d’un membre éminent de l’Académie des 'sciences : « Ces silex, disait M. Gaudry, sont enfouis dans une couche de silex roulés, et il semble que si l’on met à côté les uns des autres, un grand nombre d’entre eux, peu de personnes parviendront à établir avec une lucidité qui ne laisse aucun doute à leur esprit, une limite entre le silex regardé comme taillé et celui qui ne l’est pas. »
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- La cause est, croyons-nous, entendue et les silex de Thenay retomberont promptement dans l’oubli, d’où ils n’auraient jamais dû sortir.
- Que dire des autres faits allégués en faveur de l’existence de l’homme tertiaire? Pouvons-nous nous appuyer sur les fragments de l’humérus d’un Hali-therium trouvés dans les faluris miocènes de Pouancé et portant des stries ou des incisures que l’on dit l’œuvre de l’homme? Mais il a été prouvé que ces entailles étaient le fait des grands poissons carnassiers qui vivaient à cette époque. Serons-nous plus heureux avec les ossements de Balœnotns recueillis par le professeur Capellini dans les argiles bleues pliocènes de Poggiarone auprès de Monte-Aperto ? Mais le Dr Magitot a reproduit sur des ossements de baleinides macérés dans l’eau pendant quelques jours, des lésions absolument semblables â l’aide d’un rostre d’espadon par des chocs directs, imités autant que possible du mouvement de l’espadon arrivant sur sa victime ; il était au contraire impossible de reproduire ces incisures, soit avec des silex atiribués à l’époque tertiaire, soit avec des haches de Saint-Acheul datant des premiers temps quaternaires.
- Une mâchoire de Rhinocéros pleuroceros, provenant d'un terrain tertiaire avait été présentée à l’Académie des sciences en 1868; elle portait des entailles profondes qu'on était porté au premier abord à attribuer à l’action d’un instrument tranchant; mais l’erreur a été rapidement reconnue, ces entailles étaient des impressions géologiques. L’exploitation de sables aurifères sur le versant occidental de la Sierra Nevada, dans le comté de Cala-veras (Californie) avait mis au jour un crâne humain et depuis les temps où l’homme dont l’existence était ainsi révélée avait vécu, les eaux avaient envahi à sept reprises différentes les lieux qu’il habitait et autant de fois les laves du volcan en ignition étaient venues les tarir à leur source. Le monde savant attendait avec une certaine impatience les preuves pompeusement annoncées ; hélas ! il fallût se rendre à l’évidence, le crâne était celui d’un Esquimau moderne subrepticement introduit par les ouvriers, dans l’espoir d’une forte récompense.
- Pour terminer cette rapide énumération, il faut citer d’autres silex travaillés qui proviennent les uns delà vallée du Tage (Voyez gravure ci-dessus), les autres de Puy-Courny auprès d’Aurillac. Il ne semble pas que le Congrès préhistorique ait pris les premiers bien au sérieux. On a discuté le gisement, les remaniements, la
- taille intentionel le et M. Cazalis de Fondouce résumait bien l’impression générale quand il écrivait : « Il me semble donc, et ce sera ma conclusion, que la question de l’homme tertiaire a plutôt perdu que gagné du terrain au Congrès de Lisbonne ; si l’homme existait à l’époque tertiaire, il faut en trouver des preuves plus sérieuses qu’un bulbe de percussion. » Les silex du Puy-Courny ont été recueillis dans le tortonien qui correspond au miocène supérieur. M. Gaudry a reconnu dans le gisement le Dinothérium, le Mastodonte, l’Hipparion gracile, tous caractéristiques de la faune de cette période. Je ne connais que les silex qui ont figuré à l’Exposition de 1878 ; j’ignore s’il en a été découvert d’autres depuis cette époque; ceux que j'ai vus sont certainement moins probants encore que ceux de Thenay. La question a été discutée cette année même par la Société de Géologie, réunie à Aurillac. Nous réservons donc toute conclusion jusqu’à la publication du compte rendu de cette excursion.
- Que reste-t-il de cet échafaudage si péniblement élevé? Rien, absolument rien. « Je ne crois pas à l'existence de l’homme tertiaire », disait M. A. Bertrand après l’examen de plus de cinq mille silex provenant de Thenay. Ma conclusion sera moins absolue. Rien dans les conditions biologiques ou climatériques, rien dans la faune ou la llore ne s’oppose à ce qu’un homme pût vivre durant les temps tertiaires ; mais nous ne saurions en conclure qu’il a vécu, car aucun des faits mis en avant jusqu’à ce jour, pour prouver cette existence ne soutient la libre discussion. J’oubliais un point important ; aux yeux d’une certaine école ce n’est pas un homme qui vivait aux temps tertiaires mais un anthropopithèque1 d’où les hommes et les singes sont descendus les uns par un progrès constant, les autres par une régression non moins constante. Nous ne nous chargeons pas d’expliquer de semblables théories; ce sont des conceptions purement fantaisistes, destinées à faire un peu de bruit autour de leurs auteurs et à disparaître avec la rapidité qui a présidé à leur enfantement. La science vraie repose sur des faits dûment établis, et non sur des hypothèses où l’imagination seule, joue un rôle.
- Marquis de Nadaillac.
- 1 kvOponoi l’homme-singe.
- Silex Miocène de Corregado (Portugal).
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- LA NATURE.
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- L'ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DOMESTIQUE
- Ce n’est pas aux lecteurs de La Nature qu’il convient d’exposer les avantages de la lumière électrique, avantages qu’ils connaissent si bien, et dont plusieurs d’entre eux ont le plus vif désir de bénéficier, si l’on en juge par les nombreuses lettres adressées chaque semaine, a ce sujet, à notre rédaction. Nous nous proposons de résumer l’état actuel de l’éclairage électrique domestique, d’indiquer rapidement les diverses solutions possibles ainsi que les cas particuliers dans lesquels elles nous paraissent le plus directement applicables, et de présenter à l’avenir, sous la même rubrique, les progrès d'une question qui intéresse si vivement, et à si juste titre, bon nombre de nos lecteurs.
- Pour bien préciser le sujet et le limiter, nous n’examinerons que les installations véritablement domestiques, c’est-à-dire de peu d’importance, bornées à une ou un petit nombre de lampes, et dans lesquelles la production de l’énergie électrique — le point délicat et difficile de la question — sera toujours obtenue à l’aide de l'énergie chimique, c’est-à-dire au moyen de piles hydro-électriques, avec ou sans l’emploi d’appareils intermédiaires.
- Les piles thermo-électriques n’ont pas encore atteint un degré de perfectionnement suffisant pour qu’on puisse songer à en faire une application à l’éclairage domestique, aussi ne les citons-nous que pour mémoire; quant aux machines magnéto et dynamo-électriques, la nécessité d’avoir un moteur quelconque, à vapeur, à gaz, à air chaud, hydraulique, etc., en restreint singulièrement l’emploi, et le réserve presque exclusivement aux privilégiés de la fortune.
- En attendant la distribution de l’électricité à domicile, — distribution qui se fait bien longtemps attendre, pour des raisons que nous n’avons pas à examiner ici, — c’est donc aux piles qu’il faut avoir recours, pour produire l’énergie électrique, comme on doit toujours et exclusivement faire usage de lampes à incandescence de charbon pour transformer cette énergie électrique en lumière.
- Ce sont les progrès incessants de ces deux élé-
- ments principaux : lampes à incandescence et piles hydro-électriques qui rendent chaque jour l’éclairage électrique domestique plus commode, plus réalisable et moins onéreux, sans prétendre, comme le veulent encore certains enthousiastes intéressés, qu’il soit plus économique que les autres procédés d’éclairage auxquels on le substitue.
- C’est surtout dans les lampes à incandescence que le progrès est frappant, et l’on peut en juger par ces quelques chiffres :
- • On sait que la puissance1 dépensée par une lampe s’exprime en watts et que sa valeur est égal au produit de l’intensité en ampères du courant qui traverse la lampe par la différence de potentiel aux bornes delà lampe en volts. A l’Exposition de 1881, les lampes à incandescence dépensaient normalement environ 5 watts par candie anglaise, soit environ 40 à 45 watts par bec Carcel; aujourd’hui, sans pousser les lampes davantage et sans abréger leur durée, on obtient des lampes qui ne consomment que 5 watts par candie, soit environ 25 watts par bec Carcel; et l’on obtient ce rendement même avec des lampes dont la puissance lumineuse ne dépasse pas 4 à 5 candies, soit un demi-bec Carcel, Certains fabricants pourraient même fournir dès à présent des lampes dont la consommation serait inférieure à 2 watts par candie, soit seulement 16 watts par bec Carcel.
- En trois années, la dépense d’une lampe à incandescence a donc, pour une même durée et une même puissance lumineuse, diminuée de moitié; le prix d’achat a baissé dans les mêmes proportions et les lampes qui coûtaient en 1881, 10 et 15 francs, se vendent au détail d’une façon courante à 5 francs, et même 4 francs la pièce. En supposant même que leur durée moyenne ne dépasse pas 250 heures, ce qui est au-dessous de la vérité lorsqu’on ne les surmène pas, — ce qui arrive malheureusement encore trop souvent, — la dépense inhérente au renouvellement de la lampe est de deux centimes par heure et par lampe.
- La dépense la plus importante est celle relative à la production de l’énergie électrique consommée par la lampe; les progrès réalisés depuis 1881 per-
- 1 Ou travail par seconde, qu’il uc faut pas confondre avec le travail.
- Coupleur automatique Planté-llospitalier.
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- LA NATURE.
- mettent, toutes choses égales d'ailleurs, d’obtenir aujourd’hui la même quantité de lumière avec une dépense de première installation deux fois moindre.
- Les piles elles-mêmes ont fait des progrès, non pas tant au point de vue de l’économie, qu’à celui de la commodité d’emploi ; des types destinés spécialement à l’éclairage électrique se sont créés et perfectionnés, et s’ils ne remplissent pas encore toutes les conditions Exigées, ils n’en constituent pas moins des appareils intéressants et avantageusement applicables dans bien des cas.
- L’erreur commune aux inventeurs, aux constructeurs et aux amateurs, a été d’en trop étendre l’emploi, et de voir une solution générale où il n’y avait qu’une solution particulière; de là des insuccès et des mécomptes dont il ne faut pas s’exagérer l’importance, mais qui ont pu, dans une certaine mesure, refroidir le zèle des uns et des autres, surtout celui des amateurs.
- Comme conclusion à ce long préambule, on peut dire que l’éclairage électrique domestique, chaque fois que le consommateur de lumière doit être son propre producteur d’énergie électrique, comporte presque autant de solutions que de cas particuliers, et c’est à titre d’exemple que nous indiquerons celle que nous avons été conduit à adopter pour nous-même, à la suite d’expériences préliminaires, et dont nous terminons en ce moment l’installation.
- Voici d’abord le programme modeste que nous avons cherché à remplir :
- Obtenir, à intervalles réguliers ou irréguliers, dans un espace de six mois environ, la somme de 500 à -400 heures d’éclairage, avec une petite lampe à incandescence de 10 volts et de 1,5 ampère, soit 15 watts, d’une puissance de 5 à 6 candies, et capable de fournir une lumière suffisante pour lire et écrire, pendant une durée variable suivant les besoins, et pouvant atteindre exceptionnellement huit heures de lumière continue, avec une moyenne de deux heures par jour.
- Certaines conditions restrictives diminuaient cependant les solutions possibles ou acceptables : la source d’énergie électrique devait être installée à la cave, faute de place dans l’appartement, et la surveillance et l’entretien devaient être réduits à un minimum, une visite par mois seulement, pour fixer les idées. Dans ces conditions, nous avons renoncé à l’éclairage direct, et nous avons adopté l’éclairage indirect, par l’intermédiaire des accumulateurs. Nous établissons dans la cave une pile de faible force électromotrice, à débit lent mais continu, dont la constance n’est pas une qualité nécessaire, et nous l’utilisons pour charger des accumulateurs dont la capacité est suffisante pour satisfaire aux diverses conditions énumérées ci-dessus.
- Nous réserverons pour un prochain article l’étude des piles et des accumulateurs auxquels nous avons donné la préférence, ainsi que les raisons qui ont dicté notre choix. Nous voulons seulement indiquer aujourd’hui les grandes lignes de l’installation, et
- décrire l’appareil intermédiaire par lequel les couplages nécessaires entre les différents circuits s'effectuent automatiquement, sans qu’on ait à s’en préoccuper.
- Nous avons dit que la pile de charge dont nous nous servons, a une faible force électromotrice, tandis que les lampes fonctionnent normalement avec 10 volts de différence de potentiel aux bornes. De là résulte là nécessité de coupler les accumulateurs en quantité ou en dérivation pour la charge, et en tension pour la décharge. On pourrait, à cet effet, se servir d’un commutateur Planté ordinaire manœuvré à la main; nous avons cherché et réussi à obtenir automatiquement cette manœuvre à l’aide d’un appareil fort simple représenté ci-contre et auquel nous avons donné le nom de coupleur automatique Planté-Hospitalier. Cet appareil, construit par M. Aboilard, a pour but de réaliser automatiquement, sans manœuvre spéciale autre que l’allumage ou l’extinction de la lampe ou des lampes alimentées par les accumulateurs, le couplage en quantité sur la pile de charge et le couplage en tension sur les lampes, remettant de nouveau les accumulateurs en charge lorsque les lampes sont éteintes. Il se compose d’une planchette en bois portant un certain nombre de godets à mercure, reliés à des bornes par des lames de cuivre, dans lesquels viennent plonger des cavaliers suspendus à un axe horizontal qui pivote sur deux tourillons et peut prendre deux positions distinctes. Dans l’appareil représenté ci-contre, et disposé pour agir sur trois accumulateurs, les bornes sont au nombre de 10; 2 bornes pour la pile de charge, 2 bornes pour le circuit extérieur, comprenant la lampe et le commutateur interrupteur, 5 bornes pour les pôles positifs des accumulateurs A,B,C, 5 bornes pour les pôles négatifs des trois accumulateurs A,R,G.
- Dans la position ordinaire, les lampes étant éteintes, les lames sont dans la position représentée par la ligure, c’est-à-dire dans la position de charge : tous les pôles positifs des accumulateurs communiquant avec le pôle positif de la pile de charge, et tous les pôles négatifs des accumulateurs avec le pôle négatif de cette pile. Lorsqu’on ferme le circuit sur la lampe, le courant traverse un électro-aimant à deux fils, l’un fin et long, l’autre court et gros. L’électro devenant actif attire une armature qui fait basculer l’axe portant les cavaliers ; cet axe, en basculant, fait plonger ces cavaliers dans d’autres godets et change le couplage : il isole la pile de charge du circuit, et couple les accumulateurs en tension.
- Si l’électro n’avait qu’un seul fil, le couplage s’effectuerait bien, mais la lampe ne s’illuminerait pas, la résistance de l’électro affaiblissant le courant; au moment où le mouvement de l’électro est presque terminé, le gros fil est mis en dérivation sur le fil fin, la résistance devient presque nulle, mais le magnétisme entretenu par le courant qui circule dans le gros fil est assez puissant pour main-
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- tenir l’armature dans sa seconde position, c’est-à-dire pour maintenir le couplage en tension. Lorsqu’on éteint la lampe, aucun courant ne cireulan plus dans l’électro, les cavaliers retombent et remettent les accumulateurs en quantité et sur charge. Les couplages s’effectuent donc automatiquement, sans qu’on ait à s’inquiéter du commutateur, ni à se déranger chaque fois, comme cela est nécessaire avec un appareil manœuvré à la main; on évite ainsi toute perte de temps et tout déplacement.
- Dans le cas particulier de notre installation, chaque circuit individuel renferme deux accumulateurs en tension; dans le montage en quantité, leur tension totale est égale à 2x2 = 4 volts environ.
- La force électromotrice de charge est un peu supérieure à 5 volts et par conséquent suffisante pour effectuer la charge. Dans le couplage en tension, les accumulateurs ont une force électromotrice totale très voisine de 12 volts et fournissent, par conséquent, très facilement les 10 volts nécessaires au fonctionnement normal de la lampe.
- On peut même, eu égard à la faible résistance intérieure des accumulateurs, en allumer plusieurs lampes à la fois, en les couplant en dérivation.
- La seule précaution à prendre est que la quantité totale d’ampères-heure dépensée ne dépasse pas la réserve initiale représentée par la capacité totale des accumulateurs, plus la quantité totale fournie par les piles de charge, en tenant compte des couplages différents et de la perte inhérente à l’emploi d’un intermédiaire.
- Dans un prochain article, nous parlerons des piles de charge, des accumulateurs, de l’appareillage, des commutateurs ainsi que d’un certain nombre d’appareils accessoires qui nous permettent d’éviter le gaspillage de l'énergie électrique, et de réaliser ainsi une économie bien entendue dont l’utilité est évidente chaque fois que cette énergie est fournie par des piles hydro-électriques. E. H.
- CHRONIQUE
- Electricité atmosphérique. — Les observations d’électricité de l’air faites dans ces dernières années à l’Observatoire de Kew, au moyen de l’appareil enregistreur de Thompson, ont conduit aux résultats suivants :
- 1° Les vents faibles sont accompagnés d’une tension électrique presque triple de celles des vents forts, — du moins l’hiver, car la relation est moins nette en été. 2° Les vents du N. donnent moitié moins durant l’été que les vents d’E., tandis qu’en hiver, par contre, les vents de N. 0. à N. E. donnent trois fois plus d’électricité que le vent de S. E., lequel en donne le moins. 5° Il y a parallélisme en toute saison en ce qui concerne l’état du ciel; l’absence de nuages comporte une tension plus de deux fois aussi grande que celle d’un temps couvert. 4° Les signes négatifs abondent d’ordinaire au moment de la pluie, ce que l’on savait depuis longtemps ; mais, par contre, les oscillations de retour exagèrent la charge positive, de sorte qu’il est rare que la valeur moyenne
- afférente aux mauvais temps soit très basse. 5“ La tension croît en général avec l’humidité. Les brouillards élèvent considérablement le potentiel de l’air. 6° Il y a similitude entre la marche du baromètre et celle de l’électromètre quant à la variation diurne, mais la courbe barométrique est en retard de une à deux heures sur la courbe électrique. 7° Les perturbations magnétiques ne sont pas accompagnées de troubles à l’électromètre \Cielet Terre).
- A propos des Assabals. — Plusieurs de nos correspondants nous ont écrit au sujet des Assabais dont nous avons entretenu nos lecteurs dans notre numéro du 25 octobre, joignant à leurs lettres des extraits de journaux qui rectifient amèrement les qualifications de princes et de guerriers dont les décorait le Comité de l’Exposition lors de leur séjour à Turin. Certains des naturels exposés auraient, paraît-il, rempli dans les parages de la mer Rouge des fonctions beaucoup moins brillantes, et même excessivement modestes. En somme, l’exhibition des princes assabais compterait, dès aujourd’hui, au nombre des mystifications les plus audacieuses de notre époque.
- La Nature n’a point à entrer dans ces appréciations, qui sortent du cadre sérieux qu’elle s’est tracé. Que, au retour dans leur patrie, nos Assabais se reposent sur un trône d’ivoire de Sciva ou sur l’obscure sellette d’un commissionnaire, cela ne saurait nous toucher en rien. Le Comité de l’Exposition de Turin nous a présenté ses hôtes comme des Danakils de la baie d’Assab ; c’est à ce seul titre, sans égard pour leur position sociale, que nous avons joint leurs photographies à l’étude que nous avons faite de la nouvelle possession italienne et de ses produits commerciaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 novembre 1884.— Présidence de M. Rollarb,
- Le Congrès de Washington. — L’événement de la séance c’est le retour à Paris de M. Janssen chargé comme on sait de représenter la France au Congrès tenu à Washington pour fixer le méridien initial universel. C’est avec le plus vif intérêt qu’on entend notre illustre compatriote résumer, en attendant le Rapport qu’il va rédiger, les principaux résultats de sa mission. On sait déjà que la grande Commission préparatoire, présidée par M. Faye, avait résolu, non pas d’opposer le méridien de Paris au méridien de Greenwich, mais de tendre à faire adopter un méridien neutre. Placés à un point de vue tout différent, les Anglais ont fait du débat une question d’amour-propre et ils ont converti à la cause britannique, dans ce procès qui eut dù être tout scientifique, la plupart des nations repésentées. Le Brésil presque seul s’est rangé à l’avis de notre représentant et le méridien de Greenwich a été définitivement adopté comme méridien universel.
- M. Janssen a obtenu une revanche éclatante de cet insuccès prévu d’avance et inévitable, en invitant le Congrès à émettre le vœu que l’ancienne proposition éminemment française soit reprise de donner au système décimal une nouvelle extension en l’appliquant à la division des arcs et à celle du temps. Sur ce sujet, malgré l’opposition d’abord très vive des Anglais et des Américains, la proposition a réuni la majorité de 21 voix sur 24 votants et M. Janssen a tous droits d’être fier d’un pareil résultat.
- C’est comme une des conséquences de celui-ci que M. le Ministre de l’Instruction publique invite l’Académie à élire une Commission dont le mandat sera de préparer
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- les travaux d’uu Congrès très prochain où l’on passera à la réalisation du vœu qui vient d’être si solennellement exprimé.
- Les lois du frottement. — M. Marcel Deprez vient de construire une machine de 200 chevaux pour réaliser la transmission de la force entre Creil et Paris. En étudiant cette machine, il a dù mesurer les frottements qui s’y développent. Ses mesures montrèrent qu’à la vitesse de 140 tours par minute la perte entraînée par les frottements représente sensiblement 20 chevaux : la conclusion naturelle était que la machine était mal construite car c’est un principe admis par tous les mécaniciens que le frottement est indépendant de la vitesse. L’auteur cependant, après avoir reconnu la perfection de son engin, fit des expériences dans des conditions diverses et il reconnut qu’à la vitesse de 500 à 600 tours la perte due au frottement n’était plus que le cinquième de ce quelle était précédemment.Le fait est parfaitement constaté ; il faudrait l’expliquer.M. MareelDeprez ne le tente pas aujourd’hui.
- Les sacs aériens des Calaos. — On sait déjà com-mentchez lesoiseaux,l'appareil respiratoire se prolonge dans les parties les plus diverses du corps par des réservoirs aériens dont le volume, la situation et la forme sont très variés. M.
- Alphonse Milne Edwards, en 1865, a reconnu que chez le Pélican la réserve pulmonaire communique avec le tissu cellulaire sous-cutané ; de telle sorte qu’au moment où l’oiseau va s’envoler, il se gonfle, hérisse «es plumes et laisse entendre,quand on le presse, le crépitement de l’air emprisonné. La quantité d’air ainsi emprisonnée est si grande qu’un pélican de 5 kilogrammes flotte encore sur l’eau alors qu’on l’a chargé d’un poids de 10 kilogrammes. Depuis ces recherches, M. Paul Bert a trouvé une disposition analogue chez le Frou de Bassan et M. Milne Edwards chez le Marabout et le Kamichi.
- Aujourd’hui M. Milne Edwards annonce que chez le Calao Rhinocéros de Sumatra tous les os sans exception sont imprégnés d’air. L’animal flotte véritablement dans un bain d’air qui écarte la peau de son corps ; le cou renferme trois boudins d’air qui se continuent dans la tète et jusque dans l’énorme casque dont le bec est surmonté. Toutes les grandes plumes haignentpar leur base dansdel’air et celui-ci imprègne les pattes jusque dans les phalanges.
- Varia. — Le fluorure d’arsenic occupe M. Moissan. — On analyse un mémoire de M. Benoît sur l’ohm étalon. — M. Ronner propose un perfectionnement à la fabrication du vin. — Sur la demande des auteurs, on ouvre un paquet cacheté déposé le 8 juillet 1883. Il est intitulé : De la structure cellulaire de Vacier, par MM. Osmond et Wirth. — Selon M. Pecholier, la quinine constitue un remède contre la fièvre typhoïde. — Les gîtes de phos-
- phates fossiles sont de la part de M. de Gasparin l’objet de considérations variées. — M. Soret, de Genève, étudie l’indice de réfraction des aluns cristallisés.
- Stanislas Meunier.
- IC0N0MÈTRE PHOTOGRAPHIQUE
- Le petit appareil que nous représentons ci-dessous est construit par M. A. Rossignol, chimiste; il est destiné à éviter aux photographes touristes l’installation longue et souvent inutile de leur appareil devant un sujet, séduisant à première vue, mais qui se trouve dans des conditions d'éclairage tel, qu’il ne peut donner une image satisfaisante.
- L’appareil est formé d’une petite lorgnette, dont les lentilles sont montées à une distance fixe et
- inverse de la disposition ordinaire. L’objectif N est plan concave, et l’oculaire convexe O est en verre bleu. Le sujet, paysage ou autre, est ainsi vu en petit, par l’effet des lentilles, et sans autre couleur que le bleu, seule couleur utile à connaître. Mais le tube qui porte les lentilles glisse dans un second tube terminé à son extrémité antérieure par une plaque percée d’une ouverture rectangulaire R ayant les proportions des épreuves photographiques. Cette disposition a pour effet de restreindre les parties du sujet à l’espace que l’objectif pourra représenter sur le verre dépoli de la chambre noire. Ainsi pour régler l’instrument et le mettre en rapport avec un objectif quelconque, il faut après avoir installé la chambre noire, viser avec l’iconomètre en tirant plus ou moins le lube porte-lentilles jusqu’à ce que le sujet vu au travers de l'instrument paraisse limité par les memes objets que sur la glace dépolie de la chambre noire. Un repère tracé alors sur le coulant permettra de retrouver à volonté le tirage qui correspond à chaque objectif et de faire voir par conséquent le sujet à reproduire tel que le donnera l’objectif employé, ou inversement, de choisir l’objectif qui convient le mieux pour obtenir la reproduction d’un objet ou d’un paysage dans une étendue déterminée.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- lcouomélre photographique de M. A. Rossignol. Coupe et vue extérieure.
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- N° 600. — 29 NOVEMBRE 1 884.
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- UNE TOUR DE 300 METRES POUR L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889 L
- GRANDE CONSTRDCTION MÉTALLIQUE
- C’est en 4798, que la première Exposition de l’Industrie française a été décrétée par le gouvernement. Depuis cette époque, la France a eu quatorze grandes Expositions, qui d’abord nationales, sont devenues internationales, et ont été ouvertes à tous les produits du travail. L'Exposition de Paris en 1855 a inauguré cette féconde réunion des exposants du monde entier. On se rappelle l’immense succès obtenu par la dernière Exposition universelle de 1878; et nous n’insisterons pas sur cette histoire rétrospective.
- Nos lecteurs savent qu’une nouvelle exposition universelle vient d’être décidée pour 1889, par un décret du Président de la République ; il est probable qu’elle dépassera par son importance, tout ce qui aura été fait jusqu’ici. Sans aborder ici la discussion des différents programmes d’installation, que la Commission, instituée dans ce but, aura pour mission d’étudier, nous voulons présenter à nos lecteurs, un projet très original, très hardi, et très intéressant que notre savant constructeur M. Eiffel, se propose de réaliser pour cette grande date de 1889.
- Il s’agit d’une tour immense qui atteindrait l’altitude de 500 mètres au-dessus du niveau du sol.
- En 1875, au moment où l’on construisait les bâtiments de l’Exposition de Philadelphie, il fut question, dans les journaux, d’une tour de 1000 pieds
- de hauteur, qui devait être élevée au milieu du parc environnant le palais L Cette idée ne fut pas
- 1 Voy, n° 42 du 21 mars 1874, p. 241. lîe inaée. — 2“ semestre.
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- mise à exécution : elle vient d’être reprise en France. L’exemple des plus grands monuments construits jusqu’à ce jour montre qu'il est difficile, avec des matériaux où la pierre joue le principal rôle, de dépasser une hauteur de 150 à 160 mètres laquelle peut être considérée comme une limite rarement atteinte. En effet, les principales hauteurs de monuments connus son les suivantes :
- Cathédrale de Cologne,
- 159 mètres ; cathédrale de Rouen, 150 mètres; grande pyramide d’Egypte, 146 mètres; cathédrale de Strasbourg, 142 mètres; cathédrale deVienne (Autriche), 158 mètres; Saint-Pierre de Rome, 132 mètres ; flèche des Invalides, 105 mètres ; Panthéon, 79 mètres; balustrade des Toqrs de Notre-Dame de Paris, 66 mètres.
- Pour dépasser ces hauteurs, il est indispensable de recourir à l’emploi du fer. Ce métal est le seul qui permette non seulement de supporter les réactions verticales de la construction, mais encore de résister aux efforts de flexion résultant de l’action du vent; cette flexion est considérable pour les grandes hauteurs.
- Les piles métalliques, qui ont pté construites dans ces derniers temps, atteignent couramment la hauteur de 60 mètres, et, dans l’état actuel de l’art de l’ingénieur, il n’y a pas de difficultés très sérieuses à atteindre des hauteurs de 80 et même de 100 mètres ; mais la question est tout autre avec la hauteur projetée de 300 mètres, et il se produit, dans l’étude détaillée, des difficultés analogues à celles que l’on rencontrerait dans l’étude d’un pont.
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- Fig. 1. — La tour de 300 mètres de hauteur.
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- si J’on voulait passer d’une portée de 150 mètres, à celle de 500 mètres.
- En effet, pour ne citer qu’un point spécial, si on ne veut pas multiplier les montants de l’ossature, on est conduit à mettre des contrevcntemcnts diagonaux qui dépassent les limites praticables et qui atteignent à la base de la pile des longueurs de plus de 100 mètres; si au contraire on multiplie ces montants, on arrive à une construction extrêmement lourde et d’un effet architectural déplorable. 11 était donc nécessaire de trouver un mode de construction qui limitât le nombre des montants, et permît néanmoins de supprimer les contreventements diagonaux. C’est ce qui a été réalisé dans le projet actuel qui est présenté par M. G. Eiffel, le constructeur du viaduc de Garabit et qui a été dressé par
- H otr« Dame deParis.
- Fig. 2. — Hauteurs comparatives de la tour de 300 mètres de haut, de l’Arc-de-Triomphe et des Tours de Notre-Dame, à Paris.
- deux de scs ingénieurs, MM. Nouguier et Koechiin, avec la collaboration de M. Sauvestre, architecte, pour la partie décorative.
- L’ossature de la tour se compose essentiellement de quatre montants formant les arêtes d’une pyramide dont les faces sont disposées suivant une surface courbe. La courbure de cette surface est déterminée par des considérations théoriques de résistance au vent qui sont une des innovations caractéristique du projet.
- Chacun de ces montants offre une section carrée décroissante de la base au sommet, et forme un caisson courbe à treillis ayant 15 mètres de côté à la base et 5 mètres au sommet. L’écartement des pieds des montants est de 100 mètres. Ils se réunissent à la partie supérieure, et constituent une plate-forme carrée de 10 mètres de côté. Ces montants sont ancrés sur de solides massifs de fondation, et sont re-
- liés à différents étages par des ceintures horizontales servant d’appui à de vastes salles, qui seront utilisées pour les différents services qu’on installera dans la tour. La salle du premier étage, dont le plancher se trouve à 70 mètres du sol, présente une superficie de 5000 mètres carrés.
- A la partie inférieure, et dans chacune des faces, est disposé un grand arc de 70 mètres d’ouverture, formant le principal élément de la décoration. Il donne à la tour l’aspect monumental qui est indispensable pour la destination qu’elle doit recevoir. Au sommet est installée une coupole vitrée, d’où l’on pourra apercevoir l’immense panorama, qui se développera sous les yeux du spectateur. On accédera à ce pavillon par quatre grands ascenseurs disposés dans l’intérieur des montants, et pour lesquels les dispositions prises donnent une sécurité absolue. Indépendamment de l’attrait et du cachet monumental que présentera cette tour, qui sera la plus hardie de l’art de l’ingénieur à notre époque, elle sera susceptible d’emplois variés que l’expérience fera connaître, et parmi lesquels ont peut prévoir dès maintenant les suivants :
- 1° Observations stratégiques.—En cas de guerre, on pourra de cette tour observer tous les mouvements de l’ennemi, dans un rayon de 60 kilomètres en plongeant au-dessus des hauteurs qui entourent Paris, et sur lesquelles sont placés les nouveaux forts.
- 2° Communications par télégraphie optique. — En cas d’investissement, ou de suppression des lignes télégraphiques ordinaires, on pourra de ce poste élevé communiquer par la télégraphie optique à des distances considérables, telles que de Paris à Rouen, par exemple, où le second observateur pourra être lui-même placé sur une colline élevée.
- 3° Observations météorologiques. —Un observatoire de ce genre, à 500 mètres au-dessus du sol n’existe pas encore, et un grand nombre de questions, notamment la direction et. la violence des courants atmosphériques jusqu’à cette hauteur, n’a pas encore été mesurée.
- 4° Observations astronomiques.‘—A cette grande hauteur, la pureté de l’air, et l’absence des brumes qui recouvrent le plus souvent l’horizon de Paris, permettront un certain nombre d’observations à peu près actuellement impossibles en temps ordinaire à Paris.
- 5° Eclairage électrique à grande hauteur. — En disposant sur cette tour des foyers électriques suffisamment puissants, comme cela se fait dans certaines villes d’Amérique, on pourra obtenir un éclairage général dont les avantages sont reconnus depuis longtemps, mais qui n’ont pas encore été réalisés sur une aussi vaste échelle. On éclairera ainsi toute l’Exposition et ses abords, de la façon la plus complète et la plus agréable, au moyen d’un seul centre lumineux.
- On peut prévoir encore d’autres applications, soit dans le domaine pratique, comme l’indication de l’heure à grande distance, soit dans le domaine
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- scientifique, pour lequel on disposera, pour la première fois, d’une hauteur libre de 300 mètres permettant d étudier : la chute des corps dans l’air, la résistance de l’air sous différentes vitesses, certaines lois de l’élasticité, l’étude de la compression des gaz ou des vapeurs, l’étude des plans d’oscillation du pendule, etc., etc.
- Telles sont les principales lignes de ce grand projet, qui peut devenir l’un des attraits de la future Exposition, et dont la compétence bien connue de M. Eiffel garantit la possibilité de réalisation.
- Cette tour remplacera à certains points de vue le magnifique aérostat captif à vapeur de M. Henri Giffard, qui a obtenu en 1878 un si grand et si légitime succès.
- NÉCROLOGIE
- Lartigue. L’installatiou pratique des téléphones dans la plupart des grandes villes de notre pays, peut être considérée, en partie, comme son œuvre.
- Henri Lartigue faisait partie du Comité consultatif des chemins de fer ; il était chevalier de la Légion d’honneur et chevalier de l’ordre de François-Joseph d’Autriche.
- Le laborieux ingénieur est mort d’une méningite causée par un excès de travail et de fatigue.
- Esprit net et pratique, Henri Lartigue était ‘essentiellement libéral et désintéressé. Très ingénieux, simplificateur, il avait le don d’éclairer toutes les questions qu’il étudiait.
- Botaniste et entomologiste distingué, il laisse de belles collections d’histoire naturelle. Artiste, musicien, poète, il avait en quelque sorte reçu tous les dons en partage. Ami sincère et dévoué, sa mort est une grande perte pour sa famille, pour ses amis, pour la Compagnie des téléphones et pour la science. Henri Lartigue laisse un frère de grand mérite, dont nos lecteurs connaissent les travaux et notamment la construction de l’ingénieux chemin de fer monorail que nous avons décrit. G. T.
- Henri Lartigue. — Le savant ingénieur dont nous déplorons la perte, Henri Lartigue est né à Saint-Mandé, près Paris, le 30 septembre 1830. Les conséquences des événements politiques ayant conduit sa famille dans le midi de la France, d’où son père était originaire, Lartigue fît ses études au petit séminaire d’Auch, dont l’enseignement était renommé dans la contrée. Sous l’influence du savant abbé Dupuvs, le goût de Lartigue pour les sciences physiques et naturelles se développa rapidement. Tout le temps dont il pouvait disposer était consacré à des explorations dans les Pyrénées; il y réunit de magnifiques collections de botanique et d’entomologie, et sa connaissance de la flore et de la faune du pays, aussi bien que le charme de son caractère, lui valurent l’amitié des nombreux savants qui, chaque année, vont étudier cette intéressante chaîne de montagnes.
- A peine muni des grades universitaires, Lartigue fut nommé professeur de physique, chimie et histoire naturelle au lycée d’Aunh. — En 1855, Le Verrier, directeur de l’Observatoire de Paris, voulant organiser un service spécial d'observations météorologiques et ayant entendu parler des aptitudes de Lartigue, le fit appeler,etlui confia la conduite et la surveillance de tous ces appareils ingénieux qui enregistrent, au moyen de la photographie et de l’électricité, les moindres variations du baromètre, du thermomètre et de la boussole.
- Mêlé dès lors aux travaux et aux découvertes des Le : Verrier, Yvon Villarceau, Emmanuel Liais, et surtout de Léon Foucault, il se passionna pour la science, alors en pleine période de développement, des applications de l’électricité.
- En 1859, Lartigue quitta l’Observatoire pour entrer dans l’administration du chemin de fer du Nord, où ses aptitudes spéciales le firent charger du service télégraphique. 11 tourna ses recherches vers les perfectionnements des appareils destinés à augmenter la sécurité des trains, à protéger la vie des voyageurs contre les accidents. Tout le monde a vu aux expositions de Paris, (1878 et 1881), Vienne, Bruxelles, etc., ces ingénieux sémaphores, ce sifflet automateur, ce commutateur d’aiguilles, etc. Ces inventions multiples valurent à son auteur de nombreuses médailles d’or, et le conduisirent à être nommé, en mai 1880, directeur de la Société des téléphones. Nous avons décrit dans La Nature les impor-' tantes et ingénieuses dispositions que l’on doit à Henri
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- LES GRANDS TUNNELS
- K T LES K AIL WAV S MÉTROPOLITAINS
- Quand on commença à construire les voies ferrées, la perforation des moindrès collines était considérée comme une œuvre périlleuse et difficile; aujourd’hui, grâce à l’outillage puissant et perfectionné de l’industrie moderne, on arrive à traverser par de longs tunnels, le Saint-Gothard, le Mont-Cenis, et les plus grandes chaînes de montagne ; le tunnel de la Manche, malgré ses 55 kilomètres de longueur, serait une entreprise relativement facile, si l’opposition du Gouvernement britannique, n’y avait apporté des entraves, aussi regrettables que peu justifiées.
- Cette question des grands tunnels, si importante en ce qui concerne les communications internationales, offre encore un véritable intérêt au point de vue des grandes villes, qui se préoccupent de faciliter le transport de leurs habitants au moyen de chemins de fer métropolitains souterrains. La question est aujourd’hui à l’ordre du jour, et nous allons la résumer en prenant pour guide le nouveau et remarquable ouvrage que M. Louis Figuier vient de publier à ce sujet1.
- Nos lecteurs connaissent déjà les travaux d’études qui ont été faits pour le tunnel delà Manche2 jusqu’à l’apparition delà remarquable machine du colonel de Beaumont(fig.l), qui permet d’entreprendre le creusement dans les roches tendres avec une facilité inespérée5.
- 1 Les nouvelles Conquêtes de la science, par Louis Figuier. 2e volume. — Grands Tunnels et Uailways métropolitains. 1 vol. grand in-8°, avec 215 gravures. — Pari?, Librairie illustrée, Marpon et Flammarion. Nous devons à l’obligeance de l’auteur et des éditeurs, les intéressantes gravures qui accompagnent notre article.
- a Voy. n° 70 du 3 octobre 1874, p. 278, et n° 73 du 24 octobre 1874, p. 527.
- 5 Voy. n° 480 du 12 août 1882, p. 155.
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- Nous allons donner ici le complément de cette partie de l’histoire si intéressante et si malheureusement interrompue, de l’industrie contemporaine.
- Deux grandes Sociétés s’étaient formées pour mener à bonne fin la grande entreprise du tunnel de la Manche. U Association anglaise opérait à Douvres, et YAssocialion française, ayant comme président M. Léon Say, exécutait ses travaux à Sangatte, au cap Gris-Nez, près de Calais.
- Du côté français, un grand atelier fut construit, et après avoir procédé au forage d’un puits de 150 mètres de profondeur, on commença à perforer une galerie d’essai dirigée sous la mer. Le perforateur Brunton et le perforateur Beaumont furent successi-
- vement essayés, et M. Léon Say ayant demandé à M. D. Colladon un travail sur les meilleurs moyens d’utiliser l’air comprimé, pour transporter la force motrice de l’extérieur des puits jusqu’aux travaux intérieurs du tunnel sous-marin,M. Colladon proposa d’adopter les appareils compresseurs qui venaient de fonctionner avec tant de succès dans le souterrain du Saint-Gothard, en se bornant à remplacer par une machine à vapeur les chutes d'eau dont on avait fait usage à Gœschenen et à Airolo. Quatre compresseurs d’air furent installés à Sangatte.
- La Compagnie française, en 1882, s’était trouvée avoir accompli de magnifiques travaux préparatoires, en puits, sondages, installations de bâtiments et de
- machines, percement d’une galerie sous-marine de près de 2 kilomètres. Les dépenses s’élevaient alors à la somme de 2 millions de francs, montant du capital provisoire souscrit par les membres de Y Association.
- Les travaux du côté anglais ne marchèrent pas moins activement, sous la direction de la Compagnie du South-Eastern railway, rivale de la première Compagnie anglaise que dirigeait sir John llawkshaw, et qui entretenait des rapports suivis avec l’Association française. Se basant sur les indications géologiques que celle-ci s’était empressée de lui fournir, elle fit creuser à Shakespeare-cliff (rocher de Shakespeare) entre Folkestone et Douvres, un puits de 49 mètres de profondeur, entièrement creusé dans la craie de Rouen, et dont le fond se trouve à la cote de 29 mètres au-dessous des plus basses mers.
- On commença alors à percer au fond de ce puits, la galerie du tunnel avec une pente descendante de 12 millièmes et demi. Cette galerie entièrement creusée et percée avec la machine Beaumont, a avancé régulièrement, en se maintenant dans la craie grise.
- Au printemps de 1882, elle avait dépassé une longueur de 1800 mètres, dont 1400 sous la haute mer; son niveau le plus bas, se trouvait à 51 mètres au-dessous du niveau de la mer. Les rares venues d’eau rencontrées pendant le percement de la galerie furent arrêtées facilement par des espèces de ceintures intérieures en fer fondu, formées de cinq segments réunis et consolidés par des boulons. Ces ceintures, ou anneaux intérieurs, pressaient fortement contre les parois du tunnel, et refoulaient les couches de mastic préalablement interposées contre les fissures qui laissaient suinter des filets d’eau. La
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- galerie avait pu atteindre 2000 mètres de longueur. | Tout allait pour le mieux, le diamètre définitif du
- Fig. 2. — Ce qu’il y a sous le pavé de Londres.
- Conduite de gaz. — Conduite d’eau. — Tube pneumatique pour les dépêches. — Égouts. — Tunnel et raihvay métropolitain.
- tunnel devait être de 4m,30. D’après la vitesse de I la Manche, long de 35 kilomètres, serait perforé en l’avancement, on calculait, en 1882, que le tunnel sous | trois ans et demi, et par suite de mesures très pré-
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- eises, il n’y avait aucune inquiétude à concevoir, quant à la rencontre sous la mer, des deux galeries convergentes.
- Tout était prévu, tout, excepté l’influence des inqualifiables préjugés anglais. Le parti réactionnaire, de l’autre côté du détroit, excité par le ge'néral Wolseley, considéra le tunnel de la Manche comme une porte librement ouverte à l’invasion étrangère. La sûreté de l’ile allait être compromise !
- Par un véritable coup de théâtre, auquel personne, de l’un ni de l’autre côté du détroit, n’était préparé, le gouvernement de la Reine en 1883, fit définitivement arrêter les travaux du côté anglais. On continua les travaux du côté français ; la machine Beaumont perforait dans une seule journée 15 à 16 mètres (1 mètre par heure de travail). Mais il fallut aussi arrêter l’entreprise.
- « Aujourd’hui, dit M. Louis Figuier, les travaux ont complètement cessé. Au mois d’avril 1884, un mur ferma l’entrée du tunnel, du côtédç la France, et les galeries creusées furent abandonnées à la grâce de Dieu!
- « Ce qui rend profondément odieux la suspension des travaux du tunnel, par l’ordre du gouvernement britannique, c’est quelle est survenue au dernier moment, huit années après que les travaux avaient été commencés et poursuivis avec la pleine ap -probation du gouvernement anglais ».
- Il y a lieu de faire remarquer que tout le monde, en Angleterre, n’est pas opposé à la jonction sous-marine des deux pays, et que le commerce général de l’intérieur, désire vivement l’exécution du passage sous-marin.
- « Les avantages que l’Angleterre retirerait de sa réunion au Continent français sont d’une telle évidence, dit M. Louis Figuier, qu’ils finiront, nous l’espérons du moins, par triompher de la routine britannique. »
- Après les tunnels, la question des railways métropolitains est une de celles qui sont assurément les plus dignes de fixer notre attention. La plupart des grandes capitales, Londres, New-York, Berlin, etc., ont aujourd’hui leur chemin de fer intérieur, et Paris attend encore le sien. On a récemment adopté le projet d’un railway souterrain analogue à celui qui fonctionne à Londres (fig. 2) et qui facilite les transports au delà de tout ce que peuvent s’imaginer ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’apprécier les avantages de ces voies ferrées métropolitaines. Nous avons l’intention de signaler en détail ce grand projet, et nous tiendrons nos lecteurs au courant des résolutions qui seront adoptées, et de l’état des travaux lorsqu’ils seront en voie d’exécution.
- M. Louis Figuier dans le volume si attrayant et si rempli de faits curieux, qu’il vient de publier, retrace l’histoire complète de trois systèmes de railways métropolitains : les tunnels, les voies de niveau et les chemins de fer sur arcades. Il décrit avec dessins, cartes et plans à l’appui, les railways métropolitains de Londres, New-York et Berlin, et
- donne le tracé du réseau adopté en 1883, par le Conseil municipal de Paris, qui sera soumis prochainement à l’examen des Chambres. Nos lecteurs que ces grandes questions des travaux publics intéressent, trouveront dans l’ouvrage de M. Louis Figuier les renseignements les plus récents exposés avec le talent et l’attrait que le savant auteur des Merveilles de la science sait apporter à ses œuvres. G. T.
- --Q--&0-
- CORRESPONDANCE
- A PROPOS DE l.’ARTICI.E INTITULÉ :
- Comment travaillent les Américains1?
- Youlez-vous me permettre de répondre en quelques lignes à M. Lourdelet qui nous reproche à nous Français, de ne pas aller assez vite en besogne dans les affaires. Pour un peu, il nous dirait que nous sommes des paresseux.
- Avez-vous remarqué la déplorable tendance que nous avons à nous amoindrir toutes les fois que nous nous comparons aux étrangers ? Tantôt ce sont les Allemands, tantôt les Anglais, tantôt les Américains qui sont ou plus ! savants, ou plus sages ou plus habiles que nous. Jamais ! la comparaison ne tourne à notre avantage ou simplement n’est équitable. Les étrangers prennent acte de nos propres aveux, dictés par une imprudente générosité, et ils nous accordent des qualités secondaires, la bienveillance, l’amabilité, etc., s’attribuent les autres, et finissent par se délivrer un brevet de supériorité. Il ne faut pourtant pas que la crainte d’être chauvin, nous rende antichauvin.
- M. Lourdelet semble croire que l’idéal dans la vie soit la rapidité. 11 admire volontiers la devise saxonne : Times is money, mais il oublie que c’est la devise de ceux qui | non seulement considèrent le temps comme de l’argent mais considèrent l’argent comme la chose importante dans la vie. Le mot de ce grand-père à sa petite-fille : « L’argent, ma fille, ça pue, » est bien autrement vrai et français. M. Lourdelet nous»blâme de n’en avoir pas fini avec les formules dans la correspondance commerciale, de n’avoir pas supprimé les salutations, les compliments, etc., U fait l’éloge du Yankee qui supprime tout, sauf la partie essentielle. J’aurais voulu que M. Lourdelet nous dit ce que le Yankee fait de ce temps si scrupuleusement économisé ; après l’avoir si bien ménagé dans la vie de chaque jour, comment emploie-t-il ses économies ! Il ne s’agit pas de courir la poste si ce n’est pour atteindre un but louable. C’est une autre manière de comprendre la vie, si l’on veut, que d’en avoir plus tôt fini avec la besogne pour ne rien faire après, ou faire le mal. Il y a des ouvriers fort habiles, plus nabiles qu’honnêtes, qui en quatre jours abattent la besogne d’une semaine et gaspillent le fruit de leur travail dans les trois derniers jours.
- Ah ! M. Lourdelet ne veut ni des formules ni des salutations! c’est trop long, cela fait perdre du temps! Sténographie et Téléphone, voilà la devise moderne. Et il ne voit pas que cette devise, qu’il voudrait restreindre à la vie industrielle et commerciale, sera bientôt celle de la vie tout entière. La suppression des formules, c’est la suppression de la politesse, d’abord dans les lettres commerciales, puis, par habitude, dans les autres. Un M. au lieu de monsieur ou de madame; Salut au lieu des diverses formules par lesquelles on exprime son respect ou
- 1 Vov. n° 509 du 22 novembre 1884, p. 587.
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- sa reconnaissance, ou ses remerciements, ou son affection. Bientôt on transporte ces habitudes de simplicité grossière, dans la vie : on ne quitte plus son chapeau pour saluer, ce serait du lemps perdu; on ne s’interroge pas sur sa santé ; on court dans la rue, en marchant sur les pieds des personnes qu’on rencontre, les bousculant au besoin, afin d’aller plus vite, sans leur demander pardon ; ce serait du temps perdu. On remplace une lettre par une dépêche, c’est plus court, il y a moins de temps perdu. On finit par ne plus savoir écrire un mot, à force de simplifier les rapports écrits.
- M. Lourdelet aura beau dire qu’il ne souhaite la simplification et la rapidité que dans les relations commerciales, les choses n’en resteront pas là. On ne contracte pas deux habitudes, l’une pour les relations d’affaires, l’autre pour les relations sociales. Les Américains le prouvent bien. Quel avantage retirent-ils de leur excès d’activité? Est-ce d’arriver plus tôt au bien-être matériel, à la fortune, afin de pouvoir, par une retraite anticipée, se donner le moyen de cultiver leur esprit ou se consacrer à des œuvres de bienfaisance? On peut en douter. Ce peuple jeune et vigoureux poursuit âprement la fortune, avec toute l’activité que permet le progrès matériel, afin de poursuivre non moins âprement le plaisir.
- N’en déplaise à M. Lourdelet, même en travaillant, il n’est pas inutile de perdre un peu de temps. L’homme, comme l’enfant, a besoin de récréation. Aucun excès n’est bon, même celui d’activité. Cette manière de tout exécuter rapidement, ne permet pas de donner à ce qu’on fait,l’attention nécessaire. Il n’est, pas plus sain de penser vite que de manger vite. Le cerveau est un organe comme un autre. Le plus sûr moyen de réduire la valeur de l’homme, c’est d’en faire une machine. La supériorité comme la dignité de l’homme est dans la pensée. La science, en contribuant au progrès matériel, lui permet d’économiser du temps sur celui qu'il consacre aux affaires, mais pour qu’il en consacre d’autant plus à la culture de son esprit. Si son activité le détourne de la réflexion, elle lui est funeste. Les loisirs que nous donne la science ou la fortune, doivent servir à notre progrès moral. Félix Hément.
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- LÀ BIBLIOTHÈQUE DE « LÀ NÀTURE1 »
- L’Art militaire et la Science, par le lieutenant-colonel
- Hennebert. — L’Electricité dans la maison, par Ed.
- Hospitalier. — Les Récréations scientifiques, ou
- l’Enseignement par les jeux, par Gaston Tissanmer.
- 4° édition.
- Le bon accueil que les lecteurs ont bien voulu faire à La Nature dès là première année de sa fondation, nous a conduit à créer, en 1880, avec le concours de notre éditeur et ami, M. G. Masson, que nous trouvons toujours prêt à faciliter et à encourager notre œuvre, la Bibliothèque de « La Nature ». Cette bibliothèque est en quelque sorte le complément de notre publication; les volumes qui la conr-posent, ont pour but de réunir en un ensemble méthodique les questions scientifiques d’un intérêt
- 1 Chaque volume, de format in-8°, est imprimé sur beau papier et comprend de nombreuses illustrations dans le texte. (G. Masson, éditeur.)
- général, dont se préoccupe l’esprit public. L’auteur, toujours un peu gêné par la concision que nécessite un article de Revue, trouve dans le cadre d’un livre, l’espace suffisant pour développer les sujets ; et les articles qu’il a précédemment écrits peuvent très utilement servir de charpente première à la construction de l’ensemble. C’est ainsi qu’ont été conçus les neuf premiers volumes de de la Bibliothèque de « La Nature » : Les Nouvelles Routes du globe, par Maxime Hélène ; Les principales applications de l'Electricité, par Ed. Hospitalier ; Les Races sauvages, par A. Bertillon ; Les Excursions géologiques à travers la France, par Stanislas Meunier; Les Voies ferrées, par L. Raclé ; Les Origines de la science, par A. de Rochas; L'Etain, par Germain Bapst; Les Récréations scientifiques et L'Océan aérien, par G. Tissandier.
- C’est de la même façon que les volumes publiés cette année ont été écrits. Ils viennent de paraître ; nous allons les signaler à nos lecteurs.
- L'Art militaire et la Science. — Le matériel de guerre moderne, par le lieutenant-colonel Henne-bert1. — « Aujourd’hui que dans tous les pays du globe, chacun doit le service personnel, il est bon que chacun sache quelles sont les ressources de tout genre qui se trouvent mises à la disposition des combattants. » Cette phrase que nous empruntons à la préface de l’auteur, indique l’incontestable utilité de ce livre ; mais à côté de son utilité, l’ouvrage de M. le colonel Hennebert offre un grand intérêt scientifique. Les procédés de la guerre subissent la loi générale de l’éternelle métamorphose; ils se modifient sans cesse à mesure que se développent les progrès de l’industrie. Après 1 âge de la poudre, et l’âge du bronze, vient 1 âge de la dynamite et de l’acier. Triste conséquence du progrès des sciences, dira-t-on. Assurément. Mais qu’y faire? Ne soyons pas des philosophes moroses, et acceptons avec virilité les conséquences de notre époque. Tant qu’il y aura des frontières et des voisins, il faudra des canons et des forteresses.
- C’est à la science à présider à ces constructions gigantesques, pour lesquelles les peuples, dans l’intérêt sacré de la Patrie, doivent donner toute leur énergie, tous leurs efforts, toute leur force, et le meilleur de leur sang. M. le lieutenant-colonel Hennebert, ancien élève de l’École Polytechnique, officier du génie, ancien professeur à l’École militaire de Saint-Cyr et à l’École des Ponts et Chaussées, est un maître qui n’a point besoin d’être présenté à nos lecteurs; les articles militaires qu’il a bien voulu écrire dans La Nature depuis deux ans, ont été remarqués à leur valeur, non seulement parmi nous, mais à l’étranger; c’est un maître militant, qui connaît le champ de bataille du soldat, aussi bien que l’amphithéâtre du professeur. Nul mieux que lui ne pouvait écrire ce livre de L’Art militaire et la Science. L’artillerie, les poudreries,
- 1 1 vol. in-8° avec 85 gravures dans le texte et 4 planches hors texte.
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- LA NATURE.
- les canons, matériel de montagne, de siège et place, et de côtes ; les fortifications, les travaux de campagne, les communications militaires, voies ferrées et navigables, le service de correspondance, transport des dépêches, télégraphie; les reconnaissances militaires, observatoires, aérostats, photographie , forment les grandes divisions de ce beau livre, que voudront lire, tous ceux qui ont souci de la grandeur et de la puissance de notre pays.
- L'Electricité dans la maison, par Ed.
- Hospitalier1. —
- En copiant le litre de ce volume, écrit par l'un de nos plus fidèles collaborateurs , nous nous trouvons encore eon-duit à faire sortir de grands éloges de notre plume. 11 nous faut dire tout le bien que nous pensons de nos amis, quand ils sont laborieux, sin cères dans leur amour pour la science, et qu’ils écrivent d’excellents e t utiles ouvrages, répondant à un véritable besoin de notre temps.
- L'Electricité dans la maison est un livre attendu par les innombrables amateurs d’électricité. Deux
- éditions successives du livre précédent de M. Hospitalier : Les principales applications de VÉlectricité, ont été rapidement épuisées chez l’éditeur, L'Electricité dans la maison aura le même succès. On y trouvera tous les renseignements pratiques sur les
- 1 1 vol. iu-8° avec 158 gravures dans le texte et un frontispice
- Fig. 1. — Une maison de Paris 611,1880. — Les moteurs d’éclairage, les téléphones, les avertisseurs, les allumoirs et les sonneries.
- piles et la production du courant, sur les sonneries, les avertisseurs, la téléphonie domestique, l’horlogerie électrique, les allumoirs, l’éclairage, les moteurs, la locomotion électrique, la galvanoplastie, les récréations électriques. Cet ouvrage est en quelque sorte l’ABC de l’électricien amateur ; il est écrit par un praticien et un théoricien de premier ordre, car le nom de M. Hospitalier est presque devenu synonyme d’électricien. Le frontispice du livre en résume très heureusement tous les chapitres ; il représente la coupe d’une maison de Paris en 1885 (fig. 1). Dans les caves (n° 1) se trouvent un moteur à gaz qui actionne les machines dynamo, fournissant le courant électrique pour l’éclairage de la maison moderne. Au rez-de-chaussée (n° 2) on voit le concierge qui interroge son tableau indicateur; à côté se trouve un café éclairé par des lampes à incandescence. Dans les étages supérieurs sont représentés des spécimens de lustres électriques (n° 5),
- des sonneries à chaque palier (n° 4), des cuisines où les cuisinières allument leurs fourneaux avec des allumoirs électriques (n° 5), des téléphones (n° 6) et des sonneries dans les chambres de domestiques (n° 7). Nous savons par les lettres que nous recevons de nos lecteurs, combien sont nombreux aujourd’hui les amateurs d’électricité, nous ne sau-
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- rions mieux faire que de leur signaler et de leur recommander le livre de M. Ed. Hospitalier.
- tig. Ü. — L’écolier inventeur üe la machine pneumatique.
- Fig. 4. — Dissolution sursaturée de sulfate de soude.
- nous faut ici, interrompre notre panégyrique, en
- Les Récréations scientifiques ou l'Enseignement par les jeux, par G. Tissandier, 4e édition1. — 11
- Fig. 5. — Expérience sur la compression de l’air.
- Fig. 5. — Expérience de l’Arbre de Saturne.
- 1 40 édition, entièrement refondue. Ouvrage couronné par l’Académie française. 1 vol. in-8° avec 218 gravures dans le
- présentant la quatrième édition de cet ouvrage.
- texte, dont 10 nouvelles, et 4 planches hors texte tirées en couleur.
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- Nous nous contenterons de rappeler quelle a été la pensée de l’auteur en l’écrivant. — 11 a voulu montrer que la physique, la mécanique, la chimie, sciences éminemment expérimentales, pouvaient être enseignées, étudiées et cultivées par l’expérience, sans appareils spéciaux; que les phénomènes naturels, peuvent être partout mis en évidence autour de soi, avec les premiers objets venus que l’on a sous la main. On peut confectionner une machine pneumatique avec un morceau de papier allumé, une carafe, un œuf dur, ou même encore avec la bouche et un porte-plume (lig. 1) ; il est facile de montrer l’effet de la compression des gaz avec un sac de papier gonflé d’air (fig. 2). En faisant ainsi de la Physique sans appareils, on s’instruit et l’on s’amuse. Avec ce livre, le jeune lecteur croit qu’il prend la récréation, alors qu’en réalité il est en classe puisqu’il acquiert des notions utiles ; quand il parcourt l’ouvrage, il apprend sans le savoir la physique et la chimie; il étudie à son insu les sciences naturelles, et trouve l'occasion, en exécutant des expériences amusantes, de développer l’habileté manuelle si utile à tous ceux qui s’adonnent aux sciences Avec quelques fioles, une lampe à esprit-de-vin, et un petit nombre de produits, tout un cours de chimie est décrit dans les Récréations scientifiques.
- Voici la manière de préparer des tubes de verre contenant des dissolutions sursaturées de sulfate de soude (fig. 4), qui cristallisent instantanément quand on casse la pointe du tube de verre scellé à la lampe, où ces dissolutions sont contenues. Voici la représentation d’un Arbre de Saturne, (fig. 5) formé par la remarquable critallisation de plomb métallique1 2.
- Les figures ci-contre qui ont été faites spécialement pour la quatrième édition du livre, montrent avec quels soins l’éditeur l’a publié : M. G. Masson a voulu l’embellir encore par des planches en chromolithographie qui en font un très agréable ornement.
- Le livre des Récréations scientifiques^,qui obtient
- 1 Voici comment on peut réaliser cette intéressante expérience : on forme une dissolution d’acétate de plomb dans la proportion de 50 grammes de sel par litre d’eau distillée, et on verse le liquide dans un vase cylindrique. On adapte au bouchon de ce vase un morceau de zinc auquel on attache cinq ou six fils de laiton écartés les uns des autres ; on plonge ce système dans la liqueur, et bientôt on voit les (ils de laiton se couvrir de paillettes de plomb brillantes et cristallines, qui croissent et grandissent de jour en jour.
- 2 L’accueil qui a été fait aux Récréations scientifiques, nous a suggéré l’idée de publier un album pour le premier âge, où seraient réunis des jeux instructifs et amusants. Cet album, publié sous le titre de Jeux et jouets du jeune âge, a été exécuté, pour les compositions, par M. Albert Tissandier, et pour le texte par M. Gaston Tissandier.
- Les compositions sont en couleur, et le livre, édité avec grand luxe par M. G. Masson, est tiré par les nouveaux procédés de chromo-typographie. Ce sont des véritables aquarelles, qui ont été tuées par les nouvelles presses à deux couleurs. Nous donnerons prochainement la description de ce livre, qui, en dehors de son côlé amusant pour le jeune âge, offre un véritable intérêt au point de vue typographique.
- en France un si grand succès, a été traduit dans toutes les langues de l’Europe; l’an dernier, l’Académie Française, l’a jugé digne d'être couronné et de recevoir un des prix Montyon destinés à signaler les livres utiles. L’auteur a été hautement récompensé de son travail, au delà même de ce qu’il pouvait espérer, et il est heureux d’exprimer sa reconnaissance à ses lecteurs. Gaston Tissandier.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DOMESTIQUE
- (Suite et fin. — Voy. p. 397)
- Il nous reste à parler aujourd’hui des piles de charge, des accumulateurs et des divers appareils accessoires d’un emploi commode pour réaliser pratiquement l’éclairage électrique domestique sur une petite échelle.
- Le choix d’une pile convenable, pour la charge des accumulateurs est une question assez délicate et assez embarassante. A dire vrai, la pile possédant toutes les qualités nécessaires à cette application n’existe pas encore, mais parmi les piles connues, il en est plusieurs qui, dans certains cas particuliers, ont de suffisantes qualités pour être employées utilement.
- C’est même en cherchant à utiliser certaines piles à l’éclairage direct que nous avons été conduit à étudier une disposition d’éclairage indirect répondant aux besoins définis dans notre précédent article.
- Nous avions installé dans notre cave, l’hiver dernier, douze éléments de Lalande et Chaperon, modèle à auge moyen, qui nous fournirent environ 120 heures d’éclairage dans une période d’environ six mois ; mais par suite d’un affaiblissement partielle des éléments, affaiblissement dû à la fois à la réduction de l’oxyde de cuivre et à la modification de la composition de la solution transformée en zincate de potasse, la puissance lumineuse de la lampe allait s’affaiblissant chaque jour, au fur et à mesure de l’usure des piles, et nous dûmes arrêter l’éclairage avant l’épuisement complet des éléments. C’est en cherchant à parfaire l’épuisement des couples, en essayant d’utiliser ce résidu, que nous vint l’idée d’employer des accumulateurs. Comme la pii était insuffisante pour effectuer directement la charge des accumulateurs disposés en tension, nous avons employé la méthode indiquée depuis longtemps déjà par M. Gaston Planté, méthode qui consiste à charger en quantité et à décharger en tension, et nous avons alors combiné dans ce but l’appareil automatique précédemment décrit.
- Une première solution est donc fournie par l’emploi des piles de Lalande et Chaperon, en les attelant directement sur les lampes tant qu’elles ont une puissance suffisante, et en les combinant ensuite avec des accumulateurs lorsqu’elles sont trop affaiblies et ne peuvent plus servir qu’indirectement.
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- Une seconde solution est fournie par des piles Daniell de grandes dimensions, en nombre suffisant pour produire la charge. Si, par exemple, les accumulateurs sont tous montés en quantité, il suffira de trois éléments Daniell en tension pour effectuer cette charge; si les accumulateurs sont groupés deux par deux en tension, il faudra six éléments Daniell, et ainsi de suite à raison de trois éléments Daniell par accumulateur.
- Nous préférons le modèle Daniell à lame de cuivre extérieure et zinc intérieur avec vase poreux; l’inconvénient de l’emploi réside dans la nécessité de remplacer assez fréquemment la solution dans laquelle plonge le zinc, solution qui se charge assez rapidement de sulfate de zinc et diminue le débit de l’élément. 11 resterait, pour rendre l’emploi de la pile Daniell véritablement pratique, dans le cas particulier où nous nous plaçons, à imaginer un dispositif siphonnant automatiquement la solution chargée de sulfate de zinc et la remplaçant par de l’eau pure, la réduction du sulfate de cuivre fournissant d’autre part l’acide sulfurique nécessaire à la réaction. Pour ceux qui ne redoutent pas quelques manipulations, la pile Daniell répond assez bien aux besoins, et c’est elle dont M. Achard s’est servi .pour charger les accumulateurs de ses freins électriques.
- Pour notre compte, nous préférons une pile à écoulement, et voici la disposition à laquelle nous nous sommes arrêté pour notre installation particulière. Les six accumulateurs sont groupés en trois dérivations renfermant chacune 2 accumulateurs en tension. Nous les chargeons avec trois piles au bichromate de potasse de petites dimensions, et à renouvellement de liquide, à l’aide d’un réservoir placé à un niveau supérieur.
- Les formes de ces piles à écoulement peuvent varier à l’infini, aussi n’indiquerons-nous aucune disposition particulière. Le réservoir supérieur laisse couler le liquide d’une façon continue, et en quantité suffisante pour produire en 24 heures ce que nous dépensons chaque soir en 2 ou 3 heures. 11 suffit, pour assurer un fonctionnement régulier d’établir un réservoir de dimensions convenables et de le remplir à nouveau avant son épuisement.
- La solution que nous employons est celle indiquée par M. Trouvé; le zinc se compose de crayons plongeant dans du mercure que nous renouvelons au fur et à mesure de l’usure. On conçoit que, grâce à ces dispositions, une pile de dimensions excessivement restreintes, fonctionnant 20 heures par jour, puisse fournir finalement autant d’énergie électrique utilisable dans les lampes qu'une installation beaucoup plus chère, plus volumineuse et plus encombrante, établie pour fournir directement cet éclairage.
- , On pourrait aussi faire usage d’une pile zinc-charbon, et remplacer la solution acide de bichromate de potasse par une solution acidulée sulfurique, mais la faible force électromotrice de ces éléments obligerait à en employer un assez grand nombre en tension, ce qui compliquerait l’installation; nous
- préférons donc, jusqu'à nouvel ordre, la solution de bichromate de potasse, malgré son prix plus élevé.
- Le choix des accumulateurs est plus facile que celui de la pile, et la raison principale est qu’il est plus restreint. Nous avons donné la préférence aux accumulateurs construits par M. Gadot, type légèrement modifié des anciens accumulateurs Faure-Sellon-Yolckmar qui firent tant de bruit il y a quelques années.
- M. Gadot, considérant avec raison que la plupart des applications dans lesquelles on fait usage des accumulateurs sont des installations fixes, a sacrifié la légèreté pour obtenir surtout la solidité et la durée. Au lieu de chercher à emmagasiner 15 ampères-heure par kilogramme de plaques, M. Gadot s’en tient au chiffre pratique d'environ 10 ampères-heure, avec un débit normal de 1,5 à 2 ampères par kilogramme de plaques, mais pouvant s’élever exceptionnellement jusqu’à 5 et 4 ampères. Le plus petit type construit renferme 2 kilogrammes de plaques, sa capacité est de 20 ampères-heure et son débit normal de 5 à 4 ampères. Six accumulateurs en tension pourront donc alimenter une lampe
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- de dix volts et 1,5 ampère pendant = 13 heu-
- 10
- res consécutives avant detre vidés Avec le type de 4 kilogrammes, la durée serait de 26 heures'. Si les piles de charge fournissent une quantité d’énergie électrique à peu près équivalente à la dépense moyenne, on pourra toujours avoir une certaine réserve pour parer à une consommation exceptionnelle, certains jours donnés, réserve d’autant plus grande que le type adopté sera lui-même plus grand.
- Signalons en passant que ces types se font de toutes les grandeurs, depuis 2, 4, 8, 12 et 20 kilogrammes pour les petites installations, les laboratoires, la chirurgie, etc., jusqu’au type de 30, 40, 60, 150 et 500 kilogrammes pour les applications industrielles. M. Gadot livrant ses accumulateurs entièrement formés et prêts à fonctionner, on comprendra pourquoi nous conseillons leur emploi dans le cas particulier où nous nous plaçons. En résumé, notre installation comporte trois piles au bichromate de potasse et à écoulement, disposées dans la cave, reliées au commutateur automatique Planté-Hospitalier placé au-dessus de la boîte renfermant les six accumulateurs Gadot à l’aide à'un seul conducteur isolé à la gutta-percha, le tuyau d’eau formant fil de retour. Les accumulateurs qui tiennent dans une boîte de 32 centimètres de longueur, 28 centimètres de largeur et 25 centimètres de hauteur, sont installés dans l’habitation sur l’étagère même qui supporte les piles Leclanché, destinées au service des sonneries de l’appartement.
- Les conducteurs partant des accumulateurs longent l’antichambre et se distribuent en divers points pour alimenter séparément, successivement ou simultanément, la chambre à coucher, la salle à manger et le bureau. Pour la salle à manger et le bureau, nous faisons usage d’une lampe mobile
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- qu’on installe seulement au moment de s’en servir, et dont les conducteurs souples disparaissent pendant la journée, ainsi que la lampe elle-même. Pour opérer facilement la manœuvre de séparation, nous employons le crochet Sieurrcprésenté ci-dessous (fîg. 1), crochet dont l’emploi est très répandu dans les bureaux téléphoniques de l’État en France.
- Les conducteurs fixes arrivent jusqu’à la planchette et se fixent aux deux bornes; les conducteurs souples reliés à la lampe d’une part se terminent d’autre part par une broche qui vient s’engager dans les deux crochets et établit ainsi d’un seul coup les communications. Le crochet remplace tout commutateur et joue un rôle analogue aux prises à téton dans les canalisations de gaz. Les conducteurs fixes et la planchette étant faciles à dissimuler derrière une tenture, un tableau, une porte, etc.,
- la décoration de la pièce n’est en aucune façon modifiée par l’emploi de l'éclairage électrique.
- Nous pourrions indiquer encore un certain nombre de dispositions accessoires d’un emploi commode, telles que commutateurs,
- Fis. 1.
- Concevons un circuit formé par la lampe, les accumulateurs, le commutateur et un contact de porte qui rompt ce circuit dès que la porte est ouverte. La lampe ne pourra donc être allumée que si la porte est fermée, condition essentielle que nous utiliserons pour éteindre la lampe par la simple ouverture de la porte.
- Le commutateur proprement dit se compose d’un levier Mqui, lorsqu’on exerce une traction sur le cordon N, soulève l’extrémité D du levier BD, et établit un contact en B. Le circuit se trouvant alors fermé, l’électro à gros fil E devient actif et maintient le levier BD sur son contact B, par suite de l’attraction qu’il exerce sur le disque de fer D. La lampe reste alors allumée tant que la porte reste fermée. Dès qu’on ouvre cette porte, le circuit se rompt en C, le levier BD retombe, la lampe s’éteint et ne peut plus se rallumer qu'à la condition d’exercer une nouvelle traction sur le cordon N. Le cordon N'étant dans la pièce à éclairer, il est donc impossible d’en sortir sans éteindre, et d’avoir la lampe allumée si on n’est pas dans la pièce; tout
- Crochets de liaison pour fils souples.
- supports de lampe, abat-jour, etc., mais il faut savoir se borner. Nous décrirons cependant un commutateur un peu spécial dont nous faisons usage et qui nous rend des services faciles à apprécier.
- Étant admis, et cela est hors de doute, que l’énergie électrique ainsi produite est assez coûteuse, il faut savoir l’économiser et ne pas s’exposer à laisser par inadvertance une lampe allumée là où elle n’a
- que faire, et où il est difficile de s apercevoir de l'oubli. Ce cas se présentait pour nous dans un débarras éclairé naturellement pendant le jour, et où‘ l’on avait à faire quelquefois la nuit. Il fallait alors, pour économiser l’énergie électrique, que la lampe ne s’allume qu’à notre volonté et s’éteigne dès que nous quittions la pièce. Ce résultat a été obtenu à l’aide d’un commutateur automatique fort simple dont la figure 2 indique le principe.
- Fig. 2. — Interrupteur automatique. — Diagramme de principe.
- A. Accumulateur.— P. Porte. — C. Contact de porte.— L. Lampe. E. Électro-aimant à gros fil. — BD. Levier de contact. — JI. Levier de manœuvre. — N. Cordon de tirage.
- L’allumage de ia lampe exige que la porte P soit fermée et qu’une personne se trouve dans la pièce à éclairer pour tirer le cordon N. L’ouverture de la porte produit automatiquement l’extinction de la lampe.
- gaspillage est ainsi évite.
- Ce que nous venons de dire sur l’éclairage électrique domestique montre bien qu’il n’y a pas de solution générale du problème, mais seulement des cas particuliers plus ou moins laciles à satisfaire, à la condition de ne pas attacher une importance excessive à la question économique, de bien utiliser le matériel d’installation, et d’éviter toute dépense inutile d’énergie électrique.
- La solution que nous avons indiquée et adoptée pour notre service personnel est loin d’être complète ; elle comportera, dans la pratique, des progrès et des perfectionnements dont nous ferons notre profit avec un éclectisme parfait, estimant que dans l’application des principes scientifiques, il n’y a pas à se préoccuper des opinions, mais seulement des résultats. E. H.
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- LA NATURE
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- L’INDUSTRIE DES GUIROTS DE MOUTON
- (Suite et fin. — Voy. p. 338, 370.)
- Le tableau que nous avons publié dans notre précédent article, nous a montré que le port de Bordeaux reçoit aujourd’hui la presque totalité des balles de peaux de la Plata.
- L’accroissement des arrivages sur cette place a eu pour cause le dévelop-pement inattendu de plusieurs petites villes industrielles du Midi.
- Tout le midi de la France était autrefois une grande fabrique de laines, composée d’un nombre considérable de petits centres de fabrication.
- Lorsque la culture de la vigne commença, lorsqu’on s’aperçut des énormes bénéfices qu’on en pouvait retirer, le vertige s’empara de tout le monde. Partout où la vigne put réussir, l’argent sc retira des usines qui ne rapportaient plus rien. Trop mal outillées pour lutter avec les nouveaux procédés de la grande industrie, n’ayant plus de capitaux pour transformer leur matériel, elles tombèrent en peu de temps, faisant la fortune de quelques petits centres qui étaient impropres à la culture de la vigne et qui, attirant à eux toute la clientèle du Midi, se transformèrent rapidement en villes industrielles.
- Mazamet en particulier, situé à la rencontre de trois rivières, disposant de forces hydrauliques considérables dans un petit rayon, prit en peu de temps un développement inattendu. La petite ville était en
- relations avec la Plata. Ses affaires en Amérique se ressentirent sans tarder de l’accroissement des fabriques. Les industriels ayant besoin de tous leurs capitaux pour augmenter leurs usines, n’achetèrent plus leurs laines qu’à Bucnos-Ayres, où le mode de payement à 90 jours leur laissait la libre disposition de presque tous leurs fonds. De plus,,abondamment pourvus d’eau, et d’eau propre, ils purent acheter à bas prix, sur la place de Buenos-Ayres des marchandises jusqu'alors peu cotées par suite de la difficulté de leur fabrication, les peaux de moutons.
- Les années” 1867 et 1868 furent le point de départ de ces nouvelles affaires, que la triste période de 1870 ne put qu’arrêter un instant. En deux années, les arrivages à Bordeaux doublèrent , grâce aux achats de Mazamet. Aujourd’hui le nombre des balles qui arrivent sur le marché de Bordeaux a plus que quadruplé ; sur les 42 000 balles qu’expédie la Plata, plus de 50 000 ne font que passer en transit pour être exploitées à Mazamet. Le reste se répartit entre quelques autres fabriques du Midi et les usines de lavages que depuis quelques années Bordeaux a créés avec succès.
- L’industrie du lavage des laines s’est donc développée avec une rapidité bien remarquable à Mazamet depuis 1868. Pourtant, il y avait bien des raisons contre le développement industriel de cette ville. Elle est loin de tout, loin des ports d’arrivage, si loin que le transport par chemin de fer de Bordeaux à Mazamet coûte plus cher que le transport par bateaux de
- Gorge de Linoubre, près Mazamet, montrant la situation d’une usine de lavage des laines.
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- LA NATURE.
- Buenos-Ayres à Bordeaux. Elle est loin des mines de charbon et on y paye la tonne 10 francs de plus qu’à Bordeaux; je sais bien que, grâce aux forces hydrauliques dont on dispose, on use peu de charbon comme force motrice, mais on en consomme des quantités considérables pour les séchoirs. Enfin elle est loin de tous les grands débouchés de laines qu’elle a dû rechercher, le jour où elle est devenue elle-même une place importante; loin d’Elbeuf, de Sedan, de Reims, de Mulhouse, de Roubaix et de Verviers. De plus toutes les usines y ont coûté cher et même très cher, non pas qu’on y ait prodigué l’argent à plaisir, mais les transformations continuelles, exigées par une industrie nouvelle qu’il fallait améliorer tous les jours et sans arrêter le travail, ne pouvaient se faire sans de grands frais.
- Voilà bien des raisons qui auraient pu entraver le premier élan. Il n’en fut rien. Les nénéfices énormes réalisés pendant les premières années couvrirent, et bien au delà, tous ces frais, et la fabrication des balles de peaux se fixa à Mazamet, je dirai presque d’une façon exclusive et définitive.
- Depuis, bien des tentatives furent faites pour la déplacer. Il y eut jusqu’à un fabricant de Mazamet qui essaya de l’implanter dans le Nord. Une usine complète y fut montée, mais sans grand succès.
- Seules les usines qui ont été installées à Bordeaux ont quelque peu prospéré. Recevant les marchandises et le charbon par bateaux, pouvant réexpédier éga lement par mer une grande partie de leurs laines lavées, ayant dans la ville même et des entrepôts qui leur permettent de n’acheter qu’au fur et à mesure de leurs besoins, elles se trouvent dans des conditions éminemment favorables.
- L’entrée d’une usine à Mazamet est un magasin de balles.Comme il n’y a pas d’entrepôt, les balles sont portées directement de la gare au magasin de l’usine. C’est un simple quai couvert dont le plancher est à hauteur des camions. Les balles prises au magasin sont décerclées et ouvertes, les peaux sont séparées les unes des autres et jetées à l’eau dans un bassin où elles trempent. Elles sont généralement très sales; la laine est chargée de lampourdes, de gratterons, de chardons et de terre. Pour la débarrasser de toutes ces impuretés, on fait, après le trempage, passer la peau dans les sabreuses. Mais pour qu’elle ne s’y abîme pas il faut qu’elle ait été parfaitement assouplie par le trempage, quelle soit restée assez longtempsdansl’eau. La sabreusc se compose de deux tambours roulant l’un contre l’autre ; l’un d’eux est armé de lames en dents de scie. Ces dents pénètrent dans la laine lorsque la peau passe entre les tambours, et elles arrachent et entraînent les lampourdes et les gratterons; une lame d’eau à haute pression arrose la peau pour faciliter le travail et faire subir un premier lavage à la laine.
- Après ce premier travail, il y a deux façons de traiter la laine, suivant que l’on veut faire du lavé à dos ou du lavé à fond.
- Lorsqu’on travaille pour les peignages, on fait gé-
- néralement du lavé à dos, ce qui veut dire qu’on lave la laine sur la peau aussi bien que possible, mais sans la dégraisser, et qu’on l’expédie au pei-gneur sans lui faire subir de lavage après qu’elle a été séparée de la peau. Voici pourquoi : Dans toutes les usines, lorsqu’on pèle la peau, c’est-à-dire lorsqu’on sépare la laine de la peau, on fait plusieurs choix de laines sur une même peau. Mais ces classements de la laine sont insuffisants pour les pei-gneurs qui doivent, lorsqu’ils reçoivent la marchandise, faire de nouveaux triages. Or, si entre temps, la laine subissait un lavage, les mèches seraient mêlées ensemble, et le triage serait rendu impossible. Au contraire, sans lavage, les mèches restent bien séparées les unes des autres et un nouveau classement est facile à faire.
- La laine pour lavé à dos n’est donc lavée que sur la peau. Aussi à la sortie de la sabreuse, on jette les peaux dans des laveuses dites laveuses à chute, où elles sont retournées constamment dans l’eau par des jets d’eau à haute pression. Il n’y a pas de dégraissage. Le trempage de la peau dans un bain de soude aurait des inconvénients graves pour le cuir. C’est le peigneur qui dégraisse la laine lorsqu’il a fait ses triages.
- En sortant des laveuses à chute, la peau est portée aux étuves. Ce sont, ou plutôt ce devraient être des caves à température sensiblement constante. Les peaux y sont suspendues à des crochets, les unes contre les autres; la fermentation se produit, accompagnée d’un abondant dégagement de vapeurs ammoniacales et au bout de deux, trois ou quatre jours, la peau est venue, c’est-à-dire que la laine s’en détache sans difficulté. Les peaux sont alors prises par les peleurs, qui les étendent sur des bancs et avec de grands couteaux à deux mains en dents de scie enlèvent la laine en raclant. Le cuir est porté à l’étendoir, où il est suspendu et sèche à l’air. La laine est séchée au calorifère en hiver, sur pré en été, et est expédiée au destinataire.
- Lorsqu’on veut faire du lavé à fond, les peaux sont après le sabrage, portées directement aux étuves, sans passer par les laveuses à chute. Mais après le pelage, la laine, au lieu d’être séchée de suite, est passée dans des bains de soude, de potasse ou de savon qui la dégraissent; puis elle est lavée à froid, séchée et expédiée.
- Voilà toute la fabrication ; elle paraît simple : elle est pourtant fort délicate. Entre une laine bien dégraissée et la même laine mal traitée, il y a facilement une différence de 0 fr. ‘20 à 0 fr. 25 au kilo. Dans une usine où l’on fabrique 2000 kilos de laine par jour, une journée de mauvais lavage peut donc coûter 400 à 500 francs. Il en est de même pour les peaux, qui, pour quelques heures de trop passées dans les étuves, peuvent être complètement perdues, et, n’ètre plus bonne qu’à faire de la colle.
- A. Brillouin,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA NAT U HE.
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- CHRONIQUE
- Cycles lunaires. — A la séance du 12 septembre dernier de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris, M. Oppert a lu un mémoire intéressant sur une inscription assyrienne concernant les cycles lunaires. 11 y a plus de vingt ans, M. Oppert découvrit dans les inscriptions du roi Sargon la mention d’un grand cycle lunaire, dont l’une des révolutions se terminait en l’an 712 avant Jésus-Christ. Plus tard, il acquit la conviction que ce cycle n’était autre que la période de 1805 ans après laquelle la série des éclipses lunaires se représente dans le même ordre. Les Chaldéens connaissaient donc cette période, ce qui suppose de leur part des observations astronomiques continuées pendant un très grand nombre de siècles. Ils la faisaient partir de l’an 11542 avant notre ère; c’est aussi l’année d’où partent les périodes sothiaques de 1460 ans, dont la dernière finit en l’an 159 de notre ère. Ces deux cycles de 1460 et de 1805 ans jouent un rôle prépondérant dans l’ancien Orient pour la supputation des temps chronologiques : douze de chacun de ces cycles donnent respectivement 17520 et 21660 ans, ou 292 et 561 soixantaines d’années, chiffres qui se retrouvent dans la Bible, dit M. Oppert, pour exprimer la durée des temps compris du déluge à la naissance d’Abraham et de la naissance d’Abraham à la fin des récits de la Genèse. Dans une tablette babylonienne récemment étudiée par M. Oppert, on trouve des calculs de chronologie à la fois historique et mathématique, qu’il explique en détail ; ces calculs fournissent une preuve de plus de l’importance qu’ont eue, chez les populations de l’Asie antique, les deux cycles chronologiques partant l’un et l’autre de l’an 11542 avant notre ère, et signalés par M. Oppert.
- K»'éclairage électrique à Met*. — Le Conseil municipal de la ville de Metz a voté le crédit nécessaire à la mise en état des machines hydrauliques du Therme. Les machines électriques employées sont celles de Schuckert, machine Gramme modifiée dans d’heureuses conditions. Ces machines sont reconnues comme très pratiques et d’un prix peu élevé. Huit lampes de mille bougies seront réparties sur la place d’Armes, place de la Comédie, salle du théâtre et buffet. La lampe dont il s’agit, connue sous le nom de lampe Pilsen (du nom de la ville où s’est formée la Société qui les exploite), est la lampe de Siemens simplifiée par MM. Pielte et Krisik qui l’ont affranchie de toute action autre que celle des solénoïdes pour régler la lumière. La lampe Pilsen figurait a l’Exposition de Munich sous le couvert de M. Schuckert qui en avait installé treize. Près de 2500 mètres de câbles seront utilisés pour la distribution de l’électricité dans les différents foyers.
- L’exécution des travaux est assurée par traité à l’établissement électro-métallurgique de Metz, sous la direction de M. Gimé, ingénieur-électricien. La surveillance des essais est confiée à M. Gimé qui a pris l’initiative de l’entreprise. La conduite des machines sera faite par le personnel de l’établissement électro-métallurgique.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 novembre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Condition de production des betteraves à sucre. — Depuis quelques années la culture de la betterave se
- trouve placée dans des conditions nouvelles. Les fabricants de sucre mettent les cultivateurs en demeure de leur fournir des racines riches et dès lors il faut préciser les conditions les plus favorables au développement de la substance désirée. On a émis l’opinion que les assolements ordinairement adoptés, devaient être modifiés et qu’au lieu de commencer par la betterave, pour continuer avec le blé, il fallait intervertir cet ordre : la racine ne serait pas ainsi soumise au fumier auquel on attribue une soi-disant influence contraire au sucre et la seconde année on la pousserait avec des engrais salins. Ceci posé, notre savant et sympathique collaborateur, M. le professeur P.-P. Dehérain s’est demandé si vraiment on ne peut pas obtenir de bonnes betteraves sur une fumure de fumier de ferme. Pour y répondre il a semé dans son champ d’expériences, à Grignon, des graines appartenant à la variété Vilmorin améliorée, et il a obtenu des racines renfermant 18 de sucre pour 100 de jus, quelle qu’ait été la fumure distribuée. Le genre de fumure n’a exercé d’action que sur le rendement à l’hectare qui a atteint son maximum en ajoutant au fumier de l’azotate de soude. En estimant à 35 000 kilogrammes le rendement moyen et à 30 francs la tonne les betteraves titrant 18 de sucre, on aurait à l’hectare 1150 francs, chiffre très rémunérateur à la fois pour le fabricant et pour le cultivateur.
- Une maladie de la betterave. — Il parait que cette année, les cultures de betteraves de Joinville-le-Pont ont donné un produit à la fois moins abondant et moins sucré. D’après M. Aimé Girard la faute en est à un parasite qui s’est attaqué à l’utile végétal. C’est un helminthe de l’ordre des nématodes, voisin des anguillules qui laisse sur les racines de petits sacs remplis d’œufs. Il est légitime d’espérer qu’on détruira aisément ce nouvel ennemi.
- Le choléra. — 11 résulte d’un important mémoire lu par M. Rivière à la fin de la séance : 1° que l’épidémie cholérique qui a éclaté à Paris, le 4 novembre, n’a eu ni l’intensité, ni la gravité que redoutait la population parisienne et qu’elle décroît maintenant de plus en plus chaque jour ; 2° que les conditions atmosphériques actuelles donnent tout lieu d’espérer que l’épidémie s’éteindra sur place dans un délai qu’on peut entrevoir comme prochain, sans qu’on soit pour cela absolument garanti contre une recrudescence, soit à la suite de quelque modification de la température, soit aux approches du printemps ; 5° que les malades atteints, ont été, pour la plupart, ou des gens affaiblis par des maladies chroniques antérieures, ou des individus épuisés par des excès divers ou bien encore des malheureux plongés dans la misère physique et physiologique la plus profonde et vivant dans dès milieux sordides.
- Conformément aux conclusions déjà publiées dans la dernière séance, par M. G. Pouchet, M. Nicati annonce la présence des acides biliaires dans le sang des malades ayant succombé à la période algide du choléra. Le même observateur, eh collaboration avec M. Riech, étudie les effets toxiques produits par les liquides de culture du bacille virgule. On a séparé ce liquide des bacilles à l’aide du filtre Pasteur et on l’a injecté à des animaux variés chez lesquels on a observé des accidents divers du côté de l’estomac et de l’intestin avec troubles nerveux et parfois même paralysie.
- Un médecin, dont le nom nous échappe, adresse par l’intermédiaire de M. Bouley, un travail d’où il résulte que le bacille virgule est susceptible de se reproduire
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- LA NATURE.
- suivant Jes cas par bourgeonnement et par spores. La sporulation, si elle est confirmée, constituerait une découverte importante et rendrait compte de la résistance du virus qui permet son transport à grande distance et sa reviviscence après un état plus ou moins long de mort apparente.
- Confirmant une opinion admise par tout le monde, M. Collin d’Alfort est d’avis que les meilleurs désinfectants connus jusqu’ici sont le sulfate de cuivre et le chlorure de zinc.
- La pneumonie infectieuse. — D’après M. Talamon, la cause de la pneumonie réside dans le développement d’un bacille particulier en forme de grain d’orge. L’auteur l’a cultivé et a pu par inoculation communiquer la pneumonie à des animaux variés.
- Histoire des ballons. — D’après une lettre lue par le secrétaire, les ballons auraient été inventés du temps de Louis le Débonnaire. Du moins on trouve dans un écrit du dix-huitième siècle qu’il existe à la bibliothèque de Lyon un mémoire où l’évêque Àgobar, qui vivait sous le roi pacifique qui vient d’être nommé, raconte qu’on vit descendre dans son diocèse un navire aérien d’où sortit sept hommes et une femme.
- Naturellement les spectateurs de cette arrivée inopinée voulurent mettre les voyageurs à mort, l’évêque assure leur avoir sauvé la vie. En tous cas si le manuscrit était » à Lyon au siècle dernier, il y doit être toujours et il serait facile de s’en assurer.
- Géologie. — Un privât docent de l’Université de Cracovie, M. Ladislas Szajnocha adresse à l’Académie un intéressant mémoire sur la découverte de céphalopodes fossiles du crétacé moyen dans l’île d’Elobi, sur la côte occidentale d’Afrique. Ce travail que l’auteur a bien vouln me faire parvenir, contient 4 planches in-4° représentant des ammonites parmi lesquelles on reconnaît Y ammonite inflata de Sowerby caractéristique du cénomanien inférieur de la France. L’intérêt principal de ce fait est qu’il fixe l’âge géologiquede grès importants dans la constitution du Gabon, qui sont manifestement la continuation des couches d’Elobi et qui n’ont fourni aucun vestige paléontologique.
- En même temps je reçois de M. Ernest Van den Broeck une verte réponse aux critiques que M. Van Ertborn lui avait adressées au sujet de sa publication de la Feuille de Bilsen. Il s’agit d’un chapitre de la description géologique officielle de la Belgique c’est-à-dire d’une œuvre à laquelle est acquise la sympathie de tous les amis des sciences.
- Varia. — M. Raoult étudie au point de vue thermochimique l’action de l’eau sur les sels doubles. — A propos du récent travail de M. Berthelot sur les azotates, M. Leplay rappelle qu’il a étudié la distribution de la chaux et de la potasse chez la betterave et le maïs. — M. Caba-
- nellas signale des causes de la perte de l’énergie dans les machines magnéto-électriques en mouvement.
- Stanislas Meunier.
- UNE BROSSE
- A NETTOYER AUTOMATIQUEMENT LES TUYAUX
- Le pétrole brut, qui fait aujourd’hui en Amérique l’objet d’importantes canalisations pour son transport commode et rapide, présente l’inconvénient de déposer des cristaux de paraffine sur toute la surface intérieure des tuyaux, ce qui les obstrue et arrête même quelquefois l’écoulement. On peut facilement nettoyer les tuyaux de faible longueur à l’aide de ringards appropriés, mais l’opération devient impossible pour les canalisations de quelque importance.
- La brosse automatique représentée ci-contre a été imaginée par M. Henry C. Thomas, de l’État de New-York, pour répondre à tous les cas possibles et effectuer le nettoyage par des moyens purement mécaniques, sans l’emploi de dissolvants ni de la chaleur. Elle se compose d’un tube cylindrique garni, à la partie extérieure, d’une véritable brosse en fils de laiton disposés verticalement. A l’intérieur de ce cylindre sont disposées des lames de forme hélicoïdale ; la longueur du tube creux formé par la brosse est égale à environ quatre fois son diamètre intérieur,
- Pour effectuer le nettoyage, il suffit d’introduire la brosse dans le tuyau; sous l’action du courant liquide, la brosse en fils de laiton détache tous les morceaux de paraffine qui pourraient adhérer aux parois, et continue son chemin jusqu’à l’autre extrémité. Lorsque le dépôt est assez épais pour ralentir ou même arrêter la progression de la brosse, le courant liquide agit alors sur la lame hélicoïdale et lui imprime un mouvement de rotation suffisant pour couper l’obstacle et le franchir.
- L’idée delà brosse auto-rotative nous paraît aussi ingénieuse que nouvelle, mais le corps solide mobile dans le tuyau à nettoyer est appliqué depuis un grand nombre d’années, à Paris, pour le nettoyage du siphon de l’Alma.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieb. Imprimerie A. Lnhure, 9, me de Fleurus,'à Paris.
- Brosse pour le nettoyage automatique des tuyaux. Vue extérieure et coupe.
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- LA NATURE
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- DOUZIÈME ANNÉE — 1884
- ' - ' ' A
- ' \
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- I
- A
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires. 15, 31, 46, 63, 79, 94, 111, 127, 143, 158, 175, 191, 207, 223, 258,255,270, 287,303, 519, 334, 551, 367, 585, 599, 415.
- Acide carbonique solide, 158.
- Acide chromique monohydraté, 79.
- Acide sulfureux (Désinfection pari’), 175.
- Acier par compression (Trempe de 1’), 326 , 550.
- Aérostat dirigeable électrique de MM. Ch. Renard et A, Krebs, 190, 193, 241, 374.
- Aérostat électrique à hélice de MM. Tis-sandier frères, 273.
- Agents desinfectants. 122.
- Aiguille de chemin de fer pour changement de voie, 187.
- Air comprimé considéré comme réservoir d’énergie (L’), 70.
- Alcool amylique dans l’alcool commercial (Recherche de 1’), 142.
- Allume-gaz électrique perpétuel, 291.
- Alsace-Lorraine (Population de P), 127.
- Aluminium (Soudure de 1’), 47.
- Américains (Comment travaillent les), 389, 406.
- Auhigans ou oiseaux-serpents, 8.
- Anneaux de fumée, 319.
- 12* «née.— 2* semestre
- Anvers (E xp osition universelle d’), 147. Appareil à boucher les bouteilles, 80. Appareil à niveau constant pour les laboratoires, 85.
- Appareil Deacon pour découvrir les pertes d’eau, 139.
- Appareils plus lourds que l’air (Navigation aérienne), 328.
- Aralia papyrifera, 79.
- Arbre exceptionnel, 287.
- Arbre creux en fer, 382.
- Argent (Porosité de 1’), 31.
- Art industriel à Blois (L’), 164.
- Assab et les Assabaxs, 321.
- Ascenseur de Bahia (Le grand), 149. Ascension aérostatique de longue durée, 518.
- Ascensions aérostatiques du 7 août 1884, 171, 199.
- Association britannique à Montréal, 234. Association française pour l’avancement des sciences (Session de Blois, 1884), 234, 257.
- Australie (Classes laborieuses en), 127.
- B
- *
- Bains électriques, 126.
- Bains publics à bon marché (Les), 65. Balance magnétique de Hughes, 45. Ballon captif de Turin, 39.
- Ballons en Chine, 287.
- Ballons (Histoire des), 416.
- Barrai (J.-A.), 255.
- Bataille de Chio, 210, 250.
- Bateau-malle (Un), 189. ' ' !
- Bellegarde (L’électricité à), 337. Betteraves à sucre, 415<
- Bichromate de potasse (Fabrication du),' 206. » Bibliographie, 14, 27, 71, 91,118, 139,’ 163, 218, 231, 294, 306, 550, 366, 382 '
- Bibliothèque de La Nature, 407. s Bilsen (Feuille de), 79.
- Boîtes à musique (La fabrication des)* 90.
- Bolide du 29 juin, 79. . 1
- Bourdon (Eugène), 289. - ‘ < -
- Brésil (Diamant au), 166.
- Briques en liège, 111.
- Bronze de cobalt, 287.
- Brosse à nettoyer automatiquement les.
- tuyaux, 416,
- Broyeur Carr (Le), 75.
- * -X - ; t
- Cadres-aquariums ^Les), 144. 1
- Calé (Action physiologique du), 127.: *
- Caisson (Enterrés sous un), 566. . •
- Calaos (Les sacs aériens des), 400. * Camp retranché de Paris (Le nouveau), 87, 118.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Canal du Danube à l’Elbe, 67.
- Canon multicharge de M. Perreaux, 59.
- Canon (Nouveau), 31.
- Canon de Rio^Colorado, 25.
- Caoutchouc (Une nouvelle source de), 143.
- Capuchon-cuisine (Le), 31.
- Caricatures électriques (Les), 95.
- Carte murale de la France, 27.
- Cellulose (Etudes polarimétriques sur la), 94.
- Centenaire de la première ascension faite en Angleterre, 359, 366.
- Chauffage des appartements par le système Liebau, 142.
- Chemin de fer électrique de Brighton,
- 46.
- Chemin de fer funiculaire de la Superga, 376.
- Chemin de fer monorail aérien, système Duchamp, 81.
- Cheminéed’une usine (Démolition d’une), 382.
- Chemins de fer aux États-Unis (Construction des), 157.
- Chemins de fer projetés à travers les Pyrénées, 46.
- Chevaline en France (Industrie), 262.
- Chinois (Dangers de la fabrication des), 351.
- Choléra (Conditions géologiques du), 394.
- Choléra (Mission allemande du), 62.
- Choléra de Toulon (Rapport du Dr Strauss sur le), 165.
- Choléra en 1884 (Le), 94, 97, 143, 354, 415.
- Chrome (Histoire chimiqlic du), 128.
- Civilisation (Histoire de la), 204.
- Clepsydre facile à construire, 347.
- Cloche d’eau (La), 159.
- Cloche vibrant électriquement, 286.
- Collodiographique du Dr A. Henocque (Procédé), 43-
- Comète (La), 287, 303.
- Congrès de Washington, 255, 394, 599.
- Conservation des grains pendant leur transport, 350.
- Couronnes solaires (Les), 352, 555.
- Corenwinder, 78.
- Courroies (Électricité dans les), 286.
- Crapaud cornu (Le), 61.
- Cueilleuse Dubois, 47.
- Cuirots de mouton (Industrie des), 338, 370, 413.
- Cumberland (Expériences de M. Stuart),
- 1.
- Curiosités physiologiques. Les sauteurs, 213, 282.
- D
- Densités (Détermination des), 82.
- Descenseur de sauvetage, 13.
- Désinfectants (Agents), 122.
- Diamant au Brésil (Exploitation du), 166.
- Diamants de la Couronne de France, 129.
- Dispensaire Furtado-IIeine, 206.
- Double-vue (La), 1.
- Dumas (La statue de J.-B.), 50, 47.
- Dynamomètre enregistreur du Dr Frankel, 353.
- E
- Éclairage électrique des magasins du Printemps (I/), 216.
- Éclairage électrique à Metz, 415.
- Éclairage électrique domestique, 222, 297, 410.
- Éclairage électrique produit par un moteur hydraulique, 14.
- Éclairage pneumatique, 12.
- Éclairs (Observations météorologiques),
- 173.
- Éclipse de lune, 303, 505.
- École Monge (L’), 251.
- Élan ou cerf gigantesque, 302.
- Électricité atmosphérique, 599.
- Électricité atmosphérique ; expériences de M. S. Lemstrôm, 177.
- Électricité domestique ; éclairage, 132, 222,397.
- Électricité pratique, 551.
- Encrier spécial pour l’encre de Chine, 128.
- Équatorial de l’Observatoire, 50.
- Etna (Éruption de F), 225.
- Expérience de Foucault, exécutée à Rouen, 366.
- Expériences de Creil (Les), 522.
- Explorateur sous-marin de M. Toselli, 41,
- Exposition d’électricité de Philadelphie, 16.
- Exposition de Rouen, 142.
- Exposition internationale des inventions, 318.
- Exposition internationale d’hygiène à Londres, 115, 170, 383.
- Exposition générale italienne de Turin, 53, 77, 136, 182.
- Exposition universelle d’Anvers, 147.
- Exposition universelle de 1889, 401,
- Explosives (La force des matières), 18.
- Express (L’Orient-), 5.
- F
- Faïence (Fabrication de la), 164.
- Fanal électrique pour locomotives, 15. Fantômes magnétiques (Fixation des), 551, 550.
- Farines (Composition des), 127.
- Feuilles de vignes (Emploi des), 334. Fils métalliques employés dans la télé— • graphie et la téléphonie (Isolement des), 59.
- Filtration des huiles, 298.
- Filtre électrique, 270.
- Filtre parfait (Un), 199.
- Fleuriste de la Ville de Paris (Le jardin), 63.
- Fleurs et des Insectes (Rapport des), 91. Flysch de l’Apennin, 47.
- Fonderies d’Essen (Les), 222.
- Fontaine Colladon (La), 525.
- Fonte blanche et fonte grise, 159. Forces naturelles (Utilisation des), 537. Forteresses modernes (Les), 87, 118. Fosse aux ours au Jardin des Plantes (Un drame dans la), 49.
- Foudre (Attitudes après la mort par la), 57.—-
- Foudre et les constructions métalliques (La), 286.
- Foudre globulaire (La), 195.
- Fraises (Abondance de), 79.
- Froid aux États-Unis (Le), 207. Frottemeut (Les lois du), 400.
- Fumier de ferme (Sur la fabrication du), 94.
- G
- Gaz d’huile comprimé (Éclairage des wagons de chemin de fer par le), 276. Girardin (J.-P.-L.), 14.
- Glaciaire (L’époque), 379.
- Glaciers^ fondus, 519.
- Gomme des arbres fruitiers (Maladie de la), 266.
- Graines du terrain houiller, 94. Graisseur à éclairage, 224.
- Grotte deL’Ombrivcs près Tarascon, 512. Grues (les plus fortes du monde), 302.
- H
- Ilarfang des Neiges (Le), 581.
- Havre (Un projet de rade pour Le), 154. llcnningcr (Arthur), 586.
- Hétérosaurus et Aetinodon, 367. Hirondelles (Le départ des), 248.
- Homme tertiaire (L’), 394,
- Horloge hydraulique des Tuileries, 125. Horloges hydrauliques dans l’antiquité, 197.
- Huile de pépins de raisin, 145. Hydrogène liquide, 128.
- Hygiène à Londres (Exposition d’), 115. Hygromètre enregistreur de Mil. Richard frères, 84.
- 1
- Ichtyol (L’), 310.
- Iconomètre photographique, 400. Illusion d’optique, 208.
- Indiens aux États-Unis (Les), 223. Inondations à Murcie (Les), 150. Insectes dans les gaz (Vitalité des), 518. Insectes à bord des navires, 15.
- Insectes (Circulation des), 128.
- Insectes (Rapports des fleurs et des), 9l. Intercommunication électrique, 258. Iridium (Application électrique de T), 223.
- J
- Jardins du littoral méditerranéen (Les), 201, 263.
- Jeu do lutteurs (Le), 17.
- Jouets d’enfants (Matières colorantes pour les), 14.
- Jouffroy (Claude), 209.
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-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE,
- 419
- K
- Kaki de la Chine et du Japon (Le), 369. Kola (Noix de), 146.
- Krakatoa (La mission française au), 186, 207.
- L
- Lait (Conservation du), 311.
- Lampe de M. Paul Bayle (Verre de), 155, Lampes électriques à arc, 78.
- Lampes électriques portatives de M. G.
- Trouvé, 567.
- La Rochelle (Port de), 46,
- Lartigue (Henri), 403.
- Laryngoscope électrique, 218.
- Lettres allongées, 208.
- Livre de demain (Le), 578.
- Locomotive à grande vitesse (Une), 291. Locomotive El Gubernador, 309. Locomotives (Fanal électrique pour), 15. Loteries et le calcul des probabilités, 131.
- Loups en France (Les), 583.
- Lumière électrique, 62, 102, 582. Lunaires (Cycles), 415.
- Lunardi (Vincent), 339, 366.
- Lune (Éclipse de), 503, 305.
- Lutteurs (Le jeu des), 17.
- M
- Machines infernales, 35.
- Manchester port de mer, 59.
- Marche (Études sur la), 367.
- Margollé (Élie), 275, 303.
- Marine (Souvenirs de), 46.
- Marines de l’antiquité (Études sur lesl, 210, 250.
- Mer de Triton (La), 47.
- Mer saharienne, 128.
- Méridien universel, 206.
- Mesures métriques, 534.
- Météorites, 94, 303.
- Météorologique en Russie (Le service), 113.
- Météorologiques (Curieux documents), 219.
- Métropolitain (Nouveau chemin de fer), 515.
- Microbe du vomito negro, 585.
- Microbe (Un nouveau), 303.
- Mildew (Le), 358, 367,
- Mississipi (Le), 270.
- Monorail aérien, système Duchamp (Chemin de fer), 81.
- Moigno (L’abbé), 126.
- Mont-Ventoux (Observatoire météorologique du), 385.
- Moteur (Un nouveau), 355.
- Moteur sphérique rotatif à grande vitesse, de M. Beauchamp-ToWer, 55. Mouche mécanique, 384.
- Mouches (De Futilité des), 335.
- Moulins à vent et à sable, 286.
- Murcie (Les inondations à), 150.
- N
- Nerfs (Suture secondaire des), 63.
- Ni col (Nouveau), 287.
- Noir végétal (Nouveau), 554.
- Noix de Kola, 146.
- Nuage électrique (Observation d’un), 125, 142.
- Nuages (Observation des), 247.
- O
- Observatoire météorologique du Mont-Ventoux, 583.
- Ocarina (L’), 45.
- Oiseaux des grandes villes, 103. Oiseaux-serpents, 8.
- Omnibus (La minute des), 299.
- Opium de l’Inde, 291.
- Orchestrionnette Ariston, 503. Organismes vivants de l’atmosphère ( Les), 236.
- Ours (Un drame dans la fosse aux), 49. Oxyde de carbone liquide, 551.
- Oxyde de cuivre (Dissociation de F), 519. Oxygène liquide, 79.
- Oxygène et de l'azote (Production industrielle de F), 179.
- P
- Papier (Bouteilles de), 534.
- Papier par l’acide sulfureux (Pâte à), 535. Papier (Tuyaux à gaz en), 145.
- Panama (Canal de) 126.
- Pélicans (Les), 278.
- Pendule (Un nouveau), 144.
- Pétrole, système Wells (Lampes à), 256. Pierre ponce, 319.
- Phare d’Eddystone (Le nouveau), 19. Phares en Angleterre (Eclairage des), 15. Phénomènes électriques, magnétiques et hydrodynamiques, 110.
- Phosphore de la houille (Origine du), 128.
- Phosphure d’argent, 15.
- Photographie (La peinture et la), 62. Photographie instantanée (Appareil de), 107.
- Photographie pour tous (La), 523. Photographie sans appareils, 191. Photographies magiques (Les). 546. Photographique (Iconomètre), 400. Photomètre optique du Dr Simonoff, 245. Phylloxéra (Le), 143, 319, 371.
- Physique sans appareils, 111.
- Pile à oxyde de cuivre de MM. De Lalande et Chaperon, 29.
- Pisciculture dans la ferme (La), 154. Plomb fondu dans l’œil, 62.
- Pluies dans l’Inde (Les), 549.
- Plumage sur la ponte des œufs (Influence du), 78.
- Pneumatique (Eclairage), 12.
- Pneumonie infectueuse, 416. Pont-mobile à soulèvement vertical, 259. Pont-route sur leDouro (Le nouveau), 161.
- Population de Paru, 207.
- Population ouvrière en France, 286. i Portes de fer (Les), 362. j
- Postes et télégraphes en France, 130. Poussières dans l’atmosphère (Suspension des), 110
- Prestidigitations (Les illusions d’optique et la), 152.
- R
- Rade pour Le Havre (Un projet de), 134.
- Rage (Sur la), 22, 190.
- Rails d’acier (Les), 51,
- Railways métropolitains, 403.
- Récréations scien tifiques, 64, 144, 239, 384.
- Réfraction (Expérience de), 112.
- Régulateur de température, 318,
- Renaissance (Les savants de la), 85.
- Résistance de l’air (Expérience sur la),
- 112. ^
- Respiration (Influence de l'altitude sur la), 223.
- Rio-Colorado aux États-Unis (Canon du), 23.
- Robinet à écoulement automatiquement, 176.
- Roches du Mont-Dore, 16.
- Rosa et Joséfa, 293.
- Rouen (Exposition de), 142.
- Roues élévatoires dans les mines de cuivre, 545.
- S
- Salpêtre des plantes (Le).
- Salpêtre (Gisement de).
- Sauteurs (Les), 215, 282.
- Sauvetage (Descenseur de), 15.
- Schott (Le Père), 85.
- Scie hélicoïdale, 46.
- Science au théâtre (La), 267.
- Science domestique (La), 271.
- Science pratique (La), 31, 47, 59, 80, 128, 176, 332.
- Scinque de Cocteau, 579.
- Sciure de bois pour l’éclairage des usines, 62.
- Sèvres (Les nouveaux produits de la manufacture de), 358.
- Sigillaires (Nature des), 79.
- Solaire (Physique), 127.
- Soudure de l’aluminium, 47.
- Soufre de Djemsa (Gisement de), 191. Spectroscopie, 159.
- Statue de Liebig (Nettoyage de la), 367. Sténo-télégraphie, (La), 174.
- Strasbourg (La nouvelle Université de), 388.
- Strontianc (Mines de), 222.
- Sucres (Valeur nutritive des), 79. Sulfure de carbone (Application du), 351, 571.
- Système métrique (Le), 30.
- T
- Tableau à trois faces (Le), 64. Tannin (Extraction du), 383.
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-
- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Tarn (Les gorge* du), 359.
- Télégraphie pneumatique à Paris (Le réseau de), 225.
- Téléphone en Norwège, 15. Téléphonique en Belgique (La), 583. Téléphonique Mildé (Poste), 243. Température solaire, 15.
- Terrain houiller (Graines du), 114.
- Terre végétale (Hygroscopicité de la), 159.
- Tertiaire (L’Homme), 394,
- Tétraogalle de l’Himalaya (Le), 542. Thénard (Le baron), 174.
- Tonkin (Emigration au), 219.
- Tonkin (Mines du), 311.
- Torpille électrique (Bateau), 270. Torpilles sèche, 33.
- Tour de 300 mètres, 401.
- Transports militaires par chemin de fer, 226.
- Trempe de l’acier par compression, 326, 350.
- Tricycle (Nouveau), 245.
- Trombe dans le Morbihan (Une), 287. Tunisie (Etudes géologiques en), 143.
- Tunnel de la Manche, 12. Tunnels (Les grands), 403. Tuyaux à gaz eu papier, 143. Typhons (Les), 306.
- U
- Unités de longueur astronomiques, 238. Université de Strasbourg (La nouvelle), 388.
- y
- Venin de la Vive, 261.
- Verre de lampe de M. Paul Bayle, 155. Verticale (Déplacement de la), 259. Vésuve (Eruption du), 223.
- Vignes (Un nouveau fléau des), 358.
- Vins (Analyse des), 145.
- Vins de Champagne (Les grands), 71.
- Vins en France (Commerce des), 111. Vive (Le venin de la), 261.
- Voirie de Londres, 158.
- Voiture à vapeur, 145.
- Vue (La double), 1.
- w
- Washington (Congrès de), 253, 394,599.
- Y
- Yucatan (Découvertes du D' Le longeon dans le), 294,
- Z
- Zélande (Type de la nouvelle), 192. Zinc (Purification du), 47.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Bâclé (L.). — La construction des chemins de fer aux États-Unis, 157. — Aiguilles pour changement de voie sans interruption de la voie principale, 187. — La locomotive El Gobernagor, 309.
- Bayle (Edmond). — Un projet de rade pour le Havre, 134.
- Bergeret (A.). — L’ocarina, 45. — Le tableau à trois faces, 64. — Les cadres-aquarium, 144. — Illusion d’optique. — Les lettres allongées, 208.
- Bertillon (Jacques). — Rosa et Josefa. Les deux sœurs tchèques, 293.
- Bouchot (IL). — Le jeu des lutteurs, 17.
- Bovet (pe). — Exploitation du diamant au Brésil, 166.
- Brillouin (A.). — L’industrie des cuirots de mouton, 358, 570, 413.
- Brin frères. — La production industrielle de l’oxygène et de l’azote, 179.
- Cartaz (Dr A.). — Les bains publics à bon marché, 65. — Le choléra en 1884. 97. — Le rapport du Dr Straus sur le choléra à Toulon, 163. — La désinfection par l’acide snlfureux, 175.
- Chamberland. — Un filtre parfait, 199.
- Chenevier (P.). — Photographie sans appareils, 192.
- Colladon (D.). — La fontaine Colladon, 325.
- Fol (Hermann). — Appareil de photographie instantanée, 107
- Fonvielle (W. de). — L’exposition générale italienne de Turin. 53, 77.
- Gariel (C.-M.). — L’exposition internationale d’hygiène à Londres, 115.
- Garbigou (Dr F.). — La grotte de L’Ombrives près Tarascon (Ariège), 312.
- Gayan (Albert). — Les inondations à Murcie, 150.
- Grad (Charles). —La nouvelle Université de Strasbourg, 388.
- Grezei, (L-). — Utilisation des forces naturelles. L’électricité à Bellegrade (Ain), 537.
- Guiraud (Dr). — Les jardins du littoral méditerranéen, 201, 263.
- Hélène (Maxime). — L’exposition générale italienne de Turin, 136, 182. — Assab et les Assabais, 521. — Le chemin de , fer funiculaire de la Superga près Turin, 376.
- Hément (Félix). — Exposition internationale de Londres. Sec^ tion d’éducation, 170. — A propos de l’article intitulé :
- « Comment travaillent les Américais », 406.
- IIennebert (lieutenant-colonel). — Machines infernales et torpilles sèches, 33. — Le nouveau camp retranché de Paris, 87, 118.
- Hospitalier (E.)- — Les caricatures électriques, 95. — Les unités de longueur astronomiques, 238. — La science domestique. 281. — L’horaire des chemins de fer et la minute des omnibus, 299. — L’éclairage électrique domestique, 397, 410.
- Kerlus (G.). — La double vue. Les expériences de M. Stuart Cumberland, 1. — Curiosités physiologiques. Les sauteurs, 213, 282. — La science au théâtre. Deux nouvelles illusions d’optique, 267.
- Laplaiche (Al.). — L’Orient-Express, 5. — Les grands vins de Champagne, 71. — Les transports militaires par chemins de fer, 226. — L’intercommunication électrique, 258.
- Labbalétrier (A.). — La pisciculture dans la ferme, 154.
- Matndron (Maurice). — Rapports des fleurs et des insectes, 91.
- Malafosse (Louis de). — Les gorges du Tarn, 359
- Mange (A.). — Nouveau tricycle, 233.
- Maresciial (G.). Horloge hydraulique du jardin des Tuileries, à Paris, 123.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (comptes rendus des séances hebdomadaires, 15, 31, 46, 63, 79, 94,111, 127, 143, 158, 175, 191, 207, 223, 238, 255, 270, 287, 303, 319, 334, 351, 367, 583, 399, 415.
- Millot. — Hypothèses au sujet de la cause de l’époque glaciaire, 379.
- Nadaillac (Marquis de). — Les découvertes du Dr Le Plongeon dans le Yucatan, 294. — L’homme tertiaire, 394.
- Oustalet (E.). — Les anliingas ou oiseaux-serpents, 8. — Les oiseaux des grandes villes, 103. — Les pélicans, 278. — Le tétraogalle de l’Himalaya, 342.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Pasteur. — Sur la rage, 22.
- Putsch (Émile). — Le canal du Danube à l’Elbe. — Les portes de fer, 362.
- Planté (Gaston). — La foudre globulaire, 193.
- Plumandon (J.). — Les éclairs. Observations météorologiques,
- 173.
- Poillon (L.). — La conservation du lait, 311. — La trempe de l’acier par compression, 326. — Clepsydre ou horloge approximative facile à construire, 347.
- Poisson (J.). — La maladie de la gomme des arbres fruitiers, 266. —Un nouveau fruit. Le kaki de la Chine et du Japon, 369.
- Renard et Krebs. — L’aréostat dirigeable électrique de MM. Ch. Renard et A. Krebs, 193.
- Renault et Zeilleu. — Graines du terrain Rouiller, 114.
- Renou (E.). — Le départ des hirondelles, 248.
- Richou (G.). — Le nouveau phare d’Eddystone, 19. — Appareil Deacon pour découvrir les pertes d’eau dans l’alimentation contiuue, 139.
- Rochas (A. de). — Les savants de la Renaissance. Le Père Schott, 85. — L’art industriel à Blois. Fabrication de la faïence, 164. — Les horloges hydrauliques dans l’antiquité,
- 197.
- Roule (Louis). —Le phylloxéra et les traitements par le sulfure de carbone, 371.
- Router (Dr Jules). — Attitudes après la mort par la foudre.
- 57.
- Sainte-M. (G, dè ). — Canon multicharge ou accélérateur de M. Perreaux, 59.
- Sauvage (E.). — Le crapaud cornu, 61. — Le scinque de Cocteau, 379.
- Serre (Contre-amiral). — Études sur la marine de l’antiquité. La bataille de Chio, 210, 230.
- Tatis (Victor) . — Navigation aérienne. Appareils plus lourds que l’air, 328.
- Tissandier (Gaston). — Éclairage pneumatique, 12. — Carte murale de la France, de MM. Eug. Guillemin et J.-B. Pa-quier, 27. — Explorateur sous-marin de MM. Tosclli, 41. — Le broyeur Carr, 75. — Chemin de fer monorail aérien, système Duchamp, 81. — Hygromètre enregistreur de
- MM. Richard frères, 84. — Physique sans appareils, 111. — Observation d’un nuage électrique, 125. — Les loteries et le calcul des probabilités, 130. — L’électricité domestique. Appareils d'éclairage avec accumulateurs et piles au sulfate de cuivre, 132. — Voiture à vapeur de MM. A. de Dion, G. Bouton et C. Trépardoux, 145. — Les illusions d’optique et la prestidigitation, 152. — Le nouveau pont-route sur le Douro, 161. — Ascensions aérostatiques du 7 août 1884, 171, 199. — Curieux documents météorologiques, 219. — L’école Monge, 231. — Les organismes vivants de l’atmosphère, 236. — L’aérostat dirigeable électrique de MM. Ch. Renard et Krebs; expériences du 12 septembre 1884; expériences du 8 novembre 1884, 241, 374. — Observation des nuages, 247. — L’aréostat électrique à hélice de MM. Tissandier frères. Expérience du 26 septembre 1884, 273. — Èlie Margollé, 275. — Les ballons en Chine, 287. — Eugène Bourdon, 289. — La photographie pour tous, 323. — La célébration du centenaire de la première ascension aérostatique faite en Angleterre le 11 septembre 1884. — Vincent Lunardi. Documents inédits, 339. — Les pluies dans l'Inde, 349. — Les couronng^ solaires observées en ballon, 355. — Le Livre de demain, 378. — L’observatoire météorologique du Mont-Ventoux, 3831 — Les grands tunnels et les rail-wavs métropolitains, 403. — La bibliothèque de La Nature, 407.
- Tournier (E. A.). — Congrès de l’Association britannique à Montréal, 234.
- Vidal (Léon). — Les photographies magiques, 346.
- Vila (IL). — Le grand canon du Rio-Colorado aux États-Unis , 23. — Balance magnétique de Hughes, 43. — Le service météorologique en Russie, 113.
- Widemann (C.). — Mode d’isolement des fils métalliques employés dans la télégraphie et dans la téléphonie, 59.
- Z... (Dr). — Descenseur de sauvetage pour incendie, 13. — Cueillcuse Dubois, 47. — Un drame dans la fosse aux ours au Jardin des Plantes de Paris, 49. — Appareil à boucher les bouteilles, 80. — Fabrication des boîtes à musique à Genève, 90. — Encrier spécial pour l’encre de Chine, 428. — Type de la Nouvelle-Zélande, 192. — Illusions d’optique produites par la persistance des impressions sur la rétine, 239. — Le venin de la Vive, 261. — L’orchcstrionnette Ariston, 303. — LelIaiTang des neiges du Jardin d’Acclimatation, 381.
- Zurcher (F.). — Les typhons; observations de M. le P. Deche-vrens, 306.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- L’Équatorial de l'Observatoire de Paris (système Lœwv). 50
- Le méridien universel................................206
- Les unités de longueur astronomiques (E. II.)........258
- Déplacement de la verticale..........................259
- L’éclipse totale de lune du 4 octobre 1884 . . . 505, 305
- Température solaire.................................. 15
- L’acide carbonique solide........................ . . 158
- La comète..................................... 287, 503
- Cxjcles lunaires.....................................415
- Physique.
- Piles à oxyde de cuivre et à liquide alcalin de MM. F. de
- Lalande et G. Chaperon.................................. 29
- Le système métrique........................................ 50
- Le capuchon-cuisine....................................... 31
- Balance magnétique de Hughes (II. Yila)................ 43
- L’ocarina (À. Bergeret).................................... 45
- Le tableau à trois faces (A. Bergeret)................. 64
- Mode d’isolement des fils métalliques employés dans la
- téléphonie et la télégraphie (C. Widemann).............. 59
- Hygromètre enregistreur de MM. Richard frères (G. T.). 8$*'
- Fontaine de Héron et fontaine de Prague................ 85
- La fabrication des boîtes à musique à Genève (Dr L. . . 91
- La lumière électrique à domicile dans la ville de Col- 102
- chester.................................................107
- Imitation des phénomènes électriques et magnétiques par des phénomènes hydrodynamiques (Berasategui) . . . 110
- Physique sans appareils (G. T.)............................111
- L’électricité domestique. Appareils d’éclairage avec accumulateurs (G. Tissandieh)................................132
- Les illusions d’optique et la prestidigitation (G. Tissahdier). 152 Illusion d’optique. Les lettres allongées (A. Bergeret). 208
- Une nouvelle application du caoutchouc.....................221
- Illusions d’optique produites par la persistance des impressions sur la rétine (Dr Z.)..............................259
- Poste téléphonique de M. Ch. Mildé.........................243
- Photomètre optique du Dr L. Simonoff.......................245
- La science au théâtre. Deux nouvelles illusions d’optique (G. Kerlus)............................................ 267
- Nouvel allume-gaz électrique perpétuel..................291
- L’orchestrionnette Ariston (D" L...)....................505
- Un nouveau régulateur de température.................318
- Anneaux de fumée (C. D.).............................319
- La fontaine Colladon, Réflexion d’un rayon de lumière à l’intérieur dune veine parabolique (D. Colladon). . 325
- Electricité pratique....................................351
- Utilisation des forces naturelles. L’électricité à Bellegarde
- (Ain) (L. Grezel). ......................... . . 337
- Fixation des fantômes magnétiques (S- Medkier). 331, 350
- Lampes électriques portatives de M. G. Trouvé .... 367
- L’éclairage électrique domestique (E. H.)....... 397, 410
- Iconomètre photographique. . ......................... 400
- Éclairage électrique produit par un moteur hydraulique ............................................ . 14
- Expériences comparatives sur l'éclairage des phares
- en Angleterre . ..................................... 15
- Le téléphone en Norwège................................. 15
- Lumière électrique............................... 62, 382
- La peinture et la photographie.......................... 62
- Nouvelles lampes électriques à arc...................... 78
- Études polarimétriques sur la cellulose ...... 94
- Spectroscopie...........................................159
- Le sténo-télégraphie.................................. 174
- Eclairage électrique domestique.........................222
- Application électrique de l'iridium.....................223
- Nouveau nicol...........................»............287
- Mesures métriques.......................................334
- La lumière électrique en Allemagne.................... 351
- L'expérience de Foucault exécutée à Rouen...............366
- La téléphonie en Belgique...............................385
- Les lois du frottement..........................*. . 400
- Eclairage électrique à Metz.............................415
- Chimie.
- La force des matières explosives; travaux de M. Berthclot. 18
- Les grands vins de Champagne (A. Laplaiche)............ 71
- Les agents désinfectants.................................. 122
- La désinfection par l’acide sulfureux..................175
- La production industrielle de l’oxygène et de l’azote . , 179
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-
-
-
- m
- TABLE DES MATIÈRES.
- Photographie sans appareils (P. Chenevier)............191
- Un filtre parfait (Chamberland).......................199
- Éclairage des wagons par le gaz d’huile...............276
- Opium de l’Inde.......................................291
- La filtration des huiles (Victor Conrot) (M. Deléziniey). 298
- La conservation du lait (L. Poillon)..................511
- La photographie pour tous (G. T.). . . ...............523
- La trempe de l’acier par compression (L. I'oillon) . 526, 350 L’industrie descuirotsde mouton (A. Brillouin). 558,570, 413
- Les photographies magiques (Léon Vidal)...............546
- Préparation de la pâte à papier par l’acide sulfureux. . 555
- Les nouveaux produits de la manufacture de Sèvres . . 558
- Matières colorantes pour jouets d’enfants............. 14
- Le phosphure d’argent................................. 15
- Soudure de l'aluminium................................ 47
- Purification du zinc.................................. 47
- Utilisation de la sciure de bois pour l'éclairage des
- usines ............................................ 62
- Oxygène liquide . ................................. 79
- Acide chromique monohydraté........................... 79
- Composition des farines...............................127
- L’hydrogène liquide................................. 128
- Histoire chimique du chrome...........................128
- Recherche de l’alcool amyligue dans l’alcool commercial..................................................142
- L’huile de pépins de raisin...........................145
- Une nouvelle source de caoutchouc.....................143
- L’analyse des vins....................................145
- Fonte blanche et fonte grise..........................159
- La fabrication du bichromate de potasse...............206
- Filtre électrique................................... . 270
- Le bronze de cobalt...................................287
- Dissociation de l’oxyde de cuivre.....................319
- Nouveau noir végétal..................................334
- L’oxyde de carbone liquide. ..........................351
- Le salpêtre des plantes...............................351
- Application du sulfure de carbone.....................551
- Sur le nettoyage de la statue de Liebig...............367
- Extraction du tannin..................................383
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Suspension des poussières dans l’atmosphère (J. Béguin). 110
- Le service météorologique en Russie (H. V.)..............113
- Graines du terrain houiller (B. Renault et R. Zeiller). 115 Observation d’un nuage électrique (G. Tissandier). 125, 142
- Les inondations à Murcie (A. Gayan)......................151
- Les éclairs. Observations météorologiques (Plumandun) . . 173
- L’électricité atmosphérique. Expériences de M. S. Lems-
- treim.................................................177
- La foudre globulaire (Gaston Planté).....................195
- Curieux documents météorologiques (G. T.). ..... 219
- Observation des nuages (G. Tissandier)...................247
- Les typhons. Observations de M. le P. Dcchcvrens
- (F. Zurcher)..........................................506
- La grotte de L’Ombrives près Tarascon (Ariège) (Dr F. Gar-
- rigou)................................................312
- Les pluies dans l’Inde (G. T.)...........................549
- Les couronnes solaires observées en ballon (G. Tissandier) ...................................................555
- Hypothèse au sujet de la cause de l’époque glaciaire
- (Millot)..............................................379
- L’observatoire météorologique du Mont-Ventoux (G. Tis-
- sandier)..............................................585
- Les roches du Mont-Dore.................................. 16
- Age du Flysch de l’Apennin, ............................. 47
- La mer de Triton......................................... 47
- Bolide du 28 juin........................................ 79
- La feuille de Bilsen..................................... 79
- Météorites........................................ 94, 505
- Gisement de salpêtre.................................... 127
- La mer Saharienne. ......................................128
- Origine du phosphore de la houille.................128
- Études géologiques en Tunisie.........................145
- Gisements de soufre de Djemsa......................191
- Le froid aux États-Unis en 1884 ................... 207
- Mines de strontiane................................222
- Eruption de l’Etna et du Vésuve . .................22
- Une trombe dans le Morbihan........................287
- Pierre ponce . . . ...................................319
- Glaciers fondus.......................................319
- Etudes sur la marche...............................567
- Électricité atmosphérique...........................599
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Les Anhingas ou oiseaux-serpents (E. Oustalet) ... 8
- Cueilleuse Dubois..................................... 47
- Un drame dans la fosse aux ours au Jardin des Plantes de Paris (DrZ...)............................... 49
- Le crapaud cornu (E. Sauvage)...................... 61
- Rapport des fleurs et des insectes (Maurice Maindron) . 91
- Les oiseaux des grandes villes (E. Oustalet)......... 103
- Les cadres-aquarium (A. Bergeret)..................144
- Les jardins du littoral méditeranéen (DrGuiraud). 201, 263
- Le départ des hirondelles (E. Renou)........... 248
- Les venin de la Yive(DrZ...).......................261
- La maladie de la gomme des arbres fruitiers j.T. Poisson) 266
- Les pélicans (E. Oustalet)............................278
- De l’utilité des mouches............-..............535
- Le tétrogallc de l’Himalaya (E. Oustalet).............342
- Un nouveau fruit. Le kaki de la Chine et du Japon
- (,T. Poisson).......................................369
- Le scinque de Cocteau (E. Sauvage)....................579
- Le Harfang des neiges du Jardin d’Aeclimatation (DrZ...) 581
- Le jardin fleuriste de la ville de Paris.............. 63
- Aralie papyrifera..................................... 79
- Abondance de fraises.................................. 79
- Nature des sigillaires................................ 79
- Circulation des insectes..............................128
- Un arbre exceptionnel.................................287
- Élati ou cerf qigantesque.............................302
- Vitalité des insectes dans les gaz....................318
- Hétérosaurus et Actinodon.............................367
- Les loups en France............................ . 383
- Les sacs aériens des Calaos...........................400
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Le grand canon du Rio-Colorado aux États-Unis (H. Yila) 23 Carte murale de la France de MM. Eng. Guillemin et
- J. B. Paquier (G. Tissandier)...................... 27
- La mission française au Krakatoa................ 186, 207
- Les gorges du Tarn (Louis de Malafosse)..............359
- LeMississipi. . ........................................270
- N
- «
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences' préhistoriques.
- Type de la Nouvelle-Zélande (Dr. Z...)..................192
- Histoire de la civilisation.............................204
- La population de Paris................................ 207 ‘
- L’émigration au Tonkin..................................219
- Rosa et Josefa, les deux sœurs tchèques (J. Bertillon). 293 Les découvertes du Dr Le Plongeon dans le Yucatan
- (Marquis de Nadaillac)................................294
- Assab et les Àssabais (Maxime Hélène)........... 321, 599
- L’homme tertiaire (Marquis de Nadadaillac)..............394
- La population de TAlsace-Lorraine.......................127
- La prospérité des classes laborieuses en Australie, . 127 Les Indiens aux États-Unis......................... . 223
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. —Arts industriels,
- L’Orient-Express (A. Laplaiche)............................ 0
- Le tunnel de la Manche.................................... 12
- Éclairage pneumatique (G.T.).............................. 12
- Descenseur de sauvetage pour incendie (D1 Z...). . . . 15
- Le nouveau phare d’Eddyston (G. Richou)............... 19
- Manchester port de mer.................................... 58
- Explorateur sous-marin de MM. ïoselli (G. Tissanuier). 41
- Les rails d’acier.....................................- 51
- Moteur rotatif à grande vitesse de M. Deuuehamp-ïowe 55
- Le canal du Danube et de l’Elbe (Émile Pitsch)........ 67
- L’air comprimé considéré comme réservoir d’énergie. . 70
- Le broyeur Carr (G. T.).................................. 75
- Appareils à boucher les bouteilles (Dr Z_}............ 80
- Chemin de fer monorail aérien, système Duehamps
- (G. Tissandier)........................................ 81
- Horloge hydraulique du jardin des Tuileries à Paris
- (G. Maresciial)........................................125
- Les diamants de la Couronne de France.....................129
- Dn projet de rade pour Le Havre (Edmond Bayle). . . 154
- Appareil Deacon pour découvrir les pertes d’eau (G. Ri-
- chou)..................................................159
- Voiture à vapeur de MM. Dion, Bouton et Trépaidous
- (G. Tissandier)........................................145
- Le grand ascenseur de Bahiu au Brésil.....................149
- Verre de lampe de M. Paul Bayle...........................155
- Construction des chemins de fer aux États-Unis (L. B.). 157
- La cloche d’eau...........................................159
- Le nouveau pont-route de Dours (G. Tissandieii) . . . . 161 L’art industriel à Blois : fabrication de la faïence (A. le
- Rochas)................................................164
- L’exploitation du diamant au Brésil (DeBovet). . . . 166
- Robinet à écoulement automatique..........................176
- Chemin de fer : aiguille pour changement de voie sans
- interruption de la voie principale (L. B.)............187
- Un bateau-malle.......................................189
- Les horloges hydrauliques de l’antiquité [A. de Rochas) 197 L’éclairage électrique des magasins du Printemps k Paris 216
- Le réseau de télégraphie pneumatique à Paris..............225
- Nouveau tricycle (A. Mange)...........................255
- Lampe à pétrole système Wells.............................256
- L’intercommunication électrique (A. Laplaiche). . . . 258
- Pont mobile à soulèvement vertical........................259
- Éclairage des wagons de chemins de fer par le gaz
- d’huile................................................276
- Une locomotive à grande vitesse...........................291
- L’horaire des chemins de (fer et la minute des omnibus
- (E. Hospitalier).......................................299
- La locomotive « Él Gobernador » (L. B.)...................509
- Les mines du Tonkin...................................311
- Nouveau chemin de fer métropolitain sans rails, ni wagons, ni ponts, ni tunnels. ...........................315
- Les expériences de Creil..................................322
- Les roues élévatoires dans les mines de cuivre. . . . 345
- Clepsydre ou horloge approximative facile à construire
- (L. Poillon)...........................................347
- Le dynamomètre enregistreur du Dr Frankel...............353
- Les Portes de Fer (Emile Pitsch)..........................362
- Le chemin de fer funiculaire de la Superga près de
- Turin (Maxime Hélène...................................376
- La mouche mécanique.......................................384
- Une tour de 300 mètres pour l’Exposition universelle
- de 1889............................................... 401
- Les grands tunnels et les raihvays métropolitains (G. T.). 403
- Une brosse à nettoyer automatiquement les tuyaux. . . 416
- Fanal électrique pour locomotives....................... 15
- Lignes de chemins de fer projetées à travers les Pyrénées............................................... 46
- Chemin de fer électrique de Brighton.................... 46
- La scie hélicoïdale..................................... ®4
- Briques en liège...................... . « H1
- Le canal de Panama ,...................................426
- Tuyaux à gaz en papier...........................145
- Un nouveau pendule, .............................. 144
- La voirie de f.ondres...............................158
- Fonderie d’Essex.................................. 222
- Graisseur à éclairage...............................224
- La foudre et les constructions métalliques..........286
- Moulins à vent et à sable...........................286
- Cloche vibrant électriquement.......................286
- Développement de l'électricité dans les couroies. . 286
- Les plus fortes grues du monde...........^ . 302
- Transport de l1électricité........................ 503
- Un nouveau moteur...................................335
- Enterrés sous un caisson............................366
- Démolition d’une cheminée d’usine avec réemploi des
- matériaux...........................................582
- Les arbres creux en acier...........................382
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- La double vue. Expériences de M. Stuart Cumberland
- (G. Kerlus)......................................... 1
- Sur la rage (Pasteur)............................... 22
- Attitudes après la mort par la foudre (Dr Jules Robyer). 57
- Bains publics à bon marché (Dr A. Cartaz)........... 65
- Le choléra en 1884 (D' A. Cartaz) . ....... 97, 415
- L’exposition internationale d’hygiène à Londres (C. M. Ga-
- riel).............................................. 115
- La noix de Kola........................................ 146
- Le rapport du D' Straus sur le choléra de Toulon . . . 165
- Un filtre parfait (Chajiiii.rla.nu).....................199
- Curiosités physiologiques. Les sauteurs (G. Kerlus). 215, 282
- Laryngoscope électrique (G. M.)........................ 218
- Les organismes vivants de l’atmosphère (G. Tissandier). 236 Rosa et Josefa. Les deux sœurs tchèques (J. Bertillon) . 293
- L’ichtyol...............................................511
- Les conditions géologiques du choléra...................594
- Le mouvement réflexe contagieux........................ 47
- Plomb fondu dans l'œil................................ 62
- La mission'allemande du choiera. ...................... 62
- Suture secondaire des nerfs............................ 65
- Influence de la couleur du plumage sur .la ponte des
- œufs............................................... 78
- Valeur nutritive des sucres............................ 79
- Le choléra. Mesures sanitaires......................... 94
- Les bains électriques.................................. 126
- Action physiologique du café............................127
- Les remèdes contre le choléra...........................143
- Etudes de M. Pasteur sur la rage....................» 190
- Le dispensaire Furtado-Heine . . . . . ... . . 206
- Influence de l’altitude sur la respiration..............223
- Un nouveau microbe. ................................... 303
- Transmission du choléra................................ 334
- Dangers de la fabrication des « chinois »...............351
- Le microbe du vomito negro............................. 383
- La pneumonie infectueuse............................... 416
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Les grands vins de Champagne (A. Laplaiche). .... 71
- La pisciculture dans la ferme (Albert Larbalétrier) . . 154
- L’industrie chevaline (Hervé Mangon).....................262
- La maladie de la gomme des arbres fruitiers (J. Poisson) . 266
- Un nouveau fléau des vignes. Le mildew .... 358 , 367 L’industrie des cuirots de mouton (A. Brillouin) . 358,370, 413
- Le phylloxéra et les traitements par le sulfure de car-
- bone (Louis Roule)...................................371
- Sur la fabrication du fumier de ferme............. 94
- Le commerce des vins en France....................111
- Le phylloxéra............................ 143, 319
- Hygroscopicité de la terre végétale..................159
- Conservation des grains pendant leur transport . . 350
- Conditions de production des betteraves à sucre... 415
- Une maladie de la betterave..........................415
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Art militaire. — Marine.
- Machines infernales et torpilles sèches (Lieutenant-colonel Hennebert)........................................
- Manchester port de mer................................
- Canon multicharge ou accélérateur de M. Pcrreaux
- (G. de Sainte-M.)..................................
- Navire de Schroter....................................
- Le nouveau camp retranché de Paris et les forteresses modernes (Lieutenant-colonel Hennebert) . . . . 87, Un projet de rade pour Le Havre (Edmond Bayle) .... Etudes sur les marines de l’antiquité. Bataille de Chio
- (Contre-amiral Serre).........................210,
- Les transports militaires par chemins de fer (A. I.a-
- plaiche)...........................................
- Le port de La Rochelle................................
- Les souvenirs de marine conservés.....................
- Le bateau-torpille électrique.........................
- L'électricité à la guerre.............................
- Aéronautique.
- Le ballon captif de Turin.............................
- Ascensions aérostatiques du 7 août 1884 (G. Tissandier).
- ..............................................171,
- La direction des ballons..............................
- L’aérostat dirigeable électrique de MM. Ch. Renard et À. Krebs (Ch. Renard et A. Krebs) (G. Tissandier) .
- .................................. 190, 193, 241,
- L’aréostat électrique à hélice de MM, Tissandier frères. Expérience du 26 septembre 1884 (G. Tissandier). . .
- Les ballons en Chine (G. T.)..........................
- Navigation aérienne. Appareils plus lourds que Pair
- (Victor Tati.n)....................................
- La célébration du centenaire de la première ascension aérostatique faite en Angleterre le 14 septembre 1784. Vincent Lunardi. Documents inédits (G. Tissandier).
- .............................................. 539,
- Ascension aérostatique de longue durée................
- Histoire des ballons..................................
- Notices nécrologiques. - Histoire de la science.
- J.-P.-L Girardin....................................
- Corenwinder..................... .......
- Les savants de ia Renaissance. Le Père Schott (A. de Rochas) ......................
- L’abbé Moigno................................. , . , ,
- Le baron Thénard. , . . ..........................
- Histoire de la civilisation...............'.........
- Claude Joufïroy.....................................
- J.-A. Barrai........................................
- Elie Margollé (G. T.)............................ 273,
- Eugène Bourdon (Gaston Tissandier).....................
- Arthur Henninger,......................................
- Henri Lartigue (G. T.).................................
- La statue de J. R. Dumas ...... ... 30,
- Sociétés savantes. — Congrès et associations sclentlOques. — Expositions.
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires par S. Meunier. 15, 51, 46, 03, 79, 94,
- 111, 127, 128, 143, 158, 175, 190, 207, 223, 238,
- 255, 270, 287, 503, 319, 554, 551, 567, 583, 589, 415
- L’Exposition d’électricité de Philadelphie.............. 16
- L’Exposition générale italienne de Turin (W. de Fox-
- vielle) (Maxime Hélène)................ 53, 77, 156, 382
- L’Exposition internationale d’hvgiène à Londres (C. M. Ga-
- riel) (F. IIément).......................115, 170. 185
- L’Exposition Universelle d’Anvers en 1885 ............... 147
- Blois 1884 ...................................... 234, 257
- Congrès de l’Association britannique à Montréal (E. A. Tournier) ..................................................234
- L’Exposition de Rouen.....................................142
- Le Congrès de Washington.................. 255, 594, 499
- Exposition internationale des inventions en Angleterre...................................................518
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Le jeu des lutteurs (H. Bouchot)......................... 17
- Procédé collo Biographique du Dr A. Ilénocque .... 45
- Les caricatures électrique (E. H.)......................... 95
- Encrier spécial pour l'encre de Chine (l)r Z,..). .... 128
- Les postes et les télégraphes en France..................150
- Les loteries et le calcul des probabilités (G. Tissandier). 131
- L’École Monge (G. Tissandier)..............................251
- La science domestique (E. H.)..............................271
- Manière de couper une ficelle avec les mains ..... 352
- Le Livre de demain par M. de Rochas (G. T.)..............378
- Comment travaillent les Américains................ 587, 406
- La nouvelle Université de Strasbourg (Ch. Grad) .... 588
- Revue de l'Étranger........................................ 31
- Bouteilles de papier.......................................334
- Emploi des feuilles de vignes..............................534
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques, 14, 27, 71, 91, 118, 159, 163,
- 174, 218, 231, 294, 506, 550, 566,................... 382
- La bibliothèque de la Sature (G. T.)....................407
- Correspondance
- Imitation des phénomènes électriques et magnétiques par des phénomènes hydrodynamiques (J. A. Bera-
- SATEGUl) .......................................... 110
- Suspension des poussières dans l’atmosphère (J. Béhuin), 110 Sur la trempe de l’acier par compression (L, Clé-
- mandot) ....... ................ 550
- Fixation des fantômes magnétiques (S. Mçusieh), . , . 350
- A propos de l’article intitulé « Comment travaillent les Américains » (Félix IIément (. ....... , « 406
- 53
- 38
- 60
- 85
- 118
- 134
- 250
- 226
- 46
- 46
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- 386
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- 47
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 43, col. 1, ligne 39. Au lieu de : 5 kilogrammètrcs.
- il faut : 5 kilogrammes.
- Page 43, col. 1, ligne 8. Au lieu de : Arabia.
- il faut : Aralia
- Page 162, col. 2, ligne 12. Au lieu de : chaussée inférieure.
- il faut : chaussée supérieure.
- — — ligne 27. Au lieu de .'chaussée supérieure.
- il faut : chaussée inférieure.
- — — ligne 39. Au lieu de : treilles.
- il faut : treillis.
- Page 192, col. 1, ligne 8. Au lieu de : posée entre le
- cliché.
- il faut : posée contre le cliché.
- Page 192, col. 1, ligne 32.
- — — ligne 52.
- Page 312, col. 2, ligne 27. Page 314, col. 1, ligne 16. Page 315, col. 1, ligne 35.
- -St
- Au lieu de : on resserre les bords.
- il faut: on réserve les bords. Au lieu de : qui tire au ton chaud.
- il faut : qui vire au ton chaud. Au lieu de : (aphien). il faut : (aptien).
- Au lieu de : dangereux. il faut : dangereuses.
- Au lieu de : dieu Humbcr. il faut : dieu Ilumbert.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fieurus, 4 Paris
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