La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- Paris. Un an......................... 20 fr. »
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- LES VINGT-QUATRE VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
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- Imprimerie A. Laliure, rue deFleurus, 9, à Paris.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET IIE LRURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- . HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE l’iNSTRÜGTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAI RES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- . TREIZIÈME ANNÉE
- 1885
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON , ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 13* ANNÉE. — N° 601.
- 6 DÉCEMBRE 188 4.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A I/1NDU
- TÉLÉGRAPHIE
- ET TÉLÉPHONIE SIMULTANÉES
- PAR LES MÊMES FILS SYSTÈME VAN R YS SE LU E R GIIE
- 11 y a quelques années, aux débuts du téléphone, alors que l’admirable découverte de Bell, mise en doute par les uns, était niée par les autres, si quelqu’un était venu annoncer qu’il serait bientôt possible de télégraphier et de téléphoner simultanément par les mêmes fils, ce n’est plus du doute ni de l’incrédulité, mais une pitié profonde qui aurait accueilli le trop hardi novateur.
- Et cependant, le problème si incroyable qu’il paraisse, est aujourd’hui entièrement résolu ; la téléphonie et la télégraphie simultanées, créées de toutes pièces par M. Van Rysselberghe, constitue un système qui fonctionne aujourd’hui d’une manière courante en Belgique, et des essais vont être entrepris sur la ligne du Havre à Rouen. Nous croyons donc utile d’en entretenir de nouveau nos lecteurs1 ; nous ferons connaître les derniers perfectionnements du système, en prenant pour guide le constructeur même des appareils, M. Charles Mourlon.
- Le problème résolu par M. V. Rysselberghe peut se résumer en ces termes :
- Étant donnée une ligne conductrice terminée à chacune de ses extrémités par un système télégraphique et un système téléphonique, relier convenablement ces différents appareils de façon que le téléphone et le télégraphe puissent fonctionner simultanément et indépendamment l’un de l’autre, mais en faisant usage de la ligne unique et commune, ligne que nous supposerons toujours à deux fils, pour rendre la communication téléphonique plus parfaite. La première question à résoudre a été de donner aux courants destinés aux transmissions télégraphiques un caractère tel qu’ils n’influencent pas le récepteur téléphonique. Voici sur
- 1 Voy. n° 563 du 15 mars 1884, page 245.
- 13* anué«. — 1er semestre.
- quel fait très simple s’est appuyé l’inventeur pour résoudre ce problème :
- Lorsqu'on enlève la brusquerie des émissions et des extinctions de courants, ceux-ci deviennent inaudibles au téléphone.
- Aux courants brusques il substitue pour le télégraphe des courants graduels, c’est-à-dire des courants qui vont crescendo en commençant et decrescendo en finissant. Cette graduation, qui a lieu dans une durée inappréciable, s’obtient par l’intercalation dans le circuit de petits électro-aimants graduateurs, ou encore en mettant sur la ligne des condensateurs faisant l’office de dérivateurs, ou, enfin, si Ton veut obtenir des résultats plus parfaits, en combinant des électro-aimants avec des condensateurs.
- Condensateurs et électro - aimants agissent ici comme réservoirs, absorbant une certaine quantité d’électricité, quantité qu’ils restituent à la rupture du circuit.
- Pour bien comprendre le fonctionnement de ces appareils, servons-nous d’une comparaison donnée par l’inventeur :
- « Ces électro-aimants et ces condensateurs sont à l’égard des courants électriques ce que sont les réservoirs à air dans les pompes à incendie ; ce sont des poches qui se remplissent et qui se vident graduellement, enlevant ainsi toute brusquerie dans les changements de pression électrique. »
- Sous l’influence de courants gradués de cette façon, la membrane du téléphone fléchit bien encore, mais elle ne vibre plus : dès lors, elle ne donne plus de son au passage du courant télégraphique.
- En d’autres termes, les courants télégraphiques deviennent complètement silencieux, inaudibles, qu’ils soient directs, induits ou dérivés.
- Dès lors que l’on applique, d’une manière générale, à tous les télégraphes de l’Europe*cette combinaison d’un condensateur avec un électro-aimant qui forme la caractéristique de l’invention de M. Van Rysselberghe, et, à l’instant, tout le réseau européen deviendra silencieux. Alors on pourra non seulement organiser la téléphonie de ville à ville par des fils attachés aux mêmes poteaux que les fils télégra-
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- phiques, mais utiliser ceux-ci eux-mêmes pour la téléphonie. Ceci, bien entendu, en complétant lé~ système anti-inducteur par un dispositif qui assure l’indépendance des deux services ; en d’autres termes, en établissant entre la ligne télégraphique et l’embranchement téléphonique une séparation telle qu’elle livre passage aux courants rapides ondulatoires et peu intenses de la téléphonie, mais qu’elle barre le passage aux courants du télégraphe qui sont de nature essentiellement différente.
- Cette séparation, c’est encore par une comparaison émanée de l’inventeur que nous tâcherons d’en rendre compte. « Ainsi, a dit M. Yan Rvsselberghe, le soleil nous envoie sumultanément de la chaleur et de la lumière, deux mouvements vibratoires qui affectent nos sens de manière différente. Or, que l’on couvre d’une couche de peinture noire le vitrage d’une serre exposée au soleil, la lumière ne passera plus, mais la chaleur passera toujours. D’autre part, qu’on reçoive un rayon solaire sur une solution d’alun, cette fois, c’est la lumière qui passe tandis que la chaleur est*absorbée. »
- De même, il suffît d’un condensateur de faible capacité pour barrer le passage aux courants du télégraphe, tout en transmettant intégralement les courants ondulatoires de la téléphonie.
- Il n’est donc pas nécessaire, pour obtenir des transmissions simultanées, d’avoir recours à des téléphones ou des microphones spéciaux. Une fois le télégraphe approprié, à l’aide de graduateurs et de condensateurs séparateurs, on peut parler et écouter avec des téléphones et des microphones quelconques. Les bruits du télégraphe sont d’autant plus éteints que le système graduateur a été appliqué d’une façon plus ou moins générale sur le réseau. Mais si la transmission téléphonique se fait avec un système quelconque, sa qualité et sa puissance dépendent de la valeur de perte téléphonique dont se servent les interlocuteurs.
- On sait que dans les transmetteurs à charbon ou microphones, la reproduction électrique de la voix humaine a lieu par les variations de résistance qu’éprouvent les contacts en charbon sous l’influence des vibrations qui agitent la membrane-diaphragme ou planchette du microphone. Or les recherches de M. Yan Rysselberghe et les expériences faites par lui l’ont amené à la confirmation de ce résultat indiqué d’ailleurs par le calcul, que les variations de la résistance des contacts ont d'autant plus de valeur relative et que les variations du courant qui en résultent sont d'autant plus considérables que la résistance totale du circuit est plus faible.
- Il en résulte que M. Van Rysselberghe recommande, pour produire le courant inducteur, une source électromotrice à résistance intérieure extrême^-ment faible.
- On emploiera donc avec grand succès les éléments secondaires ou accumulateurs et les piles thermoélectriques.
- En général, toute pile à résistance intérieure très
- faible donne de bons résultats. C’est ainsi que l’inventeur recommande l’emploi des piles Leclanché à plaques agglomérées à grande surface de 180 millimètres de longueur et 70 millimètres de largeur, avec grand cylindre en zinc.
- Il faut également diminuer la résistance du microphone, ce qu’on obtient à l’aide de contacts multiples disposés en quantité, et employer une bobine d’induction dont le fil inducteur relié en circuit avec le microphone et la pile ou l’accumulateur a lui-même une très faible résistance.
- Enfin, on conçoit que, pour l’appel d’un poste téléphonique à un autre ou d’un bureau central à un autre, il n’est pas possible, lorsque le téléphone emprunte les fils du télégraphe, de se servir ni de sonneries trembleuses actionnées par la pile, ni de sonneries électromagnétiques appelées communément Magnéto Calls, car les courants engendrés par ces deux appareils ne manqueraient pas de contrarier le travail du télégraphe. Il faut donc avoir recours aux appareils téléphoniques eux-mêmes et tâcher qu’ils produisent un appel suffisant pour être entendu, quelle que soit la distance du bureau téléphonique avec lequel on désire communiquer.
- Il était même indispensable pour un service, important que les appels fussent visibles, c’est-à-dire qu’un numéro d’annonciateur apparût à chaque appel et établit l’identité du fil sur lequel l’appel s’est produit.
- M. Yan Rysselberghe a résolu d’une manière très heureuse ce problème délicat en appliquant et en développant des idées qui lui ont été suggérées par M. Sieur, fonctionnaire supérieur de l’administration des télégraphes français. Et actuellement, qu’il s’agisse d’un appel par fil exclusivement téléphonique ou qu’il s’agisse de demander la communication par fil téléphono-télégraphique, la manœuvre est la même.
- Tels sont les principes généraux d’un système encore nouveau, puisque les premières expériences basées sur la graduation des courants par des condensateurs ne datent que du 28 février 1882. La première expérience de télégraphie et de téléphonie simultanées par un seul et même fil eut lieu entre Bruxelles et Paris (355 kilomètres), le 16 mai 1882 ; et le 9 juin de la même année, on pouvait téléphoner et télégraphier de Bruxelles à Douvres, en passant par Ostende, et franchissant ainsi pour Ja première fois 125 kilomètres de ligne aérienne et 100 kilomètres de câble sous-marin.
- Il y a quelques mois, les fils du télégraphe de Bruxelles à Ostende ont été disposés pour que le roi et la reine des Belges puissent entendre, de leur chalet bâti au bord de la mer, les opéras exécutés sur la scène du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, et cela sans déranger en quoi que ce soit le service télégraphiquei Le succès a été complet, et le 5 septembre 1884, on a pu entendre à Ostende le premier et le dernier acte de Faust, et, le 7 septembre, tout l’opêfa des Huguenots.
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- Le 27 septembre, le système de M. Van Ryssel-berghe est passé dans la pratique; à partir de cette date, en effet, le service a été ouvert entre Bruxelles et Anvers, et les abonnés au téléphone ont pu causer gratuitement entre eux et à titre d’essai. Par décret du 17 octobre dernier, le service pour les communications payantes entre les deux villes a été réglé et le service ouvert le 20 octobre. Nous en avons fait connaître les conditions principales dans un précédent numéro, et nous avons indiqué les principales villes auxquelles ce système de communication serait prochainement étendu.
- C’est un succès dont nous ne saurions trop vivement féliciter M. Van Rysselberghe, et nous formulons le vœu qu’il ne nous soit pas donné d’en attendre trop longtemps le bénéfice matériel, si, comme on est en droit de l’espérer, les expériences entre Rouen et Le Havre donnent de bons résultats.
- Ed. Hospitalier.
- ÉTUDES
- SUR LES MARINES DE L’ANTIQUITÉ1
- BATAILLE DE DRÉPANE (249 ans avant J.-C.)
- Lorsqu’on étudie l’histoire de la première guerre Punique, et qu’on cherche à se rendre compte des opérations maritimes qui ont eu, sur l’issue de la lutte, une si grande influence, on est frappé du désaccord qui à chaque page se révèle entre les éléments du drame dont on suit les phases. Les ports ne contiennent pas les flottes ; la durée des jours ne suffît pas aux manœuvres décrites; les effectifs sont hors de toute proportion avec la population des deux républiques; la puissance de production de chantiers à peine créés dépasse celle de tous les arsenaux réunis de l’Europe.
- La critique historique est impuissante à expliquer ces contradictions ou à rectifier ces erreurs. Une seule version existe, répétée par les auteurs anciens avec quelques variantes, acceptée par les auteurs modernes avec un ensemble qui prouve l’unité de l’origine bien plus que la fidélité des récits.
- La critique technique nous enferme dans un dilemme. Ou bien il faut croire que les Romains étaient des êtres surnaturels, ce qui n’ajouterait rien à leur gloire, ou bien que Polybe n’a pas voulu repousser des traditions trop flatteuses pour l’orgueil du peuple dont il était l’hôte involontaire et l’admirateur passionné.
- Si, après avoir constaté l’erreur, on en cherche la cause, si on accepte tout ce qui est vraisemblable en n’éliminant que les faits contradictoires, si on se propose de réduire au minimum les doutes qu’il faut subir, et les négations auxquelles on est inévitablement conduit, on reconnaît que toute la diffi-
- 1 Voy. n° 590 du 20 septembre 1884, p. 250.
- culté se résume dans une seule question qui est du domaine de l’archéologie navale.
- Est-il ou n’est-il pas vrai que les quinquérèmes construites par les Romains lorsqu’ils entreprirent de créer une flotte étaient des navires portant de 400 à 500 hommes d’équipage, déplaçant 500 tonneaux, analogues a ces pentères grecques que nous avons vu figurer à la bataille de Chio?1 A cet égard Polybe est explicite, et il faut oq discuter sa compétence, ou croire, comme Enneus Florus, à l’intervention des dieux2.
- Lorsqu’on entreprend de restituer les galères qui furent victorieuses à Mylcs et à Ecnôme on ne trouve aucun des documents positifs qui ont permis de faire revivre la trière athénienne3 et en même temps, par induction, les types qui l’ont précédée et suivie. On sait que les premières galères romaines ont été imitées de celles des Carthaginois, nation de marchands qui dominait sur tout le bassin ouest de la Méditerranée4; on sait qu’elles ont été construites et armées, en nombres immenses, en très peu de temps, par un peuple qui ne possédait ni chantiers, ni outils, ni approvisionnements ; on connaît leurs navigations et leurs prouesses ; on peut encore étudier la configuration des rivages où des flottes ont été halées à terre sans préparatifs. C’est assez, en procédant par exclusion, pour établir les caractères généraux des navires qui ont figuré dans la première guerre Punique. En synthétisant ces caractères par un devis et un tracé on arrive au bateau dont l’image est ici reproduite (fig. 1), c’est une barque pontée de 20 mètres de long, de 45 tonneaux de déplacement, ayant un équipage normal de 70 hommes. Son appareil de propulsion se compose de 5 grandes rames de chaque bord ; c’est une construction qui rappelle à la fois la balancelle espagnole, la tartane ligurienne et cette galère héraldique que les peintres et les sculpteurs ont sans doute empruntée à quelque tradition lointaine.
- Sans vouloir entrer dans des détails qui ne seraient pas à leur place, sans prétendre à une exactitude que le sujet ne comporte pas, j’opposerai, cette quinquérème à la pentère à 300 rameurs décrite par Polybe; je les mettrai en regard dans un récit emprunté à Polybe lui-même. C'est un des plus clairs et des plus intéressants de son histoire.
- 1 Voy. n° 588 du 6 septembre 1884, p. 210 et n° 590 du 20 septembre, p. 250.
- * Le savant archéologue Graser donne à la pentère du temps d’Alexandre le Grand un déplacement supérieur à 500 tonneaux. On peut, en acceptant un chiffre d équipage de 470 hommes (Polybe) et des conditions analogues à celles de la trière athénienne, faire le devis d’une pentère déplaçant 300 tonneaux. Avec du bois vert et des charpentiers novices, le déplacement de 500 tonneau^ serait un minimum.
- 3 Voy. n°503 du 20 janvier 1883, p. 119.
- * Il paraît certain que les Carthaginois avaient deux espèces de galères : les unes, c’était le grand nombre, propres aux expéditions, au commerce, à la navigation à la voile dans le bassin de la Méditerranée ; les autres, du type grec, beaucoup plus rapides. C’est avec une de ces dernières qu’Annibal le Rhodien forçait le blocus de Lilybée.
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- Bataille de Drépane. — Depuis plus d’un an les Romains avaient mis le siège devant Lilybéc (Mar-sala). Drépane (Trapani) et Lilybée étaient les seuls ports qui restassent aux Carthaginois en Sicile. Us tenaient d’autant plus à la possession de cette dernière ville que la nature l’a dotée d’un port excellent, facile à défendre et très bien disposé pour l’usage das galères. Annibal, fils d’Amilcar, avait été envoyé au secours de la place, des combats meurtriers avaient été livrés entre les deux armées. Les assiégés avaient tenté vainement, à plusieurs reprises, de détruire les machines des assiégeants ; mais un jour il s’éleva une tempête violente qui favorisa leurs desseins ; ils
- tirent une sortie et après un combat acharné où l’armée romaine fit de grandes pertes, les ouvrages furent renversés, les machines brûlées et les murailles de Lilybéc purent être reconstruites.
- Polybe, liv. I, paraphrase (fig. 2 et lig. 3). « Lorsqu’on apprit à Rome, par des messages répétés, que la plus grande partie des équipages de la llotte avaient péri, soit à la défense des machines, soit dans les autres opérations du siège, on s’empressa de faire une levée de matelotsi, et on en envoya 10 milles en Sicile. Ils traversèrent le détroit et se rendirent au camp par la voie de terre. Aussitôt qu’ils furent arrivés le consul Publius Claudius
- Fig. 1 — Une quinquérème romaine à l’époque de la bataille de Drépane.
- convoqua les tribuns; il leur dit que l’occasion était favorable pour aller attaquer Drépane avec toute la flotte, qu’Àdherbal, général des Carthaginois, auquel la défense de la ville était confiée, devait se croire à l’abri de toute entreprise; que, ne sachant pas que les Romains avaient reçu des renforts, il les croyait, sans doute, incapables, après les pertes qu’ils avaient subies, de sortir avec leurs vaisseaux. Les tribuns partagent l’avis du consul : on arme les galères avec les anciens et les nouveaux équipages ; les volontaires pris parmi les meilleurs soldats de l’armée, séduits par l’espoir d’un riche butin après une courte navigation, s’y embarquent également.
- « Tout étant ainsi disposé, la flotte romaine appareille au milieu de la nuit à l’insu des Carthagi-
- nois, elle suit le rivage en silence laissant la terre à droite. Au point du jour les galères d’avant-garde sont aperçues de Drépane ; Adherbal très surpris de leur arrivée, mais se rendant compte immédiatement des desseins du consul, prend la résolution de tout risquer avant de laisser mettre le siège devant la ville; il rassemble à la hâte les matelots sur le rivage, il envoie des héraults dans tous les quartiers pour convoquer les mercenaires ; aussitôt qu’ils sont réunis, il les harangue ; il leur fait comprendre en quelques mots que, s’ils veulent combattre, ils peu-
- 1 II faut entendre ici par matelots des hommes destinés aux divers services du bord et notamment au service de la vogue, à l’exclusion des soldats qui, en général, étaient seulement combattants.
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- vent compter sur la victoire, tandis que, s’ils reculent devant le danger présent, ils s’exposent à toutes les misères d’un siège. Tous se montrant pleins d'ardeur et demandant à être conduits à l’ennemi,
- Adherbal les félicite, leur ordonne de 's’embarquer et de suivre sa galère ; aussitôt il appareille et conduit sa Hotte sous les rochers qui bordent l’entrée du port du côté opposé à celui par lequel les Romains commencent à y entrer.
- « Le consul Publius voyant que les Carthaginois, contrairement à ses prévisions, n’étaient ni surpris ni effrayés de son arrivée, et qu’ils se disposaient à combattre, donna l’ordre à ses galères, dont les unes étaient déjà dans le port, dont les autres faisaient route pour y arriver, de virer de bord et de gagner le large. Il en résulta qu’entre celles qui avaient franchi la passe et celles qui y étaient engagées il y eut une grande confusion suivie non seulement clc désordre parmi les équipages, mais d’avaries dans les rames.
- Cependant les capitaines, à mesure que les navires se dégageaient les faisaient mettre en ligne le long du rivage l’éperon tourné vers l’ennemi. Publius, dans son ordre de marche, s’était mis au dernier rang ; il s’en suivit qu’après la formation qu’il avait ordonnée il se trouva à l’extrémité de l'aile gauche.
- « Adherbal ayant pris 5 galères de grande marche déborde la gauche de l’armée romaine, puis il range ses galères en ligne de front au large ; en même temps il fait porter l’ordre à
- tous les navires qui le suivent d'imiter sa manœuvre. Aussitôt que toute sa flotte est ainsi formée il signale de s’avancer contre l'ennemi. Pendant ce temps les
- Romains restaient le long du rivage, attendant la sortie du port de leurs dernières galères. De là il résulta que la flotte romaine acculée à la côte combattit avec un grand désavantage.
- « Dès que les deux lignes se furent rapprochées les galères prétoriennes hissèrent leurs pavillons et le combat commença. Au début la lutte fut assez égale entre des soldats qui étaient l’élite des deux armées ; mais bientôt les Carthaginois occupant une meilleure position, l’avantage commença à se déclarer pour eux ; ils l’emportaient en vitesse et en facilité dévolution à cause de la légèreté de leurs carènes, de l’expérience et de l’habileté de leurs rameurs; puis ils étaient dans de tout autres conditions : ayant formé leur ligne
- de bataille du côté du large, les galères trop engagées se retiraient facilement sur l’arrière de cette ligne, à cause de leur vitesse S tandis que les galères romaines, lorsqu’elles s’élançaient en avant à la poursuite d’un adversaire, et qu’il fallait ensuite reculer pour éviter les attaques obliques des ennemis qui les entouraient, tombaient en travers, et dans cette position, lourdes, mal manœu-vrées, elles recevaient des chocs qui finissaient par les couler. Un grand nombre périt de là sorte.
- 1 II faut sc souvenir qu’une des facultés essentielles de la
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- Fig. 2. — Carte pour servir à l’histoire de la bataille |de Drépnne.
- Fig. ü. — Ordre de bataille des armées romaine et carthaginoise.
- A. Galères d'Âdherbal. — Galères de P. Claudius. — Les galères de l’avant-garde romaine, achèvent de sortir du port ; la Hotte se range en ligne de front, le long de la côte dont elle suivait le bord. Les galères d’Adherbal, sorties en suivant la ligne ponctuée, sont venues se former en ligne de front, parallèlement au rivage. Sur l’arrière de la ligne de bataille se trouvent quelques galères eu serre-file.
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- « Pour les Carthaginois il en allait tout autrement : si un- de leurs navires était en danger, ses voisins lui venaient en aide et le hâlaient vers le large ; quant aux Romains ils combattaient trop près de terre pour pouvoir reculer ; lorsqu’une galère était chargée de front et poussée par la proue, elle s’échouait de l’arrière ou se brisait sur les récifs de la côte. Le passage à travers la ligne, l’attaque après inversion des navires déjà engagés, manœuvres si importantes et si efficaces, les Romains ne pouvaient les tenter, à cause de la lourdeur des carènes et de l’inhabileté des rameurs; ils ne pouvaient non plus porter secours à ceux qui étaient trop pressés en leur passant à poupe, attendu qu’ils étaient trop près du rivage, et qu’il n’y avait pas de place entre eux et la terre.
- « Le consul voyant la bataille perdue, la plupart de ses galères soit échouées sur des bancs, soit jetées à la côte, s’échappa avec 30 vaisseaux de son aile gauche en rasant la plage. Les Carthaginois prirent tous les autres au nombre de 93 avec leurs équipages dont quelques hommes seulement se sauvèrent en sautant à terre après l’échouage de leurs navires. »
- Le récit qu’on vient de lire peut être complété comme il suit : Les Romains ayant fait des pertes telles qu’il leur était impossible soit de continuer le siège de Lilybée, soit de menacer Drépane, avaient cessé toute opération aggressive et avaient hissé leurs quinquérèmes à terre dans le voisinage de leurs camps AA (fig. 2), de telle sorte qu’elles fussent à l’abri du mauvais temps et des entreprises d’Adher-bal. Dans cette situation P. Claudius reçoit un secours de 10000 hommes; on peut supposer que, sur ces 10 000 hommes levés à la hâte, non amarinés et venus par terre, il s’en trouva 6000 prêts à s’embarquer dès leur arrivée. A ces 6000 hommes il ajoute 3000 matelots des anciens équipages et 3000 soldats d’élite; il compose avec ces 12 000 hommes l’armement de 123 galères qui se trouvent ainsi avoir des effectifs complets et des épibates supplémentaires. Le soir venu il fait mettre sa flotte à la mer; il part à 1 heure du matin du point A' côtoyant le rivage et marchant lentement. Ses navires sont formés, suivant la coutume des anciens, en ligne de file par pelotons. Les pelotons étant de 4 galères et l’intervalle des pelotons étant de 80 mètres, distance minimum permettant le passage de la ligne de file à la ligne de front, la longueur de la colonne est de 2800 mètres, soit un mille et un tiers.
- A 5 heures du matin, la vitesse ayant été de 2 nœuds (3700 mètres à l’heure), l’avant-garde est en B à 5 milles de Drépane : à ce moment elle est aperçue par les Carthaginois, Adherbal prend aussitôt ses mesures, il réunit les équipages, fait mettre à la mer celles de ses galères qui sont halées au sec, convoque les mercenaires dispersés dans la
- galère de combat bien aimée était de reculer très vite, en renversant la vogue, dans toute direction voulue.
- ville. A 7 heures il appareille, range les murailles de la ville et se dirige sur Columbaja (E), île rocheuse qui couvre l’entrée du port. Pendant ce temps les galères romaines ont augmenté de vitesse ; à 7 heures l’avant-garde donne dans le port P en laissant à gauche Pilot I (fig. 2). P. Claudius qui est à l’arrière-garde voit le mouvement de la flotte d’Ad-herbal ; il en comprend la portée ; il ordonne à ses galères de virer à bord, et il essaye de les mettre en bataille. Le combat se livre le long de la ligne II (fig. 2) dans les conditions et avec le résultat que nous connaissons.
- Tout cet ensemble de faits se tient admirablement; la vraisemblance en est parfaite, mais à la condition que les quinquérèmes de l’une et l’autre flotte ne ressemblent en rien à celles dont Polybe, dans son chapitre sur la bataille d’Ecnôme, a donné les effectifs. En effet, si chaque quinquérème est montée par près de 500 hommes, le consul n’en a pas armé 123 avec moins de 60 000 matelots et soldats y compris les volontaires. Les 10 000 recrues venues de Rome eussent été un bien faible appoint, et Adherbal n’eût pas vécu dans la confiance que lui supposait P. Claudius. D’un autre côté, si des quinquérèmes de cette dimension eussent été halées à terre, il ne les aurait pas mises à l’eau sans préparatifs et sans la connaissance des Carthaginois.
- Quant à ces derniers qui, suivant Phistorien grec, étaient de la même force que les Romains, il est clair qu’en 2 heures ils n’auraient pas jeté 50 000 hommes sur des galères qui, même en les supposant à flot, ne pouvaient être armées rapidement, leur tirant d’eau ne permettant pas de les accéder sans l’aide d’embarcations. De quelque façon qu’on envisage l’opération contre Drépane, tout est simple et facile si les quinquérèmes sont des barques; tout est impossible si ce sont des bâtiments de haut-bord.
- La comparaison des circonstances de la bataille de Chio avec celles de la bataille de Drépane rend ces conclusions encore plus saisissantes. A Chio nous voyons aux prises de vieilles marines, des flottes créées par des industries séculaires. Si les cata-phractes d’Attale, de Philippe et de Rhodes étaient des barques, le récit de Polybe n’a plus de sens; à Drépane, au contraire, comme à Myles, comme à Ecnôme, nous trouvons des essaims dont la construction, les mouvements, les entreprises ne sont compréhensibles que si l’unité est petite.
- Reste une difficulté : Polybe a parlé et aucun historien n’a récusé son témoignage1. Polybe a dit que les Romains avaient débuté dans les constructions navales par des pentères portant 300 rameurs et 120 soldats, qu’ils en avaient bâti et armé jusqu’à 220 en trois mois ; que le champ de bataille d’Ecnôme avait vu 700 galères et 300 000 combattants. Sommes-nous tenus de le croire? un grand historien est-il de droit infaillible? * Pour moi, je pense qu’il
- * Polybe écrivait un siècle après la bataille de Drépane.
- 2 Voltaire a écrit que la France, après les désastres du
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- y a des erreurs qu’il faut combattre, de quelque nom qu’elles soient signées. Pour admirer il faut comprendre, et les grands exemples ne sont utiles qu a ceux qui croient à la possibilité de les suivre.
- Contre-amiral Serre.
- GRANDE EXPÉRIENCE
- DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- EXÉCUTÉE A NEW-YORK.
- PROMENADE ÉLECTRIQUE AUX FLAMBEAUX
- L’Amérique est le pays du progrès, de la rapidité, et souvent aussi de la réclame. Qu’il s’agisse d’un nouveau produit ou d’une candidature à une fonction élective, tous les procédés sont bons pour faire ressortir le produit ou le candidat, et forcer l’attention du gros public.
- Il n’est donc pas étonnant que l’électricité, avec ses résultats nouveaux, imprévus ou merveilleux, ait été mise à contribution dans des circonstances que l’originalité des procédés mis en œuvre nous engage à faire connaître avec quelques détails, à nos lecteurs.
- Dans les deux exemples que nous allons citer, la lampe Edison a été le moyen d’action employé pour éveiller l’attention publique. Dans le premier cas, pour les intérêts de la lumière Edison elle-même, dans le second, pour ceux d’un candidat à la présidence de la République des Etats-Unis.
- A l’Exposition d’électricité de Philadelphie, la Compagnie Edison exposait son système d’éclairage électrique à côté d’autres concurrents, et faisait distribuer des prospectus. Pour assurer un débit sérieux à ces prospectus, elle imagina de les faire distribuer par un grand diable de nègre coiffé d’un casque surmonté d’une lampe à incandescence, comme le représente la figure 1 que nous empruntons au Scientifie American. Cette lampe était reliée à deux conducteurs dissimulés sous les vêtements et se terminant à deux plaques de cuivre placées sous les talons des bottes du distributeur. On avait disposé tout autour de l’espace réservé à l’exposition d’Edison, un certain nombre de plaques de cuivre de dimensions convenables, en relation avec les deux bornes de la dynamo faisant le service de l’éclairage.
- En se plaçant au-dessus de deux de ces plaques, le nègre pouvait à volonté ouvrir ou fermer le circuit de la dynamo sur la lampe qui surmontait son casque et produire son extinction ou son allumage instantanément, par un mouvement tout à fait imperceptible, et tout en conservant les mains libres
- milieu du dix-huitième siècle, ne possédait plus qu’un seul vaisseau. Au moment où il affirmait ee fait, les archives du Ministère contenaient (elles contiennent encore) les noms et les états des 26 vaisseaux de ligne à flot et de 26 autres en construction Ce n’est pas de notre temps que la marine a commencé à être mal connue.
- pour distribuer ses prospectus. Plusieurs personnes nerveuses, nous apprend notre confrère de New-York, étaient désagréablement impressionnées par l’apparition soudaine de cette lumière inattendue, mais la foule qui entourait le nègre, était parfois si grande qu’il était souvent obligé de se déplacer pour rétablir la circulation.
- On a proposé, comme perfectionnement, de placer les plaques métalliques sous un tapis, et de munir les talons de pointes qui seraient venues en contact avec les plaques en perçant le tapis, de sorte que chaque pas du distributeur aurait produit un éclair. Le temps aura sans doute manqué pour réaliser ce perfectionnement. Cette simple exhibition — qui n’était qu’un amusement — a cependant été prise au sérieux par quelques gens de la campagne (l’expression est du Scientific American) qui se sont informés avec sollicitude du prix de revient d’une semblable application; c’était, à leur avis, justement ce qui leur était nécessaire pour se promener autour de leur maison !
- Arrivons à la seconde expérience exécutée à New-York dans la soirée du 31 octobre dernier ; elle constitue un spectacle original, unique et sans précédent dans l’histoire des illuminations et des promenades aux flambeaux. En Amérique, ces promenades aux flambeaux sont l’adjuvant nécessaire, indispensable d’une campagne présidentielle, et leur organisation met en œuvre le génie inventif de tous les meneurs de l’élection ainsi que celui de tous les partisans enthousiastes du candidat.
- Au point de vue scientifique, l’expérience aussi mémorable que curieuse, dont il s’agit, montre qu’une installation électrique, complète jusque dans ses plus petits détails, et en plein fonctionnement, peut être déplacée tout d’une pièce, sous forme d’une procession, malgré les inégalités du pavage, et fonctionner sans que le courant soit interrompu, sans que les lampes subissent la moindre variation d’éclat, ce qui montre à quel degré de perfection la machinerie électrique est aujourd’hui parvenue.
- Cette manifestation a été produite par l’Edison Electric Lighting Company de New-York, aux frais de ses propres employés, associés aux partisans du candidat dont notre confrère ne nous fait pas connaître le nom, lacune qui s’explique par le point de vue purement scientifique et curieux auquel il se place, le seul qui ait d’ailleurs pour nous quelque intérêt.
- Sur l’avant d’un grand chariot était placée une machine dynamo d’Edison, — type de 200 ampères, — et sur l’arrière, un moteur à vapeur de 40 chevaux de la New-York Safety steam Power C°. Une courroie transmettait le mouvement de la ma-
- chine à vapeur à la dynamo.
- La vapeur était fournie par une chaudière de pompes à incendie à vapeur; on sait combien ces chaudières se mettént rapidement en pression et sont puissantes par rapport à leur volume. La chaudière, fixée sur le chariot, à l’arrière, était reliée à la
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- machine par deux tuyaux, l’un pour l’arrivée de vapeur, l’autre pour l’échappement ; ce dernier était muni d’un robinet à trois voies, à l’aide duquel la vapeur pouvait, soit s’échapper à l’air libre, soit dans la cheminée de la chaudière, pour activer le tirage. La chaudière était munie de deux voitures portant des réservoirs en tôle renfermant ensemble quatre mètres cubes d’eau environ et reliés à la chaudière par des manches à eau, et de deux autres voitures portant le charbon.
- Les machines étaient traînées par six chevaux attelés en tandem, guidés simplement par la parole du conducteur.
- D’un commutateur disposé sur le chariot, partaient quatre conducteurs, deux reliés à une riot et deux autres de l’autre côté. Cette corde qui avait 1200 pieds (400 mètres de long) entourait le groupe des manifestants; elle formait un carré vide au centre, et dans lequel se tenaient les voitures. Sur cette corde, de cinq en cinq pieds (lm,50) était une sorte de prise de courant convenablement disposée, d’où partaient deux fils souples reliés aux bornes d’une lampe fixée sur un casque porté par un proces-sionniste. Les colliers des chevaux étaient également garnis de lampes, et il y en avait 24 disposés sur le chariot portant la machine, soit en tout près de 300 lampes promenées par 250 manifestants, disposés en carré et formant l’ensemble représenté figure 3.
- La figure 2 montre un homme isolé, tenant en main la corde et les conducteurs, indiquant les dispositions du système. Le conducteur de la
- Fi". 1. — Le nègre électrique d’Eilii-ou à l’Exposition de Philadelphie J Lampe à incandescence sur la tête d'un distributeur de prospectus. (D’après une gravure américaine.)
- corde d’un côté du cha-
- Fig. 2. — Disposition des conducteurs dans la promenade électrique aux flambeaux, exécutée à New-York et représentée fig. 3.
- manifestation était à cheval ; il portait une lampe de 200 candies fixée au bout d’une lance.
- Pendant la plus grande partie de cette promenade électrique d’un nouveau genre, toutes les parties de cette immense installation mobile ont parfaitement fonctionné. la lumière était intense et magnifique, éclairant à profusion chaque recoin des rues qu’elle traversait. Mais au milieu de son parcours, il se produisit une extinction accidentelle totale due à un engorgement du tuyau reliant les réservoirs d’eau à la chaudière. L’accident fut vite réparé et la procession put reprendre sa promenade triomphante, au milieu des cris de surprise et des applaudissements qu’elle provoquait. Nous ne saurions dire si cette manifestation originale a contribué à augmenter le nombre de voix du candidat en faveur duquel elle était organisée, mais elle a certainement servi à populariser encore l’élairage électrique, déjà si répandu en Amérique; elle constitue une expérience curieuse et mémorable à plus d’un titre, et présente un caractère scientifique qui nous a engagé à la faire connaître à nos lecteurs.
- Nos renseignements personnels que nous tenons d’un habitant de New-York récemment arrivé à Paris, nous permettent d’ajouter à titre de curiosité, que le candidat pour lequel la manifestation dont nous venons de parler a été organisée, n’est pas celui qui a obtenu la majorité des suffrages. La manifestation a commencé à se produire à Madison-Square ; là, les lampes à incandescence ont brillé tout à coup, et la procession électrique aux
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- I^„d. promenade olccriqu. «omboa», «6c»,de à JCew-Y.*, d,„ la soirée du 5. octobre .884. - Erpcricc, do ». Edi...
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- flambeaux a défilé pendant plus de deux heures consécutives dans les principales avenues de New-York.
- M. Edison lui-même dirigeait cette belle expérience; il faisait partie du cortège dans une des voitures qui suivaient les machines. Les applaudissements de la foule saluaient au passage le célèbre inventeur, dont le nom est justement devenu populaire dans les Deux-Mondes. Dr Z...
- LA TRACTION PAR CHENAUX
- POUR LES OMNIBUS ET TB AMWAY S
- Nous trouvons, dans les rapports sur les opérations du service de la cavalerie et des fourrages pendant l’exercice 1885, présentés au conseil d’administration de la Compagnie générale des Omnibus par M. Lavalard, d’intéressants détails sur l’effet utile des chevaux employés à la traction des omnibus et des voitures de tramways.
- M. Lavalard, en relevant sur toutes les expériences faites à la Compagnie des Omnibus depuis 1878, le travail moyen par sëconde, trouve qu’il est, pour les tramways de 82 kilogramme très par cheval et, pour les omnibus, de 95 kilogrammètres avec une vitesse moyenne de 3 mètres pour les premiers et 2m,50 pour les seconds.
- Chaque cheval, pendant le temps qu’il est attelé, fournit donc un travail égal respectivement à 1,4 et 1,3 cheval-vapeur de 75 kilogrammètres. C’est un travail considérable et qui ne peut être soutenu longtemps. Ce qui explique pourquoi les chevaux de la Compagnie des Omnibus ne peuvent parcourir plus de 17 kilomètres par jour avec une vitesse moyenne de 9 à 12 kilomètres à l’heure et une charge de 1610 à 1900 kilogrammes.
- La durée moyenne d’une course sur les lignes de tramways est de 46 minutes, et sur les lignes d’omnibus de 48. Pour les premiers, les limites extrêmes sont, minimum 32 minutes (Charenton à Créteil) et maximum 70 minutes (Louvre à Sèvres et à Versailles) et, pour les omnibus, minimum 26 minutes (gare Saint-Lazare à la place Saint-Michel), maximum 60 minutes (Montmartre à Saint-Jacques).
- Tous les jours les chevaux font au moins 2 courses ou un tour et certains 2 tours ou 4 courses. Ils travaillent donc en moyenne, sur les tramways, pendant 92 minutes quand ils font un tour, et 184 minutes quand ils font deux tours, et sur les omnibus, dans les mêmes conditions, pendant 96 ou 192 minutes.
- Le travail étant, sur les tramways, de 82 kilogrammètres par seconde est, pour un tour, de 452 000 kilogrammètres par seconde et, pour deux tours, de 905 200 kilogrammètres.
- Sur les omnibus, où le travail par seconde est de 95 kilogrammètres par seconde, le travail journalier est de 547 200 kilogrammètres pour un tour est de 1 094400 pour deux tours.
- Le travail d’un cheval-vapeur pendant 24 heures étant de 6 480000 kilogrammètres, M. Lavalard conclut que le travail journalier d’un cheval de tramway ne dépasse pas en moyenne le septième du travail d’un cheval-vapeur en 24 heures et peut descendre au quatorzième. Pour les chevaux d’omnibus, ces rapports sont un sixième et un douzième.
- Ces chiffres sout des moyennes : si on prend les maxi-
- mums, on trouve que, sur certaines lignes, les chevaux arrivent à faire à peu près le cinquième du travail d’un cheval-vapeur par 24 heures.
- Comme le cheval travaillant au pas peut être utilisé 8 à 10 heures par jour et réaliser le tiers ou même la moitié du travail du cheval-vapeur par 24 heures, on est amené à conclure que ce sont les conditions spéciales de charge, de vitesse et de temps qui ne permettent pas d’obtenir du cheval le travail qu’il pourrait donner dans des conditions plus normales et qu’on est à peu près au maximum de ce qu’on peut demander aux chevaux. On trouve la confirmation dans la comparaison avec les chevaux de la Compagnie des voitures qui, attelés à un coupé pesant 600 kilogrammes environ, peuvent faire en moyenne 62 kilomètres en 10 heures et donner un travail total de 1625 000 kilogrammètres pour 45 kilogrammètres seulement par seconde, alors que les chevaux d’omnibus avec 95 kilogrammètres par seconde, c’est-à-dire plus du double, ne donnent qu’un total journalier de 1 368 000 kilogrammètres.
- RIRLIOGRAPHIE
- Voijage de la Vega autour de l'Asie et de l’Europe, par À.-E. Nordenskiôld. Ouvrage traduit du suédois avec l’autorisation de l’auteur par MM. Ch. Rabot et Ch. Lallemand. Tome second. 1 vol. in-8° contenant 293 gravures sur bois, 3 gravures sur acier et 18 cartes. — Paris. Librairie Hachette, 1885.
- Eleclrolyse. Renseignements pratiques sur le nickelage, le cuivrage, la dorure, l’argenture, l'affinage des métaux et le traitement des minerais au moyen de l’électricité, par Hippolyte Fontaine. 1 vol. in-8° avec 34 gravures dans le texte. — Paris, Ilaudry et C’“, 1885,
- Electricité et magnétisme, par Fleeming Jenkin, professeur de mécanique à l’Université d’Edimbourg, traduit de l’anglais sur la septième édition, par H. Bebger et Croullebois. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Traité élémentaire d’électricité, par James Clerck Maxwell, précédé d’une notice sur les travaux en électricité du professeur Maxwell, par W. Garnett. Traduit de l’anglais par Gustave Richard. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- La rage et les expériences de M. Pasteur, par Gaston Percheron. 1 vol. in-18. — Paris, Firmin-Didot et Cie, 1885.
- Le propriétaire et sa ferme délaissée, par M. Georges Ville. 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson.
- Le magnétisme animal. Etude critique et expérimentale sur l’Hypnotisme ou sommeil nerveux, par le Dr Fernand Bottey. 1 vol. in-18. — Paris, E. Plon, 1884.
- Atlas complet de géographie en relief, dressé sous la direction de M. Henri Mayer. 1 vol. in-4° comprenant 26 cartes dont les montagnes sont gauffrées en relief. — Paris, E. Bertaux, éditeur-géographe, à Paris.
- Planisphère céleste contenant toutes les étoiles visibles à l'œil nu et les principales curiosités du ciel, dressé sous la direction de Camille Flammarion, par Paul Fouché. Une grande carte montée sur toile et se pliant sur rouleaux de bois. E. Bertaux, éditeur à Paris.
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- Globe géographique de la planète Mars, d’après Camille Flammarion. Sphère de 0m,10 de diamètre environ, montée sur un pied; très intéressante et très utile, pour tous les amateurs d’astronomie ; complète très heureusement avec la planisphère céleste que nous venons de mentionner, les belles publications astronomiques de M. Camille Flammarion.—E.Bertaux, éditeur, à Paris.
- L'aérostat dirigeable de Meadon, par W. de Fo.\vielle. Publication du Spectateur militaire. 1 broch. in-8°. — Paris, A. Ghio, éditeur, 1884.
- JEUX ET JOUETS DU JEUNE AGE
- CHOIX DE RÉCRÉATIONS AMUSANTES ET INSTRUCTIVES
- Texte par Gaston Tissandier.— Dessins et compositions par Albert Tissandier.
- Ce livre, très luxueusement édité, en chromotypographie avec tirage à 6 couleurs, vient d’être publié par la librairie G.Masson. Il est formé de 48 pages, et chacune d’elles comprend une composition différente, faite par les procédés Gillot d’après les aquarelles de M. Albert Tissandier. Le tirage a été exécuté par M. Crêté, imprimeur, qui a réussi à produire une oeuvre destinée assurément à exciter l’intérêt des bibliophiles. L’album est complété par une reliure élégante rappelant les sujets traités. Les passages suivants que nous empruntons à la préface de cet ouvrage feront comprendre l’idée qui a présidé à son exécution.
- « On raconte qu’Henri IV ne craignait pas de se mettre par terre à quatre pattes pour jouer au cheval avec ses enfants. Le grand roi donnait ainsi le plus bel exemple de ce que doit être la leçon première. II faut qu’elle commence par la tendresse.
- « Les auteurs de ce livre, ils sont deux : l’écrivain dont le travail a été court, le dessinateur et l’artiste dont la besogne a été longue, aiment à se rajeunir au contact de deux petits êtres qu’ils chérissent, l’un comme papa, l’autre comme oncle. Ils se rappellent ce que jadis, alors qu’ils étaient enfants eux-mêmes on leur a appris de jeux attrayants et instructifs; ils se creusent la tête pour y faire revivre les souvenirs et les joies de la jeunesse, les promenades dans les champs, en plein air sous le beau ciel, la chasse aux papillons avec le filet, la cueillette des fleurs et des fruits pendant les vacances, les surprises de Noël et du jour de l’an, les amusements du premier âge ; et quand Hélène et Paul, ont bien pris la leçon avec maman, ils se chargent tout comme le faisait le bon roi, de leur donner la récréation1 ».
- Un de nos plus spirituels écrivains, M. Francisque Sarcey a été l’un des premiers à apprécier ce petit livre d’enfant: il l’a jugé digne d’être signalé à ses lecteurs et il lui a consacré dans Le XIXe Siècle un article que nous
- 1 Voici l’énumération des différents chapitres de l’album Jeux et Jouets : Aux parents. —Les Leçons de choses et l’enseignement par les jeux. Aux petits lecteurs.— Fleurs et fruits. — Dallons et cerfs-volants. — Ombres chinoises. — La Physique. — Les Cocottes en papier, le tricotage et l’art du dessin. — La Météorologie. — La Ménagerie. — Le Château de cartes, les bonshommes découpés et les colliers des perles. — Guignol et le théâtre des marionnettes. — Le Magasin de jouets. — Lanterne magique et fantasmagorie.— Les Questions et les devinettes. — La Botanique et le jardin d’appartement. — Le Dessert.— Les Jeux de société.— Le Labyrinthe. — 1 vol. in-4“ sur beau papier, avec reliure spéciale. — G. Masson, éditeur. Prix : 10 fr.
- reproduisons presque en totalité. C’est une bonne fortune pour La Nature d’avoir l’occasion d’offrir à ses lecteurs une notice de M. Sarcey, qui a bien voulu résumer lui-même les pages de l’album ayant particulièrement éveillé les souvenirs de son enfance.
- Nous sommes bien vieux... pardon! il me semble à présent que tout le monde a mon âge et je dirais volontiers : Qui est-ce qui n’a pas cinquante ans aujourd'hui?... Mettons que c’est moi qui suis bien vieux. Vous rappelez-vous toutes les inventions ingénieuses dont s’avisaient nos mères et nos sœurs pour nous amuser avec des joujoux improvisés, qu’elles fabriquaient elles-mêmes de leurs doigts agiles.
- On se promenait dans la campagne : la sœur aînée ou la mère cueillait un coquelicot, un beau coquelicot; elle en retournait sens dessus dessous les pétales rouges, prenant soin de mettre la queue de la fleur en bas et la tête en haut ; elle lui faisait une ceinture d’un léger fil et la coiffait d’une brindille en guise de coiffure à plumes. C’était une charmante et fraîche poupée.
- Un autre jour, c’était la saison des liljs : les enfants cueillaient des branches à brassées; la maman en détachait les fleurs et les enfilait une à une avec des aiguilles. On avait un bracelet ou un collier.
- On ramassait un gland de chêne tombé dans la forêt. La mère le taillait avec un canif : voila le gland transformé en corbeille. D’une coquille de noix elle faisait un bateau; d’une amande verte, un lapin; parfois elle taillait les oreilles du lapin dans l’amande même ; le plus souvent on les prélevait sur un joli radis rose.
- On rentrait à la maison; c’était un jour de pluie A quoi occuper le temps?
- D’une belle feuille de papier blanc, la mère confectionnait un régiment de cocottes, vous savez bien? ces cocottes classiques qui s’en vont aux champs, la première allant devant, comme dit la chanson. La première était énorme, çt, par une progression descendante, la dernière était d’aspect lilliputien. A la cocotte réglementaire on ajoutait la boîte bien connue des écoliers et la galiote dont les banquettes ont des rebords.
- Vous souvenez-vous du bouchon dont on faisait ii l’aide de quelques longues aiguilles, qui formaient les barreaux, une ingénieuse cage à mouches? de l’échelle à grenouille qui plongeait dans un grand bocal où nous avions préalablement introduit quelques menues branches de saule?
- Et le château de cartes ! des châteaux à quatre à cinq, à huit étages! des prodiges de construction aérienne ! Et ces fameux capucins de cartes, dont toute la file tombait, quand on avait du doigt renversé le premier de la rangée.
- Les vieilles cartes blanches, rouges et bleues! mais nous passions des soirées, les yeux fixés sur nos mères, qui, patiemment, de leurs ciseaux habiles, y découpaient des vaches et des chiens. Elles
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- en faisaient parfois une voiture de blanchisseuse. Un beau dada rouge y était attelé côte à côte avec un cheval blanc ; une épingle suffisait à figurer les
- essieux des roues. On poussait des cris d’admiration et de joie.
- Et que de jeux qui, sans coûter un sou, amusaient
- Petile poupée faite avec un coquelicot Poupée hygrométrique ; sa robe doit être teinte Statuette d’un propriétaire,
- et une tige de graminée. avec du chlorure de cobalt. construite avec des pattes de homard.
- Specimen au trait des compositions en couleur du nouveau livre : Jeux et. Jouets du jeune âge
- les bébés en exerçant l’ingéniosité de leur esprit! La mère marquait au hasard cinq points sur une feuille de papier. 11 s’agit de dessiner un bonhomme, l’un des points donnant la place de la tète et les quatre autres points les pieds et les mains.
- On apporte le dessert sur la table : il s’agit de fabriquer une tête avec une orange. Gela n’est pas fort difficile : deux trous pour les yeux, une grande fente pour la bouche ; rien de plus aisé que de simuler les dents et le nez. Vous posez la tête sur une serviette tendue à l’ouverture d’un verre de champagne. C’était une de nos grandes joies : on tirait alternativement la serviette à droite et à gauche ; la tête remuait et prenait des airs penchés, les plus comiques du monde. Mais ce qui faisait irrésistiblement éclater de rire, c’était quand une main sournoise pressait la tête sous ses doigts. La bouche s’ouvrait toute grande : on eût dit quelle avait le mal de mer, et c’étaient de soudaines fusées de rire ! Et quels désopilants cochons on nous fabriquait avec un citron perché sur quatre allumettes!
- Vous rappelez-vous encore la souris confectionnée avec une serviette, le chien et le coq modelés dans une boulette de mie de pain, la tête du Brésilien obtenue dans une noix de coco, le défilé des cochons d’Inde taillés dans des amandes sèches?
- Que de jeux et d’amusements à bon marché, sans parler des ombres chinoises, que l’on peut varier à l’infini, rien qu’avec les diverses combinaisons des doigts enchevêtrés, de diverses façons, les uns dans les autres!
- Tous ces amusements et tous ces jeux étaient jadis fort en usage. On m’assure qu’aujour-d’hui les mères sont moins au courant de toutes ces inventions curieuses et drolatiques, qu’on se transmettait jadis, comme les contes de ma mère l’Oie, pour la plus grande joie des enfants. Ils achètent à grands frais des jouets pour les enfants, et les laissent se divertir tout seuls a les manœuvrer ou à les casser. Cela est plus tôt fait ; le joujou payé et donné, on n’a plus à s’occuper de l’enfant.
- Jadis nos pères se mettaient pour les femmes en
- Crocus fleuri dans un pot perforé. Les oignons ont été placés dans le vase avec de la mousse humide, que l’on doit avoir soin de maintenir toujours mouillé.
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- frais de petits vers ou de lettres spirituelles. On passe aujourd’hui chez une fleuriste, on achète un bouquet, on l’envoie avec sa carte, et tout est dit. Des deux systèmes, quel est le meilleur?
- Je ne sais, mais, pour les bébés au moins, je re-
- grette l’autre. Les mères qui ont gardé les traditions de ces petis jeux,qui savent les varier avec adresse, y trouvent tant de ressources pour amuser les enfants, et c’est si gentil de voir leurs regards ardemment fixés sur les ciseaux qui manœuvrent,
- Specimen au trait des compositions en couleur du nouveau livre : Jeux et Jouets du jeune âge. i. Croix en papier. — 2. Mode de confection de la croix. — ô. Amandes vertes transformées en lapins. — 4. Panier fabriqué avec des joncs. — 5. Petite corbeille faite avec un gland. — 6. Cage à mouches obtenue à l’aide d’un bouchon et de longues épingles formant les barreaux.
- d’entendre leurs cris de joie et leurs rires frais et sonores, quand le papier de la carte s’est transformé sous des doigts experts en maison, en bateau ou en diable !
- Il a fallu que des millions de mères ^ou de nourrices s’ingéniassent à divertir leurs enfants, pour qu’il se constituât cet ensemble de combinaisons charmantes, qui forme à présent une manière de science.
- M. Gaston Tissandier a eu l’heureuse idée de la codifier. Il avait déjà, il y a quelques années, écrit un livre très amusant, très instructif tout ensemble, qu’il avait intitulé : les Récréations scientifiques, où il s'était amusé à indiquer (avec figures à l’appui) toutes les expériences que l’on peut faire chez soi, sans appareils, sans laboratoire. C’était un cours de physique et de chimie domestiques, dont
- le succès fut énorme: et l’Académie Française daigna même consacrer le succès en donnant un prix
- au livre, qui venait d’atteindre sa troisième édition1.
- L’auteur a voulu donner un frère à ce volume.
- Il vient d’en publier chez le même éditeur, M. G. Masson, un second qui est destiné au même public et qui a pour titre Jeux et Jouets du jeuhe âge, choix de récréations amusantes et instructives. Au lieu que le premier ouvrage était d’aspect scientifique, s’adressant plutôt aux pères de famille, celui-ci a été fait surtout en vue des mamans et des bébés.
- Il est donc orné d’une foule d’illustrations en
- 1 La quatrième édition .entièrement refondue et augmentée de figures nouvelles et do-4 planches en cliromotypographie, a été récemment publiée.
- La leçon de dessin. — Un cinq de cœur illustré,
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- chromotypographie, reproduisant les compositions en aquarelles de M. Albert Tissandier; chaque page est encadrée de dessins qui font de cet ouvrage un charmant livre d’élrennes.
- M. Tissandier y explique (et la vignette rend son explication sensible aux yeux) ces mille et une façons d’amuser l’enfant avec un canif, un crayon, du papier, des caries, des fleurs ou des fruits. Les mères y retrouveront, comme je l’ai fait moi-mème, tous les souvenirs de leur enfance.
- Vous le dirai-je? depuis que ce diable de livre a pénétré dans la maison, mon cabinet est encombré de vieilles cartes et de marrons d’Inde, que l’on taille, que l’on découpe, que l’on sculpte. Voilà qu’on va me tendre ce soir un drap blanc sur le mur de la salle à manger, parce que les ombres chinoises s’y profilent plus distinctement.
- Si encore cela dispensait d’acheter des étrennes !
- Francisque Sarcey.
- NÉCROLOGIE
- Adolphe Brelim. — Un zoologiste, des plus populaires en Allemagne, le Dr A. Brehm, est mort récemment à l’âge de cinquante-cinq ans à Thuringe, son pays natal. Il apprit à cultiver les sciences naturelles et la zoologie avec son père qui aimait beaucoup à observer les mœurs des oiseaux. C’est aussi à ce genre d’étude que s’adonna plus particulièrement le jeune savant. Il est allé notamment étudier les mœurs des oiseaux sur les lieux même de leurs habitations, dans les différents pays de l’Europe, surtout en Espagne, en Norvège et jusqu’en Laponie. Il exposa ensuite, en un langage attrayant et en un style imaginé, si rare chez les savants allemands, les résultats de ses observations dans un des nombreux recueils de son œuvre capital : La vie des Oiseaux. Ce travail considérable eut des nombreuses éditions et fut traduit en plusieurs langues.
- Le naturaliste allemand aimait en général beaucoup à voyager. Déjà à l’âge de dix-huit ans il fit sa première excursion au nord de l’Afrique. Il y resta plus de quatre ans et en rapporta une riche collection zoologique. Il continua ses recherches théoriques d’abord à léna, puis à Vienne, où il publia ses Reiseskissens aus Nord Africa (Notes des voyages au Nord de l’Afrique), qui ont attiré sur lui, pour la première fois, l’attention du monde savant.
- Durant son voyage en Sibérie il s’arrêta dans différentes villes de l’Europe ou de l’Asie et fit des conférences sur l’histoire naturelle. Enfin de retour d’un long voyage exécuté en compagnie du duc de Cobourg, Brehm fut nommé directeur du Jardin zoologique de Hambourg. Plus tard il partit pour Berlin, où il fit construire un aquarium que l’on considère comme une des merveilles de la capitale allemande, et qui restera comme le plus beau monument élevé à sa mémoire.
- Parmi les différentes publications du savant naturaliste citons encore : Lcben der Vogel (La vie des Oiseaux) et Thiere des Waldes (Les Animaux des forêts). Nous ajouterons en terminant, que c’est à Brehm, et à son mode d’enseignement, que les Allemands attribuent la grande faveur que rencontre parmi eux l’étude des sciences naturelles.
- Antoine Quet. — Nous avons appris à la fin de la semaine dernière la mort de M. Antoine Quet, ancien recteur de l'Université de Grenoble, inspecteur général honoraire de l’instruction publique, commandeur de la Légion d’honneur. II s’est éteint à l’âge de soixante-quatorze ans, après une longue et douloureuse maladie.
- M. Quet, né à Nîmes le 18 octobre 1810, sortit premier de l’Ecole normale en 1835; mathématicien et physicien éminent, il laissera d’universels regrets dans le monde des sciences. Ses travaux sur des sujets variés des mathématiques et de la physique ont une importance considérable, que beaucoup d’autres savants ont mis à profit.
- C’est à M. Quet que sont dus notamment des travaux sur les procédés à employer pour enflammer les fourneaux de mines ou les torpilles, des expériences remarquables sur la lumière électrique stratifiée, une théorie de la capillarité, des mémoires sur l’induction et enfin des travaux sur le magnétisme terrestre, qui sont déjà très appréciés à l’étranger.
- Professeur au collège de Versailles, et à l’Ecole normale primaire de la même ville, il fut pendant six années, de 1840 à 1845, examinateur pour l’admission des Ecoles de marine, de Saint-Cyr et de l’Ecole forestière. En 1849, il passa au lycée Saint-Louis; et en 1854, il fut nommé recteur de l’Académie de Besançon. Deux ans après à celle de Grenoble. Il devint depuis inspecteur général de l’enseignement secondaire.
- CHRONIQUE
- L’Exposition du travail. — On annonce sous ce titre une exposition nouvelle pour l’été prochain au Palais de l’Industrie, aussitôt après la fermeture du Salon annuel. En attendant qu’elle se fasse permanente, l’exposition, œuvre essentielle de progrès, est entrée dans nos mœurs et le Palais de l’Industrie n’en chôme guère. Celle-ci particulièrement originale, a pour promoteur M. Ducret, l’honorable président de la Chambre des Industries diverses, un vaillant apôtre de l’éducation professionnelle qu’il présentait naguère à la Commission 'd’enquête comme le seul remède efficace à la crise industrielle. A Paris, à Vienne, à Amsterdam, partout où M. Ducret s’est trouvé en qualité de membre de la Commission française et du jury, M. Ducret a remarqué le succès croissant et très explicable des galeries du travail, beaucoup trop restreintes, en raison de leur importance et de leur avenir. Aussi a-t-il conçu le projet d’une exposition encore non essayée qui ne sera qu’une immense galerie du travail, une vaste « leçon de choses » et remplacera utilement pour les visiteurs studieux, un voyage à travers nombre d’ateliers. Toutes les industries n’y pourront être représentées par leur travail, soit pour cause d’outillage trop compliqué, ou de danger pour la sécurité. Elles le seront tout au moins par des devis et des plans, ainsi que celles que ne défend point suffisamment leur brevet ou leur marque de fabrique contre des curiosités intéressées. L’Exposition du travail à laquelle la Ville de Paris vient d’accorder une annexe considérable derrière le Palais de l’Industrie, a obtenu, dès l’origine, le patronage des trois Ministres de l’Instruction publique, des Travaux publics et du Commerce. Tout particulièrement vouée au perfectionnement et. au progrès de l’éducation professionnelle, elle sera armée d’un enseignement oral gratuit pour lequel sont inscrits déjà de nombreux professeurs et conférenciers. En outre une Commission supérieure de patronage est en train de s’organiser. M. Félix Faure, sous-
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- secrétaire d’Etat, en a accepté la présidence et autour de son nom nous pouvons grouper déjà les noms de MM. Dietz Monin, Claude (des Vosges), Bozérian, sénateurs; Liouville, Ernest Lefèvre, députés ; Dépassé, Muzet, Desprès, conseillers municipaux ; Magnier, Gaston Carie, Gaston Tissan-dier, Escoffier, Jezierski, rédacteurs en chef, Laferrière, ftodanet, May, du Tribunal de Commerce, Albert Liouville, Huart, président de la Société des inventeurs, etc., etc. L’Exposition du travail sera internationale.
- Une ultra-centenaire. — La Gazette hebdomadaire de médecine, a récemment signalé l’existence, dans le bourg d’Auberives-en-Royans ( Isère), d’une femme âgée de cent vingt-quatre ans. Le curé d’Auberives confirme ce fait extraordinaire dans une lettre adressée à un journal de Lyon. « Je ne sais, dit-il, si cette dame a cent vingt-quatre ans, mais ce qui est sùr, c’est qu’elle compte cent et un ans de mariage; un acte d’huissier, demandant au nom d’un notaire les émoluments du contrat de mariage de M“° Girard, établit que Marie Durand, veuve Girard, s'est mariée en 1783. A quel âge s’esl-elle mariée? On ne peut le savoir, la personne en question ne sait pas le dire.»
- Éclairage intérieur des chaudières à vapeur en activité. — Voir ce qui se passe à l’intérieur des chaudières à vapeur en activité est évidemment un excellent moyen d’approfondir certains phénomènes. Mais cela ne semblait guère a priori facile à réaliser. 11 parait que la Société des chaudières brevetées à Londres, vient de résoudre le problème électriquement. On dispose tout simplement des lampes électriques à l’intérieur de la chaudière ; et des orifices d’observation fermés par des verres très épais, sont disposés pour permettre d’observer commodément les courants et tourbillons, les projections d’eau, les globules de vapeur, en un mot, tout ce que Ton veut examiner. Ce sera très commode pour étudier par exemple la question de l’eau entraînée mécaniquement avec la vapeur et la meilleure conduite d’une chaudière.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er décembre 1884. — Présidence de M. Holland.
- Un scorpion silurien. — La paléontologie indique qu’à l’époque silurienne les mers devaient recouvrir la plus grande partie de la surface du globe. Les portions inondées, très restreintes, sont attestées par des végétaux appartenant surtout à la catégorie des lycopodes et à celle des calamites; les plantes, vu les conditions générales, devaient végéter dans une obscurité à peu près complète. Mais jusqu’ici on ne connaissait aucun animal terrestre de cette période reculée. C’est donc avec le plus vif intérêt qu’on examine une photographie, présentée par M. Alphonse Milne Edwards, et qui reproduit un véritable scorpion fossile trouvé dans les roches siluriennes de l’île de Gotland par M. Lindstrom. Un des anneaux de l’arachnide primitive montre l’ouverture d’un stigmate, témoignage de sacs pulmonaires internes et d’autres caractères rapprochent intimement cet antique vestige des scorpions de nos jours. M. Milne Edwards qui donne à ses présentations les caractères de vraies conférences, aussi instructives par le fond qu’élégantes par la forme, a saisi l’occasion qui se présentait à lui de toucher la question brûlante du transformisme. 11 est admis par les darwinistes que les arachnides et les crustacés d’aujourd’hui descendent des mérostomes des temps primaires : or, a dit M. Milne Edwards, voici une arachnide sem-
- blable aux scorpions actuels et qui a précédé tles mérostomes. Le fait ne laissera pas d’être embarrassant.
- Dosage des essences parfumées. — C’est avec beaucoup de détails que M. Schlœsing expose une méthode imaginée par M. Albert Levallois pour doser les essences dans les liquides aqueux où elles se trouvent diffusées. Elle consiste à verser de l’eau bromée dans le liquide parfumé. La coloration jaune caractéristique des bromes disparait tant que toute l’essence n’est pas combinée au métalloïde : elle persiste à un moment qu’il est facile de constater avec précision et il suffit de mesurer la quantité de brome ajoutée pour en conclure exactement la quantité d’essence. Les dosages pour les liquides colorés sont d autant plus sûrs que la concentration est plus grande de la solution étudiée. M. Levallois a cherché un moyen de concentration des eaux parfumées par les essences et, comme M. Schlœsing y a insisté, il y est parvenu par un procédé qui semble, à première vue, en contradiction parfaite avec les notions acquises en fait de distillation. Si on fait chauffer dans un alambic, un mélange d’eau et d’essence parfumée, cette dernière bouillant à une température bien plus élevée que l’eau, on peut admettre a priori que le condensateur ne recevra d’abord que de l’eau. Or il n’en est rien et si on adapte à l’alambic un réfrigérant ascendant, renvoyant constamment à la chaudière le liquide condensé, on constatera bientôt que dans le réfrigérant s’accumule toute l’essence avec une quantité d’eau extrêmement restreinte. Ce fait, d’abord paradoxal, s’explique en remarquant que la vapeur d’eau qui sort de 1 alambic est très loin d’être saturée d’essence : par suite un certain volume de cette vapeur peut se condenser dans le réfrigérant ascendant sans abandonner l’essence. A côté de son intérêt purement analytique, la découverte de M. Levallois se présente comme devant avoir une véritable importance industrielle.
- Portrait d’un tornado. — M. Faye ne cache pas sa satisfaction en mettant sous les yeux de l’Académie la photographie d’un tornado qui a ravagé une partie des Etats-Unis. Cette photographie, transmise par M. Lengley, attribue précisément au phénomène les caractères qu’il doit avoir dans la théorie si bien connue de notre savant compatriote.
- Tremblement de terre. — Le tremblement de terre qui vient d’agiter le Midi de la France a été observé à Nice, astronomiquement, c’est-à-dire dans des conditions toutes particulières. Le directeur de l’Observatoire, M. Perrolin, avait l’œil à la lunette et observait Hypérion, quand il s’aperçut que ce satellite de Saturne oscillait de 15 à 20 secondes à droite et à gauche du fil. En réalité, c’est la lunette qui sautait. La courbe du magnétomètre montre pour le même moment une inflexion brusque dont l’origine est évidente.
- L’Index géographique. — Un des éléments les plus importants du négoce maritime est sans contredit la connaissance bien exacte, non seulement des dangers nautiques, mais encore des dangers particuliers que peuvent présenter les ports et la notion certaine des frais auxquels on y sera soumis. Il y est indispensable également de savoir d’avance quelles y seront les ressources au point de vue des réparations, du ravitaillement, des approvisionnements de toutes sortes, du frèt à recueillir, etc., etc.
- C’est évidemment rendre service aux marins de toutes les nations, aux armateurs, aux négociants, aux assureurs, que de rassembler en un seul corps d’ouvrage tous ces renseignements. C’est ce qu’a fait M. Armand Lucy, en
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- créant l’Index géographique que présente en son nom M. Bouquet de la Grye. Prenant le navire au moment où il demande le pilote, l’Index géographique ne le quitte plus que lorsqu’il vogue vers sa destination. Aucun détail, n’a été négligé, depuis le tarif des bassins de radoub jusqu’au prix des volailles : taxe de pilotage, de phare, de port, de quarantaine, de quais, formalités légales, prix des remorqueurs, profondeur de l’eau, nature et sécurité de la rade, salaire dps travailleurs, des bateliers, prix du lest, facilités de réparations, prix des vivres, de l’eau, état sanitaire, hôpitaux et nombre de leurs lits, liste des consulats, communication avec l’intérieur.
- L’Index géographique paraîtra chaque année, tenu jour par jour au courant de toutes les modifications qui se produisent sur toute la surface du globe. Le fascicule présent, et que j’ai sous les yeux, concerne la France, la Belgique, Zanzibar, Hawaii.
- Annales da escolas de minas de Ouro-Preto.—En même temps qu’à l’Académie, M. Gor-ceiz, directeur de l’École des mines de Ouro-Preto au Brésil, veut bien m’adresser le troisième volume des Annales de cet établissement scientifique. On y trouve une intéressante notice sur le naturaliste Lund, Danois d’origine, mais Brésilien par les travaux dont il a enrichi la science.
- Un mémoire de Lund sur les cavernes du Brésil et sur les richesses paléontologiques fait suite à cette notice. M. Gor-ceiz étudie successivement, dans des mémoires séparés accompagnés de planches, les formations tertiaires d’eau douce des environs d’Ouro-Preto, le cascalho diamantifère, une nouvelle zéolithe des environs d’Abaeté, les minéraux accompagnant le diamant à Salobro, dans la province de Bahia.Chacun d’eux contient une foule de faits importants. D’ailleurs le savant directeur a su s’entourer de collaborateurs distingués et on lira avec intérêt les notes de MM. Thiré, de Oliveira et da Costavena.
- Varia. —M. Ducretet envoie des photographies d’étincelles électriques. — On peut d’après M. Lepasteur mesurer l’épaisseur des plaques, de blindage en place en observant le diamètre du cercle de fusion qu’v produit un échauffement local après qu’on les a enduits de cire. toutes choses égales, ce cercle est d’autant plus grand que l’épaisseur est plus faible. — M. Hirn réclame contre M. Marcel Deprez les découvertes des faits que nous mentionnons l’autre jour relativement aux lois du frottement.
- Stanislas Meunier.
- CLOCHE A YAPEUR
- Les chemins de fer secondaires des districts ruraux de l’Autriche n’ont, aux passages à niveau, ni
- barrières, ni portes, ni gardes; ils sont ouverts comme les tramways, il faut donc prendre des précautions spéciales pour éviter les accidents et prévenir de l’approche d'un train à une distance suffisante de ce passage. On préfère employer des cloches au lieu de sifflets qui ont l’inconvénient d’effrayer les chevaux. La figure ci-dessous montre la disposition de cloche à vapeur adoptée sur les lignes de l’Autriche et placée sur la locomotive ; sa construction est des plus simples. Elle se compose en principe d’un réservoir en fonte cylindrique A, un peu rétréci à la partie supérieure ; et fermé par une soupape B sur laquelle est fixé, à l’extrémité d’un levier, le marteau D qui vient frapper la cloche G. L’arrivée de la vapeur se fait par un petit tube latéral placé à la partie inférieure du réservoir A. L’ouverture sur laquelle s’applique la soupape B ayant un diamètre beaucoup plus grand que le tube de vapeur, il en résulte que la vapeur s’échappe plus rapidement qu’elle n’arrive dans le cylindre; chaque fois que la soupape s’ouvre, la pression baisse et la soupape retombe, le marteau venant frapper la cloche.
- La soupape est garnie d’un collier intérieur qui permet à la soupape de parcourir un certain chemin avant que la vapeur ne puisse s’échapper, et de régler ainsi la chute du clapet et l’intensité du choc. On augmente encore ce choc à l’aide d’un ressort qui prolonge Je levier et vient agir à chaque levée de la soupape pour activer la chute. La mise en marche et l’arrêt se produisent par la simple manœuvre d’un robinet, mais comme il se produit une certaine condensation dans le cylindre A chaque fois que l’on met la cloche en marche, le robinet est disposé de telle façon que, dans la position d’arrêt, il établisse une communication du • cylindre A avec l’extérieur, par un petit trou, et permette de faire ainsi écouler toute l’eau de condensation.
- En faisant varier la pression et l’ouverture du robinet, le nombre de coups, par minute, varie entre 130 et 240.
- Le même système est employé pour le garage des machines, dans les parties où l’on-doit circuler au milieu des lorries et des wagons manœuvres à la main ; les résultats ont été partout très satisfaisants.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Cloche à vapeur employée dans les lignes secondaires des chemins de 1er autrichiens
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- .V OU2. — 13 DÉCEMBRE 1 884.
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- VÉLOCIPÈDE NAUTIQUE
- Le charmant petit appareil que nous représentons ci-dessous, a été construit par un tout jeune homme,
- M. Léon Bollée, l’un des fils de l’ingénieur constructeur bien connu du Mans, M. Am.édée Bollée dont nous avons fait connaître la curieuse voiture à vapeur1. Le vélocipède nautique dont il s’agit a été expérimenté à plusieurs reprises sur la rivière
- l’Huisne et les résultats obtenus ont été satisfaisants.
- L’appareil se compose de deux llotteurs en forme de fuseaux déplaçant 1400 litres, reliés par des entretoises servant à supporter un plancher. Entre les deux fuseaux, se trouvent la roue motrice à palettes mue par une ou deux personnes actionnant des pédales tournantes analogues à celles des tricycles. La personne placée à l’avant gouverne Je bateau, qui évolue assez facilement pour tourner dans un rayon égal au double de sa longueur. Enfin un garde-corps ajoute une grande sécurité aux passagers.
- Avec ce bateau on obtient une vitesse moyenne de 10 kilomètres à l’heure, en remontant le courant 43e année. — 1er semestre.
- de l’Huisne qui est assez rapide. En descendant la rivière, la vitesse est bien eiitendu beaucoup plus considérable. La force employée pour faire mouvoir
- cet appareil est tellement faible, qu’un enfant peut le conduire seul avec la plus grande facilité.
- L’appareil pesant environ 400 kilogrammes, le volume d’eau déplacé étant de 1400 litres, il reste donc 1000 kilogrammes pour la charge, et l’écartement des fuseaux étant relativement grand, le déplacement des personnes sur la galerie n’affecte que peu la stabilité de ce vélocipède nautique. Notre dessin explicatif (fig. 2) nous dispense d’entrer dans
- * Voy tables des matières des années précédentes.
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- Fig. 2. — Plan et coupe du vélocipède nautique.
- R. Roue motrice à palettes. —T. Tambour de la roue.— F. Flotteurs en tôle à cloisons étanches. — GG. Gouvernails à l’arrière de chaque flotteur, — P. P. Pédales tournantes actionnant la roue motrice au moyen de chaînes.
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- LA N AT U UE.
- de plus longs détails au sujet de ce système fort simple qui intéressera les amis, si nombreux aujourd’hui, tiu sport vélocipédiquc. Nous nous féliciterons si la notice que nous publions aujourd’hui donne à d’autres amateurs, l’idée de s’appliquer à ce genre de construction qui a l’avantage d’exercer l’adresse, l’ingéniosité et de favoriser dans les essais, le développement des forces musculaires1.
- G. T.
- L’ISUNDE
- MISSION DK 1883
- Lorsqu’on aborde la Terre de Glace (lce-land), le premier aspect du pays est mystérieux et froid.' Tout y respire la désolation et la morne désespérance. Cependant, le naturaliste se sent comme attiré vers cet inconnu plein de promesses.
- Les galets du rivage sont délavé bulleuse, téphrine, pyroxénique formée par l'écume soliditiée des éruptions volcaniques récentes. Le sol lui-même est de lave pyroxénique à grain serré, très voisine des andésites, recouverte par une mince coucbe de sable, tantôt gris, tantôt jaunâtre qui se change en une boue compacte dès qu’il vient à pleuvoir. Au loin l’horizon est borné par des montagnes à base noire, au sommet neigeux et scintillant, coiffées parfois d’un léger panache de fumée bleuâtre.
- La végétation est maigre et rabougrie; l’absence d’arbres imprime au pays un aspect des plus sauvages. En revanche, la faune offre le plus grand intérêt et l’on me permettra de résumer dans cet article, mes recherches zoologiques qui ont porté principalement sur les animaux marins. J’y ajouterai quelques considérations générales sur la llore et la géologie.
- Les murailles des fiords étant presque à pic, il en résulte une absence presque complète de faune littorale. Par contre, la zone des laminaires beaucoup plus profonde que sur les côtes de France, présente une abondante variété de crustacés et de mollusques, parmi lesquels il faut citer de très intéressantes caprellcs et de nombreuses variétés de chitons. Point de noctiluques ni de foraminifères dans l’eau ; de rares diatomées, entre autres les pleurosigma, y vivent encore. J’ai constaté leur présence au delà du cercle polaire.
- Les annélides sont nombreuses et variées et l’on y retrouve les cirrhatulus borealis et les pectinaria si abondantes sur les côtes nord de l’Europe. Les mollusques caractéristiques des mers polaires sont les aporrhaïs, genre voisin des ptéroceras et les cyprina Islandica qui vivent dans l’eau des fiords, rendue presque saumâtre en été par la fonte des glaciers. Les cardium se font rares tandis que les
- 1 Nous avons rapporté précédemment les descriptions de plusieurs vélocipèdes nautiques; nous y renvoyons nos lecteurs. Voy. tables des matières des années précédentes.
- genres venus, corbis et mactra sont bien représentés. On ne peut donner un coup de drague sans ramener de nombreux arcturus et des ascidies du genre cynthia. Les échinodermes sont représentés par des solasters aux bras nombreux, des astéries, des ophiures, des ophiocoma et au delà de 500 mètres de profondeur par des cidaris à longues baguettes rappelant leurs congénères fossiles des terrains secondaires.
- La faune icthyologiquc est d’une grande richesse. Je dirai quelques mots de la morue qui fait dans ces mers l’objet d’une pêche aussi suivie que fructueuse. C’est à tort que l’on a longtemps considéré les morues comme des poissons migrateurs; leurs voyages se bornent à s’élever ou s’enfoncer suivant la saison. Lorsque la banquise se forme, la morue se réfugie dans les fiords où le courant de marée empêche pendant longtemps l’eau de se congeler. Pendant les grands froids, elle vit sous la banquise. Dès que les glaces se disloquent, on la trouve par des fonds de 500 mètres; il est alors peu pratique de se livrer à la pêche. Lorsque les goélettes françaises arrivent, en mars, on prend les morues par de grands fonds, tandis qu’en juillet elles sont à 50 mètres à peine. Aujourd’hui les pilotes et les capitaines des goélettes sont d’acord pour assurer que la morue n’émigre pas comme on le croyait, car ils ont remarqué que les morues des îles Feroë ne sont pas les mêmes que celles d’Islande ou de Terre-Neuve; et, chacune de ces variétés constitue un type coté dans le commerce. Enfin, au printemps on pêche des morues de tout âge et de toutes tailles, depuis 10 centimètres jusqu’à lm,50 de longueur.
- Les Islandais pèchent aussi des loups (anarrhique loup) longs de près de 2 mètres dont les terribles mâchoires seraient capables de couper un bras humain. Ils font sécher leur chair qui est peu estimée et ne fait l’objet d’aucun commerce.
- L’abondance de la vie se manifeste dans ces mers peu fréquentées, avec une étonnante vivacité. Vers le milieu de juillet, il arrive parfois qu’on voit pendant des heures entières défiler des bancs de morues noires, la nageoire dorsale hors de l’eau, formant des colonnes de plus de 100 mètres de profondeur. Alors, on voit se livrer à la poursuite de cette abondante proie des milliers d’êtres vivants parmi lesquels l’homme n’est pas le moins acharné. Dans la mer, des bordes de squales et de phoques donnent la chasse aux malheureuses morues, tandis que dans les airs planent au-dessus d’elles des nuées de goélands,-de fous, de colymbes arctiques et même de rapaces terrestres parmi lesquels il faut mentionner le fameux gerfaut dont l’image est l’emblème héraldique de l’Islande.
- Pendant ce temps passent à l’horizon des bandes de vingt à trente baleines irisant l’atmosphère dorée par le soleil de minuit, ou jet porphyrisé de leurs évents. La grande chimère arctique, ce géant des squales, se livre en toute sécurité à ses puissants ébats ; sautant hors de l’eau, elle fait des bons de
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- LA NATURE.
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- plusieurs mètres.La l’aune terrestre pour être moins variée n’est pas moins intéressante.
- La classe des oiseaux y est représentée par d’innombrables palmipèdes et échassiers. Goélands, mouettes, fous, macareux, plongeons, guillemols, manchots, pingouins, harles, colymbcs, pluviers, courlis cendrés, partagent avec l’eider l’empire des solitudes rocheuses et escarpées de la côte.
- La perdrix des neiges (lagopède), le moineau blanc, le gerfaut, le harfang et le grand corbeau freux sont presque les seuls oiseaux terrestres qu’on rencontre dans la campagne. Tous ces oiseaux doivent au climat une hypertrophie fonctionnelle du cœur et leur sang est hypcrhémoglobiné.
- Le centre de l’élevage des eiders qui fournissent le précieux édredon est à Yapna-fiord. Les naturalistes sensibles se sont trop apitoyés sur le sort de l’eider qui se plume véritablement pour remplacer au jour le jour le duvet qui tapisse son nid pour que j’insiste sur la constance de ce malheureux palmipède dont on exploite les sentiments maternels. Les îles à eiders sont fort intéressantes à visiter, elles sont littéralement couvertes de nids.
- Le chien islandais qui représente, pour plusieurs auteurs, l’ancêtre unique d’où sont descendues les races si variées que nous possédons aujourd’hui, ressemble beaucoup au renard ; il est habité par de nombreux parasites fort bien étudiés par le Dr Krabbe de Copenhague. C’est à la cohabitation de l’homme et du chien qu’il faut attribuer la fréquence des kystes à échinoeoques qui affectent 7 pour 100 de la population de l’Islande. On y rencontre aussi le tænia du renne ou tænia Krabbei, décrit par le Dr Moniez. Du chien au renard la transition est] toute naturelle.
- Le renard bleu (canis lagopus) ou isatis est, très estimé à cause de sa fourrure. Je dois fixer à son sujet un point litigieux. La majorité des naturalistes sont d’accord pour dire que l’isatis perd son poil qui est noir bleuâtre l’été, pour se revêtir pendant I hiver d’une fourrure blanche, immaculée, plus eu rapport avec la couleur du sol. Quelle que soit ma croyance aux adaptations naturelles et au mimé-risme en particulier, je suis obligé de démentir cette assertion. 11 y a deux espèces de canis lagopus, l’une bleue et l’autre blanche. J’ai vu de jeunes individus de chaque espèce, pendant l’été, quelques jours après leur naissance; et, l’on tue pendant l’hiver, alors que la fourrure est la plus précieuse, des renards absolument bleus. Ces espèces se croisent entre elles et j’ai eu l’occasion de voir dans une factorerie une peau de renard métis.
- Le renne se fait de plus en plus rare malgré sa rusticité, il est presque partout remplacé par le poney, sauf à Thorlacks, où l’on voit encore des traîneaux à la mode de Laponie. Une race de bœufs presque nains a été à grand’peine acclimatée dans î’ile, les femelles n’ont point de cornes.
- Je ne puis me dispenser de faire ici l'éloge du poney islandais qu’on voit errer sur le rivage, pareil
- à un ours, couvert de sa longue fourrure agglomérée par les glaces. Ce malheureux animal cherche des débris de poisson pour se nourrir, et l’on peut voir sa mâchoire d’herbivore modifiée par le mode d’alimentation, les canines des mâles, pointues et les incisives taillées en biseau donnent un démenti fonctionnel aux caractères qui nous servent à reconnaître en France l’âge de ces animaux. L’été venu, le poney islandais perd son poil d’hiver, mange un peu d’herbe, devient presque gras, infatigable. Sans lui, point de voyages, point de commerce et parfois point de viande pendant le long et rigoureux hivernage. C’est un animal très sûr qui sait choisir le bon chemin et refusera d’avancer s’il sent le sol s’enfoncer sous ses pieds, lion nageur, il traverse facilement rivières et torrents.
- L’Islandais vaut moins que sa plus noble conquête, abruti par la misère qui engendre la saleté, la lèpre, l’échinocoque et l’alcoolisme, il retrouve à peine quelques jours de lucidité pendant l’été. Il se souvient alors de l’ancienne splendeur de sa patrie au temps héroïque de Thor et d’Odin. Cette antique gloire lui suffit et, drapé dans son orgueil d’être déchu, il se refuse presque à tout travail, chantant entre deux hoquets des fragments des antiques Sagas où l’on parle d’une Islande verte et fleurie.
- Et elle l’était! J’en ai acquis la ccrlitude en étudiant les débris d’une ancienne flore arborescente visibles à quelques mètres de profondeur au milieu d’un véritable banc de tourbe composée en grande partie de restes de mousses (sphagnum). Les doutes seraient absolument levés par l’examen du gisement de lignite ou surtarbramlur de la baie de Virki dans Vapna-fîord.
- D’après une opinion qui paraît encore assez accréditée, ce bois, aujourd’hui recouvert d’une couche de 40 mètres de trachvte, aurait été apporté là par le gulf-stream et se serait échoué sur la côte avant l’éruption volcanique qui l’a recouvert.
- Il existe en Islande deux autres gisements analogues, l’un à Baula, l’autre dans le Skialfiande Bugt.
- C’est beaucoup plus au nord que l’on rencontre les épaves de bois flottés, à Griottness au-dessus du cercle polaire. Il suffît de comparer les bois de Virki à ceux de Griottness pour reconnaître que les pre -miers ne proviennent pas d’Amérique mais bien d’une ancienne forêt surprise en place par l’éruption qui l’a carbonisée.
- Les bois roulés par les fleuves rapides, frottés contre les rivages et les autres troncs qui accomplissent le même trajet, perdent successivement leurs branches et toute leur écorce ; un long séjour dans l’eau se reconnaît à des corrosions plus ou moins profondes dues aux mollusques térébrants.
- À Virki, au contraire, on trouve des branches et des racines plus minces que le petit doigt. La coupe du terrain ne laisse aucun doute sur ce qui s’est passé. En<in, j’ai examiné des fragments de ce bois au microscope et j'y ai reconnu la ponctuation aréo-lée qui est propre aux conifères.
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- La végétation actuelle est bien loin de cette ancienne splendeur ; sa pauvreté fait ressortir le caractère sauvage et tourmenté des masses minérales.
- (Quelques maigres saules nains poussent avec peine dans les parties les plus basses de l’ile qui sont pompeusement qualifiées du nom de forêts (skôgr) par les indigènes du pays.
- Pour résister au froid intense qui les menace, les bourgeons de ces saules se revêtent d’une épaisse fourrure cotonneuse.
- Chose remarquable, pendant les deux mois d’été, juillet et août, toutes les plantes parcourent avec une incroyable rapidité le cycle de leur végétation. Pousser, fleurir, produire des graines et mourir sont pour elles des phases qui se succèdent véritablement à vue d’œil.
- La Parnassia paluslris est caractéristique de la végétation islandaise, on la rencontre partout.
- La flore du niveau de la mer présente une grande analogie avec celle des hauts sommets pyrénéensetprouve l’équivalence de la latitude et de l’altitude au point de vue du développement des plantes.
- Les renoncula-cées sont nombreuses ; le grand luxe des jardins de ReykiaAvick est la culture du triste aconit qui n’a pu, d’ailleurs, s’y naturaliser *.
- Quelques mots maintenant sur la géologie de cette région volcanique. Au premier abord, les rives des fiords paraissent formées d’un grand nombre d’assises stratifiées, rigoureusement parallèles les unes aux autres et plongeant d’un angle de 7° à 8° vers le centre de Pile.
- Ces strates sont le produit d’éruptions superposées de volcans en nappe. Chaque éruption est représentée par deux couches contiguës : la première, de basalte ou d’une roche pyroxénique analogue tantôt
- 1 La nomenclature des plantes recueillies dans une herborisation à Faskrud-Fiord au mois de juillet, suffira pour faire apprécier le caractère de la végétation. Voici ce petit catalogue : 7ianunculus nivalis-flammulareptans ; glacialis-hyper-boreus pygmœus; acris; Caltha paluslris ; Cardamine pratensis; Draba alpicola ; Arabis alpina; Nasturtium amphibium; Chrysatilemum inodorum ; Sedum villosum ; Veronica serpyfolia; Erigeron alpinum; Thymus serpyl-lum; Genliana verna-acaulis ; Humex acetosella; Poly-gonum viviparum; Myosotis intermedia; Papavcr nudi-cole ; Saxifraga oppositifolia ; Cornus Suediea. Tels sont les resplendissants présents de l’été.
- homogène et d’aspect prismatique, tantôt traversée par des filons de quartz, de pectohte ou de spath, contenant des rognons amygdaloïdes dont quelques-uns atteignent de très grandes dimensions. La seconde, est formée de wakes et de brèches détritiques, parfois réunies par un ciment résinoïde qui les agglomère en une roche qu’on a appelée tuf palagonitique.
- Les minéraux accidentels que l’on rencontre dans ces couches, sont, outre les zéolithes des basaltes, la calcédoine, l’opale, l’onyx et le jaspe. En certains endroits, en générai assez élevés, on trouve des roches vitreuses qui sont des rétinites. La forme générale de l’Islande, la convergence de l’axe des fiords vers le centre de l’ile, permettent de supposer qu’elle a été soulevée d’une seule niasse à une époque des temps tertiaires qu’il n’est guère
- possible de déterminer.
- Ce soulèvement en étoile représente assez bien le résultat d’une poussée verticale à travers une niasse qui, n’avant pu se plisser, se serait soulevée d’un seul bloc;
- ' Une remarque importante à faire est que les lignes de rupture passent en général par les anciennes cheminées qui ont servi de canal au basalte; ce fait est bien visible sur la falaise escarpée de la pointe üelatange sur la côte est. Ces cheminées s’épanouissaient à leur partie supérieure et, de leurs centres rayonnent de nombreux filons dont les restes sont représentés par des dykcs basaltiques. Postérieurement à l’émersion de l’Islande en l’état que je viens d'indiquer, cette île a été coupée diagonale-ment du S. 0. au N. E. par une éruption de tra-cliyte pyroxénique (de Chancourtois) formant une bande de 25 lieues de largeur, partant de Reykia-wiek pour aller aboutir à Vapna-liord. C’est sur les deux rives de cette bande que sont situés les volcans actuels (V. la Carte) L’action glaciaire qui dure encore aujourd’hui a laissé son impression caractéristique dans presque tous les fiords. Cette action se manifeste par la formation de terrasses, de moraines frontales dans le fond de toutes les baies et, les roches striées que l’on rencontre presque partout sont la preuve d’une extension glaciaire qui tend à reprendre possession de son ancien domaine.
- C’est à Eske-fiord que se trouve le célèbre gise-
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- lea nombres rrucrÿu£*s sur la, côte, Est indvpi&nt- la, dôcL*vixson,t*i 1.883.
- Fig. 1. — Mission en Islande en 18Sô. Carte géologique explicative dressée par l’auteur.
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- ment du spath. C'est une vaste géode amygdaloïde pouvant avoir 25 mètres dans le sens du grand axe et 12 dans celui du petit.
- 11 est fort difficile de se procurer des rhomboèdres bien transparents, à cause de la grande fragilité de la masse qui se clive dès qu’on la frappe pour en détacher des fragments. Un morceau absolument pur de 8/6/2 centimètres coûte à la mine 4 couronnes danoises, soit 6 francs.
- Depuis qu’ils sont connus, les geysers ont excité la curiosité du public et suscité les explications des savants. Ces volcans d’eau bouillante sont situés dans une plaine*au pied du Darnar-Fell, qui fait partie d’un contrefort de l’Hécla courant E. et 0. Les geysers n’ont point de cratère à proprement
- parler, ce sont des cheminées s’enfonçant dans le sol sous des angles variables et ayant, dans les premiers temps, la forme d’un entonnoir. Plus tard, la silice dont leur eau est chargée, se dépose sur le sol et finit par former à la bouche du geyser un bourrelet généralement assez bas ; celui du grand geyser n’a pas 5 mètres.
- A part deux ou trois de ces puits qui ont des noms et qui sont fort anciens, les autres naissent et disparaissent suivant le plus ou moins d’activité de la nappe sous-jacente; aussi, l’aspect du groupe des geysers varie-t-il d’année en année A 2 kilomètres environ autour de ces petits cônes, le sol est imprégné de silice et forme un tuf rougeâtre des plus curieux. Les débris des repas des anciens touristes
- Fig. 2. — Le glacier de Westre-Horn, en Islande. (D’après un croquis de l’auteur.)
- et meme les excréments des chevaux sont silicifiés.
- Autour du grand geyser, la silice qui s’est déposée à l’état gélatineux, forme une roche lamelleuse ef-ilorescente à la surface, la geysérite.
- Les éruptions du grand geyser tendent à diminuer. Autrefois il jaillissait toutes lès 24 heures, aujourd’hui il reste souvent plus d’une semaine sans lancer sa gerbe qui s’élève à 70 mètres de hauteur (mesurée au sextant). Les éruptions durent une demi-heure à peine. Sur les flancs du cône on voit des petits bassins creusés dans la geyserite et qui reçoivent le trop-plein du cratère. On peut y prendre des bains siliceux à diverses températures. Le bassin supérieur a environ 10 mètres de diamètre et 2 mètres de profondeur. Du fond part une cheminée de 4 mètres de diamètre qui descend verticalement dans le sol. Lorsque le bassin est très plein il commence à déborder et l’on voit, à la
- surface, les bouillonnements précurseurs d’une éruption. Aussi, a-t-on souvent à enregistrer de fausses alertes pendant lesquels les observateurs jugent à propos de prendre la fuite. Parfois, on entend dans les cheminées des bruits souterrains absolument effrayants. Un autre geyser, le Strôckr doit à un rétrécissement de sa cheminée la propriété de pouvoir faire éruption â volonté.
- On n’a, pour cela, qu’à jeter dans le gouffre une vingtaine de mottes de terre enlevées avec une pelle, ce trou se bouche, la vapeur s’accumule et, au bout d’un quart d’heure, vous renvoie en un respectable jet d’eau et de boue l’indigeste nourriture dont on l’a bourré. Au mois de juillet de l’année dernière, il y avait 28 geysers en activité. Pour qui a parcouru le pays, il est presque certain que les geysers sont alimentés par les lacs environnants dont l’eau vient, par de profondes Assures, se réchauffer au
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- contact de la pyrosphère. Quant au régime de ces volcans, il est aujourd'hui prouvé, par les expériences dcTyndall, qu'il faut attribuer les éruptions h un excès de tension acquis par la vapeur au fond du tube, sous l’influence du poids de la colonne d’eau qui remplit la cheminée et charge ainsi la soupape. On a, en effet, vérifié que la température de l’eau qui est de 90° à la surface du bassin, s’élève à 140° a 60 mètres de profondeur. En conséquence, il faut abandonner l’ancienne et invraisemblable explication qui attribuait à chaque cheminée une forme d’oo , pour rendre compte de l’intermittence des éruptions.
- Au pied du Barnar Fell, on trouve une montagne de boue sulfureuse rendue presque liquide par les eaux chaudes du ruisseau de dégagement du groupe des geysers. Cette montagne fumante est recouverte d’une mince croûte jaunâtre sur laquelle il faut bien se garder de s’aventurer, une grosse pierre suffisant pour la crever.
- Bien des choses sont encore à faire dans celte Islande dont l’intérieur est encore peu connu ; si, comme j’en ai l’espoir et le désir, il m’est permis de continuer mes explorations dans les mers arctiques, les lecteurs de La Nature seront des premiers tenus au courant de mes travaux ultérieurs
- Paul de Sède.
- CORRESPONDANCE
- COMMENT TRAVAILLENT LES AMÉRICAINS
- Je lis dans un des derniers numéros de La Nature', une réponse de M. Félix Ilément à un article intitulé : Comment travaillent les Américains-?
- Veuillez me permettre de présenter quelques remarques qui placeront sous leur véritable jour les faits que j’ai cités comme un exemple à suivre par les commerçants français, et que la réfutation de M. Félix Dément a involontairement dénaturés.
- M. Félix Dément commence par dire que je reproche aux Français de ne pas aller assez vite en besogne dans les affaires, et que pour un peu je les traiterais de paresseux. N’est-ce pas là un procès de tendance? Parce que je dis : tel ouvrier est lent à exécuter un travail, s’ensuit-il que je le trouve paresseux? Evidemment non.
- M. Félix Dément constate la déplorable habitude qu’ont les Français qui ont voyagé de nous amoindrir toutes les fois qu’ils nous comparent à l’étranger. Je suis sensible à ce reproche, et je ne crois pas qu’il doive m’être adressé.
- Quel était le sujet de ma conférence5? — De quelques industries et de l'outillage commercial aux Etats-Unis de l'Amérique du Nord. — Quel en était le but ? — Faire le récit de mon récent voyage aux États-Unis, soumettre à mes compatriotes le fruit de mes observations, et démontrer que nous ne traversions pas une crise industrielle, mais que nous nous trouvions à une époque de transition fatalement amenée par les découvertes du génie
- 1 Voy. n° C00 du 20 novembre 1884, p. 406.
- * Voy. u° 590 du 22 novembre 1884, p. 587.
- 5 Communication faite à la Société de géographie commerciale.
- humain, et que l’évolution économique dont nous souffrons, devait en grande partie, être attribuée aux Yankees, qui, de consommateurs, étaient devenus producteurs et concurrents.
- Ceci posé, j’ai dépeint les six grandes villes de l’Union où je m’étais arrêté, j’ai décrit le développement considérable de leur industrie, j’ai indiqué ce que j’entendais par outillage commercial, c’est-à-dire tous les appareils d’invention récente servant au transport rapide de la pensée et de la parole. J’ai parlé de leurs chemins de fer, de leur manière confortable de voyager, de leurs télégraphes, de leurs téléphones, de leurs messenger boys, de leurs elevalors à grains, etc., etc.
- Je serais heureux que vous voulussiez bien mettre sous les yeux de M. Félix Dément et des lecteurs de La Nature un extrait du rapport que j’ai adressé à M. le Ministre du Commerce qui m’avait honoré d’une mission, rapport qui a paru dans le Moniteur officiel du Commerce, n0’ 45, 46, 47 et 48, et dont voici quelques passages des conclusions :
- Il me faut tout d’abord constater l'activité fébrile du peuple américain, son esprit positif, son caractère froid et réfléchi. L’Américain a surtout conscience de la valeur du temps, et, pour arriver le premier, il ne néglige aucune circonstance favorable, ne dédaigne aucun nouvel engin, même aux dépens de la vie humaine...
- Ayant à surmonter les difficultés d’une nature neuve et puissante, ce peuple contracte dans les luttes quotidiennes de son existence, une force et une énergie indomptables, et, loin de s’épuiser, sa vigueur s’accroît au contraire par les obstacles qu'il rencontre et qu’il s’applique à surmonter.
- Mais celte vie d’efforts et de labeurs a besoin de moments de repos, et les ressorts toujours tendus de la machine humaine exigent un desserrement hebdomadaire. Ils le trouvent dans le repos absolu du dimanche. Je ne me place pas ici au point de vue religieux, mais au point de vue purement matériel, et je dis que c’est dans le repos absolu du dimanche consacré généralement à la famille, que le travailleur américain, à quelqu’ordre qu'il appartienne, trouve à réparer ses forces et à les renouveler...
- Il n’est pas de pays où l’outillage soit plus perfectionné, car, ayant tout à faire, l’industriel a voulu tout voir avant de s’installer, et il a le plus souvent amélioré, modifié, complété les outils ou les machines employés en Europe. Nulle part on n’a plus souci de la rapidité et de la précision de la machine-outil ou de la machine. L’outillage est dans un entretien, dans un état parfait de fonctionnement, et toute invention reconnue bonne est immédiatement accueillie et adoptée. La nouvelle machine remplace de suite celle qui produit moins bien, moins vite, et, par conséquent, à moins bon compte. N’ayant pas encore un grand nombre d’ouvriers habiles et experts, les Américains excellent dans toutes les industries où la machine supplée la main de l’homme, et ils l’emploient partout, pour éviter au travailleur des fatigues inutiles, et gagner du temps. Leurs usines sont aménagées pour éviter des transports, des va-et-vient, des pertes de temps. Perdre du temps, c’est produire moins vite, et, par conséquent, plus cher. Pour l’achat des matières premières, dont ils ne sont pas producteurs, ils excellent dans les moyens d’information. Leurs réseaux télégraphiques et téléphoniques sont les plus vastes qui existent, et le fonctionnement en est rapide, sur, presque infaillible. L’électricité est, dans la pratique, synonyme d’instantanéité; les appareils enregistreurs qui existent dans tous les endroits publics, sont gratuitement à la portée de tous; et les lacets de leurs rubans de papier fournissent à tous, les renseignements sur les cours des marchés des matières premières du monde entier. Quelle que soit la distance, qu’il faille traverser, l’Atlantique, le Pacifique, ou l’Océan Indien, ils sont prêts à partir du jour au lendemain pour se rendre sur les lieux de production et s’assurer un marché, non seulement une lois par hasard, mais une fois, deux fois, ou trois fois l’an. [ Ces voyages sont pour eux un délassement, un repos, et le
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- go ahead n’est pas seulement une devise, c’est une réalité.
- Tl y a entre les mœurs commerciales américaines et les nôtres de grandes différences à établir et c’est surtout au moment où l’enfant fait place au jeune homme qu’elles sont le plus sensibles.
- Ce que nous appelons en France l'enseignement universitaire existe peu en Amérique, l’esprit de la jeunesse s’étant tourné de bonne heure vers le commerce. To make money, faire de l’argent, telle est la plus grande préoccupation des parents, telle est la conversation de chaque instant de la journée; qu’y a-t-il d’étonnant que les jeunes gens ne prennent intérêt qu’à étudier la meilleure manière de faire promptement fortune?
- Ecoutez une conversation entre jeunes gens, dans le monde, en Amérique; vous les entendez parler des cours des denrées, des fluctuations des marchés, des ordres de bourse, d’affaires en un mot. Je n’entends pas dire par là que ce doit être là un exemple à imiter. Non, mais si j’établis un parallèle entre ces jeunes gens américains, mûrs, sérieux à vingt ans, et ceux de France, je crois pouvoir dire que, si, chez les uns les affaires, le négoce, tiennent trop de place, chez les autres ils n’en tiennent pas assez..
- Tout en citant avec un certain enthousiasme, dont je ne me défends pas, cet admirable exemple de l’activité, de l’initiative du peuple américain, j’ai fait, certaines réserves, et j’en ai d’autres encore à faire.
- La nécessité d’alléger les charges écrasantes qui pèsent ailleurs sur l’agriculture, sur le commerce et sur l’industrie, est démontrée par l’exemple de l’Angleterre et des Etats-Unis ; et les causes de l’essor de ces deux grandes nations se trouvent, non seulement dans leur éducation et leur génie commercial, mais surtout dans la grande liberté, dans la grande indépendance dont ils jouissent, et dans les faibles taxes qui leur sont imposées.
- Les jeunes gens chez ces deux peuples n’ont pas non plus la grave préoccupation du service militaire. Rien n’entrave leur carrière, rien ne la retarde. Us n’en ont pas moins très vif le sentiment national ; à cet égard leur orgueil est sans égal ; ils sont fiers de la patrie américaine, et c’est encore dans le sentiment profond de leur puissance, qu’ils puisent la force et la hardiesse dans l’entreprise.
- Eh bien ! je vous le demande, y a-t-il, dans le portrait de l’Américain que j’ai tracé, rien qui soit de nalure à justifier la critique à laquelle je crois devoir répondre? N’y a-t-il pas lieu de faire connaître à nos compatriotes le modus vivendi de leurs concurrents d’au delà de l’Atlantique, et n’ai-je pas rempli palriotiquement ma mission et atteint mon but?
- M. Félix Ilément dit que la suppression des formules commerciales, c’est la suppression de la politesse. Ceci demande à être prouvé. L’Américain qui me bouscule dans la rue et me marche sur les pieds pour arriver le premier, (sans me demander pardon), je le rencontre chez lui, affable, prévenant, poli, ne parlant jamais aux dames que la tête découverte, respectueux pour les vieillards, secourable pour les faibles.
- Quel avantage retirent-ils de leur excès d’activité? dit ensuite M. Félix Ilément, en parlant des Américains. De passer plus de temps au milieu des leurs, dans leur home, de ne pas se laisser devancer par la concurrence, de profiler et de jouir de toutes les inventions modernes, et de mettre en échec le vieux monde imbu de préjugés et tardif au progrès.
- Oui, la supériorité comme la dignité de l’homme est dans la pensée. L’Américain pense constamment, et lorsque, le regard fixe, il mâche son ehewing iobacco, il combine, il calcule, il pense.
- En vérité, à quoi servirait donc la vapeur et l’électricité, à quoi serviraient ces efforts, ces expériences d’hommes de génie et d’audace qui cherchent la direction des
- aérostats et préparent le percement d’isthmes, sinon à aller plus vite?
- Est-ce qu’il n’y a pas entre les découvertes de l’homme et sa manière de vivre un enchaînement absolu? Est-ce que nous avons le temps, à la fin du dix-neuvième siècle, de nous baiser les mains comme les Espagnols ou de nous présenter l'assurance de notre considération distinguée, comme les Français, dans le langage d’affaires?
- Oui, il doit y avoir un langage d’affaires, et le plus bref, le plus concis est le meilleur. 11 doit y avoir aussi une écriture d’affaires, abrégée, rapide comme la parole, comme la pensée, si c’était possible. La sténographie est l’écriture commerciale de l’avenir. Du reste la sténographie n’est-elle pas une sorte d’assemblage de signes hiéroglyphiques tels qu’en employaient les Égyptiens pour exprimer une phrase, une sentence, une pensée toute entière ?
- Est-ce que cela empêchera de se reposer sous l’ombrage frais d’un hêtre... sub tegmine fagi?... Est-ce que cela nous empêchera :
- ........................victorieux, contents,
- De pouvoir rire à l'aise et prendre du bon temps?
- Non, mille fois non ; notre siècle est celui de l’électricité, de l’aérostation bientôt, c’est-à-dire de la rapidité dans l’espace.
- Quant aux peuples qui veulent être à leur aise dans la rue et ne pas se laisser marcher sur les pieds, ils resteront en arrière pour disparaître ensuite, oubliés dans le dolce far niente de leur contemplation. E. Lourdklet.
- UN GUERRIER AZTÈQUE
- OE l’armée DE SIONTÉZUMA A i/ÉPOQUE DE LA CONQUÊTE ESPAGNOLE (l52t)
- M. Eug. Boban, l’antiquaire et le voyageur bien connu des anthropologistes et des ethnographes, nous a récemment invité à aller voir dans son établissement du boulevard Saint-Michel, la curieuse restitution qu’il a faite du costume d’un jeune guer-• rier aztèque, chevalier de l’ordre du Tigre, de l’armée de Montézuma (Moclheuzoma). Le personnage est figuré en un mannequin très habilement exécuté que nous représentons dans la gravure ci-contre ; cet objet vraiment remarquable est destiné à l’une des plus importantes collections ethnographiques de Mexico. Le guerrier mexicain de l’époque de la conquête espagnole (1521) est, comme on le voit, revêtu d’une étoffe tigrée, surmontée d’une tête de tigre habilement façonnée. Cet habillement extraordinaire est assurément l’une des plus remarquables curiosités que l’on puisse mentionner parmi les costumes militaires. Les nombreux voyages que M. Boban a exécutés au Mexique, les innombrables documents qu’il y a recueillis sur les antiquités de ce pays si intéressant, la compétence que le persévérant antiquaire a acquis à la suite de ses études et de ses recherches, sont autant de garanties de l’exactitude de la restitution.
- Le masque du guerrier a été moulé sur un indigène vivant de la vallée de Mexico. La tête du
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- tigre (en mexicain ocelotl) a été fabriquée en bois ! comme le faisaient les anciens Mexicains; elle a été armée de grandes dents, et grossie avec intention afin de former au moyen de la gueule ouverte, un véritable casque. Ce casque non seulement protégeait la tête du combattant, mais il avait aussi pour but de jeter la terreur chez l’ennemi.
- Cette idée d’effrayer l’ennemi a toujours été l’une des principales préoccupations des organisateurs militaires de l’antiquité ; elle a prévalu jusqu’à notre époque, car l’on ne saurait expliquer autrement la présence des crinières, ou des grands plumets sur les casques modernes ; ils ont assurément pour but de surélever la tête du soldat et de le grandir en quelque sorte aux yeux de ceux qu’il attaque.
- Aux époques gré-co-romaines, on voyait dans les armées, des soldats affublés de dépouilles de lions et de tigres, dans le but de leur donner un aspect redoutable. Cet usage existe encore aujourd’hui à un très haut degré dans l’Extrême-Orient, chez les Chinois et les Japonais.
- Le jeune guer-rier mexicain, que nous représentons, porte à la lèvre inférieure le tentetl, en cristal de roche teuilotl, sorte de petite pièce cylindrique connue sous le nom espagnol de sombrerito ce qui veut dire petit chapeau. En effet cette pièce ressemble un peu à notre chapeau à haute forme. C’était après avoir perforé la lèvre inférieure, que l’on introduisait le tentetl.
- Cette coutume de se perforer les lèvres et d’y mettre des ornements plus ou moins volumineux
- existe sur tout le continent Américain depuis le cap Horn jusqu’au détroit de Behring (et même jusque dans les parties équatoriales de l’Afrique).
- Le tentetl en cristal de roche, était l’insigne des officiers de la maison de l’empereur; on le donnait généralement en récompense à ceux qui avaient fait des prisonniers.
- M. Eug. Boban, comme les anciens Mexicains, s’est
- servi d’une étoffe tigrée pour confectionner le costume du guerrier; l’étoffemexi-caine était en coton, la sienne est en laine. Le guerrier a la main droite sur son épée; c’est une sorte de massue garnie de lames d’obsidienne.Elle a été moulée sur l’échantillon que M. Boban a rapporté du Mexique, avec ses grandes collections mexicaines qui figurent actuellement au Musée ethnographique du TroeadéroàParis.
- A la main gauche, le guerrier tient un bouclier circulaire recouvert d’une peau de chevreuil ; aü centre de ce bouclier est figuré un hiéroglyphe propre à l’ordre des chevaliers du Tigre ; aux poignets et sur les pieds du combattant sont fixées d’énormes griffes de tigre. Les pieds sont chaussés de cactli, sorte de sandales, encore en usage de nos jours parmi les indigènes. La tète est surmontéed’un panache de longues plumes brillantes.
- L’exécution de la pièce que nous signalons à nos lecteurs, ne laisse rien à- désirer, et nous avons regretté d’apprendre en la considérant, qu’elle n’était pas destinée à nos musées nationaux. G. T.
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- Personne, dans les pays chauds, n’est sans avoir remarqué des petites constructions en terre, de forme irrégulière, appliquées contre les poutres, les lambris et les murs des maisons.
- A première vue on prendrait volontiers ces petites masses pour des taches de terre, pour des amas de poussière, amoncelés par le hasard et épargnés par la négligence des domestiques.
- 11 n’en est rien, et si l’on se donne la peine d’examiner avec quelque attention ces morceaux de terre gâchée, on verra que ce sont des nids dont les architectes appartiennent à la famille des guêpes maçonnes, hyménoptères de la tribu des Eu-méniens.
- Les trous ronds dont sont criblés ces nids sur leur face extérieure sont autant d’ori-fi c e s qui ont donné passage aux insectes parfaits. Ceux-ci après avoir accompli , chacun dans une cellule séparée, leurs mystérieuses métamorphoses, se dépouillent enfin de leur enveloppe de chrysalide et s’élancent joyeux pour jouir de la vie et de la lumière, après une longue réclusion.
- Suivons des yeux le travail d’une guêpe solitaire. Cet insecte ressemble à une grosse mouche noire; ses ailes violettes et irisées ont le plus brillant éclat. Son abdomen, séparé de son thorax par un étranglement très prononcé, rend bien justement cette comparaison qu’établissaient nos pères entre ces élégants insectes et nos grands-mères pincées
- dans leurs longs corsets. Les derniers anneaux de l'abdomen sont rouges, il en est de même du front qui est varié de fauve. Les mandibules se recourbent chez le mâle en forme de longue faucille, rappelant le sabre des guerriers d’Abyssinie, et produisent par leur grandeur démesurée, sans proportions aucunes avec la taille de l’insecte, l’aspect le plus bizarre. Cette mouche est un hyménoptère porte-aiguillon,
- de la division des diploptères , famille des Eumé-niens ou guêpes solitaires, c’est le Stjnagris calida, Fab.
- L’insecte femelle , car chez les animaux le male ne prend que bien rarement le soin de préserver et de pourvoir ses petits, se charge de la construction du nid. Elle commence par choisir un emplacement le long d’une solive ou a l’angle d’une fenêtre. Après un examen consciencieux des lieux, l’insecte s’éloigne.
- On le voit bientôt revenir chargé d’une boule d’un mortier fait de sable pétri avec les mandibules après avoir été dilué dans la salive.
- A l’aide de ses mandibules , la guêpe applique cette boulette contre le mur, l’étend et la façonne puis elle fait un nouveau voyage et arrive ainsi à accumuler une certaine quantité de mortier.
- Bientôt, en quelques jours, on voit un pâté de terre arrondi gros comme le poing, ou plat et allongé comme le montre notre figure. Le nid est alors criblé de trous ronds, chacune de ces ouvertures correspond avec une cellule ovale, très régulière de forme intérieurement, et dont les parois sont soigneusement polies.
- Les guêpes maçonnes (Synagrix calida), Fab.
- Aspect du nid construit en terre à J'angle d’une fenêtre. La partie inférieure du nid est coupée pour montrer l’intérieur des cellules.
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- Le nombre de ces cellules est souvent considérable, certains nids en contiennent parfois plus de vingt. Le nid est alors au moins trente fois plus gros que l'architecte.
- Dans chacune de ces cellules, la mère va pondre un œuf et accumuler autour de lui des proies vivantes et pourtant incapables de se défendre contre la jeune larve qui sortira de l’œuf pour les dévorer.
- Voici le Synagris en chasse; son air est affairé, ses longues antennes sont en vibration coutinuelle, il voltige autour des petits buissons. Bientôt il aperçoit une chenille blottie sous une feuille. Celle-ci ne tarde pas à donner les signes de l’inquiétude que lui cause ce dangereux voisin. Elle relève la tête et les premiers anneaux du corps, clic cherche à fuir.
- Mais, semblable à un oiseau de proie, la guêpe fond sur elle, lui saisit le cou dans ses mandibules et la perce de son aiguillon. La chenille fait quelques mouvements convulsifs, vomit une liqueur verte et retombe inanimée. Son ennemi la saisit dans ses mandibules et l’emporte à son nid.
- La proie est toujours fort lourde et la distance souvent considérable. Mais la guêpe n’abandonne pas sa proie, et se reposant, quittant et reprenant sa proie, la traînant et la portant, la chasseresse revient enfin à son nid et disparaît avec la chenille dans une des cellules.
- L’insecte répète ce manège vingt fois, trente fois, suivant le nombre d’œufs à pourvoir, la moyenne étant de six chenilles pour chacun.
- Ce travail terminé notre mère guêpe ferme chaque ouverture du nid avec du mortier, puis elle se retire et ne tarde pas à mourir près du nid qu’elle a si laborieusement édifié. Telle est la règle pour ces petits êtres dont les actes nous semblent dictés par quelque chose de plus que l’instinct, et qui sont condamnés à ne jamais voir les petits pour lesquels ils ont déployé tant de prévoyance et de soin.
- Bientôt dans la cellule, nous verrons sortir de l’œuf un petit ver blanc, faible chétif et aveugle.
- Cet être débile, à peine né, attaque résolument une des chenilles entassées autour de lui. Cette chenille d’une taille gigantesque par rapport à son ennemi, essaye en vain de se débattre.
- Ses mâchoires ont des mouvements convulsifs, ses anneaux se contractent, mais elle ne peut se mouvoir. Et toujours, sans cesse, le ver rongeur pénètre plus avant dans son corps, déchirant ses flancs, lacérant ses entrailles. Quel rêve épouvantable ! Quel cauchemar pour la victime engourdie ! Son supplice ne finit qu’avec elle, et lorsque la larve qui grossit à mesure, a dévoré presque complètement les viscères de la première chenille, seulement alors on voit disparaître chez la victime les dernières contractions et les derniers spasmes.
- A quoi attribuer ce phénomène? La chenille est frappée de paralysie et présente, quoiqu’en état de vie, toutes les apparences de la mort. Cependant, si on la pique avec la pointe d’une aiguille, on verra
- de petits mouvements se produire, surtout aux extrémités du corps.
- La raison de cet état de choses est connu. La guêpe solitaire pique la chenille au milieu du corps de façon à atteindre de son aiguillon un des ganglions de la chaîne nerveuse. Cette piqûre amène chez la chenille une paralysie due à l’action du venin, et d’autant plus appréciable que l’on se rapproche davantage du point piqué, tout à fait insensible à la piqûre de l’aiguille.
- C’est toujours à cet endroit que la jeune larve attaque la première chenille, d’ailleurs la guêpe a eu le soin de pondre l’œuf presque sur cet endroit du corps de la victime destinée à être dévorée la première. Mais une fois que la larve grossit, que scs mâchoires deviennent plus fortes, elle attaque sans choix ses autres proies, et les laisse souvent à moitié dévorées pour en commencer une autre.
- Au bout d’un mois à peu près, la larve de la guêpe a atteint son développement complet; elle a terminé son repas et se prépare à se chrysalider.
- A cette époque c’est une sorte de ver arrondi, long d’environ 20 millimètres, blanc crémeux ou rose, charnu et comme pulpeux, à peu près inerte et complètement apode.
- La partie antérieure de son corps est inclinée en avant et la petite tête ronde ressemble à une boule d’opale sur laquelle se détachent par leur teinte roussâtre les mandibules, les mâchoires et les autres pièces buccales plus ou moins cornées.
- Cette larve est composée de quatorze segments en comptant la tête. Ces anneaux sont séparés nettement les uns des autres et portent de chaque côté un mamelon sur lequel on voit une petite boutonnière cornée. Ce sont les stigmates, organes extérieurs de la respiration. 11 y en a dix paires, les deux premiers segments et les deux derniers en sont dépourvus.
- La larve, arrivée à ce point de maturation, tapisse sa loge d’un premier réseau de soie, puis elle file et s’enveloppe dans un cocon soyeux d’un blanc jaunâtre, semblable à de la baudruche. La larve a eu soin de laisser ses déjections (elle a vidé son intestin en une fois, à la fin de son long repas), dans un coin de la cellule et de filer de manière à les laisser en dehors de la coque soyeuse.
- Si au bout de quelques jours on ouvrait ce cocon, on y trouverait une guêpe, mais absolument blanche et molle ; ses pattes et ses antennes repliées le long du corps, semblent, par leur transparence, autant de baguettes de cristal. Les ailes, repliées dans tous les sens, ont l’apparence de moignons et recouvrent en partie les pattes. Les pièces buccales sont étalées sur la poitrine. Tout l’insecte paraît bossu et replié sur lui-même. Mais peu à peu les yeux deviennent fauves, puis bruns, enfin noirs. Les pièces de la bouche se colorent, les diverses parties du thorax s’induisent, prennent leurs diverses teintes tranchées, enfin l’insecte apparaît avec toutes ses couleurs.
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- Le Synagris reste encore quelque temps dans cet état de nymphe, mais enfin l’heure du réveil sonne pour lui. Il se dépouille de son enveloppe, fine pellicule inorganisée qu’il dévore ; il déchire son cocon perce les parois de sa cellule et voit enfin la lumière.
- Il s’arrête ébloui. Doucement il étend ses ailes au soleil, les déploie, les fait vibrer. Il allonge ses pattes, il les passe à plusieurs reprises sur sa bouche, et il s’envole enfin dans l’espace où il a quelques jours à vivre. Maurice Maindron.
- LE CHEMIN DE FER ET LE PORT
- DE I.A RÉUNION
- C’est vers le milieu du dix-septième siècle que les Français fondèrent leurs premiers établissements à Madagascar et prirent possession de l’île Bourbon.
- La nouvelle Compagnie des Indes Orientales, qui dût sa création à Colbert, développa dans ces colonies les cultures de la canne à sucre, du caféier, des diverses épices ; le commerce y prit un rapide essor, mais le défaut de ports pouvant mettre les navires en sécurité dans ces parages contre les tempêtes qui y sévissent fréquemment était, dès cette époque, un obstacle à la prospérité de Bourbon. Le Gouverneur de celle colonie prit alors possession de l’ile voisine, Maurice, à laquelle on donna le nom d’Ile de France. Ces deux magnifiques colonies virent croître leur prospérité jusqu’à la liquidation de la Compagnie des Indes. Cédées ensuite au domaine royal, elles furent plus1 tard avec les Seychelles et Madagascar réunies par un décret de l’Assemblée Nationale en un seul département ; Bourbon prit alors le nom de Réunion.
- Prise par les Anglais, ainsi que Maurice en 1810, La Réunion fit retour à la France en 1815, et depuis cette époque vit développer les travaux publics, les institutions de crédit et la culture de la canne à sucre, qui fut longtemps sa grande source de richesse.
- L’abolition de l’esclavage, en 1848, sagement préparée par une loi antérieure qui permettait aux esclaves de racheter leur liberté, ne fut pas une cause d’arrêt pour les travaux de culture ; les plantations de canne furent faites avec une telle activité qu’on déboisa malheureusement File.presque complètement, abandonnant ou reportant dans les hauts toutes les autres cultures. Depuis une vingtaine d’années, La Réunion a vu décliner son ancienne prospérité. Les ravages causés par les cyclones, ceux occasionnés par le borer, insecte qui s’attaque aux cannes à sucre, le développement énorme pris par la sucrerie de betteraves en Europe, furent les causes principales de ce déclin.
- Cependant La Réunion offre une grande importance comme escale des grands paquebots qui font
- actuellement le service de l’Australie et de la Nouvelle-Calédonie.
- Elle est en outre pour la France, surtout à notre époque de réveil des entreprises coloniales, et en vue de notre action présente à Madagascar, une base d’opérations d’une importance capitale. Tandis que Maurice, douée naturellement de plusieurs ports et rades magnifiques, était depuis longtemps en outre dotée d’un chemin de fer, La Réunion voyait son commerce entravé de plus en plus par la difficulté des opérations maritimes. Pour conjurer la ruine totale de cette magnifique colonie, le gouvernement prit l’heureuse résolution d’y créer un port et d’y construire un chemin de fer. C’est en 1872 que furent commencées les études techniques et commerciales de ces deux projets, qui n’en forment qu’un en réalité, car s’il était indispensable d’ouvrir enfin un abri sur et commode à notre marine, il n’était pas moins nécessaire de relier à ce port les différents quartiers de File. Il importe, en effet, au commerce de pouvoir concentrer en un seul point les sucres qui forment la principale marchandise d’exportation, afin d’arriver, par des mélanges appropriés, à obtenir les nuances, les marques demandées par l’Australie, l’Inde et les autres pays consommateurs ; il faut, d’autre part, pouvoir distribuer dans les différents quartiers de l’île, sans les grever des frais de transport excessifs des charrois, toutes les marchandises d’importation, céréales, riz, houille, bétail, etc.
- Une Société, au capital de 5 millions de francs, fut fondée en 1878 pour l’exécution des importants travaux de cette double entreprise du chemin de fer et du port, et fut autorisée à émettre des obligations représentant l’annuité de garantie du gouvernement fixée à 1 925 000 francs.
- Les travaux furent commencés de suite, et trois ans après le chemin de fer était livré à l’exploitation (fig. 1).
- Nous nous proposons de décrire ici avec quelques détails cette ligne, qui ne le cède guère aux chemins de fer les plus difficiles construits en Europe, car la longueur cumulée des travaux d’art de toute nature espacés sur son parcours total qui est de 126 kilomètres, n’est pas moindre de 15 kilomètres.
- La voie étroite, de 1 mètre de largeur entre les rails, qui est appelée, même en Europe, croyons-nous, à un immense développement dans l’avenir, s’imposait naturellement par des raisons d’économie tant dans la construction que dans l’exploitation; elle est d’ailleurs très largement suffisante pour satisfaire aux exigences du trafic, non seulement à l’heure actuelle, mais quel que puisse être le développement des transports dans l’avenir, en calculant sur les bases les plus larges.
- De Saint-Denis, qui est le chel-lieu de File, la ligne se dirige en suivant à peu près le littoral d’un côté jusqu’à Saint-Benoît, en desservant tous les quartiers de l’île qui forment la partie dite du Vont, et de l’autre côté jusqu’à Saint-Pierre, en passant
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- par le port de la Pointe-des-Galets et desservant tous les quartiers de la partie dite Sous-le-Vent.
- Étant donnée la constitution géologique de l’île de La Réunion, on ne peut s’étonner du nombre et de l’importance des travaux d’art exigés par l’établissement d’un chemin de fer, nécessairement situé le long des côtes.
- En effet, la partie centrale de l’île, dont l’origine est volcanique, se compose de montagnes atteignant une altitude de 3000 mètres, et d’anciens cratères ravinés par les torrents d’eau que les cyclones portent dans ces parages. Il s’est formé l'a d’immenses cirques, entonnoirs formidables, d'où les eaux se précipitent, pendant la saison des pluies, avec une violence inouïe, ravinant le sol, et roulant à la mer des masses imposantes de pierres de toute sorte, qui atteignent des proportions énormes, puisque certains blocs roulés par ces torrents mesurent plus d’un mètre cube, et que l’on a pu évaluer à un million de mètres cubes les apports d’une seule descente de la rivière des Galets.
- Toutes ces rivières traversent la ligne et ont nécessité la construction de très nombreux et importants ouvrages. On ne compte pas moins de 92 ponceaux et 65 grands ponts.
- Entre Saint-Denis et la Pointe-des-Galets la côte est formée par une falaise de lave et de basalte de plus de 300 mètres de hauteur, sur une étendue de plus de 10 kilomètres, coupée par deux ravines; cette partie du littoral a dù être traversée par un tunnel dont les tronçons se relient par des viaducs en maçonnerie. On a déterminé la position de ce tunnel à 30 mètres environ de la falaise à pic qui vient battre la mer, ce qui a permis, au moyen de galeries perpendiculaires au tunnel, d’attaquer par un grand nombre de points simultanément cet impôt tant travail, entièrement fait d’ailleurs à main d’homme, au fleuret et à la dynamite.
- Ces petites galeries auxiliaires servant à l’extraction des déblais ont remplacé avantageusement les Duits intermédiaires qu’on a souvent employés dans L’exécution des tunnels.
- Nous ne pouvons, dans cette brève notice, donner même l’énumération de tous les ouvrages d’art dont
- nous avons cité le nombre relativement si élevé ; nous nous bornerons à indiquer les plus importants.
- De Saint-Benoît à Saint-Deflis la ligne commence par s’écarter du littoral en se dirigeant vers Saint-André et traverse la rivière du Mat sur un pont en treillis de 100 mètres d’une seule portée (fig. 2); la voie se rapproche ensuite du bord de la mer et va desservir les quartiers de Sainte-Suzanne et de Sainte -Marie en traversant encore sur des ponts métalliques les rivières de Saint-Jean, de Sainte-Suzanne et de Sainte-Marie, et rencontre, avant d’arriver à Saint-Denis, la rivière des pluies composée de sept bras qu’il a fallu traverser au moyen de sept ouvrages métalliques formant une longueur totale de plus de 130 mètres, puis la rivière du Chaudron et celle du
- Butor franchie par un pont biais de 40 mètres d’ouverture. Le chemin de fer pénètre ensuite dans la ville de Saint-Denis, chef-lieu de la colonie, sur un via-duc métallique porté par des colonnes en fonte. Au sortir de la ville on rencontre la rivière de Saint-Denis, que la voie traverse sur un pont de 60 mètres en deux travées, à la suite duquel se trouve un long viaduc en maçonnerie, puis on s’engage dans le tunnel de la Falaise, de 10 kilomètres et demi de longueur, et on franchit trois ponts, pour déboucher à la Possession, sur la plaine des Galets où se trouvent la gare des marchandises et le réseau des voies ferrées desservant le nouveau port. Le chemin de fer traverse ensuite la rivière des Galets sur un pont métallique de 400 mètres de longueur en 8 travées, franchit l’étang de Saint-Paul sur un autre pont de 100 mètres en 2 travées, et arrive à la ville de Saint-Paul, traverse en tunnel le cap La Houssaye, rencontre l’étang de Saint-Gilles, franchit encore par un pont métallique de 30 mètres en une travée, et vient croiser deux ravines profondes, dites la Grande et la Petite-Ravine. 11 a fallu, en ces points, construire deux grands | viaducs en maçonnerie, l’un de 5 arches (fig. 3), | l’autre de 7 arches en plein cintre, et dont la hau-i teur n’est pas moindre de 35 mètres.
- * La ligne arrive à la station de Saint-Leu, franchit
- .STDENIS,
- N ouveau Port fl—
- .ST LEU
- STLOUK
- (TJOSÉPH
- Fig. 1. — Carte de l’île de La Réunion avec le tracé du chemin de fer et l’indication du nouveau Port.
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- encore diverses rivières sur des ponts dont quel- | ques-uns sont en maçonnerie, d’autres avec tabliers
- Fig. 2. — Chemin de fer de l’ile de La Réunion. — Montage du pont de la rivière du Mât (100 mètres en une seule portée).
- D’après une photographie.
- métalliques à poutres droites en treillis, et aboutit à Saint-Pierre, point terminus de la partie Sous-le-Yent, après avoir traversé la rivière Saint-Etienne sur un
- grand pont de 10 travées mesurant chacune 50 mètres de portée.
- Malgré les difficultés de toute nature que ren-
- Fig. 5. — Chemin de fer de l’ile de La Réunion. — Viaduc de la Petite Ravine. (D’après une photographie.)
- contre forcément l’exécution d'un aussi gigantesque travail dans un pays qui offre peu de ressources et où tous les ouvriers spéciaux doivent être envoyés
- d’Europe, malgré les délais occasionnés par les transports de l’important matériel expédié entièrement de France, ce chemin de fer a été livré à
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- 1 exploitation au bout de trois ans, et l’importance de son trafic, destiné à s’accroître considérablement lors de 1 achèvement du port, a dépassé rapidement les prévisions les plus optimistes. On avait compté sur un chiffre de recettes de 550 000 francs et dès à présent le trafic du chemin de fer s’élève à 800 000 francs par an.
- — A suivre. —
- UNITÉS ÉLECTRIQUES
- LE WATT ET LE JOULE
- La signification nette et précise de ces nouvelles unités électriques pratiques est si souvent méconnue, et prèle encore à tant de confusions, même dans les traités les plus estimés, que nous croyons utile d’en retracer rapidement l’origine et d’en donner une fois pour toutes les définitions exactes, puisque la pratique a sanctionné leur emploi.
- Le Congrès international des Électriciens tenu à Paris en septembre 1881 a donné les définitions et arrêté les noms des unités pratiques des cinq grandeurs électriques principales : résistance (ohm) ; force électi'otnotrice (volt) ; intensité (ampère) ; quantité (coulomb) ; et capacité (farad).
- On ne tarda pas à s’apercevoir que celte liste était incomplète et l’ont eut bientôt besoin d y adjoindre deux nouvelles grandeurs, et, par suite deux nouvelles unités :
- 1° L’unité pratique d’énergie électrique, égale au travail représenté par une quantité d’électricité agissant avec une force électromotrice de un volt (unité correspondant au kilogrammètre).
- 2° L’unité pratique de puissance, ou puissance d’un courant dont l’intensité est d’un ampère agissant avec force électromotrice de un volt (unité correspondant au kilogrammètre par seconde).
- Les praticiens avaient tout d’abord adopté les noms de volt-coulomb pour la première unité et de volt-ampère pour la seconde,lorsqu’au Congrès défi Association britannique tenu à Southampton en septembre 1882, son président, le regretté sir William Siemens, proposa de donner le nom de joule au volt-coulomb et celui do ivalt au volt-ampère.
- Ces noms si courts, si simples, furent rapidement adoptés par les praticiens, surtout en Angleterre ; l’emploi de ces unités pratiques facilite les calculs et fait disparaître toute ambiguïté; aussi le watt et le joule sont-ils aujourd’hui aussi employés que les autres unités électriques pratiques.
- Quelques exemples familiariseront d’ailleurs nos lecteurs avec les grandeurs de ces unités et leur véritable nature.
- Une lampe électrique fonctionnant avec A0 volts de différence de potentiel aux bornes et un courant dont l’in-sité est de 0,7 ampère est une lampe de 28 watts, et comme :
- 1 watt = kilogrammètre par seconde.
- il en résulte qu’une lampe de 28 watts exige 2,8 kilogratn-inètres par seconde.
- L’énergie dépensée par la lampe en une seconde est égale à 28 joules et comme :
- 1
- 1 joule = kilogrammètre
- le travail dépensé par la lampe en une seconde est égal à 2,8 kilograinmètres.
- Il V a donc entre l’unité électrique de travail (joule) et l’unité électrique de puissance (watt), la même différence qu’entre le coulomb et l’ampère. Le joule est la quantité de travail produite en une seconde par une puissance de un watt, comme le coulomb est la quantité d’électricité qui a passé en une seconde dans un circuit lorsque l’intensité du courant est de un ampère.
- Concevons un accumulateur électrique renfermant 100 000 de coulombs et pouvant débiter 10 ampères avec une différence de potentiel de 2 volts aux bornes.
- La puissance de cet accumulateur sera de
- 10x2 = 20 watts.
- Mais la quantité d’énergie électrique totale qu’il renferme est égale à
- 100 000 x 2 = 200 000 joules, si on lui fait débiter 20 watts, il fournira dans le circuit extérieur, chaque seconde, une quantité d’énergie égale à 20 joules, et comme il en renferme 200000, il pourra fonctionner pendant
- 200000
- —— = 10 000 secondes
- soit un peu moins de 3 heures.
- Car de simples modifications dans la construction de l’accumulateur, on pourrait donc doubler sa puissance sans augmenter sa capacité ; on aurait ainsi doublé les watts sans changer les joules ; ces deux éléments sont donc parfaitement distincts et représentent en quelque sorte les constantes de travail d’un accumulateur donné.
- Les piles Leclanché ont une faible puissance, et fournissent, relativement à leur poids une quantité totale de travail assez considérable; on peut dire, par abréviation, que ce sont des piles de peu de watts et beaucoup de joules; les petites piles employées par M. Trouvé dans ses lampes portatives, sont, au contraire, des piles de beaucoup de watts, tandis qu’on a cherché à réduire leurs dimensions pour les rendre légères, et qu’on a ainsi réduit, à dessein, le nombre de joules.
- On augmente les watts d’uDe pile donnée en diminuant sa résistance intérieure; on augmente les joules en augmentant la provision de matières actives et, par suite, son poids.
- Ces quelques exemples suffisent, pensons-nous, pour bien montrer les différences essentielles qui caractérisent le joule et le watt; l’unité de travail et l’unité de puissance. Voici d’ailleurs un tableau qui résume les différentes valeurs des unités actuellement employées :
- UNITES DE TRAVAIL.
- 1 kilogrammètre = U,81 joules.
- 1 joule 1 joule
- kilogrammètre. 9,81 °
- 107 ergs=10 ineg-ergs.
- UNITES DE PUISSANCE.
- 1 kilogrammètre par seconde = 9,81 watts. 1 cheval-vapeur
- 1 cheval-vapeur
- 1 horse-power anglais 1 watt
- 756 watts. 75kilograinmètres, par seconde.
- 746 watts.
- * kilogrammètre.
- 9,81 e7 ’ par seconde.
- Ces chiffres montrent que le cheval-vapeur français et
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- LA NAT U UE.
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- Je horse-power anglais sont des unités de puissance légèrement différentes ; le horse-power anglais étant environ \
- supérieur de — au cheval-vapeur français.
- Pour faire disparaître cette anomalie, il suffirait, ainsi que cela a été proposé à la Conférence nationale des Electriciens tenus à Philadelphie d’adopter comme unité de puissance électrique industrielle le kilowatt.
- 1 kilowatt = 1000 watts.
- Le kilowatt a l’avantage de porter en lui-même sa définition, et son emploi dispense de la création d’un mot nouveau dont l’adoption présente toujours certaines difficultés. E. 11.
- —><><—
- CHRONIQUE
- Une Exposition d’électricité à Paris.—La Société internationale des Électriciens a décidé qu’une Exposition avec conférences, et à une date qui sera précisée, aurait lieu en janvier 1885, à l’occasion de sa première assemblée générale. Cette Exposition, qui durera peu de jours, aura lieu à l’Observatoire de Paris, dans une série de salles que M. l’amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire, a bien voulu mettre à la disposition de la Société. Les électriciens français et étrangers, qu’ils soient ou non membres de la Société, qui désireraient prendre part à cette Exposition, peuvent, dès maintenant, et jusqu’au 25 décembre, adresser leurs demandes, avec indication de la nature des objets qu’ils comptent envoyer, à M. le président de la Société internationale des Electriciens, 5, rue Séguier à Paris. Les exposants n’auront d’autres frais à acquitter que ceux d’expédition et d’installation des appareils.
- Bronze Tucker. — Le Scientific American donne le moyen d’imiter parfaitement le bronze d’ornements avec la fonte ordinaire et appelle bronze Tucker ce nouveau produit. Il s’agit uniquement de colorer la fonte et de lui donner l’aspect du bronze. Pour cela, la fonte étant décapée ou même polie, on l’enduit d’une couche mince d’huile de lin ou de vernis à l’huile de lin; et on la chauffe à une température suffisante pour déterminer à l’air l’oxydation du métal. La température est poussée plus ou moins haut, suivant que l’on veut obtenir une nuance jaune clair ou brun foncé. De même on peut don ner au fer l’aspect du bronze en le polissant et le dégraissant, puis le soumettant pendant 2, 5, 4, 5 minutes, à l’action des vapeurs d’un bain acide composé moitié d’acide azotique et moitié d’acide chlorhydrique concentrés. On les enduit alors de vaseline, résidu décoloré et désinfecté de la distillation des naphtes; et l’on chauffe jusqu’à ce que la vaseline commence à se décomposer.
- - —
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 décembre 1884. — Présidence de M. Rolland.
- Le baromètre et les tremblements de terre. — A propos d’un tremblement de terre observé à Saint-Étienne dans la nuit du 27 au 28 novembre dernier, M. Laur signale l’allure particulière du baromètre au moment du phénomène. La pression avait été fort élevée pendant un laps de temps très long et avait enfin dépassé 770 millimètres. Tout à coup elle faiblit jusqu’à 745 et c’est précisément à
- ce moment que le sol fut agité. L’auteur se demande si des gaz comprimés dans les régions souterraines ne se sont pas tout à coup dégagés au moment de la baisse barométrique et si ce n’est pas précisément leur sortie qui a secoué la terre. La théorie est, comme on le voit, fort originale ; elle ne parait pas à l’abri de beaucoup d’objections. En tous cas il y a eu une coïncidence qu’il est nécessaire de noter.
- La chimie de la betterave. — Gomme suite à des travaux dont nous avons déjà plusieurs fois rendu compte, M. Le Play étudie la végétation de la betterave porte-graines pendant la seconde année. Le résultat analytique le plus net, consiste dans l’absence du sucre soit dans les racines, soit dans les feuilles. En même temps, la proportion de la potasse et de la chaux est de plus en plus considérable.
- Propriétés des antiseptiques. — Au cours de très longues recherches, M. le professeur Gosselin s’est assuré que les antiseptiques possèdent vis-à-vis du sang des propriétés fort différentes. Les plus énergiques tels que le phénol et l’alcool, déterminent la coagulation intravasculaire du sang; d’autres, comme la teinture d’iode, i’iodo-forme et l’iodure de mercure provoquent la coagulation extra vasculaire. Enfin il eu est qui, à l’exemple du sulfate de cuivre, de l’acide borique et du chlorure de zinc, n’exercent sur le sang aucun effet de coagulation.
- Le cuivre et le choléra. — Le collaborateur et le digne continuateur de Burq, M. le Dr Moricourt,- ancien interne des hôpitaux signale la préservation des ouvriers en cuivre durant l’épidémie cholérique que nous venons de traverser. Notre savant confrère, M. Emile Rivière,, dans sa communication du 24 novembre signale, il est vrai, parmi les personnes frappées deux tourneurs en cuivre (sur 971 cas traités dans les hôpitaux). Mais M. le Dr Moricourt déclare qu’un seul de ces ouvriers avait le choléra et qu’il a été guéri.
- Je profiterai de cette occasion pour signaler de nouveau l’excellent volume publié chez Masson par, M. le Dr Proust,, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, sous ce simple titre : Le Choléra, étiologie et prophylaxie. Cet ouvrage est accompagné d’une carte représentant la marche des épidémies et il se termine par une instruction sur les précautions d’hygiène à prendre en cas d’épidémie.
- Mort réelle et mort apparente. — On a cru dans ces derniers temps avoir enfin trouvé un signe certain de la mort réelle : on faradise le sujet sur un point de son corps et on cherche si, en mettant la main sur un autre point on éprouve une secousse : dans le cas où la vie persiste la secousse est perçue; elle n’aurait pas lieu dans le cas contraire. Or, M. Ilochefontaine s’est assuré sur des animaux que les choses n’ont pas ainsi lieu. Vingt minutes après la mort la secousse est parfaitement transmise par le corps.
- Terrain houiller de la Basse-Loire. — Dans peu de régions le terrain houiller revêt des caractères aussi intéressants que dans la Basse-Loire. J’ai eu la bonne fortune lors d’une récente excursion géologique du Muséum de la visiter en détail avec M. le professeur Ed. Bureau, et je suis revenu émerveillé. Or, depuis cette promenade, M. Bureau avec la collaboration de son père, M. Louis Bureau, directeur du Musée de Nantes, a trouvé des faits qui rendent encore plus frappante la constitution du
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- pays. Entre le terrain houiller inférieur ret le terrain houiller supérieur, exploités tous deux dans Maine-et-Loire et dans la Loire-Inférieure, MM. Bureau ont découvert le terrain houiller moyen parfaitement caractérisé par sa flore. Désormais c’est entre Angers et Nantes qu’on trouvera en France le bassin houiller le plus complet.
- Analyse spectrale. — Quand on étudie au spectroscope une étincelle électrique où l’on a introduit des substances à analyser on est considérablement gêné par des raies véritablement parasites dues aux vapeurs fournies par les électrodes ou par l’air. M. Demarçay arrive, d’après M. Cornu, à les éliminer en construisant une bobine qui, à l’inverse des bobines ordinaires, possède un fil induit gros et court.
- Varia. — Un agriculteur prétend que la décoction d’escargots tue le phylloxéra. Il ajoute cet aphorisme malheureusement très douteux que les vignes où se trouvent des escargots sont par cela même à l’abri du phylloxéra. — De liio Janeiro un M. de Souza (?) adresse un journal où, dans un article écrit en français, il réclame la priorité des essais de direction des ballons de MM. Du-puy de Lôme, G. et A. Tissandier,
- Renard et Krebs, etc. Il a cependant contre lui cette circonstance qu’il assure que son appareil était dépourvu de moteur; ce qui ne l’empêchait pas , quand on le lâchait, de marcher contre le vent (??).
- — La dissociation de l’hydrate de chlore occupe M. Lechatelier. — M. Aimé Girard pose sa candidature à la place vacante dans la section d’économie rurale. Stanislas Meunier.
- PHOTOGRAPHIE DES ECLAIRS
- Ayant depuis longtemps l’intention de reproduire des éclairs par la photographie, j’avais fait un repère sur ma chambre noire après avoir mis au point sur des nuages. De cette façon, je pouvais la replacer dans les mêmes conditions sans chercher à mettre au point de nouveau, ce qui, du reste, aurait été impossible, puisque je devais opérer la nuit. Dans la soirée du 15 juillet 1884, un orage se préparait; je braquai mon objectif dans la direction où les éclairs commençaient déjà à illuminer l’horizon. Les lueurs étaient assez intenses pour dessiner sur la glace dépolie la silhouette des arbres, ce qui me facilita l’orientation de mon appareil.
- Tout étant ainsi disposé, je remplaçai la glacedépolie par un châssis contenant une glace au gélatino-bromure d’argent. Je débouchai l’objectif et j’attendis. Pendant environ une demi-heure, les éclairs se produisirent seulement au-dessous de l’horizon. C’est ce qui a donné sur lepreuve la silhouette des arbres et aussi celle des nuages. Enfin, vers minuit, l’orage étant dans toute sa force, un éclair très brillant apparut dans le champ de l’objectif. Je m’empressai de fermer l’appareil et de retirer la glace pour n’avoir pas deux épreuves superposées.
- Au développement, je fus très étonné de voir les ramifications innombrables qui composent cet éclair. En effet, lorsqu’il se produisit, j’avais les yeux fixés sur l’horizon et je n’ai aperçu que la branche principale. En observant depuis le cliché à la loupe, j’ai remarqué qu’une des ramifications est double.
- Il y a d’abord un trait assez fort, puis un autre beaucoup plus fin le suit presque parallèlement dans tou te sa longueur, s’en rapprochant quelquefois seulement au point de se confondre avec le premier.
- M. Mascart, qui a eu l’obligeance de présenter cette épreuve à la Société française de Physique, dans sa séance du 21 novembre , a par-ticulièrement
- insisté sur la façon dont l’éclair est pour ainsi dire pulvérisé, tant les ramifications sont nombreuses. Il compare le passage de l’étincclle^dans 1 air, ù celui de l’étincelle de la bobine de Rhufmkorll dans un cube de verre, l’air étant aussi pour l’électricité un milieu résistant. L’analogie est du reste très grande entre l’épreuve que j’ai obtenue et les traces laissées dans le cube de verre par l’étincelle électrique. Depuis, il ne s’est pas présenté de circonstances favorables pour me permettre de recommencer une autre épreuve, mais je crois qu’il serait intéressant au point de vue scientifique d’avoir un grand nombre de photographies d’éclairs qui, du reste, s’obtiennent avec une très grande facilité. Cela pourrait peut être faciliter letude de ces phénomènes qui sont si peu connus. Desquesxes.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 603. — 20 DÉCEMBRE 4 884.
- LA N ATI UK.
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- LE
- PLUS ancien animal terrestre connu
- Jusqu’à présent, les naturalistes n’avaient aucune notion des animaux terrestres à respiration aérienne des premiers âges du globe; ils étaient môme en droit de se demander si, à l’époque silurienne, il existait une faune terrestre contemporaine de cette faune marine si riche en mollusques, en crustacés, et qui comprend même quelques poissons. Les mers de cette période étaient peu profondes, mais elles étaient très étendues. Les continents s’élevaient
- à peine au-dessus de la surface des eaux, et leurs côtes, rongées par les Ilots, se modifiaient sans cesse. Quèlqiies végétaux appartenant au groupe des lyco-podiacées et des calamites ont laissé les traces de leur existence, et leur présence donnait lieu de penser qu’elles devaient servir d’abri ou de nourriture à des animaux.
- Une découverte faite dans l'île de Gotland, en Suède, nous fait connaître un de ces êtres. M. le professeur Lindstrôm, de Stockholm, a adressé à M. Alph. Milne Edwards la photographie d’un véritable Scorpion trouvé dans les assises siluriennes et présentant la plupart des caractères des scorpions
- Scorpion fossile des terrains siluriens de i'ile de Gotland (Suède). D’après la photographie adressée par M. Linstrôm
- à M. Alph. Milne Edwards.
- actuels. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les passages principaux de la lettre deM. Lindstrôm.
- Stockholm, le 24 novembre 1884.
- Cher Monsieur, je vous envoie la photographie d’un Scorpion fossile récemment trouvé dans la formation silurienne supérieure de l’île de Gotland (en Suède). J’ai pensé qu’une découverte si étonnante vous intéresserait... La pièce est assez bien conservée ; on y voit la cuticule chitineuse brune ou jaune brunâtre, très mince, comprimée et ridée par-la pression des couches superposées. On distingue le céphalo-thorax, l’abdomen avec 7 lames dorsales et enfin la queue formée de six segments ou anneaux dont le dernier se rétrécit, devient pointu et forme le dard veuénifique. La sculpture de la surface, est tout à fait 43“ aimais. — 4“r semestre.
- comme chez les Scorpions récents et consiste en tubercules et en carènes longitudinales.
- Un des stigmates est visible à droite et démontre clairement que l’animal a respiré de l’air et toute son organisation prouve qu’il a vécu sur la terre ferme. Nous voyons donc dans ce Scorpion que nous avons désigné sous le nom de Palœophoneus nuncius, le plus ancien des animaux terrestres; les Libellules qui jusqu’ici remontaient à la plus haute antiquité avaient été trouvées dans le terrain Dévonien du Canada.
- On remarque dans la conformation de ce Scorpion un trait d’une haute importance fourni par les 4 paires de pattes thoraciques qui sont grosses et pointues, ressemblant aux pattes des embryons de plusieurs autres tra-chéates et d’êtres comme les Campodea. Cette forme de pattes n’existe plus chez les Scorpions fossiles de la formation carbonifère, chez lesquels ces appendices ressem-
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- blent à ceux des Scorpions de nos jours. Un mémoire détaillé sur cet animal par le professeur T. Thorell et moi paraîtra dans quelque temps. Lindstrôm.
- Nous joignons à cette intéressante lettre une reproduction par la gravure de la photographie du Scorpion fossile dont il vient d’être question. C’est une haute curiosité que nous sommes heureux de présenter à nos lecteurs, après la communication qui en a été faite à l’Académie des Sciences par M. Àlph. Milne Edwards.
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- LA COCAÏNE
- On ne saurait ouvrir en ce moment un journal de médecine sans y trouver un article relatant les propriétés merveilleuses de ce nouvel agent thérapeutique. Merveilleuses n’a rien d’exagéré, car on possède lâ un anesthésique local d’une efficacité qui paraît incontestée et dont les applications promettent d’être des plus variées.
- La cocaïne est un alcaloïde que Niemann isola le premier en 1859 de Yerythroxylon coca j elle cristallise en petits prismes incolores et inodores et forme avec les acides des sels, comme la plupart des alcaloïdes. L'erythroxylon coca est un arbuste ^originaire du Pérou, qu’on cultive dans diverses régions de l’Amérique du Sud. L’exploitation de cette plante, réservée jadis aux grands et aux prêtres, comme un objet sacré, s’est répandue de plus en plus et le gouvernement de Uolivie, un des principaux centres de culture, donne chaque année une récolte de plus de 25 millions sur lesquels l’Etal prélève un impôt assez lourd.
- La feuille de coca est d’un usage plus général chez les Indiens de ces régions que le tabac chez nous. L’Indien a toujours quand il se met en route une provision de feuilles qu’il pétrit en pâte avec une substance calcaire, formée des cendres de certaines plantes, ce qu’on appelle la llipta. 11 en forme une boulette qu’il chique, mâchonne constamment, en avalant la salive et absorbant ainsi les principes de la coca, principes toniques, excitants. Vraie ou non, la légende de ces vertus merveilleuses subsiste, et, dans l’Amérique du Sud, la chique de coca est regardée comme un moyen de calmer la faim et de tromper les angoisses d’un jeûne forcé.
- La cocaïne, qui n’a été isolée qu’en 4859, a des propriétés quelque peu différentes, mais tout aussi étonnantes. Niemann, qui l’avait découverte, avait bien reconnu qu'un fragment de ces cristaux de cocaïne, posé sur la langue, amenait une insensibilité locale complète; un autre physiologiste avait vu qu’injectée à certaines doses dans les veines d’un animal, elle provoquait la dilatation de la pupille; mais on n’avait tiré aucun parti de ces premières expériences, bien que von Anrep eût signalé les avantages qu’il y aurait à l’utiliser comme anesthésique local.
- C’est un médecin viennois, le J)r Karl Koller, qu> a eu le mérite de mettre au jour les singulières propriétés de cet alcaloïde et d’en tirer un profit immédiat, au point de vue de la pratique médico-chirurgicale. 11 eut l’idée d’instiller dans l’œil d’animaux quelques gouttes d’une solution aqueuse de chlorhydrate de cocaïne (ce sel est plus soluble que la cocaïne elle-même). Au bout de quelques instants on pouvait constater que la muqueuse oculaire était, comme la muqueuse buccale, influencée par le médicament. On pouvait toucher la cornée, la conjonctive sans que l’animal fit le moindre mouvement témoignant une sensation quelconque. Chacun sait, pour s’être fourré maladroitement le doigt dans l’œil ou pour y avoir reçu quelques grains de poussière, quel degré de sensibilité présente cette muqueuse. La cocaïne annihile toute douleur, toute sensibilité, l’anesthésie est absolue.
- Fort de ces premiers résultats, M. Koller n’hésita pas à répéter ses expériences sur l’œil humain, en commençant par lui et par quelques-uns de ses élèves. L’anesthésie se montra aussi absolue, aussi complète que chez les animaux. Non seulement on n’éprouve aucune douleur, mais on ne perçoit pas même une sensation tactile et on a cette impression bizarre, de toucher du doigt l’œil d’un autre. Cette anesthésie s’accompagne d’une dilatation pupillaire très marquée, un peu plus lente à venir que l’insensibilité. Avec une solution de 5 p. 100, il suffit de deux à trois instillations de 4 a 5 gouttes pour obtenir en deux minutes l’insensibilité complète, insensibilité qui persiste environ un quart d’heure. Cette durée suffit pour une foule d’opérations sur les yeux, telles qu’ablation de corps étrangers dans les culs-de-sac, paillettes de fer incrustées dans la cornée, abcès superficiels, etc. L’opération de la cataracte a pu se faire sans aucune sensation douloureuse, sauf la section et l’excision de l’iris (iridectomie).
- La cocaïne a un pouvoir anesthésique plus étendu lorsqu’on l’introduit dans l’économie par injection hypodermique. MM. Vulpian, Laborde et d’autres physiologistes ont fait à cet égard des expériences nombreuses qui ont été relatées dans le Bulletin consacré à l’Académie des Sciences. Une dose de 7 à 10 centigrammes injectée à un chien, amène, outre l’anesthésie de la muqueuse oculaire, une anesthésie du tégument cutané, en même temps qu’une excitation générale très marquée. Une grenouille est plongée dans un bain de cocaïne ; tout le tégument est devenu complètement insensible. Impossible de produire la moindre sensation en piquant la peau.
- On conçoit sans peine les applications nombreuses de ces propriétés. La cocaïne permettra aux oculistes une foule de petites opérations, d’examens toujours pénibles, quelquefois douloureux et qu passeront désormais inaperçus du malade. De même dans les maladies de la gorge et du larynx, l’introduction du miroir, d’un simple abaisse-langue provoque chez la majeure partie des sujets, des mou-
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- wnicnts réflexes qui de la nausée vont parfois jusqu'au vomissement. Ces réflexes sont supprimés avec un badigeonnage à la cocaïne. La liste serait longue de tous les essais qui ont été laits, et qui ont réussi, pour calmer la douleur, insensibiliser une région limitée. On recule souvent devant l’idée d’être endormi par l’éther ou le chloroforme, et cependant l’anesthésie s’impose pour la sécurité de l’opération; la cocaïne permettra, dans certains cas, d’éviter cet embarras. C’est une découverte précieuse pour la thérapeutique et qui méritait, à ce titre, d’être signalée à nos lecteurs. Dr Cartaz.
- LE TIR ET LES TIREURS
- Quand un jeune homme se présente pour la première fois dans un tir, son professeur lui explique que pour atteindre le but il suffit qu’au moment où le coup part, l’œil, la coche, le guidon et le but se trouvent sur la même ligne.
- Le néophyte prend l’arme, vise longtemps, presse la détente, le coup part et la balle va se perdre à dix mètres de la plaque.
- A côté de lui un tireur exercé, semblant ne viser qu'imparfaitement, atteindra à coup sur le noir, et exécutera en se jouant, de ces prouesses qui étonnent à juste titre les commençants, tels que doubler des balles, disposer les empreintes sur la plaque de façon à obtenir des trèfles, des carrés, des losanges, et cela soit à la carabine, soit au pistolet.
- Le tir est un art dont la théorie est simple et facile à comprendre, mais dans lequel la perfection ou simplement l’habileté est difficile à atteindre.
- Cette habileté s’acquiert surtout par la pratique.
- Les Américains qui, avec juste raison, cherchent à donner un caractère positif à leurs appréciations estiment le talent d’im joueur de billard à la somme qu’il a dû dépenser pour arriver à ce résultat.
- « Slosson, disait un journal, a bien un talent de 10 000 dollars. » On pourrait de même caractériser l’adresse d’un tireur par le nombre de coups de feu qu’il a tirés antérieurement.
- L’un des lauréats du Concours de Ainccnnes nous disait que chaque année il tirait tant à balle qu’à plomb, une moyenne de 8 à 900 coups de feu, et cela depuis environ vingt-cinq ans. — Soit un total de 22 000 coups de feu.
- Les tireurs ayant placés antérieurement 10, 12 à 15 000 balles ne sont pas rares. Beaucoup de tireurs du récent Concours de tir avaient à leur actif un nombre plus considérable de coups de feu. Au tir au pistolet on rencontre souvent des amateurs plaçant chaque année deux ou trois mille balles.
- Quant aux lireurs de profession tels qu’ira Paine ou le docteur Carver, c’est 40, 50 ou 60 000 coups de feu qu’ils tirent chaque année ; ces chiffres expliquent leur merveilleuse habileté.
- La chasse est eu quelque sorte l'école des lireurs, et il est bien peu de lauréats de concours de tir qui ne soient chasseurs habiles et passionnés. Un des arguments des partisans de la liberté de la chasse en France est l’adresse qu’acquiert le chasseur, adresse qui peut avoir une grande importance à un moment donné pour la défense de la patrie. Bien que les procédés aient changés, la chasse est maintenant comme autrefois l’école de la guerre.
- Bans les pays encore à demi sauvages, comme le Far-West américain, le Mexique, une partie du Canada, là où on rencontre encore des bêtes fauves, où la chasse doit fournir une partie de la nourriture, et où se trouve le chasseur de fourrures, le culte de la carabine est porté à l’extrême, l’adresse devient un honneur et l’exercice du tir est le jeu habituel de tout homme capable de porter une arme; aussi rencontre-t-on dans ces pays des tireurs d’une habileté qui paraîtrait incroyable si elle n’était aflirmée par de nombreux voyageurs.
- Le célèbre naturaliste Audubon raconte, par exemple, avoir été témoin au Kentucky, des exercices de tir suivants :
- Une forte planche est placée à une cinquantaine de pas des tireurs ; au milieu se trouve, à moitié enfoncé, un clou d’une grosseur moyenne ; la balle du tireur doit le faire pénétrer complètement. Or, presque toutes les balles atteignent la tète du clou, beaucoup ne font que la toucher sur les bords, ce qui n’a pour résultat que de courber la tige, mais un certain nombre de tireurs frappant de leur balle, avec une précision merveilleuse le clou au milieu de sa tête et dans l’axe de sa tige le font disparaître dans la planche (fig. 1).
- À la première épreuve, tous ceux qui n’ont pas touché le clou sont éliminés; après la seconde, les tireurs qui n’ont fait que courber le clou se retirent à leur tour, la lutte ne se continue qu’entre ceux qui ont enfoncé le clou. Le vainqueur est salué par des hourras !
- Le soir, les Kcntuckiens s’amusent, toujours d’après Andubon, à éteindre la chandelle. —La chandelle est placée sur une table à 60 ou 70 pas des tireurs. Un homme est assis auprès l’ayant à portée de sa main avec charge de la rallumer quand l’un des tireurs l’aura éteinte. Sa confiance dans l’adresse de ceux-ci est telle que les balles passent à trente ou quarante centimètres de sa figure sans que cela l’émotionne. — Les bons tireurs coupent la mèche ou éteignent la flamme. Les maladroits manquent le but ou brisent la chandelle, ce qui provoque les moqueries de leurs camarades.
- Voici un autre exercice des tireurs Kentuckiens : Un morceau d’écorce est coupé, puis fixé au tronc d’un arbre de façon à former une cible blanche. Le premier tireur le perce d’une balle au milieu, cette ouverture représente l'œil d'un buffle. Tous ses ca* marades tirent ensuite et font mouche dans l’œil j ainsi obtenu, et c’est à peine si après dix ou douze
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- coups l’ouverture faite par la première balle a été déformée ou agrandie.
- Les jeunes lecteurs des romans de Fenimoore Cooper et de Gustave Avmard, ont tous été émerveillés de l’adresse à la carabine des trappeurs, boucaniers, chasseurs de fourrures. Or, il paraît que cette merveilleuse adresse attribuée par les romanciers à leurs héros se rencontre, en effet, réellement chez quelques chasseurs américains.
- Voici, par exemple, ce que nous a rapporté sur l’un d’eux un missionnaire revenant du Nouveau-Mexique :
- Ce missionnaire traversait une rivière dans un
- canot manœuvré par deux Indiens; avec lui passait un chasseur de fourrures, vêtu de cuir et armé du légendaire rifle américain, il était réputé pour son adresse, en était très fier et ne demandait qu’à la faire voir. Un écureuil lut aperçu à l’extrémité d’une branche, le trappeur ajuste et malgré les oscillations et le mouvement de translation du bateau, coupe la branche qui supportait l’animal et tous deux viennent tomber dans les fourrés du rivage.
- Dans ses chasses à l’écureuil il ne frappait jamais directement l’animal, ce qui eut abîmé sa fourrure, mais sa balle atteignait le sommet de la branche placé immédiatement au-dessous, le choc était assez
- violent pour tuer l’écureuil qui, du reste, était projeté en l’air et venait tomber sur le sol.
- A la suite d’un pari, ce chasseur exécuta, sous les yeux du missionnaire, le tour d’adresse suivant :
- Placé à cinquante pas d’une cabane de bûcheron, en face la porte, il devait atteindre à balle, un certain nombre d’oranges qui auraient été lancées à travers l’embrasure de cette porte. Une personne était placée dans la cabane et tenait une corbeille d’oranges, une autre à l’extérieur donnait le signal en comptant lentement un, deux, trois; l’orange projetée traversait l’embrasure, mais trois fois sur cinq elle vola en éclats, atteinte par la balle du tireur (fig. 2).
- Les chasseurs qui attaquent des animaux à peau épaisse, comme l’éléphant, le rhinocéros, le caï-
- man, visent l’œil, le point le plus vulnérable, et malgré le danger et l’émotion l’atteignent fréquemment.
- Dans la chasse aux animaux féroces, tigres, panthères, lions, on vise généralement soit le milieu du front, soit le défaut de l’épaule, c’est-à-dire l’espace compris entre la base du cou et la pointe de l’épaule. Une balle pénétrant, en effet, par cet endroit a de grandes chances de rencontrer soit de grosses artères comme une des carotides ou l’aorte, ou encore le poumon, ce qui amène l’expansion du sang dans les cavités, et, par suite, l’étouffement rapide de 1 animal. Elle peut encore atteindre le cœur ; dans ce cas, la mort est presque instantanée. Avec une seule balle bien placée, l’atteignant dans ces régions, l’animal meurt ou est mis dans l’im-
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- possibilité de se défendre avant d’avoir pu se venger. — Au contraire, un lion ou un tigre même avec plusieurs balles en plein corps pourra parfaitement avant de mourir déchirer un ou plusieurs chasseurs et fuir à une distance considérable.
- C’est grâce à leur sang-froid, à leur grande habileté à atteindre l'animal au front ou au défaut de l’épaule, et cela souvent dans l’obscurité, que les grands chasseurs de bêtes fauves, Jules Gérard, Bon-bonnel, Pertuiset, ont dû leurs succès et leur réputation.
- Un autre exemple d’adresse : Dans les chasses réservées en France, on rencontre souvent des gardes
- assez habiles pour choisir leur victime au milieu d’une compagnie de perdreaux, épargner les jeunes et les femelles, sacrifier les vieux mâles.
- Cette adresse, résultant d’un exercice répété un grand nombre de fois peut s’expliquer physiologiquement, l’habitude et l’habileté ne sont en somme que le résultat d’une modification subie par nos organes.
- A chaque fois qu’un muscle se contracte, il subit une modification dont une partie reste permanente, c’est ce qu’on désigne sous le nom de « mémoire du muscle. » Le muscle exercé grossit, se développe, s’approprie au travail qu’on lui demande.
- Si on exige, par exemple, d’un muscle un mou-
- Fig. 'i. — Tireur du Nouveau-Mexique, traversant d’une balle de fusil des oranges lancées à travers une porte.
- iD’après le récit d’un missionnaire.)
- vement plus étendu que ceux auxquels il était habitué, il y a d’abord effort, tiraillement, tension pénible des fibres, puis celles-ci sollicitées un grand nombre de fois se modifient, s’allongent, et par un travail organique « apprennent » en quelque sorte à se contracter sur une plus grande longueur. Si la position du tireur qui semble pénible au débutant, est si aisée, si commode pour le chasseur exercé, c’est que les muscles de celui-ci se sont appropriés peu à peu à cette pose. — Cette modification des muscles résultant de l’habitude, se retrouve dans tous les exercices du corps, dans l’escrime, l’équitation, la natation, etc. C’est elle qui donne à l’homme exercé cette aisance, cette solidité qui semblent au débutant impossibles à atteindre.
- Les nerfs se modifient également sous l’influence de l’exercice; les nerfs moteurs, ceux qui ont pour mission de transmettre au muscle la volonté du cerveau, gardent aussi le souvenir des actions qu’on leur a fait transmettre, des corrections apportées par la volonté à tel ou tel mouvement pour le rendre plus précis, plus approprié à l’acte que l’on veut exécuter. C’est cette « mémoire des nerfs » qui nous débarrasse de la préoccupation de diriger et de surveiller nos mouvements quand nous répétons une action faite déjà un grand nombre de fois, elle nous permet d’agir par action réflexe, ce qui évite les hésitations, les tâtonnements. Toutes nos actions usuelles se font ainsi ; nous marchons, nous courons, nous tenons à table notre couteau, notre
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- fourchette, de telle ou telle façon sans y penser, par habitude, par action réflexe.
- En somme, le. tireur exercé tient son fusil, vise, tire avec aisance et sûreté, grâce aux modifications que l’exercice répété a apporté dans ses organes, grâce à la mémoire de ses muscles et à la mémoire de ses nerfs.
- Les instructions sur le tir portent : Le tireur doit se placer en face la cible, élever son arme lentement, l’appliquer fortement contre l’épaule en penchant le haut du corps en avant, puis l’arme n’obliquant ni à droite, ni à gauche, le tireur fait passer le rayon visuel entre le fond du cran de la hausse et le sommet du guidon, la ligne de mire une fois prise, le tireur appuie le doigt sur la détente en ayant soin de retenir sa respiration, il fait partir le coup conservant toujours le corps et la tête immobiles. Lorsque le coup est parti, le canon doit rester encore une ou deux secondes dans la direction du point visé.
- Cette dernière recommandation a pour but de remédier à une des causes d’erreur dans le tir : au manque de sang-froid.
- Il y a en effet dans cet acte un moment décisif, c’est celui où pressant la gâchette le coup part; or, à cet instant il n’est guère de tireur quelqu’endurci qu’il soit, qui ne sente battre son cœur plus fort. Quant aux débutants, par une sorte d’instinct, ils relèvent leur fusil en même temps et envoient parfois la charge en Y air.
- Quelques vieux chasseurs dans le but d’apprendre aux néophytes à conserver leur sang-froid dans le tir, leur conseillent de viser posément le gibier au moment où il part, mais de ne pas presser la détente.
- Diverses autres causes peuvent influer sur l’adresse des tireurs. — En premier lieu se place la vue. La vue se perfectionne par l’exercice ; l’habitude de voir de loin donne une puissance de vue qui peut sembler extraordinaire.
- Les montagnards distinguent un camarade à plusieurs lieues, les chasseurs de chamois notamment ont le sens de la vue développé à l’extrême. Le marin perçoit la forme, la voilure, la nationalité d’un navire, alors que le passager n’aperçoit qu’un point noir. L’Arabe sait distinguer un ami d’un ennemi qui surgit à l’horizon. —Wrangel, dans son Voyage à la mer Glaciale parle d’un Yakoute qui distinguait les éclipses des satellites de Jupiter. Humbold, dans son Cosmos, cite un tailleur de Breslau qui percevait ce même phénomène.
- il est évident que les personnes douées d’une pareille acuité de vue distinguent dans le tir la cible ou le gibier d’une façon plus nette, plus distincte, que ne pourrait le faire un individu doué d’une vue ordinaire, et que c’est là un grand avantage pour l’adresse au fusil ou à la carabine.
- Certaines personnes voient les objets éloignés avec une déformation plus ou moins sensible. Cela tient généralement à une légère irrégularité dans la cour-
- bure de la cornée ou dans celle d’une des faces du cristallin ; le docteur Javal a notamment inventé un très curieux appareil pour déterminer ces déformations de l’œil. Ce défaut qui n’a que très peu d’inconvénients dans la vie ordinaire et passe inaperçu, contribue probablement à ces erreurs de tir, à ces « tics » qui font qu’un tireur place, par exemple, ses balles toujours trop à droite ou trop à gauche, ou encore trop haut ou trop bas. Le tireur qui connaît son « tic » y remédie en visant la cible du côté opposé à celui qu’il a une tendance à atteindre.
- L’arme a naturellement une importance considérable dans la justesse du tir, ainsi d’une façon générale on sait que les armes rayées et de petit calibre portent plus loin et plus juste que les armes de gros calibre et à canon lisse. Mais indépendamment du genre d’arme, quand un tireur a adopté un fusil ou une carabine, qu’il en connaît les qualités et les défauts, que ses mouvements se sont appropriés à sa forme, c’est de cette arme que dépend son adresse et il a pour elle la même affection que le marin pour son navire, l’ouvrier pour son outil, le mécanicien pour sa machine.
- Les choix des tireurs sont très variables : les uns aiment les armes légères se manœuvrant aisément et sans fatigue, tandis que d’autres préfèrent des armes lourdes, trouvant qu’elles s’épaulent mieux, qu’elles préservent de mouvements brusques et donnent plus de précison au tir. M. Pertuiset, le célèbre chasseur et tireur, aussi remarquable par sa force que par son adresse, se sert d’une carabine pesant de 25 à 50 kilogrammes, et que lui, peut prendre par le canon et enlever horizontalement à bout de bras.
- Au sujet de la crosse des armes, il y a une grande divergence d’opinion entre les tireurs : les uns préconisent la crosse droite, les autres la crosse recourbée, les uns les crosses longues, les autres les crosses courbes.
- La crosse recourbée comme celle des anciens fusils français donne peu de recul, la crosse droite anglaise en donne davantage. « Si la crosse est trop droite, dit M. de La Blanchère, vous êtes amené à relever le canon et vous risquez de porter au-dessus. Si la crosse est trop courbe le coup baissera et vous manquerez à plaisir, si elle est trop longue vous tendrez le bras et le coup baissera également. »
- En principe la crosse doit être appropriée au tireur, et cette appropriation a une grande importance au point de vue de la commodité et par suite de la justesse du tir. Il en résulte que toutes les armes de guerre fabriquées en grande quantité sur un modèle uniforme, ne conviennent qu’à des hommes moyens et sont d’un maniement incommode pour les individus s’éloignant de la moyenne, soit en plus petit, soit en plus grand. Dans ce cas c’est l’homme qui doit s’approprier à l’arme et non celle-ci au tireur.
- La sensibilité de la gâchette est aussi à considérer. Plus la gâchette est sensible, plus il y a de
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- chances pour que l’arme reste immobile au moment où le coup part. Si la détente est dure il se produit toujours, au moment où le ressort agit, une secousse qui peut faire dévier l’arme. C’est pour cela que la plupart des carabines de précision ont une détente demandant une pression très faible, ordinairement moindre qu’un kilogramme. — En Suisse, par exemple, beaucoup de tireurs se servent d’armes dont la détente est réglée à 100 ou 200 grammes, la plus légère pression du doigt provoque la détonation. — Alexandre Dumas, qui était excellent tireur, raconte que dans un Concours fédéral il voulut donner aux Suisses une haute opinion de son talent : on lui passe une arme, il l’épaule, mais à ce moment le coup part et la balle passe à 20 mètres au-dessus du but — à la grande joie de ses concurrents. — Mais quand on lui eut montré la sensibilité de la détente de son arme, il prit sa revanche et sauva sa réputation.
- Le fusil de guerre français actuel a la détente réglée à deux kilogrammes dépréssion.
- Quelques tireurs aiment les détentes dures, ainsi l’un des lauréats de Yincennes se servait d’une carabine dont la gâchette ne cédait qu’à une pression de trois kilogrammes.
- Le tireur doit être familiarisé avec l’arme dont il se sert. — Il doit en connaître les qualités et les défauts. — Un tireur qui change d’arme éprouve toujours une certaine hésitation. C’est qu’il existe toujours entre les fusils, même quand ils sont fabriqués mécaniquement, de petites différences, qui se transforment en défauts de justesse dans le tir. — Ces défauts, qui sont peu importants quand il s’agit de viser de grandes masses comme à la guerre, deviennent capitaux dans le tir de précision quand il s’agit, par exemple, comme nous le verrons plus loin, en parlant du tir de Vineennes, d’atteindre à 200 mètres une cible de 30 centimètres de large, cachée complètement à la vue par une tête d’épingle tenue à 33 centimètres de l’œil.
- La charge, la propreté de l’arme, les influences atmosphériques, le vent, la pluie, ont aussi leur importance dans le tir de précision et les tireurs exercés en tiennent soigneusement compte.
- — A suivre. — GüYOT-DaUBÈS.
- LES ACCUMULATEURS HYDRAULIQUES
- POUR LA MANUTENTION DES WAGONS AU CHEMIN DE FER DU NORD
- Il est peu de personnes aujourd’hui qui n’aient eu l’occasion de voir à quelle série de manœuvres donne lieu la manutention des wagons de marchandises dans les gares de chemins de fer. La formation des trains, leur dislocation, le chargement et le déchargement, sont autant d’opérations qui nécessitent le transbordement des voitures d’une voie sur une autre au moyen d’aiguilles, de plaques tournantes et de voies perpendiculaires. On sait qu’en
- général on se sert de chevaux pour toutes ces manœuvres. On peut, en temps ordinaire, faire traîner un wagon par un seul cheval; mais, lorsque le sol est glissant par suite de pluie ou de neige, on est obligé d’en mettre deux ou trois, quelquefois plus. Dans les gares importantes, lorsqu’il s’agit de déplacer par jour 1000 ou 1200 wagons, on comprend qu’il est difficile de faire manœuvrer, dans un espace relativement restreint, sans perte de temps et sans accident, le nombre d’hommes et de chevaux nécessités par une pareille manutention. Aussi la Compagnie du Nord a-t-elle, depuis quelques années, dans sa gare de La Chapelle, renoncé à l’emploi de ce.système primitif, en remplaçant les chevaux par des engins mécaniques, analogues à ceux qui fonctionnent déjà depuis longtemps en Angleterre. Ces appareils, qui donnent des résultats très satisfaisants, seront remplacés eux-mêmes très prochainement par de plus perfectionnés, dans lesquels la transmission de la force à distance par l’électricité jouera le plus grand rôle. Les études se font en ce moment, et c’est encore la Compagnie des chemins de fer du Nord qui est à la tête de ce progrès.
- Les lecteurs de La Nature seront certainement renseignés en temps utile sur le résultat de ces expériences, et, pour le moment, nous allons seulement essayer de décrire et de faire comprendre le système actuellement employé.
- Le nombre des wagons à déplacer variant à chaque instant, il faut une force considérable à certains moments, peu importante à d’autres. On comprend que dans ces conditions, si l’on installait par exemple une puissante machine a vapeur en un point central, une partie de la force qu’elle développe serait la plupart du temps inutilisée. Si, d’un autre côté, on établissait en divers points de la gare de plus petites machines, le résultat peu économique serait le même, car il arriverait souvent qu’une ou plusieurs de ces machines ne seraient pas employées ; cela aurait en outre le grave inconvénient de multiplier le nombre des mécaniciens et des chauffeurs.
- On a résolu le problème d’une autre façon en se servant d’un accumulateur. Ce mot n’est pas pris ici dans le sens de réservoir d'électricité, qu’on est maintenant habitué à lui attribuer le plus souvent depuis l’admirable découverte de M. Gaston Planté. Les engins dont nous voulons parler n’ont rien d’électrique. Tout le monde sait, du reste, qu’on appelle accumulateur en général, les appareils destinés à emmagasiner une force quelconque, qu’on ne saurait utiliser directement, et à la restituer au moment voulu, soit tout d’un coup si l’on a besoin d’un effort puissant et momentané ; soit lentement et d’une façon continue (comme dans les mouvements d’horlogerie) ; soit enfin par fractions aussi petites que l’on veut et à des intervalles de temps quelconques. Ce genre d’appareil était donc tout indiqué pour le cas particulier qui nous occupe.
- Notre grande gravure représente l’usine centrale
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- dans laquelle on accumule de la lorce. L’accumulateur est formé d’une série de disques en fonte de grandes dimensions, placés les uns sur les autres et reposant sur la tête d’un piston plongeur
- On voit cette disposition au premier plan à gauche de la figure 5. Une locomobile de 15 chevaux actionne continuellement une pompe dont on voit les engrenages à droite, et qui, puisant l’eau dans
- Fig. 1, — Manutention hydraulique de la gare de La Chapelle. Chemin de fer du Nord, à Paris.
- la bâche représentée au-dessus, la refoule sous le | piston. De cette façon, la force relativement faible | que développe la locomobile, se trouve constamment employée à élever l’accumulateur et celui-ci est toujours prêt à redescendre, soit en totalité, soit en partie, suivant qu’on donnera, pendant un temps plus ou moins long, issue à l’eau renfermée sous le piston qui le supporte.
- Lorsqu’on saura que son poids est de 40 000 kilogrammes, on comprendra que la force dont on dispose est considérable.
- Pour la transmettre aux différents points où elle doit être utilisée (ces points sontaptuellement au nombre de onze, disséminés dans la gare) il ne fallait pas songer à des transmissions par câbles. C’est la transmission hydraulique qui a été adoptée, car elle se prête à toutes les circonvolutions possibles. En chacun des onze points choisis, on a donc
- disposé un cabestan actionné par un moteur hydraulique, système Brotherhood *, et on a établi une canalisation , formée de tuyaux en fonte, qui relie le corps de pompe du piston plongeur à chacun de ces moteurs, auquel la pression exercée par l’accumulateur se trouve ainsi directement transmise. Le robinet d’admission d’eau dans leur tu oir de distribution est commandé par une pédale placée à côté du cabestan, ce qui permet de les mettre en mouvement et de les arrêter au moment voulu, sans le secours des mains. La canalisation, ainsi que les moteurs, sont à 80 centimètres sous terre de manière à les mettre à l’abri de la gelée, et la tête seule du cabestan dépasse. Une conduite spéciale est destinée à ramener l’eau dans la bâche après quelle a été utilisée dans les moteurs. C’est
- 1 Voy. n° 452 du 28 janvier 1882, p. 131.
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- donc toujours la même qui sert et, dans certains cas, cette condition économique n’est pas à dédaigner.
- La conduite de pression est circulaire, c’est-à-dire que partant de l’accumulateur et se dirigeant, par exemple, vers la droite, elle y revient par la gauche,
- après avoir passé à proximité des moteurs auxquels on la relie par une dérivation. Cette disposition permet d’isoler un point quelconque pour une répara tion, sans interrompre le service. Dans ce même but, afin d’éviter tout chômage, la machinerie est
- Fig. 3. — Usine centrale pour l’accumulation de la force. Accumulateurs hydrauliques de la gare de La Chapelle.
- Chemin de fer du Nord, à Paris.
- établie en double; on voit ci-dessus le second accumulateur à l’état de repos derrière le premier.
- Notre première gravure (fig. 1) indique la disposition de deux manœuvres faites simultanément sur des voies perpendiculaires entre elles. Dans l’une d’elles, représentée au premier plan, on voit un homme d’équipe venant d’enroulerune corde sur le cabestan,
- il pose le pied droit sur la pédale. Cette corde peut faire simplement deux tours, l’adhérence est suffisante pour que le wagon qui se trouve attaché à l’autre bout,, et qu’on voit à l’extrême droite de la figure, se trouve entraîné dès que le cabestan se mettra en mouvement. On arrêtera celui-ci, en cessant d’appuyer sur la pédale, dès que l’impulsion donnée au
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- wagon sera suffisante pour qu’il continue sa course en vertu de la vitesse acquise ; un homme d’équipe le suit pour l’arrêter au moyen de cales emmanchées, dès qu’il est parvenu à destination.
- Chaque cabestan peut desservir soit directement, soit au moyen de poupées de renvoi, quatre ou cinq plaques tournantes et toutes les voies situées autour de lui dans un rayon de 100 mètres. Notre figure 2 montre la disposition du moteur Brotherhood qui l’actionpe.
- On comprend qu’avec ces dispositions on peut faire passer rapidement un wagon d’une extrémité de la gare à l’autre, dans une direction quelconque.
- On est rempli d’étonnement en voyant la facilité, la rapidité, la sûreté avec lesquelles ces manœuvres sont exécutées, par un personnel peu nombreux, relativement au nombre considérable des wagons déplacés.
- Les calculs faits par la Compagnie du Nord établissent que la manutention faite de cette manière est trois fois et demie plus rapide que lorsqu’on se sert de chevaux.
- Dans une exploitation aussi importante on ne saurait trop appliquer le proverbe anglais Time is money.
- Mais il y a encore une autre raison d’économie qui doit faire préférer la manutention par les engins mécaniques ; c’est qu’elle permet de réduire de moitié l’espace réservé entre les voies pour la circulation.
- Dans l’intérieur des villes, à Paris surtout où les terrains sont d’un prix si élevé, c’est une considération qu’il ne faut pas négliger.
- Ce système permet donc de réaliser des économies importantes à plusieurs points de vue et, en l’adoptant, la Compagnie du Nord a fait acte de bonne administration. G. Mareschal.
- MACHINE A PILOTER
- OU MOUTON AUTOMOTEUR A VAPEUR
- Doux comme un mouton, dit-on quelquefois; et cette réflexion ne saurait, à aucun degré, s 'appliquer au mouton automoteur de M. Lacour; car sur la tête d’un pieu à enfoncer, il frappe fort et ferme.
- Dans ce système Lacour, le mouton n’est autre chose qu’un cylindre à vapeur : et la tige du piston devenue fixe et immobile prend appui sur la tête du pieu qu’il s’agit de chasser jusqu’à refus dans le sol
- On comprend, à l’inspection du dessin, que si la vapeur entre librement par le robinet, elle fait monter le cylindre autour de son piston guide.
- La vapeur s’échappe-t-elle au contraire? Le mouton cylindre retombe aussitôt.
- Le tuyau d’amenée de la vapeur au cylindre est vertical et s’arrête à peu près à mi-hauteur du pieu et en arrière pour ne ] as gêner les ouvriers dans la manœuvre du treuil.
- Pour réunir l’extrémité de ce tuyau de cuivre au
- robinet de manœuvre, on emploie un bout de tube flexible de 8 à 10 mètres, permettant, à la prise de vapeur, de suivre l’appareil dans le mouvement progressif de descente du pieu auquel il participe.
- Le tuyau flexible a généralement 35 millimètres de diamètre intérieur, et une épaisseur de 10 millimètres environ. 11 est formé de couches alternatives de caoutchouc et de grosse toile, et doit être constitué en matériaux de premier choix, sous peine de durer quinze jours seulement au lieu de six mois. Mieux vaut payer cher et en avoir pour son argent.
- Vers le milieu de la conduite flexible, on amarre
- mr
- Mouton automoteur à vapeur.
- une cordé passant sur une poulie à gorge, fixée en haut de la sonnette, puis sur une autre poulie inférieure; et l’extrémité de cette corde étant attachée au mouton, il en résulte que celui-ci est toujours accompagné par son tuyau dans la descente progressive du pieu en terre.
- La corde se développe au fur et à mesure. Avec 6 atmosphères de pression k 1<* chaudière, le mouton marche à une excellente allure ; et la hauteur de chute est réglée par un ouvrier qui ouvre et ferme le robinet d’admission.
- Au commencement de l’enfoncement d’un pieu; on ne laisse pas retomber le mouton de trop haut de crainte de gauchir le pieu. Une fois la direction verticale bien assurée, on donne 15 ou 16 coups par minute; et la course donnée peut être, à ce moment, beaucoup plus grande.
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- LA NATU11E.
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- En raison des chocs violents auxquels est soumis le système, on ne peut compter, en pratique, sur une jointivité absolue du piston fixe dans son cylindre ; et il y a plus ou moins de fuites. Mais c’est là un inconvénient secondaire. Une ouverture inférieure permet de purger constamment l’eau de condensation.
- Deux saillies ménagées au mouton glissent entre les jumelles ou montants verticaux de la sonnette, et assurent le guidage, tandis que des rondelles en tôle de 0m,50 empêchent le système de sortir de ses guides.
- Un boulon à œil de 0m,055, serré par un écrou à oreilles, assemble la tige du piston à la tète du pieu par l’intermédiaire d’un morceau de bois de 0n,,50 de hauteur sur 0m,15 de largeur appelé galopin.
- Lorsque ce morceau de bois est arrivé avec le pieu descendant au niveau de la première plate-forme de la sonnette, on le retire.
- Le boulon est assez exposé à être forcé ; et lorsque cela arrive, on fixe à l’œil un crochet de chaîne ; et avec le treuil à vapeur, on l’arrache.
- Pour déplacer la sonnette d’une ligne de pieux à une autre ligne parallèle, on procède comme avec les sonnettes ordinaires. Dans des conditions moyennes égales, la sonnette Lacour bat de 10 à 15 pieux dans sa journée, au lieu de 5 à 5 que battrait une sonnette ordinaire à déclic.
- Entre autres applications, M. P. Delorme, dans la construction des magasins généraux de Bercy-Conflans a battu 1750 pieux dans 250 puits avec l’appareil en question.
- Il se fabrique plusieurs modèles de moutons dont le poids varie de 500 à 1200 kilogrammes, et la course de 1 à 2 mètres. Les chaudières varient de 3 à 8 mètres de surface de chauffe.
- L. Poillon,
- Ingénieur des Arts et Manufactures
- CONFÉRENCE « SCIENTIA »
- Jeudi 11 décembre, a eu lieu le premier banquet de la conférence Scientia, fondée par MM. de Nansouty, directeur du Génie civil, Ch. Richet, directeur de la Revue scientifique, et Gaston Tissandier, directeur de La Nature.
- Le banquet, présidé par M. Jamin, était donné en l’honneur de M. Chevreul, dont on fêtait le quatre-vingt-dix-huitième anniversaire. Il a eu lieu dans les salons de Lemardelay, rue de Richelieu, à Paris.
- Plusieurs membres de l’Institut, parmi lesquels nous citerons avec MM. Chevreul et Jamin, MM. Fremy,Berthelot, Janssen, Alph. Milne Edwards, colonel Perrier, Hervé-Mangon, Paul Bert, amiral Mouchez, et les principaux représentants de la presse scientifique, avaient pris part à cette intéressante réunion.
- Yoici les noms des membres qui assistaient à ce banquet ; nous les désignons au hasard des signatures inscrites sur le registre de Scientia : R. Bischoffsheim, Gauthier-Villars père et fils, G. Masson, colonel Hennebert, Georges Berger, Laborde, Lucien Marc, Albert et Alfred Tissandier, Louis Figuier, West, de Ranse, Jackson, Lan-douzy, 'Vallin, Maunoir, Ferrari, E. Oustalet, Olivier,
- Dr Cartaz, Félix Hément, Gorceix, Burdeau, Boyer, Talan-sier, Lauth, Ribot, Rondeau, Topinard, Gley, Poisson, Hospitalier, Gariel, PP. Dehérain, Reinory, IL de Parville, Stanislas Meunier, Bottentuit, Dr Nicolas, Ch. Buloz, de Rochas, Rivière, Povet, Petit.
- M. Jamin a prononcé à la fin du repas la charmante allocution que nous reproduisons :
- Vous inaugurez aujourd’hui une association dont personne, avant vous, n’avait eu l’idée, vous conviez la science et le plaisir; vous avez compris qu’il y avait en France assez de Sociétés sévères, assez de conférences où l’on s’ennuie : en voici une où l’on se plaira, car elle n’a aucun dédain pour les joies mondaines, car elle sait que tout s’arrange en dînant. Vous avez voulu réunir la jeunesse à l’âge mûr, en vous plaçant modestement sous le patronage de l’Institut; l’Institut vous remercie, vous dit paternellement : « Mes enfants, ayez bon courage, nous vous approuvons, nous vous aiderons, nous vous aimerons; vous vous appelez Scientia, et nous aussi; ce drapeau, nous le suivons comme vous, et quand nous nous connaîtrons mieux, nous ajouterons un autre mot, dans nos cœurs, sans l’écrire sur le programme : Amicitia. » Laissez-moi porter un premier toast à la science, à l’amitié.
- En m’appelant à l’honneur de présider ce banquet, vous m’avez par cela même imposé le devoir de porter un autre toast, un toast d’honneur, à notre vénérable doyen, M. Chevreul; c’est une tâche embarassante que souhaiter à M. Chevreul de la santé ; — il en a une provision à rendre jaloux le mieux portant d’entre vous ; — de la gloire, on peut dire qu’il succombe sous le poids des honneurs, si tant est que M. Chevreul puisse succomber; du respect, — il en reçoit l’hommage unanime partout où l’on voit paraître sa radieuse figure. Quant à l’admiration pour ses travaux et pour son caractère, il la trouve dans le monde entier. Ce n’est pas de ce concert unanime qu’il faut surtout le louer. Mais il a une autre vertu, dont on n’a pas assez parlé ; il faut dire que, pendant sa belle et longue carrière, il a gardé à la science un amour passionné et une immuable fidélité; jamais les tentations de la politique, pourtant si décevantes, jamais le souci des affaires ne lui ont paru mériter l’honneur d’une distraction ; il a été, il est, il restera le premier étudiant de France, non pas seulement l’étudiant, mais le maître vénéré de tous ceux qui savent chercher et qui veulent découvrir. C’est pour cela que vous avez placé M. Chevreul au premier rang de vos associés, car il en est le plus pur modèle, et l’on peut lire sur son front glorieux, comme sur notre drapeau, le même mot : Scientia.
- Après ce discours quia été très applaudi, M. G. Tissandier, M. Ch. Richet, M. de Nansouty ont tour à tour remercié les savants et les écrivains scientifiques qui ont répondu avec tant d’empressement à leur appel. M. Chevreul, dans une allocution éloquente et émue, a remercié les assistants de l’honneur qui lui était fait. M. Boyer a parlé de l’union des sciences pures et appliquées. M. P. Bert a défendu les savants qui font de la politique et qui essayent de faire pénétrer la science dans les masses populaires ; tâche qui semble ingrate, et qui cependant contribue tant à la grandeur du pays.
- M. Richet a été désigné comme président du prochain banquet dont la présidence d’honneur sera offerte à M. Pasteur.
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- FILTRAGE DOMESTIQUE DES EAUX
- PROCÉDÉ RICHARD
- L’étude des récentes épidémies a montré l’importance que présentait au point de vue de la salubrité la composition des eaux dont on se sert pour l’alimentation publique et privée.
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- LA NATURE.
- On ne saurait négliger aucune occasion d’assurer à l’eau, cet élément si indispensable de notre existence, toute la pureté, toutes les qualités que notre économie exige : il faut être sùr de l’eau que l’on boit.
- M. Emile Richard, inspecteur principal du service des eaux à Versailles, a eu l'heureuse idée de s’inspirer des principes de la chimie, sur la purification des eaux sous l'influence du charbon et sous l’action de l’oxydation du fer, pour imaginer un appareil domestique de /titration, d’une grande simplicité de construction. Voici comment M. Richard s'exprime à ce sujet :
- « J’admets que chacun a chez soi une fontaine filtrante, une houle à riz en fer, une chaînette en fer, un piton en fer et du charbon de bois : je concasse le charbon en morceaux aussi petits que possible, j’en remplis la houle que je fixe par son anneau à l’une des extrémités de la chaînette, je coupe la chaînette à la longueur voulue pour que la houle reste suspendue à 10 centimètres environ au-dessus du fond de la fontaine, c’est-à-dire assez haut pour plonger dans le courant moyen des veines fluides pénétrant dans la case de l’eau filtrée, assez bas pour atteindre toutes les molécules, et ne pas être pourtant couverte par les dépôts que produit le dépouillement de l’eau ; j’ouvre en crochet la dernière maille opposée à la boule, je fixe à l’intérieur du couvercle le piton, de façon à ce que la boule occupe l’axe de l’espace libre entre le filtre et la paroi de la fontaine, et j’accroche la chaînette, après avoir ajouté, toutefois, à la boule quelques grammes de fer pour l’obliger à plonger de suite. Les grosses boules à riz, que l’on rencontre dans le commerce, se vendent 1 fr. 75, 1 fr. 50. La boule de grande dimension contient environ 200 grammes de charbon sec, et celle de moyenne dimension en contient environ 140. La chaînette vaut 25 centimes le mètre; le piton, sans grande difficulté, peut être débattu et obtenu par-dessus le marché. L’installation n’est donc pas coûteuse; quant au charbon de bois, on en a‘ toujours chez soi en quantité plus que suffisante.
- Coupe d’une fontaine de ménage avec son appareil d’épuralion’de l’eau.
- A. Partie de fontaine dans laquelle on verse l’eau à lillrer. — B. Compaitiment de l’eau liltrce. — C. D. E. Pierre poreuse constituant le filtre habituel.— F. Robinet de ilcehaige à ouvrir seulement lors du nettoyage de la fontaine. —
- G. Robinet d’eau liltrée ou d’alimentation. —
- H. Ventouse du compartiment du filtre.— I. Couvercle en bois, mobile, de la fontaine. — J. Piton fermé fixé audit couvercle.— J. K. Chaîne en fer servant à h suspension du coffret.— L. Coffret-épurateur avec crochet suspendu à la chaîne J. K., s’ouvrant et renfermant le charbon de bois, placé à 0“,10 c. environ au-dessus du fond de la fontaine. — M. Pieds ou supports de la fontaine.
- M. Richard croit devoir insister, non sans raison, sur les qualités du fer qu’il introduit dans l’eau. Ce métal n’est-il pas ordonné, prescrit, par les médecins, en maintes circonstances? N’est-il pas jugé comme absolument salutaire ?
- Le coffret épurateur s’ajoute à la fontaine filtrante ordinaire dite de ménage, comme l’indique la figure ci-dessous, dont la légende explicative donne tous les détails.
- Un gramme de charbon de bois peut épurer un litre d’eau , les 200 grammes contenus dans le cof-fret épureront donc 200 litres d’eau; si la fontaine dans laquelle on doit le suspendre jauge 50 litres, et que chaque jour la consommation du ménage (boisson et préparation des aliments) représente 10 litres environ, on voit que le charbon pourra stationner 15 jours dans la fontaine sans être re nouvelé; en effet, les 50 litres jaugés par la fontaine, augmentés des 150 litres, consommés en 15 jours, font bien 200 litres, limite de la puissance épura trice du charbon.
- Le renouvellement du charbon de bois concassé en morceaux de 0,04 à 0,05 centimètres de longueur, et de 0,02 à 0,03 centimètres de grosseur, doit être opéré plutôt trop souvent que pas assez, le mieux est de faire coïncider cette opération et le nettoyage de la fontaine avec une période régulière de jours (huitaine, quinzaine, mois), on ne risque pas de l’oublier.
- Le charbon une fois sec, brûle très bien ; mais il n’a plus les qualités voulues pour être de nouveau plongé dans la fontaine.
- Une Commission spéciale, nommée à Versailles, a étudié les résultats obtenus au moyen de l’appareil d’épuration de M. Richard, et il a été reconnu par l’analyse chimique et micrographique, que l’action de ce système était d’une grande efficacité pour débarrasser les eaux des matières organiques et des produits gazeux qui pouvaient en altérer la pureté. Cela est en effet, la conséquence inévitable de l’heureux emploi du charbon, que l’on ne saurait trop recommander avec le système préconisé par M. Richard.
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- LA NATUKE.
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- LÀ MYGALE ÀVICULAIRE
- Peu d’animaux inspirent une répulsion plus vive et plus générale que la gigantesque Araignée dont nous donnons aujourd’hui le portrait de grandeur naturelle. La Mygale aviculairc (Mygale avicularia, Latr.) excite l’horreur dans toutes les régions où on la rencontre. Aux Antilles, dans les forêts du Vé-nézuéla, de la Colombie, du Brésil, des Guyanes, de l’Ecuador, son aspect repoussant a motivé, chez les résidents comme chez les voyageurs, une terreur exagérée encore par l’imagination des indigènes.
- Que de fois, couche dans mon hamac, n’ai-je pas entendu, pendant les longues veillées des nuits équinoxiales, les Indiens et les péons, accroupis autour du feu allumé pour le campement dans la forêt vierge, sub Jove criulo, se raconter mutuellement des histoires — ou plutôt des fables — dont les Serpents, les Chauves-souris, les grandes Mygales, fournissaient l’inépuisable thème! A mesure que la soirée se prolongeait, les narrations se nourrissaient de contes de plus en plus extraordinaires. Des hécatombes d’oiseaux dévorés sur leurs nids par l’drana cangrejo (Araignée-crabe) aux longues pattes velues, aux mâchoires empoisonnées, l’orateur passait
- à des faits plus dramatiques, et souvent les dernières lueurs du brasier mourant prêtaient leur accompagnement fantastique au récit de quelque enfant saigné dans son berceau !
- Dégagée de ces exagérations locales si fréquentes chez ces esprits faibles, à l’état de nature, — et dont il ne serait pas difficile de trouver des exemples plus près de nous, — l’histoire de la Mygale aviculaire reste encore assez intéressante pour mériter d’être racontée et surtout d’être mieux connue.
- Linné a décrit cette espèce sous le nom d'Aranea avicularia. Ce qualificatif rappelle les mœurs de cette Aranéide, qui se nourrit parfois du sang des jeunes oiseaux et même des colibris adultes, saisis sur leurs nids. En 1802, le célèbre entomologiste
- Latreille fonda le genre Mygale *, qu'il établit pour des Arachnides de la tribu des Tbéraphoses. Tous les individus rentrant dans cette coupe générique sont chasseurs ; ils vivent, soit dans des nids qu’ils maçonnent en terre, soit dans les fentes des pierres et sous l’écorce des arbres, comme l’espèce qui fait le sujet de cet article. Quelques-unes, qui ont été étudiées avec sagacité, sont des ouvrières merveilleusement douées, comme la Mygale maçonne (M. cœ-mentaria, Latr.), du midi de la France, dont M. Dufour a fait connaître les étonnantes constructions, et la Mygale pionnière (M. fodiens, Walck.) de Corse, dont M. Audoin a décrit le nid admirable-
- 1 Ilist. nat. Fourni, et réc. observ. sur Abeilles, Araignées, etc., 1802, p. 345.
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- LA N A TU U K.
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- ment tapissé, pourvu d’un opercule à charnière qui est un véritable chef-d’œuvre, etc.
- Les habitudes de la Mygale aviculaire sont moins exactement connues, soit que ses chasses, généralement nocturnes, expliquent qu’on la rencontre assez rarement, soit parce qu’elle sait se choisir des retraites peu accessibles. On peut trouver cependant quelques auteurs1 qui ont parlé avec justesse de cette curieuse et redoutable Araignée, mais plusieurs d’entre eux se sont copiés mutuellement, et d’autres se sont spécialement attachés à l’anatomie de l’insecte.
- Au cours de mes voyages dans l’Amérique équinoxiale, j’ai pu voir, à plusieurs reprises, la Mygale aviculaire à l’état de nature, et il me sera peut-être permis d’ajouter quelques observations personnelles à celles des voyageurs qui m’ont précédé.
- De plusieurs centaines d’espèces d'Araignées aujourd’hui décrites, celle-ci est la plus volumineuse. Le plus gros exemplaire que j’ai capturé et rapporté
- — celui même qui a servi à faire le dessin ci-joint
- — mesure exactement, les pattes étendues, 18 centimètres de diamètre. La première fois que je la vis. c’était à la Martinique, non loin de Saint-Pierre, dans les arbres qui bordent la route du Morne-Rouge. Son nid était suspendu à la branche d’un Palicou-rea, élégant arbuste de la famille des Rubiacées. et il rappelait beaucoup, par son aspect, les grosses bourses de chenilles que bon trouve si fréquemment sur les Pins d’Alep (Pinus Halepensis, Ait.) sur les montagnes des environs de Cannes et de Nice. Ce nid se composait d’un tissu d’un beau blanc soyeux, à plusieurs couches épaisses, consolidé par des fds très forts, rigides, capables d’arrêter un petit oiseau. Au centre étaient placés les œufs, qui peuvent atteindre le nombre de 1500 à 2000. Dès que les petits sont éclos et sortent du cocon, les grosses fourmis rouges du genre Myrrnicaleur font une guerre achar née, et se repaissent de leur chair blanchâtre, sans consistance et dépourvue de poils. Cette destruction vient heureusement contrebalancer les ravages que ferait la Mygale aviculaire, si elle se multipliait trop abondamment.
- En effet, l’animal adulte, dont le corps ne mesure pas moins de 7 centimètres de longueur sans les pattes, est aussi féroce que son aspect l’annonce. Tout son corps est hérissé de longs poils brun roux. Ses yeux sont au nombre de huit, étrangement groupés sur une petite élévation (céphalothorax); 6 sont disposés de chaque côté en triangle de la façon la plus bizarre, et les deux autres sont séparés, au sommet de cette éminence verruqueusc. A l’extrémité des mâchoires, noires, fortes et lisses, se trouvent les palpe s, en forme de pattes, terminées cha-
- 1 Latreille, l. c., et Habit. Araig. avic., in Mém. Mus., 1822, p. 456; Walekenaêr, Ann. Soc. enlom., 1835, t. IV; Dechambre, Dict. enc. méd., 2e séi ., t. II, p. 216; Moreau de Jonnès, Bull. Soc. philom., 1817, p. 155; Simon, Hist. nat. Araign., p. 70; Slraus, Syst. tégum. et musc, de l'Araiyn. avicul., Ann. sc. nat., t. XVII, 1820.
- cune par un énorme aiguillon noir, luisant, obliquement ventru comme le dard du scorpion, et, comme lui, rempli d’un venin dangereux.
- Ce ne sont pas là ses seules armes. A l’extrémité de son abdomen, deux glandes allongées secrétent un liquide abondant, lactescent, corrosif, que la Mygale peut lancer à volonté contre son ennemi, pour l’aveugler ou l’insensibiliser. Ajoutons à cela une force musculaire si considérable, qu’on peut très difficilement lui faire lâcher prise, même lorsqu’elle est accrochée à un corps lisse, et l’on se fera l’idée de la manière redoutable dont cette espèce est armée.
- 11 est rare qu’on voie la Mygale aviculaire chasser pendant le jour, si ce n’est, près de son nid, et principalement dans les endroits obscurs. Mais, dès que la nuit va tomber, elle sort de son repaire. Son agilité prodigieuse, qu’elle partage avec toutes ses congénères, est doublée d’une intrépidité rare. Elle attaque de gros lézards, comme l’Anolis caïman, des Antilles, et les serpents aussi, dit-on ; elle fond sur eux avec la rapidité de l’éclair, en les saisissant à la partie supérieure du cou, pour les empêcher de lui résister. Si elle surprend un oiseau-mouche sur ses œufs, elle lui enfonce ses terribles tenailles entre la base du crâne et les premières vertèbres, lui injecte son venin qui le paralyse et aspire à l’aise le sang de sa victime.
- J’ai raconté en ces termes, dans la relation de mon voyage publiée dans le Tour du Mondel, en quelles circonstances j’ai été mordu par une Mygale aviculaire dans la Cordillère occidentale des Andes de la Nouvelle-Grenade ;
- « A la Québrada de Tulpas, la végétation des monocolylédones prend des allures désordonnées, d’une beauté sauvage. Sur ses rives pittoresques, profondément encaissées, j’admire, penchés au-dessus des eaux bouillonnantes, une profusion d’A-roïdées, de Fougères, de Broméliacées, de Palmiers. Et je ne parle pas des Beslérias aux collerettes écarlates, ni d’autres Gesnériacées grimpantes aux calices hérissés et pourpres, ni des Ütrieu-laires aux fleurs roses, des Orchidées insectifor-
- mes, etc.
- « De charmants oiseaux-mouches traversent l’air, jetant leur petit cri aigu. En contournant le tronc d’un énorme Ficus, je vois un de ces bijoux vivants (la Lesbia Amaryllis) se poser sur la branche sar-menteuse d’un Piper. Son nid est là. Je me hisse doucement sur le tronc de l’arbre, mais au moment où j’avance la main, une araignée monstrueuse, la Mygale aviculaire, se précipite sur lui et le saisit à la gorge. En un clin d’œil je me jette sur l’affreux insecte, qui lâche sa proie, me saute au visage et me mord au côté gauche du cou. Je réussis cependant à le capturer, à le tuer, et il fait aujourd’hui partie de ma collection. Malgré une application presque immédiate d’eau phéniquée, il résulta de
- l
- Vol. XLV, 111)9° livr., p. 340.
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- cette piqûre un abcès dont je garderai la marque toute ma vie. »
- La morsure est lort douloureuse. Elle passe à tort pour très dangereuse ; elle l’est, en réalité, moins que celle d'autres espèces plus petites. Une fièvre qui peut durer 24 heures, avec plus ou moins d’intensité, suivant l’élévation de la température ambiante, une lassitude-de plusieurs jours, jusqu’à ce (pie le venin soit éliminé, sont les seuls accidents véritablement à craindre.
- Quoi qu’il en soit, si l'étude de pareils êtres pique la curiosité et donne de l’intérêt au souvenir de ces explorations lointaines, il faut bénir la Providence de nous avoir fait naître sous des deux plus cléments, loin des surprises désagréables que peuvent causer de telles rencontres1. Ed. André.
- CHRONIQUE
- Hache en bronze avec son manche. —Dans l’une de ses excursions en Bretagne M. Eugène Foucault, antiquaire à Fiers, a trouvé chez un cultivateur, au Faouët ( Morbihan), une hache en bronze garnie de son manche.
- Hache en bronze trouvée à Faouët (Morbihan).
- C’est ,croit-on, l’unique spécimen qui existe en France et même à l’étranger. Le manche a 54 centimètres de longueur totale, est cylindrique et légèrement courbé vers le point d’attache. La hache a 25 centimètres de long et n’a qu’un seul tranchant à peu près circulaire de 5 centimètres de diamètre : l’autre extrémité forme une sorte de tête de marteau. L’ensemble pèse 2k%7 et est dans un parfait état de conservation.
- C’est en creusant le sol que le propriétaire du Faouët découvrit cette belle hache a laquelle il n’a jamais attaché aucun prix. Comme cette arme était recouverte de vert-de-gris, en couches épaisses, notre homme n’eut rien de plus pressé que de gratter le manche afin de voir s’il n’était pas fait de métal précieux. Eügèsf, Yimont.
- Ii air de la mer chez sol. — On peut se procurer l’atmosphère des bords de la mer assez simplement : il suffit de prendre 10 volumes d’eau oxygénée contenant un centième d’éther chargé d’ozone, saturée d’iode et renfermant 2 centièmes et demi ‘de sel marin. On fait répandre cette solution, soit au moyen de la vapeur d’eau, soit en fines gouttelettes, à l’aide d’un pulvérisateur à raison de 120 grammes environ par heure. On obtient ainsi un air de la mer fort agréable et très sain, qui est peut-être le meilleur désinfectant et dont l’emploi sera précieux dans les hôpitaux. Nous signalons avec plaisir cette découverte, toute paradoxale qu’elle semble
- au premier abord, dit la Revue Scientifique à laquelle nous empruntons ce document, car elle sera précieuse pour beaucoup de personnes qui n’ont ni le loisir ni l’argent nécessaire à une station au bord de la mer On pourrait même ajouter que le temps n’est peut-être pas éloigné où l’on trouvera chez le pharmacien, voire même chez l’épicier : Un flacon pour 8 jours de bains de mer. Nous ajouterons, à notre tour, que nous signalons l’efficacité de cette préparation, sous toutes réserves, selon la formule consacrée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 décembre 1884.— Présidence de M. Rolland.
- Le Pleuraspidotherium. — xM. le Dr Lemoine, si bien connu de nos lecteurs pour ses grandes découvertes en paléontologie, désigne sous le nom de pleuraspidolheriurn un mammifère de terrain éocène inférieur des environs de Reims. Cette bête fossile est caractérisée par l'inclinaison de ses denticules dentaires qui rappellent certains marsupiaux actuels, ainsi que par diverses analogies qu’il présente avec les mammifères anciens du groupe du Palœo-therium. Ces rapprochements, basés tout d’abord sur de simples fragments de mâchoires, se sont trouvés confirmés par des découvertes successives qui ont mis l’auteur en possession de plusieurs tètes entières et de la presque totalité du squelette, de telle sorte que le nouveau mammifère peut être comparé à la fois au Pachynolophus Gaudry des sables à térédines, et au Phalangista vulpina marsupial actuel d’Australie.
- Ainsi, la formule dentaire générale est la même chez le Pleuraspidolheriurn et chez le Phalangista : on y rencontre trois grandes incisives supérieures, une petite barre, une petite canine suivie d’une fort petite prémolaire, une nouvelle barre puis cinq molaires en rangée continue rappelant complètement comme forme les dents du Pachynolophus. — A la mâchoire inférieure il y a, comme les Marsupiaux actuels, une paire de grandes incisives proclives qui correspond fonctionnellement aux trois paires d’incisives supérieures, mais entre ces deux grandes incisives inférieures, se rencontrent deux paires de fort petites dents qui n’existent pas chez les Marsupiaux actuels.
- M. Lemoine ajoute : « L’ancienneté du Pleuraspi-dotherium nous explique certains faits ataviques : la division du frontal en un frontal principal et deux frontaux antérieurs-, celle du temporal et de l’occipital le premier en trois, le deuxième en quatre éléments constituants ; la non soudure du cadre du tympan; une perforation entre les pièces constituantes de l’astragale; l’allongement de l’encéphale, chez lequel les hémisphères cérébraux sont tellement réduits qu’ils ne recouvrent plus le cerveau moyen. Ces caractères se retrouvent, jusqu’à un certain point, chez les Marsupiaux actuels, mais le Pleuraspidotherium diffère du type marsupial proprement dit par l’ossification de la voûte palatine, l’absence d’os marsupiaux au bassin, la présence au fémur d’un troisième trochanter, la configuration de l’astragale et du calcanéum. » C’est par l’inteimédiaire de M. Gaudry que lé mémoire de M. Lemoine a «té présenté à l’Académie.
- Géologie. — Un sondage réemt poussé à 220 mètres de profondeur dans le bassin de Brassac a procuré à M. Grand’Eury des échantillons où ce géologue a reconnu les fossiles et les roches caractéristiques de la partie su-, périeure du terrain houiller.
- 1 Yoy. Les Migales, u° 134 du 25 décembre 1875, p. 4b.
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- LÀ NATURE.
- Analyse spectrale. — Poursuivant des recherches dont nous avons déjà parlé, M. Demarçay annonce qu’il obtient aisément des spectres jusqu’ici regardés comme d’une étude très difficile. C’est encore avec une bobine à fil enduit gros et court qu’il opère et il développe l’étincelle sur une mèche imprégnée de la dissolution à analyser. Parmi les résultats, on peut citer le spectre très pur du niobium et du tantale, et même, ce que M. Cornu qualifie de comble spectroscopique, le spectre du soufre et celui du phosphore quand le liquide est une solution d’acide sulfurique ou d’acide phosphorique.
- L'Encyclopédie chimique. — La librairie Dunod continue, avec la plus- grande activité, de publier l’immense mouvement chimique auquel l’illustre nom de M. Fremy restera attaché. Deux nouveaux fascicules, après trente autres déjà annoncés, paraissent aujourd’hui. L’un d’eux, constituant un volume de 600 pages grand in-8°, est une étude complète des alcaloïdes naturels. Il est dû à la plume de M. Chastaing, phanmeien on chef à l’hôpital de la Pitié, qui a dû bien des fois citer les résultats que la science doit à ses recherches personnelles. Le second fascicule est de M. Ogier, directeur du laboratoire de toxicologie de la préfecture de police. 11 traite de l’analyse des gaz.
- Nous continuerons de tenir nos lecteurs au courant des fascicules ultérieurs.
- Polarisation rotatoire magnétique. — M. Cornu, cherchant la forme de la surface de Fonde lumineuse dans un milieu isotrope placé dans un cliamp magnétique uniforme, arrive à ce résultat que cette surface consiste réellement en deux sphères correspondant l’une à la mtation droite, l’autre à la rotation gauche. Il en résulte que l’effet du magnétisme sur la lumière est de développer une vraie double réfraction et l’auteur indique une expérience qu’il n’a pu encore réaliser et qui permettrait de contrôler la réalité du fait qu’il annonce.
- Election. — La nomination de M. Jamin à la place de secrétaire perpétuel a laissé vide un siège dans la section de physique. 48 suffrages appellent M. Mascart à l’occuper contre 3 données à M. Henri Becquerel, 5 à M. Le Roux et 1 à M. Lippmann. Nous sommes persuadés que tous les amis de la physique sermt unanimes pour féliciter l’Académie de s’être adjoint le savant et sympathique professeur du Collège de Frame.
- Varia. — M. Thoulet, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, étudie l’attraction développée entre les dissolutions salines et les corps solides qu’on y plonge : il s’agit de phénomènes rmtrant dans les affinités capillaires de ALChevreul. — Au nom de M. Sirodot, doyen de la
- Faculté des sciences de Rennes, M. Duchartre dépose un magnifique volume sur les batracospermes illustré de plus de 50 planches. — Des cas de monstruosités chez des Champignons sont décrits par M. Heckel. — M. Chancel étudie des corps isomères des acétones. — D’après M. Landerer,des lueurs crépusculaires récemment visibles devaient leur origine à des poussières cosmiques.
- Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PETITE LANTERNE D’ILLUMINATION
- On sait combien sont parfois ingénieux les humbles constructeurs de la petite industrie parisienne. La lanterne d’illumination que nous représentons ci-contre, et que l’on trouve dans les bazars à bon marché, en est un exemple. Elle ne coûte que 50 centimes, et est forme d’un dessin circulaire, personnages peints sur un papier transparent, qui tourne avec rapidité autour d’un axe, aussitôt que la bougie de la lanterne est allumée. La lanterne, ouverte à gauche de notre figure, explique le mécanisme simple qui produit la rotation. L’air chaud qui s’élève de la flamme rencontre un disque de fer-blanc, qui a été transforme en hélice, au moyen d’entailles faites suivant des rayons équidistants; l’hélice tourne autour d’un axe formé d’une tige de fer, et entraîne avec elle le dessin cylindrique qui s’y trouve fixé, et qui enveloppe la bougie. Le système est contenu dans un cylindre de fer-blanc ajourée, qui peut s’ouvrir au moyen d’une charnière. Un capuchon de fer-blanc est adapté h la partie supérieure de la lanterne afin que l’on puisse pendre celle-ci à une cordelette tendue qui se trouve ainsi protégée de l'action de la flamme. Le papier rotatif, tourne d’une manière continue, avec une assez grande vitesse, et les personnages qui s’y trouvent figurés paraissent ainsi se mouvoir et être animés. Toute personne un peu habile de ses doigts peut exécuter elle-même cette curieuse petite construction. I)r Z...
- Le propnêtaire-giranl : G. Tissaxwer.
- Lanterne d’illuiuuiation avec petit panorama tournant.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- -N3 004. — 27 DÉCEMBRE 1 884.
- LA NATURE.
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- LA STATUE DE CLAUDE BERNARD
- ÀprèslamortdeClaude Bernard le il février 18781, on décida qu’une statue serait élevée au grand physiologiste, et que M. Guillaume, de l’Institut, serait chargé de l’exécution de cette œuvre d’art appelée à perpétuer le souvenir d’une de nos plus belles gloires scientifiques.
- Samedi lo décembre, à 9 heures du matin, le plâtre de la statue de Claude Bernard, à laquelle M. Guillaume a mis la dernière main, a été « présenté » à la place que cette statue doit occuper en
- l'attitude de la méditation. À côté de lui, sur la gouttière de vivisection, on voit figuré un chien en expérience et tout auprès divers instruments : un fait inattendu vient d’ètre observé, et Claude Bernard, le doigt au menton, réfléchit à ce qu’il vient de voir. C’était là une attitude très familière à Claude Bernard, et dont la vérité a frappé tous ceux des assistants qui l’avaient connu.
- Sur la table des expériences, où sont placés plusieurs instruments, une large pancarte qui se déroule, doit contenir la liste des travaux les plus im-
- 1 Voy. Notice nécrologique sur Claude Bernard, n“ 248 <lu 2 mars 1878, p. 210.
- 13e année. — 1er semestre.
- haut de l’escalier qui précède la grille d’entrée du Collège de France.
- Notre gravure exécutée d’après une photographie instantanée, représente cet intéressant essai, qui a eu lieu en présence de MM. Paul Bert, vice-président, Renan, Berthelot, Banvier, Vaillant, Dumontpallier, membres de la Commission du monument, et de M. Guillaume.
- Après examen, il a été décidé que la statue serait reculée un peu en arrière de la position qu’elle occupe sur noire dessin.
- Cette statue est d’un très grand effet et très simple. L’illustre biologiste est représenté debout dans
- portants du célèbre savant. Si grande qu’elle soit en réalité, on n’y pourra inscrire, en caractères de dimensions suffisantes, les découvertes qui ont à jamais illustré le nom de Claude Bernard : l’étude des poisons et particulièrement du curare et de l’oxyde de carbone, considérés non seulement en eux-mêmes, mais comme un puissant moyen d’analyse physiologique; les nerfs vaso-moteurs (vasodilatateurs, vaso-constricteurs), les nerfs sécréteurs ; l’origine de la chaleur animale; la glycogénie animale en général, et spécialement la glycogénie hépatique ; les rapports du diabète sucré et du système nerveux; le rôle digestif du pancréas; les phénomènes communs à la vie des animaux et à celle des
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- Essai de la mise eu place de la statue de Claude Bernard, à l’entrée du Collège de France, à Paris.
- Modèle en plâtre posé sur un piédestal de bois, devant les membres de la Commission du monument, le samedi 13 décembre.
- (D’après une photographie instantanée.)
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- LA NATUUE
- végétaux; et par-dessus tout l’admirable synthèse des faits de la biologie générale. En voilà plus que n’en pourraient contenir et raconter les pancartes et les piédestaux.
- Par une coïncidence touchante, la statue regarde précisément la maison où Claude Bernard est mort, au n° 44 de la rue des Ecoles. Notre dessin d’ensemble, exécuté à une petite échelle, ne donne qu’une idée incomplète de l’œuvre de M. Guillaume. Nous la ferons mieux connaître à nos lecteurs. Dr Z...
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Forme simple du commutateur de M. Gaston Planté. — L’appareil qui pourra être facilement construit par tous ceux qui ne craignent pas de manier la lime et le marteau se compose d’une planchette rectangulaire, à la surface de laquelle se trouve pratiquée une rainure d’environ 5 millimètres de profondeur et 4 à 5 millimètres de large. Dans cette rainure glisse à frottement doux une autre planchette plus petite, par exemple
- Fie-. 1
- Fier. 2
- Forme simple du commutateur de Gaston Planté Fig. 1. — Le pôle positif de la pile communique avec tous les pôles positifs des accumulateurs. Son pôle négatif, avec tous les pôles négatifs des accumulateurs, la lampe se trouve séparée du circuit. Les accumulateurs sont donc chargés en quantité.
- Fig, 2. — La planchette ABGD étant descendue, la pile se trouve isolée du circuit, les accumulateurs sont groupés en tension sur la lampe.
- un morceau de règle à dessin, à la surface duquel on a incrusté des lames de cuivre nickelé, et dont on peut voir la forme sur les figures ci-dessus.
- La course de cette planchette est limitée par des butoirs; et pour que l’une ou l’autre action s’exerce, il faut le pousser à fond de course.
- Sur la planchette extérieure, se trouvent placées les 10 bornes, qui relient l’appareil à la pile, aux accumulateurs et à la lampe. Des bornes, le courant passe au commutateur au moyen de languettes de cuivre nickelé LL' qui frottent sur les contacts incrustés dans la règle. Dans la première position, la pile charge les accumulateurs groupés en quantité et la lampe est isolée du circuit. Dans la deuxième position, les accumulateurs se déchargent en tension sur la lampe, la pile est isolée du circuit. Maurice Goulv,
- Chimiste,
- Appareil avertisseur du vol des coffres-forts.
- — Le système que nous allons faire connaître, d’après les indications que nous communique un de nos lecteurs, est d’une grande simplicité, d’un prix très peu élevé et d’un fonctionnement sur. Ce système comprend un petit appareil formé d’une boîte ABCD (voir détail fig. 1) analogue aux boîtes de sonneries à trembleur. Sur la face postérieure de cette boîte se trouvent deux ressorts lames R et R' dont le jeu est limité, en dessous, par deux butoirs isolés 1 et 2, et en dessus par deux autres 3 et 4. Le butoir 3 est relié à une borne F placée en haut de l’appareil et le butoir 4 à une deuxième borne E faisant pendant à la première.
- Cette boîte doit être placée verticalement à une assez grande hauteur, au-dessus du coffre-fort, ou de tout autre objet précieux qu’il s’agit de préserver.
- Elle reçoit à l’extrémité des ressorts R et R', la partie métallique de deux fils conducteurs GI.HJ. tendus assez fortement pour amener R et R' au contact de 1 et 2 (fig. 2).
- Ces fils sortent librement de la boîte ABCD et sont fixés seulement en IJ, dans l’intérieur du coffre, de façon à toujours maintenir R et R' éloignés de 3 et 4.
- Les extrémités de ces fils sont reliées à un contact à feuillure ordinaire, K, manœuvré par la porte du coffre.
- Tout est donc enfermé, le point d’attache des fils et le confia et à feuillure, seuls les fils conducteurs émergent du coffre et montent le long du mur, naturellement tendus sous l’action des ressorts R et R' sans que cette tension gêne en rien leur fonction de fils conducteurs.
- précieux,
- Fig. 1. — Detail de l’appareil.
- Fig. 2. — Schéma de la disposition d’ensemble.
- Dans ces conditions, la disposition générale est celle de la figure 2 et le système fonctionne de la manière suivante : se-
- Si une personne mal intentionnée réussit à ouvrir la porte du coffre, le contact à feuillure se met en mouvement sous l’action de la porte et la communication s’établit à travers : pôle -j-, sonnerie, borne E, ressort R, ressort r, ressort r\ ressort R', borne F pôle négatif. La sonnerie fonctionne et avertit l’intéressé qu’on en veut à sa caisse.
- Si le voleur, se méfiant des fils conducteurs qu’on a eu soin de placer bien en vue, les coupe pour éviter quelque indiscrétion de leur part, ou bien s’il les casse eu emportant le coffre, les ressorts R et R' remontent et viennent buter sur 3 et 4, le circuit se trouve encore fermé dans ce
- cas à travers pôle +, sonnerie, borne E | j F pôle
- négatif.
- Si le voleur ne coupe qu’un fil, le levier correspondant se met en mouvement et ferme de nouveau le circuit.
- La sonnerie fonctionne dans les trois cas qui peuvent
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- LA NAT CK K.
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- se présenter dans un vol : Porte du coffre forcée; coupure des fils de ligne avant de forcer la porte ou emporter le coffre; arrachement des fils en emportant le coffre. Le voleur ne saurait donc réussir.
- LE CHARBON ET LES ACCUMULATEURS
- L’accumulation de l’énergie est un problème qui préoccupe, et à juste titre, les esprits, surtout depuis que l’emploi de l’électricité est venu donner un essor subit et une nouvelle direction aux recherches des savants.
- Mais là encore, le vieil adage: « 11 n’y a rien de nouveau sous le soleil », reçoit une singulière confirmation,car la nature elle-même nous fournit dans le charbon, un exemple d’accumulateur remarquable à tous points de vue et dont nous sommes loin d’avoir égalé toutes les qualités, dans les appareils industriels.
- On sait que tous les combustibles bois, tourbe, houille, etc., sont le résultat de la décomposition de végétaux à travers les époques géologiques ; la flore actuelle, ne renferme que quelques espèces de cryptogames incapables de nous donner une idée de l’aspect étrange que devaient avoir les terrains de l’époque primaire couverts de fougères, d’équisétacées, de conifères dont la grandeur, la force et l’activité de croissance, dues à une atmosphère bien différente de la nôtre, nous sont complètement inconnues aujourd’hui.
- Or une plante quelconque, est le résultat du travail de la végétation dont la cause directe est l’énergie des rayons solaires. Sous cette influence, la plante a vécu, s’est formée en absorbant les matières contenues dans le sol et respirant les gaz répandus dans l’atmosphère, Par la respiration, le végétal s’est imprégné de l’acide carbonique de l’air, a décomposé ce gaz en présence de la lumière et fixé le carbone dans ses tissus pour constituer son organisme, en même temps qu’il rejetait dans l’atmosphère l’oxygène pur, résidu de sa respiration.
- Le résultat de ce phénomène, est donc une décomposition, une électrolijse calorifique (si l’on peut employer ce terme) entièrement comparable au chargement d’un accumulateur par un courant primaire ; l’énergie calorifique du soleil remplaçant le courant électrique de l’exemple comparatif.
- L’analogie peut être poussée plus loin ; la restitution de l’énergie s’effectue d’une manière absolument analogue, c’est-à-dire par une combinaison chimique.
- En effet, lorsque nous placerons le carbone provenant de la décomposition de ces végétaux, dans des conditions lui permettant de s’associer à l’oxygène dont il a été séparé ; lorsque par une élévation de température (fait qui équivaut à la fermeture du circuit extérieur de l’accumulateur d’énergie électrique) nous produirons la combustion, il y aura restitution de l’énergie calorifique dépensée par les rayons solaires pour effectuer la dissociation de l’acide carbonique.
- Ainsi que nous l’avons dit, cette décharge prend le nom de combustion ; elle présente un caractère particulier, c’est qu’elle peut se régler suivant nos désirs d'une façon très simple, il suffit en effet de régulariser l’arrivée d’air sur le charbon pour obtenir un dégagement de chaleur uniforme.
- Les deux électrodes de cet immense accumulateur qui existent partout à la surface du globe, peuvent se trouver en présence l’une de l’autre sans qu’il se produise une combinaison, c’est-à-dire une décharge partielle, dans les
- conditions normales de l’atmosphère, les pertes intérieures par l'accumulateur lui-même sont nulles et l’énergie peut se conserver très longtemps à l’état potentiel puisqu’il n’existe pas d’action équivalente à l’attaque locale des plombs de l’accumulateur Planté,par exemple.
- Remarquons, cependant, qu’on peut produire la dissociation de l’acide carbonique par l’action de la chaleur seule, mais on n’obtient qu’un mélange d’oxyde de carbone et d’oxygène; de plus, le phénomène exige une température très élevée.
- 11 est inutile d’ajouter que l’on ne peut songer à baser un accumulateur d’énergie calorifique sur ce principe.
- Pendant la combustion du charbon, quelle est la valeur de l’énergie récupérée par rapport à celle qui a été communiquée par le soleil pour développer la plante, c’est-à-dire quel est le rendement? On ne peut même pas le supposer car nous ne pouvons évaluer le travail cellulaire intime qui se produit à l’intérieur d’un végétal. Mais quel que soit le coefficient de restitution de cet accumulateur merveilleux, il est on ne peut plus remarquable par sa grande capacité : 1 kilogramme de carbone pouvant développer théoriquement 8080 calories ou
- 8080 x 424=3898 270 kilogrammètres1, et par son aptitude à conserver sa charge puisque, aujourd’hui, toutes nos forces industrielles sont produites par la combustion de la houille, c’est-à-dire prises, dans le réservoir d’énergie calorifique que la nature a placé dans les entrailles du sol, réservoir où nous puisons aujourd’hui pour l’utiliser dans une proportion quelconque, quand nous le voulons, dans nos usines, dans nos appartements, l’énergie que les rayons solaires ont émises il y a des milliers de siècles.
- Les moyens employés par la nature ne sont pas, il est vrai, d’application industrielle ; ils ne peuvent nous servir d’exemple, non seulement à cause de leur extrême lenteur, mais parce qu’ils exigent l’mtervention d’un phénomène au-dessus de nous-mêmes par son essence, et dont nous ne pouvons disposer : la vie, mais le résultat peut être considéré comme une perfection que nous devons chercher à atteindre. P. Juppont,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- NOUVEL APPAREIL DE LAR0RAT0IRE
- POUR LA PRODUCTION CONTINUE DES GAZ
- Les lecteurs de La Nature connaissent le grand appareil à gaz que j’ai construit à notre atelier aérostatique d’Auteuil, pour le gonflement de l’aérostat électrique à hélice que nous avons expérimenté mon frère et moi2. Cet appareil a donné de si bons résultats au point de vue de la rapidité de production du gaz et de la continuité de la réaction, que j’ai eu l’idée d’en faire construire un modèle en petit pour l’usage des laboratoires.
- On prépare très souvent dans les laboratoires du gaz hydrogène sulfuré pour les analyses qualitatives ou quantitatives et pour la préparation du sulfhydrate d’ammoniaque, on prépare parfois aussi des quantités plus ou moins considérables d’acide carbonique ou
- 1 Les accumulateurs électriques ne rendent que 4000 kilo— grammètres par kilogramme de leur poids au maximum.
- - Yoy. n” 540 du 6 octobre 1885, p. 291.
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- LA NATURE.
- d’hydrogène pur. Ces gaz qui sc produisent à froid par l’action d’un liquide acide sur une matière solide, sulfure de fer, craie on zinc en grenaille, s’obtiennent généralement dans l’appareil de Deville, où un robinet adapté au tube de dégagement du générateur formé d’un grand llacon à tubulures, permet de refouler par la pression le liquide actif dans un vase communicant. On sc sert souvent encore de deux vases de verre, sphériques, communicant entre eux à leur partie inférieure, à l’aide d'un tube de caoutchouc. Le premier vase contient le corps solide à dissoudre, le second le liquide actif; en abaissant ou en levant le réservoir contenant ce liquide, on fait entrer ou sortir l’eau acide du premier vase, et on obtient à volonté la production du gaz.
- Ces appareils offrent un inconvénient : quand la réaction est ralentie, on ajoute dans le liquide l’acide qui la produit, mais cet acide est introduit dans une solution de plus en plus concentrée qui agit ainsi de moins cnmoinsbien.
- En outre, pour retirer le liquide, il faut interrompre la production et démonter tout l'appareil.
- 11 n’v a plus aucun de ces inconvénients et de ces ennuis, avec le petit appareil que représente la ligure ci-contre, montrant le système tel que nous l’avons expérimenté pour la production en petit du gaz hydrogène. L’appareil consiste en une grande éprouvette en verre de üra,60 de hauteur, munie de trois tubulures; ce type a été confectionné sur notre croquis par MM. Appert frères, les fabricants de verre bien connus. L’éprouvette remplie de tournure de zinc, est fermée à sa partie supérieure par une membrane imperméable telle que de la soie enduite de vernis à ballon. Un grand réservoir renferme le liquide formé d’acide sulfurique étendu de 7 ou 8 fois son volume d’eau. Quand on veut produire le gaz, on ouvre le robinet R. Le liquide descend dans le tube A, et traverse la grande éprouvette de bas en haut ; en contact avec la masse de zinc, il transforme ce métal en sulfate de zinc qui se dissout, et l’hydrogène produit se dégage à la partie supérieure
- par le tube D. Quand le liquide est arrivé à moitié de hauteur de l’épronvette, il s’échappe par la tubulure médiane adaptée au tube en U, indiqué par une lettre T sur notre figure, et s’écoule au dehors. Ce tube en U forme un sipbon de déversement qui permet au liquide de s’écouler, mais qui ne donne pas d’accès au gaz. Au fur et à mesure que le zinc se dissout, il est remplacé par la provision de réserve contenue dans la partie supérieure du vase.
- Avec cet appareil à écoulement, constant, dans lequel les résidus se trouvent éliminés au fur et à mesure qu’ils se produisent, et dans lequel le liquide actif est sans cesse renouvelé, la production
- du gaz est très rapide. Nous avons pu gonfler des petits ballons de baude-ruche de 40 litres en vingt minutes. La production du gaz est en outre facilement réglée par le robinet R ; il suffit de l’ouvrir plus ou moins pour activer ou ralentir la production. Quand l’opération est terminée, on ferme le robinet, et on fait passer un courant d’eau tiède a travers l’appareil, afin de chasser le sulfate de zinc qui pourrait y cristalliser. Il faut employer de l’eau tiède pour ce lavage, parccque le vase de verre, chauffé par la réaction, se casserait sous l’action d’eau froide.
- A -
- Cet appareil peut être employé aussi avantageusement pour la préparation de l’hydrogène sulfuré au moyen du sulfure de fer et de l’acide chlorhydrique, ou pour celle de l’acide carbonique par la craie et l’acide chlorhydrique étendu d’eau.
- Notre figure montre le mode de montage de l’appareil. Les tubes de dégagement du gaz, de sortie et d’entrée du liquide, sont directement adaptés aux tubulures par des bouts de tube en caoutchouc, solidement ligaturés. Le tube d’entrée du liquide A qui est assez élevé, doit être maintenu a l’aide d’un fil de fer fixé à l'éprouvette comme cela est représenté en G. Après sa sortie du générateur, le gaz doit être lavé et séché, comme cela a lieu avec les autres appareils de production. Gaston Tissandier,
- i\ouvel appareil de laboratoire de M. Gaston Tissandier, pour la production continue des gaz.
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- LA NATURE
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- UNE EXCURSION DANS LES PYRÉNÉES
- L K .NOUVEL ABIII DE LA BRÈCHE DE ROLAND ET LES AIGUILLES DE GLACE DU GABIETOU
- Les touristes des Pyrénées ont eu cette année bien des déceptions Les Espagnols, avec la crainte
- du choléra, ont lcrmé toutes les issues de leurs montagnes à l’aide d’un ruban de soldats — peu de personnes ont osé franchir ces barrières, elles avaient à craindre à leur tour sept ou huit jours de lazaret dans les petites chapelles que l’on connaît aux frontières de ce beau pajs.
- J’ai été pris de la peurdetre privé de ma liberté.
- Les aiguilles de glace du Gabietou, dans les Pyrénées. (D’après nature, par M.^Albert Tissandier.)
- et n’ai pu cette fois que faire quelques pas en Espagne.
- Étant à Gavarnie à la fin de juillet 1884, je désirais voir le nouvel abri de la Brèche du Roland (2804m) et y passer la nuit. Cet abri a été construit en juillet 1883 par le Club Alpin Français qui avait
- voté la somme de 2000 francs pour ce travail. M. le comte Russell a été chargé du soin de choisir la place voulue. On lui avait donné à ce sujet et avec juste raison tous les pouvoirs, car personne mieux que lui n’a autant d’expérience sur ces intéressantes questions. Il n’y avait malheureusement pas
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- LA .NAITRE.
- beaucoup de choix pour Remplacement; le côté français exposé au nord-est était seul admissible puisque les pâtres espagnols détruisent toujours les abris que l’on fait sur leur versant. Ils en enlèvent les portes, et détruisent les maçonneries faites à grand’peine.
- Au bout de trois semaines une grotte de dix-huit mètres cubes était creusée au pied des murailles de Roland sur le versant français. Elles ont près de 100 mètres de hauteur dans ces lieux sauvages. Le panorama qu’on y découvre avec le premier plan des neiges de la Brèche est superbe et à l’heure du coucher du soleil le spectacle est grandiose. La proximité de cette grotte artificielle avec l’Espagne, à l’aspect calciné et aride, ajoute encore au pittoresque exceptionnel de cet endroit. La nuit est dure cependant dans cet abri; il y fait froid. Le soleil ne peut y pénétrer qu’à peine à l’aurore. Le sol sur lequel il faut reposer est glacial ; une bonne porte de tôle ferme l’entrée de la grotte, mais elle ne suffit pas et malgré nos couvertures mes guides Brioule et Pujo et moi-même nous n'avons pu dormir. Le froid nous gagnait. Il est facile de remédier à ce léger ennui de quelques heures sans sommeil ; nous aurions dù penser à cueillir en passant dans les Sarradets des paquets d’herbes et de fleurs. Des matelas étaient faits de cette façon et le froid de la roche ne nous aurait pas autant incommodé.
- Le lendemain matin nous montions au sommet du Tallion (5146 mètres). De la brèche de Roland, c’est une promenade connue. On y arrive sans fatigues, en longeant les murailles de Roland, côté espagnol et la fausse brèche puis enfin la moraine et les pentes de neige. A ces heures matinales, les montagnes sont belles et la facilité de la marche aidant, on admire à l’aise les cimes dorées des pics espagnols éclairées par le soleil levant, puis le côte français moins lumineux, mais non moins superbe. C’est avec regret que l’on quitte les hauteurs du pic, on y resterait des heures sans se lasser; c’est un spectacle si changeant, si merveilleux, quand le beau temps vous favorise !
- Mais il faut bientôt songer à la retraite, malheureusement; puis, d’après les bons, avis que M. le comte Russell m’avait donnés la veille, je devais redescendre à Gavarnie par le glacier du Gabietou.
- Le bas de ce glacier est de peu d'étendue, mais il est fort curieux à visiter. La route y est peu aisée et de la cime du Taillon pour arriver au plus bel endroit, les aiguilles de glace, il y a des passages presque dangereux à cause de la raideur des pentes et des pierres qui souvent se détachent des hauteurs. Ces aiguilles de glaces sont devenues une des plus grandes curiosités des Pyrénées parce quelles sont maintenant des échantillons uniques en leur genre.
- Le glacier du Gabietou se trouve rompu tout à coup sur le haut de roches presqu a pic; il est brusquement coupé et laisse voir toute l’épaisseur des séracs dont il est formé.
- lis ont, en cet endroit, de 12 à 14 mètres de
- hauteur. Ces masses sont énormes; il semblerait qu’on va les voir tomber, se précipiter du haut de cet abîme. Elles forment des pyramides, des aiguilles merveilleuses de couleur bleu d’azur et vert émeraude. Encadrées par les cimes du Taillon et du Gabietou, le spectacle est tout à fait imposant. Les glaciers des Pyrénées sont depuis longtemps, comme on sait, dans une période de décroissance.
- 11 y a une vingtaine d’années, M. le comte Russell a vu des aiguilles analogues au bas des glaciers des Gours-Blancs et de Litavrolles; mais elles ont aujourd’hui complètement disparu. Il ne reste à leur place que des pentes de glaciers crevassés mais unis. D’après les renseignements que m’a donnés le comte Russell,on peut voir encore cependant dans les Pyrénées de beaux séracs à grande échelle, dans le bas du glacier d’Ossouë par exemple. Us rappel, lent un peu ceux des Bossons au Mont-Blanc, mais ils n’ont pas d’aiguilles comme au Gabietou. Il faut donc se hâter d’aller les .voir et de les admirer car bientôt, sans doute, de nouveaux écroulements les feront disparaître. Albert Tissandier.
- LES
- VIEILLES VILLES DU NOUVEAU MONDE
- LE PALAIS DE KABAH. — LA VILLE LORILLARD
- Parmi les édifices du Yucatan tous semblables entre eux, il y en avait de plus simples et de plus riches ; les plus simples et les plus sévères remontant suivant la logique de l’art et de l’histoire à une époque plus ancienne et les plus riches à une époque plus moderne.
- La ville de Kabah dut appartenir à l’époque moderne. Ce qu’il reste de la façade du palais démontre qu’elle devait être dans son entier d’une richesse incomparable. Nous y remarquons une double frise contenue entre trois corniches saillantes dont l’ornementation se compose de ces grandes figures superposées trois par trois, figures que nous trouvons répandues dans des dispositions plus ou moins diverses sur tous les édifices du Yucatan.
- L’ornementation de ce palais de Kabah est poussé jusqu’à la prodigalité, jusqu’à la débauche et l’architecture disparaît totalement pour faire place à des motifs décoratifs; mais il est impossible de ne pas admirer les belles corniches qui encadrent les frises, corniches d’un travail exquis et qui ne déparerait aucun de nos monuments les plus beaux et encore n’avons-nous là qu’un fragment, l’état ruiné de l’édifice ne permet pas de juger de l’ensemble qui devait être des plus extraordinaires, cette formidable décoration s’étendant à une façade de cinquante mètres De plus, l’intérieur et l’extérieur du monument étaient peints et la polychromie était en usage chez les Yucatèques comme chez les peuples de l’Ancien Monde. Chez eux la peinture ne dut jamais être séparée de l’architecture ; ces deux arts
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- se prêtaient mutuellement secours. Chez eux, comme dans l’antiquité, la décoration extérieure était ln grande préoccupation de l’artiste, et cette peinture, ces couleurs vives, éclatantes, distribuées avec art sur les larges façades, au'milieu de l’enchevêtrement des ligures monstrueuses, devait singulièrement ajouter à la sauvage magnificence du palais.
- Quant à l’histoire de Kabah sur laquelle se taisent les historiens, nous possédons quelques points de repère qui vont nous permettre de la reconstituer. Nous savons en effet que le Yucatan, à l’arrivée des Espagnols, était divisé en principautés indépendantes, espèce de féodalité dont chaque seigneur avait sa cour. Mais un siècle avant la conquête et c’est là le seul document que nous ayons, le souverain d’une ville appelée Mayapan régnait sur toute la péninsule; c’est dire qu’il avait soumis les provinces environnantes et détruit comme d’habitude les capitales de ses rivaux. Le cacique de Kabah comptait parmi les vaincus, que les historiens désignent sous le nom de caciques de la Sierra.
- Le roi de Mayapan ne maintenait son autorité qu’à l’aide d’une garnison mexicaine : cela nous donne une date ; nous savons en effet que les Aztecs furent tributaires du roi d’Azcapotzalco et ne conquirent leur indépendance que sous le règne d’Itzcoatl vers 1425; qu’ils n’obtinrent de l’influence et ne se répandirent en vainqueurs sur les hauts plateaux, que sous le règne de Montézuma le Vieux, en l’année 1440, et que par conséquent ils ne purent envoyer de secours au roi de Mayapan que vers cette époque.
- Cette royauté absolue ne dura que peu d’années, car le joug en semblait d’autant plus lourd qu’il était maintenu à l’aide de soldats étrangers. Une coalition se forma et l’on nous parle des gens de la sierra qui sont ceux dont le cacique de Kabah faisait partie. La guerre éclata, le roi de Mayapan fut vaincu et la ville détruite de fond en comble.
- Ceci se passait en 1420, d’après Landa, et en 1460, d'après Herrera qui, d’après ce que nous avons dit plus haut, nous paraît de beaucoup le plus exact et qui justifie sa chronologie d’une manière tout à fait victorieuse. Car, dit-il, « il s’écoula 70 ans entre la chute de Mayapan et l’arrivée des Espagnols; il y eut 20 ans d’abondance et ouragan, 16 ans d’abondance nouvelle et peste, autres 15 années d’abondance et guerre intestine, puis repos de 20 ans, époque à laquelle arrivèrent les Espagnols1. » Cela fait bien 71 ans, qui, à partir de 1460, nous mènent à 1531, et Monteyo occupa Chiehen de 1528 à 1531. Mais quant à la modernité des villes en général et qui répondrait à la chute de Mayapan, Landa va nous éclairer à ce sujet.
- Dans l’un des chapitres de son ouvrage intitulé : Des diverses calamités qu éprouva le Yucatan un siècle avant la conquête, il dit : f Ces populations vécurent plus de 20 ans dans l’abondance et la
- 1 Herrera, décade IV, liv. X, ch. m.
- santé; elles se multiplièrent tellement que la terre entière ne paraissait former qu’une seule ville ; ce fut alors (1440 à 1460) quelles construisirent des temples en si grand nombre, tels qu’on les voit aujourd’hui de tous côtés, et qu’en traversant les forêts on retrouve au milieu des bois des groupes de maisons et de palais si merveilleusement travaillés1. » Cela est il assez clair?
- Mais nous avons mieux encore et l’interprétation des deux bas-reliefs que nous donnons ici (fig. 1) vont achever de nous convaincre.
- Ces bas-reliefs qui ont été arrachés par Stephens à un monument de Kabah dont ils faisaient partie comme linteaux de porte, célèbrent, à notre avis, la victoire du prince de Kabah et des caciques alliés sur le roi de Mayapan.
- En effet, ces deux bas-reliefs sont du même ordre que la pierre de Tizoc de Mexico, où les guerriers deux à deux représentent un vainqueur et un vaincu, c est-à-dire les conquêtes de Tizoc sur les peuples voisins personnifiés par les guerriers à l’échine courbée.
- A Kabah, que voyons-nous? Dans l’un des bas-reliefs, nous avons un homme debout, richement vêtu, avec la coiffure yucatèque à plumes immenses et la fameuse cuirasse de coton piqué. Cet homme est un vainqueur, car il commande; il menace l’homme a genoux qui l’implore et lui rend son épée.
- Dans le guerrier à genoux, vous reconnaîtrez facilement le soldat Atzec avec sa coiffure plus modeste et semblable à quelques-unes de celles que les peuples soumis livraient comme tribut aux Mexicains vainqueurs, et telle que nous les donne Lorenzana dans les lettres de Cortez à Charles-Quint. Le Mexicain n’a pour costume, outre sa coiffure, que son maxtli. Le second bas-relief est plus explicite; ce sont les deux mêmes hommes, dans le même costume d’apparat pour l’un, et les mêmes attitudes de vainqueur et de suppliant. Seulement, ici, le vaincu a rendu son épée, sa coiffure entière nous montre la figure du soldat émergeant d’une tête d’animal, telle que nous en représentent des manuscrits mexicains2, et le Yucatèque qui semble avoir fait grâce ordonne aü vaincu de partir.
- Nos deux bas-reliefs, dans l’un desquels le vainqueur semble recevoir le vaincu à merci, et dans l’autre lui commande de s’éloigner, ont donc trait à une bataille entre Yucatèques et Mexicains. Ils racontent la victoire de l’un et la défaite de l’autre, et comme nous savons que Mayapan fut la seule ville où les Aztecs furent appelés comme auxiliaires; comme nous savons également qu’à la suite de la destruction de la ville, les soldats étrangers reçu-
- * Landa, Relacion de las cosas de Yucatan, paragraphe 10, p. 59, traduction de l’abbé Brasseur.
- 2 Voy. la pierre de Tizoc et surtout les figures des guerriers, combattant dans notre gravure du Témalaeatl, ch. ni, p. 43 des Vieilles villes du Nouveau Monde; ce sont bien les deux mêmes figures ; la ressemblance est frappante et indiscutable.
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- rent l’aman de lu part des vainqueurs et lurent internés dans la province de Maxcanu, à l’est de Mé-rida, où leur race s’est perpétuée, nous pouvons affirmer que les deux bas-reliefs nous racontent bien la défaite de Mayapan, et que, par suite, le monument qui les contient est postérieur à la destruction de la ville et qu'il daterait de 1460 à 1470; ce qu’il fallait démontrer.
- On trouvera peut-être que nous abusons, que nous amoncelons les preuves et que cela suffit; non, cela ne suffit pas; il faut appuyer encore, se répéter sans cesse, la chose en vaut la peine : le préjugé d’antiquité est trop ancré dans la tête de certains archéologues pour qu’il y ait jamais trop de preuves à leur donner de la modernité des monuments américains.
- Si de Kabali nous passons à la ville de Lorillard, sur la rive gauche de l’Usuma-cinta supérieur, nous manquerons de. pièces pour assigner une date précise aux monuments; cependant, nous pourrons les considérer comme également modernes, car les habitants devaient être contemporains des Itzaes du Peten, qui, nous le savons, eonser-vèrent leur indépendance plus de 150 ans après la conquête; leur capital Tayasal ne fut, en effet, détruite qu’en 1696, il est fort probable que nos Lacandons, plus éloignés et mieux retranchés dans leurs montagnes, durent survivre à leurs voisins.
- ' Cette supposition est confirmée par Villa Gutierre Soto mayor; cet historien nous apprend que les Itzaes du Peten étaient les ennemis des Lacandons, et il ajoute que, en 1694, deux ans avant la destruction de leur ville par les Espagnols, ils faisaient encore des expéditions sur l’Usumacinta dont ils descendaient les rapides ; mais Boyle va plus loin, puisqu’il nous affirme que les Lacandons étaient
- encore en pleine civilisation il y a 150 ans à peine, e’est-à-dire en 1750!
- Nous trouvons à la ville Lorillard des documents du plus haut intérêt, dans les linteaux de porte, linteaux de pierre couverts de bas-reliefs et dont quelques-uns d’un fini merveilleux, témoin celui que nous reproduisons ici (fig. 2) et dont nous croyons avoir donné une explication des plus vraisemblables.
- En dehors des têtes à front fuyant, qui, ainsi que nous l’avons dit au sujet de Palenque et du Yucatan, n’étaient point des types de race, mais seulement
- des types conventionnels modifiés suivant les coutumes de certaines classes, tout est parfait dans ce bas-relief, et d’une richesse de détail vraiment surprenante; rien dans les époques primitives des civilisations anciennes ne nous offre quelque chose de plus riche et de mieux traité; c’est pour le pays une œuvre magistrale. Ce document reproduit une scène religieuse et nous assistons à un sacrifice.
- L’un des personnages, l’homme agenouillé , un prêtre assurément, s’est passé une corde au travers de la langue et il l’a garnie d’épines, pour n’être point tenté de la retirer une fois la rude épreuve commencée; cela lui serait impossible, et malgré la douleur que doit éprouver le patient, il lui faudra, pour couronner le sacrifice, faire passer la corde toute entière.
- Le personnage debout est également un prêtre qui armé d'une grande palme l’impose au torturé, pour l’encourager dans son effroyable entreprise.
- Eh bien ! nous assistons là à une cérémonie tol-tèque ; en effet, Je culte de Quetzalcoatl laissé par le civilisateur sur les hauts plateaux, fut transporté par lui sous le nom de culte de Cuculcan dans les pays mayas, et Torquemada, Sahagun et Clavigero
- Fig. 1. — Bas-reliefs de Kabah, dans le Yucatan.
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- Linleau de pierre à Lorillard, dans le Yucatan Sacrilice à Cuculcan,
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- nous parlent des supplices que devaient s’infliger les prêtres de cette divinité toltèque.
- « Les prêtres de Quetzalcoatl à Cholula se réunissaient sous la présidence du plus vieux d’entre eux appelé Achcantli, et, après un jeûne de cinq jours uni à des pénitences diverses, on les enfermait dans le temple, où ils apportaient avec eux une quantité de bâtons grands comme le bras et gros comme le poignet; alors venaient des charpentiers qui travaillaient ces bâtons; et ayant achevé de les amincir de la manière et dans la forme qu’il fallait, survenaient les maîtres ouvriers chargés de la fabrication des couteaux d’obsidienne destinés à ouvrir les langues; puis venaient des prières, et les vieux prêtres et les jeunes étant réunis et prêts pour le sacrifice, le plus adroit des maîtres ouvriers leur ouvrait la langue de part en part en y faisant un grand trou.
- « Aussitôt le principal Achcautli faisait passer ce jour-là au travers de sa langue ouverte plus de quatre à cinq cents de ces bâtons qu’avaient taillés les charpentiers ; les autres vieux faisaient de même et les jeunes, ceux du plus grand courage, les imitaient. Mais la douleur était si grande que plusieurs ne pouvaient arriver à un tel nombre ; car, encore que les premiers bâtons fussent quelque peu déliés, les seconds étaient plus gros et les troisièmes davantage, jusqu’à atteindre la grosseur du pouce et quelques-uns plus du double, etc.
- « Dans ce temps de jeune, le principal Achcautli se rendait dans les villes et villages pour exhorter les gens à la pénitence et pour signal, il portait à la main un rameau vert1 2 *. »
- Voilà bien norie homme avec son grand rameau et nous assistons bien à un sacrifice en l’honneur de Quetzalcoatl, Cuculcan. Désiré Charnay.
- LES VOYAGES D’EXPLORATION
- AU MEXIQUE ET DANS l’aMÉRIQUE CENTRALE De M. Désiré Charnay.
- L’intéressante notice qui précède est un résumé que M. Désiré Charnay a bien voulu écrire pour nos lecteurs ; l’article est accompagné de gravures extraites du magni-, fique ouvrage que l’auteur vient de publier sous le titre : Les anciennes villes du Nouveau Monde 2 ; il donne une juste idée de l’intérêt qui s’attache aux travaux de l’auteur. Il ne s’agit pas ici d’un simple voyage accompli au Mexique et dans l’Amérique Centrale, mais de nombreuses pérégrinations accompagnées de recherches patientes, de fouilles difficiles, d’investigations délicates et minutieuses, accomplies presque sans trêve ni relâche pendant trente-quatre années consécutives ! C’est en 1850 que M.Désiré Charnay, alors âgé de vingt-deux ans seulement, fit son premier voyage. Inspiré par le livre de Stephens, Incidents of Travel in Yucatan, il résolut de continuer l’œuvre inter-
- 1 Torquemada, Monarquia indiana, liv. X, ch. xxxi
- 2 1 vol. grand in-45 de 472 pages, accompagné de 214 gra-
- vures et de 19 cartes ou plans. (Hachette et Cie.) Prix, 40 fr.
- rompue du célèbre archéologue américain. En 1857, il entreprit une première mission que lui confia le ministère d’Etat, et il aborda résolument dans le Nouveau Monde son terrain d’exploration. Pendant quatre ans, M. Désiré Charnay parcourut le Mexique et le Yucatan, ne manquant jamais d’étudier et de photographier sur place les principales antiquités de ces pays remplis de merveilles. 11 revint à Paris en 1861. A peine ce premier voyage terminé, M. Désiré Charnay quitta la France pour une destination nouvelle. Il fut nommé historiographe de l’expédition de la Compagnie de Madagascar; mais le voyageur ne devait pas tarder à retourner sur le Continent américain ; et il visita plus tard l’Amérique du Nord pendant trois années, et l’Amérique du Sud, le Chili et la République Argentine pendant une autre année.
- C’est en 1880 que des circonstances dignes d’être connues, permirent à M. Désiré Charnay de reprendre et de compléter ses études de l’Ancien-Mexique et du Yucatan. Un riche négociant de New-York, Français d’origine et protecteur éclairé des sciences, M. Pierre Lorillard n’hésita pas à ajouter à une subvention accordée par le Ministre de l’Instruction publique à l’explorateur, la somme de 100000 francs qui devait permettre d’entreprendre des fouilles importantes dans les ruines et les nécropoles : cadeau princier qui honore à la fois le généreux donateur et l’heureux voyageur, que sa persévérance et son énergie avaient déjà si remarquablement distingué.
- Voilà comment M. Désiré Charnay, recommença de nouvelles et fécondes campagnes, qui lui ont permis de ressusciter des monuments dispersés, de faire revivre des populations oubliées, de reconstituer l’histoire de pays inouïs, où des temples et des palais surgissent de toutes parts, muets témoins d’un grand luxe et d’une grande puissance, et d’écrire une œuvre magistrale, qui inscrira le nom de son auteur sur le livre d’or des grands explorateurs.
- Le magnifique ouvrage de M. Désiré Charnay ; Les anciennes villes du Nouveau Monde, est rempli de véritables révélations archéologiques ; il abonde en gravures d’une grande finesse et de cartes explicatives qui en font un ouvrage de grand luxe. On y apprend à connaître une histoire jusqu’ici presque complètement ignorée; on y apprend aussi à apprécier un courageux voyageur, et un intrépide savant qu’a toujours inspiré un profond amour de la science et de la vérité. Gaston Tissandier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Pyrénées françaises. L'Adour, la Garonne et le pays de Foix, par Paul Perret. 1 vol. in-8°, avec de nombreuses illustrations, par E. Sadoux. — Paris, H. Oudin, 1884.
- Les Mathématiques appliquées aux Beaux-Arts, par Le Natur. 1 vol. in-8°, avec 504 figures. — Paris, H. Messager, 1885.
- Le Chat. Histoire naturelle. Hygiène. Maladies, par Gaston Percheron. 1 vol. in-18. — Paris, Firmin-Didot et Ci0, 1885.
- La Mécanique pratique à la portée de l'ouvrier mécanicien, par Eugène Dejonc, 2e édition complètement refondue. 1 vol. in-18, avec figures. — Paris, Louis Camut, 1885.
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- Les Fourmis, par Ernest André. 1 vol. in-18 illustré de la Bibliothèque des Merveilles. — Paris, Hachette et Cie, 1885.
- Le Courage civique, par Maxime Petit, 1 vol. iu-18, illustré de la Bibliothèque des Merveilles. — Paris, Hachette et Cio, 1885.
- L'An Mille. Formation de la légende. État de la France de l’an 950 à l’an 1050, par Jules Roy. — 1 vol. in-18, illustré de la Bibliothèque des Merveilles. — Paris, Hachette et Cie, 1885.
- Les Téléphones, par À. L. Ternant, 1 vol. in-18 de la Bibliothèqtie des Merveilles, 85 gravures sur bois. 2° édition. — Paris, Hachette et C'“, 1884.
- L’Eau, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, 86 vignettes et G cartes. Cinquième édition. — Paris, Hachette et Cie, 1885.
- Annuaire pour l’an 1885, publié par le Bureau des longitudes, avec des notices scientifiques. 1 vol. in-52, Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Nouveau Manuel complet des Ponts et Chaussées. Ponts en bois et en fer, par M. A. Romain. 1 vol. de la collection des Manuels Rorel, orné de figures et accompagné de 7 planches. — Paris, librairie encyclopédique Roret.
- Cours de Physiqïie, par M. J. Violle, professeur à la Faculté des sciences de Lyon. Tomel, Physique moléculaire, 1 très fort vol. in-8° publié en 2 parties avec 56 figures dans le texte. — Paris, G. Masson.
- Cours de géographie, par M. Marcel Dubois, chargé du cours d’histoire et de géographie à la faculté des lettres de Nancy. — Première année : Notions élémentaires de Géographie générale. 1 vol. in-18. — Paris, G. Masson.
- Paris-Illustré, (Direction, 9, rue de Fleurus, à Paris.)
- Cette magnifique publication de grand format, qui est la première tentative faite d’un journal en couleurs, vient de terminer sa deuxième année par un numéro double des plus remarquables. La livraison intitulée Etrennes comprend de délicieuses aquarelles à six couleurs qui sont de véritables œuvres d’art et qui montrent les ressources que l’impression peut trouver aujourd’hui dans la chromotypographie. Paris-Illustré est un journal mensuel, qui est arrivé en peu de temps au tirage considérable de 25 000 exemplaires ; il est dirigé par M. Lahure, imprimeur, parM. Baschet, éditeur, et par M. Gillot, graveur. La rédaction est confiée à des écrivains connus, et les illustrations sont exécutées par des artistes de grand mérite. Chaque numéro coûte 1 franc. La première livraison de Paris-Illustré de 1885, vient d'être publiée à la veille de Noël. Elle est intitulée Les aérostats et la navigation aérienne. Le texte est entièrement rédigé par M. Gaston] Tissandier. Des planches en couleur, représentent les spectacles aériens, peints d’après nature par M. Albert Tissandier, d’autres figurent les épisodes les plus curieux de l'histoire de l’aéronautique composés par MM. Brun, Kaufmann et de Myrbach. De nombreuses gravures anciennes de la collection Tissandier ont été reproduites dans le texte.
- JOUETS SCIENTIFIQUES POUR 1885
- LE PETIT BALLON DIRIGEABLE DE M. LACHAMBRE. ----
- BOÎTE DE PHYSIQUE DE M. RENÉ LEBLANC
- 11 eût été surprenant que le succès obtenu cette année par les aérostats dirigeables, n’ait pas inspiré quelque constructeur pour la confection des jouets du Premier de l’An. M. Lachambre, le directeur de l’usine aéronautique de Vaugirard, où se confectionnent de grands et petits ballons, nous a récemment apporté, tout rempli d’hydrogène, le charmant petit ballon dirigeable que représente la figure ci-dessous. C’est une imitation en petit du ballon dirigeable de Chalais-Meudon. L’hélice, d’une grande légèreté, est placée à l’avant d’un tube creux formé de bambous recouverts de baudruche, et contenant un faisceau de lanières de caoutchouc. Ces caoutchoucs sont tordus en A à l’aide d’une crémaillère. Le mouvement est communiqué à l’hélice au moyen d’une transmission
- Le petit ballon dirigeable de M. H. Lachambre.
- par engrenage qui lui donne une grande vitesse de rotation. Un petit sac permet de lester l’aérostat et de le maintenir en équilibre dans un air calme. Quand on déclanche l’engrenage lorsque le caoutchouc a été tordu, le petit ballon se met en mouvement avec une vitesse assez considérable. En fixant à l’arrière le gouvernail, de manière à ce qu’il fasse un angle de 15 à 20 degrés avec l’axe du système, on arrive à imprimer à l’aérostat un mouvement de translation circulaire qui lui permet de tourner au milieu d’une grande salle. Ce petit ballon fonctionne pendant 3 à 4 minutes environ. H doit être rempli de gaz hydrogène bien pur et bien sec. M. Lachambre confectionne des aérostats un peu plus volumineux qui peuvent être gonflés avec le gaz de l’éclairage.
- Le petit ballon dirigeable que nous décrivons, ne constitue pas seulement un jouet ; il peut très utilement servir d’appareil de démonstration dans les Cours de physique, et c’est à ce double titre que nous le signalons à nos lecteurs.
- — M. René Leblanc nous a adressé d’autre part une charmante boîte de physique qu’il a fait construire par l’ancienne maison Rousseau, et qui comprend, sous une forme très simple et sous un volume très réduit, le matériel nécessaire pour l’exécution d’un nombre considérable d’expériences élémentaires de chimie, de physique et d’électricité. Un petit livre indiquant le mode d’opérer, constitue un véritable traité, très utile au débutant ; il renferme la description d’une grande quantité d'expériences dont plusieurs sont empruntées à notre Physique sans appareils.
- G. T.
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- LA NATURE.
- EXPOSITION UNIVERSELLE
- DE LA NOUVELLE-OBLÉANS
- Toutes les nations cherchent aujourd’hui à développer leurs relations commerciales et, dans ce but, s’adressent, de plus en plus, aux grandes expositions internationales.
- A peine avons-nous assisté aux fêtes de Turin et de Londres que la ville d’Anvers se prépare pour 1885. Chaque branche de la science, chaque art spécial convie le public à constater ses progrès. Aujourd’hui, c’est l’hygiène, ou l’électricité, demain la peinture, puis les Concours agricoles, puis, en mai prochain, l’Exposition internationale d’horticulture aux Champs-Elysées et déjà il faut nous occuper de notre grande Exposition française de 1889.
- A l’occasion du centième anniversaire de la production du Coton aux États-Unis, production qui, de 6 balles en 1784, s’est élevée à plus de 7 millions de balles en 1882, la ville de la Nouvelle-Orléans et le gouvernement fédéral ont décrété une exposition universelle qui durera du 1er décembre 1884 au 31 mars 1885.
- Nous donnons ci-conlre le plan général de cette exposition, où l’horticulture ligure dans des conditions exceptionnelles qui ne se sont jamais présentées jusqu’ici.
- On sait que la Louisiane est une ancienne colonie française dont le tiers de la population a conservé la langue, les mœurs et les goûts de son pays d’origine : aussi les exposants français ont-ils dû y recevoir l’accueil le plus sympathique.
- Le percement de l’isthme de Panama ouvrira à la Nouvelle-Orléans un avenir commercial illimité comme centre de relations entre les deux Amériques et déjà toutes les nations, convaincues de ce brillant avenir, ont répondu à l’appel qui leur est fait par la Louisiane pour être dignement représentées.
- L’horticulture, en particulier, offrira, pour la première fois et pendant la saison la plus favorable, tous les sols, tous les produits et cultures de toutes les latitudes. Les fruits frais du Canada se trouvent exposés comme les fruits récemment cueillis des tropiques. Quant à l’Amérique du Nord, pour en bien distinguer les productions, les concours seront
- divisés en trois parties. La première renfermera les fruits du Canada et ceux des Etats situés à l’Est des Montagnes-Rocheuses, et au nord du 40° de latitude. Voilà pour le district Nord.
- Le deuxième concours comprendra les produits situés à l’Est des Montagnes-Rocheuses, mais au sud du 40e degré : ce sera le district Sud. Enfin, la troisième division, appelée District du Pacifique, comprendra tous les Etats et les territoires situés à l’Ouest des Montagnes-Rocheuses.
- On a construit pour les plantes délicates et pour les fruits une serre de 600 pieds de long sur 114 de large, et l’on compte y placer 25000 assiettes de fruits. Dans le but d’en assurer la conservation avant leur exposition, ils seront emmagasinés dans un bâtiment spécial où régnera une température constante de 4 à 5° centigrades.
- Les primes et récompenses offertes aux exposants sont principalement en argent, et varient de 5 à
- 250 dollars. En outre des divisions par latitude, comme je l’ai dit plus haut, les fruits seront classés comme « produits américains » et comme « produits étrangers ». Ainsi, les Oranges, par exemple, seront classées et récompensées suivant qu’elles pro-viennent des Etats-Unis ou de l’étranger, de la Floride, du Golfe
- du Mexique, ou de la Californie.
- En outre des arrangements dont il vient d’être question, se rattachant spécialement aux fruits de tous les pays et de toutes les latitudes, il y aura dans l’enceinte de l’Exposition des terrains consacrés à la culture des Orangers, des Citronniers, des Ananas, des Cocotiers, etc. Une partie spéciale est réservée aux plantes de pleine terre, à la Mosaïculture, aux plans de jardins en relief sur une échelle déterminée. Les Etats comme les Florides, le Mexique, le Pérou et la Californie se sont réservés des emplacements spéciaux pour y installer à l’avance toute la llore de leur région.
- Ainsi qu’on peut le voir, l’exposition de la Nouvelle-Orléans, en raison de sa position géographique et de son climat, offrira des avantages spéciaux, et nous serions heureux d’y voir augmenter entre nos anciens compatriotes et nos horticulteurs français des relations qui tourneraient à l’avantage des deux pays. Ch. Joly.
- Plan de l’Exposition universelle de la Nouvelle-Orléans.
- A. Bâtimi lit principal. — B. Salle de concert. — C. Scieries. — D Outillage pour le bois, etc. — E. Locomotives. — F. Jardins de l’Amérique centrale. — G. Jardin du Mexique. — H. Grande serre. 7— I. Jardin de la Californie. — J. Jardin de la Floride. — K. Bâtiments de l’agriculture. — L. Agriculture. — M. Jardin d’expériences. — N. Agriculture. — O. O. Plantes potagères. — P. Champ d'essai pour le bétail. — 0- Volailles, oiseaux, chiens, etc.
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- LES TORPILLES
- DK LA MARINE A ÜT K ICH IENNE
- A l’époque de la dernière guerre Austro-Italienne en 1866, le gouvernement autrichien avait fait les plus grands efforts pour mettre scs ports à l’abri d’une attaque de la Hotte italienne. Des torpilles y avaient été coulées en grand nombre et une vigilance très grande était ordonnée à tous les commandants de ces places maritimes.
- La gravure qui accompagne ces lignes représente le poste d’observation ou d’inllammation où se tient
- un poste d’employés de la télégraphie militaire.
- Les torpilles sont placées sur plusieurs lignes concentriques, assez rapprochées ; elles sont immergées à une certaine profondeur au-dessous du niveau de l’eau et ne laissent à la surface aucun signe de leur présence. Un fil métallique relie chacune d’elles à un poste d’observation situé sur la côte sur un point assez élevé pour pouvoir bien voir le port. Cette chambre, d’assez grande dimension, est obscure. Dans la paroi se trouve une lentille regardant le port. Les rayons lumineux venant da dehors la traversent, se réfractent et vont passer dans un prisme qui les dirige sur une glace dépolie posée horizonta-
- Chambre d’observation et d’inflammation des torpilles de la marine autrichienne.
- lement sur une table qui occupe le milieu de la chambre.
- D’après les lois bien connues de l’optique, une image du port vient se former sur la glace. Des points noirs marqués sur cette image indique la place exacte de chaque torpille; ces points portent tous des numéros qui sont reproduits sur les touches d’un clavier. Il suffit de presser du doigt l’une des touches pour mettre la torpille correspondante en communication avec une batterie électrique par l’intermédiaire du fil métallique qui la relie au poste et pour en déterminer l’explosion.
- Un employé de la télégraphie ne quitte pas des yeux la glace où l’image fidèle du port est reproduite. Aucun détail, aucun mouvement ne lui
- échappe : si un navire ennemi tente de s’approcher, son image, grossissant au fur et à mesure qu’il avance, apparaît sur la glace et au moment où il arrivera à passer sur un point indiqué sur celle-ci, un simple coup frappé sur le clavier au numéro correspondant déterminera l’explosion, en anéantissant le navire.
- Ces torpilles sont immergées assez profondément pour que les navires du port puissent circuler sans avoir rien à craindre. Il est probable que c’est à la connaissance du danger que la flotte italienne aurait éprouvée en attaquant les ports autrichiens, que ceux-ci se sont trouvés à l’abri de toute surprise.
- Des installations analogue: à celle que nous
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- LA NATURE.
- venons de décrire sont adoptées aujourd’hui par la plupart des marines de l’Europe ; et il nous a paru intéressant de faire connaître les détails de ce puissant et redoutable moyen de défense.
- --c~^~c.-
- EXPÉRIENCE DE VÉGÉTATION
- Les lecteurs de La Nature savent tous que les parties vertes des plantes, quand elles sont exposées à la lumière, s’emparent de l’acide carbonique, le décomposent, fixent le carbone dans leurs tissus et mettent de l’oxygène en liberté. Le phénomène est le même que la plante vive à l’air ou dans l’eau. Pendant la germination de la graine, tant que les organes verts n’ont pas fait leur apparition, la vie est toute autre. C’est l’oxygène de l’air qui est alors absorbé par la plante, et c'est de l’acide carbonique qui est dégagé.
- Dans un petit tube d’essai nous pouvons observer ces deux grands phénomènes de la vie des plantes. Il suffira d’introduire dans le tube les végétaux verts microscopiques qu’on trouve en grande abondance dans les eaux aérées et qu’on désigne sous le nom d’algues. On y joindra deux ou trois graines de cresson ; on remplira complètement le tube avec de l’eau de fontaine, on le bouchera avec un bouchon de liège et on le renversera dans un verre rempli d’eau, le bouchon en bas.
- Notre verre étant placé devant une fenêtre à la lumière du jour, nous verrons bientôt sortir des algues de nombreuses petites bulles de gaz qui viendront se loger au sommet du tube en faisant peu à peu baisser le niveau de l’eau. Nous aurons été prudents en ne bouchant pas trop fortement le petit tube, afin que l’eau puisse sortir, sans cela il pourrait peut-être y avoir rupture.
- Le gaz qui se dégage est de l’oxygène provenant de l’acide carbonique que l’eau contenait en dissolution et que les algues ont décomposé; en y plongeant une allumette n’ayant qu’un point en ignition, nous la verrions se rallumer. Mais laissons l’appareil fermé comme il est, et attendons quelques jours. Les graines de cresson vont se développer, former des tiges, des feuilles, des racines ; elles ont profité de l’oxygène que les algues ont mis en liberté. S’il n’y avait pas eu d’algues, les graines seraient restées inei'tes.
- Nous engageons les lecteurs de La Nature à opérer comme nous avons fait, mais en employant un certain nombre de tubes. Dans les uns ils mettront les graines seules, dans les autres les graines et les algues. Ils verront le développement des graines se faire seulement dans les tubes où ils auront mis les petits végétaux verts.
- CHRONIQUE
- Tour colossale en maçonnerie. — Projet de m. Bonrdals. — Nous avons récemment décrit le projet d’une tour métallique de 300 mètres de haut, que notre célèbre constructeur, M. Eiffel, propose d’édifier pour l’Exposition universelle de 1889 L M. Bourdais, l’architecte bien connu du Palais du Trocadéro, nous a adressé à ce sujet un autre projet de tour très élevée» dans lequel il associe la maçonnerie au métal. La tour de M. Bourdais se composerait d’un premier soubassement de
- 1 Vov. n” 000 du 29 novembre 1884, p. 401.
- 60 mètres de hauteur, c’est-à-dire de la hauteur des tours de Notre-Dame de Paris.
- Au-dessus du soubassement commencerait la tour proprement dite, comprenant, avec un diamètre extérieur moyen de 28 mètres, cinq étages terminés par un chapiteau colossal. Les étages successifs, de 35 mètres de hauteur, ajourés afin de diminuer l’impression de lourdeur apparente dans toute la limite du possible, se diviseraient eux-mêmes en trois parties, l’une de 20 mètres formée de colonnettes élégantes, puis un attique de 9 mètres servant surtout à entretoiser les sommets des colonnes et à les rendre solidaires pour empêcher le déversement, et enfin une dernière partie de 6 mètres de hauteur, sorte de bague de la grande colonne, percée à jour de larges oculi.
- Le chapiteau final de 20 mètres de hauteur comprendrait 16 figures de 8 mètres ornant la corbeille du chapiteau. Des ascenseurs multiples, établis dans le noyau central en maçonnerie de 18 mètres de diamètre, donneraient accès aux différents étages et au sommet de la tour.
- C’est au puissant éclairage électrique, surtout de l’Exposition de 1889 et ensuite d’une partie de la Ville de Paris, que M. Bourdais vise principalement dans son projet de tour colossale. Il placerait à la partie supérieure de la tour un grand réflecteur formé d’une série de réflecteurs paraboliques imbriqués les uns dans les autres, constituant ainsi une sorte de gigantesque écaille lumineuse‘dominant Paris et l’Exposition.
- Chaque rue ou groupe de rues ou de boulevards parallèles, chaque grande place publique aurait en outre son réflecteur spécial divergent contre lequel viendrait se heurter un faisceau lumineux émané de la source centrale et proportionnée comme intensité à la surface de terrain que l’on se proposerait d’éclairer ; il y serait projeté d’une façon uniforme et douce. Pour produire un éclairage de fête, une illumination, il suffirait d’augmenter l’intensité des foyers.
- I nt- conversation télégraphique & fl flOOO kilomètres de distance.— Le rédacteur du Telegraphist, journal anglais, avait souvent entendu vanter l’excellence de la ligne télégraphique reliant Londres à Téhéran (Perse), et dont la longueur est de 6000 kilomètres, mais il était convaincu qu’à cette distance, l’appareil Morse ne pouvait transmettre nettement les signaux. Invité à tenter l’expérience, il se rendit au bureau central des télégraphes de Londres et se mit en communication tout d’abord avec le télégraphiste allemand de Emden. Quelques minutes après, il était en relation directe avec Odessa, puis bientôt avec Téhéran. Désireux de pousser l’expérience jusqu’au bout, il se fit mettre en communication avec Calcutta par Agra. L’employé de Calcutta ne tarda pas à lier conversation avec lui, et ne fut pas peu surpris d’apprendre qu’il échangeait directement ses idées, sans aucun intermédiaire, avec un compatriote installé au bureau central de Londres. Quand on pense que cette conversation a pu se faire au moyen de signaux très intelligibles, à raison de 14 mots à la minute, ail 000 kilomètres de distance, c’est-à-dire sur une longueur équivalente à 3 câbles transatlantiques posés bout à bout, on est saisi d’admiration pour la télégraphie et pour la science qui a pu reculer ainsi les limites du temps et de l’espace. Rappelons à ce propos, ajoute U Electricien auquel nous empruntons ces renseignements, qu’un statisticien s’est amusé à calculer la longueur totale des lignes télégraphiques existant sur notre globe. Cette longueur serait, paraît-il, de 2 millions de kilomètres, c’est-à-dire cinq fois la distance moyenne de la Terre à la Lune. Les États-
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- Unis du nord de l’Amérique possèdent à eux seuls 500 000 kilomètres ; vient ensuite l’Allemagne avec 300000 kilomètres, et en dernière ligne, la Chine avec 2500.
- La population en Allemagne et en France —
- Au 5 juin 1882 la population de l’empire allemand montait à 45 222115 âmes. Le territoire français, d’après le recensement fait le 18 décembre 1881, comptait 37 622 048 habitants ; l’écart est donc déjà de 7 millions et demi entre la population des deux pays et cet écart ne peut que s’accroître. Le nombre des naissances dépasse en Allemagne de 522 000 (celui de 1882) celui des décès, en France, d’une centaine de mille seulement. En tenant compte de ce que l’Allemagne est un pays d’émigration et la France un pays d’immigration, on peut admettre que la population de l’empire allemand s’accroît de 300 000 à 350 000 âmes par année et celle de la France de 150 000 âmes environ. A chaque intervalle de dix ans l’excédent de la population allemande sur la population française augmente d’environ 2 millions d’âmes, de sorte que la supériorité de population du territoire allemand sur le territoire français, laquelle était de 7 millions et demi environ en 1882, sera de 11 millions et demi approximativement en l’an 1900. Sur les 45 222113 habitants de l’empire allemand, le nombre de ceux qui vivent principalement ou exclusivement (auschliesslich oder haupt-sachlich) de la production primitive ou primordiale (ur-produdion), à savoir l’exploitation agricole ou forestière, l’élevage des bestiaux et la pêche, monte, en y comprenant les enfants et les femmes, à 19 225 455 âmes. En France, les personnes qui vivent de l’exploitation agricole et forestière sont inscrites au recensement de 1881 pour le nombre de 18 249 209. La pèche n’est pas comprise dans ce chiffre, mais elle y ajouterait bien peu de chose, à peine une centaine de mille âmes. Ainsi quoique la population allemande excède de 7 millions et demi la population française, le nombre des personnes qui tirent leur subsistance de l’exploitation agricole et forestière dépasse à peine de 1 million en Allemagne le nombre de celles qui en France ont la même occupation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 décembre 1884. —Présidence de M. Rolland.
- Activité optique de la cellulose. —M. Albert Levallois, qui vient d’être nommé au concours directeur de la station agronomique de Nice, étudie depuis plusieurs mois la propriété qu’il a découverte chez la cellulose de déterminer la rotation à gauche du plan de polarisation de la lumière. M. Béchamp, dans une Note parue au dernier Compte rendu, conteste la réalité de ce phénomène cependant bien incontestable, puisqu’avec une colonne de 29 centimètres seulement de la solution cupropolassique de cellulose, la rotation égale 20 degrés. Aujourd’hui M. Levallois constate que M. Béchamp s’est sans doute trop hâter de nier des faits qu’il lui eût été facile d’observer lui-même en opérant convenablement.
- Le Kersanton du Croisic. — En parcourant la Grande Côte,entre le bourg deBatzetLe Croisic (Loire-Inférieure), mon attention s’arrêta sur unjépais filon de roche noirâtre et traversant la granulite presque verticalement. Ayant soumis cette roche à une série d’essais, j’ai reconnu qu’elle constitue une variété du Kersanton de Delesse, dont le gissement n’avait pas, que je sache, été signalé
- dans cette partie de la Bretagne. Je donne la déscriptiou complète de cette roche dans une Note présentée à l’Académie par M. le secrétaire perpétuel avec une bienveillance dont je tiens à le remercier. Parmi les échantillons examinés, certains se signalent par une abondance très grande de petits cristaux aciculaires d’apatite orientés souvent par une sorte de fluidalité.
- Aslérophyllites phanérogames. — Sous le nom d’Asté-rophyllites, les paléobotanistes ont groupé des rameaux d’origines très diverses, articulés, fistuleux, portant à chaque nœud, des ramules opposés ou verticillés ou bien simplement des feuilles aciculaires de grandeur variable, qui ont été détachées de tiges articulées elles-mêmes, Calamophyllitcs, Calamites, Calamodendrons, Arthro-pitus, etc.... Certains savants regardent toutes ces plantes comme étant, sans exception, des Cryptogames, tandis que d’autres, y voient outre des Cryptogames, de véritables Phanérogames. Or, si cette deuxième manière de voir est juste, on devra rencontrer sur les rameaux tantôt des fructifications cryptogames, tantôt des fructifications phanérogames. Jusqu’ici les fructifications de quelques Astérophyllites cryptogames étaient seuls connus; M. Renault les a décrites en détail et a montré que certains épis sont hétérosporés, c’est-à-dire pourvus de deux sortes de sporanges, des microsporances au sommet, des macrospores à la base. Aujourd’hui le même savant avec la collaboration de M. Zeiller appelle l’attention sur un rameau fertile d’Astérophyllite provenant de la collection rassemblée à Commentry, par M. Fayol, et qui présente un exemple bien net d’inflorescence phanérogame.
- En écrivant leur note le but des auteurs est de signaler un fait positif prouvant que certains Astérophyllites ont porté des grains et, par conséquent, sont Phanérogames.
- Acariens parasites des oiseaux. — On sait que les oiseaux portent sur leurs plumes un grand nombre de parasites. Dans des travaux récents, M. le Dr Trouessart a décrit des acariens variés qui envahissent ainsi la robe de divers oiseaux. En les recherchant il dut couper beaucoup de plumes et c’est ainsi qu’il découvrit, dans le tube même de ces plumes, de nouveaux acariens. Il en décrit aujourd’hui des espèces et même des genres variés dans une note déposée par M. Alphonse Milne Edwards.
- Le Filon de Pontgibaud. — D’après M. Gonard, un filon de Pontgibaud (Puy-de-Dôme) présente sur ses parois et par conséquent comme incrustation la plus ancienne, de la fluorine en gros octaèdres. Ces cristaux ont été recouverts d’un enduit mince et uniforme de silice et plus tard de la fluorine s’est constituée de nouveau. Cette fois, cependant, elle n’a pas cristallisé en octaèdres mais en cubes. Or, et c’est là le fait intéressant à retenir, bien que les cubes soient séparés des octaèdres par la couche de silice, leurs axes cristallographiques sont rigoureusement orientés comme ceux de ces derniers. M. Fouqué insiste sur l’intérêt de cette observation.
- Election. — A l’unanimité de 55 votants, M. Jules Reiset est appelé à remplir la place laissée vide dans la section d’économie rurale par le décès de M. Thénard.
- Varia. — M. le professeur Albert Gaudry présente avec la plus grande indulgence un petit volume que je viens de publier sous ce titre : Traité de Paléontologie pratique, gisement et description des animaux et des végétaux fossiles de la France, avec l'indication de localités fossilifères. — M. Cailletet réclame contre M. Amagat la
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- LA N AT U K K.
- priorité d’expériences relatives à la compression des gaz. — Une étude sur la constitution des rhizopores est présentée par M. Milne Edwards au nom de M. de Follin.
- Stanislas Meunier.
- ILLUSIONS D’OPTIQUE
- LES FIGURES A DOUBLE ASPECT
- Les dessinateurs et les peintres, ont souvent imaginé des compositions où les illusions d'optique interviennent pour produire des effets inattendus , et notamment des figures à double aspect. On retrouve parfois, parmi les anciennes estampes * ou les images d’autrefois, la représentation d’un personnage ayant une certaine physionomie quand on le considère dans un sens, et pre-nant une toute autre figure quand on le retourne, et qu’on le regarde dans un sens opposé. Il y a eu au Musée de Strasbourg des tableaux célèbres d’un peintre ancien, qui s’est amusé à représenter les quatre Saisons sous forme de quatre tètes, dont toutes les parties sont des fruits. De loin, les quatre têtes, ont un aspect normal ; quand on s’en approche on voit qu’elles sont entièrement formées par la réunion habile, de cerises, de poires, de pommes, de raisins et d’une multitude d’autres produits du sol. L’effet est très curieux et très amusant.
- Ce mode de récréation semble revenir de mode ; on voit depuis quelque temps exposée à Paris, chez les marchands d’estampes et de photographies, une tète de Christ qui a les yeux baissés. Quand on regarde fixement la tête pendant 25 ou 30 secondes, il semblerait que l’image du Christ a les yeux ouverts. L’illusion est produite par une ombre habilement dessinée sur la paupière close. L’œil
- se fatigue légèrement par la fixation continue vers le même point, et par suite d’un petit trouble dans la vision, l’ombre dont il vient d’être question prend par moments davis le dessin l’aspect de la prunelle.
- La curieuse composition que nous représentons ci-dessous est un spécimen intéressant de ces dessins à deux aspects. Elle représente quand on la considère de près, deux petits enfants au milieu desquels est un chien; ils s’amusent avec des petites poupées et des soldats de plomb. Placez ce dessin à quelques
- mètres de distance, vous apercevrez une tête de mort hideuse, avec sa mâchoire décharnée.
- Cette combinaison ingénieuse est due à un artiste italien fort habile, M. Gal-lieni, qui l’a pour la première fois présentée sous le titre de Choléra rnorbus. M. Gallieni en a donné l’explication suivante : La peur surexcitée par l’imagination est le plus sûr collaborateur de l’hôte du Gange.
- Cette pensée est pleine de justesse; la façon dont M. Gallieni l’a interprétée est curieuse et poétique, tout à la fois. 11 y a là des enfants vigoureux et frais qui caressent un chien et qui jouent. L’imagination affolée par la folle terreur d’épidémies parfois imaginaires, vous les montre déjà sous l’aspect de la mort.
- Que cette image, intéressante illusion d’optique, serve d’enseignement à ceux qui trop enclins à une crainte mal justifiée, ont cru voir récemment à Paris, les effets d’un choléra qui n’a jamais sévi que d’une façon tout à fait bénigne. Il a paru surtout redoutable à ceux qui le considéraient à distance, comme dans la composition du peintre Italien.
- G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissas lier.
- Spécimen d’un dessin à double aspect. — Le Choléra morbus, composition de M. Gallieni.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° OU 5.
- 5 J A N-Y IKK 188h.
- LA N A TU UE.
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- LE TIR ET LES TIREURS
- (Suite. — Voy. j>. 35.)
- Le tir militaire. — Le tir n’est pas seulement un sport, un jeu, un exercice où l’on montre son
- adresse, et où l’on peut, à la chasse, abattre du gibier ; il joue, connue on le sait, un rôle prépondérant dans les luttes entre les peuples, c’est-à-dire dans les guerres. Dans les combats modernes, en effet, les luttes corps à corps tendent à être- remplacées par ce qu’un général appelait « des échanges de/£*“
- Fig 1. — Un sergent des Gardes françaises, inclinant à l’aide d’une canne-hallebarde les fusils des hommes de sa compagnie.
- (Armées du dix-septième siècle.) «i.-
- projectiles, » c’est-à-dire de luttes au fusil ou au canon.
- A la guerre, on recherche à la fois un résultat matériel qui est de mettre le plus possible d’adversaires hors de combat, et un trésultat psychologique qui est d’effrayer l’ennemi et de rassurer les hommes de son côté. — Le tir avec les armes de guerre peut être envisagé à ce double point de vue. — Prenons, par exemple, le canon. Le nombre des tués ou blessés par les boulets ou obus est peu considérable relativement à
- Fig. 2. —Ce qu’il a fallu de balles de fusil (1300) pour tuer un soldat pendant la guerre franco-prussienne.
- dant le-sifflement des obus, la menace de ces projectiles , l’énorme bruit qu’ils produisent en éclatant derrière, à gauche, à droite du point où l’on se trouve, les exemples du nombre de tués et de blessés par un seul projectile éclatant au milieu d’une compagnie, fait que cette menace de chaque instant, effraye les hommes et les démoralise.
- A l’autre extrémité de la trajectoire, c’est-à-dire du côté du canon, l’effet est inverse. Le canon rassure les combattants , le fan-
- eelui des hommes atteints par les balles, et cepen- I tassin se sent protégé par cet engin à la voix puis-
- f*
- 13e année. — lor semestre. à
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- LA NATURE.
- santé, et mesure les ravages qu’il doit faire dans les rangs ennemis au bruit qu’il fait près de lui. Si un bataillon d’infanterie faiblit, il suffit de placer à côté une ou deux pièces d’artillerie pour le voir immédiatement se rassurer.
- 11 en est de même avec le fusil. On sait que le nombre de coups de fusils tirés pour atteindre un homme est considérable. Le maréchal de Saxe disait que la destruction d’un homme dans une bataille exigeait autant de plomb que le poids de son corps. Casscndi, qui traita la question en mathématicien, trouva que le poids du plomb dépensé dans, un combat était toujours de beaucoup supérieur au poids des hommes tués. Le même calcul a été fait pour les temps modernes. Ainsi, d’après M. de Ches-nel, « il aurait été tiré du côté des Autrichiens à la bataille de Solférino 8 400 000 coups de fusil, et on évalue à 2000 tués et 10 000 blessés la perte que le feu de l’infanterie a fait éprouver à l’armée franco-sarde. — Chaque soldat blessé aurait donc coûté 700 coups de fusil et chaque mort 4200. — Or, comme le poids moyen des balles était de 30 grammes, il aurait fallu au moins 126 kilogrammes de plomb par homme tué. » En sorte que, pour cette bataille, l’évaluation du maréchal de Saxe resterait au-dessous de la réalité.
- Pendant la guerre Franco-Allemande le nombre des cartouches dépensées par les Allemands a été de 30 millions, celui des coups de canons de 362 000, et du côté des Français le nombre des blessés ou des morts de leurs blessures a été de 35 000 environ. En déduisant approximativement le nombre de tués par les obus, on obtiendrait un mort par 12 ou 1300 coups de fusils (fîg. 2). Cette proportion semblerait indiquer beaucoup plus de précision dans les armes de guerre moderne, le fusil à aiguille, que dans la carabine autrichienne. Malgré cela la quantité de balles dépensées est énorme, relativement au résultat acquis.
- Voir en effet mille ou deux mille balles dirigées sur un groupe d’individus avant qu’uu seul ne tombe mortellement atteint semble extraordinaire, cela tient à ce que le soldat tire presque toujours sans viser. Ce fait était surtout sensible avec l’ancienne tactique, les tireurs réunis en ligne de bataille, tirant à feu de peloton ou à tir à volonté, bientôt la fumée masquait l’adversaire et le tir se faisait absolument au hasard. La préoccupation du soldat était de tirer le plus rapidement possible.
- Il en résultait que presque toutes les balles passaient au-dessus de la tête de l'ennemi, la tendance étant toujours de tirer trop haut. Cette tendance, du reste, a été remarquée depuis longtemps ; la canne des sergents des gardes françaises servait primitivement à incliner les fusils de la compagnie, de façon à baisser la ligne moyenne du tir (fig. 1). Pendant la guerre 1870-71, les officiers allemands employaient le même moyen et de leur sabre pesaient sur l’extrémité des fusils de leurs hommes.
- Le tir par ordre dispersé est beaucoup plus effi-
- cace. Si le tirailleur est isolé, livré à son initiative, abrité plus ou moins par un talus, quelques pierres, un repli de terrain, il prend mieux le temps de viser ; mais la proportion des balles perdues est encore très grande.
- Un officier nous racontait dernièrement que pendant la guerre Franco-Allemande, il s’était trouvé avec une compagnie de chasseurs en face d’une seule vedette prussienne à cheval, placée sur un mamelon découvert à 250 ou 300 mètres. Or, pendant plus d’un quart d’heure celte vedette servit de cible aux chasseurs, 400 coups environ furent tirés, à la fin le cheval fit un bond, se cabra et s’abattit, entraînant son cavalier. Une balle venait de l’atteindre. Or, il est à remarquer qu’un tireur exercé, connaissant bien son arme, serait arrivé au même résultat du premier ou tout au moins du second coup.
- 11 y a actuellement parmi les officiers français un groupe qui grossit peu à peu et qui préconise le remplacement des gros bataillons, des armées nombreuses par de petits groupes composés d’habiles tireurs, constamment exercés, robustes, excellents marcheurs et d’une grande résistance à la fatigue. — Le soldat ne vaut à la guerre que par le résultat qu’il peut produire. — Un tireur pris au hasard dans les lauréats du Concours de Vincennes, plaçant à 200 mètres au moins une balle sur trois dans une cible de 0m,30, vaudra à lui seul le nombre d’hommes nécessaire pour tirer assez de balles pour arriver au même résultat. Une compagnie formée des premiers lauréats du Concours pourrait anéantir une armée.
- On sait que le général L ewal propose un système mixte; la création des compagnies franches, composées d’hommes choisis par sélection, dans l’armée, comme tireurs et marcheurs, robustes, bien constitués. — Ces compagnies lancées en avant harcèleraient l’armée ennemie et pourraient lui faire le plus grand mal. — Derrière, au loin, viendrait le gros de l’armée avec ses longs convois, ses bagages et sa marche lente et compliquée.
- Pendant la guerre Franco-Allemande, les compagnies de francs-tireurs ont montré ce que pouvait faire l’habileté du tir, la résistance à la fatigue et l’audace. On sait que beaucoup d’entre eux avaient l’habitude de faire une coche à la crosse de leur arme à chaque ennemi abattu. — Or, quelques-unes de celles-ci avaient 15, 20, 25 de ces coches.
- Serait-il impossible de trouver sur tout le territoire de la France 2000 individus capables de parvenir à ce même résultat? Or, pendant la campagne 1870-71, les pertes des Allemands n’ont été que de 28 000 hommes tués environ, c’est-à-dire près de la moitié de ce que ces 2000 tireurs d’élite auraient pu obtenir.
- Ces faits démontrent suffisamment, nous semble-t-il, l’importance de la justesse du tir dans les guerres.
- Un mot de l’effet psychologique du tir au fusil.
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- — Le sifilement d'une balle parait toujours plus rapproché qu'il ne l’est réellement. « Les balles nous sifflaient aux oreilles, » disent les troupiers dans leurs récits. — Ce sifflement produit sur les plus braves, les plus aguerris, une impression désagréable bien caractérisée par « froid dans le dos, » et cette impression peut être assez vive, quand elle est répétée pour démoraliser et même affoler des troupes aguerries, mais qui ne sont pas encore échauffés par le combat. En voici un exemple :
- Le colonel russe Kouropatkin raconte que pendant la dernière guerre Russo-Turque, les Turcs munis d'armes supérieures à la carabine russe, criblaient de balles les colonnes russes qui s’avancaient en rangs serrés et ne .devaient tirer qu’à moins de 600" mètres. — « Or, dit le colonel, lorsque l’épuisement des forces physiques, l’ébranlement des nerfs obligeaient nos troupes à s’arrêter en chemin, elles se couchaient non sur les "points qui eussent été les plus favorables, mais simplement dans les endroits où elles étaient domptées par cette sorte de crise. — Des fractions étaient arrêtées, les unes à 100, les autres à 40 pas de l’ennemi, sur des terrains’ complètement découverts, quand elles avaient en avant ou en arrière d’excellents couverts où elles auraient pu s’abriter. »
- Il arrive aussi parfois avec les armes a grandes portées que des réserves placées loin du champ de bataille, abritées derrière une colline, ne sachant pas ce qui se passe de l’autre côté, et dont le devoir est de se reposer, de manger et de dormir alin de se tenir fraîches pour le moment où elles auront à donner, ne soient prises tout à coup d’alerte par suite du sifflement des balles passant au-dessus de leurs tètes et dont la trajectoire a contourné la colline qui les sépare du lieu du combat. Ce sifflement agissant sur le soldat au repos, le préoccupe , l’énerve et fait qu’il ne paraîtra sur le champ de bataille que démoralisé, fatigué, « défraîchi. »
- Ce fait s’est présenté plusieurs fois pendant la guerre 1870-71, notamment à Saint-Privat du côté des Allemands, à Sedan du côté des Français.
- De l’importance prépondérante du tir au fusil d?ns la guerre, découle l’importance de cet exercice en temps de paix. L’apprentissage du tireur demande un temps très long. Ce fait démontre l’utilité de toutes les institutions créées en vue de cet apprentissage tels que tirs, sociétés, concours, écoles. Nous les étudierons d’une façon spéciale, en insistant surtout sur le magnifique Concours qui vient d’avoir lieu : le Concours de tir de Vincennes.
- — A suivre. — GuïOT-DaUBÈS.
- LE CHAUFFAGE DES VOITURES
- DE CHEMINS I)E FED
- Pendant longtemps, sur les chemins de fer français, les voitures de première classe ont seules été chauffées. Aussi était-ce pour les voyageurs une vé-
- ritable souffrance, que d’avoir en hiver un long parcours à faire en deuxième ou en troisième classe'. Le public se plaignait à bon droit, mais ses réclamations restaient sans effet. Cependant la plainte générale semblait puiser une grande force dans ce fait, qu’en plusieurs pays étrangers tous les wagons sont pourvus d’un appareil de chauffage. 11 n’en fallait pas plus pour faire accuser nos grandes Compagnies d’avarice et d’inhumanité, car en France on est facilement porté à trouver bien tout ce qui se fait au dehors.
- Nous ne voulons pas ici défendre les Compagnies françaises, ni les justifier des reproches encourus. Notre but est tout autre ; mais nous devons leur rendre en passant cette justice, qu’elles se sont émues de l’état de choses autrefois existant. La preuve en est dans le progrès aujourd’hui réalisé du chauffage général des trains dont le parcours a une longueur déterminée.
- Le problème du chauffage des voitures de toute classe paraît bien simple au premier abord, il est cependant des plus complexes et des plus difficiles à résoudre. Dans une question de cette nature, les moindres détails sont importants, et l’on peut même dire a priori qu’il est à peu près impossible de trouver un système qui puisse être universellement adopté. La forme du matériel, le goût des voyageurs, les conditions climatériques, les exigences du service, sont autant de facteurs dont il faut tenir compte, et qui varient évidemment d’un pays à un autre et même d’une Compagnie à la Compagnie voisine.
- Dans quelques pays étrangers diverses solutions sont appliquées, mais les unes sont gênantes et coûteuses, les autres dangereuses et malsaines. Et nous ne faisons pas ici une critique de parti pris, nous ne faisons que constater le résultat de l’expérience.
- D’ailleurs, pour que nos lecteurs puissent se faire eux-mêmes une opinion raisonnée, nous allons passer en revue les principaux systèmes proposés avec les résultats donnés par chacun d’eux.
- Avant de commencer, disons que les éléments de notre travail sont empruntés à un excellent ouvrage de M. L. Regrav, ingénieur en chef à la Compagnie de l’Est, ouvrage publié par ordre du Conseil d’administration de ladite Compagnie à la suite des études de chauffage faites dans les hivers 1875, 74 et 75 sur un train circulant de Paris à Nancy1.
- Le nombre des solutions appliquées en Europe se réduit actuellement à sept. En voici l’énumération :
- Poêles montés dans les voitures ;
- Appareils à air chaud;
- Appareils à combustibles agglomérés ;
- Chauffage à la vapeur ;
- Chauffage au gaz ;
- Circulation d’eau chaude dans les appareils fixes ;
- 1 Le chauffage des voitures de toute classe sur les chemins de fer, par L. Regrav, ingénieur en chef à la Compagnie de l’Est. Texte et atlas. — Librairie Paul Dupont.
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- Chaufferettes mobiles à eau chaude.
- De tous ces modts de chauffage, il n’en est que deux que la Compagnie de l'Est n’ait pas essayés. C’est le chauffage au gaz (système Chaumont) et le chauffage à la vapeur.
- • L’appareil Chaumont, expérimenté par la Compagnie de l’Etat belge, donne un rendement calorifique satisfaisant, mais son installation est coûteuse et compliquée, et ses frais de consommation sont considérables. D’ailleurs, la question du chauffage par le gaz est solidaire de celle de l’éclairage, et pour se prononcer sur la première il faut attendre que la seconde soit entrée dans une voie vraiment pratique.
- Quant au chauffage à la vapeur, il exige une communication continue entre les voitures d’un même train, soit que le générateur de vapeur se trouve sur la locomotive, soit qu’il se trouve dans un wagon
- spécial. Or, une telle communication fort gênante pour les manœuvres, présente l’inconvénient d’empêcher le chauffage du train en totalité ou en partie si l’un des tuyaux de jonction vient à crever. Et cet accident peut-être plus fréquent qu’on ne croit par suite de la congélation de l’eau condensée dans le système si les soupapes d’écoulement fonctionnent mal, de plus le système est très coûteux à installer, et comme toutes les parties en sont très délicates les frais d’entretien sont considérables.
- Citons en passant les risques d’explosion et d’incendie, dans le cas d’un générateur spécial, et ajoutons pour terminer que tous les voyageurs français qui ont circulé dans des trains chauffés à la vapeur en ont rapporté une impression générale de malaise.
- Tous les autres systèmes ont été étudiés avec le plus grand soin et dans les meilleures conditions
- retour d'e
- Fig. 1. — Expérience de la Compagnie du chemin de fer de l’Est. — Chauffage par eau chaude circulant dans des boîtes fixes.
- possibles, en appliquant toujours les perfectionnements que l’expérience pouvait indiquer.
- Chauffage au moyen d’un poêle. — Rien ne paraît plus simple que de chauffer un espace donné au moyen d’un poêle. Aussi la solution du problème qui nous occupe, paraît toute indiquée. Seulement avec le matériel français, on ne peut songer sérieusement à mettre un poêle dans chaque compartiment; ce système est donc à peine applicable aux seules voitures de troisième classe.
- Le modèle essayé était un poêle calorifère au coke, type D, n° 5, de la Compagnie Parisienne du Gaz. Chaque appareil, tout installé, revenait à 250 francs; sa consommation de combustible coûtait 0 fr. 044 par heure de marche et 0 fr. 026 par heure de stationnement.
- Comme on le voit ce système a le grand avantage d’être économique, mais voici les inconvénients qu’il présente.
- L’air du wagon obéissant à la loi des densités, la température va en augmentant du plancher au pa-
- villon ; donc les voyageurs ont la tète plus chaude que les pieds, condition malsaine et dangereuse.
- Les environs du poêle ne peuvent être occupés sans inconvénients graves à cause des températures élevées qui s’y produisent.
- Enfin les régions éloignées sont peu ou point chauffées.
- Il faut ajouter encore que chaque voiture portant avec elle un foyer de charbon incandescent, le danger d’incendie est à craindre en cas de collision1.
- L’accueil fait par le public à ce mode de chauffage a rendu l’expérience décishe. Les voitures chauffées étaient généralement désertées. Les rares voyageurs qui y prenaient place ouvraient en grand leurs portières pour combattre la chaleur qui les incommodait.
- Appareils à air chaud. — Le premier appareil
- 1 Le 24 décembre 1875, sur la ligne d’Odessa, en Russie, 107 soldats ont été brûlés vifs dans l’inccndie allumé par les jioêles des voilures dans un train déraillé.
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- essayé est celui de MM. Grandvnllet etKiénast.Nous I tats obtenus ont été négatifs. Les frais d'installation n’en dirons que quelques mots parce que les résul- | s’élevèrent à 800 francs; les frais de combustibles
- furent de 0 fr. 15 par heure avec la braise ni-tratée et de 0 fr. 072 avec le charbon nouveair, avec le premier combustible la température moyenne de la voiture n’était élevée que de 4° au-dessus de la température extérieure, avec le second l'effet utile était seulement de 5°.
- Les essais ont ensuite porté sur l’appareil Mousseron, calorifère à air chaud placé à l’extérieur de chaque voiture. La marche du véhicule détermine l’introduction de l’air froid autour du foyer, air qui passe dans le wagon après s’être échauffé.
- Ce système de chauffage offre le même inconvénient que les poêles pour la distribution des couches d’air.
- Hg. 2. — Appareil de M. Rcgray, construit à la gare de l’Est, à Paris, pour le chauffage des bouillottes de chemins de 1er.
- De plus, la capacité calorifique de l’air étant très faible *, la quantité de chaleur emmagasinée dans 1 0,2577 par kilogramme à pression c nstante.
- chaque voiture ne peut être considérable, et disparaît presque entièrement à chaque ouverture de glace ou de portière. De là, pour les voyageurs, des alternatives fréquentes de chaud et de froid.
- Les voyageurs se plaignaient en outre de maux de tète résultant de la mauvaise odeur de l’air chauffé au contact des foyers en fonte.
- En effet, à une température élevée, la paroi métallique est perméable aux gaz de la combustion qui se diffusent à l’extérieur.
- Comme on le voit, il est mauvais en principe et préjudiciable à la santé publique d’envoyer de l’air chaud dans les voitures , et les voyageurs aiment mieux souffrir du froid que d’être obligés d'endurer une chaleur apoplectique.
- Appareils à combustibles agglomérés. — Pour
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- ce procédé de chauffage deux appareils ont été essayés : l’appareil Grandjean, déjà en expérience sur les chemins de fer hollandais, et un appareil imaginé par les ingénieurs de la Compagnie de l’Est.
- L’appareil Grandjean consiste essentiellement en une chaufferette en tôle encastrée dans le plancher de la voiture et placée sous les pieds des voyageurs. Cette chaufferette est formée de trois enveloppes concentriques. Dans la partie centrale, qui communique j avec l’extérieur, on place les paniers à combustibles. Tout le système est recouvert d’une plaque faisant corps avec le plancher et munie d’une bouche de chaleur.
- Ce système est coûteux et l’effet utile en est très inégal. Mais d’autres inconvénients plus graves sont à signaler. Le chargement doit se faire par l’inté- i rieur des voitures, et l’introduction dans les coin- ! partiments dé paniers ^remplis de charbons incan- | descents est une cause dïNJtjg^ts et d’incendie. j
- En outre, les joints ne pouvant être parfaitement étanches, on a trouvé, deux heures après l’allumage ! dans l’air recueilli à la surface des planches, une proportion de 0,9 pour 100 d’acide carbonique. 1
- Et nous ne mentionnons que pour mémoire les ' difficultés d’allumage et de manutention, ainsi que j l’impossibilité de visiter les foyers quand les voitures sont occupées par les voyageurs.
- ' Circulation d'eau chaude dans des appareils fixes. — Thermo-syphon. — On essaya d’abord deux modèles un peu différents de l’appareil Weibel et Briquet.
- Cet appareil consiste essentiellement en une chaudière placée sous la caisse de chaque véhicule et dans laquelle l’eau s’échauffe au contact d’un foyer central. Cette eau se distribue ensuite dans des tuyaux de chauffe au moyen d’une canalisation fixée dans l’intérieur de la voiture. C’est en résumé un thermo-syphon analogue à ceux qui servent au chauffage des maisons et des serres.
- Ce système, dont les résultats élaient assez bons, laissait entrevoir que la solution pratique du problème est dans l’emploi de l’eau chaude, véritable volant de chaleur. Mais la disposition adoptée présentait de graves inconvénients. Ainsi la température était plus élevée à la partie supérieure des voitures que près du plancher; il n’était pas possible aux voyageurs de se chauffer les pieds ; et enfin la canalisation placée à l’intérieur des voitures rendait difficile le montage et l’entretien de l’appareil, et pouvait entraîner des dégâts en cas de fuite dans un joint.
- Tous ces inconvénients et quelques autres détails que nous laissons de côté, déterminèrent les ingénieurs de la Compagnie à imaginer un autre appareil fondé sur le même principe, le système est représenté ci-contre (fig. 1).
- Dans cette nouvelle disposition la chaudière était suspendue contre l’un des brancards en dessous de la caisse; des boites métalliques engagées dans le plancher de la voiture servaient de chaufferettes ; un tuyau de distribution partant du haut de la chau-
- dière reliaient les extrémités des chaufferettes sur l’un des côtés de la voiture; un tuyau de retour, parallèle au premier, reliaient les autres extrémités des chaufferettes et aboutissait à la partie inférieure de la chaudière.
- Voici maintenant les résultats obtenus dans une voiture de troisième classe :
- La température intérieure était en moyenne de 9°,88 au-dessus de celle de l’air extérieur. La distribution de la chaleur était bonne, plus élevée sur le plancher que près du pavillon. Les écarts entre la température des différents points de la voilure étaient en moyenne de 4° à 5°. Le thermomètre au contact des chaufferettes marquait 59°, nombre très suffisant. L’influence de l’ouverture des portières a été conslatée être peu importante.
- Cet appareil, susceptible d’ailleurs d’être perfectionnée, est bon en principe. Mais on peut lui reprocher la lenteur du premier chauffage, la présence d’un foyer attaché à chaque voiture et surtout la congélation possible de l’eau en cas d’extinction du foyer. Mais ces inconvénients ne sont pas sans remèdes et ne suffisent pas à faire rejeter le système.
- Chaufferettes mobiles à eau chaude. — Les houillotes employées dans ce mode de chauffage sont tellement connues qu’il est inutile de les décrire.
- Chaque chaufferette livrée aux voyageurs revient tous frais compris à 0 fr. 14 en moyenne, et sa durée est d’environ deux heures. Les frais d’aménagement des voitures sont nuis puisque les appareils sont complètement indépendants du matériel roulant. Et, chose fort appréciée des voyageurs, il leur est possible avec ce système de se maintenir les pieds chauds.
- Il est juste de mettre en regard de ces avantages les inconvénients suivants. Le chauffage peu énergique n’élève pas la température du compartiment Le refroidissement assez rapide des bouillottes exige un renouvellement fréquent, qui, surtout pendant la nuit, cause aux voyageurs une gène fort grande.
- Au point de vue de l’exploitation, un personnel assez nombreux est nécessaire pour le maniement rapide des bouillottes, et les opérations de vidange et de remplissage prennent beaucoup de temps et détériorent assez vite le matériel.
- Deux améliorations sont facilement réalisables : l’emploi de l’eau très chaude et la suppression de la vidange et du remplissage. On peut les obtenir à la fois, soit par l’injection dans les chaufferettes de vapeur surchauffée, soit par l’immersion pure et simple des bouillottes dans un bain d’eau très chaude.
- Le premier procédé est employé par la Compagnie d’Orléans. Il est assez rapide, et permet de préparer les chaufferettes d’avance. Mais on peut lui reprocher d’exiger un nombre considérable de chariots lourds et coûteux, de causer une perte de temps par les opérations de bouchage et de débouchage lors de chaque injection, et de détériorer assez vite le mécanisme de fermeture.
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- Le second procédé est employé par la Compagnie de l’Est. Pour rendre les manipulations faciles et rapides, M. Regray a imaginé un appareil que nous «avons représenté dans son ensemble (fig. 2).
- Deux chaînes sans fin plongeant dans un puits plein d’eau chaude forment une sorte de noria. Les chaufferettes sont placées dans les maillons successifs qui, entraînés par le mouvement suffisamment lent d’un tambour, sont amenés tour à tour à la hauteur convenable, d’un côté pour recevoir la bouillotte froide, et de l’autre pour permettre d’enlever la bouillotte chaude.
- Des courbes directrices sont disposées de façon à rendre en quelque sorte automatiques ces deux opérations. A la sortie, deux brosses croisées épongent l’eau attachée à la surface des chaufferettes.
- Dans le puits, la température est maintenue à 100° par une injection de vapeur provenant d’une chaudière spéciale. Une petite locomobile à pompe alimente le générateur et fait mouvoir le tambour de la noria.
- Chaque bouillotte reste immergée pendant cinq minutes, et un appaieil fournit 288 bouillottes à l’heure. Le temps qui sépare chaque immersion est de 12",5, temps largement suffisant pour la manœuvre.
- Il est donc démontré que la question du chauffage rapide des bouillottes est aujourd’hui résolue, et qu’il est possible de chauffer désormais les voitures de toute classe par ce système, qui, sans être parfait, répond suffisamment aux conditions à remplir.
- Le lecteur a maintenant sous les yeux les pièces du procès. Il reconnaîtra comme nous que le problème n’est pas aussi simple qu’il le paraît, puisque malgré de longs et patients efforts, malgré des dispositifs ingénieux et variés, la solution définitive n’est pas encore trouvée.
- Toutefois, de la discussion des différents systèmes, se dégage une indication nette et précise. L’eau chaude est le seul intermédiaire calorifique qui donnera la solution de la question. Une simple comparaison des chaleurs spécifiques des différents corps aurait pu faire prévoir ce résultat *.
- Pendant la durée des expériences, le public s’est énergiquement prononcé contre des systèmes fort bien accueillis à l’étranger'. Il n’y a là rien de surprenant, car le froid est autrement rigoureux en Allemagne, en Autriche, en Russie, que dans les parties les moins favorisées de notre pays.
- Tout bien examiné, la France aura bien fait, cette fois, d’avoir attendu. Elle a pu ainsi profiter de l’expérience acquise par ses voisins. Et, comme le dit fort bien M. Regray à la fin de son livre : « Elle n’aura qu’à s’applaudir de s’être arrêtée à une solution que le temps a mûrie et que l’étude a consacrée. » H. Vila.
- 1 Voy. Le chauffage par l’acétate de soude, n° 502 du 13 janvier 1885, p. 101.
- FABRICATION DE L’ALUMINIUM1
- Bien que l'aluminium soit un des métaux les plus abondants de la création puisque toutes les argiles en sont des combinaisons, cependant les frais considérables que coûte son extraction l’ont empêché jusqu’à présent d’être d’un emploi aussi général que le comporteraient ses qualités de légèreté, d’inaltérabilité, d’élégance.
- Tout en appelant l’aluminium le fer de l'avenir, le savant chimiste anglais, M. Weldon, ne croit pas que l’on puisse encore actuellement le produire à bas prix.
- Il indique l’état actuel de la question et la voie dans laquelle les recherches devraient, d’après lui, être dirigées pour réduire les dépenses de fabrication.
- L’aluminium est fabriqué exclusivement chez M. Pé-chiney à Salindres (Gard), qui le livre à la Société de l’Aluminium (boulevard Poissonnière à Paris).
- La méthode employée à Salindres n’est pas nouvelle. Elle n’est autre que le procédé classique découvert il y a vingt-six ou vingt-sept ans par le savant chimiste H. Sainte-Claire Deville.
- Le procédé comprend trois opérations principales :
- 1° La préparation de l’alumine. On traite par l’eau le produit de la calcination d’un mélange de bauxite et de carbonate de soude ; et l’on obtient ainsi une lessive d’aluminate de soude que l’on décompose par un courant d’acide carbonique;
- 2° La préparation d’un chlorure double d’aluminium et de sodium. On mélange l’alumine avec du charbon et du sel marin, on sèche, et l’on chauffe dans un courant de chlore;
- o° La réduction par le sodium métallique du chlorure d’aluminium.
- Si l’on représente par 100 le prix de revient de 1 kilogramme d’aluminium à l’usine de Salindres, la préparation de l’alumine (y compris le prix de revient de la bauxite) représente 9,67 ; la préparation de chlorure doublé d’alumine et de sodium 51,40 ; et enfin la réduction du chlorure d’aluminium par le sodium (y compris le sodium et la chryolite employée comme fondant) atteint 56,93. C’est-à-dire qu’évidemment c’est cette dernière opération jqui entraîne l’élévation de prix du procédé.
- Pour fabriquer l’aluminium à bon marché ; il faut donc soit découvrir une méthode nouvelle, soit trouver le moyen de réduire le chlorure d’aluminium à bas prix.
- Si donc, ajoute M. Weldon, M. Webster a découvert un nouveau procédé de préparation de l’alumine anhydre, à l’aide de l’alun de potassium, cela modifie bien peu le fonds du problème.
- Eût-on l’alumine pour rien, que cela ne diminuerait encore le prix de l’alluminium que de 9,7 pour cent.
- Cela étant et le procédé ne s’étant point modifié depuis vingt-cinq ans, que peut-on espérer de l’avenir? M. Weldon ne croit pas à la possibilité de réduire directement l’alumine par le charbon, parceque l’affinité de l’aluminium pour l’oxygène est trop grande, et que 2 équiv. d’aluminium se combinant à 3 équiv. d’oxygène dégagent assez de chaleur pour chauffer 391 000 parties d’eau de 0° à 1°. Le charbon se combinant avec l’oxygène ne donne pas autant ; et ce serait pourtant là un minimum à atteindre pour dissocier l’aluminium de l’oxygène.
- De même faction de l’hydrogène sur le chlorure d’aluminium n’est pas davantage utilisable. Vainement objec-
- 1 Quelques réflexions de M. W. Weldon sur celte question. (Extrait du Journal of the Chemical industry, septembre 1883.)
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- LÀ NATURE
- terait-on que le carbone réduit le sodium de l’oxyde Na20, bien que la chaleur de formation de Na20 soit très supérieure à celle de l’oxyde de carbone CO. En réalité, le carbone ne réduit pas Na-0 ; mais en le chauffant fortement Na20 se volatilise ; et sa vapeur se dissocie partiellement en oxygène libre et sodium libre; et c’est alors seulement que le carbone s’empare de l’oxvgène libre, l’empêchant ainsi de se recombiner au sodium au moment du refroidissement.
- Disons en passant que cetle interprétation de M. Weldon est controversée. Quoi qu’il en soit, si l’on ne réussit ni à réduire l’alumine par le charbon ni à réduire le chlorure d’aluminium parl’hydrogène, comment espérer réduire le prix de revient de l’aluminium? M. Weldon engage les chercheurs à porter leurs efforts sur les points suivants :
- 1* Diminution du prix de revient du chlorure double d’aluminium et de sodium ;
- 2° Substitution d’un autre dérivé anhydre mais non oxygéné de l’aluminium du chlorure double ;
- 3° Remplacement du sodium par un réducteur moins coûteux;
- 4° Ou production du sodium lui-mème à bon marché.
- Nous avons cru intéressant de foire connaître sur l’état actuel de cette question l’avis d’un chimiste industriel aussi expérimenté que M. Weldon. L. Poillon.
- LES BOULETTES CONTRE LA FAIM
- ET EES CONSERVES ALIMENTAIRES CHEZ, LES GRECS
- Non, je ne dirai point que les Grecs ont inventé la cocaïne1; mais il est certain qu’ils connaissaient un anesthésique dont ils se servaient contre la faim comme les Indiens du Pérou se servent des feuilles de coca. Voici en effet ce qu’écrivait un ingénieur militaire du deuxième siècle avant notre ère, Philon de Byzance, dans un traité fort peu connu relatif aux approvisionnements à'faire dans les places fortes en prévision d’un siège :
- 11 sera bon de conserver dans les maisons particulières des scilles et des oignons et d’en cultiver soit dans la ville, soit autour des remparts. On pourra alors composer la pâte d’Épiménide, grâce à laquelle on épargnerait aux citoyens les souffrances de la faim s’il survenait une disette.
- Voici la recette de cette pâte : on fait cuire la scille, on la hache très menu, on la mélange avec un cinquième de sésame et environ un quinzième de pavot; on broie le tout ensemble en y ajoutant du miel aussi bon que possible et on en fait des boulettes de la grosseur des plus fortes olives. En prenant une de ces boulettes vers la 2e heure (8 h. du matin) et une autre vers la 10e (4 h. du soir), on ne saurait souffrir de la faim.
- Il y a encore une autre composition analogue à celle-là qui doit être préparée de la manière, suivante : on prend un demi-setier (4’,525) de sésame attique, un demi-conge (l1,636) de miel, un cotyle (O1,270) d’huile, une cbenice (l‘,079) d’amandes douces épluchées ; on torréfie le sésame, on pile et on tamise les amandes; on épluche ensuite les scilles en rejetant .les racines et les feuilles, on les coupe en petits morceaux que l’on inet dans un mortier où on les broie de manière à les réduire en pâte; après cela on pile de nouveau les scilles avec le miel, puis
- 1 Yov. n1 005 du 2 5 décembre 1883, p. 54.
- 2 Veleres malhcmaltci, p. 88.
- avec une quantité égale d’huile et on verse le mélange dans une marmite que l’on place sur des charbons pour le faire cuire. Quand ce mélange commencera à bouillir, on y jettera peu à peu le sésame et les amandes jusqu’à ce que le tout soit employé. Lorsque la préparation se sera suffisamment épaissie, on l’enlèvera du feu et on la divisera en petites boulettes. En en mangeant une le matin et une le soir on sera bien suffisamment nourri. Cette préparation est excellente pour les expéditions, car elle est agréable au goût, nourrissante et n’altère pas.
- On compose encore un aliment avec de la mauve et le fruit de la scille mélangés par parties égales, broyés dans un mortier et pétris avec du miel cuit. On en fait des boulettes semblables à celles dont nous avons parlé plus haut et qui peuvent suffire pour la nourriture dans une place assiégée....
- Il y a aussi une nourriture qui ne la cède à aucune autre : ce sont des viandes très cuites et hachées, puis mélangées avec du beurre et du miel. Il en est de même du suc de toutes ces viandes conservé dans des vases bien propres.
- Il est également utile de faire cuire doucement de l’ægilops dans une marmite neuve sur la cendre, et de la recouvrir d’huile. On aura ainsi non seulement un aliment, mais encore un remède contre la dysenterie.
- Si nos eaux venaient à se corrompre, il faudrait prendre de l’orge torréfié, en mettre la valeur d’un cyathe dans deux conges (environ deux cuillerées par litre) dans d’excellent vinaigre et réduire le fout par l’ébullition ; grâce à cette préparation, les eaux ne tarderont pas à redevenir potables.
- Ce même traité décrit divers modes de construction des greniers et des silos pour assurer la conservation des céréales et Philon conseille de mélanger aux grains de laconyze, c’est-à-dire de l'insecticide
- Vicat. A. de Rochas.
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- LANCEMENT D’UN NAVIRE DE GUERRE
- A C H A T H A M , EN ANGLETERRE
- C’est un magnifique spectacle que celui du lancement d’un grand navire, et quand a lieu cette belle opération navale, il y a généralement fête dans le chantier de construction. La gravure ci-contre, que nous avons reproduite d’après The Jllustrated London News, donne une juste idée de l’expérience qui a eu lieu récemment à Chatham en Angleterre en présence du duc et de la duchesse d’Edimbourg, et d’une affluence considérable de spectateurs. 11 s’agissait d’opérer le lancement d’un grand navire de guerre désigné sous le nom de Rodney.
- Par une disposition mécanique très ingénieuse, le duc et la duchesse d’Edimbourg ont pu mettre le navire en marche au moyen d’une simple roue qu’il leur a suffi de mettre en rotation. Le Rodney a glissé sur son plan incliné au milieu des acclamations de la foule, et a fait grincer le plancher sous son passage, eu s’élançant au milieu de la masse d’eau qui lui donnait accès.
- Çe grand navire, construit à Chatham, n’est pas sans offrir un certain intérêt; c’est le second exemplaire d’un nouveau type de navires qui devront porter
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- Lancement d’un grand navire de guerre, à Cliatham, ien Angleterre, le 8 octobre 1884
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- LA NATURE.
- les noms de grands amiraux anglais.Sa longueur entre perpendiculaires est de 98 mètres, et son diamètre au maître-couple est de 21 mètres. Ce navire est construit avec une légèreté relative digne d’ètre signalée, et il a cependant la stabilité ne'cessaire pour être muni de tourelles et de grosses pièces d’artillerie. Il est confectionné presque entièrement en acier, et est muni d’une solide cuirasse qui le préserve des projectiles, au-dessus de la ligne de (lottaison.
- VIBRATIONS DU SOL
- PRODUITES PAR LES TRAINS DE CHEMINS DE FER
- Le choix d’un emplacement pour le nouvel, Observatoire naval des Etats-Unis à Washington, a donné lieu à des expériences sur les vibrations que produisent les trains de chemin de fer; on voulait voir jusqu’à quel point en seraient affectées les observations par réflexion à la surface du mercure, observations qui jouent un rôle important dans les travaux méridiens.
- L’instrument dont on a fait usage pour ces observations est une lunette de 80 millimètres d’ouverture, de lm,20 de longueur focale, munie d’un oculaire grossissant environ 135 fois et suffisant pour obtenir nettement les images réfléchies. Dans chacun des endroits choisis, on planta en terre, à une profondeur de 1“,20 à lm,50, un fort poteau autour duquel la terre fut solidement tassée. • Le sommet du poteau reçut une planche épaisse, fortement vissée, et trois vis fixées sur cette planche servirent à leur tour de supports à une caisse de 25 centimètres sur 35 et de 25 millimètres de profondeur remplie de 10 kilogrammes de mercure ; on y ajouta deux tiers d’étain afin d’en augmenter la stabilité. Une nuit d’essai démontra la nécessité de recouvrir l’appareil d’un toit en verre afin de préserver la surface de mercure de l’influence du vent. Ce toit, il est vrai, augmentait le nombre des images par les réflexions successives sur ses faces optiquement imparfaites, et ces images étaient très faibles ; néanmoins le système de ces images séparées et très rapprochées les unes des autres constituait un excellent moyen pour apprécier les vibrations.
- Les observations se firent le soir sur l’image réfléchie de la polaire, de façon à ne pas devoir bouger le trépied du télescope, ce qui aurait été nécessaire pour suivre les mouvements d’une étoile plus éloignée du pôle.
- Les observations eurent lieu en quatre endroits différents et les appareils furent placés à des distances diverses du chemin de fer, données comme suit en mètres :
- Station A. à 480 mètres. Station B. à 1330 mètres. Station C. à 1500 mètres. Station D. à 1300 mètres.
- Voici quels furent les résultats obtenus ; L’établissement des poteaux était autant que possible le même dans les quatre stations ; la seule différence provenait de la nature du sol, gravier caillouteux compact en A et D, terre pure et sèche en B, terre légère et humide en C.
- A la station la plus rapprochée du chemin de fer, A (480 mètres), un train express marchant à 60 kilomètres par heure produisit un tel trouble dans l’appareil que le système des images fut bouleversé et se confondit en un bouillonnement de vagues de plus de 1' de diamètre. On reconnut l’approche de ce train au tremblement des ima ges, avant que les oreilles eussent perçu aucun bruit, une
- brise légère soufflant de la station vers le train qui s’approchait. Un train ordinaire faisant 25 ou 30 kilomètres à l’heure, rendit aussi les images confuses et tremblantes et chacun de ces deux trains causa assez de trouble pour empêcher une observation de réflexion méridienne pendant 2 1/2 ou 3 minutes, tandis qu’il passait.
- Aux stations B et C, éloignées respectivement de 1330 et de 1500 mètres, certains effets furent les mêmes, certains autres tout à fait différents. Les trains express y produisirent les mêmes troubles que les trains ordinaires à la station A et empêchèrent les observations des réflexions méridiennes. Mais, tandis qu’en A et B les effets troublants augmentaient jusqu’à un certain maximum et décroissaient d’une façon correspondante au passage de tous les trains, le tout pendant 2 ou 3 minutes, en C l’effet du train express fut tout à fait irrégulier, le mercure tendant à s’apaiser à plusieurs reprises puis reprenant ses mouvements pendant 2 ou 3 minutes, et l’effet du train ordinaire ne se faisant sentir que pendant une minute, au lieu de 2 et 5 comme en B.
- Cette dernière observation rapprochée des irrégularités produites par le train express, indique peut-être que la station C placée à 1500 mètres du chemin de fer, était à l’extrémité de ia surface de terrain sur laquelle le trouble se manifesta. Aux stations B et C, tandis que les trains express secouaient assez vivement le mercure pour empêcher les observations de réflexion, l’effet du train ordinaire, quoique distinctement perceptible, n’était pas plus fort que celui que produit le vent ou quelque autre cause locale dans un observatoire.
- A la station D, distante de 1300 mètres, c’est-à-dire un peu plus près que B et beaucoup plus près que C, les trains express ne produisirent aucun effet, sinon pendant 10 ou 15 secondes, lorsque le train traversa un petit pont à 1500 mètres environ de D; mais même alors, le trouble résultant des trains express était beaucoup moindre que celui produit par les trains ordinaires en B et en C, stations toutes deux cependant plus éloignées du chemin de fer. Le sol dans lequel le poteau avait été planté en D était presque exactement le même qu’en A, et l’explication la plus probable de la différence très marquée entre les troubles produits là et ceux des autres stations, est la présence d’un petit ravin profond de 15 à 18 mètres entre D et le chemin de fer et à 90 ou 120 mètres de D; dans ce cas, par conséquent, si les vibrations à cette distance du chemin de fer n’atteig»aient pas beaucoup au-dessous de la surface, le ravin tendait à les couper. Les quatre stations se trouvaient du même côté du chemin de fer et toutes dans un cercle d’environ 3000 mètres de diamètre, et pour autant qu’on puisse en juger d’après des fossés creusés pour la voie et des puits, elles paraissaient reposer sur une même couche de terre mêlée de gravier qui s’étend jusqu’à une grande profondeur.
- Des expériences ont encore été faites dans deux autres endroits, pour vérifier l’effet produit par le roulement des voitures sur une grande route. On a trouvé qu’un chariot portant quatre personnes et tiré par deux chevaux sur une route empierrée, à 120 ou 150 mètres de l’instrument, donnait une secousse momentanée au mercure chaque fois que la roue heurtait une pierre et aussi quand la voiture traversait un petit pont de bois éloigné d’environ 150 mètres; mais il ne se produisait de trouble persistant que lorsque le chariot s’approchait jusqu’à 60 ou 90 mètres de l’instrument1.
- 1 Transactions of the Seismological Society of Japon. (Ciel et Terre,)
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- BIBLIOGRAPHIE
- Nouveau Manuel complet de la peinture sur verre, sur porcelaine et sur émail, par Reboulleau et Magnier. Nouvelle édition entièrement refondue, avec 1 pl. hors texte. \ vol. in-18, de la Librairie encyclopédique Roret. — Paris, 1885.
- Nouveau Manuel complet des Ponts et Chaussées, 5“ partie, Ponts en bois et en fer, par A. Romain. 7 pl. hors texte.
- 1 vol. in-18 de la Librairie encyclopédique Roret.— Paris, 1884.
- Carnet Météorologique. Tableaux imprimés pour l’inscription quotidienne des observations météorologiques. Modèle approuvé par le Bureau Central météorologique de France. Feuilles mensuelles collées sur carton. Société anonyme des Produits chimiques, 451, rue des Écoles, Paris.
- UNE APPLICATION DE L’ËLECl RICITÉ
- a l’agbicültüre
- On sait quel tort causent chaque année aux vergers et aux vignobles les gelées printanières, qui, aux mois d’avril et de mai, brûlent la fleur dans son épanouissement, le bourgeon dans son éclosion et compromettent en quelques heures l’avenir de récoltes sur lesquelles le cultivateur fondait ses espérances. Une. nuit calme, un ciel pur, il n’en faut pas davantage pour dessécher les rameaux gonflés de sève et frapper de mort une végétation luxuriante.
- Ces froids nocturnes, que l’imagination populaire se plaît à attribuer à la lune rousse, ont été combattus depuis quelques années, et non sans succès, par la production de nuages artificiels, produits au-dessus des champs par la combustion de matières goudronneuses. On peut ainsi atténuer l’influence du rayonnement et prévenir sur le sol un abaissement dangereux de la température. Mais le remède, il faut bien l’avouer, est d’une application difficile et coûteuse : il demande une surveillance minutieuse, une appréciation exacte des conditions météorologiques et bien souvent le nuage artificiel arrive ou trop tôt, ou trop tard. Un appareil automatique, placé au milieu même des cultures et associé, en quelque sorte, à leurs impressions, peut, au contraire, avec le concours de l’électricité, remplir, au moment précis, ce rôle tutélaire, sans exposer le cultivateur à des dépenses inutiles.
- Dans ce but, M. Lestellc, inspecteur des télégraphes à Mont-de-Marsan, a imaginé un ensemble de dispositions fort ingénieuses qui sont adoptées depuis deux ans sur certains vignobles des Landes et de la Gironde.
- Le système électro-automatique de cet inventeur comprend trois parties essentielles, reliées entre elles par des conducteurs électriques : un thermomètre, un commutateur et des allumeurs.
- Le thermomètre, placé dans le circuit, d’une pile, est disposée de manière que le courant se ferme dès que la température extérieure descend au degré où se produisent les effets désastreux de la gelée. Ce degré, déterminé par l’expérience dans les divers vignobles, est variable suivant les conditions de lieux, de terrains, de cépages.
- Le commutateur est un appareil mû par un mouvement d’horlogerie et destiné à faire passer le courant induit d’une petite bobine de Ruhmkorlf successivement dans une série de circuits.
- L’allumeur, fort bien conçu, porte une amorce qui s’enflamme sous l’action du courant induit, et une traînée de fulmicoton propage la combustion de l’amorce à un foyer voisin. Le courant se transmet aussitôt automatiquement à l’allumeur suivant, sans augmentation sensible de résistance, de sorte que tous les feux se trouvent allumés presque au même instant.
- Pour installer son système, M. Lestellc met le thermomètre verticalement sur une planchette au milieu du vignoble, à la hauteur des bourgeons et le relie à la pile par deux fils électriques. La pile est, d’ailleurs, en un point quelconque, par exemple dans l’habitation du viticulteur. Le commutateur et ses annexes, pile et bobine, peuvent être placés près d’elle. Du commutateur partent les fils sur lesquels on groupe les allumeurs en nombre variable, suivant l’étendue, la force ou le morcellement du vignoble à protéger. Ces fils sont ou enfouis dans le sol, ou suspendus à l’air libre suivant les circonstances .
- Les foyers, formés de feuilles, d’herbes, de débris combustibles de toutes sortes, sont disposés à 40 mètres les uns des autres dans toutes les directions. Pour en faciliter l'allumage par la traînée de fulmicoton qui part de l’allumeur, M. Lestelle met à leur base des matières très inflammables, telles que la paille trempée dans du brai fondu, les filtres pailleux (appelés griches dans le pays), dans lesquels on fait passer la gemme avant la distillation, etc. Le foyer est maintenu à l’abri des intempéries par une couverture de son de bois imbibée d’huile lourde de résine ; ces matières ont aussi pour effet d’augmenter la production de fumée. Enfin, pour protéger les allumeurs contre la pluie,, les chocs, et aussi contre la chaleur du foyer, on les introduit dans un tuyau de drainage.
- Lorsque la température extérieure descend à 2 degrés au-dessus de zéro, par exemple, le circuit du thermomètre se ferme; le courant anime aussitôt un petit électro-aimant situé dans le commutateur, le mouvement d’horlogerie se met en marche, et le courant induit de la bobine parcourt successivement les allumeurs, qui allument tous les foyers en moins d’une seconde.
- 11 suffit de renouveler les amorces, le fulmicoton et les loyers, pour que l’appareil soit de nouveau prêt 'a fonctionner.
- Afin de ne pas user sans besoin la pile du ther-
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- momètre, pendant que la température reste à 2 degrés et au-dessous, M. Lestelle interpose dans le circuit un interrupteur qui ouvre automatiquement le courant dès que l’allumage est fini. Le commutateur ouvre de même automatiquement le courant qui actionne la bobine de Ruhmkorff, de sorte que la seconde pile ne s’use pas non plus inutilement.
- Les frais de première installation sont estimés par l’inventeur de MO à 120 Irancs par hectare. Il faut compter par hectare sept foyers en moyenne pour obtenir un nuage continu.
- Le système de M. Lestelle est appelé à rendre à l’agriculture des services assez sérieux pour que nous donnions ici le détail d’une installation faite à Mézos (Landes) sur une propriété de sept hectares.
- Le poste central comf rend : 1
- guérite, 1 appareil d’horlogerie à commutateur,
- \ thermomètre,
- 2 kilogrammes de fil de cuivre recouvert de gutta et coton n° 4,50 isolateurs en porcelaine, 1 interrupteur, 1 bobine Ruhmkorff, 1 pile Leclanché et 10 éléments torpille, 5 poteaux en bois.
- L’installation pour les 7 hectares a exigé d’autre part : 30 kilogrammes fil de cuivre recouvert ri° 4, 105 poteaux, 52 foyers avec allumeurs automatiques, 156 mètres dé tresse de poudre-coton, 52 tuyaux de dressage.
- On peut juger par ces détails que les dépenses ne sauraient s’élever pour une exploitation agricole de quelque importance à plus de 100 francs par hectare : les appareils une fois mis en place n’exigent aucun entretien et peuvent durer en quelque sorte indéfiniment. Qu’ils aient à fonctionner seulement une fois et le cultivateur, en sauvant sa récolte, retrouvera largement les frais de premier établis-
- portionneiles ; il est susceptible de rendre des ser vices aux dessinateurs, aux géomètres, aux calculateurs, et sa description nous paraît intéressante à faire connaître.
- Le système que nous représentons d’abord en vue d’ensemble, en indiquant son mode d’emploi (fig. 1), se compose d’une règle A (fig. 2) divisée en parties égales ou proportionnelles. — Cette règle pivote à la façon d’un compas autour d’une tige T, servant de point de centre et de pivot de rotation. — Le
- long de ccttc règle on peut faire mouvoir un curseur R, muni d’un trait C que l’on fait coïncider à une des divisions de la règle. Cette division correspond au nombre de parties égales ou proportionnelles, suivant lesquelles il s’agit de diviser la circonférence ou le cercle. Le curseur porte un petit galet E maintenu dans une chappe, et tournant autour d’un axe g à la façon d’une roue. Ce petit galet est muni d’une pointe, servant à tracer à chacune de ses révolutions, les points indiquant les divisions de la circonférence.
- Après cette description sommaire, nous ferons facilement comprendre le mode de fonctionnement de l’appareil, en prenant un exemple d’opération à réaliser. Supposons par exemple qu’il faille diviser une circonférence en 19 parties égales
- On fait coïncider le trait C à la 19e division de la règle ; on fixe la pointe de la tige T au centre de la circonférence, et on fait tourner la règle autour de l’axe T. La roue E tournera sur son axe g et à chaque tour qu’elle fera, sa pointe tracera un point qui correspondra à la dix-neuvième partie de la circonfé-
- Fig. 1. — Mode d’emploi du circuli-diviseur.
- Fig. 2. — Dessin explicatif de l’appareil.
- sement.
- ronce
- circonf. c r circonf. C TT
- LE CIRCULI-DIVISEUR
- Ce petit appareil imaginé par M. M< ra, professeur de sciences à Senlis, permet de diviser les circonférences ou les cercles en parties égales ou pro-
- 11 faut toujours que l’extrémité de la roue E, et le point de centre T soient à la même hauteur pour que les divisions de la circonférence soient très justes.
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- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- DU 27 NOVEMBRE ET DU 28 DÉCEMBRE 1884
- Le Sud-Est de la France a été l'écemment le siège de secousses assez violentes. Les premières trépidations signalées,remontent au dimanche 25novembre, Entre 5 et 4 heures du soir, un tremblement qui, heureusement n’a duré que deux secondes, a été ressenti sur différents points du Briançonnais, du Queyras et de l’Em-brunais. — Les jours suivants, quelques mouvements du sol ont été notés, mais les oscillations les plus fortes se sont manifestées le 27 novembre à onze heures du soir.
- Elles ont suivi la direction générale de la vallée de la Durance et se sont propagées d'Aiguilles et Queyras, jusqu’à Marseille. Les dernières ondes de ce vaste mouvement ont été constatées à Grenoble d’un côté, et jusqu’à Toulon et Cannes de l’autre.
- D’après les renseignements recueillis sur place, les secousses ont été en augmentant du littoral méditerranéen à la frontière italienne et, pour un même lieu, plus intenses dans le fond de la vallée qu’au sommet de la montagne.
- Ainsi dans l’arrondissement de Briançon, par exemple, le tremblement de terre a été plus violent sur les bords de la Guisanne et de la Durance que près des crêtes voisines. Le fameux fort de YIn-fernet qui est perché à 2400 mètres de hauteur n’a pas été épargné il est vrai, mais les constructions y ont été moins endommagées qu’à Sainte-Catherine, dont l’altitude n’atteint pas 1500 mètres.
- Là les effets de la trépidation, pendant la nuit du 27, ont atteint un développement considérable. L’amplitude des oscillations a été suffisante pour jeter à terre une pendule qui était placée à plusieurs centimètres du bord extérieur de son support. Presque
- partout les murs des maisons sont lézardés et les plafonds étoilés ou déformés.
- La toiture d’un chalet à Sainte-Catherine a été subitement transformée en plaque vibrante ; elle a été détruite en plusieurs endroits équidistants entre eux. Ces trouées que représente notre ligure 1 ne sauraient être attribuées à la chute des briques qui ont pu se détacher des cheminées. Les ardoises ont été arrachées et non brisées et les portions de la charpente mises à nu, loin d’être dans l’aplomb des
- cheminées se trouvent précisément placées à égale distance de chacune d’elles. Du reste les cheminées extrêmes n’ont pas perdu une seule brique et néanmoins la couverture est tout aussi dété-rioriée en ces deux points que sur le reste des appentis
- (fig- !)•
- Un certain nombre de cheminées sollicitées à la base par une force considérable ont été rompues suivant leur périmètre de contact avec la toiture et déplacées parallèlement à elles-mêmes, de plusieurs centimètres par suite de la soudaineté du mouvement (fig. 2). D’autres, obéissant à un mouvement de rotation, ont pris une orientation nouvelle (fig. 5).
- Certaines chapes du poids de 500 à 400 kilogrammes, obéissant aux lois de l’inertie, n’ont pas suivi le mouvement d’ensemble, et sont restées en équilibre instable au sommet des cheminées. L’une d’elles, a effondré le toit pour venir s’abriter sous les combles (fig. 4).
- Tels sont les faits qu’il nous a paru intéressant de signaler à l’attention du public. Ils ont été relevés, au lendemain de l’accident sur des constructions b«à-tics parallèlement à la vallée de la Durance. Les maisons construites diagonalement à cette direction ont mieux résisté, pour la plupart, au tremblement de terre.
- Cette remarque tend à établir que les ondes les
- Action du tremblement de terre du 27 novembre 1884, sur un chalet situé à Sainte-Catherine, près de Briançon (Hautes-Alpes).
- Fig. 1. — Vue d’une façade parallèle aux ondes, avec indications des trouées produites dans la toiture.— F'ig. 2. — Détail des cheminées rompues à leur base. — Fig. 3 et 4. — Autres exemples de cheminées déplacées.
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- plus puissantes ont dù suivre la direction générale de la vallée précitée et justifie le bien fondé des observations qui ont été faites à Briançon sur la catastrophe du 27 novembre dernier.
- A ces renseignements, que nous devons à M. Bernardeau, témoin du phénomène, nous en ajouterons d’autres que nous empruntons à une notice publiée par M. G. Vian, dans le Bulletin de la Société scientifique d’Àrgentan.
- Le 24 novembre dernier, le département des Hautes-Alpes a ressenti un léger tremblement de terre et plus particulièrement à Embrun et à Gap. Par une singulière coïncidence, des secousses analogues ont été ressenties le 27 novembre dernier à Marseille. La première secousse a été ressentie à Marseille, à H heures 5 minutes du soir, l’oscillation a duré cinq à six secondes environ ; puis après une minute d’arrêt une nouvelle secousse s’est fait sentir. La direction des oscillations était de 1 Est à l’Ouest. Fait très curieux, le tremblement de terre, au dire de nombreux témoins, n’a pas eu la même intensité sur tous les points de la ville. Quoique aucun accident ne se soit produit, les secousses ont été assez vives pour imprimer aux meubles un mouvement de trépidation ; des chaises ont été renversées; plusieurs personnes couchées ont parfaitement ressenti un léger balancement; quelques pendules se sont arrêtées; les sonnettes ont tinté; enfin les vitres vibraient comme quand il tombe du grésil. A l’Observatoire de la ville ces secousses ont été parfaitement ressenties, constatées, et divers instruments en ont subi l’influence. A Antibes (Alpes-Maritimes), le même soir, à 10 heures 55, c’est-à-dire presque exactement à la même heure, une légère.secousse de tremblement de terre a été ressentie; l’ébranlement a duré cinq secondes sans causer aucun accident. De Biot, situé dans le même département, le même phénomène et à la même heure a été signalé, mais dans cette dernière localité les secousses auraient été plus accentuées et auraient duré de 40 à 45 secondes. A Draguignan (Var),un tremblement de terre s’est produit le même soir, un peu après 11 heures ; les secousses ont été faibles, vu l’heure, peu de personnes les ont remarquées.
- A Turin une forte secousse a été ressentie le même soir à peu près à la même heure, mais il n’y a eu aucun dégât. A Grenoble, à 11 heures, trois secousses assez violentes, d’une durée de six secondes, se sont fait sentir et paraissent se diriger du Nord au Sud. Au théâtre, où se jouait le charmant opéra-comique Le Petit Duc, une panique de courte durée s’est emparée de tous les spectateurs. Dans un certain nombre de maisons, et surtout aux étages supérieurs, les murs et les plafonds se sont lézardés ; les meubles ont changé de place, les sonnettes ont tinté et les pendules se sont arrêtées. Il n’y a eu aucun accident de personnes. A Voiron (Isère), le phénomène s’est produit à 10 heures 56 minutes. Il a été précédé d’une trépidation qui a duré environ 12 secondes et a été suivi de quatre ou cinq fortes oscillations dirigées du Sud-Est au Nord-Ouest, pendant lesquelles on a entendu une espèce de grondement qui ressemblait à un fort coup de vent. A Saint-Marcellin, dans le même département, on a ressenti une forte secousse qui a duré 4 secondes, fait vibrer les vitres et réveillé en sursaut un grand nombre de personnes. A Vienne, les trépidations ont eu la même durée mais ont été moins fortes. Au même moment, plusieurs secousses ont été ressenties à Chambéry et dans les communes voisines. Puis, vers 5 heures du matin, il
- s’en est produit une autre extrêmement forte qui a été accompagnée d’une détonation semblable à un gros coup de canon. On a cru à une explosion ou à l’écroulement d’une maison. A Cagnes (Alpes-Maritimes), le tremblement de terre s’est fait sentir à deux reprises différentes et à de courts intervalles. Il en a été de même dans les environs. A Gap (Hautes-Alpes), les secousses ont été plus fortes que celles qui se sont fait sentir il y a quelques jours, mais, comme ces dernières, elles n’ont occasionné aucun accident. Enfin, dans le canton dî Genève, trois secousses successives, à 5 minutes d’intervalle l’une de l'autre, ont été ressenties vers 11 heures du soir, ainsi qu’à Lausanne.
- Au moment où nous réunissions les documents qui précèdent, nous avons appris la nouvelle d’un autre tremblement de terre qui a fait sentir son action en Espagne dans la soirée du 26 décembre.
- La secousse, qui a duré cinquante secondes, a causé une certaine panique et quelques accidents. A Madrid, bon nombre de spectateurs ont quitté le théâtre ; la maison de la rue Sombrerete, portant le numéro 2, a été ébranlée et a dù être évacuée. A Grenade, le toit d’une maison s’est effondré et a tué une femme et son enfant ; un mur s’est écroulé et a blessé deux* hommes. Les habitants, effrayés, se sont enfuis dans la campagne.
- Les dégâts sont considérables dans les provinces méridionales. Il y a plusieurs morts à Motril, Alha-ma et Loja. Le village d’Albuncielas est complètement détruit. À Séville, le choc a été très violent, plusieurs maisons sont détruites, le fameux couvent est en ruines.
- De nouvelles et violentes secousses ont été ressenties pendant la nuit du 28 au 29 décembre, dans la province de Malaga. La ville d’Alhama a été anéantie, et 300 habitants ont péri. La secousse a été ressentie à Lisbonne, à Madère et dans un grand nombre d’autres localités en Espagne.
- CHRONIQUE
- Une nouvelle découverte d’un cadavre de Mammouth. — De retour d’un voyage de Russie, M. Albert Gaudry présenta l’année dernière à l’Académie des sciences, des échantillons provenant des Mammouths trouvés dans le terrain glaciaire de la Sibérie par MM. Shmidt et le baron de Maydell et rapportés par ce dernier à Saintt Pétersbourg en 1881 b
- Aujourd’hui la Société de Géographie de Saint-Pétersbourg vient de recevoir de sa station scientifique, établie près du fleuve Lena, une intéressante communication concernant une nouvelle découverte, faite dans les glaces de la Sibérie, d’un cadavre de Mammouth. Malheureusement, la tète de l’animal et ses défenses, une partie de sa peau, quelques côtes et la jambe gauche de devant manquent à ce précieux vestige des âges préhistoriques; ces parties furent successivement emportées par les Yakoutes, peuple nomade de ces parages. Mais ce qui reste de cette rare trouvaille est dans un état d’une si parfaite conservation qu’on pourra facilement en faire la plus minutieuse étude.
- 1 Voy. La Nature du 29 décembre 1883, p. 67.
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- LA N AT IJ LE.
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- Ou sait que les annales de la paléontologie n’enregistrent que très rarement les semblables découvertes, présentant, à différents égards, un si haut interet scientifique. M. le Dr Bounge, directeur-adjoint de la station de Lena, informé, partit aussitôt sur le lieu de la découverte signalée, qui se trouve à 35 verstesde distance de la station, dans le villageKhaïgalakh. La découverte a été faite à la même place où il y a vingt-six ans, fût mis k jour le premier exemple d’un corps entier et bien conservé d’un animal fossile, appartenant à la môme espèce de ces grands pachydermes.
- Les travaux de déblaiement n’avancent que très Iente-tement à cause de la grande difficulté de creusement dans un terrain glacé, néanmoins le Dr Bounge espère terminer bientôt sa mission et communiquer ensuite ses résultats à Saint-Pétersbourg. E. Halpérine.
- — Nous sommes heureux d’apprendre à nos lecteurs que notre savant collaborateur M. le Misde Nadaillac a été nommé Membre-Correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en remplacement de M. J. P. Man-tellier.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 décembre 1884. — Présidence de M. Rolland
- Nouveaux mammifères. — En révisant une collection zoologique rapportée d’Asie Mineure par M. Armand David, M. Alphonse Milne Edwards a été frappé des caractères offerts par la dentition et par la squelette de nombreux mammifères talpiformes. À première vue il semble que ce soient simplement des taupes entre lesquelles il est très difficile de faire des distinctions; mais une étude plu- profonde y montre des espèces diverses et même des genres distincts. M. Alphonse Milne Edwards voit dans ces faits un exemple des plus nets de Vadaptation des êtres au genre de vie qu’ils soDt appelés à mener.
- Insecte silurien. — A peine M. Lindstrôm a-t-il annoncé le scorpion fossile du silurien supérieur de Gothland, que M. Charles Brougniart signale aujourd’hui, par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne Edwards un fait plus étonnant encore. Il s’agit non plus d’un arachnide mais d’un insecte et la roch .’ encaissante est le grès silurien du Calvados c’est-à-dire d’âge géologique plus reculé encore que la gangue du scorpion. L’échantillon étudié consiste en une aile dont les caractères sont ceux des ailes de blattes, et c’est une occasion de remarquer que malgré l’immense laps de temps écoulé les insectes paraissent avoir bien peu changé jusqu’à nos jours.
- Vitalité du bacille virgule. — D’après MM. Nicalé et Reich le bacille virgule, auquel on attribue le choléra, trouve dans l’eau de mer et tout spécialement dans l’eau du port de Marseille, des conditions favorables à sa conservation prolongée. Les auteurs supposent que l’eau conservée à bord des bâtiments doit souvent servir de véhicule au microbe dont il s’agit.
- La France au Congrès de Washington. — Le Congrès avait pour but de formuler sur la question du méridien et de l’heure uiverselle, des résolutions devant servir de base à des conventions diplomatiques ultérieures entre les gouvernements.
- 11 s’est réuni à Washington, le 1er octobre 1884, sur l’invitation des États-Unis.
- Au Congrès la France s’est trouvé en présence d’une
- résolution arrêtée et préparée de longue main en faveur du méridien de Greenwich.
- Les résolutions de la Conférence de Rome ont influé beaucoup sur le Congrès pour l’adoption de Greenwich.
- Mais la France a vaillamment soutenu la cause de la science et des intérêts de tous, contre la coalition des intérêts.
- Cette attitude désintéressée, et d’un caractère très élevé, [ conforme au génie national, à notre passé, et à nos traditions, a vivement frappé l'assemblée. Plusieurs orateurs en ont fait la remarque. Le méridien de Greenwich a été proposé par le Congrès, mais la France garde son méridien, et le méridien neutre qu’elle a proposé, représente la solution scientifique, et a l’avenir pour lui.
- Le Congrès a conservé la méthode défectueuse de compter les longitudes Est et Ouest, au lieu de le faire d’une manière continue, comme la Conférence de Rome l’avait proposé, pour harmoniser la numération des longitudes avec celle de l’heure universelle qu’on compte de 0 k 24.
- Le jour universel commence à minuit moyen de Greenwich. Mais la France a obtenu deux résultats importants :
- 1° L’Angleterre entre dans la convention du mètre ;
- 2° Le Congrès a émis le vœu que les applications du système décimal (dont notre pays a eu l’initiative) à la division du cercle et du temps, soient reprises et poursuivis
- En résumé, la France a tenu à Washington un rôle digne de son génie national et de ses traditions, et sans céder sur les principes, ellep obtenu deux importants résultats pour la science et le progrès, qui sont un hommage rendu à elle-même.
- Verre cristallifère de Commentry. — A la suite d’une excursion géologique que je fis dans le département de l’Ailier avec les élèves du Muséum, le savant directeur des mines de Commentry, M. IL Fayol, me remit la collection des produits recueillis dans les incendies spontanés des houillères. Parmi les échantillons les plus remarquables j'en ai distingué qui, k l’œil nu, se présentent comme des masses vitreuses tout à fait comparables aux obsidiennes et aux perlites. Toutefois, sous le microscope, ils laissent voir dans une masse vitreuse de très nombreux cristaux appartenant à diverses espèces minéralogiques telles que le pyroxène et l’anorthite. Dans une note présentée aujourd’hui par M. le Secrétaire perpétuel, je décris complètement ces curieux échantillons qui me paraissent éclairer d’un jour nouveau la question encore si obscure de l’origine des roches ignées.
- Varia. — A propos d’une note de M. Howath relative au passage des globules blancs du sang à travers les parois intactes des vaisseaux, M. Charcot rappelle que ce grand fait a été découvert, dès 1824, par Dutrochet. — M. Mascart dépose une série de publications du bureau central météorologique; nous y reviendrons. — Le dernier tremblement de terre d’Espagne où, dit-on, l’Alham-bra a été partiellement détruit, semble à M. Laur confirmer une théorie qu’il a précédemment émise. — Ayant demandé que l’Académie nommât une Commission pour étudier l’opportunité des Quarantaines. M. de Lesseps voit sa proposition rejetée sur les observations de M. Gosselin.
- Stanislas Meunier.
- 1 Le Gouvernamcnt forme en ce moment une grande Commission, qui s’occupera de la réalisation de ce vœu.
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- LA NATURE
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Fabrication du gaz de l'éclairage. — Faites brûler sur une assiette de porcelaine bien propre, une feuille de papier de la grandeur de votre main ; il n’en faudra pas plus pour indiquer le phénomène de la carbonisation (la feuille tic papier se transforme en une masse noire) et de la formation des produits em-pyreumatiq ues, sous Faction de la chaleur. Au-dessous du papier brûlé, vous trouverez un dépôt jaunâtre, collant aux doigts, formé d’huile de papier, produit à l’abri du contact de l’air par une sorte de distillation.
- On peut très facilement donner une idée de la production du gaz de l’éclairage par la distillation du charbon de terre, au moyen d’une simple pipe en terre de deux sous. On met dans la pipe en guise de tabac, des petits morceaux de houill e concassée, et on ferme l’ouverture avec de la terre glaise ou de la terre à poêle, que l’on laisse sé-
- cher. — On a confectionné ainsi une cornue à gaz toute chargée; il suffit de la chauffer en la plaçant dans un feu de charbon, de telle façon que le tuyau de la pipe forme saillie en dehors du foyer; les gaz
- de la houille ne tardent pas
- à se dégager par le tube creux qui leur donne accès; on peut les enflammer, avec une allumette à la sortie du tuyau de pipe, où ils
- une flamme très éclairante.
- Voilà une petite usine à gaz de démonstration, bien facile à construire et à faire fonctionner.
- Si la pipe en terre vous parait un objet trop coûteux. vous pourrez recourir à un grand morceau de papier d’emballage, dont il vous suffira de fÿire un cornet pour avoir une usine à gaz. On tient le cornet par la pointe de la main gauche après avoir pratiqué un petit orifice dans le cône de pa-
- pier, vers sa partie supérieure. On allume le cornet à sa base ; il brûle. Mais la chaleur développé par la flamme, produit en outre une véritable distillation en vase clos des matières organiques du papier; les produits empyreumatiques et gazeux, s’élèvent dans le cornet, se dégagent par l’orifice supérieur où on les enflamme à l’aide de l’allumette qui a servi
- à produire la combustion du papier (tîg. 1). Il va sans dire que cette expérience ainsi disposée 11e se prolonge que pendant quelques secondes, mais sa durée , si courte qu’elle soit, est suffisante pour donner une démonstration île la production du gaz d’éclairage par la distillation des matières organiques. On doit prendre garde au danger du feu, quand on l’exécute; il est bond’apérer au-dessus d’un dallage et loin de toute matière combustible ou inflammable.
- Elasticité des corps. Pétrissez entre vos doigts une grosse boulette de mie de pain, bien tendre, de manière à lui donner la forme hérissée de
- à terre votre boulette de mie de pain, que son élasticité a protégée. L’expérience ne réussit que si la mie de pain est bien tendre. Elle ne manque pas d’exciter, parmi les assistants, l'hilarité, qui est le corollaire des démonstrations de la Physique sans appareils. G. T.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandiek.
- Fig. 1 — Production du gaz de l'éclairage avec un cornet de papier.
- saillies, que représente la figure 2 en grandeur d’exécution. Vous placez cet objet sur une table de bois, et vous frappez dessus à grands coups de poing. Impossible de déformer la boulette. Si forts que soient donnés les coups de poing, la matière élastique, un instant aplatie reprend toujours sa forme primitive. Prenez la boulette et, de toutes vos forces, projetez-la sur le plancher;
- Fig. 2. - Boulette de mie de pain modelée, Ie «hoc ne la déforme pas plus que produisent pour la démonstration de l’élasticité des corps, précédemment, et vous retrouvez
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N" 606. - 10 JANVIER 1885.
- LA NAÎT HE.
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- LE PiULYÉRISÀTEUR PNEUMATIQUE
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- Fig. 1. — Vue d’ensemble d’une
- installation du pulvérisateur pneumatique.
- Nous allons faire connaître à nos lecteurs une nouvelle invention qui nous paraît très remarquable ; elle a été assurément inspirée par l’usage qui a été fait des jets de sable pour graver le verre ou fabriquer les limes, et elle se signale par son originalité comme par l’utilité de son emploi dans un grand nombre d’industries. Il s’agit d’une machine qui a pour but de réduire en poussière impalpable les morceaux concassés d’un corps solide, pierre, ou minerai, et que son inventeur a désigné sous le nom de pulvérisateur pneumatique.
- Le principe, essentiellement nouveau, de l’appareil, consiste dans l’emploi de deux jets de vapeur surchauffes, ajustés de manière à entraîner, d’une façon continue, les grains ou les fragments de la matière à pulvériser. Ces fragments, animés d’une vitesse considérable, se trouvent projetés avec une force énorme les uns contre les autres, de telle façon qu’ils se divisent par le choc et arrivent très rapi-13” année. — 1er semestre.
- | dement au degré de ténuité voulu. Le pulvérisateur pneumatique permet de réduire les corps solides en une poudre d’une si grande finesse, que la matière déjà fine, produite par les procédés actuels, est encore infiniment divisée par la nouvelle méthode.
- Voici comment on obtient ce résultat, au moyen du système dont nous représentons la vue d’ensemble dans la gravure ci-dessus (fig. 1).
- Il faut que la pierre, le minerai ou le produit que l’on désire réduire en poudre, soit préalablement concassé en morceaux d’environ 5 à 6 millimètres de diamètre. Ce travail s’obtient d’abord au moyen, d’un concasseur et d’un broyern* à rouleaux qui sont également de construction récente.
- La matière ainsi réduite est amenée dans un grand entonnoir E (fig. 2) ; elle est bifurquée dans deux entonnoirs plus petits B, C, placés en dessous de chaque côté de 1’ appareil.
- La vapeur nécessitée pour le travail est produite
- Fig. 2. — Coupe d’un pulvérisateur pneumatique.
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- LA NATURE.
- par un générateur tubulaire capable de maintenir sûrement une pression de 15 à 20 atmosphères. La vapeur est surchauffée à environ 600° centigrade en passant par un serpentin au-dessus du foyer, entre celui-ci et la chaudière.
- Ces générateurs ont été vérifiés à 65 atmosphères de pression; ils peuvent travailler en toute sécurité à 20 atmosphères et au-dessus, selon la nature du produit à pulvériser.
- Le jet de vapeur arrive dans les deux tubulures G, H conduisant aux tuyères qui se font face, mathématiquement ajustées vis-à-vis l’une de l’autre, et distantes de 90 millimètres ; en passant par les tuyères, ce courant entraîne régulièrement les particules avec une vitesse considérable.
- Il est facile d’imaginer la violence du choc qu’éprouve la matière, quand on se rend compte que la pression utilisée pour produire les deux courants en sens inverse, est de quinze à vingt atmosphères selon le degré de finesse qu’il s’agit d’obtenir et la nature du produit à pulvériser.
- La poudre produite par cette collision est entraînée et passe par une conduite pour se rendre dans la chambre à dépôts qui est elle-même chauffée par un serpentin, afin d’éviter toute condensation de vapeur. Une cheminée garnie d’une toile métallique empêche la poudre en suspension de s’échapper au dehors; celle-ci retombe, et le courant d’air trouve une issue.
- Après le choc, il n’y a donc que la poussière qui est enlevée et qui passe par un tamis dans la chambre à dépôts, mais tous les fragments n'ont pas été réduits à un même état de ténuité. Les parcelles moins divisées retombent dans le fond de l’appareil ; un élévateur à godets les fait remonter à la partie supérieure des entonnoirs où ils sont repris à nouveau.
- Une installation complète du pulvérisateur pneumatique se compose :
- 1° Du générateur avec surchauffeur;
- 2° De deux appareils pulvérisateurs ;
- 3° D’un concasseur-broyeur;
- 4° D’une machine à vapeur avec son générateur, destinée à faire fonctionner le concasseur ;
- 5° De l’appareil d’alimenttation des entonnoirs ;
- 6° D’une chambre à dépôts pour la poudre obtenue.
- L’installation est extrêmement simple et facile à organiser.
- Les chaudières sont de 20 chevaux pour un double appareil el pèsent près de 5000 kilogrammes. Quant aux pulvérisateurs la plus lourde pièce pèse 100 kilogrammes et toutes leurs parties sont renouvelables.
- Des expériences très probantes ont été faites aux États-Unis, à l’aide du nouveau pulvérisateur, car il s’agit encore ici d’une invention américaine. Le système est déjà très répandu de l’autre côté de l’Atlantique, surtout aux mines aurifères et argentifères. Quelques industriels l’ont appliqué à leur fabrication de ciment; ils ont produit une qualité tellement supérieure eu égard à la finesse, que leur
- production a été imposée en maintes circonstances dans des travaux importants. Les usages du pulvérisateur pneumatique peuvent être très nombreux et très importants, et cet appareil si curieux et si puissant doit être considéré comme une invention éminemment intéressante. Gaston Tissandier.
- TENUE A WASHINGTON POUR l’aDOPTION d’üN
- PREMIER MÉRIDIEN UNIQUE
- ET D’UNE
- HEURE UNIVERSELLE
- RÉSUMÉ DE L’ACTE FINAL D’APRÈS LES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES
- Conformément à une décision spéciale du Congrès, le Président des États-Unis d’Amérique a invité les Gouvernements de toutes les nations avec lesquelles les États-Unis d’Amérique ont des relations diplomatiques, d’envoyer des délégués pour se réunir avec des délégués des États-Unis d’Amérique, à Washington, le 1er octobre 1884, dans le but de discuter, et, si possible, de déterminer un méridien unique propre à servir de zéro commun de longitude et de méridien normal horaire pour tout le globe. Cette conférence internationale s’est réunie aux jour et lieu indiqués et a terminé son travail en huit séances dont la dernière a eu lieu le 1er novembre 1884.
- Vingt-cinq nations ont assisté à la Conférence et pris part aux délibérations, chacune d’elles comptant pour une voix. Voici, par ordre alphabétique, le nom des vingt-cinq nations représentées :
- Allemagne, Autriche-Hongrie, Brésil, Chili, Colombie, Costa-Rica, Espagne,. États-Unis, France, Grande-Bretagne, Guatemala, Hawaï, Italie, Japon, Libérie, Mexique, Paraguay, Pays-Bas, Russie, Saint-Domingue, Salvador Suède, Suisse, Turquie, Vénézuela.
- Voici les résolutions adoptées et, dans chaque cas, les noms des pays qui se sont abstenus ou ont voté contre :
- I. — Le Congrès est d’avis qu’il est désirable d’adopter un méridien initial unique pour toutes les nations, aux lieu et place des méridiens multiples qui existent actuellement. — Résolution adoptée à l’unanimité.
- II. — La Conférence propose aux Gouvernements ici représentés, d’adopter le méridien passant par le centre de l’instrument méridien de l’Observatoire de Greenwich comme méridien fondamental pour les longitudes. — Résolution adoptée par 22 voix. Contre : Saint-Domingue. Abstentions : Brésil, France.
- III. — A partir de ce méridien, la longitude sera comptée dans deux directions jusqu’à 180 degrés ; la longitude est sera dénommée plus et la longitude ouest, moins. — Résolution adoptée par 14 voix. Contre : Espagne, Italie, Pays-Bas, Suède, Suisse. Abstentions : Allemagne, Autriche-Hongrie, Brésil, France, Saint-Domingue, Turquie.
- IV. — La Conférence propose l’adoption d’une heure universelle pour tous les besoins pour lesquels elle peut être trouvée convenable, cette heure ne devra pas empêcher l’usage d’une heure locale ou d’une autre heure normale qui paraîtrait désirable. — Résolution adoptée par 25 voix. Abstentions : Allemagne, Saint-Domingue.
- V. — Le jour universel doit être un jour solaire moyen. Il devra commencer pour le monde entier à partir de minuit moyen du premier méridien, coïncidant avec le commencement du jour civil et le changement de date
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- sur ce méridien. Ce jour devra être compté de zéro à | vingt-quatre heures. — Résolution adoptée par 14 voix. Contre : Autriche-Hongrie, Espagne. Abstentions : Allemagne, France, Italie, Pavs-Bas, Saint-Domingue, Suède, Suisse, Turquie.
- VI. — La Conférence émet le vœu qu’on fasse commencer les dates astronomiques et nautiques dans le monde entier à minuit moyen aussitôt que faire se pourra. — Résolution adoptée sans vote nominal.
- VU. — La Conférence émet le vœu que les études techniques destinées à régler et à étendre l’application du système décimal à la division des angles et du temps soient reprises de manière à permettre l’extension de cette application pour les cas où elle présente de réels avantages. — Résolution adoptée par 21 voix. Abstentions : Allemagne, Guatemala, Suède.
- Fait à Washington, le 22 octobre 1884.
- Président : C. R. P. Rodgers.
- Secrétaires : R. Strachey, J. Janssen, L. Cruls.
- L’acte final a été approuvé dans la séance du 1er novembre et M. le Président a prononcé la clôture des travaux de la Conférence.
- UTILISATION DES EAUX A PARIS
- Par ce temps de compteurs à eau, les consommateurs seront sans doute bien aises de substituer, dans certains cas, à l’eau de source qui coûte 35 centimes environ le mètre cube, l’eau de l’Ourcq qui coûte moitié moins.
- Il s’agit, bien entendu, d’assurer des services installés à l’entresol ou au premier étage qui représentent à peu près la hauteur maxima où l’eau de l’Ourcq peut monter.
- Supposons un réservoir situé au premier étage à alimenter le plus économiquement possible.
- L’alimentation est généralement assurée par l’eau de l’Ourcq et à défaut de celle-ci par. ’eau de sourceintroduite dans la canalisation de l’eau de l’Ourcq.
- Dans certains cas, l’alimentation se fait simultanément par l’une ou l'autre des deux eaux amenée chacune par une canalisation spéciale et débitées par des robinets à flotteur.
- Le premier moyen est déplorable. D’abord, il condamne le consommateur à surveiller son robinet pour introduire en temps utile l’eau de source dans la canalisation de l’eau de l’Ourcq, ensuite et à moins d’établir des robinets d’arrêt dont la manœuvre toujours ennuyeuse est souvent négligée, lorsque l’eau de source est introduite dans la canalisation de l’eau de l’Ourcq, il arrive que, sa pression étant incomparablement plus élevée que celle de l’eau de l’Ourcq, elle refoule celle-ci, se substitue nécessairement à elle dans toute l’étendue de la canalisation et la remplace même au rez-de-chaussée, d’où résulte une perte au lieu de l’économie recherchée.
- Avec le second moyen on n’obtient qu’une demi-satisfaction. L’eau de source, en effet, arrivant sous une pression plus élevée que l’eau de l’Ourcq, le débit de cette dernière est comparativement nul.
- Voici le moyen d’assurer automatiquement, exclusivement le débit de l’eau de l’Ourcq chaque fois que la pression le permettra ;
- Amener aji réservoir les deux eaux par une canalisation spéciale, mais établir le robinet à flotteur de l’eau de l’Ourcq en contre-haut et le robinet à flotteur de l’eau de source en contre-bas.
- Ges conditions réalisées, qu’arrive-t-il? Tant que l’eau de l’Ourcq est sous une pression suffisante elle remplit le réservoir. Dès lors, le flotteur (eau de source) placé en contre-bas est immergé elle robinet qu'il actionne ne fonctionne pas.
- L’eau de l’Ourcq vient-elle à manquer? Le réservoir se vide, le flotteur (eau de source) est uni à découvert et le robinet qu’il commande entre aussitôt en fonction.
- L’eau de l’Ourcq revient-elle? Elle remplit le réservoir, et, immergé de nouveau, le système eau de source cesse de fonctionner. De la Chapelle,
- Secrétaire du Cercle de l’Union artistique.
- UNE NOUVELLE PENDULE AMÉRICAINE
- L’horlogerie américaine présente essentiellement — comme bien d’autres produits de ce pays — le caractère industriel et commercial qui constitue le signe distinctif d’un peuple chez lequel le temps est de l’argent.
- Faire vite et à bon marché, voilà le principal; faire fini est secondaire. Il ne faut pas chercher ailleurs l’origine de ces produits ingénieux, souvent grossiers de forme, mais toujours pratiques et originaux dont les Américains inondent à chaque instant les marchés du monde entier : outils nouveaux, tirelires singulières, jouets bizarres, etc. La fabrication en grand nombre des objets manufacturés permet de les livrer le plus souvent à un prix fabuleux de bon marché, et dont nous ne pouvons avoir en France qu’une idée bien affaiblie, à cause du nombre assez grand d’intermédiaires qui séparent le consommateur du fabricant, et prélèvent chacun un tant pour cent.
- C’est parmi ces articles américains fabriqués par milliers â l’emporte-pièce que doit figurer la nouvelle pendule dont nous voulons faire connaître le principe à nos lecteurs.
- Elle se distingue de tous les appareils analogues par la forme singulière et originale de son balancier, ou plutôt du système qui sert à maintenir un synchronisme plus ou moins parfait entre le temps écoulé et les indications du cadran.
- Le plus généralement, ce synchronisme est obtenu soit à l’aide d’un pendule à échappement, soit à l’aide d’un balancier ou volant circulaire entraîné par les oscillations d’un ressort d’acier roulé en hélice et auquel on donne le nom de spiral. Le penduleétant généralement assez court, les oscillations sont assez rapides, et l’on doit intercaler entre l’axe de l’aiguille des heures et celui de l’échappement un certain nombre de rouages ou mobiles destinés à réduire la vitesse de cet axe qui ne doit effectuer qu’un tour en 12 heures.
- On a essayé de diminuer le nombre de ces mobiles en cherchant, par des artifices convenables, à réaliser des pendules et des balanciers à mouvement lent. Nous nous souvenons avoir vu à l’Exposition de 1878 une pendule due à un inventeur italien dont le nom nous échappe, constituée par un balancier à
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- LA NAT U H K.
- torsion dans lequel la phase durait juste une minute. Le but poursuivi par l’inventeur était d’établir un appareil capable de fonctionner plusieurs années sans avoir besoin d’être remonté.
- La pendule américaine représentée ci-dessous, bien qu’elle ait besoin d’être remontée chaque jour, est fondée sur un principe analogue, et la phase du balancier, c’est-à-dire le temps qui sépare deux positions identiques du système régulateur dure dix secondes. Le mécanisme général et la minuterie ne diffèrent en rien des pendules ordinaires : on y trouve toujours le ressort moteur, la minu'e-rie et une série de rouages qui viennent finalement commander un axe vertical que l’on voit au-dessus du socle et dont il s’agit de régler la vitesse. C’est ici qu’intervient le mécanisme original. Cet axe vertical supporte une sorte de potence P à l’extrémité de laquelle est attachée une petite perle légère B à l’aide d’un fil de quelques centimètres de longueur.
- Supprimons pour un instant les autres pièces fixées sur le socle de la pendule. On voit que l’axe, sous l’action du ressort moteur, se mettra à tourner d’un mouvement rapide en entraînant la boule B dans son mouvement.
- Pour ralentir ce mouvement, il s’agit d’intercaler sur son chemin des obstacles convenables : c’est le but de la traverse horizontale terminée par les crochets T et des deux tiges verticales fixées sur le socle. La potence P entraîne le fil dans son mouvement et le fait heurter contre le bras T; elle se trouve alors arrêtée et, en vertu de la vitesse acquise, la boule B fait enrouler le fil autour de la tige de gauche, puis il se produit un déroulement du fil et un enroulement en sens inverse, ce qui permet au fil de dépasser le point T ; mais en se déroulant, il
- se heurte une seconde fois à la tige, s’enroule et se déroule de nouveau sur celte tige et ne peut finalement franchir ce double obstacle qu’après s’être enroulé successivement quatre fois, deux fois dans un sens et deux fois en sens inverse autour de cette tige. Le fil rendu libre permet à la potence de tourner de 180° autour de son axe vertical; après cette rotation elle rencontre deux obstacles analogues placés sur la droite de la pendule — position représentée en B' et en pointillé ; — etmet encore un certain temps avant de franchir ces obstacles et de revenh’ à la tige de droite. En faisant varier convenablement la longueur du fil, ce qui est facile à l’aide. d’un curseur disposé sur la potence P, on obtient que la phase complète du mouvement avec ses huit enroulements successifs du fil, quatre sur la tige de gauche, dure juste dix secondes, et la pendule se trouve réglée, sinon avec toute la précision d’un chronomètre, du moins avec une approximation suffisante pour les besoins j ourna-liers.
- Bien de plus curieux à analyser que tous ces mouvements successifs et réguliers, obtenus à l’aide de dispositions si simples de fonctionnement, mais si compliquées de combinaisons. On se demande comment l’inventeur — inconnu pour nous — de cet appareil original, a pu être conduit à l’imaginer. En dehors de l’intérêt de haute curiosité qu’il présente, le principe, appliqué dans cette pendule pourra être utilisé dans bien des cas où l’on cherche à régler un mouvement de rotation lent par des dispositions simples, économiques et peu encombrantes.
- Nouvelle pendule américaine. ,
- La rotation de l’axe se fait en dix secondes, après quatre enroulements autour de la tige de droite et quatre euroulemeiits autour de la tige de gauche. Ou règle en raccourcissant ou en allongeant le fil auquel la boule de verre B est suspendue.
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- CRAPAUD TROUVÉ VIVANT
- DAA’S UNE l’IEHUE
- J’avais souvent entendu raconter par des paysans du Dauphiné des histoires de crapauds trouvés vivants dans des pierres, mais la chose me paraissait si étrange que j’attendais pour me former une opinion d’avoir vu par moi-même ou du moins par les yeux des témoins dignes de foi. Un document authentique qui existe au Musée de Blois m’a conduit à faire quelques recherches sur cc sujet et j’ai pu constater que des faits analogues avaient été constatés, d’une façon positive, une trentaine de fois.
- Voici les principaux par ordre de date :
- D’après Georges Agricola (De animalibus subter-raneis, 1546), on a trouvé, à Imberg et à Mansfeld, des grenouilles dans des pierres si solides qu’on n’y apercevait aucune ouverture apparente quand on les fendait avec des coins. On a trouvé un crapaud à Toulouse dans une pierre meulière.
- Fulgone (De mirabilibus,
- 1565) parle d’un crapaud trouvé à Autun dans des conditions semblables.
- On lit dans les Œuvres d’Ambroise Paré (édition in-folio, p. 664) ; « Estant en une mienne vigne près du village de Meudon, où je faisais rompre de bien grandes et grosses pierres solides, on trouva, au milieu de l’une d’elles, un gros crapaud vif, et n’y avait aucune apparence d’ouverture, et m'emer-veillay comme cet animal avait pu naître, eroistre et avoir vie. Alors le carrier me dit qu’il ne s’en fallait m’emerveillcr parce que, plusieurs fois, il avait trouvé de tels animaux au profond des pierres, sans apparence d’aucune ouverture ».
- Aldovrandi (De testaceis, fol. 81, 1645) cite un crapaud vivant trouvé à Anvers par un ouvrier qui sciait une grosse pierre.
- Richardson écrivait, en 1698, dans son Icono-
- graphie des fossiles d’Angleterre : « Lorsque je vous ai écrit, il y a huit ans, au sujet d’un crapaud trouvé au milieu d’une pierre, moi-même j’étais présent lorsqu’on cassa cette pierre et je fus aussitôt averti par les carriers. J’ai vu cet animal et l’endroit où il était placé. Cet endroit était au milieu de la pierre et celle-ci n’était percée d’aucun trou qu’on put voir à la vue simple. Je me souviens très bien
- que l’endroit où était placé l’animal était plus dur que le reste de la pierre ».
- Bradley rapporte (Acta cru-ditorum, année 1721, p. 370) qu’il a été témoin oculaire de la découverte d’un crapaud dans le cœur d’un gros chêne et qu’on a présenté de son temps à la Société royale de Londres un crapaud trouvé dans une pierre.
- On voit dans VHistoire de l'Academie des sciences (de 1717 à 1751) et dans A philosophical acount de Bradley (1721) quatre autres exemples de crapauds découverts dans de gros troncs d’arbres sans qu’on pût se rendre compte comment ils s’y étaient introduits. En 1760 on trouva dans un mur du Rainey un crapaud que l’on supposa, d’après la date de la construction, avoir été enfermé dans le plâtre une quarantaine d’années auparavant.
- J’arrive enfin au fait le plus récent dont plusieurs témoins oculaires existent encore, notamment la personne qui a fait de l’animal dans sa gangue la photographie que reproduit la figure 1.
- Le 25 juin 1851, trois ouvriers travaillaient à approfondir un puits près de la gare de Blois sur le plateau de la Beauce. Ce puits, creusé depuis deux ans, traversait successivement un banc de marne de 9m,75, un banc de calcaire épais de 6U1,66 et un banc du tuf de 0m,85(fig. 2). Un s’était arrêté à 19 mètres au-dessous du sol, à la partie supérieure d’une couche humide composée d’argile grasse et de silex roulés. C’est en reprenant le travail dans cette couche, et à environ 1 mètre au-dessous de sa face supérieure, qu’ils trouvèrent
- Fig. 1. — Silex fendu en deux, dans l’intérieur duquel on a trouvé un crapaud vivant. (D’après une photographie.)
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- 1 ig. 2. — Coupe du terrain et du puits au fond duquel on a trouvé le silex représenté ci-dessus.
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- LA NATURE.
- un silex assez gros qu’on fut obligé de frapper à l'orifice du puits pour le dégager du baquet qui l’avait monté. Le silex frappé se fendit en deux portions presque égales : entre les deux fragments d’une pâte homogène et sans vides, se trouvait une sorte de géode incrustée d’une légère couche de matière calcaire. Dans cette cavité était un gros crapaud qui chercha à fuir, mais les ouvriers le saisirent et le replacèrent dans son logement. 11 s’y blottit aussitôt en s’y plaçant de manière à le remplir complètement ; les deux parties du silex furent rapprochées ; elles s’adaptèrent avec exactitude et l’animal s’y trouva renfermé comme dans une boîte.
- On entoura alors ce singulier caillou de gravats humides et on le laissa ainsi enterré sur place, sans y attacher d’importance, jusqu’au 27 juin époque à laquelle on l’apporta en ville pour le tnontrer à M. Mathonet qui le présenta à la Société des sciences et lettres de Blois. La Société nomma une Commission ; la Commission fit une enquête et on daguerréo-typa l’animal.
- On constata que le crapaud appartenait à la variété assez commune en France, du Bufo viridis ou variabitis; il pesait 15 grammes et avait 0m,052 de la bouche au cloaque. Il remplissait complètement en largeur la cavité qui était exactement moulée sur la partie inférieure de son corps, mais laissait un certain jeu sur son dos; son museau se trouvait légèrement encastré dans le fragment inférieur. Quand on enlevait avec précaution la partie supérieure il ne cherchait point, dans les premiers temps, à quitter son logement; mais, au bout de quelques jours, il se sauvait dès qu’il sentait l’action de Pair et courait assez rapidement en soulevant le tronc tout à la fois sur ses quatre pattes. Quand on le replaçait sur la partie plane de la cassure, il allait de lui-même se blottir dans la cavité en arrangeant ses membres de façon à ne pas être blessé par la superposition du couvercle.
- On le conservait enfermé dans son silex entouré de mousse mouillée au fond d’une cave ; on ne le vit jamais manger et on ne constata aucune déjection.
- Le 8 juillet il changea de peau.
- Le 21 juillet, le Dr Monins, membre de la Société, le présenta à Paris à l’Académie des sciences, où il fut examiné par une Commission composée de MM. Elie de Beaumont, Flourens, Milne Edwards et Dumeril. Ce dernie^ lut, dans la séance du 4 août 1851, un rapport très complet et très affirmatif dans lequel ont été puisés la plupart des renseignements qui précèdent; ce qui n’empêcha point certains académiciens de manifester leur crainte d’être victimes d’une mystification, comme pour le phonographe. *
- Le pauvre animal ne survécut pas longtemps à son triomphe; une semaine après, il perdait encore une fois le jour et cette fois pour jamais.
- Le fait de la découverte d’un animal vivant dans
- l’intérieur d’une pierre où il ne pouvait recevoir ni air ni nourriture, si ce n’est peut-être en quantité infiniment petite à l’aide de fissures invisibles à l’œil nu, me paraît suffisamment démontré par les témoignages que j’ai rapportés ; il reste à savoir comment l’animal avait pu pénétrer au milieu de cette pierre.
- Y est-il arrivé à l’état de germe microscopique, par une fissure que l’on n’a pas su voir, pour s’y développer ensuite au point d’arriver à la taille ordinaire d’un individu adulte, malgré le régime plus que sobre auquel il était condamné ?
- A-t-il été au contraire surpris, il y a des milliers d’années, par un bouleversement du sol et confit, pour ainsi dire, dans une enveloppe gélatineuse où sa vie a été suspendue comme on suspend le mouvement d’une montre?
- Je ne vois que ces deux hypothèses ; toutes les deux sont extraordinaires, c’est-à-dire qu’elles supposent des événements qui ne se produisent pas ordinairement, mais ni l’un ni l’autre ne sont absolument invraisemblables i, en ce sens qu’elles ne contredisent aucune des vérités primordiales, aucun des faits certains. Il est donc sage de choisir entre les deux celle en faveur de laquelle militent des observations analogues.
- Or, on ne connaît, je crois, aucun exemple d’animal ayant pu vivre et croître dans des conditions semblables2. Des expériences directes ont, au contraire, été faites par Hérissant (de l’Académie des sciences) sur l’invitation du duc d’Orléans à propos du crapaud trouvé dans le mur du Rainey : des crapauds ont été enfermés, sans préparation, dans du plâtre et plusieurs y ont été retrouvés vivants au bout de dix-huit mois; en 1822, Seguin l’aîné, correspondant de l’Académie des sciences, et en 1824, Will. Edwards reprirent avec succès les essais de Hérissant.
- Quelques-uns des crapauds de M. Seguin moururent, mais l’un d'eux fut retrouvé vivant au bout d’une dizaine d’années. Le plâtre était exactement moulé sur lui et il en remplissait toute la cavité. « Au moment où je brisai le plâtre, dit M. Seguin, il s’élança pour sortir de son étroite prison, mais il fut retenu par une .de ses pattes qui restait engagée. Je brisai cette partie du plâtre, et'l’animal s’élança à terre et reprit ses mouvements habituels, comme s’il n'y avait eu aucune interruption dans son mode d’existence5. »
- Le phénomène si remarquable de la suspension de
- 1 Voy. à ce sujet un très remarquable article de M. Ch. Richet, dans la Revue philosophique (décembre 1884).
- 2 On pourrait supposer que, le puits de Blois ayant été creusé jusqu’à la couche de silex roulés deux ans auparavant, c’est depuis cette époque que l’animal avait pu s’introduire dans la géode, mais est-il admissible que les infiltrations aient pu amener, dans une période aussi courte, assez de matières nutritives pour transformer le germe ou têtard microscopique en un animal pesant 15 grammes? Je ne le pense pas.
- 3 Lettre de M. Seguin à M. Mauvais (Comptes rendus de
- l’Acad. des sc., année 1851, p. 300). *•
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- la vie n’est du reste point spécial aux batraciens; on le retrouve, à des degrés divers, à tous les degrés de l’échelle animale depuis l’infusoire jusqu’à l’homme. C’est ce que je me propose de montrer dans un prochain article. A. de Rochas.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le livre de la Ferme et des Maisons de campagne, par M. T. Joigneaux. Nouvelle édition entièrement refondue. Cette nouvelle édition paraît par livraisons. Elle formera 30 livraisons environ de chacune 64 pages avec couverture imprimée. Il paraît une livraison le 1er et le 15 de chaque mois à partir du lor décembre. L’ouvrage sera complet fin février 1885. — Paris, G. Masson.
- Traité de paléontologie pratique. Gisement et description des animaux et des végétaux fossiles de la France, par Stanislas Meunier. 1 vol. in—18, avec 815 gravures et deux cartes géologiques. — Paris, J. Rothschild.
- Les Roches. — Description et analyse au microscope de leurs éléments minéralogiques et de leur structure. Gisements, Emplois,par Ed. Jannetaz. 2e édition. 1 vol. in-18,avec 2 cartes et 215 gravures et planches. — Paris, J. Rothschild.
- Construction des réseaux électriques aériens en fil de bronze siliceux. Lignes télégraphiques, téléphoniques, transport de force, lumière électrique, par Henry Yivarez. 2e édition. 1 vol. in-8°. — Paris, J. Michelet, 1885.
- LE CHEMIN DE FER ET LE PORT
- DE LA RÉUNION (Suite et fin. — Voy. p. 27.)
- En même temps que se poursuivait tout autour de l’île de La Réunion la construction du chemin de fer dont nous avons parlé dans un précédent article, des travaux gigantesques étaient entrepris pour la création du port de la Pointe-des-Galets. L’emplacement choisi, situé à la partie occidentale de l’île, présente de nombreux avantages. Les vents alisés qui viennent du sud-est n’atteignent pas, en effet, ce point qui se trouve abrité par les hautes montagnes du massif central de l’île. La plaine des Galets est aussi relativement à l’abri des cyclones, qui abordent en générai La Réunion à l’est-nord-est. Cette plage, sorte de delta, est formée par les accumulations depuis des siècles de débris de roches roulés par la rivière des Galets, à une hauteur moyenne de 5 à 6 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans la partie choisie pour le creusement du port, elle s’abaisse vers le large en une pente d’abord assez douce, mais qui devient très raide au delà des fonds de 10 à 12 mètres, ce qui est une sérieuse garantie contre les ensablements que pourrait faire craindre l’apport d’alluvions nouvelles. Enfin la pointe des Galets se trouve presque au milieu de la ligne du
- chemin de fer que nous avons décrit, parfaitement située par conséquent au point de vue du transport des marchandises d’importation et d’exportation. Creusé entièrement dans le sol de la pointe des galets, partie à bras d’hommes, mais pour la plus grosse part au moyen de puissants engins mécaniques, excavateurs et dragues, le port comprend un avant-port de forme carrée communiquant avec la mer par un large chenal qu’abritent deux jetées, un bassin intérieur rectangulaire et deux bassins plus étroits auxquels on a donné le nom de rues, perpendiculaires à ce bassin intérieur. Il comprendra en outre une cale pour la réparation des navires, des magasins docks, des ateliers importants, des estacades de débarquement avec grues à vapeur, etc. Les jetées qui protègent l’entrée du port ont la forme d’arcs de cercle de 250 mètres de rayon; elles s’avancent vers le large jusque dans des fonds de 15 mètres, et laissent entre leurs musoirs une ouverture libre de 100 mètres. Pour quiconque connaît les tempêtes de l’Océan Indien, la violence des raz de marée et des cyclones, la constitution de ces jetées apparaîtra comme un ouvrage bien hardi, une véritable construction digne des géants. Les blocs artificiels dont sont faites ces jetées atteignent des poids de 110 à 120 tonnes, et si l’on songe que ces blocs ont été maçonnés à une certaine distance des jetées, puis conduits et rangés méthodiquement, régulièrement en place pour former une véritable maçonnerie appareillée, et non jetés pêle-mêle en opus incertum comme il avait été fait jusqu’ici pour la plupart des jetées, on ne s’étonnera pas qu’il ait fallu créer un matériel spécial, tout nouveau, et qu’on ait donné le nom de Titan à l’énorme grue roulante capable d’opérer la pose de ces blocs. On a commencé par construire sur la terre ferme une amorce ou enracinement de la jetée, puis on a posé successivement des tranches de maçonnerie formées des énormes blocs artificiels en béton de ciment dont nous venons de parler, juxtaposés pour former une largeur de 40 mètres à la base, de 15 mètres en couronnement et superposés en nombre de plus en plus grand à mesure qu’on avançait vers le large, et que la profondeur allait par suite, en augmentant. Voici comment chaque bloc venait se poser, mathématiquement pour ainsi dire, à la place qui lui avait été d’avance assignée. Tous les blocs, les uns trapézoïdaux, les autres en forme de parallélipipèdes rectangles, étaient construits par files sur un immense chantier desservi par des bétonnières mécaniques, des grues à vapeur, et un chemin de fer pour l’approche des matériaux. Au-dessus de chaque file de blocs on pouvait faire circuler une grue roulante, assez analogue comme forme à celles qui servent dans nos gares au déchargement des wagons de pierre de taille, mais bien plus puissante, construite entièrement en fer, et soulevant chaque bloc tour à tour au moyen de deux puissantes presses hydrauliques. Le bloc ainsi soulevé, cet appareil bardeur se mettait en marche
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- sur une double file de rails régnant tout le long de chaque rangée de blocs, et venait déposer l’énorme masse (les plus légers pesaient 50 tonnes, soit environ le poids d’une locomotive avec son tender, les plus lourds 120 tonnes) sur un truck muni de 2G roues qui conduisait alors ce bloc jusqu'à la jetée poulie porter au Titan. Le Titan se compose d'une sorte de grande poutre tubulaire, de 5 mètres de hauteur, de 45 mètres de long, portée au milieu de sa largeur sur le piston d’une presse hydraulique.
- Sur les poutres supérieures circule' un chariot roulant muni de treuils à chaînes galle, et capable de se mouvoir depuis l’arrière du Titan, où il vient accrocher le bloc amené par le truck, jusqu’à l’avant de l’énorme poutre, qui surplombe la mer devant la partie déjà achevée de la jetée.
- Le Titan tout entier et portant Je bloc représente un poids de 550 tonnes. Cette masse énorme est soulevée par la presse hydraulique centrale, et tourne sur son piston
- comme sur un pivot pour venir déposer le bloc suspendu au chariot roulant supérieur et le mettre en place à la mer dans la tranche de maçonnerie
- en cours d’exécution. Chaque tranche achevée, le Titan s’avance lui-même, au moyen de roues en acier roulant sur de gros rails. Un cyclone ou un raz de marée violent vient-il à surgir au cours du travail, le Titan tout entier recule le long de la portion de jetée qu’il a déjà construite, et vient se mettre à terre sur l’amorce de la jetée, à l’abri des vagues furieuses.
- La jetée sud a été terminée à la fin de 1881 ; la jetée nord est achevée depuis 1882 ; depuis cette époque, et même pendant leur construction, ces jetées ont eu à subir les assauts répétés de plusieurs cyclones et de raz de marée formidables ; leur solidité et l’excellence des principes de leur construction ont été affirmées par la façon victorieuse dont elles ont résisté à ces coups de mer dont les plus violentes tempêtes d’Europe ne peuvent donner une idée.
- Pamte des Galets
- Fig. 1. — Plan du nouveau port de la Poiute-des-Galets. (Ile de la Réunion.)
- Fig. 2. — Construction du port de la Réunion. — Chantiers des blocs.
- Pendant que se construisaient les jetées on avait commencé à creuser le port; lorsque l’achèvement des jetées permit d’ouvrir une communication entre la mer et le bassin d’avant-port en cours de creu-
- sement, les dragues, montées et mises à l’eau dans ce bassin se mirent à creuser le chenal, et une flottille de chalands porteurs ou gabarres, conduite par des remorqueurs, ne cesse, depuis cette époque, de
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- conduire en pleine mer les déblais fournis par les puissantes dragues à vapeur qui poursuivent et achèveront en 1885 le creusement du port tout entier. Ces dragues sont munies de godets en acier dont la
- contenance atteint -450 litres; leurs machines développent une force de cent cinquante chevaux-vapeur et les dimensions de leurs organes leur permettent de creuser le sol à 0 mètres de profondeur au-des-
- Fig. 5. — Chenal d’entrée du port de la Réunion. — Titan, ou machine à poser les blocs.
- sous du niveau de l’eau. Pour déraser le sol jusqu’au niveau de l’eau on a fait usage d’excavateurs du type dit américain, constitués par un énorme godet ou
- cuiller d’une capacité d’un mètre cube, fixée à l’extrémité d’un bras mobile actionné par une machine à vapeur; le tout, porté sur un chariot métallique qui
- tig. 4. — Port Je la Réunion. — Vue intérieure de la jetée nord, montrant la disposition des blocs. (D’après des photographies.)
- avance le long de la tranchée à mesure du travail. Avec tous ces engins mécaniques constituant un matériel très considérable, la Compagnie concessionnaire espérait légitimement pouvoir terminer le port en 4883.
- Malheureusement la rencontre, dans le creuse-
- ment de l’avant-port, d’un amas compact de galets denormes dimensions (quelques-uns atteignent et dépassent un mètre cube) et barrant presque tout l’avant-port, a notablement retardé les travaux. Mais à des difficultés nouvelles on oppose des procédés nouveaux ; des appareils à air comprimé, véritables
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- cloches à plongeurs de dimensions considérables (110 mètres carrés de surface chaque) ont été expédiés l’automne dernier pour l’enlèvement de ce mur de galets que du reste les dragues sont parvenues à franchir, en s’aidant de la dynamite pour désagréger cette sorte de poudingue, et l’année 1885 verra certainement entrer les navires dans leport de la Pointe-des-Galets. Nos marins ne seront plus dès lors à la merci des cyclones, et notre belle colonie, mise en possession de l’outillage indispensable qui avait jusqu’ici fait défaut à son commerce, pourra soutenir victorieusement la lutte pour l’existence et voir refleurir son ancienne prospérité.
- P. Regnard.
- LE DOUNDAKÉ ET LA DOUSDAKINE
- t
- Par MM. Eu. Heckel et Fn. Schlagdenhauffen.
- Le Doundaké, ou Quinquina africain, est une écorce fournie par une rubiacée de la tribu des Naucléés du nom de Sarcocephalus esculentus Afz., arbre très répandu sur la côte occidentale d’Afrique depuis la Sénégambie jusqu’au Gabon. Ses propriétés toniques, fébrifuges et astringentes sont mises à profit par les indigènes de temps immémorial, mais c’est à peine si le produit est connu en Europe depuis 18761, Sa supériorité comme drogue ou comme matière tinctoriale a attiré l’attention des savants et, en 1883, MM. Marcus, Bochefontaine et Feris (Comptes rendus de VAcad, des Sciences, 28 juillet 1883), l’ont étudié au point de vue chimique et physiologique.
- Ces auteurs ont signalé dans le Doundaké la présence d’un alcaloïde, la Doundakine, caractérisé par son alcalinité, sa forme cristalline rhomboïdale, la propriété de précipiter au contact des iodures doubles et des phosphomo-lybdate et phosphotungstate de sodium, enfin parla production de phénomènes cataleptiques particuliers sur la grenouille et le cobaye à très faible dose (Ogr., 03).
- Tout en confirmant de tous points la partie physiologique du travail de ces auteurs, nous n’avons pu établir la nature alcaloïdique du principe actif. En effet, après épuisement préalable des corps gras et d’une certaine quantité de matière colorante de l’écorce au moyen de l’éther de pétrole et du chloroforme, nous obtenons, par l’action de l’alcool, un extrait qui contient deux principes colorants jaunes, différents quant à leur solubilité dans l’eau et l’alcool, et un troisième, brun kermès, insoluble dans l’alcool et l’eau, mais soluble seulement dans la potasse. Les deux premiers, en solution aqueuse, simulent en tous points les propriétés d’un alcaloïde puisqu’ils précipitent par les iodures doubles et les phosphomolybdate et phosphotungstate de sodium ; mais comme tous deux précipitent également par l’acide chlorhydrique, ils ne sauraient constituer en aucune façon des bases organiques. Ils sont d’alleurs azotés et ont pour formule
- > C28II19,N013 et C19II16N09.
- En suivant le procédé opératoire indiqué par les auteurs du mémoire cité plus haut, consistant à faire bouillir l’écorce dans l’eau aiguisée d’acide sulfurique, à ajouter un excès de chaux au liquide filtré et à épuiser le magma desséché par de l’alcool, nous avons obtenu un extrait
- 1 Coerre, Flore et faune du Rio Nunez, le décrivit sans le déterminer. (Archives de médecine navale, t. XXVI, 1876.)
- alcoolique dans lequel le microscope révèle, il est vrai, des traces d’un composé cristallin (tables carrées et non rhomboïdales), constitué par du chlorure de sodium. Cet extrait est soluble dans l’eau, non en totalité, ce que n’indiquent pas les auteurs : la solution aqueuse précipite par les réactifs des alcaloïdes, mais elle précipite également l’acide chlorhydrique. Or, comme ce liquide résultant de l’action de l’acide sur l’extrait, ne fournit plus de précipité par les iodures doubles, les phosphomolybdate et phosphotungstate de sodium, il s’ensuit que la substance en question ne doit pas être envisagée comme une base organique.
- L’amertume de l’écorce de Doundaké n’est pas due à un alcaloïde, mais à deux matières colorantes jaunes distinctes, de nature azotée.
- Ces matières colorantes abondantes et d’un beau jaune, méritent toute l’attention des industriels qui s’intéressent à l’art du teinturier, comme elles doivent fixer celle du médecin clinicien en raison de leur action physiologique.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DE L’ANDALOUSIE
- Vers lafm de novembre 1884, plusieurs secousses de tremblements de terre ont été ressenties dans le sud-est de la France et en Italie1. Un mois après, à partir du 25 décembre, des tremblements de terre d’une intensité considérable ont eu lieu dans le midi de l’Espagne, exerçant de véritables ravages dans différentes régions de l’Andalousie.
- Notre collaborateur M. A.-F. Noguès, ingénieur des mines, actuellement en résidence à Séville, nous a écrit sur les observations qu’il a faites a ce sujet, l’intéressante lettre que nous reproduisons :
- Le jour de Noël, 25 décembre 1884, à neuf heures moins sept minutes du soir (heure de Madrid), un tremblement de terre assez intense s’est fait sentir à Séville. Il y a eu deux secousses séparées par un intervalle de quelques secondes; la première secousse a duré 7 à 8 secondes ; les portes et les fenêtres étaient en trépidation, les lampes suspendues au plafond faisaient de larges oscillations, le fauteuil sur lequel j’étais assis, exécutait de petits mouvements rapides de droite à gauche, les meubles tremblaient, les murs semblaient se rapprocher. Un bruit violent comme celui d’un grand vent arrivé brusquement se faisait entendre au dehors ; tout tremblait dans la maison comme si une lourde cavalerie passait dans la rue. Aussitôt toutes les portes et les fenêtres s’ouvraient et les habitants de Séville descendaient effarés dans la rue ou, affolés, appelaient les voisins au secours, Les habitués du théâtre San Fernando quittaient brusquement leurs places et les chanteurs qui chantaient Un Ballo m maschera s’arrêtaient épouvantés ; tous les cafés et lieux publics se vidaient subitement et en certains endroits on sautait par les balcons. La seconde secousse a été un peu moins intense que la première et a duré de 5 à 6 secondes ; le mouvement vibratoire du sol semblait avoir une direction est-ouest; il se rapprochait de la ligne de dislocation des roches pyrogènes (pyrogéno-am-phiboliques) récentes de la Sierra Morena (tertiaires supé-
- 1 Voy. 11e 605 du 3 janvier 1885, p. 77.
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- rieures). Les 22 et 23 décembre le vent du Nord-Est soufflait ; "ie 24 le vent a tourné au sud et la pression s’est considérablement abaissée; la journée du 25, vent Sud, a été pluvieuse, dans la soirée, le ciel s’était un peu éclairci, mais la diminution de pression persistait et le vent était toujours au sud. Quelques édifices ont été lézardés; une salle de l’hôpital a été crevassée, le café des Empereurs a souffert quelques avaries, à la ealle de las Sierpas une maison a été fendue dans toute sa hauteur.
- Des secousses ont été ressenties au même moment dans tout le midi de l’Espagne; les dépêches officielles disent même qu’il y a eu le 26 et le 27 décembre de nouvelles trépidations ; les désastres ont été terribles et ont pris les proportions d’une calamité publique.
- Dans tout le midi de l’Espagne, on a remarqué, le 25, une baisse rapide du baromètre et une élévation de la température. Après le tremblement, au contraire, le baromètre a eu pendant 48 heures de très fréquentes oscillations et le temps est devenu froid.
- Le phénomène semble avoir eu le plus d’intensité dans la partie montagneuse des provinces de Grenade, de Malaga et de Jaën où les petites villes, les villages, les fermes et les églises, peu solidement construits, ont beaucoup souffert.
- Contrairement au bruit qui a couru, l’Alhambra de Grenade et la plupart des monuments de cette ville ont échappé à toute atteinte. Ce qui a accru la panique à Grenade, c’est le récit des ravages que le phénomène a causés dans toutes les petites villes et dans les bourgades des sierras de la province.
- A Malaga, la consternation a été tout aussi grande qu’à Grenade. A la première secousse, on se lança vers les rues et les promenades et l’on passa la nuit dehors par crainte de nouvelles secousses.
- A Cordoue, le tremblement de terre a été accompagné par des bruits sourds ; à minuit, ainsi qu’à quatre heures trente minutes du matin, on a ressenti deux nouvelles secousses. A Xérès, on a constaté plusieurs oscillations ; les cloches des églises se mirent à tinter d’elles-mêmes.
- A Cadix, comme dans les deux autres tremblements de terre qu’on a ressentis dans cette ville depuis cinq ans, les secousses ont été moins vives dans certaines rues que dans d’autres.
- Depuis quelques semaines, il s’était produit de légères secousses en Portugal, en Galice d’Espagne et dans le Midi même, mais point avec les conséquences déplorables qui ont marqué la nuit du 25 décembre dans les provinces de Grenade et de Malaga.
- En somme, dans les deux provinces de Grenade et de Malaga, le chiffre des morts reconnu à la première heure était de 583 ; mais le nombre de gens ensevelis et non encore retirés des débris est, selon les dépêches officielles, plus considérable, et il y a beaucoup de blessés.
- Les pertes matérielles, maisons et édifices publics, sont immenses.
- Notre savant collaborateur, M. Noguès, s’est mis en campagne, pour explorer les régions dévastées, recueillir des documents précis, et dresser des cartes géologiques des régions atteintes. Nous publierons ces documents dans notre prochaine livraison.
- — A suivre. —
- LE TREMBLEMENT DE TERRE D’ISCHIA
- DU 28 JUILLET 1885
- Rapport de la Commission.
- A la suite du tremblement de terre qui dévasta l’ile d’ischia en juillet 1883, une Commission d’étude composée de MM. P. Cornetto, inspecteur du génie civil, G. D. Malvezzi, inspecteur en chef et F. Giordano, inspecteur du Corps des mines, fut chargée par le gouvernement italien de résumer les observations précises qui avaient pu être faites pendant le cataclysme, et de donner des indications relatives aux moyens préventifs pour l’avenir. Cette Commission, qui a terminé un long et intéressant mémoire avait pour premier et principal mandat de déterminer sur les lieux les dispositions prohibitives que l’on pourrait adopter et imposer, soit par un règlement, soit par une loi, aux personnes qui voudraient construire de nouveaux édifices ou restaurer les anciens, dans les communes de l’île éprouvées par le tremblement de terre ; elle pouvait aussi présenter toutes les observations et propositions qu’elle jugerait opportunes. Il fut recommandé à cette Commission d’examiner de près, au point de vue des réédifications, les usages et les besoins de la population, afin de pouvoir déterminer les formes et les qualités des constructions qu’il conviendrait le mieux de prescrire, en tenant compte des garanties de sécurité qu’elles devront présenter contre le retour probable de tremblements de terre et de la manière dont elles pourraient être disposées.
- La plupart des recommandations faites par la Commission dont nous avons sous les yeux le Rapport, ont un intérêt presque purement local, et nous n’en parlerons pas à nos lecteurs; mais nous emprunterons à ce grand et remarquable travail quelques faits précis qui compléteront les renseignements que nous avons antérieurement publiés l.
- » Le tremblement de terre du 28 juillet 1883 dans l’île d’ischia a fait 3075 victimes dont 2513 morts (y compris les personnes décédées dans les hôpitaux de Naples) et 762 blessés, non compris les contusionnés. Pour ce qui est des habitations, elles furent presque complètement détruites à Casamicciola où il n’est resté sur pied que le cinquième des maisons, elles furent toutes plus ou moins endommagées, et une seule resta intacte au milieu des ruines : c’est la maison Russo à la plage dite de Perrone. Il y avait avant la secousse 672 habitations à Casamicciola ; il y en eut 537 de détruites de fond en comble, et sur 4500 habitants il y en eut 1784 de tués. C’est dans cette localité, où la catastrophe se fit sentir dans toute son intensité.
- Dans la ville d’ischia, au contraire, ainsi que sur son territoire, à la partie orientale de l’île, et bien qu’il s’y fût produit de fortes secousses, il n’y eut ni victimes ni bâtiments détruits, mais seulement
- 1 Voy. n° 535 du 18 août 1883, p. 182.
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- quelques maisons légèrement endommagées. Cette immunité relative est due à des conditions spéciales, principalement géologiques, dont ont aussi profité d’autres points des régions frappées et où les dommages furent très légers.
- La destruction produite par le tremblement de terre n’a pas été limitée aux habitations, mais s’est étendue notablement aux murs de soutènement des vignobles établis en degrés sur les flancs de la montagne et dont plusieurs longent les chemins de communication. Iles pluies torrentielles succédant à courts intervalles au tremblement de terre, entraînèrent les terres qui n’étaient plus maintenues et augmentèrent énormément l’importance des dommages qui frappaient ces populations déjà privées instantanément de leurs habitations. Plus de 9500
- personnes trouvèrent un refuge temporaire dans les 700 baraques environ, couvertes de fer ondulé, que le gouvernement fit construire, et elles les occupent encore en attendant naturellement d’autres dispositions définitives.
- Les personnes qui ont parcouru l’endroit où fut Casamicciola et spécialement cette zone où les habitations furent le plus bouleversées, trouvèrent la réalité plus cruelle qu’elles ne s’y attendaient. Ces quartiers furent presque entièrement nivelés jusqu’à terre. Les débris des fortes murailles des églises étaient couchés sur le sol mélanges à ceux des plus humbles habitations.
- De si tristes conditions engageraient la population à émigrer vers les zones moins dangereuses de Pile; mais d faut faire attention que ces sites sont les plus
- jPf* Comacahie
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- I.DE PROCIDA
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- énesplus dangereuses
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- O Sources thermales
- I localités à choisir pOirr 1 les nouveaux:groupes
- estaccï
- lignes supposées
- CS Çuartùr- do baraques
- Ile d’Isehia. — Carte géognostique sismique du tremblement de terre de 1883, dressée par la Commission italienne.
- fertiles et les plus escarpés, et qu’une population industrieuse, par un travail immense, les ont recouverts de vignobles et d’arbres fruitiers jusque dans les derniers endroits accessibles. Pourra-t-on prétendre qu’ils les abandonneront pour aller sur d’autres zones généralement pierreuses et stériles? Mais l’amour du sol natal est tellement vif et opiniâtre, surtout chez les habitants des régions volcaniques sujettes à des tremblements de terre, qu’il faudrait absolument une loi rigoureuse pour empêcher de graves imprudences.
- L’examen des conditions géologiques de ces régions permettra surtout d’indiquer quelques règles opportunes pour le choix des sites où seront établis les centres d’habitation ; de plus, des mesures convenables de l’autorité, aujourd’hui très négligées dans ces localités, permettront de prévenir au moins la destruction des vies humaines. A moins donc de
- mouvements terrestres tout à fait extraordinaires et de beaucoup supérieurs à celui survenu en dernier lieu, les études que l’on entreprendra auront ce résultat utile d’éviter les dommages et en tout cas de les alléger grandement.
- Nous joignons aux renseignements qui précèdent la reproduction de l'intéressante carte géologico-sismique, qui est jointe au Rapport de la Commission italienne. Elle donne l’indication des zones principalement exposées aux tremblements de terre, des principaux points ravagés et des zones particulièrement dangereuses dans le voisinage des fractures de terrain. Elle offre enfin quelques renseignements géologiques qui en font un document utile à faire connaître dans l’intérêt de l’histoire de la sismologie terrestre. G. T.
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- LE « FORÇAGE » DES LILAS
- Depuis quelques années seulement nous admirons en plein hiver, chez les fleuristes de Paris, de superbes bouquets de lilas blancs, de boules de neige et de roses. Nos tables en sont ornées le jour des réceptions amicales, ils contribuent aussi à l’ornement des fêtes de baptêmes, de mariages et remplacent souvent les bonbons au lor janvier. La consommation de ces fleurs est énorme et elle augmente encore de jour en jour. Peu de personnes savent ce-
- pendant où se fait leur culture; c’est dans la banlieue de Paris qu'on s’en occupe.
- Les deux plus importantes exploitations sont celles de M. Moynct, à Montrouge, et de M. Delaunay, à Montreuil-sous-Bois.
- J’ai eu l’occasion de visiter l’établissement de M. Delaunay il y a quelques jours, et grâce à l’obligeance de son aimable propriétaire j’en ai vu tous les détails et reçu de lui tous les renseignements.
- Les pieds de lilas employés sont de l’espèce dite de Marly aux belles teintes violettes, qu’ils doivent perdre entièrement dans l’obscurité des serres. Ils
- sont d'abord plantés dans de vastes pépinières à Vitry et y séjournent jusqu’à l’àge de six à huit ans. Au bout de ce temps on les transporte avec leur motte à l’usine de M. Delaunay où ils sont gardés de 2 à 6 mois sous des hangars. C’est pendant cet intervalle qu’on les coupe, au fur et à mesure qu’on les replantera dans la serre. Cette besogne est délicate et demande une grande expérience, car à ce moment Jes bourgeons sont à peine formés et il faut cependant ne garder que ceux qui devront donner des fleurs. Sur une motte, le jardinier ne coupera que quelques tiges à peine; sur une autre, il ne devra garder qu’une seule branche de tout l’arbrisseau.
- La serre principale dans laquelle sont plantés les lilas, a environ 50 mètres de longueur sur 7 de
- largeur et 3m,5û environ de hauteur. Les autres, de plus petite dimension, sont toutes creusées dans le sol ; une demi-obscurité y règne ; la toiture, divisée par travées, est faite de châssis vitrés recouverts d’un épais lattis.
- Le sol de la serre est formé de terre ordinaire sans fumier. Tout autour des murs intérieurs, sont posés des tuyaux pour le chauffage à l’eau chaude nécessaire au développement des plantes.
- Cette installation est admirablement faite et si l’on comptait toutes les serres réunies de M. Delaunay, il n’y aurait pas moins de deux kilomètres de ces tuyaux de chauffage.
- Les lilas doivent pousser à une température constante de 30 à 35° en moyenne. Le jour, lorsqu’il ne
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- LA NATURE.
- gèle pas, on lève légèrement les châssis vitrés pour renouveler l’air pendant deux heures seulement.
- La plantation des pieds de lilas s'exécute dans la serre, par travée, de deux jours en deux jours, afin de diviser les époques de la cueillette. Les mottes des arbrisseaux sont à peine enfoncées dans le sol et leur développement complet est si rapide qu’en vingt jours seulement, on peut faire la récolte des bouquets. La vue de la serre à ce moment est vraiment charmante. C’est une forêt parfumée de lilas d’une blancheur éblouissante, leurs grappes légères et floconneuses font le plaisir des yeux.
- Dans la serre une opération assez pénible est à faire vers le milieu de la croissance des bourgeons. Les jardiniers doivent couper tous ceux qui ne portent pas de fleurs afin de donner à celles-ci toute la force possible. Dans cette chaleur de 55° ils travaillent très légèrement vêtus. Ils doivent aussi arroser les plantes à la lance dont le bout est armé d’une pomme d’arrosoir. Les insectes ne sont pas à craindre, cependant quelquefois un hanneton arrive à naître; il est vite aperçu et c’est à peine s’il a pu avoir le temps de goûter aux bourgeons des lilas, que ses jours sont achevés.
- L’exploitation de cette culture dure dix mois, de septembre à juillet. M. Delaunay sacrifie environ deux cent mille pieds de lilas dans son établissement; avec les autres horticulteurs on peut en compter un million. Après avoir subi le chauffage ces lilas ne sauraient plus que végéter et mourir.
- Pour la culture des boules de neige, le chauffage est aussi de 30° à 35° en moyenne ; il faut le même soin que pour les lilas mais le développement de cette fleur est plus lent ; elle doit rester en serre six semaines. Quant aux rosiers, deux mois de chauffage de 15 à 16° sont suffisants.
- A l’occasion des fêtes du jour de l’an, la consommation des bouquets de lilas est énorme. Les horticulteurs de Paris en fournissent environ 12 000. On fait aussi des expéditions en Angleterre, en Belgique, en Russie : quatre à cinq cents bottes par semaine.
- Les Halles centrales sont le point de départ de la vente des lilas. Vers trois heures du matin ils arrivent dans des voitures fermées, entassés dans des paniers; s’il gèle on les emballe soigneusement dans des papiers, puis ils sont encore emmaillotés dans d’épaisses couvertures.
- Enfin la culture des muguets se fait aussi à Paris dans des établissements spéciaux. Ils y subissent seulement le chauffage, car toutes les griffes de ces fleurs viennent des environs de Berlin.
- Aluert Tissaxdier.
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- CHRONIQUE
- Expériences de téléphonie à grande distance.
- — M. Cocherv, ministre des postes et des télégraphes, s’est rendu vendredi 2 janvier à Rouen pour assister à de très curieuses expériences de téléphonie à grande distance.
- 11 s’agissait de constater les résultats de l’application entre Rouen et le Havre, soit sur environ 90 kilomètres du système de transmission simultanée de M. van Rvssel-berghe dont nos lecteurs ont eu précédemment la description (n° 601 du 6 décembre 1884, p. 1).
- L’expérience a parfaitement réussi et, pendant plus d’une heure, le ministre et les personnes qui l’accompagnaient : M. Hendlé, préfet de la Seine-Inférieure, M. Cor-dier, sénateur, M. Hervé Mangon, député etmembre de l’Académie des sciences, MH. Duvivier et Richard AAaddington, députés de Rouen, M. Ricard, maire de Rouen et plusieurs fonctionnaires supérieurs du ministère des postes et télé graphes, ont échangé très clairement des conversations avec MM. Siegfried, maire du Havre. Grenier, sous-préfet, le vice-président de la Chambre de commerce et plusieurs notabilités havraises qui se trouvaient au bureau télégraphique central du Havre. Les résultats ont été unanimement rer connus excellents, et le ministre a pu annoncer, en quittant Rouen, que la communication serait livrée au public d’ici une quinzaine de jours. Ce sera un nouveau progrès à ajouter à ceux qui ont déjà été réalisés récemment en matière de téléphonie; le mois de janvier 1885 aura, à cet égard, été fécond; déjà, depuis le 1er janvier, les premières cabines téléphoniques publiques ont été mises en service à Paris. Le même mois verra l’ouverture de la ligne téléphonique Rouen-Havre. Grâce à ce progrès étonnant, on pourra communiquer d’une ville à l’autre avec la plus grande facilité. 11 est probable qu’avant peu nous aurons aussi un service établi entre Paris et Rouen, soit avec le système van Rysselberghe, soit avec un fil spécial, soit avec d’autres appareils d’invention plus récente. Le prix de revient comparatif des installations décidera du choix.
- Grue électrique de 20 tonnes. — Depuis un mois, la fonderie du grand établissement de M. Farcot, à Saint-Ouen, emploie une grue de 20 tonnes, sur laquelle la Compagnie électrique a organisé un système de commande électrique dans les conditions suivantes. La machine génératrice est située à une distance de 100 mètres environ de la grue. A la vitesse de 1550 tours par minute, elle donne un courant de 13 ampères et 350 volts environ aux bornes. La machine réceptrice, logée sur l’appareil de levage, marche à 1000 tours et peut développer sur son axe une force de quatre chevaux. Un rhéostat particulier permet d’introduire progressivement des résistances qui peuvent atteindre 60 ohms, et de faire varier, par suite, à volonté la vitesse d’ascension des pièces. Rien n’a été changé aux conditions d’établissement de la grue, sur laquelle le montage des organes électriques a été fait de manière à conserver la possibilité de manœuvrer l’appareil à bras pendant les arrêts de la machine à vapeur. Un frein Mégy, construit par MM. Saut* ter et Lemonnier, donne une sécurité absolue en cas de dérangement accidentel, comme on a pu s’en convaincre dans les expériences de réception. Lorsqu’on enlève de grosses pièces fondues, au moment où elles quittent le moule, il se produit un vide; la pression atmosphérique, s’exerçant sur toute la surface de la pièce, vient s’ajouter et peut, dans certains cas, aller jusqu’à doubler le poids à soulever. Afin de prévenir toute chance d’accident par cette cause, on a imaginé d’utiliser le courant lui-même pour fixer la limite de la charge et interrompre le circuit dans le cas où celle-ci devient trop considérable. L’in-lerruption même du circuit sert d’avertissement pour le mécanicien. Auparavant, le service de la grue exigeait une équipe de dix hommes, qui est remplacée actuelle-
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- ment par un seul ouvrier. On a donc pu réaliser, au moyen de l’électricité, une économie considérable sur la main-d’œuvre.
- La vie de II. (àrabain Bell à Washington. —
- Alexandre Graham Bell que tous les tribunaux viennent de déclarer le premier inventeur du téléphone, excepté la Cour suprême des États-Unis, mais qui gagnera son procès devant cette cour comme devant toutes les autres, n’est aucunement grisé par son succès. 11 supporte la fortune comme personne, car il est immensément riche et son invention a enrichi également tous les menbres de sa famille. Mais Bell est resté toujours le même travailleur ardent et gai, tout dévoué à la science, comme il l’était au temps de sa pauvreté et de son obscurité. 11 n’aime pas l’argent pour l’argent et n’est pas un manieur d’affaires. Comme Agassiz et tous les autres grands hommes de science, il est trop occupé pour faire des affaires. Mats il aime les choses que l’argent procure. Son habitation de Scott Circle est remarquable par son confortable ; on y admire des tentures et des œuvres d’art, l’atelier de M. Graham Bell, son laboratoire Yolla, dans l’avenue Connecticut, ses appareils et sa bibliothèque sont magnifiquement organisés. L’inventeur serait cependant tout aussi heureux sans eux, car son bonheur réside dans sa famille d’une part, et ses recherches scientifiques d’autre part. Lorsqu’il n’est pas occupé dans son laboratoire, dans sa bibliothèque, ou dans l’école libre d’enfants sourds-muets qu’il a fondée, il est dans la société de sa femme et de ses enfants. Celui qui fait du téléphone Bell la magnifique affaire que l’on sait, est son beau-père, Gardiner G. Hubbard, homme d’une grande habileté et d’une grande expérience, aussi pratique que Bell est théorique. 11 est aussi très riche, presque autant que son gendre et vient, dit-on, de gagner encore 500 000 dollars tout récemment, au moment où les actions du téléphone Bell ont subi une hausse sur le marché'américain.
- Hubbard est un vieillard de relations agréables, qui écrit encore beaucoup dans les revues et les magazines, ainsi qu’il avait coutume de le faire lorsqu’il était professeur à Cambridge avec un salaire des plus modestes.
- Philadelphia Record.
- Le bois et le blé en Franee et en Amérique.
- — L’activité des Américains n’ayant pas encore suffi à faire du continent où elle s’exerce un pays aussi déboisé que le nôtre, le soin avec lequel nos pays ramassent les moindres branches leur est un sujet d’étonnement.
- Un de leurs voyageurs fait cette remarque'aussiloriginale que vraie : le bois coûte en France environ un sou les trois livres : c’est le prix du blé dans le Kansas; un cultivateur de cette région, qui brûlerait son blé, ne ferait pas acte de plus grande prodigalité que le Français qui se chauffe avec un fagot.
- Conserves d’oeufs. — L'Invention and Invenlor’s Mart annonce qu’il s’est formé, à Saint-Louis (États-Unis), une compagnie qui se livre à la fabrication des conserves d’œufs. — Le matériel est suffisant pour que l’on puisse opérer sur un million de douzaines par an. — On sépare de leurs coquilles les blancs et les jaunes, on les soumet à la dessiccation, et on les enferme dans des boîtes en fer-blanc de la même façon que les autres conserves. Une cuillerée à thé de conserve représente la valeur d’un œuf. Les fabricants affirment que ces conserves d’œufs peuvent se maintenir en bon état pendant trois ans,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 janvier 1885. — Présidence de M. Boulev.
- Selon l'usage, l’Académie procède, dans cette première séance de l’année, à l’élection d’un vice-président à la place de M. Boulev qui prend possession du fauteuil. Le nombre des votants étant de 58, M. Jurien de la Gravière est désigné par 51 suffrages contre 2 donnés à M. Bonnet, 2 à M. lier mi te, 1 à M. Janssen, 1 à M. Tresca et 1 à M. Phillips.
- Météorologie. — M. Mascart a bien voulu me faire remettre les Annales pour 1882 du bureau central météorologique de France dont il est le directeur. On remarque dans ce volume deux Mémoires de M. Angot relatifs l’un à la marche des phénomènes de la végétation en France pendant les années 1880 et 1881 ; l’autre à la migration des oiseaux en France pendant ces mêmes années. Le premier de ces mémoires est accompagné de 14 planches montrant, par des courbes tracées sur la carte géographique, la floraison et la moisson du blé, de l’orge, du seigle; la floraison du narcisse, du groseillierà grappes, du lilas, du marronnier d’Inde; la feuillaison du bouleau, du chêne. Le second Mémoire a deux planches qui par le même système nous fait réellement assister point par point, à l’arrivée et au départ de l’hirondelleTle cheminée et aux deux passages de la bécasse.
- Plantes houillères. — Continuant l’étude des végétaux fossiles de Commentry, MM. Benault et Zeiller décrivent aujourd’hui un equisetum du terrain houiller. Jusqu’à présent ce genre n’était pas connu avant le terrain triasi-que. L’espèce nouvelle s’appellera Equisetum Mongi, en mémoire du directeur des Mines de Commentry, mort récemment, et auquel succède actuellement M. Fayol.
- Par une coïncidence particulière, M. le professeur Ed. Bureau adresse également aujourd’hui à l’Académie la description d’un Equisetum encore plus ancien que le précédent et provenant du terrain houiller inférieur de Maine-et-Loire. L’échantillon que j’ai pu voir moi-même est remarquable aussi, en ce que les empreintes qu’il présente sont imprégnées de ce silicate hydraté d’alumine ordinaire, sur les fougères houillères des Alpes, et que l’on connaît sous le nom de nacrite.
- A l’occasion de ces découvertes, M. Alphonse Milne-Edwards annonce que les couches du silurien supérieur du nord de l’Écosse ont fourni uu nouvel exemplaire de scorpion identique à celui de Gothland, sauf en ce qui concerne son sexe.
- Principes immédiats des végétaux. — Dans des communications antérieures, M. Frémy a montré comment les parties les plus variées des tissus végétaux fournissent, outre les corps cellulosiques, les substances auxquelles il a donné les noms de pectose, de vasculose et de cutose. Il annonce aujourd’hui que cette dernière, qui constitue comme un épiderme sur les parties les plus variées des organes aériens des plantes, peut être retirée de l’agave en grande quantité. Sa composition est celle de certains corps gras; on en retire 72 de carbone, 8 à 9 d’hydrogène et le reste d’oxygène. Elle brûle comme une graisse et résiste aux acides à ce point qu’on l’obtient en détruisant les corps qui l’accompagnent par un séjour de deux ou trois jours dans l’acide sulfurique. Sous l’action des alcalis, la cutose se dédouble en deux acides, dont l’un est visqueux et l’autre solide.
- La lumière, la chaleur, l’air les modifie de façon à les rendre insolubles dans l’alcool et à reprendre les propriétés
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- de la cutose primitive. En terminant son intéressant travail auquel 31. Urbain a pris part, M. Frémv décrit des procédés propres à préparer la fibre textile dans un état absolu de pureté ; de cette façon la ramie ou ortie de Chine fournit un produit qui a toutes les apparences de la soie et dont les applications industrielles ne sauraient se faire attendre.
- Les tremblements de terre d'Espagne. — Les cataclysmes dont le sud de l’Espagne est le théâtre fournissent à des rêveurs la substance d’élucubrations plus ou moins gratuites. En même temps les géologues en tirent le sujet de sérieuses réflexions. C’est ainsi que M. Nogucs s’appuyant surtout sur les belles études de M. Mac Pherson, fait voir que la région secouée est remarquable par l’état morcelé des masses rocheuses qui en constituent le sol : les couches secondaires et tertiaires y sont plissées, contournées, faillées et recoupées par des roches éruptives dont quelques-unes récentes comme les basaltes. Il est très naturel que dans les
- profondeurs, une pareille région soit le siège d’é-boulements et de déplacements variés. La proximité de la mer et le déplacement progressif des côtes fournissent d’ailleurs des conditions favorables comme je l’ai montré démon côté, pour le développement de l’activité volcanique et l’ouverture d’un nouveau volcan dans la péninsule, en même temps qu’elle mettrait sans doute fin aux trépidations, n’aurait rien qui dût surprendre outre mesure.
- Varia. — On annonce la mort à l'âge de 85 ans de M. Desaignes, correspondant de la section de chimie. — M. Béjaud offre à l’Académie un buste en marbre du professeur Serres. -- 11 résulte du rapport de l’inspecteur de la navigation que le niveau le plus élevé atteint par la ; Seine en 1884 a été de 2m,91 au pont de la Tournelle et de 5m,90 au pont Royal le 25 décembre; les plus basses eaux ont été notées le 22 juillet à 0m,20 et lm,40 dans les mêmes localités. — Un grand mémoire sur le phylloxéra est adressé par M. Boiteau. — D’après M. Duclaux la germination des graines est impossible dans une terre absolument privée de microbes. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- RONCE ARTIFICIELLE EN FIL DACIER GALVANISÉ
- Les transformations qui s’opèrent aujourd’hui dans l’industiie et dans l’agriculture amènent avec elles des besoins nouveaux et, par suite, de nouvelles fabrications. C’est ainsi que dans toutes les parties de la France où les agriculteurs ont reconnu
- que la culture des céréales n’était pas rémunératrice, la création de nombreuses prairies a nécessité l’établissement de clôtures à la fois économiques et rapidement en état de recevoir les animaux.
- Autrefois, les haies vives étaient la clôture la plus souvent employée, niais ces baies demandent de longues années pour devenir efficaces et ont, de plus, l’inconvénient de rendre improductive une bande d’environ 2 mètres de large autour des champs.
- Aujourd’hui, les agriculteurs, pour la plupart, ont renoncé à cette clôture, pour employer la ronce artificielle dont nous donnons un petit dessin suffisant pour en faire connaître la disposition et le mode d’emploi. Cette clôture consiste en deux fils d’acier tordus ensemble et sur l'un desquels sont placés de 12 en 12 centimètres, des piquants à deux
- pointes très aiguës.
- Confection d’une clôture en ronce artificielle.
- Elle présente un obstacle absolument infranchissable à tous les animaux de ferme et quoique, à première vue, on pourrait croire le contraire, elle n’est nullement dangereuse et il y a moins de risques à l’employer qu’à se servir du fil de fer lisse par le fait que les animaux, quand ils s’en approchent pour la première fois, reçoivent une piqûre subite qui les fait reculer, et les empêche d’y revenir. Quand on utilise un simple fd de fer, ou tout autre clôture métallique, les bêtes s’y appuient sans crainte, ils s’y frottent, passent les pieds à travers et finissent par se faire des blessures, ou détériorer le système. Il est très curieux de voir les animaux quand ils sont pour la première fois lancés dans un champ entouré de ronce artificielle : l’un après l’autre, ils s’approchent franchement de la clôture et aussitôt on les voit reculer après avoir reçu une bonne piqûre; une heure ou deux heures après avoir été introduits il n’y en a pas un qui se tienne à plus de 50 centimètres de distance.
- Cette ronce artificielle est également souvent employée pour clôtures de jardins et pour mettre sur les murs afin d’empêcher le passage des hommes. Son introduction en France est due à M. Pilter, le constructeur bien connu. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 17 JANVIER 1885
- LA NATURE
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- LE TYPHON DU 7 OCTOBRE 1884 À CAT ÂNE, EN SICILE1
- Le 7 octobre 1884, dès les premières heures du jour, par un temps variable, on vit l’Etna se couvrir
- d’un manteau de nuages, qui s'étendaient surtout dans la direction du N.-O. A huit heures du matin
- Fig. 1. — Le typhon du 7 octobre 1884. Aspect de maisons détruites à Ognina, près de Catane.
- (D’après une photographie communiquée par M. Silvestri, directeur de l’Observatoire de physique du globe, de Catane.)
- Fig. 2. — Le typhon du 7 octobre 1884. Aspect des jardins d’oliviers et de quelques habitations de cultivateurs, dans le voisinage de Catane, après le passage du météore. (D’après une photographie de M. Pelliciari.)
- il y avait une dépression entre la Sicile occidentale et la cote de la Tunisie. Sur la Sicile le gradient
- 1 La plus grande partie des renseignements que l’on va lire ont été empruntés à un intéressant mémoire qne le savant 13e année. — 1er semestre.
- était de 2 millimètres par degré. Cette dépression, d’après les données des observatoires météorologi-
- professeur, M. D. Macaluso, va publier dans quelques semaines. I/auteur a eu l’obligeance de nous prêter son manuscrit, qu’il
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- LA NATUBE.
- ques de Sicile, provenait du S.-O. et se dirigeait au
- N. -E. ; le lendemain matin, elle se trouva à la partie septentrionale de l’Italie.
- Dans la matinée un orage provenant de l’ouest aborda la Sicile et la parcourut entièrement de l’Ouest à l’Est, avec une vitesse moyenne de 28 kilomètres à l’heure. Dans plusieurs localités de la province de Catane, il y eut un grand obscurcissement du ciel, avec vent impétueux, décharges électriques intenses et pluie abondante entremêlée de grêle. A Aciréale les grêlons causèrent beaucoup de dégâts; à Leonforte il y en eut du poids d» 500 grammes.
- A Catane, le baromètre réduit à 0 et au niveau de la mer indiquait 761mm,8 à neuf heures du matin; il descendit à midi à 761"im,l. Cette pression n’est pas anormale, 762mm,5 étant la moyenne de l’année. La pression du jour précédent, était à neuf heures 762mtn,6 et 765mi“,5 à midi. Le thermomètre marquait 22°,5 à neuf heures; il monta d’un degré. La valeur de l’humidité relative, de
- O, 78 à neuf heures, s’éleva à 0,88 à midi, contrairement à ce qui a lieu d’ordinaire. Le vent soufflait faiblement avec une direction E.-N.-E. de huit heures à neuf heures, et S.-E. à midi.
- A onze heures le ciel se couvrit de nuages noirs de plus en plus denses; vers midi, le ciel s’obscurcit complètement et il était plus sombre à l’occident, où l’on voyait des éclairs qui faisaient pressentir un orage épouvantable. A midi 50 minutes, on vit se former au-dessous de Passo Pcrtese, à 18 kilomètres de Catane, une sorte de trombe qui descendait des nuages et qui,en passant sur le sol, ébranlait les arbres et soulevait les objets légers. Le prolongement de cette trombe s’accrut très rapidement jusqu’à rejoindre le sol sous forme d’une colonne irrégulière et très sombre, dont la partie supérieure était plus claire et de plus grand diamètre. Son mouvement de rotation était inverse de celui des aiguilles d’une montre; son mouvement de translation avait lieu de O.-S.-O. à E.-N.-E. Après avoir causé quelques dégâts, la colonne, en s’élargissant de plus en plus, ne cessait de s’avancer dans la même direction ; on la voyait parfois s’élever à plusieurs mètres au-dessus de la surface terrestre en ne touchant le sol que par moments. En passant dans la région appelée Santu Nuddu, après avoir grossi de façon à prendre l’aspect d’une énorme tour penchée à l’E., elle ne cessa de toucher la terre et de labourer le sol sur lequel elle commença son œuvre de destruction presque exactement dans la direction de O à E., en traversant Borgo Cibali et Pieanello jusqu’à la côte de Ognina. Là, en continuant sa route sur la mer, sur un espace de 5 kilomètres environ, elle s’amincit, se transforma en trombe marine et enfin se rompit et disparut tout à coup.
- Le bruit formidable produit par le passage de cette trombe a été comparé à celui de plusieurs
- a rédigé d’une façon très complète, après avoir séjourné plus de deux semaines sur le théâtre de la catastrophe, en y recueillant d’innombrables documents.
- trains roulant à grande vitesse sur un pont de fer. Les décharges électriques qui l’accompagnaient avaient peu d’intensité. 11 y eut seulement deux détonations assez fortes pour que leur bruit se distinguât de celui qui accompagnait le tornados. Des grêlons de grand diamètre tombèrent abondamment sur le bord septentrional de la zone de destruction, pendant que, sur la route du météore, ils étaient assez rares. Quelques-uns de ces grêlons atteignaient la dimension d’œufs de poule et parfois même celle d’oranges ; ils étaient hérissés d’aspérités.
- La vitesse du mouvement rotatoire de la trombe ji'était pas très grande ; celle de son mouvement de translation était de 12 mètres environ par seconde.
- La zone de dévastation a été de 27 kilomètres en longueur (en y comprenant 5 kilomètres parcourus sur la mer) avec une largeur moyenne de 550 mètres, la bande complètement ravagée ayant seulement 150 mètres de largeur. On a trouvé des traces de dégâts dans une largeur de 200 mètres de chaque côté de cette zone de destruction.
- On compte 26 ou 27 habitants qui ont été tués sur le coup par le typhon. Il n’y a pas eu moins de 500 blessés. Plusieurs maisons ont été détruites, parmi lesquelles se trouvaient de solides constructions (fig. 1). Les arbres ont été déracinés et quelques-uns transportés très loin de l’endroit où ils avaient pris racine ; des champs d’oliviers ont été ravagés et les troncs de ces arbres ont été tordus (fig. 2). Dans quelques jardins entre Borgo et Cibali, où le tornados déploya toute sa puissance, la terre végétale fut enlevée en laissant à découvert la lave du dessous.
- Le pavé de briques,dans plusieurs maisons, a été arraché. Un bloc de lave du poids de 8 kilogrammes a été lancé dans une fenêtre à 10 mètres au-dessus du sol. Un autre bloc de lave transporté par le vent apercé, à la façon d’un boulet de canon, la porte d’une maison de Cibali. Sur quelques murs restés debout, on voyait des pierres incrustées à 1 ou 2 centimètres de profondeur, et on distinguait à leur surface une série de trous de différentes grandeurs. A Borgo, une porte du rez-de-chaussée couverte de plaques de fer a été trouvée sur une terrasse située a 5 mètres au-dessus du sol et éloignée de 50 mètres de l’édifice d’où cette porte avait été arrachée.
- La plupart de ceux qui ont été surpris par l’ouragan ont éprouvé la sensation d’une sorte d'étouffement comme par manque d’air, sans avoir constaté aucune odeur spéciale d’ozone.
- Les murs, les arbres, les objets rencontrés par le tornados furent couverts de boue, qui en séchant formait une couche adhérente.
- De semblables phénomènes sont heureusement assez rares en Sicile ; cependant un typhon analogue est resté célèbre dans nos régions, c’est celui qui détruisit presque entièrement la petite ville de Palazzolo, située à 28 kilomètres environ de Syracuse. Jean Platania.
- Aciréale, le janvier 1885,
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- LA NATLli
- ÜJ
- A BIRMINGHAM
- Un acte du Parlemeut vient d’incorporer une compagnie constituée récemment à Birmingham dans le but de distribuer aux manufacturiers et aux consommateurs de l’air comprimé, mesuré au compteur, dans les parties les plus actives de la ville. Quels que soient les risques financiers de l’entreprise, il n’est pas sans intérêt d’examiner ses avantages au point de vue technique, et en particulier ceux que les promoteurs mettent en avant.
- Tout d’abord, ceux qui ont déjà des machines à vapeur pourront employer l’air comprimé dans leurs machines, à la place de la vapeur, et laisser leurs chaudières en repos, évitant la malpropreté des cendres et des escarbilles, l’air vicié et les fumées de la cheminée.
- L’espace occupé actuellement par les chantiers et l’approvisionnement de charbon pourra être utilisé pour d’autres services, ce qui n’est pas à dédaigner dans les villes où l’espace est si strictement mesuré et où il faut en perdre le moins possible.
- Les risques d’explosions de chaudières sont aussi réduits à néant pour les «onsommateurs. Enfin, l’avantage mis en relief, et certainement le plus important de tous, est que la force fabriquée en un centre commun, permet à chacun de ne prendre à chaque instant que ce dont il a besoin et quand il en a besoin. Ce procédé est assurément plus économique que celui de la force produite par une machine à vapeur qui doit toujours être maintenue en pression, qu’on en ait besoin une heure ou douze heures par jour. Enfin, il n’y a pas de perte de temps pour la mise en marche ni l’arrêt, tandis qu’avec la vapeur on est souvent obligé d’attendre la mise eu pression pendant assez longtemps quelquefois.
- L’air comprimé, déjà employé avec succès dans les travaux de mine et le percement des tunnels, pourra être utilisé par une foule de petites industries établies à Birmingham. Il pourra servir à la distribution pneumatique de l’heure ; il pourra être utilisé dans le cas de certains becs de gaz perfectionnés fondés sur l’incandescence. Ces becs, basés sur l’emploi d’une double canalisation de gaz et d’air, pourraient ainsi recevoir, dans un grand nombre de cas, de très utiles applications.
- L’air comprimé pourra aussi servir pour les machines à coudre et les nombreuses presses à main employées par beaucoup d’industriels à Birmingham. Les sous-produits des moteurs à air comprimé consistent en air froid, ce qui est plutôt un avantage qu’un inconvénient, car il rafraîchit et purifie l’atmosphère des locaux dans lesquels on les installe. Enfin, en dernier lieu, l’emploi de l’air comprimé permettra de réduire les primes d’assurance payées par les propriétaires actuels de machines à vapeur. Nous suivrons avec intérêt les travaux de distribution d’air comprimé à Birmingham. Bien, qu’à notre avis, il soit préférable de distribuer l’électricité, dont le rendement est meilleur, et qui peut donner directement et à volonté l’éclairage et la force motrice, une distribution d’air comprimé permettra d’obtenir indirectement l’éclairage électrique en actionnant des dynamos par l’air comprimé. Si le prix du cheval-heure (970 000 kilogrammètres), ne dépasse pas 25 centimes, il sera encore inférieur à celui que coûte la même force produite avec le gaz, et pourra partout se substituer à lui avec avantage, eu égard à ses plus grandes facilités d’emploi. E. II.
- LA DIRECTION DES AÉROSTATS
- JUGÉE EN' FRANCE ET A I.’ÉTRANGER
- Les expériences des aérostats dirigeables électriques de MM. Tissandier frères et de MM. Ch. Renard et Krebs ont donné lieu à un grand nombre de publications intéressantes dont il nous paraît curieux de résumer l’esprit. Un progrès considérable a été fait dans l’opinion des savants, des ingénieurs et du public. On ne nie plus la possibilité de diriger les ballons; il a été démontré que le point d'appui se trouvait dans l’air comme dans l’eau, et qu’il ne s’agissait aujourd’hui que de construire de grands aérostats très allongés munis de moteurs très puissants et très légers. Dans un remarquable travail publié dans la Revue des Deux-Mondes, M. Jamin, l’éminent secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, a résumé avec beaucoup de netteté l’état de la question au point de vue pratique, et les pages qu’il a écrites sur les conditions d’un aérostat dirigeable sont magistralement exposées. L’Académie des sciences, qui comptait jadis des adversaires déclarés de la direction des ballons (Babinet doit être cité parmi les plus ardents d’entre eux), n’en compte plus aujourd’hui, et la savante Compagnie s’est montrée, depuis les belles expériences de M. Dupuy de Lôme, disposée à encourager les tentatives de ce genre. Le monde des ingénieurs est éminemment favorable à la question de la navigation aérienne par les aérostats, et M. Gaston Tissandier a été récemment appelé à exposer l’état de la question devant la réunion des Ingénieurs des Arts et Manufactures, qui se tient à l’hôtel Continental. La Société des ingénieurs civils ne s’est pas désintéressée de ce grand problème, et l’un de ses membres les plus compétents, M. Duroy de Bruignac, y a récemment présenté un très intéressant mémoire qui a été publié sous le titre de ['Etat présent de l’aéronautique. M. Duroy de Bruignac résume les expériences fondamentales ae M. Henri Giffard, de M. Dupuy de Lôme, de MM. Tissandier frères et de MM. Ch. Renard et A. Krebs; il étudie les avantages et les inconvénients des différents systèmes, et il conclut en disant que l’aéronautique est près d’atteindre son but. « Il faut, dit-il, perfectionner les dispositions du navire aérien, trouver un moteur de plus en plus léger, et améliorer le rendement du propulseur. »
- Des opinions tout à fait analogues ont été émises à l’étranger, en Amérique, eu Angleterre et en Allemagne. De l’autre côté du Rhin, M. le major Buchholtz a fait une longue conférence sur la direction des ballons, devant les membres de YEleldrotechnischerverein; il rend hommage aux travaux préliminaires de Giffard et de M. Dupuy de Lôme, et aux expériences récentes exécutées à l’aide de propulseurs électriques.
- --O“^>-0-
- PONTON MOBILE
- DONNANT PASSAGE AUX VOIES FERRÉES SUR LE MISSISSIl'I
- Le développement des voies ferrées en Amérique prend de jour en jour des proportions des plus considérables, et le passage des plus grands Douves n’est plus considéré comme un obstacle.
- L’activité toujours croissante de la navigation
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- LA NATUKE.
- fluviale et le désir d’éviter le surcroît d’élévation imposé pour les ponts fixes, a généralisé, aux États-Unis, l’emploi des ponts mobiles portant les voies ferrées sur les grands fleuves sujets presque tous à de très fortes crues périodiques. Tantôt ces ponts sont à travée tournante, c’est jusqu’ici le plus grand nombre : dans d’autres cas, on a adopté des ponts à soulèvement vertical, et La Nature en a donné deux exemples intéressants, l’un où la force motrice est empruntée à une machine à vapeurl, l’autre où un cylindre à pression hydraulique donne le mouvement nécessaire2.
- Ces derniers appareils ne sont, il est vrai, en usage que sur des cours d’eau de peu d’importance, ou sur des canaux dont les abords ne permettent pas le relèvement des voies.
- Une autre solution, qui semble sur le point de recevoir d’assez nombreuses applications, grâce à l’avantage qu’elle présente, de se prêter à'de grandes portées, consiste à établir les voies sur un ponton mobile, qui, hors de service, vient, se ranger parallèlement aux rives.
- La première installation de ce genre a été faite en 1850, par l’ingénieur Campbell, sur le lac Champlain. Les 'rives qu’il s’agissait de réunir étaient distantes de 1600 mètres. On construisit de chaque côté un appontement sur pilotis, avec une longueur totale de 1500 mètres environ :
- 91 mètres de l’intervalle restant étaient occupés par un ponton mobile de 9 mètres de large et de 2m,10 de creux. Comme le courant était assez faible et qu’on n’avait ù racheter que des variations maxima de lllI,80 dans le niveau des eaux, il suffisait de réunir les apponte-ments au ponton, par des tabliers à charnières qui s’abaissaient sur ce dernier. Cet appareil, quelque imparfait qu’il fût, a néanmoins fonctionné jusqu'en 1868,époque ù laquelle il a été remplacé par un pont tournant.
- Le Bulletin de ï American Society of Civil Engi-
- 1 Yuy. u° 552 (lu ‘20 décembre 1885, p. 05.
- '* Voy. n° 591 du ‘27 septembre 1884, p. ‘259.
- neers contient la description de pontons du même système, mais largement perfectionnés, établis à la traversée du Mississipi pour relier deux branches du Chicago Milwaukee Saint-Paul Railway.
- Les conditions d’établissement étaient beaucoup plus défavorables qu’au lac Champlain. Le fleuve a sur ce point une largeur totale de 2218 mètres; le courant y est très rapide et les variations de
- niveau vont jusqu'à 6m,60. 11 est divisé, par une île, en deux bras, également fréquentés par la navigation; l’un, le bras Mac-Gregor a 456 mètres, et, l’autre, celui de la Prairie-du-Chien, 608 mètres de largeur. La rapidité du courant et surtout l’importance des dénivellations ne permettaient plus de se contenter des tabliers employés par M. Campbell. Aussi, M. Lawler, ingénieur, chargé par la Compagnie du Chicago Railway du transbordement des marchandises et des passagers sur ce point, adopta le principe du réglage des voies à chaque passage, et
- d’une réunion rigide entre les pontons et les appontements.
- La première opération se fait au moyen d’un système de poulies fixé dans un châssis et réglé par des vérins hydrauliques. Pour effectuer la seconde, on termine les appontements par des cadres en bois revêtus de plates-bandes de fer, entre lesquels vient s’engager la tête d’une sorte d’ancre en fer forgé fixée à chaque extrémité du ponton. Celte ancre présente la forme d’un T, et a 0m,125 de diamètre. La barre du T butte contre les pièces du cadre, qui sont solidement assujetties sur les poulies par des boulons. La manœuvre est ainsi très simple.
- Quand on veut ouvrir le passage, on dégage l’ancre au moyen d’un levier qu’un homme suffit à manœuvrer. Le tablier du ponton se termine des deux côtés par des poutres armées en bois et fer de 9 mètres de longueur, qui viennent s'appliquer sur les appontements, et fournissent ainsi une base solide pour la jonction avec la voie permanente.
- Celle-ci repose sur des palées en bois qui occupent
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- LÀ NATURE.
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- toute la largeur du fleuve, saut un intervalle de 125 mètres sur chacun des bras, rempli, un service, par les pontons.
- Us ont 12,n,50 de large au pont, 9 mètres au fond et lm,80 de creux. Le fond et les bordages sont constitués par des madriers en pin de Norvège de fort équarrissage : le pont est en pin blanc, l’intérieur est partagé dans le sens longitudinal par cinq fortes cloisons entretoisées transversalement.
- Au moment du passage, on règle la voie à un niveau un peu supérieur à celui de la voie permanente, puis on engage les ancres dans les cadres. Le ponton s’abaisse graduellement sous la charge du train, jusqu’à une profondeur de 0m,125, mais le mouvement est à peine sensible pour les passagers, grâce au mode de jonction, et les trains les plus chargés et remorqués par les locomotives les plus lourdes de la Compagnie circulent sans difficulté.
- Fig. 5. — Le grand ponton mobile du Mississipi. Sa position lors du passage d’un train.
- Pour rendre la liberté à la navigation, le ponton doit être ramené parallèlement aux rives. À cet effet, il porte une machine à vapeur de 20 chevaux, qui actionne une chaîne noyée dans le lit du fleuve. Cette chaîne passe sur un tambour; elle
- est solidement fixée en deux points situés l’un au-dessous, l’autre au-dessus du ponton. La durée totale de l’ouverture ou de la fermeture ne nécessite pas beaucoup de temps; elle est d’environ trois minutes.
- Le prix de ces appareils est sensiblement moindre
- Fig. 4. — Le même ponton rangé sur ta rive, après le passage du train.
- que celui des ponts à pivot : la dépense d’établissement pour les premiers n’est en effet que le 1/6 de celle des seconds.
- D’autre part leur manœuvre n’exige pas plus de frais, car elle emploie pour le réglage des voies le même nombre d’hommes que demanderait l’exploitation des ponts à pivot.
- Les pontons construits par M. Lawler pour la traversée du Mississipi sont en service depuis 1874 : leur fonctionnement a toujours été satisfaisant et n’a donné lieu jusqu’ici à aucun accident. Cette sécurité,
- jointe à l'économie de premier établissement, va généraliser l’adoption de ce système par la plupart des Compagnies dont les voies traversent le fleuve dans sa partie haute.
- Un certain nombre de demandes d’autorisation pour la construction de pontons du même genre ont été présentées dans ces derniers temps au Congrès et ont reçu de lui un accueil favorable.
- G. Richoc,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA NATURE.
- L’ANTIPYRINE
- On se préoccupe depuis quelque temps, dans le monde médical, des propriétés remarquables d’un nouvel agent thérapeutique, Vantipyrine, au sujet duquel nous allons donner ici quelques renseignements.
- L’antipyrine, qui est un alcali organique oxygéné, obtenu par synthèse en traitant l’aniline par l’éther acétacé-tique, constitue la diméthyloxyquinizine; sa formule est C2-II,2Aza02. Ce produit a été découvert récemment par M. Ludwig Knorr d’Erlangen; il est mis dans le commerce depuis peu, par la fabrique de produits chimiques de MM. Meister, Lucius et Brüning, de Hœchst (Allemagne).
- Les propriétés physiologiques de l’antipyrine sont très remarquables. M. le professeur Filehne a fait sur ce nouvel agent de très nombreuses observations pendant lesquelles la température a été soigneusement notée chez des malades atteints de maladies fébriles, aiguës ou chroniques.
- D’après ces recherches, on arrive à ramener à 38 degrés environ des températures auparavant très élevées. Pour atteindre ce résultat, il faut (chez l’adulte), de 5 à 6 grammes du médicament. Cette dose a été d’ailleurs très bien supportée dans la plupart des cas, sans autres accidents que quelques rares vomissements. On la donnait en trois fois à une heure d’intervalle, soit : 2 grammes -f- 2 grammes + 1 ou 2 grammes.
- La durée de l’effet est variable suivant les individus : la température ne remonte qu'après sept à neuf heures après le commencement de la chute, et quelquefois l’effet s’est prolongé dix-huit et même vingt heures. Une heure après l’ingestion de la première dose, l’effet est encore faible pour s’accentuer considérablement une demi-heure ou une heure plus tard. Le maximum d’abaissement est atteint trois, quatre, cinq heures après le commencement de la médication.
- Chez les enfants, la moitié ou même le tiers de la quantité indiquée plus haut a suffi pour produire les mêmes résultats. De même chez les phtisiques et les individus très débilités, il y a avantage à employer des doses plus faibles. La fréquence dû pouls décroît en même temps que la température, sans suivre toutefois une proportion rigoureuse; l’urine, sans albumine, n’accuse pas de changement décoloration. La respiration ne paraît pas influencée.
- Expérimentée à nouveau par le docteur F. May, à Cologne, et le docteur Rank, à Stuttgard, l’antipyrine a donné des résultats confirmant ceux obtenus par Filehne.
- Ces propriétés remarquables ont été vérifiées en Italie par le professeur Marigliano, de Gênes, et le docteur Délia Cella. A Paris, MM. Germain Sée, Hucharch, Denux et Henocque ont obtenu des résultats analogues à ceux qui . avaient été signalés en Allemagne.
- Après avoir parlé des propriétés physiologiques et thérapeutiques de l’antipyrine, nous dirons quelques mots de ses propriétés physiques et chimiques.
- Le commerce la livre sous la forme d’une poudre cristalline, grisâtre ou d’un blanc tirant sur le rouge, ayant au microscope l’aspect de petites feuilles ou de colonnes tronquées. Sa saveur est un peu amère, moins amère et moins persistante que celle de la quinine. Elle se dissout dans 50 parties d’éther; elle cristallise par l’évaporation du dissolvant. Elle fond à 115° C. Elle est très soluble dans l’eau : 10 parties d’antipyrine se dissolvent dans 6 parties d’eau froide ; à chaud, sa solubilité est encore plus grande, et une partie de la matière se dépose en refroidissant sous la formé cristalline. Elle est très so-
- luble dans l’alcool et dans le chloroforme. Elle devient rouge quand on la chauffe, puis elle brunit et brûle. L’acide chlorhydrique n’agit pas sur ce corps, l’acide azotique (D = 1.185) est également sans action sur lui1.
- LE FUSIL2
- Quelque imposante que soit la puissance de l’artillerie nouvelle, Je fusil, on ne saurait le méconnaître, est toujours l’arme la plus terrible que l’homme ait jamais inventée. Aussi est-ce la question des perfectionnements possibles de cette arme qui préoccupe le plus les inventeurs. Toutes les puissances s’attachent à la recherche d’une solution de ce problème ardu : Comment faire pour ne point abandonner les tirailleurs à leurs inspirations individuelles, au moment du combat? Comment en réunir un grand nombre sous la main d’un chef, de telle sorte que ce chef puisse en disposer à la manière d’un instrumentiste dont les doigts peuvent commander les touches d’un clavier? Comment jouer de tous ces fusils dispersés, isolés, et, cela d’une façon tellement harmonieuse qu’ils semblent n’être plus que les organes constitutifs d’une seule et même machine de guerre?...
- En attendant que la solution intervienne, étudions l’arme du tireur.
- En Angleterre, l’armée active et la milice sont armées du fusil Martini-Henry, modèle 1874; les volontaires ont aussi renoncé à l’ancien fusil Enficld, transformé au chargement par la culasse, suivant le système Suider. Toute l'infanterie allemande, armée active et landwehr, a le fusil Mauser, modèle 1871 ; les anciens Dreyse se donnent au landsturm.
- L’Italie a mis le Vetterli, modèle 1870, aux mains de ses fantassins de l’armée active et de la milice mobile. Elle donne à ceux de la milice territoriale l'ancien fusil Minié, transformé au chargement par la culasse, suivant le système Carcano. En Espagne, l’infanterie de ligne et l’infanterie de réserve sont armées du Remington, modèle 1871.
- La Russie a mis en service le fusil Berdan, n° 2, modèle 1871. En Autriche-Hongrie, l’infanterie se sert du fusil Werndl, modèle 1873-1877. Une partie de la landwehr fait encore usage du Lorenz, transformé au chargement par la culasse, selon le système Wânzl.
- 1 Nous empruntons les renseignements qui précèdent au Journal de pharmacie et de chimie, dans lequel nos lecteurs trouveront des documents très complets sur le nouveau produit. N° de janvier 1885.
- - La Librairie Jouvet et Cie vient de faire paraître la troisième édition de l’Europe sous les armes, par le colonel Hennebert, notre collaborateur. Nous remarquons dans la nouvelle édition de ce livre, consciencieusement remaniée, plusieurs études qui n’avaient point trouvé place dans la première édition. Celle du Fusil moderne nous ayant particulièrement intéressé, nous avons cru devoir la reproduire dans La Nature, bien convaincu que les lecteurs nous en sauront gré. G. T.
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- LA NATURE.
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- Le calibre du Vetterli est de 10mra,35; celui du Berdan, de 10mm,66. Le Marner, le Remington et le Werndl mesurent 11 millimètres ; le Martini Henry, llmm,43.
- Le poids de la balle italienne est de vingt grammes; celui des balles russe et austro-hongroise de vingt-quatre grammes. Les balles allemande et espagnole pèsent vingt-cinq grammes chacune; la balle anglaise, enfin, est de trente-un grammes.
- Les hausses sont graduées : en Espagne, jusqu’à mille mètres; en Russie, 1065 mètres; en Angleterre, 1280 mètres; en Autriche, 1596 mètres; en Allemagne et en Italie, 1600 mètres.
- A la distance de 500 mètres du tireur, et pour un adversaire de taille moyenne (lm,60), le Vetterli et le Remington créent une zone dangereuse de 54 mètres de largeur; — le Marner, de 57 mètres ; le Martini-Henry et le Berdan n° 2, de 58; le Werndl, de 61 mètres.
- Quelle est, tout bien considéré, la valeur relative de ces divers fusils?
- Toutes les puissances se sont, bien entendu, proposé de créer une arme à feu portative dont le tir fût aussi efficace que possible. Or on sait que cet « effet utile » est proportionnel au produit de la vitesse par la justesse du tir. La vitesse dépend presque exclusivement du mode de chargement; la justesse croît — toutes choses égaies — avec la tension de la trajectoire. L’adoption du chargement par la culasse a donné la rapidité ; celle d’un calibre réduit, la tension recherchée. La justesse du tir dépend, d’ailleurs, directement de deux autres éléments essentiellement perfectibles, savoir : la justesse de l'arme et l’adresse des tireurs. Le premier est fonction de la constitution même de l’arme considérée et de l’organisation de la cartouche; le second varie avec le tempérament, la vigueur et l’instruction des hommes.
- 11 serait difficile d’établir une classification rationnelle des fusils actuellement en service, considérés au point de vue de leur valeur absolue, mais on peut, d’abord, les ranger par ordre de mérite sous le rapport de la rapidité du tir, l’un des facteurs de l’effet utile. Or, cette rapidité dépendant. presque exclusivement du mécanisme de culasse, on a classé les armes d’après le mode de fermeture dont elles sont dotées. Les fusils à culasse mobile, seuls admissibles dans le service de guerre1, peuvent avoir cette culasse mobile par glissement ou par rotation. On sait que, selon que le glissement s’effectue parallèlement ou perpendiculairement au canon, l’arme est dite à verrou ou à tiroir. Les fusils allemands Mauser et Rreyse ; le fusil russe Berdan n° 2 et l’italien Vetterli sont à verrou. Rappelons aussi que les armes à culasse mobile par rotation, se distinguent
- * On ne pouvait songer à l’adoption d’une de ces armes à canon mobile dont le Lefaucheux est le type le plus connu. A tout instant, en effet, le soldat doit pouvoir se servir de sa baïonnette. Son fusil doit, d’ailleurs, lui offrir des garanties de solidité incompatibles avec des dispositifs du genre Lefaucheux.
- en armes à tabatière ou à barillet, en armes à bloc tournant ou tombant, et en armes à rotation rétrograde. Le fusil anglais Enfield-Snider est à tabatière; l’autrichien Werndl, à barillet; l’autrichien Wiinzl, à bloc tournant ; l’anglais Martini-Henry, à bloc tombant ; l’espagnol Remington, à rotation rétrograde. Il est permis de penser que les systèmes à verrou offrent à qui doit s’en servir des avantages notables. Et, en effet, le verrou assure l’extraction de la cartouche par voie de traction directe; le jeu même du mécanisme de culasse amène la cartouche en place automatiquement, et il n’est point nécessaire de la pousser du doigt.
- Examinons maintenant comparativement de quelle manière sont remplies les autres conditions du problème. Voyons comment se comportent les différents modèles au quadruple point de vue de la tension de la trajectoire, de la justesse de l’arme, de la facilité du service et du poids des munitions.
- On sait que, aux très petites distances, la tension de la trajectoire dépend presque uniquement de la vitesse initiale. En ce qui concerne spécialement celte vitesse, c’est le fusil autrichien qui tient la tête (455 mètres). Viennent ensuite, par ordre de mérite, les fusils russe, allemand, italien et anglais (416 mètres)l.
- On n’a pas oublié non plus que, lorsque le trajet se poursuit, la tension de la trajectoire se modifie du fait de la manière dont la balle conserve sa vitesse dans l’air. Or, à calibre égal, les déperditions de vitesse sont en raison inverse du poids des projectiles — sensiblement de même forme — que l’on considère. Le poids de la balle pa r unité de section mesure donc bien ses propriétés de conservation de la vitesse dans l’air. Ici, c’est le fusil anglais qui prend le premier rang avec ses 29gr,8 de poids par centimètre carré. Suivent, l’un après l’autre, les fusils russe, allemand, espagnol, autrichien et italien (22gr,5).
- En combinant ces deux éléments de la question — vitesse initiale et poids — on obtient, à peu de chose près, la quantité de mouvement de la balle par centimètre carré de section.
- Au point de vue de la valeur de cette quantité de mouvement, la prééminence appartient encore au fusil anglais. Après lui se classent les fusils russe, autrichien, allemand, espagnol et italien.
- En somme, ce sont les fusils autrichien, russe et allemand qui, pour toutes les distances de tir, donnent les trajectoires les plus tendues. Au second rang se placent les fusils espagnol et italien, lesquels produisent la tension la plus faible. Hors rang se tient le fusil anglais qui, à ce point de vue de la tension, est inférieur à tous autres jusqu’à la distance de 200 mètres. Mais, entre 200 et 300 mètres, il dépasse successivement, sous ce rapportées fusils espagnol et italien; entre 500 et 750 mètres,
- 1 Voici que les petits Etats dépassent, dans cette voie, les grandes puissances dont il est ici question. Le fusil suédois donne 500 mètres ; le fusil serbe, 512 mètres de vitesse initiale.
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- LA NATURE.
- les fusils autrichien, allemand et russe. A partir de 800 mètres, il prend sur toutes les armes à feu européennes une supériorité qui ne cesse de croître avec la distance.
- La justesse d’un fusil est une qualité difficilement saisissable. Les écarts moyens des armes que l’on compare devraient être calculés d’après un nombre considérable de coups tirés, et tirés dans des conditions identiques. Or, jusqu’à présent, nous n’avons pas encore de données suffisantes, permettant de procéder rationnellement à ces calculs. Toutefois, il est constant que, sous le rapport de la justesse, c’est le fusil anglais qui l’emporte de beaucoup sur tous les autres. Après lui, les fusils russe, espagnol, allemand et autrichien sont à peu près équivalents. On ne saurait, enfin, méconnaître l’infériorité de l’italien.
- En ce qui touche la question de facilité de service d’une arme, il est indispensable de tenir compte du poids de cette arme, ainsi que du recul qu’elle comporte. Pour ce qui est du poids, c’est encore le îusil anglais qui réclame la préférence car il est le plus léger de tous. 11 ne pèse que 3k,97ü, sans baïonnette. Les autres modèles s’alourdissent dans l’ordre suivant : fusils espagnol, italien, autrichien, russe et allemand, Le poids de celui-ci s’élève à 4k,500.
- On sait que, toutes choses égales, un recul est d’autant plus fort que l’arme est plus légère. Au point de vue de la fatigue qu’ils imposent à l’épaule du tireur, les modèles que nous comparons se classent d’une autre manière que sous le rapport du poids. Le choc résultant du recul du fusil italien peut se mesurer à l’effet de chute d’un poids de 0k,920 tombant de la hauteur d’un mètre sur l’épaule. A cette arme italienne correspond la fatigue minimum. Viennent ensuite, par onlre d’intensité de recul, les fusils russe, allemand, espagnol, autrichien et anglais. Celui-ci donne un choc correspondant, dans les mêmes conditions, au poids de 2k, 140. C’est plus que le double du choc similaire auquel donne lieu le tir du fusil italien. Mais la robuste constitution des Anglais leur permet de supporter les effets de ce recul excessif.
- 11 est évident que, la rapidité du tir étant l’un des principaux facteurs de l’effet utile, le poids des munitions est à considérer. Or le poids de 5k,500 est celui qu’on admet aujourd’hui pour charge en munitions du soldat d’infauterie. A quel nombre de cartouches de chaque modèle ce poids de 5k,500 correspond-il? Ici, c’est le fusil italien qui occupe le premier rang, car chaque homme emporte 98 cartouches. Viennent ensuite, l’un après l’autre, les fusils espagnol, allemand, autrichien, russe et, enfin, anglais. Le tireur anglais n’est muni que de 72 cartouches, soit 26 de moins que le tireur italien.
- En résumé, les fusils russe, autrichien, allemand et anglais sont les meilleurs fusils européens.
- Notons ici que le fusil français, modèle 1874,
- n’est point mauvais, tant s’en faut. Au point de vue balistique, il n’est guère primé que par le fusil anglais; et, sous le rapport de l’organisation d’ensemble, il n’a rien à envier à ses congénères.
- Mais déjà les puissances ne se contentent plus de l’effet saisissant des armes actuelles à tir rapide. Elles inclinent à l’adoption prochaine d’un fusil à répétition. Tout récemment, lors du procès de Kraszewski, le huis clos ne se prononçait-il pas à propos de l’audition d’un rapport du ministre de la guerre allemand touchant les essais d’un nouveau fusil à répétition, système Mauser? La Russie doit, dit-on, se donner un nouveau fusil de ce genre. L’Italie essaye de son côté le système Bei'toldo, tendant à transformer le Vettcrli en arme à répétition, avec magasin de onze cartouches.
- Le problème que se posent les puissances est incontestablement ardu. Une bonne arme du système demandé doit être, en effet, dotée — jusqu’à 600 ou 700 mètres — d’une trajectoire assez tendue pour que la flèche n’en dépasse point la hauteur correspondant à la taille moyenne de l’homme. 11 faut que le mécanisme de répétition soit assez perfectionné pour que, sans désépauler, le tireur puisse faire, à jet continu, usage de toutes les cartouches enfermées dans le magasin. Le mode de chargement de ce magasin doit être assez ingénieux pour que le soldat puisse le remplir aussi facilement, aussi rapidement qu’il remplace aujourd’hui la cartouche simple, rejetée par l’extracteur.
- Arrivera-t-on un jour à quelque solution plausible?
- L’avenir le dira.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- LE CONCOURS DES VÉLOCIPÉDISTES
- A LEIPZIG
- Nos voisins d’Outre-Manche et d’OutredUiin, cultivent beaucoup plus que nous ne le faisons en France les exercices du corps, si salutaires à la santé individuelle, et si efficaces à la force des armées. Nous applaudissons aux efforts de nos sociétés de gymnastique et à ceux que l’on doit à tous les clubs de sport nautique, vélocipédique et aulres, mais nous voudrions voir la jeunesse répondre mieux à ces louables efforts. Le vélocipède, qui est extrêmement cultivé en Angleterre, ne l’est pas moins en Allemagne, et l’an dernier a été signalé par un grand concours qui a eu lieu à Leipzig, où s’étaient réunies toutes les sociétés vélocipédiques I de l’Empire. Les différentes sociétés ont fait valoir leurs principaux champions et chacune d’elles s’est signalée par des exercices souvent remarquables, que nous avons réunis sur la gravure ci-jointe. Le club de Magdebourg, et le club de Leipzig se sont surtout fait remarquer par l’adresse de leurs membres. L’exercice des banderolles a été très applaudi
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- Le concours des vélocipédistes, à Leipzig
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- LA NATURE.
- par l’assistance fort nombreuse ; il est figuré au milieu de notre dessin. A gauche de la vignette qui le représente, on voit le défilé des vélocipédistes, déguisés en chats ; leur passage n’a pas manqué de soulever les rires des spectateurs. L’exercice dessiné au-dessous de celui des banderolles a été exécuté par six amateurs du club de Magdebourg; les vélocipédistes ont très nettement décrit deux cercles tangents sur la piste où ils se suivaient à intervalles égaux, et ils ont continué leur promenade circulaire sans la moindre déviation.
- Les petites vignettes jointes à ces compositions représentent différents tours d’adresse, consistant à jongler sur un vélocipède, à y jouer du violon ou à s’y livrer soit seul, soit avec des collègues, à des exercices de haute école. Le véritable événement de la journée a consisté en une grande course des vélocipédistes. Il s’agissait de parcourir une piste de 10 kilomètres. Le vainqueur de la course a été un nommé J. Iluber que nous représentons à la partie supérieure de notre gravure. C’est lui qui a remporté la grande médaille d’or du concours. I)r Z...
- LÀ SUSPENSION DE LÀ YIE
- Tout le monde sait que la vie subsiste à l’état latent dans les graines des végétaux et peut s’y conserver, pour ainsi dire, indéfiniment.
- Ridolfi a déposé, en 1855, dans le Musée égyptien de Florence, une gerbe de blé qu’il avait obtenue avec des graines trouvées dans un cercueil de momie remontant à environ 3000 ans.
- Cette aptitude à la reviviscence se retrouve à un haut degré dans les animalcules d’ordre inférieur. L’air que nous respirons est chargé de poussières impalpables qui attendent, pendant des siècles peut-être, des conditions de chaleur et d’humidité propres à leur donner une vie éphémère qu’elles acquièrent et reperdent tour à tour.
- En 1707, Spallanzani put, onze fois de suite, suspendre la vie de rotifères soumis à la dessiccation et, onze fois de suite, la rappeler en humectant d’eau cette poussière organique. Il y a quelques années, Doyère fit renaître des tardigrades desséchés à la température de 150 degrés et tenus quatre semaines dans le vide.
- Si l’on remonte l’échelle des êtres on trouve des faits analogues produits par des causes diverses. Des mouches arrivées dans des tonneaux de madère ont ressuscité en Europe; des chrysalides ont été maintenues en cet état pendant des années (Réau-mur). Des hannetons noyés puis desséchés au soleil ont été ranimés après vingt-quatre heures, deux jours et même cinq jours de submersion (Balbiani).
- Des grenouilles, des salamandres, des araignées, empoisonnées par le curare ou la nicotine, sont revenues a la vie après plusieurs jours de mort apparente ( Van Hassell et Vulpian).
- Le froid produit, dans cet ordre d’idées, des effets extraordinaires. Spallanzani a conservé pendant deux ans plusieurs grenouilles au milieu d’un tas de neige; elles étaient devenues sèches, raides, presque friables et n’avaient aucune apparence extérieure de mouvement et de sensibilité ; il a suffi de les exposer à une chaleur graduelle et modérée pour faire cesser l’état de léthargie dans lequel elles étaient plongées.
- Des brochets' et des salamandres ont été, à diverses époques, ranimés sous les yeux de Mauper-tuis et de Constant Duméril, tous deux membres de l’Académie des sciences, après avoir été congelés au point de présenter une rigidité complète.
- Auguste Duméril, fils de Constant et celui-là même qui a été le rapporteur de la Commission relative au crapaud de Blois en 1851, publiait l’année suivante dans les Archives des sciences naturelles un très curieux Mémoire dans lequel il raconte comment il a interrompu la vie par la congélation des liquides et des solides de l’organisme. Des grenouilles, dont la température intérieure avait été abaissée jusqu’à — 2° dans une atmosphère à — 12° sont revenues devant lui à la vie ; il a vu les tissus revenir à leur souplesse ordinaire et le cœur passer de l’immobilité absolue à son mouvement normal.
- Il n’y a donc pas lieu de révoquer en doute les assertions des voyageurs racontant que les habitants du (nord de l’Amérique et de la Russie transportent des poissons entièrement congelés et raides comme du bois et les rendent k la vie en les trempant, dix ou quinze jours après, dans de l’eau à la température ordinaire ; mais je pense qu’il ne faudrait point trop compter sur le procédé imaginé par le grand physiologiste anglais Hunter pour prolonger indéfiniment la vie d’un homme par des congélations successives; il n’a encore été donné qu’a un romancier, M. Edmond About, d’assister à cette curieuse opération.
- Chez les mammifères, nous trouvons les apparences de la mort dans le sommeil hibernal, mais des apparences incomplètes, car la température des hibernants reste supérieure de un degré à celle du milieu ambiant et les mouvements du cœur et de la respiration sont seulement ralentis ; le Dr Preyer a observé qu’un hamster restait parfois 5 minutes sans respirer d’une façon appréciable après quinze jours de sommeil.
- Chez l’homme lui-même on a constaté bien des fois d’une façon positive la suspension de la vie ou au moins des phénomènes qui en semblent inséparables.
- On lit dans le Journal des Savants (année 1741) que le colonel Russel ayant vu mourir sa femme qu’il avait tendrement aimée ne voulut pas souffrir qu’on l’enterrât et menaça de tuer quiconque s’entremettrait pour emporter le corps avant qu’il eût constaté par lui-même la décomposition.
- Huit jours se passèrent sans que sa femme don-
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- liât le plus léger signe de vie, « quand, à un moment où il lui tenait la main et la mouillait de larmes, la cloche de l’église vint à sonner, et, à son indescriptible surprise, sa femme se mit sur son séant, puis dit : — C’est le dernier coup, nous allons arriver trop tard. — Elle se rétablit. »
- M. Blandet a communiqué à l’Académie des sciences, dans la séance du 17 octobre 1864, un rapport sur une jeune femme d’une trentaine d’années qui, sujette à des accidents nerveux, tombait, à la suite de ses crises, dans une espèce de sommeil léthargique durant plusieurs semaines et quelquefois plusieurs mois. Un de ses sommeils dura notamment du commencement de l’année 1862 jusqu’en mars 1865.
- Le I)r Paul Levasseur rapporte1 que dans une famille anglaise la léthargie semblait être devenue héréditaire. Le premier cas se déclara chez une vieille dame qui resta pendant quinze jours dans une immobilité et une insensibilité complète et qui, recouvrant ensuite la connaissance, vécut encore pendant assez longtemps. Avertie par ce fait, la famille conserva, pendant plusieurs semaines, un jeune homme qui, lui aussi, paraissait mort et finit par revenir à la vie.
- Le Dr Pfendler, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1855), décrit minutieusement un cas de mort apparente dont il a été lui-même témoin. Une jeune fille de Vienne (Autriche) fut attaquée, à l’âge de 15 ans, d’une maladie nerveuse qui amena de violentes crises suivies de léthargies qui duraient trois ou quatre jours. Au bout de quelque temps elle était tellement épuisée que les premiers médecins de la ville déclarèrent qu’il n’y avait plus d’espoir. On ne tarda pas, en effet, à la voir se soulever sur son lit et retomber comme frappée par la mort. « Pendant quatre heures, elle me parut, dit le Dr Pfendler, complètement inanimée. Je fis, avec MM. Franck et Schœffer tous les essais possibles pour allumer une étincelle de vie. Ni miroir, ni plume brûlée, ni ammoniaque, ni piqûres ne réussirent à nous donner un- signe de sensibilité. Le galvanisme fut employé sans que la malade montrât quelque contractilité. M. Franck la crut morte me conseillant toutefois de la laisser sur son lit. Pendant vingt-huit heures aucun changement ne survint: on croyait déjà sentir un peu de putréfaction. La cloche des morts était sonnée; les amies de la jeune fille l’avaient habillée de blanc et couronnée de fleurs ; tout se disposait autour d’elle pour l’inhumation. Voulant me convaincre des progrès de la putréfaction, je revins auprès de Mlle de M...; la putréfaction n’était pas plus avancée qu’auparavant. Quel fut mon étonnement quand je crus voir un léger mouvement de respiration. Je l’observai de nouveau et vis que je ne m’étais pas trompé. Aussitôt je pratiquai des frictions, j’eus recours à des irritants et, après une heure et demie, la respiration augmenta.
- 1 De la catalepsie au point de vue de la mort apparente. — Rouen, 1866.
- La malade ouvrit les yeux et, frappée de l’appareil funèbre qui l’entourait, revint à la connaissance et me dit : « Je suis trop jeune pour mourir. » Tout cela fut suivi d’un sommeil de dix heures; la convalescence marcha très rapidement, et cette jeune fille se trouva débarrassée de toutes ses indispositions nerveuses. Pendant sa crise, elle entendit tout : elle rapporta quelques paroles latines prononcées par M. Franck. Son plus affreux tourment était d’entendre les préparatifs de sa mort sans pouvoir sortir de sa torpeur.
- Les dictionnaires de médecine sont remplis d’anecdotes de cette nature, je n’en citerai plus que deux assez curieuses.
- Le 10 novembre 1812, pendant la fatale retraite de Russie, le commandant Tascher voulant ramener en France le corps de son général tué par un boulet et qu’il avait enseveli depuis la veille, le déterre, le charge sur un landau, s’aperçoit qu'il respire encore et le ramène à la vie à force de soins. Bien longtemps après c’était ce même général d’Ornano, alors maréchal, qui tenait un des coins du drap funèbre aux obsèques de l’aide de camp qui l’avait enterré.
- En 1826, un jeune prêtre revient également à la vie au moment où l’évêque du diocèse prononçait le De Profundis sur son corps. Quarante ans après, ce prêtre, devenu le cardinal Donnet, prononçait un discours profondément senti sur le danger des inhumations précipitées (Moniteur du 1er mars 1866, p. 258).
- J’espère avoir maintenant suffisamment préparé l’esprit du lecteur à l’examen du phénomène de la suspension volontaire de la vie dont je l’entretiendrai prochainement. A. de Rochas.
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- DU 25 DÉCEMBRE 1884, EX ANDALOUSIE
- Les secousses souterraines qui, dans la nuit du 25 au 26 décembre, se sont produites dans l’Andalousie, ont déterminé un des plus terribles tremblements de terre dont la tradition locale ait gardé le souvenir; même celui de l’année 4755, pendant lequel une partie de la coupole de la cathédrale de Séville s’écroula, ne peut lui être comparé en intensité et en durée. Heureusement que ni la Giralda de Séville, ni l’Alhambra de Grenade, ni la Mosquita de Cordoba n’ont souffert des dernières oscillations du sol; ces précieux monuments de l’art Arabe sont sortis intacts de la catastrophe récente qui a fait tant de ruines dans l’Andalousie.
- Les effets du tremblement de terre du 25, dans diverses localités des provinces de Grenade et de Malaga, sont réellement désastreux ; sur divers points le phénomène souterrain a produit de véritables catastrophes, faisant de nombreuses victimes et détruisant des villages entiers; on ne con-
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- naît pas encore toute l'étendue du mal ; on estime cependant déjà à plus de mille les victimes qui ont péri; dans les provinces de Cadix, Séville, Cordoue, Jaen et Alméria les effets destructeurs du tremblement de terre ont été moindres que dans celles de Grenade et Malaga. Le tremblement de terre du 25 n’a pas été limité au sud de l’Espagne; il s’est fait également sentir plus au nord, et en particulier à Madrid ; mais dans la région centrale, il a eu peu de durée, environ cinq secondes; peu d’intensité; l’oscillation s’est répétée deux fois en suivant une direction E.-O. Cependant dans certaines maisons de Madrid les sonnettes se mirent à tinter, les lampes suspendues à osciller, les pendules s’arrêtèrent, les portes et les fenêtres s’ébranlèrent, comme à Séville ; mais il n’y eut ni édifices crevassés ni personnes blessées. Dans une note précédente nous avons décrit le phénomène tel qu'il s’est manifesté;! Séville.
- Mais c’est dans l’Andalousie que s’est produite, avec une intensité inusitée la grande manifestation souterraine du 25. Cette région est d’ailleurs soumise à de fréquents mouvements oscillatoires du sol et la tradition locale est pleine de ces funestes souvenirs; sur certains points des provinces de Grenade et de Malaga, les mouvements vibratoires du sol ont continué durant les 26, 27,
- 9.8,29 et 30 décembre et au delà: au 30 décembre, une nouvelle secousse s’est fait sentir à Grenade à 7 heures moins huit minutes du soir et à 9 h. 30 m. Cette même nuit du 50, le tremblement de terre s’est également fait sentir sur la ligne de plus grande intensité de la province de Malaga à Yenuela, Periana, Riogardo, Alfornatejo, où des maisons ont été encore détruites. Enfin pendant la nuit du 25 au 26 une pluie abondante est tombée sur plusieurs localités pendant que la terre tremblait ; la pression atmosphérique avait considérablement baissé le 24 et le 25 décembre.
- Le tremblement de terre du 25 décembre a été d’ailleurs, par quelques mouvements du sol, peu intense dans le nord de l’Espagne; et en Portugal déjà le 22 décembre une faible secousse de 10 secondes environ s’observait à Poutevedra et à Yego ; presque en même temps un mouvement oscillatoire analogue était constaté à Lisbonne, dans tout le Portugal et jusqu’à l’île de Madère, et le 24 une légère oscillation à Séville. Enfin le tremblement de terre du 25 a été lui-même observé à Lisbonne, ensuite à Sé-
- ville à 8 h. 45 m. du soir : ce qui a fait admettre la direction rectiligne du phénomène O.-E. Décrivons rapidement ses effets.
- Province de Malaga. — C est dans la province de Malaga que le tremblement de terre a eu son maximum d’intensité. A Malaga même le phénomène se manifesta un peu avant 9 heures du soir; dès le commencement la surface de la mer semblait une masse liquide au commencement de l’ébullition. Les premières oscillations durèrent de 8 à 10 secondes et se répétèrent à 10,11.10 m., à 11 h. 40 dusoir, à 2 h. 5 m. du matin. Dès les premières secousses, la populations se précipita hors des habitations et chercha un refuge sur les places, les promenades, les voitures et même sur les navires de la rade ; cette population affolée ne recouvra le calme que deux ou trois-jours après; encore aujourd’hui (51 décembre) beaucoup d’habitants n’osent rentrer dans leurs demeures , d’ailleurs la plupart crevassées ou menaçant ruine. Les maisons rendues inhabitables à Malaga sont nombreuses ; les édifices publics ont tous plus ou moins souffert et quelques-uns sont ruinés; enfin, dans la province, des villages, entiers sont détruits, les éboulements faisant de nombreuses victimes.
- Le tremblement de terre s’est fait sentir avec intensité à Canillas-Aceituno, Colmenar, Casabermeja, Torrox. Nerja, Velez-Malaga, Alfarnalejo, Periana, etc., ligne N.-O. S.-E. et E.-O. à Estepona, Monbella, etc., ligne E.-O. à Alora, Antequera, etc., ligne N.-S.
- A Velez-Malaga, situé sur la ligne de maximum d’intensité, le tremblement de terre se manifesta avec une grande énergie, les oscillations se répétèrent jusqu’à 9 fois dans la même nuit; une partie considérable des maisons de cette ville sont tombées et les autres menacent ruine. La population campe encore en plein air dans les champs et sur les places publiques.
- A Colmenar, le tremblement de terre, qui commença à 8 h. 45 m.,se répéta cinq fois à de légers intervalles; à Periana, la presque totalité des maisons du village, 700 environ, se sont écroulées et de nombreuses victimes se trouvent encore sous les éboulis. La Sierra nommée Puerta del Sol s’est ouverte : on craint que la crevasse ne fasse disparaître les bains de Rosas.
- A Cavillas, à Alfarnatejo, à Pizarra, etc. un nombre considérable de maisons ont été renversées ; en cer-
- Fig. 1. — Carte d’Espagne, montrant approximativement les régions où s’est l'ait sentir le tremblement de terre du 25 décembre 1884, et indiquant le tracé du maximum.
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- taines localités les autorités ont été ensevelies sous les ruines.
- A Estepona, la première secousse se produisit à 9 heures moins le quart; à deux heures du matin une nouvelle trépidation se lit sentir ; enfin la dernière oscillation du sol eut lieu le matin, à 6 h. 45 m. Dans cette petite ville, située dans la région des serpentines, la plupart des maisons ont souffert des avaries et sont actuellement inhabitables. A Torrox, Nerja, Periana. Alcaucin, etc., on a compté jusqu’à 26 oscillations; enfin dans les nuits du 27 au 50 décembre de nouvelles secousses se
- sont encore produites occasionnant de nouveaux préjudices. Sur la carte ci-jointe, nous avons figuré les lignes suivies dans la province de Malaga par le tremblement de terre ; c’est principalement sur la ligne Nerja-Velez et Velez-Senoria, Arehidona que le mouvement oscillatoire a été le plus intense et a produit le plus de catastrophes dans les deux provinces limitrophes Malaga-Grenade.
- Province de Grenade. — A Grenade, les cafés, les théâtres, les cercles étaient pleins quand le tremblement de terre du 25 se manifesta ; en ce moment chacun chercha avec précipitation une sor-
- Fig. 2. — Carie du tremblement de terre du 25 décembre 1884, dans la province de Malaga et de Grenade.
- tie, une issue quelconque ; les habitants abandonnaient leurs demeures et cherchaient un refuge à l’Olbaicin et sur la place Bibrambla, dans la rue Gé-nil, sur les promenades publiques; à 9 h. 10 m. du soir le tremblement de terre s’annonça par un bruit sourd et prolongé : les vitres tremblaient, les lampes suspendues au plafond commençaient, à se mouvoir à la manière des pendules, décrivant du N. au S. un arc de cercle d’environ 10 à 12 degrés.
- Ce premier mouvement fut un mouvement d’oscillation, le second de trépidation, d’ailleurs comme à Séville. La durée de chacun de ces deux mouvements a été de 14 à 15 secondes, pendant lesquelles les maisons tremblaient d’une manière effrayante.
- Beaucoup d’édifices et de maisons particulières ont éprouvé des avaries.
- A il h. 55 m. une nouvelle oscillation se produisit ; la panique s’empara de la population grenadine : dès lors toutes les classes de la Société se confondent en une intime communauté pour cher cher des abris contre le terrible phénomène souterrain qui les menace tous. A minuit et cinq minutes les oscillations continuaient à de petits intervalles, mais moins intenses que les premières : on a compté dans la nuit jusqu’à 8 répétitions successives des mouvements oscillatoires du sol.
- Le tremblement de terre s’est étendu dans toute la province produisant en certaines localités de véri-
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- tables ruines; sur la ligne S.-E.-N.-O. de Motul à Loja, le phénomène souterrain a eu une grande intensité, les villages de Albuenulas, Arenas del lley, Jatar, Venta de Zaffarraja, Santa Cru/, que j’ai parcourus, sont aujourd’hui un amas de ruines et de décombres : la petite et très pittoresque ville d’Al-liama a été détruite, plus de mille maisons sont tombées ; les cadavres retirés des maisons éboulées s'élèvent déjà à plus de 550.
- A Guejar Sierra, situé au pied d’une montagne escarpée couronnée de masses rocheuses on a observé un phénomène intéressant. Une heure avant la première oscillation, les habitants entendirent un bruit sourd et prolongé, semblable à celui d’une tempête peu distante, mais lbrte. Au moment de la première oscillation, les grandes masses rocheuses qui couronnent la montagne choquèrent les unes contre les autres, produisant ainsi par ce choc un bruit sinistre qui donnait l’épouvante aux plus courageux.
- Les dégâts produits par le tremblement de terre du 25 décembre sont immenses ; des villages entiers ont été anéantis et les pertes de personnes s’élèvent déjà à plus de mille morts; on ne connaît pas encore toute l’étendue du désastre, tant à cause de la terreur des habitants qui ont survécu, encore affolés, que par les difficultés des communications dans les sierras de l’Andalousie.
- Provinces (le Cordoba, Séville, Jaen, Alméria. — Dans la province de Cordoba, le tremblement de terre du 25 se manifesta avec une certaine intensité, mais sans produire d’effets désastreux.
- Dans les provinces de Jaen et d’Almeria non plus nous n’avons à signaler des catastrophes ni des ruines. A Cadix le phénomène fut également de courte durée; enfin nous avons déjà décrit le tremblement de terre de la nuit de Noël tel qu’il fut observé à Séville où nous nous trouvions.
- Direction du mouvement. Relation du phénomène avec le sol affecté. — Sur la cote andalouse de la Méditerranée se trouvent une série de roches volcaniques (Alméria) et de roches pyrogènes variées, qui se développent, les premières dans la province d’Almeria, les autres dans celles de Malaga, Cordoba, Séville. Ces roches pyroxéno-amphiboliques à feld-spaths variés (serpentines, dioriles, amphibolites, pyroxénites, diallugites, etc.), sont pour la plupart récentes, tertiaires supérieures et même quaternaires.
- La région volcanique de l’Europe méridionale, comprenant l’archipel grec, la Grèce, Naples, la Sicile, l’Espagne méridionale, le Portugal avec les Açores se trouve sur un sol mobile où les tremblements de terre sont fréquents.
- Les roches volcaniques de la province d’Almeria sont dues à des manifestations souterraines peu anciennes, et les causes internes s‘y manifestent aujourd’hui par des tremblements de terre. Les diverses roches pyrogènes des provinces andalouses sont en relation avec les terrains tertiaires de la côte et avec ceux de la vallée du Guadalquivir.
- Dans la vallée du Guadalquivir, leur direction générale est N.-E. S.-O; elles pénètrent dans la Sierra Morena où elles disparaissent ou en prenant des formes variées ; ces roches pyroxéno-amphiboliques sont conjuguées à des filons métallifères variés qui, sur divers points, contiennent de l’or.
- Le mouvement oscillatoire du 25 décembre semble être en relation avec la ligne de fracture de ce système pyroxéno-amphibolique et avec la direction des roches volcaniques et pyrogènes de la côte. Les failles et ligues des fractures de cet ensemble complexe de roches pyrogènes récentes un peu anciennes se dénotent par le surgissement de nombreuses sources thermo-minérales dans les provinces d’Almeria, de Malaga, de Grenade. Dans la Sierra Tejeda, les bains de Dosas, ceux d’Alhama de Grenade, sont sur un même alignement; les villages d’Alhama, de Santa Cru/, d’Arenas del Rey, et où le tremblement de terre a fait tant de dégâts, sont bâtis sur le terrain tertiaire. Alhama, bâti sur un promontoire tertiaire, entouré de profonds escarpements, aux pieds desquels coule un torrent et souvent les sources minérales, ne pouvait résister à une ou plusieurs secousses violentes du sol. Alhama, une des plus pittoresques petites villes de la province de Grenade est aujourd’hui complètement éboulée, les villages de la ligne de maximum d’intensité, bâtis sur le trias ou sur des roches anciennes compactes, ont mieux résisté que ceux édifiés sur un sol plus moderne, caverneux en beaucoup de points, fendillé ou crevassé. A. F. Noguès,
- Séville, 31 décembre 1884. Ingénieur civil des Mines.
- CHRONIQUE
- Histoire d'un fil télégraphique et d’un rat. —
- Une précaution à ne pas oublier dans la pose des fils télégraphiques souterrains, 'c’est de mettre en place les fils en même temps que les conduites destinées à les contenir ; et si l’on en croit le journal Ingénieur-mécanicien de Manchester, un entrepreneur de Washington vient de se voir dans la désagréable nécessité de défaire et refaire à ses frais la canalisation électrique .de quatre quartiers, parce qu'il avait oublié d’y mettre les fils. Au sujet de cet incident peu en harmonie avec l’esprit pratique ordinaire des Américains, M. Morrill Moreau, directeur des bureaux de Washington de la Western Union C°, rappelait un curieux incident du même genre survenu à Londres en 1857. A Londres, les fils télégraphiques sont en grande partie souterrains. Mais tandis que les fils principaux se trouvent fixés le long de grands tunnels avec les tuyaux de gaz, les tuyaux d’égouts, etc., il y a quelques fils secondaires ou latéraux allant quelquefois très loin et placés dans de petits tuyaux.
- En 1857 un de ces fils dut être retiré pour être réparé; mais les ouvriers chargés de ce travail oublièrent d’attacher, au bout du fil télégraphique, un autre fil permettant de tirer dessus à l’autre extrémité du tube, pour le remettre à sa place ; si bien que lorsqu’il fallut le replacer, on n’en trouva pas tout de suite le moyen. On tourna néanmoins la difficulté par un stratagème singulier. U s’agissait en somme de faire passer dans la conduite un
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- fia fil d’acier pour pouvoir avec l’aide de ce fil d’acier tirer le fil télégraphique à sa place. A cet effet, on attacha un énorme rat au bout du petit fil d’acier ; et comme cet auxiliaire improvisé ne s’engageait dans le tuyau qu’en rechignant, on dépêcha h sa suite un furet qui se mit à le poursuivre.. Le rat prit son parti ; poursuivi par le furet, il courut tout d’une traite à l’extrémité du tuyau, y amenant le fil attendu. C’était le salut.
- Usine centrale d’électricité à Anvers. — Des
- travaux très importants sont en cours d’exécution à Anvers pour l’installation d’une usine centrale, destinée à la distribution à domicile de la lumière électrique dans des conditions avantageuses. La première installation comprendra plus de 6000 lampes à incandescence, les dynamos seront du système Gulcher et la transmission du courant se fera au moyen de câbles souterrains du système .Callender, placés dans des boîtes en fonte remplies de matière isolante. A quand le tour de Paris?
- La Société de géographie, a organisé une série de conférences qui ont été inaugurées le 13 janvier par M. Jans-sen, de l’Ifistitut. L’infatigable savant et voyageur a traité de la grande question du méridien universel. Les conférences se succéderont jusqu’à la fin de mars.
- — M. Fremy, membre de l’Académie des sciences, vient de publier une intéressante brochure sur les Savants délaissés; l’éminent directeur du Muséum, qui voudrait réaliser la Rémunération du travail scientifique pour les chercheurs peu fortunés, fait appel à l’initiative individuelle. M. Fremy termine son plaidoyer par un argument plein d’éloquence, en souscrivant lui-même pour 5000 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 janvier 1885. — Présidence de M. Boiley.
- Le Gadinia Garnoti, — C’est le nom d'un petit sipho-naire que M. de Lacaze-Duthiers a d’abord rapporté de son expédition à bord du Narwall avec M. l’amiral Mouchez et qu’il vient de retrouver en abondance aux envi-rong de Banyuls (Pyrénées-Orientales). Ce petit mollusque s'établit sous la sorte de trottoir, selon l’expression de M. de Quatrefages, que les millépores et autres algues inconstantes constituent sur les flancs des rochers dans la région toujours baignée par l’eau, très aérée des vagues qui déferlent. Il offre aux physiologistes un problème assez difficile puisque les uns y voient un animal pul-moné tandis que pour les autres c’est un animal pourvu de branchies. M. de Lacaze, qui vient de reprendre la question, la tranche par cette notion nouvelle que le Gadinia ne possède ni branchies ni poumons. Il paraît réaliser l’hématose de son sang par le bord de son manteau extraordinairement riche en vaisseaux, et l’organe pris jusqu’ici pour le siège de la respiration est en réalité le rein. L’auteur promet de revenir bientôt sur le même animal pour en décrire le système nerveux.
- Tremblements de terre d'Espagne. — Le savant géologue espagnol que nous citions l'autre jour déjà, M. Mac Pherson, adresse une carte où il a tracé tous les faits essentiels relatifs au tremblement de terre actuel. On y voit nettement le centre principal d’ébranlement entouré
- de zones successives où les trépidations sont de moins en moins fortes. Sur une seconde carte, M. Mac Pherson fait ressortir les relations des zones ébranlées avec la constitution du sol : les failles principales et secondaires sont orientées comme les secousses, tout spécialement dans la Serrania de Ronda que l’auteur a étudiée d’une manière tout à fait spéciale. On remarque, d’une part, les contournements considérables des schistes anciens et, d’autre part, l’existence des lambeaux tertiaires, c’est-à-dire très récents, à des altitudes qui dépassent 1000 mètres. D’ailleurs, il n’v a pas besoin d’aborder les périodes géologiques pour retrouver des preuves de la mobilité du sol dans l’Andalousie. Les tableaux de M. Alexis Perrey montrent que des tremblements de terre y ont été fréquemment éprouvés : le dernier en 1829.
- A propos des mêmes phénomènes, mentionnons une lettre de M. Laur qui, paraissant reconnaître le vague de ses prophéties précédentes, en formule cette fois une avec précision. Il annonce que si les fortes pressions qui régnent en ce moment en Russie et dans l’est de l’Eu-rope sont suivies d’une baisse barométrique brusque, le sol de ces régions sera secoué.
- Enfin on signale un décret du gouvernement italien qui réglemente les constructions dans les zones dangereuses de l’ile d’ischia : les pierres y sont absolument interdites; le fer et le bois seuls doivent être employés.
- Désincrustation des chaudières. — Si, à l’aide des piles d’une puissance relative, on met les parois intérieures d’une chaudière à vapeur en communication par fils à électricité positive d’un bout, et fils à électricité négative de l’autre bout, il se produit un courant électrique qui a pour effet, dans les chaudières ou appareils incrustés, de décomposer les sels accumulés et de les faire tomber au fond d’où on peut les enlever, soit par un système de siphon spécial, soit par un simple nettoyage. Pour les chaudières ou appareils non inscrustés et à préserver, le courant constant établi décompose les sels incrustants et produit un précipité pulvérulent également facile à enlever. Il résulte d’une série d’expériences réalisées avec minutie par M. Jeannolle, ancien préparateur de chimie au Conservatoire que, pour rendre parfaites ces différentes actions de l’électricité, il faut avoir soin d’appliquer sur les parois intérieures, soit de la mine de plomb, soit du fer pulvérisé, soit tout autre corps conducteur de l’électricité, opération à renouveler chaque fois que l’on vide les chaudières pour les nettoyer.
- Varia. — D’après M. Villiers il se développe dans le cœur et dans le rein des malades morts du choléra des alcaloïdes de la catégorie des ptomaïnes. — M. Léon Teisserenc de Bort continue ses études sur les courants de l’atmosphère. — Un Mémoire sur la bouche des insectes est adressé par M. Barthélemy. — D’après M. Duclaux la lumière vive exerce une action très défavorable sur le développement des microorganismes.
- Stanislas Meunier.
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- POMPE S1NS PISTON
- OU POMPE CHINOISE
- Prenez un tube (le verre de 1 mètre environ de hauteur, armé à sa partie inférieure ou à son extrémité supérieure d’une soupape s’ouvrant de dehors
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- LÀ NATURE.
- en dedans dans le premier cas et de dedans en dehors dans le second cas ; plongez ce tube dans l’eau, et imprimez-lui une série de mouvements brusques de va-et-vient dans la verticale ; en saccadant ainsi les mouvements, vous verrez l’eau monter avec rapidité et jaillir si fortement au dehors que vous serez arrosé, si vous n’y prenez garde.
- L’explication de ce phénomène est très simple. En plongeant le système dans l’eau, le tube se remplit jusqu’au niveau extérieur du liquide où il est plongé, l’air est chassé dans l’intérieur. Si vous retirez brusquement le tube sans cependant faire sortir son extrémité inférieure de l’eau, la soupape se ferme, l’eau monte avec le tube et, par sa vitesse acquise, s’élève bien au-dessus du niveau précédent. Or, en répétant 5 ou 6 fois ce va-et-vient du tube dans l’eau, le tube se trouve rempli, il est amorcé, et rejette de l’eau toutes les fois qu’on le secoue verticalement de bas en haut; on se trouve agir à la façon d’un mineur pratiquant son trou de mine. Ce va-et-vient ne doit pas dépasser généralement 15 à 20 centi mètres.
- Nous parlons ici d’un tube de verre, parce qu’on voit s'accomplir le phénomène ; il est bien entendu qu’un tube quelconque produira les mêmes effets.
- La confection de l’appareil est très simple. On ferme le tube en haut ou en bas selon le système que l’on veut adopter, au moyen d’un bouchon percé d’un trou. On fait une soupape avec une peau de gant que l’on fixe au moyen d’une épingle courbée et d’un fil de laiton (fîg. 2). Il faut mouiller la peau afin qu’elle fonctionne convenablement et forme une soupape hermétique. La disposition de la soupape inférieure nécessite un tube d’assez grand
- diamètre, (fig. 1); nous conseillerons d’adopter de préférence la disposition indiquée (fig. 2) ; dans ces conditions un tube de 0IU,015 de diamètre, et de
- I mètre de hauteur peut très bien convenir.
- Le mieux est encore de se servir tout simplement de son index. On prend le tube de la main droite comme le montre la figure o, en appliquant l’index sur sa partie supérieure.
- II faut mouiller son doigt afin de compléter son
- adhérence, et ne pas appuyer trop fortement. 11 ne s’agit plus ensuite que de plonger l'appareil de quelques centimètres dans l’eau, en le secouant énergiquement de bas en haut ; l’eau monte abondamment à chaque mouvement d’oscillation et jaillit au dehors par l’ouverture supérieure. Le doigt doit être maintenu presque inerte, afin qu’il fonctionne à la façon d’une soupape molle.
- Ces expériences, qui nous ont été communiquées par un de nos lecteurs, réussissent très bien et sont fort intéressantes. Elles constituent
- un mode de construc-
- •
- tion facile de la pompe çhinoise qui se trouve décrite dans les traités d’hydraulique, et dont il existe un modèle au Conservatoire des Arts et Métiers à Paris. Mais contrairement à ce que croit notre correspondant, ces pompes ne pourraient être utilisées économiquement dans la pratique, en raison du frottement de la. colonne d’eau dans l’intérieur du tube sur une surface considérable. Il faut considérer la pompe sans piston pour ce qu’elle est : une intéressante expérience de physique expérimentale que tout le monde peut facilement réaliser.
- G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanmer.
- Fig. 1. — Pompe sans piston avec soupape inférieure.— Fig. 2. — Variante avec soupape supérieure. — Fig. 3. — La même avec le doigt servant de soupape. Dans ces différents systèmes, l’eau monte en imprimant un simple mouvement de va-et-vient au tube.
- Imprimerie A. La hure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 608
- 24 JANVIER 1885
- LA NATURE
- 113
- HYDROMOTPR JAGN
- U existe une provision d’énergie motrice presque inépuisable dans les ileuves et les rivières qui descendent des hautes régions des continents vers
- la mer. Si, en effet, un mètre cube d’eau chemine avec une vitesse v, songez qu’il possède une
- P v*
- puissance vive égale à 1/2 mr!; ou 1/2 -
- susceptible d’être transformée en kilogrammètres ou en chevaux-vapeur, pourvu qu’il rencontre sur
- />
- fef
- ii:
- Fig. 1. — Hydroraoleur Jagn. — Détail du mécanisme.
- VUE DE FACE DE t’APPAREIl.
- JiFig. 2. — Vue d’ensemble de l’appareil et plan.
- sa route un récepteur convenable; c’est-à-dire que si, par exemple, la vitesse est de 2 mètres, chaque mètre cube qui passe recèle une puis-
- i , i/o 1000 w 2000 OAf.
- sance vive brute de 1/2. —-r-r X4ou —= 20o y y o j. y,8i
- kilogrammètres, soit cent kilogrammètres utilisables, si votre récepteur enreeucilleà peine 50 p. 0/0. — Additionnez par la pensée tous les mètres cubes i3® année. — ter semestre.
- roulés à chaque seconde par l’ensemble des fleuves et rivières de France seulement, et voyez à quel chiffre fantastique vous arrivez! L’imagination en reste confondue. Pourrait-on glaner quelques bribes dans cet immense flot de chevaux-vapeur se ruant vers la mer? C’est ce que plusieurs inventeurs se sont déjà demandé, et c’est dans cet ordre d’idées qu'ont été conçus la roue pendante de Colladon, la
- 8
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- 114
- LA NATURE.
- chaîne hydraulique pendante de M. Roman, le moteur hydraulique Zschisehe décrit dans La Nature du 1er mars 1884, la roue à axe vertical à palettes articulées, l’hélice fixe, le moteur Brooks essayé sur l’Ohio en 1872, etc. Pour des motifs que nous n’avons pas à apprécier, ces divers appareils ne se sont pas répandus et ne sont pas entrés dans le domaine de la pratique. L’hydromoteur de M. Jagn, ingénieur russe, nous paraît devoir être plus heureux et constitue à notre avis une solution réellement pratique du problème de l’utilisation de la puissance vive des cours d’eau.
- Les figures 1 à 4 en représentent les principaux détails et l’ensemble; grâce à ces figures, on comprendra, pensons-nous, sans aucune difficulté, la description que nous allons donner de l’appareil.
- Prenez deux câbles sans fin en chanvre ou en tille ou en aloès et enroulez -les, comme l’indiquent
- PLAN
- p 4* rsan
- 1
- læ ? •:? •'
- ÉLÉVATION
- Fig. 3. — Détail des poulies de retour.
- les figures 1 et 2, sur un tambour en bois porté entre deux radeaux solidaires ou barques. — Munissez ensuite ces câbles de distance en distance de parachutes en toile à voile fixés dessus, et capables de s’ouvrir en descendant dans le courant de l’eau et de se fermer ou replier sur eux-mêmes en en sortant. Ces parachutes ont à peu près la forme de bonnets de coton ou de cônes obtenus en prenant un disque circulaire de toile, découpant un secteur de 1/5 ou 1/6 de la surface totale, et cousant ensemble les bords coupés.
- Chaque parachute ou cône en toile est maintenu par six cordelettes ou tirettes l’entourant comme un filet et l’empêchant de se retourner. Ces cordelettes sont, comme les parachutes eux-mêmes, attachées ou fixées sur le câble et elles renforcent les parachutes pour résister à la pression du courant.
- L’expérience au dynamomètre a indiqué qu’il convenait d’espacer les parachutes du double de leur diamètre pour obtenir d’un câble son maximum d’effet. — En quittant le tambour et s’engageant dans l’eau, les parachutes s’ouvrent immédiatement et transmettent au câble la pression qu’ils reçoivent du courant eu égard à sa vitesse. — Le câble
- prend donc un mouvement de translation dans le sens du courant. Finalement les parachutes au moment de sortir de l’eau s’enroulent sur les poulies de retour dont nous donnons le détail (fîg. 5).
- Ces poulies sont montées avec leurs axes et coussinets sur un châssis en bois maintenu en place par un flotteur et des poids. — Une sorte de treillage en fer galvanisé, laiton, ou cuivre rouge, placé de chaque côté de chaque poulie, lui constitue une gorge profonde, facilitant l’enroulement des parachutes et évitant de les froisser et de les fatiguer.
- Des poulies de retenue représentées fig. 4 sont disposées de même, mais avec un ancrage en plus, et renvoient au tambour le brin montant. Dans la partie de leur parcours où ils remontent le courant pour sortir de l’eau, les parachutes sont tout à fait aplatis sur le câble, non seulement parce que le courant les
- PLAN
- Fig. 4. — Détail des poulies de retenue.
- refoule sur eux-mêmes, mais parce que l’eau qu’ils emprisonnaient est en quelque sorte aspirée. Des expériences faites sur la Néva, à Saint-Pétersbourg, ont démontré que la résistance à la montée ne représentait guère que 1 p. 100 environ de la poussée utile exercée à la descente, pour des parachutes de lm,20de diamètre. Cette résistance relative diminue pour des parachutes plus grands et augmente pour de plus petits.Elle atteint 5/100 pour des parachutes de 0m,60. Ainsi que l’indique la figure 2, la tension des câbles est maintenue et tout mouvement de lacet est évité en munissant les châssis des poulies B en arrière d’un bout de câble portant plusieurs parachutes ouverts par le courant et terminé par une planchette oblique C maintenue par un lest dans un plan vertical. L’obliquité de cette planchette fait que les deux câbles moteurs tendent à être écartés l’un de l’autre.
- Le grand tambour (fig. 1 et 2), monté entre deux portions de bateau sur une charpente qui les entre* toise ensemble, est l’organe essentiel récepteur et utilisateur de la puissance motrice développée. Ce tambour est en bois avec axe en fer et présente à droite et à gauche une couronne dentée en fonte
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- LA NATURE.
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- servant à la transmission du mouvement. Il porte deux grandes rainures vers lesquelles les cables émergeant de l’eau sont dirigés par des poulies de renvoi. Des rouleaux compresseurs, garnis de chanvre ou de cuir, et dont les axes sont soumis à une pression élastique, servent à obtenir une adhérence suffisante sans être obligé d’enrouler le câble sur le tambour plusieurs fois comme on le faisait au début.
- Il est résulté d’expériences faites sur la Néva, à Saint-Pétersbourg, et sur le Rhône, à Lyon, qu’en espaçant les parachutes de quatre fois leur diamètre sur un câble horizontal, chaque parachute était influencé par le courant au même degré et absolument comme si les autres n’existaient point. Si, au lieu d’être horizontal, le câble est incliné de 10° sur le courant, il suffit d’espacer les parachutes de deux fois leur diamètre pour que cette même condition de non-influence mutuelle soit remplie. Il convient donc d’incliner les câbles a 10°.
- Le poids spécifique des câbles munis de leurs parachutes diffère extrêmement peu de celui du milieu ambiant; et ils restent flottants par la simple action du courant sans jamais toucher le fond. Cet effet s’explique sans peine en réfléchissant à ce que la vitesse de l’eau va en croissant du fond à la surface dans une même section transversale du cours d’eau et que la pression est donc plus forte sur le haut d’un parachute que sur le bas. Des parachutes de lm,20 de diamètre fonctionnent parfaitement et sans toucher le fond, dans une profondeur d’eau de lm,50 seulement. On a atteint, sans inconvénient, des distances de 4 à 500 mètres entre le tambour et les poulies de retour; et des supports intermédiaires ne sont nécessaires que pour le brin conduit, ou emportant les parachutes refermés. Avec des câbles métalliques, on ne pourrait plus aller qu’à 20 mètres sans supports intermédiaires. Quant aux diamètres des parachutes, ils varient de 0m,60 à 2 mètres, ce qui correspond à ces surfaces de 0m,28 à 3m,14. Les dernières expériences faites à Lyon ont donné comme travail moteur recueilli en chevaux 32 p. 100 du produit S.V5. (S surface totalisée des parachutes en activité et Y vitesse du courant) ; et la vitesse v des câbles la plus avantageuse a toujours été trouvée égale à 1 /3 V.
- Le câble Jagn peut fonctionner sous la glace et n’est guère influencé par le vent ni par les vagues, grâce à sa flexibilité et à sa propriété de pouvoir être immergé à une profondeur quelconque. Il ne gêne point la navigation ; et les pontons qui le supportent peuvent se déplacer et être transportés où l’on veut. Des poulies de renvoi lui permettent au besoin de suivre des cours d’eau même sinueux ; et la dépense nécessaire à son installation est très faible.
- On compte, dès à présent, pouvoir assurer que le gréement, bien installé, durera au moins quatre mois ; car sur la Néva l’état était encore très satis-
- faisant après quatre mois de travail de jour et de nuit. Après le cinquième mois seulement, il fallut remplacer 1/5 environ des parachutes. Après sept mois, le câble en chanvre n’était pas encore usé le moins du monde. C’est la profondeur du cours d’eau qui détermine le diamètre de parachute à employer; et tandis que pour une même vitesse de courant le prix des parachutes est proportionnel à leur nombre ou au nombre de chevaux recueilli, le prix du câble est à peu près proportionnel au carré de ce nombre de chevaux, puisqu’il est proportionnel à la longueur et à sa section ou à sa résistance à la traction.
- Pour les vitesses de courant trop faibles, l’appa-* reil deviendra promptement trop coûteux; et pour des vitesses très considérables, on pourra songer à obtenir de plus grandes puissances par des dispositions différentes. C’est pour des vitesses de lm,50 à 2 mètres ou un peu plus que l’appareil sera, croyons-nous, le mieux à sa place.
- Il parait que MM. Gabert frères, de Lyon, construisent deux hydromoteurs Jagn, dont l’un fonctionne à Lyon et dont l’autre fonctionnera près d’Avignon. Un moulin à hydromotcur est installé sur la Néva près de Saint-Pétersbourg et deux autres sont construits à Dresde et à Vienne.
- On comprend combien il est facile en résumé :
- 1° D’obtenir une surface active considérable et de l’augmenter ou de la diminuer suivant les variations du régime des cours d’eau ;
- 2° De s’installer à volonté en eau profonde ou peu profonde sans occuper beaucoup de place et sans gêner la navigation ;
- 3° De se transporter ailleurs si, pour une raison quelconque, ce déplacement est désiré.
- Nous croyons l’hydromoteur Jagn appelé à un grand avenir. L. Poillon,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LES ANIMAUX FÉROCES DANS LES INDES
- La Gazette officielle, de l’inde, vient de publier un rapport sur le nombre des personnes tuées par les bêtes sauvages et les serpents pendant l'année 1883. Ce nombre est de 22 905 contre 22 125 pendant l’année précédente. 20 057 décès sont attribués à des morsures de bêtes venimeuses, 985 personnes ont été dévorées par des tigres, 287 par des loups et 217 par des léopards. La perte du bétail s’élève à 47 478 animaux, ce qui fait une augmentation de 771 sur l’année précédente. Un fait digne de l'emarque, c’est que la plupart des décès de 1 espèce humaine sont dus à la morsure des serpents, tandis qu’on ne compte que 1644 animaux ayant été mis à mort par les bêtes venimeuses. Plus des trois quarts des décès ont eu lieu dans le Bengale et dans les provinces du Nord-Ouest. On a tué 19 890 animaux dangereux pendant l’année. Ces chiffres montrent que l’existence dans nos régions européennes a du bon, quoi qu’on en dise.
- —O-
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- ut*
- LA NATURE.
- INSECTE FOSSILE DES GRÈS SILURIENS
- sciences
- sur
- M, A. Milne - Edwards appelait récemment l'attention de l’Académie des la déco u ver te d’un scorpion ( Pnlœophoneus minci us Lindstrôm), dans les couches du terrain silurien supérieur de l’île de Gotland (Suède). La présence de ce scorpion dans des assises aussi anciennes est un fait très important, puisqu’elle prouve l’existence, à cette époque, d’animaux terrestres à respiration aérienne.
- Les insectes avaient été ren-
- tig. t.— Aile de Blatte fossile dans un morceau de grès silurien. (Grandeur naturelle.)
- core chez certaines Blattes de notre époque; on peut suivre la veine anale qui est assez droite, et s’étend presque jusqu’au bout de l’aile, puis les veines axillaires qui lui sont parallèles. Ce qui est fort remarquable et ce qui distingue cette empreinte de toutes les ailes de Blattes vivantes et fossiles, c'est la longueur de la nervure anale et le peu de largeur du champ axillaire.
- Parmi les Blattes de l’époque houillère, la Proyonoblattina Fritschii (Heer) et la Gera-blattina fasciyera (Scudder), ont une nervation rappelant un peu celle de notre aile silurienne. Nous proposons de nommer cet ancêtre des Blattes
- Fig. 2. — Reconstitution de l’aile ci-dessus
- contrés dans les terrains carbonifères ; les couches de Commentry en ont fourni environ treize cents;
- M. Scudder en a décrit six trou- __________
- vés dans les terrains dévoniens du Nouveau - Brunswick ; mais aucun représentant de cette classe n’avait encore été signalé dans des formations plus anciennes.
- M. Douvillé, professeur a l’Ecole des Mines, m’a communiqué un morceau de grès silurien moyen de Jurques (Calvados) (col-lection de Ver-neuil) sur lequel on distingue l’empreinte d’une aile d’insecte. L’état de conservation n’est pas parfait, mais on peut cependant distinguer la plupart des nervures. Cette aile, qui mesure 0m,ü35 de long, a appartenu à un Blattide: le champ huméral est large; on y voit la veine humérale supérieure, la veine humérale inférieure qui se biturque à son extrémité ; la veine vitrée ou médiane également divisée en deux rameaux; les veines discoïdales supérieure et inferieure et leurs divisions très obliques qui se rejoignent à leur extrémité, ainsi que cela se voit en-
- 1 Voy. n° 605, du 28 décembre 1884, p. 55.
- Fig. 5.
- Palœoblattina Douvillei, la dédiant à M. Douvillé, professeur à l’Ecole des Mines de Paris.
- Les géologues considèrent
- comme identiques les grès de
- May et de Jurques, dans le Calvados, qui appartiennent au silurien moyen; tandis que les schistes de l’île de Gotland appartiennent au silurien supérieur. L’aile de Blatlide dont nous venons de parler serait donc encore plus
- ancienne que le Scorpion décrit par le professeur
- Lindstrôm1. Un scorpion très voisin de celui qu’a décrit M. le professeur Lindstrôm (peut-être même de la même espèce), avait été découvert, il y a quelque temps, en Ecosse, dans des terrains siluriens analogues à ceux de l’île de Gotland. Le possesseur de cet échantillon intéressant n’a pas fait connaître immédiatement sa trouvaille, ne s’élant pas douté de l’importance qu’elle présentait. Ces découvertes, nous n’en doutons pas, vont éveiller l’attention des géologues, et nous espérons qu’ils voudront bien nous communiquer les échantillons qu’ils pourront rencontrer. Charles Brongniart.
- 1 D’après une note de M. Charles Bronguiart, présentée à l’Académie des sciences par M. Milne-Edwards.
- - Blatte vivante de l’époque actuelle, mâle et femelle. (Blabera claraziana, provenant du Mexique.)
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- LA NATURE.
- ai
- L’ACIDE SULFUREUX ET LE SULFURE DE CARBONE
- CONSIDÉllÉS COMME DÉSINFECTANTS
- On s’est beaucoup préoccupé, dans ces derniers temps, des agents désinfectants, et parmi ceux-ci l’acide sulfureux et le sulfure de carbone doivent être placés dans la liste des plus efficaces de ces produits.
- M. Alf. Riche a récemment résumé dans le Journal de Pharmacie et de Chimie l’état de la question,en ce qui concerne ces deux agents de désinfection, et nous allons .à notre tour fournir à ce sujet quelques renseignements à nos lecteurs, en prenant d’abord pour guide le savant chimiste.
- « M. Dujardin-Beaumelz a récemment demandé le concours de MM. Pasteur et Roux pour entreprendre de nouvelles expériences sur cette question, et il les a publiées a l’Académie de médecine1. Il a choisi à l’hôpital Cochin deux chambres d’une contenance de 100 mètres cubes, chambres placées dans des baraques en bois. Les parois de ces chambres, constituées par des planches, plus ou moins assemblées, laissaient passer l’air par de nombreuses fissures, quoique l’on ait eu le soin d’oblitérer les principales avec du papier. Dans chacune de ces chambres on a placé un lit et différents objets meublants, ainsi que des étoffes de diverses couleurs. Le brome, le chlore et le sulfate de nitrosyle ont été successivement rejetés.
- On a expérimenté sur trois sources d’acide sulfureux. Ce sont : la combustion du soufre, l’acide sulfureux liquéfié, et enfin la combustion du sulfure de carbone. La chambre était fermée pendant vingt-quatre
- 1 Bull. deJ’Ac. de méd., t. XIH, 1261, 1884.
- heures. Des tubes contenant des bouillons de culture renfermant différents proto-organismes, et en particulier le microbe virgule signalé par Koch, étaient placés dans ces chambres; d’autres tubes contenaient de la lymphe vaccinale. Après chaque expérience, ces tubes étaient portés dans le laboratoire de M. Pasteur, et l’on pouvait établir la comparaison avec d’autres tubes témoins.
- « Le procédé par la combustion du soufre est le plus simple et le moins coûteux. Pour pratiquer cotte combustion, il suffit de placer sur le plancher de la chambre une plaque de tôle1 sur laquelle on met dos briques réunies avec du sable, ou bien, ce qui vaut mieux, se servir d’un de ces petits fourneaux en terre réfractaire, comme l’a conseillé M. Pasteur, fourneaux de forme carrée ayant 25 centimètres de largeur sur 20 de longueur et dont les parois sont percées de petits trous de manière à faciliter la combustion.
- « Pour obtenir une combustion complète de la fleur de soufre, il faut avoir soin que sa combustion s’opère également sur toute sa surface, et l’on y arrive facilement en employant pour enflammer le soufre le pro* cédé qui consiste à arroser sa surface d’alcool, puis a enflammer cet alcool. En usant de ce procédé, on a obtenu la combustion complète et absolue non seulement de 20 grammes, mais encore de 40 et 50 grammes de fleur de soufre par mètre cube.
- « A la dose de £0 grammes par mètre cube, les différents bouillons de culture en expérience ont été stérilisés, sauf toutefois celui renfermant des bactéries charbonneuses; quant * On réussit sans difficulté avec uu grand têt placé sur du sable.
- Fig. 1. — Brûleur pour le soufre.
- Hg. 2. — Brûleur de M. Ckiandi-Bey, pour le sulfure de carbone.
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- LA NATURE.
- au virus vaccin, ses propriétés ont été détruites. Ce procédé si économique ne présente que les deux inconvénients que voici : possibilité de l’incendie lorsque le fourneau est mal construit, altération des objets métalliques qui se trouvent dans la chambre. La combustion du soufre, en effet, donne lieu à la projection de quelques particules de soufre, qui se projettent de tout côté et forment ainsi sur les différents objets de cuivre ou de fer une couche de sulfure métallique.
- « Le procédé par l’emploi de l’acide sulfureux liquide anhydre en siphons n’offre pas les mêmes inconvénients. Ces siphons renferment 750 grammes d’acide sulfureux. La dose nécessaire pour amener la stérilisation des bouillons de culture est d’un siphon par 20 mètres cubes. Voici comment on procède dans ce cas. On place au milieu de la chambre une cuvette ; un tube en caoutchouc, que l’on fait passer à travers une ouverture pratiquée à la porte, fait communiquer cette cuvette avec l’extérieur. Une fois la porte close, il suffit de placer l’ouverture du
- Fig. 3. — Brûleur de M. Ckiandi ; figure explicative.
- siphon dans le tube en caoutchouc et de presser doucement la pédale de ce siphon pour faire passer le liquide du siphon par le tube en caoutchouc dans l’intérieur de la cuvette, et l’évaporation de cet acide sulfureux liquide se fait rapidement à l’air libre. Ce procédé est des plus commodes, il évite les dangers, l’incendie, il laisse absolument intactes les dorures et les différentes parties métalliques qui se trouvent dans la chambre ; enfin la force de pénétration de cet acide sulfureux paraît encore plus grande que celle de l’acide sulfureux que l'on obtient par la combustion du soufre. Il n’a qu’un seul inconvénient, c’est son prix élevé. Chacun de ces siphons est vendu au public au prix de 5 francs. Pour les municipalités qui feraient un usage considérable de l’acide sulfureux sous cette forme, le prix s’abaisse à 2 fr. 50. On voit donc que, pour une pièce de 100 mètres cubes comme celle qui nous servait, cela faisait une dépense de 25 francs ou de 42 fr. 50. »
- Le procédé par la combustion du sulfure de carbone, qui fournit abondamment de l’acide sulfureux, et dont nous allons nous occupera présent, a été signalé par M. E. Peligot ; le danger de la combustion
- de ce produit volatil est entièrement conjuré, grâce au nouveau brûleur de M. Ckiandi-Bey, ingénieur. L’ensemble de cet ingénieux instrument est repré- „ senté ligure 2 où le dessinateur a montré par un arrachement sa disposition intérieure; nous en donnons d’autre part un dessin explicatif (fig. 5).
- Le brûleur de M. Ckiandy est formé d’un récipient extérieur en cuivre étamé ABCD, contenant un vase intérieur IHEF, sur les parois duquel sont fixés trois siphons RS. Pour faire fonctionner le brûleur, on place dans le vase intérieur le tube cylindrique KLMN ; on y verse le sulfure de carbone jusqu’au niveau aa. Cela fait, on remplit d’eau le vase extérieur jusqu’au niveau bb. Grâce aux siphons, l’eau pénètre dans le vase intérieur, presse le sulfure de carbone, plus lourd qu’elle, et le fait monter dans le tube intérieur jusqu’au niveau a'a', où il imbibe une mèche de coton que l’on allume. L’extrémité supérieure du tube est surmontée d’une cheminée PQ qui active le tirage,
- On peut accélérer ou ralentir à volonté la combustion du sulfure de carbone en surélevant ou en abaissant le niveau bb de l’eau du récipient exté-térieur,ce qui, dans un certain nombre de cas, peut présenter de grands avantages.
- Le brûleur est placé dans la pièce à désinfecter, on l’allume et on quitte la pièce que l’on a soin de fermer hermétiquement. Quand tout le sulfure de carbone est brûlé, il est remplacé par de l’eau, et la lampe s’éteint d’elle-même; la combustion se fait avec une grande régularité et sans aucun danger. Il suffit environ de 2k,500 de sulfure de carbone pour une pièce de 100 mètres cubes; le procédé est sûr et assez économique puisque le sulfure de carbone se vend commercialement au prix de 50 centimes le kilogramme, ce qui revient à 1 fr. 25 pour une pièce de 100 mètres cubes. Le brûleur coûte 50 francs, mais il peut servir presque indéfiniment.
- Le procédé de production de l’acide sulfureux par la combustion du sulfure de carbone est, comme on le voit, très pratique et très avantageux ; il n’altère pas les objets métalliques et fournit d’une façon continue, lente et régulière, un dégagement régulier du gaz désinfectant.
- Le brûleur de M. Ckiandi peut être encore appliqué à plusieurs industries. Ce système est susceptible de rendre de grands services pour le blanchiment des étoffes de soie et de laine; on peut y avoir recours pour le blanchiment des éponges, des chapeaux de paille et d’un certain nombre d’autres produits. ...
- Ces industries diverses trouveront dans ce mode de production un double avantage : le gaz acide sulfureux produit, est d’une grande !pureté,et son dégagement d’autre part peut être réglé à volonté selon les besoins, ce qu’il est impossible d’obtenir par la méthode de combustion directe du soufre.
- . Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
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- ÉTUDES PRATIQUES
- SUR LA MARCHE DE L’HOMME
- EXPÉRIENCES FAITES A LA STATION PHYSIOLOGIQUE DU PARC DES PRINCES
- Les lecteurs de La Nature connaissent déjà la Station physiologique 1 et quelques-unes des expériences qui y ont été faites : ils ont pu voir comment, au moyen d’une série de photographies instantanées, on analyse le mécanisme si compliqué de la marche, de la course et du saut, et comment des mouvements si rapides que l’oeil ne saurait les saisir, se fixent en une sorte d’épure qui en retrace fidèlement les moindres détails.
- Ces expériences, intéressantes pour le physiologiste à qui elles apprennent à connaître de mieux en mieux le mécanisme de la locomotion, ont en outre, au point de vue pratique, une utilité qu’il n’est peut-être pas inutile de faire ressortir.
- Les bons marcheurs, les bons coureurs, les sauteurs agiles, ne sont pas seulement des hommes doués d’aptitudes spéciales ou qui, par des exercices fréquents, ont acquis une force musculaire plus grande, une plus grande résistance à la fatigue; ce sont aussi des praticiens, c’est-à-dire que, par le travail inconscient qui accompagne tout acte fréquemment répété, ils ont trouvé peu à peu le moyen de ménager leurs forces en produisant le plus d’effet possible. Et quoique tout le monde ait la prétention de savoir marcher et courir, il y a, parmi les marcheurs et les coureurs, des virtuoses, en leur genre, qui ne font aucun effort inutile, règlent le rythme et la longueur de leur pas suivant que l’étape devra être longue ou l’allure rapide.
- Ces praticiens seraient incapables de transmettre le secret de leur habileté ; ils ne le connaissent pas eux-mêmes, n’ayant guère réfléchi sur des actes qu’ils exécutent, en quelque sorte, machinalement. Mais ce secret, on peut le surprendre. Pour cela, je me propose, dès le retour de la belle saison, de soumettre à l’analyse photographique les mouvements de marcheurs et de coureurs remarquables. Il n’y a point de témérité à escompter le succès de ces futures expériences, car les particularités des allures perfectionnées se révéleront certainement dans les photographies. Enfin, il est permis d’espérer que, du moment où les caractères des bonnes allures seront bien connus, il deviendra possible d’enseigner d’une manière méthodique les principes de la’marche, de la course, du saut, et, en général, de tous les exercices du corps.
- Au point de vue militaire, la question de la marche de l’homme a une importance toute particulière, mais présente aussi des difficultés spéciales. Les exercices du soldat ne s’adressant pas à des hommes d’élite, doivent être réglés pour des individus de force moyenne. L’expérience seule doit
- 1 Yoy. n°536, du 8 septembre 1883, p. 226, et n° 539 du 29 septembre 1883, p. 275.
- décider en pareille matière ; aussi est-ce d’après de laborieuses recherches qu’on a fixé la longueur du pas du soldat, le rythme de sa marche, la charge qu’il doit porter, pour utiliser ses forces le mieux possible.
- Toutefois, si l’on considère que les différentes nations n’ont pas, à cet égard, des coutumes semblables, bien plus que chez une même nation les règlements militaires se modifient de temps en temps, il faut bien en conclure que l’on ne connaît pas encore assez les lois physiologiques du travail de l’homme.
- C’est pourquoi j’ai entrepris, avec le concours de quelques officiers supérieurs de l’armée, des expériences destinées à compléter les notions que l’on possède sur les conditions les plus favorables de la marche et de la course. La difficulté de ces études tient au nombre considérable des observations qu’elles nécessitent, à l’attention soutenue, à la patience presque surhumaine quelles exigent. Aussi, ai-je confié à des machines la fastidieuse besogne qui consiste à enregistrer les particularités de chaque observation individuelle, ne laissant à l’expérimentateur que la tâche d’en tirer les conclusions générales.
- Un appareil, dont la description a été donnée il y a quelques années dans ce journal, Vodographe, a pu, moyennant certaines modifications de détail, se prêter à l’inscription de la marche de l’homme, traduisant, d’une manière fidèle, la vitesse de l’allure, sa régularité plus ou moins grande, le nombre et la longueur des pas, enfin les modifications que les caractères de la marche éprouvent sous différentes influences.
- La figure 1 montre un homme qui court sur la piste d’expérience et les appareils qui inscrivent les caractères de son allure. C’est par une série de si-, gnaux électriques- très rapprochés les uns des autres que s’établit la communication entre l’homme qui se meut librement au dehors, sur une piste circulaire d’un demi-kilomètre de circonférence, et l’appareil inscripteur qui reste à poste fixe sur une table dans le laboratoire*
- A cet effet, une ligne télégraphique dont les poteaux sont distants de 50 mètres les uns des autres règne tout autour de la piste ; à chaque poteau est adapté un appareil interrupteur qui enverra un signal au moment précis où l’homme passera au-devant du poteau. Le coureur, en effet, trouve en ces endroits son chemin barré par une baguette horizontale (fig. 2), qui cède à la moindre pression, mais qui ne peut être déviée sans produire une interruption dans le circuit de la ligne télégraphique. Or, cette interruption se traduit par le déplacement d’un crayon qui trace sur un cvlindre tournant recouvert d’une feuille de papier; chacun des déplacements du crayon exprime que 50 mètres viennent d’être parcourus par le coureur. Le mécanisme de l’interrupteur électrique est fort
- | 1 Voy. n° 278, du 28 septembre 1878, p. 273.
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- simple : la baguette est implantée perpendiculairement (fig. 3) sur un tube de cuivre tournant autour d’un axe vertical. Ce tube est coupé obliquement a sa partie supérieure sur laquelle repose une pièce mobile dans le sens vertical ; cette pièce présente en bas une surface oblique en sens inverse de la précédente. Tout mouvement de latéralité imprimé à la baguette, fera glisser l’un sur l’autre les deux plans inclinés et produira un soulèvement de la pièce mobile supérieure? C’est ce soulè\ement qui rompt le circuit de ligne. À cet effet, un ressort horizontal reposant sur un bouton de métal, établit au devant de chacun des poteaux un contact qui sera rompu
- chaque fois que la pièce mobile soulèvera le ressort. Cette rupture se produira à tout déplacement de la baguette, quel que soit le sens dans lequel l’homme chemine sur la piste. Aussitôt après le passage du coureur, la baguette reprend d’elle-mème sa position première, par l’action des plans inclinés pressés l’un contre l’autre; en même temps le courant un instant interrompu se rétablit. Une nouvelle rupture aura lieu chaque fois que le coureur passant au devant d’un poteau rencontrera sur son chemin une des baguettes interruptrices.
- Le courant d’un seul élément de pile parcourt toute la ligne télégraphique, et si nous en suivons le
- Fig. 1. — Disposition générale des expériences à la Station physiologique du Parc des Princes. — La piste d’expérience sur laquelle passe . un coureur.— La ligne télégraphique porte des interrupteurs à chacun de ces poteaux; elle est en communication avec l'odographe placé sur une table. En haut et à gauche de la ligure est un pendule qui détermine au loin un timbre électrique destiné à régler l’allure du marcheur.
- trajet sur la figure l,nous le voyons, partant d’un pôle de la pile, se rendre au sommet d’un premier poteau télégraphique, descendre le long de ce poteau, traverser le contact que forme dans l’appareil interrupteur le ressort pressant sur un bouton de métal, puis remonter jusqu’à la tête du premier poteau, d’où il repart pour aller 50 mètres plus loin gagner la tête du poteau n° 2, où il traverse de la même manière l’appareil interrupteur. Partant du dernier poteau, le courant de ligne rentre dans le laboratoire, traverse l’électro-aimant de l’odographe, et retourne à la pile. Tant que le courant est fermé, l’électro-aimant, fortement attiré, embraye un appa-
- reil d’horlogerie qui porte le crayon traceur. A chaque rupture du courant, le rouage devenant libre pendant un instant se met en marche et fait avancer le crayon sur le papier.
- Quelques indications suffisent pour faire comprendre le fonctionnement de l’odographe. Le cylindre couvert de papier tourne uniformément sous l’influence d’un mouvement d’horlogerie placé à l’extrémité de son axe dans une boîte close. La vitesse de cette rotation est telle qu’il passe au-devant du crayon uu demi-centimètre de papier par minute.
- D’autre part, le crayon dont la pointe portée par un bras de métal repose sur la partie supérieure du
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- cylindre, est animé de mouvement, comme on l’a vu plus haut, chaque fois que le courant de la ligne subit une interruption.
- Pour cela, le chariot qui entraînera le crayon parallèlement à la génératrice du cylindre, est traversé par une vis qu’un rouage contenu dans la boîte d’horlogerie tend constamment à faire tourner. 11 est clair que la rotation de cette vis commandera le déplacement du chariot sur ses rails et du crayon sur le papier. Mais la vis porte deux oreilles qui s’accrochent sous l’armature de l’électro-aimant et empêchent tout mouvement de la vis. Dès qu’une interruption dü courant se produit, la vis est rendue libre et se met à tourner, mais le passage du marcheur devant l’interrupteur dure peu et bientôt le courant se referme, le fer doux est attiré de nouveau et quand la vis aura accompli un demi-tour, sa seconde oreille s’accrochera à l’armature de l’électro-aimant.
- Le crayon ne progresse donc à chaque rupture du courant que d’une quantité constante, correspondant à la moitié de la longueur du pas de lavis. Ce chemin est égal à 1 millimètre.
- Après une marche ou une course, la feuille de papier porte une ligne sinueuse semblable à celle qui est représentée en a figure 4.
- Dans ce tracé, le temps se compte dans le sens horizontal où les
- ligne par le marcheur qui passe devant un poteau. Chaque déplacement du style, c’est-à-dire chaque
- échelon de la ligne sinueuse a, exprime donc que le marcheur a parcouru 50 mètres. Ainsi, la course a de la figure 4 correspond à une marche dans laquelle 1200 mètres ont été parcourus en 15 minutes 55 secondes.
- En tirant une ligne qui joindrait entre eux tous les angles saillants de la courbe sinueuse a on aurait plus simplement l’expression de la marche, c’est ce qui a été fait pour les lignes b, c, d, etc., qui, par leur inclinaison plus ou moins grande, expriment que l’allure est plus ou moins rapide.
- Plus la ligne s’élève brusquement, plus elle exprime une allure rapide. Ainsi, la courbe i, la plus brusquement ascendante, cori'espond à une petite course dans laquelle 1600 mètres ont été parcourus en 9 minutes 1/2; l’allure la plus lente correspond à la courbe c, mètres en 16 minutes.
- à cause de ses di-|mensions r e s -'[freintes, donner '[que des frag-. ment s de tracés ; l’intérêt de ce genre d’inscription consiste au contraire à
- Fig. 2. — Le marcheur passant devant un poteau de la ligne provoque une interruption du circuit et actionne l’odographe télégraphique.
- marche à raison de 750
- Dans la figure 4, on n’a pu,
- Fig. 5. — Détails de construction de l’interrupteur.
- minutes’équivalent à 1 demi-centimètre. Les chemins se comptent dans le sens vertical où chaque nouvelle ascension de la ligne correspond à un déplacement du crayon, c’est-à-dire à la rupture du courant de la
- recueillir de longs tracés correspondant à plusieurs heures de marche. On a, de cette façon, une expression plus fidèle des caractères de l’allure et l’on y peut saisir , soit les effets de l’excitation qui, chez certains hommes, accélère la marche pendant les premiers quarts d’heure, soit ceux de la fatigue qui, plus ou moins tard et d’une façon
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- plus ou moins marquée, la ralentit. Chez certains sujets, la marche est d’une étonnante uniformité, ce qui se traduit par la rectitude parfaite du tracé odo-graphique.
- Toute irrégularité dans cette vitesse se traduit, au contraire, par des inflexions de la ligne : celle-ci monte quand la marche s’accélère, descend, quand elle se ralentit.
- Telle est la disposition expérimentale employée à la Station physiologique pour étudier les différentes influences qui modifient la vitesse de la marche : influences de la charge à porter, de la forme de la chaussure, de la rapidité du rythme du clairon qui règle le pas des soldats, etc. Ces expériences sont en cours d’exécution, et ne seront pas terminées de longtemps, mais elles ont déjà donné des résultats assez intéressants.
- La forme de la chaussure, disons-nous, influe sur la vitesse de la marche. Pour essayer de déterminer la meilleure forme que puisse avoir la chaussure du marcheur, j’ai fait faire des bottines dont le talon
- Fig. 4. — Ti’acés de l’odographe télégraphique correspondant à des courses et à des marches de vitesses différentes.
- se compose de plaques superposées hautes d’un 1/2 centimètre, et que l’on peut empiler en nombre variable les unes au-dessus des autres pour avoir un talon dont la hauteur varie entre 6 centimètres et 1 /2 centimètre. Dans une série de marches successives faites avec des talons de hauteurs décroissantes, j’ai toujours vu que la vitesse de l’allure augmentait à mesure que diminuait la hauteur du talon. Et ce résultat tenait à une augmentation de la longueur du pas-.
- En substituant les unes aux autres des semelles courtes, moyennes et longues, j’ai vu que le pas s’allonge et que l’allure devient plus rapide quand la longueur de la semelle excède sensiblement celle du pied. Au-dessus d’une certaine limite dont la détermination précise ne pourra être faite qu’après des expériences multipliées, l’allongement de la semelle entraîne une fatigue notable et la marche est gênée.
- Le rythme du tambour ou du clairon règle le pas du soldat en marche, et, quand on veut qu’un corps de troupe accélère son allure, on fait presser la mesure, et le nombre des pas effectués en un temps donné est plus grand. Mais s’ensuit-il que la vitesse de l’allure augmente dans le même rapport? On va voir que le problème est fort complexe et que l’accélération du rythme de la marche augmente la vitesse
- de l’allure jusqu’à un certain rythme voisin de 80 pas à la minute; au delà, l’accroissement de fréquence du pas amène un ralentissement de la marche.
- Pour déterminer cette influence du rythme, iUaut, à la disposition précédemment décrite, ajouter un appareil qui règle avec une précision absolue le nombre des pas qui seront faits dans chaque minute. Un pendule représenté en haut et à gauche dans la figure 1 interrompt, à chacune de ses oscillations, le courant d’une forte pile qui actionne un timbre placé au centre de la piste. Ce timbre électrique est établi sur une charpente élevée, de façon à être bien entendu de tous les points de la piste. Il est impossible au marcheur de ne pas régler son pas sur la sonnerie du timbre, de sorte qu’au bout d’un temps quelconque le nombre des pas effectués, sera exactement celui des oscillations du pendule. Or, un curseur glissant le long de la tige du pendule donne à celui-ci un nombre d’oscillations exactement déterminé d’avance pour chacune de ses positions.
- 75 - 80
- 85 90 pas
- Ma minute
- Fig. 5. — Courbes de la vitesse de la marche et de la longueur du pas en fonction, du rythme de l’allure.
- En imposant à la marche un rythme lent, 40 pas à la minute, puis, en opérant sur des rythmes de plus en plus rapides, on voit qu’un même nombre de kilomètres est parcouru en des temps inégaux suivant le rythme du pas.
- Deux célèbres physiologistes allemands, les frères Weber, avaient admis que les pas deviennent de plus en plus grands à mesure que leur rythme s’accélère. Mais cette formule est trop générale ainsi qu’on va le voir, et s’il est vrai que, dans la marche peu rapide, l’accélération du rythme 'augmente la longueur du pas, une accélération plus grande finit par le raccourcir.
- Mais, dira-t-on, comment, dans ces expériences, apprécier la longueur du pas. Cette longueur se déduit simplement du nombre d’oscillations du pendule effectuées pendant un tour dépisté qui représente un parcours parfaitement connu. Or l’expérience a montré que l’accélération progressive du rythme des pas amenait dans leur longueur les modifications exprimées par le tableau suivant.
- Ainsi l’accélération du rythme de 60 jusqu’à 80 pas à la minute avait augmenté la longueur dupas, mais à partir de ce dernier chiffre l’accélération a produit un effet tout contraire, elle a diminué la longueur dupas.
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- On peut, avec avantage, remplacer le tableau numérique ci-dessus par l’expression graphique des variations de la vitesse de l’allure et de la longueur du pas en fonction de la fréquence du rythme. Ce tableau est représenté figure 5, il est assurément plus explicite que les trois colonnes de chiffres d’après lesquelles il a été construit.
- Durée du parcours Rylhme ou nombre Longueur
- pour des doubles pas des
- 1542 mètres. à la minute. doubles pas.
- 20'30" 00 1m, 35
- 18'40" 05 lm,37
- 16'27" 70 1“,45
- 14'38" 75 1,n, 51
- 13'52" 80 1“ 50
- 13' 3" 85 1” ,49
- 14' 1" 00 1“ .32
- La raison physique de ce raccourcissement du pas dans les rythmes très rapides a pu être déterminée, mais pour l’exposer, il faudrait des détails qui allongeraient encore un article déjà trop étendu. Je n’avais pour but aujourd’hui que de montrer comment les méthodes rigoureuses de la physiologie peuvent servir au perfectionnement des actes les plus usuels de la vie. Marey, de l’Institut.
- NÉCROLOGIE
- Edmond About. — Un des premiers écrivains de notre temps s’est éteint avec M. Edmond About, dont la mort a causé une émotion universelle dans le monde de l'intelligence et de la pensée. Il ne nous appartient pas de parler de l’œuvre de l’éminent académicien, ni des grâces de son style, ni du mordant de ses critiques ; mais il est de notre devoir de considérer en lui le grand travailleur, qui s’est élevé des rangs infimes au sommet de l’échelle sociale. Comme il devait le dire plus tard à ses enfants, « il n’avait pour ancêtres que des pauvres, des humbles et des petits. » M. Edmond About était né à Dieuze (Meurthe) le 14 février 1828; il était le fils d’un modeste épicier,et dès son plusjeune âge il se faisait remarquer déjà comme un esprit supérieur. M. Francisque Sarcey, son camarade d’enfance, son ami de la première et de la dernière heure, l’a rappelé non sans émotion : « Edmond About, dit M. Sarcey, avait été élevé, comme moi, dans une des institutions du lycée Charlemagne, où il payait sa pension en prix au concours. Ah ! qu’il avait déjà d’esprit et de grâce ! 11 était né écrivain. Il n’avait que quatorze ou quinze ans et ses professeurs nous lisaient ses devoirs de français comme des modèles de style. Quelle admiration il excitait parmi nous! J’étais le fort en thème, le bœuf au travail ; toujours le second. Lui, il cueillait, tout naturellement, et les premières places et les premiers prix. A l’Ecole normale, ce fut la même chose. Quelle verve toujours en mouvement! » On sait que M. Edmond About eut dans sa jeunesse le grand prix d’honneur de rhétorique, tandis que M. Taine avait le second prix, et M. Francisque Sarcey le premier accessit. Prévost Paradol était aussi un de ses camarades d’enfance.
- Après avoir dit quelques mots du travailleur, nous ne voulons pas oublier le patriote. M. Edmond About, né en Lorraine, avait pour la France « une tendresse exal-
- tée », suivant l’expression de M. Caro. Il aimait profondément son pays, et il affectionnait par-dessus tout la patrie perdue. Sa propriété d’Alsace, dont il n’a jamais voulu se défaire, fut fermée à la fin de la guerre, et il a voulu, comme il le disait, qu’elle restât française. M. Edmond About laisse une famille nombreuse, des enfants à l’éducation desquels il se consacrait avec un rare dévouement. 11 était serviable, bienveillant, et savait encourager la jeunesse laborieuse. 11 y aurait ingratitude de notre part à oublier les nombreuses marques d’estime et de sympathie qu’il n’a jamais cessé de témoigner à l’égard de La Nature et de plusieurs de ses rédacteurs ; aussi n’avons-nous pas manqué de nous joindre au cortège d’amis et d’admirateurs qui ont été pieusement déposer une couronne sur sa tombe si malheureusement ouverte avant l’heure.
- F.-E. Roudaire. — Nous avons appris avec douleur la mort du colonel Roudaire, officier d’une haute valeur, bien connu par son grand projet de la mer intérieure en Algérie. Né à Guéret (Creuse) en 1830, il entra à Saint-Cyr en 1854 et passa en 1856 à l’École des ponts et chaussées. Lieutenant en 1858, il fut promu capitaine d’État-Major en 1861 et chef d’escadron en 1878. C’est en 1873 qu’il fut chargé de travaux géodésiques pour la détermination de la méridienne de Biskra, et c’est alors qu’il fut frappé de l’abaissement d’une partie du Sahara au-dessous du niveau de la Méditerranée. 11 en conclut qu’une mer avait dû exister là jadis, et conçut dès lors le projet de percer les dunes qui forment une barrière entre la Méditerranée et le désert. On sait avec quelle ténacité, avec quelle persévérance, M. Roudaire s’était consacré à ce grand projet ; il avait pour lui des partisans nombreux et convaincus, mais il avait aussi des adversaires. Il était parvenu à convaincre M. Ferdinand de Lesseps, qui se montra son plus ardent protecteur. Roudaire était persuadé que le rétablissement de la mer des Chotts modifierait le climat d’une grande partie actuellement stérile de l’Algérie, et répandrait la prospérité et les richesses là où il n’y a que le désert et le néant.
- Le colonel Roudaire avait la foi qui suscite les grandes entreprises ; il avait la persévérance, peut-être eût-il réussi à réaliser son œuvre; la mer des Chotts était sa pensée unique, il en avait fait le but de sa vie. Distingué, aimable, séduisant, le colonel Roudaire laissera autour de lui les plus vifs regrets. Il est mort à 48 ans, de la fièvre qu’il a gagnée sur le seuil de Gabès, pendant les nuits passées sous la tente, au milieu des privations et des fatigues, alors qu’il se promettait de combattre sans trêve ni relâche, pour atteindre son but. Quelle que soit la destinée de ses projets, saluons la mémoire du colonel Roudaire. C’était un homme de désintéressement et de volonté. Gaston Tissandier.
- MONTPELLIER-LE-VIEUX
- Si les Pyrénées et les Alpes françaises sont tous les ans visitées et étudiées par de nombreux savants ou touristes, il n’en est pas de même desCévennes, dont les abords encore difficiles n’offrent pas à l’explorateur l’attrait de rendez-vous confortables pour organiser des ascensions. Cette partie de la France est encore connue trop sommairement, et cependant elle offre de grandes beautés naturelles d’un genre à part qui étonnent et enthousiasment les voyageurs pouvant se croire blasés après de
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- LA NATURE.
- grandes courses dans les montagnes de l’Europe.
- La Nature faisait connaître naguère à ses lecteurs, le grand canon du Tarn1. Je viens aujourd’hui révéler aux chercheurs des merveilles naturelles, une région unique en Europe par sa situation et sa grandiose étrangeté.
- Sur un de ces hauts plateaux calcaires nommés causses et à une petite distance de la ville de Milhau, mais séparé d’elle par d’énormes falaises inaccessibles, se dresse une sorte de promontoire d’un millier d’hectares environ de superficie, qu’une crête rocheuse rattache au causse noir. Quelques sentiers de chèvres difficiles à découvrir y conduisent à tra-
- vers d’effroyables abrupts ou des précipices de 200 mètres ; et l’escalade est non seulement fatigante, mais même dangereuse pour un étranger n’ayant aucun guide et peu au fait de ces zigzags sur des corniches calcaires. Sur ce plateau se trouve une vraie merveille, une immense cité dolomitique à côté de laquelle Mourèze et Païolive si vantées sont de véritables pygmées. Les paysans des environs ont donné à cette ville fantastique le nom de Mont-pellier-le- Vieux et lui attribuent une origine diabolique qui l’a rendue plus célèbre parmi eux que sa beauté naturelle. Ce nom de Montpellier-lc-Vieux parait assez étrange d’abord, mais il faut savoir que
- Fig. 1. — Montpellier-le-Vieux. — Les Urnes. (D’après une photographie de l’auteur.)
- le surnom patois du chef-lieu de l’Hérault est, « lou clapas», ce qui, mot à mot, veut dire l’amas de pierres. Les bergers du Languedoc menant leurs troupeaux dans ces solitudes ont dù donner à cette ville de rochers le même nom qu’au véritable Montpellier.
- Si cette appellation de Montpellier-le-Vieux était connue assez loin à cause de ses légendes diaboliques, le site l’était bien moins, car le paysan peu curieux ne va pas perdre son temps à visiter des endroits incultes et solitaires. Lorsque en 1883 cette ville fantastique me fut signalée par un grand propriétaire du causse noir, M de Barbeyrac, peut-être aucun touriste et
- 1 Voy. n° 597, du 8 novembre 1884, p. 359.
- aucun savant ne l’avait encore visitée1. Depuis lors, sur l’appel que j’adressai aux membres de la Société de Géographie de Toulouse, divers voyageurs ont escaladé ces rocs et ont pu prendre des dessins ou des photographies de ces merveilles qu’aucune revue n’a encore décrites ^g. 1 et 2).
- Cette description est au reste fort difficile. Que l’on s’imagine un décor d’opéra fantastique créé par l’imagination de Gustave Doré, se prolongeant pendant deux ou trois kilomètres, dans des dimensions
- 1 Aujourd’hui la course en est des plus faciles en partant de Milhau. Ou trouve à l’Hôtel Guilhaumcnc tous les renseignements, et les habitants de La Roque-Sainte-Margucrite ont adouci les sentiers et donnent aux voyageurs fatigués des ânes ou des mulets pour y monter.
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- LA N AT U 11 K.
- dont on aura un aperçu lorsque j’aurai dit que certains rocs isolés, figurant une tour ou une pyramide, ont plus de cent mètres de hauteur, et que certaines rues passent au milieu d’édifices divers de 50 à 60 mètres d’abrupt. L’on se demandera sans doute comment s’est formé cet ensemble sur un plateau isolé, loin de tout cours d’eau ou d’infiltrations aqueuses. La géologie nous l’explique très aisément.
- On a appelé les causses des plateaux calcaires. Cela est vrai dans l’ensemble, mais il y a des exceptions, et la plus remarquable est bien certainement. Montpellier-le-Vieux et ses alentours. C’est que là,
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- les roches dolomitiques mises à nu et formant la table du haut de la montagne appartiennent à un horizon essentiellement siliceux. Non seulement ces dolomies ont des différences de compacité favorisant les érosions et provoquant ces formes bizarres de rochers découpés et dentelés, mais encore sur de grandes hauteurs se rencontrent des veines ou des poches de sable très fin, qui, lorsqu’il est pris dans l’ensemble de la montagne, a l’apparence d’une roche gréseuse ; mais délité par les agents atmosphériques et entraîné par les pluies, il change totalement et de deux façons l’aspect de la contrée. Au point de vue de la végétation, il constitue une couche
- Fig. 2. — Montpellier-le-Vieux. — lîne rue de la Yille-du-Diable. (D’après une photographie de l’auteur.)
- siliceuse d’où le calcaire est presque absent. Une flore toute spéciale donne à ce sol une verdure inconnue à la région des causses, et ces ruines sont en bien des endroits couvertes de plantes alpines parmi lesquelles la plus remarquable par ses belles touffes d’un vert sombre émaillées tantôt de fleurs blanches tantôt de fruits d’un rouge vif, est une variété d’arbousier connue vulgairement sous le nom de raisin d’ours. En second lieu, ces veines ou filons ainsi délités et enlevés forment ces rues, ces tunnels, ces chemins qui donnent aux rochers restés debout i’aspect de pâtés de maisons, de tours, de châteaux, de grandes urnes, etc.
- On ne peut, à moins de l’avoir vue, se faire une idée de cette collection de fausses ruines où, à côté
- de rocs figurant des monstres gigantesques, sont des imitations de monuments grandioses. Tous ces enchevêtrements de rues, de voûtes, de couloirs, de saillies sur corniche, tantôt se coupant à angle droit comme une ville tirée au cordeau, tantôt offrant des places ou des cirques, créent un vrai labyrinthe de plus de 500 hectares où l’on erre souvent dans un grand embarras. C’est une ville fantastique, le fruit d’un songe vagabond, méritant bien le nom de Ville-du-Diable donné par les paysans.
- Tout ce vaste espace est plongé aujourd’hui dans une solitude absolue. Quelques chevriers y mènent de petits troupeaux, quelques paysans vont y couper des pins sylvestres qui sont tantôt épars dans les fissures des rocs et sur le sommet des tours, tantôt
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- LA NATURE.
- forment de hauts bouquets au centre des places ou des cirques. Il est certain, toutefois, d’après des fouilles très superficielles, que ces nombreuses grottes ont été habitées aux âges antéhistoriques.
- Je ne doute pas que les touristes chercheurs des contrées vierges, les amateurs de l’étrange ne soient largement récompensés, d’une heure et demie d’escalade dans des sentiers rendus très praticables i) par l’impression ineffaçable produite sur l’imagination la plus blasée par cette cité fantastique située à 12 kilomètres de Milhau et offrant, comme avenue, l’enchanteresse vallée de la Dourbée.
- Louis ue Malafosse.
- CRAPAUDS TROUVÉS VIVANTS
- DANS des pierres
- A l’appui de l’article publié précédemment à ce sujet par M. de Rochas (n° 606, du 10 janvier 1885, p. 85), on nous cite quelques faits analogues que nous nous empressons de publier. Voici d’abord ce que M. Eùgène Yi-mont, directeur de la Société scientifique d’Argentan,nous écrit : « En 1860, à Vaux (Ardennes), M. Didrich, aujourd’hui professeur au collège d’Argentan, profita avec quelques-uns de ses camarades, tous âgés de treize à quinze ans, du moment où des Quvriers avaient abandonné une tranchée, pour briser des pierres calcaires. Quel ne fut pas leur étonnement lorsque, en brisant un caillou, ils aperçurent un crapaud immobile ! Avec la pointe de morceaux de paille qui se trouvaient là, ils piquèrent le crapaud, qui se mit bientôt à sortir de son trou et à sautiller. Les enfants l’abandonnèrent ensuite. Auprès d’Argentan, il y a environ douze ans, on trouva également un crapaud vivant dans un lit calcaire situé à 8 mètres de la surface du sol. Divers carriers ont aussi découvert des crapauds dans les mêmes conditions, et le fait n’est pas aussi rare qu’on semblerait le croire au premier abord. »
- M. Alexis Desvignes nous écrit d’autre part, de Genève :
- « Je me trouvais il y a environ trois mois dans une usine située au bord de l’isar, à une soixantaine de kilomètres en amont de Munich. Des ouvriers étaient occupés à démolir le radier d’une turbine fait d’un très bon béton, lorsqu’ils trouvèrent dans l’intérieur du massif un crapaud de la grosseur du poing qu’un coup de pioche venait de mettre au jour. J’appris des propriétaires de l’usine que ce radier avait été construit douze ans auparavant. Cet intéressant batracien était donc resté tout ce temps emprisonné, privé d’air et de nourriture. A sa délivrance il entraîna avec lui un morceau de béton dans lequel tout son arrière-train était encaissé. Il semblait fuir la lumière, car il allait toujours chercher quelque coin sombre et y restait tranquille. Sur notre avis, il a été enfoui de nouveau dans le radier reconstruit. Espérons qu’il y vivra encore une fois en paix ! »
- M. Bertharion, ingénieur civil, garde-mines à Alais, nous informe que, dernièrement, on a trouvé dans les exploitations importantes xle Tavel et Lirac (Gard), appartenant à MM. Parceint et Gillet, un crapaud vivant dans un bloc de phosphate de chaux massif et d’une teneur très élevée,80 p.100. « Voici, d’après les
- 1 C’est du \illage de La Roque, situé à 300 mètres au-de*-sous de la cité, que part le meilleur sentier. 11 existe là une auberge, et la route qui y conduit s’achèvera cette année.
- renseignements que m’a donnés sur les lieux M. Ganne, directeur de l’exploitation, et ensuite par ceux que je viens de recevoir aujourd’hui même, comment on aurait trouvé cet animal. C’est dans l'exploitation de phosphate de chaux de Lirac, arrondissement d’Uzès(Gard), laquelle est située dans le terrain néocomien et dans l’étage supérieur de ce terrain (urgonien), que le crapaud a été trouvé. Des ouvriers étaient occupés à l’intérieur de la montagne désignée sous le nom de cône, à cause de sa forme pointue, à vider une grotte remplie de phosphate de chaux, quand tout à coup en brisant un bloc de phosphate qu’ils venaient d’abattre, ils constatèrent qu’il sortait de l’un des fragments du bloc un crapaud qui mourut immédiatement après être sorti de sa demeure. M. Ganne constata que le bloc de phosphate portait une petite crevasse de 2 millimètres de diamètre qui arrivait jusqu’à l’extrémité du bloc. Cette crevasse a peu d’importance, attendu que le bloc de phosphate a été trouvé noyé dans les argiles, terres qui constituent la gangue du gisement et qui sont imperméables. Aujourd’hui le chantier porte le nom du Chantier du crapaud. »
- M. Thibault, à Meung-sur-Loire, a enfin signalé le fait suivant dans une curieuse lettre qu’il adresse directement à notre collaborateur, M. de Rochas : « La lecture de votre intéressant travail, dit M. Thibaut, me remet en mémoire un fait qui vient à l’appui de vos idées. L’observation porte sur un nasicorne que je trouvai dans une fosse de tannerie pleine de jus assez concentré. Cet animal, très fréquent dans nos établissements, paraissait parfaitement mort et les membres étaient d’une rigidité extrême. J’attribuai d’abord ce fait au tannin et, par curiosité, je posai l’insecte au soleil : il se tenait sur ses pattes comme pendant la vie. Le soir il était encore inanimé, mais ses membres étaient devenus mous et il gisait sur le flanc. Le lendemain il était revenu à la vie. Assez étonné de l’aventure, je le remis dans la fosse pendant plusieurs jours : même durcissement et même retour à la vie. Je refis cinq ou six fois l’expérience, mais je ne puis plus préciser quelles furent les durées des immersions. J’ai trouvé aussi quelquefois des hydrophiles vivant très bien dans ces jus chargés de tannin et de divers acides. »
- CHRONIQUE
- Les ascensions du Mont-Blanc en 1884. —
- Il y a eu l’année dernière 42 expéditions exécutées au sommet du Mont-Blanc, du 30 juin au 26 septembre. Le nombre total des touristes a été de 61, parmi lesquels on compte une demoiselle anglaise, Mlle Richardson, qui est arrivée en haut du géant des Alpes le 12 août, étant partie la veille de Chainounix. Voici les nationalités des autres expédionnistes : Français 25, Anglais 10, Américains 10, Allemands 6, Suisses 5, Irlandais 4. On voit que, contrairement à ce que l’on croit généralement, ce sont les touristes français qui tiennent actuellement le premier rang parmi les alpinistes. Parmi nos compatriotes, il y avait cinq membres du Clup alpin.
- La plus vaste ferme du monde. — La ferme, ou ranch d’élevage du capitaine Richard King, du Texas, vient d’être achetée par V United States Land and Inves-tment Company, de New-York. La superficie de cette ferme est d’un peu plus de 800000 acres, d’un seul tenant. Cette immense propriété est entièrement clôturée et nourrit actuellement 200 000 chevaux, têtes de bétail et
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- bêtes à laine. La compagnie a payé 6 500 000 livres. Elle compte sur un revenu annuel d’environ 1 500 000 livres en se basant sur la multiplication moyenne du bétail. Plusieurs capitalistes français, anglais et hollandais étaient en compétition pour l’acquisition du ranch King.
- L’Exposition d’électricité que la Société internationale des électriciens organise dans les salles de l’Observatoire de Paris, avec le concours de M. l’amiral Mouchez, sera ouverte le dimanche 15 mars prochain. Les demandes d’admission seront reçues jusqu’au 10 février au siège de la Société, 3, rue Séguier, à Paris.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 janvier 1885. — Présidence de M. Boulev.
- Les tremblements de terre. — M. de Bottelia adresse de Madrid un résumé des faits relatifs aux phénomènes séismiques de l’Andalousie. Il y a joint une carte géologique dont il est l’auteur et insiste sur le peu d’ancienneté des soulèvements dont les environs de Grenade ont gardé les traces dans les lambeaux des terrains pliocènes redressés et contournés. M. de Bottelia relate l’observation des secousses par deux vaisseaux espagnols traversant l’Atlantique, et qui les ont notés, l’un, le 18 décembre, l’autre, le 23 du même mois. Ce dernier se trouvait non loin de San—Fernando.
- Il faut rapprocher do ces faits ceux que signale à M. Fouqué le gouverneur des Açores, et qui consistent dans de violentes secousses dirigées de l’est à l’ouest, et qui furent ressenties dans les îles le 22 décembre à 2 h, 1/2 du matin, c’est-à-dire trois jours avant que l’Espagne ne fut secouée.
- M. Laur, qui persiste dans ses théories inacceptables, croit en voir une confirmation dans les trépidations dont l’Italie du Nord vient d’être le théâtre. A cette occasion, M. Jamin fait nettement ressortir l’impossibilité d’une action barométrique sur le phénomène : Admettons que les gaz souterrains soient confinés dans un réservoir situé à 1000 mètres de profondeur, et soutenant par sa force élastique le toit rocheux auquel, pour simplifier, nous attribuerons une densité de 1,3. La pression de ce gaz, convertie en mercure, sera de 100 mètres, ou, si l’on veut, de 100 000 millimètres. N’est-il pas évident qu’une variation barométrique aussi intense qu’on voudra, de 50, de 40 millimètres, sera absolument insignifiante à son égard?
- En ce moment de passage à Paris, l’illustre directeur des mines du Chili, M. Domeyko,. résume les principales conditions dans lesquelles se manifestent les tremblements de terre. Il a, pendant près de cinquante ans, vécu en rapports à peu près quotidiens avec ces phénomènes, ce qui donne à sa parole une autorité particulière. D’après lui, les localités dont le sol est meuble sont plus volontiers et plus fréquemment ravagées que celles dont le sol est solide et spécialement granitique. Par exemple, il n’y a pas fort longtemps, les villes de Concepcion et de Chillan, qui sont dans le premier cas, furent absolument détruites des deux côtés de la Cordillère, pendant que des villes intermédiaires, mais établies sur le roc ferme, étaient respectées. Sortant un jour d’une mine au fond de laquelle il s’était livré à ses travaux ordinaires, il constata que son habitation avait été
- renversée par un tremblement de terre dont il n'avait ressenti aucun contrecoup ; et cette observation confirme une opinion très solidement enracinée chez les mineurs, que les tremblements de terre sont moins dangereux dans la profondeur qu’à la surface.
- Le laboratoire de Banyuls. — Déjà, à plusieurs reprises, nous avons entretenu nos lecteurs de la station zoologique établie dans les Pyrénées-Orientales. Cette utile fondation s’affirme de nouveau aujourd’hui par un travail de M. Varigny sur la physiologie expérimentale. L’auteur a étudié spécialement et avec beaucoup de développement, les actions d’arrêt dont les muscles sont le siège, et qui déjà ont été signalées par un grand nombre d’observateurs.
- La baleine de Luc-sur-Mer.—Les journaux ont annoncé qu’une baleine s’est échouée sur la côte de Luc-sur-Mer (Calvados). Ce que nous apprend aujourd’hui une nouvelle note de M. Délogé, professeur à la Faculté des sciences de Caen, c’est que l’échouement a eu lieu précisément sous les fenêtres du Laboratoire de zoologie maritime. L’animal, qui est un rorqual mâle (balenoptera mus-culus) est en parfait état de conservation. Les zoologistes, sans gêner les habitants du pays qui viennent en grand nombre prélever des tranches de graisse sur le cétacé, réalisent des préparations anatomiques qui seront très précieuses.
- Histoire des sciences. — Par l’intermédiaire de l’amiral de Jonquières, M. Narducci fftit hommage d’un volume qu’il vient de publier et qui est d’un haut intérêt historique. C’est un Traité de la sphère, de Bartolomeo de Sienne, astronome du treizième siècle. Le manuscrit, à l’insu de tout le monde, en était conservé depuis un temps inconnu dans la bibliothèque Yictor-Emmannel de Rome. Il renferme, paraît-il, une foule de faits importants, et l’on aura une idée du service rendu à la science par M. Narducci qui l’a tiré de l’oubli, quand on saura que Delambre, dans1 son Histoire de P astronomie au mo yen âge, n'en fait aucune mention.
- Varia. — M. Duclos, en étudiant la vitalité des microbes, annonce que, sur soixante-cinq ballons préparés il y a vingt-cinq ans par M. Pasteur, quinze renfermaient des proto-organismes encore vivants. — M. Béchamp assure être arrivé avant M. Duclaux à cette notion que la terre végétale renferme des microbes jouant le rôle de ferments. — C’est avec beaucoup d’éloge que M. Fouqué présente la deuxième édition de l’excellent Traité des roches de mon savant collègue et ami, M. Edouard Jannettaz. — M. Louis Olivier pense trouver dans le radiomètre un appareil propre à la mesure de l’intensité relative des différentes sources lumineuses. — M. Gorgen prépare le peroxyde de cobalt cristallisé en traitant le chlorure fondu par de la vapeur d’eau. — Il résulte des recherches de M. Gui-gnet que beaucoup de végétaux appartenant à des familles très diverses renferment de la glvcirrhyzène.
- Stanislas Meunier.
- UN YÉL0CIPÈDE AQUATIQUE
- POUR LA CHASSE AUX CANARDS
- Le curieux appareil que nous représentons ci-après (fig. 1) d’après une ancienne gravure anglaise de 1823, est un vélocipède aquatique qui a été
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- utilisé avec succès pendant tout l’hiver de 1822. Un amateur s’en est servi pour la chasse aux canards sur les nombreuses pièces d'eau du Lineolnshire, et il en a obtenu, parait-il, de très bons résultats. Le système est tout à fait ingénieux, il se compose de trois llotteurs qui ont environ 50 à 55 litres de ca-
- pacité et qui peuvent être faits en fer-blanc ou en cuivre. Ils sont pleins d’air et doivent être parfaitement étanches ; ils sont maintenus par des tiges de fer arquées, dans la position que montre le dessin, de telle sorte qu’ils forment les trois angles d’un triangle isocèle. Les tiges de fer sont munies à leur
- Fig- 1. — Vélocipède aquatique pour la chasse aux canards. Aquatic Tripod. (D’après une gravure anglaise de 1823).
- milieu d’une selle sur laquelle prend place le vélo-cipédiste. Le système flotte sur l’eau, et. soutient le chasseur à la surface. Ses pieds sont munis de palettes assez courtes, formant rames, et c’est au moyen de ces palettes qu’il navigue et qu’il se dirige à la surface d’une eau tranquille.
- Nous n’avons pas essayé le système, et nous ne saurions en garantir par nous-même l’efficacité, mais il serait très intéressant, à notre avis, d’en étudier la construction et de renouveler les essais du chasseur aux canards de 1822. Si un de nos lecteurs se trouve tenté de faire l’expérience, nous lui saurons gré de nous tenir compte des résultats obtenus.
- L’amusante gravure du vélocipède aquatique, qui o«t mentionnée sous le nom de aquatic tripod, nous a remis en mémoire un autre document du même genre que nous avons vu dans la galerie des estampes de la Bibliothèque nationale; c’est une
- lithographie naïvement dessinée, représentant des essais de vélocipède dans le jardin du Luxembourg, à Paris, en 1818. Nous en donnons ci-contre une reproduction réduite (fig. 2). On voit
- que les vélocipèdes de 1818 étaient en bois, ils portaient deux roues, une à l’avant, l’autre à
- l’arrière, et c’est avec les pieds sur le sol que le vé-locipédiste imprimait le mouvement au sys-
- tème. 11 nous a semblé qu’il y
- avait une certaine analogie entre ces vélocipèdes terrestres de 1818 et Yaquatic tripod de, 1822. Le chasseur aux canards vélocipédiste a dû s’inspirer, dans sa construction nautique, de ces appareils
- antérieurs. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tbsandier. Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 609. — 51 JANVIER 1885.
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- LÀ CULTURE DE LÀ NÀCRE
- A TAHITI
- Notre belle et si poétique colonie (le Tahiti, intéressante à tant de titres, a pour production principale la nacre. C’est la nacre qui alimente son commerce , c’est la nacre qui donne lieu aux échanges relativement importants qui se pratiquent dans ces contrées lointaines d’Océanie, c’est la nacre qui attire les bateaux qui, depuis un siècle.parcourent les îles désolées et sauvages dont se composent les archipelsdes Tuamotu , des Gam-bier et des Tu-buaï.
- A cause de sa rareté, la nacre a toujours été considérée comme une chose de luxe. Avant que les navigateurs n’eussent découvert cette autre partie du monde, perdue dans l'immensité du Pacifique, elle était plus rare encore qu’aujourd’hui; elle avait plus de valeur peut-être, mais elle n’était assurément ni plus recherchée ni plus prisée.
- Actuellement on l’emploie beaucoup dans la fabrication d’objets et meubles spéciaux, et l’industrie française, notamment, a su l'associer à ses merveilleuses et incomparables conceptions artistiques.
- La nacre employée par l’industrie est fournie par des coquillages d’espèces diverses ; la plus estimée, la plus irisée, la plus belle aussi, est celle que produit l’huître perlière.
- 43° aimée. — 4er semestre.
- On distingue encore deux sortes d’huîtres perlières : l’une, connue sous le nom de pintadine (Meleagrina margaritifera), se trouve en Chine, aux Indes, dans la mer Rouge, aux îles Comores, au nord-est de l’Australie, dans le golfe du Mexique et particulièrement aux îles Tuamotu et aux îles
- Gambier; l’autre, plus communément désignée sous le nom d’huître perlière (.Meleagrina ra-diala), vient sur-lout aux Ipdes, dans les mers de Chine, dans la mer des Antilles, la mer Rouge et au nord de l’Australie.
- La première possède une coquille plus dure, plus azurée, plus transparente, atteignant des dimensions plus grandes que la dernière. On en voit qui mesurent jusqu’à trente centimètres de diamètre et pèsent plus de 10 kilogrammes; la Meleagrina ra-diata dépasse rarement dix centimètres dans la plus grande dimension et n’atteint jamais le poids de 150 grammes. Les deux variétés fournissent des perles. Suivant la mode, le goût du jour, on préfère tantôt les unes, tantôt les autres ; néanmoins les perles de la
- grande pintadine paraissent d’un éclat bien plus vif, de tons plus transparents et plus intenses que celles de sa congénère.
- Le commerce des perles est d’une évaluation difficile en ce qui concerne nos possessions d’Océanie. On ne peut fixer, à cet égard, un chiffre même approximatif, ce commerce échappant à tout contrôle
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- Uuii pêcheuse île nacre attaquée par un requin, (b’apres les documents communiqués par l’auteur.)
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- LA N AT U LE.
- et s’exerçant en quelque sorte d’une façon clandestine. Les uns estiment qu’il s’élève à 100 000 francs environ par an, d’autres qu’il atteint 500 000 francs. D’après ce que j’ai vu aux îles Tuamotu, et considérant, d’autre part, le nombre assez grand de personnes qui, à Papeete seulement, s’occupent de ce commerce et en vivent, j’opinerai pour un chiffre se rapprochant de 300 000 francs1. C’est en Angleterre que se trouvent les plus importants marchés de perles fines.
- La grande pintadine vient sous les tropiques. L’archipel des Tuamotu et des Gambier est, avons-nous dit, le point où on la trouve en plus grande abondance. Là, elle est dans le milieu qui lui plaît. Au sein de ces lagons aux eaux claires et limpides, elle se développe en toute liberté, se reproduit dans les conditions les meilleures et sans être troublée dans l’accomplissement de cette fonction génératrice.
- L’archipel des Tuamotu et des Gambier, annexé en même temps que les îles de Tahiti et de Moorea, se compose de quatre-vingts îles, produisant presque toutes de la nacre, dont soixante-douze sont habitées d’une manière intermittente par environ cinq mille individus appartenant à la race maori. La France possède là une population excellente et dévouée, très lîère de sa nationalité nouvelle, restant indifférente à toutes les tentatives entreprises contre notre influence. Elle aime la France, le proclame et le manifeste hautement toutes les fois que l’occasion s’en offre. Laborieuse, docile, soumise, de mœurs simples et douces, observant avec une scrupuleuse fidélité les lois et les règlements qu’on lui a donnés2 * 4, elle est une des plus déshéritées et des plus pauvres qu’il soit sur le globe.
- La langue étroite de terre ou plutôt la couronne de récifs arides qui entoure le lagon de ces îles ma-dréporiques, éloignées de plus de mille lieues de tout continent, où l’on ignore pendant des mois, des années entières, ce qui se passe dans le reste du monde; la couronne de récifs où toute terre végétale est absente, où il n’y a que le sable des coraux brisés par la mer, lui donne à peine de quoi suffire à sa misérable et précaire existence.
- Alors que la population heureuse sa voisine, résidant sur les rives bénies et fortunées des îles de la Société, où tout croît sans travail et en abondance, mène une vie facile et remplie de plaisirs, le malheureux Tuamotu, lui, est réduit à se nourrir de cocos et de quelques rares et maigres graines de pandanus — à peu près les seuls fruits sur ces plages sablonneuses, — de poissons ou de coquillages qui, pendant plusieurs mois de l’année, sont empoisonnants, et aussi, il faut bien le dire, de la
- 1 L’Australie qui ne fournit environ par an que 250 tonnes
- de nacre, tandis que nous en exportons de 5 à 600, livre au
- commerce pour 300 000 francs de perles.
- 4 Aux îles Tuamotu comme aux îles Tahiti et Moorea, la perception des impôts se fait facilement. Il est bien rare qu’un indigène n’ait pas acquitté les redevances de l’année avant l’expiration du premier semestre.
- viande de chien, à défaut d'autre substance animale.
- Rien ne vient sur ces récifs battus par la mer, émergeant de l’Océan de la façon la plus imprévue, pas plus les animaux que les arbres. Il n’yad’autres oiseaux que les faméliques oiseaux de mer qui explorent les océans, d’autres quadrupèdes que ceux que l’on y a introduits, d’autres ressources alimentaires nécessaires à la vie de l’Européen que celles que les bateaux y apportent. Ni pain, ni viande, ni vin.
- L’anthropophagie, qui d’ailleurs a cessé depuis l’occupation française, était pratiquée par ce peuple cependant bien doux, bien bon et bien hospitalier. Mais le besoin pressant, l’impitoyable faim, n’expliqueraient-ils pas, dans une certaine mesure, cette barbare coutume?
- À l’heure actuelle, les îles des Tuamotu sont absolument sûres; on peut les visiter impunément; on y trouvera un peuple affable, obligeant, paisible.
- Le peuple des Tuamotu est essentiellement nomade. Il l’est par besoin autant que par goût. Quand un lagon est épuisé, quand la plonge ne produit plus rien, quand l’interdiction de la pêche atteint File sur les rives de laquelle il a élu domicile, l’indigène, sans amertume, sans regrets, sans soucis même, place dans son embarcation ce qui compose sa famille et son bien : sa femme, ses enfants, ses chiens, ses maigres et chétives poules, ses porcs, la natte dure qui lui sert de lit, abandonne la hutte où il était établi et va, un peu au gré des vents, chercher ailleurs, dans une autre île, souvent bien éloignée, non pas la fortune, — son ambition ne va pas jusque-là, et au surplus l’esprit de possession et d’économie n’existe pas chez lui, — ni même le bien-être, la vie confortable, mais de quoi vivre par le travail, lui et les siens.
- Sa seule industrie est la plonge. Tous y prennent part, les femmes comme les enfants. Ils ont pour ce dur et pénible métier une aptitude vraiment merveilleuse. 11 existe à Anaa une femme qui explore les fonds de vingt-cinq brasses de profondeur et reste parfois près de trois minutes sous l’eau. Cette femme n’est pas une exception. Et combien sont .dangereuses ces investigations dans les sombres profondeurs du lagon, où régnent en maîtres les requins affamés, contre lesquels, quand on ne parvient pas à les éviter, il faut engager une lutte où l’existence est en jeu! Il ne se passe pas d’année qu’un plongeur ne sorte mutilé du fond des eaux. Il n’y a qu’un an ou deux, — pour ne citer qu’un seul exemple, — une jeune femme eut l’épaule et le sein emportés par un de ces voraces habitants des mers.
- Lorsqu’un accident arrive, la terreur, l’épouvante se répand parmi les plongeurs ; la pêche de la nacre cesse pour quelque temps. Mais ce sentiment de crainte justifiée, de danger réel, ne persiste pas. D’ailleurs il faut céder aux besoins impérieux de la vie. Pour l’indigène des Tuamotu, la nacre est la
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- monnaie courante ; c’est avec de la nacre qu’il achète les vêtements sommaires dont il se couvre, le peu de pain, de farine ou de conserves qui complètent son alimentation, et enfin l’alcool, funeste présent de la civilisation, pour lequel, comme tous les Océaniens du reste, il a une passion prononcée. Hélas! quel est le peuple sans défauts et sans vices?
- Le peu riant tableau que je viens de tracer est exempt, je l’assure, de toute exagération. Je ne puis énumérer les souffrances qu’endurent ces braves gens qui nous sont si attachés, ni les vexations dont ils ont été ou sont l’objet de la part de trafiquants étrangers, aussi peu scrupuleux qu’âpres au gain, et qui abusent de l’honnêteté, de la naïveté de ces races primitives.
- 11 y a vingt ou trente ans, le commerce de la nacre, aux îles Tuamotu, procurait de beaux bénéfices à ceux qui s’y livraient. Moyennant une pièce d’étoffe sans valeur, quelques poignées de farine ou quelques litres de rhum, on obtenait une demi-tonne de nacre, valant mille ou deux mille francs, ou bien de belles perles fines dont les indigènes ignoraient le prix.
- Les archipels étaient fréquentés par des bateaux de diverses nationalités. La nacre était abondante, les perles étaient moins rares qu’à présent. Depuis lors, le nombre des bateaux trafiquants a augmenté ; les indigènes, sollicités par les avantages d’un commerce qui devenait plus fructueux à mesure que s’étendait la concurrence, se sont mis à pêcher avec une ardeur imprévoyante ; et maintenant ils s’aperçoivent que les lagons sont moins productifs , qu’ils se dépeuplent et que quelques-uns des plus fertiles donnent des signes manifestes d’épuisement.
- La situation intéressante de la population des Tuamotu, le danger dont elle était menacée d’être dénuée de toute ressource, privée de tout travail, la crainte aussi de voir tarir bientôt une des sources de revenus les plus productives de la colonie tahi-tienne, disparaître l’élément principal de son commerce1, ont appelé la sollicitude éclairée de l’administration coloniale.
- . Avec un empressement dont le conseil colonial de Tahiti a tenu à le remercier, M. le sous-secrétaire d’État a bien voulu me désigner pour aller remplir une mission en Océanie. Le programme d’études que m’avait donné le ministère était le suivant :
- 1° Quel est l’état réel des lagons produisant les huîtres? Commencent-ils à s’appauvrir?
- Quelle est la cause de cet appauvrissement, quels sont les moyens d’y remédier?
- 2° Ne serait-il pas possible de créer aux Tuamotu, aux Gambier, à Tahiti, a Moorea, pour la culture de la nacre, une industrie analogue à celle qui existe en France pour la culture des huîtres comestibles? Ne pourrait-on, par cela même, procurer aux indigènes des Tuamotu un travail rémunérateur,
- 1 La colonie de Tahiti exporte annuellement de 800000 à 1 000 000 de francs de nacre. Les droits provenant de l'octroi de mer s’élèvent à 20 000 ou 25 000 francs, selon les années
- sédentaire, continu, qui les rendrait indépendants et les soustrairait à la cupidité des trafiquants sans probité dont ils sont les victimes et les dupes? Ne leur épargnerait-on pas ainsi les peines et les dangers résultant de la pratique assidue de la plonge? Ne serait-ce pas un moyen de les attacher à leur foyer, à leur famille, à leur île natale, de leur préparer une vie plus paisible et de les élever peu à peu vers le niveau social des peuples de eivili- . sation ancienne?
- 3° Y a-t-il lieu de réglementer la pèche de la nacre dans les archipels? Quelles seraient les bases de cette réglementation?
- Bien que les statistiques n’accusent pas une grande diminution dans la production de la nacre (cela tient à ce que le contrôle est difficile et qu’il se fait un commerce clandestin facilité par le manque de surveillance et le voisinage des îles sous le Vent), il résulte de l’enquête minutieuse à laquelle nous nous sommes livré sur les lieux mêmes, que les lagons s’appauvrissent de jour en jour, que les belles nacres sont de plus en plus rares et que même, pour rencontrer des huîtres de dimension marchande, les plongeurs sont tenus d’aller les chercher dans les grands fonds.
- J’estime que si on ne prend pas de promptes et vigoureuses mesures, les lagons des Tuamotu risquent d’être très appauvris, sinon ruinés, avant qu’il soit peu d’années. Les dispositions appliquées par les administrateurs qui se sont succédé à Tahiti étaient excellentes assurément, mais insuffisantes pour prévenir cette ruine.
- L’interdiction de la pêche, prononcée pendant plusieurs années sur un certain nombre d’îles, en vue d’en favoriser la régénération, ne pouvait produire ce résultat, parce que, contrairement à ce qu’on avait cru jusqu’alors, la pintadine est hermaphrodite et non unisexuée.
- La cause de l’appauvrissement des lagons consiste dans la pêche abusive et exagérée à laquelle on s’est livré L G. Bouchox-Buandely.
- — A suivre. —
- LE COQ PHÉNIX DU JAPON
- De toutes les races de Poules récemment introduites en Europe, la plus remarquable assurément, sinon par la beauté, au moins par la bizarrerie de ses formes, est certainement la race Phénix dont plusieurs représentants vivent actuellement au Jardin d’Acclimatation du bois de Boulogne. Les premiers individus de cette race que l’on ait vus dans notre pays figuraient, dit-on, à l’Exposition univer-
- 1 Pour cc qui est des autres points contenus dans le programme d'études qui m’avait été tracé, ils ont été examinés un à un dans une lettre que l’auteur a adressée au gouvernement de Tahiti avant son départ de la colonie. Un projet de réglementation a d’ailleurs été adressé au Ministère de la marine.
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- selle de 1878, dans la ferme japonaise où, chose curieuse, ils attirèrent à peine l’attention. Il parait cependant que Mine Bodinus, ne'e d’Holïschmidt, qui, dans sa ville d’Uccle-lès-Bruxelles (Belgique), s’occupe avec grand succès de l’élevage des volailles, ayant entendu parler de ces poules japonaises, chercha à les acquérir; mais elle ne réussit pas immédiatement dans ses démarches et c’est seulement un peu plus tard qu’elle reçut en cadeau, de la personne à laquelle ils avaient été donnés, quelques-uns des spécimens qui avaient été apportés à l’Exposition de 1878. - ' * • -
- Vers la même époque, la baronne d’Ulm-Erbach, née de Siebold, reçut de son côté un lot de poules de la même race, que son frère lui avait fait venir directement du Japon. Ces volailles arrivèrent un peu souffrantes ; néanmoins au bout de quelque temps elles paraissaient s’être complètement remises des fatigues du voyage, et la poule avait même pondu quand la mue survint et fit périr le couple avant que l’on fût parvenu a élever une seule couvée.
- En* 1879, de nouvelles poules semblables aux précédentes furent importées du Japon à Hambourg par M. Wicbman qui les désigna sous le nom de Phénix et qui s’occupa activement de leur propagation, de concert avec M. le conseiller Hugo du Roi, de Brunswick.
- Ces deux amateurs ne se contentèrent pas d’élever des Phénix de race pure, ils les croisèrent avec des Yokohamas et des Coqs de combat, et ils obtinrent des produits, de physionomies diverses, dont quelques-uns figuraient à l’Exposition ornithologique de Vienne, en 1884, à côté de véritables Phénix dans toute la splendeur de leur plumage, appartenant à Mme d’Ulm-Erbach et à M. du Roi.
- Au moment où l’attention commençait à se porter, en Allemagne et en Belgique, sur les volailles japonaises, M. Tony Conte, premier secrétaire de l’ambassade de France à Tokio, s’occupait également de doter notre pays de ces beaux Gallinacés, et, à la fin de l’année 1881, il réussit à se procurer plusieurs couples de Phénix qu’il adressa à M. ;A. Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du Jardin d’Àeclimatation, et qui arrivèrent à Paris au mois d’avril 1882. Ces oiseaux s’accommodèrent fort bien de notre climat et se reproduisirent dans les parquets du Jardin d’Aeclimatation de telle sorte que, l’année suivante, cet établissement put céder à M,ue Bodinus quelques individus adultes et un grand nombre de jeunes, nés et élevés en France. On put désormais se faire une idée des caractères de la race et constater les différences qu’elle présente avec la race de Yokohama
- qui, comme son nom l’indique, est également originaire du Japon et qui a été introduite en France par le Père Girard et acclimatée par M. A. Geoffroy Saint-Hilaire.
- Chez le coq Phénix comme chez le coq de Yokohama, le port est droit, la tète relativement petite, le cou allongé, le corps svelte et haut monté et les faucilles, ou grandes couvertures de la queue, forment avec les lancettes, ou plumes des reins, un panache d’une rare élégance ; mais chez le premier la crête est sensiblement plus développée, les pattes sont un peu moins hautes, la poitrine est moins étroite, les parties inférieures du corps offrent une teinte plus sombre et le panache acquiert des dimensions extraordinaires. M. Tony Conte a remis, en effet, à M; Geoffroy Saint-llilaire, deux plumes caudales, ou, pour parler plus exactement, deux faucilles de coq Phénix qu’il a recueillis au Japon, et dont l’une mesure lm,80 et l’autre 2m,50 de longueur. On prétend même que sur un spécimen conservé au musée de Tokio les plus longues faucilles n’ont pas moins de 132 pouces 1/2, c’est-à-dire environ 5m,60
- de long. Enfin, sur une peinture japonaise dont le fac-- * similé a été publié
- cette année par le journal belge Chasse et Pêche1 et qui représente un couple de Phénix, le coq porte une traîne immense formée de rubans onduleux dont la longueur équivaut à 7 ou 8 fois la longueur du corps. Mais il 'est probable que, dans cette circonstance, l’artiste s’est laissé emporter par son imagination et a'quelque peu exagéré une particularité qui a valu au coq Phénix le nom japonais de Chou-vi-kei (Coq à longue queue).
- Dans la notice qui accompagne ce tableau, notice que Mme d’Ulm-Erbach a reproduite dans son article sur Xélève de la volaille au Japon, publié dans les Ornithologische Mittheilungen de vienne et dans le journal Chasse et Pêche, on lit cependant : « Ceci est le portrait scrupuleusement fait d’un couple de volailles Chou-vi-kei, élevé par son propriétaire Parafai Shimanouehi de Kouchi en Tosa (fig. 1)— Cette race de volailles extrêmement remarquable qui, parmi les nombreuses variétés élevées au Japon, a la queue la plus longue, est encore peu connue ; elle est originaire de la province de Tosa, dans l’île de Sihohu, et est aussi connue les noms de Shinowa-raton ou de Kurosassa Oski. 11 y a une soixantaine d’années l’éloge de cette remarquable volaille était universellement pratiqué à Tosa et depuis on s'en est servi pour divers croisements. »
- Dans un livre publié en 1859, un auteur japo-
- 1 Voy. le numéro de Chasse et Pêche du 6 avril 1884.
- Fig. 1. — Coq du Japon. (D’après un dessin japonais.)
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- nais, M. II. Misehimura, a donné aussi de la race Chou-vi-kei une figure et une description sommaire que Mme d’Ulm-Erbach a traduite en ces termes : « En Corée il y a une espèce de volaille dont le coq a une queue étroite et longue de 3 pieds et à Tosa une espèce pareille, nommée Saganami, de la taille d’un coq ordinaire et qui ne se fait remarquer que par la longueur de sa queue, que le coq porte horizontalement de façon que les plumes, énormément longues, traînent par terre. Il existe probablement encore plusieurs autres variétés ressemblant au Paon, obtenus par divers croisements, les unes dorées, d’autres argentées ou encore toutes blanches, que l’on nomme, dans le pays, Skia fagi, etc. »
- En revanche, nous croyons que c’est à la race de Yokohama plutôt qu’à la race Phénix que le voyageur Robert Fortune a fait allusion dans le passage suivant, cité également dans l’article de Mwe d'Ulm-Erbach : « Je remarquai1 quelques variétés de poules étonnantes et magnifiques. Elles étaient au-dessus de la taille ordinaire et se distinguaient par leur beau plumage. Les plumes de la queue étaient allongées et gracieusement ondulées ; de fines plumes soyeuses descendaient des deux côtés. » Et plus loin encore, dans cet autre passage : « Mais les différentes races de poules me frappèrent2 plus que tout le reste. L’espèce que j'avais déjà vue à Nanga-saki existait également ici, mais il s’y trouvait de
- plus un oiseau d’un blanc pur avec une belle queue formant une courbe allongée et avec de longues plumes soyeuses descendant de chaque côté du dos. C’était un oiseau magnifique et valant bien la peine d’être introduit en Europe, si la chose n’est déjà faite. » En effet, non seulement ces dernières lignes ont été écrites à Yokohama, patrie de la race du même nom, mais la livrée blanche dont était revêtu l’un des oiseaux observés par Robert Fortune est précisément la livrée d’une des variétés actuellement connues en Europe, de la race de Yokohama ; enfin si le voyageur dont nous venons de citer le nom avait eu sous les yeux de véritables coqs Phénix, il eût été certainement frappé de la longueur démesurée des faucilles et il eût insisté sur ce caractère
- dans sa description, au lieu de dire simplement que la queue formait une courbe allongée.
- Mais revenons aux coqs Phénix. Ceux que nous avons vus en 1884 à l’Exposition ornithologique de Vienne et qui appartenaient à M. IL du Roi et à Mme d’Ulm-Erbach nous ont paru un peu moins élancés que ceux qui vivent actuellement au Jardin d’acclimatation (fig. 2). Ces derniers rappellent par leur physionomie et par leurs allures les Coqs de combat anglais, dont ils se distinguent d’ailleurs très facilement par leur livrée et par l’énorme développement de leurs plumes caudales. Leur tête, fine et gracieuse, est surmontée d’une crête simple et dres-
- 1 Le voyageur était alors au Japon.
- 3 L’écrivain se trouvait à Yokohama.
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- sée, qui est colorée en rouge, de même que les joues, et dont le bord supérieur est finement dentelé ; leur cou, très légèrement recourbé, paraît brusquement aminci dans sa partie supérieure, parce qu’il est revêtu de plumes lancéolées qui vont en augmentant de longueur, de haut en bas, et qui forment un ample camail recouvrant en arrière la naissance du dos, mais entr’ouvert en avant de manière à laisser voir le plastron. Celui-ci n’est pas d’un brun marron ou rougeâtre mélangé de blanc, comme chez la plupart des coqs de Yokohama ; il offre une teinte noire uniforme qui s’étend sur toutes les parties inférieures du corps et qui contraste toujours fortement avec la teinte des plumes de camail, que celles-ci soient d’unjaune paille extrêmement clair, comme dans la variété dite dorée, ou d’un blanc argenté, comme dans la variété dite argentée. Les plumes du camail, à leur tour, tranchent ordinairement sur celles du dos et des épaules qui, chez un grand nombre d’individus, affectent une belle teinte marron à reflets veloutés; mais, dans d’autres cas, elles se confondent plus ou moins par leur nuance avec une teinte café au lait répandue sur une partie du manteau. En revanche, les ailes sont toujours variées de vert métallique, de noir et de blanc, et la queue d’un noir mat est en grande partie dissimulée sous les faucilles qui offrent, comme la partie antérieure des ailes, des reflets verts extrêmement brillants. Sur les reins sont implantées de longues plumes, les lancettes, qui retombent de chaque côté jusqu’à terre et dont la couleur rappelle celle du camail. Enfin le bec, l’iris et les pattes n’ont pas des teintes absolument constantes : ainsi, chez le Coq Phénix doré à ailes de canard, les mandibules sont d’une teinte jaunâtre chair, les yeux d’un jaune orangé et les tarses d’un jaune pâle, tandis que chez le Coq Phénix argenté à ailes de canard les mandibules sont brunâtres, les yeux d’un rouge orangé et les tarses d’un gris de plomb.
- Les poules que l’on peut voir maintenant au Jardin d’Aeclimatation ont la tête taillée sur le même patron que celle du coq, les joues emplumées, la queue étroite et allongée; elles rappellent un peu, par leur aspect général, les poules de la race de Dorking, mais elles ne portent pas toutes la même livrée : chez les unes le gris brunâtre est la teinte dominante du plumage, tandis que chez les autres c’est le gris argenté. Les premières ont les plumes du camail beaucoup moins largement bordées de blanc que les secondes, dont l’abdomen tire au gris et dont le dos et les ailes sont ornées de zébrures plutôt grises que brunes.
- M. La Perre de Roo qui, dans plusieurs articles insérés l’an dernier dans le journal VAcclimatation, a décrit avec beaucoup de soin les poules et les coqs de race Phénix reçus précédemment par le Jardin du bois de Boulogne nous apprend que parmi ces spécimens la plupart appartenaient aux variétés ci-dessus décrites, mais que deux poules étaient re-
- vêtues d’une livrée entièrement blanche et avaient les pattes d’un blanc rosé tandis que les autres poules du même envoi avaient les tarses jaunes ou gris. Suivant le même auteur, qui tient ces renseignements de M. A. Nuyens et de M. YVeckemans, directeur du Jardin zoologique d’Anvers, dans un lot de Phénix acquis par ce dernier établissement et venant directement du Japon se trouvaient aussi un coq d’un blanc pur, un coq blanc à épaules rouges ressemblant à un coq de Yokohama par ses formes et par son plumage, une poule blanche marquée de quelques taches brunes sur la poitrine, deux poules d’un gris argenté portant à peu près la livrée d’une poule de Dorking, et deux coqs ayant le costume ordinaire de la race Phénix avec la physionomie d'un coq de ferme. Chez l’un de ces derniers individus la crête était simple, droite et régulièrement dentelée; chez l’autre elle était découpée de la même façon, mais se rabattait du côté gauche comme chez la poule espagnole; chez le coq d’un blanc pur elle affectait la même disposition, tandis que chez le coq blanc à épaules rouges elle se montrait sans aucune dentelure. Enfin chez la plupart des coqs qui faisaient partie d’un autre lot acquis vers la même époque par le Jardin d’Aeclimatation, la crête, d’après M. La Perre de Roo, était aussi basse que chez un coq de Yokohama.
- 11 résulte de ces observations que le type de la race Phénix n’est pas encore bien fixé ou qu’il a déjà été altéré par des croisements avec d’autres races. Peut-être aussi y a-t-il eu, à diverses époques, des alliances entre les volailles japonaises et des volailles introduites par les Espagnols aux Philippines ; c’est ce qui expliquerait la tendance manifestée par certains coqs Phénix à porter la crête rabattue comme les poules espagnoles. Quant à l’origine de la poule Phénix, il est absolument impossible de l’établir avec certitude : tout ce qu’on peut constater, c’est qu’elle offre des affinités avec la race de Yokohama et avec la race de combat qui, à son tour, nous paraît procéder, plus directement que beaucoup d’autres, du type sauvage du Coq de Bankiva (Gallus ferrugineus, Gm).
- Suivant les renseignements fournis à M. La Perre de Roo par M. Tony Conte, la race Phénix est peu répandue au Japon et y est tenue en très haute estime. Les riches amateurs gardent ces magnifiques volailles dans des cages assez hautes mais tellement étroites que l’oiseau ne peut s’y retourner. Ces cages sont munies de deux juchoirs, dont l’un est rapproché du plafond tandis que l’autre est situé à un niveau un peu plus bas et sert à la fois de marchepied à l’oiseau lorsqu’il gagne le deuxième échelon et de support à la queue lorsque le coq est perché. Toutes ces précautions ont pour but d’éviter l’usure des grandes faucilles qui constituent la plus belle parure du Phénix. Bien plus, il paraît que lorsqu’on sort les pauvres captifs de leur prison pour leur donner quelque récréation, on pousse la minutie jusqu a envelopper leurs longues plumes dans des
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- papillottes ! Trouvera-t-on dans notre pays beaucoup de personnes disposées à s’astreindre à de pareils soins? Nous ne le croyons pas; aussi pensons-nous que les Phénix sont destinés à rester dans la catégorie des volailles de luxe. Mais lors même qu’ils ne pourraient jamais être rangés dans la catégorie des oiseaux réellement utiles, ils ne mériteraient pas moins d’être recommandés à l’attention des éleveurs, d’autant plus qu’ils paraissent s’accommoder fort bien de notre climat. Chez Mme Bodinus où ils jouissent d’une demi-liberté, comme au Jardin d’Ac-climatation où ils sont enfermés dans des parquets de 5 à 4 mètres carrés de superficie, les Coqs et les Poules Phénix vivent en parfaite santé; leurs couvées qui éclosent vers le mois d’avril et de mai se développent dans de bonnes conditions et les poussins dont l’aspect rappelle d’abord celui des jeunes Casoars, peuvent être facilement nourris avec une pâtée composée de pain et d’œufs durs, de millet, de salade hachée et de larves de fourmis. Le seul moment critique dans l’éducation de ces oiseaux est celui où ils revêtent leur livrée définitive. Ils traversent alors une véritable crise et réclament une nourriture réconfortante. M. La Perre de Roo conseille de leur donner alors du sarrasin, du blé de bonne qualité, de la viande crue coupée en menus morceaux, du sang desséché, des insectes et de la verdure, de mettre dans leur auge un peu d’eau ferrugineuse et de les tenir dans un poulailler bien aéré, mais suffisamment chaud. E. Oustalet.
- LA MITRAILLEUSE MAXIM
- (THE MAXIM SELF ACTING MACHINE Gün)
- La mitrailleuse n’est point, comme on l’a dit, le fruit d’une invention nouvelle. Ce n’est qu’un perfectionnement de l’engin que nos aïeux du seizième siècle appelaient jeu d'orgues et dont Ilanzelet préconisait l’usage. « L’invention de ces orgues, dit-il, a esté fort pratiquée en Flandre par le comte Maurice (de Nassau) et sert de grande deffense contre la cavallerie, et partant sont de grand service tant aux villes comme en la campagne. »
- Pour ce qui est des temps modernes, la première mitrailleuse est celle du docteur américain Gatling *. Cet engin fut mis en service pendant la guerre de la Sécession des Etats d’Amérique (1861-1865), c’est-à-dire avant que la cartouche métallique eût été soigneusement confectionnée, comme elle l’est aujourd’hui. Or, on sait que la valeur du jeu d’une mitrailleuse dépend essentiellement du degré de perfection auquel a pu atteindre la cartouche employée. De là les difficultés que rencontra le constructeur américain.
- 1 Voy. l’article intitulé Les mitrailleuses de bord, système Gatling, n° 259, du 18 mai 1878, p 385. Voy. aussi la notice sur Les mitrailleuses aux colonies, n° 180, du 11 novembre 1876, p. 384.
- Après l’appareil dont le docteur Gatling ne put faire prévaloir l’usage courant, parut la mitrailleuse française. C’était, on se le rappelle, une bouche à feu dont les dimensions et le poids nécessitaient un emploi d’attelages et qui n’obtint pas le succès auquel elle croyait pouvoir prétendre.
- Viennent ensuite les mitrailleuses Ilotchkiss, Lo-well, Nordenfelt et Gardner, dont on sait l’organisation ingénieuse.
- Aujourd’hui, les journaux étrangers Engineering, Iron, Engineer, Scientific American, etc., célèbrent à l’envi les mérites et l’originalité d’une mitrailleuse automatique (self acting machine gun) de l’invention de M. Maxim. C’est ce nouvel engin que nous allons décrire.
- Dans toutes les mitrailleuses connues jusqu’à présent, le tir s’exécute par le moyen d’une manivelle (crank) ou d’un levier (lever) que fait mouvoir l’opérateur. C’est la main de l’homme, en somme, qui accomplit, à l’aide d’un mécanisme, les divers actes de l’opération voulue, depuis le chargement jusques et y compris l’extraction de l'étui.
- La vitesse de tir d’une mitrailleuse dépend en grande partie du type de la cartouche et de l’époque à laquelle remonte la confection de celle-ci. Si cette époque est lointaine, il peut se faire qu’on rencontre des traces d’humidité dans la poudre, non loin de l’enclume ou épinglette (primer). En ce cas, la cartouche est paresseuse, c’est-à-dire que le coup ne part point au moment précis où fonctionne le percuteur. Supposons que, dans un service de mitrailleuse, une cartouche sur mille soit entachée de ce défaut; la chose est fort admissible. Dans cette hypothèse, la manœuvre courante de l’appareil doit être réglée à un degré de lenteur tel que cette paresseuse ait le temps de prendre feu. Faute de cette précaution, ladite cartouche serait extraite de l’âme du canon avant d’avoir fait l’explosion voulue, ou au cours de l’explosion même, ce qui, dans les deux cas, mettrait la bouche à feu hors d’état de rendre les services qu’on est en droit d’en attendre, et cela peut-être au moment où l’on peut en avoir le plus besoin. Telle est la plus grande des difficultés auxquelles se heurtent les ingénieurs qui s’attachent à la recherche d’une solution rationnelle du problème de la construction des mitrailleuses. Or, dans la mitrailleuse Maxim, l’accident des cartouches paresseuses n’apporte aucun obstacle au tir rapide de celles dont l’inflammation est instantanée.
- Quel est le principe de l’appareil? L’organisation de cette bouche à feu ne comporte qu’une âme unique. Le recul, telle est la force motrice employée pour charger, armer, tirer, extraire l’étui de la cartouche et l’expulser. Les cartouches, au nombre de 355, sont insérées, l’une à la suite de l’autre, dans une ceinture de toile (canvas belt) et elles y sont fixées séparément par des pattes à œillets en cuivre dont on voit le détail ci-après (fig. 2, n° 3).
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- L’appareil est établi sur un aftut-trépied (tripod stand), entre lequel et le haut du support se trouve un compartiment protégé contre les effets du feu de l’ennemi par une paire de boucliers légers.
- De quels mouvements cet appareil est-il capable?
- Le canon peut tourner autour de son axe vertical moyennant le jeu d’une manivelle qui fait mouvoir une vis de rappel (tangent screw). En desserrant l’écrou à trois poignées adapté au bas de . cet axe, on peut donner telle amplitude qu’on , veut à ce mouvement de rotation. Est-il nécessaire , de limiter cette amplitude . à l’éléndue de la largeur d’un pont, d’un passage ou d’un gué, des chevilles d’arrêt, qui se piquent , dans l’arbre du support,
- , fixent lès limites d’écartement voulues. Dans un f plan vertical déterminé, l’inclinaison qu’il est néccs-. saire de donner au canon s’obtient à l’aide' d’une vis de pointage. Il suffit de tourner la roue à main adaptée au support incliné qui relie l’affût à la culasse et, préalablement, de lever le doigt qui commande cette roue.
- Monté sur son affût, l’appareil mesure environ trois.pieds (0m,915) de hauteur et quatre pieds neuf pouces (lm,45) de longueur, de la poignée de culasse à la tranche de la bouche. La vitesse du tir peut varier de deux à six cents coups à la f minute, sans que cette vitesse maximum risque de compromettre la solidité du système ou d’en avarier le mécanisme. A une vitesse quelconque, le servant est libre de toute préoccupation autre que celle de viser. Son coup d’œil n’est jamais troublé par l’obligation de faire tourner une manivelle. Il peut garder son sang-froid et concentrer toute son attention sur le but qu’il s’agit d’atteindre.
- Examinons maintenant le mécanisme dont le fonctionnement assure le chargement et la mise du feu.
- Le canon B (fig. 4), qui est enfermé sous un manchon plein d’eau (water-jacket), peut, à raison de l’explosion d’une cartouche, exécuter un mouvement de recul d’environ 11 millimètres. Ce recul emporte la culasse (block), le chien (sear) et autres organes mobiles.
- Le canon B et la culasse A reculent d’abord avec
- la même vitesse. Mais, pour que l’étui soit extrait et qu’une nouvelle cartouche en prenne la place, il est indispensable que la culasse s’écarte notablement du canon. Cet écart nécessaire doit permettre à une autre partie du mécanisme d’entrer en jeu.
- Au début, culasse et canon sont reliés par le moyen d’un loquet C, lequel est commandé par
- l’arrêt N. Voyons l’effet que va produire le recul.
- Un coup part. Le canon et la culasse reculent, entraînant avec eux le loquet C. Presque immédiatement, sous l’effet de ce commencement de recul, le loquet C (loking hook) vient buter de son bec-avant contre l’arrêt (stop) N. Son bec-arrière se lève. La culasse et le canon sont, dès lors, indépendants l’un de l’autre. Mais le recul de la culasse ne pouvant suffire à assurer le fonctionnement , de l’ensemble des diverses parties du mécanisme, il était nécessaire de confirmer le mouvement de cet organe et d’en accroître l’intensité.
- Voici comment le constructeur a procédé (fig. 2, n° 1 ci-contre). .
- En B, et assez en avant du loquet G est établi sur le canon un levier horizontal a. Dès que le recul, en soulevant le loquet G, a rendu la culasse indépendante du canon, la pointe gauche du levier heurte l’arrêt b et ledit levier commence à tourner autour de son pivot. Ge faisant, il chasse rapidement la pièce c, laquelle étant liée à la culasse, refoule celle-ci en arrière. La vitesse de ce mouvement, assez lent au début, croît à mesure que l’un des bras augmente et que l’autre diminue de longueur. C’est d’ailleurs cette butée de l’arrêt b contre le levier a qui limite le recul du canon. Il est évident que celui-ci est arrêté dans sa course dès que a ne peut plus tourner autour de son pivot.
- On remarquera (fig. 2, n° 1) la présence de deux ressorts e e plantés ou fichés par un bout dans l’avant de l’appareil et ayant pour annexes, à leur extrémité libre, deux bras dd (toggle arms). Le rôle de ces petits organes est complexe. Entre autres fonctions, et à ne considérer que cette première partie du mouvement, leur action assure au canon une position après recul constamment identique à elle-même.
- Fig. 1 — Jeu d'orgues ou mitrailleuse ilu seizième siècle. (D’après Hanzelet.)
- Fig. 2. — Détail du mécanisme de la mitrailleuse Maxim.
- N” 1. Levier et ressorts à bras. — N° 2. Barillet récepteur ou alimentateur. — N° 3. Fragment de la cartouchière. — 4. Ba-
- rillets.
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- En outre, ces ressorts ee atténuent, au premier instant, la trop grande vivacité du recul, sans toutefois en diminuer beaucoup le travail. Us sont d’abord écartés par leurs bras dd; mais, dès que
- ceux-ci ont dépassé leur point mort, ils se referment et lavorisent le mouvement en arrière.
- Le canon étant arrêté du fait de la butée du levier a contre l’arrêt b, la culasse et le mécanisme qui
- Fig. 3. — Mitrailleuse Maxim. — Élévation latérale et vue de face
- s’y attache vont continuer à reculer jusqu’à ce que la manivelle (crank) I devienne horizontale (fig. 4). Au moment où la culasse va se séparer du canon,
- et avant que celui-ci ne soit arrivé à sa position de repos, l’extracteur M frappe une pièce de butée (peg) qu’il rencontre sur son chemin. Tournant
- alors sur un pivot placé sur le canon, il en détache l’étui par le moyen de deux bras ou crocs représentés par des lignes ponctuées. Le chemin parcouru par l’étui est d’environ six millimètres et demi.
- L’extraction est parachevée par une griffe (hook showri) fixée, au-dessus de la culasse, à la glissière
- (crosshead). Cette griffe est établie sous un ressort fixe et recourbé, vers le haut, a chacune de ses extrémités. Le constructeur n’a adopté cette disposition qu’à l’effet de réduire la pression aux deux bouts de la course de ladite griffe. Conduit par celle-ci, l’étui de la cartouche est ramené dans l’un des augets de l’alimentateur cylindrique G qui tourne
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- en partie au moment où la manivelle I devient horizontale (voy. fig. 4 et fig. 2, n° 2). Tournant d’un cran avec cet auget,l’étui est jeté dehors au coup suivant. En même temps, arrive la nouvelle cartouche. Cette rotation partielle de l’alimentateur G amène, vis-à-vis du canon, l’auget suivant dans lequel cette cartouche est logée.
- En résumé, lors du mouvement de recul de la culasse : 1° la griffe (hook shown) enlève l’étui et l’amène'dans un auget de l’alimentateur G; 2° la manivelle (crank) I, qui cède au recul, prend la position horizontale et les rondelles II amortissent le choc qui peut se produire lors du passage de la bielle par son point mort ; 3° le levier d’armement (cocking lever) vient buter contre son taquet J. Le ressort à boudin enroulé autour du percuteur (striker) est par là comprimé ; et le percuteur, amené à la position de l’armé. Ledit percuteur garde cette position, maintenu qu’il est par le bec du chien (sear); 4° le locomoteur E (transférer) extrait, de sa griffe, une cartouche du barillet F (feed whele) et la conduit dans l’auget inférieur de l’alimentateur G; 5° au terme du recul, cet alimentateur, tournant d’un cran, entraîne le barillet dans le mouvement de rotation. En conséquence de ce mouvement, un étui tombe et une cartouche nouvelle arrive se placer vis-à-vis du canon.
- Telle est, rapidement résumée, la première phase de fonctionnement de l’appareil.
- Au cours de la seconde phase qui va commencer, la cartouche sera poussée dans sa chambre; le canon, relié à la culasse; le percuteur, actionné.
- Comment cela va-t-il s’effectuer?
- On a vu plus haut que, au cours de la première phase, la manivelle prenait, à certain moment, une position horizontale. Mais, alors, en vertu de la vitesse acquise, la bielle franchit son point mort et s’achemine vers une position symétrique, laquelle sera sa position de départ pour le coup suivant. Lorsque la manivelle a dépassé l'horizontalité, la culasse se porte en avant, pousse devant elle la cartouche et l’introduit, dans sa chambre. Le loquet C mord sur la partie antérieure de la culasse et relie celle-ci au canon. Ainsi réunis, canon et culasse poursuivent ensemble leur mouvement en avant. La quantité de mouvement de la manivelle et de la glissière suftit à faire avancer le canon jusqu’à ce que les bras dd (toggle arms) dépassent leur point mort (fig. 2, n° I). Cela étant, c’est sous l’action des ressorts ee que s’accomplit le reste du parcours.
- A l’arrivée au terme de ce voyage, le chien, venant à toucher la came (cam) K, déclenche le ressort du percuteur... Le coup part.
- Tel est lç fonctionnement de l’appareil au cas de l’exécution d’un tir rapide maximum, c’est-à-dire à raison de 600 coups à la minute.
- Au coup qui suivra celui que nous venons d’analyser, la même série d’opérations s’effectuera, avec cette différence que, au lieu de partir de la position
- indiquée en la figure 4, la manivelle I part de la position symétrique. Elle n’exécute jamais une révolution complète.
- Au cas où l’appareil ne doit pas être disposé en vue d’un tir rapide, il se fait, après la fermeture de la culassse, une pause dont l’étendue est déterminée par l’action d’un frein hydraulique (hydraitlic briffer) indiqué sous la lettre L en la figure 4.
- La pièce principale du frein est un piston mobile dans un cylindre avec canal (bg pass) pratiqué dans une cloison médiane. Ce canal comporte un robinet (plug), lequel est actionné par une tringle manœu-vrée au moyen d’une manivelle qui se déplace sur un limbe, en dehors de la caisse-enveloppe de la mitrailleuse, limbe gradué pour vitesses de tir comprises entre 2 et 600 balles à la minute.
- Voici quel est le mode de fonctionnement de ce régulateur de la vitesse : à la partie supérieure du canon se trouve adapté un taquet qui, juste avant le retour en batterie dudit canon, rencontre le piston du . frein. Exerçant son action sur deux ressorts (springs), ce choc pousse le liquide à travers le congé du robinet (plug) jusqu'à ce que le canon se soit assez avancé pour actionner le chien (sear) et que l’explosion se soit produite. Une soupape ménagée dans le piston du frein permet à celui-ci d’obéir, pendant le recul du canon, à l’action d’un ressort et de reprendre ainsi plus vite sa position initiale.
- Reste à exposer comment les cartouches sortent de la ceinture ou bande (belt) ci-dessus mentionnée et s’introduisent dans les augets de l’alimentateur G. La ceinture ou bande-cartouchière passe sur la roue F qui engrène avec cet alimentateur. Dans la position de l’armé, un extracteur E arrive sous la cartouche. Quand la glissière recule, ce crochet saisit une cartouche et l’amène dans un auget au bas du cylindre où il la laisse pour être montée au canon, du fait de la rotation de l’alimentateur.
- La manivelle extérieure du frein hydraulique peut aussi servir de déclencheur (trigger). Si, en effet, l’on ouvre complètement le robinet alors que le canon est chargé, l'explosion suit instantanément.
- Si ce robinet, au contraire, est complètement fermé, le tir devient impossible car, dans ces conditions, le chien ne peut, quoi qu’il arrive, être actionné. L’opérateur a donc ainsi un cran de sûreté sous la main.
- L’axe de la manivelle traverse la caisse de l’appareil. Il est pourvu d’une manette (handwheel) qui fonctionne aussitôt que le canon est mis en mouvement et tant que le tir s’exécute. On l’emploie alors que ce tir est arrêté du fait de la venue d’une cartouche défectueuse qui ne veut pas partir. En ce cas, il suffit de faire un tour pour se débarrasser de l’obstacle. On obtient aussitôt une reprise du fonctionnement automatique.
- Il est temps de conclure.
- En thèse générale, à quoi peuvent servir les mitrailleuses? Une distinction est ici nécessaire. Les engins que l’on classe sous cette dénomination géné-
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- rique sont du type canon ou du type fusil. Les premières semblent, avoir fait leur temps. Il n’en est pas de même de la mitrailleuse-fusil, qui, légère, mobile, peu encombrante, occupant peu de personnel, peut être utilisée en mainte circonstance. On pourra s’en servir pour appuyer l’offensive ; pour occuper une position défensive avec un effectif restreint ; pour inonder de projectiles des points accessibles à l’ennemi; pour armer des hunes de batiments de guerre; pour défendre des retranchements, etc.
- Or la mitrailleuse Maxim peut être dite du type fusil, attendu qu’elle est loin d’exiger l’attirail de transport d’une bouche à feu de campagne. A ce titre, elle est à prendre en considération sérieuse. En ce qui concerne son économie spéciale, on a vu qu’elle est ingénieuse autant qu’originale. C’est la première fois, en effet, qu’on utilise réellement l’effet du recul, et le résultat obtenu peut être dit remarquable. D’autre part, cette mitrailleuse se trouve à l’abri des accidents que le départ tardif d’une cartouche paresseuse provoque parfois, dans d’autres appareils.
- Pour ces motifs, nous estimons que la self acting machine g un de l’ingénieur Maxim vient de réaliser un progrès.
- Lieutenant-colonel Hennerert.
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- APPLICATIONS NOUVELLES
- DU SYSTÈME POETSCH (fonçage des puits par la congélation)
- Nous avons déjà donné, dans notre numéro du 24 mars dernier, des renseignements succincts sur le fonçage des puits de mine par la congélation, méthode pratiquée pour la première fois par M. Poetsch, au puits Archibald, de la concession de Douglas dans la région lignitifère de Schweid-lingen. On sait qu’elle consiste essentiellement à enfoncer sur le périmètre du puits, des tuyaux dont on ferme l’extrémité inférieure, et dans l’intérieur desquels sont disposés d’autres tuyaux : une dissolution saline réfrigérante1 envoyée dans les seconds remonte dans l’espace annulaire et est ramenée par une pompe à une machine frigorifique, pour abandonner la chaleur recouvrée et recommencer le même parcours.
- L’expérience, quelque concluante quelle fut, n’avait été faite que sur une hauteur de 5m,50 de sables mouvants aquifères. Aussi, M. Haton de la Goupillère, en décrivant sommairement les opérations, devant la Société d'encouragement exprimait-il l’opinion qu’il y aurait « une témérité inadmissible à entreprendre par un tel procédé des fonçages d’une hauteur de quelque importance. » De nouvelles tentatives ont néanmoins été faites depuis avec un plein succès à la houillère Centrum, à Kœnigs-Wusterhausen, appartenant à M. W. Sié-mens, l’électricien bien connu; 55 mètres de sables boulants ont été congelés en trente-trois jours avec seize tuyaux analogues aux précédents. La masse solidifiée sur le périmètre du puits a atteint une épaisseur de lm,80. A la mine Émilia (Fenster-walde), on a pu également foncer un puits de 2m,70 à travers une couche de 56 mètres de sables aquifères.
- Dans ces divers travaux, la température qui atteignait à la mine Archibald — J 9° au fond du puits, pendant les derniers jours de l’expérience, n’était constatée qu’au moment de la descente de l’observateur. Après un certain temps de séjour au fond, la température de l’air remontait peu à peu, et lorsque plusieurs ouvriers étaient occupés au fond d’une manière permanente, elle se maintenait entre 0°,5 et 1 degré. Aussi, après une période assez courte de réchauffement de l’air, le froid ne cau-
- * La dissolution saline employée est une dissolution de chlorure de calcium, qui ne se congèle qu’à —40°.
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- sait-il aucune gêne aux ouvriers : ils en ressentaient au contraire une action fortifiante.
- L’une des particularités les plus intéressantes consiste en ce que la congélation est assez forte pour faire prendre en un seul bloc les sables aquifères et le terrain qui les environne. A la mine Archibald, par exemple, lorsqu’on fut arrivé à la couche de lignite, on s’aperçut que le terrain était gelé à 1 mètre au-dessous de l’extrémité des tuyaux ; et le toit de la couche était si intimement soudé avec les sables aquifères superposés, qu’on pouvait briser des morceaux de la masse, sans que la cassure se produisît au plan de séparation des couches.
- Ce fait prouve que le système Poetsch peut s’appliquer avec une égale efficacité, quelle que soit l’inclinaison des couches, puisque la congélation transforme le terrain en une masse parfaitement homogène. Il pourrait notamment, dans certains cas, être employé, dans le percement des tunnels sous-marins, et 1’ « Engineering News » fait observer que celui del’Hudson River, à New-York, s’y prêterait tout particulièrement, car la couche de boues et de sables du fond présente une composition très uniforme et permettrait de travailler à chaque opération sur des longueurs de 30 à 45 mètres.
- Un examen attentif des parties congelées a démontré que l’épaisseur du bloc de glace croît avec la profondeur. Cela tient à ce que par la direction imprimée au liquide réfrigérant, le maximum de son action s’exerce à la base des tuyaux. Il se forme donc autour de chacun d’eux un véritable tronc de cône de glace dont la grande base est située à. la partie inférieure. Ces troncs de cône s’accroissent peu à peu et finissent par se pénétrer mutuellement, jusqu’à ce que tout le terrain ne forme plus qu’un seul bloc déglacé. ' .
- On peut conclure des résultats obtenus qu’avec un puits circulaire, une épaisseur de terre congelée de 1 mètre permet ' le fonçage sans cuvelage d’un puits de 2 mètres. ' • ' • * '
- L’enfoncement des tuyaux s’opère . de , diverses manières. Lorsque le puits est déjà foncé jusqu’au niveau de l’eau, et que la couche de terrains aquifères est peu épaisse, comme à la mine Archibald, on se contente de chasser les tuyaux dans le sable, en enlevant le sable de l’intérieur au moyen d’une cuiller à soupape. Avec des terrains fluides d’une grande puissance, on se sert d’une machine à forer à courant d’eau qui fait descendre quatre tuyaux à la fois. Si les couches à traverser contiennent des
- tig. 1 et 2. — Forage des puits pur la congélation. (Système Poetsch.)
- blocs erratiques, on les évite en inclinant le trou, ou s’ils sont de trop grandes dimensions, on les traverse avec un outil spécial.
- M. Poetsch se propose d’appliquer son système à la fondation des piles de’pont, et il vient, à cet effet, de passer, avec le gouvernement roumain, un contrat pour la construction des douze piles du grand pont de Bucharest.
- D’après le « Techniker », auquel nous empruntons les dessins ci-dessous, il aurait l’intention de procéder par deux méthodes :
- La première (fig. 1 et 2) constitue une combinaison de l’emploi de l’air comprimé et de la congélation. Après avoir descendu la chambre de travail par les moyens ordinaires, jusqu’à 4 ou 5 mètres au-dessous du fond, on implanterait au-dessous d’elle et sur son périmètre les tuyaux de congélation de manière à faire prendre en bloc tout le massif contenu dans la fouille à pratiquer au-dessus du roc, sur lequel doit reposer la fondation. Le caisson deviendrait alors _ f T Jfn' étanche, on enlève-
- Machmes T . ,, , , ,
- rait 1 ecluse a air, et le travail s’effectuerait à ciel ouvert.
- Dans le second procédé, on supprimerait l’emploi de l’air comprimé. Après avoir descendu un caisson ouvert sur l’emplacement de la pile, on enfoncerait les tuyaux dans le sol. La congélation opérée, on épuiserait l’eau du caisson avec des pompes et on travaillerait à ciel ouvert.
- Pour préserver la maçonnerie de l’action réfrigérante de la masse ambiante, M. Poetsch a l’intention de revêtir les parois de la fouille d’une couche de paille, et de faire les joints avec un mortier de sable et de goudron ou d’asphalte. Les expériences de M. L. Malo ont d’ailleurs démontré que la maçonnerie avec joints d’asphalte est susceptible d’une parfaite cohésion1. „ , .
- . La méthode Poetsch qui paraît maintenant entrée dans la.pratique, pour les fonçages dans les terrains fluides,, présenté le grand avantage, sur les systèmes précédemment mis en œuvre, de permettre de prévoir exactement, la dépense, et la durée du fonçage. Elle assure en outre le fonçage vertical des puits, car on opère dans un terrain solide, supprime complètement les appareils d’exhaure, et met entièrement à Pabri des difficultés spéciales qui naissent de l’inclinaison des couches aquifères. G. Richou.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- 1 Vov. Note sur les maçonneries asphaltiques (Mémoires de la Société des ingénieurs civils, n° d’octobre 1883)
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- LE MONITOGRAPHE
- GUIDE DU DESSIN D’APRÈS NATURE
- L’appareil que nous allons faire connaître à nos lecteurs est une petite chambre noire perfectionnée de dimension réduite (la figure ci-dessous la représente en demi-grandeur f d’exécution) qui peut avantageusement remplacer les glaces noires convexes dont se servent parfois les paysagistes.
- Avec l’emploi de ces miroirs, on est contraint de tourner le dos au paysage qu’il s’agit de représenter ; on a une image retournée dont la gauche est à droite et réciproquement. La glace étant noire pour éviter le phénomène de double réfraction, la gamme des tons n’est pas exacte et fournit des renseignements très désavantageux pour le peintre. . *
- Avec le monitographe que le peintre peut fixer sur le'chevalet qui sert ,
- de support à son tableau, on a une image réduite, mais très exacte en tous points ; l’appareil » est placé a la droite du paysagiste, qui a devant les yeux la scène qu’il veut représenter tandis qu’il en a en même temps la réduction non retournée sur le verre dépoli de son appareil.
- L’intensité lumineuse de l’image est égale, et les tons figurés sont vrais ; on peut les reproduire par la peinture ! Étant tous sur un même plan, la comparaison est facile.
- Le monitographe est très léger; il ne pèse
- que 250 grammes et n’offre, par conséquent, aucun embarras pour le transport. Il est monté sur une tige à mouvement rotulaire, dont nous représentons seulement la partie supérieure sur notre figure. Cette tige est terminée à sa partie inférieure par un pied que l’on peut fixer, à l’aide de deux vis, sur le montant de bois d’un chevalet de peintre.
- L’image se forme sur un verre dépoli, au-dessus duquel se relève un écran noirci à trois faces. Cet écran qui pivote sur un axe, peut s’abaisser pour le transport, et réduire le volume de l’appareil, tout en préservant le verre dépoli d’un choc qui pourrait le briser. L’image obtenue est assurément très réduite, puisqu’elle est formée tout entière sur une surface carrée dont les côtés excèdent à peine 5 centimètres; mais, si petite qu’elle soit, elle, est très nette, très lumineuse et suffit parfaitement à donner l’ensemble des masses, et même les plus petits détails. Cette image, formée à côté du dessinateur ou
- Le Monitographe, petite chambre noire portative pour faciliter l’étude du dessin d’après nature.
- du peintre assis devant le paysage qu’il veut représenter, lui donne une réduction très précise et très utile. L’appareil, d’ailleurs, pourrait être construit de dimensions plus considérables. Il est muni d’un objectif achromatique, qui glisse dans un cylindre métallique, et que l’on doit faire mouvoir pour obtenir la mise au point, afin d’avoir une image très nette.
- L’appareil, dont il nous reste à donner la description optique, comprend intérieurement deux prismes à réflexion totale. Le premier prisme a son arête principale verticale, le second a son arête principale horizontale. Le premier prisme redresse l’image donnée par le système lenticulaire de l’objectif dans le sens horizontal, le second dans le sens vertical. L’image formée sur l’écran est entièrement redressée.
- Nous avons expérimenté cet appareil qui nous a paru donner de très bons résultats; nous, avons constaté l’absence” d’a-j berration de sphéricité ét de réfrangibilité nous croyons qu’il pourra rendre’de véri-1 tablés services aux p'aÿ-j sagistes et aux officiers d’état-major qui ont un; ensemble de terrain à relever. ,j ;
- Le monitographe, qui est dû à M. Marius Malien, a été construit et étudié avec soin par l’opticien bien connu, M. F.-L. Chevalier.
- Certains professeurs de dessin,, et quelques artistes, n’aiment pas recommander ces sortes 1 d’appareils qui nuisent,
- d’après eux, à la facilité avec laquelle on arrive, avec l’exercice, à dessiner d’après nature. II ne faudrait pas assurément abuser de ces procédés optiques, qui peuvent retirer au peintre quelque chose de son inspiration, pour la reproduction des effets à rendre: mais une petite chambre noire portative aussi commode d’emploi que le monitographe, peut être précieuse à titre de renseignement, pour donner la réduction d’un ensemble. L’artiste et le dessinateur, sans rien négliger de l’étude et de la pratique de l’art proprement dit, auraient tort, à notre avis, de bannir de parti pris les instruments de réduction optique ou de mesures précises. Les plus grands peintres de portrait ne négligent jamais aujourd’hui de recourir aux renseignements fournis par la photographie.Le monitographe, d’ailleurs, n’a pas besoin d’être recommandé pour la pratique du dessin technique ; son usage s’y trouve tout indiqué. G. T.
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- CHRONIQUE
- Eclairage électrique «lu passage des Panoramas à Paris. — Depuis quelques jours, certains magasins du passage des Panoramas sont éclairés par l’incandescence, et, si l’expérience réussit, ce qu’on peut espérer à en juger par les premiers essais, cet éclairage sera étendu à tout le passage, avec une installation proportionnée aux besoins à satisfaire. L’installation actuelle, faite par MM. Liepmann frères, comporte un moteur à gaz de 4 chevaux, système Otto, placé dans le sous-sol de leur magasin, actionnant une machine Gramme excitée en dérivation. Cette machine est employée, pendant la journée e une partie de la soirée, à charger une série de 22 accumulateurs Faure-Sellon-Volckmar, sur lesquels sont branchées les lampes à incandescence de Woodhouse et Rawson, type de 10 candies, dépensant environ 40 volts et 0,7 ampère. Partout la lumière électrique est très appréciée, pour les nombreux avantages qu’elle présente et qui sont trop connus de nos lecteurs pour que nous les énumérions de nouveau. Une application faite chez M. Stern, le graveur bien connu, mérite cependant une mention spéciale. Nous en donnerons la description d’après Y Electricien auquel nous empruntons ces renseignements. On sait que le timbrage des bristols exige un repérage exact des matrices pour obtenir une épreuve finie et irréprochable. Ces matrices sont placées dans la machine à timbrer de telle façon que leur éclairage est assez difficile. Avec les becs de gaz, il fallait tenir la lumière à une distance d’au moins 40 à 50 centimètres du point à éclairer ; les lampes à incandescence permettent d’approcher le foyer lumineux à quelques centimètres seulement de ce point. L’ouvrier peut alors travailler avec plus de commodité et d’exactitude, moins de fatigue et de perte de temps. Ajoutons enfin que la lumière fournie par les lampes à incandescence étant plus blanche que celle du gaz, permet de mieux assortir les couleurs et les nuances des gravures héraldiques, si fines et si délicates, exécutées par la maison Stern.
- Les chiens sacrés. — Un spécialiste bien connu de nos lecteurs, M. Pierre Mégnin, vient de fonder, avec le concours de naturalistes et d’agronomes, une intéressante revue de zootechnie, de chasse et d’acclimatation. Cette revue a pour titre l'Eleveur ; elle paraît en livraisons hebdomadaires de 16 pages, et les premiers numéros que nous avons reçus, sont très intéressants et très bien rédigés. Nous empruntons à la livraison du 18 janvier de l'Eleveur, quelques renseignements qu’il publie, d’après Y Académie des Inscriptions, sur les chiens sacrés dans l’antiquité.
- Sur une inscription phénicienne provenant de Citium et donnant un compte de dépenses pour un temple, il est question de la dépense des chiens compris dans le personnel du temple. Suivant M. Renan, ces chiens désignaient des scorta virilia, entretenues auprès de certains sanctuaires orientaux. Il est étrange, avait objecté M. Joseph Ilalévy, que les comptes du temple aient pu désigner par cette dénomination méprisante des individus accomplissant des pratiques réputées sacrées et des fonctions méritoires. M. Reinach était venu ensuite signaler, dans des inscriptions découvertes auprès du temple d’Esculape, à Epidaure, la mention d’enfants guéris de cécité dans le sanctuaire par le lècheinent de chiens sacrés. A son tour, M. Henry Gaidoz adresse à l’Académie une communica-
- tion, par l’intermédiaire de M. Alexandre Bertrand. Il signale, chez un grand nombre de peuples et dans beaucoup de religions, des pratiques et des croyances analogues à celles d’Epidaure. Aujourd’hui encore, les Hindous s’imaginent que les Anglais tuent les chiens pour s’emparer d’un remède souverain contenu dans la langue de ces animaux. Ce remède, c’est Yamarita; Yamarita des Hindous, les Vénitiens le nomment baume. Saint Roch fut guéri par le baume que distillait la langue de son chien. En Portugal, en France, en Écosse, la langue du chien passe parmi le peuple pour être médicinale. En Bohême, on fait lécher par des chiens le visage des nouveau-nés pour leur assurer une bonne vue. En Arménie, on croyait jadis à l’existence de divinités issues de chiens et dont l’office était de lécher les plaies des blessés sur les champs de bataille. Dans une scène d'Aristophane, on voit Plutus recouvrer la vue dans le temple d’Esculape, sous l’action bienfaisante des lèchements de deux gros serpents arrivés à l’appel du Dieu, etc.
- Les bonshommes en terre comestible des Indes orientales. — M. F. Heckmeyer, pharmacien en chef des Indes orientales, avait montré dans la section de médecine coloniale de l’Exposition d’Amsterdam de très curieux échantillons de terre comestible à l’état brut et après avoir subi la cuisson. Dix objets, faits de cette matière, sont grossièrement modelés en forme d’hommes ou d’animaux. Serait-ce par suite d’une tradition des temps préhistoriques et en souvenir des premiers essais artistiques de nos ancêtres que, pour amuser nos enfants, on donne encore des formes analogues aux pains d’épices et pâtisseries communes ? Bien qu’il ne s’agisse ici que d’une pure hypothèse, le rapprochement est néanmoins curieux. Les terres comestildes sont des argiles dont beaucoup de peuplades sauvages et même à demi civilisées font usage comme aliment. 11 est probable qu’à l’origine, des tribus misérables ont essayé de tromper leur faim en se chargeant l’estomac d’argile à défaut d’autres ressources. Soit que ces terres contiennent réellement un peu de matière organique assimilable, soit qu’elles aient une sapidité qui flatte des palais peu délicats, soit enfin que leur usage offre un attrait que nous sommes incapables d’apprécier, il nous faut bien constater qu’elles font partie du régime chez beaucoup de peuples d’Afrique, d’Amérique et d’Asie, qu’elles sont goûtées par les Indiens et même, dit-on, en Portugal, par quelques femmes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 janvier 1885.— Présidence de M. Bouley.
- Le tremblement de terre de l'Andalousie. — Par l’intermédiaire de M. Hébert, M. Noguès résume les observations que vient de lui fournir une excursion dans la province de Grenade. Il commence par signaler de nombreux et profonds crevassements du sol. Des crevasses sont très multipliées au pied de la sierra Téjéa; l’une d’elles a 16 kilomètres de longueur sur 3 à 15 mètres de largeur. Une bougie qu’on y descend à 6 ou 7 mètres de profondeur s’y éteint. Près de Santa-Cruz une fente du sol laisse dégager de l’hydrogène sulfuré en telle abondance qu’on en sent l’odeur à plus de 1 kilomètre de distance : une source nouvelle en jaillit aussi, elle donne 40 degrés au thermomètre et son débit est de 1 à 2 mètres cubes par seconde. En beaucoup de points la surface du sol a été entraînée selon les
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- pentes par de véritables glissements : à Alhama, la ville haute est aussi venue se précipiter sur la ville basse qu’elle a écrasée. Un glissement lent s’observe à Albu-nuelas sur une bande assez considérable. Le centre de cette bande s’est déplacé de 27 mètres depuis le 25 décembre; les marges n’ont fait que 5 mètres durant le même temps. Des éboulements ont produit en divers points des amoncellements de blocs mesurant 1500 et 1500 mètres cubes et qui ont arrêté des ruisseaux peur les convertir en lacs. Dans la sierra Téjéa, tous les cours d’eau ont disparu laissant leurs lits à sec. D’après M. No-guès, les mouvements qui ont agité le sol ont été de deux sortes : les uns dirigés de bas en haut, et les autres latéralement, comme des balancements. Ces déplacements ont parfois revêtu un caractère d’instantanéité très remarquable : des blocs de maçonnerie, au lieu d’être déracinés, ont été exactement séparés en deux moitiés ; le tronc d’un olivier a de même été fendu dans toute sa hauteur et ses deux parties sont restées plantées vis-à-vis l’une de l’autre comme deux arbres distincts. De même des portions de tortures ont tourné sur elles-mêmes de 180 degrés sans que les tuiles aient quitté leurs situations relatives.
- A la suite de cette présentation, M. Hébert insiste sur la liaison des phénomènes sismiques actuels avec les failles d’âge divers qui traversent le sol.
- J’ajouterai, de mon côté, que M. Mac Pherson a bien voulu m’écrire, en date de Madrid, le 21 janvier, une intéressante lettre d’où j’extrais le passage suivant : « Ça a été, dit mon savant correspondant, un tremblement transverse à la chaîne Bétique qui a pris sa plus grande intensité sur l’endroit où cette chaîne est brisée en deux ; et le maximum d’action des vibrations a 'eu lieu sur les failles qui terminent cette rupture, failles naturellement transverses à la chaîne. Le fait se dessine d’une manière fort intéressante sur la carte de la province de Malaga où j’ai indiqué les lieux selon les dégâts qu’on y a éprouvés; elle vous montre que ceux-ci sont répartis suivant des bandes orientées de l’O. N. O. à l’E. S. E., parallèles aux cimes de la sierra Téjéa. Vous voyez aussi qu'en partant des deux grandes failles qui limitent la masse archéenne de la sierra Téjéa, où les dégâts ont été les plus considérables, le phénomène diminue ; bientôt cependant il présente une recrudescence, suivie d’une nouvelle diminution, puis d’une nouvelle recrudescence pour se perdre à peu près sur la masse de la serrania de Ronda ; chose étrange, de l’autre côté de cette serrania on voit réapparaître un centre secondaire. »
- Analyse de serpentines. — Le savant aide-naturaliste de chimie inorganique du Muséum, M. Terreil, ayant soumis à l’action dissolvante des acides des fragments d’une serpentine asbestiforme du Canada, en a retiré, comme résidu insoluble, de la silice hydratée, filamenteuse, d’un aspect soyeux tout à fait remarquable. Cette matière, qui est active sur la lumière polarisée, se retrouve dans des serpentines de provenances diverses.
- Développements des œufs du phylloxéra. — La région vinicole de la Marne a été jusqu’ici épargnée par le Phylloxéra vastatrix ; mais les chênes qui y croissent (Quercus sessiliflora) y nourrissent en abondance le Phylloxéra punclata qui en est fort voisin. Un infatigable chercheur, dont nous avons eu bien des fois à signaler les belles découvertes, M. le I)r Lemoine, professeur à l’Ecole de médecine de Reims, adresse par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards une étude embryogénique relative à ce dernier insecte. Il passe en revue successi-
- vement l’œuf parthénogénésique, les œufs sexués mâles et femelles et l’œuf d’hiver. Le point particulièrement intéressant concerne la résistance toute spéciale de ces œufs, résistance indiquée à la fois par le nombre et l’épaisseur des enveloppes de l’œuf et par ce fait que l’embryon, au lieu de se développer comme chez les autres insectes sous la coquille de l’œuf à la surface de la masse vitelline, pénètre durant son développement dans l’intérieur même de cette masse qui le protège et le nourrit. M. Lemoine a suivi les divers stades de ce mode de pénétration ainsi que l’apparition des divers articles et des ^divers appendices du corps de l’insecte, qui pendant toute cette période se trouve avoir la tète dirigée vers le pôle inférieur de l’œuf. Mais il lui faut bientôt, comme les autres insectes, faire rentrer dans l’intérieur de son corps la masse vitelline et prendre la position la plus favorable pour sortir de l’œuf; à cet effet il subit une véritable invagination à la façon d’un doigt de gant qui se retournerait en même temps que sa tète remonte peu à peu pour venir se mettre en contact avec le pôle supérieur. Ce renversement singulier dure en moyenne I heure 1/4.
- En me remettant la note dont j’ai extrait ce qui précède, M. le Dr Lemoine me donne un très important mémoire imprimé sur le développement de l’organisation de YEnchytrœus albidus, avec 5 planches, comprenant 120 figures.
- Election. — La place de correspondant de minéralogie laissée vacante par le décès de M. Sella, est attribuée à M. Prestwich par 52 suffrages sur 50 votants ; 17 voix se portent sur M. Domeyko et 1 sur M. Scacchi.
- Varia. — M. Baïhaut, directeur de l’Observatoire de Toulouse, discute les observations des satellites de Saturne. — Une méthode est proposée par M. d’Arsonval pour mettre les expérimentateurs à l’abri des courants électriques à haute tension. — La neutralité chimique des sels fournit à M. Berthelot la substance d’un mémoire, que M. Chevreul fait suivre d’observations très détaillées. — M. de Lesseps annonce que le projet de la mer intérieure africaine ne sera pas abandonné malgré la mort de M. Roudaire. M. le colonel d’état-major Landas partira ces jours-ci avec la mission préparée par la fondation du port aux environs de Gabès.— M. Friedel étudie la pyroélectricité de la topaze. — Dimanche 1er février à 2hl/2, M. le Dr George fera au Conservatoire des Arts et Métiers, une conférence sur les premiers secours contre les accidents du travail, avec projections lumineuses.
- Stanislas Meunier
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LA DANSE DES PANTINS. ------- LES SILHOUETTES
- La danse des pantins électrisés. — Nous avons déjà indiqué à nos lecteurs le moyen d’obtenir quelques manifestations électriques, sans avoir recours à aucune machine; nous allons décrire aujourd’hui une expérience récréative d’une grande simplicité d’exécution : il s’agit de la danse des pantins électrisés.
- Vous vous procurez un carreau de verre de 0m,55 à 0m,4Û de longueur sur 01U,25 environ de lar-
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- geur; vous prenez ensuite deux livres assez volumineux que vous placez sur une table de telle manière qu’ils servent de support à la plaque de verre, comme le'représente la ligure 1. Il faut placer le carreau dans les livres, de telle sorte qu’il se trouve à une distance de 5 centimètres environ de la table. Cela fait, à l’aide de ciseaux, vous découpez dans du papier de soie très léger, des petits bonshommes, des dames, des pierrots, des animaux, des grenouilles. tout ce qui peut faire partie de la bande dansante. Ces petits personnages ne doivent pas dépasser 2 centimètres de hauteur; nous en reproduisons quelques spécimens en grandeur d’exécution à la partie supérieure de notre dessin (fig. I). Ils peuvent être découpés dans des papiers diver-
- Fig. 1. — La danse des pantins.
- le contact de la main suffit même pour animer les bonshommes. Il faut, pour réussir cette expérience, que le verre employé soit bien sec, ainsi que le tampon avec lequel on le frotte; en chauffant celui-ci, la manifestation est plus rapide et plus énergique. Le tampon de soie convient mieux que le tampon de laine.
- Les portraits-silhouettes. — Prenez une grande feuille de papier, noire d’un côté, blanche de l’autre, fixez-la au moyen d’épingles, ou de pointes, au mur de votre chambre, de telle façon que la surtace blanche soit en dehors. Placez sur une table, à une distance convenable, une lampe bien lumineuse, et faites avancer entre cette lampe et le mur la personne dont vous voulez reproduire le portrait (fig. 2). La silhouette de la personne à représenter étant nettement projetée sur l’écran, vous en dessinez
- sement colorés, ce qui embellit leur aspect.
- Vous introduisez vos personnages de papier dans la salle de bal, c’est-à-dire dans l’espace compris entre les livres, le carreau de verre et la table, et vous les y installez, les uns à côté des autres, couchés à plat. Vous frottez alors vigoureusement la surface supérieure du carreau de verre, avec une étoffe de laine ou de soie ; après avoir frotté quelques instants, vous voyez les petits personnages attirés par l’électricité développée, se dresser tout à coup, puis sauter au plafond transparent de leur salle de bal ; ils en sont bientôt repoussés et retombent, pour être attirés de nouveau, en se livrant ainsi à une danse extravagante. Quand on a cessé de frotter, la danse continue spontanément pendant un certain temps et
- Fig. 2. — Les portraits-silhouettes.
- soigneusement le contour à l’aide d’un crayon; il faut pendant toute la durée de l’opération que le patient garde la plus complète immobilité. Gela fait, enlevez le papier de la muraille, repassez le trait là où il est insuffisamment tracé, et découpez enfin le dessin. Il ne vous reste plus qu’à retourner votre découpage, et à le coller sur une feuille de papier blanc. La silhouette se profile en noir, et si vous avez été habile, la ressemblance est parfois très complète. Avec de l’exerciee, on peut arriver à être un artiste dans ce genre d’opération, et à reproduire des portraits analogues à ceux dont on voit l’image à la partie supérieure de notre gravure. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N“ 610. — 7 FÉVRIER 1 885.
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- DUPUY DE LOME
- I/éminent ingénieur du génie maritime, l’ancien directeur de nos constructions navales auquel la Marine moderne doit de si importants progrès, et dont les travaux ont eu un si grand retentissement dans le monde, vient de mourir à Paris, le 1er février 1885, à l’âge de soixante-huit ans.
- Charles-Henry-Laurent Dupuy de Lomé, fds d’un officier de marine, est né le 16 octobre 1816, à Plœmeur (Morbihan) dans le voisinage de Lorient. Il fit ses études au collège de cette ville, port militaire considérable qui offrait un milieu essentiellement favorable pour développer la vocation du futur ingénieur.
- Dupuy de Lomé, énergique au travail et tout animé de la ferme volonté de réussir, fut reçu élève à l’Ecole polytechnique avec le numéro 10, le 20 octobre 1855. Nommé successivement élève et sous-ingénieur du génie maritime, ses premiers travaux sur la mesure de l'effet utile des grandes machines, et sur la construction d’avisos légers, attirèrent bientôt l’attention des spécialistes.
- Après plusieurs années d’études, après une mission en Angleterre , le jeune ingénieur se préoccupa de l’immense intérêt qu’il y aurait pour la France à créer des navires de guerre dans lesquels on allierait, à une grande vitesse à la vapeur, toute la puissance pour le combat des anciens vaisseaux à voile, et il fut ainsi conduit à construire à Toulon le vaisseau le Napoléon qui, mis à l’eau le 16 mai 1850, devait donner un peu plus tard la mesure de sa supériorité, dans des conditions exceptionnelles.
- Le. 22 octobre 1853, pendant la campagne de Crimée, les escadres françaises et anglaises avaient à franchir le détroit des Dardanelles; la Ville de Paris, portant le pavillon de l’amiral Hamelin, était remorquée par le Napoléon. Bientôt, le vent et le courant contraire augmentèrent de violence, à tel point, que toute la flotte resta en arrière et que les deux vaisseaux français purent seuls passer le détroit devant le château des Dardanelles, dont ils saluèrent le pavillon. Pendant ce temps, l’amiral 43“ année, — 4“r semestre.
- anglais Dundas, sur le Dritannia, restait également au loin, impuissant à refouler le vent et le courant.
- Après le succès du Napoléon, les vaisseaux à vapeur de notre marine militaire furent exécutés sur le plan de ce bâtiment.
- Ces triomphes ne suffisaient pas à satisfaire la louable ambition de l’ingénieur de notre génie maritime; il fut appelé à transformer en vaisseaux à vapeur les vaisseaux à voile déjà en chantier. Dupuy de Lomé exécuta cette transformation de la manière la plus neuve et la plus hardie. Il proposa de séparer en deux parties l’avant et l’arrière des vaisseaux à voile, en sciant au maître-couple, leurs murailles des flancs, de retenir immobile la partie de l’avant, pendant qu’on ferait
- descendre sur cale toute la partie de l’arrière parallèlement à la direction de la quille, et de relier ensuite par une nouvelle charpente ces deux parties ainsi écartées. Cette opération d’allongement par le centre, fut d’abord essayée en 1853 sur le vaisseau VEylau, de 100 canons, qui reçut une machine de 900 chevaux nominaux. Le succès de VEylau répondit entièrement à ce qui avait été annoncé.
- Une grande activité régnait alors dans la direction de notre marine, sous l’énergique direction de l’amiral Hamelin, et Dupuy de Lomé allait avoir à étendre considérablement lé domaine de ses grands travaux. Au ’ mois de novembre 1856, il fut appelé à Paris et le gouvernement impérial le chargea, conjointement avec l’amiral Jurien de la Gravière et M. de Lavrignais, directeur du matériel de la marine, de préparer les éléments d’un Rapport sur la transformation complète de la flotte.
- Depuis la réunion d’une importante Commission en 1855, les premières batteries flottantes cuirassées avaient fait leur apparition. Elles avaient déjà donné en Crimée, pour l’attaque des places fortes maritimes de la Russie, la mesure de leur efficacité, et le 18 octobre 1855, notamment, les trois batteries flottantes, la Dévastation, la Lave et la Tonnante, avaient démantelé en quelques heures le fort de Kinburn, dont l’artillerie avait été impuissante contre leurs agresseurs. Dupuy de Lôme, avec une grande perspicacité, et beaucoup d’audace, fit valoir
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- Dupuy de Lôme, né à Plœmeur (Morbihan), le *15 octobre 1816, mort à Paris, le l*r février 1885.
- (D’après une photographie de M. Truchelut.)
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- sa conviction, qu’il y avait lieu d’aller au delà dans cette voie des navires cuirassés, et qu’on ne devait pas craindre de leur donner place parmi les vaisseaux de la flotte destinés à agir en haute mer.
- L’éminent ingénieur étudia dans tous ses détails le plan d’une frégate cuirassée rapide qu’il avait en vue. On exécuta sous sa direction de nombreux essais sur les plaques de blindage, pour déterminer les espèces de fer et les procédés de forge qui procureraient le plus de résistance avec une épaisseur donnée, et pour savoir quelle était l’épaisseur nécessaire pour braver à bout portant le boulet plein de 68 tiré aux plus fortes charges, dans les canons du plus fort modèle des marines étrangères. L’épaisseur de 12 centimètres fut reconnue suffisante, et le mode de cuirassement des frégates à construire ne tarda pas à être arrêté. La Gloire, Y Invincible et la Normandie sortirent successivement des chantiers de Toulon et de Cherbourg.
- Tel est l’historique de l’origine des navires cuirassés qui marqueront une ère nouvelle dans l’histoire de la marine. Le nom de Dupuy de Lôme y restera toujours attaché.
- Comme il arrive dans les plus grandes entreprises, les premières constructions de frégates cuirassées, en 1858, furent l’objet de critiques railleuses, et les journaux anglais, notamment, ne se lassèrent pas d’avancer sans cesse que les frégates blindées, exécutées en France, étaient une conception impraticable, que la stabilité leur ferait défaut, que déjà chargées de tant de fer, elles seraient incapables de porter leur artillerie, et qu’elles ne sauraient avoir ni vitesse ni qualités nautiques.
- Jamais prévisions ne trouvèrent un plus formel démenti dans les faits de l’avenir.
- Dupuy de Lôme fut hautement récompensé des services qu’il sut rendre à son pays. Officier de la Légion d’honneur après la réussite du vaisseau à vapeur le Napoléon en 1853, il fut nommé directeur des constructions navales en 1856, commandeur de la Légion d’honneur en 1858, et grand officier en décembre 1863 après les essais dans l’Océan de la flotte cuirassée. Conseiller d’état du 29 décembre 1860, il entra à l’Académie des sciences en 1866, et en 1868 le gouvernement l’appela à l’inspection générale du génie maritime. Ayant pris sa retraite en cette qualité, Dupuy de Lôme en 1869 fut nommé député par le département du Morbihan1.
- En 1870, après nos défaites, après la chute de l’empire, il accepta de faire partie du Comité de la défense et il commença pendant le siège à s’occuper d’aérostation. Il présenta à l’Académie des sciences un projet de ballon dirigeable, pour l’exécution duquel le gouvernement de la Défense nationale lui ouvrit un crédit de 40000 francs (28 octobre 1870). Mais cet aérostat, en raison des difficultés de construction, ne fut prêt que quelques jours avant la
- 1 M. Dupuy de Lôme a été plus tard nommé sénateur inamovible, le 10 mars 1877.
- capitulation, et il ne devait être expérimenté que deux ans plus tard.
- Le 2 février 1872, M. Dupuy de- Lôme, accompagné de M. Z*idé, officier de marine, de M. Gabriel Yon, constructeur aéronaute, et de huit hommes de manœuvre, s’éleva, du fort de Yincennes, dans le grand ballon à hélice qu’il avait construit.
- La vitesse du vent, qui était ce jour-là de 15 kilomètres à l’heure, dépassait de beaucoup la vitesse propre de l’aérostat.
- L’expérience aérostatique de 1872 a été suivie de la publication d’un mémoire magistral que ne sauraient trop étudier ceux que la question des aérostats dirigeables intéresse. La Note sur l'aérostat à hélice, de M. Dupuy de Lôme, extraite du tome XL des Mémoires de l'Académie des sciences, peut être considérée comme un des travaux les plus complets qui aient été écrits sur les conditions de stabilité, de vitesse et de construction des aérostats fusiformes à propulseurs mécaniques.
- L’expérience de 1872 ne devait être d’ailleurs, en quelque sorte, qu’une tentative préliminaire, et M. Dupuy de Lôme a indiqué que ses huit hommes de manœuvre seraient remplacés par un moteur mécanique dès qu’on en aurait obtenu un ne présentant pas les dangers du feu.
- M. Dupuy de Lôme, par sa haute situation, sa notoriété et son influence, aura rendu de grands services à la cause de la navigation aérienne; sa parole était plus écoutée que celle des humbles pionniers de la science qui, bien avant ses essais, avaient aussi la conviction et la foi.
- L’illustre constructeur de nos premiers navires cuirassés avait le don de clairvoyance; ses prévisions, qui ont été réalisées sur l’Océan, le seront aussi, nous en avons la persuasion, dans l’atmosphère. Lorsque à Annonay, en août 1883, M. Dupuy de Lôme prenait la parole au pied de la statue des frères Montgolfier, dont on célébrait le centenaire, il faisait entendre que l’heure était proche où l’on verrait des aérostats à hélice se diriger dons l'atmosphère. Et le grand ingénieur donnait la juste mesure des résultats qu’on est en droit d’espérer, quand il disait que si les aérostats dirigeables pourraient souvent sortir de leurs ports et se rendre à destination dans une direction quelconque, il y aurait aussi bien des jours où ils resteraient à l’abri dans leurs refuges. « Ne savons-nous pas, ajoutait-il, qu’au début de la navigation maritime on ne prenait la mer que par des vents favorables à la route qu’on devait parcourir? Il a fallu bien des siècles pour transformer le radeau flottant en un rapide paquebot à hélice. »
- M. Dupuy de Lôme disait vrai.
- Il n’y a guère plus de cent ans que le radeau flottant de l’air a été lancé au-dessus des nuages; et nous n’en sommes encore, dans l’histoire des créateurs de la navigation aérienne, qu’aux marquis de Jouffroy et aux Fulton. Gaston Tissandier.
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- TOMBOUCTOU
- L’arrivée à Paris de Si el Iladj-Abd-cl-Kader, envoyé en France comme ambassadeur de Tombouctou, vient d’appeler l’attention publique sur le fait de l’importance commerciale de la grande ville du Soudan, dite la mystérieuse. Tombouctou la Mystérieuse! Pourquoi? Depuis longtemps, on la connaît. Les Portugais et les Pisans du moyen âge s’étaient déjà ménagé des relations avec elle. Yers le milieu du quinzième siècle, le roi Jean II de Portugal y entretenait des agents consulaires. Ultérieurement, au seizième, Tombouctou a été visitée par Ibn Batouta, de Tanger, et El Kbasan, de Grenade, dit Léon l’Africain; au dix-septième, par le français Paul Imbert; au dix-neuvième, enfin, par Mungo-Park, Robert Adams, le major Alexandre Gordon Laing, René Caillié, Henri Barth et le docteur Oscar Lenz.
- Barth, qui y a passé huit mois (du 6 septembre 1853 au 19 avril 1854), nous en a rapporté l’histoire. Les origines de la ville se perdent dans la nuit des âges. Au cours de son récit du voyage des Nasamons, ou habitants de la Tripolitaine, Hérodote fait mention d’un grand centre de population nègre, centre que baigne un fleuve coulant de l’ouest à l’est. Ce fleuve, c’est évidemment le Niger; et cette ville, Tombouctou. Cette cité fameuse fut connue des Carthaginois, qui la désignaient sous le nom d’Hécatompyle ou ville aux cent portes, nom qui convient admirablement à une étoile de routes commerciales, rayonnant si bien dans tant de directions diverses. Les Romains l’appelaient Tabndium. Tombée successivement au pouvoir du Carthaginois Hannon et du Romain (Balbus, Tombouctou fut, à plusieurs reprises, détruite de fond en comble. Elle n’est définitivement sortie de ses ruines qu’au onzième siècle de notre ère, sous la main vigoureuse d’un chef de Touâreg, du nom de Mansa Sliman. Depuis lors, elle n’a jamais cessé d’affirmer sa vitalité et ce, malgré de grands désastres.
- Elle est prise au quatorzième siècle par Mansa Moussa, souverain du Melle; puis, par les Mossi; reprise par Mansa Sliman, nouveau roi du Melle. Au quinzième siècle, elle tombe aux mains d’At-Kil, chef des Touâreg Massoufa; puis, au pouvoir du So-nraï Sonni Ali. Au seizième siècle, sous le règne d’Askia, elle touche à l’apogée de sa splendeur. Ses richesses sont considérables. Elle a deux flottes, chacune de cent voiles, mouillées à Kabara. Maîtresse absolue du Niger, elle est devenue la Mekke Africaine, la « reine du Soudan ».
- C’est alors que s’allument les convoitises du Maroc. Tombouctou est conquise par le sultan Moulai Ahmed. La malheureuse cité demeure, jusqu’en 1826, au pouvoir des Rouma, c’est-à-dire des soldats.de l’armée impériale marocaine. A cette époque, les Foullanes s’en emparent, mais ils en sont chassés, en 1844, par les Touâreg du Taganet qui en sont aujourd’hui les maîtres.
- On comprend que les partis s’en soient maintes fois disputé la possession. Tombouctou occupe, en effet, à tous points de vue, une situation géographique exceptionnelle. Etablie au grand coude du Niger, comme l’est Orléans au coude de la Loire, c’est un marché magnifique, un emporium indiqué par la nature. Elle est assise au point de croisement d’une pléiade de routes que le commerce pratique depuis un temps immémorial. De Tombouctou, en effet, on peut piquer dans la direction nord : soit sur l’Oued Ifraâ par Toadcni, soit sur Insalah par Mabrouk; puis d’Insalah, sur R’damès et Tripoli. A l’ouest, ce magnifique centre d’affaires est., par le haut Niger, en relation directe avec le Sénégal ; au sud, par le Niger inférieur, avec le golfe de Guinée; à l’est, avec le Soudan par les routes Bouroum-Àgadès, Saï-Kano et le cours du Bénoué. Tombouctou est une étoile qui rayonne à la fois vers les bouches du Niger, l’Atlantique, la Méditerranée et le delta du Nil.
- Donc nombre de chemins mènent à Tombouctou. On peut, pour y aller, prendre la voie Tripolitaine, comme l’a fait Barth ; ou la voie Algérienne par El Golea, Insalah et Inzize; ou la voie Marocaine, qu’a pratiquée M. Lenz. On peut y venir de Mogador ou de la baie d’Arguin; de la Gambie, suivant les traces de Mungo Park; ou du Sénégal, suivant celles de René Caillié. U est possible d’adopter pour base Sierra-Leone, à l’exemple du major Laing et de Clap-perton ; ou de remonter la vallée du Niger inférieur à partir du golfe de Bénin, comme le font les Anglais. Nous Français, nous nous sommes proposé de résoudre le problème par la vallée du haut Niger.
- On sait que le Niger prend naissance au mont Loma, vis-à-vis des sources du Sierra-Leone. Son cours mesure un développement total d’environ 2400 kilomètres. A la hauteur de Tombouctou, sa largeur est à peu près celle de la Seine à Paris; sa vitesse, d’un nœud et demi environ. Ses eaux, de teinte laiteuse, sont encombrées de hautes herbes, — byrgou, nymphœa lotus, nénufar—formant de vraies forêts aquatiques. Taillées dans une roche argileuse, ses rives sont couvertes d’une végétation luxuriante : tamarins, mimosas, palmiers, melonniers et baobabs.
- Sur ses rives la vie se développe dans des conditions d’intensité merveilleuse; la fécondité de la * faune y est extraordinaire. Là, on assiste à d’interminables défilés de légions de buffles et de phalanges d’éléphants. On se heurte à des troupeaux de tortues terrestres, on est assourdi par les cris et le bruit d’ailes des cigognes, des ibis, des poules de Carthage, des francolins voltigeant par myriades.
- Le port de Tombouctou sur le Niger est une petite ville, du nom de Kabara, assise au flanc d’un gros mamelon en forme de cloche. On y compte 2000 habitants, 150 ou 200 maisons bâties en torchis d’argile et nombre de huttes en roseaux. On y trouve deux marchés 'destinés : l’un, à la vente de toute espèce de marchandises; l’autre, au débit de la viande. La population vit de l’élève du bétail, de la
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- culture du riz, du bamia et des pastèques. Elle fabrique, avec certaines herbes du Niger, une espèce d’hydromel fort apprécié des consommateurs souda-niens. Le bassin fluvial, qui s’ouvre au pied du mamelon, affecte une forme circulaire d’une régularité tellement géométrique qu’on le croirait dessiné de main d’homme, mais il est bien l’œuvre de la nature.
- De Kabara à Tombouctou la distance est de huit à neuf kilomètres; elle se franchit par une plaine sablonneuse, laquelle n’est com-plantée que de buissons d’épines et de quelques arbres rabougris. Ces champs desséchés, à teinte de terre de Sienne, sont semés de petites dunes que les Touareg nomment Iguidi.
- On y voit frétiller des myriades de souris sauteuses ; on y entend des sons étouffés et plaintifs.
- C’est le chant du sable; c’est la dune qui gémit, à la manière du colosse de Memnon. De tous les points de ce chemin aride, le voyageur a sous les yeux le magnifique panorama de Tombouctou. Quand il touche au but, il lui faut, pour entrer en ville, passer sous une poterne voûtée qu’on nomme la « Porte de Kabara ».
- Les coordonnées géographiques de Tombouctou ont été nettement déterminées. La « Ville Sainte » est située par 18 degrés de latitude nord et 5 degrés 36 minutes de longitude orientale — méridien de Paris.
- L’altitude de ce site est de 245 mètres au-dessus du niveau des eaux moyennes de l’Atlantique.
- La « Reine du Soudan » affecte en plan la forme d’un grand triangle isocèle dont la base regarde le sud; et le sommet, le nord.
- Cette assiette triangulaire occupe le versant sud d’un épais mamelon tronconique; les constructions s’y étagent en amphithéâtre. Le pourtour de la ville est nettement dessiné par une muraille en ruines. Sous cette enceinte défensive — de 4 ou 5 kilomètres
- de développement total — sont enfermées un millier de maison^ et quelques centaines de huttes. Disséminées le long de la rue du rempart, celles-ci ressemblent à des ruches d’abeilles, attendu qu’elles sont façonnées en forme de cylindres, coiffés de calottes hémisphériques. Trois grands troncs de pyramide quadran-gulaire émergent de cet océan de maisons. Ce sont les minarets de trois mosquées célèbres, dites de Sidi lahîa, de Sa-nkore et de Sa-ngereber.
- Tombouctou se partage en sept quartiers distincts dont les plus importants sont ceux de Sa-nkore, de Sa-ngougou, de Sa-rahaina et de Bagindi. Sankore, quartier du Nord ou quartier haut, n’est habité que par des notables, pour la plupart gens de race blanche, Arabes ou Touareg. Sa-ngougou, le quartier Sud, est celui des marchands. Bagindi est un quartier bas qui, lors des crues du Niger, est sujet aux inondations.
- Les places publiques sont au nombre de trois : le Youbou ou grand marché; le Youbou- Kaina ou marché aux viandes, installé sur les ruines du palais des anciens rois So-nraïs; et un square de médiocre étendue ménagé par devant la mosquée de Sidi lahîa.
- Peu d’édifices à Tombouctou. On n’y trouve plus aucun vestige de l’ancien palais des rois So-nraïs ni de la citadelle que les Marocains y ont élevée au
- H-illct es-Cheik.
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- Fig. 1. — Environs nord-est de Tombouctou. (D’après les documents les plus récents.)
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- Fig. 2. — Plan d'ensemble de Tombouctou. (D’après les documents les plus récents.)
- 1 et 2. Maisons d’Ahmed el-Bakaï, cheik de Tombouetou.— 3. Grande mosquée de Sa-ngereber. — i. Mosquée de Sa-nkore. — 5. Mosquée de Sidi lahia. — 6. Youbou, place du grand marché. — 7. Youbou-Kaina, place du Marché aux viandes. — 8. Porte de Kabara. — 9. Puits au centre d’un bois de palmiers. — 10. Puits au milieu d’un jardin. — 11. Le grand ravin de Kabara.
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- temps de leur occupation. Les seuls monuments splendeur, sont les trois mosquées précitées. Celle qui subsistent, pour attester le fait d’une antique de Sa-ngereber est du quinzième siècle. Bâtie par
- lig. 5. — Entrée d’une caravane à Tombouctou. (D’après un ancien croquis du D'Barth.)
- un Maure de Grenade, le styL est très remarquable.
- Un hôtel de personnage riche consiste en un rez-de-chausséecom-posé de quatre pièces séparées, deux à deux, par des cours intérieures et donnant, toutes quatre, sur une galerie couverte. Quant à l’ameublement, il est simple.
- Des nattes, des lits de roseaux, des bancs d’argile, des plats de bois de grand diamètre et d’immenses jarres à provisions. Au-dessus du rez - de - chaussée, règne une terrasse à parapets élégamment ajourés. Très proprement maçonnées en argile, les maisons ordinaires sont uniformément établies sur un plan qui rappelle celui des habitations de Pom-péi. D’aucunes sont humbles et d’aspect misérable. La plupart comprennent un bon rez-de-chaussée , surmonté d’un étage couvert en terrasse.
- à son pourtour, d’un petit mur à bahut, élevé à hauteur d’appui. Bien que naïf, le style de ces constructions trahit, de la part de leurs auteurs, quelques velléités d’ornementation architectonique. Quant à la voirie urbaine, elle implique un bizarre système de communications tortueuses. Toutefois les rues principales accusent un tracé rectiligne et se coupent à angle droit. Toutes sont uniformément étroites ; à peine deux hommes â cheval peuvent-ils y passer de front. Elles sont macadamisées en sable et gravier, avec caniveau longitudinal assurant un prompt écoulement aux eaux de pluie.
- Les populations du Soudan ne sont, en général, que des agglomérations humaines extrêmement confuses; suivant cette loi, la race des gens de Tombouctou est essen-
- arabe pur — en j Chaque terrasse est ceinte
- Fig. 4. — Si ei Hadj-Abd-el-Kader, ambassadeur de Tombouctou (D’après une photographie de M. Emile Tourlin.)
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- tiellement hybride. Les métis si dissemblables qu’on I y rencontre peuvent néanmoins se ramener à quatre types distincts : Nègres purs, Berbères, Arabes et Foullanes. Çà et l'a, quelques juifs. En tout, de douze à treize mille âmes ; mais ce chiffre s’élève à vingt mille en novembre, époque de l’arrivée des caravanes et de la foire annuelle.
- Il est intéressant de savoir de quoi se nourrissent les Soudaniens. Voici le menu d’un festin offert par le cheik el Bakaï à des Européens : une bouillie de millet, de riz et de lait caillé fait office de potage. Les entrées consistent en macaronis divers : les uns, faits de farine de froment; les autres, de farine de maïs. On y mêle du riz, des dattes ou du miel; tous sont uniformément et terriblement poivrés. Pour rôti, des pigeons ; pour légumes, des panais, des patates, des amandes de terre et des courges. Le dessert se compose de bananes, de noix de gouro et de gâteaux de sorgho. Le tout arrosé de gia, ou bière de millet, et de menschou, sorte de sirop tiré d’une herbe du Niger.
- Tombouctou est une ville de plaisirs. La nuit, ses rues sont loin detre paisibles. Il s’y fait, en tout temps, beaucoup de bruit ; au moment de la foire, c’est un tapage infernal.
- Il vient à cette foire de novembre des Turcs de Tripoli, des Arabes algériens, des Marocains, des gens de R’damès et du Touat; des Touareg du Nord; des Soudaniens de Koukaoua, de Ivano, de Sokoto ; des Maures du Sénégal; des riverains du haut Niger, principalement de Bamakou, de Segou, de Sa-nsan-dig et de Djenné. De grands arrivages de marchandises s’entassent chez les représentants des maisons de commerce de Kano, de R’damès, d’Insalah, de Fez et de Mogador. Les magasins de ces agents sont alors bondés de céréales, de sel, de thé, de sucre, de dattes, de fruits de l’arbre à beurre et .de noix de Kola. On y trouve aussi quantité de bernous de Kano, de chemises de Sa-nsandig, de calicots de Manchester, une foule d’articles de mercerie anglaise importés par les caravanes du Maroc et par celles de R’damès via Touat.
- Insistons sur le fait de l’importance commerciale de la Reine du Soudan. Il s’importe, en temps ordinaire, à Tombouctou des cotons de Manchester, des soieries de Lyon, de grosses toiles de Saxe, des verroteries de Venise, des merceries de Nüremberg, des sucres et savons de Marseille, des soies communes et des calottes rouges de Livourne, des lames de sabre de Solingen, etc. Les articles de Manchester arrivant sur le marché représentent une valeur d’environ quarante millions ; la verroterie de Venise, cinquante millions ; les soieries de Lyon, vingt millions; les lames de Solingen, une centaine de mille francs. Le commerce d’importation est donc loin d’être insignifiant. Il arrive, par an, à Tombouctou cinquante mille chameaux portant chacun une charge de cent cinquante kilogrammes de marchandises, soit ensemble sept mille cinq cents tonnes.
- En retour, Tombouctou exporte en Europe, nom-
- bre de produits divers tels que : tabacs rustiques, cotons courte soie, indigos, riz et millets, gommes blanches, cires d’abeilles, peaux de zèbre, de mouton et de buffle, plumes d’autruche, plantes médicinales, civette, encens, noix de gouro, beurre végétal; des étoffes de coton, de l’or et des ivoires. Il convient d’ajouter à cette momenelature quelques produits de l’industrie locale : des articles de ferronnerie, de maroquinerie, de bijouterie; de grands plats et des seaux en peau de buffle durcie. Ensemble aussi de sept à huit mille tonnes.
- Ces chiffres suffisent à expliquer pourquoi le gouvernement de Louis XIV tenait tant à la possession du Sénégal.
- C’est à notre génération qu’il appartient de réaliser les desseins de Colbert.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE1
- DE DÉCEMBRE 1 8 8 4-J A N VIE R 1 8 85, E N ANDALOUSIE
- La persistance du mouvement tellurique, commencé le 22 décembre dernier, et qui a fait presque constamment sentir son action pendant un mois consécutif, à des intervalles plus ou moins rapprochés, est un des phénomènes géologiques des plus remarquables qui se soient produits en Europe dans notre siècle. Plus de trente villes ou villages ont été éboulés en partie ou en totalité, et ruinés ; le nombre des victimes connues dépasse plus de 2500 et les pertes matérielles s’élèvent à un nombre considérable de millions. Quelques localités populeuses ont été entièrement détruites ; la majeure partie de leurs habitants sont actuellement sans asile, sans ressources et sans abris; les tempêtes, les pluies et les neiges n’ont cessé de joindre leur action aux mouvements continuels du sol. La catastrophe est sans précédent similaire en ce pays et nul ne peut visiter la région frappée sans se sentir ému par l’immensité du malheur et de la misère des habitants des sierras de Grenade et de Malaga. Des crevasses se sont ouvertes sur beaucoup de points, le sol mobile se déplace, des ruisseaux ont vu changer leur cours ou le régime de leurs eaux, des monts se sont surélevés et d’autres se sont affaissés, des lacs se sont produits par suite d’un changement du niveau du sol; l’écorce terrestre a été fracturée, des sources se sont taries et d’autres sont venues sourdre brusquement. Enfin, l’orographie de la contrée frappée par les tremblements de terre a un peu changé depuis le 25 décembre dernier. On ne connaît encore qu’une faible partie des modifications opérées par ces mouvements du sol, car la région dévastée est difficile à parcourir, et en ce moment beaucoup de villages sont inaccessibles par suite de la crue des arroyos et le mauvais état des sentiers de montagnes et des che-
- 1 Suite. Voy. n° 607 du 17 janvier 1885, p. 107.
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- mins. Quelques-uns d’entre eux sont impraticables.
- Les maisons et les édifices, ébranlés par les fortes secousses de la nuit de Noël, vont peu à peu tombant ou se dégradant sous l’inlluence des mouvements ultérieurs qui n’ont pas encore cessé, et des pluies persistantes. Nous allons entrer dans quelques détails relatifs aux phénomènes géologiques produits par ces récents tremblements de terre.
- Phases du tremblement de terre. — Extension du mouvement. — Le tremblement de terre, que nous avons déjà décrit, a présenté trois phases. Sa première phase se manifesta, avant le 25 décembre, à Pontevedra, Vigo, et en Portugal, c’est-à-dire dans la partie occidentale de la Péninsule ibérique. Sa seconde phase, très courte et très intense, se fit sentir au Centre et au Midi; son maximum d’intensité a eu lieu la nuit du 25 décembre dernier ; enfin, sa troisième phase qui dure encore dans les provinces de Grenade et de Malaga, s’est propagée encore plus à l’Est et jusqu’à la province deYalence. Le 16 janvier, à 8 heures du matin, on a ressenti à Grenade une forte secousse qui s’est répétée à 10 heures du soir; le même jour à Motril plusieurs édifices déjà ébranlés sont tombés par l’effet de cette même oscillation.
- Le mouvement oscillatoire du 25 décembre dernier embrasse une extension superficielle considérable ; l’aire du sol mise en mouvement, dans la Péninsule, est comprise depuis Cadix au cap de Gates et depuis Malaga à la chaîne Carpetena. Le mouvement fut de plus en plus intense à partir de cette masse montagneuse, dans la direction du Midi, jusqu’à atteindre son maximum dans la région comprise entre la serrania de Ronda et la sierra Nevada de Grenade. Le mouvement oscillatoire fut graduellement accentué en direction du Sud, surtout à partir du bord méridional du plateau central espagnol, limité par le versant de la vallée du Gua-dalquivir (Séville, Cordoue, Malaga, Grenade). M. Garcia Alvarez localise le phénomène en Andalousie et lui donne pour point de départ la sierra Nevada. En l’envisageant ainsi, le mouvement a décrit dans sa marche un arc ellipsoïdal (voir la carte, page 109); sur la ligne orientale se trouvent les villages atteints de Jatar, Arenas del Rey, Fornes, Jayana, Albunuelas et Murchas ; le phénomène est allé en décroissant à la naissance de la sierra Nevada au village le Palud ; sur la ligne occidentale se trouvent compris la sierra de Alliama, Zafarraya, Venta deZa-farraya, Santa-Cruz d’Alhama et Turro : le mouvement est allé en décroissant en arrivant à la sierra de Loja. Les secousses ressenties aux divers villages des provinces de Grenade et de Malaga se seraient communiquées par dérivations de la sierra Tejeda comme à Archidona, Canillas-Aceituna, Periana, Yelez, Ante-quera, etc.
- Mouvements telluriques du mois de janvier. — Nous n’exposons ici aucune théorie relative aux tremblements de terre, nous laissons aux traités de géologie le développement des hypothèses de la cha-
- leur centrale, de la théorie volcanique, de-celle des courants telluriques, des marées souterraines, des gaz comprimés, l’hypothèse des éboulements des masses internes se pressant sur de grandes cavités, celle des cassures dans un refroidissement séculaire de l’écorce terrestre, etc. ; nous ne parlons que des faits observés et des résultats constatés. L’action de l’intérieur contre l'écorce minérale de notre globe, crevée, fendillée, brisée, disloquée, crevassée et mobile, ne peut être niée, quelle que soit la cause des tremblements de terre.
- Dans les provinces de Grenade et de Malaga, depuis le 25 décembre dernier, les mouvements du sol n’ont pas discontinué. Voici un relevé d’observations faites à Malaga jusqu’au 5 janvier 1885 :
- 25 décembre 1884. 8b,45' soir : tremblement de terre. A lb,45' et 5b,60' du matin : oscillations.
- 26 décembre. Légères oscillations bien accentuées toute la nuit.
- 27 décembre. Oscillations à llh,5' du soir.
- 28 décembre. Mouvements répétés et peu sensibles toute la nuit.
- 29 décembre. Oscillations à lib,25', llh,45 de la nuit et à 5b,30' du matin.
- 30 décembre. Oscillations à 4b,58' à 6b,47' du soir continuant par de petites secousses.
- 31 décembre. Trépidation à 4b,55', à 5b,30' du soir avec de fréquentes oscillations.
- Ier janvier 1885. Oscillations à 12h,55' et 1 b,l0 de la nuit.
- 2 janvier. Oscillations à minuit.
- 3 janvier. Trépidations à 7h,30', à llb,50' delà nuit, à lb,45\ 2h,39, 2b,45', 4h,10 du matin.
- 4 janvier. Rien.
- 5 janvier. Légers mouvements.
- Depuis le 5 jusqu’au 16 janvier, les oscillations, trépidations, mouvements du sol, n’ont pas discontinué dans la province de Malaga, à Nerja, Torrox, Velez, etc., et dans celle de Grenade, à Alhama, Arenas del Rey, Grenade, Motril, Loja, etc., toujours précédées de bruits souterrains; le 11 janvier, les mouvements oscillatoires se sont produits avec une certaine intensité à Malaga et déterminaient la chute de quelques édifices crevassés par le tremblement de terre de la nuit de Noël. Le 16 janvier, à 8 heures du matin et à 10 heures du soir, deux secousses assez fortes se sont fait sentir à Grenade.
- Rrincipatix dégâts produits par les tremblements de terre en Andalousie. — Les dégâts matériels produits par les tremblements de terre de l’Andalousie sont immenses; nous ne pouvons que les énoncer rapidement. Albunuelas est détruite, Arenas del Rey et Alhama sont anéantis. Des 1757 maisons dont se composait Alhama, il n’en reste plus aujourd’hui que 200 à 250, et encore en mauvais état; à Santa-Cruz de Alhama, de ses 330 édifices, il ne reste plus une seule maison sur pied; des 432 maisons d’Arenas del Rey, il n’existe aujourd’hui qu’un amas de ruines; à Canillas deAceituna, il y a 376 maisons complètement détruites et 258 inhabi-
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- LA NATURE.
- tables. On compte à Malaga 89 maisons détruites et 200 inhabitables ou menaçant ruine ; des 10 000 maisons de Malaga, 7000 au moins nécessitent des réparations plus ou moins importantes. A Grenade, on compte également un nombre considérable d’édifices avariés ou endommagés.
- Les tremblements de terre ont produit aussi des dégâts à Periana, Canillas, Velez-Malaga, Torrox, Nerja, Venta de Zafarraya, Zafarraya, Murchas, Gue-vejar, Jayana,
- Cacin, Olivar, Ca-jar, Jatar, Jor-dales, Motril,
- Loja, For ne s,
- Du real (où le beau pont sur la route de Grenade à Mo-tril s’est crevassé), Turro,La-mala, etc. ; ils se sont fait également sentir à Es-cuzar, Cadiar,
- Bombaron, Cliite,
- Orgiva, Sorvilan,
- Calahouda, Tur-ron, Pulianillas,
- Lanteira, Mo-reina, Gabia de Chica, Albunol,
- Lanjaron, Mara-cena, Agron,Gua-jar, etc.
- La statistique des morts et blessés dans la province de Grenade est la suivante :
- A Alhama,
- 307 morts et 502 blessés ; Al-bunuelas, 102
- morts et 500 blessés ; Arenas det Rey, 135 morts et 253 blessés;
- Venta de Zafarraya, 73 morts,
- 28 blesssés; Santa-Cruz de Alhama, 13 morts, 8 blessés; Zafarraya, 54 morts, 86 blessés; Jayana", 17 morts, 5 blessés; Murchas, 9 morts, 12 blessés; Lacui, 18 blessés; Olivar, 4 morts, 3blessés; Alar, 1 mort, 20 blessés; Cajar, 1 mort; Zubia, 1 blessé; Jatar, 2 morts, 11 blessés; Canar, 1 blessé; Jor-dales, 1 mort ; Capilena, 2 blessés ; Motril, 1 mort ; Loja, 5 morts, 30 blessés. Total pour la province de Grenade : 695 morts et 1480 blessés, soit 2175 victimes; en y comprenant la province de Malaga, le nombre des victimes des tremblements de terre de l’Andalousie dépasse 2500.
- Relations des mouvements telluriques avec la structure géologique du sol. — Les diverses manifestations des récents phénomènes telluriques paraissent en relation avec la structure géologique de la contrée où ils se sont produits. « Le maximum d’action de tremblement de terre du 25 et des jours suivants a eu lieu dans l’espace compris entre la sierra Nevada et la serrania de Ronda, précisément dans la zone qui entoure la masse archaïque
- des sierras Te-jeda et Almijara, zone brisée, fracturée par les mouvements séculaires de l’écorce minérale de notre globe, partie fragile qui a eu le plus à souffrir de l’impulsion du mouvement oscillatoire dont les résultats ont été si déplorables pour l’Andalousie.
- Les dislocations et les mouvements du sol, les oscillations de l’écorce terrestre n’ont cessé de modifier le sol de l’Andalousie depuis les périodes géologiques les plus anciennes jusqu’à l’époque actuelle. Il est in-contestable: 1° que les bords de la Méditerranée, de Valence et Carthagène à Gibraltar, ont émergé successivement et se sont élevés à une assez grande hauteur à une époque relativement récente : 2° que des roches pyroxéno-amphiboliques ont traversé les sédiments tertiaires supérieurs dans la vallée du Guadalquivir (provinces de Séville et Cor-doue); 3° que des filons métallifères tertiaires supérieurs ou quaternaires se sont formés avec la venue au jour de ces roches ; 4° que de véritables volcans ont fait éruption à la fin de la période pliocène ou durant la période quaternaire dans la côte d’Alméria lorsque la Méditerranée avait pour rivage la sierra Alhamilla.
- Les mouvements vibratoires qui ont causé les
- Fig. 1. — Tremblement de terre de l’Andalousie. — Alhama. — Aspect de la rue haute de Mesones, le 5 janvier 1885. (D’après nature.) Communiqué par l’auteur.
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- LA NATURE.
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- tremblements de terre de l’Andalousie se sont donc produits dans une région spécialement fracturée. Leur maximum d’intensité se trouve sur une courbe qui entoure la sierra Nevada et suit rectilignement les lignes de fracture des sierras de Ronda, Tejeda, Almijara, etc., lignes de fractures d’ailleurs indiquées par la plupart des arroyos et cours d’eau et par les accidents du sol tertiaire dans lequel sont bâtis la plupart des villages détruits ou frappés des provinces de Grenade et de Malaga.
- Phénomènes géologiques produits par les tremblements de terre : Crevassement du sol. — Les tremblements de terre de décembre dernier et de
- janvier ont, sur beaucoup de points, produit des crevassements du sol. Dans les environs de Periana, de larges fentes ou crevasses se sont ouvertes ; le mouvement des terres entraîne les maisons ; le village et la plupart des cortijos se sont éboulés ; des maisonnettes isolées ont même disparu dans les crevasses. Aux environs de la Venta de Zafarraya, des fentes profondes se sont produites à la surface du sol sur une longueur considérable; ces fentes, qui commencent au pied de la montagne, s’étendent jusqu’à la plaine en y pénétrant. A environ 700 mètres à l’ouest d’Albunuelas, il s’est fait des ouvertures elliptiques par lesquelles sort une matière
- grasse en bouillements. Dans la sierra Tejada les mouvements du sol ont acquis une telle importance que les bergers l’ont abandonnée, n'osant plus vivre au sein d’une nature en convulsions.
- Sur le versant de la sierra Tejeda qui s’enlace avec celle de Jata et de Albunuelas, s’est également ouverte une crevasse de trois mètres de large; elle commence près de la sierra de Jata et se termine près du village à zafarraya, sur une longueur de près de quatre lieues. A Guévéjar s’est aussi ouverte une crevasse parabolique d’une longueur de trois kilomètres et d’une profondeur considérable.
- Dans la sierra de Frigiliana, il s’est produit d’immenses éboulements, les rochers pittoresques qui dominent le village ont altéré leur position et menacent de tomber sur les habitations; le sol, en
- certains endroits, s’est aussi crevassé et fendillé.
- A trois kilomètres de Santa-Cruz et à deux d’Al-liama, sur le versant oriental de la rivière, au pied d’une montagne (cerro) il s’est également ouvert une grande fente d’où sortent des gaz fétides, à odeur d’œufs pourris, qui affectent l’odorat à un kilomètre de distance. De cette crevasse jaillit actuellement une source abondante d’eau sulfureuse chaude qui va se perdre dans les eaux de la rivière ; sa température est d’environ 4C2 degrés centésimaux et son débit de un à deux mètres cubes à la seconde. Tous les cerros qui se trouvent sur le chemin de Santa-Cruz à Alhama sont crevassés ; enfin le sol de la contrée est plus ou moins brisé, fendillé et crevassé.
- Par certaines crevasses on a vu sortir des vapeurs condensées sous forme de fumées.
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- LA NATURE.
- Translation du sol. — La ville d’Àlhama est bâtie sur un escarpement tertiaire au pied duquel coule la rivière Almarchar ; la ville haute est seule située sur la coupure, la ville basse, à son pied, sur les bords delà rivière. Le tremblement de terre du 25 décembre précipita les maisons de la ville haute sur la ville basse.
- Les terrains tertiaires et quaternaires des environs deAlhama, Santa-Cruz, Arenas del Rey, etc., sont peu consistants; les terres végétales ont peu d’adhérence avec le sous-sol, en sorte que les terres superticielles, le tertiaire même argileux, glissent et coulent sur les pentes. Les villages bâtis sur ce sol mobile, à maisons peu solides et mal construites dont les fondations ne pénètrent pas dans la roche dure du sous-sol, sont tombés aux premières oscillations du tremblement de terre. Les quelques édifices bâtis sur des roches solides, mais qui se trouvaient sur des lignes de crevassement ou d’étoilement du phénomène oscillatoire, n’ont pas résisté non plus.
- Le phénomène de translation le plus remarquable est ce qui se passe à Guévéjar, où certaines maisons ont avancé de 27 mètres depuis le 25 décembre dernier : le village tend à descendre et à se précipiter dans la rivière Cogollos.
- Le village de Guévéjar, bâti sur le versant S. 0. de la sierra Cogollos, est assis sur une couche argileuse; la rivière passe entre le cerro Cogollos et le cerro del Castillejo et coule au sud; le sous-sol est formé par une roche calcaire. Une grande crevasse en forme de fer achevai s’est ouverte; le village occupe un foyer de cette courbe parabolique. La fente principale commence au lit de la rivière; elle entoure tout le village en s’élevant sur le cerro del Castillejo; elle est divisée et subdivisée en d’autres plus petites; elle court en direction N. 83° E. une distance de 190 mètres; elle atteint et coupe le sommet de l’un des cerros où, en se’formant, elle a accumulé un amoncellement de matériaux pierreux d’environ 1300 à 1500 mètres cubes. Ensuite, elle descend en accentuant davantage la direction E. et montant de nouveau, elle arrive au point le plus élevé de sa course où elle présente 15 mètres de large et environ 7 à 8 mètres de profondeur accessible. De ce point elle descend en continuant son développement parabolique, s’infléchissant de plus en plus vers le N., elle descend enfin et coupe en deux, dans le sens de l’axe principal du prisme, les murs d’une fabrique de poudre.
- A part cette grande crevasse, il y en a une multitude de petites, qui courent, les unes parallèlement au centre du cercle de la grande fente, d’autres perpendiculairement ou dans la direction de l’axe du mouvement. Ces petites crevasses, en coupant les édifices et élevant le sol des habitations, donnent aux maisons du village un aspect étrange; les saillies ou proéminences, que ces crevasses ont produites dans le sol des habitations, ont quelque apparence avec les amas de terre en forme de sarcophage qui dans les cimetières indiquent les tombes : cet aspect a
- effrayé les habitants de Guévéjar la nuit de la Noël.
- Le mouvement de translation de Guévéjar, à la suite des crevassements du sol, n’est pas encore terminé : la nature argileuse du terrain favorise l’inclinaison dans le sens du fendage; les maisons plus ou moins crevassées sont abandonnées.
- Dénivellations. Changement du régime des eaux. — Les derniers tremblements de terre de l’Andalousie ont déterminé des dénivellations considérables qui, sur beaucoup de points, ont changé le régime des eaux. Les sources de la rivière Almarchar ont baissé de niveau, beaucoup de propriétés riveraines ne peuvent plus être irriguées. Tous les cours d’eau compris dans la zone de la grande crevasse de Guévéjar ont disparu, laissant leurs lits à sec : la fontaine du village s’est tarie. A l’extrémité sud de la crevasse, à 15 mètres de la rivière Cogollos, il s’est formé un petit lac de 9 mètres de profondeur vers son centre et d’une superficie d’environ 2000 mètres carrés. Le versant opposé de la rivière où le lac s’est formé, s’est élevé d’environ 13 mètres au-dessus de son niveau primitif.
- Le régime normal des eaux minérales a été également altéré ; des sources ont disparu, d’autres, au contraire, ont jailli. Près de Santa-Cruz, a jailli une source thermo-minérale abondante. Les eaux minérales de Alhama sourdent maintenant en plus grande abondance qu’avant la catastrophe. Avant, elles avaient une température de 47 degrés centésimaux et le caractère salin ; depuis la nuit du 25 décembre, elles ont acquis un caractère sulfureux très marqué qui se dénote dès que l’on entre dans le balné-raire; leur température actuelle est de 50 degrés centésimaux, soit 3 degrés de plus qu’auparavant; la piscine de l’établissement d’Alhama, de style arabe de la meilleure époque, sur construction romaine, n’a pas souffert la moindre avarie, tandis que la partie de construction moderne a été affectée par le tremblement de terre.
- Nature du mouvement déduite des observations géologiques. — Les observations géologiques que nous avons faites, toutes restreintes, locales et imparfaites qu’elles sont, démontrent que durant le tremblement de terre du 25 décembre, il s’est produit des mouvements d'oscillation et des mouvements de trépidation. Tous ceux qui ont ressenti comme nous le grand tremblement de terre de la nuit de Noël, ont d’abord éprouvé une secousse verticale, et après un court intervalle, un autre mouvement comme un balancement.
- La grande crevasse de Guévéjar est instructive: elle présente en deux de ses points deux sections intéressantes. Sur l’un, un tronc d’olivier a été partagé en deux parties depuis la racine jusqu’aux branches, sectionné comme par un coup de hache, chacune des parties occupant une lèvre de la fente, moitié de l’arbre sur un bord, l’autre moitié sur le bord opposé. Sur d’autre point, la crevasse a divisé en deux le mur qui soutient la roue de la fabrique de poudre de Guévéjar. Les fentes et fissures des
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- maisons de ce village ont également la direction de la ligne décrite par les crevasses. Ces caractères imprimés au sol indiquent un mouvement d’oscillation.
- Le mouvement des briques ou carreaux des habitations qui furent soulevés par les côtés de leurs angles les uns contre les autres prouvent également la nature du mouvement oscillatoire.
- A Guévéjar, dans certaines maisons, les tuiles ont tourné d’une demi-révolution en restant renversées sur place sans qu’une seule soit tombée à terre.
- A Alhama, à Arenas del Rey, les carreaux et briques ont été également complètement renversés. Dans certaines maisons détruites, les étages inférieurs apparaissaient ensevelis à un niveau inférieur a leur niveau primitif, comme s’ils avaient obéi à un mouvement de haut en bas. Tous ces faits confirment que le tremblement de terre de la nuit du 25 décembre fut une combinaison d’un mouvement de trépidation et d’un mouvement d’oscillation.
- Le grand phénomène sismique dont nous venons de retracer l’histoire, n’est peut-être pas encore terminé à l’heure où nous écrivons. Le 21 janvier, de nouvelles oscillations se sont fait sentir à Velez-Malaga et à Loja (Grenade) a 111', 50' du matin; le 22 une secousse a eu lieu à Periana.
- La neige du 15 janvier s’est étendue de Séville à Huelva, et sur les bords de la Méditerranée à Alicante, Valence, etc. Il y a soixante-six ans qu’on n’avait vu de la neige à Huelva. Il y a vingt-cinq à trente ans que l’on n’avait vu de neige à Gordoue, a Séville et à Malaga.
- Grenade, le 2A janvier 1885. A.-B. NoGl'ÈS,
- Ingénieur civil des mines.
- LES MACHINES A TRIPLE DÉTENTE
- DANS LA NAVIGATION A VAPEüR
- Les meilleures machines Compound actuelles dépensent 900 grammes par heure et par cheval indiqué. Grâce à des perfectionnements récents dont M. E. Lambinet, ingénieur de la Société générale des transports maritimes à vapeur, nous fait connaître les principes dans la Gazette maritime et coloniale, on a pu, dans certaines machines marines construites récemment en Angleterre, réduire la consommation de charbon à 610 grammes par cheval-heure indiqué dans les expériences de réception des machines, et à 700 grammes en service couraut. Cette économie considérable de combustible a été obtenue par l’emploi de hautes pressions et de trois cylindres de détente successifs.
- Les chaudières cylindriques, à retour de flamme, sont entièrement en acier ; les trous de rivet sont percés au foret, les rivures faites à la machine hydraulique; les fourneaux sont à parois ondulées permettant la dilatation sans exercer des efforts considérables sur les points d’attache extrêmes. Ces chaudières produisent de la vapeur à une pression dp 10 kilogrammes par centimètre carré (10 atmosphères environ) ; cette vapeur est introduite dans un premier cylindre dit à haute pression, puis dans un second cylindre de plus grand diamètre dit à moyenne pression, et enfin, dans un troisième cylindre, dit
- à basse pression, d’où elle est évacuée au condenseur.
- L’économie résulte de l’énorme détente de la vapeur qui est d’environ 20 fois son volume primitif. Elle arrive dans le premier cylindre à une pression d’environ 9,5 kilogrammes, soit 177° centigrades, et quitte le troisième cylindre à une pression de 0,5 kilogramme et une température de 82° centigrade.
- L’emploi de trois cylindres permet de répartir le travail entre trois manivelles et d’obtenir, par des calages convenables, un couple moteur très constant.
- Les premières installations ont été faites sur le Jacatra faisant le service d’Amsterdam à Java, le Para de Madère, et le Lomjnewton, porteur de charbon; il résulte des rapports que la consommation maxima, en service courant, n’a jamais dépassé 720 grammes par cheval-heure indiqué: Pendant la première année de service, l’emploi de la haute pression n’a donné lieu à aucun inconvénient.
- NOUVEAU SYSTÈME DE ROBINET
- Un robinet pour être bon doit réunir un si grand nombre de qualités qu’il est facile de comprendre pourquoi jusqu’ici peu de systèmes ont mérité la confiance du public.
- Nouveau système de robinet de M. A. Bine.
- Certains robinets laissent écouler l’eau avec une force et une brusquerie des plus incommodes; d’autres présentent un mécanisme si compliqué que le moindre accident les dérange; beaucoup sont sujets à des fuites quand la pression est trop forte, etc.
- L’appareil de M. Alexandre Bine, mécanicien à Pans, ne laisse prise à aucune de ces critiques. Ce robinet, que nous recommandons à nos lecteurs, ferme contre pression et d’autant mieux que la pression est plus grande. 11 évite le coup de bélier et ne peut être maintenu ouvert qu’avec la main, ainsi que l’exige pour Paris un arrêté pré-fectoral.Comme l’indique la figure ci-dessus, le clapet presse contre son siège, par l’action d’un ressort à boudin dont la réaction croît avec la pression supportée. Le fond du clapet est garni d’une petite plaque de caoutchouc qui assure une obturation hermétique et supprime les fuites. Quand on manœuvre la poignée, on soulève le clapet par l’intermédiaire d’une tige qui fait corps avec lui. Par suite de sa forme en cylindre creux, le clapet laisse libre en se soulevant un espace annulaire dans lequel s’écrase la veine liquide, de sorte que le coup de bélier ne peut se produire. En cas de gelée, l’action de la glace n’a pour effet que de presser le ressort. Enfin la simplicité du mécanisme est telle qu’aucun dérangement n’est à craindre,
- H. Vila.
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- LA NATURE.
- OTOSCOPE
- APPAREIL POUR ÉCLAIRER L’iNTÉRIEUR DE L’OREILLE
- Le professeur Léon Le Fort a récemment présenté à l’Académie de médecine, au nom de M. le Dr Rattel, un nouvel otoscope que nous allons faire connaître.
- C’est Fabrice d’Acquapendente qui eut le premier l’idée d’éclairer l’oreille (1600). Pour cela, il plaça le malade devant une fenêtre de façon à faire pénétrer les rayons lumineux dans le conduit auditif externe. C’est lui aussi qui imagina de placer une lumière derrière une bouteille remplie d’eau, et d’en projeter les rayons concentrés dans l’oreille.
- Fabrice de Hilden avait inventé en 1585, le « spéculum auris ». Ce spéculum était en forme de pince. Voici dans quelles circonstances Fabrice de Hilden s’en servit pour la première fois. — Une jeune fille, âgée de dix ans, s’était en jouant introduit dans l’oreille gauche une petite boule de verre. Quatre chirurgiens, appelés successivement et à des époques différentes, n’avaient pu extraire le corps étranger. Cependant, la petite malade souffrait de douleurs d’oreille qui s’étendaient à presque toute la tête, et s’exagéraient pendant la nuit, surtout par les temps froids et humides. Des crises d’épilepsie étaient venues s’ajouter à ce cortège de symptômes et le bras gauche était frappé d’atrophie. Enfin, au mois de novembre 1595, Fabrice de Hilden intervint. Il parvint à se rendre compte de la cause des accidents et il se décida à enlever le corps étranger. Pour cela, il choisit, nous raconte-t-il, « un endroit bien éclairé, fit tomber la lumière solaire dans l’oreille malade, lubrifia les parois du conduit auditif avec de l’huile d’amandes et introduisit son appareil. » Faisant passer alors, avec un peu de violence, une curette entre la paroi du conduit auditif et la boule de verre, il parvint à amener celle-ci au dehors. Au commencement du dix-septième siècle, les médecins avaient donc déjà à leur disposition tout ce qu’il faut pour pratiquer l’examen de l’oreille, savoir :
- 1° Une source lumineuse; 2° un moyen de concentration de cette lumière; 5° enfin, un instrument qui, pénétrant dans le conduit auditif, en tient les parois écartées.
- Les améliorations qui eurent lieu dans la suite
- portèrent sur chacun des trois points précédents. A la lumière solaire, on préféra la lumière artificielle (celle des huiles végétales ou minérales, l’éclairage oxyhydrique, le gaz, la lumière magnésienne, etc.). La bouteille de Fabrice d’Acquapendente fit place à la lentille convexe (Archibald Cleland), aux miroirs concaves, sphériques, paraboliques, etc. Le spéculum en pince de Fabrice de Hilden fut remplacé par des spéculums pleins, cylindriques, coniques, bivalves.
- Toute l’histoire de l’éclairage de l’oreille rentre dans ce cadre. L’appareil que nous décrivons ici offre des dispositions qui lui sont propres dans ce qui a rapport à la lumière et au procédé employé pour la concentrer.
- Il est éclairé, en effet, par une petite lampe à incandescence, à fil de charbon fabriqué. Celle-ci est placée à l’intérieur de l’instrument, et sa puissance d’éclairage est égale à deux bougies. Elle peut éclairer pendant d 00 heures. Un accumulateur, d’une intensité de courant de 13 ampères-heures, l’alimente pendant six heures au minimum.
- Le réflecteur est représenté par une portion d’ellipse calculée de telle sorte que l’un des foy ers correspond à la lampe, et le deuxième à l’extrémité de l’instrument.
- Un commutateur appliqué sur l’otoscope permet d’établir et d’interrompre à volonté le courant. Un rhéostat, ajouté à l’accumulateur, donne la possibilité de graduer à loisir la lumière, en la faisant passer par toutes les nuances comprises entre le rouge cerise et l’incandescence.
- Enfin l’orifice par lequel regarde l’observateur est de dimensions telles qu’il livre passage à tous les instruments nécessaires au traitement des maladies de l’oreille moyenne et de l’oreille interne.
- Ce mode d'éclairage et de réflexion peut être adaptéàun otoscope de Brunton, utilisé pour l’examen des autres cavités naturelles, nez, pharynx, etc. Les réflecteurs elliptiques ne paraissent pas avoir été employés jusqu’ici.
- En forme de conclusion, M. le professeur Le Fort a ajouté que ce nouvel otoscope, essentiellement pratique, réalisait de sérieux progrès, et qu’il lui semblait devoir être appelé, grâce à ses heureuses dispositions, à rendre de réels services en otiatrique.
- L’appareil de M. le Dr Rattel a été construit par M. Galante. Notre gravure en donne la disposition.
- Dr Z...
- Nouvel otoscope de M. le D‘ Rallel. 0. Partie de l’instrument à introduire dans l’oreille.
- commutateur.
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- LA NATURE.
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- LES NOUVELLES GRAISSES MINÉRALES
- VASELINE. — PÉTISÉOUNE. - NEUTHALINE
- La vaseline, la pétréoline, la ncutraline, sont des corps onctueux ou huileux, qui ont le toucher gras; ils sont inodores et sans saveur, ils ont l’aspect des graisses ou des huiles, mais ils ne sont pas saponi-fiables, et ne rancissent pas : ce sont, comme les ont appelés les Américains qui en ont fait la découverte, des onguents ou des gelées de pétrole. Corps très remarquables par leurs propriétés, ils se prêtent à un grand nombre d’usages que nous allons
- énumérer, après avoir indiqué d'abord l’origine de leur production.
- On sait que les huiles de pétrole brutes, naturelles, telles qu’on les retire de leurs gisements, sont des liquides assez mobiles, très colorés; ils sont noirs verdâtres, à reflets légèrement irisés, et c’est par la distillation que l’on retire les produits incolores, éthers, essences et huiles lampantes qui servent à l’éclairage. Les premiers produits de la distillation du pétrole naturel, sont très volatils et d’une faible densité; au fur et à mesure que la chaleur exerce son action, les liquides condensés deviennent de moins en moin%volatils et de plus
- Fabrication de la vaseline. — Disposition d’une étuve de filtration sur le noir animal.
- en plus denses. Entre l’éther de pétrole qui distille au-dessous de 30° environ, et les huiles lourdes qui se séparent du produit naturel à 350° et au delà, il y a des liquides intermédiaires qui servent aux besoins de l’éclairage, dans des lampes à essence ou dans des lampes à huiles. Au fond des cornues où s’opère la distillation, il reste des résidus épais, bruns verdâtres à odeur très forte. Ces résidus constituent les goudrons de pétrole.
- On conçoit qu’en raison de l’abondance de production des essences et des huiles de pétrole, ces goudrons non moins abondants encombraient d’abord les usines à pétrole. On a cherché à les utiliser, en les distillant une deuxième fois, pour en retirer encore un peu d’huile d’éclairage, et obtenir du coke comme dernier résidu. On a proposé encore de
- les mélanger avec de la houille et avec de la sciure de bois, dans le but d’en faire des briquettes combustibles pour le chauffage ; ces usages ne donnaient pas une grande valeur au produit.
- Ces goudrons de pétrole, embarrassants et sans valeur, sont devenus aujourd’hui des matières précieuses et utilisables; c’est de ces résidus que l’on retire les nouvelles graisses minérales. Voici comment.
- On commence par chauffer le goudron de pétrole dans de grandes bassines disposées au milieu de bains de sable dont on élève graduellement la température jusqu’à 150° ou 160° ; quand l’action de la chaleur a été longtemps prolongée, le produit est désinfecté; il ne reste plus qu’à filtrer le produit sur du noir animal qui le décolore. Cette opération se fait dans de grands entonnoirs métalliques rem-
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- LA NAT U HE.
- plis de noir animal, et munis à leur partie inférieure d’un robinet comme le représente notre gravure. Le noir animal et la substance à filtrer doivent rester d’abord en contact pendant vingt-quatre heures environ. Les entonnoirs de filtration sont placés au-dessus de rigoles qui déversent le produit clarifié dans des récipients collecteurs. La filtration s’opère dans une chambre formant étuve, et dont la température doit être maintenue à 45° environ. On obtient ainsi une quantité de graisse blanche ou de vaseline qui atteint environ 8 p. 100 de la proportion du goudron employé.
- Tel est le procéd^qui a d’abord été employé aux Etats-Unis pour la production des graisses de pétrole. Introduit en France depuis plusieurs années, ce procédé a été soumis k des perfectionnements très importants qui l’ont en* quelque sorte transformé. On a mieux opéré les opérations de désinfection et de clarification, on a eu l’idée de purifier par l’éther les produits de- la fabrication, et il a été possible d’arriver à fabriquer des substances beaucoup plus pures et à meilleur marché, qui se trouvent aujourd’hui dans le commerce sous le nom de vaseline, de pétréoline et de neutraline.
- La pétréoline est une paraffine molle, onctueuse, d’une grande pureté et dont la consistance est un peu supérieure à celle de la vaseline.
- La neutraline est tout à fait liquide, c’est une substance huileuse sans couleur, sans odeur et sans saveur; aussi limpide que.de l’eau, elle est fabriquée avec des huiles lourdes de pétrole qui ne servaient auparavant qu’au graissage des machines.
- Les propriétés et les usages fie ces différents produits sont analogues ; nous parlerons de la pétréoline que nous prendrons comme type.
- Blanche ou blonde suivant son degré de purification, la pétréoline a l’aspect d’une pâte mueilagi-neuse homogène ; fusible à 55°, elle bout à 500° et distille sans résidu. On doit la conserver à l’abri de la lumière, car l’action prolongée des rayons solaires y développe une légère odeur de pétrole. Insoluble dans l’eau eP dans l’alcool, la pétréoline se dissout en toute proportion dans les corps gras, les essences, le sulfure de carbone et le chloroforme.
- La pétréoline dissout le brome et l’iode dans des proportions considérables même à froid; elle dissout de petites quantités de phosphore et de soufre, ainsi que bon nombre d’alcaloïdes. Elle ne peut ni rancir ni être saponifiée, aussi remplace-t-elle avantageusement tous les corps gras dans les pansements des plaies et les préparations pharmaceutiques.
- En parfumerie, la vaseline et la pétréoline sont employées dans le traitement des fleurs. Ces onguents de pétrole permettent d’obtenir des pommades mères d’une suavité et d’une conservation parfaites destinées à la préparation des pommades fines et à celle des extraits de premier choix. Ils ont le grand avantage d’être inodores, et ne masquent jamais l’odeur des fleurs.
- Les parfumeurs préparent aujourd’hui avec la
- pétréoline des infusions de vanille, de musc, de civette, de fève tonka, d’iris, de benjoin, dont ils tirent un excellent parti. Ces infusions beaucoup plus chargées que toutes celles que l’on pouvait obtenir auparavant, ont un parfum plus fort et plus fin; elles offrent, en outre, l’avantage d’être employées quarante-huit heures après leur préparation, avec autant de succès que pouvaient l’être, après ' deux mois, celles que l’on préparait avec les corps gras habituellement usités.
- La vaseline et la pétréoline, extrêmement onctueuses, ont la propriété de lubrifier et d’assouplir les tissus organiques beaucoup mieux que les huiles, la graisse ou la glycérine. En pénétrant dans les pores de la peau, elles assouplissent cet organe et sont très utiles dans un grand nombre de maladies cutanées, surtout dans les formes sèches et squameuses. Agents pharmaceutiques très précieux, les graisses minérales peuvent très avantageusement servir à la préparation de tous les médicaments qui ont pour base les corps gras. Il se prépare aujourd'hui des quantités considérables de vaseline ou de pétréoline au camphre, au goudron, au chloroforme, etc.Les huiles médicinales peuvent être aussi remplacées par les pétréolines médicinales qui se conservent sans altération.
- La neutraline est aussi très usitée actuellement , en pharmacie.
- La vaseline et ses homologues ont encore d’autres emplois; ces produits sont très précieux pour le graissage des armes et des instruments de fer qu’ils préservent de la rouille d’une manière indéfinie ; on s’en sert pour assouplir les cuirs qu’elles rendent imperméables; ils sont, en outre, employés à la confection des pâtisseries et des bonbons.
- Le Conseil d’hygiène du département de la Seine a appris récemment que des pâtissiers remplaçaient, dans la confection de leurs gâteaux, la graisse et le beurre par la vaseline et la pétréoline, afin d’obtenir des gâteaux qui se conservent sans rancir. Les onguents de pétrole ne possèdent aucune des qualités nutritives du beurre, leur action sur l’économie n’est pas encore connue, et le Conseil d’hygiène a émis l’avis qu’il y avait lieu d’interdire l’emploi de la vaseline, de la pétréoline, de la neutraline ou de tout autre produit similaire dans la fabrication des gâteaux et des substances alimentaires.
- Nos voisins d’outre-Manche ne partagent pas ces scrupules et ils recommandent la vaseline pour l’usage interne. Quelques médecins anglais affirment que l’on peut se servir avec grand succès de la gelée de pétrole contre le rhume, la diphthérie et les affections des poumons. Les bonbons à la vaseline obtiennent un certain succès de l’autre côté du détroit. Mais nous croyons que ces produits alimentaires s’introduiront difficilement dans notre pays où l’on a le goût plus délicat. — La vaseline et ses dérivés n’en offrent pas moins un grand intérêt.
- Gaston Tissandier.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ‘2 février 1885. — Présidence de M. Boule v.
- Il n'y a pas eu de séance aujourd’hui ; après un dépouillement extrêmement sommaire de la correspondance, réduit aux titres des principaux mémoires adressés, la Compagnie s’est séparée en signe de deuil à la nouvelle du décès de M. Dupuy de Lôme. Le vice-président, M. l’amiral Jurien de la Gravière,a essayé de retracer les traits principaux de la carrière du défunt, mais son émotion, qu’il n’a pu maîtriser, l’a empêché de poursuivre.
- La correspondance mentionne la perte que la science vient d’éprouver dans la personne de M. de Baumhauer, président delà Société des sciences de Ilaarlem; — des remerciements de M. Preslwich récemment nommé correspondant; — une nouvelle note où M. Laur expose à nouveau sa théorie de moins en moins acceptable des tremblements de terre ; — une note de MM. Etard et Brémond sur les ferrocyanures ; — la description de l’actinomètre au sélénium employé à l’Observatoire de Rio de Janeiro; —plusieurs notes sur le mouvement perpétuel et la quadrature du cercle. Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- La lutte entre les arbres. — Il y a une trentaine d’années, on s’est remis sérieusement au reboisement de la Sologne, pays perdu des environs de Blois. On a semé du pin maritime et du pin sylvestre ; au bout de quinze ans, sous ces pins un peu éclaircis, on voyait naître des chênes qu’on n’y avait pas semés, et les pins définitivement coupés ont été remplacés naturellement par de beaux taillis de chêne. La tradition et l’histoire même nous disent que le pavs était anciennement couvert de vastes forêts de chênes. Les glands ont su attendre le moment favorable pour germer; c’est la seule explication possible. A ces renseignements, qui ont été communiqués à l'Exploration par M. Le Mesle, M. Éinile Hansen-Blang-sted ajoute : « Nous n’ignorons nullement que la lutte entre les arbres existe partout. Nous avons fait de nombreuses observations de ce genre, surtout en Europe et en Asie. Dans le pays des Grisons le pin déloge partout le mélèze, et ici comme dans le Jura la lutte restera définitivement au hêtre. On admet en général que le hêtre a remplacé en Suisse le chêne, le sapin et le bouleau, car on ne rencontre ces arbres que clair-semés et dans un état chétif. En Prusse, le pin remplace le chêne et le bouleau. Dans les forêts de pins de la Russie, le bouleau et le frêne prennent de plus en plus d’extension, et dans les forêts de pins de la Sibérie, c’est le bouleau qui déloge l’arbre aborigène. La lutte qui se trouve entre les races' humaines se rencontre parmi les plantes, parmi les oiseaux, parmi les poissons ; enfin elle existe chez tous les animaux qui vivent sur terre, comme aussi dans la profondeur des eaux. »
- Désincrustation des chaudières par l’électri- , cité. — MM. J.eannolle et Cie ont soumis récemment à l’appréciation de la chambre syndicale des fabricants de tulle de Saint-Pierre-lès-Calais, les résultats qu’ils viennent d’obtenir, à l’aide de l’électricité, pour faire disparaître les incrustations dans les générateurs à vapeur, et empêcher la formation des dépôts adhérents. Par la mise enopposition despôles positif et négatif d'une batterie élec-
- trique pendant trente heures, les expérimentateurs disent avoir trouvé, au fond des chaudières, une masse pulvérulente, composée en grande partie de chaux et plaques de même composition, dont la solidité est due au contact immédiat des parois chauffées. Le courant établi le long des parois décomposant les sels incrustés tels que le carbonate de chaux, le chlorure de sodium, le chlorure de magnésium, l'alumine, la silice, le peroxyde de fer, etc., dégage les corps gazeux (oxygène, acide carbonique, etc.) contenus dans ces sels, et, par cette raison détruit l’adhérence et en fait tomber les bases en masses pulvérulentes. MM. Jeannolle et Cie ont renouvelé l’expérience chez fil. Th. Lefebvre, qui alimente à l’aide d’un puits artésien profond et à infiltrations salines. Le même succès a répondu de nouveau à leur attente et la désincrustation s’est opérée en quarante-huit heures.
- Les eourses ù. pied en Alsace. — Dimanche, 25 janvier, a eu lieu, à Mulhouse, un intéressant concours de courses à pied. Cinq sociétés ont pris part à ce concours ; chacune d’elles avait à parcourir 50 kilomètres et devait quitter son point de départ, exactement fixé à l’avance, à 11 h. 50 m. du matin. C’est la Société de Colmar, qui, partie de Sainte-Croix-en-Plaine, est arrivée la première à la borne kilométrique initiale de Mulhouse entre l’Hôtel Central et l’Hôtel Wagner. Les arrivées se sont produites dans l’ordre suivant : La Société de Colmar à 5 h. 29 m., ayant parcouru 50 kilomètres en 4 heures moins 1 minute. L'Olympia, de Mulhouse, à 5 h. 59 m. La Société de Dornach à 5 h. 45 m. La Société de Soultz à 5 h. 48 m. L'Espérance, de Mulhouse, à 5 h. 54. Elles se sont succédé dans un intervalle de 25 minutes, ce qui, étant donnée la distance, est un résultat vraiment surprenant et qui fait honneur à tous les concurrents sans exception. Nous dirons à ces sociétés de gymnastique et de marche, avec le journal de Mulhouse auquel nous empruntons ces renseignements : « Continuez, travaillez, exercez-vous sans relâche, et donnez-nous souvent le spectacle de ces fêtes de la jeunesse saine et robuste, qui prépare les hommes vaillants et les bons citoyens. »
- Le» freins continus sur les chemins de fer français. — Un récent rapport adressé au Ministre des travaux publics montre l’extension considérable que l’emploi des freins continus a prise dans ces derniers temps. Le matériel qui a reçu en France des freins continus pendant l’année 1882, était de 709 machines et tenders, et de 5891 voitures et autres véhicules. Le matériel muni de freins à la fin de l’année 1885 était de 1278 qiour les machines et tenders, et de 7589 pour les voitures et autres véhicules. Le Rapport que nous signalons à nos lecteurs, donne les incidents de marche répartis par réseau et par système de freins. Les différents systèmes employés ont été les suivants : Smith-Hardy (non automatique); Westinghouse (automatique); Westinghouse (type P.-L.-M.) ; Wenger; Electrique Achard, type de l’Est ; Electrique Achard, type de l’Etat. L’ensemble des kilomètres parcourus par les machines tenders ou véhicules munis de ces freins a été en 1883 de 18685197 ; le nombre d’arrêts effectués de 2 555788. Les cas de mauvais fonctionnement ont été relativement très minimes.
- Les collectionneurs d’affiches. — Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de prendre la défense des collectionneurs qui jadis passaient parfois pour des monomancs ; on sait que les collections spéciales peuvent devenir de vc-
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- LA NATURE.
- niables musées par le nombre et l’intérêt des objets qu’elles contiennent. Nous venons de recevoir le tirage à part de deux intéressants articles publiés par M. Ernest Maindron, dans la Gazette des Beaux-Arts, sur les Affiches illustrées; nous avons déjà eu l’occasion de voir la curieuse collection de M. Maindron et nous avons apprécié tout l’intérêt qu’elle présente, depuis une curieuse affiche de 1715, qui représente les parapluies à porter dans la poche, avec le témoignage de Messieurs de l'Académie royale des sciences, jusqu’aux petits chefs-d’œuvre de chromolithographie dont M. Cheret, un véritable peintre, nous donne chaque jour de nouveaux spécimens. M. Ernest Maindron n’est pas seul à collectionner des affiches; il a deux rivaux, mais sa collection est de beaucoup la plus importante. Affiches politiques qui résument en quelque sorte l’histoire par des documents laconiques, proclamations, discours, affiches illustrées qui portent parfois les noms de grands artistes, comme ceux des
- Ratïet, des Grandville, des Gavarni, des Henry Monnier, des Daumier, des Grevin, des Gustave Doré, des Vibert, forment un ensemble étonnant, qui prend un caractère scientifique quand on se représente qu’il donne la suite des procédés d’impression et de leurs progrès.
- UNE BALEINE ÉCHOUÉE A LUC-SUR-MER
- (calvados)
- Il n’est pas fréquent de rencontrer une baleine sur les rivages maritimes de la Normandie ; on conçoit qu’un tel événement ait jeté l’émoi dans la localité où il s’est produit, et que tous les journaux en aient parlé. Nous avons déjà fait savoir à nos lecteurs que vers le milieu de janvier une baleine
- Baleine échouée à Luc-sur-Mer (Calvados.) D’après une photographie.
- avait échoué à Luc sur-Mer, sur les côtes du Calvados, devaut les fenêtres mêmes du Laboratoire de zoologie maritime. M.Delage, professeur à la Faculté-des sciences de Caen, nous a appris qu’il s’agissait d’un rorqual mâle (balenoptera musculus), très bien conservé1. M. Joseph Lecornu, de la ville de Caen, nous a donné d’autre part quelques renseignements complémentaires à ce sujet, en nous disant que la mort de l’animal dont le cadavre a échoué, semblait remonter environ à trois semaines, et que la longueur totale de l’animal atteignait environ 18 mètres et demi.
- Un autre de nos correspondants, M. Dupuy, nous adresse de Lisieux une photographie qu’il a faite lui-même de la baleine échouée à Luc-sur-Mer. Cette photographie que nous reproduisons ci-dessus,
- représente la baleine échouée et couchée sur le dos. La tête est engravée dans le sable, et la langue gigantesque de l’animal gît hors de la bouche. Une multitude de promeneurs et de curieux sont venus voir la baleine de Luc-sur-Mer, dont on a récemment enlevé une des mâchoires que l’on a l’intention de conserver. On procède actuellement à la préparation de cette pièce curieuse. Des moulages très réussis ont été d’ailleurs pris, et reproduisent exactement certaines parties intéressantes de l’animal.
- Le squelette entier et la peau de labaleine, seront montés pour le Musée de l’École de Médecine de Caen. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Voy. n° 608, du 24 janvier 1885, p. 127.
- imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N# 611. — 14 FÉVRIER 1885.
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- LE COMBAT POUR LA AIE
- UN CHIEN DÉVORÉ PAR DES CORBEAUX
- Un journal du département du Nord, L'Echo de la frontière, donnait récemment le récit d’un l’ait extraordinaire qui aurait eu lieu dans le département. Des corbeaux, affamés par les temps de neige de janvier dernier, se seraient jetés sur un chien, appartenant à un maître de verrerie d'Aniche, et l’auraient dévoré. Nous avons voulu nous assurer de l’authenticité du fait, et nous nous sommes directement adressé au directeur de la verrerie Saint-
- Albert, à Aniche, M. Magin, qui a bien voulu, sur notre demande, nous donner des renseignements très exacts à ce sujet. Nous reproduisons une partie de la lettre que notre aimable correspondant a bien voulu nous écrire :
- Mon chien, qui appartenait à l’espèce des griffons à longs poils, dit M. Magin, prenait ses ébats avec d’autres chiens dans un champ voisin de l’usine, quand il a été attaqué par des corbeaux sans doute affamés. Voici ce que je présume : mon chien, ayant d’abord été maltraité par ceux avec lesquels il courait, revenait épuisé de la lutte vers la route. Il en était à environ 60 mètres, quand les ouvriers de l’usine l’aperçurent environné de corbeaux ;
- Un cliieu dévoré pur des corbeaux à Aniche (Nord). Commencement de l’attaque.
- il y en avait au moins une centaine dans le champ, mais seulement une trentaine, à peu près, étaient venus lui donner la chasse. Les corbeaux qui l’entouraient d’abord de toutes parts, se partagèrent bientôt en deux camps ; les uns voltigeant devant le chien, les autres derrière lui, le poussant en avant. Ceux du devant s’élevaient à une hauteur d’environ 2 mètres, et plongeaient sur lui à coups de bec et toujours à la même place, c’est-à-dire là où le sang avait jailli à la suite d’une première blessure. Le chien, qui avait d’abord essayé de se défendre, voulut se sauver, mais les corbeaux, soit par devant, soit par derrière, l’en empêchaient et tombaient toujours sur lui à coups de bec répétés. Ils lui avaient crevé un œil, lui avaient fait au cou une profonde blessure et l’auraient certainement entièrement déchiqueté sur place, si un gamin de l’usine, envoyé par les ouvriers, n’était venu à son secours. Quand il enleva le chien, les cor-13° année. — ter semestre.
- beaux, bien loin de se sauver, restèrent à voltiger très près de terre, plutôt agressifs que craintifs ; ils ont séjourné pendant quelque temps à la place où on leur avait enlevé leur proie, tandis que le gamin accourait à l’usine avec mon pauvre vieux et fidèle chien que j’ai dû faire abattre deux jours après, à la suite de scs blessures.
- Ce récit donne un frappant exemple du terrible combat pour la vie que tous les êtres vivants sont contraints de se livrer entre eux ici bas, pour entretenir leur existence. 11 montre aussi combien les cruelles nécessités de la faim inspirent parfois de témérité et d’audace.
- On remarquera que la manière dont le chien de la verrerie d’Aniche a été attaqué, peut être citée à l’appui de l’intelligence des corbeaux ; ces bandes
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- d’assaillants séparées en deux camps d’observation, au milieu desquels quelques individus portaient les coups sur la victime, obéissaient certainement à un plan d’attaque organisé.
- Le comte Wodzicki dans son livre les Alpes, a décrit en observateur consciencieux les mœurs des corbeaux, et il raconte qu’il en a vu plusieurs fois dévorant un lièvre qu'ils avaient poursuivi, après l’avoir affolé de leurs croassements, et l’avoir contraint de se terrer.
- On sait que les corbeaux, qui jouent danslemonde des oiseaux un rôle analogue à celui du renard parmi les mammifères, dévorent quelquefois les oiseaux de basse-cour; mais on n’avait jamais entendu dire qu’ils étaient capables de livrer bataille à un chien, même d’assez petite taille. Le fait nous a paru intéressant à enregistrer; il montre que pendant l’hiver, alors que les campagnes sont couvertes de neige, les corbeaux peuvent être dangereux; ces pillards audacieux oseraient peut-être, dans d’autres circonstances, s’attaquer à un enfant blessé, tout aussi bien qu'ils l’ont fait à l’égard du malheureux chien de la verrerie d’Aniche. G. T.
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- A PROPOS DES TREMBLEMENTS DE TERRE
- DE ^ANDALOUSIE1
- LE TREMBLEMENT DE TERRE DE LISBONNE EN 1735
- On a lu, dans notre précédente livraison, l’histoire des désastres causés par le tremblement de terre de l’Andalousie. Nous croyons intéressant de rappeler à ce sujet l’épouvantable catastrophe, unique peut-être dans l’histoire de l’humanité, dont les régions voisines du sud de l’Espagne ont été le théâtre, vers le milieu du siècle dernier.
- Dans aucune partie de la région volcanique de l’Europe méridionale il n’y a eu, pendant les temps modernes, de tremblement de terre aussi terrible que celui qui commença le 1er novembre 1755 à Lisbonne. Un bruit semblable à celui du tonnerre se fit entendre sous terre, et, immédiatement après, une violente secousse renversa la plus grande partie de cette ville ; en six minutes environ, 00 000 personnes périrent. La mer se retira d’abord, et mit la barre à sec ; puis elle se précipita sur le rivage en s’élevant de 15 mètres et même plus au-dessus de son niveau ordinaire. Les montagnes du Portugal furent ébranlées violemment; ce n’est pas tout. La circonstance la plus extraordinaire qui se soit manifestée à Lisbonne pendant la catastrophe est l’affaissement d’un nouveau quai tout en marbre qui avait été bâti à grands frais. Une multitude de personnes s’y étaient réfugiées, pensant qu’elles y seraient à l’abri de la chute des décombres ; mais tout à coup le quai s’enfonça avec tous ceux qui s’y croyaient en sûreté, et l’on ne revit pas un seul cadavre des victimes de ce terrible événement flotter à la surface des eaux. Un grand nombre de bateaux et de petits bâtiments, amarrés près de là et remplis de monde, furent engouffrés comme dans un immense tourbillon, et jamais aucun débris n’en reparut à la surface.
- Le grand espace sur lequel sévit le tremblement de
- 1 Voy* n^OlO, du 7 février 1885, p. 150.
- terre de Lisbonne en 1755 est extrêmement remarquable. C’est en Espagne, en Portugal et dans la partie septentrionale de l’Afrique que le mouvement fut le plus violent ; mais le même jour on en ressentit la secousse dans presque toute l’Europe et même aux Antilles. Le port de Saint-Ubès, situé à 28 kilomètres au sud de Lisbonne, fut englouti. A Alger et à Fez, en Afrique, l’agitation du sol fut également très violente; à huit lieues de Morocco, une ville et ses habitants, au nombre de huit à dix mille, furent engouffrés avec tout le bétail qui s’y trouvait : bientôt après, la terre se renferma sur eux.
- Le choc fut ressenti en mer, sur le pont d’un vaisseau, à l’ouest de Lisbonne.
- Une vague immense à la suite du tremblement de terre, balaya les côtes d’Espagne, de l’Afrique et de Pile Madère. Cette vague n’atteignit pas moins de 18 mètres de hauteur à Cadix, et exerça des ravages inouïs *.
- LA. SUSPENSION VOLONTAIRE DE LA VIE2
- Le corps d’un animal peut être comparé à une machine qui transforme en mouvement les aliments qu’elle reçoit. Si elle ne reçoit rien, elle ne produira rien, mais il n’y a pas de raison pour qu’elle se détraque si elle n’est pas detériore'e par les agents extérieurs. Le paysan légendaire qui voulait accoutumer son âne à ne point manger netait donc théoriquement absurde que parce qu’il voulait en même temps le faire travailler. Toute la difficulté consiste à rompre avec de vieilles habitudes. 11 ne faut pas d’à-coup ; et, pour revenir à notre comparaison de tout à l’heure, on risque de faire éclater la chaudière d’une machine à vapeur si on la chauffe ou si on la refroidit brusquement, mais il est possible de la faire marcher très lentement et très longtemps avec très peu de combustible. On peut même arriver à conserver simplement sous la cendre un reste de feu qui n’a point la puissance de mettre en jeu les organes, mais qui suffira pour ranimer plus tard le foyer quand on l’aura de nouveau chargé du combustible nécessaire.
- Nous avons eu récemment l’exemple du Dr Tanner qui a passé quarante jours sans autre nourriture que de l’eau.
- 11 n’y a pas très longtemps, Liedwine de Schie-dam, alitée depuis vingt ans, déclarait qu’elle n’avait pris aucun aliment depuis huit années. On raconte que sainte Catherine de Sienne s’était peu à peu habituée à se passer de nourriture et quelle vécut vingt ans dans l’abstinence la plus complète.
- On connaît plusieurs exemples de sommeil très long pendant lequel le dormeur n’a, naturellement, pris aucune nourriture. Delrio cite, dans ses Dis-quisitions magiques, un paysan qui dormit un automne et un hiver entiers. Pfendler rapporte qu’une jeune femme hystérique tomba deux fois dans un sommeil profond qui, chaque fois, dura six mois. En 1882, on recueillit sur un banc
- 1 D’après Charles LyeW. Principes de Géologie, tome III.
- a Yoy. n° 607, du 17 janvier 1885, p. 106*
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- de l’avenue de la Grande-Armée, une jeune femme enceinte et endormie; on la porta à l'hôpital Beaujon où elle accoucha quelques jours après sans se réveiller; et ce n’est que trois mois après qu’on put la tirer de sa léthargie à l’aide de douches d’eau froideL En ce moment même, à Tremeillc (Aisne), une femme nommée Marguerite Bouyenvalle dort depuis bientôt un an sans autre nourriture que quelques gouttes de bouillon qu’on introduit chaque jour dans sa bouche.
- Ce qui est plus extraordinaire, c’est que le Dr Fournier dit, dans son Dictionnaire des sciences médicales, qu’il a connu à Paris un écrivain distingué restant parfois des mois entiers sans prendre autre chose que des boissons émollientes, tout en vivant comme tout le monde.
- La respiration est certainement beauconp plus nécessaire à la vie que l’alimentation, mais elle n’est point absolument indispensable, ainsi qu’on l’a vu dans les cas de mort apparente cités dans l’article précédent. On peut même arriver, par l’exercice, à s’accoutumer, jusqu a un certain point, à l’abstinence d’air comme on s’habitue à l’abstinence d’aliments.
- Les gens qui font le métier de plonger pour la uèche des coraux, des perles ou des éponges, arrivent à passer de 2 à 5 minutes sous l’eau. Miss Lurline, qu’on voyait à Paris, en 1882, dans son aquarium, restait ainsi 2 minutes et demie sans respirer2. Henry de Rochas, médecin de Louis XIII, donne, dans son traité De la Nature, 6 minutes pour la limite maximum du temps qui peut s’écouler entre deux prises d’air successives ; il est probable que ce chiffre était basé sur l’observation des animaux hibernants dont j’ai parlé dans l’article précédent.
- Le Dr Dechambre raconte, dans son Dictionnaire encyclopédique (t. IX, p. 557), l’histoire d’un Hindou qui se cachait dans les eaux du Gange aux endroits où se baignaient les dames de Calcutta, saisissait l’une d’elles par les jambes, la noyait et lui enlevait ensuite ses bijoux. On attribuait sa disparition aux crocodiles. Une femme étant parvenue à lui échapper, elle dénonça l’assassin qui fut saisi et pendu en 1817.
- Un fait bien connu est celui du colonel Townshen qui jouissait de la singulière propriété de pouvoir arrêter à volonté, non seulement sa respiration, mais encore les battements de son cœur. 11 fit un jour l’expérience devant le chirurgien Gosch qui le soignait dans sa vieillesse, deux autres médecins et M. Shrine, son apothicaire. En leur présence, dit Gosch qui rapporte le fait, le colonel se coucha sur
- 1 Voy. à ce sujet un article du Dr Cartaz dans La Nature; 1882, 2e scm. p. 473.
- Je ne saurais me dispenser de citer au moins l’histoire des sept jeunes chrétiens d’Ephèse qui en l’un 230 de notre ère, sous le règne de l’empereur Décius, se réfugièrent avec leur chien dans une caverne près de la ville, s’y endormirent tous les huit et se réveillèrent 200 ans après sous le règne de Théodose le Jeune. ,
- 2 Voy. La Nature, 1882, 2e sera., p. 209.
- le dos, le Dr Cheyne observa le pouls, le Dr Baynard mit la main sur le cœur et M. Shrine tint un miroir sur la bouche. Après quelques secondes, pouls, respiration, mouvement du cœur, ne pouvaient plus sa constater. Au bout d’une demi-heure, les spectateurs commençaient à être effrayés lorsqu’ils virent progressivement les fonctions reprendre leur cours et le colonel revenir à l’existencel.
- Les fakirs de l’Inde s’habituent à l’abstinence d’air, soit en [s’introduisant dans les narines des ficelles qui ressortent par la bouche, soit en habitant des cellules souterraines dans lesquelles l’air et le jour ne pénètrent que par d’étroites fentes, quelquefois remplies de terre glaise. Ils y demeurent assis au milieu d’un profond silence, pendant de longues heures, sans autre mouvement que celui de leurs doigts égrenant lentement un chapelet, l’esprit absorbé par la prononciation mentale du mot mystique om, qui désigne la divinité et qu’ils doivent répéter sans cesse en cherchant à respirer le moins possible. Chaque inspiration durant 12 secondes et chaque expiration 24 secondes, ils espacent de plus en plus leurs prises d’air et arrivent, paraît-il, au bout de trois ou quatre mois, à mettre entre elles un intervalle de une heure et demie.
- Là n’est point encore l’idéal, car un de leurs livres sacrés dit en parlant d’un saint :
- « Au quatrième mois il ne se nourrit plus que d’air et seulement tous les douze jours, et, maître de sa respiration, il embrasse Dieu dans sa pensée.
- « Au cinquième il se tient immobile comme un poteau ; il ne voit plus rien autre chose que Baghavat et Dieu lui touche la joue pour le faire sortir de son extase. »
- On conçoit qu’en se soumettant dès l’enfance à de pareilles gymnastiques, certains hommes déjà prédisposés par l’atavisme ou une conformation particulière puissent arriver à faire des choses qui semblent impossibles au commun des mortels. Ne voyons-nous pas tous les jours des acrobates rester la tète en bas pendant un temps qui suffirait pour tuer par congestion les 99 p. 100 de leurs spectateurs s’ils se mettaient dans la même posture? Un sauvage, qui apprend péniblement à épeler lettre par lettre, peut-il comprendre que bien des gens arrivent à saisir le sens général d’une page tout entière d’un seul coup d’œil?
- Il n’y a donc pas lieu de rejeter a priori dans le domaine des tours de passe-passe les faits étonnants que nous rapportent un grand nombre de témoins dignes de foi au sujet d’un jeune fakir qui, il y a une quarantaine d’années, avait pour profession de se faire enterrer et de ressusciter plusieurs mois après.
- Voici comment un officier anglais, M. Osborne2,
- 1 L’expérience que le colonel avait pu faire impunément quand il était plus jeune, lui fut fatale cette fois-là, car il mourut quelques heures après.
- 2 M. Osborne tenait ces détails du capitaine Wade, agent politique à Lodhiana qui avait assisté à l’exhumation.
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- raconte l’une de ces opérations qui eut lieu en 1838 au camp du roi Randjet-Singh :
- « A la suite de quelques préparatifs qui avaient duré quelques jours et qu’il répugnerait d’énumérer, le fakir déclara être prêt à subir l’épreuve. Le maharadjah, les chefs sikhs et le général Ventura se réunirent près d’une tombe en maçonnerie construite exprès pour le recevoir. Sous leurs yeux, le fakir ferma avec de la cire, à l’exception de sa bouche, toutes les ouvertures de son corps qui pouvaient donner entrée à l’air; puis il se dépouilla des vêtements qu’il portait; on l’enveloppa alors dans un sac de toile, et, suivant son désir, on lui retourna la langue en arrière de manière à lui boucher l’entrée du gosier *. Aussitôt après cette opération, le fakir tomba dans une sorte de léthargie.
- Le sac qui le contenait fut fermé, et un cachet y fut apposé par le maharadjah.
- On plaça ensuite ce sac dans une caisse de bois cadenassée et scellée qui fut descendue dans la tombe ; on jeta une grande quantité de terre dessus, on foula longtemps cette terre et on y sema de l’orge, enfin des sentinelles furent placées tout à î'entour avec ordre de veiller jour et nuit.
- « Malgré toutes ces précautions, le maharadjah conservait des doutes; il vint deux fois dans l’espace de dix mois, temps pendant lequel le fakir resta enterré, et il fit ouvrir devant lui la tombe. Le fakir était dans le sac tel qu’on l’y avait mis, froid et inanimé. Les dix mois expirés, on procéda à l'exhumation définitive du fakir. Le général Ventura et le capitaine Wade virent ouvrir les cadenas, briser les scellés et élever la caisse hors de la tombe. On retira le fakir : nulle pulsation, soit au cœur, soit au pouls,
- * Les fakirs ont l'habitude de se faire de nombreuses incisions au filet de la langue afin d’allonger assez cet organe pour qu’il se replie facilement en arrière.
- n’indiquait la présence de la vie. Comme première mesure destinée à le ranimer, une personne lui introduisit très doucement le doigt dans la bouche et replaça sa langue dans sa position naturelle. Le sommet de la tête était seul demeuré le siège d’une chaleur sensible. En versant lentement de l’eau chaude sur le corps, on obtint peu à peu quelques signes de vie; après deux heures de soin, le fakir se releva et se mit à marcher en souriant.
- « Cet homme, vraiment extraordinaire, raconte que durant son ensevelissement il a des rêves délicieux, mais que le moment du réveil lui est toujours très pénible. Avant de revenir à la conscience de sa propre existence, il éprouve des vertiges. Ses ongles et ses cheveux cessent de croître. Sa seule crainte est d’être entamé par les vers et les insectes ; c’est pour s’en préserver qu’il fait suspendre la caisse où il repose au milieu de la tombe. »
- Le fragment que nous venons de citer a été publié, en 1842 dans le Magasin pittoresque , par un écrivain qui venait de voir à Paris le général Ventura et avait obtenu de lui la confirmation complète du récit du capitaine Wade.
- Un autre officier anglais , M. Boileau, dans un ouvrage publié vers 1840, et le Dr Mac-Gregor, dans sa topographie médicale de Lodhiana, racontent, avec des circonstances analogues, deux autres exhumations dont ils ont été témoins séparément. La question mérite donc d’être examinée très sérieusement1. A. de Rochas.
- 1 J'indiquerai au lecteur curieux de l’approfondir davantage, une notice publiée à Bénarès par N.-C. Paul sur les Yogis, et une dissertation du Dr Preyer, imprimée à Iéna sous le titre : Ueber die Erforschung des Lebens. Ces deux documents sont cités dans un article publié sur le même sujet par M. Jules Soury, dans le numéro du 14 mai 1880 de la République française.
- Portrait du lakir qui sa faisait enterrer vivant. (D’après un dessin fait au Pendjab, en 1838.)
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- LES VENTILATEURS D’AÉRATION
- POUR LES MINES, DE M. E.-D. FARC.OT
- On sait combien l’aérage des mines offre d’importance, et, parmi les nombreux systèmes préconisés à cet effet, les vcntilaleurs mécaniques de M. Farcot doivent être cités parmi les plus pratiques et les plus simples. Nous avons eu l’occasion de voir fonctionner récemment le grand ventila leur de 4 mètres de diamètre destiné aux mines de Bi •assac, dans Puy - de - Dôme.
- Ce système est analogue à celui qui fonctionne depuis trois ans à Champagnac (Cantal) ; nous le représentons ci-contre. Avant de le décrire, nous parlerons d’une installation qui a été faite précédemment aux houillères de Dccazeville dans l’Aveyron. Le système de ventilateur soufflant de Decazeviile comprime, en le soufflant, l’air à l'ouverture du puits où il est installé, et le chasse ainsi dans toutes les galeries. Les ventilateurs de Champagnac et de Brassac sont, au contraire, aspirants, et ils appellent l’air des galeries, mises en relation avec un puits d’aération, à l’autre extrémité de la mine. Parlons d’abord de l’appareil de Decazeviile, qui a 6 mètres de diamètre et débite 20 mètres cubes par seconde.
- La partie caractéristique de ce système de ventilateur consiste principalement dans l’emploi d’une turbine d’une forme particulière, formée par la réunion de deux disques coniques, reliés par des aubes courbes, disposées de manière à ménager à la circonférence intérieure une chambre annulaire constituant un réservoir d’équilibre de pression qui permet de répartir uniformément la pression du fluide dans toutes les parties de la turbine, ce qui
- évite la différence de pression en avant et en arrière de chaque aube, qui existe dans les \entilateurs ordinaires. Les aubes sont disposées de manière à prendre l’air sans choc, suivant un angle de 45° environ ; elles sont recourbées à leur extrémité suivant un angle de 35° par rapport au rayon, afin de forcer l’air à sortir suivant une composante plus inclinée que celle qui correspondrait à la direction de l’aube suivant le rayon. Cette disposition a pour but d’augmenter l’effet de la force centrifuge. Le ventilateur est mis en rotation par une
- machine à vapeur à deux cylindres superposés.
- La section de débit annulaire ménagée entre les disques, est réglée de manière à ne pas être supérieure à la moitié de la section de débit annulaire mesurée à l’extrémité des aubes. La pratique a démontré que c’est à cette condition que la compression de l’air peut se produire dans la chambre annulaire à un degré suffisant pour que la vitesse d’écoulement de l’air soit uniforme pour toute la circonférence de la turbine, et cela sans qu’il se [forme aucun remous donnant lieu aux vibrations et par suite auronflementdes ventilateurs dont les ailes se prolongent jusqu’à la circonférence extrême.
- Une autre conséquence importante de ce système de turbine est de pouvoir tourner dans l’enveloppe du ventilateur sans éprouver la résistance qui. existe dans les anciens ventilateurs dont les ailes vont jusqu’à l’extrémité des disques tournants. Il y a en effet dans ces derniers une différence de pression entre la partie antérieure et la partie postérieure des aubes. Cette différence de pression est une cause de remous et augmente la résistance à la rotation dans l’enveloppe du ventilateur.
- Le ventilateur aspirant, dont le système récem-
- le
- Turbine du ventilateur de M. Fareot, pour l’aérage des houillères de brassac (l’uy-de-Dômc). La marche de l’air en mouvement est indiquée pur les flèches.
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- LA NATURE.
- ment installé à Brassac peut être considéré comme un type accompli, est basé sur le principe de la réaction (Voy. la figure). Il prend l’air extérieur sans choc et sans remous, par le centre G suivant un angle de 45°, et l’abandonne par 4a circonférence sans vitesse absolue. L’air s’échappe en sens inverse de la rotation, et par sa réaction, agit comme moteur en faisant tourner la turbine et en rendant la force vive.
- L’expérience a démontré aux houillères de Cham-pagnac que le rendement de ces turbines était supérieurau chiffre de 80p. 100. La figure que nous publions (p. 165), représente très exactement le ventilateur des houillères de Brassac; ce ventilateur, avec ses 4 mètres de diamètre, aspire 15 mètres cubes d’air par seconde avec une dépression de 100 millimètres et une vitesse de 200 tours à la minute. Ce système se distingue des précédents par l’indépendance absolue de la machine motrice ; celle-ci met en rotation la turbine par l’intermédiaire d’une courroie de transmission. Les tassements qui se produisent dans les mines et qui ont pour résultat d’ébranler les machines, n’ont plus autant d’influence sur l’appareil ainsi disposé.
- La nouvelle installation, Mont nous donnons ici une description sommaire, fonctionne actuellement aux houillères de Brassac, qui appartiennent à la grande exploitation du Creusot. Le ventilateur est organisé à la surface du sol, à l’ouverture d’un puits de mine communiquant avec toutes les galeries souterraines, qui n’ont pas moins de plusieurs kilomètres de longueur. A l’autre extrémité de la mine, se trouve le puits d'introduction de l’air pur, qui est aspiré par le ventilateur, et qui n’arrive à celui-ci qu’après avoir circulé dans toutes les galeries.
- M. E.-D. Farcot a établi déjà un grand nombre de ses appareils dans les usines, soit pour le cas d’aspirateur à petite ou à grande dépression, soit comme ventilateurs de forges ou de fonderies. Une des applications les plus intéressantes dans ce dernier ordre d’idées, a été faite aux Usines du Créusot pour l’atelier des forges de marine, et elle a donné les meilleurs résultats.
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- LES PROGRÈS RÉCENTS
- DANS L’ENSEIGNEMENT DES SOURDS-MUETS
- Les sourds-muets ont été tour à tour un sujet d’étonnement, de crainte, d’horreur même. Les anciens n’ont pas eu pour ces malheureux plus de tendresse que pour les autres infirmes. Aristote,- en affirmant qu’ils ne pouvaient recevoir aucune instruction, leur porta un coup terrible dont pendant de longs siècles ils ne purent se relever. L’Église même, à l’origine, voyait dans la surdi-mutité un signe de la colère céleste, et montra peu de sympathie aux infortunés qui en étaient atteints et qu’elle a depuis entourés de toute sa sollicitude.
- Lorsque les mœurs furent suffisamment adoucies, on vit, à diverses époques, des hommes s’intéresser aux sourds-muets, chercher à les instruire et à les rappeler à la vie intellectuelle et morale. A partir du quinzième siècle, il est question, en Espagne d’abord, puis dans les diverses contrées de l’Europe, d’enfants sourds-muets auxquels, par des procédés plus ou moins ingénieux, on a rendu l’usage de la parole et qu’on est parvenu à instruire.
- Enfin, au milieu du dix-huitième siècle, Jacob Rodrigues Pereire inaugure en France l’art d’instruire les sourds-muets et bientôt après l’abbé de l’Epée fonde la première école française de sourds-muets. Au début, l’enseignement est enveloppé de mystère, mais la publicité est donnée aux résultats : les jeunes sourds-muets sont produits devant les compagnies savantes et le public. Un siècle plus tard, de nos jours, pour la première fois, l’instruction primaire obligatoire est inscrite dans la loi pour les sourds-muets comme pour les entendants-parlants.
- Ce progrès est le dernier et le plus important d’une série d’autres qui ont été la conséquence d’un mouvement commencé en 1875, à Paris.
- Le premier effet de ce mouvement1 a été la fondation, en 1878, du Congrès international pour l'amélioration du sort des sourds-muets, bientôt suivi des Congrès de Milan, de Lyon, de Bordeaux, de Bruxelles et du récent Congrès de Paris. Les personnes qui, par charité, se préoccupent du sort des sourds-muets, ainsi que les instituteurs de ces intéressants infirmes, ont pensé avec raison que de toutes les manières de leur venir en aide, la meilleure est encore de les instruire, et, par conséquent, de perfectionner les méthodes d’enseignement qui leur sont propres. D’autant que jamais l’opinion n’a été mieux préparée qu'aujourd’hui à la sympathie envers les malheureux. — Comment une infortune aussi grande qu’imméritée ne serait-elle pas l’objet de la commisération générale ! — Occupons-nous donc surtout de l’éducation des sourds-muets, nous leur serons ainsi plus utiles que par des secours matériels qui engagent toujours, dans une certaine mesure, la dignité de celui qui les reçoit. La bienfaisance la plus digne de ce nom est celle qui met l’homme à même d’acquérir par le travail ce qu’il lui faudrait
- 1 En 1873, Mme Henry Thuret, à la suite d’une visite faite à l’institution des Sourds-Muets de Genève, dirigée par M. Magnat, fondait à Levallois une petite école de sourds-muets. En 1874, M. Magnat vint à Paris; je le mis en rapport avec les frères qui s’occupaient des sourds-muets. L’Institut envoya deux de ses membres suivre les cours à Genève. La famille Pereire demanda à M. Magnat de vouloir bien diriger l’Ecole érigée en mémoire de leur aïeul. Je fis alors un certain nombre de conférences avec M. Magnat qui produisait ses élèves, je publiai des articles et des brochures, une société fut fondée, un bulletin publié. Des cours fui ent créés pour les instituteurs qui désiraient connaître la méthode d’enseignement pour les sourds-muets. Enfin, à l’Exposition de 1878, je fis une conférence, et, à la suite, nous fondâmes le premier Congrès. (Voir Y Historique de la fondation des Congrès, etc.)
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- autrement solliciter de la pitié publique. Le travail le relève, l’aumône l’amoindrit. La nature, en les créant infirmes, a rendu les sourds-muets dépendants ; c’est à la science de les affranchir. La science devient ainsi l’auxiliaire le plus efficace de la charité.
- Avant d’examiner les récentes améliorations apportées dans les méthodes d’enseignement, il conviendrait de dire dans quelles conditions se trouve le jeune sourd-muet au début de ses études et de faire connaître les moyens employés pour atteindre son intelligence et la développer. C’est un travail que nous avons entrepris, mais dont l’étendue dépasse les limites d’un article de La Nature.
- Nous passerons donc sous silence cette première période de la vie de l’enfant qui s’étend de sa naissance au moment où il va apprendre la langue maternelle et s’instruire au jour le jour. C’est alors que le plus souvent, par des causes diverses, la surdité se déclare accidentellement chez certains enfants. Cessant d’entendre, l’enfant cesse aussitôt de parler. Ce n’est pas, comme on est porté à le croire, qu’il soit devenu muet par suite d’une affection des organes de la voix; l’oreille seule est frappée. Or, entendre et parler sont deux actes corrélatifs. Plongé dans le silence et l’isolement de la surdité, l’enfant n'éprouve nullement le besoin de reproduire les sons ou la parole dont il ne se fait pas plus d’idée que l’aveugle des couleurs. Procédant par imitation, comment imiterait-il ce qu’il ne connaît pas? En un mot, il est muet parce qu’il est sourd. Il serait né sourd que le mal ne serait pas plus grand.
- Si l’on pouvait lui rendre l’ouïe, on lui rendrait en même temps la parole. Or, rien ne s’oppose au rétablissement de l’usage des organes vocaux, car ils ne sont pas lésés. 11 parlera sans entendre et sans s’entendre; on en fera un sourd-parlant, de sourd-muet qu’il était.
- En même temps, on le mettra en mesure de recueillir la parole autrement que par l’oreille. La parole se manifeste, en effet, de deux manières : par les sons que recueille l’oreille et par les mouvements et la position des organes verbaux que saisissent les yeux, ou, si l’on préfère, par des phénomènes sonores et des signes visibles. La parole peut être entendue ou vue. Il entendra donc par les yeux, si l’on peut parler ainsi.
- Nous qui jouissons de l’intégrité de tous nos sens, nous recueillons tout naturellement la parole par l’organe créé pour cet usage, et notre attention n’est pas attirée sur les mouvements qui la produisent. Le sourd-muet, au contraire, réduit aux signes visibles, devient singulièrement habile à saisir au passage ces mouvements rapides qui courent pour ainsi dire sur les lèvres. Il lit sur les lèvres, selon l’expression consacrée. Ainsi les sourds peuvent entendre1.
- 1 La lecture sur les lèvres peut être apprise par des personnes devenues sourdes à un âge plus ou moins avancé.
- Toutefois, le sourd-muet ne verrait que des mouvements inintelligibles si on ne lui apprenait en même temps à parler et à traduire les signes en paroles. 11 apprend en même temps à émettre les sons et à les lire. L’acquisition et la perception de la parole marchent de front, et celle-ci est la conséquence de celle-là.
- Le sourd-muet devenu sourd-parlant ne se trouve plus isolé dans la société; il vit de la vie commune parce qu’il entend et qu'il parle. 11 communique avec les entendants-parlants. Toute autre méthode d’enseignement le laisse à l’écart dans la société, où il forme, avec ses semblables en infortune, une petite société sans liens avec la grande. La question de méthode prend ici les proportions d’une question d’humanité, ce qui lui donne une bien autre importance que si elle eût été simplement pédagogique.
- L’enseignement de la parole et par la parole aux sourds-muets est désormais adopté en France. Nous devons ce progrès considérable aux Congrès. Reste à l'organiser, car, jusqu’à présent, les instituteurs de sourds-muets ne pratiquaient pas la méthode orale. Il faut donc créer des écoles normales ou des cours normaux. Quoi de plus logique, en effet, que de former des maîtres dans des établissements spéciaux où ils reçoivent une institution appropriée, où ils apprennent à connaître les méthodes et les procédés d’enseignement et à en tirer parti; où, tout en les préparant à bien remplir leur mission, on leur en fait sentir l’importance et on leur en fait comprendre les devoirs.
- L’école normale est plus particulièrement nécessaire lorsqu’il s’agit de former des instituteurs de sourds-muets. Mieux qu’ailleurs on y donne un enseignement sérieux et fécond, et on y trouve toutes les ressources qu’il exige. Au sortir de l’école et après avoir obtenu un certificat d’aptitude1, les aspirants maîtres auront à faire un stage dans une institution sous la direction d’un maître habile et expérimenté.
- Ce n’est pas tout que d’avoir formé des maîtres, il faut contrôler leur enseignement, leur donner des conseils, des directions, des encouragements. C'est le but de l’inspection. Jusqu’à présent l’inspection n’a pas eu de caractère pédagogique, cela tient à ce que les institutions de sourds-muets sont considérées comme des établissements de bienfaisance et non comme des écoles. Les directeurs et les inspecteurs sont presque toujours des administrateurs et non des professeurs.
- Nous engageons ces personnes à y recourir, lorsqu’elles auront dû renoncer à la guérison de leur surdité, à la suite de plusieurs tentatives infructueuses.
- 1 Un récent arrêté du ministre de l’intérieur institue un certificat d’aptitude à l’enseignement des sourds-muets. Le programme des connaissances exigées est à peu près celui que nous avions formulé dans un de nos rapports. Il ne manque dans l’arrêté que deux articles essentiels, l’un pour rendre le certificat obligatoire pour tout maître, l'autre pour assurer au maître le bénéfice de l’engagement décennal.
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- Enfin, l’ouverture des institutions sera soumise à certaines conditions, et les maîtres devront offrir des garanties d’àge, de capacité et de moralité.
- Aux questions relatives à l’enseignement s'ajoutent celles d’assistance. L’apprentissage est la plus importante. Nous n’entrerons pas dans l’examen de cette grave question qui, à elle seule, est l’objet d’un travail qui ne saurait trouver place ici. Qu’il nous suffise de dire que l’introduction du travail manuel dans les écoles primaires a lait avancer la solution. Le travail manuel commence dès que les forces de l’enfant le permettent, — il est d’ailleurs proportionné à l’effort dont l’enfant est capable. — Il se continue d’année en année pendant toute la période scolaire, de sorte que l’écolier, à la sortie de l’école, se trouve en mesure d’entrer à
- l’atelier, convenablement préparé, et sans qu’on ait à redouter pour lui les dangers ordinaires de l’apprentissage.
- Le sourd-muet est toujours un mineur; il doit, dans tout le cours de sa vie, être l'objet d’une surveillance attentive et d’un patronage affectueux. On comprend dès lors la nécessité de comités de patronage. C’est surtout lorsqu’il sera sorti de l’école que les secours et les conseils lui seront indispensables. Il lui faut un tuteur qui veille sur lui, le protège, le défende, l’assiste dans les circonstances graves de la vie comme une providence tutélaire.
- 11 reste encore des questions en suspens et sur lesquelles les futurs Congrès auront à se prononcer. Si l’on juge par ce qui s’est déjà fait, on peut pré •
- A 0 Ou
- Position des lèvres'dans l’émission des trois sons a, o, ou. — Exemple de l’enseignement de la lecture sur les lèvres, à l’usase des sourds-muets ou des sourds. (D’après des photographies.)
- voir que ces assemblées atteindront le but pour lequel elles ont été fondées, c’est-à-dire qu’elles trouveront les moyens d’améliorer le sort des sourds-muets.
- Le dernier Congrès, tenu à Paris1, en septembre dernier, s’est occupé, entre autres questions, des conditions auxquelles doit satisfaire une école modèle de sourds-muets, de la création d’une série de livres de lecture à l’usage des sourds-muets, et du travail manuel.
- 1 Les séances du Congrès ont été tenues à l’Ecole Monge, libéralement ouverte au Congrès parle directeur, M. Godard. On a pu remarquer parmi les personnes qui ont assisté aux séances : MM. Godard; le docteur Peyron, alors directeur de l’institution nationale des Sourds-Muets ; Théobald, Bassoul, Dupont et Goguillot, professeurs à l’Institution ; Magnat, directeur de l’école Pereire, un des deux organisateurs du Congrès;
- En terminant cet article, nous sommes heureux d’annoncer que le département de la Seine va ajouter au grand nombre de créations utiles qu’on lui doit, la fondation d’une école de sourds-muets. Des pourparlers sont engagés avec la famille Pereire qui veut honorer la mémoire de son illustre aïeul en faisant don du terrain et d’une somme importante. Ce sera l'école modèle dont le Congrès a jeté les bases. Félix Hément.
- Gilot, ingénieur civil ; llugentobler, directeur d’une institution à Lyon; Mettenet, directeur à Belfort ; Capilleri, directeur à Saint-Hippolyte : Malin, de Paris; Snyckers, directeur de l’Institut national de Liège ; Maillé, inspecteur de l’enseignement primaire de la Seine, délégué de la Préfecture ; Prêt, avocat à la cour d’appel, etc., etc. J’avais l’honneur de présider.
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- Nous avons indiqué, il y a quelques mois1, les I venaient le mieux pour réaliser un éclairage élec-dispositions et les appareils qui, à notre avis, con- | trique domestique dans des conditions restreintes,
- Fig. 1. — Installation dans une cave de quatre éléments de piles au bichromate de potasse à écoulement.
- se réduisant, par exemple, à une lampe de 10 volts et 1,5 ampère fonctionnant trois ou quatre heures par jour seulement. Nous allons, aujourd’hui, compléter nos articles antérieurs en donnant quelques renseignements, quelques détails et quelques chiffres sur notre installation personnelle, en faisant connaître les dispositions auxquelles nous avons cru devoir nous arrêter après des expériences nombreuses et variées, ainsi que les raisons de ce choix.
- Le résultat à obtenir est que la pile fournisse chaque jour une quantité d’énergie électrique égale à
- 1 Voy. n° 600, du 29 novembre 1884, p. 410.
- celle dépensée, et maintienne continuellement les accumulateurs en charge; les accumulateurs font réservoir et compensent les différences entre la production journalière, sensiblement continue, et la consommation irrégulière suivant les besoins.
- Nous avons donc cherché à réaliser une pile continue, à débit lent, dans laquelle les produits consommés puissent se renouveler facilement et, en quelque sorte, indéfiniment, en réduisant les soins et l’entretien à un minimum. Ces exigences nous ont fait exclure les piles à deux liquides comme trop compliquées; pour diminuer le nombre des éléments, il a fallu choisir une pile à force électro-
- Fig. 2. — Détail d’un élément de la pile à écoulement.
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- motrice élevée, et il ne restait plus alors que la pile au bichromate de potasse, à laquelle nous avons donné la forme représentée page 169 (fig. 2); la figure 1, qui est une vue à peine modifiée de notre installation, montre les éléments disposés dans la cave avec le réservoir et les accessoires destinés à assurer l’écoulement.
- Dans une pile au bichromate à un liquide, les éléments à renouveler sont : 1° le zinc, et 2° le liquide qui renferme à la fois l’excitateur (acide sulfurique) et le dépolarisant (bichromate de potasse ou de soude). Pour obtenir le renouvellement facile du zinc, nous l’employons sous forme d’une longue baguette de 45 centimètres de longueur, plongeant de 8 centimètres environ seulement dans le liquide, et placée dans le vase poreux percé de trous (fig. 2) qui la maintient et empêche tout contact avec le charbon. Des attaches flexibles lui assurent une certaine mobilité, de sorte qu’au fur et a mesure de son usure, elle descend dans le liquide; son extrémité inférieure plonge dans une couche de mercure qui entretient son amalgamation. Lorsqu’une tige est usée, il suffit de la remplacer par une autre, ce qui ne demande que quelques secondes. On utilise le dernier bout de zinc en le jetant dans le vase poreux; le mercure suffit pour établir une communication électrique parfaite avec la tige neuve que l’on vient d’introduire; les zincs sont ainsi entièrement utilisés. L’écoulement assure le renouvellement continu du liquide excitateur et dépolarisant; la précaution à prendre est de faire arriver le liquide à la partie supérieure et de le retirer par la partie inférieure; on s’oppose à l’engorgement des éléments qui peuvent ainsi rester montés plusieurs mois, en fonctionnant jour et nuit, sans qu’on ait a s’en occuper en aucune façon.
- Le pôle positif est constitué par trois ou quatre plaques de charbon qui entourent le vase poreux renfermant le zinc, reliées entre elles par une bande de cuivre et des pinces à vis. L’attache d’un zinc au charbon suivant, se fait à l’aide de fils souples, pour permettre au zinc de descendre dans le liquide à mesure qu’il s’use, comme on l’a déjà vu.
- Les quatre éléments sont montés en cascade ; le liquide leur arrive d’un réservoir en grès de 20 à 30 litres de capacité par un tuyau en caoutchouc; on règle le débit à l’aide d’une pince de Molir étranglant plus ou moins le tube.
- La pratique nous a enseigné qu’il était inutile de faire la solution de bichromate; il suffît de jeter des cristaux de bichromate dans le réservoir supérieur et d’y verser une solution acidulée sulfurique au dixième en volume ; il se dissout chaque fois une quantité de sel suffisante pour assurer la dépolarisation. Le même liquide peut servir dix à douze fois avant d’être renouvelé ; on le remonte en quelque sorte en ajoutant encore un dixième d’acide sulfurique lorsqu’il a passé cinq à six fois.
- Il n’y a pas d’indication précise à donner sur la vitesse de débit ; elle doit varier suivant les besoins
- de la consommation. Une bonne moyenne est de 5 à 6 litres par jour. Lorsque le liquide est presque épuisé, il y a intérêt à le faire circuler un peu plus vite ; le réglage de la vitesse d’écoulement par la pince de Molir est une opération des plus simples. Après avoir traversé successivement les quatre éléments de pile, le liquide tombe dans des bouteilles en verre de 10 litres munies à leur partie inférieure d’une tubulure sur laquelle on fixe un tuyau de caoutchouc.
- 11 suffit de prendre la bouteille pleine, de la placer au-dessous du réservoir dans la position représentée en pointillé (fig. 1), et de ramener le tube au-dessus de ce réservoir pour vider cette bouteille en quelques minutes.
- Il suffit donc, pour assurer le service, de faire une visite aux piles tous les deux jours. On pourrait espacer davantage ces visites en employant un réservoir plus grand et en modérant la vitesse d’écoulement.
- Dans notre installation actuelle, les quatre éléments en tension chargent alternativement deux séries d’accumulateurs renfermant chacune trois éléments. Cette disposition nous permet d’employer deux espèces de lampes; les lampes de 6 volts installées dans la cave (fig. I) et les cabinets, et les lampes de 10 volts dans la salle à manger et le bureau de travail.
- La lampe installée dans la cave est disposée de telle façon qu’elle s’allume par l’ouverture de la porte et s’éteigne par sa fermeture. En dehors des lampes dont nous venons de parler, nous installons, à l’aide d’un commutateur automatique construit par M. Aboilard, une lampe destinée à l’éclairage d’une antichambre obscure et qui s’allume pendant trois minutes seulement, chaque fois qu’on appuie sur un bouton spécial disposé près de la porte d’entrée. Nous en réservons la description ainsi que celle d’un ampère-mètre simple et économique qui constitue le complément indispensable d’une installation pratique d’éclairage électrique domestique.
- Tels sont les traits principaux de notre installation rudimentaire. Aidé de nos conseils et de son expérience personnelle, M. Simmen établit des installations analogues en principe à celle que nous venons de décrire, mais considérablement réduites de dimensions, étudiées avec soin dans les plus petits détails, et ces détails sont nombreux, et appropriés dans chaque cas aux besoins à satisfaire. Un type de cette installation figurera à l’Exposition d’électricité organisée par la Société internationale des électriciens à l’Observatoire de Paris le mois prochain, mais nous n’avons pas cru devoir attendre cette époque pour présenter à nos lecteurs le résultat d’études et d’expériences auxquelles ils s’intéressent en si grand nombre.
- En laissant de côté pour l’instant la question économique qui ne saurait d’ailleurs intervenir à propos d’une application de luxe, l’emploi d’ac-
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- cumulateurs et de piles à écoulement présente, à notre avis, les avantages suivants :
- 1° Commodité d’emploi, les appareils étant toujours prêts à fournir de la lumière par la manœuvre d’un commutateur.
- 2° Facilité d’entretien et de surveillance, l’écoulement et les dimensions des appareils pouvant être réglés pour n’avoir à s’occuper des piles qu’à intervalles réguliers ou irréguliers, à la volonté du consommateur.
- 5° Meilleure utilisation des produits résultant de l’emploi d’un crayon de zinc au lieu de larges plaques. La surface attaquée se trouve réduite aux dimensions strictement nécessaires pour la production du courant, et l’action locale est ainsi diminuée. D’autre part, la liqueur active n’est jetée que complètement épuisée, ce que ne permet pas l’emploi direct des piles au bichromate.
- 4° Qualités de la lumière. La lumière reste fixe pendant toute la durée de l’éclairage, sans aucune manipulation de la pile et sans aucune manœuvre spéciale.
- Sans prétendre que la disposition que nous préconisons réalise tous les desiderata de l’éclairage électrique domestique, nous estimons cependant qu’elle pourra rendre des services dans de petites installations modestes, dont les exigences se réduisent aux conditions énumérées dans nos précédents articles, lorsqu’il s’agira d’expériences momentanées telles que l’éclairage des microscopes, ou qu’on voudra produire un travail intermittent, tel, par exemple que celui nécessité par une machine à coudre. La pile directe présente des inconvénients que nous croyons avoir fait disparaître en partie par l’emploi des accumulateurs chargés au moyen de piles à écoulement, dont le débit est lent, et qui sont en outre faciles à monter, à surveiller et à entretenir en bon état de fonctionnement.
- E. Hospitalier.
- POUDRE EXPLOSIBLE VERTE
- Cette poudre nouvelle est composée des trois éléments mentionnés et mélangés dans les proportions suivantes : chlorate de potasse, 14 grammes; acide picrique, 4 grammes; prussiate jaune de potasse, 3 grammes. On pulvérise finement les trois substances, après les avoir bien séchées dans une étuve à 100 degrés ou sur un plat en fer. Ceci fait, on les mélange suivant les proportions convenables. Quoique la poudre résiste assez bien au choc, il est convenable d’opérer le mélange sans frottement. On y arrive facilement en mettant la poudre dans un flacon en verre ou mieux dans un tonneau en bois avec plusieurs billes de bois et en communiquant un mouvement de rotation. Les billes de bois écrasent les boules de chlorate de potasse qui tendent sans cesse à se former ou à s’isoler au milieu du mélange.
- Cette poudre est brisante et d’un violence comparable à celle de la dynamite. Son prix de revient est inférieur à celui de la dynamite et sa fabrication est facile. Ayant, en effet, les trois substances pulvérisées à l’avance, il suffit de les mélanger grossièrement sur un plateau, un journal, un mouchoir même, pour obtenir une bonne poudre.
- L’humidité l’attaque. Jaune au début de sa préparation, elle devient d’un beau vert au bout de quelques jours.
- L’expérience faite dans plusieurs carrières m’a prouvé que cette poudre devait être comprimée pour exercer toute sa puissance. Fortement comprimée dans des cartouches de papier, elle se conserve parfaitement, subit une modification chimique ou moléculaire qui augmente sa puissance d’explosion.
- La poudre verte serait utile aux artificiers pour la confection des bombes. Elle produit dans des enveloppes, même peu résistantes, des explosions fort intenses. Elle est commode pour la préparation des petits feux d’artifice. Pétards, fonds de fusées explosives se fabriquent avec la plus grande facilité. A. Bleunard.
- LIGNES
- TÉLÉGRAPHIQUES ET TÉLÉPHONIQUES
- ENFERMÉES
- La question des fils télégraphiques et téléphoniques, dont l’usage prend une si grande extension dans tous les pays civilisés, offre actuellement une importance de premier ordre. Nous allons aujourd’hui signaler les nouveaux et importants progrès qui ont été introduits dans leur fabrication par l’invention d’un système qui est appelé, croyons-nous, à un grand avenir.
- Les fils conducteurs d’un courant électrique, selon qu’ils sont, ou tendus en plein air, ou recouverts d’une enveloppe isolante qui permet de les placer dans des conduits souterrains, ou de les immerger dans les eaux des fleuves, des lacs et des mers, sont désignés sous les noms de :
- Ligne aérienne, ligne souterraine et ligne sous-marine.
- Placée dans des conditions d’expérience, la ligne aérienne est, de toutes les communications électriques, la plus parfaite. La déviation de l’aiguille d’un galvanomètre situé à l’extrémité d’un fil aérien même très long, n’est en retard que d’une très faible quantité sur la déviation du galvanomètre placé au point de départ. La propagation de l’électricité dans les fils d’une ligne aérienne bien isolée est donc presque instantanée. Dans la pratique, c’est-à-dire appelées à faire un travail régulier, les lignes aériennes ne donnent pas toujours les résultats qu’elles promettent. Les influences atmosphériques et matérielles, telles que les brouillards, les pluies, le givre, la glace, les orages, la rupture des poteaux, sont des accidents qui apportent dans les transmissions télégraphiques un trouble tel, qu’on a cherché à y remédier en construisant des lignes souterraines.
- Par leur construction même, les lignes souterraines n’ont aucun des inconvénients des lignes aériennes. Mais, pour isoler les conducteurs, on a dù envelopper chacun d’eux, aussi hermétiquement que possible, de matières isolantes; il en est résulté des phénomènes gênants, tels que l’induction, la charge électrostatique, etc. Ces inconvénients ont une I importance si grande sur la transmission des cou-
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- LA NATURE.
- rants électriques, qu’ils motivent, de la part des ingénieurs-électriciens, de constantes recherches; les artifices les plus ingénieux ont été employés, mais ils ne semblent pas, jusqu’à ce jour, avoir donné à leurs auteurs les résultats qu’ils espéraient.
- Les défauts des lignes souterraines, l’induction, la charge électrostatique, sont également l’apanage des lignes sous-marines.
- Le système nouveau que nous allons faire connaître nécessite un outillage de confection spécial, mais il donne des résultats d’une haute importance, qui seront soumis à l’Académie des sciences dans une prochaine séance. Il a été imaginé par un de nos ingénieurs les plus habiles, M. Adolphe Fortin-Herrmann.
- Le principe du système de la ligne télégraphique enfermée est l’application des qualités de la ligne aérienne et de la ligne souterraine. Nous ne voulons en faire ici qu’une description sommaire, non sans ajouter que des ingénieurs - électriciens ont déjà apprécié les qualités qu’il possède au point de vue technique.
- La ligne aérienne type permet la transmission la plus rapide possible à travers l’air, qui est le meilleur isolant, le meilleur diélectrique.
- Parti de ce point, M. Adolphe Fortin-Herrmann a cherché le moyen, en conservant ce diélectrique, de le soustraire aux perturbations et aux influences atmosphériques.
- Le problème à résoudre consistait donc dans la construction d’une ligne qui fût à la fois ligne aérienne et ligne souterraine.
- C’est-à-dire : 1° Dans l’air; 2° A l’abri de toutes les causes qui gênent les lignes aériennes.
- Ce résultat est obtenu au moyen des dispositions que représente la figure ci-dessus.
- Le conducteur est introduit dans de petits tubes en bois, se touchant tous et formant chapelet. Ainsi préparé, il est à son tour introduit dans un tuyau ou enveloppe en plomb et il forme ainsi la
- igné. La fabrication s’exécute assez économiquement à l’aide de machines très ingénieuses qui ont été imaginées par M. Fortin-Herrmann.
- Cette construction permet de placer la ligne électrique, indifféremment dans l’eau, dans la terre, dans un égout, à l’air libre, ou sous l’iniluence
- d’une haute température qui n’a de limite que celle de la fusion du plomb du tuyau formant l’enveloppe.
- Dans la terre, comme les lignes souterraines, dans l'eau, comme les lignes sous-marines, ces conducteurs ne sont pas soumis aux influences atmosphériques, mais ils conservent leur précieux diélectrique, l’air. L’induction, la charge électrostatique, n’existent pas pour eux. Quelle que soit la vitesse de transmission des appareils, après chaque émission de courant le conducteur reste libre.
- Nous espérons que ce nouveau système aidera puissamment au développement des communications télégraphiques dont le besoin est si grand ; d’autant plus qu’à l’heure actuelle on craint beaucoup pour la production de la gulta-percha, la seule matière isolante qui donne des résultats que la pratique a consacrés et dont le prix devient excessif.
- Préoccupé de celte situation , M. le ministre des postes et des télégraphes a envoyé dans les pays de production un de ses jeunes et habiles ingénieurs avec la mission de faire un rapport1 sur les origines delagutta-percha et sur la possibilité de l’acclimater dans laCochin-chine française, rapport dont les conclusions sont celles-ci :
- « Justement inquiet de la situation faite à l’industrie électrique, vous aviez espéré que la Cochin-chine pourrait offrir de nouvelles ressources ; malheureusement, il n’en est rien, et puisque la certitude est acquise que tous les pays où croissent les guttifères nous livrent dès maintenant leurs produits, puisqu’une exploitation sans mesure a détruit, en quelques années, les réserves accumulées par les siècles dans les forêts de la Malaisie, puisque le présent est sans remède et que l’avenir même est compromis, il est urgent d’aviser. Si l’on ne se hâte de prendre des mesures, bientôt l’industrie va manquer d’une matière que jusqu’à ce jour on n’a point su remplacer. »
- Les nouveaux systèmes de fils télégraphiques et téléphoniques enfermés peuvent être appelés à combler une grande lacune de notre industrie.
- 1 Annales télégraphiques, t. II, septembre, octobre, novembre et décembre 1885.
- Fils télégraphiques et téléphoniques enfermés de M. A. Fortin-Herrmann (Grandeur d’exécution.)
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- LA NATURE.
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- Fig. 1.
- MODÉRATEUR
- POUR LAMPES ÉLECTRIQUES A INCANDESCENCE
- L’ingénieux appareil que représentent nos ligures, et que nous nous proposons de décrire aux lecteurs de La Nature, a été inventé par M.E. L. Roussy, le premier introducteur en Suisse de l'éclairage électrique par incandescence et propriétaire de la grande minoterie de Gilamont a Vevey. Ce vaste établissement, le plus important des moulins de ce pays, est, en effet, éclairé depuis le 25 février 1882 au moyen d'une machine dynamo-électrique Edison, alimentant 150 lampes à incandescence de 8 bougies et brûlant en moyenne 10 heures par jour.
- Toutes les personnes qui s’occupèrent de ce merveilleux éclairage reconnurent, dès ses premières applications, qu’il présentait deux grands inconvénients :
- 1° Usure trop rapide des nouvelles lampes introduites dans un des circuits;
- 2° Impossibilité de régler à volonté l’intensité lumineuse individuelle de chaque lampe d’un circuit.
- Pour remédier à ceci, de nombreux essais ont été faits dans le but de créer un appareil simple et d’un fonctionnement sûr. Les résultats de ces recherches n’avaient pas jusqu’à maintenant trouvé d’application pratique, parce que les appareils qui réalisaient plus ou moins bien le problème étaient compliqués et ne pouvaient facilement s’intercaler dans les porte-lampes.
- L’appareil inventé par M. Roussy, et qu’il appelle avec raison modérateur, remédie absolue aux inconvénients que nous signaler.
- d’une
- manière venons de
- reliées, d’une part, chacune avec l’un des pôles'de la machine; d’autre part, la borne b est reliée avec la douille métallique /, fixée dans le corps x du porte-lampe (celte douille f est munie d’un pas de vis correspondant à celui de la lampe Edison et communiquant par conséquent avec l’une des branches du charbon) ; la borne a est reliée à l’écrou s fixé par 5 griffes au porte-lampe x. Cet écrou s est traversé par la vis de pression h qui permet de faire varier l’intensité lumineuse de la lampe en comprimant pi us ou moins la poudre de charbon de cornue en petits grains contenu dans la cavité tubulaire i. Le courant électrique arrivant par la borne a dans la vis h traverse ce charbon pulvérisé et atteint un écrou conducteur m qui peut être relié au contact n de la lampe, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un robinet k, dont l’excentrique l peut à volonté établir ou interrompre le contact entre m et n, c’est-à-dire allumer ou éteindre la lampe.
- L’expérience démontre que les lampes électriques à incandescence de n’importe quel système Edison, Swann, Cruto, etc.) demandent pour donner la même intensité lumineuse un courant électrique toujours plus fort à mesure qu’elles s’usent. 11 en résulte que lorsqu’on est obligé de remplacer une ou plusieurs lampes dans un circuit, alors que les autres lampes de circuit ont brûlé déjà pendant un certain nombre d’heures, les différences de résistance qui existent nécessairement entre les lampes neuves et les anciennes, font que si l’on n’a pas un moyen de modérer l’intensité lumineuse de ces nouvelles lampes, elles seront traversées par un fort, puisque ce sera le les lampes déjà usagées
- Modérateur de M. Roussy pour lampes à incandescence. Coupe longitudinale et élévation.
- Fig. 2. — Récent modèle du modérateur Roussy. Élévation et coupe.
- En jetant un coup d’œil sur la figure 1, nos lecteurs verront représenté en coupe longitudinale et en élévation un porte-lampe muni d’un système modérateur Roussy avec lampe Edison. Ce modérateur se compose d’une douille x en matière isolante (porcelaine, verre, etc.). Les bornes a et b sont
- courant électrique trop courant qui produit dans l’intensité lumineuse normale; les lampes neuves seront usées beaucoup trop rapidement. Il sera donc nécessaire, pour ne pas produire cette usure anormale des lampes neuves intercalées dans ledit circuit, de ne faire passer dans celles-ci le courant envoyé dans les autres qu après l'avoir affaibli an moyen d'une résistance intercalée dans l’un des
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- LA NATURE.
- fils qui le conduit à la lampe. Ce bat est complètement et économiquement atteint au moyen de l’appareil que nous venons de décrire. La résistance se trouve dans la cavité tubulaire i où les petits morceaux de charbon, corps bon conducteur de l’électricité, remplacent une partie du lil conducteur qui relie l’un des pôles de la machine à l’une des extrémités du charbon de la lampe à incandescence. En comprimant, au moyen de la vis h, les menus grains du charbon de cornue, on augmente les points de contact entre les diverses particules de cette matière et l’on facilite le passage du courant. En diminuant, au contraire, la pression exercée sur les fragments de charbon, ceux-ci s’écarteront naturellement les uns des autres et formeront une masse peu compacte offrant une grande résistance au passage du courant.
- Le modérateur est encore d’une grande utilité dans les appartements, salles d’hôpitaux, etc., éclairés par les lampes a incandescence, puisqu’il permet, toujours au moyen de la vis h, de modérer à volonté l’intensité individuelle de chaque lampe d’un circuit, suivant les besoins, tout comme avec un bec de gaz que l’on monte ou que l’on baisse.
- Ajoutons que ce modérateur légèrement modifié s’applique tout aussi bien aux lampes Edison de 16 bougies qu’à celles de 8 ou encore à tous les types de lampe : Swan, Cruto, etc. l)r F.Aguet.
- CHRONIQUE
- Le sous-sol de Pittsburg (États-Unis). —
- Il y a quelques mois, M. Westinghouse, l’inventeur du frein à air comprimé, fut conduit par certains indices à penser que le sous-sol de Pittsburg devait contenir des produits gazeux inflammables. 11 fit en conséquence forer un puits près de son habitation, et, après avoir creusé à une profondeur d’environ 600 mètres, il obtint un gaz sans odeur, mais combustible, et pouvant servir, sinon à l’éclairage, du moins au chauffage. L’exemple fut bientôt suivi; d’autres puits furent creusés, et aujourd’hui un grand nombre d’usines à Pittsburg ont remplacé le chauffage au charbon par le gaz naturel. Des verreries, des fabriques de fils de fer, de clous, etc., se trouvent ainsi alimentées. Le bas prix auquel les possesseurs de puits peuvent fournir le gaz, procure à plusieurs de ces établissements une économie qui s’élèvera jusqu’à plusieurs centaines de mille francs par an : si la production de gaz se maintient, il y a là, pour la région de Pittsburg, toute une révolution industrielle. Il va sans dire que l’introduction de ce combustible à bon marché pourra dans cette même région, faciliter l’extension de la lumière électrique en réduisant son prix de revient.
- A propos des crapauds trouvés dans des pierres. — L’article que M. de Rochas a publié à ce sujet, (n° 606, du 10 janvier 1885, p. 85) n’a pas été sans appeler l’attention sur^un fait extraordinaire, qui malgré la difficulté de son explication, ne paraît pas devoir être mis en doute. Nous avons reçu à ce sujet plusieurs communications intéressantes. M. Charles Garnier, l’éminent architecte de l’Opéra, a l’obligeance de nous signaler un fait du même genre, qu’il a observé en 1849 à Cornetto
- (Italie). M. Ch. Garnier raconte qu’en visitant les tombeaux antiques de Cornetto, et notamment la Grande Tombe, il laissa tomber de sa poche deux louis d’or qui allèrent se nicher entre le gradin taillé dans le roc, autour du tombeau, et une vieille pierre gisant près de ce gradin. « Les pensionnaires de l’Académie, dit M. Garnier, dans son ouvrage, A travers les arts, n’étaient pas assez riches pour abandonner volontairement quarante francs aux mânes des Etrusques ; nous cherchâmes à retrouver notre petite fortune ». La pierre vigoureusement saisie est renversée sur le flanc, et l’or est retrouvé. « Mais tout a côté de lui, continue M. Garnier, et juste au milieu de la place où se trouvait la pierre, nous apercevons une espèce de galette ovale, grise, piquetée, d’environ 1 centimètre d’épaisseur au plus et de 20 centimètres de long. Cela ressemblait à s’y méprendre à un vieil emplâtre de poix de Bourgogne. Je crois voir un léger mouvement dans la galette, je regarde plus attentivement, le mouvement se marque et se continue, la surface de l’emplâtre se gonfle et frémit pendant que deux petites taches rondes se brisent en oscillant. Quelques minutes se passent, le gonflement se poursuit, le frémissement s’accélère, et enfin la galette se transforme en un vénérable crapaud, depuis bien longtemps peut-être aplati sous la pierre. » Le lendemain, le crapaud ressuscité avait disparu.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 février 1885.— Présidence de M. Bouley.
- Le Guide du chimiste. — L’illustre directeur du Muséum, M. Fremy, publie chez Masson avec la collaboration de M. A. Terreil, aide-naturaliste, un volumineux répertoire des document-! théoriques et pratiques à l’usage des laboratoires de chimie pure et de chimie industrielle. Le Guide du chimiste ayant avant tout pour but de venir en aide au chimiste praticien, les corps dont on y trouve l’histoire sont disposés suivant l’ordre alphabétique qui est évidemment le plus commode de tous. Pour chacun d’eux on trouve, et toujours dans le même ordre : 1° un historique avec l’exposé des propriétés physiques et des caractères distinctifs ; 2° la désignation des principaux composés avec leurs formules et leur composition centésimale ; 3° la préparation du corps et celle de ses principales combinaisons dans le laboratoire et dans l’industrie ; 4° les caractères distinctifs des composés et des sels à l’aide des réactifs, du chalumeau et du spectroscope ; 5° le dosage ; 6° la séparation d’avec les autres corps ; 7° un tableau contenant des multiplicateurs pouvant servir à transformer un poids du corps simple et des composés sous lesquels on le dose ordinairement en un poids correspondant d’une des principales combinaisons de ce corps; 8° la description et la composition des principaux alliages dans lesquels le corps simple entre comme partie constituante; 9° les composés naturels contenant le corps simple avec leurs compositions analytiques ; 10° des exemples d’analyses.
- Loin de faire double emploi avec aucun des ouvrages publiés jusqu’ici, le volume que nous annonçons correspond à l’enseignement nouveau de la science que M. Fremy a inauguré au Muséum, et il vient le compléter en contribuant à faire des élèves, de véritables chimistes expérimentateurs. Ce n’est pas un des moindres services que M. Fremy aura rendu à la jeunesse studieuse dont le succès suscite en lui tant de sollicitude : le Guide du chimiste a sa place obligée dans tous les laboratoires.
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- LA NATURE.
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- Les organismes problématiques. — Par l'intermédiaire de M. Gaudry, l’Académie reçoit de son savant correspondant, M. le marquis de Saporla un magnifique mémoire qui fait suite à des recherches dont nous avons parlé antérieurement sur des empreintes renfermées dans des roches sédimcntaires anciennes. Au botaniste qui de tout temps regardait ces empreintes comme des vestiges d’algues, un naturaliste Scandinave, M. Bathorst, avait objecté qu’une foule d’animaux, poissons, crustacés, mollusques rampant sur un fond argileux, donnaient naissance à des accidents analogues. 11 concluait, d’expériences sans doute fort intéressantes, mais avec une hâte évidemment condamnable, que tous les vestiges dont il s’agit devaient être classés dans la catégorie des pistes. Dans son premier travail, A propos des algues fossiles, M. de Saporta avait revendiqué au nom de la botanique un certain nombre de ces fossiles, et son argumentation serrée, en même temps que la nécessité d’admettre l’existence d’anciennes flores, avait fortement impressionné les esprits impartiaux.
- Il achève aujourd’hui leur conquête par treize magnifiques planches lithographiées et par un texte nourri défaits.
- Hyène fossile. — L’un des animaux les plus abondants des temps quaternaires est YHyætia spælea (Hyène des cavernes). Son abondance est même cause de la rareté des échantillons intacts qu’on en a : sa voracité la portant à se repaître de ses semblables eux-mêmes dont elle a ordinairement rongé et détérioré les os. Aussi est-ce une découverte intéressante que celle de squelettes intacts faite par M. Félix Régnault qui en informe l’Académie par l'intermédiaire de M. Gaudry. En visitant, auprès de Mon-trejeau (Haute-Garonne), la grotte fameuse de Gargas, l’auteur rencontra un puits à parois verticales de 20 mètres de profondeur, connu d’ailleurs dans le pays sous le nom d'oubliette et où il ne craignit pas de descendre à l’aide d’échelles de cordes. Des animaux probablement tombés par accident et ainsi préservés de la visite des fauves s’y trouvaient en nombre. Parmi des loups et des ours, plusieurs hyènes y gisaient en état de parfaite conservation. M. Gaudry insiste sur l’analogie intime de l’hyène des cavernes avec l’hyène tachetée actuelle (Hyena crocuta), maintenant cantonnée dans le sud de l’Afrique, en même temps que sur les différences qu’elle présente quand on la compare à l’hyène rayée d’Algérie.
- L’ancêtre des escargots. — A la suite des découvertes récemment annoncées d’arachnides aériens et d’insectes dans les terrains primaires, il faut ranger celle d’un mollusque pulmoné terrestre dans le terrain permien qu’annonce aujourd’hui 11. le Dr Fischer, aide-naturaliste du Muséum. Il s’agit d’une coquille fort analogue aux Pupa, et dont Fauteur fait un genre nouveau sous le nom de Dendropupa. C’est, selon l’expression de M. Gaudry, le seul progénérateur connu en Europe des Ilélicidés, c’est-à-dire des colimaçons. L’échantillon étudié a été recueilli près d’Autun par M. Renault, aide-naturaliste au Muséum.
- Liquéfaction des gaz. — Ayant obtenu des quantités plus considérables que jamais de différents gaz liquéfiés, M. Olzewski annonce que, sous la pression de 60 millimètres, l’azote liquide bout à 214° au-dessous de zéro en se solidifiant en partie. A la pression de 4 millimètres, l’ébullition qui a lieu à — 225° détermine la solidification complète du liquide. L’oxyde de carbone se comporte d’une façon tout à fait analogue. Quant à l’oxygène, il n’a jamais donné, même à — 211°, d’indice de congélation.
- Varia. — M. Pictet expose une nouvelle méthode relative à la production artificielle du froid. — D’après la
- Commission des [substances explosives, la détonation du coton-poudre, de l’amidon-poudre, de la nitromannite, de la nitroglycérine, de la dynamite, de la panclastite, se propage dans des tubes de plomb où ces matières sont renfermées à raison de 5 à 7000 mètres par seconde, selon les conditions de l’expérience. — M. de Lacaze-Duthiers étudie les centres nerveux de l’Haliatide. — Une nouvelle méthode propre à la mesure de la vitesse de la lumière est décrite par M. Wolf. — Contrairement à l’opinion consacrée que les veines évitent les surfaces soumises à de fortes pressions, M. Bourseret signale l’extraordinaire richesse du système veineux de la face inférieure du pied. — 11 résulte des expériences de MM. Germain Sée et Bochefontaine que le sulfate de cinchonamine est un très énergique poison du cœur. L’injection intra-veineuse d’une goutte arrête le cœur de la grenouille en diastole comme fait la muscarine ; seulement, le sulfate d’atropine est incapable ici de rendre son mouvement à l’organe. Stanislas Meunier
- LA SCIENCE DANS L’EXTRÊME ORIENT
- LE SÉMAPHORE ET L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE SHANGHAÏ
- (chine)
- Un de nos lecteurs de Shanghaï a l’obligeance de nous adresser une très intéressante communication que nous reproduisons ; on va voir qu’il s’agit d’importantes installations phys ques, réalisées dans l’extrême Orient. Nous sommes heureux de voir ainsi les bienfaits de la science, se répandre peu à peu dans le monde entier.
- La Nature, dit notre correspondant, faisant paraître le compte rendu des divers travaux d’utilité publique s’effectuant journellement dans le monde, aujourd’hui que les regards semblent tournés vers l’extrême Orient, j’ai pensé que les lecteurs d’Europe seraient intéressés par la communication ci-jointe d’un dessin chinois qui représente un travail important et fort utile récemment exécuté à Shanghaï sur la concession française. Je vous envoie le numéro du Houa-pao, journal illustré de Shanghaï, qui porte à sa quatrième page le dessin en question, avec une note dont je dois la traduction à M. Guillier, interprète de la légation de la République française en Chine.
- Voici la traduction textuelle de la note chinoise :
- Sur la concession française, à la limite des seltlements des autres nations étrangères, on a élevé à l’automne un sémaphore qui indique l’heure et le vent. Chaque jour, à 10 heures, on monte un pavillon de convention qui indique quel est le vent qui souille sur la mer, en dehors de la rivière Chaque jour., à il h. 5[4, on monte la boule à mi-màt du pavillon. A midi moins 5 minutes, on la hisse jusqu’en haut. A midi précis, elle redescend. De cette manière, tous les habitants de Shanghaï peuvent savoir l’heure exacte. Les pavillons varient de forme, de nombre et de couleurs, suivant la direction et la force du vent. En vérité, c’est une très bonne chose.
- Le dessin, comme on le voit ci-après, représente à gauche le sémaphore et des Chinois l’œil fixé sur la boule qui vient de se mouvoir vers son extrémité supérieure.
- Le sémaphore a été inauguré le 1er septembre 1884 et son installation est due à la générosité du Conseil municipal français et à l’habile impulsion de son président actuel, M. Orion, qui sut triompher de la vive opposition des membres anglais de ce conseil, toujours empressés à diminuer autant que possible l’influence française.
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- LA NATURE.
- Les dépenses se sont élevées à la somme de 28 000 francs environ. Le sémaphore de la concession française donne à Shanghaï et aux nombreux navires qui fréquentent ce port, boulevard de l’extrême Orient, l’heure méridienne exacte, la force et la direction des vents observés à l’embouchure de Yang-tse-Kiang.
- Ces communications sont envoyées de l’observatoire de Zikawei qui, d’un côté, reçoit l’observation des vents d’un sémaphore situé à Gutzlaff sur le bord de la mer, et d’un autre, établit l’heure vraie au moyen d’une lunette méridienne ou d’une pendule astronomique de premier ordre,
- achetées "par le Conseil municipal. Un téléphone met le P. Dechevrens, directeur de l’observatoire, en communication avec l’agent chargé, à Shanghaï, de hisser les signaux indiquant l’état de l’atmosphère. Un fil et des appareils magnéto-électriques permettent au P. Dechevrens de faire tomber lui-même, de son observatoire, la boule méridienne de Shanghaï à midi précis.
- L’installation de ce sémaphore, destiné à rendre les plus grand s sei vices aux navigateurs, fonctionne officiellement depuis le 1er septembre 1S 84 et mérite les plus grands éloges. C’est ce que reconnaissent aujourd’hui, et les Chi—
- Vue du sémaphore et des lampes électriques de Shanghaï (Chine). Fac-similé d’un dessin publié par le Uoua-pao, journal chinois illustré.
- nois dans leur note élogieuse, et les Anglais dans le numéro du North China Daily news, du 16 août.
- Un tableau des signaux du sémaphore est distribué gracieusement aux habitants de Shanghaï et aux commandants des navires, par la municipalité française.
- A la suite du sémaphore, on voit sur le dessin chinois que la promenade est pourvue de grands poteaux à l’extrémité desquels sont fixées des lampes électriques à globes dépolis dont notre lecteur de Shanghaï se contente de mentionner l’apparition. Ces globes paraissent appartenir au système Brusch. Nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer à ce sujet* que si la lumière électrique éclaire les
- rues de la Chine, nous la cherchons encore en vain sur nos boulevards de Paris !
- Nous regrettons de ne pouvoir inscrire au bas de la lettre que l’on vient de lire la signature de notre correspondant, que sa modestie a'rendue illisible. Mais nous lui adressons nos remerciements sincères, en notre nom et au nom de nos lecteurs.
- Nous avons reçu d’ailleurs, de Pékin et d’Hanoï, d’autres intéressants documents que nous publierons prochainement. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissamdier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 612. — 21 FÉVRIER 1 885.
- LA NATURE.
- PROJET DE CHEMIN DE FER AERIEN A VOIES SUPERPOSÉES
- POUR LA VILLE DE PARIS
- Les chemins de fer métropolitains fonctionnent I à Vienne, et la ville de Paris est décidée à recourir à ce depuis longtemps déjà à Londres, à New-York, à Berlin, | mode de transport indispensable dans les grandes cités.
- Fig. 1. — Projet de chemin de 1er aérien à voies superposées de M. Jules Garnier. — Aspect de la voie sur les boulevards,
- au coin du faubourg Montmartre.
- La question de l’établissement d’un réseau de chemins de 1er dans notre capitale, est ouverte comme on le sait,depuisl871.
- Pendant cette période, de près de quatorze ans, ce grave sujet a donné lieu, à diverses reprises, à de sérieuses discussions auxquelles ont pris part les ingénieurs les plus" compétents, et de nombreux projets, relatifs à la solution quelle réclame, se sont produits.
- Le problème à résoudre est des plus complexes et les ingénieurs qui l’ont étudié n’ont pu se mettre d’accord que sur un petit nombre de points; on peut même dire que l’accord unanime n existe que sur un seul point, à savoir : Que les moyens de locomotion dans Paris ne 43° année. — 4er semestre.
- répondent plus aux besoins du public et qu'il y a lieu d'en créer d'urgence de nouveaux. La question capitale, celle de savoir si le chemin de fer à créer doit être établi en dessous ou en dessus du sol, n’est pas encore élucidée, car, jusqu’ici, aucun projet ne s’impose dans un sens ou dans l’autre. Tandis que les uns, préconisent la solution
- avec souterrain, comme étant la seule qui permette, sans nuire à la circulation dans les rues, d’établir un chemin de fer à double voie pouvant donner passage au matériel roulant ordinaire et pouvant se raccorder directement avec les grandes lignes ; les autres, objectant qu’un tel chemin de fer ne saurait donner
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- Fig. i. — Elévation longitudinale du viaduc.
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- LA NATURE.
- satisfaction aux goûts des habitants de Paris et qu’il nécessiterait des travaux en disproportion avec les avantages qu’on en retirerait, concluent à l’adoption de la voie à ciel ouvert.
- Les préférences générales sont évidemment acquises à cette dernière solution.
- Nous avons reçu d’un savant ingénieur, M. Jules Garnier, un projet de chemin de fer à voies aériennes, qui nous paraît très habilement conçu, très bien étudié, et que nous nous empressons de faire connaître.
- Le système de M. Jules Garnier se caractérise par les points fondamentaux suivants :
- 1° La voie d’aller et celle de retour, au lieu d’être placées l’une auprès de l’autre, sur la même plateforme, comme dans un chemin de fer ordinaire à deux voies, sont superposées sur deux plates-formes distinctes, formant un viaduc, lequel est, en conséquence, disposé de façon a permettre l’installation d’une des voies à sa partie inférieure, et de l’autre a sa partie supérieure;
- 2° Le système de construction du viaduc est combiné de façon à pouvoir donner passage sur une
- Fig. £. — Coupe transversale de la station.
- voie au matériel des grandes lignes, pendant l’arrêt des trains de l’exploitation urbaine ;
- 3° Les deux voies se raccordent aux extrémités d’un parcours au moyen d’une boucle présentant la déclivité voulue pour racheter la différence de niveau des deux voies, boucle qui est, par ailleurs, d’un rayon suflisamment grand pour que la pente de la voie reste dans les limites admises ; les trains ont ainsi une circulation ininterrompue ;
- 4° Lorsque deux lignes de directions différentes se coupent, une disposition spéciale permet aux voyageurs de passer d’une ligne sur l’autre au moyen d’une gare, dite de tangence, sans que les trains d’une ligne traversent les voies de l’autre ; disposition qui a pour but d’éviter les accidents auxquels donnerait inévitablement lieu la traversée des voies par les trains d’une ligne transversale ;
- 5° Le matériel roulant est disposé d’une façon spéciale, permettant d’opérer l’entrée et la sortie des voyageurs dans les trains avec une grande promptitude et de disposer d’une puissance de transport suffisante.
- Dans les avenues ordinaires, comprenant une chaussée et deux trottoirs, le viaduc à voies superposées est placé dans l’axe de la chaussée à une hauteur suffisante pour ne pas gêner la circulation dès voitures; soit, au minimum, à 4,u,50 au-dessus
- de la chaussée, tandis que, dans les avenues ou boulevards de très grande largeur, comportant des contre-allées à double rang d’arbres, il est installé dans l’une des contre-allées.
- Dans le premier cas (1ig. 1), le viaduc est complètement métallique, tandis que dans le second, il comprend un soubassement, formé d’arceaux en maçonnerie, surmonté d’une superstructure métallique. Le viaduc est formé de travées indépendantes, soutenues par des piles métalliques qui se prêtent à l’admission faute de motifs décoratifs. Les piles reposent sur des fondations en maçonnerie (fig. 2).
- Le réseau devra comporter trois genres de gares : les gares intermédiaires, les gares placées aux points où deux lignes de directions différentes se rencontrent ou gares de tangence, et enfin les gares terminus placées aux extrémités du’parcours. C’est là que les deux lignes superposées sont raccordées par la rampe affectant en plan la forme d’une boucle circulaire.
- Les quais d’attente des gares intermédiaires seront simplement formés par l’élargissement de la travée du viaduc correspondant à la station.
- On aura accès à ces quais par des escaliers disposés sur le bord des trottoirs et aboutissant à un passage transversal franchissant, au niveau des voies, l'espace compris entre le quai et l’aplomb des trottoirs. Ce mode d’accès est très pratique. La sortie des voyageurs se fera du côté opposé de la voie par des escaliers disposés symétriquement (fig. 3 et 4).
- Les gares de tangence sont placées au point de rencontre de deux lignes, qui, au lieu de se croiser, sont infléchies en forme d’un X, dont les deux parties seraient tangentes au point central. A l’aide de ces dispositions, le parcours des trains reste continu, et un voyageur arrivant à la gare de tangence de l’une des quatre directions qui se croisent en ce point pourra, en changeant de train, prendre à son gré l’une des trois autres directions.
- Le projet de M. Jules Garnier, dont nous nous contentons de donner une idée très sommaire, présente, on le voit, des conditions très favorables à l’exécution d’un chemin de fer aérien dans l’intérieur de Paris. Loin de nuire à l’aspect des grandes artères de notre métropole, le viaduc, tel qu’il a été compris, contribuerait à leur donner un aspect plus grandiose. Si le beau est, comme on l’a dit, Y expression de l'utile, un chemin de fer aérien bien compris peut être beau. On sait que le projet de chemin de fer souterrain présente de grands inconvénients, tant au point de vue des dépenses considérables qu’il nécessite, que des difficultés de sa construction. Mais il en présente un autre plus grave encore : c’est de contraindre les voyageurs à circuler comme des taupes, dans de sombres souterrains, froids et humides. A Paris, où nous avons l’habitude d’un climat riant et d’un ciel pur, nous aimons le grand air et la pleine lumière.
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- LA NATURE.
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- LE TIR ET LES TIREURS
- (Suite et fin. — Yoy. p. 33 et 6a.)
- Les concours de tir. — Les concours ont une grande influence sur le perfectionnement du tir et sur la vulgarisation de cet exercice. Le tir, en effet, ne devient un jeu, un plaisir, que s’il a lieu devant un public. L’habile tireur ne se contente pas de sa satisfaction personnelle; son plaisir est doublé s’il surpasse des concurrents, si son adresse a des témoins, si ses exploits excitent un murmure d’admiration ou quelques exclamations flatteuses. La vanité des chasseurs est passée en proverbe; le désir de se distinguer, d’ètre plus habile que ses confrères, est également porté à l’extrême chez le tireur à la cible. Les concours de tir réunissent toutes les conditions propres à exciter cette émulation ; aussi un grand nombre d’exemples, soit contemporains donnés par d’autres nations, soit pouvant être pris dans l’histoire de notre pays, montrent les excellents résultats qu’ils peuvent donner. Ainsi les tireurs suisses, dont la réputation est universelle, doivent leur adresse à la multiplicité des concours et des sociétés de tir existant dans leur pays. Ces sociétés, au nombre de mille environ, comptent plus de 55 000 membres. La plupart se réunissent chaque dimanche, mais ces réunions ne sont pour ainsi dire qu’une préparation en vue du grand concours fédéral annuel qui est en quelque sorte la vraie fête patriotique du pays. Chacun, quel que soit son âge, sa profession, son sexe, s’y intéresse ; on se prépare longtemps à l’avance. Les dons affluent, dons en argent et dons en nature. Pendant toute la durée du concours, la ville où il se tient est en fête et est littéralement envahie par les tireurs et les curieux. Les vainqueurs proclamés, leurs noms deviennent populaires, les journaux les publient, ils circulent de bouche en bouche, ce sont les véritables héros du jour. Mais il en résul’e que chaque tireur suisse, pour atteindre cette gloire, pour arriver à ce triomphe qu’il voit en rêve, essayera de perfectionner son talent, étudiera son arme, corrigera peu à peu ses propres défauts, mettra dans le tir une passion, un intérêt extrêmes, et arrivera ainsi à une précision, une justesse de tir qu’il n’aurait pas cherché à atteindre sans cela.
- L’origine de l’habileté héréditaire des tireurs suisses est assez singulière. La Suisse avait autrefois coutume de fournir aux diverses nations de l’Europe des soldats mercenaires. Or dans le prix d’engagement de ces soldats, la qualité des engagés et principalement leur habileté au tir, primitivement à l’arc et ensuite à l’arquebuse, entrait en compte. L’intérêt qu’avait la Suisse à fabriquer des soldats aussi bons tireurs que possible, est l’origine des sociétés de tir de ce pays.
- Une autre partie de l’Europe est célèbre par ses sociétés de tir; c’est l’Autriche-Hongrie. Dans la région montagneuse de la haute Autriche notam-
- ment, chaque village a sa société se réunissant le dimanche. Les tireurs sont armés de longs fusils très lourds, transmis pour la plupart de père en fils depuis plusieurs générations, ayant été autrefois à pierre, puis mis à piston et portant avec une précision extraordinaire entre les mains de celui qui les connaît. La charge est l’objet d’un soin spécial de la part du tireur, la poudre est scrupuleusement mesurée, la balle a été pesée, et toute balle qui n’atteint pas le poids exact est refondue comme contenant des bulles d’air ; n’étant pas homogène elle serait susceptible de dévier. La balle est enveloppée dans un petit morceau de vieux linge et, particularité singulière, les vieilles chemises sont surtout recherchées pour cet usage. La distance de la cible est ordinairement de trois cents pas, le tireur a six ou sept coups d’essai pour se faire la main. Dans un après-midi, chaque tireur place généralement de soixante à quatre-vingts balles. Le tir se fait également sur une cible mobile, un cerf mécanique qui fait d’énormes bonds. D’autrefois la cible est placée sur une élévation, le tir est alors oblique et la dif-culté beaucoup plus grande que dans le tir horizontal. La fête se termine par la distribution des prix aux lauréats sous le patronage des notables, et, détail curieux, le tireur qui s’est le plus distingué par sa maladresse, est obligé de venir recevoir un prix spécial et cela au milieu des rires et des quolibets de la foule.
- Les montagnards du Tyrol et de la Slyrie sont particulièrement renommés pour leur adresse. L’institution des sociétés de tir est très ancienne en Autriche, et la France a eu occasion d'apprécier leur influence : on se rappelle que lors de l’invasion de l’Autriche par les troupes du premier empire, les montagnards donnèrent le signal du soulèvement en jetant des cendres dans les cours d’eau ; partout où celles-ci furent aperçues, les sociétés se réunirent et formèrent ainsi des compagnies de tireurs francs qui vinrent harceler l’armée française.
- Actuellement il y a en France environ 1200 sociétés de tir, mais la plupart n'emploient que des armes à petite portée système Flobert ou ses dérivés. 11 n’existe que 250 à 500 sociétés de tir à longue portée. Aucun lien ne réunissait ces sociétés entre elles, les tireurs habiles n’avaient qu’une gloire locale et ne pouvaient se mesurer entre eux. C’est cette lacune qu’a voulu combler la Ligue des patriotes en organisant de grands concours nationaux de tir, dont le premier a été le concours de Vincennes.
- On sait que ce concours a duré du 51 août au 21 septembre. Le nombre des coups de feu tirés pendant ces 22 jours a dépassé un demi-million (555907). Le nombre des tireurs a été de 51 802. Nous donnons le fac-similé des cartons des meilleurs tireurs.* Quand on songe à la distance à laquelle ces résultats ont été obtenus, 500 mètres pour les grandes cibles et 200 mètres pour les petites, on ne peut qu’avoir une profonde admiration pour l’adresse de ces tireurs. Quelques-uns de ces cartons sont par-
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- LA NATliBK.
- ticulièrement à remarquer par le faible écart latéral que présentent les empreintes (fig. 1 et 2).
- Les renseignements officiels publiés sur le concours ne permettent, pas d’apprécier la valeur des
- différentes armes employées, ni la tendance des tireur; à adopter tel ou tel genre d’armes; mais d’une façon générale on a pu voir qu’un grand nombre de tireurs se servaient de la carabine Mar-
- Ier CHAMPION s MTTranchet
- 2? CHAMPION * 3* CHAMPION
- MIBoillotClaChaux dePonds) MrHenri Leverd (Boulogne-stSeine)
- Arme de gi
- Arme de
- fuerre
- ’ OISTANCE 300 MÈTRES.
- CHAMPION
- MrBtondin( Paris)
- Arme de
- Armes de précision Armes de précision avec engin, sans engin.
- Armes de précision Armes de précision Armes de précision avec engin. sans engin. avec engin.
- OISTANCE 200 MÈTRES.
- Armes de précision sans engin.
- Armes de précision Armes deprécision avec engin. sans engin.
- Fig. 1.— Reproduction à line petite éelielle des cartons du concours de Vincenues, en 1881.
- Le diamètre des grands cartons représentés ligure 1 et ligure 2, est de 0'",60; celui des petits est de 0”,oU.
- tini. La perfection des armes de précision, dont on peut comparer quelques-unes à de véritables instruments de physique dans lesquels tout a été calculé, prévu, et les moindres écarts rectifiés, a été aussi très remarquée.
- , L’utilité de ce qu’on appelle les « engins » a eu une fois de plus l’occasion de s'affirmer d’une façon évidenlc; on sait que ces engins se composent soit de mires réduites à l’état de pointes d’aiguilles, de hausses dans l’ouverture desquelles se trouve un réticule de lils comme dans une lunette astronomique, de « tunnels », sorte d’anneaux espacés le long du canon et. conduisant le regard de façon à obtenir facilement la ligne de tir, de « champignons » qui consistent en une poignée placée sous le canon et qui permettent de tenir le coude gauche appuyé sur le corps. Dans le même ordre d’idées on doit signaler aussi un bourrelet fixé à une ceinture ; ce bourrelet, placé sur le côté gauche, permet au coude de s’appuyer et donne à l’arme une stabilité
- plus grande. Beaucoup de ces appareils seraient trop délicats pour être adaptés aux armes de guerre, en raison de la tactique actuelle. Dans les concours,
- l’emploi des armes avec engins est considéré comme moins glorieux, comme exigeant moins d’adresse de la part du tireur. Il nous semble au contraire que tout ce qui favorise la justesse de l’arme, l’adresse ou la commodité du tireur, ne saurait être trop encouragé et favorisé. Les reproductions ci-contre des cartons du concours de Vincennes indiquent les champions qui ont remporté les prix. Les points noirs marqués sur nos diagrammes (üg. 1 et 2) montrent la place des balles et les noms, des lauréats sont, indiqués à chaque ligure.
- Le concours de Vincennes a démontré que le goût du tir est extrêmement développé en France et si un pareil concours est institué chaque année, il aura sans nul doute pour effet d’exciter 1 émulation des tireurs, de développer le goût des armes, de former en un mot des générations habiles et exercées
- ARME DE GUERRE. DISTANCE 300 METRES.
- GRAND PRIX DE LA LIGUE DES PATRIOTES. GRAND PRIX MARTIN DES GYMNASTES DE FRANCE. MTBaudson (Charleville) MTMézillon (Bordeaux^
- OISTANCE 200 METRES,
- GRAND PRIX DES ARTS MPCoutier. Armes de précision.
- GRAND PRIX DE PARIS MPOervaut. Armes dirersessans engin.
- Fig. 2. — Autres cartons du concours de Vincennes.
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- prêtes à tout événement. Son but a clone été éminemment patriotique et on doit en être reconnaissant à ses organisateurs.
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- Pour augmenter la valeur de notre armée au
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- point de vue du tir, M. le chef de bataillon Henry Lambin a proposé un système qui consisterait : « à placer de droit dans la deuxième portion du contingent tout conscrit cpii aura satisfait avant le tirage au sort aux épreuves d'un concours public* de tir dont les conditions et le programme seront déterminés chaque armée par le ministre de la guerre. » Il y a là au poin* de vue du développement du goût du tir et de l’adresse des tireurs une excel-
- lente idée sur laquelle on ne saurait trop appeler l'attention. Le premier résultat de son adoption serait incontestablement de multiplier à l'infini en France les sociétés de tir et les stands.
- Les stands. — Les stands, les tirs, soit institués par des sociétés, soit établis dans un but de spéculation, sont de véritables écoles de tir et il n’est pas jusqu’au simple tir de salon à la carabine» Flobcrt qui n’ait son utilité. Le genre de tir sert ordinairement de début aux jeunes tireurs; il les familiarise d’abord avec une arme à réaction modérée et peu bruyante et les prépare à aborder le pistolet de tir ou la carabine à longue portée.
- Fig. ô. — I.o tir à ilos tourné. Tireur américain, abattant une orange placée sur la lèle de sa lillc. Exercice exécuté sur un théâtre de New-York.
- Dans ces tirs Fiobert, on rencontre des personnes d’une extrême habileté, on en voit qui écornent des pipes, mutilent avec art des poupées de plâtre, brisent par tronçons des tuyaux de pipe, font des ligures géométriques sur les cartons ou sur la plaque. Nous avons vu un gentleman anglais enlever d une balle à la carabine Flobcrt, une pièce de 50 centimes tenue entre le pouce et l’index de la patronne du tir. Ce même tour d’adresse est exécuté aussi, paraît-il, par une jeune actrice parisienne, M,le L..., qui ayant établi une cible dans son salon enlève un louis entre les doigts de sa camériste.
- Dans les tirs au pistolet, les patrons montrent aux débutants des cartons conservés comme trophées, véritables merveilles pour les jeunes tireurs qui en
- sont encore à la poupée de plâtre. L’adresse, de certains tireurs au pistolet est restée légendaire ; on cite notamment M. d’Iloutelot qui s’amusait à couper la tige d’une Heur à vingt-cinq pas. On se rappelle les prouesses, plus ou moins réelles, du chevalier de Saint-Georges qui clouait, paraît-il, le bonnet de colon d’un cabaretier sur son enseigne et cela en mettant dans son arme au lieu d’une balle, un clou de fer à cheval. Des tireurs atteignent presque à coup sur une pièce de 10 centimes jetée en l’air. On parle même d’un tireur qui jetant une pièce de 1 franc l’atteignait avec une telle précision qu’il ne laissait retomber qu’un anneau d’argent, pais ce fait paraît appartenir à la légende. M. le prince de Bibesco exécute une très jolie expérience ; il perce
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- LA NATUHE
- au centre des assiettes envoyées en l’air à quinze pas de lui, et réussit plusieurs fois de suite ce remarquable tour d’adresse. La balle dans ce cas, au lieu de briser l’assiette, la traverse en ne laissant qu’une étroite ouverture, et cela, comme on sait, grâce à un effet curieux d’inertie. Voici du reste une autre jolie expérience basée également sur l’inertie : on pose sur le goulot d’une bouteille un bouchon à champagne et sur celui-ci une pièce de monnaie, un louis ou une pièce de 50 centimes. Cette bouteille étant placée sur une table à quelque distance du tireur, celui-ci fait feu, atteint le bouchon qui vole au loin; quant à la pièce, elle a disparu. On la retrouve dans la bouteille.
- Dans tous les tirs, on rencontre des amateurs qui cassent à coup sur le tuyau d’une pipe, et cela, sans hésitation, sans aucun manque, et en indiquant même l’endroit précis où leur balle frappera ; de là à enlever une pipe tenue dans la bouche d’une personne complaisante, comme le faisait le vieux général dont on parle dans tous les traités de tir, il n’y a qu’un pas en apparence; pour certaines personnes même peu impressionnables, la différence est énorme; il se dresse une difficulté psychologique qui mérite quelque attention. On sait que, généralement, les duels au pistolet sont moins dangereux que les duels à lepée; cela tient en partie à l’impression que ressentent la plupart des duellistes quand ils se trouvent pour la première fois avoir à tirer sur une personne isolée, à une courte distance, et cela indépendamment de tout sentiment de crainte personnelle. Souvent ce trouble a été la sauvegarde des combattants, même lorsque ceux-ci étaient d’excellents tireurs; d’autres fois, quand il ne s’agissait que de preuves d’adresse, il a été cause d’accidents plus ou moins graves. En voici un exemple. Dans une petite ville de Bretagne ayant une garnison, un. jeune lieutenant était d’une grande adresse au pistolet. Un jour il paria briser le tuyau d’une pipe dans la bouche de son ordonnance ; celui-ci, certain de l’habileté de son officier, se prêta de bonne grâce à l’expérience qui eut lieu devant une douzaine de personnes. L’officier, sûr de lui-même, abaisse son arme ; mais, au moment de presser la gâchette, subitement se présente à son esprit le sentiment de sa responsabilité, les conséquences d’un accident, il hésite, sa main tremble, le coup part; on entend un grand cri : le malheureux troupier porte la main à sa tête inondée de sang, la balle venait de lui enlever le nez.
- Les tireurs de profession. — Les tireurs de profession sont de deux sortes. Les uns vont de concours en concours et utilisant leur habitude du tir et leur adresse, enlèvent les premiers prix. Us revendent ceux-ci lorsqu’ils consistent en objets d’art ou en armes de valeur. Presque tous les règlements des concours s’efforcent d’éliminer ces tireurs ambulants dont la concurrence est si redoutable pour les simples amateurs. On cite l’exemple de l’un d’eux, qui, réfugié en Suisse en 1871, gagna en quelques
- années suffisamment d’armes décernées comme prix dans les concours pour en faire le fonds d’une boutique d’armurier.
- D’autres tireurs de profession s’exhibent ep public, les deux plus célèbres s’étant en dernier lieu montrés à Paris, sont le docteur Carver et M. Ira-Païne.
- Parmi les plus étonnantes expériences exécutées par ce dernier au théâtre des Folies-Bergère, on peut citer, au pistolet : percer un as de cœur tenu à la main; percer de la même façon un trois de cœur; couper une carte présentée par sa tranche; atteindre une boule de la grosseur d’une orange oscillant à l’extrémité d’un long fil ; et enfin abattre la cendre d’un cigare tenu à la bouche et briser une noix posée sur la tête de Mme Ira-Païne. Ces deux derniers exercices occasionnent toujours une certaine émotion parmi les spectateurs: on craint qu’un manque d’adresse ou tout au moins un mouvement involontaire ne fasse dévier la balle et que celle-ci ne vienne briser la tête de la porteuse. Cette crainte n’est pas fondée ; M. Ira-Païne est parvenu à une adresse telle que le maximum d’écart de ses balles à 12 ou 15 pas ne dépasse jamais un centimètre. Or, la cendre du cigare est à trois ou quatre centimètres de la bouche, et la noix, en comprenant le support et l’épaisseur des cheveux, est élevée de cinq à six centimètres au-dessus du crâne. On peut donc être sans crainte sur le sort de Mme Ira-Païne.
- Parmi les exercices à la carabine, ceux exécutés par M. Ira-Païne fils, âgé d’une dizaine d’années, « le jeune Nemrod, » dit l’affiche, sont particulièrement remarquables; son père projette verticalement des cartons-cibles et le jeune garçon les atteint à balle. Dans ceux qu’il nous a été donné de voir, toutes les balles atteignaient la mouche ou le premier cercle. Un autre exercice consiste à abattre à la carabine des boules jetées en l’air.’ C’est un amusement très employé à la campagne, dans les châteaux, pour se faire la main avant l'ouverture de la chasse; un domestique abrité, derrière un mur, une porte ou un bouclier formé de quelques planches, projette des boules de verre que les chasseurs, placés à une vingtaine de pas, abattent au vol; c’est un exercice moins cruel que le tir aux pigeons et dans lequel certains amateurs excellent; quelques-uns d’entre eux brisent ainsi 18 ou 19 boules sur 20.
- Les tireurs de profession exécutent cet exercice avec beaucoup de brio et d’adresse, mais naturellement dans ce cas, leur carabine est chargée, non à balle, mais à plomb et à plomb très fin, de la cendrée, par exemple. M. Ira-Païne exécute un très joli tour d’adresse; jetant lui-même les deux boules, il les brise par un coup double, qui serait la gloire d’un chasseur de bonne force. Un autre exercice de quelques tireurs de profession consiste à tirer le dos tourné, sans regarder le but : par exemple, le canon de la carabine appuyé sur l’épaule ou sur la tête. Cet exercice se fait à l’aide d’un truc, en réalité le
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- LA NATURE
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- tireur voit le but ; il le voit non directement, mais bien par la réflexion d’une glace placée dans la coulisse ; ce n’en est pas moins un tour d’adresse très remarquable (fig. 3). Ce tour a donné lieu à un accident des plus dramatiques dont les journaux ont parlé il y a deux ans. Un tireur s’exhibait sur un théâtre à New-York et renchérissant sur la célèbre prouesse de Guillaume Tell, enlevait une orange sur la tête de sa jeune fille, mais en tirant le dos tourné. Cinq cents fois peut-être auparavant il avait exécuté cet exercice ; un soir le coup part, la jeune fille pousse un cri et tombe foudroyée, le front brisé par la balle. On a attribué cet accident à un défaut dans la cartouche. Gdyot-Daubks.
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- LES PONTS A«GRANDES TRAVÉES
- LE PONT DE FORTH, EN- ÉCOSSE
- L’art de la construction des ponts a pris, comme on sait, un essor nouveau dans ees quarante dernières années. Depuis l’emploi des matières métalliques, les ingénieurs n’hésitent plus aujourd’hui à lancer leurs ponts par-dessus des espaces vides de plusieurs centaines de mètres de longueur, qui auraient paru absolument infranchissables autrefois avec les matériaux dont on disposait jusque-là. Nous avons eu souvent l’occasion de signaler dans La Nature ces constructions merveilleuses de hardiesse, qui sont l’honneur du génie civil à notre époque, et nous pouvons rappeler en particulier parmi les ponts à grandes travées, celui d’East- River à New-York, dont nous avons donné déjà la description. Ce pont, dont la travée centrale atteint 486 mètres, était resté le plus grand de tous jusqu’à présent ; mais il va se trouver dépassé à son tour par le pont actuellement en construction sur le firth de Fortb, en Ecosse1, car celui-ci comprendra deux travées de 9 chacune 521m,50, formant ainsi les plus larges qu’on ait osé jamais franchir d’une seule portée.
- Nous avons cru intéressant à cette occasion de résumer brièvement les progrès apportés à la construction des ponts métalliques, enindiquant les divers types de construction auxquels on a eu successivement recours à mesure que la portée à franchir est allée elle-même en augmentant, jusqu’à dépasser un demi-kilomètre.
- Les premiers ponts métalliques à grande travée présentent la forme de poutres droites reposant sur les différentes piles: quelquefois cette poutre est continue et s’étend d’une seule pièce sur plusieurs travées, mais le plus souvent les travées sont indépendantes. L’exemple le plus célèbre est le pont de Britannia, construit par Stephenson, qui fait époque dans l’histoire des ponts métalliques. On n’avait jamais employé en effet le fer forgé sur une aussi grande échelle. Les études qu’a
- 1 Voy. n° 360, du 24 avril 1880, p. 332.
- exigées le pont Britannia ont été en outre le point de départ des remarquables expériences de Fairbairn et de Hodgkinson sur la résistance des matériaux.
- Le pont de Britannia sur le détroit de Menai appartient à un type qui a reçu le nom de pont à tube ; il comprend en effet deux tables horizontales, l’une inférieure et l’autre supérieure, consolidées par des âmes pleines en tôle; ce qui lui donne l’apparence d’un tube rectangulaire. Chacune des tables est formée elle-même de deux tôles parallèles reliées entre elles par des tôles verticales dirigées dans le sens du pont, au nombre de huit pour la table supérieure et de six pour la table inférieure, et partageant ainsi les tables en autant de cloisons longitudinales. Le pont Britannia comprend quatre travées, dont les deux du milieu ont une longueur de 140 mètres; établi à l’origine des ponts métalliques, il manque encore de légèreté, et les différentes pièces présentent un excès de poids qu’on éviterait soigneusement dans les types plus modernes, car il en résulte un surcroît de dépenses et en même temps de fatigue pour le métal. Le poids par mètre courant dans les travées du milieu dépasse en effet 11 000 kilogrammes, ce qui doit correspondre pour le métal à une fatigue de 8 kilogrammes par millimètre carré.
- Comme autre exemple du système tubulaire, nous pouvons encore citer le pont Victoria établi sur le Saint-Laurent à Montréal, et qui a été construit également par Stephenson. Ce pont, qui est à travées indépendantes, comprend 54 ouvertures dont l’une dépasse 100 mètres.
- On préfère actuellement disposer les ponts-poutres en forme de treillis pour les alléger ; il importe d’ailleurs, ainsi que le remarque M. Dechamps, pour obtenir un allégement réel, d’appliquer des treillis à larges mailles dont toutes les pièces peuvent être calculées en raison de la fatigue quelles ont à supporter, les treillis à petites mailles sont presque aussi lourds que les âmes pleines. Comme exemple de ponts à treillis, nous pouvons citer le pont de Syz-van sur le Volga dont nous avons donné la description dans le numéro du 6 novembre 1880, Rappelons à cette occasion qu’en Amérique les treillis sont toujours articulés, et se rapprochent ainsi presque complètement des conditions théoriques des calculs, ce qui permet encore de les alléger : en Europe, les assemblages des treillis sont ordinairement rigides.
- Au lieu d’employer des poutres entièrement droites, on reconnaît par le calcul qu’il est préférable de donner aux longerons une forme parabolique dont les ordonnées sont déterminées de manière à ce que la hauteur de la poutre varie en chaque point proportionnellement à la valeur du moment fléchissant ; l’axe de la parabole est alors vertical, et le sommet est placé au milieu de la travée ; cette disposition a été appliquée pour la première fois en 1856 par Isambard Brunei au pont de Royal-Albert près de Saltach, dans la baie de Rlymouth. Ce pont comprend deux travées de !58m,68 fran-
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- la nature.
- chies par des poutres paraboliques. Le poids moyen par mètre courant est seulement 6575 kilogrammes, Lien que la largeur de la travée soit presque égale à celle du pont Britannia. Le type parabolique a été fréquemment appliqué depuis, surtout sur les ponls
- construits en Hollande à Kuilenbourg,Bommel, etc.’ avec des longerons contreventés.
- Les ponts suspendus présentent une légèreté qu’il serait impossible d’atleindre avec les poutres; en outre, on peut arriver, en employant des câbles,
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du pont de Forth, en Angleterre.
- Ce pont, dont la longueur totale est de 2l72m,7Ü, comprend, comme le montre la ligure d’ensemble, deux travées de 521",20 centimètres.
- à imposer au métal une fatigue que les tirants de contreventement des poutres ne pourraient supporter. Pour ceux-ci, en effet, on ne doit pas dépasser en service une charge de 6 à 7 kilogrammes, tandis qu’avec les câbles on peut aller jusqu’à 12 et même 18 kilogrammes.
- On a pu réussir ainsi à franchir des travées énormes bien supérieures à celles qu’admettaient les ponts-poutres.
- Nous pouvons citer par exemple le pont du Niagara dont la travée atteint 250 mètres, et surtout le pont d’East-River à New-York qui dépasse 480 mètres.
- Les ponts suspendus présentent d’autre part l’inconvénient de manquer de rigidité ; leur emploi est peu facile pour un chemin de fer, et on ne saurait guère les consolider sans leur donner une lourdeur exagérée. Il est préférable de soutenir le tablier du pont par un arc inférieur en forme de cercle qui vient chercher son appui sur la base des culées. C’est la disposition qui a été adoptée pour les ponts à grande travée les plus remarquables îjui ont été construits ré-«emment. Rappelons, par exemple, le pont si élégant et si audacieux construit par M. Effel sur le Douro, à Porto, dont l’ouverture est de 354 mètres,le viaduc de Garabit, etc. ,
- Le pont actuellement en construction sur le firth de Forth, que nous avons représenté sur la figure 1, appartient à un type analogue, seulement le tablier est consolidé à la foisau-dessus et au-dessous par deux
- arcs de soutènement appuyés sur les culées. Le pont comprend deux travées centrales ayant chacune 521m,55 de longueur; ce sont, comme nous le disions, les plus grandes qui aient été franchies jusqu’à présent.
- La poutre du pont est continue, elle présente, en tenant compte du contreventeme n t supérieur, une hauteur variable atteignant 106m,67 au-dessus des piles, et s’abaissant ensuite graduellement sur une longueur de 207m,40 jusqu’à une valeur de 15"‘,24 qu’elle conserve au milieu de la travée. En plan également, la poutre du pont présente une largeur variable à raison des contrevenlemcnts dont elle est munie, et qui sont
- destinés à combattre la poussée du vent. Cette largeur est de 40lll,25 au-dessus des piles, et elle se réduit à 9,n,75 dans la partie centrale.
- Dans un numéro précédent de La Nature (numéro du 24 avril 1880), nous avons parlé des difficultés que présentait la construction d’un pont sur le firtli de Forth, et nous avons signalé les différents projets déjà présentés. Ainsi que nous le disions’ ce pont gigantesque est destiné à donner le passage direct de la ligne d’Édimbourg à Perth. 11 sera établi à Queensbery en un point où le firth de Forth est partagé en deux bras inégaux par le petit îlot d’Inch-Garvie. Les golfes du Forth, qui sillonnent si profondément les côtes de la Grande-Bretagne, présentent, comme on sait, des profondeurs considérables, et celui de Forth en particulier n’a pas moins
- Fig. 2. — Détail d’une des travées de 521 mètres du pont de Fortb. Élévation et plan.
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- LA NATURE
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- Fig. 4. — Construction du grand pont de Fortli. — Perçage des trous de rivets dans les grands anneaux d’acier,
- qui forment les pièces tubulaires de la construction.
- Fig. 5. — Construction du grand pout de Fortli. - Caisson monté sur cales à maree basse, avant son lancement
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- LA NATLUE
- de 60 mètres au sud et de 65 mètres au nord d’Inuh-Garvie; sa profondeur dépasse donc celle de la mer du Nord. Il était impossible dans ces conditions d établir des fondations à une pareille profondeur, et, malgré leur longueur énorme de 52lm,55, il faut traverser d’une seule travée chacun des deux bras du firth, ens’appuyantseulement sur une pile établie dans 1 îlot d’Inch-Garvie. Avec les travées des rives, le pont aura une longueur de I619m,55; en comprenant les viaducs d’accès, Ja superstructure métallique a un développement total de 2465m,71.
- On avait songé d’abord, ainsi que nous l’avons indi qué précédemment, à établir un pont suspendu suivant le projet étudié par Sir Thomas Bonch. Ce projet aurait été mis à exécution, sans l’émotion produite par la catastrophe du pont de Tay. Les sociétés de chemins de fer ont repris néanmoins l’étude de la question, et après un mûr examen, les ingénieurs qui en étaient chargés, MM. Fowleret Baker, reconnurent qu’il y avait lieu de renoncer au type de
- allongement de 17 pour 100. Les tôles sont cintrées à chaud dans des fours chauffés au gaz assurant ainsi une chaleur bien uniforme; elles sont ensuite comprimées à froid sous la presse hydraulique de 2000 tonnes. Chaque élément a 4m,80 de longueur, et 0m,0o2 d’épaisseur. La longueur totale des tôles à cintrer n’était pas moindre que 67 kilomètres.
- La figure 5 représente l’un des quatre caissons servant aux fondations par l’air comprimé de la portion principale de la pile de South Queensherry. Ce caisson, dont la coupe et le détail sont donnés figure 6, est monté sur cales à marée basse, prêt à être lancé; il doit être descendu pour atteindre la roche dure à une profondeur de 20m,50 au-dessous des basses eaux. Il a 21 mètres de diamètre, et renferme trois puits de lm,08 servant, l'un à l’entrée des ouvriers descendant dans la chambre de travail, et les deux autres à l’extraction des déblais. Les compresseurs d’air et les machines d’extraction reçoivent la vapeur des chaudières tubulaires installées sur les appontements. Ce caisson amené en place est rempli de béton jusqu’au niveau des basses eaux.
- L’air comprimé n’a été employé toutefois que d’une manière exceptionnelle, pour ainsi dire ; les entrepreneurs ne paraissent pas encore familiarisés avec ce procédé, et ils en restent à l’anliqüe cloche à plongeur : toutes les fondations des piles Nord ont été exécutées avec des caissons à ciel ouvert.
- CONFÉRENCE « SCIENTIA »
- BANQUET OFFERT A M. PASTEUR
- pont suspendu. On n’aurait, pu donner la rigidité nécessaire à un tel pont qu’en augmentant le poids du métal qui se trouverait en outre réparti d’une manière moins favorable que sur le type du pont en arc, les parties lourdes étant reportées vers le milieu de la travée à une trop grande distance des piles.
- Le nouveau projet, ainsi étudié par MM. Fowler et Baker, est actuellement en cours d’exécution, et lorsque ce pont gigantesque sera terminé, il pourra prendre rang à côté de ces grands ponts des Ste-phenson et des Brunei, marquant un grand progrès dans la construction des ponts métalliques.
- Nous avons reproduit (fig. 1 à o) quelques diagrammes qui donneront une idée de l’ensemble de ce grand ouvrage. Nous y ajoutons des vues qui feront comprendre l’importance de ces gigantesques travaux.
- La figure 4 représente le perçage des anneaux d’acier constituant les pièces tubulaires de l’arc de soutènement des grandes poutres du pont. Cet arc a un diamètre variant de 0m,65 auprès des retombées à lm,52 vers les sommets. Il est renforcé par de solides diaphragmes et des nervures intérieures au droit des attaches. Le métal employé pour les pièces comprimées est de l’acier donnant une résistance à la traction variant de 55 à 60 kilogrammes avec un-
- La deuxième réunion de la conférence Scientia, fondée par MM. Max de Nansoutv, directeur du Génie civil, Ch. Richet, directeur de la Revue scientifique, et Gaston Tissandier, directeur de La Nature, a eu lieu le jeudi 12 février dans les salons de Lemardelay à Paris. Le banquet était offert, h M. Pasteur, et plus de quatre-vingts adhérents avaient répondu aux invitations adressées à tous les membres de la conférence, par les soins de son secrétaire, M. Ch. Talansier, La réunion était fort brillante. On remarquait autour de la table du banquet : MM. l’amiral Mouchez, Hervé Mangon, Friedel, Janssen, A. Milne-Edwards, Guillaume, membres de l’Institut ; les docteurs Yerneuil, Bucquoy, Landouzy, Dechambre, Le Roy de Méricourt, de Ranse, Yallin, Topinard, Anger, Chauffard, Laborde, Nicolas, Toledano, Gley, Rondeau ; le général de Nansouty; MM. Dehérain, Bureau, Pouchet, Chamberland et Roux, Valéry Radot, Henri de Parville, Lautb, Alfred et Albert Tissandier, Georges Berger, Émile Muller, Gariel, Georges Masson, Gauthier-Villars, Gorceix, Leauté, Ledoux, Oustalet, Remaury, Bâclé, Beraldi, Désiré Charnay, le commandant de Rochas, Bartholdi, Ch. Buloz, Maunoir, Th. Villard, Guéroult, Félix Hément, J. Poisson, Ch. Henri, Petit, Hospitalier, le prince Roland Bonaparte, James Jackson, Léon Boyer, A. Burdeau, Crapon, Landrin, Stanislas Meunier, Arnoul, Ogier, Poyet, Ch. Rabot, Beau, de Guerne, Barré, Ribot, Ferrari, Père, Fournier, Chalon.
- Au dessert, M. Ch. Richet, président, a pris la parole et dans un discours chaleureux, il a rappelé les immenses travaux de M. Pasteur, qui ont toujours été jusqu’ici des
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- triomphes et des conquêtes. « Rarement, a dit M. Richet en terminant, les vrais savants se préoccupent, quand ils font une recherche, des conséquences immédiates qu’elle peut avoir. 11 leur suffit de chercher la vérité, et ils croient avoir fait assez quand ils ont reculé les bornes de notre savoir, et dissipé quelqu’une des obscurités qui nous entourent. Mais combien heureux sont-ils quand, à la gloire d’une vérité nouvelle, vient s’ajouter le bonheur du bienfait rendu! M. Pasteur a eu cette gloire et ce bonheur : la gloire d’avoir dissipé de profondes ténèbres, le bonheur d’avoir rendu service à ses semblables. Ce n’est pas seulement un savant, c’est un bienfaiteur; et ses découvertes sont doublement fécondes : fécondes en elles-mêmes, par tout ce qu’elles nous révèlent des mystères de la nature ; fécondes par leurs conséquences, parce qu’elles diminuent et diminueront la misère, la maladie, le malheur des hommes. »
- M. Pasteur a répondu en portant un toast à la presse scientifique, et ses paroles ont été écoutées avec la plus grande attention.
- M. Laborde a parlé au nom de la presse médicale qui est une fraction importante de la presse scientifique.
- Après le banquet, M. le professeui Vcrneuil a fait une brillante conférence, et il a tenu pendant près d’une heure ses auditeurs sous le charme de sa parole spirituelle et entraînante, en leur racontant ce qu’était une salle de chirurgie en 4845, ce qu’elle est aujourd’hui, et quels grands progrès ont été accomplis. L’illustre chirurgien a mis une grande réserve à louer celui dont les doctrines ont si puissamment contribué à ces progrès, mais les auditeurs n’en ont applaudi qu’avec plus de chaleur, à chacune de ses allusions au nom de M. Pasteur.
- La présidence d’honneur du prochain banquet, qui aura lieu dans le courant d'avril, sera offerte à M. Ferdinand de Lesseps.
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- LÀ CULTURE DE LÀ NÀCRE
- A TAHITI
- (Suite et lin. — Voy. p. 129.)
- Mon programme d’études était le suivant :
- 4° L’huître à nacre, détachée de son collecteur naturel, peut-elle s’attacher à un collecteur artificiel? Est-elle susceptible de se développer sans le secours d’aucun collecteur?
- 2° Peut-elle grandir dans les caisses ostréophiles ?
- 3° L’agglomération d’un assez grand nombre de sujets dans une même caisse ne détermine-t-elle pas de mortalité parmi ces sujets ?
- 4° Quel est le mode de reproduction de l’huître pintadine? Quel est 1 âge où elle est apte à la reproduction? Peut-on recueillir le Irai à l’aide de collecteurs artificiels?
- En ce qui touche le premier point de ce programme, voici ce que les expériences ont démontré : toutes les huîtres décollées avec soin de leur collecteur natürel, c’est-à-dire celles dont le byssus n’avait pas été violemment arraché de son point d’adhérence et que nous avions enfermées dans des caisses ostréophiles, se sont fixées à nouveau, en un, deux ou trois jours, sur les corps résistants placés à proximité des rameaux de leurs byssus : sur les caisses, sur les huîtres voisines et sur les cailloux.
- Celles qui ne se sont pas fixées ne sont point mortes, mais elles semblent avoir moins profité.
- En ce qui concerne le second point, nous avons constaté que les sujets déposés dans les caisses avaient grandi dans des proportions inespérées. Des bourgeons d’une extrême vigueur, indices certains d’une croissance rapide, recouvraient les bords extérieurs de la coquille.
- 11 n’y a point eu de mortalité résultant de l’agglomération. Sur trois ou quatre cents huîtres placées en caisses à Fakarava, deux seulement ont succombé; encore l’une des deux avait-elle été perforée dans une expérience spéciale.
- Enfin, pour ce qui est de la sexualité des huîtres à nacre, de l’âge auquel elles sont aptes à l’accomplissement des fonctions génératrices, de leur mode de reproduction, nous avons reconnu : que ces mollusques était unisexués, c’est-à-dire entièrement mâles ou entièrement femelles, et non hermaphrodites, ainsi qu’on l’avait supposé par erreur; que, comme presque tous les mollusques du même genre, ils pouvaient se reproduire dès l’année qili suit leur naissance; que la capture du frai au moyen de collecteurs n’offrait point de difficultés. C’est ainsi que nous avons trouvé à Aratika, fixés aux caisses où étaient enfermées nos élèves depuis un mois seulement, un assez grand nombre de naissains fraîchement éclos, qui n’avaient pu être engendrés que par les sujets adultes déposés à l’intérieur de ces caisses.
- Dans le rapport que je dois adresser à M. le minisire de la marine et des colonies pour lui rendre compte de ma mission, j’exposerai les diverses phases par lesquelles ont passé nos expériences et déduirai de mes observations les conséquences qui en découlent, tant au point de vue économique qu’au point de vue industriel et commercial. Mais je pense qu’il est utile et avantageux de faire connaître dès à présent les conclusions auxquelles je serai amené dans ce rapport.
- En premier lieu, me basant sur ca fait bien acquis que l’huître est unisexuée, j’estime que l’on peut non seulement entretenir la fertilité permanente des lagons des Tuamotu, mais les régénérer et les soumettre à une exploitation fructueuse.
- J’estime, en outre, qu’en se conformant aux indications sûres et précises fournies par la science et la pratique, on peut créer dans ces pays, aux îles Tuamotu comme aux îles Gambier, à Tahiti comme à Moorea, pour la culture rationnelle et méthodique des huîtres à nacre, une industrie analogue à celle, si prospère, qui existe aujourd’hui sur les côtes de France pour la culture des huîtres comestibles, et constituer ainsi, au profit de la colonie, un monopole industriel qu’aucun autre pays ne pourra lui disputer, car il est difficile de rencontrer ailleurs un ensemble de conditions naturelles plus favorables1. Bouchon Brandely.
- 1 Lettre adressée au gouverneur des établissements fran çais de l’Océanie.
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- LA N ATI1 UK.
- LES PUNAISES DE LA MEK
- Il existe un certain nombre d’insectes Ilémiplères qui passent leur existence entière ou au moins presque totale à l’intérieur ou à la surface des eaux, et qu'on appelle pour cette raison du nom général dé Punaises d’eau. Elles sont nageuses ou marcheuses et leurs pattes ou postérieures ou intermédiaires très longues, portant une garniture de poils au côté interne, ont la fonction d’avirons, ce qu’on trouve aussi dans des Coléoptères aquatiques, comme les Dytiques et lesGvrins.
- Les Notonectes parmi les Punaises d’eau, les Punaises à avirons de Geoffroy, le vieil historien des insectes des environs de Paris, sont des carnassiers à salive venimeuse, attaquant des insectes de beaucoup plus grande taille et même se dévorant entre elles. Elles sont très reconnaissables en ce qu’elles nagent renversées sur le dos, ressemblant alors à de petites barques et se servant de leurs longues pattes postérieures ciliées pour se lancer en avant avec vitesse, les pattes antérieures et intermédiaires ne concourant pas à cette natation. C’est par une série de bonds que ces Notonectes peuvent progresser sur le sol. Elles sortent parfois de l’eau le soir ou la nuit pour errer sur le sol ou passer en volant d’une marc à l’autre. ^
- Un autre type est celui des Gerris, qu’on nomme
- encore Coureuses d’eau ou Araignées d’eau, bien qu’elles n’aient que six pattes et non les huit pattes des vraies Araignées. On les rencontre souvent en familles nombreuses tranquillement, réunies dans de petites anses abritées. Leur corps est assez allongé et assez épais, leur tète saillante, avec des antennes courtes et de gros yeux globuleux. Le corselet est grand, légèrement rétréci en avant ; les élvtres, qui manquent parfois, sont longues et sans membrane, l’abdomen allongé, étroit, à bords tranchants, avec le dernier segment échancré. Les pattes sont très inégales, les antérieures courtes, servant à saisir la proie serrée comme dans un étau entre la cuisse et la jambe. Les quatre autres pattes sont
- très minces et grandes, surtout les intermédiaires, et insérées très loin des pattes de devant, terminées par des tarses de deux articles inégaux, presque aussi longs que les jambes. Les Gerris ont le corps couvert d'une pubescence soyeuse line et serrée, qui les protège contre l’action de l’eau dans laquelle ils ne plongent que lorsqu’ils sont poursuivis trop vivement. Us courent avec vivacité à la surface des eaux tranquilles et ombragées, où ils s’avancent ordinairement par saccades, en opérant un véritable mouvement de rame. Les quatre tarses postérieurs, appliqués horizontalement sur l’eau, y plongent plus ou moins, l’eau se courbant en dessous, comme-un liquide non mouillant, à cause de l’enduit gras qui revêt ces organes, de même qu’une fine aiguille d’acier que la capillarité fait flotter à la surface de l’eau, par une résultante répulsive, quoique l’aiguille soit beaucoup plus dense que l’eau. Si on lave les tarses des Gerris avec de l’éther dissolvant la matière grasse, les insectes enfoncent dans l’eau et ne peuvent plus cheminer. A la façon du rameur ou du nageur, ils prennent un point d’appui dans la résistance du liquide et s’avancent par le mouvement de propulsion des quatre grandes pattes des paires Ü et o, le corps glissant comme un bateau à la surface de
- lis- l-
- 1. lia lobâtes prouvas. — 2 5. Halobates histrio.
- llalobiili s de quatre espèce?
- llalobates Wüllerstorffi. — - Halobates sabrions.
- 1 eau.
- Parfois, les Gerris sautent et bondissent à la surface, et ces sauts irréguliers et désordonnés
- sont les seuls mouvements qu’ils puissent exécuter si on les place sur le sol ou sur la main. Pendant la nuit ils se tiennent immobiles sur l’eau; parfois, ils se retirent à sec sur le rivage ou sur les tiges des plantes. Les Gerris sont des carnassiers voraces, suçant avec leur rostre les insectes morts ou vivants, même tous les débris animaux, et, s’ils sont affamés, les sujets les plus faible» de leur propre espèce. S’ils sont restés longtemps sans nourriture, ils se précipitent avec avidité sur toute proie qu’on leur jette, l’entraînent avec eux et y restent attachés pendant des heures entières, sans qu’on puisse leur faire Lâcher prise, même en les touchant. Bien repus et alourdis, ils marchent lentement sur l’eau, sans faire le mou-
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- LA N AT U 11 K.
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- vement de rames par saccades qui leur est habituel. Ces insectes répandant une odeur très désagréable quand on les écrase ou qu’on les blesse. On trouve (les Gerris de différents âges à toutes les époques de l’année où la température leur permet la vie active, ce qui indique que la reproduction s’opère pendant toute la belle saison. Il y a en France huit ou neuf espèces de Gerris dont quelques-unes très communes dans toutes nos eaux douces. Ces espèces sont dimorphes, tantôt macroptères, à ailes bien développées, tantôt brachyptères, à ailes très réduites et impropres au vol : ce sont là des adaptations à des milieux variés.
- Ces Gerris si communes et que tout le monde a pu souvent observer, nous conduisent à des formes d’un type encore plus exagéré et qui sont des Punaises marines, non pas nécessairement des côtes, mais même de haute mer, habitation tout à fait insoli'e pour des insectes. La configuration des pattes 2 et 3 et le mode de progression rappellent les Gerris. Ces Punaises de la mer vivent sur les fucus et algues flottants et souvent fort loin des côtes (fig. 2), et surtout sur ces fucus à vésicules gonflées d’air et servant à la flottaison que les marins nomment raisins des tropiques. Elles forment le genre H i-lobates, Esehschotz , mot qui signifie marchant sur l’eau salée.
- Le corps est ovale ou oblong, la tète brièvement triangulaire, avec antennes de quatre articles, les ocelles nuis, les yeux gros, globuleux, saillants, débordant un peu les côtés du prothorax, le rostre ou suçoir de quatre articles, le prothorax transverse, le mésothorax et le métathorax cylindriques et coalescents, à peine distincts l’un de l’autre. Les espèces connues jusqu'à présent ont toujours présenté des formes larvaires, sans liémé-lytres ni ailes, adaptation bien appropriée à une station en haute mer, loin des côtes. Les pattes antérieures sont courtes, avec les cuisses un peu épaissies, les jambes ayant une dent à l’exlrémité, les tarses antérieurs de deux articles cylindriques, les ongles insérés dans une échancrure au milieu
- du second article. Les pattes intermédiaires et postérieures sont placées très loin en arrière du corps, leurs insertions très rapprochées, le rejet en ar rière bien plus marqué encore que chez les Gerris. Ces pattes sont longues, grêles et filiformes, les intermédiaires plus longues que les postérieures, ayant les jambes et le premier article du tarse munis d’une frange de longs poils, ce qui indique des espèces nageuses : ces franges manquent quelquefois dans certaines espèces qui probablement ne peuvent que courir sur l’eau. Les tarses intermédiaires sont de deux articles, le second avec un crochet; les pattes postérieures ont des tarses d’un seul article, avec un crochet. L’abdomen est très court, avec trois segments recouverts par le dos du métathorax, ressemblant à l'abdomen rentré et rétréci des larves de Gerris. L’extrémité de l’abdomen chez les mâles présente un remarquable appendice rhomboïdal. On rencontre parfois les llalobates en petites troupes, attachés à des animaux pélagiens qu’ils dévorent, à des Porpita, des Physalia, des Salpa, etc. Ce sont là des mœurs carnassières, à la façon de celles des Gerris.
- Nous représentons quatre espèces dlla-lobates choisies dans les formes les plus caractérisées du genre, avec les grandeurs naturelles (fig. 1), car les llalobates sont des insectes de petite taille. Leurs colorations n’ont rien (l’éclatant : le gris et le bleuâtre y dominent avec des marques noires et parfois des arabesques jaunes ou blanchâtres. Nous avons figuré les quatre espèces suivantes : 1. Halo-bates proavus, Buchanan White, mâle, de Gilolo ; 2. H. Wüllersloffi, B. White, mâle, du cap Frio, près de Rio-Janeiro; 3. H. histrio. B. W., femelle, du Japon. 4. H. sobrinus, B. W., femelle, de Tahiti.
- Les Halobates, au nombre d’une quinzaine d’espèces, n’ont encore été trouvés que dans les mers les plus chaudes, dans l’Atlantique et le Pacifique des hémisphères du nord et du sud, autour du Cap et de Madagascar, près deSainte-Hélène,aux environs d’Aden, des
- Fig. 2. — Halolmtes sur fucus flouants.
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- LA NÀTLJHK
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- îles INicobar, des îles Célèbes, de Gilolo, ete. Il y a quelques espèces de l’extrême Orient, des mers de Chine, du Japon, des Indes et de Cejlan. Le voyage d’exploration du Challenger a presque doublé le nombre des espèces. Dans le voyage de sondages sous-raarins du Talisman, M. Charles Brongniart a rencontré deux Ilalobates dans la mer des Sargasses entre les Açores et les îles du Cap-Vertl.
- Maurice Gir.viîd.
- CHRONIQUE
- Voiture à vapeur. — Nous avons décrit précédemment la voiture à vapeur de MM. de Dion, Bouton et Tré-pardoux (n° 584, du 9 août 1884, p. 145). Depuis la publication de notre article, ce remarquable appareil a subi quelques améliorations; la chaudière est restée la même, mais les deux moteurs, qui étaient indépendants, ont été accouplés et actionnent une seule roue. La courroie de transmission est remplacée par une chaîne. La voiture à vapeur, ainsi modifiée, a été expérimentée la semaine dernière. M. le comte de Dion avait bien voulu nous inviter avec plusieurs autres personnes à nous rendre compte des résultats obtenus. Nous avons constaté par nous-même que le mécanisme fonctionne actuellement dans les conditions les plus satisfaisantes. 11 nous a été donné de parcourir le quai de la Seine à Neuilly avec une vitesse de 50 kilomètres à l’heure. La petite voiture à vapeur remonte les pentes, obéit avec précision à toutes les manœuvres du conducteur, et tourne sur place avec la plus grande facilité. MM. de Dion et Trépardoux se proposent de construire une machine plus importante, qui s’adapterait h un véhicule de plus grande dimension. On ne saurait trop encourager ces intéressantes tentatives, auxquelles nous souhaitons grand succès. G. T.
- Les comètes en 1885. — La comète découverte par Wolf à Heidelberg, le 17 septembre 1884, a été récemment l’objet d’intéressantes recherches, basées sur la nature spéciale de sou orbite. Les observations ont conduit plusieurs calculateurs à assigner a cet astre une orbite elliptique avec un temps de révolution peu supérieur à G 1/2 ans. Dans ces conditions il peut paraître extraordinaire que l’on ne trouve dans les apparitions de comètes antérieures aucune orbite dont les éléments se rapprochent de ceux de la comète actuelle. Le fait trouve son application dans l’action de la planète Jupiter, qui paraît avoir été, suffisamment voisine de la comète en 1875, alors qu’elle était loin de la Terre et invisible pour nous, pour exercer sur elle des perturbations considérables et modifier la nature de sa trajectoire. Nous nous trouvons donc eu présence d’une comète qui parcourt une orbite fermée, et qui se représentera à notre vue à moins que de nouvelles actions troublantes ne viennent déranger notablement sou cours actuel. Le cas s’est déjà présenté dans le passé pour la comète découverte le 14 juin 1770 par Messier, comète qui porte le nom de Lexell, l’astronome qui avait découvert la nature elliptique de son orbite; cet astre ayant passé près de Jupiter aussi bien après qu’avant son apparition, fut dérangé de son cours et paraît ne plus avoir été revu depuis cette épocrue.
- * A consulter sur les Ilalobates une excellente monographie : Buchanan White. Report of thc Pélagie llemiplera, dans The Zoology of the Voyage of II. SI. 6- Challenger,, London, 1883, in-4\ avec 3 planches en chromo-lithographie.
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- On attend cette année le retour de trois comètes périodiques, toutes les trois télescopiques. La première est la comète qui porte le nom d’Encke, l’astronome qui, à son quatrième retour en 1818, calcula son orbite et reconnut sa périodicité. Cette comète accomplit sa révolution en un peu moins de 1200 jours; elle présente une particularité remarquable : à chacun de ses retours on remarque une diminution progressive dans la période de révolution ; Encke a cru pouvoir attribuer cet effet à la résistance du milieu interplanétaire, qui n’agirait sensiblement que sur les corps de faible masse comme les comètes. La question n’a pas jusqu’à présent reçu de solution définitive. Son retour au périhélie était annoncé pour les premiers jours du mois de mars ; elle a été aperçue dans la soirée du 18 janvier dernier par M. Stuyvaert, à l’Observatoire de Bruxelles, dans une position très voisine de celle qui avait été prédite. D’après une éphéméride calculée par M. Back-lund, son orbite apparente affectera la forme d’une boucle qui traverse successivement les constellations des Poissons, du Verseau et du Capricorne ; à partir de février elle deviendra difficilement visible pour nous et elle ne tardera pas à se cacher sous ; l’horizon avant le soleil. En avril, l’une des comètes périodiques de Tempel atteindra son périhélie. C’est la troisième fois que le retour de cet aslre sera constaté; il a été découvert en 1857 et sa période étant à très peu près de six ans, il a été revu en 1873 et 1879. La troisième comète périodique de cette année a une période de 15 1/2 ans; elle a été découverte par Tuttle, à Cambridge (Etats-Unis), en 1858 et elle a été revue en 1871. Dans le courant de l’été prochain elle sera probablement visible, mais dans les grands télescopes seulement. [Ciel et terre.)
- Une rivière d’huile. —On écrit de Titusville (Peu-sylvanie) : « L’un des événements les plus extraordinaires, et jusqu’ici unique dans les fastes du pays de l’huile, s’est produit dernièrement et a vivement impressionné le marché. Le puits Armstrong avait été foré à travers une couche d’ardoises qui ne semblait que trop sèche, ce qui avait maintenu la hausse des cours. Mais un matin, les propriétaires ayant eu l’idée d’essayer une torpille dans ce puits y brûlèrent 50 quarts de nilro-glycérine. Aussitôt le puits répondit à cette explosion par un flot d’huile gigantesque qui franchissant le sommet du talus s’est précipité dans le cirque du Thorn. Aucune préparation n'ayant pu être faite pour un résultat si inattendu, cette véritable rivière d’huile s’est écoulée en pure perte pendant un certain temps; mais bientôt une escouade d’ouvriers s’est mise à l’œuvre et l’huile a été dirigée vers des réservoirs où elle coule par 400 barils à l’heure ou 9000 barils par jour, quantité qui-dépasse de 3000 barils le rendement des puits les plus favorisés jusqu’à ce jour. »
- La vigne en Californie. — Le rapide accroissement de la culture de la vigne en Californie est très remarquable. En 1848, il n’y avait que 200 000 pieds de vignes dans toute la Californie; en 1861, 9500000; en 1881, 64000000, et on estime qu’il y en a plus de 100 000 000 maintenant; plus du tiers se trouve dans le comté de Los Angeles.
- Amortissement des vibrations. — Le Scientiftc American cite un établissement dans lequel le bruit occasionné par un très grand nombre de machines à coudre était insupportable. On avait essayé successivement, mais vainement, de diminuer le bruit en plaçant, sous les pieds des machines, des feuilles de caoutchouc et de lomb. Un mécan icien eut l’idée de percer dans les pieds
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- LA NAT U HE.
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- des machines à coudre, et même dans les tables, des trous fraisés qu’on remplissait avec du plomb que l’on rivait ensuite sur les bords du trou. Le résultat obtenu fut très satisfaisant.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 février 1885. — Présidence de M. Boiiley.
- La Comatule. — La pièpe de résistance de la séance est un mémoire d’anatomie et d’embryogénie lu par M. Perrier. Ce travail, accompagné de 26 planches, est la première histoire complète du développement et de l’organisation d’un Echinoderme. Il a trait à une sorte d’Étoile de mer, la Comatule de la Méditerranée ; et a été entrepris afin d’établir sur une base solide l’histoire morphologique des nombreux Echinodermes recueillis par les expéditions du Travailleur et du Talisman.
- Les jeunes larves de Comatules sont d’abord libres, puis elles se fixent aux algues alors qu’elles n’ont encore qu’un ou deux dixièmes de millimètre de longueur ; elles ont été étudiées depuis le moment de leur fixation jusqu’à l’état adulte. Il a fallu pour cela employer la. méthode des coupes minces et des reconstitutions. Les coupes ont été faites tantôt à un cinquantième, tantôt à un centième de millimètre d’épaisseur, numérotées et fixées de manière que leurs parties les plus délicates mêmes ne puissent se déplacer. L’ensemble de ces coupes permet de reconstituer géométriquement tout l’animal. Jusqu’ici la signification des organes des Comatules est demeurée indécise; il en est de même de celle que présentent plusieurs organes des autres Echinodermes (et toute tentative d’une morphologie générale des animaux composant cet embranchement était par conséquent, impossible. L’organisation de la Comatule se comprend aujourd’hui facilement. Elle possède, comme les Oursins, un tube digestif s’ouvrant par deux orifices, tous ,les deux situés sur la face supérieure du calice de l’animal. Un anneau creux dit anneau ambulacraire entoure l’œsophage et se prolonge en autant de canaux dits canaux ambulacraires qu’il y a de bras et de ramifications des bras. Outre ce système de canaux, il existe dans la cavité du corps et sur les parois de l’intestin,d’autres vaisseaux qui, après s’être indéfiniment ramifiés, viennent s’ouvrir à l’extérieur par une infinité d’entonnoirs vibratiles situés sur la partie supérieure des corps. Ces vaisseaux communiquent de même par des conduits spéciaux avec l’anneau ambulacraire. L’eau entre donc de toutes parts dans les vaisseaux, balaye, en lui enlevant toutes les matières élémentaires élaborées, les parois externes du tube digestif et porte partout, tout à la fois, les aliments et l’oxygène. Ce mode spécial de circulation rappelle de loin ce qu’on voit chez les Eponges et était tout à fait inconnu.
- En s’enchevêtrant autour de l’œsophage pour venir s’ouvrir au dehors, les vaisseaux ou canaux aquifères forment ce que les anatomistes appellent l'organe spongieux. On avait pris, tantôt pour un cœur, tantôt pour une glande, tantôt pour un lacis vasculaire, un organe vertical, l'organe dorsal de Ludwig, qui occupe l’axe du corps autour duquel s’enroule l’intestin. Des vaisseaux aquifères enserrent, en effet, étroitement cet organe, et son enveloppe n’est elle-même qu’un canal s’ouvrant dans les canaux de l’organe spongieux; mais le prétendu organe central de la circulation, le prétendu cœur, en un mot, l’organe dorsal lui-même n’est autre chose que l'appareil reproducteur contenu d’abord tout entier dans le calice
- comme chez les anciens crinoïdes, mais se ramifiant ensuite dans les bras et dans les branches latérales des bras qui portent le nom de pinnules. Les produits de la génération ne mûrissent que dans les branches séminales contenues dans les pinnules, ce qui avait fait eroire que l’appareil reproducteur était localisé dans ces pinnules.
- Ce mode de développement de l’appareil reproducteur et le mode de développement des bras, comparés aux phénomènes ordinaires de la génération alternante, est tout à fait en faveur de la théorie développée dans le livre de M. Perrier sur les Colonies animales, que les Echinodermes doivent être considérées à la façon des Méduses, comme une colonie comprenant un individu central prin-. cipalement nourricier et, au moins, cinq individus rayonnants chargés de conduire à maturité les éléments reproducteurs primitivement formés dans l’individu central.
- Tremblements de terre. — M. Laur, revenant sur la théorie que nous avons déjà citée, cherché à expliquer comment le tremblement de terre espagnol, dû, suivant lui, à une cause barométrique, persiste, bien que le baromètre soit remonté depuis longtemps. Sa dissertation, paraît-il, est loin d’être claire, et on la renvoie en même temps qu’une note de M. Virlet d’Aoustà une Commission dite des tremblements de terre, qui comprend MM. Hébert, Fouqué, Gaudry, Jamin.
- Les maladies de la~vigne. — Dans un travail d’ensemble présenté par M. Peligot, M. Marès constate que les insectes ampélophages ont été pour ainsi dire relégués au deuxième rang par l’apparition du phylloxéra. Au contraire, on continue à se préoccuper fortement des cryptogames parasités de la vigne : l’oïdium, l’anthracnose, le mildew (peronospora) exercent leurs ravages dans une série de localités. Le soufre, si efficace contre l’oïdium, agit favorablement dans les deux autres maladies ; mais selon l’auteur, il est préférable, quant au peronospora, de substituer au soufre pulvérisé le soufre sublimé ou en fleur à cause des 15 à 50 millièmes d’acide sulfurique qu’il contient.
- Election. — Une place de correspondant, vacante dans la section de botanique, est attribuée à M. Sirodot (de Rennes) par 47 voix contre une donnée à M. Grand’Eury (de Saint-Etienne). A cetle occasion le président rappelle qu’il y a actuellement 14 places de correspondant vacantes, et il invite les sections à y pourvoir.
- La chlorophylle. — M. Guignet indique les procédés à l’aide desquels il extrait des feuilles la chlorophylle à l’état de pureté. Il décrit, en outre, un composé sodique qu’il appelle chlorophyllate de soude, et qu’il fait cristalliser en aiguilles d’un vert foncé.
- Varia. — D’après M. Dieulafait, les minerais métalliques qu’on rencontre dans les Cévennes au contact mutuel des terrains secondaires et du granit, dériveraient d’un lessivage de celui-ci. — A 35° au-dessous de zéro, M. Bouchardat obtient la solidification du glycol et constate les phénomènes de surfusion auxquels il donne lieu. — L’anatomie de l’Ancyle de rivière occupe M. Lacaze-Duthiers. — M. Lœwy étudie les étoiles polaires. — Une longue lecture est faite par M. Trécul sur le mode de production des nervures dans les feuilles.
- Stanislas Meunier
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- LA NATURE.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DES VOITURES
- La construction des accumulateurs électriques continue à se développer et leur emploi peut rendre de très grands services dans les usages domestiques. Nos lecteurs ont pu voir, dans notre dernière livraison , que notre collaborateur M. Hospitalier avait organisé chez lui une installation pratique, qui lui permet, grâce à des piles au bichromate de po" tasse à écoulement, de pouvoir disposer chaque jour d’accumulateurs bien chargés. Nous Représentons dans nos gravures ci-contre, une disposition qui a été réalisée par M. Aboilard pour l’éclairage des voitures bourgeoises. On voit un coupé élégant, dont les lanternes contiennent deux lampes électriques à incandescence, qui fonctionnent d’une façon continue.
- Deux autres lampes peuvent encore être utilisées par intermittence; l'une d’elles est placée dans l’intérieur de la voiture qu'elle éclaire, l’autre est fixée sur la tête du cheval. Les fils conducteurs sont dissimulés dans les harnais (fig. \).
- Les appareils nécessaires h l’éclairage électrique des voitures se composent, pour chaque lampe à incandescence, d’une série de 4 petits accumulateurs renfermés dans une boîte de 20 centimètres de haut, 25 de long et 10 de large placés sous le siège même du cocher. Ces accumulateurs peuvent actionner une petite lampe de 5 bougies pendant environ 6 heures consécutives. Cette durée peut même être augmentée lorsque l’on ne fait fonctionner les accumulateurs que par intermittence. Ceci est le cas pour la lampe placée à l’intérieur de la voiture. En effet, l’on peut inter-
- rompre le courant chaque fois que l’on quitte la voiture.
- Cette lampe, ainsi que celle placée sur la tète du cheval, est reliée à des boîtes d’accumulateurs de petit format placées dans les coffres de la voiture
- même.
- Pour faciliter l’installation intérieure des lanternes de la voiture, M. Aboi-lard a remplacé la bougie ordinaire par une bougie en bois ayant à la partie supérieure un support de lampes à incandescence et à sa partie inférieure 2 bornes sous lesquelles on vient serrer les fils venant des aecumulateu rs.
- Le ressort à boudin sert comme d’habitude à maintenir la bougie entre l’ouverture laissée à l’intérieur pour la sortie de la flamme. Cette disposition permet, en cas d’accident, de remplacer instantanément la bougie en bois par une bougie ordinaire sans avoir à détériorer l’installation.
- Le système d’éclairage ainsi disposé convient aux voitures de luxe; il pourrait aussi s’appliquer aux voitures qui servent au transport de grands magasins de nouveautés, dans le but d’attirer l’attention des passants. Les fourgons de transport du journal la France sont depuis quelque temps éclairés à l’aide de lampes électriques à incandescence, alimentées par des accumulateurs, et il est probable que ces tentatives intéressantes se multiplieront rapidement. L’emploi des accumulateurs prendrait assurément un développement immense, si la source d’électricité qui doit les alimenter pouvait être obtenue pratiquement à domicile.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- tig. 1. — Un coupé écb.iié à la lumière électrique.
- Fig. 2. —Disposition des boites d’accumulateurs sous le siège du cocher.
- A A. Boites contenant chacune A accumulateurs. — BB. Bornes d’attache des fils conducteurs.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N- 015. — 28 FÉVRIER 1885.
- LA NATURE.
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- NOUVEAU
- TÉLÉPHONE PARLANT A HAUTE YOIX
- Dü Dr J. OCHOROWICZ
- On cherche depuis longtemps déjà à réaliser un système téléphonique transmettant la parole à distance avec une intensité suffisante pour être entendue dans un certain rayon autour de l’appareil, et sans être obligé d’appliquer les téléphones récepteurs aux oreilles.
- Le problème a déjà été partiellement résolu par M. Gower1 et par Edison dans son Electro moto-graph2. C’est une solution plus complète et plus parfaite aussi que M. J. Ochorowicz vient de présenter récemment à la Société internationale des électriciens et à la Société française de physique.
- L’auteur s’est proposé surtout, en combinant son appareil, de l’appliquer aux auditions théâtrales téléphoniques pour lesquelles il paraît, en effet, fort bien approprié.
- L’ensemble du système comprend un transmetteur à résistance variable d’une disposition spéciale, sur laquelle M. Ochorowicz garde encore le secret, et d’un téléphone magnétique récepteur, dont la figure ci - contre montre les principales dispositions.
- Ce téléphone récepteur, identique en principe avec celui de Bell, puis- j qu’il comporte toujours ’ ses trois parties essentielles : aimant, bobine et plaque vibr ante, en diffère cependant par des modifications de forme importantes auxquelles il doit sa puissance remarquable.
- L’aimant est formé d’un cylindre en acier creux, fendu suivant une génératrice, sur une largeur de 5 à 6 millimètres. Sur le milieu de ce cylindre sont fixés deux petits noyaux en fer doux sur lesquels sont roulées deux bobines traversées par le courant ondulatoire modulé par le transmetteur. Ces deux bobines sont enfermées à l’intérieur d’une sorte de boite métallique élastique constituée par deux disques de tôle mince maintenus parallèlement par leurs bords extérieurs sur une garniture cylindrique. La plaque inférieure solidement fixée sur
- 1 Voy. n° 299, du 22 février 1879, p. 188.
- 2 Voy. n° 311, du 17 mai 1879, p. 369.
- 13* innée. — 4" semestre.
- l’aimant est percée de deux trousipii laissent passer librement les noyaux de fer doux.
- L’aimantation de ces noyaux maintient la boîte ainsi formée dans un certain état de tension, les deux fonds en tôle mince légèrement déprimés et attirés l’un vers l’autre.
- Les variations du courant ondulatoire qui traverse les bobines, ont pour effet d’augmenter ou de diminuer l’aimantation des noyaux, — on devrait dire : de faire varier le flux de force; — la boîte se comprime ou se dilate sous l’action de ces variations et vibre tout entière. Ainsi s’explique la puissance de ce récepteur qui, relié au transmetteur spécial de M. Ochorowicz, a permis de faire entendre la parole, le chant et la musique dans toute la salle de la Société de géographie. Or, cette salle contient jusqu’à cinq cents personnes.
- Le récepteur téléphonique peut fonctionner comme transmetteur ; la parole est alors transmise avec moins de puissance, mais elle a encore assez d’intensité pour qu’on puisse la percevoir facilement et très distinctement à un mètre ou deux de l’appareil récepteur.
- Dans le microphone transmetteur employé par M. Ochorowicz, la chaleur paraît devoir jouer un certain rôle, si l’on en juge par ce fait que toutes les expériences répétées devant la Société des électriciens, le 4 février dernier, ont réussi, sauf la dernière. M. Ochorowicz attribue ce résultat à ce que le microphone a besoin d’être chaud pour être réglé; dès qu’il cesse de l’être, le réglage est détruit et ne se rétablit qu’avec un nouvel éehauffement. Comme dans les expériences précitées, on avait fait usage de piles Leelanché, celles-ci se sont polarisées après quelque temps de service et ont permis au transmetteur de se refroidir. Cet inconvénient disparaît en faisant usage de piles Daniell, de piles de Lalande et Chaperon ou d'accumulateurs. 11 faut noter aussi que, dans le système de M. Ochorowicz, la transmission se fait directement sans l’intermédiaire de la bobine d’induction agissant comme transformateur.
- Nous reviendrons sur ces dispositions lorsque l’inventeur aura rendu tout son système public.
- E. Hospitalier.
- Téléphone récepteur parlant à haute voix, de M. Ochorowicz.
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- LA NATURE.
- ANESTHÉSIE
- l’Afl LES MÉLANGES T1TUÉS DE CHLOUOFOliME ET d’aIU
- Méthode de M. Paul BEKT
- Le chloroforme, dont les propriétés ont été découvertes non par l’Anglais Simpson, comme on le croit généralement, mais par notre compatriote Flourens, est, et a toujours été, le plus employé de tous les agents anesthésiques. Mais son emploi n’a jamais cessé d etre empirique. Simpson et les premiers chirurgiens qui endormirent leurs malades avec le chloroforme procédèrent au hasard, sans savoir quelle quantité de chloroforme ils faisaient absorber, sans savoir si la proportion de l’agent anesthésique mélangé à l’air respiré était dangereuse, suffisante ou insuffisante. Chose remarquable! depuis 1847, c’est-à-dire depuis trente-sept ans, les chirurgiens ne sont pas parvenus à formuler une seule règle précise relativement à la chloroformisation. On peut donc dire que l’emploi du chloroforme est aussi empirique aujourd’hui qu’en 1847.
- Si la pratique de la chloroformisation n’a pu devenir scientifique pendant ce laps de temps, c’est que les chirurgiens se sont préoccupés bien plus de la quantité du chloroforme employé que de la proportion suivant laquelle le chloroforme est mélangé à l’air. Or, M. Paul Bert a reconnu expérimentalement que l’état anesthésique produit par les gaz protoxyde d’azote et chlorure de méthyle ou par les vapeurs de chloroforme, d’élher, d’amylène, de bromure d’éthyle, dépend beaucoup moins de la quantité de médicament employé que de la proportion suivant laquelle il se trouve mélangé à l’air inspiré. Les A'apeurs de 50 grammes de chloroforme, par exemple, peuvent tuer en quelques minutes un chien, si elles ne sont mélangées qu’à 100 litres d’air, tandis qu’une dose trois fois plus forte entretiendra pendant deux heures une anesthésie profonde et sans péril si elle est diluée dans un mètre cube d’air.
- Ce n’est donc pas en mesurant ou en pesant la quantité du médicament anesthésique qu’ils emploient, que les chirurgiens peuvent apprécier son effet utile et se préserver de ses inconvénients ou même de ses dangers, mais en connaissant l’état de dilution dans lequel se trouvent ses vapeurs dans l’air inspiré, autrement dit la tension de ces vapeurs.
- Or, les procédés qu’ils emploient permettent bien de mesurer la quantité du médicament employé, mais ils ne peuvent, en aucune façon, doser ni régler la tension des vapeurs. II en résulte que chaque chirurgien modifie les détails des procédés suivant les résultats de son observation, ou même suivant des idées théoriques préconçues.
- Ces procédés, lorsqu’on les regarde de près, reviennent, suivant qu’on écarte ou qu’on rapproche la compresse de la bouche des malades, à leur faire respirer les vapeurs de chloroforme à des tensions tantôt dangereuses et qui deviendraient bientôt mor-
- telles, tantôt simplement anesthésiques, tantôt insuffisantes. De là une irrégularité très grande dans les résultats, même pour la pratique d’un seul chirurgien; de là des différences très remarquables quand on compare ce qu’obtiennent les divers chirurgiens.
- « C’est en louvoyant avec habileté entre les doses inefficaces et les doses dangereuses que les chirurgiens obtiennent l’anesthésie et évitent les accidents. » Or, s’il faut en croire les expériences faites par M. Paul Bert sur les animaux, ces doses sont rapprochées d’une manière inquiétante. Ainsi, avec 6 grammes dans 100 litres d’air, on ne peut pas endormir complètement un chien; avec 10 grammes, l’insensibilité arrive en quelques minutes et l’animal dort sans danger pendant une heure et demie; avec 14 grammes, la mort survient en 45 minutes; avec 20 grammes en 5 minutes. Or, chez l’homme, pour une inspiration d’un demi-litre, ces doses représentent 5, 5, 7 et 10 centigrammes de chloroforme. On voit que l’écart est faible entre la proportion efficace (4 centigrammes par inspiration) et la proportion très dangereuse (8 centigrammes par inspiration) des vapeurs de chloroforme dans l’air.
- Bien que la mort semble n’arriver que rarement, elle ne laisse pas que de préoccuper singulièrement les chirurgiens. Les « cas d’inquiétude » sont nombreux. Là-dessus, tout le monde est d’accord. « Les anesthésiques, disait Velpeau, sont des armes très dangereuses. » Dans la discussion de 1882, à l’Académie de médecine, tous les chirurgiens ont parlé dans le même sens : « Je sais très bien, a dit M. Verneuil, que lorsque je m’approche d’un malade avec la compresse de chloroforme, je fais naître pour lui des chances de mort. » Selon M. Rochard,
- « la question de vie ou de mort est toujours posée quand on a recours aux anesthésiques. » Du reste, Robert avait dit, avec raison, il y a longtemps :
- « Le chloroforme est un danger parce que c’est une puissance. »
- Beaucoup de chirurgiens, reconnaissant les graves dangers inhérents à l’emploi usuel du chloroforme, ont essayé de régler la dépense du médicament à l’aide d’appareils divers; mais ces appareils ont été abandonnés, et avec raison, car ils étaient tous fondés sur le faux principe de la mesure des quantités de chloroforme à employer, au lieu du principe vrai de la mesure des tensions de vapeur. Us avaient ainsi tous les inconvénients de la compresse ou de l’éponge, sans l’avantage de la simplicité, et leur fausse précision était la source d’une fausse sécurité.
- La méthode des mélanges titrés inventée par M. Paul Bert remédie aux inconvénients et aux dangers que présente l’emploi du chloroforme.
- A la différence des praticiens qui expérimentent d’abord sur l’homme les médicaments nouveaux ou les méthodes nouvelles, M. Paul Bert a commencé par de longs et nombreux essais sur les animaux avant de se permettre de proposer sa méthode aux chirurgiens.
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- Enfin, grâce au bon vouloir et à l’esprit d’initiative de M. le docteur Péan, chirurgien de l’hôpital Saint-Louis, il a déjà pu l’appliquer chez l’homme dans plus de deux cents cas. La condition des patients a été des plus variées, à tous les points de vue. Chose curieuse, le même mélange titré a convenu à tous les tempéraments, à toutes les idiosyncrasies. Et malgré de si grandes différences dans les conditions des expériences, elles ont toutes donné des résultats si semblables, qu’il est permis de les confondre dans une description commune et de les résumer dans un petit nombre de propositions.
- On commence l’anesthésie par 10 gramm’es de chloroforme vaporisés dans 100 litres d’air. Ce mélange n’est pas désagréable à respirer : quelques malades même le trouvent bon. 11 en résulte que la phase de répulsion est complètement supprimée : point de toux, de suffocation, d’arrêts respiratoires.
- La phase d'excitation est toujours médiocre et courte. Même chez les alcooliques, elle n’a jamais amené de véritable lutte. Chez les autres personnes, elle est très faible et ne dépasse pas une ou deux minutes, et même dans plus d’un tiers des cas, chez des adultes, elle n’a pas existé, le malade étant arrivé sans aucun mouvement à l’anesthésie et à la résolution musculaire.
- L’insensibilité complète est produite en six ou huit minutes. Elle se maintient très régulière pendant toute la durée de la respiration du mélange anesthésique.
- Quand le malade est bien endormi, on maintient l’insensibilité par le mélange à 8 et plus tard à 6.
- Le pouls, qui s’est un peu accéléré généralement au moment de la période d’excitation, redevient tout à fait calme et régulier pendant le sommeil. La section de la peau ou des troncs nerveux, le sciage des os, en un mot, les temps les plus douloureux des opérations, ne réagissent pas sur lui.
- La respiration se comporte comme la circulation. Les excitations douloureuses accélèrent légèrement les mouvements respiratoires. Il n’y a jamais eu, pendant l’anesthésie, de nausées ni de vomissements. La salivation est très faible.
- La température n’est pas sensiblement modifiée. Après 57 minutes d’anesthésie, elle s’était abaissée de moins d’un demi-degré. A la fin d’une ovariotomie qui avait duré cinq quarts d’heure, elle s’était abaissée d’un degré et demi.
- En un mot, à aucun moment de l’anesthésie, le chirurgien n’éprouve aucune inquiétude sur l’état du malade, qui dort et respire avec le plus grand calme. Les résultats donnés par la méthode des mélanges titrés forment donc un contraste frappant avec ceux de la chloroformisation par les procédés ordinaires et sont bien autrement satisfaisants.
- M. Paul Bert explique ainsi qu’il suit les avantages des mélanges titrés : En faisant respirer au malade les vapeurs de chloroforme juste à la tension nécessaire, on règle et on maintient constante dans
- l’organisme la quantité de chloroforme nécessaire à l’anesthésie. L’emmagasinement chimique du chloroforme étant faible et lent à se produire, et pouvant être négligé pendant la durée des opérations chirurgicales, le sang et les tissus contiennent, au bout de quelques minutes, ce qu’il faut de chloroforme, ni plus ni moins.
- On n’a donc pas à craindre les accidents d’empoisonnement, qui ne pourraient se manifester qu’après un très long temps et dont avertirait sûrement le graduel abaissement de la température. On n’a pas davantage à craindre les accidents d’asphyxie, puisque la proportion d’oxygène dans l’air inspiré n’est diminuée que d’un centième. Enfin on n’a pas à craindre (réserve faite, bien entendu, des syncopes ou des congestions cérébrales dues à l’émotion), les accidents du début de la chloroformisation.
- Ceux-ci sont les plus redoutables de tous par leur nombre (puisque, dans la moitié environ des cas de mort, celle-ci est arrivée avant l’anesthésie) et par leur soudaineté. Ils consistent en arrêts brusques des mouvements respiratoires ou des battements de cœur, arrêts qui surviennent dès les premières inhalations. M. Paul Bert pense, avec la plupart des physiologistes, qu’il faut y voir des actes réflexes bulbaires provenant de l’excitation, par les vapeurs trop concentrées du chloroforme, des nerfs des cavités naso-bucco-pulmonaires, et particulièrement de ceux que le savant professeur de la Sorbonne a appelés les « sentinelles de la respiration » : le nasal, le laryngé supérieur, le pneumogastrique.
- Ces excitations se manifestent dans les circonstances ordinaires par la toux, la suffocation, la salivation et les autres phénomènes que M. Paul Bert a désignés sous le nom de période de répulsion. Lorsque les vapeurs sont diluées dans la proportion voulue, ces effets disparaissent, et le patient entre d’emblée dans la période du rêve, du délire, de l'agitation, comme l’on dit.
- Quand cette période, pendant laquelle il faut bien se garder d’opérer, est passée, et qu’on est arrivé à l’insensibilité, le mélange titré évite les afflux trop forts du chloroforme irrégulièrement versé sur la compresse et protège à la fois contre l’emmagasinement et contre l’appauvrissement. « Le mélange titré fait un sang titré. »
- Ainsi l’emploi des mélanges titrés a la précision qui donne la sécurité, et la souplesse qui peut se prêter à toutes les éventualités. 11 évite les dangers résultant de l’emploi de doses trop élevées. Il donne à coup sûr, et mécaniquement, ce que recherchent les praticiens et ce qu’ils n’obtiennent qu’au prix d’une longue et souvent pénible expérience. Grâce à cette méthode, les accidents inhérents au chloroforme lui-même doivent absolument disparaître.
- Mais comment obtenir ces mélanges titrés? Ce sera là le sujet de notre prochain article. Df Z...
- — A suivre. —
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- LA A A TU RE.
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- LES AÉROSTATS CAPTIFS
- DE L’ARMÉE FRANÇAISE
- Le service de la poste aérienne, pendant le siège de Paris en 1870-1871, a si bien fonctionné que les ballons se sont en quelque sorte imposes à l’administration militaire. Tous nos corps d’armée disposent aujourd’hui d’une équipe d’aérostiers munis du matériel nécessaire pour exécuter à tout moment des ascensions captives ou libres, et nos vaillants soldats du Tonkin ont pu voir planer dans l’atmosphère un ballon d’observation, comme jadis leurs ancêtres de Fleurus.
- Pendant la guerre franco-prussienne, le gouvernement de la Défense nationale, à Tours, avait organisé plusieurs équipes de ballons militaires; c’est celle que nous avions l’honneur de diriger, mon frère et moi, qui a fonctionné le plus régulièrement, pendant la plus grande durée. Notre premier aérostat captit n’était autre que l’un des ballons sortis de Paris assiégé, le Jean Bart, cubant 2000 mètres. C’est avec cet aérostat que nous avions essayé en vain à deux reprises différentes de rentrer dans Paris par voie aérienne, en choisissant des courants favorables. Le Jean Bart, transformé en ballon captif, commença à fonctionner le 29 novembre 4870, aux avant-postes de l’armée de la Loire, commandée alors par le
- nK. 1.
- Transport il’uu aérostat cajilii' aux avant-postes de l’armée de la Loire, en 1870. (Dessin de il. Albert Tissamlier, d’après nature.,
- général d’Aurelles de Paladine. Nous avions sous nos ordres une équipe de quelques marins, et une centaine de mobiles. L’aérostat gonflé à Orléans a pu être transporté à l’aide de cordes jusqu’au poste qu’il était appelé à occuper. Plusieurs ascensions préparatoires exécutées par des ofticiers d’état-major et par nous, témoignaient de l’utilité que pouvaient offrir les ballons captifs. Mais la déroute de l’armée de la Loire,-commencée le 4 décembre, empêcha qu’on pût recourir à ce mode d’observation. Tandis que notre ballon toujours gonflé restait prêt à fonctionner, nous reçûmes l’ordre à la dernière heure, de le dégonfler et de nous replier à Tours avec nos hommes et notre matériel.
- Un peu plus tard, on nous conlia un aérostat en
- soie, tout neuf, construit à Tours par Duruof, et on nous envoya au Mans sous les ordres du général Chanzy, qui appréciait beaucoup les aérostats captifs. Notre ballon resta gonflé pendant huit jours sur les bords de la Sarthe ; le général Chanzy assista lui-même à nos expériences d’ascensions, et il nous a souvent dit qu’il comptait sur nos services quand les ennemis attaqueraient le Mans. Nous devions, hélas ! assister encore à de nouvelles défaites survenues tout à coup, après un combat victorieux et une résistance héroïque. Le général Chanzy ne connaissait ni la défaillance, ni le découragement. Il était de ces hommes auxquels les revers inspirent de nouvelles forces ; jusqu’à la dernière heure, il voulut combattre. A peine étions-nous à Laval, que
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- LA NATURE
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- son chef d'état-major nous donna l’ordre de gonfler notre ballon et de le conduire encore aux avant-postes. L’ordre fut exécuté de suite; quelques ascen-
- sions d’essai curent lieu, quand on apprit la nouvelle de l’armistice.
- Le général Chanzy, nous le répétons, avait la con-
- Fig. 2. — Manœuvre <Fun ballon captif militaire à l’usine aéronautique de Chalais-Meudon. (D’après nature.)
- viction que les observations faites dans la nacelle d’un ballon captif, pouvaient à certains moments être d’une utilité capilale, quand il s’agissait de bien connaître les mouvements de l’ennemi. Lorsque, après la guerre, il voulut bien accepter la dédicace de mon livre En ballon ! pendant le siège de Paris, il m’écrivit une lettre touchante que je conserve comme un pieux souvenir : « J’espère qu’un jour, disait à la fin de sa lettre l’ex-commandant en chef de l’armée de la Loire, les ballons captifs rendront de réels services qu’il n’a pas dépendu de vous, mais des circonstances seules
- de leur faire donner dans la dernière campagne. » Les vœux du général Chanzy se trouvent exaucés aujourd’hui. Grâce à l’établissement aéronautique de Chalais-Meudon, créé en 1877 par le colonel Lausse-dat, après bien des résistances administratives, et dont la direction lut ultérieurement confiée au capitaine Renard, tous nos corps d’armée sont pourvus d’un matériel complet d’aérostat captif avec treuil à vapeur pour le faire monter et descendre. Une première équipe d’aérosliers militaires a eu déjà l’occasion de donner au Tonkin les preuves de son savoir-faire.
- Fig. 3. — Les aérostats captifs de l’armée française ai Tonkin (Fae-similé d’une peinture chinoise. Très réduit.)
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- LA NATURE.
- Voici ce qu’écrivait à ce sujet un correspondant du journal Le Temps au moment du départ d’Ha-noï pour Bac-Ninh :
- « Un moment les curieux du quai lèvent les yeux en l’air, les bateliers qui passent le fleuve s’interrompent de pagayer, les soldats qui ont déjà atteint l’autre rive retournent la tête pour contempler le spectacle, nouveau pour les Français autant que pour les Annamites, de ballons suivant une armée tout gonflés. Deux aérostats ont été amenés d’Europe et remplis de gaz depuis quelques jours ; le premier, retenu par deux cents mètres de cordes, servira à explorer le pays devant soi quand on sera en présence de l’ennemi ; le second contient le gaz destiné à suppléer aux déperditions du premier. Le lest placé dans la nacelle est calculé de façon à leur ôter toute force ascensionnelle. Quelques soldats suffisent à les tirer sur la route. »
- Un peu plus tard le même correspondant donnait les détails suivants sur le ballon captif de notre armée :
- « La brigade déborde leTruong-Son sur sa droite, et prend son ordre de combat. On amène le ballon, le capitaine Cuvelier monte dans la nacelle, et crie de là-haut la description du terrain et les dispositions de l’ennemi. Mais l’ennemi fuira plus vite que nous ne pourrons le suivre dans ses mouvements. »
- Notre figure 2 montre, dessiné d’après nature, l’essai d’un petit ballon captif de l’armée française expérimenté sur la pelouse de manœuvre de l’établissement militaire de Chalais-Meudon. Les ballons militaires sont absolument sphériques, et de petit volume; ils sont gonflés au moyen d’hydrogène pur, préparé dans un appareil portatif spécial, et par des procédés tenus secrets. La nacelle d’observation, attachée au cercle du ballon, oscille au milieu d’un véritable trapèze à la partie inférieure duquel est attaché le câble d’ascension. Ce câble s’enroule sur un treuil mis en rotation par une petite machine à vapeur portative qui n’est pas figurée sur notre dessin. Les ballons captifs sont confectionnés en ponghie, ou soie de Chine ; ils sont très légers, et leur force ascensionnelle est considérable relativement à leur volume.
- Les expériences qui ont été faites au Tonkin ont exercé un grand effet moral sur les troupes chinoises, et les journaux publiés dans le Céleste Empire ont parlé à plusieurs reprises des aérostats de l’armée française. Nous avons déjà publié le fac-similé de deux dessins chinois représentant des ballons1; celui que nous plaçons aujourd’hui sous les yeux de nos lecteurs (fig. 5) est plus intéressant encore. Il est dessiné d’après une grande affiche chinoise peinte sur percaline. Cette affiche qui mesure 0in,80 de largeur et lm,40 de hauteur, est faite, avec beaucoup d’art, et ses couleurs en sont très voyantes. Nous en donnons seulement la
- 1 Voy. n° 502, du 4 octobre 1884, p. 288.
- partie supérieure, où l’artiste chinois a figuré, d'un côté deux ballons captifs de l’armée française remorqués par des soldats du génie, et de l’autre, des fantassins chinois, qui viennent d’é-vacuer une forteresse. Ce curieux document nous a été adressé par un de nos correspondants d’Hanoi, au Tonkin. Le réduction que nous en donnons, a été faite très exactement sur une épreuve photographique.
- Les ballons captifs de l’armée française constituent aujourd’hui une organisation très bien étudiée qui fonctionne avec une parfaite régularité. Elle est complétée sur notre territoire, par des services non moins remarquables de télégraphie optique et de pigeons voyageurs, dont nous parlerons prochainement. Gaston Tissandier.
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- L’ÉCOLE CENTRALE
- DES ARTS ET MANUFACTURES
- DANS SES NOUVEAUX BATIMENTS
- A la fin de la Restauration, la France suivit le mouvement industriel, auquel l’Angleterre avait si vigoureusement donné l’impulsion dès le commencement du siècle; vers 1830, les usines de notre pays utilisaient déjà une force motrice de 30000 chevaux-vapeur. Le grand avenir réservé au travail industriel fut deviné par des hommes de progrès, jeunes alors et remplis d’ardeur ; ils sentirent la nécessité de créer un enseignement technique pour former les ingénieurs de l’avenir. Ces hommes se nommaient J.-B. Dumas, Lavallée, Péclet, Olivier; ils eurent l’honneur de fonder la grande Ecole de l’Industrie. Le plan établi a été consacré par un succès de plus de cinquante années et ce succès a été en croissant d’une manière continue. L’hôtel de la rue de Thorigny, où l’Ecole s’était établie le 3 novembre 1829 pour recevoir 200 élèves, est le local quelle occupait encore tout récemment, et dont l’exiguïté devenait de plus en plus appréciable, à mesure que cet établissement se développait davantage.
- En 1874, le Conseil de l’Ecole émit l’avis qu’on devait abandonner le local actuel et qu’il serait avantageux de construire l’Ecole sur 6300 mètres carrés de terrain de l’ancien marché Saint-Martin. Les avantages de la situation, en face du jardin du Conservatoire des Arts et Métiers, et, par conséquent, à proximité des immenses richesses techniques de cet établissement, furent trouvés assez grands pour passer sur le manque d’ampleur de cet établissement.
- M. Deminuid, architecte inspecteur des travaux de la ville, fut désigné comme architecte de la future Ecole; mais la mort empêcha le savant ingénieur de réaliser son œuvre. M. Denfer, ancien élève de l’Ecole, et architecte à Paris, fut désigné comme son successeur, et réalisa les nouvelles construc-
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- tions que nous allons faire connaître à nos lecteurs.
- Les bâtiments de l’Ecole centrale des arts et manufactures sont construits en face du jardin du Conservatoire des arts et métiers; ils remplissent l’espace compris entre les rues Montgolfier, Ferdi-nand-Berthoud, Vaucanson et Conté. La façade principale a 99m,60 de développement, les façades latérales ont une longueur de 60m,90. Le monument est rectangulaire comme l’indique le plan ci-après (lig. 1), il est formé de quatre corps de bâtiments qui enveloppent une grande cour centrale.
- Le premier étage est réservé à l’administration et à l’enseignement de la première année d’étude, le second étage à la seconde année, le troisième étage à la troisième année. Le quatrième étage qui forme les combles, est spécialement consacré aux grands laboratoires. Le sous-sol, et le rez-de-chaussée sont utilisés pour l’agencement mécanique, pour les cuisines, les restaurants, pour les collections et les laboratoires particuliers. Nous allons successivement parcourir ces étages superposés, et nous aurons ainsi une idée suffisamment complète de cette belle installation. Nous commencerons notre visite par le sous-sol.
- Les galeries du sous-sol sont parcourues par un chemin de fer permettant d’y faire circuler des wagons-porteurs. Ce système a été généreusement offert à l’Ecole par M. Decauville. Le chemin de fer Decauville sert à transporter le combustible jusqu’aux calorifères, à conduire les touries d’acide aux ascenseurs qui les montent au laboratoire, etc.
- L’administration est chauffée à l’aide d’un calorifère système Michel Perret et Marius Olivier, donné par les constructeurs; tout le reste de l’Ecole est chauffé à la vapeur.
- Le sous-sol comprend les cuisines de deux restaurants rivaux qui sont affermés, les compteurs à gaz, au nombre de trois; — ces compteurs sont de 500 becs et débitent 70000 litres à l’heure;— trois grands générateurs Geneste et Herscher, pour le chauffage et la ventilation. Les chaudières actionnent encore les machines à vapeur nécessaires à la production de l’électricité pour l’éclairage.
- L’usine électrique de l’Ecole est très remarquable, elle comprend deux machines de la force de 40 chevaux chacune qui ont été données par MM. G. Weyher et Richemond, les grands constructeurs bien connus. Ces machines actionnent : 1° une dynamo Edison de 200 lampes; 2° trois machines Gramme ; chacune de ces machines que l’on emploie alternativement, actionne à distance, par le système du transport de la force par l’électricité, six ventilateurs, qui agissent dans la construction tout entière. A côté de l’usine électrique, sont construites deux pompes qui puisent l’eau dans un puits ; l’Ecole est en outre alimentée par l’eau de la ville.
- Auprès des chaudières à vapeur dont nous venons de parler, nous avons remarqué un magnifique alambic Egrot, pour la préparation de l’eau distillée à l’usage des laboratoires. La vapeur d’eau produite
- est en outre envoyée par des canalisations dans les laboratoires particuliers, où elle est employée pour chauffer les eaux de lavage, pour chauffer les étuves, etc.
- Le sous-sol contient encore des caves, de grands magasins de verrerie, et une salle pour l’étude de la stéréotomie, pour la construction des modèles de four, la taille des pierres, etc.
- Le rez-de-chaussée de la nouvelle Ecole centrale comprend une grande cour, au milieu de laquelle on a laissé l’ancienne fontaine du carré Saint-Martin. À droite de la porte d’entrée du côté de la rue Montgolfier, se trouve l’escalier monumental inspiré de celui de l’ancienne Ecole, qui conduit à un grand vestibule où sont exposés les bustes des fondateurs.
- Les bâtiments du rez-de-chaussée sont réservés aux services suivants que nous mentionnons dans l’ordre où ils se succèdent dans la construction :
- Cabinet de minéralogie avec laboratoire particulier du professeur M. de Selle. Salle à manger des capitaines inspecteurs] Papeterie et fournitures de bureau. Laboratoire de physique industrielle : professeur M. Ser. Restaurant avec cuisines, office et monte-plats. Laboratoire de chimie industrielle : M. Vincent professeur; ce laboratoire est magnifiquement outillé ; il a un dégagement sur la cour. Laboratoires de première année, s’ouvrant également, sur la cour ; les élèves travaillent en plein air quand ils ont à préparer des gaz puants ; M. Derennes est le chef des travaux. Monte-charges. Laboratoire de la préparation des cours ; le chef de ce laboratoire est M. Mermet qui a sous ses ordres deux ingénieurs. Salle des collections de physique, encore en voie d’organjsation.
- L’administration, organisée au premier étage, comprend les cabinets du directeur M. Cauvet, du sous-directeur M. Hegelbaclier, du directeur des études M. Sarazin, et du sous-directeur des études M. Priestley; le grand salon du conseil, les secrétariats, l’économat, la salle des fêtes ou de réunion destinée aux réceptions et qui est comme tout le reste de l’école pourvue d’un système d’éclairage mixte, au gaz et à la lumière électrique.
- Les autres salles du premier étage sont consacrées, comme nous l’avons dit, aux élèves de la première année ; chaque étage a son grand amphithéâtre offrant les mêmes dispositions. Mais ces amphitéâtres ne sont pas superposés dans la construction, ils se trouvent à des angles différents du bâtiment. Les amphithéâtres contiennent 250 élèves. Us sont éclairés au gaz et à la lumière électrique. Les grands tableaux noirs, placés derrière le professeur, se lèvent et s’abaissent à l’aide de moteurs hydrauliques d’un emploi très pratique.
- En première année, le cours de chimie générale nécessite une disposition spéciale. Le laboratoire de préparation peut y envoyer par des canalisations, de l’oxygène qui vient d’un gazomètre où il est J préparé d’avance, ou les gaz produits dans le cours.
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- Les gaz arrivent par plusieurs conduits sous la hotte et sur la table même du professeur. Celui-ci peut encore disposer de canalisations à air comprimé ou raréfié. Le fond de la paillasse de l'amphithéâtre est fermé par une trappe de fer mobile, par laquelle on passe les appareils.
- On peut faire l’obscurité dans les amphithéâtres ponr les projections, et on peut éclairer les appareils montés sur la paillasse avec une rampe à gaz spéciale. A côté de chaque amphithéâtre est un petit laboratoire annexe, contenant vitrines, paillasses et hottes, nécessaires à tout ce qui peut être fait sur place ; ces laboratoires annexes évitent en partie les inconvénients de la superposition des services.
- Le service de la physique, le cabinet d’architecture, des vitrines contenant des modèles des pièces de machine, sont encore installés au premier étage. On y voit aussi une salle consacrée aux collections, où se trouvent les appareils, et les produits ayant appartenu à M. Dumas.
- Les salles d’étude des élèves sont disposées sur deux rangs, dans un des grands côtés de la construction ; un couloir permet la surveillance à l’aide de judas. Douze élèves peuvent prendre place dans chaque salle. La disposition des salles d’étude numérotées de 1 à 22 est la même pour chaque étage.
- Nous ne dirons rien du deuxième et du troisième étage, qui sont la répétition des dispositions adoptées
- Rue Vaucaneon
- Fig. 1. — Plan de la nouvelle École centrale. Premier étage.
- pour la première année. Nous nous contenterons de signaler au deuxième, le portefeuille, la bibliothèque et les cabinets de collections de construction civile et de technologie.
- Le quatrième étage, ou les combles, comprend les grands laboratoires de deuxième et de troisième année. Les chefs des travaux chimiques sont : M. Silva pour la deuxième année et M. Delachanal pour la troisième année.
- Nous donnons la vue d’ensemble du grand laboratoire de troisième année ; c’est la plus importante installation de l’Ecole (fig. 2). Chaque élève a sa place spéciale, avec tout l’outillage nécessaire aux travaux chimiques. Une cage installée dans le mur,-lui fournit à l’aide d’un robinet de dégagement le
- gaz hydrogène sulfuré qui sert à ses analyses. Une ventilation énergique entraîne au dehors le gaz puant. L’élève a sous la main un évier avec robinet d’eau, et déversement pour jeter les eaux de lavage, des chapelles à deux compartiments pour les fourneaux à gaz; on nomme ainsi des appareils qui remplacent avantageusement les anciennes hottes de chauffage; ces chapelles ont un tirage renversé très énergique qui entraîne au dehors les vapeurs produites par les substances chauffées. Le jeune chimiste dispose en outre d’un fourneau à mouffles, d’une étuve, d’une boîte à réactifs, et d’une balance de précision enfermée dans une cage de verre.
- La gravure que nous reproduisons ci-contre, a été faite d’après une photographie, que M. le Di-
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- Fig. 2
- La nouvelle École centrale. — Vue d’ensemble du grand laboratoire des élèves de
- troisième année. (D’après une photographie.)
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- recteur de l’Ecole centrale a bien voulu nous autoriser à faire exécuter pour La Nature.
- Tel est le magnifique outillage dont disposent actuellement les élèves de l’Ecole centrale, ingénieurs de l’avenir, qui sauront marcher, nous l’espérons, sur les traces souvent belles et glorieuses de leurs nombreux prédécesseurs.
- LA STATUE DE NICOLAS LEBLANC
- La découverte de la soude artificielle qui est due à Nicolas Leblanc, est une des plus importantes et des plus fécondes qui ait jamais été faite dans les arts chimiques. L’illustre et regretté J.-B. Dumas, qui a chaleureusement plaidé la cause du grand et malheureux inventeur, disait, dans son Rapport adressé à l’Académie des sciences :
- « Depuis le commencement de ce siècle, toute l’industrie des produits chimiques en Europe pivote autour des manufactures de soude aitificielle, s’empare de leurs procédés et vit de leurs produits. »
- M. Dumas estimait que « dans la seule année de 1855, les usines à soude avaient produit en Angleterre 150 millions de kilogrammes de cet alcali à divers états, et avaient mis en mouvement une valeur de plus de 50 millions. En France, la production s’était élevée de 60 à 80 millions de kilogrammes et elle pouvait être considérée comme égale au moins à ce chiffre pour le reste de l’Europe. »
- Depuis lors, cette production n’a fait que s’accroître dans des proportions considérables. Ainsi on a constaté en 1882, que la production annuelle de la soude fabriquée a l’aide du sel marin, par le procède' Leblanc était de 580000 tonnes dans la Grande-Bretagne, 70000 tonnes en France, 56500 tonnes en Allemagne et de 59 à 40000 tonnes en Autriche1; et cela, malgré l’introduction du procédé à F ammoniaque.
- « La découverte de la soude artificielle, disait M.-J. B. Dumas, est donc l’un des plus grands bienfaits sinon le plus grand, dont les arts chimiques aient été dotés depuis près d’un siècle.
- « Pour s’en faire une juste idée, il faudrait ajouter que la valeur vénale de la soude, ainsique celle des produits qui se rattachent immédiatement à sa fabrication, ayant baissé depuis le commencement du siècle dans le rapport de 1 0 à 1 ; si le commerce et la consommation reçoivent en Europe maintenant pour 100 millions de marchandise par cette voie, il faudrait, pour être exact, dire que si la soude factice n’eût pas été inventée, les jouissances que le consommateur se procure à son aide lui coûteraient un milliard, ce qui veut dire que les produits lui
- 1 Lecture faite par M. Walter Weldon, le 8 janvier 1883, à la section londonienne de la Société de l’industrie chimique : voir le Moniteur scientifique du Dr Quesneville, avril 1883, et la brochure intitulée : Souscription publique internationale pour l'érection d'une statue à la mémoire de Nicolas teblanc. Notice de M. Armengaud aîné et de M. Anastasi.
- reviendraient à un prix dix fois supérieur à celui d’aujourd’hui.
- « On étonnera même beaucoup les personnes qui n’ont pas examiné ces questions de près, si on leur apprend que les deux plus grandes nouveautés économiques du siècle sont : la machine à vapeur et la soude artificielle; les deux inventeurs les plus féconds, Watt et Nicolas Leblanc.
- « Mais, tandis que les engins créés par l’un agissent a grand bruit, dans toutes les usines, emportent au loin les trains de voyageurs et de marchandises sur les voies ferrées dont les continents sont sillonnés, ou guident sur les Ilots de la mer des navires de commerce et de guerre, c’est sans bruit que s’infiltrent dans tous nos ateliers, comme éléments indispensables, ou comme agents auxiliaires du travail, les produits dérivés de la soude factice ; c’est en silence qu’ils pénètrent dans toutes nos demeures, comme objets directs ou indirects de consommation.
- « S’il s’agissait d’ouvrir un concours et de reconnaître quel est celui des deux inventeurs, James Watt ou Nicolas Leblanc, dont l’influence a été la plus considérable dans l’accroissement du bien-être de l’espèce humaine, on pourrait hésiter.
- « Toutes les améliorations touchant aux arts mécaniques dérivent, il est vrai, de l’usage de la machine à vapeur; mais tous les bienfaits se rattachant aux industries chimiques ont trouvé leur point de départ dans la fabrication de la soude extraite du sel marin. »
- L’homme à qui l’on doit une si grande découverte a été persécuté, et misérable. Nicolas Leblanc, après avoir créé en 1791 la première manufacture de la soude artificielle à Saint-Denis, obéit à l’appel qui avait été fait par le Comité de Salut public, et il publia son procédé jusque-là tenu secret. Son usine fut bientôt mise sous le séquestre après la condamnation et la mort du duc d’Orléans (6 novembre 1795) qui avait mis à la disposition de l’inventeur la somme nécessaire à l’éiabïissement de la première manufacture de soude artificielle.
- L’usine fut confisquée, l’inventeur en fut expulsé et se trouva dépouillé de sa découverte et de sa propriété.
- Alors commença pour Nicolas Leblanc, père de qua-treenfants, une vie de revendications vaines, et d’injustices sans cesse renouvelées. En 1801 après sept années de lutte, il obtint du ministre Neufchateau, une misérable somme de 3000 francs qui lui fut allouée comme récompense nationale. Et le croirait-on? il ne toucha jamais que 600 francs sur cette somme dérisoire ! Plus tard on retrouve le pauvre Leblanc, qui accepte humblement de CHaptal, alors ministre, un secours de 300 francs.
- Le 16 janvier 1806, lassé de l’injustice et de l’ingratitude des hommes, le grand inventeur dont la détresse était au comble, se suicidait de découragement et de désespoir !
- La découverte de Nicolas Leblanc appartient à
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- tous les pays, et tous les pays lui ont x’endu hommage. Les représentants les plus éminents de la science moderne ont donné à Leblanc toute la consécration qui est due à sa mémoire. Les savants étrangers, aussi bien que les savants français lui ont payé un tribut d’admiration.
- L’un des premiers, Liebig, constatait que l’essor extraordinaire des industries chimiques dans les temps modernes était dù à Nicolas Leblanc. En 1862, Hoffmann disait en parlant de l’inventeur de la soude artificielle: « Cet homme est certainement un des plus grands bienfaiteurs de l’humanité. »
- Enfin, tout récemment, un des premiers chimistes d’Angleterre, M. Walter Weldon, disait à propos de la statue dont nous allons parler :
- « Quatre-vingt-dix-sept ans après la découverte d’un procédé, auquel nous devons principalement, que le savon, le verre, le papier et bien d’autres productions non moins utiles que celles-ci, sont mises ainsi à la portée de l’humanité entière, et soixante-dix-huit ans après que le créateur de cette incalculable richesse dont nous profitons tous, mit fin à ses jours ; aujourd’hui que deux générations lui ont succédé, il est agréable de constater que celui qui manquait de pain alors, vient enfin d’avoir l’honneur d’une statue. »
- Eh bien ! l’éminent chimiste se trompait. Nicolas Leblanc n’a pas encore sa statue. Par suite d’une sorte de fatalité qui poursuit sa mémoire,'comme il semble que le malheur ait poursuivi sa vie, le projet du monument a été sans cesse ajourné et arrêté par des circonstances diverses. Un comité de patio-nage pour élever une statue à la mémoire de Nicolas Leblanc s’était formé sous la présidence de M. Dumas. Malheureusement la souscription se trouva suspendue, la ville d’Issoudun où la statue devait être élevée, ayant retiré son concours quand on apprit que Leblanc était né à Ivoy-le-Pré (Cher).
- Nicolas Leblanc a laissé parmi nous un homme de grand talent et de grand cœur, son petit-fils M. Aug. Anastasi, le peintre bien connu, qui a eu le malheur de devenir aveugle. M. Anastasi, inspiré par le plus louable sentiment de piété filiale, a pris pour mission de faire appel à la justice de ses contemporains, à l’égard de son glorieux ancêtre, et il a publié sur Nicolas Leblanc un livre remarquable1, qui a contribué à ranimer la souscription.
- On s’occupe activement aujourd’hui de la statue de Nicolas Leblanc, qui doit avoir sa place à Paris, au Conservatoire des arts et métiers ou à Saint-Denis, au centre même des grandes usines de produits chimiques. M. E. Peligot, lors d’une des dernières séances de la Société d'encouragement, s’adressait à ce sujet à la générosité des industriels et du public. M. Scheurer-Kestner, sénateur et chimiste d’un grand mérite, a fait samedi dernier, à Paris, une chaleureuse conférence sur la soude artificielle. Parmi les membres du Comité de pa-
- 1 Nicolas Leblanc, sa vie, ses travaux et l'histoire de la soude artificielle. — Hachette et C“.
- tronage qui comptait primitivement les noms de Dumas, de Thénard et de Wurtz, se trouvent MM. Becquerel, Berthelot, Cahours, Jamin, de Lesseps, Pasteur, Walter Weldon ainsi que d’autres savants ou industriels bien connus. Les administrateurs des manufactures de Saint Gobain, Chauny et Cirey, ont fait savoir qu’ils portaient à 1000 francs leur souscription primitive. M. Ernest Solvay a souscrit pour 6000 francs, et des manufacturiers d’Angleterre et d’Allemagne se sont également fait inscrire sur la liste des donateurs. Nous citerons parmi les premiers M. Ludwig Mond, qui a souscrit pour 2500 fr., et M. le colonel Gambre pour 1250 fr. Les Chambres de commerce de Paris, de Lyon, de Marseille, de Lille et de Rouen ont pris part à cette manifestation scientifique et patriotique.
- Malgré ce patronage et ces actes de libéralités, à l’heure actuelle, la moitié seulement de la somme exigée par le monument de Nicolas Leblanc se trouve souscrite.
- Un dernier effort est nécessaire. Nous comptons sur la générosité et l’esprit de justice de nos concitoyens : Nicolas Leblanc aura sa statue1.
- Gaston Tissandif.r
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Guide du chimiste. Répertoire de documents théoriques et pratiques à l’usage des laboratoires de chimie pure et de chimie industrielle. MM. Fremy et A. Terreil.
- 1 vol. in-8° avec 157 fig. dans le texte. — Paris, G. Masson, 1885.
- Notice sur la vie et les travaux de Charles-Adolphe Wurtz, par M. Friedel, de l’Institut, avec le portrait de M. Wurtz en photoglvptie. 1 broch. in-8°. — G. Masson, 1885.
- Discours et éloges academiques, par J.-B. Dumas, tome second. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Série du cyanogène, par H. Moissan. 1 vol. in-8°. — Paris, A. Parent, 1882.
- Autour du Tonkin. La Chine méridionale de Canton à Mandalay, par Archilald Colquhoun, traduit de l’anglais par Ch. Simond. Tome H, le Yunnan. 1 vol. in-18. — Paris, II. Oudin, 1884.
- Les Armées étrangères en campagne. Leur formation. Leur organisation. Leurs effectifs et leurs uniformes, par A. Dally. 1 vol. in-18, avec 80 gravures. — Paris, imprimerie de la Société de typographie, 1885. Prix: 5 francs.
- Handbuch der Gletscherkunde (Manuel de la science des glaciers), par le Dr A. Heim, professeur à l’Université de Zurich. 1 vol. in-8°, 560 pages avec 2 cartes et plusieurs gravures. — Librairie Engelhorn, Stuttgart, 1885.
- 1 Les souscriptions peuvent être adressées à M. Petit, trésorier de la Société chimique, 8, rue Favart, ou à la Société
- d'encouragement, 44, rue de Rennes, à Paris.
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- LA NATURE.
- ROUTES ET TORRENTS
- En pays de montagnes, les routes suivent généralement le fond des vallées et s’élèvent le moins possible sur les versants; par suite elles rencontrent presque toujours les lits de déjection des torrents, c’est-à-dire la partie où les eaux déposent et divaguent.
- Dans cette situation on conçoit immédiatement les obstacles que les torrents opposent à la construction des routes et des ponts.
- Malgré les efforts continuels des ingénieurs, les chemins ont beaucoup à souffrir des débordements de ces cours d’eau dangereux ; la circulation est très souvent interrompue et il ne se passe pas de mois sans qu’une aventure tragique vienne jeter
- l’inquiétude et la terreur au sein des vaillantes populations de nos montagnes. Dans les départements des Hautes et Basses-Alpes notamment, il n’y a peut-être pas un seul sentier qui n’ait été emporté plusieurs fois par les eaux, envahi par les graviers ou qui n’ait été le théâtre de quelque légende. Les choses en sont arrivées à ce point que certaines routes à ouvrir dans les Alpes ne pourront être exécutées qu’après la fixation des versants nus et croulants qui dominent la chaussée.
- Divers procédés ont été mis en œuvre pour remédier à un état de choses aussi déplorable.
- La plupart des torrents franchissent la route à ciel ouvert en des points qui varient sans cesse.
- Il est difficile de se figurer l’aspect pitoyable de ces traversées qui ont parfois plus de deux kilomètres de longueur. En hiver, rien ne révèle ces tron-
- Hq. 1. — Action d’une coulée de lave sur le pont du Parreau,à la traversée de la route nationale n° 100 (rive droite de l’Ubaye). Vue du parement amont et du lit du torrent encombré de matériaux, avec indication de l’amas de blocs laissé par la lave
- sur la rive gauche de l’Ubaye.
- çons de route qu’on est obligé de baliser. Dans la belle saison, la voie ne se distingue au milieu du champ de cailloux qu’elle traverse, que par le sillon qu’y creusent les diligences ouïes traînaux. A chaque crue la route est noyée 'sous les eaux, la houe et les graviers.
- Quelquefois, on oblige le torrent à passer au même endroit à l’aide de digues ; alors, pour fortifier la chaussée au passage des eaux, on la pave de gros blocs.
- Quand le lit de déjection est suffisamment bombé on peut le traverser en tunnel pour soustraire le chemin aux attaques du torrent. Mais cette solution est très coûteuse, et, si elle procure une sécurité complète à la voie, elle est impuissante à protéger dans tous les cas les issues du souterrain.
- En général, lorsqu’on veut mettre la route à l’abri des crues torrentielles, on établit un pont.
- La grande difficulté est alors d’obliger les eaux à passer entre les culées et de les y maintenir même à l’aide d’épis ou de digues habilement disposées.
- Malgré toutes les précautions prises, les ponts établis dans ces conditions sont détruits de plusieurs façons suivant les caprices des torrents. Tantôt le radier est emporté par la violence des eaux; alors le pont n’étant plus défendu contre l’affouillement, s’écroule; tantôt le torrent bondit hors de ses digues, coupe la route loin du pont et vient renverser les culées par derrière; d’autres fois, l’exhaussement lent et continu du ht obstrue progressivement le débouché et finit par ensevelir le pont sous les déjections.
- Dans tous les cas les ponts ont à souffrir des crues et du transport en masse. En effet, d’une part, aucune des formules de l’hydraulique ne peut s’appliquer exactement au calcul du débouché des
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- LA NATURE.
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- ouvrages qui doivent livrer passage aux laves, puisque toutes ont été établies pour l’eau et les frottements ordinaires; d’autre part, pour mettre l’intrados à l’abri des trop fortes pressions et des chocs violents, il importe d'exagérer le débouché, tandis que pour éviter l’exhaussement du lit sous les ponts, il faut réduire la section le plus possible au profit de la pente. Pratiquement on concilie ces deux conditions contradictoires en adoptant un débouché moyen qui n’entrave que partiellement le comblement du lit sans protéger les voussoirs contre la marche des laves.
- Les figures ci-contre représentent les deux faces du pont de Parreau après le passage d’une avalanche de boues, de graviers et de blocs. L’ouvrage est établi assez exactement au sommet du cône de déjection du torrent de ce nom, sur la route nationale
- n° 100 de Montpellier à Coni, à quelques centaines de mètres en amont du village d’Lbaye (Basses-Alpes) .
- Le flot boueux, après avoir roulé dans un canal assez large, est venu heurter violemment l’ouvrage précité. Le parement d’amont a suffisamment bien résisté à la poussée de la masse en mouvement. Toutefois, les voussoirs de tète ont été ébréchés, ou, pour mieux dire, étonnés par le choc répété des blocs et des rochers charriés.
- Sans doute, on aurait évité cet accident en donnant à l’arche une plus grande ouverture. Mais il a fallu renoncer à cette solution parce qu’un plein cintre aurait eu pour conséquence de surélever le niveau de la chaussée en cet endroit et par suite, obliger à des rampes exagérées. Cette remarque justifie pleinement l’emploi des voûtes surbaissées et
- explique l’insuffisance du débouché. Dans ces conditions, la lave en marche rencontrant un obstacle, s’est gonflée; les tranches antérieures de la niasse, fortement poussées par les suivantes, ont passé sous le pont, non sans labourer la voûte de sillons profonds; le surplus, en présence du lit ainsi obstrué, a débordé dans tous les sens et franchi la route nationale après avoir détruit les parapets.
- La pression exercée par la lave sur l’intrados a été suffisante pour soulever de plus de vingt centimètres la clef de voûte du parement amont que représente notre première gravure (fig. 1). La ligure 2 montre qu’à l’aval, les voussoirs de tête sont absolument intacts. En définitive, le pont du Parreau a été mitraillé par les blocs et les rochers en mouvement. Les stries signalées sur la voûte témoignent des frottements considérables que développe le passage des laves.
- La vague de bouc, poursuivant sa descente vers
- la vallée, a traversé la rivière torrentielle l'Ubaye, dont elle a suspendu le cours pendant un instant, pour venir échouer sur la berge opposée, où elle a laissé un amas de blocs considérable (fig. 1). Ces blocs sont de véritables témoins du curieux phénomène de transport auquel donnent lieu les coulées de laves.
- D’après tout ce qui précède, il est fort difficile de protéger efficacement les routes contre l’impétuosité des torrents en activité et de les mettre à l’abri des injures du transport en masse. Mais parce qu’il est impossible de soustraire les voies de communications aux caprices des laves, il ne s'ensuit pas que le mal soit sans remède. Si les effets des laves sont inévitables, la lave elle-même peut être supprimée. Le phénomène du transport en masse ne se produit, en effet, que dans les régions montagneuses dépouillées de leur tapis végétal, où rien n’atténue la violence des pluies et des orages
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- LA NATURE.
- à grêle. Pour supprimer la lave et obliger les eaux à s’écouler daires suivant les lois de l’hydraulique, il suffit de rétablir l’e'quilibre entre la puissance de la végétation, victorieuse autrefois, vaincue aujourd’hui, par l’imprudence des hommes et la force de dénudation qui démolit les crêtes et les cimes, ravine les versants, comble les vallées et répand partout la ruine et la désolation. C’est seulement après qu’on aura rendu à la montagne son manteau de fourrure, qu’il sera possible de doter les Alpes d’une bonne viabilité.
- La riex Renardeau.
- NÉCROLOGIE
- Ilotehkiss. — Le célèbre inventeur du canon-revolver qui est aujourd’hui employé dans toutes les marines, vient de mourir à Paris. M. Ilotehkiss, né dans le Connecticut aux États-Unis, s’était fixé en France, où il a fondé un établissement important. Il s'occupait activement du développement des armes de guerre ; outre le canon-revolver, il a aussi fourni un canon à tir rapide, un fusil à répétition et des projectiles de son invention.
- Son usine à Saint-Denis, en dedans des fortifications, occupe plus de quatre cents ouvriers, hommes et femmes, pour la fabrication des pièces, des affûts et des munitions. Les essayages se font dans une galerie profonde, à l’abri de tout danger; les obus éclatent après avoir traversé de solides madriers, représentant le bordage d’un navire.
- M. Ilotehkiss a combiné une pièce destinée à défendre les fortifications, quand l’ennemi a déjà pénétré dans les fossés de l’enceinte; en une minute on peut envoyer quinze cents projectiles, qui, par une disposition spéciale des rainures des différents tubes, se répartissent sur toute la surface du fossé.
- Dès 1874, M. Ilotehkiss songeait à créer un canon rayé à projectiles explosifs se chargeant par la culasse. Vers 1855, il apporta en Europe une pièce qu’il ne réussit pas à vendre et qui fut ultérieurement achetée par les Mexicains, puis reprise à Puebla : elle figure aujourd’hui aux Invalides.
- Après avoir dirigé des ateliers de cartoucheries pendant la guerre de Sécession, il vint en 1867 en Europe, où il a résidé depuis cette époque.
- M. Ilotehkiss installa en Autriche une fabrique de cartouches; pendant la guerre de 1870, le gouvernement le chargea de la création d’une cartoucherie à Viviers, près de Decazeville. Plus tard, il organisa, quai de Jemmapes, un petit atelier, où il construisit le premier modèle du canon-revolver, adopté par notre marine, à la suite d’heureux essais faits à Gavres par la commission chargée d’examiner les canons français. L’ingénieur américain forma alors la société Ilotehkiss et Cie pour exécuter les commandes qui affluent de tous les pays à Saint-Denis, où l’inventeur s’était établi.
- CHRONIQUE ‘
- Chaleur dégagée par la combustion du gaz d’éclairage. — De nombreux essais poursuivis pendant près d’une année sur le gaz d’éclairage de plusieurs bon nés usines du Nord et de la Belgique conduisent M. A-Witz b assigner à un produit bien épuré un pouvoir d’en-
- viron 5200 calories quand il est mélangé à six fois son volume d’air. Ce chiffre se rapporte au mètre cube à 0° et à la pression 760.
- « Avant de passer au scrubber et à l’épurateur, le même gaz donne 5600 calories. Le gaz de chauffage subit donc une perte, du chef de l’épuration.
- « Si nous prenons comme terme de comparaison la chaleur dégagée par le mélange de 1 volume de gaz avec 6 volumes d’air, nous constatons que le gaz donne
- 5 pour 100 de plus, quand il est mélangé de 1 vol.,25 d’oxygène; avec 11 volumes d’oxygène, le pouvoir calorifique est au contraire moindre de 4,6 pour 100; il diminue donc avec la dilution dans l’oxygène.
- « Il n’en est plus de même lorsque le gaz est mélangé d’air : dilué dans 10 volumes d’air, le gaz a un pouvoir plus grand de 2,5 pour 100 que lorsqu’il est mélangé de
- 6 volumes d’air. Il semblerait donc que la combustion complète du gaz exige plus de 6 volumes d’air, et l’effet de la dilution est inverse de ce qu’on aurait pu supposer a priori, »
- Chasseur et gibier. — S’est-on jamais demandé combien, en un certain nombre d’années, un seul homme peut tuer de pièces de gibier? Chasse et Pêche nous donne le nombre de 45 138 pièces de gibier tuées de 184^ à 1881 par l’empereur François-Joseph d’Autriche, parmi lesquelles 14 175 faisans, 8270 perdreaux, 6456 lièvres, 4418 lapins, 1570 chamois, 1404 canards, 1279 sangliers, 825 bécasses, 807 cerfs et 922 biches, 562 grands tétras, 577 chevreuils, 286 cailles, 204 daims, 197 renards, 54 coqs de bruyère et 6 gélinotes, 1 ours et 40 autres animaux malfaisants, enfin 1287 oiseaux de proie, tels qu’aigles, vautours, etc.
- Fer à. cheval double de Pryor. — M. Pryor, de Roxbury (États-Unis), a imaginé un fer à cheval en deux parties pouvant s’appliquer l’une sur l’autre. En temps ordinaire, on ne se sert que de la première partie qui est clouée sur le sabot du cheval, comme on le fait ordinairement. La seconde partie s’applique sur la première en temps de gelée, quand le cheval doit être ferré à glace. Elle s’assemble avec la première au moyen de deux tenons à goupille placés sur le côté et d’un troisième tenon placé en avant. Le fer à glace est muni de trois crampons venus de forge. (Chronique industrielle.)
- M American Field annonce qu’un fermier du Nord-Ouest aurait obtenu, la saison dernière, un potiron dont le poids est estimé à 500 livres. Il en a vidé le contenu, n’en conservant que la croûte qu’il utilise comme niche pour son chien de Terre-Neuve.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 23 février 1883
- Présidée par M. Rolland.
- Discours de M. le Président. — Les premières paroles de M. Rolland sont consacrées au souvenir des académiciens décédés pendant l’année 1884 : MM. J.-B. Dumas dont la mort a causé « un deuil exceptionnel », du Mon-cel, Wurtz et Thénard. Les vivants viennent après les défunts recevoir leur part d’éloge. L’activité scientifique a été grande en 1884, ce dont témoignent les nombreux mémoires soumis à l’Académie et les communications de toute sorte reçues par elle. Ne pouvant faire l’éloge de
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- tous les travaux, M. le Président ne s’arrête qu’aux questions qui, dans ces derniers temps, ont éveillé l’attention générale.
- « Des expériences aéronauliques d’un grand intérêt, dit-il, ont été faites en 1884, d’un côté, par les frères Tissandier, qui ont déjà donné tant de preuves de leur dévouement à la science et au pays, et de l’autre, par deux savants officiers, les capitaines Renard et Krebs, de l’atelier militaire de Meudon. »
- Quelques mots rappellent ensuite le rôle si honorable que M. Janssen a rempli au Congrès réuni à Washington pour formuler une résolution sur la question du méridien et de l’heure universelle; — les recherches relatives au choléra; — l’extension toujours croissante des progrès de l’électricité ; et à ce propos M. le Président annonce qu’il se prépare en ce moment, sous l’habile direction de M. Marcel Deprez, un essai conçu dans les plus vastes proportions : il ne s’agit de rien moins, en effet, que de transmettre la force vive d’un moteur produisant le travail de 100 chevaux-vapeur, à la distance de 51 kilomètres, qui sépare Paris de Creil.
- Prix décernés pour 1884 :
- Géométrie : Prix Francœur, à M. Emile Barbier. Mécanique : Prix extraordinaire de 6000 francs, partagé entre MM. Manen, Hanusse et Baills. — Prix Mon-lyon, à M. Riggenbach. — Prix Poncelet, à M. Jules llouèl. — Prix Plumey, à M. du Rocher du Quengo.
- Astronomie : Prix Lalande, à M. Radau. — Prix Valz, à M. Ginzel.
- Statistique : Prix Montyon, à M. Durand-Claye.
- Chimie : Prix Jecker, à M. Chancel.
- Géologie : Prix Vaillant, à MM. Gustave Cotteau et Emile Rivière.
- Botanique : Prix Desmazières, à M. Otto Lindberg. — Pi •ix Thore, à MM. L. Motelay et Vendryès.
- Anatomie et zoologie : Grand prix des sciences physiques, à M. Marion.
- Médecine et chirurgie : Prix Montyon, à MM. Teslut, Cadet de Gassicourt, Henri Leloir. — Prix Godard, à M. Tourneux. — Prix Serres, à MM. Cadiat et Kowa-levsky. — Prix Lallemand, à M. Brown-Séquard. Physiologie : Prix Montyon, à MM. Jolyet et Laffont. Géographie physique : Prix Gay, à M. H. Berthaut.
- Prix généraux : Prix Trémont, à M. de Tastes. — Prix Gegner, à M. Valson. — Prix Delalande-Guérineau, à M. le Dr Neis. — Prix Ponti, à M. Joseph Boussingault. — Prix Laplace, à M. Chapuy.
- Eloge historique de Dominique-François-Jean Arago; parM. J.Jamin, secrétaire perpétuel. — Il est vraiment extraordinaire qu’Arago ait attendu si longtemps son éloge à l’Académie : si l’on eût attendu un an de plus, ce discours aurait célébré le centenaire de sa naissance.
- C’était une grande vie dont M. Jamin avait à retracer l’histoire. Il nous le montre enfant et jeune homme, débutant sans enthousiasme dans l’étude, se faisant pourtant recevoir le premier à l’Ecole polytechnique puis prenant part, à la suite de Delambre et Méchain, à la mesure du méridien, et passant par les incroyables aventures racontées dans YHistoire de ma jeunesse. Nommé, le 18 novembre 1809, c’est-à-dire à vingt-deux ans, membre de l’Académie des sciences, il commença aussitôt les grands travaux qui l’ont illustré. Mais Arago était, avant tout, professeur. A l’Ecole polytechnique, il occupa l’une après l’autre les classes de géométrie, de machines et d’astronomie. « 11 aurait pu les occuper toutes, tant sa
- science était vaste. » De 1815 à 1847, il fit, au Bureau des longitudes, ce cours d’astronomie populaire qui eut un si étonnant succès, et dont ne peut donner aucune idée VAstronomie populaire qu’on lit dans ses œuvres posthumes et qui n’est qu’une pâle tentative de reconstruction sans authenticité, sans la chaleur et la vie qu’Arago semait autour de lui. Jamais il n’écrivit ses leçons, il en traçait le plan en quelques lignes et s’abandonnait ensuite aux hasards de l’inspiration ; la correction pouvait y perdre, l’action en était accrue, la passion débordait, il n’avait pas l’éloquence littéraire et châtiée des orateurs classiques : il ne la cherchait pas, et ne se préoccupait que d’une qualité unique, la clarté, qu’on pourrait appeler l’éloquence des sciences. Si vous ajoutez l’attraction exercée par sa haute stature, sa figure sévère quoique belle, son œil ombragé par un vaste sourcil toujours en mouvement, vous comprendrez que jamais personne n’ait attiré autour de sa chaire une affluence aussi méritée. 11 avait l’habitude, quand il montait en chaire, de chercher dans l’auditoire le visage qui lui semblait le moins intelligent; il ne le quittait plus, semblait ne parler que pour lui et continuait sa démonstration, en la variant, jusqu’au moment où ce visage montrait à des signes certains que son propriétaire avait compris ; a fortiori, tous les auditeurs devaient être dans le même cas, et le professeur pouvait continuer. Nommé secrétaire perpétuel en 1850, Arago fil à l’Académie de grandes innovations : « 11 avait trouvé une Académie fermée, travaillant sans témoins, portes closes, à peine entre-bâillées pour quelques privilégiés ; il les fit ouvrir toutes grandes et à tout le monde ; et pour que la science se répandit plus vite et plus loin, il invita les journalistes à assister aux séances dans une tribune spéciale, si toutefois on peut appeler tribune le banc qui leur est réservé ; et il les autorisa à prendre connaissance des mémoires présentés. Il obtint en outre, en 1855, que l’Académie publiât elle-même ses séances sous la surveillance des secrétaires perpétuels ; et ce fut l’origine de ces comptes rendus célèbres qui ont acquis, depuis, une si grande influence sur la vie scientifique du pays. « Les auteurs d’une innovation mesurent rarement les conséquences que l’avenir réserve à leur œuvre. Arago n’avait certes pas prévu que l’activité scientifique allait tripler, que des volumes de 600 pages en compteraient 2000, que le nombre des auteurs s’élèverait de 290 à 540, que cette publication, modestement commencée, prendrait un tel développement qu’il faudrait bientôt limiter le nombre des pages pour chaque mémoire et le nombre des mémoires pour chaque auteur. »
- Stanislas Meunier.
- LE XYLOPHONE
- La Nature a plus d’une fois donné la description d’instruments de musique offrant un certain intérêt soit par leur originalité ou leur nouveauté. Aujourd’hui, nous parlerons d’un instrument qui n’est pas nouveau, il est vrai, puisque son origine remonte très loin dans les temps passés, mais dont l'originalité est incontestable et dont la vogue se fait maintenant pressentir. Cet instrument est. le xylophone, plus connu sous la dénomination d'instrument de bois et de paille.
- La plupart des lecteurs se souviendront sans
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- peine d’avoir entendu, dans les soi-disant Concerts Q/ro/iens, jouer d’un curieux instrument, le plus souvent aecompagé par la guitare ou la cithare, et dont la musique au rythme saccadé et accéléré avait quelque chose de gai et de charmant. Quant à nous, chaque fois que nous avons assisté à un concert de chanteurs tyroliens, dont le traditionnel joueur de xylophone était un peu habile, nous avons pu parfaitement nous rendre compte de l’effet agréable que produit le jeu de cet instrument.
- Faisons, en abrégé, l’historique de l’instrument de bois et de paille. Ainsi que la plupart des instruments de musique, le xylophone a son origine dans les temps les plus reculés.
- Les Hébreux et les Grecs avaient déjà des instruments desquels dérive l’instrument d’aujourd’hui , naturellement après avoir subi bien des transformations. Aux environs de 1742, on le retrouve assez répandu en Sicile sous le nom de Xylonganum. Les Russes, les Kosaques, lesTartares et surtout la population montagnarde des Garpathes et de l’Oural, jouaient beaucoup d’un instrument du même genre, qu’ils nommaient die-reva, saloma.
- En Allemagneon le jouait, paraît-il, déjà au commencement du seizième siècle; depuis cette époque il a été cultivé durant une période assez longue, après quoi il est peu à peu tombé dans l’oubli jusqu’au commencement de ce siècle. C’est alors (vers 1830) que le célèbre Russe Gussikow entreprit un grand voyage artistique à travers l’Europe, se faisant un certain renom et recueillant beaucoup d’honneurs dus à ses productions vraiment originales et surtout ingénieusement combinées. Gussikow possédait une technique remarquable qui permettait d’apprécier dans toute sa
- valeur musicale l’instrument qu’il remit en vogue.
- Gomme le nom A'instrument de bois et de paille l’indique, le xylophone, dont la figure 1 représente le
- mode d’emploi, est composé de petites plaques de bois plus ou moins longues, étroites ou épaisses, suivant le ton que l’on en veut tirer. Les plaques sont reliées entre elles au moyen de cordons, de manière à former une surface triangulaire (fig. 2) permettant le maniement sans avoir à craindre le déplacement de ces plaques. Le tout se pose sur des bandes de paille destinées à faire ressortir les sons et les rendre plus forts et plus purs. C’est en frappant sur les plaques au moyen de deux petits marteaux que l’on produit les sons.
- Les sons du xylophone ayant un caractère bref et saccadé et ne pouvant être soutenus, on ne peut exécuter sur celui-ci que des morceaux d’un rythme accéléré. Les danses, les marches, les variations, etc., s’y jouent de préférence et avec le plus d’effet.
- La propagation du xylophone fait de rapid es progrès ; on commence à l’employer dans l’orchestre. (Saint-Saens l’a employé dans la fameuse « danse macabre ».) On vient de publier une méthode, des morceaux à son usage, avec accompagnement de piano, violon, orchestre, etc. ; en un mot, cet instrument, dont on apprend à jouer avec la plus grande facilité, deviendra très populaire et nous croyons avoir été agréable à nos lecteurs en leur donnant les quelques explications qui précèdent. R...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdier.
- Fig. 1.— Le Xylophone.— Position du joueur et de l’instrument.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 614. — 7 MARS 1885.
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- PÈCHE À LA. BALEINE SUR LES COTES DE NORVÈGE
- On sait qu’il existe de nombreuses pêcheries de morues, harengs, maquereaux, etc., sur les côtes de
- Norvège ; mais la plus curieuse pêche est certainement celle de la haleine. Ce cétacé, qui vit dans les
- Fig. 1. — Baleine capturée, près de. Yadsô, en Norvège, le 15 août 1884. (Ii’après une photographie de l'auteur.)
- (Longueur de la baleine : 28 mètres).
- Hg. 2. — La haleine amarrée sur le rivage avec les hommes qui vont la dépecer. (D'après une photographie de l’auteur.)
- régions polaires, s’approche vers le mois de juin des côtes de la Scandinavie, à la suite des g rancis bancs de petits poissons appelés lodde, qui viennent à l’embouchure des rivières pour y déposer leur frai.
- La haleine que l’on pêche sur les côtes du Finmark 13e année. — i" semestre.
- est la baleine bleue, qui diffère assez de l’espèce qu’on trouve au Groenland et qui porte le nom de baleine franche.
- La pêche n’est autorisée par les lois norvégiennes que du mois de juin au mois de septembre :
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- cette prescription est très rigoureusement observée.
- La pêche se fait assez près des côtes et un bateau ne reste quelquefois que deux ou trois heures hors de son port d’attache. Ainsi, pendant le voyage du roi Oscar II le long des côtes du Finmark, on rencontra trois baleines entre Yadsô et Jacobselv. Une autre fois un bateau de Vadsô en pêcha une auprès de l’usine établie sur la petite île, en face de cette ville, c’est-à-dire à dix minutes du port.
- La pêche à la baleine se faisait déjà anciennement dans ces régions, témoin les légendes norvégiennes qui rapportent que les géants qui habitaient le Fin-mark étaient d’une taille et d’une force telles qu’ils pouvaient pêcher les baleines à la ligne ; s’ils en prenaient deux à la fois, ils les attachaient par la queue et les suspendaient sur leurs hjelders comme le font les pêcheurs pour les morues qu’ils font sécher.
- Pendant longtemps, la grande industrie de la pêche à la baleine a été concentrée à Yadsô, petite ville finnoise du Yarangcrfjord ; c’est là que se trouvent, sur la petite île dont nous avons parlé, les établissements du célèbre M. Foyn, le roi des baleiniers. M. Foyn, qui vit encore, est un Norvégien du Sud qui dans sa jeunesse fut matelot ; par son énergie et son intelligence il acquit une grande fortune se chiffrant actuellement par millions. A l’époque où il commença à se livrer à la chasse de la baleine, on n’avait pas l’habitude d’amener ces cétacés à terre pour les dépouiller : le baleinier qui en avait pris une la dépeçait sur place, de sorte que beaucoup de produits étaient perdus ; on n’utilisait que les fanons et le lard. M. Foyn eut l’idée de s’établir à terre et d’envoyer de petits baleiniers chercher ces monstres marins pour les ramener à son usine où rien n’est perdu ; car, après qu’on a enlevé la viande et le lard pour en faire de l’huile, les détritus et les os servent à faire du guano. Il est vrai de dire que M. Foyn s’était établi dans d’excellentes conditions, en ce sens que les baleines venaient jusque dans le Yarangerfjord et qu’après quelques heures de chasse on était sûr d’en ramener une ou même plusieurs. C’est du reste lui qui utilisa pour la première fois une invention qui laissa.bien loin derrière elle l’antique harpon lancé à la main par un homme placé dans une fragile barque. Le harpon de Foyn, long de lm,30, se lance avec un petit canon de lm,20 placé à l’avant d’un navire à vapeur de 25 mètres de long et monté par 10 hommes d’équipage. Ce baleinier qui coûte de 100 à 125 000 francs, a une vitesse de 14 nœuds à l’heure. Le canon est placé sur un pivot et porte une espèce de crosse qui permet de le pointer dans toutes les directions ; un chien dont la détente est mue par une longue corde fait partir le coup au moment voulu. Ce canon se pointe avec un cran de mire et un guidon, absolument comme un fusil. (Ce baleinier est représenté au second plan de la figure 2.) L’extrémité du harpon porte un petit obus à pointe d’acier qui éclate lorsqu’il est enti’é dans le corps de la baleine ; à ce moment, plusieurs tiges longues de 25 centimètres, qui jusque-
- là étaient couchées le long du harpon, s’ouvrent comme un parapluie et empêchent la tige de sortir du corps du cétacé. Au harpon est attaché un long câble enroulé dans la cale à l’arrière et qui passe sur plusieurs freins mus par la vapeur. Le pointeur, qui doit être un homme très habile et de grand sang-froid, tient la crosse du canon d’une main et la ficelle qui commande le chien de l’autre. Quand on a aperçu l’animal signalé par le guetteur qui se trouve dans un nid de pie, au sommet d’un mât, le bateau s’avance dans la direction où il a plongé pour être prêt à le recevoir à l’endroit où il reviendra à la surface pour respirer. C’est l’expérience seule qui apprend à calculer quelle distance la baleine parcourt entre deux eaux. En général, on tire la baleine à 25 mètres de distance. La plus grande difficulté, paraît-il, est de toucher l’animal de manière à ce que le harpon ne traverse pas une région du corps mais bien s’y implante et fasse explosion. C’est pourquoi le canon ne peut avoir qu’une très faible charge. Mais d’autre part, il en résulte que le harpon décrit une parabole très accentuée et qu’il est difficile de toucher juste. Quand l’animal se sent frappé, il plonge subitement en déroulant l’immense câble qui se trouve à bord du navire, entraînant celui-ci avec une vitesse vertigineuse; pour s’opposer à cette folle course on fait machine en arrière et l’on étend de chaque côté du navire, perpendiculairement à ses flancs, des espèces d’ailes analogues à celles qui se trouvent sur tous les bateaux hollandais. La baleine coule quelquefois à fond et il est alors malaisé de la relever quand la mer est grosse. Au bout d’un certain temps, la baleine revient à la surface en projetant par ses évents des torrents d’eau mêlés de sang. Lorsqu’elle est morte, un bateau avec deux hommes est mis à la mer pour percer la mâchoire inférieure de la baleine et y attacher une chaîne de fer. On en fait autant pour son arrière ; ensuite on traîne l’animal le long du navire de façon à ce que la tète et la queue soient apparentes.
- A terre, l’établissement Foyn se compose de plusieurs parties. Dans la première, on amène la baleine sur un plan incliné creusé dans les rochers.
- 'La mer étant haute la baleine flotte, on l’attache alors par des chaînes à des anneaux encastrés dans les pierres ; la mer, en s’abaissant, laisse l’animal sur le plan incliné. A ce moment, des hommes armés de longs couteaux emmanchés au bout de grandes perches (fig. 2) vont découper de longues lanières de lard sur les flancs de la baleine. Quand une de ces tranches est tracée par deux incisions parallèles, on attache un crochet à l’extrémité la plus éloignée, ce crochet tient à une chaîne qui s’enroule sur un' treuil, mû par plusieurs hommes qui, réunissant leurs efforts, détachent la bande de graisse du corps de l’animal; ils sont aidés dans cette besogne par un autre homme qui, armé d’un de ces longs couteaux dont nous avons parlé, tranche tous les tissus qui font résistance. Quand cette bande est enlevée, on la pose sur le plan incliné jusqu’au moment où
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- elle doit être prise et portée dans de grandes chaudières pour en faire de l’huile. Après que le lard est enlevé, on extrait encore le plus de graisse qu’on peut. Puis on retire les intestins et les poumons qu’on abandonne. Un pareil dépeçage dure huit jours.
- Dans un autre endroit, des tailloirs et des pilons sont installés sous un hangar communiquant avec la mer par un plan incliné, c’est là qu'on réduit en bouillie ce qui reste de ces géants des mers pour en faire du guano qui ira plus tard fertiliser les champs de l’Allemagne du Nord.
- Le jour de notre arrivée à Vadso, nous allâmes visiter l’établissement dont M. Bull, le représentant de M. Fovn, nous fit les honneurs. Nous fûmes obligés de débarquer par un escalier graisseux et nous dûmes faire des miracles d’équilibre pour ne pas tomber. Nous visitâmes d’abord le plan incliné qui, du reste, n’offrait rien de curieux à voir. Puis, en longeant un des bâtiments de derrière, nous passâmes le long des chaudières où bouillaient des débris de viandes et de graisses qui répandaient une odeur à soulever le cœur; de temps en temps de gros bouillons venaient éclater à la surface en répandant une odeur plus infecte et plus nauséabonde encore : il fallut se boucher le nez. Un peu plus loin, après avoir passé sur un petit pont couvert de bouc huileuse, nous entrâmes sous le hangar où se trouvent les pilons; là, c’était plus épouvantable encore. Dans un coin se trouvait une tête de baleine qu’on était en train de dépecer, et, comme elle datait de plusieurs jours, les émanations qui s’en dégageaient étaient quelque chose d’horrible. Des hommes, chaussés de grandes hottes, s’agitaient au milieu de ees débris qu’ils portaient au pilon avec d’immenses crochets à la main. Ils sont tellement habitués à ce milieu qu’ils ne sentent plus rien. Nous fîmes ouvrir la tète devant nous pour voir en quel état se trouvait le cerveau ; on fendit le crâne à grands coups de hache, on employa plus de dix minutes à ce travail ; quand il fut découvert, le cerveau s’écoula sous forme de boue liquide, jaunâtre, dont l’aspect fit fuir plusieurs de nos compagnons. Du reste, il n’était pas commode de se tenir debout sur le sol glissant, couvert de débris gisanls au milieu de llaques de sang et de graisse mélangée de boue; nous n’avions jamais vu quelque chose d’aussi repoussant. Nous fîmes ensuite un tour dans le magasin' de guano, où l’odeur, aussi forte que sous le hangar, était beaucoup plus désagréable à cause de son âcreté. C’est avec bonheur que nous respirâmes l’air de la mer qui, à notre arrivée, nous avait paru contenir si peu de bonnes odeurs.
- Jusqu’à ces derniers temps, l’établissement de Vadso était le seul qui existât dans ces régions, aussi les bénéfices étaient-ils considérables; mais depuis quelques années, plusieurs Sociétés se sont iondées en Norvège et en Russie, à Vardô en particulier, de sorte que, chassée à outrance, la baleine a rapidement diminué. D’autres personnes prétendent que cette diminution est due à la disparition
- des bancs de petits poissons dont se nourrissait, disait-on, cet animal; mais il est actuellement démontré que la haleine n’en mange pas.
- Prince Roland Bonaparte.
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- TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 2 JANVIER 1885, AUX ÉTATS-UNIS
- Une légère secousse de tremblement de terre a été ressentie dans les provinces du Maryland et de la Virginie, le 2 janvier 1885. Des circulaires ont été répandues dans une vingtaine des localités signalées ; les questions posées se résumaient dans l’ordre suivant. Indiquer : n° 1, secousse très faible, c’est-à-dire ressentie seulement par
- o Hîen ressenti. ^Trpsfaible. ♦Faible, ©Modérée. «Pas de rapport.
- Carte du tremblement de terre de la Virginie et du Maryland.
- quelques personnes dans la localité; n° 2, faible, c’est-à-dire ressentie par la majorité des habitants, et ayant produit les mouvements des fenêtres ou de la vaisselle; o° modérée, c’est-à-dire suffisante pour renverser des objets, déplacer des chandeliers, etc. Il fallait en outre mentionner l’heure et la durée du phénomène.
- Dix-sept rapports ont été adressés en réponse, et le journal américain Science les a résumés dans la carte ci-dessus, dressée par M. C. G. Rockwood. Le phénomène paraît avoir eu lieu dans les différentes localités, entre 9h,21raet 9\45“ du soir. Sa durée n’a pas été généralement exactement appréciée, les estimations variant entre trois secondes et deux minutes. M. Rockwood fait remarquer avec raison que le phénomène survenant à l’im -proviste, surprend et émeut tous ceux qui l’observent et les porte à en exagérer la durée.
- La secousse du sol a été accompagnée d’un bruit comparable à celui que produit un train passant sur un pont, ou à celui d’une cheminée qui ronfle. Dans quelques maisons les habitants sont sortis pour voir s’il n’y avait pas chez eux un feu de cheminée.
- La secousse paraît avoir été plus forte vers le sud de Frédérick County; elle a répondu au n° 5 de l’échelle de mesure adoptée. Les limites du tremblement de terre et l’intensité des secousses sont indiquées par notre carte, qui constitue, comme toute chose soigneusement enregistrée, un intéressant document pour la physique du globe.
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- LA NATURE.
- CARBURATION DU GAZ DE L’ÉCLAIRAGE
- PAR LA NAPHTALINE OU l’aLBO-CARBON
- On a souvent essayé d’augmenter le pouvoir éclairant du gaz k l’aide de vapeurs carburées destinées a enrichir le gaz en carbone; aucun procédé n’a jusqu’ici donné d’aussi bons résultats que celui dont nous allons entretenir nos lecteurs. Il a pu se prêter k des applications intéressantes qui deviennent chaque jour jdus nombreuses; nous voulons parler de Yalbo-carbon, spécialement préparé et utilisé par MM. Yale Roosevelt. L’albo-carbon est un produit solide, coulé en forme de petites bougies blanches; ce produit n’est autre chose que de la naphtaline très raflinîe dont les vapeurs, mélangées au gaz ordinaire, lui donnent un pouvoir éclairant considérable.
- On sait que la naphtaline peut être livrée à bas prix par les usines k gaz qui en produisent des quantités considérables dont les usages sont peu nombreux et peu importants.
- Les appareils destinés a recevoir la naphtaline puriliée peuvent s’adapter à tous les systèmes d’éclairage au gaz déjà existants. Ils sont de formes diverses, mais se rapportent tous k deux types que nous allonsdé-crire et qui partent eux-mèmes du même principe : Echauffement de l’albo renfermé dans un récipient, par la chaleur du gaz ; et mélange, dans ce même récipient, du gaz et des vapeurs qui arrivent au brûleur à l’état d’homogénéité absolue.
- Les deux appareils en question sont la lampe et le lustre.
- La lampe représentée ci-dessus se compose d’un récipient A contenant l’albo-carbon, au bas duquel est soudé un robinet de réglage D s’adaptant à un raccord conique G vissé k la place du bec ordinaire, et par lequel s’effectue le passage du gaz.
- Le récipient est destiné à recevoir l’albo-carbon (ju’on introduit par un orifice fermé à l’aide d’un bouchon à rodage B placé à la partie supérieure de l’appareil.
- Le gaz arrive par le robinet D ramifié en fourche et qui permet, selon qu’on le tourne à gauche ou k droite, de faire pénétrer le gaz dans le tuyau E ou
- dans le tuyau F placés dans l’intérieur du récipient. Le tube E conduit le gaz directement au brûleur J.
- Lorsque le gaz passe par le tube F il arrive dans le récipient par des petits trous percés sous la partie inférieure du tube, se mélange avec les vapeurs d’albo-carbon contenues dans le réservoir A et rentre dans le tube E qui le conduit au brûleur par le tube I.
- Les vapeurs d’albo-carbon ne se dégageant que quand le produit est chaud, on chauffe le récipient en plaçant au-dessus du brûleur une plaque mobile G qui par conductibilité communique sa chaleur au reste de l’appareil.
- Le but du robinet D est de régler l’émission du I gaz carburé en permettant d’en faire passer directement une partie par le tube E où il ne se carbure pas, et d’empêcher ainsi la fumée qui pourrait se produire par un excès de carburation.
- Le pouvoir éclairant de la lampe albo-car-bon, munie d’un bec brûlant 80 à 90 litres de gaz à l’heure donne une lumière équivalente à trois lampes carcel type ou de 21 bougies.
- Le lustre employé pour le mode d’éclairage à l’albo-carbon diffère de la lampe, en ce que le chauffage se produit directement au moyen d’une petite veilleuse placée sous le récipient; l’intensité de combustion de cette veilleuse est réglée automatiquement par un obturateur placé à l’extrémité d’une tige de fer contenue dans le tube de cuivre qui amène le gaz.
- Au fur et a mesure que l’appareil s’échauffe, le tube de cuivre se dilate, vient buter contre l’obturateur et réduit le passage du gaz.
- Le récipient ne contient pas d’autres tubes intérieurs que celui destiné k alimenter la veilleuse. Le gaz s’y mélange librement avec les vapeurs d’albo-carbon dont l’émission se règle d’elle-même puisqu’elle est en raison inverse de la chaleur développée par la veilleuse; puis il se rend dans les brandies terminées par les brûleurs.
- 11 y a plus de deux ans que le mode d’éclairage à la naphtaline, de MM. Vale Roosevelt, a été présenté au public, et nous avons voulu que la pratique ait sanctionné ce nouveau système, avant de le faire connaître à nos lecteurs. G. T.
- Brûleur à la naphtaline (albo-earbon).
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- LA NATURE
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- APPAREILS D’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- MILITAIRES
- Dans la première période du siège d’une place forte, il est d’une importance très grande pour l’assiégé d’entraver les premiers progrès de l’attaque, afin de compléter son propre armement et d’exécuter certains travaux d’une nécessité absolue pour la sûreté de la place, mais possibles alors seulement. Pour retarder l’achèvement de la première parallèle et l’ouverture du feu, il faut tâcher de découvrir l’emplacement de cette parallèle, ainsi que celui de
- l’artillerie, et les inonder de projectiles. Mais, de son côté, l’assiégeant fera tous ses efforts pour cacher ses travaux, ceux qu’il ne pourra commencer derrière des couverts naturels, il les exécutera la nuit. On comprend dès lors toute l’importance qu’il y a pour l’assiégé à posséder, à ce moment du siège, un bon moyen d’éclairage du terrain extérieur. Plus tard, ce moyen d’éclairage lui sera d’un grand secours pour utiliser le tir de nuit des canons rayés aux grandes distances, ainsi que pour éviter les surprises, ou bien encore pour éclairer la brèche et les fossés lors d’un assaut, et tout un champ de bataille lors d’une sortie.
- Appareil d’éclairage électrique pour la guerre de montagne. (D’après une photographie.)
- En campagne, il ne sera pas moins utile de se munir d’appareils mobiles suivant l’armée. Il y a quelques années, le lieutenant A. Guvelier, dans un article fort remarquable de la Revue militaire belge, signalait le grand nombre d’opérations nocturnes de la guerre de 1877 et prédisait leur emploi fréquent dans les guerres futures. Les combats de nuit ont, en effet, aujourd’hui cette propriété de donner une moins grande importance aux feux et de permettre la lutte corps à corps. Certains généraux chercheront naturellement à utiliser cette qualité; leurs projets seront déjoués si leurs adversaires possèdent de petites locomobiles à lumière. Ces locomobiles pourront, du reste, servir encore à établir des correspondances télégraphiques soit direc-
- tement par éclipses du point lumineux, soit par réflexion sur un objet intermédiaire visible à la fois des deux points d’observation. Dans des expériences faites à Berlin, en 1875, on a ainsi produit sur des nuages une traînée lumineuse qui ressemblait de loin à la queue d’une comète, et l’on a pu correspondre, les signaux faits en avant de l’appareil de projection allant se dessiner sur cette traînée. En général, ce n’est pas ce moyen qu’on emploie. On sait que, dans la télégraphie ordinaire, on exprime toutes les lettres de l’alphabet à l’aide de combinaisons de points et de traits longs. La télégraphie optique emploie les mêmes signaux; seulement, elle les écrit avec de la lumière : les points sont des éclats instantanés, les traits des apparitions d’une
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- LA NATURE.
- certaine duréeU La description des appareils de télégraphie optique ne peut trouver place ici, et nous nous proposons d’en faire l’objet d’un prochain travail.
- Nous parlerons seulement aujourd’hui à nos lecteurs d’un bel appareil d’éclairage électrique qui est spécialement combiné en vue d’opérations militaires dans les pays montagneux.
- Cet appareil que notre gravure représente d’après une photographie, se compose d’un chariot à deux roues traîné par un seul cheval et portant tout le matériel nécessaire pour éclairer les travaux de l’ennemi. Ce matériel comprend :
- 1° Une chaudière Field ;
- 2° Une machine électrique de Gramme du type M commandée directement par un moteur Brother-hood à trois cylindres;
- 3° Un projecteur du colonel Mangin de 0m,3(J de diamètre suspendu pour le transport à un support démontable. Ce support, lorsqu’on est arrivé à l’endroit où les appareils doivent fonctionner, peut être enlevé du chariot et posé à terre à une distance de cent mètres environ de la machine à laquelle on le relie par un câble conducteur. Le projecteur est alors retourné de manière à se trouver placé verticalement au-dessus.
- Le projecteur du colonel Mangin est composé d’un miroir à double courbure en verre, argenté sur sa face convexe; possédant des propriétés optiques remarquables qui l’ont fait adopter par toutes les puissances. Le faisceau de lumière qu’il émet a une concentration parfaite. A l’avant du projecteur se trouvent deux portes, la première est une simple porte plane qui sert quand on veut donner au faisceau toute la concentration possible, l’autre est composée de léhtilles cylindriques qui isolent horizontalement le faisceau de manière à éclairer une plus large bande de terrain.
- lia portée que l’on peut atteindre avec le faisceau concentré est de 2200 mètres environ ; le projecteur peut être orienté dans toutes les directions, de manière à braquer successivement le faisceau sur tous les points que l’on veut éclairer. .
- Le projecteur Mangin de 0m,30 de diamètre est du type le plus petit construit pour cet usage. Les constructeurs M. Sautter, Lemonnier et Cie en construisent déplus puissants, jusqu’à O"1,90 de diamètre; les machines électriques, moteur et chaudière, croissent en proportion.
- Les différentes puissances font usage de ces appareils pour la défense des forteresses, la défense des côtes, le service des armées eu campagne, etc.
- Les différentes pièces composant l’ensemble que nous venons de décrire sont facilement démontables et peuvent être chargées à dos de mulet : la seule pièce lourde est la chaudière qui pèse environ 450 kilogrammes.
- 1 Voy. les Appareils de projection de lumière électrique en usage dans les armées européennes, par L. Weissenbruch.
- (Itevue militaire belge.)
- CORRESPONDANCE
- BOLIDE EXTRAORDINAIRE OBSERVÉ EX CHINE.
- Observatoire de Zi-Iva-Wei, 12 janvier 1885 (Chine, près Shanghaï).
- Je reçois une lettre du R. P. Joret, missionnaire jésuite a Lou-ngan, 444 kilomètres à l’ouest de Shanghaï, dans laquelle je trouve une observation fort curieuse et digne d’être connue. Voici ses propres expressions :
- « Hier soir, 19 décembre 1884, à 5h,15m précises, je traversais ma cour allant de l’est à l’ouest, les yeux fixés sur le firmament dont la pureté absolue présageait encore une nuit froide, lorsque tout à coup une splendide fusée (c’est l’impression qui me frappa d’abord), traversant les airs et semblant venir du nord-est, après avoir décrit une longue courbe lumineuse, éclata sous mes yeux et s’en alla tomber dans la rivière (je crois) sous forme d’une étoile étincelante de la grosseur d’un globe de lampe ordinaire (du diamètre apparent de la lune ?..). Ce n’est pas tout; cette première phase du phénomène n’a dù être aperçue que de peu de personnes, car elle a été très rapide ; de mes gens ici, aucun n’a vu le globe de feu, je suis le seul à l’avoir aperçu Ce que toute la ville a pu voir et contempler à l’aise pendant 7 à 8 minutes qu’elle a été visible, c’est la trace singulière laissée dans l’air par le passage du phénomène céleste. De parabolique qu’elle paraissait être durant la marche du bolide, h traînée lumineuse quand elle a été, je dirai lâchée, s’est subitement contractée comme un ressort que lâche le poids qui le tendait, et a pris la forme tourmentée que j’indique ici grossièrement après en avoir crayonné les contours en vu3 du modèle.
- « La longueur apparente (autant que j’ai pu en juger) pouvait être, de A en B, en ligne droite, de 50 à 60 pieds. La couleur d’un blanc cendré tranchait parfaitement sur le bleu du ciel. A quelque distance du point B où s’est produite l’explosion, existait en C un renflement très accentué. Le peuple disait que c’était un dragon ! Ce phénomène, dans cette seconde phase, est resté immobile et parfaitement dessiné pendant 7 à 8 minutes; il s’est ensuite évanoui peu à peu de bas en haut. Les cris d’admiration ont naturellement salué cette apparition ; j’entendais d’ici la rumeur qu’ils produisaient dans la ville. Les commentataires vont maintenant leur train : malheurs publics, incendies, révolution et cataclysme de tout ordre et de toute nature, sont naturellement prophétisés par les malins ; rien, que j’aie su du moins, contre nous. »
- Marc Dechevrkns,
- Directeur de l'Observatoire de Zi-Ka-Wei.
- CURIOSITÉ MATHÉMATIQUE
- UN NOUVEAU CASSE-TÊTE
- Un journaliste avait donné à un eartonnier un modèle de fiche, un carton carré, pour en avoir un certain nombre exactement semblable. On sait que
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- ces fiches servent à prendre des notes, et mises ensuite par ordre alphabétique, elles constituent un répertoire entièrement commode. C’est un système de travail qu’on ne saurait trop recommander. Or, quelques jours après, l’industriel, la figure consternée, revint chez son client, et lui présentant quatre petits morceaux de carlon lui expliqua qu’un de ses enfants dedeuxcoupsdeciseaux avait coupélafiche, etmalgré tous ses efforts il lui avait été impossible de rapprocher les morceaux de façon à reconstituer l’ensemble.
- Le journaliste prend les morceaux qu’on lui présente et, avec l’ardeur qu’on apporte généralement a entreprendre un travail qui semble facile, cherche à les juxtaposer, les tourne, les retourne sans succès et au bout de 5 minutes les repousse, avec cette conviction qui l’étonne profondément « qu’il est impossible de remettre dans leur position première, les quatre morceaux d’un carré de carton qui a été coupé suivant deux lignes se croisant (fîg. 1 et 2). »
- Le mot impossible est un peu exagéré, mais en réalité il faut un temps relativement très long, quelquefois 10 minutes ou un quart d’heure, pour réussir cette opération qui semble si facile au premier abord.
- Un calcul très simple rend compte de cette difficulté. Si on prend un des morceaux A (fig. 1), par exemple, comme base, sur chacun de ses côtés on
- peut essayer de juxtaposer chacun des côtés des trois autres morceaux, et comme on essaye au recto et au verso il y a en réalité 8 essais à faire pour chaque morceau, sur les quatre côtés de A, soit 52 essais par morceau. Mais A a deux voisins, B et 1). Avant de trouver la place de l’un d’eux, soit B, on a pu essayer 52 fois G et 52 fois B. La pose du second morceau aura donc pu exiger 64 essais.
- Celle du troisième morceau n’en exigera au maximum que 48, soitC. La figure ABC est alors suffisante pour indiquer la place du quatrième morceau D dont la pose n’exigera au maximum que 8 essais, 64-f-48-f-8= 120. Chiffre qui montre le nombre de juxtapositions qui peuvent être nécessaires pour reconstituer le carré. Si chaque essai prend 15 secondes, la durée totale de l’opération serait donc de 50 minutes. En pratique on va un peu plus vite, surtout quand on s’est exercé plusieurs fois précédemment. Ainsi on ne cherche pas à juxtaposer un petit côté avec un grand. De plus, quand on a obtenu par la réunion de deux morceaux une ligne droite terminée par deux angles droits, il y a des chances pour que ce soit un des côtés du carré et l’on n’essaye les deux autres morceaux que sur les deux côtés qui forment, croit-on, la sécante.
- Généralement aussi on commence par chercher
- Fig. 1. — Carré de papier séparé en quatre parties ABCD Fig. 2. — Les quatre parties découpées et mêlées.
- Fig. 5 à 7. — Différents modes de découpage 'de carrés de carton.
- les côtés ayant des angles droits, il y a des probabilités pour que ces angles soient ceux des carrés, etc.
- Le problème est surtout difficile à résoudre quand les deux sécantes se coupent à angle droit comme dans la figure 5. Dans ce cas chaque morceau a deux angles droits, on ne sait quels sont ceux qui appartiennent au carré.
- Ou bien encore, quand une des sécantes est la diagonale du carré figure 4. Dans la figure 5, chaque partie a deux angles droits et de plus les quatre morceaux sont semblables deux à deux, si les lignes passent par le centre de gravité du carré, et cela par suite de cette propriété des sécantes de former avec les parallèles des séries d’angles égaux quatre par quatre.
- Avec des cartons divisés en six morceaux, le nombre des combinaisons possibles est de beaucoup plus considérable et pourrait atteindre 400 environ (fig. 6). Nous avons vu des personnes passer une demi-heure à combiner les six morceaux d’un carré sans pouvoir le reconstituer.
- Si au lieu d’opérer sur un carré on avait un parallélogramme, comme dans la figure 7, le problème serait beaucoup plus compliqué. Il en serait de même avec toute autre figure géométrique régulière à 5, 6 ou 8 côtés.
- Certaines personnes sont beaucoup plus adroites que d’autres dans ces reconstitutions, et sans qu’elles puissent indiquer leur manière d’opérer ; elles réussissent d’instinct, pour ainsi dire, alors que d’autres
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- cherchent, combinent, réfléchissent, tournent et retournent leurs morceaux de carton sans pouvoir arriver à en juxtaposer deux ensemble.
- Ce petit jeu est surtout remarquable par la faci-cilité avec laquelle il peut être obtenu: deux coups de ciseaux dans un morceau de papier ou de carton procurent un casse-tête, susceptible d’exercer pendant de nombreuses soirées la patience et la finesse des membres de toute une famille. Güyot-Daubès.
- UNE GRANDE DEMOISELLE
- Nous appelons vulgairement en France Demoiselles des Névroptères à quatre ailes réticulées comme de la gaze et offrant un corps svelte et allongé, paré pendant la vie des couleurs souvent les plus délicates et les plus vives, mais qui, malheureusement pour les collectionneurs, se ternissent ou disparaissent par la dessiccation. Les Anglais donnent à ces insectes un nom bien plus approprié à leurs mœurs, celui de Mouches-dragons (Dragon -fly), car ils sont de robustes carnassiers de proie vivante, guettant continuellement les papillons et les mouches qu’ils saisissent au vol et déchirent en pièces avec leurs fortes mandibules pareilles à des cisailles. Ils n’ont que des métamorphoses incomplètes, les premiers états de leur existence se passant dans l’eau, ce qui, avec des groupes d’autres types, les a fait appeler Névroptères amphibiotiques. Leurs larves, allongées et d’un gris jaunâtre, rampent enfoncées dans la vase, se nourrissant d’insectes et de Mollusques d’eau, qu’elles guettent sournoisement et saisissent au moyen d’une lèvre repliée et terminée par une pince crochue, qu’elles débandent brusquement sur la victime. Ces larves passent peu à peu à l’état de nymphes, acquérant alors des fourreaux d'ailes, mais conservant l’agilité et les mœurs carnassières des larves. Les nymphes sortent de l’eau et s’accrochent à quelque support, roseau ou jonc. La peau se fend le long du dos et les grandes ailes, d’abord repliées et chiffonnées, quittent les fourreaux, s’étalent et s’affermissent en séchant à l’air. Puis l’adulte prend son essor, laissant adhérente au support la peau vide de la nymphe.
- Un premier groupe, doué d’un vol soutenu et énergique, est celui des Libellules, que nous voyons voler pendant toute la belle saison et sous forme d’espèces variées se renouvelant d’une époque à l’autre. Chaque Libellule adopte un territoire de chasse d’où elle expulse les rivales, volant en ligne droite au bord des routes, le long des haies, dans les allées des bois. Souvent elles se posent sur les menus branchages pour se chauffer au soleil, tenant alors leurs grandes ailes étalées horizontalement.
- Un autre type est celui des Agrions qui s’écartent en général moins des eaux que les Libellules, car leurs ailes, égales entre elles dans les deux paires, sont bien plus faibles. Au repos elles se placent, le
- plus souvent, relevées en double toit le long du corps, parallèles et non perpendiculaires à lui. Le corps est trè= allongé et très grêle, paré souvent des plus belles nuances, le bleu d’azur, le blanc de lait, le bronze doré. Les yeux sont très écartés et saillants, portés sur des pédicules, organes de vision panoramique, cherchant partout les plus chétifs insectes. En regardant les Agrions au-dessus de la tête, on obtient l’aspect particulier d’un triangle à angles émoussés, dù à la réunion d’une tète transverse et déprimée, d’yeux très éloignés l’un de l’autre et d’une bouche saillante.
- Dans les régions les plus chaudes de l’Amérique il y a des Agrions conservant la forme de nos espèces d’Europe, avec une taille beaucoup plus grande. Une magnifique espèce est celle que xœprésente notre figure et qui e-t propre à la Colombie et à la baie de Honduras (Mexique), espèce rare, mais connue depuis longtemps des amateurs. Elle forme un genre particulier, Megaloprepas de Rambur, avec le nom spécifique de cœrulatus Drury, ayant seize centimètres et demi d’envergure et près de onze de longueur. La couleur dominante est le bleu violet très obscur ou noirâtre. La tête est jaune en dessous et le thorax violet a des lignes longitudinales jaunes et la poitrine jaune. L’abdomen est grêle, un peu plus épais aux extrémités, un peu renflé aux incisions, jaune sur les côtés et au-dessous des deux premiers segments, les autres ayant une ligne de la même couleur sur la partie inférieure des côtés, tout le reste d’un violet sombre. Les ailes sont très grandes et très larges, à peine rétrécies à l’extrémité, où elles sont arrondies, très luisantes, transparentes, ayant aux extrémités des taches noires quadrangu-laires (ptérostigma), et, un peu avant, une large bande d’un brun violet, un peu sinuée et oblique à son bord interne, très sinuée au côté externe où elle forme un angle saillant obtus.
- 11 existe des Agrions à abdomen encore plus allongé que l’espèce qui nous occupe, ainsi le Megis-togaster linearis Fabricius, du Brésil, dont l’abdomen, réellement démesuré, atteint 160 millimètres de longueur. Nous avons fait dessiner au repos un Megaloprepm posé sur une plante aquatique et flottante des chaudes régions de l’Amérique équinoxiale où les insectes et les fleurs rivalisent d’éclat et d’étrangeté dans les formes.
- Cette plante se nomme Pontederia crassipes (à pieds épais) de la famille des Pontédériacées, voisine de la grande famille des Liliacées de Tourne-fort. Les feuilles sont d’un vert clair, remarquables par leurs pétioles renflés en vessies natatoires. Les pédoncules sortant du pétiole fendu des feuilles sont munis vers le milieu d’une feuille ordinaire au-dessous de l’épi ou inflorescence de la plante. Chaque fleur présente un calice pétaloïde formant un périanthe avec la corolle, en tube anguleux. Il y a six étamines inégales et un ovaire à trois loges, tri-gone, avec un stigmate épais. Le fruit est une capsule enveloppée par la base persistante du
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- Une grande Demoiselle. — Megaloprepus cœrulatus Drury, de Colombie, posé sur une plante flottante Pontederia crassipes
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- périanthc qui se recourbe en dessus. Les fleurs sont bleues dans cette espèce, qui est cultivée dans les serres les plus chaudes, avec aquarium, et notamment dans celles où fleurit Victoria regia et où mûrissent les ananas.
- Nous pensons n’avoir pas besoin de faire remarquer que la plante n’est ici qu’un support tout à fait fortuit pour la Demoiselle, car jamais un insecte de ce groupe, carnassier à tous ses états, ne mange une parcelle d’une plante quelconque.
- Maurice Girard.
- ÉTUDES
- SUR LES MARINES DE L’ANTIQUITÉ
- SIÈGE D’ALEXANDRIE PAR JULES CÉSAR1 (47 ANS AVANT J.-C. )
- Ce n’est pas seulement en disputant l’empire de la mer que les flottes des anciens ont joué un grand rôle; c’est aussi en transportant des armées et en leur servant d’auxiliaires dans les opérations auxquelles les rendaient propres leurs dimensions, leur tirant d’eau et leur armement. Le siège d’Alexandrie par J. César est une des pages de l’histoire où ce double rôle de la marine se dessine le mieux. On n’a donné jusqu’à présent, sur le récit contenu dans le troisième livre des Commentaires que des explications insuffisantes; pour le rendre intelligible il faut, avec ce que nous voyons et ce que nous savons, reconstituer les lieux tels qu’ils étaient il y a vingt siècles. Quelques suppositions seront nécessaires ; le lecteur jugera de leur vraisemblance.
- Alexandrie était bâtie au bord de la mer et entourée d’un rempart continu. Une plaine marécageuse s’étendait dans le sud de sa partie orientale de sorte que l’enceinte affectait une forme rentrante.
- En face d’Alexandrie, suivant une direction parallèle à la côte, il y avait une île étroite, appelée île du Phare, d’environ 3 kilomètres de longueur. Dans le prolongement de cette île du côté du sud-ouest, une chaîne de récifs et de bas-fonds, interrompue par des passes étroites, courait vers la côte. A partir de la pointe nord-est une seconde ligne de bas-fonds et de récifs limitait les ports que nous appellerions aujourd’hui les rades d’Alexandrie (fig. 1).
- Ptolémée Philadelphe fit bâtir par Sostrate de Cnide la tour du Phare2. A peu près dans le même temps on construisit 2 jetées l’une J'J' abritant la partie nord du mouillage, l’autre JJ réunissant l’île
- 1 Voy. n° GOt, du 6 décembre 1884, p. 3.
- 2 Suivant la légende, cetlc tour en marbre blanc était haute de 300 coudées. On allumait au sommet un leu pour guider les vaisseaux. Une tour de 60 à 70 mètres convenant beaucoup mieux pour atteindre ce but qu’une tour de 150 mètres, il est probable que le chiffre de 300 coudées est exagéré, et que, si cette tour était remarquable (mirificis operibus extructa), c’était par sa construction en pleine eau, en vue de commander l’entrée et de la baliser en même temps.
- du Phare au continent. Cette dernière jetée était coupée en 3 tronçons par deux ponts P et P', défendus par 2 tours (castella). 11 est probable que, pour ne pas changer le régime des eaux, le tronçon intermédiaire de la jetée J J et la jetée V V tout entière étaient en pilotis, ce qui explique la disparition totale du dernier ouvrage. Dans la suite des temps et peut-être par la réunion définitive de l’île à la terre, les sables se sont accumulés et il s’est formé un isthme très large sur lequel l’Alexandrie moderne est assise. On peut admettre que dès le temps de J. César la racine méridionale de la jetée J J avait déjà causé un ensablement d’une certaine étendue S S sur le côté gauche de l’ouvrage.
- La construction des 2 jetées J J et J'J' avait eu pour effet d’améliorer le mouillage d’Alexandrie et de le diviser en deux, le grand port et le nouveau port. C’est dans le grand port que les Alexandrins combattirent, et c’est sur le grand port qu’était l’arsenal royal sous les murailles duquel ils vinrent chercher abri. César, prenant la passe du Phare, aborda dans le nouveau port et prit terre sur un débarcadère défendu et communiquant avec la citadelle. Le nouveau port avait aussi son arsenal, probablement moins important que l’arsenal royal. Le service courant entre les 2 établissements maritimes se faisait par les ponts P et P' qui laissaient passer facilement les embarcations, les bateaux et même les galères démâtées.
- Une légende poétique veut que Cléopâtre s’échappant sur un esquif ait corrompu le gardien du Phare et l’ait décidé à lâcher la chaîne qui fermait l’entrée du port. Si le fait est vrai, c’est par une des passes P'P' que la reine s’est sauvée. Le bon sens s’oppose à ce qu’on ferme la nuit un refuge dont on a éclairé la porte.
- Commentaires de César. — Guerre civile (Traduction). — César s’étant arrêté quelques jours en Asie, y apprit que Pompée avait passé à Chypre. Pensant que son adversaire se dirigeait vers l’Egypte où il avait des partisans et où il pouvait trouver des secours, il se rendit à Alexandrie avec une légion qu’il avait amenée de Thessalie, une seconde légion qu’il avait demandée en Achaïe à son lieutenant Q. Fufius et 800 cavaliers. Ces troupes furent transportées par 40 galères de Rhodes et quelques galères d’Asie. Dans les rangs des 2 légions il n’y avait plus que 3200 hommes ; les autres blessés ou épuisés de fatigue étaient restés en chemin ; mais César comptant sur l’influence de son nom, et ne croyant pouvoir rencontrer nulle part d’ennemis dangereux, n’avait pas hésité à partir avec une si faible armée. Il apprit à Alexandrie la mort de Pompée. Les premières clameurs qu’il entendit en mettant le pied à terre furent celles des soldats que le roi avait laissés en garnison dans la ville; il se vit entouré d’une multitude irritée par la vue des faisceaux qu’il faisait porter devant lui, grave atteinte à la majesté royale. Ces premiers désordres furent apaisés; les jours suivants ils se renouvelèrent et nom-
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- LA NATURE
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- bre de soldats furent tués dans les diverses parties de la ville.
- En présence de ces difficultés, César, bloqué dans le port par les vents Etésiens1, contraires aux navires qui veulent sortir d’Alexandrie, envoya 'ordre aux légions qu’il avait organisées en Asie avec les soldats de Pompée de venir le rejoindre. Sans les attendre, jugeant qu’il appartenait au peuple romain et à lui, consul, de régler les différends qui s’étaient élevés entre les deux rois, que cet arbitrage s’imposait d’autant mieux que sous son consulat précédent une loi et un sénatus-eonsulte avaient ratifié l’alliance conclue avec Ptolémée leur père, il invita le jeune roi Ptolémée et sa sœur Cléopâtre à licencier leurs armées et à lui soumettre leur querelle au lieu de la vider par les armes.
- ... L’eunuquePothin, gouverneur du roi, appelle secrètement l’armée de Péluse à Alexandrie et en donne le commandement à Achillas ...
- ... Pendant que César négocie pour terminer à 'amiable la querelle de Ptolémée et de sa sœur, on lui annonce l’arrivée de l’armée royale forte de 20 mille hommes. N’avant pas de forces suffisantes pour la combattre hors des murs, il garde ses positions dans la ville et tient ses soldats sous les armes. Sur ses instances Ptolémée dépêche Dioscorille et Sérapion au camp d’Achillas. Ces envoyés sont massacrés. César s’assure de la personne du jeune roi...
- Achillas, plein de confiance dans son armée et de mépris pour la poignée de soldats qui entouraient César, s’empara de la ville d’Alexandrie à l’exception de la partie défendue par les troupes du consul ; il tenta même un coup de main contre la maison qu’il habitait; mais César ayant distribué scs cohortes dans les rues, soutint ses attaques. En même temps on se battit du côté du port, ce qui rendit la lutte plus difficile et plus acharnée; car nos troupes avaient à faire face à la fois aux ennemis qui cherchaient à forcer les passages et à ceux en très grand nombre qui essayaient de s’emparer des galères. Parmi ces galères il s’en trouvait 50 qui avaient été envoyées à Pompée comme auxiliaires, et qui, après la bataille de Pharsale, étaient revenues en Egypte : c’étaient des trières et des pentères complètement équipées et prêtes à prendre la mer2. En outre il y avait dans le port 22 galères de la station ordinaire d’Alexandrie toutes cataphractes3. Si les ennemis avaient réussi dans leur entreprise, ils auraient pris la flotte de César, seraient restés maîtres de la mer et du port ; l’armée romaine n’aurait pu recevoir ni secours, ni vivres. Aussi on lutta avec l’ardeur qu’on pouvait attendre d’adversaires dont les uns combattaient pour une victoire décisive et les autres pour leur salut. Enfin César eut le dessus, et, aussitôt, sachant qu’il ne pouvait avec des forces aussi réduites, se défendre sur tant de
- 1 Vents du nord.
- 3 Les navires dont il est question étant de construction grecque, sont désignés par les noms de la nomenclature grecque.
- 3 Conslralæ, c’est-à-dire ayant un pont supérieur.
- points, il fit brûler toutes ses galères1, même celles qui étaient dans l’arsenal; en même temps il envoya un détachement s’emparer du Phare.
- Le Phare est une tour très élevée, d’une construction merveilleuse, bâtie sur une île dont elle porte le nom. Cette île qui s'étend en face d’Alexandrie en abrite la rade. Des jetées de 900 pas de long (1525 mètres) ayant été conslruites en mer par les anciens rois du pays, l’île du Phare se trouve reliée à la ville par une étroite chaussée et par un pont; elle est habitée par des Egyptiens dont les maisons forment un bourg aussi important que bien des villes fortes. Ce sont des pillards qui mettent à sac les navires auxquels la tempête ou de fausses manœuvres ont fait manquer le mouillage. La passe du Phare est si étroite qu’on ne peut la franchir malgré ceux qui occupent la tour. C’est pour cela que César, pendant qu’on se battait encore sur d’autres points, envoya des soldats s’emparer du Phare et qu’il y mit garnison. Dès lors il pouvait recevoir par mer des secours et des vivres; il en demanda dans les contrées voisines. Dans les autres parties de la ville on combattit sans résultat décisif, sans pouvoir se développer et avec de faibles pertes ; chacun garda ses positions. César, maître des points les plus importants, les fortifia pendant la nuit. Dans le quartier qu’il occupait se trouvait une dépendance du palais royal où il s’était logé en arrivant, et, attenant à cette demeure, un théâtre organisé en citadelle relié avec le port et l’arsenal. Le consul employa les journées suivantes à compléter les ouvrages existants afin de couvrir ses communications et de ne pas être obligé de combattre pour les défendre. Pendant ce temps la fille cadette de Ptolémée, espérant s’emparer du trône resté vacant, quitta le palais, se rendit auprès d’Achillas et voulut diriger avec lui les opérations militaires; mais bientôt il s’éleva entre eux des conflits d’autorité, conflits qui profitèrent aux soldats que chacun des deux rivaux cherchait à se concilier par des largesses. Les choses en étaient là chez les ennemis lorsque Pothin, gouverneur du jeune roi et administrateur du royaume au nom de César, envoya des messagers à Achillas pour l’exhorter à ne pas perdre courage et à persister dans ses desseins. Ces messagers ayant été dénoncés et saisis, le traître fut mis à mort. Tels furent l’origine et le début de la guerre d’Alexandrie.
- La guerre ayant éclaté à Alexandrie2, César mande de Rhodes, de Syrie et de Cilicie toute sa flotte; il fait lever des archers en Crête, des cavaliers chez Malchus, roi des Nabatiens; il donne l’ordre que de toutes les provinces voisines on lui envoie des machines, des vivres, des renforts. Dans l’in-
- 1 César ne St pas brûler les galères qui Taxaient amené et que nous retrouverons plus tard. Ces navires, ayant conservé leurs équipages, étaient, sur leurs ancres, à l’abri d’un coup de main.
- 3 Commentaires de César. Guerre d’Alexandrie. Livre attribué à Hirtius, lieutenant de César.
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- tervalle il construit de nouveaux ouvrages; les parties de l’enceinte qui paraissent les plus faibles sont pourvues de tortues et de mantclets. Dans les murs des maisons occupées, on perce des trous et on y fait passer des béliers pour battre les murs des maisons voisines. Tous les lieux ainsi ruinés, tous les terrains conquis de vive force, sont englobés dans la ligne de défense. Ces contre-approches sont praticables parce que les maisons d’Alexandrie construites sans bois ni planchers, constituées avec des murailles et des voûtes, couvertes avec des pavés ou du mortier battu, sont presque à l’abri de l’incendie. César avait pour principal objet d’isoler les deux parties de la ville, en la coupant au point où par l’extension vers le nord d’une plaine marécageuse elle se trouvait le plus étroite. Alors il pourrait organiser sur le front exposé un système de défense unique, envoyer facilement des renforts sur les points attaqués , et enfin se procurer en abondance l'eau qui était raie et le fourrage qui manquait absolument. La plaine sous ce double rapport devait lui fournir d’amples ressources.
- Les Alexandrins, de leur côté, se mon-traientaussi actifs que décidés. Ils avaient envoyé jusque dans les provinces les plus éloignées du royaume des députés et des commissaires chargés de faire des levées; ils avaient accumulé dans la ville une grande quantité de traits et de machines, et ils y avaient amené du dehors une multitude innombrable. En outre ils avaient installé des ateliers pour la fabrication des armes. Les esclaves adultes avaient été enrôlés; ceux des maîtres qui en avaient les moyens leur donnaient la solde et la nourriture. Les fronts éloignés de la ligne de défense étaient occupés par les
- nouvelles troupes; quant aux cohortes de vétérans, elles étaient cantonnées, sans affectation spéciale, dans les principaux quartiers de la ville, afin qu’elles fussent toujours fraîches et prêtes à se porter sur le lieu des attaques. Dans toutes les rues et carrefours les Egyptiens avaient construit de triples remparts en pierre de taille qui n’avaient pas moins de 30 pieds de haut (12m,52)1. Les parties les plus basses de la ville étaient défendues par des tours à 10 étages; d’autres tours semblables, mais mobiles, étaient montées sur des roues : au moyen de cordes et de chevaux on les amenait sur les points où leur emploi était requis2.
- La ville riche et pourvue de toutes sortes de matériaux, fournissait les ressources nécessaires. Les habitants, très intelligents et très adroits, empruntaient, nos procédés avec une telle habileté
- qu’on eût dit que c’était nous qui étions les imitateurs; ils en inventaient même de nouveaux, et ils parvenaient à battre avec succès nos ouvrages et à défendre les leurs. Les principaux citoyens, dans les conseils et les assemblées populaires, poussaient à la résistance. Le peuple romain, disaient-ils, cherche à s’établir peu à peu dans ce royaume. Il y a peu d’années que Gabinus est venu en Egypte avec une armée; Pompée s’y est retiré après sa défaite; César y a amené des troupes, et le meurtre
- 1 Si on déduit 10 pieds pour le parapet de la terrasse, l’élévation du plain- pied du rez-de-chaussée et l’épaisseur de 3 voûtes, il reste 30 pieds pour une maison à 3 étages, soit 10 pieds de vide par étage. Les barricades montaient à la hauteur des terrasses. Faits et chiffres très vraisemblables.
- 2 Chaque étage devant contenir au moins une machine de jet ne pouvait avoir moins de lm,80 de hauteur. Les échafaudages dressés pour la construction des maisons à Paris peuvent donner une idée de l’ossature de ces tours.
- Tour du Phare
- * Y
- Fig. 1. — Carte du siège d’Alexandrie par Jutes César, figurant à gauche la bataille navale, et à droite la bataille de terre.
- Légende de la bataille navale. — La flotte de César, formée en colonnes, franchit les passes du grand port et attaque la Hotte des Alexandrins.
- a et b. Galères rtiodiennes. — c. Réserve de l’escadre de droite. — a' et b‘. Galères du pont. — c'. Réserve de l’escadre de gauche. — « «. Première ligne de bataille des Alexandrins.— g p. Deuxième ligne de bataille des Alexandrins. — y T- Brûlots des Alexandrins.
- Légende de la bataille de terre. — État des lieux du temps de Jules César. Positions des Romains et des Alexandrins le jour de l’attaque de la jetée.
- JJ. Jetée de 900 pas (1323 mètres), réunissant le continent à l’île du Phare. — PP'. Ponts jetés sur les passes réservées entre le Grand Port et le Nouveau Port. — ce'. Tours défendant les ponts. — SS. Ligne d’atterrissement des sables le long de la racine de la jetée JJ. — J'J'. Jetée de 900 pas (1325 mètres), très probablement en pilotis, couvrant le Nouveau Port. — M M. Arsenal royal. — EE. Édifices bordant le rivage. — M'M'. Nouvel arsenal. — M". Débarcadère. — T. Théâtre organisé eu citadelle et relié au débarcadère. — D. Dépendance du palais royal qui servit d’habitation à César. — ff. Ligne de défense établie par César. — 11. Tête de pont entreprise par César. — V V. Galères romaines défendant la jetée. — V V'. Bateaux alexandrins attaquant la jetée.
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- de Pompée n’empêche pas son rival d’occuper le pays ; s’ils ne le forcent pas à se retirer, le royaume va devenir une province romaine ; d’ailleurs, il faut se hâter, car César se trouve par l’arrivée de la mauvaise saison, bloqué dans le port et dans l’impossibilité de recevoir des secours par mer.
- Comme on l’a dit plus lîaut, la discorde régnait entre Achillas, chef de l’armée régulière, et Arsinoé, seconde fille de Ptolémée. Chacun d’eux voulait s’emparer du pouvoir et tendait des pièges à l’autre. Arsinoé prévint Achillas et le fit assassiner par l’eunuque Ganymède,son gouverneur : se trouvant alors seule et sans contrôle investie de l’autorité, elle confie le commandement de l’armée à Ganymède; celui-ci entre aussitôt en fonctions, augmente la solde des troupes et pousse avec activité les préparatifs militaires.
- Alexandrie presque tout entière est desservie par un réseau de canaux souterrains qui amènent l’eau du Nil dans les citernes des maisons. Avec le temps elle se repose et se clarifie. Les propriétaires et leurs gens se servaient de cette eau de citerne ; car celle qui arrive directement du fleuve est trouble, limoneuse et malsaine. Quant au peuple, il est forcé de s’en contenter parce que, dans toute la ville, il n’y a pas une seule fontaine. Or, lé Nil1 traversant la partie de la ville occupée par les Alexandrins, Ganymède conçut le projet de priver d’eau nos soldats qui, répartis sur la ligne de défense, allaient puiser dans les citernes et les puits des maisons voisines de leurs postes.
- Cette idée étant acceptée, il entreprit une opération difficile et laborieuse. Ayant isolé les ci. ternes et les conduites de la partie de la ville dont il était maître, il fit déverser dans les canaux conduisant à l’autre partie de la ville occupée par César l’eau de la mer incessamment élevée au moyen de roues et de machines. 11 en résulta que l’eau tirée des maisons les plus voisines des lignes ennemies devint peu à peu salée, ce dont les soldats, ne
- 1 La branche du Nil sur laquelle s’ouvraient les canaux de distribution.
- sachant comment pareil effet pouvait se produire, s’étonnaient beaucoup. Leur surprise était d’autant plus grande que leurs camarades cantonnés dans les parties les plus éloignées et les plus basses de la ville ne setaient aperçus d’aucun changement. C’était entre eux le sujet de fréquents colloques et de comparaisons qui prouvaient bien vite la différence de qualité des eaux. Au bout de quelques jours l'eau des quartiers bas commença à se saler ; celle des quartiers les plus voisins des retranchements devint absolument impotable.
- Alors plus de doute. La frayeur fut si grande que tous se crurent dans le danger le plus imminent. Les uns disaient que César devait se rembarquer à l’instant même; les autres n’avaient même pas foi en cette ressource, parce qu’ils sentaient bien qu’il était impossible, à si petite distance, de cacher aux Alexandrins les préparatifs de leur fuite, et que, avec l’ennemi sur le dos, ils ne parviendraient pas à s’embarquer. D’ailleurs il se trouvait encore dans la partie de la ville occupée par les Romains un grand nombre d’habitants qu’on n’avait pas chassés de leurs demeures , parce qu’ils avaient feint d’embrasser notre parti. Or, je ne perdrai pas mon temps à laver les Alexandrins du reproche de versatilité et de fourberie; celui qui les fréquente apprécie aussitôt leur caractère et sait qu’il n’y a pas d’hommes plus enclins à la trahison.
- César relevait les courages et prouvait aux soldats que leurs craintes étaient mal fondées. « N’est-il pas évident, disait-il, qu’on trouvera de l’eau en creusant des puits? Est-ce que sur tous les rivages il n’y a pas des veines d’eau douce? Que si la côte égyplienne diffère en ce point de toutes les autres, est-ce qu’on peut les empêcher, la mer étant libre, et l’ennemi n’ayant pas de flotte, d’aller tous les jours chercher de l’eau, soit à gauche, au Parémonium1, soit à droite à l’île du Phare, points dont l’un est toujours accessible quelle que soit la direction du vent ? Quant à fuir, personne n’y devait penser, ni ceux qui ne voulaient obéir qu’à la voix
- 1 Point de la côte à l’ouest d’Alexandrie.
- Nouveau Port
- G rand
- Port
- El G- Y P T E
- Fig. 2. — État actuel de la ville et des ports d’Alexandrie, montrant les modifications géologiques et géographiques depuis Jules César.
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- de l'honneur, ni ceux qui ne tenaient qu’à leur salut. C’est à grand’peine que derrière leurs ouvrages ils repoussaient les attaques de l’ennemi; s’ils les abandonnaient, ils auraient le double désavantage de la position et du nombre; gagner les vaisseaux, surtout au moyen d’embarcations, serait long et difficile; les Alexandrins, agiles, connaissant les lieux, enhardis par leur défaillance, les déborderaient, s’empareraient des édifices et des points dominants; nous ne pouvions plus sortir de la ville, ni atteindre nos vaisseaux. Oubliez donc ces projets funestes et persuadez-vous que vous ne devez chercher le salut que dans la victoire. »
- Ayant ainsi parlé aux siens et relevé leur courage, César ordonna aux centurions de laisser de côté tout le reste et de faire travailler nuit et jour à creuser des puits. Chacun s’y étant mis avec ardeur, on trouva dans une seule nuit une grande quantité d’eau douce, de sorte qu’un travail de quelques heures rendit inutiles les ouvrages et les machines des Alexandrins. Deux jours après, la o7°lé-gion formée avec des soldats de l’armée de Pompée, que Domitius Calvinus avait fait embarquer avec des armes, des traits et des balistcs, aborda en Afrique un peu au-dessus (à l’ouest) d’Alexandrie. Le vent d’est soufflant sans interruption depuis nombre de jours, les navires qui la portaient n’avaient pu atteindre le port. Les mouillages étant excellents sur toute cette côte, ils jetèrent l’ancre, et comme, par suite du retard éprouvé, ils commençaient à manquer d’eau, ils envoyèrent une embarcation avertir César de leur arrivée.
- Le consul, voulant juger par lui-même du meilleur parti à prendre, monta sur sa galère et se fît suivre de toute la flotte. Son absence devant êlre d’une certaine durée, il ne voulut pas dégarnir ses lignes et laissa à terre tous les soldats. S’étant approché d’un point de la côte qu’on appelle Cherso-nèse, il fil descendre les rameurs à terre pour faire de l’eau. Quelques-uns de ces matelots s’étant écartés pour piller furent enlevés par un parti de cavalerie; les ennemis surent par eux que César était en personne sur la flotte et que les navires étaient sans garnisons. L’occasion leur parut décisive : ils chargèrent de combattants toutes les galères prêtes à appareiller et allèrent à la rencontre de César qui rejoignait le port avec la flotte. Le consul, ce jour-là, voulait éviter le combat pour deux raisons : d’abord parce que tous les soldats étaient restés à terre, et puis la dixième heure étant déjà passée, l’obscurité devait être favorable à des adversaires qui avaient la connaissance des lieux ; enfin, sa présence et sa voix seraient sans effet sur les siens ; comment, en effet, stimuler des hommes dont on ne peut apprécier ni la valeur, ni la mollesse? Pour ces motifs, César s’approcha de la côte autant que possible, pensant que l’ennemi ne viendrait pas l’y chercher.
- A notre aile droite une galère rhodienne, ayant perdu son poste, se trouvait très éloignée du
- reste de la flotte. Les ennemis Payant aperçue se laissèrent emporter, et coururent sur elle avec 4 ca-taphractes et plusieurs galères ouvertes. Tout en reconnaissant qu’un malheur n’eût été que la juste punition de la faute commise, César se crut obligé, pour ne pas subir la honte de se voir enlever cette galère sous ses yeux, de lui porter secours. Les Rho-diens s’engagèrent avec une grande vigueur. Toujours les premiers sous le double rapport de l’habileté et du courage, ils voulurent, en supportant tout le poids du combat, réparer la faute commise par un des leurs. Aussi l’issue de l’affaire fut très heureuse : une tétrère fut prise, une seconde fut coulée, deux autres perdirent leurs épibates; si la nuit n’eût mis fin au combat, toute la Hotte ennemie serait tombée aux mains de César. Les Alexandrins étant abattus par ce revers, et le vent contraire ayant perdu de sa force, César conduisit à Alexandrie les vaisseaux de charge remorqués par ses galères victorieuses. Contre-amiral P. Serre.
- — A suivre. —
- CHRONIQUE
- ftloyen simple de compter le nombre de tours d'une machine. — Uu correspondant du Scientific American lui signale un moyen fort simple et fort ingénieux de compter le nombre de tours d’une machine. Il suffit de fixer, sur l’extrémité et au bord de l’arbre, et à l’aide d’une ficelle entourant le bout de l’arbre, un crayon auquel on présentera une feuille de papier convenablement tendue. A chaque tour, le crayon tracera un cercle sur le papier, et, en déplaçant celui-ci d’une manière lente et continue, on obtiendra une série de cercles non fermés ou de boucles qu’il suffira de compter pour connaître le nombre de tours de la machine.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 mars 1885. — Présidence de M. Boule y.
- Sur des Mousses de l'époque houillère. — On ne connaît, jusqu’à présent, de mousses fossiles que dans les terrains tertiaires ; le seul indice qu’on ait de l’existence de ces végétaux à une époque plus ancienne a été fourni à Oswald lleer par la découverte dans le lias d’Argovie de coléoptères appartenant à une famille exclusivement mus-cicole aujourd’hui.
- Des échantillons récemment découverts par M. Fayol, à Commenlry, permettent aujourd’hui à MM. Renault et Zeiller de faire remonter l’existence des Mousses jusqu’au terrain houiller : ces échantillons présentent l’empreinte d’un grand nombre de petites tiges, longues de 0m,050 à 0m,040, simples ou ramifiées, réunies en touffes serrées, garnies de petites feuilles alternes, de 1 millimètre à lmm,5 de longueur, lancéolées, aiguës au sommet, un peu embrassantes à la base, légèrement arquées en dehors, munies d’une nervure médiane bien marquée. Au microscope on discerne la trace d’un réseau cellulaire sur les feuilles comme sur les tiges, et celles-ci se montrent munies de fines cannelures longitudinales.
- Ce dernier caractère les rapprocherait des Polytri-chum, auxquels ces empreintes ressemblent beaucoup par leur aspect général; elles rappellent aussi, par leur port,
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- le genre exotique lihizogonium, de la tribu des Mniacées. Mais, eu l’absence d’organe fructificateur, il est impossible de fixer, d’une façon sûre, leur place dans la classification actuelle des Mousses, et les auteurs proposent de les désigner simplement par le nom de Muscites poly-trichaccus; seulement il parait probable, d’après leur port, qu’elles appartiennent plutôt au groupe des Acro-carpes qu’à celui des Pleurocarpes.
- Le terrain jurassique moyen de l'Yonne. — M. Jules Lambert vient de terminer un très important mémoire enrichi de nombreuses coupes où sont étudiées, dans le département de l’Yonne, les couches puissantes comprises entre les dernières assises bathoniennes et les marnes kimméridiennes. Nous reviendrons sur ce volume que l’auteur a bien voulu nous adresser, et qui devra servir de base à toutes les recherches slratigraphiques de cette région de la Bourgogne.
- Le Simœdosaure d'Erquelines. — Un géologue belge, dont nous avons eu bien des fois à citer les travaux, M. Dollo, commence l’examen d’un grand reptile fossile du terrain éocène inférieur d’Erquelines. Il s’agit d’un squelette à peu près complet correspondant exactement au Simœdosaure de Paul Gênais dont Cope a fait plus tard le genre Champsosaure. Déjà nous nous avons entretenu nos lecteurs d’une étude de M. le professeur Lemoine sur un reptile du même genre, des environs de Reims. Le travail de M. Dollo présentera un intérêt d’autant plus grand que beaucoup des résultats de notre compatriote y sont soumis à une sévère discussion.
- Dépôt de source. — Je dois à la bonne amitié de M. II. Fayol, directeur des houillères de Commentry, la communication d’une curieuse substance rencontrée par son frère, M. Paul Fayol, dans l’intérieur des mines de Carmaux (Tarn). Une galerie horizontale ouverte à 120 mètres de profondeur dans le puits Sainte-Barbe, ayant pénétré de 70 mètres dans la roche verte qui, en ce point, sert de soubassement au terrain houilter, a recoupé une fissure livrant passage à une source; celle-ci, dont la température est de 18°, laisse déposer une matière d’aspect gélatineux, translucide et incolore; son analyse m’a démontré qu’elle consiste en hydro-silicate de chaux se rapprochant beaucoup de la plombiérile; elle en diffère cependant nettement par la structure qu’elle acquiert en se desséchant ; elle est alors opaque, d’un blanc de lait, remarquablement légère (densité de 1,75) et fibreuse comme du papier mâché ou certaines variétés d’asbeste. 11 suffit de remettre dans l’eau cette sorte de carton de montagne pour que son état inucilagineux primitif se reproduise exactement; et l’on peut indéfiniment transformer le carton en gelée et la gelée en carton. 11 résulte de mes expériences que la plombiérite ressemblant au produit qui se forme autour d’uu morceau de marbre blanc abandonné dans la solution aqueuse du silicate de soude, le dépôt de Carmaux serait imité davantage par le précipité auquel on donne lieu quand, dans du silicate de soude, on plonge un tube fêlé renfermant du chlorure de calcium.
- Hygiène. — Signalons d’une manière tout à fait particulière la sixième édition revue et augmentée des Leçons élémentaires d’hygiène de M.le docteur Hector George : on trouvera dans cet ouvrage que recommande si fort son exceptionnel succès, le résumé des questions les plus importantes et les plus nouvelles discutées à l’Académie des sciences, à l’Académie de médecine, dans les autres sociétés savantes et dans les publications périodiques.
- Election. — 42 suffrages appellent M. Grand’Eury à remplir la place de correspondant vacante dans la section de botanique par suite du décès de M. Duval-Jouve. Trois voix se portent sur M. llœckel.
- Varia. — M. Rivière dépose sur le bureau une brochure intitulée : Elude statistique sur le choléra dans les hôpitaux civils de Paris depuis le début de l’épidémie jusqu’à ce jour. — Une curieuse étude des vents du nord de la Perse est adressée par le docteur Tholozan. — Un tornado qui a sévi le 16 février à Bois-Muret dans l’Orne est décrit par M. Brimont. — Avec la collaboration de M. YVerner M. Berthelot étudie l’isomérie dans la série aromatique. — M. Alphonse Milne-Edwards présente au nom de son illustre et vénérable père une brochure intitulée : Lavoisier considéré comme biologiste. — On annonce un premier rapport de M. Fouqué sur les phénomènes sismiques du sud de l’Espagne.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS PHOTOGRAPHIQUES
- CHAMBRE NOIRE FAITE AVEC UN CHAPEAU ROND.
- LE CHAPEAU HAUTE FORME PHOTOGRAPHIQUE
- Prenez un chapeau de feutre anglais ou de forme dite anglaise. Veillez a obturer les petits ventilateurs qu’il peut comporter sur les côtés et conservez seulement la petite ouverture qui se trouve à la partie supérieure. Cette ouverture A (tîg. 1, n° 1) devra être libre ou affranchie du petit treillis métallique qui la cloisonne quelquefois.
- Découpez dans un rouleau de toile transparente (je parle de la toile qui sert pour tirer des copies de plans) ou même dans une feuille de papier translucide, un ovale égal à BC, c’est-à-dire à la projection des ailes du chapeau. Fixez cet écran sur lesdites ailes de manière à ce qu’il soit tendu sur la calotte du eouvrechef à la façon d’une peau de tambour. Pour obtenir ce résultat, vous emploierez avec avantage des punaises à dessin qui pénétreront à travers la toile appliquée dans le feutre durci dont les ailes sont formées (tîg. A, n° 2).
- Huilez légèrement l’écran quel qu’il soit de manière à lui donner toute la transparence possible. Prenez un manteau, une couverture de voyage, un tapis de table, qui va vous servir de voile photographique.
- Muni de ces objets, présentez-vous à la fenêtre de votre appartement et dirigez votre objectif qui n’est autre que votre petit œillet-ventilateur vers un but vivement éclairé. Enveloppez-vous la tète avec votre voile improvisé, de telle sorte que votre chapeau tenu des deux mains soit entouré aussi exactement que possible par ses plis.
- Vous verrez aussitôt apparaître sur votre écran une image positive renversée et réduite du paysage que vous avez devant vous. En un mot vous aurez un appareil de démonstration pratique suffisant analogue à la chambre noire photographique et dont vous pourrez vous servir chez vous ou à la promenade (fig. 1, n° 5).
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- Nous devons ajouter que nombre de chapeaux ne sont pas anglais ou n’ont pas de ventilateurs à la partie supérieure de leur cloche; il faut donc que le premier chapeau venu puisse faire l’affaire. Dans la circonstance présente, il suffira de percer un petit trou rond dans le centre de la cloche pour obtenir l’ouverture necessaire au passage des rayons lumineux. Cette petite ouverture devant avoir des bords bien nets et un très petit diamètre (2 millimètres), je considère que la manière la plus simple de l’obtenir consiste à employer un clou chauffé au rouge qu’on applique sans hésitation sur le point indiqué par avance à l’aide d’un morceau de craie. Si l’on possède un petit emporte-pièce à longue tige, on peut utilement s’en servir en cette occurrence de préférence au moyen primitif que je viens d’indiquer.
- Pour terminer l'opération, on pourra fixer un petit œillet de cuivre noirci dans l’ouverture obtenue.
- Après avoir signalé cette chambre noire élé-
- mentaire qui entre bien dans le cadre de la Physique sans appareils, je terminerai par une fantaisie non irréalisable qui pourrait séduire quelque ingénieux constructeur.
- Les amateurs rêvent l’appareil léger (ce bonheur du touriste-photo-graphe). Le voici réalisé dans les croquis ci-joints. Le chapeau haute forme ou bombé, muni d’un porte-glace (lig. 2, n° 2) s’adaptera sur la canne du touriste ; sa coiffe spéciale remplacera le voile noir, et le système fonctionnera à l’aide d’un obturateur ordinaire que l’on aura dans la poche (fig. 2, n° 1). Je suppose au touriste un portefeuille garni de clichés pelliculaiies Stebbings, de petits châssis en carton durci et d’une petite plaque de toile préparée montée sur châssis (ou d’un verre), formant glace dépolie et ne s’adaptant dans le chapeau qu’au moment des opérations ; l’objectif se démonte, évidemment, et se remplace à volonté par un bouton conique du genre de ceux qui ornent le casque in-
- Fig. 2. — Chapeau haute forme transformé en appareil photographique portatif.
- dien. L’amateur sera contraint d’opérer nu-tète comme le montre la figure 5. Nous ajouterons qu’il faudra substituer au châssis à tirage ordinaire le châssis à rideau qui n’a pas de développement.
- Entre nous je crois l’idée originale, sinon très pratique. Mangin portait bien son casque ; un honnête touriste pourrait à la rigueur porter sa chambre
- Fig. 3. — Mode d’emploi de l’appareil photographique représenté ci-contre.
- noire ! sauf à enlever le voile noir interne et à le mettre dans sa poche pour cause de trop grande chaleur. Léon Dumüys.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, a, rue de Fleurus, à Paris.
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- .V 615
- 14 MARS 1885,
- LA NATURE
- f2Vh
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE DE L’ANDALOUSIE
- LES GRANDES CREVASSES DE PERIAN'A ET DE GUEVEJAR
- Les secousses du tremblement de terre de l’Espagne qui ont commencé à faire sentir leur action le
- 21 décembre 1884, détruisant les villes, causant la mort de milliers d’habitants, ébranlant les monta-
- gnes, déchirant la surface du sol de larges crevasses, n’avaient pas encore cessé de jeter la terreur dans les diverses régions de l’Andalousie à la date du 24 janvier 1885, alors que notre collaborateur M. Noguès nous adressait, de Grenade même, la longue et intéressante étude que nous avons publiée précédemment1.
- Après quelques jours de repos de la part des forces souterraines, on croyait que le tremblement de 1 Voy. n° 610, du 7 février 1885, p. 150.
- 13e année. — 1er semestre.
- terre était terminé. Il n’en était rien; de récents renseignements nous apprennent que le 27 février dernier de nouvelles secousses ont été ressenties à Grenade, à Malaga et à Loja. Plusieurs édifices qui étaient restés debout se sont encore effondrés; il n’y a eu heureusement aucune victime. On télégraphie d’autre part de Madrid, à la date du 7 mars, que trois autres secousses ont fait sentir leur action à Alhama. Quand cesseront de se produire ces effets désas-
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- LA NATURE.
- treux? C’est ce qu’il est malheureusement impossible de prédire, et si l’on prend des exemples dans le passé, il est à craindre que les mouvements du sol dans l’Andalousie ne se manifestent pendant longtemps encore. Le terrible tremblement de terre qui eut lieu dans la Calabre, en Italie, en 1783 et qui est l’un de ceux qui ont été les mieux étudiés dans les temps modernes, se prolongea pendant quatre années consécutives ; les secousses commencèrent en février 1783 et ne cessèrent qu’a la fin de 1786.
- Le tremblement de terre de la Calabre, qui exerça de grands ravages en Sicile et dans l’Italie, détermina à la surface du sol des fissures profondes, tout à fait analogues à celles qui se sont produites dans l’Andalousie ; il nous a paru intéressant de comparer ces deux phénomènes k peu près semblables dans leurs effets, pour montrer que la nature jprocède habituellement dans ses manifestations, par les mêmes lois et les mêmes causes.
- On sait que lors du récent tremblement de terre de l’Andalousie de grandes crevasses se sont ouvertes dans les environs de Periana, et que quelques maisons y ont même disparu, englouties tout à coup dans les entrailles de la terre. La grande crevasse de Gué-véjar que représente l’une de nos gravures (fig. 1) est la plus importante de celles qui aient fissuré la surface du sol lors du dernier cataclysme de l’Espagne. Elle n’a pas moins de trois kilomètres de longueur, et sa profondeur, considérable, n’a pas été déterminée dans tous les endroits. Cette fente, qui comprend de nombreuses ramifications, traverse le village de Guévéjar : quelques maisons qui se trouvaient k la place même où le sol s’est ouvert, ont été subitement englouties. Une église a disparu dans le gouffre béant; aujourd’hui, l’on ne voit plus que le sommet de son clocher qui dépasse légèrement la surface du sol. Le village de Guévéjar, dont les autres maisons sont restées debout, est situé k 10 kilomètres de Grenade; ils est adossé au cerro de Cogollos ; toute la partie supérieure du mamelon, elle-même lézardée, est actuellement coupée par une crevasse de plus d’un kilomètre de longueur et de 4 mètres de profondeur ; cette crevasse se rattache à la branche principale de la fissure de Guévéjar. On vient voir de toutes parts ces étonnantes manifestations des forces souterraines, et il est probable que les géologues de tous les pays voudront étudier ces imposants phénomènes.
- L’un de nos correspondants, M. Carlos Ilaurie, de Jerez de la Frontera, nous a communiqué quelques particularités intéressantes au sujet de la formation de ces grandes fissures de Periana et de Guévéjar. Elles se sont entr’ouvertes au milieu d’un bruit formidable, comparable k celui de canonnades, les habitants ont été tellement surpris par la rapidité de leur production, que quelques-uns d’entre eux ont échappé à grand’peine au péril qui les menaçait d’être subitement engloutis. Un muletier a failli disparaître dans la crevasse de Guévéjar; il vit un
- de ses mulets tomber dans la fissure qui venait de s’ouvrir.
- Des mouvements semblables du sol ont eu lieu, il y a un peu plus d’un siècle, en Italie, lors du tremblement de terre de Calabre.
- A Polistina, des crevasses ont fissuré le sol L’une d’elles, surtout, était remarquable par sa profondeur. Nous en reproduisons plus haut l’aspect, d’après la gravure qu’en a donnée sir Charles Lyell1 (fig. 2). Dans la ville de Terranova, quelques maisons disparurent tout k coup; une grande tour en maçonnerie, solide, fut partagée par une fente verticale; un de ses côtés fut exhaussé et les fondations se trouvèrent élevées au-dessus du sol.
- L’Académie royale de Naples publia sur le tremblement de terre de Calabre une description très complète exécutée par plusieurs de ses membres qui visitèrent en détail les lieux de la catastrophe. Le rapport des académiciens parle encore des fissures de Jerocarne, qui s’étendaient en tous sens et rayonnaient d’un centre commun. Près d’Oppido, la terre s’entr’ouvrit, puis elle se referma immédiatement après avoir englouti plusieurs maisons. Dans le voisinage de Cannamarie, quatre fermes, des usines, et de vastes habitations furent si complète-tement enfouies au fond d’une crevasse, qu’on n’en pouvait plus apercevoir aucun vestige.
- Pendant le tremblement de terre de Calabre en 1783, comme pendant celui de l’Andalousie en 1884-1883, les eaux thermales éprouvèrent une sensible augmentation de volume et de température. Le tremblement de terre de 1785 fut bien plus meurtrier encore que celui de 1884. Le nombre des individus qui périrent en Sicile et dans les deux Calabres a été estimé k quarante mille ; une grande quantité de victimes furent ensevelies sous les ruines de leurs maisons, et beaucoup de paysans, en se sauvant dans les campagnes, furent engloutis dans les fissures dont nous venons de donner la description, et qui constituent assurément l’un des plus terribles effets de ces grands cataclysmes de la nature.
- Alors comme aujourd’hui, le spectacle des localités anéanties était pitoyable. Quand le naturaliste Dolomieu visita Polistina, après la catastrophe, il ne put se défendre d’un mouvement de terreur mêlé de compassion. « Rien n’avait échappé, dit le savant explorateur; pas une seule maison, pas un lambeau de mur ne restait debout ; de tous côtés, on voyait des monceaux de pierres dont l’aspect ne pouvait faire supposer qu a la place qu’ils occupaient, une ville eût jamais existé. L’odeur fétide des cadavres s’exhalait du milieu des ruines . »
- On reste saisi d’épouvante en songeant k de tels tableaux.
- Heureux les pays qui sont k l’abri de ces catastrophes. Gaston Tissandieh.
- 1 Principes de Géologie, par Ch. Lyell. Tome III, 184ü.
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- LA NATURE.
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- LÀ CULTURE DES MICRORES
- et l’analyse biologique de l’air et de l’eau
- PAR LES PROCÉDÉS LES PLUS PRATIQUES
- Est-il nécessaire de rappeler quel a été le point de départ de tous les procédés qu’on emploie si couramment de nos jours pour isoler et cultiver les diverses espèces des microbes? Nous admettons aujourd’hui sans peine que les liquides même les plus putrescibles ne se décomposent qu’en présence de légions d’organismes végétaux minuscules, que les maladies contagieuses sont l’œuvre de ces microparasites. Pour la jeune génération des naturalistes, ces notions sont devenues un axiome. L’on ne cherche plus si telle ou telle l'ermentation ou maladie contagieuse est bien causée par les'microbes, l’on ne cherche plus qu’à déterminer pour chacune quelle est l’espèce coupable.
- Et pourtant cette question, actuellement tranchée, des générations spontanées, a donné lieu à des discussions qui ne sont pas si anciennes qu’on les ait déjà oubliées. Si M. Pasteur n’a pas été le seul défenseur de la théorie du ferment organisé, il en a été certainement le principal et le plus vaillant champion. 11 a supporté presque à lui seul pendant de longues années la lutte contre les partisans des générations spontanées. Leurs attaques répétées n’ont du reste pas été inutiles, car elles obligèrent M. Pasteur à mettre à forte contribution son génie inventif pour répondre à chaque objection par une expérience sans réplique.
- Telle est l’origine de toutes ces inventions qui sont la base de nos procédés de culture. L’art de priver de tout germe vivant l’air ou les corps putrescibles n’était pas aussi facile au début qu’il l’est à présent. Il a fallu bien des tâtonnements pour arriver à reconnaître que la température de l’ébullition de l’eau ne suffit pas à tuer les spores de beaucoup de microbes et qu’à l’état sec ils ne succombent qu’à une chaleur de plus de 150°, maintenue pendant plusieurs heures consécutives. Leur ténuité est si grande qu’ils traversent avec l’eau tous les filtres ordinaires et ne sont retenus que par la couche de plâtre qu’employait M. Pasteur ou la terre cuite que Toussaint mit en usage. L’air étant moins dense, laisse déposer bien plus facilement les germes qu’il peut tenir en suspension. Il suffit de lui faire traverser le tube capillaire recourbé de M. Pasteur ou le tampon d’ouate proposé par M. Schrôder et M. Tyndall.
- Enrichis de ces expériences, il nous est maintenant facile de remplir la condition première de toute expérimentation dans le champ de la microbiologie, c’est-à-dire d’obtenir des substances éminemment putrescibles qui se conservent néanmoins au contact d’un air filtré, parce qu’on a réussi à les priver de tout germe vivant. On les conservera, cela va sans dire, dans des vases de verre. Ces vases devront être bouchés avec un tampon perméable qui laisse
- passer l’air ou tout autre gaz qu’on y voudra introduire, ou bien encore qui permette de faire le vide sans qu’il soit nécessaire de le déplacer. La forme de l’orifice et la disposition du tampon devra être combinée de manière à fournir un accès facile à l’expérimentateur, sans danger de contamination accidentelle. C’est sous ce dernier rapport que les systèmes proposés jusqu’à présent laissaient le plus à désirer.
- Nous pouvons obtenir un liquide putrescible parfaitement stérile, c’est-à-dire privé de tout germe vivant par l’un des quatre moyens suivants :
- 1° Le filtrage à travers une substance perméable dont les pores soient assez fins pour retenir les germes les plus petits ; la seule matière réellement pratique pour cet usage est la porcelaine non vernissée, mise en usage par MM. Pasteur et Chamberlain!.
- 2° Le puisage du liquide directement dans les organes internes (je ne parle pas du tube digestif qui doit sous ce rapport être considéré comme un organe externe) d’un animal supérieur bien portant Il est avéré, en effet, depuis les expériences de M. Pasteur, que l’organisme de ces animaux est un des filtres les plus parfaits que l’on connaisse ; il ne laisse pénétrer ou ne tolère aucun germe étranger, tant qu’il n’est pas vaincu par la maladie.
- 5° L’échauffement suffisamment prolongé à une température d’au moins 100° centigrades. Il n’en faut pas'moins pour tuer les spores les plus résistantes, bien que les microbes sous la forme végétante succombent déjà lorsqu’on les porte à 80°. La durée de cet éehauffement ne devra en aucun cas être inférieure à une heure entière; plus il est prolongé, plus la sécurité est complète.
- 4° L’échauffement discontinu, inventé par Tyndall et très employé en Allemagne. Il consiste à faire germer d’abord les spores que la substance putrescible peut contenir, afin de pouvoir les tuer à 80°. A cet effet, l’on placera les vases de culture dans une étuve maintenue à 25 ou 50°, de manière à favoriser la germination des spores et, chaque jour, on les portera pendant une heure à 80° pour faire périr celles d’entre elles qui ont germé. Il faut, avec cette méthode, un temps très prolongé pour atteindre le but, et encore le résultat est-il toujours incomplet et incertain.
- De tous ces procédés, c’est assurément le troisième, celui qui consiste à échauder les germes une bonne fois pour toutes, qui présente le plus de sécurité et dont les manipulations sont les plus faciles. Nous l’employons de préférence à tout autre et ne lui connaissons qu’un défaut, celui de faire précipiter à l’état insoluble toutes les substances albumineuses coagulables à la température de l’ébullition de l’eau. Nous allons décrire ce procédé, avec tous les perfectionnements introduits par d’autres et par nous-mêmes, sous sa forme la plus moderne et la plus pratique.
- La première chose à faire est de boucher, avec des
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- tampons perméables à l’air, les verres destinés à recevoir les liquides stérilisés. Nous décrirons bientôt le système d’obturation que nous avons fini par adopter. Ainsi bouchés, ces verres se placent dans une étuve que ’on porte à 160° centigrades environ pendant au moins trois heures.
- Si l’on pouvait dépasser ce degré de chaleur, la stérilisation se ferait bien plus vite, mais les bouchons de coton brûleraient. Force est donc de s’en tenir à la température indiquée ; avec un réchaud à gaz il est facile de modérer la llamme en conséquence et l’on peut même obtenir un réglage automatique à l’aide d’un régulateur dont le bulbe plonge au milieu de l’étuve. A défaut de gaz on ne pourrait arriver a des résultats que par une surveillance continue. Il serait plus facile de se passer d’un thermomètre; le coton en tient lieu, car il commence à roussir sans encore se carboniser lorsque la température voulue est atteinte.
- L’étuve doit être a doubles parois, mais sa forme n’a pas grande importance. A ceux qui en ont les moyens, on peut donner comme modèle celle que M. Miquel s’est fait construire à l’Observatoire de Montsouris; M. Wiesneg en construit une plus petite, munie d’une porte vitrée et qui fonctionne très bien, tant que la chaleur n’a pas fait sauter la vitre.
- A Genève, nos moyens financiers n’allaient pas au delà d’un vieux fourneau en tôle à doubles parois qui fonctionne du reste parfaitement bien. Le refroidissement doit être graduel pour éviter le bris de verre. L’air, dilaté par la chaleur, rentre graduellement à travers le tampon et se trouve donc rigoureusement filtré. 11 est bon de stériliser d’avance une ample provision de verres de toutes formes que l’on garde dans une armoire, à l’abri de la poussière.
- La seconde opération consiste à préparer le liquide stérilisé et à l’introduire dans les verres. Nous préférons le bouillon naturel préparé suivant la prescription de M. Miquel à tous les mélanges artificiels. On la trouve dans l’ouvrage de ce savant expérimentateurl.
- Pendant cinq heures on fait cuire 1 kilogramme de viande de bœuf maigre dans 4 litres d’eau; le bouillon, écumé au début de l’ébul-
- 1 1'. Miquel, les Organismes vivants de l’atmosphère, p. 151 et suiv. '
- Fig. 1. — Marmite de Papin à trois orifices.
- lition, est laissé en repos, après sa fabrication, dans un lieu frais jusqu’au lendemain, puis dégraissé et neutralisé à la soude caustique. On le filtre, on le ramène au volume de 4 litres, puis on le porte dix minutes à l’ébullition, etc.
- Je prolonge notablement cette seconde ébullition (1 heure environ) et je l’exécute dans une marmite de Papin réglée à 110°, après avoir ajouté au bouillon 40 grammes de sel de cuisine. Le liquide, refroidi et passé à travers un double filtre en papier, est remis dans la marmite bien lavée et porté de nouveau à 110° pendant trois heures au moins, afin de le stériliser d’une manière complète.
- Au lieu du bouillon naturel on peut en composer un artificiellement avec les ingrédients suivants :
- Peptono, chimiquement pure Phosphate basique de soude Mueate d’ammoniaque . . . Extrait de viande de Liebig.
- Sucre de cannes..........
- Sel de cuisine...........
- Eau.......................
- 5 grammes.
- 10 —
- 5
- 5
- 20
- 3
- 1000
- Fig. 2.
- Tube à conserves.
- 0-.
- Fig. 5.
- «Bouchon du tube à conserve avec la canule.
- Le mélange est porté à l’ébullition ou mieux encore chauffé à 110° pendant une demi - heure, puis filtré et remis dans la marmite. C’est plus facile et plus vite fait que le bouillon de bœuf, mais la qualité du produit dépend de celle du peptone, substance inégale et facilement altérable.
- Si l’on veut obtenir une gelée nutritive au lieu d’un bouillon, il suffira d’ajouter au bouillon, naturel ou artificiel, de 25 à 50 grammes de gélatine pure incolore,qu’on fera gonfler et dissoudre avant le dernier filtrage. Celui-ci, dans ce cas, devra se faire dans un entonnoir plongé dans un bain qu’on chauffe à 50° ou 60° centigrades, tant que dure le filtrage. Les autres manipulations sont les mêmes que pour le bouillon, sauf qu’il faut éviter de stériliser pendant plus d’une heure à la marmite de Papin, sous peine de voir la gelée perdre la faculté de se prendre par le refroidissement.
- Au lieu de gélatine, on peut employer avec avantage l’Agar-agar dont les gelées peuvent supporter une températnre de près de 50° sans se liquéfier. Cette substance ne se dissout que partiellement dans l’eau bouillante ; c’est une difficulté que nous surmontons facilement avec notre
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- marmite de Pa|>in. A 110° la dissolution est complète au bout d’une heure; nous filtrons à chaud et stérilisons de nouveau à 100 ou 120°. L’Agar-agar est plus résistant que la gélatine et ne souffre pas d’un chauffage prolongé.
- La marmite dans laquelle se fait la stérilisation présente trois ouvertures (fig. 1). La première est celle de la soupape de sûreté ; la seconde est occupée par un tube, clos par le bas, dans lequel se place le thermomètre, afin de pouvoir contrôler la température, sans que le bulbe soit exposé à la pression; la troisième est de forme conique et fermée par un bouchon de liège de même forme. Un capuchon vissé sert à maintenir ce bouchon en place; l’un et l’autre sont percés d’un trou par lequel passe à frottement dur un tuyau métallique. Ce tuyau est eourbé deux fois à angle droit, à la manière d’un siphon ; l’on y adapte, à l’aide d’un tuyau de caoutchouc à paroi épaisse, une canule métallique de forme spéciale. C’est un tube de trocart à l’extrémité duquel on a soudé la pointe du trocart; une ouverture ovale est pratiquée de côté, un peu au-dessous de la soudure. Le tuyau de caoutchouc est maintenu fermé à l’aide d’une pince.
- Lorsque le liquide a été stérilisé par un chauffage assez prolongé, on tire le tube recourbé de façon que son extrémité inférieure se trouve dans la partie supérieure de la marmite remplie seulement de vapeur. Si l’on ouvre maintenant la pince, la vapeur chauffée à 110° traverse le tube et s’échappe par l’ouverture latérale de la canule en un jet puissant. Au bout de dix minutes, le tube et la canule se trouvent parfaitement stérilisés et balayés; pour surcroît de précautions, l’on flambe encore l’extérieur de la canule. Puis on referme la pince, on renfonce le tube jusqu’au fond de la marmite et lorsque la pince sera rouverte on verra le liquide stérilisé s’échapper de la canule sous forme de jet, grâce à la pression qui règne dans la marmite.
- Il suffit donc de faire passer la canule à travers le tampon qui ferme un verre stérilisé pour faire passer directement le liquide du fond de la marmite dans le fond du verre sans contact possible avec l’air extérieur.
- 11 y avait cependant une difficulté à surmonter,
- Fig. 4. — Support pour les tubes à conserves.
- relative à la perforation des tampons. La ouate en paquet offre une résistance presque insurmontable au passage de la pointe la plus aiguë. En couche mince, elle se laisse perforer plus facilement à condition d’être bien tendue; l’amiante et le coton de verre sont faciles à percer. Cette observation nous a permis de combiner un mode de bouchage à la fois rigoureux, simple et facile à traverser par une canule pointue. Après avoir employé diverses dispositions nous avons fini par adopter celle qui nous paraît présenter les plus grands avantages de simplicité et de commodité.
- L’on choisira des verres dont le goulot ait à peu près 2 centimètres de diamètre intérieur, et l’on se procurera chez un souffleur de verre une ample provision de petits tubes de verre de de 0ra,004 diamètre sur 0m,050 de longueur, de la forme des éprouvettes ordinaires, un peu évasée à l’entrée et fermée à l’autre bout. Dans cette partie fermée, est pratiquée après à 5 millimètres de dia-
- Fig Fiole de
- coup une ouverture de 4 mètre.
- Ces petits entonnoirs à fond arrondi servent à obtenir un bouchage à la fois hermétique et facile à traverser avec une canule pointue. Voici comment je m’en sers. Sur le goulot du verre à boucher, je pose un morceau de ouate étalée et j’enfonce l’entonnoir pardessus cette ouate qui forme une couche serrée entre l’entonnoir et le goulot. Puis je remplis la cavité de l’entonnoir à.moitié avec de l’amiante et j’achève le remplissage avec un tampon d’ouate (fig. 2). Après stérilisation complète par la chaleur sèche, j’enlève le dernier tampon d’ouate au moment même du remplissage; la pointe de la canule ne rencontre plus devant elle pour pénétrer que de l’amiante qu’elle traverse facilement et une mince couche d’ouate bien tendue qui n’oppose pas non plus de résistance au passage de la pointe, qui retient l’amiante et l’empêche detre entraîné par la canule (fig. 5). Je le répète, ce système n’a été adopté qu’a près de longs tâtonnements et parce qu’il s’est montré à l’usage très pratique et expéditif. Il s’applique également bien à tous les vases, tubes, bouteilles, etc., quelle qu’en soit la forme, pourvu que le goulot reste dans les limites du diamètre ordinaire de celui des bouteilles courantes.
- s.
- culture.
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- LA NAT U FSE
- Pour les cultures, je préfère cependant les tubes, dits éprouvettes des chimistes, que je place au nombre de 52 sur des supports en lils de fer (fig. 4) et des fioles de forme conique à fond plat (fig. 5).
- Nous voici donc, par ces méthodes, armés d’un moyen simple et rapide de produire en peu de temps un nombre illimité de conserves nutritives. Il nous reste à voir comment ces conserves sont employées aux cultures et à la numération des germes de l’air.
- L’écueil à éviter pendant ces opérations est la contamination accidentelle par des germes tenus en suspension dans l’air, et, ce qui est infiniment plus dangereux, la contamination par les germes qui adhèrent en grand nombre à tous les objets qui n’ont pas été soigneusement flambés.
- Le flambage consiste a chauffer dans une flamme jusqu’au delà de 500° tous les instruments qui peuvent être mis en contact avec les liquides de culture. Bien faite, cette opération donne sans doute une assez grande sécurité, mais elle est sujette à d’assez sérieuses objections. Si l’on prélève la semence de culture avec l’instrument encore chaud, on risque fort de la tuer et de voir le terrain ensemencé rester stérile. Si l’on attend le complet refroidissement, il peut arriver que de nouveaux germes de l’air soient Venus s’y déposer dans l’intervalle. Avec de la dextérité, l'on peut jusqu’à un certain point éviter cet écueil, mais il est préférable et au fond plus simple d’avoir recours dès l’abord à un manuel opératoire plus rigoureux. Dr IIermanx Fol,
- — A suivre. — Professeur à l’Université île Genève.
- —
- LES PROGRÈS DE LA MÉTALLURGIE
- Dans le dernier rapport de XIron and Stell Instilute dont la réunion a eu lieu à Londres, l’année dernière, le président, M. Sarnuelson, a passé en revue les progrès réalisés par l’industrie sidérurgique depuis ia création de l’Institut en 4869.
- Pendant cette période, la production de la fonte, dans le monde entier, a passé de 10 millions et demi à 20 millions et demi de tonnes; celle du fer de 5 à 8 millions de tonnes; celle de l’acier de 0.7 à 6,5 millions environ. La production moyenne des hauts fourneaux, qui était de 180 tonnes par semaine, en 1860, dépasse maintenant 500 tonnes; elle a été de 850 tonnes à Conselt, et a même atteint, d’après les statistiques américaines, 4120 tonnes par semaine.
- Le développement des chemins de fer et de la marine marchande, la multiplication des distributions d’eau et de gaz sont, d’après M. Sarnuelson, les principaux éléments de l’accroissement de la consommation du fer.
- Signalant ensuite les progrès techniques réalisés depuis une douzaine d’années, M. Sarnuelson s'est arrêté plus spécialement sur ceux qui intéressent actuellement les métallurgistes. Parmi ceux-ci, le perfectionnement des fours à coke commence à préoccuper les charbonniers anglais, qui se contentaient jusqu’ici de fours de boulanger ne rendant que 55 à 60 p. 400, avec des charbons qui donneraient 70 à 75 p. 400 de coke dans les fours em-
- ployés sur le continent. Plusieurs fabricants ont adopté les fours Coppée ou des systèmes analogues ; mais, non contents d’augmenter le rendement, ils cherchent aujourd’hui à tirer parti des sous-produits de la distillation de la houille. Deux des hauts fourneaux de l’usine de Gartsherrie en Ecosse, alimentés à la houille crue, sont pourvus d’appareils de condensation qui permettent de recueillir le goudron et les eaux ammoniacales, et le succès a été si complet que l’on s’occupe de transformer huit autres hauts fourneaux de la même usine.
- Des systèmes analogues ont été essayés, il y a une vingtaine d’années, notamment à Saint-Etienne et à Mons, pour recueillir ces produits accessoires dans la calcination du coke; mais ils ne sont pas répandus, parce que l’on croyait que la qualité du coke en souffrait. Des essais, qui ont eu lieu récemment dans le nord de l’Angleterre, semblent démontrer que c’était là un préjugé. Les fours Çarvès, construits chez M. Pease, dans le Durham, rendent 75 à 77 p. 100 de bon ccke métallurgique et donnent en même temps, par tonne de houille calcinée, 435 litres d’eau ammoniacale à 7 degrés Taddel, valant 2 fr. 20 cent, l’hectolitre, et 50 litres de goudron, valant
- 6 fr. 60 cent, l’hectolitre ; ces sous-produits repiésentent une valeur de 5 fr. 30 cent, par tonne de houille, soit
- 7 francs par tonne de coke, sans compter que le rendement en coke qui était de 60 p. 400 dans les anciens fours de boulanger, de 66 dans les fours à sole chauffée, atteint 75 dans le sytème Carvès. La main-d’œuvre est, par contre, augmentée de 1 fr. 65 cent., et il faut ajouter l’amortissement des fiais de premier établissement, qui sont importants; mais il reste de la marge, même en escomptant une baisse des sous-produits, qui ne peut manquer de se réaliser si le système se généralise.
- M. Sarnuelson constate ensuite que c’est certainement dans l’industrie de l’acier que les progrès ont été les plus étonnants dans ces dernières années. Ce n’est qu’en 1879 que le procédé basique a fait son apparition, et une seule usine, celle d’Eaton, produit déjà, par an, 150 000 tonnes d’acier déphosphoré; sur le continent, la production approche de 400 000 tonnes. Les perfectionnements n’ont pas été moins remarquables dans le laminage : il suffira, à ce sujet, de citer l’exemple de l’usine d’Eaton. Actuellement, on y lamine des rails de 45 mètres aussi facilement qu’on laminait, il y a quelques années, des rails de 6 mètres. Les cylindres du train blooming ont 4m,20 de diamètre; ceux de la cage ébaucheuse et de la cage finisseuse, 0m,75. On coule des lingots de 1250 à 1500 kilogrammes et de 0ra,40 de côté. Ceux-ci sont amenés par de petites locomotives de la halle de coulée au four à réchauffer et de là au laminoir.
- La manipulation est tellement rapide qu’on a pu supprimer le second réchauffage, de sorte que, en une seule chaude, les lingots de 0m,40 sont étirés en blooms carrés de 0m,20 de côté et ceux-ci en barres longues de 45 mètres, qui sout débitées à la scie en un certain nombre de rails de 6, 9 ou 12 mètres de longueur.
- Le développement de la fabrication de l’acier sur sole n’a pas été moins remarquable que celui du procédé Bes-semer; la production actuelle dépasse 800 000 tonnes, et l’on a construit des fours capables de traiter des charges de 45 et même de 25 tonnes, alors que les plus grands fours existants en 1870 ne donnaient que 4 tonnes.
- Dans un autre ordre d’idées, les navires en fer et en acier atteignent des dimensions et des vitesses énormes : le plus fort navire construit par une des maisons de la Clyde,en 1869, jaugeait 3000 tonneaux, était activé par
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- LA NATURE.
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- une machine de 5000 chevaux, et marchait avec une vitesse de 14 nœuds (26 kilomètres); le même constructeur a actuellement sur chantier un navire de. 7400 tonneaux et 15 000 chevaux de force qui doit filer 18 nœuds (55 kilomètres) par heure. Une des tôles entrant dans la coque mesure 20 mètres carrés de surface.
- Pour navires cuirassés, on construit à Sheffield des plaques de blindage en fer et en acier de 0ra,50 d’épaisseur, qui ne pèse pas moins de 57 tonnes.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Vie antique. Manuel d'archéologie. Architecture publique et privée. Mobilier. Armes. Costumes. Mœurs. Usages, etc., des Grecs et des Romains, d’après la 4e édition de E. Gurl et AV. Koner. Traduction faite par F. Travinski, revue et annotée par O. Riemann, précédée d’une introduction par Albert Dumont, de l’Institut. Ouvrage complet en deux parties. La Grèce et Rome, 1 vol. in-8°, illustré de 1089 gravures. — Paris, J. Rothschild, 1885.
- Les Ballons dirigeables. Application de l'électricité à la naviyation aérienne, par Gaston Tissanmer, 1 vol. in—18 de la collection des Actualités scientifiques, ouvrage accompagné de 55 figures et de 4 planches hors texte. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- La Terre habitable vers l'équateur, par E.-F. Rerlioux. 1 broch. in-8°. — Paris, Challamel, 1884.
- Mode d'instruction nationale, par Emmanuel Yauchez, 1 vol. in-18 contenant 21 gravures. — Paris, Hachette et C'% 1885.
- L’HUMIDITÉ DE L’AIR
- CAUSE D’ERREUR DU THERMOMÈTRE A BOULE MOUILLÉE.
- Je crois devoir signaler à ceux des lecteurs de La Nature qui s’occupent de météorologie une cause d’erreur dans l’observation des températures du thermomètre humide pour l’évaluation de l’humidité de l’air. Yoici le phénomène que j’ai bien souvent observé à Zi-ka-Wei pendant l’hiver et qui s’est trouvé nettement photographié à notre thermomètre enregistreur : quand la température de l’air s’est abaissée au-dessous de 0° centigrade et qu elle remonte dans la matinée après le lever du soleil,
- on peut arriver à observer la marche comparative suivante des deux thermomètres sec et humide.
- Le thermomètre humide, tant qu’il est recouvert d’une couche de glace, monte à peu près de pair avec le thermomètre sec. Mais au moment où il atteint zéro, on observe un arrêt dans sa marche et cet arrêt peut durer une heure ou une heure et demie selon la force du vent ou la rapidité du réchauffement de l’air. Au bout de ce temps, la courbe se relève brusquement et la variation reprend une marche régulière qui semble être la continuation de la marche qui précéda l’arrêt. (Voy. le diagramme ci-dessus.)
- Yoilà le fait : l’explication qui se présente de prime abord et qui me parait conforme à un principe de phy-
- sique hors de doute m’oblige à conclure que l’observation que l’on ferait du thermomètre humide pendant ce temps d’arrêt dans sa variation serait manifestement entachée d’erreur. Le thermomètre humide est d’abord recouvert de glace dont la température est inférieure .à zéro; à mesure que l’air se réchauffe, la glace se réchauffe aussi et le thermomètre monte. A zéro degré du thermomètre humide, on a encore de la glace; à une température un peu plus élevée, on devrait trouver de l’eau dans la mousseline : la fusion ne peut s’effectuer que lentement et exige une absorption de chaleur que le thermomètre ne pourra marquer : il y aura un temps d’arrêt dans la marche de la température sensible, parce que toute la chaleur que la glace prend à l’air, lui sert à passer de l’état solide à l’état liquide. 11 faudra donc dans ces cas-là interpoler par tracé graphique une valeur intermédiaire entre les températures observées pendant qu’il y avait de la glace sur le thermomètre et celles observées après la fusion intégrale. Marc Decuevrens.
- Directeur de l’Observatoire de Zi-Ka-Wei.
- LA
- DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE PARIS.
- Les collections de fossiles du Muséum d’histoire naturelle de Paris n’avaient jamais été jusqu’à ce jour réunies dans une galerie spéciale, par la raison bien simple que la paléontologie est pour ainsi dire en France une science nouvelle dont l’autonomie n’a été reconnue qu’en 1855, époque de la création de la chaire de paléontologie qui eut pour premier titulaire A. d’Orbigny.
- L’existence de la paléontologie ne fut pas prévue lors de l’organisation du Muséum par la Convention nationale. Les fossiles étaient considérés, il y a un siècle environ, comme des pétrifications qui relevaient de la minéralogie. Cuvier jeta les fondements de notre science par ses admirables recherches sur les ossements fossiles, mais il les étudia surtout au point de vue de l’anatomie comparée ; plus tard Blainville créa le mot de paléontologie, et du jour où cette science eut un nom, ses progrès et sa popularité ne cessèrent de se manifester. On peut donc dire que la paléontologie est doublement française à ses origines.
- Néanmoins les fossiles restaient partagés entre les diverses chaires du Muséum; les vertébrés étaient administrés par le professeur d’anatomie comparée et les invertébrés par les professeurs de géologie, de malacologie, d’entomologie. L’institution de la chaire de paléontologie en 1853 n’améliora pas beaucoup cette situation, puisque le titulaire n’avait la charge d’aucune collection publique; mais, en 1879, survint un changement considérable; il fut décidé par le Ministre de l’instruction publique, approuvant une délibération des professeurs du Muséum, que les vertébrés fossiles seraient placés sous la direction du professeur de paléontologie, M. A. Gaudrv, naturellement désigné à ce poste
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- important par ses beaux travaux sur les faunes éteintes.
- Le savant professeur, secondé par le directeur du Muséum, M. Fremy, forma alors le projet de réunir dans une galerie nouvelle les spécimens de vertébrés fossiles les plus remarquables et qui ne pouvaient être colloqués dans des vitrines à cause de leur grande dimension. Ces intéressants spécimens étaient dispersés dans les galeries d’anatomie comparée, de géologie et dans des laboratoires, où ils n’étaient guère accessibles au public.
- En quelques mois cette galerie a été organisée et son ouverture aura lieu le 17 mars 1885.
- Lorsqu’on pénètre dans la salle nouvelle (cour de la Baleine), on se trouve d’abord en présence de deux énormes squelettes : celui du Mégathérium Cuvieri (n° 1 du plan) et celui de YElephas meridionalis, ou Eléphant de Durfort, du nom de la localité où il a été découvert (n° 2). Ces squelettes occupent le milieu de la galerie ; en arrière de l’Eléphant est placée une série de trois plaques calcaires montéés comme un triptyque et provenant de leocène de Monte-Bolca (n° 3). Elles montrent les empreintes et contre-empreintes correspondantes de poissons et de feuilles, admirablement conservées. Ce triptyque a fait partie de la collection Gazola, acquise par le général Bonaparte en 1797 et donnée par lui au Muséum.
- En longeant les murs de droite à gauche on trouve successivement :
- A droite : les Dinornis, oiseaux gigantesques de la Nouvelle-Zélande (n° 4), le Glyptodon typus (n° 6) revêtu de sa puissante carapace1; le Cervus megaceros, ou grand cerf des tourbières male (n° 9), entouré de 4 magnifiques tortues dont les plus grandes proviennent de Madagascar (nos 7, 8, 40, 41); Y Acerotherium Gannateme , ou Rhinocéros de-Gannat (n° 12), surmonté d’une Ichtyo-saurus vivipare et dont le fétus est probablement à terme ; un beau Crocodilus Rateli (n° 13) revêtu de ses écailles ; les membres de YHelladolherium
- 1 Ce squelette a été l’objet d’un article intéressant publié par Paul Gervais dans La Nature, n°105,du 5 juin 1875, p. 7
- Duvernayi (n° 14) rappelant ceux des Girafes; enfin un Ursus spelæus, (n° 15) ou ours des Cavernes, qui paraît bien petit au milieu des colosses qui le dominent.
- Le fond de la salle est occupé par un squelette presque complet du Mastodon angustidem de Sansan (n° 17), placé entre deux tètes à'Elephas insignis (n° 16) et de Mastodon Humholdti (n° 18).
- En continuant vers la gauche, le visiteur remarquera successivement : le Pelagosaurus typus (n° 21) petit crocodilien dont les os et la carapace sont isolés; deux carapaces d’Edentés de l’Amérique du sud : Glyptodon typus (n° 20) et Hop-lophorus ornatus (n° 23); la biche du Cervus megaceros d’Islande (n° 24), le train de derrière d’un énorme édenté atteignant la taille des Megathe-riums : le Lestodon ar-matus (n° 25), le squelette du Glyptodon typus (n° 27) ; une immense plaque dans laquelle a été conservé le squelette d’un Palceotherium magnum (n° 50) et dont la silhouette confirme avec une précision inouïe la restauration proposée par Cuvier 1 ; enfin des portions de tête de Dinothérium giganteum (n° 29), et de Mastodon anguslidens (n° 31).
- Outre ces grandes pièces, quelques autres de dimensions moindres sont montées devant les colonnes de la galerie ; ce sont des os longs de grands mammifères : Eléphants, Mastodontes, Dinothériums (nos 5, 22, 26, 28). En haut, contre les murs, et près des fenêtres, sont placées des plaques de Mystriosaurus, et lehtyosaurus des terrains secondaires, de divers poissons de Cerin, Monte-Bolca, Aix, et des crânes d’Urus (Bos primigenius), d’Aurochs (Bison priscus), de Buffle (Bubalus antiquus) de Rhinocéros (Rhinocéros tichorhinus), de Cerfs (Cervus megaceros, C. elaphus), etc.
- Telle est la disposition générale de cette galerie. Disons maintenant quelques mots des fossiles les plus intéressants.
- Nous nous bornerons pour le Mégathérium à
- 1 Voy. n° 35, du 17 janvier 1874, p. 97
- Fig. 1. — Plan de la Nouvelle galerie de Paléontologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
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- renvoyer le lecteur aux articles publiés dans La Nature L
- L’Eléphant de Durfort (Gard) est la pièce la plus importante de la galerie (fig. 2); son squelette mesure plus de 4 mètres de hauteur. La découverte de ce fossile est due à MM. Cazalis de Fondouce et Ollier de Marichard. En passant près de Durfort, ils avaient aperçu l’extrémité des défenses qui aftlcuraient le sol; ils commencèrent des fouilles et purent constater que tout le squelette était enfoui en place; les os étant disposés d’après leurs connexions naturelles2.Comprenant toute l’importance de leur trouvaille, ces zélés naturalistes se mirent en rapport avec le professeur d’anatomie comparée au Muséum, Paul Gervais, qui obtint les fonds nécessaires pour dégager le squelette. On a travaillé à ces fouilles de 1873 à 1875; l’extraction des os a présenté de grandes difficultés à cause de leur extrême friabilité. L’habile mouleur du Muséum, M. Stahl, a dû les consolider sur place, avec du blanc de baleine, avant de les dégager de la gangue. Grâce à ce procédé, l'Eléphant a été transporté sans accident à Paris où il a été monté sous la direction de Paul Gervais et de Sénéchal.
- UElephas meridionalis est plus ancien en Europe que le Mammouth ou Elephas primigenius ; son menton est plus saillant, ses défenses sont moins courbées, ses molaires sont remarquables par l’écartement de leurs lames et l’épaisseur de leur émail. On suppose que sa peau n’était pas velue comme celle du Mammouth; à Durfort, il avait pour contemporains des Hippopotames et quelques autres animaux des climats chauds, tandis que le Mammouth vivait en compagnie des Rhinocéros tichorhinus et Cervus tarandus à fourrure épaisse et habitués à de basses températures.
- On a remarqué que l’Eléphant de Durfort n’était pas couché dans son gisement malgré son poids énorme. Il a donc été enfoui verticalement de haut en bas, la tête en l’air, et les défenses relevées comme s’il s’était embourbé vivant dans un marécage. On a trouvé dans les mêmes couches beaucoup de débris d’autres animaux : poissons, coquilles d’eau douce, et de plantes terrestres.
- — A suivre.— Dr P. FlSCHER.
- FILTRAGE DOMESTIQUE DES EAUX
- La Nature a donné précédemment la description de l’intéressant appareil de M. Richard, pour la filtration domestique des eaux5; je ferai connaître aujourd’hui un autre système que j’ai vu fonctionner, et qui donne des résultats très satisfaisants.
- Yoici en quelques mots en quoi consiste ce filtre :
- Dans un seau ordinaire (voy. la figure), on pose verticalement un tube en porcelaine (on pourrait avec avantage remplacer ce tube par un tube en fer, car il y aurait
- 1 N° 53, du 18 octobre 1873 et n° 38, du 21 février 1874.
- 2 Voy. n° 51, du 23 mai 1874. p. 385.
- 5 Voy. n° 003, du 20 décembre 1884. p, 43.
- oxydation comme dans l’appareil de M. Richard), de 8 à 10 centimètres de diamètre, dont les deux extrémités sont à jour, et percée vers l’extrémité inférieure d’un grand nombre de petits trous.
- Cela fait, on remplit le sceau jusqu’aux trois quarts environ de sable fin et propre, mélangé avec des petits morceaux de charbon de bois (la braise de boulanger de préférence, celle-ci étant plus poreuse). En versant de l’eau dans le tube en porcelaine, cette eau s’en échappe aussitôt par les trous percés à son orifice inférieur, et traversant le sable et le charbon contenus dans le sceau, monte au même niveau que dans le tube.
- On a soin de maintenir ce niveau un peu au-dessus de celui du sable de manière à avoir une petite partie d’eau superficielle; cette eau superficielle est filtrée, les gaz et
- ^Robinet d'arrivée de Veau Jl à filtrer
- Entonnoir
- Niveau du sable..
- Petit appareil domestique pour la filtration des eaux.
- les matières organiques et minérales qu’elle tenait en dissolution ont été retenus en partie par le charbon et le sable. Cette eau est excellente pour les usages domestiques. Pour la recueillir on n’a plus qu’à adapter un siphon au système. N..., à Mantes-sur-Seine.
- L’APPAREIL ANGLO-AMÉRICAIN
- pour l’échange des dépêches sans arrêt des trains
- L’article 56 du cahier des charges des Compagnies de chemins de fer porte que « l’Administration se réserve le droit d’établir à ses frais, sans indemnité, mais aussi sans responsabilité pour la Compagnie, tous poteaux ou appareils nécessaires à l’échange des dépêches sans arrêt de train, à la condition que ces appareils, par leur nature ou leur position, n’apportent pas d’entraves aux différents services de la ligne ou des stations. »
- On conçoit aisépient l’intérêt qui s’attache, au point de vue de la rapidité des communications, à ce que les dépêches puissent être prises et laissées même dans les gares où les trains-poste ne s’arrêtent pas : aussi beaucoup de systèmes ont-ils été proposés pour arriver à ce résultat ; quelques-uns ont été adoptés dans les pays étrangers, mais jusqu’à présent, en France, aucun d’eux n’avait paru réunir toutes les qualités désirables, et aucun n’avait été accepté par l’Administration.
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- Cependant, dans le courant de l’année dernière, de nouveaux appareils ont été expérimentés, d’abord à Monlargis, sur les chemins de fer de l’Etat, puis à Paris, sur l’embranchement de Grenelle au Champ-de-Mars, et, comme ils ont paru donner des résultats satisfaisants, le Ministère des Postes et des Télégraphes vient de les mettre en expérimentation régulière, depuis le 15 janvier 1885, sur la ligne de Paris à Belfort. Tout fait présager, du reste, qu’une grande extension sera donnée prochainement à ce mode d’échange des dépêches.
- Le système se compose essentiellement de deux parties distinctes : l’appareil destiné à laisser les dépêches, qui est d’origine anglaise; et l’appareil destine à prendre les dépêches, qui a été importé d’Amérique : d’où l’épithète d’anglo-américain dont nous avons qualifié l’ensemble. Chacun de ces deux appareils comporte, d’ailleurs, des organes fixes installés sur la voie, et des organes mobiles adaptés aux bureaux ambulants des postes.
- 1° Appareil pour laisser les dépêches. — À l’extérieur du wagon de la poste, et vers le bas de la portière, est disposé (fig. 1) un arbre vertical creux, mobile autour de son axe : cet arbre porte vers son milieu une potence mobile autour d’un axe horizontal et qui, au repos, se trouve relevée verticalement contre l’arbre au moyen d’un contrepoids placé à l’intérieur de ce dernier. La potence se termine par une tête garnie de trois gros chiens de fusil. Les dépêches à laisser sont placées dans un sac ordinaire de la poste attaché en son milieu par une solide courroie munie d’une tige de fer en T. Lorsque le moment est venu de laisser un sac de dépêches, les employés du bureau ambulant ouvrent la portière de leur wagon, font tourner l’arbre vertical, de manière à amener la potence de leur côté, et placent dans la tète garnie de chiens la tige en fer de la courroie de suspension du sac. Le poids du sac, qui est toujours supérieur à celui du contrepoids, ramène la potence à la position horizontale; on pousse celle-ci audehors, et une encoche spéciale la maintient dans une direction perpendiculaire à la paroi du wagon.
- D’autre part, l’appareil fixe installé sur l’accotement de la voie et destiné à recevoir le paquet de correspondances consiste en un filet de grosse corde qui a pour but d’empêcher le sac de tomber sous les roues du train, et qui est fixé sur un cadre en fer articulé de façon à ce que le tout puisse être relevé quand l’appareil a cessé de fonctionner. Vers le haut du filet est disposée une forte courroie en forme de Y, tendue horizontalement et présentant son ouverture du côté où arrive le train.
- Au moment du passage du train devant l’appareil fixe, la courroie à laquelle est suspendu le sac de dépêches vient buter au fond du Y formé par la courroie du filet, sa tige de fer se dégage des chiens de la tête de la potence, et le sac, devenu libre, va tomber dans le filet, qui le rejette au dehors, tandis que la potence déchargée reprend la
- position verticale sous l’action du contre-poids.
- 2° Appareil pour prendre les dépêches. — L’appareil fixe placé sur l’accotement de la voie se compose essentiellement d’un poteau vertical muni de deux hras mobiles sur des axes horizontaux : au repos, ces deux bras se placent automatiquement dans la position verticale, le bras supérieur, en se relevant sous l’action d’un contre-poids, le bras inférieur, en obéissant à son propre poids. Ces deux bras sont terminés par des lames de ressorts courbées en S a leur extrémité, et pouvant tourner horizontalement. Les dépêches à prendre au passage sont disposées dans un sac cylindrique terminé par deux fonds en cuir, au centre desquels sont fixés des anneaux en fer. Les correspondances sont réparties aux deux extrémités de ce sac, qui est attaché et fortement serré en son milieu par une courroie. Les deux anneaux du sac sont fixés aux extrémités des deux bras de la potence, qui alors occupent une position horizontale perpendiculaire aux rails de la voie, et à ce moment seulement pénètrent dans le gabarit de chargement.
- I)'un autre côté, le bureau ambulant est muni extérieurement et vers la partie supérieure de la portière (fig. 2), d’un bras coudé et divergent mobile autour d’un axe horizontal fixé aux deux montants de la portière. Au repos, ce bras est relevé et maintenu appliqué contre la paroi du wagon. Lorsque le moment est venu de prendre un sac de correspondances, les agents du bureau ambulant ouvrent la portière et mettent le bras en position à l’aide d’une manette spéciale : ce bras forme alors une saillie suffisante pour passer derrière l'étranglement du sac, qui se trouve pris dans l’angle et est arraché des ressorts en S de la potence fixe. Les employés de la poste n’ont plus alors qu a relever le bras mobile au moyen de la manette et à rentrer le sac dans leur bureau.
- 5° Avertisseurs électriques. — Les deux opérations que nous venons de décrire successivement, et qui ont pour objet de laisser et de prendre des dépêches, ont ordinairement lieu simultanément. Mais, pour que cet échange puisse s’effectuer dans de bonnes conditions, il est nécessaire que les agents du bureau ambulant et ceux du poste d’échange soient avertis du moment opportun. À cet effet, deux avertisseurs électriques connus sous le nom de crocodiles sont disposés, l’un à 7000 mètres et l’autre à 320 mètres du point d’échange et mis en fonction par un balai en laiton placé sous le véhicule. Le premier crocodile actionne une sonnerie annonçant au facteur de la poste que le moment est venu de préparer la potence et le filet; l’autre crocodile indique aux agents du bureau ambulant que le crochet de prise doit être abaissé et le sac à laisser placé dans la position où il rencontrera le filet.
- A côté des avantages incontestables que présente l’appareil anglo-américain, il y a lieu de signaler quelques inconvénients. '
- Nous avons dit que les appareils fixes ne pénè-
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- trent jamais dans le gabarit de chargement, et on conçoit qu’il doive en être ainsi, car, sans cela, les wagons qui précèdent le bureau ambulant, viendraient s’y heurter.
- Néanmoins, ces appareils, surtout le sac de dépêches à prendre, pourraient atteindre les mécaniciens ou les chauffeurs qui se pencheraient en dehors de leurs machines, ou bien les agents des trains qui seraient appelés à circuler sur les marchepieds , ou enfin les voyageurs qui mettraient la tête à la portière; et c’est pour ces raisons que les appareils fixes ne sont amenés à leur position de fonctionnement que quelques minutes avant le moment de l’échange.
- ! D’autre part, les appareils installés sur le wagon de la poste, et qui doivent atteindre les appareils fixes, dépassent nécessairement le gabarit. Tous ces appareils, et principalement le sac à laisser, pourraient occasionner des accidents aux agents du service de la voie ; c’est également pour ce motif que les appareils mobiles sont ramenés contre la paroi du véhicule, à l’état de repos.
- En outre, si les postes d’échange étaient placés en amont des stations, en cas de non-fonctionnement de l’appareil, le sac à laisser pourrait venir frapper des voyageurs sur les quais des gares : aussi a-t-il été décidé que ces postes seraient placés au delà des stations.
- Les appareils qui sont actuellement en service • au chemin de fer de l’Est, sur la ligne de Paris à Belfort fonctionnent chaque jour au train express (40)53, qui part de Paris à 8 h. 35 m. du matin. Ils n’effectuent un échange qu’à l’aller et seulement à la station de Pont-sur-Scine (Aube). Cette station
- est située au point kilométrique 118,952 et le poste d’échange a été installé au point kilométrique
- 119,652, c’est-à-dire à 700 mètres au delà de l’axe de cette gare. Les appareils mobiles ne sont, par conséquent, disposés pour l’action qu’entre la station et le poste d’échange. Par mesure de précaution, un poteau portant un disque barré de jaune et noir est placé au point kilométrique 119,575, soit à 57 mètres en avant des appareils fixes : ce poteau est destiné à attirer l’attention du mécanicien, du chauffeur et des agents du train. Puis une lisse formant barrière s’étend, sur l'accotement de la voie 1, sur une longueur de 560 mètres, soit 280 mètres en avant et autant au delà des appareils; à chaque extrémité de cette clôture, on a placé, pour attirer l’attention des agents, un poteau portant l’inscription suivante : « 11 est expressément
- défendu de circuler entre la voie et la petite clôture ». Enfin le bureau ambulant de la poste est attelé, au train (40)33, immédiatement derrière le fourgon de tête, afin que l’échange des dépêches soit terminé et que les appareils fixes aient repris la position du repos lorsque les voilures de voyageurs arrivent devant le poste d’échange, et il est, en outre, formellement interdit aux agents des trains de circuler sur les marchepieds des voitures entre Nogent-sur-Seine et Romilly, c’est - à -dire entre la gare qui précède et celle qui suit Pont-sur-Seine. Al. Laplaiche.
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- Fig. 1. — Appareil anglais pour laisser les dépêches.
- A. Arbre vertical. — B. Potence maintenue par un contrepoids.— Sac de dép'ches à laisser. — T. Tige en fer supportant le sac. — V. Paroi du bureau ambulant.
- . BL/\N/\CET'
- Fig. 2. — Appareil américain pour prendre les dépêches.
- B. Bras coudé. — H. Arbre horizontal. — M. Manette. — v. Verrou maintenant le bras dans la position du repos. — VV. Montants de la portière.
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- LA NATURE.
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- NOUVEAU SISMOGRAPHE
- POUR l’étudk des tremblements de terre
- Tous les sismographes, employés jusqu’à ce jour pour l’étude des tremblements de terre, offrent deux graves inconvénients : ils sont ou trop simples, et dans ce cas leurs indications n’ont aucune valeur ; ou trop compliqués, et alors leur prix élevé, la délicatesse de leurs organes, la difficulté de les monter et de les tenir en bon état, nuisent beaucoup à la généralisation de leur emploi.
- La sismologie ne pourra faire de sérieux progrès, qu’en ayant à sa disposition des données très certaines, et très nombreuses, sur les mouvements telluriques enregistrés en un grand nombre de points à la fois, par des instruments précis. Je me suis attaché à construire un appareil simple, capable d’enregistrer automatiquement les faits les plus nécessaires à connaître, dans les recherches scientifiques des mouvements du sol.
- Après de nombreux tâtonnements, je crois avoir réussi à résoudre ce problème délicat, car mon appareil, mis à l’épreuve de l’expérience, m’a donné des résultats satisfaisants ; je me suis décidé en conséquence à le soumettre à l’appréciation des hommes de science.
- Mon sismographe peut enregistrer : 1° les secousses verticales (subsuttoires) ; 2° les secousses horizontales (ondulatoires) ; 3° l’ordre dans lequel toutes les secousses se manifestent; 4° leur direction; 5° l’heure du premier mouvement.
- La gravure ci-dessus représente mon appareil. Les secousses horizontales sont indiquées par la partie'antérieure du système, les secousses v erticales par la partie postérieure.
- L’heure de la première secousse est indiquée de la
- manière suivante : la lame élastique d’acier G est fixée par une de ses extrémités à un support fixe d; lorsque, par suite du mouvement vertical, l’extrémité libre de la lame oscille, la petite, balle de plomb x tombe dans le tuyau c. Elle arrive au fond de ce tuyau, agit par son choc sur une cordelette i qui actionne le pendule d’une horloge, préalablement arrêtée à 12 heures.
- L’autre lame B est tout à fait semblable à celle que je viens de décrire ; seulement, au lieu de porter une balle, elle soutient un petit cylindre en métal w, posé en équilibre, de telle manière qu’une
- secousse verticale produite de bas en haut, le fait aussitôt tomber par devant, dans la moitié antérieure du tuyau de gauche ; une secousse verticale de haut en lias le fait tomber dans l’autre moitié1. Le cylindre «et la balle métallique a; sont réglés dans leurs positions au moyen de vis calées sur un support fixe.
- La partie de l’appareil destinée à enregistrer les mouvements horizontaux ou ondulatoires est constituée par quatre pendules verticaux zzzz; chacun d’eux ne peut se dévier que dans un sens, parce que, dans les autres sens, il s’appuie contre des colonnettes fixes.
- Les ondes telluriques, d’après les observations modernes, suivent presque invariablement dans chaque région deux directions qui se croisent à angle droit. Quand on a disposé le sismographe suivant ces directions, de quelque part que vienne la première secousse horizontale, un des quatre pendules se mettra en mouvement. Si, après la pre-
- 1 Cette indication n’est généralement pas fournie par les sismographes. Elle est très intéressante à connaître, parce que les tremblements de terre affectent l'un ou l’autre sens de mouvement vertical, selon la nature des causes qui les produisent, comme je l’ai démontré dans mon étude sur les tremblements de terre, publiée dans les Annales des sciences physiques et naturelles de Genève, t. X.
- Sismographe de M. Frédéric Cordenons.
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- LA NATURE.
- inière ondulation dans un sens, il s’en produit une autre dans un sens inverse, le pendule placé vis-à-vis du premier se mettra à son tour en mouvement ; et si d’autres ondulations se font sentir dans des directions diamétralement opposées, les autres pendules agiront à leur tour.
- Dans leurs mouvements les pendules entraînent leurs appendices eeee; ces pièces métalliques sont disposées de manière qu’elles tombent au milieu de la table de marbre ou de fer, les unes au-dessus des autres, et indiquent ainsi l’ordre suivant lequel les ondes telluriques se sont manifestées. La partie de l’appareil des secousses verticales a sa manivelle r qui va tomber à la meme place lorsque tombe la balle de plomb x.
- L’appareil peut tenir tout entier dans une caisse ; on doit, quand on veut l’employer, le monter dans une cave, tandis que l’horloge avec laquelle il est en relation peut être placée dans un des étages supérieurs de la maison. Frédéric Corde:no;ns.
- Pailoue, le 20 février 1885.
- NÉCROLOGIE
- J. A. Serret. — M. Serret, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes, a été frappé de mort instantanément, à Paris, dans les premiers jours du mois de mars. Il est tombé tout à coup sans connaissance au coin du boulevard Haussmann et de la rue de Provence; les soins les plus empressés qui lui ont été donnés, dans une pharmacie voisine, n’ont pu éviter le cruel dénouement de cette attaque.
- J. A. Serret, né à Paris le 30 août 1819, sortit, en 1840, de l’École polytechnique comme sous-lieutenant d’artillerie. Il quitta bientôt le service militaire pour s’adonner spécialement à l’étude des sciences. Nommé, en 1848, répétiteur d’admission pour l’École polytechnique, l’année suivante il suppléa, à la Sorbonne, M. Fran-cœur dans son cours d’algèbre supérieure. En 1856, Serret remplaçait Le Verrier dans son cours d’astronomie physique. Nommé professeur de mécanique céleste au Collège de France, le 14 juin 1801, il occupa bientôt celle de calcul différentiel et intégral. M. Serret, à qui l’on doit un grand nombre de travaux importants d’analyse mathématique, fut élu, en 1860, membre de l’Académie des sciences comme successeur de Poinsot et, en 1873, membre du Bureau des longitudes. L’éminent mathématicien était commandeur de la Légion d’honneur.
- Un crapaud attaqué par une araignée. — Un
- journalanglais(77ic Weckly Freeman, numéro du 21 février 1885) rapporte un curieux exemple de l’instinct (ou de la science) des animaux qui lui a été affirmé par un témoin oculaire et digne de foi. Se promenant dans un champ, cette personne vit une grosse araignée des prés, dont l’espèce passe pour très venimeuse, luttant contre un crapaud de taille ordinaire. Par un mouvement rapide, l’araignée s’élança sur le dos du crapaud et le mordit malgré les efforts de celui-ci qui essayait de la chasser
- avec ses pattes de devant. Le crapaud se dirigea immédiatement vers un pied de plantain qui se trouvait non loin de là et le mâcha, puis il revint vers l’araignée. La lutte continua avec les mêmes incidents et, chaque fois que le crapaud était mordu, il avait recours au plantain. Le spectateur, intrigué de ce manège, arracha le pied de plantain et attendit. 11 vit alors le crapaud, qui n’avait plus trouvé son remède après une nouvelle morsure, enfler rapidement, présenter les autres symptômes de l’empoisonnement et mourir au bout de peu de temps. Le journal anglais se demande avec raison si le plantain, qui produisait des effets si merveilleux sur le crapaud mordu par une araignée, n’en produirait pas d’analogue sur l’homme.
- L’éclairage électrique d’Edison en Amérique.
- — A la fin de 1884, il y avait 110 000 lampes Edison établies aux États-Unis, dont 75 000 daus des installations particulières et 5d 000 dépendant de stations centrales. Ces 110 000 lampes représentent une puissance de 14 000 chevaux-vapeur. A New-York, il y a 600 abonnés faisant usage de 13 000 lampes alimentées par une station centrale unique, qui fonctionne depuis deux ans jour et nuit. Les demandes sont supérieures à la puissance de l’usine centrale, puisque 100 abonnés attendent leur tour et ne sont pas desservis. Ces quelques chiffres se passent de tout commentaire, et a fortiori de toute comparaison.
- Chaleur dégagée par la combustion du pétrole. — En général, toutes les huiles de pétrole dont le point d’ébullition est inférieur à 280° centigrades, paraissent fournir, à poids égal, une fois et demie à deux fois autant de chaleur que les houilles de meilleure qualité. La chaleur de combustion moyenne est d’environ 10 000 calories. L'huile lourde des usines à gaz dont la densité est de 1,044 produit 8916 calories par kilogramme et vaporise 12,77 kilogrammes d’eau. D’après M. Sainte-Claire Deville, le pouvoir calorique théorique résultant de la somme des quantités de chaleur de combustion des éléments est sensiblement exact, bien que représentant toujours un maximum.
- Balayeuse William Mardi. — Les balayeuses à brosses tournantes, qui fonctionnent sur la voie publique, rejettent généralement la poussière ou la boue sur le côté de la rue. M. William March, de Londres, a inventé derf nièrement un appareil basé sur un principe différent. La brosse tournante rejette la boue sur un plan incliné* De là elle tombe dans une auge où une chaîne à godets la reprend, pour la renvoyer dans un tombereau placé en avant de la balayeuse. La balayeuse peut être attelée au tombereau, ou bien être installée directement sur un prolongement du châssis du tombereau, de manière à réufcir les deux appareils en un seul. (Chronique industrielle.)
- CORRESPONDANCE
- LE CHAPEAU PHOTOGRAPHIQUE.
- Paris, le 9 mars 1885.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans votre numéro du 7 mars, sous le titre Récréations photographiques (p.225) article signé « Léon Duinuvs », je lis la description d’un chapeau photographique imaginaire et non irréalisable qui pourrait séduire quelque ingénieux constructeur.
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- LA NATURE.
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- Permettez-rrioi de vous faire savoir que le chapeau photographique existe bel et bien depuis longtemps et fonctionne admirablement à la joie de tous ceux qui en font usage.
- En effet, à la date du 18 août 1884 je prenais un brevet pour l’exploitation d’un chapeau photographique dont je suis le seul inventeur. Dans la réunion du 7 novembre 1884, tenue par la Société française de photographie, j’ai eu l’honneur, par l’intermédiaire de M. Léon Vidal, de présenter ledit chapeau comme vous pouvez vous en rendre compte en consultant le Bulletin de celte société.
- On peut voir le chapeau photographique en montre chez M.Briol, chapelier, rue du Quatre-Septembre, 14, à Paris.
- Je compte, monsieur le Rédacteur, sur votre impartialité pour prévenir par la voie de votre journal ceux qui seraient tentés, après la lecture du spirituel article de M.Léon Dumuys, de s’abstenir de fabriquer une invention brevetée depuis huit mois. Mauco-Mendoza.
- 47, rue de Cléry, à Paris-
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 mars 1885. — Présidence de M. Bouleï.
- M. Serret. — On sait déjà la nouvelle perte éprouvée par l’Académie : M. Serret, membre de la section de géométrie, est mort subitement le 2 mars dernier. Sur l’invitation du Président, M. Jordan lit une notice sur le défunt.
- Le Simœdosaure. — Par l’intermédiaire de M. Gaüdry, le laborieux paléontologiste de Reims, M. le docteur Lemoine, adresse un travail intitulé : Sur les analogies et les différences du genre Simœdosaure de la faune Cer-naysienne avec le genre Champsosaure d'Erheline. La lecture attentive du travail de M. Dollo, dont nous avons rendu compte, conduit l’auteur à séparer génériquement les deux reptiles dont il s’agit. Parmi les pièces figurées par M. Dollo, aucune n’est complètement semblable à celle du type rémois, et parfois les différences sont fort accentuées. « M. Dollo, m’écrit M. Lemoine, n’ayant pas conclu, ce qui paraissait pourtant bien naturel, des divergences si accentuées de nos descriptions et de nos figures, qu’il devait y avoir des différences dans nos matériaux de travail, est arrivé à nier purement et simplement la valeur de certaines de mes pièces ; et, ce qu’il y a de plus singulier, c'est parfois le résultat bien inattendu de ses critiques. Au sujet de l’omoplate que je décris, il déclare que : « M. Lemoine n’a pas connu l’omoplate, car l’os « qu’il vous décrit et figure n’a rien à faire avec l’élé— « ment précité de la ceinture scapulaire. » Or, cette omoplate incriminée porte, on ne peut mieux exprimée, la fossette claviculaire décrite par M. Dollo, et cet os donne par conséquent la confirmation d’un fait nouveau reconnu par le savant du musée de Bruxelles, à savoir l’existence de deux clavicules et d’une inlerclavicule que je n’avais pas encore rencontrées. » En somme, le savant travail de M. Dollo, malgré les divergences dont il s’agit, vient confirmer, d’une façon générale, la description d’un type reptilien complètement ignoré avant les recherches de M. le docteur Lemoine.
- La galerie de paléontologie. — M. le professeur Gau-dry annonce l’installation au Muséum, dans la cour de la baleine, d’une salle provisoire où sont exposés au public
- I les squelettes d’un grand nombre d’animaux fossiles. Malgré l’exiguïté du nouveau local, le rassemblement de ces vestiges est une nouveauté pour notre pays capable d’intéresser non seulement les savants, mais les philosophes. Autour du gigantesque squelette d’un mégathérium, sont rangés le célèbre éléphant de Durfort, le mastodonte de Sanson, le megaceros d’Islande, d’énormes tortues de Madagascar, des ichtyosaures, le palœotherium de Yitrv, une série de dinornis, etc. La Nature commence à pu-l blier dès aujourd’hui une notice illustrée sur ces accroissements récents de notre grande collection nationale.
- Election. — La section d’astronomie ayant à pourvoir à la place de correspondant vacante par suite du décès de M. Plantamour, 58 suffrages désignent M. Wolf (de Zurich). 5 voix se portent sur M. Gill (de Cape Town).
- Varia. — M. Phillips lit un long Rapport sur un mémoire de M. Léauté sur les oscillations à longues périodes des régulateurs dans les machines actionnées par les moteurs hydrauliques, et sur les moyens d’empêcher ces oscillations. — L’action du chlorure d’aluminium sur les carbures d’hydrogène occupe MM. Fridel et Craft. — M. Pelât traite de la détermination du potentiel de l’air; il applique la différence de potentiel entre les métaux et les gaz chauds à la construction d’une pile nouvelle. — Une méthode nouvelle permet à M. Demarsay de séparer le tantale du zirconium et du niobium. — Des bruits souterrains s’étant fait entendre dans un îlot de la mer des Caraïbes le 26 juillet 1884, M. le docteur Forel (de Murges) se demande s’il n’y faut pas voir malgré la distance un contrecoup de l’explosion du Krakatau. — D’r.près M. de Rossi, il existe actuellement en Italie vingt-huit observatoires consacrés à l’étude des tremblements de terre. Tous les dix jours depuis un mois paraît un bulletin qui donne pour chaque instant l’état du mouvement du sol. Stanislas Meunieii
- --eK>o-
- LE PROJET DE DINOCRATÈS
- Vitruve rapporte que l’architeete Dinocratès proposa à Alexandre le Grand de tailler le mont Allios de façon a lui donner la forme d’un homme qui, d’une main, soutiendrait une ville entière et de l’autre porterait une coupe recevant toutes les eaux de la montagne d’où elles s’épancheraient dans la mer.
- Alexandre, charmé de cette idée, lui demanda si cette ville était entourée de campagnes capables de l’approvisionner des blés nécessaires à sa subsistance. Ayant reconnu que les approvisionnements ne pouvaient se faire que par mer, Alexandre lui dit : « Dinocratès, je conviens de la beauté de votre projet ; il me plaît, mais je crois que celui qui s’aviserait d’établir une colonie dans le lieu que vous proposez courrait risque d’être taxé d’imprévoyance ; car de même qu’un enfant, sans le lait d’une nourrice, ne peut ni se nourrir ni ^ développer, de même une ville ne peut s’agrandir sans campagnes fertiles, avoir une nombreuse population sans vivres abondants, faire subsister ses habitants sans de riches récoltes. Aussi, tout en donnant mon approba-j tion à l’originalité de votre plan, je dois vous
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- LA NATURE.
- Fig, 1 — Le paysage du Père Kircher.
- dire que je désapprouve le lieu que vous avez | Montalte, à Rome. Plus tard des peintres perfec-choisi pour le mettre à exécution, mais je désire que vous demeuriez auprès de moi, parce que j’aurai besoin de vos services. »
- Ce projet gigantesque avait sans doute été suggéré à l’architecte macédonien par les formes singulières qu’affectent certaines montagnes. Il n’est point rare , en effet, de voir se dessiner sur le ciel des profils humains, et ce phénomène se produit surtout dans les pays où des plissements calcaires ont été hrisés de manière à donner naissance à de profondes vallées perpendiculaires à la direction de la chaîne.
- Si l’on regarde obliquement et d’en bas la tranche de ces plissements, on les voit s’étager les uns sur les autres de manière à représenter des figures qui rappellent un profil humain. On en a un exemple dans les escarpements du massif de Lans vus de Grenoble.
- Au dix-septième siècle, le père Kircher, si curieux de toutes les singularités, eut l’idée de reprendre en petit le projet de Dinocratès et il composa le paysage qu’on voit dans la figure 1 ; le dessin en resta longtemps gravé sur une plaque de marbre scellée dans le mur du jardin du cardinal
- Fig. 2. — Autre paysage à visage humain.
- tionnèrent et varièrent son projet ainsi que le montrent les figures 2 et 5. En regardant de côté ces gravures, on voit qu’elles prennent l’aspect d’un profil humain. La figure 2 représente une vieille femme, et la figure 5 un homme dont les buissons du paysage forment la barbe et les cheveux.
- Je ne crois pas que ces conceptions aient jamais été réalisées , bien que Héron, dans son traité de la Dioptre *, et plus tard le père Scott dans sa Magie p arastatique, aient décrit des instruments permettant de faire le tracé nécessaire pour qu’un terrain présente un aspect donné d’un point donné.
- Ces instruments se composent essentiellement d’un gabarit ou châssis transparent vertical sur lequel est dessinée la projection verticale du paysage que l’on veut obtenir. A. R.
- Fig. 3. — Variante d’une composition analogue. (Pour voir le profil humain, regardez ces paysages de côte ; à gauche, pour les figures 1 et 2; à di'oite, pour la figure 3.
- 1 Le texte de ce traité et sa traduction française par
- M. Vincent ont été publiés en 1858 dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissasdier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 616. — 21 MARS 1885.
- LA NATURE.
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- ANESTHÉSIE
- l'AR LES MÉLANGES TITRÉS DE CHLOROFORME ET d’AIR
- Méthode de M. Paul DERT
- (Suite et (in. — Voy. j>. 194.)
- C’est dans le service de M. le Dr l’éan, qu’ont été laites les premières opérations sur l’homme par la méthode de M. Paul Bert ; plus de 200 opérations les plus diverses parleur nature et leur gravité, par l’âge, et le tempérament des opérés, ont été pratiquées avec succès. D’autres chirurgiens,
- MM. Lahbé et Lannclongue, à Paris, et plus récemment M.
- Duploüy, à Ro-ehefort, ont commencé des essais satisfaisants.
- M. Paul Bert se servait d’abord de deux gazomètres qui jouaient alternativement, l’un se vidant pendant que l’autre se remplissait d’air. Cet air vaporisait en passant la quantité de chloroforme nécessaire pour le titrage dose voulue.
- C’est là un appareil commode dans le laboratoire, mais qui, pour la pratique chirurgicale, présente le double inconvénient d’être volumineux et peu transportable, et de ne pas se prêter facilement aux modifications de titrage. De plus, la dose est mesurée par un aide, et l’intervention de l’homme est un danger, car elle peut amener une cause d’erreur. Or, rien ne serait plus redoutable que l’emploi continu d’un mélange trop riche en chloroforme.
- M. Paul Bert demanda à divers fabricants de construire un appareil qui répondît aux conditions que nous allons énumérer successivement.
- 13* innée. — l*r umeitrt.
- 1° Être peu encombrant, peu fragile, d’un maniement simple ;
- 2° Préparer automatiquement le dosage du mélange ;
- 3° Permettre de changer aisément la dose ;
- 4° N’avoir aucune soupape; o° Être disposé de telle sorte qu aucun accident ne puisse introduire une dose de chloroforme trop forte.
- L’appareil imaginé par le Dr Raphaël Dubois et construit par M. latin, réalise parfaitement ces desiderata. La figure ci-contre donne idée de son maniement.
- 11 consiste en un cylindre de 20 litres dont le piston est mis en jeu par une roue, une bielle et une manivelle. Chaque fois que le piston, arrivé au terme de sa course, recommence à chasser les 20 litres d’air préalablement titrés, qui sont au-dessusou au-dessous de lui, les organes' qui le meuvent font alternativement baisser puis remonter un petit godet gradué avec le plus grand soin. Ce godet puise en bas le chloroforme dans un flacon ouvert et le déverse en haut dans un entonnoir par où est précisément appelé l’air qui doit remplir le cylindre. Cet air vaporise le chloroforme et le dosage est fait.
- La machine pousse donc d'une manière continue le mélange titré. Un masque de métal, avec un bord flottant de caoutchouc, est appliqué sur la figure du patient, qui respire ainsi dans un courant d’air chloroformé amené par un tuyau de caoutchouc. L’air s’en va par un orifice du masque ; il n’v a aucune soupape. Le débit de l’appareil est suffisant pour faire face aux respirations les plus actives.
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- Appareil <iu D* Dubois pour l’anesthésie par les mélanges titrés. Méthode de M. Paul Bert.
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- LA NATURE.
- Quand il s’agit d’opérations sur la face ou dans la bouche, on commence par bien endormir le malade ; puis on remplace le masque par un tuyau métallique qui va jusqu’à l’arrière-bouche. On peut ainsi continuer indéfiniment l’anesthésie pendant l’opération, chose à peu près impossible avec la compresse.
- Une manœuvre des plus simples permet de changer le godet à chloroforme. M. Paul Bert anesthésie ses malades, quels qu’ils soient, avec un mélange de 1Ü grammes de chloroforme vaporisés dans 100 litres d’air. L’anesthésie est alors obtenue en 7 ou 8 minutes au plus. Quand elle est complète, on remplace le godet à 10 par un godet à 8. Si l’opération dure plus d’une demi-heure, on abaisse la dose, et on entretient avec le godet à 6.
- Tel est cet appareil qui, nous en sommes persuadé, aura bientôt sa place dans l’arsenal de tous les chirurgiens. Dr Z...
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Transport de la force par l'électricité et ses applications industrielles, par Edouard Japing, traduit par Ch. Bave, avec notes et supplément, par Marcel Deprez 1 vol. in-18 avec figures. — Paris, Bernard Tignol, 1885. Prix, 5 fr.
- L'Êlectrolyse, la Galvanoplastie et l'Electrométallurgie, par Ed. Japing. Édition française par Ch. Baye, revue par G. Fournier. 1 vol. in-18 avec 46 figures. — Paris, Bernard Tignol, 1885. Prix, 4 fr.
- Les Lampes électriques et leurs accessoires, par P. D’Ur-banitsky, traduit par G. Fournier. 1 vol. in-18 avec 96 figures. — Paris, Bernard Tignol, 1885. Prix, 4 fr.
- Le Téléphone, le microphone et le radiophone, par Th. Swartze. Édition française par G. Fournier. 1 vol. in-18 avec 119 figures. — Paris, Bernard Tignol, 1885. Prix, 4 fr.
- Le Corps humain, anatomie et physiologie populaires, par le Dr Léon Frédéricq. 1 vol. in-18. — Bruxelles, Lebègue et Cie.
- Annuaire de l'Académie royale de Belgique, 51e année, 1885. 1 vol. in-18. — Bruxelles, F. Hayez, 1885.
- L’EXCURSION GÉOLOGIQUE PUBLIQUE
- DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DANS LE BOULONNAIS ET EN ANGLETERRE
- L’excursion géologique de fin d’année que j’ai dirigée en 1884 pour le Muséum avait pour but principal de parcourir successivement les deux rivages, français et anglais, de la Manche, afin d’examiner sur place les conditions de l’ouverture du Canal et de fixer la date géologique à laquelle remonte la séparation entre l’Angleterre et le continent. Le
- i sujet comprenait donc, outre un examen stratigra-phique et une ample récolte de fossiles, une question de doctrine : deux écoles adverses, celle des cataclysmes et celle des causes actuelles, ayant fourni chacune son hypothèse sur le problème dont il s’agit. Disons tout de suite que l’opinion générale à la fin de l’excursion fut que le phénomène s’est prolongé pendant une période immense, que sa terminaison a eu lieu dans les temps quaternaires, et que son développement ne suppose aucune action différente de celles que nous avons quotidiennement en fonctionnement sous les yeux.
- Dans la partie visitée du Boulonnais, on rencontre des formations géologiques appartenant les unes à la catégorie des terrains primaires (devonien et carbonifère), d’autres à celles des terrains secondaires (jurassique et crétacé).
- C’est en présence de couches jurassiques que les excursionnistes se trouvèrent tout d’abord. La gare de Marquise-Rinxent est assise sur un calcaire exploité activement pour les constructions et que recommandent aux collectionneurs les nombreux fossiles qu’il renferme.
- On est là dans le terrain qu’Alcide d'Orbigny, à la suite de d’Omalius, a nommé bathonien et qui fait partie du jurassique inférieur. Ce calcaire, connu pratiquement sous le nom de pierre de Marquise, est souvent très oolithique, il repose sur des strates marneuses donnant par la cuisson des chaux d’excellentes qualités.
- A Hydrequent, en pleine vallée Heureuse, le terrain jurassique présente cet intérêt très vif d’avoir, pour support immédiat, des bancs d’un marbre datant des temps carbonifères et qui est très activement et très fructueusement exploité dans de nombreuses carrières de dimensions considérables. Il faut, du reste, reconnaître que les travaux d’extraction n’ont pas toujours leur importance actuelle : celle-ci tient avant tout à la construction du port en eau profonde et de la magnifique digue qui fera de Boulogne, sur une échelle réduite, un vrai Cherbourg du commerce. Nous en profitons pour observer maintes particularités géologiques ordinairement cachées et c’est ce que montrent très bien les dessins ci-joints (fig. 1 et 2), faits d’après une photographie prise comme beaucoup d’autres par l’un de nos compagnons, M. H. Boursault. A peu de distance du point représenté et dans les mêmes couches s’ouvrent des cavernes qu’il y aurait lieu d’explorer complètement.
- Notre récolte à Hydrequent fut très fructueuse. Après notre visite aux scieries de marbre, l’ingénieur, M. Fayod, nous donna une nombreuse collection de presse-papiers fort variés. Il en fut de même à Ferques où nous reçûmes du directeur, M. Floucaud, l’accueil Je plus empressé. Le calcaire devonien des environs nous donne beaucoup de polypiers et de braehiopodes, par exemple, des Spirige-rina.
- A Wimille, on recueillit, à la partie la plus supé-
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- rieure du terrain portlandien, des débris osseux provenant de reptiles. Ceux-ci, étudiés par divers géologues au premier rang desquels il convient de citer notre savant, collaborateur M. le docteur Sauvage, actuellement directeur du Musée d’histoire naturelle de Boulogne, se sont montrés très variés. Un fémur de lm,60 de longueur témoigne de l’existence d’animaux gigantesques. Les couches où on les trouve paraissent, d’après les fossiles qu’on y rencontre, s’être déposées dans l’eau douce et non pas dans la mer; elle ressemblent au terrain des environs de Purbeck et passent d’une manière presque insensible aux formations, lacustres aussi, par lesquelles débute le terrain crétacé. Nous devons y signaler des rognons de minerai de fer qui, pendant un temps, furent exploités avec activité.
- Nous traversons le village de Wimille, et, après avoir salué près de l’église la tombe de Pilàtre du Rozier et de Romain, nous retrouvons au bord de la mer, à Yimcreux,de puissantes assises jurassiques largement entaillées.
- De l'embouchure du Vimereux à Boulogne, c’est-à-dire sur 4 kilomètres environ, la falaise montre une série de couches plongeant nettement vers le nord-est et qui, à mesure qu’on avance, sont de plus en plus anciennes.
- Tout d’abord on- foule aux pieds les grès à minerais de fer crétacés dont nous venons de parler, et, dans un point, ils fournissent des Unios ou moules d’eau douce. Bientôt apparaissent les assises les plus élevées du portlandien, et parmi elles une couche bien intéressante dont on doit une étude à M. Rupert Jones. C’est une roche grenue, oolithique presque, dont chaque grain, gros d’un millimètre environ, consiste en un petit crustacé fossile, le Cythere boloniensis; avec ces ostracodes on recueille en abondance une petite coquille bivalve, Y Astarte socialis, et beaucoup d’autres vestiges organiques d’un haut intérêt. Successivement, nous traversons ainsi le portlandien proprement dit, puis le portlandien français ou bolonien, enfin le kimmeridgicn, prodigieusement riche au point de vue paléontolo-gique. Nous y recueillons par exemple en abondance le Trigonia gibbosa.
- On trouve un complément des plus précieux à l'élude de la falaise que nous venons de parcourir dans celle qui sépare Sangatte de Wissant : elle n’est plus jurassique, mais crétacée, et lui fait suite sans lacune. A Sangatte, les marteaux ont à faire. En premier lieu se présente au regard une plage soulevée et une tourbière émergée seulement à marée basse. La première consiste en une épaisse nappe de galets siliceux, ovoïdes, qui seraient identiques à ceux que roule la mer, si des infiltrations ferrugineuses ne les avaient recouverts d’une patine ocracée. Naturellement, ce pigment n’a pu pénétrer aux points de contact des galets et il est resté des taches blanches obtenues en réserve, comme diraient des teinturiers, et qui donnent aux pierres, pour des observateurs superficiels, une certaine res-
- semblance avec les galets impressionnés. La tourbière est curieuse à plus d’un titre et, par exemple, par les vestiges humains qu’elle a fournis et qui se rapportent à une époque fort ancienne. Les plus visibles sont des puits verticaux cylindriques, destinés évidemment à aller chercher l’eau douce retenue par la glaise sous-jacente à la tourbe. Aujourd’hui la mer a tout envahi et les puits sont pleins de galels. Quand on les vide on trouve, au fond, des poteries et des objets métalliques qui ne laissent aucun doute sur leur antiquité. La tourbe est toute pleine d’ossements très bien conservés de différents mammifères parfois de fort grande taille.
- En quelques pas on parvient d’ailleurs auprès d’un autre témoin non moins éloquent des déplacements verticaux subis par le sol de la région durant la dernière période géologique. U s’agit d’une vraie falaise fossile datant des temps quaternaires. A plusieurs mètres au-dessus des plus hautes mers on voit, sous un épais manteau de matériaux diluviens, se dessiner le profil d’une falaise dont le pied repose sur une plage de galets et qui, n’était son altitude, ne pourrait être distinguée par aucun caractère important de la falaise d’aujourd’hui.
- La conclusion, dont il sera tiré grand parti pour l’explication même du Détroit, est que le sol de cette région a subi à diverses reprises des mouvements plus ou moins étendus dans le sens vertical.
- On parvient bientôt, en suivant le rivage, sous les escarpements de 160 mètres de hauteur du grand Blanc-Nez (fig.3). La coupe est à la fois des plus imposantes et des plus instructives ; tout en haut, sous la terre végétale extrêmement mince, se montre la craie blanche éclatante au soleil, riche en fossiles variés, dont plusieurs rappellent ceux des carrières de Meu-don. Vers la moitié de l’escarpement, brusquement, la roche devient grise, marneuse et la ligne de contact, faiblement inclinée vers le nord-est, est rendue extrêmement visible grâce à une circonstance toute particulière. 11 s’agit du contraste de la craie marneuse dite craie de Rouen et de la craie blanche au point de vue de leur perméabilité aux eaux. L’eau filtrée par la craie blanche, est subitement arrêtée par la surlace marneuse, et comme celle-ci est tout à coup tranchée par la muraille de la falaise, on y voit la nappe d’eau souterraine y devenir une cascade limpide tombant dans la mer ou sur le galet, suivant l’heure de la marée. Cette disposition, dont la vue en dit plus que tout un volume sur la perméabilité relative des roches et sur les niveaux aquifères, persiste sur plus d’un kilomètre.
- Peu à peu on parvient devant le Cran d’Escalles, ravin profond qui interrompt la falaise, et l’on remarque en même temps la couleur nouvelle des roches qui affleurent. C’est encore une variété de craie, mais toute pénétrée d’une matière verte à base de fer qu’on appelle souvent glauconie et qui se rattache sans doute à la grande catégorie des minéraux chloritiques. Bientôt la roche devient de plus en plus compacte et même complètement argileuse ;
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- émaillée de nodules tuberculeux très durs, elle revêt les caractères classiques du gault.
- Le gault est une formation singulière. Malgré sa faible épaisseur, il joue un rôle de première importance comme repère géologique, coupant la longue série des couches crétacées en deux groupes parfaitement distincts : Au-dessous le terrain néocomien et le terrain aptien n’ont rien, minéralogiquement, qui les distingue ; au-dessus, au contraire, toutes les assises sont crayeuses : craie verte, craie grise, craie blanche, et le terrain crétacé ne mérite réellement son nom qu’à partir du gault.
- À un autre point de vue, le gault, en déterminant l’accumulation des eaux souterraines, possède une importance pratique très grande : il suffit de rappeler que les puits artésiens de Grenelle et de Passy apportent à la surface l’eau qui imprègne, à plus de 500 mètres sous Paris, les sables du gault. De même, pour l’agriculteur, le gault se recommande très spécialement par sa grande richesse en nodules, formés surtout de phosphate de chaux et constituant par conséquent un engrais des plus précieux. Berthier découvrit ces rognons vers le haut du cap de la ïlève.
- Depuis lors ils ont été retrouvés, entre autres par M. de Molon, dans un grand nombre de pays : ils contribuent à la richesse du département du Pas-de-Calais.
- Enlin, pour le paléontologiste , le gault est une mine de fossiles variés. A Saint-Pol, où les géologues parisiens le rencontrèrent, il est vraiment en certains points tout pétri de coquilles, et par exemple d'Inoceramus sulcatus.
- Les études sur le littoral français étant considérées comme suffisantes, nous traversâmes le Canal pour étudier en Angleterre les couches correspondantes aux nôtres. Toutefois, il fallait commencer par visiter à Londres des collections géologiques propres à préciser le champ stratigraphique à parcourir. Le merveilleux Natural Il is tory Muséum à South Kensinglon et le Muséum of practical geology dans Jermiyn Street furent spécialement étudiés. Dans ce dernier Musée nous reçûmes des directeurs, M. Rudler et M. Topley, un accueil dont je les remercie vivement.
- Pour tout amateur d’histoire naturelle, le Muséum
- de Ivensington est une merveille sans pareille. C’es1 dans un luxe absolument palatial que s’y étalent les os et les coquilles fossiles, les roches et les minéraux. Dès qu’on a dépassé le vestibule de l’immense construction, dont le goût architectonique peut être contesté, mais qui possède ces qualités maîtresses d’un bon local à collections : place et lumière, — on se trouve dans une halle gigantesque dans laquelle s’ouvre, à droite, la galerie de paléontologie. Un seul coup d’œil vous met en présence d’une nombreuse série de grands vertébrés dont chacun trône dans une vitrine spéciale. C'est là qu’on peut successivement admirer le cerf aux bois gigantesques dont la ramure a plus de 2 mètres de largeur, le glyptodon à la cuirasse impénétrable, le kan-guroo colossal du pliocène d’Australie, dont le crâne mesure plus d’un mètre de long; le célèbre échantillon d’oiseau à dents de Solen-hofen, Y Archœopteryx, payé toute une fortune et dont les Musées du monde entier sont heureux de posséder des reproductions en plâtre ; le dinornis à pieds d’éléphants, oiseau sans ailes, originaire de la Nouvelle-Zélande et haut de plus de 5 mètres ; des reptiles variés : rharn-phorhynchus, ptérodactyles, plésiosaures, ichthyosaures, etc.
- Un des plus vifs désirs des excursionnistes parisiens était de voir en place 1 argile de Londres, le London clay, qui est à la capitale d’outrc-Manchc ce que la terre glaise est à Vaugirard, c’est-à-dire à Paris. Le développement chaque jour plus grand des constructions autour de Londres rend de plus en plus difficile, d’y trouver des excavations propres aux études géologiques. Par fortune, nous tombâmes à Harsey Rise, près Islington, sur un chantier où une maison se composait des briques que l’on cuisait sur place. Le sol entaillé de 2 mètres de profondeur montrait l’argile avec tous ses caractères et spécialement avec les nodules de marnolite, les clay-stones (pierres d’argile), comme disent les Anglais.
- Ces rognons, qui n’ont pas leurs analogues à Vau-girard, fournissent de bons échantillons de géodes calcaires admirablement cristallisées et des lossiles d’eau douce où dominent les paludines.
- De Londres à IJastings le trajet en chemin de fer
- Fig 1. — Carrière d'IIydrequent (Pas-de-Cuiais). Les grosses strates inférieures consistent en calcaire carbonifère: les couches du haut sont de la grande oolithe. (D'après une photographie de M. Henri Boursault.)
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- n’est pas long. Partie au petit jour, la caravane néaire » de l’Angleterre, selon le verdict du high-arriva pour déjeuner dans la « seconde station bal- life. Elle délaissa d’ailleurs presque complètement
- Hg, 2,— Falaise de Boulogne, à la pointe de la Crèche. Tout le terrain situé à la gauche de la maison consiste en portlandiea; les couches de la droite, fortement ondulées, sont du kirameridgien. (D’après une photographie de M. Henri Boursault.)
- ce qui d’ordinaire attire l’étranger : l’interminable I jetée en fer qui, si audacieusement, met un casino terrasse qui joint Hastings à Saint-Léonard, et la | en pleine mer et gravit les hautes falaises qui, vers
- Fig. 3. — Vue_de la mer du haut des falaises du Blanc-Nez (Pas-de-Calais.) D’après nature.
- l'est, se dirigent sur Fairligbt, pour ne s’arrêter qu’au Lovcr’s Seat, rocher des plus pittoresques à
- plus de 100 mètres au-dessus des flots.
- Vu d’en bas, l’escarpement présente deux ensem
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- blés nettement séparés de couches superposées : marnes en lits inclinés faisant le soubassement de calcaires en bancs horizontaux. Le tout est du crétacé le plus ancien, du weald, déjà si bien étudié aux environs de Boulogne. Memes roches ici qu’en France, mêmes minéraux accidentels, mêmes fossiles, mêmes amas de lignite. Conclusion qui s’impose : évidence de la conformité des couches du weald des deux côtés du détroit et de leur continuité originelle.
- A Folkestone, même notion pour les assises du gault, qui, examinés à Copt-Point, fournirent aux géologues des fossiles identiques à ceux qu’ils avaient collectionnés à Saint-Pol. A Douvres, même résultat encore, relativement aux terrains de craie grise et de craie blanche, identiques à tous égards à ceux du Blanc-Nez.
- De telle façon qu’au retour, pendant la traversée, à mesure que la côte anglaise s’effaçait et que le rivage de France devenait de plus en plus net, chacun des membres de l’expédition se figurait aisément le phénomène par lequel le canal de la Manche s’est ouvert.
- On sait tout d’abord que la preuve a été faite, et de plusieurs manières, de l’ancienne jonction de la France avec l’Angleterre ; il résulte aussi des travaux des géologues que la rupture a traversé des vicissitudes nombreuses. D’après M. Hébert, il existait jusqu’à la fin des temps jurassiques un golfe anglo-parisien fermé au sud, et des deux côtés duquel la France et l’Angleterre étaient réunies par deux isthmes. Entre Calais et Douvres, l’isthme était formé de roches devoniennes et carbonifères; entre le Cotentin et le Cornwall, il était de nature granitique : le premier relativement étroit et peu dur ; l’autre énorme et prodigieusement résistant. Cependant l’auteur ne fait aucune difficulté d’admettre que le premier a disparu à la suite d’un simple affaissement du sol, tandis qu’il se croit forcé, à l’égard du second, d’invoquer des causes extraordinaires : « Faut-il voir, dit-il, dans les phénomènes volcaniques de la région rhénane la cause, ou du moins un fait concomitant, de cette rupture et en même temps du soulèvement si considérable du nord de la France? Je ne vois rien qui s’y oppose, et certainement dans ce cas on se rendra aisément compte de la formation de nos falaises si escarpées. » Au premier abord on pourra s’étonner d’une semblable disproportion. Elle tient avant tout à un véritable préjugé qui, dans l’esprit de la plupart des géologues, règne à l’égard de la période quaternaire. Ici moins qu’ailleurs elle est justifiée; car il suffit d’ouvrir les yeux pour voir à l’œuvre, continuant le phénomène, les causes mêmes qui ont donné naissance au Détroit. Qui, sur les côtes de la Manche, n’a été frappé de l’énergie avec laquelle la mer démolit ses falaises? Surtout par les gros temps, l’action destructive est vraiment imposante. Les flots qui déferlent lancent sur la muraille crayeuse les galets siliceux accumulés à son pied,
- et, sous leur effort, des placages entiers s’écroulent sur 100 mètres de hauteur. On admet que la Manche gagne ainsi sur chaque côte un mètre par année.
- Quant aux produits de la démolition, ils consistent, d’une part, en gros galets et en sables qui s’amassent le long du littoral, et, d’autre part, en limons plus ou moins fins qui, entraînés par les courants, vont se stratifier dans les fonds suffisamment calmes.
- La marche progressive de la séparation de l'Angleterre et du continent est attestée par la profondeur relative des divers points du Canal. Ainsi que Desmarets déjà l’avait reconnu, si l’on fait une coupe en long du détroit, on s’aperçoit que le fond a la lorme d’un dos d’àne dont la convexité est précisément dirigée de Douvres à Calais, et dont les pentes plongent avec la même rapidité, l’une vers la mer du Nord, l’autre vers l’Atlantique.
- Stanislas Meunier.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- a l’observatoire de paris
- L’Exposition d’électricité organisée à l’Observatoire par la Société internationale des électriciens et par M. l’amiral Mouchez, ouvrira définitivement le dimanche 22 mars; elle se prolongera jusqu’au dimanche suivant 29 mars. On est admis à visiter cette exposition sur la présentation de cartes délivrées par les membres de la Société des électriciens, tous les jours de midi à 6 heures, et tous les soirs de 8 heures à 11 heures.
- L’Exposition, qui promet d’être des plus intéressantes, compte plus de 120 exposants, représentant toutes les branches de l’activité électrique. L’éclairage des salles et des abords de l’Observatoire se composera de 500 lampes à incandescence et 50 lampes à arc. Pendant toute la durée de l’Exposition, il sera fait une série de douze conférences dont voici la liste exacte et complète :
- Dimanche 22 mars, 9 heures : Application de l'électricité aux observations astronomiques, M. C. Wolf.
- Lundi 25 mars, 8 heures ec demie : Téléphonie, M. L. Maiche. — A 9 heures et demie : De l'induction téléphonique, M. C. Elsasser.
- Mardi 24 mars, 9 heures : Les phares électriques, M. A. de Méritens.
- Mercredi 25 mars, 8 heures et demie : Accumulation et transformations -de l'électricité voltaïque, M.P. Samuel; Expériences de M. G. Planté. —A 9 heures et demie : Applications de l’électricité à l’art militaire, M. le Roux.
- Jeudi 26 mars, 9 heures : Applications de T électricité à la médecine, M. le Dr Boudet de Paris.
- Vendredi 27 mars, 8 heures et demie : Appareils de mesures galvanométriques, M. G. Lippmann. — A 9 heures et demie : Applications de l’électricité aux chemins de fer, M. P. Jousselin.
- Samedi 28 mars, 9 heures : Le transport électrique en vue des distributions automatiques sous les diverses formes de l'énergie, M. G. Cabanellas.
- Dimanche 29 mars, 5 heures : Applications de l’électricité à la prévision du temps, M. le Dr Marié-Davy. — A 9 heures, Télégraphie, M. E. Baudot.
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- L’INSTALLATION MÉCANIQUE
- DE M. MARGUERY, RESTAURATEUR, A PARIS
- Les grands restaurants de Paris, qui nourrissent des centaines et parfois même plus d’un millier de personnes par jour, deviennent de véritables usines, où la cuisine se confectionne en grand et où la cave prend les proportions d’une exploitation industrielle. On conçoit que les procédés mécaniques conviennent parfaitement à l’outillage du restaurateur, mais il fallait, à cet effet, combiner des dispositions spéciales, créer des machines nouvelles, et M. Mar-guery aura eu le mérite de prendre l’initiative intelligente d’une installation générale fort ingénieuse, qui ne manquera certainement pas de trouver des imitateurs parmi ses confrères de tous les pays.
- Le restaurant Mar-guery situé sur le boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris, comprend un vaste sous-sol à deux étages superposés, où se trouvent des caves très étendues et très richement approvisionnées, des cuisines et des offices. M. Marguery qui a bien voulu sur notre demande nous montrer son installation dans tous ses détails, et nous initier aux opérations de la cuisine en grand, nous a tout d’abord fait comprendre quels étaient les ennuis de cette véritable fabrication : broyer des os pour faire des purées de volaille, écraser des carottes ou des écrevisses pour le potage à la bisque, tamiser des purées, sont des opérations délicates, ennuyeuses, quand on opère sur des quantités considérables de produits ; les marmitons, chargés de cette besogne, la font mal, sans grands soins, et surtout sans aucune économie, gaspillant une notable partie de la marchandise. Ainsi de même pour la torréfaction du café, et pour tout ce qui concerne le nettoyage de la vaisselle, des bouteilles, etc.
- M. Marguery s’est adressé à un ingénieur habile, M. Eugène Daguin, et il lui a exposé le problème qu’il s’agissait de résoudre : remplacer dans ses cuisines
- et dans ses caves, la main de l’homme par la machine.
- C’est la solution de ce curieux et intéressant problème que nous allons faire connaître aujourd’hui.
- Les machines installées dans le sous-sol du restaurant Marguery comprennent : 1° une machine à broyer; 2° une machine à passer, pour faire les purées et les sauces ; 3° une machine à nettoyer les couteaux ; 4° une rôtissoire mécanique ; 5° une machine à laver les assiettes; 6° une machine à brûler le café ; 7° uüe machine à nettoyer les bouteilles. (Voy. la coupe et le plan, fig. 1).
- Tous ces appareils sont actionnés par deux moteurs à gaz de 2 chevaux chacun, disposés de telle sorte que l’un d’eux soit toujours prêt a fonctionner. La plupart de ces appareils sont mis en mouvement par l’intermédiaire de courroies de transmission,
- quelques autres par la transmission électrique de la force à distance au moyen de machines dynamos. La génératrice montée à côté des moteurs à gaz est une machine Gramme n° 5.
- La machine à broyer est placée dans la salle même des moteurs ; elle est repré-sentée ci-après (fig. 2). Cet appareil, qui a été fait, comme tous ceux que nous allons décrire, sur les plans de l’inventeur, M. Daguin, a été construit par MM. Mignon et Rouart; il est formé de deux disques qui tournent en sens inverse, et qui écrasent la matière à broyer dans les spires dentées où elle circule par la rotation. Cette matière est introduite en morceaux dans un entonnoir supérieur que l’on voit sur notre gravure, où la machine est figurée ouverte, pour en montrer la disposition intérieure. Le dessinateur n'a pas figuré les courroies de transmission qui mettent l’appareil en action. A droite de la figure, on voit la vis de réglage qui permet de rapprocher ou d’éloigner à volonté les disques broyeurs, afin d’obtenir un produit plus ou moins divisé. On peut broyer dans cette machine, les corps durs comme les os ou les écrevisses, aussi bien que les matières plus tendres, comme les carottes, les navets, les haricots, etc.
- Salon du premier
- ! Cuisine
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- Fig. 1. — Coupe longitudinale et plan de l’installation mécanique du restaurant Marguery.
- M. Moteurs à gaz. — G. Machine dynamo de Gramme. — B. Machine à broyer. — T. Machine à passer. — C. Machine à nettoyer les couteaux.
- — A. Machine à laver les assiettes. — R. Rôtissoire. — P. Monte-plats.
- — D. Monte-charge. — F. Machine à rincer les bouteilles. — G’. Petite machine Gramme pour le transport de la force du moteur M par l’électricité.— H. Brûleur à café, ambulant, représenté quand il fonctionne, placé extérieurement sur le boulevard.
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- A côté de la machine à broyer se trouve la machine à passer (fig. 5). Cette machine, comme son nom l’indique, est destinée à faire passer les purées à travers un tamis ; spécialement appropriée aux purées de gibier, bisques et sauces de tous genres, elle donne beaucoup moins de résidus que les procédés à la main; le travail fait automatiquement est bien plus rapide et surtout la besogne est beaucoup plus .proprement faite. L’appareil a l'aspect d’une machine à percer verticale dont la partie inférieure de l’arbre porte deux brosses plates horizontales animées d’un mouvement rotatif. Ces brosses frottent sur le fond d’un tamis qui contient les aliments ayant déjà subi un broyage préalable. Elles font suinter toutes les particules susceptibles de passer à travers le tamis et continuent en même temps le broyage des parties tendres qui n’auraient pas été suffisamment broyées. Une bassine, ou récipient quelconque, placé au-dessous, reçoit la purée.
- Le café est brûlé au dehors par un brûloir ambulant actionné mécaniquement à l’aide d’un arbre de longue portée.
- La rôtissoire fonctionne aussi mécaniquement et avec une régularité mathématique. Le marmiton peut régler, montre en main, la cuisson parfaite des pièces de gibier et des viandes de boucherie, y
- Arrivons à présent aux appareils de nettoyage; ce sont ceux qui offrent le plus d’intérêt en raison de la difficulté de la solution pratique du problème.
- La machine à nettoyer les couteaux est formée d’une meule en bois garnie de cuir sur chaque face.
- Le couteau à nettoyer est d’abord frotté d’un côté, à droite de la meule, et de l’autre côté à la gauche. Le couteau étant ainsi frotté à plat, ses angles ne sont pas arrondis comme cela a lieu avec certains appareils.
- La machine à laver les assiettes mérite d’être examinée en détail. Cet appareil des plus ingénieux, que représente une de nos gravures (fig. 4), a été construite par MM. Beatry et Fernand Bisson, mécaniciens.
- La machine à nettoyer les assiettes est composée d’un bassin circulaire séparé en deux compartiments formant, d’une part, une cuve d’eau bouillante et d’autre part, une cuve d’eau froide courante. Cette machine comprend huit mains ou pinces qui travaillent ensemble, c’est-à-dire que huit assiettes sont lavées simultanément.
- Voici le détail de ce travail : L’assiette sale abanbonnée de la main droite par le garçon, sur un plan incliné, e&t saisie au passage par une main ou pince à trois griffes et sur son contour seulement, de façon à ne laisser aucune surface où les brosses ne puissent passer. Elle est entraînée par un mouvement rotatif dans l'eau bouillante, elle y séjourne, y est agitée et secouée pendant un instant afin d’y faire fondre les graisses. Ensuite elle se présente d’elle-même sous des brosses où elle est énergiquement frottée
- Fig. 2. — Machine à broyer les os, les écrevisses, à écraser les légumes, etc.
- Fig. 5. — Machine à passer, pour confectionner les purées et les sauces.
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- Fig. 4. — Machine automatique pour laver les assiettes. — L’opérateur place, de la main droite, une assiette sale dans la; machine,
- et il retire de la main gauche l’assiette qui a subi Je nettoyage.
- Fig. 5. Machine automatique pour laver les bouteilles, représentée telle qu’elle est actionnée par une petite machine dynamoélectrique de Gramme. — Installation mécanique du restaurant Marguery, à Paris.
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- dessus, dessous et sur les bords, de façon à détacher toutes les parties sales ou graisseuses adhérentes.
- Ceci fait, l’assiette sort de l’eau bouillante, s’égoutte un instant, puis, après un léger parcours circulaire, retombe dans de l’eau fraîche continuellement renouvelée ; elle y séjourne encore, s’y agite de façon à s’y rincer convenablement, puis vient se présenter à portée de la main gauche de l’opérateur qui n’a plus qu’a la retirer et la mettre dans l’égouttoir où l’essuycur la prend.
- Le propre de cette machine est sa construction simple et robuste; pas un seul engrenage où des gens inexpérimentés pourraient se blesser ; elle est d’un nettoyage facde ; les mains ou pinces peuvent se relever quand le travail du lavage des assiettes est terminé, de façon que l’on puisse se servir des cuves d’eau bouillante ou cuves à eau froide pour
- toutes sortes d’emplois différents.
- Dans les grands jours, le restaurant Marguery peut avoir jusqu’à 4000 assiettes à laver en une seule journée. On comprend quels sont les incomparables services rendus par la machine de M. Da-guin.Les laveurs qui travaillent à la main cassent ou écornent la vaisselle, ils la trempent dans la même eau grasse et puante, la rincent mal, de sorte
- que l’assiette, au sortir de leurs mains, porte encore les traces, peu réjouissantes à l’œil, des résidus d’un ancien repas. Rien de tout cela avec la machine automatique.
- La machine à rincer les bouteilles est pour la cave d’un emploi aussi avantageux que la machine à laver les assiettes l’est pour la cuisine. Celte machine, dont nous reproduisons l'ensemble, a été construite par M. A. Rouffet. On voit sur notre gravure (fig. 5), la petite machine dynamo-électrique qui actionne le système, et les quatre bouteilles qui sont lavées en même temps en tournant autour de leur axe. Cette machine ne diffère que dans des détails de l’appareil qui a été inventé et exploité précédemment par M. Rouffet. La figure 6 ci-dessus donne en coupe la disposition de ce système.
- L’eau de la ville est amenée dans les réservoirs A
- Fig. 6. — Coupe de la machine à laver les bouteilles,.de M. Rouffet.
- et B appartenant à la machine (fig. 6), le réservoir A donne l’eau pour l’extérieur des bouteilles dont l’intérieur correspond avec le réservoir B par les arbres et les goupillons qui sont percés, l’eau jaillit dans la bouteille avec une assez forte pression.
- Le mouvement de la machine communique aux bouteilles une vitesse de 500 tours à la minute, chaque bouteille restant environ 36 secondes, chaque partie des parois passe 180 fois sur les brosses qui sont fixes et qui la nettoient à l’eau fraîche extérieurement et intérieurement.
- L’eau tombe dans la cuvette G et s’écoule au dehors par l’orifice D.
- Il suffit pour laver une bouteille, de la poser verticalement de telle façon que la brosse centrale y pénètre intérieurement; cette opération se fait en introduisant le goulot de la bouteille dans un étau à trois mâchoires qui l’anime d’un mouvement circulaire ; il ne reste plus qu’à la retirer quand elle est lavée.
- Grâce à cette machine, les bouteilles sont rincées avec de l’eau constamment claire, avantage énorme sur le rinçage à la main qui se fait dans un baquet où l’eau prend le goût de tous les liquidesrqûi ont été mis dans les bouteilles que l’on veut nettoyer. Malgré cet avantage la consommation de l’eau n’est pas accrue. Avec une machine de 4 mandrins, telle que celle du, restaurant Marguery, deux personnes et un aide peuvent rincer 4Q0 bouteilles à l’heure, c'est-à-dire 100 bouteilles par mandrin.
- Avant de se servir de cet appareil, M. Marguery employait deux hommes qui passaient une bonne partie de la journée, à nettoyer les 700 ou 800 bouteilles qu’il est obligé de faire rincer tous les jours. La casse était considérable, et malgré les soins, des grains de plomb restaient souvent dans les bouteilles, au mécontentement des consommateurs.
- La force motrice qui met en action la machine à laver les bouteilles, très éloignée du moteur à gaz (fig. 1), est une petite dynamo de Gramme type n° 3, de 15 kilogrammètres environ. Le courant lui est fourni par la génératrice attelée directement aux moteurs.
- La machine à rincer les bouteilles se démonte très facilement dans toutes ses parties ; quand les brosses sont usées, on peut sans aucune difficulté les remplacer. Les brosses intérieures qui frottent les bouteilles dans toutes les parties, sur les parois, comme sur le fond, sont montées sur une tige semi-flexible de caoutchouc et elles accomplissent leur travail de nettoyage dans les conditions les plus favorables. Les brosses extérieures sont maintenues verticalement contre la bouteille.
- L’installation que nous décrivons, sera jomplétée prochainement par une très curieuse machine à frotter le parquet1; mais telle qu’elle est actuelle-.
- 1 M. Marguery se promet de remplacer le parquet saupoudré de sable jaune des restaurants, par un parquet ciré comme celui des appartements de Paris. Nous ferons connaître, la machine à frotter dès qu’elle fonctionnera,
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- ment, cette installation remarquable forme un ensemble complet, très digne d’être signalé.
- M. Marguery aura prouvé, encore une fois, par le bon fonctionnement et l’économie des appareils dont il a inspiré l’invention à M. Daguin, que l’art de l’ingénieur peut apporter son concours à tous les genres de travaux, et qu’il n’est rien que la mécanique ne puisse faire, au grand profit de ceux qui savent y avoir recours. Gaston Tissandier.
- DÉTERMINATION DU CANON HIPPIQUE
- TAR M. LE COLONEL DUHOUSSET
- Le goût du cheval s’étant beaucoup généralisé depuis quelques années, les amateurs du sport cherchent à s’instruire, en vue d’apprécier, en connaisseurs, les animaux aux succès desquels ils s’intéressent.
- Naturellement, le mouvement artistique dut évoluer dans le même sens, et ceux qui représentèrent l’image et la vie des chevaux s’appliquèrent aussi à connaître mieux et les formes et les allures. On s’inquiéta alors des proportions; le livre du savant Bourgelat, fondateur des écoles vétérinaires, fut consulté avec plus d’attention. Les uns blâmaient, les autres approuvaient le travail du maître; personne cependant ne lui contesta d’être l’initiateur, et le point de départ, de tout travail sur un sujet auquel il était permis d’apporter quelques modifications.
- En envisageant les animaux que nous avons sous .es yeux, à notre époque, il paraît démontré que les types si variés de chevaux, suivant les services qu’on leur demande, peuvent se ramener scientifiquement à une même formule hippométrique ; c’est ce que tend à prouver M. le colonel Duhousset, dont les incessantes et persévérantes recherches, sur l’intéressant animal qui nous occupe, aboutissent à établir un canon hippique, reposant sur la mensuration de plus dé trois mille sujets étudiés en Asie, en Afrique, en Europe, depuis vingt-cinq années.
- Nous croyons intéresser nos lecteurs en citant quelques passages d’un travail original, autant qu’instructif, que doit prochainement faire paraître un auteur si compétent lorsqu’il s’agit du cheval.
- «Le mot canon, qui signifie règle de proportion dans son acception artistique, peut s’appliquer aux animaux aussi bien qu’à la figure humaine. Le but qu’on se propose, dans l’un et l’autre cas, est de trouver une mesure servant de comparaison entre a totalité du sujet et les différentes parties qui la composent.
- «Pour l’homme, ou a dû, en dehors des meilleures condition vitales, prévoir le cas d’une combinaison donnantnon seulement la force et le mouvement, mais encore répondant à des conditions d’élégance et de beauté. Afin de satisfaire ce besoin, les Grecs, grands observateurs, créèrent les types des différents dieux avec des aptitudes spéciales et modifièrent le canon inventé par les Égyptiens, manquant d»
- variété. Le Doryphore de Polyclète était, dit-on, un modèle accompli dans lequel la force s’alliait à la souplesse ; Lysippc lui appliqua ensuite de notables améliorations pour ennoblir la nature, la rendre élégante et créer un type plus élevé, c’est-à-dire une œuvre d’art dépassant les limites humaines.» ...Les lignes qui précèdent servent surtout à indiquer que le canon est plus une formule répondant au besoin d’assigner un point de départ à l’imitation de la forme (ou base solide régulièrement établie dans la vitalité, prise sur un sujet harmonieusement équilibré), qu’un type n’admettant aucune modification. C’est, en un mot, un résumé dans lequel tout est prévu avec les meilleures conditions d’exactitude, une règle fixant des chiffres sur des endroits bien définis, des têtes d’os, par exemple, procédé comparatif obligeant à x’cster dans le vrai, permettant de caractériser un sujet d’élite avec l’accord de toutes ses parties.
- « Une fois cette base bien connue, c’est sur elle que s’opéreront les changements nécessaires particularisant les individus, car l’art se tient au-dessus de la reproduction servile et anatomique d’un seul modèle. L’antiquité nous en fournit l’exemple; les statuaires grecs, ainsi que nous le disions plus haut, tout en respectant le canon humain de Polyclète, ont cependant toujours idéalisé leurs sujets, appropriant à chacun le développement nécessaire à sa musculature. »
- M. Duhousset a bien voulu se charger, tout dernièrement, de diriger la reconstruction du squelette servant à l’enseignement hippologique de l’Ecole des Beaux-Arts.
- Le consciencieux naturaliste Tramond, tout en obéissant à l’impérieuse nécessité de ne rien changer à l’ordre naturel des ossements, est arrivé à obéir exactement à l’épure répondant aux données établissant les proportions de l’animal, en s’appuyant sur l’examen comparatif des grands rayons osseux, constituant la base du canon hippique du colonel Duhousset qui, en rendant à M. le docteur Mathias Du val, professeur d’anatomie de l’Ecole, le squelette que représente notre dessin (fig. 1), lui a remis la notice explicative dont nous extrayons les renseignements suivants:
- «... Il nous a paru utile,pour que le souvenir de la forme d’un animal ne se perdît pas, que chaque artiste eût la mémoire d’un type ayant les points extrêmes de la charpente intérieure, apparents sous la peau, bien aux places qu’ils occupent sur le vivant. Ayant été à même de vérifier, dans les principaux musées anatomiques de l’Europe, l’exactitude des chiffres que donne le savant professeur G. Colin, dans sa Physiologie comparée établissant l’égalité presque constante de l'avant-bras (radius) avec la jambe (tibia), cela a été la base de recherches hippométriques qui m’amenèrent à trouver qu’on pouvait utiliser des longueurs qui, se répétant dans un certain ordre à l’avant et à l’arrière-main, établissent des points de repère suffisamment indiqués, aidant
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- à constater,extérieurement, la délimitation des deux os importants, d’où les autres mensurations découlent. Le squelette de l’Ecole des Beaux-Arts résume la constatation de l’étude que nous venons de mentionner; il est aussi haut que long et notre unité de mesure est contenue quatre fois dans les deux sens ; sa taille répond, en outre, à deux fois et demie la longueur de sa tête. »
- Il est inutile, dans le compte rendu sommaire que nous faisons ici, d’entrer dans tous les détails chiffrés qui ac-compa gnent la notice et les instructifs dessins, gracieusement offerts par M. Du-housset à l’Ecole des Beaux-Arts ; il nous suffira de dire que, sur notre gravure, les grandes divisions, reposant sur l’unité de mesure, c’est-à-dire la longueur du radius, sont limitées aux articulations par des points ; elles sont au nombre de trois dans la tête : l°du coin interne de l’œil au bout des dents; 2° de celles-ci à la base de la courbe inférieure de la ganache; et 3° de là à la partie supérieure de la nuque. Trois fois aussi dans le membre antérieur : 1° longueur de l’omoplate, de la cavité glénoïdeau cartilage; 2° radius; 3° de son point inférieur à l’os de la couronne. Enfin, quatre fois dans le membre postérieur; 1° de la pointe de la hanche au centre du mouvement, dans la cavité cotyloïde; 2° de là, au bas du fémur à son intersection avec le tibia ; 5° tibia ; 4° de la limite de ce dernier à la base du canon, à sa jonction avec l’os du paturon.
- M. le colonel Duhousset termine par ces lignes :
- « Nous voyons, comme complément de la reconstruction du squelette de l’Ecole des Beaux-Arts, dont tous les os occupent leur emplacement normal,
- qu’elle répond, en outre, à l’attitude d’un cheval vivant, par la pose étudiée de ses membres. Les pinces des pieds, du côté montoir, sont espacées des 3/4 de la longueur de l’animal placé sur ses aplombsnaturels.
- « Nous ajouterons, comme dernière remarque, que le sujet dont nous avons les ossements sous les yeux, vivait probablement sous la forme d’une petite jument arabe; l’absence de crochets aux mâchoires, la disposition un peu relevée du sacrum, et l’espace, relativement grand, entre les pointes des ischions, indiquent la femelle, comme les cinq vertèbres lombaires désignent une provenance orientale. C’était une bête de petite taille ( lm,32 ); sa reconstruction constitue le canevas d’un animal harmonieu-scmentconformé. On remarquera que le sommet de son garrot, à lm,32 du sol, nous donne exactement la hauteur des coursiers figurant dans certaines frises du Parthénon , ainsi qu’on le voit sur plusieurs de ces remarquables bas-reliefs (fig. 2) dans lesquels l’homme est debout contre le cheval, ce qui rend facile la constatation que nous signalons, en supposant aux cavaliers la taille élevée de lm,70 à lm,8ü, comme tout porte à le croire. »
- Fig. 1. — Cheval reconstitué d'après le squelette monté à l’École des Beaux-Arts pour l’enseignement hippologique.
- Fig. 2. — Repioductions réduites d’hommes et de chevaux, d’après les bas-reliefs
- du Parthénon.
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- LA NATURE.
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- LE DISPENSAIRE DU HAVRE
- Un très grand nombre de malades pauvres ne veulent pas et ne doivent pas être soignes à l’hôpital. Beaucoup d’enlants surtout sont dans ce cas. Leurs parents ressentent une vive douleur à se séparer d'eux et veulent les soigner eux-mêmes ; ce sentiment mérite d’autant plus d’être encouragé qu’il est souvent très raisonnable en même temps que très digne de respect : outre que les soins qui sont donnés à l’hôpital ne valent pas le plus souvent ceux d'une mère, les malades des hôpitaux sont exposés à un certain nombre d’accidents et de maladies contagieuses dont les parents, même les plus pauvres, sont sages de vouloir préserver leur enfant.
- Cependant, dans la plupart des villes françaises, il n’y a pas de moyen terme entre le coûteux traitement à domicile et l’hôpital.
- C’est pour combler cette lacune que M. le docteur Gibert a institué au Havre un Dispensaire pour enfants malades. Je dirai tout à l’heure par quels prodiges de charité et d’adresse pratique il est arrivé à édifier ce remarquable établissement.
- Notre gravure fait connaître sur quel plan le Dispensaire du Havre a été construit. Ce plan seul indique combien l’établissement est complet, mais il ne peut pas donner idée de sa propreté, de son aspect avenant à l'œil, du confortable qu’il offre aux petits malades.
- En vérité, il n’y manque rien : outre la salle d’attente et le cabinet de consultation qui en sont les parties essentielles (ce sont les seules qui soient accessibles aux malades du dehors dans la plupart des hôpitaux), voici une pharmacie, une salle debains pour garçons, une salle de bains pour filles ; à côté une étuve pour les vêtements de malades atteints de maladies parasitaires, une piscine, une salle de douches, avec douche en cercle, douche en pluie, douche à la lance, etc., une salle de sudation, une salle d’électricité, une salle de massage, et un gymnase, un gymnase splendide ! 11 est vaste, aéré,
- supérieurement éclairé, avec une multitude d’appareils de toute espèce: gymnastique française, gymnastique anglaise, gymnastique orthopédique et enfin gymnastique suédoise, celle qu’on vante le plus à notre époque.
- De cette belle installation résulte que non seulement les petits malades ont les conseils des médecins, mais que, en outre, ces conseils reçoivent sur le champ leur sanction pratique. On ne se contente pas de leur conseiller des douches (ils ne les prendraient pas la plupart du temps); on les leur donne séance tenante. On ne se borne pas à conseiller aux enfants qui se déforment tel ou tel exercice gymnastique; les parents ne comprendraient rien à la prescription et n’en tiendraient pas compte : on les conduit à l’appareil et on leur fait faire sans plus tarder l’exercice ordonné. Comment de pauvres gens feraient-ils électriser leur enfant, s’ils n’ont pas de pile; comment les feraient-ils masser, si on ne leur fournit pas de masseur? Ils trouvent tout cela au Dispensaire de M. le docteur Gibert et bien autre chose encore.
- Car ce n’est pas tout. Comme je sortais d’admirer en détail tout ce que je viens de décrire rapidement, je vis une armée de petits pauvres plus ou moins déguenillés et éclopés, qui manœuvraient activement de la cuiller et dévoraient une gigantesque soupe au riz et à la viande qui fumait au milieu de la pièce. C’est qu’en effet, la plupart du temps, quand il s’agit des maladies des enfants pauvres, une bonne nourriture est le plus efficace de tous les médicaments connus. M. le docteur Gibert ne néglige pas cette médication puissante, et ce remède est comme tous les autres distribué gratis aux enfants qui ne peuvent l’avoir autrement. J’ai goûté cette soupe qui contenait autant de viande que de riz, et je souhaite d’en manger tous les jours d’aussi bonne.
- «Ahçàlme direz-vous, avec quel argent tout cela a-t-il été bâti? avec quel argent tout cela fonctionne-t-il? »
- C’est là que je vous attendais. Et en vérité, je ne
- Cai'fPf ---------Vapeur
- ....... Eau chaude
- -------Eau froide
- Plan du Dispensaire pour enfants malades, au Havre.
- A. Salle d’attente.— B. Cabinet du médecin. — C. Cabinet noir.— D. Pharmacie. E. Lavabos du médecin. — S. Salle de pansements. — G.G. Passages. — II.Ji. Salles de bains. — K. Cuisine alimentaire. — L. Chambre à sudation. — M. Douche froide et à vapeur. — N.N. Cabinets de toilette. — 0. Salle de massage et d’électricité. — P. Salle de massage. — R. Vestiaire des garçons. — T. Vestibule. — U. Salle tie gymnase. — V. Vestiaire des tilles.
- Nota — Toutes les pièces sont éclairées par le toit.
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- LA NATURE.
- m
- sais ce que l’on doit le plus admirer, du Dispensaire lui-même, ou de la façon dont M. Gibert est arrivé à en doter la ville du Havre.
- Ne croyez pas qu’il se soit adressé à la municipalité, au département ou à l’État. La municipalité, si intelligemment dirigée par M. Siegfried, a certainement fait beaucoup de bonnes et belles choses ; mais M. Gibert a prouvé que les particuliers peuvent faire aussi bien et mieux que les administrations publiques. 11 a jugé que s’il s’adressait aux particuliers avant de rien entreprendre par lui-même, il arriverait difficilement à un résultat. Une fois convaincu des services que le Dispensaire rendrait aux enfants pauvres, il a hardiment pris sur lui les dépenses de première installation. Elles ont atteint le chiffre de 44562 francs, qui lui ont été aujourd’hui remboursés. Voici comment:
- A côté du Dispensaire gratuit, il a installé un Dispensaire payant, car les enfants aisés ou riches ne trouveraient pas facilement, même à Paris, un gymnase ni un établissement d’hydrothérapie ou d’électricité aussi bien installés que ceux du Dispensaire. Ils viennent donc, tout comme les pauvres, s’adresser à lui : seulement ils payent ; le prix des soins qu’ils reçoivent est inscrit à l'actif de l’établissement, c’est-à-dire à l’actif des pauvres. Le Dispensaire payant produit par an à peu près 7000 francs. Gela n’aurait pas suffi à payer même les dépenses courantes de l’établissement.
- M. Gibert a donc eu recours à la charité privée, mais sous une forme très ingénieuse.
- «J’ai fait imprimer, dit-il, des cartes servant d’abonnements au Dispensaire, et je les vends par paquets de dix. Dix cartes coûtent 50 francs. Chaque enfant muni d’une carte acquiert le droit d’être soigné pendant un an au Dispensaire. On m’a fait, on me fait tous les jours l’objection que tout enfant qui se présente étant reçu, la carte est bien inutile. Sans doute je ne refuse personne. Mais n’est-ce pas quelque chose, pour ceux qui aiment à faire du bien, de pouvoir, pour 5 francs par carte, donner à un enfant pauvre un droit certain au Dispensaire? Au reste, le fait que j’en ai placé dès la première année pour la somme de 'Î345 francs, prouve bien que celte idée est pratique et bonne. J’associe ainsi à cette œuvre un grand nombre de personnes qui deviennent mes collaboratrices, et je ne me sens pas isolé. C’est un bénéfice matériel. »
- Mais voici bien autre chose : M. Gibert, pour créer des ressources plus grandes à son Dispensaire, s’est fait chiffonnier 1 II a demandé aux négociants du Havre de lui abandonner tous les vieux papiers que leurs employés jettent au panier; puis il a fait trier ces chiffons par ses petits malades; leur vente a rapporté quelques centaines de francs par an.
- S’étant convaincu de la nécessité de nourrir les enfants que la misère a seule rendus malades, il a demandé aux négociants en riz du Havre de lui donner un sac de riz de temps à autre. Les négo ciants en saindoux d’Amérique lui ont de même donné
- la graisse nécessaire pour cuire ce riz. Enfin une cen' tainc de personnes chantables ont bien voulu s’engager à fournir la quantité de viande nécessaire une fois tous les cent jours.
- Et voilà comment le Dispensaire peut fonctionner sans l’aide de la ville ni de l’Etat. Ses recettes ont été pendant plusieurs années d’environ 15000 francs par an, et ses dépenses d’environ 10000 francs. Les 44000 francs que M. Gibert avait hardiment et généreusement avancés pour l’installer, lui ont été remboursés, capital et intérêts, en sept ou huit ans. Quant aux soins incessants qu’il a donnés, quant aux risques qu’il a volontairement courus, quant au temps qu’il a employé, quant aux démarches indéfinies, et aux tracas sans nombre qu’il s’est imposés, il va de soi que personne ne l’en dédommagera jamais; peu de gens même lui ensont reconnaissants, car la plupart de ceux qui profitent du Dispensaire ne savent pas à qui ils doivent ce bel établissement. Quelquefois, j’en ai été témoin, les plus grossiers jugent à propos de le brusquer et de l’injurier. Mais il faut savoir faire le bien sans attendre d’autre récompense que celle qu’on trouve dans sa conscience.
- Quelles satisfactions morales le Dispensaire du Havre doit donner à son fondateur ! Songez qu’en 1880. la dernière année sur laquelle j’aie des-renseignements sous la main, 1574 enfants malades, ou plutôt 1693 cas de maladie, ont été soignés au Dispensaire, sur lesquels 15 seulement ont été suivis de décès, et 1678 de guérison.
- Chaque enfant qui se présente pour la première fois est inscrit et a, pour ainsi dire, son compte ouvert. Il est donc très facile d’établir au bout de l’année la statistique des services rendus par le Dispensaire. Je l’ai sous les yeux en ce moment même. Je n’énumérerai pas ici toutes ces maladies ; qu’il suffise de dire que 553 affections chirurgicales ont été soignées au Dispensaire (les plus fréquentes ont été : coxalgies,15 ; maladies des yeux, 99 ; rachitisme, 50 ; abcès, 22, etc. ) ; 1034 affections médicales (les plus fréquentes ont été: diarrhée infantile, athrepsic, etc., 219; bronchite, 128; coqueluche, 145; etc.,); et enfin 326 maladies cutanées (impétigo, 119; gale, 22, etc.) 11 n’est pas inutile d’ajouter que la teigne qui était naguère fréquente au Havre a disparu dans les écoles de la ville depuis la création du Dispensaire.
- Ces chiffres montrent combien le Dispensaire a rendu de services. Et ce qui n’est pas moins remarquable, c’est le peu que ces services ont coûté; les frais du Dispensaire, dans cette même année 1880, ont été de 8677 francs, soit de 5 francs 51 par enfant soigné. Combien un hôpital qui aurait soigné tout ce monde aurait coûté plus ! Et pourtant les malades n’y auraient certainement pas été mieux soignés ni plus souvent guéris.
- J’ai vu au Havre quantité d’autres institutions charitables qui ne sont pas moins utiles que le Dispensaire de M. Gibert. J’en parlerai peut-être un jour dans ce journal, afin que les lecteurs de la
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- LA NATURE.
- Nature, lorsque le hasard les dirigera du coté de cette ville, aient le désir de voir les chefs-d’œuvre que peut produire l’amour désintéressé de l’humanité. Jacques Bertillon.
- CHRONIQUE
- « La Nature )) aux États-Unis. — M. Albert Tissandier est parti cette semaine pour entreprendre un long voyage d'étude aux États-Unis, afin de recueillir les documents les plus complets sur les curiosités naturelles de ce pays si bien doté, et sur les industries de ses différents centres. Il visitera New-York, Washington, Philadelphie, Chicago, San Francisco, parcourra la Californie, le Parc National, où les merveilles abondent, et terminera son voyage par une longue expédition dans les Canons du Colorado. Al. Albert Tissandier nous enverra de nombreux renseignements et des dessins, qui contribueront à alimenter La Nature de sujets intéressants et inédits.
- Température de la terre. — A la dernière réunion de la Société des ingénieurs civils des Etats-Unis. MM. Smith et Dorsey ont fourni des résultats intéressants au sujet des températures souterraines. Aux mines dites New Âmalden, en Californie, on a constaté un fait singulier qui paraît être en contradiction formelle avec les résultats ordinaires : vers 180 mètres de profondeur, la température y est très élevée (près de 50° cent.), tandis qu’à la plus grande profondeur de la mine, à 450 mètres sous la surface ou 150 mètres au-dessous du niveau de la mer, la température est très supportable.
- Aux mines Eurêka, situées dans la même région, Pair, à 560 mètres de profondeur, ne paraît pas être plus chaud qu’à 50 mètres de la surface. M. Dorsey a signalé les mines dites Comslock (Nevada) comme étant exceptionnellement chaudes ; il estime qu’un thermomètre placé dans des trous de mine fraîchement forés, à des profondeurs comprises entre 450 et 600 mètres, monterait à 58° cent. On a observé dans ces mines des sources d’eau chaude dont la température variait entre 68 et 76° et on est obligé d’y lancer de l’air froid (refroidi par son passage sur de la glace fondante) pour y maintenir la température voisine de 40°. Yoici les chiffres qui ont été fournis au sujet des températures relevées dans l’un des embranchements des mines dites Overman :
- De 50 à 500 mètres de profondeur, augmentation de 1° c. pour 15m,50; de 50 à 540 mètres, de 1° c. pour 16m,50 ; de 50 à 1200 mètres, de 1° c. pour 17m,50.
- Il paraît résulter des comparaisons faites, que la constitution géologique du sol aurait une influence sur la répartition des températures souterraines. Les mines ou tunnels les plus froids sont la mine de Chanareillo et le tunnel du Alont-Cenis, qui sont creusés dans le calcaire ; les plus chauds paraissent appartenir au trachyte ou aux formations houillères.
- Utilisation de la fumée. — Aux grandes charbonnières de Elh-Rapids (États-Unis), dont la production journalière est de 50 tonnes, toute la fumée est traitée pour la fabrication de produits chimiques. La fumée des 25 fours est recueillie par un tuyau collecteur en bois, aboutissant à un ventilateur qui la chasse dans un appareil de condensation et d’épuration. On obtient de l’alcool méthylique, du goudron, du gaz d’éclairage et surtout de l’acide pyroligneux qui sert à la préparation de l’acétate de chaux. La quantité de fumée traitée journellement est de 79 296 mètres cubes, d’où l’on retire 5411 kilogram-
- mes d’acétate de chaux, 908 litres d’alcool méthylique et llk,5 de goudron. Le bénéfice réalisé sur la vente de ces sous-produits est si considérable, d’après le Boston Journal of commerce, qu’il couvre tous les frais de main-d’œuvre de l’établissement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 mars 1885. — Présidence de M. Boulev.
- La limace et la testacelle. — Les deux mollusques gastéropodes dont nous venons d’écrire les noms fournissent à M. de Laeaze-Duthiers le sujet d’un intéressant mémoire. La limace, au corps atténué en arrière avec un bouclier vers le premier tiers antérieur du dos, diffère beaucoup à première vue de la testacelle tout atténuée par devant et qui porte une petite coquille unguiforme à la portion tout à fait postérieure de son corps. Cependant grâce au grand principe des connexions et par l’étude anatomique du système nerveux, l’auteur arrive à trouver dans le bouclier de la limace l’homologue de la coquille de la testacelle : chez celle-ci le cou est très long et le pied très ramassé, tandis que chez la limace c’est le contraire qui a lieu, le cou étant très raccourci et le pied considérablement développé. Dans un cas les viscères, cœur, poumon, foie, sont logés dans le cou, dans l’autre ils prennent place dans le pied ; mais leurs rapports mutuels restent les mêmes.
- Ceci posé et se plaçant au point de vue transformiste, Al. de Laeaze-Duthiers se demande ce qui adviendrait d’une limace, herbivore de sa nature, le jour où lui viendrait, comme à la testacelle le goût des vers de terre. Obligé de pénétrer dans les couloirs souterrains de l’annélide, le mollusque allongerait nécessairement son cou; mais le bouclier resterait à la porte. Et le manège, continué de génération en génération pendant des siècles et des dizaines de siècles, déterminerait par atavisme le recul progressif du bouclier jusqu’au siège occupé par la coquille de la testacelle. Resterait à savoir pourquoi et comment la limace éprouverait le besoin de changer de régime, mais comme l’a dit l’auteur, il s’agit là d’hypothèses toutes pures dont il n’a pas poursuivi davantage l’examen.
- Retour de M. Fouqué. — En souhaitant la bienvenue à AI. Fouqué, AI. le président exprime au savant géologue la satisfaction qu’aurait l’Académie d’être informée des résultats de la mission d’Andalousie. AI. Fouqué demande à cet égard quelque répit. Ses collaborateurs et lui sont en possession de documents extrêmement intéressants sur la situation et la profondeur du centre d’ébranlement, ainsi que sur la nature du sol agité ; mais il leur parait indispensable de chercher dans l’expérimentation le contrôle de leurs observations : quelques mois seront nécessaires pour arriver à des conclusions fermes qu’il serait prématuré de présenter aujourd’hui. Dans le domaine stratigraphique, beaucoup de faits ont été enregistrés ; des fossiles recueillis dans des roches où l’on n’en avait jamais rencontré, viennent bouleverser inopinément les données fondamentales de la géologie espagnole. A cet égard les déterminations ne sont pas encore complètes, et l’on ne saurait d’ailleurs rien publier avant le retour de tous les membres de la mission dont quelques-uns doivent prolonger leur séjour en Espagne.
- Les milliolites. — Par l’intermédiaire de M. Hébert, deux paléontologistes bien connus, A1AI. Munier-Chalmas et Schlumberger, déposent un volumineux mémoire sur les foraminifères en général, et sur les m lliolites en par-
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- LA NATURE.
- ticulier. Contrairement à une assertion souvent reproduite, les auteurs se sont aperçus que la craie blanche renferme 1res peu de foraminifères; au contraire, il en existe beaucoup dans les calcaires compacts du terrain crétacé. On a dit aussi qu’il se forme aujourd'hui encore au fond des océans un dépôt identique à la craie : les foraminifères y sont tous nettement différents des lormes secondait es ; ce n’est qu’à la fin des temps tertiaires qu’on voit commencer l’ensemble des foraminifères actuels. Dans le cours de leurs longues études, MM. Munier-Chalmas et Schlumberger, qui reviennent sur les faits importants de dimorphisme dont on leur doit la connaissance, décrivent trois genres nouveaux.
- Election. — On pourvoit à deux places de correspondant vacantes, l’une dans la section d’économie rurale par suite du décès de M. Girardin, l’autre dans la section de médecine qui a perdu M. Sclnvann. 44 voix appellent M. Lechartier, de Rennes, à remplir la première de ces places. M. Hannover, de Copenhague, est nommé à la seconde par 41 suffrages.
- Varia. — M. Laffitte continue de n’ètre pas d’accord avec M. Boiteau au sujet des badigeonnages des ceps phylloxéras. — Poursuivant ses études d’embryogénie,
- M. Camille Dareste se préoccupe aujourd’hui du rôle physiologique du retournement auquel les poules soumettent les œufs durant l’incubation. —
- M. Dieulafait cherche à expliquer la concentration des minerais de zinc car-bonaté dans les terrains dolomitiques—M. Serv (?) augmente la surface de chauffe dans les chaudières tubulaires en disposant dans les tubes des séries de petites cloisons incomplètes. — Une gravure, malheureusement privée de texte, est déposée par M. Larrey comme témoignant d’une expérience d’aérostation qu’il fut au moins question de réaliser le 17 août 1834 : on y voit un aérostat fusiforme portant une très longue nacelle à claire-voie où de nombreux aéronautes actionnent chacun une rame; un gouvernail est à l’arrière ; une foule de curieux restés à terre témoignent leur enthousiasme. Stanislas Meunier
- UN JOUET SCIENTIFIQUE
- LA TOUPIE HARMONIQUE
- Nous allons décrire une toupie ronflante qui se voit depuis le premier jour de l’an, chez les marchands de jouets et dans laquelle le ronflement ordinaire est remplacé par une série d’accords différents qu’on peut faire changer à volonté, pendant la rotation de la toupie, rien qu’en appuyant légère-
- ment sur son axe. La figure ci-dessous permet de comprendre par quel mécanisme ingénieux et simple ce curieux résultat est obtenu.
- La toupie se compose de deux chambres distinctes séparées par un disque A portant douze anches en laiton analogues à celles des accordéons, et pouvant se combiner quatre par quatre pour donner trois accords parfaits différents. La chambre supérieure porte une série de trous D destinés à l’arrivée de l’air qui doit faire vibrer ces anches. La chambre inférieure porte une seconde rangée de trous E disposés sur le cercle de plus grand diamètre. Une cloison en fer blanc E sépare la chambre inférieure en deux parties. Lorsque la toupie tourne d’un mouvement rapide, — le mécanisme de mise en marche ne présente rien de particulier, — la cloison G met en mouvement l’air renfermé
- dans la chambre inférieure : la force centrifuge le fait sortir par les trous E, tandis qu’il est aspiré plus près du centre par les trous I), mais il ne peut passer d’une chambre à l’autre qu’en traversant les anches et en les faisant vibrer : c’est une soufflerie continue à force centri fuge. Il s’agit maintenant de changer d’accord. A cet effet, il y a au-dessous du disque à anches A un disque obturateur en carton B percé de quatre fenêtres rayonnantes disposées à angle droit l’une de l’autre. Ce disque est fixé sur l’axe commun d’une façon rigide, tandis que le corps de la toupie n’entraîne l’arbre que par frottement. En appuyant sur la tète de l’arbre, on enraye un peu son mouvement tandis que le corps de la toupie continue le sien; il y a ainsi un certain décalage du disque obturateur, et les fentes du disque viennent se placer en regard d’autres anches; ces anches sont, comme nous l’avons dit, au nombre de douze, et les fentes du disque obturateur au nombre de quatre. On peut donc obtenir trois accords distincts dont l’intensité varie avec la vitesse de rotation de la toupie et les positions relatives des fentes et des anches.
- Tous nos compliments à l’inventeur anonyme pour la simplicité, l’élégance et l’ingéniosité de sa toupie harmonique.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Toupie harmonique
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, A Paris.
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- N» 617. — 28 MARS 1885.
- LA NATURE.
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- LÀ FABRICATION DES COURONNES D’IMMORTELLES
- Que de singulières industries souvent importantes I presque personne n’ait soupçon de leur existence, et prospères naissent et se développent sans que | Qui de nous n’a pieusement déposé sur la tombe
- / ,
- t
- Fig. 1. — Machine à fabriquer les carcasses ou vaillons des couronnes d’immortelles.
- d’un ami, la couronne d’immortelles aux reflets dorés sans savoir que la production d'un Ici objet fait vivre des milliers d’ouvriers et emprunte aujourd’hui à la mécanique ses procédés les plus ingénieux.
- L’immortelle se cultive dans de vastes régions. On peut en voir les champs couverts aux environs de la ville d’Ollioules, dans le Yar; il se récolte là pour plusieurs centaines de mille francs de plantes
- par an. En mai, on fait la cueillette : on coupe les tiges à 0IU,25 ou 0m,30 des corymbes un peu avant l’épanouissement des boutons. Cette récolte est
- 43e année, — ter semestre.
- Fig. 2. — Détail du mécanisme.
- toujours confiée à des femmes. A mesure que les
- tiges sont coupées, on les réunit en paquets que l’on suspend les capitules en bas pour les faire sécher en plein air. Quand les lleurs sont sèches, on les rassemble en bottes de 250 grammes environ, et on les divise par 100 bottes dans des caissettes de bois qui se livrent au prix de 55 francs à 60 francs chacune. Des populations entières se livrent dans le Var à cette culture, et pendant la saison, on voit sur le seuil de toutes les portes, dans tous les villages, des jeunes filles occupées à faire des paquets d’immortelles.
- 17
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- LA NATURE.
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- Valette, Solliès, Saint-Nazaire et Bandols sont les principaux villages du voisinage d'üllioules, où se pratique cette industrie. Ces régions, abritées des vents du nord par les hautes montagnes qui bordent à quelques kilomètres le littoral de la Provence, sont particulièrement favorables à la culture des immortelles.
- L’immortelle d’Orient, que l’on désigne souvent sous les noms d'éternelle, d’immortelle jaune, est connue en Europe depuis 1629. On la croit originaire de l’ile de Crète. Cette plante n’est cultivée comme plante industrielle que depuis 1815. La culture en est très rémunératrice; chaque touffe d’immortelles produit, en moyen de 60 à 70 brins ou tiges portant de 20 à 50 fleurs. Un hectare contenant en moyenne 40 000 touffes produit chaque année 2400000 à 2800000 tiges, donnant 7000 kilogrammes d'immortelles. (G. Heuzé.)
- Les caisses d’immortelles sont expédiées à Marseille, Lyon, Bordeaux, Paris, où l’on fait des couronnes pour les cimetières, en les montant à la main
- Fig. 5. — Carcasse ou paillon de couronne d’immortelles.
- sur des carcasses de paille, entourées de fil de fer.
- Un ingénieux mécanicien, M.Gellit, ancien ouvrier bourrelier, a récemment imaginé pour la fabrication de ces carcasses nommées paillons une très curieuse machine qui a été présentée dans une des dernières séances de la Société d'encouragement, et qui fonctionne actuellement dans de grands ateliers à Montreuil-sous-Bois.
- L’ensemble de l’appareil consiste en un grand établi de bois, un banc, à l’extrémité duquel est fixé le mécanisme proprement dit, dont nous représentons l’ensemble (tig. 1) et le délai! (fig. 2). Ce mécanisme consiste essentiellement en une roue matrice, s’ouvrant en deux parties; la partie R porte une bobine où est enroulée du fil de fer, la partie 1U de la roue peut s’enlever quand elle est tournée en dessus.
- La roue matrice est mise en rotation à l’aide d’un engrenage; elle tourne ainsi, tout en laissant vide sa partie centrale. C’est dans cette partie centrale, qu’un ouvrier fait passer la paille comme le montre la figure 1 : la roue matrice tourne et la paille forme un faisceau cylindrique de la grandeur voulue, mais en même temps elle est entourée d’un fil de fer qui lui donne la consistance et cela par le dévidage de la bobine fixée en R (fig. 2) ; au fur et à mesure que la paille sort de la roue matrice, elle
- circule dans un gabarit de zinc Z où elle prend la forme de couronne. Le fil de fer enveloppe la paille en spire, guidé par des rainures pratiquées sur les bords intérieurs de la roue matrice.
- Aussitôt que la couronne est terminée, on saisit de la main droite le chapeau C du paillon, on l’ouvre, puis de la même main, on enlève la moitié de la roue matrice R et de la main gauche on coupe le fil de fer et on l’attache. On remet de la main droite la moitié de la roue, on ferme le chapeau du paillon, et l’on recommence l’opération.
- Actionnés par une machine à vapeur de quatre chevaux, plusieurs bancs sont placés en ligne dans l’usine de M. Gellit. Chaque appareil produit par jour 75 douzaines de carcasses pouvant aussi alimenter l’abondante confection des couronnes d’immortelles et des couronnes de fleurs naturelles ou artificielles.
- Ces carcasses, (fig. 3) sont de différentes grandeurs; aussi les roues matrices employées ont-elles des dimensions très variables; elles se changent facilement dans la machine, et sont placées à portée de la main de l’ouvrier dans des cases numérotées 1 à 15 suivant les diamètres. A côté de ces cases, on voit sur notre gravure (fig. 1 ) d’autres compartiments verticaux, où se trouvent les gabarits de zinc de numéros correspondants. Gaston Tissandier.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- a l’observatoire de paris
- L’inauguration de celte Exposition a eu lieu samedi, 21 mars, à 9 h. 50 m. du soir. M. Grévy, président de la République, accompagné de M. Cochery et d’autres personnes de sa suite, en ont été les premiers visiteurs. Le chef de l’État a été reçu par M. Georges Berger, président de la Société internationale des électriciens et par M. le contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire. La lumière électrique brillait dans tout son éclat et un projecteur de grande puissance, installé au sommet de l’Observatoire par M. Sautter Lemonnier, lançait des rayons intenses jusqu’au milieu du Jardin du Luxembourg. Les salons de l’Observatoire étaient magnifiquement éclairés par des lampes électriques de différents systèmes, et les générateurs d’électricité fonctionnaient dans la cour sous un vaste hangar qui abritait en même temps les machines motrices. La force motrice employée dépassait 160 chevaux-vapeur. Dès le lendemain, dimanche 22, l'Exposition a été ouverte au public. Les salons de l’Observatoire et la salle couverte, construite sur la terrasse, sont abondamment remplis d'appareils des plus curieux qui se rattachent à toutes les branches de l’électricité. Ces appareils ont été, pour la plupart, décrits dans La ISalure, et nous n’avons pas à y revenir actuellement. Un des succès de l’Exposilion a été pour le nouveau téléphone Ochorowicz que nous avons fait connaître dans notre n° 615, du 28 février dernier. Les visiteurs de l’Exposition d’électricité sont très nombreux à tel point que les salons de i’Observatoire se trouvent trop petits pour les contenir.
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- ÉTUDES
- SUR LES MARINES DE L’ANTIQUITÉ
- SIÈGE D’ALEXANDRIE PAR JULES CÉSAR
- (*7 ANS AVANT J.-C. )
- (Suite et fin. — Voy. p. 218.)
- Les Alexandrins furent d'autant plus consternés de leur défaite que cette fois il leur fallait l’attribuer non plus au courage des soldats, mais à l’habileté des marins : aussi ils tirent halcr plus à terre les bâtiments qui leur restaient afin qu’on pût les défendre du haut des maisons, et, pour parer à une attaque de notre Hotte du côté de la terre, ils accumulèrent des obstacles de toute nature le long du rivage1. Cependant, Ganymède s’étant engagé dans le conseil à remplacer les navires perdus et même à en augmenter le nombre, ces mêmes hommes reprirent confiance et se mirent avec la plus grande ardeur à réparer leurs vieilles galères. Bien que dans le port et l’arsenal ils en sussent perdu plus de 110, ils entreprirent de reconstituer leur flotte : ils comprenaient, en effet, que s’ils étaient les plus forts sur mer, César ne pourrait recevoir ni vivres ni secours. D’ailleurs, un peuple habitant une ville et une contrée maritimes, adonné à la navigation, familier dès l’enfance avec ses risques, enhardi par les succès qu’il avait obtenus avec ses petites barques2, était, par instinct, porté à se fier à un élément qu’il croyait lui appartenir. Aussi ils dirigèrent tous leurs efforts vers l’équipement de la flotte.
- A toutes les bouches du Nil il y avait des navires en station pour recueillir les droits d’entrée ; dans le fond de l’arsenal royal se trouvaient de vieilles galères désarmées depuis longtemps : les unes furent réparées, les autres rappelées à Alexandrie. Les rames manquaient; on découvrit les portiques, les gymnases et autres édifices publics ; on fabriqua des rames avec les chevrons. Les ressources de la ville, l’adresse des habitants suffisaient à tout. Au surplus ce n’était pas aux besoins d’une longue navigation, mais aux exigences du moment qu’il fallait pourvoir, et ils savaient bien que c’était dans le port même qu’il faudrait combattre. C’est ainsi qu’en peu de jours, et contre toute vraisemblance, ils équipèrent 22 tétrères, 5 pentères, bon nombre de galères de rang inférieur et de galères ouvertes. Après avoir essayé leurs avirons dans le port et organisé leur vogue, ils y embarquèrent des soldats choisis et complétèrent leurs préparatifs. César avait 9 galères de Rhodes (car des 10 qu’on lui avait envoyées, l’une s’était perdue sur la côte d’Egypte), 8 du Pont, 5 de Lycie, 12 d’Asie. Parmi ces galères, on comptait 5 pentères et 10 tétrères; les autres
- 1 II y a une lacune dans le texte ; les mots qui restent suffisent pour le rétablir.
- 2 II est probable que le quantum profecissent du texte se rapporte surtout aux dommages causés par les incursions des bateaux qui passaient sous les ponts et allaient attaquer, parfoi brûler les transports.
- étaient de moindre dimension et la plupart ouvertes G Malgré l’infériorité de ses forces, César confiant dans la valeur de ses soldats se disposa au combat.
- Les préparatifs étant terminés des deux côtés,, et chacun comptant sur la victoire, César fait avec sa llotte le tour de l’ile du Phare et marche à l’ennemi. A l'aile droite il range les galères de Rhodes, à l’aile gauche celles du Pont ; les deux groupes sont formés à 400 pas l’un de l’autre (environ 600 mètres ou 3 encablures), espace qui lui paraît suffisant pour déployer la ligne de bataille. Derrière ces deux colonnes les autres galères forment une réserve ; chaque capitaine sait quel est le navire qu’il doit suivre et qu’il doit secourir2. Les Alexandrins, sans hésitation, appareillent et se mettent en bataille; leur ligne de front est formée de 22 galères ; les autres sont en seconde ligne comme réserve. En même temps que leurs galères, appareillent un grand nombre de petits navires et d’embarcations portant des engins incendiaires : les Alexandrins espèrent que leur nombre, les cris de leurs équipages et la vue des flammes effrayeront les nôtres. Les deux Hottes étaient séparées par une ligne de hauts fonds coupée par d’étroits passages et qui s’étend jusqu’à la côte d’Afrique. (Suivant les habitants le territoire d’Alexandrie est mi-partie asiatique et mi-partie africain.) Assez longtemps chacune de son côté hésita à franchir les passes, parce qu’on savait bien que celle qui s’y déciderait se trouverait dans une position désavantageuse aussi bien en se déployant pour attaquer qu’en se retirant si elle avait le dessous.
- Euphranor commandait les galères de Rhodes. C’était un Grec, avec le courage et la grandeur d’âme d’un Romain. Son habileté et sa valeur l’avaient désigné au choix de ses concitoyens. Voyant l’indécision du Consul : « César, lui dit-il, tu parais craindre que les navires entrés les premiers dans ces passes ne soient forcés de combattre avant que le reste de la Hotte ne puisse se déployer ; laissc-nous l’honneur de courir ce risque ; nous soutiendrons le choc de l’ennemi, en nous montrant dignes de ta confiance, jusqu’à ce que les autres se soient mis en ligne; quant à ces gens-là, ce serait avec douleur et avec honte que nous les verrions plus longtemps nous braver. » César, après avoir encouragé et comblé d’éloges le vaillant Euphranor, donne le signal du combat. 4 galères rhodiennes franchissent la passe; entourées et chargées par les Alexandrins, elles soutiennent l’attaque et, par une habile manœuvre, parviennent à se déployer; leurs rameurs sont si bien exercés et commandés que, malgré l’infériorité du nombre, aucune ne présente le travers, aucune ne perd ses rames, et que toujours elles
- 1 Pour l’auteur, une galère ouverte (aperta) est une galère non pontée.
- 2 L’escadre de César, ayant à franchir des passes avant d’attaquer, devait nécessairement arriver en colonnes et se déployer après les avoir franchies.
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- monlront leurs éperons aux navires ennemis : pendant ce temps le reste de la flotte entre dans le grand port; alors l’espace devenu trop étroit ne permet plus de manœuvrer; ce n’est plus de l’habileté, c’est du courage que va dépendre l’issue du combat. En ce moment, il n’y eut pas dans la ville un seul homme, soit parmi les nôtres, soit parmi les Alexandrins, qui n’oubliât les travaux du siège et ne montât sur les terrasses les plus élevées pour voir la bataille; chacun suppliait les Dieux immortels cl leur demandait le triomphe des siens.
- Le prix de la victoire n’était pas le même des deux côtés. Vaincus, les nôtres n’avaient de refuge ni sur mer, ni sur terre; victorieux, ils avaient encore à vaincre. Si la Hotte des Alexandrins avait le dessus, nous étions à leur merci ; si elle avait lé dessous, toute chance de succès final n’était pas perdue. C’était une triste et dure épreuve que de voir une poignée d'hommes combattre pour l’honneur de nos armes et le salut commun. Ce n’était pas seulement pour lui-même que chacun d’eux devait déployer son courage et son énergie ; c’était pour des compagnons qui ne pouvaient pas lutter à ses côtés. C’est là ce que César, les jours précédents, avait bien souvent répété à ses soldats, exaltant leur courage par la conviction que le salut de tous allait dépendre de leurs efforts; à son exemple, chacun avait supplié son voisin, son camarade, son ami, de ne pas tromper l’attente de ceux qui les avaient choisis comme les plus dignes de prendre part à ce combat. Aussi les nôtres se battirent avec une telle furie que ni l’habileté de leurs marins ni le nombre très supérieur de leurs vaisseaux ne furent d’aucun secours aux Alexandrins, et que l’élite de leurs combattants choisie sur un nombre immense de soldats ne put disputer la victoire aux nôtres. Dans ce combat, une pentère et une dière furent prises avec leurs rameurs et leurs épibates; 3 galères furent coulées sans que nous eussions perdu une seule des nôtres. Le restede la Hotte alexan-drinc s’enfuit vers la ville qui était à petite distance, et là elle fut protégée par des soldats qui, établis sur les môles et sur les édifices dominant la plage, empêchèrent nos galères d’approcher.
- Ne voulant pas être contraint de livrer un nouveau combat dans les mêmes conditions, César résolut de tout mettre en œuvre pour s’emparer de l’ile et de la jetée qui la relie au continent. Ses ouvrages du côté d’Alexandrie étant à peu près terminés, il jugea qu’il pourrait attaquer à la fois l’ile et la ville. Celte résolution prise, il fit embarquer dans des canots et de petits navires, 10 cohortes, l’élite de son infanterie légère et ceux des cavaliers gaulois qu’il jugea les plus propres à cette expédition*. En même temps, pour diviser les forces de l’ennemi, il envoya des cataphractes attaquer le côté extérieur de l’ile, promettant de grandes ré-
- 1 Étant donnés les effectifs des légions de César, on peut admettre que 2000 hommes, sans compter les équipages des galères, prirent part à l'expédition.
- compenses à ceux qui s’en empareraient les premiers. Les Pharites firent d’abord bonne contenance, ils combattaient à la fois sur les terrasses des maisons et sur les points élevés d’une côte difficile à gravir ; avec cinq galères et quelques bateaux manœuvrant avec adresse au milieu des récifs, ils aidaient à la défense; mais lorsque, les lieux ayant été reconnus et les passes sondées, quelques-uns des nôtres curent pris pied, d’autres les suivirent, et tous ensemble ils chargèrent ceux qui occupaient le haut de la falaise; alors les Pharites tournèrent le dos, abandonnèrent le port1 et s’enfuirent vers la plage et vers le bourg; ceux qui armaient les navires les abandonnèrent pour aller défendre leurs maisons.
- Bien que ces maisons, sur une plus petite échelle, fussent pareilles à celles d’Alexandrie, qu'une ligne de tours reliées entre elles constituât une véritable enceinte, que nos soldats n’eussent ni échelles ni claies, ni rien de ce qui est nécessaire pour un assaut, les Pharites ne purent résister longtemps dans leurs nouvelles positions. La peur, comme on le vit alors, laisse l’homme sans jugement et sans forces. Ceux-là mêmes qui avaient espéré nous résister sur un terrain uni et à armes égales, frappés d’épouvante par la déroute des leurs et la mort de quelques-uns, n’osèrent pas nous attendre derrière des murs de 30 pieds de haut. Ils se jetèrent à la mer du haut de la jetée, et gagnèrent à la nage la ville qui est à 800 pas de distance. Cependant un grand nombre des habitants de l’ile furent tués ou pris; le nombre des prisonniers s’éleva à 600.
- César, ayant accordé le pillage aux soldats, ordonna d’abattre les maisons voisines de la jetée et de fortifier, avec les matériaux, la tour qui commandait le pont le plus voisin du Phare ; il y mit garnison. Les Pharites, en fuyant, avaient abandonné ce pont et ses défenses ; l’autre pont plus rapproché de la ville et mieux fortifié était entre les mains des Alexandrins. Le jour suivant, César, poursuivant l’exéculion de son plan, essaye de s’en emparer, sachant bien qu’une fois maître des deux passages, il empêcherait la circulation des bateaux d’un port à l’autre et les déprédations commises par ceux qui les montaient. Déjà avec leurs arcs et leurs bahstes, les équipages des galères romaines avaient chassé les défenseurs du pont et les avaient forcés de rentrer dans la ville. César fait alors descendre à terre environ 3 cohortes ; un plus grand nombre de soldats n’auraient pu agir sur un terrain aussi resserré; d’autres troupes se tiennent prêtes à bord des vaisseaux. Ces dispositions prises, il ordonne de construire une tête de pont du côté de l’ennemi et de combler avec des pierres le vide de
- 1 A l’ile du Phare, on appelait port la côte sud de la partie orientale où se trouvait un abri pour les bateaux. Cette partie était bordée de falaises, tandis que, sous le bourg et à la racine de la jetée, il y avait une plage unie et sablonneuse. [Ad littora et vicurn applicaverunt.)
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- Siège d'Alexandrie par Jules César (47 ans avant J.-C.).
- — La galère de César chavire sous le poids des soldats qui
- l'ont envahie .
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- l’arche sous laquelle passaient les navires. Ce dernier ouvrage élait déjà assez avancé pour qu’aucun bateau si petit qu’il fût ne pût passer d’un port à l’autre; le premier était en cours d’exécution, lorsque les Alexandrins, avec toutes leurs troupes, sortirent de la ville et se développèrent en face de nos retranchements. En même temps ils envoyèrent le long de la jetée les barques dont ils se servaient, en passant sous les ponts, pour mettre le feu à bord de nos navires. Les nôtres se battaient pour défendre le pont et la chaussée; les ennemis les attaquaient du terre-plein qui touchait la tête de pont et des navires qui avaient accosté la jetée1.
- Pendant que César, tout entier à cette double lutte, animait ses soldats, un grand nombre de nos rameurs et de nos matelots se porta des galères sur la jetée. Les uns étaient poussés par la curiosité, les autres par l’envie de se battre. D’abord ils commencèrent, avec des pierres et des frondes, par éloigner de la jetée les bateaux ennemis, et il sembla que les traits qu’ils lançaient en grand nombre produisaient beaucoup d’effet; mais lorsque, au large du point où ils combattaient, quelques Alexandrins osèrent débarquer et les prendre en flanc, ces hommes qui n’étaient pas organisés, n’avaient pas d’enseignes et s’étaient engagés sans raison, se réfugièrent à bord de leurs galères avec une précipitation imprudente. Les Alexandrins enhardis débarquèrent en plus grand nombre et poursuivirent les fuyards avec ardeur. Alors ceux qui étaient restés à bord s’empressèrent d’enlever les échelles et de pousser les navires au large pour les empêcher de tomber aux mains de l’ennemi. Les soldats des trois cohortes par lesquelles César avait fait occuper le pont et la tête de la jetée, entendant des cris’sur leurs derrières, voyant leurs camarades en déroute, ayant à soutenir une attaque de front très vive, craignirent d elre pris à revers et de ne pouvoir regagner des navires qui paraissaient vouloir s’éloigner. La frayeur les gagne, ils abandonnent les ouvrages commencés et courent aux. vaisseaux. Une partie des légionnaires se précipite sur les galères les plus voisines qui coulent sous leur poids; un certain nombre ne sachant quel parti prendre et faisant tête est massacré par les Alexandrins; quelques-uns, plus heureux, atteignent sains et saufs les galères plus éloignées de la rive; d’autres jetant leurs boucliers et risquant le tout pour le tout, gagnent à la nage les bateaux les plus à portée.
- César, s’efforçant jusqu’au bout de retenir les siens à la défense du pont et des ouvrages, courut les mêmes dangers. Lorsqu’il vit que les légionnaires ne tenaient plus, il regagna sa galère. Une foule d’hommes l’y suivit, et comme il n’y
- 1 II faut, pour comprendre ce passage, se rendre compte que les soldats de César avaient occupé le pont et la chaussée qui y conduisait, que les galères de César, d’un côté, les bateaux des alexandrins, en beaucoup plus grand nombre, de l’autre, avaient accosté la jetée entre les deux ponts.
- avait plus moyen, ni de leur assigner des postes, ni de faire pousser le navire au large, il prévit ce qui allait arriver, se jeta à la mer et atteignit à la nage les galères mouillées à distance de la chaussée. De là, il envoya au secours des siens des embarcations qui en sauvèrent quelques-uns. Quant à sa propre galère, elle coula sous le poids des soldats qui l’avaient envahie. Dans ce combat les Romains perdirent environ 400 légionnaires et un peu plus de 400 rameurs et matelots. Sur le lieu que nous venions d’abandonner, les Alexandrins firent de grands ouvrages pour compléter la défense de la tour existante, ils les garnirent de nombreuses bnlistes, ils déblayèrent le passage que nous avions comblé, et désormais ils purent s’en servir pour y faire passer leurs bateaux.
- Cet échec ne découragea pas nos soldats ; ils n’en devinrent que plus ardents à l’attaque des positions de l’ennemi....
- — A partir de ce moment, les opérations qui ont amené la prise d’Alexandrie et la conquête de l’Egypte sont faciles à suivre. Au point de vue spécial qui nous occupe, elles ne présentent plus d’intérêt.
- Le récit qu’on vient de lire est trop précis, les mots portent trop juste, pour que la compétence de l’écrivain puisse être discutée. Si ces pages ne sont pas de la main de César, elles ont [tassé sous ses yeux. C’est donc un document historique d’une incontestable autorité. On en peut tirer pour l’histoire générale de la marine, des conséquences importantes :
- 1° Si on admet empiriquement que la moitié des cavaliers de César, au moment de son arrivée avec des corps réduits au tiers de leur effectif, étaient montés, et que sa flotte de transport était composée de 16 galères (10 galères de Rhodes et quelques galères d’Asie), on arrive à un quotient de 250 hommes et 25 chevaux par galère. C’est ce que peuvent porter, pour un court voyage, les pentères couvertes d’un catastroma, décrites par Polybe1.
- 2° Les 50 trières et pentères envoyées au secours de Pompée et revenues après la bataille de Phar-sale composaient les deux tiers de la flotte égyptienne disponible. L’ensemble de leurs effectifs n’avait pas dépassé, en supposant le nombre des trières égal à celui des pentères, 15 à 20 000 hommes.
- 3° Lorsque les Alexandrins reconstituent leur flotte en armant les vieux navires tirés du fond de leurs arsenaux, ils ne trouvent pas une seule de ces galères de rang supérieur que nous avons vues figurer à la bataille de Chio, moins encore aucune polvrème comparable à celles de 10, 20, 50 rangs de rameurs dont Athénée fait mention en dénombrant la flotte de Ptolémée Philadelphe. Il en résulte qu’au - temps de J. César la marine appelée par les historiens « marine des Ptolémées » avait
- 1 Une galère, si grande qu’elle soit, qui n’a pas de pont supérieur (catastroma), ne peut pas embarquer de chevaux.
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- disparu, et il est improbable, pour ne pas dire impossible, que la marine égyptienne complètement détruite pendant le siège d’Alexandrie ait été représentée, quelques années plus tard, à la bataille d’Actium, par des types gigantesques depuis si longtemps oubliés. Contre-amiral P. Seiîre.
- LES LOIS DE LA VISION
- ET L'HARMONIE DES COULEURS
- Dans le langage vulgaire, le mot couleur est employé dans des sens différents. Il signifie tantôt matière colorante, tantôt il désigne la sensation spéciale que nous éprouvons à la vue de celle dernière. La distinction entre les deux sens du mot couleur doit être ainsi nettement établie, et c’est dans la dernière acception seulement qu’il sera employé ici. Cette distinction paraît toute simple; cependant les différents sens donnés au mot couleur ont provoqué bien des confusions, et des esprits éminents comme Newton, Chevreul, Ilelmoltz, ont confondu tour à tour le mélange des matières colorantes avec le mélange des lumières colorées et ce dernier avec le mélange des sensations colorées ; c’est-à-dire étudiant la couleur, ils ont confondu ce qui est en dehors de nous, le phénomène physique, avec ce qui se passe en dedans de nous, le phénomène physiologique. Les maîtres de la science que nous venons de citer ayant vu surtout le côté physique de la question, il n’est guère étonnant que leurs émules qui ont publié des traités sur la science de la couleur, aient fait les mêmes confusions, et, dans tous les cours de physique, on montre encore le disque de Muschenbroeck pour faire la synthèse de la lumière blanche tandis qu’en réalité ce ne sont pas des lumières colorées qu’on mélange, mais des sensations colorées qu’on mélange dans l’œil. Dans ce qui suit nous présentons donc la question au point de vue physiologique. Notre but est d’enseigner le moyen de juxtaposer des couleurs qui mutuellement se fassent valoir; pour arriver à ce résultat, il faut évidemment connaître exactement l’organisation de notre œil, non pas au point de vue anatomique, mais au point de vue des sensations qu’il éprouve et des jugements que nous formulons.
- Yoici à ce sujet une expérience faite par M. le Dr.Gillet de Grandmont devant la Société française de physique : la tète d’un observateur est immobilisée au moyen d’un support sur lequel reposent le menton et le front; un écran est placé devant l’un de ses yeux. De l’œil libre, il fixe pendant quelques secondes un bouton métallique luisant placé devant lui. Au moyen d'un ressort on fait apparaîlre à côté de la surface brillante une petite surface colorée en vert très vif. En moins d’une demi-minute, cette surface disparaît complètement à la vue de l’observateur, et il ne voit plus rien. Un clignement de l’œil suffit pour la faire reparaître,
- mais tout à fait grise. Alors, par un nouveau mouvement de ressort, une surface blanche est substituée à la surface verte; mais l’œil ne la voit pas blanche ^ elle paraît colorée en rouge fuchsine, couleur complémentaire du vert. Au premier clignement de l’œil, cependant, l’illusion disparaît et la surface apparaît simplement ce qu’elle est, c’est-à-dire blanche.
- Ainsi donc, lorsque l’œil fixe pendant quelque temps une couleur, il devient aveugle pour cette • couleur, mais cette cécité ne dure qu’un clin d’œil.
- Une autre conclusion qu’il faut tirer de ces expériences est celle-ci : quand l'œil a vu une couleur, il est disposé à voir sa complémentaire, c’est-à-dire qu’il éprouve successivement l’ensemble des sensations qui constituent le blanc : c’est là un point capital. Ainsi l’œil reconstitue de lui-même les éléments de la sensation du blanc si on ne les lui représente pas. Dès lors si nous offrons à l’ceil un ensemble de couleurs qui reconstitue le blanc, nous lui éviterons cette peine, d’où celte nouvelle conclusion : que le principe de l’harmonie des couleurs dans un coloris de deux couleurs réside dans l’emploi des couleurs complémentaires.
- J’ai eu maintes fois l’occasion de constater ce fait. La vue simultanée de couleurs complémentaires est agréable; l’œil ne se lasse pas de les voir; plus il les voit, plus elles lui plaisent. Yoici une manière simple de faire* l’expérience.
- Je possède une collection de feuilles de papier colorées, qui constituent ensemble 16 paires de couleurs complémentaires. J’ai eu soin, pour simplifier les jugements de l’esprit, de choisir 52 couleurs aussi pareilles d’intensité que possible, c’est-à-dire toutes également vives et également foncées. Cette collection est sous forme de carrés de mêmes dimensions. Après les avoir mêlés, je les présente à une personne en la priant de grouper ces papiers par paires et de mettre ensemble les deux couleurs qui lui paraissent, par leur juxtaposition, produire l’effet le plus agréable.
- En choisissant les surfaces colorées d'une forme identique, faites avec la même matière, et ne différant que par la qualité (et non par l’intensité) de la couleur, le jugement n’est pas influencé par des phénomènes accessoires et ne porte que sur la couleur.
- Dans ces conditions, invariablement on classe les couleurs par paires complémentaires. J’ai remarqué, d’ailleurs, que les femmes mettent moins de temps que les hommes à faire cette classification : l’œil féminin est très sensible aux contrastes de couleurs.
- Comment, dans la pratique, peut-on procéder pour déterminer les couleurs complémentaires? Parmi les méthodes utilisables, j’ai donné la préférence à celle des disques rotatifs, parce qu’elle est applicable aussi bien aux couleurs rabattues qu’aux couleurs franches. Les couleurs sont peintes sur de petits disques de papier fort, découpés à l’aide d’un emporte-pièce spécial; ces petits disques sont fen-
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- dus, en partie selon un rayon, en partie selon une circonférence, ce qui permet d’en engager deux l’un dans l’autre et de faire varier rapidement l’angle relatif des secteurs, jusqu’au moment où, par la rotation rapide du petit disque autour de son centre, la surface paraisse d’un gris uniforme, parfaitement incolore. Pour juger si le gris obtenu remplit réellement cette condition, il est indispensable d'avoir sous les yeux un type de comparaison qui soit exactement à la même hauteur de ton que le gris produit par les deux complémentaires.
- On y arrive par la disposition suivante :
- Dans une caisse en bois, fermée de tous côtés, tapissée intérieurement de velours noir, est percé un trou (fîg. 1).
- Devant cet orifice circulaire, qui est d’un noir aussi parfait qu’il est possible de le réaliser, je place un secteur blanc (papier peint avec du sulfate de baryte pur) à angle variable. Celui-ci peut être mis en rotation rapide à l’aide d’un axe qui traverse la caisse et aboutit normalement au centre du trou.
- 11 se produit ainsi un gris dont je lais varier à volonté le ton en
- modifiant l’angle
- Fig. 1.
- du secteur blanc.
- Au centre du cercle, je dispose sur le même axe les petits disques fendus, dont il a été question plus haut, colorés par les couleurs complémentaires. Par tâtonnement, on arrive rapidement à obtenir deux gris qui, à la vue, paraissent identiques, quoique obtenus de deux manières si différentes.
- En mesurant l’angle des secteurs, on connaît :
- 1° La proportion de deux couleurs qui reproduisent la sensation du blanc;
- 2° La quantité de blanc produit.
- L’appareil à disques tournants est surtout un ap-
- pareil d’étude; les expériences ne peuvent être vues que par un petit nombre de spectateurs ; car les disques doivent être regardés normalement ou du moins sous un angle très petit.
- C’est cet inconvénient qui a donné à M. de Luynes l’idée ingénieuse de remplacer d ins ses cours du Conservatoire des Arts et Métiers le disque par des cylindres tournants. En peignant sur un cylindre des bandes selon la génératrice, on peut en disposer un certain nombre sur une circonférence, et, par la
- rotation rapide , mélanger les sensations (fig. 2).
- Le cylindre permet de juxtaposer selon sa hauteur un certain nombre de systèmes de bandes diversement composées (voyez les cylindres posés à terre près de l’appareil) de sorte que par la rotation on voit simultanément le résultat de plusieurs mélanges.
- L’inconvénient des cylindres est de ne pas montrer de teintes piales et de ne pas permettre de faire varier à volonté et instantanément la proportion du mélange, ce qu’il est aisé de faire avec les disques fendus.
- Nous ne nous sommes occupés jusqu’ici que de l’emploi des couleurs complémentaires pour éviter
- ce que M. Cbcvreul appelle le « contraste ». Mais ce n’est pas le seul moyen. On atteindra évidemment le même résultat en coloriant avec une seule et même couleur (coloris monochrome) que l’on prendra à différents degrés d’intensité et de luminosité. Je suis ainsi amené naturellement à présenter les résultats que l’expérience m’a apportés sur la dégradation des coideurs. Ici encore les disques rotatifs ont été de l’emploi le plus avantageux, car ils ont fait reconnaître l’erreur grave que l’on commet en dégradant les couleurs de la manière habituelle.
- Appareil à disques rotatifs colorés de M. A. Rosenstiehl, pour l’étude des lois de la vision et de l’harmonie des couleurs.
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- La couleur d’une matière colorante varie avec l’épaisseur de la couche sous laquelle elle est vue, quand on la mélange avec des matières incolores ; en couche épaisse, elle est plus rougeâtre qu’en couche mince; de plus la modification ne porte pas
- seulement sur la qualité de la couleur, elle porte aussi sur son intensité : les matières colorantes qui possèdent par elles-mêmes une couleur très intense, telles que le jaune de chrome, donnent, par le mélange avec des matières incolores des couleurs
- Fig. 2. — Grand appareil à cylindres tournants de M. de Luynes.
- de moins en moins intenses, comme on devait s’y attendre, tandis que pour d’autres, dont la couleur est peu intense, l’outremer par exemple, le pouvoir colorant grandit, au contraire, dans les mêmes conditions jusqu’à une certaine limite à partir de laquelle l’intensité de coloration décroît.
- Ces faits expliquent pourquoi, si on cherche les complémentaires des tons de la gamme du cercle
- chromatique de M. Chevreul, on trouve que chaque ton a une complémentaire différente et que par conséquent tous les tons de la gamme dérivent en réalité d’une autre couleur. Et il ne pouvait en être autrement puisque M. Chevreul définit les « tons d’une couleur », « les différents degrés d’intensité qu’une couleur est susceptible de prendre selon que la substance qui la représente est plus
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- pure, ou simplement mélangée de blanc ou de noir .»
- Pour obtenir plusieurs tons de la même couleur qui aient entre eux des relations déterminées, il faut, pour se mettre à l’abri de ces irrégularités, un modèle où l’on puisse suivre une gamme vraie. Cette gamme que j’appelle gamme esthétique, sera donnée par le résultat du mélangé des sensations, tel qu’on l’obtient, par exemple, à l’aide des disques. Cet instrument est un guide infaillible qui permet de reconnaître si deux tons de couleur sont qualitativement identiques, e’esl-à-dirc correspondant à une même sensation colorée modifiée seulement au point de vue de son intensité ou par la sensation du'blanc qui y est mélangée.
- Sont identiques qualitativement deux -couleurs quand elles sont même complémentaires ; sont identiques quantitativement, c’est-'a-dire par leur intensité, deux couleurs qui, mélangées à l’aide des disques tournants avec la complémentaire commune, produisent la sensation du blanc avec des secteurs égaux.
- En résumé,, on peut donner aujourd’hui comme certaines les conditions suivantes d’harmonie des couleurs :
- 1° Coloris dérivé d’une seule couleur franche (monochrome).
- Les dégradations d’une seule et même couleur, suivant la gamme esthétique, forment entre elles des assortiments harmonieux.
- 2° Coloris dérivé de deux couleurs franches.
- L’assortiment le plus agréable est celui de deux couleurs franches complémentaires et de leurs dérivées.
- Dans le cas d’un coloris composé de deux couleurs il faut encore ajouter un conseil relativement au choix des teintes; le degré d’intensité doit être en raison inverse’ des surfaces à colorer.
- En appliquant les propositions que je viens de formuler, il ne faut pas oublier que, pour qu’un coloris plaise, il ne suffît pas qu’il flatte l’œil par la couleur; il y a une condition plus importante à remplir : il faut satisfaire l’esprit, c’est-à-dire qu’il faut, avant tout, observer des principes qui sont en dehors des limites du présent travail : ceux de la vision distincte et de la convenance1.
- A. Rosenstiehl.
- CANON DE DÉBARQUEMENT
- DU SERVICE COLONIAL
- Considérant qu’elle peut être souvent appelée à opérer de concert avec l’armée de terre, la Marine a longtemps admis ce principe quelle devait être
- 1 Ceux de’ nos lecteurs qui voudraient étudier d’une façon plus complète ces intéressants travaux, pourront consulter le Mémoire de M. Rosenstiehl dans les Bulletins de la Société industrielle de Rouen,
- constamment en mesure de prêter main-forte à celle-ci. Dans cet ordre d’idées, elle s’imposait l’obligation de n’employer d’autres pièces de petit calibre que celles dont le département de la Guerre faisait lui-même usage. En fait de bouches à feu d’embarcation et de débarquement, le service de la flotte ne se servait que de l’ancien canon de 12, rayé, de campagne, et du canon de 4, rayé, de montagne, se chargeant tous deux par la bouche. -
- La sujétion consentie par la Marine offrait cet avantage qu’elle assurait l’harmonie de ses opérations d’ensemble, mais elle avait, en revanche, pour très fâcheux effet de priver les embarcations du seul genre de bouches à feu qui put leur convenir, c’est-à-dire de canons légers se chargeant -par la culasse.
- Cet étal de choses a duré jusqu’en 1878; mais, à partir de cette époque, la flotte s’attache à consulter plus directement les intérêts de son service spécial, à satisfaire dans les conditions rationnelles à scs besoins particuliers.
- Actuellement, les bouches à feu dites « d'embarcation et de débarquement » sont les canons de 90 et de 65 millimètres en bronze mandriné, se chargeant par la culasse et le « canon-revolver Iiotch-kiss » de 37 millimètres.
- Nous nous sommes proposé de donner ici une description sommaire du canon de 65,. modèle 1878, spécialement et uniquement destiné à être employé dans les opérations de débarquement.
- Cette pièce, du poids de 95 kilogrammes, nemesure que 1m,091 de longueur; son àmeporte 26 rayures paraboliques dont l’inclinaison finale est de 8 degrés sur l’axe. La fermeture de culasse est à vis, et cette vis est maintenue par un volet, ainsi que cela se pratique dans nos pièces de campagne actuelles.
- Quant à l’obturation, elle ne s’opère ni suivant le système de Range, ni suivant le système de Reffyc. L’obturateur adopté par la Marine est une sorte d’anneau Rroadvvcll fixe, en cuivre, et de dimensions telles que ses bords épousent exactement les parois de son logement. Percé d’un trou qui peut livrer passage au projectile, le fond se relie au bord par une partie arrondie, dite « gouttière ». Il est soutenu par une couronne en cuivre encastrée dans la face antérieure de la rondelle, mais en saillie de 5 millimètres sur celle-ci. Des rigoles ouvertes sur la couronne d’appui, ainsi que sur le fond de l’obturateur, favorisent le contact de ces deux parties et offrent un logement aux gaz qui pourraient passer entre obturateur et rondelle. Elles les empêchent ainsi d’arriver jusqu’à la gouttière et, par suite, jusqu’au métal de la pièce.
- La mise du feu s’effectue par une lumière centrale, comme dans tous les autres canons de la Marine, c’est-à-dire selon le système dit « à marteau ». Seulement, au lieu d’être actionné par un ressort et abattu par traction, le marteau du canon de 65 est maintenu armé par le moyen d’une gâchette. Quand on fait jouer celle-ci à l’aide du cordon tire-feu, le-
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- dit marteau retombe, poussé par un ressort. C’est le verrou qui porte marteau, ressort et gâchette.
- Le canon de débarquement de 65 lance, à volonté, des obus ou des boîtes à mitraille.
- L'obus, en fonte ordinaire, pèse, tout chargé, 2kil.700; sa charge intérieure est de 174 grammes de poudre. Il est muni de deux ceintures : l’une, à l’arrière, en cuivre rouge ; l’autre, à l’avant, venue de fonte. L’éclatement s’obtient par le moyen d'une fusée analogue à la fusée percutante de tous les projectiles, modèle 1870, de la Marine. Elle ne s’écarte de ce type que du fait de quelques dispositions de détail1.
- La botte à mitraille, d’un poids total de 5 kilogrammes, comporte un culot, un couvercle et un corps de boîte en zinc. Elle renferme 96 balles en plomb durci, reliées par une coulée de soufre.
- La charge du canon, du poids de 410 grammes de poudre C2, est renfermée dans un sachet. Outre des sachets de 410 grammes, l’approvisionnement de la pièce comprend un certain nombre de charges de 150 grammes de même poudré Cs, lesquelles s’emploient au cas de l'exécution d’un tir plongeant.
- On enflamme la charge à l’aide d’une étoupille obturatrice à percussion centrale, modèle 1874-78. Les étoupilles de ce type sont en laiton et mesurent 25mm,8 de longueur. Elles se composent d’un cylindre de 8mm,9 de diamètre ( lequel cylindre fait, en s’épanouissant, obturation ) et. d’une tête qui, lorsqu’on amorce, arrête i’étoupille en butant contre l’entrée du canal de lumière. Lors du tir, au contraire, cette tête prend appui sur le verrou de la culasse. A l’intérieur du cylindre, le constructeur a vissé une cheminée en laiton durci, coiffée d’une capsule amorcée au fulminate de mercure, et il a introduit une petite charge de 60cg,5 de poudre de chasse. Une rondelle de papier verni à la gomme laque empêche le contact immédiat de la cheminée et de la composition fulminante; des rondelles de papier mince sont interposées entre la cheminée et la charge de poudre; enfin, celle-ci est maintenue par un tampon de cire. La cheminée est vissée de telle sorte qu’elle se trouve en contact avec le fond de son logement. Là, l'épaisseur de métal formant la partie centrale de la tête de I’étoupille n’est que de lmra,3. C’est cette partie qui reçoit et transmet le choc du percuteur.
- La vitesse initiale des projectiles lancés par le canon de 65 est de 346 mètres, dans l’hypothèse de l’emploi d’une charge normale de 410 grammes. Au cas d’une charge de 150 grammes pour tir plongeant, cette vitesse se réduit à 187 mètres.
- La hausse de la pièce, inclinée à droite, est en acier. Elle se compose d’un curseur gradué en hectomètres et d’une traverse graduée en millimètres.
- 1 On procède actuellement, à Gàvre, à des expériences qui auront vraisemblablement pour conclusion l’adoptiou, pour le canon de 65, d’obus à balles à gerbe étroite, analogues aux obus similaires des canons de campagne du département de la Guerre,
- Sur celle-ci se meut un chapeau mobile portant un œilleton par le centre duquel on vise. Le guidon articulé, dit guidon Broca, se compose d’une petite planchette en acier, laquelle peut se rabattre autour d’une charnière adaptée a l’embase du tourillon gauche de la pièce. A sa partie supérieure, la planchette est percée d’un trou circulaire dont le bord est entaillé dans le haut, de manière à former deux pointes qui se regardent. Pour pointer la pièce, il faut mettre en alignement le centre de l’œilleton, le milieu de l’intervalle des pointes du guidon et l’objet k battre.
- Le curseur est gradué jusqu’à 4800 mètres, portée qui correspond k l’angle maximum de 25° au-dessus de l’horizon. L’angle maximum de pointage au-dessous dudit horizon est d’une amplitude de 17°.
- La canon de 65 est, d’ailleurs, muni d’une hausse spécialement affectée à l’exécution du tir en mer.
- L’affût de cette bouche k feu de débarquement se compose de deux fiasques en acier, réunis par une entretoise également en acier. L’essieu est creux. C’est un fourreau de tôle de fer, bourré de bois calibrés.
- Les roues sont également en fer creux, nourri de bois. En procédant ainsi, l’artillerie de la Marine a fait une heureuse application du système Poloneeau; son ingénieux dispositif rappelle celui des arcs du Pont-des-Arts. Le poids total de l’affût, avec ses deux roues, ne s’élève qu’a 124 kilogrammes. Quant à l’enrayage, il s’obtient par le moyen d’un cordage de 0m,020 de diamètre et de 3 mètres de longueur. L’emploi de ce cordage permet de réduire le recul de 13 à 4 mètres.
- L’avant-train est établi sur deux roues et un essieu de tout point semblables aux organes similaires de l’affût. Le timon ou flèche est en fer, avec bout de crosse et arrêtoir de limonière à l’avant ; il porte, k l’arrière, un crochet de cheville-ouvrière avec chaînette et clavette. Sur le timon et l’essieu se trouve fixé un cadre-support. Cette sorte de châssis, en tôle avec cornières, porte quatre caisses k munitions.
- A l’avant-train s’accroche une limonière également en fer creux, bourré de bois, et ne pesant que 18kg,950. Elle peut s’adapter directement k l’affût ainsi que cela se fait dans le matériel de montagne de l’Artillerie de terre.
- Le poids total de l’avant-train avee limonière, mais sans munitions, est de 139kg,400.
- Chaque caisse k munitions, du poids de 62 kilogrammes, contient 10 obus et 4 boîtes k mitraille avec 14 charges ordinaires de poudre. On y trouve de plus 4 charges pour tir plongeant et 20 étoupilles obturatrices.
- Quand l’afiut doit marcher sans avant-train, la limonière, ainsi qu'il a été dit, s’accroche directement k la poignée de la crosse. En ce cas, les caisses k munitions se placent sur un bât porte-caisses, lequel' repose lui-même sur l’affût. Ce bât ne porte que deux caisses — une de chaque côté, — comme le
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- ferait un mulet. Un trait de brêlage relie ensemble le bât, les caisses, la bouche à feu1.
- Quand il est accompagné de son avant-train, le canon de débarquement est servi par dix hommes; le service de la pièce sans avant.-train n’en exige plus que six.
- 11 y a en ce moment au Tonkin une batterie de canons de 65, opérant de concert avec l’Artillerie de terre.
- Ici nous devons observer que le cheval de limo-nière du canon de débarquement dont il s’agit est tenu de fournir un travail considérable. On a vu, en effet, que la pièce pèse 95 kilogrammes ; l’affût, 124 ; l’avant-train sans munitions, 159; les quatre caisses à munitions, ensemble, 248; soit un total de 606 kilogrammes. Or il est admis que, en campagne, un
- cheval ne doit pas avoir à en traîner plus de 355. La charge est donc ici presque double de ce quelle devait être, et l’on doit supposer que notre batterie du Tonkin attelle un cheval de renfort en avant du cheval de limonière.
- Observons, d’ailleurs, que le Manuel du marin canonnier ne semble pas prévoir le cas de la manœuvre avec avant-train attelé de deux chevaux. Cette théorie considère évidemment que, dans les circonstances les plus fréquentes, le cheval de limonière n’aura à traîner son lourd fardeau que durant un espace de temps très court; que, le plus souvent, la pièce devra se mouvoir « à bras d’hommes ».
- Cela est si vrai que, parmi les objets d’armement nécessaires au service de la pièce, le Manuel précité mentionne expressément deux bricoles de li-
- Petit canon ae débarquement de l’armée française actuellement en usage au Tonkin.
- monière, quatre bricoles de bout d’essieu, deux prolonges de limonière et une bretelle-support de ladite limonière.
- Le canon de débarquement que nous venons d’étudier sommairement est, ainsi qu’il a été dit plus haut, du modèle 1878. Quelle qu’en soit la valeur, quelques services qu’elle puisse rendre au Tonkin et dans nos colonies, cette pièce doit, dans un avenir prochain, disparaître et faire place à un nouveau canon de 65 millimètres, modèle 1881.
- En 1881, en effet, l’Artillerie de la Marine a remanié tout son matériel. En conséquence, les canons d’embarcation et de débarquement ont dû, comme toutes les autres bouches à feu, être l’objet d’un remaniement basé sur les principes nouvellement admis.
- 1 Les affûts, avant-trains, limonières, etc., sortent de la maison Moyse et G", constructeurs et fournisseurs de la Marine, à Paris-Ménilmontaut.
- Renouveau canon de65 millimètres, actuellement à l’étude, ne sera plus en bronze mandriné, mais en acier non fretté1. Sa longueur d’àme sera de seize calibres, au lieu de quinze-; l’angle d’inclinaison finale de ses rayures mesurera sept degrés d’amplitude, au lieu de huit.
- Il est permis de penser que la valeur de la nouvelle pièce en acier réalisera un progrès sensible sur celle de sa similaire en bronze, actuellement en service. Lieutenant-colonel Hejsnebert.
- 1 Cette absence de frettes — qui constituera un fait exceptionnel — s’explique très bien attendu que, à raison des conditions de légèreté qui lui sont imposées, la pièce ne doit jamais tirer qu’à faible charge.
- 2 Suivant les principes admis en 1881 , l’Artillerie de la Marine allonge ces pièces, afin de mieux utiliser la force de la poudre.
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- MAMMIFÈRES OVIPARES
- Une nouvelle scientifique, d’une telle importance qu’elle fut jugée digne d’être transmise par câble sous-marin, a été communiquée par le professeur Liversidge de Sydney à la Société des sciences naturelles d’Angleterre. C’est du moins ce que nous a appris le journal anglais JSature.
- La découverte, qui a émule monde savant d’outre-Manche et qui doit apporter quelques modifications dans la classification actuelle des mammifères, consiste en ce que son auteur, M. Caldvvell, un des élèves les plus zélés du savant et regretté embryologiste anglais Balfour, ou « Ralfour Student » comme l’appelle le journal anglais, a pu constater, après
- une longue série d’observations, que les Monotrèmes pondent des œufs, que leur développement ressemble;! celui des oiseaux et des reptiles et que pai conséquent ils se rapprochent plus de ces derniers que des Mammifères.
- Qui ne sait qu’un des caractères assez importants de la classe supérieure des vertébrés est précisément leur viviparité : « Les mammifères sont des vertébrés à sang chaud, pilifères, vivipares et pourvus de mamelles, » lit-on dans tous les traités de zoologie. Toutes les études faites jusqu’à présent sur les différentes espèces qui composent ce groupe d’animaux n’ont fait que confirmer cette formule, établie depuis si longtemps.
- Toutefois les naturalistes étaient encore bien loin d’avoir tout dit sur l’étrange groupe de mammifères
- L’ornithôrhynque paradoxal (Ornilhorhyncus paradoxus
- qui peuplent principalement l’Australie et les îles environnantes. M. Caldwell partit poui ces pays dans le but de faire sur place des études complémentaires sur les Monotrèmes et les Marsupiaux. Bientôt ses recherches ont donné des résultats d’une telle importance que le jeune naturaliste crut nécessaire, nous le répétons, de les communiquer sans retard en Europe, et il est curieux de remarquer que c'est pour la première fois qu’une pareille nouvelle scientifique se trouvait ainsi parcourir un câble sous-marin.
- Par un singulier hasard, cette communication arriva à Londres juste au moment où un autre savant émérite, sir Richard Owen, connu depuis .ongtemps par ses nombreux travaux en zoologie et surtout par sa fameuse théorie des vertèbres crâniennes, mettait sous presse les résultats de ses dernières recherches sur l’oviparité des Monotrèmes. Ces
- travaux parurent dans The annals and magazine of natural history au mois de décembre 1884 L
- 11 résulte de ce mémoire, que M. Owen, d’accord avec M. Caldwell, affirme aussi l’oviparité des Monotrèmes et que les deux genres Ornithorhynchus et Echidna, formant à eux seuls ce petit groupe de mammifères, pondent de véritables œufs, semblables à ceux, comme nous l’avons déjà indiqué, des oiseaux et des reptiles (ou Sauropsidiens). De plus, les observations de M. Owen faites sur les spécimens reçus par lui d’Australie, aussi bien que » elles faites sur place par M. J.-W. Haecke, directeur du muséum à Adélaide2 (en Australie) et surtout par
- 1 Voy. aussi, pour ses travaux antérieurs sur le même sujet, l’article Mokothemata in Cyclopædia of analomy, vol. III, 1845.
- 2 Ce savant réclame même la priorité <le la découverte de l’oviparité de Monotrèmes. Voy. à cet effet le journal allemand Kosmos, Band II, HeftVI‘% 1884.
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- M. Caldwell,ont conduit à reconnaître que l'œuf des Monotrèmes, pondu dans un développement égal à celui d’un poussin de trente heures, est couvé ensuite dans une sorte de poche abdominale. Cette poche semble être un repli de la peau ; elle n’est pas en relation directe avec l’organisme intérieur de la femelle, qui, paraît-il, en est seule pourvue. Cette poche ne mesure chez VÉchidna hysteris qu’un pouce et dix lignes en longueur et par conséquent elle né peut contenir que la tête et les membres antérieurs du jeune Échidna; le reste est caché par les poils et la partie inférieure du corps de la mère.
- L’œuf, suivant M. Caldwell, est entouré, comme chez les Sauropsidiens, d’une masse vitelline excessivement grande « et par conséquent il y a segmentation partielle (méroblàstique type) ; » le tout est enveloppé par une coque blanche, forte, flexible et mesure trois quarts de pouce en longueur et un demi en largeur. L’ornithorhynque pond deux œufs, tandis que l’échidné n’en pond qu’un seul.
- On sait que les Monotrèmes, tout en étant considérés comme des mammifères par la conformation générale de leur squelette, leurs glandês mammaires (quoique sans mamelons), leur peau pili-fère, etc., possèdent en même temps les caractères distinctifs des oiseaux et des reptiles tel que le cloaque, la fourchette formée de clavicules soudées entre elles et avec le sternum constituant une pièce osseuse semblable à celle de oiseaux. Ils possèdent comme ces derniers un labyrinthe auditif particulier et sans oreille externe; on y distingue en outre les caractères suivants : yeux protégés par une membrane nictitante; mâchoires dépourvues de dents et transformées en bec; soudure de bonne heure du crâne; cerveau lisse et corps calleux rudimentaire ; ovaire droit avorté et utérus ne constituant qu’un simple renflement de l’oviducte et enfin le placenta manque complètement.
- « Que conclure de ce mélange irrégulier de caractères? demande M. Cari Yogt. Peut-on déduire de ces faits la conclusion proposée dernièrement par des auteurs distingués et passée dans le public : que les Monotrèmes sont une forme plus ancienne que les marsupiaux, et que ces derniers en dérivent par descendance directe? Deux faits s’opposent à cette manière de voir : d’un côté, l’état rudimentaire du système dentaire ; de l’autre la répartition géographique des Monotrèmes actuels, » se bornant, comme on sait déjà, à l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée, et n’ayant été trouvés nulle part ailleurs dans la création actuelle ni dans les assises géologiques. « Cette répartition si bornée, conclut de là le savant Gène vois, convient aux types qui n’ont qu’un passé fort restreint, » et par conséquent il penche plutôt vers l’opinion des zoologistes d’après lesquels les Monotrèmes seraient des marsupiaux dégradés, « qui, par une adaptation spéciale, seraient retournés vers une conformation inférieure. »
- Toutefois M. Vogt, en véritable savant, ne veut
- pas se prononcer définitivement, « car, dit-il, ni la paléontologie, ni l’ontologie de ces animaux ne sont connues. »
- Aujourd’hui, grâce aux recherches des naturalistes anglais, la lacune concernant la description des Monotrèmes actuels est comblée, les hésitations ne sont plus justifiées : il semble que l’on doive accepter définitivement l’opinion de ceux qui, comme Huxley et Ernest Haeckel, considèrent les Monotrèmes non comme des marsupiaux dégénérés, mais comme des descendants directs, quoique assez modifiés, du pro-totype de mammifères. E. Halperinjs.
- - —. y. • .v u-,yt
- CHRONIQUE cÆ
- Congrès international (l'hygiène et de climatologie de Biarritz. — L’organisation de cette intéressante réunion scientifique est en pleine voie de succès. M. le Ministre du commerce en a accepté la présidence d’honneur. Le Congrès, qui se tiendra à Biarritz du 1er au 8 octobre, sera suivi d’une excursion des plus intéressantes dans les stations thermales pyrénéennes. On peut s’inscrire comme membre adhérent moyennant une souscription de 12 francs qui donne droit à tous les avantages du Congrès y compris la réduction de 50 p. 100 sur les chemins de fer. Voici les noms des membres du comité d’organisation siégeant à Paris : Dr Durand-Fardel, président honoraire de la~8ociété d’hydrologie médicale de Paris, président du Congrès; DrF. Garrigou, secrétaire général du Congrès; Dr Constantin Paul, membre de l’Académie de médecine, président de la Société d’hydrologie médicale de Paris; Dr Leudet, secrétaire général de la Société d’hydrologie médicale de Paris ; Dr Lunier, membre de l’Académie de médecine, ancien vice-président de la Société météorologique de France ; M. L. Teis-serenc de Boit, secrétaire général de la Société météorologique de France; M. Peslin, ingénieur en chef des Mines; M. O’Shea, président de la Société des sciences, lettres et arts de Biarritz (Biarritz-Association) ; M. Franck, ingénieur, membre de Biarritz-Association, Secrétaire trésorier : Dr de Lavarenne, secrétaire annuel de la Société d’hydrologie médicale de Paris.
- Les erreurs du téléphone. — Le Bulletin international des téléphones ne craint pas le mot pour rire. Faisons comme lui, en reproduisant l’anecdote suivante :
- Un abonné du réseau parisien demande au bureau central à être mis en communication avec son médecin :
- L'abonné. — Ma femme se plaint d’une violente douleur à la nuqua et d’une sorte de pesanteur d’estomac.
- Le médecin. — Elle doit avoir la malaria.
- L’abonné. — Que faut-il faire?
- (A ce moment l’employée du bureau change par erreur la communication et l’infortuné mari reçoit la réponse d’un mécanicien qui donne une consultation au propriétaire d’un moulin à vapeur.)
- Le mécanicien. — Je crois qu’à l’intérieur elle est couverte d’excoriations de plusieurs millimètres d’épaisseur. Laissez-la refroidir pendant la nuit, et le matin, avant de la chauffer, prenez un marteau et frappez-la vigoureusement. Munissez-vous ensuite d’une lance d’arrosage à forte pression et lavez-la énergiquement.
- A son grand étonnement, le médecin n’a plus jamais revu son client.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 mars 1885. — Présidence de M. Bocley.
- Soulèvement de la Côle-d'Or. — On admet, en général, depuis les travaux d’Elic de Beaumont, que la Côte-d’Or a pris son relief actuel entre la période jurassique et la période crétacée. Il résulte cependant d’une note adressée par M. Jules Martin, de Dijon, qu’on rencontre sur certains sommets, à 50 mètres d’altitude, des lambeaux de gault, d’où il résulte que le phénomène est plus récent qu’il ne paraissait. D’ailleurs, comme le fait remarquer M. Hébert, il no s’agit évidemment pas ici d’un soulèvement brusque réalisé d’un seul coup, mais d’une série de mouvements qui, à partir du jurassique moyen, se sont succédé durant des périodes géologiques tout entières.
- Sur un nouveau type de Cordaïléc. — On sait que les Cordaïtes ont joué un rôle important dans la Flore des temps anciens; ils ont pu servir de caractéristique d’étage; en effet, les couches inférieures de Saint-Étienne, de Blanzy, de Longpendu, sont désignées sous le nom d’étages des Cordaïtées, "a cause de la niasse de leurs dé. bris. Les grandes coupes admises par M. Grand’Eury comprennent les Cordaïtes, les Dorycordaïtes et les I'oacor-daïtes; les échantillons recueillis à Cornmentry, par M. Fayol, permettent aujourd’hui à MM. Renault et Zeil— 1er d’ajouter un quatrième type, dont on a pu étudier l’écorce en partie, grâce à une mince pellicule de houille à structure conservée. Ce nouveau type est caractérisé ; 1° par la persistance des feuilles, insérées sur un coussinet demi-circulaire, d’abord plan, mais se prolongeant en une saillie à surface gercée dont on a reconnu l’organisation au moyen de préparations faites dans cette partie du coussinet; 2° par la forme des feuilles arrondies à la base, atténuées un peu au-dessus, et se divisant en un grand nombre de lanières raides, dressées et parcourues par une ou plusieurs nervures saillantes. Le nom donné à ce nouveau type de Cordaïtées est celui de Sculo cor-daïte, et l’espèce type est désignée sous celui de Scuto cordaïtes Grand'Eury.
- Tortues fossiles. — En annonçant l’ouverture de la nouvelle galerie de paléontologie, M. Gaudry a signalé la présence, au Muséum, de débris de tortues gigantesques recueillies à Madagascar par M. Grandidier. M. Vaillant vient de terminer l’étude de ces fossiles, et il les rapporte à deux espèces nouvelles qu’il désigne sous les noms de Testudo Grandidicri et de T. abrupta.
- Minéral artificiel. — M. Schulten, professeur à l’Université d’IIelsingfors, transmet, par l’intermédiaire de M. Fouqué, la description d’un phosphate hydraté de magnésie dont il a réalisé la préparation dans son laboratoire. Ce minéral se présente en cristaux hexagonaux jde 0mm,02 qui consistent chacun dans une màcle quadruple ainsi qu’il résulte de leur étude optique.
- Élection. — Le décès de M. le docteur Bouisson ayant laissé vacante une place de correspondant dans la section de médecine et de chirurgie, M. Paget, de Londres, est appelé à la remplir par 57 suffrages sur 41 votants. Les autres bulletins sont au nom de M. Lister.
- L'Encyclopédie chimique. — La monumentale publication à laquelle M. le professeur Frémy a attaché son nom vient de s’enrichir de trois nouveaux volumes. Notre savant et sympathique collaborateur, M. Dehérain, étudie la Nutrition de la plante, et son œuvre, véritable mémoire
- original, constituera dorénavant la base naturelle de toutes les études de physiologie végétale. La Métallurgie de l'argent fournit la matière d’une longue étude à M. Roswag, dont la compétence spéciale est si connue. L’examen si délicat des composés organiques du groupe des aldéhydes connus sous les noms de carbonyles, de quinones, et d’aldéhydes à fonctions mixtes, est réalisé par M. Bourgoin, professeur à l’École de pharmacie.
- Varia. — M. Tiréalseff complète ses études sur les propriétés optiques de la chlorophylle. — Par l’intermédiaire de M. Mascart, M. Carpentier décrit un nouveau dispositif de la pile à bichromate de potasse où le liquide actif circule spontanément de façon à être toujours neuf au contact du zinc. — Une étude des fougères éocènes de l’ouest de la France est adressée par M. Crié (de Rennes). — M. le secrétaire perpétuel déplore que chaque semaine l’Académie des sciences reçoive une série de communications tout à fait indignes d’elle : M. R. a découvert qu’un fil métallique s’échauffe par le passage d’un courant électrique; un monsieur a vu qu’une Commission est allée en Espagne étudier les tremblements de terre : « Cessez vos recherches, écrit-il, je vais vous renseigner; » un autre invente un locomoteur qu’il ne peut faire construire, et il demande que l’Académie ou quelques-uns de ses membres veuillent bien en faire les frais ; un dernier s’enquiert si les païens communiaient sous les deux espèces ou sous une seule ! Stanislas Meunieb.
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- PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- La physique sans appareils, qui a été inaugurée dans La Nature, continue à faire des prosélytes parmi lesquels quelques-uns de nos physiciens les plus distingués. 11 y a deux mois environ, M. Franck Géraldy, le savant électricien, faisait une conférence à ce sujet à la salle du boulevard des Capucines, et il exécuta, non sans beaucoup d’habileté, quelques-unes des expériences que nous avons publiées ici même, et que nous avons réunies dans nos Récréations scientifiques. L’œuf dans la carafe, l’eau bouillant dans un vase de papier, etc., obtinrent un très grand succès de la part des auditeurs.
- Un jeune et intelligent professeur de l’Association Polytechnique, M. Lamy, a répété récemment nos expériences devant un public de plus de 300 auditeurs. « Toutes les expériences, nous écrit M. Lamy, ont parfaitement réussi ; celles qui ont particulièrement excité l’étonnement et les applaudissements sont les suivantes : la rupture du manche à balai posé sur des anneaux de papier soutenus par des lames de rasoirs ; la démonstration de la pression atmosphérique : 1° au moyen d’une feuille de papier et d’une planchette qui s’est d’ailleurs rompue sans que la feuille se soulevât; 2° au moyen de l’œuf entrant dans une carafe; l’ébullition de l’eau dans une marmite en papier; la démonstration de la conductibilité des métaux au moyen d’un fragment de mousseline et d’une braise incandescente. C’est avec plaisir que je partage avec vous le succès de cette conférence. »
- * Voy. table des précédents volumes.
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- LA NATURE.
- l'n grand nombre d’instituteurs, nous l’avons déjà dit précédemment, ont recours à ces expériences, qui sont économiques par excellence, puisqu’elles ne nécessitent l’acquisition d’aucun objet.
- Ajoutons donc encore aujourd’hui deux nouveaux chapitres à notre enseignement.
- La porosité et la perméabilité des corps. — Je prends deux gobelets de verre de même capacité; je pose l’un d’eux sur une table, et j’y verse une petite quantité d’eau cbaude, presque bouillante. Je recouvre le verre d’une feuille de carton, et je place au-dessus du carton, le second gobelet que je retourne (fig. 1). Ce deuxième gobelet a été préalablement bien essuyé de manière à ce
- Fig. i. — Expérience sur la porosité et a pennéabilué des corps.
- brouillard est, comme on le dit très bien, si pénétrant; il traverse le tissu de notre paletot de drap, de notre flanelle, et vient se mettre au contact de notre corps : un paletot de caoutchouc nous préservera au contraire de son action.
- Une montgolfière. — Je façonne un cylindre creux du diamètre d’un bouchon, avec une feuille de papier mousseline. La feuille qui enveloppe les vingt cigarettes d’un paquet de la Régie convient parfaitement1. Les bords du cylindre sont légèrement recourbés pour qu’il garde sa forme. Si le cylindre de papier paraît trop difficile à confectionner, on peut faire un cornet, de telle sorte qu’il se tienne debout sur sa base. Avec une allumette enflammée,
- 1 II ne s’agit pas ici de papier à cigarettes, mais du papier mousseline qui forme l’empaquetage d’un paquet de cigarettes.
- qu’il soit parfaitement sec et transparent. Attendons quelques secondes, la vapeur d’eau qui s’élève de la surface du liquide inférieur, va traverser le carton, dont la porosité et la perméabilité se trouvent ainsi mises en évidence; elle va peu à peu remplir la capacité supérieure formée par le verre retourné, et ne tardera pas à en humecter les bords d’une buée qui ruissellera en eau. Le bois, le drap, la laine, pourront être expérimentés successivement et donneront les mêmes résultats ; mais il est d’autres substances imperméables qui ne se laisseront pas traverser; tel est, par exemple, le caoutchouc vulcanisé dont on fait les paletots préservateurs de la pluie. Cette expérience nous explique pourquoi le
- Fig. 2. — Démonstration du principe de l’ascension des ballons à air chaud.
- on allume le cylindre ou le cornet à sa partie supérieure ; le papier brûle, et se convertit en une mince lamelle de cendres qui se contracte et se recoquille sur elle-même ; ce léger résidu de cendres, enveloppant un air raréfié par la combustion, s’enlève tout à coup, et monte rapidement jusqu’à deux ou trois mètres de hauteur l.
- Voilà le ballon des frères Montgolfier. G. T.
- 1 Si le lecteur désireux de faire cette expérience ne réussit pas immédiatement, qu’il la renouvelle ; nous avons dû nous-mème procéder par quelques tâtonnements avant de la mener à bien.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- N° 618. — 4 AVRIL 1885.
- LA NATURE
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- L’AQUARIUM DU TROCADERO, A PARIS
- Les promeneurs qui traversent le jardin du Trocadéro en suivant l’avenue d’Iéna, rencontrent, à
- mi-chemin entre l’établissement des phares et la grande cascade, deux entrées souterraines qui don-
- Fig. 1. — Vue intérieure de l’aquarium du Trocadéro, montrant la disposition des bassins et l’aspect des galeries. (D’après nature.)
- nent accès dans le grand aquarium de la ville de Paris. Nous n’avons encore rien dit de cet aquarium, parce qu’il offrait un caractère de simple curiosité publique ; mais il vient de recevoir une destination scientifique spéciale, qui en fera bientôt un établissement d’un ordre élevé, dont il nous paraît opportun de parler à nos lecteurs.
- Construit pour l’Exposition de 1878 sur les plans de M. l’ingénieur Barrois, l’aquarium du Troca-13' innée. — 1er semestre.
- dero est entièrement souterrain et ne reçoit la lumière qu’à travers la couche d’eau contenue dans ses vingt-trois bacs. Sa superficie est d’environ 5200 mètres carrés, et sa disposition est celle d’une galerie elliptique circonscrivant un groupe de bassins qui forme comme un noyau central tandis que tout autour règne un long cordon d’autres bacs. Cette galerie, large de 6 à 8 mètres, présente un développement de 150 mètres. Elle est décorée de
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- Moires.
- Fig. 2. — Plan de l’aquarium du Trocadéro.
- 1. Poissons de Seine en mélange, — 2. Satmo fontinalis ou truite d’Amérique. — 3. Perches et brochets. — 4. Cyprins de la Chine. — 5. Ide mélanote et vérous. — 6. Silures et lottes. — 7. Carpes. — 8. Brèmes. — 9. Chevesnes. — 10. Féra. — 11. Barbeaux. — 12. Carassius. — 13. Nases. — 14. Anguilles. — 15 Loiles. —16. Gardons. — 17. Tanches et goujons. — 18. Truites de rivière. — 19. Saumons de Californie nés en 1883. — 20. Variétés curieuses de carpes. — 21. Brook Trout. — 22. Salmo Quinnat nés en 1881 et 1882. — 23. Métis de truite et de saumon de Californie.
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- rocailles et de stalactites disposées avec beaucoup de goût. C’est dans les parois latérales que sont scellées les grandes glaces au nombre de deux cent quarante, permettant au regard de plonger dans les paysages aquatiques où circulent les poissons. La lumière qui vient du dehors traverse l’eau des bacs pour pénétrer à l’intérieur ; il en résulte que la galerie n’est que faiblement éclairée, et que les poissons ne soupçonnent pas la présence des \isileurs qui les contemplent. Rien ne trouble donc leur tranquillité au milieu des rochers et des herbes aquatiques où iis se jouent.
- La capacité totale de ces vingt-trois bassins dépasse 1200 mètres cubes et la profondeur de l’eau varie de 3 à 4 mètres. Une pente uniforme et modérée permet à la même eau de traverser tous ces bacs, de sorte qu’elle se trouve sans cesse renouvelée. C’est l’eau de la Vanne qui circule dans l’aquarium. Bien qu'elle soit relativement assez limpide pour les besoins de la consommation, prise ainsi en grande masse elle est souvent d’une transparence insuffisante parce qu’on a omis de ménager à l’arrivée un bassin de dépôt, et en tout cas elle est mesurée trop parcimonieusement pour la santé des poissons. En 1878, il avait été établi une conduite d’eau de Vanne spécialement affectée à l’aquarium; mais, depuis cette époque, les ingénieurs du service des eaux ont fait établir sur cette conduite divers branchements, de sorte que la quantité d’eau que reçoit l’aquarium a beaucoup diminué et est actuellement insuffisante.
- L’eau de Seine a été essayée, mais elle est tellement trouble que la plupart du temps on ne distinguait même pas les poissons ; le directeur actuel a dû la faire supprimer entièrement. D’ailleurs la température de cette eau est trop élevée l’été pour les truites et autres salmonidés.
- Après l’Exposition de 1878, l’aquarium fit retour à la ville de Paris et resta provisoirement pendant plusieurs années annexé au service des plantations et promenades. Le jardinier en chef de la Muette y entretenait un certain nombre de poissons d’eau douce et l’établissement servait de simple but de promenade. En 1884, M. Alphand pensa qu’on pouvait en tirer un meilleur parti, et entreprit de le transformer en établissement central destiné à l’étude scientifique des poissons et au développement de la pisciculture. L’idée était d’autant plus juste que la France avait perdu en 1871 son unique établissement de pisciculture, celui d’IIuningue, situé trop près de nos frontières, et que nulle part dans notre pays il n’existait un enseignement de pisciculture. Vulgariser cette science en mettant le public à même d’en connaître les procédés pratiques, créer un centre d’études sur les poissons et la pisciculture, entretenir à Paris un musée vivant des poissons d’eau douce de la France, essayer l’acclimatation d’espèces exotiques, c’était là assurément un programme d’un grand intérêt. Ces vues furent accueillies avec empressement par
- la commission d’enseignement du conseil municipal, et deux de ses membres dont les noms resteront attachés à beaucoup d’améliorations dans l’enseignement de la ville de Paris, MM. Thulié et Hovelacque, prirent l’initiative d’une proposition tendant à créer à l’aquarium du Trocadéro un cours de pisciculture et une direction scientifique.
- Cette double fonction fut confiée au mois d’avril 1884 à un physiologiste ancien élève de Claude Ber-nard, notre ami et collaborateur M. Joussct de Bellesme, connu depuis longtemps dans le monde savant par ses travaux de physiologie comparée.
- Nous sommes allé visiter l’aquarium du Trocadéro qui malgré beaucoup d’imperfections, car, nous le répétons, il n’avait pas été construit dans un but d’étude, est un établissement plein d’intérêt. Il renferme actuellement environ cinquante-cinq mille truites communes et quinze mille truites d’Amérique, qui ont été obtenues cet hiver par voie de fécondation artificielle. Ces animaux seront, au mois de mai, disséminés dans les principaux affluents de la Seine. C’est la première fois qu’une semblable opération aura lieu, et le directeur espère qu’en la répétant chaque année, il arrivera promptement à repeupler le bassin de la Seine et à rendre la truite abondante sur le marché de Paris.
- Plusieurs innovations très heureuses nous ont frappé, entre autres un mode d’étiquetage très instructif et qu’il serait bien à désirer de voir introduire dans tous nos musées. D’élégantes étiquettes sur lesquelles on voit inscrits par transparence les noms, les caractères et les détails intéressants de chaque espèce de poissons, sont placées devant les glaces, et le public s’instruit, sans y penser, en les lisant.
- M. Jousset de Bellesme nous a montré ensuite les essais d’acclimatation auxquels il se livre sur le saumon de Californie. Deux des plus grands bassins sont occupés par des échantillons de ce saumon, nés à l’aquarium même. On est arrivé à reproduire l’espèce, sans que ces poissons soient allés à la mer, ce qui paraissait être pour le saumon d’une absolue nécessité. Le directeur espère que cette habitude acquise deviendra fixe après quelques générations, et que nous obtiendrons ainsi un précieux habitant de nos eaux douces, qui ne les quittera plus. Ce saumon de Californie cuirassé d’argent est superbe à voir nager par troupes. C’est, paraît-il, un excellent poisson, robuste, grossissant rapidement et supportant beaucoup mieux que notre saumon les températures élevées, ce qui permet de croire qu’on pourra en doter le bassin du Rhône où le saumon commun ne vit pas.
- Le cours de pisciculture, qui se fait de novembre en mars, a lieu, faute de local convenable près de l’aquarium, à la mairie du Ier arrondissement. Ce point, d’ailleurs, est central et évidemment beaucoup plus commode pour les nombreux auditeurs.
- Ce qui nous a paru manquer absolument à l’aquarium, c’est un laboratoire convenable pour l’étude
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- des poissons, car on ne peut donner ce nom à une étroite cave souterraine dans laquelle, faute de mieux, le directeur et ses aides se livrent à leurs recherches. C’est dans ce local humide, où il faut allumer le gaz en plein midi, qu’ont été obtenus et que sont élevés les soixante-dix mille alevins dont nous avons parlé plus haut. 11 est urgent que le conseil municipal se préoccupe de cette situation. Un petit pavillon rustique très bas ne ferait que concourir à la décoration générale de ce beau parc du Trocadéro et faciliterait beaucoup les travaux de l’aquarium, auquel il faut nécessairement donner de l’extension pour l’adapter à ses fonctions nouvelles.
- L’Amérique possède d’admirables installations de pisciculture; l’Ecosse, l’Irlande ont Stormonfield et Gahvay; le Danemark, Viborg; la Russie, Nikolski; l’Autriche, Salzbourg; la Suisse possède à Zurich, à Neufchâtel, à Vaud, à Lausanne, des établissements de premier ordre. Lorsque ces nations viendront à Paris pour l’Exposition de 1889, il serait bon que la ville de Paris pût leur offrir un établissement de pisciculture capable de rivaliser avec les leurs, une installation modèle qu’on puisse imiter mais non dépasser, quelque chose en un mot de digne de la nation qui s’honore d’avoir donné le jour à Goste et à Remy. Il faudrait que dès à présent le directeur visitât les grands établissements de l’étranger afin de mettre à profit les dispositions ingénieuses imaginées en divers pays, et de pouvoir être à même d’achever au plus tôt une œuvre aussi utile.
- La création anticipée d’une grande installation de pisciculture pour l’Exposition de 1889 serait d’autant mieux justifiée, que cet établissement devenu permanent, survivrait à l’Exposition, et continuerait à travailler sans cesse au repeuplement des eaux du bassin de la Seine et de nos autres fleuves français. Gaston Tissandier.
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- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DES TRAINS DE CHEMIN DE FER
- Les compagnies de chemins de fer ont essayé l’une après l’autre l’éclairage électrique des wagons ; toutes paraissent abandonner quant à présent ce mode d’éclairage.
- On vient de faire cependant de nouvelles expériences sur la ligne de Fulda à Elm près de Francfort-sur-Mein. On avait placé, comme toujours, une dynamo dans le fourgon d’arrière du train et sa poulie était commandée à l’aide d’une courroie par une poulie fixée sur l’un des essieux. A la vitesse de 750 tours la dynamo fournissait 80 volts et 12 ampères. Une batterie de 26 accumulateurs également disposée dans le fourgon servait à corriger les variations de vitesse que subissait la dynamo. Toutes les fois que le train s’arrêtait ou que sa vitesse était inférieure à 30 kilomètres, un commutateur automatique mettait la dynamo hors de circuit et fermait le circuit des accumulateurs sur leslainpes. Le contraire se produisait automatiquement dès que la vitesse dépassait 30 kilomètres.
- Le prix de la dynamo étant de 2500 francs, l’installation de chaque wagon a coûté de 75 à 100 francs.
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- ÉPURATION DES EAUX
- POUR LES USAGES INDUSTRIELS
- On sait que les eaux naturelles ne sont pas toujours de bonne qualité; elles renferment souvent des proportions considérables de bicarbonate de chaux, ou de sulfate de chaux, qui les rendent impropres aux usages domestiques et à l’alimentation des chaudières à vapeur dans l'industrie. Ces eaux peuvent être purifiées à l’aide de réactifs qui précipitent l’excès de substance saline. C’est ainsi que l’addition d’eau de chaux, dans une proportion convenable, transformera en carbonate de chaux insoluble le calcaire que l’eau tenait en solution sous l’influence d’un excès d’acide carbonique. La nature et la proportion des réactifs «à employer doivent être déterminées par un chimiste, après l’analyse quantitative de l’eau. En dehors de cette question purement chimique, il y a la question des appareils que nécessite l’épuration. C’est celle que nous examinerons surtout aujourd’hui, en faisant connaître le système de MM. Gaillet et Huet. La gravure ci-après représente l’appareil de ces ingénieurs ; à la partie supérieure du système, se trouvent trois réservoirs qui serVent à la préparation de réactifs; on voit, au-dessous, le grand récipient allongé rectangulaire où l’eau en contact avec le réactif s’épure, et dépose le précipité, dans une série de compartiments formés de parois inclinées à 45°.
- Les principes suivants ont servi de base à ce dispositif :
- Quand on agite de la chaux en excès avec de l’eau, celle-ci se sature rapidement de chaux, à la dose d’environ 1 gramme par litre, d’une manière tout à fait régulière et constante. La décantation d’une eau tenant un excès de chaux en suspension est très facile et très rapide. Lorsqu’on fait écouler un liquide d’un même vase par deux orifices de sections déterminées, l’écoulement par chaque orifice demeure proportionnel à la hauteur du liquide. Les débits demeureront en rapport constant, quelle que soit la hauteur du liquide dans le vase.
- Pour résumer l’opération, nous dirons que, pour l’épuration de l’eau, il suffit de l’envoyer, en proportion déterminée, dans l’appareil épurateur et clarilicateur, où elle se mélange avec une quantité également déterminée de réactif.
- L’épuration chimique, qui insolubilise les matières nuisibles dissoutes, résulte du simple mélange de l’eau avec le réactif et demande, suivant la nature des sels à précipiter, un temps plus ou moins long qui servira de base pour déterminer la capacité de l’appareil destiné à cette opération.
- MM. Gaillet et Huet se sont attachés à construire un appareil de décantation réalisant les conditions les plus favorables à faciliter le dépôt du précipité et la séparation du liquide.
- Ils ont très heureusement résolu la question d« la façon suivante ;
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- Dans l’appareil, le liquide possède successivement et alternativement, sans changement brusque, le mouvement de descente et le mouvement ascensionnel. De plus, il circule en nappes minces, bien que le développement du réservoir soit tout en hauteur, et que, conséquemment, l’emplacement qu’il occupe soit fort restreint. En principe, l’appareil est un réservoir rectangulaire , divisé suivant sa hauteur, par une série de diaphragmes inclinés à 45°, et rivés alternativement sur deux faces de l’appareil. Ces diaphragmes sont eux-mêmes lor-més de lames inclinées à 45°, de telle sorte que l’ensemble du système se compose d’une série de compartiments alternés dont toutes les faces sont inclinées également à 45°, sauf, bien entendu, celles qui sont empruntées aux parois de l’appareil, les-quelles sont verticales. De plus, d’après la disposition adoptée, les pentes convergent toutes vers la même face de l’appareil, pour aboutir à une série de robinets d’évacuation.
- La figure ci-dessus où l’on a pratiqué un arrachement montre cette disposition.
- Le liquide, chargé de particules solides, arrive au bas de l’appareil, prend d’abord un mouvement ascensionnel et glisse, pour ainsi dire, sur le premier diaphragme; il passe ensuite dans le compartiment suivant et descend sur le second diaphragme, pour remonter sur le troisième, et ainsi de suite.
- Dans cette marche contrariée, sans mouvement
- brusque, les particules solides, soumises à l’action de la pesanteur, d’une part, et retenues par les diaphragmes, d’autre part, se déposeront rapidement si l’appareil est convenablement construit. A l’inspection du dessin, on voit que ces parties solides, glissant sur les parois inclinées, viendront se rassembler à la partie inférieure et angulaire des compartiments,
- d’où on les fera évacuer facilement en ouvrant les robinets.
- Les nombreuses applications industrielles qui ont été faites de cet appareil, pour l’épuration chimique et la clarification des eaux, ont prouvé que la décantation s’y opère parfaitement et très rapidement. Grâce à l’inclinaison a 45°, le dépôt descend au fur et à mesure au bas de chaque compartiment et échappe ainsi à l’entrainement du co urant d’eau. En effet, il se rassemble dans une portion de liquide située en dehors de la veine mobile, et, une fois déposé, il ne peut plus être entraîné.
- MM. Gaillet et Huet construisent d’au-
- tres types d’appareils doubles, plus considérables que celui dont nous donnons l’aspect exact, mais il nous aura suffi de faire connaître le principe et la disposition générale de ce système, qui est assurément appelé à rendre des services à l’industrie* 1.
- 1 Le procédé décrit ci-dessus, et dont M. l’ingénieur Savy, à Bruxelles, est concessionnaire pour la Belgique, vient de recevoir la médaille d’or de la Société Industrielle du Nord de la France, et de la Société Industrielle de Rouen,
- Appareil de MM. Gaillet et Huet pour l’épuration des eaux.
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- MOTEUR DOMESTIQUE DE M. DAVEY
- Les expositions d’agriculture présentent toujours un certain intérêt au point de vue des petits moteurs que l’industrie s’efforce de mettre à la portée des cultivateurs, en les simplifiant autant que possible et surtout en cherchant à les garantir du danger d’explosion. Cependant dans toutes les machines à vapeur construites jusqu’à ce jour, ce danger n'est jamais conjuré qu’en partie par des dispositions plus ou moins ingénieuses, deslinées soit à avertir le mécanicien, soit à parer automatiquement aux causes qui pourraient le produire. 11 faut rendre celte justice aux inventeurs et aux constructeurs que les moyens qu’ils emploient sont généralement efficaces ; mais il faut bien dire aussi que malgré toutes les précautions prises, et pour des causes quclque-fo:s inconnues, il se produit encore des accidents terribles.
- On comprend donc jusqu’à un certain point qu’on hésite à employer des moteurs à vapeur lorsqu’ils doivent être conduits par des hommes inexpérimentés.
- C’est probablement à la suite de considérations de ce genre qu’un Anglais,
- M. H. Davcy, a été amené à reprendre l’idée première de Denis Papin, et à créer un type de machine fonctionnant par la seule pression atmosphérique, et où la vapeur n’est employée qu’à faire le vide sous le piston, par condensation.
- M. Alharet, constructeur à Liancourt, s’est rendu acquéreur pour la France du brevet de M.H.Davey, et il avait exposé au dernier concours agricole une petite machine de ce système que nous avons vue
- fonctionner et dont nous donnons ci-dessous une vue en perspective (fig. 1).
- Comme nous le disions tout à l’heure, la vapeur n’est pas employée sous pression elle est produite dans une chaudière fermée seulement par un couvercle libre. Le piston et son cylindre, tous deux en bronze, se trouvent placés à la partie supérieure de la chaudière et dans la boîte à vapeur elle-même.
- C’est cette partie de la machine qu’on voit faisant saillie en avant sur le haut de notre gravure. Le tiroir est manœuvré par un excentrique, suivant les dispositions ordinairement adoptées. Par suite delà position du piston au milieu même de la vapeur, on a pu supprimer la boîte dans laquelle se trouve ordinairement renfermé le tiroir et où vient aboutir le tuyau qui le relie à la chaudière. Chacune des faces du pislon se trouve alternativement en communication avec l’air extérieur tandis que l’autre communique au condenseur. Ce dernier, ainsi que le réservoir d’alimentation d’eau chaude se trouvent formés par une longue caisse de fonte divisée en deux compartiments, longeant la chaudière dans toute sa hauteur et frisant corps avec elle. Le condenseur est muni d’un injecteur ordinaire, l’eau froide lui arrive d’un réservoir plus élevé que lui et placé à un endroit quelconque (ce réservoir n’est pas représenté sur la figure 1).
- La bâche d’alimentation est en communication avec la chaudière par deux conduits, l’un placé à la partie supérieure, l’autre à la partie inférieure; de cette façon elles ont toutes deux le même niveau. Celui-ci est maintenu constant au moyen d’un lïot-teur placé dans la bâche d’alimentation, il est relié à un bouchon conique qui, suivant sa position,
- Fig. 1. — Nouveau moteur domestique de M. Davey.
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- LA NATURE.
- vient obstruer plus ou moins le conduit par lequel l’eau du réservoir extérieur arrive à la bâche. La pompe a air, indiquée ci-dessous (fig. 2), est actionnée par une manivelle calée sur l’arbre de la machine. Cette pompe présente une disposition particulière; elle est à simple effet, et afin d’éviter les garnitures du piston, celui-ci, lorsqu’il arrive au bas de sa course, découvre un petit orifice par lequel arrive l’eau de la bâche d’alimentation qui forme une sorte de joint hydraulique en s’écoulant entre le piston et son cylindre. Cette disposition permet à la pompe de fonctionner dans de bonnes conditions, même à une très grande vitesse.
- Les différents types construits par M. Albaret sont de 1/4 de cheval à 3 ou 4 chevaux; dans ces derniers, un régulateur à boules agit sur la valve d’admission de vapeur dans le condenseur.
- Voici quel a été le résultat de quatre expériences de mesures, d’une durée totale de 20 heures, faites avec une machine de la force de 1 cheval.
- En moyenne le nombre de tours a été de 125 par minute; la consommation du coke, par cheval et par heure, de 5kll,700, y compris celui employé à la mise en marche, qui demande environ 50 minutes. La consommation de l’eau, par cheval et par heure, était pour l’alimentation de la chaudière d’environ
- Vue de face et Coupe transv ers*:
- Coupe verticale
- Coupe verticale du condenseur
- Fig. 2. — Vue de face et coupe du moteur Davey.
- A. Boîte à feu. — B. Chaudière récipient vertical en fonte. — C. Arbre manivelle. — D. Volant. —£, Cylindre en métal à canons.
- — F. Bielle. — G. Tube carneau. — H. Bouilleurs fixés en travers du conduit des carneaux. — K. Tube condenseur vertical qui reçoit la vapeur d’échappement du cylindre par le conduit L.— L. Conduit d’échappement muni d’un robinet ou d’une soupape pour régler la vitesse de la machine en interceptant plus ou moins l’échappement. — M. Conduit venant d’un réservoir plus élevé que le niveau d’eau de la chaudière, alimentant le robinet I d’injection dans le condenseur. — I. Robinet d’injection du condenseur. — N. Conduit d’alimentation débouchant dans la chaudière. — a’, b'. Ouvertures par lesquelles se font les communications d’eau et de vapeur de la chaudière avec la chambre d’alimentation, de sorte que l’eau dans cette chambre est au même niveau que dans la chaudière. — W. Flotteur auquel se trouve attaché un bouchon conique V qui s’ajuste dans le trou du tuyau d’alimentation. Il ferme ou ouvre ce tuyau suivant que l’eau monte au-dessus ou descend au-dessous de son niveau normal. L’alimentation se fait ainsi automatiquement.
- — P. Pompe à air actionnée par un bouton de manivelle disposé sur l’arbre du volant. Cette pompe aspire l’air et l’eau du condenseur et déverse l’eau dans un récipient par la bouche Q où s’adapte un conduit latéral d’échappement. — S. Tiroir du cylindre E actionné directement par un excentrique sur l’arbre du volant. — V'. Soupape qui n’est pas destinée à être chargée parce que la chaudière est faite de manière à n’êtrepas adaptée à de hautes pressions. — I’. Robinet d’alimentation de la chaudière.
- 55 litres et pour celle du condenseur 670 litres. La température de cette dernière variait entre 18 ou 20° à son arrivée, et entre 45 ou 48° à sa sortie. Quant à l’eau d’alimentation, elle arrivait à la chaudière à une température de 35°.
- Ces chiffres permettent de se rendre compte approximativement des conditions économiques du système; mais quand bien même les dépenses d’eau
- et de combustible seraient supérieures à celles des autres moteurs, celui-ci sera préféré dans bien des cas, parce qu’il est absolument exempt du danger d’explosion. En outre, et précisément pour cette même raison, on peut l’installer partout, sans être obligé de demander une autorisation.
- G. Marf.schal.
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- LA NATURE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Les Origines de Valchimie, par M. Berthelot, membre de l’Institut. 1 vol. in-8°, avec portrait de l’auteur et 2 planches représentant la Chrysopée de Cléopâtre et les signes alchimiques des métaux. — Paris, Georges Steinheil, 1885.
- Revues scientifiques publiées par le journal « La République française », sous la direction de M. Paul Bert, député, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des.sciences. Septième année. 1 vol. in-8° avec figures dans le texte. — Paris, G. Masson, 1885. Prix, 6 francs.
- Eléments de zoologie, par Paul Bert, membre de l'Institut, professeur à la Faculté des sciences de Paris, et Raphaël Blanchard, professeur agrégé à la Faculté de médecine. 1 vol. in-8°, avec 615 figures dans le texte. — Paris, G. Masson, 1885.
- Récits d'un aéronaulc. Histoire de l'aérostation. Fantaisies aérostatiques, par H. de Graffignv. 1 vol. in-8°, avec illustrations. —Paris, Ch. Delagrave, 1885.
- Du langage et de la musique, par S. Stricker. 1 vol. in-18 delà Ribliothèque de philosophie contemporaine, traduit de l’allemand par Frédéric Schwiedland. — Paris, Félix Alcan, 1885. Prix, 2 fr. 50.
- Françis Garnier, sa vie, ses voyages, ses oeuvres. D’après une correspondance inédite. 1 vol. in-18, par Edouard Petit, agrégé de l’Université. — Paris, Maurice Drevfous. Prix, 2 francs.
- De Paris à San-Francisco. Noies de voyages, par Alexandre Lambert de Sainte-Croix. 1 vol. in-18. — Paris, Calmann Lévy, 1885.
- Téléphonie à grande distance, par Charles Mourlon. 1 vol. in-8°, avec planches hors texte. — Bruxelles, F. Ilavez, imprimeur, 1885.
- Cours de topographie à l'usage des officiers et sous-offi-ciers de toutes armes, par A. Laplaiche, 49 édition. 2T petits volumes in-32. — Paris, IL Ch. Lavauzelle.
- Annuaire de l'Observatoire de Montsouris pour l'an 1885. 1 vol. in-52. — Paris, Gauthier-Yillars.
- Manuel d'instruction nationale, par Emmanuel Yauchez. 1 vol. in-18, contenant 21 gravures. — Paris, Hachette et Cie, 1885.
- Dictionnaire de botanique, par M. II. Bâillon. 17e fascicule. 1 vol. in-l°. — Hachette et Cu.
- LA
- NOUVELLE GALERIE PALË0NT0L0GIQUE
- nu muséum d’histoire naturelle de paris.
- (Suite. — Voy. p. 23t.)
- Le beau squelette de Mastodonte (Mastodon an-gustidens) placé au fond de la galerie (fig. 1) a été monté sous la direction de Laurillard, aide-naturaliste de Cuvier et bien connu par sa modeste et utile collaboration aux Recherches sur les ossements
- fossiles. Laurillard fut chargé, par le Muséum, de faire des fouilles, en 1851 et 1852, dans le gisement de Sansan (Gers) où Edouard Lartet avait signalé et recueilli les éléments d’une riche faune fossile, et où abondaient des restes de Mastodontes.
- 11 découvrit un nombre suffisant de pièces pour constituer un squelette presque complet, à l’exception des côtes et d’une partie des os des pieds.
- Ce Mastodonte qui a dû ressembler, d’une manière générale, à l’Éléphant, s’en distingue toutefois par son corps plus allongé, son cou moins raccourci, ses membres moins élevés, son menton remarquablement prolongé et portant deux défenses de même que la mâchoire supérieure. Les défenses sont inégales ; celles de la mâchoire inférieure ne mesurent que 55 centimètres de longueur, tandis que celles de la mâchoire supérieure atteignent lm,15; on remarque sur l’ivoire une bande d’émail qui manque chez les Éléphants. Il me semble que ces doubles défenses devaient gêner singulièrement les *nouvc-ments de la trompe; mais celle-ci était peut-être plus courte que chez les Éléphants comme l’indique la brièveté relative des membres.
- La courbure des défenses était peu accusée et ce caractère contraste avec la forme presque enroulée des défenses du Mammouth; cependant le Mastodonte de l’Amérique du Nord (Mastodon ohiolicus) a eu de longues défenses légèrement courbées et portées sur la mâchoire supérieure, celles de la mâchoire inférieure étant tout à fait rudimentaires ou même caduques.
- Les Mastodontes sont caractérisés par leurs dents molaires formées de gros mamelons et dont la den-tine est revêtue d’une puissante couche d’émail qui finit cependant par s’user. Cette structure des dents leur permettait de broyer les aliments les plus durs. On peut donc supposer que ces animaux étaient omnivores comme un grand nombre de Pachydermes, et surtout comme les cochons. D’après la théorie de l’évolution, le type Mastodonte est moins spécialisé, moins divergent que l’Éléphant dont les molaires sont composées de collines amincies en forme de lames et à intervalles remplis de cément, réalisant ainsi le modèle le plus parfait des dents d’herbivores et formant une râpe merveilleusement disposée pour triturer des herbes (A. Gaudry).
- Quoique d’une bonne grandeur, notre squelette de Mastodonte semble bien petit à côté de son voisin l’Éléphant de Durfort ; il est également moins grand que le Mastodonte de l’Ohio dont nous possédons un fémur donné par le Président des États-Unis Jefferson, et dont des squelettes entiers sont conservés dans les galeries des États-Unis et au British Muséum. Mais le squelette de Sansan est intéressant pour les paléontologistes parce qu’il provient d’une époque plus reculée dans la série des âges (miocène moyen) et qu’il représente le type Mastodonte par excellence, type qui s’est modifié ensuite en se rapprochant progressivement des Éléphants.
- On pourra étudier facilement la dentition du
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- Mastodon angustidem sur une tète isolée, de même provenance, montrant la rangée des dents de la mâchoire supérieure et leur évolution. Les dents de lait ne sont pas encore tombées et deux grosses molaires de la deuxième dentition, placées au fond de leurs alvéoles, n’ont pas encore fonctionné.
- Le mot de Mastodonte éveille dans le public l’idée d’un animal terrestre surpassant tous les autres par sa taille démesurée, mais cette tradition doit être abandonnée lorsqu’on examine les os du Dinothérium giganteum, énorme proboscidien, qui, au rebours des Eléphants, était armé de défenses seulement à la mâchoire inférieure. Aucun animal
- actuel ne ressemble à ce monstre de l’époque tertiaire, dont les caractères étranges ont exercé la sagacité des paléontologistes. Que n’a-t-on pas écrit à ce sujet, depuis Cuvier qui le rapprochait des Tapirs, jusqu’à Blainville qui le considérait comme une sorte de Lamentin, trop grand sans doute pour les petites rivières dans lesquelles il devait se jouer? Les fouilles du ravin de Pikermi, en Grèce, ont procuré à M. A. Gaudry les os des membres et des extrémités du Dinothérium; d’autre part, le bassin a été récemment découvert dans un gisement du midi de la France, et l’on a ainsi acquis la preuve que cet animal gigantesque était un véritable pro-
- boscidien terrestre, ressemblant, par son mode de station, aux Éléphants et aux Mastodontes.
- On trouvera dans la nouvelle galerie plusieurs pièces de Dinothérium : une mâchoire supérieure provenant du miocène moyen de Samaran (Gers) et donnée par le Dr Abadie; un cubitus et un radius droits de Pikermi, rapportés par M. A. Gaudry; un tibia et un péroné droits de même provenance. Le tibia mesure 0"‘,94 de hauteur, tandis que celui de l’Éléphant de Durfort n’a que 0m,80 et celui du Mastodonte de Sansan 0m,53.
- Le grand cerf d’Irlande (Cervus megaceros) est représenté par deux individus adultes : un mâle et une femelle, placés l’un vis-à-vis de l’autre et qu’on peut facilement distinguer parce que le mâle seul porte une ramure. Ces animaux surpassaient par leur
- taille les plus grands cerfs actuels; leur ramure est extraordinairement développée (4 mètres d’envergure) et d’un poids considérable (fîg. 2) ; sur chaque perche on trouve un andouiller basilaire se détachant du merrain immédiatement au-dessus du cercle de pierrure; la palme est très large, garnie d’une dizaine d’andouillers plus ou moins saillants.
- Nos deux squelettes proviennent d’Irlande où on en trouve souvent des restes au-dessous des tourbières. C’est par suite du séjour de ces ossements dans des terrains marécageux qu’ils ont pris une couleur brunâtre caractéristique. Mais en France et en Allemagne le Megaceros a été signalé dans des dépôts de transport.
- Le Megaceros a donc vécu durant la période quaternaire; la durée de son existence dans les temps
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- géologiques paraît avoir été très courte, puisqu’on ne le trouve que dans les couclies de l'interglaciairc, contenant par conséquent les restes d’animaux de climats tempérés. On peut supposer qu’il a été chassé par l’homme et qu’il se plaisait dans des localités où la végétation forestière n’avait pas encore pris beaucoup de développement. Il pouvait
- alors mouvoir librement sa tète sans courir le risque d’ètre arrêté par les branches des arbres. D’ailleurs l’Elan et le Renne qui ont une grande ramure abondent dans des régions plantées d’arbres chétifs et d’arbustes qu’ils peuvent facilement dominer.
- La physionomie du Megaceros rappelait celle de nos Cerfs actuels plutôt que celle de l’Elan, comme
- Fig. 2. — Le grand cerf d’Irlande (Cervm megaceros) de la galerie de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris
- le montrent la forme de son museau et la hauteur des membres postérieurs relativement à celle des membres antérieurs.
- La biche est très rare dans les collections; elle a même été longtemps inconnue. Cuvier, qui n’avait jamais vu que des têtes de Megaceros ornées de leurs perches, en avait conclu à tort que les femelles portaient des bois comme les mâles, disposition propre aux Rennes des deux sexes.
- Le Megaceros est un des vertébrés fossiles les
- plus anciennement décrits. Sa tête a été représentée dès 1697 par Thomas Alolyneux, qui en avait déterré successivement trois exemplaires dans un même verger d’une acre d’étendue, situé à Dardis-town, dans le comté de Meath (Irlande), et qui assurait qu’on en avait trouvé, à sa connaissance, une trentaine en vingt ans.
- Comment s’est éteint le géant des Cerfs? Sa grande taille a été peut-être un obstacle au développement de l’espèce surtout dans un espace aussi limité que
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- l’Irlande où il abondait; mais, d’autre part, il n’a pas mieux résisté sur le continent. Peut-être le retour du froid après l’époque intcrglaeiaire a-t-il achevé sa destruction ; peut-être aussi sa disparition est-elle déterminée par une loi mystérieuse d’après laquelle chaque type arrivé à son plus haut degré de perfection doit s’éteindre sans retour. Or le Me-gaceros a été certainement le plus beau et le plus perfectionné des Cerfs par la majestueuse ramure qui couronnait son front. IR P. Fischer.
- — A. suivre. —
- LA SCIENCE PRATIQUE
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- Burette perfectionnée de AI. Billet. — Les
- chimistes savent combien les anciennes burettes de laboratoire, destinées à la détermination des titres alcali-
- métriques, et des analyses volumétriques en général étaient peu commodes, quand il fallait verser la liqueur titrée dans le tube étroit de la burette, et la remettre chaque fois dans sa bouteille, après l’opération, sous peine de la voir s’évaporer et par suite s’altérer. On a construit depuis, bien des systèmes plus avantageux, mais celui que nous figurons ci-contre et que nous allons décrire, est particulièrement intéressant à signaler aux chimistes et aux analystes. Ce système imaginé par M. F. Billet, et construit par M. Ë. Ducretet, consiste en plusieurs parties distinctes que nous allons énumérer d’après la figure ci-contre.
- R Réservoir contenant la liqueur titrée. — S Support lourd pour ce réservoir. — B Burette divisée en 1/2 centimètres cubes, ou 1/10 de centimètres cubes. — A Armature avec monture à pince M, fixant la buretle. — P Pince de Mohr; elle peut être remplacée par un robinet de verre terminant la burette B. — P' Poire en caoutchouc, avec ouverture o. — T Tube en verre, amenant le liquide en B. — F Bouchon de la carafe réservoir R, avec ouverture o". — V Vase en verre, avec agitateur ab ; il reçoit le liquide qui s’écoule dans la burette B.
- Voici comment on se sert de cet appareil : on met dans le réservoir R la liqueur titrée ; on presse la poire P', puis on l’abandonne à elle-même en fermant l’orifice O avec un doigt. La liqueur contenue dans R est aspirée par le tube T dans la burette B; et, instantanément, l’excédent s’écoule en T, au niveau n, zéro de la gradua-
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- Nouvelle burette de M. Billet.
- lion de la burette. La burette est ainsi emplie et mise au zéro, rapidement, automatiquement; elle est toujours prête à fonctionner sans aucun transvasement de la liqueur titrée. En ouvrant P (pince ou robinet), le liquide de B s’écoule en V, qu’on ferme ensuite avec le bouchon agitateur ab.
- Celte burette ingénieuse rendra de réels services aux chimistes, fabricants de sucre, distillateurs, etc. Elle permet de faire rapidement beaucoup d’essais et sa disposition met la liqueur titrée a l’abri des vapeurs ammoniacales ou acides des laboratoires et ateliers.
- Petit sablier avertisseur. — On se sert souvent d’un sablier, pour mesurer un espace de temps déterminé, notamment pour faire cuire les œufs, etc. Mais il faulpour employer cet instrument avoir l’œil constamment fixé sur le sable o; i s’écoule afin de saisir le moment où l’écoulement vient de cesser.
- Voici un petit système ingénieux que nous avons remarqué dans les bazars , et qui évite l’inconvénient de cette observation constante. Quand le sable s’est entièrement écoulé, un contrepoids fait basculer le sablier, mais un marteau fixé à l’extrémité d’une tige métallique, bascule en même temps, et vient frapper un petit timbre placé à la partie supérieure du support.
- Le son produit avertit l’opérateur, pendant qu’il lui a été possible de s’occuper de toute autre chose pendant le fonctionnement du petit sablier.
- Sablier avertisseur.
- EXPLORATION DE LUE KRAKATAU
- A l’occasion DE l’explosion Dû 27 AOUT 1883 PAR JIM. RENÉ BRÉON ET KORTIIALS
- Au commencement de l’année 1884, sur la proposition de la Commission des Voyages et Missions, M. le Ministre de l’Instruction publique a bien voulu nous charger, MM. Korthalset moi, d’explorer le détroit de la Sonde, et de visiter l’île volcanique de Krakalau, dont le nom, désormais célèbre, est attaché à un des plus grands désastres des temps historiques.
- Partis de Marseille, le 15 avril, emportés vers l’Orient par le vapeur Oxus, un des plus rapides paquebots de la Compagnie des Messageries maritimes, nous arrivions devant Batavia, dans File de Java, le 14 mai, un mois à peine après avoir quitté la France.
- Par suite de la destruction des ports de la côte ouest de Java ( Anjer, Tjeringin, etc. ) les plus rapprochés du volcan, il nous était à peu près impossible, avec nos propres ressources, de mener à bien notre exploration. Nous eûmes alors recours à la bienveillance du gouvernement des Indes Néerlandaises auquel nous sommes heureux de pouvoir exprimer ici notre extrême gratitude ; présentés par le consul de France, M. le comte de Pourtalès, au gouverneur
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- général, nous obtînmes de son Excellence la mise à notre disposition d’un petit batiment à vapeur, le Kediri, qui devait nous conduire rapidement aux points intéressants, en nous permettant de braver les calmes plats et au besoin le mauvais état de la mer.
- Le 21 mai dans la matinée, nous quittions le nouveau port de Batavia, Tandjoeng-Priok, que le gouvernement hollandais est parvenu, à force de travail et de persévérance, à créer dans les marécages pestilentiels, qui forment la côte de cette partie de Java, et bientôt nous cherchions notre route au milieu du dédale que forment, dans la rade, d’innombrables petites îles basses. Tous ces îlots sont couverts d’une plantureuse végétation, et semblent autant de corbeilles de verdure posées sur la surface tranquille et unie de la mer, d’où montent d’abondantes vapeurs tièdes, et dont la teinte, d’un gris sale, rappelle un bain de plomb fondu. Aussi, malgré l’éclatante lumière que répand sur nous le soleil de l’Équateur, nous regrettons qu’une épaisse brume roussâtre nous cache la côte et ses plantations de cocotiers; heureusement, dans les parties les plus élevées de l’atmosphère, le ciel est pur et nous permet d’admirer, dans le lointain, les gracieux profils de la chaîne des montagnes des Préangers que dominent de leurs cimes coniques, le Salak et le Gedeli, deux volcans aujourd’hui éteints.
- Peu à peu, les îles fuient derrière nous, nous passons devant la baie de Bantam, au delà de laquelle nous apercevons l’énorme massif du Karang, et nous arrivons bientôt à la hauteur de la pointe Saint-Nicolas. Nous sommes à ce moment assez près de la côte pour constater déjà les vestiges du désastre du 27 août 1883. Les grandes palmes des cocotiers pendent desséchées et jaunies, les jeunes pousses de l’année, qui occupent le sommet des arbres, sont seules verdoyantes; c’est l’inverse pour d’autres essences dont les sommités sont mortes tandis que les feuilles ont repoussé sur les branches les plus basses. La pluie de cendres chaudes qui les a brûlées, a aussi laissé ses traces sur la mer ; nous avons, à plusieurs reprises, traversé des surfaces couvertes de poussières jaunâtres flottant sur l’eau semblables à de la sciure de bois. Quelques fragments peu volumineux de pierre ponce commencent aussi à se montrer.
- Après la pointe Saint-Nicolas, nous changeons de direction et nous faisons route au sud-ouest. L’île Poulo-Renjang (Dinars in den Weg) se présente à nous et le bateau s’en approche assez pour nous permettre de nous rendre compte des phénomènes qui, immédiatement après la catastrophe, ont fait croire un moment qu’elle avait été divisée en quatre fragments perpendiculairement à sa longueur. Cette île divisée, plus longue que large, est formée de parties très basses alternant avec d’autres assez élevées, également revêtues d’épaisses forêts. Tout, à l’exception de quelques rares troncs d’arbres encore debout, a été emporté par le raz de marée dans les parties basses, tandis que les hauteurs ont été épargnées ; de
- là cet aspect d’une bande de terre rompue en morceaux que présente aujourd’hui l’île, vue à une certaine distance.
- La côte ravagée de la province de Bantam défile lentement à notre gauche, mais trop loin pour que nous puissions en saisir les détails, d’autant plus que la puissante végétation des tropiques a déjà recouvert de sa verdure les terrains dénudés par l’envahissement de la mer. Nous sommes à côté du récif Cap, rocher isolé émergeant de 20 à 25 mètres, dont une moitié a été brisée et engloutie sous le choc des vagues du 27 août.
- Un admirable spectacle s’offre en ce moment à nos yeux émerveillés. C’est l’heure du crépuscule, le disque du soleil disparaît, dans la mer, derrière de gros nuages gris cendré d’où s’échappent, en divergeant, des rayons d’un vert tendre venant se fondre dans un ciel d’une splendide nuance violet pâle. Le cône de l’île Sebesie s’estompe légèrement dans la brume, à l’ouest; au premier plan, au nord, se dresse Poulo-Renjang; plus loin dans le fond, les côtes montagneuses de Sumatra sur lesquelles se détache le sommet du Radjah-Bassa, enveloppé de nuages sombres, semblables à une fumée épaisse qui pourraient faire croire que le vieux volcan s’est réveillé de son long sommeil. Nous n’avons que quelques instants pour jouir de ce panorama féerique ; le moment où le jour n’est déjà plus, et où la nuit n’est pas encore, n’a sous l’Équateur qu’une courte durée. Bientôt les riches colorations s’effacent et les contours des îles et des montagnes se fondent dans l’obscurité croissante de la nuit.
- Il entrait dans nos projets de laisser tout d’abord Krakatau sur la droite,et de descendre le long delà côte du Bantam, jusqu a Java 1er Punt, localité fort intéresssante au point de vue géologique. D’après M. l’ingénieur Werbeck qui a étudié ces régions d’une manière approfondie et a bien voulu nous éclairer de son expérience et de ses conseils, aboutit à Java 1er Punt, une fracture du sol sous-marin, qui traverse obliquement le détroit de la Sonde pour aller rejoindre le Radjah-Bassa à Sumatra. C’est sur cette blessure, mal fermée de l’écorce terrestre, qu’ont poussé comme des excroissances, les îles Sebooko, Sebesie, Krakatau qui en jalonnent la direction rectiligne, et dont la dernière a été le théâtre de la terrible éruption que tout le monde connaît.
- Les feux d’Anjer et du cap Bodjong nous indiquent notre route pendant la nuit : le lendemain dans la matinée, nous jetions l’ancre devant le phare de Java 1er Punt.
- Toute cette partie de Java est peu habitée; une épaisse forêt vierge où les fauves vivent en paix étend partout son manteau de verdure.
- Une triste nouvelle nous attendait en débarquant. Des Malais, employés au service du phare, viennent nous annoncer que le gardien européen a succombé depuis cinq jours à un accès de fièvre pernicieuse. Ce malheureux vivait là, complètement isolé de ses compatriotes, avec quelques serviteurs indigènes qui,
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- soit par négligence, soit par crainte d’ètre accusés de l’avoir assassiné, n’avaient pas voulu l’enterrer. A nous incombait le devoir de rendre ses restes à la terre inhospitalière qui l’avait tué; une tombe fut creusée, par nos soins, dans la forêt vierge, et nous l’avons conduit dormir du sommeil éternel sous l’ombre des grands arbres.
- Ici nous pouvons nous rendre compte, surplace, des terribles effets destructeurs qu’ont produits les vagues se précipitant dans les terres, après l’explosion du Krakatau. Le débarcadère construit en fer a été enlevé, d’énormes barres de fer ont été tordues et brisées; grâce à sa position sur un rocher élevé, le phare démoli il y a trois ans par un tremblement de terre, n’a pas été atteint. La forêt, qui s’avançait majestueuse et impénétrable jusque sur le bord delà mer, a été rasée sur une largeur de trois à quatre cents mètres ; il ne reste plus debout que les troncs blanchis de quelques gros waringi (ficus religiosa), qui, véritables squelettes végétaux , étendent vers le ciel leurs branches séchées et dépouillées d’écorce. Mais déjà la nature est en train de réparer ses ruines; des bulbes des bananiers sortent des bouquets de larges feuilles vertes, et des noix de coco, tombées des arbres qui ne sont plus, ont germé, promettant pour l’avenir de superbes palmiers.
- Nous quittons Java 1er Punt à la tombée de la nuit, faisant route sur l’île du Prince, terre inhabitée et entièrement couverte de forêts vierges; le 25 au matin, nous y abordons, sur la côte Est. N’ayant pas le temps d’en faire une exploration détaillée, vu les difficultés de la marche dans le fouillis inextricable de la forêt, où l’on ne peut avancer qu’en s’ouvrant un chemin à coups de sabre, nous sommes forcés de nous contenter de passer quelques heures le long du rivage, encombré de troncs d’arbres et de morceaux de pierre ponce. Les roches que nous voyons affleurer sur le bord de la mer, en formant des escarpements boisés à quelque distance, sont entièrement composées de débris de coraux et de polypiers de différentes espèces. Il est cependant probable que des massifs de nature éruptive existent dans le centre de l’île, car les sables que nous avons recueillis dans le lit desséché des torrents qui vien-
- nent de l’intérieur, contiennent des minéraux évidemment empruntés à des roches d’origine volcanique.
- Remontés à bord, nous nous dirigeons sur Telok-Retoeng, au fond du golfe de Lampong, à Sumatra. Dans l’après-midi nous passons à l’ouest de Krakatau, autrefois verdoyante, aujourd’hui toute blanche sous les cendres et les ponces qui la recouvrent ; un peu plus loin, voici le cône très régulier de l’île Sebesie, naguère parée d'une riante verdure, maintenant dénudée. Nous entrons dans la baie de Lampong, en laissant sur la droite le groupe des îles Lagoundie, dévastées aussi par la chute des cendres et dont les arbres nous paraissent réduits à l’état de poteaux télégraphiques. En continuant à longer le bord Est de la baie, les pentes plus rapides de la côte montagneuse nous laissent voir mieux, que sur
- les rivages bas du Bantam, les effets des énormes vagues du 27 août, qui, dans ce golfe resserré et profond, ont dû acquérir leur maximum de puissance. Une bande de terrain absolument dénudée, commençant au niveau de la mer et s’élevant à 20 ou 25 mètres de hauteur, marque la trace de l'envahissement des eaux. Au-dessus de cette bande, la pluie de cendres et de boue brûlantes a continué l’œuvre de destruction sur ce que la mer n’avait pu atteindre. Comme aux îles Lagoundie, la forêt est à peu près détruite.
- Nous mouillons à la nuit devant Telok-Betoeng, ou plus exactement devant la place où était la ville, car aujourd'hui elle n’existe plus, et le lendemain au jour nous descendons à terre. Telok-Betoeng s'étendait sur une plaine peu élevée au-dessus du niveau de la mer, entourée de collines boisées et arrosées par une petite rivière. Les cases malaises, les maisons des commerçants et des fonctionnaires européens se perdaient sous les ombrages d’un bois de magnifiques cocotiers. Combien tout cela est changé et quelle grandiose et lugubre scène de désolation s’offre à nos regards! A la place de la cité florissante, il n’y a plus maintenant qu’un infect marécage couvert de pierres ponces, encombré de troncs d’arbres, de poutres, de débris de toute nature. Ici un amas de décombres, là quelques
- Fig. 1. — Java, l*r Punt, dans le détroit de la Sonde. — Vue prise de la plate-forme du phare. (Dans le lointain, l’île de Krakatau. D’après une photographie.)
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- pieux de bambous brisés ou tordus, indiquent remplacement où s’élevaient les maisons européennes et les buttes indigènes; par place, des flaques d’eau peu profondes croupissent sous un soleil de feu et exhalent des miasmes empoisonnés de fièvre. .
- Nous nous avançons lentement au milieu de ces ruines, sur un sol pon-ceux qui cède en criant sous nos pieds, jusqu’aux premières collines sur les pentes desquelles quelques habitations européennes, et la maison du résident1, sont restées intactes, grâce à leur position relativement élevée.
- Un aimable fonctionnaire hollandais, M.
- Dronkers, nous accueille chez lui et nous offre de passer, sous son toit, les heures les plus chaudes de la journée. Nous acceptons avec empressement, car la marche sous un soleil ardent, sur un sol mouvant, au milieu des vapeurs tièdes et nauséabondes qui s’élèvent du marais, nous avait épuisés.
- Mais l'inaction nous pèse bien vite, nous demandons à être conduits près des restes des navires que le raz de marée a jetés dans l’intérieur des terres.
- Malgré l’orage qui nous menace, et de arges gouttes
- d’une pluie chaude qui commencent à tomber, nous nous mettons en route; nous traversons à gué . a rivière qui se jette au fond de la baie Lam-pong à côté de Telok-Betoeng et nous remontons sa
- 1 L’eau est montée jusque sur le seuil de la maison du résident, soit à 22“.50 au-dessus de son niveau normal.
- Fig. 2. — Telok-Betoeng avant la catastrophe de Krakatau, Sumatra. (D'après une photographie.)
- Fig. 3.
- rive gauche, pendant près de trois kilomètres. Tout le long du chemin, que souvent nous sommes obligés de nous tailler dans la jungle épaisse, nous rencontrons des épaves : ici, c’est un grand bateau de pèche privé de ses mats et de ses agrès, couché sur le liane
- au milieu des buissons ; plus loin, c’en est un autre dont la quille renversée, peinte en blanc et noir, fait un singulier effet au milieu de la verdure.
- Mais, d’après nos guides, tout cela n’est rien et nous devons réserver notre étonnement. En effet, après avoir encore parcouru quelques centaines de mètres, au milieu d’un fourré de plus en plus impénétrable, à un coude de la rivière, nous apercevons un grand vapeur à roues, le Barrow, posé en travers sur le cours d’eau encaissé à cet endroit et formant une
- véritable travée de pont, sous laquelle l’eau coule maintenant en murmurant doucement sur des galets noirâtres. Une magnifique végétation encadre ce bizarre tableau que j’aurais bien voulu fixer par la photographie; mal heureusement l’orage qui nous menaçait au départ vienldc fondre sur nous, et une pluie torrentielle m’empêche d’installer mon appareil.
- Au premier moment, sous l’impression de l’épouvante, on a fait bien des récits exagérés et inexacts sur les désastres de ces navires l. Tout en réduisant les choses à leurs justes proportions, la réalité n’en
- 1 D’après certains rapports, ces vaisseaux auraient été portés sur des montagnes à des hauteurs de 100 et de 300 mètres 1
- La même localité après le raz de marée du 27 août 1883. (D’après une photographie.)
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- reste pas moins suffisamment effrayante. Surpris par le coup de mer, incapables de gouverner, ils ont été emportés comme des lièges, par les vagues qui se sont engouffrées dans la vallée étroite où coule la rivière, et laissés en place, au moment du retrait des eaux. L’équipage du Barrow est sorti sain et sauf de cette terrible épreuve, à l’exception du com mandant et du mécanicien qui ont péri dans les Ilots.
- Nous rebroussons chemin et nous arrivons, à la nuit, sur laplage où un canot nous attendait pour nous ramener à notre Kediri. Après avoir eu à supporter, dans l’après-midi, une chaleur torride, nous avons maintenant presque froid, et nous sommes bienheureux de trouver à bord la chambre de la machine pour nous réchauffer et sécher nos vêtements trempés. La chance nous favorise assez pour que nous n’ayons pas cette fois à faire connaissance avec la fièvre qui, dans ces régions malsaines, a bientôt saisi l’Européen, exposé aux intempéries comme nous l’avons été pendant cette journée.
- Nous réglons notre marche, pendant la nuit, de façon à arriver dans la matinée à l’île Sebooko; nous y abordons à peu près au milieu de la côte Est, à l’abri du petit îlot de Beschutters Eiland (îlot de la Protection). R. BnÉox.
- — A suivre. —
- NËCROLOGIE
- Paulin Talabot. — Le directeur honoraire des Compagnies du chemin de fer de Lyon, M. Paulin Talabot, est mort le vendredi 20 mars, à 9 heures 20 minutes du soir, dans son domicile de la rue Volney.
- M. Paulin Talabot était né à Limoges (Haute-Vienne) le 18 août 1799; il entra à l’Ecole polytechnique en 1819, fut admis en 1821 à l’Ecole des ponts et chaussées, et en sortit quatre ans plus tard avec le diplôme d’ingénieur. 11 resta jusqu’en 1850 dans le service du gouvernement, mais alors il s’occupa de l’établissement des chemins de fer et prit une grande part à la création du réseau du sud-est de la France et au développement de l’industrie houillère du département du Gard.
- Nommé ingénieur en chef des ponts et chaussées, il est devenu directeur général de la Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée et membre du conseil général pour le troisième canton de Nîmes. En 1805, il fut nommé député au Corps législatif pour la première circonscription du Gard; il fut réélu en 1869, l’emportant de plus de 700 voix sur son adversaire. Officier de la Légion d’honneur en 1855, il fut fait commandeur au mois d’août 1864.
- En 1870, il se retira tout à fait de la politique, ne s’occupant que d’affaires, passant son temps à écrire, à travailler et à répandre le bien autour de lui.
- M. Talabot faisait partie d’un grand nombre de conseils d’administration, où son tact, son entente des affaires, sa haute intelligence le faisaient rechercher. C’est ainsi qu’il était administrateur de la Société générale, de la Compagnie du Mokta,de la Société des forges de Denain, d’Anzin, des Mines d’Anjou, des Forges de Saint-Nazaire, des Docks de Marseille, etc.
- Dans ces dernièies années, il devint aveugle; pourtant cette terrible infirmité ne lui enleva rien de son énergie
- morale, de son ardeur au travail, de son activité multiple; jusqu'à ses dernières années, il était resté à la tète de la Compagnie P.-L.-M. Ce n’est que depuis l’année deruière qu’il fit nommer à sa place, comme directeur de la Compagnie, M. Noblemaire, ingénieur des plus distingués, des plus intelligents et qui était auparavant directeur de l’exploitation.
- CHRONIQUE
- L’Exposition d’électricité à l’Observatoire de Paris. — Le succès de l’Exposition organisée par la Société internationale des électriciens a dépassé tout ce que l’on pouvait prévoir. Cette Exposition restera'ouverte jusqu’au 5 avril, et à partir de lundi 50 mars, il a été perçu un prix d’entrée de 1 franc par personne. Pendant la première semaine, on a pu estimer le nombre des visiteurs à 10 000 en moyenne par jour. Le nombre total des personnes qui ont parcouru les salons de l’Observatoire, du dimanche 22 mars au lundi 50 a certainement dépassé le chiffre de 70 000. En temps ordinaire, il faut un siècle, pour que l’Observatoire de Paris reçoive un tel nombre de visiteurs. Cet empressement du public est de bon augure, et fait honneur à son intelligence. Il comprend que l’électricité est la puissance de l’avenir.
- L’écorce de Cascarada Sagrada. — La mode est décidément aux médicaments américains ; après l’Hamamelis virginica, le Grindelia robusta, la Piscidia erythrina, etc., voici l’écorce de Cascarada sagrada qui nous est présentée par M. Limousin. Cette écorce est fournie par le Rhamnus purshiana (rhamnées). C’est un arbuste de taille assez élevée, originaire des côtes de l’océan Pacifique; l’écorce qu’il fournit, à peu près de la dimension des grosses écorces de quinquina gris, est assez foncée à sa surface extérieure et d’un jaune rougeâtre à sa surface interne. Les deux côtés sont généralement lisses, surtout à l’intérieur, car la face externe est parfois légèrement rugueuse et couverte de lichens blanchâtres. Dès qu’on enlève par le grattage la partie superficielle de cette écorce, on met à nu l’intérieur, qui se présente sous l’aspect d’un tissu jaune pâle offrant une certaine analogie avec la couleur de la rhubarbe. L’écorce de Cascarada sagrada contient, d’après A. Prescott, du tannin, de l’acide oxalique, de l’acide malique, de l’amidon, de l’huile fixe, une huile volatile qui communique à l’écorce une odeur nauséeuse, et enfin un certain nombre de corps résineux mal définis par l’auteur. D’après M. Limousin, elle devait en outre ses propriétés principales à la présence de l’acide chrysophanique. Le docteur Landowski a étudié les propriétés purgatives de cette substance; il a constaté ses effets laxatifs à la dose de 25 centigrammes de poudre, et même son action purgative quand on répète cette dose trois ou quatre fois par jour à plusieurs heures d’intervalle. Le docteur Eymeri a en outre constaté ses bons effets dans la constipation due à l’atonie de la muqueuse gastro-intestinale, action qu’il faut peut-être attribuer la présence du tannin dans celte écorce. Les Américains l’emploient sous forme d’extrait fluide préparé par déplacement et distillation, de telle sorte que le poids de l’extrait correspond exactement au poids de la substance employée. Cette méthode n’a pas paru donner de bien bons résultats à MM. Landowski et Eymeri, car le médicament sous cette forme est mal toléré par les malades à cause de son goût nauséeux. La teinture ordinaire, pré-
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- parée au cinquième, se tolère plus facilement, mais elle est, néanmoins, encore prise avec répugnance par certains malades. La poudre parait être, en somme, la forme la mieux acceptée de tous.
- Tremblement de terre en Grèce. — De légères secousses de tremblement de terre ont été ressenties, le 128 mars, au Pirée, à Corinthe, à Argos, à Zante, à Nau-plie, à Tripolitza et à Missolonghi. Les secousses ont été plus fortes à Patras et à Calamata; plusieurs maisons se sont écroulées. Ce tremblement de terre s’est d’ailleurs fait sentir dans tout le Péloponnèse, aux îles Ioniennes et sur les deux rives du golfe de Corinthe. Les dégâts ont été presque nuis, excepté à Calamata, à INissi, à Mégalo-polis et aux alentours, où de nombreuses maisons se sont écroulées, ainsi que quelques églises. Il y a eu plusieurs blessés. Le 29, de légères secousses ont encoreété ressenties sur plusieurs points du Péloponnèse. Les populations ont été très effrayées.
- Les aimants Clémandot. — Nous avons remarqué à l’Observatoire de Paris la remarquable exposition des aimants fabriqués par M. Clémandot. Nous n’avions jamais vu, pour notre compte, d’aimants aussi puissants. H y a là des aimants de 700 grammes et d kilogramme portant jusqu’à 23 fois leur propre poids. Ce résultat qui rendra tant de services à la science et à l’industrie électriques, est le fruit de la découverte de M. Clémandot, la trempe par compression ; de nouvelles études l’ont amené aussi aux résultats si remarquables que nous venons de citer. M. Clémandot, pour entrer dans le domaine de la pratique, va s’associer à l’habile constructeur M. Piat; nous lui souhaitons le succès justement mérité par ses persévérants efforts.
- L’Industrie de la soie aux États-Unis. — En
- 1830, les États-Unis possédaient 29 fabriques d’étoffes de soie occupant 8570 ouvriers et disposant d’un faible capital de 30 millions de francs. En 1883, le nombre des fabriques était de 383, le nombre d’ouvriers de 30 000 et le capital engagé de cinq cents millions de francs. Les Américains emploient non seulement des soies de Chine et du Japon, mais aussi des soies provenant des magnaneries de la Louisiane, de la Pensylvanie, de la Californie, du Missouri, de l’Alabama, etc. Cette situation fait comprendre pourquoi l’exportation des étoffes de soie, d’Europe en Amérique, a tant diminué.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 mars 1885. — Présidence de M. Bouley.
- L’épilepsie. — En excitant la substance du cerveau, on provoque, chez le chien, des accidents épileptiques fort analogues à ceux qui éclatent chez l’homme. M. Yul-pian a recherché si dans le cas du chien comme dans le cas de l’homme, les convulsions intéressent les muscles de la vie organique en même temps que ceux do la vie animale. 11 résulte de ces expériences qu’il en est réellement ainsi, et que, par exemple, la sécrétion salivaire, comme la sécrétion biliaire sont considérablement augmentées. A l’inverse, la fonction sécrétoire du rein parait suspendue, tandis que le pancréas ne manifeste aucune perturbation. L’auteur est parti de ces résultats pour rechercher comment se comporterait un chien atteint d’épilepsie après avoir été empoisonné par le curare : le
- résultat, tout à fait nouveau, est la production d’une véritable épilepsie interne, c’est-à-dire ne se manifestant absolument que par les troubles dans la vie organique.
- Traitement du choléra. — U y a déjà longtemps que des médecins écossais ont annoncé la guérison du choléra par l’injection intra-veineuse d’une solution dans l’eau du sulfate et du chlorure de sodium mélangés. Un malade qui avait reçu 16 litres (!) de ce médicament fut guéri.
- Durant la récente épidémie, M. Ilayem, chargé du traitement des cholériques, a soumis ce genre de traitement à une étude très approfondie. Le résultat immédiat en est merveilleux : des malades parvenus à la période algide, ayant déjà la cornée qui commence à s’obscurcir, sont, pour ainsi dire, ressuscités; la voix leur revient, l’œil reprend son éclat et son expression intelligente; malheureusement il survient d’ordinaire après quelques heures, une rechute et la mort. Les décès ne sont pas rendus sensiblement plus rares par ce traitement, mais, selon l’auteur, ce n’est pas une raison pour ne pas l’employer et le bénéfice est évident de prolonger quelques heures l’existence d’un être cher qu’on va perdre pour jamais.
- Vigne fossile en Champagne. — Je reçois de M. le Dr Lemoine une intéressante étude sur des empreintes de feuilles de vigne découverles dans les calcaires éocènes de Sézanne (Marne). M. de Saporla avait déjà fait connaître un Vitis Sezannensis; M. Lemoine y ajoute le Vitis Bal-bianii, dont il décrit avec soin les caractères distinctifs. Parmi les particularités du nouvel échantillon, l’infatigable auteur mentionne, d’une manière tout à fait particulière, la présence, sur la feuille fossile, d’une dépression qu’il considère comme le moulage en creux d’une excroissance du végétal. Cette excroissance, dont nous avons le dessin sous les yeux, présente réellement, comme le dit le paléontologiste rémois, une grande ressemblance avec les galles phylloxériques des vignes actuelles : la conséquence ressort d’elle-méme.
- Éléments de zoologie. — C’est d'une manière toute parliculière que nous signalons à nos lecteurs les Éléments de zoologie de MM. Paul Bert et Raphaël Blanchard que vient de publier la librairie G. Masson. Dans ce volume de 700 pages, illustré de plus de 600 figures, sont condensées toutes les notions certaines de la science des animaux; on y trouve même, en maints endroits, des vues larges sur les grandes lois de la biologie. L’introduction, relative à la classification, est un véritable modèle de style scientifique, et les auteurs ont [bien mérité des élèves en donnant les étymologies de tous les termes qu’ils emploient.
- Le calcaire à fusulines du Morvan. — Dans une note présentée en mon nom par M. le secrétaire perpétuel, je signale la présence à Cussy-en-Morvan (Saône-et-Loire), d’un calcaire pétri de foraininifères appartenant aux genres Fusulina Fischer, Saccamina Sars, Liluola Lamarck, Endolhyra Phillips, Climaccamina Brady. Il résulte de la présence de ces fossiles la preuve que la roche étudiée appartient au terrain du calcaire carbonifère, et celle notion u’est pas inutde puisqu’il s’agit d’un lambeau de marbre, enclavé dans des porphyres et sans aucune relation avec les masses stratifiées du pays. C’est la première fois que le calcaire à fusulines, si abondant en Russie, en Angleterre et en Belgique, est reconnu en France. Les matériaux dont j’ai disposé m’ont été donnés par mon excellent collègue et ami M. B. Renault; et je l’en remercie très vivement.
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- Varia. — M. Polis étudie, avec • les appareils de M. Marey, la contraction simultanée des muscles antagonistes. — Le relevé des observations solaires qu’il a faites en 1884 est adressé par M. Tacchini. — M. Bigourdan a soumis a une étude la planète 246 découverte par M. Borelly. — La chaleur de combustion de la houille est soumise à de nouvelles déterminations par M. Scheurer-Kestner. — M. Vernhes, capitaine de frégate, propose de substituer à l'hélice propulsive ordinaire, une hélice pourvue de cannelures. —D’après M. Caraven Cachin, le bassin tertiaire du Tarn a les plus grands rapports avec le bassin de Paris. Stanislas Meunier
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- L’ART DÉCORATIF CHEZ SOI
- L’art industriel, ou pour parler plus exactement, l’art lui-même auquel les plus récentes recherches de l’industrie sont venues apporter leurs procédés économiques, prend chaque jour une place plus large dans l’ornementation de nos habitations. Ce qu'il était impossible, ou tout au moins très difficile et très coûteux de se procurer il y a seulement quelque vingt ans : faïences anciennes, meubles sculptés, vitraux, panoplies, se trouvent aujourd hui à la disposition de tous; il n’existe guère de maison qui ne possède maintenant son mobilier de style, sa collection céramique, plats, brocs, buires, suspendus aux parois ou symétriquement rangés sur le dressoir. L’art est entré dans nos mœurs de chaque jour; ce qui était jadis l’apanage de quelques privilégiés est devenu presque subitement la propriété de tous ceux qui ont souci du confortable et de l’élégance de leur maison.
- Les Expositions successives de l’Union centrale des arts décoratifs au Palais de l’Industrie ont largement contribué au développement de ce sentiment artistique. Nous sommes pour notre part l’un des hôtes les plus assidus de ces expositions, dont chaque section constitue un véritable triomphe de l’art industriel : telles, par exemple, les curieuses imitations de vitraux anciens dont nous reproduisons ci-dessus un spécimen que tout le monde a pu admirer l’année dernière dans les galeries de l’Exposition des Champs-Elysées.
- Ces vitraux, ou plutôt les feuilles transparentes et colorées dont l’assemblage constitue le dessin d’ensemble, s’appliquent directement sur le verre des panneaux qu’il s’agit d’illustrer. La feuille colorée étant revêtue d’une composition spéciale qui peut devenir adhérente, il suffit de mouiller régulièrement le panneau de verre et d’y appliquer ensuite le vitrail par la pression ; on se sert d’habitude à cet effet d’un morceau de caoutchouc durci que l’on appuie fortement sur le vitrail, de manière à chasser complètement les bulles d’air qui pourraient subsister et produire ainsi des soufflures. L’adhérence une fois obtenue, l’assemblage de la feuille colorée et du verre est tellement intime, qu’un lavage à l’eau bouillante est impuissant à détruire le vitrail. La transparence du panneau historié est d’une remarquable netteté, et le résultat est tellement parfait, que, même à une Irès
- faible distance, il est difficile de distinguer si l’on a affaire à une simple imitation ou à un véritable vitrail plombé. Le goût naturel aidant, chacun peut garnir à sa guise tous panneaux qui agissent partransparcnce, soit à la lumière naturelle du jour, soit à la lumière artificielle : on peut orner dans ce dernier cas de fort belles lanternes d’antichambre.
- Le procédé industriel d’exécution de ces vitraux, qui étaient exposés au Palais de l’Industrie par M.L. Revon, nous est inconnu : il est en tous cas très ingénieux et le résultat acquis est assez remarquable, pour qu’ils forment l’un des accessoires les plus artistiques d’un ameublement. La pose de ces vitraux— car leur propriétaire les colle lui-même — forme en outre une récréation scientifique des plus intéressantes, et c’est à ce titre que nous l’avons signalée à nos lecteurs. Nous donnons dans notre gravure un spécimen de ce que l’on peut obtenir au moyen des papiers colorés de M. Revon ; il représente les deux carreaux d’une fenêtre ornés de médaillons centraux. Il existe des motifs de dimensions plus considérables, qui permettent de décorer le panneau tout entier d’une fenêtre à une seule glace, et dont l’effet n’est pas moins heureux. M. 11.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandie».
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, i Paris.
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- N* 619. — 11 AVRIL 1885.
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- VOLCANS DE LA LUNE DESSINÉS D’APRÈS NATURE
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- M. E. Stuyvaert, astronome adjoint de l’Observa- I série de dessins de la lune qui ont été exécutés par toire de Bruxelles, nous a envoyé une intéressante | lui à l’Observatoire de Bruxelles, et qui apportent
- Fig. 7. — Caucliy Fig. 8. — Réaumur. Fig. 9. — Ckert.
- des éléments nouveaux à l’étude de la sélénographie; 1 intéressants spécimens. Les observations de la Lune nous en donnons ci-dessus quelques-uns des plus | ont été faites à l’aide de iequatorial de 15 cènti-
- 13* uik. — 1“ MBHtre. 19
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- mèlres pendant les années 1881, 1883, et 1884. Les grossissements généralement employés étaient 180, 270, et 450.
- Considérant les différences qui se produisent dans le paysage lunaire par suite d’un éclairement toujours variable, M. Stuyvaert s’est borné à ne signaler, que les points qui offrent des dissemblances avec l’une ou l’autre des cartes de Lohrmann, deBeer et et M aider, de Nelson et de Schmidt, et à les décrire suivant l’apparence qu’ils avaient au moment de l'observation.
- Voici la reproduction de quelques-unes des observations qui accompagnent les dessins que nous publions.
- Jansen, 20novembre 1880,11b. 15 m. (fig. 1).— Un petit cratère se montre distinctement dans la partie méridionale du fond uniformément gris de Jansen. Ge petit cratère figure sur la carte de Schmidt; mais ni Lohrmann, ni Mâdlcr, ni Neison ne mentionnent aucune inégalité dans Jansen. Sur le versant oriental de la chaîne de montagnes, là où Schmidt dessine trois cratères, se présente un cirque à fond plus sombre que la plaine environnante.
- Gutlemberg, 4janvier 1881.6 h. (fig. 2). — Sur le bord occidental, on voit deux cratères. Schmidt en met trois.
- Firmîcus, 15 février, 11 h. (fig. 3). — Le fond uni et gris foncé de Firmicus n’est séparé à l’est que par un rempart très étroit d’une plaine oblongue, dont le fond apparaît aussi sombre que le fond.
- Meton, 6 janvier, 8 h. 45 m. (fig. 4). — Une légère et fine ombre traverse la plaine de Melon. Grossissement 270.
- Gauss, 14 février 9h. 10m. (fig. 5). — La chaîne centrale qui traverse la plaine circulaire n’a pas une méridienne. Grossissement 270.
- Messier, 16 février, 14 h. 40 m. (fig. 6). — Le cratère occidental paraît notablement plus petit que l’autre, les deux cratères se présentent sous la forme d’ellipses dont les grands axes ne sont point parallèles.
- Cauchy, 17 février, 14 h. 30 m. (fig. 7).— Du nord une rainure s’étend vers le nord-est. Cette rainure est absente des cartes de Mâdler et Neison.
- Réaumur, 6 avril 1881, 9 h. (fig. 8). —Sur le fond on distingue un petit pic et dans la partie orientale s’étend du nord au sud une fine ombre provenant d’une ride ou d’une rainure. Ce détail n’est pas représenté sur les cartes,
- Ukert, 6 mai, 9 h. (fig. .9). — Ligne terminalrice de la phase croissante à 8° de longitude est.
- Tous les dessins ci-dessus ont été faits avec un grossissement de 270 diamètres ; nous les avons légèrement réduits dans notre gravure l.
- 1 Les intéressants dessins que nous publions aujourd’hui complètent les documents que La Nature a déjà donnés sur la Lune. Nous y renvoyons nos lecteurs. {N* 84 du 9 janvier 1875, p. 81, et n°94, du ‘20 mars ls75, p. 241). On trouvera dans ces précédentes livraisons de remarquables gravures laites d’après les photographies de MM. Warren delà Rue et J. Beck, et reproduites par 51. Nasmyth.
- LA SUGGESTION MENTALE
- On dit qu’il y a suggestion mentale toutes les fois qu’une personne suggère à une autre une pensée quelconque, par un acte dont la nature nous échappe encore, mais qui n’est ni un mot, ni un signe, ni un geste, par un acte qui, autant que nous pouvons le savoir, n’agit sur aucun des appareils sensitifs à nous [connus. 11 faut admettre, ou bien la possibilité d’une action directe d’une intelligence ou d’un cerveau, sur une autre intelligence, sur un autre cerveau, ou bien une action inconsciente de nos sens. Bien que nous n’ayons en aucune façon le projet de discuter la possibilité d’une pareille action, il convient de dire que celle ci ne doit point être rejetée a priori : nous sommes loin d’en savoir assez long, je ne dirai pas seulement sur le fonctionnement du cerveau, mais sur les propriétés générales de la matière, pour pouvoir nier avec certitude qu’un cerveau puisse agir sur un autre cerveau, d’une façon différente des façons déjà connues.
- Telle que nous venons de la définir, la suggestion mentale se distingue très nettement de la suggestion matérielle. Celte dernière est bien connue de tous : par exemple, bâillez fortement 'deux ou trois fois dans un omnibus, et vous suggérerez une véritable épidémie de bâillements; portez la main à votre cravate ou à votre chaîne de montre, en regardant un passant : il est possible que ce dernier fasâe ce que vous lui suggérez. C’est encore de la suggestion matérielle que la suggestion chez les hypnotisés, chez les extatiques, etc. Ce qui intrigue, ce qui étonne dans la suggestion mentale, c’est que celle-ci s’opère sans l'intervention connue d’un sens quelconque, ce qui paraît à tel point anormal que la grande majorité des psychologues et des physiologistes en nient l’existence. Pareille négation n’est pas chose absolument scientifique : elle est le fait de personnes croyant tout savoir, bien plus que de véritables chercheurs de vérité.
- Quant au dispositif de l’expérience, il a varié dans des limites assez étendues : nous en parlerons plus loin. Pour commencer, nous citerons tout, d’abord les expériences ayant porté sur la suggestion d'objets divers. En voici un exemple. L’expérimen-i tateur se trouvant dans une chambre avec les jeunes filles et les parents, une Kde celles-ci est envoyée dans la chambre voisine, et la porte de communi-, cation est fermée. L’expérimentateur inscrit sur un; morceau de papier le nom de l’objet qu’il désirgj voir rapporter par le sujet, et passe ce papier a chacun des membres de la famille qui en prend connaissance sans mot dire. Chacun pense à l’objet choisi : la jeune fille revient dans la chambré? quelque temps après, tenant, en général, l’objet pensé à la main 1 C’est ainsi que dans une expérience elle apporta successivement une brosse, une orangé, un verre à boire, une pomme, une
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- tasse, etc. Dans une autre expérience, l’objet choisi ne fut connu que de deux expérimentateurs, aucun des autres membres de la famille n étant présent.
- Parmi les recherches les plus importantes qui aient été faites sur la suggestion mentale, et parmi les plus curieuses, se trouvent celles qu’a publiées la Society for psychical Research *, depuis plus de deux ans. D’après les résultats des expériences citées dans ce recueil, il serait possible de suggérer le nom d’un objet, le chiffre d’une carte, un nom propre, une couleur, un geste, une douleur! Ces expériences ont été laites" dans les conditions suivantes.
- Les opérateurs ont été, entre autres, M. W-F. Bar-rett, professor of physics au Collège royal de science d’Irlande, et M. Dalfour Stewart, professeur à Owens College, tous deux hommes de science et d’expérimentation, comme on le voit, assistés de deux ou trois autres jeunes savants. Les sujets ont été tantôt quatre jeunes sœurs, de dix à dix-sept ans, filles de clergyman, parfaitement bien portantes, paraît-il, et dépourvues de tout symptôme nervo-hystériquc, d’autres fois un jeune commis de magasin. D’autres fois l’expérience a été faite d’une façon plus simple : le sujet est rappelé dans la chambre où se trouvent les expérimentateurs : ceux-ci, de même que les assistants et spectateurs, pensent fortement à l’objet convenu, et le sujet doit nommer cet objet. Voici un exemple de ce genre d’expérience. Objet pensé :
- Pipé. Le sujet dit assiette, puis papier, puis pipe. Fourchette. Le sujet devine de suite. Tasse. Idem. Tire-bouchon. Idem. Pincettes. Le sujet dit : fer à repasser, puis tisonnier. On peut encore modifier l’expérience ainsi qu’il suit : on demande au sujet, dont les yeux sont bandés, de deviner un objet quelconque tenu à la main par l’expérimentateur. « Qu’est-ce que je tiens à la main? — R. Un morceau de papier. *7“ Non. — R. Un couteau. — Décrivez-le. — R. Il est blanc. — Et encore? — R. Il renferme un Cure-dents et un crochet à boutons. »
- Certains expérimentateurs ont fait cette expérience en sc mettant en contact avec le sujet : d’autres au contraire trouvent le contact inutile. Dans la série suivante, il n’y eut pas contact : l’expérience consistait à faire décrire par le sujet un objet quelconque, sous les yeux des expérimentateurs. Ceux-ci regardent un œuf : « C’est tout a fait comme un œuf, dit lé sujet : Ils regardent une petite boucle d’oreille : « C’est arrondi et brillant... jauni... avec un crochet pour le suspendre ». Ils regardent une clef : « Un tout petit objet, avec un anneau à un bout, et un petit drapeau à l’autre, comme un drapeau joujou. C’est très analogue à une clef. » Us regardent des ciseaux : « C’est de l’argent. — Non. — C’est de l’acier. — C’est une 'paire de r ciseaux toute droite. » On a pareillement suggéré l’idée des objets les plus variés et l’expérience a réussi dans
- 1 Proccedings of the Society for psychical Research. — Londres, 1882-1885, 6 fascicules. ‘
- la plupart des cas, le contact n’étant pas nécessaire.* Il est inutile de dire que de l’avis des expérimenta-* teurs toutes les précautions possibles ont été prises-’ pour exclure la possibilité de fraudes quelconques'; Mais nous ne sommes qu’au commencement, il y a d’autres expériences que nous allons résumer. q Expériences sur les cartes. Yoici de quelle façon ce genre d’expériences fut fait. Un des sujets fut en-* fermé dans une chambre avec l’un des expérimentateurs pour le surveiller ; l’autre expérimentateur demeura dans la chambre voisine, tenant à la main un jeu de cartes, tirant tantôt Fune, tantôt Fautre" concentrant sa pensée sur cette carte, et indiquant^ par un Coup contre la porte, le moment où le sujet devait, chercher à deviner la carte pensée. Celui-ci disait à haute voix le nom qui lui venait à l’esprit, il lui était répondu oui ou non suivant la réponse; aucun autre mot n’était prononcé. Les expérience^ ont donné des résultats extrêmement variables. !
- Un même sujet a, dans une série d’épreuves^réussi deux fois sur dix; dans une autre, trente fois sur trente et une ; plusieurs fois la réponse a été bonne d’emblée (17 fois sur 51) ; dans le reste des cas elle n’a été exacte qu’au second tour (8 fois) ou au troisième tour. Ce qui fait l’intérêt et la singularité de ces résultats, c’est la comparaison avec les résultats que la théorie des probabilités permet d'espérer. Ainsi, dans les expériences du professeur Balfour, on a su ne tenir compte que de la première réponse, et laissant de côté les cas où la réponse ne fut bonne qu'ait deuxième ou troisième tour, nous.voyons qu’il a.coip?. staté une réponse exacte sur 5 .1/2.r. épreuves,; on ne pouvait en attendre plus d’une pour 52. ~ ~ Dans les expériences du comité spécialement chargé de poursuivre ces recherches, même résultait à peu près ; un succès sur trois épreuves. Dans un autre cas le comité a constaté un succès sur onze épreuves et le professeur Barrett a obtenu un succès sur 6 épreuves ; on ne pourrait en attendre qu’un sur 52. j
- Dans les quelques expériences que j’ai faites sur la suggestion des cartes, j’ai obtenu avec certains sujets un nombre de réussites de beaucoup supérieur à celui que je pouvais attendre, d’après le calcul des probabilités. Ce qui frappe dans quelques-unes des expériences les observateurs anglais, c’est la présence de quelques suites ininterrompues de réponses exactes; dans un cas, par exemple, 14 fois'de suite, le nom de la couleur fut donné correctement ; or le^ chances contraires sont représentées par 4 782 contre un. • ~ 'au :>i
- Suggestion d'un nom propre et d'un prénom. Les expérimentateurs font choix d’un nom proprje quelconque, accompagné d’un prénom. Ils s’efforcent naturellement de ne pas le choisir parmi ceux qui peuvent être connus des sujets: ils accouplent deux noms au hasard. Il s’agit pour le sujet de deviner ces noms, pendant que les expérimentateurs, concentrant leur pensée sur ceux-ci, s'efforcent de les ini-primer sur l’entendement du sujet. Sur idouae
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- épreuves, il y eut sept succès complets d’emblée ; deux sucées au second tour, un échec complet et deux demi-succès. Dans une autre série d’expériences, il y eut 26 succès sur 35 épreuves, 7 succès sur 8 épreuves, etc. En faisant le calcul déjà indiqué pour la probabilité de nommer correctement les cartes, on constate que le succès, dans l’épreuve des noms, est de 1 sur 2, alors qu’on ne devait s’attendre qu’a une proportion infinitésimale. Voici quelques exemples. Nous inscrivons d’abord les noms choisis ; et à
- côté, nous plaçons, en italiques, les noms répondus :
- William Stubles : William Slubbs.— Eliza Holmes : Eliza H.... —Isaac Haiduig : haac Harduig. — Sophia Shaw i Sophia Shaw, — Rester Willis : Cassandra, puis Rester Wilson. — John Jones : John Jones. — Timotliy Taylor : Tom, puis Timolhy Taylor. — Esther Ogle : Esther Ogli. — Arthur Iligguis : Arthur Rigguis. — Alfred Ilenderson : Alfred Renderscn. —Amy Frogmore : Amy Freenron. Amy Frogmon. — Albert Suelgrove : Albert Suigrore.
- On a modifié cette expérience de diverses façons :
- Hg. 1. — fl** 1 à 5. Spécimens de différents dessins ligures sur un tableau noir.
- au lieu d’un nom propre on a suggéré un nom de ville.
- ' D’autres fois on a entremêlé, dans une même expérience, des noms propres et des noms d’objets :
- Suggestion de lettres, mots, phrases. Ces expériences ont été faites de la façon suivante. Entre l'expérimentateur et le sujet, il y a contact, soit par les mains, soit par la main posant sur le bras ou sur la nuque du sujet. On montre à l’expérimentateur une phrase écrite sur un morceau de papier :
- le sujet la reproduit. Ainsi l’on montre à l’expérimentateur les mots suivants :
- In regere Imperio.
- Se dejo prender.
- Le sujet les reproduit. De même pour les mots :
- Palma.
- Tliis Man.
- De même encore, pour des mots grecs : péOu et Sva;. Cette expérience est considérablement simplifiée
- fig.'à. — iY‘ lbu à 5bl*. Dessins correspondants figurés sous l'influence de la suggestion'mentale, par des sujets n’ayant pas vu • - les tracés primitifs exécutés.
- lorsque, au lieu des phrases ou mots, il n’y a que des lettres isolées à deviner. Des exemples de réussite sont si nombreux que nous n’en parlerons même pas.* On peut varier l'expérience des mots ou des phrases de la façon suivante. Au lieu de faire écrire le mot au sujet, on lui fait tirer successivement les lettres d’un alphabet découpé, et monté sur de petits morceaux de bois. Ce qui différencie ces expériences de celles qui portent sur les noms propres et les noms de ville, c’est qu’elles ont été faites avec contact entre l’expérimentateur et le sujet. • ^Suggestion de nombres. Il y a peu de chose à dire de ce genre d’expérience qui se rapproche de l'expérience des .cartes, mais en étant plus simple, puisqu’il y a un élément qui disparaît : le nom 4©
- la couleur. Cette suggestion peut se faire avec des cartes, en convenant que la couleur sera, toujours la même ; on ne devra pas préoccuper le sujet, de façon à ce que le chiffre soit le seul point à attirer l’attention de ce dernier. Les résultats obtenus ne le cèdent en rien, pour la proportion des réussites, aux expériences faites sur les cartes ou sur les objets. •
- , Suggestion*de diverses saveurs. Ces expériences ont été faites, non plus sur les sujets dont il a été question jusqu’ici, mais sur deux autres jeunes tilles. Voici de quelle façon il y a été procédé. MM. Guthrie, Gurney et Myers, qui ont été les premiers à obtenir des résultats, font choix d’un certain nombre de substances a goût très prononcé et à
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- odeur la plus faible possible. Pour empêcher que l’odeur ne puisse guider les sujets, il est bon d’opérer en plein air, ou dans un milieu où règne quelque odeur nitreuse, comme dans une cuisine, par exemple, pendant la préparation d’un repas. Le sujet a les yeux bandés, et le contact entre lui et la personne qui doit lui suggérer une saveur se fait par les mains. Il peut y avoir deux ou trois dégustateurs pour un sujet ; il importe, par exemple, que la substance goûtée par tous deux ou tous trois soit la même.
- L’expérience ainsi disposée et le contact étant établi, le dégustateur goûte une substance quel-
- conque, sans mot dire, sans faire un geste, et le sujet, qui ne voit pas ce dernier, dit à haute voix la saveur que lui-même ressent dans son propre palais. On donne au dégustateur de la moutarde, le sujet répond qu’il sent le goût de la moutarde : de la worcestershire sauce, et il déclare en percevoir le goût. Donne-t-on de l’alun au dégustateur, le sujet répond : « Un goût d’encre, de 1er, de vi-naigre; je le sens sur mes lèvres : c’est comme si j’avais mangé de l’alun. » Bref, nombre de saveurs perçues par le dégustateur semblent être suggérées au sujet. Sur 32 expériences, il en est H qui représentent un succès complet ; dans 5 cas, il n’y
- Fig, 3. — Expérience de la suggestion mentale, telle qu’elle es! exécutée en Angleterre, par MM, -Barrett et Ballour-Slewart.
- eut aucune perception ; dans 2 cas, l’intensité de la sensation précédente rendait très difficile la production d’une sensation nouvelle; dans le reste des expériences, les sensations éprouvées furent plus ou moins erronées. Ces expériences ont été reproduites sur un autre sujêt en état hypnotique, avec succès. Le dégustateur prend un peu d’aloès, voici les réflexions du sujet : « Pas bon, amer et chaud. Apre. Pas doux ; pas bon. Abominable drogue : elle fait mal à la gorge quand ou l'avale. Amer et salé ». Le dégustateur prend du sucre. « Cela va mieux. Saveur sucrée. Doux, quelque chose comme du sucre. » Le dégustateur prend du poivre de Cayenne. Le sujet s’agite vivement. « Ah! vous appelez cela bon, vraiment? Donnez-moi donc quelque chose pour
- noyer ce goût. Cela, vous tire la bouche dans tous, les sens. Amer, acide, horrible. Ç’est du cayenne que vous m’avez mis dans le gosier, je le sais; » Et à son réveil, le sujet se plaignit du goût de poi-vre et de gingembre qu’il sentait encore. r > . j Une autre catégorie d’expériences fut faite sur e, même. sujet — un jeune homme durant l’état hypnotique. Il s’agissait de démontrer la suggestion d’une sensation douloureuse de la peau. Le sujet étant endormi, deux expérimentateurs se tiennent derrière lui, sans contact avec celui-ci. L’un d’eux pince ou pique un point quelconque du corps de l’autre : « Je pinçai le bras droit de M. Smith. Cou-way (le sujet) manifesta aussitôt des signes de douleur, se frotta la main droite, puis monta sa main
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- gauche sur l’cpaule droite et finit par s’arrêter au point précisément correspondant. Sans mot dire, je pinçai le bras gauche de M. Smith. Au bout de quelques secondes, Couway lança sa main droite au point correspondant de son propre bras gauche, le frotta, en se plaignant vivement. » Dans d’autres cas, la concordance entre la région réellement pincée ou piquée et la région où le sujet accusait de la douleur fut parfaitement nette encore, mais il y en eut où elle fut moindre : parfois il se produisit une erreur de côté, c’est-à-dire que le sujet localisait au genou gauche, par exemple, la douleur qu’il eût dû localiser au genou droit. Il n’était pas nécessaire que le sujet fut prévenu des expériences qu’on allait tenter sur lui; et l’on pouvait parfaitement passer ide tel ordre à tel autre ordre d’épreuves sans que la précision des réponses en souffrît, f Suggestion d'un acte. Nous venons de voir que, d’après les résultats obtenus par les expérimentateurs anglais, il serait possible de suggérer un chiffre, un nom, une sensation. On pourrait, de jmême, suggérer un acte. Voici de quelle façon l’expérience a été faite. Le sujet quitte îa chambre, et les personnes restantes conviennent de lui suggérer tel acte lorsqu’il reviendra. Quand il revient, l’une d’elles se met en contact avec lui.... et le Sujet fait en général ce que l’on a voulu qu’il fît. Ainsi, l’on "Veut qu’il déplace et replie un garde-feu, qu'jl éteigne un bec de gaz entre plusieurs; qu’il prenne une petite boîte à bijoux, la mette dans un •Vase.de porcelaine, puis la donne à une personne ifiëterminée ; qu’il joue telles notes du piano, qu’il prenne tels volumes de la bibliothèque : il fait ce iqui a été décidé, avec une docilité parfois étonnante : « Pendant l’absence du sujet (Mlle R...), il fut convenu que l’action à vouloir faire exécuter, consisterait à tracer un cercle autour d’une pièce de six pence, qui se trouvait sur la table, sur une feuille de papier, avant que le sujet ne fût sorti de la chambre. Dans cette épreuve, les mains des voulants furent placés autour du cou de Mlle R..., à l’action convenue, voulue en-silence. Au-bout -de* quelques moments, Mlle R;.. alla à la tafile, prit un crayon, et traça délibérément un cercle autour de la pièce de six pence. » Pareillement, on fait écrire au sujet des mots quelconques, en toute langue, on lui fait assembler les lettres d’un mût ou d’un nom pensée ' Suggestion des couleurs. L’expérience a été faite de'la façon suivante. Le sujet, yeux bandés, est ën contact ou non avec un des expérimentateurs qui regarde soit un objet coloré, réel, ou bien évoque une image mentale d’une couleur convenue. Voici quelques résultats :
- J Couleur choisie. ' Réponse.
- Or. Doré, couleur de cadre à tableaux.
- Bois clair. Brun foncé, ardoisé.
- * Cramoisi. Rouge feu.
- Noir. Sombre, noir. ’
- Bleu, . . Jaune, gris bleu. • .
- Blanc. Vert, blanc.
- Orange. Brun rouge.
- ll []Soir, Le sujet est fatigué et ne voit plus rien,
- Dans le cas où l’etpérimentateur regarde Un objet coloré, les résultats ne sont pas moins étonnants : en voici quelques exemples.
- Objet regardé, Réponse.
- Un morceau de soie rouge sur
- du satin noir. Une tache rouge arrondie.
- Une feuille carrée de papier jauni. Carré jaune brillant.
- Un livre relié en rouge. Couleur rouge.
- Un carré d étoffe violette; Violet.... carré.
- En somme, dans le domaine sensitif, ,il est possible de suggérer bien des choses :, on peut suggérer une couleur, une saveur, une sensation tacT tile. Peut-on aller jusqu’à suggérer une image, un ensemble de lignes, groupées de façon à représenter un objet quelconque? 11 semble que la chose soit possible, à en croire certains expérimentateurs.
- Voici de quelle façon l’expérience a été faite.
- Le sujet avant les yeux bandés, l’opérateur trace, sur un morceau de papier ou sur un tableau noir, un dessin quelconque, généralement simple, parfois géométrique. U est indispensable que ce travail préliminaire se fasse dans une chambre éloignée de celle où se tient le sujet, afin que le bruit de la craie ou du crayon ne puisse guider-ce dernier. Puis, le sujet étant assis, les yeux bandés, on place devant lui, sur un chevalet, mais de verso, le dessin exécuté en vue de l’expérience : l’opérateur se place de l’autre côté du chevalet, de telle façon qu’il regarde le dessin en plein, et le sujet, derrière ' le chevalet, se trouve dans la ligné de visée de l’opé-rateur (fig. 5). Celui-ci regarde attentivement le dessin, et, au bout d’un temps variable, le sujet se déclare en élat de le reproduire, ce qu’il fait, ayant enlevé le bandeau de ses yeux, et sans avoir regardé; l’original, cela va sans dire ! . j
- En somme, l’opérateur regarde le dessin, et représenterait la lumière qui imprime l’image de celui-ci sur le cerveau du sujet, représentant une plaque sensibilisée. Dans les expériences ainsi faites, on a — avec grande raison — conservé les divers -dessins originaux et-la reproduction qui -en a été donnée. Ci-joint quelques exemples montrant des succès étonnants et les plus parfaits qui aient été réalisés (fig. 1 et 2). Dans chaque cas nous avons figuré P original, .et le dessin 'tel qu’il a été repro^ duit par le sujet, tous deux scrupuleusement copiés sur les pièces (ayant Servi à l’expérience, j
- Il faut l’avouer, ces résultats passent la corn-, préhension. Mais, il faut bien le reconnaître, si ,1a suggestion mentale est chose véritable, elle doit pouvoir‘s’exercer sur un, champ fort étendu, et, à notre avis, il est aussi difficile d’admettre la suggestion d’un nombre ou d’une carte, que celle d’un dessin quelconque. Au fond, dans l’un et l’autre cas, la difficulté est la même, et il serait illogique, après avoir admis la suggestion des chiffres, de nier la suggestion des dessins, des couleurs, des sa-, veurs, etc.
- Toute la question est de savoir si l’on, peut ad-
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- mettre la suggestion la plus simple : la véritable difficulté est l'a. De fort bons esprits l’admettent : de non moins bons la nient. La grande objection que l’on fait à la suggestion mentale, c’est quelle est invraisemblable : on ne voit pas par quel processus elle s’opérerait. Mais savons-nous seulement quel est le processus qui s’opère dans notre cerveau quand une pensée s’élabore, dans nos nerfs quand ils envoient aux muscles les ordres conçus par notre cerveau, ou apportent à celui-ci la sensation? Et, en définitive, en savons-nous déjà si long sur les propriétés de la matière organisée, ou non? Mais je n’ai pas l’intention de discuter ici les raisons qui militent en faveur du rejet ou de l’adoption de la théorie de la suggestion mentale. Toute discussion serait stérile et vaine : il n’y a qu’une manière de résoudre la question, c’est d’expérimenter. Une expérience prouve toujours quelque chose, quand ce ne serait que la crédulité de l’expérimentateur, ,ou son ignorance. C’est pourquoi nous souhaitons vivement que ces questions soient étudiées par des expérimentateurs de profession, sur leurs gardes contre les surprises et les erreurs, également éloignés du scepticisme et de la crédulité, et convaincus Vie la puissance de leur méthode. Seuls ils pourront .démêler le vrai du faux avec certitude, procéder avec ordre, contrôler, vérifier, affirmer et nier. Ce n’est pas que nous voulions jeter le moindre discrédit sur les expériences faites en Angleterre : .nous ne connaissons pas les auteurs de ces expériences, et n’avons pas de base suffisante pour une ^appréciation ; mais ce sont de ces expériences qu’il faut absolument avoir vu faire pour en saisir la valeur, et pour en faire la critique raisonnée. En pareille matière, il faut une expérimentation des plus attentives et des plus intelligentes.
- Dr Henry de Varigny.
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- - LES MÉDICAMENTS NOUVEAUX
- l’antipyrine. -- LA PARALDÉHYDE. --- LA COCAÏNE.
- Nous avons signalé à nos lecteurs ces nouveaux et intéressants produits, dont le monde médical se préoccupe depuis (leur apparition1. Nous avons parlé de leurs propriétés thérapeutiques, mais il restait encore à faire connaître quelques-unes de leurs propriétés physiques et chimiques. C’est ce que nous allons faire aujourd’hui.
- La commission de la pharmacopée allemande vient de donner dans les publications régulières qu’elle poursuit, relatives aux médicaments nouveaux, les caractères génériques suivants pour l’antipyrine, la paraldéhyde et le chlorhydrate dé cocaïne. Nous empruntons à ces publications le résumé qui en a été publié récemment.
- Antipyrine. — Beaux cristaux incolores, en forme de colonnes, ou poudre cristalline presque blanche, d’odeur à peine marquée, de saveur légèrement amère, fusibles
- 1 Voy. Antipyrine, n° 607, du 17 janvier 1885, p. 102. Yoy. Cocaïne, n° 605, du 20 décembre 1884, p. 34.
- à 110-115° C. Une partie d’antipyrine est soluble dans moins de 1 partie d’eau froide, dans à peu près 1 partie d’alcool, dans 1 partie de chloroforme, et dans à peu près 50 parties d’éther. La solution aqueuse à 1 p. 100 donne un abondant précipité blanc par la solution de tannin. 2C0 de la solution additionnée de 2 gouttes d’acide chlorhydrique fumant passent au vert, et. si l’on porte graduellement le mélange à l’ébullition, de nouvelles gouttes d’acide donnent une coloration rouge.
- 200 d’une solution à 2 p. 100 sont colorés en rouge foncé par le perchlorure de fer ; le mélange passe au jaune clair par une addition de 10 gouttes d’acide sulfurique concentré. La solution aqueuse à 2 p. 100 est neutre, incolore ou légèrement jaune; elle n’est pas précipitée par l’hydrogène sulfuré ; sa saveur est faible.
- Paraldéhyde. — Liquide limpide, incolore, neutre ou faiblement acide, d’odeur non piquante, et de saveur caustique et rafraîchissante. Densité = 0,992 à 0,998, Solidifiable par le froid en une masse cristalline, fusible à +10°,5, en ébullition vers 125-135°, soluble à 15° dans huit fois et demie son poids d’eau et dans huit fois ce poids à 13°, miscible à l’alcool et à l’éther en toutes proportions. Sa solution aqueuse se trouble à chaud.
- La paraldéhyde solide se liquéfie vers 10° ; mélangée à 10 parties d’eau, elle donne un liquide clair, sans séparation consécutive de gouttelettes huileuses à la surface. Un mélange de lcc de paraldéhyde et de lco d’alcool n’est plus acide après l’addition d'une goutte de solution normale de potasse. Conserver à l’abri de l’air. Dose maximum et dose quotidienne = 5 grammes.
- Chlorhydrate de cocaïne. — Poudre cristalline blanche, faiblement acide, un peu amère, produisant sur la langue une sensation caractéristique, et peu à peu l’insensibilité. Ce sel est aisément soluble dans l’eau èt dans l’alcool. La solution d’iode versée dans la solution aqueuse de chlorhydrate de cocaïne produit un précipité rouge brun ; les alcalis caustiques donnent un précipité blanc, cristallin, peu soluble dans l’eau, aisément soluble dans l’alcool et dans l’éther. L’acide sulfurique le dissout avec effervescence, sans coloration, comme aussi les acides azotique et chlorhydrique.
- MACHINE A ÉCOSSER LES POIS
- Cette curieuse machine que nous avons vue fonctionner avec grand intérêt à la dernière exposition agricole, se compose d’un bâti ayant une forme parallélépipédique, dans lequel tourne un tambour hexagonal ou contre-batteur. Ce tambour, entouré d’up filet dont les mailles ont à peu près 0m,01 d’ouverture, est supporté par des galets et reçoit son mouvement de rotation à l’aide d’une poulie. Un axe concentrique à ce tambour hexagonal porte de$ palettes légèrement tordues en hélice. L’arbre et ses palettes tournent dans le même sens que le tambour, mais à une vitesse beaucoup plus grande, Les palettes passent à une faible distance des tringles qui forment les angles du tambour.
- Au-dessous du système que nous venons de décrire est tendue une toile sans fin qui tourne constamment.
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- Les pois sont déposés sur Ja plate-forme de la machine et égrenés à la main dans le tambour par un conduit figuré en haut de notre gravure. Là, ils ' sont soumis à l’action des palettes qui produisent une espèce de battage. Les poisécossés par ce battage passent à travers les filets et, par suite de la torsion en hélice des palettes, les cosses continuent à s’avancer vers l’extrémité opposée du tambour, où elles tombent par un conduit spécial. Les pois non écossés sont relevés à la partie supérieure du tambour par les tringles, qui font saillie à l’intérieur.
- Les cosses, relevées ainsi, sont atteintes par les palettes, de sorte que lecossage est complet avant
- que les pois n’aient parcouru la longueur du tambour. Les pois écossés passent à travers les filets et tombent sur la toile sans fin avec les débris de cosses. Ces débris adhèrent à la toile qui vient les rejeter à la partie supérieure et de là, dans une caisse réceptrice. Les pois, au contraire roulent à la partie inférieure dans la caisse longitudinale, où un homme peut les recueillir.
- Cette caisse est divisée en plusieurs compartiments pour la facilité du service. Ces compartiments se vident par les ouvertures, ménagées à la partie inférieure.
- Il est facile de comprendre que, par ce procédé.
- Machine à écosser les pois faisant le travail de plusieurs centaines de femmes.
- les pois tombent dans la caisse débarrassés des débris de cosses et par conséquent prêts à être livrés à la consommation. Les résultats obtenus avec cette machine sont remarquables, et son rendement est très important puisqu’elle peut faire autant de travail que plusieurs centaines de femmes.
- L’éeosseuse de pois que nous venons de décrire est assurément appelée à rendre des services aux cultivateurs; elle a été imaginée par MM. Faure et Peltier; elle est construite par M. Albaret à Liancourt (Oise), dont nous avons fait précédemment connaître l’intéressant moteur domestique1.
- J. Bruisner.
- 1 Voy. n° 618, du 4 avril 1885, p. 277.
- LÀ CHANSON DU PRINTEMPS
- M. Giacomelli a dessiné pour nos lecteurs la délicieuse composition ci-jointe, et c’est l’artiste lui-même qui lui a donné son nom : la Chanson du printemps. Nous n’avons garde d’y rien changer.
- Comme cela est frais et vivant; c’est la nature elle-même que l’on croirait entendre par la voix de ces deux oiseaux, couple joyeux qui chante au-dessus des fleurs.
- C’est au milieu des bois, et parmi les chemins verdoyants, que M. Giacomelli trouve le secret de ses inspirations, toujours nouvelles dans leur inépuisable variété de détails.
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- La Chanson du printemps. — Composition inédite de H. Giacomclli
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- Un oiseau, un insecte, une Heur, un brin d’herbe, lui donnent les sujets de ses tableaux, et il n’est pas une minime partie de ses compositions, qui n’ait été vue et dessinée d’après nature.
- M. Giacomelli n’est pas seulement un peintre, c’est un poète ; et c’est un poète qu’il a dû écouter en dessinant la Chanson du printemps. N’est-ce pas en effet la saison nouvelle que le chansonnier évoquait à son déclin, quand il s’écriait :
- Que ma saison dernière Soit encore un printemps !
- —<>^-
- LÀ CULTURE DES MICROBES
- ET i/aNALïSE BIOLOGIQUE DE l’AIR ET DE i/eAÜ PAB LES PROCÉDÉS LES PLUS PRATIQUES {Suite et fin. — Yoy. p. 227.)
- Je stérilise tous mes intruments d’avance dans des éprouvettes fermées par un tampon d’amiante à travers lequel passent les instruments. Ce sont des pipettes de verre, pointues du bout et avec une ouverture située latéralement au-dessus de la pointe (fîg. 1 A) ; la partie supérieure est munie d’un tampon d’ouate ou d’amiante. Au moment de s on servir, il suffit d’adapter un tube de caoutchouc à l'orifice supérieur et de retirer la pipette de son tube de Verre bouché; l’on a en mains un instrument stérilisé et qui peut servir immédiatement, puisqu’il est froid. L’on prélève un peu du liquide à ensemencer, on l’introduit dans un vase à culture, par perforation du tampon de ce dernier, et il suffit de presser le caoutchouc pour faire tomber une goutte du liquide à cultiver.
- Pour les matières plus solides, je me sers d’aiguilles à tricoter ou de fils de platine placés dans des tubes étroits à pointe taillée en biseau et stérilisés d’avance (fig. 1 B). Pour prélever la semence, je pousse le fil au delà de l'extrémité du tube qui le contient, puis je le rentre, j’introduis le tout dans un vase de conserve et faisant de nouveau sortir le fil, je l’amène jusqu’au contact du liquide nutritif. L’ensemencement s’opère sans contamination possible de la part de l’air ou de corps étrangers.
- Lorsqu’on a affaire à une culture,déjà pure et qu’il s’agit simplement de propager d’un ballon à l’autre, l’on y réussira par les méthodes indiquées sans s’exposer à aucun mécompte. Mais dans la nature nous rencontrons le plus souvent un mélange de plusieurs espèces qu’il s’agit d’abord d’isoler, afin de continuer à les cultiver ensuite chacune pour son compte. C’est ici qu’il faut faire intervenir la. méthode du fractionnement qui peut être réalisée de deux manières, par les liquides de culture et par les gelées nutritives.
- Jetons d’abord un coup d’œil sur les opérations de fractionnement dans les liquides, telles qu’elles se présentent suivant notre méthode simplifiée.
- L’instrument principal est une burette cylindrique,
- rétrécie des deux bouts et graduée de telle façon que son orifice inférieur corresponde très exactement à la marque 100, tandis que le 0 se trouve à quelques centimètres au-dessous de l’orifice supérieur (fig. 2). J’emploie des burettes de 100 centimètres cubes de contenance. A chaque extrémité s’adapte un tuyau de caoutchouc, à parois épaisses, muni d’une pince.
- Avant l’usage, je désinfecte la pipette, munie de ses caoutchoucs, en la faisant traverser par un courant d’acide sulfureux ; il suffit de la mettre par un bout en communication avec le goulot d’un de ces siphons d’anhydride sulfureux que la compagnie Raoul Pictet a mis dans le commerce; puis je l’adapte au tube de dégagement d’une marmite de Papin, préalablement remplie d’eau etchauffée pendant une heure à 110°. La vapeur surchauffée traverse la pipette, que l’on a soin de placer de telle façon que son orifice de dégagement soit incliné vers le bas. Au bout d’un quart d’heure, toute trace d’acide sulfureux a disparu et je remets les pinces sur les caoutchoucs, d’abord sur celui de dégagement et ensuite sur celui d'arrivée de la vapeur. Un tampon d’amiante flambé achève de fermer les entrées dçs tubes de caoutchouc et la pipette est abandonnée au refroidissement. La vapeur Se condense, et il s’y produit un vide des plus parfaits.
- J’adapte maintenant au caoutchouc inférieur une canule pointue, stérilisée à l’instant même par un courant de vapeur et par le flambage, et j’introduis aussitôt cette pointe dans un flacon de bouillon stérilisé qui est resté 3 ou 4 semaines dans l’étuve à cultures, réglée à 30° environ. Cette observation à l’étuve a pour but de s’assurer que réellement le bouillon ne contient aucun germe vivant. Il suffit d’ouvrir la pince inférieure pour voir le bouillon se précipiter dans la pipette vide et la remplir entièrement. Ouvrant ensuite les deux pinces, je laisse le liquide redescendre jusqu’à la marque 0 ou un peu au-dessous.
- Les choses étant ainsi disposées, il suffit d’introduire dans la burette, par son orifice supérieur, à travers le tampon d’amiante et le tube de caoutchouc, la goutte de liquide ou la parcelle de sub-, stance dont on veut isoler ou tcompler les microbes, Cet ehsémencèment devra être fait avec une matière assez diluée ou en quantité assez faible pour que le nombre des germes soit très minime.; car leslOOcen-timètres cubes de bouillon ne peuvent guère se répartir en plus de 25 tubes et l'opération né réussit que si une moitié ou 1/3 de ces tubes reste stérile. Ce n’est que dans ces conditions que l'on pourra compter que la plupart des tubes qui sc montrent ensemencés ne l’auront été que par un seul germe.
- S’agit-il de déterminer le nombre de germes vivants que contient un spécimen d’eau, il suffira d’introduire dans la burette, pleine de bouillon stérilisé, une petite quantité, très exactement mesurée, de cette eau. En renversant ensuite la burette alternativement dans les deux seps, 15 à 20 fois de suite,
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- on obtiendra un mélange aussi égal que possible des deux liquides. La canule pointue qu’on a eu soin de planter dans un tampon d’ouate stérilisée est ensuite flambée rapidement par surcroît de précautions et aussitôt introduite à travers le bouchon dans un premier tube stérilisé. On ouvre les pinces et laisse descendre4 centimètres cubes du mélange; puis un second tube succède au premier sans nouveau flambage de la canule, et ainsi de suite. Bientôt le mélange se trouve réparti en 25 tubes qui sont mis sur un support, dans l'étuve à cultures.
- , Si tous les ballons se gâtent, c’est que la dose de L’eau à essayer s’est trouvée trop forte et l’on recommence avec, des doses.plus faibles, jusqu’à ce qu’une partie seulement des tubes se trouble. Avec des eaux très chargées de germes, il faudrait mettre une quantité du liquide trop faible pour qu’il soit possible de la mesurer exactement. Dans ces cas, on préparera >deux burettes, l’une .pleine d’eau, l’autre de bouillon.stérilisé; dans la première, on introduira une petite quantité de l’eau à essayer qu’on mêlera à l’eau stérilisée, puis une petite quantité de ce mélange servira à ensemencer le bouillon.
- Prenons un exemple: une eau à essayer est supposée renfermer de 10 000.à 80000 germes par centimètre cube. Un dixième de centimètre cube de cette eau est mélangé dans une première burette à 100 centimètres cubes d’eau stérilisée. Puis 1/10 de centimètre cube du mélange est ajouté dans la seconde burette à 100 centimètres cubes de bouillon. Ce dernier ne reçoit donc que les germes contenus dans 1/10000 de centimètre, cube de l’eau à. essayer. Le bouillon, réparti entre 25 tubes, se trouble . dans 5 tubes et reste clair dans les 20 autres. Il y avait donc approximativement 5 germes dans 1/10000.de centimètre cube de l’eau en. question, soit *
- 50000 ,parî<centimètre cube au moins.
- Cette méthode exige une connaissance approximative préalable de, la richesse en germes du liquide à essayer ; . sans cela il-faudrait de longs, tâtonqemçnts pour-arriver à iun résultat. Mais nous avons, les moyens d'arriver à cet aperçu préliminaire facilement,: en quelques jours,; et cela, par. la méthode des cultures sur gélatine dont nous allons parler, un peu plus loin. h-r.< •*]!!.. ..„-j m ' si«Nos procédé? sont applicables non seulement à la séparation des, germes, pour arriver, à, des cultures absolument:pures, non seulement à la jnumératiom des, germes de l'eau, mais encore à celle des germes contenus, dans un volume donné d’air et cela par les manipulations que nous allons bientôt décrire., : ' S
- Les, premiers essais d’air exécutés par MM. Pasteur, et Xyndall iconsistaient à ouvrir d’un coup de pince des ballons de bouillon scellés à la lampe
- pendant leur ébullition. Ce procédé rudimentaire ne pouvait donner des résultats bien convaincants, Aux expérimentateurs que nous venons de nommer, il a donné des résultats assez justes, mais entre des mains inhabiles, il a conduit à des erreurs. Les premières expériences sérieuses ont été faites par M. Miquel | elles consistaient à faire passer, par aspiration, un volume donné d’air à travers des tubes en U, pleins de bouillon rigoureusement stérilisé. L’inconvénient de cette méthode est qu’il faut arriver, par tâtonnement, à trouver la quantité d’air qui ne renferme qu’un seul germe et faire traverser chaque tube par la moitié de cette quantité. Étant données les chances d’erreur qui accompagnent l’ouverture de chacun des tubes, telles que la chute d’un germe attaché à l’entrée du tube ou de l’instrument qui sert à l’ouvrir, la contamination de l’air par les vêtements de l’Opérateur, ou au contraire la perte de germes qui tombent sur le verre à l’entrée du tube et y restent attachés, il est évident que ce manuel opératoire donne aux causes d'erreur une influence beaucoup trop considérable sur le résultat.
- Ces critiques ne sont pas applicables à la nouvelle méthode, adoptée par MM.. Miquel et de Freudenreich, qui consiste, à faire passer un volume considérable, d’air à travers une bourre stérilisée, contenue dans un tube de, verre, et puis de laver cette bourre dans du bouillon stérilisé et de déterminer par la méthode des cultures fractionnées le nombre de germes que la bourre a cédés au bouillon. Cette méthode permet, d’augmenter à ..volonté l’importance de l’élément à connaître, .vis-à-vis des éléments d’erreurs. Nous ne lui ferons qu’une objection : La bourre qui sert à fdtrer l’air peut retenir au lavage une partie des.germes qu’elle contient; placée dans un ballon à part, elle ne comptera que pour .un, tandis qu’elle pourra avoir contenu, plusieurs centaines»de microbes. , '.Pour éviter ee grave inconvénient, tout en profitant des grands avantages dè la méthode de MM. Miquel et de Freudenreich, je <me suis avisé de remplacer la bourre par qne poudre soluble dans l’eau, chimiquement indifférente, à travers laquelle je fais filtrer»l’air..Une fois dissoute dans le bouillon stérilisé, :cette-poudre lui abandonnera 'tous les germes qui se répartiront dans le liquide d’une manière uniforme. J’emploie le sel de cuisine, placé dans un tubeide verre, entre deux bourres de coton :et stérilisé par la chaleur ; l’ensemencement se fait sur un bouillon peu salé. Les manipulations sont simples et, si la' quantité de sel est minime, les résultats sont parfaitement rigoureux. ü L’aspiration se fait à l’aide d’un petit aspirateur portatif, chauffé à l’esprit de vin et la quantité d air qui passe est enregistrée par un de ces compteurs à gaz portatifs dont M- de Freudenreich a le premier
- !
- Fig. i.
- Pipette et tube à fil de, platine
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- fait usage. Le tube qui renferme la poudre est fixé verticalement à un support et la bourre supérieure est enlevée au moment de commencer l’expérience et remise aussitôt après. Il est bon de prendre du coton de verre fin ou de l’amiante soyeux pour faire ces bourres, afin de pouvoir les flamber avant de les remettre en place, et il est bon de munir le tube à chaque extrémité d’un capuchon de verre, intérieurement garni d’ouate, qui empêche les germes de se fixer aux parois du verre et prévient une cause possible d'erreur.
- Il faut aussi avoir soin de se tenir loin du tube pendant l’expérience, car nos vêtements sont un véritable réservoir de germes. Le mieux est de fixer le tube au sommet d’un trépied photographique relié par un long tuyau de caoutchouc au compteur, à côté duquel on se tient.
- Pour déterminer ensuite le nombre des germes restés dans la poudre de sel de cuisine, il suffit de verser cette poudre dans une burette de bouillon par son orifice supérieur (qui doit être, dans ce cas, assez large pour permettre au petit tube d’y entrer), et, après dissolution complète de la poudre, de procéder aux cultures fractionnées, comme pour l’essai d’une eau.
- La méthode du fractionnement sur milieux nutritifs liquides ne peut jamais donner qu’une approximation, mais c’est encore la précision même en comparaison des résultats que fournit la méthode des cultures dispersées sur gelées de gélatine. En revanche, ces dernières sont si commodes qu’on ne les abandonne guère, une fois qu’on a appris à en connaître lès avantages. Elles servent aux expériences préliminaires destinées à une orientation générale, ou bien à la première séparation d’espèces qu’on continuera ensuite à isoler par la méthode plus rigoureuse du fractionnement.
- - Les conserves de gelée nutritive sont faciles à obtenir par les méthodes indiquées ci-dessus. Pour l’essai préliminaire d’une eau, on en introduira une certaine dose, par exemple, 1. centimètre cube dans une conservé ; on fera fondre celle-ci a l’étuve à incubation et après avoir bien agité le mélange, on l’abandonnera à lui-même pour qu’il fasse prise. Si l’on se sert d’une éprouvette, on l’inclinera pour que la surface de la gelée s’étale sur un plan oblique, ce qui facilite la numération. Mais il vaut mieux prendre des llacons coniques ou des boîtes en verre de la forme repré-
- sentée sur la figure 3. La gelée étalée en couche mince sur le fond du vase permet de compter plus facilement. Le cinquième ou le sixième jour on verra des colonies de grandeurs et d’aspects très divers qui se voient surtout très bien lorsqué la couche vivement éclairée est placée devant un fond noir. En traçant des lignes carrelées sur le fond du verre on abrège beaucoup la besogne. 11 faut se hâter, car dès le septième et le huitième jour, les colonies bactériennes commencent à s’étaler en liquéfiant la gélatine et englobent toutes les petites colonies qui les entourent. Pour les germes de l’air, c’est la poudre soluble qui a servi de filtre que l’on introduira dans la gélatine fondue.
- Les chiffres obtenus ainsi sont toujours très inférieurs à la réalité; la plupart des germes ne végètent que très lentement à la température ordinaire, dans un milieu solide et ne sont pas encore visibles au moment où l’extension de quelques colonies bactériennes oblige à interrompre l’observation. Après un essai sur gélatine , je multiplie en général le chiffre obtenu par 20 ou par’ 25, pour avoir approximativement celui que je peux prendre pour guide des premiers essais par fractionnement dans du boüillon. Ces chiffres montrent combien la méthode a peu de valeur par elle-même, mais, je le répète, à titre d’essai préliminaire, elle épargne du temps.
- Pour séparer les germes provenant d’un produit pathologique, la méthode des gelées est déjà plus utile; mais son grand inconvénient est toujours de ne pas favoriser le développement d’une foule d’espèces^ qui auraient très bien prospéré à l’étuve, dans un milieu liquide. -5> - * i,.
- Pour la stérilisation des gelées; nous nous servons de la marmite de Papin. En Allemagne, on emploie dans ce*but, L sur la recommandation de M;'Kocb, là - méthode beaucoup moins expéditive de la stérilisation fractionnée; inventée par Tyndall. A notre avis/il n’y a aucune ' raison plausible d’avoir-recours’ à dès ‘ manipulations qui durent huit jours au moins, pour arriver à un résultat qu’on peut obtenir bien plus sûrement en deux heures.7 ' En revanche, la stérilisation discontinue de Tyndall se justifie lorsqu’on choisit pour terrain de culture une substance coagulable par la chaleur, telle que le blanc d’œuf ou le sérum du sang. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, nous avons recours
- Fig. 2.
- Burette à iractionnements,
- Fig.
- Boîte en verre, à culture.
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- LA' NATURE.
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- aux chauffages répétés; seulement nous avons renoncé à nous servir de l’appareil si mal commode et si peu pratique que M. Koch a inventé, et nous lui substituons une étuve, basée sur le même principe, mais de forme différente (fig. 4), que M. Wies-negg a exécutée, sur mes indications et k mon entière satisfaction. C’est une étuve en cuivre à doubles parois; l’espace entre ces deux parois est rempli d’eau. Deux ouvertures donnent* accès à cet espace et servent soit à le remplir, soit k y faire plonger le bulbe d’un thermomètre et celui d’un régulateur k gaz.
- La porte aussi est double et pleine d’eau. Elle a son thermomètre, son régulateur, son bec de gaz qui est solidaire de la porte, en sorte qu’on peut ouvrir cette dernière sans déranger ni interrompre le chauffage. L’espace intérieur est donc entouré de toutes parts d’eau maintenue exactement à 75° centigrades.
- Les supports, contenant chacun trente-deux tubes de sérum Sanguin, sont placés chaque jour pendant une heure dans cette étuve pour tuer les microbes et, le reste du temps, dans l’étuve à incubation réglée à 35°, pour favoriser la germination des spores retardataires. Au bout de dix k quinze jours, la plupart des tubes se montrent réellement stériles.
- Mais cette méthode ingénieuse est reléguée au second plan par celle du filtrage à froid k travers une matière assez finement ^poreuse pour retenir tout germe. 11 y a longtemps que M. Pasteur a obtenu ce résultat a l’aidé de filtres en plâtre. Mais il y avait tant de difficultés et d’incertitude dans leur emploi qu’ils n’ont jamais pu entrer dans la -
- pratique journalière. Le problème est maintenant résolu, depuis que M. Ghamberland a su donner
- Hg. 4. — Étuve Wiesuegg.
- Fig. 5. — Filtre avec bougie Chamberland.
- aux filtres en porcelaine une forme réellement pratique (fig. 5) ; nous nous sommes, M. le professeur Dunant et moi, assurés par des expériences rigoureusement conduites, que ce filtrage, est bien réellement effectif, lorsque la bougie est bonne.
- Celles qui sont actuellement dans le commerce ne sont pas encore parfaites ; quelques-unes présentent des fissures, d’autres sont trop cuites et imperméables. Dans l’usine que M. Joly a installée à Genève, sous la direction de M. le professeur D. Monnier, pour livrer au commerce une eau parfaitement démicrobée, l’on a dû monter un appareil spécial pour faire l’épreuve de chaque bougie, avant de la mettre en usage. Nous . ne doutons pas que la fabrique, une fois avertie, ne pare à ces inconvénients.
- Le blanc d’œuf dilué et, mieux encore, le sérum du sang peut facilement être filtré sous une pression de deux k trois atmosphères; il passe très lentement, il est vrai, et il faut des précautions très grandes pour que le liquide filtré ne soit pas contaminé en sortant de la bougie. 11 y a là un point délicat; la canule-trocart doit être adaptée au goulot de l’appareil après que celui-ci a passé k l’étuve, et k ce,moment l’introduction d’un germe de contrebande n’est pas impossible.
- Il y a un intérêt majeur k pouvoir stériliser ainsi tous les liquides de l’économie animale, tnême cetix qui ne Supportent pas la chaleui*' sans changer 'de' constitution moléculaire. Le nombre des microbes pathogènes qu’on a réussi à cultiverjusqü’à ce jour ,est minime en comparaison du nombre des espèces qu’on a vues sans réussir k les propager artificiellement., La principale difficulté consiste k fournir k chaque espèce un milieu nutritif bien
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- la; nature:
- stérilisé et qui soit précisément celui qui lui cou-’ vient. Sous ce rapport le filtrdge nous ouvre des horizons nouveaux.*’ t
- Mais il faut avouer, d’autre part," qu<f celte me-" thode avec ses lenteurs et les chances d’accident qui sont inséparables d’une partie des manipulations, ne pourra guère supplanter la méthode du chauffage pour les usages courants. Elle restera limitée aux besoins des cultures spéciales ; les dosages et les recherches statistiques ainsi qu’un grand nombre de cultures continueront à être tributaires du procédé bien plus simple et plus expéditif de la stérilisation par la chaleur. C’est Surtout cette méthode-là que nous avons cherché à populariser, en simplifiant le manuel opératoire et le rendant accessible à tout le monde1. Dr Herma’xn Fol,
- Professeur à l’Université de Genève.
- NÉCROLOGIE „
- Eugène Rolland. — Nous avons appris avec grand regret la mért de M. Eugène Rolland, membre de l’Académie des‘sciences,'directeur‘général honoraire des manufactures de l’État, grand officier de la Légion d’honneur. f -r .
- M. Eugène Rolland s’est éteint après une assez longue maladie, à l’âge de soixante-treize ans. C’est à lui que l’administration des tabacs, dans laquelle il était entré en 1852, à sa sortie de l’École polytechnique, doit son organisation administrative actuelle et son outillage perfectionné. Les recueils de l’Institut contiennent de nombreux mémoires de M. Rolland, qui a fait faire à la mécanique des progrès importants. 11 est l’auteur de la théorie complète des régulateurs isochrones et l’inventeur, avec M. Schloésing, d’un procédé économique de fabrication de la soude, M. Eugène Rolland avait été nommé directeur général des manufactures dé l’État le 12 mars 1860, président de l’Académie des sciences. C’est cet éminent ingénieur qui, lors de la dernière séance publique avait résumé l’histoire des progrès scientifiques pendant l’année 1884. M. Eugène Rolland laissera d’unanimes regrets autour de lui; tous ceux qui l’ont connu ont apprécié la noblesse de son caractère ,et son profond amour de la science. J.'’
- —
- CHRONIQUE
- Association française pour l’avancement «les sciences.,j- Voici la liste dés subventions qui ont été accordées en 1884 ^ ;
- MM. TESTirret Dufourcet j(pour les aider à continuer leurs
- 4 Quelques-uns des chiffres indiqués dans la première partie de- cet article étant erronés par suite d’ferreurs typographiques^ nous nous empressons de les rectifier. Pour un goulot • dé 21/2 centimètres de diamètre, on bouchera avec un petit entonnoir de verre de 2 centimètres de diamètre sur 3 centimètres de hauteur. Les gelées d’Agar-Agar, convenablement préparées, ne fondent pas à ,70°; à 30e*, elles sont donc bien loin de leur point de liquéfaction. Enfin, c’est la température de 110° et non pas celle de 100° que l’on considère.comme suffisante pour tuer les germes à l’état humide dans l’espace de quelques heures. ! >.i. . r
- - fouilles anthropologiques daus lé sud-ouest * :: c de la France1. ........ . ... 500 fiv
- La Société Française de physique : pour con-
- ----tribuer à la-publication des œuvres de Cou-
- lomb . ...................................... 500
- Ge.naille : pour contribuer aux dépenses de la
- construction d’une machine à calculer élec- '
- trique.........................................600 ’
- Gallois : pour la construction d’un thermo- ;
- graphe médical............. . /• . ’* 500
- Hauvel : pour l’aider à continuer ses travaux
- sur la prévision des temps...................200 >
- Zurcher : pour l’achat de livres de paléonto- ,
- logie nécessaires à ses recherches géologiques ........... ........... 850 -
- Motais : pour l’aider à continuer ses travaux
- d’anatomie (Subvention de la ville de Paris). 400 Sabatier : pour l’aider à continuer ses travaux
- d'anatomie (Subvention R. Brunet) .... 500
- Laboratoire de Wimereux : pour aider à la publication des travaux qui y ont été faits
- (Subvention B. Brunet)............... . . . 500
- Laboratoire d'anthropologie de Toulouse :
- pour aidera compléter l’installation . . . 500
- Pommerol : pour l’aider à continuer ses fouilles
- préhistoriques en Auvergne ....... 150
- Magitot : pour l’aider à continuer ses recherches à Combperet. . . 1............ 200
- Delort : pour l'aider à continuer ses fouilles
- préhistoriques dans le Cantal............ 150
- La Société d'anthropologie de Bordeaux :
- pour aider à la publication de ses travaux . 800
- Andouard : pour aider à la continuation de ses travaux de chimie appliquée (Subvention de
- la ville de Montpellier) . ............... . 600
- Souche : pour aider à la continuation de ses
- fouilles . . ........................... 100
- Observatoire du Mont-Ventoux : pour contribuer à l’installation de l’Observatoire (2e annuité) ........................................ 2000
- Observatoire météorologique de l'Aigoual : 1 pour contribuer à l’organisation et à l’installation (5“ annuité).........................1000
- Dou.menjou ; pour une souscription à son ouvrage : Études sur la révision du Code -,
- forestier.................................... 150
- Quélet : pour l’aider à continuer ses études '
- sur la flore mycologique de France. . . . 500
- 10100
- Mombreux cas d’empoisonnement par des
- fromages altérés. — A la réunion de juillet dernier de la Commission sanitaire du Michigan (Amérique), lé Dr II.—B.- Baker a présenté un rapport sur quatre faits d’empoisonnement par des fromages, survenus de mai à juin. Le nombre des personnes ayant mangé de ces fromages s'élevait à 164; toutes furent prises d’accidents semblables T vive douleur et sentiment de brûlure, à l’estomac, vomissements et évacuations alvines, intenses, petitesse extrême du pouls, froid des extrémités et tendance aucollapsus. Toutes guérirent. Les fromages incriminés avaient la bonne apparence ordinaire; mais coupés ou rompus, ils laissaient s’écouler un liquide de leur intérieur. Le Dr Vaughan fut appelé à analyser les fromages de la même fabrication. U ne trouva rien de défectueux ni dans les t cuves,, ni dans les moules, ni
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- LA NATURE.
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- par ailleurs. L’analyse ne lui lit découvrir ni arsenic, ni cuivre, -ni plomb, ni aucun autre poison métallique.
- À la coupe, les fromages laissaient suinter ua liquide blanchâtre dans lequel l’examen microscopique fit découvrir un certain nombre de microrganisines. Le .liquide en question était fortement acide. Depuis de longues années, dit M. Yaughan, l’attention a été portée sur de semblables empoisonnements, et des recherches spéciales ont été faites sur ce sujet particulièrement en Allemagne. Pour quelques-uns, la substance toxique provient d’un lait infectieux, pour d’autres, elle, réside dans la formation d’acides gras ; mais la cause delà toxicité des fromages reste encore méconnue. Le fabricant a déclaré que les fromages qui avaient produit les accidents avaient été confectionnés du 26 avril au 26 mai, de la même façon et avec le même soin que ceux qui n’avaient donné lieu à aucun trouble. Les bons fromages étaient seulement légèrement acides, et ne coloraient que faiblement le papier de tournesol, tandis que les fromages toxiques offraient une réaction acide très prononcée. Il y a dans ce fait un moyen pratique de s’assurer de la qualité hygiénique d’un fromage; une bande de papier réactif, appliquée sur la surface de section de ce fromage, pourra en faire soupçonner la toxicité, si, imbibé du liquide qui s’en écoule, elle se colore instantanément en rouge.
- Les tremblements de terre de l'Andalousie.
- — Nous recevons de notre collaborateur M. Noguès, la note suivante qu’il nous adresse de Séville à la date du 30 mars 1885 : « Les tremblements de terre recommencent à inquiéter les habitants des deux provinces de Grenade et de Malaga. Les derniers mouvements du sol ressentis ont presque égalé en intensité ceux qui produisirent la catastrophe du 25 décembre dernier. Les récents tremblements*ont produit certains écroulements et même des accidents personnels. Mercredi dernier 25 mars, à 2 h., 25 du matin, un violent tremblement de terre s’est fait sentir à Mâlaga, Antequeri^ elcV. aussi violent que celui de là nuit de Noël, mais heüreàsement de moindre durée, environ quatre secondes. Le mouvement du sol du 25 mars commença par être oscillatoire et se termina par une trépidation très marquée. D’ailleurs ce mouvement violent du 25 mars a été précédé, la nuit du mardi 24, par de légers tremblements de terre qui passèrent inaperçus pour beaucoup de personnes. »
- Nouvelle application des agglomérés. —
- Depuis plusieurs mois, les agglomérés sont employés couramment dans les hauts fourneaux de l’usine de Tamaris. La charge, qui était de 1000 kilogrammes de coke pour le fourneau en fonte fine d’affinage, est transformée en 800 kilogrammes de coke et 200 kilogrammes d'agglomérés. Pour le fourneau en spiegel riche, on a, remplacé 1700 kilogrammes de coke par 1200 kilogrammes de même combustible et 500 kilogrammes d’agglomérés. Un fait particulièrement remarquable consiste en ce: que la consommation totale du combustible employé, loin d’augmenter, par cette substitution des agglomérés au coke, a sensiblement diminué. Cette diminution paraît être liée à la plus grande combustibilité des gaz résultant de l’emploi des agglomérés. Aussi obtient-on plus facilement le maximum de température du vent chaud dans les appareils Cowper. Par exemple, le fourneau en allure de fonte fine de forge, dont la consommation moyenne était de 1020 kilogrammes de coke, est réglé maintenant entre 950 et 975 kilogrammes — coke et agglomérés
- compris — par 1000 kilogrammes de fonte produite. Dans les deux cas, la richesse moyenne du lit de fusion a été de 30 p. 100. L’emploi des agglomérés dans les hauts fourneaux présente donc ce caractère, que non seulement les agglomérés ont remplacé du coke, poids par poids, dans la charge, mais qu’une économie de combustible résulte de celte substitution. Les agglomérés dont il est fait usage contiennent 9 1/2 p. 100 de cendres, 18 p. 100 de matières volatiles et 1 1/2 p. 100 d’eau hygrométrique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 avril 1885. — Présidence de M. Boulet.
- M. Rolland. — Après le dépouillement d’une correspondance particulièrement peu abondante et le dépôt par M. Faye d’un mémoire dont le titre seul a été indiqué sur la concordance des époques géologiques avec les phénomènes géologiques, M. le Président a annoncé le décès déjà connu de M. Rolland. En quelques paroles émues il a rappelé les titres du défunt et il a levé la séance en signe de deuil.
- Il y a un an à peine M. Rolland fut atteint d’une maladie qui donna de vives inquiétudes : c’est pourtant à un autre mal qu’il devait succomber. Appelé alors à la présidence de l’Académie, il hésita quelque temps à prendre possession du fauteuil et il ne s’y résolut que sur le conseil de son médecin, M. Vulpian. Par un véritable miracle de la science, il trouva une force nouvelle dans l’exercice de fonctions dont il redoutait la fatigue, et tout le monde se rappelle avec quel dévouement et quelle énergie il dirigea les séances de l’Académie jusqu’à la fin de son mandat.
- On sait que M. Rolland, sorti le premier le l’École polytechnique, entra dans le service des tabacs dont il devint directeur. 11 appliqua toutes les ressources de son esprit à améliorer la fabrication et on lui doit une foule de progrès très importants. Il partage avec M. Schlœsing le très grand honneur d’avoir inventé un procédé d’extraction de la soude qui ne touche en rien à la gloire de Leblanc, mais qui ajoute beaucoup à la leur. M. Rolland était un homme de bien : il emporte l’affection de tous ceux qui l’ont connu. ,
- Liquéfaction des gaz. — La seule pièce de la correspondance dont nous ayons à rendre compte est un mémoire de M. Olszewski sur la liquéfaction du formène et' du bioxyde d’azote. Les procédés employés sont les mêmes que dans les recherches analogues du même auteur. Quant aux résultats, on peut les résumer pour le formène en disant qu’à la pression de 55 atmosphères la liquéfac-b tion est obtenue à —81,8 degrés centigrades; sous la pression de 40 atmosphères la température est de — 93°; à 6 atmosphères, elle est de —136° et sous 5 millimè-i très seulement de mercure elle descend à —201 degrés,
- Pour le bioxyde d’azote l’auteur donne des chiffres du même genre : à 71 atmosphères, la liquéfaction a lieu à; — 93 degrés centigrades; à 20 atmosphères à —1 !9°,^ à 18 millimètres de mercure à — 176°.
- A l’occasion de ce mémoire, M. Cailletet rappelle qu’il a le premier liquéfié l’éthylène et le formène et qu’il les a employés une fois liquides à la congélation de l’oxygène et des autres gaz considérés alors comme permanents. 11 pense que les résultats numériques du physicien polonais
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- LA NATURE.
- ne doivent pas être acceptés sans de très grandes réserves : les températures dont il s'agit ne peuvent être prises qu’avec uu thermomètre à hydrogène dont la graduation est fort délicate, et, d’un autre côté, la préparation des gaz étudiés à l’état de pureté complète soulève des difficultés très sérieuses.
- L'Année scientifique. — Le vingt-huitième volume de U Année scientifique et industrielle, de M. Louis Figuier, est signalé par M. le secrétaire perpétuel d’une manière toute spéciale. C’est, comme toujours, un compte rendu complet de ce qui s’est fait de saillant durant l’année dans les branches les plus diverses des sciences pures et appliquées. Successivement l’astronomie, la météorologie, la physique, la mécanique, la chimie, l’art des constructions, l’histoire naturelle, les voyages scientifiques, l’hygiène publique, la médecine, la physiologie, l’agriculture, les arts industriels, apportent à l’auteur le tribut de leurs conquêtes, et M. Figuier sait en faire la matière de cha-
- pitres d’une lecture facile et variée. Les diverses expositions de l’année sont l’objet d’intéressantes notices et l’auteur résume les séances solennelles des Académies et les divers congrès scientifiques. Enfin une revue, trop longue, hélas ! des personnalités scientifiques et industrielles endormies du dernier sommeil, termine dignement cette importante publication. Stanislas Meunier.
- LA MÉDAILLE
- DE L’EXPÉDITION Dü « TALISMAN »
- L’Académie des sciences, dans sa séance publique annuelle du 5 mai 1884, conformément à la décision prise par elle d’employer chaque année la portion disponible des fonds du legs Petit d’Ormoy à des récompenses méritées en dehors des programmes
- La médaille d’houneur décernée par l’Académie des
- Sciences aux membres de l’Expédition du Talisman.
- proposés à l’avance, décerna une médaille d’honneur h MM. Parfait, Antoine, Jacquet, Bourget, Gebory, Vincent, Huas, Robinet de Plas, Filhol, P. Fischer, de Folin, Marion, E. Perrier, L. Vaillant, Ch. Bron-gniart, Poirault, qui avaient pris part à l’expédition du Talisman dirigée par M. A. Milne-Edwards.
- Nous donnons une reproduction de la médaille distribuée à ces explorateurs. Elle est l’œuvre de M. Daniel Dupuis. Sur l’une des faces on a représenté Àmphitrite entraînant la Science au fond de la mer; l’autre face porte, en plus (du nom de la personne à laquelle la médaille est destinée, l’inscription suivante : Institut de France, Académie des sciences. Expédition du Talisman, président if. A. Milne-Edwards, 1883. Afin de rappeler le but de l’expédition du Talisman, on a ajouté ces mots : Vila maris in profundo deprehensa.
- Le président de l’Académie a, durant une des dernières séances, remis à M. A. Milne-Edwards, au nom de l’illustre compagnie, un exemplaire en or
- de cette médaille devant perpétuer le souvenir de l’œuvre qu’il avait organisée avec un si grand dévouement et dont il avait assuré le succès.
- En dehors des savants dont nous venons de rappeler les noms, plusieurs personnes ayant, à divers titres, participé aux recherches sous-marines, particulièrement les ingénieurs, qui ont si puissamment contribué à la réussite, par le choix et l’installation des appareils de sondage et de dragage, le préfet maritime du port de Rochefort dans lequel l’armement du Talisman a été accompli, les officiers de marine qui avaient dirigé les explorations du Travailleur, ont également reçu, de la part de l’Académie, un exemplaire de cette médaille qui perpétuera le souvenir d’une entreprise glorieuse pour la science française.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissamdieb. Imprimerie A. La hure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N# G20. — 18 AVRIL 1885.
- LA NATURE,
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- MACHINE A TRIPLE DÉTENTE DE MM. RANKIN ET RLACKMORE
- Fig. 1. — Nouvelle machine à triple détente à bord d'un navire à vapeur.
- Jusqu’à cc jour les machines compound employées dans la marine ne comportaient généralement que l’admission dans un cylindre, et la détente dans un ou plusieurs autres cylindres simultanément. Depuis quelque temps on commence à employer les ma-13® «nuée. — 1er semoslre.
- chines à triple expansion, c’est-à-dire comportant successivement deux détentes dans des cylindres différents.
- MM. Rankin et Blackmore, constructeurs à Gree-nock, viennent de construire, pour le steamer Ara-
- W
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- LA NATURE.
- bian, des machines de ce système (fig. 1); seulement, comme elles sont destinées à actionner deux hélices, on a été conduit, pour équilibrer les puissances développées sur chacun des arbres, à diviser en deux le cylindre admctteur, c’est-à-dire à le remplacer par deux cylindres moitié plus petits.
- Les machines comportent donc quatre cylindres disposés comme le montre le diagramme (fig. 2).
- A bâbord se trouve un cylindre à haute pression A superposé à un cylindre intermédiaire ou à moyenne pression C. Ces deux cylindres actionnent une des hélices. A tribord se trouve un cylindre à haute pression B superposé à un cylindre à basse pression D et actionnant avec lui la seconde hélice. Ces quatre cylindres ont même course.
- Le cylindre C est entouré d’un réservoir de vapeur divisé en deux parties : la partie inférieure communiquant d’un côté avec l’échappement des
- Fig. 2. — Machine à triple détente. Détail du mécanisme.
- cylindres à haute pression et de l’autre avec la boite à tiroir du cylindre C ; et la partie supérieure communiquant avec l’échappement du cylindre G et la boîte à tiroir du cylindre D.
- De plus, les deux parties de ce réservoir peuvent communiquer au moyen d'une soupape à ressort E réglée pour fonctionner, lorsque la pression atteint un certain degré dans la partie inférieure, et une autre soupape F permet de faire communiquer la partie supérieure du réservoir avec l’atmosphère.
- Si nous examinons maintenant comment fonctionnent les machines, trois cas peuvent se présenter :
- 1° Si les deux machines fonctionnent simultanément, la vapeur, après avoir agi dansjes deux cylindres A et B, se rend par les tuyaux aaaa la partie inférieure du réservoir et de là à la boite à tiroir du cylindre C. Quand elle a agi dans ce cylindre, elle passe dans la partie supérieure du réservoir et de là par le tuyau b à la boîte à tiroir du cylindre D. Enfin, quand elle a agi dans ce dernier, elle se rend au condenseur par le tuyau c.
- 2° Si la machine de bâbord fonctionne seule, la
- vapeur, après avoir agi dans le cylindre A, se rend par le tuyau a à la partie inférieure du réservoir et de là daus la boîte à tiroir du cylindre C. Quand elle a agi dans celui-ci, elle passe dans la partie supérieure du réservoir et, au moyen de la soupape F, dans l’atmosphère.
- 5° Si c’est la machine de tribord qui fonctionne seule, la vapeur, après avoir agi dans le cylindre B, se rend par le tuyau aa dans la partie inférieure du réservoir entourant le cylindre C. Là elle ne trouve pas d'échappement, la pression augmente et, à un certain moment, fait fonctionner la soupape E qu permet la communication des deux parties du réservoir. La vapeur se rend alors dans la partie supérieure et de là, par le tuyau b, dans la boîte à tiroir du cylindre D. Quand elle a agi dans ce cylindre, elle se rend au condenseur par le tuyau C.
- Ces machines fonctionnent donc de trois manières différentes. Si les deux machines fonctionnent simul -tanément, il y a triple expansion et condensation. Si la machine de bâbord fonctionne seule, il y a compound simple sans condensation (échappement à l’air libre). Si la machine de tribord fonctionne seule, il y a compound simple avec condensation (échappement au condenseur).
- Il est à remarquer que chaque paire de cylindres agit sur une seule manivelle et que, par suite, il y a des points morts à franchir : chaque arbre est muni d’un petit volant pour franchir ce passage.
- Ces machines ont donné de très bons résultats, soit comme vitesse obtenue, soit comme économie de combustible. Il va sans dire que pour en obtenir dé meilleurs effets, la pression est sensiblement plus élevée que dans les compounds employés ordinairement dans la marine. Elle est de 40k,5 par centimètre carré. G. Hart.
- L’AUDITION COLORÉE
- On s’occupe beaucoup depuis quelque temps, surtout à l’étranger, d’un phénomène qu’on a déjà pu constater sur un assez grand nombre d’individus ; il s’agit de la propriété de percevoir certaines sensations colorées quand l’oreille est frappée par certains sons.
- Depuis 4873, époque à laquelle remonte la première publication faite sur ce sujet, en Autriche, par le docteur Nüssbaumer *, la question a été étudiée, en Allemagne, par Bleuler et Lehmann ; en Italie, par Velardi, Antonio Berti, Bareggi, Quaglino, Lussana, Grazzi et Ughetti ; en France, enfin, par le Dr Pedrono (de Nantes).
- Voici les observations les plus caractéristiques.
- Le sujet de M. Pedrono perçoit une sensation colorée différente pour chaque note musicale, mais il ne peut arriver à définir nettement les couleurs ; deux notes voisines lui paraissent à peu près identi-
- 1 Des sensations subjectives des couleurs produites par l'impression objective de t'ouïe. (Semaine médicale, de Vienne.)
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- LA NATURE.
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- ques. Ce qui est certain, c’est que, pour lui, les notes les plus élevées sont accompagnées de couleurs brillantes, et les notes basses, de couleurs sombres1.
- Dans un accord parfait en ut, en ré, en mi, les trois notes de l’accord, si elles vibrent absolument ensemble, se confondent de manière à produire l’impression d'une seule et même couleur résultant des trois notes de l’accord. L’accord en fa majeur produit une couleur jaune, et l’accord en la mineur une couleur violette. Dans un accord dissonant, quelques-unes des notes semblent se détacher avec leur couleur propre très voisine des autres couleurs.
- Le ton ne paraît pas avoir d’action sur la production de la sensation chromatique ; on ne constate aucune relation entre les couleurs éveillées par les tons majeurs et les tons mineurs correspondants. Si l’on transpose un morceau d’un ton du ns un autre, la teinte est plus éclatante si l’on passe à un ton plus élevé; elle est plus sombre dans le cas inverse.
- Un même morceau de musique joué sur différents instruments présente des couleurs différentes : la mélodie bretonne An Hollaika, jouée par un saxophone ténor ou un harmonium est jaune; elle est rouge sur une clarinette et bleue sur un piano.
- Tout bruit provoque une perception chromatique, mais les couleurs sont toujours sombres, généralement grises ; plus le bruit devient intense, plus la sensation colorée s’accentue. Un bruit très sourd, comme par exemple celui d’un coup de canon lointain n’éveille même qu’une sensation lumineuse, sans couleur. Quand le bruit devient sifflant et de plus en plus aigu, la sensation chromatique correspondante tourne au rouge en passant par le jaune, le gris et le bleu.
- L’intensité du son a pour effet d’accentuer et de préciser la couleur. Quand le son est faible, la couleur semble éprouver des mouvements d’oscillation rappelant les mouvements vibratoires de l’air.
- . Quand le son devient net et clair, la couleur devient uniforme et nettement caractérisée.
- Les paroles prononcées dans une conversation provoquent une sensation colorée, qui dépend uniquement du timbre de la voix. L’intensité de cette sensation est due, non aux consonnes qui, prononcées séparément, n’éveillent qu’une perception chromatique à peine sensible, mais aux voyelles. Les voyelles i et é sont accompagnées des couleurs les plus brillantes; ou produit la couleur la plus sombre2; a et o, des couleurs intermédiaires. Les diphtongues sont accompagnées d’une impression colorée tenant la moyenne entre les impressions produites par les voyelles composantes.
- Les voix paraissent colorées diversement suivant leur timbre : le sujet a reconnu des voix jaunes, rouges, vertes et bleues. Les voix bleues sont les plus nombreuses; les plus rares sont les vertes.
- 1 Annales d’oculistique, nov. et déc. 1882. — Journal de médecine de l’Ouest, 4° trim. 1882.
- *M. Pedrono dit u, mais comme il ajoute que c’est la voyelle la plus basse, je pense que c’est un lapsus, et qu’il faut lire ou ; ce qui résulte du reste dés expériences suivantes.
- Les observations de M. Ughetti1 sont plus précises. Son sujet est un médecin, le docteur Z..., âgé d’environ quarante ans, qui, lorsqu’il était étudiant, remarqua un beau jour, non sans surprise, que pour lui l’a était noir, l’é jaune, l’i rouge, l’o blanc et Y ou calé. Depuis cette époque, ses impressions n’ont pas varié et il lui serait impossible de les changer par un effort de l’imagination : quand on prononce devant lui la lettre é, par exemple, il se produit immédiatement dans son cerveau une sensation identique à celle qu’il aurait éprouvée si on avait prononcé tout à coup le mot jaune.
- Dans la conversation, la rapide succession des mots empêche le docteur Z... de percevoir distinctement la couleur afférente à chaque voyelle, à moins que ces voyelles ne se présentent plusieurs fois de suite ; ainsi, pour lui, ballata est noir, ho-roscopo est blanc, névé jaune; liri rouge, mai noir et rouge. Sa gamme acoustico-chromatique comprend le blanc, le noir, le rouge, l’orangé, le jaune et le café, mais ne possède ni le vert ni le bleu.
- Le docteur Z..., comme le sujet de M. Pedrono, attribue une couleur au son de certains instruments; le son de la flûte ne sort pas du rouge, oscillant du rouge sombre pour les notes graves au rouge vif pour les notes aiguës. Le jaune prédomine dans le son de la clarinette; la guitare et la trompette sont d’un jaune d’or ; le blanc correspond au piano. L’un des sons qui produisent sur lui l’effet le plus net est celui des paquebots en partance, dont le timbre aigu et métallique passe du rouge sombre au rouge le plus vif suivant son degré d’acuité, ce qui lui permet de dire : o Comme le sifflet de ce navire est plus rouge que celui de tel autre. » Les sifflets des locomotives qui ont des modulations plus variées passent du rouge au blanc.
- Berti a connu quelqu’un dont les sensations étaient légèrement différentes : Y ou était bleu sombre ou glauque au lieu d’être café, et l’é gris au lieu d’être orangé. Sur 596 personnes interrogées en Allemagne par Bleuler et Lehmann, 75 ont répondu invariablement que l’a était noir, l’o jjlane et Yi rouge. Deux frères, étudiants à Padoue, voyaient, au rapport de Lussance, les voix graves en noir et les voix aiguës en rouge.
- L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux cite, dans ses numéros du 25 juin et du 25 septembre 1884, l’exemple de deux dames différentes qui donnent des couleurs aux noms, mais qui diffèrent dans presque toutes leurs attributions.
- J’ai cherché, moi-même, k recueillir quelques observations. Sur une cinquantaine de personnes que j’ai interrogées, deux seulement trouvent l’a noir et c’est tout; mais une troisième est exceptionnellement douée sous le rapport de l’audition colorée. Dans un prochain article, j’indiquerai le résultat de mon enquête. A. de Rochas.
- 1 La Natura, de Milan, 1884.
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- SOS
- L’INSTITUT ODONTOTECHNIQUE
- DE FRANCE
- On sait combien la profession de dentiste a été parfois discréditée en raison des empiriques qui l’ont exploitée, depuis les arracheurs de dents de la place publique, jusqu’à certains mécaniciens dentistes, qui font suivre leurs noms du M. D. traditionnel, laissant croire qu’ils sont médecins dentistes.
- Pendant longtemps l’art dentaire n’avait pas d’É-cole à Paris; il est intéressant de savoir qu’il en a deux aujourd’hui , Y Ecole dentaire de Paris, dirigée par M. le I)r David, et celle de Y Institut odontolech-nique de France, dirigée par M. Brasseur, médecin de la Faculté de Paris, chirurgien dentiste.
- 11 ne nous paraît pas nécessaire de décrire les deux établissements , nous avons visité récemment l’Institut odon-toteclmique , dont l’école est patronnée par un conseil scientifique composé de nos premiers maîtres : MM. Gosselin,
- Richet, Gavarret,
- Réclard, Bouehardat,
- Sappev, Trelat, Le Fort, Guyon, Duplay,
- Fournier et Brouar-del. Nous prendrons cette Ecole comme type pour faire savoir au lecteur en quoi consistent ces institutions de véritable utilité publique. Disons d’abord quelques mots de la fondation de l’Institut odontotechnique.
- En 1878, un groupe de dentistes, pour la plupart docteurs en médecine de la Faculté de Paris, désireux de relever, en France, le niveau scientifique et moral de leur art, se réunirent en une société (Société odonlologique) destinée à rechercher quels seraient les moyens propres pour atteindre ce but.
- Après avoir examiné tout ce qui, jusqu’alors, avait été fait en France et surtout à l’étranger, la Commission nommée par la Société odontologique conclut à la fondation d’une Ecole dentaire, où les jeunes gens recevraient une instruction spéciale en vue de la carrière qu’ils se destinaient à enibrasser.
- Des examens passés à la fin des études justifieraient des connaissances acquises; mais une sanction était nécessaire pour donner une certaine valeur à ce diplôme de capacité.
- En France, la seule sanction qui pût leur donner cette valeur, était celle de l’État. L’année suivante, en 1879, la Société' odontologique soumit à M. le ministre de l’Instruction publique un premier travail qui, renvoyé à l’Ecole de médecine, donna naissance, après avis favorable, au rapport que fit, sur la réglementation, M. le professeur Le Fort.
- C’est alors que l’Ecole dentaire fut fondée, et c’est en s’inspirant des idées émises par la Faculté que fut rédigé le programme de l’enseignement théorique et pratique de la nouvelle fondation.
- Une lacune a donc élé comblée. En effet , si à l’étranger on compte un grand nombre d’écoles dentaires, cet enseignement spécial ne figure pas en France, dans l’instruction donnée par l’État. De plus, si l’indigent trouve dans les hôpitaux un asile et les soins éclairés des médecins et des chirurgiens les plus distingués, rien dans ces maisons hospitalières n’est disposé, au point de vue des soins tout spéciaux que l’indigent peut avoir à réclamer pour les maladies de l’appareil dentaire.
- Celte fondation répondait bien à un besoin : création d’un centre d’enseignement spécial et organisation d’une clinique où les déshérités de la fortune trouveraient, dans les consultations journalières et gratuites, un soulagement à leurs souffrances.
- Le nombre toujours croissant des élèves qui, chaque année, demandent à suivre les cours de l’École et le nombre considérable des malades qui, tous les matins, viennent réclamer les soins gratuits de la c'inique, suffisent pour montrer l’utilité et l’opportunité du fonctionnement d’une pareille institution.
- L’Institut odontotechnique réunit l’ensemble des divers services de la Société ; 1° YEcole dentaire; 2U la Société odontologique; 3° le Syndicat profes-
- Fig. 1. — La salle d’anesthésie de l’École dentaire (Institut odontotechninue).
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- sionnel; 4° la Revue odontologique et Y Annuaire général des dentistes. A la tête de cette organisation, on a nommé comme président directeur, M. le Dr Àndrieu, qui est secondé dans sa tâche par un Conseil d’administration. Cet Institut a son siège à Paris, 3, rue de l’Abbaye, et c’est là que fonctionne l’Ecole dentaire. Cet établissement comprend un grand local au premier étage, où se trouvent d’abord le cabinet du directeur, et une grande salle de cours pour une centaine d’auditeurs.
- A l’autre extrémité du local, sont situées les salles réservées soit aux consultations, soit aux opérations spéciales qui nécessitent l’emploi du pro-
- toxyde d’azote ou la pose d'appareils de prothèse. Nous représentons cette dernière salle, au moment où nous l’avons visitée (Qg. 1). Le professeur de clinique procédait à une avulsion dentaire des plus difficiles, tandis que les élèves entouraient le maître et examinaient avec attention le mode d’opérer. On voit, à côté du patient, l’appareil employé qui consiste en deux récipients métalliques contenant le protoxyde d’azote liquéfié, et en un réservoir de caoutchouc qui reçoit le gaz produit quand on ouvre le robinet. Ce réservoir contient la dose convenable pour produire l’anesthésie.
- La grande salle d’opérations, qui est la plus inté-
- Fig. 2. — La grande salle d’operations de l’École dentaire (Institut odontolechnique).
- rossante à visiter, peut contenir jusqu’à vingt fauteuils (fig. 2). Les opérations qui se font là gratuitement pour les personnes indigentes consistent essentiellement en plombage des dents, aurification, nettoyages, etc.; exécutées par les élèves de 2e année et de 3° année qui servent de moniteurs aux élèves de lre année, elles sont faites sous la haute direction d’un praticien des plus distingués, M. Michaëls.
- L’Ecole dentaire comporte deux degrés dans son enseignement : 1° Un enseignement supérieur professionnel dit section de chirurgie et de prothèse dentaire, avec clinique dentaire ; 2° Un enseignement secondaire dit section de mécanique dentaire, avec atelier de prothèse.
- La clinique dentaire est ouverte tous les jours, et grâce aux opérations et consultations gratuites, les indigents sont assurés d’y trouver un soulagement à leurs maux, et les élèves un enseignement des plus précieux. De plus, par autorisation deM. le préfet de la Seine, les écoles municipales de la rive gauche peuvent faire surveiller la dentition de leurs nombreux enfants par des praticiens instruits et capables.
- La clinique du matin, où se font les cours pratiques, est dirigée chaque jour par un des professeurs suivants : MM. les Drs Andrieu, Colignon, Du Bouchet, Giraud, Goldenstcin, Paulin, Stevens, Saus-sine, ayant pour chefs de clinique MM. Burt, Du-courneau, Pourchct, Waller, chirurgiens-dentistes.
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- M. Amyot, professeur suppléant. Les cours théoriques du soir sont confiés à MM. les Drs Demontpor-celet, Gaillard, Ramonat, Saussine, Viron. Des conférences spéciales sont données dans l’année par MM. les Drs Fremineau,Hospitalier, Lafont, Boudet, de Paris. Enfin une bibliothèque et un musée sont dirigés par MM. Crignier et Yizioz.
- L’Ecole et clinique dentaires ont pour directeur M. Brasseur et sous-directeur M. G. Gaillard.
- Tel est le mode d’organisation et de fonctionnement d'un établissement qui contribuera puissamment à relever, en France, l’art dentaire, si malheureusement négligé pendant de trop longues années, et qui peut être considéré, en outre, comme une fondation essentiellement humanitaire, puisqu’elle prête le concours gratuit de ses habiles opérateurs aux indigents. Dans son dernier relevé, le nombre des malades qui sont venus réclamer les soins de la clinique, s’élève à plus de 2000, représentant plus de 3000 opérations, exercées au grand profit des patients qu’elles soulagent, et des élèves qu’elles instruisent.
- Gaston Tissandier.
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- LA C0MATULE
- ET L’ORGANISATION DES ENCRINES
- Parmi les animaux qui habitent les plus grandes profondeurs de l’Océan les Etoiles de mer, les Oursins, les Encrines ou Lis marins, les Holothuries se font remarquer par l’incomparable variété de leurs formes, par la richesse de leurs couleurs, par l’étrangeté de leur organisation1. Cette organisation est relativement élevée : elle comporte une foule de canaux, de glandes, d’appendices dont la complication ne le cède en rien à celle des animaux les mieux pourvus.
- Quand on voulut se reconnaître au milieu de tous ces organes, on crut d’abord retrouver en eux les analogies des organes si souvent étudiés des Vertébrés : les Etoiles de mer et les animaux composant avec elles l’embranchement des Echinodermes eurent comme les autres des branchies, des poumons, un cœur, des vaisseaux, voire même un foie, etc.; cependant à chaque fois qu’un observateur reprenait l’étude de ces animaux, toutes leurs parties changeaient de nom et de fonction.
- Commencer l’étude des riches moissons recueillies par le Travailleur et le Talisman, sans avoir, au préalable, essayé de s’affranchir de cette confusion, eût été s’exposer à laisser dans le vague 1 histoire d’animaux qu’on n’aura peut-être plus de longtemps l’occasion d’étudier; il n’y avait qu’un moyen de faire cesser toutes les incertitudes, c’était de choisir un Echinoderme commun, de le suivre pas à pas dans toutes les transformations si bizarres que
- 1 Voy. les numéros de La Nature, consacrés aux résultats de l’expédition du Talisman.
- subissent ces animaux et de ne s’arrêter qu’après avoir acquis une connaissance exacte de la structure et de l’origine de tous ses appareils, de tous ses organes, de tous scs tissus.
- La Comatule était tout indiquée pour un pareil travail. C’est une sorte d’Etoile de mer écarlate, pourvue de dix bras semblables à des panaches élégamment barbelés, qu’elle peut à volonté rapprocher ou étaler, comme un lis ouvre ses pétales, quelle sait également courber de mille façons, tantôt les enroulant en spirale serrée, tantôt les laissant onduler dans les eaux limpides des mers où elle se plaît. Quelquefois la Comatule nage à l’aide de ses bras, mais ce n’est que dans les grandes circonstances. Habituellement elle demeure fixée aux algues ou aux rochers par tout un paquet de longs crochets que porte le sommet de son corps en forme de calice. Les deux orifices de son tube digestif sont alors tournés vers le haut ; une fine toison de filaments microscopiques recouvre toute la partie supérieure de son corps et de ses bras ; ces filaments invisibles, toujours en mouvement, suffisent à déterminer des courants actifs dans l’eau environnante ; ces courants aboutissent tous à la bouche toujours béante de l’animal, où l’eau se précipite, entraînant avec elle les innombrables particules flottantes dont l’eau de mer est toujours chargée. Ainsi se nourrissent presque tous les animaux qui sont fixés aux objets sous-marins ou qui vivent enfouis dans des trous : les Eponges, les Huîtres, les Moules et tous les autres Mollusques bivalves, les Ascidies et même un Vertébré, YAmphioxus.
- Presque seules, parmi les Echinodermes actuels, les Comatules usent de ce moyen d’attirer h elles les matières alimentaires, et, à cet égard, elles présentent un intérêt tout particulier. Leur façon de vivre est justement, en effet, celle que devaient avoir les innombrables Encrines dont les débris s’échelonnent dans les couches géologiques, depuis les temps les plus reculés de la période Silurienne jusqu’à nos jours, et qui toutes, semblables les unes à des tulipes, les autres à des palmiers, étaient fixées au sol sous-marin par une sorte de tige à qui ne manquaient même pas des racines. Dégager de toute incertitude l’anatomie et la physiologie de la Comatule, c’était donc faire revivre, en quelque sorte, tout un monde d’organismes, aujourd’hui réfugiés à les milliers de mètres sous les eaux, mais dont les débris forment à eux seuls des assises entières des terrains oolithi-ques. On pouvait d’autant mieux espérer reconstituer ainsi cette physiologie antédiluvienne que la Comatule, fidèle aux règles fondamentales de l’embryogénie, revêt successivement, par ordre d’ancienneté, les formes des Encrines fossiles, avant d’arriver k sa forme définitive.
- D’abord libre et semblable à un petit ver transparent1, elle ne tarde pas à se fixer aux algues ou aux polypiers qui croissent partout dans le milieu
- 1 Yoy. la Nature de 1879 et 1880.
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- où elle vit; c’est bientôt une sorte d’urne portée au sommet d’un élégant piédestal (fig. il), et formée de pièces calcaires géométriquement disposées; il suffirait de grossir le jeune animal pour qu’un géologue reconnaisse aussitôt en lui un de ces Cys-iidés presque sphériques et sans bras, qui vivaient h l’époque Silurienne. Bientôt, les dix bras apparaissent et se ramifient en panaches ; le piédestal s’allonge, s’effile : la Comatule ressemble alors tout à fait aux belles Enerines de la période secondaire dont quelques espèces dépassaient 10 mètres de long. Au-dessous du calice se montrent enfin les crochets qui devront servir à la Comatule à se suspendre aux algues ; la phase fixée touche à sa fin ; le pédoncule ne tarde pas à se briser immédiatement au-dessous de la couronne formée par les crochets ; désormais la Comatule a acquis sa forme définitive, mais son organisation interne doit subir encore d’assez nombreuses modifications avant que l’âge adulte soit atteint. L’animal a ainsi récapitulé l’histoire paléontologique du groupe auquel il appartient.
- Il n’y a, pour suivre cette histoire, qu’une difficulté. C’est qu’au moment où elle se fixe, la jeune Comatule n’a guère qu’un dixième de millimètre de long; lorsqu’elle reprend sa liberté, elle ne dépasse pas, les bras étendus, un centimètre, et quand elle a près de deux décimètres de diamètre, tousses organes principaux sont encore concentrés dans un calice qui n’a pas plus de 15 millimètres de large. On ne peut songer à étudier de pareils animaux à l’aide de ces méthodes de dissection fine et d'injections qui ont été portées par les anatomistes français à un si haut degré de perfection, et qui permettaient naguère à un de mes anciens élèves aujourd'hui mon aide et mon ami, M. Poirier, de confirmer dans tous leurs détails les admirables travaux de M. Emile Blanchard sur le système nerveux et l’appareil circulatoire des vers. Il faut de toute nécessité faire appel à la méthode des coupes. Des appareils d’une rigoureuse précision, une technique minutieuse, mais qui offre toutes les garanties, quand elle est scrupuleusement suivie, permettent aujourd’hui de débiter un petit animal ou un embryon en tranches régulières n’ayant pas plus d’un centième de millimètre d’épaisseur, de coller toutes ces tranches dans leur ordre, sur une plaque de verre, sans qu’aucune de leurs parties ait pu subir le moindre dérangement et de les conserver indéfiniment. Une seule série complète de ces coupes permet de reconstruire un animal entier, de voir sans que rien vienne les estomper et de fixer définitivement sur le verre toutes les particularités qu'il fallait jadis presque deviner et fixer ensuite dans son esprit lorsqu’on se bornait à faire dans un animal des coupes optiques, c’est-à-dire à l’étudier par transparence en faisant sans cesse monter et descendre l’objectif du microscope. Ce n’est pas moins une lourde tâche que celle de préparer, examiner et dessiner les quelques milliers de coupes qui sont
- nécessaires pour parachever l’étude embryogénique et anatomique d'un animal tel que la Comatule, et cependant, ce travail accompli, quelques mots suffisent pour en exposer les résultats.
- Ce qui frappe tout d’abord, c’est le rôle prépondérant de l’eau dans l’accomplissement de toutes les fonctions de l’animal. Comme l’a bien décrit Gotte, au moment où elle se fixe, la jeune larve de Comatule a perdu la bouche qu’elle a momentanément possédée; son ancien œsophage est remplacé par une colonne pleine à laquelle est suspendu un sac sphérique qui représente tout l’appareil digestif; ce sac ne sert à rien; cependant autour de la colonne pleine qui remplace l’œso-p 11âge existe un anneau creux; cet anneau communique avec l’extérieur par un tube qui s’épanouit lui-même, en s’ouvrant, de manière à former une sorte d’entonnoir. Des cils vibratiles tapissent l’intérieur de l’entonnoir, du tube et de l’anneau, de sorte que l’eau se précipite dans ces systèmes de cavités, y circule et en sort après avoir abandonné à leurs parois l’oxygène et les matières nutritives qu’elle contient. Au bout de quelque temps la bouche reparaît, au sommet libre de la larve, le sac digestif acquiert un second orifice, et se transforme ainsi en un tube contourné en hélice que traverse, à son tour, un perpétuel courant d’eau; mais l’autre courant ne cesse pas pour cela, il doit au contraire devenir de plus en plus actif. Les bras en effet vont se'montrer et se diviser pour former les dix panaches qui entourent le calice ; l’anneau creux qui entourait l’œsophage enverra dans chacun d’eux un canal fermé à son bout libre, qui se ramifiera dans toutes les branches du panache et se couvrira d’une double rangée d’élégants tentacules disposés trois par trois. Il faut envoyer de l’eau dans toutes ces parties ; l’anneau œsophagien n’a plus assez d’un seul tube pour puiser l’eau au dehors; il en produit quatre autres, ce qui fait cinq en tout (fig. 1). Les choses en restent là tant que la Comatule demeure fixée à sa tige; mais à peine a-t-elle repris sa liberté, qu’elle se met à grandir rapidement ; ses bras s’allongent, se ramifient, et, pour suffire à la consommation d’eau que nécessite leur allongement, toute une forêt de tubes hydro-phores se forment sur l’anneau œsophagien et s’ouvrent à l’extérieur par autant d’entonnoirs disséminés sur toute la surface libre du calice.
- Cependant de nouveaux organes se sont formes, notamment l’appareil reproducteur dont nous pourrons suivre tout à l’heure le singulier développement. Il faut pourvoir à la nutrition de toutes ces parties; les particules suspendues dans l’eau q-u pénètre par les entonnoirs ne suffisent pas ; il faut utiliser toutes celles qui sont retenues et élaborées par l’intestin. L’eau de mer se charge encore du soin de répartir les matières nutritives. Des canaux nouveaux se forment, en effet, tout le long de l’appareil digestif et se portent bientôt vers les parois de la partie supérieure du calice; les uns
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- traversent ces parois et s’ouvrent directement au dehors par autant d’entonnoirs vibratiles nouveaux; les autres viennent tout simplement se mettre en communication avec les tubes que porte l’anneau œsophagien et profitent ainsi tout simplement des entonnoirs vibratiles déjà existants. Quand tout cet ensemble de canaux est constitué, un courant d’eau venant du dehors par des centaines d’orifices balaye donc constamment la surface extérieure du tube digestif, se charge de matières nutritives, revient se mélanger à l'eau de mer pure qui arrive dans l’anneau œsophagien, se répand dans les canaux qui parcourent les bras, pénètre les tissus et liltre dans la cavité du corps ; mais elle n’y demeure pas en repos, car d’innombrables cils vibratiles la frappent alors en tous sens et l’obligent à circuler sans trêve ni repos. '
- Combien nous sommes loin de ce que nous montrent les .Vertébrés ou même les Vers annelés. Chez tous ces animaux le système de canaux qui forme l’appareil circulatoire est complètement clos et soigneusemen t protégé contre l’introduction directe de toute substance, venant du dehors ; tout ce qui y pénètre a été au préalable soigneusement filtré par les tissus. Un liquide organique, vivant, se charge de répartir partout les matières alimentaires ; il vient même puiser l’oxygène nécessaire à la vie dans un appareil spécial, l’appareil respiratoire. On est si bien habitué à voir l’appareil circulatoire ainsi hermétiquement fermé que ce fut une grande surprise lorsque M. de Lacaze-Duthiers vint annoncer que l’appareil circulatoire, d’ailleurs imparfait, de certains Mollusques communiquait au dehors par un orifice qui permettait' à l’animal de se saigner à volonté et de remplacer ensuite par de l’eau le liquide qu’il avait perdu.
- Chez la Comatule il ne s’agit plus ainsi d’une introduction timide et intermittente de l’eau de mer dans les vaisseaux; l’eau entre de toutes parts, un
- appareil spécial d’irrigation la conduit partout; c’est elle, à proprement parler, qui remplace le sang.
- Peut-on dès lors considérer le système de canaux qui va la prendre au dehors et la répartit dans le corps entier comme un appareil circulatoire, au sens que les anatomistes attachent à ce mot? Evidemment non : il ne lui manque pour cela que le sang qu’il devrait contenir. Ce n’est pas non plus, comme le système de canaux qui forment l’arbre trachéen des Insectes, un véritable appareil respiratoire ; car il charrie, en même temps que de l’eau chargée d’oxygène, de l’eau chargée de matières alimentaires. C’est un appareil mixte, spécial aux Echinodermes, qui remplace d’une part l’appareil circulatoire des Vers, des Mollusques et des Vertébrés, et, d’autre part, rend inutile un appareil respiratoire distinct, puisqu’il porte partout l’oxygène dont l’eau qu’il contient est chargée. L’accomplissement des fonctions de nutrition est ici assurée d’une manière parfaite, mais par un procédé tout autre que celui auquel nous ont habitués les animaux non rayon-' nés.
- Inutile maintenant de chercher chez les Co-matules et, nous pouvons le dire, chez les autres Echinodermes, des branchies, des poumons, des artères, des veines, un cœur et autres organes analogues. Mais que deviennent les parties qu’on a désignées sous ce nom? La plupart ne sont que des dépendances d’importance variable de l’appareil que nous venons de décrire; il en est une cependant qui mérite attention : c’est elle, en effet, que l’on a présentée dans ces dernières années, tantôt comme un excès de vaisseaux, tantôt comme une ylandeplexiforme et que Claus considère comme correspondant au cœur des Astéroïdes, et par conséquent des Oursins. J’ai démontré, il y a longtemps déjà, que l’organe en question n’était pas un cœur chez les Oursins. Chez les Comatules, ce n’en est pas moins un appareil très intéressant. Il se forme
- Fig. 1. — Figure demi-théorique représentant l’organisation d’une jeune Comatule.
- a. Canal tentaculaire ou ambulaeraire; — b. Jeune entonnoir vibratile pour l’introduction de l’eau dans les vaisseaux; — c. Un cirrhe ou crochet préhenseur coupé.
- e. Sac destiné à devenir un vaisseau, et dans lequel s’ouvrent ensemble un tube hydrophore h et des vaisseaux v ; — g. Stolon reproducteur; — h. Canal circulaire entourant la bouche, et d’où naissent les canaux tentaculaires et les tubes hydro-phores; —i. Intestin coupé en avant et en arrière pour laisser voiries organes situés à l’intérieur du cercle qu’il décrit; — K. Rectum;— m. Muscles; — JS. Un des cinq cordons nerveux principaux; — n. Nerfs;— o. Bouche ;—p. Orifices extérieurs des vaisseaux et des tubes hydrophores ; — r. Sacs conduisant l’eau dans les cercles; — s. Œsophage; — t. Tentacules des bras; — u. Tentacules buccaux; — y. Cavité inférieure ; — z. Cavité supérieure des bras.
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- de très bonne heure, avant la bouche, et s’élève comme une colonne verticale depuis le pédoncule de la larve jusqu’à son œsophage ; il en restait évidemment là chez les Cystidés; mais chez les Encrines pourvus de bras, il se ramifie; ses rameaux
- pénètrent dans les bras et jusque dans les dernières ramifications des panaches qu’ils constituent, et c’est seulement dans ces dernières ramifications qu’il arrive à son complet développement, et il fournit alors, quoi? Les œufs et les éléments mâles
- de la reproduction. Le plexus vasculaire, la glande plexiforme des Comatules est donc simplement la partie de l’appareil reproducteur contenu dans le calice. Cet appareil lui-même est comparable à un arbre dont le tronc, formé le premier, demeurerait de faible hauteur; mais le tronc se ramifie, les éléments qui le constituent repoussent toujours plus loin, en se multipliant, les branches qui gran-
- dissent elles-mêmes et pénètrent partout dans les ramifications des bras. Ce sont seulement les éléments qui arrivent dans ces ramifications qui sont mûrs pour la reproduction.
- Les bras des Comatules sont donc essentiellement chargés de mener à bien les éléments reproducteurs formés dans le calice; mais que sont eox-mêmes ces bras? Ils se forment sur la larve correspondant
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- aux Gystidés, exactement comme se forment de nouveaux animaux chez les êtres qui se reproduisent par bourgeonnement. On peut donc les considérer comme des individus nouveaux qui n’arrivent pas à se séparer de leur parent, et cela est si vrai que, chez les Etoiles de mer, chacun peut vivre après avoir été coupé et reproduire de toutes pièces une Etoile nouvelle. Dans les groupes les plus divers du règne animal, qu’ils se séparent ou non de leur parent, les nouveaux individus qui se développent ainsi sont très ordinairement chargés de conduire à maturité les éléments reproducteurs formés dans leur parent; tel est aussi le rôle des bras chez les Comatules.
- Ainsi se trouve une fois de plus confirmée, par des recherches nouvelles, l’idée que les Echinodermes sont des animaux composés d’un individu central spécialement nourricier et d’au moins cinq individus rayonnants en rapport avec la fonction de reproduction .
- C’est la théorie que nous avons développée dans notre livre sur les Colonies animales et la formation des organismes que les lecteurs de La Nature ont vu éclore chapitre par chapitre.
- Edmond Perrier,
- Professeur an Muséum d’histoire naturelle.
- LES FALSIFICATIONS
- DES MATIÈRES ALIMENTAIRES
- ET COMMERCIALES
- M. Ch. Girard, le chef du Laboratoire municipal de la ville de Paris, vient d’adresser à M. le préfet de police un Rapport sur les travaux de l’établissement qu’il dirige. Ce Rapport forme un grand volume in-4° de 816 pages; c’est un véritable monument sur les falsifications des matières alimentaires1 et nous croyons intéressant d’en publier une analyse succincte.
- Le Laboratoire de chimie municipal a pris dans ces dernières années une extension considérable ; le nombre des visites de surveillance faites par ses inspecteurs chimistes a été en 1885, de 5540 pour les marchés, de 22 312 pour les restaurants, de 1488 pour les charcutiers, de 4574 pour les boulangers, de 7453 pour les épiciers et les fruitiers, de 2065 pour les brasseries et cafés. Pendant ces visites les inspecteurs ont fait les opérations suivantes : destruction des denrées manifestement avariées, 1588; examens des pompes à bière, 1200; ordres d’étamages, 2534; contraventions, 688.
- Il semble résulter avec évidence, des résultats obtenus par le Laboratoire de chimie municipal, que la police sanitaire qu’exercent ses agents a contribué à décourager les falsificateurs.
- « Les condamnés, dit M. Ch. Girard, ont bruyamment maudit leurs juges et leurs auxiliaires, c’est-à-dire nous-mêmes : la nature humaine le veut ainsi et nous n’étions pas sans l’avoir prévu. Mais institués pour protéger la
- 1 Documents sur les falsifications des matières alimentaires, et sur les travaux du Laboratoire municipal. Deuxième Rapport. 1 vol. in-4°. Paris, G. Masson, 1885.
- santé publique, nous aurions manqué à notre mission, à notre devoir, si nous n’avions pas dénoncé la fraude partout où nous la rencontrions.
- « Quelles que soient les récriminations qu’ait fuit naitre une répression devenue plus générale et plus sérieuse, un fait est certain : elle a commencé à faire rétrograder cette industrie falsificatrice qui s’exerçant successivement sur un même produit, au lieu de production, chez le marchand en gros, et souvent ensuite chez le détaillant, ne laissait arriver au consommateur, sous les noms de produits naturels dont on continuait à les décorer, que des imitations mensongères, des mixtures impuissantes à entretenir la santé, quand elles n’étaient pas de nature à les compromettre.
- « Cette amélioration, pour ne parler que des denrées alimentaires les plus importantes, est sensible pour le vin et le lait. On a cessé, à de rares exceptions près, de mouiller aux doses énormes que nous constations à nos débuts, et l’on ajoute moins fréquemment et moins largement aux vins mouillés ces alcools d’induslrie, méthyli-ques, amyliques, etc., dont la nocuité extrême a été récemment signalée par d’éminents pathologistes. »
- Les falsificateurs savent aujourd’hui transformer habilement les découvertes de la science en instruments de fraude, aussi la mission du chimiste est-elle devenue elle-même plus savante et plus délicate. Le Rapport sur les travaux du Laboratoire municipal énumère les méthodes d’analyse employées, la nature des fraudes et des mélanges pour chaque produit; c’est en quelque sorte un traité d’analyse pratique des substances alimentaires, et ce grand travail peut être considéré comme un ouvrage éminemment utile et pratique.
- Les chapitres sur les eaux, les vins, les cidres, les vinaigres, le lait, constituent une histoire complète de ces produits, ils donnent leur mode de production, leur analyse suivant les provenances, les falsifications, les mélanges auxquels ils sont soumis, et les moyens de les reconnaître. Les fromages, les viandes, les graisses et les suifs, les huiles, les céréales, le pain, les pâtes alimentaires, les cafés, les thés, les cacaos et les chocolats, les sucres, les sirops et les conserves alimentaires, sont étudiés de la même façon. Il n’est pas jusqu’aux produits de la parfumerie au sujet desquels le Rapport nous donne des indications utiles à connaître. Un grand nombre de ces substances souvent vendues sous des titres trompeurs, comme des remèdes, contiennent des poisons violents. Nous citerons les principales analyses faites cette année au Laboratoire municipal, qui montrent suffisamment, par les substances qui en forment la composition, combien toutes ces teintures, poudres, etc., sont dangereuses pour la santé publique.
- Les teintures pour les cheveux, bien que vendues comme des préparations végétales inoffensives, contiennent presque toutes des toxiques minéraux violents; ainsi les eaux de Castille, des Fées, des Roches, du Serpent, du Figaro, de Royal-Windsor, le lait anléphé-lique Candès, etc., renferment toutes des substances telles que le nitrate d’argent, le sulfate de cuivre, l’acétate de plomb, le bichlorure de mercure, etc. *
- Le carbonate de plomb, le sous-nitrate de bismuth, l’oxyde de zinc sont employés pour les fards et les poudres destinés à couvrir le visage, comme le sulfure d’arsenic et l’oxyde de plomb entrent dans la composition de beaucoup de poudres et de pâtes épilatoires.
- On voit, par ces exemples, combien est utile le rôle du chimiste qui dévoile ces fraudes et ces supercheries.
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- Hâtons-nous d’ajouter que les travaux du Laboratoire municipal sont appréciés des commerçants honnêtes, qui heureusement forment’ une imposante majorité; ils le sont également à l’étranger et en France, où nombre de grandes villes organisent des institutions d’hygiène, analogues à celle dont Paris est actuellement doté.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de minéralogie appliquée aux arts, à l'industrie, au commerce et à l'agriculture, comprenant : Les principes de celte science, lu description des minéraux, des roches utiles et celle des procédés industriels et métallurgiques auxquels ils donnent naissance, par Raoul Jagnaux, ingénieur-chimiste. Un fort volume grand in-8“ de 9U0 pages, avec 470 figures dans le texte. — Paris, Octave Doin, 8, place del’Odéon, 1885. Prix, 20 francs.
- Le cheval, choix, éducation, hygiène, maladies, par P. Mégxix, vétérinaire. Première partie, choix, éducation, hygiène, élevage. 1 vol. in-8°, avec 155 figures dans le texte.— Vincennes, aux Bureaux de l’Eleveur, 19, rue de l’IIôtel-de-Yille, 1885.
- Essai sur les odeurs du corps humain dans l'état de santé et dans l'état de maladie, par le Dr E. Monin. 1 vol. in-18. — Paris, Georges Carré, 112, boulevard Saint-Germain, 1885. Prix, 2 francs.
- Le solitaire amusant. Règle et 525 combinaisons avec figures, par Alfred Deveau-Carlier. 5e édition, revue et augmentée. 1 vol. in-8°. — A. Ghio, galerie d’Orléans (Palais-Royal), 1885. Prix, 5 fr. 75.
- Traité élémentaire d'électricité, par James Clerk Maxwell, publié par M. \V. Garnett. Traduit de l'anglais par Gustave Richard, ingénieur des mines. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1884.
- Electricité et magnétisme, par Fleeming Jenkin, professeur de mécanique à l’Université d’Edimbourg. Traduit de l’anglais d’après la huitième édition par MM. H. Berger et Croullebois. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- De l'effet artistique en photographie. Conseils aux photographes sur Part de la composition et du clair obscur, par H. P. Robinson, traduction française de la 2° édition anglaise par Hector Colard. 1 vol. in-8\ — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- La photographie appliquée à l'histoire naturelle, par M. Trutat. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque photographique. — Paris, Gauthier-Villars, 1884.
- Annales de l'Observatoire impérial de Rio de Janeiro, Emm. Liais, directeur. Tome Ier, Description de l’Observatoire. 1 vol. in-4° avec gravures et planches. Tome 26 publié par M. L. Cruls, premier astronome directeur intérimaire, Observations et mémoires. 1 vol. in-4° avec planches. — Rio de Janeiro, typographie Lom-baerts et Ci#.
- Introduction à la Botanique. Le sapin, par J. L. de Lanessan, professeur agrégé à la Faculté de médecine, député de Paris. 1 vol. in-8" de la Bibliothèque scientifique internationale, avec 105 figures dans le texte. Paris. Félix Alcan, 1885, 6 francs.
- Les volcans, ce qu'ils sont et ce qu'ils nous apprennent, par Cii. Vélain, docteur-ès-sciences, maître de conférences à la Sorbonne. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Yillars, 1884.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- a l’observatoire de paris
- L’Exposition d’électricité organisée à l’Observatoire de Paris par les soins de la Société Internationale des électriciens, ouverte le 22 mars dernier, a fermé ses portes le 3 avril.
- Si les inventions vraiment originales et nouvelles ont fait défaut, on a pu voir, en tout cas, un certain nombre de perfectionnements et de dispositions nouvelles qui auront pour effet de rendre les applications de l’électricité plus nombreuses par la commodité, la facilité et la simplicité d’emploi des appareils exposés.
- Nous nous proposons de passer en revue quelques-uns de ces perfectionnements, et nous commencerons aujourd'hui par l’examen des applications de l’électricité à l’éclairage que chacun cherche aujourd’hui à réaliser par des moyens très variés.
- Aucun de ces moyens ne donne la solution du problème, mais un certain nombre des appareils exposés constituent des solutions très convenables et très avantageuses dans des cas particuliers déterminés.
- Parmi les lampes portatives, nous signalerons les appareils de M. Trouvé qui ont déjà été décrits en détail dans La Naturel, mais dont le principal défaut est de ne pas donner un éclairage d’une durée et d’une constance suffisantes; elles conviennent surtout pour des éclairages intermittents, durant quelques minutes seulement, séparés par des intervalles de repos irréguliers.
- D’autres ont cherché la solution de l'éclairage par lampes portatives, ou tout au moins transportables, dans l’emploi d’accumulateurs ou de piles constantes.
- M. Aboilard exposait de petites lampes de boudoir alimentées par quatre accumulateurs dissimulés dans un meuble en velours grand comme une table à ouvrage de dame, dont le poids total ne dépasse guère 10 kilogrammes, et qui permet d’obtenir quatre à six heures de lumière — successivement ou à intervalles réguliers — avant de recharger les accumulateurs2.
- C’est aussi dans les appareils transportables qu’il convient de ranger les lampes de M. Larochelle dont, la figure 1 montre les principales dispositions. La pile est dissimulée dans le socle de l’appareil. Le vase en ébonite est divisé en huit compartiments par des cloisons rayonnantes et forme huit couples n’occupant qu’un espace très "restreint. Ces huit auges renferment ensemble environ 5 litres de li-
- 1 Voy. n° 597. du 8 novembre 1884, p. 337.
- | * Voy. n” 583, du 2 août 1884, p. 132.
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- quide, capable de fournir environ huit heures de lumière avant épuisement de la solution. Chaque clément renferme un crayon de zinc et deux crayons de charbon. Ces zincs et ces charbons sont fixés sur un disque formant couvercle, et peuvent être plongés dans le liquide, ou retirés à volonté, par la manœuvre d’une clef tout à fait analogue à la clef qui sert à faire remonter l’huile dans les lampes Carcel. On règle la puissance lumineuse en plongeant plus ou moins les éléments dans le liquide. Au repos, les zincs sont complètement hors de la solution.
- La constance remarquable de l'éclairage est due à la solution dont M. Laro-ehelle fait usage et à laquelle il s’est arrêté après un grand nombre d’expériences comparatives.
- Les zincs sont vissés dans le couvercle de la lampe et le renouvellement en est des plus simples; le remplacement de la solution épuisée est lui-même très facile et très rapide, car la pile forme un tout qui se retire très commodément de la monture de la lampe.
- Le seul reproche que nous ferons à toutes ces lampes, portatives ou transportables, est de mettre dans l’endroit à éclairer la source électrique renfermant toujours des liqueurs plus ou moins acides et corrosives, ce qui oblige à manier ces appareils avec les plus grandes précautions pour ne pas répandre la solution.
- Parmi les appareils non transportables, nous devons indiquer, à côté des piles au bichromate, à treuil ou à crémaillère, les nouveaux éléments à déversement exposés par M. Radiguet.
- Les piles au bichromate à deux liquides présentent un peu plus de constance et un peu plus de force électromotrice que les piles a un seul liquide, aussi M. Radiguet leur a-t-il accordé la préférence.
- Mais lorsque les piles doivent rester montées quelques jours sans fonctionner, il se produit, par
- diffusion, un mélange des deux liquides qui oblige à remplacer l’eau acidulée. Pour éviter cet inconvénient, M. Radiguet forme le vase renfermant l’eau acidulée de deux parties à angle droit, l’une poreuse, l’autre émaillée. Lorsque la pile est en fonction, la partie poreuse du vase plonge dans l’élément ainsi que le zinc. Au repos, on fait basculer le vase de 90°; l’eau acidulée vient s’écouler dans la partie émaillée et se trouve ainsi séparée de la solution de bichromate. On règle le débit de la pile en plongeant plus ou moins le vase poreux dans le bichromate.
- On peut ainsi uti liser la durée d’éclairage qui représente une charge de la pile à intervalles irréguliers embrassant un temps total beaucoup plus long qu’avec la disposition ordinaire.
- Toutes les piles à treuil ou à crémaillère, ainsi que la pile ( à déversement de M. Radiguet, présentent cet inconvénient que, la pile usant en circuit ouvert presque autant qu’en circuit fermé, il faut retirer les zincs du liquide chaque fois qu’on veut éteindre la lampe ou les lampes, et les replonger à nouveau chaque fois qu’on veut de la lumière. C’est une manœuvre fastidieuse dont on a cherché à s’affranchir par des artifices divers. Dans l’exposition de M. Aboilard figurait l’appareil de manœuvre automatique à distance imaginé par M. G. Mareschal, et dont nous avons donné autrefois la description *.
- Les piles de Lalande et Chaperon donnent une autre solution du problème, car elles joignent, à un débit assez intense et relativement constant, l'avantage précieux de ne rien consommer à circuit ouvert. Seulement, à mesure que la solution de potasse caustique s’épuise, la force électromotrice baisse un peu. On ï’emédic à cet inconvénient en faisant usage d’un nombre d’éléments un peu plus grand qu’il n’est nécessaire, et en intercalant dans le circuit une
- 1 Voy. n° 574, du 31 mai 1884, p. 419.
- Fig. 1. — Lampe électrique transportable de M. G. Laroehelle.
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- résistance qu’on diminue au fur et il mesure de l’affaiblissement du courant. Une forme très commode de rhéostat pour cet emploi est le petit appareil construit par M. de Branville sur les indications de M. de Lalande, et que représente la figure 2. Il se compose simplement d’une hélice de fil de mail-lechort roulée sur un noyau aplati et dont on a enlevé le fil sur la partie antérieure, après l’enroulement.
- Une manette se promène sur le fil et permet d’intercaler dans le circuit un nombre de spires variable à volonté. A l’une des extrémités de la course, le circuit est coupé, le rhéostat sert donc aussi d’interrupteur ; à l’autre extrémité de la course, toute l’hélice est hors du circuit et la résistance intercalée nulle. Le même appareil nous sert avec avantage pour compenser les inégalités inévitables des lampes à incandescence, et ne pas brûler celles qui ne présentent pas assez de résistance.
- D’autres solutions partielles sont, fournies par l’emploi d’accumulateurs chargés d’une façon continue, vingt-quatre heures par jour, par un courant régulier ou irrégulier, mais fournissant une somme d’énergie électrique totale un peu supérieure à celle exigée par l’éclairage journalier. Bien qu’un peu plus complexe en apparence, c’est le procédé le plus commode, car il permet d’avoir de la lumière à tout instant, dans un point quelconque d’un appartement, sans manœuvre spéciale autre que celle d’un commutateur établi dans la pièce même à éclairer ou sur le support de la lampe.
- Nous avons fait connaître, il y a quelques mois, une pile à écoulement facile du zinc et des liquides ; ce modèle, construit par M. Simmen, figurait à l’Exposition de l’Observatoire. La pile, formée de quatre éléments en tension, permet d’effectuer la charge de six accumulateurs montés en trois dérivations de deux accumulateurs pour la charge, et tous les six en tension pour la décharge, à l’aide d’un coupleur automatique spécial *. Nous avons modifié ce mode de chargement de la façon suivante. Actuellement, les six accumulateurs sont couplés invariablement en tension, et les bornes de chacun d’eux aboutissent à une planchette munie de crochets Sieur ; les bornes de la pile de charge se terminent par deux clefs qui se fixent k volonté sur ces crochets.
- Suivant que le liquide de la pile est plus ou moins neuf, que les éléments de charge sont plus ou moins nombreux, etc., on peut charger 1, 2 ou 3 accumulateurs à la fois, puis passer aux 1, 2 ou 5 suivants, revenir aux premiers et ainsi de suite. Pour six accumulateurs, il faut sept crochets, dix crochets pour neuf, n-f 1 pour n accumulateurs.
- On peut enfin avoir recours, pour charger les accumulateurs, aux piles thermo - électri -ques de M. Clamond dont M. J. Carpentier et M. Chaudron exposaient des modèles variés. La figure 3 représente le type spécialement construit pour cet usage par M. Chaudron. Avec une consommation de 200 litres de gaz par heure, on
- Fig. 2. — IUicostat pour lampes à incandescence.
- Fig. 3. — Pile thermo-électrique de M. Clamond.
- 1 Voy n° 011, du 14 février 1885, p. 169.
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- peut obtenir un débit de 0,5 à 0,6 kilogram-mètre par seconde, suffisant pour obtenir chaque jour une moyenne de 3 à 4 heures d’éclairage sur une lampe de 10 volts. 11 ne faut pas considérer l’emploi de la pile thermo-électrique comme une solution économique, le cheval-heure exigeant 30 mètres cubes de gaz, mais c’est une solution commode, surtout pendant l’hiver, où l’on peut utiliser la pile comme un véritable poêle fournissant à la fois la chaleur et la lumière. E. II.
- — A suivre. —
- CHRONIQUE
- Congrès des Sociétés savantes. — La séance solennelle du Congrès des Sociétés savantes a eu lieu samedi, à deux heures, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Goblet, ministre de l’instruction publique, assisté de M. Turquet, sous-secré-taire d’Etat aux beaux-arts. Sur l’estrade avaient pris place MM. Léopold Delisle, Chabouillet, Levasseur, de Quatrefages, Faye, présidents des sections du Congrès ; Gréard, vice-recteur de l’Académie de Paris; Liard, Zevort, Buisson, Charmes, directeur au ministère; Àlph. Milne-Edwards, Perrens, Kæmpfen, etc. M. Goblet a prononcé un discours uniquement consacré aux travaux des Sociétés savantes. L’orateur a annoncé aux délégués qu’il ferait tous ses efforts pour subventionner le plus largement possible les sociétés et les aider dans la publication de leurs travaux. Il a terminé par quelques indications sur les grandes publications du ministère, et notamment sur celle qui a trait à l’enquête sur l’état de l’instruction publique avant 1789. Le ministre a proclamé ensuite les récompenses.
- l/utllisation du combustible dans les navires ù, vapeur. — La navigation à vapeur tend de plus en plus à amener la suppression des bâtiments à voiles de la marine marchande. Elle n’a pas seulement l’avantage de réduire la durée et, par conséquent, les risques des traversées : elle réunit aussi les conditions les plus économiques de transport, grâce aux puissants moyens d’action dont elle dispose. En même temps qu’on augmentait la capacité utile, on créait ces machines énormes qui peuvent être considérées comme l’expression la plus parfaite de la science de l’ingénieur. La construction des navires à vapeur, spécialement destinés au transport des marchandises, a été tellement perfectionnée depuis quelques années qu’on ne saurait trouver un meilleur exemple de l’utilisation du combustible. Le Burgos a quitté dernièrement l’Angleterre pour se rendre en Chine, avec un chargement de 2800 tonnes : ses machines sont du système compound triple, c’est-à-dire que la vapeur se détend successivement dans trois cylindres ; la pression à la chaudière est sensiblement de 41k,5 (160 livres par pouce carré) et la vitesse moyenne par tous les temps de 10 milles à l’heure (18 kilomètres). Pendant la première partie de la traversée, de Plymouth à Alexandrie, la consommation de charbon s’est élevée à 282 240 livres (120 tonnes), pour une distance de 3580 milles, ce qui correspond à 83,5 livres (38 k.) par mille, et 0,028 livres (13 grammes) par tonne transportée à un mille. Le journal américain Railroad Gazelle présente ce résultat sous une forme expressive. Le poids d'une lettre ordinaire étant de
- 15 grammes, il suffirait, si l’on admet que le papier soit assimilable au charbon comme combustible, de brûler une lettre à bord du Burgos pour produire l’énergie capable de transporter sur mer 900 kilogrammes à la distance de 1860 mètres en 6 minutes. Sur une route ordinaire, le même travail exigerait un cheval et son conducteur pendant une demi-heure : sur les voies ferrées, la locomotive dans les meilleures conditions consommerait quatre fois plus de combustible, et dix fois plus en terrain accidenté.
- Les mélanges d’or. — La science du mélange de l’or avec d’autres métaux date des premiers âges de la civilisation antique. Les peuples anciens avaient pour l’or une plus grande estime encore que celle que nous lui accordons, car il était plus rare et l’on n’avait pas encore découvert des mines sur tous les points du globe. Les Egyptiens et les Romains mélangeaient divers métaux pour obtenir de l’or, croyant que l’or était en quelque sorte la quintessence de ces métaux. Mais lorsque l’or vrai était travaillé par eux, c’était toujours à l’état de mélange, afin de rendre le métal plus dur. La plupart des antiquités que nous possédons en sont la preuve. Le mélange de l’or au cuivre le rend rouge, celui de l’argent le blanchit, celui du plomb le durcit. Four purifier l’or et en distraire les parties d’arsenic et d’antimoine qu’il contient, il suffit de le tenir quelque temps en état de fusion. Pour faire de l’or ayant cette couleur d'un brun rougeâtre et d’une dureté égale à celle du fer, on fait un mélange dans les proportions suivantes : or, 18; cuivre, 13; argent, 11 ; palladium, 6. Ce mélange donne au métal la densité nécessaire pour le mécanisme des horloges. Pour la fabrication d’articles bon marché, on emploie un mélange d’or, de cuivre et d’aluminium, proportions : cuivre, 90; or, 2 1/2; aluminium, 2 1/2. L’or vert s’obtient, pour toutes les graduations de la teinte, par un mélange proportionné de l’or avec le cadmium et l’argent.
- Dentistes japonais. — C’est délicatement avec le pouce et l’index que le dentiste japonais vous extrait une ou plusieurs molaires. Il faut naturellement une grande pratique pour en arriver à ce point d’habileté. Pour l’obtenir, l’élève dentiste fait un apprentissage chez un maître ; il doit s’exercer longtemps à enlever des pointes de bois enfoncées dans des planches tendres d’abord, puis ensuite solidement fixées à coups de marteau dans le bois de chêne. Quand l’élève, par un seul effort et sans secousse aucune, peut enlever une de ces dents de bois, alors on peut lui confier n’importe quelle mâchoire humaine : aucune dent, fût-elle fixée dans un râtelier d’acier, ne lui résistera. Un habile opérateur japonais peut, en trente secondes et sans sortir les doigts de la bouche de la victime, arracher aisément sa demi-douzaine de dents. C’est à faire le voyage.
- (Journal de pharmacie et de chimie.)
- Ce que coûte un brouillard à Londres. —
- Sous ce titre, on trouve, dans le Times du 24 janvier dernier, une curieuse communication de M. W.-T. Makins, gouverneur de la Gas lighl and coke Company, de Londres. Le jeudi 22 janvier, de minuit à minuit, 2 880 000 mètres cubes de gaz furent livrés par la compagnie. Le brouillard était très fort àcette date, aussi la quantité de gaz dépensée était-elle de 37 pourcent supérieure à la quantité normale pour le même jour de l’année. Le prix du mètre cube étant de 42 centimes environ, le public a dû payer en plus, à cause du brouillard, 450 000 francs;
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- 9500 tonnes de charbon ont été brûlées pendant les vingt-quatre heures du 22 janvier pour produire les 2 880 000 mètres cubas de gaz signalés plus haut.
- Séparation des huiles. — MM. Alexandre fils, de Paris, ont récemment inventé un nouveau procédé de séparation des huiles minérales. Le mélange, après avoir été préalablement purifié par l’acide sulfurique, est placé dans une turbine fermée. On lui donne un mouvement de rotation rapide. Les huiles lourdes se rassemblent sur les parois de la turbine, tandis que les huiles légères restent à la partie centrale. On les sépare au moyen d’un siphon.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 avril 1885. — Présidence de M. Boulet.
- Transparence de Veau de mer. — On se rappelle les recherches de MM. Fol et Sarrazin (de Genève) sur la coloration des eaux du lac de Genève. Les mêmes savants, entraînés par les développements de leur sujet, ont étudié la transparence de l’eau de la mer. Installés dans la rade de Villefranche, à bord de l'Albatros, vaisseau de l’État, ils ont descendu successivement à des profondeurs de plus en plus grandes un appareil renfermant une plaque au gélatino-bromure. L’exposition étant constamment de 10 minutes, on compare les effets obtenus. Par un temps pur et sans nuage, on obtient, à 280 mètres de profondeur, le même effet qu’on a dans l’air par une nuit sans lune. Les auteurs admettent qu’à 400 mètres, il ne pénètre plus aucun rayon chimique. On sera surpris d’apprendre que l’eau du lac de Genève est incomparablement moins transparente que l’eau de la Méditerranée. Le lac est, d’ailleurs, comme on devait s’y attendre, plus limpide en hiver qu’en été, époque où la fonte des glaciers y introduit une quantité importante de limon.
- Trajectoire des cyclones. — Dans une lettre qu’il vient d’écrire à M. Paye, M. Pélagaud signale ce fait très remarquable que depuis deux années les cyclones, naguère si dévastateurs, paraissent avoir oublié la route de la Réunion. Ils se rattrapent sur les côtes de Madagascar, et tout le monde a présente dans la mémoire, l’épouvantable catastrophe du 26 février où se perdirent l'Oise, la Clémence et beaucoup d’autres bâtiments dans le mouillage de Tamalave. L’auteur veut rattacher ce changement de régime à l’explosion du Krakatau qui, en élargissant le détroit de la Sonde, aurait ouvert aux tourbillons aériens une route nouvelle. Cette opinion soulève quelques objections de la part de M. Faye et de M. Alphonse Milne-Ed-wards, qui font observer, contrairement aux assertions de M. Pélagaud, que des cyclones ont été observés de tout temps à Madagascar. En 1750, le météore sépara de l’île une langue de terre par un canal de 5 à 6 mètres de largeur. Le 25 décembre 1852, VIndienne, vaisseau de guerre français, fut jeté à la côte par un cyclone. En février 1860, un désastre pareil se produisit, et, en 1864, un cyclone détermina une telle inondation, qu’un grand nombre d’animaux sauvages furent noyés dans les forêts. Cependant, d’après M.Faye, il résulte des observations de M. Pélagaud que, depuis deux ans, Bourbon n’est plus visité par des cyclones; cependant, il pense que le fait s’explique non pas par une modification des côtes due au Krakatau, mais par un déplacement des grands fleuves aériens qui coulent dans les hautes régions de l’atmosphère, déplacement dont on a eu souvent des exemples.
- Ubiquité du bacille virgule. — C’est avec beaucoup de détails que M. Richet analyse un mémoire de M. le docteur lléricourt (de Lille), d’où il résulte qu’on retrouve le bacille virgule de M. Koch dans tous les cas de dysenterie ainsi que dans les affections pulmonaires. Poussant ses recherches plus loin, l’auteur a retrouvé le même micro-organisme dans la salive de l’homme sain, dans les sources, dans les puits, dans les eaux courantes. M. Hé— ricourt a cultivé les germes atmosphériques dans des bouillons stériles; il a suivi le développement de certaines spores jusqu’à l’état de bacilles en virgule parfaitement caractérisés. Comme on voit, la conséquence est la destruction complète du système de M. Koch; et, d’après M. Richet, on doit y attacher d’autant plus d’importance, que le travail du médecin de Lille confirme exactement les assertions de M. Klein, président de la commission indienne du choléra asiatique dont la publication vient d’avoir lieu en Allemagne. A cette occasion, mentionnons un mémoire d’un praticien espagnol, qui annonce avoir inoculé le bacille en virgule à trente personnes dont il donne la liste, et parmi lesquelles figurent plusieurs étudiants en médecine. Les seuls accidents constatés consistent en une fièvre locale de peu de durée.
- Variations de la chaleur animale. — Dans un travail antérieur, M. Charles Richet a montré qu’en piquant avec un scalpel le cerveau d’un lapin, on fait monter brusquement la température de l’animal de 59°,6 à 43°. Le même auteur montre aujourd'hui que si l’on détermine chez le sujet de l’expérience le développement d’une encéphalite, on provoque du même coup une diminution de la calorification qui descend à 28 et même à 26 degrés.
- ' Varia. — M. Jacquemin décrit un perfectionnement à la méthode due à Gmelin de préparation du cyanogène par la réaction du sulfate de cuivre sur le cyanure de potassium. — L’attraction exercée entre les corps en dissolution et les corps solides immergés occupe M. Thou-let.— Une nouvelle liste de 100 nébuleuses découvertes à l’Observatoire de Marseille avec le télescope Foucault est adressée par M. Stéphan. —M. de Lesseps dépose sur le bureau des échantillons de calcaire et de marne provenant des sondages exécutés par M. Dru dans la baie de Triton où M. Landas poursuit comme on sait les études de feu le commandant Roudaire. — M. Clamond décrit par l’intermédiaire de M. Becquerel d’importants perfectionnements à sa pile thermo-électrique. — Un squelette complet d’hyène des cavernes provenant de la grotte de Gargas (Haute-Garonne) est présenté par M. Albert Gaudry au nom de M. Félix Régnault. — L’existence d’une forêt pétrifiée dans l’Arizona est signalée à M. de Quatrefages par un de ses correspondants. — Pouf mesurer les très basses températures, M. Wroblewski emploie un couple thermo-électrique, cuivre et maillechort dont il donne la description : la température de liquéfaction de l’hydrogène serait comprise entre — 208° et — 211°.
- Stanislas Meunier,
- L'OUTILLAGE DE L’AMATEUR
- Il est incontestable que, dans ces dernières années, le goût des travaux manuels s’est répandu dans certaines classes de la société qui, jusqu’alors y étaient
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- indifférentes ou auraient cru déroger en s’y livrant. Actuellement, nombre de gens que leur profession ou leurs préjugés tenaient éloignés de ce genre d’occupations ne dédaignent plus de faire œuvre d’artisan. Cette évolution, si l’on veut bien y réfléchir, n’est pas tout à fait spontanée. Dans la foule des amateurs artisans on devine une importante minorité d’artisans malgré eux. À la campagne, dans les petits centres, la main-d’œuvre se fait rare. Le type de l’artisan laborieux et complaisant, amoureux de son métier, jaloux de bien faire, aura bientôt disparu partout. Inutile de tracer le portrait de son successeur ; chacun le connaît et a eu l’occasion de l’apprécier. Avez-vous quelque objet à faire réparer? 11 vous déclare que la chose n’en vaut pas la peine ou que la réparation est plus coûteuse que l’objet lui-même. Avez-vous cassé le cordon de votre sonnette ou brouillé votre serrure? Vous l’envoyez quérir dix fois avant qu’il veuille se déplacer pour pareille misère. A la fin, impatienté, vous vous armez d’une pince et d’un tourne-vis, et tant bien que mal vous réparez sonnette et serrure. Vous voilà artisan amateur.... par nécessité. Encouragé par un premier succès, vous saisissez l’occasion de vous distinguer de nouveau et vous exécutez chez vous une foule de menus travaux auxquels vous n’eussiez jamais songé, sans cette circonstance fortuite qui, un jour, vous a mis l’outil en main.
- Mais si l’intelligence et les ressources d’un esprit cultivé peuvent suppléer dans une certaine mesure au défaut d’expérience spéciale, il n’en est pas moins vrai que l’amateur artisan se heurte à de nombreuses difficultés qu’il ne soupçonne pas tout d’abord, et qui résultent de son ignorance complète de la technique des arts manuels. Ce n’est qu’avec beaucoup de patience, d’observation, et après beaucoup d’insuccès qu’il acquerra—avec le temps — une qgrtaine habileté. Il lui manque des notions élémentaires, des conseils, des renseignements qu’il ne sait où se procurer ; à part en effet l’encyclopédie Roret qui s’adresse aux professionnels, il n’existe aucun ouvrage, traitant des arts manuels, qui soit à la portée des amateurs. Sans avoir la prétention de combler cette lacune, je crois que les lecteurs de La Nature accueilleront volontiers quelques notions indispensables à tous ceux qui sont artisans à leurs heures ou qui sont exposés à le devenir. En publiant son livre l'Électricité dans la maison, M. Hospitalier s'est proposé de mettre à la portée du public connaissances nécessaires à tous ceux qui dési-
- rent s’occuper d’électricité, et dans un dernier paragraphe intitulé « l’outillage de l’amateur », il indique sommairement les objets que doit se procurer celui qui veut faire une installation électrique lui-même. « Les plus heureux, dit-il, sont ceux qui peuvent disposer d’un petit atelier comprenant : un établi de menuisier, un étau et un petit tour à pédales et les outils correspondants. » Ajoutons une petite forge et nous aurons un outillage assez complet pour permettre à l’amateur d’exécuter chez lui toute espèce de réparation ou d’entreprendre les travaux les plus variés. Voici, par exemple, un spécimen de travail d’amateur. C’est un léger traîneau construit très solidement et qui résume, pour ainsi dire, les connaissances que doit posséder l’amateur artisan (Voy. la figure). En effet, le bois, le fer, le cuivre, ont été simultanément mis en œuvre. Destiné à deux enfants, il a été exécuté d’après un dessin où l’on a tenu compte de certaines conditions d’àge, de taille, etc. L’aîné s’assied sur la sellette placée à l’arrière, tandis que le plus jeune, chaudement enveloppé dans une fourrure, se prélasse dans le confortable siège en vannerie que l’on voit en avant. La traction se fait au moyen d’une flèche en bois fixée à deux liges de fer convergentes qui permettent de diriger l’appareil et de le faire évoluer à volonté.
- Beaucoup d’amateurs s’adonnent à un genre spécial de travail : les uns tournent, les autres découpent ou s’occupent de sculpture. Ceux-là sont les amateurs par vocation. Sous le premier empire, c’était à qui tournerait les plus jolies tabatières; de nos jours, on exécute des travaux bien plus compliqués, et certains amateurs produisent de véritables œuvres d’art qui exigent un outillage spécial et une habileté consommée. Bien entendu, ce n’est point à celte catégorie d’amateurs que je m’adresse. Je n’ai rien à leur apprendre. C’est donc l’amateur en général, celui qui pour diverses raisons ne peut avoir constamment recours à l’artisau de profession, que je me propose de guider; et, après avoir passé en revue l’outillage élémentaire, indispensable pour travailler le bois et les métaux, je traiterai du travail des métaux, car c’est celui qui offre le plus de difficultés et qui nécessite des connaissances technologiques précises. A. B.
- — A suivre. —
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N8 621. - 25 AVRIL 1885.
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- LES « SKIS » OU PATINS k NEIGE
- Il sera peut-être inte'ressant pour les lecteurs de La Nature de connaître un mode de transport qui
- rend de grands services dans les pays du Nord pendant les longs mois d’hiver.
- Le ski est une sorte de patin de boîs, que l’on fait en chêne, en frêne ou en sapin. Nos figures 1 et 2, donnent une idée de la forme et des proportions
- Fig. 1. — Saut exécuté, en Norvège, par un patineur muni du ski.
- de l’instrument. Il est confectionné d’une pièce de bois spécialement choisie, sans nœuds, et fendue suivant son fil pour ne pas être cassante. Chacun des skis est long de deux mètres à deux mètres et demi, la largeur est celle du soulier sous lequel on l’adaptera ; l’épaisseur est de trois ou quatre cen-mêtres, dans la partie moyenne. Le poids total de l’instrument est 3 à 4 kilogrammes.
- 13e iBoéc. — 1er umeitrt.
- A l’avant, le ski est mince, flexible et courbé au feu de manière à le relever ; cela donne aux patins une tendance à passer par-dessus les obstacles qu’ils rencontrent.
- L’extrémité postérieure est droite, les angles seulement arrondis, une rainure longitudinale empêche la semelle de glisser de côté; enfin, le milieu, relevé un peu, se détache de la surface du sol et
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- forme un ressort assez fort pour égaliser la pression du poids du marcheur dans toute la longueur.
- Le pied, étant posé sur ce patin un peu en arrière du centre de gravité du système, est maintenu en place par une bride dans laquelle il s’engage par sa pointe; une autre bride passant par derrière autour du talon empêche le pied de glisser en arrière; enfin un petit cordon noué au devant du cou-de-pied achève de maintenir l'instrument. Ces brides sont ordinairement faites en osier ou en jonc ; le cuir qu’on emploie aussi parfois, a moins de solidité.
- Quand ces skis sont fixés aux pieds, leur direction doit être parfaitement parallèle ; car, s’ils formaient des arcs de cercle, par exemple, et les pointes convergentes, ils se croiseraient bientôt, tandis qu’une divergence des pointes, produirait l’écart forcé des pieds. Enfin une trop grande inégalité de poids entre les deux patins ferait boiter le patineur.
- Pour les rendre polis et inusables, les skis sont enduits de goudron et bien séchés. Il est aussi bon de suifer ou de cirer le dessous, quand la neige est molle et collante.
- Les patineurs se servent ordinairement d’un « skistav » (tuteur), un bâton d’un mètre et demi de long, ferré en bas et portant une rondelle mas-
- Fi». 2. — Détail du patin à neige.
- sive, laquelle l’empêche de s'enfoncer dans la neige. Ce bâton sert non seulement à faciliter l'équilibre, mais aussi à donner une impulsion au patineur et de cetté manière augmenter sa vitesse. Les Lapons se servent aussi de ce bâton comme arme défensive contre les loups. Quant aux amateurs de patinage, élèves de 1 école moderne, ils se contentent d’une simple canne.
- La manœuvre des skis varie beaucoup suivant la nature et la pente du terrain. Sur une plaine, la progression se fait de la façon suivante : le patineur porte vivement l’une de ses jambes en avant, sans que le patin quitte le sol, et, s’appuyant principalement sur cette jambe se 1 lisse glisser sur les deux patins à la fois. Au but d’un parcours variable, d’un mètre par exemple, il réunit les deux pieds, porte l’autre jambe en avant à son tour, s’appuie sur elle et glisse de nouveau sur les deux patins à la fois, puis recommence la série des mêmes mouvements.
- Supposons que le déplacement de chacun des pieds pendant sa période de levé soit de O"1,50 et le glissement pendant la période d'appui double, soit de 1 mètre, chacun des pas représente un parcours de lm,50 et le pas complet sera de 3 mètres.
- Dans la montée, la progression est moins facile
- (comme dans l’emploi du vélocipède) ; encore faut-il louvoyer pour ainsi dire et s’élever par un mouvement de lacet. En portant alternativement son corps sur un pied puis sur l’autre et en déviant la direction de chaque pied à chacun de ces transports, on arrive à changer peu à peu la direction de la ligne de marche. Il faut trois ou quatre de ces transports pour faire un demi-tour sur soi-même. Quand la montée est par trop rapide, il faut l'attaquer de côté et cheminer à la façon d’un crabe en progressant toujours du même pied ; alors le bâton tuteur rend de grands services.
- Si l’ascension est en général lente et pénible, la descente, au contraire, est rapide et parfois vertigineuse. Ici, plus de mouvements des pieds; il ne s’agit que de garder son aplomb et de maintenir les patins bien parajlèles suivant la di’ection voulue. C’est à la descente qu’on voit l’habileté, le sang-froid, l’audaec même du patineur. La figure 1 nous montre un patineur au moment où s’élançant d’une colline couverte de neige, il se laisse tomber sur un terrain situé en contre-bas. Dans des circonstances semblables on a vu exécuter des sauts mesurant jusqu’à 22 mètres de longueur sur 7 mètres de profondeur.
- Sur un terrain uni un babile patineur pourrait parcourir 80 à 100 kilomètres en une journée. De petites courses d'une douzaine de kilomètres se font aisément en une heure. Dans un pays comme la Norvège où la neige couvre le sol pendant quatre à cinq mois de l’année, l’emploi des skis n’est pas seulement un amusement pour les jeunes gens, ou un sport hygiénique; c’est parfois le seul mode de transport possible. Aussi les Norvégiens font-ils tous leurs efforts pour encourager l’usage de ces appareils et pour former d’habiles patineurs. Des « skiklubs » rassemblent tous ceux qui veulent s’exercer régulièrement et concourir enlre eux; des expositions spéciales sont ouvertes aux constructeurs des appareils les plus perfectionnés. Les élèves des écoles et les étudiants font régulièrement des promenades en skis et concourent entre eux. Depuis longtemps l’usage est établi dans l’école de Guerre de faire deux ou trois fois par mois des excursions, les maîtres chaussent alors les skis et conduisent leurs élèves. Les chasseurs et les bûcherons font aussi des expéditions de ce genre, emportant parfois pour plusieurs jours de-vivres et revenant avec des charges fort lourdes. Le célèbre professeur Nordenskjold a fait en grand des expériences sur le patinage et il se propose de pénétrer par ce moyen dans l’intérieur du Groenland.
- Au mois de février dernier, un concours eut lieu près de Christiania dans les conditions suivantes : la longueur de la piste était de 5loi) mètres, dont les 4/5 en pente descendante, le dernier cinquième en montée. A cent mètres du départ ( tait établie une terrasse faite de troncs d’arbres et de neige battue. Cette plate-forme avait 2 mètres de hauteur, et c’est la qu’on devait faire le premier saut; puis, 50 mètres au delà de cette esplanade, il y en avait une
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- autre d’un mètre de hauteur. Ensuite venaient d’autres genres de difficultés à vaincre, tenant aux. courbes et aux détours de la route à parcourir. Plus loin s’ouvrait un étroit passage frayé dans un taillis, une plaine où l’on perdait la vitesse acquise en descendant, puis enfin la montée qui représentait la partie la plus pénible du parcours.
- Sur 85 concurrents, le premier a parcouru la piste en 15 minutes 50 secondes, soit une vitesse moyenne de 5m,75 centimètre par seconde sur toute la longueur de la course. Le dernier y a mis 22 minutes 50 secondes. Il faut se rappeler que c’est le parcours en terrain montant qui a exigé la plus grande partie du temps de la course. Malheureusement le temps employé à la descente n’a pas été noté séparément; mais supposons que pour monter les 650 derniers mètres delà piste il ait fallu 10 minutes, à peu près le double de temps nécessaire à un piéton marchant en plaine, il resterait alors en chiffre rond 4 minutes pour la course descendante, ce qui nous donne une vitesse moyenne pour cette partie, de 10 mètres et demi par seconde.
- Le long de la piste, en face des tremplins et des passages difficiles, étaient disposés des postes d’observations où les juges notaient l’heure du passage des concurrents, l’étendue de leurs sauts et même la correction de leurs attitudes. C’est d’après ces observations, qu’était établi le pointage destiné à faire le classement par ordre de mérite.
- I/élégance et la coordination des mouvements dans ce genre de course, est parfois remarquable. Pour s’en donner une idée, il faut voir un bon patineur au moment où il va exécuter un de ces sauts énormes dont il est question. Avant de se lancer dans le vide, il fléchit les jambes, puis prend l’attitude d'un tireur et touche d’un genou le bois du ski; il décrit dans cette position une parabole et se redresse aussitôt que les skis touchent le sol. Alors, les jambes fléchies comme au moment où il se lançait, la tête haute et le corps bien droit, il continue sa course.
- L’usage des skis est un genre élégant de sport, un mode de locomotion rapide et commode, un exercice hygiénique ; mais il n’y a pas à regretter ces curieux systèmes de patin, quand on a le bonheur de vivre sous un climat où ils sont inutiles et inconnus. Otto Lun b.
- EXPLORATION DE LUE KRAXATMJ
- A l’occasion DE l’explosion DO 27 AOUT 1883 PAR MM. RENÉ BRÉON ET KORTHALS
- i Suite. — Voy. p. 282.)
- Quoique entièrement formé de roches volcaniques, Sebooko n’a pas de cône central comme ses voisines Sebesie et Krakalau. C’est plutôt un fragment de terrain détaché de Sebesie ou de Sumatra par quelque cataclysme ancien, qu’un édifice élevé par l’accumulation plus ou moins rapide
- de matières volcaniques rejetées surplace. Les forêts, qui recouvrent ses flancs à pente rapide, sont encore plus saccagées que ceux des bords de la baie de Lam-pong ; on sent qu’on se rapproche du foyer d’où ont rayonné les effets destructeurs (fig. 1).
- Nous ne restons que quelques heures sur cette île qui ne présente pas grand intérêt, et nous continuons notre route sur Sebesie devant laquelle nous arrivons dans l’après-midi. Ici le désastre est complet; plus un brin d’herbe, plus une trace de végé-talion. Une épaisseur de plus de 10 mètres de cendre grise, mêlée de blocs de ponces et de fragments vitreux semblables à du verre à bouteille, recouvre maintenant cette île autrefois couverte d’une, véritable parure de plantes tropicales. La chute des matières volcaniques a été tellement abondante1, que la superficie de Sebesie s’est agrandie et que la mer a été forcée de reculer ses limites devant ce remblai d’un nouveau genre. Les torrents de pluie qui tombent, dans ces régions, pendant la mousson, se formant en ruisseaux sur les pentes du cône central qui s’élève au milieu de l'ile, ont entaillé, dans ces matières meubles, de profonds ravins à parois verticales, dont le moindre effort suffit pour provoquer l’ébouleinent. Le fond de ces ravins est généralement formé par l’ancien sol; dans le lit de l un d’eux, nous nous trouvons en face d’un lugubre spectacle. Nous sommes probablement sur l’emplacement d’un village2. Au milieu des vestiges d’habitations, d’ustensiles de ménage, gisent pêle-mêle une cinquantaine de squelettes, auxquels adhèrent encore de longues touffes de cheveux noirs et des lambeaux d’étoffes à couleurs voyantes. Les malheureux dont nous avons les restes devant nous, ne pouvant fuir la grêle de projectiles brûlants qui s’abattaient sur eux, s’étaient résignés à leur sort et avaient dù se réunir là pour invoquer la protection divine, comme semble le démontrer la présence, à coté des cadavres, de plusieurs Korans, dont les feuillets étaient à peu près intacts. Au milieu de ces tristes débris, il nous est facile de nous faire une idée de l’horrible situation des victimes qui ont assisté à ce grandiose déploiement des forces volcaniques ; nul doute qu’il ne se soit passé, sur cette petite île, des scènes et des drames terribles semblables à ceux que l’exhumation de Pompéi nous a permis de reconstituer.
- Nous fuyons avec joie cette île désolée et nous nous dirigeons enfin surKrakatau, but principal de notre voyage. Nous allons passer près de la place où auraient dù se trouver les deux îles Steers et Cal-mayer qui s’étaient formées par l’accumulation des matières projetées par l’éruption sur des points où la mer était déjà peu profonde. Nous constatons avec surprise qu’il ne reste plus rien de ces deux terres
- 1 D’après M. l’ingénieur Werbeck, la quantité de matières rejetées par l’éruption de Krakatau est évaluée à 18 kilomètres cubes.
- 4 De toutes les îles du détroit de la Sonde, Sebesie était seule habitée par environ 2000 Malais, dont aucun n’a échappé.
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- dont l’existence éphémère n’aura pas même été d’une année. C’est du reste le sort qui leur était réservé, et leur disparition s’explique facilement. Composées de matériaux meubles et sans aucune cohésion, elles ont été sapées et bientôt démolies par la mer qui a revendiqué ses droits et les recouvre aujourd’hui de ses flots. La sonde, que nous jetons à plusieurs reprises, indique que la profondeur a diminué d’une façon notable entre ces deux îlots ; des débris provenant de leur démolition, sous le choc des vagues, ayant nivelé la dépression qui les séparait.
- En continuant notre route dans le Sud, nous rencontrons de nombreux fragments de pierres ponces. Elles flottent au gré des vagues, prenant des formes arrondies en frottant les unes contre les autres, jusqu’à ce que l’eau ait assez pénétré leur masse spongieuse pour les faire couler à fond.
- Bientôt, nous sommes par le travers est deKrakatau dont nous apercevions le cône depuis longtemps déjà (fig. 2). Vue de côté, l’île se présente avec le profil habituel des édifices volcaniques. Les cendres et les ponces l’ont habillée d’un épais manteau blanchâtre, s’étendant depuis sa cime (822 mètres) jusqu’au niveau de la mer et dont les plis sont assez bien simulés par les ravins creusés à la suite des pluies, et qui divergeant du sommet se détachent, sur le fond clair, en lignes sombres plus ou moins ondulées.
- Du côté nord, l’île est maintenant limitée par une falaise à pic s’étendant de l’est à l’ouest, devant laquelle notre vapeur va stopper (fig. 3). Nous croyons avoir devant les yeux une vieille muraille en ruines d’une taille gigantesque ; les bancs des anciennes coulées de laves, superposées assez régulièrement les unes au-dessus des autres et séparés par des lits ,de sable, rappellent en effet les différentes assises d’une construction. Sous le point culminant, de nombreux filons coupent tous ces bancs, depuis le haut jusqu’au niveau de la mer, sous des angles plus ou moins rapprochés de la verticale ; ils se croi-senl et s’anastomosent entre eux comme un lacis de veines. Ces filons correspondent à des fissures par lesquelles arrivaient des profondeurs souterraines les matières fondues qui, venant s’épancher et se répandre en nappes, à l’air libre, à différentes époques,
- ont édifié le cône principal, le Rakata, éteint depuis des siècles, et aujourd’hui coupé longitudinalement en deux parties par l’effondrement du 27 août 1883.
- A la distance où nous étions encore, une légère fumée paraissait planer sur la surface de la paroi et des jaillissements d’eau, au pied même delà falaise, nous firent supposer que l’activité volcanique n’était pas encore éteinte. En approchant davantage avec un canot, nous pûmes nous rendre compte de la cause de ces phénomènes. Des éboulements se produisaient d’une manière presque continue, et tandis que les poussières et les parties les plus fines étaient entraînées sous forme de nuage, les pierres de toute dimension venaient tomber à la mer en faisant jaillir autour d’elles des gerbes de liquide. Cette grêle de projectiles ne laissait pas que de rendre l’abord de la falaise assez dangereux; on aurait pu croire que
- les génies malfaisants qui, d’après les vieilles légendes hollandaises habitaient Kraka-tau, étaient revenus défendre leur demeure et empêcher de venir surprendre leurs secrets. A plusieurs reprises, nous nous sommes approchés de la muraille pour prendre des échantillons de roches, mais le plus souvent il a fallu nous hâter de faire force de rames en arrière, pour éviter d’énormes blocs que nous voyions se détacher des hauteurs et descendre en tournoyant comme des bombes pour venir s’abattre à côté de notre embarcation.
- 11 est difficile d’attribuer, comme cause de ces éboulements, des secousses de tremblement de terre, si légères qu’elles soient. Nous avons cru en trouver l’explication dans la dilatation que devaient éprouver, sous l'action de la chaleur solaire, les fragments fendillés et peu adhérents des roches noirâtres composant la falaise, dilatation suffisante pour amener un mouvement et détacher les blocs de la paroi. Le phénomène nous a en effet semblé atteindre son maximum d’intensité quand l’escarpement était en plein éclairé par les rayons du soleil; il était peu prononcé, dans la matinée, et paraissait avoir cessé à peu près complètement après la tombée de la nuit.
- C’est suivant cet immense plan de fracture, encore sans exemple dans les annales du vulcanisme, qu’a eu
- Fig. 1. — Dévastation de la forêt sur la côte Est de l’ile Sekooko. (D’après une photographie,)
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- Fig. 2. — L’île de Krakatau, à 4 railles (6 kilomètres et demi) dans le N. W. (D’après une photographie.)
- lieu brusquement la rupture de Krakatau en deux parties, dont l’une se dresse devant nous et l’autre a disparu sous les flots. La sonde trouve maintenant le fond à des profondeurs variant de 50 à 500 mètres, là où s’étendait la partie nord de l’île dont la superficie totale était d’environ 55 kilomètres carrés. Les seuls vestiges restant de ce sol disparu sont représentés aujourd’hui par un rocher émergeant à un mille dans le nord. Sur ce terrain englouti, qu’on peut évaluer à une vingtaine de kilomètres carrés , s’élevaient aussi deux cônes volcaniques, le Danan et le Per-boewatan qui, avec le Rakata dont l’altitude était la plus considérable, formaient l’ossature de l’ancienne Krakatau.
- L’île étant inhabitée, on ne sait pas au juste à quel moment précis l’éruption a commencé. D’après le rapport du capitaine Hollmann de la corvette allemande Elisabeth qui passait devant Anjer le 20 mai dans la matinée, une colonne de fumée s’épanouissant en parasol et s’élevant à une hauteur de 11 000 mètres, fut observée sur le cône le plus septentrional, le Perboewatan ; en même temps, on constata une chute de cendres légères qui dura plusieurs jours. Jusqu’au 26 août, jour auquel le cône intermédiaire Danan se mit aussi en travail, les éruptions se sont faites avec des alternatives de calme et de recrudescence, mais à partir de ce moment, elles augmentent continuellement d’intensité. Des détonations, dépassant en violence
- tout ce qu’on peut imaginer, se foni entendre1 en même temps qu’un nuage épais de cendres fines obscurcit la lumière du jour. Cela a duré jusque dans la matinée du 27 où les plus fortes ont été observées de 5 heures du matin à 11 heures, heure de Ratavia. La plus effrayante s’est produite vers dix heures; on suppose quelle a dû concorder avec l’effondrement de la partie nord de Krakatau, sur-
- tout de la moitié du pic flakata ; car les deux autres volcans, Danan et Perboewatan, avaient déjà été probablement détruits par des explosions de moindre importance. Ces masses énormes de sol subaérien, en tombant d’un seul coup dans un bras de mer resserré comme le détroit de la Sonde, ont forcément occasionné un déplacement d’eau considérable ; c’est là sans doute qu’il faut chercher la cause de ces terribles vagues qui, à plusieurs reprises, se sont ruées sur les côtes de Java et de Sumatra, ont
- rasé en quelques minutes les villages et les plantations et ont englouti plus de 40000 créatures humaines.
- Des détonations moins violentes et des grondements souterrains se font encore entendre dans la journée du 27 et dans la nuit du 27 au 28, après quoi, le volcan épuisé par ces formidables efforts, rentre dans une période de repos.
- Avant la catastrophe du 27 août 1885, qui lui fait une pl ace à coté des noms sinistres deTemboro, du pie du Timor, du Ringgit et du Papandayang ‘, Krakatau était à peu près inconnue en Europe. Les voyageurs qui passaient par le détroit de la Sonde pour aller en Australie par le détroit de Torrès, saluaient avec joie son profil gracieux et ses pentes boisées :
- depuis Aden, c’était la première terre qu’on rencontrait après plusieurs semaines de navigation entre le ciel et l’eau.
- Peu de documents existent, pouvant servir à l’histoire de son passé. Cependant un rapport d’un
- fonctionnaire de la Compagnie des Indes Néerlandaises, Wilhelm Vogel*, se rendant à son posteen 1681, nous apprend qu’une éruption et des effondrements ayant les mêmes caractères que ceux qui se sont produits en 1885, avaient eu lieu à l’île Krakatau, mais sur une plus petite échelle. « Le premier février 1681, dit Vogel, par la grâce de Dieu, étant arrivé devant l’entrée du détroit de la Sonde, je m’aperçus avec
- Fig. 3. — Vue du Krakatau dans l’Ouest, montrant la face Nord où s’est produit l'effondrement du il août 1883. (D’après une photographie.)
- 1 On les a entendues distinctement à Ceylan, en Birmanie, dans le Cambodge, à Doreh, en Nouvelle-Guinée, à Pesth, sur la côte occidentale de l’Australie, en résumé, sur toute la surface d’un cercle décrit de Krakatau comme centre avec un rayon de 30°, soit 5333 kilomètres.
- 1 Junghun, Éruption du Temboro à Sumbawa 1815, du pic de Timor 1638, du Ringgit 1586, et du Papandauana 1772, à Java.
- * W. Vogel, Zehenjahrige osl indianische Reisebeschrei-bung. — Altenburg, 1704.)
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- étonnement que l’île de Krakatau, qui lors de mon voyage à Sumatra était couverte de végétation, était maintenant tout à fait brûlée et jetait sur le côté de gros blocs de feu. Comme je demandais au capitaine du navire à quel moment ce changement avait eu lieu, il me répondit que c’était au mois de mai 1680, quand il revenait d’un voyage au Bengale. Il avait eu à lutter contre une grande tempête et, à environ
- 10 milles de Krakatau, il avait observé un tremble-mentdela mer, suivi de craquements et de détonations imitant les coups de tonnerre; il en avait conclu qu’une île ou un morceau de terrain avait du être englouti sous les flots. Peu de temps après; en approchant davantage de la terre, à l'entrée du détroit de la Sonde, il avait pu constater que son opinion était fondée et qu’une partie de l’île Krakatau s’était détachée par une fracture et avait été engloutie sous les eaux. Comme lui, l’équipage avait senti une forte odeur sulfureuse et avait remarqué la présence de nombreuses pierres ponces flottant sur la mer. Les matelots en avaient recueilli, avec des seaux, comme curiosité, et il m'en fit voir un morceau de la grosseur du poing qu’il avait conservé. »
- A peu près à la même époque, le 19 novembre de la même année, un autre voyageur, Elias Hesse1 passait par le détroit de la Sonde ; il constate que Krakatau est toujours en travail et s’exprime en ces termes: « Le 19novembre 1681, nous levons l’ancre. Partant d’Anjer, nous laissons au nord l’île deSchlep-sei (Sebesie) ainsi que l’île Krakatau. Sebesie n’est pas habitée et couverte d’une plantureuse végétation. C’est un lieu où les mauvais génies séjournent et poussent des cris et des soupirs qu’on entend le jour etlanuit. L’île de Krakatau est aussi inhabitée et en éruption depuis une année déjà ; on en est averti à une grande distance en mer par la colonne de fumée qui s’en élève. Etant venus avec le navire tout près de la côte, nous avons pu observer très distinctement des arbres brûlés dans les parties hautes de la montagne, mais nous n’avons pas constaté la présence du feu lui-même®. »
- Depuis le passage de ces voyageurs, le volcan s’était endormi d’un sommeil de deux cents années dont
- 11 s’est réveillé dernièrement d’une façon si terrible. 1 La végétation s’était de nouveau installée sur l’île, et dans son troisième voyage 3, le célèbre Cook la trouve habitée par quelques indigènes qui en avaient défriché certaines parties et y cultivaient du riz. Le feu souterrain qui couvait sous les massifs de l’île ne s'v trahissait plus que par une source chaude jaillissant dans la partie sud et dans laquelle les insulaires allaient prendre des bains.
- Au moment de la dernière éruption, l’île n’était
- 1 Elias Hesse, Drie seer aenmerkelyke reysen naen door veelerley Geivesten in oost Indien, gedaen door Chrislo-phoruts Frikius, Elias Hesse» en Christophorus Schveitzer. — l'trecht, 1004.
- * C’est la partie nord de Krakatau qui a été en éruption en 1680, probablement le Perboewatan.
- 3 Troisième voyage de Cook de 1776 à 1780. Traduit de l’anglais. — Paris, 1785, t. TV.
- plus habité?, elle était seulement visitée de temps à autre par des pêcheurs du Lampong, qui venaient y relâcher et n’y séjournaient que très peu de temps.
- Au delà de 1680, on ne trouve plus de documents sérieux, présentant des garanties de date et d'observation, mais il existe, sur Krakatau et le détroit de la Sonde, de vieilles légendes curieuses, dont on peut encore tirer des déductions utiles. D’après l'une d’elles encore en vigueur chez eux, les habitants du Lampong prétendent que leurs ancêtres sont nés des œufs d’un grand dragon qui serait venu échouer sur la côte sud de Sumatra. Il est à peu près certain que l’origine de cette fable doit être cherchée dans la présence de pierres ponces plus ou moins arrondies, par leur frottement les unes contre les autres, que les vagues ont jetées à la côte, et dont l’apparition, concordant avec le déploiement de forces volcaniques dans quelques-unes des îles du détroit, avait frappé l’esprit des habitants.
- Une autre légende javanaise raconte que le dieu Hanouman (dieu à figure de singe et protecteur de ces animaux) était venu sur les bords du détroit de la Sonde, portant deux grands paniers remplis de sable et de pierres, dans l’intention de le combler. Mais arrivé à Pangelang, il aperçut Krakatau et furieux de ce qu’un autre eût commencé à exécuter son plan, il laissa tomber ses paniers qui formèrent les deux montagnes Karang et Poulo-sari dans l’intérieur du Bantam.
- Le Karang était alors si élevé qu’il atteignait le ciel. Les singes voulurent profiter de l’œuvre de leur protecteur et escaladèrent la montagne pour manger les étoiles ; mais le roi du Bantam, Loera Dalam, indigné de cet acte sacrilège, prit des ciseaux et coupa la plus grande partie de la montagne dont le sommet, en se brisant dans sa chute, forma les nombreux petits monticules qui existent encore au pied du Karang.
- 11 est aisé de démêler ce qu’il peut y avoir de vrai, au milieu de ces récits fabuleux de la mythologie indienne, et on est en droit d’en conclure, qu’avant 1680 il y a eu, dans le détroit de la Sonde, un certain nombre d’éruptions dont l'homme a été le témoin. L’histoire d’Ilanouman qui, venant combler le détroit qu’il avait dû voir libre, abandonne son travail parce qu’un autre l’a devancé, ne pourrait-elle pas faire supposer jusqu’à un certain point que l’apparition de Krakatau au milieu du bras de mer, a été contemporaine des temps héroïques de l’histoire javanaise? R. Bréon.
- — A Miivre. —
- LA LAINE DE BOIS
- Pendant qu’en Amérique l’usage de ce produit — ainsi nommé parce qu’il consiste en copeaux très déliés, provenant de déchets de bois — est très répandu depuis plus de quatre ans, son emploi est demeuré fort restreint en Europe. Ce n’est que dans ces derniers temps qu’on paraît s’y être décidé et qu’on se sert de laine de bois non seu-
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- lement pour les emballages, mais encore et très avantageusement dans la confection de certains matelas, aiusi que pour remplacer les chiffons dans les nettoyages des machines, pour la fdtration et une quantité d’autres applications, en choisissant, pour chacune d’elles, l’espèce de bois la plus convenable.
- Comme les déchets de bois de tout genre peuvent servir à la fabrication de la laine de bois et que les machines qui produisent celle-ci peuvent, selon la finesse qu’on veut obtenir, débiter jusqu’à 450 kilogrammes par jour, on peut prétendre avec raison que la laine de bois est, comparativement au bois et 5 la paille, la matière d’emballage la plus économique. D’autre part, le foin ou la paille sont fort souvent humides et le premier est rarement sans contenir des tiges résistantes de plantes; ce qui les rend impropres à l'emballage.
- Dans la literie, la bourrelerie et la tapisserie, la laine de bois est, après le crin, la matière la plus élastique; elle est même préférable à toute autre, lorsqu’elleprovieni de bois résineux, en ce qu’elle n’absorbe pas l’humidité et éloigne les insectes.
- MM. Anthon et fils, de Flensburg, Schleswig (Prusse), se sont fait une spécialité des machines à fabriquer la laine de bois.
- Le bâti de la machine est un cadre en fonte qui peut, si les circonstances l’exigent, être établi suivant certaine inclinaison. L’arbre moteur porte une poulie fixe et une poulie folle sur lesquelles agit la courroie de commande, et un volant qui sert en même temps de manivelle. La bielle actionne un chariot muni d’outds très simples, une large lame de rabot et une série de petits couteaux; ceux-ci sont espacés en raison de la largeur des copeaux à produire, et placés un peu en avant du rabot. La laine fournie par cette combinaison tombe sous la machine.
- Deux rouleaux dentelés, placés transversalement, maintiennent le boi-i à débiter et tournent quelque peu en arrière a chaque course du chariot; l’un d’eux, le plus rapproché de l’arbre moteur, appuie constamment sur le bois, par l’action d’un contrepoids monté sur un petit volant de sorte que le bois est solidement maintenu et subit une avance après chaque passe des outils. Un levier fixé au petit volant permet d’imprimer à la roue qui agit sur la crémaillère du rouleau presseur un mouvement d’avance ou de recul plus rapide; le rouleau obéit à celte impulsion, de sorte que l’on peut introduire dans la machine des morceaux de bois de hauteur variée.
- Un gamin suffit pour la conduite de celle machine, et son rôle se borne à introduire les morceaux de bois l’un après l’autre sous les rouleaux, aussitôt qu’il a mis la machine en train en faisant passer la courroie sous la poulie fixe. Aussitôt que le bois est engagé, il n’est plus nécessaire de le maintenir, de sorte que si les morceaux que l’on emploie ne sont pas de trop petit échantillon, un seul gamin peut aisément conduire deux machines.
- Le rendement de cette machine est de 250 à 450 kilogrammes de matière par 12 heures de travail, en raison inverse de la finesse de la laine de bois que l’on veut obtenir. La largeur des brins peut varier à volonté, par l’écartement des petits couteaux.
- La force motrice absorbée varie, suivant la production, entre un et deux chevaux.
- La machine travaille indifféremment le bois rond, carré ou méplat, mais la longueur des morceaux ne doit pas dépasser 0m,470,ni leur largeur 0m, 145; quant à leur hauteur, il est préférable qu’elle demeure en dessous de 0“,500. Le déchet est tout à fait insignifiant.
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- LA MACHINE A COMPOSER
- DE M. ALEX. LAGERMAN
- On a souvent essayé de réaliser mécaniquement le travail, opéré par la main de l’homme, de la composition et de la distribution des caractères typographiques. Quelques appareils plus ou moins ingénieux ont été, à différentes reprises, présentés par des constructeurs, aucun n’ava.t jusqu’ici résolu le problème d’une façon satisfaisante et véritablement pratique.
- M. Alex. Lagerman paraît avoir trouvé la solution de ce problème si délicat, et la machine qu’il a imaginée et qu’il vient de présenter récemment aux imprimeurs de Paris, est une merveille de précision et de conception ingénieuse. Nous allons en donner la description complète.
- La machine de M. Lagerman se compose d’un cadre ou châssis reposantsur deux pieds, et muni de rainures verticales pour y fixer les canaux à types A (fig. 1 et, 2). Les deux pédales II et II1 servent à mettre en mouvement le volant G. A l’aide d’un embrayage à corde, ce volant commande une petite roue G1 actionnant le mécanisme distributeur. Une roue semblable située plus bas, mais non visible sur le dessin, commande le mécanisme compositeur.
- D est un appareil saisisseur que l’on avance ou que l’on retire à la main pour la distribution des types dans les canaux de la machine.
- Dl est une barre horizontale avec évidements, dans lesquels trois doigliers fixés à l’appareil saisisseur et se mouvant en haut et en bas, peuvent tomber un à la fois et donner ainsi au mécanisme une position stable et fixe. La distance entre ces évidements est trois fois plus grande que celle entre les canaux à types, et celle des doigtiers entre eux est déterminée de façon que le canal à types de l’appareil saisisseur s’arrête en face de l’un des canaux fixes de la machine, en abaissant le premier doiglicr dans un enfoncement ; en abaissant le deuxième doigtier dans le même enfoncement, le canal de l’appareil s’arrête en face d’un autre des canaux fixes; enfin, en abaissant le troisième doigtier dans le même enfoncement, le canal à types s’arrête encore en face d'un autre des canaux de fa machine. Le même enfoncement sert ainsi pour trois canaux différents, dont les lettres sont indiquées l’une au-dessous de l’autre sur la traverse horizontale Dl (fig. 1). La lettre supérieure désigne le ca-nal convenable, quand on abaisse le canal de gauche; la lettre moyenne se rapporte au doigtier du milieu et la lettre inférieure au doigtier de droite. Les dépressions sont en outre divisées en groupe de trois, afin que l'opérateur puisse facilement et avec rapidité trouver la dépression convenable. La distance entre les doigtiers et les canaux à types est petite, afin que l’ouvrier distributeur puisse aisément lire la ligne en distribuant.
- E (fig. 1 ) est un appareil saisisseur semblable au
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- précédent, et pourvu de doigtiers pour saisir les types dans les canaux de la machine et les former en ligne. Dans cet appareil la distance entre les doigtiers et les canaux à types est plus grande, pour que le compositeur puisse saisir sans obstacle les types dans les canaux qui se trouvent en face de l’ouvrier distributeur.
- El est une traverse avec des dépressions de la même nature et pour le même but que Z)1. B est la colonne à distribuer. C est la galée dans laquelle les lignes composées sont réunies en une nouvelle colonne.
- F est une petite case destinée aux types d’un emploi si rare qu’ils n’ont pas besoin de canaux particuliers. L’arbre de la poulie G1 est pourvu d’une roue à roche t entre les dents de laquelle peut tomber un déclic effectuant de la sorte une seule révolution. Ce mouvement actionne une manivelle abaissant la plaque D3 ; celte plaque amène le canal du mécanisme saisisseur, dont l’extrémité inférieure pousse les types dans l’un ou l’autre des canaux fixes de la machine ; tandis qu’il reste un instant dans cette position, un crochet, fixé au mécanisme saisisseur, est porté de côté et par cela le type inférieur est poussé, de travers, du mécanisme distributeur dans l’un des canaux de la machine. Un petit glisseur, pourvu d’un ressort, pousse les types dans la ligne.
- Le mécanisme compositeur fonctionne exactement d’après la même idée. En engageant un déclic entre les dents d’un arbre à mouvement de rotation continu, on amène une manivelle à effectuer une seule révolution qui soulève la plaque E% amenant le couloir à types du mécanisme saisisseur, et déplaçant une autre plaque, qui pousse de côté un crochet attaché au canal à types, un type étant poussé de la sorte par le travers du canal à types dans la ligne. Un petit glisseur à ressort retient la ligne pendant cette opération.
- De petites pièces, adhérant par le frottement aux parois des canaux, retiennent les types distribués aux extrémités supérieures des premiers, et de petits poids les pressent dans les inférieures. Quand
- les types commencent à manquer pour la composition, on emploie le petit poids à faire descendre les types distribués, et, cela fait, on enlève la pièce à frottement, ce qui permet à tous les types du canal de se rejoindre, et on la place à l’extrémité supérieure du canal, après quoi la distribution peut recommencer. Si l’on veut distribuer des types sans composer en même temps, on enlève, au moyen d’une pincette convenable, une quantité plus ou moins considérable de types, que l’on place dans le canal servant de magasin d’où on les reporte, à l’aide de la même pincette, dans les canaux de la machine pendant la composition.
- K est un petit bras coudé, commandé par la bielle des pédales, qui, au moyen des déclics, fait tourner la roue 1, destinée à faire monter et descendre, au moyen d’une bielle, une espèce de pincette spéciale, maintenant, pendant la justification, la ligne composée.
- JS est un bras muni d’un galet, poussant, à l’aide d’une rainure de la roue /,1a ligne d’entre la pincette L dans la galée C (fig. 2).
- La justification automatique de la ligne à une longueur déterminée, se fait en plaçant, au moyen d’une seule manipulation, deux tiers de cadratin entre les mots et en composant la ligne, soit à la longueur exacte, si c’est faisable, ou bien un peu trop longue. La justification a ensuite lieu de la manière suivante : La ligne se trouvant dans la pincette L est haussée tandis qu’un petit coin, glissant contre le côté de la ligne, pénètre dans l’ouverture qu’il rencontre entre les mots. Un mécanisme mis en mouvement fait alors sortir le tiers supérieur, et diminue de la sorte la longueur de la ligne d’un tiers de cadratin ; cela se continue jusqu’à ce que la ligne ait obtenu la longueur voulue ou à peu près. 11 pourrait arriver alors que la ligne devînt trop courte, si elle était diminuée d’un tiers de cadratin. En ce cas, le mécanisme intercale un quart de cadratin à la place du tiers chassé. La ligne ne se raccourcit alors quç de la différence entre 1/3 et 1/4 = 1/12 cadratin. Cela ayant eu lieu pour le tiers supérieur, la même
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la machine à composer.
- La composition s’exécute à la partie inférieure, tandis que la distribution s’opère simultanément à la partie supérieure.
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- opération se continue pour le suivant. L’interspace entre les mots sera donc égal à un demi-cadratin. Après avoir reçu de la sorte la longueur voulue, la ligne continue à monter sans autres substitutions jusqu’à ce qu’elle arrive en face de la galée, dans
- laquelle elle est poussée par le mouvement du bras N, après quoi la pincette retourne à sa position inférieure, où elle reste jusqu’à ce quelle reçoive une nouvelle ligne composée.
- Quand la colonne a la largeur d’une page ordi-
- Fig. 2. — Machine à composer et à distribuer de M. Alex. Lagermau. — Mécanisme du dernier type.
- naire, le tiers peut presque toujours être remplacé par le quart d’un cadratin. Les variations entre les interstices ne seront donc égales qu’à la différence entre 2/3 et 1/2 cadratin, ce qui donne une plus belle apparence à la colonne que si la grandeur des interstices variait de 2/3 à 1/3 de cadratin.
- Voici comment fonctionne la machine.
- L’ouvrier distributeur est debout à gauche du
- compositeur assis et fait tourner la machine au moyen des pieds alternativement avec celui-ci, s’il n’y a pas de force motrice mécanique. L’ouvrier distributeur, saisissant, à l’aide d’une pincette B1, une ligne dans la colonne B, la place dans la coulisse du mécanisme saisisseur. Après avoir ensuite introduit trois doigts de la main droite dans les doigtiers il abaisse doucement le doigtier convenable
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- dans celle des dépressions de la traverse D1 qui indique la lettre à distribuer. Par cette opération le mécanisme saisisseur reçoit la position déterminée ; le doigticr presse en même temps sur une tige mobile installée derrière la traverse D1 et faisant tomber le déclic mentionné entre ses dents de façon à distribuer le type inférieur dans le mécanisme sai-sisscur.
- Le mécanisme compositeur fonctionne de la même manière. En faisant descendre un doigtier dans l’une ou l’autre des dépressions de la traverse El, on effectue le transport d’un type d’une coulisse de la machine dans la ligne du mécanisme saisisseur. Lorsque celle-ci a reçu sa longueur exacte ou un
- Quand la colonne a la largeur d’une page ordinaire, le quart peut presquo toujours être remplacé par le sixième d’un cadratin. Les variations entre les interstices ne seront donc égales qu’à la différence entre V* et ‘/s cadratin, ce qui donne une plus belle apparence à la colonne que si la grandeur des interstices variait de '/s à '/< de cadratin.
- L’ouvrier distributeur est debout à gauche du compositeur assis et fait tourner la machine au moyen des pieds alternativement avec celui-ci, s’il n’y a pas do force motrice mécanique. L’ouvrier distributeur, saisissant, à l’aide d’une pin-cette B1, une ligne dans la colonne B, la place dans la coulisse du mécanisme saisisseur. Après avoir ensuite introduit trois doigts de la main droite dans les doigtiers il abaisse doucement le doigtier convenable dans celle, des dépressions de la traverse D' qui indique la lettre à distribuer. Par cette opération le mécanisme saisisseur reçoit la position déterminée-
- Fig. 5.
- Réduction par l’héliogravure d’un texte composé par la machine.
- peu plus, on pousse le mécanisme saisisseur à droite; le ressort d’arrêt jette alors la ligne dans la pincette L, qui commence à monter immédiatement pour la justification de la ligne, et le compositeur passe simultanément à la composition de la ligne suivante.
- L’ÉPURATEUR DERYAUX
- POUR LES EAUX D'ALIMENTATION DES CHAUDIÈRES A VAPEUR
- Il est assurément très précieux d’avoir un bon médecin lorsque l’on est malade ; mais il est encore bien préférable de n’être point malade du tout et de n’avoir besoin des secours de personne. De même s’il est excellent au point de vue de l’économie de combustible d’enlever de temps en temps les incrustations calcaires qui se concrètent sur les parois des chaudières à vapeur, nul ne contestera qu’il ne vaille mieux encore en prévenir la formation.
- Tel est précisément le but de l’épurateur Der-vaux; c’est l’hygiène des chaudières substituée à leur thérapeutique.
- A l’aide de réactifs connus, on précipite tous les sels calcaires des eaux à l’état de boues; et ces boues sont complètement et rapidement extraites.
- Les surfaces de chauffe restent donc nettes et ne perdent rien de leur conductibilité, sans qu’il soit nécessaire de les buriner jamais.
- Plus d’entraînements boueux dans les cylindres et les distributions des machines ; plus de détériorations ; et dès la première année d'emploi, le prix d’acquisition de l’appareil est amplement couvert.
- L’épuration des eaux avant l’alimentation est en général une opération difficile, exigeant des soins continuels et toujours imparfaite dans ses résultats. Elle exige l’emp'oi de réservoirs volumineux, et une installation coûteuse.
- Or, cette opération coûteuse, pénible et exigeant l- emploi de grandes quantités de réactifs, est en même temps inutile; car les chaudières, lorsqu’on sait les prendre comme il faut, sont elles-mêmes de véritables appareils d’épuration. La chaleur et l’ébullition y peuvent provoquer gratuitement la séparation
- Epurateur Dervaux.
- des sels calcaires à l’état de boues par l'emploi de quantités moindres des mêmes réactifs. Seulement il faut alors leur adjoindre un appareil extrayant économiquement les boues calcaires au fur et à mesure de leur formation. C’est ce que fait, automatiquement, l’épuraleurDervaux.Par circulation et décantation, il restitue aux chaudières l’eau épurée, à l’inverse des appareils purgeurs, lesquels, avec ou sans flotteurs, n’extraient un peu de boue qu’en évacuant en même temps, en pure perte, de grandes quantités de vapeur et d’eau chaude.
- Mais, mieux que tous commentaires, la description de l’appareil en fera ressortir la simplicité.
- La circulation rapide résulte d’un phénomène de siphonnement que nous allons expliquer.
- Au moyen d’un petit tuyau B on met en communication le tuyau d’alimentation de la pompe ou de l’injccteur avec la tubulure A ; et l’on lait ainsi passer tout ou partie de l’eau d’alimentation par le
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- récipient C, d’où elle se rend par le tube R dans la chaudière G.
- Dès que la pompe ou l’injecteur d'alimentation, avec lesquels l’appareil e^t mis en rapport, sont en marche, l'eau du générateur se trouve aspirée automatiquement par un tube V et pénètre dans un petit réservoir décanlcur I) adapté à chaque chaudière. Là elle dépose les matières calcaires qu'elle contient et s’en retourne, épurée, au générateur par le tube R. Les dépôts sont extraits par un robinet de vidange N.
- Qu’est-ce qui détermine une circulation très active de l’eau de la chaudière dans V et R? C’est la grande différence de poids, résultant de la différence de température et d'état, entre les colonnes liquides V et R constituant un véritable siphon. En effet l’eau chaude de la chaudière qui s’élève dans le tube V, y entre en ébullition par l’effet de la dépression qui résulte de son ascension même au-dessus du niveau. De telle sorte que, des deux branches du siphon, l’une, V, est remplie d’eau de la chaudière très chaude et dans un certain état d’ébullition, donc très légère, tandis que l’autre, R, est remplie de cette même eau, refroidie par son mélange avec l’eau d’alimentation.
- On a vu plus haut que dans son passage par le réservoir D, l’eau de la chaudière y dépose les matières calcaires ou argileuses dont elle est chargée et qui sont évacuées par le robinet N.
- En résumé, l’appareil est applicable à tous les systèmes de chaudières; et MM. Locoge et Rochard, constructeurs à Lille, en établissent 5 modèles différents. Tout le montage consiste à river ou boulonner le système sur la chaudière et à le mettre en relation avec l’appareil d’alimentation.
- L. Poillox.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LA SOURCE DU MISSISSIPI
- Jusque dans ces dernières années, il régnait de l’incertitude sur la question de savoir en quel point exact des États-Unis le Mississipi prend naissance. En juin 1881, le capitaine W. Glazier, de la marine américaine, organisa une expédition dans le but de résoudre définitivement le problème. L’expédition gagna le lac ltasca eu canots, et accompagnée d’un vieil Indien comme guide, atteignit un autre lac d’une étendue considérable, qui peut être regardé comme constituant, d’une manière certaine, la source du grand fleuve. Ce lac se trouve par 47° 13' 25" de latitude et dépasse 2 mètres environ l’altitude du lac ltasca (470 mètres). considéré jusqu’à ce jour comme donnant naissance au Mississipi. La longueur du fleuve peut être estimée à 5126 kilomètres.
- L’ÉPUISEMENT DES MINES DE HOUILLE
- La question de l’épuisement prochain des houillères revient dans les publications scientifiques à peu près tous les dix ans : soulevée en Angleterre, elle a donné lieu à des discussions aussi longues qu’inutiles, pour reprendre
- en 1875 avec une certaine vivacité en France. Depuis, on ne paraissait pas s’en préoccuper outre mesure, et la production de houille se d’veloppait sans que personne s’en inquiétât : aussi M. Sydney Lypton a-t-il cru le moment opportun pour revenir sur un objet en apparence oublié du public.
- Dans un article publié par le journal anglais Nature, il nous rappelle que, conformément aux calculs de M. Stanley Jevons, « il se passera peu d’années avant que la rareté du charbon se traduise en Angleterre par une élévation considérable de prix, ce qui exercerait une influence fâcheuse sur toutes les branches du commerce et de l’industrie tributaires de cette matière première. »
- Il nous parait utile de ne pas laisser sans réponse ce cri d’alarme et de prévenir, par un exposé de la situation présente, des craintes imaginaires. Déjà le Journal of gas lighting a fait justice, avec son bon sens ordinaire, de ces exagérations, et c’est notre tour de tenir nos lecteurs en garde. Toule l'argumentation de M. Lypton se réduit à un examen des statistiques : en J 863, l’extraction du charbon s’élevait à 86,3 millions de tonnes; puis, en 1873, à 127 millions de tonnes; enfin, en 1885 à 165,8 millions de tonnes. Ainsi, en vingt ans, la consommation annuelle a doublé dans le Royaume-Uni. D’après le rapport d’une Commission royale, présidée par le duc d’Argyll, les gisements houillers reconnus dans ce pays jusqu’à la profondeur de 1200 mètres, contenaient encore en 1871 plus de 146 milliards de tonnes, en ne comptant que les filons d’une puissance de 50 centimètres et au-dessus. 11 resterait donc en 1884 environ 144,5 milliards de tonnes : si l’on admet que la consommation continue indéfiniment à augmenter à raison de 3 millions de tonnes par an, nos voisins n’auraient plus de charbon chez eux que pour 261 ans, et devraient se préoccuper, vers l’année 2145, d’approfondir leurs puits d’exploitation ou de trouver un moyen de remplacer ce combustible.
- Quelque intérêt que nous portions à nos successeurs, le sort de ceux qui vivront en l’an de grâce 2145 ne nous touche pas beaucoup plus que celui des contemporains de Henri IV. A cette dernière époque, on ne se doutait pas, au point de vue industriel, de l’emploi dé la houille : dans deux siècles et demi, peut-être saura-t-on aussi bien s’en passer, grâce aux progrès de la science. Mais, en dehors de ce rapprochement historique, il est permis de dire que la base même du calcul précité est défectueuse; il n’y a aucune raison d’admettre que l'accroissement de la production suivra une progression arithmétique ou géométrique. Le fait s’est produit depuis vingt ans, mais cette durée n’est pas suffisante pour autoriser l’extension de la formule à une période dix fois plus longue. Il est beaucoup plus probable que, dans l’exploitation des mines, comme dans toutes les industries, nous venons de passer par un maximum qu’on ne franchira pas de longtemps, si même on ne descend pas au-dessous. Déjà, dans la métallurgie, on a su réaliser des progrès considérables et réduire de près des deux tiers, de 7 à 2,5 tonnes, la quantité de charbon nécessaire à la fabrication d’une tonne de fonte. Une utilisation plus complète des chaleurs perdues dans les foyers à gazogène qui permettent de brûler les menus, l’introduction du gaz comme agent de chauffage, voilà bien des raisons sérieuses de penser que plus nous irons, mieux on saura utiliser le combustible solide et moins grande sera sa consommation. Nous ne parlons pas même du parti à tirer des forces naturelles, qui, d’ici un siècle ou deux, seront mises à la disposition de l’industrie, non plus que de l’exploitation des gise-
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- ments encore peu ou point connus de l’extrême Orient, de l’Afrique centrale et de l’Amérique du Sud.
- Nous pouvons donc continuer à brûler du charbon sans craindre que nos arrière-petits-enfants nous reprochent d’avoir agi en parents imprévoyants. Les mines de houille pourront être épuisées un jour en tel ou tel point du globe, mais nous en aurons fait un assez judicieux usage pour que notre postérité n’en souffre pas.
- Ph. Delaiuye.
- LES TÂCHES SOLAIRES
- ÉTUDIÉES A L’OBSERVATOIRE SILVA PINTO, A LISBONNE
- Un de nos correspondants, M. Narciso de Lacerda, savant amateur d’astronomie portugais, étudie depuis quelques années, avec beaucoup de zèle et de
- persévérance, les taches solaires, dont les variations préocupent à si juste titre le monde savant. M. Narciso de Lacerda, sans tirer de conclusion immédiate de ses observations, a constaté une notable recrudescence de l’activité solaire, au moment où ont eu lieu les tremblements de terre de l’Andalousie. Les faits de cette nature sont toujours intéressants à enregistrer. M. de Lacerda accompagne ses observations de magnifiques dessins, dont il a bien voulu nous donner quelques spécimens; nous reproduisons le plus remarquable d’entre eux dans la gravure ci-dessous. Cette gravure, quia été faite d’après une photographie directement exécutée sur bois, donne l’aspect des taches solaires le 22 décembre 1884, à 11 h. 30 m. du matin; elle signale une notable recrudescence de l’activité solaire.
- Aspect du Soleil, le 22 décembre 188-i, à 11 h. 50 m. du matin. — Recrudescence de l’activité solaire coïncidant avec une secousse de tremblement de terre. (D’après un dessin exécuté à Lisbonne par M. Narciso de Lacerda.)
- M. de Lacerda nous adresse le résumé des observations qu’il a faites depuis le commencement de la présente année. « Le 10 février, dit notre honorable correspondant, on a constaté à Lisbonne une température très élevée pour l’époque (16 degrés centésimaux) tandis que le baromètre restait à une hauteur moyenne. Les illuminations crépusculaires, qu’on ne voyait pas depuis longtemps, nous ont soudainement visité ce jour-là, pour disparaître de nouveau. Le soleil s’est montré parsemé de grandes taches. Enfin, à 3 heures du matin (11 février) légère secousse de tremblement de terre.
- « Ce sont là tant de coïncidences semblables à celles qui ont accompagné d’autres secousses, que je m’empresse de vous les communiquer.
- « Le 27 février, encore une secousse à Leiria, petite ville à plus de 25 lieues de distance de Lisbonne. Elle fut assez forte et dura deux secondes.
- « Le 5 mars, légère secousse à Mangualde, bourg situé à 200 kilomètres environ de distance nord-est de Lisbonne. Je ne saurais préciser l’heure du phénomène, mais je sais qu’il eut lieu dans la matinée. »
- Nous ajouterons que les observations de M. de Lacerda sont entreprises dans un établissement organisé tiès complètement, à l’observatoire fondé à Lisbonne par M. Silva Pinto, un des écrivains les plus distingués .du Portugal. Ces études sont exécutées à l’aide d’une lunette de 108 millimètres, donnant un grossissement de 100 diamètres; elles sont d’autant plus dignes d’intérêt, que la science les doit à l’initiative privée, et qu’il nous a semblé devoir en accueillir le résumé avec d’autant plus d’empressement. G. T.
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- LES CIVETTES
- Nous empruntons la gravure ci-dessous à un intéressant ouvrage d’enseignement que viennent de publier MM. E. D. Labesse et H. Pierret, sous le titre l'Homme et les Animauxl. Les savants auteurs ont pour but de présenter, sous une forme accessible à tous, les notions indispensables de zoologie, et ils ont su offrir au public un livre élémentaire et attrayant, écrit avec beaucoup de méthode et de clarté.
- Nous extrayons de la partie descriptive de cet ouvrage un petit chapitre sur le sujet que nous représentons : les civettes.
- Les civettes ont la langue couverte de papilles cornées comme les chats, et les ongles légèrement rétractiles, c’est-à-dire pouvant être relevés afin de n'être pas usés par la marche.
- On les divise en civettes proprement dites, ge-nettes et mangoustes.
- La civette a 50 centimètres au garrot et 65 centimètres de longueur environ. Sa tête est allongée, son museau pointu, sa langue couverte de papilles cornées; sa pupille se contracte de manière à former une ouverture transversale; ses oreilles sont courtes, droites et de forme arrondie; sa queue, longue et cylindrique ; son poil, long, rude, grisâtre, taché de noir. Tout le dessus de la colonne vertébrale est recouvert de poils qui peuvent se hérisser. La ci-
- 1 Le Monde terrestre. L’homme et les animaux. Lectures de zoologie à la portée de tous. 1 vol. in-8°, illustré de 421 figures dans le exte et de 4 planches hors texte. Paris, G. Masson, 1885.
- vetle a cinq doigts à tous les membres et des ongles rétractiles aux membres antérieurs seulement. Elle a sous la queue une poche contenant une matière huileuse qui se durcit et fournit un parfum analogue au musc, auquel les parfumeurs le substituent souvent à cause de son prix moins élevé. Ce parfum est connu dans le commerce sous le nom de civette. Il a été si à la mode parmi les élégantes Italiennes
- d’autrefois, qu’on les appelait des civettes, comme nous disions, en France, des muguets pour des petits - maîtres , quand le parfum du muguet était à la mode, et que le mot civette est demeuré dans la langue italienne comme synonyme de coquette.
- On recueille le parfum de la civette en le puisant dans la poche avec une cuiller et en le remplaçant par du beurre. On rencontre la civette en Abyssinie où elle est très commune, en Espagne où elle est très rare.
- La genetle a la même forme que la civette, mais elle n’a pas de poche à odeur. On la trouve en Afrique, en Espagne et même en France,' où elle est assez commune dans le département de la Gironde. On en apprivoise; elle est connue dans le commerce des animaux d’agrément, sous le nom de chat d'Espagne. Sa fourrure est assez estimée.
- Le mangouste, qui habite l'Egypte, est le même que les anciens adoraient sous le nom d’Ichneu-mon, parce qu’il détruit les insectes. Son pelage est de couleur grise.
- A ces renseignements que publient MM. Labesse et Pierret, nous ajouterons quelques documents historiques sur le parfum de la civette. Ce parfum,
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- LÀ NATURE.
- qui était très usité en Italie comme on vient de le lire, était aussi fort en usage en Angleterre du temps de Shakespeare. Le grand écrivain en parle à plusieurs reprises dans son théâtre : « Il se frotte de civette... » « Ses mains sont parfumées de civette, » lit-on dans le Roi Lear et dans d’autres pièces. L’odeur de la civette est peu agréable quand elle est pure, mais elle devient suave quand elle est très étendue, et qu’elle se divise, par exemple, pour parfumer des objets conservés dans un meuble, des papiers qui conservent l’odeur dans une enveloppe jetée à la poste.
- On distingue en parfumerie la civette à parfum, qui habite les contrées les plus chaudes de l’Afrique, la Guinée, le Sénégal, l’Abyssinie, et le Zibeth, que l'on trouve en Asie, aux îles Moluques et aux Philippines, et qui produit aussi de la civette-parfum. C’est la civette d’Asie que représente notre gravure.
- TREMBLEMENT DE TERRE
- I)U 13 AVRIL 1885, OBSERVÉ EN .SUISSE
- Le tremblement du 15 avril a été composé d’une secousse préparatoire à Neuchâtel, entre 9 et 10 heures, de la secousse principale ou grande secousse, à 11 h. 23 m. avant midi, et d’une secousse consécutive observée à Lausanne et Genève à 5 h. 55 m. après midi.
- La grande secousse a eu une extension considérable ; elle a été sentie dans la contrée limitée par Genève, Saint-Cergues, la vallée de Joux, Neuchâtel, Sonceboz, Aarau, Sehwytz, Interlaken, la chaîne des Alpes bernoises, Bex, le lac Léman, Genève. Les rapports détaillés des autres cantons, du Valais en particulier, étendront encore cette aire d’ébranlement ; elle a dé^à dans ces limites une longueur de 220 kilomètres, et une largeur de 100 kilomètres, ce qui représente une superficie de plus de 20 000 kilomètres carrés.
- Le grand axe de cette surface ébranlée est parallèle à la chaîne des Alpes ; en classification sismologique, ce tremblement rentre donc dans la catégorie des tremblements longitudinaux.
- Sur cette aire d’ébranlement, la secousse a été très inégalement sentie; ainsi dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel, le diocèse que je suis chargé d’étudier, nous en avons des nouvelles très précises et nombreuses du pays d’Enhaut, des Ormonts, de la vallée du Rhône, des bords du Léman, de Villeneuve à Morges, puis de Gin-guis, Saint-Cergues, l’Orient de l’Orbe, les Charbonnières, Neuchâtel, Sonceboz, etc. ; il ne nous est venu aucune observation ni de la vallée de la Broie, ni du Gros de Vaud, ni de la vallée de la Thièle. Il semblerait que le centre du pays est resté calme et impassible, tandis que la frontière réagissait vivement sous l’ébranlement.
- L’intensité de la secousse a été d’autant plus forte que l’on s'approchait plus du centre de l’ébranlement, probablement dans la vallée du Haut Simmenthal. Là, quelques dégâts ont été constatés aux murs des habitations; on parle même de rochers détachés des montagnes. Cela représenterait une secousse du n# VIII de l’échelle, qui évalue en dix numéros l’intensité des ébranlements. Dans notre diocèse la secousse a été très peu intense.
- La secousse elle-même a éfé composée de trois ondu-
- lations, à quelques secondes d’intervalle. En général la direction des oscillations a été indiquée comme parallèle au méridien, soit du nord au sud, ou bien suivant les localités comme venant du nord-est ou du nord-ouest. Un bruit souterrain a été entendu dans plusieurs endroits.
- F.-II. Forel, prof.
- Morges, 19 avril 1885.
- CHRONIQUE
- Conférence « Scientia ». — Le troisième banquet i de la conférence Scientia a eu lieu jeudi IG avril, sous la présidence de M. Léon Say. Le dîner était offert à M. Ferdinand de Lesseps.
- M. Léon Say porte un toast en ces termes : « Vous m’avez fait un grand honneur en m’appelant à la présidence de ce banquet, après les illustres savants qui ont occupé ce siège; mais j’apprécie tout d’abord l’avantage de la charge en vertu de laquelle je salue notre hôte, notre grand compatriote, IL de Lesseps. — M. de Lesseps représente l’union de la pensée scientifique et de la pensée sociale. Ceux qui se consacrent à l’étude des lois de la nature et ceux qui se consacrent à l’étude des lois des sociétés humaines peuvent le revendiquer au même titre, car il a vu que le sort de l’humanité devait se décider, par la science, sur les grands chemins; et il lui a offert de larges issues. Il a fait ce que l’antiquité confiait à des demi-dieux : la mission qu’il a accomplie, c’est celle qui avait été dévolue à Hercule ; mais Hercule avait une massue, c’est-à-dire se servait de la force brutale. M. de Lesseps s’est servi de la science, c’est-à-dire de la force éclairée. Voilà ce que M. de Lesseps représente.
- « Il aura donc contribué à faire arriver l’humanité à la moyenne. Je m’explique : nous espérons que le jour viendra où il n’y aura plus de peuples en retard ; tous échangent déjà et échangeront de plus en plus entre eux leurs capitaux et leurs produits, toutes leurs forces. A notre époque, les nations doivent se rendre exportables; n’est-ce pas, d’ailleurs, ce que nous avons vu lorsque, en 1871, on est venu jusque de l’Inde nous apporter des capitaux? Et n’en est-il pas de même pour le blé. II n’y a plus de famine ici, d’abondance là, pas plus pour le blé que pour l’argent. L’humanité en sera-t-elle plus heureuse? Je n’en sais rien, mais ce que je sais, c’est qu’elle sera plus capable de l’être. Aussi tiendra-t-elle toujours à honneur de mettre M. de Lesseps au rang de ses bienfaiteurs, je bois, messieurs, à M. de Lesseps. »
- M. de Lesseps remercie M. Say. 11 est heureux de voir en face de lui le grand économiste sur la science duquel le pays peut compter encore. Puis, avec ce ton e bonhomie charmante que tout le monde lui connaît, il donne quelques intéressants détails sur les travaux en cours de Pisthine de Panama.— Au nom des fondateurs de la conférence Scientia, M. Max de Nansouty porte un toast d’une chaleureuse éloquence à la prospérité de l’œuvre commune, prospérité qui n’est plus douteuse en raison des hommes illustres (Chevreul, Jamin, Pasteur, de Lesseps, Léon Say) quil’ont patronnée à ses débuts. — Le prochain banquet qui aura lieu le 18 juin sera offert à M. le général de Nansouty, et sera présidé par M. Gaston Tis-sandier.
- Exposition internationale de meunerie et de boulangerie. — L’Exposition de meunerie et de boulangerie aêté ouverte.le samedi 11 avril, en prés'ence d’un
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- LA NATURE.
- public nombreux que M. Jules Armeugaud, président du I comité de patronage, avait convié à la cérémonie de l’inauguration. M. llervé-Mangon, ministre de l’agriculture, accompagné du général Pittié, du colonel Lichtenstein, de M. ÏYisserenc de Bort, a été reçu à l’entrée par tous les membres du comité d’organi-ation. Un grand nombre de notabilités industrielles et agricoles l’accompagnaient dans sa visite. A son arrivée dans la salle du comité, M. Armen-gaud a adressé au ministre une allocution dans laquelle il a tracé l’origine et le but de l'Exposition. M. Ilervé-Mangon a répondu en félicitant le comité et son commissaire général. 11 a surtout insisté sur ce fait que l’Exposition de meunerie et de boulangerie, conçue et exécutée par M. Lockert, n’avait point de caractère officiel et qu’elle n’avait reçu de l’administration aucun concours matériel.
- « C’est, a-t-il ajouté, une œuvre d’initiative privée qui mérite spécialement la faveur publique; car, dans un pays libre comme le nôtre, l’initiative industrielle doit prendre une part de plus en plus grande aux entreprises d’intérêt général et à la manifestation des progrès de l’agriculture et de l’industrie. » L’exposition est actuellement installée d’une façon complète, et offre un très grand intérêt. C’est la première fois, en France, que l'industrie de la meunerie est appelée à montrer les progrès réalisés dans les méthodes de travail. A part deux ou trois spécimens de meules provenant des carrières de la Ferté-sous-Jouarre et de Vernon, tous les appareils exposés se rattachent à la méthode de réduction graduelle du blé au moyen de cylindres. On peut donc affirmer que la meule a vécu après avoir rendu d’inappréciables services.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 avril 1885.— Présidence de M. Bouley.
- La mission d'Espagne. — L’événement de la séance, c’est la lecture, par M. Fouqué et successivement par ses collaborateurs MM. Lévy, Bertrand et Barrois, des résultats qu’ils ont obtenus durant leur récent voyage dans la région de l’Andalousie récemment agitée par les tremblements de terre. Nous ne saurions, après une simple audition incomplète, analyser ces communications sur lesquelles il y aura lieu de revenir. Disons seulement qu’on se passe de main en main une série très nombreuse de photographies qui paraissent pleines d’intérêt.
- Poussières d'Auvergne. — Après avoir construit l’Observatoire qui couronne si dignement le sommet du Puy-de-Dôme, M. Alluard y poursuit régulièrement de nombreuses séries de travaux, et c’est dire qu’il fait fréquemment le trajet qui sépare la station scientifique de la ville de Clermont-Ferrand. Durant ce petit voyage, il a été maintes fois frappé de ce fait, que l’air étant pur et transparent à l’ouest de la chaîne des Puys, le ciel est brumeux à l’est. 11 a enfin découvert la cause d’un contraste si singulier : le vent dominant vient de l’ouest, et à la hauteur des sommets il parcourt communément 20 à 25 mètres à la seconde; souvent il est beaucoup plus rapide. Grâce à sa vitesse, il arrache de la poussière aux roches sur lesquelles il frotte et c’est dans cette poussière que M. Alluard voit la cause de l’obscurcissement du ciel. Comme confirmation, il constate que le trouble del’at-mo.-phère diminue et disparaît avec la pluie et il rappelle l’observation faite par Rozet, en 1843, d’un brouillard sec des plus intenses qui couvrit la région de Clermont d’une c'ôuche épaisse de poussière. M. Alluard, pour éva-
- luer l’énergie de ce procédé de charriage aérien, a recueilli les poussières tombées pendant trois mois sur la terrasse de l’Observatoire préalablement bien nettoyée : le résultat correspond à 1000 kilogrammes par hectare; et comme la substance, dérivant des roches volcaniques, est riche en potasse et en acide phosphorique, on voit que le vent d’ouest vient répandre un véritable engrais minéral sur le sol de la Limagne, dont se trouve ainsi expliquée la fertilité proverbiale.
- Oxygène liquéfié. — M. Cailletet annonce qu’il est parvenu à faire de la liquéfaction de l’oxygène une expérience si aisée qu’on pourra sans peine la répéter dans les cours. La méthode nouvelle consiste dans l’emploi de l’éthylène, et les membres de l’Académie sont invités à assister, lundi prochain, au laboratoire de physique de la Sorbonne, à une expérience où l’auteur leur fera connaître le dispositif de ses appareils.
- L'alcaloïde de la rougeole. — D’après un auteur dont on ne nous dit pas le nom, un alcaloïde particulier se développe dans les cas de rougeole. Il est volatil et d’odeur piquante qui provoque l'éternuement. Peut-être ce composé, qui doit être toxique, ajoute-t-il son influence mauvaise à celle de la maladie elle-même qui a déterminé sa production.
- Election de correspondant. — Le décès de M. Oswald Ileer ayant laissé vacante la place de correspondant dans la section de botanique, 42 voix désignent pour la remplir M. Boissier (de Genève) ; M. Agardh (de Lund) réunit deux suffrages ; il y a deux billets blancs.
- La lune et les vents alizés. — M. Faye rend compte d’un mémoire de M. Poincaré sur les variations dont est affectée dans ses dimensions la zone des vents alizés. On sait que cette zone s’élargit ou se rétrécit symétriquement à l’équateur avec une amplitude d’oscillation qui atteint 15°. D’après l’auteur, les variations sont dues ’a l’action attractive de la lune qui, par la très faible marée atmosphérique de 50 centimètres qu’elle détermine, met en mouvement un courant d’air dont la direction est liée à la déclinaison lunaire. Des tableaux joints au mémoire montrent qu’il y a en effet une certaine concordance entre les variations de la zone des alizés et la situation de notre satellite. Mais M. Faye, tout en insistant sur l’intérêt du mémoire qu’il a examiné, ne peut se défendre de quelque doute à l’endroit d’une conclusion aussi singulière.
- Botanique fossile. — On sera heureux d’apprendre la publication du quatrième volume du remarquable Cours de botanique fossile (G. Masson, 1885), auquel, depuis si longtemps, M. B. Renault consacre tous ses soins. Cette fois il s’agit des conifères et des gnétacées, et le texte plein de science est enrichi de 26 planches lithographiées remarquables par leur exactitude et par leur élégance. Pour notre part, nous félicitons vivement l’auteur de son œuvre qui doit être considérée comme P expression actuelle de la science.
- Varia. — M. Ch. Girard adresse un rapport imprimé sur les falsifications des matières alimentaires et sur les travaux du laboratoire municipal dont il est le directeur. C’est une œuvre qui rendra les plus grands services à la science, à l’hygiène publique et à la moralité. — D’après MM. Mangin et Bonnier, les arbres h feuilles persistantes absorbent plus d’oxvgène en hiver qu’ils n’émettent J d’acide carbonique ; ils font une véritable prévision d’oxy*
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- LA NATURE.
- gène. — M. de Lapparent rattache le mode de formation du limon du plateau au lavage par les eaux météoriques de certains dépôts argilo-sableux datant des temps tertiaires. Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- UN OISEAU MÉCANIQUE EN PAPIER
- 11 s’agit ici d’un perfectionnement très ingénieux des cocottes de papier qui, une fois confectionnées, restent inertes et sans mouvement. Le progrès
- que
- nous allons signaler
- et qui est dû à des prestidigitateurs japonais, consiste à faire avec une feuille de papier, un oiseau mécanique qui peut battre des ailes quand on l’actionne convena-
- blement avec les mains. Notre gravure du milieu représente l’objet en fonctionnement; les dessins au trait qui l’entourent, donnent le mode de fabrication. Voici comment il faut operer :
- Prenez une feuille de papier (une feuille de papier à lettre convient parfaitement), coupez-la de manière à ce qu’elle forme un carré parfait de 0m,12 environ de côté. Pliez cette feuille par le milieu et par les angles, de manière à former les plis indiqués en 1. Cela fait, rabattez les angles comme cela est figuré en 2 ; accusez énergiquement le pli, suivant ab seulement, et faites la même opération successivement pour les deux côtés des quatre angles.Vous aurez ainsi tracé huit plis semblables à ab, et votre papier aura l’aspect que représente le n° 3. Pliez ce papier successivement dans les deux sens, comme cela est indiqué 2
- Oiseau mécanique en papier, battant des ailes. — N°‘ 1 à 8, figures donnant le mode de confection.
- en 4; cette opération a pour but de bien former les plis que vous accuserez avec votre ongle. Il vous sera facile alors, en façonnant les plis autour du centre c, de passer de cette figure 4 à la figure 5.
- Une fois arrivé à cette figure 5, retournez le papier, de telle manière que l’angle c soit placé à la partie supérieure et que les quatre pointes se trouvent en bas ; relevez vers le haut deux pointes opposées de manière à obtenir la figure 6. Relevez de la même façon, à droite et à gauche, les pointes restées à la partie inférieure, de manière à obtenir la figure 7. En ramenant à droite et à gauche les pointes d et f, vous arrivez à l’oiseau représenté en 8. La tête
- de l’oiseau sera faite en pliant convenablement la pointe d. En prenant délicatement l’oiseau de papier par les pointes inférieures m et n et en écartant et rapprochant successivement ces pointes, on produit le battement des ailes. Le même mouvement peut encore s’obtenir en tenant le petit oiseau en m à l’avant et en tirant la queue de papier f à l’arrière. La confection du petit oiseau mécanique en papier qui bat des ailes, ne nécessite qu’un peu d’attention et d’adresse. Tout le monde peut y réussir.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieb. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LA NATURE.
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- LA CENTENAIRE D’AUBERIYES
- ET LA LONGÉVITÉ HUMAINE
- On a signalé dans ces derniers temps, l’existence d’une femme ultra-centenaire, qui habite à Saint-Just-de-Claix dans le département de l’Isère1. Celle femme qui se nomme veuve Girard, serait née le IG mars ,1701; elle aurait, par conséquent, 124 ans! Il nous a semblé qu’un fait aussi intéressant méritait detre confirmé; grâce à l’obligeance de quelques-uns de nos lecteurs de l’Isère, nous avons pu faire une enquête à ce sujet, et nous allons aujourd’hui en donner les résultats.
- Auberives, où réside la veuve Girard, est un petit bourg traversé par une roule reliant Pont-en-Royans à la station de Saint-Hilaire-de-Nazaire, ligne de Valence à Grenoble ; aussi de nombreux touristes et voyageurs ne manquent-ils pas d’aller rendre visite à la centenaire, lorsqu’ils viennent pendant la belle saison visiter la curieuse petite ville de Pont-en-Royans, la célèbre gorge des Grands-Goulets et les beaux sites de Villars-de-Lans, M. Ernest Odier, géomètre 'a Saint-André-en-Royans, a bien voulu nous adresser au sujet de la veuve Girard les renseignements qu’il a recueillis de sources diverses ; nous les reproduisons textuellement :
- La veuve Girard serait née le 16 mars 1761, d’après un
- acte de baptême qu’on a trouvé dans les registres de Saint-Just-de-Claix, commune voisine d’Auberives. Il est à peu près certain que cet acte, dressé sous le nom d’une enfant appelée Marie Durand, est bien l’acte de naissance et de baptême de l’ultra-centenaire. D’ailleurs, un ancien et honorable habitant d’Auberives, M. Pierre Froment, récemment décédé presque nonagénaire, affirmait qu’il connaissait depuis très longtemps la veuve Girard, qui lui avait toujours paru plus âgée que lui d’une trentaine d’années. Ce n’est que depuis 1879, que l’ultra-cente-naire habite le bourg d’Auberives. Avant cette époque, elle vivait obscure dans une partie reculée de la même commune, près des confins de Saint-André-en-Royans. Là, elle cultivait un petit jardin et fabriquait des tresses pour la confection de chapeaux de paille. En 1882, elle se livrait encore à ce dernier travail, qu’elle a ensuite
- La centenaire d’Auberives (Isère).
- D’après une photographie instantanée de MM. Blain frères.
- 1 Voy. n° 601, du 6 décembre 1884, p. 15, notice publiée d’après la Gazelle hebdomadaire de médecine.
- 13e année. — lor semestre.
- abandonné, trouvant que les nouvelles pailles qu’on lui fournissait n’étaient plus aussi fines que celles qu’elle employait autrefois.
- Malgré sou âge extraordinaire, la veuve Girard jouit encore d’une vue excellente, et peut coudre sans faire usage de lunettes. Son ouïe est moins bonne, mais il suffit d’élever un peu la voix pour qu’elle entende parfaitement. La plupart de ses réponses sont très sensées, pourvu qu’on ne la fatigue pas de trop nombreuses questions. Sa mémoire est plus affaiblie que ses autres facultés, car elle ne se souvient pas du lieu de sa naissance, ni de ses parents, ni même beaucoup de son mari, qui est mort depuis très longtemps sans doute : les vieillards du pays en ont bien entendu parler, mais ils ne l’ont pas connu.
- Voici le régime de l’ultra-centenaire ; deux lége:s repas par jour, l’un vers orne heures du matin, et l’autre
- à quatre ou à cinq heures du soir. Chaque repas consiste presque toujours exclusivement en une soupe chaude aux légumes, aux pommes de terre principa lement, et au pain. Après chaque repas, elle boit quelquefois un verre de vin, mais le plus souvent un petit verre de bonne eau-de-vie, qu’elle préfère au vin pour terminer ses repas. Elle ne mange point de viande. Pendant l’hiver, elle se lève et se couche à peu près aux mêmes heures que le soleil, mais en été elle reste moins de temps au lit. Jusqu’en ces derniers temps, où la municipalité d’Auberives a pu faire accepter une aide à la veuve Girard, celle-ci, malgré ses 123 ans, vaquait encore à tous les soins de son ménage. Tous les jours elle allait elle-même chercher son eau, ainsi que sa provision de bois.
- Aux intéressants documents que l’on vient de lire, nous avons à en ajouter d’autres, qui sont contradictoires. Il existe dans le département de l’Isère quelques sceptiques, qui prétendent que rien ne prouve que l’acte de baptême de 1761 se rapporte bien à la veuve Girard elle-même.
- MM. Blain frères, photographes, à Valence, ont eu l’obligeance de nous adresser la belle photographie que nous reproduisons de la centenaire d’Auberives ; ils ont questionné la bonne femme qui par elle-même, ne peut plus donner aucun renseignement précis sur son passé. Elle ne voulait pas se laisser faire son portrait, et quand elle vit l’appareil braqué sur elle, elle se leva pour rentrer dans sa maisonnette. Mais il était trop tard, la photographie instantanée était déjà faite !
- MM. Blain frères, d’après leur enquête, ne nient
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- LA NATURE
- pas que Ja veuve Girard soit centenaire, les traditions du pays le prouvent surabondamment; mais ils ne croient pas qu’il y ait des preuves suffisantes pour affirmer la date exacte de sa naissance. Quoi qu’il en soit, il n’y a rien d’impossible à ce que la veuve Girard ait' 124 ans ; la longévité humaine, comme on va le voir un peu plus loin, s’est parfois prolongée plus longtemps encore.
- Cette question de la longévité est très intéressante et très controversée; nous allons l’étudier succinctement à titre, de complément de l’histoire de la centenaire d’Auberives.
- Buffon le premier a essayé de donner une base fixe à la durée ordinaire de l’existence; cette durée serait d’après ses observations de 7 à 8 fois la durée de l’accroissement. Flourens estime que la vie de l’homme bien gouvernée pourrait atteindre deux siècles, mais ce chiffre nous paraît excessif.
- Au temps de Yespasien et de Titus, le dénombrement opéré par ordre de ces empereurs constate, d’après Phlégon [de mirabilibus et longcevis), qu’il n’y avait pas alors dans toute l'Italie plus de 65 centenaires. Or d’après les relevés de Lejoncourt, de 1824 à 1837, le chiffre des centenaires par année et pour la France seulement a oscillé entre 111 et 175. — En Russie, en 1827, on a-compté 943 centenaires pour les hommes seulement, et en 1838, 1238 centenaires des deux sexes.
- Ch. Lejoncourt dont nous venons de prononcer le nom a consacré jadis de longues années de recherches à réunir les faits les plus curieux relatifs aux centenaires, dans l’antiquité et dans les temps modernes1. Il semblerait d’après lui que la longévité n’a pas diminué et qu’elle est aujourd’hui ce qu’elle était il y a quatre mille ans.
- Bacon deVerulam, chancelier d’Angleterre, Ilaller, statisticien allemand, et plus récemment le docteur Bourdon et Hufcrant ont cité des exemples de personnes ayant atteint l’àge de 150 ans.
- Voici d’ailleurs, d’après des documents historiques divers, quelques cas extraordinaires de longévité.
- En 1655, en Angleterre, un laboureur nommé Thomas Pare est mort à l’âge de 152 ans. On voit dans Westminster le tombeau de ce paysan, entre ceux des souverains et des grands hommes.
- Dans l’ancienne église de Liverpool se voit le tombeau delà veuve Hilton, morte en 1760, à l’âge de 121 ans.
- Le jeudi 29 mars 1714, la cérémonie du lavement des pieds faite à Vienne par l’empereur Charles VI et les trois impératrices (l’impératrice régnante et les deux douairières), eut lieu à l’égard de 58 vieillards ayant ensemble 3695 ans.
- En 1714, Philippe Herbelot, ancien sellier, présentait à l’âge de 113 ans un bouquet à Louis XIV, à l’occasion de la fête de ce souverain, dont il recevait une pension comme centenaire.
- Jean Constant, ancien officier de marine, décédait à Paris le 15 janvier 1763, dans la 114e année de son âge. Le prince de Conti se chargea du soin de ses funérailles qui furent célébrées en grande pompe.
- 1 Galerie des centenaires. 1 vol. in-8°. — Paris, 1842.
- En décembre 1764, mourut en Irlande, Patrice O’Neil né en 1644, et par conséquent âgé de 120 ans. Il avait eu sept femmes. Il s’était marié pour la septième fois à l’âge de 116 ans. Cet homme, si avide de mariage, avait servi dans les dragons vers la 17° année du règne de Charles II et ensuite dans plusieurs corps jusqu’en 1740. Son genre de vie était fort simple, il n’avait jamais bu que de la bière, s’était toujours nourri de végétaux et n’avait jamais mangé de viande. 11 se levait et se couchait avec le soleil. Il ne restait pas un moment sans s'occuper
- Le 23 octobre 1789, pendant la séance de l’Assemblée nationale, réunie sous la présidence de Freleau, on reçut un vieillard de 120 ans né dans le Mont-Jura. Ce vieillard voulait voir l’Assemblée qui avait dégagé sa patrie des liens de la servitude. L’abbé Grégoire demande « qu’en raison du respect qu’a toujours inspiré la vieillesse, l’Assemblée se lève lorsque cet étonnant vieillard entrera. » Cette proposition est accueillie avec transport. Le vieillard est introduit. L’Assemblée se lève; il marche, conduit par sa famille, il s’assied dans un fauteuil vis-à-vis du bureau et se couvre. La salle retentit d’applaudissements. Le vieillard remet son extrait baptistaire. Il est né àSaint-Sorbin, de Charles-Jacques et de Jeanne Bailly le 10 octobre 1669. Le roi donne à l’archi-centenaire une pension de 200 livres. L’Assemblée vote une autre pension destinée « à rendre plus tranquille les derniers jours de ce vieillard respectable à tant de titres. »
- Le 25 août 1822, à l’inauguration de la statue équestre de Louis XIV sur la place des Victoires, le doyen de l’armée française, Pierre Huet, âgé de 117 ans, fut placé sur un fauteuil en avant de la statue, et reçut les honneurs militaires.
- Au mois d’octobre 1825, un chirurgien du nom de Politiman, mourut à Vaudemont en Lorraine à l’âge de 140 ans ; en 1833, Dando, cultivateur à Lubiac, succomba à 120 ans. Mangot, ancien professeur de mathématiques à l’École polytechnique, mourut en 1857 à Passy à l’âge de 105 ans. Priou, mourut en 1858 dans la Haute-Garonne, à 158 ans, âge le plus avancé qui ait été atteint en France dans les temps anciens et modernes. Il buvait de l’eau et suivait un régime très frugal1.
- La sobriété et la vie régulière ont toujours contribué à assurer la longévité. On cite un cultivateur de Boisse près Tulle, qui mourut le 30 décembre 1768, à l’âge de 115 ans et qui emporta toutes ses dents dans sa tombe. Il ne buvait jamais que de l’eau.
- Il ne manque pas d’autres exemples de centenaires, restés jeunes et alertes.
- « J’ai vu, dit Brantôme, Mme de Moreville, mère de la marquise de Merzière à l’âge de 100 ans, auquel elle mourut, aussi fraîche et aussi belle, aussi droite, aussi dispose et saine qu’en l’âge de 50 ans. Elle avait été très belle femme en sa jeune saison. »
- Il en fut de même de Fontenelle qui vécut jusqu’à 100 ans, moins quelques semaines, et qui, jusqu a sa dernière heure, garda la force et la santé. Fontenelle aimait beaucoup le monde et la vie mondaine. Quand il mourut, un mauvais plaisant s’écria en voyant passer son convoi : « C’est la première fois que M. de Fontenelle sort de chez lui pour ne pas aller dîner en ville. »
- 1 D’après Ch. lejoncourh
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- Nous ne terminerons pas cette notice, sans prononcer le nom de M. Clievreui, qui dans quelques semaines va entrer dans sa 100e année. On sait que, défiant les âges, l’illustre doyen des savants porte, sur un corps toujours droit, sa belle et noble tête, que couronne une forêt de cheveux blancs.
- Gaston Tissandier.
- L’INSTANTANÉITÉ EN PHOTOGRAPHIE
- Dans un précédent article1, nous avons cherché à établir les règles théoriques qui s’imposent dans la construction d’un bon obturateur photographique ; aujourd’hui, nous voudrions indiquer les qualités pratiques qui sont indispensables pour faire d’un appareil de ce genre un instrument usuel.
- Nous avons distingué dans un temps de pose quelconque trois périodes :
- 1° Période d’ouverture, jusqu’au moment où l’objectif est complètement démasqué ;
- 2° Temps utile de pose, c’est la période pendant laquelle l’objectif est démasqué entièrement :
- 3° Période de fermeture, jusqu’au moment ou l’objectif est complètement refermé.
- L’ensemble de ces trois périodes forme le temps de pose total.
- Théoriquement la perfection serait obtenue, en donnant au temps utile la même valeur qu’au temps total de pose ; l’objectif travaillerait dans ce cas à pleine ouverture pendant toute la durée d’exposition. En pratique un tel résultat est impossible. Aussi indiquions-nous comme seul moyen de s’en rapprocher l’emploi d’une ouverture la plus grande possible combinée à une accélération de vitesse également la plus grande possible. Plus l’ouverture augmentera et plus la valeur des temps d’ouverture et de fermeture diminuera. Cela est d’autant plus important que les images obtenues pendant ces deux périodes sont le plus souvent défectueuses. Il faut donc, suivant l’expression très juste du regretté Prazmowski, noyer les mauvaises images dans la bonne.
- Est-ce à dire que tous les obturateurs non conformes à ces principes donneront nécessairement de mauvaises images? Non : mais ce que l’on peut affirmer, c’est que les résultats seraient certainement améliorés par l’application de ces règles.
- D’ailleurs, la question des obturateurs est exactement comme celle des objectifs, un véritable compromis, et bien qu’il y ait certaines règles théoriques dont il semble difficile de s’écarter, il n’y a en somme qu’un seul critérium, c’est le résultat obtenu, le cliché en un mot.
- Si nous passons au côté pratique de la question, nous pouvons établir a priori les conditions nécessaires que doit remplir un bon obturateur.
- I. Multiplicité des temps de pose. — Nous en-
- 1 Yoy. 12° année, u'1 55G, p. 138.
- tendons par là que notre appareil doit nous permettre divers temps de pose différents les uns des autres. C’est une nécessité à laquelle il est impossible de se soustraire. En effet, suivant la nature des préparations sensibles, suivant les qualités optiques des objectifs, suivant l’intensité de la lumière qui varie selon l’heure, la saison, le climat, suivant enfin la vitesse propre de l’objet photographié, les conditions de l’expérience se modifient dans les limites les plus étendues; et par cette raison seule il est inadmissible de n’employer qu’un seul temps de pose.
- Parmi ces divers éléments qu’on peut nommer les facteurs de l’instantanéité, les uns obligent à augmenter la pose, les autres à la diminuer. On sait de plus qu’au point de vue de la beauté d’un cliché, il y a toujours intérêt à allonger la pose, et qu’entin en ce qui concerne la certitude du résultat jamais l’emploi d'une pose trop courte n’a pu être recommandé. Il s’ensuit qu’il n’y a intérêt à diminuer la pose qu’en raison du mouvement propre de l’objet
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- POSITIONS DU LEVIER DE MANOEUVRE.
- I Au repos ou après la pose. 2 Pendant la mise au point. 3 À l’armé ayant lapose
- Le bouton de mise au point est sur le côté.
- Fig. i. — Manœuvre de l’obturateur représenté ligure 2.
- photographié, et qu’il n’est jamais utile, mais bien plutôt dangereux, d’employer un temps de pose sciemment trop court. Il faut donc pouvoir modifier son temps de pose, c’est là qu’apparaîtra l’habileté de l’amateur qui saura prendre un juste milieu et proportionner sa pose, de façon à poser le plus possible tout en allant assez vite pour saisir le mouvement qu’il étudie. Ceci montre surabondamment la nécessité de la multiplicité des temps de pose.
- II. Variation du temps de pose en plus et en moins. —Nous supposons en notre possession un obturateur donnant différents temps de pose. Est-ce suffisant? Evidemment non. En voici la raison. Certains des facteurs de l’instantanéité ont des variations rapides et inattendues : si elles viennent à se produire au moment précis de 'l’opération photographique, les données du problème se trouvent par là même brusquement modifiées.
- Pour nous retrouver dans des conditions satisfaisantes, il faut immédiatement faire varier notre temps de pose, et ceci le plus rapidement possible sans être obligé de désarmer notre obturateur ou de refermer notre châssis qui se trouve ouvert, sous peine de laisser échapper le sujet qui nous intéresse.
- Dans la pratique, le fait suivant se produit cou-*
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- stammenl. Au moment où l’objet que vous attendez va se présenter dans le champ de l’objectif, sa vitesse se modifie. Ayant préparé un temps de pose lent, le mouvement dudit objet s’accélère, ou inversement disposé pour saisir un mouvement rapide, celui-ci se ralentit ou cesse même.
- En opérant sans changement aucun, dans le premier cas vous n’aurez pas la netteté nécessaire, et dans le deuxième en employant une vitesse beaucoup trop rapide et devenue inutile vous risquez de compromettre le résultat.
- Nous posons donc en fait qu’on doit pouvoir faire varier le temps de pose en plus ou en moins au moment précis de la pose d’une manière simple et rapide. Nous verrons tout à l’heure par la description de notre obturateur que ce résultat peut être facilement atteint et rend les plus grands services.
- III. Reproduction à volonté d'un temps de pose donné. —
- Cette condition est des plus importantes; car c’est d’elle que dépend principalement la valeur pratique d’un obturateur. L’emploi d’un obturateur quelconque demande en effet une étude spéciale et un certain nombre d’expériences préliminaires avant d’en connaître les qualités.
- Lorsque dans certaines conditions de lumière, d’éclairage, avec un objet donné et un temps de pose déterminé, on aura obtenu une bonne épreuve d’un objet animé d’une vitesse connue, on aura acquis un premier point de repère. On saura que dans des conditions identiques il faudra em-
- ployer le même temps de pose. Alors à quoi nous servira un appareil si dans celte hypothèse nous ne sommes pas sûrs d’obtenir la même durée d’exposition identiquement? A rien évidemment, ce sera une incertitude constante, un tâtonnement perpétuel
- sans que l’expérience passée soit jamais d’aucun profit. Si au contraire nous sommes sûrs de pouvoir reproduire à volonté et quand il nous plaira un temps de pose jugé bon dans une expérience antérieure, la question change ; en peu de temps, nous saurons exactement ce que nous pouvons attendre de notre instrument. Nous pourrons travailler en toute certitude, sans même savoir, même approximativement la durée réelle de nos temps d’exposition. 11 suffit que notre appareil porte non pas une graduation mais un simple numérotage. Sachant que'dans tel cas, la vitesse n°5,par exemple, est la vitesse qui nous est nécessaire, et cette vitesse étant par construction toujours la même, il s’ensuit que notre obturateur possédera au point de vue pratique toute la perfection désirable. Rien n’empêche d’ailleurs de le graduer par les procédés scientifiques. Cette connaissance, qui ne peut avoir d’utilité du reste.que pour donner plus de précision au langage photographique en matière d’instantanéité, n’est d’aucune importance au point de vue pratique.
- Il existe des appareils gradués en unités de temps en centièmes de seconde par exemple. Cette graduation, comme nous venons de le voir, n'offre aucun avantage particulier. Elle a l’inconvénient de
- Fig. Z. — Chambre photographique à deux obturateurs.
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- faire de l’obturateur uu instrument d’extrême précision, par conséquent délicat et coûteux; de plus l’extrême multiplicité des temps de pose ne différant tous que d’un centième ne laisse pas que d’être embarrassante et en grande partie inutile.
- L’usage a démontré qu’un appareil possédant 6 à 7 vitesses nettement différentes les unes des autres, était certainement préférable.
- IV. Simplicité du mécanisme. — La photographie instantanée est toujours une opération hâtive, il est donc nécessaire de ne pas en augmenter les difficultés déjà assez grandes par l’emploi d’instruments trop compliqués.
- Il est surtout un point qu’on ne peut négliger, c’est l’opération qui consiste à armer l’obturateur,
- dès que la mise au point est achevée. Dans certains appareils, il faut huit à dix mouvements et l’emploi des deux mains pour faire cette opération. Ajoutez à cela le temps nécessaire pour enlever le verre dépoli, mettre le châssis et l’ouvrir, et vous verrez que la moitié du temps vous arriverez trop tard.
- Il est donc indispensable que cette opération se fasse en un seul mouvement. La vitesse a dû être déterminée d’avance, quitte à la modifier comme nous l’avons dit au cas où cela serait nécessaire. En résumé nous devrons demander à notre obturateur :
- 1° De donner plusieurs temps de pose nettement différenciés les uns des autres;
- 2° De permettre instantanément des variations de pose en plus ou en moins ;
- 5° De reproduire à volonté un temps de pose donné ;
- 4° D’accomplir tous ces mouvements avec la plus grande simplicité.
- OBTURATEUR LOXDE-DESSOUDEIX.
- La construction d’un obturateur basé sur ces données ne laissait pas que de présenter quelques difficultés. Grâce à l’aide de notre collaborateur M. Dessoudeix, elles ont toutes été surmontées et l’appareil qu’il nous a fait ne laisse rien à désirer.
- L’obturateur que nous représentons figure 2 se compose d’une petite boîte carrée très mince qui renferme tout le mécanisme et se fixe sur la planchette de la chambre. L’objectif se place sur l’obturateur au moyen d’une petite planchette mobile,
- ce qui permet la substitution facile d'un objectil à un autre. A l’intérieur, un disque percé d’une large ouverture en forme de secteur permet, par son passage, l’introduction rapide des rayons lumineux. Ce disque est entraîné par un ressort que l’on peut tendre plus ou moins au moyen d’une manette extérieure qui se meut sur une demi-couronne portant sept encoches. Chaque encoche numérotée correspond à une tension du ressort et par suite à une vitesse donnée. Les variations du temps de pose sont produites en déplaçant la manette d’une encoche dans une autre. Une deuxième manette, située au-dessus de la première, permet la mise au point et sert à armer l’appareil (fig. 1).
- La mise au point s’obtient en faisant mouvoir le disque au moyen de ladite manette jusqu’à ce que l’objectif soit totalement démasqué. Si alors on
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- appuie sur le bouton extérieur et qu’on lâche le disque, celui-ci est immobilisé dans cette position, ce qui permet d’abord la mise au point, puis de se servir de l’objectif comme s’il n’y avait pas d’obturateur.Apres la mise au point, lorsqu’il s’agit d’armer 1 appareil, il suffît de continuer le mouvement de la manette jusqu’à l’endroit portant le mot départ. L arrêt de la mise au point se retire automatiquement. Le déclenchement s’opère au moyen d’une poire pneumatique.
- Voyons maintenant comment cet obturateur réalise les conditions énumérées ci-dessus :
- 1° Les différents temps de pose sont obtenus par un simple déplacement de la manette d’une encoche à une autre;
- 2° On obtient toujours un même temps de pose lorsque la manette est dans une même encoche;
- 5° L’appareil est construit de telle manière que, même armé, on peut passer d’une encoche quelconque à une autre, ce qui permet de faire varier la pose en plus ou en moins au moment précis de l’opération;
- 4° La simplicité du mécanisme est telle, qu’un seul mouvement suffît pour modifier la vitesse; il en est de même pour armer l’appareil après la mise au point.
- Tel est l’obturateur qui nous sert constamment, soit en voyage soit à l’hôpital pour les photographies médicales ; il fait partie intégrante de notre chambre noire et il nous permet d’être toujours prêt à toutes les éventualités.
- Pour l’obtention des vues stéréoscopiques, nous avons dû adopter une disposition spéciale nécessitée par les besoins de la pratique. L’image stéréoscopique est formée par la superposition de deux images prises sous un angle différent qui donnent, par leur réunion, un effet de relief saisissant.
- Suivant l’éloignement de l’objet photographié, il est nécessaire d’augmenter l’écartement des objectifs sous peine d’avoir un relief insuffisant. Ce résultat peut être obtenu au moyen de deux chambres indépendantes qu’on écarte l’une de l’autre.
- Nous préférons n’employer qu’une chambre unique, divisée en deux, bien entendu. Nous y fixons deux petits obturateurs identiques montés sur des planchettes coulissantes qui leur permettent de s’éloigner ou de se rapprocher (fig. 3).
- Deux petits soufflets interceptent la lumière qui pourrait entrer dans la chambre lorsque l’on écarte les objectifs. L’écart peut varier entre 7 et 14 centimètres ce qui est bien suffisant en pratique pour la photographie instantanée. Cette disposition nous a rendu les plus grands services. Les deux obturateurs sont déclenchés précisément au même moment par une poire pneumatique et un tube à embranchement. Rien n’empêche, du reste, de se servir des obturateurs d’une manière indépendante et successive. Nous serions trop heureux si la description de cet appareil pouvait contribuer à remettre à la mode la photographie stéréoscopique, qui, lors-
- qu’il s’agit d’instantanéité donne les résultats les plus intéressants.
- En terminant, qu’il nous soit permis de dire quelques mots du rôle actuel de la photographie instantanée. Ce rôle est complexe, à la fois scientifique et artistique : scientifique, parce quelle permet d’étudier une série de phénomènes que l’œil est impuissant à analyser ; artistique, parce qu’elle enlève aux productions photographiques la sécheresse, la monotonie, en y ajoutant la vie et le mouvement.
- Et par cela même nous pouvons dire qu’il ne doit pas y avoir confusion entre ces deux applications de la nouvelle branche de la photographie.
- Le but est différent, les moyens employés également, les résultats ne se ressemblent pas. Si nous prenons les belles études de MM. Muybridge et Marey sur la locomotion de l'homme et des animaux, nous avons des résultats de la plus haute valeur physiologiquement parlant, mais qui, au point de vue photographique, laissent beaucoup à désirer. La photographie n’est ici, du reste, qu’un moyen d’analyse.
- Dans la photographie artistique, le but est tout autre, il s’agit de représenter la nature telle que nous la voyons. Et c’est avec raison qu’on a le droit d’être choqué par certaines révélations de la photographie instantanée. Certaines phases de la marche de l’homme, de l’allure des animaux, sont loin d’être gracieuses, et si elles ont un puissant intérêt pour le physiologiste, l’amateur doit les éviter avec soin. Notre œil ne perçoit, en effet, que certains mouvements qu’on peut appeler extrêmes, qui se trouvent entre l’aller et le retour d’une position à une autre ; pousser l’analyse plus loin, c’est empiéter sur le domaine de la science. Or, comme nous l’avons dit tout à l’heure, il ne doit pas y avoir confusion.
- Du reste un revirement s’opère actuellement. Si, au début des procédés rapides et par une noble émulation, on a voulu en quelque sorte épuiser la question, on s’est bien vite arrêté dans cette voie. Le joli résultat que de photographier un beau cheval au galop et d’en faire une rosse désarticulée, ou de saisir un train express avec une telle perfection qu’il ait l’air d’être arrêté. Ce sont des tours de force qu’on réalise au prix de nombreux essais infructueux dont on ne se vante pas et qu’on ne renouvelle pas, car, il faut bien le dire, ce n’est toujours qu’en sacrifiant certaines qualités du cliché qu’on arrive à de tels résultats.
- Maintenant on ne cherche pas tant à vaincre des difficultés qu’à reproduire avec goût et perfection ces mille et mille scènes de la vie journalière qui séduisent et intéressent à juste titre l’artiste et l’amateur.
- C’est là le domaine qu’il nous est permis d’exploiter et, certes, il est assez vaste. Nous avons fait reproduire, par le procédé de M. Charles Petit, une de nos photographies (fig. 4), qui, à notre avis, est précisément à la limite des deux domaines.
- Une compagnie d’infanterie passe sur un pont,
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- dans une petite ville ; nous avons proportionné notre temps de pose de façon à avoir un cliché venu dans tous ses détails, et net aux divers plans, tout en allant assez vite pour saisir tous les soldats pendant la marche. Et cependant une chose nous choque, c’est la démarche de nos tambours au premier plan. L’altitude est pourtant vraie, mais nous ne l’admettrions pas dans un dessin ou dans un tableau ; aussi devons-nous leviter si nous voulons faire des épreuves exemptes de tout reproche et qui soient l’exacte reproduction de ce que nous voyons.
- Albert Londe.
- LA
- NOUVELLE GALERIE PALËONTOLOGIQUE
- DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE DE PARIS (Suite et fin. — Yoy. p. 231 et 279.)
- La classe des Oiseaux est représentée dans la nouvelle galerie par les squelettes de Dinornis appartenant à quatre espèces (D. giganteus, crassus, elephantopus et didiformis). Les auteurs en ont décrit plusieurs autres et la multiplicité de ces espèces de grands oiseaux sur un espace aussi restreint que la Nouvelle-Zélande est un des faits les plus curieux de la zoologie (fig. 3).
- C’est en 1839 que Richard Owen annonça, d’après une portion de fémur fossilisée en Nouvelle-Zélande, l’existence d’un oiseau gigantesque du groupe des Autruches, des Casoars et des Nandous, qu’on réunit aujourd’hui dans un ordre particulier sous le nom de Brévipennes ou de Coureurs, et qui sont caractérisés par leur sternum aplati, sans bréchet, et par leurs ailes rudimentaires, incapables de voler.
- Ultérieurement les naturalistes néo-zélandais ont découvert quelques gisements où abondaient des os du même genre (Dinornis) que celui qui avait été décrit par Owen. Le Muséum en possède une belle collection donnée par M. J. Haast, directeur du Musée de Christchurch et rapportée par M. Filhol.
- L’espèce la plus étonnante est certainement le Dinornis giganteus, dont la taille, supérieure d’un tiers à celle des Autruches de l’ancien continent, dépassait 3 mètres. Le cou est très long; la tête, relativement très petite, indique un animal stupide ; les membres postérieurs sont forts, solides ; le pied pourvu de trois doigts ressemble à celui des Casoars ; on ne connaît pas les os du membre antérieur qui était rudimentaire comme celui des Aptéryx, curieux brévipennes de la Nouvelle-Zélande et de Tasmanie, qui vivent dans des terriers et ne sortent que la nuit pour aller chercher des vers et des larves d’insectes; mais dont le bec allongé, rappelant celui des Bécasses, diffère sensiblement de celui des Dinornis.
- On s’est demandé à quelle époque a eu lieu l’extinction des Dinornis. Tout nous prouve qu’elle est très récente. Les Néo-Zélandais donnaient à ces
- animaux le nom collectif de Moas, qui s’est perpétué par tradition. Dans d’anciens foyers on a trouvé des restes d’industrie humaine, des pierres arrondies, des éclats de silex en forme de grattoirs, des cendres, du charbon, et des os de Dinornis en partie calcines. Nous possédons au Muséum un de ces os ayant subi l’atteinte du feu et recueilli par M. W. Mantell. En outre on conserve au British Muséum une partie de squelette de Dinornis à laquelle adhèrent des muscles, des tendons desséchés, recouverts par les téguments dans lesquels sont implantés quelques restes de plumes. Ces preuves ont paru tellement décisives que des naturalistes ont espéré découvrir des Moas encore vivants et cachés dans quelque district inexploré; mais aujourd’hui cet espoir est perdu depuis que les progrès de la colonisation ont permis d’explorer complètement la Nouvelle-Zélande.
- Si l’homme s’est nourri de la chair de ces grands oiseaux, il a dû les détruire rapidement, car l’absence d’ailes rendait leur approche facile; d’ailleurs les œufs de Dinornis que nous connaissons aujourd’hui étaient probablement peu nombreux, comme ceux de Y Aptéryx qui ne pond que deux fois par an et dont chaque ponte consiste en un seul œuf. Tant que les Dinornis ont vécu, les anciens indigènes de la Nouvelle-Zélande ou Maoris ont eu de la viande à discrétion, avantage inappréciable dans un pays où les mammifères n’existaient pas, à l’exception d’une espèce de rat; mais la disparition des grands oiseaux n’a-t-elle pas été la cause de cannibalisme si développé chez ces populations? Cette question intéressante a occupé les anthropologistes et a été diversement appréciée; il résulte néanmoins des travaux les plus autorisés que les Maoris étaient anthropophages à l’époque même où ils chassaient les Moas, comme le prouve la découverte de foyers anciens où les membres d’oiseaux sont mélangés à des os humains.
- En même temps que les Dinornis, ont disparu plusieurs autres genres d’oiseaux de la Nouvelle-Zélande; ce curieux phénomène s’est produit aussi sur d’autres points du globe : à Madagascar, aux Mascareignes. L’homme et les animaux domestiques qui l’accompagnent partout ont du détruire les grands oiseaux de l’ordre des Brévipennes qui ne pouvaient pas, par un vol rapide, se soustraire à leurs poursuites (A. Milne-Edwards).
- Des oiseaux nous passerons aux Tortues, dont notre galerie renferme quelques beaux spécimens rapportés d’Amboulitsate et d’Etséré (Madagascar) par M. A. Grandidier qui a fait plusieurs voyages scientifiques dans cette île si peu connue.
- La plus grande Tortue fossile de Madagascar (Testudo Grandidieri) (fig. 1), dépasse par sa taille les grosses Tortues terrestres confinées aujourd’hui dans les îles Aldabra, au nord de Madagascar (Testudo elephantina etponderosa). Sa carapace est extrêmement épaisse, solide ; les ornements de la dossière font supposer que cette partie était
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- recouverte d’écailles rugueuses, bombées, tandis que l’autre Tortue fossile de Madagascar (Testudo abrupto) avait une carapace plus mince et une dossière protégée par des écailles peu saillantes, presque lisses (L. Vaillant).
- Ces Tortues ont été trouvées dans un gisement d’âge peu ancien et en compagnie d’os et de débris d’oeufs de VÆpyornis mavimus, oiseau mystérieux indiqué par Flacourt dès 1658 sous le nom de Vourou patra. L’œufde YÆpyornis, dont nous possédons quelques spécimens, a une capacité de plus de 8 litres, égale à celle de 6 œufs d’Au-truches et de 148 œufs de Poules ; peut-être est-il l’œuf du Roc dont parle Marco Polo et que les légendes arabes nous représentent comme le produit d’un immense oiseau de proie. Enfin avec ces restes de Tortues et d’Oi-seaux, M. A. Grandidier a recueilli les os d’un formidable Crocodile, retrouvé récemment à l’état vivant dans un lac de l’intérieur (Çroeodilus robus-tus), et une série de pièces d’un Hippopotame (Ilip-popotamus Lemerlei), bien distinct des espèces ac-
- tuelles du continent africain. Les carapaces des Tortues de Madagascar portent des dépressions, des sortes d’entailles accidentelles et qui ont pu être considérées comme des traces de blessures faites par des zagaies; mais il paraît plus probable qu’elles proviennent d’une maladie de l’os (ostéite) dont la cause n’est pas déterminée. Les bords des plastrons sont rugueux, usés par le frottement ; ces animaux devaient donc se traîner péniblement sur le sol, accablés par le poids de leur lourd abri.
- La distribution géographique actuelle des grandes Tortues terrestres est très curieuse : on ne les connaît que dans les îlots voisins de Madagascar et les Mascareignes d'une part, et dans l’archipel des Gallapagos près du littoral de la République de l’Equateur d’au tre part. Entre ces deux centres si éloignés, il n’existe aucune station intermédiaire.
- Que deviendront ces grandes Tortues? Avant, la fin du siècle elles auront probablement disparu, détruites par les marins qui les chargent à bord comme du bétail. Ainsi, peu à peu, l’homme exerce
- Fig. 1. — Testudo Grandidieri, de Madagascar.
- Fig. 2. — Galerie de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle. — Iclitijosaurus vivipare.
- une action funeste sur les œuvres de la création.
- Une autre Tortue fossile inscrite sous le nom de Testudo gigas provient d’un gisement tertiaire (Bournoncle-Saint-Pierre). Son nom paraît actuellement mal choisi, car elle atteint seulement les deux tiers de la taille des Tortues de Madagascar.
- Il nous reste enfin à dire quelques mots des Ichtyosaures représentés dans la nouvelle galerie par six spécimens d’une admirable conservation et provenant du lias d’IIolzmaden, près Boll (Wurtemberg).
- Les Ichtyosaurus, types de l’ordre des Reptiles
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- Knaliosauriens, ont une physionomie tellement étrange que la réalité scientifique dépasse ici les fantaisies les plus extravagantes des artistes chinois ou hindous. Cette tête énorme, terminée par un
- long museau armé de dents aiguës; ces gros yeux pourvus d'une sclérotique osseuse et qui devaient guider les évolutions nocturnes de ces animaux poursuivant les poissons endormis dans les mers
- Fig. 5. — série de squelettes de Uinornis, de la Nouvelle-Zélande. — Galerie de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle.
- (D’après une photographie.)
- liasiques ; ces quatre membres rappelant les nageoires des Cétacés et dont les parties molles étaient soutenues par une infinité d’osselets disposés en mosaïque; ce cou très court; cette forte nageoire caudale dont nous devinons sans peine le contour et qui a déterminé au moment de la fossilisation
- une inflexion constante des dernières vertèbres sur tous les spécimens connus ; ces vertèbres biconcaves, en forme de palet; cette peau lisse, sans écailles ; enfin cet ensemble de caractères disparates qui indiquent la fusion en un type unique des particularités paraissant propres aux animaux les plus
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- éloignés, sont et seront toujours pour le naturaliste un nouveau sujet de surprise et de méditation. On peut donc dire que l’examen d’un lehtyosaurus révèle la paléontologie comme une science distincte par ses méthodes, ses tendances et ses destinées.
- Notre plus précieux spécimen est une femelle portant son petit dans l’abdomen (fig.'2). Ce n’est pas la première fois que l’on a vu des pièces de ce genre ; il en existe dans plusieurs musées d’Allemagne, notamment à Tubingen et à Stuttgardl; mais les anciens observateurs avaient déclaré que les lehtyosaurus, à l’exemple de certains poissons, mangeaient les petits de leur espèce. Cette opinion fut bientôt combattue par des arguments d’une valeur incontestable : ainsi, on fît remarquer que les coprolites des Ichtyosaures avaient une forme constante et portaient des sillons régulièrement disposés et correspondant à une valvule spirale, analogue à celle de l’intestin des Squales; on ne comprenait pas dans ces conditions comment les Ichtyosaures avalés conservaient encore leur forme; d’autre part on constata que les petits étaient toujours placés dans l’abdomen des gros de telle sorte que le rostre était tourné vers la région anale, dans la position d’un fétus dont la parturition est imminente. On en conclut naturellement que les Ichtyosaures étaient vivipares comme quelques Reptiles et quelques Poissons. Mais portaient-ils un ou plusieurs petits? En général on n’en aperçoit qu’un seul, cependant M. A. Gaudry a vu au Musée de Stuttgardt une femelle dont l’abdomen renfermait plusieurs fœtus. Dans ces derniers temps, la viviparité des Ichtyosaures a été complètement élucidée par M. Seeley qui a examiné la plupart des spécimens connus dans les musées de l’Europe.
- Notre petit fœtus est pourvu de deux pattes reconnaissables, qui paraissent être les pattes antérieures, normalement plus grandes que les postérieures. On a ainsi la preuve que les Ichtyosaures ne subissaient pas de métamorphoses et ne passaient pas par un stade imparfait comme les Ratraciens.
- Je ne puis donner plus d’extension à cette courte note sur la nouvelle galerie de paléontologie; j’ai voulu signaler seulement les résultats acquis avec les faibles moyens mis à la disposition de M. le professeur Gaudry et de l’administration du Muséum. Ces ressources eussent été insuffisantes, si le regretté professeur Serres, par une disposition testamentaire, qui honore sa mémoire et témoigne de son amour pour la seience, n’avait pas légué une somme importante pour l’accroissement des séries de vertébrés fossiles. On peut être certain désormais que le jour où l’espace sera accordé plus largement, les collections paléontologiques de notre musée national attireront l’attention non seulement des naturalistes, mais aussi des philosophes, des artistes et des penseurs, qui cherchent à connaître les origines, les beautés et l’évolution du monde organisé. Dr P. Fischer.
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- FALSIFICATIONS DU BEURRE
- 11. E. Rabot, docteur ès sciences, chimiste expert à Versailles, a lu dans une des dernières séances 1 de la Société d'encouragement, une note très intéressante sur l’analyse des beurres.
- Après avoir exposé rapidement les différents procédés mis à l’étude par les chimistes pour l’analyse des beurres purs et la connaissance précise des falsifications, l’auteur conclut en disant que tous les moyens chimiques exposés jusqu’ici ne permettaient pas d’affirmer la falsification de cet aliment, à moins d’en faire l’analyse complète, opération longue et délicate.
- M. Rabot a trouvé un caractère physique spécial que personne n’a signalé avant lui.
- Ce caractère repose sur la propriété optique des cristaux des acides gras solides.
- Ces cristaux, qui n’existent jamais dans le beurre naturel pur, préparé par le battage de la crème, dépolarisent le rayon lumineux, et cela d’autant plus fortement qu’ils appartiennent à un acide plus solide. Us deviennent lumineux et présentent certains caractères particuliers qui les différencient, tandis que la substance qui les entoure reste non éclairée.
- Cette propriété permet donc de reconnaître, par un simple examen qui ne demande que quelques minutes :
- 1° Le beurre pur;
- 2° Le beurre naturel fondu ;
- 3° Le beurre mélangé de margarine :
- 4° La margarine seule ;
- 5° Le suif dit alimentaire, souvent mélangé, au lieu de la margarine, avec du beurre et de l’oléine.
- Le beurre ranci ne devant son altération qu’à un acide gras volatil, l’acide butyrique, ne donne rien par ce procédé ; il n’agit pas sur le rayon polarisé.
- C’est donc un moyen de constatation rapide, infaillible, de la falsification.
- L’expert, renseigné, n’a plus qu’à procéder à l’analyse pour établir le quantum de falsification.
- Dans le procédé analytique, M. Rabot apporte aussi certaines modifications de détail ayant trait :
- 1° Au point de fusion et de solidification du beurre et des corps gras servant à le falsifier ;
- 2“ Au chiffre moyen d’acides gras solides donné par les beurres naturels ;
- 3* Au caractère donné par les éthers des acides gras volatils.
- La communication de M. Rabot a été renvoyée à l’examen du comité d’agriculture.
- L’OLIVIER ET LA VIGNE.EN ALGÉRIE
- On sait combien l’Algérie offre au colon de ressources agricoles variées. Depuis quelques années l’olivier et la vigne ont remarquablement prospéré dans notre colonie. Il nous a semblé intéressant de donner à ce sujet des renseignements à nos lecteurs, et nous nous sommes adressés à cet effet à un praticien compétent, M. Lucien Chan-cerel, garde général des forêts, actuellement en
- 1 Séance du 10 avril 1885.
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- Algérie, qui a bien voulu nous envoyer la notice suivante :
- Les cultures de l’olivier et de la vigne sont de celles que l’on peut regarder comme réellement avantageuses en Algérie ; le colon ne doit produire des céréales et des bestiaux que pour les besoins de sa ferme; car, dans les années de sécheresse, la récolte n’est jamais rémunératrice, et, dans les années de pluies, les indigènes débordent la production française, grâce à l’étendue de leur surface de culture et de parcours; ayant adopté l’assolement triennal ou biennal, et se contentant de gratter superficiellement la terre avant de l’ensemencer, ils produisent sans fumure et à peu de frais. Le colon français doit donc chercher des bénéfices dans des cultures spéciales.
- L’olivier, très répandu en Ka-bylie, est un des revenus les plus importants de cette contrée. Dans la vallée de Beni-Mansour, à Bougie, on rencontre de véritables forêts d’oliviers ; celle de Ben-Ali-Cherif est une des plus remarquables. On voit de ces arbres, greffés depuis longtemps, qui donnent chacun de 40 à 50 doubles décalitres d’olives, fournissant un rapport de 60 francs à 75 francs et souvent plus.
- L’olivier possède un enracinement pivotant et traçant qui s’adapte à tous les sols; il se plaît à toutes les expositions, particulièrement aux expositions sud et ouest, a toutes les altitudes, sauf aux altitudes supérieures à 1000 mètres environ. Le mouvement de la sève dans l’olivier est très lent, et. sa force ascensionnelle peu considérable; il en résulte que la végétation de cet arbre est aussi très lente, mais très régulière, et donnant un bois compact et homogène ; il en résulte encore que, sur un olivier dépérissant, les branches les plus élevées sécheront les premières et que ce sont elles qu’il faut éliminer dans l’opération de la taille. Un olivier devra donc, dans tous les cas, être taillé de manière que ses branches basses puissent recevoir l’action des rayons solaires, et que le trajet de la sève soit abrégé et rendu plus facile.
- Mais le colon, qui vient s’établir en Afrique, n’est pas en général assez heureux pour posséder ou acquérir des plantations d’oliviers, dont les indigènes aussi bien que les concessionnaires européens connaissent toute la valeur ; il lui faut créer par lui même ces richesses d’avenir. Exposons les procédés que nous croyons les plus simples et les plus rapides pour arriver à ce but.
- Dans la plus grande partie du Tell algérien, il est facile de se procurer des oliviers sauvageons ; ils abondent dans toute la Kabylie ; pour gagner du temps, le cultivateur devra choisir des sauvageons de 6 à 8 ans; s’ils étaient beaucoup plus âgés, les frais de transport seraient trop considérables et la réussite moins certaine. Si l’on opère
- en terrain sensiblement horizontal, les plants sont disposés dans des trous, auxquels on laisse une légère inflexion en forme de cuvette, pour recueillir les eaux pluviales ; la pénétration des pluies d’hiver dans les couches profondes du sol est, en effet, une condition importante de réussite; si le terrain est en pente, on disposera la cuvette un peu au-dessus des plants ; ceux-ci seront espacés de 3 mètres environ dans tous les sens (Jig. 1).
- Les plants mis en terre après les premières pluies, en novembre ou décembre, on les arrosera et on les laissera reposer pendant un an ; c’est au printemps de l'année suivante que l’on commencera le greffage; le jeune plant sera coupé de 0œ,50 à lra,50 du sol, et recevra sur sa tige les écussons de greffe ; ce système des écussons donne d’excellents résultats.
- Si l’on a placé les oliviers à 5 mètres de distance dans tous les sens, on aura, sur un hectare, environ 1090 pieds d’arbres donnant, 6 ou 7 ans après le greffage, de 545 à 1090 doubles décalitres d’olives, soit un rapport net de 800 fr. à 1600 fr. par hectare; ce revenu croîtra progressivement dans les années suivantes ; on arrive rapidement au chiffre de 2000 à 4000 doubles décalitres d’olives par hectare; c’est-à-dire au revenu de 3000 fr.’ à 6000 fr. On obtiendra des résultats plus rapides et plus considérables, si l’on peut irriguer les oliviers jusqu’au mois de juillet, c’est-à-dire jusqu’à la période du repos de végétation d’été.
- Les dépenses nécessaires pour des plantations d’oliviers
- ne dépassent pas 2000 francs par hectare, jusqu’au moment où elles commencent à rapporter : 1000 fr. pour les Irais de création, 1000 francs pour les frais d’entretien (binages, taille, canaux d’irrigation, etc....) On voit donc que ce sont des opérations fort avantageuses; mais il faut attendre 6 à 8 ans, parfois 10 ans; et si le colon recherche des profits plus rapides, il doit combiner la culture de l’olivier avec celle de la vigne.
- La vigne, en Algérie, donne un rendement rémunérateur 3 ou 4 ans après sa plantation ; en moyenne, la production annuelle est de 45 hectolitres à l’hectare, pouvant fournir un rapport net de 800 fr. à 1000 fr. L’Espar, le Morastel, le Carignan, le Petit-Boucher, sont les principaux cépages que l’on doit choisir; l’Aramon sera.écarté comme trop sensible aux gelées printanières et au siroco. Le siroco est, du reste, un ennemi dangereux pour tous les cépages; il dessèche le sol et les tissus végétaux, et produit l’occlusion des stomates des feuilles par les innombrables et fines particules de sable qu’il transporte avec lui ; en quelques jours, il peut compromettre une belle récolte; constituer contre lui des rideaux d’abris formés de cyprès, de figuiers de Barbarie, et surtout d’oliviers est une excellente opération.
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- Fig. 1. — Section verticale d'une plantation d’oliviers en Algérie.
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- typ r«s pyramidaux.
- Plan des rideaux d’abri
- Une plantation de vigne en Âlgérie contre le siroco.
- Fig. 2.
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- Le cyprès pyramidal, planté en lignes, fournit une épaisseur de feuillage considérable; le rideau est complété avantageusement, dans la partie inférieure, par des figuiers de Barbarie, qui donnent un fruit recherché par les indigènes; si l’on ajoute plusieurs rangées d’oliviers, on obtient un abri très complet contre les ravages du siroeo, tout en donnant à la propriété une grande valeur d’avenir (fig. 2).
- A ces intéressants renseignements, nous en joignons quelques autres, que nous adresse un cultivateur algérien, sur les ennemis de la vigne en Algérie. Ils formeront, en quelque sorte, le complément de la notice que l’on vient de lire.
- Le phylloxéra n’a pas fait son apparition dans la co-
- lonie et toutes les mesures prises pour l’arrêter au passage font penser avec raison qu’il ne s’y introduira pas. Le sol, le climat de l’Algérie sont admirablement favorables à la production du raisin et les récents succès des viticulteurs algériens au Palais de l’Industrie montrent que la pratique de la vinification n’est pas inconnue de l’autre côté de la Méditerranée. Mais si les vignerons algériens n’ont pas à redouter le phylloxéra, il ne faut pas croire qu’ils n’aient à préserver leur vignoble d’aucun ennemi. En dehors de l'Oïdium, du Peronospora, qui font comme en France quelques dégâts, les vignes algériennes sont surtout ravagées par YAltise qui est connue sous le nom de mouche verte à l’état d’insecte parfait et dont la larve est appelée chenille.
- L’Altise, particulièrement sa larve, dévore les jeunes
- feuilles et laisse es raisins exposés aux durs rayons du soleil d’Afrique; les raisins se dessèchent avant d’arriver à maturité. On combat l’Altise de diverses manières : les uns essayent des poudres insecticides ; d’autres emploient le soufre, particulièrement le minerai de soufre d’Apt, à très fortes doses ; le plus grand nombre ramasse l’insecte parfait au moyen de grands entonnoirs en fer-blanc. Un des moyens les plus efficaces consiste dans l’emploi des liquides insecticides, et, parmi ceux qui ont donné les meilleurs résultats, il faut citer la décoction de tabac marquant 4° à 5° à l’aréomètre Baumé.
- La récente apparition du pulvérisateur de l’américain Riley, pulvérisateur qui permet de projeter les liquides sous forme de poussières très fines et dans tous les sens autour de la plante à traiter, a donné plus d’extension encore à ce traitement. Le dessin que nous donnons ci-dessus (fig. 3), montre un tonneau à bras muni d’une
- pompe à piston plongeur alimentant deux pulvérisateurs Riley fixés à l’extrémité de deux tubes en caoutchouc. La pompe est munie d’un réservoir d’air pour donner une forte pression au liquide qui s’échappe par les pulvérisateurs ; c’est une condition essentielle pour le bon fonctionnement de ces petits appareils. Les tubes en caoutchouc permettent aux ouvriers de répandre le liquide insecticide sur 8 ou 10 pieds de chaque côté sans déplacer le tonneau. Le travail est ainsi très rapide et des plus pratiques.
- Cet appareil, qui est employé dans un grand nombre de fermes, a été imaginé par M. Julien Billiard, le grand vulgarisateur des machines agricoles en Algérie. Il est construit par M. Noël de Paris et livré au commerce par M. Billiard à Mustapha et à Oran.
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- MACHINE A ÉCRIRE ÜE M. HALL
- On nous a souvent demande des renseignements au sujet des machines à écrire, dont l’emploi est,
- jusqu’à présent, bien peu répandu en France. Nous avons donné autrefois la description de celles de Remington 1 et de Mailing-Hansen2; mais nous pensons qu’il sera agréable à un grand nombre de nos lecteurs de nous voir revenir sur ce sujet en faisant
- Fig. 1. — Nouvelle machine à écrire américaine de M. Hall.
- connaître une nouvelle machine qui a l’avantage d’être peu coûteuse et très portative. Cette machine est due à un Américain, M. Hall.
- Elle est cnferme'e dans une boite de 38 centimètres de long, 22 de large et 10 de haut. Le poids est de 5 kilogrammes, y compris la boîte. Le dessin que nous en donnons ici la représente réduite au tiers environ.
- On voit que toute la machine est supportée par un châssis YY qui repose sur le fond de la boîte et auquel on peut donner une certaine inclinaison au moyen cle petits supports T? fixés sur ses côtés. Tout le mécanisme imprimeur est supporté par la planchette A. Si on fait pivoter cette planchette autour de la crémaillère ronde L qui lui sert de support, on découvre la partie inférieure du châssis YT, où se place le papier. On y voit, en effel, un cylindre B en caoutchouc, pouvant tourner sur son axe, et sur lequel vient
- s’appliquer une plaque de cuivre semi-cylindrique C, qui est fixe. En tirant le bouton Q, on sépare un peu cette plaque du cylindre B, ce qui permet d’introduire entre les deux le papier F. Celui-ci, une fois en place, se trouve maintenu par la pression de C sur B et il ne pourra pas avoir de mouvement latéral; mais, si l’on fait tourner le cylindre B, il se trouvera entraîné par ce mouvement dans le sens de sa hauteur. C’est ai nsi qu’on obtient la séparation des lignes. On actionne B à la main, soit au moyen d’un bouton 0> soit par une petite pédale P placée à côté ; il suffit, après chaque ligne terminée, de donner un coup sur cette pédale pour faire monter le papier d’une quantité déterminée à l’avance.
- Pour limiter la longueur des lignes suivant le
- 1 Yoy. ii° 197 . du 10 mars 1877, p. 225?
- - Yoy. n" 589, du 15 novembre 1880, p 384-
- Fig. 2 et 3. — Détails du manipulateur.
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- format du papier, on se sert de la graduation mar j gnon I, comme il a été dit, et dont on ne voit pas quée en G qui correspond a celle de la règle M le détail sur la figure 1. On aperçoit seulement en située à la partie supérieure du châssis. On fixe-sur 1IJ l’extrémité d’un petit levier qui, par un système celle-ci deux curseurs S et T qui limitent la course d’échappement très simple et très ingénieux, pro-du mécanisme imprimeur; car il faut évidemmentf*duit l’effet demandé. Les ressorts G servent à souque ce soit celui-ci qui se déplace dans le sens latéral puisque le papier ne peut le faire. Lors-
- qu’on a placé le papier, on rabat la planchette A dans la position indiquée sur la figure 1. Elle porte, comme nous l’avons dit, tout le mécanisme destiné à l’impression et nous appellerons cet ensemble le chariot imprimeur. La première opération à faire lorsqu’on veut commencer à écrire est de le pousser vers la gauche jusqu’à l’arrêt S qui détermine l’endroit où doit commencer la ligne. Pendant ce déplacement, le pignon I qui engraine sur la crémaillère ronde L se met à tourner et il remonte un ressort duquel il est solidaire. Cette force emmagasinée
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- Fig. i. — Spécimen de quelques caractères tracés par la machine à écrire de M. Hall.
- sera utilisée ensuite pour produire automatiquement le mouvement en sens inverse, c’est-à-dire vers la droite.
- En avant de la planchette A on voit une pièce E qui est le manipulateur. Il est représenté de profil et en détail sur la figure 2, et on voit que son extrémité est terminée par une pointe V. Celle-ci est destinée à être placée dans des trous pratiqués sur une plaque d’ébonite D et qui correspondent aux lettres, signes, chiffres ou caractères quelconques qu’il s’agit d’imprimer. Ces trous, au nombre de 75, sont placés sur huit rangées et le manipulateur, bien que relié à l’ensemble du mécanisme, est disposé de telle sorte qu’on peut immédiatement et sans aucun effort présenter sa pointe en regard de l’un quelconque des trous de la plaque D (fig. 1).
- - Lorsqu’on est arrivé sur la lettre choisie, on appuie légèrement, l’impression se fait aussitôt et le chariot se déplace, à droite, d’un cran de la crémaillère L, ce qui donne l’espace entre les lettres. Pour obtenir l’espace entre les mots on frappe sur la touche R (fig. 1) et on obtient un déplacement d’un cran sans imprimer aucun signe. Cet avancement automatique du chariot est produit par un mécanisme dont le ressort est remonté par le pi-
- lever ce levier pendant qu’on transporte le chariot vers la gauche. On est averti qu’on va être obligé de procéder à cette opération par un timbre U qui sonne lorsqu’on approche de la fin de la ligne.
- 11 nous reste maintenant à expliquer comment il se fait que'chaque lettre, choisie au hasard sur la plaque 1), s’imprime exactement à l’endroit voulu sur le papier. Le système qui donne ce résultat est très ingénieux, mais il est difficile de se rendre compte de sa construction sans avoir l’appareil sous les yeux. Nous allons cependant essayer de faire comprendre son fonctionnement.
- Le manipulateur E est relié sous la planchette A à un assemblage de carrés et de rectangles métalliques a articulés et guidés par des courbes. On voit cet ensemble en A' (fig. 5). Celte disposition agit sur un alphabet en caoutchouc fixé en ee, portant en relief les 75 caractères indiqués sur la plaque D. Toutes les fois qu’on déplace le manipulateur dans un sens quelconque, cet alphabet suit son mouvement, de telle sorte que, si l’on fait parcourir à la pointe du manipulateur toutes les lignes de la plaque D, chacun des caractères, à un moment donné, viendra se présenter en un certain point situé au centre de l’appareil, sous le bouton X. Le moment où l’un quelconque des caractères occupe cette position correspond précisément au moment où la pointe du manipulateur se trouve en face du trou de la plaque D portant l’indication du même caractère.
- Si, à ce moment, on opère une légère pression (la planchette A reposant sur le bord antérieur du châssis Y par l’intermédiaire de petits ressorts f (fig. 2), ce qui lui donne une certaine élasticité), le bouton métallique g viendra comprimer la lettre située au-dessous de lui et la forcera ainsi à s’imprimer sur le papier.
- Une toile de coton imbibée d’encre frotte constamment sur l’alphabet, elle est fixée sur un chas* sis R' (fig. 5) qu’on a représenté ouvert, mais qui, pour occuper sa position naturelle, doit être rabattu sur la partie A', c’est-à-dire en dessous de la planchette A. Un petit trou d ménagé au centre de cette toile correspond au bouton g et est destiné à livrer passage à la lettre au moment de l’impression. L’encre étendue sur la toile peut suffire pour au moins huit jours sans renouvellement.
- L’appareil est accompagné de plusieurs alphabets. On peut en changer en moins de deux minutes; il suffit d’enlever celui qui est en place en desserrant les deux vis ee (fig. 5) et de le remplacer par un autre.
- Il ne nous serait pas possible d’entrer dans tous les détails de construction, le but de certains organes ne pouvant guère être expliqué qu’au vu de
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- la machine; mais nous espérons que les quelques explications qui précèdent suffiront à faire comprendre le principe de son fonctionnement. On arrive assez rapidement à apprendre la manipulation. Au bout d’une dizaine de jours de pratique on peut écrire 120 lettres a la minute et on arrive à 150 quand on a une grande habitude. On écrit donc plus vite qu’avec la plume; et on a l’avantage detre beaucoup plus lisible'. G. Maueschal.
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- CHRONIQUE
- Le navire cuirassé <i le Formidable ». — Le
- lancement du nouveau cuirassé h Formidable a eu lieu à Lorient le jeudi 16 avril, au moment de la marée de quatre heures. L’opération a parfaitement réussi.
- Le Formidable est le premier cuirassé de la marine militaire française. Il coûtera tout armé vingt-huit millions ! Jamais un navire militaire n’aura coûté aussi cher.
- Il mesure 104 mètres 40 centimètres de longueur, 21 mètres 50 centimètres de largeur et 15 mètres 60 centimètres de hauteur. Le blindage de ceinture a 55 centimètres d’épaisseur.
- Il sera actionné par deux machines à pilon ayant chacune leur propre propulseur.
- L’ensemble du moteur produira une force de 8500 chevaux; son équipage sera de 500 hommes, son tirant d’eau moyen de 7 mètres 80.
- L’armement est de 3 pièces d’artillerie de 57 centimètres placées sur des gaillards, chacune dans une tourelle. Ces tourelles seront réparties en trois points différents de la longueur et dans l’axe du navire.
- De plus, 12 pièces de 14 centimètres seront placées dans la batterie et 24 canons Hotchkiss sur le gaillard avant et arrière, hune et passerelles.
- Le Formidable n’est pas un navire d’expéditions lointaines. Son énorme tirant d'eau ne lui permet pas d’abord de traverser le canal de Suez, puis sa construction spéciale l’oblige U ne pas quitter pour ainsi dire nos côtes.
- Il sera, comme tous les cuirassés qu’on construit actuellement, sans voilure aucune ; les petits mâts qu’il possédera ne serviront qu’aux pavillons et aux signaux.
- Désinfection des chiffons par la vapeur. —
- Dans ces derniers temps, les chiffons de provenance étrangère importés à New-York ont été soumis à un procédé de désinfection qui s’est montré très efficace. Yoici quel est ce procédé : on enferme les balles de chiffons dans une caisse étanche dans laquelle on injecte de la vapeur surchauffée à 350° Fahrenheit (165°,5). Une exposition à cette température pendant cinq minutes environ, échauffe tellement les balles de chiffons qu’il faut deux heures pour qu’elles se refroidissent au-dessous de 100 degrés. Les expériences qui ont été faites ont prouvé que ce traitement anéantit complètement tous les germes contenus dans les chiffons, tandis que le traitement par l’acide sulfureux, essayé en même temps, a donné de mauvais résultats.
- 1 La machine américaine de M. Hall coûte 200 francs; le dépositaire pour l’Europe est M. Alvaro de la Gaudara, 2, pasage Mcndez-Vigo, à Barcelone.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 avril 1885. — Présidence de M. Boulev.
- Tremblements de terre d’Espagne. — C’est aujourd’hui que M. Fouqué communique le complément de ses observations sur les phénomènes sismiques de l’Andalousie. 11 insiste d’abord sur les relations des secousses avec la structure géologique du pays. Les failles qui séparent si nettement la zone agitée, de la serrania de Honda d’une part et de la sierra Névada, ont opposé aux trépidations une barrière infranchissable ; elles ont, en outre, réfléchi pour ainsi dire les secousses de façon qu’elles marquent les régions où le désastre a été maximum. L’épicentre du phénomène se trouve précisément au point d’intersection de la faille limite dont il s’agit avec la faille qui longe la sierra Tejea. D’après M. Fouqué, les ondulations sismiques qui se sont propagées selon la direction des couches du sol, émanaient d’un centre d’ébranlement situé vers 11 kilomètres de profondeur. L’auteur décrit la méthode qu’il a employée pour déterminer cette profondeur : nettement différente de celle de Robert Mallet et de celle de Lassaulx, elle n’est pas de nature à être exposée ici avec détail. En terminant, l’auteur constate que de toutes les hypothèses présentées jusqu’à présent pour rendre compte des tremblements de terre, la seule qu’on ne soit pas autorisé à rejeter absolument, relativement aux catastrophes de l’Espagne du Sud, est l’hypothèse volcanique : celle qui reconnaît dans le moteur du sol de l’eau longuement portée à une haute température. Il ajoute cependant que cette hypothèse n’a reçu aucune confirmation des observations qu’il vient de faire, et que si un volcan est en train de s’édifier dans la chaîne Bétique il faudra bien longtemps encore pour qu’il se manifeste au jour.
- L’oxydation de l’iode dans la nitrification naturelle. — M. Hervé Mangon, le nouveau ministre de l’agriculture, a présenté, à ses confrères de l’Institut, une note de M. Müntz sur cet intéressant sujeti M. Hervé Mangon s’est exprimé dans les termes suivants :
- « L’auteur s’est demandé comment les gisements de nitrates que l’on rencontre entre les tropiques peuvent renfermer un composé oxydé de l’iode, corps si peu disposé à se combiner avec l’oxygène et que l’on rencontre presque toujours ailleurs à l’état de composé hydrogéné. Il a supposé, et l’expérience lui a donné raison, que l’oxydation de l’iodure de potassium peut se produire en même temps que la nitrification des matières organiques, sous l’action du ferment nitrique, dont la découverte est due, comme on sait, à notre confrère M. Schlœsing et à M. Müntz lui-même.
- « En faisant couler, à travers un mélange de terre ni-trée des tropiques et de calcaire, un liquide contenant de faibles proportions d’iodure, on ne tarde pas, en effet, à recueillir une certaine quantité d’iodate. Le ferment des terres nitrées des tropiques paraît plus énergique que tout autre. Cependant, M. Müntz a pu fixer également l’oxygène sur l’iode par l’action de l’organisme nitrifi-cateur microscopique du terreau de nos contrées. Fait vraiment étrange et nouveau, cet organisme spécial, placé dans des conditions convenables, obéissant à la volonté de l’homme, réalise une synthèse chimique en vue de laquelle il ne semblait pas avoir été créé.
- « Les géologues ont signalé, depuis longtemps, la for-
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- malion de bancs de coraux et de quelques autres roches, par des êtres vivants. La note de M. Müntz nous révèle, à son tour, l’intervention d’organismes microscopiques dans la production des grands gisements de nitrates mêlés d’iodates et fournit ainsi un élément de plus à l’histoire du rôle immense que jouent, dans la nature, ces êtres infiniment petits dont les admirables travaux de M. Pasteur ont fait connaître l’importance. »
- L'épilepsie. — Poursuivant scs recherches sur l’épilepsie, 51. Vulpian constate aujourd’hui que l’excitation de la substance blanche du cerveau sous l’écorce grise soumise à la congélation provoque des attaques extrêmement violentes. Le meme auteur décrit une expérience faite sur un chien, d’où il conclut qu’unedemi-minuteaprès le dernier battement du cœur, toute trace d’excitabilité a disparu dans la matière du cerveau.
- Anesthésiques. — MM. Régnault et Villejean, passant en revue un certain nombre d’anesthésiques, se sont aperçus que les notions qu’on croyait posséder sur le chlorure de méthylène et le tétrachlorure de carbone avaient été fournies par des substances parfaitement impures. Ayant réalisé la préparation de ces corps dans des conditions de pureté inconnues jusqu’ici, ils ont trouvé que l’emploi de ces anesthésiques présentent les dangers les plus grands.
- Pour le dernier, ils posent en fait qu’au moment de l’anesthésie complète, on est absolument sûr de tuer l’animal en expérience. Il n’y a donc pas lieu de proposer l’emploi chirurgical de ces chlorures.
- Chimie minérale. — Par l’intermédiaire de M. Debray, un chimiste, dont le nom nous échappe, annonce qu’un mélange de phosphate d’alumine et de sulfate de potasse, porté une haute température, donne de l’alumine parfaitement cristallisé. En variant les phosphates employés, l’auteur a obtenu une longue série de substances diverses.
- Election. — Une place de correspondant étant vacante dans la section de botanique, par suite du décès de 51. Bentham (de Londres), la section avait présenté en première ligne M. Aghard (de Lund) et en seconde ligne, MM. Masters (de Londres) et Wiesner (de Vienne). Les votants, au nombre de 41, désignent à l’unanimité 51. Aghard qui est nommé.
- Varia. .— La couronne solaire attribuée aux poussières du Krakatau occupe 51. Forel (de Morges). — 51. Grand’Eury signale un sondage établi à la Grand’-Combe et qui a découvert la houille à plus de 700 mètres de profondeur, conformément aux données de la paléontologie végétale. — D’après 51. André, on produit un nou-
- veau sulfate double de cuivre et d’ammoniaque en faisant passer un courant de gaz ammoniac sous la solution concentrée de la couperose bleue. — Un nouveau sextant est soumfs par 51. Ainagat. — 5151. Daniel Klein et Jules Morel font connaître quelques combinaisons de l’anhydride tellureux. — Les éléments de la 246e petite planète sont déterminés par 51. Audoyer. Stanislas AIecnier.
- DISTRIBUTION POSTALE
- PAR TRAINS DIRECTS
- On a imaginé bjen des systèmes pour l'échange des sacs de dépêches par les trains en marche, et
- nous avons décrit ici même les appareils actuellement en voie d’expérimentation dans notre pays1. Nous reproduisons, d’après un journal des États-Unis, un mécanisme construit à cet effet, et qui nous paraît remarquable par son caractère d’extrême simplicité.
- Un crochet fixe porte à terre, à une faible distance du train, le sac de dépêches que l’employé de la poste devra saisir dans le xvagon postal pendant la marche. Un crochet mobile est mis en place dans une barre d’appui du fourgon postal. Ce crochet peut être tourné sur un axe central relié à un manche que l’employé tient en main. Quand le sac est saisi par la courroie de cuir, il suffit de faire légèrement basculer le crochet, et le sac ne saurait échapper. Quand il s’agit de laisser le sac de dépêches, il suffit défaire le mouvement inverse, et dans ce cas, le sac est placé sur la branche postérieure du crochet, tandis que la tige terrestre est orientée vers l’arrière du train en marche. Notre figure explique suffisamment ce mécanisme au sujet duquel il ne nous paraît pas nécessaire de donner de plus amples détails. Elle représente l’employé des postes au moment où saisissant le sac de dépêches placé sur la voie, il va faire basculer légèrement le crochet préhenseur. 11 ne lui restera plus qu’à saisir le sac à la main.
- 1 Yoy. n° 615, du 14 mars 1885, p. 234.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Appareil américain pour la distribution postale par trains en marche.
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- V 625. — 9 MAI 1885.
- LA NATURE
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- APPAREILS DE MESURE ÉLECTRIQUE DE M. LIPPMANN
- La mesure de l’intensité des courants électriques devient chaque jour plus importante, et s’il existe un grand nombre d’appareils destinés à effectuer cette mesure, bien peu présentent toutes les qualités exigées pour leur emploi pratique. Le plus grand nombre de ces appareils sont fondés sur des actions purement gal-vanométriques ; le type du genre est l’appareil bien connu de M. Marcel Deprez. Une petite aiguille en fer doux est placée dans le champ magnétique intense formé par les deux branches d’un aimant en U. Le courant à mesurer traverse une bobine et développe un champ magnétique dont les lignes de force sont dirigées perpendiculairement aux lignes de force de l’aimant. Sous l’action de ces deux champs, l’aiguille en fer doux prend une position intermédiaire qui dépend à la fois de l’intensité d’aimantation de l’aimant, de la forme de ses pièces
- de la forme, des dimensions et du'nombre de tours de la bobine, et de l’intensité du courant. Il n’y a donc, a priori, aucune relation simple entre les déviations et les intensités correspondantes, et c’est seulement par des artifices de construction qu’on arrive à obtenir sensiblement la proportionnalité entre les déviations et les intensités sur une certaine fraction de l’échelle. En réalité, cha-que’appareil demande un étalonnage particulier, et la détermination d’un certain nombre de points, d’où l’on déduit les autres par interpolation.
- Les galvanomètres ou ampères-mètres de M. Lippmann présentent cette particularité que leurs indications sont indéfiniment proportionnelles sur toute la longueur de l’échelle, et qu’il sulfit de connaître l’indication fournie par une intensité donnée pour en déduire aussitôt toutes les autres.
- Le principe nouveau appliqué par M. Lipp-
- Fig. 1.— Vue d’ensemble de l’ampère-mètre de M. Lippmann.
- polaires, de la forme et des dimensions de l’aiguille, | mann dans ses appareils consiste à équilibrer l’ac-
- Fig. 2. — Coupe longitudinale. Fig. F. — Coupe transversale.
- tion électromagnétique du courant à mesurer par une poussée hydrostatique qui est, à chaque instant, proportionnelle à l’intensité du courant ; il suffit de connaître l’un pour connaître aussitôt l’autre.
- 13e JUDée, — t" semestre.
- La figure I montre l’ensemble de l’ampère-mètre de M. Lippmann ; les figures 2 et 3 sont des coupes qui permettent d’en saisir facilement le principe et le fonctionnement.
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- Un manomètre à mercure ABC (fîg. 2) est placé entre les branches d’un aimant permanent, formé ici de deux branches en U, de telle manière que les deux pôles se trouvent de chaque côté de la branche horizontale du manomètre. Des masses de fer terminées en forme de tronc de cône servent d’armatures aux aimants permanents et permettent de concentrer le champ en B, pour le rendre aussi intense que possible en ce point.
- Le courant à mesurer est amené au mercure de la branche horizontale du manomètre et traverse cette branche verticalement; il arrive par la lame de platine D et sort par la seconde lame E.
- La poition de la colonne de mercure traversée par le courant représente un élément de courant mobile qui, placé dans le champ magnétique constitué par les aimants K, tend à se déplacer vers la droite ou vers la gauche ; la poussée exercée sur cet élément de courant est proportionnelle à son intensité ; elle produit donc une action hydrostatique qui se traduit par la dénivellation du mercure qui s’élève dans l’une des branches du manomètre jusqu’à ce que la pression hydrostatique fasse équilibre à la pousse électromagnétique.
- La théorie de l’appareil montre que la sensibilité de l’appareil est proportionnelle à l’intensité du champ et inversement proportionnelle à l’épaisseur de la colonne de mercure. C’est pour obtenir une grande sensibilité que la chambre B est très mince et que le champ est concentré en ce point par les appendices polaires de forme conique.
- Pour éviter d’avoir à lire des différences de niveau, on dispose sur l’une des branches un réservoir à large surface, de manière que le niveau dans cette branche reste constant, quelle que soit la dénivellation dans l’autre branche, constituée par un tube de verre de faible section. On donne à la branche à niveau constant une certaine hauteur afin de pouvoir effectuer les lectures, quel que soit le sens du courant. Dans la pratique, il est commode de disposer les aimants de telle façon qu’un courant ascendant dans la branche horizontale du manomètre produise une ascension du mercure dans la branche de verre, et un courant descendant, un abaissement du niveau du mercure.
- Lorsqu’on désire une sensibilité encore plus grande, il suffit de donner au tube de verre une certaine inclinaison; une dénivellation très faible produit alors un grand déplacement de la colonne de mercure. L’ampère-mètre de M. Lippmann est assez apériodique, en ce sens qu’il arrive lentement à sa position d’équilibre et s’y arrête sans la dépasser. Il est réversible, c’est-à-dire que si l’on met le mercure en mouvement à l’aide d’une force mécanique extérieure, et qu’on réunisse les deux lames de platine D et E par un circuit, ce circuit est traversé par un courant continu qui dure tant que dure l’écoulement du mercure. C’est une véritable machine unipolaire qui pourra peut-être recevoir un jour des applications, soit comme générateur
- mécanique d’électricité donnant peu de force électromotrice, mais une intensité considérable, à cause de sa faible résistance intérieure, soit comme étalon de force électromotrice constant, en assurant un écoulement constant et un champ magnétique constant que la machine unipolaire produirait elle-même.
- Le principe de l’ampère-mètre de M. Lippmann a été appliqué par l'auteur à plusieurs autres appareils, et, en particulier, à un électro-dynamomètre et à un watt-mètre qui figuraient à l’Exposition d’électricité de l’Observatoire, en mars dernier, dans l’intéressante collection de mesures présentée par la maison Bréguet.
- Dans Vélectro-dynamomètre, l’aimant permanent est remplacé par une bobine traversée par le courant à mesurer. Dans ces conditions, le champ magnétique n’est plus constant, mais il est proportionnel à l’intensité; il en résulte que les dénivellations du mercure sont proportionnelles au carré de l’intensité.
- Dans le watt-mètre, la bobine à gros fil est remplacée par une bobine à fil long et fin, très résistant, placée entre les deux points du circuit où l’on veut mesurer la dépense d’énergie électrique, tandis que le mercure est, comme à l’ordinaire, placé dans le circuit total traversé par le courant d’intensité 1. La bobine à fil fin montée en dérivation produit un champ magnétique proportionnel à chaque instant à la différence de potentiel E des deux points où elle est fixée ; les dénivellations du mercure sont, par suite, proportionnelles à chaque instant au produit El, c’est-à-dire proportionnelles, à chaque instant, au nombre de watts dépensés dans la partie du circuit considérée.
- En dehors de l’originalité du principe des appareils de M. Lippmann, ils présentent tous cette propriété précieuse de fournir des indications rigoureusement proportionnelles aux grandeurs à mesurer, ce qui en impose l’emploi dans un grand nombre de cas où l’on ne saurait se confier à un étalonnage par points, dans lequel tant de causes peuvent inter venir pour en fausser l’exactitude.
- E. Hospitalier.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- RE LA GARE D3 STRASBOURG 1
- La nouvelle gare centrale de Strasbourg est actuellement dotée d’un système d’éclairage électrique très complet qui a donné lieu 'a des études d’un grand intérêt pratique dont nous allons faire connaître les résultats. Nous parlerons d’abord de l’installation.
- Un bâtimeut spécial près de l’Administration contient 6 machines compound et 4 chaudières, ainsi que les dynamos. Une chaudière et une machine sont en réserve ; cette chaudière sert entre temps au chauffage du bâti—
- 1 Extrait du Rapport de l'administration des chemins de fer d’Alsace-Lo'-raine pour 1883-1884.
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- ment de l’Administration. La force minima de chaque machine est de 52 chevaux, mais elle peut aller à 45 chevaux. — 60 lampes à arc de 800 bougies chacune, du système Siemens et IJalske éclairent les voies (excepté celles près des remises à locomotives), les hangars de la petite vitesse, de la douane, de la grande vitesse, les grandes halles de départ et d’arrivée, le perron de Lau-terbourg et son vestibule, le grand vestibule et les salles d’altente dans le bâtiment du départ, la place devant la gare et le bâtiment des machines. 174 lampes à incandescence du système Edison de 16 bougies, et 230 de 10 bougies chacune éclairent les autres pièces du bâtiment, les tunnels passant sous les voies et conduisant aux perrons intermédiaires, les salles d’altente, les guichets et les latrines des perrons intermédiaires, et enfin une partie du bâtiment des machines.
- Les lampes à arc, espacées sur les perrons d’environ 40 mètres, et à l’extérieur d’environ 100 mètres, sont suspendues à 7 ou 8 mètres de hauteur, elles se trouvent dans 12 circuits distincts, qui peuvent être interrompus au besoin, et dont chacun est produit par un dynamo; 2 dynamos sont en réserve. Au moyen d’un commutateur général, chaque dynamo peut être mis en relation avec chacun de ces circuits.
- L’un de ces dynamos fait 1160 tours à la minute, pour actionner 5 lampes à arc, un peu plus de 5 chevaux. Toutes les lignes de lampes à arc sont composées de câbles en plomb du système Siemens, avec armatures de fil de fer et fil de cuivre massif de 2,5-4,1 millièmes de diamètre. Les lampes des voies sont enfermées dans des lanternes octogonales qui reposent sur des mâts à charnières pouvant se rabattre.
- Quatre dynamos actionnent les lampes à incandescence; trois de ceux-ci actionnent 250 lampes de 16 bougies, ou 400 lampes de 10 bougies; le quatrième dynamo qui est en réserve peut actionner 400Tampes de 16 ou 640 lampes de 10 bougies.
- D’après le rapport de l’Administration du chemin de fer, si la gare de Strasbourg était éclairée au gaz, les frais d’installation n’auraient été que de 244 000 francs au lieu de 305 952 francs qu’a nécessités l’éclairage électrique. Mais d’autre part, les frais de service y compris l’entretien par trimestre seraient beaucoup plus élevés avec le gaz, ils seraient de 44 485 francs, tandis qu’ils ne s’élèvent qu’à 15 975 francs avec l’éclairage électrique.
- LA VIE Aü FOND DES MERS
- L'année dernière, alors que l’exposition des collections recueillies par le Talisman permettait d’apprécier l’abondance et la variété des formes animales vivant dans les abîmes, j’ai consacré dans La Nature une série d’articles à l’examen général des principaux groupes zoologiques dont les représentants avaient été ramenés du fond de l’Atlantique. L’étude que j’avais entreprise, si on eût voulu la faire complète, aurait eu une étendue trop grande pour pouvoir prendre place dans ce journal; aussi l’avais-je limitée et n’avais-jc appelé l’attention que sur des faits généraux, laissant de côté tout ce qui pouvait concerner l’examen spécial de plusieurs êtres si singuliers dont l’existence venait de nous être révélée. Aujourd’hui je vais présenter aux lec-
- teurs de La Nature quelques observations relatives à des animaux possédant, parleur mode d’existence, par leurs formes extérieures, leur structure, leur distribution géographique, un intérêt zoologique particulier.
- Nous nous occuperons tout d’abord des poissons. A propos du voyage du Talisman dans la mer des sargasses, j’avais mentionné un poisson fort étrange, VAntennarius marmoratus, qui vit parmi les varechs flottants à la surface de l’Océan. Les sargasses, les raisins des tropiques, comme les ont surnommés les matelots, possèdent un axe central, duquel se détachent latéralement de nombreux rameaux, dont la dimension va progressivement en diminuant à mesure que l’on se rapproche de l’une des extrémités de la tige centrale. Cette dernière partie, les feuilles, garnissant les trois quarts de l’étendue des rameaux latéraux, ont une couleur d’un jaune brunâtre, alors que les feuilles terminales présentent un peu de vert mélangé à la teinte jaune. Les animaux qui habitent parmi ces algues ont revêtu les mêmes couleurs. Les poissons, les crustacés, les mollusques, ont pris, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, la livrée des sargasses. L'Antennarius marmoratus, dont nous donnons une reproduction (fig. 1), a le corps marbré de brun et de jaune. Sa tête est énorme par rapport au volume de son corps et elle porte à sa partie supérieure de nombreuses franges flexibles dont quelques-unes s’élèvent à une assez grande hauteur. D’autres franges, mais plus réduites, moins déchiquetées sur leurs bords, s’observent à la portion inférieure de la bouche. Les nageoires sont très remarquables, car elles s’élargissent à leurs extrémités et ressemblent à de véritables mains terminées par des doigts. Nous avons pu conserver, durant quelque temps, plusieurs de ces poissons dans nos aquariums et étudier leurs modes de locomotion. Lorsqu’ils nagent, ils meuvent leurs nageoires comme les poissons ordinaires, mais lorsqu’ils sont au fond, ils s’appuient sur la face inférieure de la partie élargie et progressent en s’appuyant sur elle. A ce moment les nageoires remplissent le rôle de pattes.
- La taille de ce poisson est assez réduite, car elle ne dépasse pas dix à douze centimètres. Les habitudes de Y Antennarius marmoratus sont sédentaires; il est certain que ce poisson naît, vit et meurt au milieu des sargasses. Les touffes de ces algues lui offrent un asile assuré contre les poursuites de poissons de plus grande taille, et sa couleur lui permet de se dissimuler encore plus complètement. Lorsqu’on le prend et qu’on le jette un peu au large de la masse de sargasses où on'l’a rencontré, on le voit donner les signes d’une inquiétude extrême et nager avec rapidité vers le paquet d’algues le plus voisin. Il se glisse, comme l’a dit M. A. Milne-Edwards, à travers les rameaux avec une telle adresse et une telle rapidité que souvent en un instant il disparait et devient introuvable.
- Cet animal construit un véritable nid, et ce sont
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- les sargasses qui en fournissent les éléments. Avec ses nageoires il assemble des paquets de ces algues sur lesquels il a déposé ses œufs, et il les maintient solidement en les entourant de fils visqueux qu’il sécrète. Ces nids llottants, arrondis, de la grosseur d’une noix de coco, sont abandonnés à la surface de l’Océan, les jeunes y naissent et y trouvent durant les premiers temps de leur existence un asile assuré.
- A côté des Ântennarius, d’autres poissons vivent dans les sargasses. Ce sont des Syngnathes au corps grêle et allongé, des Diodons tout couverts d’épines et des Castagnoles.
- Si de la surface de l’Océan nous descendons dans les grandes profondeurs (1500 mètres), nous découvrons des poissons absolument différents de ceux qui s’offrent d’habitude à nos regards1. Chez ces animaux, on constate généralement une très grande brièveté des nageoires et un développement considérable de la portion antérieure du corps par rapport à la portion postérieure. Cette dernière partie est en quelque sorte atrophiée. Le Me-lanocetus John-stoni ( Günth ), dont nous donnons une reproduction d’après un échantillon capturé sur les côtes du Maroc, offre un exemple des plus remarquables de cette transformation (fig. 2). Chez cet animal le premier appendice de la nageoire dorsale s’allonge et forme un véritable organe tactile devant servir aux mêmes usages que celui de la Baudroie. Ce derriier poisson possède également un tentacule dépendant du premier rayon de la nageoire dorsale. Il vit au milieu du sable ou de la vase où il s’enterre, ne laissant sortir que les parties supérieures de son corps. Il agite sans cesse son tentacule qui lui sert d’appât pour attirer des poissons sur lesquels il se jette avec voracité. Le Melanocetus doit se dérober de même sous la vase et se servir de son tentacule dans le même but.
- Quelques genres de poissons dont nous sommes accoutumés à voir vivre les espèces dans les eaux superficielles de nos Océans se retrouvent dans les grandes profondeurs. Un des plus intéressants d’entre
- 1 Voy. n° 559, du 16 février 1884, p. 182.
- eux est celui des Requins. Ces animaux sont représentés par plusieurs espèces, sur des fonds de 1000 à 1500 mètres, et ils vivent en ces points par bandes innombrables.
- Un fait d’histoire zoologique, très curieux, a rapport à ces dernières formes animales. On sait que les naturalistes ont discuté pendant bien longtemps sur la question de savoir si, passé une profondeur de 4 à 500 mètres, la vie se manifestait sous une forme quelconque. Mais alors que les partisans et les non-partisans d’un zéro de la vie animale se livraient a des luttes passionnées, des pêcheurs avaient résolu, depuis des siècles peut-être, ce grand problème. Ces investigateurs, guidés par une observation qui nous est absolument in-
- connue, allaient tous les jours couler des lignes par 1200 et 1500 mètres de profondeur, afin de prendre des Requins, des chiens de mer
- comme on les nomme vulgairement, vivant au large des côtes du Portugal, au fond d’une vallée sous-marine. Ils savaient que les Requins n’étaient pas les seuls habitants des grandes profondeurs, car il leur arrivait de capturer d’autres espèces de poissons, et ils disaient aussi qu’il y avait dans les abîmes des êtres singuliers construisant des nids. Ils avaient souvent en effet ramené, accrochées à leurs lignes, quelques-unes de ces éponges, que l’on nomme les Holtenia, dont l’aspect est celui d’un nid d’oiseau. Durant d’autres pêches, ils s’étaient passé de main en main quelques-unes de ces longues torsades de spiculés, semblables à du verre filé, servant à ancrer d’autres belles éponges, les Hyalonema. Ils s’étaient demandé alors avec cette curiosité méléc de la crainte superstitieuse qui n’abandonne jamais le matelot en face d’un objet inconnu, quelle était la fée qui là-bas, tout au fond de l’Océan, étirait ces longs fils de cristal et les tressait avec une si merveilleuse délicatesse.
- C’est à Sétubal, àCezimbra, un peu au-dessous de Lisbonne, que se pratique de temps immémorial cette pêche des Requins. Les hommes qui s'y livrent ne constituent pas plus de cinq à six équipes. Chaque équipe comprend neuf pêcheurs et un mousse. Les embarcations sont longues de 5 à 6 mètres, et équilibrées de manière à tenir la mer par gros temps.
- Fig. 1. — Antennarius marmoratm. (Bl. Sch.)
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- L’engin dont on se sert porte dans le pays le nom I 20 ou 40, réunies bout à bout. Chaque ligne porte d'espenheïs. 11 se compose de lignes au nombre de | à distances égales vingt cordelettes à l’extrémité des-
- Fig. 2. — Melanocetus Johnstoni (Günth). Moitié de grandeur naturelle,
- quelles sont attachés, empiles, comme le disent les pêcheurs, les hameçons. Ces derniers sont semblables à ceux qu’on emploie à Terre-Neuve pour la pêche de la morue. Chaque ligne a une longueur de 50 mètres.
- Les lignes réunies forment une tessure, poitant 400 ou 800 hameçons que l’on fixe à une maîtresse corde, mesurant \ 200 à 1500 mètres. On amorce avec des sardines conser vées dans le sel.
- M. Vaillant, qui a eu l’occasion d’assister à une pêche à Sétubal, en a donné une description très intéressante. Pour procéder à l’immersion, on leste l'engin avec une pierre dont le volume ne dépasse
- pas celui des deux poings, puis on jette un à un les hameçons. Lorsqu’ils sont tous à l’eau, on file la
- maîtresse corde, et lorsque la moitié de cette dernière est à l’eau, on suspend l’opération et on met en marche l’embarcation afin de tendre l’appareil. On immerge ensuite le restant. Cette manœuvre demande une heure et demie.
- « Après une heure trois quarts de repos, l’engin étant resté à fond, dit M. Vaillant, il est temps de le relever, ce qui constitue la partie pénible de l’opération, les moyens employés par les pêcheurs de Sétubal étant des plus primitifs. A l’avant est disposé un madrier portant à son extré-
- l ig. 5. — Centrophorus calceus (Low). Très réduit.
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- mité une poulie en bois; l’autre extrémité s’appuie contre le mât, et le tout est solidement amarré à la pièce relevée en saillie, qui, à la proue continue en quelque sorte la quille. La maîtresse corde étant engagée sur la poulie, les hommes de l’équipage se placent deux par deux sur chaque banc; tous alors, les mains garnies de morceaux de drap, tirent ensemble et amènent ainsi l’engin sur l’arrière du bateau. »
- 11 faut près de deux heures pour remonter la maîtresse corde et arriver aux hameçons. A ce moment on passe la ligne par l’arrière. Les hameçons et les cordes qui les soutiennent sont jetés au fond du bateau à mesure qu’ils arrivent. Lorsqu’un poisson se présente, le patron lui enfonce un croc dans la bouche, le hisse à bord et le passe à un pécheur.
- Nous avons fait représenter une des espèces de Requins qu’on pêche à Sétubal (fig. 5), le Centropho-rus calceus (Low). Durant la campagne du Talisman, nous avons retrouvé ces poissons toujours par de grandes profondeurs à divers points de l’Océan.
- — A suivre. — IL llLlIOL.
- LE GRAND CANON DE BANGE
- NOUVELLE BOUCHE A FEU DE 54 CENTIMÈTRES
- La nouvelle pièce de Bange, dont nous allons donner une description sommaire, est en acier et, comme l’exprime le titre de cet article, du calibre de 54 centimètres. Elle pèse 57 tonnes 1/2 — poids relativement faible — et mesure llm,20 de longueur. Son diamètre extérieur est de lm,04 à la culasse; son diamètre intérieur, de 245 millimètres à la chambre à poudre. Les tourillons ont, comme toujours, un diamètre égal au calibre ; leur distance à la tranche postérieure de la culasse est de 5m,75; un peu en avant de ces supports se trouve le guidon,
- Telles sont les conditions générales d’établissement du corps du canon. On voit que les dimensions en sont éminemment respectables. Du mode de fermeture de culasse nous n’avons rien à dire attendu que ce mode est, de tous points, conforme au type adopté pour les bouches à feu de campagne (fig. J)1.
- Le projectile est d’un poids qui varie de 420 à 600 kilogrammes, suivant le mode de son organisation intérieure. Il peut contenir jusqu a 40 kilogrammes de poudre comprimée. Sa hauteur est de 5calib,74, c’est-à-dire de lm,27. L’ogive en est très allongée et, à raison même de cette forme élégante, il tombe toujours sur sa pointe, même pour des angles de chute voisins de 60 degrés.
- La charge à employer varie de 180 à 200 kilogrammes, suivant la nature de la poudre. C’est une étoupille obturatrice qui opère la mise du feu.
- Pour ce qui est des propriétés balistiques de la
- 1 Yoy. Im Nature, n° 549, du 8 décembre 1883, p. 25, et notre livre l'Art militaire et la science, Paris, Masson, 1885.
- pièce, il est permis de les dire remarquables. La vitesse initiale est de 650 mètres ; la portée maximum, de 17 à 18 kilomètres, soit la distance de Paris à Montgeron par le chemin de fer de Lyon, ou celle de Paris à Versailles viâ rive gauche. On sait, d’ailleurs, que, d’une manière générale, la justesse d’une bouche à feu quelconque est fonction de son calibre ; que cette justesse croît avec le poids par unité de section du pro ectilo. Or le canon de Range de 24 centimètres, en acier, est déjà tellement juste, qu’aucun de ses projectiles ne saurait manquer un navire en marche et qu'on est sur avec lui de jouer contre l’adversaire ce jeu dont la devise est : A tout coup Von gagne. La justesse du canon de 54 centimètres doit donc être, s’il est possible, encore plus grande, d’autant plus grande que son projectile allongé, de lm,27 de hauteur, est affecté, par unité de section, d’un poids relativement considérable.
- Comment a-t-il été procédé à la fabrication de la pièce? Le tube et les frettes proviennent de Saint-Cha-mond ; l’usinage s’en est fait à Paris dans les ateliers des anciens Etablissements Cad, et l’ensemble des opérations n’a pas duré moins d’une année entière l.
- Le tube n’avait, au sortir des Forges, qu’un diamètre intérieur d’environ 50 centimètres. Pour l’amener au calibre voulu, il a d’abord fallu opérer un forage dont l’exécution a demandé 21 jours et 21 nuits d’un travail ininterrompu. Ce travail s’est effectué avec succès, moyennant l’emploi d’une nouvelle machine de l’invention du colonel de Bange, machine dont le principe est tenu secret. Ce qu’on peut dire, c’est que, durant l’opération du forage, la pièce demeure immobile et que l’outil avance en tournant. L’ingénieux appareil est doté d’un fonctionnement automatique; l'ouvrier-surveillant n’a qu’une chose à faire : constater, à chaque passe, le bon ou le mauvais état du foret.
- Chacun sait que le tube d’un canon quelconque est tenu de résister à des efforts de rupture qui se produisent à la fois et dans le sens de l’axe et dans le sens perpendiculaire à cët axe. Chacun sait aussi que, pour accroître, dans ce dernier sens, la force de résistance du tube, on a recours au frettage. Or, travaillant ainsi transversalement, la frotte ne fournit aucun accroissement de solidité dans le sens longitudinal. En ce qui concerne les pièces de faible calibre, l’inconvénient n’est point très grave attendu que, en martelant convenablement le tube, on arrive à lui donner une force qui suffît à dominer les efforts de pression tendant à produire un déeulassement. Les pièces de gros calibre se trouvent placées dans des conditions très différentes, car, étant nécessairement de grande épaisseur, les tubes n’en peuvent être qu’iinparfaitement martelés. Dès lors, ces tubes manquent de résistance dans le
- 1 L’usinage de cette première pièce a nécessairement donné lieu à quelques tâtonnements. Le colonel de Bange pense pouvoir réduire à neuf mois la durée des travaux que comporteront les bouches à feu suivantes, pareilles a la première.
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- sens longitudinal ; et, afin de n'en point compromettre leconomie, on est tenu de renoncer aux hautes pressions qui — seules — permettent d’imprimer à des projectiles lourds une vitesse initiale convenable, c’est-à-dire supérieure à 500 mètres.
- Les Anglais ont bien essayé de remédier à ce défaut moyennant l’emploi d’une jacket destinée à comprimer le tube longitudinalement ; mais l’usage de ce procédé n’a donné que des résultats de valeur médiocre, attendu que, pratiquement, il est assez difficile d’assurer à une jacket de plusieurs mètres une longueur exacte à un dixième de millimètre près. Le serrage longitudinal ainsi obtenu est donc à peu près illusoire, d’où il suit que, jusqu’à ce jour, le problème n’e'tait point résolu pour les bouches à feu de gros calibre.
- Or une solution rationnelle vient d’intervenir du fait du système de frettage biconique imaginé par le colonel de Bange, et tendant à rendre le tube et les frettes absolument solidaires dans les deux sens — transversal et longitudinal. A cet effet, le pourtour extérieur de l’àme et les frettes qui le recouvrent présentent une succession de formes légèrement tronconiques, disposées de manière à en assurer la connexion intime. La solidarité obtenue est telle, que la rupture transversale de l’âme tend nécessairement à provoquer celle des frettes destinées à la consolider. En conséquence, chacune des frettes, prise isolément, affecte une forme biconique — environ un millimètre et demi de hauteur de cône — forme qui l’oblige à travailler, en même temps que lame, dans le sens longitudinal.
- On sait que, suivant le mode de frettage ordinaire, c’est le frottement qui, seul, unit longitudinalement le tube et les diverses rangées superposées de frettes.. Or il est facile de comprendre que ce frottement peut ne pas suffire à faire obstacle au déculassement. Quelques légères erreurs de construction sont, en effet, de nature à diminuer ou même à supprimer localement le serrage de sorte que, lors de sa rupture transversale, le tube glisse dans les frettes.qui l’entourent.
- Le système de frettage biconique pare à ce grave inconvénient.
- Le colonel de Bange a fait l’application de son nouveau système au canon de 34 centimètres qui fait l’objet de cette analyse. Le tube dudit canon est renforcé de quatre rangs de frettes qui, du fait de leur biconicité, s’emboîtent les unes dans les autres, en contrariant leurs joints à la manière d’un briquetage. La mise en place en est fort simple. Il suffit de les chauffer à bleu, c’est-à-dire à 500 ou 400 degrés, pour obtenir le serrage nécessaire.
- Les frettes posées, le constructeur a dû procéder au tournage. Cette opération s’est effectuée moyennant l’emploi d’une machine-outil dont le burin avance pour enlever le copeau d’acier, pendant que le tube tourne autour de son axe.
- L’àme de la pièce a ensuite été dotée de 144 rayures de 0m,0015 de profondeur; d’un pas initial de
- 50 minutes; d’un pas final de 7 degrés. Ce rayage a été obtenu moyennant le jeu d’une autre machine-outil, aussi très remarquable. Ici la pièce est immobile et c’est l’outil qui se meut pour graver les hélices.
- Nous dirons maintenant quelques mots de la plate-forme, du châssis et de l’affût, dont les dimensions et les poids sont, on le comprend, en harmonie avec ceux du tube (fig. 2).
- La plate-forme se compose de trois cours de gîtes superposés. Ces gîtes, de 30 centimètres d’équarrissage, sont noyés dans le ballast ; et le ballast repose sur un lit de béton. Le grand châssis est du poids de 20 tonnes ; celui de l’affût, de 22 tonnes, frein compris. Ces deux appareils— aux fonctionnements connexes — présentent quelques dispositions originales, extrêmement ingénieuses. On y remarque d’abord une bielle inclinée, reliant l’affût aux pompes, modérant le soulèvement de cet affût et parant à l’inconvénient des soubresauts.
- L’attention est ensuite appelée sur un galet excentré, fonctionnant automatiquement à l’arrière et dont on va saisir l’importance. Il convient, en effet, que, lors du recul, l’affût glisse sur le grand châssis par sa partie-arrière. Il est, au contraire, utile que, lors de la rentrée en batterie, cet arrière roule sur ledit grand châssis. La condition est remplie par le galet excentré placé sous la crosse de l’affût, et qu’un ressort Belleville sollicite au moment du besoin.
- Les regards de l’observateur sont, en même temps, attirés vers une chaîne inclinée qui, disposée à l’arrière de l’affût, est reliée, par d’autres ressorts Belleville, à l’entretoise postérieure du grand châssis. On sait que, lors d’une rentrée en batterie, la vitesse du mouvement en avant est grande, malgré le jeu des pompes, et qu’il est d’usage d’amortir le choc à l’arrivée au moyen de tampons que le châssis porte à son avant. Ce dispositif, partout employé jusqu’à ce jour, n’empêche pas le système de subir des ébranlements violents, attendu que l’action des tampons s’exerce très bas par rapport au centre de gravité. La nouvelle chaîne a pour effet de ralentir la rentrée en batterie et d’atténuer, par conséquent, les secousses. A l’arrière du grand châssis se trouvent aussi des tampons de choc, placés là en prévision du cas où, par suite de quelque rupture, le frein hydraulique ne fonctionnerait plus.
- On remarque enfin la sellette, qui est fort large, et dont l’axe prolongé passe par le centre de gravité de tout l'équipage. La raison de cette disposition toute nouvelle est la suivante : la plupart des grands châssis actuellement en usage reposent sur la plateforme par l’intermédiaire d’une sellette et de roulettes ou galets. Or l’expérience a démontré que ces galets ou roulettes sont de mauvais organes, sujets à se fausser et qui, de fait, se faussent souvent. La sellette adoptée a permis de les supprimer, attendu que tout le système est en équilibre sur elle et se prête facilement à tous les changements
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- de direction. La cheville-ouvrière passant, comme nous l’avons dit, par le centre de gravité du système, le champ de tir de la pièce est de 360 degrés.
- L’affût comporte un palier de chargement établi à 2m,50 au-dessus du sol. Quant à l’axe des tourillons, il en est à 3m,50. Une grue, manœuvrée à l’aide d’une sorte de pompe, sert à amener le projectile à hauteur de l’entrée de la chambre. Pour le pointage, la pièce porte à la partie inférieure, au-dessous des tourillons, un arc denté sur lequel on agit au moyen d’engrenages commandés de l’extérieur. On peut en incliner l’axe de 30 degrés au-dessus à 15 degrés au-dessous de l’horizon. La pièce, une fois chargée, se trouve en parfait équilibre sur ses tourillons.
- La plus grosse bouche à feu qui soit, jusqu’à ce jour, sortie de l’usine Krupp est du calibre de 44 centimètres et ne comporte qu’une vitesse initiale de 450 mètres. Elle vaut environ un million
- CINQ CENT MILLE
- francs. La nouvelle pièce de Bangecoûtera notablement moins cher et la vitesse qu’elle offre est, ainsi qu’on l’a vu, de 650 mètres.
- Grâce à l’emploi du système de frettage qui en fait principalement l’originalité , elle remplit toutes les conditions de sécurité, de légèreté et, par conséquent , d’économie qu’on peut avoir à s’imposer ou à requérir.
- La pièce de 34 centimètres qui va sortir de l’usine Cail est, avant tout, une pièce de marine, c'est-à-dire pouvant se mettre en batterie à bord d’un navire de guerre, ou concourir utilement à la défense des points les plus vulnérables des côtes d’un État. Elle peut aussi s’employer à titre de bouche à feu de place et bouche à feu de siège. Dans un siège, notamment, on peut en attendre d’excellents services, attendu que la limite de portée des pièces connues jusqu’à ce jour est de 10 kilomètres et que cette distance de 10 kilomètres n’est pour la pièce de Bange qu’une belle portée.
- Les usines Armstrong et Krupp ont été longtemps seules à livrer du matériel d’artillerie aux puissances étrangères qui ne fabriquent pas elles-mêmes. L’Europe, l’Amérique et l’extrême Orient ont été inondés des produits de l’Angleterre et de l’Allemagne; la France a enfin pensé pouvoir réagir contre celte tendance au monopole. Depuis quelques années, nombre de bouches à feu de tout calibre
- sont sorties des ateliers du Creusot, des Forges et Chantiers de la Méditerranée et des anciens Établissements Cail. Ceux-ci, en particulier, ont eu des succès dûment et officiellement constatés. Nous avons jadis fait connaître à nos lecteurs que le jury international séant à Amsterdam avait, à l'unanimité, décerné un diplôme d’honneur au directeur de ces établissements. Depuis lors, le colonel de Bange a été fait chevalier du Bain par S. M. la reine d’Angleterre et il vient de remporter, en Serbie, une victoire signalée. Il s’agit d’un concours dont nous ne saurions nous dispenser de relater le résultat.
- Ayant résolu d’adopter un nouveau matériel d’artillerie de campagne, le gouvernement serbe avait institué, à Belgrade, une Commission chargée du soin d’expérimenter comparativement plusieurs systèmes de bouches à feu. Il a été procédé aux expériences en novembre 1884. Trois concurrents se
- trouvaient en présence, savoir : le canon - Krupp de 84 millimètres, modèle hollandais ; le canon Armstrong de 75, et le canon de Bange de 80, modèle de l’artillerie française. Le programme comportait quelques marches-manœuvres ; des tirs à des distances diverses, comprises entre 1000 et 4000 mètres ; enfin, un tir rapide de trente coups, destiné à faire ressortir les qualités et les défauts des différents systèmes de fermeture.
- Les tirs balistiques ont mis en pleine lumière la supériorité du canon de Bange. Dans le tir à 2500 mètres, la pièce Armstrong a été mise hors de service ; mais leâ canons Krupp et de Bange ont continué le concours devenu duel. Dans le tir rapide, après le dixième coup, la fermeture du canon Krupp était devenue très difficile à manœuvrer; au vingtième coup, il fallait l’arroser d’huile et encore ne fonctionnait-elle plus qu’à grand’peine. L’exécution de ses trente coups a demandé 34 minutes. L’examen auquel il a été procédé après le tir, a montré que l’appareil de fermeture était complètement encrassé du fait des fuites de gaz. Le démontage a, de plus, fait voir sur l’obturateur des érosions assez considérables.
- Le canon de Bange a tiré ses trente coups en 22 minutes, et cela, sans aucun incident. La manœuvre de l’appareil de fermeture était aussi facile au dernier coup qu’au premier, sans qu’il eût été
- Fig. 1. — Le grand canon de Bange; délai] de
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- F,g. 2. — Le grand canon de Bange, d’une portée maximum de 18 kilomètres (D’après une photographie.)
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- LA NATURE
- nécessaire de rien nettoyer ni de rien graisser. De l’examen de la pièce, il appert que l’obturateur a parfaitement fonctionné ; qu’il ne s’est produit aucune fuite de gaz, si minime qu’elle soit.
- A Vunanimité, les officiers serbes, membres de la Commission d’expériences, ont déclaré que le système de fermeture de Bange, était très supérieur au système Krupp.
- La nouvelle pièce de 34 centimètres va prochainement partir pour l’Exposition d’Anvers. Nous félicitons d’avance notre camarade de Bange du succès mérité quelle y obtiendra.
- Lieutenant-colonel Hennebert.
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- L’ÉRUPTION DE KRÀK4TÀU
- ENTENDUE JUSQU’AUX ANTIPODES
- La lettre qui va suivre relate des bruits souterrains entendus le jour même de la grande éruption de Krakatoa, dans un îlot de la mer des Antilles situé à peu près aux antipodes du détroit de la Sonde; elle ferait croire à un fait étrange de propagation du son à travers le globe terrestre tout entier. Voici d’abord l’observation originale, telle qu’elle m’est adressée par un de mes compatriotes établi au Honduras.
- Au sud de Cuba , par 80° longitude ouest Gr. 20° latitude nord, sont trois îlots connus sous les noms de Gros-Caïman, Petit-Caïman, et Caïman-brac, habités par des pêcheurs de tortue, station de sauvetage pour les naufragés et agence du Lloyd. Au mois d’octobre 1883 je me trouvais dans file d’Utila, suf la côte du Honduras; les journaux nous entretenaient des grandes éruptions volcaniques de Krakatoa, et en causant avec le capitaine Robert Woodvilie, j’appris qu’il avait reçu des détails intéressants venant des Caïmans, se rapportant peut-être à ce sujet ; voici ce qu’il me raconta :
- « Le dimanche 26 août 1883, les habitants du Caïman-brac furent surpris d’entendre des bruits, comme le roulement lointain du tonnerre; le ciel était cependant serein, et leur première idée fut qu’un croiseur espagnol était aux prises avec un flibustier cubain. Ne voyant rien au sud, ils traversèrent l’île en courant au nord ; mais de quelque côté qu’ils portassent les regards, ils n’aperçurent ni fumée, ni navires. Cependant la canonnade continuait, et en revenant sur leurs pas, ils se convainquirent que ces bruits étaient souterrains. Au premier moment ils s’attendirent à voir leur îlot s’engloutir ou se transformer en volcan ; mais peu à peu, les détonations cessant, leurs craintes se dissipèrent. Mais ce phénomène extraordinaire n’en fit pas moins les frais de mainte conversation; on n’avait oublié ni le fait, ni la date, lorsque les journaux publièrent les premières dépêches sur le cataclysme de Java, et les curieux constatèrent bientôt que les Caïmans et Java sont à peu près aux antipodes l’un de l’autre; les hypothèses alors d’aller leur train. » Edmond Roulet.
- • Sans vouloir être trop affirmatif et sans accepter d’enthousiasme un fait aussi étrange que la propagation des bruits souterrains de l’éruption de Krakatoa à travers la masse entière du globe, j’indiquerai les motifs qui me font accueillir provisoirement cette
- observation, il me semble possible d’admettre que les bruits entendus à Caïman-brac soient peut-être une répercussion lointaine des détonations du volcan de Krakatoa.
- 1° L’éruption des 26 et 27 août 1883 a été accompagnée de bruits souterrains décrits dans les îles de la Sonde et les terres avoisinantes comme comparables au son d’une canonnade lointaine; le caractère des bruits de Krakatoa a été le même que ceux entendus à Caïman-brac.
- 2° Les bruits souterrains de l’éruption de Krakatoa ont eu une intensité considérable; ils ont été entendus à une distance dépassant tout exemple connu. Les points extrêmes où les explosions ont été entendues sont : Ceylan, le Burmah, Manille, Doreh dans la baie de Geelwink (Nouvelle-Guinée), Perth, côte occidentale de l’Australie, soit dans un cercle mesurant environ 3500 kilomètres ou 50° de rayon, ou un sixième de la circonférence de la terre, en diamètre. Si le centre de ce cercle avait été à Paris, sa circonférence aurait passé par le Groenland, le Spitzberg, la Nouvelle-Zemble, Astracan, Jérusalem, Tombouctou, etc. Il est vrai que 30° de la circonférence ne représentent que la moitié du rayon de la terre, ou le quart de la distance directe entre Krakatoa et Caïman-brac ; si les bruits entendus dans cet îlot venaient réellement de Krakatoa, nous aurions une augmentation considérable de l’aire déjà énorme de la propagation du son, dans cette éruption extraordinaire à tant de titres.
- 3° Caïman-brac est assez près des antipodes de Krakatoa. En effet Krakatoa est situé par 105° 30 longitude E de Greenwich, et 6° latitude S.;Caïman-brac est par 79° 50 longitude \V. et 19° 50 latitude N. L’antipode de Krakatoa est donc à 4° 30 plus à l’est et à 13° 30 plus au sud que Caïman-brac; il est situé au milieu des États-Unis de Colombie, sur le cours du fleuve Magdalena, entre les villes d’An-tioquia et de Tunja.
- 4° Le jour où les bruits souterrains ont été entendus aux Caïmans correspond bien à ce que nous savons de l’éruption de Krakatoa. En effet d’après le rapport de M. Yerbeek1, les détonations de Krakatoa se sont fait entendre les 26 et 27 août, le maximum du bruit ayant eu lieu le 27 août au matin, à 6h 3/4 d’après les observations de Buiten-zorg, à 8h 1/2 d’après celles de Batavia, à 10h à Telok-Betong. Etant donnée la différence des longitudes, le 27 août 8h 1/2 matin de Batavia correspond au 26 août 8h 5 minutes soir de Caïman-brac. Si nous admettons une heure environ pour la durée de transmission du son à travers les 12 000 kilomètres du diamètre terrestre, les plus fortes détonations ont dû être entendues aux Caïmans vers 9U du soir, le 26 août. Malheureusement la lettre de M. Roulet n’indique pas l’heure à laquelle les bruits souterrains ont été entendus.
- Il serait désirable que les habitants des îles de
- 1 Nature, XXX, 10.
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- la mer des Caraïbes, du Honduras,du Nicaragua, de Costa Rica et des Etats-Unis de Colombie, recherchassent dans leurs souvenirs ou dans leurs notes s’ils ont entendu, eux aussi, les bruits signalés àCaïman-brac, s’ils peuvent confirmer ou compléter l’observation transmise par M. Woodville.
- Il serait fort désirable aussi que l’on complétât les renseignements sur les éruptions volcaniques survenues dans l’Amérique centrale pendant l’été de 1883. D’après le dix-neuvième rapport de M. C. \V. G. Fuclis1, il y a eu dans ces parages deux éruptions importantes. L’Omotepec, l’un des volcans insulaires du lac de Nicaragua, est entré en éruption le 19 juin 1883, avec formation d’un nouveau cratère et émission de laves; au mois d’août les laves étaient encore brûlantes. Le Cotopaxi, dans l’Etat de l’Equateur, a eu à la fin d’août (la date précise n’est pas donnée) une courte, mais violente éruption accompagnée de tremblements de terre. La distance directe de Caïman-brac à ces deux volcans est pour l’Omotepec de 1400 kilomètres, pour le Cotopaxi de 2300 kilomètres; il n’y aurait rien d’impossible à ce que les bruits de Caïman-brac vinssent de l’un ou de l’autre de ces volcans, mais ce n’est pas probable. D’une part, s’il y avait eu à cette époque une violente éruption, suffisamment bruyante pour être entendue à une aussi grande distance, les journaux en auraient assez parlé pour que les habitants d’Utila et des Caïmans en eussent des nouvelles, et n’allassent pas chercher à Krakatoa l’origine des bruits qui les étonnaient. D’une autre part, s’il y avait eu, les 26 et 27 août, une grande éruption volcanique en Amérique, la coïncidence avec le cataclysme de Krakatoa, qui préoccupait le monde entier, eût été assez évidente pour attirer l’attention du public et le fait aurait été signalé depuis longtemps.
- Les bruits de Caïman-brac pourraient-ils être attribués a une éruption sous-marine d’un volcan voisin, laquelle aurait passé inaperçue? Je ne le pense pas, car les Grandes-Antilles d’où dépendent les Caïmans ne sont point un territoire volcanique.
- Nous devons donc écarter comme peu probable l’attribution des bruits souterrains de Caïman-brac à un phénomène volcanique rapproché, et, jusqu’à meilleur informé, admettre comme possible leur origine de Krakatoa. Si cette hypothèse se confirmait par les détails nouveaux que je sollicite, cela augmenterait encore la dette que la science doit au cataclysme mémorable du détroit de la Sonde. Nous lui sommes déjà redevables des phénomènes les plus étonnants : la propagation de la vague atmosphérique aux baromètres du monde entier, la propagation de la vague, marine aux marégraphes d’Europe et d’Amérique, le soleil vert de l’Inde en septembre 1885, les feux crépusculaires et auroraux de l’hiver de 1885 à 1884, la couronne solaire de 1884 (laquelle est encore parfaitement visible en mars 1885) l’état anormal de la polarisation de
- 1 Minerai. Mitth.,de Tschermak, VI, 1884, p. 185.
- l’atmosphère, les pluies de cendres en Hollande et en Espagne, la propagation du son jusqu’à 50 degrés de distance du centre des explosions.
- Professeur Dr F. A. Foret..
- Morges (Suisse), 1" mai 188a.
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- L’ÉTUDE DES TREMBLEMENTS DE TERRE
- EN ITALIE
- II s’est fondé en Italie un établissement scientifique d’un grand intérêt : un Observatoire géodynamique, spécialement consacré à l’étude des tremblements de terre. Grâce à la délicatesse et à la précision des instruments d’observation, on a pu reconnaître que les ondulations et les mouvements du sol sont des phénomènes très fréquents. La surface terrestre est très fréquemment en mouvement; elle obéit à des oscillations analogues à celles de l’atmosphère, et l’étude de ces mouvements offre une importance considérable dans l’histoire de la physique du globe. Le directeur de l’Observatoire géodynamique, dont le siège est à Rome, est un météorologiste distingué et un géologue d’un grand mérite, M. Michel Etienne de Rossi, qui a sous ses ordres un certain nombre de chefs de service, zélés comme lui pour le progrès de la science. L’Observatoire publie tous les dix jours un Bulletin qui donne le résultat des observations quotidiennes, recueillies à la surface de l’Italie tout entière, par les nombreuses stations météorologiques qui y sont organisées. Toutes ces stations sont pourvues de sismographes enregistreurs, qui indiquent les plus faibles mouvements du sol. Nos lecteurs ont eu récemment la description d’un de ces intéressants appareils1.
- Nous reproduisons ci-après en les réduisant de moitié, quelques-unes des cartes quotidiennes publiées par M. de Rossi. Nous avons choisi celles qui offrent, depuis le commencement de l’année, un caractère d’intérêt spécial, parce qu’elles donnent un spécimen complet de la méthode adoptée. Les cartes des 25, 24 et 25 février(fig. 1) représentent graphiquement les observations faites dans les différentes stations, à l’aide des instruments sismologiques. Trois cartes spéciales (fig. 2) se rattachent à la journée du 26 février 1885, pendant laquelle on a ressenti, à 9 h. 46 m. du soir, les effets d’un tremblement de terre assez intense. -
- On voit, sur la carte du 23, que le mouvement avait commencé avec une certaine intensité malgré la haute pression barométrique qui accompagne rarement les mouvements microsismiques. Pendant les deux jours suivants, 24 et 25, la pression reste élevée, les mouvements microsismiques se ralentissent, comme cela se produit fréquemment avec l’apparition des fortes secousses. Le tremblement de terre du 26 se produit avec de hautes pressions ; il se manifeste au point de rencontre de trois différents courants,
- 1 Voy. n° 615, du 14 mars 1885, p. 237.
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- LA NATURE
- ce qui, selon M. de Rossi, est une des conditions fréquentes du phénomène.
- Les cartes du 26 nous font voir que le tremble-
- ment de terre a eu deux centres simultanés, qui se trouvent au Monte-Baldo, et dans les Apennins près deModane. La carte des directions des ondes indique
- 25 février 1885.
- Fig. 1. — Spécimen des
- 24 février 1885. 25 février 1885.
- cartes quotidiennes publiées par l’Observatoire géodynamique italien.
- que ces directions se modifient suivant la nature géologique du sol.
- L’étude des cartes du Bulletin italien est facilitée
- par des notices, publiées à la partie supérieure des pages lithographiques, et par des tableaux numériques très complets. Ces tableaux sont, quand cela
- ! * Moyenne desfatensités micro3ëismique.^__-fatb)c (decu5& immodéré fde làî) *fort(de 2à.3)wtrisfort{da3àA) B!extraordinaire (4 et au-dê*«us) alignes isobares.
- • Frémiesement du sol. •Mouvement du sol signalé seulement par l«s m3truments.$Ptusde2 mouvements du sol si^talés par las instruments. #Tr«mblement de terre sensible.
- ® Plus de t tremblements de terre sensibles + Augmentation notable des phénomènes éruptifs ©Notable augmentation de température des sources. ©Notable abaissement de température des sources. (f)Notable augmentation du nive&u des puits ^Notable abaissement du niveau des puits.
- Fig. 2. — Cartes du tremblement de terre du 26 février 1885, en Italie. — La première carte donne les localités où le phénomène a été observé ; le deuxième, l'intensité, et le troisième, la direction des secousses.
- est nécessaire, complétés par une description géologique de la localité, où se trouve la station d’où a été observé le phénomène. On conçoit que, dans ce genre d’élude spécial, la géologie et la météorologie
- se confondent en quelque sorte en une seule science nouvelle, que nous voudrions voir pratiquée dans tous les pays. Gaston Tissandier.
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- LE FILTRAGE DES EAUX. - FILTRE JOHNSON
- La qualité des eaux de consommation est un des sujets les plus importants dont l’hygiène publique ait à se préoccuper. Les progrès de la civilisation ont eu pour conséquence une agglomération plus grande autour de certains centres, mais en même temps une contamination des sources à la suite des détritus provenant de nombreux habitants.
- Il est donc tout naturel que les recherches aient eu pour objectif la meilleure manière de débarrasser les eaux de toutes les impuretés.
- * Les différentes méthodes pour filtrer les eaux peuvent se classer en deux catégories bien tranchées.
- La première comprend les filtres mécaniques, éliminant les substances étrangères en suspension dans l’eau, par le passage à travers de corps poreux tels que la toile, les faïences ou porcelaines spéciales non vernies, le charbon, le coke, le sable, etc.
- La seconde comprend les filtres chimiques, généralement composés de noir animal ou de fer spongieux. Ils ont la propriété de s’assimiler certains éléments dissous dans l’eau, tels que des matières albumineuses et différents sels.
- L’expérience a démontré que les matériaux filtrants ont besoin d’être renouvelés assez fréquemment, car un long usage les rend inefficaces. Il faut donc pouvoir les renouveler facilement.
- Les conditions absolues d’un bon filtre sont les suivantes :
- 1° Il doit bien filtrer mécaniquement; 2° il doit filtrer activement par procédé chimique;
- 5° le nettoyage doit être facile ; 4° le rendement doit être .suffisant; 5° la surface filtrante doit pouvoir se remplacer facilement; 6° enfin l’eau filtrée
- Fig. 1. — Filtre Johnson. Modèle domestique.
- doit être absolument pure et propre à la boisson et à la cuisine.
- Le filtre Chamberland, système Pasteur, est assurément le meilleur des filtres mécaniques ; et nous avons vu qu’il débarrassait complètement l’eau de toutes les matières solides en suspension et de tous les microbes qu’elle pouvait contenir1. Son emploi s’est généralisé surtout en France, où il rend de toutes parts les services les plus signalés.
- Nous allons faire connaître aujourd’hui à nos lecteurs le filtre Johnson qui est très répandu en Angleterre et qui a obtenu une des principales récompenses à la dernière exposition d’hygiène à Londres.
- Le filtre Johnson est un filtre mécanique et un filtre chimique tout à la fois; il est susceptible de s’appliquer aux usages domestiques et aux usages industriels. Notre figure 1 représente le filtre domestique, et la figure 2 en donne la disposition intérieure. L’eau arrive par le conduit représenté à la partie supérieure de la gravure, elle traverse un disque de papier chimique carboné B et arrive contre un plateau métallique à rainures cannelées D où elle est reçue pour s’écouler en E. Ce plateau métallique est mis en place à l’aide de la vis F. Le disque de papier filtrant peut se mettre en place et se changer avec la plus grande facilité. Cette opération peut être effectuée par le domestique le plus inexpérimenté.
- Tout l’appareil étant en fonte, il n’y a pas de danger de casse. Le modèle domestique que nous représentons est le plus petit modèle. 11 s’en construit deux autres modèles, où les disques filtrants sont superposés, de 1 Voy„ n° 587, du 50 août 1884, p. 200.
- Fig. 2. — Détail du filtre Johnson.
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- manière que plusieurs d’entre eux fonctionnent à la fois, et la quantité d’eau filtrée obtenue est beaucoup plus grande dans le même temps. En superposant ainsi les éléments de filtrage, M. Johnson a pu construire un grand modèle industriel qui est très usité dans les brasseries et qui peut fournir jusqu’à 600 000 litres et plus d'eau filtrée par jour.
- La matière filtrante pour les petits appareils est un papier spécial composé uniquement de fibres de coton purifiées et de charbon animal débarrassé de tous les phosphates.
- Dans les grands filtres ressemblant aux presses à levure et se maniant delà même façon, on emploie le papier conjointement avec des toiles spécialement préparées.
- Ces filtres sont employés par les grandes brasseries d’Angleterre, telles que celles de MM. Allsopps et Sons, Bass et C° à Burton, Guinness et C° à Dublin, Ind Coope et C° à Romford, où l’on a reconnu leur bon fonctionnement et leur efficacité.
- BIBLIOGRAPHIE
- Manipulations de chimie. Métalloïdes, par A. Merjjet, chef de laboratoire à l’Ecole centrale , professeur agrégé au lycée Charlemagne, etc. 1 vol. in-8 de 848 pages, avec 228 figures. — Paris, Paul Dupont, 1885.
- Ce livre, écrit par un chimiste émérite, donne le détail, avec figures explicatives très claires et très précises, de toutes les manipulations que nécessite la préparation des composés des métalloïdes, et des principales expériences auxquelles ces composés peuvent donner lieu; c’est un ouvrage essentiellement pratique, qui rendra de grands services aux praticiens.
- En Asie centrale. Du Kohistan à la mer Caspienne, par Gabriel Bonvalot. 1 vol. in-18, enrichi d’une carte et de gravures. — Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1885.
- L'Evolution du règne végétal. Les phanérogames, par G. de Saporta et À. F. Marion. 2 vol. in-8 de la Bibliothèque scientifique internationale, ouvrage illustré de 136 figures dans le texte.—Paris, FélixÀlcan, 1885.
- V
- Les richesses de Tong-Kin. Les produits à y importer et l'exploitation française, parSAViGNY et Bischoff. 1 vol. in-18. — Paris. Librairie II. Oudin, 1885.
- NÉCROLOGIE
- #.-P. Desains. — L’Académie des sciences vient de faire une nouvelle perte en la personne de M. Quentin-Paul Desains, de la section de physique. M. Desains, officier de la Légion d’honneur, avait été élu membre de l’Instituten remplacement de M. Babinet,le 12 mars!875.
- Né à Saint-Quentin, le 12 juillet 1817, Paul Desains, après de bonnes études au collège Louis-le-Grand, fut admis à l’École normale en 1835. Nommé agrégé des sciences physiques en 1840, il fut successivement professeur au collège de Caen, au collège Stanislas et au collège Bourbon, où il devint, eu 1847, professeur titu-
- laire. Reçu docteur l’année suivante, il fut chargé en 1853 de la chaire de physique à la Faculté des sciences de Paris et l’occupa en titre en mai 1854.
- Un doit à ce savant, en collaboration avec M. de la Provostaye, un grand nombre de travaux sur les lois de la chaleur rayonnante, la polarisation des rayons caloriques, la chaleur latente de la vapeur d’eau, et d’autres travaux remarquables insérés dans la publication des Mémoires de l’Académie des sciences.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur le Rédacteur,
- De la fin d’un article publié dans le dernier numéro de La Nature par le Dr Fischer sur La nouvelle galerie paléontologique, il semblerait résulter que le legs Serres a été fait au Muséum au bénéfice de la chaire de paléontologie. 11 n’en est rien. M. Serres était professeur d’anatomie comparée, et les termes de son testament sont formels : les rentes qu’il lègue devront être << exclusivement affectées à l’accroissement de la collection des ossements fossiles dépendant de la chaire d’anatomie comparée, sans pouvoir recevoir une autre destination. » Le testament est du 16 janvier 1868. A cette époque la chaire de paléontologie du Muséum possédait déjà les belles séries d’ossements fossiles rapportés de Pikermi par M. Gaudry. Serres savait donc très bien ce qu’il faisait en réservant exclusivement à la chaire qu’il avait occupée le bénéfice de sa générosité.
- Il est vrai que le 24 février dernier l’Assemblée des professeurs du Muséum a décidé que le legs Serres serait désormais attribué à la chaire de paléontologie. J’ai protesté contre cette délibération allant à l’encontre des volontés formelles de mon prédécesseur, et, le Ministre de l’instruction publique, juge en dernier ressort de tout changement dans les attributions des chaires du Muséum, n’a pas encore prononcé.
- Veuillez agréer, etc. G. Pouchet,
- Professeur d'anatomie comparée au4 Muséum d’histoire naturelle.
- CHRONIQUE
- Un phénomène géologique & Hnesca (Espagne). — Un télégramme reçu le 24 avril, à Séville, annonçait qu’un volcan ou cratère s’était ouvert à Poltana (province de lluesca) sur le versant sud des Pyrénées. Voici la vérité sur ce fait étrange. Mercredi soir, 22 avril, un tremblement de terre, sans grandes oscillations ni renversements d’édifices, se fit sentir à Poltana. Les habitants de cette localité ne s’aperçurent ni des secousses ni des oscillations du sol, mais ils entendirent un bruit souterrain semblable à celui qui est produit par une voiture passant rapidement sur le pavé de la rue. Si les oscillations furent de peu d’amplitude, le terrain n’en fut pas moins fendillé. Le sol des environs de Poltana, à 1 kilomètre environ de cette localité, fut fendillé et crevassé sur une étendue d’environ 70 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur. Par cette grande fente sortirent des gaz asphyxiants qui affectèrent quelques personnes présentes au dégagement. Un témoin oculaire annonce que par la crevasse de Poltana sortirent également des fumées, des vapeurs condensées et même des niasses minérales projetées. A.-F. Noguès.
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- LA NATURE.
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- Mission scientifique de Constnntine. — Nous apprenons que notre collaborateur, M. Léon Teisserenc de Bort, chargé d’une mission scientifique dans le sud de la province de Conslantine, vient de découvrir, dans la région des dunes à travers laquelle il suit un chemin inexploré jusqu’ici : 1° la trace bien caractérisée d’un ancien lac qui pouvait avoir 1 kilomètre de long sur 7 à 800 mètres de large ; au fond de ce lac, comme sur quelques berges isolées (gour) dont le sommet horizontal indique le niveau de l’ancien sol, on rencontre des couches de limon auquel se mêlent des coquillages bien conservés; 2° une station préhistorique de silex taillés, située un peu plus loin à l’est de ce lac; ces silex qui consistent, pour la plupart, en pointes de flèche et en débris de taille, sont mélangés à des fragments de poterie grossière; 5° enfin, plus loin et en avançant vers Bir-Guettali, situé à 60 kilomètres S. 0. de Bir-es-Çof, région des dunes de 500 à 400 mètres, l’emplacement d’un chott de plusieurs kilomètres d’étendue. Ce chott contient une certaine quantité d’eau à l’époque des grandes pluies. Le jeune savant, après avoir gagné Matinata, puits comblé, situé à égale distance à peu près de Touggourt et de Ouargla sur la rive droite de l’ancien fleuve Igharghar, s’est dirigé, par le nord-est sur Bir-es-Çof. C’est en suivant cette direction, qui constitue un itinéraire nouveau dans ces régions, qu’il a fait entre les puits Bir-Aiousef et Bir-Guettati, les découvertes dont nous parlons.
- Conserva lion et préparation des champignons pour les collections. — Les champignons à chapeau sont plus ou moins aqueux; ceux qui ne le sont guère se conservent bien en les laissant sécher à l’air sec et chaud, mais toujours avec un extrait bien entendu suivant la quantité d’eau contenue. Pour ceux qui sont très mous ou gorgés d’eau, on réussit assez bien en les mettant dans un bain de sable fin, lequel est soumis au four ou à l’étirve. L’humidité gagne le sable de proche en proche et le champignon se dessèche sans perdre trop de sa forme. On emploie aussi le procédé suivant. On sou-' met pendant quelques heures à l’étuve le champignon, puis, avant qu’il ait perdu sa forme et sa couleur, on le trempe dans un bain de stéarine chauffée. La couche qui l’emprisonne le conserve avec sa couleur et sa forme, mais je ne crois pas ce procédé bien durable. Enfin quand on veut conserver en herbier des champignons mous, on le peut en les mettant sous presse dans le papier buvard. Puis vingt-quatre heures après on passe par-dessus le papier des fers chauds à plusieurs reprises. Ou bien encore pour avoir une section d’un champignon mou, on le fend dans sa longueur en suivant le milieu du chapeau . et l’axe du pédicule. Une section pratiquée ainsi par le grand axe, de l’épaisseur d’une pièce de 10 centimes, est mise en presse légèrement et sèche ainsi en changeant de papier. J. P.
- La ville du bitume. — Les ruines de la ville d’Ur, en Asie, la patrie d’Abraham, sont appelées M’Gayer, la ville du bitume, parce que les briques de ses murs sont reliées entre elles par des couches de bitume, au lieu de l’ètre par du mortier de chaux ou de ciment. Au reste dit M. de Rivojre, c’est ainsi que fut construite la Tour de Babel ; « les enfants de Noé, lit-on dans la Genèse (XI, 5), se servirent de briques cuites au feu au lieu de pierres, et de bitume au lieu de ciment. » Nombre de monuments de Babylone et de Ninive furent bâtis de même. Ibn Batoutah nous indique deux sources de bitume : l’une qui dut servir aux constructions de
- la Babylonie, l’autre a celles de l’Assyrie. La première est située dans le bassin de l’Euphrate, entre Coùfah et Bassorah. Au temps d’Ibn Batoutah, Baghdâd importait ce bitume en grande quantité : on en enduisait les maisons; on en faisait le pavé des terrasses et des salles de bain. La source de bitume assyrienne est à peu de distance de la rive droite du Tigre, au village d’Alkayârah, à trois journées de marche au nord de Técrît et à deux journées au sud de Mossoul. « Ces deux sources de bitume appartiennent sans doute à la même formation géologique que celles de la mer Morte, lesquelles devaient être exploitées dès les temps les plus anciens ; car la Genèse (XIV, 10) parle des « nombreux puits de bitume que possédait la Yallée-Silvestre », vallée où s’élevaient au temps d’Abraham les villes de Sodome et de Gomorrhe. »
- Les Indiens des États-Unis en fl 884. — M. Louis Simonin a récemment indiqué à la Société de géographie que la population indienne des Etats-Unis est en décroissance constante, ainsi que le prouvent les statistiques Ce que M. Simonin a fait surtout ressortir, c’est la nouvelle politique du gouvernement de l’Union à l’égard des Indiens qui occupent un territoire trop étendu, lequel pourrait être considérablement réduit, au grand bénéfice de l’agriculture et des immigrants qui arrivent toujours en si grand nombre sur le sol des États-Unis. A chaque famille de Peaux-Rouges, composée de quatre personnes, le père, la mère et deux enfants, on concéderait désormais comme on le fait pour les fermiers de l’Ouest ou settlers, une étendue de terrain de 60 hectares, et l’on pourrait gagner ainsi sur les réserves indiennes 50 millions d’hectares, dont les Indiens ne tirent aucun profit. Le chiffre de la population indienne, en 1884, est de 265 000, dont 63 000 civilisés dans le Territoire indien et 19 000 sauvages; le reste est disséminé, au nombre de 183 000 Indiens, dans des enclaves ou réserves comprises dans treize États et dans les huit Territoires des États-Unis.
- L’Electricité à. Berlin. — Nous trouvons dans YElcklrotechnischer Anzeiger, de Berlin, la description d’une installation établie dans un café de cette ville, où non seulement l’éclairage, mais encore la ventilation et même la préparation du café se font au moyen de l’électricité. Pour cette opération, on a placé au milieu de l’établissement un buffet portant un petit moteur électrique qui actionne un moulin à café. L’eau est chauffée dans de grandes bouteilles en verre dans lesquelles plonge une spirale en fil de platine traversée par le courant ; un quart d’heure suffit pour porter l’eau à l’ébullition. Il n’y a pas de garçons pour servir les clients, et chaque table est en communication avec le buffet au moyen d’un petit chemin de fer électrique qui transporte les consommations aux clients. Cette application satisfait entièrement le public, surtout à cause de la suppression des pourboires qui en est la conséquence immédiate et elle obtient, paraît-il, un grand succès.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 mai 1885.— Présidence de M. Booley.
- M. P. Desains. — C’est avec une douloureuse surprise qu’on entend M. le Président annoncer à l’Académie la nouvelle perte qu’elle vient de faire. M. Desains, ces jours derniers encore plein de vie et de santé apparente, est
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- LA NATURE.
- mort hier, dimanche,après une très courte indisposition, Il n’y a pas plus de quinze jours qu’on pouvait apprécier encore, à l’occasion d’une présentation qu’il faisait, la précision et l’élégance de sa parole. On sait que le défunt, professeur de physique à la Faculté des sciences de Paris, laisse de très importants travaux sur la chaleur rayonnante, dont un grand nombre ont été faits en collaboration avec M. de la Provostaye. En signe de deuil, la séance est levée immédiatement après le dépouillement de la correspondance, d’ailleurs fort peu nourrie, et que le secrétaire borne à peu près à l’énoncé des titres.
- M. Hirn adresse le résumé de ses observations météorologiques faites en 1884 sur quatre points du Haut-Rhin et des Vosges. — H y a peu de temps, M. Dupré avait annoncé que par l’addition de l’acide chromique à l’acide azotique, il supprime les vapeurs rutilantes que dégage la pile de Bunsen ; M. Heilbronn réclame la priorité de cette invention. En même temps M. d’Arsonval déclare
- que Rhumkorff lui a communiqué le même procédé dès 1869. — Le 16 mai courant aura lieu à Angoulême l’inauguration de la statue du docteur Bouillaud : M. Vul-pian est chargé de représenter l’Académie à cette solennité. — Une lettre du consul de France, à Malaga, mentionne une nouvelle secousse du sol ressentie le l6' mai, à 4 h. 54 m. du matin, et qui a été à peu près aussi violente que celle du 25 décembre. Heureusement elle n’a duré que 10 secondes sans déterminer de désastres proportionnés à la recrudescence de panique qu’elle a provoquée. — M. Trouëssart, directeur du Musée d’histoire naturelle d’Angers, pose sa candidature à une place de correspondant vacante dans la section de zoologie par suite du décès de M. Mulsant. — On devra à M. Lavocat la découverte d’un nouveau genre de monstres cyclocé-phaliens auxquels il impose le nom d’ophtalmocépha-liens. Stanislas Meunier.
- Le petit aérostat dirigeable électrique, à l’Exposition d’électricité, en 1881.
- LES BALLONS 3DIRIGEABLES
- Les expériences de navigation aérienne qui ont été exécutées en 1884, marqueront assurément une date importante dans l’histoire de l’aéronautique. Nous avons réuni sous ce titre : Les Ballons dirigeables, tous les documents qui se rattachent à ces expériences, depuis le petit modèle d’aérostat dirigeable de l’Exposition d électricité en 1881 (voy. gravure ci-dessus) jusqu’à la dernière entreprise de navigation aérienne exécutée par MM. Ch. Renard et A. Krebs, le 8 novembre 1884. Le petit volume que nous signalons aujourd’hui1 * * 4 comprend les notices qui ont été publiées dans les Comptes rendus
- 1 Les Ballons dirigeables. Application de l’électricité à la
- navigation aérienne, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-18, de la
- Bibliothèque des actualités scientifiques, avec 35 figures et
- 4 planches hors texte. —Paris, Gauthier-Villars. Prix : 2fr. 50.
- de l'Académie des sciences, dans La Nature, etc., et que nous avons coordonnées. Le lecteur aura dans cet ouvrage l’histoire complète de la navigation aérienne par l’électricité, histoire à ses débuts et qui pourrait assurément aujourd’hui se signaler dans le domaine de la pratique. Ce n’est plus qu’une question d’argent ; mais pour entreprendre des constructions importantes en navigation aérienne, il faudrait disposer de capitaux que l’initiative privée ne saurait fournir1. G. T.
- 1 La figure reproduite ci-dessus montre la disposition de notre petit aérostat électrique, tel qu’il fonctionnait en 1881, dans la nef du Palais de l’Industrie, attaché à un manège qui le guidait dans ses évolutions tout en lui permettant de donner la démonstration de sa vitesse propre.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- 16 MAI 1 885.
- LA NATURE.
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- LÀ LIQUÉFACTION DE L’OXYGÈNE
- L’éthylène liquide, dont j’ai fait connaître l’emploi à l’Académie des sciencesl", donne, en bouillant à l’air libre, un froid suffisant pour que l’oxygène comprimé et re-roidi à cette tempéra ture, présente, lorsqu’on diminue sa pression,
- « une ébullition tumultueuse qui persiste pendant un temps appréciable. »
- En activant l’évaporation de l’éthylène au moyen de la machine pneumatique, ainsi que Faraday l’avait fait pour le protoxyde d’azote et l’acide carbonique, on abaisse assez sa température pour amener l’oxygène à l’état liquide. J’ai cherché à éviter les inconvénients et les complications qui résultent de l’obligation d’opérer dans le vide, et, dans ce but, j’ai déjà indiqué l’emploi du formène liquide*,qui permet d’obtenir d’emblée la liquéfaction de l'oxygène et de l’azote.
- J’ai pensé cependant que, malgré ces avantages, l’éthylène, qu’il est si facile maintenant de préparer et de manier5, doit être préféré au formène, et je suis
- 1 Comptes rendus, p. 1224, mai 1882.
- 2 Ibid., p. 1565, juin 1884.
- 3 En ajoutant au mélange d’alcool et d’acide sulfurique une petite quantité de vaseline, on empêche le boursouflement de la matière, qui se produit si souvent dans la préparation de l’éthylène et oblige de mettre fin à l’expérience.
- 13* aoBM. — lor semestre.
- arrivé à obtenir, au moyen de l’éthylène bouillant dans des vases ouverts, un abaissement de température suffisant pour amener la liquéfaction complète de l’oxygène.
- Le procédé que j’emploie est extrêmement sim-puisqu’il consiste à activer l’évaporation de l’éthylène en lançant dans sa masse un courant d’air ou d’hydrogène refroidi à très basse température.
- Dans l’appareil que j’ai construit, le récipient en acier R, qui contient l’éthylène liquéfié d avance, est fixé sur un support vertical, l’orifice dirigé vers le bas ; à cet orifice est adapté un : serpentin en cuivre de 3 ou 4 millimètres de diamètre fermé par un robinet à vis et disposé dans un vase de verre S.
- En versant du chlorure de méthyle dans ce vase, la température s’abaisse à — 23°, mais si l’on insuflle dans sa masse de l’air qu’on a desséché avec soin en le faisant passer dans un flacon G, contenant du chlorure de calcium, on obtient bientôt un froid de près de — 70°. L’éthylène ainsi refroidi se condense en remplissant le serpentin. Lorsqu’on ouvre le robinet à vis à la partie inférieure du vase S, l'éthylène s’écoule sous une faible pression et sans pertes sensibles, dans l’éprouvette en verre Y, disposée, ainsi que le montre la figure, dans un vase qui contient de la pierre ponce imbibée d’acjde sulfurique, destinée à absorber la vapeur d’eau. Il est indispensable, en effet, d’agir dans de l’air absolu-
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- pie,
- Appareil de M. Cailletet pour la liquéfaction de l'oxygène.
- H. Réservoir en acier contenant l’éthylène. — S. Serpentins disposés dans un vase contenant le chlorure de méthyle. — V. Eprouvette à éthylène dans laquelle plonge le tube où se liquéfie l’oxygène à la température de — lSo". — 0. Récipient à oxygène. — P. Pompe à main. — C. Vase pour dessécher l’air.
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- I.À NAT ü 11 K.
- ment sec, car sans cette précaution l’humidité atmosphérique se condenserait sous forme d’un voile de glace sur les parois de l’éprouvette qui deviendraient absolument opaques.
- Il suffit alors d’activer l’évaporation de l’éthylène au moyen d’un rapide courant d’air ou d’hydrogène refroidi dans un second serpentin placé aussi dans le vase de chlorure de méthyle S, pour permettre à l’oxygène comprimé dans le tube de verre fixé à la partie supérieure du réservoir O de se résoudre en un liquide incolore, transparent et séparé du gaz qui le surmonte par un ménisque absolument net. En faisant fonctionner la pompe P, l’eau injectée agit sur le mercure contenu dans le récipient O, et le force à pénétrer dans l’éprouvette qui contient l’oxygène. Le gaz ainsi comprimé, se liquéfie, comme nous l’avons dit, dans la branche du tube contenue dans l’éprouvette V. Ce tube plonge dans l’éthylène à la température de— 125°. La masse d’oxygène liquéfié qui est limpide comme de l’éther, a été figurée en noir sur le dessin, afin d’être visible.
- J’ai mesuré, au moyen d’un thermomètre à hydrogène dont je ferai connaître prochainement la construction, la température de l’éthylène qui, dans une de mes expériences, a été trouvée de —125°. J’espère qu’en refroidissant avec plus de soin le courant d’hydrogène, la température pourra encore être abaissée.
- Les serpentins de cuivre, dans lesquels circulent l’air et l’éthylène, sont plongés dans du chlorure de méthyle, qu’on évapore rapidement au moyen d’un courant d’air, préalablement refroidi.
- En résumé, j’ai constaté qu’en activant l’évaporation de l’éthylène liquide, au moyen d’un courant d’air ou d’hydrogène fortement refroidi, on abaisse sa température bien au-dessous du point critique de l’oxygène, qui, dans ce milieu, se liquéfie de la manière la plus nette.
- Cette expérience est tellement simple et facile à exécuter, quelle peut entrer, dès aujourd’hui, dans la pratique des laboratoires, et être répétée dans les Cours publics.
- Ces expériences ont été exécutées au laboratoire de physique de la Sorbonne, grâce à la bienveillance de M. Jamin. L. Cailletet (de l’Institut).
- L’IIISTOIR E
- DE IA LIQUÉFACTION DES GAZ
- Dans une brochure publiée récemment1, et répandue h profusion dans le monde savant, M. Wroblewski, docteur en philosophie, actuellement professeur à l’Université de Cracovie, nous prend 'a parti en répondant à un travail deM. Jamin, où l’éminent secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences avait fait Uhistorique de la découverte de la liquéfaction des gaz. M. Wroblewski nous reproche d’avoir « essayé d’attribuer à M. Cailletet les résultats
- 1 Comment l’air a été liquéfié ? par Sigismond de Wroblewski. In-8° de 30 pages. — Paris, 1885.
- obtenus par lui », et d’avoir écrit dans La Nature la phrase suivante : « L’exécution des magnifiques expériences de M. Cailletet et la construction des appareils qui lui ont permis de les réaliser font le plus grand honneur à leur auteur ; ces travaux ont ouvert de nouveaux horizons à la science pure et ne manqueront pas d’ètre féconds en résultats pratiques pour la science appliquée. »
- Nous n’avons pas à regretter ce que nous avons écrit, car chaque jour de nouveaux faits confirment notre appréciation.
- Les attaques de M. Wroblewski contre MM. Jamin, Salet et contre tous ceux qui ont connu les expériences réalisées et qui les ont jugées comme nous, ne sont assurément pas faites pour nous faire changer d’opinion.
- La Nature n’est pas un journal de polémique; nous n’entrerons pas ici en discussion avec M. Wroblewski, mais nous voulons seulement lui dire que nous avons été un juge impartial et que selon son expression « nous ne nous sommes pas laissé influencer par un chauvinisme déplacé ».
- Nous avons fait connaître depuis 1877 toutes les découvertes successives de M». Cailletet :
- La démonstration de la liquéfaction de tous les gaz regardés alors comme permanents ; l’emploi de l’éthylène, qui permet de voir l’ébullition tumultueuse de l’oxygène; l’emploi du formène pour obtenir d’emblée la liquéfaction de l'oxygène et de l’azote ; enfin les derniers procédés qui permettent à M. Cailletet de liquéfier l’oxygène par un moyen des plus simples et de répéter celte expérience dans tous les cours publics.
- Ces titres, M. Wroblewski, non seulement les a reconnus, mais même publiés. Il nous suffira de citer le passage suivant d'une lettre qu’il a écrite lui-même à M. Cailletet :
- L’histoire de la science, a écrit M. Wroblewski, liera toujours votre nom avec la liquéfaction des gaz. Vous avez par vos travaux donné la vie à celte partie de physique. De l’état stationnaire dans lequel clic était plongée, vous l’avez mise dans la voie du progrès énergique où nous la voyons, par vos appareils, vos méthodes, vos travaux et la persévérance avec laquelle vous avez poursuivi votre but. Le succès des expériences exécutées dans mon laboratoire n’amoindrit aucunement la grandeur de vos recherches. Sans vos travaux le mien aurait été impossible. C’est avec votre pompe que nous avons comprimé l’oxygène, et mon appareil, que j’ai fait construire chez M. Ducretet pour étudier les phénomènes de la capillarité des liquides sous des pressions très élevées est toujours dans la partie essentielle le block de votre appareil pour la liquéfaction des gaz, dont tout le monde se sert à présent.
- Aujourd’hui M. Wroblewski prétend que cette lettre a été écrite par lui en yuise de consolation, et que M. Cailletet lui a pris ses idées. Est-ce vraiment sérieux ?
- Nous rappellerons que les questions qui nous occupent ont été pesées et jugées dans une lettre que l’illustre M. Dumas écrivait de son lit de mort pour demander à l’Académie de décerner à M. Cailletet le prix Lacaze « afin qu’on n’attribue pas aux heureux exploitants de ses procédés un mérite qui devrait être réservé à leur inventeur; il y a là, ajoute M. Dumas, une question d’équité en même temps qu’un intérêt patriotique.... il ne faut pas laisser le monde savant dans le doute sur le véritable auteur de la découverte qui range les gaz permanents au nombre des matières communes susceptibles de prendre à volonté l’état solide, liquide ou aériforme. »
- M. Wroblewski, malgré ses récriminations présentées sous une forme passionnée, peu compatible avec la dignité
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- de la science, ne changera pas plus les faits acquis, qu'il ne modifiera l’appréciation de l’histoire. Et la phrase qu’il nous reproche d’avoir prononcée à l’égard de M. Cail-letet, nous la prononçons encore, avec la conscience d’exprimer la vérité, et avec la certitude de recevoir l’approbation de tous les hommes compétents et impartiaux, Gaston Tissandier.
- NÉCROLOGIE
- Félix Bapterosses. — Un homme du génie le plus inventif, et un homme de cœur en même temps, M. Félix Bapterosses, de Briare, est mort le mois dernier. Nous croyons devoir payer un juste tribut d’hommage à ce grand industriel dont le nom vient s’ajouter aux noms célèbres des Kœcldin, des Schneider, et dont la France s’enorgueillit à juste titre. M. Bapterosses était né en 1813 dans la petite commune de Bièvre où son père, graveur de cylindres pour l’impression sur étoffes dans la célèbre fabrique de Jouy, habitait. Bapterosses était donc fils d’ouvrier et ouvrier lui-même. Bapterosses, ainsi que son frère aîné Frédéric qui lui survit, et qui ne l’a jamais quitté, avait été instruit et élevé par les frères de la Doctrine chrétienne. Il partit de son village avec un bagage d’instruction, peu lourd à porter, et il arriva à Paris où il entra comme apprenti chez M. Byver, constructeur mécanicien, qui s’occupait principalement d’outils pour le polissage des glaces.
- Bapterosses se signala par quelques inventions ingénieuses, lampes, locomotives, etc., qui lui rapportèrent, en en vendant le privilège, quelque argent ; il consacra cet argent à la création d’une presse pouvant mouler plusieurs centaines de boutons à la fois, tandis qu’en Angleterre, où cette industrie des boutons à pâte de porcelaine dure avait pris naissance, on n’était arrivé qu’au moulage de un ou deux boutons à la fois.
- Nous ne pouvons ici relater toutes les phases de cette industrie nouvelle que M. Bapterosses commença à Paris et qu’il transporta à Briare, dès l’année 1851. Nous nous contenterons d’en indiquer les points principaux.
- Cette fabrication consiste à mettre en poudre extrêmement fine, la pierre, le feldspath, à humecter cette poudre avec du lait pour lui donner la plasticité nécessaire, et à la comprimer à l’aide d’une presse. Une fois le bouton moulé, on le soumet à la cuisson dans des fours analogues au four à porcelaine. Le procédé, comme on le voit, est excessivement simple, mais quelle que soit cette simplicité, elle a dbnné lieu à la création d’usines couvrant une surface de 17 hectares, où plus de 2000 personnes travaillent dans l’usine même, sans compter les nombreux ouvriers des environs , pour l’encartage des boutons, etc., etc.
- Les usines de Briare livrent par jour 6000 kilogrammes de boutons ou perles représentant en moyenne 6 à 7 millions d’objets fabriqués quotidiennement. Une partie importante de la fabrication, consiste en boutons unis qui valent tout encartés 1 fr. 15 la masse, soit 1728 boutons : et si l’on cherche quel peut être le prix de l’unité, on arrive à un demi-millième de franc environ.
- Une ferme de 200 hectares est spécialement exploitée pour la production du lait; la force motrice est de plus de 400 chevaux, le chiffre total de la main-d’œuvre dépasse 1 500 000 francs par an.
- Eu moins de vingt-cinq ans, Briare, où sont établies
- ces usines, a doublé sa population qui est maintenant de plus de 5000 habitants.
- Nous avons dit, en commençant, que M. Bapterosses était yn homme de génie, et aussi un homme de bien, un homme de cœur; nous devons justifier ce dernier titre, ce qui ne nous sera pas difficile. M. Bapterosses a construit des cités ouvrières qui sont organisées pour 168 familles. Crèche, asile, école, bibliothèque, bains, lavoirs, fonctionnent déjà, un hôpital et une maison de retraite sont en construction, ce qui a fait dire à l’éminent Rapporteur de la classe à l’Exposition universelle de 1878, M. de Luynes, auquel nous avons emprunté la plupart de ces renseignements, que l’usine de Briare pouvait être citée comme un modèle d’installation mécanique et d’organisation sociale.
- Heureux l’homme qui peut se dire que, grâce à son génie, il a fait la fortune de sa famille et assuré l’existence de milliers d’individus ! Tel a été M. Bapterosses. Nommé officier de la Légion d’honneur en 1878, après avoir obtenu le grand prix de cette Exposition, nul n’a jamais contesté des récompenses aussi bien justifiées. Hâtons-nous de dire, qu’en mourant, M. Bapterosses a pu avoir la consolation de penser que l’œuvre immense laissée par lui ne périrait pas , car il a eu la prévoyance de trouver dans ses gendres des ingénieurs habiles qui, avec son fils, la continueront.
- Après l’énumération que nous venons de faire, nous n’avons pas besoin de dire les justes regrets inspirés par la mort de M. Bapterosses dans toute la contrée vivifiée par son intelligence. Son exemple servira même après sa mort, car il montrera ce que peuvent le travail, l’énergie, unies à la probité commerciale la plus incontestée. La noble et belle existence de Bapterosses montre une fois de plus à quels sommets on peut atteindre lorsque, parti des rangs les plus modestes de la société, on a su, avec honneur et loyauté, tirer parti des dons naturels que l’on a été assez heureux de recevoir au début de la vie. L. G/
- EXPLORATION DE L1LE KRAKATAU
- A l’occasion DE l’explosion Dû 27 AOUT 1883 PAU MM. RENÉ BRÉON ET KORTHALS
- (Suite et fin. — Voy. p. 282 et 323.)
- Nous avons pu facilement débarquer sur Kraka-tau à l’extrémité ouest de la coupure, sur une petite plage faisant suite à un ravin profond, nouvellement creusé par les pluies, entre les anciennes laves solides et les matières meubles rejetées par l’éruption (lig. 2). La couleur presque blanche de ces dernières qui atteignent en ce point une épaisseur de 60 à 80 mètres, établit une ligne de démarcation bien tranchée entre ces nouveaux produits et les anciennes coulées d’une teinte noire ou gris foncé. Quoique plus de neuf mois se soient déjà écoulés, depuis qu’ils sont sortis des entrailles de la terre, leur température était encore assez élevée par places, et dans plusieurs crevasses, nous avons observé avec des dégagements de vapeur d’eau à 100°centigrades environ, la formation de sublimés de soufre et de sel ammoniac. On percevait aussi très nettement une odeur bitumineuse s’expliquant du
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- LA NATURE»
- reste facilement par la distillation sèche qu’ont subie les troncs d’arbres et les plantes enfouis sous les tendres brûlantes.
- Le peu de temps dont nous avions à disposer ne nous permettait pas de tenter l’ascension du sommet du Rakatd, ascension longue et pénible et ne présentant du reste aucun intérêt. Après avoir pris quelques photographies, recueilli des échantillons géologiques, nous sommes allés visiter au nord de Krakatau, Lang et Yerlaten, petits îlots bas ayant fait probablement partie de l’ile principale, mais qui en ônt été séparés par quelque commotion souterraine depuis une époque reculée (fig. 1 ). Ces terres, comme toutes les îles du détroit, étaient couvertes d’une forêt touffue. Tout est enseveli maintenant sous un linceul de ponces pulvérulentes de plus de 50 mètres d’épaisseur, crevassé et raviné par les pluies (fig. 5). L’aspect général à distance rappelle assez bien le front de certains glaciers, mais la température cle 58° à 40°, due à la réverbération des rayons du soleil sur ces terrains blanchâtres, ne vous laisse pas garder longtemps cette illusion.
- La surface de ces deux îles s’est beaucoup augmentée par l’amoncellement des produits de l’éruption sur leurs côtes 1 ; en revanche un îlot qui se trouvait à l’est de Verlaten, Poolscbe Hood, et un récif qui s’élevait a l’ouest de Lang, Polish Hat, ont disparu sous les eaux.
- Sauf les éboulemenls dont nous avons parlé plus haut, et dont la cause est indépendante de l’activité volcanique, une tranquillité absolue règne dans ces parages désolés. 11 n’y a plus ni fumerolles, ni jets de vapeurs sous pression, qui généralement persistent encore assez longtemps après la période paroxysmale d’une éruption; les cris et les soupirs des mauvais génies de la légende ne se font plus entendre. L’équilibre naturel est rétabli, la plaie de la croûte terrestre est refermée pour un temps; l’exubérante nature équatoriale va réparer ces désastres, et, dans quelques années, ces îles aujourd’hui arides et dévastées auront repris leur verte parure. Mais il ne faut pas oublier que le dragon,
- 1 D’après M. Werbetk, auquel nous avons emprunté ces renseignements, Lang qui avant l’éruption, avait 2,9 kilomètres carrés en a maintenant 3,5 et la superficie de Verlaten, ,qui était de 3,7 kilomètres carrés, est actuellement de 11,8.
- père des Malais de Lampong, ne fait que sommeiller. Les observations et les données de la science sur l’allure des phénomènes volcaniques nous permettent d’avancer qu’il est fort probable qu’un jour il se réveillera de sa léthargie, et que plus le sommeil aura été long, plus le réveil sera terrible.
- Notre exploration était terminée ; moins de huit jours nous avaient suffi pour visiter le théâtre de la grande catastrophe du détroit de la Sonde. En rentrant à Batavia, nous allons encore passer une journée à Mérack, station postale sur la côte nord-ouest de Java, un des points les plus éprouvés par les vagues extraordinaires du 27 août. Un petit tronçon de chemin de fer qui servait à l’exploitation de carrières, a été complètement détruit, les
- rails tordus et brisés, les locomotives et les wagons ont été emportés par le reflux et gisent à quelques mètres dans la mer, renversés et rongés par la rouille. L’établissement de la poste et quelques habitations qui s’élevaient sur un promontoire escarpé d’une quinzaine de mètres au-dessus du niveau ordinaire des eaux, ont été emportés avec tous leurs habitants.
- C’étaient là les derniers vestiges du désastre qui devaient attrister nos regards. Le lendemain 29, nous étions de retour à Batavia, et quelques jours après, en nous enfonçant dans l’intérieur de Java et èn gravissant les pentes du Gedeli, du Tangoebang-Prahoe, etc., nous oubliions nos impressions pénibles au milieu des splendeurs de la végétation sans pareille qui fait de çette île fortunée un véritable Eden.
- En terminant, nous croyons utile de donner un résumé de la constitution géologique de Krakatau et des îles voisines. Nous avons déjà fait remarquer plus haut, que ces différents édifices volcaniques sont alignés suivant une ligne de fracture N. N. 0., .traversant obliquement le détroit de la Sonde, et partageant à peu près également l’angle formé par les alignements que jalonnent les principaux volcans de Java et de la côte occidentale de Sumatra. Le point où ces trois lignes se coupent se trouve approximativement sous l’île de Krakatau, qui serait ainsi sur un des points les plus faibles et les plus disloqués de l’enveloppe terrestre, circonstance qui explique les grandioses phénomènes de l’éruption de 1885.
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- Le soubassement de Krakatau et des îles voisines est constitué par des coulées solides de basaltes cristallins et de labradorites augitiques très basiques1, dans lesquels le pyroxène augile fait abondamment partie des éléments de seconde consolidation. Nous avons trouvé ces formations basiques, non seulement à la base des ravins et de la grande coupure de Krakatau, mais encore dans les îles Se-booko, à l’îlot de la Protection (Be-schutters Eiland) et à Elle Sebesie.
- Au - dessus de ces variétés basaltiques, on voit se développer, à Krakatau, des coulées en bancs compacts, d’andésites devenant de plus en plus acides à mesure qu’on s’élève, présentant encore des microlitbes d’au-gite près de la base et s’en dépouillant dans les* parties supérieures.
- Nous citerons comme rempli par une roche de ce type relativement acide, un filon andésitique qui traverse sur toute sa hauteur la coupure de Krakatau.
- A la pointe ouest, dans un ravin, nous avons pu observer un banc assez épais de projections ponceuses tout à fait semblables à celles de la dernière éruption, ce qui semblerait démontrer qu’à différentes époques de l’activité du volcan, les éruptions à coulées tranquilles, s’épanchant en nappes à l’air libre, ont alterné avec des paroxysmes4d’un caractère exclusi-
- 1 Nous suivons ici la classification de la minéralogie micro-grapliigue de MM. Fouqué et Michel Lcvy.
- vement explosif, eommé celui de 1883. Les cristaux de première consolidation, dans ces andésites, appartiennent au labrador, à Eaugite et à l’hypersthène.
- A Java 1er Punt, où aboutit la grande fracture que
- jalonne Krakatau , un massif rhyolithique ancien sur lequel est construit le phare, est traversé par quelques filons d’obsidienne andési-tique du même type dans laquelle, à tous les minéraux précédents , viennent s’ajouter de grands cristaux d’amphibole.
- Les produits rejetés par la dernière éruptionont recouvert d’un manteau uniforme toutes ces formations anciennes. Ils sont principalement composés de ponces blanches spongieuses et très légères, et de blocs irréguliers d’un verre compact foncé dans lequel on
- distingue facilement de grands cristaux brillants de labrador.
- Ce verre occupait les parties les plus profondes de l’immense creuset naturel qui bouillonnait sous le Krakatau ; il a pris la forme spongieuse, sous l’influence de l’expansion des gaz ou des vapeurs qu’une énorme pression tenait condensés et emprisonnés dans sa masse fluide, pression constamment décroissante à mesure que les matières se rapprochaient de la surface du sol. Sous les formidables explosions qui ont bouleversé de fond en comble ce bain fondu, dont la ponce peut être considérée comme l’écume, et dispersé en l’air indistinctement les parties légères et
- Fig. 2. — Ravin séparant les anciennes coulées de laves des masses tufacées de la dernière éruption. Pointe ouest de l’île Krakatau. (D’après une photographie.)
- Fig. 3. — Ravinements dans les masses de tufs projetés sur File Verlalen par l’éruption du Krakatau. Côté sud-est de l’ile. (D’après une photographie.)
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- les parties les plus denses, il est probable que ces débris vitreux ne seraient pas parvenus au jour et que nous n’aurions pas eu à les étudier.
- Ce verre très acide (70 à 72 pour 100 de silice), présente une composition minéralogique très simple. Il contient d’assez nombreux cristaux (première consolidation) de labrador, d’augite, d’hyperstliène et de fer oxydulé titanifère : comme éléments de seconde consolidation, nous n’avons constaté que quelques microlithes feldspathiques attribuables à l’oligoclase. Ces caractères permettent de rattacher ce produit vitreux aux obsidiennes andésitiques.
- Outre ces matières, appartenant en propre à l’éruption, il faut citer comme débris arrachés aux terrains sous-jacents des fragments de dioritc quartzifère et des boules d'un calcaire marneux, remarquablement régulières et comme polies par leur brassage avec les ponces, en circulant dans les cheminées volcaniques. Ces débris projetés sont relativement rares.
- R. Bréon.
- LE GRAND CANON DE RANGE
- Nous devons nous empresser de rectilîer quelques inexactitudes qui se sont glissées dans notre récent article sur le grand canon de Bange, paru dans le dernier numéro de La NatureL
- Le mode de fermeture de culasse de ce canon n’est point absolument semblable, mais seulement analogue à celui ‘qui est adopté pour les bouches à feu de campagne.
- La grue qui sert à amener le projectile à hauteur de l’entrée de la chambre se manœuvre à la main, et non par le moyen d’une pompe.
- Le Creusot n’a pas encore fabriqué de canons, mais seulement des tubes pour canons. Les Forges et Chantiers de la Méditerranée commencent seulement à faire du matériel d’artillerie. C’est Saint-Chamond qui, de concert avec les Établissements Cad, a fourni au Mexique des batteries de campagne et de montagne.
- 11 convient, enfin, d’observer que l’usine Armstrong n’a pas de système d’artillerie qui lui soit propre, et qu elle se borne à copier des modèles français. Lieutenant-colonel IIennebert.
- AVEC LES TRAINS EN MARCHE
- Si l’on en croit les journaux américains, la communication télégraphique d’une station avec un train en marche et, par conséquent, les communications des trains en marche entre eux, est un problème aujourd’hui résolu, grâce à M. Lucien J. Phelps.
- Jusqu’ici, on avait cherché à établir la communication entre les trains à l’aide d’un frotteur glissant sur un conducteur continu : les difficultés d’établissement de ce contact glissant d’une façon sûre et permanente, avaient
- 1 Voy. n° 623 du 9 mai 1885, p. «358.
- empêché la réalisation pratique de cette idée. M. Phelps "5*-a cherché l’établissement des communications du train et de la station dans une voie tout à fait différente, en mettant à profit les phénomènes d’induction qui s’exercent à distance et sans contact métallique entre le conducteur fixe et le système mobile placé sur le train en marche.
- Ce conducteur fixe est placé au milieu de la voie entre les deux rails; il est isolé dans une gaine en bois, reliée à la terre à l’une de ses extrémités et au manipulateur de la station par son autre extrémité. On peut ainsi envoyer sur cette ligne une succession de courants longs et courts, qui viendront agir sur le système induit placé dans le train, sur le fourgon spécial consacré aux communications.
- Le fil induit forme une sorte de bobine verticale allongée de 90 tours, occupant toute la longueur du fourgon et présentant environ 2400 mètres de longueur, sur lesquels 1200 environ sont amenés très près du conducteur couché entre les rails, tandis que l’autre partie en est éloignée le plus possible.
- Les extrémités libres de cette bobine induite aboutissent à un poste télégraphique installé dans le fourgon. Deux cas se présentent, suivant que le fourgon reçoit ou transmet.
- Pour la réception, la bobine induite est reliée à un relais très sensible qui ferme le circuit d’une pile locale sur un sounder. Pour la transmission, la pile est fermée sur la bobine induite, par l’intermédiaire d’un buzzer ou vihrateur, qui envoie une série de courants interrompus dons celte bobine.
- Ces courants induisent sur la ligne une série de courants qui influencent un téléphone à la station de réception, et permettent de lire les signaux Morse au son. Le téléphone ne peut être employé comme récepteur sur le train, à cause du bruit, tandis que le relais et le sounder produisent des clics perceptibles à 5 mètres de l’appareil, même lorsque le train est lancé à toute vitesse.
- La construction du relais était très délicate, car il devait obéir à des courants induits très faibles, tout en restant insensible aux secousses, trépidations et mouvements souvent très violents du train en marche. Ce résultat a été obtenu en donnant h l’armature une très faible masse, un très petit moment d’inertie, et en faisant mouvoir cette armature dans un champ magnétique très intense constitué par deux puissants aimants permanents.
- On n’a réalisé jusqu’ici que des communications permanentes entre un train en marche et une station ; on conçoit qu’il serait possible d’établir une communication entre deux trains en marche, mais, au point de vue pratique, la question présente moins d’intérêt, car l’utilité de la communication existe surtout entre le train et la station qui l’a expédié, qui le tient ainsi sous sa dépendance jusqu’à ce qu’il change de section.
- Le système dont nous venons d’esquisser le principe est actuellement en expérience sur une ligne de 20 kilomètres de longueur, entre Harlem-Hiver etNew-Rochelle-Junction, sur le New-York, New-Haven, llartford-Railroad. Cette ligne présente toutes les difficultés qu’on peut rencontrer dans la pratique, telles que croisements de voie, passage à niveau, ponts-levis, etc. : le succès obtenu dans les expériences que nous relatons fait espérer que le système de communications avec les trains en marche ne tardera pas à se généraliser, et contribuera à accroître la sécurité des voyages en chemin de fer.
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- LES C\L40S
- Au nombre des oiseaux les plus étranges se placent assurément les Calaos qui formaient l’ancien genre Buceros.de Linné et qui constituent, pour les ornithologistes modernes, la famille des Bucérotidés. Chez les Calaos, en effet, le bec offre toujours des dimensions considérables par rapport à la taille de l’oiseau et la tête présente ordinairement une physionomie singulière grâce au développement, au-dessus de la région frontale et de la mandibule supérieure, d’un casque de formes variées. Ce casque se prolonge en une corne recourbée chez le Calao rhinocéros; il s’aplatit en dessus, comme le schapska d’un lancier, chez le Calao planicorne; il s’excave légèrement et se termine en avant par une double pointe chez le Calao bicorne ; il s’élève en une sorte de cimier chez le Calao à tête blanche; il s’arrondit chez le Calao convexe et chez le Calao de Malabar ; il se déprime notablement chez le Calao ondulé et chez le Calao plissé, où sa surface est marquée d’un certain nombre de sillons transversaux; enfin il disparaît chez les Calaos tocks et chez le Calao du Népaul. Sa consistance est également variable; car, si dans la plupart des espèces que nous venons d!é-numérer, il se compose d’un tissu spongieux recouvert par une lame cornée qui se continue par l’étui des mandibules, chez le Calao sentinelle (Bhinoplax vigil) il offre la dureté et la consistance de l’ivoire. Dans le premier cas, en dépit de ses fortes dimensions, il n’augmente pas sensiblement le poids de l’oiseau, tandis que dans le second il surcharge la base du bec d’une masse pesante qui doit singulièrement accroître la force des coups frappés par la pointe des mandibules.
- La couleur de cet appendice n’est pas non plus absolument constante; généralement elle est, comme les mandibules, d’un jaune clair ou d’un noir profond; mais parfois elle tourne à l’orangé ou au rouge vermillon. Des variations analogues s’observent, du reste, à la surface des mandibules qui sont tantôt lisses et tantôt rugueuses, tantôt d'une teinte uniforme, tantôt rehaussées par des taches de couleurs diverses, ou même, comme chez certains Tocks africains, par des sortes de plaques émaillées. Enfin l’étui corné du bec est plus ou moins large, plus ou moins recourbé et les bords tranchants de ses deux pièces sont marqués de dents plus ou moins saillantes.
- Le tour des yeux, la région voisine des mandibules et le devant de la gorge sont presque toujours dégarnis de plumes et offrent des couleurs bleues, rouges ou jaunes comparables à celles qu’on observe chez les Dindons et chez les Pintades; quelquefois la face et le cou sont complètement dénudés, comme chez un Marabout. Le corps massif est porté sur des pattes extrêmement courtes qui se terminent par des doigts disposés de la même façon que chez les Guêpiers et chez les Martins-Pêcheurs
- et terminés par des ongles extrêmement robustes, par de véritables griffes. Le pouce, suivant la règle ordinaire, est dirigé en arrière et directement opposable aux trois autres doigts, qui sont strictement contigus -ou même soudés l’un a l’autre sur une grande partie de leur étendue. Grâce à cette disposition et à l’aplatissement de la base des phalanges dont la face inférieure rappelle, par son aspect, la paume d’une main humaine, l’extrémité de la patte peut se mouler, pour ainsi dire, sur les branches et les saisir avec une grande force ; mais elle ne remplit que très imparfaitement le rôle d’un organe de locomotion : aussi ne sommes-nous pas étonnés d’apprendre que les Calaos, à l’état de liberté, sont, à une ou deux exceptions près, des animaux essentiellement arboricoles, qui ne descendent sur le sol que très rarement et qui, pour se déplacer sur une même branche, sont obligés d’exécuter, avec une certaine gaucherie, une série de bonds latéraux. En étudiant les Calaos vivant dans les ménageries, il est facile, du reste, de contrôler à cet égard les observations des voyageurs.
- Sous le rapport des organes du vol, les Bucérotidés sont un peu mieux partagés : leurs ailes son amples et fortement excavées; mais elles se terminent par une portion arrondie, ce qui dénote immédiatement des oiseaux incapables de fournir au vol une bien longue carrière. Les voyageurs s’accordent à dire, en effet, que les Calaos n’ont pas un vol soutenu, qu’ils vont d’un arbre à l’autre et qu’ils frappent l’air de coups si violents que le bruit s’en fait entendre à une grande distance. La queue, généralement allongée, prend, dans certains cas, des dimensions égales ou supérieures à celles du corps par le développement inusité des rectrices médianes : dans ces conditions elle doit plutôt constituer un embarras pour l’oiseau que remplir efficacement les fonctions d’un gouvernail; mais, d’un autre côté, quand le Calao se tient sur une branche, elle fait heureusement contrepoids à la partie antérieure du corps. Aussi, au moment où l’oiseau s’abat sur son perchoir, la queue oscille-t-elle comme un balancier. D’ailleurs, une disposition anatomique vient alléger le poids du corps, augmenté de celui du bec, de la tête et de ses appendices. Les sacs aériens, ces réservoirs dans lesquels le fluide respirable pénètre par l’intermédiaire de la trachée-artère et des poumons, et qui, chez beaucoup d’oiseaux, communiquent eux-mêmes avec l’intérieur des os de l’aile, les sacs aériens, disons-nous, acquièrent chez les Calaos un développement considérable. En outre, ainsi que M. Alph. Milne-Edwards l’a constaté récemment en faisant l’autopsie d’un Calao rhinocéros, de nombreuses poches viennent s’intercaler entre cuir et chair, le long des flancs, sur le cou, sur le ! dos, dans les ailes, dans les pattes et jusqu’aux dernières phalanges des doigts. Ces poches sont comparables aux réservoirs dont le même naturaliste avait précédemment reconnu l’existence chez le Fou ! de Bassan et chez le Marabout ; elles peuvent, en se
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- gonflant, augmenter notablement le volume de l’oiseau et faire pénétrer de l’air non seulement dans la plupart des pièces du squelette, mais dans les lacunes nombreuses dont le casque est ordinairement creusé. « Il résulte de cette disposition, dit M. Milne-Edwards, que, pour son volume, le Calao rhinocéros est remarquablement léger; cet oiseau est environ de la grosseur d’un Dindon, et c’est à peine si son poids dépasse 1500 grammes. »
- Les couleurs des Calaos ne sont pas très variées, abstraction faite des teintes plus ou moins vives qui décorent le casque et les mandibules. Le manteau est très souvent d’un brun roux ou d’un noir glacé de vert, les parties inférieures du corps et la queue sont d’un blanc pur ou blanches et noires, ou bien encore de la même nuance que le dos ; le cou tourne fréquemment au jaunâtre; enfin chez quelques Bueérotidés la livrée tout entière est d’un noir uniforme.
- On connaît aujourd’hui une soixantaine d’espèces de Calaos qui diffèrent les unes des autres par les couleurs du plumage ou par la forme du casque. Ces espèces, à leur tour, peuvent être réparties entre un certain nombre de genres qui appartiennent eux-mêmes à trois catégories bien tranchées : les Calaos tocks, les Calaos ordinaires et les Calaos marcheurs. Les premiers sont tous de petite taille, ils ont le bec relativement court, à. crête dorsale tranchante et sans protubérance accusée, la queue bien développée et la tête souvent ornée d’une huppe occipitale; les Calaos ordinaires offrent, de la façon la plus nette, les principaux caractères que nous avons assignés à la famille des Bueérotidés; enfin les Calaos marcheurs, dont on a formé le genre Bucorvus, ont les doigts antérieurs plus indépendants que les Calaos ordinaires et les tarses beaucoup plus élevés, ce qui leur permet de courir à terre à la façon des Corbeaux. Us rappellent un peu ces derniers oiseaux par leur livrée sombre ; mais ils sont de taille beaucoup plus forte, ils ont le tour de l’œil et la gorge fortement dénudés et colorés en bleu, en gris plombé ou en rouge vif, et ils portent, sur la base du bec, un casque plissé longitudinalement et tantôt fermé, tantôt ouvert à sa partie antérieure.
- C’est à la seconde catégorie, aux Calaos ordinaires qu’appartiennent les deux espèces représentées dans la figure ci-jointe, d’après quelques "individus vivant à la ménagerie du Jardin des Plantes et rapportés par M. Paul Fauque de son voyage à Malacca et à Sumatra. L’une de ces espèces, celle qui est placée sur le second plan, est le Calao rhinocéros (Buceros rhinocéros), facilement reconnaissable à son casque retroussé en avant comme la corne nasale du Pachyderme dont il porte le nom ; l’autre, celle qui occupe le premier et le troisième plan, est le Calao à casque bombé (Buceros ou An-thracoceros convexus), ainsiAppelé parce que son casque, assez mince du côté de la pointe du bec, se renfle en arrière et présente la forme' d’une chaloupe renversée.
- Le Calao rhinocéros ne mesure pas moins d’un mètre de la pointe des mandibules à l’extrémité de la queue. A l’âge adulte, il porte un manteau d’un noir bleu, à reflets soyeux, qui tranche vigoureusement sur la couleur blanche de la région abdominale; sa tête, ornée en arrière d’une petite huppe de plumes effilées, est également de couleur foncée, et sa queue, d’un blanc pur, est traversée par une bande noire dont la largeur varie suivant les individus. Le mâle et la femelle, dans cette espèce comme chez la plupart des Bueérotidés, ne se distinguent point l’un de l’autre par le costume, et tous deux ont la tête surmonléc d’un casque dont la hauteur atteint 7 centimètres et la longueur 16 ou 17 centimètres. Cette protubérance, colorée en rouge sur presque toute son étendue, passe au jaune clair à la pointe et se confond inférieurement avec les mandibules, qui sont aussi de couleur jaune, avec une tache noirâtre à la base.
- Tout en étant assez répandus dans les grandes forets de la péninsule malaise et des îles de Bornéo et de Sumatra, les Calaos rhinocéros sont néanmoins difficiles à observer, paTco que, à la suite des persécutions incessantes dont ils ont été l’objet, ils sont devenus extrêmement farouches. On sait cependant que ces oiseaux passent la majeure partie de leur existence sur les arbres et qu’ils se nourrissent de fruits dont ils font une très grande consommation. Doués d’un appétit formidable, ils ont, en quelques jours, presque totalement épuisé les ressources d’une localité et se trouvent fréquemment dans la nécessité de changer de cantonnement, d’autant plus qu’en raison de leur lourdeur ils ne peuvent atteindre que les fruits qui pendent à proximité des maîtresses branches. Les dimensions exagérées de leur bec et la brièveté de leurs pattes ne leur permettant ni de picorer à la manière des petits Passereaux, ni de déchiqueter leur nourriture en la maintenant avec leurs doigts, à la manière des Rapaces et des Corbeaux, ils sont obligés de l’avaler d’un seul coup, en exécutant de véritables tours d’adresse. On les voit, en effet, jeter en l’air le fruit qu’ils ont cueilli et le recevoir, entre leurs mandibules largement ouvertes, dans les vastes profondeurs de leur œsophage.
- Ils nichent dans les mêmes conditions que les autres Bueérotidés, la femelle déposant ses œufs dans le creux d’un arbre rongé de vétusté et les couvant avec d’autant plus de constance qu’elle se trouve dans l’impossibilité de faire autrement. D’après les renseignements qui m’ont été fournis par M. Fauque, les mâles en effet, chez les Calaos rhinocéros, se montrent aussi jaloux que chez les Calaos bicornes et ont également l’habitude peu galante de murer en grande partie, avec de l’argile, l’ouverture du nid où leurs femelles se sont installées pour couver; ils ne laissent qu’une petite ouverture par laquelle ils font passer à leurs épouses la nourriture indispensable et ne rendent la liberté
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- Calao rhinocéros et Calaos à casque bombé du Muséum d’histoire naturelle de Pans, rapportés de Malaeca par M, Paul Fauque,
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- aux pauvres captives que lorsque l’incubation est terminée.
- Le Calao à casque bombé, qui habite aussi la presqu’île de Malacea et les îles de la Sonde, et que les habitants de Sumatra désignent sous le nom d' Angka-Angka, est plus petit que le Calao rhinocéros et n’a guère que 75 centimètres de long. Il porte une livrée pie, d’un noir glacé et bleu sur la tète, le dos, la partie extérieure, les ailes, la poitrine et les pennes médianes de la queue, d’un blanc pur sur le ventre, l’extrémité des grandes plumes alaires et des. pennes caudales externes. Ses yeux sont entourés d’un espace dénudé, d’un bleu livide et scs pattes sont d’un gris noirâtre, tandis que son bec et son casque offrent une teinte jaune rehaussée par une petite tache noire sur la base de la mandibule supérieure.
- A l’état sauvage, les Calaos de celle espèce se nourrissent principalement de fruits et se montrent particulièrement friands de bananes ; mais, si l’on en croit les Malais, ils deviennent piscivores à l’occasion et capturent adroitement les petits poissons dans les baies où l’eau est peu profonde. En captivité, ils acceptent volontiers des baies, des fruits, des graines, du pain, des boulettes de riz et toutes sortes d’aliments de nature végétale ou même animale; parfois même ils dévorent des proies vivantes : c’est ainsi qu’un naturaliste anglais, M. Motley, qui a conservé de ces oiseaux dans une grande volière, vit un jour l’un d’eux avaler successivement, en quelques bouchées, de pauvres petits canards qui se trouvaient dans le voisinage.
- Pendant le temps nécessaire à l’exécution de la planche ci-jointe, le Calao rhinocéros, rapporté par M. Fauque, a malheureusement succombé; mais sa mort a permis à M. Milne-Edwards de découvrir la singulière disposition de l’appareil respiratoire à laquelle nous avons fait allusion tout à l’heure. Nos lecteurs pourront d’ailleurs voir dans les galeries du Muséum plusieurs représentants non seulement de cette espèce, mais encore des autres Bucé-rotidés qu’il nous a été impossible de décrire. Quant aux deux Calaos à casque bombé donnés en même temps par M. Fauque, ils sont encore, au moment où nous écrivons, en parfaite santé dans l’une des volières de la ménagerie. E. Oustalet.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- a i/observatoire de paris (Suite et fin. — Voy. p. 315.)
- LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TÉLÉPHONES
- 11 est peut-être bien tard pour parler encore de l’Exposition d’électricité organisée à l’Observatoire de Paris en mars dernier par la Société internationale des Electriciens, aussi arrêterons-nous ici cette revue, nous réservant de décrire dans
- des articles spéciaux les appareils nouveaux dignes d’être signalés; mais l’Exposition si importante et si complète de la Société générale des téléphones mérite une étude particulière, car on y trouvait réunis tous les progrès qui résument la science téléphonique, si nouvelle et déjà si complexe.
- Nous laisserons de côté pour aujourd’hui les renseignements statistiques sur le développement sans cesse croissant des abonnés, leur répartition, etc., pour n’examiner que les progrès de l’exploitation technique.
- Le fonctionnement général du réseau a été décrit ici autrefois en détail1, aussi n’y reviendrons-nous pas; mais il s’est introduit dans les appareils des perfectionnements importants, de nature à rendre les communications plus faciles, plus rapides et plus commodes, et sur lesquels nous croyons utile d’appeler l’attention de nos lecteurs. Nous signalerons aujourd’hui, en particulier, l’appel direct, les postes mobiles, et le système permettant de desservir plusieurs abonnés habitant le même immeuble par un seul et même fil.
- Appel direct. — La figure 1 montre l’ensemble des appareils d’un poste dit à'appel direct, comprenant la sonnerie, les boutons d’appel et le poste microtéléphonique dans lequel le transmetteur à dix charbons d’Ader est remplacé par un transmetteur à plaque circulaire, d’une disposition toute nouvelle due à M. Berthon, directeur de la construction et de l’exploitation de la Société générale des téléphones.
- Le poste d’appel direct a été combiné par M. Berthon pour constituer un mode d’exploitation général qu’il sera plus facile de comprendre en l’étudiant tout d’abord dans son application à un cas particulier. Supposons, par exemple, pour fixer les idées, un industriel ayant sa maison de vente située au centre de Paris, et son usine un peu plus loin de ce centre, mais dépendant d’un même bureau central. La maison de vente et l’usine ont entre elles des communications très fréquentes, mais elles doivent aussi pouvoir communiquer individuellement avec tous les autres abonnés du réseau. Avec des postes téléphoniques ordinaires, il faudrait passer chaque fois par le bureau central pour demander la communication entre la maison de vente et l’usine, ce qui amènerait chaque fois une certaine perte de temps. Avec l’appel direct, cet inconvénient disparaît. Au lieu d’établir des postes ordinaires, on dispose des postes d’appel direct, et le bureau central établit une communication permanente entre ces deux postes, sans pour cela perdre la possibilité d’être appelé par l’un ou l’autre de ces postes, ou d’appeler aussi à volonté l’un ou l’autre, sans déranger celui qui n’est pas interpellé.
- Les communications d’appel direct, c’est-à-dire de la maison de vente à l’usine, ou de l’usine à la maison de vente, s’établissent alors directement,
- 1 Voy. n" 454, du 11 février 1882. p. 103.
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- sans que le bureau central ait à intervenir, combinaison qui présente le double avantage de réduire le nombre de communications à effectuer par le bureau central, et de faire gagner à l’abonné un temps précieux qui serait perdu chaque fois qu’ü s'agit d’établir une communication entre l’usine et le bureau de vente, dont, dans notre hypothèse, les rapports sont très fréquents.
- 11 faudrait beaucoup plus de place que celle dont nous pouvons disposer, et des explications dont la longueur-dépasserait la patience du lecteur, pour exposer par le menu les ingénieuses combinaisons du circuit qui permettent de réaliser cet appel direct, mais nous espérons pouvoir en faire comprendre aisément le principe. Dans l’appel direct, M. Berthon a su mettre fort habilement à profit ce fait que tout le réseau téléphonique de Paris est établi sur le principe du double fil, le seul qui, jusqu’ici, permette de supprimer complètement tous les bruits d’induction et de friture, si gênants et si désagréables dans les systèmes à simple fil. Appelons, pour simplifier, A et B les deux postes munis de l’appel direct, et G le bureau central qui les réunit. Dans la position ordinaire d’attente, le double fil qui réunit les deux postes A et B au poste central G forme un circuit métallique fermé complet. Au poste central, les annonciateurs correspondants à A et B sont montés en dérivation sur ce double fil. Aux extrémités de ce circuit métallique, en A et en B, sont placés deux relais communiquant à la terre par une des extrémités, l’autre extrémité étant reliée au circuit métallique. Si A veut appeler son conjugué B, il appuie sur le bouton placé en regard de l’indication appel direct ; s’il veut appeler au poste central, pour demander la communication avec un autre abonné du réseau, il appuie sur le bouton correspondant à appel au bureau. Dans le premier cas, il envoie, par les deux fils à la fois, un courant d’une pile reliée à la terre qui arrive chez B et actionne la sonnerie de B par l’intermédiaire du relais, mais sans faire tomber les annonciateurs du poste C, qui, se trouvant branchés entre deux points du circuit où la force électromotrice est la même, ne sont traversés par aucun courant.
- Le poste A a donc appelé le poste B directement, sans l’intervention du bureau central. Le reste des communications entre ces deux postes s'établit alors à la manière ordinaire.
- Si, au contraire, le poste A appuie sur le bouton appel au bureau, il intercale, par cette manœuvre, une pile isolée dans le circuit métallique complet : le relais placé en B n’est pas influencé par ce courant, le poste B n’est donc pas dérangé, mais les annonciateurs du poste C, branché en dérivation sur des points qui ne sont plus au même potentiel, au même niveau électrique, sont aussitôt traversés par un courant qui actionne les guichets et les fait tomber. Le bureau central prévenu établit aussitôt les communications nécessaires, à la manière ordinaire.
- Ce que nous venons de dire pour les appels faits
- par A, s’applique également, par simple raison de symétrie, aux appels faits par B. Lorsque le bureau central ajbesoin d’appeler à son tour le poste A ou le poste B, il le fait à l’aide du courant fourni par une pile dont l’un des pôles est à la terre, en ayant soin de s’assurer, au préalable, que les deux postes A et B ne sont pas déjà en communication entre eux, ce qu’il ignore, d’ailleurs, avant de faire l’essai, puisque A et B peuvent s’interpeller à volonté sans prévenir le bureau central.
- Lorsque les deux postes A et B conjugués en appel direct ne font pas partie d’un même bureau central, le problème est aussi simple à résoudre, à la condition d’immobiliser une ligne réunissant h s deux postes centraux auxquels A et B appartiennent respectivement. Cette immobilisation d’une ligne se présente alors, pour l’abonné, sous forme de location, à raison de tant par kilomètre et par an.
- L’appel direct, dont nous venons de voir l’application à un cas particulier, est susceptible d’une généralisation constituant un mode d’exploitation par lequel le service gagnerait en simplicité et rapidité. En effet, si tous les abonnés du réseau téléphonique étaient munis du poste d’appel direct, le rôle de la téléphoniste du bureau central se réduirait, dans chaque cas, à mettre en communication les deux abonnés qui demandent la communication, en leur réservant le soin de s’appeler eux-mêmes. Tout retard mis par l’interpellé à répondre ne saurait être ainsi imputé au bureau central dont le rôle se réduirait à rompre la communication des deux abonnés reliés une fois la conversation terminée; le temps gagné serait surtout appréciable dans le cas où les deux abonnés entre lesquels il faut établir la communication n’appartiennent pas au même bureau central.
- Postes mobiles. — Les nouveaux postes mobiles établis chez les particuliers pour satisfaire à certaines exigences particulières ne sont pas autre chose, en principe, que la reproduction des postes mobiles dont font usage les téléphonistes dans le service courant. Le but est de pouvoir, de plusieurs points distincts d’un appartement ou d'une maison entière, établir une communication, et une seule, sans avoir à transporter autre chose qu’un appareil très léger. Pour cela, on fixe en chaque point de la maison d’où l’on veut pouvoir établir une communication une console (fig. 2) sur laquelle on adapte l'appareil mobile représenté sur la droite de la figure et constitué par un téléphone magnétique récepteur et un transmetteur Berthon. A chacune de ces consoles correspond une sonnerie qui est automatiquement mise en circuit par le fait même de l’accrochage du poste téléphonique mobile. Un petit bouton placé dans le bas de la console sert à l’appel; il suffit d’introduire le conjonolcur à quatre contacts dans l’ouverture correspondante qui occupe le milieu de la console, et de décrocher le système téléphonique, pour mettre aussitôt toutes les communications sur téléphone.
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- Ces postes mobiles ont reçu leur première application chez notre éditeur, M. Masson, mais dans le cas particulier, l’installation sc complique d’un petit poste central auxiliaire disposé dans la librairie et à l’aide duquel on peut mettre à volonté les communications, soit sur les deux consoles distribuées, l’une dans le bureau, l’autre dans l’appartement privé, soit sur le poste ordinaire destiné au service de la librairie, soit enfin sur une ligne téléphonique particulière reliant les ateliers à la librairie. Ce petit poste central commande donc toutes les communications ; le secret de ces communications est assuré à l’aide de clefs d’un modèle spécial, munies de rondelles d'une dimension assez grande pour obstruer le second trou du Jack-Knife, et empêcher l’introduction en dérivation d’un second appareil téléphonique. Pendant la journée du dimanche, la librairie et le bureau étant fermés, le petit poste central établit la communication du bureau central avec les consoles des postes mobiles, et toutes les communications s’effectuent depuis la console de l’appartement privé. C’est là une dis-
- position plus élégante et plus commode que celle du poste mobile à toron de fds souples, dont l’aspect est disgracieux et l’usage souvent gênant.
- Abonnés multiples sur un même fil. — Cer-tains abonnés d’un même immeuble qui ne font pas un usage très fréquent du téléphone peuvent s’associer pour placer plusieurs postes sur
- un même fd. Ce système ne permet, il est vrai, la communication que pour un seul* abonné à la fois, mais, en pratique, il est très rare que les communi-
- Fig. 1 . — Poste d’appel direct.
- Fig. 2. — Console et poste mobile.
- cations soient urgentes en même temps, et le petit inconvénient résultant de rares coïncidences est bien compensé par l’économie résultant de la combinaison.
- Sans entrer dans les détails techniques du système combiné par MM. Berthon et Ader, disons qu’ils sont établis pour deux, quatre ou six abonnés.
- Des dispositions fort ingénieuses font que le poste central ne dérange jamais d’autre abonné que celui qui lui est demandé par un correspondant ; de même, un abonné quelconque peut appeler le poste central sans déranger aucun de ses coabonnés ; enfin, dès que la ligne est occupée par un des abonnés, tous les autres en sont aussitôt prévenus par un signal optique qui indique la mise en liberté de la ligne, dès que la conversation est terminée.
- On voit, par ces quelques exemples, les efforts faits par la Société générale des téléphones pour donner satisfaction, dans la mesure du possible, aux exigences des abonnés, et résoudre les problèmes souvent difficiles que lui imposent les circonstances. Sans prétendre, comme Pangloss, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, on peut dire cependant que la Société sait mettre habilement à profit les enseignements d’une longue expérience, et vaincre des difficultés devant lesquelles reculerait la Société nouvelle et inexpérimentée dont on nous a récemment menacés, dans le but de protester contre un monopole de fait, monopole plus que justifié, dans l’espèce, par la nature du service qui en est l’objet. E. Hospitalier.
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- LE TORPILLEUR «81
- Au lendemain deFou-Tcheou et de Sheï-poo, à la veille peut-être d’un conflit autrement plus grave et où la marine jouerait le rôle principal, le passage d’un
- torpilleur à Paris ne pouvait manquer d’exciter la curiosité toujours en éveil des habitants de la capitale. Ce voyage n’a pas précisément, pour but cependant d’accorder un spectacle attrayant aux Parisiens désœuvrés ; c’est une expérience fort utile, qui permettra de savoir si les chantiers du nord pourraient,
- Fis. 1. — Le torpilleur 68 à son mouillage à Saiiit-Douis. (D’après une photographie instantanée (ie M Jacques Ducom.j
- en cas de besoin, communiquer par les voies intérieures avec notre grand port militaire méditerranéen. En temps de guerre, et même dans l’hypothèse, gratuite d’ailleurs, où notre pavillon serait
- chassé de la Manche et de l'Atlantique, ces chantiers concourraient donc encore d’une manière efficace à la défense des côtes méridionales.
- Le torpilleur 68, qui est venu du Havre à Paris,
- Fig. 2. — Coupe longitudinale du torpilleur 68. fr... fr. Flottaison au repos. — fin... fin. Flottaison en marche.
- par la Seine, s'est arrêté a Saint-Denis pour y recevoir un soufflage en liège destiné à réduire son tirant d’eau. Il est actuellement amarré en aval du pont Royal où il restera quelques jours; puis, il continuera par la Seine, le canal de Bourgogne, le
- 1 Voy. Les Bateaux-torpilles, n° 324. du 16 août 1879. p. 167.
- canal de la Saône, la Saône et le Rhône jusqu’au port du Bouc, d’où, par mer, il gagnera Toulon, qui sera son port d'attache. 11 fera escale à Monte-reau, à Laroche, à Saint-Jean de Losne et à Lyon. Nous ne doutons pas que son capitaine, M. le lieutenant de vaisseau Martel, n’ait à se défendre tout le long de ce parcours contre l’envahissement des
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- LA NATURE.
- curieux: sou amabilité est grande, mais son bateau est petit, et force lui est de n’v admettre que de rares privilégies.
- Cette embarcation a été mise en construction au mois d'aoùt 1884, dans les chantiers de M. Augustin Normand. C’est un torpilleur de cotes, plus spécialement affecté à la défense mobile des ports. 11 a une longueur totale de 55 mètres, une largeur de 5m,28 au maître-couple; le creux sur quille de la coque n’est que de 1m,85 dans sa plus grande profondeur; mais une carapace surélevée de lm,25 à lm,50 augmente cFautant la hauteur des compartiments habités du bord. Au mouillage, la flot-taison est parallèle à la quille ; en marche, celle-ci se relève à l’avant et la différence de tirant d’eau est de lm,50 environ en tenant compte de la crosse du gouvernail. Son déplacement en charge est de 49 tonnes. Dans ce poids, la coque entre pour 18l,5, la machine pour 5‘,l et la chaudière pour 7‘,7. L’exposant de charge est donc de 18 tonnes environ, ou 56 pour 100 du déplacement total. Ce faible rapport se comprend sur un bateau où tout est sacrifié à la vitesse, c’est-à-dire à la machine.
- La machine motrice est du système compound.à trois cylindres verticaux. Elle développe 550 chevaux de 75 kilogramme!res. La chaudière, du type locomotive, à flamme directe, est timbrée à 8k,480; elle consomme 400 kilogrammes de charbon par heure et par mètre carré de grille lorsqu’elle fonctionne avec le tirage forcé, la pression d’air étant de 0m,16. Toutes les pièces de la machine sont en acier foré. La vitesse obtenue aux essais, a été de 20,9 nœuds, c’est-à-dire de 58k,7 à l'heure : c'est la vitesse d’un train omnibus. En service on pourra compter sur 18 à 19 nœuds.
- Nous joignons à la description du torpilleur 68 une vue générale de l’embarcation à son mouillage (lig. 1) et un croquis de sa coupe longitudinale (fig. 2). Dans notre section diamétrale, on voit que la coque est divisée en 10 compartiments étanches.
- Le compartiment arrière À, est un coqucron contenant la barre et un certain nombre de barils d’eau douce. Le compartiment B est le poste des maîtres (un second maître et 5 quartiers-maîtres) ; le compartiment C la chambre du capitaine. Celle-ci contient une caisse à eau de 700 litres représentée en O sur notre croquis.
- La chambre des machines est en D. Elle contient la machine motrice, la machine de circulation pour la turbine du condenseur à surface, le petit cheval pour l’alimentation de la chaudière, la machine motrice du ventilateur et une caisse à eau pour la chaudière. La chaufferie, en E, renferme la chaudière, les soutes à charbon contenant 6,5 tonnes de briquettes et le ventilateur. Le compartiment suivant N, P, F, est le poste de lancement. Le capitaine du torpilleur se tient dans le kiosque N d’où, au moyen du levier b il peut faire partir la torpillé. L’homme de barre est devant lui, en P, où il manœuvre la
- roue c dont les drosses vont rejoindre à l’arrière la barre a. Des regards r et t permettent de voir à l’exlérieur et de gouverner. En F se trouvent les postes des deux torpilles de rechange.
- Le compartiment de l’équipage est en G. Il y a 8 hommes d’équipage. À l'avant on rencontre trois coquerons H, K et M traversés par les deux tubes de lancement. Ceux-ci sont symétriquement placés de chaque côté du diamétral et leurs bouches ouvertes au moment de l’action sont fermées par des tapes en temps ordinaire.
- Les torpilles qui arment le 68 sont du type automobile, système Whitehead. La torpille Whitehead et Luppis est fusiforme ; elle a 4m,40 de longueur, et porte, à l’avant, la charge de fulmi-coton qui doit éclater au choc. Une machine à air comprimé, Brotherhood, lui donne de 10 à 12 nœuds de vitesse propre. Elle est lancée par une petite charge de poudre placée au fond du tube.
- Ces engins sont embarqués à bord — il y en a quatre, deux dans les tubes et deux de rechange — au moyen d’un petit chemin de fer mobile dcce. Lorsque le chariot qui reçoit la torpille est au bas de la rampe, on abaisse la partie dv qui pivote autour du point d et est guidée par les glissières s s, de manière à venir se placer en face des tubes. On y pousse alors la torpille et on visse le culot du lanceur après avoir chargé celui-ci.
- Lorsque le torpilleur est en expédition, toutes les portes et tous les panneaux sont fermés. On ne distingue au-dessus de la carapace que le kiosque, les cheminées et la manche à vent; les tubes sont détapés et le capitaine lance ses torpilles au moment qu’il juge opportun. Celles-ci sont projetées au dehors comme des projectiles, plongent dès qu’elles rencontrent l’eau et, grâce à leur machine propre, cheminent vers le point à atteindre. Un régulateur d’immersion, qui est la pièce importante du brevet de MM. Whitehead et Luppis, les maintient, suivant le cas, à 2 ou 5 mètres de la surface.
- La vitesse extrême donnée aux torpilleurs a pour but de leur permettre une attaque soudaine, mais surtout une prompte retraite dès qu’ils ont déchargé leurs tubes. Présentant le plus souvent l’avant à l’ennemi, elles ont leurs machines garanties par cinq épaisseurs de tôle contre les balles des Holch-kiss. Cette protection n’est pas toujours efficace; elle est nulle contre le tir de l’artillerie légère. Les hommes spéciaux sont encore bien divisés sur la question de la puissance des torpilleurs ; elle est redoutable, encore que les dispositions actuelles des cuirassés la rendent le plus souvent illusoire, mais elle est toujours éphémère, à la merci du moindre coup de canon heureux. Nous croyons être l’écho de l’opinion générale de la marine française en ne lui accordant encore qu’une importance modérée dans les combats des cuirassés d’escadre.
- Le torpilleur 68, comme toutes les embarcations similaires, est en tôle d’acier. Les œuvres vives ont 4 millimètres d’épaisseur, l’accastillage et la cara-
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- pace 5 millimètres. Son prix de revient est de 250 000 francs environ. Les whitclicad qu’il emploie coûtent de 10 à 12 000 francs chacune. C’est, comme on le voit, un projectile dispendieux. Si on songe, en outre, à la nature essentiellement trompeuse de son action, on reconnaîtra que ces embarcations douces de vitesses prodigieuses et ces projectiles munis d’hélices, constituent le plus coûteux des appareils maritimes de guerre.
- SlNÉTY DK SlGOYER.
- CHRONIQUE
- Les moteurs électriques dans la marine. —
- A la suite d’essais exécutés l’été dernier â Cronstadl, le gouvernement russe vient de donner l’ordre d’équiper plusieurs chaloupes à moteur électrique. L’absence de bruit et de fumée, la facilité de mise cil marche, sont, en effet, des avantages considérables pour une embarcation destinée à des opérations de nuit. Le dispositif adopté, proposé par M. le lieutenant de vaisseau Tveri-tinow, comprend l’emploi de 200 accumulateurs, qui peuvent fournir une course de quinze .à vingt heures et une traversée de 75 à 100 milles. La vitesse varie entre 5 et 6 nœuds. L’emploi des accumulateurs est nécessaire dans une pareille application, où l’on n’a pas à s’occuper de la question économique, mais où la principale condition est de pouvoir être toujours prêt au départ.
- L’acide carbonique ù. Londres. — Pendant les trois dernières années on a mesuré la contenance de l’air de Londres en gaz acide carbonique. La moyenne est de 0,04 p. 100. Les déterminations les plus récentes donnent 0,03 p. 100 d’acide carbonique pour l’air atmosphérique pur delà campagne. La plus petite quantité trouvée à Londres est 0,033 p. 100 à Banc lloliday, en août 1883. C’est à ce mois que correspond toujours le minimum de l’année. Les déterminations faites pendant les jours de brouillard sont réunies à part et donnent une moyenne de 0,079 p. 100. La valeur 0,141 p. 100 a été trouvée au mois de décembre 1882 pendant un brouillard de très longue durée. L’augmentation de la richesse de l’air en acide carbonique ainsi que la disparition de ce gaz sont corrélatives à l’intensité et à la durée des brouillards.
- (Report of the meteoroloyical Council.)
- LVquatorlnl de l’Observatoire de \ice. — Les
- travaux d’installation de l’Observatoire de Nice que la science doit à la libéralité princière de M. R. Bischoffs-heim, se continuent avec activité. La coupole à flotteur de 22 mètres de diamètre intérieur, destiné à l’équatorial de l’Observatoire de Nice, est complètement montée. Elle sera exposée au public du 15 au 20 mai dans les ateliers du constructeur M. Eiffel, 46, rue Fouquet, à Levallois-Perret. C’est une pièce remarquable, d’un nouveau système, et qui offrira un grand intérêt aux visiteurs.
- Production de la houille en France. — En
- 1882, on a produit en France 20 046 796 tonnes de houille et 556 900 tonnes de lignite. Le personnel réclamé par cette production a été de 108 269 ouvriers, dont 30458 employés a la surface et 77 811 dans les puits et galeries. Le nombre des houillères en exploitation en 188*2 était de 252, sans compter 56 gisements de lignite. Ce qui fait un total de 308,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- *
- Séance du 11 mai 1885. — Présidence de M. Boolev.
- Nouvelle pile électrique. — M. Jablochkoff'adresse un élément d’une pile électrique qui, d’après le témoignage de M. Jamin réunit toutes les qualités les plus précieuses. Elle consiste en un vase dont le fond, constitué par une lame de plomb, métal peu conducteur, forme la première électrode. On y place des rognures de fer ou de zinc mélangées a du sable qu’on a imprégné d’une dissolution de sel marin et on ajoute un disque de charbon qui sera la seconde électrode. La pile ainsi construite utilise des conditions ordinairement défavorables aux générateurs d’électricité. Elle se renouvelle d’elle-même, et on peut la comparer à une pile qui serait accouplée à un accumulateur. L’usage qu’on y fait, non de lames métalliques, mais de rognures, facilite singulièrement son chargement. Enfin, ne répandant aucune odeur, aucune vapeur corrosive, elle offre encore cet avantage suprême de fournir beaucoup d’électricilc à un prix tel que M. Jamin évalue le cheval de force à cinq centimes seulement !
- La coupole flottante de Nice. — Une lettre de M. Bis— choffsheim informe l’Académie de la terminaison d’une calotte flottante destinée à l’Observatoire de Nice, et invite les membres à l’aller visiter chez le constructeur à Paris. Il faut savoir que cette calotte, qui doit abriter une lunette colossale, a 70 mètres de tour, c’est-à-dire 2 mètres de [dus que la coupole du Panthéon. Au lieu de la rendre mobile en la disposant sur des galets ou suides boulets suivant la mode ordinaire, on l’a terminée inférieurement par un réservoir d’air en forme de tore qui doit flotter sur l’eau d’un bassin annulaire. La perfection de ce nouveau système de suspension est telle, que malgré son poids considérable, un seul homme peut facilement lui faire faire un tour d’horizon complet. Comme on doit se préoccuper du cas où l’eau du bassin gèlerait, on se propose d’y dissoudre un sel jusqu’à satu-turation, mais on est quelque peu arrêté par la crainte de déterminer ainsi la corrosion de l’appareil. Bien qu’à Nice les gelées soient rares, on va procéder, sur le conseil de M. Debray et de M. Berthelot, à des expériences spéciales sur ce sujet.
- Élection. — La mort de M. Serret ayant laissé vacante une place de membre dans la section de géométrie, M. Laguerre est appelé à la remplir par 31 suffrages contre 23 attribués à M. Mannheim.
- Physiologie des fonds de mer. — On se rappelle que M. Regnard a soumis des animaux variés à des pressions analogues à celles qui régnent dans les profondeurs de l’Océan. Préoccupé d’ajouter au résultat ainsi obtenu la notion des effets produits pendant le cours de la compression et pendant celui de la décompression, l’auteur est parvenu à rendre véritablement son appareil transparent. Le cylindre d’acier capable de supporter l’effort de 1000 atmosphères reçoit une cuvette à faces parallèles qui doit contenir les animaux.
- En deux points situés aux extrémités d’un même diamètre, on a percé dans le métal deux ouvertures étroites qu’on a solidement fermées ensuite par de très épaisses lames de cristal de roche. Un rayon de lumière étant lancé à travers l’appareil, on le reprend à l’aide d’un microscope qui donne sur un écran une image très amplifiée des objets en expérience. M.Cailletel, qui a décrit
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- LA NATURE.
- JL
- cet appareil devant l’Académie a annoncé pour un mémoire prochain de M. Regnard le résumé des résultats obtenus. *
- Respiration des feuilles. — On désigne sous ce nom l’absorption d’oxygène et l’émission d’acide carbonique par les feuilles maintenues à l’abri des rayons lumineux. Cette respiration est-elle due à une simple transformation de l’oxygène absorbé en acide carbonique, tellement que le volume d’acide carbonique émis ne peut qu’être égal h l’oxygène disparu, dans le cas où tout l’oxygène serait employé à brûler du carbone, ou inférieur, si une partie se fixe sur les matières organiques; ou bien au contraire l’absorption d’oxygène et le dégagement d’acide carbonique sont-ils deux phénomènes indépendants l’un de l’autre ? Les expériences de MM. Dehérain et Maquenne appuient cette dernière hypothèse, car ils ont trouvé en étudiant la respiration des feuilles de fusain (Econymus japonica) que le volume d’acide carbonique dégagé surpasse celui de l’oxygène absorbé, ce qui ne peut avoir lieu que si l’acide carbonique provient non seulement d’uné transformation de l’oxygène absorbé, mais encore de combustions externes semblables à celles qui se produisent pendant la fermentation.
- Topographie.— La salle des Pas-Perdus est convertie en un véritable musée par l’exposition qu’y a faite M. le colonel Laussedat, d’aquarelles dues à nos artistes les plus éminents et qui représentent avec une exactitude rigoureuse les travaux d’investissement des Prussiens autour de Paris. Ces véritables œuvres d’art sont destinées à faire comprendre et à illustrer, on peut le dire, une méthode qui permette au savant directeur du Conservatoire de déterminer la position sur la carte, de points observés à la lunette, même de distances très considérables. L’auteur présente une carte au d/25 000 où est indiquée la situation contrôlée depuis de tous les ouvrages dont nous entourait l’ennemi.
- Photographie stellaire. — M. Mouchez met sous les yeux de l’Académie une splendide photographie du Ciel sur laquelle se sont imprimées 2500 étoiles de la cinquième à la quatorzième grandeur. Cette photographie de 25 centimètres de côté a été obtenue en une heure de pose. Les étoiles de la quatorzième grandeur y sont représentées par des points de 1/40 de millimètre. En ad mettant que la région photographiée du Ciel soit d’une densité stellaire moyenne, elle conduit, vu la surface qu’elle représente, à admettre que le nombre total des soleils, jusqu’à la quinzième grandeur exclusivement, est de 20 millions et demi, c’est-à-dire le chiffre auquel arrivait Herscliell par ses jaugeages de l’espace. La photographie permet de distinguer tout de suite les planètes des étoiles à la petite ligne qu’elles dessinent pendant que celles-ci font des points. On apprécie même le mouvement des slüllites autour des planètes. M. Mouchez estime
- qu’on pourra faire servir les épreuves à la mesure des parallaxes, et il pense que la photométrie tirera un grand bénéfice de la nouvelle méthode.
- Varia. — Une lunette méridienne avec fil de verre d’urane qui s’allume au moment précis du passage des étoiles est décrite par M. Zenger. — M. A. Cornu étudie les raies spectrales spontanément renversables, et signale leur analogie avec les raies de l’hydrogène.
- Stanislas Meunier.
- PERCENTOGRÀPHE DE TÜCKER
- Le petit appareil représenté ci-contre a été inventé par M. Tucker, de Richmond, il est très commode pour simplifier certains calculs; on en fait usage notamment dans la comptabilité des chemins de fer.
- Cet appareil se compose d’un triangle fixe A dont l’hypoténuse B est divisée en centièmes. Un second triangle C glisse sur le premier ; son hypoténuse D porte une graduation de 0 à 1000 milles ou de 0 a 2000 milles (dans la vignette, on a supposé la double graduation).
- Le côté vertical du triangle fixe est muni d’un fil tendu G, fixé en H et en I. Un second fil K est fixé à une petite douille pouvant tourner sur une goupille I. Ce fil aboutit à un curseur O mobile sur le quart de cercle Q.
- Cela posé, supposons un chemin de fer de 960 milles de longueur, composé de ’ 4 embranchements de 300, 100, 140, 420 milles. On veut savoir la longueur de chaque embranchement en centièmes de la longueur totale.
- On fera glisser le triangle C jusqu’à ce que le fil G rencontre le chiffre 960 sur la ligne D. En plaçant successivement le fil K sur les chiffres 300,100,140, 420 de la ligne D, on lira les proportions en centièmes sur l’échelle B, en vertu d’une propriété bien connue des triangles semblables. On voit que le principe de l’appareil est aussi simple que son mode d’emploi.
- De nombreux calculs du même genre peuvent être faits avec cet instrument qui nous ' paraît süs-ceptible de rendre de véritables services aux calculateurs1.
- 1 D’après la Chronique industrielle.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandikr. Imprimerie A. Labure, 'J, rue Je Meurt», i Paris.
- 2tïll
- Percentographe tle Tucker.
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- N‘ 025. - 25 MAI 1885.
- LA NATURE.
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- L’EXÉCUTION DES CHIENS
- On connaît le sort réservé aux malheureux caniches surpris dans les rues de Paris en délit de vagabondage. Sans pitié pour leur folle envie de liberté, les agents les empoignent, et, bon gré mal gré, il faut aller à la Fourrière. Leur procès est vite instruit. Si le signalement correspond à quelque réclapiation de propriété, le chien est mis de côté; avis est donné au maître et si l’animal est reconnu, il est rendu, sans autres formalités que le remboursement de frais minimes. Quant aux autres, c’est-à-dire les
- neuf dixièmes, ils sont condamnés sans rémission. Les laboratoires de physiologie,, de pathologie, reçoivent un petit lot pour les expériences si variées de nos professeurs ; le reste ne sort de sa niche que pour marcher au gibet. Une corde passée au cou et le chien est pendu haut et court.
- C’était ainsi que cela se passait^il y a quelques années. Mais l’exécuteur avait quelquefois fort à faire. C’est par centaines que chaque mois on délivre le pavé de ces vagabonds sans domicile. Les bonnes âmes vont se récrier contre ces hécatombes. C’est cependant une nécessité, et ces sacrifices épargnent des vies bien autrement précieuses. Ce sont ces
- Appareil pour asphyxier les chiens à la fourrière de Paris. (D’après nature.)
- chiens errants qui multiplient les cas de rage chez leurs congénères et, de ce fait, accroissent le nombre des morsures et des cas de rage chez l’homme. 11 y a trois ou quatre ans, la mort d'un malheureux, bien connu dans le monde artistique, souleva dans la presse un toile contre les négligences de l’administration qui n’appliquait pas avec assez de rigueur les règlements de police. On fît pendant quelques mois des rafles terribles de chiens; chaque soir le dépôt était rempli. Le résultat ne se fit pas attendre ; la statistique du semestre indiqua une diminution notable dans le chiffre des cas de rage dans les hôpitaux. La mesure est donc salutaire et personne n’est fondé à se plaindre.
- La pendaison avait paru longtemps le moyen le plus simple et le plus pratique; mais en présence 43e année. — 4er semestre.
- du nombre croissant des exécutions capitales, il fallut chercher une méthode plus rapide et en même temps moins douloureuse. Il y a déjà bon nombre d’années un médecin anglais connu, avait proposé d’appliquer la méthode anesthésique à la destruction sans souffrance (painless destruction) des animaux. En 1850, Benjamin Ward Hichardson avait construit un petit appareil pour tuer les chiens dont ses voisins voulaient se débarrasser. Il a poursuivi, dans les loisirs de sa profession, des expériences sur la valeur léthilère des divers agents narcotico-anesthé-siques, et voici deux ans qu’il a pu démontrer en grand la valeur de son procédé. A la demande du comité duDo</’s home (maison des chiens), la fourrière de Battersea, il a construit un appareil de grandes I dimensions et détruit sans douleur tous les chiens
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- LA NATURE.
- condamnés. Depuis sept mois, la chambre mortuaire a fonctionné régulièrement et deux cent cinquante chiens environ par semaine ont passé, sans s’en apercevoir, de vie à trépas, avec une petite dose de narcotique.
- M. Richardson a essayé consciencieusement et avec la rigueur d’une expérience des plus solennelles, une foule d’anesthésiques : acide carbonique, bisulfure de carbone, éthers, chloroforme, etc... 11 s’est arrêté, en fin de compte, à l’oxyde de carbone. On sait qu’un centième de ce gaz mélangé à l’air pur amène une mort presque instantanée chez les animaux à sang chaud. Deux à trois millièmes d’oxyde de carbone dans l’air suffisent pour tuer un chien. Dans l’appareil de M. Richardson, l’air est, pour ainsi dire, saturé ; l’animal ne respire presque que de l’oxyde de carbone; la mort est donc très'rapide.
- A Paris, à la Fourrière, on se sert tout simplement du gaz d’éclairage, qui contient, avec les gaz hydrocarburés, une quantité suffisante d’oxyde de carbone pour être très rapidement anesthésique et toxique. Une grande caisse en tôle forgée et boulonnée, pouvant supporter une assez forte pression, a été établie dans un coin du chenil et mise en communication avec une conduite de gaz d’éclairage. Deux petits rails laissent glisser facilement une cage en fer, montée sur roues, de un mètre cube environ. Suivant la grosseur des animaux, on peut en mettre dé cinq a dix à la fois. La cage est roulée dans la caisse asphyxiante, la porte se ferme et le gaz arrive à torrents par la conduite de fort calibre. En trois à quatre minutes, tout est fini; dès la première minute, les chiens tombent asphyxiés, anesthésiés ; trois minutes se passent et tous sont morts sans souffrance. Au bout d’un instant, on ferme le robinet de dégagement, la cage est retirée et les cadavres des victimes sont livrés à l’équarrisseur.
- L’appareil de M. Richardson est similaire, mais uii peu perfectionné ; de plus, les dimensions permettent d’asphyxier, de tuer dans la même opération une plus grande quantité d’animaux. La chambre d’asphyxie est en bois, à doubles parois, renfermant dans leur épaisseur du sable pour empêcher les fuites du gaz. Un tuyau amène d’un poêle le gaz (oxyde de carbone) fourni par la combustion du charbon. Dans le cours de l’opération et au moment où les animaux sont introduits, par une cage roulante, dans la chambre mortuaire, on projette sur le brasier diverses substances (chloroforme méthylé, bisulfure de carbone), dont les vapeurs ajoutent leur action léthargique à celles de l’oxyde de carbone.
- Dès que l’appareil est en marche, que la chambre commence à se remplir des vapeurs délétères, la cage est roulée dans la chambre, la trappe retombe et en deux ou trois minutes, tout est fini. Un long tube de bambou, formant stéthoscope, tombant sur la partie supérieure de la cage, révèle par l’auscultation l’amoindrissement et la disparition de tout
- bruit respiratoire. Au moment de retirer la cage, une sorte d’écran vient s’abattre en arrière pour prévenir une trop grande irruption de gaz. On peut, du reste, établir une ventilation complète avant de retirer les cadavres.
- Le gaz d’éclairage se trouvant dans toutes les villes, sous la main, il est plus sinqde et moins dangereux pour les employés de se servir de cet agent (|ue de. l’oxyde de carbone. M. Richardson estime que la dépense ne dépasse {tas un sou par animal, quand on en tue une centaine à la fois. Avec le gaz d’éclairage, la dépense est peut-être encore moindre. Quel que soit, du reste, le toxique employé, la méthode d’exécution est infiniment moins pénible et moins répugnante quela pendaison ou l'empoisonnement par les toxiques mêlés aux aliments.
- Dr A. CARTAZ.
- NOUVELLE SOURCE DE GUTTÀ-PERCM
- FOURNIE PAR UN VÉGÉTAL AFRICAIN
- M. Édouard lleckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, a communiqué à l’Académie des sciences de Paris un fait d’une importance capitale pour l’industrie européenne profondément menacée par l’épuisement et la disparition croissante des arbres donnant, dans l’Asie tropicale, le précieux produit qui a nom Gutta-percha. Ce végétal, c’est YIsonandra gutta, llooker, connu, aussi bien que son produit, depuis 1847 seulement. Causée par l’impéritie et l’imprévoyance incurables des indigènes dont les procédés grossiers d’exploitation déterminent la mort du végétal après une seule récolte, cette disparition a été si prompte, quoique présagée depuis 1881 par sir Joseph Hooker, directeur du Jardin royal de Kew (Angleterre)1, qu’aujourd’hui, devant l’imminence d’un véritable danger agricole, commercial et industriel intéressant l’Europe entière, les colonies tropicales anglaises et françaises s’étant préoccupées de cultiver régulièrement l’/so-narulra gutta jusqu’ici exploité seulement dans les forets naturelles, on n’arrive pas à trouver les graines nécessaires à la création de ces plantations. Dan6 ces conditions, M. le Dr Heckel a pensé qu’il était urgent de se préoccuper de trouver un remplaçant exploitable du Gutta asiatique.
- Le problème, quoique hérissé de difficultés, a été résolu. Dans le Butyrospermum Parkii, Kotschy (Bassia Parkiit G. Don), l’arbre si connu au cœur de l’Afrique, sous le nom de Karité ou Garé, pour fournir, par ses graines, un beurre peu apprécié des palais européens, mais goûté par les indigènes et recherché par les fabricants de bougies stéariques sous le nom de Beurre de Karité, de Galam ou de Bambouck, M. Heckel a trouvé un végétal pourvu d’un latex abondant et aussi riche que celui d’iso-nandra, donnant enfin facilement une gutta de bonne qualité. (En 1884, le prix moyen de ce produit de provenance asiatique est coté à 7 fr. 50 le kil.). Or, ce grand et superbe végétal donnant un fruit agréable, est répandu sur une zone considérable dans toute l’étendue de la région tropicale africaine depuis le haut Sénégal (Kita, Bamakou, Béloudégou, pays des Bambouck, Bambarras, Galams, etc.) jusqu’au Nil (Niams-Niams, Monbouthous,
- 1 lit'w Report, 1881, p. 58.
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- Mittous, Bongos), et il y occupe parfois des espaces énormes sur lesquels il est massé en forêts, notamment sur le cours entier du -Niger (en particulier Ségou et Tombouctou).
- L'exploitation est donc possible dès aujourd’hui, car le végétal, adulte à quatre ans, peut donner, par l’incision discrète et bien ménagée de son tronc et de ses gros rameaux, une moyenne annuelle de 4 kilogrammes de produit (c’est-à-dire de 28 à 50 francs par an) et cela sans souffrir aucunement.
- En raison de l’importance de ce végétal et de la facilité avec laquelle il prend un plus grand développement dans les terrains les plus ingrats (terres argilo-siliceuses, schisteuses et ferrugineuses, rocailleuses et crevassées), M. lleckel a jugé utile d’en tenter l’acclimatation dans toutes nos colonies tropicales françaises et même anglaises : il a dans ce but adressé des graines à tous les jardins botaniques de celte région d’où les jeunes pieds se répandront ensuite dans les cultures privées.
- Guidé par l’analogie botanique qui l’avait poussé déjà à rechercher un remplaçant de l’Isonandra gutta dans la vaste famille des Sapotacées (à laquelle appartient l’arbre à Gutta-percha), M. lleckel exprime l’espoir, en terminant sa note, que les Bassia de l’Inde (Bassia bulyracea, B. latifolia; B. longifolia) donneront aussi un produit semblable à celui de l’arbre Karité d’Afrique. S’il en était ainsi, les riches forêts indiennes qui nous donnent déjà Vlllipé nous fourniraient aussi, par surcroît et par la même essence, un succédané de la Gutta-percha. (Les dépenses de la double exploitation pourraient se confondre et atténuer la valeur des deux produits.)
- Nous formons des vœux avec tous ceux qui s’intéressent à la richesse tant commerciale qu’industrielle de notre pays (qui consomme annuellement 2454508 kilogrammes de. gutta, c’est-à-dire pour une valeur de 20 millions), que ces prévisions et ces tentatives, louables au plus haut degré et dignes de l’encouragement de l’Etat, soient couronnées de tout le succès désirable. N’oublions pas, ainsi que le fait remarquer M. Ed. lleckel, que la Cochinchine française et le Cambodge paraissent être les climats qui seront le plus propices au prompt et complet développement du nouvel arbre à Gutta-percha. La question industrielle et agricole se double donc d’un intérêt patriotique pour la France.
- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire de la marine de commerce française. Guide du commerce d'importation et d'exportation. Publication faite sous le haut patronage du Ministère de la marine et des colonies. 1885. 1 vol. in-4° de 1150 pages avec cartes. — Paris, 12, boulevard des Italiens.
- Ce ne sont pas seulement les armateurs et les capitaines de navires qui consulteront avec fruit ce vaste recueil de documents de toute nature : ce sont aussi les négociants qui s’occupent 'd’affaires d’importation et d’exportation. Toutes les personnes qui, à un titre quelconque, s’intéressent à notre commerce extérieur, qui sont en relations avec l’Administration de la marine, qui désirent être renseignées sur les ressources de nos ports, sur les taxes qui y sont perçues, sur les moyens de communication établis à travers les mers entre la France et les divers pays du Globe, etc., etc., tout le monde des affaires, en un mot, puisera dans cet important ouvrage et dans ses Suppléments mensuels, des informations très complètes et très utiles.
- Les mines delà France et de ses colonies, par P. Maigne. 1 petit volume in-52 de la Bibliothèque utile. — Paris, Félix Alcan.
- Les agrandissements de la gare Saint-Lazare, à Paris, par Max de Nansodiv, rédacteur en] chef du Génie civil. 1 broch. in-8, avec planches. Aux bureaux du Génie civil, à Paris, G, rue de la Chaussée-d’Antin.
- Terremotos de Andalucia. Informe de la comision nom-brada para su esludio dando cuenia dcl estado de los trabajos en 7 de marzo de 1885. 1 vol. in-8° avec planches hors texte. — Madrid, 1885.
- Ballooning, a concise sketch of ils history and principles, by G. May. 1 vol. in-8.—London, Symons etC", 1885.
- Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par Ad. Wuivrz, supplément, 9° fascicule. ln-8°. — Paris, librairie .Hachette et Ci0, 1885.
- LE MONUMENT DE WASHINGTON
- Ce monument, dont nous représentons l’aspect, est, comme on le voit, un obélisque. Mais c’est un
- Fig. 1. — Hauteur comparative de l’obélisque de Washington et de quelques-uns des plus hauts monuments du monde.
- obélisque immense, le plus élevé des monuments que l’industrie humaine ait construits jusqu’ici, au sommet duquel le visiteur jouit d’un spectacle incomparable1. Il mérite d etre signalé avec quelques détails.
- Le monument de Washington fut commencé en 1848 par une Société particulière.
- Le projet, dressé par M. Robert Mills, comprenait un obélisque de t>00 pieds de hauteur, soit 180 mè-
- 1 Le grand monument de Washington a été tout récemment atteint par la foudre à plusieurs reprises. Heureusement que les précautions avaient été prises à cet effet. Le cône terminal de l’obélisque est en aluminium : il se trouve relié électriquement au sol par les quatre colonnes métalliques de l’ascenseur. Cette disposition a fait victorieusement scs preuves. La foudre, n’a causé aucun dégât.
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- très environ. Cet obélisque devait être entouré d’une colonnade à la base.
- Ce projet fut bientôt modifié. On renonça à la colonnade et l’on réduisit la hauteur de l’obélisque à 152m,39. C’est dans ces conditions qu’il a été construit, mais en le surmontant d’un pyramadion de 16m,77, ce qui porte la hauteur totaleà 169m,16.
- La fondation, telle qu’elle avait d’abord été établie par la Compagnie, se composait d’un massif de maçonnerie en gros blocs de gneiss. Ce massif, dont la partie supérieure était à 2m,30 au-dessous du niveau du sol, avait la forme d’un tronc de pyramide quadrangu-laire, de 7 mètres de hauteur, la base inférieure ayant 24 mètres de côté et la base supérieure 17m,55 de côté.
- Cette fondation a été notablement renforcée plus tard, comme nous le verrons.
- L’obélisque a 16U1,90 de côté à la base. Chaque face a. en cet endroit,
- 4m,50 d’épaisseur, ce qui laisse un vide intérieur carré, de 7in,90 de côté. Ces faces sont en maçonnerie de moellons de gneiss, avec revêtement de marbre blanc. Les blocs de marbre ont0m,60 de hauteur d’assise, avec 0m,45 à 0m,38 de longueur en queue.
- En 1854, on était arrivé à la hauteur de 45m,60. En 1856, on ajouta lm,20 environ.
- Les travaux furent alors abandonnés jusqu’en 1877.
- Le 19 janvier 1877, la Compagnie transmit tous ses droits au gouvernement des Etats-Unis, et les travaux reprirent en 1878, sous la direction de M. Thomas Lincoln Casey.
- On commença par renforcer la fondation. Pour cela, on coula, sous l’ancien massif de gneiss, une couche de béton de 4m,05 d’épaisseur, sauf dans la partie centrale où l’on conserva un noyau en terre de 13m,20de côté. La couche de béton fut prolongée au delà du massif, de manière à donner à la nouvelle fondation une base carrée de 37m,95 de côté.
- Pour bien répartir la pression sur la nouvelle fondation, on démolit en partie le massif de gneiss, sous la base de l’obélisque, à peu près jusqu’à moitié de l’épaisseur des faces, et l’on remplaça la par-
- tie démolie par un massif de béton rejoignant la couche générale de 4m,05 dont nous avons parlé.
- Ces nouveaux travaux de fondation en sous-œuvre furent achevés le 29 mai 1880.
- Comme nous l’avons dit, l’obélisque, au moment où les travaux avaient été abandonnés, atteignait la hauteur de 46‘u,80 environ. On démolit les dernières assises de manière à ramener la hauteur à 45 mètres et l’on acheva la construction, en suivant le même système, jusqu’à 150 mètres. A cette hauteur, le côté de la pyramide, qui a 16m,90 à
- la base, a 10m,33. L’épaisseur des faces est de O™,45.
- A partir de 135m,60 jusqu’à 150 mètres, les faces sont entièrement en marbre.
- Le pyramidion se compose de plaques de revêtement en marbre, de 0m,18 d’épaisseur, reposant sur douze espèces d’arbalétriers, trois pour chaque face, composés de voussoirs de marbre. Les naissances des arbalétriers sont au niveau de 141 mètres, c’est-à-dire à 9 mètres au-dessous de la base du pyramidion. Sur cette hauteur de 9 mètres, ces arbalétriers ne sont que des nervures en saillie sur l’intérieur des faces de l’obélisque. Dans l’intérieur du monument, on a disposé une ossature métallique qui sert de support à une cage d’escalier et, en même temps, à un élévateur.
- Le poids total de la construction est de 81120 tonnes de 1015 kilogrammes, et est ainsi réparti :
- Poids de la fondation et de la terre qui
- la recouvre. . . .'................ 36912 tonnes.
- Poids des 45 premiers mètres de l’obélisque (partie anciennement construite) 22 573 —
- Poids de la partie nouvellement construite................................. 21260 —
- Poids du pyramidion....................... 300 —
- Poids de l’ossature métallique............. 275 —
- 81 120 tonnes.
- La dépense totales’est élevée à 1 187 710 doll. 31, soit 5938 550 francs, en comptant le dollar à 5 francs. Sur cette somme, 1 500 000 francs avaient été dépensés par la Compagnie qui avait commencé le monument.
- Fig. 2. — L’obélisque de Washington, aux Etats-Unis.
- Le plus haut monument du inonde. (D’après une photographie.;
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- LAMPE A PÉTROLE A BEC INTENSIF
- Ceux qui travaillent à l’avènement graduel de la lumière électrique ont le devoir d’apprécier avec impartialité les anciens procédés d’éclairage, d’ctu-dier sérieusement leurs résultats et les progrès qu'ils font. Aussi ai-je prêté attention à la nouvelle lampe à pétrole construite par MM. Lem-pereur et Bernard, de Liège. Cet appareil m’a paru assez intéressant pour être présenté aux lecteurs de La Nature.
- La lampe belge esta mèche cylindrique et à double courant d’air. Sa tlamme affecte la forme d’une tulipe. Cet épanouissement de la nappe incandescente est obtenu par la combinaison d’une cheminée renflée avec deux disques solidaires horizontaux fixés au milieu de la flamme. Le disque inférieur B est percé de trous. (Yoy. le dessin de la lampe et les figures de détail placées à côté.)
- Le courant d’air extérieur s’alimente à travers une double galerie découpée M, sorte de panier métallique qui divise l’air et atténue les perturbations causées par les agitations du milieu ambiant: cette disposition est d’ailleurs commune à presque toutes les lampes à pétrole.
- Le courant d’air intérieur arrive par un tube central T traversant la lampe de bas en haut, et que surmonte le double disque dont j’ai parlé. Les fabricants donnent sur les fonctions de ce disque des explications qui ne me paraissent pas claires. Je suis porté à croire que ce dispositif a été trouvé empiriquement. La mécanique des fluides est d’une étude tellement délicate que des cas en apparence assez simples sont presque insaisissables par la théorie. Quelle que soit la méthode de recherche suivie par MM. Lempereur et Bernard, leur double disque à trous d’air doit être considéré comme un heureux perfectionnement de l’ancien disque plein des lampes à schiste.
- Le dessin de détail fait comprendre le mécanisme du porte-mèche. Les cannelures longitudinales ont pour but d’empêcher la mèche de s’appliquer étroi-
- tement sur le métal, ce qui nuirait à ses fonctions capillaires.
- Le service de la lampe est des plus simples : il consiste à remplir le récipient par l’ouverture O, que ferme un bouchon à vis, et à brosser l'orifice de la mèche. On règle à l’aide du bouton A.
- M. Georges Fallize, ingénieur à Moscou, qui s’est livré à de nombreuses expériences sur la lampe belge, a imaginé de faire l’allumage sans retirer la cheminée de verre, en introduisant dans le courant d’air central, jusqu’à l’orifice du bec, une flamme de benzine sortant en plusieurs jets horizontaux d’un tube de cuivre garni d’une mèche et percé de trous. Ce procédé ingénieux n’est applicable que quand la lampe est suspendue ; mais c’est le cas le plus général.
- La lumière de la lampe belge est un peu plus blanche que celle de lampe ordinaire à verre étranglé. Des mesures photométriques comparatives, prises dans la zone horizontale, m’ont donné :
- Bougie de l’Etoile, 1; lampe à pétrole à cheminée étranglée, mèche de 14 lignes, 10 ; lampe Lempereur et Bernard, 25.
- D’autre part j’ai trouvé comme consommation de pétrole : Lampe de 14 lignes, 77 grammes par heure ; lampe belge, 167 grammes par heure. Soit 7cf,7 par heure-bougie pour la lampe de 14 lignes, et 6?r,68 pour la lampe belge, par heure-bougie.
- Ces expériences ont été faites avec du pétrole d’assez bonne qualité, de densité 0,800.
- Les inventeurs annoncent un pouvoir lumineux de 35 bougies ; mais j’ignore quelle est leur bougie type.
- D’ailleurs la puissance'lumineuse dépend de la qualité du liquide employé. M. Fallize a trouvé des chiffres très différents en variant les liquides. Les pétroles qu’on brûle en Russie proviennent des naphtes de Bakou (Caucase). Par distillations successives on tire du naphte: 1° la gazoline, densité 0,68 à 0,70; 2° la benzine, 0,70 à 0,72 ; 3° le kérosène, 0,81 à 0,82 ; 4° ïastraline, 0,83 à 0,84; 5° lepyronaphte, 0,84, à 0,87 ; 6° des huiles lourdes servant au graissage ; 7° un résidu de goudron.
- Nouvelle lampe à pétrole à bec intensif.
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- D’après M. Fallizc, la lampe belge donnerait 50 bougies avec le kérosène, et 55 à 40 avec l’astraline ou le pyronaplite.
- Ces divers pétroles sont vendus à Moscou à des prix dont on n’a pas idée en France et surtout à Paris, où nous perdons jusqu a la notion de la valeur deschoses, par des 'majorations fiscales exorbitantes1. Aussi les naphtes fournissent-ils en Russie un éclairage bien plus économique que le gaz et que lelec-tricité.
- En France, les pétroles sont souvent encore d’un usage avantageux, malgré les droits exorbitants dont ils sont frappés. Dans d’autres pays tels que la Suisse et la Belgique, où ils ne sont pas comme ici taxés outre mesure, les hydrocarbures sont un moyen d’éclairage presque sans rival au point de vue du bon marché. La lampe de MM. Lempereur et Bernard, qui réalise un progrès dans l’emploi des pétroles, contribuera à développer leur consommation.
- Emile Reynier.
- LES ÉTABLISSEMENTS DE PISCICULTURE
- EN SUISSE
- Il existe à Vallorbes en Suisse plusieurs établissements de pisciculture importants au sujet desquels nous croyons intéressant de publier quelques renseignements. Voici ce que nous communique notamment le directeur de l’une des installations les plus complètes destinées à l’élevage des truites, M. L. Mathey.
- La provenance des œufs de truite pour l’établissement communal de pisciculture de Vallorbes est due presque exclusivement à la Poissine près de Granson, située sur les bords du lac de Neuchâtel. Ainsi depuis l’année 1879, c’est de cette pêcherie que sont parvenus tous les œufs de truites.
- De I872à 1878, la pêcherie de l’Aubonne en a fourni environ 4 fois, soit 13 1/2 kilogrammes et celle de la pêcherie d’Yverdon environ 26 1/2 kilogrammes en 3 fois. La pêcherie de la Poissine a fourni le reste.
- De 1864 à 1870, le produit de l’établissement a été d’environ 450000 alevins et de 1872 à nos jours de plus de 1 million d’alevins qui ont repeuplé la rivière de l’Orbe, d’une manière très satisfaisante.
- Les résultats eussent été meilleurs si on avait pu obtenir le nombre d’œufs nécessaires pour garnir les caisses d’incubation ; ainsi tandis qu’on aurait pu y placer aisément 20 kilogrammes, soit 200000 alevins, il n’a pas été possible d’obtenir ces quantités dès l’année 1877.
- Aujourd'hui pour l’année 1885, 74000 alevins sont maintenant à peu près développés. Les œufs ont fait éclosion du 10 au 20 avril écoulés; leur mise à l’eau aura lieu du 20 au 31 mai, selon le plus ou moins de rapidité de leur développement.
- La basse température de l’eau de la rivière, d’environ 4° en janvier et février, a porté de 100 à 110 jours l’éclosion des œufs.
- 1 A Moscou, le kéronèse est vendu 1,2 rouble le poud, soit 19 centimes le kilogramme. A Bako.u même, il est ottert au détail, dans les rues, au prix de 15 kopeks le poud : 2 centimes et demi le kilogramme. A Paris, le pétrole de bonne qualité est vendu au détail 70 centimes le litre, soit 88 centimes le kilogramme !
- Il se trouve encore à Vallorbes deux autres établissements : le premier appartient à MM. Glardon père et fils.-Outre les caisses d’incubation, il y a des canaux disposés pour l’élevage de la truite.
- Le second établissement appartient au chef de gare, M. Cbaulmoutet, qui possède également un étang assez vaste près des anciennes forges, à fort peu de distance de la source de l’Orbe:
- Ce sont là les quelques établissements importants que nous avons dans le canton de Vaud. Les truites de Vallorbes sont renommées. Marc Denis.
- • —
- LE THEATRE JAVANAIS
- On sait que les Javanais raffolent des représentations théâtrales et qu’ils en font l’accompagnement nécessaire de toute fête. Ces représentations sont de deux sortes :
- 1° Le Wajang (ombres). Les personnages sont représentés par des marionnettes (fig. 1); c’est un homme appelé Dalang qui les fait mouvoir et qui récite tous les rôles.
- 2° Le Topeng (mdsques). Il est joué par des personnes masquées, sauf quand la représentation a lieu devant des Princes.
- Les représentations de Wajangs ont lieu dans un local spécial. On étend un rideau sur lequel doivent se projeter les ombres des poupées. D’un côté du rideau se placent toutes les femmes; de l’autre se trouve le Dalang (fig. 2) ; il a à sa droite les^hommes et à sa gauche les jeunes gens. Il résulte de cette disposition qu’il n’y a que les hommes qui voient les poupées directement, les femmes n’en aperçoivent que les ombres. Derrière le Dalang se trouve l’orchestre qui accompagne la pièce et qui, suivant le nombre et la nature des instruments qui le composent, porte un nom particulier; au-dessus de sa tête on place une lampe; près de lui il met un coffre contenant les poupées et les divers accessoires qui lui sont nécessaires et, en outre, une espèce de crécelle que le Dalang met en mouvement avec le pied, quand, au cours d’une représention, il a besoin d’imiter un bruit guerrier. Près de lui, on voit encore un vase en terre dans lequel on brûle de l’encens avant le commencement de la représentation. Un bassin de cuivre jaune sert à recueillir les offrandes faites aux esprits : ce sont des aliments dont ils sont censés manger la partie immatérielle, mais, en réalité, les Dalangs ou un des musiciens les emportent chez eux.
- Les Wajangs eux-mêmes se divisent en :
- 1° Le Wajang Pourvo ou le Vieux Wajang. Son répertoire ne comprend que des scènes se rapportant aux légendes des héros hindous; on sait, en effet, que les Hindous ont longtemps régné à Java. Les poupées ont environ deux pieds de haut et sont découpées dans du cuir de buffle très épais; elles sont peintes de toutes sortes de couleurs et en partie dorées ou argentées; plus elles sont ornées, plus
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- elles représentent de hauts personnages. Les bras sont mobiles et mus par de petites tiges fixées aux extrémités. Les formes de ces poupées plates sont monstrueuses et n’ont rien d’humain. Les bras et les mains sont très longs et minces, le visage est en pointe et ressemble un peu à un bec d’oiseau ; quelques-uns sont cependant ronds et ornés de nez et de dents gigantesques ; les yeux sont, soit étroits et allongés, soit grands et ronds ; certaines poupées ont un ventre énorme, d’autres sont bossues. Ces formes s’expliquent, car on ne veut représenter que certains types convenus et très connus de la population javanaise, et dont on exagère les traits caractéristiques pour mieux les faire reconnaître.
- L’orchestre spécial qui accompagne ces représentations est le Gamelan Salendro.
- Les représentations commencent le soir et durent quelquefois toute la nuit. Une collection complète de poupées pour le Wajang Pourvo représente un certain capital. Beaucoup de Princes ont des séries complètes de ces poupées ainsi qu’un Dalang à eux. Le Sousouhounan de Sourakarta en possède une dont toutes les chevilles des membres articulés sont en or; elle vaut plus de 6000 francs. Mais, en général, une série complète de deux cents pièces coûte de 300 à 1500 francs, suivant que les personnages sont plus ou moins soignés.
- En général, c’est Je Dalang qui possède toutes les poupées et quand on veut avoir une représentation on le fait venir avec tout son matériel.
- 2° Le Wajang Gedog. Son répertoire ne comprend que des scènes se rapportant au vrai cycle javanais ; un des principaux sujets est l’histoire [du Prince Pandj. Les poupées sont moins riches; elles sont généralement en bois mince et n’ont que les bras en cuir de buffle; mais elles sont toujours plates comme celles du Wajang Pourvo. Quelquefois elles ont une tète ornée de cheveux humains ou bien de fibres de certains palmiers. L’orchestre spécial qui accompagne ces sortes de représentations s’appelle Gamelan Pelog.
- 3° Le Wajang Karouljil ou Kalitik; ce Wajang diffère assez des deux autres : tandis que les deux premiers, dont nous avons parlé, se jouent toujours la nuit, celui-ci peut se jouer le jour; pour les deux premiers on se sert de poupées plates, pour celui-ci on utilise des poupées en bois sculpté; cependant elles ne sont pas habillées, mais bien peintes. Pour ce Wajang il n’y a pas de rideau, de sorte que tous les spectateurs voient directement les personnages.
- Pour indiquer que la représentation n’est pas commencée, et que le public est censé ne pas voir, le Dalang place devant lui une pièce coloriée taillée en forme de feuille allongée; quand on l’enlève, cela signifie que le rideau est levé. Les pièces se rapportent à l’histoire des royaumes de Modjopahit et de Padjadjaran; les histoires de Damar Woulanet de Menak Djinggo sont surtout célèbres. L’orchestre spécial s’appelle Gamelan Miring.
- Les poupées, en bois sculpté, ont une origine
- miraculeuse ; voici comment les Javanais la racontent :
- « Un homme et une femme demeuraient sur le bord d’une rivière. Un matin que la femme était occupée à laver son riz, elle vit un tronc d’arbre flottant venir à elle et l’empêcher de continuer son travail; elle essaya de le repousser, mais, malgré ses efforts redoublés, il revenait toujours. Ennuyée à la fin elle le tira sur le rivage. Trois jours après, elle eut un rêve. Elle entendit une voix d’être humain qui se plaignait et qui demandait qu’on le fit sortir d’un tronc d’arbre dans lequel il se trouvait. Cette femme raconta son rêve à son mari, et, après avoir discuté quelques instants, ils supposèrent que ce rêve pouvait bien se rapporter au tronc d’arbre qu’elle avait tiré sur le rivage. Ils apportèrent ce tronc à la maison et ils le fendirent ; à l’intérieur, ils trouvèrent une poupée analogue à celle du Wajang Kalitik qu’ils nommèrent Kja'i Gandroung< Quelques jours après, cette femme fit un autre rêve. Elle entendit une voix qui lui disait : « Je suis la « femme de Kjaï Gandroung et je désire ardemment « être réunie à lui. » Elle lui demanda où elle se trouvait et il lui fut répondu qu’elle était renfermée dans un des deux arbres plantés devant la maison. D’après cette indication l’homme coupa une brauche de l’un des arbres indiqués et y trouva une fort jolie poupée du Wajang Kalitik et qui avait la figure d’une femme. Il la plaça à côté* de l’autre et lui donna le nom de Njaï Gandroung. Il les enferma dans un coffre et depuis il fabriqua une foule de poupées semblables d’après ces deux modèles. » Ce coffre passa de père en fils; il est actuellement en possession d’un Dalang de Pagoung, régence de Kédiri. On dit que ces deux poupées sont encore dans le même état qu’au moment où elles furent trouvées, et beaucoup d’indigènes viennent leur faire des offrandes pour obtenir l’accomplissement d’un souhait. Quand on veut donner une représentation extraordinaire, on va inviter le Dalang de Pagoung pour qu’il apporte avec lui le coffre renfermant les poupées. Telle fut l’origine de cette espèce de marionnettes.
- 4° Le Wajang Beber. Cette sorte de Wajang ne se trouve que dans l’ouest de Java. On ne se sert d’aucune poupée, mais toutes les scènes sont dessinées sur des rouleaux de papier indigène que le Dalang déroule au fur et a mesure que son récit avance. Ce sont les mêmes sujets que ceux du Wajang Gedog. Ici, l’orchestre spécial se réduit à un seul instrument appelé Rebab : c’est une espèce de viole.
- En dehors de ces quatre espèces de représentations où des poupées sont seules sur la scène, il existe encore un autre genre de Wajang dont les rôles sont remplis presque exclusivement par des femmes.
- Il porte le nom de Wajang Wong ou Ringgit Tijang. Les acteurs sont habillés et peints de manière à représenter les personnages qu’ils doivent
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- rappeler. Cependant ils ne parlent pas; c’est toujours le Dalang qui récite leurs rôles ; ils ne peuvent que danser et faire de la musique. Ces représentations ont lieu la nuit; les sujets sont les mêmes que ceux du Wajang Pourvo, et l’orchestre qui les accompagne est le Gamelan Salendro.
- Passons maintenant à l’autre espèce de théâtre dont nous avons parlé plus haut et qu’on nomme Topeng (masques) ; il en existe deux variétés qui sont le Topeng Dalang et le Topeng Babakan.
- Le Topeng Dalang est une représentation régulière qui nécessite un Dalang de profession pour réciter les rôles. Au contraire, le Dalang Babakan ou Baran-
- gan est joué dans les rues de Batavia et de quelques autres villes par des troupes de comédiens ambulants, dont l’un remplit les fonctions de Dalang. Leurs représentations, qui coûtent fort peu, durent aussi longtemps qu’on veut.
- Les masques du Topeng Dalang sont en bois finement sculpté et peint. Ils ont des traits fortement accentués. Les yeux sont noirs, grands et ronds. Les masques des personnages représentant les dieux sont dorés. Pour'les grandes dames et les personnages importants, ils sont blancs avec des ornements d’or ou jaune d’or; pour les géants, ils sont bruns, rouge sombre, et quelquefois noirs.
- Fig. 1.— Marionnettes javanaises, avec leurs articulations à tiges. (Dessiné d’après les originaux de la collection
- ethnographique de l’auteur.)
- Quand on se permet de représenter des Européens les masques reproduisent alors les traits et la couleur de ceux-ci. A l’intérieur du masque se trouve une petite cheville que l’acteur prend entre les dents pour le maintenir devant sa figure. Ceux des clowns, il y en a toujours un ou deux dans la troupe, tiennent comme les nôtres. Les acteurs, hommes ou femmes, ont toujours sur la tête une espèce de coiffure qui se relève en demi cercle par derrière, et qui est recouverte de la peau d’un singe noir ou d’une chèvre de même couleur. Le haut du corps est toujours nu, sauf pour les femmes. De nombreux ornements sont portés au cou et aux bras. De temps en temps la représentation est interrompue par les plaisanteries des
- clowns; ils profitent souvent de la liberté qui leur est donnée pour critiquer les actes des fonctionnaires ou de leurs Princes : c’est la partie du spectacle la plus appréciée.
- Les sujets sont les mêmes que ceux du Wajang Gedog, et un orchestre accompagne toujours les représentations.
- Il n’y aurait rien à dire du Topeng Babakan qui n’est qu’une mauvaise imitation de Topeng Dalang, si souvent à Batavia il ne prenait pas un caractère particulier en figurant des scènes de la vie journalière où paraissent des Arabes, des Chinois et même des Européens. L’orchestre qui l’accompagne ne se compose que d’un tambour et d’une paire de cymbales.
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- Fig. 2. — Le théâtre des marionnettes ù Java. (D’après une photographie de*la collection ethnographique de l'auteur.)
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- Au mois d’août 1885, une représentation de Wajang et de Topcng a été donnée à Leiden, au bénéfice des victimes de l’éruption de Krakatau, par les Javanais présents à l’exposition d’Amsterdam. L’auteur a eu le plaisir d’y assister.
- Prince Roland Bonaparte.
- L’EXPOSITION INTERNATIONALE
- DES INVENTIONS, A LONDRES
- Cette Exposition, — plus connue en Angleterre ' sous le nom d’Inventories — est la troisième d’une série d’exhibitions organisées dans les bâtiments de Royal Horticultural Gardens, a South Kensington. La première, consacrée aux pêcheries (Fisheries), avait eu lieu en 1883; la seconde, en 1884, était une exposition d’hygiène (Healtheries).
- L’Exposition actuelle, de beaucoup la plus importante, a été ouverte le 4 mai dernier. Bien qu'in-complètement terminée au moment où nous écrivons , elle présente cependant assez de choses intéressantes pour mériter une visite détaillée, dont on tirera à la fois profit et agrément.
- * Les organisateurs de ces Expositions annuelles ont, en effet, su habilement mêler l’utile et l’agréable pour attirer la foule et en faire un lieu d'attraction très couru dans un pays où, il faut le reconnaître, les distractions font un peu défaut.
- L’expérience acquise dans les deux précédentes Expositions n’a pas été perdue, et l’on a donné une extension de plus en plus grande aux parties qui attiraient le public : musique, illuminations, machines en mouvement, etc., tout en supprimant quelques inconvénients reconnus, tels, par exemple, que la vente des objets et des produits exposés dans l’enceinte même de l’Exposition, vente qui, de l’aveu d’un important organe industriel anglais, Engineering, faisait ressembler l’Exposition de l’année dernière à une réunion de boutiques d'épiciers [sic).
- Sans entrer, pour le moment, dans le détail des immenses progrès réalisés depuis 1862, et dont l’Exposition des inventions nous offre un tableau très complet, du moins en ce qui concerne l’Angleterre, il est bon cependant d’indiquer les grandes lignes de ces progrès, qui, à défaut d’importantes découvertes récentes, mettent en relief de nombreux et utiles perfectionnements faits depuis cette époque, suivant la définition même de cette Exposition, dans les applications des découvertes de la science aux besoins journaliers de la vie.
- C’est dire que la partie principale de ces progrès, depuis un quart de siècle, est du domaine mécanique et physique; l’électricité y occupe une place considérable et contribue pour une large part au succès de l’Exposition.
- En ce qui concerne les machines à vapeur, les efforts sont dirigés, d’une part, du côté des ma-
- chines à triple détente, dans trois cylindres successifs, pour la production économique de la force motrice, et, d’autre part, vers les machines à grande vitesse, dont l’application aux machines dynamo-électriques, par commande directe, devient chaque jour plus fréquente. Nous signalerons en particulier, dès maintenant, la machine-turbine de M. Parsons, qui, sans une dépense de vapeur exagérée, tourne à 12 000 (douze mille) tours par minute, et dont le fonctionnement est fondé sur un mode d’emploi tout nouveau de la détente de la vapeur, sans tiroirs ni soupapes de distribution.
- De nombreux spécimens de moteurs à gaz montrent les progrès réalisés dans ces appareils, les uns pour diminuer la consommation, les autres pour diminuer le prix d’achat, réduire l’espace occupé, le bruit, atténuer les variations de vitesse, etc.
- Ce que nous venons de dire des moteurs, s’applique également aux machines-outils, aux organes de transmission, aux tricycles — beaucoup plus nombreux que les bicycles — aux machines électriques, en un mot, à toutes les branches de l’activité humaine dans lesquelles l'invention joue un certain rôle.
- Mais ce qui a décidé du succès des Expositions des années précédentes et qui décidera certainement du succès de celle-ci, c’est, sans contredit, J'éclairage électrique et les illuminations électriques. Près de 2000 chevaux de force sont, ou seront bientôt, exclusivement consacrés à l’éclairage des galeries de l’Exposition, tandis que l’illumination des jardins comprend 8000 petites lampes a incandescence de 5 bougies qui ont remplacé les lampions classiques et les verres de couleur dont l’allumage était si long, si pénible, et la durée si éphémère, puisqu’un coup de vent malheureux suffisait pour les éteindre.
- L’effet de ces illuminations est réellement féerique, et l’allumage presque instantané de ces 8000 foyers nous reporte, en réalité, aux merveilles des contes des Mille et une Nuits. Tout cela est possible cependant, et réalisé, grâce aux puissantes machines entrées actuellement dans la pratique courante, et qui, comme les trois machines Siemens consacrées spécialement aux illuminations, produisent chacune normalement 150 chevaux-vapeur d’énergie électrique (250 volts et 450 ampères en pleine marche).
- La plupart des installations de l’éclairage électrique des différentes galeries sont en plein fonctionnement. Par une singulière coïncidence, l’éclairage de la section consacrée aux appareils électriques a été attribué à l’un des rares entrepreneurs en retard, et la section électrique se trouve — provisoirement — éclairée par des lampes au pétrole.
- Lorsque toutes les installations seront faites, il y aura environ quinze mille foyers, grands et petits, allumés à la fois dans l’enceinte de l’Exposition. Ce sera l’éclairage le plus important et le plus varié qu’on ait jamais vu jusqu’ici, et lui seul suffirait à faire entreprendre le voyage sans regrets. Nous nous
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- réservons de revenir sur certains points de cette Exposition intéressante, et de consacrer une courte description aux appareils les plus nouveaux et les plus originaux qui nous ont frappé au cours de notre visite : ce sera un juste hommage rendu à un peuple dont on ne saurait trop admirer l’esprit pratique, si bien mis en relief par l’Exposition des inventions. E. Hospitalier.
- Londres, 16 mai 1885.
- v'-y <; —-
- LOCOMOTIVES DES TRAINS EXPRESS
- DES LIGNES FRANÇAISES
- Depuis le célèbre concours de Rainhill qui révéla en quelque sorte la première machine possédant les caractères essentiels des locomotives, ce type de machine a subi des perfectionnements importants qui lui ont donné graduellement une puissance et surtout une rapidité de marche dont on n’aurait pu se faire une idée jusque-là. La Fusée qui est sortie victorieuse du concours de Rainhill pouvait entraîner une charge de 13 tonnes avec une vitesse de 30 kilomètres à l’heure, et son succès, alors inespéré, fut célébré comme un événement mémorable par des fêtes officielles auxquelles s’associèrent toutes les classes de la population. Nos machines actuelles, qui en conservent toujours les dispositions essentielles, peuvent entraîner une charge de 160 tonnes avec une vitesse atteignant souvent 70 kilomètres à l’heure en service normal, et dépassent ainsi deux fois au moins celle de la Fusée. Elles ont pu être établies en effet dans des conditions bien plus parfaites : tous les organes en sont mieux étudiés, et, grâce aux progrès des recherches théoriques, mieux adaptés au rôle qu’ils ont à remplir. En outre la fabrication en est plus soignée; les ateliers de construction, dont l’importance s’est agrandie d’une manière si merveilleuse, peuvent les préparer mécaniquement à leurs dimensions exactes, de manière à réduire les frottements des pièces en contact au strict minimum et augmenter ainsi le rendement. Avec ces dispositions, on a pu obtenir des machines fonctionnant en quelque sorte avec une précision comparable à celle d’un mécanisme d’horlogerie, et cela tout en conservant une merveilleuse élasticité qui leur permet de s’adapter sans difficulté à toutes les circonstances diverses qu’elles peuvent rencontrer en marche. Les trains actuels arrivent en effet à destination en tous temps, à l’heure et même à la minute prescrite, et cela après avoir franchi des étapes atteignant quelquefois 150 à 200 kilomètres. Une machine ayant par exemple des roues motrices de 2m, 10 de diamètre, et qui avance ainsi de 6m,59 par double coup de piston, a di'i donner, pour franchir une étape de 150 kilomètres, 45 470 coups de piston, et cela dans un espace de temps rigoureusement limité à 150 minutes, ce qui représente un parcours moyen de 1000 mètres à la minute ou 16m,6à la seconde, spit 50 coups de piston environ.
- Les machines appliquées sur nos divers réseaux ne sont pas toutes établies sur un modèle uniforme, elles présentent des types variant d’un réseau à l’autre, avec des différences qui résultent souvent des conditions particulières dans lesquelles chacun d’eux se trouve placé au point de vue de la nature du combustible, du profil des voies, etc. Néanmoins les machines des trains rapides arrivent à peu près toutes à des vitesses peu différentes allant de 60 à 70 kilomètres à l’heure ; elles atteignent ainsi une puissance de traction et une rapidité de marche qui auraient paru irréalisables il yj a cinquante ans, et il est probable qu’on arrivera à les dépasser dans un certain nombre d’années, par suite des exigences ‘ continuellement croissantes de l’exploitation.
- L’application des hautes pressions, facilitée par l’emploi de l’acier dans la construction des chaudières, et surtout l’application des distributions type Compound, permettront probablement d’augmenter la puissance et d’améliorer le rendement de ces machines. Quoi qu’il en soit, si les types actuels ne peuvent pas être considérés comme entièrement définitifs, ils réali-senteependant des progrès très sensibles dans l’exploitation des chemins de fer, et nous avons cru intéresser nos lecteurs en reproduisant ici des vues des principaux d’entre eux, tels qu’ils sont appliqués sur les différents réseaux pour la traction des trains rapides (fig. là 8). Nos lecteurs y reconnaîtront en effet les dispositions d’organes qu’ils peuvent rencontrer continuellement dans leurs voyages : un certain nombre des types représentés figuraient d’ailleurs à l’Exposition universelle de 1878.
- On remarquera d’abord que toutes ces locomotives ont deux essieux moteurs accouplés ; les machines à roues libres comme celles du type Crampton n’ont pas en effet la puissance nécessaire pour remorquer des trains un peu lourds, et toutes les Compagnies se sont trouvées amenées à accoupler deux essieux pour obtenir un poids adhérent plus considérable. On atteint ainsi en effet 24 à 28 tonnes tandis que, sur les machines Crampton, on ne dépassait pas 15 tonnes. Les diamètres des essieux moteurs qui déterminent, comme on sait, la vitesse de marche de la machine, varient peu d’un type à l’autre, mais ils sont en général supérieurs à 2 mètres; l’un des types de la Compagnie de l’Est atteint même 2m,30. La machine de la Compagnie du Nord, à deux roues accouplées à l’avant (fig. 5), a toutefois lm,80 seulement, mais elle donne d’ailleurs une vitesse plus faible que l’autre type (fig. 6) dont les roues motrices de 2m, 10 de diamètre sont reportées à l’arrière et qui à reçu des mécaniciens le nom caractéristique de machine outrance. La première machine du Nord est la seule dont les roues motrices soient placées à l’avant, tous les autres types représentés ont à l’avant un simple essieu porteur avec une roue de faible diamètre, disposition qui présente plus de garantie contre les déraillements. Sur certains types de machines, notamment sur celles d’Orléans, l’essieu d’avant est muni de plans inclinés au contact des
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- boites à graisse et possède une certaine liberté d’oscillation destinée à faciliter la direction de la machine et surtout l’entrée en courbe; la machine outrance de la Compagnie du Nord présente même à l’avant un véritable train articulé du type américain, le premier qui ait été introduit en France ; il est formé par deux essieux porteurs oscillant autour d’un pivot central. Presque tous les types ont trois essieux seulement, dont deux moteurs et un essieu porteur placé ordinairement à l’avant; mais les machines de Lyon et d’Orléans possèdent en outre un second essieu porteur, reporté à l’arrière, au-dessous du foyer qui autrement se trouverait en porte-h-faux comme dans la machine type Etat. Sur Y ou-trance du Nord, et la machine de l’Est, en raison de la grande inclinaison de la grille, le second essieu
- moteur a pu être placé sans difficulté à l’arrière du foyer malgré le grand diamètre des roues. L’écartement des essieux extrêmes dépasse actuellement 5 mètres, ce qui donne plus de stabilité en marche ; la longueur des machines à trois essieux ne dépasse guère 8m, 50, sauf celle des chemins de fer de l’État qui atteignent 9'",243 ; mais celles-ci présentent alors un porte-à-faux considérable tant à l’avant qu’à l’arrière, les cylindres et le foyer ne se trouvant plus soutenus directement. Les machines à quatre essieux dépassent toutes 9ra,20 de longueur, toutefois les cylindres restent encore en porte-à-faux sur les machines de Lyon et d’Orléans.
- En ce qui concerne la position du mécanisme, on remarquera également que les cylindres sont extérieurs sur la plupart des machines représen-
- tées, ils sont intérieurs seulement sur les types de l’Ouest et du Nord. Cette question de l’installation du mécanisme, qui modifie si complètement l’aspect extérieur des machines est une de celles qui sont encore les plus discutées par les ingénieurs des chemins de fer, et il faut reconnaître en effet que chaque disposition présente ses avantages et ses inconvénients correspondants : les cylindres intérieurs donnent plus d’assiette à la machine, ils diminuent en outre l’influence des mouvements perturbateurs résultant du déplacement des pièces excentriques; mais d’autre part l’accès et par suite l’entretien et la réparation des pièces du mécanisme deviennent très difficiles, et enfin les essieux coudés auxquels il faut nécessairement avoir recours sont exposés à des ruptures fréquentes, la fabrication en est difficile, et l’entretien souvent dispendieux.
- Toutes les machines sont munies du changement de marche à vis qui a remplacé l’ancien levier dont
- la manœuvre était si difficile pour les mécaniciens ; le changement de marche appliqué sur la machine de la Compagnie de Lyon est même muni d’un contrepoids à vapeur pour équilibrer les pièces mobiles ; des coulisses sont généralement disposées d’après le type ordinaire de celle de Stephenson qui assure d’ailleurs une utilisation très avantageuse de la vapeur; les machines des chemins de fer de l’État et de l’Ouest présentent toutefois des coulisses entièrement rectilignes du type Allan. Les cylindres sont généralement horizontaux et portent leurs tiroirs au-dessus, dans les machines à mouvement extérieur ; sur la locomotive de l’Est qui est établie d’ailleurs en grande partie d’après le modèle Crampton, ils sont légèrement obliques et solidement fixés entre les deux longerons voisins formant l’un des côtés du châssis. Les pistons sont établis d’après le type suédois, ils sont entourés d’un double anneau en fonte formant garniture étanche dans le cylindre; les pis-
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- tons de la machine du Midi sont même fabriqués en bronze pour adoucir les frottements, les supports de glissières sont également en bronze. Les longerons sont au nombre de quatre sur la machine outrance du Nord et sur celle de l’Est; celle de l’Ouest a trois longerons dont l’un est intermédiaire et placé dans l’axe de la chaudière, l’essieu moteur est du type Martin dans lequel les deux bras coudés sont remplacés, comme on sait, par des bras simples de manivelle calés sur les roues motrices. L’axe de la chaudière est relevé à une hauteur de 2m,lÛ sur la machine Est.
- Le foyer est du type Belpaire sur l’outrance Nord, les machines de Lyon et de l’Est, c’est-à-dire que la grille est très allongée, fortement inclinée vers l’avant ; les barreaux de la machine du Nord sont
- en fonte, très courts et très minces, disposés avec des intervalles très rapprochés pour retenir et brûler le charbon menu; les machines de Lyon qui obtiennent d’ailleurs une puissance de vaporisation particulièrement élevée continuent à brûler des briquettes. Le ciel du foyer est plan et rattaché par des tirants verticaux au ciel de la boîte à feu de forme également plane; toutefois sur les dernières machines de l’Est, le ciel de la boite à feu est circulaire et le foyer est soutenu par des armatures transversales. La disposition du foyer Belpaire avec grille à barreaux étroits est tout à fait caractéristique des locomotives actuelles brûlant des charbons menus; grâce à elle, on a pu renoncer aux anciens foyers profonds et étroits qui ne brûlaient que du coke entassé par couche épaisse sur la grille, et on
- Fig. 5. — Locomotive (lu Nord à essieux moteurs à l’avaut. Fig. 6. — Locomotive du Nord, type outrance, avant-train articulé.
- Fig. 7. — Locomotive des chemins de fer de Lyon.
- Fig. 8. — Locomotive des chemins de fer d’Orléans.
- a pu brûler progressivement des briquettes, puis du tout venant et même du menu. Cette transformation a obligé à diminuer la hauteur du foyer, à réduire l’épaisseur de la couche de combustible déposé sur la grille; mais en même temps on a dû augmenter la longueur du foyer pour obtenir plus de surface de chauffe. La machine type P. L. M. exposée en 1878 avait, par exemple, 2m, 14 de surface de grille, tandis que les types arrêtés en 1867 avaient seulement lm,33. La longueur du foyer a été portée à 2m,l 17 au lieu de lm,27, et la surface de chauffe directe atteint ainsi 9 mètres carrés au lieu de 7m,46. Les machines d’Orléans qui brûlent des charbons fuligineux emploient la grille Raymondière avec l’appareil fumivore Ten-Brinck ; le foyer a lm,60 de longueur et la surface de chauffe directe dépasse 10 mètres carrés.
- Les corps cylindriques ne présentent généralement pas de dispositions spéciales, ils sont presque tous munis d’un dôme où s’opère la prise de vapeur allant
- au régulateur. La pression de marche de la chaudière est généralement limitée à 10 atmosphères; mais il y a lieu de penser que dans un avenir peu éloigné, on atteindra des pressions plus élevées qui sont réalisées déjà d’ailleurs en Allemagne. Les tôles d’acier sont préparées aujourd’hui en effet par nos principales usines dans des conditions qui permettraient de les employer avec sécurité à la construction des chaudières de locomotives ; et la marine, par exemple, n’hésite pas à y avoir recours pour les chaudières des machines de scs navires. L’application de l’acier permettra d’augmenter la pression de marche, en raison de la résistance particulière de ce métal, et cette modification, combinée avec l’application de la détente compound étudiée déjà par différentes compagnies, amènera une grande amélioration dans le rendement de ces machines.
- Les tubes à fumée de presque toutes les locomotives sont encore fabriqués en laiton, ils sont munis
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- généralement de bouts en cuivre rouge pour obtenir un assemblage étancbe avec la plaque tubulaire; toutefois ceux de la Compagnie du Midi sont en 1er suivant l’exemple donné déjà par les constructeurs de machines étrangères. Les parois des foyers sont en tôles de cuivre, mais il y a lieu de penser aussi qu’on arrivera également en France à appliquer les tôles d’acier doux pour cet usage, comme on le lait, déjà depuis longtemps en Angleterre et, surtout eiiAmérique.
- L’alimentation est assurée sur toutes les machines par des injectcurs qui ont remplacé les anciennes pompes; sur la Compagnie de Lyon on considère même le fonctionnement de cet appareil comme tout à fait certain et on n’emploie plus sur chaque machine qu’un injecteur unique système Delpech. Les locomotives des autres compagnies portent deux injecteurs, sauf celles d’Orléaus qui conservent une pompe outre un injecteur. Ces machines sont munies en général d’un échappement variable permettant de régler à volonté l’activité du tirage. Un souftleur de vapeur spécial débouchant dans la cheminée permet d’assurer le tirage lorsqu’on veut relever le feu pendant les arrêts ou lorsque l’échappement ne fonctionne pas. Les machines sont toutes munies également du frein à contre-vapeur assurant, comme on sait, l'injection dans le cylindre d’un courant mixte d’eau et de vapeur, destiné à fournir sur les pistons un effort résistant pour amortir la vitesse du train, et prévenir en même temps la rentrée des gaz chauds chargés d’escarbilles qui pourraient détériorer les cylindres. Enfin ces machines sont munies d’un appareil spécial pour actionner les freins continus ; celles du Nord portent un éjeeteur pour frein à vide, et celles des autres compagnies qui sont disposées pour le frein à air comprimé portent une pompe à air d’un fonctionnement automatique maintenant une pression déterminée dans le réservoir de la machine, et la conduite générale régnant sur toute la longueur du train. L. B.
- CHRONIQUE
- La statue de Nicolas Leblanc. — La souscription ouverte à l’effet d’élever un monument à la mémoire du grand inventeur, s’est continuée d’une façon satisfaisante depuis l’époque où nous avons appelé à cç sujet l’attention de nos lecteurs (voy. n° 613, du 28 février, p. 202). Elle a réalisé les quatre cinquièmes de la somme nécessaire. 11 ne faut plus qu’un effort pour réussir. On va entrer prochainement dans la phase de l’exécution de l’œuvre. M. le ministre du commerce et de l’agriculture a donné l’autorisation d’élever la statue au centre de la cour du Conservatoire des arts et métiers, où elle sera visible du dehors. Le devis des travaux est actuellement à l’étude ; mais le comité de patronage fait un nouvel appel à la générosité du public. Dans ces derniers temps, les noms de nombreux souscripteurs ont été inscrits, tant en France qu’à l’étranger, sur la liste des donateurs; nous ne saurions trop encourager les industriels et les amis du progrès, à apporter leur obole à cette œuvre de justice et de réparation.
- Le centenaire de Blanchard, Jeffries, et de Pilàtre de Rozier. — On va célébrer, les dimanche et lundi 24 et 25 mai, à Guines près de Calais, le centenaire de la première traversée de la Manche, en ballon, par Blanchard et Jeffries en 1785. Cette solennité, organisée par la Municipalité de Guines, donnera lieu à des fêtes de toute espèce : festival, feux d’artifice, tir, bals champêtres. M. Lhoste exécutera un voyage aérien, une conférence sera faite par M. W. de Fonvielle, et plusieurs membres de l’Académie d’aérostation, ainsi que les descendants du Dr Jeffries, assisteront à ces fêtes. La Municipalité de Boulogne-sur-Mer se prépare, d’ailleurs, à célébrer dans le courant du mois de juin le centenaire de la mort de Pilàtre de Rozier et Romain, les premiers martyrs de la navigation aérienne. Le musée de Boulogne-sur-Mer organise une exposition des reliques de ces deux infortunés aéronautes. Nous ne croyons pas qu’il existe d’objets se rapportant à ce drame, en dehors de ceux qui existent à Boulogne. Si quelque collectionneur en possédait, nous lui serions reconnaissant de nous en aviser.
- L’éruption du Vésuve. — Depuis 1875, c’est-à-dire depuis la terrible éruption qui avait porté la terreur à Naples en la couvrant de cendres, le Vésuve n’était pas revenu à son état normal. Selon le professeur Palmieri, le volcan était en proie à une sorte de malaise plus facile à observer qu’à traiter, et il vient d’entrer dans une crise qui, toujours selon Je savant professeur, pourrait bien mettre fin à»ce malaise inquiétant. Depuis quelques jours déjà, le volcan donnait des signes d’une activité insolite, et trois petites bouches s’étaient ouvertes à la base du grand cône de l’ancien cratère ; de ces bouches sortaient quelques coulées de lave qui se répandaient sur le cratère même. Samedi 2 mai, ces coulées devinrent plus abondantes et plus rapides. Vers sept heures du soir, on entendit une assez forte détonation et sur le~penchant du vieux cratère s’ouvrit une nouvelle bouche d’où sortit cette fois un fort courant de lave. Cette bouche est à peu près au niveau de la station supérieure du funiculaire^ droite et à peu près à 150 mètres de cette station. La lave se dirigeait très rapidement vers les Camaldules de Torre del Greco, puis à un certain point déviait vers Pompéi. Depuis l’ouverture de cette bouche, l’activité des trois autres a presque complètement cessé, mais du cône central s’échappait une épaisse fumée. Dimanche 3, la lave a continué toute la journée à couler dans la même direction sud-est4, quelques fentes se sont produites dans la partie haute du cône, et le grand cratère a continué de fumer abondamment.
- L’exposition du travail, qui aura lieu au Palais de l’Industrie, après le Salon, présentera au public les travaux et produits les plus variés. On a constitué une section des inventions brevetées depuis 1870 qui sera pleine d’attraits, puisqu’elle réunit dès à présent, à elle seule, plus de cinq cents exposants d’objets entièrement nouveaux, pour la plupart fonctionnant devant les visiteurs. Telle qu’elle se comporte, avec ses sections étrangères, ses classes importantes de l’ameublement de l’électricité, de l’hygiène, de la carrosserie, de l’enseignement professionnel, des produits alimentaires (dégustation), et surtout des métiers et machines, on peut dire que ee sera la plus sérieuse étape avant 1889. Sur la demande de la commission supérieure, l’administration a rçporté au 51 mai le délai d’admission.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 mai 1885.— Présidence de M. Bouley.
- Les froids nocturnes au printemps. — Tous les ans aux mois d’avril et de mai on se plaint du froid considérable des nuits : des dégâts agricoles sont signalés de tous côtés ; cette fois les vignes de Champagne viennent d’éprouver un véritable désastre. On admet généralement que le fait tient à une exacerbation du rayonnement terrestre vers les espaces célestes, mais rien n’indique jusqu’ici pourquoi ce maximum de rayonnement a lieu durant une époque déterminée. Or, M. Jamin vient d’en découvrir la raison dans un minimum très accusé de la quantité de vapeur d’eau suspendue dans l’atmosphère. 11 résulte, en effet, d’une discussion convenablement conduite, des mesures prises par M. Glaisher lors de ses ascensions aérostatiques à diverses époques de l’année, que la quantité de vapeur d’eau décroît très rapidement à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère et que la quantité de vapeur varie régulièrement dans le cours de l’année : le maximum est en août et le minimum en avril. Quand on se rappelle comment Tyndall a été fondé a dire que sans vapeur d’eau dans l’air la surface terrestre gèlerait en une nuit, on ne fait aucune difficulté pour accepter la manière de voir de M. Jamin.
- Le blanc de baleine. — M. le professeur Georges Pou-chet ayant eu l’occasion de disséquer un fœtus de cachalot de lm,30 de long, il a porté son attention sur les réservoirs du spermaceti dont l’anatomie n’avait pas encore été faite. Sa conclusion est que la cavité qui renferme la substance en question représente la narine droite du cétacé considérablemeut dilatée. La narine gauche qui communique avec les évents ne présente rien de particulier.
- Sur le Grilletia spherospermié. — Cette Chytridiacée a été rencontrée dans le tissu du nucelle du Spherospcr-mum oblongum, conifère vivant à l’époque de la formation des couches moyennes du terrain houiller supérieur de Rive-de-Gier. D’après MM. B. Renault et E.-G. Bertrand, le Mycélium du champignon est composé d’hyphes rameux, grêles, allongés dans le sens du grand axe des cellules nourrices, ou pelotonnées irrégulièrement ; lorsque celles-ci sont courtes, isodiamétriques, les cellules des hyphes mesurent 1 Op. en longueur sur 5p. en largeur ; celles qui sont contiguës aux sporanges sont cuticularisées, tantôt toutes pouvaient se transformer en sporanges, tantôt deux sporanges voisins sont séparés par une cellule stérile. Les sporanges consistent en cellules ovoïdes mesurant en longueur 40 à 50p. sur 20 à 25p. de largeur; vu de profil, l’ovoïde est bombé d’un côté, et c’est au sommet de ce bombement que se trouve l’orifice du sporange. Tous les sporanges paraissent vides et ne montrent pas d’opercules. Les Grilletia, par leurs sporanges sans col et sans opercule, par leur mycélium et aussi par leur habitat dans les tissus de graines de gymnosperme, méritent de fixer l’attention. C’est dans le voisinage des Aphanistis, des Catenaria et des Ancylistis qu’il convient de les placer. C’est l’exemple le plus certain de l’existence des Champignons dans le terrain houiller.
- Observation de Saturne. — Poursuivant à Meudon des recherches dont nous avons parlé plusieurs fois, M. Trou-
- velot décrit l’aspect de la planète Saturne durant ces derniers mois. Il annonce avoir assisté à des changements manifestes dans la structure et la disposition des anneaux, et le fait, s’il est définitivement démontré, est d’une importance sur laquelle nous n’avons pas besoin d’insister. Toutefois M. Bertrand insiste sur la difficulté de semblables constatations, à cause des modifications apparentes dues aux diverses éclairages delà planète dans ses positions successives par rapport au soleil.
- Bruits souterrains. — On se souvient que c’est avec beaucoup de réserve que nous avons mentionné, d’après M. Fore], l’audition de grondement dans des régions situées aux antipodes du détroit de la Sonde au moment même de l’explosion volcanique de Krakatau. Il faut cependant, d’après M. le Dr Liénas, revenir sur la même question pour enregistrer que de semblables bruits ont jeté le 28 août 1883 la terreur parmi les habitants deSan-Domingue sur une longueur de 200 kilomètres au moins : il y a évidemment là un fait qui méritera d’être étudié.
- Mentionnons ici un volume écrit eu espagnol par M. Montessus, officier d’artillerie, sur les éruptions volcaniques et les tremblements de terre observés dans la République de San-Salvador et où l’on mentionne aussi des roulements internes coïncidant dans l’Amérique centrale avec l’explosion du détroit de la Sonde.
- Varia. — On mentionne un avertisseur du grisou dans lequel un courant électrique est fermé par le fait seul de la densité nouvelle acquise par l’atmosphère d'une mine qui se charge de gaz combustible. — M. Léopold Hugo étudie le nombre 10,considéré comme dérivé du triangle de Pythagore. — A l’occasion de récentes communications, notre confrère M. de Parville rappelle que dès 1860 il a signalé l’influence de la lune sur les circulations atmosphériques. — Au nom de M. Gavois, M. Larrey dépose un volumineux mémoire sur la structure et la fonction du cerveau. — M. Demarçay décrit un dispositif qui permet d’employer l’étincelle d’induction aux recherches d’analyses spectroscopiques. — D’après les journaux brésiliens, 1100 personnes se sont soumises, du 22 décembre au 22 mars dernier, à la vaccination proposée par M. le Dr Freire comme préservatrice de la fièvre jaune.
- Stanislas Meunier.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- LES DESSINS A DOUBLE ASPECT
- Nos lecteurs n’ont peut-être pas oublié le curieux dessin de M. Gallieni, dont nous avons donné la reproduction il y a quelques mois. Il s’agissait d’une figure à double aspect : vue de loin elle offrait l’apparence d’une tête de mort, vue de près elle présentait l’image de deux enfants caressant un chien1. Nous avons, à cette occasion, donné la curieuse interprétation que l’auteur a présentée de cette ingénieuse composition. Depuis lors, nous avons eu l’occasion de publier les paysages du Père Kircher et de ses imitateurs. Ces paysages, vus de côté, offrent
- 1 Yoy. n° 604, du 28 décembre 1884, p. 64.
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- des profils humains plus ou moins bien frappants *. Ce genre de récréation a de tout temps exercé l’habileté des artistes ; les gravures et même les tableaux à double aspect sont très nombreux et pourraient offrir le sujet d’une collection spéciale intéressante. Le hasard a mis récemment entre nos
- mains une œuvre très curieuse de ce genre, qui est due à un artiste habile, nommé Gaillot; c’est un album de lithographies assez anciennes, qui a été édité à Berlin, par l’imprimerie de Senefelder. L'auteur, sous le titre : Arts et métiers, a dessiné des figures fort amusantes qui sont formées à l’aide des
- Les arts et métiers. — Spécimens de dessins à double aspect.
- outils et des objets se rattachant à la profession qu’il s’agit de représenter. Nous reproduisons ci-dessus quelques spécimens des compositions essentiellement originales de Gaillot. La fruitière est faite avec un melon qui forme sa tête, un artichaut dont la tige forme le nez du profil, une hotte qui fait le buste, etc. Le chasseur est composé à l’aide d’un
- fusil, d une poire à poudre, d’un cor de chasse; et ainsi de suite pour les autres professions. Il y a là un exercice de dessin amusant, qui nous a paru digne de compléter nos récréations. Le lecteur habile à manier le crayon pourra s’exercer à imaginer d’autres compositions du même genre.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. n° 615, du 14 mars 1885, p. 241).
- Imprimerie A. 1,aliure, a, rue de Kleurus, à Pans. •
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- y 626. — 50 MAI 1885.
- LA A AT URL.
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- LE CENTENAIRE DE BLANCHARD
- ET DE IA TRAVERSÉE DE LA MANCHE EN BALLON AVEC LE Dr JEFFRIES
- Les fêles qui viennent d’avoir lieu, les dimanche et lundi 24 et 25 mai, à Guines, près de Calais, en l’honneur de Blanchard et de son compagnon Jef-fries, qui, le 7 janvier 1785, traversèrent pour la première fois la Manche dans la nacelle d’un aérostat, nous donnent l’occasion de présenter à nos lecteurs un des faits les plus intéressants de l’histoire de l’aéronautique à ses débuts.
- Nous le ferons en utilisant les documents que M. le docteur Cuisinier, de Saint-Pierre-lès-Calais, a réunis à ce sujet, et qu’il a bien voulu nous communiquer ; nous mettrons encore à profit les détails inédits que le petit-fils du docteur Jeffries, actuellement en résidence à Boston, a récemment publiés dans une très intéressante revue américaine1, et nous présenterons enfin quelques pièces peu connues de notre collection aérostatique *.
- Blanchard, né aux Andelys (Eure), en 1753, est un personnage très intéressant. Sans avoir le génie des Montgolfier, les immortels créateurs de l’art aérostatique, ou de Charles, l’inventeur de l’aérostat
- 1 Magaùne of american history. January 1885. First aerial Voyage across the english Channel.
- 4 M. Reboul, archiviste de la ville de Calais (Saint-Pierre), a récemment fait paraître une intéressante brochure, en utilisant ces documents : La Colonne Blanchard ou la première traversée du détroit en ballon. In-8° de 156 pages. Calais (Saint-Pierre ), 1885.
- 13® aiiere. — lw stmstre.
- à gaz hydrogène, sans devoir être comparé à son rival Pilàtre de Rosier, homme d’une haute distinction et d’une grande érudition, il était très habile mécanicien, très ingénieux et très courageux.
- Blanchard, avant l’année 1783, date de la première expérience publique d’une montgolfière, s’occupait avec passion de navigation aérienne par le plus lourd que l'air. Il avait construit un vaisseau volant, sorte de barque, où l’on pouvait mettre en
- mouvement quatre ailes ou rames aériennes, et, dans le Journal de Paris du 28 août 1781, il annonce pompeusement sa découverte : « On me verra, dit-il, fendre l’air avec plus de vitesse que le corbeau. » Quand les frères Montgolfier eurent exécuté la première expérience d’Annonay, le 5 juin 1783, Blanchard n’avait pas encore fendu l’air comme l’oiseau. Il rendit hommage aux inventeurs et devint un de leurs disciples les plus passionnés. Après les mémorables ascensions de Pilâtre de Rosier et du-marquis d’Ar-landes (21 novembre 1783), de Charles et de Robert aux Tuileries (1er décembre 1783), de Joseph Montgolfier avec six autres voyageurs à Lyon (19 janvier 1784), Blanchard s’éleva du Champ de Mars, à Paris, le 2 mars 1784, ayant essayé, sans succès, d’appliquer aux ballons les ailes battantes de son vaisseau volant. Après deux autres voyages aériens, dont le troisième fut exécuté à Rouen le 18 juillet 1784 S l’aéronaute se rendit en Angleterre sur les instances du physicien Burton. Il se lia d’une
- 1 Le portrait que nous publions de Blanchard (fig. 1, ci-dessus), a etc fait en 1 honneur de cet événement. Il reproduit
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- Fig. 1. — Portrait de Blanchard, aéronaule français. Fac-similé, réduit de moitié, d’une ancienne gravure de 1781. (Collection Tissandier.)
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- étroite amitié avec Lunardi, qui exécuta le 14 septembre 1784, à Artillery Ground, la première ascension qui ait été faite en Angleterre1. Blanchard et Jeffries devaient l’accompagner dans ce voyage aérien ; mais le premier se trouva pris d’une fièvre violente qui le contraignit de garder le lit ; et le second dut céder aux prières de sa femme et de ses enfants, qui le retinrent au rivage terrestre.
- Le docteur Jeffries, que nous allons présentera nos lecteurs, était bien Anglais par ses ancêtres, comme on l'a dit dans la plupart des traités d’aéro-station, mais il était Américain de naissance.
- Son bisaïeul David Jeffries émigra d’Angleterre à Boston, en 167 7, où il épousa la fille du gouverneur Usher. David Jeffries, le père de notre héros, fut trésorier de la ville de Boston pendant trente-huit ans. Le docteur Jeffries, le compagnon de route de Blanchard, naquit en 1744 ; il obtint ses grades et ses premiers succès à l’université d’Harvard en 1765, et il étudia la médecine avec un maître « éminent, James Lloyd de Boston. Le docteur Jeffries était un homme d’une grande instruction.
- En 1766, il commença à exercer la médecine, et c’est deux ans plus tard qu’il se rendit en Angleterre afin de continuer ses études à la faculté de Londres. Après être retourné en Amérique et avoir été employé comme chirurgien dans les hôpitaux militaires, il revint en Angleterre en 1779, et y pratiqua la médecine pendant dix années consecutives. Ayant pris un grand intérêt à l’aérostation, il voulut se consacrer à des études météorologiques, sur la température de l’air, sur la direction des vents à différentes hauteurs, et il résolut d’entreprendre des voyages aériens.
- une gravure assez rare qui ne se trouve point parmi tes richesses du département des estampes, à la Bibliothèque nationale.
- 1 Voy. n” 596, du l*r novembre 1884, p. 340
- L’est au moment où le savant Américain se trouvait dans de si bonnes dispositions, que Blanchard et Lunardi entreprenaient des ascensions en Angleterre. Le docteur Jeffries ne tarda pas à faire connaissance avec les deux aéronautes. A la deuxième ascension que Blanchard exécuta à Londres, il lui paya 100 guinées (2625 francs), pour une place dans la nacelle. Le voyage s’exécuta au Rhedarium, le 30 novembre 1784, sous les auspices du prince de Galles et de la duchesse de Devonshire, qui assistaient à
- l’ascension. Blanchard et Jeffries descendirent dans le comté de Kent. Ils étaient dans le feu de l’action, et c’est à la suite de celte expédition, qu’ils résolurent de poursuivre leurs explorations aériennes et de traverser en ballon le détroit qui sépare l’Angleterre du Continent.
- Un accord eut lieu entre le docteur Jef-lries et Blanchard. 11 fut convenu que le docteur ferait tous les frais de cette ascension. Le ballon était de trop petit volume pour qu’il fût possible de donner une place à Lunardi, et celui-ci se rendit à Calais ppur se préparer à recevoir les aéronautes après leur traversée.
- Le 17 décembre 1784, on expédia à Douvres le char et le ballon, avec les matériaux et l’appareil nécessaire pour le remplir de gaz hydrogène. Le docteur Jeffries et Blanchard avaient résolu de tenter l’ascension le 1er janvier 1785 ; mais ils ne purent entreprendre leur ascension que le 7 de ce mois.
- « La semaine entière, dit Jeffries dans son journal, le temps avait été tempétueux ; des vents violents de l’est et du nord, avec forte pluie, régnèrent jusqu’au 6. Le 7, au matin, le vent paraissait être a peu près nord-nord-est ou nord-est-nord, mais, selon le dire des pilotes, il ne s’étendait pas loin du rivage. Je fus un peu embarrassé de cette opinion des hommes de l’art. Cependant nous observâmes des nuages courant très
- Fig. 2. — Traversée de la Manrhe, en ballon, par Blanchard et Jeffries, le 7 janvier 1785. Fac simile, très réduit, d’une gravure du temps, portant en légende le quatrain suivant :
- Deux peuples, divisés pour l’empire des mers,
- Ne font qu’un aujourd’hui, en franchissant les airs ;
- Présage fortuné de l’union sincère
- Qui va régner entre eux pour le bien de la terre.
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- Fia. 5.
- chard enlevant un navire, entre Douvres et Calais, au moyen de ses ailes.
- entreprise. Blanchard vou-A 10 heures, le gonflement
- légèrement, qui paraissaient prendre une direction favorable à notre voyage, et remarquant en meme temps que la fumée du château allait de même, nous nous déterminâmes alors à travailler. Après avoir fait partir un cerf-volant, lancé une montgolfière de papier et un ballon rempli de gaz qui prirent chacun, aussi loin que nous pûmes les apercevoir, une direction favorable à notre projet, nous commençâmes à entretenir quelque espérance de succès. » Pendant que ces observations s'exécutaient, Blanchard, aidé de plusieurs ouvriers, s’occupait activement des préparatifs de l’ascension.
- Il se livrait à cette opération délicate avec d’autant plus d’ardeur, que le bruit de la tentative d’une traversée de la Manche en ballon s’était répandu en Angleterre et en France, où il préoccupait tous les esprits. Pilâtre de Rosier était d’ailleurs à Boulogne avec son aéro-montgolfière , dans laquelle il avait résolu d’exécuter, avec Romain, la même lait réussir le premier, était terminé. Les voyageurs déjeunèrent avec les chefs du château, le maire de Douvres et plusieurs notabilités de la ville. Le repas terminé, ils se rendirent au lieu du départ suivis d’une foule de curieux. Arrivés près de l’aérostat, il y eut une scène déchirante.
- Mme Jeffries et sa fille aînée, âgée de treize ans, se jetèrent au cou
- du docteur en le suppliant de ne point partir; elles se lamentaient et donnaient toutes les marques du désespoir. Le docteur Jeffries, ému de ce touchant témoignage d’affection, fondit en larmes, quoique cherchant, par des paroles pleines de fermeté, à dissiper la crainte de sa femme. Elle fut conduite, avec ses enfants, dans les appartements du gouverneur des Cinq ports et on lui prodigua les soins.
- À 1 heure précise, Blanchard et Jeffries montent dans la nacelle; ils étaient tous deux vêtus de la d’une veste en laine brune, d’un
- gilet de même étoffe, d’un bonnet de marine avec des gants de fourrure (lig. 5).
- « Nous nous élevâmes doucement, dit Jeffries dans son journal, du rocher qui était, au moment de notre ascension, couvert d’une magnifique assemblée, composée des habitants de Douvres et de ceux venus en voiture des différents points de l’Angleterre. »
- Le temps était magnifique et les voyageurs admiraient le plus beau spectacle que l’on puisse voir.
- « J’apercevais trente-sept villes et villages, dit Jef—
- frics, parmi lesquels je pouvais parfaitement distinguer la respectable et vieille ville de Canterbury: Malheureusement le ballon descendit bientôt et il fallut le délester.
- « À 2 heures, dit le docteur Jeffries dans son journal, nous descendons ; nous jetons tout le lest qui nous reste ; malgré cela le ballon descend encore ; nous jetons dehors un paquet de brochures que M. Blanchard avait emporté, et nous sentons avec satisfaction que l’aérostat commence à se re-‘
- lever. Nous étions alors a moitié chemin des côtes d’Angleterre et de France. Nous n’avions bientôt plus lé moindre lest à’ notre disposition, excepté les ailes adaptées à la nacelle 1, l’appareil et les ornements, nos habits et quelques autres objets. Néanmoins, pournousdédom-
- Fac-simiié d’une ancienne caricature anglaise représentant Blan-
- Fig. i. — Fac-similé, très réduit, d’une caricature satirique sur Blanchard. (Collection Tissandier.)
- mager d’une telle
- meme maniéré
- situation, nous avions une vue
- agréable des côtes de France, du cap Gris-Nez, du Blanc-Nez, jusqu’à Calais, et Gravelines. »
- Tout est jeté successivement par-dessus bord, ailes mécaniques, ornements, paletots, couvertures, une partie des vêtements, et tous les vivres. Le ballon s’élève enfin et arrive sur les côtes de France.
- Bientôt les voyageurs approchent d’une forêt, et ils s’aperçoivent qu’ils y descendent avec une grande rapidité; ils jettent les vessies qui leur restaient
- 1 Les ailes de lllanehard, les ailes du vaisseau volant.
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- dans la nacelle avec le liquide qu’elles contenaient, et ce délestage suffit pour éviter le choc contre la cime des arbres. « Nous passâmes si près, dit Jef-fries, qu’il me fut possible d’attraper les plus hautes branches de l’un d’eux et, par ce moyen, arrêter la marche du ballon. La soupape fut lâchée et, de branche en branche, nous parvînmes à trouver un espace suffisant entre les arbres pour nous permettre de descendre tranquillement à terre. Il était alors quatre heures moins quelques minutes. »
- Les voyageurs se trouvaient dans la forêt de Guines.
- A peine le ballon avait-il été aperçu de la côte de France, que tous les habitants de Calais s’étaient mis sur pied pour assister à un spectacle aussi extraordinaire; une multitude de canots remplis de curieux prirent la mer.
- Quand Blanchard et Jeffries prirent terre dans la forêt de Guines, ils étaient glacés de froid ; ils se jetèrent au cou l’un de l’autre et le docteur s’e'cria comme s’il parlait à la foule : « Regardez, regardez! Vous avez devant vous les deux hommes les plus célèbres de France et d’Angleterre ! —
- Les plus célèbres du monde entier ! ajouta Blanchard. » — Jeffries s’amusa beaucoup, plus tard, de ce souvenir, et de cette harangue prononcée devant les arbres.
- Les assistants ne tardèrent pas à se réunir au lieu de la descente ; les deux voyageurs furent reçus avec grande joie et grand honneur; on dressa un procès-verbalde leur descente, et ils se transportèrent à Calais dans une voiture à six chevaux que leur avait envoyée la municipalité de la ville.
- Les portes de Calais s’ouvrirent à leur arrivée ; ils furent reçus aux acclamations de la population tout entière; Lunardiquiles avait rejoints en dehors de la ville, se trouvait avec ses glorieux amis.
- Le corps municipal et les notabilités de Calais firent fête aux courageux aéronautes1; le 8 janvier on leur offrit un grand banquet, dans une salle magnifiquement ornée, au fond de laquelle se trouvait inscrit sur un écusson, un quatrain patriotique composé par M. Pigault de l’Epinoy (Voy. légende de la fig. 2) A
- Après avoir été triomphalement reçus à Calais,
- 1 Voy. n° 463, du 13 avril 1882, p. 306.
- * Nous reproduisons à titre de curiosité deux autres gra-
- les aéronautes se rendirent à Paris1, où ils trouvèrent un accueil inouï, dont les mémoires inédits du Dr Jeffries nous donnent au jour le jour les épisodes vraiment curieux.
- Ils se rendirent à Versailles pour présenter leurs respects au roi, qui les complimenta sur leur courage. Ils se rendirent ensuite chez Mme la duchesse de Polignac. « Elle nous accueillit, dit Jeffries, avec force politesse et bonté, quoiqu’elle fût à s’habiller, entourée de cinq dames tout en blanc qui l’aidaient dans sa toilette. Mme la duchesse de Polignac ressemblait à une Vénus ; elle était charmante et gracieuse. »
- Tout ce que la cour comptait de personnages illustres voulait voir les voyageurs aériens. Ils dînèrent chez le ministre de Breteuil. Celui-ci annonça à Blanchard que le roi lui accordait une pension de 1200 livres et une gratification de 12 000 francs.
- Le docteur américain parle avec admiration dans ses mémoires de ces réceptions princières et il ne larit pas d’éloges à l’égard du charme des dames de Paris : « Que ne donnerais-je pas, dit-il, pour pouvoir emporter en Angleterre des man ières aussi élégantes, aussi affables, jointes à tant d’esprit et de délicatesse. »
- Après six semaines de Iriomphe, le 21 février, le docteur Jeffries revient en Angleterre. 11 arrive à Douvres le 27 février, et sa première visite est pour la falaise d’où il s’est élevé en ballon quelques semaines auparavant. Le 5 mars, à 4 heures, il entrait à Londres, où sa famille et ses amis l’accueillirent avec transport*.
- Blanchard resta à Paris, où il ne tarda pas à préparer de nouvelles expéditions aériennes.
- Gaston Tissandier.
- vures de notre collection; ce sont des caricatures, l’une (lig. 3) est d’origine anglaise; l’autre (fig. 4), est parisienne et satirique. Blanchard avait pris pour devise : sic iturad astra; la caricature est intitulée : sic reditur ab aslris. Comme tous ceux qui ont obtenu de grands succès, Blanchard avait des jaloux et des envieux qui cherchaient à le ridiculiser.
- * La municipalité de Calais fit élever, dans le bois de Guines, une colonne de pierre en commémoration de la première traversée de la Manche, en ballon.
- * Jeffries se fixa de nouveau à Boston, en Amérique, en 1789; il y résida jusqu’à sa mort.
- Fig 5. — Portrait du D' John Jeffries, représenté dans son costume d’aéronaute. (D’après une gravure anglaise, publiée en 1786.) (Collection Tissandier.)
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- LA COUPOLE A FLOTTEUR ANNULAIRE POUR LE GRAND ÉQUATORIAL
- DE L’OBSERVATOIRE DE NICE
- Les coupoles astronomiques qui lonctionnent ac- ment difficile, dès quelles atteignent des dimensions tuellement dans les observatoires sont d’un manie- un peu considérables. Pour dépasser les mesures
- Fig. 1 et — La coupole à flotteur annulaire du grand équatorial de l’Observatoire de Nice. Coupe et élévation.
- ordinaires, il fallait recourir à un
- M. Raphaël Bis-choffsheim a demandé à notre grand constructeur, M. Eiffel, de mettre à exécution, sous la direction de M.
- Charles Garnier, architecte, une coupole pour le grand équatorial de son magni-lique Observatoire de Nice. M. Charles Garnier a adopté le système de flotteur annulaire imaginé par M. Eiffel; l’appareil, aujourd’hui terminé, répondàtoutes les objeclions qui avaient été présentées à son égard, comme cela ne manque pas d’arriver pour toute innovation.
- On sait que M. Bis-choffsheim fait grandement les choses quand il s’agit d’offrir des présents à l’Astronomie. Après lui avoir construit un palais, il lui donne une coupole tournante immense, la plus grande qui ait encore été établie jusqu’ici; son diamètre extérieur est de 25m,901;
- 1 La coupole de Paris n’a que 12 mètres de diamètre; celle de Vienne et de Saint-Pétersbourg ont environ 10 mètres.
- | elle pèse 160000 kilogrammes, 95000 kilogrammes
- pour la partie mobile, et 65 000 kilogrammes pour la partie fixe. Sa surface est de 980 mètres carrés; la couverture se compose de 620 feuilles d’acier de 1 millimètre et demi d’épaisseur, assemblées entre elles par 55000 rivets et percées de 125 000 trous.
- Dans la totalité de la coupole, il y a 220 000 trous et 92 000 rivets. La cuve circulaire, d’un diamètre moyen de 24m,316,présenleun développement de 76m,35. La section de la cuve est de lm,50x 1“,20 — lm,,80 ; son cube est de I37m5,43.
- C’est un magnifique appareil qui contribuera aux progrès de la science.
- Le grand intérêt que présente la nouvelle coupole, dont nous représentons l’ensemble (tig. 1 et 2) réside essentiellement dans son système de flotteur annulaire, qui permet de la faire tourner avec une incomparable facilité, malgré son poids énorme. La grande coupole est entièrement portée
- système nouveau.
- Fig. 3. — Détail du flotteur annulaire.
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- LA jNATUBE.
- sur le flotteur annulaire, place à sa base. Le flotteur en métal creux flotte dans une cuve circulaire contenant de l’eau tenant une matière saline en dissolution 1 (fig. 3).
- Outre ce système, on en a disposé un autre constitué par une série de galets réunis entre eux à l’aide d’un cercle en fer; c’est sur la couronne ainsi formée que le roulement de la coupole peut s’effectuer indépendamment du système de flottaison.
- En temps ordinaire, ces galets n’auront à peu près aucune charge, mais ils s’opposeront à tout mouvement d’oscillation de la coupole, auquel un grand vent pourrait donner lieu.
- Quand celle-ci sera en flottaison normale, le seul frottement qui s’opposera à son mouvement de rotation sera un frottement au sein d’une masse liquide et par conséquent sera extrêmement faible, malgré le très grand poids de la masse mobile. L’effort à développer pour faire tourner la coupole sera donc très minime : et, en effet, les essais montrent qu’un seul homme la met facilement en mouvement à la main. L’existence simultanée de deux systèmes indépendants l’un de l’autre, pour la mise en mouvement de la coupole, offre le précieux avantage de permettre toujours les réparations à l’un de ces systèmes sans entraver les observations astronomiques.
- Le flotteur de la grande 'coupole est ouvert par en haut comme un bateau non ponté; il y a une section rectangulaire de lm,50 de hauteur sur
- 0™, 93 de largeur; ses parois sont reliées entre
- elles par des entretoises en acier.
- La cuve annulaire, qui reçoit le flotteur et le liquide de flottaison, a une section transversale rectangulaire; sa hauteur est de lu,,50 et s* largeur de lm,20; cette dernière dimension excède donc la largeur du flotteur de 0m,25, ce qui donne un jeu
- latéral de 0m,125 à l’intérieur et de 0m,125 à
- l’extérieur entre le flotteur et sa cuve. Enfin cette cuve annulaire repose sur 36 robustes supports en fonte, répartis a des distances égales sur la partie supérieure de la tour en maçonnerie.
- L’ouverture d’observation de la grande coupole offre pour la lunette une largeur libre de 3 mètres, elle est munie extérieurement de deux volets qui, en s’écartant ou en se rejoignant parallèlement à eux-mêmes, démasquent ou obturent cette ouverture. Chaque volet est composé d’une ossature métallique qui a la forme d’une longue bande cylindrique de lm,565 de largeur embrassant la portion de sphère qui doit être ouverte ou fermée, depuis l’horizon jusqu’à lm,60 au delà du zénith.
- Les volets sont portés chacun par quatre galets
- 1 Le liquide que l’on met dans la cuve est une dissolution de chlorure de magnésium, d’une densité de t,25. La quantité de cette dissolution, correspondant à 1 mètre d’immersion du llolteur, est de 27 000 litres. Le prix du chlorure du magnésium revient, à Nice, à 100 francs les 1000 kilogrammes, ce qui donne 05 francs par mètre cube de cette dissolution et 1750 francs pour la quantité nécessaire à la flottaison de la coupole.
- en fonte, deux en haut, deux en bas, roulant sur des rails rectilignes et parallèles. Leur manœuvre se fait très facilement à l’aide de chaînes sans fin actionnées par une poulie à noix qui détermine leur mouvement simultané.
- La coupole entraîne avec elle les volets. Sa manœuvre se fait à l’aide d’un petit treuil fixe qui actionne un câble métallique sans fin, enroulé sur le pourtour du flotteur et guidé convenablement. On maintient ce câble en contact permanent avec le flotteur au moyen d’un tendeur qui assure l’adhérence nécessaire pour que le câble entraîne toujours la coupole.
- La grande coupole destinée à l’Observatoire de Nice, est actuellement montée à titre d’essai dans les ateliers de M. Eiffel à Levallois-Perret. Elle a été visitée le 15 mai dernier, par plusieurs membres de l’Académie des sciences et quelques savants et ingénieurs auxquels MM. Bischoffsheim, Charles Garnier et Eiffel, en ont fait les honneurs. Nous avons admiré cet imposant ouvrage, et la facilité avec laquelle on le met en rotation à l’aide de son flotteur.
- 11 y a là un intéressant problème résolu à l’égard de ces grandes constructions astronomiques.
- L’AUDITION COLORÉE
- (Suite. — Voy. p. 308.)
- M. H. P... a 57 ans; ancien avocat à Paris, il vit maintenant à la campagne où il s’occupe de sciences et spécialement de sciences naturelles. Il a beaucoup voyagé et parle plusieurs langues; il aime la musique, mais n’est pas musicien. Jamais il n’avait entendu parler de l’audition colorée quand je l’ai prié de répondre par écrit à une série de questions sur ce sujet; depuis, je lui ai communiqué les travaux qui ont déjà été publiés et il a persisté dans ses affirmations en ajoutant que, depuis son adolescence, ses impressions étaient restées les mêmes.
- On peut les classer ainsi qu’il suit :
- Voyelles. — À est carmin foncé, É blanc, I noir, O jaune, U bleu azur.
- Diphtongues. — AI est marron, El blanc légèrement gris, EU bleu clair, 01 jaune un peu sali par le noir, OU amadou.
- Consonnes, syllabes et mots. — Les consonnes ont une couleur gris foncé qui se teint de la couleur de la voyelle ou de la diphtongue auxquelles elles sont accolées pour former une syllabe : ainsi ba, ca, da.... sont gris-rouge; fii, ci,di.... gris-noir; bo, co, do.... gris-jaune, etc.
- L’S placée à la fin d’un mot et se prononçant en sifflant, comme par exemple dans les mots espagnols los campos, donne à la syllabe qui la précède un reflet métallique.
- Les mots tirent leurs couleurs des lettres qui les composent; de telle sorte que, pour M. H. P. ., une.
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- phrase pourrait être comparée à une bande colorée où les couleurs seraient déterminées par les voyelles et séparées par des raies grises produites par les consonnes. Chez le sujet du Dr Pédrono, la phrase était, au contraire, comparable à une bande d’une seule couleur (dépendante du timbre de la voix), formée d’une série de raies obscures correspondant aux consonnes, et de raies plus ou moins brillantes correspondant aux voyelles L
- Langues. — Les langues doivent leur teinte générale aux sons qui s’y représentent le plus fréquemment. L’allemand, où dominent les consonnes, est gris souris ; le français, gris tournant vers le blanc ; l’anglais, que Charles-Quint appelait la langue des oies, est gris presque noir; l’espagnol, très coloré, surtout en jaune et en carmin, offre des teintes vives, papillotantes et à reflets métalliques; l’italien est jaune, carmin et noir avec des teintes plus douces et plus harmonieuses.
- Voix. — Les voix graves paraissent carmin foncé, tirant sur le brun chocolat, les voix aiguës sont bleu cru, et les voix moyennes, jaune tendre.
- Instruments. — La grosse caisse correspond au chocolat ; la trompette, au jaune brillant; le hautbois, la flûte et le piano, aux divers tons du bleu ; le violon et le sifflet au noir d’autant plus accentué que le son est plus criard et plus aigu. La guitare est d’un gris terne.
- Notes de musique. — Quand on énonce les notes de la gamme par leur nom, même en les chantant, c’est la voyelle du nom qui détermine la couleur; ainsi do paraît jaune, ré blanc, mi noir, etc. Si on les chante sur une voyelle terne, ou qu’on les joue sur un instrument, c’est le timbre de la voix ou de l’instrument qui intervient, l’acuité du son se bornant à donner un peu plus d’éclat. Si enfin on passe à des notes beaucoup plus graves, la teinte tourne au rouge; elle tourne au noir si, au contraire, on passe a des notes très aiguës2 * * *.
- Chiffres. — Pour M. H. P..., un est noir, deux gris-bleu, lrois jaune, quatre gris légèrement jaune, cinq chocolat foncé, six carmin, sept bleu, huit rouge-rosé, neuf blanc, zéro jaune.
- Les nombres composés de plusieurs chiffres ont, pour couleurs, la suite des couleurs des chiffres composants; ainsi 607 paraît carmin, jaune et bleu. Toutefois, quand le nombre est composé d’un chiffre suivi de un ou plusieurs zéros, la couleur du premier chiffre apparaît seule, quelquefois teintée
- 1 II peut arriver que, pour des sujets peu sensibles, la voyelle sur laquelle porte l'accent tonique ait une influence prépondérante; ainsi s’expliqueraient les couleurs attribuées aux noms de baptême.
- 2 Un air de musique, un opéra présentent quelquefois à
- M. H. P... une teinte générale : ainsi l’air d’IIaydée, Enfants de la noble Venise, lui parait, d’un bout à l’autre, chocolat; l’Epreuve villageoise, Grétry,etle Pré aux Clercs, lui sem-
- blent verts. La hauteur des voix et la nature du sujet peuvent avoir ici une influence prédominante. J’ai étudié dans le troi-
- sième chapitre du Livre de Demain les relations qui existent
- entre les couleurs et les pensées.
- de jaune : 10 est noir, comme 1, comme 100, comme 1000, etc.; de même 9, 90, 900, 9000, etc., sont blancs.
- On remarquera que les couleurs n’apparaissent à M. H. P..., ici comme pour les autres mots, que quand les chiffres sont entendus par lui; quand il les lit, ces chiffres n’ont que la couleur de l’encre avec laquelle ils sont écrits. La forme du chiffre n’entre donc pour rien dans l’attribution de la couleur, dont la nature paraît, sauf pour quelques-uns, indépendante également du son perçu. Cette observation étant jusqu’à présent unique, il serait utile de voir s’il ne se produit rien d’analogue chez d’autres sujets.
- Périodes historiques. — Les différentes périodes de l’histoire apparaissent à M. H. P... en jaune plus ou moins brillant suivant l'éclat qu’il attribue à leur civilisation. Ce fait est dû, sans aucun doute, à la matérialisation d’une figure du langage et je ne le cite que pour montrer la propension du sujet à assimiler aux couleurs ses diverses impressions.
- Localisation de la sensation colorée. — M. H. P... voit la couleur dans son cerveau, comme le docteur Z... observé par M. Ughetti; il ne l'extériorise pas ainsi que certaines personnes citées par le London medical Record. « Pincez une guitare, disent-elles, et immédiatement nous voyons une image colorée environner les cordes pincées; si vous frappez un piano, nous voyons l’image colorée s’élever au-dessus des touches du clavier. » Le sujet observé par le Dr Pédrono voit également la couleur, en dehors de lui, là où retentit surtout le son, perpendiculairement au-dessus de la personne qui chante et au-dessus de sa tête; qu’il voie ou non la personne, l’impression est la même et venant du même point ; l’œil n’éprouve aucune sensation, car, les yeux fermés, il pense à la même couleur. « Lorsque j’entends un chœur formé de voix nombreuses, il me semble qu’une foule de couleurs éclatent comme de petits points au-dessus des choristes ; je ne les vois pas, mais je suis porté a les regarder et quelquefois, en regardant, je m’étonne de ne pas les voir. »
- Il résulte de l’ensemble des observations précédentes et des expériences de M. Helmholtz,Donders, Kœnig et Gariel, sur la nature du son des voyelles1 que la nature de la couleur perçue dépend à la fois du timbre’et de l'acuité du son qui, tous deux, sont fonctions du nombre de vibrations par seconde : le timbre joue le principal rôle, puisque
- 1 D’après ces expériences les voyelles seraient caractérisées chacune par une note principale différente, accompagnée d’une série plus ou moins grande d’harmoniques. Les notes principales seraient, suivant Kœnig : (Si6)â pour OU ; (Si®)5 pour O; (Si®}4 pour A; (Si6)., pour E, et (Si®)6 pour I; mais il faut remarquer que, le son des voyelles dépendant beaucoup de l’accent de celui qui les prononce, il y a lieu de ne considérer ces déterminations que comme une première approximation. Peut-être les phénomènes de l’audition colorée permettront-ils d’arriver à des résultats plus précis en mettant un nouvel instrument à la disposition des observateurs.
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- LA NATURE.
- les différentes voyelles donnent des couleurs différentes tandis qu’il faut des intervalles de plusieurs octaves, avec le même timbre, pour permettre de saisir un changement de couleur; l'intensité du son, de l’avis de tous les sujets, n’influe que sur l’éclat de la couleur qu’elle rend plus claire, probablement par le mélange des sensations colorées dues aux harmoniques que provoque cette intensité.
- Pour M. II. P..., un son très grave, et par suite sourd, commence par éveiller une sensation colorée faible, c’est-à-dire sombre où la teinte rouge (chocolat, amadou) prédomine de plus en plus quand le son devient plus intense ou plus aigu. A mesure que le nombre de vibrations acoustiques augmente, les couleurs perçues passent du rouge au jaune, du jaune au bleu et du bleu au noir, qui n’est peut-être ici que la limite extrême du violet; c’est précisément, l’ordre des couleurs du spectre en cômmen-çant?par celle qui correspond au plus petit nombre de vibrations lumineuses. La couleur blanche qui est intercalée entre le jaune et le bleu pourrait provenir soit de ce que ces couleurs complémentaires se neutralisent en partie, soit de ce que, dans cette partie médiane de l’échelle acoustique, le nombre des harmoniques perceptibles est maximum, le mélange des sensations lumineuses qu’elles produisent donnant une teinte presque blanche1.
- Tous les autres sujets observés2 ont des sensations inverses de celles de M. H. P...; c’est-à-dire qu’a-près avoir perçu pour les sons les plus bas une teinte sombre plus ou moins vague tirant sur le bleu ou le vert, ils voient en noir les sons graves quand ils sont suffisamment intenses, puis ils éprouvent successivement les sensations du jaune et du rouge à mesure que le son devient plus aigu.
- Cette inversion n’a rien qui doive étonner; elle se produit très fréquemment dans les phénomènes cérébraux. Beaucoup de savants admettent même que l’enfant voit d’abord les objets renversés et que l’expérience seule l’amène à rectifier ses impressions. Tout récemment une Revue anglaise citait, entre autres exemples, celui d’une personne qui voyait à rebours les objets qu’on lui présentait, pendant qu’elle était endormie magnétiquement. En l’état, l’inversion constatée chez M. H. P... tend seulement à prouver que nous nous trouvons ici en présence d’impressions physiques dues très probablement à des communications entre les cellules cérébrales affectées à l’ouïe et à la vision, et non à
- 1 Ce serait pour cela que, suivant la remarque de M. Pé-drono, les voix vertes sont très rares, et que cette couleur n’est presque jamais perçue par les sujets. C’est probablement encore pour la même raison que la lettre o et le timbre du piano paraissent blancs à la plupart des observateurs, cette lettre et cet instrument étant très sonores.
- * Depuis que cet article a été écrit j’ai trouvé, à Blois, une dame qui perçoit les sensations lumineuses dans le même ordre que M. II. P... Pour elle, OU est rouge foncé, O rouge vif, A blanc jaunâtre, E blanc, U gris bleu, I noir. Pour elle encore, les notes graves sont rouges, les notes aiguës noires, et les notes médianes gris blanc. L’S donne un reflet métallique. Elle voit les couleurs dans sa tête.
- de purs jeux de l'imagination ainsi que quelques-uns l’ont prétendu.
- Il semblerait même que certains excitants pourraient arriver à établir entre ces deux genres de cellules des relations qui n’existent point à l’état ordinaire. Voici, en effet, ce que racontait, il y a quarante ans, Théophile Gautier, dans un feuilleton de la Presse1 où il analysait ses impressions à la suite d’une absorption de haschisch.
- « Mon ouïe setait prodigieusement développée ; j’entendais le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes, m’arrivaient par ondes parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil, un mot prononcé tout bas, vibraient et retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre. Chaque objet effleuré rendait une note d’harmonica ou de harpe éolienne. »
- Ajoutons, pour terminer, qu’on a trouvé quatre sujets chez lesquels, à l’état normal, une sensation colorée éveille une sensation acoustique correspondante; c’est le Dr Pédrono qui l’affirme, mais sans donner de détails 2.
- •Il serait évidemment prématuré de considérer les hypothèses que nous avons émises autrement que comme un procédé pour fixer les idées ; les expériences sont encore trop vagues, trop peu nombreuses ; beaucoup de questions relatives à la lumière sont, du reste, encore fort obscures ; mais j’espère en avoir assez dit pour montrer que les observations relatives à l’audition colorée sont à la fois faciles et intéressantes ; il serait à souhaiter que celles que ne manqueront point de faire beaucoup de lecteurs de La Nature, soient réunies et coordonnées; on arriverait peut-être ainsi à expliquer les rapports, jusqu’ici vaguement sentis entre la peinture et la musique, rapports que nous affirmons chaque jour quand nous disons qu’un tableau présente une gamme de tons harmonieux et qu’un chant sombre ou brillant a des nuances délicates.
- A. de Rochas.
- LES GRANDES SOUFFLERIES
- DES FORGES DE DENAIN ET d’aNZIN
- Les progrès de la métallurgie nécessitent la construction d’appareils accessoires de plus en plus puissants. La Société des anciens établissements Cail, qui s’est Signalée dans ces derniers temps par la création de la nouvelle artillerie française, et par celle du grand canon de Bange dont nous avons donné la description3, a livré aux Forges et Aciéries de Denain et d’Anzin, deux machines soufflantes colossales qui sont destinées à insuffler l’air
- 1 10 juillet 1843.
- 2 J’ai rencontré diverses personnes chez lesquelles un son éveillait l’idée d’une odeur ou d’une saveur; il y aurait là un phénomène analogue, mais beaucoup plus vague.
- 3 Voy. n° 023, du 9 mai 1885, p. 358.
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- Vue d’ensemble de l'une des grandes souffleries des forges et aciéries de Denain et d’Anzin (Nord). (D’après une photographie.)
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- dans les hauls fourneaux Bessemer installés dans cette grande usine.
- Il nous a semblé intéressant de signaler cette imposante construction.
- Notre gravure représente, d’après une photographie, lune des deux souffleries des Forges de Denain.
- Ces souffleries, qui sont composées chacune de deux machines verticales accouplées sur le même arbre, présentent les dimensions suivantes :
- Diamètre du cylindre à vapeur.. . . 0m,900
- Diamètre du cylindre à air........... 2n\200
- Course commune des pistons........... lm,600
- Nombre de tours par minute. ... 22 »
- Pression effective do la vapeur. . 5 kilogr.
- Valeur de l’admission...................1/7
- Pression de l’air en centimètres de
- mercure............................. 20
- Diamètre des pompes à air à simple
- effet............................. 0m,550
- Course des pistons................... 0ra,800
- Volume d’eau aspiré par minute. . . 450 m. cubes.
- Ces machines fonctionnent avec régularité, jour et nuit, depuis leur installation qui date, pour les derniers, de janvier 1884.
- L’accouplement des deux machines sur le même arbre permet de marcher à des vitesses très variables, depuis 5 à 6 tours jusqu'à 22 tours par minute, suivant les besoins du moment, tout en soufflant à une pression donnée.
- La distribution de vapeur est parfaite, l’admission indiquée sur les diagrammes est bien tranchée et le vide est constant à 65.
- Les cylindres à vent sont aussi bien établis ; les clapets d’aspiration et de refoulement sont des bandes rectangulaires en caoutchouc reposant sur des grilles; ils offrent une grande section au passage du vent, et fonctionnent presque sans bruit.
- Ces magnifiques machines ont répondu à toutes les conditions de bonne marche que l’on attendait d’elles; elles font honneur à la grande industrie de notre pays. J. Brunxeîï.
- NOUVELLE PILE « AUTO-ACCUMULATEUR »
- M’étant depuis longtemps occupé de rechercher une pile électrique simple et peu coûteuse, j’avais d’abord constitué une pile dont le métal combustible, qui était du sodium, était directement attaqué par l’oxygène de l’air. Cet appareil, qui offrait des avantages, présentait en même temps ce défaut qu’il était impossible d’arrêter son travail, à moins de le soustraire au contact de l’air.
- J’imaginai d’abord d’atténuer cet inconvénient en adjoignant à la pile un accumulateur recueillant le travail : cette combinaison obligeait à l’emploi simultané de deux appareils. Je suis arrivé à éliminer cette complication en formant une pile nouvelle à trois électrodes.
- Elle comprend, en effet, d’abord un métal oxydable formant la première électrode, puis une lame
- formée soit d’un métal peu oxydable, tel que le plomb, soit de charbon poreux susceptible de se polariser, cette lame formant la deuxième électrode; enfin une autre électrode formée de lamelles ou de tubes de charbon très poreux baignant dans l’air.
- Je décrirai seulement, parmi les divers types employés, le plus récent. Il se compose d’une cuvette plate en plomb ou plombée, dans laquelle on place des morceaux du métal oxydable ; celui-ci peut être du sodium ou de l’amalgame de sodium, du zinc, du fer, Ce métal placé, on achève de remplir la cuvette jusqu’aux bords avec une matière spongieuse quelconque, toile d’emballage, sciure de bois, etc.
- Il peut alors se présenter deux cas : si l’on a fait usage du sodium, il n’est pas nécessaire d’introduire d’eau, le sodium s’oxyde, forme de la soude caustique qui attire l’humidité ; si le métal employé est du zinc.ou du fer, on mouillera la masse spongieuse avec une solution renfermant, soit du sel marin, soit de préférence du chlorure de calcium, lequel attire et conserve l’humidité.
- Enfin, sur la masse spongieuse aplatie, on place une rangée de tubes de charbon poreux. Pour le groupage, j’ai trouvé préférable de substituer à la cuvette en plomb une cuvette en charbon paraffiné.
- L’action qui naît dans cette pile est la suivante : lorsque l’élément est formé, mais reste ouvert, il s'établit des courants locaux entre le métal oxydable et l’électrode sur laquelle il est placé; celle-ci est polarisée et son potentiel, s’élève jusqu’à ce qu’il ait atteint celui du métal; l’action s’arrête alors ou se réduit au minimum. Si l’on veut recueillir le courant extérieur utile, il suffit de relier par un conducteur l’électrode ainsi polarisée à l’autre électrode de charbon; la décharge commence; de leur côté les courants locaux reprennent leur action et restituent à l’électrode sa charge à mesure qu’elle la dépense.
- Les éléments de cette pile ont été relevés à plusieurs reprises et trouvés les suivants : la force électromotrice dépend du métal oxydable employé; avec l’amalgame de sodium, elle est de 2volts,2, avec le zinc de IV0lt,6, avec le fer de lvolt,l.
- La résistance intérieure pour un élément ayant 0m,l de côté varie entre 0ohm,25 et 0ohm,5 suivant l’épaisseur de la couche spongieuse et son degré d’humidité. Les dimensions extérieures d’un élément sont de 0m,l en carré sur 0m,025 de hauteur ; le poids est de 200 grammes à 250 grammes.
- Les avantages de cette pile sont les suivants : sa. simplicité et la commodité de sa manipulation. Voici comment celle-ci s’opère : les éléments sont rangés en piles de forme régulière ; on les relie ensemble par groupes de dix au plus, qui se manient à la fois. On peut charger la pile de métaux oxydables pour plusieurs mois, il ne reste qu’à renouveler à temps le liquide ; pour cela on prend un groupe d’éléments, on le trempe dans l’eau pure, on retire, on fait couler, puis on le trempe dans un réservoir rempli de solution de chlorure de
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- calcium; le corps spongieux s'imbibe, on laisse écouler l’excès et l'on remet en place.
- Cette opération simple ne demande à être laite que très rarement si la pile est employée à un travail tel que sonneries, télégraphes; si l’on utilise son courant pour la lumière ou la force mécanique, la manœuvre devra être opérée toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures.
- Nous ferons remarquer que cette pile ne travaille pas lorsqu’on n’utilise pas son courant, quelle ne donne pas d’odeur;
- Qu’elle utilise les courants locaux qui sont si nuisibles dans les piles ordinaires ;
- Enfin et surtout, qu’elle donne l’énergie électrique à très bas prix.
- En effet, on emploie dans cette pile les métaux à l’état de déchet, limailles, rognures.
- Si nous supposons qu’on fasse usage du fer, on sait que, pour obtenir un cheval-heure électrique, il faut consommer 850 grammes de métal ; or les rognures de fer valent environ 0fr,05 le kilogramme, soit donc environ 0fr,04 de ce chef; quant au chlorure de calcium, il n’a aucune valeur.
- On peut do.nc affirmer que cette pile donne une énergie de 1 cheval-heure pour une dépense de 0tr,05 *. Jarlochkoff.
- U VIE AU FOND DES MERS
- (Suite. — Voy. p. 555.)
- L’organisation des poissons vivant dans les grandes profondeurs, est identique à celle des animaux analogues habitant sur les côtes. Les organes de la respiration, de la digestion, de la circulation, ne présentent aucune particularité de structure spéciale, ni aucune modification importante. Ainsi, comme l’a dit M. Vaillant, « sous ces pressions énormes, les mêmes systèmes organiques que nous connaissons chez les êtres habitant les zones les plus superficielles, suffisent pour l’accomplissement des réactions délicates que nécessitent les échanges gazeux, la modification des substances alimentaires et les autres phénomènes de la vie. a Par conséquent, en venant habiter le fond des océans, les poissons n’ont fait qu’adapter leur organisme à des conditions d’existence toutes particulières. Les causes devant entraîner des adaptations étaient multiples. A la lumière pénétrant les couches supérieures de la mer succédait une obscurité de plus en plus profonde, l’agitation des flots soulevés par les vents était remplacée par un calme éternel, les températures élevées s’abaissaient graduellement.
- L’absence de lumière paraît avoir amené chez les poissons les transformations les plus remarquables. Nous savions depuis longtemps que des poissons vivant dans une obscurité profonde perdaient l’usage
- 1 Le constructeur de la pile Jablochkoff, dont nous avons emprunté la description au Compte rendu de l'Académie des sciences, est M. Mora, 93, boulevard Richard-Lenoir, à Paris. Le modèle définitif est à l’étude; mais il sera très prochainement livré au commerce.
- de la vue. Ainsi il existe <lans un lac situé au fond de la caverne du Mammouth, dans le Kentucky, un poisson fort bizarre, ÏAmblyopis speleus, chez lequel le sens de la vue a cessé d’exister. Les organes de la vision ne fonctionnant plus, la peau s’est avancée au-dessus d’eux et les a recouverts. En présence de ce fait, on devait s’attendre à voir les poissons pris à une grande profondeur être aveugles. Ces prévisions ne se sont pas réalisées; les poissons pêchés à 5000 mètres ont présenté des yeux absolument normaux. L’existence de ces animaux dans un milieu obscur, avec des yeux semblables à ceux des poissons de surface, semble, par conséquent, au premier abord, impossible à comprendre. Ce n’est que lorsqu’on a eu reconnu que les poissons pouvaient sécréter un mucus lumineux susceptible d’éclairer à une grande distance ou bien qu’ils portaient des plaques dégageant des lueurs phosphorescentes, que ce fait a été expliqué.
- Les lecteurs de La Nature connaissent déjà, par la reproduction qui en a été donnée dans ce journal, un des poissons phosphorescents les plus curieux, le Malacosteus niger. Chez cet animal il existe au-dessous des yeux deux plaques phosphorescentes, l’une émettant des lueurs d’un éclat doré, l’autre des lueurs verdâtres. Le Malacosteus niger a été trouvé tout d’abord en assez grande abondance sur les côtes des États-Unis. Durant l’expédition du Talisman, nous l’avons pêché sur les côtes du Maroc par 1500 mètres.
- Un autre poisson lumineux, le Slomias boa, dont nous donnons une reproduction (fig. 2), présente une disposition différente de ses organes lumineux. Les parties latérales de son corps sont garnies dans leur partie inférieure d’une double rangée* antéro-postérieure de plaques phosphorescentes. Ces plaques, émettant de la lumière, font que le poisson se trouve être enveloppé d’une brillante auréole lumineuse.
- Le Stomias boa doit être un animal très redouté des habitants du fond des mers. Il est construit et armé pour la lutte. Ses dents longues et aiguës doivent lui servir à attaquer des adversaires redoutables, à les mordre, à les déchirer. L’individu que j’ai fait représenter et dont la taille est de 5 décimètres environ a été pêché dans le golfe de Gascogne par 1900 mètres de profondeur.
- Chez d’autres poissons de grands fonds, il semblerait que la propriété d'émettre de la lumière fût très atténuée ou qu’elle fit même complètement défaut. Le sens de la vue ne serait, dans ce cas, appelé à fonctionner que lors de la rencontre d’un animal transformé en une source de lumière.
- Le Bathypteroïs longipes (Günth.) paraît être dans ce dernier cas. Chez ce poisson, abondant dans l’Atlantique entre 800 et 1500 mètres de profondeur, on ne trouve en aucun point du corps de plaques phosphorescentes et le système des glandes sécrétant une humeur lumineuse n’est pas développé. Les yeux sont, d’autre part, très petits par rapport à la taille du poisson et, par conséquent, nullement compa-
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- râbles à ceux du Stomias boa dont nous venons de parler. En tenant compte de cette organisation relativement inférieure à celle des autres poissons des abîmes, il semblerait que le Bathypteroïs dût rencontrer de grandes difficultés à assurer son existence au milieu de l’obscurité profonde régnant autour de lui. Mais heureusement la nature est venue à son secours en adaptant d’une manière spéciale une partie de son organisme à ces conditions biologiques toutes spéciales.
- Lorsqu’on examine un Bathijpteroïs longipes, on est surpris de la forme et de la disposition de la première paire de nageoires (fig. 1). Chez les poissons ordinaires, nous voyons que cet organe de locomotion est composé de différents rayons réunis entre eux de manière à constituer une rame des-
- tinée à 1 rapper l’eau. Sur le Bathijpteroïs longipes, il n’en est pas ainsi. La nageoire antérieure se compose tout à fait à sa partie antérieure d’un très long rayon, complètement indépendant du restant des rayons formant la nageoire. En présence de ce développement extraordinaire de la partie tout à fait antérieure de la rame pectorale, on se demande à quel besoin, à quelle fonction, il peut bien correspondre. En étudiant de près le mode d’articulation de cet appendice, on ne tarde pas à voir qu’il est disposé de manière 'a permettre un rabattement complet sur la partie antérieure du corps et alors on saisit le genre de modification qui s’est accomplie sur ce poisson des grands fonds. Une partie de la nageoire a été détournée de ses fonctions et elle est venue constituer un organe d’exploration. Lorsque
- Fig. 1. — Bathypteroïs longipes (Günth.) 2/3 de grandeur naturelle. (1900 mètres de profondeur.)
- le Bathypteroïs longipes s’avance au milieu de l’obscurité profonde, il porte en avant ces deux longs tentacules, ces sortes d’antennes, il tàte avec elles et les sensations qu’elles lui transmettent l’avertissent de la présence d’une proie à prendre ou d’un ennemi redoutable qu’il faut s’empresser de fuir. Il doit également s’en servir pour explorer la vase et y découvrir des vers, des annélides, qui y vivent enfouis.
- La nageoire ventrale présente une semblable transformation de son rayon antérieur, mais les dimensions acquises par cet élément sont beaucoup moindres.
- En retraçant dans l’esprit l’image de la vie sous-marine, des luttes pour l’existence qui ne cessent de s’accomplir dans les profondeurs les plus reculées, on se demande quels sont les aniihaux dont les adaptations sont les plus parfaites. Sont-ce les su-
- perbes Stomias étincelants de lumière, les Malacos-teus avec leurs phares placés sur le devant de la tête ou les obscurs Bathypteroïs qui sont arrivés à assurer leur vie de la façon la plus certaine? Il se pourrait que ce fussent ces derniers. Leurs longs tentacules, sorte de bâtons entre les mains d’un aveugle, leur permettent de connaître ce qui les environne, de trouver leur nourriture, alors que les yeux encore préservés leur servent à voir venir de loin un ennemi dangereux tout entouré de la lumière qui se dégage de son corps. Ils peuvent fuir au moment du péril sans laisser de traces lumineuses de leur passage, et rapidement disparaître. 11 se pourrait donc qu’au fond des mers la sécu-curité de la vie soit plus particulièrement assurée aux moins brillants.
- Si, en se plaçant à un point de vue général, on cherche à résumer ce que nous ont appris les explo-
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- rations sous-marines sur la nature des poissons des grands fonds comparés à ceux de la surface, nous voyons que, entre 200 et 600 brasses, il existe des formes étroitement alliées à celles des zones superficielles. Les représentants du grand groupe des poissons que les naturalistes ont désigné par îe nom de Cliondroptérygiens, animaux chez lesquels le squelette est formé de cartilage (Itequin, Haie, etc.), descendent seulement jusqu’à 1500 mètres environ. Les Acanthoptér.ygiens, poissons à squelette formé ( d’os, sont largement représentés dans les grandes j profondeurs. Ce n’est que jusqu’à 1200 et 1500 mè- ; très que paraissent descendre les représentants des
- genres de surface. Les Àcanlhoptérygiens, faits pour vivre entre 1500 et 5000 mètres, appartiennent à des genres spéciaux, ainsi que cela ressort des observations de MM. Günther et L. Vaillant faites sur les poissons pêchés durant les explorations’du Challenger et du Talisman.
- Les découvertes sous-marines ne nous ont, jusqu’à présent, fait découvrir aucun type de poisson se rapprochant des formes étranges que nous trouvons à l’état fossile dans les terrains anciens et qui paraissent correspondre à la période d’organisation de ces animaux. Quant aux formes fossiles plus récentes, elles ne présentent aucune analogie avec les
- Fig. 2. — Slomias boa (Ris.) 1/2 de grandeur naturelle. (l'JOO mètres de profondeur.)
- poissons de grands fonds. 11 n’y a, d’ailleurs, dans ce fait rien qui doive nous surprendre. Les mers très anciennes ont été des mers peu creusées et les portions soulevées du lit des mers des dernières époques géologiques qui ont possédé de plus grands abîmes, proviennent toutes de faibles profondeurs.
- Le seul intérêt, se rattachant aux découvertes récentes de poissons, provient de ce qu’il nous a été possible de constater de quelle manière des organismes déterminés pouvaient arriver à se plier à des conditions de vie pour lesquelles ils n’étaient pas faits. Durant la plus grande partie des temps géologiques, la terre ne présentait pas, à sa surface, les dépressions profondes et les grandes saillies qu’elle
- offre de nos jours. Les continents ne possédaient pas leurs grands reliefs, les Océans leurs abîmes. Peu à peu, à mesure que la terre, sous l’influence du refroidissement quelle ne cesse de subir, se crevassait, le fond des mers s’abaissait de plus en plus. L’égalité de température, qui s’est établie entre la zone marine profonde des régions chaudes et tempérées et les zones marines superficielles ou peu profondes des régions froides, a permis aux espèces vivant dans ces derniers points de s’étendre sur des espaces de plus en plus considérables. Seulement elles ont rencontré des conditions de vie différentes de celles au milieu desquelles elles se trouvaient être placées, absence de nourriture végétale, absence de lumière, tranquillité absolue des eaux. Leur orga-
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- LA NATURE
- nisme s’est alors modifié; il s’cst adapté à ces nouvelles situations biologiques, en un mot il s’est transformé. Les organes phosphorescents sont venus produire de la lumière au milieu des régions où les rayons solaires n’arrivaient plus, les organes du toucher se sont développés, les caractères carnassiers se sont substitués aux caractères phytophages, les modifications de la bouche pour saisir par surprise des proies énormes devant rassasier l’animal durant de longs jours se sont accomplies. Ainsi, les explorations sous-marines sont-elles venues apporter aux zoologistes, prétendant que les formes animales ne constituent pas ces types immuables, appelés des espèces, des arguments d’une grande valeur. 11 semblerait, en effet, lorsqu’on observe tous ces animaux surprenants, qu’un organisme ne soit entre les mains de la nature qu’une pâte molle, qu’elle pétrit incessamment, et dont elle perpétue l’existence par des adaptations sans cesse renouvelées durant le cours des âges. H. Fii.hol.
- — A suivre. —
- LES COMBUSTIBLES LIQUIDES
- SUR LES NAVIRES A VAPEUR
- L’amiral J.—II. Selwin vient d’étudier récemment la question devant la Royal United Service Institution, question dont il avait déjà fait ressortir l’importance il y a plus de vingt ans, tant pour le service de la marine de guerre que pour celui de la marine marchande, avec le regret de voir le sujet négligé par l’Angleterre et étudié k fond par d’autres nations, la Russie en particulier. Le combustible liquide, qui peut être formé de pétroles naturels, d’huiles de naphte ou d’hydrocarbures, présente, à son avis, les avantages suivants :
- Un navire peut, à charge de combustible égale, faire un trajet deux fois plus long sans être obligé de venir renouveler sa provision.
- L’emploi du combustible liquide ne demande aucun changement dans les machines ou les chaudières, si ce n’est des adaptations de détail faciles à faire établir par les hommes du bord et les mécaniciens.
- Le combustible liquide supprime une véritable armée de chauffeurs et de charbonniers. L’approvisionnement se fait très aisément, en pleine mer ou k la côte, sans l’inconvénient de la poussière et des cendres ; le combustible se conserve sans détérioration due au temps, à la chaleur ou à l’humidité. Le combustible peut être pris ou rejeté, ou pompé dans des allèges avec une facilité et une rapidité dont on ne saurait approcher avec le charbon. En dernier lieu, l’amiral Seldvvin fait ressortir l’économie que produirait l’emploi du combustible liquide par suite des nombreux avantages énumérés ci-dessus. h'Iron ne croit pas devoir accepter des dernières conclusions, estimant que la substitution du combustible liquide au charbon ferait élever les prix dans une proportion telle que tous les calculs basés sur les prix actuels seraient déjoués et que l’économie réalisée deviendrait bientôt illusoire.
- Nous croyons cependant que l’emploi des combustibles liquides offre un grand avenir industriel.
- CHRONIQUE
- Les jardins scolaires. — La grande utilité que présenterait l’annexion k nos écoles communales d’un jardin où la botanique serait enseignée et où la culture, serait pratiquée par les élèves, a souvent déjà été exposée. Des avantages sérieux en résulteraient pour la culture, tant par les connaissances qu’acquerraient les élèves, que par la possibilité qu’il y aurait de faire du jardin de l’école une sorte de culture modèle, où des greffes et des semences d’élite seraient, par voie d’échanges, répandues dans les campagnes. Si des essais en ce sens n’ont pas encore été entrepris en France, il n’en est pas de même en Angleterre et en Allemagne. En effet, la Revue de l'horticulture belge nous apprend qu’a Ruddington, M. Charles Paget, membre du Parlement anglais, a créé, près de l’école communale, un jardin consacré aux élèves. Les résultats en ont été des plus satisfaisants, aussi bien au point de vue des connaissances acquises par les jeunes gens, que par la bonne santé, et paraît-il aussi la bonne conduite que leur a donnée l’exercice salutaire du travail de la terre. En Allemagne, la ville de Neustadt, près Cobourg, a fait une création semblable. Les jardins scolaires qu'elle a créés contiennent d’abord des plates-bandes modèles cultivées par les instituteurs. Le reste du terrain en dehors des carrés qui ont reçu des arbres fruitiers, des collections diverses, et une petite école forestière, est partagé entre les élèves. Il est k désirer que de sérieux essais de ce genre soient entrepris en Jf rance.
- Utilisation des débris d’ardoises. — M. G. Sel -
- kirk a lu récemment, devant la Société des Ingénieurs civils anglais, un mémoire détaillé sur l’utilisation des débris d’ardoises et le parti qu’il est possible d’en tirer. Le Génie civil en donne un intéressant résumé.
- Après quelques considérations sur l’origine géologique de l’ardoise, M. Selkjrk a énuméré les applications pratiques de cette substance, dont quelques-unes résultent de ses travaux personnels. C’est ainsi qu’il a pu en retirer, par des opérations de laboratoire, d’abord de l’alun cristallisé qui a son application dans l’impression des étoffes; en second lieu, un corps propre k fdtrer le sucre ou les eaux impures, cette substance contenant une grande quantité de charbon ; troisièmement, un corps qu’il a nommé argiline, pouvant servir, avec la chaux, à la précipitation des eaux vannes. L’auteur a montré ensuite un sel d’alun qui a déjà trouvé de nombreuses applications dans l’industrie de la soie et de la laine. Son efficacité comme détersif est due à la propriété qu’il possède de nettoyer la graisse et, de plus, k son action inoffensive sur les produits délicats de cette industrie. Viennent ensuite des préparations obtenues avec des débris d’ardoises et servant k la fabrication de la terre à foulon, de la poterie et du ciment. On les utilise encore pour la confection des briques et des tuiles. L’auteur a fait l’expérience du nettoyage de la laine en choisissant l’échantillon le plus sale qu'il ait pu obtenir. Ses expériences de purification des eaux ont également réussi.
- Une épidémie chez les canards domestiques.
- — M. A. Caraven-Cachin a récemment fait à ce sujet, dans les environs de Castres (Tarn), de curieuses observations qu’il a transmises à l’Académie des sciences.
- « Nous fûmes appelé dans les environs de Castres, dit le savant physiologiste, pour étudier la marche d’une épidémie qui sévissait sur les canards domestiques et qui
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- LA NATUHE.
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- entraînait la mort de ces oiseaux de basse-cour. Nous pratiquâmes un grand nombre d’autopsies et nous reconnûmes que les canards étaient atteints d’une vive inflammation, résultat d’un empoisonnement qui avait son siège dans les voies digestives. Il s’agissait de déterminer la substance toxique ingérée par ces oiseaux. L’ouverture des jabots et l’étude minutieuse des aliments rencontrés dans ces poches membraneuses nous démontrèrent que la mort des canards était due à l’ingestion des feuilles de VAilantus glandulosa (Desf.), vulgairement appelé Vernis du Japon ou faux Vernis. Afin de mettre hors de doute ce fait important, nous fîmes hacher des feuilles d’Ailanle glanduleux et nous les donnâmes en nourriture à des canards du même âge. Quelques heures après celte opération, ces oiseaux tombaient pour ne plus se relever, en présentant tous les symptômes d’un empoisonnement dû à une substance âcre. Les feuilles du Yernis du Japon ont paru exercer une action stupéfiante sur le système nerveux de ces volatiles. 11 résulte de ces expériences que le suc résineux de cette térébinthacée est très âcre et qu’il détermine sur le système digestif des canards domestiques une vésication qui dégénère en une inflammation qui ne tarde pas à amener la mort. Ce sont les rejetons de plusieurs pieds d’Ailante que nous avons retrouvés au bord d’une mare qui ont été l’unique cause de cet empoisonnement, qui menaçait de prendre les proportions d’un véri-lable fléau. »
- La houille d’Australie. — Uu nouveau charbon originaire d’Australie et importé depuis peu en Europe est distillé maintenant dans les usines à gaz d’Espagne et d’Allemagne et son emploi tend à se généraliser. Ce serait un cannel, supérieur aux meilleurs d’Ecosse, et qui rappellerait le célèbre Boghead-llussel dont la mine est épuisée depuis longtemps. Un rapport de AI. E. Boot, consul de Belgique à Barcelone, signale l’importance que peut pren -dre ce produit dans les chargements de produits australiens pour l’Europe. Le charbon dont il s’agit, chargé à Sydney, très compact et dur comme la pierre, serait un bon complément de chargement pour les navires prenant des marchandises légères; en combinant un chargement de charbon et de laines, on obtient un fret très favorable aux deux marchandises.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 mai 1885. — Présidence de M. Boulet.
- Hommage à Victor Hugo. — Après le dépouillement de la correspondance, très peu fournie et presque réduite à des titres, AI. le président s’est exprimé à peu près de la manière suivante :
- «: La France est veuve aujourd’hui d’un de ses plus grands écrivains, de celui qui a porté le plus haut la gloire de sa langue et la gloire de ses idées. Victor Hugo va descendre dans la tombe, chargé d’ans, tout plein de son triomphe. 11 a pour le préserver de la mort son œuvre immortelle. Les siècles peuvent s’écouler : au bout des longs espaces de temps, on dira de lui, comme André Chénier disait d’Homère :
- Trois mille ans ont passé sur la cendre d'Homère,
- Et depuis trois mille ans, Homère respecté Est jeune encor de gloire et d’immortalité.
- a En présence d’une si grande perte, le bureau a cru devoir proposer à l’Académie de lever la séance. »
- Halo solaire. — On sait que le halo consiste en un cercle irisé qui entoure le soleil à 22 degrés de distance. Bravais, lors de son voyage dans le nord de l’Europe, a décrit des formes plus compliquées du phénomène, comprenant des cercles concentriques ou extérieurement tangents au premier. Aujourd’hui, AI. Cornu envoie une étude des halos excentriques et la mesure des distances du soleil de leurs différentes parties.
- Décharge électrique. — L’un de nos plus célèbres et en même temps de nos plus modestes électriciens, M. Gaston Planté, a fait connaître, en 1877, une machine rhéosla-tique de quantité qui a été décrite en son temps. L’auteur constate aujourd’hui qu’en déchargeant cet appareil oti obtient un flux d’électricité jouissant de propriétés particulières et qui produit des effets qu’on ne pourrait obtenir ni avec l’électricité voltaïque ni avec l’électricité statique. Ces effets sont à la fois mécaniques et calorifiques ; mais l’action mécanique l’emporte de beaucoup sur l’action calorifique. AI. Planté a déjà signalé les plis singuliers qui se forment dans un fil très fin de platine traversé par ce courant, et qui en amènent bientôt la rupture, bien qu’il ne soit pas tendu. Alais en faisant agir ce courant sur un condensateur mince à lame de mica, il a obtenu des effets encore plus curieux. Tandis qu’avec la batterie secondaire de 800 couples, employée par l’auteur dans d’autres expériences, le condensateur est percé, avec fusion des matières mêmes du condensateur, et qu’on observe un globule de feu qui se promène à sa surface, en imitant les effets de la foudre globulaire, ici le mica n’est plus fondu, mais pulvérisé en petits fragments la -mellaires et projeté tout autour du condensateur, en formant comme une petite grêle artificielle de paillettes micacées.
- Dans une autre expérience, AI. Planté obtient, avec lo, même courant, un effet encore plus remarquable. Quand les étincelles produites éclatent dans un tube capillaire plongé au sein d’un liquide, elles sont accompagnées d’un bruit sec particulier ; à chacune d’elles correspond un saut brusque du liquide dans le tube, qui s’élève ainsi par saccades, jusqu’à 20 centimètres de hauteur, et on a là une image réduite très exacte des effets du bélier hydraulique produits par une action mécanique due à l’électricité.
- Cette expérience permet d’expliquer un phénomène naturel très extraordinaire qui s’est produit récemment à. Ribnitz, dans le Aleckleinbourg. Pendant un violent orage, accompagné de pluie et de grêle, la foudre étant tombée, sur une habitation, l’une des vitres de la fenêtre d’une pièce située au premier étage fut percée d’un trou étoilé, et, au moment de l’apparition de l’éclair, on constata l’irruption brusque d’une grande masse d’eau qui parut provenir de la surface du sol, s’éleva sous forme de jet vers le plafond et inonda toute la pièce. Ce fait observé par plusieurs témoins, et qui eût été inexplicable, se conçoit facilement par un effet mécanique tout à fait analogue à celui qui se produit dans la dernière expérience de Al. Planté que nous venons de décrire.
- Synthèse accidentelle de Vanorthite. — En réparant récemment un des fours de l’usine à gaz de Yaugirard, on s’est trouvé en présence de massifs pierreux provenant de la fusion, maintenue pendant quinze ou dix-huit mois, des matériaux dits réfractaires dont la partie inférieure de ces fours avait été construite. Leur structure, évidetn-
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- LÀ NATURE.
- ment cristalline, sans analogie avec celle des briques et des ciments primitifs, attira l’attention du régisseur, M. Albert Leroy, qui voulut bien m’en remettre quelques échantillons. Grâce à son obligeance, dont je le remercie vivement, j’ai pu soumettre ce produit accidentel à une étude complète. La matière est une roche grise dont la ressemblance avec certaines laves volcaniques est manifeste : on y voit des aiguilles hyalines qui se détachent sur un fond sombre. En lames minces, on constate que ces aiguilles, très actives sur la lumière polarisée, sont habituellement des mâcles hémitropes ; elles ont toutes les propriétés optiques de l’anorthite et l’analyse chimique confirme cette détermination. Du pyroxène est associé à ce minéral feldspathique et l’on remarquera l’analogie de
- cette composition minéralogique avec celle de certaines roches cristallisées engendrées à Commentry, aux dépens des schistes charbonneux, par l’incendie spontané des houillères. La seule différence bien sensible réside dans la dimension des éléments feldspathiques beaucoup plus volumineux à Vaugirard que dans l’Ailier.
- Varia. — Les accumulateurs occupent M. Crova. — M. Yélain dépose une étude du terrain pénéen dans la région des Vosges. — Une suite à ses études sur les vibrations des plaques est donnée par M. Mercadier. — Contribution à l’histoire du soufre et du mercure : tel est le titre d’une note de M. Berthelot. Stamslas Meunier.
- Fig. 1. — Arrêt île sûreté ouvert. Fig. 2. — Le même, formant verrou. Fig. 5. — Placé en chaîne de sûreté.
- • LA SCIENCE PRATIQUE
- ARRÊT DE SÛRETÉ DE M. PÉRILLE
- Avoir une porte bien fermée, par le temps de malfaiteurs qui court, n’est pas une mauvaise précaution; le systèmeque nous allons faire connaître, et qui a été imaginé par un de nos habiles constructeurs,
- M. Pérille, remplace tout à la fois le verrou et la chaîne de sûreté. Il permet de fermer complètement une porte, où de l’entre-bàiller pour voir le visiteur, prendre une lettre de lui, etc., sans que l’ouverture puisse donner accès à ce visiteur dans le cas où l’on ne voudrait pas le recevoir.
- Les figures ci-dessus montrent le mécanisme posé, et le font voir successivement dans ses différentes positions.
- Dans la figure 1, l’appareil est ouvert, la porte peut s’ouvrir librement; dans la figure 2, l’arrêt est placé perpendiculairement au plan de la porte ; il forme verrou, avec la plus grande solidité, la porte ne peut pas s’ouvrir; dans la figure 3, il est incliné de façon à former chaîne de sûreté; la porte peut s’entr’ouvrir, mais elle ne s’entr’ouvre que de la longueur de l’arrêt, comme le montre la figure 4. Il est impossible de forcer le passage, mais on a place pour passer la main.
- Nos dessins font assez bien comprendre le mé-
- canisme, pour qu’il ne soit pas nécessaire de le décrire longuement. La porte, mobile, est munie d'une tige d’acier terminée par un bouton, qui glisse dans les deux branches de l’arrêt fixé au montant de la porte. Dans la position fermée (lig. 2) le bouton est arrêté par les branches trop rapprochées pour lui donner passage ; il faut que l’arrêt soit incliné, pour que la tige fixe puisse y glisser, le bouton se trouvant en dehors, comme le montre la figure 4.
- L’arrêt de sûreté que nous décrivons est en acier nickelé d’un très agréable aspect.
- Cet appareil est très utile a adapter aux portes d’entrée des appartements. Les deux pièces distinctes du système sont fixées au bois de la porte par des vis d’assez grand diamètre qui ont une prise considérable. Il serait de toute impossibilité de forcer l’arrêt de sûreté comme les voleurs savent le faire avec leurs pinces, pour les serrures. Ils auraient plutôt fait de briser la porte, ce qui n’est pas une opération facile à entreprendre, surtout quand on craint le bruit qui peut attirer l’attention. Dr. Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. I.
- L’arrêt formant la chaîne de sûreté.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- LA NATURE
- TREIZIÈME ANNÉE — 1885
- PREMIER SEMESTRE
- A
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- About (Edmond), 123,
- Académie des sciences ; séances hebdomadaires, 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 127, 142, 159, 174, 206, 222, 239, 255,271,287, 303, 319,335, 351, 367, 385, 399, 415.
- Acariens parasites des oiseaux, 63.
- Accumulateurs hydrauliques pour la manutention des wagons, 59.
- Accumulateurs (Le charbon et les), 51.
- Acide carbonique à Londres (L’)f 383.
- Acide sulfureux et le sulfure de carbone désinfectants (L’), 117.
- Aérostats captifs de l’armée française, 196.
- Aérostats jugée en France et à l’étranger (La direction des), 99.
- Afliches (Les collectionneurs d’), 159.
- Agglomérés (Application des), 503.
- Aimants Clémandot (Les), 287.
- Air comprimé à Birmingham (Une distribution d’), 99.
- Air de la mer chez soi, 47.
- Albo-carbon, 212.
- Alizés (La lune et les vents), 335.
- Aluminium (Fabrication de 1’), 71.
- Américains (Comment travaillent les), 22.
- Anesthésie par les mélanges titrés, 194, 241.
- Anesthésiques, 352.
- Animaux féroces dans les Indes, 115.
- 13° année. — 1er trimestre.
- Anorthite (Synthèse accidentelle de 1’), 415.
- Antipyrine, 102, 295.
- Antiseptiques (Propriété des), 51. Appareil de laboratoire pour la production continue des gaz, 51.
- Aquarium du Trocadéro, 273.
- Arbres (Lutte entre les), 159.
- Ardoises (Utilisation des débris d’), 414. Association française pour l’avancement des sciences, 302.
- Astérophyllites phanérogames, 63. Audition colorée (L’), 306, 406.
- Aztèque (Un guerrier), 23.
- Blanc de baleine, 399.
- Blé en France et en Amérique (Le bois et le), 95.
- Boulettes contre la faim (Les), 72. Bolide extraordinaire observé en Chine,
- 214.
- Brehm (Adolphe), 14.
- Bronze Tucker, 31.
- Brouillard à Londres (Ce que coûte un), 318.
- Burette perfectionnée, 282.
- c
- B
- Bacille virgule (Vitalité du), 79, 319. Balayeuse William March, 238.
- Baleine de Luc-sur-Mer (La), 127, 160. Baleine en Norvège (Pêche à la), 209. Ballon dirigeable de M. Lachambrc (Petit), 59.
- Ballons dirigeables (Les), 368. Baptcrosses (Félix), 371.
- Bell à Washington (Vie de Graham), 95. Bernard (La statue de Claude), 49. Betterave (Chimie de la), 31.
- Beurre (Falsifications du), 346. ' Bibliographie, 10, 58, 75, 87, 139, 203, 231, 242,279, 315, 566,586.
- Bitume (La ville de), 367.
- Blanchard (Le centenaire de), 598, 401.
- Calaos (Les), 375.
- Calcaire à fusulines du Morvan, 287. Canards domestiques (Une épidémie chez les), 414.
- Canon de Bange (Le grand), 358, 374. Canon de débarquement, 266.
- Cascarada Sagrada (Écorce de), 286. Casse-tête mathématique, 214.
- Cellulose (Activité optique de la), 63. Centenaire d’Auberives (La), 15, 337. Champignons pour les collections (Préparation des), 367.
- Chapeau photographique (Le), 223, 238. Chasseur et gibier, 206.
- Chaudières (Désincrustation des), 111, 159.
- Chauffage des voitures de chemins de fer, 67.
- Chaudières en activité (Éclairage des), 15
- 27
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Chemin de 1er aérien à voies superposées, 177.
- Chemin de fer (Chauffage des voitures de), 67.
- Chemin de fer et port de la Réunion, 27, 87.
- Chemin de fer (Vibrations du sol produites par les trains de), 74.
- Chiens (Exécution des), 385.
- Chiens sacrés (Les), 142.
- Chiffons par la vapeur (Désinfection des), 351.
- Chimiste (Le guide du), 174.
- Chlorophylle, 191.
- Choléra (Le cuivre et le), 31.
- Choléra (Traitement du), 287.
- Circuli-diviseur, 76.
- Civettes (Les), 333.
- Cloche à vapeur, 16.
- Cocaïne (La), 54, 295.
- Comatule (La), 191, 310.
- Combat pour la vie (Le), 161.
- Combustible dans les navires à vapeur (Utilisation du), 318.
- Combustibles liquides sur les navires à vapeur, 414.
- Comètes en 1885 (Les), 190.
- Congrès de Washington (La France au), 79, 83.
- Coq Phénix du Japon, 131.
- Corbeaux (Chien dévoré par des), 161.
- Cordaitée^fSur un nouveau type de), 271. ^
- Coupole à flotteur annulaire, 405.
- Courses à pie^ en Alsace, 159.
- Crapaud attaqué par une araignée, 238.
- Crapaud trouvé vivant dans une pierre, 85, 126, 174.
- Cuirassé le Formidable (Le navire), 351.
- Cyclones (Trajectoire des), 319.
- D
- Décharge électrique, 415.
- Demoiselle (Une grande), 216.
- Dentistes japonais, 318.
- Dépêches sans arrêt des trains (Échange de), 254. i Desains (Q.-P.), 366, 367.
- Dessins à double aspect, 240, 399. Dinocratès (Le projet de), 239. /Dispensaire du Havre, 253.
- ^ Doundaké et la doundakine (Le), 90. Dupuy de Lôme, 145.
- E
- Eaux à Paris (Utilisation des), 85.
- Eaux (Épuration des), 275.
- Éclairage électrique de la gare de Strasbourg, 354.
- Éclairage électrique des trains de chemin de fer, 275.
- Éclairage électrique d’Édison, 238. Éclairage électrique des voitures, 192. Éclairage électrique domestique, 169. Éclairage électrique du passage des Panoramas, 142.
- Éclairage électrique militaire (Appareils d’), 213.
- Éclairs (Photographie des), 32.
- Écolo centrale des arts et manufactures, 198.
- Électricité à Anvers (Usine centrale d’),
- 111.
- Électricité à Berlin (L’), 567.
- Électricité à l’agriculture (Une application de 1’), 75.
- Électricité pratique, 50.
- Electrique de M. Lippmann (Appareils de mesure), 353.
- Épilepsie, 287, 352.
- Épurateur Dervaux, 330.
- Équatorial de l’Observatoire de Nice, 583.
- Escargots (L’ancêtre des), 175.
- Essences parfumées (Dosage des), 15.
- Excursion géologique publique du Muséum, 242.
- Exposition du travail, 14.
- Exposition d’électricité à l’Observatoire de Paris, 31, 246, 258, 286, 315, 378.
- Exposition internationale de meunerie et de boulangerie, 334.
- Exposition internationale des inventions à Londres, 304.
- Exposition du Travail, 598.
- Exposition universelle de la Nouvelle-Orléans, 60.
- F
- Falsifications des matières alimentaires, 514.
- Fer à cheval double de Pryôr, 206.
- Ferme du monde (La plus vaste), 126.
- Fil télégraphique et d’un rat (Histoire d’un), 110.
- Filon de Pontgibaud, 63.
- Filtrage des eaux. Procédé Richard. Filtre Johnson, 45, 234, 565.
- Fonçage des puits par la congélation, 139.
- Fond des mers (La vie au), 355, 411.
- Fond des mers (Physiologie du), 383.
- Freins continus sur les chemins de fer, 159.
- Froids nocturnes au printemps, 399.
- Fromages altérés (Empoisonnements par les), 302.
- Fumée (Utilisation de la), 255.
- Fusil (Le), 102.
- G
- Gadinia Garnoti, 111.
- Gaz (Appareil pour la production des),
- 51
- Gaz de l’éclairage (Chaleur dégagée par la combustion du), 206.
- Gaz (Liquéfaction des), 303.
- Géologique à Huesca (Phénomène), 366.
- Grilletia spherospermié, 399.
- Grue électrique de 20 tonnes, 94.
- Guêpes maçonnes (Industrie des), 25.
- Gutla-percha (Nouvelle source de), 368.
- H
- Hache en bronze avec son manche, 47.
- Halo solaire, 415.
- Havre (Dispensaire du), 253.
- Heure universelle (Conférence pour 1’), 82,
- Hippique (Détermination du canon), 251. Hotchkiss, 206.
- Houille d’Australie (La), 415.
- Houille (l’épuisement des mines de), 331.
- Houille en France (Production de la), 383.
- Houiller de la Basse-Loire (Terrain), 51. Houillères (Plantes),95,
- Hugo (Hommage à), 415.
- Huile (Une rivière d’), 190.
- Humidité de l’air, 251.
- Hydromoleur Jagn, 113.
- Hyène fossile, 175.
- Hygiène et de climatologie (Congrès d'), 270.
- I
- Illusions d’optique. Les figures à double aspect, 64.
- Immortelles (Fabrication des couronnes d’), 257.
- Index géographique, 15.
- Indiens des États-Unis en 1884 (Les), 567.
- Insecte silurien, 79, 116.
- Iode dans la nitrification naturelle (Oxydation de 1’), 351.
- Islande (Mission de 1883), 18.
- J
- Jardins solaires, 414.
- Jeux et jouets du jeune âge, 11. Jouets scientifiques, 59, 256.
- Joule (Le), 30.
- Jurassique de l’Yonne (Terrain), 225.
- K
- Kersanton du Croisic, 65.
- Krakatau entendue jusqu’aux antipodes (Éruption du), 362.
- Krakatau (Exploration de l’île), 282, 523, 571.
- L
- Laboratoire de Banyuls (Le), 127.
- Laine de bois, 326.
- Lampe à pétrole à bec intensif, 389. Lancement d’un navire de guerre à Cha-tham, 72.
- Lanterne d’illumination, 48.
- Leblanc (La statue de Nicolas), 202, 398. Lignes télégraphiques et téléphoniques enfermées, 171.
- Lilas (le forçage des), 93.
- Limace et la testacelle (La), 255. Liquéfaction de l’oxygène, 369, Liquéfaction des gaz, 175, 570. Locomotives des trains express, 395. Lumière électrique exécutée à New-York (Expérience de). 7.
- Lune (Volcans de la), 289.
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE,
- 419
- M
- Machine à composer, 527.
- Machine à écosser les pois, 295.
- Machine à écrire de M. Hall, 349. Machine à triple détente, 155, 305. Mammifères (Nouveaux), 79.
- Mammifères ovipares, 269.
- Mammouth (Découverte d’un cadavre de), 79.
- Marche de l’homme (Études pratiques sur la), 119.
- Marguery restaurateur (Installation mécanique de M.), 247.
- Marines de l’antiquité (Études sur les), 3, 218, 259.
- Médaille de l’expédition du Talisman, 304.
- Méridien unique (Conférence pour le), 82.
- Métallurgie (Le progrès de la), 230. Mexique (Voyages d’exploration au), 58. Microbes (Culture des), 227, 298. Milliolites (Les), 255.
- Mississipi (La source du), 33.
- Mission scientifique de Constantine, 567. Mitrailleuse Maxim (La), 135. Modérateur pour lampes électriques à incandescence, 175.
- Monitographe (Le), 141.
- Monument de Washington (Le), 587. Mont Blanc en 1884 (Les ascensions du), 126.
- Montpellier-le-Yieux, 123.
- Mort réelle et apparente, 31.
- Moteur domestique de Davey, 277. Moteurs électriques dans la marine (Les), 383.
- Mousses de l’époque houillère, 222. Mouton à^vapeur, 42.
- Mygale aviculairc, 45.
- N
- Nacre à Tahiti (Culture de la), 129, 187. Neutraline, 157.
- 0
- Odontotechnique (L’institut), 508.
- Œufs (Conserve d’), 95.
- Oiseau mécanique en papier, 330. Olivier en Algérie, 346.
- Or (Les mélanges d’), 518.
- Organismes problématiques, 175.
- Orient (La science dans l’extrême), 175. Ornithorhynque, 269.
- Otoscope, appareil pour éclairer l’intc-rieur de l’oreille, 156.
- Outillage de l’amateur, 319.
- Oxygène (La liquéfaction de 1’), 569.
- P
- Paléontologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris (Nouvelle galerie). 231,279,343.
- Pantins électrisés (Danse des), 143. Paraldéhyde, 295.
- Patins à neige (Les), 321.
- Pendule américaine (Une nouvelle), 83. Percentographe de Tucker (Le), 384. Pétréoline, 157.
- Pétrole (Chaleur dégagée par la combustion du), 238.
- Pétrole (Lampe à), 389.
- Photographie des éclairs, 52. Photographie (Instantanéité en), 359. Photographie stellaire, 384.
- Phylloxéra (Œufs du), 143.
- Physique sans appareils, 80, 271.
- Pile auto-accumulateur, 410.
- Pile électrique (Nouvelle), 385. Pisciculture en Suisse (Établissements de), 390.
- Pitlsburg (Le sous-sol de), 174. Pleuraspidotherium, 47.
- Pois (Machine à écosser les), 295. Polarisation rotatoire magnétique, 48. Pompe sans piston ou pompe chinoise, 111.
- Pont de Forth, en Écosse, 185.
- Ponton mobile donnant passage aux voies ferrées, 99.
- Ponts à grandes travées (Les), 183. Population en Allemagne et en France, 63.
- Poudre explosible verte, 171.
- Poussières d’Auvergne, 335.
- Principes immédiats des végétaux, 95. Printemps (La chanson du), 296.
- Puits par la congélation (Fonçage des), 139.
- Pulvérisateur pneumatique (Le), 81. Punaises de la mer (Les), 188.
- Pyrénées (Une excursion dans les), 53.
- R
- Récréations scientifiques, 48, 143, 336, 399.
- Respiration des feuilles, 384.
- Réunion (Chemin de fer et port de la), 27, 87.
- Robinet (Nouveau système de), 155. Rolland (Eugène), 302, 303.
- Ronce artificielle, 96.
- Roudaire (F.-E.), 123.
- Rougeole (L’alcaloïde de la), 355.
- Routes et torrents, 204.
- S
- Sablier avertisseur, 282.
- Saturne (Observation de), 399.
- Scientia (Conférence), 43, 186, 334. Scorpion silurien, 15, 33.
- Serpentines (Analyse de), 143.
- Serret (J.-A.), 238.
- Shangaï (Le sémaphore et l’éclairage électrique de), 175.
- Silhouettes (Les), 143.
- Simœdosaure d’Erquclines, 223, 239. Sismographe pour l’étude des tremblements de terre, 237.
- Skis ou patins à neige (Les), 321. Sociétés savantes (Cougrès des), 318.
- Soie aux États-Unis (Industrie de la), 287.
- Sol par les trains de chemin de fer (Vibrations du), 74.
- Souffleries des forges de Dcnain et d’An-zin, 408.
- Soulèvement de la Côte d’or, 271.
- Source (Dépôt de), 223.
- Sourds-muets (Les progrès récents dans l’enseignement des), 166.
- Suggestion mentale (La), 290.
- Sûreté (Arrêt de), 416.
- Suspension de la vie (La), 106, 163.
- T
- Taches solaires (Les), 332.
- Talabol (Paulin), 286.
- Télégraphie et téléphonie simultanées (Système Van Rysselberghe), 1.
- Télégraphique à 11 000 kilomètres (Une conversation), 62.
- Télégraphiques avec les trains en marche (Communications), 374.
- Téléphone parlant à haute voix de M. Ochorowicz, 193.
- Téléphone (Les erreurs du), 270.
- Téléphones (Société générale des), 378.
- Téléphonie à grande distance (Expérience de), 94.
- Température de la terre, 255.
- Terre comestible des Indes orientales (Les bonshommes en), 142.
- Testacelle (La limace et la), 255.
- Théâtre javanais (Le), 390.
- Tir et les tireurs (Le), 35, 65,179.
- Tombouctou, 147.
- Tornado (Portrait d’un), 15.
- Torpilles de la marine autrichienne (Les), 61.
- Torpilleur 68 (Le), 381.
- Tortues fossiles, 271.
- Toupie harmonique, 256.
- Tour colossale en maçonnerie, 62.
- Tours d’une machine (Moyen de compter le nombre de), 222.
- Traction par chevaux pour les omnibus et les tramways (La), 10.
- Trains en marche (Distribution postale par), 552.
- Transparence de l’eau de mer, 319.
- Tremblements de terre, 15, 31, 77,111, 127, 191.
- Tremblement de terre de l’Andalousie, 90, 96, 107, 142, 152, 162, 225, 305, 351.
- Tremblement de terre d’ischia, 91.
- Tremblement de terre du 13 avril observé en Suisse, 334.
- Tremblement de terre du 2 janvier aux Etats-Unis, 211.
- Tremblement de terre eu Grèce, 287.
- Tremblements de terre en Italie (Étude des), 363.
- Typhon du 7 octobre 1884 à Catane. 97.
- U
- Unités électriques, 30.
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-
-
- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- y
- Vaseline, 157.
- Végélation (Expérience de), 62. Vélocipède aquatique, 127.
- Vélocipède nautique, 17.
- Vélocipédistes à Leipsig, 104. Ventilateurs d’aéralion pour les mines, 165.
- Verre cristallifère de Commcntry, 79.
- Vésuve (Eruption du), 598.
- Vibrations (Amortissement des), 190. Vigne en Algérie, 346.
- Vigne en Californie, 190.
- Vigne fossile eu Champagne, 287.
- Vigne (Maladies de la), 191.
- Villes du Nouveau Monde (Les vieilles), 54.
- Vision (Les lois de la), 263.
- Vitraux (Imitation de), 288.
- Voiture à vapeur, 190.
- Volcans de la lune, 239.
- w
- Washington (Le monument de), 387. Washington (La France au Congrès de), 79.
- Watt (Le), 30.
- X
- Xylophone (Le), 207,
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A guet (Dr F.). — Modérateur pour lampes électriques à incandescence, 173.
- André (Ed.). — La mygale aviculairc, 43.
- Bâclé (L ). — Les ponts à grande travée, le pont de Foi th en Écosse, 183. — Locomotives des trains express des lignes françaises, 395.
- Béxardeau (Fabies). — Roules et torrents, 204.
- Bertillon (Jacques). — Le dispensaire du Havre, 233.
- Bleunard (à.). — Poudre explosible verte, 171.
- Bonaparte (Prince Roland). — Pêche à la baleine sur les côtes de Norvège, 209. — Le théâtre javanais, 390.
- Bouciion-Buaxdely (G.). — La culture de la nacre à Tahiti, 129, 187.
- Bréal (A.). — Expérience de végétation, 62.
- Bréon (R.). — Exploration de Pile Krakatau ù l'occasion de l’explosion du 27 août 1883, 282, 323, 371.
- Brongniart (Charles).— Insecte fossile des grès siluriens, 116.
- Bruxner (J.). — Machine à écosser les pois, 295. — Les grandes souffleries des forges de Denain et d’Anzin, 408.
- Cailletet (L.). — La liquéfaction de l’oxygène, 369.
- Cartaz (Dr.). — La cocaïne, 34. — L’exécution ces chiens, 385.
- Chapelle (de la). — Utilisation des eaux à Paris, 83.
- Charnay (Désiré), —- Les vieilles villes du Nouveau Monde. Le palais de Kabah. — La ville Lorillard, 54.
- Cordenons (Frédéric).— Nouveau sismographe pour l’étude des tremblements de terre, 237.
- Dechevrens (Marc). — Bolide extraordinaire observé en Chine, 214. — L'humidité de l’air; cause d'erreur du thermomètre à boule mouillée, 231.
- Delahaye (Ph.). — L’épuisement des mines de houille, 331.
- Denis (Marc). — Les établissements de pisciculture en Suisse, 590.
- Desquesnes. — Photographie des éclairs, 52.
- Ddmdys (Léon). — Récréations photographiques. Chambre
- %
- noire faite avec un chapeau rond. Le chapeau haute forme photographique, 223, 239.
- Fji.hol (IL). —La vie au fond des mers, 355, 411,
- Fischer (Dr P.). — La nouvelle galerie paléontologique du Muséum d’histoire naturelle de Paris, 231, 279, 343.
- Foi, (Dr Hermann). — La culture des microbes, et l'analyse biologique de l'air et de l’eau par les procédés les plus pratiques, 227,298.
- , Forel (F.-1L). — Tremblement de terre du 15 avril 1885, observé en Suisse, 334. — L’éruption de Krakatau, entendue jusqu’aux antipodes, 362.
- Girard (Maurice). — Les punaises de la mer, 188. — Une grande demoiselle, 216.
- Guyot-Daubès. — Le tir et les tireurs, 35, 65, 179. — Curiosité mathématique; un nouveau casse-tête, 214.
- IIalpérine (E.). — Mammifères ovipares, 269.
- IIart (G.).—Machine à triple détente de MM. Rankin et Blackmore, 305.
- IIément (Félix). — Les progrès récents dans l’enseignement des sourds-muets, 166.
- Hennebert (lieutenant-colonel). — Le fusil, 102. —La mitrailleuse Maxim, 135. — Tombouctou, 147. — Canon de débarquement du service colonial, 266. — Le grand canon de Bauge. Nouvelle bouche à feu de 34 centimètres, 358.
- Hospitalier (E.). —Télégraphie et téléphonie simultanées par les mêmes fils. Système van Rysselberghe, 1. — Unités électriques : le Watt et le Joule, 30.— Une distribution d’air comprimé à Birmingham, 99. — L’éclairage électrique domestique, 169. — Nouveau téléphone parlant à haute voix du Dr J. Ochorowicz, 193. — L’exposition d’électricité à l’Observatoire de Paris, 315, 578. — Appareils de mesure électrique de M. Lippmann, 353. — L’exposition internationale des inventions à Londres, 594.
- Jablochkoff. — Nouvelle pile auto-accumulateur, 410.
- Joly (Ch.). — Exposition universelle de la Nouvelle-Orléans, 60.
- Juppont (P.). — Le charbon et les accumulateurs, 51.
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-
-
- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHARÉTIQUE.
- Lapi.aiche (Al.) . — L’appareil anglo-américain pour l’échange des dépêches sans arrêt des trains, 234.
- Londe (Albert). — L’instantanéité en photographie, 339.
- Loürdelet (E.). — Comment travaillent les Américains, 22.
- Lund (Otto). — Les skis ou patins à neige, 321.
- Maindron (Ernest). — L’industrie des guêpes maçonnes, 25.
- Malafosse (Louis de). — Montpellier-le-Vieux, 123.
- Mareschal (G.). — Les accumulateurs hydrauliques pour la manutention des wagons au chemin de fer du Nord, 39. — Moteur domestique de M. Davev, 277. — Machine à écrire de M. Hall, 549.
- Marey (de l’Institut). — Études pratiques sur la marche de l’homme. Expériences faites à la station physiologique du parc des Princes, 119,
- Meunier (Stanislas).— Académie des sciences (comptes rendus des séances hebdomadaires), 15, 31, 47, 63. 79. 95, 111, 127, 142, 159. 174, 191, 206, 222, 239, 255. 271, 287, 503, 319, 335, 351, 367, 383, 399, 415. — Excursion géologique publique du Muséum d’histoire naturelle dans le Boulonnais et en Angleterre, 242.
- Noguès (A.-F.). — Les tremblements de terre du 25 décembre 1884 en Andalousie, 107, 150.
- Oüstalet (E.). —Le coq phénix du Japon, 131. — Les calaos, 375.
- Perrier (Edmond). — La comatule et l’organisation des en-crines, 310. » *
- Platania (Jean). — Le typhon du 7 octobre 1884 à Catane, en Sicile, 97.
- Poillon (L). •— Machine à piloter ou mouton automoteur à vapeur, 42. — Fabrication de l’aluminium, 71. — Hydromoteur Jagn, 113. — L’épurateur Dervaux, 330.
- R., — Le xylophone, 208.
- Régnard (P.). — Le chemin de fer et le port de la Réunion, 27, 87.
- Reynier (Emile). — Lampe à pétrole à bec intensif, 389.
- Richou (G.). — Ponton mobile donnant passage aux voies ferrées sur le Mississipi, 99. — Applications nouvelles du système Pœtsch, 3. — Fonçage des puits par la congélation, 159.
- Rochas (A. de). — Les boulettes contre la faim et les conserves alimentaires, chez les Grecs, 72. — Crapaud trouvé vivant dans une pierre, 85. — La suspension de la vie, 106, 162. — Le projet de Dinocratès, 239. — L’audition colorée, 306, 406.
- Rosenstiehl (A.). — Les lois de la vision et l’harmonie des couleurs, 263.
- Sarcey (Francisque). — Jeux et jouets du jeune âge, 11.
- Sède (Paul de). — L’Islande. Mission de 1883, 18.
- Serre (contre-amiral). — Études sur les marines de l’antiquité. Bataille de Drépane. Siège d’Alexandrie par Jules César, 1, 218, 259.
- Sinéty de Sigoyer. — Le torpilleur 68, 381.
- Tissandier (Gaston). — Yélocipède nautique, 17. —Un guerrier aztèque de l’armée de Monlézuma, 23. — Nouvel appareil de laboratoire pour la production continue des gaz, 51. — Les voyages d’exploration au Mexique et dans l’Amérique centrale de M. Désiré Charnay, 58. — Jouets scientifiques pour 1885 ; le petit ballon dirigeable de M. Lachambre; Boîte de physique de M. René Leblanc, 59. — Illusions d’optique ; les figures à double aspect, 64. — Physique sans appareil, 80, 271. — Le pulvérisateur pneumatique, 81. — Le tremblement de terre d'ischia du 28 juillet 1883, 91. — Pompe sans piston ou pompe chinoise, 111. —L’acide sulfureux et le sulfure de carbone considérés comme désinfectants, 117. — Edmond About. —F.-E. Roudaire, 123. — Un vélocipède aquatique pour la chasse aux canards, 128. Le monitograplie, guide du dessin d’après nature, 141. — Récréations scientifiques. La danse des pantins. Les silhouettes, 143. — Dupuy de Lôme, 145. — Les nouvelles graisses minérales, Vaseline, Pétréoline, Neutraline, 157. — Baleine échouée à Luc-sur-Mer, 160. — Le combat pour la vie. Un chien dévoré par des corbeaux, 161. — La science dans l’extrême Orient. Le sémaphore et l’éclairage électrique de Shanghaï (Chine), 175. — Les aérostats captifs de l’armée française, 196 —La statue de Nicolas Leblanc, 202. Carburation du gaz de l’éclairage par la naphtaline ou l’albo-carbon, 212. —Les tremblements de terre de l’Andalousie; Les grandes crevasses de Periana et de Guévéjar, 225. — L’installation mécanique de M. Marguery , restaurateur à Paris, 247. — La fabrication des couronnes d’immortelles, 257. — L’aquarium du Trocadéro à Paris, 273. — L’Institut odonlotechnique de France, 308.— Les taches solaires étudiées à l’observatoire Silva Pinto à Lisbonne, 332. — La centenaire d’Auberives et la longévité humaine, 337. — L’étude des tremblements de terre en Italie, 563. — Les ballons dirigeables, 363. — Histoire de la liquéfaction des gaz, 370. — Le centenaire de Blanchard et de la première traversée de la Manche en ballon, 401.
- Tissandier (Albert). — Une excursion dans les Pyrénées, 55.
- — Le forçage des lilas, 93.
- Yarigny (Dr Henry de). — La suggestion mentale, 290.
- Yila (H.). — Le chauffage des voilures de chemin de fer,67.
- — Nouveau système de robinet, 155.
- Z... (Dr). Grande expérience de lumière électrique exécutée à New-York. Promenade électrique aux flambeaux, 7. — Petite lanterne d’illumination, 48. — La statue de Claude Bernard, 49.— Ronce artificielle en fil d’acier galvanisé, 96. —Le concours des vélocipédistesà Leipsig, 104. —Otoscope, appareil pour éclairer l’intérieur de l’oreille, 158. — Anesthésie par les mélanges titrés de chloroforme et d’air. Méthode de M. Paul Bert, 194, 241. — Arrêt de sù'eté de M. Pérille, 416.
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-
- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres Italiques.
- Astronomie.
- Vibrations du sol produites par les trains de chemins de
- fer..................................................... 74
- Conférence internationale tenue à Washington pour l’adoption d’un premier méridien unique et d’une
- heure universelle ...................................... 82
- Volcans de la lune dessinés d’après nature . ... 289
- Les taches solaires étudiées à l’Observatoire Silva-Pinto
- à Lisbonne (G- T.)......................................352
- La coupole à flotteur annulaire pour le grand équatorial
- de l’Observatoire de Nice...............................405
- Les comètes en 1885. ...... . •............190
- U équatorial de Nice......................................583
- Photographie stellaire....................................584
- Observation de Saturne....................................399
- Physique.
- Télégraphie et téléphonie simultanées par les mêmes fds.
- Système Van Rysselberghe (Ed. Hospitalier) .... 1
- Grande expérience de lumière électrique exécutée à New-York. Promenade électrique aux flambeaux
- (Dr Z...)................................................. 7
- Unités électriques. Le Watt et le Joule (E. 11.) ... 50
- Photographie des éclairs................................... 32
- Électricité pratique. Forme simple du commutateur de Gaston Planté. Appareil avertisseur du vol des coffres-
- forts ................................................... 50
- Le charbon et les accumulateurs (P. Juppont).............. 51
- Illusions d’optique ; les figures à double aspect (G. T.)........................................ 64,240, 400
- ' Le monitographe. Guide du dessin d’après nature
- (G. T.)..................................................141
- Récréations scientifiques. Danse des pantins électrisés.
- Silhouettes (G. T.)...................................143
- L’éclairage électrique domestique (Ë. Hospitalier). . . 169
- Modérateur pour lampes électriques à incandescence (Dr F. Aguet).........................................175
- Éclairage électrique des voitures.....................192
- Téléphone parlant à haute voix de M. Ochorowicz
- (E. Hospitalier)...................................193
- Le xylophone...................t......................... 207
- Récréations photographiques. Chambre noire faite avec un chapeau rond. Le chapeau haute forme photographique (Léo.v Domuys)............................. 223, 238
- Un jouet scientifique. La toupie harmonique..........256
- Les lois de la vision et l’harmonie des couleurs
- (A. Rosenstiehl).................................. 265
- Éclairage électrique des trains de chemius de fer . . . 275
- L’instantanéité en photographie (Albert Londe) . • . . 339
- Appareils de mesure électrique de M. Lippmann
- Éd. Hospitalier)..................................355
- L’éclairage électrique de la gare de Slrusbou.g .... 354
- La société générale des téléphones (E. Hospitalier) . . 378
- Nouvelle pile « auto-accumulateur » (Jablochroff). . . 410
- Analyse spectrale.........................................48
- Une conversation télégraphique à 11 OuO kilomètres de
- distance.......................................... 62
- Activité optique de ta cellulose..................... 63
- Expérience de téléphonie à grande distance........... 94
- Usine centrale d’électricité à Anvers................111
- Eclairage électrique du passage des Panoramas à
- Paris.............................................206
- Liquéfaction des gaz.................................175
- Chaleur dégagée par ta combustion du gaz de l’éclairage..............................................? . '. 142
- Eclairage électrique d'Edison en Amérique............238
- Les aimants Clémandot................................... 287
- Liquéfaction des gaz.................................503
- L'électricité à Berlin...............................367
- Nouvelle pile électrique.............................585
- Décharge électrique .....................................415
- Chimie.
- Filtrage domestique des eaux. Procédé Richard. Filtre
- Johnson............................... 43, 234, 365
- Nouvel appareil de Laboratoire pour la production continue des gaz (G. Tissarmer). ,.................... 51
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- m
- Fabrication de l’aluminium (L. Poillon).................... 71
- Le doundaké et la doundakine par MM. Ed. lleckel et
- F. Schlagdenhauffen..................................... 90
- L’antipyrine...............................................102
- L’acide sulfureux et le sulfure de carbone considérés
- comme désinfectants (G. Tissaniher).....................117
- Les nouvelles graisses minérales. Vaseline, l'étréoline.
- Neutraline (G. Tissandier)..............................157
- Poudre explosible verte (A. Bleusard)......................171
- Carburation du gaz de l’éclairage par la naphtaline ou
- l’albo-carbon (G. Tissandier)........................21 '2
- Épuration des eaux pour les usages industriels .... 275
- Burette perfectionnée de M. Billet.........................285
- Les falsifications des matières alimentaires et commerciales ................................................. 514
- Falsifications du beurre...................................546
- La liquéfaction de l’oxygène (L. Cailletet)................569
- L’histoire de la liquéfaction des gaz (G. Tissandier). . . 570
- Dosage des essences parfumées.............................. 15
- Bronze Tucker.............................................. 31
- La chimie et la betterave.................................. 31
- Encyclopédie chimique...................................... 48
- La chlorophylle.......................................... 191
- Dépôt de source............................................223
- Chaleur dégagée par la combustion du pétrole. . . 238
- Utilisation de la fumée....................................255
- Les mélanges d’or..........................................318
- Séparation des huiles......................................319
- Désinfection des chiffons par la vapeur....................551
- L’oxydation de l'iode dans la nitrification naturelle. 331
- L’acide carbonique à Londres...............................383
- Utilisation des débris d’ardoises..........................414
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Photographie des éclairs. .......................... 52
- Les tremblements de terre du 27 novembre et du 28 décembre 1884 ........................................... 77
- Le tremblement de terre de l’Andalousie (A.-F. Noguf.s),
- 90, 96, 107, 142, 151, 225 Le tremblement de terre d’ischia du 28 juillet 1883
- (G. T.)....................................... 91
- Le typhon du 7 octobre 1884 à Catane en Sicile (Jean
- Plata.ua)......................................... 97
- Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 .... 162
- Tremblement de terre du 2 janvier 1885 aux États-Unis. 211 Bolide extraordinaire observé en Chine (Marc Deche-
- vrens)..............................................214
- L’humidité de l’air. Cause d’erreur du thermomètre à
- boule mouillée (Marc Dechevrens)..................231
- Nouveau sismographe pour l’étude des tremblements
- de terre (F. Cordenons).............................237
- L’excursion géologique publique du Muséum d’histoire naturelle dans le Boulonnais et en Angleterre (S. Mel-
- nier)...............................................242
- Exploration de l’île Krakatau à l’occasion de l’explosion du 27 août 1883 par MM. René Bréon et Korthals
- (R. Breon) . . *....................... 282, 223, 571
- Tremblement de terre du 13 avril 1885, observé en
- Suisse (F.-À. Forel)................................534
- L’éruption de Krakatau, entendue jusqu’aux antipodes
- (F.-A. Forel).......................................362
- L’étude des tremblements de terre en Ralie (G. Tissandier) .................................................563
- Portrait d'un tornado.................................. 15
- Tremblements de terre, 15, 111, 127, 142, 191. 287, 503 Le baromètre et les tremblements de terre, . . . 31
- Terrain houiller de la Basse-Loire..................... 51
- Le Kersanton du Croisic................................ 65
- Le filon de Pontgibaud, ......................... . 63
- Verre cristallifère de Commentry.................... . 79
- Analyse de Serpentines. ...............................143
- Le sous-sol de Piltsburg (États-Unis)................ 174
- Lee organismes problématiques.....................
- Une rivière d'huile...............................
- Le terrain jurassique moyen de l’Yonne............
- Le Simœdosaure d’Erquelines................... 225,
- La température de la terre........................
- Soulèvement de la Côte d’or.......................
- Vigne fossile en Champagne........................
- Le calcaire à fusulines du Morvan.................
- Transparence de l’eau de mer......................
- Trajectoire des cyclones..........................
- La mission d'Espagne..............................
- Poussières d’Auvergne..............................
- La lune et lés vents alizés.......................
- Un phénomène géologique à Unesco {Espagne). . .
- L'éruption du Vésuve..............................
- Les froids nocturnes du printemps.................
- Bruits souterrains.................................
- La houille d’Australie............................
- Halo solaire......................................
- Synthèse artificielle de Vanorthile................
- 175
- 190
- 225
- 239
- 255
- 271
- 287
- 287
- 319
- 319
- 335
- 335
- 335
- 366
- 368
- 599
- 399
- 415
- 415
- 415
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- L’industrie des guêpes maçonnes (Maurice Maindron) . . 25
- Le plus ancien animal terrestre connu (scorpion fossile). 55
- La mygale aviculaire (Ed. André)..................... 45
- Expérience de végétation (E. Bréal). ........ 62
- Les animaux féroces dans les Indes...................115
- Insecte fossile des grès Siluriens (Charles Brongniart). 110
- Une baleine échouée à Luc-sur-Mer (G. T.). . . 127, 160 La culture de la nacre à Tahiti (G. Boiiciion-Brandely)
- 129, 187
- Le coq phénix du Japon (E. Oustalet).................131
- Le combat pour la vie. Un chien dévoré par des corbeaux (G. T.)......................................... 161
- Les punaises de la mer (Maurice Girard)..............188
- Une grande demoiselle (Maurice Girard)...............216
- La nouvelle galerie paléontologiquc du Muséum d’histoire naturelle de Paris (Dr P. Fischer) .... 251,279, 513 Détermination du canon hippique par M. le colonel I)ii—
- housset...........................................251
- Mammifères ovipares (E. IIalpérine).................269
- L’aquarium du Trocadéro à Paris (G. Tissaxdier). , . . 275
- Lu comatule et l’organisation des cncrines (Ed. Perrier). 310
- Les civettes............................................ 353
- La vie au fond des mers (U Filiiol).............. 355, 411
- Les calaos (E. Oustalet)............................575
- Nouvelle source de gutta-percha fournie par un végétal
- africain..........................................386
- Un scorpion silurien................................ 15
- Le pleuraspidotherium. ............................ . 47
- Astérophyllites phanérogames......................... 63
- Acariens parasites des oiseaux....................... 63
- Une nouvelle découverte d'un cadavre de mammouth. 78
- Nouveaux mammifères..................................... 79
- Insecte silurien.................................... 79
- Vitalité de la bacille virgule...................... 79
- Plantes houillères.................................. 95
- Principes immédiats des végétaux.................... 95
- Le Gadinia Garnoti...................................... 111
- Le laboratoire de Banyuls...........................127
- La lutte entre les arbres. . . . -..................159
- Hyène fossile........................................ 175
- L'ancêtre des escargots................................. 175
- La comatule...........................................191
- Sur des mousses de l’époque houillère...............222
- Un crapaud attaqué par une araignée . .... 238
- La limace et la testacelle..........................255
- Les milliolites......................................... 255
- Sur un nouveau type de Cordaïtée....................271
- Tortues fossiles....................................271
- Botanique fossile...................................535
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Conservation et préparation des champignons pour
- les collections.....................................307
- Physiologie des fonds de mer..........................383
- Respiration des feuilles..............................384
- Sur le grilletia spherospermié........................399
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- L’Islande. Mission de 1885 (Paul de Sède).................. 18
- Une excursion dans les Pyrénées. Le nouvel abri de la Brèche de Roland et les aiguilles de glace du Gabie'ou
- (À. Tissandier).......................................... 33
- Les voyages d’exploration au Mexique cl dans l’Amérique centrale de M. Désiré Charnay (G. Tissandier). ... 58
- Montpellier-le-Yieux (Louis de Malafosse)..................123
- Tombouctou (Lieutenant-colonel Hennebert)..................147
- La source du Mississipi....................................331
- L'index géographique....................................... 15
- Les ascensions du mont Blanc en 1884 ...... 120
- Mission scientifique de Constantine........................567
- La ville de bitume........................................ 307
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Un guerrier aztèque de l’armée de Montézuma à l'époque
- de la conquête espagnole (1521) (G. T.).............. 23
- Les vieilles villes de Nouveau Monde. Le palais de
- Kabah. La ville Lorillard (Désiré Ciurnay)............ 55
- Le théâtre javanais (Prince Roland Bonaparte) .... 390
- Hache en bronze avec son manche......................... 47
- Les chiens sa,crés.........................................142
- Les bonhommes en terre comestible des Indes orientales . ................................................142
- Les Indiens aux États-Unis.................................367
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. —Arts industriels.
- La traction par chevaux pour les omnibus et tramways. 10
- Cloches à vapeur..................................... 10
- Vélocipède nautique (G. T.).........................._• 17
- Le chemin de 1er et le port de la Réunion (Bernard) 27, 87
- Les accumulateurs hydrauliques pour la manutention des wagons au chemin de 1er du Nord (G. Maresciial). . 59
- Machine ou piloter ou mouton automateur à vapeur
- (L. Poillon)........................................... 42
- Le chauffage des voitures de chemins de 1er (11. \ila) . 07
- Vibrations du sol produites par les trains de chemins do
- fer. . . .............................................. 74
- Le cireuli-diviscur........................................ 76
- Le pulvérisateur pneumatique (G. Tissandier)............... 81
- Une nouvelle pendule américaine........................... 83
- Utilisation des eaux à Paris (de la Chapelle)........... 83
- Une distribution d’air comprimé à Birmingham (E. H ). 99
- Ponton mobile donnant passage aux voies ferrées sur le
- Mississipi (G. Richou)................................. 09
- Pompe sans piston ou pompe chinoise (G . T.) . . • • 111
- Hydromoteur Jagn (L. Poillon).......................... 115
- Un vélocipède aquatique pour la chasse aux canards
- (G. T.)................................................128
- Applications nouvelles du système Pœtsch. Fonçage des
- puits par la congélation (G. Richou)...................139
- Les machines à triple détente dans la navigation à
- vapeur . . H5
- Nouveau système de robinet (II. Vila)....................155
- Les ventilateurs d’aération pour les mines, de
- M.-E.-D. Farcot........................................165
- Lignes télégraphiques et téléphoniques entérinées ... 171
- La science dans l’extrême Orient. Le sémaphore et 1 éclairage électrique de Shangaï (G. T.)....................175
- Projet de chemin de fer aérieu à voies superposées pour la Ville de Paris.....................................177
- Les ponts à grandes travées : le pont de Forth, en Ecosse
- (L. B.)..............................................183
- Routes et torrents......................................204
- Les progrès de la métallurgie...........................230
- L’appareil anglo-américain pour l’échange des dépêches
- sans arrêt des trains (Al. Laplaiche)................234
- L’installation mécanique de M. Marguery, restaurateur
- à Paris (G. Tissandier)..............................247
- La fabrication de couronnes d’immortelles (G. Tissandier). 257 Moteur domestique de M. Davey (G. Mareschai.) . . . 277
- Petit sablier avertisseur................................282
- Machine à écosser les pois (.1. Brenner)..................295
- Machine à triple délente de MM. Rankin et Blackmorc
- (G. Hart)..............................................305
- L’outillage de l'amateur (A. B.)..........................319
- La laine de bois......................................... 526
- La machine à composer de M. Alexandre Lagerinan . . 527
- L’épurateur Dervaux pour les eaux d’alimentation des
- chaudières à vapeur (L. Poillon).......................330
- L’épuisement des mines de houille.........................551
- Machine à écrire do M. Ilall (G. Maresciial)............349
- Distribution postale par trains directs...................352
- Communications télégraphiques avec les trains en marche. 374
- Pcreentograplie de Tucker. . .............................384
- Le monument de Washington.............................. 587
- Lampe à pétrole à bee intensif (Emile Reynier) .... 389
- Locomotives des trains express des lignes françaises
- (L. B.) . ........................................... 595
- Les grandes souffleries des forges de Denain et d’Anziu
- (J. Brunner).......................................... 408
- Arrêt de sûreté (Dr Z...).................................416
- Les combustibles liquides sur les navires à vapeur . . . 414
- Eclairage intérieur des chaudières à vapeur en activité ................................................... 15
- Tour colossale en maçonnerie ; projet de M. Bour-
- dais................................................. 02
- Grue électrique de 20 tonnes . . ........................ 04
- Histoire d’un fil télégraphique et d'un rat .... 110 *
- Désincrustation des chaudières . .....................H1
- Les freins continus sur les chemins de fer français. 159 Désincrustation des chaudières par l’électricité. . . 159
- Voiture à vapeur, . ....................................400
- Amortissement des vibrations..............................100
- Fer à cheval double de Pryor..............................206
- Moyen simple de compter le nombre de tours d’une
- machine................ . . ....................222
- Balayeuse William March...........................238
- Nouvelle application des agglomérés...............303
- L’utilisation du combustible dans les navires à
- vapeur .......................
- Production de la houille en France
- 318
- 583
- Physiologie. — Médecine. — üygiène.
- La cocaïne (Dr Cartaz).........................j
- Le tir et les tireurs (Guyot-Daubés)...........o5, 65, 179
- Les boulettes contre la faim et les conserves alimentaires
- chez les Grecs (A. de Rochas).................. 72
- Crapaud trouvé vivant dans une pierre (A. de Rochas),
- <*v126............................................JJ;)
- Lantipyrine.............................................
- La suspension de la vie (A. de Rochas) . . . .106, 162
- Eludes pratiques sur la marche de l’homme, Expériences faites à la station physiologique du parc des Princes
- (Marey, de l’Institut)............ ........ HO
- Otoscope. Appareil pour éclairer l’intérieur de l’oreille
- (Dr. Z.).............................................
- Les progrès récents dans l’enseignement des sourds-
- muets (Félix Hément) ......................... • • •
- Anesthésie par les mélanges titres de chloroforme et d’air. Méthode de M. Paul Bert (Dp Z...). . . . 194, 241
- La culture des microbes et l’analyse biologique de l’air et de l'eau (Dr Hermann Fol).................. 227, 298
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-
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- m
- TABLE DES MATIÈRES.
- Le dispensaire du Havre (Jacques Bertillon). . . . .
- La suggestion mentale (Dr Henry de Varigny)..........
- l.es médicaments nouveaux. L’anti|)vrine. l a paraldéhyde.
- La cocaïne........................................
- L’audition eolorée (A. de Rochas)............... 306,
- Institut odontotechnique de France (G. Tissandier). . .
- Les « skis » ou patins à neige (Otto Lund)...........
- La centenaire d’Auberivcs et la longévité humaine
- (G. Tjssandier).............................. . .
- L’exécution des chiens (D1' Cartaz'.............
- Une ullracentenaire....................................
- Propriété# des antiseptiques...........................
- Le cuivre et le choléra..............................‘- K
- Mort réelle et mort apparente.................
- L'air de la mer chez soi.............................
- Les courses à pied en Alsace.........................
- L'écorce de Cascarada Sagrada................... . .
- L'épilepsie.....................................‘287,
- Traitement du choléra................................
- Nombreux cas d’empoisonnement par les fromages
- altérés...........................................
- Dentistes japonais.....................................
- Ubiquité du bacille virgule..........................
- L’alcaloïde de la rougeoie . ...................
- Anesthésiques..........................................
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- L’ne application de l’électricité à l'agriculture....
- Le « forçage » des lilas (A. Tissandier).............
- Ronce artificielle en fil d’acier galvanisé..........
- La culture de la nacre à Tahiti (G. Bouchon-Brandely)
- 129,
- Pêche à la haleine sur les côtes de Norwège (Prince
- Roland Bonaparte).................................
- L’aquarium du Trocadéro à Paris (G. Tissandikii) ....
- Machine à écosser les pois (J. Brunneh)..............
- L’olivier et la vigne en Algérie.....................
- Les établissements de pisciculture en Suisse (Marc Denis).
- La chimie et la betterave............................
- Le bois et le blé en France et en Amérique. . . .
- Conserves d'œufs.....................................
- La plus vaste ferme du monde.........................
- Développements des œufs du phylloxéra................
- La vigne en Californie...............................
- Les maladies de la vigne................’............
- L’industrie de la soie aux États-Unis................
- Les jardins scolaires...................................
- Une épidémie chez les canards domestiques . . . .
- Art militaire.'— Marine.
- Études sur les marines de l’antiquité. Bataille de Dré-pane. Siège d’Alexandrie, par Jules César (Contre-
- amiral Serre)...............................218,
- Le tir et les tireurs (Goyot-Daubès)........... 35, 65,
- Les torpilles de la marine autrichienne................
- Lancement d’un navire de guerre à Chatham, en Angle.
- terre................................................
- Le fusil (Lieutenant-colonel Hesneuert)................
- La mitrailleuse Maxim (Lieutenant-colonel Hennebeut).
- Le sémaphore de Shanghaï (Chine).....................
- Les aérostats captifs de l’armée française (G. Tissandier) . Appareils d’éclairage électrique militaires. ......
- Canon de débarquement du service colonial (Lieutenant-
- colonel Hennebeut). ..............................
- Le grand canon de Bange. Nouvelle bouche à feu de 34 centimètres (Lieutenant-colonel Hennebert) . . 358,
- Le navire cuirassé « Le Formidable ».................
- Les moteurs électriques dans la marine...............
- Aéronautique.
- Jouets scientifiques pour 1885. Le petit ballon dirigeable
- de M. Lachambre (G. T.)............................... 59
- La direction des aérostats jugée en France et à l’étranger. ’............................................. 99
- Les aérostats captifs de l’armée française (G. Tissandier). 196
- Les ballons dirigeables..................................568
- Le centenaire de Blanchard et de la première traversée de la Manche en ballon (G. Tissandier.)................401
- lïotices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Adolphe Brclim.......................................... 14
- Edmond About ((G. Tissandier)........................... 123
- F.-E. Roudaire (G.Tissandier)............................125
- Dupuy de Lôme (G. Tissandier)............................145
- La statue de Nicolas Leblanc (G. Tissandier) . . . 202, 598
- La médaille de l’expédition du Talisman..................303
- llotchkiss............................................. 206
- J.-A. Serret........................................... 238
- Paulin Talabot...........................................286
- Eugène Rolland.................................... 302, 303
- Q.-P. Desains.............•............................566
- Félix Bapterosses(L.-C.)................................."5H
- Le centenaire de Blanchard (G. Tissandier)... 598, 401, 405
- La vie de M. Graham Bell à Washington.................... 95
- Hommage à Victor Hugo....................................415
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences, séances hebdomadaires (S. Meunier), 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 127, 142, 159,
- 174, 191, 206, 222, 239, 255, 271, 287, 303, 319,
- 355, 351, 367, 383, 599, 415 L’exposition d’électricité à l’Observatoire de Paris, 31,
- 246, 258, 287, 315, 579
- La conférence Scientia..................... 43, 186, 334
- La statue de Claude Bernard (Dr Z. .)................ 49
- Exposition universelle delà Nouvollo-fH'aus ^Ch. Joly). 60
- Conférence de Washington........................79, 82
- Association française pour l’avancement des sciences. . 502
- L’Exposition internationale des inventions de Londres
- (En. Hospitalier)...................................394
- L'exposition du travail............................ 14
- La France au congrès de Washington..................... 79
- Congrès international d’hygiène et de climatologie
- de Biarritz.........................................270
- Congrès des sociétés savantes..........................318
- Exposition internationale de meunerie et de boulangerie................................................334
- L’Exposition du travail................................308
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Jeux et jouets du jeune âge (Francisque Sarcey). ... Il Comment.travaillent les Américains (E. Lourdelet) . . . 22
- Récréations scientifiques. Petite lanterne d’illumination.
- Un oiseau mécanique en papier. — Les dessins à double aspect.............................. 48, 556, 5'9
- L’École centrale des arts et manufactures dans ses nouveaux bâtiments......................................198
- Curiosité mathématique. Un nouveau casse-tête (Guyot-
- Daubès..............................................214
- Le projet de Dinoeratès (A. B.)........................239
- L’art décoratif chez soi. Imitation de vitraux (M. IL). . 288
- La chanson du printemps, . , ........................ 290
- 253
- 290
- 295
- 406
- 508
- 321
- 537
- 416
- 15
- 31
- 31
- 31
- 47
- 159
- 286
- 352
- 287
- 303
- 518
- 319
- 535
- 352
- 75
- 93
- 96
- 187
- 209
- 275
- 295
- 346
- 590
- 51
- 95
- 95
- 127
- 145
- 190
- 191
- 287
- 414
- 414
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- TABLE DES MATIÈRES.
- La population en Allemagne et en F-an-e............ 63
- Les collectionneurs d'affiches.....................159
- Les erreurs du téléphone...........................270
- Ce que coûte un brouillard à Londres...............319
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques, 10, 58, 75,87, 139, 203, 231,
- 242, 279, 315, 360, 387
- Jeux et jouets du jeune âge. Choix de récréations amusantes et instructives. Texte par G. Tissandier. Des-
- 427
- sins et compositions par A. Tissandier................ 11
- Les ballons dirigeables par G. Tissandier................368
- Encyclopédie chimique.................................... 48
- Le guide du chimiste.....................................174
- L'année scientifique.....................................504
- Correspondance.
- Comment travaillent les Américains (E. Loliiuelet) . . . 22
- Bolide extraordinaire observé en Chine (Mahc tUxiibviiUNs). 214 Le chapeau photographique..................................238
- FIN DES TABLES
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- ERRATUM
- col. 1. ligne ‘23. Au lieu de : à Thuringe, il faut : en Thuringe.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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