La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris, l'n an. .
- — Six mois
- ABONNEMENTS
- 20 fr. » Départements. Un an. .
- 10 fr. » — Six mois,
- Union postale. Un an............................... 26 fr. »
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- Prix du numéro : 50 centimes.
- LES VINGT-QUATRE VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC LE VOLUME DES TABLES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES
- Imprimerie A. Laliure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- honoré par m. le ministre de l'instruction publique d'une souscription pour les bibliothèques populaires et scolaires
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- TREIZIÈME ANNÉE
- 1885
- DEUXIÈME SEMESTRE
- I
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- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD saint-germain
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- 15° ANNÉE. — N" 62 7.
- 6 JUIN 1885
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA POPULATION DE L’ALLEMAGNE
- ET DE LA FRANCE
- Au dernier recensement fait en Allemagne, le P'r décembre 1880, la population de cet empire atteignait le total de 45 254 061 habitants. En 1870, le nombre d’individus présents sur le même territoire n’était que de 40 816 240. L’augmentation s’élève donc à 4 417 812 personnes pendant la période décennale écoulée, non compris les émigrants. Cela indique un accroissement proportionnel de 1,08 pour 100 et un accroissement total de 441 781 sujets par année moyenne. Tient-on compte du chiffre de l’émigration pour les pays d’outre-mcr, l’accroissement effectif monte à 501 296 individus ou 545 442 si l’on considère l’excédent annuel moyen des naissances sur les décès. Une année dans l’autre, la population de l’empire allemand augmente ainsi de plus d’un demi-million d’habitants. Supposons que ce mouvement continue, il faudra à peine soixante ans pour élever au double la population actuelle de l'Allemagne, laquelle alors, assurent les démocrates socialistes, sous l’effet du suffrage universel, aura cessé d’être un empire ou une monarchie.
- Après les guerres homicides de Napoléon, en 1816, les pays de la Confédération germanique, qui font partie de l’Allemagne unifiée d’aujourd’hui, comptaient ensemble 24 millions d’habitants. Us pourront en avoir 170 millions vers la tin du siècle prochain, au dire de certains statisticiens, avec une densité de 515 individus par kilomètre carré, contre 84 en 1880, sans agrandissement territorial. Comparé aux formidables progrès de l’empire allemand, le mouvement de la population en France reste à peu près stationnaire, atteignant à peine le total de 57 521 186 individus lors du recensement de 1881 contre 52 569 225 en 1851, accusant une augmentation annuelle de 0,2 seulement dans l’intervalle des deux derniers relevés quinquennaux, c’est-à-dire de six à sept fois inférieur à l’accroissement numérique des Allemands. Fait grave, important problème, bien digne de fixer l’attention, non seule-13e année. — 2e semestre.
- ment des économistes, mais de tous les hommes soucieux de l’avenir de leur patrie.
- Que si nous demandons, d’un autre côté, combien d’Allemands de langue vivent en Europe hors du ressort actuel de l’empire d’Allemagne, les derniers recensements indiquent un total de 20 à 22 millions d’individus en agglomération compacte, soit moitié autant que la population propre de l’Allemagne même, tandis que, pour tout l’empire, le nombre des sujets allemands de langue étrangère n’atteint guère plus de 4 millions, soit à peine la proportion d’un dixième. Suivant les relevés officiels, le nombre de sujets allemands, non Germains d’origine, s’élèverait seulement à 5 722 000, dont 2 860 000 Polonais, 500 000 Français, 200 000 Danois, 150000 Lettons, 157 000 Wendcs, 54 000 Tchèques. En réalité, les éléments étrangers de la population de l’Allemagne sont plus nombreux, mais les progrès de la germanisation et l’enseignement obligatoire de la langue allemande dans toutes les écoles de l’empire ont pour effet de grossir la proportion des individus comptés comme Allemands de langue. C’est ce que j’ai montré avec d’amples détails dans une étude plus étendue sur la population de l’empire allemand publiée dans la Revue des Deux Mondes du mois de janvier dernier. Notons seulement ici que dans les provinces au delà de l’Elbe, avec prédominance de sang slave, la natalité a atteint, pendant l’année 1882, la proportion de 41 pour 1000, contre 57 dans les provinces occidentales de la Prusse, à sang germanique moins mélangé. Dans la province de Posen, polonaise par excellence, l’excédent des naissances sur les décès s’éleva, dans le courant de la même année, à 15 par 1000 habitants, au lieu de 12 pour le royaume de Prusse et de 11 pour la moyenne de toute l’Allemagne.
- Sur le total de 60 millions d’individus parlant allemand figurent, à côté de 42 millions d’Allemands établis dans l’Allemagne actuelle, 8 millions d’Austro-Hongrois, 2 millions de Suisses, 4 millions de Hollandais et 5 millions et demi de Flamands, près d’un million de sujets russes, la plupart juifs.
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- LA N A TU UE.
- Après la Russie, l'Allemagne est l’Etat européen le plus peuplé. Dans l'ensemble des pays d’Europe, la nation allemande figure dans la proportion de 13 à 14 pour 100 sur la population totale. On évalue à 1436 millions la population humaine actuelle de la terre entière, ce qui donne une densité moyenne de 10 habitants par kilomètre carré. En Europe, la densité de la population s’élève à 34, à raison d’un total de 330 millions. Eu Allemagne cette densité atteint le chiffre de 84, en France celui de 71, en Alsace-Lorraine 128. Venant parmi les Etats européens immédiatement après la Russie, qui compte actuellement 84 millions d’habitants, l’Allemagne n’est dépassée pour sa force numérique dans les pays hors d’Europe que par les États-Unis d’Amérique avec un total de 50 millions, la Chine avec 350 millions et l’Inde britannique avec 248 millions.
- Sous le règne de Louis XIV, vers l’année 1700, l’empire de Charles-Quint se trouvant démembré et l’Espagne reléguée en arrière, la monarchie française, avec ses 19 millions d’habitants, occupait alors le premier rang. Elle figurait pour plus de deux cinquièmes dans la population totale des trois grandes puissances européennes : France, Angleterre, Allemagne. En 1789, malgré un accroissement de 7 millions, dans le courant du siècle, la situation relative de la France paraît déjà amoindrie. Les autres États s’étaient accrus de leur côté : la Russie entrait en scène avec 25 millions de sujets, tandis que la France ne représentait déjà plus que 27 pour 100 de la population totale des quatre grandes puissances. Après les guerres de l’empire napoléonien, en 1815, par suite de l’admission de la Prusse dans le concert européen, la part proportionnelle du peuple français se réduisit à 20 pour 100. Depuis l’avènement de l’Italie, en 1870, la portion pour laquelle la France reste dans l’ensemble des six grandes puissances actuelles est descendue à 14 pour 100. Encore faudrait-il comprendre dans ce bilan international les États-Unis d’Amérique, rapprochés de nous chaque jour par l’amélioration des communications, et que leur prodigieux développement agricole et industriel appelle à intervenir de plus en plus dans nos problèmes économiques.
- Le point critique pour l’avenir de la puissance de la France, c’est l’état à peu près stationnaire de la population française en présence de l’accroissement rapide de la population de l’empire allemand. Pendant les deux dernières générations, dans l’intervalle des années 1820 à 1880, la progression de la France et de l’Allemagne, la part de l’émigration non comptée, a été comme suit :
- France Allemagne
- 1820 50 471875 26291 606
- 1830 52 569 223 29 518125
- 1840 34 230178 33 783150
- 1850 55 783170 35 395 496
- 1860 56 713166 57 745187
- 1870 37 608 310 40 816 249
- 1880 37 521 186 45 234061
- Abstraction faite de la perte de l’Alsace-Lorrainc» dont la population reste attachée à la France, par ses sentiments, sinon par F union politique, les Français se sont accrus de 7 millions ’et les Allemands de 19 dans l’espace des soixante dernières années. Sans avoir précisément reculé, la France reste pourtant en arrière parce que son accroissement n’égale pas celui de l’Allemagne et paraît se ralentir de plus en plus. Ce ralentissement croissant est particulièrement grave. L’un dans l’autre, chaque mariage en Allemagne donne 5 enfants, comme en Angleterre, contre 3 seulement en France. Chaque année, on compte en Allemagne 1 naissance sur 25 habitants; en France 1 sur 37. Année moyenne, pendant la dernière décade de 1871 à 1880, le nombre total des naissances en France a été de 937 243, en Allemagne de 1 771 334, ou bien près du double. Une décroissance graduelle se manifeste ainsi dans la natalité de la nation française, dont la proportion annuelle par 1000 habitants est descendue de 32 pendant la décade 1801 à 1810, à 26 pendant la décade de 1871 à 1880. Chaque ménage français est une famille peu nombreuse; chaque ménage allemand forme une famille nombreuse. Ce fait, confirmé par l’étude des mœurs, constitue pour la France un sérieux sujet d’observation et un grand péril. Charles Grau,
- Dqmté de l’Alsace au Reichstag allemand.
- L’AYENIR DE LÀ FRANCE
- On a beaucoup écrit dans ces derniers temps sur l’accroissement considérable de la population de l’Allemagne ; et notre savant collaborateur M. Ch. Grad, l’un des honorables représentants de nos frères d’Alsace, rend incontestablement service à ses concitoyens en leur faisant connaître un état de choses que l’on ne saurait considérer avec trop d’attention.
- La situation relative de l’Allemagne et de la France est-elle de nature à inspirer une réelle inquiétude pour l’avenir, à ceux qui se préoccupent des destinées de notre nation? C’est ce que nous voulons examiner ici ; aussi croyons-nous devoir ajouter quelques considérations à la notice que l’on vient de lire, et où Fauteur s’est maintenu à dessein dans le domaine de la.statistique et des faits.
- Ce serait une étrange erreur de croire que la grandeur et la force d’un pays dépendent unique-^ ment du nombre de ses habitants. Malgré le faible accroissement de sa population, la France n’a pas cessé de remplir un des [dus grands rôles sur la scène du monde.
- Au point de vue intellectuel, notre pays, quoi qu’on en puisse dire, occupe un des premiers rangs. 11 est incontestablement le premier dans les manifestations multiples de Fart. Où trouver ailleurs toute la phalange de nos peintres, de nos sculpteurs et de nos artistes, de tout rang et de toute espèce?
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- LA NATt UK.
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- En littérature, la France compte les écrivains les plus illustres; elle porte aujourd'hui le deuil d’un des plus grands génies de l'humanité : Victor Hugo, auprès duquel on ne trouve guère à placer que quelques noms, tels que ceux d’Homère, de Dante, de Shakespeare et de Goethe.
- Au point de vue scientifique, la France tient une place considérable. Il peut y avoir en Allemagne-plus de savants, mais il n’en est pas de plus éminents, ni de plus célèbres. Nous avons, en outre, parmi nous, des hommes que l’on ne trouverait pas chez nos voisins. On chercherait en vain, de l’autre côté du Rhin, des Pasteur et des de Lesseps dont la grandeur des œuvres fait l’admiration de l’univers.
- Quant à la puissance militaire de notre pays, il ne nous appartient pas de l’apprécier ici, mais nous ferons remarquer encore, à ce sujet, que la supériorité des armes n’a pas toujours été du côté du plus grand nombre. On a vu des prodiges s’accomplir dans l’histoire, par des petites armées qu’animait la passion du patriotisme.
- Ajoutons, enfin, que la statistique ne donne pas de prévisions certaines. Le mouvement d’accroissement peut changer d’allure, à la suite de circonstances que l’on ne saurait déterminer.
- Ayons confiance dans l’avenir. Disons-nous que la prospérité d’une nation est attachée à l’ardeur et à l’intelligence des individus qui la composent. Sachons que le meilleur patriotisme réside, pour chacun de nous, dans le travail de chaque jour et dans la conscience du devoir accompli. Travaillons donc,, dans la mesure de nos forces, à la prospérité de la nation.
- Gomme l’a dit un de nos grands historiens, que l’amour de la Patrie et le respect de la Vérité n’ont jamais cessé d’inspirer :
- « Le Français qui connaît bien l’histoire de son pays ne perdra jamais l’espérance dans les plus tristes jours. Ce peuple est doué d’un ressort incomparable, d’une puissance de rénovation qui ne s’est jamais vue à ce degré chez aucun autre peuple. »
- Henri Martin 11e s’est pas trompé : la France de Jeanne d’Arc ne périra pas. Gaston Tissàndier.
- L’OHM LÉGAL
- LES ÉTALONS l'ROTOTVPES, SECONDAIRES ET PRATIQUES, LE BUREAU D’ÉTALONNEMENT OFFICIEL
- Le 5 mai 1884, la Conférence internationale pour la détermination des unités électriques a décidé que l'olini légal1 serait la résistance représentée par une
- 1 L'ohm, sans qualificatif, est une résistance égale, par définition, à 10° unités C. G. S. (te résistance. L’ohm B. A. est la résistance établie par VAssociation britannique pour représenter matériellement la valeur de l'ohm, et qui, d’après les déterminations plus récentes, était d’environ 1 pour 10D trop petit. L’ohm légal est une résistance adoptée par la Conférence internationale, et qui se rapproche davantage de l’ohm défini comme égal à 109 unités C. G. S.
- colonne de mercure de 1 millimètre carré de section et 106 centimètres de longueur à la température de la glace fondante.
- Pour réaliser les décisions de la Conférence internationale, et répandre dans la pratique les nouveaux étalons de résistance, il a fallu construire des étalons fondamentaux, des étalons secondaires et des étalons pratiques.
- Les étalons fondamentaux, au nombre de quatre jusqu’à présent, ont été construits par M. Benoit. Ce sont des tubes en verre droit dont les dimensions ont été étudiées et qui, pleins de mercure, présentent une résistance exactement déterminée par le calcul. Ce travail a été effectué au bureau international des poids et mesures. Les expériences, calculs, corrections, etc., sont résumés dans un volume in-quarto de plus de 500 pages; nous 11’essayerons même pas de donner une idée de ce que peut être une œuvre de cette nature, vrai travail de bénédictin, et qui fait le plus grand honneur à l’habileté et à la patience de M. René Benoit. Disons que les différences entre les résistances réelles et les résistances théoriques, déduites des dimensions, sont si petites, que la plus grande différence entre les quatre étalons établis 11e dépasse [tas 2/100 000 et que le résultat moyen peut être considéré comme exact à 1/100 000 près.
- Ces étalons fondamentaux ou prototypes sont très fragiles et incommodes pour la pratique. Aussi M. Benoit a-t-il établi un certain nombre d’étalons secondaires en mercure. Ces étalons, dont l’un deux est représenté sur la gauche de la figure ci-après, sont constitués par des tubes de verre repliés six ou huit fois sur eux-mêmes et aboutissant à leurs extrémités dans deux flacons pleins de mercure. Ces tubes ont des dimensions géométriques quelconques ; ils ont été ajustés et étalonnés par comparaison avec les quatre prototypes, en coupant et rodant progressivement les extrémités des tubes jusqu’à leur donner une résistance très voisine de celle des prototypes. Ces étalons sont facilement transportables et faciles à amener à la température de la glace fondante pour laquelle ils ont été établis, mais ils sont encore trop fragiles. Ils serviront seulement pour remplacer les prototypes dans les mesures importantes.
- Dans les mesures courantes, les étalons sont constitués par des bobines en métal, dites étalons pratiques.
- Ces étalons pratiques, construits par M. J. Carpentier, se composent d’une bobine de très gros fil suspendue librement à l’intérieur d’une boite métallique dont la paroi est garnie intérieurement d’une très épaisse couche de paraffine. Un thermomètre pénètre par un trou dans la boîte, au centre de la bobine roulée en double, et mesure la température de l’air intérieur qui, certainement, est, identique à celle du fil. C’est un progrès sur les anciens étalons dont le fil plongé, dans une masse de paraffine est protégé des variations de la température ambiante, au point qu’on ignore Sa température propre, mêinb à plusieurs degrés près.
- Ces étalons pratiques sont construits en gros fil de
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- LA N AT ME.
- maillechort: en maillechort, parce que c’est un des alliages dont la résistance varie le moins avec la température ; gros, parce que les petites variations de température sont moins sensibles, et que le réglage exact s’obtient plus facilement.
- Ces étalons prototypes secondaires et pratiques sont à la disposition de M. de Nerville, au bureau d étalonnement des résistances électriques établi au Ministère des postes et télégraphes, sous la dépendance et la surveillance de M. Blavier, directeur de l’Ecole supérieure de télégraphie.
- Ce bureau a pour but de mettre à la disposition du public les moyens pratiques de vérilier l’exactitude d’un étalon de résistance. Les bobines confiées au bureau en sortiront avec un certificat officiel indiquant leur véritable valeur en oluns légaux ainsi que
- le degré de précision avec laquelle cette valeur a été déterminée.
- Les comparaisons des résistances s’effectuent avec un pont de Wheatstone à fil divisé ; la figure représente le montage des appareils [tour la comparaison d’un étalon pratique en maillechort à un étalon secondaire en mercure.
- Les deux bras de proportion, aussi voisins que possible de l’égalité, sont formés de deux bobines placées dans une même boite pour être toujours à la même température. La méthode employée est une méthode de substitution, indiquée par Fleming-Jenkiu, et tout à fait comparable à la méthode de la dounle pesée employée pour la comparaison des poids.
- Dans ce modèle de pont, étudié et construit avec
- Étalons et appareils de mesure du bureau d'étalonnement des résistances électriques, au Ministère des Postes et Télégraphes. Comparaison, par le pont de Wheatstone, d’un étalon pratique et d’un étalon secondaire en mercure.
- grand soin par M. Carpentier, toutes les pièces . métalliques traversées par le courant sont en laiton; tous les contacts s’établissent à l’aide de godets en cuivre vissés aux barres du pont et remplis de mercure; toutes les pièces métalliques sont isolées du socle par des portées en ébonite. Le déplacement du curseur devant l'échelle se fait par glissement, et, pour parfaire l’équilibre, à l’aide d’une vis micro-métrique dont on mesure les déplacements par un vernier. Le contact du filet du couteau métallique se fait toujours à une pression constante, réglée par un ressort, ce qui évite d’érailler le fil. Un commutateur à mercure permet de permuter rapidement les bras de proportion. L’inversion de la pile se fait à l'aide d’une clef d’inversion ordinaire.
- Sans entrer dans le détail des opérations, disons qu’une comparaison complète comprend cinq séries
- de quatre lectures chacune, et que la précision dans la mesure est telle que les chiffres résultant de la comparaison peuvent être garantis à un cent-millième près.
- Si l’on veut bien se rappeler que les décisions de la Conférence internationale datent d’un an à peine, qu’il a fallu établir des prototypes, des étalons secondaires, des appareils de mesure, installer un service, et que l’on trouve déjà dans le commerce des étalons et des boites de résistance en ohms légaux, on verra que, dans cette circonstance au moins, la France n’a pas été la dernière à utiliser rapidement les résultats pratiques d’un progrès scientifique dont elle avait su prendre l’initiative en 1881, en convoquant le premier Congrès international des électriciens. E. Hospitalier.
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- LA N A Tl] H K.
- CURIOSITES PHYSIOLOGIQUES
- LES PIERRES D’HIROSDELLE
- Si en wagon, en mettant la têle à la portière, on reçoit un granule microscopique de charbon dans l’intérieur de l’œil, la douleur que l’on ressent de suite est extrême, l’irritation est violente, la cornée devient rouge par suite de la congestion des vaisseaux capillaires, la muqueuse intérieure de la paupière est enflammée, la sécrétion lacrymale surexcitée, l’œil pleure abondamment ; puis la tête devient lourde, douloureuse, et cet état peut durer trois, quatre, cinq heures ou davantage, jusqu a ce que la particule de charbon soit rejetée par les larmes ou qu’on ait pu l’extirper.
- La même gène a lieu, les mêmes accidents se reproduisent quand le globe a été touché même légèrement par le doigt, ou par une branche d’arbre, un corps étranger quelconque, ou quand un grain de poussière, un moucheron, un cil, vient se loger sous la paupière ; aussi est-ce avec une surprise bien légitime que l’on voit certaines personnes pouvoir sans douleur apparente faire pénétrer entre la paupière et le globe de l’œil des corps étrangers relativement très volumineux, tels que des bâtonnets d’argent de la grosseur d’un porte-plume (fig. t), ou de petits cailloux du volume d’une lentille désignés sous le nom de « pierres d’hirondelles (lîg. 2). »
- Voici quelques détails sur ces curieuses expériences physiologiques.
- Les bâtonnets d'argent. — Les personnes qui s’introduisent dans les yeux les bâtonnets d’argent en font généralement leur métier, ce sont souvent de pauvres diables qui vont de café en café répétant leur expérience pour quelques sous. D’autres fois l’expérience est exécutée par des prestidigitateurs : Robert-Boudin raconte dans ses mémoires
- que c’est une des premières qu’il sut exécuter. Nous l’avons vu également faire, à titre de curiosité, par un savant médecin de Nancy.
- Voici comment opère un saltimbanque qui s’exhibe soit sur les places, soit sur les boulevards en temps de fête. 11 tient à la main une soucoupe sur laquelle il y a deux ou trois petits cylindres d’argent de la grosseur d’une plume d’oie, c’est-à-dire ayant cinq à six millimètres de diamètre, d’une longueur de onze à douze millimètres environ ; les deux extrémités en sont arrondies :
- 1° L’expérimentateur introduit un de ces petits bâtonnets entre le globe de l’œil droit et sa paupière, le bâtonnet disparaît complètement, on l’aperçoit faisant saillie sous la paupière, puis il descend davantage et devient dès lors absolument invisible; 2° ouvrant alors la bouche, l’individu montre le bâtonnet sur le bout de sa langue et l’extrait ; 5° il place le bâtonnet dans l’œil gauche et le retire de l’œil droit, et cela sans y porter la main, par une simple contraction de la paupière; 4° il place le bâtonnet dans son nez et le retire de son œil gauche ; 5° il place enfin le bâtonnet dans sa bouche et le retire des fosses nasales.
- Dans ceci il y a naturellement un truc, truc qui tend à faire croire à la possibilité du passage d’un objet de l’œil dans la bouche, d’un œil dans l’autre, et de la bouche dans le nez, et réciproquement ; or en réalité la chose n’est pas possible.
- Il est parfaitement exact que le nez et la bouche sont en communication, les fosses nasales aboutissent en effet en haut du pharynx ou l’arrière-bouche, le fumeur qui rejette la fumée par le nez utilise cette communication; le souffleur du chalumeau qui respire par le nez et envoie par la bouche son souffle continu l’utilise également, mais en sens inverse. Quelquefois aussi quand on avale de « travers », un effort violent fait rejeter par les fosses nasales un morceau d’ali-
- Kijr. 1. — Râtonnets d'argent. Fig. ?.— Lf*s pierres d’hirmidelles. (Grandeur naturelle.)
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- ment. La communication entre l’œil et les fosses nasales existe également; on peut même en voir l’ouverture au coin interne de la paupière, c’est le conduit lacrymal, cette ouverture sert, pour ainsi dire, de déversoir «à la sécrétion des larmes et conduit celles-ci dans les fosses nasales. Si la sécrétion des larmes devient très abondante comme dans la douleur, l’affliction, le conduit lacrymal ne suffît plus, les larmes débordent et coulent sur les joues, la personne pleure. Mais ce conduit est beaucoup trop étroit pour permettre le passage d’un objet du volume des petits cylindres dont nous parlons; de même la communication entre les fosses nasales et la bouche, facile quand il s’agit d’une bouffée d’air ou de fumée, est extrêmement pénible et douloureuse quand il s’agit d’un corps dur, quelque petit qu’il soit, et ne peut être qu’involontaire.
- En réalité l’expérimentateur s’introduit bien réellement un de ces petits bâtonnets entre le globe de l’œil et la paupière et le fait disparaître, c’est là toute la curiosité physiologique. Quand il fait semblant de le retirer de sa bouche, c’est évidemment un autre qu’il y avait dissimulé préalablement. De même quand il place le bâtonnet dans son œil gauche et le retire de son œil droit, il ne retire que Je premier qu’il avait introduit dans cet œil, et il en est de même pour les autres expériences. L’illusion est, il est vrai, complète et c’est un côté intéressant du tour.
- A un autre point de vue, on peut se demander comment cette insensibilité de l’œil peut être obtenue. Il y a d’abord à remarquer que l’œil, si sensible au contact des corps rugueux quelque petits qu’ils soient, l’est beaucoup moins à celui des objets parfaitement lisses et polis comme les bâtonnets d’argent, avec lesquels se fait l’expérience que nous venons de rapporter; de plus il y a une question d’accoutumance. Dans les opérations d’oculistique, le premier contact des instruments sur le globe de l’œil est surtout sensible et provoque une abondante sécrétion de larmes, puis peu à peu l’œil s’y habitue et au bout de quelques instants le contact d’un instrument lisse sur la cornée opaque n’est plus douloureux, la partie transparente du globe de l’œil restant cependant toujours extrêmement impressionnable. La première introduction d’un bâtonnet d’argent dans la paupière doit être très pénible. Un second essai l’est un peu moins, et quelques jours d’exercices permettent d’arriver à une insensibilité complète de l’œil pour cette petite opération. Les prestidigitateurs qui peuvent s’introduire une pièce de 50 centimes, ou plus facilement de 20 centimes entre la paupière et le globe de l’œil n’ont également acquis ce talent de société qu’après quelques jours d'un apprentissage un peu douloureux au début (fig. 3).
- Voici un autre exemple d’insensibilité de l’œil au contact de corps durs et d’un certain volume. Il s’agit de petits cailloux désignés généralement sous le nom de pierres d'hirondelles.
- Les pierres d'hirondelles. —Les médecins de l’antiquité et du moyen âge attribuaient des propriétés curatives pour un grand nombre de maladies, aux préparations' à base d'hirondelles : c’était Yhirondo-théi'apie, la cendre de jeunes hirondelles guérissait par exemple l’esquinancie mortelle; manger une hirondelle guérissait de la fièvre quarte, une potion de cœur d’hirondelle ranimait une mémoire affaiblie. On trouve de plus dans le corps des petits, certaines pierres qui guérissent de diverses maladies. Celles que l’on trouve dans le nid préservent du rhume. Pline, Galien, Celse vantent les vertus des pierres d'hirondelles, et les plus célèbres médecins du moyen âge ont copié leurs prédécesseurs en renchérissant sur leurs affirmations. Les hirondelles étaient réputées avoir le sens de la vue extrêmement développé : « Elles avaient le don de ne jamais perdre la vue; on pouvait leur crever les yeux impunément, il leur en repoussait d’autres à mesure », d’après Pline. Il en résultait, suivant la manière de raisonner qui était la base de la pharmacopée ancienne, que toutes les préparations à base d’hirondelles devaient être excellentes pour la vue de l’homme, pour les maladies d’yeux.
- Or celte croyance s’est maintenue par tradition jusqu’à l’époque actuelle, et de nos jours dans bien des villages on raconte que les petites hirondelles naissent aveugles, leurs yeux étant recouverts d’une taie; alors leur mère va chercher au loin un petit caillou doué de propriétés particulières qui appliqué sur la taie, la fait disparaître immédiatement. C’est ce petit caillou qui guérit les maladies d’yeux et la cécité, que cherchent soigneusement les bonnes femmes quand un nid d’hirondelles a été abattu, ou est tombé par accident (fig. 2).
- C’est là la légende, mais il est certain qu’il existe de petites pierres, soigneusement conservées dans certaines familles, qui possèdent des propriétés très curieuses par rapport à l’œil. Voici quelques faits dont nous avons été témoin relativement à l’une d’elles. Cette pierre était à peu près de la forme et de la grosseur d’une lentille ou d'une moitié de pois chiche. Elle semblait être en grès siliceux assez fin, elle était polie, arrondie au bord, mais cependant présentait une irrégularité assez grossière sur sa partie convexe.
- Cette petite pierre était considérée dans la famille comme extrêmement précieuse, on la désignait sous le nom de « pierre d’hirondelle », mais elle avait été transmise de génération en génération et son origine était inconnue.
- Voici quel était son usage.
- Si par hasard un grain de poussière, un cil, un fétu se logeait dans l’œil et amenait les accidents ordinaires, gêne, douleur, larme, céphalalgie, immédiatement on avait recours «à la « pierre d’hirondelle »; on la posait sur le coin de la paupière et sitôt quelle était en contact avec les larmes, elle se collait sur le globe de l’œil et disparaissait sous la paupière. La douleur occasionnée par le petit corps
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- etranger cessait instantanément et cela à la joie et à l’étonnement de la personne qui essayait pour la première fois ce singulier remède. La pierre d’hirondelle, malgré son volume, malgré l’anfractuosité de sa surface, n’occasionnait elle-même aucune gêne, aucune douleur.
- Les quelques pierres employées au même usage, dont nous avons entendu parler, étaient d’une forme, d’un volume, analogues à celle dont nous venons de parler et leur action sur l’œil était la même.
- On peut expliquer l’action de ces petites pierres, nous semble-t-il, de la façon suivante : la pierre étant hygrométrique est attirée au contact des larmes, sur le globe de l’œil par un simple effet de capillarité. Ainsi mouillée, elle devient parfaitement lisse et n’irrite ni la cornée de l’œil ni la muqueuse de la paupière. De plus celle-ci se trouvant soulevée, le petit corps étranger n’est plus pressé, n’irrite plus les surfaces avec lesquelles il était en contact, la gêne cesse donc instantanément.
- Ces pierres sont, avons-nous dit, extrêmement rares, mais il est probable cependant qu’un expérimentateur dévoué qui consentirait à essayer un certain nombre de petits cailloux de forme et de dimensions convenables, pris dans une poignée de sable de rivière, en découvrirait quelques-uns ayant les merveilleuses propriétés « des pierres d’hirondelles ».
- (ilJYOT-D.UJBÈS.
- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAMA1
- Lorsque, il y a bientôt, trois années, nous avons entretenu nos lecteurs du percement de l’isthme américain, l’œuvre, en était encore à ses premiers pas. A peine avait-on mis à nu, à travers les inextricables forêts équatoriales, la langue de terre, longue de 75 kilomètres, qui marquait l’axe du futur canal interocéanique. Le voyageur qui suivait à cette époque cette voie primitive rencontrait de loin en loin quelques groupes de cabanes rustiques, des toits de feuillages montés sur piquets, marquant l’emplacement d’un sondage ou l’habitation improvisée d’une section d’opérateurs. La Culebra, Emperador, la Go-rosita, Gamboa, exubérants aujourd’hui d’activité, étaient encore presque déserts; du côté de Côlon seulement, l’excavateur traçait dans les plaines marécageuses de Gatun son large sillage. Quel contraste entre cet isthme encore sauvage et la longue file de chantiers qui le couvre aujourd’hui sans interruption de l’Atlantique au Pacifique! Vingt mille travailleurs s’acharnent sur la Cordillère, creusant sans relâche la profonde tranchée du canal. Côte à côte avec cette armée d’hommes, une autre armée plus puissante encore, bien qu’inconsciente, les colossales machines, excavateurs, dragues, locomotives,
- 1 Voy. notre étude précédente.La Nature (10e année, 1882, n°* 473, 476, 478, 482, 484, et l’ouvrage de notre collobora-teur, Les nouvelles Boutes du globe, par Maxime Hélène. (Bibliothèque de La Nature. G. Masson, éditeur )
- wagons, tout un matériel d’arrachement et de transport, des milliers de paires de roues, des centaines de kilomètres de rails1, des montagnes de charbon pour leur subsistance, des bateaux dont les flancs sont bondés de dynamite; il semble qu’on ait vidé sur les quais de Colon tout l’arsenal mis en réserve pour la grande et décisive bataille. Il suffit du reste, autant pour s’en convaincre que pour se faire une idée des préparatifs colossaux qu’a nécessités l’installation définitive du percement, de parcourir, sur le bulletin que publie chaque quinzaine la Compagnie du canal interocéanique, la longue et instructive énumération du matériel expédié dans l’isthme.
- Aujourd’hui comme au premier jour, entre les trente-cinq chantiers de l’isthme, l'attention se porte principalement sur deux points : la grande tranchée rocheuse de la Culebra, ce coup de hache de géant qui doit entamer jusqu’à 120 mètres de profondeur l’échine des Cordillères, et le barrage du Chagres à Gamboa. Pour la Culebra, les prévisions de M. de Lcsseps se sont réalisées; le massif montagneux qui traversera le canal est en grande partie composé de roches demi-dures ; des sondages répétés, exécutés au moyen de la perforatrice à diamants, ont montré, par les échantillons témoins qu’ils ont rapportés, que jusqu’à une profondeur relativement considérable, la roche se présente sous la forme de schistes, à couches sensiblement horizontales. Certes il faudra faire jouer la mine à la Culebra, et même dans des proportions grandioses, inconnues jusqu’à ce jour, mais il n’en subsistera pas moins, dans l’exécution générale du travail, l’économie de temps et d’argent entrevue dès le principe par l’illustre promoteur du percement. Quant à la possibilité même d’exécuter rapidement la tranchée des Cordillères, elle ne saurait faire ombre de doute ; c’est affaire de perforation, soit de trous de mines pour les explosions ordinaires, soit de puits pouvant renfermer des quantités plus considérables d’explosif en vue de déplacements de grandes masses. Or, la perforation mécanique est aujourd’hui arrivée à un degré de perfectionnement qu’il sera difficile de surpasser ; la dynamite, depuis de longues années déjà d’un emploi vulgaire, aura raison du reste. Nous avons assisté, il y a quelques mois, dans les carrières ouvertes en vue de l’exécution du port de Gênes, à des déplacements de plus de 20000 mètres cubes de roches provoqués par l’explosion électrique d’une seule charge de 5000 kilogrammes de dynamite renfermés dans un puits creusé à cet effet. A la Culebra même, 50 000 mètres cubes de roches ont été déplacés dernièrement par un moyen analogue. Nous reviendrons sur l’évaluation de la durée probable de ce gigantesque travail; il nous suffit de constater pour le moment que le colossal couloir qui joindra les deux mers est exécutable par des méthodes simples et avec une économie appréciable sur les devis primitifs.
- 1 Exactement six mille wagons et deux cents kilomètres de rail. (Bulletin du canal interocéanique du 15 mai 1885.)
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- Au pied même de la grande tranchée de la Cu-lebra, à 6 kilomètres d’Emperador, se développe le chantier du barrage du Chagres. Nous avons déjà signalé, dans notre précédente étude, l’importance de cet ouvrage, le rôle de cette gigantesque cuvette, emmagasinant jusqu’à un milliard de mètres cubes d’eau, et dont le niveau pourra, dans le cas des crues extrêmes du fleuve, s’élever jusqu’à 60 mètres au dessus des eaux du canal. Un rempart de 7 millions de mètres cubes maintiendra derrière lui cette réserve, dont le volume centuple les limites fixées jusqu’à ce jour pour des travaux similaires. Dans la dernière conférence que M. Dingler a faite devant les actionnaires du canal de Panama, l’habile directeur général des travaux dans l’isthme a défini d’une façon excessivement nette l'utilité du grand barrage du Chagres. Grâce à l’établissement de cet ouvrage, les inondations du fleuve sont supprimées ; les courants contraires à la navigation, qui auraient introduit dans le canal ses eaux tumultueuses, sont évités ; les dépôts d’alluvions qui se seraient formés inévi-
- tablement dans la nouvelle voie maritime, ne sont plus à craindre. En régularisant le cours du Chagres et celui des rios voisins, le barrage de Gamboa assure le service régulier du canal, et même, disons-le, la possibilité du transit rapide entre l’Atlantique et le Pacifique.
- La méthode de construction de cet ouvrage, aux proportions sans précédent dans les annales des travaux publics, sera cependant d’une simplicité qui fait mieux ressortir encore le caractère de grandeur inusité de l’œuvre. Si l’on considère que la grande tranchée de la Culebra, voisine de Gamboa, et les tranchées avoisinantes, enlèveront aux montagnes de l’isthme quarante à cinquante millions de mètres cubes de roches, et que le barrage du Chagres n’en exige pour sa construction que sept millions, nous voyons tout d’abord qu’il n’y aura aucune installation d’extraction, aucune exploitation de carrières, rien qu’un service, colossal il est vrai, de déblais arrachés d’un côté à la montagne, pour être transportés de l’autre au barrage. L’emplacement lui-même du
- Chantiers...
- Ateliers____
- Dragues......
- Excavateurs.
- Blanca
- Fig. 1. — Le percement de l’isthme de Panama. Tracé du canal et des travaux en cours d’exécution.
- 1, 2. — Dragages du port de Colon.— 3, 4, 3, Dragages entre Colon et Gatun.— 6, 7. Dérivation de rio Trinidad à Gatun. — 8. Chantier de Pena Blanca. — 9, lu. Buttes de Bohio Soldado. — 11. Buena Vista. — 12. Tahernillo. — 13, 14. San Pablo. — 15, 16, 17. La Gor-gona. — 18,19. Matachin. — 20. Butte de Gamboa. Le grand barrage. — 21. La Corosita. —,22. Haut Obispo. — 23. L’Obispo. — 24. Emperador. — 25. El Lirio. — 26, 27, 28. La Culebra. — 29, 30. Paraiso. — 31. Pedro Miguel. — 32. Corosal. — 33. Boca Grande.
- barrage est formé naturellement par l’heureuse disposition du lit du torrent, resserré en cet endroit entre le mont Obispo et le mont Santa-Cruz, deux culées immuables, distantes d’environ 150 mètres l’une de l’autre, sur lesquelles s’appuiera le mur de front de la grande cuvette d’un milliard de mètres cubes. Derrière cette première barrière seront déversés, au fur et à mesure de leur arrachement dans les tranchées, les 7 millions de mètres de déblais, de quelque dimension qu’ils soient, et le barrage sera fait. Rien de si simple qu’un tel programme dont l’exécution, entre les mains d’entrepreneurs d’élite, est par cela même assurée. L’originalité d’un tel projet consiste en ce que, au sens strict du mot, il n’y a point de maçonnerie réelle dans cet énorme amas de roches de tout volume et de toutes formes ; l’accumulation des déblais forme elle seule l’étanchéité. Cette méthode de construction est nouvelle pour nous ; comme le signale le directeur général des travaux de l’isthme, elle paraîtrait en France tout au moins téméraire, bien qu’en Amé-
- rique, elle fût suivie régulièrement et qu’elle n’eut donné dans toutes ses applications que d’excellents résultats. On ne peut même s’empêcher de s’en déclarer partisan a priori lorsqu’on a présents à la mémoire les terribles désastres survenus il y a quelques années à certains barrages, notamment à celui de l’Habra1.
- Définissons en détail la condition d’installation du grand travail qui va s’effectuer à Gamboa. Le Chagres, dont on peut suivre le cours sinueux sur notre tracé du canal, est, comme tous les torrents et surtout en sa qualité de fleuve des régions équatoriales, sujet à des variations considérables dans son débit, à des crues subites et colossales. En hiver, il peut rouler jusqu’à 1600 mètres cubes d’eau par seconde, tandis qu’en été il se contente de 15 mètres cubes. Ses affluents, ou rios, se comportent de la même façon : le rio Trinidad, le rio Gatuncillo, arrivent en hiver à un débit de 400 mètres cubes.
- 1 Voy. sur le barrage de l’Habra, les notices précédentes de La Nature.
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- Fig. 2, — Les travaux de percement de l’isthme'de Panama. L’excavateur Osgood dans la grande tranchée de la Culehrn.
- (P’après une photographie,)
- Fig. 3 — Les travaux de percement de l’isthme de Panama. La grande drague à Gatun. (D’apres une photographie.)
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- Impossible, comme nous l’avons fait observer précédemment, de déverser ces masses d’eau impétueuses dans le canal sans y produire, ou des courants, ou des dépôts d’alluvions, entravant la navigation. Le trop-plein de ces crues exceptionnelles, emmagasiné dans le barrage de Gamboa, devra donc être déversé dans des rigoles secondaires qui le conduiront à la mer. Ces rigoles, dont la largeur au plafond variera de 8 mètres à 12 mètres, et même a 40 mètres près de l’Atlantique, s’établiront facilement t'en utilisant les portions du lit du Chagres situées sur la même rive, et en les soudant par des tranchées appropriées. La colossale réserve du barrage s’écoulera ainsi régulièrement dans ce lit nouveau, au moyen d’émissaires ménagés dans le barrage à raison de 400 mètres cubes par seconde. Bien entendu, le lit du canal sera complètement à l’abri de ces eaux de dérivation, soit, dans les tranchées, par les talus mêmes de ces dernières, soit, dans les parties basses, par des digues que couvrira vite une vigoureuse et indestructible végétation tropicale.
- Construction assurée par les déblais des tranchées voisines, fonctionnement régularisé par les rigoles de dérivation, l’exécution et l’existence du barrage de Gamboa n’est plus, comme le creusement de la Culebra, qu’une œuvre de temps, qu’a déjà résolue le contrat accepté par les entrepreneurs de ces deux principaux chantiers. Nous pouvons donc être parfaitement tranquilles sur la marche du chantier de Gamboa jusqu’à la prochaine ouverture du canal. Quant à ce qui regarde l’avenir,la solidité de la construction, nous nous en reposons avec la plus grande confiance sur la valeur des praticiens qui sont à la fête des travaux. Les objections n’ont certes point manqué de se produire, et nous n’en citerons qu’une seule. Lorsque le public fut instruit des dimensions inusitées, presque incroyables, de ce réservoir qui renferme tout un lac, des craintes se manifestèrent au sujet du remplissage possible du réservoir par les mêmes alluvions dont on avait en vue d’éviter le dépôt dans le canal. Certes le Chagres roule, dans ces crues tropicales que nous avons définies, un volume considérable d’alluvions, mais ce qui eût été un obstacle capital dans la voie maritime n’est plus qu’une question toute secondaire lorsqu’il s’agit du barrage. M. Dingler a calculé que, au bout de mille années, le Chagres ne pouvait porter dans le réservoir plus de 50 millions de mètres cubes d’alluvions. C’est certes un joli chiffre de dépôts fluviatiles, mais à la vérité ce chiffre disparaît encore devant le milliard qui représente la contenance de la cuvette. Un verre d’eau dans un seau de vin ! Notez en outre que ce résultat n’est atteint qu’au bout de mille années ! Il est difficile de pousser plus loin la prévoyance, et de fournir une démonstration plus probante.
- La Culebra et le barrage de Gamboa, tels ont toujours été les deux points principaux, disons les points noirs, singulièrement éclaircis en ce moment, du percement du canal interocéanique. En dehors de ces deux installations maîtresses, 55 autres chantiers
- principaux, tous reliés au chemin de fer de Colon à Panama, sillonnent aujourd’hui l’emplacement des travaux. Ils sont, comme le montre notre tracé(fig. 1), suffisamment rapprochés les uns des autres, pour que l’on puisse considérer la ligne d’activité comme ininterrompue. Cinquante excavateurs, une dizaine de dragues, — les excavateurs dans les parties hautes, les dragues dans les parties basses, — y creusent la tranchée du canal. Jusqu’au vingt-cinquième kilomètre environ, nous rencontrons les dragues, d’abord à Colon, pour l’emplacement du port, puis à Gatun, d’où elles se dirigent vers le chantier de Pena-Blanca. Jusqu’à la plaine de Panama, nous comptons ensuite plus de 60 excavateurs : à Buhio-Soldado, où le canal traverse une butte d’environ 50 mètres de hauteur; à Buena-Yista; Tabernilla; San-Pablo, où un pont tournant sera installé pour le passage de la voie ferrée. A Gorgona, le canal coupe à plusieurs reprises les brusques méandres du Chagres. C’est du chantier suivant, Matachin, que seront tirés en partie les blocs destinés au grand barrage. Plus loin, c’est le chantier de Gamboa, établi au pied du cerro Obispo, l’une des culées naturelles du bastion de retenue du barrage. Tous ces chantiers peuvent être considérés comme compris dans la partie basse du canal, bien qu’ils traversent de distance en distance des massifs secondaires détachés de la chaîne principale. A partir de la Corosita, vers le quarante-cinquième kilomètre, nous entamons résolument la Cordillère, que nous ne quitterons qu’àprès 15 kilomètres de tranchée rocheuse, pour entrer dans la vallée du Rio-Grande. Trois chantiers à Emperador; trois à la Culebra, où s’installent en ce moment les entrepreneurs qui ont exécuté le canal d’Amsterdam à la mer du Nord; trois à Paraiso et à Pedro-Miguel où le chemin de fer coupera de nouveau la voie maritime. Nous voici dans la plaine de Panama. C’est à Corosal, au soixantième kilomètre, que sera installé le port d’accès du canal du côté du Pacifique ; les grandes dragues américaines y travaillent dans les terrains marécageux. Le dernier chantier est celui de la bouche du Rio-Grande, la Boca-Grande, où sera établi un chenal maritime de cent mètres de largeur, véritable avant-port de grande dimension qui pourra recevoir les navires avant leur entrée dans le bassin de Corosal.
- Parmi l’immense matériel disséminé sur ces chantiers principaux, les excavateurs et les dragues, comme à Suez, tiennent la première place, mais singulièrement perfectionnés, comme en témoignent les deux spécimens que nous représentons, page 9, en activité à la Culebra et à Gatun. L’excavateur Osgood (fig. 2), installé à la Culebra, à la place des godets que nous voyons habituellement en usage sur nos chantiers européens1, entame les terres à déblayer au moyen d’une cuiller en tôle, de un mètre cube et demi de capacité, suspendue à une flèche fixe incli-
- 1 Un de ces excavateurs américains à cuiller travaille en ce moment au creusement du nouveau bassin de l’arsenal maritime de la Spezia.
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- née, le long de laquelle glissent des chaînes mues par un treuil à vapeur. Ces chaînes font mouvoir de haut en bas la cuiller : un système analogue la fait mouvoir horizontalement. La flèche inclinée qui porte la cuiller pivote sur elle-même et peut se placer, pour le déchargement dans les wagonnets, dans une position perpendiculaire à la voie ferrée de service. Le maniement est assez simple, pour que la cuiller puisse se remplir et se vider une à deux fois par minute, et fasse ainsi produire à l’excavateur environ 1000 mètres cubes par journée de 10 heures. La drague colossale, également de provenance américaine, installée en ce moment à Gatun, n’est pas moins remarquable; elle porte 16 godets, d’une capacité de un mètre cube, se déversant en une minute dans le couloir,, ce qui porte à 1000 mètres cubes le travail utile de la drague par heure. Nous reproduisons ci-contre ce magnifique engin, d’après une photographie (fig. 5).
- Les deux puissantes machines que nous venons de citer ne sont qu’une faible partie des rouages de l’immense mécanisme, aujourd’hui en pleine activité, qui ne s’arrêtera que lorsque le lit du canal sera prêt à recevoir les eaux mélangées des deux mers. Mais jusqu’à ce jour tant souhaité, où de même qu’à Port-Saïd, les pavillons de toutes les nations réunies à Colon ou à Panama se confondront dans un seul et même symbole de gloire pacifique, combien de péripéties l’œuvre aura-t-elle encore à traverser? Pendant combien d’années, le jour sous le soleil tropical, la nuit sous le scintillement des lampes électriques, les dragues rouleront-elles, comme des colliers gigantesques, leurs lourdes chaînes de godets? Peut-on déjà fixer approximativement, avec toute la latitude qu’exige l’accomplissement, d’un travail de cette nature, l’heure où M. de Lesseps remportera sa seconde grande victoire? Les nombreux et savants explorateurs qui ont visité l’isthme, à quelque nationalité qu’ils appartiennent, nous affirment déjà, dans les rapports détaillés qu'ils ont livrés au public, que ce qui a été fait jusqu’à ce jour entre Colon et Panama équivaut à la moitié du travail entier. Il nous reste à développer cette appréciation, à examiner brièvement, au point de vue de la durée même des travaux, ce qui a été fait et ce qui reste à faire, en un mot le programme d’exécution du canal, concluant à l’ouverture en 1888, de la nouvelle route maritime vers l’extrême Orient.
- — A suivre. — MAXIME HÉLÈNE.
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- GARDE-COTES CUIRASSÉ « CAÏMAN «
- Notre marine de guerre vient encore de s’augmenter d’un nouveau bâtiment destiné surtout à la défense de nos côtes. Le Caïman, qui a été mis à l’eau, le 21 mai, avec un plein succès, dans l’arsenal maritime de Toulon, est un garde-côtes cuirassé, à rayon d’action limité. Il a été exécuté sur les plans de M. Sabatier, directeur des
- constructions navales, et, en même temps que le Caïman, trois autres cuirassés semblables ont été mis en chantier en 1877. Ce sont le Terrible, le Requin et l'Indomptable. Ces navires sont actuellement à la mer, et en voie d’achèvement.
- Nous ferons remarquer, en passant, qu’il y a par conséquent cinq années que le Caïman est en construction. D’autre part il ne sera complètement terminé et armé qu’en 1888. Il aura donc fallu près de onze années au port de Toulon pour mener à bonne fin cette nouvelle unité de notre flotte. Cette lenteur qui est, malheureusement, l’apanage de nos arsenaux est loin d’être une condition de progrès. Elle est, au contraire, très préjudiciable à notre flotte, qui n’est par suite composée en partie que de bâtiments déjà démodés et peu au courant des progrès de l’architecture navale.
- Le garde-côtes le Caïman a 84m,80 de longueur à la flottaison. Sa largeur est de 18 mètres et son creux de 7m,55. Il a un tirant d’eau moyen de 7m,20, son liront d’eau maximum arrière étant de 7m,50.
- Il déplacera tout armé environ 7240 tonneaux; la cuirasse seule entre dans ce poids pour près de 1750 tonnes. U sera protégé à la flottaison, sur toute sa longueur, par une cuirasse mixte en fer et acier dont l’épaisseur maxima au milieu sera de 50 centimètres, pour descendre aux extrémités à 35 et 40 centimètres. Les plaques des tourelles barbettes auront 45 centimètres d’épaisseur. Enfin un pont cuirassé à 8 centimètres d’épaisseur abrite les chambres des machines, des chaudières, les soutes à charbon, les soutes à munition et les projectiles ainsi que les appareils hydrauliques contre les feux [(longeants de l’artillerie.
- Les deux hélices, qui imprimeront au navire une vitesse probable de 14 nœuds, sont actionnées par deux machines compound à trois cylindres du système dit à pilon. Les appareils moteurs ont. été construits par la société anonyme des Forges et Chantiers de la Méditerranée. Elles pourront développer aux essais à toide puissance G000 chevaux. La vapeur sera fournie par 12 chaudières cylindriques à deux foyers.
- Le bâtiment a neuf cloisons étanches. Il est construit en fer et acier, avec coque à double fond du système cellulaire; il a, en outre, une cloison longitudinale centrale étanche et sera muni de puissants appareils d’épuisement; pompes rotatives à vapeur, pompe Thirion, pulsomè-tre, etc.
- Les logements sont situés au-dessus du pont cuirassé, et en partie dans le spardeck placé entre les deux tourelles.
- Le Caiman sera armé de deux canons de 42 centimètres, du poids de 77 000 kilogrammes et lançant un projectile de rupture de 700 kilogrammes. Ces deux puissantes pièces seront placées dans deux tourelles barbettes situées sur le pont supérieur et dans l’axe du navire, tirant, l’une en chasse, l’autre en retraite. Ces pièces seront manœuvrées au moyen d’appareils hydrauliques. Elles ont un champ de tir de 270°, c’est-à-dire 135a de chaque côté de l’axe longitudinal. Il y aura, en outre, sur le pont 4 canons de 10 centimètres et un certain nombre de canons revolver Hotchkiss dont quelques-uns seront placés dans les hunes.
- Le Caïman aura pour toute mâture deux mâts de signaux avec hunes armées et blindées. Il coûtera, tout armé, environ 10 500 000 francs.
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- RUINES YUCATÈQUES
- PARTIE CENTRALE DE LA PÉNINSULE
- Les villes dont il est question et où s’élèvent peut-être encore quelques restes des temples et des palais Mayas, n’ont été visitées qu’une fois et par un seul voyageur; mais ce voyageur, c’était John L. Stephens, explorateur de génie, et dont l’imperturbable bon sens sut le guider à travers le dédale des ruines, où tant d’autres, depuis, se sont absolument égarés.
- C’était en 1842 ; on pouvait alors visiter ces ruines inconnues reliées entre elles par des sentiers indiens, et s’élevant pour la plupart près d’habitations ou de villages qui en rendaient l’exploration facile. Mais depuis la révolte des Indiens en 1846 et la guerre d’extermination qui s’ensuivit, les populations qui avoisinaient les ruines ont disparu, les chemins se sont fermés, la forêt a repris son empire et l’explorateur qui voudrait de nouveau visiter ces anciennes villes n’en retrouverait peut-être pas les édifions, il n’en retrouverait plus que l’emplacement. En effet, du temps de Stephens déjà, temples et palais n’offraient au voyageur que des ruines délabrées au lieu des édifices encore entiers de la partie septentrionale, et il est facile de se rendre compte de leur effacement par une antiquité plus grande en même temps que par une destruction plus rapide amenée par une végétation plus vigoureuse. Ces villes, dont les principales seraient Labna, puis se dirigeant au sud Kewick, Chunhuhu,
- Laphak, Iturbide, Macoba, etc., appartiendraient, nous l’avons dit1, à la branche Toltèque des Tutulxius qui envahit le Yucatan par le sud venant de Tikal, et les plus méridionales seraient naturellement les plus anciennes, comme le prouverait letat plus délabré de leurs monuments. Mais ce n’est pas seulement l’état délabré des édifices qui
- 1 Les Anciennes Villes du nouveau monde, ch. xxiii, p. 411.
- vient nous affirmer cette antiquité plus grande, c’est aussi la manière de bâtir, le ciment plus généralement employé dans l’ornementation, et les bas-reliefs qui se rapprochent beaucoup plus que ceux des édifices du nord des bas-reliefs observés à Pa-lenque, Lorillard et Tikal. Pour mieux édifier le lecteur, nous lui donnons une vue des ruines d’iturbide (fig. 5) ; si on les compare aux édifices d’Uxmal que tout le monde connaît, on sera frappé de la conservation des uns et du complet effacement des autres. C’est qu’en effet, plusieurs des palais d’Uxmal et de Kabah étaient habités au temps de la conquête et qu’ils étaient encore debout, entiers et presque neufs il y a cinquante ans à peine. La brèche faite au palais du gouverneur se produisit en 1825, et l’aile occidentale du palais des nonnes s’écroula en 1855. Nous avons du reste établi dans notre ouvrage, les Anciennes Villes du nouveau monde, que ces édifices avaient été détruits dans les guerres civiles, reconstruits plus lard et qu’ils appartenaient à cette époque de renaissance dont nous parlent Herrera, Landa et autres historiens, époque qui suivit la chute de Mayapan, 1460 à 1470. Cette reconstruction est si probable que dans l’aile septentrionale du palais des nonnes à Uxmal on trouve les murailles d’un édifice plus ancien. Nous en avons une autre preuve dans les édifices entièrement ruinés de Nohcacab , situés entre Uxmal et Kabah, édifices appartenant à une époque antérieure et qui ayant été détruits n’auraient pas été reconstruits comme leurs voisins. Les ruines d’iturbide nous offrent également des tours carrées qui nous rappellent les tours de Comal-calco et de Palenque ; celles du nord de la péninsule sont généralement rondes; chaque ville contient au moins un de ces édifices circulaires que les Espagnols désignent sous le nom de Caracol.
- Quant aux bas-reliefs dont nous avons parlé plus haut et que Stephens a recueillis dans les ruines de Labphak, l’un d’eux nous rappelle le bas-relief
- Fig. 1. — Bas-relief des ruines d’iturbide.
- Fig. 2. — Fragment d’un bas-relief du sanctuaire du temple de la Croix.
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- du temple du soleil à Palenquc et celui que nous donnons ici (fig. 1), mieux conservé et plus facile à étudier, va nous offrir des ressemblances multiples avec ceux de Tikal, Copan et Palenque.
- Le personnage principal est posé de profil comme celui du panneau en bois sculpté de Tikal que nous avons reproduit dans les Anciennes Villes; il a comme lui la coiffure à grandes plumes qui surmontent une mitre rappelant celles de la ville Loril-lard; il porte la pèlerine avec un riche collier de pierre et ses chaussures figurent des cothurnes que nous retrouvons sur tous nos bas-reliefs ; enfin les deux Katunes placés dans l’angle supe'rieur à gauche
- ressemblent aux caractères des inscriptions de Tikal, Copan et Palenque.
- Mais ce que nous trouverons de plus frappant comme ressemblance avec les sujets des bas-reliefs cités plus haut, c’est l’action du personnage. En effet, ce personnage procède évidemment à une cérémonie religieuse; de la main droite il soulève un petit être à figure grotesque et diabolique, tandis que de la main gauche il semble l’offrir à une divinité absente (fig. 1). Eh bien! ce diablotin est une copie exacte de ceux que nous avons retrouvés dans le sanctuaire du temple de la Croix n° 1, dans le sanctuaire du temple de la Croix n° 2, et que
- nous voyons aux mains de chacun des personnages dans le panneau fond d’autel du temple de la Guerre à Palenque. Il est facile de prouver cette similitude en reproduisant au hasard l’un de ces petits monstres qui sont tous semblables (fig. 2). Ajoutons que nous avons également cette figure grotesque sur les grands monolithes de Copan ; de sorte que, en dehors de la similitude des édifices, nous avons dans ces bas-reliefs la preuve d’un culte commun, qui vient nous affirmer la parenté de la civilisation yucatèque et des civilisations de Tabasco, Chiapas et Guatémala, ce qui nous permet d’établir la marche du civilisateur toltèque et de son entrée dans le Yucatan par le sud pour aller rejoindre la branche de cette même race qui plus anciennement, et sous la con-
- duite de chefs appelés Cocomes, l’avaient envahi par Potonchan dans le but de civiliser le nord de la péninsule.
- Plusieurs historiens du reste nous parlent de cette branche toltèque qu’ils appellent Tutulxins, Herrera entre autres Landa et Villa Gutierre, Soto Mayor. Herrera nous dit que ces gens étaient de nature si pacifique, qu’ils n’avaient pas d’armes et qu’ils prenaient les animaux a la chasse avec des lassos et des pièges. Ces tribus, d’après Landa, venaient de Chiapas où nous avons retrouvé leurs traces dans la ville Lorillard, et dans celle de Tikal; c’est de ce dernier point qu’elles envahirent le Yucatan s’avançant vers le nord ou elles fondèrent les villes dont nous venons de parler. Ces Tutulxins reçus d’abord en
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- LA NAT lî H K.
- H
- frères par les Coeomes, devinrent bientôt leurs ennemis mortels et ils inaugurèrent cette longue série de guerres civiles qui devaient ruiner le pays.
- Désiré Charnay.
- CORRESPONDANCE
- I, R I) I S Q C I- DR R R R S R 1
- ünixelle*. 18 Hiiii 1881».
- Monsieur le Rédacteur,
- Y a-t-il lieu d’émettre encore des théories sur le fonctionnement du disque de Reese? Vous en jugerez, et, le cas échéant, vous enregistrerez la mienne (si tant est qu’elle renferme du neuf) ou plutôt l’humble opinion que je ine suis faite en voyant travailler ce célèbre disque à discussions théoriques.
- C’est en janvier dernier, dans une usine de Pittsburg, qu’il m’a été donné de l’examiner, mais très superficiellement, pendant une trop courte visite. 11 s’est trouvé devant moi sans que je m’y fusse attendu et je me suis aussitôt demandé s’il fallait bien créer en quelque sorte une nouvelle physique, comme on a tenté de le faire, je pense, pour expliquer le jeu de ce simple appareil.
- Un disque de 1"*,20 de diamètre en tôle d’acier et ayant au plus 1 centimètre d’épaisseur tournait à 2000 tours devant des poutrelles d’acier froides qu'il coupait en deux avec la même facilité que si c’eut été une scie circulaire. Une fois la poutrelle entamée, le disque devenait rapidement rouge sombre sur tout son pourtour et sur un bord d’environ 1 centimètre de largeur. Du métal en fusion coulait ou était projeté hors de l’entaille formée.
- On se demande :
- 1° Pourquoi le disque entaille la poutrelle? Mais, sem-ble-t-il immédiatement, parce que le frottement de contact, développé à pareille vitesse, est tellement grand, réchauffement tellement violent, que le métal rougit et se fond instantanément à l’endroit touché.
- 2° Pourquoi la barre seule s’entame et non le disque? Mais, apparemment, parce que le disque tournoyant à raison de 125 mètres par seconde et présentant un grand développement, se refroidit si vite qu’il ne parvient jamais à atteindre plus que le rouge sombre; tandis qu’il n’en est pas de même de la poutrelle qui gagne spontanément le rouge de fusion pâteuse.
- 3° Pourquoi l’entaille est plus large que l’épaisseur du disque et plus profonde que l’endroit où il atteint ? Mais, à coup sur, parce qu’un disque aussi mince vacille, et que l’arbre qui le porte vibre également à cette vitesse vertigineuse.
- 4° Pourquoi le métal qui a coulé n’est pas très chaud? Je n’ai vérifié ni constaté le fait, mais cela pourrait être parce que les bords froids de l’entaille et aussi la projection refroidissent presque spontanément cette faible masse métallique, ainsi qu’il en est du reste des projections qui ont lieu sous le marteau du forgeron ou sous le pilon du puddleur.
- 1 Yoy. n° 593, du 11 décembre 1880» p. 18; n° 40?» du 12 février 1881, p. 162, et n° 403, du 19 lévrier 1881, p. 186. Ces livraisons donnent la description de l’appareil par M. Reese, et les discussions auxquelles ces descriptions ont donné lieu.
- Y a-t-il autre chose à dire sur le sujet ? Je l’ignore, car je ne me souviens plus de ce qui en a été écrit. En tout cas, l’air lancé à 125 mètres de vitesse par seconde par l’adhérence du disque ne paraît pouvoir y jouer aucun rôle, si ce n’est celui de refroidissant plutôt qued’échauf-fant. E. Solvay.
- Paris, le 23 mai 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- .Nous lisons dans le. journal La Nature du 16 de ce mois, sous la signature de M. le lieutenant-colonel llenne-berl, une noie rectificative dans laquelle il est dit que « la Compagnie des Forges et Chantiers delà Méditerranée commence seulement à faire du matériel d’artillerie. »
- Nous nous empressons de porter à votre connaissance que. la fabrication du matériel de guerre est, depuis quinze 'ans, une des branches les plus importantes de notre industrie. Si vous voulez bien, en effet, parcourir la liste du matériel de guerre dont nous avons entrepris la construction depuis 1870 *, vous remarquerez que l’ensemble de nos travaux de cette nature n’est pas représenté par moins de 1864 bouches à feu de tous calibres parmi lesquelles figurent 56 canons de 43 tonnes et 14 canons de 26 tonnes, et par 1286 affûts de tous calibres. Nous ne pensons pas qu’aucune usine française en ait autant à son actif.
- Nous comptons sur votre impartialité pour vouloir bien insérer celte rectification dans votre prochain numéro. Elle nous paraît d’autant plus importante que, seuls on France, jusqu’à présent, nous avons créé un service spécial d’artillerie (personnel et ateliers) afin d’arriver à lutter efficacement contre les établissements similaires allemands et anglais qui, jusque dans ces dernières années, avaient conservé le monopole de ces fournitures pour les puissances étrangères. L’Adniiilistratcur délégué,
- Agréez, etc., Jouër Pasty.
- ——
- NÉCROLOGIE
- Le Dr-Kachttgal. — Le Dr Gustave Nachligal dont une dépêche récente annonçait la mort, était né eu 1834 à Eichstadt, près de Stendal, où son père était pasteur. Il étudia la médecine aux universités de Berlin, Würzbourg et Griefswal, et de 1858 à 1861 exerça comme médecin militaire. Le soin de sa santé l’ayant obligé à donner sa démission, il alla s’établir d’abord à Conslantine, puis à Tunis, où il eut l’occasion de voir Gerhard Rolilfs qui était chargé par le roi de Prusse de remettre quelques présents au sultan de Bornou. Nachligal se chargea de cette mission en 1868 et resta quelque temps à Mourzouk, la capitale du Fezzan, d’où iî fit une très pénible et très périlleuse excursion dans le Tibesli, région où, jusqu’alors aucun Européen n’avait mis le pied. Peu après, Nachtigal gagnait Kouka où il recevait du sultan Omar le plus cordial accueil. U en profita pour visiter le Borkou, en compagnie d’Arabes pillards, et relia cet itinéraire avec celui qu’il avait tracé chez les Toubbous. Puis il visita le Kaneni, le Baguirmi, reconnut en détail le sud du lac Tchad, s’aperçut que le Bahr-el-Ghazal, au lieu d’être comme on le croyait un affluent de ce lac, en était un émissaire devenu intermittent, explora les bords du lac Fittri dont on ignorait l’existence avant lui et passa toute
- 1 Cette liste est d’une étendue trop considérable pour être insérée. Mais la lettre ci-dessus en donne le résumé exact.
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- liai; aimée dans le Ouailai où le seul Ajui y eût pénétré avant lui, Vogel, avait été assassiné.
- L’est à travers le Kerilofau et au moment où les troupes du kliédive s’avauçaieut pour en l'aire la conquête, que Nachligal avait regagné par Je Ail, Khartoum et Je monde civilisé. Ce beau voyage, lait pour ainsi dire sans ressources, au prix de périls effrayants, dans des régions où l'homme est plus terrible encore que les difficultés naturelles, avait conquis à Nachligal une réputation européenne. La Société de géographie de Paris lui avait en 1876 donné sa grande médaille d’or; celle de llerliu l’avait choisi pour président, enfin le gouvernement de l’Allemagne l’avait nommé consul à Tunis et l’avait en dernier lieu chargé de prendre possession de la région des Cameroun. C’est après avoir accompli celte mission que le l)r Aachtigal succomba sur la corvette la Môwe aux attaques d’une lièvre intermittente. Qualis explorator periit ! Gabriel Marcel.
- Exploration de la perte du Ithône. — Le
- 15 avril de cette année, les eaux du lihônc ayant, par suite du barrage établi à Genève, considérablement baissé, M. 1 jossier en a prolité pour explorer de vastes cavités situées dans la perle du Rhône, au-dessous du pont de Lucé. Ces cavités sont remplies de troncs de sapins et d’une quantité d’autres objets flottants, qui doivent s’ètre accumulés en cet endroit depuis fort longtemps. Ce fait, joint il l’immobilité complète de l’eau, constatée par un sondage jusqu’à 16 mètres de profondeur, indique clairement que ces réceptacles ouverts en amont doivent être absolument fermés en aval. L’eau et les objets qu’elle entraîne peuvent y entrer, mais ne peuvent plus en sortir. Il est donc probable que le courant même du fleuve doit passer à une grande profondeur pour remonter à sa sortie de la perte. La courte durée des basses eaux et la difficulté d’accès des cavités souterraines n’ont pas permis de poursuivre l’exploration que M. Lossier se propose cependant de reprendre l’hiver prochain, si le niveau de l’eau le permet.
- Hérédité de la couleur des yeux dans l’espèce humaine. — M. de Candolle a étudié la question de la couleur des yeux qu’il rattache à deux teintes, les yeux bruns et les yeux bleus. Il résulte, de toutes les statistiques dressées jusqu’ici, que les femmes ont plus souvent que les hommes les yeux de couleur brune, bien qu’en général elles aient le teint plus clair. Sur 1ÛÜ sujets, il y en a 80 dont la couleur des yeux est la même que celle du père et de la mère. Ceux qui, par la couleur, diffèrent du père et de la mère, se rapprochent de celle du grand’père et de la grand’mère. Lorsque les individus naissent de parents ayant des yeux de couleur différente, ils héritent plus fréquemment de la couleur brune que de la couleur bleue ; d’où résulte que la proportion des yeux bruns augmente d’une génération à l’autre. Ce fait s’accorde avec les résultats de la statistique relative à la coloration des cheveux : il est notoire que, dans presque toute l’Europe, même dans les contrées du Nord, les cheveux tendent à devenir uniformément foncés; le nombre des blonds diminue, celui des bruns augmente. M, de Candolle admet que le contraste des couleurs constitue un attrait qui ressort de la statistique des mariages : les femmes à yeux bruns acceptent de préférence des maris a yeux bleus ou gris ; les femmes à yeux bleus ou gris
- préfèrent des maris à yeux bruns. De plus, les personnes à yeux bruns se marient plus souvent entre elles que les personnes à yeux bleus. En tenant compte de ces derniers faits, et d’observations de moindre importance, ou s'explique la prédominance des yeux à couleur foncée.
- Photographie des raies du spectre. — Nous croyons intéressant de mentionner les belles expériences photographiques du professeur llarliey à Londres. Ce savant vient de prouver combien la couche sensible est facilement affectée par les ligues des spectres métalliques. Pour ce qui regarde le magnésium, par exemple, la sensibilité de la couche photographique ne semble pas avoir de limite. Avec une étincelle électrique d’une longueur donnée on peut déceler (à l’aide de son spectre photographique) jusqu’à 1000000000e partie de magnésium, et la sensibilité est encore plus grande avec une étincelle plus longue. Les deux lignes spectrales À 28U 1*6 et A 2794‘1 du magnésium, peuvent être ainsi mises en évidence dans une solution qui ne contient qu’une partie de magnésium pour 10 000 000 000 parties d’eau. Dans quelques cas particuliers il sera peut-être possible, d’après l’auteur, de faire servir ces chartes photographiques à la détermination de la nature de métal contenu dans une solution.
- Jardin botanique à Java. — M. Alph. de Candolle a récemment annoncé que M. Treub, directeur du jardin botanique de Buitenzorg, à Java, vient d’établir un laboratoire pour les botanistes qui voudraient faire des recherches anatomiques ou physiologiques sur les plantes des pays équatoriaux, La place est aménagée pour quaire travailleurs. Le jardin présente beaucoup de ressources en fait d’échantillons et il existe dans l’établissement plus de livres et de plantes sèches que dans la plupart des jardins botaniques des colonies. La station, à une heure environ de Batavia par le chemin de fer, est salubre, au moins en hiver, saison des pluies, et pour les personnes qui ne font pas un séjour de plus de six mois. Il y a des hôtels bien tenus et des facilités pour des excursions sur les montagnes voisines. Les conseils de M. Treub seraient très utiles à un jeune botaniste qui voudrait profiter de cette institution.
- Ea longévité des perroquets. — Un propriétaire possède un perroquet depuis trente-cinq ans ; comme cet oiseau n’est pas né chez lui, il a certainement plus de trente-cinq ans. Un autre amateur a acheté un perroquet il y a quarante-cinq ans ; depuis, il est devenu le favori du fils de l’acquéreur. Cet oiseau, acheté dans le commerce, de même que le précédent, a eei taineinent plus de quarante-cinq ans. (Société centrale de médecine vétérinaire. )
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er juin 1885
- Les funérailles de Victor Hugo. — En raison de cette grande cérémonie nationale, la séance hebdomadaire du lundi a été remise au mardi. Nous en publierons le compte rendu dans notre prochaine livraison.
- Les obsèques du grand poète ont dépassé, en splendeur et en hommages rendus, tout ce que l’imagination pouvait prévoir. On a vu défiler pendant six heures consécutives, au milieu d’une foule immense, les représentants du gouvernement, de Paris tout entier, de toutes les villes de France et de tous les pays du monde. Jamais spectacle n’a pu être plus grandiose et plus émouvant. C’est que
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- LA NATURE.
- l’œuvre de Victor Hugo trouve un écho dans toutes les consciences, et que sa gloire est vraiment universelle.
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- LA SCIENCE PRATIQUE
- BONDE SULFURANTE POUR LA CONSERVATION DES VINS EN VIDANGE.
- Lorsqu’une barrique de vin est en vidange, il arrive ordinairement, si cette vidange dure pendant plusieurs jours, qu’une partie du vin contenu dans la barrique s’acidifie et que la vidange qui a commencé par donner du bon vin se continue et se termine par du vin plus ou moins aigre.
- Si l’on pouvait, chaque fois qu’une ou plusieurs bouteilles de vin viennent d'être tirées, brûler, dans la barrique en vidange, un morceau de mèche soufrée, on empêcherait ainsi l’acescence du vin restant. Mais'- en outre ([ue ce moyen ne serait pas commode puisqu’il obligerait a débonder à chaque instant, il est impraticable parce que les gaz acétique et carbonique qui se sont développés s’opposent à la combustion d’une mèche soufrée.
- La bonde sulfurante obvie à cet inconvénient en utilisant le vide ou l’aspiration produits par l’effet de la vidange même pour forcer de l’acide sulfureux gazeux plus ou moins mélangé d’air suivant le besoin ou suivant la quantité du vin en vidange, à s’introduire automatiquement dans la bar* rique où il forme une atmosphère antiacescente.
- Cette bonde, nommée sulfurante parce qu’elle sert ;i produire et à utiliser de l’acide sulfureux, a été inventée par M. Fagès, architecte à Narbonne, qui s’est arrêté à sa forme actuelle après plus d’une année d’essais ayant toujours démontré l’efficacité du procédé ; elle est construite en alliage métallique et s’adapte avec la plus grande facilité à toutes les barriques de dimensions quelconques.
- La figure en est une coupe verticale suivant l’axe. Quand on veut s’en servir on la pose dans le trou de bonde de la barrique pleine de vin et mise en place, en forçant un peu pour l’y fixer. On enlève le couvercle A et le godet B en le prenant par sa tige C ; on enflamme par le haut, avec la lumière qui sert a aller à la cave ou par tout autre moyen, les deux morceaux de mèche soufrée I) d’environ sept centi-
- mètres de longueur qu’on a posés entre les ressorts; on remet le godet dans la bonde, on ouvre le robinet de vidange et on pose le couvercle. Lorsqu’on ferme le robinet, le soufre s’éteint faute d’air. Les mèches peuvent ainsi servir un grand nombre de fois. Pour les renouveler, on le fait en soulevant les ressorts. Il est essentiel que les mèches n’aient pas plus que la largeur ordinaire des mèches soufrées qui est de trois centimètres. Le soufre fondu en excès et coulant tombe dans le godet B d’où on le retire, quand il en est rempli, en le chauffant légèrement.
- Le fonctionnement de ce petit appareil est facile à comprendre. La vidange fait un vide qui aspire et introduit forcément dans la barrique l’acide sulfureux produit dans la bonde par la combustion du
- soufre. L’introduction a lieu par deux ouvertures E percées dans la tige creuse et suivant la direction de la flèche. L’air nécessaire à la combustion entre par une petite ouverture du couvercle.
- 11 n’est pas nécessaire d’enflammer les mèches chaque fois qu’on ouvre le robinet pour tirer du vin ; on peut ne le faire que de temps en temps attendu qu’il faut très peu d’acide sulfureux pour empêcher les moisissures et l’acescence.
- 11 est un fait digne de remarque; c’est que la couleur du vin n’est nullement altérée. Cela tient à ce que l’acide sulfureux n’est pas mélangé au vin comme cela a lieu quand on verse le vin dans une atmosphère de cet acide. Avec la bonde sulfurante, il forme simplement, à la surface du vin, une atmosphère préservatrice et le vin en vidange conserve toutes ses qualités jusqu’à la dernière goutte.
- Le procédé peut être complété, si on le juge nécessaire, par la filtration de l’air d’après le système de M. Pasteur. A cet effet on tasse du coton dans le fond de la bonde sous le godet B. Ce coton, qui forme ainsi une couche de cinq centimètres d’épaisseur, a pour but d’arrêter au passage les germes atmosphériques qui ont pu échapper à l’action de l’acide sulfureux.
- Narbonne, 1" mai 1885.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissasdieb.
- Boude sulfurante de M. Fagès,
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 028.
- 15 JUIN 1885.
- LA N AT LUE.
- LÀ VIE DES ANIMAUX AQUATIQUES A DE HAUTES PRESSIONS
- ÉTUDES EXPÉRIMENTALES
- (*(
- Los magnifiques expéditions du Talisman et du et des physiciens sur les conditions de la vie Travailleur ont appelé l'attention des naturalistes fond des iners. Lu de nos savants physiologistes, v'*^——'
- Fig. 1,— Expérience de M. Je ])' 1*. Regnard, pour l’étude de l'action des hautes pressions sur la vie des animaux aquatiques.
- M. le l)r P. Regnard, a eu l’heureuse idée d’étudier expérimentalement ces conditions de la vie à de hautes pressions, et nous avons précédemment résumé les premières études qui ont été faites à ce sujet1. Nous avons montré tpie M. le Dr Regnard, grâce aux appareils de M. Cailletet, a soumis des animaux aquatiques aux énormes pressions que subissent les fonds de la mer, examinant ainsi dans quelles conditions se trouveraient les êtres qui habitent la surface de la mer, s’ils étaient subitement immergés dans les profondeurs.
- Repuis, ces premiers essais, M. le Dr Regnard a imaginé un ingénieux dispositif qui permet, malgré l’énorme pression mise en jeu, de voir ce qui se
- 1 Voy. n° 559, du 26 avril 1884, p. 349.
- 13e année. — 2e semestre.
- passe dans l’appareil. Jusqu’à présent le savant opérateur plaçait simplement les animaux en expérience dans le bloc de fer de la pompe Cailletet * il les soumettait à une pression correspondant à un fond donné, puis il les décomprimait, tantôt très lentement (plusieurs jours), tantôt brusquement et même d’un seul coup. Il constatait alors, par des études physiologiques et microscopiques, les lésions pro-, duites. Mais tous les états intermédiaires entre l’entrée et la sortie des animaux échappaient à l’observateur. Aujourd’hui l’appareil que nous représentons (fig. 1) permet de suivre minute par minute les résultats obtenus.
- Voici comment M. le Dr Regnard a décrit son appareil à l’Académie des sciences :
- « Nous avons percé deux trous de part en part à travers la partie inférieure du bloc Cailletet M.
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- Fig. 2. — Détail de l’appareil ci-dessus.
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- fi À NATURE.
- (lig. 2). Dans ces deux trous, placés en ligue droite, nous avons inséré deux garnitures en r et r', dont l’une est représentée en coupe et l’autre en exécution. Ces garnitures sont creuses et, dans chacune d’elles, se trouve solidement mastiqué un cône de quartz B, dont l’extrémité vient buter sur les bords du trou dont est percé l’écrou E. Un rayon de lumière lancé par l'orifice r vient donc traverser l’appareil et sortir en r'. « D’autre part, l’expérience nous a prouvé qu’un semblable appareil résiste fort bien à 650 atmosphères, pression qui représente celle des plus grands fonds que l’on ait dragués (6500 mètres environ). Nous envoyons à travers l’un des quartz des rayons concentrés venus d’une lampe électrique. Ces rayons traversent le bloc plein d’eau et sortent du côté opposé où ils sont recueillis par un objectif achromatique qui les projette sur un écran. C’est donc loin de l’appareil que l’on peut opérer, en se mettant à l’abri de tout danger (fig. 1).
- « Cette disposition a encore un avantage. L’orifice percé en r n’a guère qu’un demi-centimètre de diamètre; nous devons donc agir sur des êtres très petits que nous apercevrions difficilement à l’œil nu dans la cuve a glace parallèle que nous maintenons immergée dans le bloc M. Par suite de leur projection au moyen d’une lentille, ils nous apparaissent grossis environ deux cents fois, et il nous est même possible de voir par transparence l’état de leurs organes. »
- Dans l’expérience représentée par la figure I, un des opérateurs est occupé à régler le centrage de la lampe électrique et la mise au point du microscope de projection, l’autre, placé près de la pompe, commence à produire la pression. Les animaux que l’on aperçoit projetés sur l’écran sont des eyclops, petits crustacés que l’on rencontre à cette époque de l’année dans nos ruisseaux, et qui n’ont guère qu’un millimètre de longueur, (les animaux, considérablement grossis, apparaissent avec une telle transparence, que l’on peut suivre sur l’écran les mouvements de leurs branchies et même de leur cœur, pendant toute la durée de l’expérience.
- M. le Dr Regnard continue actuellement ses études de la vie aux hautes pressions. Il a déjà montré l’année dernière que l’inégale compressibilité des liquides et des solides qui composent l'organisme fait que ceux-ci après une longue pression s’imbibent d’eau, deviennent turgescents, et par suite perdent leurs fonctions. Mais avec l’appareil que nous venons de décrire on a déjà pu suivre les phénomènes qui précèdent celui-là. Dès que la pression atteint 1000 mètres environ (100 atmosphères) l’animal montre de l’inquiétude, à 2000 mètres il tombe au fond du vase en s’agitant, vers 4000 mètres il demeure inerte et endormi. Si on lui rend la pression normale, il se remet de suite en mouvement quand l’expérience a été de courte durée et que l’im-bibition des tissus n’a pas eu lieu. Ce fait semble prouver qu’il s’agit là d’une compression du système nerveux. Dr Z...
- LES VRAIES MLEINES
- Je viens de recevoir uue lettre de M. llolder, curateur du Musée national de New-York, qui fait mention de l’apparition, sur les mêmes côtes, d’une petite gamme de Baleines, composée de six individus, dont quatre heureusement ou malheureusement, selon le point de vue auquel on se place, ont été capturés ; parmi ces quatre, il y a un jeune et trois adultes ; le plus grand mesure 60 pieds de longueur. Il régnait un grand froid au moment où ces animaux se sont rapprochés des côtes.
- Quel est le nom de cette Baleine? Il y a déjà plusieurs années, nous avons émis l’avis que la Baleine qui visite les côtes des États-Unis d'Amérique, et à laquelle le professeur Cope a donné le nom de Dalœna charclica, est la même Baleine que les Basques ont chassée pendant des siècles dans la Manche, la mer du Nord et l’Atlantique, que Jes haléiuiers hollandais ont appelée Nordcaper, les baleiniers français Sarde, et les naturalistes, depuis Eschricht, Balæna biscagensis.
- Le nom de Nordcaper provient de ce que les baleiniers hollandais en se rendant, à l’époque de la grande pèche, au Spitzberg, rencontraient sur leur passage, au cap Nord, une Baleine plus petite et de moins de valeur que celle qu’ils allaient poursuivie au Spitzberg. C’est une heureuse nouvelle que M. llolder' vient de nous annoncer, puisqu’elle nous fait espérer que l’espèce n’est pas aussi près d’être exterminée qu’on l’avait craint.
- Les dernières Baleines qui avaient fait leur apparition sur les côtes de la Caroline et qui avaient fait songer à une nouvelle pèche dans ces régions, étaient des méga-plères et non des Baleines véritables. Depuis un quart de siècle, nous ne connaissons que trois captures, faites en Europe, de cette Baleine qui, autrefois, étaient si abondante ; là première de ces captures a été exécutée sur la côte de Biarritz et date de 1854; la deuxième a été faite dans le golfe de Tarente, en 1877, et la troisième a eu lieu tout récemment sur les côtes d’Espagne.
- S’il faut en croire des observations récentes, la disparition de cette Baleine au nord de l’Atlantique ne serait pas autant à craindre qu’on le supposait.
- M. Kceehlin, en se rendant à Hammerfest, a rencontré entre Sonvaer et Lappen une dizaine de Baleines, de vraies Baleines, et cette apparition a même suggéré à quelques pêcheurs de recommencer la chasse du Nordcaper. On sait que la Baleine franche ? presque disparu au Spitzberg. Nous avons déjà perdu le Hhytina au nord du Pacifique, le Dodo aux îles Bourbons, 1 ’Alca impennis sur les côtes de Groenland et d’Islande, et nous nous demandons si une société protectrice des animaux ne rendrait pas un véritable service à l’humanité, en s’occupant de la question de l’extermination de certaines espèces*. Yan Benedex,
- Membre de l'Académie royale des Sciences de Belgique.
- - y'
- LES PROGRÈS DANS L’EMPLOI DU GAZ
- Dans une adresse lue devant l’Institution des ingénieurs civils de Londres, à l’occasion de sa nomination comme Président de l’Institution pour l’année 1885, sir Frederick Joseph Bramwell, F. R. S. passe en revue les progrès de l’art de l’ingénieur depuis 1862, et cite quelques chiffres intéressants sur les progrès réalisés dans les appli-
- 1 Bulletin de l’Académie royale des Sciences de Belgique.
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- L A NAT IJ K K.
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- cations du gaz d’éclairage; nous allons les résumer.
- En 1866, des expériences faites sur le moteur à gaz de llugon indiquaient une consommation de 74 pieds cubes (2100 litres) par cheval indiqué et par heure; aujourd’hui cette consommation s’est abaissée, dans les machines les plus récentes, à 20 pieds cubes (570 litres). Sir Bramwell établit que, au prix actuel du gaz d’éclairage à Londres, l’emploi d’un moteur à gaz serait de beaucoup plus économique, chaque fois qu’on fait usage de machines de puissance moyenne sans condensation. Il résulte, en effet, d’expériences faites par la corporation de Birmingham, en 1884, lorsqu’il s’est agi d’approuver une proposition de distribution de force motrice, que sur six moteurs pris au hasard parmi les consommateurs, dont la puissance nominale variait entre 5 et 30 chevaux-vapeur, la consommation par cheval-heure indiqué a atteint, dans un certain cas, 27,5 livres anglaises (12,45 kilogrammes) et ne s’est jamais abaissée au-dessous de 9,6 livres (4,54kilogrammes), soit 18,1 livres (8,20 kilogrammes).
- En tenant compte du prix du gaz et du charbon à Londres, en ce moment, il faudrait, à dépense égale en achat de combustible, que les machines à vapeur sans condensation consomment seulement 8,5 livres (3,85 kilogrammes) par cheval-heure indiqué.
- Ce chiffre est inférieur à ce que l’on obtient en réalité dans la pratique, avec les machines sans condensation.
- Si l’on compare la consommation du moteur à gaz avec celle d’une machine à vapeur à condensation ne consommant que 5 livres par heure et par cheval indiqué, il ya économie du chef du combustible, mais cette économie est plus que compensée par les avantages spéciaux aux moteurs à gaz : suppression de la chaudière en tant qu’espace occupé, nettoyage, réparations et renouvellement ; consommation du combustible pour la mise en pression; salaires de mécanicien et chauffeur; diminution des chances d’explosion et suppression de la fumée.
- Mais il n’est pas nécessaire de faire usage de gaz d’éclairage pour produire la force motrice, et l’économie est encore bien plus considérable en faisant usage des appareils de Dowson, de dimensions sullisautes pour une production d’au moins 500 chevaux indiqués. Bans ces conditions, le moteur à gaz constituerait, daus l’opinion de sir Bramwell, le moteur de l’avenir. A ce sujet, il rappelle les paroles prononcées par lui au meeting de l’Association britannique en 1881, lorsqu’il affirmait qu’à moins d’un perfectionnement inespéré dans les machines à vapeur, ceux qui pourraient vivre assez pour célébrer le centenaire de l’Association, en 1931, verraient le moteur à vapeur devenir une curiosité reléguée dans les musées, car dans son opinion, la vapeur ne pouvait pas rester encore bien longtemps le véhicule nécessaire pour transformer la chaleur en travail.
- Les progrès dans l’éclairage au gaz ne sont pas moins importants. En 1862, le gaz coûtait à Londres de 4 à 5 shillings par 1000 pieds cubes (28 mètres cubes), et il fallait consommer 5 pieds cubes par heure (140 litres) pour produire une lumière de 12 bougies de sperinaceli [candie standard). Aujourd’hui, le gaz produit, pour la même consommation, une lumière de 16 bougies, et ne coûte plus que 2 shillings et 8 pence les 100U pieds cubes. Les nouvi aux brûleurs, à régénérateurs ou autres, font chaque jour des progrès, et avant quelques années, la consommation de gaz sera, à lumière égale, encore diminuée de plus de moitié, rendant ainsi l’emploi du gaz plus économique et plus hygiénique.
- —V—
- L’ASPHYXIE PAR L’ACIDE CARBONIQUE
- UN SIPHON A GAZ
- Le 27 septembre 1884, paraissait dans le Nouvelliste de Lyon le fait divers suivant :
- Trois personnes asphyxiées. — « A Montagne, canton de Lussac, une terrible catastrophe vient de se produire. Les époux Bernard, vignerons qui sont plus que septuagénaires, avaient prié leur petit-fils, âgé de dix-huit ans, de venir les aider à presser leur vendange. Le jeune Bernard, étant entré dans la cuve pour arranger le raisin, a été asphyxié et s’est laissé tomber au fond de la cuve. Son grand-père ayant voulu lui porter secours a été également asphyxié. Enfin la grand’mère s’étant par un effort presque surhumain hissée du pressoir à la cuve, sans doute aussi dans un but de dévouement, a été également asphyxiée et est tombée sur les deux premières victimes. Le lendemain matin, lorsque le fils Bernard s’est rendu chez son père, les trois cadavres gisaient encore dans la cuve. ))
- De semblables catastrophes dues à l’abondant dégagement de gaz acide carbonique qui se produit dans les cuves remplies de raisin en fermentation, ne sont malheureusement pas rares à l’époque des vendanges, et le drame que nous venons de rapporter est loin d’être un fait isolé. Si l’on considère en quoi consiste l'opération du foulage qui se pratique dans presque tous les pays vignobles de la France, on verra qu’en l’état actuel des choses, la fréquence de pareils accidents est presque inévitable.
- Une fois le raisin vidé dans les cuves où doit se faire le vin, la fermentation alcoolique se développe rapidement en dégageant des quantités d’acide carbonique ; pendant quelques jours on la laisse à elle-même, bientôt el’e baisse, la cuve tend à s'éteindre. Pour ranimer alors la fermentation, il devient nécessaire de pratiquer une sorte de brassage afin de plonger dans le vin les parties supérieures du marc de raisin qui tendraient à subir la fermentation acétique. A cet effet un ouvrier entre dans la cuve et avec ses jambes nues presse la vendange sur toute sa surface, s’y enfonce même jusqu’à la ceinture. La partie supérieure du corps se trouve dans ce cas complètement immergée dans la couche d’acide carbonique. C’est ici qu’est le danger et c’est pendant cette opération que se produisent les accidents.
- Quand la cuve est pleine ou à peu près, le foulage peut s’opérer sans grands inconvénients, car le vigneron respire librement au-dessus de la couche délétère qui par suite de sa densité déborde en quelque sorte de la cuve. Mais si le niveau de la vendange est trop bas, ce qui arrive dans les années de récoltes peu abondantes, l’ouvrier descend au moyen d’une échelle et il se trouve entièrement immergé dans le gaz acide carbonique (l’étouffé)1. Comme le plongeur, il retient sa respiration, fait sa besogne petit à petit et remonte à tout moment sur l’échelle pour aller respirer l’air pur. Supposez à ce moment,
- 1 Nont donné par les vignerons au gaz acide carbonique»
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- LA N ATI HE.
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- un instant d’oubli, une inconscience malheureuse du danger qu’il court, un effort trop prolongé, l’obscurité qui empêche de retrouver à temps l'échelle, le malheureux veut respirer : il tombe foudroyé, car l’inhalation de l’acide carbonique dans les cuves en fermentation est presque aussi violente que celle produite par le gaz ammoniaque. Les forces sont vite épuisées, et si le secours n’est pas immédiat on ne retire qu’un cadavre : souvent même comme dans le cas cité plus haut, les assistants entraînés par l’affection ou le dévouement périssent a leur tour en portant secours à la victime.
- Un de nos amis, le DrA. Delanef, a pris la peine de faire une statistique des accidents survenus dans ces conditions. Dans un seul journal, le Moniteur du Puy-de-Dôme, il a relevé, depuis l’année 1869 à l’année 1882, 27 cas dont 25 suivis de mort. D’au très acciden ts se sont produits depuis cette époque, mais il n’a pu en savoir le nombre exactement. Cette statistique bien que locale et forcément incomplète, car bien des cas ne sont pas livrés à la publici 'é, ne laisse pas de montrer que la question est des plus intéressantes et mérite un examen sérieux. Plusieurs moyens ont été indiqués, mais les uns sont insuffisants, les autres absolument impraticables. On a conseillé d’agiter un linge au-dessus de la cuve, mais en présence des grandes quantités de gaz qui se dégagent incessamment, cette méthode ne peut être efficace. Un autre système consisterait a ménager dans la paroi de la cuve et au-dessus du niveau de la vendange une ouverture de diamètre assez considérable qui permettrait ainsi l’issue facile du gaz.
- Cette solution, excellente en théorie ne l’est pas autant en pratique, car suivant la hauteur du niveau il serait nécessaire d’avoir une série d’ouvertures étagées et le vigneron ne consentirait jamais à adopter ce système qui déprécierait beaucoup sa cuve.
- Une dernière invention nous paraît de beaucoup préférable, car elle résout entièrement la question. C'est de plus une très élégante application d’un principe de physique. Elle est due au père de M. Paul Delanef d’issoire (Puy-de-Dôme) et ne peut que gagner à être connue, tant sous le mérite de la
- simplicité que par les services qu’elle est appelée à rendre.
- L’appareil construit par M. Delanef est un siphon métallique composé naturellement de deux branches dont l’ime, la plus petite, est articulée de façon a pouvoir être placée à des niveaux différents dans la cuve (fig. 1 ). La grande branche est ouverte à son extrémité supérieure pour permettre l’iutroduction d’un piston muni d’une chaîne qui en dépasse l’extrémité inférieure. Le piston étant introduit, on ferme l’orifice supérieur de la grande branche avec un bouchon métallique joignant bien hermétiquement (fig. 2).
- Le siphon est placé à cheval sur la paroi de la cuve, la petite branche au niveau du raisin sans cependant y plonger.
- Si alors on tire vivement la chaîne, on attire le [liston, le siphon s'amorce et le gaz acide carbonique s’écoule par la grande branche. On constate la diminution du gaz dans la cuve en y descendant une bougie allumée qui s’éteint il aturellemen t lorsqu’elle se trouve plongée dans le gaz. Un peut entrer sans danger lorsque le bougeoir repose sur le marc. Du reste le siphon continue à fonctionner pendant tout le temps du foulage.
- Eh général il ne faut guère plus de 5 à 6 minutes [tour vider une cuve et en permettre l’accès.
- La modèle que nous avons eu entre les mains et qui fonctionne depuis dix ans avec un succès complet a une longueur de lm,50 pour la grande branche, 0m,74 pour la petite. Le diamètre du siphon est de 8 centimètres.
- L’appareil est construit en zinc, son emploi est simple, ses dimensions ne sont pas considérables ; il est donc peu encombrant, son prix de revient est faible et les résultats obtenus indiscutables. Nous ne croyons pas que l’emploi du siphon pour le déplacement des gaz ait jamais été indiqué. Quoi qu’il en soit, M. Delanef en a fait une application des plus heureuses et des plus utiles, et c’est à ce titre que nous avons cru devoir attirer l’attention des lecteurs de La Nature sur cet appareil et sur ses précieuses qualités. . Ai.bekt Loxde.
- Siphon pour le gaz acide carlKmique. — N* l. Appareil fonctionnant. N° 2. Détail du siphon et du piston d’amorçage.
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- LÀ NATIIIE.
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- MOTEUR AGRICOLE A PÉTROLE
- DE M. LENOIR
- M. Lenoir a récemment présenté à la Société d'encouragement un nouveau moteur à gaz construit dans les ateliers de MM. Mignon et Rouart. Ce moteur est spécialement, destiné a l’agriculture, le gaz y est remplacé par de l’air carburé au moyen d’hydrocarbures faciles à transporter et à se procurer.
- Le moteur à gaz est celui qui emploie le mieux le combustible, ce qui le rend économique malgré
- le prix élevé de la matière employée. Pour économiser le combustible, c’est-à-dire pour capter la chaleur inutilisée à chaque explosion, l’inventeur a disposé à l’arrière de son cylindre'un récipient appelé réchauffeur. La combustion se fait dans ce récbanffeur, qui arrive ainsi à conserver une chaleur permanente de 200 à 300 degrés. En introduisant dans cet organe le mélange d’air et de gaz combinés dans le cylindre et en l’y comprimant, on lui fait acquérir une température d’au moins 100 degrés, qui lui permet d’être enflammé, même lorsqu’il est très pauvre. ' M. Lenoir a adopté l’allumage électrique et a fait l’application d’une soupape qui remplace le tiroir
- Nouveau moteur agricole de 51. Lenoir.
- et permet d’arriver à une économie telle, qu’une consommation inférieure à 1,500 litres de gaz suffira pour des moteurs de deux chevaux, soit une dépense de 23 centimes par heure et par cheval. Ces dernières dispositions s’appliquent également aux moteurs fonctionnant soit avec le gaz, soit avec l’air carburé. Ce dernier moteur exige un organe supplémentaire, le carburateur. Celui-ci se compose d’un vase cylindrique divisé en plusieurs compartiments munis d’éponges. Il est animé par le moteur lui-même d’un mouvement lent, un tour par cinq minutes. 11 est rempli à environ un cinquième de son volume d’un hydrocarbure avec lequel les éponges se trouvent continuellement en contact par suite du mouvement de rotation. Au sortir du carburateur, l’air carburé aspiré par le piston est introduit
- dans le cylindre et comprimé dans le réchauffeur, où il s’enflamme en produisant un effet dynamique analogue à celui du gaz d’éclairage. L’inflammation du mélange se fait, comme dans les moteurs à gaz, par l’étincelle électrique. Plusieurs dispositions par-tienlièrès très intéressantes permettent d’obtenir une grande économie de combustible.
- Depuis que le nouveau moteur « Lenoir » a été présenté à la Société d'encouragement, les perfectionnements qui y ont été apportés sont tels, que le moteur de 2 chevaux ne consomme pas même 1400 litres de gaz à l’heure pour 2 chevaux effectifs; ce qui réduit la dépense par heure et par cheval à 21 centimes.
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- LA NATURE.
- LES MÉDICAMENTS NOUVEAUX
- LA. THALLINE ET SES SELS
- Après la kairine et l’antipyrine, on commence à parler d’un nouvel agent antipyrétique, la thnlline; c’est M. Boy-mond, qui, le premier, a décrit en France les propriétés médicales de ce composé; depuis, M. Iluchard a communiqué à la Société de thérapeutique ses propres expériences sur la thalline. C’est à son mémoire que nous empruntons les quelques lignes suivantes :
- La thalline, qui doit son nom à une réaction chimique importante (de ihallus, rameau vert), est aussi un dérivé de la quinoline, et devrait porter, d’après la nomenclature allemande, le nom de lét'ahydroparaquinanisol ou encore de tètrahydroparamélhyloxyquinoline. Sa formule chimique est C10II,5AzO.
- On connaît trois sels de thalline : le sulfate, le tartrate et le chlorhydrate. Ce dernier s’altérant promptement à la lumière, on a renoncé à son emploi. Le sulfate et le tartrate se présentent sous forme d’une poudre blanche, cristalline, le premier ayant une odeur très agréable qui rappelle celle de la coumarine, le second n’offrant qu’une odeur aromatique peu accusée. Leur saveur amère, salée, un peu desagréable, diminue dans les solutions étendues. Leur solubilité est différente : le tartrate se dissout dans dix fois son poids d’eau, le sulfate se dissout dans cinq fois son poids d’eau. Mais tous deux, comme tous les sels de thalline du reste, possèdent une réaction chimique des plus, importantes : lorsque, dans une solution de thalline, on verse une ou deux gouttes de perchlorure de fer, immédiatement on voit apparaître une belle coloration vert émeraude qui fonce bientôt en couleur, devient d’un vert noirâtre; le lendemain, la solution a pris la coloration d’une infusion de café ; puis elle passe au rouge et disparaît ensuite en grande partie à la lumière. Cette réaction caractéristique se retrouve très rapidement dans l’urine des malades soumis à la médication. Cette coloration est encore obtenue à l’aide d’autres réactifs, du bichromate de potasse, de l’acide chromique, du nitrate de mercure, du chlore, du brome, de l’iode en solutions aqueuses et du nitrate d’argent.
- Il est démontré que le sulfate de thalline est plus actif que le tartrate, et de Jacksch l’a employé avec succès dans des maladies diverses : fièvre typhoïde, rhumatisme, rougeole, érysipèle, état puerpéral, pneumonie, tuberculose. Mais il faut remarquer que thalline, comme l’antipyrine, n’a aucune action contre la fièvre intermittente ; c’est un antithermique, et non un antipériodique. Ses propriétés antithermiques s’exercent sur l’homme aux doses de 20 à 75 centigrammes jusqu’à l*r,50 à 5 grammes par jour.
- Les sels de thalline produisent, après leur administration, des sueurs profuses, quelques frissons, quelques envies de vomir qui résultent parfois de sa saveur désagréable; mais ils ne provoquent ni cyanose, ni collapsus, ni phénomènes d’adynamie, ni l’apparition de la méthémoglobine dans le sang, contrairement à ce qu’ont avancé plusieurs auteurs. Enfin, on n’a pas noté encore l’apparition d’éruptions diverses qui ont été signalées, comme on le sait, à la suite de l’emploi de l’antipyrine.
- L’abaissement thermique est d’un demi-degré environ après une demi-heure, puis de 1 ou 2 degrés après une heure ou deux ; sa durée totale est de quatre à cinq heures; mais l’ascension secondaire de la température est marquée par des frissons ; et des sueurs parfois profuses
- s’observent un quart d’heure ou une demi-heure après l’administration du médicament. La thalline serait aussi douée de propriétés antiputrides, une solution à 20 pour 100 retardant les fermentations ammoniacales alcooliques.
- JJn dernier fait intéressant concernant les propriétés de ce corps est une élimination très rapide (après un quart d’heure environ) du médicament par toutes les sécrétions.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Affamés du pôle Nord. Récits de Vexpédition du major Greely, par W. de Fowielle, 1 vol. in-18 contenant 19 gravures et une carte. —Paris, Hachette et C'% 1885.
- Leçons élémentaires de télégraphie électrique. Système Morse. Manipulation. Notions de physique et de chimie. Piles. Appareils et accessoires. Installation des postes par L. Michaut et M. Gillet. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Mémoire historique sur le tulle et les dentelles mécani ques de Calais (Saint-Pierre), par M. Reboul, archiviste de la ville. 1 vol. in-8°, avec une préface de M. Passy, membre de l’Institut. — Calais, imprimerie Fleury, 1885?
- Les Piles électriques thermo-électriques et les accumulateurs, par W. Ph. IIauck, édition française, par G. Fouknier. 1. vol. in-18, avec 85 gravures. — Paris, Bernard Tignol. 1885.
- Microbes et maladies. Guide pratique pour l'élude des micro-organismes, par le Dr E. Kiein traduit de l’anglais d’après la seconde édition par Fabre Domergue, 1 vol. in-18, avec lit) figures dans le texte. — Paris, Bernard Tignol. 1885.
- L’Homme tertiaire, par le marquis de Nadaillac, correspondant de l’Institut. 1 broch. in-8°. — Paris, G. Masson, 1885.
- FRÉQUENCE DE LA PLUIE
- SUIVANT LES PHASES DE LA LUNE
- Les hommes de science qui ont étudié l’influence que peut avoir l’âge de la lune sur l’état du temps sont loin d’être d’accord. Les uns admettent cette action, les autres prétendent qu’elle est nulle.
- Théophraste d’abord, et plus tard Toaldo, ont tous les . deux cherché à prouver que les changements de temps sont occasionnés par les phases de la lune. Tous les deux se sont trompés dans leur interprétation. Le premier se met souvent en contradiction avec lui-même, et le second a fait des suppositions fausses.
- Dans ses Notices scientifiques, F. Arago a traité de l’influence de la lune sur les phénomènes terrestres; et c’est depuis ses travaux surtout qu'on admet généralement que la lune n’a pas d’effet sur le temps, [j’illustre astronome-physicien a résumé les
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- Ira vaux scientifiques publiés avant lui et portant sur le nombre de jours de pluie, suivant les phases de la lune.
- D’après Schübler, une série de vingt-huit années d’observations faites en Allemagne au commencement de ce siècle donna les résultats suivants :
- De la N. L. à la P. L. : 1234 jours de pluie :
- De la P. L. à la N. L. : 1171 jours de pluie :
- De Gasparin voulant faire disparaître les •inégalités qui pourraient se présenter suivant les différentes latitudes, utilisa les observations faites à Paris ët~à Carlsruhe, et celles qu’il avait laites lui-même à Orange. Dans ces trois stations, le maximum de jours pluvieux se montra encore de la N. L. à la P. L.
- Les recherches statistiques faites par les savants que nous venons de nommer, et par nombre d’autres, ont éveillé l’attention et inspiré de nouveaux travaux qui conduisent à des conclusions différentes.
- Les travaux récents de M. Bouquet de La Grye démontreraient l’influence lunaire sur la pression atmosphérique ; M. de Parville a fait voir aussi que les divers phénomènes météorologiques terrestres varient suivant la déclinaison de la lune. Dans une note qui remonte k 1881 et que M. de Parville analysait dans la revue des sciences du Journal des Débats du 7 avril, nous avons cherché à établir nous-mêmes la relation qu’il y a, au printemps, entre les phases de la lune et les variations de la température1.
- M. le Dr Fines a'bien voulu mettre à notre disposition les relevés de la pluie qu’il a dressés pour chaque jour de l’année depuis 1850, relevés qu’il a analysés dans ses Noies sur le climat du Roussillon. Ces observations nous ont permis de déterminer les rapports qu’il y a eu entre l’àge de la lune et la production de la pluie à Perpignan, pendant les trente-quatre années comprises de 1850 à 1883.
- Le tableau que nous avons dressé montre un excès de soixante et un jours de pluie de la N. L. à la P. L. et concorde bien avec les résultats trouvés antérieurement.
- 1 Ce que nous disons s’applique aux trois mois du printemps, mais si l’on groupe les températures moyennes diurnes de mai « par rapport à l’âge de la lune, on obtient des nombres très significatifs. La température décroît jusqu’au quatrième jour de la lune, s’élève jusqu’au sixième, et atteint un maximum égal à 14°,8; elle s’abaisse ensuite jusqu’au onzième jour et n’est plus alors que de 12°,0; elle remonte à 14°,6 le seizième jour et baisse de nouveau jusqu’au vingt et unième jour, où elle descend à 9°,9. Elle reprend ensuite sa marehe ascendante avec des variations peu marquées, jusqu’à la fin de la période lunaire.
- « Si l’on ne considère que les minima de température, qui présentent un intérêt particulier à cette époque de l’année, à cause des gelées nocturnes, on reconnaît que l’influence de la lune est très marquée. Le minimum le plus élevé de la tern-pérature moyenne survient vers le sixième jour de la lune : il est de 9°. 4 ; le minimum le plus bas se produit vers le vingt et unième jour : la température moyenne n’est plus que de 2°,6. Il y a donc une différence de température moyenne de 6°,8, différence considérable qui montre bien jusqu’à quel point les gelées nocturnes sont à redouter vers le vingt et unième jour de la lune. »
- Pondant l’hiver, durant l’été et on automne, le maximum de jours de pluie se présente dans la première quinzaine de la lunaison; tandis qu’au printemps, au contraire, nous trouvons un minimum très prononcé pendant la même période. Ceci nous a conduit à faire le tableau suivant qui montre les jours de pluie suivant l’âge de la lune qui précède l’équinoxe et celle qui suit l’équinoxe du printemps.
- NOMBRE DE JOURS DE PLUIE
- S s- ^
- 2 M «
- DE LA LÜÎSE
- Si nous divisons chacune des lunaisons équinoxiales du printemps par pentades, nous trouvons une régularité remarquable qu’on ne peut attribuer à l’effet du hasard. Les minima de jours pluvieux se présentent à la lre, à la 3e et à la 5e pentade, les maxima à la 2e k la 4e et k la 6e pentade.
- Les nombres de ce tableau sont le résultat de trente-cinq années d’observation (1850 à 1884) faites pendant la lunaison qui précède et celle qui suit l’équinoxe, soit 2100 jours. Comme, pendant cette période, nous avons eu 471 jours de pluie, nous trouvons les rapports suivants :
- De la N. L/k la P. L. : 1 jour de pluie sur 5.
- De la P. L. k la N. L. : 1 jour de pluie sur 4. »
- Cette différence, toute faible qu’elle est, nous paraît devoir être remarquée ; et, bien que nous né croyions pas k l’influence des phases de la lune sur les changements de temps, la simple démonstration
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- LÀ NATURE.
- du fait que nous venons d'énoncer prouve cependant (pie l’action de la lune sur l’atmosphère terrestre est réelle et qu’elle amène à Perpignan comme ailleurs, sauf au printemps, un plus grand nombre de jours de pluie, en allant de la N. U. à la P. L., que de la P. U. h la N. L. Ccedruevache.
- LES ACARIENS PARASITES DES CALAOS
- L’Oustaletia pegasus.
- De tous les animaux, les oiseaux sont peut-être ceux qui sont hantés par le plus grand nombre de parasites. Pour ne parler que des épizoïques, c’est-à-dire de ceux qui vivent à la surface du corps, sur la poule domestique, par exemple, on ne trouve pas moins de six espèces de Ricins, qui sont des insectes à six pattes, et un nombre encore plus grand lY Acariens à huit pattes, appartenant par conséquent à la classe des Arachnides, et dont les mœurs sont très variées. Le Syringophilus bipecti-natus vit renfermé dans le tuyau des plumes ; le Laminosioptes gallinarum et le Cytoleichus sar-coptoides parcourent le tissu cellulaire sous-cutané et les réservoirs aériens en communication avec les poumons; le Dermalorycles mutans cause la gale des poulets; entin les Sareoptides plumi-coles, de beaucoup les*plus nombreux, vivent, comme leur nom l’indique, sur les plumes qui revêtent la peau de l’oiseau.
- De tous ces parasites, le Derniatorycles est peut-être le seul qui soit nuisible à la santé de l’hôte qui le nourrit. Presque tous les autres vivent simplement des sécrétions naturelles de la peau ou des membranes muqueuses, et les Sareoptides plumicoles en particulier, bien qu’appartenant à la même famille que l’animalcule de la gale, se nourrissent exclusivement de la matière huileuse sécrétée par le bulbe plumeux et dont les plumes sont enduites; ce n’est qu’excep-tionnellement qu’ils pénètrent sous la peau. L’oiseau qui les porte ne semble même pas se douter de leur présence, bien qu’ils pullulent d’ordinaire en colonies innombrables sur certaines parties du corps, le plus souvent sur les ailes où ils se tiennent de préférence entre les barbules des rémiges et des grandes couvertures alaires, solidement fixés à l'aide des ventouses cupuliformes dont leurs huit pattes sont munies. Leur taille est du reste très petite: la plupart ne dépassent pas 1 demi-millimètre de longueur totale.
- On trouve des Sareoptides plumicoles sur tous les oiseaux, ét la grande variété, l'étrangeté et, l’on peut dire, l’élégance de leurs formes, rendent leur étude très attrayante pour le zoologiste micrographe. Il ne faut pas croire cependant, comme on l’a supposé à tort, que chaque oiseau possède son espèce propre: chaque espèce, au contraire, caractérise en général une famille ornithologique naturelle; ainsi la Freyana anatina, et ses variétés, vivent sur tous les Canards, dont les nombreuses espèces
- sont répandues sur le globe entier. En revanche, comme chaque oiseau possède souvent jusqu’à 3 ou 4 espèces de Sareoptides différents, et que le nombre des familles d’oiseaux est considérable, on conçoit qu’on ait pu décrire plus de 200 de ces Acariens, et qu’il en reste encore beaucoup à connaître, surtout de ceux qui vivent sur les oiseaux exotiques.
- Si la variété des formes est grande, dans ce groupe, d’une espèce à l’autre, elle n’est pas moins considérable, suivant I âge et le sexe, dans la même espèce. Non seulement les mâles sont d’ordinaire très différents des femelles, mais les jeunes diffèrent aussi de leurs parents ; ils naissent sous forme de larves n’ayant que six pattes ; puis, par des mues qui sont de véritables métamorphoses, les larves deviennent des nymphes actives munies de huit pattes, et celles-ci se transforment enfin en adultes, mâles et femelles. Chez certaines espèces, on trouve en outre deux formes de mâles ou plusieurs formes de nymphes.
- La famille des Calaos (Bucerotidœ), si remarquable par elle-même, est aussi une des plus intéressantes parle nombre, la variété et la grande taille de ses Sareoptides plumicoles. On en connaît déjà une quinzaine d’espèces qui paraissent vivre indifféremment sur tous les représentants de cette famille, qui compte, comme on sait, environ 40 espèces de l’Asie méridionale, des îles de la Sonde, de la Nouvelle-Guinée et de l’Afrique intertropicale. Voici la liste des espèces de Sareoptides plumicoles (ou Anal-gésinés) que nous avons recueillies sur la riche collection de Calaos du Muséum de Paris :
- Plerolichus circiniger, P. attenuatus, P. ogivalis P. vexillarius, Pseudalloptes calcaratus, Ps. fissi-venlris, Ps. Furstembergii, Ps. pterocolorus, Oustaletia pegasus, Megninia psoroptus, Protalges pal-matas, Analloptes bipartitus,A. corrugatus, A. ely-trurus, etc.
- De tous ces Acariens, le plus remarquable est, sans contredit, le type étrange que nous figurons ici et qui mérite bien de former un genre à part que nous avons été heureux de dédiera M. Oustalet. .l’un des collaborateurs les plus dévoués du journal La Nature.
- Presque tous les Sareoptides sont remarquables par les longs poils, souvent aplatis en lames minces, dont leur corps est revêtu, mais aucun ne présente ce luxe d'appendices épidermiques à un plus haut degré que Y Oustaletia pegasus. Ces expansions membraneuses ne sont pas de simples ornements destinés à parer le mâle et dont les femelles sont moins bien pourvues ; ce sont, avant tout, des organes de tact d’une grande délicatesse, qui remplacent ici tous les autres organes des sens. Les Sareoptides, en effet, sont aveugles et ne se dirigent qu’à l’aide de ces poils tactiles. Le mâle de notre Oustaletia porte sur le dos deux petites ailes transparentes, brillantes et irisées au soleil comme des lames de mica ; mais il est à peine besoin de dire que ces prétendues ailes j sont très peu mobiles et ne peuvent aucunement lui
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- Acariens parasites (Omtaletia pegasus) sur les plumes de l’aile d’un calao. Le mâle (dans le bas de la figure, à droite), la femelle (dans le haut), une jeune larve (à gauche.) (Dessiné d’après nature au microscope.) Grossissement, 50 diamètres.
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- LA NATURE.
- servir à voler; ce sont deux gros poils dilatés et aplatis qui doivent, tout au moins, permettre à l’Aca-rien d’apprécier les moindres courants d’air qui se produisent à la surface de la peau de l’oiseau. Ces singuliers organes sont comparables à l'oreillon de l’oreille des chauves-souris; ce sont des lames vibrantes dont le développement considérable indique l’importance fonctionnelle, probablement en rapport avec quelque particularité des mœurs, encore inconnues, de l’animal. Chez la femelle ces poils ali-formes sont remplacés par des poils falciformes, beaucoup moins larges, mais, encore très développés. Les nymphes et les larves portent sur le dos deux rangées de poils trifides dont les paires antérieures sont élargies comme la patte palmée d’un canard.
- L'Ouüaletia pegasus est un des plus grands Sarcoptides connus : avec ses appendices abdominaux, il dépasse 1 millimètre 1/2. Il est donc visible à l’œil nu ou tout au moins armé d’une simple loupe. Ses longues pattes antérieures et la forme particulière de ses ambulacres (c’est ainsi qu’on appelle les ventouses qui terminent les pattes), le distinguent de tous les autres Sarcoptides connus.
- Il serait fort intéressant d’étudier les mœurs de ce curieux Acarien dans sa patrie d’origine. Sur les Calaos qu’on amène vivants dans nos ménageries d’Europe, la captivité modifie tellement le genre de vie que les Sarcoptides plumicolcs disparaissent plus ou moins rapidement, et sont remplacés par les espèces qui vivent habituellement sur nos oiseaux de volière.
- On sait que M. Alph. Milne-Edwards a montré que, chez les Calaos, les sacs aériens sous-cutanés sont énormément développés: ils forment un revêtement complet au système musculaire et transforment l’oiseau en un véritable aérostat. En outre, la racine des grosses plumes fait saillie à l’intérieur des sacs aériens. Existe-t-il quelque rapport entre cette organisation spéciale de l’oiseau et la forme si particulière de son parasite? Nous serions tenté de le croire. Ce qui est certain, c est que nous avons trouvé des Sarcoptides plumicoles (de l’espèce Me-gniuia psoroptus) dans le tuyau des plumes d’un Calao. Il n’est donc pas impossible que YOustalelia pegasus pénètre, lui aussi, en passant par le tuyau des plumes, dans les vastes réservoirs aériens qui entourent le corps de l’oiseau, pour y passer au moins une certaine période de son existence, mais nous n’avons pas encore pu nous assurer de la réalité de cette supposition.
- C’est là un genre de recherches que nous recommandons d’une façon toute spéciale aux naturalistes qui habitent notre colonie de Cochinchinc où il est facile de se procurer des Calaos vivants ou récemment tués. Ils en seront largement récompensés par la connaissance des mœurs, très probablement fort intéressantes, de cet animal déjà si curieux par l’étrangeté de scs formes.
- Dr E.-L. Trouessart.
- LAMPES A INCANDESCENCE
- LEUR FABRICATION
- Le problème de l’éclairage domestique par l’électricité n’est pas encore résolu d’une façon pratique au point de vue du générateur à employer. Mais quelle que soit la solution, que l’électricité soit envoyée d'une station centrale chez le consommateur, ou que celui-ci la produise lui-même au moyen de piles primaires ou autrement, il est dès maintenant bien évident que les lampes à incandescence seront les seules employées dans les installations privées. Aussi, nous avons pensé qu’il serait intéressant de faire connaître, au moins d’une façon générale, la manière de les fabriquer.
- Il y a plus de quarante ans qu’on a essayé de faire de l’éclairage en portant un fil de platine à l’incandescence au moyen d’un courant électrique. En 1858, M. de Ghangy construisait de petites lampes basées sur ce principe, et qui fonctionnaient avec douze éléments Bunsen. Mais on n’obtenait pas de bien bons résultats, il y avait fusion du platine au bout de très peu de temps. On essaya de remplacer le métal par du charbon taillé en baguettes très fines supportées par de petits blocs de même matière et enfermées dans des globes de verre, soit vides d’air, soit contenant des gaz impropres à la combustion. Les résultats furent médiocres par suite de la mauvaise qualité du charbon employé. Ce n’est qu’en 1879 que M. Edison parvint à faire une lampe basée sur l’incandescence d’un filament de charbon, dont la durée pouvait être de plusieurs centaines d’heures.
- 11 avait obtenu ce résultat, après des essais innombrables, en carbonisant à l’abri de l’air un morceau de carton bristol découpé en fer à cheval. Le charbon ainsi obtenu était placé dans un globe de verre où le vide était fait d’une façon aussi parfaite que possible. Peu de temps après, il renonçait à ce charbon pour en employer un autre dont nous parlerons plus loin.
- Toutes les lampes à incandescence fabriquées aujourd’hui sont dérivées de celle-là. Elles ne diffèrent les unes des autres que par la nature de la matière qui a servi à former le charbon, et par le plus ou moins grand degré de perfection avec lequel le vide a été fait dans le globe de verre. La forme de ce globe, et celle donnée au filament de charbon,varient aussi suivant les constructeurs ; mais ce sont là des différences secondaires au point de vue de la vitalité de la lampe.
- On comprend en effet que le point principal pour qu’une lampe vive longtemps, est d’avoir un charbon parfaitement à l’abri de l’air pour empêcher sa combustion et qui tout en présentant une conductibilité et une élasticité suffisantes, soit assez résistant pour ne pas se désagréger sous l’action du courant, malgré la haute température à laquelle il est, porté.
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- U NATURE.
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- Charbons. — Les charbons sont obtenus, soit en carbonisant à i’abri de l’air des filaments de matières organiques, soit en agglomérant des poussières de coke. Ce dernier mode de préparation est employé entre autres par M. À. Gérard dans son usine de Courbevoie ; mais les procédés de fabrication sont encore tenus secrets. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’on emploie du coke soigneusement trié et réduit en poudre très fine. On mélange ensuite cette poudre avec des matières gommeuses de manière à former une pâte qui, soumise à une forte pression et passée à la filière, donne une baguette de charbon d’environ 1 millimètre de diamètre. On lui donne ensuite une élasticité suffisante pour pouvoir la plier sans qu’elle casse, au moyen d’un traitement spécial qui demande, parait-il, plusieurs jours.
- Le procédé qui consiste à carboniser des fibres végétales est plus connu. Dans l’usine de la Société Edison à fvry, le filament est choisi parmi les fibres qui constituent la partie superficielle du bambou du Japon. On prend celles dont le tissu paraît le plus homogène, on les polit et les amincit, puis on les découpe en fils ayant moins d’un millimètre d’épaisseur. On laisse aux deux extrémités une partie un peu plus large afin de faciliter et rendre plus solide la soudure aux fils conducteurs de la lampe. Lorsque ces filaments ont été bien calibrés on les place en les recourbant en forme d’U allongé dans des moules en matière réfractaire, disposés de façon à bien les maintenir dans la forme qu’ils doivent conserver après la carbonisation. Lorsqu’on a un certain nombre de moules ainsi préparés, on les place dans des moullcs, et on remplit les espaces vides avec de la plombagine, de manière à empêcher tout contact avec l’air extérieur. On chauffe jusqu’à ce que la carbonisation soit complète et on laisse refroidir lentement. Le charbon ainsi obtenu est déjà assez flexible et solide, mais son élasticité et sa ténacité augmentent encore lorsqu’il a été traversé par le courant pendant l’opération du vide.
- Enfin, un autre procédé employé plus récemment pour la lampe Cruto, construite à Paris parM. Mildé, consiste à déposer du charbon sur un fil de platine excessivement lin. Pour obtenir ce dépôt, on dispose le fil de platine en forme de fer à cheval dans un tube de verre où passe un courant d'hydrogène bi-carhoné. On porte le fil de platine à l’incandescence au moyen de l’électricité ; le gaz est décomposé et le charbon vient se déposer sur le platine.
- Soudure. — Le charbon obtenu, il s’agit de l’attacher aux fils métalliques qui doivent lui amener le courant. A cet effet on a d’abord choisi des tubes de verre auxquels on a donné la forme représentée dans la figure 1 (A). On y introduit deux fils de platine, éloignés l'un de l’autre d’environ deux ou trois millimètres, puis on ramollit au chalumeau la partie supérieure du tube de manière à le fermer en y emprisonnant les deux fils (B). Il faut que cette opération soit faite avec grand soin, afin que l’air ne
- puisse pas plus tard rentrer dans la lampe, ce qui arriverait si les fils n’adhéraient pas bien au verre. Ce sont ces deux fils qui amèneront le courant au charbon, mais celui-ci n’est pas attaché directement à leurs extrémités. On soude d’abord en ce deux petits fils de cuivre repliés en forme de pinces, dans lesquelles on engage les extrémités bb du filament de charbon. Ce mode d’attache ne présenterait pas une solidité suffisante, aussi faut-il le consolider.
- Plusieurs procédés sont employés. Dans les lampes Cruto, dont nous venons de parler, la soudure s’obtient en formant aux points de raccordement un dépôt de carbone par le même procédé de décomposition du carbure d’hydrogène. D’autres fabricants emploient des pâtes de différentes compositions ; d’autres enfin, comme la société Edison, forment aux points de jonction un dépôt de cuivre par la galvanoplastie. On emploie une cuve (fig. 3) dont le fond
- A o c
- Fig. 1. — Soudure des (ils conducteurs dans les lampes,
- est percé de trous dans lesquels on fixe, au moyen de bouchons en caoutchouc, une série de tubes préparés comme il vient d’être expliqué. Puis on verse dans cette cuve une solution saturée de sulfate dé cuivre jusqu’un peu au-dessus du point de raccordement des charbons aux fils conducteurs. Des barres de cuivre servant d’anodes sont placées dans le bain et reliées au pôle positif d’une pile, tandis que l’autre pôle est rattaché à tous les fils de platine correspondant aux charbons.
- On obtient ainsi une soudure très solide et on assure en même temps une bonne conductibilité.
- 11 ne reste plus alors qu’à introduire le charbon ainsi préparé dans le globe qui doit le renfermer. La figure 1 (C) indique comment se fait cette opération. Le renflement a, qu’on a ménagé sur le tube qui porte le charbon, vient s’adapter contre l’ouverture du globe, et en soudant ces deux parties l’une contre l’autre, on ferme hermétiquement la lampe.
- Vide. — Avant de fermer la lampe comme nous venons de l’expliquer, on a soudé à la partie supérieure du globe un tube b, qui est destiné à faire
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- LA NATURE.
- la raréfaction de l’air. C’est de cette opération, comme nous l’avons dit, que dépend, en grande partie, la durée de la lampe. Avec les machines pneumatiques ordinaires à piston, on ne pourrait pas pousser le vide assez loin, aussi 11e servent-elles qu’à commencer l’opération, qu’on achève avec la pompe ou aspirateur à mercure, qui permet d’arriver à n’avoir plus qu’un millimètre de pression au manomètre.
- Les aspirateurs de Geissler, Springel, Ludd, Alvergnat, etc., sont connus et décrits dans tous les traités de physique, nous n’en donnerons donc pas fa description ; nous nous contenterons de rappeler qu’ils reposent sur le principe du vide barométrique. Comme nous l’avons dit, afin d’abréger autant que possible l’opération, on commence par enlever la plus grande partie de l’air au moyen de pompes ordinaires à piston ; mais malgré cela pour arriver à une raréfaction aussi complète que possible au moyen des aspirateurs à mercure, il faut encore un temps assez considérable, aussi opère-t-on sur plusieurs lampes à la fois.
- Dans l’usine de M. A. Gérard,par exemple, les petits tubes b qui surmontent les globes sont tous réunis sur un tube central plus gros, et on forme ainsi des grappes plus ou moins importantes suivant la grosseur des lampes. Le tube central est adapté à l’orifice de l’aspirateur, et lorsque l’opération est terminée, on le ferme sur place au moyen d’un chalumeau portatif. On peut ensuite emporter la grappe pour opérer, dans l’atelier des verriers, la séparation de chaque lampe.
- Dans l’usine de la Société Edison, à Ivry, on emploie une autre disposition. Ici chaque aspirateur opère sur une seule lampe à la fois, mais tous sont réunis entre eux et fonctionnent automatiquement. La figure 2 fera comprendre ce système. Il se compose de deux conduites en fer AD et CD parallèles et placés contre un mur, l’une au-dessus de l’autre. De la conduite CD partent des tubulures d,d... ; sur chacune de ces tubulures on raccorde un tube barométrique dh qui se prolonge jusqu’en m où il
- vient se souder au réservoir i, contenant de l’acide sulfurique anhydre destiné à dessécher l’air. C’est sur ce réservoir que l’on place les lampes au moyen d’un bouchon en caoutchouc et du petit tube b dont nous avons parlé plus haut. Le tube baromé-tique dh est relié par un tube incliné nh à un second tube barométique ag qui s’adapte aux tubulures a,a... de la conduite supérieure AD. Celle-ci communique à un réservoir rempli de mercure qui s’écoule par conséquent dans les tubes barométriques a,g,n,h,d. Lorsqu’il arrive en h, il rencontre une colonne d’air, se divise et en entraîne une partie, empruntée nécessairement au réservoir i et à la lampe qui s’y trouve fixée ; puis le tube hd ayant plus de 76 centimètres, le mercure achève
- de s’écouler dans la conduite CD, qui le mène à un réservoir inférieur d’où il est continuellem e n t remonté au moyen, d’une disposition mécanique, au réservoir supérieur alimentant la conduite AD. Le fonctionnement des aspirateurs est donc continu et il suffit de fermer un robinet placé en a, pour isoler complètement l’un d’eux du reste du système.
- Quelle que soit la disposition employée, il est indispensable de faire passer le courant électrique dans le charbon pendant qu’on fait le vide, afin de chasser l’air qui se trouve dans ses pores. On a remarqué en outre qu’il acquiert ainsi plus de solidité et plus d’élasticité. A cet effet, on relie les fils conducteurs des lampes à une source électrique et à un jeu de résistances R, de manière à n’envoyer le courant que peu à peu. Quand on a déjà opéré la raréfaction d’une façon aussi complète que possible dans le globe, on commence seulement à porter le charbon au rouge sombre. On voit aussitôt le jeu de l’aspirateur redevenir plus actif, ce qui prouve bien qu’il se dégage de l’air du charbon; puis on arrive à le porter petit à petit jusqu'à l’incandescence complète et lorsqu’on voit que le mercure s’écoule librement en hd sans entraîner de bulles d’air, on arrête l’opération et on détache la lampe en fermant le tube b au moyen d’un chalumeau portatif.
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- Conducteurs. — Différentes dispositions sont adoptées pour ajuster l’extrémité des iils de la lampe aux conducteurs principaux venant de 1,1 source qui produit l’électricité nécessaire à son fonctionnement. Certains fabricants laissent tout simplement les bouls de fils de platine libres, de manière à ce qu’on puisse les fixer à une borne d’attache ordinaire; d’autres forment deux petits œillets dans lesquels viennent se placer des crochets à ressort ménagés sur un support spécial. Ces deux dispositions présentent le grave inconvénient de ne pas protéger, d’une façon suffisante, ces* fils qui sont toujours très fins et assez fragiles. Lorsqu’ils
- viennent à se rompre trop près du verre, la lampe se trouve hors d’usage. Aussi croyons-nous qu’il est préférable d’adopter une autre disposition. Dans les lampes de M. Gérard, les fils viennent se souder à deux sections de cylindre en cuivre fixées à la partie inférieure du globe. 11 suffit alors de placer ceux-ci dans une pince formée de deux lames de cuivre faisant ressort pour qu’un bon contact soit assuré sans danger de rupture.
- Dans les lampes du système Edison, la partie inférieure de la lampe est souvent disposée de façon à pouvoir être adaptée directement sur le pas de vis des appareils 'a gaz qui existe déjà. Cela permet de
- Fig. 3. — Soudure galvanique des charbons aux fils conducteurs.
- réaliser une certaine économie dans l'installation, en évitant la nécessité d’employer des supports spéciaux.
- Étalonnement. — Pour établir les constantes des lampes, c’est-à-dire leur pouvoir éclairant, la force électromotrice et l’intensité nécessaires à leur bon fonctionnement, il faut faire subir à chacune d’elles une série d’opérations qui ne présentent rien de bien particulier. On se sert pour ces mesures des méthodes et des instruments connus. Le photomètre à tache de Bunsen est ordinairement employé pour établir le pouvoir éclairant ; les mesures électriques sont faites par les procédés ordinaires au moyen de galvanomètres gradués en volts et en ampères.
- Ces opérations sont assez longues et minutieuses, aussi, bien des fabricants ne les font pas avec une
- approximation suffisante ; il en est même qui ne les font pas du tout et se contentent d’élalonner leurs lampes à vue d’œil, d’après la plus ou moins grande épaisseur du filament.
- Il y aurait beaucoup plus à dire certainement sur la fabrication des lampes à incandescence; mais, outre que les procédés employés sont souvent tenus secrets par les constructeurs, il faudrait encore examiner chaque genre de fabrication en particulier dans tous ses détails, ce qui remplirait un volume.
- Notre but était seulement de donner une idée générale des procédés les plus employés et nous espérons que cet aperçu suffira, pour le moment, à satisfaire la curiosité du lecteur. G. Mareschal. —-
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- LA N AT U 1\K.
- CHRONIQUE
- L’enseignement public A l’Exposition <ln travail. — Au Ministère de l’instruction publique, MM. Buisson et Charmes préparent une fort belle section d’enseignement pour l’Exposition du travail. Il ne faut pas oublier que cette Exposition a pour but principal le développement de l’éducation professionnelle en France. Aussi trouvera-t-on dans l’Exposition particulière du Ministère de l’instruction publique tout le matériel d’enseignement, et les plus remarquables travaux des élèves des écoles primaires, des écoles primaires supérieures et des écoles normales. Une chose fort remarquée sera le matériel de physique et de chimie élémentaires, outillé avec les ustensiles de la vie ménagère, imaginé par M. l’inspecteur Leblanc qui en fera lui-même la démonstration dans les conférences populaires auxquelles il promet son concours le plus dévoué. Le Ministère du commerce, particulièrement intéressé au succès de l'Exposition du travail, exposera un musée commercial qui a déjà figuré à l’Exposition de la Nouvelle-Orléans, celui de la maîtresse école des arts et métiers d’Aix. Le Ministère de la marine exposera des modèles de navires construits ou en construction et participera aux conférences, et l’on compte sur une exposition spéciale du Ministère de l’agriculture. La ville de Paris exposera les matériels d’enseignement de ses écoles professionnelles de la Yillette, de la rue Tournefort, avec conférences à l’appui. Un aura également les expositions des écoles professionnelles de filles de la Société Lemonnicr et celles des écoles d’apprentissage, bijouterie, fleurs, horlogerie, papeterie, créées par l’Union nationale des chambres syndicales. L’association des inventeurs brevetés aura une exposition spéciale à l’Exposition du travail ; on y verra figurer aussi toutes les inventions brevetées depuis 1870. On nous annonce encore que la section d’électricité prend un développement considérable, que le Ministère des finances prépare une exposition professionnelle de la manufacture des tabacs, et que l’Angleterre, l’Italie, l’Autriche, la Belgique et les États-Unis, prendront une part importante à l’Exposition du.travail.
- De l’utilité de» canaux. — Le voyage du bateau-torpilleur n° 68 du Havre à l'embouchure du Ilbône suggère au Morning Post les réflexions suivantes :
- « L’événement qui vient de se passer dans le sud de la France a été naturellement éclipsé et rejeté momentanément dans l’ombre par les pompes et l’éclat donné aux funérailles de Hugo. Néanmoins, il mérite bien d’altirer l’attention, car c’est le plus important et le plus menaçant qui se soit produit depuis longtemps pour la suprématie maritime de l’Angleterre. Du fait que le torpilleur 68 a pu partir, il y a quinze jours, de l’embouchure de la Seine et se rendre à travers le pays dans les eaux de la Méditerranée, la puissance maritime de la France, en ce qui concerne le plus formidable des engins de guerre actuels, a été doublée. Les flottilles des bateaux-torpilleurs n’ont plus rien à craindre désormais des dangers d’une traversée maritime ni des canons de Gibraltar. Maintenant, ces formidables engins peuvent passer en sécurité des mers du nord de l’Europe dans celles du sud, se rendre du canal de la Manche à l’embouchure du Rhône, et vice versâ. Ce fait, qui constitue une véritable révolution nautique, a une portée presque incalculable. Une flotte de 500 torpilleurs, répartie entre le golfe de Gascogne, le canal de la Manche et la Méditerranée, pour-
- rait, en effet, se concentrer sur un point quelconque sans craindre de blocus et, en dépit de la supériorité numérique de sin ennemi, arriver à anéantir celui-ci. »
- Nous reproduisons cet article à titre de curiosité d’opinion, car les affirmations émises sont considérablement exagérées. La presse anglaise, dans un sentiment de patriotisme dont nous ne saurions la blâmer, ne manque jamais d’exciter son gouvernement à augmenter son matériel de guerre.
- La traversée de la Manche en ballon. —
- Nous apprenons que M. Frédéric Gower, l’inventeur du téléphone qui porte son nom, vient de réussir avec grand succès la traversée de la Manche en ballon, dans un petit aérostat de soie de 500 mètres cubes, appelé Pence. Parti de llythe près Folkestone le 1er juin, à midi 15 minutes, M. Gower s’est élevé seul dans les airs avec un poids considérable de lest, et il a touché terre, à quatre heures du soir sur la côte française, dans le voisinage d'Etapies au sud de Boulogne. M. Gower après celte belle traversée a ramené son matériel à Calais où il se dispose à exécuter un nouveau voyage aérien. M. Gower n’est pas un débutant en navigation aérienne ; il a exécuté antérieurement plusieurs ascensions intéressantes avec MM. Tissaudier et avec M. Lachainbre.
- Raretés minéralogiques. Les comptes rendus de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie pour 1882 nous fournissent le résumé de nombreuses découvertes minéralogiques. Nous leur empruntons quelques indications de minéraux rares ou remarquables par la dimension de leurs cristaux. Le professeur George Kônig a reconnu, dans la mine de mica d’Ainelia Court-llouse, la Monazite, en masses du poids de 5 à 7 kilogrammes. Une de ces masses présente deux cristaux offrant des faces de plus de 12 centimètres de longueur. Dans le même gisement se trouvent des cristaux de Mi-crolite, de Colombite, d’Amazonite et de Béryl. Dans ce dernier minéral, qui est une variété d’émeraude, on a trouvé un cristal d’un diamètre de 60 centimètres et d’une longueur de 3m,50 (over 12 fect long). Dans un gneiss et un granité Laurenfiens, à Eganviile (Canada), le I)r A. E. Foote a trouvé d’énormes cristaux de Spliène (titane silico-calcaire) pesant de 7 à 50 kilogrammes. Ils étaient associés à des cristaux de Scapolitc (silicate d’alumine et de chaux) pesant plus de 18 kilogrammes et à des cristaux de Pyroxèrie du poids de 4 à 11 kilogrammes. Le gisement parait être des plus remarquables au point de vue de la grosseur des cristaux. Une veine d’Apatite, large de 6 mètres, dans laquelle la plupart des cristaux se trouvent enchâssés, a fourni, dit-on, un cristal d’apa-tite, bien formé à ses deux extrémités, du poids énorme de 180 kilogrammes. M. G. Parker a trouvé, dans un micaschiste provenant de Fairmount Park, un magnifique spécimen d’Imémine (fer titané) enroulé en demi-cercle, sans doute par suite du plissement du schiste dans lequel il est incorporé, et qui, redressé, mesurerait un décimètre de longueur.
- Le Dr Foote a recueilli dans la grotte de Luray des stalactites blanches et transparentes, enroulées et entrelacées par suite de la croissance, à leur surface, de champignons qui ont fait dévier l’eau incrustante; le calcaire avait formé sur ces champignons des nodosités et des prolongements latéraux.
- Enfin, dans une tourbière, à Scranton, le professeur Carvill Lewis a signalé la présence, à 7 mètres environ au-dessous de la surface, d’une substance élastique d’un noir de
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- LA N A TU HE.
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- jais. Gélatineuse au moment de l’extraction, cette substance devient, par la dessiccation, dure et cassante connue le charbon ; elle a un éclat résineux, une cassure con-choïdale; son poids-spécifique est 1,056. Elle brûle lentement et donne une flamme jaune lorsqu’on la tient dans un bec Bunsen.
- Elle se dissout entièrement dans la potasse caustique, et paraît être un acide organique allié à l’acide humique. L'analyse a conduit à la formule empirique C'°ll'2i0lG. Par sa composition et quelques-unes de ses propriétés, cette substance diffère de la Dopplerite, trouvée dans des tourbières d’Autriche et de Suisse, et M. Lewis propose de lui donner le nom de Pliytocollite (gelée de plantes).
- ‘ B. Vion.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 juin 1885. — Présidence de M. Bouley.
- Analyse spectrale. — Par l’intermédiaire de M. Lecoq de Boisbaudrant, M. Crookes, qui assiste à la séance, fait connaître une série d’observations fort intéressantes sur les réactions spectroscopiques de certains métaux rares et spécialement de l’yttrium et du samarium. On se rappelle le petit tube à fluorescence du savant Anglais : la décharge passant dans un milieu dont la pression est de 1/1000 d’atmosphère entre deux électrodes d’aluminium, une substance quelconque renfermée dans le tube s’illumine brillamment. Dans l'immense majorité des cas, la lumière ainsi émise donne un spectre continu et les exceptions sont fort rares. La première a été signalée par M. Becquerel qui a vu que l’alumine donne un spectre recoupé de raies sombres et brillantes. Aujourd’hui M. Crookes annonce que l’yttria se comporte exactement de même et son spectre très caractérisé et très brillant apparaît même si la substance ne représente qu’un millionième de la matière qu’on étudie. La présence des impuretés, non seulement n’empèche pas l’apparition du spectre, mais le favorise ; seulement les bandes sont souvent modifiées, les unes ou les autres, quelquefois foutes, étant dédoublées.
- En faisant ces recherches, M. Crookes a reconnu la diffusion extraordinaire de l’yttria : tout en contient et les expériences ont dû être faites dans une pièce neuve, car les poussières du laboratoire constituent une vraie mine d’yttria.
- Dans quelques cas les substances les plus variées ont offert, outre le spectre de l’yttria, des raies très brillantes dont la détermination a été fort difficile. L’auteur a reconnu qu’elles sont dues au samarium, métal aussi répandu que l’yttrium et encore plus rare que lui. Le sulfate de samarine ne donne qu’un spectre très faible, mais des impuretés lui donnent beaucoup d’éclat en le modifiant comme le précédent. Il est très visible quand la substance étudiée renferme 1 parlie de sulfate de samarine mélangé à 2 500 000 parties de sulfate de chaux pur : il est certain qu’on pouvait augmenter quatre ou cinq fois cette quantité sans effacer le spectre. Le dédoublement des bandes est produit par des matières très variées telles que les sels de plomb, de magnésie, de cadmium, de thorium, de zinc, etc.
- En mélangeant la samarine à l’yttria, on obtient des faits imprévus : un mélange de 80 de samarine pour 20 d’yttria donne exclusivement le spectre de la première de ces terres, auquel se joint une ligne bi’illante caractéristique du mélange. En renversant les proportions, c’est le
- spectre de l’yttria qui apparaît seul, avec la petite ligne dont il s’agit. Au voisinage de l’égalité des deux terres, les deux spectres se superposent, mais dès qu’on s’éloigne de cette égalité de quelques centièmes seulement, c’est la terre prédominante seule qui se traduit au spectroscope.
- Photographie physiologique. — M. Marûy présente des tracés stéréoscopiques destinés à déterminer la position du corps pendant la marche. En ne photographiant qu’un point convenablement choisi,on reconnaît que sa trajectoire est représentée par la torsion d’un fil métallique suivant les trois dimensions de l’espace.
- Les papiers scientifiques de Régnault. — Le célèbre physicien a laissé 52 registres d’expériences relatifs à ses travaux les plus importants. On apprendra avec intérêt qu’ils feront dorénavant partie des archives de l’Académie et seront ainsi préservés de la destruction. M. Reiset, le collaborateur de Régnault, dans ses recherches classiques sur la respiration animale, annonce que la famille de Régnault fait don de ces précieux papiers à la bibliothèque de l’Académie. M. Izarn y a joint un catalogue complet qui en fait ressortir l’esprit de méthode et de conviction.
- Varia. — Un calorimètre enregistreur applicable à l’homme est adressé par M. Darsonval. — M. Taechini résume dans un tableau la fréquence, la quantité relative et le nombre des taches solaires durant la dernière période. — On renvoie à la Commission des Prix Montyon un mémoire de M. W. Yignal sur l’accroissement en longueur des tubes nerveux par formation de segments intercalaires et un travail du même auteur et de M. Malassez sur la tuberculose zoologique. — Je décris un silex sphé-roïdal du terrain quaternaire des environs de Nemours que m’a communiqué M. Doigneau et qui contient une notable quantité d'eau liquide hermétiquement emprisonnée. La Nature en publiera prochainement un dessin et ce sera l’occasion d’v revenir.
- Séance du % juin 1885. — Présidence de M. Bouley.
- Géographie zoologique et botanique. — M. le professeur Émile Blanchard, revenant sur les considérations qu’il a fait valoir au sujet de la répartition des espèces organiques sur le littoral de la Méditerranée, étudie à titre de document préliminaire la faculté de dissémination des principales formes botaniques et zoologiques. Sa conclusion est qu’on doit apporter la plus grande attention à certaines espèces qui sont comme parquées dans des espaces très circonscrits, et que de légères modifications dans le milieu extérieur suffiraient à faire disparaître. L’auteur promet une suite à ce travail.
- Electricité. — Il résulte d’expériences faites par M. E. Hospitalier que la consommation des lampes à incandescence alimentées par des courants redressés paraît être, dans certaines conditions, plus faible de 20 à 25 pour 100 qu’avec des courants continus. L’auteur fait connaître les valeurs absolues et les causes de ces divergences.
- La vie dans les profondeurs de la mer. — Les sou-* dages récemment exécutés, ont démontré qu’en même temps que les formes animales sont très fréquentes et très variées dans les abîmes sous-marins, les fucus et les autres algues supérieures y manquent complètement. On s’est demandé comment les animaux peuvent persister dans un pareil milieu, car s*ils étaient réduits à se man*
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- LA NAT UH R.
- ger les uns les autres, ils n’enauraienl évidemment pour bien longtemps. M. Castraeane pense que l’alimentation primitive est fournie par les diatomées dont il a trouvé de grandes quantités dans le tube digestif des holothuries et d’autres animaux analogues.
- La digitaline. — D’après les recherches de M. Lafonl, le perchlorure de fer décèle, par le développement d’une magnifique couleur verte, la présence de la digitaline. Les soi-disant digitalines des marchands de produits chimiques sont ordinairement très impures et fournissent des réactions très variées.
- Analyse organique. — On écoute la lecture par M. Houzeau (de Rouen) sur le dosage rapide de l’azole total dans les substances qui le contiennent à la fois sous les trois états : organique, ammoniacal et nitrique.
- Varia. — La suite de leurs recherches sur la température du sol à diverses profondeurs est communiquée par MM. Becquerel.— M. Grimaux transmet, par l’intermédiaire de M. Friedel, un mémoire qu’il a reconstitué d’après les notes laissées par Wurtz et qui concernent les réactions de l’éther chloroxy-carbonique. — D’après M. Belhamy, une spirale de cuivre qui est impuissante à allumer un mélange d’oxygène et d’hydrogène, provoque, au contraire, la détonation de l’acéthylène associé à l’air. — Un observateur russe propose une théorie chimique des accumulateurs. — M. Marey continue ses études sur le mécanisme de la marche. — Le développement naturel de la cantharidine occupe M. Beauregard, aide-naturaliste au Muséum. — M. Lallemand lit une notice biographique sur d’Alcmbert. Stanislas Meunier.
- Une pompe à incendie eu 1589. — D'après le Théâtre des instru nents mécaniques de Jacques Besson.
- UNE POMPE A INCENDIE AU XVP SIÈCLE
- Dans le curieux et ancien ouvrage, de Jacques Besson, Dauphinois, docte mathématicien, intitulé Théâtre des instruments mathématiques et mécaniques,, et.daté 1569, figurent un grand nombre d’appareils ingénieux, dont l’examen offre souvent de l’intérêt. Nous reproduisons ci-desssus une pompe à incendie, l’un' des premiers modèles peut-être qui ait été construit. L’auteur la recommande comme un précieux instrument. « On ne saurait penser, dit-il, •combien de fois est requise cette invention pour éteindre les grands feux desquels on ne peut s’approcher, car par icelle, de loin, on y peut jetter l’eau sans grande difficulté. »
- La machine, comme on le voit, consiste en une sorte de seringue, dont le piston comprime l’eau, et
- la fait jaillir par la tubulure, au moyen d’une vis qu’un homme peut actionner. Un entonnoir permet d’introduire le liquide, au moyen d’un vase qui se remplit dans un baquet où des femmes apportent l’eau dans des seaux.
- « Le vaisseau, dit l’auteur1, est fait en manière de cône afin que l’eau aille plus impétueusement, car qùand les vases sont en colonnes, l’eau va plus doucement. » L’appareil est monté sur pivot,' afin que le jet puisse être dirigé dans les flammes.
- 1 Le Théâtre des instruments mathématiques et mécaniques, de Jacques Besson, a été décrit par François Beroalt. C’est un grand volume in-4°, publié à Lyon, et qui ne contient pas moins de 60 planches.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissamueii.
- , t Imprimerie A. Lahure, 9, rue üe Fieurus, à Dans
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- y «20. - 20 JUIN 1885
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- LES PIERRES CHANTANTES
- Parmi les silex que l’on rencontre dans les terrains crayeux, il en est qui, lorsqu’on les frappe avee un autre silex, rendent des sons d’une grande pureté. Les sons que l’on obtient ainsi, avec différents silex musicaux, ne sont nullement en rapport avee le volume et avec le poids de la pierre : il y a là un phénomène très curieux dont l’explication échappe aux lois fondamentales de l’acoustique et qui mériterait, assurément, d’être étudié par les physiciens.
- Déjà, en 1875, La Nature avait signalé les pierres musicales comme une curiosité digne d’attirer l’at-
- lention1. Je me promettais alors de revenir sur cet intéressant sujet, mais les années se sont passées et les pierres chantantes ont été oubliées. Elles m’ont été rappelées récemment d’une manière toute fortuite, en visitant le nouvel éclairage électrique du musée Gré vin. Après avoir examiné cette installation intéressante dont nos lecteurs auront prochainement la description, je traversais la grande salle du musée, regardant çà et là les mannequins de cire qui s’y trouvent montés, quand j’entendis une musique délicieuse qui attira mon attention.
- Je m'approche de l’endroit où se produisaient ces sons harmonieux et purs, et j’aperçois un musicien qui, armé de deux silex, jouait d’un piano de pierre
- Le piano de silex de M. H. ILutdre. (D’après une photographie.)
- avec une agilité étonnante en frappant d’autres silex i de toutes formes, pendus à deux fils, à quelques centimètres au-dessus d’une planchette sonore. La gravure ci-dessus représente très fidèlement l’instrument des pierres chantantes.
- Je fis immédiatement connaissance avec l’exécutant, M. IL Baudre, musicien distingué, et passionné collectionneur de ces pierres musicales.
- — Gomment, dis-je à M. Baudre, vous êtes-vous procuré ces silex qui rendent des sons si mélodieux, et dont vous tirez un si remarquable parti musical?
- — Ah! monsieur, il m’a fallu bien du temps et bien des voyages pour recueillir les vingt-six pierres que vous avez sous les yeux et qui constituent les deux octaves chromatiques. J’ai mis plus de trente 1 ')c année. — 2° stmeslre.
- ans (de 1852 à 1885) à les rechercher dans les terrains crayeux de la llaute-Marne, du Périgord, du Nord, de l’Eure et du bassin de Paris.
- — Trouve-t-on de ces silex dans tous les terrains crayeux?
- — Je ne le crois pas. Les quantités innombrables de silex anglais ne m’ont rien offert d’acceptable.
- — Existe-t-il des travaux -ou des livres qui traitent, de cette intéressante question des pierres chantantes ?
- — Je l’ignore; mais je possède des lettres de nombreux savants qui ont bien voulu m’adresser des félicitations ou me faire connaître-leur opinion.
- 1 Voy. n" 1, tlu 7 juin 1873, p. 10.
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- LÀ NA TIRE.
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- — Pourriez-vous nie communiquer quelques-unes de ces appréciations; ce serait une bonne fortune pour moi de les publier dans La Nature.
- — Très volontiers, monsieur, demain, je vous enverrai mon dossier. »
- Voici quelques-unes des notes qui m’ont paru apporter des documents inédits sur les pierres chantantes; j’en donne ici une analyse succincte.
- M. Cartailhac, directeur du musée de Toulouse, rapporte que trois silex musicaux ont été signalés par un missionnaire dans le village de Ghaffa, au centre de la plaine de Tlnunazana, en Abyssinie. Ces pierres étaient pendues par des fils à une tige de bois horizontale ; elles servaient à appeler les fidèles, soit à la prière, soit au combat ; on les frappait avec un autre silex et leurs sons, très intenses, s’entendaient au loin.
- Dans une intéressante lettre écrite à M. Daudre par M. J. Ellis, membre de la Société royale de Londres, le savant physicien traite de la sonorité des pierres chantantes.
- « Nous ne savons pas, dit M. Ellis, quant à présent, si cette sonorité est affectée par la forme, le volume, la masse chimique et la constitution moléculaire. Il est très probable que ces pierres ont des constitutions internes différentes les unes des autres; le son des pierres étant différent quand (“lies sont frappées à deux places voisines. Je ne serais pas surpris qu'il y ait une sorte d’obliquité dans la structure, ce qui expliquerait l’impossibilité de garder le son quand on taille ou que l’on casse la pierre chantante. 11 y a là une interruption des ondes sonores qui passent à travers le corps. La grande différence de sons (pie peuvent produire deux pierres de volumes à peu près semblables, tient probablement à l’arrangement différent des molécules, qui gouvernent le mode de vibration. Je suis désolé de ne pouvoir en dire davantage sur ce sujet. »
- Nous reproduisons une bien charmante lettre de M. Cli. Sainte-Claire Deville, de l’Institut, le savant géologue que la mort a si regrettablement enlevé à la science, il y a quelques années.
- « Il m’est venu un remords en réfléchissant au nombre incalculable de pierres que j’ai cassées, de silex brisés pour y découvrir les traces d’une coquille, d’un oursin ou d’un polypier. Et quand je songe à toutes les hécatombes de ce genre que font journellement mes confrères en géologie, combien de motifs n’avons-nous pas de penser que nous avons détruit quelques échantillons qui, aujourd’hui, figureraient honorablement parmi vos touches sonores. On cherchait vainement la mandragore qui chante ; vous avez fait mieux, vous avez trouvé la pierre qui chante! vous avez découvert l’àme chantante de la pierre. Combien de ces âmes, hélas! avons-nous sacrifiées !
- « Yous, au contraire, moins barbare, au lieu de les immoler à une vaine curiosité scientifique, vous vous approchiez d’elles en ami, vous les interrogiez avec émotion et, quand l’une d’elles entre cent mille
- avait la vocation, vous lui offriez un asile hospitalier, vous lui ouvriez les portes de votre conservatoire et en faisiez une virtuose! Quelle supériorité! et combien cette supériorité devient plus écrasante quand nous sommes obligés de reconnaître que votre clavier de pierres offre un véritable paradoxe dont géologues et physiciens ne me semblent pas encore posséder entièrement la clef ! »
- M. Daudre appelle ses pierres chantantes la musique préhistorique. II n’est pas impossible, en effet, que des touches analogues aient servi à nos ancêtres de l’àge de pierre. C’était l’opinion de l’abbé Moi-gno. « Qui sait, dit l’ancien rédacteur du Cosmos, si dans les fouilles acharnées à la recherche des reliques de l’àge de pierre, on ne trouvera pas une série de silex accordés. Pourquoi le caillou qui a été la première arme, le j)remier outil des hommes préhistoriques, n’aurait-il pas été aussi son premier instrument? »
- M. Daudre penses que s’il n’a pas été trouvé d’instruments de musique dans les gisements préhistoriques, c’est que les chercheurs ne se sont pas occupés de silex natifs, mais bien seulement de silex taillés. Or la taille enlève toute sonorité aux pierres musicales.
- Nous terminerons cette notice en signalant quelques-unes des singularités des pierres accordées que nous faisons connaître aujourd’hui. Une pierre qui donne le son le plus grave pèse 2 kilogrammes, alors (pie celle qui donne le demi-tôn de celle-ci, pèse 4 kilogrammes. Ce gros silex est suivi immédiatement d’une pierre de 500 grammes qui ne trouve sa similaire en poids qu’à l’extrémité de la série, alors que la différence du son est considérable.
- Un silex de 1500 grammes donne exactement la même note qu’un autre silex ne pesant (pie 400 grammes seulement.
- On voit qu’il y a là des anomalies surprenantes qui déroutent les physiciens. Ceux de nos lecteurs que la question intéresse, pourront prochainement voir et entendre les pierres musicales à l’Exposition du travail, au Palais de l’Industrie, à Paris.
- Gastox Tissandier.
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- LE MUSÉE GUI ME T
- Le Conseil municipal de Paris a voté l’installation à Paris d’un musée des 'religions et civilisations orientales, offert à l’Etal par M. Ouimet.
- Le généreux donateur, riche industriel de Lyon, est un orientaliste distingué. Fils et continuateur de ce Ouimet qui, en 1826, découvrit la fabrication de l’outremer, il a consacré une partie de son immense fortune à collectionner dans ses voyages les monuments des civilisations et des religions de l’extrême Orient : Inde, Chine, Japon, Cambodge, etc. C’est au cours d’une excursion en Egypte, après avoir longuement visité le musée de Boulaq, et étudié l’archéologie égyptienne sous la direction du savant égyptologue Mariette-Pacha, qu’il s’attacha à l’étude des croyances religieuses de l’Orient.
- Chargé en 1876, avec M. Félix Hégamey, d’une mission
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- LA NATURE.
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- scientifique pour i’Inde, la Chine et le Japon, il visita les temples, recueillit des documents authentiques sur les croyances et les rites des religions asiatiques, brahmanisme, bouddhisme, religion de Confucius, acheta des livres sacrés, des objets servant à ces différents cultes, et forma ainsi, de tout ce qu’il put rassembler à grands frais, une collection spéciale, sans rivale en Europe, qui figura à l’Exposition internationale de 1878, et dont M. Guimet, revenu en France, forma un musée à Lyon.
- M. Guimet, pressé par les savants et les orientalistes parisiens les plus autorisés, s’occupa de transférer son musée à Paris, où était sa véritable place. Il offrit donc cette collection à l’Etat à la condition qu’elle formerait, à Paris, un musée à part, sous le nom de Musée Guimet; que les frais de construction et d’installation,
- 1 500 000 francs environ, seraient partagés entre l’Etat et M. Guimet lui-même; que ce dernier en serait le directeur à vie, d’ailleurs non rétribué ; enfin que l'Etat assurerait annuellement au musée un budget de 45000 francs.
- Mais il fallait un terrain de 4000 mètres environ et représentant une valeur d’à peu près un million. L’Etat le demanda à la Ville. Le Conseil municipal, appelé à délibérer sur cette question, a adopté, on le sait, le principe de la dépense à faire, et a ainsi enrichi Paris d’une collection unique et de la plus grande importance.
- Le catalogue forme, à lui seul, un gros volume. 11 comprend : 1° des statues, statuettes, bas-reliefs, peintures originales, etc., représentant les divinités de l’Inde, de la Chine, du Japon, de la Cochinchine, de la Grèce, de Rome et de la Gaule ; 2° des objets religieux, servant aux différents cultes de l’Orient ; 5° une bibliothèque spéciale comptant aujourd’hui plus de 15 000 volumes ; le tout classé par nations, tribus, religions et différentes sectes.
- L’ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- INSTALLATION ÉCONOMIQUE d’uNE LIGNE TÉLÉPHONIQUE
- M. le capitaine B..., du 51e de ligne, a installé au champ de tir de la garnison de Blois, une ligne téléphonique permettant de mettre en communication les marqueurs avec les diverses stations des tireurs aux distances de 100, 200, 300, 400, 500 et 600 mètres.
- Ne voulant pas employer de piles à cause de l’inexpérience des soldats chargés des communications, il a eu re-coius au téléphone Govver et il a été obligé d’établir un fil de retour à cause de la mauvaise conductibilité du sol.
- Les fils sont en bronze siliceux de 0ra,001 de diamètre, non recouvert; à cause de la petite distance à desservir, ils ne reviennent pas sensiblement plus cher que les fils de fer galvanisés du commerce de 0m,0055 de diamètre, qui sont beaucoup plus lourds et plus difficiles à enrouler.
- Deux innovations de détail nous ont paru intéressantes à signaler.
- La première a trait aux isolateurs. On a remplacé les isolateurs en porcelaine, fragiles, coûteux et nécessitant une queueà vis pour être fixés sur les poteaux, par de simples pitons en fer forgé de 0m,l de long, qu’on trouve chez tous les quineaillers et qu’on enfonce simplement dans les poteaux à coups de marteau.La substance isolante est constituée parla moitié d’un morceau de gomme élastique d’un sou G, coupé dans le sens de sa plus grande longueur, plié et introduit dans l’anneau du piton (fig. \ ). — Il est bon d’ajouter qu’au bout d'un certain temps le fil de cuivre
- est légèrement corrodé par la gomme et que celte disposition, fort économique puisque 14 isolateurs reviennent à 0f,85, ne convient qu’à des lignes provisoires.
- La seconde innovation porte sur le branchement des fils destinés à desservir les diverses stations. On avait d’abord fait des ligatures avec soudures pour les divers fils de branchement des stations, d’après le procédé décrit dans l’aide-mémoire du génie (Mines), mais il en résultait une déperdition considérable et des crépitements provenant sans doute des vibrations des nombreux fils de
- Fig. I.
- branchement: la voix devenait absolument inintelligible. On supprima alors les branchements permanents et, à l’aide du petit manchon de cuivre, représenté avec une
- Fig. 2.
- légère réduction dans la figure 2, un put obtenir, pour ainsi dire instantanément, une prise de courant en un point quelconque de la ligne et conserver l’intensité ainsi que la netteté du son. A. R.
- LE B0PYRE DU PALEMON
- (crevette ue bordeaux)
- Tout le monde connaît la crevette Palémon qui se vend sous le nom de Bouquet ou de crevette de Bordeaux. Cet élégant crustacé appartient comme sa congénère, la crevette grise, à la famille des sali-coques, voisine de celle des écrevisses. Le rostre du Palémon est remarquablement aigu et dentelé, il forme en avant de la tète un éperon redoutable.
- Toute la partie antérieure du corps est couverte d’une carapace formée d’une seule pièce qui renferme la bouche et les anneaux du corps auxquels sont fixés les membres et les branchies. Notre crevette porte, comme tous les individus de sa famille et des familles voisines, dix paires de pattes, ce qui fait qu’on la range dans l’ordre très naturel des décapodes. Ajoutez à cela six anneaux formant ce qu’on appelle vulgairement la queue et munis de nageoires, puis un septième anneau terminé en pointe et vous aurez une idée assez exacte des caractères extérieurs de l’animal.
- En examinant un certain nombre de Palémons, on est élonné de trouver, soit à droite, soit à gauche du bouclier antérieur, une sorte de tumeur ronde de la grosseur d’une petite lentille. Cette tumeur, qui a certainement éveillé la curiosité de plus- d’un lecteur de La Nature, est occasionnée par la présence d’un parasite connu des naturalistes sous le nom de Bopyre, auquel nous allons consacrer quelques lignes.
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- LA NAT U UE.
- Si l’on enlève avec précaution la partie du bouclier qui recouvre la tumeur, on trouve un animal plat, rayé de lignes transversales qui ont l’air de diviser son corps en anneaux. Les paysans normands, qui sont de médiocres zoologistes, sont persuadés que ce sont de jeunes soles qui ont cherché un refuge en cet endroit. Avec une bonne loupe on reconnaît sans peine que le parasite est une sorte de cloporte marin. En effet, son corps est aplati de haut en bas, il est en général dépourvu de symétrie et sa segmentation est loin detre nette. On y distingue cependant des antennes courtes, des pièces buccales rudimentaires, une trompe et sept paires de pattes foliacées 'qui forment une cavité incuba-trice dans laquelle se développent les œufs du parasite. Ainsi, le Bopyre est un crustacé qui vit en parasite sur les branchies de Palé-mon. Jusqu’ici rien de bien étonnant.
- Si l’on poursuit plus attentivement l’examen du Bopyre, on trouve toujours en un point quelconque de sa face ventrale un petit animal vermiforme, annelé, qui paraît être le parasite du parasite. 11 n’en est rien, le Bopyre qu’on a examiné à la loupe n’est qu’une femelle et le petit animal qu’on découvre logé dans les lamelles de son abdomen est le mâle.
- Cette disproportion entre les deux sexes est remarquable , mais le dimorphisme de ces deux êtres ne l’est pas moins. Tandis que la femelle atteint près d’un centimètre de longueur (fig. 2), le mâle est à peine long d’un millimètre et demi, aussi faut-il le porter sous le microscope et l’examiner avec un faible grossissement (fig. 3).
- Le moindre microscope à puissance amplificatrice, soit-elle seulement de vingt diamètres, suffit pour examiner le mâle. Il est nettement annelé, porte des yeux et de petites antennes, en même temps que des crochets fixateurs.
- Le mâle ne quitte guère sa femelle, il vit dans
- la cavité ineubatrice formée par les lamelles de l’abdomen et féconde les œufs. Ceux-ci se développent rapidement et le jeune Bopyre en sort encore bien imparfait sous forme de larve possédant des antennes, des yeux, des crochets et des appendices natatoires (fig. 4 h 6).
- Si l’on conserve des Palémons en captivité dans le même aquarium où sont éclos les1 œufs du Bopyre, ou constatera après peu de jours que les larves ont élu domicile sur les branchies du Palémon. Là elles
- perdent leurs yeux el leurs filaments natatoires dans une mue qui est de courte durée. Quant aux larves des mâles, semblables à celles des femelles, elles se rendent également dans les branchies de l’hôte et y attendent qu’une femelle soit venue s’y fixer pour s’accoupler avec elle.
- On connaît plusieurs espèces de Bopyres qui ne diffèrent entre elles que par des caractères peu importants nous pouvons citer le Bopyrus abdomina-lis, parasite de l’abdomen des Pagures ou Bernards l’her-mite. Leurs mâles sont également fort petits.
- Ce rapide coup d’œil jeté sur le Bopyre nous montre combien le parasitisme dégrade l’organisation des animaux qui perdent ainsi souvent la faculté de se mouvoir qu’ils possédaient au début de leur existence. P. deSède.
- Fig. 2 à t>. — bopyres du palémon.
- 2. Femelle, grossie 4 fois. — 3. Mâle, grossi 20 fois. — i à fi. Larves à diffé rents états de développement.
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- LA N ATI) KK.
- G 4 L Y A N \ T Y PIE
- Les nombreux visiteurs de l’Exposition d’ëleetricité organisée il y a quelques mois à l’Observatoire de Paris, ont remarqué le magnifique vase et les panneaux décoratifs qui ornaient une des extrémités du grand salon ; mais bien peu ont pu se rendre compte de la façon dont ils avaient été obtenus et beaucoup seront étonnés lorsque nous leur aurons dit qu’ils avaient là sous les yeux la nature elle-même. Les branches, les feuilles, les fruits qui formaient ces décorations artistiques, avaient en effet été pour ainsi dire changés en bronze comme par enchantement. M. Juncker fils, qui exposait ces remarquables objets, les obtient à l’aide de nouveaux procédés galvano-plastiques.
- 11 leur a donné le nom général de galvanatypie qui indique l’emploi du courant électrique et l’absence du moule.
- .Nous ne pouvons donner ici les détails de la fabrication qui sont lenus secrets par l’inventeur, mais nous indiquerons brièvement les principes sur lesquels elle repose.
- On sait . que pour obtenir un dépôt de cuivre sur les objets non conducteurs de l’électricité la première opération consiste à mé-talliser leur surface. Quand il s’agit d’un sujet peu délicat, statue, branche d’arbre, etc., on peut simplement l’enduire de plombagine qu’on étend en une couche excessivement mince au moyen d’une brosse. Mais s’il s’agit de choses fragiles, feuilles, insectes, dentelles, etc., on ne saurait utiliser ce procédé sous peine de détériorer ou même de faire disparaître une partie des détails délicats qui font la beauté de l’objet à reproduire. On remplace alors le moyen mécanique par un moyen chimique qui consiste à étendre sur la surface à métalliser une solution d’azotate d’argent, puis à réduire ensuite le sel par l’action de la lumière, du gaz hydrogène sulfuré ou de la vapeur de sulfure de carbone phosphoré.
- On obtient de cette façon une pellicule d’argent impalpable, mais conductrice et suffisamment adhérente pour supporter l’action du bain galvanique dans lequel se fait ensuite le dépôt du cuivre. Celui-ci doit présenter une couche bien uniforme, assez
- résistante pour supporter les opérations ultérieures et assez mince pour conserver toute la finesse des détails du sujet qu’il recouvre.
- La seconde opération consiste à retirer, soit en l’arrachant par morceaux, soit en le brûlant, l’objet ainsi recouvert et à ne conserver que la coquille de cuivre qui le représente exactement ; puis à la renforcer en y coulant du bronze, du laiton ou un autre métal dont le point de fusion soit inférieur au sien, bien entendu La maison Ghristophle exploite depuis plusieurs années avec succès ces procédés pour la reproduction des statuettes, des bustes et d’une foule d’objets d’ornementation employés dans l’ébénisterie. M. Juncker s’est proposé de les utiliser spécialement pour la reproduction dos plantes; et, en les perfectionnant, en les modifiant suivant les besoins, il est arrivé aux beaux résultats qu'il exposait à l’Observatoire et dont le dessin ci-
- contre peut donner une idée à ceux qui n’ont pu voir la réalité.
- Les branches, les fruitset toutes les parties qui présentent une certaine épaisseur s’obtiennent assez facilement; mais la difficulté serait grande, et même insurmontable, s’il fallait reproduire en ronde bosse et donner de la solidité aux parties minces comme les feuilles. Il serait du reste bien inutile d’obtenir ce résultat, puisque, dans les compositions artistiques oîx elles figurent, elles ne sont jamais vues que d’un seul côté. 11 suffit alors de les représenter en bas-relief. Le dépôt de cuivre n’est donc fait que sur le côté destiné a être vu. Lorsque la feuille a été enlevée, la pellicule de cuivre ainsi obtenue est renforcée par du métal coulé à l’épaisseur nécessaire pour lui donner toute la solidité désirable ; et cela sans la déformer, sans nuire à la netteté des contours et sans qu’on soit obligé à aucune retouche. C’est ici principalement que sont employés les procédés spéciaux et les tours de main que nous ne pouvons décrire.
- En résumé, par la galvanatypie on arrive à reproduire avec la plus grande exactitude les différentes parties des plantes, tout en leur donnant une solidité telle qu’on peut ensuite les river, les souder, en un mot les travailler comme si elles sortaient de chez le fondeur.
- Vase de cuivre en galvanatypie de M. Juncker. (D’après une photographie.)
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- LA NAT U H K.
- L’art vient alors compléter ce qu’a commencé, la science, en présidant à la réunion de tous ces éléments, qui groupés avec goût forment un ensemble constituant une œuvre, absolument originale.
- G. Maresciiar. .
- LA LAPÜME MISSE
- d’après LE VOYAGE DE M. CH. RABOT (l88i)
- Parmi les régions les moins explorées du continent européenne général Yenukoff a signalé maintes fois 1 à l’attention des géographes la Laponie russe. Malgré l’expédition déjà ancienne de Middendorff et les voyages plus récents du professeur Friis, de MM. Elysséef et Coudriavtzeff, les connaissances acquises sur ce pays laissent encore à désirer.
- M. Rabot, parfaitement préparé pour ce travail par plusieurs campagnes scientifiques accomplies en Norvège sous le cercle polaire, s’est imposé la tâche de compléter et d’étendre les études de ses devanciers. En présence des résultats obtenus, ii est permis d’affirmer qu a bien des égards, le succès a couronné ses efforts.
- La Laponie russe comprend dans ses limites officielles la presqu’île de Kola et la province de Kem, située à l’ouest de la mer Blanche. En laissant de côté ce dernier district où la race lapone tend à se mêler de plus en plus avec les Caréliens, il reste à considérer une vaste étendue de territoire, allongée en forme d’ellipse de l’O. N. 0. à l’E. S. E. Cette ellipse offre un grand développement de côtes ; elle est bornée au N. par l’océan Glacial, à l’E. et au S. par la mer Blanche. Enfin à l’O., la Laponie russe se rattache à la masse du continent par un isthme large et déprimé, à partir duquel s’élève une sorte de plateau qui va rejoindre le Finmark oriental et la Laponie finlandaise vers les plaines marécageuses du lac Enara.
- C’est dans cette partie continentale, correspondant au tiers environ de la péninsule de Kola, que M. Rabot a dirigé ses explorations. Un navire russe parttous les quinze jours de Yardôpour Àrkangelsk; ce service peu rapide fournit un excellent moyen de visiter le littoral ;M. Rabot l’a d’abord employé. Puis quittant la mer à Kola, il a pénétré au cœur du pays en remontant la rivière du Tulom jusqu’au Notozero. Cette belle nappe d’eau se trouve à peu près à égale distance du grand lac Enara et du petit port deKan-dalask situé au fond du golfe de même nom sur la mer Blanche.
- Depuis la frontière norvégienne jusqu’au fjord de Kola, la côte de l’océan Glacial présente un aspect des plus pittoresques. Elle montre de profondes entailles perpendiculaires à la direction du rivage, peu sinueuses, souvent fort étroites, mais ayant assez d’eau pour fournir de bons mouillages. A cet égard l’Ora-fjord doit être cité en première ligne; deux com-
- 1 Revue scientifique, 23 juillet 1881 ; Société' de géographie, Compt. rend., séances 1882-1883.
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- pagnies de chasse à la baleine y sont établies ; leur industrie paraît florissante et ne semble pas trop souffrir de la concurrence, très active dans les parages voisins.
- Le fjord de Kola pénètre à 00 kilomètres environ dans l’intérieur des terres; sa largeur varie entre deux et trois kilomètres ; elle diminue beaucoup au sud de Kola, vers l’embouchure de la rivière de Tulom.
- Un peu au delà du 29° de longitude Est, une petite presqu’île, singulièrement découpée, se détache du rivage. L’isthme extrêmement bas qui l’unit à la terre ferme est à peine visible au-dessus des flots. Aussi les Norvégiens qui pèchent la morue à quelque distance la considéraient-ils autrefois comme une île. Ils lui ont en conséquence, d’après leur nomenclature attribué le nom de Fiskerô1.
- La mer ne gèle jamais dans cette région, sauf à l’extrémité des fjords où l’eau est complètement douce. On se trouve ici sur le bord de la branche orientale du Gulf-Stream, branche qui se dirige vers la côte ouest de la Nouvelle-Zemble.
- Des graines à'entada gigalobium ont été recueillies à Kildin, près de l’entrée du fjord de Kola , où arrive du reste une quantité considérable d’épaves.
- La' température de la mer se montre fréquemment supérieure à celle de l’air. Ainsi dans le fjord de Kola, M. Rabot a trouvé, le 21 septembre 4884 à 5 heures du soir : +4° pour l’air et +5° pour l’eau. Le lendemain, à l’Orafjord, l’écart était plus sensible encore (température de l’air +5°, température de l’eau +8°).
- Dans l’intérieur du pays, les caractères orographiques ne paraissent pas avoir été fixés jusqu’ici avec exactitude. On considère à tort la péninsule de Kola comme la continuation directe du plateau de Fin-mark. Celui-ci s’arrête en réalité au fleuve Tana, en Norvège. Des bords de ce cours d’eau jusqu’au Pasvig s’étend une large dépression remplie par le bassin de l’Enara. C’est seulement sur la rive droite du Pasvig, vers le 28° de longitude, qu’apparaissent des monticules hauts de 550 mètres environ. On doit les considérer comme les premiers contreforts du massif de la Petschenga qui occupe la partie occidentale de la péninsule de Kola avant d’arriver à l’isthme (Kola-
- Fig. 1.— Sapin de la Laponie. * (D’après un croquis dp M Rabot.)
- 1 Littéralement île des pêcheurs ; le mot o, pluriel : ôer, signifie île en norvégien ou en danois. C’est donc un pléonasme que d’écrire, comme on le lait trop souvent, l’île Fiskerô, les îles Farer, etc.
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- LA N A TI) l$K.
- Imandra-Kandalask) dont il a été question ci-dessus.
- Tout l’espace compris entre le Pasvig et la ri-viè/e de Tulom est parsemé de collines plus ou moins élevées ; quelques-unes atteignent jusqu’à 500 mètres d’altitude; sur l’une d'elles, située au S. E. du No-tozero, il y aurait même des neiges persistantes. Cette région, comme celle de l’Enara, montre de nombreuses rivières et une foule de lacs.
- La végétation y est florissante; on traverse constamment des forêts de bouleaux et de conifères. Les sapins s’élèvent parfois jusqu’à 10 mètres (fig. 1). Ils affectent souvent des formes singulières. Les uns se bifurquent tout à coup en deux troncs secondaires portant des têtes distinctes (fig. 2) ; d’autres, écrasés en quelque sorte au sommet, prennent l’apparence à’arbres pleureurs (fig. 5); beaucoup enfin paraissent croître uniquement en hauteur et se dressent parmi leurs congénères comme des cônes aussi étroits qu’allongés.
- M. Rabot a recueilli, au sujet des limites de la végétation forestière au voisinage de la mer, des documents pleins d’intérêt ; l’espace ne nous permet pas d’y in-
- Fig. 2 et 3. — Formes bizarres des sapins de Laponie. (D’après des croquis de M. Rabot.)
- sister ici. D’après lui, l’absence de terre végétale jouerait un rôle important dans la disparition des arbres ; les bornes tracées par divers auteurs à l’extension des bois seraient aussi sujettes à révision.
- La géologie n’offre à l’étude que des terrains primitifs, gneiss on micaschistes, très riches engrenât. De puissantes formations quaternaires les recouvrent presque partout. On constate à Kola l’existence de quatre lignes successives d’anciens niveaux de la mer. Avant le soulèvement, un bras de mer passant par Notozero rejoignait sans doute le lac Enara qui dépendait alors, à titre de golfe, de l’océan Glacial. Le territoire compris entre le Pasvig, la côte et la rivière de Tulom n’était autre chose qu’une île.
- Le mouvement d’émergence ne paraît pas s’être arrêté. On peut voir notamment à l’entrée de l’Orafjord, une terrasse couverte de débris subfossiles dont l’état de conservation atteste qu’ils ne sont pas exposés aux intempéries depuis un temps très long.
- Nous avons dit un mot de la végétation arborescente; les plantes d’allure plus modeste, sans en excepter les cryptogames, n’ont pas été négligées par M. Rabot qui s’est attaché également à la récolte des animaux de toutes les classes. Les poissons et les
- S»
- mollusques fluviatiles ont fourni de belles séries que les spécialistes retrouveront au Muséum d’histoire naturelle.
- Ce n’est point d’ailleurs le seul établissement public qui ait bénéficié de cette exploration. Comme les années précédentes, le voyageur a collectionné chemin faisant des objets ethnographiques destinés au Musée du Trocadéro. Dans ce domaine spécial, nous ne pouvons que signaler en passant une pointe de flèche en pierre taillée et divers ustensiles curieux destinés à la fabrication du pain d’écorce.
- En résumé, ces nouvelles études complètent les données antérieures suj" un pays peu attrayant pour les touristes et très rarement visité par les géographes. Ayant eu la bonne fortune de pénétrer en 1881 avecM. le professeur Pouchet jusqu’au lac Enara , il nous est permis de juger cette exploration en pleine connaissance de cause. Nous pouvons affirmer qu’il faut un réel amour de la science et beaucoup d’énergie pour travailler sans cesse dans une contrée presque déserte, sous un climat changeant où l’on n’échappe à la piqûre des moustiques que pendant les averses ou les tourmentes de vent : au reste, les collections exposées au Jardin des Plantes et les notes récemment communiquées à la Société de géographie1 mettent bien en évidence les préoccupations scientifiques de M. Rabot.
- Jules de Guerne.
- LES
- RECONNAISSANCES A GRANDES DISTANCES
- LE TÉLEMÉTROGRAPHE
- J’ai montré, il y a longtemps, le parti que l'on peut tirer, pour l’étude du terrain, des perspectives dessinées à la chambre claire ou obtenues a l’aide de la photographie, et j’ai donné, en outre, le moyen d’évaluer les petits angles avec une plus grande précision, en recourant à une lunette placée en avant du prisme de la chambre claire *.
- Je demande la permission d’entrer dans quelques détails sur l’emploi de ce dernier procédé, dont l’importance est devenue évidente, à l’occasion de la défense de Paris.
- Dès les premiers jours de l’investissement, le gouverneur, sur la proposition de M. le général de Cha-baud-Latour, me faisait l’honneur de me charger d’organiser un service de reconnaissance pour découvrir, autant que possible, les travaux de l’ennemi. Un personnel d’élite ayant été mis à ma disposition, après m’être procuré d’excellents instruments, je m’attachai à choisir avec soin les points destinés à servir d’observatoires permanents, de manière à explorer
- 1 Séance du 6 mars 1885; les collections exposées rue de Bufîon par M. Rabot, lors de son retour, sont maintenant réparties entre les divers services du Muséum.
- 2 Mémorial de Vofficier du génie, n° 46, 4854, et 47, 4864. — Comptes rendus, années 1859, 4860, 4864. — Magasin pittoresque, t. XXIX, année 4864.
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- l’horizon dans tontes les directions.
- J’ai marqué sur une carte , à l’échelle de 1 /25000, les em-placementswlenos douze observatoires principaux.
- Je regrette vivement de ne pas pouvoir citer les noms des nombreux collaborateurs dont le talent et le dévouement m’ont permis de remplir la tache délicate qui m’était confiée : astronomes, physiciens, ingénieurs , militaires, télégra phis tes et artistes ; mais c’est de l’œuvre de ces derniers seulement que je parlerai spécialement, parce que c’est elle qui a servi de consécration, je devrais dire d’illustration, à la méthode qui lait l’objet de cet article.
- Lors-de la présentation de la présente note à l’Académie, j’ai fait exposer dans la salle voisine des séances une grande partie des vues prises de nos observatoires les mieux situésr Ces dessins sont tous remarquables sous le rapport de l’exécution ; mais, et c’est là que j’en veux venir, ils sont aussi de la plus rigoureuse exactitude. Et, en effet, ils ont été, pour la plupart, exécutés à la chambre claire, par châmps de lunette successifs. Le lecteur a sous les-yeux quelques-unes de ces reproductions (fig. 3,4, 5 et 6)
- La figure 1 montre l’appareil qui a été employé pour obtenir ces dessins; il consiste en une lunette
- avec sa chambre claire et sa planchette, qui font voir d’un coup d’œil les conditions dans lesquelles ont été exécutés ces dessins. L’analogie la plus complète existe d’ailleurs entre le procédé dont il s’agit et celui qu’emploient journellement les micro-graphes. Le point essentiel, dans le cas dont je m’occupe, est de mettre en évidence le degré de précision qu’on atteint, en évaluant les angles sur les images, sans de secours d’un micromètre.
- Je dois rappeler tout d’abord que le champ (l’une lunette, qui peut supporter un assez fort gros sissement, est nécessairement très restreint,. En général, dans les lunettes terrestres, b* produit du champ par le grossissement est sensiblement constant et de 25° environ. Les grossissements que nous avons employés étaient compris entre 33 et H5, et les champs entre 45' et 22',5.
- Pour donner une idée du degré de précision des mesures que l’on peut effectuer sur les dessins télescopiques, je choisirai un de ceux qui ont été obtenus avec une lunette de 75 millimètres d’ouverture, dont le champ était de 30' et le grossissement de 50. Je prendrai aussi le cas d’un opérateur pour qui la distance de la vue distincte était de 0m,305.
- Fig. 1. — Lu tclémctrographe.
- sii è !>Vi
- Terrai n et maison À vendre
- Fig. 2. — Groupe de soldais allemands essayant de construire un retranchement à Montretout. Dessiné pendant le siège de Paris, à l’aide du télémctrographe. (Échelle de 1/2.)
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- LA NA T U II K.
- Ou voir aisément, par lu calcul, qu’alors le diamètre du cercle qui limile l’image projetée sur la
- planchette doit être de 0,u,ir>r> et le rayon du panorama de 15Iclo,
- _j%aiscmlrabLmche,cigalerie en terrassa et à toit dexinr. Observatoire frussien transportéau Jiéserooirde- lu route deChrisyà IbrsaiHeç.
- Les quatre poumsc sont un débris <2e cti observatoire <tem^pomUn*unposl?.j^^ma^fristtkit>jt'll>bdla
- éther crméié, perdit* meurtrières, qui parait être celui du Cimetière. ufurJe para Angle du mur qui continue
- tut fond/ * en retour
- • OitsnpdeeolxeL )
- Vernière maison visible de Thiais.
- M\X. COl.liKîNON ltKL.
- Fig. 3. — Vin1 prise, de Paris assiégé, montrant les travaux exéeutés par les Prussiens, en avant de Thiais. (Échelle de 1/4.)
- MAS. COl.l.lfiSOS
- Fig. 4.— Spécimen d'une autre vue indiquant les tranchées établies par les Prussiens, entre Thiais et Chevilly. (Echelle de 1/4.)
- Fig.pj. — Plaine de Choisy, vue de Vitry (Usine Groult, dessinée au téléinétrographe, pendant le siège de Paris. (Échelle de 1/4.)
- Le champ de lunette (tig. 2), représentant un groupe de soldats allemands en train d’essayer de construire un retranchement dans la redoute de Montre-
- tout, a été dessiné dans des conditions que j’ai spécifiées1. On reconnaît immédiatement que les angles 1 Qu’il me soit permis de dire que les avis de l’Observatoire
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- peuvent, y être, à la rigueur, évalués à 5" près, car une minute y est représentée (voir l’échelle) par 4mm,5, ce qui fait entre 0mm,5 etOmm,4 pour 5".
- Le point où se trouvaient ces hommes était à 4500 mètres de l'observatoire de Passy, d’où ils ont été dessinés, et leur taille, étant supposée de lm,65 en moyenne, devait correspondre à une hauteur angulaire 1' 15". Or, c’est ce que l’on trouve effectivement. Nous aurions donc pu, inversement, en conclure à peu près la distance de 4500 mètres, si nous ne l’avions pas connue.
- J’ai cité cet exemple, parce qu’il est très frappant et très facile à suivre sur le dessin, mais je me hâte d’ajouter que nous avons eu recours à d’autres objets de comparaison que la taille de l’homme, et à tous les moyens d’appréciation que nous fournissait la perspective, sans négliger la méthode des intersections, toutes les fois que nous pouvions l'employer. Au surplus, je ne saurais donner de meilleure preuve de la sûreté de nos évaluations qu’en signalant la carie, sur laquelle on trouve des ouvrages ennemis reconnus jusqu'à 10 et 12 kilomètres des observatoires les plus rapprochés et dont la position a été vérifiée après la Levée du siège.
- Je ferai remarquer qu’il n’y a réellement qu’une constante à déterminer: le champ angulaire de la lunette mise au point pour une vue quelconque. Cette détermination faite, on peut confier l'appareil à un dessinateur étranger aux opérations géométriques. Il faut seulement lui faire mettre, une première fois, la lunette à son point, sur un objet éloigné et la planchette à la distance convenable à sa vue (ce dont il s’assurera en constatant que toute parallaxe optique a disparu), lui faire tracer la circonférence du champ de lunette ainsi obtenu et mesurer la distance de l’arête supérieure du prisme de la chambre claire à la planchette, d’où l’on conclura le grossissement correspondant et le rayon du panorama. Ces précautions prises, le dessinateur n'aura plus qu’à tracer d’avance les cercles de ses champs de lunette et à y amener les images successives qui forment le panorama, en faisant tourner sa lunette et en ajustant sa planchette.
- Parmi les habiles artistes qui m’ont prêté leur concours, pendant le siège, il y avait certainement des myopes et des presbytes, à un assez faible degré, toutefois, à moins qu’ils n’aient fait usage de besicles. Les diamètres des champs de lunette dont on a laissé subsister la trace sur la plupart des dessins exposés varient cependant de 0m,110 à 0m,152, mais il en résulte simplement que les distances auxquelles on a placé la planchette ont varié entre 0m,25 etOtn,o5.
- Je n’ai pas besoin d’ajouter que le degré de précision des mesures angulaires varie avec le champ de la lunette et avec la distance de la planchette. Les rayons de nos panoramas ont toujours dépassé 10 mètres et atteint jusqu’à 20 mètres ; on comprend donc aisément que, sur de pareils cercles, les angles n’ont
- de Passy, donnés télégraphiquement au mont Yalérien, qui immédiatement couvrait d’obus le point désigné, ont empêché l’ennemi de continuer ces travaux.
- pas cessé d’ètre évalués avec une exlrême précision graphique.
- Pour caractériser à la fois le but de la méthode que je viens d’exposer, et celui de l'appareil qui sert à l’appliquer, j’ai désigné celui-ci sous le nom de Télémétrographe. Colonel Laussedat.
- ORIGINE DU TÉLÉMÉTROGRAPHE
- Le lecteur ne sera peut-être pas fâché de trouver ici quelques renseignements sur l’origine du télémétrographe dont le nom nous semble parfaitement justifié par l’emploi qui a été fait de cet appareil pendant le siège de Paris.
- En 1846, 1847 et 1848, M. Laussedat, alors capitaine du génie, attaché à la direction de Bayonne, avait été chargé d’importantes études topographiques sur la frontière des Pyrénées occidentales.
- En dehors de levés réguliers des positions militaires que l’on pouvait se proposer d’occuper par des ouvrages (le fortification, il fallait encore faire des reconnaissances étendues dans tout le pays environnant.
- Pour gagner du temps, le capitaine Laussedat se bornait, le plus souvent, à faire de simples croquis de paysages dont il se servait ensuite pour ajouter aux cartes qu’il avait à sa disposition certains détails importants, par exemple, pour y indiquer le tracé des nouvelles routes, pour mieux accentuer le relief du terrain, etc. *.
- Le procédé qui consiste à construire la carte, c’est-à-dire la projection horizontale du terrain, à l’aide de perspectives naturelles qui sont des projections coniques, a été employé depuis près d’un siècle par le célèbre ingénieur-hydrographe Beattfemps-Beaupré, mais il était encore peu usité, il y a quarante ans, sans doute paree qu’il exigeait de la part des opérateurs un talent de paysagiste qui n’est pas commun.
- Après s’être exercé de son mieux, le capitaine Laussedat eut l’idée de recourir à la chambre claire de Wol-laston dont, avec quelques heureuses modifications, il parvint à faire un instrument de mesure d’une remarquable précision.
- Non seulement cet instrument perfectionné lui fournissait les éléments de la projection horizontale du terrain, — les seuls dont Beautemps-Beaupré se fût préoccupé, — mais il lui donnait en même temps ceux du nivellement2, et même le [moyen d’évaluer directement les distances de certains objets remarquables, d’après leur grandeur apparente mesurée sur le dessin du paysage.
- C’est, en cherchant, dans cet ordre d’idées, à Obtenir une plus grande approximation par l’amplification des mages, que le capitaine Laussedat songea à l’emploi d’une lunette placée en avant du prisme de la chambre claire. On trouve, à ce sujet, dans le premier mémoire adressé, en 1850, par cet officier au comité des fortifications, et publié en 1854 dans le n° 16 du Mémorial de l'officier du génie (pages 237 et suivantes), le principe très clairement exposé de l'appareil composé d’une lu-
- 1 La carte de l’état-major, à l'échelle de 1/80000, n’existait pas encore pour cette partie de la France.
- 2 II avait fallu, pour eela, faire travailler les angles du prisme de la chambre claire avec le plus grand soin, et nous ne saurions trop prémunir les personnes qui cherchent à se procurer la chambre claire de M. Laussedat contre les mauvaises constructions, qui la privent de ses qualités essentielles.
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- nette, d’un prisme et d’une planchette auquel il n'avait pas d’abord jugé à propos de donner un nom spécial, mais que, pour des motifs qu’il est inutile de développer ici, il s’est décidé à appeler le tèlèmétrographe *.
- M. Laussedat ne s’est pas borné à l’emploi des perspectives dessinées à la chambre claire. 11 était trop naturel qu’il lui vînt à l’esprit de recourir à la photographie.
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- L’OUTILLAGE DE L’AMATEUR2
- Ne croyez pas que pour s’occuper de travaux manuels, il soit indispensable de disposer d’un logement spacieux, dont on se réservera une ou plusieurs pièces pour les transformer en atelier. De même qu’il y a des jardiniers en chambre qui font de l’horticulture sur le bord de leur fenêtre, il y a aussi des amateurs ingénieux qui, logés à l’étroit, savent tirer parti du moindre coin pour s’y installer confortablement. Examinons à ce point de vue quel pourrait être l’outillage de l’amateur en chambre. Voici (fig. 1) son établi qui se composera d’un plateau de hêtre de cinq centimètres au moins d’épaisseur, sur quarante de largeur environ, et d’une longueur variable avec l’emplacement dont on dispose. Il peut être monté sur quatre pieds massifs, comme une table, ou bien fixé au mur de façon à pouvoir se rabattre à volonté ; dans ce cas, il est soutenu en avant par deux pieds dont l’extrémité supérieure est terminée par un fort tenon qu’on emboîte dans deux mortaises correspondantes entaillées sous le plateau. Si l’on travaille assis, le dessus de l’établi doit être à 70 ou 72 centimètres du sol. Pour éviter les vibrations transmises au plancher de l’appartement et atténuer le bruit, on place un épais paillasson sous l’établi, ou l’on colle sous les’pieds une grosse rondelle de caoutchouc ; dans ce cas il faudra toujours préserver le plancher des taches d’huile et autres au moyen d’un large carré de toile cirée.
- L’étau E qu’on choisira un peu fort et à mâchoires parallèles, — ce qui donne un serrage plus exact et plus énergique, —se fixe à l’établi au moyen d’une griffe et d’une vis de pression, d’où lenom d’étau à agrafe. Il peut donc s’enlever à volonté.
- Une petite enclume ou bigorne se place à l’extrémité gauche de l’établi dans une mortaise ayant la forme exacte de la soie, ou pied de la bigorne, qui ne doit y entrer qu’à frottement dur. La bigorne est percée d’un trou arrondi ou carré.
- En L on voit un morceau de bois saillant dit cheville d’établi, qui est représentée à part (fig. 2 I)) pour montrer comment elle se fixe à l’établi. On s’en sert pour appuyer dessus les objets qu’on tient à la main pour les limer, gratter ou polir.
- Pour maintenir solidement les objets qu’on tra-
- 1 On trouve également, dans un recueil bien répandu, le Magasin pittoresque, année 1861, tome XXIX, p. 45, le premier spécimen de champ de lunette, dessiné à la chambre claire, qui ait été publié.
- * Voy. n° 620, du 18 avril 1885, p. 319. .
- vaille, on se sert de petits étaux, dits étaux à main, dont nous figurons les trois formes principales. A est l’étau à main type dans lequel on pince les pièces à dégrossir : on en fait qui sont emmanchés ; B sert à tenir des tiges métalliques, qui peuvent le traverser dans toute sa longueur ; G est un étau en bois dur, destiné à serrer les pièces délicates qui garderaient l’empreinte des mâchoires des étaux en métal.
- Sur l’établi sont représentés la plupart des outils indispensables pour le travail des métaux. Nous n’avons pas figuré les pinces, limes diverses, marteaux, etc., que tout le monde connaît, et dont il y a une innombrable variété ; on se les procure au fur et à mesure des besoins, suivant le genre de travail du moment. L’équerre, une règle divisée en millimètres, des compas, sont des instruments trop souvent dédaignés par l’amateur et cependant indispensables. Le drille (5) sert à percer des petits trous dans les pièces de peu d'épaisseur, préalablement marquées d’une dépression au moyen d’un coup de pointeau. Une tige d’acier bien trempé, aiguisée en pointe, sert à tracer des lignes et des repères sur le métal, au moyen de l’équerre et de la règle; on l’appelle pointe à tracer. De petites cisailles (9) servent à tailler les feuilles de métal, mais il ne faut jamais s’en servir pour couper du fil de fer ou des clous ; cet usage doit être exclusivement réservé aux tenailles ou pinces coupantes. Des filières (H et 12) servent à faire des petites vis; les filières à coussinets (11) seront préférées comme étant d’un emploi plus commode et plus sûr. On les vend accompagnées de tarauds correspondants, dont la trempe laisse souvent à désirer; et c’est une surprise désagréable, surtout pour un amateur novice, de voir un taraud se casser net au ras d’un écrou borgne.
- Un chalumeau (10) et une lampe à alcool (15) sont d’un usage fréquent pour braser, souder ou chauffer de petites pièces.
- Une petite scie, dite bocfil, comme celles dont se servent les horlogers, est utile pour débiter le métal et le découper suivant une forme tracée. Comme on emploie des scies analogues pour le découpage du bois, il faut avoir soin, quand on s’approvisionne de lames de scie, de spécifier des lames pour métaux.
- Si l’amateur peut ajouter à cela un petit tour de la grandeur d’une machine à coudre ou mieux encore une belle machine à découper, munie de tous ses accessoires, tour, scie cirelilaire et meules à aiguiser, il sera à la tète d’un outillâge assez complet pour lui permettre d’exécuter de petits chefs-d’œuvre et de faire toutes sortes de menues réparations dans son intérieur. Non seulement il pourra travailler les métaux, mais encore l’os, l’ivoire, la nacre, les bois précieux; et avec les minuscules rabots américains que l’on vend chez tous les quincailliers, une râpe à bois et un assortiment de papier verré, il pourra faire de la menuiserie en miniature.
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- Occupons-nous maintenant de l’amateur de province qui habite une petite ville ou la campagne. C’est à celui-ci que la connaissance et l’exercice des arts mécaniques sont le plus indispensables, soit pour suppléer à l’insuffisance des artisans de profession, soit pour tromper l’ennui des longues journées de mauvais temps. Et vous, habitants de la grande ville, qui allez en villégiature pour reposer votre cerveau surmené et oxygéner votre sang appauvri, écoutez les sages conseils de Paulin-Desormeaux: « Vous n’êtes pas venus à la campagne, dites-vous, pour orner votre esprit, mais pour fortifier votre corps. Eh bien, occupez-vous de ces arts utiles auxquels nous devons les douceurs de la vie physique, b’art du menuisier, celui du serrurier et du tourneur, rempliront convenablement vos loisirs et vous
- procureront des plaisirs d’autant plus vifs qu’ils sont, pour ainsi dire, nés avec nous. Dès l’enfance, l’homme aime à couper le bois, à construire, à limer. II faut arracher aux enfants les outils avec lesquels ils se blesseraient... Revenons donc à ces arts mécaniques, et commençons par celui du menuisier. Peu de règles à apprendre, peu de temps d’apprentissage feront de vous un menuisier amateur assez savant. Je veux que vous sachiez bientôt faire la barrière qui entoure votre jardin, la porte qui ferme le kiosque dans lequel vous aimez à être seul: vous ne serez plus obligé de confier à d’autres mains le soin d’arranger les tablettes de votre bibliothèque, vous construirez vous-même la loge de votre chien fidèle, la volière <le vos oiseaux, la cabane de vos canards. L’application que vous mettrez à ces travaux vous
- Fig. 1. — L’établi de l'aiuateiir avec ses outils.
- 1. Kquevre. — t. Compas ordinaire. — 5. Compas d’épaisseur. — 4. Fer à souder. — 5. Drille. — fi. Polissoir eu acier. — 7. Brunissoir en agate. — 8. Brosse à polir. — 0. Cisailles. — 10. Chalumeau. — 11. Filière à coussinets. — 1 i. Filière ordinaire. — 13. Lampe à alcool. — B. Bigorne. — K. Étaii. — L. Cheville d'établi.
- fera trouver trop courts les jours les plus longs, et l’exercice modéré qu’ils exigent vous procurera un doux sommeil pendant l’ombre des nuits; vous ne verrez pas la pluie qui battra vos vitres, vous ne vous occuperez pas des tourmentes de l’air ! »
- C était en 1820 que Paulin Desormeaux écrivait ces lignes dans un petit ouvrage aujourd’hui introuvable, les Amusements de la campagne, et je les recommande aux méditations de mes lecteurs. Rien en effet n’est plus utile à la santé que l’exercice modéré et régulier que donne la pratique des arts mécaniques. Pendant que le corps travaille, l’esprit se délasse, et dans la plus saine et la plus morale des distractions, on trouve encore le moyen d’accroître son bien-être en rendant son intérieur, son home, plus confortable et plus attachant.
- À la campagne ce n’est généralement pas l’espace qui fait défaut, et plus que partout ailleurs aussi, on trouve l’occasion de s’exercer à toute espèce de travaux. Beaucoup d’amateurs commencent par un peu de menuiserie et de charronnage; puis, par la force dos choses ils se trouvent entraînés à s’occuper du tour et de la serrurerie. Quand la disposition des lieux le permet, on établit ses ateliers en dehors de la maison, dans les communs, ou l’on se fait construire, comme je l’ai vu quelquefois, un petit bâtiment que l’on approprie tout particulièrement à ses besoins. Voici l’une des dispositions que j’ai rencontrées : le bâtiment est séparé en trois compartiments par des refends avec portes intérieures faisant communiquer les trois pièces. Dans celui du milieu se trouvent la forge et l’atelier de serrure-
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- rie; tlatis l’une des pièces voisines la menuiserie, dans l’autre, les tours. Voici un plan qui fera comprendre cette disposition (fig. 3).
- En À se trouve la porte d’entrée qui ouvre dans l’atelier de serrurerie F. La forge est placée dans le fond, et l’établi de serrurerie en face d’une petite fenêtre, munie d’un store ou écran mobile, avec lequel on peut diminuer à volonté l’éclairage de la pièce : car, ainsi qu’on a pu le remarquer, les forgerons travaillent toujours dans une demi-obscurité, le grand jour empêchant de bien apprécier les différentes phases de la chauffe du fer.
- En M se trouve la menuiserie, largement éclairée par un vitrage à châssis mobile qui permet de faire passer les planches ou longues pièces que l’on travaille.
- Dans la pièce T se trouvent les tours, l’un placé en face de la fenêtre, l’autre contre le mur, mais disposés tous les deux de façon que le jour arrive à la droite
- de l'ouvrier. Dans l’atelier que j’ai visité, l’un des tours B servait pour le bois et les ouvrages un peu grossiers, l’autre G était un tour parallèle destiné aux travaux de précision.
- A la rigueur, on peut placer les tours dans l’atelier de menuiserie, mais jamais dans l’atelier de serrurerie, où ils se- ,
- Fig. 2. — Les outils de [l’umateui'.
- A. Etau à main. — B. Étau à main, percé. — C. Étau à main en 1). Cheville d’établi pour limer à la main.
- bois.
- ment les amateurs ne sont guère au courant du prix de ces objets, on en profite pour leur faire payer les outils d’occasion aussi cher, sinon plus, que les neufs. Le seul avantage qu’on peut trouver, c’est que des outils ayant déjà servi ont en quelque sorte fait leurs preuves, et s’ils ne sont point détériorés, ils seront d’un bon usage.
- Les outils neufs s’achètent chez les outilleurs, dans des maisons spéciales, ou chez les quincailliers. Voici ce que l’expérience m’a appris à ce sujet. Les outilleurs, c’est-à-dire les ouvriers qui fabriquent spécialement ce genre d’outils, vendent un peu plus cher, mais leurs ouvrages sont bien soignés : je ne leur reproche que d’employer fréquemment des bois trop frais qui gauchissent et se déforment en séchant. Chez les quincailliers, il y a du bon et beaucoup de mauvais : il faut savoir choisir et surtout n’acheter qu’à la condition que l’outil soit livré prêt à marcher, c’est-à-dire la scie affûtée, le rabot et la varlope affûtés et dressés, etc. Quant aux maisons spéciales pour amateurs, je n’ai jamais eu à m’en louer, et je ne suis pas le seul. Je ne parle pas, bien entendu, de certaines grandes maisons spéciales pour l’industrie, qui ont une réputation justement méritée : malheureusement elles sont inconnues à
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- raient rapidement oxydés et détériorés.
- Un atelier doit être exposé au nord ou à l’est. Cette recommandation est surtout importante pour la menuiserie : car si l’exposition est trop chaude, les bois gauchissent, les outils jouent et se déforment, et tout travail devient impossible.
- II est vrai que beaucoup d’amateurs ne sont pas à même de s’offrir le luxe d’une construction spéciale, et chacun s’arrange comme il peut. Quoi qu’il en soit, voici des conseils généraux qui seront, je crois, profitables à tous les débutants et leur éviteront bien des mécomptes. Parlons d’abord de l’outillage de la menuiserie.
- La menuiserie. — Vous pouvez acheter vos outils neufs ou d’occasion. Mais comme habituelle-
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- Fig. 5. — Plan d’un atelier d’amateur à la campagne.
- la grande majorité des amateurs, parce qu’elles ne font aucune publicité.
- Les outils de menuisier se font en charnu ou en cormier. Le pre-mierest plus économique et plus léger. L’établi seul est on hêtre : ceux qu’on trouve dans le commerce ont généralement une presse beaucoup trop faible. Il faut savoir aussi qu’il y a trois variétés d’établi, celui dit de menuisier, l'établi d'ébéniste, et l'établi allemand. C’est à chacun de choisir suivant ses goûts, et suivant sa bourse. Mais, croyez-moi, laissez de côté toutes ces curiosités mécaniques, dont certains fabricants vantent les avantages à l’amateur naïf : défiez-vous des valets articulés, des rabots à combinaisons, des scies à montures métalliques, etc., etc. L’amateur n’a point besoin d’un outillage si perfectionné, et
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- les objets les plus coûteux et les plus compliqués ne sont pas toujours les meilleurs. Il lui sera beaucoup plus utile (le se procurer une belle meule et une bonne pierre à l’huile pour affûter ses outils : car, c’est un fait connu que les outils d'un amateur ne coupent jamais bien ; il faut dire à son excuse, que le travail d’affûtage est fort ennuyeux, difficile, et qu’on n’acquiert une certaine habileté qu’après une longue pratique. N’avant pas l’intention de parler du travail du menuisier, je n’insisterai pas davantage sur ce sujet, et je terminerai par un conseil pratique. Lorsque vous prévoyez devoir cesser de travailler pendant quelque temps, ayez soin de détendre vos scies, et de desserrer les coins de vos varlopes, rabots, bouvets et outils du même genre. Sans cette précaution vous les retrouverez plus ou moins déformés et hors de service. A. B.
- — A suivre. —
- CHRONIQUE
- Le Syndicat professionnel des industries électriques a tenu une assemblée générale le 2 juin dernier. Cette assemblée avait pour objet principal de soumettre aux adhérents, le texte des nouveaux statuts de l’association mis en harmonie avec les prescriptions de la loi du 21 mars 1884. Ces statuts ont été approuvés et le Syndicat a dès à présent une existence légale.
- La chambre syndicale nommée par la précédente assemblée se compose de MM. Lemonnier président ; Lazare Weiller, Postel Vinay Sciama, vice-présidents; Henry Yivarez, Josse, secrétaires; Guichard^, trésorier; Barbier, BouilhetO Carpentier, Delahave J§,Ducretet, Geoffroy, Lévy, Maiclie, Henry Menier , Mora, Mors, Napoli lladiguet, Recopé Picou.
- La chambre s’est déjà mise à l’œuvre. Dès sa reconstitution elle s’est préoccupée des questions qui présentent un intérêt immédiat pour l’industrie électrique. Elle a nommé une commission pour l’étude des tarifs de douane et des tarifs de transport. Cne autre commission a été chargée de rendre compte de l’Exposition d’Anvers. Une troisième s’est déjà rendue chez M. le Ministre des postes et télégraphes auprès de qui elle a trouvé un accueil des plus bienveillants pour lui demander d’être entendue par la commission qui s’occupe de réglementer l’emploi des canalisations électriques.
- Pour continuer son œuvre d’intérêt général, la chambre compte sur l’adhésion de tous les industriels qui s’occupent des applications de l’électricité.
- Le soussigné, secrétaire de la chambre, fait appel au concours de tous les électriciens ; il sera heureux de fournir aux personnes qui désireraient faire partie du Syndicat, les explications qu’elles jugeront nécessaires. II tiendra à leur disposition des exemplaires des statuts.
- Henry Yivarez.
- Pile de IW. Bazin. —Un certain nombre de lecteurs nous ont demandé des renseignements sur la nouvelle pile de M. Bazin qui vient d’être présentée par son auteur à la Société internationale de» Electriciens, dans sa séance du 10 juin dernier. Chaque batterie se compose d’un certain nombre d’éléments au bichromate de potasse à un ou à deux liquides, dans lesquels les électrodes circulaires, zinc et charbon, sont montées sur un axe com-
- mun, mis en rotation, à la vitesse d’un tour environ par -minute, à l’aide d’un petit moteur électrique alimente parun élément distinct, monté sur le même axe. Nous n’avons pas jusqu’ici de données exactes sur la puissance, le débit, la consommation et le rendement de cette pile, mais elle est actuellement en expérience dans le laboratoire dé notre collaborateur M. Ed. Hospitalier, et nous la décrirons prochainement, avec dessins et chiffres à l’appui, lorsque les essais seront terminés.
- CORRESPONDANCE
- PIERRES d’iUROXDELEE ET YEUX Ii’ÉOREVISSES.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans le numéro 627 de La Nature, du 6 juin 1885, p. 5, vous parlez des pierres d’hirondelles; le dessin que vous reproduisez, ainsi que la nature de la pierre dont il e^l question, font reconnaître leur identité, avec les yeux d'écrevisses (concrétion calcaire que l’écrevisse produit un peu avant la mue et qui lui sert à reformer sa cara-pace).
- Quant à leur présence dans certains nids d’hirondelles, elle s’explique par le matériel même de ces nids : en prenant de la vase et du sable dans les ruisseaux, l’hirondelle peut y trouver parfois une de ces pierres.
- Ayant été établi en Alsace, j’ai eu souvent l’occasion de vendre des yeux d’écrevisses pour extraire les poussières des yeux.
- Agréez, etc. C. Steiner,
- Phurmaeien, à Paris
- Monsieur le Rédacteur,
- Permettez-moi de compléter le très intéressant article de M. Guyot-Daubès, sur les pierres d’hirondelles, par quelques mots sur les yeux d’écrevisses : dans bien des pays ces derniers sont employés aux mêmes usages que les pierres d’hirondelles, et on peut, leur attribuer mot à mot tout ce que M. Guyot-Daubès a dit de ces pierres. Chaque année, en juillet et août, les écrevisses changent de carapace ; pendant ces deux mois, l’on trouve dans la cavité thoracique, aux deux côtés de l’estomac ou de l’œsophage, de petites concrétions rondes concaves d’un côté, convexes de l’autre et blanches que le public appelle yeux d’écrevisses ; leur composition est celle de l’écaille d’huître, du carbonate de chaux relié par une matière gélatineuse. Ces concrétions servent de moyen mécanique pour enlever les corps étrangers de l’œil et ont sur la pierre d’hirondelle le mérite d’être très répandues et d’un prix modique, car on les vend à peu près partout cinq centimes la pièce. E. Reeb,
- PharniaCieu, à Strasbourg.
- SUR I.A FABRICATION DE L ARTILLERIE FRANÇAISE.
- Paris, le 10 juin 1825.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans son numéro du 16 mai 1885, lu par nous tardivement, le journal La Nature contient, sur les travaux d’artillerie exécutés par nos usines du Creusot, l’indication que « le Creusot n’a pas encore fabriqué de canons, mais seulement des tubes. »
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- I . A N A T Li \\ E.
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- La pari qu'ont prise nos établissements à la construction du matériel d’artillerie en France, pour la guerre et la marine, est trop considérable pour que nous nous dispensions de rectifier une inexactitude qui peut nuire à la lois à nos intérêts et à l’autorité de votre publication.
- Depuis qu'elles ont entrepris la construction des bouches à feu, outre les quantités construites pour l’étranger, nos usines du Creusot ont livré au gouvernement français près de 550 pièces de divers calibres, entièrement finies et prêtes à tirer.
- Dans ce nombre figurent les premiers canons des divers calibres du modèle de M. le colonel de Bange, qui aient été exécutés pour le Ministère de la guerre français. Environ 80 canons de ce modèle sont dans ce cas. Quant aux affûts et aux tubes des canons, sans parler des frottes, c'est par milliers qu’il faudrait compter.
- Nous avons la confiance que vous voudrez bien insérer cette rectification dans votre prochain numéro ; nous croyons pouvoir compter en cette circonstance sur votre impartialité.
- Yeuillez agréer, etc. Schneider et Cie.
- Dans son remarquable article publié sur le grand canon de Bange (n° 625, du 9 mai 1885), article qui a été reproduit par un grand nombre de journaux, notre savant collaborateur, M. le lieutenant-colonel Ilennebert, avait dit : « Depuis quelques années nombre de bouches à feu de tout calibre sont sorties des ateliers du Creusot, des Forges et chantiers de la Méditerranée et des anciens établissements Cail. » M. le lieutenant-colonel Ilennebert étant absent, nous ne saurions rien ajouter aujourd’hui au sujet de la notice complémentaire qu’il a insérée postérieurement. Nous nous empressons toutefois, en attendant que notre collaborateur prenne la parole s’il le juge nécessaire, d’insérer la réclamation de M. le directeur du Creusot, comme nous l'avons fait de celle de M. l’administrateur des Forges et chantiers delà Méditerranée. G. T.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juin 1885.— Présidence de M. Boulet.
- Anesthésie rationnelle. — A l’époque où M. Paul Bert a présenté à l’Académie ses essais de l’emploi sur l’homme de la méthode anesthésique par les mélanges titrés d’air et de chloroforme, les principales objections auxquelles il a eu à répondre portaient sur le dispositif expérimental. 11 était difficile de changer le titre du mélange et les dosages nécessitaient l’intervention de l’homme, intervention sujette à l’erreur, dangereuse par conséquent. L’auteur dut donc faire appel aux constructeurs pour leur demander de composer un appareil qui lut peu volumineux, peu fragile, facile à manier, où il fût aisé de changer les doses, où les accidents eussent pour résultat de diminuer la teneur du mélange en chloroforme et jamais de l’augmenter, où, enfin, les dosages agissent d'une manière tout à fait automatique. M. le Dr Raphaël Dubois a fait construire par M. Tatin un appareil que M. Paul Bert présente aujourd’hui à l’Académie et qui remplit tous ces desiderata. Nous renvoyons le lecteur à la notice qui a été précédemment publiée à ce sujet dans La Nature. (Voy. n° 616, du 21 mars 1885, p. 241).
- Sur la queue de l'embryon humain, -7— il résulte des recherches d’un savant professeur de Gwiiève, M* Her-
- mann Fol, que l’embryon humain présente un nombre de vertèbres supérieur à celui de l'adulte.
- « Deux embryons, du plus bel aspect et parfaitement frais au moment où ils me furent remis, dit l’auteur, ont été photographiés et puis ensuite traités et mis en coupes. Les séries de tranches sont irréprochables, et l’une des deux, comprenant 320 sections, a été tout entière dessinée à la chambre claire, avec le plus grand soin. Eu comparant ces 320 dessins, il est facile de compter, sans aucune chance d’erreur : 1° les ganglions rachidiens; 2“ les myomères ; 5° les cartilages naissants des corps des vertèbres. Les trois numérations se contrôlent et se confirment mutuellement, puisque elles donnent toutes trois le même résultat ; L’embryon humain de 8 à 9 millimètres a 58 vertèbres.
- « Ce résultat est confirmé encore par l’examen des photographies des pièces fraîches, car l’on y distingue facilement 35 myomères, et de plus, une région occupant le quart externe de la queue, où les limites ne sont plus visibles à travers la peau. Or les coupes nous apprennent que, dans ce dernier quart, contrairement à l’opinion de Ecker et de M. His, le mésoderme est divisé avec la plus grande netteté en une double rangée de somites qui s’étend jusqu’à la dernière extrémité de la queue, tout en présentant, il est vrai, des dimensions régulièrement décroissantes, jusqu’au 38e somite qui ne mesure plus que 37 microns de diamètre.
- « Ce fait n’a rien de tératologique ; il est pleinement confirmé par plusieurs autres embryons, parfaitement normaux et d’âges un peu différents, que je possède.
- A l’exception des deux dernières, toutes les vertèbres caudales ont un blostème de corps cartilagineux, semblable, sauf pour les dimensions, à celui de toute autre vertèbre de la série. Les deux dernières ne sont plus indiquées que par des myomères, parfaitement distincts du reste. L’ex-trémiténiême de la queue est formée par la terminaison du tube médullaire, recouverte seulement par la peau. La chorde dorsale s’étend aussi jusque tout près de cette extrémité.
- «Les dernières vertèbres caudales n’ont qu’une existence très éphémère; déjà sur des embryons de 12 millimètres, c'est-à-dire de six semaines, la 38e, la 37* et la 36e vertèbre se confondent en une seule masse, et la 35e elle-même n'a plus des limites parfaitement nettes. Un embryon de 19 millimètres n'a plus que 54 vertèbres, la 34e résultant évidemment de tla fusion des quatre dernières ; à ce moment, la queue dans son ensemble est déjà beaucoup moins proéminente.
- « 11 résulte de ces faits, que l’embryon humain, pendant la cinquième et la sixième semaine de son développement, est muni d’une queue incontestable régulièrement conique, allongée et qui mérite, sous tous les rapports, le nom que je lui donne. Cet organe, évidemment dépourvu de toute utilité physiologique, doit être classé au nombre des organes représentatifs. »
- Exploration scientifique du Tonkin. — M. l’ène Sicfert propose d’envoyer au Tonkin une nombreuse commission scientifique. L’auteur, qui a vécu pendant de longues années dans l’extrême Orient, connaît à fond le caractère des populations asiatiques ; il apprécie selon leurs mérites les diplomates chinois « subtils, retors, souples sous un masque, d’impassibilité, tenaces sous une apparence d'abandon, et capables en se jouant de lasser tous les Talleyrands occidentaux; » il a été le témoin des lourdes fautes qui omt amené les désastreux événements dont s’est émue, à si bon droit, F Opinion publique. Aussi a-t-il toute
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- LA NATURE.
- compétence pour indiquer le moyen de faire dans l’Annam de la besogne utile. Citant ce mot du cardinal de Retz : (( On ne va jamais si loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va, » il conseille « l’exploration du pays par une mission de spécialistes : ingénieurs et géologues, naturalistes et médecins, agronomes tropicaux, délégués des chambres île commerce, etc. » Le sol et le sous-sol, les cultures et les produits naturels, les particularités de la faune et de la flore, l’hygiène requise par le climat, les voies commerciales, les échanges possibles, la caractéristique de la race, tout cela n’a été qu’effleuré dans l’Annam. 11 n’existe encore aucun travail d’ensemble qui autorise, sur n’importe quel sujet, des conclusions définitives, une orientation rationnelle pour l’action et les entreprises ultérieures à coup sûr.
- Echinides jurassiques. — Par l'intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards, M. Cotteau adresse des considé-
- rations générales sur les oursins fossiles. Les plus anciens, en France, datent du terrain carbonifère, on en retrouve dans les trias, et ils atteignent leur maximum dans le terrain cornwallien. Alors vivaient 525 especes réparties en 50 genres ; on sait que 50 espèces tout au plus existent vivantes aujourd’hui. Du nombre sont deux genres qui datent des temps jurassiques et qui ont persisté jusqu’à nos jours : le Staminechinus et le Cidaris.
- Varia. — M. Colin (d’Alfort) étudie et démontre la non-transmissibilité de la diphtérie de l'homme à l’animal. — Un mémoire sur les failles de l’Espagne est adressé par M. Macpherson. — MM. Bonnier et Mangin continuent leurs études sur la respiration végétale. — D’après M. Morin, le cadmium mis en présence de l’azotate d’ammoniaque passe à l’état d’azotite.
- Stanislas Meunier.
- Eruption du Vésuve eu mai 1883. (D’après les dessins de M. Nicole Lazzaro.)
- L’ÉRUPTION DU YÉSUYE
- MAI 1 88o
- Nous avons précédemment signalé l’éruption qui a commencé à se manifester au Vésuve le 2 mai 18851. Des torrents de laves accompagnés d’un abondant dégagement de nuages de fumées et de poussières, se sont mis à jaillir de trois orifices, ouverts tout à coup ; on a pu craindre l’apparition de quelque phénomène menaçant, mais il est à présumer actuellement qu’il s’agit seulement d’une éruption de faible intensité, dont les voisinages des cratères volcaniques sont fréquemment le théâtre. Les torrents de lave, qui se sont écoulés de l’une des bouches volcaniques ouvertes le 2 mai, ont glissé sur la montagne jusque dans le
- voisinage delà station supérieure du chemin de fer fu-
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- 1 Voy. u0 trio, du ‘23 niai 1885, p. 51)8. • "
- niculaire; quelques crevasses se sont formées dans le voisinage de la gare, et le service du chemin de fer a du être immédiatement arrêté. La lave pendant quelques jours s’est répandue peu à peu au milieu des campagnes avoisinant les villages de Torre del Greco et de Torre Annunziata ; on pouvait craindre à ce moment de graves dévastations, mais les dégâts ne se sont pas étendus au delà du domaine des cultures.
- Le Vésuve est actuellement rentré dans une période de calme, et les visiteurs abondent aux alentours des nouveaux cratères. La gravure que nous publions ci-dessus représente le phénomène éruptif du 2 mai, dans le fort de sa manifestation ; elle est faite d’après le dessin d’un artiste italien, M. Nicolo Lazzaro.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieu.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Flcurus, à Paris.
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- N° 030
- 27 JILN 1885
- LA MATURE
- L’AMIANTE
- APPLICATIONS ET PRÉPARATIONS INDUSTRIELLES
- L’uiniaiile ou asbeste constitue, connue on sait, une espèce minérale formée d’un silicate double
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- hydraté de chaux et de magnésie renfermant un peu d’oxyde de fer ou d’alumine; il se présente habituellement sous la forme de lilaments soyeux souvent nacrés et onctueux au toucher, qui lui donnent en quelque sorte l’aspect d’une matière organique. Cette espèce est incombustible et infusible,
- elle paraît bien s’embraser dans le feu, mais quand elle en est retirée elle revient immédiatement a son étal naturel sans avoir subi d’altération. Cette propriété de l’amiante paraît avoir été remarquée depuis
- une époque très lointaine, et les anciens se servaient dit-on, de cette matière pour préparer les linceuls qui devaient envelopper les cadavres a briller sur les bûchers : ils pouvaient ainsi recueillir les cendres des
- Fig. — Effet de la peinture d’aniiaute eu cas d’iuceudie. A gauche, maison de bois dont une moitié a été peinte à l’amiante. Au milieu, et à droite, la même maison, pendant l’incendie et après l’incendie.
- morts à l'intérieur de la toile sans qu’elles fussent mélangées avec celles des combustibles employés. Quoi qu’il en soit, le secret de cette fabrication s’était complètement perdu, et l’amiante est resté seulement une curiosité naturelle dont on n’a pas songé avant nos jours à faire une application industrielle. Toutefois cette question paraît résolue maintenant, et on est arrivé récemment à tisser T amiante en quelque sorte pour en fabriquer une grande variété 13e annéfc. — 2° semestre.
- d’objets qui seront d’un usage précieux dans les incendies en raison de leur propriété incombustible ; on en fait des gants, des habits, et surtout des cordes de sauvetage, l’amiante est entré dans la composition de peintures et de revêtements qui rendent incombustibles les bois sur lesquels ils sont appliqués; comme il est peu conducteur de la chaleur, inattaquable par les acides et sans action sur le métal, il sert très avantageusement d’enveloppe et
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- LA NA T Lit K.
- surtout de joint pour les conduites de vapeur, et il forme ainsi un revêtement tout à fait inaltérable.
- La fabrication industrielle de l’amiante prend aujourd’hui un nouveau développement sous la direction d’une compagnie anglaise résultant de la fusion de trois compagnies rivales anglo-italiennes, et dont les usines sont installées en Angleterre à Birmingham pour les produits peints, et à Ilarefield près Mick-mansworth dans une situation très avantageuse sur le grand Banal et à proximité des chemins de fer du Créât Western et du London and Nortii Western.
- Cette compagnie s’est assuré la propriété des principaux gisements d’asbeste dont la présence a été reconnue dans différents pays, notamment en Italie, en Angleterre, en Corse et au Canada. L’asbesfe d’Italie forme l’espèce la plus recherchée, car il donne de très belles libres présentant la résistance et l’aspect du lin ; elles sont plus faciles à séparer, et d’une longueur atteignant souvent plusieurs mètres. De plus cette matière est particulièrement grasse et aussi onctueuse au toucher que le savon, elle peut être ainsi appliquée avec grand avantage pour les garnitures de tiges de piston, par exemple.
- L’amiante d’Italie se rencontre en poches et en gisements dans les régions des Alpes et dans un rayon de 100 kilomètres environ autour de la ville de Milan. Cette matière présente dans des gisements une grande consistance, et l’extraction exige presque toujours l’emploi de la dynamite pour séparer les blocs à détacher.
- L’amiante des autres pays est moins apprécié que celui d’Italie, car les fibres en sont très courtes, et présentent entre elles une adhérence considérable, obligeant à les briser complètement pour les isoler, aussi ne peut-il être utilisé que pour les applications de l’amiante en pâte ou en feuilles.
- L’usine de Harefield prépare les produits tissés en amiante, en employant des machines d’une disposition analogue à celles qui servent dans le travail de la laine. Les blocs d’amiante sont amenés à l’usine par eau en remontant la Tamise et le grand Canal, ils comprennent des morceaux de toute dimension variant depuis le volume qu’un homme pourrait prendre à la poignée, jusqu’à un poids de 100 kilogrammes environ. Le premier travail à effectuer consiste à isoler les fibres en les détachant sans les briser. On emploie à cet effet une machine d’une disposition toute spéciale représentée dans la figure 1 ; elle comprend une sorte de laminoir dont les deux cylindres présentent une surface hérissée de dents en pointes. Ces cylindres tournent sur eux-mêmes avec la même vitesse tangentielle et ils sont animés en même temps d’un léger mouvement de translation sur leurs axes de sorte qu’ils agissent à la fois en appuyant longitudinalement sur les fibres et en les écartant dans le sens perpendiculaire à leur longueur pour les isoler sans les détériorer. Les axes des deux cylindres sont commandés à cet effet par la bielle qu’on voit sur la gauche de la ligure, et qui oscille autour de son pivot sous l'action de la
- barre d’un excentrique calé sur un arbre moteur.
- Le cylindre inférieur est commandé directement par deux roues d’angle, et le cylindre supérieur emprunte son mouvement à celui-ci par l’intermédiaire de deux roues dentées dont les axes sont articulés pour permettre de faire varier l’écartement des cylindres suivant l’épaisseur des morceaux passés au laminoir. Cet écartement est réglé d’ailleurs par un contrepoids de rappel disposé au-dessous du laminoir. .
- L’usine comprend trois laminoirs analogues de dimensions graduées servant à traiter des blocs de poids différents. En sortant du laminoir, les fibres d’amiante sont versées dans un bain d’eau bouillante où elles acquièrent une grande souplesse par l’action de la chaleur humide. Elles y sont maintenues dans un état de mouvement continuel par un agitateur tournant qui les relève hors de l’eau et les plonge alternativement dans le bain. Elles sont ensuite séchées dans des fours spéciaux chauffés à la vapeur, puis elles sont amenées sur une sorte de trieur qui opère le classement des fibres suivant leur longueur.
- Les longues fibres qui servent seules au tissage passent d’abord dans un nettoyeur, et sont ensuite classées en paquets ou écheveaux comprenant des fibres de même longueur, disposées parallèlement. Ces écheveaux sont ensuite tordus en fils qui sont ultérieurement tissés par une machine spéciale, d’une disposition analogue à celle des machines servant au tissage de la laine.
- Ainsi que nous l’avons dit, l’amiante en fil sert surtout à préparer des manteaux, des gants, des câbles, des vêtements de toute nature. Les produits d’amiante sont souvent revêtus d’une couche de toile, ou quelquefois de caoutchouc.
- Les fibres courtes sont broyées en farine dans un moulin spécial, et on en fabrique ensuite une pâte analogue à celle qu’on prépare avec les fibres végétales pour obtenir du papier. Cette pâte est préparée en mélangeant la farine d’amiante avec un peu d’huile de lin, et on y ajoute aussi quelquefois du caoutchouc, afin de lui donner l’élasticité nécessaire pour certaines applications. La pâte d’amiante ainsi préparée donne d’excellents résultats pour les revêtements calorifuges ; elle est en effet fort peu conductrice de la chaleur, et elle se maintient toujours à une température peu différente du milieu extérieur. Elle est appliquée pour le revêtement des conduites de vapeur, des chaudières,.et surtout pour la préparation des joints et des garnitures de toute nature ; étant inattaquable aux acides, et sans aucune action sur le métal, elle présente une durée illimitée pour ainsi dire.
- Une autre application intéressante qu’il convient de signaler est celle de l’amiante employée en peinture sur les bois qu’il rend à peu près incombustibles. L’expérience a montré en effet que les bois ainsi revêtus sont susceptibles de résister à l’action des flammes et des vapeurs acides contenues dans l’atmosphère beaucoup plus longtemps que les bois
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- LÀ N ATCU K.
- ordinaires sans revêtement. La ligure 2 montre une construction en Lois formée de deux compartiments exactement identiques, qui ont été exposés en même temps à l’action des flammes : la partie de-droite, formée de cloisons en Lois revêtues de peinture à l’amiante, a seule été préservée, tandis que celle de gauche a été consumée. M. Frédéric llrani-well, président de la Société des ingénieurs civils, constatait ce fait dans un discours du 15 janvier 1885, • en disant que si cette peinture ne met pas complètement à l’aLri de l’incendie les planches en Lois qui en sont revêtues, elle eu prévient du moins l’inflammation pendant un certain temps. En 1882, M. Gordon eut recours également à la peinture à l’amiante pour revêtir les noyaux en fer des machines dynamo-électriques, et il en obtint aussi des résultats tout à fait satisfaisants, qui donnent lieu de penser que cette application de l’amiante est appelée à recevoir un développement marqué dans un avenir prochain. L. IL
- (lVÉI'UBI.IQÜE argentine)
- Eli de nos lecteurs et amis, le l)r C. IL.., actuellement en résidence à Mendoza, nous adresse un récit émouvant et pittoresque des impressions qu’il a éprouvées pendant un tremblement de terre qui a eu lieu le 50 mars dans la localité qu’il habite. Nous nous empressons de publier ce récit qui fait voir dans quelle situation dramatique et terrible peuvent se trouver des populations, à l’heure de ces effroyables manifestations des forces souterraines.
- j'entendis connue le bruit lointain d’une locomotive d’où s’échappe la vapeur quand on purge ses tuyaux, puis le hurlement des chiens, puis le vent dans les platanes du boulevard où est construite ma maison; entin je vis l’angle de la muraille s'incliner lentement vers ma gauche pendant une seconde puis revenir brusquement en place ; seulement ce retour fut si brusque que je pris peur à la tiu et me précipitai vers la porte pour fuir. Impossible d’ouvrir la porte. Les chiens hurlaient de plus en plus fort. J’enfonçai ma porte, je gagnai le vestibule, puis le boulevard, où je me trouvai avec toute la population; la plupart des habitants, qui sortaient de leur lit, étaient en chemise. Le ciel était couvert et il ne tarda pas à tomber une petite pluie fine. Les chiens hurlèrent toute la nuit et la moitié des habitants passèrent la nuit dans les rues. Le bruit souterrain continua bien encore pendant une minute. II paraît que le tremblement qui détruisit Mendoza il y a vingt-trois ans environ eut lieu dans des circonstances analogues à celles que je viens de décrire.
- En résumé nous avons eu successivement trois secousses violentes; s’il y en avait eu une quatrième je crois bien qu’il en était fait de Mendoza. Le lendemain, je vérifiai l’exactitude de mon chronomètre chez le meilleur horloger de la ville ; je puis donc affirmer que les trois secousses eurent lieu en l’espace environ de huit secondes, à dix heures trente-quatre du soir, qu’elles consistèrent eu un mouvement lent d’inclination vers l’ouest et de retour brusque à l’est, que le ciel se couvrit de suite de brouillard et que durant trente secondes après la dernière secousse l’on entendit un bruit souterrain semblable au roulement lointain d’un train de chemin de fer.
- Dr C. B...
- Ce récit nous a paru émouvant clans sa simplicité pleine de vérité, et nous avons pensé que le lecteur le lirait avec intérêt, car il n’est pas fréquent de rencontrer des témoins de ces cataclysmes qui trop souvent, hélas! exercent de si épouvantables ravages.
- Le lundi 30 mars 1885, à dix heures et demie du soir, Je temps était splendide, la lune brillait à peu près au zénith. Je venais de rentrer et selon ma coutume je lisais en fumant une pipe (ceci aura sa raison tout à l’heure) avant de m’aller coucher. Nous étions aux derniers beaux jours de l’été et les fenêtres de mon cabinet étaient ouvertes, mais ne formant avec la ligne de la muraille, une au moins, qu’un angle inférieur à un angle droit. La façade de la maison regarde vers l’est.
- J’étais en train de lire un compte rendu de l’Académie sur les satellites de Mars, lorsqu’un des côtés d’une des fenêtres s’ouvrit brusquement et se ferma de suite avec fracas (lra secousse). Je crus qu’un chien était entré par la'fenêtre. Je me penchai vers ma gauche pour voir au bas de mon bureau. La fenêtre s’ouvrit à nouveau et je fus forcé de me retenir à mon bureau, ma chaise venant avec moi ; tout surpris je me redressai vivement, et au même moment je fus jeté à ma droite. J’eus un serrement brusque et inconscient des mâchoires, car je coupai avec les dents le tuyau de ma pipe qui se brisa à terre, le petit bout me restant aux dents ; au même moment j’eus une douleur au creux de l’estomac, en tout point comparable au début du mal de mer. Alors je pensai au tremblement de terre. Je me retrouve assis. Je prends vivement ma montre, lâche l’aiguille à seconde, regarde l’heure, et fixe l’angle du plafond situé en face de moi, 11 était dix heures trente-quatre minutes à ma montre — un bon chronomètre. — Six secondes après
- LA. PROPRIÉTÉ BATIE EN FRANCE
- D’après un relevé statistique fait par ordre du Ministre du commerce, dans les attributions duquel rentre le service de la statistique, on connaît assez exactement le nombre des maisons existant en France, et les résultats obtenus sont assez curieux pour que nous croyions devoir les relever. Il y a en France 7 609464 maisons d’habitation. Ces maisons comprennent 10729821 appartements ou logements. En dehors de ces logements consacrés à l’habitation, il y a 1 115347 locaux séparés servant d’ateliers, de magasins ou de boutiques. Autre détail curieux : c’est la répartition pour la France entière des maisons suivant le nombre de leurs étages. 11 y a 5996571 maisons n’avanf qu’un rez-de-chaussée, 2458563 maisons ayant un rez-de-chaussée et un étage, 851 547 maisons ayant un rez-de-chaussée et deux étages, 216429 maisons ayant un rez-de chaussée et trois étages, 86 354 maisons ayant un rez-de-chaussée, quatre étages et au-dessus. On voit que plus de la moitié des maisons de France n’ont qu’un rez-de-chaussée. Il n’y a que quelques rares départements ayant des maisons à quatre étages et au-dessus. Citons les suivants : Seine, 34 271. — Bouches-du-Rhône, 7375, — Rhône, 6185, — Seine-Inférieure, 3707. — Yar, 5739.
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- LA NATURE.
- MOTEUR A GRANDE -VITESSE
- SYSTÈME JACOMY
- Les applications, tous les jours plus nombreuses, des machines électriques à la production de la lumière ont donné une nouvelle extension à la construction des moteurs à grande vitesse. Il en existe déjà de plusieurs systèmes, qui sont connus de nos lecteurs, mais celui dont nous allons parler 11e ressemble en rien à ceux qui ont été décrits ici jusqu’à présent. Il a été imaginé par M. Jacomy, officier d’artillerie. Un modèle de 10 chevaux, établi à l’arsenal de Tarbes, actionne une machine Gramme qui alimente 3 lampes à arc de 500 becs carcel.
- La ligure 1 donne l’aspect général du moteur.
- 11 se compose de deux parties A et B symétriquement placées et formant chacune une machine distincte. Comme on ne voit au dehors aucun des organes essentiels, on pourrait croire qu’il s’agit d’un moteur rotatif; mais il n’en est rien. La vapeur agit dans chaque machine sur des pistons auxquels elle communique des mouvements rectilignes alternatifs et qui actionnent directement deux manivelles en forme de vilebrequins placées à 180° l’une de l’autre sur un arbre commun. De cette façon il n’y a pas de point mort et on évite les trépidations.
- Les deux machines A et B étant pareilles, nous n’en décrirons qu’une seule, dont la ligure 2 montre le mécanisme intérieur. Bans un disque de fonte, dont l’épaisseur varie suivant la puissance du moteur, on a ménagé une chambre rectangulaire abcd qui peut être fermée hermétiquement par deux plateaux s’appliquant sur les deux faces du disque. L’un, qui n’est pas visible, sert de séparation et est commun aux deux machines ; l’autre P se trouve fixé à la partie extérieure par des boulons. O11 l’a supposé démonté et il est représenté à part sur la ligure 2. A l’intérieur de la chambre abcd se meut horizontalement un piston C, ayant la forme d’un cadre et présentant, par conséquent, en son milieu, une seconde chambre rectangulaire. Dans celle-ci se meut alors verticalement un deuxième piston D.
- En combinant les deux mouvements, l’un horizontal, l’autre vertical, que peuvent prendre ces deux
- pistons, on fait décrire au centre du plus petit une circonférence complète. Le bouton de manivelle étant fixé à ce point au moyen de coussinets, l’arbre du moteur se trouve ainsi mis en mouvement. Cet arbre traverse les plateaux en leur centre, il est supporté par les pièces II (lig. 1) fixées au moyen de boulons sur les plateaux. Comme il subit dans toutes ses positions des efforts rigoureusement égaux •et diamétralement opposés, et comme, d’ailleurs, ses points d’appui sont très rapprochés, on peut le considérer comme sollicité par un couple presque parfait qui 11e lui imprime aucun effort de flexion ou de torsion.
- Dans le pourtour du disque, c’est-à-dire dans toute la partie qui entoure la chambre rectangulaire
- abcd et lui sert d’enveloppe, on a ménagé des canaux qui servent à conduire la vapeur. O11 voit en E (tig. 1 et 2) l’extrémité de l’un d’eux portant une bride à laquelle on attache le tuyau venant de la chaudière. Partant de lit, la vapeur contourne l’enveloppe et se rend au robinet graisseur placé en G où elle se charge du lubrifiant nécessaire à toutes les parties frottantes, puis elle arrive aux oriliees 1 (fig. 2 ) d’où elle passe dans le plateau P qui, lui aussi, renferme dans son épaisseur toutes les conduites par où elle doit circuler. La lace interne représentée figure 2 es orifices 1.2.3.4.5.6 de ces conduites qui toutes aboutissent au trou central M. Les orifices 1 qu’011 voit en haut viennent s’appliquer sur ceux de l’enveloppe portant le même numéro; la vapeur, en sortant du robinet graisseur, est donc amenée par là directement au centre M du plateau. Là se trouve le distributeur T représenté à part (fig. 2) et dont le rôle est analogue à celui du - tiroir dans les machines ordinaires. Il est fixé sur l’arbre (qui le traverse de part en part) et tourne par conséquent avec lui. Il porte dans son épaisseur des cavités qui viennent se présenter successivement devant l’orifice de tous les conduits pour les mettre en relation deux à deux. (On voit en O dans le trou central du plateau P l’un de ces orifices.)
- La vapeur arrivée par les conduites 1 pourra donc, de cette manière, passer au moment voulu par les conduites 2 et 3 pour agir sur un des côtés des pistons, pendant que leur autre côté sera mis en
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- relation avec les conduites 4 et 5, qui, au même moment, communiqueront alors aux conduites d’échappement 6 dont on voit l’extrémité commune en R. Le distributeur est de forme conique et, quoique fixé à l’arbre, il peut avoir un déplacement longitudinal sous l’action d’un ressort à boudin qui tend à l’enfoncer dans le trou M où il est placé, afin d’obvier à l’usure produite pendant la marche. On peut modifier la détente en faisant varier la position des orifices d’admission par rapport a celle des orifices d’échappement. Ce résultat, est obtenu au moyen de leviers qui sont manœuvrés de l’extérieur, soit à la main, soit automatiquement, par un régulateur. Cette disposition n’a pas été représentée sur la figure parce qu’elle n’était pas appliquée au modèle qui a servi au dessinateur.
- Un petit modèle de la force nominale de 1 cheval-vapeur est en ce moment chez MM. Buchin et Tricoche, concessionnaires du brevet. II ne pèse que 15 kilogrammes et sa vitesse est de 1500 tours à la minute, à la pression de 5 kilogrammes. Ces constructeurs viennent d’en établir un autre de la même force, mais avec une modification qui permet de le faire fonctionner en compound. Le distributeur est disposé de telle façon que la vapeur, au lieu de s’échapper dans l’atmosphère aussitôt après avoir agi sur les faces de chacun des pistons, est utilisée une seconde fois. Elle entre d’abord dans’ le cadre C, d’où, après avoir agi sur l’axe des faces du petit piston, elle passe dans l’un des côtés de la chambre rectangulaire abc pour agir par détente sur le piston-cadre, et c’est seulement après cela qu’elle s’échappe a l’air libre. On comprend que dans ces conditions l’économie de vapeur et par suite de combustible est assez considérable. D’après les constructeurs, dans deux essais qu’ils viennent de faire avec ce nouveau modèle, la consommation aurait été de 22 kilogrammes de vapeur par cheval et par heure, à une vitesse de 1800 tours et à une pression de 5 kilogrammes. Comparativement aux essais faits avec la première machine, l’économie serait d’après eux d’environ 30 pour 100.
- La vitese peut être, sans, crainte de rupture d’organes, portée à 3000 tours à la minute. Les frottements latéraux sont exclusivement dus à la
- pression de réglettes droites fixées le long du piston cadre et du petit piston, et qui sont poussées par des ressorts contre les parois des chambres de manière;! assurer une obturation complète. Cette pression est très faible, l’usure se fait très lentement et régulièrement sur toute la surface ; de sorte que l’obturation est assurée même après un long usage.
- Par sa disposition, ce moteur est donc susceptible de marcher à de très grandes vitesses tout en conservant cependant aux organes susceptibles de frottement, tels que le cadre et le petit piston, des vitesses qui ne dépassent pas lm,50 à la seconde au maximum. Ce chiffre est peu élevé si on considère que dans les autres machines il est au minimum de tm,2G et va à 5 mètres et plus dans les locomotives.
- L’emplacement occupé est excessivement réduit et les fondations sont inutiles^ toutes les réactions résultant du mouvement alternatif se neu-tralisentsur l’arbre même et le moteur peut, sans inconvénient, être fixé contre un mur sur une console pour actionner sans intermédiaire un arbre de transmission. -
- (tu peut même, en le reliant à la chaudière par un tube souple, l’atteler directement à un outil mobile dans plusieurs directions.,. i Ces qualités le feront employer avec avantage pour actionner les machines électriques, les pompes centrifuges, les ventilateurs, les scies circulaires, les essoreuses et autres appareils à grande vitesse, sans renvoi d’aucune sorte. t. ; , Monté sur un bateau, il occupera une place très restreinte et pourra être placé très près de l’hélice et même, à la rigueur, sur le gouvernail lorsqu’il s'agira d’une petite embarcation.
- En dehors de l’emploi de la vapeur, il est susceptible d’être actionné par l’air ou les autres gaz comprimés et en particulier par l’acide carbonique së détendant après liquéfaction. • t
- Enfin il est réversible, c’est-à-dire qu’en supprimant les organes de détente on peut le faire fonctionner comme pompe aspirante ou foulante pour les liquides et les gaz. La machine inventée par M. Jacomy se prêle donc à une foule d’applications et elle sera employée avec avantage dans un grand nombre de cas par les particuliers et les industriels.
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- CONFÉRENCE « SCIENTI\ »
- Le quatrième banquet de la conférence Scientia a eu lieu jeudi 18 juin dans les salons Lemardelay, à Paris. Le banquet était offert à M. le général de Nansouty, président d’honneur. Le président effectif était M. Gaston Tissandier. On comptait plus de 60 convives devant lesquels se trouvait un ravissant menu, composé avec beaucoup d’art par M. L. Poyet.
- Parmi les assistants, nous citerons : MM. Paul Jtert, amiral Serre; Frédéric Passy, Bartholdi, comte P. Schouwaloff, Georges Masson, Maunoir, prince Roland Bonaparte, E. Hospitalier, C.-M. Gariel, E. Rivière, Anger, E. Marion, Foulon, Léon Boyer, A. Schiller, Max de Nansouty, Charles Richet, Ch. Talansier, Diguet, Meissirel, docteur Landouzy, A. Burdeau, Alfred Tissandier, Chalon, L. Olivier, Erard, Cahours, Clémandot, L. Figuier, A. Poir-rier, A. Boulé, G. Berger, Georges Pouchet, Henri Ferrari, docteur Hanriot, Barré, Beauregard, Richemond, Farjasse, G. Petit, Robert Caze, Toledano, West, L. Marc, II. Gau-Ihier-Villars, Liébau|t, René Ménard, L’Hôte, A. Durand-Claye, Topinard, etc. Au dessert, M. Gaston Tissandier a parlé en ces termes :
- « Je vous remercie de l’honneur que vous m’avez fait de me désigner pour vous représenter aujourd’hui. En me choisissant pour souhaiter la bienvenue à M. le général de Nansouty, cet intrépide météorologiste des hautes régions de l’atmosphère, vous saviez qu’à défaut d’autorité et d’éloquence, j’ai la conviction et la sincérité. Nul, en effet, plus que moi n’est persuadé de l’existence de trésors au-dessus des nuages; j’entends par trésors, non pas des galions chargés d’or, mais des faits nouveaux à moissonner, et des lois à découvrir. Ce sont là les vraies richesses du vrai savant. Ce sont celles que notre hôte a voulu conquérir. Honneur à lui, honneur au fondateur de l’observatoire du pic du Midi, au créateur des observatoires de montagne.
- « Lorsque le général de Nansouty, comprenant l’importance de l’œuvre d’utilité scientifique à laquelle il s’est dévoué, a voulu fonder une station météorologique à plus de 2800 mètres au-dessus du niveau de la mer, on lui a fait entendre qu’il ne fallait pas songer à s’établir au sommet d’un pic inaccessible pendant l’hiver, que toute construction permanente y était chimérique, et que les tentatives d’un séjour durable y seraient vaines. Le général de Nansouty a fait à ses contradicteurs la réponse des hommes d’action ; il a pris son bâton ferré et il a gravi la montagne, il y a installé tout en haut, sa cabane, ses instruments d’étude et sa caisse de vivres. Quand les difficultés sont survenues, le savant s’est rappelé qu’il était soldat. Rien n’a pu le déloger de la forteresse qu’il avait prise d’assaut, ni les privations, ni la fatigue, ni le vent furieux, ni les tourmentes de neige. Le général est resté là pendant des hivers entiers, isolé du monde, comme un navigateur sur un récif, sans jamais connaître la défaillance ou la faiblesse, armé d’une fermeté rare, inébranlable, qu’on eut dit empruntée à ce roc éternel au sommet duquel il avait élu domicile.
- « Le météorologiste étudiait, observait sans cesse ; quand les neiges allaient fondre, et que l’inondation, dans les vallées, était menaçante, il devenait sauveteur : grâce au télégraphe, il prévenait les habitants de la plaine du danger qui les menaçait.
- « tant d’efforts ont porté leurs fruits; aujourd’hui, messieurs, la cabane du pic du Midi est remplacée par un édi-
- fice de pierre solide et bien agencé, et dans tous les pays du monde, sur d’innombrables pics, on voit s’élever des stations météorologiques dont le général de Nansoutv peut être considéré comme le père ou le parrain.
- « J’ai essayé, mon général, de résumer votre œuvre, toute d’initiative, de volonté, d’énergie, de persévérance; mots magiques, sans lesquels rien de durable ne se fait et ne se construit. Je voudrais, à présent, parler de vous-même, mais je crains de blesser votre modestie. Vous me permettrez cependant de rappeler que je dois saluer en vous l’un de nos plus brillants officiers d’Afrique et l’un des héros de la journée de Reichshoffen. J’ajouterai que quand on connaît votre bonté, qui est la compagne du vrai courage, quand on a eu le plaisir d’apprécier dans l’intimité, la bonne humeur et Tinépuisabie gaieté qui vous animent, dons précieux que vous tenez assurément des Gaulois nos premiers ancêtres, on ne peut s’empêcher de vous aimer, après vous avoir admiré.
- «En buvant à votre santé, mon général, je suis heureux de porter un toast, à l’un des plus dignes représentants de la science et de l’armée, dont les missions sont également saintes, puisque l’une a pour but de défendre la Vérité, et l’autre, de protéger la Patrie ! »
- Le général de Nansouty a répondu sur le ton de la causerie, avec beaucoup de gaieté et un esprit très original. Il a remercié les donateurs généreux qui l’ont aidé à fonder son observatoire à 2800 mètres, surtout M. Bis-choffsheim, qui lui donne en ce moment, à côté de son établissement météorologique, un observatoire astronomique, et le ministre, M. Paul Bert, qui est venu à son secours le premier. Enfin, il a bu à la santé du colonel comte Paul Schouwaloff, aide de camp de S. M. l’empereur de toutes les Russies.
- M. Schouwaloff a fait une réponse laconique et très applaudie : « Messieurs, a-t-il dit, je ne suis pas un orateur, mais un officier de cavalerie. Je bois à la France, à sa grandeur et à sa gloire. »
- AI. Charles Richet, le savant et sympathique directeur de la Revue scienMque, a porté à M. Gaston Tissandier, président, un toast chaleureux, que son amitié et sa bienveillance ont rendu trop affable et trop indulgent.
- « Tout à l’heure, a dit M. Richet, on parlait de l’initiative individuelle, de l’effort tenté par des savants que ne soutient pas le Trésor public ; eh bien ! nous en avons ici un double exemple. De même que la création de l’observatoire du pic du Midi est due au général de Nansouty tout seul, de même le laboratoire aéronautique d’Auteuil, d’où sont sorties et d’où sortiront tant de découvertes, est une création due à AI. Gaston Tissandier tout-seul; — je dis tout seul, car AI. Gaston Tissandier et Al. Albert Tissandier, c’est tout un, et il y a entre les deux frères une telle amitié et une telle solidarité de découvertes, qu’on peut sans danger confondre leur œuvre. »
- Après avoir fait l’éloge des travaux aéroslatiques de son confrère, AI. Richet a ajouté :
- « Cette belle science, depuis Montgolfier jusqu’à Tissandier, compte des martyrs et des triomphateurs. — Il faut, mon cher Tissandier, vous rendre cette justice que vous avez fait tout ce qu’il faut pour être un martyr; mais les plaines de l’air, qui ont fait tant de victimes, n’ont pas voulu de vous; et vous devez vous résigner à être un triomphateur. »
- Après quelques paroles prononcées par AI. Durand-Claye et par M. Frédéric Passy, la séance a été levée La prochaine réunion aura lieu en novembre.
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- LA VIE AU FOND DES MERS1
- Les crustacés, dont les formes varient à l'infini (Crabes, Langoustes, Crevettes, Ecrevisses, etc.), peuplent les océans et les eaux douces. Leur aspect extérieur, leurs mœurs en font des êtres très intéressants à observer et nous 11e devons pas être surpris de voir depuis longtemps les naturalistes aborder leur étude avec une vraie passion.
- Les crustacés sont des animaux dépourvus de squelette intérieur et de système nerveux cérébro-spinal. Ils sont par conséquent, à ce double point de vue, semblables aux insectes, aux vers, aux mollusques, aux zoophytes, et ils se trouvent être placés dans l’échelle des êtres à une grande distance des poissons et des autres vertébrés. Fredol,en parlant des crustacés marins, les appelle les insectes de la mer. Quels étranges et en même temps quels cruels insectes ! Au lieu de posséder comme ces derniers animaux une tunique composée de chitine, ils sont renfermés dans une épaisse enveloppe calcaire, susceptible de supporter sans se rompre tles chocs violents. Cette armure, qui les a fait comparer aux chevaliers du moyen âge bardés d’acier de pied en cap, n’a pas paru suffisante à la nature pour assurer leur protection. Aussi a-t-elle revêtu leur extérieur de tubercules appointés, d’épines longues et acérées. Le Lithodes ferox, que nous avons fait reproduire sur une de nos figures, n’a évidemment rien à envier comme moyen de défense au Porc-épic ou au Hérisson. Ne dirait-on pas une châtaigne tombée au fond de la mer, qui y aurait pris vie et â laquelle il aurait poussé des bras et des jambes épineuses.
- Les crustacés présentent au plus haut degré un caractère batailleur et la nature est venue seconder ce vice en les dotant du pouvoir merveilleux de reconstituer les membres brisés ou détachés durant les combats. Un crustacé a-t-il perdu ses pinces ou des pattes a la bataille, il s’enfuit au plus vite et va se cacher dans un coin obscur, inaccessible, sous un gros rocher. 11 reste là pendant quelque temps ne s’aventurant qu’a peu de distance et avec les plus grandes précautions pour chercher ce qu’il lui faut pour vivre, et ce n’est que lorsque ses bras ou ses pattes ont repoussé, qu’il reprend son allure arrogante et court à de nouvelles luttes.
- Dévorer ses voisins, dévorer ses semblables, telle pourrait être la devise de ces animaux, et lorsqu’on a eu l’occasion de les observer, on n’est pas surpris du récit d’une scène dont Rymer Jones fut le témoin. Ce naturaliste raconte qu’ayant placé un jour des crabes tourteaux dans un aquarium, il vit l’un d’eux s’emparer d’un de ses compagnons en étreignant le bord de sa carapace avec une de ses pinces, briser cette cuirasse avec l’autre pince et se mettre alors tranquillement à fouiller dans le corps, arrachant des lambeaux de chair qu’il s’empressait
- 1 Suite. Yoy. 110 026, du 30 mai 1885, p. 411.
- d’avaler. Mais, par un juste retour, [tendant qu’il était ainsi occupé, un autre crabe s’approcha de lui par derrière, le saisit et le maintenant vigoureusement lui fit subir le même supplice. On pourrait croire qu’en semblable péril notre tourteau dut s’empresser de lâcher sa proie et d’essayer une défense désespérée ; [tas du tout; il continua tranquillement son repas que la mort seule fut capable d’interrompre. Quelle heureuse organisation que celle de ces animaux, les mutilations ne sont que passagères, la vie se passe à aimer et à manger, alors que la douleur semble rester inconnue.
- Les crustacés sont répandus depuis la surface de la mer jusque dans ses plus grandes profondeurs. Durant l’expédition du Talisman, nous en avons pêché à 4787 mètres. Seulement je dois faire remarquer que tous les groupes que constituent ces animaux ne possèdent pas une aire semblable de distribution bathymétrique. Les crustacés élevés en organisation, les Brachyures, deviennent de plus en plus rares à mesure qu’on descend vers le fond de l’Océan. Entre douze cents et quinze cents mètres, ils disparaissent complètement, tandis que des formes moins élevées en organisation se retrouvent aux environs de cinq mille mètres.
- La capture de quelques-uns de ces crabes durant le cours des dragages sous-marins a permis de constater l’extension géographique immense de certaines espèces et il a été possible de reconnaître les. conditions, grâce auxquelles ces migrations lointaines s’effectuaient.
- En 1869, l’expédition du Porcupine draguant au nord de l’Ecosse, dans le chenal séparant cette terre des îles Faroer, par cinq cent cinquante brasses environ, sur un limon crayeux et sablonneux où abondent des Holtenia, prit un crabe singulier, le Scyramethia Carpenteri (A. M.-Edw.). Cet animal a une carapace de forme triangulaire se terminant en avant par deux énormes cornes, très aiguës à leur sommet (fig. 1). Des épines finement appointées s’observent sur les parties latérales du corps dont la portion médiane porte quelques tubercules arrondis ou aplatis. Les pattes sont longues et grêles. La couleur est d’un rose foncé en certaines parties, clair sur d’autres. La température de l’eau au niveau du point où ce Scyramethia vivait, était de 6°,5 C. Durant l’expédition du Talisman nous avons retrouvé cette même espèce sur les côtes du Maroc par une profondeur sensiblement égale avec une température de 7°, C.
- Nous avons là un exemple très remarquable, permettant de reconnaître que là où les fonds de l’océan conservent sensiblement une température déterminée la dissémination d’une espèce de crustacé n’a pas de limites. Une même forme peut s’étendre ainsi d’un pôle à l’autre. Ainsi on a signalé dans les mers antarctiques un Arcturm, qui ne paraît. pas différer de VArcturm Baffini de l’océan Arctique, et la Lyssianassa magellanica du cap Horn se retrouve dans les mers du Nord.
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- Une jolie petite forme de crabe, le Dorynchus Thomsoni (Norm.) draguée par le Porcupine, dans le canal de Faroer, vit sur les côtes du Maroc où elle est très abondante par des fonds «le 600 à 4200 mètres et elle s'étend au cap «le Bonne-Espérance, et de là, à la partie sud de l’Australie. La carapace (fig. 1) porte en avant deux grandes cornes, deux longs prolongements aigus comme chez le Scyramethia Carpenteri. Sur ses bords on voit de petites épines et sur le dos comme bosstdé s’é-lèvent de chaque saillie d'autres épines. Les bras grêles à leur base s’élargissent au niveau de la main et les pattes minces et longues, toutes recou-
- vertes de poils, rappellent par leur allongement et leur finesse les pattes d’une araignée. Je pourrais multiplier à l’infini ces exemples, mais je me bornerai à rappeler que les Bathynectes que nous avons trouvés durant la campagne du Talisman à 450 et 950 mètres sur les côtes du Maroc et aux îles du Cap-Vert se rapprochent beaucoup des Portunus vivant sur nos côtes et qu’ils pourraient bien n’être qu’une forme adaptée de ces derniers. D'autre part ces mêmes Balhynectes sont très voisins des espèces du même genre recueillies aux Antilles, dans la mer du Nord, dans la Méditerranée. Mais ce sont surtout les crustacés intermédiaires par leurs formes aux
- Fig. 1. — La vie au fond des mers. — Scyramethia Carpenteri (A. M.-Edw.). — Au seeond plan, Ergasticus Clouéï (A. M.-Edw.) et Lixpognathus Thompsoni (A. M.-Edw.). T00 mètres de profondeur.
- Brachyuresetaux Macroures (langouste, homard,etc.) dont la distribution géographique est des plus remarquables. Ainsi une espèce de Dicranomia décrite par M. A. Milne-Edwards, le Dicranomia ovata draguée par le Blake dans la mer des Antilles par 300 mètres de profondeur, est représenté dans le golfe de Gascogne par une forme très voisine, le Dicranomia Mahieuxi (A. M.-E«lw.).
- L’Homole de Cuvier, considérée jusqu’au voyage du Talisman comme sptîciale à la Méditerranée, étend son habitat aux côtes du Maroc pour atteindre ensuite les Açores et les Canaries. Les Lithodes n’avaient été signalées que près de la surface, dans les mers des pôles nord et sud. Nous les avons trouvées souS les tropiques. Seulement là où nous avons pris
- des Lithodes, ces animaux afin de rencontrer les conditions de vie nécessaires à leur existence avaient quitté les faibles profondeurs pour aller vivre à 1000 mètres. Les espèces du Nord viennent donc en dessous de l’équateur donner la main aux espèces du Sud. Ces différents faits, que l’on ne soupçonnait pas il y a quelques années, nous dévoilent la manière suivant laquelle la vie s’est progressivement étendue des couches superficielles aux couches profondes des Océans.
- J’ai fait représenter une des Lithodes recueillies durant le voyage du Talisman (fig. 2). C’est certainement un «les êtres les plus étranges parmi ceux qui vivent au fond de l’Atlantique. Elle possède urte couleur rouge clair, sa carapace est hérisée’d’épines
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- très fortes et très allongées. Les bras, les jambes cherche à saisir cette bête, on est assuré de se blesser sont également épineux. Par quelque côté que l’on cruellement. Ainsi protégée, insaisissable, le Lithodes
- Fig. 2. — La vie au fond des mers. — lithodes ferox (A. M.-Edw.). — Au second plan, Gerzon longipes (A, M.-Edw.)
- 900 mètres de profondeur.
- ferox doit être la Ierreur des animaux des fonds | qu’il habite. C’est par 930 mètres que nous l’avons pris. 11 vit dans des eaux dont la température atteint 'a peine sept degrés et, où la vie abonde. Rien ne saurait donner une idée de la beauté et de la variété des formes animales, qui pullulent dans cette partie du fond de l’Atlantique.
- Le chalut que nous avons envoyé deux fois dans cette même région est revenu rempli d’animaux aux couleurs éclatantes. Les Poissons étaient représentés par diverses-espèces de Macrurm et par
- ces rouges Rascasses, si estimées des pêcheurs marseillais pour faire la bouillabaisse. De. grandes crevettes, des Hete-rocarpus, des Gnatophansia, des Petit achetiez, également d’une teinte rouge plus ou moins foncée ou rosée se montraient en nombre considérable. De grands oursins mous, des Calve-ria à l’enveloppe formée de plaques articulées les unes avec les autres, d’une teinte brique, étaient mélangées à de belles étoiles de mer des Zoroaster, des Ophiures. Puis c’étaient des coquilles, des Marginelles et de longs Dentales en
- Fig. 3. — Cymonomus granulatm (A. M.-Edw.). 800 mètres de profondeur.
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- forme de cornets, enfin de magnifiques Anémones de mer, des Actinies bivalves d’un violet tendre. Ces ravissants animaux, qui lorsque leurs tentacules sont épanouis, apparaissent comme autant de fleurs, sont tellement nombreux, qu’en une seule fois nous en avons trouvé deux cent cinquante-six dans notre filet. Mélangés à eux l’on apercevait quelques polypiers délicats, des Stephanotrochus, des Fla-belluni, véritables bijoux de la mer.
- Je citerai en dernier lieu comme une des espèces intéressantes par leur extension géographique le Cymonomus granalatm (A. M.-Edw.). Cet animal (fig. 5) avait été. trouvé primitivement à Yalentia, puis dans le canal des Faroer, lors du voyage du Porcupine. Ce crustacé dont j’ai parlé dans un de mes précédents articles1 est aveugle. Sa présence a été constatée dans le golfe de Gascogne durant la dernière campagne du Travailleur. H. Filhol.
- — A suivre. —
- LE CHOLÉRA. EN ESPAGNE
- LES VACCINATIONS DU Df FERRAN
- L’année dernière, quand le choléra sévissait a Marseille, à Toulon, en Italie, l’Espagne resta à peu près indemne. Les quarantaines maritimes, rigoureusement appliquées, préservèrent son littoral; du côté de la frontière pyrénéenne, on avait établi des quarantaines terrestres qui n’eurent d’autre effet que d’entraver les relations commerciales et de gêner, pour ne rien dire de plus, les voyageurs. On sait, en effet, aujourd’hui ce que valent ces cordons sanitaires. L’émigration des pays infestés ne se faisait pas dans cette direction. C’est là tout le secret de l’immunité des régions sud-ouest de la France et du nord de l’Espagne.
- Au mois d’avril dernier, alors que l’épidémie cholérique était depuis longtemps oubliée, on signala des cas isolés à Valence; puis peu à peu le mal grandit, les villages limitrophes furent envahis et, à l’heure actuelle, d’après les rapports de la Gazette officielle, les quatre provinces de Valence, Madrid, Castellon et Murcie sont atteintes. Dans certaines villes, l’épidémie sévit avec rigueur.
- Où est née cette épidémie? ce n’est vraisemblablement que la suite de celle de l’an dernier. Au mois d’août 1884, en dépit de toutes les précautions, le choléra s’était montré à Valence et dans les environs. Les cas furent isolés, peu nombreux. L’hiver vint et le mal sembla disparaître. 11 ne faisait, en réalité, que sommeiller et dès les premières chaleurs printanières, l’épidémie éclatait.
- Je n’aurais rien à dire de cette invasion nouvelle, au point de vue de sa marche, de ses symptômes, si elle n’avait été l’occasion de recherches pleines d’intérêt sur la prophylaxie du choléra. Le nom du Dr Ferran est aujourd’hui populaire en Espagne, et
- 1 Voy. La Nature, n° 562. du 8 mars 1884, p. 232.
- si les faits qu’il avance subissent avec succès le contrôle scientifique des savants espagnols et étrangers chargés d’une enquête, notre confrère aura droit à la reconnaissance universelle. Séduit par les travaux de Pasteur, par les applications merveilleuses que notre grand compatriote a faites de l’atténuation des virus à la prophylaxie de la maladie charbonneuse, M. Ferran s’est persuadé qu’on devait arriver, par des procédés identiques, à l’atténuation du virus cholérique, et partant, peut-être à la prophylaxie de cette redoutable maladie. Au moment de l’épidémie de Marseille, il partit étudier, à l’hôpital du Pharo, le fameux bacille virgule, les modifications que cet agent microbique subissait en passant d’un organisme dans un autre, ou dans telles et telles conditions de culture. Le choléra s’éteint à Marseille ; M. Ferran court à Naples et le voilà de nouveau à la poursuite du microbe. 11 revint chez lui convaincu de la possibilité de modifier la virulence du fameux bacille et c’est avec les produits récoltés dans son voyage qu’il fit ses premières expériences. Les notes publiées sur ce sujet sont déjà fort nombreuses; les journaux médicaux espagnols relatent à l’envi les succès obtenus par leur compatriote. M. Pasteur s’est chargé de communiquer à l’Académie des sciences les premiers résultats de ces recherches fort intéressantes.
- La question est, je dois le dire, encore fort discutée; les expérimentateurs, et ils sont aujourd’hui nombreux dans tous les pays, discutent avec passion les procédés de culture, les transformations, tout à fait inconnues jusqu’ici, du parasite, bref, se montrent quelque peu réservés. Je n’ai pas l’intention de prendre parti dans ce débat qu’Espagnols et étrangers ne demandent qu’à voir jugé avec la plus grande rigueur scientifique; mais il m’a paru intéressant de résumer sommairement la question pour les lecteurs de La Nature. Des commissions scientifiques envoyées par la France, la Belgique, l’Italie, nous renseigneront sur la valeur de ces expériences. Le commun des mortels n’entend pas malice à ces discussions, et, sans attendre les décisions ex cathe-drâ, se fait vacciner en masse, persuadé que les inoculations lui donnent l’immunité, ce qui, jusqu’ici, d’après les statistiques publiées, semble, à certains égards, confirmé.
- Quand on prend quelques gouttes d’une culture de bacille virgule faite sur la gélatine et qu’on l’ensemence dans du bouillon de bœuf stérilisé, on voit se développer une quantité de spirilles qui, au bout de quelques jours, se désagrègent. La culture semble épuisée; elle ne fait que commencer pour M. Ferran. En soumettant ce liquide à une température de 15° à 18°, on voit les spirilles donner naissance à des sphères, ou oogones, qui, par une modification légère du liquide, se transforment elles-mêmes et finissent par donner naissance à des granulations ou corps mûriformes, à la production, en quelque sorte, de spores.
- C’est ce liquide ainsi modifié, atténué comme
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- virulence, qui sert aux vaccinations du I)r Ferran. Des expériences entreprises sur les animaux, le cochon d’Inde notamment, démontrèrent que chez les animaux tués par les injections à doses fortes, le sang contient les éléments virulents, car, ensemencé dans le bouillon, il donne un liquide de culture qui peut reproduire la maladie sous la forme première. Inocule-t-on une dose moins forte, l’animal devient réfractaire aux inondations les plus virulentes.
- C’est, on le voit, technique et procédés de culture à part, l’application dans son ensemble de la méthode de Pasteur. Les résultats chez les animaux étaient si concluants, que le I)1' Ferran n’hésita pas à tenter la vaccination cholérique chez l’homme. Ce fut lui-même qui servit de premier sujet d’expérience, puis ses assistants, puis des élèves et de proche en proche l’enthousiasme a été si communicatif, qu'on compte aujourd’hui plus de 20000 vaccinations. L’inoculation se fait dans le bras, à la région postérieure, en injectant huit gouttes d’une culture très fraîche. Quatre à cinq heures après la piqûre, le vacciné ressent une douleur assez vive dans le bras, puis un sentiment de malaise, de courbature. La fièvre se déclare par un violent frisson, dix ou douze heures après l’opération; le pouls bat avec fréquence, la température s’élève à 59°, 40°. Puis surviennent, des sueurs abondantes, quelques nausées et la fièvre tombe dans les vingt-quatre heures; il ne subsiste qu’un peu de douleur et de gonflement du bras. La maladie n’a, on le voit, rien qui ressemble à une attaque même légère de choléra ; on en a pourtant parfois quelques symptômes, comme vomissements, sueurs froides, diarrhée légère ; en somme, ce sont plutôt de petits accidents de septicémie ou d’empoisonnement toxique.
- Le Dr Ferran estime que pour être tout à fait à l’abri, il faut subir une deuxième vaccination; un de ses assistants qui s’est vacciné à cinq ou six reprises a pu, sans le moindre inconvénient, s’inoculer les cultures les plus virulentes, avaler, comme l’a fait M. Bochefontaine, préparateur de M.Vulpian, du bouillon contenant des bacilles virgules.
- Quelle est la valeur de ces vaccinations? la question ne peut être encore tranchée. Il faut, pour juger un point aussi délicat une longue et imposante série de faits. 11 n’est pas moins vrai qu’à Alcira et Algemesi, deux villes frappées par le choléra et où la statistique a pu être établie avec soin, le choléra a relativement épargné les vaccinés et la mortalité a été infiniment plus faible. Dans ces deux villes on compte 9690 vaccinés contre 14200 environ non-vaceinés; les premiers ont eu 22 cas de choléra avec 4 morts; les seconds 581 cas avec 165 décès. Et remarquons que les vaccinations ont été faites à tous les Ages, dans tous les rangs de la société.
- Jusqu’ici les faits plaident en faveur des conclusions du Dr Ferran. Il faut attendre les résultats des diverses commissions d’enquête pour juger définitivement la question. Mais son vaccin ne serait-il point reconnu authentique, légitime, comme on dit
- du vaccin jennérien, qu’il faudrait savoir gré à l’expérimentateur d’avoir trouvé le moyen de calmer le moral des populations chez qui ce mot de choléra jette toujours l’effroi. I)r A. (’artaz.
- LES MÉDICAMENTS NOUVEAUX
- I.A TERPINE ET LE TERPIXOL
- Lorsqu'on distille la térébenthine en présence d'un alcali, on obtient un hydrocarbure spécial, le térébenthène; si l’on hydrate ce produit, on obtient le bihydrate de térébenthine ou terpine ; ce composé se présente sous forme de cristaux prismatiques droits à base rhombe, d’une limpidité parfaite et souvent volumineux. La terpine se dissout facilement dans l’alcool, très mal dans l’eau ; elle fond difficilement au contact de la salive, donne à la bouche la sensation d’un corps siliceux et provoque au premier moment une légère nausée. La terpine a été introduite pour la première fois dans la thérapeutique par le professeur Lépine, de Lyon; celui-ci, à la suite de nombreuses expériences sur l’homme et les animaux, a pu constater qu’on pouvait substituer avec avantage ce corps à la térébenthine, et qu’il exerce une action très efficace dans le traitement du catarrhe pulmonaire, en agissant à la fois comme expectorant et comme diurétique. La dose employée était de 20 à 60 centigrades.
- M. Dujardin-Beaumetz, en répétant les expériences du docteur Lépine, n’a pas tardé à constater que la terpine présente un réel inconvénient ; c’est son peu de solubilité (il faut 200 parties d’eau froide pour dissoudre une partie de terpine) ; aussi est-il nécessaire d’avoir recours à l’alcool pour obtenir des solutions actives, ce qui n’est pas sans quelque danger lorsqu’on veut faire usage d’un diurétique. En outre, le savant thérapeutiste, tout en augmentant les doses de terpine jusqu’à 1, 2 et 3 grammes par jour, ne put obtenir d’effet diurétique bien marqué. Sur les conseils de M. Tanret, il eut alors l’idée de substituer le terpinol à la terpine. Le terpinol s’obtient en chauffant la terpine avec de l’acide sulfurique étendu ; il distille une matière huileuse à odeur de jacinthe et de muguet, sur la composition de laquelle il a régné longtemps quelque indécision.
- Dans un article publié dans l’un des derniers numéros du Journal de pharmacie et de chimie, M. Tanret a levé ces incertitudes et a montré, dans une savante discussion, que le terpinol, qui bout à 215-220 degrés, devait être considéré comme un monohydrate de térébenthène, et non comme un éther de ce dernier composé. Pour préparer le terpinol, M. Tanret chauffe la terpine avec de l’acide sulfurique étendu, puis sépare, au moyen d’un entonnoir à robinet, le terpinol qui surnage. Après dessiccation sur la potasse, on distille.
- Le terpinol peut être employé sous forme de capsules qui en contiennent 10 centigrammes et qu’on peut administrer au malade à la dose de six, huit, dix et même douze capsules dans la journée.
- Les expériences de MM. Dujardin-Beaumetz et Guelpa ont montré la rapide élimination du terpinol par les voies respiratoires; l’haleine prend et conserve pendant très longtemps l’odeur spéciale du terpinol. Le terpinol a été essayé sur deux ordres d’affections : le catarrhe pulmonaire et les affections des voies urinaires. Comme on pouvait le prévoir a priori, c’est dans le catarrhe pulmonaire que les meilleurs résultats ont été obtenus.
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- LA NATURE
- MACHINE A MAIN
- POUR L\ CONFECTION DES CIGARETTES
- Nous avons décrit précédemment la curieuse machine qui sert à fabriquer industriellement les cigarettes dans les manufactures de l’État. Nous allons faire connaître aujourd’hui un petit appareil à main, qui pourra être d’un usage précieux pour les fumeurs ; il est d’un prix modeste et d’un fonctionnement parfait.
- Le système que nous représentons ci-dessous a été imaginé parmi constructeur habile, M. H. Lemaire. On peut, en le faisant fonctionner convenablement, fabriquer plus de deux cents cigarettes à l’heure, toutes collées et prêtes à fumer.
- Le mécanisme de fabrication comprend six petits rouleaux cannelés G d’une longueur identique, avec des tourillons tournant, les uns inférieurs, dans des trous réservés dans deux flasques formant bâti à la machine, et les autres, supérieurs, dans les côtés d’un couvercle B humiliant lui-même autour d’un axe. Les rouleaux cannelés C sont munis, à une de leurs extrémités de pignons d’un même nombre de dents, engrenant tous avec un pignon commun, monté sur l’axe de la petite manivelle D. Il résulte de cette disposition que tous ces rouleaux sont concentriques a l’axe de manivelle D et laissent en conséquence entre eux un espace circulaire utilisé pour la confection de la cigarette, ainsi que nous l’expliquerons un peu plus loin.
- La table de la machine présente en avant deux guides entre lesquels s’empilent les feuilles à cigarettes; à côté, se trouve le godet A dans lequel est une éponge imbibée d’eau.
- Le preneur et distributeur des feuilles de papier consiste en une traverse porte-gomme F, avec des retours extrêmes qui pivotent sur des axes ou bâtis et dont celui de droite est muni d’un levier E pour imprimer à l’organe les oscillations requises. Cette traverse est, munie d’une plaque de gomme spéciale semblable a la colle à bouche, de la longueur
- des feuilles de papier, auxquelles elle correspond.
- La fabrication d’une cigarette comprend deux phases : la formation du cylindre ou boudin de tabac, et son enveloppement de papier.
- Pour former le boudin de tabac, dont la lon-geur est limitée par des bouchons G, on ouvre le couvercle B, on place le tabac entre les quatre cylindres cannelés C du bas, en l’enfonçant et en le distribuant avec ses doigts sur toute la longueur. Gela fait on ferme le couvercle B de la main gauche, et de la droite on imprime deux ou trois tours à la manivelle B; et le cylindre de tabac est régulièrement formé.
- Pour enrober ce cylindre dans le papier, on prend avec l’index de la main gauche un peu d’eau à l’éponge À ; on mouille la plaque de colle de la traverse F, et on la rabat avec la main droite, d’arrière en
- avant. La colle s’applique sur le bord postérieur de la feuille de dessus de la pile de papier. On ramène le distributeur au point de départ, ce qui a pour résultat d’enlever une feuille et d’en présenter le bord non recouvert de colle ; aux premiers rouleaux cannelés, le couvercle étant ouvert on le ferme en ce moment, en le maintenant avec la main gauche, et un seul tour de manivelle suffît pour enrober le tabac et terminer la cigarette, avec un collage parfait sur toute la longueur du tube en papier.
- Notre figure représente l’appareil au moment où une feuille de papier enlevée par la lamelle de colle, va se présenter aux rouleaux cannelés entre lesquels a été formé le boudin de tabac.
- Le but qui a été atteint avec cette curieuse petite machine, est de mettre à la portée de tous un système permettant de confectionner avec économie des cigarettes s’enroulant comme à la main et formant une cigarette régulière, se fumant sans difficulté, et dans laquelle le tabac n’est pas comprimé.
- Nous ajouterons que l’appareil est de petite dimension et très portatif; il est contenu dans une boîte de 0in,17 seulement de longueur. Dr Z...
- Petite machine à fabriquer les cigarettes.
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- LA NATURE.
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- LA. PRESSE CHINOISE
- On sait qu’il existe en Chine un seul journal vraiment chinois, reconnu officiellement par le gouvernement comme son organe : c’est ce que les Européens appellent la « Gazette (le Pékin » et les Chinois King-paô, journal de la Capitale. Ce journal officiel de l’Empire du Milieu dont l’antiquité, soit dit en passant, remonte à la dynastie des T’ang ( septième et huitième siècles de notre ère),
- renferme tous les documents émanant du gouvernement, les décrets et rescrits impériaux, les mémoires adressés au trône, les mouvements et nominations dans les diverses branches de l’administration, etc., et se trouve constituer ainsi l’une des principales sources de l’histoire contemporaine de la Chine. Chaque numéro quotidien consiste en un petit cahier in-12, broché a la chinoise, très mal imprimé a l’aide de planches de bois, et habillé d’une couverture de papier jaune (couleur impériale).
- Depuis quelques années des Européens ont essayé
- Fac-similé d'une gravure publiée par le journal chinois le Houâ-paô, édité à Shangaï. Explosion d’une torpille sous-marine.
- de faire paraître à Shanghaï des journaux rédigés en chinois à peu près dans le goût des nôtres : le Chênn-paô, « Gazette de Shanghaï » a été ainsi lancé il y a bientôt douze ans par un Anglais, M. Ernest Major, et a obtenu en peu de temps un grand succès dans tout l’Empire; des concurrents, tels que le Sinn-paô, le Houeï-paô, ont tenté à leur tour de profiter de la veine ouverte, mais n’ont pu lutter contre la réputation que le Chênn-paô s’était acquise dès le début ; un nouveau concurrent, le Houâ-paô, Gazette de Hou (nom classique de Shanghaï), publié par la direction du journal anglais le
- Norlh China daily news et destiné en quelque sorte a être l’édition chinoise de cet organe étranger, parut il y a deux ans environ et a pu jusqu’à ce jour se maintenir contre le Chênn-paô.
- Le Chênn-paô est publié sous la direction nominale de M. Major, mais en fait se trouve entre les mains de plusieurs lettrés chinois qui en écrivent, coordonnent et corrigent les articles, et surveillent la composition. On dit qu’il reçoit des subventions des autorités chinoises pour faire paraître des plaidoyers en faveur du gouvernement chinois et des entrefilets hostiles parfois aux Européens. Il a
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- aujourd'hui une immense circulation dans tout l’empire et rapporte tant à son directeur, (pie tout récemment, assure-t-on, celui-ci a refusé de le vendre au prix offert de 20000 taëls (140000 francs environ). Ce n’est pas sans peine, toutefois, qu’il est parvenu à se conquérir line légitime popularité ; il a bien failli n’avoir, un moment, qu'une existence éphémère : dans l’origine, en effet, il éprouva une grande opposition de la part des hauts fonctionnaires qui craignaient d’y voir leur administration jugée et critiquée; ceux-ci commencèrent par diriger leurs attaques contre les employés et les rédacteurs indigènes du journal, puis adressèrent à l’empereur meme des mémoires pour demander la suppression de cette feuille. Le Chênn-paô tint bon, résista à toutes sortes de manœuvres et amena peu à peu le gouvernement chinois à le considérer comme un contrôleur utile de l’administration provinciale en même temps qu’un auxiliaire politique puissant.
- Ce journal est imprimé avec des caractères chinois mobiles très élégants et très nets, encore que petits, sur une feuille de papier jaune excessivement mince de [dus d’un mètre de long sur vingt-cinq centimètres environ de large ; le peu d’épaisseur du papier exige qu’un seul côté seulement reçoive l’impression. Tous les jours il en paraît un numéro qui coûte, à Shanghaï, dix sapèques (c’est-à-dire environ un sou) et dans les autres villes ouvertes au commerce européen, le même prix plus celui du port.
- Chaque numéro est, à peu de chose près, ainsi composé : d’abord un article de fond traitant tous les jours un sujet nouveau, les décrets impériaux les plus intéressants transmis le plus souvent par le télégraphe, les télégrammes, les nouvelles du jour, les faits-divers, les racontars et canards, la chronique judiciaire relatant les principales affaires jugées aux cours mixtes française et anglaise, enfin la copie des documents parus dans la Gazette de Péking : nominations, démissions, récompenses, mouvements et rapports au trône. Puis viennent les programmes des spectacles dans les divers théâtres chinois des concessions, les annonces de ventes aux enchères, de maisons à louer, de drogues, de machines, de livres, etc. Tel est le résumé de ce journal dont la lecture n’est pas seulement attrayante, mais utile et instructive pour les Chinois comme pour les Européens : les uns y apprennent à connaître la politique et les événements de cette Europe qu’ils ignorent presque totalement, et la civilisation européenne à laquelle ils pourraient faire de si larges emprunts; les autres y voient leur pays jugé par les Chinois et y peuvent étudier le style ordinaire de la -littérature actuelle.
- Les événements qui se déroulent à l’heure présente dans l’extrême Orient et qui surexcitent au dernier point les esprits chinois ont amené la direction du Chênn-paô à publier tous les huit jours un journal illustré destiné à reproduire par la gravure les principaux faits-divers de la semaine : il est intitulé Houâ-paô, « Gazette illustrée » et se compose
- de huit feuilles chinoises doubles, brochées et revêtues d’une couverture rouge. Le prix du numéro est de cinq cents ou vingt-cinq centimes : les dessins sont finement exécutés au trait. Les plus curieux qui aient paru depuis un an sont : la signature du traité de Tientsin entre le vice-roi Li Iloung-Phung et le commandant Fournier (celui-ci figuré comme un amiral anglais en grand uniforme); le duel Rochefort-Fournier (les deux champions se boxant au centre d’un cercle de curieux de tous sexes); la bataille navale de Foutchéou; la prise de Kélung; l’escarmouche navale de Ning-pô; l’explosion d’une torpille sous-marine expérimentée par les Chinois (vov. le fac-similé, page 61). A côté de ces gravures sérieuses avidement contemplées par les Chinois, on voit des scènes de mœurs, des fragments de la vie sociale et intime chinoise; ces derniers dessins sont peut-être les plus remarquables, à notre point de vue, car ils nous présentent les Chinois peints par eux-mêmes.
- Peu de chose est à dire du Houâ-paô, le rival du Chênn-paô : il est rédigé absolument sur le même plan que celui-ci, imprimé avec des caractères semblables, sur du papier pareil et dans le même format; mais, pour lutter avec plus de succès et trouver une vente plus facile, il ne se vend que huit sapèques au lieu de dix : cette légère différence, minime à nos yeux, est, toutefois énorme pour le Chinois qui est toujours prêt à économiser toute parcelle de monnaie, si petite qu’elle soit.
- Enfin les missionnaires jésuites, qui possèdent près de Changhaï un magnifique établissement religieux, littéraire et scientifique, ont aussi entrepris, depuis quatre ans, la publication d’un journal bi-hebdoinaire : il porte le titre de Youênn lou, « Archives de nouvelles utiles », se compose de six pages chinoises doubles format grand in-8°, et est imprimé, sur du beau papier jaune, avec une netteté et une correction supérieures au Chênn-paô et au Houâ-paô. Le numéro ne coûte que dix sapèques (un sou). D’abord mensuel, le Youênn-lou a trouvé un accueil si favorable parmi les populations catholiques, que l’on a cru devoir le faire paraître deux fois par semaine. Rédigé par les prêtres chinois de la Mission, et ayant pour but de servir de lecture aux Chinois catholiques, et en même temps, d’ouvrir les yeux du gouvernement et des mandarins sur les visées désintéressées et humanitaires des missionnaires, il joint l’utile à l’agréable ; outre des nouvelles politiques et commerciales reproduites d’après les deux journaux quotidiens et les feuilles étrangères, des décrets impériaux, des bulles ecclésiastiques, des articles théologiques, on y trouve des renseignements précieux et peu connus sur l’histoire ancienne du catholicisme en Chine, des poèmes écrits avec talent, des descriptions géographiques et quelquefois des cartes européennes traduites en chinois qui permettent de suivre clairement les événements politiques. C. Imbault IIoxrt*
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- NÉCROLOGIE
- Henri Tresca. — L'Académie des sciences a levé sa séance de lundi dernier, en signe de deuil, à la nouvelle de la mort du célèbre mécanicien qu’elle comptait parmi ses membres depuis 1872. Henri Tresca, décédé le ‘21 juin, dans son domicile de la rue de Valenciennes à Paris, était âgé de soixante et onze ans. Né à Dunkerque eu 1814, il fut reçu à l’École polytechnique en 1853, et entra à sa sortie de l’École dans les ponts et chaussées qu’il quitta peu après pour se livrer à l’élude des sciences. En 1851, Henri Tresca fut nommé inspecteur principal de l’Exposition française à Londres, et quatre ans après, il fut chargé, en qualité de commissaire général, du classement de l’Exposition universelle de 1855. Il ne tarda pas à devenir sous-directeur du Conservatoire des arts et métiers où il fit en même temps un cours de mécanique, et professeur de mécanique appliquée à l’École centrale des arts et manufactures. Ses travaux le firent nommer membre de l’Académie des sciences dans la section de mécanique à la mort de M. Combes. Membre du conseil de l’enseignement technique depuis 1879, Henri Tresca a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1855 et officier le 15 août 1865. Ses publications et ses travaux sont très nombreux. On a de lui un Traité élémentaire de géométrie descriptive, un Traité de mécanique pratique, machines à vapeur écrit en collaboration avec le général Morin, un Cours de mécanique appliquée, résumant ses leçons de l’École centrale. Parmi scs travaux, son grand mémoire sur l’Ecoulement des solides obtint, en 1862, le grand prix de mécanique à l’Académie des sciences. Henri Tresca avait une grande compétence comme mécanicien, et ses avis étaient hautement appréciés et recherchés des praticiens. Ses obsèques ont eu lieu mercredi dernier à l’église Saint-Vincent de Paul au milieu d’une grande affluence d’assistants parmi lesquels les représentants les plus éminents de la science contemporaine.
- CHRÜNIUUE
- Les tramways électriques. —M. Reckenzaun, de Londres, a fait dernièrement des expériences suivies sur la traction par l’électricité, sur l’une des lignes de tramways les plus chargées de Londres, et en vue d’obtenir l’autorisation de la municipalité. La voiture marchait au moyen d’accumulateurs et de moteurs Reckenzaun, au nombre de deux, de 9 chevaux chacun et pesant 210 kilogrammes. Chaque moteur était placé sur un truck séparé et l’un des essieux de chaque truck recevait la commande du moteur correspondant. Ces moteurs tournent à 1000 révolutions à la minute pour une vitesse de 7 milles (11 kilomètres 200) à l’heure. La commande se fait au moyen d’une vis sans fin et de roues dentées donnant une réduction de 12 à 1, environ, dans la vitesse; le pas des vis est très incliné, de façon à permettre aux moteurs de tourner quand la voiture descend une pente, ou qu’elle marche en vertu de son inertie seule. Les roues plongent dans les godets à huile, de manière à. maintenir un graissage parfait. Le changement de vitesse et de force s’obtient au moyen d’un commutateur spécial qui accouple les moteurs en série, parallèlement, ou isolément, suivant le travail à faire. Les accumulateurs, placés sous les banquettes, sont au nombre de 60 et pèsent 20 kilogrammes chacun.
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- La culture du tlié en Italie. — Des expériences se poursuivent avec beaucoup de persévérance en Italie pour arriver à y acclimater le thé. Cette idée n’est pas nouvelle. Les Anglais au commencement de ce siècle avaient déjà fait des essais en Sicile à l’époque où ils occupaient cette île. Depuis 1871, on s’est remis à l’œuvre, mais, il faut le dire, sans grand succès. Cependant un propriétaire des environs de Messine ayant pu présenter à une exposition plus de cent pieds âgés de plus de trois ans, on a repris courage. Les derniers essais auraient porté sur le thea sinensis; on va importer maintenant, eu grande quantité, des arbres à thé des parties froides du Japon et leur culture sera tentée en divers points de la péninsule.
- Le peuplier du jardin botanique de Dijon.
- — Il y a, au jardin botanique de Dijon, un peuplier de dimensions colossales auquel M. Joly a consacré une note dans le Journal de la Société nationale d'horticulture. La hauteur de cet arbre est de 40 mètres. Sa circonférence auprès du sol est de 14 mètres et, à 5 mètres du sol, elle est de 6“,50. Son volume est de 45 mètres cubes; il était de 55 mètres, il y a six ans, avant la chute d’une des grosses branches. D’après des recherches historiques faites avec le plus grand soin par M. le Dr La-valle, en se basant également sur la comparaison avec les arbres voisins de la même espèce et dont l’âge esl connu, on est à peu près certain que le peuplier de Dijon a cinq siècles au moins. Malheureusement, il est aujourd’hui complètement creux jusqu’à la naissance des grosses branches. On a fait enlever toutes les parties mortes et couler du béton dans l’intérieur.
- Les nouvelles explorations polaires. — Au
- moment où il est question de l’organisation de nouvelles expéditions polaires, il n’est pas sans intérêt d’appeler l’attention sur les causes qui ont amené l’échec de l’expédition Greely dont notre confrère, M. W. de FonvieUe, vient de décrire les terribles épreuves dans un très intéressant volume intitulé les Affamés du pôle Nord, et publié à la librairie Hachette1. L’auteur démontre que les souffrances épouvantables supportées au Camp Clav doivent être attribuées à une série de malentendus et de méprises qui pourront se renouveler aussi longtemps que l’on ne changera pas de méthode et que l’on se contentera d’expéditions isolées, en quelque sorte individuelles. Il est donc indispensable d’organiser la conquête du Pôle, d’une façon systématique, comme s’il s’agissait de faire le siège d’une place forte en pays ennemi. L’armée d’invasion ne doit jamais faire un pas en avant sans s’assurer de ses lignes de retraite, sans laisser de garnison dans les divers points qui servent à ses ravitaillements et sans assurer ses communications d’une façon permanente.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 juin 1885. — Présidence de M. Boulet,
- M. Tresca. — M. le Président, après le dépouillement d’une correspondance remarquablement peu développée, lève la séance en signe de deuil. L’Académie, en effet, vient de faire une nouvelle perte, et bien imprévue, dans la personne de M. Tresca, membre de la section de mé-
- 1 Voy. Bulletin bibliographique An 15 juin 1885.
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- LA NATURE
- cauique. Sorti Tua des premiers de l’Ecole polytechnique, M. Tresca se voua d’abord à l’industrie, mais, suivant l’expression de M. Boulev, au jour de l’infortune il se retourna vers la science qui lui resta fidèle, et par laquelle il parvint aux plus hautes situations. Les obsèques auront lieu mercredi matin.
- Fougère permienne. — Le savant professeur de botanique du Muséum d’histoire naturelle, M. Edouard Bureau, présente un intéressant échantillon de schiste noir de Lodève portant l’empreinte d’une feuille de fougère. Celle-ci avait d’abord été attribuée à un Pléris, c’est-à-dire à une Polypodiacée, mais l’auteur démontre que c’est réellement une Maratliacée, du genre Callipleris, dont le Lord de la fronde est recourbé sur lui-încine. La découverte de M. Bureau est conforme à cette loi d’après laquelle les genres anciens trouvent leurs analogies les plus intenses dans les formes actuelles en voie d’extinction.
- Hygrométrie. — On sait que la plupart vies hygromètres sont fondés sur la condensation de vapeur qu’on obtient par le refroidissement de l’atmosphère à l’étude. La principale difficulté pour avoir des mesures précises est de mesurer exactement la température de cette condensation. M. Bour-bouze résout la question en mettant entre l’œil et une source lumineuse une lame de verre qu’il refroidit progressivement, et en notant le moment où une pellicule irisée d’eau vésiculaire apparaît à sa surface.
- Varia. — Un savant russe réclame, contre M. Gernez, la priorité à propos de quelques-uns des faits qui concernent les différents états du soufre. — Une méthode permettant d’obtenir le moment'magnétique d’une bobine est proposée par M. Lippinann. — Un auteur, dont le nom nous échappe, introduit dans les tubes des chaudières à vapeur une nombreuse série de nervures longitudinales, et il assure accroître ainsi beaucoup la quantité de vapeur produite par un poids donné de combustible.
- Stanislas Meunier.
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- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- CURIEUSE ILLUSION d’oPTIQUE
- Quel est le plus grand des trois personnages ligures ci-dessous? Si vous vous en rapportez à vos yeux, vous répondrez assurément : C’est le n° 5. Eli bien ! prenez un compas et mesurez, vous pourrez vous assurer que vous êtes égaré par une illusion d’optique. C’est le n° 1 qui est le plus grand, il a environ 0m,002 de plus de hauteur réelle que le n° 5 qui commande la marche.
- M. Viallard, professeur de physique, a Dieppe, qui nous a communiqué cette curiosité, nous en a donné en même temps la très simple explication. Placées au milieu de lignes fuyantes fort bien calculées, les trois silhouettes noires ne sont pas en perspective; notre œil habitué à voir les objets diminuer en raison de leur éloignement, et croyant s'a p e rc e v o i r que le nu5 s’élève, en conclut qu’il est réellement plus grand (pie les ligures du premier plan.
- L’origine du dessin que nous reproduisons n’est pas moins curieuse que le dessin lui-même. Il sert d’annonce à un fabricant, de savons anglais, qui imprime son nom en perspective fuyante entre chacune des lignes décroissantes, et qui répand le cliché ainsi obtenu dans un grand nombre de journaux de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Le marchand de savons complète cette curieuse réclame en donnant un nom aux trois personnages : le n° 1 est lord Churchill, le n° 2 Salis-bury et le n° 5 Gladstone. Nous avons supprimé le côté réclame de l’annonce pour n’en présenter que le côté physique, vraiment original et amusant.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieh.
- Illusion d'optique. — Quel est le plus grand des trois?
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Pari;
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- LA NAT UIS L.
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- LA PHOTOGRAPHIE EN liALLON
- O11 sait quoi intOivl pourraient offrir à l'art Jiiili- | taire, à la topographie, à la géographie, les pliolo-
- Fig. 1.— Expériences de photographie instantanée en ballon, par MM. Gaston Tissandier et Jacques Dueom (19 juin 1885). Reproduction par l’héliogravure (procédé. Petit) d’un cliché exécuté à 605 mètres d’altitude au-dessus de Paris, montrant eu plan, la Seine, avec deux bateaux-mouches, le pont Louis-Philippe, le port de l’Hôtel-de-Ville, et la pointé de l’ile Saint-Louis.
- graphies du sol exécutées en ballon, à différentes altitudes. Il 11e nous paraît pas nécessaire d’insister sur l'importance de ce problème qui 11’a pas encore été résolu jusqu’à ce jour d’une façon tout à fait satisfaisante malgré de nombreuses tentatives1.
- M. C.-V. Shadbolt, habile opérateur anglais, dont nous avons eu l’occasion de présenter les travaux à nos lecteurs, a cependant obtenu à Londres des résultats remarquables qui ne laissent presque rien à désirer; deux photographies, notamment, faites parM. Shad-
- 1 Voy. Expériences de M. Paul Desmarets, n° 390 du 20 novembre 1880, p. 391; Expériences de M. C. V. Slnulbolt, n° 502 du 8 mars 1881, p. 225.
- 13° année. — 2- semestre.
- boit, l’une à 600, l’autre à 900 mètres d’altitude, sont d’une netteté suffisante pour bien distinguer les détails du sol et des constructions qui s’y trouvent.
- Les récentes expériences d’aérostation photographique que nous venons d’exécuter, avec la collaboration d’un jeune et habile amateur, M. Jacques Ducom, nous ont permis de faire mieux encore; elles ont donné des résultats très complets quant à l’un des clichés obtenus dont nous allons entretenir nos lecteurs. Le cliché dont nous parlons a été fait au-dessus de Paris, à 605 mètres d’altitude; il est, d’une netteté qui ne laisse absolument rien à désirer; nous le reproduisons ci-dessus par l’héliogravure (lig. 1).
- 's////
- Fig. 2. — Plan explicatif de la photographie ci-dessus.
- 1. Port de l’Hôtel-de-Yille. — 2. Quai de l’Hôtel-de-Ville. — 3. Rite de Brosse. — 4. Ancienne caserne Lobau. — 5. Rue de l’Hôtel-de-Yille. — 6. Pont Louis-Philippe. — 7. Établissement de bains froids. — 8. Autre établissement de bains froids. — 9. Rue du Bellay. — 10. Quai de Bourbon. — 11. Quai d’Orléans. — 12. Pont Saint-Louis. — 13 et 14. Bateaux-mouches. — 15. Ponton des bateaux-mouches.
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- LA NATURE
- Quelques autres photographies, qui u’out pas donné des résultats aussi parfaits, sont cependant assez satisfaisantes pour être signalées. Deux ou trois d’entre elles dépassent encore connue netteté, tout ce qui avait été obtenu jusqu’ici h
- L’ascension a eu lieu à l’atelier aéronautique d’Àuteuil, le vendredi, 10 juin 4885, dans notre aérostat le Commandant Rivière, cubant 1000 mètres. M. Jacques Ducom s’occupait spécialement de la partie photographique de l’expérience, tandis que je prenais soin de la conduite de l’aérostat; M. Georges Drus, ingénieur des arts et manufactures, nous accompagnait.
- L’appareil photographique, disposé sur le bord de la nacelle, de manière à pivoter sur un axe, et à être fixé verticalement (fig. 3), est une chambre, dite de touriste 13/18, a soufflet tournant, construite par 31. Maekenslen. L’objectif est un rectiligne rapide u° 4, de 31. Français, de O111,36 de foyer : cet objectif a été employé avec un diaphragme de 0m,026; son ouverture étant de 0m,036. Les photographies ont été successivement faites avec un obturateur de M. Français, et avec une guillotine a déclenchement pneumatique et a ressort de caoutchouc, tout spécialement construite pour notre expédition, par un savant praticien, 31. 31oussette. Le temps de pose avec ce dernier système était de ^ de seconde. On pourrait facilement obtenir un temps de pose de durée encore moindre, mais cela ne paraît pas nécessaire pour les opérations aérostatiques.
- L’émulsion des plaques au gélatino-bromure d’argent employée a été aussi spécialement préparée par 31. Bacard, et les plaques nous ont été gracieusement offertes par 31. Yéra.
- Le départ a eu lieu à 1 b. 40 m. de l’après-midi, par un vent sud-puest, nous dirigeant dans la direction du nord-est.
- Dix minutes après l’ascension, une première photographie a été exécutée à 670 mètres au-dessus de la rue de Babylone et des magasins du Bon-3Iarché ; l’épreuve obtenue a pu être reproduite pour l'Illustration qui en donne un fac-similé par la gravure.
- Une autre opération a été faite au-dessus du pont' Saint-Michel, a une hauteur presque semblable. Un distingue nettement sur l’épreuve obtenue, le pont et le quai Saint-Michel, le quai du Marché-Neuf, l’état-major des pompiers près la Préfecture de police. On compte quinze voitures de place stationnant sur le quai du 31archë-Neuf ; on distingue nettement les tramways, les passants, et la trace d’une voiture d’arrosage, qui a marqué sur l’épreuve une traînée grisâtre.
- 1 On pourra se rendre compte des résultats de la photographie aéronautique jusqua ce jour, en visitant une des galeries du Conservatoire des Arts et Métiers, où M. le colonel l.aussedat a exposé les épreuves qui sont dues à M. Besmarets, à M. Shadbolt et à d’autres opérateurs. Nous nous sommes empressés d’olTrir à notre grand établissement national les nouvelles épreuves obtenues pendant notre récente expérience. Nous espérons que le public pourra prochainement apprécier celle squi offrent le meilleur caractère de netteté.
- Au-dessus de l’ile Saint-Louis, à 605 mètres d’altitude, l’appareil a donné le remarquable cliché que nous présentons à nos lecteurs, mais dont l’héliogravure ne peut malheureusement pas produire un fac-similé absolument exact quant à la finesse des détails (hg. 1). Le petit plan que nous publions au-dessous (lig. 2) fournit, par la légende qui l’accompagne, l’énumération topographique de la photographie. Quand on examine à la loupe l’épreuve photographique elle-même que nous regrettons de ne pouvoir présenter à tous nos lecteurs, on découvre des détails inattendus, tels que des rouleaux de corde dans un bateau amarré près de l’établissement de bains froids, des passants arrêtés sur le quai, etc. On peut, sur le cliché, compter les cheminées des maisons, formant en projection de petits points noirs sur les toits.
- Une nouvelle photographie d’une très grande netteté mais d’un ton un peu grisâtre, a été obtenue quelques minutes après notre, passage au-dessus de l’ile Saint-Louis, a 800 mètres d’altitude (2 h. 8 m.) au-dessus de la prison de la Roquette ; on voit sur l’épreuve une partie de cette prison, et le groupe des maisons comprises dans le voisinage, entre la rue Saint~31aur, la rue Servan, la rue 3Ierlin, avec les entrecroisements formés par les rues Omer-Talon et Duranty. L’établissement du dépôt du 3Iont-de-Piété s’y distingue très clairement.
- Au moment où nous allions quitter Paris, un bon cliché a été obtenu a 2 h. 12 m. au-dessus du réservoir de 3Iénilmontant (altitude 820 mètres). Un voit le fossé des fortifications, le boulevard 31orticr, la rue Saint-Fargeau, la porte de Ménilmontant et la caserne des remparts qui se trouve entre Bagnole! et le pré Saint-Gervais.
- Deux autres photographies ont été faites hors Paris, à des hauteurs plus considérables, de 1000 à 1100 mètres; l’une d’elles représente la campagne de Germigny-l’Evêque (S.-ef-3L), avec des chemins et des constructions, et l’autre le village de Lizy-sur-Ourcq, dans le meme département. Ges deux nouvelles expériences ont été exécutées a 5 h. 20 m. et à 5 h, 25 m. \
- Pendant la traversée de Paris q« nous avons faite de notre atelierd’Auteuil a la portej^Ménihnoulant, de 1 li. 40 m. à 2 h. 12 m., nous avons donc pu faire cinq photographies : l’une au-dessus des magasins du Bon-Marché, la seconde au-dessus du pont -Saint-Michel, la troisième au-dessus de la pointe nord de l’ile Saint-Louis, la quatrième au-dessus de la Hoquette, et la cinquième au-dessus des réservoirs de 3lénilmontant et des fortifications. Un pourrait facilement avoir dans la nacelle deux ou trois appareils photographiques avec un opérateur jiour chacun d’eux; ou obtiendrait ainsi une série continue de clichés; on aurait pour le lever d’un plan des documents topographiques d’une incomparable précision. Enfin il ne serait pas impossible d’opérer avec des 'appareils panoramiques spéciaux, dont les résultats offriraient encore un intérêt tout spécial.
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- Parmi les épreuves photographùpms que nous avons rapportées, celle qui ne laisse absolument rien à désirer comme netteté, a été faite au moment où le soleil lançait ses rayons sur Paris. Les bonnes conditions d’éclairage sont indispensables, et au moment on les antres expériences ont été exécutées, des nuages assez nombreux formaient écran devant le soleil. Malgré l’instantanéité, il faut éviter de faire osciller la nacelle au moment où la guillotine photographique va être mise en mouvement ; il est facile aux opérateurs de rester alors absolument immobiles. La translation de l’aérostat ne nuit pas à la netteté des épreuves obtenues ; pendant nos expériences le courant aérien était assez rapide, puisque nous avons traversé Paris dans sa plus grande largeur, c’est-à-dire sur une étendue de i l kilomètres environ, en 52 minutes. La vitesse du vent a beaucoup augmenté postérieurement pendant la durée de notre ascension comme on va le voir par la suite de notre récit.
- Après avoir exécuté les photographies du sol pris eu plan avec l’appareil vertical, nous avons voulu obtenir des clichés des nuages qui s’étendaient dans l'atmosphère ; mais les nuages blancs qui réfléchissent avec une grande intensité les rayons solaires, ne nous ont pas donné de bons résultats. Il eût fallu disposer l’appareil spécialement pour ce mode d’opération. Si nous pouvons organiser une nouvelle expédition photographique en ballon, nous espérons avoir à ce sujet des résultats plus complets.
- Nos expériences auront démontré que l’on peut obtenir en ballon des clichés photographiques, aussi beaux, aussi nets que les meilleurs de ceux que l’on produit à terre. Les procédés instantanés au gélatino-bromure ont d'ailleurs absolument transformé l’art photographique, et les opérations, il faut le dire, deviennent très faciles. Grâce aux plaques extra-sensibles que l’on prépare aujourd’hui, grâce aux obturateurs rapides dont on peut disposer, nous croyons que la photographie aérostatique peut être ajtpelée à un grand avenir. Elle donnera des pians merveilleux, qui dépasseront en précision, en finesse, en netteté, les relevés les plus minutieux; elle sera d’un puissant concours à l’art militaire puisqu'elle permettra de prendre sûrement le plan de forteresses ou de travaux ennemis. A l'altitude de 600 mètres, un ballon n’a rien à craindre des feux de l'artillerie, et le photographe dans la nacelle peut opérer aussi sûrement que dans son atelier1. File pourra aussi offrir de précieuses resources à la géographie, en donnant des documents relatifs aux lieux inaccessibles par terre, et au-dessus desquels il sera possible de passer en ballon.
- Nous avons résumé notre expédition au point de vue photographique, qui était son but essentiel ;
- 1 Des expériences qui ont été faites à Tours pendant le siège de Paris, au moyen de ballons captifs, ont démontré que le tir vertical de bas en haut des fusils Ghassopot ne dépassait pas 400 à 450 mètres. — Voy. En ballon pendant te siège de Paris, par Gaston Tissandier. Dentu, éditeur.
- nous donnerons à présent quelques détails sur le voyage lui-même : il n’a pas manqué d’intérêt au point de vue météorologique.
- Le gonflement de l’aérostat a été exécuté dès le matin par MM. Gaudron frères, les élèves do M. La-chambre. Pendant le gonllcment et au moment du départ, des photographies instantanées ont été faites de la nacelle et du ballon, par MM. Albert Londe et Yera, dont on connaît la remarquable habileté. Après le départ qui a eu lieu à 1 h. 40 m., l’aérostat est monté lentement jusqu’à 900 mètres d’altitude, et nous l’avons laissé bientôt redescendre dans des régions un peu moins élevées, de 600 à 800 mètres jusqu'au moment de la sortie de Paris, au dessus du réservoir de Ménilmontant.
- A 5 b. 20 m., nous passons à 1100 mètres d’altitude au-dessus de Meaux. Le soir même un autre aérostat, monté par M. Eugène Godard et plusieurs voyageurs, parti de Paris quelques heures après nous, allait atterrir dans cette localité.
- Nous suivons actuellement une véritable route aéronautique très fréquentée, un fleuve aérien dont l’existence n’est pas rare. C’est à Meaux que Nadar est descendu en 1865, lors de son premier voyage du Géant; c’est à Meaux que nous avons déjà pris terre, mon frère et moi, le 27 juin 1872, avec trois voyageurs. Bien d'autres ballons sont descendus dans cette même direction.
- On va voir un pou plus loin «pie Le Commandant Rivière a passé entre Château-Thierry et Neuilly-Saint-Front, prolongement de la ligne de Paris à Meaux; c'est précisément au-dessus d'un bois que nous avons traversé, que j'ai fait en 1869, en compagnie de W. de Fonvielle, cette descente extraordinaire, au milieu d’un ouragan, qui nous fit parcourir, eu traînant sur le sol, l’espace de 4 kilomètres en cinq minutes. Nous étions venus de Paris à Château-Thierry (distance à vol d’oiseau 80 kilomètres), en 55 minutes. C’est la plus grande vitesse qu’un ballon ait atteinte jusqu’ici1.
- Mais revenons à présent à notre voyage aérien du { 9 juin.
- Los circonstances atmosphériques que nous avons observées méritent, comme nous l’avons dit un pou plus haut, d’être enregistrées.
- À l’altitude «le 1000 à 1400 mètres régnait un courant aérien dont la vitesse «le translation était assez considérable; nous l’avons estimée à 40 kilomètres à l’heure environ. À 1400 mètres, un massif de nuages blancs translucides s’étendait dans l’at-
- 1 Voy. Histoire de mes ascensions, par Gaston Tissandier. Maurice Dreyfous, éditeur. Chap. V. Ascension de Paris à Nouilly-Saint-trout (Aisne), 80 kilomètres en 55 minutes, dette vitesse de plus de 2‘200 mètres à la minute, et de plus de 137 kilomètres à l’heure, ne saurait être parcourue sans de graves dangers à. la descente. Occupé à tirer de toutes mes forces la corde de la soupape du ballon, je n’ai pas eu le moindre horion. Mon compagnon de voyage, par contre, fut blessé assez grièvement. Il eut un pied cassé, des contusions sanglantes a la tète. Il a été guéri de ses blessures, mais non de sa passion pour la navigation aérienne i
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- LA N A T LUE.
- mosphère, et flottai!, à la partie supérieure du courant aérien. Au-dessus, l'atmosphère était calme ; de petits nuages planaient immobiles à plus de 2000 mètres, et le soleil était très ardent.
- Après être descendus tout près île terre au delà de Château-Thierry (Voy. le diagramme du voyage, lig. 4), nous avons voulu nous élancer au-dessus des beaux nuages, au sein desquels nous étions plongés tout à l'heure. Mes compagnons de voyage,
- MM. J. Ihieom et G. l’rus qui, pour la première Ibis, mettaient le pied dans la nacelle il un ballon, ont pu voir que les récits des aé-ronautes n’ont rien d’exagéré quand ils décrivent les splendeurs du monde aérien. Montagnes de vapeur aux vallées d’argent, aux reflets éblouissants, ombre du ballon sur les nuages, entourée de l’auréole multicolore, spectacles immenses, admirés au milieu du calme et du silence imposant qui régnent dans ces régions élevées, vous êtes les merveilles de la nature ! C’est à 6 heures, à l’altitude de 1900 mètres, que nous avons remarqué l’ombre de notre ballon, projetée sur la nappe blanche des nuées ; elle formait un petit cercle grisâtre, entourée d’une auréole de
- diffraction aux sept couleurs de l’arc-en-ciel; quand nous nous sommes rapprochés des nuages, c’est seulement l’ombre de la nacelle et de la partie inférieure de l’aérostat dont on distinguait la projection, et l’auréole prenait un diamètre plus considérable. Ce phénomène très remarquable, et très beau à voir, est comparable au spectre du Brocken que l’on observe en montagne, au-dessus des brumes.
- Fi^'. — llisposilton «li> l'appareil photographique dans la uaeelle
- du ballon le Commandant Rivière.
- Nous en avons souvent parlé à nos lecteurs, et ceux que la question intéresse pourront se reporter aux notices et aux dessins qui ont été publiés à ce sujet1.
- En juillet 1882, mon frère Albert a observé le spectre du Brocken, au sommet du pic du Midi, dans des conditions très remarquables, qu’il a enregistrées par le crayon et par la plume 2.
- À 6 b. 10 m. nous nous apprêtons à commencer la descente; le ballon va quitter les régions élevées, car il est temps de revenir à terre. Les régions du soleil et des éblouissements de lumière sont abandonnées. Le Commandant Rivière traverse la banquise de nuages; la surface du sol, qu’on aperçoit bientôt, paterne à côté de ces magnifiques pays d’en liant. On regrette de les avoir abandonnés sitôt.
- Notre nacelle
- iv1.'m vbva . vih3o arrive près de
- terre ;bientôt bercée à l’extrémité de son guide-rope et de sa corde d’ancre, elle vient
- rail grise et
- se
- poser.
- comme
- Fi», i.
- l’oiseau, au milieu d’un taillis du bois des llozais, avant-poste de la forêt de Peints.
- Nous sommes en pleine Champagne, à quelques kilomètres de Keims, dont la cathédrale se profile à T horizon, à quelques centaines de mètres du superbe château de M. Pommery,
- où nous trouvons une hospitalité si affable et si cordiale,que nous ne pensons plus à regretter les régions célestes. Gaston Tissandier.
- 1 Yoy. Ombres extraordinaires, spectres aériens et auréoles lumineuses. — N* 4 du 28 juin 1873, p. 54 et suiv. ;
- - Yoy. L’Observatoire du pic du Midi, spectres lumineux, n° 485, du 16 septembre 1882, p. 248.
- Diagramme de l’asecusiou aérostatique du ballon le Commandant Rivière de Paris aux Rozais, près de Heinis. — 19 juin 1885.
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- LA N A TU UE.
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- LES TORPILLEURS OTTOMANS
- Toute nation maritime qui vêtit protéger, d'une manière effective et sûre, l’étendue de ses côtes el surtout ses ports de guerre et de commerce, doit faire appel à deux systèmes de défense, tous deux d’importance égale mais inséparables l’un de l’autre. Les deux éléments de protection sont :
- 1 “La défensefi.ve constituée par des lignes de torpilles de fond mouillées dans les passes d’entrée dos ports, par des dignes ou jete'es convenablement disposées pour empêcher toute attaque de vive force, enfin par les batteries de côtes.
- 2° La défense mobile est assurée par les flottilles de canots vedettes ou de torpilleurs de toute classe,
- Nouveau bateau-lorpilleur de première classe, construit pour le. Gouvernement ottoman.
- qui doivent par leurs courses journalières autour d’un port menacé de bombardement par une escadre ennemie, harceler sans cesse cette dernière, et la tenir en éveil à une distance assez éloignée de la côte pour l’empêcher d’exercer ses ravages sur les points attaqués, bar suite de cette organisation, ces batiments légers sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la protection dos ports et des points de ravitaillement.
- Toutes les nations européennes ont parfaitement saisi les avantages nombreux de la défense mobile, et chaque. gouvernement augmente sans interruption sa petite flottille de torpilleurs.
- L’Angleterre et la Bussie, qui possèdent actuellement. près de. 120 torpilleurs, sont les mieux armées sous ce rapport. La France ne vient qu’en
- troisième rang avec [très de 70 torpilleurs actuellement en service. Il est juste d’ajouter, toutefois, que le ministère de la marine vient de commander à différentes usines françaises, 50 torpilleurs de 1 r,‘ classe qui devront, être livrés dans une année. Nous posséderons en conséquence, à cette époque, 100 torpilleurs. Par contre, l’Allemagne, se conformant au désidératmn formulé par le grand état-major pour la défense des côtes de la bal-tique, a voté les fonds nécessaires pour la confection de 450 torpilleurs garde-côtes dont un certain nombre est déjà terminé. Il est à craindre, par suite de la mise à exécution de ce projet grandiose, que nous ne passions bientôt au. quatrième rang, et cependant ce n’est pas 75 torpilleurs qu’il faudrait à la France pour défendre efficacement ses côtes et ses colonies, mais plutôt 500 bâtiments de cette espèce. Il n’est pas jusqu’à
- l’Italie, l’Espagne et la Grèce (pii n’aient fait l’acquisition de quelques torpilleurs pendant ces dernières années, en vue de constituer le noyau de leur défense mobile.
- Le gouvernement ottoman seul, jusqu'à ce jour, ne possédait aucun torpilleur, bien que ce mode de protection dût être de la plus grande utilité pour mettre les côtes de la Turquie et le passage des Dardanelles à l’abri de toute attaque. Pour ne pas rester en arrière dans cette voie, Je gouvernement Turc a commandé à la Société anonyme des Forges et chantiers de la Méditerranée deux torpilleurs de lre classe destinés à la défense du Bosphore. Les deux bâtiments sur lesquels nous voulons donner quelques renseignements à nos lecteurs, ont été construits dans les chantiers de La Sevne, et font route, en ce moment, pour Constantinople, où ils se rendent par leurs propres moyens. On espère
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- LA NATURE.
- qu’ils mettront une quinzaine de jours pour se rendre à destination, en admettant toutefois qu'ils trouvent sur tout leur parcours le beau temps, tel qu’il existe actuellement sur les côtes de Provence. Avant leur départ, ces torpilleurs ont, effectué leurs essais de vitesse, sur le mille mesuré et en route libre, en présence d’une commission de réception composée d’officiers de la marine française du port île Toulon, et «le plusieurs représentants du gouvernement turc.
- Les résultats des essais de vitesse ont été satisfaisants. Et bien que la vitesse prescrite au marché li ait été que de 18 nœuds à l’heure, la vitesse moyenne sur la base officielle pendant quatre parcours consécutifs a atteint 20 nœuds 50. Nous devons ajouter que la mer était légèrement houleuse et ipie le torpilleur était à son tirant d’eau en charge.
- Les essais en route libre effectués pendant deux heures et demie ont été également satisfaisants et ont montré que ces bateaux possédaient de très bonnes qualités nautiques et une excellente tenue à la mer.
- Comme type, ils diffèrent des torpilleurs Normand n° 61 à 64, bien qu’ils s’en rapprochent par leurs dimensions principales. Ils ont 51 mètres de longueur a la flottaison, avec une largeur de 5m,520 à la flottaison, et un creux de lm,57. Leur déplacement en charge est de 42 tonneaux et correspond à un tirant d’eau moyen de 0'",850, le tirant arrière étant de lm,750. La largeur au plat-bord est de 5“,600.
- lis se distinguent en ou Ire des torpilleurs français type 64 à 68, en ce qu’au lieu d’avoir un passage central situé dans l’axe longitudinal et sur le pont du torpilleur, ils ont deux coursives latérales placées de chaque bord, le milieu du pont se trouvant occupé par un roof continu de peu de hauteur allant de l’avant à l’arrière. Ce roof sur lequel la circulation ne peut se faire qu’en certains points destinés aux descentes, abrite le poste de l’équipage, la chaudière et la machine. En outre ses façades ininterrompues d’une extrémité à l’autre du batiment, conslituent une poutre creuse d’une grande solidité, et dont la rigidité supprime complètement les vibrations si violentes sur ces bateaux mus par des machines à allure rapide. Il est bon d’ajouter que chacune des coursives es! pourvue en abord de montants de garde-corps avec libère en acier, facilitant la circulation, qui ne présente par suite aucun dan-ger. •
- La coque est entièrement en acier. Elle est divisée en huit compartiments par sept cloisons étanches disposées de telle façon, qu’un quelconque des compartiments rempli d’eau ne mettrait pas en danger la sécurité du bâtiment. Les deux compartiments de l’extrême avant sont vides. A leur suite se trouve le poste de l’équipage où viennent aboutir les tubes de lancement des torpilles Whitehead. Lisons immédiatement que chacun des deux tubes
- peut renfermer une torpille de 4m,42, qui est lancée par l’air comprimé emmagasiné dans deux solides réservoirs. La partie avant de ces tubes vient déboucher en dehors du bâtiment au-dessus de l’étrave. Elle est fermée en temps ordinaire de navigation, par un système spécial d’obturateur possédant une étanchéité parfaite, tout en recouvrant entièrement, l’extrémité des tubes, qui se trouve de cette façon protégée contre les coupes-de mer et les abordages.
- Le poste renferme également un treuil de manœuvre pour immerger ou rentrer une hampe destinée à porter la torpille de choc. Cet espar placé sur le pont est en acier, et peut venir frapper un navire ennemi à 2"’,50 au-dessous de sa ligne de flottaison, à l’aide de sa torpille Mac-Evov.
- fies bâtiments sont, comme on le voit, armés do torpilles automobiles et de torpilles portées. Le double armement, qui ne se trouve sur aucun torpilleur existant, en fait un type appelé certainement à rendre de grands services dans les guerres maritimes futures.
- À l’arrière du poste se trouve la tourelle oit prennent place le commandant et, l’homme de barre. Ils ont sous la main : la roue de, gouvernail, le télégraphe de communication à la machine, les leviers de lancement de Whitehead et 1e, commutateur de mise en feu de la torpille Mac-Evoy.
- Nous trouvons, à la suite, la chambre de la chaudière qui est du type dit de locomotive. En puissant ventilateur, placé contre la cloison qui sépare la machine de la chaufferie, active le tirage en vue d’obtenir une grande production de Vapeur. La machine placée dans le compartiment suivant est à deux cylindres verticaux avec condenseur en cuivre; un petit moteur actionne la turbine de circulation. La force de la machine est d’environ 450 chevaux correspondant à 520 tours par minute. L’hélice qu’elle actionne est en acier et a un diamètre de, 4,u,670 avec un pas de 2m,15.
- Les deux dernières tranches de l’arrière sont occupées par une chambre destinée aux officiers, et par un petit coqueron, à l’extrême arrière, où se trouve la barre. Ije poste des officiers renferme doux couchettes, une petite table en acajou et quelques armoires.
- L’armement de, ces bateaux est complété par deux mitrailleuses Nordenfelt. Une d’elles, à deux canons, du calibre de 25 millimètres est placée à l’avant sur la tourelle du commandant. L’autre, à cinq canons, du calibre de fusil Martini Henry, se trouve à l’arrière, au-dessus de la cloison qui sépare la chambre des officiers du coqueron arrière.
- Tels sont les deux torpilleurs qu’il nous a paru intéressant de fairè connaître à nos lecteurs. Us sont, en effet, d'un type nouveau, et, en raison même de leur vitesse supérieure et de leur puissance offensive considérable, paraissent devoir rendre de nombreux et véritables services au gouvernement ottoman. X...
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- LA NATURE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Li GROTTE DE GA.RG4S
- Souvenirs de notre Tour du Monde, par Hugues Krafft.
- 1 vol. grand in-8“, illustré de 24 phototypies et contenant 5 cartes. — Paris, Hachette et O, 1885.
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- La biologie aristotélique, par G. Bouchet, professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle.
- 1 vol. in-8°. — Paris, Félix Alcan, 1885.
- Conquête du monde animal, quête, chasse, pèche, destruction des animaux nuisibles, domestication des animaux utiles, par Louis Bourdeau. 1 vol. in-8°. — Paris, Félix Alcan, 1885.
- Les rivages de la France autrefois et aujourd’hui, par .1. Girard. 1 vol. in-8°, avec 8 cartes et nombreuses illustrations. — Paris, Ch. Delagrave, 1885.
- Traité élémentaire des mesures électriques, par H. B. Remue, traduit de l’anglais sur la troisième édition, par II. Berger. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Formation des principaux hydrométéores, brouillard, bruine, pluie, givre, neige, grésil. Nouvelle théorie de la grêle, par J.-N. Plumandon, in—18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Les ateliers photographiques de l’Europe, par üaokn Pritciiard, traduit de l’anglais sur la deuxième édition, par Gh. Baye. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Manuel du touriste photographe, par Léon Yidai,, première partie. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Traité pratique de céramique photographique. Epreuves irisées or et argent, par Geymet. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Traité pratique de zincographie. Photogravure. Auto-gravure. Reports, etc., par V. Roux. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Traité pratique de peinture et dorure sur verre. Emploi de la lumière. Application de la photographie, par E. Godard. 1. vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Traité élémentaire d'électricité avec les principales applications, par R. Colson, capitaine du génie. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Yillars, 1885.
- Allas universel de géographie, parYiviEN de Saint-Martin1 et F. Sghrader. 5e livraison, contenant Pays-Bas, Suède, Norwège, Danemark, principaux archipels d’Océanie. — Paris, Hachette et Cie.
- Un capitolo di psicofisiologia. Giordano Bruno. Confe-renze di Enrico dar Pozzo di YIombello. 1 vol. in-18. — Foligno, 1885.
- Third annuel Report of the United Stades geological Survey to the sevretary of the interior, 1881-1882, by J. YV. Poweu , director. 1 vol. in-4° illustré. —YYashin-gtnu, 1885.
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- COMMUiNE d’aVEN'TIGNAN ( HAUTES - PYRÉNÉES)
- C’est dans une colline de calcaire crétacé inférieur, formant la montagne de Tibiran, que s’ouvre la grotte de Gargas, à 100 mètres environ au-dessus du niveau de la vallée. Elle est située à 5 kilomètres sud est du village d’Aventignan. L’accès en est facile depuis qu’un chemin, terminé par le fermier Bor-dères (1884), permet aux voitures d’arriver à l’entrée de la grotte1.
- La grotte de Gargas est une des plus lu'lies des Pyrénées : elle présente au visiteur une succession de vastes et belles salles à la voûte tantôt courbée en dôme, tantôt élancée en ogive, ou horizontale comme un plafond. L’exploration des salles est facile; le sol recouvert d’une épaisse couche sfalagmitique, n’est pas bouleversé, comme dans la plupart des grandes grottes.
- En entrant par la porte de fer qui ferme l’ouverture de la grotte, on pénètre dans la salle de l'Ours où une bizarre concrétion calcaire de la voûte offre bien la forme de ce carnassier. Cette salle est large de 25 mètres environ sur une longueur de 30 mètres. On descend d’abord un talus formé de terre et de débris provenant en grande partie du dehors. Ce talus, dans lequel sont taillées plusieurs marches, repose sur un plancher stalagmitique dur, compacte! cristallin.
- En tournant vers la droite, on gagne la salle des Colonnes, qui est la plus belle. Le sol se hérisse de stalagmites, et celles-ci, en plusieurs endroits, vont rejoindre les stalactites de la voûte. Cette salle a 15 mètres environ de longueur sur 15 mètres de largeur. Après avoir dépassé les Colonnes, on arrive à la salle des Crevasses, large de 25 mètres, et celle-ci conduit à la grande salle de Gargas, longue de 100 mètres et large de 25, 50 et 55 mètres. À certains endroits, d’énormes fissures creusées dans la voûte s’élèvent à une grande hauteur ; quelques-unes de ces crevasses, en forme de gigantesques entonnoirs renversés, ont plus de 20 mètres d’élévation. La grotte se termine par la salle Rampante : comme son nom l’indique, cette partie de la caverne ne peut se parcourir qu’à plat ventre ; elle donne accès à la grotte supérieure par un étroit et difficile passage qu’il serait possible d’élargir et qui permettrait alors aux visiteurs de sortir en traversant la belle grotte supérieure dont l’entrée naturelle est située à 50 mètres au-dessus de l'entrée actuelle ; cette dernière a été pratiquée à coups de mine, il y a une trentaine d’années.
- En suivant la direction des grandes crevasses, on aboutit à une petite chambre où se trouvent les Oubliette s de Gargas, puits vertical qui s’enfonce à 20 mètres de profondeur dans le massif de la montagne. Le trou de communication à ce puits
- 1 Trajet à pied : de Montrejeau à la grotte, 1 heure; d’A-i ventiguan, 50 minutes; de Saint-Bertrand-dc-Gomminges, | 1 heure.
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- LA NATURE.
- étrange, devenu important par les débris paléonto-logiques que j’y ai recueillis, n’a pas plus de 60 centimètres de diamètre. Telle est la configuration générale de la grotte.
- Vers 1865, le docteur Garrigou et M. de Chastai-gnier visitèrent la grotte et furent les premiers h pratiquer quelques fouilles ; celles-ci permirent à ces savants de constater que la grande salle renfermait des débris de la faune quaternaire, et, près du talus, un foyer de Vâge du renne1.
- Dès qu’il me fut possible d’obtenir du conseil municipal d’Aventignan l’autorisation de faire des fouilles, je me mis à l’œuvre, et la persistance avec laquelle j’ai continué mes explorations m’a amené à découvrir un des plus importants gisements que nous ayons dans la chaîne des Pyrénées. Mes pre-
- mières fouilles dans la grande salle de l'Ours ouf été faites en 1875. Elles ont été particulièrement fructueuses dans une excavation longue de 9 mètres environ sur 5 mètres, qui termine la salle, à gauche. J’ai remarqué que ces sortes de retraites dans les grottes sont généralement riches en ossements. Les courants d’eau pénétrant avec impétuosité par l’entrée de la grotte entraînent les ossements entiers, cassés ou rongés, gisant sur le sol ; ces débris sont transportés dans les profondeurs de la caverne et souvent se trouvent arrêtés le long des parois ; dans ces chambres ou retraites ils demeurent ensevelis dans un limon argileux. Des cailloux roulés sont constamment associés aux ossements, et ceux-ci sont toujours dans un grand désordre. Les espèces que j’ai renconlrées sont : le grand ours des caver-
- ., ' Fig. 1, — Squelette d'hyène des.cavernes, découvert dans les.oubliettes de Gargas.
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- nés, le petit ours, l’hyène, le grand chat, le rhinocéros,' le bœuf, le cheval, le cerf.
- Le plancher stalagmitique était épais de 40, 50 et 60 centimètres. Les ossements étaient tantôt dispersés, tantôt accumulés sur certains points. Us sont, généralement brisés, souvent usés et arrondis ; ils paraissent avoir été roulés avec violence par les eaux. La terre argileuse à ossements, qui a une épaisseur de 1 à 2 mètres, repose sur une couche de cailloux roulés dont les dimensions varient de la grosseur du poing jusqu’au grain de sable. Une épaisse couche (le stalagmite très dure, cristalline, couvre la salle des'Colonnes et il est, très difficile de fouiller, sans abîmer'cette partie de la grotte.
- 1 Voy. : Monographie de Bagnères de-Luchon, par i lo docteur Garrigoii ; Mémoires de l’Académie des sciences de Toulouse, 1800.
- Nous avons reconnu que diverses ouvertures, aujourd’hui bouchées, soit par des concrétions calcaires, soit par des éboulis terreux de la montagne, existaient anciennement. Une de ces ouvertures «‘tait située dans le voisinage de la porte actuelle, et permettait l’accès de la salle de l’Ours à une peuplade de chasseurs qui trouvait là un abri vaste et commode.
- Les fouilles nous ont révélé à celte entrée, au bas du talus, le long des anfractuosités de gauche, une épaisse couche de débris apportés par l'homme primitif. Cette couche de foyers, formée d’une terre noire mêlée de charbons et de nombreux débris d’os calcinés et cassés longitudinalement pour la plupart, renfermait des silex taillés grossièrement. J’ai recueilli quelques pointes intactes, types du Moustier, dont une face offre une cassure franche,
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- • Coupe de la grotte et des oubliettes de Gargns, figtirées pendant leur exploration par l'auteur.
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- L A NAT 11 H K.
- sans retailles ; Lan Ire représente les arêtes de taille e-t se trouve pins on moins finement retouchée sur une partie de ses bords. D’après M. de Mortillet, ces instruments, toujours bien à la main, n’étaient pas laits pour être emmanchés. Ils pouvaient servir de tranchets et de scies, mais ils étaient surtout destinés à racler les bois et les peaux. La couche de foyers avait 8 à 10 mètres carrés et 50 centimètres à I mètre 50 de profondeur ; elle reposait sur un eailloutis au-dessus de la stalagmite. Les animaux qui ont pu être reconnus, sont : l’ours actuel {rare); l’aurochs, le bœuf, le cheval, le cerf, tous quatre abondants.
- Au fond de la grotte, se trouve un puits à parois \erticales, qui n’a pas moins de 20 mètres de profondeur; il est connu sous le nom des Oubliettes de Gargas; son ouverture a 40 a 60 centimètres de diamètre et donne à peine passage à un homme (fig. 2).
- Le fermier Dordères, dans l’espoir «le découvrir une nouvelle grotte, descendit le premier dans ce précipice à l'aide d’une échelle de corde, et recueillit quelques ossements qui furent pour moi une révélation.
- Malgré la grande difficulté et le danger de pratiquer des fouilles dans ce point, je compris, dès les premiers coups de pioche, qu’il y avait là un gisement de la plus haute importance, car tous les ossements que je rencontrais étaient intacts. La première pièce qui fut recueillie est un crâne complet du grand ours des cavernes avec ses maxillaires en place. Dès ce moment, j’ai entrepris une série de fouilles qui ont duré deux ans.
- La descente se fait par un étroit passage vertical qui a 2 mètres de longueur. La cavité s’élargit ensuite insensiblement, et, à 4 mètres de profondeur, elle atteint 2 mètres de largeur; à 5 et 6 mètres, 3 mètres ; enfin elle mesure 5 mètres environ dans la partie la plus large, c’est-à-dire à 19 mètres de profondeur (fig. 2).
- Un coup d’œil jeté sur la coupe du puits que j’ai relevée aussi exactement que possible, chose peu aisée quand on est suspendu sur une échelle de corde, permettra de saisir la forme étrange de cette poche creusée dans le calcaire de la montagne par suite de phénomènes de dislocations et d’érosions des plus complexes. Deux poches latérales attirèrent tnon attention à cause de la quantité énorme d’argile et d’ossements qui les obstruaient. La première, à gauche, est à 4 mètres 50 environ de l’orifice. Lorsqu’elle a été complètement vidée, nous nous sommes aperçus qu’elle communiquait avec le fond du puits par une étroite cheminée. Un squelette complet du grand ours des cavernes avait bouché ce passage étroit, et, à l’aide d’une petite échelle, nous avons pu contempler avec surprise et recueillir la plus grande partie de ce squelette dont l’état de conservation était remarquable.
- La seconde poche, presque entièrement garnie d’argile et située un peu plus bas que la première,
- communiquait également, à une troisième cavité qui atteint le fond du puits. L'argile de ces différentes poches renfermait une si grande quantité d’ossements, que nous pouvions à peine nous servir de nos pioches, et e’est au moyen de crochets très courts et souvent à la main que les fouilles ont dù s’effectuer; de cette manière j’ai pu enlever les ossements sans accidents. La poche inférieure a été fouillée la première et avec un soin extrême; les ossements étaient enlevés à l’aide d’un panier attaché à l’extrémité d’une corde qu’un ouvrier hissait, par l’ouverture, lorsqu’il était rempli. Trois ou quatre bougies suffisaient pour nous éclairer. ‘L’air était lourd, très chaud, et, après deux heures de séjour, il était nécessaire de venir respirer l’air du dehors. Après avoir extrait les ossements de la poche inférieure et lorsqu’il ne restait plus que l’argile, nous avons successivement déblayé les poches supérieures en rejetant la terre au fond du puits.
- Le 20 décembre 1884, mes fouilles étaient enfin terminées. Aujourd’hui, les Oubliettes de Gargas sont comblées par l’argile qu’il avait été impossible de transporter ailleurs.
- Les animaux que j’ai ainsi recueillis dans le puits sont : le grand ours (très abondant) ; le petit ours (variété du précédent); l’hyène; le loup. Les poches renfermaient des squelettes presque entiers de ces espèces. Comment avaient-ils pu pénétrer dans ce puits? H était difficile d’admettre que ce fût par l’ouverture que nous connaissions. J’ai cherché s’il n’y aurait pas une autre communication avec la grotte de Gargas, et, après avoir vidé la poche de droite, j’ai eu la satisfaction de trouver une fissure qui aboutissait à la grotte et qui devait probablement être plus large à l'époque où la grotte servait, de repaire à l’ours et à l’hyène.
- Des sujets très vieux, d’autres adultes, de très jeunes, vivaient dans la grotte, et surpris, sans pouvoir se sauver, par une inondation subite, ils ont gagné le fond de la grotte où se trouve le puits que nous avons décrit. Les cadavres entiers de ces animaux ont été entraînés par l’eau et déposés dans les poches creusées dans le calcaire. Une fois enfouis dans le limon argileux, les ossements n’ont plus sub l’action des eaux courantes, et dès lors leur conservation était assurée*. Félix Regxaült.
- 1 M. Albert Gaudry, membre de l’Institut, professeur de paléontologie au Muséum, a bien voulu examiner les débris de l’hyène de Gargas. Dans la séance du 9 février 1885, il a fait sur mes fouilles une communication détaillée à l’Académie des sciences. Voici les passages les plus importants de ce travail remarquable :
- « J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de l’Académie la photographie d’un squelette d’hyène des cavernes [hytrna spelœa), qui a pu être restauré presque complètement. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’on a obtenu un squelette à peu près entier d’une hyène fossile. Les hyènes ont été très communes dans les cavernes de la France et de l’Angleterre ; elles ont même été trop communes au gré des paléontologistes, car elles ont détruit les os d’un grand nombre d’animaux quaternaires, tantôt les dévorant, tantôt les rongeant au point de les rendre méconnaissables. Comme elles
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- LA NATUH K
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- MOTEURS
- ET MACHINES DYNAMO-ÉLECTRIQUES
- Natura non facit saltus.
- Cet aphorisme scientifique n’est pas moins vrai dans le domaine des découvertes et des inventions, que dans celui des phénomènes naturels. Nous n’en saurions choisir une plus belle démonstration qu’en esquissant, h grands traits l’histoire des machines dvnamo-électriques, depuis la découverte de l’induction par l’illustre Faraday, jusqu’à la machine Gramme, de 1870, qui a ouvert une voie si féconde aux applications industrielles de l’électricité.
- Aussi bien cette rapide étude rétrospective prend-elle un intérêt, d’actualité par ce lait, que le brevet de principe de la machine de Gramme est dans le
- n’ont point épargné les os de leur propre espèce, on n’en rencontre le plus souvent que des parties très incomplètes.
- « I/examen des échantillons de M. Régnault, et. des morceaux fossiles de divers pays que possède h* Muséum de Paris confirme la croyance que l’hyène des cavernes est la même espèce que l’hyène tachetée, aujourd’hui vivante dans l’Afrique australe hyœna crocuta) *.
- « Les mêmes particularités qui distinguent l’hyène tachetée de, l’hyène rayée (hyœna striata) caractérisent l’hyène des cavernes. Gomme l’hyène, tachetée, l’hyène des cavernes est plus grande, et plus forte que l'hyène rayée ; son crâne est un peu plus large proportionnément à sa longueur; ses humérus ont un trou olécranien qui manque ou est très petit dans les squelettes d’hyène rayée du Muséum. Ainsi que dans l’hyène tachetée, les prémolaires sont plus hautes, moins longues, plus rondes, plus épaisses, proportionnément à leur longueur, que dans l’hyène rayée, indiquant au suprême degré une denture destinée à broyer des os: au contraire, les carnassières sont notablement plus longues ; la carnassière supérieure a des lobes plus inégaux, le premier lobe étant plus petit et le troisième plus grand ; la carnassière inférieure a un plus petit talon, et est dépourvue, au second lobe, du fort (lenticule qui caractérise l’hyène rayée. Les tuberculeuses supérieures, bien qu’absentes sur les crânes que j’ai vus, montrent, par la petitesse de leur alvéole, qu’elles ressemblaient à celles de l'hyène tachetée et différaient des longues tuberculeuses de l’hyène rayée. Enfin, les dents de l’hyène des cavernes et de l’hyène tachetée ayant une épaisseur inusitée chez les carnassiers, les os des mâchoires qui logent ces dents sont plus gros que dans l’hyène rayée.
- « L’hyène des cavernes du midi de la France est à peine plus grande que l’hyène tachetée (fig. 1); la différence a été insignifiante, au lieu qu’elle a été considérable entre la plupart des ours des cavernes et l’ours brun des Alpes, entre certains lions des cavernes et le lion actuel.
- « La seule, particularité de quelque importance que j’ai su découvrir dans notre hyène, des cavernes, c’est qu’à grandeur égale les os sont plus gros ; ce devait être une bête plus lourde (pie. les hvènes actuelles; on peut donc en faire une race particulière sous le nom de hyœna crocuta (race spelæa) ; on n’a pas, je pense, dans l’état de nos connaissances, le droit d’en faire une espèce distincte.
- « 11 y a lieu de s’étonner que l’hyène ordinaire du quaternaire de notre pays ne soit pas l’hyène rayée d’Algérie, mais l’hyène tachetée, qui se plaît surtout dans l’Afrique australe et ne dépasse point le 17° degré de latitude nord. On peut croire, du reste, que l’hyène tachetée s’est accommodée aux changements de climat, car Rrehn prétend qu’on la trouve dans les montagnes de l’Abyssinie, jusqu’à une altitude de fOOO mètres au-dessus du niveau de la mer. »
- M. Boyd Pantins, qui a si bien étudié les animaux quaternaire de la Grande-Bretagne, a adopté la même opinion.
- domaine public depuis quelques mois à peine (le premier brevet porte la date du 22 novembre 1869), et que l’anneau et le collecteur, spécialement garantis par ce brevet, peuvent être aujourd’hui employés par tout le monde.
- Les brevets de M. Gramme ont d’ailleurs largement jtorté leurs fruits puisque, pendant la période d’exploitation, il n’a [tas été construit moins do 7000 machines de tout, type, dont [tins de 4000 types d’atelier, 1000 machines à courants alternatifs et 500 machines à galvanoplastie et opérations électro-chimiques. Et ces chiffres ne comprennent que les machines de M. Gramme. On voit combien a été féconde la découverte de Faraday.
- C’est le 24 novembre, 1851 que fut lue devant la Société royale de, Londres la communication in U-tulée Experimental Researches in Electrieily, dans laquelle Faraday réunit, tous les laits observés par lui et qui renfermait en substance le germe de tous les appareils d’induction imaginés depuis un demi-siècle.
- Presque aussitôt, après, dès 1852, paraissent les machines bien connues de Pixii et de Clarke, qui ne quittent pas le domaine du laboratoire, et ne produisent que des courants absolument insuffisants pour les usages industriels.
- Ici commence une première division dans la voit* des progrès réalisés pour augmenter la puissance de ces machines et en répandre l’emploi.
- Les uns multiplient le nombre des aimants et des bobines pour en ajouter les effets : citons, par exemple, la machine à quatre pôles et quatre bobines de Stôhrer (1844), celle de Nollet et Van Mal-deren (1849), celle de Shephard (1850), et celle de Y Alliance (1856).
- D’autres recherchent, au contraire, une, nouvelle forme d’induit ou un mode particulier d’excitation de l’inducteur : les formes qui ont obtenu le plus de succès sont la bobine double T de Siemens et l’anneau.
- La bobine Siemens, en forme de double T, dont l’emploi est aujourd’hui général dans les moteurs de petite puissance, à cause de ses facilités de construction, date de 1854. C’est une des premières machines dans laquelle on rencontre la préoccupation de faire mouvoir l’induit dans un champ magnétique intense et bien concentré, mais elle reste magnéto-électrique jusqu’en 1867, époque à laquelle remontent la découverte et l’application du principe de l’auto-excitation.
- Mais le plus grand progrès réalisé est celui qui consiste dans l’emploi d’une armature induite en forme A'anneau, grâce auquel on a pu obtenir des machines donnant des courants continus et réguliers.
- L’anneau,— en dehors du mode de commutation des courants — constitue une invention déjà très ancienne. On a pu voir à l’Exposition d’électricité de 1881, dans la section hollandaise, une machine due à Elias et que représente la ligure J. Cette ma-
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- LA NATURE.
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- chine est un moteur électrique composé do deux anneaux concentriques : l'un extérieur, fixe, traversé par le courant de la machine, est muni d’un enroulement tel qu'il s’y développe six pôles conséquents, al-lornativomen l nord et sud, à 60° l’un de l’autre; l’anneau intérieur, mobile, est (ixé sur l’axe, mais les fils communiquent avec les touches d’un commutateur approprié inversant le courant six fois par tour ; au moment où les pôles de noms contraires se trouvent en regard l’un de l’autre, il y a répulsion, puis attraction, jusqu’à ce que l’anneau ait tourné d’un sixième de tour, inversion du courant, répulsion, attraction, inversion du courant, et ainsi de suite pendant tout h* temps de passade du courant.
- On pourrait donc voir, dans le moteur d’Elias, le germe des machines àplusieurs paires de pôles conséquents; mais ce qui le distingue essentiellement des machines postérieures de Pacinotti et de Gramme, c’est que le moteur est à inversion totale, e’est-à-dire que le changement de sens du courant se fait dans tout l’anneau à la fois, tandis que dans les appareils Pacinotti et Gramme, le changement se fait successivement, graduellement , bobine par bobine. Dans le moteur d’Elias, les actions sont discontinues; elles sont continues dans les autres machines à anneau. Mais il y a plus.
- Gomme Ions les aulres moteurs construits antérieurement, et un grand nombre de ceux qui le furent postérieurement, la machine d’Elias n’est pas réversible, c’est-à-dire que l’idée du principe si fécond de la réversibilité est bien postérieure premiers auxquels, s, les core si imparfaits do production de l’énergie électrique ne permettaient guère de franchir le domaine du laboratoire.
- Le principe de la réversibilité, appliqué aux générateurs et moteurs électriques, consiste en ceci : Une machinedon-née est réversible lorsque, mise en mouvement par un travail mécanique extérieur, et produisant de l’énergie électrique, elle peut, inversement, se mettre en mouvement et
- produire du travail mécanique lorsqu’on la fait traverser par un courant approprié. En fait, toutes les bonnes machines électriques sont aujourd’hui réversibles, mais il existe encore certains types de moteurs électriques, abandonnés d’ailleurs, qui ne sauraient être que des moteurs. La machine d’Elias, ainsi que tous les petits moteurs à attraction de lames de fer doux, sont dans ce cas. A qui appartient la découverte du principe de la réversibilité? Il serait bien difficile de le dire, mais on le trouve nettement formulé dans le] mémoire publié en juin 1864 dans II Nuovo Cimento, par M. Pacinotti. Cette machine avait été
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- LA NATURE.
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- construite primitivement pour constituer un moteur électrique. Après l’avoir décrite dans ce but, M. I*a~ einotti ajoute :
- « 11 me semble que ce qui peut augmenter la valeur de ce modèle, c’est la facilité qu’il offre de, pouvoir transformer celte machine électro-magnétique en magnéto-électrique a courant continu.
- « Si, au lieu de l’éleetro-aimaut (lig. 2),il y avait un aimant permanent et que l’on fit tourner l’élee-tro-aimant transversal (l’anneau), on aurait, en fait, une machine magnéto - électrique qui donnerait un courant induit continu toujours dirigé dans le même sens...
- « Pour faire développer un courant induit par la machine ainsi construite, j’ai approché de la zone magnétique les pôles opposés de deux aimants permanents, ou j’ai magnétisé, à l’aide d’un courant, l’éleetro-aimaut iixe qui s’y trouvait, et j'ai fait tourner sur son axe l'élcctro-aimant transversal.
- ' Tant dans le premier que dans le second cas, j’ai obtenu un courant induit toujours dirigé dans le même sens, qui laissait voir à la boussole une certaine intensité, même après avoir traversé du sulfate de cuivre ou de l’eau acidulée par de l’acide sulfurique.
- « On comprend facilement que cette seconde méthode n’est pas pratique, mais qu'il est facile de mettre un aimant permanent à la place de l’aimant temporaire; la machine magnéto-électrique qui en résultera aura alors l’avantage de donner des courants induits additionnés et tous dirigés dans le même sens, sans nécessiter l’emploi d’organes mécaniques qui les séparent des courants opposés, ou qui les fassent concourir tous ensemble.
- « Ce modèle montre de plus comment la machine électro-magnétique est réciproque a la machine magnéto-électrique, puisque dans la première, le courant électrique, qui a été introduit par les rhéo-phores, en circulant dans les bobines, permet d’obtenir le mouvement de la roue et son travail
- mécanique, taudis que, dans la seconde, on emploie un travail mécanique pour faire tourner la roue et obtenir, par l’elfel de l’aimant permanent, un courant qui circule dans les bobines j>our se transporter aux rhéopbores et de là être amené dans le corps sur lequel il doit agir. »
- 11 est utile de faire remarquer que si le principe de la réversibilité se, trouve nettement et complètement décrit, par contre M. Paciuotli n'a pas songé à
- utiliser le courant de la machine pour l’excitation de ses inducteurs.
- Elle neconstituail donc qu'une machine magnéto-électrique ou dynamo-électrique à excitation séparée.
- C’est un peu plus tard, vers la lin de 1866, qu'apparaît pour la première ibis le principe appliqué dans les dynamos pures,dans lesquelles le courant produit par la machine traverse les inducteurs et entretient leur magnétisme. 11 semble que l’honneur tle l’avoir réalisé pour la première fois doive revenir à M. Alfred Yarley.
- La machine construite par S.-Alfred Varlev eu août 1866, et garantie par une patente provisoire en décembre île la même année, figure actuellement dans la section d’électricité de l’Exposition des inventions : en la mettant en mouvement à la pédale, elle actionne une petite lampe de quelques volts.
- L’idée qui forme la base de celte machine, comme celle de toutes les puissantes machines ) actuelles, est que la plus petite trace de magnétisme rémanent dans le fer ordinaire du commerce peut être utilisé pour produire un courant qui exalte et augmente son magnétisme, produisant un courant plus intense qui exalte davantage ce magnétisme, et ainsi de suite jusqu’à une certaine limite dépendant des conditions de construction de la machine, de sa vitesse, du travail dépensé pour la mettre en mouvement, etc.
- Ce même principe fut, un peu plus tard, découvert d’une façon indépendante et presque simultanée par sir Charles Wheatstone et le Dr Werner Siemens
- Fiy. 4. — Moteur cylindrique de M. Gramme (1881).
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- LA NATURE.
- qui coi)jiimiii(|uèreut leur découverte à la Soimété royale le même jour, le 11 février 1867.
- L’idée d’utiliser le courant de la machine à produire son propre champ magnétique est hieu antérieure à 1866, car des recherches faites au Patent-Office en 1882 révélèrent ce fait curieux, inconnu jusqu’alors, qu’en 1851, Soren Hjorth, de Copenhague, avait pris une patente provisoire pour une invention dans laquelle des aimants permanents, combinés avec des électro-aimants, devaient produire de l’électricité, et dans laquelle les électro-aimants devaient être excités par l’électricité produite par la machine. 11 ne semble pas que ce dispositif ait été expérimenté, et les dessins qui accompagnent les spéeilications ne montrent pas clairement la construction. En tout cas, il est certain que si l’on avait construit en 1851 une machine d’après les principes indiqués par Soren Hjorth, on aurait lait un pas vers le principe des dynamos, et les machines du type dynamo pur — qui, logiquement, devraient s’appeler machines auto-excitatrices — auraient été réalisées avant 1866.
- Quoi qu’il en soit, c’est seulement à cette époque, et sous la forme représentée ligure 5, que fut réalisée la première machine s’excitant elle-même. A partir de ce moment, tous les principes essentiels appliqués dans les machines modernes sont trouvés, et nous entrons dans la phase des progrès industriels, magistralement inaugurée par M. Zénobe-Théophile Gramme, avec sa première machine magnéto-électrique à courants continus présentée par M. Jamin à l’Académie des sciences en juillet 1871.
- L’étude de ces progrès et des principes secondaires (jui les caractérisent demande un article spécial : nous aurons l’occasion de l’écrire quelque jour, en donnant à chacun la part qui lui appartient dans les perfectionnements successifs qui ont caractérisé l’évolution des machines électriques, et transformé le premier moteur à anneau d’Elias de 1812, pour en faire le petit moteur cylindrique de Gramme (lig. 4) si léger, si puissant et si compact.
- E. Hospitalier.
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- CHRO'NIQUE
- L’orage du *8 julu à Paris. — Un violent orage a éclaté à Paris et dans un grand nombre de localités, à la fin de la journée du dimanche 28 juin, après un coucher du soleil, d’une couleur orangée éclatante toute particulière. Cet orage a exercé à Paris de désastreux effets, une partie de la berge de la Seine, sous le pont de l’Archevêché , s’est effondrée avec une dizaine de |>ersonnes que l’on a pu sauver grâce à des secours dévoués. La Bièvre a débordé. La foudre est tombée sur l’église de la Madeleine. Une marchande de journaux, dans un kiosque voisin, a été à demi paralysée ; rue Royale, un garçon de café a été renversé, mais s’est relevé sans grand mal. La foudre est également tombée : rue Championne!, dans un terrain où elle a tué un cheval; rue d’Allemagne, dans une maréchalerie ; à la barrière des Lilas, dans une cantine, sans occasionner d’accidents.
- Dans le jardin des Tuileries, un arbre a été sillonné depuis le haut jusqu’en bas; ruelle des Gobelins, la foudre a incendié un amas de tonneaux; le feu a été éteint par les pompiers; à la station de Sceaux-Ceinture, e lil télégraphique a été coupé et le bureau du sous-chef de gare incendié; enfin, avenue d’Orléans, 151, le tonnerre est tombé chez un marchand de vins, le feu a pris aux rideaux et plusieurs meubles ont été renversés.
- La télégraphie et la téléphonie simultanées en France. — M. Sarrien, le nouveau ministre des postes et télégraphes, vient de s’assurer par un contrat avec les concessionnaires des brevets Van Rysselberghe, le droit exclusif d'exploiter ces brevets sur tous les réseaux télégraphiques de la République. La première ligne appropriée sera celle de Paris à Reims, puis viendra Paris-Rouen et enfin toute une catégorie d’autres lignes moins importantes. Le ministre paraît aussi disposé à ne pas s’en tenir à la téléphonie interurbaine, qui a déjii donné des résultats si pratiques, tant en Belgique qu’en Hollande, en Portugal, en Espagne, en Suisse et dans d’autres pays. 1! voudrait, paraît-il, inaugurer à bref délai la Téléphonie internationale, en permettant de correspondre téléphoniquement de Paris à Bruxelles et peut-être même de Paris à Anvers, ce qui serait une attraction de plus pour l’Exposition internationale. Le projet de notre ministre n’a rien que de très légitime, si l’on réfléchit que c’est en France que le succès de la téléphonie à grande distance a été pour la première fois officiellement constaté entre Paris et Bruxelles. C’est, en effet, le 10 mai 1882 que M. l’inspecteur Banneux transmettait, au nom de l’administration des télégraphes de Belgique, à M. Cocherv, ministre des postes et télégraphes de France, la première dépêche téléphonique à longue distance par le même fil qui transmettait une dépêche Morse a M. Caèl, directeur-ingénieur des télégraphes français.
- Production économique du gaz hydrogène.
- — Nous avons assisté récemment à de très intéressantes expériences de fabrication continue du gaz hydrogène, exécutées au moyen d’appareils dus à MM. Félix Hemberl et Henry. Ces chimistes paraissent avoir rendu pratique la décomposition de l’eau par le charbon. Le procédé qu’ils emploient consiste à décomposer la vapeur d’eau surchauffée au point de dissociation, en la faisant passer sur du coke incandescent. Il se produit immédiatement un mélange gazeux formé de volumes égaux d’hydrogène et d’oxyde de carbone. Ce mélange passe dans une seconde cornue chauffée au rouge dans laquelle arrive une nouvelle quantité de vapeur d’eau à la même température que la première. Cette vapeur agissant sur l’oxyde de carbone, le fait passer à un état supérieur d’oxydation, c’est-à-dire le transforme en acide carbonique. Le volume d’hydrogène produit par cette seconde réaction vient se joindre à celui qui a été produit, de sorte que l’on obtient ainsi 5200 mètres cubes de gaz hydrogène par tonne de coke. L’hydrogène est débarrassé de l’acide carbonique qu’il contient en passant à travers un lait de chaux qui absorbe ce dernier gaz. Il ne renferme que de petites quantités d’oxyde de carbone. MM. Hembert et Henry organisent actuellement une usine de production d’hydrogène pour le chauffage et l’éclairage. Nous en parlerons avec plus de détails quand elle fonctionnera.
- L’électricité en Allemagne. — Rendant les six années qui viennent de s’écouler, on a fabriqué en Aile-
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- magne plus de GOU dynamos, représentant une valeur totale de 17 50G 000 lianes et 20000 lampes à arc éva- ; luées à 6250000 francs. De 1880 à 1884, le nombre des bureaux de télégraphes s’est élevé de 5114 il 9529, et la longueur du réseau de 121 520 milles à 150040 milles. Le téléphone a été introduit en Allemagne en 1880; il y a aujourd’hui 58 bureaux centraux dans le pays, ayant 7511 abonnés et possédant un réseau de 10 100 milles de développement.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 juin 1885.— Présidence de M. Bouley.
- Encore cette lois la séance a été anormalement courte. Le président commence par annoncer que quel que soit a ce moment l’état de l’ordre du jour, le comité secret s'ouvrira à quatre heures. Aussi, un grand nombre de membres se bornent à déposer des communications sur le bureau. Une belle série de photographies instantanées obtenues en ballon par MM. G. Tissandier et Dueum, est exposée le long du mur de la salle, et la noie qui les concerne n’a pu être communiquée.
- Nicolas Leblanc. — Dans une notice écoutée avec le plus vif intérêt, M. Peligot rétablit divers faits biographiques touchant Nicolas Leblanc. Le célèbre chimiste n’est pas né, comme on le croit généralement, à Issoudun, mais dans une localité voisine, le G décembre 1742, et non en 1755. Les souscriptions, dès aujourd’hui réunies, pour lui élever une statue sont suffisantes pour que le comité se préoccupe de déterminer la localité où le monument sera érigé. On avait à choisir entre Bourges, capitale du Berry, Saint-Denis, où fut établie la première fabrique de soude, et le Conservatoire des Arts et Métiers, qui fut le théâtre de plusieurs des recherches de Leblanc. C’est pour ce dernier établissement que l’on s’est décidé : Leblanc continuera la série déjà commencée par la statue de Denis Lapin et par celle de Philippe de Girard. Quand, en 1806, Leblanc est mort de découragement et de misère, il travaillait dans un local du Conservatoire, comme il eu a témoigné lui-même dans ce petit avis inséré en tète de sa Cristallotechnie : « Le cit. Molard, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, m’a fourni des secours, sans lesquels il m’eùt été impossible de reprendre mes opérations, et de parvenir à pouvoir exposer mes produits sous les yeux du public. C’est dans un laboratoire de cel établissement, à Saint-Martin, que se fait aujourd’hui mon travail. »
- Jules Crevaux. — Nos lecteurs savent que le 15 du présent mois de juin, la ville de Nancy a inauguré la statue du voyageur Jules Crevaux, massacré le 27 avril 1882, au cours d’une quatrième mission scientifique, par les Indiens Tobas, dans l’Amérique équatoriale, avec la plupart des membres de l’expédition qu’il dirigeait. Notre savant confrère, M. Emile Rivière, empêché par des circonstances particulières de lire la notice biographique qu’il avait préparée sur Crevaux, a fait imprimer son travail et l’offre aujourd'hui à l’Académie. On le lira avec un double intérêt à cause de l’autorité de l’écrivain et de la sympathie qui s’attache à la mémoire de notre illustre compatriote* On apprendra avec une véritable satisfaction qu’en vertu d’un décret du Congrès national de la Bolivie, le point où eut lieu le massacre recevra une colonne de 12 mètres de hauteur, portant une statue tournée
- vers l’Orient, et qu’au même endroit sera fondée une colonie qui portera le nom de Crevaux.
- Encyclopédie Fremy. — L’infatigable librairie de M““ veuve Charles Dunod publie trois nouveaux volumes de la monumentale Encyclopédie chimique à laquelle l’illustre directeur du Muséum, M. Fremy, a attaché son nom. Le premier traite du bore, du silicium et des silicates ; il a pour auteur MM. A. Joly et J. Cury. Un autre, dù à M. Sabatier, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, traite du zinc, du cadmium et du thallium. Dans le dernier des volumes (pie nous annonçons, on trouvera une étude sur le charbon de bois et le noir de fumée, par M. Urbain, et un travail sur les combustibles minéraux, par 31. Stanislas Meunier.
- Varia. — M. Paye ayant analysé les recherches de 31. Palmieri sur l’électricité atmosphérique, M. Masearl en prend occasion pour faire des objections à la théorie des trombes descendantes. Le président prie 31. Faye de remettre sa réponse à la prochaine fois. — On signale un mémoire venu de l’étranger sur la variation séculaire de la déclinaison magnétique. Stanislas 3Ieumer.
- PONCE PROVENANT DU KRAKATAU
- La formidable convulsion volcanique dont le détroit de la Sonde a été le théâtre le 27 août 18851> se signale par la variété autant que par l’énergie des phénomènes qui l’ont accompagnée. Elle eut son contre-coup dans un tremblement de terre d’une énergie exceptionnelle, auquel participèrent la mer et l’océan aérien. Les marégraphes dans tous les ports, les baromètres enregistreurs dans tous les observatoires, saluèrent le passage des ondes fluides, et ces derniers instruments fournirent aux observations des documents d’où fut conclue avec une précision inespérée l’heure exacte du phénomène. D’un autre côté, l’atmosphère terrestre fut pendant de longs mois véritablement salie par la prodigieuse quantité de poussière minérale que l’explosion y mélangea. Au voisinage de l’éruption, la lumière du soleil fut complètement interceptée et, d’après uh témoin, il faisait « une nuit absolue, bien qu’on fut en plein midi ». Les cendres sont retombées sous forme de pluie jusqu’à 250 kilomètres de Ixrakatau, dans la direction de l’O.-S.-O, à Bandseng; vers le N.-N. O. jusqu a Singapore et à Bengkalis, qui sont à 835 et à 915 kilomètres; vers le S.-O. jusqu’à l’île de Keeling à 1200 kilomètres; le tout sur une superficie de 750000 kilomètres carrés. Portées aux plus hautes régions de l’océan aérien par la puissance de leur projection et reprises à 60 kilomètres d’altitude, peut-être, par les vents réguliers, les cendres se sont étalées en une couche qui a modifié longtemps la transparence et la couleur de l’atmosphère. C’est à leur présence qu’il a été nécessaire d’attribuer ces lueurs roses du crépuscule et de l’aube si ressemblantes aux aurores polaires qui n’ont d’ailleurs rien de commun avec elles et dont on s est tant
- 1 Voy. Tables des matières des précédents volumes.
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- occupé; c’cst à elles aussi que le soleil a <lù de se montrer environné d’une auréole inusitée.
- Outre les cendres, le Krakatau a fourni des centaines de millions de mètres cubes de lapilli. D’après M. Vcerbeck, ingénieur des mines à Bui-tenzorg, le volume des fragments rejetés décroissait en général à mesure que l’on s’éloignait de Kra-kalau. Les matériaux grossiers sont tombés, en majeure partie, à l’intérieur d’un cercle de 15 kilomètres de rayon, bien que les fragments de la grosseur du poing aient encore été lancés jusqu’à la distance de 40 kilomètres. En dedans du cercle de 15 kilomètres de rayon, l’épaisseur des couches de débris était de 20 à 40 mètres. Sur le revers de l’ile Krakatau, l’épaisseur des monticules de lapilli, a élé en certains points, au pied du pic, de 00 à 80 mètres.
- Entre Krakatau et Sebesic,gît une immense quantité de ponces qui a presque complètement comblé la mer, au-dessus de laquelle elle fait saillie en deux points auxquels on a donné les noms de Steers Eiland et de Calmeyer Eiland.
- Ces îles ne dépassent que de quelques mètres le niveau de l’eau ; elles ont beaucoup à souffrir du choc des vagues, n’étant composées que de matières meubles, et bientôt elles auront disparu. La navigation, pendant quelque temps, fut empêchée par des bancs de ponces flottantes, qui, autour du volcan, avaient 2m,50 d’épaisseur. Sumatra présente, dans le détroit de la Sonde-, deux grandes baies : celle de Semanglia et celle de Lampong, au fond de laquelle est le chef-lieu de la province de ce nom. En quelques heures, les ponces ont fermé la baie par un immense barrage. C’est une masse flottante, longue de 50 kilomètres sur une largeur qu’on évalue à plus de 1 kilomètre et une profondeur de 4 à 5 mètres : elle s’enfonce de 5 à 4 mètres sous l’eau et émerge de 1 mètre environ. Ces chiffres donnent 150 millions de mètres cubes pour le volume de cette muraille mouvante, qui se balance au flux et au reflux de la mer. A la fin de décembre 1885, les navires venant de l’Inde qui arrivaient à la Réunion traversaient encore de vastes étendues de lapilli flottant à la surface de l’océan.
- . Les courants marins portèrent parfois ces matériaux sur des côtes très diverses : le laboratoire de géologie du Muséum en a ainsi reçu d’observateurs résidant, les uns à la Réunion, comme M. Chateau-
- l’ouee floUuule reueoulrée par le Hoursaint le 13 août 1881, à 15 milles au large de Madagascar, par 11°35' de latitude sud et 48°2' de longitude est. (D’après nature.) Un double décimètre est dessiné au-dessous pour servir d’échelle.
- vieux, d’autres à Tamalave (Madagascar) comme M. Chamboné, d’autres à Mayotte, comme M. le commandant Ferrier. L’époque de l’échouage, en ces diverses régions, des pierrailles volcaniques, peut renseigner sur la vitesse de certains courants de la mer.
- Parmi les pierres flottées dont il s’agit, l’une des plus intéressantes est représentée par la figure ci-jointe et qui fait maintenant partie des collections géologiques du Muséum. Elle pèse fi kilogrammes et a été présentée le 15 octobre 1884 à l’Académie par M. A. Milne-Edwards. Elle a servi de refuge pendant son long voyage à des animaux variés : les plus apparents sont les anatifes, petits crustacés pourvus de coquilles que l’on voit suspendus à sa partie inférieure.
- Les conséquences à tirer du transport à longue distance de matériaux volcaniques par les courants,
- sont nombreuses et importantes. Nuus nous bornerons ici à en mentionner une qui tire son intérêt principal de l’application qu’on en peut faire aux récents dragages sous-marins. On se rappelle, en effet, que les hardis explorateurs qui constituaient l’équipage scientifique du Talisman ont été frappés de l’abondance des pierrailles volcaniques dont est tapissé le fond de l’Atlantique. La conclu sion naturelle semblait être que le bassin de cette mer a été et est peut-être encore le théâtre de phénomènes ignés. La facilité avec laquelle les ponces du Krakatau, progressivement alourdies, ont dû venir se répartir dans les profondeurs de l’océan Indien, nous invite à beaucoup plus de prudence à cet égard. U faut même remarquer que le mécanisme en vertu duquel des matériaux volcaniques viennent ainsi, loin de tout volcan, se stratifier au fond de la mer, n’est pas nécessairement cantonné à l’époque actuelle et qu’on doit, parmi les cinérites, les trass et les peperinos des temps tertiaires, voir des résultats de transports analogues. Des aperçus très curieux sont ouverts aux géologues par ces remarques et c’est un nouveau titre scientifique de cet inépuisable accumulation de phénomènes variés dont’ Krakatau a été l’orageux berceau.
- Stanislas Meunier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissasdieu. Imprimerie A. Luhurc, 9, rue île Fleuras, à Parie.
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- U ?-ï^i-ïOTH£Çiî£
- .V G32. — 11 JUILLET 1885.
- LA NATURE.
- IA NAVIGATION DE PLAISANCE A VAPEUR
- A PARIS
- La navigation de plaisance prend, de jour en jour, une plus grande extension en France et à Paris
- notamment; on ne saurait trop applaudir à la pratique d’un exercice salutaire et intelligent qui forme des mécaniciens, des pilotes, des matelots et qui contribue à développer l’activité physique.
- Un grand nombre de spectateurs assistaient récemment à Argenteuil à des courses de bateaux
- Fig. 1. — Le Microbe, petit bateau à vapeur de plaisance. (D’après une photographie.)
- de plaisance a vapeur qui ont offert un véritable intérêt. Neuf bateaux à vapeur étaient engagés : le plus grand, le Wisy, a 16 mètres de long; le plus petit, Y Y, n’en a que 7.
- On a cette année appliqué un nouveau règlement consistant à faire, au préalable , le matin même du jour où la course doit avoir lieu, un essai de vitesse de chaque steam-yacht, et à accorder des rendements de temps proportionnels en faveur des moins rapides, de manière à ce que tous les bateaux aient la même chance d’arriver premiers. La course s’est bien passée; seuls deux bateaux, la Paulinette et le Furet, n’ont pu concourir jusqu’au bout : le premier par suite de manque de charbon ;
- 43“ année. — 2“ semestre.
- le deuxième par suite d’une avarie au tiroir. Presque tous les bateaux engagés étaient remarquables par
- leurs lignes fines et leur excellent agencement :
- L'Ondine, arrivée première comme vitesse, a été construite à Argenteuil; ce bateau a 16 mètres de long. Le Wisy, arrivé second comme vitesse, a été construit à Nantes ; il se comporte très bien à la mer, sa longueur est de 16in,60. La Farandole, arrivée première, mais avec rendement de temps, appartient à M. le baron Thénard. Le Lutin, qui a gagné le prix de la petite série est un très bon petit steam-launch. Enfin Y Allegro, le deuxième de la petite série, appartient au sympathique président du cercle de la voile, M. lloussay.
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- Notre attention a été attirée par un très petit bateau, dont la construction soignée de sa coque et surtout de sa machine nous a paru mériter une description détaillée :
- Ce petit steam-launch, construit à Paris, a 6 mètres de long et im,50 de large; son nom est le Microbe, bien choisi à cause de sa petitesse. Sa coque est en cyprès, le dernier bordage ainsi que les bancs sont en acajou, son tirant d’eau maximum est de 0m,50.
- La machine est placée au milieu et un peu à l’arrière, elle est du système compound à deux cylindres superposés avec condensation par surface. Elle développe trois chevaux-vapeur et imprime au petit bateau une vitesse de 11 kilomètres a l’heure.
- Par suite de la condensation et du système compound, la machine du Microbe ne consomme guère que 5 ou 6 kilogrammes de charbon à l’heure, ce qui permet de n’emporter qu’une provision peu considérable de combustible. Une cinquantaine de kilogrammes suffisent pour huit à dix heures de marche, soit pour un parcours d’une centaine de kilomètres.
- La chaudière étant tubulaire, la mise en pression ne demande donc que fort peu de temps, de vingt à vingt-cinq minutes. La cheminée et le dôme en cuivre poli sont d’un très joli aspect.
- La machine et la chaudière ne font qu’un, et peuvent être enlevées facilement du bateau dans le cas où on voudrait ne marcher qu’à l’aviron; à cet effet le canot est pourvu de deux dames de nage et de deux avirons.
- L’hélice peut être démontée facilement dans ce cas, pour ne pas opposer une résistance à la marche.
- Par suite d’une heureuse disposition, l’hélice sans cesser de fonctionner peut être en cas de basses eaux relevée au moyen d'un levier spécial; cela permet également de pouvoir la débarrasser facilement des herbes qui peuvent, en s’y enroulant, en gêner le fonctionnement.
- Le tout, machine et chaudière, tiennent si peu de place que l’on peut circuler alentour et passer en pleine marche de l’avant à l’arrière, ou réciproquement. On peut y tenir de huit à dix personnes. Tous les organes sont munis de graisseurs perfectionnés, ce qui permet de se passer de chauffeur. La mise en marche en avant ou en arrière est très facile ainsi que l’arrêt.
- Un manomètre à double face permet de lire la pression, de l’avant ou de l’arrière, et un indicateur du vide indique le vide du condenseur.
- La machine ainsi constituée est une petite merveille de mécanique où l’on a réuni les perfectionnements les plus récents.
- Nous avons été récemment invité par les constructeurs, MM. Mors, à expérimenter le Microbe, et nous avons exécuté le trajet du Pont-Royal à Paris au Bas-Meudon, en quarante minutes; c’est en ce point qu’a pu être prise la photographie, dont nous donnons la reproduction ci-contre (fig. 1). Nous publions au-dessous une deuxième gravure (fig. 2)
- qui montre l’intérieur du petit bateau, le plancher ayant été enlevé pour en laisser voir le fond.
- La construction des petits bateaux à vapeur de plaisance était restée jusqu’ici le monopole de maisons étrangères1 ; nous sommes heureux de constater que les efforts de notre industrie sont aujourd’hui couronnés de succès. Gaston Tissandier.
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- INSTITUT DE FRANCE
- LE GRAND PRIX BIENNAL DE VINGT MILLE FRANCS
- L’Institut de France, réuni en Assemblée générale, vient de décerner, sur la présentation de l’Académie des sciences, le grand prix biennal de vingt mille francs.
- M. le professeur Brown-Séquard a obtenu ce prix pour l’ensemble de ses beaux travaux.
- Peut-être les lecteurs de La Nature nous sauront-ils gré de leur faire connaître les origines de cette fondation, la plus considérable dont dispose l’Institut, la plus enviée de ses récompenses.
- Le décret qui l’a primitivement institué est du 14 avril 1855; il a été signé par l’empereur Napoléon III, l’article 4 de ce décret était ainsi conçu :
- « Dans la séance publique commune aux cinq Académies, un prix d’une valeur annuelle de dix mille francs sera, tous les trois ans, décerné en notre nom à l’ouvrage ou à la découverte que les' cinq classes auront jugée la plus propre à honorer et à servir le pays. »
- Déférant au vœu exprimé, chacune des Académies chercha son candidat. Le choix de l’Académie des sciences se porta, à la suite d’un vote, sur M. Fizeau, auteur de deux expériences fondamentales sur la vitesse de la lumière. Ce choix fut ratifié par l’Institut tout entier, et M. Fizeau reçut le prix triennal dans la séance publique du 16 août 1856.
- Cependant, de graves difficultés, portant spécialement sur l’impossibilité matérielle et morale de comparer entre eux des travaux de natures diverses et d’établir une préférence fortement motivée, s’étaient produites lors de la discussion des titres des candidats présentés par les Académies. Ces difficultés, qui devaient nécessairement renaître, engagèrent l’Institut à solliciter du ministère de sérieuses modifications dans le mode de distribution kdu prix.
- Un nouveau décret intervint le 11 août 1859 ; l’article premier de ce décret était conçu dans les termes qui suivent :
- Un prix de la valeur de vingt mille francs sera, tous les deux ans, décerné en notre nom par l’Institut impérial de France, dans sa séance publique commune aux cinq Académies. Ce prix sera attribué tour à tour, dans l’ordre des lettres, des sciences et des arts, à une œuvre ou à une découverte désignée par la majorité des suffrages des Académies réunies.
- « Il remplacera le prix triennal institué par le décret du 14 avril 1855.... »
- Ici encore, l’Institut comprit combien il lui serait difficile de décerner un prix créé dans de semblables conditions. Réunie en séance générale extraordinaire le 14 décembre 1856, l’illustre assemblée constata les inconvénients nombreux qui résulteraient inévitablement de la
- 1 Voy. Le plus petit bateau à vapeur du monde (Construction américaine), n° 508, du 26 avril 1879, p. 521.
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- LA iXATLUE.
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- disposition réduisant trois des Académies à ne compter que pour une dans la distribution du prix.
- Une lettre explicative, dont les termes avaient été arrêtés dans la séance du 28 décembre, fut adressée à cette occasion à M. Walewski, alors Ministre d’Etat ; l’empereur reconnut la justesse des observations qui lui étaient présentées; il y répondit le 22 décembre 1800, par un dernier décret dont l’article premier suit ; c’est ce décret qui est actuellement en vigueur :
- « Le prix biennal de vingt mille francs, institué par notre décret du 11 août 1850, sera distribué tour à tour, à partir de 1801, à l’œuvre ou à la découverte la plus propre à honorer où à servir le pays, qui se sera produite pendant les dix dernières années, dans l’ordre spécial des travaux que représente chacune des cinq Académies de 1 Institut impérial de France. Il sera décerné en notre nom, par l’Institut, dans sa séance publique du 15 août, sur la désignation successive de l’Académie française, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, de l’Académie des sciences, de l’Académie des beaux-arts, de l’Académie des sciences morales et politiques.
- « Celte désignation devra être sanctionnée par la majorité des suffrages des cinq Académies réunies. »
- Ces conditions posées, les intentions de l’empereur devinrent facilement réalisables.
- En 1801, l’Académie française décerna le prix à M. Thiers. A cette occasion, nous devons consigner ici une remarque importante. Plusieurs fois consulté à ce sujet, l’Institut avait déclaré spontanément qu’ainsi qu’il le faisait d’une manière générale pour tous ses concours, il écarterait ses membres du prix biennal, mais, en 1801, les candidats présentés par l’Académie française étaient nombreux et d’un mérite éclatant; nous avons oublié leurs noms, nous nous rappelons pourtant que George Sand avait de puissants et énergiques soutiens. Une lutte courtoise, mais d’une extrême vivacité, s’établit au sein de la compagnie, l’entente y devint malheureusement impossible, et c’est de guerre lasse que l’Académie décida, sur le rapport de Yillemain, de proposer le nom de M. Thiers qui réunit un nombre considérable de suffrages.
- Cette première dérogation au règlement adopté par l’Institut fut suivie de deux autres : MM. Guizot et Désiré Nisard devinrent aussi lauréats de l’Académie française en 1871 et en 1881.
- Généreusement inspirés, MM. Thiers et Guizot firent successivement donation à l’Académie de la valeur totale du prix qu’ils avaient reçu. Ces deux sommes de , 20 01)0 francs ont servi, selon les intentions de leurs donateurs, à la création de deux prix qui portent leurs noms et qui sont décernés tous les trois ans aux ouvrages jugés les meilleurs en littérature et en histoire.
- L’Académie française est restée la seule jusqu’ici qui ne se soit point conformée à la décision prise par l’Institut. Les autres Académies ont régulièrement choisi leur candidat hors de leur sein. Sauf M. Demolombe qui, de son plein gré, est resté correspondant de l’Académie des sciences morales, tous les lauréats du prix biennal sont successivement devenus membres des diverses académies, après avoir été distingués par elles.
- En 1863, en 18/3 et en 1883, l’Académie des inscriptions et belles-lettres décerna le prix à MM, Oppert, Mariette et Paul Meyer.
- En 1865, l’Académie des sciences, sur le rapport de M. Chevreul, l’attribua à l’illustre et regretté Adolphe Wurtz.
- En 1875, ce fut le tour de M. Paul Bert.
- Quelle belle et inoubliable séance que celle dans laquelle M. Bert reçut le prix! C’était le 2 août. L’Académie des sciences présentait deux candidats : Francis Garnier sur qui M. d’Abbadie avait fait précédemment un rapport fort étudié, et M. Paul Bert. Un silence quasi religieux régnait dans la salle au moment où Claude Bernard prit la parole et exposa dans un rapport magistral, les titres de ce dernier candidat. Quand cette lecture, qui laissait une impression profonde, fut achevée, dans une improvisation chaude, avec cette parole pénétrante qu’il est impossible d’oublier quand on a eu le bonheur de l’entendre, Claude Bernard insista sur la valeur des découvertes de M. Bert.
- M. Dumas prit aussi la parole et prononça là l’un de ses plus beaux discours. M. Bert eut ainsi l’honneur inappréciable d’être patronné par deux gloires françaises, les plus brillantes, les plus pures et le plus justement honorées de notre époque. Cette séance restera dans le souvenir de tous ceux qui ont pu y assister.
- En 1867 et en 1877, l’Académie des beaux-arts décerna le prix biennal à Félicien David et à M. Chapu.
- En 1869 et en 1879, ce fut le tour de l’Académie des sciences morales et politiques. Elle désigna au choix de l’Institut Henri Martin et M. Demolombe.
- Aujourd’hui, nous l’avons dit, le candidat de l’Académie des sciences était M. Brown-Séquard, le continuateur de Magendie, avec Claude Bernard et Longet. Les découvertes nombreuses de M. Brown-Séquard sont difficiles à résumer, elles ont une importance considérable au double point de vue de la physiologie générale et de la pathologie.
- Travailleur infatigable, chercheur heureux, professeur toujours écouté, M. Brown-Séquard a laissé partout où il a passé : à l’université d’Harward (États-Unis) au Collège des chirurgiens d’Angleterre, à la Société royale de Londres, à l’université d’Edimbourg, au Collège des médecins de Dublin, à la faculté de médecine de Paris, et enfin au Collège de France, les souvenirs de l’enseignement le plus utile, le plus clair et le plus brillant.
- Il a découvert que tous les tissus contractiles et nerveux et tous les organes formés par ces tissus, après avoir perdu, pour un certain temps, leurs propriétés et leurs fonctions, les recouvrent sous l’influence du sang chargé d’oxygène. ,
- Il a montré qu’une affection semblable à l’épilepsie, mais présentant des symptômes spéciaux, est toujours produite par certaines lésions de la moelle épinière ou des nerfs. Les attaques dont il a frappé les animaux qu’il a rendus épileptiques, peuvent être, suivant la volonté de l’opérateur, produites ou arrêtées subitement. Cette découverte a conduit M. Brown-Séquard à l’observation de faits nouveaux d’une importance capitale.
- On lui doit encore un grand nombre de découvertes sur la physiologie et la pathologie de la moelle épinière ; une loi importante sur certaines relations qu’il établit entre l’irritabilité musculaire, la rigidité cadavérique et la putréfaction. Nous ne pouvons pas insister davantage sur ses travaux; disons seulement que lorsque en 1881, il posa sa candidature à une place vacante à l’Académie des sciences, la notice publiée par lui à cette occasion, mern* tionnait 371 mémoires différents dans lesquels se trouve l’œuvre entière de ce maître éminent.
- Ernest Maisdron,
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- LA NATURE
- PLANTES PISCIYORES
- Les plantes dites carnivores attirent depuis quelques années, et surtout après les belles recherches de Ch. Darwin*, l’attention des naturalistes, non seulement à cause de la curiosité du fait par lui-même, mais surtout par les conclusions philosophiques qu’on peut en déduire.
- On sait, en effet, que les plantes ordinaires puisent dans le sol, au moyen de leurs racines, les éléments nutritifs inorganiques dont elles ont besoin et absorbent, au moyen de leurs feuilles et de leurs tiges, l’acide carbonique de l’atmosphère. Aussi disait-on que les plantes jouaient le rôle d’agents éla b orateurs transformant les matériaux inorganiques en éléments organiques qui seuls pouvaient servir de nourriture aux êtres du règne animal.
- Pourtant on savait déjà que des engrais azotés ou de nature organique étaient non moins indispensables à la formation des plantes, mais ce qui surprenait surtout les botanistes, c’est que, chez les plantes carnivores, l’absorption des éléments organiques ne se fait plus, comme d’ordinaire, à l’aide de leurs racines mais de leurs feuilles, plus ou moins appropriées à ces nouvelles fonctions, c’est-à-dire excrétant un véritable suc gastrique et transformant la matière organique d’une manière chimiquement identique à la digestion des animaux.
- 1 Les Plantes insectivores. (Traduction française de M. Ed. Barbier, de 1877.)
- Eu effet, l’ensemble des expériences et des faits observés par Ch. Darwin et son fils Erancis, par MM. Hooker1, F. Colin2, Mra<! Treat, de New-Jersey et beaucoup d’autres savants, constate suffisamment l'existence d’une digestion foliaire animale de ces végétaux, notamment chez la Dionée attrape-mouche (Dionœa muscipula) et chez les différentes
- espèces du Ros-solis ou Drosera ; beaucoup d’autres plantes, comme YAldro-vantla, le Droso-phyllum,\es Pin-guieula et les Utricularia, dont nous aurons à nous occuper plus spécialement, ont été également indiquées comme carnivores. Enfin le professeur Hooker y ajoute les Nepenlhes, et les docteurs Mel-lichamp et Canby y rangent aussi les Sarracenia et les Darlingtonia. 11 faut toutefois remarquer que ces deux derniers genres, de même que les Utricn-laria, ne peuvent pas digérer, proprement dit, les matières azotées ; ils absorbent simplement les produits de la décomposition des animaux qu’ils capturent à l’aide de leurs vessies ou ascidies, constituant de véritables pièges creux fonctionnant à la façon des souricières quand ils sont à l’air, et des nasses à poissons quand ils s\)nt plongés dans l’eau ou dans un sol très humide.
- Quant aux autres plantes carnivores, rien ne manque à l’analogie de leur digestion à celle des animaux : ni l'acte préparatoire, — capture de la proie
- *. J. D. Hooker, Adress to the departement of zoology and botany of the British Association. — Belfast, august 21.187 4.
- s F. Colin, Beitrâge zur Biologie des Pflanzen, Drittes lleft. — Breslau, 1875.
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- vivante, — ni l’acte essentiel, caractéristique, action dissolvante d'un acide et d’un ferment spécial sur des aliments de nature protéique, c’est-à-dire comprenant toujours l’azote au nombre de leurs éléments. Enfin les nombreuses expériences de plusieurs botanistes et notamment celles de Francis Darwin1 ont assez clairement démontré, malgré les doutes exprimés par quelques autres savants, que les matières animales, absorbées de la façon décrite, entrent directement dans la composition de ces plantes sanguinaires et sont très utiles, sinon indispensables, à leur développement normal.
- Parmi les victimes ordinaires qu’on trouvait dans les pièges des plantes carnivores , on ne connaissaitguère, jusqu’à présent, que des insectes et de petits crustacés. Mais tout dernièrement,
- M. Simms d’Ox-ford apporta au professeur Mose-ley un bocal contenant un spécimen d’un Utri-cularia vulgaris (fig. 1) et une quantité dejeunes gardons (Leucis-eus rutilus) nouvellement éclos2.
- Beaucoup de ces petits poissons étaient morts et tenus fermement entre les valves des vessies de la plante vorace. Le professeur anglais, intéressé à cette curieuse décou-
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- 1 Insectivorous plants. (Nature (anglaise), 17 janvier et 6 juin 1878). Chez les plantes carnivores soumises, par Fr. Darwin, au régime de la viande, le poids du corps non fleuri atteignait la proportion de 121, celui des tiges florales 240, celui de grains 380, celui des plantules produites par les bourgeons hibernaux 251, tandis qu’il n’était que de 100 chez les autres.
- 2 L’Utriculaire est une plante dicotylédone gamopétale, ap-' partenant à la famille des Utriculariées ou Lentibulariées. Plu-
- verte, se procura un autre spécimen de l’Utriculaire avec une provision d’œufs et de jeunes gardons. Six heures après il observa que plus d’une douzaine de poissons étaient déjà saisis par la plante. Dans la plupart des cas les poissons sont attrapés par la tête (fig. 2, n° 1) et parfois par la queue (fig. 2, n° 2). Un des petits gardons était même saisi par le ventre et
- enfin un autre par ses deux extrémités, par deux vessies à la fois (fig. 5, n° 3). Ces derniers faits semblent confirmer l’opinion de Mwe Treat que les plantes carnivores attrapent de leur propre volonté l’animal, et d'où elle voudrait conclure à l’existence formelle d’un tissu nerveux caractérisé chez ces végétaux. Mais les nombreuses expériences de Ch. Darwin sur l’un d'eux, notamment sur le Dro-sera, au moyen d’acides, d’alcalis , d’alcaloïdes de sels minéraux ou organiques variés, présentent trop de diversité dans leurs résultats pour que l’on puisse encore rien conclure de très net. « Que l’équivalent physiologique des nerfs, dit à ce propos M. Planchon *, se retrouve peut-être dans quelques éléments constitutifs du tissu ou du contenu cellulaire des plantes, c’est ce qu’on ne saurait nier a priori...', » mais «... la sensibilité proprement dite suppose une perception de plaisir ou de douleur
- sieurs espèes de ee genre, notamment YUtricularia vulgaris, U. neglecta, U. minnr, etc., se rencontrent aussi en France et même, quoique plus rarement, aux environs de Paris, dans les étangs du bois de Meudon, de la forêt de Compiègne, etc.
- 1 J.-E. Planchon, Plantes insectivores. (Revue des Deux Mondes, février 1876, p. 648.)
- Fig. 2. — Détails du mode de capture d’un poisson par YUtricularia vulgaris.
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- qu’on no saurait accorder sans prouves à la plante la plus irritable. »
- • Quoi qu’il en soit, une fois saisie, la victime ne pèut plus s’échapper des mâchoires de la plante vorace : les nombreuses épines glandulaires (ou « processus » comme les appelle Darwin) tapissant les parois intérieures de la vessie et se projetant obliquement et en arrière (voy. détail des épines, fig. 2, n° 5), semblables aux barbes de l’hameçon, empêchent la proie de reculer, laquelle, à chaque mouvement, s’embrouille de plus en plus dans cette sorte de trappe. Après avoir été complètement englouti (fig. 2, n° 4), l’animal commence à se décomposer, prend un aspect visqueux et est ensuite rapidement absorbé par les mêmes poils glandulaires qui ont d’abord aidé à la capture du petit gardon. C’est du moins l'hypothèse qui est aujourd’hui adoptée par la plupart des botanistes. M'nc Treat verrait pourtant dans la vésicule de l’Utriculaire un estomac qui digérerait de la même façon que chez le Drosera, mais Darwin conserve a cet égard de grands doutes, car il a vu de la chair et du blanc d’œuf durci rester trois jours et demi inaltérés dans l’espace où meurent les animalcules. Ceux-ci, pense-t-il, périraient plutôt d’asphyxie pour avoir consommé complètement l’oxygène de l’eau qui remplit la vésicule. 11 admet, toutefois, que quelque ferment spécial puisse bâter la décomposition de leurs cadavres, de même que le suc du papayer, arbre très connu dans les régions chaudes, attendrit d’abord, puis altère rapidement les viandes qu’on soumet à son action. « Nous touchons là, dit encore M. Planchon, à cette limite vague où divers modes de nutrition semblent se combiner et se confondre. »
- De l’une ou de l’autre façon, mais une fois transformée, la matière animale entre définitivement dans la composition de la plante carnivore.
- Ce serait donc une véritable mangeuse de poissons, une plante piscivore, que cette jolie Utricu-laria aquatique qui émerge ses belles fleurs jaunes à la surface des étangs de l’ancien et du nouveau monde. Mais si curieuse et si extraordinaire que paraisse, au premier abord, la découverte de ce nouveau phénomène de la vie végétale, il ne serait, en vérité, qu’un cas particulier d’une loi générale, une adaptation nécessaire aux conditions du milieu dans lequel la plante est astreinte à vivre.
- En effet, chez toutes les plantes dites carnivores, les racines sont, d’après les observations de Darwin, très peu développées, et c’est à peine si elles suffisent pour puiser l’eau et les quelques sels qui s’y trouvent en dissolution ; il est donc tout naturel que ces végétaux cherchent par un autre procédé à se pourvoir des engrais azotés nécessaires à leur vie et que leurs organes foliaires suppléent à l’accomplissement des fonctions que leur système radiculaire n’est pas en mesure de remplir en totalité. A vrai dire, toutes les plantes sont carnivores, dirons-nous avec M.Van Tieghem, et il serait même impossible que les choses se passent autrement, ajouterons-
- nous, car comment pourrait-on alors expliquer les transformations si diverses, les changements infinis de l’éternelle matière qui constituent le merveilleux ensemble de l’équilibre naturel. E. Halpkrine.
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- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAM*
- (Suite et fin. — Voy. p. 7.)
- La situation des travaux de percement du canal interocéanique, qui comprend le mouvement d’environ cent millions de mètres cubes de roches de consistance variable, se résume ainsi à ce jour : soixante-dix millions de mètres cubes, dont dix déjà excavés au 31 décembre dernier, doivent être enlevés par diverses entreprises, aux termes de contrats fixant l’achèvement de ces chantiers à des époques successives, en 1885, 1886 et 1887. Les trente millions de mètres cubes, soldant le volume entier de la tranchée, seront enlevés, soit par ces mêmes entreprises, ce qui paraît le plus rationnel, à l’expiration de leurs contrats actuels, soit par des entreprises nouvelles acceptant, comme leurs devancières, des époques fixes de livraison de leurs travaux entièrement achevés. La comparaison facile à établir entre le cube déjà mis entre les mains des entrepreneurs, le temps accordé à ces derniers pour satisfaire aux termes de leurs engagements, et, d’autre part, la portion du canal encore libre de tout contrat, démontre suffisamment la possibilité de voir, dans le courant de 1888, l’immense tranchée interocéanique livrée à l’exploitation maritime. C’est là le point capital que nous avons voulu établir tout d’abord, puisque c’est vers cette date d’achèvement du canal que le commerce du monde tourne aujourd’hui ses regards.
- Ce programme si simple, appliqué à l’exécution d’un travail aussi colossal que l’est celui du percement du canal interocéanique, n’a pu être dressé qu’après une longue et laborieuse période de repos relatif, période d’études minutieuses, de premier établissement des chantiers, de préparation et d’installation générale, une sorte de veillée des armes avant d’entrer résolument en ligne. Quiconque a vécu sur les chantiers des grands travaux publics sait, en effet, que la période la plus importante de l’accomplissement de ces travaux est celle que l’on est convenu d’appeler période d’installation, comprenant l’étude et la commande du matériel appro -prié, la réception, vérification, pose et mise en train des machines, la construction des divers ateliers destinés à les recevoir, celle des ateliers de réparation, logements, etc... Ce n’est que lorsque tout ce travail préparatoire sera achevé, lorsque les machines, conduites, wagons, voies, seront essayés et posés, que le travail pourra être commencé sérieusement et que les progrès deviendront sensibles; tout ce qui aura été fait auparavant n’aura pu donner que des résultats incomplets. Pour citer un
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- exemple récent, montrant la séparation qui doit être faite entre cette période d'installation et la période d’exécution proprement dite, rappelons-nous qu’au grand souterrain du Gothard, livré à son entrepreneur, M. Louis Favre, en septembre 1872, la perforation mécanique n’a pu être sérieusement mise en activité qu’aux premiers jours de 1874, après l’installation des compresseurs d’air Colladon aux deux embouchures du tunnel. La période d’installation avait donc duré plus de quinze mois. Pendant cette première période, l’avancement mensuel des deux attaques réunies avait été inférieur à 50 mètres lorsque la perforation s’effectuait à la main, et n’avait guère surpassé 100 mètres avec l’installation mécanique provisoire, tandis que, pendant la véritable période d’exécution, le progrès mensuel s’éleva à 250 mètres, quintuplant ainsi les résultats de la première année.
- Si le souterrain du Gothard, et avec lui tous les grands travaux publies dans lesquels la vitesse d’exécution entre comme coefficient de premier ordre, ont à traverser cette période d’installation, qui souvent se prolonge bien au delà de l’époque à laquelle on eût pu la croire définitivement close, qu’en sera-t-il d’une œuvre gigantesque comme l’est celle de Panama, absorbant des capitaux plus de dix fois plus considérables que le tunnel des Alpes, exécutée dans des régions qu’il a fallu débarrasser avant tout de la luxuriante végétation tropicale, régions éloignées de tout centre industriel, séparées des ateliers de construction de l’ancien et du nouveau monde par l’immensité des Océans ! Si l’on se représente les conditions absolument exceptionnelles au milieu desquelles a dû se mouvoir le personnel du canal interocéanique pour préparer cette période d’installation, pour faire arriver dans l’isthme, à pied d’œuvre, l’immense matériel aujourd’hui en activité, dragues, excavateurs, locomotives, wagons, appareils de chargement et de déchargement, les mille et mille matières d’approvisionnement, pour recruter un personnel de 20 000 travailleurs n’ayant d’autre abri préparé que le ciel souvent inclément des tropiques, pour donner à toute cette colonie les éléments d’une existence en rapport avec la somme de travail que l’on exigeait d’elle, enfin, et surtout, pour organiser cette colossale machine, faire mouvoir régulièrement et le plus silencieusement possible aussi bien ses rouages organisés que ses rouages matériels, on sera bien forcé de reconnaître la grandeur de l’effort accompli pour arriver au terme de cette période provisoire et n’avoir plus qu’à marcher à grands pas vers l’achèvement de l’œuvre. De l’avis de tous les hommes compétents qui ont visité l’isthme, la période d’installation qui vient de se terminer équivaut, au point de vue des résultats qu’elle permet d’atteindre aujourd’hui, à la moitié de l’effort total nécessaire pour l’achèvement des travaux. La même méthode avait, du reste, été suivie avec succès à Suez, où, sur 70 millions de mètres cubes à enlever, 50 l’ont été en deux ans,
- lorsque tous les appareils ont été en marche.
- Soixante-dix millions de mètres cubes du canal sont donc livrés aujourd’hui aux dragues et aux excavateurs des vingt et une entreprises principales, qui creusent l’isthme de l’Atlantique au Pacifique. Dix-huit millions de mètres, dont une partie était livrée déjà au 31 décembre dernier, doivent être achevés le let août de l’année courante; un million et demi seront livrés en juin; treize millions le 1er octobre 1886. Les trente-sept millions restant comprennent les deux extrémités du canal, côté Colon et côté Panama, c’est-à-dire les parties basses faciles. Ces vingt et une entreprises représentent une dépense d’environ 240 millions, dont 65 ont été soumissionnés par des entrepreneurs français, 55 par des entrepreneurs américains, 20 par des entrepreneurs italiens, suisses, suédois et indigènes, et 90 par une société anglo-hollandaise. Toutes les nations concourent donc à l’achèvement du canal universel. Dans les 65 millions soumissionnés par les entreprises françaises, se trouve la tranchée d’Emperador, au bas de l’Obispo; les 90 millions de l’entreprise hollandaise représentent 13 millions de mètres cubes de la grande tranchée de la Culebra. L’isthme entier, aussi bien dans ses parties accidentées que dans son tracé en plaine, se trouve ainsi attaqué sur toute sa largeur.
- Le chantier d’Emperador, dont nous représentons l’une des attaques (fig. 3) et dont nos lecteurs retrouveront l’emplacement sur le tracé général du canal, tire son nom d’un village assez important de l’isthme, situé sur le versant atlantique de la Culebra, à peu près au 51e kilomètre du tracé, à partir de Colon. Emperador est le centre d’une section de la grande tranchée, entre la section d’Obispo qui marque le pied de ce versant, et la section de Culebra, à cheval sur la crête des Cordillères, soit exactement du kilomètre 48 650 au kilomètre 53 600. En examinant le plan topographique que nous reproduisons (fig. 1), nous reconnaissons que, dans cette étendue de 6 kilomètres, la section d’Emperador renferme une partie centrale accidentée, où s’élèvent le cerro Lapita, le Cerrito, et le cerro du Campement. Ces cerros présentent des parties rocheuses assez importantes ; c’est dans une de ces parties que travaillent les excavateurs représentés en activité sur notre dessin. Au-dessous du cerro du Campement, en se dirigeant vers la Culebra, la section d’Emperador traverse la vallée de l’Obispo et la plaine del Lirio. Comme toutes les sections de l’isthme, les chantiers d’Emperador sont reliés au chemin de fer de Colon à Panama. Ils sont également reliés au chantier du grand barrage, sur lequel les trains des wagonnets, remorqués par les locomotives, vont déposer les déblais qui formeront la muraille de retenue des eaux du Chagres. La tranchée d’Emperador présente, en certains points, une largeur de 200 mètres. Son achèvement est compris, comme nous l’avons indiqué précédemment, dans les 70 millions de mètres cubes soumissionnés pour être hvrés à époques fixes;
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- l’entrepreneur qui a assume cette tâche est l’ancien directeur du chantier pendant sa période d’installation, M. Jaequemin, qui a déjà fait ses preuves à Suez.
- Immédiatement après Emperador, est installé le chantier colossal de la Culebra. C’est entre le cerro Culebra et le cerro Lirio que s’ouvrira la plus grande largeur du canal, comme en témoigne le plan que nous représentons au-dessous de celui d’Emperador (fig. 2). 13 millions de mètres de cette section sont aux mains de l’entreprise anglo-hollandaise Cutbill, Watson et Van Jlattum, qui ont déjà creusé le magnifique canal d’Amsterdam à la mer du Nord.
- Cette entreprise s’est engagée à enlever toute la roche située au-dessus de la cote 50 ; la grande tranchée ayant une profondeur maxima de 120 mètres, c’est à 70 mètres de profondeur que les entrepreneurs doivent découvrir le massif. Le croquis ci-contre (fig. 2) représente la section moyenne de la tranchée de la Culebra; la partie en hachures montre l’importance des travaux soumissionnés, la section inférieure au-dessous de la ligne ab signale ce -qui devra être postérieurement enlevé pour atteindre le plafond du canal. 11 semble indiqué que, après remise des travaux qu’ils ont acceptés, les mêmes entrepreneurs achèveront complètement la tranchée. Les travaux d’Emperador et de la Culebra ont, comme nous l’avons expliqué dans notre précédent article, pour corollaire direct rétablissement du barrage de Gamboa, formé d’une partie des déblais des Cordillères.
- En même temps que s’accomplissent les travaux de l’isthme lui-même, excavation des tranchées, dragage des parties basses, construction ou plutôt dépôt du barrage du Chagres, creusement des rigoles de dérivation, s’établiront, aux deux extrémités du canal, les ports d’entrée de l’Atlantique et du Pacifique. Déjà à Colon, de puissants chantiers de dragages sont ouverts. Un terre-plein, muni d’un môle de défense à son extrémité ouest, a été con-
- struit avec les matériaux retirés des carrières de Kenuy’s Bluff, voisines de la rade de Colon. Sur ce terre-plein se développe uné nouvelle ville, Christophe-Colomb, sur laquelle s’élèvent les ateliers, magasins, remises à locomotives, logements du personnel, etc... Toutes ces constructions sont reliées entre elles et en même temps au chemin de fer de l’istlune, par une série d’embranchements. Les navires du plus fort tirant d’eau peuvent venir décharger devant un wharf ou quai de bois qui s’avance dans la mer, complètement à l’abri des coups de vent. Le Colon nouveau jette les fondations de la nouvelle Port-Saïd de l'Atlantique. I)u côté du Pacifique, l’établissement du port terminus à la Boca ne présente aucune difficulté technique; un chenal maritime, ouvert à 100 mètres de largeur au plafond, formera un véritable avant-port où pourront stationner les navires pour leurs opérations préliminaires, et dont la rive gauche pourra aisément être desservie par des voies ferrées sé soudant au chemin de fer. En mars dernier, six grandes
- dragues étaient en montage à la Boca : elles sont certainement en activité aujourd’hui.
- À cette colossale installation, à tous ces chantiers sur lesquels manœuvrent des centaines de machines, des milliers de wagons, tout un matériel formidable, il fallait une Organisation spéciale, desservant les transports, la mise en train, les réparations nécessitées par un travail incessant. L’isthme a été divisé pour cela en trois sections — de Colon à San-Pablo, de San-Pablo à la Culebra, de la Culebra au Pacifique — avec siège central des ateliers à Mata-chin, au pied du barrage et de la grande tranchée. C’est à Matachin que se concentre tout le matériel de l’isthme, celui qui doit être envoyé sur les divers chantiers et celui qui sort de ces mêmes chantiers pour être réparés et mis en état de recommencer le travail. Le chemin de fer de l’isthme, aujourd’hui propriété de la Compagnie universelle du canal interocéanique, facilite singulièrement ce mouvement de
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- Plaine del Lirio
- EMPERADOR
- Fig. 1. — Les travaux du canal de Panama. Le chantier d’Emperador.
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- Fig. 2. — Les travaux du canal de Panama. Le chantier de la Culebra
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- Fig. 3. - Les travaux de percement de l’isthme de Panama. Vue de l’une des attaques au chantier d’Emperador. (D’après des photographies.)
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- matériel, dont dépend le fonctionnement régulier des diverses sections. S’agit-il d’installer un chantier nouveau, son emplacement une fois décidé et les premières huttes des ranchos établis, le chef de chantier se soude au chemin de fer par une aiguille ; il se trouve ainsi, sans aucun retard, en communication directe avec les ateliers de Matachin ou les ateliers secondaires; le chantier rudimentaire se couvre vite de constructions appropriées et le matériel à voix étroite commence les premiers terrassements pour l’établissement des voies de garage; au bout de peu de temps, le petit matériel est remplacé par les grands wagons; le chantier est alors définitivement installé, et, par ses communications directes avec les autres sections de l’isthme, l’unité de travail se trouve assurée dès le premier jour.
- En résumé, plus des deux tiers du canal interocéanique se trouvent en ce moment en exécution, avec l’engagement formel de la part des entrepreneurs qui ont assumé le travail de remettre leurs chantiers complètement achevés a des époques qui ne dépassent point fin 1887. L’exécution du canal, nous le répétons, est donc un problème aujourd’hui résolu en principe; les entreprises qui se sont chargées de la solution pratique ne peuvent faillir à leur mandat ; la compagnie du canal tient, du reste, en réserve un matériel suffisant pour que les ingénieurs puissent, à un moment donné, soit remplacer, soit aider l’entreprise qui’ faiblirait. Tous les contrats renferment une clause spéciale donnant au Directeur général des travaux le droit d’intervenir avec ses propres machines et son propre personnel, dès qu’une tâche d’entreprise partielle est en retard sur les délais proportionnels d’exécution L A la période d’installation, a donc succédé la période d’exécution basée sur un programme définitif, accepté par ceux qui doivent le remplir, et dans laquelle la Compagnie elle-même ne conserve plus qu’un rôle de rigoureuse surveillance.
- Pour mieux juger encore des résultats ressortant du programme que nous venons de résumer, plaçons-nous à deux années de distance, aux premiers jours de 1888. Aux 70 millions de mètres cubes soumissionnés aujourd’hui et achevés à cette époque, seront venus s’ajouter une majeure partie des 30 millions non encore engagés ; les deux parties en plaine, tant du côté de Colon que de Panama, seront creusées ; les buttes secondaires, Bohio-Soldado, San-Pablo, Corosita, les premiers contreforts de la 'chaîne centrale, seront nivelés. Depuis octobre 1886, les 13 millions de mètres de l’entreprise anglo-hollandaise, entamant la Cordillère jusqu’à la cote 50 au-dessus du plafond du canal, seront transportés dans les vallées adjacentes ; depuis plus d’une année déjà, la même entreprise aura très probablement continué de creuser la grande tranchée; le grand barrage de Gamboa aura reçu les 8 millions de mètres nécessaires à son élévation : les deux mers
- 1 Bulletin du canal interocéanique, n“ 135, 1" avril 1885.
- ne rencontreraient plus, pour se rejoindre, que l’obstacle encore debout, mais fortement abaissé, des Cordillères. L’année 1888 se présente donc à nous comme une période d’achèvement, de nivellement de la voie maritime en grande partie ouverte. Il ne faut certes point s’illusionner sur la colossale somme de travail qui reste à exécuter; c’est par millions de mètres cubes que se chiffrent les engagements contractés par les entreprises ; mais les moyens matériels et moraux dont dispose la compagnie du canal sont, il faut le reconnaître, à la hauteur de la tâche à accomplir. A l’appui du programme aujourd’hui mis en vigueur, n'avons-nous point encore la parole de M. de Lesseps, de l’homme illustre et modeste à la fois qui se jugeait ainsi lui-même à l’une, des séances de la Société de géographie : « Je dis ce que je pense et je m’en suis toujours bien trouvé. » Profession de foi qui nous a valu Suez, et qui nous vaudra Panama. Maxime Hélène.
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- TREMBLEMENT DE TERRE EN SUISSE
- D’après les nombreuses et intéressantes observations qui nous ont été fort obligeamment adressées de toutes les parties du pays, nous pouvons en donner le résumé.
- Ce « tremble-terre », comme disaient nos pères, a été composé d’une série de secousses :
- Secousses préparatoires très faibles et peu précises, à minuit et 3 heures matin, à Neuchâtel et Chaux-de-Fonds.
- Grande secousse, 20 juin 1885, 5 h. 16 m. 1/2 au » centre d’ébranlement.
- Secousses consécutives, 22 juin, 7 h. 26 m. matin ; Neuchâtel.
- 22 juin, 8 h. 30 m. matin : Yverdon, Payerne, Esta-vayer, Concise, Boudry, Neuchâtel.
- 23 juin, 0 h. 35 min. matin : Montet-sur-Cudrefin ;
- 11 heures : Saint-Imier; 2 h. 1|2 soir : Neuchâtel.
- 24 juin, 7 h. 20 m. matin : Yverdon (?).
- La grande secousse a eu son centre près d’Yvonand, et on peut désigner comme aire centrale le triangle formé par Yverdon, Neuchâtel et Payerne. La secousse a été assez forte pour mettre en émoi la population, pour déplacer quelques objets mobiliers et même renverser une cheminée à Payerne. Je lui attribue le n° 6 de l’échelle d’intensité dont 10 est le degré le plus fort. La secousse a été plus faiblement sentie dans un vaste territoire s’étendant au moins jusqu’à Genève, Le Brassus, Le Locle, Bâle, Glaris, Thoune, Saxon, c’est-à-dire occupant toute la plaine Suisse-Occidentale, des Alpes au Jura. Un bruit souterrain très évident a été entendu dans toute l’aire centrale et même un peu au delà.
- La secousse a eu très nettement le caractère d’oscillations successives, horizontales ou verticales, et orientées différemment suivant les localités. C’est bien là le type ordinaire des tremblements de terre, tel que l’a révélé l’étude par les instruments enregistreurs ; il est intéressant de voir que les diverses observations de la secousse du 20 juin ont su parfaitement reconnaître ce caractère.
- F.-A. Forel, professeur.
- Morges, Suisse, l*r juillet 1885.
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- LA NATURE.
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- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AYANCEMENT DES SCIENCES
- Quatorzième Session & Grenoble.
- On sait que l’assemblée générale tenue à Rouen en 1883 a désigné Grenoble pour la tenue du Congrès en 1885. Le Congrès s’ouvrira dans cette ville, le mercredi 12 août sous la présidence de M. le professeur Yerneuil.
- Il comprendra, comme les années précédentes, des séances diverses, des conférences et des excursions ; les travaux seront terminés le 20 août ; les excursions se prolongeront jusqu’au 24 août.
- Dans les conférences seront traités les sujets suivants :
- 1° Les ressources alimentaires de la France, par M. le docteur Jules Rochard, membre de l’Académie de médecine, inspecteur général des services de santé de la marine. — 2° La nouvelle galerie de paléontologie du Muséum, par M. G. Cotteau, ancien président de la Société géologique de France.
- Les excursions, sauf modifications de détails, auront lieu conformément au programme suivant : Samedi 15 août : la Grande-Chartreuse. — Dimanche 16 août : la vallée de la Bourne, Pont-en-Royans, Yillard-de-Lans, Sassenage. — Samedi 15 et dimanche 16 août : Brignoud (papeterie), Allevard (mines, forges, station thermale), vallée du Bréda. — Mardi 18 août : le pont-de-Claye, Yizille, Yaulnaveys, Uriage. — Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 août : 1° la Grande-Chartreuse, Chambéry, Aix-les-Bains, Annecy. 2° Le Bourg-d’Oisans, la Grave, Briançon, Gap, Lus-la-Croix-Haute.
- LA CITÉ HAYRAISE
- LOGEMENTS A BON MARCHÉ BU HAVRE
- « Venez en Alsace, et vous verrez comment patrons et ouvriers se donnent la main; vous verrez comment nous avons trouvé le moyen de résoudre le problème social, non pas en mettant en avant des doctrines politiques ou philosophiques, mais tout simplement en nous aimant. »
- Le grand homme de bien, l’héroïque patriote qui a formulé en termes si simples et si beaux ce magnifique programme, a eu la gloire de le réaliser. Ce socialiste sentimental et pratique (on prétend que les deux mots ne vont pas ensemble), est le vieux Jean Ilollfus, de Mulhouse, qui couronne noblement une vie de travail et de charité en défendant la nationalité française de l’Alsace contre le Reichstag allemand.
- Je n’ai pas vu les nombreuses institutions philanthropiques qu’il a créées à Mulhouse et qui sont célèbres dans toute l’Europe. Mais M. Jean Dollfus a eu des élèves et des imitateurs. J’ai admiré leur œuvre au Havre, et notamment les deux séries de maisons ouvrières qu’ils y ont construites.
- On s’étonne 'a bon droit et on s’afflige de voir que, dans toutes les villes et dans tous les pays, les petits logements soient proportionnellement toujours plus chers que les grands. Il est h peine nécessaire
- d’indiquer les conséquences déplorables de ce fait si injuste en apparence, mais si générai : il en résulte que les ouvriers sont toujours très mal logés, qu’ils s’entassent dans des logements misérables, au grand préjudice de leur santé. A Paris, par exemple, il existe une différence considérable entre la mortalité des arrondissements pauvres et celle des arrondissements riches; cette différence est surtout énorme en ce qui concerne les maladies transmissibles,vient en grande partie de ce que les pauvres gens sont entassés dans des logements trop étroits.
- L’entassement n’est pas moins préjudiciable à la santé morale qu’à la santé physique.
- Ainsi la santé et la moralité publiques gagneraient également à ce que les petits logements, loin de coûter plus cher proportionnellement que les grands, fussent, au contraire, meilleur marché.
- Pour combattre le mal, il faut connaître sa cause. Elle est singulièrement complexe. Les petits logements sont plus chers que les grands parce qu’ils sont beaucoup plus recherchés; il est incomparablement plus facile de trouver dix individus disposés à payer 500 francs de loyer que d’en trouver un disposé à payer 3000 francs.
- Ce motif est sans doute très réel, mais assurément il n’est pas le seul; l’intérêt des constructeurs, la concurrence qu’ils se font, amèneraient, au bout d’un certain temps, à bâtir des immeubles de chaque espèce dans la proportion indiquée par les besoins du public.
- Mais deux autres causes encore contribuent à augmenter le prix des petites locations :
- 1° Les petits locataires discutent mal leurs intérêts : ne visant que le bon marché absolu, ils consentent a habiter des taudis affreux, sans chercher si ces taudis sont chers par rapport à ce qu’ils ont coûté ; ils ne considèrent qu’une chose : c’est qu’en chiffre absolu, leur loyer est peu élevé. Pour 10 francs de moins ils habiteraient volontiers un trou plus ignoble encore s’il existait. Il faudrait que le propriétaire fût dévoré par l’amour de ses locataires pour ne pas avoir une tendance à profiter de cette sotte disposition : il ne £git donc que peu d’efforts pour améliorer son immeuble et le maintenir en bon état de salubrité et de propreté ; il sait que ses locataires ne lui en sauront aucun gré.
- 2° Une cause beaucoup plus puissante de l’élévation des petits loyers, c’est que les moyens coercitifs mis à la disposition du propriétaire pour se. faire payer sont incommodes et horriblement coûteux. On ne saurait imaginer ce que coûte de tracas et d’argent la gestion d’une maison habitée par de petits locataires. Ils ne payent le plus souvent que contraints et forcés; or, pour les contraindre, il faut beaucoup de temps, beaucoup de démarches répugnantes et beaucoup d’argent. Je vais prendre le cas le plus simple : je suppose qu’un locataire refuse de payer ; pour l’expulser (je ne dis pas pour faire vendre ses meubles, mais simplement pour le forcer à s’en aller), il faut que le propriétaire non
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- seulement renonce à l’espoir de toucher son loyer, mais, en outre, qu’il paye 60 francs. 11 est vrai qu’il a pour gages les meubles de son locataire; mais pour les vendre, les frais à payer sont beaucoup plus élevés encore, et le prix du mobilier d’un pauvre diable ne suffirait pas, le plus souvent, à les couvrir.
- Dans une maison d’ouvriers, pareille aventure arrive k tout moment. Il faut donc que le propriétaire se couvre contre ces nombreuses chances de perte ; il se couvre en exagérant le prix de scs loyers, en général; de même qu’un commerçant qui vend à crédit se couvre contre les chances de non-payement en exagérant le prix de ses marchandises.
- J’ose donc le dire : le vrai moyen d’abaisser le prix des petites locations, c’est de rendre moins aléatoire le recouvrement régulier des petits loyers, c’est d’armer plus efficacement le propriétaire contre le locataire récalcitrant. Au premier abord, cette proposition paraît féroce ; réfléchissez-y un instant, vous verrez qu’elle ressort de la nature même des choses.
- Ce qui se passe au Havre montre qu’on peut arriver à abaisser le prix des petits logements par des moyens plus doux : Et comment? Tout bonnement en appliquant la belle formule que j’ai inscrite en tète de cet article : en s’aimant les uns les autres.
- En 1871, il s’est formé, au Havre, sous l’inspiration de M. Siegfried, aujourd’hui maire de la ville, de M. Mallet, président de la chambre de commerce, de M. le docteur Gibert, dont j’ai récemment décrit l’admirable dispensaire, et de plusieurs autres encore, une société anonyme de construction intitulée Société havraise des cités ouvrières. Le premier article de cette Société suffit à en indiquer le but. Par cet article, les actionnaires s’interdisent de toucher plus de A pour 100 de leur argent A
- Le but de cette Société n’est pas seulement de construire des logements k bon marché, mais de s’arranger de façon que le locataire devienne en quinze ans propriétaire de l’immeuble.
- Voici comment on y arrive :
- Je suppose qu’une de ces maisonnettes ait coûté
- 1 Pour des motifs qu’il serait trop long de développer, je crois qu’il aurait mieux valu fixer ce maximum à 5 pour 100.
- 5000 francs à bâtir (il y en a de meilleur marché encore). On fera payer au locataire 10 pour 100, soit 500 francs de loyer annuel (550 francs pour le loyer, 150 francs pour amortissement. Au bout de quinze ans il aura remboursé le prix entier de la maison, capital et intérêts; il en sera propriétaire, et pourra en faire ce qu’il voudra.
- Si le locataire paye d’avance une partie du prix de sa maison (on accepte même des acomptes de 50 francs), ces pavements anticipés, productifs d’un intérêt de 5 pour 100, diminuent d’autant sa créance.
- 11 peut se faire qu’au contraire le locataire, k un moment donné, cesse de payer. Dans ce cas, lorsqu’il est en retard de deux termes mensuels, après un commandement resté infructueux, on règle le compte courant qui lui a été ouvert ; on lui rembourse les sommes qu’il a versées pour l’amortissement du prix de sa maison (soit 5 pour 100 par an), après en avoir déduit les frais des différents actes qu’il a fallu faire, soit pour établir le bail, soit pour le résilier.
- On voit que la Société havraise est toujours certaine d’être payée, puisque dans les cas où elle a affaire k de mauvais locataires, c’est elle qui doit rembourser de l’argent, opération toujours plus facile que d’en recouvrer.
- On sera peut-être surpris de voir que le loyer soit calculé à raison de 7 pour 100 des frais de construction, tandis que les versements anticipés ne rapportent que 5 pour 100. Cette différence, qui est en faveur de la Société, est nécessaire pour solder les frais qui résultent toujours de l’exjjulsion des mauvais locataires (réparations locatives, etc.). Elle a encore un autre but, c’est que le locataire ait grand intérêt k rester dans la maison, k en payer exactement le prix et k en devenir propriétaire.
- Je demande pardon aux lecteurs de La Nature d’être entré dans tous ces détails financiers dont nous n’avons guère l’habitude de les entretenir ici. Mais la question des logements ouvriers, si importante pour l'hygiène, la moralité et le bien-être du peuple, est avant tout une question d’argent et de sage administration.
- Regardons à présent les résultats obtenus grâce aux sages mesures dont je viens de parler.
- Bûcher &
- Escalier ^
- Chambre
- Chambre
- Entlrée
- Fig. 1. — Logements à bon marché du IIa\re. Plan d’un groupe de deux maisons. Le loyer de chacune d’elles est de 300 francs ; au bout de lo ans, le locataire en devient propriétaire.
- Chambre
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- Fenêtre ^IHÉ
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- Fig. 2. — Plan'du premier étage de la’maison.
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- La Société havraise des cités ouvrières a été créée en 1871 au capital de 200 000 francs. Elle a bâti 117 maisons, dont 36 ont été acquises et entièrement payées par leurs locataires, et dont une vingtaine d’autres le seront avant peu de temps.
- Tels sont les résultats généraux, mais il convient de dire comment ils ont été atteints, car vous comprenez bien qu’on ne bâtit pas 117 maisons avec 200 000 francs seulement.
- Avec ce premier capital, augmenté d’une subvention de 25 000 francs donnée par la ville du Ilavre, on n’a pu bâtir que 70 maisons; le prix de revient de chacune d’elles n’était que de 3000 francs (c’est l’une de ces maisons que représente notre gravure). Appliquez à ce chiffre les principes exposés plus haut, vous verrez que, moyennant un versement annuel de 500 francs (210 francs de loyer et 90 francs pour l’amortissement, en plus l’impôt et l’assurance), le locataire devenait propriétaire de sa maison au bout de quinze ans. Pour ce faible prix, voici de quel joli logement il jouissait :
- Chaque propriété a une superficie de 105 à 150 mètres carrés, comprenant environ 50 à 60 mètres de jardin,
- 25 à 35 mètres de cour, et 50 mètres pour la maison.
- Entrons dans la maison par une porte vitrée qui donne sur le jardin; nous arrivons d’abord dans une chambre qui a 4m,50 sur 5U1,30. A droite se trouve la cheminée ; au fond une grande place pour le lit; cette chambre peut donc servir en même temps de cuisine, de salle à manger et même de chambre à coucher.
- A gauche se trouve une seconde pièce donnant également sur le jardin; elle mesure 2m,60 sur 2™,20. Un escalier placé au fond, derrière cette petite pièce, conduit au premier étage qui se compose de deux chambres, l’une grande et belle, mesurant 4,n,50 sur 3“30, et pouvant facilement contenir deux lits; l’autre mansardée, mesurant 2m,60 sur 2m,20 et pouvant servir de chambre de débarras, de grenier et au besoin de chambre à coucher.
- Tel est l'intérieur de ces maisons dont notre gravure montre la disposition extérieure.
- Elles sont réunies deux par deux, chaque groupe
- de deux maisons étant séparé du groupe suivant; elles ont été construites dans quelques rues d’un aspect tout à fait agréable. Elles sont dans un faubourg de la ville, mais cependant très près du port, sur un terrain qui n’a coûté que 4 francs le mètre.
- A la maison dont je viens de donner la description sommaire, si l’on compare les affreux taudis qu’habitent au Havre les ouvriers du port, on sera surpris de la différence ; cependant les taudis en question ne coûtent guère moins de 300 francs par
- an, et les malheureux qui s’y entassent peuvent bien y demeurer vingt-cinq ans sans jamais devenir pro-priétaires du moindre moellon de la maison.
- De si grands avantages ont aussitôt été appréciés. Les aspirants propriétaires ont afflué. Bientôt la Société qui, dans son ardeur de bien faire, s’était tout d’abord légèrement endettée, fut fort au-dessus de scs affaires. Mais, nous l’avons vu, elle s’était interdit de toucher plus de 4 pour 100 de son argent. Or elle touchait (amortissement compris) 10 pour 100. Elle aurait touché davantage encore si elle avait voulu. Avec les rentrées qu'elle ne tarda pas à percevoir, elle résolut de construire une nouvelle cité ouvrière. Elle acheta un nouveau terrain, et construisit d’abord 7, puis 40 nouvelles maisons. Ces nouvelles constructions ressemblent beaucoup aux précédentes, mais elles sont un peu plus vastes, un peu plus belles et aussi un peu plus coûteuses : leur prix de revient varie de 4800 à 6000 francs.
- Tels sont les résultats obtenus par la Société havraise. Son œuvre est déjà magnifique, mais elle ne fait, en quelque sorte, que commencer. Songez qu’à Mulhouse, une Société du même genre, fondée par M. Jean Dollfus, au capital de 300 000 francs, avait édifié, en 1877, jusqu’à 1100 maisons habitées par une population de 7 000 individus, et appartenant presque toutes à l’ouvrier qui les habite.
- Dire que ces 1100 chefs de famille sont devenus propriétaires, ce n’est que montrer la plus faible partie du service que leur a rendu la Société créée parM. Jean Dollfns : non seulement elle leur a procuré un logement confortable et Salubre, mais surtout elle leur a enseigné la puissance de l’épargne;
- Fig. 3. — Logements à bon marché du Havre. Façade de la construction dont le plan est figuré ci-contre (lig. 1).
- Fig. 4. — Coupe transversale.
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- en les attachant à leur domicile, elle leur a rendu la vie de famille plus chère; elle leur a donné des habitudes de sobriété, d’ordre et de propreté qu’ils n’avaien! pas naguère. Je dirai plus encore : elle nous a rendu service à tous en nous montrant ce que peut nous faire faire l’amour éclairé de notre prochain. Jacques Bertili.on.
- CHRONIQUE
- Une montagne mouvante. — Dans lu partie haute du comté de Churchill, Etat de Nevada, il existe une grande curiosité naturelle. C’est une montagne de sable mouvant. Les vents ont accumulé un énorme amas de sable, qu’ils tiennent constamment en mouvement comme un immense glacier, et qui se porte en rampant sans cesse par-dessus les vallées, à travers les canons (défdés étroits). Les grains de sable se frottant les uns contre les autres produisent un faible son musical, analogue à celui qu’on entend tous les matins, au lever du soleil, autour du sphinx d’Egypte, et qui a donné lieu à la légende que la statue de pierre salue l’astre du matin par un chant. La montagne mouvante de Churchill offre encore une autre particularité. Tandis que les cotés en sont formés symétriquement en plis superposés comme des vagues solidifiées, il n’y a point de cône au sommet ; au lieu de se terminer en pic, elle présente en haut un grand trou creusé par des vents l’agitant en sens contraire. Quiconque est assez téméraire pour gravir la crête et passer dans ce trou, court risque d’y perdre la vie; car le sable peu consistant cède sous les pieds, et plus l’imprudent se débat pour se retirer, plus il s’enfonce, et il finit par être étouffé. Les Indiens mentionnent plusieurs hommes de leur tribu qui ont péri ainsi, et l’on n’a jamais retrouvé leurs corps.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 juillet 1885. — Présidence de M. Bouley.
- La lèpre. — Chargé récemment d’une mission scientifique en Norvège, M. le docteur Leloir en a rapporté une longue étude sur la lèpre, présentée en son nom par M. Paul Bert. Dans cette région dont la population ne dépasse pas 4 millions d’hommes, on compte de 15 à 1800 lépreux, ce qui, d’ailleurs, est un progrès sur les périodes antérieures, puisque, en 1856, leur nombre dépassait 2800. Quant à la cause de cette diminution, on peut l’attribuer en partie à l’existence de léproseries qui datent de la même époque, mais où cependant tous les malades sont bien loin d’être renfermés. Une raison plus probable est la mort prochaine à laquelle les lépreux sont fatalement voués, et l’incapacité où ils paraissent être de se reproduire longtemps. Dès qu’on eut reconnu l’existence d’un bacille dans les tubercules de la lèpre, des médecins Scandinaves eurent le courage de pratiquer sur eux-mêmes des inoculations : la maladie ne fut point transmise et le même résultat négatif suivit les expériences faites sur les animaux. Toutefois, la maladie paraît s’étendre. Les Alpes Scandinaves ne sont plus pour elle une barrière infranchissable, et la Suède se prend un peu plus tous les jours.
- À première vue, il semble qu’il y ait deux variétés de
- lèpre : la tuberculeuse et l’anesthésique, mais celle-ci n’est, en réalité, qu'un état plus avancé de la première : le lépreux tuberculeux guérit, au bout d’un certain temps ; mais il est alors pour l’ordinaire paralysé et aveugle. Il présente, à ce moment, la lèpre anesthésique qui est incurable. M. Paul Bert fait circuler les photographies superbes de ces hideurs. Il ajoute qu’à l’invasion de lèpre dont nous menace le Nord pourrait s’en joindre une autre originaire du Tonkin où la terrible maladie est des plus fréquentes.
- La terre végétale du Vénézuela. — Il résulte de nombreuses analyses exécutées par MM. Muntz et Marcano que la nitrification s’exerce dans les régions équatoriales de FAinérique sur une échelle extraordinaire. Dans certains points, les éléments de la terre végétale sont cimentés entre eux, à l’état de pâte, par une énorme proportion de nitrate de chaux représentant parfois jusqu’à 40 pour 100 du poids de la masse, et qui témoignent de la prospérité du ferment nitrique dans ces régions. Quant à l’origine de ces conditions générales, les auteurs se rattachent aux cavernes innombrables dont les montagnes calcaires sont percées de toutes parts, et qui servent de refuge à des légions d’oiseaux et de chauves-souris. Il s’y accumule des masses de guano que les eaux étalent sur des kilomètres à la ronde, et qui animalisent la terre d’une façon exceptionnelle.
- Annuaire géologique. — Par l’intermédiaire de M. Hébert, M. le docteur Dagnieourt offre à l’Académie un volume éminemment pratique qu’il vient de publier. C’est un guide du géologue autour de la terre, dans les musées, les principales collections et les gisements de fossiles et de minéraux. On y trouve pour les principales nations civilisées la liste de tous les hommes qui s’occupent de la science de la terre, l’indication des points où les explorations doivent être dirigées avec le plus de chance de succès. Plusieurs collaborateurs, qui se sont joints à M. Dagnieourt, ont apporté à l’œuvre des esquisses géologiques des pays qu’ils habitent. C’est ainsi que l’Amérique du Nord et le Canada sont étudiés par M. de Margerie, l’Allemagne, par M. Hang, P Autriche-Hongrie, par M. Uhlig, le Portugal, par M. Choffat, la Suède et la Norvège, par M. Svedonius, la Suisse, par M. Jaccard. Tous les renseignements utiles au géologue sont réunis par ce charmant ouvrage qui paraîtra périodiquement tous les ans, et dont la place est marquée d’avance dans toutes les bibliothèques scientifiques.
- Election. — Le décès de M. Dupuy de Lôme ayant laissé vacante une place dans la section de géographie et de navigation, des présentations avaient été faites qui comprenaient : en première ligne, MM. de Bussy et l’amiral Cloué, et en seconde ligne MM. Bertin, Bienaiiné Germain, Grandidier, et Hat. Le premier tour de scrutin, le nombre des volants étant 54, 19 voix se portent sur l’amiral Cloué, 18 sur M. Grandidier, 15 sur M. de Bussy, et 2 sur M. Hat. Personne n’ayant la majorité, on procède à un second tour. Cette fois, M. Grandidier a 24 voix, M. Cloué 19, et M. de Bussy 12. On passe alors au ballottage d’où M. Grandidier sort élu par 37 voix contre 17 qui se conservent à M. Cloué. Tous les naturalistes féliciteront l’Académie de son choix.
- Les carbonates des plantes. —• Comme suite à leurs recherches sur la constitution chimique des végétaux, MM. Berthelot et André décrivent les méthodes qui leur permettent de doser les carbonates dans le tissu des bour-
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- radies, des amarantes, et autres plantes analogues. Ils } émettent l’idée que le rôle de régulateur attribué par M. Schlœsing d’une manière si frappante au carbonate de chaux de la mer sur le taux d’acide carbonique de l’atmosphère, pourrait être joué de la même façon par les sels carbonatés des végétaux.
- Varia. —C’est avec les plus grands éloges que M. Mas- J cai't signale les photographies aérostatiques obtenues par MM. Gaston Tissandier et Dueom, et dont nos lecteurs ont eu la description dans la précédente livraison de La Nature. — M. Trouvé expose dans la salle des Pas-Perdus un fusil dont la mire s’illumine par incandescence électrique, et qui peut servir à tirer la nuit sur un ennemi qu’on éclaire tout en restant dans l’obscurité. —
- M. Lecoq de Boisbaudran étudie le spectre de l’annnonia-que. — Un chimiste russe qui travaille depuis quelque temps dans le laboratoire de M. Pasteur démontre pour le cas de la pustule maligne le passage des microbes pathogènes de la mère au fœtus. — Une discussion commence entre M. Faye et M. Mascart quant à la nature des trombes. — Dans une note intitulée contribution à la flore oolithique de l’ouest de la France, M. Crié fait connaître six genres nouveaux de cycadées. Stanislas Meunier.
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- LES NIDS DES CORBEAUX FREUX
- Tous les ans cinq à six cents corbeaux freux viennent faire leurs nids dans le parc de Nanteau-sur-Lunain (Seine-et-Marne) à quelques pas de mon habitation. J’ai eu l’occasion d’étudier longuement leurs habitudes et leurs mœurs qui offrent des particularités très curieuses. Les observations prises sur le vif que j’ai consignées dans cet article, pourront, j’ose l’espérer, être de quelque intérêt pour les personnes qui s’occupent d’ornithologie. Le freux (Corvas frugi-legus, Linn.) est caractérisé par un corps élancé, un bec fort, des ailes longues et des pattes relativement courtes. Le vol est puissant, la vue perçante et l’ouïe d’une extrême finesse. Quant à l'odorat, je le crois rudimentaire, bien que ce ne soit pas l’avis de certains naturalistes. Le plumage chez les adultes est d’un beau noir à reflets métalliques et le pourtour du bec complètement dénudé. Ceci provient de l’habitude qu’ont les freux d’enfoncer profondément leur bec dans la terre fraîchement remuée pour y chercher des larves et des insectes. L’on rencontre les freux dans tous les climats tempérés d’Europe, ou ils fréquentent les plaines parsemées de bouquets de bois, ils établissent leurs nids de préférence dans les vallées fraîches et ombragées, non loin des habitations, quelquefois même au sein des villes1. L’hiver ils émigrent vers le sud, sans toutefois dépasser la côte septentrionale d’Afrique. En France beaucoup de freux vivent à l’état sédentaire. Ces oiseaux, d’un naturel doux et craintif, sont surtout remarquables parleur intelligence et leur sociabilité. Ils ne peuvent supporter la solitude et recherchent constamment lacompa-
- 1 A Paris, des freux viennent faire leurs mds, tous les ans, a l’Elysée, sur le quai près du pont Royal, et dans plusieurs jardins du faubourg Saint*Uerinain.
- gnie de leurs semblables; souvent ils prennent sous leur protection des oiseaux plus faibles qu’eux, tels que les choucas et les étourneaux qu’ils défendent courageusement contre la cresserelle ou lepervier. A l’époque des amours plusieurs troupes de freux se réunissent en un même point pour y nicher et forment ainsi une seule colonie dépassant souvent mille individus; très fidèles à l’endroit qu’ils ont adopté, ils y reviennent faire leurs nids régulièrement chaque année. Voici comment mes hôtes procèdent chez moi, où depuis longtemps ils ont élu domicile dans une longue avenue formée de plusieurs rangs de hauts peupliers. Dans les premiers jours de mars l’avant-garde île la colonie fait son apparition. On dirait des éclaireurs en reconnaissance; ils ne se posent sur les arbres qu’avec beaucoup de défiance et inspectent soigneusement les environs comme pour s’assurer qu’aucun ennemi ne menace leur future résidence. Le gros de la bande les suit de très près, si bien qu’au bout d’une semaine mes cinq cents corbeaux ont pris possession de la place, avec force croassements dont ils vous cassent les oreilles depuis l’aube jusqu’à la nuit. Si rien ne les dérange, ils se mettent de suite à l’ouvrage. Leur nid est très volumineux ; sa forme est ovoïde, allongée, en sorte que par les grands vents il peut prendre une position très inclinée sans que les petits risquent d’en tomber. Il se compose de branches vertes que les freux vont casser adroitement à l’aide du bec et des pattes dans les arbres à bois tendre, et dont ils forment les parois du nid ; l’intérieur est solidement maçonné de terre et tapissé d’herbes sèches ou de gazon.
- Toute la colonie déploie une grande activité et travaille avec beaucoup d’ensemble à la construction des nids, qui bientôt couvrent la cime des arbres. Le même rameau en contient souvent trois ou quatre superposés et se touchant presque; on dirait une maison à plusieurs étages. Les freux ont une singulière habitude, c’est de démolir une partie de leurs nids à mesure qu’ils les bâtissent. Ils se réunissent par groupes de trente ou quarante et même davantage, envahissent le nid qui semble leur déplaire et le détruisent en quelques instants. Une portion des matériaux se trouve dispersée à tous les vents, le reste est utilisé dans d’autres nids. Ce manège se renouvelle constamment pendant plusieurs jours, puis peu à peu le calme renaît et tout rentre dans l’ordre. Doit-on attribuer cette manière d’agir des freux à un vulgaire instinct d’égoïsme qui les pousserait à se voler mutuellement leurs nids? C’est l’avis de plusieurs naturalistes. Je ne me permettrai pas de le réfuter, bien que mon opinion ne soit pas conforme à la leur. Il me semble en effet difficile d’admettre que des oiseaux aussi sociables deviennent spontanément voleurs au moment où ils ont le plus besoin de s’entr’aider. De plus j’ai remarqué avec une lunette d’approche que parmi les nids attaqués les uns paraissaient petits ou mal faits (peut-être l’œuvre de jeunes oiseaux inexpérimentés), d’autres étaient de vieux nids simplement réparés. Ces observations
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- m’ont amené à croire que les freux n’agissent pas en pillards, mais bien au contraire dans un intérêt commun en supprimant ou en déplaçant celles de leurs demeures qui n’oflrent pas de garanties suffisantes de sécurité. Une preuve de leur intelligence est la façon dont ils se gardent jour et nuit. Des sentinelles vigilantes sont sans cesse sur le « qui-vive » et aucun ennemi ne peut approcher sans qu’il ne soit immédiatement signalé. Les freux connaissent aussi très bien la portée d’un fusil, et les intentions de celui qui en est muni. 11 m’est souvent arrivé de m’avancer, mon fusil en main, jusqu’au pied de l’arbre où étaient perchés plusieurs freux, mais cela en mar-
- chant très vite et en regardant à terre. Dès que je levais les yeux, et avant même que je fisse le geste d’épauler, tous mes oiseaux avaient déjà filé. Lorsque la ville aérienne est complètement bâtie, et que tout y est à sa place, chaque ménage prend possession d’un nid où la femelle pond bientôt quatre ou cinq œufs qu’elle couve pendant trois semaines. Les jeunes commencent à sortir après le même espace de temps ; comme ils sont très paresseux, les parents défont peu à peu le nid pour les déloger et les obliger à se poser sur les branches. Un sport très à la mode aujourd’hui consiste à tirer les jeunes freux à la carabine. Ces pauvres oisillons qui n’ont pas encore con-
- Unc colonie de corbeaux. (D’après une photographie instantanée de l’auteur.)
- science du danger, et dont les ailes manquent de force, attendent patiemment sans bouger qu’une balle bien dirigée les jette sanglants sur le sol. C’est alors que l’on voit le père et la mère accomplir des prodiges de courage et d’audace pour sauver leur progéniture. Au risque d’être tués, ils viennent se poser auprès de leurs petits en danger, cherchant par tous les moyens possibles à leur faire quitter la branche fatale et à les entraîner dans leur nid. Souvent ils parviennent ainsi à mettre une partie de la nichée à l’abri des balles. On a beau leur tirer des coups de fusil, les freux n’abandonnent jamais leurs petits, et attendent que ces derniers soient en état de les sui’vre pour quitter le cantonnement. Dans les campagnes le freux ne jouit pas de l’estime qu’il mérite : le paysan, généralement superstitieux,
- le considère comme un oiseau de malheur à cause de son noir plumage, et le traite en ennemi. On l’accuse aussi de dévaster les jardins et les champs nouvellement ensemencés, de faire mourir les arbres sur lesquels il niche, etc. Ces griefs sont très exagérés, et l’on peut affirmer que le freux, en compensation des légers dégâts qu’il commet, rend de grands services aux agriculteurs et aux forestiers en détruisant des myriades de larves et d’insectes dont il fait sa principale nourriture. A ce titre on doit le considérer comme un oiseau utile et un "ami de l’homme.
- Vte DE LA TOUR DU PlN VeRCLAUSE.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 655. — 18 JUILLET 1885-
- L’EXPLOITATION DU PÉTROLE
- ET SON APPLICATION AU CHAUFFAGE DES LOCOMOTIVES
- L'exploitation du pétrole prend tous les jours, comme on sait, dans la région de la mer Caspienne
- une importance de plus en plus considérable; les naphtes venant du pays des anciens Guèbres de Bakou et surtout de la péninsule d’Apchéron, dans la mer Caspienne, sont aujourd’hui recueillis industriellement et paraissent appelés k faire une concurrence redoutable k ceux d’Amérique. On compte
- Fig. 1. — Foyer d’une locomotive chauffée au pétrole.
- aujourd’hui, en effet, plus de 600 puits exploités dans la région de Bakou qui en renfermait quelques-uns seulement en 1875. La production annuelle du naphte était de2500 tonnes en 1832, elle s’est élevée k 28 000 tonnes en 1870, elle atteignait 410 000 tonnes en 1880, et elle a même dépassé ce chiffre dans le premier semestre de 1884.
- L’exploitation des huiles minérales est faite aujourd’hui en effet par de puissantes sociétés industrielles, notamment par la société Nobel
- 13® année. — 2e semestre.
- qui produit k elle seule plus de la moitié du naphte extrait des environs deBakou, et celles-ci ont su y appliquer un outillage perfectionné qui leur a permis de transformer complètement cette industrie, pour ainsi dire.
- Les gisements de naphte sont concentrés autour de Bakou dans des couches de marnes et calcaires miocènes particulièrement mouvementés, et présentant de nombreux replis qui forment autant de réservoirs où s’accumulent les huiles minérales.
- Fig. 2. — Injecteur à pétrole pour le chauffage des locomotives.
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- Le forage des puits ne présente pas de grandes difficultés dans ces roches calcaires, et on ne descend pas, en général, au-dessous de 80 à 100 mètres de profondeur. Ce travail s’opère ainsi dans des conditions plus avantageuses que pour les pétroles américains dont les gisements se rencontrent à une profondeur bien plus considérable. Le débit des puits est très variable en raison même de la grande irrégularité des replis des couches calcaires, et on en rencontre qui sont à peu près stériles à côté d’autres d’où le pétrole jaillit avec abondance; on cite même un puits foré récemment par la société Nobel dont le débit tout à fait exceptionnel aurait atteint 8000 tonnes par vingt-quatre heures, si on n’avait pas pris les dispositions nécessaires pour en fermer l’écoulement et ne recueillir le pétrole que pendant quelques heures au plus de la journée.
- L’extraction du pétrole de la région de Bakou est concentrée autour du village de Balakhani, distant de cette ville de 15 kilomètres environ, et les huiles brutes recueillies sont amenées à Bakou pour y être distillées dans les raffineries installées dans un faubourg de cette ville. Ce transport s’effectue actuellement sur un petit chemin de fer spécial construit à cet effet, mais on vient d’installer aussi, suivant l’exemple de l’Amérique, des tuyaux de conduite appelés pipe-line dans lesquels on fait écouler directement le pétrole depuis les puits d’extraction jusqu’à l’usine. Comme la fonte laisserait suinter les carbures d’hydrogène, ces tubes dont le diamètre atteint 0m,20 à 0,n,25 ont du être construits en fer forgé.
- D’après l’intéressante notice publiée par M. Lon-quéty dans le Bulletin de l"Association des élèves de l'École supérieure des mines de Paris, auquel nous empruntons la plupart de ces renseignements, la densité moyenne du naphte brut arrivant aux raf-lineries est de 0\870. Cette matière forme un liquide brun foncé qui donne à la distillation différents produits plus ou moins volatils.
- Le premier qui se dégage est la benzine de 0k,78 de densité. C’est un liquide volatil qu’on doit employer seulement au nettoyage des étoffes. Vient ensuite la kérosine ou pétrole du commerce, ayant une densité de 0k,82 et qui ne dégage pas de vapeur à la température ordinaire. Outre ce produit, on obtient dans la même distillation un pétrole jaunâtre ayant 0k,866 de densité, connu sous le nom d’huile solaire et qui sert à l’éclairage des villes. Le résidu de cette distillation forme un liquide plus lourd, de 0k,909 de densité moyenne appelé masoute ou asta ki. 11 est appliqué principalement au chauffage des chaudières à vapeur des locomotives de la ligne de Bakou-Tillis et des bateaux de la mer Caspienne. On est arrivé d’ailleurs à l’utiliser également pour la préparation des huiles de graissage, et la maison Boulfroy, de Clichy, qui possède une usine à Bakou, a beaucoup perfectionné ce procédé de traitement. Elle utilise d’ailleurs elle-même les résidus de pétrole pour le chauffage des chaudières a vapeur
- dans l’usine de Clichy, et elle a disposé, à cet effet, un appareil d’injection dans le foyer dont la disposition générale diffère peu de celle que nous allons décrire plus bas, et qui donne à tous égards des résultats très satisfaisants.
- L’emploi du pétrole pour le chauffage des chaudières présente d’ailleurs des avantages tout à fait décisifs pour certaines applications, car on obtient ainsi un combustible d’un prix peut-être un peu plus élevé, mais dont la puissance calorifique est aussi deux fois plus grande que celle du charbon ; on peut accroître ainsi la vaporisation tout en diminuant le chargement. C’est là une qualité des plus précieuses pour les bateaux à vapeur, surtout les torpilleurs, ainsi que pour les locomotives des trains express, et on applique fréquemment, en effet, les foyers à pétrole sur ces machines.
- M. Urquhardt, ingénieur de la ligne du chemin de fer du Gratzi-Tsaristsin (Sud-Est russe) s’est fait une véritable spécialité de cette question, ainsi que le remarque la Revue générale des chemins de fer, en s’inspirant des principes établis, il y a quinze ans déjà, par M. Henri Sainte-Claire Deville ; il est arrivé à créer, pour la combustion du pétrole, des foyers particulièrement bien appropriés, grâce auxquels il a pu augmenter dans une forte proportion la puissance de ses locomotives.
- Les figures l et 2 représentent sous sa dernière forme l’installation actuellement adoptée pour ces foyers ; la figure 1 donne en particulier la disposition générale sur la locomotive et le tender : on voit que le foyer est garni intérieurement de voûtes en briques destinées à protéger les parois métalliques et à assurer en même temps par la combinaison des chicanes superposés le mélange intime du pétrole avec l’air aspiré; le pétrole est lancé par un courant de vapeur spécial dans un injecteur représenté en détail, figure 2 ; et, dans les dernières dispositions, il arrive au bas du foyer au-dessous du cadre d’assemblage avec la boîte à feu. Il s’entlamme au contact du courant d’air aspiré arrivant comme l’indiquent les ilèches par la trappe d’avant du cendrier. Cet air s’est échauffé déjà dans son parcours en A au contact des deux voûtes en maçonnerie du foyer. Une partie de la flamme est dirigée par les carneaux B sur le bas de la plaque tubu-lfiire qu'elle vient frapper directement. La seule inspection de la figure 1 montre immédiatement le fonctionnement de l’appareil : le pétrole contenu dans le compartiment avant du tender est échauffé par un courant de vapeur de la chaudière arrivant par le tuyau S et qui retourne après avoir traversé le serpentin recouvrir le tuyau P d’alimentation. En sortant de ce tuyau, le pétrole arrive dans l’in-jecteur représenté en coupe dans la figure 2, on voit qu’il se répand autour d’une tuyère centrale B traversée à l’intérieur par la vapeur de la chaudière arrivant par le tuyau C. Le courant mixte qui se forme se dégage dans le foyer, comme l’indique la figure I. Dans les dispositions antérieures, l’injec-
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- teur était reporté au-dessus du cadre du foyer et devait traverser à la lois les deux parois parallèles R de la boîte à feu et du foyer, ce qui constituait une installation plus dispendieuse. On voit qu'il est très facile de régler la combustion de la plate-forme du mécanicien en agissant sur l’injecteur au moyen d’une tige spéciale 1) terminée par une vis sans lin engrenant avec le pignon de la tuyère qui permet d’ouvrir celle-ci d’une quantité variable à volonté. On arrive ainsi à régler la combustion avec une certitude absolue, comme on pourrait le faire avec le gaz, et on peut éviter par suite toute consommation inutile de combustible. Avant de pénétrer dans le réservoir du tender, le pétrole passe à travers un fdtre qui retient les matières étrangères, et il est encore filtré en outre à la sortie; la disposition de la tuyère permettrait d’ailleurs de livrer passage aux matières solides que le courant pourrait entraîner. On a toujours soin d’autre part de ménager au bas du tender un réservoir spécial où s’accumule l’eau que le pétrole brut entraîne toujours avec lui, de manière à ce qu’il arrive bien pur à l’injecteur.
- La mise en feu de cette machine s’opère au moyen d’un courant de vapeur emprunté à une chaudière voisine. La vapeur est dirigée dans le tuyau vertical qu’on voit sur la face arrière de la boite à feu; en suivant la direction de la flèche, elle arrive à l’injecteur et elle y détermine l’appel du pétrole. Une autre partie du même courant est dirigée par le robinet à trois voies placé à l’orifice de ce tuyau dans la conduite du souffleur et elle débouche dam la cheminée où elle active le tirage. La pression s’élève rapidement dans la chaudière, et on atteint 3 atmosphères en 45 minutes et même 8 atmosphères en 20 minutes avec de l’eau déjà chaude.
- On remarquera qu’il y a certaines précautions à prendre dans l'allumage pour éviter les explosions, d'ailleurs sans gravité, que pourraient entraîner les vapeurs de pétrole accumulées déjà dans le foyer. On purge d'abord à cet effet l'injccteur par un premier courant de vapeur, et on ouvre en même temps les portes du cendrier ainsi que le souffleur pour aspirer les vapeurs du foyer; on y place ensuite quelques chiffons imbibés de pétrole qu’on allume pour communiquer le feu au jet débouchant, de l’injecteur. Le feu ainsi établi s’entretient ensuite avec un débit normal sans aucune difficulté et sans qu’on ait besoin de serrer jamais l'échappement pour activer le tirage puisque la flamme ne rencontre aucun obstacle à son dégagement ; le réglage s’opère d’ailleurs avec la plus grande facilité, ainsi que nous l’avons dit plus haut, en agissant sur la tringle de manœuvre D de la tuyère de l’injecteur. Le débit de pétrole s’apprécie immédiatement d’après la position de cette tringle de manœuvre dans son écrou fixe, et on peut surveiller l’allure du feu par le voyant 11. On a là, en un mot, un combustible tout à fait propre, d’un maniement particulièrement facile, plus économique en certains
- cas, et d’un emploi plus avantageux que celui des combustibles solides. 11 ne produit pas d’étincelles, et ne parait entraîner aucun danger d’incendie dans les accidents ou les déraillements; il y a donc là une application fort intéressante pour les moteurs dont on veut réduire le chargement. L. B.
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- CRÉMATION DANS L’INDE MÉRIDIONALE
- Il est peu de pays offrant aux voyageurs autant d’attrait que la grande péninsule hindoustanique ; sur cette terre étrange, le champ des études et des observations s’offre immense à l’artiste, au savant, au philosophe. Les chemins de fer y ont tracé leurs lignes civilisatrices, mais le nuage mystérieux qui recouvre cette contrée insondable se referme sans cesse après le passage des locomotives, dont le sifflet strident essaye en vain de réveiller un peuple hypnotisé par ses idoles.
- A son arrivée dans une cité hindoue, l’Européen est saisi d'une vive admiration en face de ces temples majestueux au cœur desquels il n’a jamais pu pénétrer ; il se sent dans un isolement complet ; les populations s’écartent discrètement à son approche, les maisons se ferment sur son passage, tout est mystère autour de lui, et il lui sera bien difficile d’approfondir les secrets de cette civilisation encore toute cachée. S’il erre dans la ville, il est bien rare qu’il ne voie dénier devant lui de somptueux cortèges, escortant d’ignobles idoles grimpées sur de magnifiques chars : c’est une procession religieuse ; plus loin, il rencontrera d’énormes éléphants richement caparaçonnés, au sommet desquels rayonnent de jeunes Hindous chargés de fleurs et de bijoux éclatants; une foule bigarrée les accompagne avec des chants d’allégresse : c’est un mariage. Mais bientôt des sons lugubres arriveront jusqu’à lui, et lui annonceront des funérailles. Si le lecteur le veut bien, nous allons assister à cette triste cérémonie.
- L’Inde est livrée à toutes les religions ; le mahométisme, le bouddhisme, le parsisme, le judaïsme et le christianisme y ont été importés du dehors ; mais le vrai culte, et aussi le plus ancien, s’adresse à la Trinité hindoue ou Trirnourti, qui comprend Brahma, Wichnou, Siva, entourés de leurs innombrables incarnations. Or, c’est parmi des sectaires brahmanistes, wiehnouistes et sivaïstes, que nous trouverons les âmes qui doivent s’envoler en fumée vers l'Olympe. Les autres sectes enterrent leurs morts, tantôt couchés, tantôt debout, d’autres fois assis. Dans ce dernier cas, lorsque le moribond est à l’agonie, on l’accroupit sur une natte, les jambes ramenées le long du corps, et on l’enveloppe ainsi dans des bandelettes de toile qu’on n’enlèvera plus que dans la fosse, et au fur et à mesure que la terre remplira celle-ci.
- Quant un Hindou dont le corps doit être livré au
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- bûcher meurt, on transporte son cadavre dans la cour centrale de la maison, où il est exposé sous un pandal ou dais, dressé à cet effet. Un crieur se répand alors dans la ville et annonce la triste nouvelle, en chantant les noms et les qualités du défunt. Aussitôt arrivent des musiciens, qui s’accroupissent à l’entrée de la demeure mortuaire, et se mettent à jouer des airs plus ou moins lugubres; ceux-ci ne sont interrompus que par des coups de boîte, qui tonnent à chaque instant au milieu de la rue.
- Pendant ce temps, de nombreuses cérémonies ont lieu a l’intérieur de la maison, mais je n’ai jamais pu les observer chez les Hindous de caste, dont la porte reste impitoyablement fermée aux chrétiens.
- Quand l’heure des funérailles a sonné, des coolies apportent le palanquin funèbre et le déposent devant la maison. Ce palanquin, d’une extrême originalité, se compose d’un lit ou cadre de bois monté sur quatre petits pieds, dont les quatre côtés sont richement sculptés; des montants en bambou, fixés aux quatre angles, sont destinés à supporter un immense dôme d’une forme toute spéciale. Ce dernier consiste en un cylindre de 30 à 40 centimètres de diamètre, formé de longues baguettes de bambou, recouvertes de cuir de bœuf ; ce cylindre se recourbe en dôme au-dessus du cadre, pour prendre ensuite l’horizontale aux deux extrémités, sur une longueur d’environ deux mètres. Sur toute la partie supérieure de ce cylindre sont plantées des Heurs en papier diversement coloré, qui alternent avec des figures symboliques fabriquées avec l’épiderme de la nervure médiane d’une feuille de bananier; de la partie inférieure pendent de nombreuses guirlandes de fleurs de jasmin, qui recouvrent aussi les montants et les traverses qui les maintiennent.
- Le défunt est apporté dans le palanquin, sur le lit duquel on a préalablement disposé une épaisse couche de paille de riz ; la tête découverte repose sur un oreiller ; le corps est drapé dans une riche étoffe de soie, généralement rouge, et ornée de dessins et de grandes rayures de fils d’or. Huit coolies soulèvent alors le palanquin sur leurs épaules, à l’aide de deux gros bambous sur lesquels il est attaché, et le cortège se met en marche.
- Une double baie d’Hindous, portant chacun de jeunes tiges de bananier, ouvre le cortège ; viennent ensuite les musiciens, précédant immédiatement le palanquin funèbre, que suit un brahme entouré de la famille et des amis du défunt. Les femmes n’assistent jamais aux funérailles ; elles viennent jusque sur le seuil de la maison, et de là envoient leurs derniers cris de douleur vers le mort qui s’éloigne. Vorchestre se compose de trompes ou cornes de bronze, recourbées en demi-cercle, qui rappellent les buccina employées autrefois dans les armées romaines; leur son grave et prolongé s’entend de très loin, les tams-tams suivent et servent d’accompagnement à quelques hautbois qui sont dans un trémolo perpétuel. Chaque artiste interprète la douleur à sa façon : c’est une sorte de cacophonie à rythme monotone et énervant, à expression lugubre, qui vous surprend d’abord et finit par vous communiquer sa tristesse.
- Le convoi s’avance lentement dans les rues de la ville, et passe sur de longues bandes de toile blanche , que des coolies étendent les unes à la suite des autres, sur le sol, en ayant soin de les rouler après le passage du cortège, pour les reporter au-devant de lui. Ce tapis n’est enlevé qu’au sortir de la ville, on précipite alors l’arrivée au bûcher.
- Le lieu des bûchers se reconnaît facilement ; il est généralement situé au bord d’une route ou d’un chemin. A cet endroit, la terre est recouverte d’une épaisse couche de cendres grises, au milieu desquelles on trouve des débris de poteries (dont nous verrons bientôt l’origine) et d’ossements. Auprès de là, on remarque de petites élévations de terre, toutes dirigées du nord au sud, à l’extrémité desquelles croît souvent un pied de pervenche; ce sont des tombes d’enfants, leurs corps n’étant brûlés que vers l’âge de six à sept ans.
- Dans ce champ de cendres sont creusées de petites fosses, d’environ ‘2 mètres de long sur 0‘“,80 de large, et quelques centimètres seulement (6 à 8 centim.) de profondeur. Ces fosses sont quelquefois situées au sommet d’un petit monticule de cendres de 0m,50 de haut, elles sont alors destinées à recevoir le bûcher d’un Hindou de caste.
- Pour construire un bûcher, on dispose au fond de
- Fig. 1. — Femme hindoue faisant sécher des bouses de vache contre un mur. (D’après une photographie.)
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- tissent pour le faire sécher au soleil (fig. 1). La plupart des cases indiennes possèdent cette ornementation d’un nouveau genre.
- Quand le convoi arrive au bûcher, il y est reçu par le gardien de celui-ci, c’est-à-dire par l'homme chargé de le dresser et d’en surveiller la combustion. Ce gardien cumule à ses fonctions celle de barbier; c’est lui qui fait la dernière toilette du défunt. Le palanquin funèbre est alors déposé à côté du bûcher, sur lequel on couche le mort, enveloppé dans son voile de soie, et la tète placée sur l’oreiller. Celle-ci est toujours dirigée vers le sud, car les bûchers ont, de même que les tombes des enfants, la
- Fi<r.l. — Foyers <le crémation aux environs de Pondichéry. (D’après un dessin de l’auteur.)
- la petite cavité et sur toute sa longueur, une série de bûchettes de bois (bois de sandal pour les riches Hindous), rangées transversalement, que l’on recouvre d’une couche de bouses (de bœuf ou de vache), aplaties et desséchées; c’est le meilleur combustible, il est en outre sacré, c’est le purificateur par excellence. Les femmes hindoues sont chargées de sa récolte, et malgré les nombreux bijoux et les riches vêtements qui les recouvrent, elles ne craignent pas de le ramasser dans les rues ou sur les routes, et après l’avoir roulé dans la poussière, elles le portent majestueusement dans leurs mains jusqu’à leurs habitations, sur les murs desquelles elles l’apla-
- direction nord-sud. On emporte ensuite le palanquin. Celui-ci est assailli à ce moment-là par une nuée de femmes et d’enfants, qui se disputent les guirlandes de jasmin, s’en parent, et ramassent aussi les débris de bananiers qui jonchent maintenant le sol.
- Alors commencent diverses cérémonies, dirigées par un brahme, qui annonce chacune d’elles par un son rauque qu’il rend en soufflant dans une coquille. La famille entoure le bûcher, presse le défunt de questions, lui adresse des prières; elle lui présente du riz, lui en met quelques parcelles dans la bouche, elle lui offre aussi du bétel, dont elle lui teint les lèvres; enfin, elle procède à l’enlèvement des bijoux, véritable travail, surtout chez les femmes, qui en sont couvertes (5 à
- 6 kilogrammes). Le plus proche parent du mort s’avance alors et se tient debout à la tête du bûcher ; le brahme lui place sur l’épaule Une panelle en terre (vase sphérique très en usage dans l’ïnde), remplie d’eau, quelquefois même d’urine de vache, dont l’orifice supérieur est fermé par un paquet de fleurs. Cette panelle est entourée d’un lien, le brahme y donne un coup sec à l’aide d’une petite pierre, ce qui détermine une fêlure par laquelle s’écoule le liquide en un mince filet; le porteur fait alors le tour du bûcher en tournant le dos à celui-ci, puis il laisse tomber à terre la panelle qui se casse, et dont il place les morceaux à côté du cadavre. La même personne prend ensuite un tison enflammé de bois de sandal, et le glisse au milieu des bûchettes de bois. A ce moment com-
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- mence une opération vraiment dégoûtante; la tète du cadavre est recouverte avec le voile de soie, et on étend avec la main sur ce dernier, dans toutes les directions, une grande quantité de mentègue (beurre semi-liquide de buftlonne), qu’un coolie verse d’une panelle.
- Pendant ce temps, le bûcher commence à entrer en ignition, et une légère fumée se fait jour en quelques points. Le gardien dispose alors autour du cadavre, et jusqu’à ce que celui-ci en soit complètement recouvert, un grand nombre de bouses desséchées; il en recouvre ensuite l’assise supérieure d’une couche de terre glaise légèrement humide. Cette opération se fait au milieu des pleurs de la famille, qui adresse ses adieux au défunt; les domestiques se livrent surtout à des contorsions inimaginables, ils poussent de vrais cris de douleur qu’ils accompagnent d’abondantes larmes, dont l’alcool favorise ordinairement le déversement.
- Les funérailles sont terminées, la foule s’écoule en caquetant, les parents vont immédiatement se plonger soit dans l’étang sacré d’une pagode, soit dans un étang particulier, comme beaucoup de riches Hindous en possèdent au centre de leurs propriétés.
- Le bûcher entre bientôt en pleine combustion ; (fig. 2) une fumée épaisse et bleuâtre s’en dégage en répandant une forte odeur de matière animale brûlée.
- La durée de l’incinération complète est généralement de six heures ; au fur et à mesure que celle-ci avance, la couche de terre argileuse s’affaisse, en sorte qu’aucune partie du cadavre n'est mise à nu.
- Les funérailles ont toujours lieu dans l’après-midi; le lendemain matin, on ne trouve plus trace du bûcher; seule, la petite fosse est remplie de cendres, sur lesquelles reposent des ossements calcinés, ainsi que des débris de poterie. La famille vient au lever du soleil recueillir ces ossements, et les emporte dans une panelle, pour les jeter soit à la mer, soit dans la rivière sacrée (succursale du Gange), la Caveri. La compagnie du South Indian ftailwau transporte ainsi sans formalités préalables de nombreuses urnes funéraires.
- Ce n’est évidemment pas dans des bûchers de ce genre que pouvaient se précipiter les femmes, que les lois obligeaient de se faire calciner avec leurs époux, la mort n’eût pas été assez prompte. Ces sacrifices s’accomplissaient surtout dans l’Inde septentrionale, où les bûchers sont formés d’un vrai monceau de bois.
- Les chacals rôdent souvent la nuit autour des bûchers, des nuées de corbeaux cherchent à en percer la croûte, mais le gardien fidèle doit veiller, et il trouve encore là un troisième moyen d’utiliser son bâton.
- L’aspect d’un bûcher n’a rien de bien effrayant, les Hindous passent indifférents auprès de lui, les enfants que le chemin de l’école appelle de ce côté n’interrompent même pas leur babillage pour jeter un regard vers ce singulier tableau, et lorsque la brise incline la fumée vers le sol, ils s’en vont, cou-
- rant après elle, comme ils folâtreraient dans la fumée des grandes herbes qu’on brûle dans nos champs..... J. Philaire.
- ÉRUPTION DU YOLCÀN SMEROE
- DANS l’iLE DE JAVA
- Nous empruntons lé récit de cette catastrophe à une curieuse lettre que vient de publier, à ce sujet, la Gazette de Lausanne. Cette lettre est écrite à ses parents par un jeune Suisse employé dans une plantation de café, voisine du volcan. Elle est datée de Gœvang-Banjac, du 30 avril 1885.
- 11 raconte que le 17 le volcan Smeroe commençait à lancer dans l’air des torrents de fumée et à faire entendre un grondement terrible. C’est dans la nuit que le phénomène s’est manifesté.
- Yers 2 heures du matin, je fus réveillé par un bruit épouvantable, en comparaison duquel le tonnerre n'est rien ; c’était le commencement de l’éruption proprement dite. Aussitôt je sautai hors du lit et je sortis de la maison pour me rendre compte de ce qui se passait. Au dehors, nuit noire; impossible de distinguer à deux pouces devant soi ; une pluie de cendres aveuglait et coupait la respiration. On fait les signaux d'alarme, et tous les indigènes, hommes, femmes et enfants, arrivent devant la maison, emportant à la hâte ce qui leur tombait sous la main et tellement affolés par la terreur que la plupart d’entre eux emportaient des objets qui ne pouvaient leur être utiles dans un moment pareil; les femmes et les enfants pleurent et se lamentent pendant que le volcan gronde avec une énergie toujours croissante. De quel côté fuir? Obscurité complète, cendres qui fouettent la figure et crèvent les yeux. Quelle angoisse ! Ah ! ce fut un moment horrible qui restera toute ma vie gravé dans ma mémoire....
- Le 18, au point du jour, en sortant de la maison, je me crus transporté en Europe en plein hiver ; tout était d’un blanc sale, la terre, les arbres, tout était recouvert d’une couche de cendres de 3 millimètres d’épaisseur...
- Je reçus une lettre de M. Van West, administrateur d’une terre encore plus proche que la nôtre du volcan, lettre m’ordonnant de venir, avec le plus grand ^nombre possible d’indigènes, au secours#d’un autre administrateur, M. Stoerhaan, dont la terre est située juste au sud de la montagne (Kalie-Bening), et qui se trouvait, avec ses employés et trente à quarante Javanais, entouré par des torrents de lave.
- Je fis appel à la bonne volonté de mes coolies, au nombre de trente environ, mais un seul eut le courage de me suivre dans ma périlleuse expédition. Après une heure de marche dans les bois par un sentier impossible, au travers des épines, des arbres et des bambous abattus parle poids des cendres, j’arrivai, noir comme un chauffeur, à destination, soit à Soember-Sarie, où je trouvai l’administrateur tout seul, sans un coolie, préparant son repas lui-mqme. Après avoir mangé un morceau sur le pouce, nous partîmes pour Kalie-Bening par la grande roule. Arrivés dans le bois, un spectacle saisissant s’offrit à nos regards : plus trace de bambous, des arbres de 2 mètres de diamètre renversés çà et là par le poids des cendres ou parla lave incandescente qui avait rongé les racines, le sol recouvert d’une épaisseur de cendres de 15 centimètres, à chaque instant des chutes d’arbres autour de nous.
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- Nous continuâmes d’avancer, malgré le danger, et après deux heures d’une marche accablante, nous arrivâmes, à travers mille obstacles, à une rivière (le Kalie-Glendang) que nous devions traverser pour tendre la main au planteur en détresse. Impossible de le faire, un torrent de lave d’une grande profondeur avait envahi la rivière. Il fallut nous contenter de regarder l’emplacement que la plantation occupait précédemment. Recouverte de lave et de cendres, tout avait disparu, hommes et choses. Tout était fini pour ces pauvres victimes du devoir, comme nous l’apprîmes plus tard. Vous voyez d’ici l’horreur de la situation : être enfermé entre des torrents de lave et voir venir la mort sans pouvoir y échapper d’aucun côté, c’est terrifiant !
- On ne sait pas si l’éruption du yolcan est terminée, et les habitants du voisinage continuent à vivre dans la crainte constante d’un nouveau péril.
- LE CYLINDROGRAPHE
- M. le capitaine Moëssard, professeur à l’Ecole militaire de Saint-Cyr, est l’inventeur d’un nouvel appareil photographique panoramique qui, du fait d’une simple rotation de l’objectif, permet d’obtenir la perspective cylindrique des objets environnants. On peut facilement s’en servir pour faire des levers de reconnaissance ou des cartes topographiques.
- Uangle d'ouverture de cet appareil est capable d’une amplitude d’environ 170 degrés. Deux clichés contigus, pris d'un même point, peuvent donc embrasser un total de 540 degrés; soit, à 20 degrés près, le panorama complet de la station choisie par l’opérateur.
- La construction de l’ingénieux instrument — dit cylindrographe — est basée sur ce fait d’expérience que la lentille d’un objectif photographique peut être animée d’un mouvement quelconque sans que l’image, fournie par cet objectif et reçue sur un écran, change ni de forme ni de position — sous la seule condition que le mouvement s’effectue autour du point nodal arrière, maintenu immobile. Ce fait résulte de la propriété connue de ce point nodal d’être le point de concours réel, ou virtuel, des axes secondaires émergents, ou le point de vue de la perspective produite.
- Qu’on suppose, dans cet ordre d’idées, un objectif photographique quelconque, établi horizontalement et pouvant tourner autour d’un axe vertical par son point nodal arrière; — deux volets verticaux, fixés en arrière, à droite et à gauche de l’objectif, pour limiter le champ dans le sens horizontal et arrêter les rayons trop obliques; — enfin, un écran cylindrique, également vertical, centré sur l’axe de rotation, et d’un rayon égal à la distance du point nodal au foyer principal de l’objectif.
- Dans un système ainsi agencé, quelle que soit la position occupée par l’objectif, la portion de paysage comprise dans le champ de l’appareil vient se peindre sur l’écran. Si donc on met cet objectif en mouvement, on obtient successivement, pour chaque
- point du panorama, une image qui impressionne la pellicule sensible durant le temps que le point reste dans le champ limité par les deux volets.
- Tel est le principe théorique du cylindrographe. En voici la description sommaire :
- L’appareil comporte essentiellement une chambre noire hémicylindrique, formée de deux plateaux semi-circulaires — plancher et jdafond — reliés suivant leurs diamètres par un cadre rectangulaire (voy. la fig. 1). En station, le plancher et le plafond s’établissent horizontalement; le cadre est maintenu vertical. En vue de la facilité du transport, ces trois pièces peuvent se replier l’une sur l’autre, assemblées qu’elles sont à charnière suivant les bords diamétraux des plateaux. Sur le milieu du cadre est monté l’are de rotation, axe qui porte objectif et volets. Une pièce d’étoffe opaque bouche l’espace compris entre l’objectif et le cadre. Le fond hémi-cvlindrique de la chambre est occupé par le châssis négatif dans lequel se loge la pellicule sensible (de Thiébaut). Ce châssis affecte la forme d’un rectangle, mais d’un rectangle fait de matière élastique (celluloïd). A plat pendant les transports qui doivent s’effectuer, il peut — à volonté — prendre une forme cylindrique, au moment de la pose. Une pièce d’étoffe opaque en constitue le fond; la face antérieure en est fermée par un rideau mobile. Dix-sept châssis suffisent à qui doit prendre huit tours d’horizon complets.
- Le mouvement de rotation voulu est transmis k l’axe par le moyen d’une alidade, munie de pinnules, à travers lesquelles l’opérateur suit sur le terrain tout ce qu’embrasse le champ de l’instrument. Cette alidade peut être actionnée par le jeu d’un mouvement d’horlogerie, mais il vaut mieux la manceu-vrer à la main. Ce faisant, on peut modérer k son gré la vitesse de rotation et, par conséquent, varier l’étendue des temps de pose, suivant la nature et l’éclairement des objets k prendre.
- Divers organes accessoires permettent de régler la position de l’objectif sur l’axe; de mesurer la vitesse de rotation; d’assurer la verticalité du cylindre; de marquer sur le cliché l’orientation magnétique, la ligne d’horizon et l’angle d’ouverture de la vue prise. Tous ces dispositifs sont fort simples et le mécanisme en est extrêmement commode.
- Repliée ainsi qu’il a été dit plus haut, la chambre peut se loger, avec une vingtaine de châssis, dans un sac de petites dimensions que l’oji porte k la main, en bandoulière ou sur le dos (fig. 2). Le poids du sac ainsi rempli ne dépasse pas 5 kilogrammes, y compris le pied de campagne k coulisse. L’appareil est donc très portatif et se prête, par conséquent, k l’exécution des reconnaissances militaires.
- Le développement d’un cylindre de perspective sur un plan entraîne, on le conçoit, certaines déformations dont l’effet est d’enlever aux vues cylin-drographiques leur véritable caractère. L’emploi du* cylindroscope permet d’obvier k l’inconvénient signalé. ‘
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- Cet appareil accessoire se compose d’une carcasse de demi-cylindre en bois, dont les bases semi-circulaires sont assemblées, au moyen d’écrous, avec deux montants verticaux. Les quatre pièces se replient, au besoin, dans un même plan, en vue de la facilité du transport. L’un des demi-cercles porte une rainure; l’autre, un rebord extérieur et trois tourniquets libres. Il est facile de comprendre comment on peut introduire dans cette petite charpente des épreuves cvlin-drographiques, préalablement montées sur bristol. Ces épreuves planes se trouvent, de fait, enroulées sur le cylindre de perspective.
- Qu’on les regarde, dès lors, du centre de l’appareil, et l’on constate .une restitution complète des objets considérés; l’image porte, en son ensemble, l’empreinte d’un cachet de vérité saisissant. On peut examiner aussi, dans le cylin-droscope, des épreuves transparentes sur pellicules de gélatine, montées sur cadres flexibles.
- L’effet produ it est encore plus remarquable que celui qu’on observe sur un bristol. Les perspectives cylindrographiques fournissent de précieux renseignements qu’il est facile de mettre en œuvre pour en déduire les éléments topographiques du terrain, c’est-à-dire l’azimut d’un point et la pente de la droite qui, dans l’espace, unit ce point au point de station. On peut, moyennant l’emploi de deux échelles simples, construire le tour d’horizon qu’aurait donné tout autre instrument ad hoc. En assemblant les tours d’horizon, on n’a qu’a prendre une mesure de longueur pour déterminer, par intersection, autant de points qu’on voudra.
- Cette manière d’opérer offre de grands avantages sur les méthodes qui comportent l’emploi de la planchette ou de la boussole-éclimètre. Un panorama s’obtient effectivement en quelques minutes, moyennant une série d’opérations quasi mécaniques, lesquelles n’exigent ni visées multipliées, ni dessins, ni croquis, ni aucun de ces tracés qu’il est toujours
- difficile d’exécuter en plein air. On n’est tenu ni de pointés délicats, ni de lectures minutieuses, ni de recherches prolongées. On n’a pas à craindre l’oubli de tel ou tel point important, puisque tout ce qui est visible de la station s’imprime sur la pellicule.
- Le travail de cabinet ne présente non plus aucune difficulté. Les constructions à faire sont fort simples ; il est impossible de commettre des erreurs de direction, de pointé ou d’orientation. On a, d’autre part, nombre de moyens de vérification servant à contrôler, à chaque instant , l’exactitude des résultats obtenus. Les cartes qui se dessinent sur les données du cylin-drographe ne laissent rien à désirer sous le rapport de la fidélité et de la précision. La collection de photographies obtenues sur le terrain demeure, d’ailleurs, à l’appui du travail cartographique. Et celui-ci perd de sa froideur dès qu’il est accompagné d’un choix de vues d’ensemble faisant ressortir le caractère du pays représenté. Un seul inconvénient à signaler. Encore cet inconvénient est-il plus apparent que réel et, en tous cas, peu considérable. Le procédé préconisé semble réclamer de l’opérateur certaine expérience en l’art du photographe, à l’effet de conduire correctement l’opération dans la chambre ; puis, le développement de l’image; enfin, le tirage des positifs.Mais, pour être topographiquement utilisables, les épreuves n’ont pas besoin d’être dotées d’une grande valeur artistique ; d’ailleurs, il s’est fait dans la fabrication et le mode d’emploi des glaces ou pellicules sensibles de tels progrès, qu’aujourd’hui l’art peut être dit à la portée de tous.
- Présenté par M. le colonel Perrier, le eylindro-graphe Moëssard a réuni les suffrages des membres de l’Académie des sciences, et nous avons la persuasion qu’il intéressera nos lecteurs.
- Lieutenant-colonel Hënnebert.
- Fig. 1 et 2. — Le eylindrographe et son sae.
- Fig. 3. — Châssis du eylindrographe de M. Moëssard.
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- PONT LEVANT DU CANAL DE L’OURCQ, A PARIS
- Nous avons donné précédemment la description des ponts mobiles à soulèvement vertical construits
- à Syracuse aux États-Unis. Nous ferons connaître aujourd’hui à nos lecteurs, un ouvrage de même
- Fig, 1. — Pont levant du canal de l’Ourcq, au Marché de la Yillette. Tablier levé. (D’après une photographie.'
- genre qui fonctionne actuellement à Paris à la gare du marché aux bestiaux de la Yillette, et
- met en communication les voies de la gare proprement dite avec celle des abattoirs situés de part
- Fig. 2. — Le même, représenté le tablier baissé au moment du passage d’un train. (D’après une photographie.)
- et d’autre du canal de l’Ourcq. Ce pont, inau- tion jde M. Mantion, alors ingénieur en chef du guré en 4808, a été construit sous l’habile direc- chemin de fer de Ceinture. Nos gravures, représon-.
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- tent l’ouvrage dans ses positions extrêmes : levé pour le service du canal (fig. 1); baissé pour le passage des trains de chemin de fer.
- La solution adoptée en cette circonstance était la seule à laquelle ou pùt s’arrêter, vu la faible différence entre le niveau des voies de la gare (52m,25) et le plan maximum du canal (52 mètres). Cette circonstance ne permit même pas de songer à l’établissement d’un pont tournant ordinaire, car il eût fallu, en réservant entre le plan d’eau et le dessous du tablier un espace de 0m,25 et en assignant à ce dernier une épaisseur minima de Gm,85 jusqu’au niveau des rails, introduire dans le profil du chemin de fer des rampes d’accès de 0m,006 au moins, qui eussent nui aux aménagements de la gare.
- En outre, dans l’hypothèse d’un pont tournant, le dessous du tablier n’étant quà 0m,25 au-dessus de l’eau, et les galets de roulement devant être supérieurs à cette cote, il fallait supposer le cercle de roulement placé au-dessous du niveau de l’eau, et, par suite, il aurait fallu isoler du canal, par un mur étanche, la cuve des galets. A la moindre lézarde dans ce mur, la cuve était inondée.
- Le canal de l’Ourcq n’avant pas de chômage régulier, il était nécessaire d’exécuter le pont sans gêner la navigation. On ne pouvait songer à dévier le canal ; la proximité des fortifications et du pont sur la Route militaire (qu’on aperçoit derrière le pont levant dans notre gravure) s’y serait opposée. De plus, l’administration du canal tenait beaucoup à la largeur libre de 8 mètres, qui est celle des écluses du canal Saint-Denis, ce qui eût conduit à projeter un pont tournant de 8m,50 d’ouverture réelle, afin de pouvoir fonder par caissons étanches, en laissant pendant l’exécution un passage libre de 8 mètres.
- Pour ces diverses raisons, on s’arrêta donc à l’idée d'un pont à tablier mécanique s’enlevant à l’aide de contrepoids, équilibrés à la manière des cloches à gaz.
- La largeur libre assurée à la navigation est de 8m,50, soit 0m,80 de plus que c^lle des écluses du canal Saint-Martin.
- Le tablier est maintenu habituellement relevé, pour assurer le passage des bateaux, à la hauteur de 5 mètres au-dessus du niveau du canal (fig. \).
- Dans cette position, il est équilibré par quatre contrepoids suspendus à l’extrémité de chaînes passant sur des poulies. Ces contrepoids sont formés de rondelles en fonte pesant ensemble 20 000 kilogrammes poids du tablier à équilibrer, soit 5000 kilogrammes par contrepoids. De plus, chacune des quatre chaînes est prolongée en dessous du contrepoids correspondant par une chaîne de même poids, dite de compensation.
- Les poulies qui supportent les chaînes de suspension sont garnies dans leur gorge d’empreintes destinées à recevoir les maillons des chaînes, qui engrènent ainsi avec elles pour éviter tout glissement.
- Elles sont montées aux deux extrémités de quatre poutrelles en fer, à croisillons, qui portent également des poulies guide-chaînes.
- Les poulies situées du côté du tablier sont munies, sur une de leurs faces, d’une denture conique actionnée par un pignon solidaire de l’appareil de manœuvre.
- Les deux pignons d’un même côté du pont sont calés sur un arbre longitudinal mis en mouvement, en un point de sa longueur, par un système d’engrenages. La manivelle sur laquelle s’exerce l’effort qui doit produire la montée ou la descente du pont, est fixée sur l’arbre du pignon de cet engrenage, qui est également muni d’un volant. Les deux arbres longitudinaux sont réunis par un arbre transversal qui rend les deux mouvements solidaires. Cet arbre transversal est armé au moyen de rondelles sur lesquelles s’appuient des tiges rigides qui lui donnent l’aspect d’un fuseau allongé et lui permettent de résister aux efforts de torsion.
- Les treuils qui produisent le déplacement vertical du pont sont simplement actionnés à bras. Deux hommes (et même à la rigueur un seul homme) suffisent à faire la manœuvre.
- Tout cet ensemble de poulies et de mécanisme est établi sur deux passerelles en briques, entre lesquelles se meut le tablier métallique. Ces passerelles, en arc et à culées perdues, ont été fondées sans difficultés en dehors du canal et sont sans aucune gêne pour la navigation. Elles offrent, de plus, un passage toujours libre pour piétons, quelle que soit la position du pont.
- Elles sont percées de quatre trous verticaux, au droit des chaînes de suspension, afin de permettre le passage de ces chaînes qui se meuvent dans des tuyaux noyés dans la maçonnerie.
- Les poutrelles qui supportent les poulies reposent par une de leurs extrémités à la partie supérieure des passerelles, et par l’autre sur de solides piliers également en briques, à couronnements en pierres, le long desquels se meuvent les contrepoids.
- Enfin, pour rendre plus facile le mouvement de descente du tablier, on y a ajouté deux caisses à eau, qu’on remplit au moyen du réservoir de la gare lorsque le tablier est à la partie supérieure et qui se vident automatiquement quand le tablier arrive au niveau des voies inférieures.
- Pour maintenir le pont dans une position fixe quand il est levé ou abaissé, on a combiné un système de calage fort simple.
- -, Le poids total du tablier mobile est, nous l’avons dit, de 20 000 kilogrammes, c’est-'a-dire beaucoup plus faible que ne serait celui d’un pont tournant de même portée. En outre, l’épaisseur du tablier étant moindre, et sa partie supérieure affleurant au niveau des chemins de halage, on n’a eu à introduire dans le profil de la gare qu’une petite rampe très douce de 0m,0023 qui ne s’étend pas jusqu’à la première ligne de plaques et ne nuit en rien aux installations des voies et des quais.
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- La manœuvre du pont, exécutée à bras, s’effectue avec la plus grande facilité et sa durée n’excède pas deux minutes.
- Enfin, tous les calculs d’engrenages, de durée de manœuvre, de frottements et de pressions, sont les mêmes que pour un pont tournant et ne présentent pas d’incertitude.
- Depuis 1868 que ce système fonctionne à la gare du marché de la Villette, il n’a donné lieu qu’à des réparations insignifiantes. Nous pensons qu’on peut en recommander l’adoption pour le cas où la faible différence entre le niveau du chemin de fer et celui du cours d’eau à franchir ne permet pas l’établissement d’un pont tournant. Il y aurait aussi avantage à substituer la manœuvre à vapeur ou par force hydraulique à celle des treuils à bras, comme on l’a fait à Syracuse (Etats-Unis), pour des ouvrages d’une plus grande portée, toutes les fois que l’activité de la circulation sur la voie ferrée et sur le canal nécessite des déplacements fréquents du pont
- LUE DE LA RÉUNION
- CLIMAT. - PRODUCTION. -- SITUATION ÉCONOMIQUE
- Lorsque, en 1545,1e Portugais Mascarenhas aborda le premier l’ilc de la Réunion, il fut frappé du profond silence de ces vastes solitudes. 11 semblait qu’aucun être vivant n’avait précédé sur cetle terre isolée au milieu des flots le fils audacieuxde Japhet, qui le premier y apportait le mouvement et la vie.
- Formée des déjections d'un volcan qui dans le cours des âges avait déplacé plusieurs fois le centre de ses éruptions, la Réunion n’avait jamais eu, en elfet, de communications avec aucune autre terre, avant l’apparition toute récente des navigateurs, et c’est à l’homme qu’elle doit presque exclusivement les rares spécimens d’animaux dont se compose sa faune. Les vents, et probablement aussi quelques-uns de ces hardis oiseaux de mer dont le vol inlatigable d^fie les distances y apportèrent sans doute les premières semences de ses forêts, dont la végétation, favorisée par un climat chaud et humide acquit bientôt toute la puissante splendeur des productions tropicales. C’est sur ce sol vierge, qu’il y a moins de deux cents ans, des Français, Bretons et Gascons, découragés des vaincs tentatives qu’un défaut de conduite faisait misérablement échouer à Madagascar, vinrent s’établir. Bientôt suivis d’autres colons, ils importèrent des Cafres de la côte de Mozambique et des Malgaches de Madagascar, et entreprirent le défrichement des parties accessibles de l île. Sur tout son pourtour s’élevèrent les plus riches plantations : le café qui venait d’y être apporté de Moka, la cannelle, le girofle, la vanille, le poivrier, la muscade, venus de ’Ceylan et des Indes, formèrent comme une riante ceinture autour des
- 1 D’après une notice de M. Cerbeland, ingénieur des Arts et Manufactures, publiée dans le Génie civil.
- massifs montagneux encore couverts jusqu’à leur cime de forêts d’essences rares et précieuses, aux tiges élancées, aux frondaisons variées, sur lesquelles les l anes luxuriantes étalaient le lacis capricieux de leurs ramures aux couleurs éclatantes. La vie était alors bonne et facile aux colons de la Réunion, et le souvenir qu’a perpétué de leur existence Fauteur de Paul et Virginie est de nature à faire regretter que l’implacable progrès en leur imposant sa commune loi, en les forçant à se mêler aux agitations du reste du monde, en excitant chez eux l’ardente ambition de la fortune, ait troublé à jamais le tranquille bonheur dont ils jouissaient alors.
- C’est après avoir passé par les angoisses et les émotions des guerres du commencement de ce siècle et de l’occupation anglaise, que les colons de la Réunion se virent entraînés, comme nos autres colonies, dans le mouvement économique qui transforma, à paitir de cette époque, les relations des hommes entre eux. La culture des épices, celle du café lui-même, disparurent peu à peu pour faire place à la canne à sucre dont les produits promettaient et donnèrent, en effet, des bénéfices plus immédiats et plus considérables. La prospérité fut grande alors : et ies familles créoles purent s’abandonner à leurs goûts pour les jouissances délicates d’un luxe élégant, dont une hospitalité affable, cordiale, et souvent fastueuse, était pour les hôtes de passage que leur amenait la navigation une manifestation touchante qu’on n’oubliait jamais. Cette rare vertu de l’hospitalité, bâtons-nous de le dire, les créoles de la Réunion l’ont conservée comme un legs pieux de leurs ancêtres, et quelque changement qu’ait subi leur fortune, l’étranger trouve, aujourd’hui comme autrefois, dans leur demeure, un accueil auquel il attache d’autant plus de prix, qu’il s’était senti jusque-là plus seul et plus isolé.
- Mais cette prospérité ne s'est pas continuée. L’ile, autrefois si salubre, est aujourd’hui décimée par la fièvre : une succession de mauvaises récoltes, l’avilissement du prix du sucre, sur les marchés européens, s’ajoutent au fléau de l’insalubrité pour accabler nos malheureux compatriotes. C’est dans cette situation qu’après bien de vaines tentatives, la colonie a vu se construire le port et le chemin de fer dont La Nature a déjà entretenu ses lecteurs *.
- Nous n’avons pas à insister longuement sur le côté politique et militaire de ces créations. Depuis que les traités de 1815 ont consacré la perte de l'île de France et des Seychelles, la Réunion est restée le seul coin de terre où dans cette vaste étendue de l’océan Indien, pleine de la puissance anglaise, flotte encore notre pavillon. Y avoir un port qui puisse servir de base d’opération, de point de ravitaillement, était une nécessité qui s’imposait, et peut-être le moyen le plus efficace de nous préparer, sans courir au-devaut des déceptions, à faire
- 1 Yoy. n° 602, du 13 décembre 1884, p. 27. et n° 606, du 10 janvier 1885, p. 87.
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- LA NATURE.
- de nouveau valoir nos droits sur cette grande terre de Madagascar, qui depuis Richelieu est l’objectif de nos prétentions dans cette région du monde*
- Nous voudrions,dans les quelques lignes qui vont suivre, donner un aperçu des conditions laites aujourd’hui par le climat et les circonstances à la production de l’île, et en déduire des conclusions assez encourageantes pour faire naître la certitude d’un relèvement de la prospérité, et démontrer par là que les grands travaux qui se terminent dans l’île ne seront pas des instruments inutiles à sa fortune commerciale.
- La Réunion est le produit des éruptions d’un volcan, qui avait son maximum d’intensité à l’époque pliocène. C’est probablement dans cette période qu’apparurent au-dessus de la mer Jes hauts sommets de l’île. Le centre des éruptions, actuellement fixé dans la partie S. E. de l’île, s’est d’àge en âge déplacé suivant un axe sensiblement dirigé du N. 0. au S. E., et chacune de ses stations est marquée sur la carte de l’île par les trois grands cirques de Sala-zie, de Maffate et de Cilaos. Entre ces cirques, s’élèvent en murailles presque infranchissables, de hauts remparts basaltiques, aux escarpements verticaux qui se relient k un som-met central, point culminant de l’île, dont l’altitude est de 5500 mètres et qui porte le nom, quelquefois;* mais rarement justifié, de Piton des neiges.
- A travers ces remparts, les eaux pluviales, accumulées dans les fonds, se sont ouvert des cluses profondes, continuées jusqu’à la mer par des ravines étroitement encaissées par où au moment des orages elles s’échappent en torrents furibonds. Des débris arrachés de la montagne, leurs flots indomptables vont former les plages de sable et de galets qui se trouvent aux embouchures.
- A chacun de ces trois cirques, appartient un ravin principal : du bassin de Salazie sort la riviere Dumas, comme l’on écrivait autrefois, ou du Mat comme on écrit aujourd’hui, par une corruption de langage qui est en même temps un acte d’ingratitude envers l’un des principaux lieutenants de La Bourdonnais, le véritable fondateur de la colonie; à l’ouest, la rivière des Galets sort du cirque de Maffate ; et au sud, la rivière de Saint-Etienne, de celui de Cilaos.
- Entre ces trois grandes lignes, les pentes sont découpées par une infinité de ravines, souvent à sec,
- qui servent de collecteurs et d’estuaires aux grandes pluies d’hivernage.
- Comme dans tous les pays tropicaux, en effet, la Réunion ne connaît que deux saisons bien distinctes : la saison sèche et la saison humide, ou d’hivernage. Cette dernière commence vers le milieu de novembre et finit au commencement d’avril. Pendant cette saison, les grands courants aériens n’ont plus de direction bien déterminée, et les vapeurs condensées sur l’immense surface de l’Océan peuvent, sans être dispersées par le souffle des alizés, se réunir et se condenser autour des sommets de l’île.
- L’atmosphère est alors saturée d’humidité, et d’une lourdeur accablante ; dans les régions basses de l’île, le thermomètre se tient entre 28° et 52° centigrades. Des averses presque quotidiennes submergent les hauts plateaux, gonflent les ruisseaux et les torrents, et se précipitent vers la mer à travers les déchirures des ravins, emportant à chaque crue une partie des
- matériaux de l’ossature de l’île, et aussi la couche souvent trop mince de terre végétale qui les recouvrait.
- Cette saison est aussi celle où les cyclones vien-nent dévaster l’île et en rendre les parages inabordables pour les navigateurs. Nés au voisinage de l’Equateur, ces dangereux météores descendent vers le sud, en suivant une trajectoire parabolique qui trop souvent les conduit au voisinage de l’île. Ils descendent ainsi jusque vers le 54° de latitude, et vont en s’affaiblissant graduellement d’énergie se perdre dans les régions mystérieuses du pôle austral. S’ils viennent à passer sur l’île ou dans son voisinage immédiat, ils y causent de grands désastres. Leur souille impétueux y fauche les champs de canne, déracine les arbres, emporte les habitations, en même temps que les pluies qu’ils déversent dans les cirques inondent les plantations, transforment toutes les rivières en torrents infranchissables, détruisent les routes, et empêchent souvent pour longtemps toute communication des habitants entre eux. Sur mer, leurs effets sont plus redoutables encore. Les navires qu’ils rencontrent sont voués à une mort certaine, et ce serait un long et douloureux martyrologe que la liste de tous ceux qui ont été victimes de ces météores déchaînés. Heureusement, un homme de grand cœur et de grand savoir, le commandantBridet, quia pendant longtemps rempli à la Réunion le poste déli-
- Fig. 1. — Trajectoires de divers cyclones observés dans les parages de Madagascar et de la Réunion.
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- '14-Jaavier ISJanv. 8tsoir 10 Minuit. 2 4
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- i: 1 — -
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- cat de directeur des ports, a mis à profit les renseignements que sa position concentrait dans scs mains. 11 a pu étudier et définir d’une façon certaine les lois qui président à la marche des cyclones. Il a fait plus: il a su en donner une démonstration tellement claire, tellement saisissante, qu’aujourd’hui, grâce à lui, les colons des îles Mascareignes et les navigateurs qui fréquentent ces parages peuvent prévoir à l’avance l’arrivée du météore , la route qu’il va suivre, et les moyens à employer pour éviter ses atteintes.
- Les ouragans et les coups de vent, quelle que soit la latitude où ils sévissent, sont des tourbillons dans lesquels le vent souffle en tournant autour d’un centre avec une rapidité, qui dans les régions de l'hémisphère austral, peut atteindre 180 milles à l’heure, c’est-à-dire plus de 5k 1/2 à la minute, près de 6 fois la vitesse d’un train express. Cette vitesse va en croissant de la circonférence jusqu’à une certaine distance du centre; l’espace central, au contraire, jouit d’un calme presque complet, et ce repos dans la tempête, en leur faisant croire qu’ils avaient échappé au danger, alors qu’ils en étaient au contraire enveloppés de tous côtés, a été cause de la perte de bien
- dirigée du N. E. au S. O, cl la seconde du N. O. au S. E. La courbe de raccordement est dirigée à peu près exactement du N. au S.
- Au fur et à mesure qu’il parcourt cette trajectoire, le cyclone s’élargit et se dilate, pour ainsi‘dire, par l’effet de la force centrifuge sur les molécules fluides qui le composent, son diamètre augmente avec la durée. Il mesure de 100 à 450 milles par 5°
- de latitude, il ar-
- 10 Mi 6 8 10 Midi 2 ^soir r^Ve ^ milles
- la hauteur des
- Fig. 2. — Courbe barométrique du coup de veut du 14 janvier 1878, à la Pointe-des-Galets.
- 19 Janv
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- des navigateurs.
- Le minimum de la hauteur barométrique se trouve toujours au centre de l’ouragan, et par conséquent, le baromètre baisse à mesure qu’on s’en rapproche; c’est à l’aide de ce précieux instrument qu’on peut reconnaître l’approche d’un cyclone et apprécier approximativement la distance à laquelle on se trouve du centre.
- En outre de ce mouvement rotatoire excessivement violent, ces météores sont animés d’un mouvement de translation dont la vitesse à l’origine dans le voisinage de l’Équateur n’est pas de plus de 1 ou 2 milles à l’heure, s’accroît avec la durée, atteint 7 à 8 milles dans les parages de la Réunion, et va jusqu’à 18 à 20 milles vers le 42e degré de latitude australe. Cette trajectoire est une courbe à peu près parabolique, dont la première branche est
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- Mascareignes, et par 40° on l’évalue de 5 à 600. Mais en augmentant de volume il perd de ce qu’on pourrait appeler sa densité: la masse d’air en mouvement se répartit sur un plus grand espace, la résistance de l’air ambiant que le fléau doit déplacer ou entraîner a une influence progressivement plus grande, et le cyclone s’use ainsi en marchant. De fait on n’en cite presque pas qui aient parcouru complètement la deuxième branche de leur trajectoire.
- Mais lorsque, au renversement des saisons, le courant aérien de l’Equateur devient la mousson régulière du N. 0., les cyclones se font plus rares. De ceux qui de temps à autre se forment encore, la paparabole s’allonge, ils passent à une grande distance de la Réunion, et c’est en remontant leur seconde branclîe, dans les parages du cap de Bonne-Espérance, qu’ils font encore sentir leur influence à notre colonie, par les longues houles qu’ils soulèvent et qui viennent se briser en raz de marée furieux sur ses côtes abruptes. En même temps s’établissent les grands alizés qui pendant six mois, d’avril à novembre, sans interruption, soufflent régulièrement du S. E. L’humidité qu’ils apportent se condense sur les cimes qu’ils rencontrent les premières; aussi la région S. E. de l’ile, celle qui va de Saint-Pierre à Saint-Benoit, en passant par le volcan, a-t-elle des pluies toute l’année, tandis que la région opposée, celle de Saint-Leu, de Saint-Paul et la plaine des Galets, a-t-elle à souffrir souvent de sécheresses prolongées.
- Cette inégalité de répartition des pluies pourrait
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- Courbe des pluies tombées à la Pointe-des-Galets, du 19 janvier au 17 février 1883.
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- être corrigée par des travaux de retenue et d’irrigation. La hauteur d’eau qui tombe dans les cirques est de plus de 5 mètres annuellement. Les cluses par lesquelles cette masse liquide se fraye une roule, sont étroites, profondément encaissées entre des parois résistantes de basalte et de lave. L’établissement des barrages à l’issue des principaux ravins est d’une exécution relativement facile, et la moindre retenue donnerait dans chacun d’eux une masse d’eau dont la répartition rationnelle sur la région agricole en décuplerait la puissance productive et la richesse. Des tentatives ont dé, à été faites pour donner à l’ile ce nouvel élément de prospérité par l’infatigable sénateur de la Réunion, dont la vie tout entière a été consacrée avec une ardeur toujours jeune au bien de son pays; ses éminents collègues de la Chambre poursuivent la réalisation de ces projets, et jamais œuvre plus utile n’aura été accomplie. Sous la haute et perspicace inspiration du dévoué gouverneur qu’elle possède aujourd’hui, les agents des ponts et chaussées de la Réunion qui mettent tant d'intelligence et de bonne volonté au service de leur pays natal n’ont qu’à poursuivre les études qu’ils ont déjà entreprises dans ce but.
- Des projets de barrage, de dérivation, et de distribution des eaux d’irrigation, médités et bien faits, ne manqueront pas un jour ou l’autre d’attirer les capitaux vers des entreprises qui, judicieusement conduites, ne peuvent qu’être fécondes.
- De ce qui précède, on peut conclure que les climats sont très differents sur les différents points de la Réunion, et qu’on a dû y proportionner les cultures. Les parties hautes, où la température est relativement basse, sont dévolues aux forets et aux pâturages. Les cultures tropicales ne doivent pas dépasser l’étroite ceinture alluviale qui s’étend de la mer au pied des escarpements montagneux, et où règne toute l’année la température élevée qui leur convient. 11 en a été ainsi au début de la colonisation. Mais celte règle si sage n’a pas toujours été respectée. Les bénélices considérables que donnait jusque vers 1865 la canne à sucre, ont entraîné à donner à cette culture une extension démesurée. Un a défriché les pentes, puis les sommets, et aujourd'hui la canne a remplacé la forêt, jusqu’à des altitudes de 600 mètres et sur des pentes arides et sèches, où il faut arroser les jeunes plants à la main, et attendre dix-huit et vingt mois leur maturation. On a payé cher cet engpuement. La terre s’est fatiguée de porter oujours la même plante, sans recevoir d'engrais réparateurs; la plante s’est appauvrie, elle s’est trouvée sans force pour résister à ses ennemis, et le borer, et d’autres larves, y ont causé de grands ravages.
- - A suivre. - L. Fi.EÜRY.
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- CHRONIQUE
- lia nécnrlté en chemin de fer. — Un conducteur de train américain, auquel on demandait quelle était la partie d’un train la moins dangereuse, répondait facé-
- tieusement que c’était la partie qui était aux ateliers au moment de l’accident. Mais, plaisanterie à part, on ne sait pas généralement — en fait, un préjugé populaire indique le contraire — que le point le plus sur est le dernier compartiment du dernier wagon. Il est bien certain que, dans le cas particulier où l’accident se produit par l’arrivée d’un train à grande vitesse par l’arrière, cette place est la plus mauvaise. Mais, dans tous les autres cas, rencontre par la tete, obstruction de la ligne, rupture d’un pont, etc., la queue du train est la moins dangereuse et la moins exposée.
- D’autre part, l’arrière est la partie la plus agréable au point de vue du pittoresque du voyage, particulièrement en Amérique et en Suisse où, en se plaçant à la dernière porte d’arrière, le paysage se déroule entièrement sous les yeux. On peut donc accorder ce fait que l’arrière du train est la partie la plus sûre et la plus pittoresque, mais non pas la plus confortable, car c’est celle pour laquelle les oscillations se font sentir le plus désagréablement.
- Le contraste des couleurs. — Un ouvrier, employé dans une grande industrie, avait reçu un coup sur l’œil gauche et prétendait avoir complètement perdu la vue de ce coté. Cependant l’examen attentif de l’organe ne montrait pas de lésions par lesquelles put etre expliquée cette amaurose unilatérale. Il s’agissait pour ses patrons de lui fournir une très grosse indemnité. Un oculiste fut nommé expert et dé^ua la supercherie. 11 fit peindre sur une feuille de carton noir de- belles lettres vertes. Si on veut essayer de lire ces lettres en se mettant devant les yeux un morceau de verre rouge, on sera tout surpris de ne rien voir du tout. C’est que l’addition du rouge et du vert donnent la couleur noire et que des lettres noires sur un fond noir sont nécessairement invisibles. L’ouvrier examiné n’en savait pas si long, on lui mit devant l’œil droit un verre rouge et il lut facilement les lettres inscrites sur le tableau : c’était l’aveu de la supercherie. Lui mettre un verre rouge devant l’œil droit pour lui montrer des lettres vertes sur fond noir, cela équivalait à lui avoir fermé un œil, donc s’il avait pu y voir, c’était avec l’œil gauche qu’il prétendait perdu. Ce procédé, et d’autres analogues, peuvent être employés aussi dans les conseils de révision.
- (Moniteur scientifique.)
- Développement d’électricité dans le filtrage
- du mercure. — M. Dechant a constaté un développement assez considérable d’électricité dans le filtrage du mercure au travers d’une peau de chamois. Ayant un jour recueilli du mercure ainsi filtré dans une soucoupe en verre, il voulut, dit l'Électricité, transvaser ce meme mercure dans un autre récipient. Au cours de celte opération, ses doigts vinrent à toucher le mercure et la secousse qu’il reçut fut assez forte pour qu’involonlairement il répandit sur le sol une partie du liquide contenu dans la soucoupe. En étudiant le phénomène de plus près, M. Dechant reconnut que le mercure qui s’électrise en passant à travers les pores de la peau demeure électrisé positivement. On constate, en effet, si l’on prend soin de tenir l’appareil qui sert à opéreî* le filtrage par l’entonnoir en verre, c’est-à-dire d’Loler ce même appareil, que le tube métallique s’électrise négativement, et cela d’une façon assez énergique pour qu’au bout d’un certain temps, relativement court, on en puisse tirer des étincelles. Cette expérience démontre très clairement qu’on se trouve en présence d’une décomposition d’électricité
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- LA NATUKË.
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- provenant du frottement auquel est soumis le mercure lorsqu’il L'averse les pores de la peau. En faisant usage de diverses peaux de porosité plus ou moins grande, M. Dechant a reconnu que les quantités d’électricité développées augmentaient en même temps que la finesse • des pores de la peau, résultat auquel il fallait d’ailleurs s’attendre.
- Les piles & acide chromiqne de la Société « Le Chrome. )) —Ces piles sont à deux liquides. Le vase extérieur renferme une solution d’acide chromique marquant 22 à 25 degrés Baumé, dans laquelle plongent un certain nombre de plaques de charbon ; le vase intérieur, une solution d’oxychlorure de zinc de densité à peu près égale dans laquelle est immergée une lame de zinc allié. L’action locale paraît être assez faible en circuit ouvert, et les éléments peuvent rester montés plusieurs mois sans qu’on y touche. Le débit et la durée dépendent naturellement des dimensions des éléments et de la quantité de liquide actif qu’ils renferment. Le volume du liquide dépolarisant est environ le double de celui du liquide excitateur. Ces piles ont été en expérience pendant deux mois chez M. Boudet, le bijoutier du boulevard des Capucines, et ont donné une satisfaction telle, qu’il est, parait-il, question de refaire entièrement l’installation primitive, toute provisoire, et de lui donner un caractère définitif. Nous attendrons que cette nouvelle installation soit entièrement refaite pour en parler avec détail et faire connaître les constantes des piles, constantes que nous allons avoir bientôt l’occasion de déterminer.
- Mosasaurien gigantesque. — Une découverte paléontologique importante vient d’être faite dans le Hainaut et signalée à l’Académie des sciences de Belgique par M. E. Dupont. Il s’agit d’un Mosasaurien de dimensions colossales, que le Musée royal d’histoire naturelle a récemment fait extraire de la craie phosphatée à Aiesvin-Ciplv, près de Mons, dans l’exploitation de M. Bernard. La mâchoire inférieure rie mesure pas moins de lm,50. Le crâne est vraisemblablement complet dans plusieurs de ses parties. Les dents, quoique souvent sorties de leurs alvéoles, sont nombreuses. La colonne vertébrale, représentée par les régions cervicale, dorsale, lombaire, et le commencement de la région caudale, à fourni de 70 à 80 vertèbres. Les côtes sont en grand nombre. La ceinture de l’épaule paraît intacte; la ceinture pelvienne n’a, jusqu’à présent, donné qu’un ilium, mais il est probable qu’elle se retrouvera entière quand les travaux de dégagement seront achevés. On possède également les humérus, et diverses raisons font penser que les membres antérieurs, ainsi que les membres postérieurs, sont à l’intérieur des blocs non terminés. Si on ajoute la longueur du crâne à celle de la partie conservée de la colonne vertébrale, on obtient une longueur de 9 à 10 mètres. La presque totalité de la queue, qui devait avoir 4 à 5 mètres, manque. L’animal atteignait donc la taille d’une balénoptère de dimensions moyennes. Le personnel des ateliers du Musée est occupé à retirer les ossements de leur gangue crayeuse. Dans quelques semaines, sans doute, cette magnifique pièce pourra prendre place dans les galeries publiques. Le Mosasaurien de Mesvin-Ciply diffère notablement de celui de Maes-trieht, qui, du reste, est d’âge un peu plus récent. Il constitue certainement un type nouveau. M. Dollo, aide-naturaliste au Musée, se propose de l’appeler Hainosaurus, et en prépare la description, qui offrira des particularités intéressantes.
- Les icebergs et la lumière électrique. —
- D’après le rapport de plusieurs capitaines de navires, les régions polaires sont, cette année, exceptionnellement couvertes de banquises. Les journaux ont, dernièrement, fait connaître divers sinistres dus à des rencontres de banquises, et ces accidents arrivent aussi bien le jour que la nuit, la présence de ces montagnes de glace donnant naissance à des brouillards épais qui s’étendent à de grandes distances. Que des propriétaires de barques ou de navires marchands pensent, au sujet de l’emploi de la lumière électrique, que le jeu n’en vaut pas la chandelle, cela les concerne particulièrement, mais qu’un navire ayant 1281 passagers à bord néglige, dans l’état actuel de la science, une précaution aussi simple, élémentaire et peu coûteuse que l’emploi d’un projecteur électrique, cela frise la culpabilité. Le 19 mai, le steamer City of Berlin de la ligne Inman entrait, à la pointe du jour, en collision avec une banquise, laquelle enfonçait environ 6 mètres de sa proue et 9 mètres du pont, des tonnes de glace tombant sur l’avant-pont, pénétrant à l’intérieur du navire et causant des dommages considérables en même temps qu’un effroi épouvantable parmi les passagers. A son arrivée à New-York, deux jours plus tard, d’énormes blocs de glace qui n’avaient pu être extirpés étaient encore logés entre les plaques du navire. Les hommes de garde placés à l’avant ont déclaré n’avoir aperçu la banquise qu’après la collision. Par le plus grand des hasards, personne n’a été tué par cette pluie de glace, de mâts, d’agrès, etc. VArizona était sauvé d’un désastre analogue, il y a environ trois ans, par l’emploi d’un projecteur électrique qui lui permit de découvrir au moment psychologique une banquise contre laquelle elle allait se jeter à toute vitesse. Ajoutons que la City of Berlin allait à faible vitesse, le sifflet d’alarme fonctionnant sans interrup-tion, précaution convenable pour éviter des collisions avec d’autres navires, mais insuffisantes contre les banquises.
- E<e gibier consommé A Paris. — Les chiffres suivants sont tirés de la statistique de M. A. Ilusson : 1829688 alouettes, provenant des départements qui entourent Paris; 16156 bécasses; 11474 bécassines (Somme et Loire-Inférieure) ; 581*00 cailles ; 58 950 canards sauvages (Somme) ; 7825 cerfs et chevreuils (forêts de Fontainebleau, de Thelles ou d’Autriche) ; 39 524 faisans (Seine-et-Marne et Angleterre) ; 41580 grives et merles ; 406 000 lapins de garenne (Nord et Normandie) ; 248000 lièvres (les neuf dixièmes proviennent d’Allemagne et de Hongrie) ; 495000 perdrix; 21UU0 sarcelles; 46000 vanneaux ; 1500 pluviers ; 16 000 pilets ; 3000 râles et environ 150000 pièces apportées à Paris par les chasseurs heureux. Le gibier consommé à Paris et qui forme à peu près la dixième partie de la volaille, pèse 2588998 kilogrammes répartis en 5455000 pièces.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance ilu 13 juillet 1885
- En raison des fêtes nationales du 14 juillet, l’imprimerie Lahure ayant été fermée pendant les premiers jours de la semaine, nous publierons le compte rendu de cette séance dans notre prochaine livraison.
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- LA NATURE.
- LE TÉLÉPHONE A PARIS
- DENSITÉ DES ABONNÉS
- Nous avons décrit récemment1 les progrès apportés à l’exploitation du réseau par la Société générale des téléphones. Nous publions aujourd’hui, à titre de complément et comme nouvelle application de la méthode graphique, une carte montrant la répartition des abonnés dans l’enceinte de Paris. Cette carte donne tous les postes des abonnés, représentés par
- des points ; elle figure les bureaux centraux représentés par des lettres, A, R, C, D, E, F, H, etc., et donne enfin les indications complémentaires indiquées par la légende.
- Le réseau téléphonique de Paris est, après les réseaux américains, un des plus prospères, car il comptait, à la fin d’avril dernier, 5800 abonnés, très inégalement répartis dans Paris et la banlieue, comme il est facile de s'en rendre compte à l’inspection de la figure ci-jointe qui représente la répartition des abonnés au 1er octobre 1884, avec les
- Carte montrant la répartition des abonnés au réseau téléphonique de Paris. Chaque petit point représente un poste d’abonné.
- amorces des lignes extra muros partant de chacune des portes de l’enceinte fortifiée. C’est dans le quartier de l’Opéra et du Sentier que la densité des abonnés est la plus grande. Le service est fait par douze bureaux de quartier répartis de façon à assurer le service avec le minimum de conducteurs, c’est-à-dire avec le minimum d’encombrement des égouts, le réseau étant, comme on sait, presque exclusivement souterrain.
- , 11 y a entre chacun de ces douze bureaux et les onze autres, des lignes auxiliaires en nombre suffi-
- sant pour établir les communications entre les abonnés, en passant par deux bureaux de quartier au maximum, quelle que soit d’ailleurs la distance qui sépare les abonnés. Le nombre de ces lignes auxiliaires varie naturellement avec celui des abonnés reliés à chacun des bureaux de quartier, et le plan ci-dessus fournit rapidement des indications générales utiles a connaître pour faciliter l’exploitation du réseau. '
- Le propriétaire-gérant
- G. TtSSAîUilliR.
- 1 Voy. ir 624, du 16 mai 1885, p. 378.
- Imprimerie A. Luliure, 0, rue de Fleuras, à Paris,
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- N* 054. — 25 JUILLET 188 5.
- LÀ NATURE.
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- LE CENTENAIRE
- DE PILATRE DE ROSIER ET ROMAIN
- J,ES PREMIERS MARTYRS DE LA NAVIGATION AÉRIENNE
- Nous avons parlé précédemment des cérémonies qui ont eu lieu à Guines pour fêter le centenaire de la première traversée de la Manche en ballon, exécutée, le 7 janvier 1785, par Blanchard et le docteur Jeffries1. Nous consacrerons aujourd’hui quelques lignes au centenaire de Pilâtre de Rosier et Romain, que les habitants de Boulogne et de Wimille viennent de célébrer le 15 juin dernier, un siècle jour pour jour après la première catastrophe de l’aéronautique.
- Pilàtre de Rosier est assurément l’un des caractères les plus sympathiques de l’histoire de la navigation aérienne. Né à Metz, le 30 mars 1757, il était venu à Paris enseigner la physique à l’étude de laquelle il s’était consacré avec une ardeur sans pareille. A vingt-deux ans, ses conlérences qui s’adressaient aux gens du monde et aux dames, obtenaient un succès considérable, et Pilàtre de Rosier s’était déjà fait un nom quand la découverte des ballons vint causer l’étonnement du monde. Le jeune physicien devint l’ami des frères Montgol-fier, et il exécuta, le 21 novembre 1783, en compagnie du marquis d’Arlandes, la première ascension qui ait eu lieu dans un ballon à air chaud. Après avoir exécuté deux autres voyages aériens dans le ballon le Flesselles, à Lyon, et dans la montgolfière la Marie-Antoinette, à Versailles, Pilàtre de Rosier voulut traverser la Manche, de Boulogne en Angleterre, au moyen d’un nouveau système qu’il avait imaginé et qui consistait en un ballon à air chaud,
- 1 Vov. n» 626, du 30 mai 1885, p. 401,
- 13e année. — 2e semestre
- placé sous un aérostat à gaz hydrogène. Le succès obtenu par Blanchard et Jeffries, qui, partis de Douvres le 5 janvier, atterrirent à Guines près de Calais, surexcita l’émulation de Pilàtre de Rosier.
- Il avait reçu une subvention de 40 000 livres du ministre de Galonné pour exécuter son voyage, et il se trouvait moralement engagé à partir. Son ballon était en mauvais état ; mais, après des retards dus à des vents contraires et à une quantité d’autres causes indépendantes de sa volonté, il aima mieux risquer sa vie que de pouvoir être accusé
- d’avoir manqué à l’honneur ou au courage. 11 partit de Boulogne avec un jeune préparateur de physique, Romain, qui s’était attaché à lui, et qui voulut partager sa fortune. Soit pressentiment, soit émotion involontaire, l'ae'ro-montgolfière de Pilâtre s’éleva au milieu de la stupeur et du silence des spectateurs. « 11 n’y eut, dit un témoin du temps, ni cris d’allégresse, ni claquements de mains, ni démonstration quelconque de joie. » Quand le ballon fut parvenu à une certaine hauteur, le vent porta les voyageurs au-dessus de la mer; un contre - courant les ramena bientôt vers le rivage, et c’est alors que l’on vit l’aérostat se dégonfler subitement et tomber vers la terre avec une vitesse vertigineuse. Le curé de Wimille accourut l’un des premiers vers le lieu où la galerie de l’aéro-montgolfière toucha terre, trouva les malheureux aéronautes brisés par la chute; ils étaient dans la galerie circulaire, aux mêmes places qu’ils occupaient au départ. Pilâtre n’avait plus forme humaine; il était horriblement mutilé, sa poitrine ouverte, et les jambes brisées. Romain respirait encore, mais il ne tarda pas à rendre le dernier soupir.
- Ainsi périrent ces deux hommes de coeur et de
- Pilâtre de Rosier, né à Metz le 30 mars 1757, mort en ballon, près de Boulogne-sur-Mer, le 15 juin 1785 (D’après une gravure du temps.)
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- LA N A Tl) UE;
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- vaillance qu'inspirait l’amour de la science et du progrès. La mort de Pilàtre de Rosier, dont le courage héroïque et l’àme énergique étaient connus de tous, produisit une émotion profonde. On éleva un monument à l’endroit où les aéronautes trouvèrent le trépas, et un siècle après, on s’est souvenu de la catastrophe. On s’en souviendra longtemps encore, et nous félicitons les organisateurs de la cérémonie du centenaire, de la pensée qui les a animés, f La ' Société académique de Boulogne-sur-Mer a inauguré à la tour d’Angle du Rempart une plaque commémorative du centenaire de la fatale ascension ; M. Farjon, président de la société, et M. Ernest l)e-seille, archiviste, ont prononcé d’excellentes paroles, en présence des sénateurs et députés du département, de M. le maire de Boulogne, de M. le docteur Sauvage, conservateur du musée, de M. Lefebvre, secrétaire, qui ont organisé avec beaucoup de zèle une exposition des reliques de la catastrophe, et d’un grand nombre de notabilités du département.
- La cérémonie, organisée à un point de vue purement scientifique, a été aussi une solennité patriotique.
- - Les orateurs ont soulevé l’émotion générale, quand ils ont rappelé que Pilàtre de Rosier était né à Metz, Metz la pueelle, livrée par l'infâme que maudiront en France les générations à travers les siècles. « Ah ! du moins, s’est écrié M. Deseille, dans le malheur qui consacra le courage du premier aéronaute, ses cendres ne sont pas exilées : son tombeau est sur la terre française, et nous nous honorons d’en être les gardiens. »
- Rappelons-nous le tombeau de Pilàtre de Rosier; mais n’oublions jamais non plus son berceau qui fut la Lorraine, sœur de l’Alsace !
- ' Gaston Tissaxdieh.
- 1 CONSOMMATION DES LIQUIDES
- f DANS LES PRINCIPALES VILLES DE FRANCE
- Les tableaux statistiques publiés par la direction générale des contributions indirectes viennent de donner le chiffre des quantités de vin, de cidre, de bière et d’alcool consommées en moyenne, par habitant, dans les principales villes de France : pour le vin, c’est à Clermont-Ferrand que la consommation est la plus considérable ; la moyenne consommée par habitant est de 255 litres ; à Grenoble elle est de 216 litres; à Tours, 214 litres; à Paris, 215 litres; à Toulouse, 212 litres. Dans les centres vinicoles, elle est beaucoup moins importante; ainsi, la moyenne, à Bordeaux, est de 206 litres par habitant; à Cette, de 107 litres; à Montpellier, de 140 litres; à Dijon, de 191 litres. C’est dans les villes du Nord que la consommation du vin est la plus faible : à Tourcoing, la consommation par habitant n’est que de 14 litres. Aucune ville de France n’offre un chiffre inférieur. En revanche, dans le Nord, on fait une grande consommation de bière. La moyenne, par habitant, est de 294 litres à Lille; de 255 litres à Saint-Quentin; de 224 litres à Saint-Pierre-lès-Calais; de 201 litres à Tourcoing; de 195 litres à Roubaix; de 105 litres à Amiens. A Paris, la moyenne est
- de 11 litres seulement. La ville où elle descend le plus bas est Dijon, où elle est de 5 litres. Les villes où l’on consomme le plus de cidre sont : Rennes, Caen et le Mans; à Rennes, la moyenne, par habitant, atteint 522 litres. En ce qui concerne la consommation des alcools, les villes principales se classent comme suit par ordre d’importance des moyennes, par habitant, constatées : Caen, 17 litres ; Versailles, 161,88 ; Rouen, 16l,60; le Havre, 15',20; Saint-Piërrc-lès-Calais, 15 litres ; Boulogne, 12‘,90; Amiens, 12\1Ü; le Mans, 10',50; Rennes, 10',07; Lorient, 10‘,i0. A Paris, la consommation, par habitant, est de 6',50. Dans les autres villes, elle varie, pour la plupart, entre 2 et 5 litres.
- LE
- RAYON YERT ET L’ÉQUERRE CHROMATIQUE
- Jules Verne a intitulé l’un de ses romans scienti-. fiques : le Rayon vert. 11 raconte les aventures d’une jeune fille poétique, miss Héléna, à là recherche du phénomène ainsi décrit dans un article de journal.
- « Avez-vous quelquefois observé ‘le soleil qui se couche sur un horizon de mer? Oui! sans doute. L’avez-vous suivi jusqu’au moment où, bipartie supérieure de son disque affleurant la ligne d’eau,' il va disparaître? C’est très probable. Mais avez-vous remarqué le phénomène qui se produit à l’instant précis où l’astre radieux lance son dernier rayon, si le ciel, dégagé de brumes, est alors d’une pureté parfaite? Non! peut-être. Eh bien! la première fois que vous trouverez l’occasion — elle se présente très rarement — de faire cette observation, ce ne sera pas, comme on pourrait le croire, un rayon rouge qui viendra frapper la rétine de votre œil, ce sera un rayon vert, mais d’un vert merveilleux, d’un vert qu’aucun peintre ne peut obtenir sur sa palette, d’un vert dont la nature, ni dans la teinte si variée des végétaux, ni dans la couleur des mers les plus limpides, n’a jamais reproduit la nuance! S’il y a du vert dans le paradis, ce ne peut être que ce vert-là, qui est, sans doute, le vrai vert de l’Espérance ! »
- Après une série de pérégrinations accomplies par miss Héléna, accompagnée de parents et d’amis, sans avoir pu arriver à saisir ce dernier rayon toujours intercepté par un obstacle imprévu, le phénomène se produit enfin devant les spectateurs émerveillés ; mais, hélas! au moment précis, miss Héléna avait jeté un regard furtif sur son fiancé et, « au lieu du rayon vert,' elle n’avait vu que le rayon noir s'échappant des ,yeux du jeune homme. »
- Aristobulus Ursiclos, le savant de la bande, n’avant point su donner une explication bien nette de la teinte incomparable qui succède aux derniers feux du soleil, je vais essayer de combler cette fâcheuse lacune.
- Supposez qu’on porte sur une ligne droite (lîg. 1) toutes les nuances du spectre, on remarquera que le vert, pur de tout mélange de bleu et de jaune,
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- LA NATURE.
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- se trouve précisément à égale distance du rouge extrême R et du violet extrême U ainsi que du jaune pur et du bleu pur qui sont complémentaires1. Si par le point Y occupé par ce vert j’élève une perpendiculaire VX à la ligne RU et que, du même point comme centre, je décrive une demi-circonférence avec JV = VR comme rayon, cette circonférence coupera la ligne VX en un point A ; or l’expérience prouve que toutes les autres circonférences décrites sur la portion de droite qui sépare deux couleurs complémentaires quelconques prise comme diamètre, passeront également par le point À. De telle sorte que, si nous voulons trouver la complémentaire d’une nuance quelconque M, il suffira de tracer 'une circonférence avant son centre sur RU et passant par les points M et A; le second point d’intersection de cette circonférence avec RU sera précisément la place de la nuance N complémentaire de M.
- On voit que les points M et N seront toujours donnés» par l’intersection de la ligne RU avec les deux côtés d’un angle droit ayant son sommet en A.
- ^Déterminons*maintenant ainsi la complémentaire du "rouge extrême et‘celle du violet extrême, nous aurons deux points v' et v", correspondant l'un à un
- M J v’ V v" N B
- Fig. 1. — Construction géométrique pour déterminer • les couleurs complémentaires.
- vert-jaune, l'autre à un vert-bleu. Toute nuance de vert comprise entre v' et v" n’aura point de complémentaire dans la partie visible du spectre; les nuances qui seront à droite et très près de v' correspondront aux rayons calorifiques intra-rouges ; celles qui seront à gauche et très près de v" correspondront aux rayons chimiques ultra-violets.
- Qu’arrive-t-il quand on regarde le soleil juste au moment où le dernier rayon rouge visible disparaît à l’horizon? C’est que l’œil reçoit, presque en même temps, les premiers rayons infra-rouges ; or il résulte de la loi du contraste successif des couleurs posée par M. Chevreul, que la rétine, violemment ébranlée par ce jet ardent de rayons invisibles, en perçoit, aussitôt après, la complémentaire, c’est-à-dire ce vert à peine teinté de bleu qu’on voit seulement dans l’arc-en-ciel.
- ‘ On sait que, si l’on envoie simultanément dansl’œii un rayon bleu et un rayon jaune, on obtient la sensation de la lumière blanche ; c’est précisément là ce qui fait que deux couleurs sont complémentaires par définition. Si, au contraire, on mélange une matière bleue à une matière jaune, on obtient une sensation verte ; les physiciens donnent de ce phénomène une explication qui est discutable.
- Quant au vert qui occupe le milieu du spectre, nos pèréss l’ont pris, à bon; droit.' pouiri syibbôlé^dè l'Espérance, puisque la Géométrie nous le montre ne pouvant satisfaire ses aspirations qu’à l’infini où se trouve sa complémentaire. ' • v.\
- La construction1 indiquée dans la figure ! s’obtient automatiquement de la manière suivante (fig. â)-*!
- Prenez un rectangle de carton; sur le côté AB de ce rectangle peignez exactement un spectre; et sur le milieu de AB élevez une perpendiculaire
- CD = ^ AB. Au moyen d’une épingle
- X>U
- de tout autre pivot, fixez sur le reetangle%në ëqùërrë en carton de telle maniéré'que le sommet’dè l’àn^le droit soit mobile autour du point C ; Tinterseetiôfr de AB avec les deux côtés de d’angle droit donnera toujours deux couleurs complémentaires; Y) rJ,)} Ce petit instrument, qu’on peut appelër RéçMerrô chromatique, donne, dans la pratiqde des'résultats beaucoup plus exacts que lé cercle chromatique’dé Chevreul où le vert est supposé obtenir par lé nié-'
- ’i-M •> ''-*** •* n ..Ha> JfJ
- é h L-noiîa ,i
- < . :«Sr -••.•••;=> ’j artviîh
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- Fig. 2.
- .vanfî «*
- A -> ' • j - * l j
- Équerré chromatique du C1 de Uochas.j; ,
- lange du jaune et du bleu et • où l’on .considère le bleu pur comme complémentaire de l’orange. Il s’agit rait de savoir maintenant si ces résultats sont' théoriquement vrais1. Je ne suis point outillé pour faire cette vérification ; mais on conçoit qù’en plaçant en A (fig. 1) un système de miroirs permettant de renvoyer à 9'J° un ou plusieurs rayons de la partie RV du spectre, on devrait blanchir les rayons correspondants de la partie VU ; il serait particulièrement, curieux de blanchir une partie de l’espace v'v"' avec des rayons obscurs et, inversement, de rendre lumineux les rayons obscurs en les mélangeant avec dés ravons verts*. Al de Rochas; t
- 1 La question n’a point encore été étudiée avec une précij" sion suffisante, et les données des différents expérimentateurs ne concordent point entre elles. ?
- * Si la loi indiquée est vraie, un corps, qui absorberait les rayons chimiques et calorifiques obscurs en renvoyant .tous les rayons colorés, paraîtrait vert clair.
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- LA NATURE.
- TRANSPORT DTJN PHARE DE
- .Mî: ---------- >. ..... : •,,, ,...• ’ •
- (ECOSSE) 1
- *-! 1 . • ;. • i » ' i, . - v • '
- La Nature a donné, à plusieurs reprises1, des renseignements détaillés sur le transport des grandes niasses* Comme suite à ces divers articles, nous allons décrire les moyens employés l'année dernière, par M. David Cunningham, ingénieur civil anglais, pour déplacer et réédifier l’un des phares de Bud-donness.
- Ces phares1, établis a l’embouchure de la Tay, sont construits en maçonnerie de briques et reposent sur des fondât ions, en. pierre de taille. Le plus grand a çtë.mètres de haut et le ^
- plus petit 20 mètres; leurs . feux se croisaient priiniy,, t tivement sur l’axeide l.i „ passe navigable.. Mais depuis, 1 866,^ .date .de leur achèvement, lg régime la côte a été modifié par des apports successifs de ld rivière, et pour éclairer 1^ chenal dans des conditions convenables, on reconnut la nécessité de déplacer les feux. Un premier projet consistait à installer un foyer lumineux, sur un pylône métallique porté par un chariot roulant, de manière à faire varier la direction des rayons avec la progression des atterrissements. Mais, comme cette progression s’est sensiblement ralentie dans ces dernières années, on a' préféré transporter le plus petit des deux phares à une distance de 80 mères au nord - est de son
- • La tour a 5“, 15 de diamètre à la base et repose sur quatre assises de pierre de taille de 0m,225 d’épaisseur, noyées dans le sable. La masse totale à mettre en mouvement était de 440 tonnes, et le terrain composé de sable fin, n’avait que 0n*,90 tUépaisseur au-dessus de la nappe souterraine.
- * On entailla d’abord la maçonnerie de briques au-dessus 'des fondations pour passer 7 poutres en pitch-pin ‘Sur lésquelles vint s’appuyer la masse entière, et elle y fut calée par des coins, de manière à lui conserver une position parfaitement verticale. Chaque poutre était portée par une pièce de même equarrissagè, Servant de voie de glissement, et munie sur toute sa longueur de tasseaux cloués sur
- 1 Vov. les»05 <lu 28 octobre 1882 et des 6 et 20 octobre 1883.
- COUPE DES MADRIERS FORMANT LES VOIES. Transport du phare de Buddonness.
- emplacement primitit.
- la face extérieure dans le but de prévenir tout déplacement latéral du madrier supérieur. Les voies étaient garnies avec un mélange de suif et de savon noir, et de plombagine. Elles reposaient sur le sol par leur grand côté, et étaient exactement recouvertes par les pièces de support. Pour répartir la pression sur une grande surface de terrain, des traverses soutenaient l'ensemble de cette charpente : elles avaient G1",60 de long et étaient espacées de 0U1,22 d’axe en axe. On en bourrait les intervalles avec soin, et partout où il se produisait des tassements, on renforçait le châssis par des pièces passées sous les traverses dans le sens longitudinal.
- Afin d’éviter les ruptures qui auraient pu se produire à la base pendant le transport, on la consolida avec 5 tours d’une chaîne; à maillons de 22 milli?, mètres: les deux bouts se réunissaient dans un ten1 deur à vis, et on serrait les spires en chassan t des coins en bois dur dans, l’intervalle qu’elles t laissaient entre elles et la maçonnerie. A l’intérieur, on appliqua en deux parties une sorte de rouelle constituée par une fonte en fer dont 8 rais de bois assuraient le contact avec les parois, de manière à contrebalancer l’effort dù au serrage des chaînes contre les parois extérieures.. ;J En même temps on battait à l’arrière des voies, 6 pieux en bois; pour y fixer la traverse qui devait donner le point d’appui nécessaire aux crics. Ceux-ci portaient sur une autre traverse boulonnée sur les extrémités des madriers supérieurs.
- Ces opérations préliminaires ont pris neuf jours (du 5 au 14 mai 1884). La mise en mouvement fut alors effectuée par l’action de 6 crics ordinaires manœuvrés chacun par deux hommes, et on la poussa du même coup jusqu’à une distance de 3 mètres. On reprit ensuite le travail avec 2 crics et 6 manœuvres; l’avancement moyen obtenu était de 2ra,5 par minute.
- Aussitôt que les fondations de la tour eurent été découvertes, on les enleva pour les reconstruire sur le nouvel emplacement. Puis on amena la tour au-dessus d’elles ; il ne restait plus alors qu’à se débarrasser des voies et des pièces de support, et à remplir les vides laissés dans la maçonnerie.
- G, Richou.
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- L A; N A T U U E .
- «7
- ' UN A.CÀRIEN UTILE
- Le Spherogyna venlricosa ,* Newporl.
- Il est un groupe d’êtres microscopiques que l’on regarde généralement comme étant tous malfaisants et dont le nom seul éveille une sensation de prurit, de démangeaison : nous voulons parler des Acariens dont le plus connu est TAcarus de la gale ; le Sarcoptes scabiei.
- Nous avons pourtant déjà montré, dans un ouvrage spécial1', qué les Acariens sont loin d’être tous dangereux, et que sur 5 ou 400 espèces actuellement connues, il n’y en a guère qu’une dizaine qui peuvent, par l’inoculation d’une salive venimeuse spéciale,' provoquer le développement d’affections cutanées psoriques, soit chez l’homme, soit chez les animaux. Tous les autres sont' dés Acariens inoffensifs, vivant soit sur les végétaux, soit sur les délritusi de matières organiques, soit enfin au fonds des poils ' des petits mammifères ou dans les plumps des oiseaux, mais sans leur faire aucini mal, au contraire, car ils les débarrassent des produits de la
- sécrétion cutanée dont ils vivent.
- Certains de ces Acariens faux parasites, qui habitent au fond des poils ou des plumes, sont même carnassiers à l’égard d’autres Acariens avec lesquels ils cohabitent et leur font la chasse, témoin celui que nous avons nommé Cheyletus para-sitivorax qui vit au fond des poils
- des lapins où il chasse à courre le Listrophorus gib-bus, autre parasite inoffensif du même rongeur. Ce sont donc, à certains égards, des Acariens utiles, aussi en avons-nous formé une nouvelle catégorie,
- 1 P. Mégnin, Les Parasites et les maladies parasitaires. — Paris, Masson, 1880.
- : - > — Fig. 1. -
- A. Femelle de Spherogyna venlricosa.
- celle destParasites auxiliaires. Oh a signalé» jà dif* férentes reprises, des Acariens vivant à> côté du Phylloxéra sur les vignes malades en les regardant) eomme.des envoyés providentiels, chargés, pour obéit*, à une loi d’harmonie, de la» destruction du terriblë parasite de la vigne. Malheureusement,, rien n est ..•!-Ïvenu, confirmer, cette hypothèse, et nos études spéciales nous ont permis de reconnaître que ces prétendus ennemis dm Phylloxéra. sont simplement ses commensaux» ^ vivant des sucs altérés, de la vigne renduë malade 'par, des, piqûres du : néfaste puceron souterrain. A Il existe cependant un Aea-rien qui pourrait remplir t le rôle indûment : attribué , aux Gamases etéaux Tyroglyphe$> que l’on.trouve fréquemment;
- . en compagnie ;du Phylloxéra», - car; c’est: un iennemi-nél d’u& grand nombre d'insectes nuisibles ..et surtout , de p lêups larves,et' de leurs;> nymphes# Nous venons de l’étudier dans, .un ! mémoire complet qui vient ; de paraître dans i le, JowrnrM de Vanatomie dé, M-’ le profesn Seur Ch, Robind, etil est^raH ment aussi iritéressantà, coq y v naître par; ses mœurs 'et ?sa manière de vivre, que par le§ services qu’il rend, Voici dans, sicipcpn-
- Fig. 2.
- A'. Femelle pleine cl’ceufs. — B. Mâle. (Très grossis.)
- . stances, il, pous a été donné de faire cette étude, -Le Chêne vert» dans le Midi, est attaqué, par un ÇUléoptère du groupe/des Bu-prestides, lej Co-rœbus bifasciay tuSj dont la larye ^ perfore le bois en tous sens et .finit par amener la mort du végétal! A différentes reprises on avait trouvé des nym-j phes de cet insecte nuisible mortes dans leurs galeries et portant à la surface du corps de petites productions sphériques, d’une couleur jaune plus ou moins foncée, et on les
- 1 Laboulbcne et Mégnin, Mémoire sur le Spherogyna venir icosa, Newport, in Journal d’anatomie. — Paris» 1885, page I , avee une planche hors texte. ' .
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- LA NATURE’
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- avditéprises pour des œufs du Corœbus. M. leprofes-seui* Lab'oulbènè ayant reçu de1 ces nymphes mortes, portant de cesicorjuiscides,. prit d’abord ceux-ci pour, dès!champignons dont dis avaient<en effet toute l'apparence, .mais un examen plus attentif,1'aidé-du microscope, lui fit reconnaître que ces corpuscules possédaient sur un point de leur surface, une tète, un'thorax et des pattes par lesquels ils adhéraient a la nymphe du Corœbus; que c’était en un mot une espèce d’Àcarien, dont il nousjproposa de faire l’étude avec lûi'ji'et cétte étude nous montra que le corps, en'forme , de champignon, n’était en réalité que l’abdomen, extraordinairement dilaté en vésicule, et rempliid’œqfs d’un Acarien-fixé par son rostre sur la nymphè de d’insecte aux dépens de laquelle il vit et dônt ilîdétermine la mort.
- 'îiDah$ le cohrside notre étude, et en faisant des recherches bibliographiques‘pour savoir si cet Acarien était ou . non déjà ï connu, nous avons appris qu’il avait! déjà été vu en Angleterre, en Amérique et même;en France, bien que très mal étudié, — et dans les circonstances' suivantes.
- - NeVvportp en Angleterre; faisant ses belles études stir les Hyménoptères,*avait rencontré cet Acarien sur une'larve de- Monodônt orner us, parasite elle-même àeT'YAniophôr'a retusû ; ' il- rendait ainsi à cette âbeillè1 ]e service de la débarrasser d’un mortel ennemi.'<Newport, frappé! du développement extraordinaire jde l’abdomen de cet Acarien, l’avait nommé He'téropùs venlriêosus,mais ij en fit une description très incomplète, et même* erronée, en se demandant s’il n’étâît pas parthénogénétique, n’ayant pas vu de mâle parmi-les nombreux spécimens de femelles qu*il avait eus sous les yeux.
- Ml Lichtenstein, àMontpellier, avait vu cet Acarien éxtraordinaire envahir ses boîtes d’élevages d’insectes et,’ pendant six mois, apporter la plus grande perturbation dans ses études entomologiques en luituanttous ses sujets d’étude. Sans le décrire et croyant qu’il n’avait pas encore été vu, M. Lichtenstein avait nommé provisoirement ce destructeur d’insectes Physo-gaster larvarum.
- - Enfin Webster, en Amérique, reconnaissait les grands services que rend cet Acarien aux blés envahis par les teignes, par le carnage qu’il fait de ces microlépidoptères nuisibles.
- !* Si eet Acarien rend à nos greniers le service de les débarrasser des larves de la teigne des grains, il a parfois cependant des inconvénients : c’est que, quand il n’a plus de larves d’insectes à dévorer, il se jette parfois sur les hommes qui manipulent les blés qui ont été teigneux et cause, par ses morsures, des démangeaisons très vives et insupportables; ce fait a été constaté à Moissac près de Montauban, où on avait nommé cet Acarien Acarus tritici en le comparant à l’Acarus de la gale; mais ses piqûres* quoique aussi vives que celles de ce dernier, se guérissent plus facilement, attendu que leur effet disparaît à la suite d’un simple bain.
- Dans l’étude complète que nous avons faite de
- cet Acarien, nous avons reconnu que c’était par suite d’une erreur d’observation qiié Néwport lui avait attribué le nom d'Heteropus. Ce nom, du reste, ne pouvait être conservé, non plus que celui de Physo-yaster, comme ayant déjà été donné plusieurs fois à différents insectes. Nous avons pensé à créer pour lui le genre Spherogyna en conservant lé nom spécifique, donné par Newport, de ventricosa. C’est donc sous le nom de Spherogyna ventricosa que nous avons décrit cet Acarien, dans le journal de M. Ch. Robin auquel nous renvoyons pour de plus amples détails. Nous terminerons ce résumé en disant que, par l’organisation de son rostre, qui comprend des mandibules styliformes et des palpes maxillaires à trois articles, dont le terminal est muni d’un crochet ravisseur, et par son appareil respirai toire trachéen, cet Acarien appartient à la famille des Trombidiés, et que, par ses pattes, réparties en deux groupes, composées chacunes de cinq articles, terminées par des crochets, simples dans la première paire et doubles dans lessuivantes où ils sont accompagnés d’une caroncule spatuliforme, il doit être rangé dans la tribu des Cheyletides et au voisinage du genrç Picobia de Haller. - -
- Cet Acarien est remarquable par la -rapidité avec laquelle il se développe et se multiplie : la femelle a son abdomen énorme bourré d’œufs qui se déver loppentpar l’assimilation complète sans résidus, des sucs nutritifs dont elle dépouille sa victime; ces œufs donnent, les uns des femelles, les autres des mâles; qui sont complets et adultes au sortir du ventre de la mère et qui se fécondent immédiatement, sans avoir eu à passer par les phases larvaires ou nymi phéales que présentent les autres Acariens. Ainsi s’explique sa multiplication rapide quand il a des proies en abondance.
- Nous représentons, figure A', une femelle dans la période la plus active de la reproduction avec un abdomen qui a centuplé de volume et qui est plein d’œufs, La figure B représente un mâle, dont les individus sont assez rares, extraordinairement plus petits que les femelles, ce qui explique qu’on ne l’avait pas encore vu jusqu’à présent. Un mâle doit suffire à plusieurs femelles et il les féconde au fur et à mesure de leur sortie du ventre de la mère.La figure A représente une femelle qui vient d’être fécondée et dont l’abdomen commence à s’arrondir. Elle a un grossissement8 fois supérieur à celui de la femelle A', de même que le mâle B. P. Mégnin,
- Président de la Société zoologique de France, Rédacteur en chef de l'Éleveur.
- LES LAPONS
- Tout le monde sait que le nord de la Scandinavie est habité par une race d’hommes qui diffèrent considérablement de leurs voisins Scandinaves ; ce sont les Lapons. Ceux-ci ne connaissent pas ce nom, ils s’appellent Sabme ou Same, au pluriel Sameh ou
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- LÀ NATURE.
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- SamelaU.- Ils nomment leur pays Same-Adnam. L’origine du mot lapon et son étymologie sont assez confuses; il n’est cité dans aucun document antérieur au douzième siècle. Cependant les Norvégiens appellent toujours les lapons Finner, Finnois, car c’est ainsi qu’ils sont désignés dans les plus anciens documents Scandinaves ; de là le nom de la province la plus septentrionale de la Norvège ou Finmark, pays des Finner.
- Le territoire occupé par les Lapons, ou Laponie, se divise entre quatre Etats : la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. La superficie des territoires lapons et leur population est donnée par le petit tableau ci-dessous :
- ÉTATS SUPERFICIE en KILOMÈTRES CARRÉS POPULATION
- Norvège 41 580 15 718
- Suède 120 500 0 404
- Finlande 08 750 1 038
- Russie 159 500 2207
- 590550 25307
- Les documents que nous possédons ne nous permettent pas de dire si les Lapons diminuent ou augmentent, mais il est un fait certain, c’est que le nombre des Lapons purs diminue considérablement, car les mariages entre Lapons et Finnois sont très nombreux dans le nord de la Scandinavie; ce sont ces Finnois qui envahissent lentement les territoires lapons de la Suède et de la Norvège. Les Lapons qui, avant l’invention des bateaux à vapeur, vivaient presque en dehors de la civilisation européenne sont peu à peu refoulés vers le nord par les colons Scandinaves qui viennent s’établir sur des territoires dont ils étaient autrefois les seuls maîtres.
- Le Lapon est petit; la moyenne de la taille de 200 individus est de lm,55 pour les hommes, et de lm,47 pour les femmes; il est brachycéphale; la série précédente donne un indice moyen de 87,65 pour les hommes et de 86,17 pour les femmes ; le Lapon a le visage rond (indice facial moyen de 198 individus : 82,52 pour les hommes, 80,04 pour les femmes). Les pommettes sont fortement saillantes, les yeux sont petits et enfoncés, ils ont une couleur variant généralement (65 p. 100) enlre les deux premières lignes du tableau chromatique de Broca. Ils ont peu de cils, ceux-ci manquent souvent, enlevés qu’ils sont par les affections des yeux auxquels sont fréquemment sujets les Lapons qui, comme on le sait, vivent dans une atmosphère enfumée.
- La vue est très bonne. Le nez est assez petit et affecte une forme très inclinée en avant comme le montre la figure 1. C’est du moins le type que nous avons vu le plus souvent ; son profil varie entre les numéros 2 et 5 des instructions de Broca ; l’indice nasal moyen est de 74,59 pour les hommes et de 75,64
- pour les femmes (fîg. 2) (indices pris sur 121 individus); la bouche est grande, la moyenne est supérieure à 5 centimètres pour 120 individus; les lèvres sont moyennes et droites; les dents sont verticales et souvent usées. Le menton est pointu ; les cheveux sont longs, ondés, noirs et luisants; beaucoup.de Lapons sont chauves de bonne heure ; ils ont peu de barbe et, quand ils en ont, elle est très clair-seméè ; la couleur de leur peau varie entre les numéros 24 et 26 des instructions déjà citées; elle est souvent foncée par la fumée au milieu de laquelle vit le Lapon dans sa demeure, et par la saleté dont il est généralement couvert ; même les jeunes gens ont de nombreuses rides qui s’ajoutant aux caractères déjà signalés les font paraître vieux avant l’âge. La voix est peu forte et criarde. Les jambes des Lapons sont généralement petites, le rapport de la taille assise à la taille debout étant pour 112 sujets de 52,90 pour les hommes et de 52,98 pour les femmes; mais, il faut reconnaître que l’apparence est souvent trompeuse, le Lapon marchant généralement voûté. Le rapport de la tète au tronc est en moyenne de 14,25 pour les hommes et de 14,55 pour les femmes sur 110 individus. A cause de sa nourriture défectueuse, le Lapon est généralement maigre, mais son système musculaire est très développé; il est fort et agile, il est très grand marcheur; en hiver il franchit en très peu de temps, à l’aide de ses patins, des distances énormes sur la glace. En 1884, cinq Lapons ont franchi, en une seule traite, 227 kilomètres avec une vitesse moyenne de plus de 10 kilomètres par heure.
- Ils ont bonne santé, mais ils perdent beaucoup d’enfants faute de soins. Au moral le Lapon est doux, peu violent, et cherche souvent à atteindre son but par la ruse. Quoique chaque individu porte continuellement sur lui un couteau, il a rarement des rixes sanglantes. Leur langue a beaucoup d’affinité avec le finnois, mais les deux peuples sont très différents au point de vue physique.
- Autrefois la très grande majorité des Lapons vivait à l’état pastoral et élevait d’immenses troupeaux de rennes qui leur fournissaient leur nourriture (viande et lait) et qui leur servaient de bêtes de somme; avec une espèce particulière de chiens qui les aidaient à garder leurs troupeaux, c’étaient leurs seuls animaux domestiques. On pouvait caractériser leur état en disant qu’ils en étaient à la civilisation du renne. Mais actuellement à cause des difficultés créées par les colons Scandinaves à propos des rennes, beaucoup de Lapons ont dû abandonner leur vie errante et leurs troupeaux pour devenir sédentaires. Il y a donc actuellement deux sortes de Lapons :
- 1° Les Lapons des montagnes, Fjeldlapperne en norvégien; et, en suédois, Fjalllapparne.
- 2° Les Lapons sédentaires. \
- Les premiers sont ceux qui ont conservé leur vie nomade et qui vivent avec leurs rennes. Oii trouve encore dans toute la Laponie 400 000 rennes en, viron. En hiver, lorsque le sol est couvert de neige,
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- ces Lapons habitent les vallées, dans des tentes faites avec quelques perches recouvertes d’une étoffe de laine wadmal ; en été on la remplace par de la toile; au milieu de la tente, se trouve le foyer ; les chiens couchent pêle-mêle avec toute la famille.
- Pour voyager dans cette saison, ils se servent de traîneaux attelés par des rennes; c’est de cette manière qu’ils franchissent de très grandes distances en fort peu de temps. Leur nourriture se compose de laitage, de gibier et de café; autrefois ils buvaient beaucoup d’eau-de-vie, mais il est actuellement défendu de leur en vendre.
- Fig. 1. — Type lapon, (D’après une photographie de l’auteur.)
- Le costume des Lapons comprend en hiver : une espèce de grande blouse en fourrure serrée.à la taille par une ceinture à laquelle pend un couteau dans son étui. La tête est couverte par un bonnet do couleur voyante, soit carré, comme en Norvège» soit pointu, comme en Suède. La chaussure se compose d’une paire de souliers en euir entièrement cousu et imperméable, appelés komager; à l’intérieur, pour caler le pied, on met une espèce d’herbe spéciale ; l’extrémité inférieure du pantalon est introduite dans la tige du soulier et serrée à l’aide d’un fort ruban. Une paire de gants complète ce
- fier. 1. — Femme de Laponie.'(D’après une photographie de l’auteur.)
- costume. L’habillement des femmes est à peu près le même. Ptfur marcher sur la neige, ils ont une paire de grands patins de 2 mètres de long et pour s’aider ils tiennent alors à la main un grand bâton qui porte un renflement à l’une de ses extrémités pour l’empêcher de s’enfoncer dans la neige. L’été venu, quand les vallées sont changées en marécages où pullulent les moustiques insupportables aux rennes, le Lapon, qui ne peut plus se servir de son traîneau, charge sa tente et son mobilier sur le dos de ses rennes pour gagner les pâturages des hauts plateaux. Les femmes portent les enfants sur leur dos dans des berceaux en bois. L’été est la mauvaise saison pour le Lapon de montagne.
- Quant aux Lapons sédentaires, Lapons pêcheurs, Lapons des bois, Lapons des rivières, etc., ils ont en partie adopté la vie des paysans et des pêcheurs Scandinaves. Ils se construisent, soit des maisons en bois où l’on voit quelquefois des fenêtres ornées de carreaux, soit des gamme r. Ces dernières constructions sont de petites maisons basses, faites en bois et recouvertes de terre et de gazon ; on y rencontre souvent des poêles.
- A quelle époque les Lapons arrivèrent-ils en Laponie? D’où vinrent-ils? Quelle est leur parenté avec les autres peuples analogues? Ce sont des questions qu’il est impossible de résoudre actuellement. Un fait paraît acquis, c’est que les Lapons
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- viennent de l’Asie centrale où ils auraient été en contact avec d’autres peuples qui ont encore des affinités avec eux. Leurs migrations se seraient faites par le nord, car leur langue ne possède aucun mot propre à elle pour désigner les objets d’une nature plus clémente; en revanche, ils ont une foule de noms pour désigner les différentes formes de montagnes et les diiférents états qu’affectent la neige et la glace. Un autre fait, à peu près certain aussi, c’est que les Lapons entrèrent en Scandinavie par le nord-est et non par le sud, comme quelques auteurs l’ont avancé.
- Il y a une centaine d’années , les Lapons étaient encore païens ; actuellement ils sont tous convertis, en apparence du moins, et ont presque oublié toutes leurs anciennes pratiques, qui, au moyen âge, les faisaient passer pour de grands sorciers qu’on venait
- de très loin consulter. Leurs sorciôrs appelés tibaideir prédisaient l’avenir en sé servant d’un tambour magique au sujet duquel nous allons donner quelques renseignements , car c’est un des objets dont ils ne se servent plus et qui, par suite, est devenu très rare.
- Ce tambour était formé d’un cadre ovale en bois spécial, long de 30 à 40 centimètres , sur lequel était tendue une peau portant de nombreux dessins représentant différents sujets mythologiques .
- Pour prédire l’avenir, on plaçait sur ce tambour un anneau en fil de cuivre ou de laiton, on l’appelait vuorbe ou veiko; il avait de 2 à 3 centimètres de diamètre. Cet anneau, représentant le soleil, en portait plusieurs autres plus petits qui figuraient les rayons de l’astre du jour. Cet index était toujours placé au centre du tambour où se trouvait la figure
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- LA ’ N A T U R FA
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- du soleil. Le sorcier s’armait alors d’une espèce de marteau en forme d’Y, taillé dans un morceau de corne de renne et frappait doucement sur le tambour pour faire déplacer l’index sur la surface de l’instrument (fig. 3) ; selon le chemin que l’anneau suivait et selon les figures sur lesquelles il s’arrêtait, il en déduisait telle ou telle conséquence pour les questions qui lui avaient été adressées. Inutile de dire que le sorcier avait un tour de main spécial pour faire déplacer l’anneau dans le sens qui lui plaisait ; tout le monde connaît les aventures de Reynard avec les sorciers lapons et ce qu’il en raconte.
- La figure 4 représente la surface d’un tambour magique existant au musée ethnographique de Copenhague et que l’auteur a photographié lors de son dernier passage dans cette ville. Voici l’explication des signes qui s’y trouvent :
- 1. Radien-acce : le premier des dieux des Lapons.
- — 2. Radien-bardne : fils du précédent. — 3. Ra-dien-Àkka : . femme du n° 1. — 4. Un cheval. —
- 5. Restbalges : le chemin des chrétiens. Il est en forme d’arc pour indiquer que ceux-ci habitent souvent sur les pentes que les Lapons sont obligés de franchir pour aller les trouver. Sur ce chemin sont placés les attributs des chrétiens : une chèvre, une maison, une église, un paysan et sa femme. —
- 6. Un bateau. — 7. Une tente laponne. —- 8. Un loup qui a volé un renne. — 9. Renne appartenant à d’autres Lapons. — 10-11. Un élan. — 12. Un ours. — 13. Rota à cheval. — 14. La maladie qui suit Rota. — 15. Lapons en voyage. — 16. Rota-Aibmo ; séjour, de Rota dans l’autre monde. — 17, Offrandes à Jabmi-Aibmo. — 18-19. Maison et église dans Jabmi-Aibmo (le royaume des morts).
- — 20. Grandllue : mouche employée par les sorciers. — 21. Lapon qui envoie une Grandflue. — 22. Noaide-lodde, oiseau du sorcier. — 23. Poisson du sorcier. — 24. Lapon à la chasse. — 25. Etang à poissons. — 26. Stabur : maisonnette en bois servant de magasin aux paysans norvégiens. — 27. Fjelds sur lesquels vont les rennes. — 28. Barrière avec laquelle on barre les rivières pour pêcher le saumon. —29. Gammcr lapons. —30. Noaide avec un tambour magique. — 31. Un cochon. — 52. Enclos à rennes. —33. Sarakka : mère de la création.
- — 54. Jabmi-Aibmo : le royaume des morts. — 55. Baeivve : le soleil. — 56. La lune. — 57. Saivvo-Sarvak : renne dans le monde souterrain.
- On voit qu’en combinant ces signes entre eux, l’imagination du sorcier pouvait se donner carrière.
- Prince Roland Boxa faute.
- QUEL JOUR ÉTAIT-CE?
- J’entendais dernièrement poser dans une réunion la question suivante.
- — Quel jour était-ce donc que le 4 septembre 1870? Un lundi, un mardi?...
- — C7était un dimanche, répondit un jeune homme.
- Peu de temps après on voulut savoir à quel jour correspondait le 31 octobre de la même année et la même personne fil une réponse immédiate.
- — Mais, dit quelqu’un, Monsieur est un véritable calendrier de Tannée 1870.
- — Vous pourriez ajouter, repartit le jeune homme, que je suis un calendrier perpétuel pour toutes les années passées ou futures de l’ère actuelle. Du reste, le procédé que j’emploie est extrêmement simple, je vais vous l’apprendre et vous deviendrez rapidement aussi savants que moi.
- Les lecteurs de La Nature nous sauront gré sans doute de leurexposer cette méthode aussi facile qu’ingénieuse. 11 ne faut qu’un peu d’attention pour se l’assimiler, mais il devient ensuite impossible de la perdre par oubli.
- Chaque année est représentée par un nombre que nous appellerons nombre annuel, chaque mois par un nombre mensuel, chaque jour par un nombre journalier. Nous dirons tout à l’heure comment on peut se rappeler aisément ces trois données. Prenons d’abord un exemple.
- A quel jour correspondra le 23 juillet 1885?
- Le nombre annuel de 1885 est de 3.
- Le nombre mensuel de juillet est 6.
- A ces deux nombres ajoutons le quantième.
- 3 + 6 + 23 = 32
- La somme est 52. Cherchons le reste de la division par 7 de cette somme. En 52 il y a 4 fois 7 et il reste 4. ; Or 4 est le nombre journalier correspondant au jeudi. Le 23 juillet 1885 sera, un jeudi.
- La règle se devine et nous la formulerons plus loin. Apprenons d’abord à retenir les trois espèces de nombres.
- Les nombres journaliers sont les suivants qu’on ne peut oublier :
- Dimanche.......... ........ 0
- Lundi. 1
- Mardi. . :.......................... 2
- Mercredis ..... ... 3
- Jeudi . . W. ........................ 4
- Vendredi, . . ' . . . . . . . . • . 5 '*
- Samedi . . , . •.......... 6
- ' Les nombres annuels sont les mêmes et se suivent dans le même ordre ; il suffit par conséquent de retenir celui qui correspond à une année déterminée. Seulement il convient de remarquer que deux nombres correspondent* à chaque année bissextile; le premier sert jusqu’au^ 29 février inclusivement, le deuxième est ensuite employé, jusqu’à la fin de Tannée. Le tableau suivant nous fera comprendre.
- 1883 ...............' , ... .. . •........... . 0
- 1884 i janv*er au ^ février inclus. . . 1
- \ du 1er mars inclus, jusqu’à la fin . . . 2
- 1885 ........................................... 5
- 1886 ............................................4
- 1887 ............................................5
- 1888 \ ^°r •iam’ier au ^ lévrier inclus. . . 6
- | du 1er mars inclus, jusqu’à la fin .'A . 0
- 1889 ............................................1
- 1890 .......................................... 2
- Les nombres mensuels se trouvent dans le tableau que voici. :
- Janvier Février Mars. .
- Avril. ,
- Mai. .
- Juin. .
- 0 Juillet.............6
- 3 Août. ..............2
- 3 Septembre .... 5
- 6 Octobre.............0
- 1 Novembre............3
- 4 Décembre............5
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- LA NATURE.
- m
- Us semblent au premier abord difficiles à conserver dans la mémoire, mais on peut les retenir par umprocédé mnémotechnique ou les retrouver mathématiquement.
- Les quatre premiers 0, 5, 5, 6 ne peuvent guère s’oublier; mai, le mot plus court, est représenté par 1 ; juin a 4 lettres ; le 1er semestre commence par le chiffre minimum 0, le deuxième par le maximum 6 ; août qui peut être considéré comme ayant deux syllables est représenté par 2 ; la première lettre d’octobre ressemble assez au chiffre 0; novembre a 5 syllabes. Restent septembre et décembre, deux mots très longs; on se rappellera sans trop de peine que leur nombre est 5.
- Si l’on veut les retrouver mathématiquement, on remarquera que chacun d’eux est égal au reste obtenu en divisant par 7 la somme des jours du mois précédent et du nombre de ce mois. A.
- Ainsi janvier a 51 jours : le nombre mensuel est 0.
- 31 + 0=51 * '
- le reste de la division de 51 par 7 est 3, nombre mensuel de février.
- Juin a 50 jours : le nombre mensuel est 4.
- ' ! - 30 + 4 = 34
- le reste de la division de 34 par 7 est 6, nombre mensuel dé juillet.
- Nous pouvons maintenant énoncer la règle promise plus haut.’ -
- On additionne le quantième, le nombre mensuel et le nombre annuel ; le reste obtenu, en divisant par 7 la somme trouvée, est le nombre journalier.
- Terminons cette première partie par deux exemples :
- Quel jour sera le 25 décembre 1885?
- Quantième . . .
- Nombre mensuel,
- Nombre annuel .
- 'U.'-.'1
- Somme, ....
- 25
- 5
- 33
- En 53 il y a 4 fois 7 et il reste 5. Ce chiffre représente un vendredi.
- Quel jour sera le 14 juillet 1889?
- Quantième ............ i4
- Nombre mensuel......... 0
- Nombre annuel.......... 1
- Somme.............. 21
- Reste par 7. 0
- Le 14 juillet 1889 sera un dimanche.
- On peut se proposer une autre recherche. Souvent, au moment de dater une lettre, on a besoin de connaître le quantième ; généralement on sait mieux le nom du jour.
- Par exemple je sais qu’aujourd’hui est un samedi. Nous sommes dans le mois de janvier et il m’est facile de me rappeler que la date cherchée est postérieure au 20, tout en étant très rapprochée de ce chiffre. La méthode précédente m’apprend que le 20 janvier était un mardi.
- Il me reste à dire mentalement : mardi 20, mercredi 21, jeudi 22, vendredi 23, samedi 24. .
- On peut résoudre à titre de curiosité, un dernier problème :
- Quels seront les vendredis 13 de l’année 1885? L’équation suivante nous les fera trouver.
- 13 + 5 + x = mult. 7 + 5 16 + x = mult. 7 + 5 mult. 7 + 2 + x — mult. 7 + 5 x = mult. 7 + 5 — 2 x — mult. 7 + 3
- Le reste de la division par 7 de a; est 5; les mois qui correspondent à la solution ont pour nombre mensuel 5. Ce sont les suivants : février, mars, novembre.
- L’énoncé du problème peut être compliqué de la manière suivante ;
- Quelles sont les années renfermant des vendredis 13, et dans quels mois ?
- 11 faudra résoudre l’équation que voici :
- 13 + x + y = mult. 7 + 5 6 + x + y = mult. 7 -f- 5 1
- x + y = mult. 7 — 1 x + y = mult. 7 + 6
- Donc la somme des nombres annuel et mensuel doit être 6.
- Si le nombre annuel est : 0 1 2
- 3
- 4
- 5
- 6
- Le nombre mensuel sera : î 6 = Avril, juillet,
- 5 = Septembre, décembre.
- 4 = Juin.
- 3 = Février, mars, novembre. 2 =s Août.
- 1 = Mai. ' *
- 0 = Janvier, octobre. ,
- Dans une année non bissextile, le nombre minimum de vendredi 15 est donc un, le maximum est trois.
- Pour une année bissextile, on aura le tableau suivant, obtenu en effaçant à la suite du premier nombre annuel les mois postérieurs à février et, en face du second, les mois antérieurs à mars.
- j | Septembre, décembre. (1884) \ | Juin. 1
- Mars, novembre.
- Mars, novembre,, août.
- ' 1
- ^ 'i
- 4
- 5
- 5
- 6
- (1888) l
- Mai.
- Octobre,
- • -, . v,,
- Janvier, avril, juillet.
- • • )
- f
- ' i l 'J
- Une dernière remarque qui peut avoir son utilité. Le cycle complet des calendriers est de vingt-huit ans; au bout de ce laps d’années, les nombres annuels se succèdent comme auparavant, aussi bien pour les années bissextiles que pour les autres, ce qui est démontré par le tableau ci-après : (
- lrû année. 2e —
- 5° —
- 4“ —
- 5e —
- 6e —
- 7“ —
- 0 1
- 2 9e
- 3 10
- 4 11'
- 5
- 6
- 0 13e 14“
- 8e année.
- 12e
- 1
- 2
- 3
- 4
- 5
- 1 6
- l o
- 1
- 2
- 15e année.
- 16“ —
- 17e — 18-' — 19-' —
- 22a année. 23“ —
- *4“ —
- 25e —
- 26e —
- 5
- .6
- i 0 i 1 2 3
- 20“
- 21“
- ( 2 27 } 3
- *8“
- 29“
- 4
- 5
- 6 0
- Cette remarque peut servir à trouver rapidement le nombre correspondant à une année très antérieure au temps actuel. Ainsi, il y a vingt-huit ans, l’année 1857 avait comme 1885 pour nombre annuel 3.
- 11 faûdrait bien se garder d’en conclure que le chiffre annuel de 1913 (1885 -{- 28) sera également 3, car l’annéé 1900 ne sera bissextile qu’en Russie, si la réforme grégorienne continue à être repoussée, dans ce pays.
- Jules Pkuroux.
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- 124
- LA NATURE.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- U. DO MUSÉE GRÉVIN " f
- MACHINE ET RÉGULATEUR DE MM. LECOUTEUX ET GARNIER
- Depuis le mois d’avril dernier, la lumière électrique a remplacé celle du gaz au musée Grévin. L’installation, faite par la société Edison, est très complète et donne un exemple de tous les cas dans lesquels peut être appliqué ce nouveau mode d’éclairage.
- . Dès l’abord du musée, le visiteur peut juger de l’effet produit sur un grand espace en plein air : deux lampes Cance illuminent le boulevard et s’aperçoivent de très loin. Ce sont les seules lampes à arc employées, toutes les autres sont des lampes à incandescence. Dans le corridor assez long qui conduit à l’entrée du Musée, il y en a seulement trois ; là les yeux doivent se reposer et se •préparer à la visite de l’intérieur ; la lumière produite est suffisante pour qu’on puisse sé conduire et on îi’en 'distingue, que mieux, au-dessus de la porte du fond, le vitrail éclairé par transparence au moyen de trois lampes placées en bouquet sur un réflecteur en verre étamé.
- Enfin à l’intériëur : jardins' d’hiver, paysages, salons, coulisses de théâtre, bijoux des danseuses, etc., montrent ({ue la lumière électrique sait' se‘plier à toutes les exigences. On a en outre la preuve qu’elle peut être installée partout, même dans un immeuble ancien où rien n’avait été préparé pour la recevoir et situé dans l’eftdrôit lë plus commerçant et le plus fréquenté de Paris. Les machines sont placées dans le sous-sol et on a pratiqué dans le mur une ouverture qui met la salle où elles se trouvent en communication avec les souterrains. Ceüx-ci renferment déjà un certain nombre de tableaux très goûtés des visiteurs ;>%’en est un de plus ajouté aux autres, et ce n’est pas le moins intéressant. Le générateur de vapeur seul n’est pas visible; il se trouve dans une salle voisine. On voit à droite dé la machine motrice, contre le mur, un graisseur système Bourdon, La vapeur le traverse en sortant du générateur et se charge ainsi du lubrifiant nécessaire au bon entretien des parties frottantes. Au fond, en face du visiteur se trouve un tableau de distribution pour les différents circuits qui partent de la dynamo qu’on voit à gauche (fig. 2).
- Nous allons passer rapidement en revue les principaux éléments de l’installation.
- * La chaudière construite par la maison A. Collet et Cie produit 1000 kilogrammes de vapeur à'l’heure. Sa surface de Chauffe est de 55 mètres carrés et la surface de la grille 2 mètres carrés. Elle o'ccupè sur le sol un espace dë lni,7_5 de large et 2m,25 de long ; sa hauteur ne dépassé pas 5 mètres. Ce type de générateur multitubulaire est d’une construction très originale en raison des dispositions adoptées pour le groupement et la fixation dés tubes vaporisateurs. Leur extrémité est tournée en forme légèrement conique et ils sont fermés par des bouchons également coniques contre lesquels ils sont pressés par un long boulon qui les traverse départ en part. Le démon1 tage et le remplacement d’un tube est ainsi rendu très facile. Us communiquent entre eux à l’avant par des boîtes verticales munies de cloisons et de tubes intérieurs en tôle mince, ce qui permet à la vapeur de se dégager librement et presque sans entraînement d’eauf Un sécheur spécial placé sur le haut ( de la chaudière achève la dessiccation, et toute arriT yée d’eau dans la,machine est ainsi évitée. Le rende* ment dé ce •générateur peut être évalué à 9 kilogrammes de vapeur sè1 che par ^kilogramme ule houille brûlée!* La machine motrice - a été construite par MM. Lecouteux et Garnier. Le piston est placé verticalement sur le haut; du bâti et la distribution se fait au moyen «'•d’un tiroir circulaire’:-'Sa force, est de 50 chevaux. La construction en est très soignéé, toüs les organes sont groupés de manière à tenir le moins de place possible; la hauteur totale est de 2"*,50 et la plus grande largeur lm,50. La vitesse étant de 300 tours à la minute, toutes les parties sujettes au frottement sont en acier et ajustées à la meule. Le régulateur est d’un système nouveau de l’invention des constructeurs et mérite une description spéciale. U n’est pas visible sur la machine, car il est monté entièrement sur la partie interne du volant qui sert en même temps de poulie de transmission. Nous l’avons représenté figure 1.11 est basé sur un déplacement de l’excçntrique, qui se trouve monté comme d’habitude directement sur l’arbre du volant. Mais, ainsi qu’on le voit en E, il est percé d’une ouverture qui lui permet de se déplacer suivant une ligne droite située dans un plan perpendiculaire à l’arbre.-Il est guidé dans ce déplacement par une coulisse fixée sur le volant même et il est relié par deux tiges rigides, d’une part à un poids, d’autre part à un piston rempli d’huile et qui fait l’effet de frein hydrau-
- Fifr. 1. — lU-gulalcur Leeouleux.
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- LA NATURE.
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- lique. Enfin le poids se trouve maintenu dans une position déterminée au moyen d’un ressort A. Lorsque la machine est en marche, il est clair que le poids tend, par l’effet de la force centrifuge, à s’éloigner de sa position d’une quantité d’autant plus grande que la vitesse est plus considérable. U entraîne l’excentrique C auquel il est relié, comme nous l’avons dit, et ce déplacement a pour effet de modifier le rayon d’excentricité et par conséquent la marche du tiroir, c’est-à-dire les périodes d’admission, de compression et de détente de la vapeur. Le ressort a pour effet de ramener le poids à sa position normale dès que la vitesse diminue et tout mouvement brusqué.est évité
- par l’effet du piston-frein. Ce régulateur adonné de bons résultats; la machine réglée à vide pour une vitesse de 305 tours à la minute a donné, en marche normale à charge complète, 299 tours. La consommation de vapeur est de 15 à 17 kilogrammes environ.
- La machine dynamo est du système Edison à électro-aimants droits montés en dérivation. Elle est de construction récente et c’est le seul type de ce genre qui existe en ce moment à Paris. La vitesse est de 900 tours à la minute et dans ces conditions elle peut alimenter 400 lampes de 16 bougies, dont les constantes sont 100 à 410 volts et 0a,75 ou 5/4 d’ampère.
- Fig. 2. — Usine électrique du Musée Grévin, à Paris. (D’après nature.)
- Sa hauteur totale est de 4ra,56 et sa plus grande largeur, y compris la poulie de transmission, est de 2m,40.
- Trois circuits partant de la dynamo se rendent au tableau qui se trouve contre le mur du fond dans la chambre des machines. L’un sert à l’aliriientation des lampes du sous-sol au nombre de 54, dont 28 de 46 bougies et 26 de 8 bougies. Elles éclairent: l'Histoire d'un crime, YEnterremem d'un chartreux, leLaboratoire deM. Pasteur, les Ruines d'ischia, etc. L’autre se rend aux étages supérieurs où se trouvent l’administration, les ateliers de sculpture, de modelage, de cartonnage, d’habillement, et la salle des auditions téléphoniques. Enfin le troisième circuit se rend au rez-de-chaussée où il se subdivise en circuits secondaires qui partent tous d’un tableau placé près du ves-
- tiaire. lieux d’entre eux alimentent les lampes Cance. et à cet effet traversent des résistances constituées par deux bobines en fil de maillechort qui permettent de régler le courant à son départ de ce tableau.
- Chacun des autres circuits secondaires est affecté spécialement soit aux lustres et appliques des salons du rez-de-chaussée, soit à un ou plusieurs des groupes de personnages qui s’y trouvent. Chaque partie est ainsi rendue indépendante; et, suivant les heures de la journée et les besoins du service, on peut allumer ou éteindre a l’endroit convenable au moyen du commutateur placé à la naissance de chaque circuit. En outre, on peut éteindre une lampe isolément en dévissant le bouchon du coupe-circuit qui se trouve placé à côté d’elle.
- Le nombre total des lampes actuellement en ser-
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- LA NATURE.
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- vice est de 170 du type A et 204 du type B, ce qui représente en tout 4550 bougies. La force de la machine permet d’en allumer davantage si cela devient nécessaire, soit pour le service du Musée, soit pour l’éclairage des établissements voisins. '
- Cette installation méritait d’ètre signalée parce qu’elle montre parfaitement la facilité avec laquelle la lumière électrique se prête aux éclairages de toutes natures et en particulier les avantages qu’on peut en tirer au point de vue décoratif. G. M.
- CHRONIQUE
- L’Influence des chapeaux sur les galvanomètres. — Un correspondant de notre confrère de Londres, The Electrician, fui signale une cause d’erreur bien particulière, et contre laquelle on ne se met pas assez en garde lorsqu’on effectue des mesures avec des galvanomètres à faible champ directeur. L’auteur de la remarque, M. John Munro, faisant des mesures de f. é. in. sur différentes piles avec un voltmètre de Thomson de très grande résistance, était étonné de ne pas trouver de résultats concordants. En cherchant la cause de ces Variations, M. Munro la trouva... dans son chapeau, un chapeau de feutre ordinaire, dont le bord extérieur était garni d’un fil d’acier pour lui donner la rigidité nécessaire. En faisant l’expérience sur un grand nombre de chapeaux, tous — sauf un qui, d’ailleurs, n’avait pas de garniture en fil d’acier—apportèrent des troubles de même sens à l’appareil, et agirent comme un aimant avant le pôle nord sur la partie du devant et le pôle sud sur la partie d’arrière. Voici l’explication très plausible qu’en donne M. Munro : lorsqu’on enlève son chapeau et qu’on raccroche à une patère, on le prend par la partie antérieure et c’est la partie postérieure du bord qui après l’accrochage, se trouve en haut. Il n’est pas difficile de voir que, dans ces conditions, et quelle que soit l’orientation, la partie inférieure du cercle d’acier prendra une polarité nord sous l’influence du champ magnétique terrestre, polarité qu’elle conservera par suite de la nature du métal. Quoi qu’il en soit, le fait n’est pas moins intéressant à connaître et doit être signalé comme une indication des précautions minutieuses qu’il faut prendre avec les instruments tels que le voltmètre de Thomson, dans lequel on fait la lecture en se plaçant très près du magnétomètre. La morale de l’histoire, ajoute Y Electricien auquel nous empruntons ce document, c’est qu’il faut traiter ces appareils avec le plus grand respect, et ne jamais les consulter avec le chapeau sur la tète pour en tirer la vérité.
- lin télégraphiste mort au champ d'honneur.
- — Un accident, qui ne se produit heureusement que rarement, vient d’avoir lieu dans le département de la Charente. Un employé du service technique des télégraphes, nommé Boudet, a été foudroyé au moment où il réparait la ligne télégraphique entre Le Queroy et La Rochefoucauld, au poteau kilométrique 10, sur le territoire de la commune de Pranzac. Boudet, accompagné de deux ouvriers, établissait un raccord, lorsque la foudre est tombée sur la ligne ; il fut renversé du poteau auquel il était monté, et projeté sur le sol. La mort a été instantanée.
- C’est un des rares accidents que Bon ait à signaler delà
- chute de la foudre sur les lignes télégraphiques ; il vient à l’encontre de l’opinion de certaines gens qui soutenaient jusqu’à présent que le fait ne pouvait pas se produire.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 juillet 1885. — Présidence de M. Bouley.
- Le virus anticholérique. — Le docteur Ferran proteste, dans une lettre très formelle, contre les reproches qu’on lui a faits de tenir cachés ses procédés prophylactiques, Il rappelle que, dans sa première communication, il a annoncé que les cultures de bacilles douées du maximum de virulence sont parfaitement tolérées par l’homme, et qu’à la suite d’une première injection une seconde ne produit pas davantage d’effet nuisible. Les résultats des injections sont étonnants, d’après l’expression même de l’auteur : dès aujourd’hui on possède le moyen de couper brusquement la courbe de mortalité d’une épidémie cholérique. Quant au procédé pour obtenir le liquide virulent, il est très simple : on cultive le bacille dans du bouillon très nutritif au contact de l’air. On opère les injections à la dose de 1 centimètre cube dans chaque bras : les symptômes, quoique violents, ne réclament jamais de secours thérapeutiques. Trois opérations sont nécessaires avec cinq jours d’intervalle entre elles. Lé microbe ne se reproduit pas dans les tissus du patient, mais il donne à celui-ci une sorte d’accoutumance préservatrice contre tout microbe ultérieur. Les nourrissons sont préservés par la vaccination de leur nourrice. En terminant, M. Ferran demande que ses travaux soient renvoyés à la Commission du prix Bréant et, à cet égard, M. le Président fait remarquer combien il est regrettable que le médecin espagnol, après avoir réclamé le contrôle de l’Académie, n’ait pas voulu accepter celui de la Commission française déléguée vers'lui. On lui demandait de préparer son bouillon devant les commissaires et devant eux aussi de l’ensemencer et de l’irtQçuler : il s’est refusé à ce mode d’opérer et c’est de là qu’est venu tout le mal.
- M. Paul Bert en reconnaissant, comme M. Bouley, qu’on ne peut demander à M. Ferran de venir répéter ses expériences à Paris, où le choléra ne l-sévit pas, insiste pour qu’on mette à l’épreuve la réalité de ses bonnes dispositions en le mettant en demeure d’àdresser à l’Académie de ces tubes de vaccin qu’il a jusqn’ici refusés à tout le monde. On pourra, avec eux, faire Sur des animaux des expériences qui seraient fort utiles : tout virus qu'on a rendu malade est, par cela même, transformé en vaccin. Il ne faudrait pas, ajoute M. Paul Bert, qu’on fût retenu par la crainte d’introduire dans Paris les microbes cholériques : il n’y a pas un laboratoire de physiologie qui, à l’heure actuelle, ne possède des milliards de ces proto-organismes.
- En conséquence on décide de convoquer tout de suite la Commission du prix Bréant.
- Géologie bretonne. — M. Bureau, professeur au Muséum, annonce la découverte très intéressante qu’il vient de faire d’un épais massif de terrain permien dans le département de la Loire-Inférieure. Il s’agit de 100 mètres environ de couches de poudingues quartzeux alternant avec des grès argileux, qui affleurent à 1 kilomètre environ au sud de Teillé. L’âge est démontré par la flore fossile comprenant le Schizopteris Gümberi, le Cordaïtes Oltonis et d’autres espèces caractéristiques. Je puis ajou-cr que le premier indice de ces formations a été rc-
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- LÀ NATURE
- m
- cueilli par M.,Bureau au cours de l'excursion géologique que j’avais l’honneur de diriger pour le. Muséum, en 1883, dans la basse Loire et à la tête de laquelle le savant paléontologiste avait bien voulu se mettre pour nous faire profiter de sa connaissance profonde de sou pays natal.
- Le laboratoire Araijo. — Après avoir résumé une intéressante découverte qu’il vient de faire au sujet du système nerveux de certains mollusques gastropodes, M, de Lacazc Duthiers donne sur l’installation zoologique de Banyuls des détails fort satisfaisants. Grâce à la pression de 10 mètres et aux 120 mètres cubes d’eau de mer dont il dispose, le laboratoire Arago possède un aquarium extrêmement riche : la surface de glace des bacs est plus grande que celle du Jardin d’accliinatation et les animaux sont dans un état de prospérité incomparable. Certains tritons de grandes tailles vivent là depuis dix mois; les holothuries qui d’habitude, au moment où on les prend, évitent la captivité en vomissant tous leurs organes, se sont multipliées à profusion; les gorgones aussi recouvrent les rochers de leurs innombrables rejetons; des bulles, introduites on ne sait comment, ont chargé les glaces de tels amas d'oeufs qu’on est obligé de les sacrifier. Enfin les vérétilles constituent des bouquets qui provoquent les élans d’admiration des visiteurs.
- Election. — La nomination de M. Cailletet à un siège d’académicien libre, ayant laissé une place vacante parmi les correspondants de la section de minéralogie, M. Gos-selet est désigné, pour la remplir, par 29 suffrages contre 6 donnés à M. Dieulafail et 1 à M. Barrois.
- Varia. — M. Trouvelot note le passage de nombreux corpuscules opaques sur le disque du soleil. — Un cheval monstrueux est décrit par M. Dareste.— M.Béchamp continuant ses publications sur les microzymas, M. Pasteür estime qu’il y a là simplement une forme spéciale, mais non nouvelle, delà doctrine de l’hétérogénie. .— Un travail sur l’indice de réfraction des aluns est adressé par M. Sorel. — M. Léopold Hugo décrit une pyramide triangulaire et il démontre que le cube d’une de ses faces est égal à la somme des cubes de ses trois autres faces. — La discussion sur les tornados continue entre M. Fave et M. Mascart. Stanislas Meunier.
- Séance du 20 juillet 1885.
- Expériences sur les décapités. — A l’occasion d’une très récente exécution capitale dont la ville de Troyes a été le théâtre, MM. le Dr Paul Regnard et Eloy ont fait une série d’observations dont M. Paul Bert transmet aujourd’hui le résultat à l’Académie. Les auteurs, mis en possession du corps, immédiatement après l’exécution, et n’ayant point à s’occuper de la tète, ont étudié une foule de faits qu’on n’avait pu observer sur le vivant et qu’il importait cependant de connaître : tels sont l’étendue de l’action de certains nerfs des viscères, la contractilité des poumons et la détermination des nerfs qui la déterminent, etc. Pour arriver à ces résultats et à bien d’autres, les auteurs ont dù déployer une force morale hors ligne : placés au voisinage même du patient, ils ont pu constater à l’instant même de la décapitation que toute irritabilité avait disparu dans les yeux et ils sont allés du lieu du supplice au laboratoire dans le fourgon même où le corps était déposé. -
- En insistant sur le mérite d’un pareil travail, M. Paul Bert fait remarquer que plusieurs séries très distinctes
- d’expériences peuvent être faites sur les décapités. Le unes concernent la physiologie générale, ou tout au moins la physiologie de tous les mammifères ; la durée de l’excitabilité musculaire, la présence de liquides spéciaux sécrétés dans les tissus et dans les glandes, rentrent dans cette Catégorie. Mais on ne doit pas se dissimuler que ces expériences faites sur l’homme n’ont aucun intérêt parli-culiei1 : il y a tout avantage, au point de vue de la précision comme à celui de la commodité, à les faire sur les animaux.
- A côté de ce premier groupe de recherches, il en est un autre dont la solution frappe beaucoup moins l’imagination, mais dont l’importance résulte de ce qu’elle est d’ordre purement humain. C’est là qu’on rangera les faits étudiés pàr MM. Regnard et Eloy. La loi impose un laps de temps de plusieurs heures entre la mort et l’autopsie, et cette durée est suffisante pour qu’en général les expériences soient impraticables. Le décapité se prête alors à des travaux de cet ordre et dont l’apparence est si modeste qu’on pourrait se demander s’il y a parité entre la grandeur de leurs résultats et la violence morale que se font les physiologistes pour les obtenir.
- Enfin, continue éloquemment l’illustre professeur de la Faculté des sciences, un dernier ensemble de faits a séduit un certain nombre de chercheurs. A l’époque où M; Brown-Séquard montra comment toutes les apparences de la sensibilité, de la perception et de l’intelligence, reviennent dans une tête de chien séparée du corps où l’on injectait du sang artériel, on se demande ce qui arriverait en substituant une tête d’homme à une tète de chien. Si on en croit certains journaux, des décapités ont récemment été soumis à ce genre de recherches. A la vérité, M. Paul Bert pense que l’homme est d’essence trop délicate pour permettre, après la violence de la décapitation, le rappel de la sensibilité, mais, allant plus loin, il affirme que ces tentatives sont de celles qu’on n’a pas le droit de faire., Il doit.être interdit de chercher à ramener les phénomènes d'intelligence dans la tête du malheureux qui a payé Sa dette, à la justice. La loi de 1791 en posant en principe que la peine de mort' ne doit consister qu’en la simple privation de la vie, ayant en vue la suppression des supplices antérieurs, semble avoir prévu que l’ingéniosité des physiologistes irait jusqu’à torturer les morts ! Si, appliquée à l’homme, l’expérience de M. Brown-Séquard réussissait, le misérable qui en serait le sujet serait véritablement tué deux fois; Il ne semble pas inutile de donner en ce sens un avertissement aux personnes qui sont préoccupées des problèmes dont il s’agit.
- Le discours de M. Paul Bert, plein de chaleur généreuse, et dont nous ne pouvons donner qu’une idée des plus affaiblies, provoque une véritable émotion dont il est bien rare d’avoir le spectacle à l’Académie.
- La faune des Comorres. — Mis en possession d’une nombreuse collection zoologique recueillie tout récemment dans la grande Comorre, M. Alphonse Milne-Edwards a cherché les rapports et les différences de cette faune avec celle de Madagascar. Il constate d’abord l’absence des formes mammalogiques les plus caractéristiques de ce dernier pays tels que les Lémuriens ; d’ailleurs l’île ne présente aucun mammifère indigène, les Zébus, les carnassiers, les insectivores ayant été introduits volontairement ou fortuitement par les hommes. Parmi les 35 espèces d’oiseaux, la plupart sont dans le même cas ; il n’y eu a guère que deux dont Torigine étrangère ne soit pas évidente. La conclusion du savant
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- LA NATURE
- zoologiste est que la grande Comorre ne représente pas, comme on le dit, un vestige d’une terre autrefois rattachée à Madagascar, mais qu’elle a été peuplée par des immigrations provenant des régions variées.
- Varia. — M. Wroblewskv adresse à propos de la liquéfaction des gaz upe réclamation de priorité à M. Olzewsky.
- — M. Becquerel analyse ses recherches sur l’emploi de la lumière de phosphorescence comme moyen d’analyse,
- — Au nom de la Commission du prix Bréant, M. Gosselin déclare qu?on ne peut donner aucune suite aux communications de M. Ferran tant qu’on n’a pas une statistique officielle et complète des inoculations pratiquées par le médecin espagnol. — M, Troost étudie de nouveaux composés de thorium. — De nouvelles études sur
- l’excitabilité du cerveau après la mort sont déposées par M. Yulpian. —- M. Hébert Communique une note de MM. Bertrand et Killian sur le terrain miocène de la province de Grenade. Stanislas Meunier.
- ÜN PHOTO-TRICYCLE
- L’exercice du vélocipède est passé dans les habitudes, surtout en Angleterre, et le tricycle est au jourd’hui un objet courant d'utilité et d’agrément. Le perfectionnement que nous signalons aujourd’hui touche plus particulièrement le côté agrément de
- Un tricycle photographique pour les touristes.
- cet exercice. Combien de fois n’est-il pas arrivé à un excursionniste de regretter de ne pouvoir fixer les paysages, les sites, les scènes curieuses qui se déroulaient sous ses yeux ? Ce qui était une impossibilité matérielle avec les procédés lents et compliqués du collodion sec ou humide est devenu aujourd’hui une chose simple grâce au gélatino-bromure. Il fallait donner une forme à cette alliance de la photographie et de la locomotion, et c’est ce qu’a fait M. I). Rudge and C°, en créant le photo-tricycle connu sous Me nom de Coventry-rotanj, et que la figure ci-dessus permet de comprendre sans grande explication. : La chambre noire est montée sur un joint sphérique universel qui lui permet de prendre toutes les positions et de venir embrasser le sujet a reproduire en quelques instants. Trois boites
- renfermant chacune six plaques [de 16 centimètres sur 12 environ (6,5 pouces sur 4,75) sont à portée de la main et peuvent très rapidement se substituer l’une à l’autre, au fur et à mesure des besoins. On peut, à volonté, laisser l’appareil photographique sur le tricycle lui-même ou le placer sur un trépied facilement démontable lorsque le point de vue le meilleur n’est pas accessible. C’est là une innovation qui sera fort appréciée des amateurs qui cultivent à la fois l’art du tricycle et celui de la photographie, et c’est ce qui nous a engagé à faire connaître à nos lecteurs une combinaison de nature à leur rendre quelques services.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleùrus, à Paris.
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- >'“ li55. — -1" AOUT 1885.
- LA NATURE.
- m
- ETUDE BIOLOGIQUE DES EAUX
- LA NUMÉRATION DES MICROBES
- On admet généralement aujourd’hui que la pureté d’une eau est en rapport constant et inverse avec le
- nombre des infiniment petits qui y vivent et s’y développent.
- Jusqu’à ces temps derniers il avait été impossible de se Taire une idée exacte de leur nombre, à peine
- parvenait-on à l’aide du microscope à les déceler et -----
- à les reconnaître. ^
- ($/ fej
- 4f n*0THÈÇUE -,
- Fig. 1. — Appareil pour stériliser les microbes au Laboratoire municipal de la ville de Paris. A. Générateur de vapeur. — B. Autoclave à stériliser. — C. Appareil à distiller.
- Une méthode applicable, quoique bien imparfaite | colonies se développant à leur tour, finissent par
- encore, est venue combler cette lacune : si dans une solution de gélatine , on ajoute un volume connu d’eau à essayer, si on laisse cette solution se prendre en gelée, au bout d’un temps plus ou moins long, on voit apparaître dans cette gélatine un certain nombre
- liquéfier complètement la gelée de gélatine dont elles se sont nourries. Si, avant la liquéfaction, on compte les colonies isolées, on a le nombre de microbes vivant dans la quantité d’eau introduite. Le procédé paraît assez simple, mais, quand on cherche à le met-
- de points blan- pig. -2. — Étuve pour les cultures. — A. Chaudière. — B. Tube à circulation d’eau chaude. h*e en pratique
- châtres. Chaque bactérie s’est reproduite, elle est devenue la souche d’une colonie de microbes qui apparaît sous la forme d’un point opaque plus ou moins volumineux ; ces f3c année. — 2° semestre.
- on se heurte à des difficultés plus apparentes que réelles, car elles sont faciles à surmonter en suivant une marche méthodique. C’est pourquoi nous croyons intéressant de
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- LA NATURE
- décrire ici la méthode suivie au laboratoire municipal de la ville de Paris pour la numération des microbes contenus dans les eaux.
- Un dissout dans un litre d’eau 40 grammes de gélatine blanche et 2 grammes de phosphate de
- soude, on ajoute un blanc d’œuf battu dans un peu d’eau, on met au bain-marie jusqu'à coagulation complète de l’albumine, on filtre, et le liquide, parfaitement ( limpide obtenu, est stérilisé à l’autoclave (fig. 1 ) à une température de 115° à 120°. Ainsi préparée, la solution de gélatine se conserve indéfiniment sans altération, elle se prend en gelée à la température ordinaire, et se liquéfie à environ 50° ou 31°.
- On introduit dans des fioles coniques, parfaitement propres, à fond plat (diamètre de fond 9 centimètres), 10 centimètres cubes (fig. 5) de la solution de gélatine ; on ferme avec un bouchon à deux
- Fig. 3. — Fiole eonique pour la culture des microbes.
- L’eau à essayer est étendue au 500e avec de l’eau distillée bouillie, puis, dans la fiole stérilisée dont on a liquéfié la gélatine à l’aide d’une douce chaleur, on introduit une quantité connue (1 centimètre cube) d’eau diluée, soit 1/500 de centimètre cube de l’eau primitive, au moyen de la petite burette jaugée. On porte la fiole dans une étuve où elle est maintenue à la température constante de 24° à 25°. Du jour au lendemain, on voit apparaître les petits points blanchâtres, on suit régulièrement leur développement, (fig. 4 et 5) ; quand on ne voit plus leur nombre augmenter, ce qui arrive ordinairement le deuxième jour après leur apparition, on compte le nombre des colonies formées; pour éviter de compter plusieurs fois les mêmes, on quadrille le fond de la fiole, ou on applique sur ce fond un papier quadrillé transparent; le nombre des colonies trouvé, multiplié par 500 donne le nombre des microbes contenus dans un centimètre cube. On reporte alors la fiole à l’étuve et on note le jour où toute la gélatine est devenue liquide.
- Le temps nécessaire à la liquéfaction varie forcément avec la nature des cellules vivantes contenues dans l’eau, leur nombre, leur rapidité de reproduction, les températures, etc.
- Pour que les résultats puissent être comparés, il est nécessaire que la solution de gélatine ait toujours la même composition et que les fioles ensemencées soient maintenues à la même température.
- Certaines eaux qui contiennent un assez grand nombre de microbes, liquéfient difficilement la gélatine ; il se forme à la surface de celle-ci des points
- •9 i 3,
- Fig. 4. — Eau de rivière.
- Foud d’uue (iule à eultures au moment où doivent être comptées les colonies (Echelle 1/2). Total des colonies = 160, ce qui lait en multipliant par 500, 80 000 microbes pour 1 c. c. d’eau.
- • 1 '
- Fig. 5. — Eau de source. *
- Foud d’une (iole à cultures au moment où doivept être comptées les colonies (Echelle 1/2). Total des colonies = 27. ce qui fait en multipliant par 500, 13500 microbes pour 1 c. c. d’eau.
- trous dont l’un est traversé par un tube de verre bourré de coton et l’autre par une petite burette graduée permettant d’introduire une quantité connue du liquide à essayer. Les fioles ainsi préparées sont alors portées dans une étuve (fig. 2), où elles sont chauffées au moyen de la vapeur d’eau à la température de 115u à 120° pendant 20 minutes. Ainsi privées de teut germe, les fioles peuvent être employées aux essais des eaux.
- durs, parfaitement limités qui s’étendent lentement. D’autres eaux, au contraire, qui ne contiennent pas un plus grand nombre de microbes, liquéfient la gélatine avec une rapidité prodigieuse, on voit les colonies apparaître aussitôt après l’ensemencement, se développer, s’étendre et liquéfier la gélatine en quelques heures. Elles se présentent, au sein de la gélatine, sous la forme de petites lentilles opalines, ayant des contours ronds ou dentelés.
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- On considère surtout comme dangereux et nuisibles ces microbes qui agissent aussi énergiquement sur la gélatine.
- Il nous reste à décrire l’autoclave et l’étuve où se font les stérilisations et les cultures.
- L’autoclave est une grande étuve en fer (tig. 1 ), d'une capacité de 350 litres environ; il est divisé en deux compartiments ayant chacun une hauteur de 55 centimètres, et 60 centimètres de côté. Pour chauffer cette étuve, on fait arriver dans l’intérieur tie la vapeur d'eau sous une pression qui peut atteindre 2 atmosphères, ce qui correspond à une température de 1*20°. La vapeur est fournie par un générateur d’une capacité de 100 litres. Ce générateur peut supporter une pression de 10 atmosphères et fournir de la vapeur pour les distillations dans la vapeur d’eau surchauffée ; il sert de plus à produire l’eau distillée nécessaire aux besoins du laboratoire.
- L’étuve à fermentation (fig. 2) est formée de trois compartiments superposés, elle est chauffée par un thermo-siphon qui passe successivement à la partie supérieure des deux compartiments les plus bas. La température est de 24° à 25° dans le compartiment inférieur et de 28° à 29° dans les deux autres; elle est rendue constante par un régulateur d’Arsouval qui commande l’arrivée du gaz. I)r Z...
- DEUX BALLONS PERDUS EN MER
- Les journaux quotidiens ont annoncé la double catastrophe qui vient accroître la liste déjà longue des victimes de l’aéronautique. Mais, parmi les nouvelles contradictoires souvent publiées à la hâte, on n’a pas encore été exactement renseigné ; nous allons nous efforcer, après informations prises, de reconstituer exactement l’histoire de ces drames, qui paraissent avoir coûté la vie à deux hommes de cœur et d’énergie, M. Eloy et M. Gower.
- M. Eloy est un aéronaute de profession, ami de M. Lhoste, l’heureux voyageur aérien océanique, qui a exécuté de nombreuses ascensions au-dessus de la mer, et qui a traversé le Pas de Calais, à deux reprises différentes1. Homme jeune et courageux, très épris de son art, M. Eloy s’était engagé à exécuter une ascension à Lorient à l’occasion de la fête nationale du 14 juillet, dans un aérostat de petite dimension, gonflé au-gaz de l’éclairage. Il s’éleva à 6 h. 50 m. aux applaudissements de la foule, et il ne tarda pas à se diriger au-dessus de l’Océan, bientôt le ballon dépassa les bateaux envoyés à son secours, et qui avaient quitté le port en même temps que lui. Il fut impossible aux marins de rejoindre l’aéronaute, et, quand la nuit vint, on perdit celui-ci de vue.
- Le surlendemain, des marins trouvèrent au large de Pile de Groix la casquette et la jaquette de l’aéronaute, surnageant à la surface de la mer; un peu plus tard, un voilier, le Duc, partant pour la Suède, annonça qu’il avait rencontré, au delà de Belle-Ile en Mer, un ballon encore gonflé, mais sans aéronaute. Il est présumable qu’Eloy aura essayé de gagner l’ile de Groix à la nage et qu’il aura péri sans avoir pu être sauvé par un navire. Depuis
- 1 Voy. Voyages aériens au-dessus de la mer du Nord, par MM. Eloy et blioslc. S” 527* du 7 juillet 1883, p. 83.
- le 14 juillet, il paraît, hélas ! à peu près certain qu’on ne peut plus douter du sort de l’infortuné aéronaute.
- M. Frédéric A. Gower est un ingénieur américain bien connu ; inventeur du système de téléphone qui porte son nom, ami de M. Graham Bell, ayant gagné une fortune par ses découvertes, il s’occupait avec passion, depuis quelques années, de l’aéronautique, et voulait créer un nouveau système de hallons-torpilles fonctionnant automatiquement dans l’atmosphère. M. Gower, homme jeune et sympathique, aimé de tous ceux qui l’ont connu, avait beaucoup d’énergie, beaucoup de sang-froid, mais peut-être trop de témérité. Mon frère et moi, nous avions exécuté avec lui plusieurs ascensions à notre atelier aérostatique d’Auteuil, où nous avions été heureux de lui donner l’hospitalité. M. Gower, après ses premiers essais de ballons libres automatiques, était allé en Angleterre. Il avait traversé la Manche, dans son aérostat, de Douvres à Boulogne, puis il s’était installé à Cherbourg, dans le but d’expérimenter à nouveau ses ballons automatiques et de traverser la Manche une seconde fois, de Cherbourg en Angleterre. Vers le milieu de juillet, deux frégates américaines et une frégate russe vinrent à Cherbourg. M. Gower en profita pour faire d’abord, le vendredi 17, une ascension de courte durée avec un officier russe. Il descendit sur terre au Yaast, à 22 kilomètres de Cherbourg. « Le samedi 18, nous écrit le directeur de l’usine à gaz de Cherbourg, M. A. Dloquin, M. Gower partit seul dans son ballon la Ville d'Hyères, précédé de sôn petit aérostat automatique. Le temps était beau, bonne brise, mais le vent ne pouvait le mener en Angleterre. Il prévoyait toucher terre à Dieppe. Il partit à 1 h. 45 m. de l’après-midi; à trois heures, le sémaphore de Gatteville le signala. Puis nous n’en avons plus entendu parler.
- « Le lundi suivant, le capitaine d’un petit navire entrait en rade de Cherbourg rapportant le ballon automatique qu’il avait trouvé à 50 milles de Bailleur, vers 5h,l/2 du soir samedi 18 courant, et il dit avoir vu le ballon avec nacelle descendant sur la mer à 20 milles plus loin, autant qu’il a pu en juger, s’élever et s’abaisser plusieurs fois, puis n’avoir rien vu pendant 10 minutes ou 15 minutes, après quoi il l’a vu s’élever de nouveau très rapidement et disparaître. Il ne peut dire si à ce moment il était dépourvu de sa nacelle.
- « D’autre part, j’ai télégraphié à Dieppe d’où il m’a été répondu que la barque de pèche le Phénix avait trouvé le ballon la Ville d'Hyères à 15 milles de Dieppe à 7 heures du soir le 18, mais qu’il n’avait pas de nacelle, et que les cordages avaient été coupés au couteau. »
- Il est probable que le ballon traînant en mer et s’éloignant du bateau à bord duquel l’aéronaute espérait le salut, M. Gower aura coupé les cordes de l’aérostat, pour flotter dans sa nacelle d’osier à la surface de l’Océan. Le secours attendu ne sera pas venu !
- Il se peut encore que la nacelle ait été séparée pendant le sauvetage, mais alors on aurait probablement des nouvelles de ce sauvetage; il se peut enfin qu’elle était abandonnée comme lest, l’aéronaute restant dans le cercle dont il aurait été séparé postérieurement.
- Quoi qu’il en soit, il est à craindre que le sort de M. Gower ne soit le même que celui d’Eloy. Malgré la douleur que nous causent ces catastrophes, nous ne pouvons nous empêcher d ajouter qu’il est bien téméraire de s’engager au-dessus de la mer, avec un aérostat de petite dimension, sans dispositions spéciales, et incapable de séjourner longtemps dans l’atmosphère.
- Gastox Tissamheiu
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- I.V2
- LA NATURE.
- LA Y1Ë AU FOND DES MERS
- (Suite. — Voy. p. 55.)
- Nous observons sur nos côtes de petits Crustacés fort singuliers, des Pagures, vulgairement connus sous le nom de Bernard-TErmite , vivant abrités dans l’intérieur de coquilles vides. Ces animaux sont répandus dans toutes les mers et certaines de leurs espèces descendent à des profondeurs de 5000 mètres. Les Bernard-T Ermite, dont le corps n’offre de cuirasse que dans sa partie antérieure, afin de protéger leur abdomen revêtu simplement d’une peau molle, établissent leur domicile dans des coquilles vides dont la taille est en rapport avec la leur. A mesure qu’ils grandissent, ils changent de demeure. Sur nos côtes et jusqu’à une certaine profondeur ils rencontrent toujours une habitation suffisamment grande pour s’y loger tout entiers, mais dans les abîmes où les coquilles sont à de très rares exceptions près, toujours de proportions réduites, les Pagures ne peuvent qu’im-parfaiteinent abriter leur train postérieur. Aussi quelle vie pleine d’inquiétude doit être la leur et quelles précautions ils doivent prendre pour dérober à la convoitise de leurs voisins leur abdomen gras et rebondi, mets certainement succulent pour les gourmets des abîmes. Nous avons fait reproduire (fig. i) une de ces espèces de Pagures pêchée durant la campagne du Talisman par 4010 mètres de profondeur. On remarquera que la partie postérieure seule de T abdomen est coiffée d’une toute petite coquille sur laquelle est établie une Anémone de mer.
- Une des espèces de Pagures recueillies sur les côtes du Maroc et dans la mer des Sargasses présente un habitat fort singulier. Elle est logée, non dans une coquille, mais dans une véritable colonie animale formée de ces êtres élégants, sorte d’Anémones de mer qu’on nomme des Epizoanthes. Ces animaux se sont primitivement développés sur une coquille dont le test a été progressivement résorbé, et c’est
- dans la cavité qui lui correspond que vient s’installer une espèce particulière de Bernard-TErmite.
- L’association singulière des Pagures et des Anémones de mer nous était déjà connue depuis longtemps par des observations faites sur nos côtes et nous ne devons pas dès lors être surpris de la voir se continuer à quelques milliers de mètres de profondeur. Les Pagures et les Anémones de mer ont pensé que la vie à deux devait être plus facile et ils ont alors mis au service l’un de l’autre leurs aptitudes diverses.
- Tous les pêcheurs de la Méditerranée connaissent un Bernard - l’Ermite, le Pyade, ainsi qu’ils le nomment, qui a pour commensal une Anémone. La bouche de cette dernière est toujours tournée vers celle du Crustacé afin que les débris des aliments qu’il broie avec ses pinces tombent dans son intérieur. Quant au Bernard-TErmite, les avantages qu’il retire de son association consistent en ce que, masqué par l’animal placé sur sa demeure, il peut aisément se dérober aux recherches de ses ennemis et d’autre part s’approcher sans éveiller de soupçons d’une proie convoitée qui n’eùt manqué de fuir s’il était venu à découvert.
- Sur les côtes d’Angleterre, une autre espèce de Pagure vit également en compagnie d’une Anémone de mer. « Ce Pagure est surtout remarquable par la bonne entente qui règne entre lui et son acolyte : c’est un modèle d’amphitryon. Le lieutenant-colonel Stuart Wartly s’est fait le spectateur indiscret de sa vie intime et raconte ainsi le résultat de ses observations : cet animal ne manque jamais d’offrir après la pêche les meilleurs morceaux à sa voisine et s’assure très souvent dans la journée si elle n’a pas faim. Mais c’est surtout quand il s’agit de changer de demeure, qu’il redouble de soins et d’attentions. Il manœuvre avec toute la délicatesse dont il est capable pour faire changer l’Anémone de coquille; il vient à son aide pour la détacher, et, si par hasard la nouvelle demeure n’est pas goûtée, il en cherche une autre jusqu’à ce qu’elle soit complètement satisfaite. »
- Fig. 1. — Pagurus abyssomm (A. M.-Edw.), pêche à 4010 mètres de profondeur.
- Fig. 2. — Xylopayurus reclus (A-. M.-Edw.), établi dans l’intérieur d’un morceau de bois.
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- M. Josse vit un jour un Bernard « qui venait de changer d’habitation détacher de sa vieille demeure sa chère compagne l’Anémone, la transporter avec précaution et la placer confortablement sur la nouvelle coquille, et puis avec ses larges pinces, donner à sa hien-aimée plusieurs petites tapes pour qu’elle se fixât plus promptement. » D’après N. A. Lloyd, si au moment d’un déménagement l’Anémone est souffrante, le Bernard renonce à changer de domicile. De si bons procédés ne sont pas payés d’ingratitude, disent certains observateurs, car les Anémones aimeraient leur bon Bernard jusqu’à en mourir. Lorsque le Bernard qui a pour commensal
- l’Anémone à'manteau vient à succomber, cette amie fidèle serait prise d’une telle tristesse qu’elle ne tarderait pas à quitter la vie. Ne confondrait-on pas dans ce cas la douleur avec la faim? Mais laissons de côté cette méchante question, les affections sincères sont si rares, que nous devons nous empresser de croire à celles dont on nous parle et ne pas nous permettre de les discuter.
- La rareté des coquilles dans les grands fonds conduit les Pagures à rechercher d’autres demeures. Les dragages sous-marins accomplis par M. A. Agas-siz dans la mer des Antilles ont fait découvrir un Bernard-l’Ermite extrêmement intéressant non seule-
- Fig. 3. — Pentacheles spinosus (A. M.-Edw.), pêché à bord du Talisman, par 2200 mètres. Côtes du Maroc.
- ment par suite de la nature de la demeure choisie, mais encore par les modifications que la forme de l’habitation ont fait subir à son corps. On voit ci-contre le dessin de l’un de ces animaux (fig. 2), d’après un échantillon que M. A. Milne-Edwards a bien voulu mettre à notre disposition. Le Xylopagu-rus reclus (A. M.-Edw.) vit par des fonds de 500 à 400 brasses et il s’établit dans l’intérieur de cavités creusées dans des morceaux de bois coulés, ou dans l’intérieur de fragments de bambous. Seulement comme ces demeures sont rectilignes, le corps, qui chez les Pagures ordinaires s’enroule en tortillons à sa partie postérieure, devient absolument droit (fig. 2). D’autre part afin d’obturer l’orifice inférieur de la demeure et ne pas redouter des attaques pouvant se produire par derrière, la partie ter-
- minale de l’abdomen s’est élargie et il s’est développé des sortes de plaques résistantes couvertes de fines granulations.
- Un autre groupe de crustacés, celui des Galathéi-des, est largement représenté dans les grands fonds. La carapace de ces animaux est très dure, très épaisse, l’abdomen développé et les membres antérieurs terminés par de fortes pinces. Plusieurs espèces recherchent comme les Pagures les coquilles vides pour abriter leur abdomen.
- Les Galathéides vivent à profusion dans toutes les mers et certaines de leurs formes s’observent à 2000 mètres de profondeur. Seulement je ferai remarquer que la teinte de leur corps généra-ment rougeâtre, devient blanche chez ceux de ces animaux qui vivent à plusieurs centaines de brasses.
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- Certaines espèces s’établissent en locataires dans l’intérieur de ees belles éponges sciliceuses, les Aphrocallistes dont le tissu ressemble à de la dentelle et rien n’est singulier connue de voir les mines effarées de ces petites bêtes au moment où leur demeure est retirée du fond de la mer. Elles se précipitent aux ‘diverses ouvertures, agitent leurs antennes, braquent leurs yeux dans toutes les directions, puis affolées se retirent brusquemment au fond de leur palais de cristal pour apparaître de nouveau quelques instants après. À la quiétude des grands fonds, à la douce lumière tamisée par les eaux, ont tout d’un coup succédé les bruits violents et la clarté étincelante du soleil. Quel monde étrange révélé en quelques instants à ces pauvres animaux et combien l’engourdissement de la mort doit sembler doux à leurs nerfs meurtris.
- Le groupe des Eryonides est représenté à partir de 4200 à 1400 mètres par un nombre considérable de genres et d’espèces. On connaissait depuis longtemps des Eryonides fossiles dans des terrains anciens et on pensait que leurs diverses formes étaient éteintes, lorsque les explorations sous-marines sont venues montrer que certaines d’entre elles s’étaient perpétuées jusqu’à nos jours. Ainsi le Pentacheles crucifer que nous avons pris durant la campagne du Talisman par 1400 mètres, offre les plus grandes analogies avec des animaux du même groupe vivant dans les dépôts jurassiques de Solen-hafen en Bavière. Seulement une particularité très remarquable distingue les Eryonides actuels des Eryonides fossiles. Ces derniers avaient des yeu x e ceux de nos jours n’en ont plus. Les mers dan lesquelles vivaient les anciens Eryonides étaient évidemment peu profondes et la lumière pouvait être perçue. Mais à mesure que ces êtres ont quitté les rivages pour descendre dans les grands fonds, l’obscurité s’est, faite peu à peu autour d’eux, et leurs yeux construits probablement d’une manière telle qu’ils ne pouvaient être influencés par les lueurs phosphorescentes émises par les habitants des abîmes se sont progressivement atrophiés. Les sens du toucher et de l’audition ont dû compenser par une exagération de leur sensibilité le sens disparu. Nous avons fait reproduire (fig. 3), page 133, un des Eryonides actuels, le Pentacheles spinosus, pêché à bord du Talisman par 2200 mètres sur les côtes du Maroc.
- Les Eryonides possèdent une distribution géographique très étendue. Ainsi le Willemœsia lep-todactyla vit dans l’Atlantique et le Pacifique. Les Polycheles peuplent l’Atlantique, la Méditerranée, le Pacifique. Les Pentacheles, dont on connaît six espèces, vivent suivant les latitudes entre 120 et 1700 brasses. On les a trouvés dans l’Atlantique sur les côtes ouest de l’Amérique du Sud, autour des Philippines, des Fidji, des Nouvelles-Hébrides, sur les côtes de la Nouvelle-Guinée. H. Fij.hoi,.
- — A suivre. —
- LA TÉLÉGRAPHIE OPTIQUE
- Depuis les temps les plus reculés, les hommes cherchèrent à communiquer entre eux à de grandes distances, et les premiers télégraphes furent probablement basés sur des signaux optiques. Ils étaient bien imparfaits, sans doute, et ne pouvaient servir à la transmission des mots, mais ils suffisaient pour annoncer, d’une façon générale, que tel ou tel événement était survenu. En lisant les auteurs anciens, ou voit que les Grecs et les Romains allumaient, sur les hautes montagnes ou sur des tours construites a<l hoc, des feux dont l’apparition avait une signification. On peut dire, sans crainte de se tromper, que dans tous les temps et chez tous les peuples, même chez les sauvages, on retrouve la trace de cette idée.
- Vers le seizième siècle le système de correspondance à distance semble se perfectionner et on a retrouvé différentes preuves d’essais qui furent faits à ce sujet. On s’est servi, dès cette époque, de corps opaques, tels que des panneaux de bois peints en noir ou en blanc et qui avaient, suivant la façon dont ils étaient disposés, diverses significations déterminées. C’est là le système encore actuellement en usage dans la marine. On sait, en effet, que les vaisseaux communiquent entre eux, et avec les ports, au moyen de drapeaux pour le jour et de fanaux pour la nuit, qui, suivant leurs positions relatives, indiquent des numéros d’ordre. Ceux-ci correspondent à un code international où se trouvent près de 80 000 phrases toutes fartes dont on peut avoir besoin pour communiquer en mer.
- D’autres systèmes, qui peut-être auraient été très pratiques, ont été proposés à différentes époques, mais sans être adoptés ; la plupart du temps parce qu’ils n’ont pas été examinés avec soin ou qu’on n’a pas compris l’immense avantage qu’on pouvait en tirer.
- C’est à un Français, Claude Chappe, que revient l’honneur d’avoir imaginé et installé les premiers appareils pouvant servir, d’une façon pratique, à la transmission de l’alphabet ordinaire et par conséquent d’une dépêche quelconque.
- On sait que ce télégraphe consistait en un assemblage articulé de trois règles de bois, l’une, la plus grande, portait les deux autres à ses extrémités et était attachée, par son milieu, au haut d’un mât situé sur une hauteur. Les différentes combinaisons qu’on peut obtenir dans les positions relatives de ces trois pièces sont assez nombreuses pour permettre la reproduction complète de l’alphabet et de certains signes conventionnels. Nous n’insistons pas sur ce système, que tout le monde connaît, pour l’avoir vu, sinon en réalité, au moins en gravure.
- La première dépêche fut envoyée le 1er septembre 1794 et parvint de Lille à Paris en quelques heures. Elle annonçait à la Convention que la ville de Condé venait d’être reprise aux Autrichiens. C’était bien inaugurer une si belle invention.
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- Le système 0happe resta en usage jusqu'à l’invention de la télégraphie électrique qui lit peu à peu abandonner et même oublier sa devancière. Elle semble avoir servi pour la dernière fois pendant la guerre de Crimée, où elle était employée comme télégraphie de campagne. Ensuite, sauf quelques applications très rares, elle avait complètement disparu.
- Les transmissions optiques présentent cependant sur les transmissions électriques un avantage, qui, dans certains cas, doivent les faire prévaloir. C’est de n’exiger aucun fil, aucun lien matériel entre les deux stations qui communiquent. C’est pendant la guerre de 1870, au moment où Paris se trouvait investi et isolé du monde entier qu’on regretta surtout de ne pas l’avoir conservée et perfectionnée. L’idée en fut reprise à ce moment, mais trop tard! Si, à cette époque, on avait disposé des appareils employés aujourd’hui, appareils très simples comme on le verra plus loin, si surtout leur emploi avait été plus généralement connu, il se serait trouvé certainement des hommes qui, même placés au milieu des lignes ennemies et au risque de leur vie, auraient cherché et seraient parvenus à mettre la capitale en communication avec le reste de la France.-Tout le monde comprendra les avantages immenses qu’on aurait pu tirer d’un pareil résultat, car on se souvient assez avec quelle anxiété on attendait, des deux côtés, les ballons et les pigeons voyageurs et avec quel enthousiasme ils étaient, accueillis. Aussi, dès cette époque, l’idée avait-elle été reprise. Bien des systèmes furent proposés et essayés; mais le temps manquait pour construire les appareils, choisir les postes, former des opérateurs, et on fut obligé d’y renoncer.
- Aujourd’hui la télégraphie optique est, assez perfectionnée et commence à être assez répandue pour qu’on puisse espérer que de pareils faits ne se renouvelleront pas. Les communications à 20 et 50 kilomètres s’établissent assez facilement, pourvu que le temps le permette, avec des appareils simples; et, dans bien des cas, avec un matériel approprié, on atteint des distances énormes. Depuis la fin de 1884, l’île de France (Maurice) et l’île Bourbon, distantes de 180 kilomètres, sont ainsi reliées par les soins persévérants de MM. Adam et Dubuisson.
- Le principe de la télégraphie optique moderne repose sur l’émission de rayons lumineux pendant un temps plus ou moins long suivant les lois de l’alphabet Morse. Il se compose, comme on sait, de combinaisons de points et de traits qui permettent de représenter toutes les lettres de l’alphabet et certains signes conventionnels. Un éclat très court correspond à un point, un éclat plus long à un trait.
- Les appareils employés aujourd’hui ont, été imaginés par M. le colonel Mangin. Il y en a de deux sortes : les uns à lentille, plus légers et plus particulièrement affectés à la télégraphie de campagne; les autres à miroirs on télescopiques, plus lourds et
- plus encombrants, employés surtout à poste fixe dans les forts.
- L’appareil à lentille se compose d’une boite en tôle A.B.C.D. (fig. 1) qui renferme en même temps le transmetteur et le récepteur. Celui-ci est constitué simplement par une lunette terrestre R, appelée vulgairement lunette d’approche. Elle se trouve fixée dans l’angle supérieur gauche de la boîte. Le transmetteur est, basé sur la propriété qu’ont les lentilles biconvexes de concentrer en un point unique appelé foyer les rayons lumineux parallèles qui leur arrivent, et réciproquement d’envoyer un faisceau de rayons parallèles lorsqu’on place en leur foyer une source lumineuse. Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce point, car qui ne se souviendra de s’être amusé, étant enfant, à enflammer de l’amadou ou du papier au moyen des rayons du soleil concentrés par une lentille.
- À la partie antérieure de la boite, se trouve donc une lentille biconvexe LL. Le diamètre à lui donner varie avec la puissance à obtenir ; dans le plus petit modèle elle a 0m,14, dans le plus grand 0"',40. On voit sur la figure 1 qu’on a également placé à côté une seconde lentille L'L'; cette disposition a pour but de diminuer la distance focale, ce qui permet de faire les boîtes moins longues; mais cela ne change rien au principe du système. Au foyer F ainsi obtenu, on place la source lumineuse. Jusqu’à présent, quand on ne fait pas usage du soleil, c’est la lampe à pétrole qui donne le meilleur résultat. Elle est d’un emploi facile, sa lumière est assez pénétrante pour être vue à 40 ou 50 kilomètres avec les lentilles de 0m,40 ; et, de plus, le pétrole se trouve maintenant partout,. C’est donc une source lumineuse essentiellement pratique pour un appareil appelé, comme celui-ci, à fonctionner en campagne. La lampe est munie d’un réflecteur r et d’une cheminée m en tôle dans laquelle on a ménagé des fenêtres garnies de verre en face de la flamme. Une rainure, ménagée au fond de la boîte, laisse passer une vis écrou II, placée au-dessous de la lampe et qui sert à la fixer lorsque, par tâtonnement, on est arrivé à la placer au foyer. Pour cela, on enlève le réflecteur r et on introduit dans la douille T, située à la partie postérieure de la boite, un tube qu’on voit représenté en I sur la figure I. II porte, à une extrémité, un système de lentilles et à l’autre un verre dépoli. On tourne vers la lampe le côté portant les lentilles et on la déplace jusqu’à ce que la flamme vienne se projeter au milieu du verre dépoli. Ce réglage terminé, on retire le tube I, on replace le réflecteur et on ferme la douille T. Lorsqu’on veut utiliser la lumière, du soleil, ce qui est bien préférable, la portée étant alors beaucoup plus grande, on emploie le tube II, qu’on place également dans la douille T après avoir retiré la lampe et son réflecteur. On voit, qu’au moyen d’un miroir bb' on renvoie les rayons solaires sur une lentille qui les concentre en un point s situé exactement au j foyer F quand le tube est en place. Un héliostat h
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- LA NATURE.
- mouvement d’horlogerie et un jeu de miroirs plans qu’on utilise suivant les besoins permettent de suivre le soleil dans toutes ses positions (fig. 3).
- D’après la place occupée par la lunette réceptrice R, on voit que son axe est parallèle a l’axe d’émission des rayons lumineux. Cependant, comme la boîte pourrait être faussée et le parallélisme détruit, on peut le rétablir en déplaçant légèrement la lunette au moyen de deux vis de réglage placées en Y.
- Pour obtenir dans l’émission du faisceau lumineux les interruptions nécessaires à la reproduction des signaux Morse, on a disposé, à environ 7 centimètres du foyer F, un écran EE percé en son centre d’une ouverture un peu plus grande que la section du cône qui va de la source à l’objectif. Devant cette ouverture et du côté de la source se trouve un petit écran a qui la masque complètement.
- 11 est mobile, et, au moyen d’un jeu de leviers, on peut le manœuvrer de l’extérieur en appuyant sur une pédale M. En frappant un coup sec sur cette pédale on produira un éclat court, tandis qu’en laissant la main appuyée un instant on aura l’éclat long. Cette manœuvre s’apprend rapidement et nous avons pu nous convaincre récemment que toute personne connaissant l’alphabet Morse arrive, en quelques heures d’exercice, à envoyer et à recevoir une dépêche optique.
- Les appareils télescopiques ou à miroirs ressemblent, en beaucoup de points, aux précédents. On y retrouve (fig. 2) la
- boîte ÀBCD, la lunette réceptrice L fixée de la même manière, l’écran a manœuvré par la pédale M, enfin la source lumineuse constituée par une lampe a pétrole ou les rayons solaires. Au lieu d’employer des lentilles pour envoyer la lumière au poste correspondant, on-utilise les propriétés des miroirs courbes. On sait qu’ils peuvent être considérés comme étant formés par la réunion d’une très grande quantité de petits miroirs plans. En leur appliquant les lois bien connues de la réflexion (angle de réflexion égal à l’angle d’incidence) et en examinant la figure 2, on comprendra facilement le fonctionnement des appareils télescopiques. Un grand miroir concave R
- est placé en AB au fond de la boîte ABCD, son foyer est en F. Là on aurait pu placer la source lumineuse pour envoyer au loin un faisceau de rayons parallèles ; mais la lampe aurait alors fait écran et intercepté une partie des rayons réfléchis, aussi on a préféré la placer à l’extérieur dans une seconde boîte abcd qui vient s’accrocher à la première. On a dù alors employer un artifice pour reporter en F le point lumineux. A cet effet on a percé une ouverture T dans le fond du miroir R et on y a introduit un tube portant deux lentilles; leur distance à la lampe est
- telle qu’il se forme au point F un foyer conjugué de S. Les rayons lumineux qui en émanent sont reçus sur un petit miroir convexe R' placé à l’extrémité DC de la boîte et renvoyés de là sur toute la surface du grand
- tig. I. — Appareil de téléphonie optique à lentille.
- I. Tube de réglage. — II. Tube pour l’emploi des rayons solaires.
- Fig. 2. — Appareil télescopique.
- miroir, sous un angle qui est calculé de manière à ce qn’a-près leur réflexion ils prennent une direction parallèle à l’axe de l’appareil. D’après la position de l’écran a on voit que le foyer conjugué ne peut se former et envoyer des rayons à R' que si on a appuyé sur le manipulateur M pour l’écarter de sa position naturelle.
- Les signaux de l’alphabet Morse se reproduisent
- donc avec la même facilité que dans l’appareil à lentille.
- La lampe à pétrole est encore ici généralement employée; on utilise aussi les rayons solaires en se servant d’un hélio-stat, et on a quelquefois employé la lumière électrique, mais sans heaucoup de succès jusqu’à présent, faute d’une source d’électricité suffisamment pratique; et ensuite parce que les foyers à arc ne sont pas assez constants et que les intermittences qui s’y produisent rendent les signaux confus.
- Ces appareils sont destinés, comme nous l’avons déjà dit, à rester à poste fixe. Us sont généralement établis dans les forts, souvent sous une casemate, et une fois réglés dans une position déterminée, on n’a plus à y toucher.
- Il n’en est pas de même des appareils à lentille qui sont portatifs et destinés aux opérations en campagne. On les place sur un trépied (fig. 4) dont la plate-forme montée à genouillère permet d’incliner
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- l’instrument dans tous les sens. On comprend, en effet, que cela est indispensable, car l’on ne connaît qu’approximativement la position du correspondant; il faut donc le chercher. Pour cela après avoir fixé la boîte ABCD sur la plate-forme au moyen de trois vis disposées à cet effet, on met l’œil à la lunette et l’on explore l’horizon dans la direction où Ton suppose l’autre poste. En s’aidant d’une boussole et d’une bonne carte, on arrive généralement à le trouver assez rapidement, surtout si, comme nous l’avons supposé dans nos deux gravures, il s’agit de correspondre avec un poste fixe établi dans un fort. Une fois la position bien déterminée, on rend la plateforme immobile au moyen d’une vis écrou placée en dessous. L’opération est plus difficile lorsqu’il s’agit de mettre deux postes mobiles en relation l’un avec l’autre. 11 est préférable, dans ce cas, d’attendre la tombée de la nuit parce qu’alors les feux se distinguent beaucoup mieux. Il est nécessaire d’avoir toujours deux opérateurs aux appareils; il serait, en effet, impossible à un seul de rester longtemps l’œil à la lunette; au bout de 10 à 15 minutes il finirait par ne plus rien distinguer.
- Du reste, pour la réception des dépêches, celui qui observe, tout occupé de bien saisir les signaux, ne peut les écrire et il se contente de les dicter à son camarade à mesure qu’il les reçoit. Pendant le cours d’une transmission, il faut aussi que celui qui la fait ne perde pas de vue l’autre poste pour voir s’il ne l’interrompt pas en lui faisant un signal spécial indiquant qu'il n’a pas compris la lettre ou le mot qu’il vient de faire et qu’il y a lieu de le recommencer. Pendant ce temps-là l’autre opérateur, tout en reposant ses yeux, ne reste pas inactif, il surveille la flamme de la lampe, par une petite fenêtre vitrée pratiquée sur le côté de la boîte et il l’entretient en bon état. On voit sur les figures 5 et 4 la position des opérateurs pour la réception et pour la transmission. Dans la première nous avons représenté l’appareil muni d’un héliostat. Le trépied sur lequel il est fixé est d’un modèle ancien, la plateforme n’était pas mobile et les boîtes servant l’une à renfermer l’appareil, l’autre à contenir les accessoires, s’accrochaient en dessous.
- On a trouvé plus commode, comme nous l’avons expliqué, de rendre la plate-forme très mobile, et plus pratique d’utiliser la plus grande des deux boites comme siège. On voit (fig. 4) qu’elle est munie de bretelles et peut être portée à dos d’homme. La plus petite, qui est figurée à terre, renferme le bidon à pétrole, quelques outils, des mèches, les tubes de réglage, les miroirs et. l’héliostat.
- Il peut se présenter des cas où l’on ne dispose pas d’appareils .aussi complets que ceux dont nous venons de parler. Dans d’autres cas leur emploi ne paraîtra pas nécessaire à cause de la distance relativement faible entre les deux points qui doivent communiquer et il sera cependant indispensable de pouvoir se faire comprendre à distance par suite de la présence d’un obstacle naturel, tel qu’un fleuve.
- par exemple, rendant toute autre communication impossible.
- On pourra alors se contenter d’employer de simples lanternes à bougies, analogues aux lanternes de voiture. On construit un petit modèle qui peut se fixer au bout d’un bâton ou d’un fusil; devant le verre se trouve une petite persienne en tôle dont les lames sont reliées à une ficelle qu’on tient à la main, ce qui permet, en les ouvrant et les fermant, d’envoyer des éclats plus ou moins longs. On a pu communiquer, de cette façon très simple, à des distances de 8 à lü kilomètres pendant la nuit. Pour le jour on s’est servi avec succès de carrés de toile fixés sur de légers châssis. Un homme tenant un de ces carrés à chaque main reproduit encore des signaux qui ont la même signification que les éclats brefs ou longs de la lanterne : un seul écran représente le point, les deux ensemble le trait. Avec une bonne jumelle on peut lire de très loin ce genre de signaux.
- On voit que la télégraphie optique est toujours basée sur l’emploi de l’alphabet Morse. Aussi on ne saurait trop recommander l’étude de cet alphabet. U devrait être connu de tout le monde ; car qui peut répondre de ne pas être un jour appelé à s’en servir pour le salut du pays. Dans la dernière campagne de Tunisie, les appareils optiques ont été employés avec succès. Plus récemment, au Tonkin, ils ont permis au lieutenant Bailly d’avoir des secours en temps opportun pour protéger la retraite de Bac-lé.
- Le corps de télégraphie militaire, quoique de création assez récente, a déjà rendu de grands services; il est appelé à en rendre davantage encore. Les officiers qui le dirigent apportent à l’instruction de leurs hommes les soins les plus intelligents et ils obtiennent des résultats remarquables. A l’avenir, des communications sûres et rapides seront assurées pour toutes les divisions d’un corps d’armée et pour les corps d’armée entre eux ou avec les places fortes ; et cela malgré la présence de l’ennemi, par-dessus ses lignes, et sans qu’il puisse même s’en douter. Car pour apercevoir les signaux faits par les appareils à lentille ou à miroir, il faut se trouver dans l’axe du faisceau lumineux émis, et comme il a très peu d’étendue il suffira que les deux postes, ou même seulement l’un d’eux se trouve à 10 ou 15 mètres de hauteur, pour que les feux soient visibles seulement pour les opérateurs.
- Est-il besoin d’ajouter qu’en cas de guerre, pour plus de sûreté, il suffirait de changer la signification de quelques lettres ou d’employer le langage chiffré, pour assurer un secret absolu aux communications ?
- G. Mareschal.
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- L’ILE DE LA RÉUNION
- CLIMAT. — PRODUCTION. - SITUATION ÉCONOMIQUE
- (Suite et fin. — Voy. p. 107.)
- Il y a aujourd’hui à la Réunion 48000 hectares plantés en cannes, et le produit en sucre a varié de
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- LA N A Tl7 RE.
- 29 à 60 millions de kilogrammes, c’est un rendement de 800 à 1200 kilogrammes à l'hectare; moins du tiers de ce que sur la même surface produit en Europe la culture de la betterave. C’est un résultat navrant surtout en présence de l’abaissement continu des prix de cette denrée sur les marchés européens. Comme si ce n’était pas assez, les cultivateurs delà Réunion sont encore victimes de la déplorable organisation du travail dans notre colonie, organisation qui lui est, d’ailleurs, commune avec les Antilles, et qui suffira à amener la ruine de ces régions autrefois si prospères.
- Par le fait du climat, les besoins de l'homme sont dans les régions tropicales très simplifiés, et la nature y pourvoit presque entièrement sans effort. Le vêtement y est une sorte de luxe, une conséquence de l’habitude et de la tradition bien plus 'qu’une nécessité imposée par les intempéries. La demeure, le mobilier y peuvent être aussi simples qu’on voudra. Une natte fraîche sur le sol est mieux pour dormir et se reposer qu’un lit moelleux de construction compliquée. Au lieu de l’alimentation substantielle nécessaire à l’Européen, il ne faut au créole qu’une nourriture légère, plutôt végétale qu’animale. Quelques poignées de riz, des fèves, des bananes, du poisson, tel est l’ordinaire de la grande majorité des habitants, et la terre donne tout cela sans peine.
- Sous ce climat où les besoins sont si simples et si facilement satisfaits, en même temps que l’effort physique y est plus pénible qu’ailleurs, la loi d’airain est sans empire, et le travail n’est plus imposé par d’inévitables nécessites. On peut affirmer que pour la race blanche il est une cause presque certaine de destruction. Aussi au début de la colonisation, y avait-on pourvu au moyen de l’esclavage. Ce sont des Cafres de la côte de Mozambique, et des Malgaches de Madagascar, qui ont pendant plus d’un siècle défriché et cultivé la Réunion.
- Nulle part plus qu’à la Réunion, les rigueurs de l’institution servile n’ont été adoucies par les mœurs de la population créole. Du maître à l’esclave s’était établi dans presque toutes les familles un courant de sympathie et d’attachement mutuel. Néanmoins, lorsque la République de 1848 proclama l’émancipation immédiate, le premier usage que les noirs firent de leur liberté fut de s’éloigner des plantations. Quelques-uns vinrent dans les villes ; la plupart s’établirent sur les terres vacantes, s’y construisirent une cabane en feuillage et en paille, l'entourèrent de quelques bananiers, et goûtèrent le suprême bonheur de ne rien faire. Ce mouvement fut si prompt, si instantané, que la récolte de 1848 faillit être perdue faute de bras pour la recueillir. Pour éviter ce désastre, il fallut toute la prudence et toute l’habileté de celui-là même qui venait, au nom du Gouvernement nouveau, de proclamer l’émancipation, et c’est à M. Sarda Garriga, commissaire delà république, que les propriétaires furent redevables de cette dernière récolte de l’esclavage. L’immigration intermittente et difficile d’engagés de la côte de Mozambique et
- de Madagascar pourvut pendant un certain temps aux nécessités les plus pressantes des travaux agricoles. Lorsque, en 1861, l’Angleterre autorisa les engagements des coolies hindous, on crut pendant quelque temps avoir trouvé un remède définitif à une situation précaire et menaçante. L’immigration des coolies de la côte de Malabar et du Bengale fut organisée, et au régime de l'esclavage succéda celui des engagés. C’est de ce moment qu’on peut faire dater le commencement de la période difficile que les habitants de la Réunion n'ont pas fini encore de traverser. Robuste, docile, acclimaté, le noir de la Cafrerie ou de Madagascar est un excellent travailleur pour l’agriculture des pays tropicaux. Au contraire, les coolies indiens sont le ramassis des grandes villes du Malabar et du Bengale, à moins qu’ils ne proviennent des districts de l'intérieur, épuisés par les famines périodiques. Sans vigueur et sans énergie, affaiblis physiquement et moralement par ces vices monstrueux et innommés qui pullulent dans les bas fonds des grandes cités asiatiques, impropres aux travaux des champs que beaucoup d’entre eux ne connaissaient même pas à leur arrivée, ces déplorables auxiliaires transportent encore avec eux des contagions redoutables.
- La Réunion était autrefois renommée parmi nos marins pour l’excellence et la salubrité de son climat. On n’y connaissait ni le vomito des terres chaudes d’Amérique, ni le choléra de la vieille Asie. C’est un convoi de coolies indiens qui en 1865 y apporta les germes d une fièvre intermittente à caractère souvent pernicieux, laquelle depuis cette époque décime la population et fait dans tous ses rangs des vides douloureux qui ne se comblent plus.
- Il n’est peut-être pas sans intérêt de donner ici quelques détails sur ce mode de recrutement des travailleurs, qui a été, à notre avis, non la seule mais une des causes de la situation difficile contre laquelle les créoles de Bourbon ont aujourd’hui à lutter.
- Recrutés dans h s régions méridionales de la presqu’île Hindoustanique, ces coolies sont pris au hasard dans le ramassis de misérables, de vagabonds et de déclassés, que la rigueur des coutumes bannit de leur caste, et que l’appàt d’une prime en argent séduit facilement. Ils sont embarqués à Madras, Calcutta ou Pondichéry, après avoir contracté un engagement de cinq ans, au bout duquel ils doivent être, s’ils en font la demande,rapatriés parles soinsetaux frais de la colonie. Une des clauses de la convention passée avec le gouvernement de l’Inde impose l’obligation de comprendre dans l’effectif des convois, les femmes pour environ un tiers, clause qu’il suffit d’énoncer pour faire entrevoir la déplorable moralité de ces engagés. Ils ont droit à une nourriture dont la composition journalière est soigneusement détaillée dans l’engagement, et qui comprend réglementairement par jour : 800 grammes de riz, un peu de poisson sec ou de viande salée, des légumes, du sel,'de la graisse ou de l’huile.
- On leur garantit également un salaire minimun
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- de 15 francs par mois pour les hommes, 12 francs pour les femmes et les enfants en état de travailler. Enfin, ils sont logés, vêtus aux frais de celui qui les occupe. Logement et vêtement sont peu de chose, mais les frais de maladie ont une importance sérieuse dans ces êtres minés héréditairement par la misère et le vice.
- L’exécution de ces conditions est contrôlée par un personnel spécial de syndics, placés sous la haute autorité d’un fonctionnaire qui a le nom significatif de protecteur des immigrants, et exerce à la fois une juridiction disciplinaire sur ceux-ci, et une surveillance incessante sur les propriétaires. A son arrivée à la Réunion, chaque immigrant coûte déjà en moyenne de 425 à 450 francs, somme qui doit être amortie en cinq ans. Or, nous l’avons
- dit, le 1/3 se compose de femmes : sur les hommes 1 /7 au moins est toujours ou à l’infirmerie ou à l’état de vagabondage et d’indiscipline. Toutes ces conditions réunies arrivent à ce résultat que la journée de travail effectif des engagés ne revient pas à moins de 2 fr. 50 à 2 fr. 60. Ce serait là un beau prix dans plus d’une de nos provinces. Il est d’autant plus lourd pour la culture que la somme de travail à laquelle il correspond est plus mince.
- L’exécution des travaux de terrassement du port et du chemin de fer de la Réunion a fait ressortir d'une façon frappante le médiocre rendement de l’engagé hindou, et a permis de donner pour ainsi dire la mesure comparative de la capacité de travail des différentes races auxquelles il a fallu recourir. Une observation prolongée a permis de constater
- que, la fouille et charge en wagon d’un déblai facile analogue à celui dans lequel les Flamands et les Rretons font 10 mètres cubes par jour, donnait les résultats suivants :
- Avec les Cafres.
- Arabes d’Aden.
- Malgaches . . .
- Créoles et Métis
- Engagés Indiens
- Ce qui a pu être rigoureusement constaté sur les chantiers, se manifeste à peu près également dans les travaux de la culture. On voit donc quelle pauvre ressource notre colonie tire de cette immigration hindoue qui a eu son heure de vogue, et qui a été trop vantée dans les documents officiels.
- Les travailleurs importés d’Aden par la Compagnie du chemin de fer étaient plutôt des Somalis de la côte d’Afrique, mêlés à quelques transfuges du
- Hedjaz et du golfe Persique que des Arabes proprement dits. Intelligents, vigoureux, insensibles à la température, ils ont été une ressource précieuse pour la conduite des machines et la manœuvre des appareils. Un esprit de turbulence et d'indiscipline quelquefois difficile à maîtriser gâtait leurs heureuses qualités et oblige à mettre une certaine réserve dans leur éloge.
- Venus des plages de la grande terre, ou des îles qui l’avoisinent, les Malgaches sont de bons marins, d’humeur facile, mais le travail de la terre est en petite estime parmi eux.
- Les Cafres — et avec eux les créoles de sang africain — sont les véritables travailleurs des champs. Indolents, amis du repos, ils ne donnent qu’un travail intermittent; mais avec une tâche acceptée et suffisamment rémunérée, ils produisent un effort considérable; aussi est-il désirable de voir
- 8 mètres cubes. 7 —
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- leur emploi se substituer peu à peu à celui des coolies hindous, qui, si l’on veut bien rapprocher ce qu’ils coûtent du faible rendement des terres, a été une cause de ruine pour l’agriculture coloniale.
- L’heure est venue, en effet, pour les habitants de la Réunion de faire un suprême effort. Le sucre, leur produit presque unique, est arrivé aujourd’hui sur les marchés Européens, à un prix qu’aucune législation douanière ne pourra rendre rémunérateur pour eux. Il faut envisager courageusement et virilement cette situation et se décider à y porter les remèdes efficaces. Ils sont simples, d’ailleurs, et les mêmes que partout. Réduire le prix de revient et
- améliorer la production. 11 faut pour cela ne pas contraindre la nature à des efforts coûteux et peu productifs. Cultiver la canne sur des hauteurs où la précieuse graminée met dix-huit mois, quelquefois deux ans, à arriver à maturité, quand elle y arrive, et où il faut arroser ses jeunes pousses à la main, comme fait le bourgeois de Bois-Colombes pour les œillets de son parterre, est une faute économique qu’il importe de ne plus commettre. Il faut réserver ces régions, relativement tempérées, aux cultures qui leur sont propres, et ne livrer à la canne que les alluvions profondes des terres basses et chaudes; restituer à la terre, par l’emploijudioicux
- Fig. 2. — Basaltes dans la rivière des roches à File de la Réunion. (D’après une photographie.)
- et abondant d’engrais appropriés, les éléments que lui enlève la végétation, est une autre amélioration à apporter au régime actuel.
- La concentration des manipulations dans un petit nombre d’usines, bien pourvues des derniers perfectionnements d’une industrie dont les incessants progrès doivent être suivis pas à pas, constituerait encore, par l’économie du prix de fabrication et l’amélioration du rendement, une cause importante de relèvement.
- LeCrédit foncier colonial, possesseur de plusieurs établissements importants, est aujourd’hui, sous une intelligente et habile direction, entré dans cette voie, et grâce aux facilités qu’offre le chemin de fer pour les transports des champs aux usines, son
- exemple peut être aisément suivi. Cette institution, en se mettant ainsi à la tête du progrès, aura réparé en grande partie le mal involontaire qu’une trop grande facilité dans les prêts fonciers a fait jadis à la colonie. Mais que là où ne se trouvent pas réunies toutes les conditions pour la production avantageuse de la canne, on cesse de vouloir, bon gré mal gré, l’y planter.
- Le café, qui a fait jadis la réputation de Bourbon, doit y reprendre une place d’honneur. La production en était de près de 2 millions de kilogrammes en 1830. Elle est descendue à 83000 kilogrammes en 1877 et s’est relevée 'a 550 000 kilogrammes en 1880. Il faut persévérer dans cette voie. La vigne qui vient d’être réintroduite dans l’île, et dont des
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- essais poursuivis avec autant de science que d’habileté pratique font prévoir le succès, devrait occuper la plus grande partie des altitudes moyennes. La ramie, à laquelle convient si bien le climat intertropical et dont le marché européen s’élargit chaque jour, doit aussi se faire une place considérable ; et combien d’autres végétaux ne peuvent pas être heureusement substitués au trop envahissant roseau ! N’y a-t-il donc plus de place pour le girollier, le cannel-lier, le muscadier, qui faisaient autrefois l’ornement des habitations, dont l'entretien et la récolte n’exigeaient que des soins faciles et agréables à rendre ?
- La superficie accessible de l’île de la Réunion se peut répartir aujourd'hui de la façon suivante :
- Cannes à sucre................... 49 909 hectares.
- Café.................................. 6140 —
- Girofle................................ 40 —
- Vanille.......................... 1 607 —
- Tabac................................. 264 —
- Vivres (grains, légumes) ... 2'> 950 —
- Soit pour les terres cultivées. . 84 916 hectares.
- Puis viennent :
- Les savanes.................... 51 607 hectares.
- Les bois....................... 58 968 —
- Les friches incultes........... 58 8'*5 —
- Soit en tout. . .................. 254 586 .hectares.
- dont la culture exige aujourd’hui plus de 125 000 individus, sur lesquels on compte 64000 engagés. Il y aurait certainement tout bénéfice à transformer cette répartition des cultures de façon à ne demander aux diverses icônes de terrains cultivables que ce qu’elles sont aptes à produire.
- La canne à sucre dans les régions chaudes et fertiles, la vanille dans la partie humide, la vigne, le café, les épices sur les pentes, avec le thé qui y vient à merveille; la ramie dans les savanes ; et sur les hauts plateaux, trop négligés jusqu’ici, les pâturages, les céréales, les pommes de terre, ressources non seulement pour la Réunion, mais encore pour son opulente voisine, l’île Maurice, qui en est presque absolument privée. Aidée par 1 irrigation, cette méthode culturale aura encore l’avantage inappréciable de réduire considérablement les nécessités de main-d’œuvre. Le nombre des engagés pourra être réduit dans une proportion considérable, et ce sera un grand bienfait que de diminuer, sinon de faire disparaître, entièrement ce tléau coûteux.
- Dans cette œuvre de transformation, le chemin de fer et le port sont appelés à rendre à l'ile les services les plus actifs. Le port offre aux navires la sécurité et la rapidité de> opérations, circonstances qui doivent intluer delà façon la plus heureuse sur le cours des frets et le taux des assurances. Le chemin de fer assure, en toute saison, la circulation publique, le transport économique des produits. Non seulement il relie au port tous les quartiers producteurs de l’île ; il les réunit entre eux ; il facilite aux produits des champs l’accès de l’usine, où ils doivent être élaborés : il est l’artère nécessaire par laquelle circulent
- le mouvement, l’échange et la vie. C’est aux habitants à savoir l’utiliser largement, comme c’est d’eux surtout que dépendent la rapide transformation de leur agriculture et le relèvement de leur fortune. Ils ont le cœur et l’intelligence: qu’ils sachent y ajouter l’opiniâtre volonté de réussir et que devant des ressources naturelles merveilleuses, qu’il s’agit seulement de metlre en œuvred’une façon judicieuse, ils se souviennent du conseil du laboureur à ses enfants :
- Travaillez, prenez de la peine,
- C’est le fonds qui manque le moins.
- J. Eleüky.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Traité théorique et pratique des pompes et machines pour élever les eaux, par L. Poiiaon, ingénieur des arts et manufactures. 1" volume, avec un atlas de planches. — Paris, E. Bernard et Gie, 1885.
- Traité élémentaire d'entomologie, par Maurice Girard, Hémiptères, diptères et ordres satellites, tome III, 2e fascicule. I vol. in-8", avec un allas de planches. — Paris, J.-B. Baillière, 1885.
- Traité de paléontologie pratique. Gisement et description des animaux et végétaux fossiles de la France, par Stakjsus Meunier. 1 vol. in—18, avec 815 gravures et deux cartes géologiques. — Paris, J. Rothschild.
- L'Electricité à TExposition de T Observatoire de Paris, par Juppont, ingénieur des arts et manufactures. 1 vol. in-8°. — Aux bureaux du Génie civil, à Paris.
- Le Pétrole, son histoire, ses origines, son exploitation dans tous les pays du monde, par Fernand Hue, 1 vol. in-18. — Paris, Lecène et Oudin, 1885.
- U Afghanistan. Les Russes aux portes de TInde, par Ch. Simond. 1. vol. in-18. — Paris, Lecène et Oudin, 1885.
- Geology of lhe comstock Iode and lhe Washoe district by Gëorüe F. Becker. 1 vol. in-l° avec gravures, planches, et 1 magnifique atlas. — Washington, 1882.
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- CHRONIQUE
- La mort de M. Milne-Edwards. — Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la mort de M. Henri Milne-Edwards, une des gloires scientifiques de notre pays. M. Milne-Edwards était né au commencement de cé siècle, le 25 octobre 1800. Nous consacrerons dans notre prochain numéro une notice à l’illustre savant et aux grands travaux qu’il a entrepris pendant sa longue et belle carrière.
- Éclairage do théâtre de l'Opéra. — L’administration de l’Opéra s’est décidée à adopter d’une manière générale la lumière électrique pour l’éclairage de notre grande scène lyrique. Un contrat de dix années a été signé dans ce but par M. le Ministre de l’instruction
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- publique, des beaux-arts et des cultes, MM. Hitt et Gail-hard, directeurs du théâtre, et M. Rau, administrateur délégué de la Société électrique Edison. L’installation, qui doit être terminée au mois de septembre, comprendra 2000 lampes à incandescence, et produira l’éclairage complet de la salle (rampe, lustre, girandoles), du grand escalier, du grand foyer, de l’avant-foyer et de la loggia. Il y aura probablement en outre quelques lampes à arc qui seront, croyons-nous, du système l'ieper, fort remarqué à l’Exposition d’Anvers. Ces lampes ont déjà été essayées sur la façade du monument, à l’occasion de la première représentation de Siyurd. Quant aux machines, elles seront installées dans les sous-sols, où d’ailleurs la place est loin de manquer, et se composeront de 3 dynamos Edison de 1000 lampes, de 5 machines Corliss et de 5 grands générateurs Belle-ville ; 2 machines électriques et à vapeur seulement fonctionneront en temps ordinaire ; les autres seront gardées en réserve en cas d’accident.
- Préparation de l’alnininium par l'électricité.
- — Un nouveau procédé galvanoplastique, dû à M. E. Senet, permet de déposer l'aluminium aussi facilement que le cuivre, l’argent, etc. 11 suffit pour cela de faire arriver un courant électrique de 6 à 7 volts et de 4 ampères environ dans une solution saturée de sulfate d’alumine en présence d’une dissolution de chlorure de sodium, ces deux liquides étant séparés l’un de l’autre par un vase poreux. Sous l’action du courant, il se forme un chlorure double d’aluminium et de sodium qui se décompose au fur et à mesure de sa production, et l’aluminium mis en liberté se porte sur l’objet à recouvrir qui sert d’électrode négative. On obtient ainsi un dépôt métallique de très bonne qualité. La découverte est donc importante, car elle peut être aussi appliquée à la préparation de l’aluminium, et comme le procédé est peu coûteux, il permet d’entrevoir la solution si longtemps cherchée de la fabrication économique de l’aluminium.
- Bateaux-phares de l’Atlantique. — Les journaux américains s’occupent d’un projet dont l’utilité pour la navigation transatlantique serait capitale et dont l’exécution ne présenterait aucune difficulté sérieuse ; c’est simplement une question d’argent, et l’importance de la dépense est sans aucune proportion avec les avantages à recueillir. Il ne s’agit de rien moins que de l’éclairage de la route que suivent les navires se rendant de la Manche aux Etats-Unis, entre la côte d’Irlande et le banc de Terre-Neuve. Voici, d’après le bulletin de la Société des ingénieurs civils, comment s’effectuerait cet éclairage : on placerait dix feux flottants de grande puissance disposés à 2UU milles de distance l’un de l’autre, en ligne droite. Ces bateaux-phares seraient amarrés au moyen d’ancrages leur permettant de suivre en hauteur les mouvements des marées sans changer de place. Ils seraient reliés entre eux et avec les côtes des deux continents par des câbles électriques et formeraient des stations télégraphiques où les navires pourraient recevoir et laisser des communications. En dehors de la question de l’éclairage, l’utilité de ces stations est évidente; en cas d’avaries ou de sinistres, on connaîtrait très approximativement la position du navire en péril.
- Quant à l’éclairage nocturne, il ne faut pas oublier que la ligne directe entre l’entrée de la Manche et Terre-Neuve commence à être si parcourue, que la compagnie Cunard, la plus ancienne des compagnies transatlantiques, laquelle se glorifie de n’avoir jamais éprouvé de sinistres sur sa
- ligne des Etats-Unis, préfère pour maintenir cette sécurité traditionnelle, s’écarter de cette grande route tracée idéalement sur l’Océan, au prix d’un allongement de parcours. Les stations télégraphiques marines rendraient aussi d’importants services en prévenant les navires du passage fréquent des banquises de glace dans ces parages, à la fin de l’hiver.
- Torpilleur actionné par l’électricité. — Un
- ingénieur de Stettin fait depuis quelque temps des essais avec des torpilleurs dans lesquels l’électricité sert de force motrice, manœuvre le gouvernail et produit l’explosion au moment voulu. Le torpilleur, qui a la forme ordinaire des appareils de ce genre, porte à sa partie postérieure une dynamo qui actionne l’hélice et une disposition électromagnétique qui commande le gouvernail. Le courant est amené au torpilleur par un câble qui contient 5 fils bien isolés l’un de l’autre. Deux de ces fils amènent le courant à la dynamo, deux autres au mécanisme qui commande le gouvernail, le cinquième sert à enflammer la charge au moment voulu. Le mouvement du gouvernail dans un sens ou dans l’autre, est obtenu par des courants de sens différents ; l’explosion ne peut être produite qu’à l’aide de courants alternatifs de sorte qu’aucune explosion ne pourrait se faire, même si les différents fils venaient au contact. La charge du câble que le torpilleur doit porter, limite nécessairement la distance à laquelle on peut la lancer : on n’a pas dépassé 800 mètres jusqu’à présent. Il est difficile de dire quelle importance ces essais peuvent avoir pour la marine de guerre, la distance à laquelle'on peut lancer l’appareil étant encore trop faible. Toutefois on espère arriver à des résultats plus pratiques,' et pour le moment le torpilleur électrique que l’on peut manœuvrer à pareille distance de toutes les façons possibles, est pour le moins un appareil intéressant au point de vue de sa
- construction. '
- -- ®
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 juillet 1885.— Présidence de M. Bouleï.
- La couronne solaire. — II résulte d’un mémoire dé M. Tacchini que le soleil vu de l’Observatoire de l’Etna, à 3300 mètres d’altitude, a présenté ces jours derniers une belle auréole blanche concentrique à une auréole rouge, tandis que de Messine, de Calane, rien d’analogue n’était noté. L’auteur signale en même temps la réapparition de phénomènes crépusculaires roses, du genre de ceux de 1883, bien que moins intenses. U en conclut que l’éruption du Krakatau leur est complètement étrangère.
- C’est l’opinion aussi de M. Landerer qui, par l’intermédiaire de M.Janssen, signale aux derniers jours de mai et aux premiers jours de juin la réapparition des lueurs crépusculaires, et les rattache au passage de la comète de Biéla.
- Théorie des trombes, — La discussion continue entre M. Faye et M. Mascart au sujet du phénomène des cyclones. Les deux adversaires, tablant surtout l’un et l’autre sur les résultats obtenus par M. Feuby à l’égard de 600 tornados des États-Unis, persistent plus que jamais dans leurs manièi’es respectives de voir.
- Encyclopédie chimique. — M. Prunier ajoute au tome VI de la monumentale Encyclopédie chimique de M. Fremy, un deuxième fascicule, de plus de 1000 pages, relatif aux alcools et aux phénols. On peut dire que cet . ouvrage représente exactement l’état actuel de la science
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- sur ces catégories si importantes de composés organiques. Au point où elle est parvenue aujourd’hui, Y Encyclopédie chimique est une œuvre sans analogue, qui fait le plus grand honneur à son illustre directeur.
- Varia. — M. Richet donne des nouvelles rassurantes au sujet de M. Jamin, qui déjà malade, a été atteint d’un anthrax. — M. Dieulafait poursuit ses études sur l’origine des minerais de manganèse associés à la barytine. — Une méthode d’analyse volumétrique, applicable surtout au dosage du manganèse, est présentée par M. Charpentier. Stanislas Meunier.
- LA PILE ROTATIVE DE M. BAZIN
- L’agitation des éléments d’une pile et le renouvellement des surfaces actives constituent des moyens de dépolarisation déjà très anciens, et l’on voit surgir de temps en temps de nouveaux modèles dans lesquels l’auteur s’applique à utiliser avantageusement cette action.
- L’une des plus récentes tentatives dans cet ordre d’idées est la pile rotative présentée récemment par M. Bazin à la Société internationale des électriciens, et dont la figure ci-contre permet de comprendre les dispositions principales.
- Sur un axe fixe dans l’espace sont montés huit éléments composés chacun d’un zinc placé entre deux charbons ; les communications entre ces différents éléments s’établissent par des lames de laiton convenablement ménagées sur l’axe. Sept de ces éléments sont couplés en tension et servent à l’alimentation du circuit extérieur, un huitième élément formant un circuit isolé alimente un petit moteur électrique qui sert à communiquer à l’axe commun une vitesse de rotation d’environ un tour par minute. Le liquide actif est renfermé dans des auges rectangulaires en verre placées sur un plateau horizontal qu’on peut élever ou abaisser à volonté à l’aide d’une vis manœuvrée par un volant placé sur la droite de l’appareil.
- Chaque auge contient trois litres d’une solution de bichromate de potasse dont voici la formule (en
- poids) : -
- Eau.......................... 1000
- Acide sulfurique............... 300
- Bichromate de potasse ... 125
- Nous avons eu l’occasion de faire quelques expériences sur celte pile, et d’étudier sa constance avec des débits différents. Elle n’a pas, à notre avis, et jusqu’ici du moins, répondu aux espérances de son auteur ; les courbes de décharge ont toujours indiqué des décroissances rapides après une heure de fonctionnement seulement; on peut, il est vrai, atténuer cet affaiblissement du débit par une immersion convenable des éléments et un accroissement de surface compensant l’augmentation de résistance intérieure, mais ces manœuvres fréquentes sont incompatibles avec les besoins ordinaires de la pratique ; en fait, nous estimons qu’on aurait obtenu un régime plus régulier et une constance plus grande avec des éléments immobiles, à la condition de donner une surface convenable aux lames de zinc et aux plaques de charbon. Le bénéfice de la rotation se trouve donc complètement perdu
- par suite d’une disposition que nous considérons comme vicieuse. En effet, M. Bazin fait tourner à la fois les charbons et les zincs : pour les premiers, c’est incontestablement un avantage; pour les seconds, c’est manifestement un inconvénient, car ils entraînent avec eux une certaine quantité du liquide qui les attaque en pure perte, hors de la solution, sans produire d’énergie électrique, et s’épuise ainsi prématurément. Dans ces conditions, la pile fonctionne avec autant d’action locale qu’un élément au bichromate dont on aurait inutilement exagéré la surface du zinc. Nous croyons savoir que M. Bazin s’occupe de modifier sa pile dans le sens que nous indiquons, en rendant les zincs immobiles, ce qui, de plus, facilitera beaucoup leur remplacement. Nous attendons ces nouveaux éléments et les résultats de nouvelles expériences pour publier des chiffres, car ceux fournis par les éléments actuels sont loin d’être favorables, et ne justifient en aucune façon les articles dithyrambiques par lesquels la presse politique a salué l’apparition de cette pile et appelé sur elle l’attention admiralive du public. E. Hospitalier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanmeu.
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- Pile rotative de M. Bazin.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- HENRI MILNE-EDWARDS
- La science française, si péniblement éprouvée depuis quelque temps, vient de subir une nouvelle et grande perte. H. Milne-Edwards est mort mercredi dernier, succombant à une douloureuse maladie, dont la marche rapide, depuis quelques semaines, avait enlevé a tous les amis de l’illustre dojen de la Faculté des sciences l’espoir d’une guérison.
- Le rôle que Henri Milne-Edwards a joué dans les sciences naturelles, tant au point de vue des études de zoologie pure qu’au point de vue des recherches concernant l’anatomie et la physiologie comparée, a une importance immense. 11 fut un des r plus grands naturalistes français. Pour tout juge impartial, son nom rayonnera du même éclat que celui de Cuvier. Ses méthodes de recherches, son enseignement, en firent de bonne heure un maître incontesté, dont les doctrines furent universellement reçues.
- II. Milne-Edwards naquit à Bruges (Belgique), le 23 octobre 1800, d’une famille originaire de la Jamaïque dont il était le vingt-septième enfant.
- Ses goûts de jeunesse le portèrent surtout vers les études artistiques ; il se plaisait h peindre et à faire de la musique. Personne, à cette époque, n’eût soupçonné dans l’auditeur
- assidu des représentations du Théâtre-Italien le futur professeur, adonné depuis, d’une manière si complète au culte de la science. Peu à peu l’influence de son frère Williams Edwards, membre de l’Institut et auteur du remarquable travail intitulé Influence des agents physiques sur la vie, se lit sentir sur lui. Sous l’instigation et la direction de ce guide éclairé, il entreprit des études médicales qu’il termina en 1823. La même année, il adressa plusieurs mémoires à l’Académie des sciences, dont un, tout particulièrement accompli en collaboration avec Breschet et portant pour titre Influence du système nerveux sur la digestion, fixa l’attention du monde scientifique. A partir de cette époque, IL Milne-Edwards se consacra complètement à l’étude des sciences naturelles, et ses nombreux et admirables travaux vinrent d’année en année jeter
- il
- lluui'i Milua-Edwards, lié à Brugua le 2Ô octobre 1800, mort le 29 juillet 1885. (D’après une photographie.)
- un jour tout nouveau sur une quantité considérable de problèmes relatifs à la vie.
- Les premiers naturalistes, qui aient abordé l'étude des animaux, avaient cherché à les distinguer les uns des autres en se basant simplement sur l'examen des caractères extérieurs. C’est cette méthode qui était encore en pratique à l’époque à laquelle parut Cuvier. Cet illustre anatomiste, dans ses nombreuses études, montra qu’au point de vue des liens unissant entre eux les êtres vivants, les caractères extérieurs ne possédaient qu’une valeur relative, tandis que ceux tirés du mode de constitution anatomique, en avaient une prépondérante. Cette manière nouvelle de procéder dans les investigations
- relatives aux affinités pouvant exister entre divers êtres, devait conduire à établir des classifications bien autrement précises que ne l’étaient celles formu lécs jusqu’à ce moment, et elle permettait de comprendre sûrement ce qu’était le règne animal. II. Milne-Edwards, désireux comme l’avait été Cuvier de bien saisir les liens rapprochant des organismes divers, fit de l’anatomie, la base de ses études ; mais seulement il y joignit, ce qui n’avait jamais été fait avant lui, la recherche du mode de développement et de fonctionnement des organes dont il arrivait à Paris découvrir l’existence. Par conséquent, l’étude du monde animal ne devait plus être entreprise qu’en se servant à la fois, et de l’anatomie comparée et de la physiologie comparée. Ce fut cette méthode, appliquée durant toute sa vie, qui le conduisit à découvrir les grandes lois présidant à l’organisation des êtres animés, et qui en fit un maître incontesté, dont les enseignements ne tardèrent pas à se répandre dans l’univers entier.
- En 1826, il commença avec Audouin ses belles recherches sur l’anatomie, la physiologie et la zoologie des animaux marins de nos côtes. II poursuivit ses études à Saint-Malo, à Grandville, aux îles Chaus-sey durant les années suivantes, et, en 1850, il en présenta un résumé dans un ouvrage en deux volumes intitulé : Littoral de la France. Une grande partie de ce travail, consacrée à l’étude des Anné-lides, fut l’objet d’un rapport élogieux de la part de
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- 13e année. — 2* semestre.
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- Cuvier. C’est en 1827, qu’en collaboration avec Audouin, il publia un travail sur la Circulation du sang chez les crustacés ; c’était là, la première de ces magnifiques études de physiologie expérimentale qui allaient faire de lui un chef d’école.
- En 1832, il entrait comme professeur au lycée Henri IV et à l’Ecole centrale des arts et manufactures. Malgré cet enseignement multiple, il ne cessa de publier, coup sur coup, une nombreuse série d’ouvrages de vulgarisation. Tout d’abord, la partie zoologique des Eléments d'histoire naturelle, de A. Comte, ouvrage qui ne fut pas tiré à moins de 100 000 exemplaires, puis un livre élémentaire sur la zoologie, que tout jeune lycéen a entre les mains et qui, en 1877, atteignait sa douzième édition. Mais l'étude des animaux marins, qui avaient été pour lui l’occasion de si belles recherches, l’attirait invinciblement. Jusqu’alors, les Crustacés dont il venait de faire connaître la circulation, n’avaient été, au point de vue de leur organisation, de leur distinction en divers groupes, en genres et en espèces, l’objet d’aucun travail d’ensemble. Frappé par le nombre, la richesse des formes encore inconnues, renfermées dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle où les avaient déposés de nombreux voyageurs, il conçut l’idée d’écrire une histoire complète de ces êtres. Ce grand travail, dans chaque page duquel on trouve la marque d’un esprit d’observation, d’une justesse infinie, ne devait pas comprendre moins de trois volumes et un atlas. Cette œuvre, qui seule eût pu suffire à la renommée scientifique d’un naturaliste, fut accomplie avec une rapidité inouïe, car elle était imprimée en 1834.
- Deux années après, nous retrouvons le naturaliste sur les côtes d’Algérie qu’il parcourt pour étudier l’organisation de divers animaux marins et, de retour en France, il consigne ses diverses observations dans une série de mémoires qui portèrent le litre de Recherches anatomiques, physiologiques et zoologiques sur les polypes (1838).
- L’importance, le nombre, la variété de ses travaux avaient frappé de bonne heure l’esprit des zoologistes; aussi, à la mort de Frédéric Cuvier, l’Académie des sciences ouvrit-elle ses portes à Henri Milne-Edwards. La même année il était chargé du cours d’anatomie et de physiologie comparée fait jusqu’alors à la Sorbonne par Et. Geoffroy Saint-Hilaire.
- Il semblerait qu’après une vie déjà si bien remplie H. Milne-Edwards, membre de l’Institut, chargé d’un cours à la Sorbonne dut modérer son activité scientifique. Il n’en fut rien, et c’est cette persistance dans le travail, cet amour passionné pour la recherche de l’inconnu, qui constituèrent un des côtés les plus remarquables de ce grand caractère. Le repos pour lui ne devait pas exister, et jusqu’à ses derniers jours, il consacra chaque instant de sa vie à faire progresser la science, au culte de laquelle il s’était voué d’une manière si absolue.
- En 1839, après des recherches entreprises sur les bords de la Manche à Saint-Waast, La Ilougue,
- et continuées l’année d’après à Nice, il exposa, dans une série de mémoires, différents faits concernant l’embryogénie, l’anatomie comparée et la physiologie des Ascidies. Le développement des êtres, qui avant lui n’avait jamais été utilisé pour servir à différencier entre elles les diverses formes animales, lui parut alors, devoir constituer pour les zoologistes un élément de recherches d’une importance capitale. Ses travaux, ceux publiés par divers auteurs et qui furent la conséquence de ses observations, montrèrent combien étaient justes ses prévisions et quel grand rôle l’embryologie devait jouer dans les études zoologiques.
- En 1841, il était appelé comme professeur d’entomologie, au Muséum où il succédait à son ami et-collaborateur Audouin. C’est à cette époque, qu’il conçut la pensée d’étendre ses recherches sur les animaux marins, en explorant non plus seulement le littoral, mais en allant prendre au fond de la nielles êtres animés qui pouvaient y vivre. L’idée de ces explorations sous-marines, qu’il eut le bonheur de voir accomplir plus tard avec tant de succès par son fils Alphonse M.-Edwards, occupait son esprit. Il s’inquiétait de trouver le moyen d’arriver à saisir un monde animal, dont il prévoyait l’existence, et qui paraissait devoir toujours échapper à nos regards. Ses investigations avec Audouin sur les côtes de France, l’avaient conduit à reconnaître que la faune marine se modifiait complètement à mesure qu’on explorait des parties de plus en plus profondes de la mer ; seulement les moyens dont on disposait alors, avaient limité ses recherches à de faibles profondeurs. D’autres que lui se fussent arrêtés en présence des difficultés que présentait le nouveau genre d’études qu’il voulait entreprendre ; mais son caractère, qui ne permettait pas qu’une idée juste après avoir été conçue ne fût réalisée, l’entraîna dans une entreprise, heureusement couronnée de succès, mais qui eût pu lui coûter la vie. Ne pouvant avec des engins de pêche aller s’emparer au fond de la mer des animaux qui y existaient, il conçut l’idée de se faire descendre au fond des eaux et d’aller observer sur place un monde animal qui jusqu’alors n’avait jamais été contemplé. C’est sur les côtes de Sicile, lors d’un voyage d’exploration entrepris en compagnie de M. Quatrefages et de M. Blanchard, qu’il réalisa son projet. Il enferma sa tête dans une sorte de casque muni de clapets, chargea ses pieds de lourdes semelles de plomb et se laissa couler. Du bateau, où étaient restés ses amis effrayés de son audace, on lui envoyait, au moyen d’une pompe, l’air nécessaire à sa respiration.
- Les résultats de ses investigations durant le cours de son voyage en Sicile furent considérables. C’est à cette époque qu’il accomplit ses admirables recherches sur la circulation chez les Mollusques.
- En 1844, à son retour, il fut nommé professeur titulaire à la Faculté des sciences de Paris, et cinq ans plus tard, il prenait les fonctions de doyen qu’il a conservées jusqu’à ses derniers jours.
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- Comme doyen de lu Sorbonne, 11. Milne-Edwards a rendu d’immenses services. Son activité, son désir incessant d'améliorations, son esprit toujours prêt à seconder une idée nouvelle, lui valurent la reconnaissance de ses collègues. Quand, il y a quelques années, il lut question du remplacement * des doyens alors en fonctions, ses collègues étaient tous, comme le disait sur sa tombe M. de Lacaze-Du-thiers, fermement résolus à refuser le décanat, si on venait à le leur offrir, et à exiger qu'il fût conservé à II. Milne-Edwards. 11 n’était pas de petite question concernant la Sorbonne, sur laquelle il ne voulût être renseigné, et durant ces dernières années, alors que les laboratoires ont dû être transportés dans de nouveaux locaux, on le voyait, infatigable, surveiller de tous les côtés les travaux qui s’accomplissaient, et ne cesser de demander des modifications devant rendre plus parfaites les installations des divers services.
- Malgré son enseignement à la Sorbonne et au Muséum, malgré les nombreuses occupations que lui créait sa situation de doyen, de membre de diverses Académies, H. Milne-Edwards poursuivait toujours ses études scientifiques. En 1850, il publia en collaboration avec Ilaime un ouvrage sur les Coralliaires fossiles de la Grande-Bretagne; en 1851, il consacra un long mémoire à la morphologie et à la classification des Crustacés. La même annéd parut son ouvrage si important sur les Tendances de la Nature, où il exposait ses vues sur la vitalité des diverses parties de l’organisme, et où il formulait la loi du perfectionnement des êtres animés par la division du travail physiologique.
- Il publia ensuite une Monographie des polypiers fossiles des terrains paléozoïques, en collaboration avec Ilaime, une Histoire des Coralliaires proprement dites, et il commença en 1857 l’impression de cet admirable monument scientifique auquel il donna pour titre : Leçons sur l'anatomie et ta physiologie des animaux. La publication de cette grande œuvre, qui constituera un de ses plus beaux titres de gloire, l’occupa jusqu’en 1881, époque à laquelle parut le quatorzième et dernier volume. A cette occasion, ses élèves et ses admirateurs ouvrirent une souscription, dans le but de faire frapper, pour la lui offrir, une médaille à son effigie1. A la même époque, la Société des sciences hollandaise ayant à décerner pour la première fois la médaille de Boerhave, destinée à récompenser les travaux les plus importants accomplis en histoire naturelle, désigna IL Milne-Edwards.
- Les diverses Sociétés savantes européennes avaient depuis de longues années inscrit H. Milne-Edwards parmi leurs membres. Le gouvernement français, désireux d’honorer ce grand savant, l’avait successivement fait chevalier de la Légion d’honneur en 1853, officier en 1847, commandeur en 1861, enfin, grand officier en 1885.
- 1 Voy. n° 414, du 7 mai 1881, p. 555.
- 11. Milne-Edwards laisse chez tous ceux qui l’ont connu de grands regrets. II était bon et serviable. Ses élèves ont toujours apprécié la droiture de son caractère, la sûreté de sa parole. II leur était toujours accessible, et ils étaient toujours certains de trouver auprès de lui, aux heures difficiles, de bienveillants conseils. Il aimait, et je dois ajouter, il n’aimait que les travailleurs. Il était toujours prêt à se dévouer. En 1852 une épidémie épouvantable de choléra vint ravager Paris, il se souvint alors qu’il était médecin, et lui, qui n’avait jamais exercé, courut se mettre à la disposition de la ville pour donner ses soins gratuits aux malheureux. Lorsque, en 1870, la guerre éclata avec la Prusse, il se hâta d’organiser les ouvriers, les garçons de laboratoire du Jardin des Plantes et de la Sorbonne, en une compagnie qui, sous sa direction, rendit au génie de grands services, en pratiquant des terrassements au fort de Bicêtre. Durant le bombardement, il ne cessa d’exposer sa vie pour sauver les collections du Muséum, et lorsque le feu se déclara à la suite de la chute d’un obus, à la Halle aux vins, il amena, le premier, du secours sur le lieu du sinistre.
- Sa mort est pour notre pays une perte considérable, car il fut un grand savant, un grand patriote, un homme de bien, dans la plus large acception de ce mot.
- Ces qualités rares, l’illustre naturaliste les a transmises à son fils, M. Alphonse Milne-Edwards, de l’Institut, qui continue l’œuvre paternelle et soutient si dignement la gloire de son nom.
- II. Filhol. .
- LE PH0T0SC0PE
- Les disques avancés destinés à protéger les gares sont aujourd’hui placés à des distances assez considérables du point à couvrir, distances qui atteignent souvent 1800 mètres; aussi, pour éviter les déplacements continuels que nécessiterait leur manœuvre, ils sont mis en mouvement à l’aide d’un fil métallique galvanisé de 0m,004 de diamètre, dit fil de transmission, glissant sur des poulies. Sur ce fil agit un levier de manœuvre placé à l’origine de la transmission, c’est-à-dire à la gare même, et muni d’un contre poids. Lorsqu’on cesse d’exercer une traction sur le fil de transmission à l’aide du levier de manœuvre, un levier de rappel placé au pied du disque efface le signal.
- Lorsque des obstacles matériels empêchent qu'un disque soit en vue de l’agent qui le manœuvre, et c’est le cas le plus fréquent, il n’en est pas moins nécessaire de pouvoir contrôler sa position. A cet effet, on le met en communication avec une petite sonnerie électrique dite trembleuse, qui est placée près de l’agent ; la sonnerie tinte quand on met le disque à l’arrêt et pendant tout le temps qu’il y reste, et elle s’arrête quand il est à voie libre, par
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- LA NATURE.
- le jeu d’un commutateur placé sur l’axe même du disque. l)e cette façon, la gare peut faire ses manœuvres en toute sécurité, puisqu’il suffit d’entendre le tintemeut de la trembleuse pour être assuré que cette gare est couverte par ses signaux avancés.
- Mais pendant la nuit, cette sécurité peut devenir trompeuse. En effet, la lanterne du disque peut venir à s’éteindre, soit par suite de grand vent, soit pour toute autre cause; dans ce cas, si la gare tourne son disque à l’arrêt, la sonnerie fonctionne et on peut se croire protégé; mais en réalité il n’en est rien, car s’il survient un train, le mécanicien, n’apercevant pas le feu rouge du disque, franchit ce signal sans le voir et continue d’avancer, en vertu de ce principe que l’absence de tout signal indique voie libre. On conçoit aisément les conséquences désastreuses auxquelles peut donner lieu l’extinction fortuite d’une lanterne de disque. Les recherches qui ont été faites en vue de placer un appareil permettant de vérifier, du point où le signal est manœuvré, si le feu de ce signal n’est pas éteint, ont amené l’emploi du photos-cope. Cet appareil est aujourd’hui appliqué, sur le réseau de Paris à Lyon et à la Méditerranée, à tous les disques non visibles des postes qui doivent les manœuvrer, ou situés à 600 mètres au moins de ces postes, pour indiquer, la nuit, ou en cas de brouillard, si la lanterne du disque n’est pas éteinte.
- Le photoscope se compose :
- 1° D’un patin avec abri P, fixé au haut du disque et formé d’une traverse enhois, sur laquelle sont fixés deux ressorts RR'; l’un d’eux communique avec le fil de terre, l’autre avec la sonnerie (fig. 1);
- 2° D’un disjoncteur D fixé à la lanterne et surmonté d’un coin dont les côtés, garnis de métal interrompu au point a, séparent les deux ressorts du patin, quand la lanterne est a sa place, au haut du disque, et obligent le courant à traverser le photoscope (fig. 1);
- 3° Du photoscope proprement dit, qui est formé d’une spirale S, composée de deux métaux (cuivre et acier) d’inégale dilatation juxtaposés, et qui est placé horizontalement, au-dessus de la flamme, dans la cheminée de la lanterne (fig. 2).
- L’inégale dilatation des deux métaux fait ouvrir la spirale, et l’extrémité libre a de celle-ci pousse le ressort r et le fait appuyer sur le contact c placé en regard. Comme le ressort r et le contact c communiquent respectivement avec l’une des faces du coin dont nous venons de parler, le circuit se trouve fermé sur ce point, et le courant peut passer. Si la
- lampe vient à s’éteindre, la spirale du photoscope se refroidit et, par suite, se contracte ; le ressort r, abandonné à lui-même, reprend sa position normale, le circuit se trouve interrompu et le courant ne peut plus passer. Ainsi, quand la lanterne est placée au haut du mat et que la lampe est allumée, il faut, pour que la sonnerie se mette à tinter, que deux conditions soient remplies : d’abord que le disque soit tourné à l’arrêt, ensuite que la lampe soit allumée. Par conséquent, la nuit, si la sonnerie fonctionne quand le levier de manœuvre du disque a été abattu, on peut être certain que le disque est bien tourné à l’arrêt et que son feu brûle bien ; si, au contraire, la trembleuse ne tinte pas, on doit en conclure ou que le disque n’a pas bien fonctionné, ou que la lanterne est éteinte; dans ce cas, un agent doit être envoyé immédiatement au disque, soit pour le rallumer, soit pour l’appuyer par un signal à la main.
- Une disposition spéciale de la chaîne permet de maintenir, pendant le jour, la lanterne abaissée à 0m,20 au-dessous de la position de nuit; dans ces conditions, la sonnerie fonctionne exactement comme si le disque n’était pas muni de photoscope, car autrement, on se trouverait précisément ramené au cas où le feu s’est éteint.
- Pour assurer le fonctionnement régulier du photoscope, certaines précautions sont indispensables. Ainsi la spirale métallique doit être visitée de temps
- en temps, et débarrassée du noir de fumée qui s’y accumule et qui pourrait, par sa chute, produire l’extinction de la lanterne. D’autre part, il est nécessaire que le courant d’air chaud qui s’élève par la cheminée de la lanterne agisse avec une intensité suffisante, et que son action soit également répartie sur toute la surface de la spirale. Pour obtenir ce résultat, il faut que la flamme soit vive, que la mèche ne soit pas carbonisée, et qu’en outre la cheminée soit bien verticale, de façon que son axe passe par le centre de la spirale. Enfin, il est recommandé aux lampistes de bien couper la mèche, de régler la llamme convenablement, de placer avec soin la cheminée en verre, et d’éviter, en hissant la lanterne, toute secousse ou tout choc qui pourrait déranger la cheminée de sa position verticale.
- Al. Laplaiche,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- Ressorts de contact
- Disjoncteur
- thotOSCQf
- y Cuivre
- 2. — Photoscope.
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- LA NATURE
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- LES LEGENDES DES IROQUOIS
- La confédération des Iroquois qui a joué un rôle considérable dans l’histoire de l'Amérique du Nord disparaît rapidement devant une civilisation que les Indiens t ne peuvent ni comprendre, ni s’assimiler. Le gouvernement des États-Unis s’efforce avec un zèle, auquel on ne saurait trop applaudir, de conserver les derniers vestiges des Peaux - Rouges, leurs idiomes si variés, leurs traditions, leurs légendes et c’est à une publication officielle que nous empruntons les mythes que nous voulons faire connaître aux lecteurs de La Naturel.
- Selon les Indiens, leurs pères adoraient comme eux le Grand-Esprit, maître et créateur du monde. Ils croyaient à une vie future qui se présentait à leur imagination comme un terrain de chasse, où le gibier était toujours abondant9. Leur culte se bornait à des offrandes de tabac et à des danses bizarres avec des costumes fantastiques (fig. 1) en l’honneur de ce Grand-Esprit. Il est aujourd'hui généralement admis que ces notions religieuses tiraient leur origine de communications avec les Européens, anté-
- 1 Annual Repoit of the Bureau of Ethnology, J. W. Po-well, Direetor, 1880-1.
- 4 II est remarquable que dans les divers dialectes indiens, le seul mot qui rende ce paradis est celui de ciel.
- rieures au seizième siècle, sur lesquelles nous n’avons encore que des données fort incomplètes, mais qui ont certainement existé. Les véritables dieux des Indiens, dont on retrouve la tradition même chez ceux d’entre eux qui ont embrassé le
- Christianisme, étaient des dieux matériels et visibles, adorés comme dans toutes les mytholo-gies anciennes à raison de la reconnaissance ou de la terreur qu’ils inspiraient. Hi-nun était le dieu du tonnerre et quand un Iro-quois entendait gronder la foudre il s’empressait, pour éviter le danger , de briller un peu de tabac. C’est à Hi - nun qu'ils attribuent la destruction des géants qui désolaient la terre, et chaque découverte d’ossements des grands pachydermes ou des grands édentés qui, durant les temps tertiaires ou quaternaires, parcouraient librement l’Amérique, vient à leurs yeux confirmer la légende. Le vent d’ouest qui amenait la pluie était aussi un dieu bienfaisant ; il partageait avec Hi-nun l’honneur d’avoir vaincu les géants. Le vent du nord, au contraire, était un dieu méchant et très redouté ; il amenait avec lui le froid, la destruction des récoltes et la fuite du gibier. L’écho était le dieu de la guerre, chargé de faire retentir au loin les cris des Iroquois et d’assurer ainsi leur victoire. Les esprits, les uns bons, les autres mauvais, jouaient aussi un rôle considérable; parmi eux les géants de pierre (fig. 2) étaient les plus dangereux, et de nombreuses
- Fig. 1. — Les danses devant le Grand-Esprit, (D’après un dessin iroquois.)
- Fig. 2. — Le géant de pierre. (D’après un dessin iroquois.)
- Fig. 3. — L’histoire des nains. (D'après un dessin iroquois.)
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- légendes se rapportent aux terribles châtiments qu’ils infligeaient aux pauvres Indiens. Citons aussi les Grosses Têtes, une des fictions les plus extraordinaires dues à la fantaisie humaine. Ces tètes sans corps étaient couvertes de longs cheveux qui remplaçaient les ailes et leur permettaient de parcourir l’espace.
- La plus vieille légende de Ili-nun le montre, se révélant pour la première fois à un chasseur surpris par l’orage. Au milieu des éclats de la foudre, il entendit une voix qui l’appelait. Il obéit et se trouva transporté' dans les nuages, au-dessus des arbres les plus élevés. La même voix lui donna l’ordre de regarder la terre et de dire s’il apercevait un serpent de taille gigantesque. Sur sa réponse négative, on lui frotta les yeux et aussitôt il vit clairement, le monstre nageant au milieu d’un lac. Un des esprits qui volaient autour de lui, voulut tuer cet ennemi des hommes; il ne puf réussir et le chasseur dut à son tour exécuter la volonté d’IIi-nun. Il banda son arc et sa flèche perça la tête du serpent (pii cessa de tourmenter les Peaux-Rougès.
- Une légende plus gracieuse est celle d’une jeune fille que son père voulait contraindre à épouser un vieillard dont elle repoussait les avances. Désespérée, elle s’élança dans un- canot et se laissa rapidement, entraîner vers les chutes du Niagara, préférant une mort cruelle à l’horreur d’être la femme d’un homme qu’elle n’aimait pas. Heureusement pour elle, Ili-nun était tout auprès dans une grotte, occupé à regarder les eaux jaillissantes. Il ouvrit ses ailes, s’abattit sur la barque au moment où elle se brisait sur les rochers et enleva la jeune fille. Elle vécut pendant plusieurs semaines dans la grotte auprès de lui et elle apprit la cause de la maladie cruelle qui décimait les siens. Un énorme serpent était caché sous leurs wigwams ; il sortait seulement la nuit et empoisonnait de son venin les sources où les Indiens allaient puiser l’eau qui leur était nécessaire. Les morts devenaient sa proie et jamais il ne s’en trouvait assez pour assouvir sa faim. Un jour, Hi-nun apprit à la jeune fille que le vieillard qui avait cherché à l’épouser était mort et lui ordonna de retourner vers les siens et de leur répéter ce qu’elle avait appris de lui. Elle obéit et engagea les hommes de sa tribu à se rapprocher du lac pour éviter ainsi leur dangereux ennemi; mais le serpent ne pouvait être trompé, il suivit les Indiens et se disposait à se glisser de nouveau sous leurs demeures; Hi-nun veillait encore et quand il vit le serpent au moment d’atteindre son but, il lança sur lui un trait de sa foudre, dont le bruit formidable retentit au loin ; mais le serpent était seulement blessé; Hi-nun dut redoubler ses coups pour venir à bout du monstre ; dès qu’ils furent bien assurés de sa mort, les Peaux-Rouges le saisirent et le précipitèrent dans le Niagara ; il semblait qu’une montagne descendait le fleuve et quand il arriva aux chutes le seul poids de son corps amena la forme de fer à cheval que les rochers présentent encore.
- Comme chez les Scandinaves, d’où sont peut-être venues ces légendes, les nains se montraient miséricordieux aux humains. Voici un récit souvent raconté par les Peaux-Rouges. Les Iroquois et les Che-rokees qui habitaient la Floride étaient constamment en guerre. Après une lutte qui n’avait pas duré moins de deux ans, les premiers se préparaient à rentrer chez eux. Le soir même où cette décision fut prise, un de leurs principaux chefs tomba, malade ; ses compagnons l’abandonnèrent sur les bords d’une des nombreuses rivières qui descendent des Alleghanys. De retour dans leurs wigwams, ils racontèrent que le chef s’était égaré et qu’il avait probablement été fait prisonnier (fig. 3). Heureusement pour lui, les nains l’avaient pris sous leur protection. Au moment où il attendait la mort avec la résignation stoïque de l’Indien, un canot accosta la rive; trois nains sautèrent a terre, s’approchèrent du mourant, et lui racontèrent qu’ils étaient à la recherche d’animaux gigantesques qu’ils voulaient détruire pour les punir du mal qu’ils faisaient aux hommçs. Ils avaient appris que plusieurs de ces monstres allaient venir se désaltérer à un lac salé situé non loin de la rivière et ils s’y rendaient pour les tuer. Ils partirent pour remplir leur mission bienfaisante. A peine étaient-ils cachés sur les rives du lac, qu’ils virent la terre s’ouvrir et un grand buffle en sortir; sur son appel deux femelles, d’une taille non moins imposante, vinrent le rejoindre. Tous les trois se mirent à boire, puis se couchèrent pour dormir. Les nains les guettaient ; ils décochèrent leurs flèches et tuèrent les buffles. Ils revinrent ensuite vers l'Indien malade, le guérirent par leurs soins et le ramenèrent vers les siens où il s’empressa de punir ceux qui l’avaient si lâchement abandonné. Sur son récit, une troupe d’indiens se mit en marche, ils virent tout autour du lac salé des amas d’ossements bien autrement grands que ceux des animaux qu’ils connaissaient. C’étaient les ossements des victimes des nains. Aujourd’hui, ajoutent les Indiens, leur mission est remplie ; les grands animaux ont disparu et avec eux les nains qui devaient les combattre.
- D’autres légendes montrent les morts revenant de nouveau vers les lieux où ils avaient vécu. Pour éviter cette fâcheuse visite, les Indiens ont toujours soin de placer sur la tombe des défunts la nourriture qu’ils préféraient et quand un enfant à la mamelle meurt, on met dans chacune de ses mains des linges imbibés du lait maternel. De là aussi un usage bizarre, les squaws, avant de se mettre en route, ont soin de frotter le visage des enfants avec des cendres blanches, pour que les esprits parmi lesquels ces enfants ont si récemment vécu ne puissent pas les reconnaître.
- Gomme chez tous les peuples primitifs, les sorciers sont nombreux chez les Iroquois et des contes se renouvelant sans cesse ne permettent aucun doute sur leur puissance. Faut-il s’en étonner, quand nous voyons cette même croyance se perpétuer de génération en génération chez les peuples les plus avancés en civilisation. Les sorciers indiens se métamor-
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- phosent à volonté on chiens, en cochons, on oiseaux ; ils se transportent avec rapidité aux lieux où ils veulent aller et malheur à ceux qui les rencontrent dans ces voyages nocturnes. Qui ne reconnaît là notre sabbat et les contes qui font encore frémir les habitants de nos campagnes? La superstition et la crédulité sont de tous les temps et il faudra encore de longs progrès pour les déraciner.
- Marquis de Nadaillac.
- LES DIEUX MÉTÉOROLOGIQUES
- Un météorologiste distingué, M. Mahillon, a récemment publié dans Ciel et Terre une intéressante notice au sujet des divinités imaginées par les peuples primitifs pour représenter les phénomènes météorologiques.
- La pluie, pour les Indiens, a été représentée, d’après ce travail, par des vaches aux pesantes mamelles ; les Khonds de l’Inde centrale ont en outre une nymphe, Pi zou Pennou, qui verse l’eau sur la Terre à travers un tamis; les anciens Grecs avaient Danaé et sa pluie d’or, et nos paysans disent encore, quand la pluie arrive à propos : « Il tombe des pièces de cent sous. »
- Les nuages ont été des serpents, des dragons, des oiseaux, des loups.
- Vaurore et le crépuscule : est-il rien de plus gracieux que la divine Eos aux doigts de rose, tant chantée par les poètes grecs? On retrouve chez les Finnois une jolie légende. Le Ciel, Ukko, a deux enfants : l’Aurore, Koi, qui allume chaque matin le flambeau du jour, le Soleil ; et le Crépuscule, Oemmerik, qui l’éteint chaque soir. Le père Ukko fait ce qu’il peut pour que l’un de ses enfants ne détruise pas ainsi l’ouvrage de l’autre, et il a le bonheur d’y parvenir à une époque de l’année (au solstice d’été, où le Soleil se couche à peine dans les latitudes septentrionales). Alors Oemmerik passe le flambeau à Koi sans l'éteindre et le père Ukko est content.
- Le vent : depuis Homère, chantant Eole qui, enferme dans ses outres et Zéphyr et Borée, jusqu’aux Peaux-Rouges qui offrent du tabac à la tempête, nous voyons les Lapons, pour lesquels le vent est un être vivant qui Voltige dans l’air et ne perd aucune des paroles des hommes ; les Boschmans, race tout à fait inférieure, pour lesquels le vent est une personne à laquelle on jette des pierres pour la faire rentrer dans la montagne ; le paysan carin-thien, qui attache de la viande à un arbre, près de sa maison pour apaiser la faim du vent ; celui du Palatinat qui sort de chez lui une poignée de farine dans la main et crie à la tempête en ouvrant les doigts : « Tiens, vent, voilà de la nourriture pour ton enfant, éloigne-toi. »
- Le tonnerre : l’oiseau tonnerre se trouve chez les Daco-tas, les Assiniboines, les Brésiliens, les habitants de l’île Harvey, les Cafres et les Karens de la Birmanie. Le dieu Thor des ballades du Nord est connu de tous, Parjunhya des Hindous a les mêmes fonctions; Zacouia, le lanceur de pierres des Yorubas (Afrique occidentale) ; Elie et son char chez les Slaves, sont à indiquer au même titre. Les trombes sont des géants, des serpents gigantesques, des dragons de mer. Les aurores boréales sont des danses des âmes pour les Groenlandais. L’écho a été presque partout et le plus naturellement personnifié. Esprit pour les sauvages, nymphe pour l’ancienne mythologie.
- L’arc-en-ciel, l’un des plus fêtés par les uns, l’un des
- plus redoutables pour les autres. Démon, monstre redoutable, buvant l’eau des sources et des étangs, répandant la maladie et la mort.
- La splendide écharpe d’iris, belle messagère des Dieux en Grèce. Au Dahomey, serpent bienfaisant, porte-bonheur ; l’arc céleste du dieu du tonnerre chez les Lapons, lançant des flèches de feu. En Polynésie, chez les Aryas, les anciens Germains, les Hindous, les Perses, les Arabes, pont mystérieux qui conduit au séjour des âmes.
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- DISTRIBUTION DE LA FORCE A DOMICILE
- PAR L’AIR RARÉFIÉ
- Le problème de la distribution de la force est, depuis quelques années, résolu de manière à donner satisfaction aux exigences de la grande industrie. A considérer ce seul point de vue, les ingénieurs n’ont que l’embarras du choix : les câbles télodyna-miques de M. Hirn sont appliqués à Bellegarde et dans un grand nombre de filatures d’Alsace et de Normandie; l’eau sous pression, après les études d’Armstrong et les perfectionnements de Tweddell, est employée dans les docks de Londres, aux ports d’Anvers et de Marseille, à la gare du chemin de fer du Nord à Paris; l’air comprimé, utilisé dans le percement des grands tunnels du Mont-Cenis et du Saint-Gothard, sert à Nantes à une exploitation de tramways, en attendant qu’à Birmingham il se prête à des usages plus variés; la Arapeur adoptée dans certaines villes des États-Unis, principalement à New-York, pour le chauffage, tend à devenir aussi un agent de transmission de la force à distance, et M. Chrétien, dans un mémoire récent, en a fait ressortir les avantages. Si l’on tient compte en outre des services que l’électricité est appelée à rendre tôt ou tard, on peut considérer que les établissements importants, ateliers, gares de chemins de fer, ports, etc., disposent déjà d’un ensemble de procédés qui permettent de distribuer économiquement dans un périmètre limité la force produite par une chute d’eau ou un moteur à vapeur.
- La question se présente sous un tout autre aspect lorsqu’on veut, dans un centre industriel, mettre la force motrice à la disposition non plus de quelques consommateurs, mais d’un grand nombre de petits clients, dont le travail intermittent et varié exige un effort qui dépasse rarement un cheval-vapeur. Tel est le cas à Paris, par exemple, où l’on compte par milliers les ateliers en chambre qui jusqu’à présent pour la plupart sont réduits à faire travailler l’homme à la pédale ou à la manivelle.
- Les systèmes précédemment indiqués ne sauraient convenir à cause, soit d’impossibilité matérielle d’installation (câbles télodynamiques), soit de prix de revient trop élevé (eau sous pression, air comprimé, vapeur), sans même faire intervenir les con-
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- sidérations d’hygiène et de bien-être qui ne sont jamais I tirer un excellent parti : les motexirs à gaz d’un déplacées.llreste,ilest vrai,legaz et l’eaudontonpeut | demi-cheval et d’un cheval sont déjà fort répandus
- Fig. 1. —Distribution de la force à domicile par l’air raréfié. — Vue d’ensemble de l’usine centrale de la rue Beaubourg, à Paris.
- et le seraient davantage si le prix élevé du moteur, de l’installation, et (faut-il le dire?) du gaz, n’était un obstacle sérieux à leur généralisation, les petits moteurs hydrauliques, adoptés en Suisse et dans les localités où l’on dispose d’une grande pression dans les conduites, ne sauraient être acceptés à Paris où l’eau est beaucoup trop chère. Il y avait donc lieu, pour cette dernière ville, de rechercher un mode de distribution de la force à domicile qui se recommandât tout d’abord par un bon marché relatif : l’emploi de l’air raréfié, dans les conditions spéciales que nous allons décrire, permet de satisfaire à cette condition.
- L’idée de faire le vide dans un récipient ou une canalisation et d’utiliser ce vide pour produire de la force remonte, paraît-il, à Papin, qui, il y a près de deux siècles, en avait recommandé l’emploi dans les Actes des Savants de Leipzig. Voici comment ses successeurs l’ont réalisée :
- à l’usine centrale une machine à vapeur entretient un vide moyen de 70 pour 100 dans la canalisation reliée par des colonnes montantes et des branchements aux moteurs des petits ateliers à desservir. L’usine centrale dont nous donnons ci-dessus (fig. 1) une vue d’ensemble est située 41, rue Beaubourg. Elle comprend actuellement : un générateur de vapeur de 140 mètres de surface de chauffe, logé dans le sous-sol, et une machine à vapeur Corliss ordinaire', horizontale, de 75 chevaux, pourvue des perfectionnements les plus récents. La tige du piston à vapeur est reliée directement par un clavetage à la tige du cylindre à air placé dans le prolongement du cylindre à vapeur. Dans le cylindre à air où se produit l’aspiration de l’air* de la canalisation une injection d’eau prévient, comme dans les compresseurs ordinaires, l’élévation de température qui accompagne le refoulement. Un régulateur spécial maintient, entre des limites suffisam-
- Fig. 2.
- Petit moteur à air rarélié, placé chez l’abonné.
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- ment étroites, la concordance entre les variations de vitesse de la machine et le degré de vide dans les conduites, qui aboutissent à un réservoir dans lequel aspire le cylindre à vent.
- La canalisation se compose au départ de l’usine de tuyaux en fonte de 3 mètres de longueur, dont le diamètre va en diminuant à mesure qu’on s’éloigne. Les joints sont recouverts par une bague et l’étanchéité est obtenue au moyen de plomb coulé et matté.Les tuyaux sont placés dans les égouts ainsi que le montre la ligure 3, et c’est sur eux que se font les prises pour l’établissement des colonnes montantes.
- Celles-ci sont en plomb, de diamètres vaiiables suivant le nombre de moteurs à alimenter ; elles sont munies d’une valve-robinet qui permet de donner ou de supprimer la communication avec la conduite principale. Les branchements particuliers sont piqués sur la colonne montante et portent un robinet spécial. Tous ces détails d’installation sont imités de ce qui se fait pour le gaz et l’eau : il n’y a donc pas lieu d’en parler longuement. Les branchements aboutissent aux moteurs dont nous indiquerons les deux types actuellement adoptés.
- Le moteur à fourreau, établi suivant trois modèles, 24, 40 et 80 kilogrammètres, est représenté figure 2. Il est à double effet et à détente : la distribution est obtenue au moyen d’un système de leviers com-
- mandé par un bouton qui se déplace le long d’un manchon, comme dans la machine à coudre Peugeot. Un régulateur à force centrifuge, actionné par l’arbre est disposé sur la conduite d'aspiration et l’ouvre plus ou moins, de telle sorte que le moteur
- peut être réglé à un nombre de tours déterminé. L’air extérieur est admis à la pression atmosphérique pendant les trois huitièmes de la course du piston et agit ensuite par sa détente , condition reconnue comme la plus avantageuse.
- Le moteur rotatif qui convient aux petites forces de 5 à 12 kilogrammètres, est également à détente : l’admission de l’air a lieu, par un clapet ménagé sur la paroi du cylindre enveloppe et le réglage s’obtient en ouvrant plus ou moins les orifices d’aspiration.
- Un compteur de tours indique pour chaque moteur le travail produit et sert à l'établissement des quittances mensuelles.
- Nous ne saurions entrer ici dans l’étude détaillée de ces machines fort ingénieusement combinées : nous ne pouvons qu’engager le lecteur à aller, comme nous l’avons fait, chez les abonnés, pour se convaincre de la variété des services auxquelles elles se prêtent. En visitant quelques maisons du quartier Saint-Avoye, on reste stupéfait des conditions dans lesquelles vit et travaille l’ouvrier parisien, et on comprend de quelle importance peut être l’invention d*un petit moteur pour une population labo-
- Fig. 3. — Coupe d'une maison de la rue Beaubourg, montrant l'emploi de la distribution de force. — A l’entresol, fabricant de brosses; au t" étage, chapelier; au 2', fabricant de cadres en métal. Au bas et sur la gauche sont indiquées la canalisation en égout et la prise pour coloune montante et branchements.
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- rieuse placée dans des conditions hygiéniques déplorables. N’eut-il d’autre effet que de renouveler l'atmosphère, le système de l’air raréfié mériterait d’ètre encouragé : mais il se recommande encore par le bon marché, si l’on tient compte qu’il permet d’augmenter la production de 30 à 50 pour 100 suivant les différents métiers. A ce titre, nous croyons utile de reproduire le tarif de l’abonnement dans lequel sont compris les frais de location et entretien des moteurs, branchements et robinets, la Compagnie prenant h sa charge toutes les dépenses d'installation.
- MOTEUR DE l'RIX DES 1000 TOURS PRIX TOTAL DE L’HEURE
- 3 kiloçTammètres 0f 006 0f 0932
- 6 — 0f 010 0' 1525
- 12 — 0f 014 0f1971
- 24 — 0f 035 0f 268
- 40 — 0f 055 0f 417
- 80 — 0' 07 0f 551
- La distribution de la force par l’air raréfié se trouve appliquée dans un milieu on ne peut plus favorable à son développement : nous n’avons pas besoin d’ajouter que cette circonstance se reproduira rarement et qu'il ne saurait même être question, à notre avis, de chercher à étendre les bienfaits du système en dehors des quartiers où sont restées jusqu’ici concentrées les mille petites industries parisiennes1. Pli. Delaiiaye.
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- UNE
- LANGUE COMMERCIALE UNIVERSELLE
- L’idée de créer une langue universelle pour les relations internationales a gagné du terrain, en France, depuis une trentaine d’années. En dépit des gens de lettres, qui en nient l’opportunité, et des linguistes, qui révoquent même en doute la possibilité de composer une langue artificielle ayant une valeur réelle, les esprits pratiques se disent, à juste titre, que nous sommes dans le siècle de la vapeur et de l’électricité, où des besoins nouveaux surgissent chaque jour, et où l’impossibilité de la veille devient la merveilleuse réalité du lendemain.
- Personne ne songe plus, d’ailleurs, à faire adopter ou à créer une langue qui doive devenir un jour, comme le grec dans l’antiquité, ou le latin au moyen âge, l’organe universel des sciences et des lettres; c’est un rêve abandonné depuis longtemps! Mais, de même que les diplomates ont une langue universelle ou commune pour leurs rapports internationaux, on peut se demander si nos voyageurs et nos grands négociants n’auraient pas avantage à posséder égale-
- 1 Yoy. la notice Distribution de force à domicile par l'air raréfié. Appareils de M. Victor Tatin; n° 471, du 10 juin 1882, p. 19.
- ment un moyen de communication, à la fois simple et pratique, qui leur permît d’entrer en relations directes avec toutes les maisons de commerce, tant de l’Europe que des autres parties du globe.
- Tout le monde sait que les relations commerciales avec l’étranger se nouent d’autant plus facilement, et sont d’autant plus sûres que l’entente, au moyen d’une langue connue aux deux parties contractantes, peut s’établir d’une façon plus nette et plus précise ; mais on oublie que, sur les huit cents et quelques langues qui sont parlées à la surface du globe, il faudrait en savoir au moins quarante à cinquante pour être à même de comprendre les principaux peuples civilisés avec lesquels les chemins de fer et les bateaux à vapeur nous ont mis en relations suivies depuis un demi-siècle.
- Or, s’il n’est pas bien difficile d’apprendre en quelques années trois ou quatre langues romanes ou germaniques, il faut en retour un temps assez long pour apprendre un seul dialecte hindou ou sémitique ; la difficulté devient même insurmontable pour beaucoup de personnes, lorsqu’il s’agit d’une langue agglutinante, comme le turc ou le japonais, ou d’un idiome monosyllabique, tel que le chinois ou l’annamite; et cependant les peuples parlant des dialectes chinois, ou ayant simplement adopté l’écriture chinoise, constituent à eux seuls le tiers de la population totale de la terre.
- Mais les peuples de l’Orient se trouvent dans un embarras encore plus grand, lorsqu’ils veulent entamer des relations commerciales avec l’Europe. Dépourvus de connaissances géographiques, mal renseignés par leurs chefs politiques, égarés par les intrigues des missionnaires-marchands qui parcourent leur pays, ils sont généralement obligés d’avoir recours à l’intermédiaire des colons ou résidents étrangers ; or ceux-ci ne sont que bien rarement nos compatriotes, et nous ne saurions leur faire un crime de dénigrer nos produits au profit des marchandises de Londres et de Manchester.
- Qu’il existe, au contraire, Une langue universelle, et un même voyageur pourra visiter les pays les plus divers; un même journal commercial pourra être lu et compris dans tous les centres producteurs ou consommateurs du globe; l’offre d’une maison parisienne sera commentée par les marchands de Pékin, de Yeddo, de Madras, comme par ceux d’Alexandrie, de Constantinople et de Moscou !
- Les navigateurs trouveraient, de leur côté, les plus grands avantages à pouvoir communiquer facilement entre eux, soit sur mer, soit dans les grandes stations de l’Océan. Les nations maritimes ont déjà adopté, il est vrai, une espèce de langue universelle au moyen de laquelle les marins de tous pays peuvent s’entendre entre eux; mais c’est un langage sémaphorique, utilisable pour les communications en pleine mer ou à distance, et qui ne se prête nullement aux exigences de la conversation ou de la correspondance.
- Quant à adopter comme langue commerciale
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- universelle un idiome européen quelconque, soit le français, l’anglais, l’allemand ou l’espagnol, deux motifs également puissants s’y opposent : les rivalités nationales et les difficultés de toute nature, que présente l’étude même de ces langues. Ainsi que le disait dernièrement le général Faidherbe, dans une étude sur le programme de l’Alliance française, les complications du verbe empêchent souvent à elles seules les populations coloniales d’apprendre une langue européenne.
- Les premières tentatives en faveur de la création d’une langue universelle artificielle remontent à Descartes et à Leibniz. Des trésors de science et de patience ont été épuisés dans l’étude de cette question; et, cependant, il serait difficile de citer, parmi les cinquante ou soixante systèmes, imaginés dans le cours des deux derniers siècles, un seul ayant une valeur pratique réelle.
- Un polyglotte étranger, M. Schleyer, de Constance, à la fois homme fie lettres et linguiste distingué, est enfin parvenu, après vingt ans de laborieux efforts, à [résoudre le difficile problème. Il a donné à son système le nom de Volopülc, ou Langue universelle.
- Tout en empruntant aux différents idiomes de l’Europe certains traits caractéristiques, M. Schleyer a su combiner un tout bien coordonné, bien harmonieux, et d’une extrême simplicité1.
- Quoique ses premières publications datent à peine de 1881, les adeptes du volapük se comptent aujourd’hui par milliers dans les différents États de l’Europe : 55 sociétés se sont déjà fondées dans le but d’en favoriser la propagation, et cela non seulement en Allemagne, mais en Autriche, en Hollande, en Suède, en Angleterre, même aux États-Unis, et jusqu’à Beyrouth, en Syrie.
- De nombreux travaux ont été composés dans ces derniers temps pour l’étude du volapük : le Maître a fait paraître, en même temps que sa grammaire, un dictionnaire volapük-allemand contenant près de 13 000 mots; ces deux ouvrages en sont à leur quatrième édition. De petits abrégés de la grammaire ont été faits, non seulement en latin et dans toutes les langues de l’Europe, mais encore en chinois et dans le dialecte nama des Hottentots; des dictionnaires à l’usage particulier des Français, des Anglais, des Italiens et des Hongrois sont en voie de préparation et paraîtront bientôt.
- Deux revues sont également publiées en volapük : l’une, le Volapükabled, avec traduction en regard; l’autre, les Volaptikaklubs, rédigée en volapük.
- A Paris, le volapük compte déjà un certain nombre d adhérents, et parmi ceux-ci des personnes qui se sont fait un nom distingué dans les lettres ; ils doivent se constituer bientôt en société, et ils espèrent, avec le concours de quelques adeptes de nos départements du Midi, fonder une vaste
- 1 Pour plus de détails voir ma brochure, Une langue commerciale universelle, Exposé de la question et grammaire, avee lettres de MM. Dietz-Monnin et Frédéric Passy. — Paris. Librairie étrangère de Henri Le Soudier.
- Association française pour la vulgarisation de la langue commerciale universelle.
- Les promoteurs de l’œuvre comptent même organiser, dès le mois d’octobre prochain, plusieurs cours publics et gratuits pour l’étude de la nouvelle langue. Un premier essai, qui vient d’être fait à l’Ecole des hautes études commerciales, a parfaitement réussi : au bout de huit leçons, les élèves ont été en état île correspondre correctement et sans difficultés avec les volapükistes des autres pays de l’Europe et d’outre-mer.
- Un congrès international des volapükistes sera tenu à Paris, en 1889, à l’occasion de l’Exposition universelle. Aug. Kerckhoffs.
- Professeur à l’Ecole des Hautes Etudes commerciales
- LE PITCHPIN
- Parmi les diverses essences de bois à construire, exportées des Etats-Unis d’Amérique, notamment de la floride et de la Géorgie, il faut comprendre surtout le Pitchpin (Pinus auslralis ou Pijms rigide) dont les ports français de la Manche, de l’Océan et de la Méditerranée reçoivent chaque année des chargements composés généralement de poutres taillées à la hache avec arrimage en petites poutres et bordages, et depuis quelques années aussi en madriers. Les arbres, comme grandeur et comme aspect, sont plus beaux que ceux du Pin de Riga (Pinus sylvestris) mais n’offrent pas l’élasticité, la force et la durée de ce dernier. Les bois de pitchpin n’acquièrent leurs fortes dimensions que dans des sols humides ; leur sève est toujours aqueuse, et, pour conserver leurs qualités, il faut les placer dans des conditions qui s’opposent à la corruption.ou à la dissipation de leur sève, facilement soluble à l’air et à l’eau. Ordinairement très droits, régulièrement proportionnés et presque sans nœuds, d’un grain fin et serré, les constructeurs les emploient beaucoup, surtout comme bas mâts, qui exigent moins de flexibilité que les parties élevées des mâtures. Comme ce bois se comporte très bien à l’abri des intempéries de l’air, que son arôme pénétrant écarte tous les insectes, on l’emploie, dans de grandes proportions, à la confection des meubles, intérieurs de navires, intérieurs de wagons, d’omnibus, etc. 11 ne sera pas, croyons-nous, hors de propos de décrire les apparences que ce bois doit présenter pour être accepté sans crainte par les acheteurs.
- Le pitchpin de bonne qualité doit être uniformément d’un jaune clair, les cercles concentriques pas trop larges doivent être alternés, l’un d’un jaune brillant chargé de résine, l’autre d’une substance plus molle de couleur blanchâtre. Dans les pièces employées pour mâtures, les nœuds doivent être, non seulement petits, mais parfaitement sains, espacés entre eux de manière à ne pas être placés presqu’à la même hauteur, ce qui enlèverait toute force à cette partie. L’odeur de la résine doit être bonne et naturelle, et les copeaux doivent se déchirer et non sauter en éclats. 11 est essentiel d’apporter une grande attention à l’examen des nœuds, même les plus petits, et dont la couleur, quoique noirâtre, ne serait pas plus mauvaise que celles d’autres nœuds qui auraient été sondés et trouvés sains. Le mal peut être profond ou superficiel.
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- LA NATURE.
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- INSECTE FOSSILE DU TERRMN ROUILLER
- Chacun sait que les insectes respirent à l'aide de trachées, dont la distribution dans le corps est variable.
- Chez les insectes arrivés à l’état parfait, ces trachées s’ouvrent au dehors par des orifices qu’on nomme stigmates. Ces insectes adultes respirent en général l’air en nature.
- Mais un grand nombre de larves d’insectes, surtout celles des orthoptères et des névrop-tères, sont aquatiques et alors les organes de la respiration sont modifiés.
- Les trachées, au lieu de se terminer brusquement et de présenter des ouvertures ou stigmates, se ramifient et deviennent d’une ténuité extrême.
- Tantôt les extrémités des trachées sont libres, tantôt elles sont unies dans des sortes d’organes foliacés.
- L’insecte respire alors l’air contenu en dissolution dans l’eau, soit à l’aide de houppes, de panaches branchiaux, soit au moyen de lames branchiales.
- Chez les larves d’Ephémères, chacun des sept premiers anneaux de l’abdomen présente de chaque côté un organe foliacé dans lequel viennent se ramifier les trachées.
- Ces organes foliacés dont les oscillations entretiennent autour d’eux un courant d’eau continu, ne s’oblitèrent qu’au moment où la larve passe à l’état de sub-imago.
- En 1848, Newport fit connaître un Névroptère de la famille des Perlides, le Pteronarcys regalis, qui présente, à l'état adulte, à la partie inférieure des anneaux de l’abdomen et du thorax, des houppes branchiales protégées par des sortes de sacs; cet insecte est en outre pourvu de stigmates. 11 est amphibie; il peut respirer l’air en nature et l’air contenu en dissolution dans l’eau.
- Les Pteronarcys sont les seuls insectes connus jusqu’ici présentant, à l’état adulte, une telle disposition
- des organes delà respiration. Parmi les insectes fossiles houillère qui m’ont été envoyés par le savant directeur des mines de Commentry, M. Favol, il en est qui présentent, à l’état adulte, une disposition des organes de la respiration analogue à celle que je viens de signaler chez les larves d’éphémères (fig. 1). En effet, chacun des anneaux de leur abdomen offre
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- une lame où l’on voit très bien, même à l’œil nu, se ramifier les trachées (fig. 2).
- J’ai pu, en outre, constater la présence de stigmates.
- 11 m’est donc permis de supposer que cet hexapode était amphibie comme le Pteronarcys-
- De même que cet insecte, notre fossile présente à l’extrémité de l’abdomen deux filaments multiarticulés, mais la nervation des ailes est bien différente chez ces insectes.
- Je range ce fossile dans l’ordre des Pseudo-Né-vroptères, dans la famille des Megase-copterida qui ne renferme que des types aujourd’hui disparus, et le désigne sous le nom de Corydaloïdes Scudderi, rappelant ainsi l’analogie qu’offre sa nervation avec celle des Corydales actuels, et le dédiant à M. Samuel lJubbard Scudder, le savant auteur de nombreux travaux sur les insectes fossiles des Etats-Unis de l’Amérique du nord.
- La famille des megasecopterida (usyd, tryxpôç, Tcrspôv, grande, cellule, aile), où j’ai établi huit coupes génériques, est caractérisée par des insectes qui se signalent par une conformation particulière; le corps est plus ou moins robuste, la tête généralement petite, les pattes de taille moyenne, l’abdomen est terminé par deux longs appendices paraissant multiarticulés et velus, h ailes à peu près semblables entre elles, assez allongées et rétrécies à leur base, présentant des nervures très écartées les unes des autres et reliées par de grandes nervules, ce qui leur donne un faciès bien spécial. »
- Charles BroiXg.mart.
- Fig. 1. — Insecte fossile des terrains liouillers. (Grandeur naturelle.)
- Fig. 2. — Extrémité de l’abdomen. (Grossi.)
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- LA NATURE.
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- COMPTEUR D’ÉLECTRICITÉ
- DK M. J. CAUDEHAY
- On sait que dans les distributions d’énergie électrique à pression constante ou à potentiel constant, il suffit de connaître la quantité totale d’électricité fournie à un abonné pendant un temps donné pour en déduire la quantité totale d’énergie électrique
- consommée-, et, par suite, ce qu’il doit logiquement payer. Les appareils qui permettent d’effectuer cette mesure sont des coulombs-mètres et constituent jusqu’ici deux classes distinctes suivant qu’ils sont fondés sur des actions chimiques ou des actions éleclro-magnétiques. Le compteur de M. J. Caude-ray appartient à la classe des compteurs électro-magnétiques. Les deux vues de face et d’arrière (fig. 1) en montrent les dispositions de détail, la figure 2
- Fig. 1. — Compteur d'électricité ou coulombs-mètre de M. Cauderav.
- Vue de face. Côté des aiguilles et du mouvement d’horlogerie. Vue d’arrière. Côté de l’ampcre-mètre.
- est un diagramme qui permet d’en comprendre le principe.
- R est un cylindre mû par un mouvement d’horlogerie et tournant sur son axe i, à raison d’un tour par seconde, par exemple. Ce cylindre, semblable à peu près a celui d’une boîte à musique, est muni de dents d, disposées d’une manière spéciale sur des cercles tracés, à égale distance les uns des autres, sur la surface du cylindre. Le cercle m, qui divise le cylindre en deux parties égales, ne porte pas de dents. Sur chacun des cercles n, à gauche et a droite du milieu, se trouve une dent; sur les seconds cercles o, deux dents; sur les troisièmes p, trois dents, et ainsi de suite jusqu’aux extrémités du cylindre, a est l’aiguille d’un ampèremètre dont l’extrémité libre se trouve en Lice du cercle qui divise le cylindre en deux parties égales, et à une très petite distance de celui-ci. Dans cette position, et si aucun courant ne traverse l'appareil, le cylindre R pourra tourner sans qu’aucune de ses dents
- vienne toucher l’aiguille a; mais si un courant, d’un ampère, par exemple, traverse l’ampèremètre, l’aiguille déviera à gauche ou à droite, suivant le sens du courant, et viendra se placer en face du cercle n; alors, à chaque tour du cylindre R, la dent d, placée sur le cercle n, viendra presser légèrement l’aiguille a, et, au.moyen d’une disposition mécanique, fera avancer l’aiguille d’un enregistreur, semblable à ceux employés dans les compteurs à gaz, d’une unité par seconde, puisque nous avons admis que le cylindre R tournait sur lui-même à raison d’nn tour par seconde.
- Si le courant qui traverse l’appareil a une intensité de deux ampères, l’aiguille a viendra se placer en face du cercle o, sur lequel se trouvent deux dents, et, à chaque tour du cylindre, les aiguilles du compteur enregistreront deux unités, et ainsi de suite pour une intensité plus considérable.
- Dans l’appareil industriel, le cylindre R fait un tour en cent secondes, par conséquent, si l’aiguille
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- Fig. 2. — Diagramme du principe.
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- LA NATURE.
- de l’ampèremètre se trouve devant le cercle 0, par exemple, elle rencontrera par tour du cylindre deux dents et enregistrera deux fois cent coulombs, quantité qui est multipliée au moyen d’un simple cadran pour arriver à l’unité pratique de la quantité d’électricité qui est ici le mvriacoulombs.
- Le réglage de l’ampèremètre s’obtient à l’aide de vis qui permettent de rapprocher ou d’éloigner les pôles de l’aimant de l’aiguille, et de faire varier ainsi l’intensité du champ magnétique directeur.
- Le mouvement d’horlogerie commandant le cylindre denté est composé d’un balancier circulaire réglé à une oscillation double par seconde.
- L’arbre porte deux armatures en fer doux attirées par des électro-aimants montés en dérivation sur la distribution. Lorsque aucun courant ne traverse l’appareil d’utilisation, le balancier est au repos. Dès qu’on allume une lampe, le courant se trouve fermé et les électro-aimants communiquent au balancier une impulsion qui met en marche le mouvement d’horlogerie, et le circuit se trouve rompu. Les amplitudes des oscillations vont en décroissant tout en restant isochrones, mais avant qu’elles ne se soient trop affaiblies, une ingénieuse disposition mécanique ferme à nouveau le circuit, et permet aux électros de communiquer une nouvelle impulsion au balancier, et ainsi de suite tant qu’il y a au moins un appareil en fonction dans le circuit d’utilisation. La dépense d’électricité occasionnée par l’entretien du mouvement d’horlogerie est^ insignifiante, la résistance des bobines étant très grande, et les contacts rares et courts.
- Les cadrans comportent deux sortes de graduations, suivant les applications ; les uns sont gradués en myriacoulombs*, les autres en heures-lampes. Nous nous permettrons de critiquer cette graduation qui ne répond à aucune réalité bien délinie et n’a pour but que de donner satisfaction à l’ignorance du public.
- 11 y a actuellement des lampes à incandescence qui, avec un potentiel utile de 100 volts par exemple, pour fixer les idées, prennent depuis 0,25 ampère jusqu’à 5 ampères et au delà. A quel type de lampe entre ces extrêmes se rapportera la lampe-heure de la graduation du compteur? Il serait bien difficile de le dire. On doit donc abandonner cette graduation tout empirique, et pour la pratique, adopter Y ampère-heure qui a une grandeur bien définie et indépendants des progrès journaliers des appareils d’utilisation. Les compagnies de gaz ne se font pas payer à la lampe-heure, mais au mètre cube de gaz ; pourquoi serait-on plus routinier en électricité?
- Si l’appareil paraît compliqué, ses indications sont, par contre, très précises, et il résulte d’expériences faites par M. D. Monnier, au laboratoire de l’Asso-ciation pour l'étude de Vélectricité, que l’erreur moyenne ne dépasse pas 1,1 pour 100, ce qui est insignifiant pour la pratique industrielle.
- 1 1 myriacoulomb = 10000 coulombs.
- 1 myriacoulomb = 2,78 ampères-heure.
- Nous possédons donc un moyen commode de compter l’énergie électrique : il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment le moment oii une distribution partielle nous permettra de nous rendre compte, à Paris, des avantages pratiques de son emploi, mais il est malheureusement à craindre que cela ne soit pas de sitôt. Ed. Hospitaliek.
- CHRONIQUE
- Gouvernail électrique (système C-.O. Wash-hurn). — VEledrical World annonce que le gouvernement des États-Unis va entreprendre, à bord du navire le Dispatch, des expériences sur un gouvernail électrique imaginé par M. C.-II. Washburn. L’aiguille aimantée d’une boussole porterait une tige verticale oscillant entre deux contacts. Dès que le navire dévierait de sa direction, l’aiguille toucherait l’un ou l’autre des contacts et fermerait ainsi un circuit actionnant l’une des soupapes d’admission d’un petit cylindre à vapeur, lequel actionnerait à son tour la soupape d’un cylindre dont le grand piston commanderait le gouvernail. La plus légère déviation doit faire mouvoir la barre, et ramener le navire dans la bonne direction. Des commutateurs seront placés en différents points du vaisseau, de manière à pouvoir manœuvrer le gouvernail, indépendamment de la boussole, si le besoin s’en fait sentir. Dès que le navire changera de direction, le capitaine en sera averti au moyen d’une sonnerie placée dans sa cabine. Le voisinage de l’aiguille de la boussole et des courants assez intenses qui prennent naissance dès qu’un des circuits de commande est fermé, a été relevé comme un inconvénient sérieux. L’inventeur a répondu en disant qu’il avait découvert des lois nouvelles qui lui permettent d’utiliser sans crainte des courants puissants, à proximité de la boussole. Nous voulons bien croire, dit la Lumière électrique, à la possibilité de faire fonctionner l’appareil que nous venons de décrire, mais nous ne pouvons nous empêcher de nous méfier singulièrement des ois nouvelles dont il relèverait.
- Transparence rte l’eau de mer. — On se rappelle les recherches de MM. Fol et Sarrazin (de Genève) sur la coloration des eaux du lac de Genève. Les mêmes savants, entraînés par les développements de leur sujet, ont étudié la transparence de l’eau de mer. Installés dans la rade de Villefranche, à bord de Y Albatros, vaisseau de l’Etat, ils ont descendu successivement à des profondeurs de plus en plus grandes un appareil renfermant une plaque au gélatino-bromure. L’exposition étant constamment de 10 minutes, on compare les effets obtenus. Par un temps pur et sans nuage, on obtient à ‘J80 mètres de profondeur le même effet qu’on a dans l’air par une nuit sans lune. Les auteurs admettent qu’à 400 mètres il ne pénètre plus aucun rayon chimique. On sera surpris d’apprendre que l’eau du lac de Genève est incomparablement moins transparente que l’eau de la Méditerranée. Le lac est, d’ailleurs, comme on devait s’y attendre, plus limpide en hiver qu’en été, époque où la fonte 'des glaciers y introduit une quantité importante de limon.
- Vitesse des signaux. — Des expériences intéressantes ont été faites dernièrement à Washington pour déterminer la vitesse des signaux sur un fil télégraphique. On a employé des instruments très exacts et le
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- résultat a été de fixer la vitesse d’un point à 15 744 kilomètres par seconde ou 944645 kilomètres par minute. La vitesse est donc une fois le tour de la terre en deux secondes et demie. On sait que la lumière parcourt un trajet de 152 millions de kilomètres en 8 minutes 13 secondes ou 493 secondes, pour nous parvenir du soleil.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 août 1885. — Présidence de M. Bouley.
- En signe du deuil causé par la mort de M. Milne-Ed-wards, la séance est levée après le dépouillement rapide d’une correspondance très peu riche. Des membres déposent quelques communications, mais sans même énoncer le sujet dont elles traitent.
- Tir de nuit. — A propos d’une récente note de M. Trouvé sur une application de l’électricité à l’éclairage pendant la nuit de la mire des armes à feu, M. Cha-pel fait savoir que son fils, lieutenant de vaisseau, a antérieurement proposé un dispositif semblable pour le tir nocturne des pièces de canon. Des expériences décisives ont été faites en septembre dernier à bord d’un navire de l’État.
- Vaccination anlicholêrique. — Une très longue lettre de M. le Dr Ferran est signalée par M. le secrétaire qui ne juge pas nécessaire d’en donner une lecture complète. Au lieu de faire parvenir les statistiques officielles qu’on lui demandait, le praticien espagnol annonce qu’il va procéder lui-même à la rédaction d’un tableau récapitulatif de ses expériences. Ce n’est évidemment pas la même chose. L’auteur, sans s’arrêter k ce malentendu, développe des dissertations sur les conditions du vaccin chimique, comme il l’appelle, et ce sont ces dissertations qui n’ont pas été lues.
- A l’occasion de cette lettre, M. Vulpian s’étonne qu’en présence d’une question aussi grave, l’Académie soit en correspondance avec le seul Dr Ferran, simple particulier, et non pas avec quelques corps constitués, comme l’Académie de Madrid ou mèmç avec le gouvernement espagnol. On l’invite à rédiger sa protestation par le compte rendu. En même temps M. Bertrand mentionne un télégramme par lequel l’Académie de Valence décline la paternité d’une dépêche lue il y a huit jours et qui était contraire aux affirmations de M. Ferran. La chose émanait, paraît-il, d’un concurrent de ce dernier.
- Lanterne électrique à dissection. — Contre la brièveté des jours, sensible particulièrement à Banyuls, M. de Lacaze-Duthiers a inventé un petit appareil que M. Trouvé a construit et qui permet, avec des dimensions très restreintes et une forme très portative, de lancer sur les pièces qu’on dissèque un rayon de lumière électrique aussi favorable à l’étude que la lumière du soleil. L’appareil placé sur le bureau fonctionne devant tout le monde d’une manière des plus satisfaisantes.
- Le véritable Métropolitain. — Un ingénieur désormais célèbre, M. Ch. Tellier, propose d’établir le Métropolitain au-dessus même du cours de la Seine. Sur toute la longueur de la Seine, dans son axe et dans toute la traversée de Paris, il établit k 6 mètres au-dessus des ponts, une quadruple voie ferrée. Cette installation est formée d’un immense viaduc k treillis, suffisamment large, reposant,
- de 50 mètres en 50 mètres environ sur trois piliers. Sur les quatre voies ferrées, deux sont réservées aux besoins urbains, deux k la grande circulation. Celles-ci au sortir de Paris seront reliées aux six grands réseaux existants. Sept gares permettront k tous les trains venant de n’importe quelle contrée, de déverser leurs voyageurs dans le centre même de Paris. Sur la ligne parisienne pourvue de 25 stations, les trains se succéderont de trois minutes en trois minutes. Le prix serait uniforme de dix centimes sur l’impériale comme dans l’intérieur.
- Varia. — La densité de la vapeur du chlorure de thorium occupe M. Troost. — M. Vulpian étudie les effets de l’excitation faradique directe des glandes. — M. Berthe-lot s’occupe de la chaleur de formation des picrates. — Avec M. André il propose un nouveau mode de dosage de l’acide oxalique dans les végétaux. — Un professeur k l’Université de Prague, M. Genger, cherche k démontrer la périodicité des grands phénomènes naturels.
- Stanislas Meunier.
- —x§-<—
- LE SQUALE DE MERS
- Les journaux politiques ont déjà signalé l’échoue-ment sur la plage de Mers (Somme) d’un squale de forte taille. Cet éclioucment a eu lieu le 27 juin vers trois heures du matin. L’animal vivant encore a été aperçu par deux douaniers de service sur la plage, qui s’empressèrent de le recueillir avec l’aide de M. Obry, de Mers, et de sa femme.
- Une dépêche fut immédiatement adressée au musée d’Abbeville, dont le conservateur avait, par une circulaire en date du mois de février, prié les maires des communes de l’arrondissement, riveraines de la Manche, de vouloir bien lui signaler les échouements ou captures d’animaux marins intéressants qui pourraient avoir lieu dans les limites de leurs communes. Sur l’ordre du maire d’Abbeville auquel la dépêche fut immédiatement communiquée, le conservateur du musée, accompagné d’un membre du Conseil d’administration des musées, M. d’Ault Dumesnil, se rendit à Mers pour acquérir l’animal. Après d’assez longues démarches près de l’Administration de la marine, démarches suspendues d’ailleurs par la journée du dimanche, l’acquisition put être réalisée le lundi 29, au bénéfice des sauveteurs, et le squale fut transporté à Abbeville où l’on procéda de suite à son dépouillement.
- La photographie que nous reproduisons ci-après avait été prise sur place par M. Beurrier. L’individu échoué à Mers appartient à l’ancien genre Leiclie de Cuvier (Scymnus); c’est un Lœmargus Borealis, espèce rare sur nos côtes. Assez semblable au requin dont il diffère surtout par les évents, le museau plus obtus et les dents plus petites, ce squale mesure 5'u,12 de longueur. 8a circonférence, par le milieu du corps est de lm,60; son poids, de 200 kilogrammes ; c’est une femelle. La tète, dont un moulage a été pris immédiatement, est presque aussi large que longue ; les narines sont placées près-
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- LA NATURE.
- Fig. 1.— Squale échoué à Mers (Somme), le 27 juin 18fS. (b’après une photographie.)
- que a l’extrémité du museau obtus, les yeux largement ouverts sont placés en arrière des narines, assez près de la bouche. Les évents, qui en sont assez éloignés, sont relativement petits et occupent la partie postérieure de la tête. La bouche est munie de chaque côté d’une fente assez large, sorte d’invagination de la peau de la lèvre inférieure qui donne à cette partie de l’animal l’aspect représenté par la figure. La largeur de la bouche, d’un coin des lèvres à l’autre est de 25 centimètres. Chacun des lobes du foie mesure près de lm,50 de longueur. Les viscères ont été conservés dans l’alcool ainsi que la colonne vertébrale. L’estomac et les intestins étaient absolument vides. L’intestin spiral lui-même ne contenait que du mucus. Ce fait explique comment ce squale a pu être entraîné vers la côte par les courants contre lesquels la maladie ne lui laissait sans doute plus la force de résister.
- Le tube digestif contenait un certain nombre de tœnias dont la tête est armée de quatre ventouses munies d’ailes foliacées (Phyllobo-thrium — Y. Ben).??
- La peau a été adressée au muséum où l’un des préparateurs du laboratoire d’erpétologie,
- M. Thominot, doit procéder à son montage pour le musée d’Abbeville. M. le professeur Vaillant a fait prendre un moulage de la tête et a bien voulu déterminer l’animal.
- Les noms les plus bizarres avaient été donnés à ce squale pendant son séjour à Mers ; je ne parle que pour mémoire des journaux du cru ou d’ailleurs, qui lui ont fait l’honneur de le ranger parmi les squales au début, et parmi les cétacés à la fin de l’article; mais les dire des matelots ou pêcheurs du Tréport étaient beaucoup plus intéressants. Ces braves gens, en effet, avaient tous plus ou moins fréquemment rencontré dans leurs voyages aux
- Fig. 2. — Moulages de la tète, de faee et de prolil.
- mers du Nord, en Islande ou en Norvège, des animaux semblables, mais aucun n était d’accord sur le nom. Pour les uns c’était un apokal, pour d’autres une taupe de mer. Ces bizarres appellations ayant éveillé notre curiosité, il nous fut facile de reconnaître que le premier nom est la corruption du mot aliu-kal par lequel les Islandais désignent les grands
- squales et notamment les lamies. Quant au mot taupe, c’est le mot tope francisé, nom que les Anglais donnent au milandre, petit squale de nos mers. 11 est probable qu’une grande partie des noms donnés par les matelots de nos côtes aux divers poissons qu’ils pêchent, aux oiseaux de mer, etc., ne sont que des corruptions de mots suédois, norvégiens, ou anglais plus ou moins défigurés et absolument dépourvus de sens pour nous. 11 serait intéressant d’en faire un petit vocabulaire qui rendrait beaucoup plus faciles les rapports des pêcheurs de nos côtes
- avec les naturalistes qui ont souvent bien de la difficulté à leur faire comprendre quel animal ils désirent se procurer.
- Grâce à l’initiative éclairée de M. François, maire d’Abbeville, les collections d’histoire naturelle de cette ville déjà fort riches1, grâce aux dons des Bâillon, de La Motte, Lefebvre de Ce-risy, Picard,Labitte,etc., vont s’enrichir d’une pièce intéressante et assez rare, puisque, de mémoire d’homme, les plus vieux pêcheurs du Tréport n’ont souvenir d’échouement de squales de cette espèce et de cette dimension sur nos côtes. M. de Y.
- %
- 1 Le Musée d’Abbeville possède un des rares échantillons, existant en Europe, de VAlca impennis, espèce aujourd’hui disparue.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 0, rue de Fleurus, à Paris.
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- iV 65 7. — 15 AOUT 1 885.
- LA NATURE.
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- L’ÉLËPBANT COLOSSAL
- DE « CONEY’ ISLAND )), PRÈS DE NEW-YORK
- Un sait que les Américains aiment à faire grand : ils ont les plus grands fleuves de l’univers sur lesquels leurs ingénieurs construisent les [dus grands
- ponts du monde; nous avons décrit, ici même, la plus grande locomotive, qui est américaine, le monument de Washington qui est le plus élevé, et notre éminent ami M. Bartholdi, dont le patriotisme sait animer le marbre, a créé pour la rade de New-York l’admirable statue de la Liberté, qui est l’œuvre la plus colossale de ce genre que l'homme ait jamais con-
- L’éléphant colossal construit à Coney Islaud, pris tic New-York. — 1. Coupa transversale de la charpente formant le corps de l’animal.— 2. Vue d’ensemble. — 3.Coupe montrant la disposition des escaliers et de la grande salle de concert. — 4. Coupe longitudinale; un éléphant vivant, de dimension ordinaire, est représenté au-dessous du monument.
- struite. Nofts allons faire connaître aujourd’hui a nos lecteurs une nouvelle curiosité américaine : il s’agit d’un éléphant colossal construit à Coney hland, près de New-York ; ce monument constitue aussi l'éléphant le plus grand du monde. On pénètre dans ses jambes, dans son estomac, dans son ventre, au moyen d’escaliers intérieurs. Il est si 13e année. — 2e semestre.
- grand qu’un éléphant vivant peut passer entre ses jambes, à peu près comme un chien de petite taille circulerait entre celles d’un gros cheval.
- L’éléphant colossal de Coney Island a été dessiné et construit par M. J. Mason Kerby, architecte d'Atlantic City N. J. Dans le projet primitif, on devait faire du monument un hôtel de voyageurs, mais on aban-
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- LA NATURE.
- donna cette idée, et on .se décida à y organiser une grande salle de concert, la partie supérieure de la plate-forme devant servir a un observatoire. L’éléphant est construit en bois recouvert extérieurement de feuilles d’étain. Sa longueur totale est de 46 mètres. La plate-forme du palanquin qui sert de galerie supéi'ieure, est à 29 mètres au-dessus du sol, et la hauteur de la construction est de 46 mètres. Il existe un espace de 7 mètres entre le ventre de l’animal et la surface du sol. Les jambes de l’éléphant ont 5m,50 de diamètre ; deux d’entre elles contiennent les escaliers qui permettent au visiteur de se rendre dans l’intérieur du monument.
- La première chambre dans laquelle on pénètre, est désignée sous le nom de chambre de l’estomac, à cause de la place qu’elle occupe. La grande salle de concert ou auditorium, est située à la partie supérieure ; elle n’a pas moins de 25 mètres de longueur. 11 existe 34 autres pièces avoisinant cette grande salle, soit de plein pied, soit à des étages differents. Quelques-unes de celles-ci sont à vrai dire des chambres de petites dimensions ; elles se font parfois remarquer par l’étrangeté de leur forme. Les yeux de l’éléphant qui constituent les fenêtres de deux de ces chambres, ont lm,20 de diamètre. Les défenses mesurent 11 mètres de longueur.
- La construction de l’éléphant colossal a offert certaines difficultés, en raison du peu de stabilité du sol ; il a fallu établir sous chaque jambe de solides fondations. La disposition de l’ossature a donné l’occasion d’étudier des problèmes de charpente assez compliqués. L’architecte a su résoudre à son honneur les problèmes qui s’offraient à lui. Nous avons dit que l’ensemble du monument était en bois; nous devons ajouter que des tiges de fer qui passent par les jambes lui donnent sa solidité, et le maintiennent dans la position de stabilité.
- L’ensemble de l’éléphant colossal pèse environ 100 000 tonnes. 11 a nécessité pour sa construction l’emploi de 700 barils de clous, et de 7 tonnes de boulons, pour ajuster des masses de bois dont la totalité forme un volume considérable.
- L’éléphant colossal de Coney Island a été érigé par une société particulière, qui l’a construit dans un but de spéculation, dans une localité que visitent fréquemment les habitants de New-York. Il n’en est pas moins digne d’être cité comme l’une des curiosités d’architecture la plus originale des deux mondes1. Gaston Tissandier.
- LES JOURNAUX DU MONDE
- Eu 1826, Balbi avait recueilli les noms de 5168 feuilles périodiques paraissant dans les deux hémisphères. Quarante ans après, en 1866, M. Hattin portait le nombre des journaux du inonde à 12500; aujourd’hui le Figaro le porte à 35 000. Les journaux de langue anglaise ont toujours
- 1 D'après le Scientific American.
- été en majorité. En effet, en 1826 on en comptait 1378, en 1866 il y en avait plus de 5000, et aujourd’hui ils sont au nombre de plus de 16 000, tant en Angleterre qu’aux Etats-Unis.
- C’est en Chine qu’est né incontestablement le journal, mais sans sa forme officielle ; et si l’on en excepte une édition chinoise d’un journal anglais de Shanghaï, il n’y a pas aujourd’hui d’autre publication périodique dans tout l’empire chinois. Cependant les Chinois apprécient très bien les journaux, car ils en publient à Hongkong, à San-Francisco, dans tous les pays où ils sont groupés en nombre suffisant.
- D’après M. Hattin, c’est à Venise que furent publiés les premiers journaux politiques, et ils ont devancé l’invention de l’imprimerie. Ces Feuilles d'avis étaient rédigées par ordre du Sénat de Venise pour tenir le public au courant de tout ce qui arrivait d’intéressant. Il parait que dans la bibliothèque de Saint-Marc on possède encore un recueil complet des Feuilles d'avis pour les années 1595-1596 et 1597.
- En France, les progrès du journalisme furent lents. Le premier Mercure parut en 1631, et en 1781 il n’y avait encore à Paris qu’une trentaine de feuilles périodiques. Aujourd’hui le Bottin remplit. 54 colonnes avec la liste de tous les journaux qui paraissent à Paris.
- Le Figaro estime qu’il se publie actuellement 6800 journaux en langue française. Dans ce nombre, il faut comprendre ceux qui se publient en Algérie, aux colonies, en Belgique, au Canada, en Haïti, à Pile de France, en Suisse romande, et à l’usage des Français établis dans les pays où la langue française est hors d’usage populaire, comme l'Italie à Rome, le Courrier de l'Europe à Londres, le Courrier des Etats-Unis à New-York, etc., etc. Tous les journaux paraissant en France ne sont pas rédigés en langue française, plusieurs le sont en breton.
- H y a un certain nombre de journaux autographiés comme VAgence Havas et les journaux indigènes de l’Inde anglaise; d’autres sont calligraphiés, comme la Correspondance scientifique de Paris. Il y en a un, le Louis Braille, qui est destiné aux aveugles et qui est imprimé en relief à l’aide de la ponctuation dont l’aveugle Louis Braille est l’inventeur. Son rédacteur en chef, M. de la Sizerane, est également affligé de cécité, et grâce à ses efforts, le Louis Braille est un des journaux les plus répandus, quoique son nombre d’abonnés soit heureusement assez faible. Il n’y a pas dans le monde entier d’aveugle lettré qui ne cherche à se le procurer. Son prix d’abonnement est de trois francs par an. Il coûte 10 francs si on y joint la partie littéraire et musicale.
- Le journal le plus grand du monde est le Times, qui vient de célébrer le centenaire de sa création, et qui publie régulièrement des numéros de 16 pages, grand in-folio à 5 colonnes.
- Le plus petit, au moins clés journaux parisiens quotidiens, est le Fil électrique, qui publie chaque jour une feuille de 4 pages, d’un format à peu près équivalent à celui de La Nature.
- Un grand nombre de journaux, même politiques, surtout en Italie, accompagnent leur texte de dessins à la zincographie. Il n’y a qu’à New-York où un journal illustré quotidien a été établi d’une façon régulière ; il se nomme le Daily'Graphie. Il a débuté il y a une douzaine d’années en essayant d’organiser une expédition en ballon pour traverser l’Atlantique.
- La dernière guerre a fait surgir en Chine une multitude de feuilles volantes consacrées au récit des événe->-
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- ments et dans le genre de celle que La Nature a mise précédemment sous les yeux de nos lecteurs1.
- W. DE FoN VIELLE.
- DU SIGNALEMENT ANTHROPOMÉTRIQUE
- Nous avons eu l’occasion, il y aura bientôt deux ans, d’exposer dans La Nature les principes du nouveau signalement anthropométrique adopté à la Préfecture de police pour l’identification des récidivistes qui déclarent un faux état civil.
- Lors de la publication de cet article, lin août 1885, le nombre des récidivistes reconnus, grâce au système, pour avoir pris un faux état civil pendant les six premiers mois de fonctionnement, s’était élevé à huit. Dès le deuxième semestre 1885, le chiffre des reconnaissances sautait de 8 à 43; le premier semestre 1884 en comptait à lui seul 83, et le deuxième 158. Le chiffre du premier semestre 1885 approche de siO©!
- Ce sont là des résultats considérables si l’on tient compte de ce fait, que la plupart des individus reconnus n’avaient changé d’identité que parce qu’ils se savaient recherchés sous leur vrai nom pour d’autres délits (condamnations par défaut, désertion, rupture de ban, etc.). En de pareilles conditions, la reconnaissance d’un récidiviste sous faux nom donne le même résultat utile que son arrestation directe. La plupart des dissimulations d’état civil entraînant un allongement de la prison préventive, l’économie pécuniaire réalisée de ce chef doit être considérable..
- L’exposition de ces faits et des avantages qui en découlent était nécessaire pour faire comprendre l’intérêt qui s’attache à l’extension de la méthode même. Un pas décisif, dans ce sens, vient d’être fait parM. Herbette, directeur de l’Administration pénitentiaire, qui n’a pas hésité à remanier, suivant des bases scientiliques, le signalement des registres d’écrou, et ceci pour toutes les prisons de France et d’Algérie.
- Aux renseignements ordinaires ont été ajoutées les mensurations de la longueur et de la largeur de la tète, du pied et du doigt médius gauches. Ces indications seules permettraient de distinguer un individu entre plus de 5000. La difficulté de l’innovation résidait surtout dans l’apprentissage, par un personnel nombreux, d’une minière de décrire plus rigoureuse. Des manuels ornés de nombreux dessins ont été composés pour servir de guide aux greffiers. Nous détachons de ces pages le chapitre relatif à la forme du nez :
- Profit et dimensions du nez. — Le nez est l’organe qui, chez l’homme, concourt le plus à donner au visage d’un chacun son caractère particulier. Ses variétés : A de forme, B de dimension, présentent des combinaisons en nombre infini que la langue courante a ramené à quatre ou cinq types faciles à
- ‘ Voy. n“ 630, du 27 juin 1885, p. 61.
- reconnaître quand les caractères en sont bien tranchés.
- Malheureusement les formes intermédiaires, plus fréquentes que les formes types, rentrent difficilement dans les divisions usuelles. Les épithètes dont nous allons préciser le sens permettent au contraire une définition rigoureuse de tous les cas.
- À. Forme du nez. — Disons d’abord quelques mots sur les parties qui composent le nez. (Broca, Instr. anthr. générales, et Topinard.)
- La racine du nez N est cette dépression transversale qui existe toujours, mais plus ou moins accentuée, en haut du nez, entre les yeux, au-dessous de la base du front. Le point sous-nasal S est l’angle rentrant qui existe sur la ligne médiane, à la rencontre de la base et de la lèvre supérieure (fig. 2).
- La pointe du nez est le point de réllexion du lobule. Le dos du nez est la ligne de profil du nez depuis sa racine jusqu'à sa pointe. Le bord inférieur ou base du nez s'étend de la pointe au point sous-nasal.
- On distingue dans le profil du nez :
- I. La forme générale du dos du nez.
- II. L’inclinaison de sa base.
- 1. La forme générale du dos du nez est exprimée par les cinq termes suivants :
- 1. Concave. La partie supérieure qui correspond aux os du nez descend plus ou moins obliquement en ligne à peu près droite ; puis la partie inférieure qui correspond au lobule se porte en avant, de sorte que l’ensemble de la ligne du dos du nez présente sur le profil une forme concave (fig. 1).
- 2. Rectiligne. Le dos du nez décrit une ligne à peu près droite de la racine à la pointe (fig. 2).
- 5. Àquilin ou convexe. Le dos du nez décrit une courbe convexe à peu près uniforme de la racine à la pointe (fig. 5).
- 4. Busqué ou coudé. La partie supérieure de la portion osseuse présente une convexité forte et courte au-dessous de laquelle le reste de cette portion osseuse se continue sans inflexion notable avec le dos du lobule (fig. 4).
- Le nez busqué peut être considéré comme une variété du nez aquilin.
- 5. Ondulé. La partie supérieure est convexe comme dans le nez aquilin ; mais le profil du lobule, au lieu de continuer cette courbe comme dans le nez aquilin, ou de prendre une direction rectiligne comme dans le nez busqué, s’infléchit en dedans. 11 en résulte que la direction de la ligne est convexe en haut, et devient concave au-dessous de la portion osseuse, pour redevenir nécessairement convexe vers la pointe du nez. Elle est donc ondulée (fig. 5).
- IL L’inclinaison de la base du nez peut être relevée (n° 6), horizontale (n° 7), ou abaissée (n° 8).
- Ces mots se passent de définition.
- La description du profil du nez au moyen de cinq sortes de ligne s’était arrêtée à la pointe du lobule. L’indication de l’inclinaison de la base en achève le contour. .
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- Ces modificatifs : relevé, horizontal et abaissé, doivent être adjoints, suivant les cas, à chacun des cinq termes : concave, rectiligne, aquilin, busqué, ondulé.
- : Exemple : nez concave (à base) relevée; ou pour plus de rapidité : nez concave-relevé (fig. 9). Ou encore : nez busqué-abaissé (fig. 10) ; nez rectiligne-liorizontal (fig. 8); etc.
- De ce que l’emploi simultané des deux épithètes est indispensable, il ne faudrait pas conclure que chacune d’entre elles se combine dans la pratique avec n’importe laquelle de l'autre catégorie, et dans la même proportion. Certaines combinaisons s’observent beaucoup plus fréquemment que d’autres :
- Le nez ondulé, par exemple, est très souvent abaissé (type François Ier).
- Le nez concave est d’ordinaire à base relevée (nez en pied de marmite, par exemple), tandis que le nez aquilin est ou horizontal (type israélite), ou abaissé (nez en bec de perroquet), etc.
- Le nez rectiligne à base horizontale (et à racine du nez peu marquée) constitue le nez classique des statuaires grecs, ou nez droit.
- Par contre, un nez aquilin à base relevée est exceptionnel, et un nez concave abaissé difficile à concevoir.
- On est souvent amené, clans la pratique, pour rendre les définitions plus précises, à employer les modificatifs : légèrement et fortement : nez légèrement aquilin, c’est-à-dire presque rectiligne, fortement abaissé, etc.
- B. Dimensions. — Après avoir parlé de la forme, il nous reste à traiter de cet autre élément de tout solide : les dimensions.
- Il importait, pour la clarté de la notation, de séparer nettement ces deux points de vue.
- Les trois dimensions du nez sont : sa longueur, sa largeur et sa saillie. Le sens de ces expressions doit être déterminé.
- La longueur ne se compte pas sur le dos du nez, comme on pourrait être tenté de le faire. C’est la ligne NS comprise entre la racine et le point sous-nasal (fig. 2). On évite ainsi les illusions d’appréciation qu’occasionnent les nez tombants (à base abaissée) qui paraissent toujours plus longs qu’ils ne sont en réalité.
- Différents profils de nez relevés sur des photographies à lu Préfecture de police,
- ‘ La largeur est la plus grande distance transversale comprise entre les deux ailes.
- ’ La saillie du nez enfin est la distance comprise entre le point le plus saillant du dos du nez et la ligne NS.
- La mensuration directe, au moyen d’un compas, des trois dimensions du nez présente certaines difficultés d’exécution. Aussi se contente-t-on, sur les registres d’écrou, de signaler à la suite de la rubrique consacrée au profil du nez, celles de ces dimensions qui s’écarteraient notablement de la moyenne, en un sens comme dans l’autre. Des guillemets indiquent l’absence de remarque de ce genre.
- ! Considéré par rapport à ses trois dimensions, un liez peut être : long ou court, large ou étroit, et à saillie prononcée ou non (ce qui est exprimé par les mots saillant ou peu saillant). Le terme épaté est réservé pour les nez à la fois larges et peu saillants, et celui à'écrasé pour ceux qui ont été aplatis à la suite d’accidents.
- Gros, effilé, pointu, s’appliquent spécialement à la pointe du lobule, au bout du nez.
- Les qualificatifs fort ou petit qui embrassent l’ensemble des trois dimensions ne doivent être employés qu’avec la plus grande réserve.
- L’emploi exclusif de ces adjectifs pour les désignations spéciales qui leur sont assignées permet d’éviter à chaque signalement la répétition des mots : base, longueur, largeur, hauteur, etc.
- En résumé, la réforme du signalement pénitentiaire dont M. Herbette a pris la direction au milieu de tant d’autres occupations d’un ordre plus élevé, n’est pas sans présenter un certain intérêt au point de vue scientifique.
- L’introduction des quatre principales mensurations anthropométriques sur le registre d’écrou (qui est une pièce légale, prescrite par le Code d’instruction criminelle), consacre définitivement le fonctionnement de l’identification anthropométrique dans les établissements pénitentiaires français.
- D’autre part, les lois votées récemment en vue de diminuer la récidivité, auront certainement, entre autres conséquences, celle d’augmenter chez les incorrigibles les dissimulations d’identité, et ceci dans une proportion énorme.
- L’expérience poursuivie à Paris avec tant de succès permet de bien augurer des services que l’identification anthropométrique est appelée à rendre à la justice de province. Alphonse Bertillon.
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- NOUVEAU MOTEUR DOMESTIQUE
- AUTOMOTEUR ABEL P1FRE
- Nos lecteurs sont au courant des efforts multiples qui ont été faits en vue de doter la petite industrie d’un moteur approprié à ses besoins. Nous avons décrit tour à tour des moteurs à vapeur, à gaz, à air chaud, des moteurs hydrauliques, pneumatiques, etc.... Celui dont nous nous occupons aujourd’hui est intéressant par le problème que s'était posé son auteur, aussi bien que par les moyens mis en œuvre pour le résoudre. Son inventeur, M. Abel Pifre, s’est proposé de construire un moteur pouvant s’employer partout, à la ville et au village, facile à mettre en marche et à entretenir sans connaissances spéciales, réunissant la simplicité de conduite des moteurs à gaz à la souplesse et à l’économie de la machine à vapeur.
- Pour résoudre ce problème qui a bien souvent attiré l’attention des ingénieurs, et dont la solution offrirait incontestablement une grande importance, M.
- Abel Pifre s’est adressé à la vapeur d’eau. Il a pensé que si la machine à vapeur, portée à sa plus haute puissance, avait centralisé la force motrice au profit des plus grandes entreprises de notre époque, il pouvait lui appartenir aussi de fournir à notre activité le moteur domestique. Nous croyons que l’électricité apportera dans l’avenir une solution complète de cette question quand la distribution à domicile sera exécutée; mais les autres tentatives n’en méritent pas moins d’être encouragées.
- , Le défaut principal des petites machines à vapeur étant d’exiger une surveillance et des soins supérieurs à ceux qu’exigent les machines de grande puissance, M. Pifre s’est écarté des conditions ordinaires de la production de la vapeur et de celles de sa transformation en travail : a
- imaginé un ensemble pouvant fonctionner pour ainsi dire de lui-même pendant plusieurs heures, sans sujétion absorbante pour son propriétaire; de là le nom caractéristique donné à son invention.
- L'automoteur, dont notre figure 1 reproduit l’aspect extérieur, se compose de trois parties essentielles :
- Le générateur et le moteur proprement dit, réunis sur un même socle, qui leur sert de fondation, et le condenseur qui se place suivant la commodité du lieu où on l’installe.
- Le générateur A (fig. 2) ressemble assez à un poêle calorifère, mais transformé à l’intérieur de
- façon à produire de la vapeur en abondance. Le feu s’allume au bas d'une colonne centrale H, qu’on emplit ensuite jusqu’au haut du combustible dont on dispose. La combustion s’opère sur la grille E, au bas de la colonne. Elle est d’une constance absolue tant qu’il reste du coke dans la colonne. A intervalles éloignés , on verse du charbon pour remplacer celui qui a été brûlé. Cela suffit à rendre la production de vapeur constante et régulière, sans aucune des perturbations ordinaires dans les petites chaudières. Le réglage de l’intensité du feu se fait par la porte du cendrier et la clef de poêle placée sur le tuyau de la cheminée.
- Le moteur B est du type pilon, classique et peu encombrant. Son cylindre, son piston et ses tiroirs fonctionnent sans jamais être lubrifiés par aucun corps gras. Quant au condenseur C, il est composé d’un tube G, enveloppant sur une certaine longueur le tube d’échappement F et permettant de faire circuler de l’eau froide autour de ce dernier.
- La vapeur produite dans le générateur, passe dans le cylindre. Après y avoir déplacé le piston et produit le mouvement ordinaire dans toute machine à I vapeur, elle s’échappe par le tuyau F. Elle est con-
- Fig. 1. — Moteur domestique de M. Abel Pifre.
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- densée par l’eau qui circule dans le tuyau G et re- , tombe à l’état d’eau distillée dans le petit réservoir I K. Là, cette eau distillée est reprise par la pompe I d’alimentation L et réintroduite, bien aérée et exempte de toute matière grasse, dans le générateur A, dont ie niveau reste constant. Cette constance du niveau d’eau et l’alimentation automatique du combustible dans le foyer, forment les traits caractéristiques de ce nouveau moteur, dont l’entretien et la surveillance se trouvent ainsi réduits à leur plus simple expression.
- L’automoteur que représente notre figure 1 est le plus petit de ceux que construit M. Pifre. C’est le quart de cheval. 11 pèse 550 kilogrammes et n’occupe qu’un espace de 1 mètre sur 0m,60 de large. Sa hauteur est de O"1,70. Il est muni, malgré ses faibles dimensions, de tous les appareils de sûreté
- Fig. 2. — Diagramme explicatif du mécanisme.
- que comportent les grandes machines à vapeur. Le petit réservoir dans lequel arrive l’eau distillée provenant de la condensation est surmonté d’un avertisseur électrique servant de témoin et qui se fait entendre dès qu’il se présente une anomalie quelconque.
- En dehors des applications déjà réalisées par M. Pifre pour diverses industries parisiennes, il en est une éminemment originale, qui vient d’être faite sur un canot à vapeur de 6m,50 de longueur, qu’un homme seul peut facilement chauffer, conduire et diriger.
- Nous avons dit récemment, à propos de cette question de la petite navigation à vapeur, qu’on ne saurait trop encourager ces tentatives salutaires, qui ont pour résultat de former une classe spéciale de yachtmen, conduisant eux-mêmes leurs embarcations, et pouvant, à l’occasion, utiliser heureusement leur connaissance des choses de la navigation.
- Gastox Tissandier.
- L’EXPOSITION UNIVERSELLE D’ANVERS
- L’Exposition d’Anvers peut être considérée aujourd’hui comme installée. Elle est construite dans la nouvelle ville d’Anvers sur des terrains présentant la forme d’un vaste triangle, d’une superficie de 22 hectares, situés à proximité de l’Escaut. L’entrée principale du palais, située dans l’axe même de l’avenue du Sud, à 50 mètres environ de la porte d’entrée, conduit directement à la galerie centrale, la grande artère du palais, qui divise le batiment dans sa longueur en deux moitiés à peu près égales. La grande galerie centrale aboutit à la galerie des machines établie en contre-bas d’un pont couvert jeté sur la rue dite de Bruxelles, qui est ainsi laissée à la circulation. Perpendiculairement à cette galerie centrale, une autre galerie transversale, aboutissant au quai Flamand réservé à l'exposition maritime, coupe encore le palais transversalement en deux moitiés égales, le divisant en îlots facilement accessibles au public. L’économie générale du monument est donc facile à saisir.
- L’espace réservé aux jardins est relativement restreint. On avait songé, dans le principe, à réserver à ceux-ci une superficie de H hectares; mais l'affluence des exposants, l’étendue des emplacements demandés dans les bâtiments, ont fait empiéter beaucoup la partie couverte sur le terrain disponible et réduire le jardin à des dimensions fort modestes par rapport au palais. Dans ce jardin se trouvent, dispersées un peu partout, de nombreuses annexes et une foule de constructions rivalisant de pittoresque et de variété1.
- La façade du bâtiment, bordée d’une terrasse élevée de 2 mètres au-dessus du sol, occupe toute la longueur des jardins ; terminée à chaque angle par une tourelle, elle est coupée, à intervalles réguliers, de pilastres et de colonnades et est ornée de statues et de bas-reliefs. A cause même du caractère temporaire de la construction, elle a été exécutée en plâtre simulant la pierre de taille, soutenue par une ossature de fer s’élevant à 66 mètres de hauteur.
- C’est au centre de la façade, devant le rond-point des jardins, que s’élève le grand portique, dont l’élégante et gigantesque stature a un caractère véritablement grandiose qui fait honneur à son auteur. La grande entrée donne accès à une sorte de vestibule. Les noms des neuf provinces belges sont inscrites dans l’archivolte. Ce portique, orné de superbes groupes sculpturaux, de figures symboliques, d’inscriptions en relief, figure un arc monu-
- 1 L’exposition internationale d’horticulture (plantes fleuries et plantes ornementales) qui vient de s'ouvrir, fait l’admiration de tous. L’immense salle des Fêtes n’a pas suffi pour contenir ces merveilleuses collections de la flore universelle. Le soir, éclairées à la lumière électrique, elles transportent le spectateur dans le monde de la féerie. Le congrès international de botanique s’est réuni le 3 août. L’affluence des adhérents est telle que la commission organisatrice n’a pas désigné moins de vingt-huit vice-présidents.
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- LÀ NATUHE.
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- mental flanqué de chaque côté de deux immenses obélisques de 55 mètres de hauteur et dont la base, ornée d’une proue de trirème, repose sur des rochers d’où jaillit une abondante gerbe d’eau s’échappant en cascade. Ces obélisques portent chacun un phare, qui le soir, sont éclairés a la lumière électrique et sont rattachés au portique par de légères colonnades; le porche d’entrée est surmonté d’une galerie-terrasse située à 45 mètres du sol, accessible par un ascenseur hydraulique et des escaliers, et d’où le regard plonge sur le magnifique panorama de l’Escaut d’un côté, et de la ville d’Anvers de l’autre. Placée sur la clef de voûte de l’entrée principale, à 25 mètres de hauteur, en avant de la galerie, une statue allégorique, qui mesure 7ra,30, personnifie la ville d’Anvers, souhaitant la bienvenue à ses hôtes, en ces termes inscrits sur le fronton : A tous, la ville d'Anvers. L’allure de ce sujet est très heureuse, les draperies semblent agitées par le vent et donnent beaucoup de mouvement à l’ensemble.
- La terrasse est elle-même surmontée d’une ligne d’arceaux, au-dessus desquels dix figures d’Atlas, de six mètres de haut, supportent la gigantesque mappemonde servant de couronnement à l’édifice. Enfin deux griffons de 4 mètres de hauteur, placés aux angles de la galerie-terrasse, du côté de la façade, d’une belle exécution, complètent un ensemble imposant et original. Cette décoration est élégante, la façade est gracieuse et légère, l’ensemble produit un effet grandiose d’un caractère bien compris et en rapport avec la destination.
- Enfin, à l’intersection des deux grandes galeries intérieures, s’élève un dôme central qui accuse extérieurement l’ordonnance de la disposition des galeries et produit un effet des plus satisfaisants.
- Les principaux travaux de sculpture ont été exécutés par deux artistes belges de grand talent, MM. Van Beurden et Hippolyte Le Roy; le premier a été chargé de faire les dix Atlas soutenant le Monde qui surmontent le portique ; le deuxième a été chargé de l’exécution de la statue de la ville d’Anvers et des principales figures allégoriques.
- A Anvers, chaque pays a été laissé libre d’adopter pour la décoration de sa section, le style qui lui est propre : on est arrivé à un ensemble agréable et curieux.
- La décoration de la section française a été confiée à M. Ed. Boulanger, architecte qui avait déjà eu la même mission à Amsterdam en 1883 l.
- La France a organisé, en outre, a l’Exposition d’Anvers, une section spéciale qui obtient un succès
- 1 On sait déjà que les exposants français occupent une place considérable sur le tableau des récompenses. Jamais, dans aucune Exposition étrangère, la France n’a été plus brillamment représentée, et dès à présent l’affluence des visiteurs qui se pressent dans les galeries françaises rend le plus éclatant hommage à cette partie de l’Exposition. Le nombre des exposants français dépasse 4700 : 2300 dans la section industrielle, plus de 2000 dans la section coloniale et 4'’0 dans la section des beaux-arts. Aux récents concours des animaux reproducteurs, les éleveurs de France ont obtenu 407 prix.
- rare : c’est la section des produits de ses colonies. Elle occupe, dans le jardin de l’Exposition, tout un palais qu’on dirait venu de l’Orient, et qui, s’il faut en croire la légende ou l’histoire —c’est Souvent tout un, — en serait venu directement en effet. Le Cambodge nous l’a, dit-on, envoyé. Par l’élégance générale de ses formes et par l’originalité de sa structure, ce vaste pavillon attire et retient le regard. On se prend involontairement à songer aux merveilles des pays lointains.
- Dès l’entrée du palais, on est surpris et charmé. Dans une demi-obscurité, propre aux longues rêveries et aux contemplations, tout un scintillement de métaux précieux, d’étoffes et de tapis aux chauds reflets, de coffrets tout couverts de nacre et d’argent. Une lumière étrange sort de ces objets comme une caresse pour les yeux. Un goût exquis a présidé à l’arrangement de toutes ces richesses. Elles se font valoir l’une l’autre ; elles se complètent, et leur accord forme une harmonie de couleurs inexprimable.
- À l’Exposition d’Amsterdam, la section des Indes Néerlandaises avait, on se le rappelle, produit un effet analogue. C’était la partie caractéristique et vraiment nouvelle de l’exposition. Les Hollandais avaient eu l’idée de joindre aux objets qu’ils exposaient les types principaux des travailleurs de leurs colonies : on était ainsi transporté dans un monde nouveau. Les organisateurs du pavillon du Cambodge n’ont pas été moins heureusement inspirés.
- Toute une collection de petites statuettes est là réunie. Elle montre, mieux que toutes les descriptions imaginables, comment sont faites, comment sont habillées, comment vivent toutes ces peuplades ou toutes ces multitudes que le drapeau français doit désormais protéger. Que de figures bizarres! que de costumes! et aussi, ou plutôt, quelle absence de costumes! la coquetterie n’y perd rien ; les bijoux, les ornements fantasques abondent où les vêtements sont le plus sommaires.
- Les colonies et les colons ne sont pas seulement représentés, dans cette exposition curieuse, par des spécimens en bois ou en cire. Quelques échantillons en chair et en os, bel et bien vivants, je vous prie, y déploient leurs grâces exotiques. Deux Sénégalais, d’un noir d’ébène magnifique, et deux Annamites à la peau jaune pâle, ont la garde du palais. Ils font l’admiration et la joie des visiteurs.
- Tout au centre du pavillon s’élève une habitation du Cambodge. Malgré ses dimensions restreintes, elle a le don de captiver la foule. Plus d’un est tenté de s'asseoir sur ses nattes fines; des meubles aux ciselures exquises font envie ; des colonnettes dorées, le long desquelles se joue tout un peuple de dragons et de lézards fantastiques, ont la légèreté capricieuse d’une tige de palmier entourée de lianes.
- Et ce n’est que le côté extérieur en quelque sorte de l’exposition coloniale française ; chacun de ses compartiments vaudrait une étude, et elle l’a rendue aisée, au point de vue de ses richesses naturelles, de ses ressources, de son commerce. Tous les pro-
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- duits coloniaux sont là, bois inestimables, métaux précieux, grains, fils, étoffes, vins. C’est une abondance et une diversité incomparables. Quelle perspective d’exploitations fructueuses s’ouvre au génie français ; quel développement promis aux échanges internationaux! La Tunisie, à elle seule, semble une contrée bénie entre toutes.
- Parmi les diverses expositions étrangères, une de celles dont la décoration est des plus imposantes, c’est celle de la section Austro-Hongroise, qui occupe environ 2600 mètres, distribués entre 5 ou 600 exposants choisis pour la perfection de leurs produits. Elle a pour façade une magnifique grille en fer forgé, surmontée d’un dôme de velours tout
- frangé d’or qui se termine par une couronne impériale surmontée d’une Renommée soufflant dans une trompette thébéenne. C’est le fac-similé de la grille qui orne un des châteaux de chasse de l’empereur François-Joseph. Toute l’ornementation de la galerie esta l’avenant. Autour des frises, court une imitation j de mosaïque ; les charpentes de la toiture sont cou-| vertes de tentures aux armes de chaque province de l’empire; sur les panneaux inférieurs, de magnifiques écussons alternent avec des aigles géminées en or. Enfin, la galerie se termine par une grille et un dôme identiques à ceux de l’entrée.
- Après la section autrichienne, nous citerons la section italienne, bien que son ornementation générale
- £ jnaxœüJi
- Fig. 1. — Plan de l’Exposition universelle d’Anvers en 1885.
- soit d’un ton un peu criard, résultant de l’effet de contraste produit par les colonnes à chapiteaux corinthiens supportant les charpentes et peintes en ton gris clair et surchargées d’ornements d’or, et les piliers peints en imitation de porphyre rouge. On ne doit pas nier, cependant, que cette décoration attire l’attention et ne nuit pas à l’effet des produits exposés.
- Nous ne parlerons pas des décorations des autres sections étrangères qui n’offrent rien de bien particulier ; nous signalerons la Belgique qui, recevant chez elle, a voulu aborder le genre noble. Elle a eu recours pour cela au style monumental : les charpentes latérales des galeries portent une rangée de cartels avec le nom de chaque province; en dessous, il y a en quelque sorte une histoire illustrée des principales industries belges, c’est-à-dire que les
- motifs décoratifs de la cimaise, imitant des grisailles, représentent des scènes industrielles, des procédés de fabrication, des usines en plein travail, des chantiers de construction, des ateliers de filature, des imprimeries avec leur personnel et leur outillage, etc. Cette décoration, d’un effet froid, demande une certaine attention pour être comprise, et produit un effet infiniment moins brillant, moins riche et moins satisfaisant que celle des sections étrangères.
- En résumé, aujourd’hui que l’ensemble de l’Exposition est à peu près complet, on peut juger de son importance et de sa réussite. Les galeries ont une surface totale de 105 000 mètres carrés, et renferment tous produits de choix, dont le poids total a dépassé 20 millions de kilogrammes.
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- m
- Nous sommes heureux de pouvoir affirmer que la section française fait bonne figure à Anvers, et nous ne doutons pas que les efforts' de nos industriels et de nos commerçants ne soientsérieusement appréciés du public et du jury international.
- Ajoutons que l’inauguration officielle des nouveaux
- quais et des grands ouvrages maritimes qui font aujourd’hui d’Anvers un des premiers ports du monde, ont eu lieu récemment, et ont été l’occasion de fêtes magnifiques, qui ont attiré un surcroît de visiteurs à l’Exposition.
- L’accroissement du port d’Anvers est un fait com-
- Fig. 2. — Façade principale de l'Exposition d’Anvers. Porte d’entrée. (D’après une photographia )
- mercial considérable, bien digne d’attirer l’attention. Depuis un demi-siècle la navigation y a pris un essor peu fréquent.
- En 1831, les arrivages y étaient de 398 navires et 53 503 tonneaux, mais déjà en 1832 nous trouvons 1258 arrivages et 150 264 tonneaux; l’année 1884 donne 4342 arrivages et 3 470 873 tonneaux.
- La nature des arrivages indique l’intéressante progression de la navigation à vapeur. Le premier steamer venu à Anvers arriva en 1817; c’était le Prins van Oranje, naviguant entre Anvers et Rotterdam. Le premier steamer en fer arriva en 1838, et le premier steamer à hélice en 1840.
- L’augmentation du tonnage total est considérable.
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- Le tonnage moyen par navire a suivi la progression suivante (voiliers et steamers réunis) : 1836, 140 tonneaux; 1840, 153 tonneaux ; 1850, 168 tonneaux; 1860, 213 tonneaux; 1870, 530 tonneaux; 1880, 684 tonneaux; 1884, 799 tonneaux.
- A la fin du siècle dernier le port d’Anvers se composait d’un quai et de six canaux. Les deux premiers bassins furent inaugurés en 1811 et en 1813. L’Entrepôt royal fut construit en 1828. En 1855, la Ville décida la construction du bassin Kattendijk. Furent successivement construits : le bassin de jonction, le bassin de la Campine, le bassin du Canal, les bassins de batelage du Nord et du Sud ; en voie de construction : deux immenses bassins au Nord.
- Les quais de l’Escaut, reconstruits et élargis, ont un développement de 5500 mètres, sur 100 mètres de largeur. Accessibles à toute marée aux navires du plus fort tonnage, ils sont munis de voies ferrées, de hangars, de grues hydrauliques et constituent l’outillage maritime le plus perfectionné du monde *.
- HËMA-SPECTR0SC0PE
- DE MAURICE DE THIERRY
- Cet appareil, expérimenté avec succès depuis le mois d’août dernier, a été récemment présenté par M. Vulpian à l’Académie des sciences, et par M. Brouardel à l’Académie de médecine, où il a été l’objet d’un rapport des plus favorables, fait par M. Gariel au nom d’une commission composée de MM. Brouardel, Giraud-Teulon et Gariel, rapporteur.
- L’héma-spectroscope est destiné à la recherche de quantités infinitésimales de sang dans un liquide quelconque : eau, urines, humeurs, et à déceler sa présence dans les taches sur le linge, les étoffes, les bois, les métaux, etc. Il repose sur les principales propriétés optiques de l’oxyhémoglobine et de l’hémoglobine réduite qui donnent, l’une deux bandes d’absorption situées entre les raies D et E du spectre, et l’autre une bande unique, connue sous le nom de bande de Stockes, située entre les deux précédentes.
- L’héma-spectroscope, comme l’indique la figure, se compose d’un tube de laiton dans lequel glisse à frottement doux un autre tube de même métal et de plus petit diamètre ; ce dernier tube est terminé par un appareil spectral d’un modèle nouveau, muni d’un prisme à grand pouvoir dispersif et d’un diaphragme à fente dont les lèvres sont mobiles symétriquement, de manière à faire varier la largeur de la fente de part et d’autre de la ligne médiane. Dans l’intérieur de l’appareil on peut mettre à volonté trois tubes en cristal fermés à leurs extrémités par deux petits disques également en cristal 'a faces parallèles et fixés à l’aide d’un collier mobile. Ces
- 1 D’après les documents communiqués par M. Max Dufossé, correspondant de La Nature, à Anvers : Publications d’Anvers, Exposition de 1889, etc.
- tubes qui mesurent respectivement, 10, 30 et 50 centimètres de longueur et qui ont une section de un centimètre carré servent à mettre le liquide sur lequel portent les recherches. Et suivant sa richesse en matière colorante, on prend un quelconque do ces tubes.
- L’héma-spectroscope s’adapte soit sur un pied articulé portant un miroir destiné à envoyer un faisceau de lumière dans le tube par l’une des extrémités, soit plus simplement sur un microscope ordinaire. Pour taire une recherche, on dispose le miroir du microscope ou du support de manière à éclairer vivement le tube, et on règle l’ouverture de la fente et la mise au point de façon à ce qu’en regardant dans l’oculaire on aperçoive le spectre très nettement avec ses différentes couleurs bien tranchées. (Si l’on opère avec la lumière solaire, on doit voir distinctement les raies de Fraünhofer.)
- La mise au point terminée, on prend soit l’urine, soit le liquide dans lequel on a fait macérer préalablement les linges, papiers, etc., que l’on présume tachés de sang et on l’introduit dans un des tubes. Si le liquide est incolore ou que la coloration soit très faible, on prend le tube de 50 centimètres. S’il est fortement coloré, on l’étend d’eau, jusqu’à ce que, vu sous une épaisseur assez grande il présente une coloration rose chair et on le met dans le tube de 10 ou de 30 centimètres. Si la solution était trop colorée, comme on l’observe sous une très grande iiéma-spectiwope. épaisseur, elle absorberait complètement la lumière et par conséquent les deux bandes caractéristiqiies ne seraient pas visibles.
- Grâce à l’épaisse couche de liquide traversée par la lumière, les bandes d’absorption apparaissent même avec une solution ne renfermant que 1/100,000 d’hémoglobine.
- Une goutte de sang de la grosseur d’un grain de blé, sur un linge exposé trois mois à l’air libre, a présenté, après macération dans une quantité de liquide nécessaire pour remplir le tube de 50 centimètres, c’est-à-dire 50 centimètres cubes, les bandes d’absorption très nettes de l’hémoglobine. Le procédé est d’une telle sensibilité, que l’auteur a retrouvé les bandes d’absorption encore parfaitement visibles, dans un liquide qui dans les circonstances ordinaires, ne présentait aucune coloration et qui
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- ne contenait que 1 centimètre cube de sang dans 30 litres d’eau.
- Avec l’urine, les résultats sont presque aussi satisfaisants, mais il est bien évident que cette sécrétion, colorée par elle-même, empêche de pousser aussi loin les investigations. On retrouve néanmoins du sang dans des urines, qui même après un examen attentif, n’offrent aucun des caractères d’une urine sanguinolente.
- Les tubes étant, comme nous l’avons déjà dit, entièrement en cristal, on peut faire subir aux liquides les actions chimiques qui permettent de réduire l’oxyhémoglobine et de vérifier sa présence par l’apparition de la bande noire caractéristique.
- Il va sans dire que cet appareil peut être utilisé à tous les cas où il y a lieu d’appliquer le procédé de la spectroscopie par absorption, comme dansla'déter-mination de la présence de la chlorophylle. On l’applique en outre à la recherche de très petites quantités de seigle ergoté dans la farine de froment au moyen du spectre d’absorption particulier que présente la matière colorante de l’ergot de seigle.
- Construit avec le plus grand soin par Yérick, peu embarrassant, facilement transportable, permettant d’observer une petite quantité de liquide sous une très grande épaisseur , Théma-spectroscope de M. de Thierry est appelé à rendre de véritables services aux naturalistes, aux pharmaciens, aux chimistes biologistes et surtout à la médecine légale.
- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire géologique universel et guide du géologue autour de la terre dans les musées, les collections et les gisements, par le D' Dagincourt. 1 vol. in-8° — Paris, Comptoir géologique, 15, rue de Tournon, 1885.
- Transport par chemins de fer des blessés et malades militaires, par le Dr Paul Redard. 1 vol. in-8°, avec 36 planches. — Paris, Octave Doin, 1885.
- Dictionnaire d’agriculture. Encyclopédie agricole complète, par J.-A. Barral. Troisième fascicule, in-8°. — Paris, Hachette et Ci0,1885.
- The Copper-Bearing rocks of Lake Superior, by Roland Ruer Irving^L magnifique volumein-4% avec planches, publié par le gouvernement américain. — Washington.
- NOTRE PREMIER
- LABORATOIRE DE CHIMIE MÉDICALE
- le bureau d’adresse, la gazette et les consultations CHARITABLES DE THÉOPHRASTE RENAUDOT
- S’il est un homme pour lequel la postérité se soit montrée injuste, c’est assurément Théophraste Renaudot le Gazetier, comme l’appelaient, dédaigneusement ses ennemis. Et pourtant, quel inventeur,
- quel hardi novateur que ce philantrophe ignoré auquel aucun déboire ne fut épargné, qui se vit condamner à ne plus « exercer la charité » et mourut « gueux comme un peintre », suivant l’expression de son terrible ennemi Guy Patin1!
- Nous passons rapidement sur les premières années de Renaudot qui, né à Loudun en 1586, docteur de Montpellier en 1606, venait à Paris en 1625, après avoir exercé avec grand succès la médecine dans sa ville natale, mettre en pratique « les moyens qu’il avoit recouvrez pour le soulagement de la misère publique ». Et celle-ci était terriblement grande à une époque où, pour se débarrasser des misérables qui encombraient les rues, le gouvernement ne trouvait rien de mieux que de les faire enfermer dans des maisons de force dont quelques-unes sont devenues certains de nos hôpitaux actuels. Renaudot n’avait pas voulu tremper dans tous ces moyens de coercition par lesquels on forçait les malheureux à travailler quand même à une tâche qui ne pouvait leur procurer un salaire rémunérateur.
- Impuissant à lutter contre la jalousie et la toute-puissance des corporations, il s’efforcait d’atténuer les mauvais effets du monopole à outrance en créant la Publicité commerciale. C’est en 1630 qu’il fondait, rue de la Calandre, près le Palais, à l’enseigne du Coq, son Bureau d'adresse ou de rencontre qui n’allait pas tarder à acquérir une renommée justement méritée. Pour le populariser, il se fit imprimeur et lança dans le public son « Inventaire des adresses du bureau de rencontre ou chacun peut donner ou recevoir des ayis de toutes les nécessitez et eommoditcz de la vie humaine. » Là se traitaient les affaires les plus variées, Renaudot s’adressant à « toutes personnes qui voudront vendre, achepter, louer, permuter, prester, apprendre, enseigner; aux maîtres qui veulent prendre des serviteurs et à ceux qui cherchent condition pour servir en quelque qualité que ce soit ; à ceux qui auront les lieux, commo-ditez et industries propres pour être employez... etc. » De temps en temps paraissaient en outre des feuilles volantes sur lesquelles on pouvait lire les dernières offres ou demandes parvenues au Bureau. Dans cet établissement fondé dans un but essentiellement humanitaire, tout était gratuit pour les malheureux. Ceux qui,plus fortunés, venaient demander des renseignements, ou s’inscrire pour une offre sur le Registre du Bureau, payaient un droit minime de trois sous.
- Le prêt fut également gratuit pour les pauvres, lorsque, quelques années plus tard, Renaudot introduisit en France les Monts-de-Piété. Les Feuilles du Bureau d'adresse n’étaient que le prélude d’une publication beaucoup plus importante, la Gazette, qui vit le jour le 30 mai 1631. Avant elle, le journal n’existait pas en France : désormais au crieur des rues (fig. 1 ) va se joindre le colporteur de la
- 1 Nous ne saurions trop à ce sujet recommander la lecture du livre de M. Gilles de la Tourette : Théophraste Renaudot. d’après des documents inédits. In-8°. — Plon, 1884.
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- Gazette qui, plus que son collègue, encaissera de gros bénéfices, car on va s’arracher tous les samedis sa marchandise d’un nouveau genre.
- * La Gazette répondait trop h un besoin pour ne pas réussir : protégée par Richelieu dont elle soutenait la politique, recevant directement des articles de Louis XIII, elle prenait rapidement une telle importance qu’au numéro hebdomadaire s’ajoutèrent bientôt les Extraordinaires, sortes de suppléments qui paraissaient chaque fois qu’un événement important se produisait dans le royaume. On voit, par l’estampe allégorique que nous reproduisons (fig. 2), qu’elle prétendait tirer directement et de bonne source tous ses renseignements; elle avait comme l’indique le dessin de sa robe, l’oreille ouverte à tous les bruits, disait la vérité toute nue, démasquait le mensonge et ne cédait jamais aux sollicitations intéressées des ' Cadets de la Faveur. Nous signalons tout particulièrement son greffier qui n’est autre que Renau-dot lui-même, assez reconnaissable à son nez camus, perpétuel objet de sarcasmes. Ajoutons que le Maître du Bureau d’adresse était un excellent patriote, qu’il ne cessa jamais dans son journal de prêcher l’union contre l’ennemi commun, l’Espagnol, et qu’il ne fut peut-être pas étranger à la publication de cette gravure (fig. 3), sur laquelle le colporteur d’une Gazette d'Espagne désespéré de n’avoir que des revers à offrir à ses clients,
- Romp et déchire ses gazettes
- Qui ne chantent que ses defaittes.
- Ce qui nous intéresse ici le plus, c’est la part que prit Renaudot au mouvement scientifique si peu accentué de son époque et quels furent les moyens mis par lui en pratique pour aider à son avancement. N’oublions pas qu’il est médecin et même médecin du roi, sinécure qui lui permet tout au plus, étant docteur de la Faculté de Montpellier, d’exercer la médecine dans la capitale. Enfin, ce n’est pas un songe-creux, c’est un esprit éminemment pratique qui va de suite réagir et avec vigueur contre les médecins de Paris immobilisés dans le Magister dixit. De plus, c’est un philanthrope dont tous les efforts, toutes les nouvelles créations vont encore
- tendre au soulagement des misérables. C’est dans ce but qu’il fondait vers la fin de 1631 les Conférences publiques du bureau d'adresse, sorte d’Aeadémie au petit pied d’où sortiront bientôt les Consultations charitables pour les pauvres malades. Renaudot avait su grouper autour de lui une foule de médecins venus des Facultés de province et qui partant, n’avaient pas à Paris droit de cité ; de plus, beaucoup d’esprits éclairés avaient accueilli avec enthousiasme le projet de fondation d’une Société scientifique où l’on pourrait discuter librement et sans parti pris d’école.
- Pendant deux ans, on n’admit que les intimes, mais, devant le nombre toujours croissant des demandes, Renaudot dut rendre publiques ces premières assises de la science qui seule devait être en cause dans la discussion. « La médisance n’en était pas seulement bannie, mais, de peur d’irriter
- les esprits aisez à échauffer sur le fait de la religion, on renvove en Sorbonne tout ce qui les concerne. Les mystères des affaires d’Estat tenans aussi de le nature des choses divines desquelles ceux-là parlent le mieux qui parlent le moins , nous en faisons le renvoy au Conseil d’où elles procèdent. Tout le reste se présente iey à vous pour servir d’une spacieuse carrière à vos esprits. » On y proposait les questions les plus diverses que chacun était tenu d’étudier et de résoudre suivant ses aptitudes. La Compagnie commettait spécialement plusieurs de ses membres pour étudier «... le moyen de faire le vernis de la Chine noir et jaune doré ; le moyen de donner quelque avis en six heures à cent lieues d’icy sans y employer les cloches ni le canon ou tel autre moyen, etc...» Tous se piquèrent d’émulation : les cinq gros volumes des Comptes rendus sont là pour attester la somme des efforts dépensés et nous offrir un très bon résumé de l’état de la science au dix-septième siècle.
- Cependant, une chose manquait : il fallait un laboratoire ou l’on pût se livrer aux recherches et aux expériences. De plus, Renaudot, depuis bien longtemps, caressait l’idée d’ouvrir dans sa maison de la rue de la Calandre une grande salle de Consultations gratuites; et, donner la consultation sans délivrer les médicaments lui paraissait dérisoire, d’autant plus
- Fig. 1. — Le crieur des rues. (Fac-similé d’une ancienne gravure du dix-septième siècle.)
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- qu’il était un partisan convaincu des remèdes chi- défendait aux apothicaires de préparer. Mais, il n’était miques que l’Ecole de Paris repoussait en bloc et pas’facile d’établir au dix-septième siècle un labora-
- Fig. 2. — Fac-similé d’uuc ancienne gravure allégorique, représentant la Gazette de Reuaudot, à laquelle on apporte les nouvelles
- . qu’elle dicte à sou secrétaire.
- toire où devaient se manipuler des substances toxiques. Avant l’autorisation royale, il fallait obtenir celle de la Cour des monnaies qui avait sous sa surveillance tout ce qui touchait à la distillerie dans le commerce, l’industrie et l’art. Or, cette Cour accordait très difficilement les autorisations de ce genre et il était bon d’avoir des amis dans la place.
- Une excellente occasion ne tarda pas à se présenter. Jean le Noble, conseiller à ladite Cour, vint à mourir; Ilenaudot acheta pour l’un de ses lils la charge vacante avec l’agrément du roi donné par lettres du 1er mai 1658.
- La position était désormais conquise, et, le 2 septembre 1640, Louis XIII, par, lettres patentes, l’autorisait « à se livrer a toutes les pratiques qu’il jugerait nécessaires pour le bien et le soulagement des pauvres et particulièrement des malades. » Les considérants que renferment ces lettres sont fort intéressants. Après avoir parlé des recherches qui se
- pratiquaient au Bureau d'adresse, le roi ajoute : « Et d’autant plus qu’une partie des expériences qui s’y font sont des remèdes tirés des plantes, animaux et minéraux, pour la préparation desquels il est obligé de tenir toutes sortes de fourneaux, alambics, matrats, récipients et autres vaisseaux de chymie et spargyrie pour extraire par les opérations dudit art toutes sortes d’eaux, huiles, sels, magisterées, extraits, quintessences, chaux, teintures, régules, précipités et tous les autres effets dudit art de chymie, lesquels se trouvent fort utiles à la guérison des malades lorsqu’ilssontmé-thodiqueinent administrés ... pour cet effet avons permis audit Renaudot de tenir chez lui lesdits fourneaux et y faire toutes sortes d’opérations chy-miques. » Les mêmes lettres autorisaient l’établissement définitif des Consultations charitables. Tous les jours, dans la grande salle du Bureau d’adresse devenu l’un des endroits les plus fréquentés de Paris,
- rie, 5 — Fac-similé d’une ancienne caricature du dix-septième siècle.
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- se réunissaient des médecins, qui, gratuitement, donnaient des consultations aux malheureux, des [chirurgiens qui les pansaient, des apothicaires qui leur délivraient les médicaments prescrits. Il y avait là la base de tout un enseignement, d’autant qu’a la Faculté il n’existait même pas l’oinbre d’un cours de clinique, que les élèves ne voyaient jamais de malades, et qu’ils passaient leur temps d'études à syllo-giser.
- Aussi, les élèves guidés par le bon sens avaient-ils déserté en masse les bancs de l’Ecole pour venir suivre la clinique de Renaudot.
- C’est alors que la Faculté, furieuse de se voir ainsi supplanter et incapable de tenter un effort, même pour admettre la circulation du sang, intente procès sur procès au malheureux gazetier qui n’était coupable que d’avoir trop aimé soulager la misère publique. Richelieu lit tous ses efforts, essaya de tous les moyens de conciliation pour arrêter les hostilités ; niais, soutenue par le Parlement qui lui-même était l’ennemi du cardinal, la Faculté ne voulut rien entendre.
- Voyant que le temps des concessions était passé, Renaudot demanda et obtint l’autorisation du roi de fonder un hôtel des consultations charitables, vaste établissement pourvu d’un hôpital, et qui aurait été le siège de la future Ecole, de la Faculté libre dont il possédait désormais tous les éléments d’organisation. C’en était fait de la Faculté et de ses théories surannées; mais Renaudot avait compté sans la mort. Le 4 décembre 1642, mourait Richelieu, son protecteur, son ami, et le 14 mai 1645, disparaissait Louis XIII, son dernier soutien. Mazarin et Anne d’Autriche ne voulaient à aucun prix s’aliéner l’Université tout entière et le Parlement qui avaient pris fait et cause pour la Faculté de médecine. Le 1er mars 1644, le Parlement rendait un arrêt qui ruinait de fond en comble l’œuvre de Renaudot et interdisait même à son fondateur d’exercer la médecine à Paris. Epuisée par cet effort, la Faculté se rendormait à nouveau, pour ne se réveiller que deux siècles plus tard.
- Albert Londe.
- CHRONIQUE
- Pile Leclanché sans liquide. — M. C.-M. Gariel a récemment présenté à la Société de physique, au nom de M. Guérin, une pile dont les liquides ont été immobilisés et qui, par suite, est devenue transportable, qualité fort recherchée pour nombre d’applications. M. Guérin a obtenu ce résultat avantageux en employant à la place de l’eau, une dissolution faite à chaud d’agar-agar, algue venant des pays d’extrême Orient. Par le refroidissement, le liquide se prend en une gelée solide et élastique. La proportion d’agar peut varier de 1 à 5 pour 100 et dépend des substances qui doivent être mélangées au liquide. Le modèle que M. Gariel a étudié est une pile Leclanché à agglomérer; sa force électromotrice est légèrement inférieure, 0 volt 03 à 0 volt 04, à celles des piles Leclanché ordinaires. La résistance d’un de ces éléments de
- moyennes dimensions est de 0o:ra,9 environ. Un peut construire par le même procédé des piles d’autre modèle présentant les mêmes avantages.
- La statistique de Berlin.— La Gazette de IFoss publie les détails suivants sur la capitale de l’empire d’Allemagne : La ville de Berlin, qui couvre une surface de 24 500 arpents, compte, d’après le dernier annuaire statistique, une population d’environ 1 500 000 âmes. En 1801, il n’v en avait que 500 000, et, dans les quatre dernières années seulement, la population a augmenté de 150 000 âmes. Sur ce nombre, il n’y en a que 20 000 sans profession, et parmi ces derniers, il y en a 10 000 dont l’absence de profession est excusée par l’âge. Berlin se compose de 52 000 maisons, qui rapportent en impôts 5 060 000 marks, et qui ont une valeur contributive d’environ 150 millions de marks. 11 s’y trouve 256 000 logements habités, avec 590 000 chambres, dont 73 600 ne peuvent pas être chauffées, 950 logements sont au cinquième étage et sont habités par 3000 personnes ; 40 000 personnes demeurent dans des mansardes, 130 000 au quatrième étage, et bien plus de 100 000 dans des caves ; 63 090 familles sont obligées de se contenter de logements d’une seule pièce. Quatre maisons particulières sont occupées par plus de 400 habitants chacune, 10 par plus de 300, 160 par 200 à 300, 2600 par 100 à 200, et 6000 par 50 à 100. Il y a même un bâtiment, dans l’Ackerstrasse, qui a plus de 1000 habitants, dit-on. La valeur locative de toutes les habitations de Berlin est de 176 millions de marks, dont 4 800 000 marks sont perdus, chaque année, par la non-occupation d’environ 12 000 logements. Dans les dix dernières années, la valeur locative des propriétés foncières a augmenté de 70 millions de marks. L’enlèvement des balayures des rues a coûté 421 000 marks, celui de la neige et de la glace environ 100 000 marks, de sorte qu’une chute de neige coûte plus de 5000 marks à la ville. L’ensemble des frais pour le nettoyage et l’arrosage des rues s’élève à 1 416 000 marks. Les tramways à traction de chevaux ont transporté 65 140 000 personnes ; c’est le grand tramway de Berlin qui en a eu la plus grande partie, en transportant sur ses 152 kilomètres de lignes 56 300 000 personnes, qui lui ont procuré une recette de 7 200 000 marks.
- Extraction de la magnésie des eaux de la mer. — M. Schlœsing a signalé dans l’une des dernières séances de Y Académie des sciences une application de sa méthode d’extraction de la magnésie des eaux de la mer faite en grand à Aigues-Mortes. On a préparé des centaines de tonnes qui ont été envoyées à des fabricants de briques réfractaires. Les essais ont d’abord échoué : c’est que la magnésie, calcinée au rouge blanc, devient très dense, et il faut y ajouter de la magnésie calcinée au rouge. L’azotate de magnésie calciné et aggloméré par la pression est capable lui-même d’agglomérer le sable magnésien. On emploie à cet effet 4 parties de sable et 1 partie de magnésie calcinée. Le tout exposé au grand feu du four donne des briques réfractaires très satisfaisantes pour l’usage de la métallurgie.
- La lumière au magnésium. — Ce métal combustible, qui avait été plus ou moins abandonné comme source de lumière, parait vouloir être employé à nouveau. M. Graetzel est arrivé à produire le magnésium pur par voie électrolytique, et à un prix de beaucoup au-dessous de ceux auxquels il était vendu jusqu’à présent. Aussi l’on
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- songe sérieusement à en faire usage pour l’éclairage. La fabrique d’aluminium et de magnésium de Brème, qui exploite les procédés de M. Graetzel, dont nous parlerons prochainement, vient d’organiser un concours pour lampes à magnésium avec mouvement d’horlogerie. Deux primes de 500 marks (625 fr.) et de 200 marks (250 fr.) seront accordées aux constructeurs des lampes qui seront reconnues les meilleures et les plus pratiques. La fabrique de Brème se réserve le droit d’exploitation des deux systèmes récompensés.
- Le rocher parlant. — Ainsi s’appelle une petite localité de l’Etat de la Géorgie. Voici à quelle circonstance cet endroit doit, dit-on, son nom. Quelqu’un découvrit dans le voisinage une pierre énorme sur laquelle étaient écrits en couleur ces mots : « Retourne-moi. )> Il fallut une force considérable pour y parvenir, et lorsque la pierre fut retournée, on trouva écrit de l’autre côté :
- « Maintenant, tourne-moi comme j’étais auparavant, et laisse-moi me moquer d’un autre. »
- --xÇx---
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 août 1885.— Présidence de M. Bouley.
- Géographie. — M. le colonel Perrier fait hommage a l’Académie de la 5e livraison des feuilles de la Carte de Tunisie au 1/200 000. Cette livraison porte le nombre des feuilles parues h dix-huit ; trois feuilles restent encore à publier. La carte a été dressée tout entière au moyen des levés exécutés sur le terrain par les officiers du service géographique; elle descend jusqu’au £2® degré de latitude. L’édition présentée est une édition provisoire destinée à satisfaire aux besoins immédiats de l’armée, des voyageurs et des industriels. La carte sera gravée ultérieurement en couleurs, de manière k former le complément des feuilles de l'Algérie.
- M. le colonel Perrier présente ensuite la 6e livraison de la Carte générale de l’Afrique au 1/2 000 000, exécutée par M. le commandant de Lannoy de Bissy. Cette livraison est une des plus importantes; elle comprend, en effet, la région des grands lacs de l’Afrique centrale. L’assemblage de trois feuilles donne Madagascar et la Réunion. — C’est par la comparaison éclairée de tous les documents carto -graphiques publiés sur ces régions et par la discussion des itinéraires des voyageurs que M. de Lannoy de Bissy a établi sa carte d’Afrique.
- Médecine. — M. Lépine a essayé avec succès le traitement local de la pneumonie par des injections au sublimé corrosif.
- M. le docteur Ferran fait adresser par trois docteurs en médecine des certificats établissant la marche de l’épidémie cholérique dans un petit village des environs de Valence, avant et après les inoculations.
- M. le docteur Paul Gibier envoie un télégramme annonçant qu’il vient de terminer une série d’expériences prouvant que les inoculations ne préservent point de la mort les animaux qui viennent ensuite k absorber le virus par l’estomac.
- M. le docteur Drouet présente avec la plus sincère conviction un remède contre le choléra : c’est le badigeonnage de l’abdomen au moyen du collodion. M. Bouley ajoute que le procédé a été expérimenté avec succès par un médecin des plus autorisés du département du Var pendant l’épidémie de l’an passé.
- Géologie. — M. Charpentier, ingénieur civil, met sous les yeux de l’Académie un morceau de bois de sapin, trouvé dans un glacier de la Suisse, k une hauteur de 2475 mètres. Dans une ascension faite cette année, l’auteur remarqua une masse grisâtre engagée dans la glace. 11 reconnut bientôt dans cette masse un tronc de sapin dont il tira un morceau pour servir de témoin. D’après les affirmations des guides, ce tronc n’était pas visible l’année dernière; il a été amené au jour par la fusion de la glace. Or, la zone des sapins commence aujourd’hui beaucoup plus bas; l’auteur pense que sa découverte sera une contribution utile k la théorie des glaciers de la Suisse.
- Physique. — M. Guillemin a formé divers alliages de cobalt et de* cuivre. Ces alliages sont tous de couleur rouge ; ils présentent une cassure fine et possèdent une ténacité beaucoup plus grande que le cuivre. Alors qu’un fil de cuivre se rompt sous une charge de 17 kilogrammes par millimètre carré, un fil de cuivre cobalté supporte un effort qui peut aller de 25 k 34 kilogrammes suivant la proportion de cobalt. 5 pour 100 de cobalt suffisent pour donner un alliage très résistant. Or le prix du cobalt n’est que de 32 francs le kilogramme ; il est donc permis de recommander cet alliage pour les emplois industriels.
- La radiation solaire a été étudiée au laboratoire de la Faculté des sciences de Montpellier et k l’École d’agriculture de cette ville au moyen d’un appareil enregistreur actionné par une soudure thermo-électrique dont l’une des branches est maintenue dans l’obscurité tandis que l’autre reçoit les effets de la chaleur solaire. Les deux appareils étaient distants de 5 kilomètres ; ils ont permis de constater que la radiation croît depuis l’instant où le soleil se lève, atteint son maximum vers dix heures du matin, décroît jusqu’à deux heures, puis se relève jusqu’à quatre où elle passe par un nouveau maximum. Elle décroît ensuite jusqu’à l’instant du coucher du soleil. En été les variations de la radiation sont plus considérables qu’en hiver. Les résultats de ces expériences peuvent être considérés comme exempts d’erreur d’observation k cause de la concordance des courbes fournies par les deux appareils.
- Enfin la loi qui lie les variations de la vitesse du vent aux variations de la vitesse d’évaporation de l’eau a été représentée au moyen d’une formule empyrique.
- Stanislas Meunier.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE LABORATOIRE
- M. de Laeaze-Duthiers vient de soumettre à l’Académie des sciences, de la part de M. Trouvé, un ensemble d’appareils d’éclairage électrique ingénieusement combinés. L’éminent professeur les a expérimentés avec beaucoup de succès, dans son laboratoire de la Sorbonne, et il les croit, à juste titre, appelés a rendre de véritables services à tous les analystes en général : chimistes, botanistes, mi* crographes, etc.
- Une courte description de ces appareils en fera facilement comprendre l’intérêt.
- Le premier appareil se compose d’un vase cylindrique en cristal, muni à sa partie supérieure d’un réflecteur parabolique formant couvercle, Une lampe à incandescence, placée au centre du réflecteur, projette ses rayons lumineux, d’une
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- LA N ATUUE.
- blancheur éclatante, parallèlement aux parois du vase. Au fond de ce dernier, repose du mercure ou un miroir plan, qui renvoie les rayons projetés par la lampe et le réflecteur, dans laquelle elle occupe le centre (fîg. 1 ).
- Cette disposition permet aux rayons lumineux de traverser plusieurs fois de haut en bas et de bas en haut le liquide contenu dans le vase, en sorte que les objets ou les animaux exposés dans ce dernier se trouvent inondés delumière en tous sens. Ils apparaissent à l’examen avec une netteté remarquable. *
- Lors de Lune des dernières séances de l’Académie des sciences, M. de Lacaze-Duthiers a successivement plongé dans le vase de l’appareil lumineux, et fait examiner à la loupe, à tous ses collègues qui se pressaient autour de lui, plusieurs zoophy tes qu’il s’était fait adresser de lloscoff et de Banyuls : des comatules, des térébelles à longs tentacules, des lucinaires; ces fleurs animales épanouies, tous ces étranges ha-bitants des mers, ont subi l’examen de l’assemblée avec un égal succès; un corail vivant dont on pouvait aisément étudier les nombreux polypes, a surtout plus spécialement attiré l’attention de l’Académie. Il est représenté par notre dessin (fig. 1).
- Pour l’étude des ferments, M. Trouvé a un peu modifié l’appareil que nous venons de faire connaître; le couvercle formant réflecteur est vissé sur le vase de manière à le rendre hermétique et à mettre ainsi a volonté les préparations à l’abri de l’air. Une armature métallique en forme de lanterne protège le tout contre les chocs extérieurs (lig. 2).
- M. de Lacaze-Duthiers a montré, en outre, un petit projecteur ou photophore Hélot-Trouvé disposé pour les dissections dans son laboratoire. Il a fait ressortir l’utilité de cet appareil pour les opérations par des temps sombres. La lumière électrique n’altérant en rien les nuances les plus délicates, permettra aux physiologistes de poursuivre jusqu’au bout des dissections commencées et qu’on ne peut interrompre.
- Le jeu des organes du photophore permet de faire passer immédiatement la lumière, de l’appareil de dissection, au champ du microscope et réciproquement .
- Il est inutile d’insister plus longtemps sur les services que ces appareils sont appelés à rendre dans nos laboratoires pour l’étude de la physiologie expérimentale.
- M. Peligot, après la communication de son collègue, a fait remarquer qu’ayant expérimenté les appareils de M. Trouvé dans son laboratoire delà Monnaie, il a acquis la certitude qu’ils seront également d’un grand secours dans renseignement de la chimie pour faire assister les élèves aux phénomènes de cristallisation, etc. Nous ajouterons, d’autre part, que cinq spécimens de ce dernier appareil, employés par M. le I)r IL vanHeurck, du jardin botanique d’Anvers, à l’occasion du congrès qui a lieu actuellement dans cette ville, ont eu le plus grand succès pour l’étude des plantes au microscope.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieu.
- Fig. 1. — Appareil d’éclairage électrique de M. Trouvé, à l’usage des physiologistes.
- Fig. 2. — Autre appareil d éclairage électriq ue pour l’étude des fermentations.
- Imprimerie A. Luliure, 1), rue de Flcurus, à 1 ans
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- N° 658.
- 22 AOUT 1885.
- LA NATURE
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- MISSION SCIENTIFIQUE
- DANS LE TERRITOIRE DASSINIE (COTE OCCIDENTALE
- d’afrique)
- Les territoires de Grand-Bassam et d’Assinie sont situés au bord de la mer, sur la côte occidentale d’Afrique, dans la partie de cette côte connue généralement sous le nom de Côte d’Or, et dont la latitude est très approximativement de 5° N.; les deux territoires sont contigus, les limites est et ouest de cet ensemble étant à peu près 4° 40' 0. et 6°20'0.
- La mission scientifique dont un ingénieur distin-
- gué, M. Chaper, a été chargé dans ces dernières années, était greffée sur une mission industrielle qui n’avait conduit le voyageur que dans le territoire oriental, celui d’Assinie, cédé à la France, en 1843, par le roi Amâtifou, encore vivant aujourd’hui.
- M. Chaper a récemment publié son Rapport officiel dans les Archives des missions scientifiques et étrangères; nous empruntons a ce travail quelques renseignements ethnographiques fort intéressants, au sujet de populations primitives très peu connues.
- Après avoir décrit le territoire d’Assinie au point de vue géographique, M. Chaper parle des curieuses
- Le roi d’Assinie Amâtifou. (D’après une photographie de M. Chaper.)
- peuplades avec lesquelles il s’est trouvé pendant longtemps en contact.
- S^La population de ce territoire, dit le savant explorateur, est assez dense; les villages sont nombreux, même en dehors du voisinage immédiat des eaux. Depuis longues années, le pays est paisible : le roi actuel Amâtifou, dont la photographie est ci-jointe, est originaire d’un pays plus à l’est et peut-être de race achantie. Il a conquis en envahisseur le pays sur lequel il règne aujourd’hui depuis 1840 (?). Il réside à Kinndjabo et a deux lieutenants : l’un à Couacrou, l’autre à Dissou. Lui et eux sont fort respectés de leurs sujets ; mais cette crainte d’une autorité qui, bien entendu, est absolue, n’exclut pas une grande familiarité dans la vie ordinaire. Amâtifou, pas plus que ses lieutenants, n’a de gardes du corps. Ce sont les chefs de chaque village qui rendent la justice pour les cas ordinaires. Les cas plus graves sont déférés aux lieutenants du 13“ année. — îc semestre.
- roi ; celui-ci enfin évoque à son propre tribunal les affaires importantes et tous les cas où il y va de la vie des accusés. Les discussions devant le juge sont fort animées, et très généralement les parties sont assistées d’un avocat choisi pour cet office parce qu’il est considéré comme possédant à un haut degré l’art de la parole. Tout le temps que durent les plaidoiries, le juge fait avec la tête des signes d’assentiment accompagnés de sons sourds et nasaux témoignant à l’orateur qu’il suit attentivement sa parole.
- Autant que j’ai pu en juger, les peines sont pécuniaires ou équivalentes à des peines pécuniaires. La monnaie n’existant pas dans le pays, le prix à payer se solde en poudre d’or ou en objets d’usage marchand (volailles, bestiaux, vêtements, etc.). Quant aux punitions corporelles, je ne sache pas qu’il en existe, sauf la peine de mort. La sentence capitale n’est prononcée que par le roi. Les cas n’en sont pas très rares; cet attribut de la puissance souveraine est certainement l’un de ceux dont
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- les nègres, malgré leur insouciance habituelle, se montrent le plus impressionnés. Aussi Amatifou ne le leur laisse-t-il point oublier et a-t-il soin de garder, sous le hangar où il rend la justice, quelques trophées de tètes coupées. Ce sont des objets sacrés et auxquels il serait imprudent de toucher.
- Il a parmi ses sujets la réputation d’un justicier équitable, mais sévère : lorsqu’il menace, on sait que ce n’est pas en vain. Nous en avons eu un exemple le jour où l’on nous prit deux planches dans notre baleinière. Nous nous plaignîmes : le soir même, le crieur public faisait savoir dans tout Kinndjabo qu’Amalifou se préparait à sévir contre ceux qui avaient volé ses hôtes si, dans la nuit même, les planches n’étaient pas remises en place. A l’aube, elles y étaient.
- Ces populations sont fort douces pour les étrangers. On peut voyager dans tout le royaume d’Amatifou avec la plus grande sécurité ; il faut seulement avoir soin d’emporter quelques cadeaux (étoffes, liqueurs, tabac) pour les offrir aux chefs des villages, qui ne sauraient comprendre qu’un voyageur traverse leur pays sans y laisser une marque de munificence. Pour un voyage un peu long, cette obligation devient un énorme embarras. Mais il est impossible de s’en affranchir.
- Le vol est moins à craindre à Assinie que dans la plupart des pays habités par des nègres. Cependant certains objets, tels que les liqueurs et le tabac dont ils sont très friands, ne doivent point être laissés à la disposition du premier venu ; sinon ils disparaîtraient vite, chaque naturel ne pensant pas faire grand mal en en prenant quelque peu.
- L’esclavage y existe sous deux formes : tout d’abord, il y a les captifs, pris dans des luttes armées contre d’autres peuplades. Cette catégorie d’esclaves est peu abondante en Assinie, parce que le pays n’a pas eu de grandes guerres depuis longtemps....
- Le mariage existe chez les habitants d’Assinie, mais ne donne lieu à aucune cérémonie. C’est un simple contrat résoluble par voie de divorce. On paye à la famille de la femme une certaine valeur en nature, qui, en cas de divorce, est restituée. La polygamie existe, mais est très peu pratiquée, sauf par les chefs.
- Après avoir donné dans son Rapport quelques curieux détails sur la faune et la flore d’Assinie, M. Chaper ajoute des explications intéressantes au sujet de la photographie que reproduit notre gravure avec beaucoup d’exactitude.
- Amatifou et celle de ses femmes avec laquelle il a voulu, à l’exclusion des autres, se faire photographier, sont revêtus de tous leurs bijoux. La femme et le page femelle portent toutes deux la queue d’éléphant, insigne de la souveraineté. Le grand parasol bleu à galons d’or, le chapeau de général à plumes rouges, l’épée à’ poignée d’or, sont des cadeaux du Gouvernement français.
- On distingue, sur les trumeaux de la case royale, des ornements d’argile appliqués sur le mur en pisé. La pierre plate portée sur une espèce d’enceinte de •petits bâtonnets et qui se trouve à gauche du spectateur, est un fétiche.
- On remarque, au-dessous du genou de la femme, la ficelle que portent invariablement toutes les fem-jnes d’Assinie depuis leur plus tendre enfance,
- ficelle qui dort, selon la règle de l’élégance du pays, étrangler la jambe au-dessus du mollet.
- Acasamadou est l’héritier de la puissance souveraine, parce qu’il est le fils de la sœur aînée d’Amatifou. Les fils et les filles héritent des biens du père, mais non de leurs dignités; la descendance directe n’oflrant pas, aux yeux des gens d’Assinie, une certitude de parenté réelle aussi grande que l’autre.
- LA DISTANCE DE VISIBILITÉ
- Par temps parfaitement clair, la distance visible, à l’œil nu, d’un objet de faible dimension, d’un homme, par exemple, ne peut excéder G kilomètres environ, quand cet objet se détache en noir, sur un fond blanc. On peut dire qu’un objet est visible, quand son déplacement est apprécié à l’œil nu.
- Du cap du Hode, situé près du Havre, on peut apei'ce-voir un pêcheur ou un chasseur, marchant sur les bancs de sable de la Seine. De la vallée du Grindelwald, eu Suisse, on peut voir un touriste sur la Jungfrau ou le Wetterhorn. Cette distance peut être accrue à l’aide d’une simple jumelle. De la jetée du Havre, on peut voir ainsi, par temps très clair, des personnes sur la plage de Trou-ville, à 14 kilomètres de distance. (J’ai fait notamment l’expérience aux régates du Havre, en 1885.)
- Je dis veir et non pas reconnaître ; cependant, des pêcheuses de Villerville ont pu reconnaître la barque de leur mari, sortant du Havre, à 10 kilomètres de distance.
- Au dernier concours de tir, au Havre, MM. Bigot et Pelot ont fait chacun une série de six mouches, à 500 mètres de distance, ce qui, en dehors d’une grande adresse au tir, suppose une très puissante force visuelle.
- Sous les tropiques, dans les mers resserrées, les capitaines s’accordent à dire que, du pont de leur navire, la distance visible, autour d’eux, est de six lieues au maximum, cette distance étant moindre dans la zone tempérée.
- La courbure de la terre, dans bien des cas, met un obstacle à la distance visuelle ; cependant, il ne paraît pas toujours en être ainsi.
- Le capitaine Duclos, du Havre, m’a déclaré s’être trouvé encalminé au large de Madère. De jour, il n’apercevait point l’ile, mais, matin et soir, il l’apercevait à la distance de '22 lieues. M. Morel, professeur, à Paris, m’a dit qu’étant à Nice, il a aperçu le profil des montagnes de Corse; il en a même fait le croquis. Moi-même, étant près de Dungeness, en Angleterre, j’ai vu des maisons situées aux environs de Boulogne-sur-Mer, en France.
- De la jetée du Havre, par beau temps, on n’aperçoit point Lion ou Luc-sur-Mer; et cependant, il est des jours où ces localités deviennent visibles. Je me suis embarqué sur un vapeur, par temps ordinaire, et j’ai pu constater que lesdites localités deviennent visibles à moitié route ; en retour, les feux électriques de la jetée du Havre deviennent aussi visibles à moitié route.
- Il est donc des jours, ou, par un certain temps et malgré la courbure de la terre, la distance de visibilité est doublée, et au delà.
- Une expérience de physique bien connue nous rendra compte de ce phénomène. Que l’on jette une pièce d’argent dans un vase vide ; à une certaine distance, la pièce se trouve cachée par le bord du vase ; qu’on l’emplisse
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- d’eau et la pièce redevient visible. 11 y a là un phénomène de réfraction que signalent les traités de physique élémentaires.
- Tout le monde connaît aussi la théorie du mirage émise par le célèbre Monge; il explique ce mirage par la diminution de densité de l’air, au contact d’un sol surchauffé. La théorie contraire expliquera le mirage en mer : Quand le soleil échauffe vivement l’atmosphère, la mer, et les couches d’air à son contact restent relativement froides; ces couches d’air se superposent par ordre de densité. Un rayon lumineux, émanant de la mer, passera d’une couche plus dense dans une couche moins dense ; tout comme un rayon, émanant du fond d’un seau plein d’eau, passe de l’eau plus dense dans l’air moins dense; il y aura réfraction analogue. Si l’horizon figure le bord du seau, on apercevra un objet en-dessous de l’horizon, comme on aperçoit un objet en-dessous du niveau du bord du seau.
- Cette théorie suppose deux conditions : 1° L’échauf-fement de l’atmosphère, la mer ou la terre restant relativement froides ; 2° La tranquillité de l’atmosphère, permettant à ses couches de se superposer facilement par ordre de densité.
- C’est précisément quand ces deux conditions se trouvent réalisées que le phénomène du mirage ou de la réfraction a lieu.
- Ces jours-là, les navires s’élèvent, au lieu de s’abaisser à mesure qu’ils s’éloignent ; l’horizon s’apercevant, par visibilité directe, un navire finit par être vu, au-dessus de l'horizon, comme s'il était suspendu en l’air ; c’est le fameux vaisseau fantôme, reconnu par bien des marins; vaisseau visible, non renversé, mais dans sa position naturelle ; si les circonstances atmosphériques s’y prêtent, un deuxième vaisseau apparaît au-dessus du premier, puis un troisième, puis un quatrième, etc. Des marins dignes de foi m’ont affirmé avoir vu jusqu’à sept navires superposés. Emile Sorel.
- --CK><—
- À PROPOS DU CONCOURS GÉNÉRAL
- Tout le monde a été frappé, à la distribution des prix du concours général, de l’air débile de la plupart des lauréats. Le cou long et maigre, le dos déjà voûté, la face blême, les membres grêles, tout trahit une vieillesse prématurée. Evidemment le corps a été sacrifié à la tête, les muscles au cerveau, c’est à croire que ces jeunes gens ne font pas d’exercices corporels, qu’ils fuient le gymnase, ou qu’on les a dispensés de ces exercices pour les laisser se consacrer d’une manière absolue à l’étude qui doit leur assurer un succès qu'ils partagent avec leur lycée. Et pourtant qui doute aujourd’hui de la nécessité de se soumettre aux prescriptions hygiéniques ! mais on compte sur les vacances pour réparer le pauvre corps détraqué.
- Comme leurs parents qui, eux aussi, torturent leur corps pendant onze mois et cherchent à lui rendre sa vigueur en un mois, ils vont prendre les eaux ou les bains de mer. Se figure-t-on quelqu’un qui, après avoir jeûné pendant huit jours, voudrait rétablir l’équilibre en prenant le neuvième jour la nourriture qu’il aurait dû prendre pendant les huit précédents! La médication des eaux, car c’en est une, devrait être répartie sur toute l’année. C’est aussi d'un bout de l’année à l’autre qu’il faudrait respirer de l’air pur, faire de l’exercice, manger à des heures régulières, se coucher tût et se lever de
- même, jouir de la vue des beaux paysages et de la tranquillité d’esprit. Il est vrai qu’alors les eaux et la mer ne seraient plus nécessaires.
- Que vont devenir ces brillants lauréats une fois leurs études terminées? Cela dépend. Ceux qui, doués d’heureuses aptitudes, n’ont pas fait d’efforts excessifs, ont des chances de tenir dans la société le rang qu’ils avaient au lycée, à la condition toutefois que leur mbralité soit en harmonie avec leur intelligence. Quant à ceux qui ont dépassé la limite de leurs forces, il est fort à craindre, s’ils n’en meurent pas, qu’ils en seront frappés et.qu’ils deviendront des médiocrités dans la vie.
- On s’explique ainsi comment il y a deux catégories de lauréats : ceux dont on n’entend plus parler, ceux qui continuent à briller.
- Quant aux rares hommes de génie, ils n’ont rien à craindre ni à espérer des concours.
- Si l’entrainement intellectuel n’était appliqué qüë dans une certaine mesure, et à ceux qui peuvent supporter cette surexcitation cérébrale sans trop en souffrir, le mal ne serait pas très grand, mais c’est pour la moyenne que nous réclamons contre ces pratiques, c’est pour la moyenne, c’est-à-dire le grand nombre, que nous demandons l’application des règles de l’hygiène. Les salles de classes ne sont plus, comme autrefois, sombres, froides’, humides ; les cours sont plus vastes et les récréations plus longues; la nourriture est saine et suffisante. Cela ne suffit pas. Que sert d’avoir de l’air et de l’espace si l’on ne se livre à des jeux qui doivent développer les forces ! Si nos écoliers se promènent gravement et sottement, empêchant même les jeunes de courir, de sauter, de gambader comme il convient à leur âge ! Ce n’est pas tout d’avoir une bonne nourriture, encore faut-il la digérer. Or, on ne digère pas, on ne respire pas lorsqu’on donne au corps une attitude vicieuse qui gène le jeu des organes. L’écolier écrivant a le corps plié en deux, la poitrine creusée, le dos voûté, les yeux inégalement distants et trop près du papier qu’il regarde obliquement. Le cerveau est congestionné par l’application de l’esprit. Enfin, les vêtements gênent la circulation en enserrant le cou, la taille et les pieds. J’en passe.... Veillons au salut
- du corps. Feux Hëmënt. ‘~
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- B1BLI0GRÀPHIE
- La Nature. Table des matières des dix premières années (1875-1882). Table des noms d’auteur. — Table des gravures. 1 vol. gr. in-8°, à 2 colonnes. — Paris, G. Masson, 10 francs.
- Il y a plusieurs années déjà que nos lecteurs réclament instamment cette table de nos dix premières années ; elle a nécessité un travail de bénédictin, et nous sommes heureux de pouvoir la présenter aujourd’hui à ceux qui nous suivent depuis nos débuts. On sait que La Nature a été fondée au milieu de l’année 1875; la première année ne comprend par conséquent qu’un seul volume. La collection des dix premières années de 1875 à 1882, était formée de 19 volumes; la table des matières y ajoute le 20“ volume. Le volume des tables devient le complément nécessaire de la collection. Il est très complet et rendra, nous en avons la persuasion, de grands services à ceux qui ont recours à notre collection.
- Nouvelle méthode d’escrime à cheval, par le capitaine Derué, 1 broch. in-88. — Paris, A. Laîmrei . - *
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- LA NATURE.
- LA FORCE ET L’ADRESSE
- Los tours exécutés par des individus qui nous semblent doués d’une force extraordinaire, tours qui provoquent notre surprise ou notre admiration, sont souvent dus en grande partie à l’adresse, à une bonne utilisation" de moyens parfois peu supérieurs k ceux des autres hommes. Cette importance du rôle de l’adresse se retrouve journellement chez les travailleurs : l’ouvrier adroit produira plus de travail utile, avec moins de dépense de force, moins de fatigue, qu’un autre ouvrier de force physique égale ou même supérieure, mais ne sachant pas bien utiliser celle-ci. En ce qui concerne les hercules, cette influence de l’adresse a été mise en évidence et démontrée expérimentalement, dès le commencement du siècle dernier, par le célèbre physiologiste anglais, le docteur Désaguliers.
- Le docteur Désaguliers, élève de Newton, faisait des expériences et des études de physiologie expérimentale, cherchant k se rendre compte des procédés que les acrobates et les hercules employaient d’une manière plus ou moins consciente dans leurs exercices.
- Pour les hercules, ses études portèrent d’abord sur . un individu qui s’exhibait k Londres et dont les tours étaient extraordinaires. C’était un nommé Eckeberg, né en Anhalt, qui voyagea dans toute l’Europe sous le nom de Samson. Cet homme était d’une taille moyenne, bien proportionné, mais d’une musculature ne présentant rien de remarquable. Désaguliers, après l’avoir observé k plusieurs reprises, après l’avoir vu exécuter ses tours, fut persuadé que ceux-ci étaient plutôt le résultat de l’adresse que de la force ; et k la suite de quelques essais le savant docteur, bien qu’il ne fût que d’une force musculaire moyenne, put répéter la plupart des exercices de l’hercule allemand. C’est ainsi qu’un jour faisant sur ce sujet une communication devant la Société royale d’Angleterre il exécuta lui-même, devant la savante assemblée, une série de ces tours de force et d’adresse. Voici d’après ses mémoires la description de quelques-uns de ceux-ci (Voy. fig. 2).
- Un homme attachant à une ceinture une forte
- corde fixée k un poteau et appuyant ses deux pieds sur celui-ci peut par une simple action des muscles extenseurs briser cette corde ; il tombe alors sur un matelas placé au-dessous de lui k cette intention (fig. 2).
- Un homme peut résister k la force de quatre, cinq ou six personnes ou même de un ou deux chevaux ; cette résistance ne dépend que de la position prise par l’expérimentateur. Celui-ci a les reins entourés d’une ceinture de cuir où est attachée la corde k l’aide de laquelle on essaye de l’entraîner. Mais cette corde passe, par une ouverture, dans un bloc de bois sur lequel l’hercule appuie fortement ses pieds ; ce bloc est vertical tandis que l’acteur est étendu sur une planche horizontale ou légèrement inclinée de haut en bas (% 2).
- Dans cette position la résistance des os et des muscles des jambes et du bassin est énorme et capable de supporter des tractions considérables.
- Une autre expérience. L’individu étant debout sur une estrade, la corde attachée k sa ceinture passe par une ouverture entre ses pieds; elle est reliée k un plateau sur lequel sont placés soit des barriques d’eau, un canon, des pierres, etc. ; si on retire les supports qui soutenaient le plateau, l’homme soutient quelques instants celui-ci et sa lourde charge.
- Un homme d’après Désaguliers, les pieds reposant sur un tabouret, la tête placée sur une chaise et se trouvant ainsi le corps suspendu horizontalement au-dessus du vide, peut dans cette position supporter un individu debout sur sa poitrine, il peut en supporter deux ou trois et même davantage (fig. 2).
- Dans une autre expérience, l’hercule étant couché sur le dos, un homme se place debout sur ses genoux, l’hercule alors se plie peu k peu, ses pieds restant a la même place, ses genoux se trouvent ainsi soulevés ; saisissant alors les jarrets de l’individu placé sur lui et l’inclinant quelque peu en arrière il se redresse par une sorte de mouvement de bascule, et son corps, quittant le sol, prend une position horizontale k peu près k la hauteur de ses genoux. Un homme de force moyenne peut porter de cette façon, avec un peu d’adresse et d’habitude, non seulement un seul individu, mais six, huit ou
- Fig. 1. — Hercule forain soulevant avec sa mâchoire un tonneau chargé d’un homme et de poids.
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- dix. On voit quelquefois des acrobates soutenir ainsi une véritable pyramide humaine.
- Telles sont les principales expériences de force et d’adresse décrites par Besaguliers.
- On voit des hercules courber une barre de fer de 1 centimètre et demi à 2 centimètres de diamètre en la frappant contre leur bras; ils parviennent .ainsi en une dizaine de coups à ployer cette barre presque à angle droit. Ensuite la frappant dans le sens inverse ils la redressent peu à peu.
- Ce tour a été exécuté notamment au cirque de M. Molier, par un jeune amateur, M. de Saint-M.... qui, malgré sa haute position dans les finances, est
- doué d'une force telle qu’il pourrait sermesurer avec succès contre n’importe quel hercule de profesr sion.
- Pour plier de cette façon une barre de fer, il faut naturellement posséder une très belle force physique; mais en outre avoir une certaine adresse. La barre qui mesure environ un mètre de longueur, tenue par une de ses extrémités dans la main droite, rencontre environ au tiers inférieur de sa longueur le bras gauche recouvert d’un cuir épais.
- Il en résulte que toute l’extrémité supérieure de cette barre, grâce à l’impulsion qui lui est donnée, agit comme levier et double la force tendant â sa
- Fig. 2. — Expériences de force et d’adresse étudiées par le D' Desaguliers.
- courbure. Quand le choc donné par l’hercule équivaut à une'pression de 10 kilogrammes, par exemple, la force tendant à courber la barre dépasse 20 kilogrammes.
- C’est grâce à ce petit calcul de mécanique que les hercules réussissent ce tour qui, au premier abord, semble si extraordinaire.
- Les tours de force exécutés au moyen de la mâchoire réclament aussi une certaine adresse. Un tour exécuté assez souvent par les jeunes gens à la campagne consiste à passer un mouchoir dans l’anse d’un seau d’eau, à le saisir avec les dents, et à le soulever de terre. Beaucoup de jeunes gens réussissent dans cet exercice, d’autres ne peuvent y parvenir, et quelques-uns, par suite de maladresse, ayant mal saisi le mouchoir ou donné une secousse
- trop brusque, y laissent quelquefois une ou plusieurs dents.
- On voit des acrobates se suspendre à une corde ou à un trapèze par une plaque de cuir qu’ils tiennent entre leurs dents ; d’autres supportent une pièce de canon ; mais le tour le plus extraordinaire qui ait été exécuté dans cet ordre d’idées est celui que l’on peut voir faire de temps en temps actuellement à Paris par un hercule forain. Voici en quoi consiste cet exercice. L’homme dont nous parlons, de taille moyenne, ayant des muscles qui, sans présenter un développement remarquable, sont bien apparents ; après avoir porté des poids de 20 kilogrammes, exécuté avec les haltères les tours qui sont pour ainsi dire traditionnels, place sur deux tréteaux une barrique sur laquelle un homme se
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- LA NATURE.
- tient à cheval et devant lui sont placés des poids de 20 kilogrammes.
- Alors l’hercule appliquant sa mâchoire sur le rebord' du tonneau se renverse légèrement, en arrière et maintient soulevé pendant quelques instants cet énorme fardeau (fig. 1), Guyot-D.vubès.
- ' *— A suivre. —
- . : , —
- . LES ROCHES FOUDROYÉES
- •La foudre, en frappant les hauts sommets des montagnes, produit, sur les roches qu’elle touche, des vitrifications dues à la fusion de certains des éléments qui y sont contenus. Les exemples de ce phénomène signalés jusqu’à ce jour, soit dans les Alpes, soit dans les Pyrénées, ne sont pas très nombreux et j’ai toujours pensé que des recherches attentives feraient découvrir des traces de la foudre sur beaucoup de sommets. Aussi n’ai-je point été trompé dans mon attente, lorsqu’au mois d’août 1$84, j’ai rencontré au sommet du Yignemale (3298 mètres) un grand nombre de roches foudroyées. Ce sont ces dernières roches que je choisis cpmme types pour décrire le phénomène.
- L’aspect de ces vitrifications rappelle tout à fait le verre de bouteille fondu. Ce sont des bulles vitreuses dont les unes sont crevées et ouvertes comme de pjetits cratères, les autres globuleuses et transparentes. Leur coloration est variable : les unes sont d’un vert foncé et presque noir, les autres d’un vfrt beaucoup plus clair; quelquefois même on remarque des substances vitrifiées blanchâtres ou rosées. Il est probable que la coloration varie avec la nature de la substance fondue.
- La dimension de ces bulles vitreuses varie également ; tandis que les unes n’ont, que quelques millimètres de diamètre, les autres, moins nombreuses cependant, s’étendent davantage et forment des taches qui ont presque un centimètre de diamètre. Un examen attentif à la loupe en fait découvrir aussi quelques-unes de dimensions extrêmement petites. Enfin, tantôt elles sont distinctes et isolées les unes des autres, tantôt elles enveloppent une partie de la roche d’une sorte de réseau irrégulier.
- L’on peut considérer comme à peu près certain que le nombre et la grosseur des bulles vitreuses augmentent avec le degré de fusibilité de la roche. Aussi la détermination de la nature d’une roche foudroyée est-elle très importante, afin de savoir quelles substances ont pu entrer en fusion sous le choc de la foudre.
- i Les roches du Yignemale sur lesquelles j’ai rencontré des traces de la foudre sont des diorites à grains très fins passant à l’amphibolite. La quantité notable d’amphibole que contiennent ces roches explique suffisamment la présence de ces vitrifications, l’amphibole étant une substance facilement fusible.
- - En ce qui concerne les Pyrénées, les effets de la
- fondre n’ont été cités, à ma connaissance, que sur les sept sommets dont les noms suivent : le Yignemale d’abord, puis le pic d’Aret (2940 mètres), le pic Méchant (2944 mètres), le pic de Lustou (3025 mètres), le Balaïtous (5146 mètres), le pic Long (3194 mètres) et enfin le pie du Midi do Bagnères (2877 mètres). M. Stanislas Meunier a décrit déjà dans La Nature (1882, 1er sem., p. 77) le magnifique bloc foudroyé provenant de ce dernier sommet que l’on peut voir au Muséum.
- Les exemples du même phénomène ne semblent pas plus nombreux dans les Alpes. J’ai cherché à les grouper et je n’en ai réuni aussi que sept :
- 1° Mont-Blanc, dôme du Goûter (4331 mètres). Les vitrifications dues à la foudre y ont été découvertes par de'Saussure en 1785; depuis, elles y on! été fréquemment observées ;
- 2° Grand pic de la Meije (3987 mètres), dans les Alpes du Dauphiné;
- 3° Mont Saint-Gothard, pic central ou pizzo centrale (3003 mètres) ;
- 4° Kârpfstock (2798 mètres), dans le canton de Claris.
- 5° Düssistock (3262 mètres), dans le canton d’Uri.
- 6° Jungfrau (4167 mètres), dans l’Oberland Bernois.
- 7° Schreckhorn (4080 mètres), dans l’Oberland Bernois.
- G’est tout récemment que j’ai reconnu la présence des bulles vitreuses sur des roches provenant de ces deux derniers sommets. Ces roches sont des gneiss. Les bulles sont très reconnaissables, mais très petites; sur la roche de la Jungfrau, on ne les voit qu’à la loupe. C’est sans doute le feldspath qui a été attaqué par la foudre. Ces roches contenaient peut-être aussi un peu d’amphibole. Il me semble que ce sont les roches les plus riches en amphibole qui fournissent les bulles les plus nombreuses et les plus larges.
- Gustave Regeusperger.
- MICR0SC0PE MINÉRALOGIQUE
- DE M. EM. BEPiTRAND
- Depuis dix ans nous luttons pour décider les constructeurs français à adapter à leurs microscopes les perfectionnements qui font des instruments anglais et américains les premiers microscopes du monde, au moins comme conception et comme mécanisme. La construction que nous avons entreprise naguère de notre microscope continental a été une première tentative pratique dans ce sens. M. Em. Bertrand, le minéralogiste bien connu, vient d’en réaliser une seconde, par la construction de son microscope minéralogique, tentative particulièrement heureuse, car, sans cette transformation du mécanisme, les applications du microscope à la minéralogie, telles qu’on les entend aujourd’hui, sont absolument impossibles.
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- Cet instrument, (jue M. Mallard, professeur à l’Ecole des mines, place, à juste titre, au premier rang, n’était pas jusqu’à présent dans le commerce, mais il est construit couramment aujourd’hui par la célèbre maison Ilartnack et Prazmovvski, maintenant dirigée par MM. Bézu, Hausser et Cie, qui ont fait de ce superbe appareil un instrument aussi près que possible de la perfection.
- C’est un instrument à inclinaison, soutenu par un solide pied en fer à cheval, et mesurant 45 centimètres de hauteur, y compris l’oculaire analyseur. Le tube, de longueur ordinaire, est -sans tirage. Le mouvement rapide s’opère par une crémaillère et le
- mouvement lent par une vis de précision dont le pas est de 1 /5 de millimètre. L a tête de cette vis porte une division permettant, à l’aide d’un index, d’apprécier des mouvements de 1/100 de millimètre et même moindres. La colonne du mouvement lent est montée à prisme, ce qui assure la fidélité et la permanence du centrage.
- En avant du tube est une autre crémaillère actionnant une pièce munie d’une coulisse à deux ouvertures, l’une libre, pour laisser passer la lumière parallèle, l’autre portant une lentille achromatique, pour la lumière convergente. Au-dessous de la fenêtre par laquelle passe cette coulisse,5 en est une autre destinée à recevoir les lames sensibles, quarts d’onde, etc.
- Le nez de microscope porte un adapteur à coulisse, qui remplace la vis pour les objectifs, monté sur un ressort doux, ce qui forme nez de sûreté, et muni de vis latérales pour le centrage parfait de l’objectif.
- Le corps, le long de la crémaillère, porte une échelle et un vernier, ce qui permet de mesurer l’épaisseur des préparations.
- La platine circulaire, à limbe gradué, tourne comme dans les microscopes anglais autour du centre optique, et ses mouvements sont mesurés par un index-vernier. On la fait tourner, soit rapidement à
- la main, soit lentement par une vis latérale. Sur 1^ platine est un chariot qui reçoit, à l’aide de boutons inoletés, deux mouvements rectangulaires mesurés chacun par une échelle à vernier. Tout cet ensemble forme un goniomètre très délicat.
- Sous la platine se trouve une sous-platine à excentrique et crémaillère pouvant recevoir le pola-riseur et les appareils d’éclairage. Le miroir est double, plan et concave, et peut prendre toutes les positions.
- Les constructeurs joignent, à ce bel instrument, un oculaire n° 1 à réticule, un oculaire n° 3 ordinaire et un oculaire à quatre quartz de M. Em. Bertrand. Les objectifs sont les nos 4 et 7 à sec, 9 à immersion de la série Hartnack et Prazmowski. On peut y ajouter une cuve goniomètre servant en même temps à mesurer l’écartement des angles optiques des cris'r taux et les indices de réfraction.
- Ajoutons que si le plan de l’instrument est excellent, l’exécution matérielle en est parfaite et telle qu’on devait l’attendre des habiles constructeurs qui s’en sont chargés. Dr J. Pelletan. *
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AYANCEMENT DES SCIENCES
- Session de Grenoble, 1885.
- La session de Grenoble a réuni cette année une affluence considérable de membres de Y Association française, fet la séance d’ouverture, qui a eu lieu le 12 de ce mois, a obtenu un très grand succès de la part des habitants de la ville de Grenoble. M. le professeurYerneuil, président de la session, a prononcé un discours magistral sur là Chirurgie en 1885, et le savant praticien a su joindre aux notions scientifiques les plus élevées l’éloquence familière qui lui est propre, et qui fait de lui un de nos maîtres les plus écoutés et les plus appréciés. Le titre du discours paraissait ingrat, mais M. Yerneuil l’a rendu agréable, accessible à tous, et il a su être écouté et être applaudi. Le sympathique trésorier de l’Association, M. Emile Galante, qui a succédé dans ces fonctions à M. Georges Masson, notre administrateur, a exposé' la situation toujours prospère des finances de la Société; M. Henri Napias, secrétaire général, as brillamment retracé l’histoire de l’Association en 1884, et après son discours très écouté, les séances de section ont commencé dans les locaux qui leur étaient réservés par la ville de Grenoble. Les excursions ont commencé dès le lendemain; on sait qu’elles ont cette année pour théâtre une des plus belles régions de notre belle France.
- LU BOULANGERIE MÉCANIQUE ;
- DE L’AVENUE DE l/OPÉRA, A PARIS * -
- La fabrication du pain touche à de si grands intérêts économiques, qu’il nous paraît utile1 de signaler les efforts qui peuvent être faits en Ivue d’améliorer l’outillage des boulangeries. Nous ferons connaître aujourd’hui à nos lecteurs les appareils
- —MARICHftLT
- Microscope minéralogique de M. E, Bertrand, construit par MM. Bézu, Hausser.
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- LA NATURE.
- perfectionnés de M. Dathis, pour le pétrissage et la cuisson du pain. On peut les voir fonctionner dans un bel établissement installé avenue de l’Opéra à Paris.
- Le pétrissage à la main, généralement employé dans toutes les boulangeries, est remplacé ici par un pétrissage mécanique.
- La pâte destinée à la préparation du pain doit être souple, lisse et légère; on lui donne ces qualités en l’étirant et en l’aérant le plus possible sans la fouler, ce qui la rendrait compacte et de mauvaise qualité. Le pétrissage à la main ne permet pas d’obtenir ce résultat d’une manière absolue, surtout avec les farines'au cylindre qui sont plus tirantes et se travaillent difficilement.
- Le pétrin imaginé par M. Dathis paraît de nature à remplir ces conditions.Nous donnons ci-contre un dessin d’un pétrin à quatre fourchettes (fig. 1).
- 11 se compose d’un récipient, tournant autour d’un axe, de manière à présenter toutes les parties de la pâte qu’il renferme à l’action d’instruments pétrisseurs ayant la forme d’une fourchette, qui soulèvent constamment la pâte pour la fraser d’abord, la pétrir ensuite en l’étirant, l’aérant et la soufflant sans jamais la fouler.
- Ce mode d’opérer donne à la pâte une grande souplesse et une grande légèreté.
- Les outils pétrisseurs sont fixés à l’extrémité de leviers au moyen de vis de réglage. Ces leviers sont actionnés par les manivelles montées sur un arbre mis en mouvement, soit par une transmission, soit par une manivelle mue à bras d’homme.
- La cuve avec les différentes pièces déterminant son mouvement, les volants et les manivelles commandant les outils pétrisseurs forment un ensemble reposant sur un bâti en fonte.
- La manœuvre du pétrin est fort simple : on met dans le récipient du fond une certaine quantité d’eau tiède, afin de conserver une température convenable à la pâte qui sera pétrie dans le récipient du dessus. .. Le levain, la farine, le liquide et les accessoires étant placés, on tourne doucement d’abord pour laisser a la farine le temps d’absorber le liquide, puis
- on augmente la- vitesse jusqu’à concurrence de 60 tours à la minute. Au bout de 10 minutes on laisse reposer la pâte 2 à 3 minutes et l’on continue le pétrissage pendant 10 autres minutes; l’opération est alors terminée.
- On enlève la pâte et on la met lever dans une corbeille. Le pétrin est ensuite lavé à grande eau.
- On laisse lever la pâte obtenue après pétrissage dans un récipient portant un contact électrique qui s’établit par un piston mobile reposant sur la pâte ; dès que la pâte est levée à la hauteur voulue, le contact s’établit et la sonnette se fait entendre.
- La conservation du levain se fait dans un vase en bois muni d’un couvercle, avec joint hermétique. Au centre est disposée une bonde tubulaire, vissée sur le couvercle. Le vide du milieu de cette bonde
- est comblé par de la ouate, qui fait filtre pour l’air venant au contact du levain.
- Le four système Dathis (fig. 2,) se compose de trois parties :
- \° La partie inférieure formant socle et comprenant le foyer et la cheminée; 2° le four proprement dit ; 3° le couvercle avec son mouvement d’enlevage.
- La partie inférieure est portée par quatre pieds en fer pour les fours 0ra,500 à 1 mètre de diamètre et par quatre colonnes en fonte pour les fours de 2 mètres de diamètre ; elle est formée d’un fond circulaire en plaques réfractaires disposées sur une plaque de tôle ; ce fond porte une bordure cylindrique à double paroi composée de plaques réfractaires et de plaques céramiques assemblées par un fer cornière.
- Le foyer se trouve en avant du centre de ce fond circulaire et au-dessous de lui, il se compose d’un autel J, de carneaux et d’une grille ordinaire horizontale avec cendrier.
- Le four proprement dit vient s’appliquer sur cette partie inférieure et est formé par un cylindre en tôle, fermé 'a la base par une tôle convexe à double paroi formant lentille métallique. Cette tôle reçoit directement la chaleur du foyer dont l’autel vient sensiblement s’appliquer contre la double paroi, de façon à obliger la flamme à former une double couronne de feu embrassant toute la surface de la
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- tôle. Les gaz chauds s’échappent par la cheminée en suivant un conduit spécial.
- Au-dessus de la tôle est disposé un autre diaphragme creux, ouvert en son milieu et destiné à répartir la chaleur dans toute la masse du foyer.
- Un godet ou un robinet, muni d’un tuyau, permet d’introduire de l’eau dans la cuvette en tôle. L’introduction de cette eau, au moment de l’enfournement, produit de la vapeur qui se condense en une buée chaude sur l’objet froid au début, et qui
- a pour effet de dorer le pain et de laciliter son déve-loppement.
- Au-dessus de ce diaphragme, se trouve le plateau supérieur formé d’une tôle concave et d’une tôle plane renfermant entre elles une couche d’air ayant pour but d’égaliser la chaleur sur toute la surface de la paroi et d’opposer au passage de cette chaleur une résistance plus ou moins forte selon que l’espace entre les deux parois sera plus ou moins grand, ce qui permet d’arriver à établir l’équilibre entre la
- Fig. 2. — Fours de la boulangerie mécanique de l’Avenue de l’Ojiéra, à Paris.
- chaleur directe et la chaleur réverbérante. Au-dessus de la paroi plane vient se placer la claie métallique destinée à recevoir les pains. Cette claie repose sur des galets fixés à la tôle.
- L’emploi de cette claie permet de faire l’enfournement et le défournement en une fois; elle permet aussi à la buée d’atteindre le dessous du pain et enfin elle supprime le llorage1. Le pain étant complètement isolé de la sole du four, ne se souille pas
- 1 Le florage consiste à saupoudrer le pain de farine ou de sciure, afin de l’empêcher de coller à la pelle servant à l’enfournement.
- des impuretés que contient la sole généralement nettoyée d’une manière imparfaite.
- Le couvercle, en tôle, a la forme d’une calotte ellipsoïdale aplatie, il est garni sur toute sa surface extérieure d’une enveloppe isolante ; il a pour effet de réfléchir la chaleur sur la surface extérieure des pains ; ce couvercle se soulève et s’abaisse au moyen d’un balancier à contrepoids équilibré, porté par une colonne. Le couvercle est muni de poignées, de regards en verre pour surveiller l’intérieur du four, ainsi que d’un thermomètre. Dans certains cas, on peut dis-
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- poser, sur le couvercle, une lampe électrique permettant d’éclairer l’intérieur du four et de suivre facilement la cuisson.
- Pour les fours de 2 mètres de diamètre, l’enlèvement de la claie portant les pains se fait au moyen d’un appareil d’enlevage composé d’une console articulée à charnières.
- Il existe trois modèles dé four système Dathis : les fours de 2 mètres, i mètre, et 0m,50Q de diamètre.
- Le combustible employé pour le chauffage de ces fours est indifféremment du coke, de la houille ou du bois. Ce n’est que lorsque le four a atteint une température variant entre 250 et 260° centigrades que l’on commence la cuisson. La quantité de coke nécessaire pour obtenir cette température, dans un four de 2 mètres de diamètre, ne dépasse pas 8 kilogrammes. La cuisson dure de 25 à 50 minutes, suivant les sortes fabriquées. La consommation en coke d’un four de 2 mètres de diamètre, chauffé pendant 12 heures à cette température, est de 1 hectolitre environ.
- Le pain obtenu est d’un aspect irréprochable et de belle qualité.
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- LES NIDS D’HIRONDELLE COMESTIBLES
- Chacun a entendu parler de la soupe aux nids d’hirondelle, chère aux Chinois, et qui représente, dans le Céleste Empire, un mets délicat et coûteux auquel les riches peuvent seuls prétendre. Ce que l’on connaît moins, c’est la manière dont se forme la partie comestible de ces nids, c’est l’origine même de cette substance. La question a été longtemps controversée, et jusque dans ces derniers temps. On est cependant à peu près d’accord, aujourd’hui, pour reconnaître que les nids les plus estimés sont construits avec du mucus sécrété par l’oiseau lui-même, et que les Chinois font leur soupe avec de la salive desséchée, comme le disait Darwin, il y a quelque vingt-cinq ans.
- Dans un intéressant article publié en 1881, dans ce même journal *, M. Oustalet a donné à nos lecteurs des détails très circonstanciés sur la façon dont on récolte les nids d’hirondelle ; nous voudrions aujourd'hui exposer les théories qui ont été émises sur l’origine de ces nids, et les résultats auxquels on est arrivé, relativement à leur composition chimique, en analysant, pour ce dernier point, un travail qui vient d’être publié en Angleterre, par M. Green, sur ce sujet2.
- II a été proposé trois théories nettement distinctes sur l’origine des nids comestibles.
- D’après une première théorie, les matières constituantes ne sont autre chose que des débris d’algues marines; la substance visqueuse qui emplit les cellules de la plupart de ces végétaux se serait solidi-
- * Vov. n° 429, du 20 août 1881.
- 2 The Edible Bird’s nest, or nest of the Java Swift {Collocal. nidif.), par J. R. Green. Journal of physiology, vol. VI, n" 1 et 2, 1885.
- fiée a l’air, et assurerait la cohésion des éléments solides, et plus ou moins volumineux que l’oiseau recueille. Aussi le Coll, fuciphaga, d’après Bernstein, construit un nid dans lequel des ramuscules de plantes diverses, des tiges d’herbe et autres débris de petit volume, sont agglutinés au moyen d’une substance d’abord liquide, ou visqueuse, sans doute, mais qui, avec le temps, devient dure, sèche, assez translucide, et revêt un aspect corné. Pour quelques observateurs, l’oiseau laisserait séjourner quelque temps les matières recueillies, dans son bec, pour leur permettre de se bien humecter et imprégner de sa salive qui viendrait aider a l’agglutination des matériaux, en se desséchant. Ce qui pouvait venir à l’appui de la théorie de l’origine végétale des nids d’hirondelles, c’est le fait que certaines hirondelles construisent leur nid en collant les matériaux au moyen de la gomme fournie par un liquidambar.
- Cette théorie n’est pas complètement exacte, mais elle n’est pas absolument fausse non plus : elle convient à certains cas, mais non à tous. Ainsi la Salangane fuciphage fait un nid dans lequel les matières végétales ont une grande part, mais elle agglutine celles-ci au moyen de sa salive, qui, à l’époque des amours, devient plus abondante et très visqueuse. Ce n’est pas un fait spécial aux hirondelles exotiques, que la sécrétion d’une salive abondante, et l’utilisation de cette sécrétion pour la construction des nids. Notre hirondelle commune le présente aussi, et si elle ne se sert pas surtout de sa salive pour construire son nid, elle s’en sert pour agglutiner tes débris qu’elle recueille et elle tapisse l’intérieur de son nid d’une couche mince exclusivement composée de salive desséchée.
- D’après une seconde théorie, la matière agglutinante serait d’origine animale, et proviendrait de frai de poisson, ou même de la chair ou du mucus de divers animaux marins. A ceci on peut objecter que la matière constituant les nids comestibles ne renferme pas trace de cellules quelconques. Bien que divers auteurs aient autrefois admis cette théorie, — M. Oustalet en cite les noms dans son article, — elle n’est plus soutenable.
- Reste une troisième théorie, qui semble seule devoir être adoptée pour l’origine du nid comestible véritable. D’après celle-ci, le nid est entièrement constitué par une sécrétion fournie par l’oiseau lui-même, par de la salive, ou par le produit de glandes situées dans la bouche ou l’arrière-bouche, peut-être même dans le gésier. Cette théorie a été formulée par Sir E. Home, et adoptée par Bernstein. Home pense que la matière qui constitue le nid est sécrétée par les glandes gastriques, et Bernstein la croit fournie par les glandes salivaires qui, à l’époque des amours, deviendraient très volumineuses et seraient le siège d’un travail sécréteur très actif. La salive ainsi formée serait très visqueuse, analogue à une solution concentrée de gomme arabique, et susceptible de s’étirer en fds qui durcissent à l’air.
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- Desséchée, cette matière a exactement l’aspect de celle qui constitue le nid
- Telles sont les théories qui ont été formulées. 11 convient de voir maintenant dans quelle mesure l’examen physique et chimique du nid comestible confirme telle ou telle de ces hypothèses.
- Le nid consiste en une sorte de coupe plus ou moins régulière, faite d’une matière- blanchâtre, translucide, friable, très analogue à de la gomme arabique, dure, et qui dans l’eau se ramollit et se gonfle un peu, sans cependant changer de forme. La consistance en devient alors gélatineuse. Quand on présente un fragment sec à la flamme, il pétille, il se craquèle, se gonfle, mais ne brûle guère, tout en répandant une forte odeur de matière organisée qui brûle. En examinant de plus près la structure de la matière fondamentale du nid, on aperçoit parfois des traces de feuillets, de lamelles superposées et accolées : on y distingue encore de petites stries,-et surtout des bulles piriformes ou arrondies, qui sont des bulles d’air. L’apparence striée est déterminée par des séries de petites bulles d’air disposées en même ligne, et légèrement étirées. Il n’v a pas trace de productions cellulaires autres que quelques cellules épithéliales. De cellules végétales, pas l’ombre, quelque soin que l’on mette à l’examen microscopique. A l’examen chimique, même résultat. Les réactifs histo-chimiques ne décèlent ni cellulose, ni amidon, ni sucres. Au contraire, les réactions qui indiquent des matières protéiques sont très nettes.
- Il faut donc renoncer à voir dans le nid comestible un produit d’origine végétale : nous avons affaire à un produit de sécrétion animale.
- Dès 1817, Sir E. Home déclara que cette substance tient le milieu entre l’albumine et la gélatine, deux substances albuminoïdes ou quaternaires assez voisines. Voici le résultat des recherches de M. Green.
- L’acide acétique provoque l’opalescence de la solution dans l’eau de chaux ou de baryte : l’alcool provoque un précipité abondant, floconneux; la réaction xantho-protéique est nettement indiquée. Par contre, aucune réaction avec le réactif de Millon. Sans poursuivre cette énumération, disons de suite que toutes les réactions indiquent un produit sécrété par une glande. Mais par quelle glande? Par les glandes salivaires ou par les glandes gastriques? Pour le savoir, il faut rechercher si la matière du nid possède les propriétés peptogènes du suc gastrique, ou les propriétés saccharifiantes du suc salivaire. Sur ce point, M. Green n’est, arrivé à aucune conclusion. Ayant fâit dissoudre un nid dans de l’eau de chaux, il a vu que la solution n’avait ni la propriété de convertir l’amidon en sucre, ni celle d'agir sur la fibrine. Il a opéré de même avec la matière du nid, non dissoute, mais simplement ramollie : aucune action. 11 faut conclure de ceci que si la substance a réellement pour origine un suc sécrété soit par les glandes gastriques, soit par les glandes salivaires, elle a perdu pour une raison ou
- une autre les propriétés chimiques inhérentes aux liquides sécrétés par lesdites glandes.
- Relativement Ma nature exacte de la composition chimique, M. Green conclut que c’est une albumine acide. Elle résiste presque totalement à l’action de la pepsine, mais est énergiquement attaquée par le suc pancréatique. D’après M. Green, elle se rapproche beaucoup de la mucine, substance qui se trouve dans les tissus de l’escargot, et qui a été trouvée par Obolensky dans le produit de sécrétion des glandes sous-maxillaires. Il y a bien quelques différences entre les réactions des deux matières, mais elles sont secondaires.
- En somme donc, on peut considérer comme établi que le nid d’hirondelle comestible est un produit de sécrétion animale. Il n’est guère aisé de dire positivement par quelles glandes ce produit est sécrété, mais il y a lieu de croire que c’est plutôt par les glandes salivaires, et l’on peut conclure avec Darwin que la soupe aux nids d’hirondelle n’est autre chose que de la soupe à la salive desséchée, r— On la dit du reste excellente — nous mangeons chaque jour nombre d'aliments dont l’origine n’est pas plus relevée, ni de nature à provoquer un moindre dégoût, — et ceux qui l’ont pratiquée la disent très réconfortante et nourrissante.
- Il est à croire que les voyageurs ont raison, car ces deux qualités expliqueraient amplement la valeur commerciale considérable du produit, et l’estime en laquelle on la tient au pays des mandarins.
- Dr IIexry de Varigxy.
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- L’ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Timbre électrique. — Dans un certain nombre de cas, les sonneries électriques qui tintent d’une façon continue, offrent des inconvénients. Dans les magasins, dans les hôtels, on est parfois fatigué d’entendre une sonnerie qui fonctionne sans cesse; dans les hôpitanx cela peut nuire au repos des malades. M. Jacques Ullmann nous a présenté un système nouveau et ingénieux qui évite cet inconvénient. C’est un timbre électrique ; quand on fait fonctionner ce système, au lieu de faire marcher une sonnerie, on fait tomber un marteau sur un timbre. A chaque contact, et quelque prolongé que soit ce contact, le timbre sonne un coup, un seul coup d’appel. Ce résultat est obtenu à l’aide d’un disque métallique qui tourne sur son axe et que l’on voit sur notre gravure (fig. I) au-dessous de l’électro-aimant et du marteau. Ce disque est muni d’un contact et d’un contrepoids ; quand le courant passe, et que le marteau est attiré par les électro-aimants, le disque accomplit un mouvement de rotation ; quand le marteau touche les électros, le disque continue son mouvement et le courant se trouve interrompu. Le marteau est remis dans sa position primitive, et le disque après avoir fait un demi-tour et un mouve-
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- LA NATURE.
- Fig. 1. — Nouvelle sonnerie électrique, sonnant lentement et spontanément.
- ment en sens inverse sous l’influence du contrepoids, reprend aussi sa place, les deux contacts se touchent de nouveau. Cette manœuvre simple se renouvelle chaque fois que l’on fait fonctionner le timbre électrique.
- Sondes électriques pour la recherche des fuites de gaz. — M. Arnould a récemment inventé un appareil qui rendra de réels services dans l’industrie du gaz. C’est un chercheur de fuites électriques. L’appareil que nous allons décrire, est spécialement construit pour la recherche des fuites qui peuvent se déclarer sur le parcours d’une canalisation souterraine. A cet effet le chercheur proprement dit (fîg. 2) est placé à l’extrémité d’un tube, afin de pouvoir le descendre dans les trous de sonde, qu’on pratique actuellement pour la recherche des fuites. Une pile A sert à porter à l’incandescence un fil de platine d, qu’on amène au rouge sombre, à l’aide de résistances b, c.
- Si l’on descend la sonde électrique à l’endroit où se trouve la fuite, le gaz vient s’enflammer au contact du fil de platine, mais sans aucun danger d’explosion, ce fil étant entouré d’une toile métallique i qui empêche la combustion de se propager.
- L’élévation de température, qui se produit par la combustion du gaz, au contact du fil de platine, fait dilater une lame f composée de plusieurs métaux. Cette lame venant buter contre le fil g, établit une dérivation de courant, ayant pour mission d’actionner la sonnerie trembleuse h, qui par ce fait indique la présence de la fuite.' Si la sonnerie se met en marche immédiatement, c’est que la sonde se trouve au foyer delà fuite ; dans le cas contraire, la sonnerie se fait entendre dans un temps plus ou moins long, et, par ce fait, il est facile de déterminer exactement l’endroit où se trouve la fuite.M.
- Fig. 2. — Sonde électrique de M. S. Ar-noult pour la recherche des fuites de gaz.
- Fig. 3. — Allume-gaz électrique. Coupe et vue extérieure.
- Arnould construit également un chercheur de fuites de petites dimensions qui pourrait se trouver avantageusement
- «ntre les mains de chaque ouvrier gazier, en lui per
- mettant de travailler sans avoir à redouter une explosion dont les suites sont souvent terribles. Le second chercheur n’est pas muni d’une sonnerie et c’est l’incandescence plus vive du platine, sous l’action catalytique, qui indique la présence de la fuite.
- Allume-gaz électrique. — Il existe déjà plusieurs appareils destinés à allumer le gaz d’éclairage, quelques-uns d’entre eux possèdent de graves inconvénients. L’allume-gaz de M. Arnould se compose d’un petit flacon cylindrique en caoutchouc durci (fig. 3) dans lequel se trouve un charbon A et un zinc B. Quand le flacon est retourné , la pile se trouve au repos, mais si on le renverse de manière à ce que le liquide qu’il renferme et qui se compose de bichromate de potasse, d’acide sulfurique et chlorhydrique vienne en contact avec le zinc et mette la pile en action (fig. 3) le fil de platine C est alors porté à l'incandescence par le passage du courant et sert à allumer le gaz.
- Lorsqu’il faut renouveler le liquide, il suffit de dévisser la capsule D qui sert à obtenir une fermeture hermétique du flacon et à donner le contact nécessaire entre le zinc et le corps de l’appareil. Puis, après avoir enlevé le zinc et changé le liquide, on replace le zinc et la capsule.
- Cet appareil est adopté par le théâtre du Châtelet, par quelques grands magasins tels que le Bon Marché et le Louvre, etc., etc. M. Arnould construit encore un allume-gaz spécialement destiné à l’allumage dans les villes et ce système donne de très bonsîésul-tats, notamment à Chartres et à Fé-camp où il a été mis à l’essai depuis plusieurs mois par la Compagnie centrale du gaz. Avec cet appareil, on n’a pas à craindre l’extinction, comme cela arrive pour les lampes à l’huile et de plus l’entretien est peu coûteux.
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- LA NATUBE.
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- LE PHYSIOGMPHE
- INSTRUMENT DE DESSIN d’aPRÈS NATUKE
- Le physiographe est un appareil très ingénieux qui a été imaginé par deux physiciens habiles, MM. Delapierre et Ch. Vesque. C’est une chambre claire pour le dessin d’après nature ; mais une chambre claire minuscule , qui est composée de deux tiges et d’un pied que l’on peut mettre dans la poche. On visse une tige verticale dans un pied qui peut se poser sur une table, sur une planchette ou sur un carton de dessinateur ; on passe une autre tige dans un tube lixé à la partie supérieure du système ; cette deuxième tige se trouve horizontale. Elle porte à l’une de ses extrémités un orifice de petite dimension contenant la chambre claire; en regardant verticalement a travers cet orifice, on voit se projeter sur un papier l’image que l’on veut reproduire et qui est devant soi; maison, paysage, etc. On voit en même temps la pointe de son crayon. Sur le papier, la mise au point se fait en soulevant ou en abaissant la tige verticale qui porte le système et qui est disposée de manière à ce que cette petite manœuvre soit très facile.
- La théorie optique du petit instrument est exactement celle de la chambre claire (fig. 2).
- Soient AO et BO deux surfaces réfléchissantes. Soit MN un rayon horizontal incident. Il faut que ce rayon, après deux réflexions, parte verticalement de la glace OB; il suivra,donc la ligne brisée MNPQ, telle que PQ est perpendiculaire k MN et que le triangle O'NP est rectangle et isocèle ; donc l’angle PNO' = 45° de même que NPO'. Il s’agit de chercher l’angle x formé par les deux glaces. Par suite de l’égalité des angles d’incidence et de réflexion, l’égalité des angles « est évidente, donc AO est la bissectrice d’un angle de 45°. Or dans le triangle NOP, 2a H-x = 180°, d’où x = 180°-45 = 135°.
- Si on ne prenait qu’une seule glace inclinée à 45°, on obtiendrait une image renversée, tandis qu’avec les deux, l’image est redressée.
- 11 s’agit, en outre, de voir en même temps l’imago et le crayon.
- Cela peut être obtenu de trois manières différentes :
- 4° En faisant les glaces tellement élroites que
- leur projection verticale est plus étroite que le diamètre de la pupille de l’œil. L’œil verra en même temps dans la glace l’image réfléchie et autour de la glace celle du crayon : il est clair que ces images se superposeront. Malheureusement des glaces s étroites ne fourniraient un champ de vision suffisamment étendu que si l’œil était exactement appliqué sur la glace supérieure. On a cherché k y remédier en séparant les deux glaces, de manière k laisser une fente entre les deux, fente k travers laquelle on pourrait voir le crayon, mais avec les lamelles très minces qu’on emploie, l’appareil deviendrait trop fragile.
- 2° En plaçant au-dessus des glaces un écran percé d’un trou rond de la grandeur de la pupille, de façon que la moitié k peu près de la pupille reçoit l’image réfléchie et l’autre celle du crayon. C’est la disposition adoptée.
- 3° En laissant la glace supérieure transparente. Elle réfléchira une partie des rayons venant de la première glace et laissera en même temps voir le crayon, par transparence. Les essais ont montré, paraît-il, que l’image est, dans ce cas, trop peu éclairée.
- Tout cela est élémentaire. Ce qui est original dans l’appareil, c’est l’emploi de glaces substituées au prisme. On ne l’a pas fait jusqu’à présent parce que personne n’a pensé à ces lamelles minces dont se servent les micrographes. En effet, un verre d’une certaine épaisseur donnera deux réflexions, donc avec deux glaces on aura quatre images qui ne se superposent pas.
- 11 faut donc que ces glaces soient assez minces
- Fig. 1. — Mode d’emploi du physiographe.
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- LA NAT U HE.
- pour que les différentes images soient aussi rapprochées que possible. L’argenture des lamelles contribue également à la pureté de l’image en accentuant deux réflexions au détriment des deux autres. Quoique les lamelles soient aussi minces que possible, on peut se convaincre par l’expérience que la double réflexion n’est pas complètement évitée, ce qui s’explique aisément par la petitesse de l’angle a qui est égal a ^ ; mais les inventeurs ont À
- réussi à polir la surface même de l’argent et à obtenir une image un peu moins éclairée, il est vrai, mais d’une pureté irréprochable.
- Notre gravure (fîg. 1) montre la manière de se servir du physiographe ; elle en indique en même temps les dimensions qui sont, comme on le voit, réduites à l’extrême. Dr Z...
- > CHRONIQUE
- Prédiction des orages par les abeilles. —
- M. Emmerig a récemment entretenu les lecteurs de la revue Die Natur des observations qui l’ont conduit à admettre que les abeilles prédisent l’approche d’un orage. L’auteur a conclu de nombreuses expériences que les abeilles les plus inoffensives en temps ordinaire deviennent tellement irritables avant un orage, qu’elles attaquent tous ceux qui approchent de leurs ruches. M. Emmerig cite une succession de cas où les circonstances atmosphériques paraissaient indiquer un orage prochain, tandis que les abeilles n’annonçaient.rien de semblable : chaque fois la prédiction de ces dernières se réalisa ; dans d’autres cas, les instruments ne signalèrent aucun phénomène orageux, et l’orage se produisit, quelque temps après qu’on eut observé chez les abeilles une irritabilité anormale. En ce qui concerne la pluie, les instruments paraissent indiquer son approche avec plus de certitude que les abeilles, mais l’auteur est absolument convaincu qu’il n’en est pas de même des phénomènes orageux. Il y aurait à faire, à ce sujet, un ensemble d’observations intéressantes que nous recommandons à nos lecteurs.
- Un cas curieux de foudre en boule. — L’existence de la foudre en boule est extrêmement problématique. Des physiciens fort distingués n’y voient que l’aigrette lumineuse, analogue à celle des paratonnerres et du feu Saint-Elme, se promenant sur le sol et sur les objets, suivant les déplacements d’un nuage électrique extérieur. Quoi qu’il en soit sur ce point, voici une observation, extraite des mémoires de Du Bellay, qui peut être rapportée à ce phénomène. Le 3 mars 1557, Diane de France, fille illégitime de Henri II, alors dauphin, épousa François de Montmorency. La première nuit des noces, une flamme électrique entra par la fenêtre, parcourut tous les coins de la chambre, et finalement vint au lit des nouveaux mariés. Là, elle brûla, dit l’historien, les coiffures, le linge, les ajustements de nuit de Diane. Sur ce dernier point, il faut probablement faire la part de l’exagération. Quant a l’effroi qui s’empara des époux, ainsi troublés dans leur première nuit de noces, on peut aisément l’imaginer. (Ciel et Terre.)
- Production de l'opium en Macédoine. — La
- production de l’opium est une des principales ressources
- de ce pays. En 1883, il a été expédié de l’intérieur au port de Salonique, 65 à 70 000 kilogrammes d’opium, et l’année suivante 88 000 kilogrammes. En 1883, le prix variait de 32 à 59 francs le kilogramme, et en 1884 de 32 à 45 francs. Actuellement il est de 27 francs le kilogramme. Il faut, pour obtenir 1 kilogramme d’opium, de 35 à 48 kilogrammes de graine de pavot. Cette graine vaut de 28 à 51 francs les 100 kilogrammes. La culture du pavot a beaucoup augmenté dans ces dernières années, car la production annuelle de l’opium n’atteignait, antérieurement, que 15 à 20 000 kilogrammes. On exporte environ 70 pour 100 de la production totale, surtout à Londres et Anvers.
- La photographie et la lumière électrique. —
- Les autorités de l’arsenal de Wolwich emploient l’éclairage électrique pour photographier lame des canons en vue de découvrir les fissures qui pourraient se produire pendant la fabrication ou après le tir. Le foyer est introduit par la gueule, à une petite distance ; l’àme se trouve éclairée au moyen de la réflexion de miroirs convenablement disposés, et l’image photographique est prise par un opérateur placé près de la culasse. Inutile d’ajouter que ce procédé n’est applicable, dans l’état actuel, qu’aux canons se chargeant par la culasse.
- Guidon lumineux pour les armes à. feu. —
- M. Trouvé a imaginé, pour faciliter le tir des armes à feu pendant la nuit, un guidon lumineux qui consiste en un fil de platine introduit dans un petit tube en verre, protégé lui-même par un tube métallique. Une fenêtre est pratiquée dans le tube métallique vis-à-vis de la ligne de tir ; le guidon est invisible dans toutes les autres directions. Le fil de platine, porté à l’incandescence par l’action d’une petite pile à renversement, devient lumineux ; cet effet s’obtient par la simple action de mettre le fusil en joue.
- Raffinage électrique du sucre. — U Électricien a récemment annoncé à ses lecteurs la découverte d’un procédé de raffinage électrique du sucre, exploité par une compagnie américaine à New-York. Une expérience intéressante a eu lieu le 15 courant, à New-York, devant un groupe de spectateurs privilégiés. En sept heures, 40 barils de sucre grossier étaient raffinés, donnant à l’analyse 99,50 pour 100 de sucre de canne, sans aucun sirop ni cassonnade. Une installation est en cours pour raffiner 500 tonnes de sucre par vingt-quatre heures.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 août 1885. — Présidence de M. Boulet.
- Physique. — MM. Dubosc envoient la description et les dessins d’un appareil projecteur. On sait que la déperdition de lumière dans les appareils projecteurs rend les images confuses lorsque le grossissement devient considérable. C’est surtout par un éclairage intense des objets, que MM. Dubosc parviennent à obtenir des projections parfaitement nettes.
- Anthropologie. — M. de Quatrefages présente le sixième volume des archives du musée anthropologique de Iiio-Janeiro institué à la suite du succès de l’exposition anthropologique réunie dans cette ville. Le volume coin-
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- LA NATUHE.
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- prend une partie géologique et une partie anthropologique. Dans la partie anthropologique ou trouve, en outre de mensurations crâniennes, un recueil de légendes, une étude approfondie de la colline artificielle de l’ile de Ma-ranhao située à l’embouchure de l’Amazone. Cette colline était-elle un temple, une citadelle ou simplement une nécropole? La forme affecte celle d’un animal sacré célèbre dans les légendes. La colline renferme une quantité énorme d’ossements humains contenus dans des urnes et enfouis avec une foule d’objets de différente nature. Ces ossements paraissent avoir été nettoyés^et proviennent probablement de corps ayant subi, en un autre lieu, un premier enfouissement ayant pour but de détruire les chairs. Les objets mis à jour sont surtout des poteries ; elles portent la marque d’un art délicat, bien que les artistes qui les ont produites ne soient parvenus qu’à réaliser de grossières ébauches lorsqu’ils ont voulu représenter l’homme ou les animaux. Bien plus, les vases retirés des couches inpérieures sont de beaucoup les plus beaux. La perfection des poteries diminue à mesure que l’on se rapproche du sol. M. de Quatrefages se demande si l’on se trouve en présence d’une race oubliant peu à peu un art acquis par ses ancêtres, ou bien s’il ne s’agirait point d’un mode de sépulture approprié à une civilisation. La comparaison des dessins tracés sur les vases et sur les urnes avec les hiéroglyphes de la Chine, de l’Egypte et du Mexique, paraît offrir un certain nombre de caractères génériques communs qui ont permis un essai de déchiffrement.
- Médecine. — M. Paul Gibier, délégué eu Espagne par le gouvernement belge auprès de M. Ferran, a rapporté des tubes de vaccin au moyen desquels il a inoculé des cobayes en injectant sous la peau 2 centimètres cubes de liquide. Sur treize animaux soumis à l’expérience, trois moururent quelques jours plus tard ; quant aux autres, trois semaines après l’inoculation, ils paraissaient parfaitement sains. On leur fit alors ingérer le liquide et ces animaux succombèrent rapidement. Il est permis de croire, dit l’auteur, que la vaccination du docteur Ferran, inefficace chez les cobayes, est également impuissante chez l’homme.
- Météorologie. — M. Faye signale l’apparition, en plein jour, d’un bolide dont le diamètre dépassait celui du soleil. Ce bolide a été aperçu dans la l’orèt de Fontainebleau, par des officiers de l’Ecole d’application.
- M. Faye revient ensuite sur l’application des grains arqués, déjà donnée par lui. L’auteur voit dans ce phénomène une confirmation du mouvement circulaire giratoire dont sont animés les typhons, les trombes, les tor-nados, etc. Le typhon se produit lorsqu’un mouvement tourbillonnaire vient à naître dans un courant d’air supérieur charriant des cyrrhus. Au contact des couches inférieures, le tourbillon de cyrrhus produit un nuage épais formé par la condensation des vapeurs résultant de la fusion des aiguilles de glace. Sur les parois du tourbillon, la condensation sera donc plus active. Par suite, un observateur placé en dessous du phénomène, apercevra au zénith une couronne circulaire de nuages, d’où s’échappera une pluie abondante accompagnée d’éclairs. Mais si l’observateur se trouve placé en avant ou en arrière du phénomène, une partie seulement de la couronne se trou vera au-dessus de son horizon, et il verra, en projection sur le ciel, une partie de la couronne. Le phénomène prendra alors pour lui la forme d’un arc de nuages embrassant une partie de l’horizon.
- L’Académie procède à l’élection d’un membre correspondant dans la section de géographie et navigation. M. le général Ibauez, directeur de l’Institut géodésique d’Espagne, est élu à l’unanimité des suffrages.
- Stanislas Meunier.
- TRANSFORMATION
- DU MOUVEMENT CIRCULAIRE UNIFORME
- EN MOUVEMENT CIRCULAIRE ALTERNATIF ET A VITESSE VARIABLE
- Un savant américain, M. le professeur Mae Gord, à qui l’on doit d’importants travaux de cinématique, a imaginé une disposition d’engrenages qui permet de réaliser une transformation de mouvement très curieuse.
- Cette disposition est certainement susceptible d’applications variées; mais l’appareil représenté par nos vignettes n’est qu’un appareil d’essai et de démonstration, dans lequel une manivelle, placée à l’une des extrémités, sert à faire tourner une aiguille placée à l’autre extrémité et mobile sur un cadran. Un. peut ainsi suivre toutes les phases du mouvement et l’on constate qu’en tournant uniformément la manivelle, l’aiguille tourne d’abord dans un certain sens, s’arrête, tourne ensuite en sens contraire, s’arrête de nouveau, et ainsi de suite. De plus, la vitesse de cette aiguille est variable.
- La figure 1, qui montre l’appareil en perspective dans deux positions différentes, et la figure 2 (n° 1), qui est une vue de côté, ont été reproduites d’après le Scientific American.
- La figure géométrique placée à droite de la figure 2 (n° 2) est une épure que nous avons ajoutée aux figures précédentes et qui facilitera l’explication du mécanisme.
- L’appareil se compose d’une roue d’engrenage elliptique A, boulonnée sur le bâti, et, par conséquent, complètement fixe. Le grand axe de l’ellipse est vertical. L’arbre de la manivelle qui commande le mécanisme traverse la roue A, à frottement doux, en passant par le foyer inférieur de l’ellipse. — Sur cet arbre est calé un bras W qui porte un contrepoids à l’une de ses extrémités et, à l’autre, un arbre horizontal pouvant tourner librement et portant un engrenage elliptique B, pareil à A et un engrenage ordinaire C. — L’arbre passe par l’un des foyers de l’ellipse B.
- Dans ces conditions, quand on tourne la manivelle, le bras W entraînant la roue B, celle-ci tourne sur elle-même en roulant sur la roue A. — C’est un mouvement planétaire. La roue C, solidaire de B, participe naturellement à ce mouvement et actionne une première roue D calée sur un arbre placé dans le prolongement de l’arbre à manivelle. De là, le mouvement se transmet par l’intermédiaire d’une troisième paire d’engrenages Ee, à l’aiguille P dont nous avons parlé.
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- m
- LA NATURE.
- Cela posé, supposons que la manivelle M tourne dans le sens indiqué par la flèche (fig. 3). La roue B va, tout en tournant sur elle-même, rouler, de gauche a droite, sur la roue A qui est fixe. Ce mouvement est le même que si les deux roues tournaient respectivement autour des axes G et F supposés fixes, la vitesse de rotation de A étant supposée égale à celle du bras planétaire AV. La vitesse de rotation de la roue B sur elle-même est donc, relativement à celle du bras, dans le rapport inverse des rayons vecteurs menés du point de contact aux points F et G, c’est - à -dire qu’elle varie à chaque instant. Elle atteint son maximum quand le point de contact est en T, et son minimum quand il est a l’autre extrémité du grand axe de la roue A. Dans l’intervalle, les deux vitesses sont égales quand le point de contact. est en N, c’est à-dire quand les rayons vecteurs sont égaux. De T en N, la vitesse de rotation de B est supérieure à celle du bras ; au-delà de N, elle est inférieure.
- Quant à la roue C, son mouvement est identique à celui de la roue B.
- Si l’on suppose les roues C et D de même diamètre, on comprend que,pendant la première période du mouvement, la roue D, tournant plus vite que le bras, fera tourner la roue D avec une vitesse
- décroissante égale à la différence entre la vitesse de C et la vitesse du bras. En N, quand eeS deux vitesses sont égales, la roue C reste immobile, la roue G roule sur elle sans l’entraîner. Au delà de N, la roue D recommence à tourner, mais en sens contraire, avec une vitesse croissante égale à la différence entre la vitesse constante du bras et la vitesse décroissante de C.
- Nous avons supposé égaux les diamètres des
- roues C et D, contrairement à ce qu’indiquent les figures 1 et 2. Si, comme on l’a figuré, la roue G est plus grande que 1), celle-ci ne cessera d’être entraînée que quand la vitesse de rotation de C sera, relativement à la vitesse du bras, dans le rapport inverse des ravons des roues C et D, condition es-sentielle pour qu’il y ait roulement de la plus grande
- des deux roues sur la plus petite. C’est donc au delà de la position N que se produira l’arrêt de la roue D, puis la rotation en sens inverse. Si même on faisait la roue D trop petite, il serait impossible de produire les mouvements qui viennent d’être décrits.
- En résumé, quand la manivelle, partant de la position M
- (*»f
- 2 , n°
- Appareil de M. Mac Gord.
- tourne de 180°
- dans le sens de la flèche, la roue D tourne avec une vitesse décroissante, s’arrête, puis tourne en sens contraire avec une vitesse croissante. Mêmes phénomènes, en ordre inverse, quand la manivelle revient en M. Le maximum de vitesse, qui se produit quand la
- manivelle est en M et que les deux ellipses se touchent en T, est plus grand que le maximum qui se produit 180° plus loin.
- Quant au mouvement de l’aiguille, il est le même que celui de la roue D, avec l’accélération produitepar la troisième paire d’engrenages. Dans le modèle représenté figure 1, l’aiguille fait près de quatre tours dans un sens et un tour en sens contraire, pendant que la manivelle fait un tour. On voit que l’appareil dont il vient d’être question offre un réel intérêt mécanique1.
- 1 D’après la Chronique industrielle.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanüieb. Imprimerie A. Luhure, y, rue de Fleuras, à Paris.
- Fig. 2. — Dessins schématiques.
- 1. Appareil de M. Mac Cord, vu de côté. — 2. Épure explicative.
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- N° 659. — 29 AOUT 1885.
- LA NATURE.
- V;
- 193s
- LE GRAND BOIEN DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE
- EÜJiECTE MüRIN
- Les Boïens sont un groupe erpétologique qui I les Eunectes, etc., etc. Le reptile dont vient de comprend les Enigres, les Boas, les Tropidophis, | s’enrichir la ménagerie du Jardin des Plantes de
- Euneete murin de la ménagerie des reptiles, au Jardin des Plantes de Paris. (D’après nature.)
- Paris, et qui est assurément l’un des plus gros que l’on ait jamais vus en Europe, n’est pas un Boa, comme on l’a dit par erreur, mais un Eu-necte, l’Eunecte murin (Eunecles murinus1). Il mesure plus de 6 mètres de longueur, et le volume de son corps n’est pas moins considérable en proportion.
- 1 Traduction littérale . Eunectes, bon nageur, murinus, mangeur de rats.
- 13* mée. — 2* semestre.
- L’Eunecte murin se trouve dans l’Amérique du Sud, surtout dans la Guyane et le Brésil. Il a été signalé par Fermin, dans son histoire naturelle de Surinam, et ses mœurs ont été décrites depuis, par le prince de Neuwied1. Voici les renseignements que l’on doit à ce savant voyageur.
- 1 Beitrâge zur Naturgeschichle von Brazilien, tome I,r.
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- LA NAT U LE.
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- Au Brésil l’Eunecte murin est appelé Cucuriubu ou Cucuriu ; les Botocudos le nomment Ketumeniop,. Le prince en a vu des individus longs de 20. pieds et les habitants lui ont assuré qu’il parvient à une taillé beaucoup plus considérable dans les lieux incultes ou inhabités. Les eaux sont la demeure habituelle de ce serpent; il s’y repose couché sur Un haut fond, la tète seule émergée. Plongeur habile, il peut s’y enfoncer pour ne reparaître à leur surface qu'assez longtemps après ; tantôt, c’est avec rapidité qu’il les parcourt en tous sens en nageant à la manière des poissons anguilliformes, tantôt au contraire, il abandonne son corps raide et immobile, au cour/mt plus ou moins rapide d’un fleuve ou dune rivière.
- Parfois, il se tient étendu près du rivage sur le sable ou . sur les rochers, ou bien sur un tronc d*arbre renversé, attendant patiemment qüe quelque mammifère, amené par le besoin de se désaltérer, passe assez près de lui pour pouvoir être saisi. Ceux de ces animaux dont il fait le plus souvent sa proie sont des Agoutis, des Paeas et des Cabybaras ou Cabiais; on dit qu’il mange aussi des poissons. Au Brésil l’Eunecte ne s’engourdit pas en hiver. L’arc et le fusil sont les armes dont les indigènes se servent pour le tuer, à moins qu’ils ne le rencontrent à|terre, ah il ne se meut que fort lentement; dans ce cas, ils l’assomment à coups de bâtons. On fait avec sa peau des chaussures et des sacs de voyage ; sa graisse est aussi employée à différents usages et lés Botocudos ert mangent la chair1.
- L’Eunecte, comme les autres genres appartenant à ce grand groupe des Boïens, n’est nullement venimeux.
- Il y a déjà au Muséum de Paris plusieurs Eunectes, soit empaillés, soit conservés dans l’alcool; deux dfentre eux sont de très grande taille. Celui que l’on voit monté et suspendu au plafond des galeries d’Erpétologie est moins long que l’Eunecte actuellement vivant à la ménagerie, mais son corps est plus gros.
- Le nouveau Boïen du Jardin des Plantes est arrivé à la ménagerie des Reptiles le 21 juillet dernier. Il provient de l’Amérique du Sud et a été acheté k un marchand d’animaux de Liverpool. On lui a offert à manger, mais il n’a rien voulu accepter encore, ni poissons, ni lapins, ni autre nourriture. Ce fait n’offre rien de très surprenant, car ces sortes de serpents peuvent rester plusieurs mois sans prendre de nourriture.
- Le grand Eunecte -du Muséum reste habituellement dans la baignoire remplie d’eau de sa cellule, la tête en dehors de la surface du liquide. Dans là journée, il sort de l’eau pendant quelques moments, mais il est presque constamment immobile, prenant k peu près la position que représente notre gravure exécutée d’après nature.
- ! On a figuré k côté du curieux animal deux lapins, qui donnent une idée de ses dimensions.
- 1 Erpétologie générale, par A.-M.-C. DumérilctG. Bitr-on, tome VI.
- CONDENSATION DES FUMÉES
- PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Au dernier congrès de la British Association à Montréal, le professeur Lodge, de Liverpool, a fait une communication sur les poussières. Cette lecture fort intéressante était accompagnée d’expériences qui avaient pour but de démontrer les effets inattendus d’une décharge électrique de haute tension sur des poussières de toute nature, mises en suspension dans un récipient quelconque. Si l’on remplit un récipient en verre, par exemple, d’une fumée épaisse de magnésie en allumant un fil de cette substance dans l’intérieur du vase, cette fumée ne se dépose qu’au bout d’un temps extrêmement long. Mais si. l’on fait passer entre deux pointes fixées dans ce. récipient, une décharge électrique, il se produit instantanément un effet des plus curieux : la fumée se met à tourner, puis forme de larges flocons et enfin se dépose rapidement sur les parois de la cloche qui redevient aussitôt parfaitement claire. Le même effet a encore lieu avec des fumées d’espèces différentes, comme des fumées de papier ou de cigare, par exemple. L’auteur ajoutait que des expériences faites sur une plus grande échelle lui avaient donné les mêmes résultats.
- M. Walker, métallurgiste à Londres, vivement frappé de ces résultats, se demanda immédiatement si les expériences curieuses du professeur Lodge ne contenaient pas la solution complète de l’un des problèmes les plus difficiles qui se présentent à l’industrie du plomb : la condensation des fumées du plomb volatil des fourneaux. Les appareils qu’on a imaginés pour résoudre ce problème sont très nombreux et donnent des résultats plus ou moins satisfaisants ; le meilleur procédé consiste encore à faire passer les fumées dans de longues chambres où elles se déposent.
- M. Walker se mit aussitôt en rapport avec le professeur Lodge, et lui proposa de faire des essais pratiques. Ces expériences, qui ont duré plusieurs semaines, ont donné, des résultats extrêmement satisfaisants. Au moyen de barils en bois, on établit une conduite à angle droit sur la conduite principale. Un registre permettait de diriger les fumées dans cette conduite d’essai, pourvue préalablement d’un certain nombre de lucarnes en verre pour surveiller la marche de l’opération. La conduite étant remplie, on ferma par des registres toute communication aux deux bouts. Cette disposition réalisait à grande échelle le récipient fermé du professeur Lodge.
- La machine électrique employée était une machine Voss, donnant des étincelles de 1 décimètre de longueur; elle était mise en mouvement sous un petit hangar avoisinant la conduite d’essai. L’un des pôles de la machine était en terre, et l’autre pôle relié à un système de pointes disposées chacune entre deux lucarnes opposées. Cette communication était établie par l’intermédiaire d’une forte tige en laiton, soutenue en haut de la conduite à l’intérieur du tube isolant, en verre, d’un diamètre beaucoup plus grand. On a varié de différentes manières la disposition des pointes employées pour les décharges électriques. Par exemple, on s’est servi d’une boule de laiton garnie de pointes, puis d’un anneau et de deux tiges croisées munies de pointes, faisant saillie dans toutes les directions.
- Les premières expériences furent faites sur des fumées abandonnées au repos. À cet. effet, on dirigeait le courant dans la conduite d’essai, puis on fermait les registres aux deux extrémités. Les fumées observées par les lucarnes
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- LA NATlîllE.
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- dont nous avons parlé présentaient l'aspect d’un brouillard très dense. Elles ne se déposaient qu’au bout de plusieurs heures. Mais aussitôt que la machine électrique était mise en train, tout se passait comme pour la magnésie dans la cloche de verre. On observait le même mouvement de giration autour des pointes, puis, au bout de quelques secondes, on voyait le brouillard se changer en petits flocons, semblables à des flocons de neige qui volaient rapidement vers les parois de la chambre où ils se déposaient. Au bout d’un temps très court, les fumées avaient entièrement disparu, et la chambre devenait aussi claire qu’elle l’était avant l’expérience.
- On expérimenta ensuite l’action de la décharge électrique sur les fumées en mouvement. Pour cela on dirigeait dans la conduite d’essai les fumées venant de plusieurs fours. Au sortir de la conduite, ces fumées s’échappaient dans l’atmosphère. La machine électrique étant mise en mouvement, on ne constatait tout d’abord aucun effet à travers les lucarnes, à cause de la rapidité du courant. Mais à l’orifice de sortie dans l’atmosphère, l’effet observé était des plus frappants. Quelques secondes après avoir lancé les décharges électriques, on voyait le brouillard se changer en flocons. Un plateau de verre introduit dans le courant, sans intervention de l’électricité, ne se recouvrait d’une couche mince de dépôt qu’au bout d’un temps très long. Une plaque toute semblable, mise dans le courant pendant l’action de la machine, se recouvrait instantanément de flocons et de larges taches de fumée. Le dépôt était si abondant en certains cas, que, par un temps parfaitement calme, il tombait immédiatement sur le sol dès qu’on ouvrait l’orifice de la conduite.
- En résumé, cette série d’expériences prouve que le résultat pratique dans toutes les circonstances d’humidité de température et d’acidité, est absolument conforme à celui qu’on obtenait au laboratoire.
- Le résultat de ces expériences a été si satisfaisant, que M. Walker a résolu d’appliquer immédiatement ce système de condensation des fumées sur une échelle entièrement pratique aux ateliers de son usine. Les travaux d’installation seront prochainement terminés.
- M. Walker se propose d’étendre ce procédé en Angleterre, en Europe et aux Etats-Unis. 11 a l’intention de l’appliquer à d’autres branches de la métallurgie, par exemple, à la condensation de l’oxyde de zinc dans la fabrication du blanc de zinc et à la condensation de l’arsenic. Mais l’application la plus importante restera sans doute à l’industrie du plomb, car les appareils imaginés jusqu’à ce jour n’ont donné que des résultats fort impar-
- LES INHALATIONS D’AZOTE
- Un savant spécialiste de Madrid, M. le Dr Fr. Yalenzuela, utilise un appareil qui sert à la fois à préparer le gaz azote et à administrer les inhalations. D’un volume un peu supérieur à celui d’un pulvérisateur, cet appareil n’exige aucune manipulation chimique, attendu que son mécanisme consiste a emmagasiner l’air expiré dépouillé de son acide carbonique et des autres, impuretés, et à l’appauvrir d’oxygène au degré voulu. Cette proportion d’oxygène est maintenue en compensant l’oxygène consommé par de nouvelles quantités d’air, d’une façon auto-malique et continue; de la sorte, l’appareil peut être manié par les malades eux-mêmes sans aucune crainte.
- Après différents essais, l’auteur soumit dix sujets aux
- inhalations d’azote faites deux fois par jour, durant une heure chacune, pendant quinze jours, avec’ de l’air mélangé d’égal volume d’azote ; aucun changement ne fut apporté au régime des malades, ét on analysa leurê urines et l’air qu’ils expiraient. . -
- Ces inhalations déterminent d’abord des phénomènes d’excitation générale ; les mouvements respiratoires augmentent de fréquence, le pouls devient plus rapide et plus dur, les veines se gonflent, la chaleur s’élève de deux à quatre dixièmes de degré, et la sueur se montre. Après cinq à dix ou douze minutes, si Ton continue les inhalations, cette excitation disparaît, et des phénomènes inverses de sédation s’accusent et deviennent persistants : la température du corps s’abaisse parfois de 2°,3 au-dessous de la normale, les pulsations descendent à 50, et les mouvements respiratoires à 8 par minute. Les mêmes .phénomènes d’apaisement se font sentir sur les fonctions nerveuses. A la suite de ces inhalations, la respiration reste lente et tranquille, le pouls petit, et la température met plusieurs heures à remonter au degré normal.
- L’analyse de l’air expiré et de l’urine, accuse une diminution de la quantité d’oxygène consommé pendant et après la séance, allant de 10 à il5 pour 100; une diminution aussi de l’élimination d’acide carbonique, ,d,e 8, k 15 pour 100, et de la quantité d’urine en vingt-quatre heures de 12 à 30 pour 100; l’acide urique ne semble pas éprouver de changement notable.
- Les fonctions digestives n’éprouvent pas la moindre altération ; mais la nutrition interstitielle augmente, comme le démontre l’augmentation du poids observée, et qui varie de 300 à 1500 grammes. i
- Cette différence d’action, dans les ! deux périodes-,de l’inhalation, engagea l’auteur à établir deux séries d’eirr périences. Dans la première série, cinq sujets, furent soumis à quatre inhalations par jour, de cinq ininutçs chacune, pendant quinze jours. De cette manière, on n’oblint que les signes d’excitation générale : augmentation de la température et de l’appétit, dés forcés digestives et de l’activité musculaire et cérébrale. D’un âutrë côté, les analyses révélèrent une augmentation du mouvement de désassimilation.
- Dans la seconde série, cinq sujets furent soumis,' comme dans les expériences primitives, à deux séances par jour avec cette différence qu’au lieu de commencer d’emblée avec une atmosphère très chargée d’azote, on fit arriver ce gaz graduellement. En opérant de cette façpn, les phénomènes primitifs n’eurent pas lieu, et l’on n’eut a constater que des signes de diminution de l’activité vitale.1
- Quant aux résultats cliniques, le Dr Yalenzuela en aurait obtenu de très notables dans le traitement de la phitsie pulmonaire, et aurait pu constater non seulement la disparition des symptômes généraux, mais aussi un arrêt dans la marche des phénomènes locaux et une guérison relative. De même dans les autres affections irritatives pulmonaires, dans l’asthme essentiel ou symptomatique, dans les anémies graves, et tous les cas où il faut établir une reconstitution organique.
- L’auteur explique ces effets par l’action antifébrilej antiphlogistique, sédative et indirectement reconstituante du gaz azote. Comme antifébrile, il a employé les inhalations dans les pyrexies ne dépendant pas d’affections respiratoires, telles que la méningite tuberculeuse et deux cas de fièvre nerveuse. Il considère l’azote comme un moyen plus sûr pour combattre la fièvre que l’eau froide et les médicaments. Dr Duhoürcau, ,
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- LA NATURE.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- ALLUMEUR-EXTINCTEUR A DISTANCE DE M. A. RADIGUET
- A côté des applications de la lumière électrique à un éclairage continu, il en est nombre d’autres dans lesquelles on n’exige qu’un éclairage intermittent, ou dans des conditions spéciales telles que la commodité d’emploi compense, et bien au delà, le peu de durée de l’éclairage. L’allumeur-extincteur de M. Radiguet est un des plus utiles auxiliaires de la lumière électrique dans ces circonstances, et rendra, dans son emploi, une foule de services dont nous ferons apprécier l’utilité et la variété par un exemple :
- Concevons une maison d’habitation privée ou un appartement composé d’un certain nombre de pièces en communication entre elles; dans chacune d’elles se trouve une petite lampe à incandescence pouvant être alimentée par une source électrique unique toujours prête à fonctionner.
- Si chaque lampe est munie d’un allumeur-extincteur, que nous allons décrire, on pourra, à distance, réaliser les effets suivants :
- 1° Allumer ou éteindre à distance une lampe dans une pièce quelconque, à l’aide d’un hou ton spécial dit de service isolé;
- 2° Allumer à distance une lampe placée dans la pièce dans laquelle on pénètre, en éteignant simultanément et par la même opération, la lampe de la pièce que l’on vient de quitter.
- La figure 2 permet de particulariser davantage l’application supposée faite dans une maison à trois étages.
- En entrant dans le vestibule et en appuyant sur un bouton placé sur la droite, à portée de la main, on allume une première lampe qui éclaire le vestibule et le premier étage. Arrivé au premier étage, on appuie sur un second bouton qui éteint la première lampe et en allume une seconde qui éclaire l’escalier du second étage. En pénétrant dans l’appartement, on appuie sur un troisième bouton qui éteint la seconde lampe de l’escalier et allume une lampe dans l’antichambre, dans une chambre à coucher, et ainsi de suite, de bouton en bouton, en ayant soin de toujours appuyer sur les boutons
- mnémotechniquement placés sur la droite du chemin parcouru, depuis le grenier jusqu’à la cave. Lorsqu’il s’agit de sortir de l’appartement, on exécute la même opération, en parcourant le chemin inverse et en appuyant sur les boutons successifs rencontrés à droite. Le service isolé de chaque lampe permet d’ailleurs d'allumer ou d’éteindre chaque lampe séparément sans agir sur les autres. C’est le cas représenté figure 2, où, indépendamment de l’éclairage de l’escalier, on a supposé une lampe à service isolé placée à la cave, une seconde dans la loge du concierge, une autre au second étage et une quatrième dans une chambre de domestique.
- La lampe elle-même peut être placée sur l’allumeur-extincteur (fig. 1) ou bien à distance, sur un appareil quelconque : support, applique, flambeau, etc.
- Le but est de substituer aux lampes portatives, des appareils fixes dans les couloirs, chambres à coucher, coffres-forts, caves, dépôts de matières inflammables, archives, etc., etc. Dans les éclairages de très peu de durée, on peut employer des éléments Le-clanché à grande surface, en nombre proportionné à la puissance de la lampe, car il n’y a le plus souvent qu’une' seule lampe allumée à la fois.
- Pour des services un peu plus chargés et des durées un peu longues, il faut avoir recours à des piles continues, telles que les piles au bichromate à deux liquides, ou les appareils d’éclairage indirect par l’emploi d’accumulateurs.
- La figure 1 montre la disposition intérieure de l’allumeur-extincteur et permet de comprendre comment il peut remplir les différentes fonctions que nous venons d’énumérer. 11 se compose essentiellement de deux électro-aimants boiteux disposés à angle droit. Les armatures de ces électro-aimants sont solidaires l’une de l’autre de la façon suivante : elles sont toutes deux montées sur des ressorts qui tendent à les éloigner des électro-aimants. Lorsque l’électro à bobine verticale est actif, il attire son armature qui vient au contact des bobines, mais reste enclenchée dans cette position par l’armature du second électro à bobine horizontale, même lorsque le courant cesse de passer. Le circuit de la
- Fig l. — Disposition de l'allumeur-extincteur.
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- LA NATURE
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- lampe correspondante est alors fermé : cette lampe s’allume et reste allumée jusqu’à ce qu’on rende le second électro actif; il attire son armature, déclenche l’armature du second qui s’éloigne sous l’action de son ressort, et éteint la lampe, qui reste éteinte jusqu’à ce que le premier électro soit de nouveau mis en activité, et ainsi de suite. On conçoit donc qu’en excitant à distance l’un ou l’autre des électros, on puisse à volonter allumer ou éteindre la lampe correspondante. A cet effet, chacun des électros, que nous désignerons respectivement par les noms d’électro d’allumage et électro d’extinction, porte trois fils distincts roulés ensemble, ayant une extrémité commune et aboutissant à des bornes distinctes sur l’appareil.
- Ces fils sont convenablement reliés aux boutons de contact que nous avons supposé distribués dans le local à éclairer, et les communications entre les fils et les boutons sont ensuite établies de telle façon qu’en appuyant sur un bouton donné, on actionne l’é-lectro d’extinction de la lampe éclairant la pièce que l’on quitte et l’électro d’allumage de la lampe éclairant la pièce dans laquelle on pénètre.
- Le service isolé, placé au bas de l’appareil, commande les deux électro-aimants d’allumage et d’extinction, à l’aide d’une poire ou d’un bouton à deux contacts représentés sur notre gravure (fig. 1), l’un E, placé sur le côté pour l’allumage, l’autre A placé en dessous pour l’extinction.
- Les fils d’allumage et d’extinction peuvent être très longs et très minces, car ils ne font qu’actionner l’allumeur-extincteur, lequel forme relais, et ne sont pas traversés par le courant qui alimente la lampe; le fil de sonnerie et les fils souples ordinaires sont largement'suffisants.
- Telles sont, dans ses grandes lignes, les principales dispositions de l’allumeur- extincteur Radiguet. Nous en avons installé quelques-uns dans notre éclairage privé, et ils fonctionnent à notre entière satisfaction.
- L’allumeur-extincteur, qui commande * la lampe de notre chambre à coucher est en relation avec une poire à trois contacts : deux des contacts latéraux commandent le service isolé, le troisième la sonnerie d’appel ordinaire.
- Nous croyons inutile d’insister davantage sur les services multiples que peut rendre l’appareil dont nous venons de parler : il forme le complément naturel et indispensable des petites installations d’éclairage électrique que nous avons récemment fait connaître aux lecteurs de La Nature *, et nous avons la persuasion qu’il rendra des services à ceux qui sauront l’utiliser convenablement. Il contribuera, en outre, à accroître le nombre des installations de ce genre. Eo. Hospitalier.
- 1 Yoy. n° 599, du 22 novembre 1884, p. 397 ; n° 600, du 29 novembre 1884, p. 410; et n° 611, du 14 février 1885, p. 169.
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- LA NATURE.
- r : TORPILLE DIRIGEABLE
- ‘ SYSTÈME BRENNAN
- Le, gouvernement anglais vient d’acheter, au prix de 2 500 000 francs, d’après YArmy and Navy Gazette, le droit exclusif de fabriquer une nouvelle torpille inventée par ufi Australien, et qui n’a rien de commun avec aucun aufreSystème connu. Celte torpille n’est pas automobile, puisqu’elle 'reçoit sa force motrice d’une machine placée irleiTC ou à bord d’un bâtiment, machine avec laquelle elhdreste en communication; mais elle marche avec une très grande vitesse, peut être dirigée, arrêtée au besoin, et parcourt une distance qui a été, dans un récent essai, de près de 2 kilomètres. Elle s’appelle torpille locomotive Brennan, du nom de son inventeur, qui la fabrique dans un. atelier établi à Chatham, atelier que l’on tient fermé pour les non initiés.
- Dans les diverses expériences qui ont eu lieu à Gar-rison Point Fort’, près Sheerness, dit YAdmirally and Horse Gnards’ Gazette, on a vu quelque chose de semblable à 'une section de canot se diriger vers le bord de Feaii au moyen d’un chariot sur un tramway, plonger dan& la mer et partir avec une grande vitesse. Deux fils indépendants Pun de l’autre, mettent en mouvement différents propulseurs et sont déroulés très rapidement par une machine qui est à terre, dans le fort. L’opérateur se tient; sur la plate-forme du fort et dirige la course de la torpille au moyen d’une roue ou d’un levier. Il peut l’arrêter dans sa course et la faire repartir. La nuit, des jets de lumière, ' produits par une action chimique, sont projetés'derrière un écran qui les masque en avant et ne les laisse Voir qu’en arrière à l’opérateur. De jour, la torpille, n’ayant qu’une très petite, partie de son corps au-dessus de L’eau, ne pourrait être aperçue par l’ennemi que quand il serait trop tard pour l’éviter, d’autant plus que la dernière partie de la course est la plus rapide. On a vu la torpille Brennan, dans un parcours de près de 2 kilomètres, circuler au milieu des navires en les évitant, pour aller frapper, à la fin, celui vers lequel elle était dirigée. Les fils sont alors ramenés par la machine fixe pour servir' une autre fois.
- Le système de propulsion employé pour la torpille Brennan paraît reposer sur ce principe que, plus grand est l’effort imprimé à un fil enroulé sur un rouet, plus rapide est le mouvement de ce rouet. Les deux fils que l’ôn voit sortir de cette torpille doivent y être enroulés sur des rouets, et servir, en même temps, à la transmission de courants électriques dont l’interruption et l’intensité permettent de régler la marche. C’est un mécanisme d’une bien grande simplicité, en comparaison de l’appareil d’horlogerie de la torpille VVhilehead et qui doit coûter bien meilleur marché.
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- LA SCIENCE PRATIQUE
- •" ,APPAREIL POUR LA CONSERVATION DES BOISSONS '-.-.s -.1, b EN VIDANGE
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- On sait que lorsqu’un tonneau, un récipient quelconque, bouteille, vase ou bonbonne, contenant une boisson telle que'y in, bière, etc.’, est en vidange, l’air agissant sur le liquide y apporte les germes de la fermentation, et le dénature. On a proposé les fossets à colon qui dépouil-
- lent l’air de toutes les poussières ou germes qu’il contient, mais l’air ainsi dépouillé n’en agit pas moins par oxydation, hydratation, etc. M. Augustin Gay a imaginé un système qui permet de vider un vase fermé contenant un liquide, sans que l’air arrive au contact de ce liquide. Le vase employé est une grande bouteille ou amphore AA représentée ci-dessous en 1. Elle contient deux ouvertures, l’une supérieure, l’autre inférieure B servant à fixer le robinet de vidange. Quand le vase est plein de vin ou du liquide à conserver, on introduit par l’orifice supérieur un sac de caoutchouc épuré ayant la forme et les dimensions de l’amphore. Ce sac est introduit dégonflé et vide d’air. Quand on fait écouler le liquide, l’air pénètx’e dans le sac de caoutchouc et le gonfle, d’autant plus que le liquide est soutiré en plus grande abondance. On voit en B (n° 2) le sac de caoutchouc que l’inventeur appelle liquilène après son introduction dans l’amphore. Quand l’amphore est aux deux tiers pleine, le sac de caoutchouc remplit l’espace vide CC. Il remplit tout le vase en DD quand le liquide est entièrement écoulé. Ce sac de caoutchouc est alors plein d’air, et il a empêché le contact de cet air avec le liquide.
- Pour introduire dans l’amphore le sac de caoutchouc
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- Amphore sans rentrée d’air de M. Augustin Gay.
- vide, on se sert d’une tige de bois qui le maintient verticalement, de bas en haut.
- Ce système est ingénieux ; on peut le voir fonctionner à l’Exposition du travail. Il offre l’inconvénient, à notre avis, de mettre en contact une membrane de caoutchouc avec un liquide servant de boisson, mais il présente l’avantage de pouvoir se servir d’un liquide sans le mettre en bouteilles et sans qu’il puisse s’altérer. A l’aide du sac de caoutchouc que l’on maintient gonflé, on peut enfin conserver des boissons gazeuses sans aucune déperdition de gaz. M. Augustin Gay affirme enfin que son caoutchouc convenablement préparé ne donne aucun goût aux liquides avec lesquels il est en contact.
- NOUVEAUX MODÈLES D’HYGROMÈTRES
- M. Bourbouze a présenté à l’Académie des sciences deux nouveaux modèles d’hygromètres : le premier est disposé pour avoir la température du point de rosée au moment de la formation d’anneaux colorés ; le deuxième à thermomètre, donnant directement la température de l’enveloppe métallique pour la même détermination.
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- LA NATURE
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- On sait que, lorsqu’un commencement de condensation de vapeur d’eau se produit sur une lame de verre placée entre un observateur et un point lumineux, il apparaît des anneaux concentriques à ce point. Us sont semblables à ceux que l’on observe autour de la lune par un temps nuageux.
- L’appareil construit par M. Bourbouze pour produire ces anneaux se compose d’un petit tube rectangulaire, percé sur chacune des faces opposées d’un trou fermé par une glace mince a faces parallèles. Un thermomètre très sensible est fixé de manière que son réservoir ne plonge que d’une petite quantité dans le liquide. En produisant un courant d’air au-dessus de ce liquide, soit par aspiration, soit par insufflation, on fera naître rapidement un dépôt de rosée sur les glaces. En interpo-
- Fig. 1.
- sant l’appareil entre l’œil et un point lumineux,' on apercevra des anneaux concentriques à ce point, le rouge en dehors, le violet en dedans.
- Le deuxième hygromètre de même forme que le premier (fig. 1) est traversé par une gaine de même métal dans laquelle est parfaitement ajusté un thermomètre sensible. Quelle que soit la température de l’air ambiant, on verra bientôt apparaître le voile de rosée en faisant passer au-dessus du liquide un courant d’air à l’aide d’une pompe à main P.
- Si l’on observe, par réflexion un point lumineux ou mieux une fente éclairée E (fig. 2) on verra apparaître des franges très brillantes au moment de l’apparition du plus léger voile de rosée. La lecture du thermomètre ainsi que l’observation peuvent se faire de loin avec une lunette.
- Pour mettre en évidence les causes d’erreur que l’on peut commettre avec les hygromètres dans
- lesquels le thermomètre plonge dans le liquide, M. Bourbouze a placé dans le même appareil un deuxième thermomètre dont le réservoir plonge dans l’éther. Dans ces conditions, si lion fait l’appel d’air, on constatera que le thermomètre mouillé descend avec plus ou moins de rapidité, suivant que son réservoir sera plus bu moins enfoncé . .dans le liquide : mais il sera toujours de plusieurs degrés au-dessous de celui qui indique la température de la surface métallique au moment de l’apparition du dépôt de rosée.
- Au cours de ses recherches sur l’hygrométrie, M. Bourbouze a réalisée une curieuse expérience par laquelle il démontre i: que la rosée se dépose plus tôt sur le verre que sur le métal, dans les hygromètres de Régnault.
- Voici comment il procède : dans le tube à éther d’un hygromètre de Régnault, M. Bourbouze place deux thermomètres t' et t" (fig. 5) ; le réservoir de P plonge peu ou point dans le liquidé* tandis que celui de t" y est complètement immergé ; si à ce moment’on fait passer un courant d’air à la surface de l’éther, on voit la colonne du thermomètre if descendre beaucoup plus rapidement que celle de f" et la rosée apparaître plus tôt sur le petit miroir M fixé sur le tube de verre que sur celui de M' maintenu contre le dé métallique.
- Il est donc permis de conclure d’a'près ces différentes expériences que la détermination du point de rosée a toujours été faite a une température trop élevée. . , ^
- Fig. 5.
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- LA NATURE.
- BRAMABIAU
- (gard)
- 11 existe peu de phénomènes de géographie physique plus remarquables que le régime hydrographique des causses français, cette région unique des Cévennes étendue de Mende à Lodève et de Florac à Saint-Àffrique. Ces plateaux calcaires, comme l’indique leur nom dérivé du latin calx, chaux (en patois caous), résultent du prodigieux entassement sédi-mentaire des grains de sable ou d’argile et des coquilles fossiles au fond des mers mésozoïques ; les
- océans de la période secondaire arrivèrent à superposer les couches basiques et jurassiques sur une épaisseur de plus de 500 mètres : après le dessèchement du grand golfe de l’Aveyron, enfoncé comme un coin entre les masses cristallines (schistes et granits) du Rouergue,de l’Aubrac,de la Lozère et de l’Aigoual, les phénomènes d’érosion succédèrent à ceux de sédimentation ; sur des points faibles ou dans des fissures préexistantes du dépôt calcaire, le ravinement eut bientôt creusé des vallées d’écoulement dont la profondeur, accrue de siècle en siècle, d’année en année, atteint aujourd’hui 400 à 600 mètres. Ces rigoles primitives sont devenues
- Fig. 1. — Bramabiau, tunnel supérieur. (D’après une photographie dp M. Chabanon, de Ganges.)
- les gorges ou canons du Tarn, de la Jonte, de la Dourbie, fossés énormes qui isolent l’un de l’autre (du nord au sud), comme autant de forteresses distinctes, les quatre causses principaux de Sauveterre, Méjean, Noir et du Larzac. Nous ne parlons pas des ! plateaux et cluses secondaires : M. Louis de Mala-j fosse et les derniers Annuaires du Club alpin français abondent en détails sur ce sujet1. Tandis que les eaux courantes s’encaissaient de plus en plus entre les talus des marnes incohérentes du lias ou
- * Yoy. pour les descriptions pittoresques et les renseignements pratiques sur la région des causses (Gorges du Tarn, de la Jonte, de la Dourbie, Montpellier-le-Yieux, Bramabiau, etc.) : Louis de Malafosse, Les Gorges du Tarn, Supplément au 6* Bulletin de la Société de géographie de Toulouse, 1883; La Nature, nl* 597 et 608; Annuaire du Club alpin français, 1879, 1881, 1883 et 1884, etc.
- des calcaires friables de l’oxfordien, les agents atmosphériques, pluie, gelée, grêle et foudre, découpaient les dolomies oolithiques et les autres assises compactes jurassiques en murailles perpendiculaires ; ainsi se sont évidés ces admirables défilés bordés d’escarpements gigantesques ; ainsi se sont dressées, sur les crêtes des plateaux à 500 mètres au-dessus des rivières, les silhouettes fantastiques des rocs ruini-formes tailladés en minarets et châteaux forts.
- On commence à se douter en France que tout cela est d’un pittoresque achevé, d’une magnificence supérieure; le pauvre département de la Lozère va cesser enfin d’être le plus déshérité de tous, et les touristes prendront plaisir à le visiter.
- Les courtines ou lignes de murs qui dominent ces gorges et soutiennent les plateaux sont continues :
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- point de vallons à ruisseaux tributaires, à peine quelques ravins où rugissent seules les eaux d’orages. Les grandes rivières qui séparent les causses ne possèdent pas d’affluents à ciel ouvert. La masse interne des plateaux est toute crevassée de fissures et creusée de cavités innombrables, qui s’ouvrent à la surface, vers l’altitude moyenne de 1000 mètres, par des entonnoirs nommés nbens ou avens : l’eau des pluies normales, engouffrée dans ces entonnoirs avant de s’être écoulée jusqu’au bord, jusqu'au parapet des causses, circule à travers leur réseau capillaire, s’emmagasine dans les réservoirs souterrains, et rejaillit purifiée, 500 mètres plus bas,
- sous la forme de puissantes sources bleues et bouillonnantes, au contact des couches imperméables, au niveau même des grandes rivières.
- On a de nombreux exemples de communication reconnue entre tel aven du haut plateau et telle source ou grotte de la basse vallée. L’anecdote du fouet de berger jeté au fond de l’abîme de la Picouse (causse Méjean) et retrouvé à Florac dans la fontaine du Pêcher n’est certes pas une légende.
- Bramabiau constitue le type le plus frappant et le plus probant de ces correspondances, une des étonnantes créations de la nature.
- A l’endroit où la table calcaire du causse Noir se
- Fig. 2. — Bramabiau, vue générale. (D’après une photographie de M. Girod,"d’Alais.)
- soude par un mince pédoncule (la Croix de Fer, 1527 mètres; voir la carte de l’état-major au 80000e, feuille de Séverac n° 208, angle sud-est) à la gibbosité granitique de l'Aigoual (1567 mètres), non loin de la triple limite des départements du Gard, de la Lozère et de l’Aveyron, à 8 kilomètres sud-est de Meyrueis-sur-Jonte (chef lieu de canton lozérien), sur la route de Mende au Vigan, le département du Gard cache une des plus curieuses merveilles de notre France. En cet endroit le plateau de Camprieux (1120 à 1150 mètres d’altitude) représente le fond d’un ancien lac dont le ruisseau de Bonheur, issu des flancs de l'Aigoual, traverse aujourd’hui le bassin desséché. A l’ouest, les calcaires bruns du lias formaient autrefois une barrière, par-dessus laquelle les eaux du lac se déversaient
- en cataractes dans la vallée voisine où s’exploitent les gisements plombifères de Saint-Sauveur-des-Pourcils. Un point faible s’est rencontré dans cette assise (cote 1128 mètres de la carte) : les eaux ont donc troué leur digue et foré un tunnel rectangulaire, étonamment régulier, digne par ses proportions d’un architecte-ingénieur et mesurant 8 à 12 mètres de hauteur, 12 à 20 mètres de largeur et 70 à 80 de longueur; aux basses eaux on peut le parcourir en entier et admirer, à l’aise ce travail inouï d’érosion. C’est la partie supérieure de l’ensemble dit Bramabiau. A l’extrémité du tunnel, la voûte s’est effondrée et une sorte de large puits d’aérage tronconique, un entonnoir en un mot, permet de remonter sur la digue. C’est de cette extrémité qu’a été prise la vue du tunnel dont une
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- LA NATURE.
- de nos gravures donne l’aspect (fîg. 1). Mais le Bonheur ne retrouve pas encore son cours régulier : presque sous l’entonnoir et aux pieds du spectateur il est avalé tout entier par un aven noir, insondable et disparaît dans les entrailles du plateau ; il est impossible de le suivre a travers ces profondeurs mystérieuses.
- Cette solution de continuité que nous signalons ici est fort bien indiquée sur la carte de l’état-major, feuille de Séverac.
- Franchissons la digue ancienne et descendons, parmi les reboisements et les sentiers de l’administration forestière, dans la vallée de Saint-Sauveur, le long de la paroi rocheuse où s’écroulaient jadis les volutes d’eau, déversoir du lac disparu. Après quelques minutes de marche se découvre un tableau grandiose dont on a cherché à reproduire l’aspect par la figure 2.
- Au bout d un amphithéâtre excavé dans la muraille gauche de la vallée, analogue aux alcôves pratiquées dans le Red-Wall du Grand-Canon du Colorado1, la rivière perdue reparaît sous la forme d’une* source colossale, et l’appellation de Brama-biau (ou Brama-biaou, beuglement du taureau), le mugissement du torrent, répercuté de paroi en paroi avec un fracas terrible aux hautes eaux, justifie bien ce nom. Toute la théorie des avens se démontre là par l’évidence.
- Et si le géologue est satisfait, le touriste est enthousiasmé : Yaucluse n’est rien auprès de ce site extraordinaire et trop peu connu; ici la falaise mesure de 120 à 150 mètres de haut, les tranches horizontales et rectilignes des lits basiques donnent aux escarpements un faux air de constructions cyclo-péennes ; la végétation, heureux contraste, ne drape qu’un seul côté du sauvage vallon ; enfin l’érosion a sculpté parmi les rocs toutes sortes de figures bizarres dont les détails ne ressortent ni sur la photographie, ni sur la gravure. On peut cependant distinguer au fond de l’alcôve une haute fissure étroite, véritable barbacane ménagée dans le mur du causse : par des canaux intérieurs cette fissure communique, en arrière du bord du plateau, avec le tunnel supérieur et l’aven où s’est englouti le Bonheur. La cascade que la figure montre à l’extrémité de l’amphithéâtre a 10 mètres dè hauteur ; il faut s’engager un peu au delà vers la‘profondeur inconnue de la barbacane, jusqu’au pied d’une seconde chute, invisible du dehors et infranchissable : là est la véritable source de Brama-biaou, là le torrent s’échappe de l’intérieur de la terre. Au-dessus, la voûte de la fissure se perd invisible dans l’obscurité, et si jamais quelque téméraire tentait, au bout du tunnel supérieur, de descendre ' dans l’aven insondable, c’est ici qu’il faudrait venir attendre son corps vomi par le sombre abîme et roulé par les eaux furieuses. E. A. Martéi/.
- 1 Dut Ion's terliary history of the grand canon district of Colorado, i vol. in-i° et atlas in-f°, 1882.
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- LÀ POURRITURE SÈCHE DU ROIS
- Dans une réunion fenuc dernièrement à Magdebourg, des naturalistes et médecins allemands (section de l’hygiène publique), le docteur Poleck, professeur â TUniversité de Prague, a lu un mémoire intéressant sur la vie de l’excroissance connue sous le nom de « pourriture sèche » ou meritius lacrymans, dont les ravages, ces dernières années, ont pris des proportions alarmantes, partout où la construction de maisons neuves se poursuivait sur une grande échelle. En Allemagne, notamment, c’est devenu une question d’une importance presque nationale. Il est indispensable d’avoir une connaissance de l’histoire de la vie et des habitudes de ce foncjus pour l’empêcher de se produire, et ces recherches peuvent servir également à expliquer le fait curieux, que, tandis qu’il attaque rarement les bois des vieux bâtiments, il a mis en danger la stabilité d’un grand nombre de ceux érigés ces derniers temps.
- On ne sait pas où il se produit primitivement, car il n’attaque jamais les arbres vivants, et n’a même jamais été constaté dans les bois qui pourrissent dans les forêts. Autant que nous pouvons en juger, on ne le trouve que dans les charpentes de maisons, principalement, sinon exclusivement, dans le pin et le sapin. Le nom de « pourriture sèche » n’est pas très, bien choisi, car une certaine humidité et obscurité sont nécessaires au développement des spores. Celles-ci donnent naissance à une série de cellules allongées qui s’étendent avec une rapidité surprenante., en couvrant la surface des bois et des murs, et en pénétrant dans les fibres et cellules, ce qui produit une masse légère et fragile..
- La composition chimique du meritius ne diffère pas d’une manière sensible des excroissances semblables. L’eau varie de 50 à 70 pour cent, tandis que, parmi les matières sèches, il se trouve 5 pour cent d’azote et 15 pour cent de graisse. En dehors des acides, il y a une substance amère et des indices; d’un alcaloïde. Les parties constituantes minérales, dont le potassium et l’acide phosphorique sont les plus importantes, jettent plus de lumière sur faction de la « pourriture sèche » sur le bois; à mesure que celles-là s’épuisent, les cellules s’étendent.
- On s’explique donc pourquoi la « pourriture sèche » s’est répandue de plus en plus ces dernières années. Oh sait bien que, pour faciliter l’enlèvement de l’écorce, l’habitude d’abattre le bois pendant le printemps et les premiers jours de l’été s’est généralisée, et l’analyse a démontré qu’à cette saison, le bois des arbres conifères, outre qu’il renferme plus d’eau et qu’il est difficile à sécher, contient cinq fois autant de potasse et huit fois autant d’acide phosphorique qu’en hiver, conditions très favorables au développement de la pourriture.
- Si l’on né peut s’empêcher de se servir de ce bois, on devrait le dessécher complètement, même par la chaleur artificielle, et, comme l’humidité est nécessaire au développement de la pourriture, tous les bois employés dans la construction devraient être maintenus aussi secs que possible, au moyen du béton et de l’asphalte. Nous n’avons pas besoin de remarquer combien il est dangereux, au point de vue de la santé, de traiter les bois avec des solutions d’arsenic ou de mercure. S’il est nécessaire d’employer des préservatifs chimiques, on ne saurait se servir que de l’un ou l’autre des produits obtenus par la distillation du goudron.
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- L’OUTILLAGE DE L’AMATEUR1
- LE TOUR
- Le tour est certainement le plus merveilleux outil que le génie de l’homme ait inventé, et l’on peut dire qu’il est l’instrument fondamental de la civilisation moderne. Depuis le grossier tour à potier que l’on retrouve gravé sur les monuments de l’ancienne Egypte, jusqu’aux grandioses machines qui, de nos jours, façonnent les arbres de couche de nos cuirassés, ou alèsent des canons monstrueux, le tour par ses perfectionnements, par ses transformations successives, a permis de matérialiser, pour ainsi dire, les magnifiques conceptions de l’intelligence humaine. Supprimez-le, et du même coup vous anéantissez tout l’outillage moderne ; l’échafaudage si complexe de notre civilisation s’écroule, et nous revenons sans transition à cette période industrielle caractérisée par la fabrication des haches en silex, au fond des cavernes obscures. Certes, l’amateur artisan qui serait privé de cet outil indispensable n’en serait pas réduit à cette dernière extrémité, mais il serait arrêté à chaque instant dans l’exécution de ses travaux. Le tour s’impose donc dans l’atelier de l’amateur et doit faire partie de son outillage. Beaucoup de gens ont encore contre le tour des préventions exagérées et le considèrent comme un outil très dispendieux, d’un maniement difficile et dont l’usage n’est à la portée que d’un petit nombre d’initiés. La vérité est qu’il y a des tours de tous les prix, pour tous les usages, et d’un mécanisme plus ou moins compliqué.
- En principe, le tour sert à imprimer un mouvement de rotation à un objet quelconque que l’on façonne en même temps, soit avec la main, comme dans le tour à potier, soit avec un outil approprié. Voici, par exemple, un dispositif très simple qui est encore employé chez quelques peuplades sauvages (fig. 1). Une corde est fixée à l’extrémité d’un arbuste, ou d’un pieu flexible fiché en terre, et s’enroule autour d’u-n axe qui porte la pièce à travailler. L’ouvrier, en pressant sur la corde avec son pied, lui communique un mouvement de va-et-vient qui se traduit par un mouvement alternatif de rotation en avant et en arrière de la pièce fixée à l’axe. Telle est sans doute l’origine des tours à la perche et à Y arc qui étaient encore les seuls usités à la fin du dix-septième siècle, quand Plumier écrivit son Traité sur l'arl du tourneur, publié à Lyon en 1701. Actuellement le tour a revêtu une forme beaucoup plus complexe, il est vrai, mais bien mieux appropriée aux .usages extrêmement variés auxquels on l’emploie. La figure 6 représente un tour moderne dans sa forme la plus simple, et tel qu’on le trouve couramment dans le commerce. On le désigne sous le nom de tour à bidet. II se compose :
- 1° D’une pièce A, en fonte, qui porte Y arbre du
- 1 Voy; n° 629, du 20 juin 1885, p. 45.
- tour muni d’une poulie à double gorge : c’est la poupée fixe, qui est en effet solidement fixée au banc de tour E au moyen de boulons à écrou ;
- 2° D’une pièce B, également en fonte, dite poupée mobile ou plus ordinairement ponlre-pointe ; elle glisse à frottement doux dans la fente pratiquée dans ce but au banc du tour, et se fixe à volonté au moyen d’un boulon avec écrou à oreille qu’on serre au-dessous du banc;
- 5° D’une pièce S, dite support, qui sert à supporter l’outil, et que l’on peut faire glisser et fixer sur le banc ;
- 4° D’un volant V et d’une pédale P qui servent à communiquer le mouvement de rotation à l’arbre du tour au moyen d’une corde sans fin. i
- La figure 6 représente une pièce, une tige de métal, montée entre les deux pointes. A son extrémité gauche cette pièce est pincée dans un toc qui vient buter contre le mandrin M, lequel lui communique le mouvement de rotation dont il est animé. Telle est la manière la plus simple de monter une pièce sur un tour. Le mandrin M, dit mandrin à toc, est toujours celui qui est livré par le fabricant avec la poupée fixe. Ce mandrin se dévisse à volonté et peut être remplacé par d’autres mandrins en bois ou en métal, de formes très variées suivant les objets que l’on veut monter sur le tour pour les travailler. Sauf quelques dispositifs que Ton peut se procurer dans le commerce, l’amateur fait lui-même ses mandrins, au fur et à mesure de ses besoins.
- Outre le tour à bidet, il existe une autre forme, dite tour à manchons, que l’on rencontre chez beaucoup d’amateurs. On peut voir sur les catalogues de marchands d’outillage en quoi consiste ce tour, qui a uniquement pour but de permettre de faire des pas de vis d’une façon a peu près automatique. Pour ma part, je ne reconnais aucun avantage a cette disposition, parce qu’on ne peut reproduire que les pas de vis que portent les manchons, généralement au nombre de trois. Or, il arrive constamment qu'on répare des objets dont les pas de vis ne correspondent plus à ceux des manchons. Ceux-ci deviennent sans usage, et il faut, ou renoncer à la réparation, ou finir par où l’on aurait dû commencer, c’est-a-dire apprendre à faire les pas de vis à la volée. C’est, ainsi, du reste, que sont exécutées les vis de tous les articles de tabletterie, et d’une foule d’autres objets. Si vous vous arrêtez à la vitrine d’un fabricant de pipes en écume de mer, vous verrez l’ouvrier exécuter à la volée le délicat et imperceptible pas de vis qui doit fixer le bout d’ambre à la pipe. Ce procédé demande incontestablement une certaine habileté manuelle qui d’ailleurs n’est pas aussi difficile à acquérir qu’on se le figure ; mais il permet d’exécuter sur le tour tous les pas de vis qu’on peut rencontrer, à la condition de posséder les peignes correspondants, et si on ne les a pas, il est facile de les faire, à l’occasion.
- Nous conseillons donc à l’amateur artisan de faire l’acquisition d’un simple tour à bidet, comme celui
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- que nous avons décrit. C’est le plus économique et celui qui se prête le mieux à tous les usages. Un tour de 15 à 18 centimètres de hauteur de pointes, permettant de tourner 30 à 56 en diamètre, coûte 150 francs environ avec banc en bois, et 200 francs monté sur un banc en fonte. Ce dernier modèle est préférable. Ultérieurement, l’amateur pourra y adjoindre un chariot (70 francs environ) commode pour les travaux de précision et pour le travail des métaux durs, tels que la fonte et l’acier. Mais il est indispensable d’apprendre d’abord à tourner à la main, au crochet, avant d’aborder des dispositifs compliqués, et disons-le tout de suite, d’un usage très restreint.
- Le tour que l’on se procurera doit pouvoir tourner à deux vitesses, au minimum. Le changement de vitesse s’obtient soit au moyen d’engrenages, soit en variant le diamètre de la poulie de l’arbre du tour par rapport à la grande roue motrice. Dans la figure on voit que la poulie du tour présente deux gorges, correspondant à deux diamètres, un grand et un petit. On comprend facilement que plus le diamètre de la poulie se rapproche de celui du volant, plus le mouvement de rotation est lent, et réciproquement. D’autre part, plus la matière a travailler est dure, plus le mouvement de rotation qu’on lui imprime doit
- être lent. Il est impossible de tourner du fer avec la vitesse qu’on emploie pour tourner le bois. Nous repoussons les engrenages dans l’atelier de l’amateur pour une foule de raisons, dont la meilleure est que lui ou les siens s’y estropieront quelque jour.
- Rien, à mon avis, n’est plus difficile que l’achat d’un tour. Pas plus qu’un cheval ou qu’un cantaloup, il ne faut acheter un tour de confiance. Quand
- Fig. 1. — Le tour primitif.
- on n’y connaît rien, il faut se faire aider d'un amateur expérimenté ou charger, moyennant salaire, un tourneur de profession de cette acquisition. Quoique à première vue, le mécanisme d’un tour à bidet paraisse des plus simples, il peut présenter une foule de défauts d’ajustage ou d’exécution qui constituent autant de vices rédhibitoires, qu’on ne découvre que successivement et à la longue. Le défaut habituel, je pourrais dire inévitable, des tours qu’on vend aux amateurs, c’est de ne pas tourner rond. Il est difficile d’expliquer en quoi consiste ce défaut, qui frappe l’œil le moins exercé et que le sens du toucher permet de reconnaître avec une précision encore plus grande : il me suffit d’attirer sur ce point spécial l’attention de l’acheteur, et de lui recommander de ne point se laisser berner par les affirmations intéressées du vendeur qui lui démontrera qu’il n’y entend rien, ou tout au moins que cela se fera, quand l’outil aura fonctionné quelque
- Certes,
- Fig. 4.
- Fig. 5.
- temps.
- je n’ai jamais vu un fabricant convenir d’un défaut dans l’outil ou la machine qu’il vous vend, mais aussi j’ai toujours remarqué l’air de suprême dédain avec lequel il accueille vos observations et vos critiques. Savoir acheter devient un art fort dif-fieile de nos jours, et l’amateur devra prendre pour devise festina lente, hâtez-vous...
- le précepte d’Horace mais le plus lentement possible !
- 11 n’entre pas dans mon sujet de décrire tous les accessoires que comporte le tour, je renvoie le lecteur aux traités spéciaux, un peu rares, il est vrai, où il trouvera les renseignements dont il a besoin. J’en signalerai simplement quelques-uns peu connus, ou d’un usage général pour l’amateur artisan.
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- Voici d’abord (fig. 2) un petit outil américain très commode pour centrer rapidement les tiges de métal que l’on veut monter entre les pointes du tour. C’est le bell centre punch ou pointeau a sonnette. La pièce à centrer A étant fixée dans l’étau, on applique sur son extrémité le pointeau B et l’on frappe un coup de marteau sur la tige C dont la pointe vient frapper la pièce et en marquer le centre que l’on fore ensuite avec un drille.
- J’ai dit que pour monter différents objets sur le tour on se servait de mandrins appropriés et que l’amateur doit les faire lui-même au fur et à mesure de ses besoins.
- Ces mandrins, taillés dans du bois dur et bien sec (buis, hêtre, pommier, poirier, etc.), se vissent sur le nez du tour, et, une fois en place, on leur donne la forme voulue pour y adapter l’objet que l’on veut travailler..Il faut en avoir une certaine quantité d’avance, et la difficulté est toujours de percer le trou et d’y creuser le pas de vis qui doit servir à fixer solidement le mandrin sur le tour.
- Généralement on le fait en montant cette pièce de bois sur un autre mandrin, puis on la perce au tour et on fait le pas avec un peigne. C’est un travail minutieux qui demande de l’exactitude, de l’habileté et du temps. Voici le moyen que j’emploie comme plus expéditif et plus facile. Sur une pièce de bois bien dressée à la varlope (fig. 3), on trace au compas une série de cercles de la dimension qu’on veut donner aux mandrins; puis, avec une mèche de vilebrequin choisie de façon à percer un trou de diamètre égal à celui du nez du tour, moins l’épaisseur des filets du pas de vis, on perce successivement le centre de tous les cercles, à une profondeur un peu plus grande que la longueur du
- nez du tour. Ensuite on taraude chaque trou ainsi percé avec un taraud spécial (fig. 4) qu’on doit faire exécuter quand on achète le tour. Ce taraud, en acier fondu, trempé, est creux a l’intérieur et parfaitement cylindrique. Il porte un pas de vis exactement semblable à celui du tour. Il est percé d’un trou en A par lequel le copeau enlevé par le tarau-dage pénètre dans l’intérieur. En ayant soin de le graisser fréquemment, on obtient un pas de vis très net et prenant juste sur le tour. Il ne reste plus
- qu’à séparer d’un trait de scie les divers mandrins, comme l’indiquent les lignes ponctuées, et à abattre les angles vifs pour faciliter le travail sur le tour.
- Dans la figure 5 sont groupées les formes de mandrins indispensables au travail de chaque jour. On en trouvera beaucoup d’autres sur les catalogues des marchands d’outils ; nous les passons sous silence parce qu’elles sont mauvaises ou inutiles. Les formes 1,2,5 se fixent sur un mandrin en bois au moyen de trois vis. 1 est le mandrin à vis, plus connu sous le nom bizarre de... queue de cochon ; 2 le mandrin à coussinets, destiné à serrer des petites pièces de métal ou des forets, fraises, etc.; 3 le mandrin à trois pointes, pour tourner le bois. Tous les quincailliers vendent ces modèles ; mais il faut être bien prévenu que ces pièces ne sont pas toujours exécutées d’une façon irréprochable, et l’on fera bien, en achetant un tour, de les faire monter prêtes à servir et de s’assurer qu’elles tournent juste. L’amateur exécutera lui-même les mandrins 4 et 5, ce dernier très usité par les tourneurs en pipes parce qu’il permet, au moyen d’un anneau mobile en corne, de serrer solidement les objets sans les détériorer. On en fait de toutes grandeurs.
- Fig. 6. — Tour d’amateur. Modèle courant.
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- 11 me resterait à parler des outils qui servent à tourner les métaux. Mais, comme ils sont assez simples pour pouvoir être fabriqués par l'amateur lui-même, et que, d’autre part* ils varient suivant l’espèce de métal que l’on veut façonner, leur description viendra plus à propos lorsque je traiterai du travail de chaque métal en particulier. Du reste, toutes ces questions sont développées assez longuement dans la plupart des traités ou manuels sur l’art du tourneur, et c’est pourquoi il serait tout à fait inutile d’y insister ici. Nous nous occuperons prochainement de la forge et de l’atelier de serrurerie. A. B.
- — A suivre. —
- CHRONIQUE
- Nouvelle machine marine. — Les frères Her-reshoff, bien connus par la chaudière à serpentin qu’ils ont inventée en 1870, viennent de construire un yacht à vapeur de 29 mètres de long qui réalise une vitesse supérieure et dépasse en vitesse les plus grands marcheurs, bateaux de rivière et autres, qui naviguent sur l’IIudson ou dans la haie de New-York. La machine de ce yacht a été construite pour pouvoir développer la plus grande puissance avec le moins de vibrations possible. Les deux cylindres ont respectivement 0m,5048 et 0m,5354 de diamètre avec une course de piston de 0m,3048. L’hélice a lm,22 de diamètre, lm,98 de pas et fait 450 révolutions par minute. Les principales dispositions de construction de la machine n’ont pas été divulguées par le constructeur. Ce que l’on sait, c’est que le petit cylindre est enfermé dans un grand et que le tiroir fonctionne dans l’espace annulaire compris entre les deux cylindres. Les orifices par lesquels la vapeur pénètre dans le cylindre intérieur, sont disposés autour du sommet et du fond du cylindre, de façon que la vapeur arrive sur le piston de tous les côtés à la fois et non d’un seul côté comme cela a lieu dans les machines ordinaires. Cette disposition mérite d’être signalée. La grande vitesse de ce yacht est due à la finesse de ses formes, à sa légèreté et surtout à son énorme puissance relative. En effet, il ne pèse que 20 tonneaux et développe 450 chevaux, ce qui équivaut à IG chevaux-vapeur par tonne de déplacement, alors que cette même proportion ne dépasse pas 3 1/2 sur les plus rapides paquebots-poste.
- * j
- La presse photographique de l’avenir. —
- D’après une prévision du célèbre constructeur américain de machines à imprimer, M. Iloe, le temps ne serait pas éloigné où la presse mécanique disparaîtrait. La presse serait remplacée par la photographie dont le travail serait à la fois plus rapide et moins coûteux. Il s’agirait d’établir d’abord une épreuve négative d’une colonne de journal et de la fixer par un jet de lumière électrique sur le papier se déroulant avec une vitesse telle qu’on pourrait produire 400 épreuves à la seconde, soit 36 000 à l’heure, ce qui suffirait certainement aux plus grands besoins. Il faudrait avant tout trouver un papier très sensible à la lumière et à bas prix ; mais ceci ne serait pas une difficulté insurmontable. La prévision du constructeur américain est plus sérieuse qu’elle ne le parait au premier abord. 11 y a dix ans, -personne ne se doutait qu’il fut possible de fixer une épreuve photographique en 1/500
- de seconde ; et il n’y a pas encore cinquante ans que l’imprimeur qui aurait prédit à ses confrères qu’on arriverait un jour à tirer 10 000 à l’heure, au moyen de la presse rotative, aurait été déclaré atteint de folie ; et cependant ce chiffre n’a plus aujourd’hui rien d’exagéré.
- L’exploitation des mines par l’électricité. —
- On vient de faire à Streator (Illinois) une nouvelle application de l’électricité à l’exploitation d’une mine de charbon. Le foret, taillé en forme de ciseau, est mis en mouvement par un piston actionné directement par une machine électrique. Les journaux américains vantent beaucoup cette installation et prévoient. le moment où tous les travaux des mines se feront par l’électricité : extraction du charbon, transport dans les galeries, élévation dans les puits, édairage, ventilation, etc.... Ils ont raison sous ce rapport, mais il ne faut pas croire que la tentative de Streator soit la première faite dans cette voie : les visiteurs de l’Exposition d’électricité de Taris, en 1881, ont tous pu voir fonctionner une haveuse électrique de M. Chenot. Cette machine était destinée à l’exploitation des ardoisières d’Angers et la barre de mine se trouvait directement commandée par l’électricité. Nous avons donc le droit de revendiquer l’invention pour notre pays.
- Le relevage de» câbles sous-marins. — Pendant les opérations de relevage des câbles pour les réparations, il est difficile de savoir, surtout sur un fond de vase, si la drague atteint le fond. On est souvçnt obligé de s’en rapporter pour cela à l’expérience des gens du bord qui le reconnaissent plus ou moins à la tension de la corde. MM. Anderson et Kenelly ont cependant imaginé une disposition électrique qui sert d’avertisseur. Elle consiste en un vase fermé attaché au bout de la corde, près de la drague, et communiquant à un fil isolé qui remonte le long de la corde jusqu’au navire où il est mis en connexion avec une pile et un appareil de sonnerie. Le vase clos contient une certaine quantité de mercure qui sert à compléter le circuit et à faire agir la sonnerie quand la drague a touché le fond, car le vase prend alors une position inclinée et le mercure vient établir la communication entre le fil conducteur et une mise à la terre ménagée dans les parois du vase.
- La production de la bière. — Le journal Gam-brinus, organe de la brasserie et du commerce des houblons qui paraît à Munich, vient de publier un tableau statistique de la production de la bière en 1884. C’est la Grande-Bretagne qui a le plus grand nombre de brasseries et qui a produit le plus de bière : 27050 brasseries y ont fabriqué 44060000 hectolitres de bière. Ensuite vient l’empire d’Allemagne avec 25 989 brasseries et une production de 41211691 hectolitres. Puis viennent successivement quant au nombre des brasseries : la France avec 3005, l’Amérique du Nord avec 2380, l’Autriche-Hongrie avec 2053, la Belgique avec 1250, la Hollande avec 400, la Russie avec 466, la Suisse avec 424, la Norvège avec 500, la Suède avec 322, le Danemark avec 251 et l’Italie avec 152.
- Mais cet ordre n’est plus le même, si l’on considère la quantité de bière fabriquée dans chacune de ces contrées. Ainsi la Fi'ance, qui occupe ci-dessus le troisième rang, ne vient qu’au sixième en ce qui concerne sa production, qui est de 8 320 000 hectolitres. L’Amérique du Nord, qui a 625 brasseries de moins, l’Autriche-Hongrie qui en j a 952 de moins, et la Belgique qui en a 1755 de moins,
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- produisent plus de bjère qu’elle tandis qu’en France la production moyenne par brasserie a été, en 1881, de 2768 hectolitres, l’Amérique du Nord a fabriqué 20 066 000 hectolitres ou 8406 hectolitres par brasserie ; l’Autriche-lIongrie 13 037 501 hectolitres, ou 6550 par brasserier et la Belgique 9 281 000 ou 7425 par brasserie. Ensuite viennent la Russie, qui a produit 7 millions d'hectolitres; - la Hollande, 1 456 000; le Danemark, 1148000; la Suisse, 1 108000 ; la Suède, 936000; la Norvège, 616 000, et l’Italie, 175 000.
- Nouvel emploi de l’Eucalyptus. — Cet arbre, remarquable par la rapidité de sa croissance, l’Eucalyptus Globulus (et aussi quelques autres espèces du genre), n’a pas seulement pour utilité d’assainir les terrains marécageux et de détruire les miasmes délétères, de fournir un bois inattaquable aux insectes, dur, solide et n’avant pas le défaut de présenter des fibres tordues qui en rendent l’emploi limité. Voici qu’un ingénieur anglais, M. Downe, vient de lui trouver un nouvel emploi. M. Downe fait découper le bois de VE. Globulus en fines lamelles, puis il les jette dans l’eau, où se forme une décoction qui sert à empêcher les incrustations calcaires des chaudières à vapeur. On se servait jusqu’à présent de divers procédés plus ou moins pratiques, tels que la décoction de bois de Campêche, les pelures de pommes de terre, etc. Le moyen indiqué, très simple, facile à mettre en usage, fera rendre de nouveaux services à un arbre déjà précieux à tant de titres. r
- Locomotive frappée par la foudre. — Un accident est arrivé récemment sur le chemin de fer de la vallée de la Shenandoah (Etats-Unis). La locomotive d’un train de marchandises, arrêtée sur une voie de garage, a été frappée par le tonnerre et a été sérieusement avariée. Le mécanicien et le chauffeur ont été atteints, le premier assez violemment pour n’avoir repris ses sens qu’après. plusieurs jours. Les accidents de ce genre sont heureusement rares : on ne le remarque pas assez, car cette quasi-immunité] des chemins de fer est chose d’autant plus extraordinaire, que, a priori, il semblerait qu’ils sont plus exposés aux atteintes de là foudre.
- La production animale en France. — Depuis dix ans, notre richesse en animaux s’est considérablement accrue. L’espèce bovine, qui comptait 11 700 000 têtes en 1873, en compte aujourd’hui 15 000 000. Par contre, pondant cette même période, l’espèce ovine est tombée de 25 000 000 de têtes à 23 700 000. Le nombre des animaux de l’espèce porcine s’est élevée de 5 700 000 à 7 100 000. En même temps que les produits augmentent, les pertes en bestiaux diminuent, grâce aux découvertes de M. Pasteur. Los volailles sont au nombre de 43 000 000.
- Hauteur et largeur des vagues. — Le Bureau hydrographique de Washington a fiât faire, dans l’océan Atlantique, une série d’observations sur la hauteur et la largeur des vagues. En hauteur, les vagues de l’Atlantique mesurent 9 mètres en moyenne, mais lors des tempêtes, elles atteignent de 12 à 15 mètres. Elles peuvent s’étendre alors, en largeur, sur un espace de 150 à 180 mètres, et leur passage peut durer de 10 à 11 secondes; la plus large observée avait 800 mètres d’étendue, et son passage, une durée de 23 secondes.
- Baccalauréat. — Un fait, peut être sans précédent, s’est produit cette année à la Faculté des lettres de Moutpel-
- ILr. Le mari et la femme, M. et M"“ Box, se sont présentés en même temps aux examens du baccalauréat ès lettres. Tous deux ont été reçus, et Mmo Box avec la note très bien. Mme Box est professeur au lycée des filles de Montpellier. !
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 août 1885. — Présidence de M. Boulet.
- Médecine. — M. le Dr Latapie signale un mode de traitement du choléra, consistant à introduire dans l’intestin un liquide antiseptique, au moyen d’un trocart capillaire. On peut faire usage de l’eau oxygénée ou d’une solution de teinture d’iode.
- M. le Dr Tholozan constate la disparition progressive de la peste en Europe. La dernière épidémie qui sévit eu Occident fut celle de Marseille en 1720; la Turquie qui fut longtemps le pays d’élection de la peste, est débarrassée du lléau depuis l’épidémie de 1837. L’Egypte est depuis longtemps indemne ; la Perse est elle-même délivrée . Ce mouvement de retraite de la peste vers l’extrême Orient est très accentué; il a été universellement attribué aux progrès de l’hygiène et aux heureux effets du régime quarantenaire. C’est au moyen des quarantaines que l’Europe civilisée lutte depuis trois cents ans contre le mal. Certes l’hygiène a fait des progrès chez les nations'd’Occident; mais il est certain que l’hygiène des pays turcs ne s’est pas améliorée. Cependant le lléau a disparu en Turquie, foyer invétéré d'infection. Quant aux quarantaines, elles sont loin d’être observées, dans les ports turcs, avec la rigueur nécessaire, Donc l’efficacité des quarantaines peut, au moins ici, être suspectée. Il parait absolument certain que la peste est contagieuse ; toutefois, elle se limite souvent elle-même à une seule cité, sans qu’aucune cause contrarie son expansion. En 1877, une épidémie se déclare en Perse où l’on n’a plus vu de peste depuis quarante années. Le foyer est une petite ville bâtie sur un sol bas, entourée d’eaux stagnantes, sous un climat torride; la population est pauvre, mal vêtue, mal nourrie, mal logée. Hommes et femmes s’enfuient éperdus emportant leur bien et semblent devoir merveilleusement propager la maladie. 11 n’en est rien ; la peste paraît arrêtée par les murs de la malheureuse ville. Celte épidémie est sans rapport avec celle qui éclata en 1879 dans un village de pêcheurs situé sur les bords du Volga. Le gouvernement russe déploya un double cordon sanitaire; à la vérité l’épidémie fut éteinte dans son foyer d’éclosion.
- En 1865, le choléra apparaît à La Mecque, dès le commencement de l’été de 1866, tous les ports de la Méditerranée sont infectés, l’Europe centrale ne tarde pas à être envahie. Cependant l’Europe s’était protégée par un régime de quarantaines exactement observé. La Perse, qui n’impose pas de quarantaines, ne fut atteinte que vers la fin de 1867. De 1867 à 1872, le choléra sévit en Perse; il lui arriva par la Russie.
- Les ports persans du golfe Persique sont en relations constantes avec Bombay, foyer terrible d’infection cholérique. Cependant ces villes sont indemnes depuis 1821, malgré leur situation déplorable, leur insalubrité, la chaleur excessive et la misère des populations. Or point de quarantaines protectrices pour assurer cette immunité. L’inefficacité des quarantaines paraît certaine. M. Larrey lait observer que M. de Lesseps a déjà formulé, il y a
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- LA NATURE.
- longtemps, un voeu tendant à supprimer les quarantaines pour cause d’inutilité.
- _ Physiologie. — M. Marey a entrepris l’étude du saut au moyen de photographies instantanées prises à des intervalles égaux mais très rapprochés. Il a étudié également l’effort exercé par le pied sur le sol, dans le mouvement de saut, au moyen d’un dynamomètre enregistreur. M. Marey a pu constater ainsi que, dans certains cas, les muscles emmagasinent la force. Ainsi lorsque deux sauts consécutifs sont exécutés, le second est plus élevé que le premier, car l’effort correspondant est égal a l’effort volontaire, plus l’énergie emmagasinée dans la distension des muscles qui viennent de résister à une chute.
- Météorologie. — Les phénomènes brillants de colorations crépusculaires de la fin de l’année 1883 étaient dus à des poussières extrêmement ténues, qui, d’après M. Hirn, seraient restées suspendues bien au-dessus des
- limites de notre atmosphère. Il faut, dès lors, admettre qu’elles ont été projetées et maintenues par une action électrique. Stanislas Meunier.
- LA BOITE DU PEINTRE TOURISTE
- Il s’agit d’un charmant objet qui nous a été présenté par M. Maurice Lazerge. C’est une boîte de peintre, réduite à des proportions minimes. Quand on l’ouvre, et que l’on monte ce quelle contient, on serait tenté de croire que le contenant est plus petit que le contenu. Voici comment on opère pour s’en servir.
- On défait la courroie qui entoure le sac dans lequel la boîte est enfermée (fig. 1). On en sort un pliant à pieds de fer que l’on met en place. On s’as-
- La boîte du peintre touriste.
- Fig. 1. Vue de la boîte fermée pour le transport. — Fig. 2. Montage des accessoires qu’elle contient. — Fig. 3. Mode d’emploi.
- soit sur le pliant ; on ouvre la boîte sur ses genoux et on y visse les trois pieds de métal que l’on y trouve.
- Cette opération terminée, la boîte se trouve portée sur le sol par les pieds qu’on vient d’y visser. On peut alors fixer les deux crochets intérieurs, de manière à maintenir la boite ouverte et on lève le devant du couvercle qui est muni de trois charnières. On a ainsi le support du chevalet.
- Après avoir retiré le panneau qui doit servir a peindre, on déplie le chevalet que l’on fixe dans l’intérieur du couvercle au moyen d’un petit bouton supérieur et d’une encoche entaillée dans la partie inférieure du couvercle (fig. 2). On exécute la manœuvre inverse pour démonter l’instrument.
- Les pieds de l’appareil sont à coulisse afin de permettre à l’artiste de mettre toujours sa boîte d’aplomb. Ils sont entièrement en cuivre et ont ainsi l’avantage de ne pas subir les influences atmosphé-
- riques; ils résistent mieux que ceux en bois qui se déforment ou s’éclatent sous la pression des vis.
- Avec ce petit appareil, le peintre n’a plus l’embarras de la boite de couleurs qu’il faut tenir sur les genoux ou poser à terre. Le tableau qu’il fait n’est pas sujet aux oscillations gênantes qui se produisent avec le chevalet ordinaire.
- Le pliant en acier forgé, d’une grande solidité, ne peut pas s’enfoncer dans les terrains mous ou sablonneux (fig. 3).
- Enfin le système est très portatif, d’un faible poids, et il contient, sous un volume des plus restreints, pinceaux, couleurs, palettes et tout ce qui est nécessaire aux artistes qui travaillent d’après nature. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fieurus, à Paris
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- N* 640. — 5 SEPTEMBRE 1885.
- LA NATURE.
- VENTILATEURS D’AÉRATION ACTIONNÉS PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Nous ayons fait connaître à nos lecteurs la belle I M. l’ingénieur Daguin, dans le restaurant Marguery, installation mécanique qui a été organisée par | à Paris1. Cette installation a été complétée cette
- Fig. 1. — Écrans de ventilation du restaurant Marguery, actionnés par une transmission de force électrique.
- année par un ingénieux système de ventilation destiné à fonctionner pendant les chaleurs de l’été, et à rendre supportable la température d’une pièce, pour ceux qui s’y trouvent, sans déterminer des courants d’air désagréables et parfois dangereux.
- M. Daguin n’a pas voulu recourir au système d’appel d’air direct, ou aux appareils à mouvements giratoires continus, puisqu’ils offrent l’inconvénient qu’il s’agissait d’éviter, de produire un courant d’air se déplaçant dans le même sens ; il a employé de grands écrans animés d’un mouvement de va-et-vient, attachés au plafond de la salle, comme le fait voir la gra-13* innée, — !” semestre.
- vure ci-dessus, dessinée d’après nature (fig.1).
- Le mouvement de va-et-vient des écrans est obtenu au moyen d’un mécanisme de petit volume, actionné par une transmission de force électrique à distance. Ce mécanisme présente de grands avantages dans le cas présent, en raison de ses dimensions restreintes, de son mode de fonctionnement absolument silencieux, de sa facilité d’arrêt et de mise en marche. On se souvient d’ailleurs que l’installation mécanique du restaurant Marguery comprend un géné-
- 1 Vov. le n° 616, du 21 mars 1885.
- U
- Fig. 2.— Mécanisme destiné à faire mouvoir les écrans, montrant le rhéostat, la dynamo réceptrice et la bielle de transmission.
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- LA NATURE.
- rateur d’électricité (machine Gramme) qui fonctionne au moyen de moteurs à gaz.
- Les écrans destinés à produire l’aération pendant les chaleurs, sont au nom lire de quatre. Le premier d’entre eux est actionné à l’aide d’une longue bielle, par le mécanisme de la petite dynamo-réceptrice (lig. 2); il commande les trois autres par l’intermédiaire d’une tringle de fer. Les quatre écrans se meuvent donc en même temps, et l’air de la salle se trouve agité régulièrement, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. C’est l’effet de l’éventail appliqué en grand. Un rhéostat que l’on voit à gauche de notre ligure 2 permet de varier à volonté la vitesse de la machine, et par suite celle des écrans, suivant que la température ambiante est plus ou moins élevée.
- Le résultat obtenu était très agréable pour les assistants. Bien souvent, nous a-t-on dit, des clients étonnés par le mouvement de ces écrans fonctionnant sans mécanisme apparent, la dynamo et l’arbre-manivelle étant enfermés dans un petit placard, ont demandé à se rendre compte de ce curieux phénomène. Nombre d’entre eux ne connaissaient pas, et n’avaient même jamais entendu parler de la transformation de l’électricité en force motrice; ils se trouvaient confondus, lorsqu’on leur expliquait la méthode employée, montrant ainsi qu’il reste beaucoup à faire aux vulgarisateurs de la science, pour répandre dans la masse du public les notions relatives aux principes et aux applications de la physique moderne. Gaston Tissandier.
- LES
- TREMBLEMENTS DE TERRE PARTIELS
- DANS I,E DÉPARTEMENT DU NORD 2i JUIN ET 5 AOUT 1885
- Parmi les phénomènes électro-sismiques j’ai signalé sous le nom de tremblements de terre partiels ou horizontaux, certaines agitations terrestres qui n’atteignent alternativement et isolément que quelques couches de la superficie du sol, phénomènes qui n’avaient pas encore été signalés dans les relations sismiques, bien qu’ils soient appelés à en modifier quelque peu les conséquences générales admises jusqu’à ce jour.
- Or, il s’est produit récemment dans le département du Nord, aux mines de houille de l’Escarpelle, près de Douai, un tremblement de terre qui semble s’être manifesté tout exprès pour venir confirmer la théorie ci-dessus. Ce phénomène sismique n’ayant pas eu, fort heureusement pour la contrée, de ces conséquences désastreuses qui frappent et attirent l’attention publique, allait, sans doute, comme tant d’autres faits de même genre, passer inaperçu et sans examen, lorsque le hasard me fit tomber sous les yeux une relation détaillée de l’événement. Je fus si vivement frappé de quelques-uns des détails très significatifs qu’elle renfermait, et qui me démontraient suffisamment son caractère superficiel, que je me décidai aussitôt à la soumettre à une espèce d’enquête.
- Voici d’abord le résumé de la relation que l’indépendant, de Douai, en a donné :
- Le 24 du mois de juin, à 4h, 20 m. du matin, les populations de Dorignies, de Fiers et du quartier neuf de Douai furent réveillées en sursaut par une détonation sourde, semblable à un violent coup de canon tiré dans le lointain, et qui fut suivie de très fortes secousses du sol ; ces secousses se propagèrent d’une manière sensible à 5 ou 4 kilomètres aux alentours de Dorignies et du puits n° 5 des mines de l’Escarpelle, placé, à ce qu’il paraît, vers le point initial de la détonation et des mouvements ondulatoires qu’elle a imprimés au sol.
- Les maisons, les hangars, furent fortement agités ; la vaisselle dansa dans les cuisines et se brisa en tombant ; les meubles sautèrent, les habitants furent secoués dans leurs lits; un mineur dormant dans un lit de fer à roulettes, fut tout à coup transporté d’un bout de la chambre à l’autre ; un boulanger, occupé à manipuler son pain, fut vivement précipité dans son pétrin par un brusque mouvement de va-et-vient; la plupart des pendules furent arrêtées, indiquant ainsi l’heüre précise des oscillations, etc., etc. Les habitants affolés se précipitèrent k demi vêtus sur la voie publique où, pendant que les enfants pleuraient, chacun se demandait ce qui allait arriver. Fort heureusement les secousses ne se reproduisirent pas, et les dégâts, purement matériels, se bornèrent au bris de quelques vitres, à la “chute des cheminées et de tuiles qui dégringolaient de tous les toits.
- Mais ce qui m’a surtout frappé, pour ne pas dire intéressé, dans cette relation, fut que les mineurs qui se préparaient k descendre, pour reprendre leurs travaux journaliers, effrayés de sentir le sol osciller sous leurs pieds, d’entendre craquer de toutes parts les bâtiments, croyant k une explosion de grisou, refusèrent de descendre dans les puits, et ne consentirent à reprendre leurs travaux qu’après que les porions ou chefs mineurs se furent assurés, par une inspection très minutieuse, qu’il ne s’était produit aucun accident dans les galeries. Ce qui me fit admettre de suite que là, comme aux mines d’argent de Marienbourg, en Saxe, et de Charnacilla, au Chili, la partie supérieure du terrain avait seule été agitée; tandis qu’aux mines de cuivre deFalun, en Suède, et dans celles d’argent du Mexique, ce sont, au contraire, les couches inférieures seules qui étaient agitées, pendant que les supérieures restaient parfaitement immobiles.
- Cependant, pour plus de sûreté, je me mis en relation avec M. Duthillœul, rédacteur en chef de Y Indépendant, auteur de la relation, et mon collègue, M. Brun, ingénieur-directeur des mines de l’Escarpelle. En réponse aux questions que je leur avais posées, j’obtins d’eux les indications les plus précises, qui confirmèrent ma conclusion première, conclusion basée seulement sur cette considération que si le sol des mines avait été agité comme celui de la surface, il se serait nécessairement produit dans les galeries quelques écrasements que les porions auraient dû constater, soit dans la houille, soit dans les roches encaissantes.
- Voici maintenant les principaux renseignements fournis par MM. Brun et Duthillœul : Les puits n0’ 3, 4 et 5 des mines de l’Escarpelle, situés sur Dorignies, avant d’atteindre le terrain houilter, ont eu à traverser 230 mètres de mort terrain (terrain crayeux), composé, à partir de la base de 130 mètres, de dièves ou argiles plastiques, en bancs très épais et très solides; ces dièves sont surmontées par la craie proprement dite, qui, elle-même, est couronnée par des sables verts solides ou boulants (mouvants). Le terrain liouiller n’a donc été rencontré dans ces fosses qu’à la profondeur de 230 mètres environ,
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- disons-nous, car les dénudations auxquelles il a été soumis avant son recouvrement, ont l’ait varier cette épaisseur suivant les points. La fosse n° 5 a 344 mètres de profondeur totale, et les six couches de houille, d’une épaisseur moyenne de 0m,65 qui y ont été rencontrées, s’exploitent seulement depuis le mois de mars 1879 par deux étages, lesquels ont été pratiqués à 278 et à 324 mètres de profondeur, à partir du jour.
- Quoique les mineurs à la houille ne travaillent que pendant le jour, l’intérieur des tx-avaux n’en est pas moins peuplé, en permanence, par les ouvriers chargés de l’entretien et des réparations, des travaux souterrains et par ceux qui sont occupés au percement des bouveaux ou galeries au rocher. Eh bien ! ces ouvriers mineurs, pendant que les secousses sismiques agitaient le sol, n’ont rien entendu dans les fonds, n’ont rien ressenti, et rien, absolument rien d!anonnal, ne s’est produit dans les travaux et les galeries des deux étages en exploitation. Donc le tremblement de terre de Dorignies-Flers-Douai a été tout à fait partiel, et n’a agité que la formation ou seulement partie de la formation crayeuse, laissant le terrain houiller parfaitement indemne, c’est-à-dire complètement immobile, fait curieux qu’il était important de constater.
- Le tremblement de terre superficiel des mines d’Es-carpelle et des environs de Douai, du 24 juin, vient d’avoir son contrecoup à la date du 5 août. La nouvelle secousse parait être partie du même point initial que la précédente, les abords du puits n° 5 de Dorignies. Voici, à ce sujet, la note que m’a adressée, sur ma demande, M. Brun, ingénieur-directeur des mines de l’Escarpelle :
- « La commotion terrestre, ressentie le 5 août à Dori-« gnies, vers une heure de relevée, c’est-à-dire au mo-«'inent où le travail souterrain d’extraction est le plus
- actif, n’a pas été perçue par le nombreux personnel « occupé dans les fosses 3, 4 et 5. Aucune perturbation, « coup d’air ou éboulement n’a révélé des mouvements « du sol, soit du terrain houiller, soit même de la partie « inférieure de la formation crétacée. Cette commotion a « été moins intense et plus localisée que la première ; « les effets de toutes deux n’ont d’ailleurs laissé aucune « trace à la surface du soL »
- L’action dynamique des secousses de Dorignies, ayant été toute superficielle, prouve qu’elles ont été tout à fait étrangères au terrain houiller, qu’elles n’ont eu aucun rapport avec les travaux de ses mines et surtout qu’elles ne doivent influer en rien sur les affaissements que les éboulements de l’intérieur des travaux pourraient, par la suite, déterminer à la surface du sol ; or, le foisonnement du terrain ne permet guère de supposer que ces affaissements se propagent jamais ici jusqu’à la surface, à travers un recouvrement crétacé de 250 mètres de hauteur. Virlet d’Aoust.
- LES ORGANISMES PROBLÉMATIQUES
- DES ANCIENNES MERS
- J’essayerai d’offrir aux lecteurs de La Nature un court exposé de la controverse soulevée à l’occasion de certains corps fossiles auxquels le terme de problématiques a été justement appliqué, puisque leur nature même et leur origine ont été l’objet de suppositions très diverses et très opposées. Les lits, on strates, accumulés au fond des anciennes mers, principalement ceux des mers tout à fait primitives,
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- tels que tes grès siluriens, présentent, surtout à leur plan de jonction, et le plus souvent appliquées contre le côté inférieur de l’assise, des traces en relief dont le moule en creux., se répète, à la superficie de l’assise sous-jacente. En considérant, ces empreintes, on reconnaît qu’elles ne montrent presque toujours qu’une face, l’inférieure, ou tout au plus, avec cette lace, l'épaisseur ou saillie latérale des fossiles controversés. Ces fossiles sont d’ailleurs très variables d’aspect et de conformation extérieure ; ils se croisent et se superposent, comme si, à l’état de vie, ils eussent été disposés les uns sur les autres, et qu’une pesée générale les eut comprimés. Leur face conservée est tantôt lisse ou unie ; mais tantôt aussi cette face est couverte de stries, de çostules, d’anneaux diversement configurés; ils ressemblent souvent à des cordons allongés et demi-cylindriques, mais on observe, en ce qui concerne les plus nombreux de ces corps, une structure apparente, des plus caractéristiques, et ils se trouvent alors constitués par une accolade de deux bandes séparées par un sillon médian longitudinal, d’où .partent, pour aller atteindre les bords, des stries obliquement sinueuses, qui donnent lieu à un réseau plus ou moins complexe. C’est alors ce qu’on.nomme des Bilobites, ainsi désignées par suite de la particularité que je viens de décrire. Ces fossiles, et d’autres qui se rattachent, à ce qu’il semble, à la même catégorie, et sur lesquels je vais bientôt revenir, ,ne laissent voir, comme il a été dit plus haut, et sauf les exceptions (d’autant plus précieuses qu’elles donnent la clef du problème), qu’une seule de leurs faces ou côtés, l’autre se trouvant incorporé à. la roche encaissante, absolument comme s’il s’agissait d’une sculpture en bas-relief, d’où la dénomination de « fossilisation en demi-relief », que j'ai.appliquée- au procédé auquel est due la conservation de ces curieux vestiges. . ,
- Parmi les fossiles en « demi-relief », tous ne sont pas en forme de cordons ni de bandes idéfiniment allongés, sans terminaison visible et naturelle à Tune des extrémités ; d’autres, également en demi-relief, et ne montrant qu’une face, à l’exemple des premiers, sont cependant « limités », c’est-à-dire pourvus d’un contour périphérique ; mais de ces derniers, les uns sont ramifiés, c’est-à-dire subdivisés une ou plusieurs fois en segments secondaires, plus minces que le corps principal, et eux-mêmes terminés au sommet: tels sont les Arthropliycm, Codites, Pky-matoderma, et les innombrables formes de Chon-drites ; tandis que d’autres, étalés et discoïdes, offrent un contour ovale, sinueux-orbiculaire ou diversement replié; le thalle de ces derniers est le plus ordinairement cerné par un bourrelet marginal, dont la netteté ne donne prise à aucun doute. Ce sont particulièrement les « Alectoruridées »iou Taonurus, autrement dit les algues « scopariennes » dont la surface est occupée par un réseau très fin, provenant du « plexus » d’une multitude de linéaments coslulés, anastomosés entre eux. Ces eostules
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- rayonnent d’un point d’attache ou sont émises le long d’un bourrelet marginal ; elles s’étalent en arcs successifs qui se replient les uns sur les autres et se recouvrent mutuellement,
- • C’est à tout cet ensemble si varié de corps fossiles marins et à d’autres encore que je néglige forcément, que l’on a cru pouvoir appliquer une théorie, fort ingénieuse du reste, dont un savant de Suède, le docteur A. Nathorst, a été sinon l’inventeur, du moins le propagateur le plus actif et le plus convaincu. Puisque les corps ou traces fossiles en question, se sont dit divers géologues, bien que moulés en relief, ne montrent qu’une de leurs faces et que cette face est constamment l’inférieure, puisque les plaques de grès recueillies reproduisent en sens inverse l’aspect d’un ancien fond de mer, recouvert à un moment donné par un lit de nouveaux sédiments, n’est-ce pas une preuve qu’au lieu d’organismes véritables, comme on l’a cru jusqu’à présent, nous n’aurions en réalité sous les yeux que des pistes d’animaux marcheurs ou nageurs, sillonnant le sol sous-marin, ou bien encore des traces de l’action des vagues, du remous des flots promenant certains objets et donnant lieu à des vestiges d’abord creux, moulés ensuite en relief par suite du dépôt d’une nouvelle assise.
- Sous l’empire de cette idée, à la fois nouvelle et susceptible de nombreuses applications, il s’agissait de faire voir tout d’abord ce que les animaux marins, en mouvement, ou même des insectes traversant la vase molle, momentanément mise à découvert, peuvent produire en fait de sillons susceptibles detre ensuite moulées en relief. De pareils effets sont d’autant plus visibles que l’on met en contact deux lits de substances plus disparates, telles que du sable fin sur de l’argile ou du limon ; c’est à de semblables recherches que s’est appliqué, non sans succès, le génie sagace de M. Nathorst, que rien ne détourne ni ne distrait du but qu’il se propose, la surdité dont il est atteint servant au contraire d’élan à ses recherches et doublant, pour ainsi dire, chez lui, l’acuité des autres sens et la pénétration de son esprit.
- M. A. Nathorst a consigné dans un mémoire suédois, traduit plus tard en français, le résultat de ses observations et de ses expériences personnelles. Non seulement il a étudié les traces qu’impriment sur les fonds de mer une foule d’animaux inférieurs, mais il s’est encore attaché à les faire manœuvrer sous ses yeux, en reproduisant aussitôt en relief leurs vestiges, au moyen du gypse rapidement consolidé. Enfin, en livrant des objets inertes à l’impulsion de l’eau am-
- biante, il a obtenu des rayures longitudinales et parallèles qui présentent l’aspect des Eophyton fossiles et une fois moulés en relief ont comme ceux-ci l'apparence de baguettes ou de rubans finement striés. Il faut ajouter cependant, pour être exact, que les Eophylon paraissent le plus souvent divisés en fragments épars projetés les uns sur les autres dans le plus grand désordre, et qu’ils se mêlent et s’entrelacent sans se confondre sur les plaques de grès du silurien inférieur de Lügnas, en Scanie.
- En faisant agir des pattes, des palpes, des antennes, en faisant mouvoir des appendices variés, des lames branchiales, desTentacules promenés ou appliqués sur la vase, M. Nathorst a obtenu des marques de progression indéfiniment répétées et très diverses, dues à des vers, à des annélides, à des crustacés, à des arthropodes, enfin à des mollusques. C’est ainsi qu’au moyen de crustacés (genres Crangon et Co-rophium) le savant suédois est parvenu à reproduire des traces serrées, et serpentineuses, pareilles à de minces cordelettes tressées , comparables aux Crossochorda de Schim-per, aux Gyrochorda de Heer et, en général, à la section ou tribu des Clior-dophycées. Les limules et Idothëa qui sont aussi des crustacés, ont fourni au même savant des vestiges de nature à rappeler de loin les Bilobites. Les Goniada, Amphiura, Glycera, Nichia, etc., genres de Néréides, lui ont procuré des traces qui reproduisent l’apparence de certains Chondriles (fig. d).
- 11 résulte avec évidence de ces études curieuses qu’en décrivant, à titre d’algues, des empreintes rudimentaires ou confuses, en donnant le nom de Chon-drites, de Fucoïdes, de Cylindrites, à une foule de traces dont l’attribution au règne végétal était admise, pour ainsi dire de confiance, beaucoup d’auteurs guidés surtout par le désir de ne rien omettre ont du faire fausse route et prendre pour des algues de simples vestiges de progression ou des trous de vers exécutant divers mouvements sur la vase et au fond de l’eau. Mais, bien qu’en théorie M. Nathorst n’ait jamais prétendu généraliser sa thèse en l’appliquant à l’ensemble des formes tenues jusqu’à lui pour des algues; en fait, ses recherches expérimentales ont eu ce résultat de dépasser presque immédiatement le but raisonnable que le savant suédois s’était proposé. De même qu’avant lui on était porté à voir partout des algues, de même on a été enclin, en adhérant à ses idées, à ne plus signaler que des pistes ou des traces purement mécaniques. Il aurait pourtant suffi, dans l’immense majorité des cas, de rapprocher simplement les empreintes nettes de con-
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- tour, délicatement ciselées ou régulièrement ramifiées dues aux anciennes algues, des traces confuses incomplètes ou grossières, figurées par M. Nathorst, pour être en mesure d’attester à quel point la ressemblance des deux catégories était superficielle et peu concluante. Au lieu d’une reproduction directe, c’est en réalité une imitation éloignée des types d’algues présumés que M. Nathorst a obtenue et encore au prix de quelle complication de moyens d’actions et de données expérimentales! — C’était l'a assurément un premier motif de défiance; mais en précisant davantage, on voit se multiplier les fins de non-recevoir à invoquer légitimement.
- Pour obtenir l’aspect d’un thalle ramifié, analogue à celui des Chon-dritées, M. Nathorst a décrit les manœuvres d’un ver allongeant l’extrémité mobile de son corps et s’avançant hors de son trou en répétant plusieurs fois le même acte, et laissant sur la vase une série d’empreintes alternatives ; mais, si l’on interroge les exemplaires de Chondri-tes, en choisissant les plus complets, on découvre une plante véritable, aux divisions étalées formant un ensemble élégant et harmonieux, dont les derniers segments affectent une terminaison caractéristique, toujours la même dans chaque espèce examinée. Aucun des mouvements ni des impressions exécutés par des vers ne sauraient aboutir à de pareils résultats.
- Les Taonurus ou algues scopariennes, lorsque, au lieu d’être frustes, leurs empreintes sont à fleur de coin, surtout lorsque ces plantes, ce qui arrive quelquefois, ont donné lieu 'a un moule creux susceptible d’une reproduction en relief, présentent à la surface un réseau d’une finesse et d’une complexité admirables (fig. 2). Est-il possible de reconnaître dans ces fossiles l’effet d’un mouvement giratoire de l’eau, tourbillonnant sur l’argile ou le sable sous-marin?
- Le Laminarites Lagrangei (fig. 3) est formé de larges bandelettes espacées régulièrement et nettement limitées, qui se réunissent de distance en distance de manière à constituer des mailles étroites et longues, dont l’ouverture mesure une étendue longitudinale qui varie depuis un demi-mètre jusqu’à 2 mètres.
- Le ruissellement des eaux sur une plage inclinée peut-il expliquer à lui seul de semblables effets, uniformément répétés, sans discontinuité et avec une parfaite symétrie, surtout lorsque l’on constate la présence de deux ensembles de bandelettes immédiatement superposés et dirigés en sens inverse l’un de l’autre?
- Il serait facile de multiplier ces remarques ; mais il est temps d’examiner la portée réelle du principal argument que l’on a fait valoir, en déniant aux organismes problématiques la possibilité d’avoir appartenu au règne végétal : c’est de ne présenter jamais qu’une seule face, un seul côté, et d’être incorporés par l’autre à la roche encaissante. On conçoit effectivement que des vestiges postérieurement moulés par le dépôt d’une nouvelle assise offriraient forcément cette disposition. Mais, d’autre part, il suffit que cette disposition, au lieu d’être constante et universelle, disparaisse dans certains cas et que les fossiles en question aient été accidentellement moulés en plein relief, c’est-à-dire qu’ils présentent les deux côtés, pour que l’argument cesse de pouvoir être légitimement invoqué. Il suffit également qu’il soit prouvé que le procédé de fossilisation en demi-relief n’a rien par lui-même d’incompatible avec le règne végétal et que des plantes incontestées ont dû leur conservation à ce même procédé, pour que l’objection tombe aussitôt d’elle-même. En un mot, les organismes problématiques à l’égard desquels des exemples de fossilisation en plein relief seraient allégués, ne
- Fig. 2. — Aleetoruridées. Taonurus Saportai, Dew.
- Fig. 5. — Laminariées. Laminarites Lagrangei, Sap. et Mar. (Très réduit.)
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- sauraient être, par cela même, considérés comme des pistes, et les autres, sans être nécessairement des végétaux, se trouveraient susceptibles d’être rapportés à la classe des végétaux, si d’ailleurs l’examen de leurs autres caractères ne contrarie pas cette attribution.
- 11 existe effectivement des Taonurus complètement moulés soit par remplissage de la cavité résultant de la dissolution de l'ancien organe, soit par la conversion de celui-ci en une masse de silice amorphe, ayant conservé intacte sa conformation. La découverte d’exemplaires de Taonurus ainsi préservés et montrant leur structure, est due en Espagne à M. Vilanova y Piera, et, en Belgique, à M. I)e-walque qui en a recueilli de très beaux échantillons dans la craie du nord de la France l. La question se trouve donc résolue en ce qui touche le type précédent; maife il en restait plusieurs autres et, parmi eux, en première ligne, les Bilobites et les Yexillées dont il était indispensable de fixer les caractères et de déterminer les affinités. Ce sont eux que j’ai principalement ën vue dans le mémoire sur les Organismes ])roblématiques.
- — A suivre. — Marquis de Saporta.
- .. . . ; - —; *
- *• . - • b.
- LES CHIENS RAISONNENT-ILS?
- Je me suis posé cette question en lisant dernièrement qu’un chien s’était présenté à l’hôpital de Charing-Cross, afin de faire panser sa patte qu’une voiture venait de lui écraser.
- Les personnes qui considèrent que les plus hautes qualités de raisonnement sont le partage exclusif de l’homme, vont sans doute me répondre négativement à leur grande satisfaction, mais un peu de réflexion les conduirait peut-être à une autre conclusion. Personnellement je répondrai immédiatement en me prononçant presque pour l'affirmative, car si les chiens ne possèdent pas la faculté de raisonner, ils ont au moins le don d’associer des idées afin d’arriver aux mêmes conclusions. Cette action sera attribuée à l’instinct par bien des gens ; je ne suis pas de cet avis : les faits suivants, pris au hasard entre mille faits de même nature, prouveront, je l’espère, la vérité de mon assertion.
- I. — U y a quelques années, j’étais avec un de mes élèves dans un bureau de tramways, lorsqu’un grand retriever épagneul noir vint derrière moi, frotta son nez sur ma main, me regarda avec des yeux intelligents en remuant la queue et enfin mit sa patte dans ma main. Regardant alors le chien : « Qu’y a-t-il pour ton service, mon vieux camarade? » Mon élève se retournant alors me dit tout à coup : « Ne reconnaissez-vous pas ce chien, Monsieur ? c’est le même qui eut la patte si affreusement écrasée il y a quelque temps, vous lui avez ôté deux ongles broyés et vous l’avez pansé vous-même. » Un examen rapide me prouva la vérité du fait, et lorsque je lui eus caressé la tête, le beau chien s’en alla en montrant les plus grands signes de joie, vers son maître M. S..., qui se tenait un peu plus loin et nous regardait avec étonnement.
- II. — Il y a deux ans, je soignais pendant l’été un énorme masteff dogue qui souffrait d’un rhumatisme à
- l’épaule gauche. Il va sans dire que l’articulation était excessivement douloureuse ; mais dès ma seconde visite le chien plaçait de lui-même le membre douloureux sur un objet quelconque, un tonneau vide, par exemple, afin que je pusse l’examiner. L’hiver suivant, les rhumatismes recommencèrent et lorsque je visitais mon malade je crus qu’il recommençait à me montrer l’épaule dont il souffrait, comme il l’avait fait la première fois ; comme j’avais un énorme pardessus, il ne me reconnut pas tout d’abord et me fit un accueil peu amical ; j’eus l’idée de me dévêtir et aussitôt il me reconnut, me fit mille caresses et finalement reprit de lui-même la position qu’il affectionnait autrefois, afin que je l’examinasse.
- III. — J’ai également eu un terrier croisé qui souffrait d’une cruelle maladie à la surface du ventre, j’appliquais sur la partie malade du nitrate d’argent et, pour ce faire, je mettais le chien sur le dos les quatre pattes en l’air. Après deux ou trois séances le chien se mettait de lui-même sur le dos dès qu’il me voyait arriver, le nitrate à la main, et cependant l’application était fort douloureuse.
- IV. — Un chien appartenant à M. II..., souffrait d’un rhumatisme dans une patte. Pour le soulager j’ordonnais chaque soir l’application d’un liniment. Après le premier pansement le chien, trouvant le rerhède efficace, se couchait sur le côté afin de se faire soigner; or un soir on s’aperçut que la fiole de liniment était épuisée, le chien voyant qu’on ne s’occupait pas de lui, témoigna si clairement son désir que son maître finit par prendre la fiole vide et frotta la patte de l’animal comme il avait l’habitude de le faire. Cela satisfit le chien qui s’endormit très content.
- V. — Pendant plusieurs années j’ai possédé un énorme terre-neuve qui répondait au nom du Friend (ami)-, voici un de ses actes. J’habitais le collège et, comme les portes donnaient sur des bâtiments de servitude, j’avais pris l’habitude d’examiner chaque soir si elles étaient bien fermées. Pendant que j’accomplissais la fonction que je m’étais imposée, le chien me suivait gravement ; puis, lorsque la grande porte fut fermée, je caressais la tête du chien qui me regardait avec intelligence comme pour me dire qu’il gardait la maison et se couchait sur le paillasson d’entrée. Je m’absentai une fois. Quelle ne fut pas l'étonnement des professeurs qui virent, à l’heure du coucher, le chien marcher gravement de porte en porte comme pour en examiner la fermeture, puis aller dans chaque chambre examiner soigneusement les meubles, se traîner sous les lits, puis aller se coucher. Chaque fois que j’étais absent il ne négligea jamais cette précaution.
- VI. — Je fus obligé l’année dernière de me défaire d’un chien croisé terre-neuve et Saint-Bernard parce qu’il avait contracté de mauvaises habitudes. Le chien aimait à se promener, on l’a vu à Aberdour, Burntisland, North Berwick et dans beaucoup d'autres endroits. Aberdour était sa résidence favorite ; en été, il s’y rendait par le steamer de Leith ; lorsqu’il le manquait il prenait la route de Granton, puis le steamer de Burntisland où il débarquait et ensuite coupait à travers bois, arrivait à Aberdour, jouait avec les enfants sur la plage, et revenait ensuite à la maison de Leith. Ce chien s’étant constitué de lui-même gardien du baquet d’ordures et il ne permettait à personne de s’en approcher avant l’arrivée des voitures qui enlèvent les immondices, sauf pourtant une vieille femme qui avait l’habitude de lui donner un os. Un matin, il vit la femme de chambre qu’il aimait particulièrement sortir un panier à la main pour faire une commission. Le chien sembla un moment hésiter entre le
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- plaisir d’une promenade avec son amie et l’accomplissement du devoir qu’il s’était imposé. Il résolut la difficulté, et s’emparant du panier il le déposa dans le corridor derrière la porte. La femme de chambre reprit son panier sans que le chien s’en aperçut, mais à peine avait-elle tourné le coin de la rue qu’il s’élança sur elle et lui reprit à son tour le panier, mais cette fois il n’alla plus le cacher derrière la porte, et le mit délibérément à côté de lui sur le baquet d’ordures jusqu’au moment où passa la voiture ; alors il regarda son amie et remua la queue comme pour lui dire : « Maintenant tu peux aller », et il l’accompagna avec force gambades, heureux d’avoir si bien concilié ses devoirs et son plaisir.
- De tels faits prouvent à mon avis que les chiens ont, pour les guider, une faculté plus haute que leur seul instinct et je ne vois aucun bon motif pour dénier à cet animal cette attribution dont l’homme est si fier : la raison'. X...
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité théorique et pratique des machines dynamoélectriques, par Silvanüs P. Thompson, traduit de l’anglais par E. Boistkl. 1 vol gr. in-8°, avec figures. — Paris, Baudry et Cie. Prix : 16 francs.
- Sur l’origine du monde. Théories cosmogoniques des anciens et des modernes, par H. Faye, de l’Institut; seconde édition revue et augmentée. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Dictionnaire de botanique, par M. II. B.uli.on. Dix-huitième fascicule, in-4°. — Paris, Hachette et C‘\
- Notice sur les lois du frottement, par G.-A. Hirn. 1 broch. in-4°. —- Paris, Gauthier-Yillars.
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- L’illuminazione elettrica : Th. du Moncel. Traduzione italiana. 1 vol. in-18 illustré. — Torino, Unione tip. éditrice, 1885.
- L’EXTRACTION DU PÉTROLE
- AUX ÉTATS-UNIS
- Les habitudes de la vie moderne prolongent la journée au delà du coucher du soleil. L’éclairage au gaz est venu à point pour transformer les villes; mais, en dehors des grandes agglomérations, la bougie ou la vieille lampe à huile végétale ne suffisaient plus; le prix en était trop élevé pour l’homme qui, son travail fini, ne voulait plus se mettre au lit avant d’avoir réglé ses comptes, lu son journal, répondu aux lettres de sa famille ou de ses amis. La découverte des huiles minérales est donc arrivée à temps, il y a vingt-cinq ans environ. Toutefois il n’est pas exact de dire qu’elles furent alors découvertes; on les connaissait, disent les érudits, depuis bien des siècles. Hérodote et Pline en ont parlé. Les Perses en alimentaient le feu perpétuel qu’ils entretenaient dans leurs temples. L’usage en était très
- * D’après le Lire Stock Journal et Le Poussin.
- restreint. Ce fut seulement en 1859 qu'un Américain fora un puits à pétrole dans le bassin de l’Ohio. Puis les gisements de la Pensylvanie furent découverts et eurent un succès prodigieux. En 1862, il en sortit trois millions de barils; en 1874, la production s’élevait à dix millions de barils; en 1880, à vingt millions. La consommation du pétrole, d’abord limitée à l’Amérique du Nord, s’est étendue dans l’univers entier.
- En même temps qu’elle se développait, l’industrie du pétrole s’est perfectionnée. Le produit brut, tel qu’il jaillit des puits forés, est mélangé d’huiles trop inflammables ou trop odorantes dont on le débarrasse par une sorte de distillation. On inventa des lampes qui ménagent le combustible et rendent la flamme plus claire. Cependant ce que cette industrie présente encore de plus curieux, c’est le mode d’extraction. On y trouve l’exemple, unique dans l’histoire des découvertes, d’une exploitation qui
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- Butler,
- Fig. 1. — Carte des régions du pétrole aux États-Unis.
- emploie des milliers d’hommes, dépense et produit des millions de dollars, et qui semble condamnée à rester indéfiniment la plus aléatoire des entreprises.
- Il y a des gisements de pétrole un peu partout, en Autriche, en Russie, en Birmanie, même en France; mais les seuls gisements qui produisent en grande quantité sont situés dans une contrée montagneuse, couverte de forêts, à cheval sur les États de Pensylvanie et de New-York aux États-Unis. La carte ci-dessus montre la situation des principaux centres d’exploitation.
- A l’intérieur de cette contrée que l’expérience a démontré être si riche en pétrole, la précieuse essence ne se montre pas partout et elle n’est pas non plus partout à la même profondeur. 11 est admis maintenant que le pétrole gît en dépôts clair-semés à une profondeur variable, mélangé à un sable fin et soumis à une certaine pression par les couches supérieures du terrain. Dès qu’un trou de sonde atteint le sable, le pétrole jaillit à la surface ; le jet est plus ou moins abondant, plus ou moins durable, suivant
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- l’étendue du dépôt, suivant la pression et le nombre plus ou moins grand de puits qui le pénètrent. En général, la profondeur à laquelle la sonde doit descendre varie entre 200 et 600 mètres. En se plaçant au fond d’une vallée, on a moins à creuser; mais l’avantage est peu considérable, car quelques mètres de plus ou de moins ne sont pas une grosse dépense, et l’important est de forer un puits dans le voisinage d’un autre qui a réussi.
- L’outillage du foreur est simple et peu coûteux.
- Un hangar grossièrement bâti recouvre l’atelier; une longue tige de fer à pointe d’acier, qu’une machine a vapeur soulève et laisse retomber à brefs intervalles, perce le sol peu à peu.
- La corde qui soutient cette tige s’enroule sur des poulies ; de temps en temps, la tige est remplacée par un cylindre creux qui enlève les détritus amoncelés au fond du trou.
- Deux ou trois ouvriers suffisent à la besogne. Lorsque les premiers cent mètres sont percés, un tubage devient nécessaire pour contenir les terrains meubles. En somme, le forage d’un puits est l’œuvre de quelques semaines et une dépense de trois à quatre mille dollars. Toutefois des accidents retardent quelquefois le travail, par exemple, lorsque la corde se rompt et que la tige en fer reste au fond du trou. 11 faut alors chercher à la reprendre avec des tenailles, et cela peut être long.
- Aussitôt le gisement atteint, le pétrole jaillit, d’abord mélangé d’air, puis ensuite à flot continu (flg. 2). Il ne reste qu’à diriger le jet dans les cuves disposées pour le recevoir. Au bout de quelque temps, l’écoulement diminue *, on ajuste alors un corps de pompe sur
- le puits, et l’on pompe aussi longtemps que le re n dement suffit à payer la dépense; ensuite, le puits est abandonné. Quelquefois, on a lieu de croire que l’écoulement s’arrête parce que le tube est obstrué. Dans ce cas, on y descend une cartouche de dynamite que l’on fait éclater en laissant tomber dessus un bloc de fer. L’explosion fait disparaître l’obstacle, et la veine huileuse ‘recommence à couler pendant
- quelque temps. Un appelle cela torpiller un puits. Une Compagnie a eu le talent de se faire breveter pour cet emploi de la dynamite, et ce n’est pas la moins fructueuse des entreprises que l’on rencontre dans la région du pétrole.
- On a vu des puits produire 4000 barils dans les premières vingt-quatre heures ; c’est alors une fortune. Mais ces heureuses rencontres ne se présentent que sur un terrain neuf. Les hommes prudents ne creusent un puits qu’auprès de . ceux qui produisent déjà ; encore ne sont-ils pas certains de réussir, car ils peuvent s’être placés en dehors du dépôt souterrain. Les aventuriers vont à la découverte. Ayec un flair naturel — que l’expérience dément plus d’une fois — ils établissent leur atelier au milieu d’une forêt, à l’endroit que l’instinct leur indique. Ils s’assurent au préalable la propriété du terrain environnant. Puis, une fois le travail commencé, ils veillent nuit et jour pour empêcher les rivaux de découvrir où ils en sont. Il est en effet d’une importance capitale de n’avoir pas de concurrents pendant les premières journées d’écoulement qui sont toujours les plus productives. S’ils réussissent, le secret n’est pas longtemps gardé. Us re-
- Fig. 2. — Puits de pétrole jaillissant.
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- vendent alors par petits lots le terrain dont ils ont acquis la propriété. On raconte que, s’ils ne rencontrent pas la veine liquide, ils achètent quelques barils de pétrole, les répandent bien en évidence sur leur baraque et qu’ils trouvent quelquefois des niais qui achètent de confiance ce puits en apparence productif. C’est l’équivalent de ce qui se fait dans les districts miniers du Far-Wesf ou les gens sans scrupules cèdent pour argent comptant les fouilles qu’ils ont creusées inutilement, après y avoir semé des pépites ou du minerai; ils appellent cela « saler une mine ».
- On estime à 200001e nombre des puits en activité dans les Etats de New-York et de Pensylvanie.
- Quant aux puits qui n’ont pas réussi ou qui se sont épuisés, personne n’a osé en faire la statistique. Tout nouveau gisement découvert fait surgir une ou plusieurs villes avec leurs magasins, leurs hôtels, un théâtre, des journaux, une municipalité, des corps de police et de sapeurs-pompiers. On n’y voit la première année que des constructions en bois; mais, si les puits ne sont pas éphémères, les maisons en briques viennent à la suite et le luxe ou tout au moins le confortable ne tardent pas à y apparaître. Ces villes improvisées ne sauraient cependant Être comparées à celles que la fièvre de l’or ou de l’argent crée dans le Far-West. La région du pétrole est au milieu d’Etats déjà civilisés ; les aventuriers, les vagabonds, les gens sans aveu, qui accourent là comme partout où il y a chance de faire fortune sur une entreprise aléatoire, sont contenus par une population sédentaire plus calme. Bien que l’on ne
- soit pas en danger d’être assassiné derrière les buissons, comme dans les placers, les lieux ne sont pas attrayants. Tout y est noir, sale, enduit de l’huile qui fait la fortune des habitants. Quelques villes, favorisées par la situation, se présentent sous un aspect plus favorable; ce sont celles qui sont devenues des entrepôts et des centres de convergence des xoics ferrées. Ainsi Oil City, au confluent d’Oil
- Creek et de la rivière Alleghany; on y compte 10 000 habitants, et c’est le principal marché du pétrole. Ainsi Brad-fort qui, de fondation plus récente, rivalise déjà avec la précédente, Titusville, Warren, Bolivar.
- Notre carte ( fig. 1 ) montre que la région est sillonnée de chemins de fer, et cependant ce n’est pas par voie ferrée que le pétrole est transporté. Les raffineries qui épurent l’huile brute avant qu’elle soit livrée a u consommateur, sont à Cleveland, à Buffalo, à Pilts-burg, dans Long Island auprès de New-York. C’est là que les possesseurs de puits doivent envoyer le ur marchandise , ou dans les ports de mer, car le pétrole brut est quelquefois expédié en Europe. Une compagnie a créé tout un réseau de tuyaux souterrains qui partent des raffineries et des ports de mer et qui aboutissent à de grands réservoirs dans la région du pétrole. Pour donner une idée de l’importance de ce réseau souterrain, il suffit de dire que la baie de New-York est à 500 kilomètres de la Pensylvanie. Des relais de machines à vapeur, convenablement espacés, refoulent l’huile de station en station sur le parcours des tuyaux. Des embranchements de plus petit diamètre relient les réservoirs aux
- Fig. 3. — Canonnade d’un réservoir à pétrole incendié.
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- cuves placées à l’orifice des puits. Cette organisation n’est pas seulement avantageuse au point de vue des frais de transport ; elle simplifie, de plus, le commerce du pétrole. Toutes les cuves en communication avec le réseau sont jaugées d’avance. Lorsque le possesseur d’un puits veut livrer sa marchandise, il prévient l’employé de la compagnie. Celui-ci arrive sur place, il mesure la hauteur du liquide dans la cuve, puis il ouvre le robinet d’écoulemeht ; après l’avoir refermé, il mesure la hauteur de ce qui reste, et télégraphie ces deux mesures au siège de la compagnie qui calcule la quantité extraite et en délivre un bon au possesseur. Si le puits appartient à plusieurs personnes, chacune d’elles reçoit un bon pour la part qui lui revient.
- Ces bons se négocient sur le marché. Le dernier endosseur, qui prend livraison, soit dans une raffinerie, soit dans un port, sait qu’il a à payer vingt cents (le cent vaut environ cinq centimes) par baril pour le transport et cinquante cents par jour et par mille barils pour le magasinage. La compagnie de transport est, on le voit, l’entrepositaire des quantités d’huile non vendues; elle est de plus une banque de dépôt ; elle fait des avances aux porteurs de bons. Elle est, en outre, compagnie d’assurances ; il n’est pas rare qu’un réservoir soit frappé de la foudre et brûle avec tout son contenu. La compagnie partage alors la perte avec tous ses clients.
- La foudre est le grand ennemi des réservoirs à pétrole ; la compagnie en a perdu huit de cette façon en 1880. 11 ne semble pas qu’elle ait suffisamment cherché à les protéger au moyen de paratonnerres. Le principal danger, lorsqu'un tel accident survient, est que le feu gagne les réservoirs voisins. Aussi est-il d’usage de faire venir un canon par train spé? cial. Les boulets crèvent le réservoir à la base, et l’huile se répand sur le sol (fig. 3). Tout en est perdu, mais les autres sont préservés.
- Si l’extraction du pétrole est une industrie chanceuse, ce n’est pas seulement parce que le succès d’un nouveau puits est toujours douteux et parce que le rendement de ceux qui réussissent n’est que de courte durée, c’est aussi parce que le prix marchand de cette huile éprouve d’un mois à l’autre d’incroyables soubresauts. Au cours de 90 cents à un dollar le baril, le commerce va bien; mais s’il se produit une baisse considérable, les détenteurs des immenses approvisionnements que contiennent les réservoirs peuvent être ruinés du jour au lendemain. C’est ce que l’on vit en 1882. Quelques aventuriers s’étaient avisés de forer un puits au sud-ouest de Clarendon, dans un endroit presque désert, appelé Cherry Grove, que personne n’avait exploré, bien que ce fût au centre de la région du pétrole. Le succès en fut prodigieux; aucun forage n’avait encore atteint une veine si abondante. En peu de jours, les cours s’affaissèrent à 49 cents dans toutes les bourses des Etats de. New-York et de Philadelphie. Immédiatement la forêt de Cherry Grove se remplit d’ouvriers et de machines; les hangars s’y élevèrent de tous
- côtés. Le sol, qui valait à peine 4 dollars l’arpent, se vendit de 500 à 1000 dollars. Deux villes furent fondées; l’une appelée Gariîehl, en l’honneur du président martyr, et l’autre Farnsworth du nom du propriétaire de la ferme la plus voisine. Le premier jet d’huile était du 17 mai; au 1er octobre, il y avait 321 puits en activité. En quatre mois de temps, on avait dépensé pour plus d’un million de dollars en travaux sur une surface de 3 kilomètres carrés.
- Tout le monde croyait s’enrichir; ce fut un rêve vite évanoui. Avant la fin de l’année, la plupart des puits étaient abandonnés parce qu’ils ne donnaient presque plus rien. Mais le pétrole était remonté à son ancien prix, et les chercheurs d’aventures s’étaient transportés avec leurs outils dans d’autres endroits présumés plus profitables. Un échec ne les décourage pas. Ils se disent que le monde ne peut plus se passer de pétrole, et que la Providence a certainement mis ailleurs en réserve des gisements qu’ils auront peut-être le bonheur de découvrir.
- IL Blerzy.
- L’EAU OXYGÉNÉE
- Les applications de l’eau oxygénée dans l’industrie du blanchiment tendent à se répandre de plus en plus ; il nous parait donc intéressant de publier le résultat de nouvelles recherches qui ont été entreprises au sujet des propriétés, de la préparation et du dosage de ce composé, dont l’importance s’accroît sans cesse.
- Dans une communication présentée à la Société chimique de Paris, M. Hanriot, qui a entrepris ces recherches, commence par rappeler que les propriétés indiquées par Thénard pour l’eau oxygénée concentrée ne s’appliquent plus à l’eau oxygénée étendue qui est infiniment plus stable.
- Lorsqu’on chauffe dans un appareil distillatoire de l’eau oxygénée étendue, une faible partie distille avec l’eau, tandis que la majeure partie se concentre dans la cornue; et la décomposition est nulle tant que la concentration ne dépasse pas 12 volumes, c’est-k-dire que l’on reproduit l’eau primitive en mélangeant le résidu au liquide distillé.
- La décomposition commence vers 12 volumes; elle est encore très faible, mais augmente rapidement avec la concentration, ainsi que le montrent les nombres suivants :
- 100 grammes d’eau oxygénée a 15 volumes évaporés au bain-marie dans une capsule de verre ont fourni 20 grammes d’eau à 58 volumes et 9 grammes d’eau à 72 volumes. On aurait dû obtenir 25 grammes dans le premier cas, 20 grammes dans le deuxième, s’il ne s’était pas produit des pertes pendant la concentration.
- II. arrive rapidement un moment où l’eau oxygénée se décompose tumultueusement, et redescend à un titre notablement inférieur. Il ne faut donc pas pousser trop loin ce mode de concentration.
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- La décomposition dépendant principalement de l’élévation de la température, on arrive à une limite beaucoup plus élevée, en faisant la distillation dans le vide. La décomposition est alors sensiblement nulle jusqu’à concentration de 200 volumes environ si l’eau oxygénée est parfaitement pure. On peut s’en assurer en interrompant pendant la distillation la communication avec la trompe : le manomètre ne baisse pas sensiblement. Du reste, les soubresauts qui se produisent pendant la distillation sont la meilleure preuve de l’absence de tout dégagement gazeux.
- On a pu obtenir ainsi de l’eau oxygénée à 267 volumes; mais on ne peut habituellement dépasser 200 volumes; et, quand on atteint la limite de décomposition, celle-ci continue même si l’on refroidit à 0°, ou que l’on étende d’eau la liqueur.
- En même temps que l’eau oxygénée se concentre dans la cornue, il en distille une petite quantité qui s’accroît rapidement avec la concentration. Ainsi, par distillation de l’eau à 45 volumes, l’eau distillée marque 0Yol,5; à 110, 10; à 150, 18, le tout sous une pression de 2 à 3 centimètres de mercure.
- La distillation offre donc un moyen de préparer de l’eau oxygénée parfaitement pure, et voici le procédé qui a donné les meilleurs résultats :
- L’eau oxygénée du commerce (10 à 12 volumes environ), préparée par l’action de l’acide fluorhydrique sur le bioxyde de baryum, renferme souvent de petites 'quantités de fer. On la sature par l’eau de baryte jusqu’à réaction alcaline, on fdtre et on précipite l’excès de baryte par l’acide sulfurique. Le liquide est alors introduit dans un ballon surmonté d’un déflegmateur pour perdre moins d’eau oxygénée à la distillation, et distillé dans le vide jusqu'à ce que le liquide du ballon marque 50 volumes environ. On retire alors le déflegmateur, et on continue la distillation dans le vide, de façon à recueillir environ la moitié du liquide. On ajoute alors de l’eau au résidu et on continue la distillation.
- L’eau oxygénée que l’on recueille ainsi marque 6 à 8 volumes environ. Elle est à son tour concentrée par distillation dans le vide avec un déflegmateur : 12 kilogrammes d’eau et 17 volumes ont fourni ainsi 570 grammes d’eau à 180 volumes.
- Lorsque l’on soumet à l’action d’un mélange réfrigérant une eau oxygénée peu concentrée, elle gèle très facilement, et les cristaux sont formés de glace contenant une certaine quantité d’eau oxygénée interposée. Lorsque l’on laisse fondre ces cristaux, l’eau oxygénée s’en va avec les premières parties qui fondent.
- On obtiendrait une séparation beaucoup plus nette de l’eau et de l’eau oxygénée, en essorant les cristaux. A défaut d’essoreuse, le lavage méthodique des cristaux avec des eaux moins concentrées provenant d'opérations antérieures, a donné de bons résultats.
- On peut ainsi, par congélations successives, concentrer fortement l’eau oxygénée; mais, lorsqu’on
- est arrivé aux environs de 70 volumes, elle ne se prend plus dans un mélange de glace et de sel. Sous l’influence du froid intense produit par le chlorure de méthyle, la liqueur se prend en une sorte de gelée formée de petits cristaux imprégnés de liquide, et, en les mettant égoutter, on obtient une eau oxygénée plus concentrée (on a obtenu ainsi jusqu’à 137 volumes). Quant aux cristaux, ils fondent à une température de — 15° qui a paru constante quelle que fût la concentration de l’eau oxygénée qui s’écoule. C’est probablement un hydrate d’eau oxygénée; cependant l’eau qui provient de leur fusion n’a pas une composition constante, à cause de la difficulté de séparer l’eau mère interposée.
- Lorsque l’on fait geler de l’eau oxygénée étendue dans un mélange de glace et de sel, et que l’on laisse fondre les cristaux, les premières eaux qui s’écoulent sont plus concentrées que l’eau que l’on a décantée. Ce fait singulier viendrait encore à l’appui de la formation d’un hydrate défini, d’autant, plus qu’il ne se produit plus avec des eaux oxygénées dépassant 70 volumes.
- L’eau oxygénée présente une odeur qui se rapproche de celle de l’acide azotique. Cette odeur est très faible à froid, facilement perceptible quand on l’évapore à 100°.
- Elle est acide au papier de tournesol. M. Ilanriot a constaté que cette acidité n’était pas due à de petites quantités d’acide entraînées à la distillation. L’eau oxygénée à 20 volumes est additionnée d’eau de baryte, puis distillée. Le liquide qui passe est nettement acide, tandis que celui qui reste dans le ballon est alcalin. Ceci permet de concevoir pourquoi Thénard recommandait d’ajouter un excès d’acide sulfurique pour donner de la stabilité à l’eau oxygénée. C’est que l’eau, neutre au papier, renferme en réalité un excès d’alcali qui la décompose rapidement.
- — A suivre. —
- L’ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Protection des zincs de pile en circuit ouvert. — Le dispositif que j’emploie pour protéger les zincs contre l’attaque des liqueurs acides en circuit ouvert, est analogue à celui de l’appareil connu sous le nom de briquet à hydrogène. 11 consiste en une cloche étanche recouvrant le zinc de pile qu’il s’agit de soustraire à l’action du dissolvant. Le bord inférieur de la cloche doit désaffleurer un peu l’électrode protégée. Dans ces conditions, l’hydrogène dégagé par l’attaque locale du zinc monte dans la cloche et en chasse le liquide, mettant ainsi le zinc presque entièrement à sec.
- Dès qu’on ferme le circuit, l’hydrogène emprisonné se trouve en partie absorbé, comme il l’est dans la pile à gaz de Grove, et le liquide peut venir en contact avec l’électrode sur une surface plus étendue.
- 1 gramme de zinc localement dissous précipite 340 centimètres cubes d’hydrogène; en d’autres termes, 1 volume de zinc dégage 2450 volumes de
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- gaz. On ne subit donc qu’une très petite dépense de métal et de dissolvant pour mettre le zinc à l’abri.
- Les formes qu’on peut donner à la cloche protectrice sont assez variées.
- La figure 1 montre un zinc Z placé dans une cloche de verre tubulée AA; le bouchon J qui ferme la tubulure fait joint sur le fil conducteur F dont le zinc est pourvu.
- S’il s’agit d’un zinc étroit, la cloche peut se réduire à un simple tube de verre (fîg. 2), ou de caoutchouc (fig. 3), qui le désaffleure quelque peu à la partie inférieure; la petite saillie du tube retient l’hydrogène protecteur.
- Je pourrais montrer d’autres formes de zincs à cloche ; mais les exemples cités suffisent à la démonstration du principe.
- Il est évident que la protection par cloche est applicable à toute électrode négative faite en un métal autre que le zinc, et attaquable par le liquide avec dégagement d’hydrogène : tels sont les négatifs en fer ou en fonte, en sodium, etc.
- Il faut remarquer que les zincs à cloche ne travaillent guère que par leur face inférieure.
- Pour tirer le meilleur parti possible d’un négatif ainsi agencé, il faut disposer le positif de telle manière que sa surface soit en regard de la face zinc accessible au liquide.
- S’il s’agit d’un couple à faible débit, l’agencement est facile : on suspend le zinc à la partie supérieure de l’élément. La résistance est un peu plus grande qu’avec un zinc vertical, mais beaucoup moindre qu’avec un vase poreux.
- Comme exemple de cette disposition, je citerai le petit accumulateur télégraphique au zinc (fig. 4.)
- Il se compose d’un positif en plomb peroxydé et d’un zinc amalgamé protégé par une cloche de verre ; les deux électrodes sont suspendues à un couvercle de bois posé sur le récipient. Le liquide est de l’eau acidulée sulfurique.
- Les réactions de la pile sont, d’une part, la production d’un équivalent de sulfate de zinc qui se dissout; d’autre part, la formation d’un équivalent de sulfate de plomb insoluble, avec combustion de un équivalent d’hydrogène.
- L’électrode positive peut être régénérée par élec-
- trolyse ; quant à la négative, il est plus simple de la remplacer lorsqu’elle est dissoute.
- La force électromotrice de cette pile est 2Tolts,36, plus grande que celle de tout autre couple à un seul liquide. La résistance est 0,4 ohm environ. La capacité électrochimique totale est 54 000 coulombs. Grâce à sa force électromotrice élevée et constante, un seul accumulateur télégraphique remplace aisément deux ou trois couples Leclanché du même format.
- En circuit ouvert, l’appareil perd quelque peu de sa charge, du côté de l’électrode positive, par l’action très lente du couple local plomb-peroxyde de plomb, qui tend à former deux équivalents de sulfate de plomb. Sur l’électrode négative, on n’a d’autre consommation de zinc que celle correspondant à la faible quantité d’hydrogène qui s’échappe de la cloche par le joint supérieur.
- On pourrait réaliser une fermeture presque absolue; mais alors il pourrait arriver que le zinc fût séparé complètement du liquide, d’où impossibilité de fermer le circuit. Un volume d’hydrogène emprisonné entre une cloche parfaitement étanche et un joint hydraulique mobile, constituerait un véritable appareil thermométrique et barométrique. Une élévation de la température ou un abaissement de la pression atmosphérique produirait une dilatation du gaz captif, et par suite un abaissement du joint liquide et l’isolement du zinc.
- Grâce à l’imperfection du joint supérieur, le zinc reste toujours, à circuit ouvert, immergé de la faible quantité nécessaire pour entretenir le débit de la fuite. Le poids de zinc ainsi dissous est d’environ ier,5 par mois : perte acceptable dans un appareil où la simplicité de construction est de première importance.
- Appliqués aux piles primaires à gros débit, les zincs à cloche remplaceraient avantageusement les dispositifs à treuil et à bascule. Dans les accumulateurs au zinc, ils supprimeraient la dissolution du négatif à circuit ouvert. Ces applications des zincs protégés aux couples voltaïques énergiques présentent certaines difficultés dont la solution pst encore a l’étude. Emile Reynier.
- Fig. 1 à 4. — Nouvelle disposition de pile de M. E. Reynier.
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- LA NATURE.
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- UTILISATION DE LA CHALEUR SOLAIRE
- pour l’élévation des eaux
- La présente notice est relative a l’application combinée de deux forces naturelles gratuites à l’élévation des eaux :
- 1° La chaleur atmosphérique.
- 2° Le froid, relatif, possédé par l’eau puisée.
- Le dessin ci-dessous montre les dispositions générales de l’appareil réalisant ces principes. Cet appareil est établi à Auteuil, où il fonctionne, quoique notre climat soit peu favorable à ce genre d’application.
- F est un poulailler, surmonté d’un toit E exposé au midi.
- Le toit E est formé par dix plaques métalliques qui se voient sous les chiffres d, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9; 10.
- Ces plaques sont formées par l’assemblage de deux feuilles de tôle rivées sur toute leur périphérie, et maintenues écartées de quelques millimètres par des entretoises. Chaque plaque constitue ainsi un récipient étanche dans lequel on peut enfermer^ un liquide volatil.
- Ce liquide peut être de diverses natures. Je préfère employer l’ammoniaque en solution, attendu qu’on peut graduer comme on le veut la richesse
- Appareil de M. Tellier pour l’élévation des eaux par la chaleur solaire.
- de cette solution, et, par conséquent, l’énergie de sa tension.
- Sous l’influence de la chaleur atmosphérique, ladite solution émet des vapeurs. Ces vapeurs s’échappent par chacun des tubes, qui surmonte chaque plaque. Tous se réunissent en un collecteur qui aboutit au récipient N. Comme du liquide pourrait être entraîné par les gaz, un tube Q ramène à la base des plaques le liquide qui aurait été ainsi apporté en N.
- Par un autre tube, les vapeurs s’échappent du récipient N. Ces vapeurs ont une pression de 1, 2 ou 3 atmosphères suivant le travail qu’on veut produire. Elles sont conduites, à l’aide d’un tuyau, dans une sphère creuse, qui est placée dans le puits, d’où doit sortir l’eau. Cette sphère contient
- un diaphragme en caoutchouc, lequel peut s’appliquer tantôt sur un hémisphère intérieur de la sphère et tantôt sur l’autre.
- Admettons, pour l’instant, que la sphère soit pleine d’eau, le diaphragme en caoutchouc, signalé, sera par suite appuyé sur l’hémisphère supérieur. Si, à cet instant, la pression du gaz ammoniac arrive sur le diaphragme, elle va le presser, le repousser de manière à venir l’appliquer sur l’hémisphère inférieur. Mais, pour ce faire, le diaphragme va être obligé de chasser l’eau qui remplit la sphère.
- C est ce qui a lieu effectivement, aussi voit-on au-dessus de la bâche R et près de la -lettre G l’eau jaillir en jet.
- Mais quand la sphère va être vide d’eau, il va
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- LA NATURE.
- falloir, pour que l’opération se renouvelle, faire disparaître le gaz ammoniac amené.
- Ceci a lieu à l'aide de l’artific# suivant. Au centre du diaphragme, qui agit dans la sphère, est inséré un llotteur, portant une tige, actionnant un tiroir. Une des ouvertures de ce tiroir coïncide avec l’introduction du gaz, l’autre avec son échappement.
- Quand le diaphragme est appliqué sur l’hémisphère supérieur, l’introduction est ouverte, par conséquent l’eau est chassée; quand, au contraire, il arrive vers l’hémisphère inférieur, l’introduction se ferme, l’échappement, s’ouvre, la sphère se remplit à nouveau d’eau, et ainsi de suite.
- Si le gaz ammoniac ne coûtait rien, l’opération serait là terminée, mais il est coûteux, il faut donc faire servir ce corps indéfiniment. C’est ici que l’action refroidissante de l’eau va nous servir. Pour l’utiliser, nous la faisons passer dans un serpentin, renfermé dans un vase étanche, contenant une partie de la solution ammoniacale employée. Sous l’influence de la froide température de l’eau, passant dans le serpentin, la solution se refroidit, elle redevient ainsi avide d’ammoniaque. Dès lors, aussitôt que l’échappement s’ouvre, le gaz ammoniac conduit en elle par un tube plongeur est absorbé, dès lors encore la pression qui s’exercait dans la sphère est annihilée, Peau a donc pu rentrer dans la sphère.
- Une dernière précaution est prise, c’est de jonc-tionner au flotteur une petite pompe qui permette de restituer dans le toit E la solution ammoniacale. Celle-ci, en effet, s’enrichirait indéfiniment et ne serait plus absorbante, si elle n’était renouvelée; à cet effet, l’écoulement vers l’absorbeur est réglé par un flotteur placé dans le vase séparateur N.
- La pompe indiquée peut être remplacée, si l’on veut simplifier l’appareil, par une opération faite manuellement à la fin du jour et qui dure à peine quelques minutes.
- L’appareil, tel qu’il est monté à Auteuil, calculé pour donner seulement 500 litres, en élève 1200 à l’heure. Dans les pays chauds, le même dispositif élèverait 3000 litres puisés à une profondeur de 20 mètres.
- Ce rendement de l’appareil est basé sur les considérations suivantes :
- Une feuille métallique laisse passer- 11 calories par heure et par mètre carré, pour une différence de 1 degré. Chaque feuille employée ayant 4 mètres carrés de développement, absorbe par heure 44 calories. Si nous utilisons seulement 6 degrés d’écart, c’est 264 calories prises par heure à l’atmosphère, qui sont ainsi employées, et c’est alors que, combinant cette quantité de chaleur avec l’action frigorifique de l’eau, il devient facile, par les différences de tension produites, d’obtenir une force gratuite employable à l’élévation des eaux.
- Cet appareil diffère des nombreux spécimens qui, à diverses époques, ont tenté d’utiliser la chaleur solaire à l’aide du miroir d’Archimède. Ici l’action du soleil n’arrive plus que secondairement, il n’y a pas
- à la concentrer par des miroirs métalliques ou autres, c’est la chaleur atmosphérique qui est la base de l’opération et, pour la mettre à profit, tous les toits exposés au midi peuvent être employés. La puissance motrice, sans perte de terrain, peut donc être obtenue dans tous les pays chauds.
- Il devient facile de comprendre que, pour ces pays, il y a là un puissant moyen d’action. Ce moyen pourra être d’autant plus économique dans l’avenir, qu’en construisant les maisons on pourra établir les toits en conséquence. Cette condition n’est toutefois pas nécessaire, car, dès à présent et sur tous les toits existants, on peut établir à volonté les feuilles génératrices de force dont nous venons de signaler la présence dans la figure ci-contre, et si l’on réfléchit qu’avec dix feuilles seulement on peut tirer d’une profondeur de 20 mètres 5000 litres d’eau à l’heure, on voit de suite à quelle puissance élévatoire on peut arriver en multipliant les feuilles. Ch. Tellier.
- ‘ NÉCROLOGIE
- Ii. Brault. — Nous avons le regret d’annoncer à nos lecteurs la mort d’un officier des plus distingués de notre marine, météorologiste d’un très grand mérite. M. Brault, capitaine de frégate, attaché au dépôt des cartes et plans du ministère de la marine, est décédé à Argenteuil, jeudi 27 août, à la suite d’une longue et cruelle maladie de foie qu’il avait contractée aux colonies.
- Les cartes météorologiques de M. Brault, qui avaient mis le sceau à sa réputation de savant et lui avaient valu à l’Exposition de 1878 une médaille d’or, peuvent être considérées comme des modèles de perfection; elles ont nécessité un travail considérable et constituent un véritable monument météorologique.
- C’est en récompense de ces cartes, que le Congrès géographique de Rome a décerné à M. Brault une médaille d’or grand module. Le commandant Brault était un des collaborateurs de La Nature, et il a résumé pour nos lecteurs, à plusieurs reprises, les résultats de ses importants travaux1.
- CHRONIQUE
- L’aérostat dirigeable de Chalais-Meudon. —
- Depuis la fin de l’année 1884, M. le capitaine Renard, directeur de l’établissement militaire de Cbalais-Meudon, n’a pas cessé de s’occuper de l’aérostat dirigeable électrique qu’il a construit et expérimenté en collaboration avec M. le capitaine Krebs, actuellement réintégré dans le corps des sapeurs-pompiers. M. le capitaine Renard a exécuté le mardi 25 août, avec le concours de son frère, une remarquable expériencè dans l’aérostat dirigeable qui est pourvu d’une nouvelle batterie électrique et qui a été modifié dans quelques-unes de ses parties. Le gouvernail a été amélioré, et le navire aérien a été pourvu d’un système de contrepoids, qui lui permet de l’incliner la pointe-avant, vers la terre, ou vers le ciel, selon qu’il s’agit de descendre ou de monter. L’ascension a eu lieu
- 1 Yoy. Table des matières des dix premières années.
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- LA NAT U MS.
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- vers quatre heures, le veut était assez vif, mais l’aérostat dirigeable sous le jeu tle sou hélice n’en a pas moins résisté au courant aérien; il a pu accomplir avec plein succès de nombreuses manœuvres de direction. L’atterrissage a eu lieu au point fixé a l’avance, dans l’enclos de la ferme de Villacoublay près du l’etit-liicètre. Les officiers de Chalais-Meudon se préparent à exécuter une expérience plus complète, qui sera effectuée très prochainement si le temps est favorable.
- Les Salins d’Hyères. — On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de cette localité, où sont arrivés, des mers de Chiné, le corps de l’amiral Courbet et son équipage. La plupart des journaux ont pris llyères pour les îles d’Hyères ; il nous paraît utile de rétablir l’exactitude géographique. Par le port des Salins, il faut entendre un abri que la marine a fait construire pour les seules embarcations, car les bâtiments du plus petit tonnage ne peuvent y entrer. Ils sont obligés, comme les plus petits navires de guerre, de mouiller à quelque distance de la côte ferme. Du reste, la rade des îles d’Hyères est peu fréquentée par le commerce; quelques navires viennent y changer du sel, produit des salines importantes qui bordent le littoral entre la bourgade des Salins et la presqu’île de Giens, laquelle ferme la rade dans la direction de l’ouest. La rade des îles d’Hyères est la plus belle de la côte de Provence ; située à une vingtaine de kilomètres de Toulon, elle est un des champs de manœuvre de nos bâtiments de guerre, qui y trouvent toutes commodités pour leurs évolutions et leurs exercices. Elle est également le centre de stationnements de l’école de canonnage et de l’école des torpilles, et c’est là que les navires de l’escadre viennent régulièrement effectuer leurs tirs. Rien ne les gène : quelques barques seules circulent en rade. Périodiquement, les bâtiments de l’Ecole des canonniers y effectuent des exercices à feu, tantôt au mouillage, tirant sur la falaise de Giens, tantôt sous vapeur, tirant sur des buts mouillés devant lesquels défilent les navires. Le Japon, qui est affecté à l’instruction des torpilleurs, y effectue aussi de nombreux tirs avec les torpilles White-head. Le mouillage est excellent : sauf avec les gros coups de l’est, les communications avec la terre sont toujours faciles ; la côte est peu habitée ; tout en cultures, très salubre, le paysage est charmant, et l’aspect général de cette belle nappe d’eau, enserrée dans cette riche nature toujours ensoleillée, est admirable. La ville d’Hyères domine le mouillage à distance, avec ses vieilles ruines romaines qui servent de point de repère aux navigateurs. Elle est reliée aux Salins par un petit embranchement de quelques kilomètres qui réunit ainsi la rade au réseau général. C’est au petit port des Salins d’Hyères que le corps de l’amiral Courbet a débarqué.
- Forage & la vapeur. — M. Teklenburg a fait breveter en Allemagne un appareil pour le forage à la vapeur d’eau. Cet appareil se compose d’un tuyau d’un diamètre bien plus petit que celui du trou à forer, qui est supporté par une espèce de trépied fixé à l’extrémité inférieure du tuyau et reposant sur le fond du trou foré. La vapeur arrive par l’intérieur du tuyau et se trouve projetée violemment contre le fond du trou. Les parcelles de terre sont lancées vers le haut et viennent tomber dans des bagues évasées, fixées au tuyau au-dessus du trépied. Le trépied qui descend avec le tuyau au fur et à mesure que la terre est projetée vers le haut.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 août 1883. — Présidence deM. Bouley.
- Médecine. — M. Marey a été chargé par l’Académie de médecine de dépouiller les questionnaires adressés aux médecins habitant les localités envahies par l’épidémie cholérique de l’an passé. Le nombre de renseignements ainsi mis en œuvre est énorme ; M. Marey a entrepris de les résumer dans un unique tableau graphique afin d’en dégager plus commodément et plus sûrement les traits principaux. Il a inscrit les noms des diverses localités contaminées dans une même colonne verticale, puis il a ménagé une série de colonnes verticales réservées à chacune des questions posées. Les réponses relatives à chaque localité ont été portées sur la ligne correspondante, au moyen d’une lettre. Un très petit nombre de caractères a suffi pour représenter toutes les réponses ; l’emploi de lettres colorées a permis de différencier les phénomènes d’une observation plus générale. M. Marey, récapitulant ensuite les lettres le plus souvent employées, a déduit les conclusions suivantes :
- La maladie est constamment importée par des transfuges de localités contaminées.
- Lorsque l’importation n’est pas apparente, l’éclosion de l’épidémie a toujours été précédée par l’envahissement d’une localité sise en amont d’un cours d’eau commun.
- Lorsque l’épidémie est entrée dans la période de décroissance, les orages sont toujours suivis, dans un espace de quarante-huit heures, d’une recrudescence de la maladie. Cette recrudescence est due à l’infection des sources et des puits par les eaux de pluie qui ont lavé le sol où sont déposées des déjections de cholériques. Les phénomènes électriques sont étrangers à l’aggravation de l’épidémie, car les fortes pluies amènent les mêmes résultats. Les villes font exception à cette règle, parce que la captation plus complète des matières fécales empêche l’effet nuisible du lavage du sol par les eaux de pluie. C’est aussi cette raison qui rend, en temps d’épidémie, le séjour des villes moins dangereux que celui des campagnes. L’incurie, le manque d’hygiène dans les villages y provoque inévitablement la souillure des eaux. Rien plus, la proportion du nombre des décès au nombre des malades est plus forte dans les campagnes que dans les villes. Enfin, cette proportion est bien plus élevée au début de l’épidémie que vers son déclin.
- La contagion du choléra, c’est-à-dire la transmission directe d’homme à homme, paraît nulle. Lorsque plusieurs membres d’une même famille ont été atteints, ils ont contracté la maladie de la même manière, par le fait d’habitudes communes, mais il n’y a pas eu de contagion.
- Les individus qui ont déjà résisté a une atteinte de choléra ne paraissent pourvus d’aucune immunité à l’égard de cette maladie. En effet, on a pu constater neuf cas de récidives bien nettes ; or ce nombre comparé au nombre d’habitants ayant déjà contracté le choléra donne exactement le rapport du nombre total de malades au nombre total d’habitants. La mise en évidence de la non-immunité par accoutumance est une contribution considérable à l’étude de la maladie au moment où l’on s’occupe de vaccinations cholériques à l’aide du virus atténué par des cultures.
- Viticulture. — M. Andrade Corvo a constaté que la destruction des vignes atteintes par le phylloxéra était non point le résultat de l’attaque directe de l’insecte,
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- LA NATURE
- mais la conséquence d’une maladie infectieuse due à un microbe particulier. Ce microbe est transmis à la vigne par le phylloxéra qui joue le rôle de véhicule. Il a été possible de recueillir ce microbe et de transmettre la maladie à la vigne sans l’intermédiaire de l’insecte.
- Astronomie. — M. Faye répond à des objections soulevées par M. Tachini contre l’origine cyclonique des taches solaires. M. Tachini a dit, en effet, que le groupe de taches fort remarquables visible pendant tout le mois de juin dernier ne présentait pas du tout l’aspect tourbillonnaire, c’est-à-dire la forme spiraloïde des nuages de la pénombre. M. Faye répond que la pénombre est l’enveloppe du tourbillon; le tourbillon échappe à nos regards. M. Faye a déjà décrit et interprété les apparences observées par M. Tachini.
- Fana. — S. M. le roi de Suède institue un prix de 2500 francs accompagné d’une médaille d’or de grand module, destiné à être décerné le 21 janvier 1889. Le mémoire devra traiter une question d’analyse supérieure fixée dès maintenant. M. Hermite est au nombre des trois juges qui décerneront le prix. — M. Zenger essaye d’établir une relation entre les perturbations magnétiques, les aurores boréales et les phénomènes de l’activité solaire.
- Stanislas Meunier.
- UN MANÈGE A Y0ILE
- Notre gravure représente un appareil curieux et récréatif qui est construit a Saint-Malo, au bord de
- Le manège à voile de M. Raymond Moulton, à Sainl-Malo.
- la mer, par M. Raymond Moulton. C’est un manège à voile qui est destiné à préparer la jeunesse au yachting et à la manœuvre des voiles. Une poutre de bois horizontale tourne sur un axe porté par un support central. A chaque extrémité de la poutre horizontale, est fixé un mât portant les voiles de propulsion, disposées comme celles d’un bateau. Ce sont des voiles latines qui sont orientées convenablement et tendues au moyen de deux traverses perpendiculaires à la traverse. Le vent les gonfle et lait tourner le système.
- Au-dessous des voiles est fixé un petit siège, sur lequel on peut faire asseoir un enfant de chaque côté. Quand il y a une différence de poids entre les deux voyageurs, on établit l’équilibre à l’aide d’un contre-poids que l’on voit à droite de notre gravure.
- Ce contre-poids peut facilement se mouvoir sur la traverse horizontale, comme cela se pratique pour les balances.
- Nous empruntons la description de cet ingénieux appareil construit en France au Scientific American de New-York. Nous ferons observer, à ce sujet, que c’est à La Nature que le Scientific American a jadis emprunté le premier dessin qui ait été publié du photophone de M. Graham Bell. N’est-ce pas le cas de répéter ici au sujet de ces inventeurs qui trouvent la publicité de l’autre côté de l’Atlantique : « Nul n’est prophète dans son pays. »
- Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. T iss an dieu. Imprimerie A. Luhure, 9, rue de Flcurus, à Paris.
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- N° 041.
- 12 SEPTEMBRE 1885.
- LA NATURE,
- LE DÉFRICHEMENT EN AUSTRALIE
- MACHINE A COUPER LES ROIS
- Les progrès de l'agriculture en Australie sont considérables, et charpie jour les colons étendent le domaine des terrains déjà immenses, à la surface desquels ils se livrent à leurs travaux de culture. Mais en Australie comme en Amérique la main-d’œuvre est rare, et c’est a la machine qu’il faut confier le travail agricole. Parmi les travaux préparatoires de l’agriculture sur un sol vierge, rien n’est plus long et plus pénible que de défricher un sol
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- couvert de broussailles et d’arbustes, quand il faut opérer à la main. Un ingénieur mécanicien de la Nouvelle-Zélande, M. William Mc Laughlin, vient de construire une machine à défricher qui rend de grands services en Australie, et dans les régions qu’il habite. Il nous a paru intéressant de la faire connaître, et nous en représentons l’aspect d’après la gravure qui en a été publiée récemment par le Scientific American.
- La machine consiste en une charpente légère que deux chevaux peuvent facilement mettre en mouvement ; pendant la marche de la machine, les roues font tourner un axe, qui transmet le mouve-
- Maehine_à couper les bois employée en Australie et à la Nouvelle-Zélande.
- ment, par l’intermédiaire de roues d’engrenage, à un couperet circulaire dont le bord est taillé en biseau. Ce couperet agit directement sur la tige des arbustes et des broussailles qu’il abat avec une rapidité prodigieuse. Quand il s’agit de bois dur, la machine à défricher peut couper des tiges de 7 centimètres de diamètre ; quand il s’agit de bois tendre, elle arrive à couper des petits troncs d’arbuste de J 0 centimètres de diamètre.
- La machine à couper les bois est relativement très légère, et la seule partie du système qui soit susceptible de se détériorer est le couperet circulaire ; mais l’outillage est disposé de telle sorte qu’il est très facile de remplacer le couperet détérioré par un autre. L’opérateur doit avoir une certaine pro-43° année.— 2e semestre.
- vision de lames circulaires qu’il monte successivement dans la machine au fur et à mesure des besoins.
- Il n’est pas nécessaire que le sol soit uni pour que l’appareil fonctionne convenablement, il opère dans de très bonnes conditions sur un terrain accidenté; le couperet d’ailleurs peut être placé dans diverses positions; il agit même verticalement quand cela est nécessaire pour couper des branches.
- La machine de M. Mc Laughlin est très usitée déjà à la Nouvelle-Zélande et en Australie, où elle est actuellement employée par un grand nombre de colons. Elle complète heureusement la série des curieuses machines de l’outillage agricole.
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- LA NATURE.
- ALGUES DES EAUX DE LA BOURBOULE
- En dehors des sels, auxquels elles doivent leurs propriétés particulières, les eaux minérales contiennent presque toutes en plus ou moins grande quantité des principes organiques. Le dosage en est assez simple, mais on n’a pu les isoler de façon à en donner la composition exacte : aussi les avis sont-ils fort partagés sur la valeur qu’ils peuvent avoir au point de vue de l’action thérapeutique de l’eau.
- A côté de cette matière organique, il existe dans certaines sources, les eaux sulfureuses principalement, une très riche variété de végétaux confer-voïcles. Les eaux sulfureuses des Pyrénées en renferment des quantités et ce sont ces plantes qui constitueraient, d’après les auteurs qui se sont occupés de cette question, la glairine et la barégine, d’où leur surnom de sulfuraires.
- Il ne s’agirait pas d’un fait fortuit ; leur rôle est en effet très important et ce serait à leur action, à leur puissance fermentescible, qu’on devrait rattachei; la transformation des sulfates en sulfures. MM. Plachud, jÈtard, ont tout au moins îpu réaliser expérimentalement cette transformation chimique.
- 1 M. le Dr Danjoy, qui exerce, depuis de longues années a la station de la Bourboule, cherchait depuis longtemps si ces sulfuraires, trouvés en abondance dans les eaux de Barèges, n’existaient pas dans les sources de l’Auvergne. Il avait bien remarqué, aux points de jonction des tuyaux, les fuites d’eau donner naissance à de .petites masses incolores, gélatineuses, à ce que l’on désigne sous le nom de glairine, mais il n’avait jamais rencontré des con-ferves. Le hasard se chargea de lui fournir les éléments de son travail. Un défaut de raccord dans une prise d’eau laissa filtrer sur le rocher un filet peu considérable, mais constant, pendant tout un été. Sous l’action de l’air, de la chaleur, de la lumière, les conferves se développèrent et à plusieurs reprises M. Danjoy put en recueillir des quantités sufiisantes {tour les examiner au point de vue chimique et botanique. Ce sont bien des conferves pro-
- pres à l’eau de la Bourboule, car les eaux de pluie ou de ruisseaux ne donnaient rien de semblable et la végétation cryptogamique ne s’était produite que sur les points arrosés par l’eau minérale.
- C’est l’étude de ces végétations cryptogamiques que M. Danjoy vient d’établir. Quelle variété d’algues appartient à telle ou telle source? Quels rapprochements peut-on établir entre telles et telles eaux, d’après la matière organisée qui s’v développe? Ce sont tout autant de questions qui ont une certaine importance au point de vue de la classification des eaux et qu’une détermination botanique permettra de résoudre. On a déjà réuni les matériaux de ce travail pour les eaux des Pyrénées et M. Danjoy fournit les données pour le centre de la France.
- Les variétés de ces végétaux confervoïdes sont fort nombreuses. Les algues comprennent : la spirulina oscillarioides (fig. 1), la nodularia harveyna (fig. 2 ab,c, d) l’oscillaria limosa (fig. 5) l’oscillaria tenuis (fig. 4) l’oscilaria antliaria (fig. 5). On trouve sous la forme de fortes agglomérations membraneuses d’un vert foncé, l’hypheo-tlirix œruginea (fig. 6 a, b). Parmi ces algues, on rencontre les diatomées suivantes : gomphonema angustatum (fig. 8), na-vicula viridis (fig. 0), navicula su b capitata (fig. 10) navicula semi-nulum (fig. 11), navicula atomus (fig. 12), navicula Jjorealis (fig. 13), navicula crassinervia (fig. 14),tryblionella acu-minata (fig. 15), etc.
- L’analyse chimique fournit des résultats intéressants: on trouve en effet dans ces dépôts de matière organisée, une quantité considérable d’arsenic, près de 90 centigrammes d’arsenic métallique pour 100 grammes de matière sèche, ce qui représente près de lsr,37 d’acide arsénique. Or si l'on compare ces chiffres a ceux de l’analyse de l’eau, on voit que la proportion d’arsenic est plus élevée que ne pourrait le faire supposer la dose d’eau interposée. C’est peut-être cette fixation des principes actifs qui avait donné l’idée d’employer les conferves en pâtes ou pilules ; maison risquerait d’ingurgiter l’arsenic à un peu trop hautes doses et il sera plus simple de prendre l’eaii dont la minéralisation est fixe, bien établie. A. C.
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- Fig-. 1 à 21.— Végétations microscopiques des eaux de la Bourboule.
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- LA NATURE.
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- LA YIE AU FOND DES MERS
- (Suite. — Voy. p. 55 et 132.)
- Les Crustacés macroures, tribu dont les Crevettes, les Homards, les Ecrevisses font partie, sont abondants à toutes les profondeurs. Seulement, dans les abysses, leurs formes sont différentes de celles vivant sur nos côtes. Je mentionnerai comme exemple de la midtiplicité de ces animaux par de grands fonds, un coup de drague donné à bord du Talisman dans le voisinage des îles du Cap-Yert. La sonde avait accusé une profondeur de 500 mètres. Le grand chalut fut mis à la mer et traîné pendant vingt minutes environ, et lorsqu’il fut remonté, nous vîmes son intérieur rempli de poissons et de belles crevettes rouges appartenant au genre auquel les zoologistes ont donné le nom de Pan-dale. Nous eûmes la curiosité de compter ces animaux, et nous trouvâmes 978 Pandales et 1031 poissons.
- Parmi les crustacés macroures les plus remarquables, je citerai les Aristés. Ces animaux, dont la couleur est d’un rouge éclatant, vivent sur les fonds vaseux, entre 700 et 3655 mètres de profondeur.
- Les zoologistes connaissaient, avant les explorations sous-marines,, un groupe de crustacés, celui des Schizopodes, comprenant de tout petits animaux ayant des pattes-mâchoires et des pattes thoraciques semblablement constituées et divisées en deux branches portant dans certains cas des ' branchies libres; Les dragages du Challenger et du Talisman ont fait découvrir que la nature, en revêtant de ces formes certains crustacés, n’avait pas seulement fait des nains, mais quelle avait aussi créé des géants, auxquels elle avait donné pour demeure le fond de l’Atlantique,
- Ces remarquables animaux, appelés des Gnatho-phausia, ont été dragués pour la première fois à une centaine de milles à l’ouest de Madère, par 1700 à 1800 mètres. La Gnathophausia gigas a été retrouvée depuis à 400 milles de Madère, par un fond de 3850 mètres. Une seconde espèce de Gnathophausia, la Gnatophausia zoea, est remarquable par sa forme et son immense extension géographique. Le rostre est allongé et denté en forme de scie. Le bord postérieur de la carapace se prolonge sous la forme d’une longue lame également munie de dents. Que dans une lutte, l’animal avance ou recule, il est toujours assuré de causer à ses ennemis de cruelles blessures. La Gnathophausia zoea vit dans l'Atlantique et le Pacifique.
- Des pièces insérées sur les côtés de la bouche (les pattes-mâchoires) et servant aux crustacés à broyer leur nourriture, présentent chez les Gnathophausia une organisation extraordinaire. Au bout de chaque deuxième paire de maxillaires, il y a un œil. 11 faut donc que les ténèbres des abîmes soient bien profondes pour que la nature ait pris le soin, afin de
- permettre de choisir une nourriture convenable, de placer un œil sur chaque mâchoire.
- Les crustacés inférieurs du groupe des Isopodes, ainsi nommés parce que chez ces animaux les pattes ont généralement entre elles une grande ressemblance de forme et de longueur, descendent à d’assez grandes profondeurs. Certains de leurs genres sont répandus sur de vastes espaces. Ainsi le genre Sero-lis s’étend â l’est du détroit de Magellan jusqu’aux îles Auckland, et au nord jusque sur les côtes de Californie.
- Certaines espèces descendent dans de très grands fonds. Le Serolis linearia vit par 2004 brasses. Le Serolis bromleyana, pêché d’abord dans l’océan Indien, près de la banquise, par 1975, a été recueilli plus tard par 1100 brasses, sur les côtes de la Nouvelle-Zélande.
- Un second groupe de crustacés inférieurs, celui des Amphipodes, paraît, contrairement à ce que nous avons vu pour les Isopodes, être très peu représenté dans les grands fonds où certaines formes, comme celle des Caprelles, font absolument défaut. Les Amphipodes profonds dragués par le Challenger se rapporteraient, d’après ce que nous en a fait connaître M. Stebhing, à des espèces nouvelles assez localisées, tandis que les espèces de peu de profondeur seraient largement distribuées.
- Les Copépodes, autres crustacés inférieurs, dont l’origine parait être extrêmement ancienne, ont dés représentants jusqu’à 2200 brasses. Certaines espècés s’étendent des mers du nord jusque dans le Pacifique. -i
- Les Cirripèdes pédonculés descendent jusqu’à une grande profondeur. Ainsi à bord du Talisman nous en avons remonté, entre les Açores et le golfe de Gascogne, par des fonds de 4250 mètres.
- On trouve dans la mer jusqu’à des profondeurs de 4000 mètres des animaux fort singuliers (fig. 1)) dans lesquels les zoologistes ont vu, soit des crustacés ou des arachnides modifiés. Ces animaux portent le nom de Pygnogonides ou de Pantopodes. On les trouve sur les côtes au milieu des algues parmi lesquelles ils progressent avec une assez grain lenteur. Leur corps est très mince et allongé; u oes parties latérales partent quatre paires de pattes terminées par des griffes acérées. De l’extrémité antérieure se détache un rostre conique portant à sa base des appendices en forme de pinces qu’on a quelquefois regardés comme des pièces homologues aux chélicères des araignées, et au-dessous des palpes tantôt semblables à des pattes, tantôt en forme de pinces. L’abdomen est complètement atrophié, ce qui a eu pour conséquence d’amener l’estomac à prendre une disposition toute spéciale. En effet, du moment où l’abdomen disparaissait, il n’y avait plus de place pour un intestin devant digérer et absorber. Afin de remédier à cet état de chose, il s’est constitué des prolongements du tube digestif qui ont pénétré dans l’intérieur des pattes. Ceci nous rappelle un vieux dicton français prétendant que lorsqu’on a très
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- faim on porto l’estomac dans les talons; il faut espérer pour les Pygnogonides, que la réalisation de cet état n’entraîne pas fatalement après elle les souffrances dont son image nous paraît être entourée.
- Une des formes les plus remarquables de Pygnogonides, trouvés dans les grands fonds, a été recueillie par le Talisman. De même que le Bathvnome est un géant parmi les Isopodes, de même le Colos-sendeis titan est un géant parmi les Nymphons. Nous l’avons pêclié par 4000 mètres de profondeur. Il vivait sur un fond très riche, car le chalut a remonté en même temps que lui des poissons, plusieurs crustacés, des Tentacheles, des Éthuses, des
- Pagures, différentes coquilles, des Fuseaux, des Bulles, des Neæra, enfin des grandes Holothuries violettes (Psijchropoles), et plusieurs éponges.
- Chez les Pygnogonides peuplant des eaux peu profondes, on trouve quatre yeux, tandis que sur ceux de ces animaux qu’on prend au-dessous de 400 brasses, ces organes ont disparu ou sont simplement rudimentaires et sans pigment.
- En présence du nombre très élevé d’espèces de crustacés répandues sur le fond des mers, on peut dire que la disparition de ces organes est, chez les animaux de cette classe, un fait assez rare. La plupart des espèces, même celles recueillies par
- Fig. 1. — La vie au fond des mers. — Colossendeis arcuatus, pris à 1500 mètres de profondeur, pendant l’expédition du Talisman.
- (Moitié de grandeur naturelle.)
- 5000 mètres, possèdent des yeux bien développés. Nous sommes donc obligés de nous demander comment fonctionnent ces organes dans un milieu obscur.
- D’abord ils peuvent être impressionnés par les lueurs fournies par d’autres animaux, ou par une lumière spéciale, cheminant jusqu’au fond des abysses; d’autre part les êtres auxquels ils appartiennent sont la plupart du temps susceptibles d’émettre des lueurs phosphorescentes. Ce dernier fait est connu depuis longtemps et il semble que ce soient deux naturalistes français, Eydoux et Souleyet, qui l’aient étudié pour la première fois durant le voyage scientifique accompli par la Bonite. « Dans tous les animaux, ont écrit ces savants observateurs, qui jouissent de la phosphorescence, cette propriété
- nous a paru dépendre d’un principe particulier, d’une matière sécrétée probablement par ces animaux, mais qui présente des différences dans la manière dont elle est produite au dehors.
- « Les uns, les petits crustacés phosphorescents, peuvent émettre ce principe à l’extérieur dans certaines circonstances, surtout lorsqu’ils se trouvent irrités d’une manière quelconque; ils lancent alors de véritables jets, des fusées de matière phosphorescente en assez grande quantité pour former autour d’eux une atmosphère lumineuse dans laquelle ils disparaissent. Nous avons pu recueillir une certaine quantité de cette matière sur les parois du vase qui renfermait un grand nombre de ces crustacés h »
- 1 Extrait du Rapport de De [îlaiuville sur les résultats
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- D'autres crustacés ne possèdent pas la faculté d’émettre au dehors une matière lumineuse abondante, pouvant ainsi se mélanger à l’eau ambiante; ils ne développent de la phosphorescence que dans des conditions particulières, lorsqu’ils nagent, qu’ils marchent ou lorsqu’on les irrite. Au fond de la mer, c’est très probablement durant les mouvements que les lueurs se produisent.
- Certains schizopodes présentent également des organes spéciaux de phosphorescence.
- Les naturalistes du Challenger ont observé des Euphausïïdæ chez lesquels il existait en arrière des yeux une paire de plaques phos-phorescentes.
- Deux autres paires de plaques de même nature étaient insérées sur le tronc, alors que quatre autres plaques étaient situées sur la ligne médiane de la queue. Les plaques antérieures étaient les plus brillantes. Le pouvoir lumineux était sous la dépendance de l’anima], qui en usait souvent, mais pas toujours, lorsqu’on venait à l’irriter. Quelquefois les perceptions lumineuses sont singulièrement facilitées chez certains crustacés par le développement d’yeux supplémentaires. Certains petits Schizopodes ont des yeux pairs sur les membres thoraciques et des yeux impairs surlesfausses pattes (Euphau-sia). Chez d’autres crustacés du môme groupe, les Gna-thophausia, il existe des yeux disposés sur des appendices dépendant de la bouche .
- Les antennes, qui prennent dans certaines formes un développement considérable, doivent singulièrement faciliter aux animaux à qui elles appartiennent la connaissance des objets ou des êtres qui les environnent. Elles peuvent se glisser sous les roches pour aller explorer les cavités, ou bien elles peuvent durant le repos en étant abandonnées à la surface de la vase, alors que leur possesseur s’est enfoui,
- scientifiques de la Bonite. Compl. rend, hebd, de l’Acad. des sc., t. VI, p. 459, 1358.
- avertir, si elles viennent à être heurtées, de la présence d’un ennemi. Le rôle des antennes comme organes d’exploration est tellement important qu’on voit chez des crustacés de grands fonds certaines parties du corps être détournées de leurs fonctions et revêtir la forme de ces organes. Un des exemples, les plus remarquables qu’on puisse citer a ce sujet, est celui présenté par une sorte de crevette que nous avons pêchée, à bord du Talisman, par
- 1900 mètres de profondeur. Le Hapalopoda in-vestigator (fig. 2) est un crustacé d’un rouge carminé , dont les antennes ont une fois et demie la longueur du corps. Les pattes vont progressivement en augmentant de grandeur de la première, la plus antérieure, à la dernière. Leurs trois premières paires portent à leur extrémité une petite main didactylc, alors que les deux autres paires, dont la longueur est presque double de celle de la paire qui les précède, se terminent par une série de petits articles, placés bout à bout, rappelant par leur forme et leur disposition les articles composant le flagellum des antennes.
- En résumant les observations précédentes, on voit que les recherches sous-marines ont fait découvrir de nombreuses formes de crustacés nouveaux et en ont fait rencontrer d’autres connues seulement à l’état fossile. D’autre part elles ont fait apprécier la distribution des différents groupes de ces animaux en profondeur et en espace. Enfin elles ont permis de saisir les curieuses adaptations qui se sont accomplies dans le but d’assurer la vie au fond des abîmes.
- Si de la classe des crustacés nous passons a celle des mollusques, nous voyons que les animaux appartenant à ce dernier groupe d’invertébrés correspondent aux diverses divisions des céphalopodes, des gastropodes, des scaphopodes, des lamellibranches, des brachyopodes. Les céphalopodes des grands fonds
- tFig. 2. — Crevette prise à 1900 mètres de profondeur, à bord du Talisman. Uapalopoda investigator A. M.-Edvv. (anciennement Benthesisymus Bartleti A.M.-Edw.)
- Fig, 3. — Fusus abyssorum (Fish), pris à 4780 mètres de profondeur, et Oocoris sulcata, trouvée à 3200 mètres.
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- se rapportent à des espèces particulières. Ainsi, durant la campagne du Talisman, le Cirrotheutis umbellala a été pris au voisinage des Açores par 2235 mères et VOurotheutis megaptera a été remonté part 5175 mètres. Tous les échantillons connus sont de taille fort réduite, et jamais nous n’avons vu, cramponnés à nos filets, ces mollusques géants que nous savons, d’une manière certaine, habiter les abîmes. L’existence d’énormes céphalopodes a été connue dès la plus haute antiquité ; seulement les récits qui ont été faits de la rencontre de ces animaux portent -l’empreinte de la tendance au merveilleux, au surnaturel, qui caractérise l’esprit des peuples primitifs.
- Les recherches du Challenger ont fourni les résultats suivants relativement aux gastropodes et aux scaphopodes. Dans 57 stations, dit M. Watson, où ont eu lieu des dragages de 0 à 400 brasses, on a découvert 819 espèces, dont 314 connues, 509 nouvelles et 196 indescriptibles. Dans 37 stations, par des fonds de 400 à 2650 brasses, on a remonté 247 espèces; 81 étaient connues; 127 étaient nouvelles et 39 étaient trop abîmées pour être décrites. La plus grande profondeur à laquelle l’expédition du Challenger ait trouvé un gastropode (Stylifer) est 2650 brasses dans l’Atlantique sud. La plus belle capture qui ait été faite, est celle d’un grand gastropode, nouveau, voisin des Volutes, à la coquille d’un blanc d’albâtre, le Gnevillea alabastrina, recueilli à 1600 brasses.
- J’ai fait représenter d eux gastropodes très remar quables, inconnus avant l’expédition du Talisman, le Fusas abyssorum (Fish) pris à 4789 mètres, et l’Oo-corissulcata (Fish), trouvée à 5200 mètres (fig. 5).
- — A suivre. — H. FlLHOL.
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- L’ÉLECTRICITÉ A L’EXPOSITION D’ANVERS
- Les appareils électriques sont nombreux ici, et quoiqu’ils soient rassemblés pour la plus grande partie, dans le hall des machines, il est bon de parcourir le reste de l’Exposition, où l’on rencontre des applications diverses, et les vitrines des fabricants de différents pays. Nous avons pensé qu’une revue de ce qui se trouve exposé à ce point de vue particulier, serait intéressant pour tous, et de plus permettrait aux électriciens qui n’ont pas encore été à Anvers, de voir ce qui les intéresse. Nous nous bornerons à une énumération rapide, le soin des descriptions plus complètes étant réservé à notre collaborateur, M. Hospitalier, qui est actuellement à Anvers.
- L’électricité commence à manifester sa présence dès la gare de l’Est, qui est reliée au palais de l’Exposition par un tramway électrique. Ce tramway fonctionne au moyen d’accumulateurs qu’il transporte avec lui. Dans le jardin, près du restaurant populaire, se trouve un pavillon où MM. Scrive, Hermite et C'e, de Lille, blanchissent des écheveaux de coton et de lin. Ceux-ci passent dans un bain de chlorure de magnésium, qui est décomposé par le courant envoyé par une dynamo à 7 plaques de zinc et 6 de platine, placées au fond de la cuve ; il se forme par la décomposition du bain des combinaisons de chlore et d’oxygène, ayant un grand pouvoir décolorant. La même dynamo sert le soir à allumer des lampes 'a incandescence.
- Dans les colonies aussi, bien loin des centres scientifiques, on s’occupe d’électricité. M. Lagarigue de Survil-liers nous montre, dans le pavillon de style cochinchinois où sont réunis les produits de nos colonies, un poste téléphonique à relais et à mouvements automatiques ;M. Roussel, un appareil pour lancer plusieurs bouées simultanément à la mer.
- En entrant dans le palais de l’Exposition par la porte de l’extrême droite, nous rencontrons successivement : dans le compartiment russe, M. Trindine, de Moscou, commutateur avec vingt prises de courant, pour appareil médical ; cet appareil présente ceci de particulier, qu’au lieu d’être en bois ou ébonite, la table isolante est en marbre. Plus loin, compartiment belge, partie de l’enseignement, nous trouvons une machine dynamo à pédale, système Gérard ; puis MM. Bonnier et Cie, de Bruxelles, qui exposent la machine pneumatique à mercure à rotation, système Schergen, dont La Nature a parlé, et qui permet d’obtenir rapidement le vide, ce qui est intéressant pour l’électricien. Dans la section italienne, que nous rencontrons ensuite, l’institut Galilée, de Florence, a une belle vitrine d’appareils connus (pont de Wheaston, galvanomètres) très bien construits. A côté, un exemple de transport de la force ; une machine dynamo reçoit l’électricité du hall des machines, et sert de moteur à une machine à charger les cartouches. Un peu plus loin, dans la grande galerie internationale, M. Brand, d’Anvers, expose des machines statiques Iloltz, Carré, et des appareils de laboratoire. En se dirigeant ensuite vers le grand escalier qui mène au hall des machines, on trouve au pied de cet escalier aimants de M. Clémandot, trempés par compression; le plus fort, qui pèse 1 kilogramme, porte 23 fois son poids; même vitrine, côté opposé, M. Dupré, machine* Iloltz, galvanomètres, etc. Un peu plus loin, M. Duboscq, un régulateur Foucault-Duboscq, pour lampe à arc ; puis, à côté, M. Ducretet, qui a la vitrine la plus importante au point de vue électrique : l’électromètre Mascart, le galvanomètre Thomson, avec amortisseur à liquide, le nouveau modèle de galvanomètre pour essai des torpilles, l’élec-trodjnamoinètre de Weber, avec disposition permettant d’amener le courant autrement que par les fils de suspension, un interrupteur pour bobine d’induction, imaginé par M. Bichat, etc., etc., le tout construit avec la perfection qu’on connaît.
- A l’extrémité sud de la galerie internationale, dans la section allemande, M. Lorentz, de Chemnitz (Saxe), expose quelques appareils et une table à expériences très bien comprise; MM. Hartmann et Brown, deBockenheim, des électromètres et galvanomètres, un poste téléphonique avec appel phonique constitué par un trembleur ajouté à la bobine d’induction. Four renforcer encore le son de cet appel, le téléphone est placé au repos sur le fond d’un cornet renversé, monté à l’extrémité du levier commutateur. M. Gœtze, de Leipzig, a une belle collection de tubes de Geissler de toutes les formes; puis MM. Heller, de Nuremberg, et Leybold, de Cologne, exposent des téléphones divers, petites dynamos et autres appareils pour laboratoire. Voilà, croyons-nous, tout ce qu’il y a à voir en dehors du hall des machines ; mais il y a à entendre les téléphones. Sous la porte monumentale, dans la base des colonnes qui soutiennent la voûte du vestibule d’entrée, on a ménagé des chambres pour ces auditions. A droite se trouve l’exposition de M. Ochorowicz, avec le téléphone magnétique parlant à haute voix. Le transmetteur est à environ 1 kilomètre. Le son du violon surtout est reproduit avec ur.e force et une pureté remarquables. Dans la colonne de gauche, on entend les concerts qui sont don--
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- nés à Bruxelles, mais il faut mettre l’appareil à l’oreille. Ce qu’il y a de remarquable ici, c’est que ce sont les fils du télégraphe qui servent; c’est l’application du système Yan Rysselbergbe. On fait en ce moment une installation semblable entre Bruxelles et Ostende, où se trouve la reine des Belges, qui s’intéresse beaucoup à toutes les questions d’électricité.
- Le hall des machines est, comme nous l’avons dit, l’endroit plus spécialement réservé à l’éleetricité. En suivant à droite le balcon qui le domine, on trouve successivement : M. Immisch, de Londres, moteur ne pesant que 40 kilogrammes, et donnant une force de 1 cheval (d’après l’inventeur) ; MM. Dupont de Ilæren et Alker, de Bruxelles, produits galvanoplastiques ; la société Tamine, de Bruxelles, accumulateurs nouveaux : les plaques sont formées par du minium et des déchets de plomb fondus sous une pression de 300 atmosphères, et un mélange de peroxyde de plomb et de morceaux en forme de lames ; M. Raikem, de Bruxelles, M. Leclerc, thermomètres avertisseurs; M. \Yicard, de Tournai, une pile au savon (?) ; M. Waelput, un modèle de paratonnerre à pointes multiples, système du professeur Melsens; M. Boone-Carette, un paratonnerre à pointe unique, mais avec disperseurs, sortes de griffes branchées sur la tige principale et tournées vers la terre. La Société belge des électriciens expose un spécimen des planches et un numéro de son bulletin. L’Université libre de Bruxelles, un appareil imaginé par M. Stevart, construit et perfectionné par M. Gérard, pour remplacer la machine d’Atwood dans la démonstration des lois de la chute des corps; et des thermomètres avertisseurs et enregistreurs du professeur Rousseau; M. Schubard, de Gand, un télémarégraphe, un appareil de signaux pour chemins de fer. M. Richez et C", de Bruxelles, un appareil indiquant à distance la hauteur des gazomètres, un contrôleur des rondes. Le Dr Yan Hcurch, application de la lumière électrique à la micrographie. M. Van Overstraeken, de Louvain, appareil pour signaux de chemins de fer. M. Rilzerfelt, à Tournai, un ingénieux mécanisme pour les voitures de place, indiquant si la voiture a roulé à vide oü chargée, pendant combien de temps, et avec quelle vitesse dans chaque cas. MM. Persoons, Roeyackers, d’Anvers, sonneries, tableaux indicateurs, paratonnerres ; Champy, microtéléphone ; Lenaerts, de Bruxelles, appareil pour ouvrir ou fermer à distance un compteur à gaz, et au besoin, en cas de fuite, remplacer automatiquement les becs allumés par des lampes à incandescence. Enfin, au bout de ce balcon, M. YVery, de Liège, présente un modèle de bureau central téléphonique pour 12 postes, et M. A. Gérard, divers appareils et des plans qui dénotent un esprit inventif.
- En descendant du balcon par le premier escalier, on a tout de suite à sa droite, un compartiment où l’État belge a exposé tous les appareils en usage sur ses lignes, et quelques appareils rétrospectifs. Le système Yan Rys -selberghe s’y trouve au grand complet. Dans la même salle, se trouvent quelques Expositions particulières. M. Mourlon, le constructeur bien connu de Bruxelles, chez lequel nous remarquons principalement un appel phonique du système Sieur, perfectionné par M. Yan Rysselberghe, de façon que la plaque du récepteur, en entrant en vibration, ferme le circuit d’une pile locale, pour actionner une sonnerie.
- Nous continuerons cette revue dans notre prochaine livraison. G. Mareschal,
- Anvers, le 5 septembre 1885.
- — A suivre. —
- L’IMIRU COURBET
- Le marin illustre dont la France entière a déploré la mort, dont le monde a admiré la valeur, n’a pas seulement été un homme de guerre, mais aussi un homme de science et de travail ; c’est à ce titre surtout que nous avons voulu rendre hommage à sa mémoire1.
- Né à Abbeville le 26 juin 1827, Amédée-Anatole-Prosper Courbet fut reçu en 1847 à l’Ecole polytechnique, où il sut acquérir ce fond d’instruction supérieur, mathématique, mécanique et physique, qui devait lui faciliter l’étude, aujourd’hui si complexe, des différents services de la marine. Il sortit de l’Ecole polytechnique en 1849 avec l’un des premiers numéros de sa promotion, et entra dans la marine avec le grade d’aspirant de première classe.
- Le 1er décembre 1852, après avoir été nommé enseigne au choix, il fit sa première campagne sur la corvette à voiles la Capricieuse sous les ordres du commandant de Roquemaurel, qui prit plaisir à former son jeune élève et à lui enseigner les éléments techniques de la marine. Courbet, par son tempérament, ne semblait pas prédisposé à la carrière qu’il avait résolu d’entreprendre car à ses débuts, il souffrait fréquemment du mal de mer, mais sa volonté triomphait de tout.
- Après une première campagne, l’enseigne revint en France : travailleur acharné, il reprit le cours de ses études; elles lui étaient si chères, qu’il s’y livra avec passion jusqu’à son dernier jour.
- De la corvette la Capricieuse, le jeune Courbet passa sur un bâtiment de la division navale du Levant, le Coligny, et il séjourna quelque temps à Biarritz.
- Nommé lieutenant de vaisseau eu 1856, il ne tarda pas à se faire remarquer par ses aptitudes, et devint aide de camp du vice-amiral Bouët-Willaumez commandant l’escadre d’évolutions de la Méditerranée. Il passa de là sur le vaisseau-école le Montebello où il travailla pendant trois ans avec une ardeur sans pareille. « Toutes les questions techniques, dit son biographe, lui devinrent familières, et il fut chargé de rédiger les procès-verbaux des nombreuses expériences d’artillerie entreprises pendant les années qu’il passa à bord de ce bâtiment. Debout en même temps que les matelots, à cinq heures du matin, il ne donnait pas moins de quatorze heures par jour à son travail ; il ne prenait que juste le temps des repas et bien souvent sa lampe ne s’éteignait pas avant minuit ou une heure du matin. »
- Capitaine de frégate en 1866, il remplit les hautes fonctions de chef d’état-major de la division
- 1 Nous résumons la vie de l’amiral Gourbet, d'après une biographie récemment publiée par un Ami de la famille {Giraud et Cio, éditeurs, à Paris), et d’après les documents qui nous ont été communiqués par un des officiers qui ont servi sous ses ordres.
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- LA NATURE
- cuirassée de la Manche, alors sous les ordres de l’amiral de Dompierre d’Hornoy. Courbet, pendant deux ans qu’il occupa ce poste, se signala par la rédaction des savants Rapports qu’d écrivit sur le rôle et l’avenir des navires cuirassés dans la marine.
- Lorsque survint la funeste guerre de 1870, le vaillant officier fut détaché à la station navale des Antilles; c’est avec un chagrin profond qu’il se trouva contraint de rester inactif, alors que la France avait tant besoin d’hommes de sa trempe, et que ses frères d’armes combattaient pour la défense du sol de la patrie. C’est pendant les pénibles croisières de cette époque, dans un climat peu salutaire, que Courbet contracta le germe de la maladie qui devait le condamner à tant de souffrances et le conduire au tombeau.
- Rentré en France en 1872, nommé capitaine de vaisseau en 1873, il fut appelé en 1874 à diriger l’école des torpilles à Boyardville. L'a pendant deux années consécutives, chimiste et électricien, il donna une impulsion très importante aux expériences et aux manœuvres relatives a ces engins qui jouent actuellement un rôle capital dans la marine contemporaine.
- Sans cesse dans le service actif, Courbet, toujours laborieux, toujours infatigable, devint en 1878 chef d’état-major de l’escadre d’évolution de la Méditerranée, encore commandée par l’amiral de Dompierre d’Hornoy; en 1880, il fut choisi comme gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, où il mit en relief ses merveilleuses aptitudes d’administrateur et sa décision dans Faction. On le vit réprimer, avec une énergie et une promptitude rares, l'insurrection qui menaçait de s’étendre. Sa nomination au grade de contre-amiral lui arriva le 8 août 1880, à Nouméa, à son retour d’expédition.
- L’amiral Courbet revint en France en 1882; après quelques mois de repos dans les Alpes-Maritimes, il reprit dès l’année suivante le service actif qu’il ne devait plus abandonner. Au mois d’avril 1883, on forma à Cherbourg une grande division navale, dite d’essai, comprenant tous les bâtiments du nouveau type. Courbet fut désigné pour diriger toutes les expériences. 11 arbora son pavillon de commandement sur le cuirassé le Bayard où il séjourna jusqu’à sa mort.
- C’est à ce moment que surgirent les événements du Tonkin ; quand le gouvernement eut appris la mort du capitaine de vaisseau Henri Rivière tué à la tète de ses troupes, l’amiral Courbet fut envoyé au Tonkin avec le Bayard. Alors commencèrent pour le vaillant marin cette série de campagnes glorieuses, dont chaque étape allait être une nouvelle victoire. On se souvient de la prise des forteresses de Sontay si solidement défendues par une armée chinoise aguerrie, on n’a pas oublié les brillants débuts de l’expédition de Bac Ninli.
- La suite de la campagne du Tonkin ne tarda pas à être confiée à notre armée de terre, et Courbet reçut l’ordre île réunir sous son commandement
- tous les navires français dans les mers de l’extrême Orient.
- L’amiral combine immédiatement son plan de campagne, rassemble ses cuirassés, et avec une hardiesse qu’on eût pu croire d’abord inspirée par une témérité présomptueuse, il pénètre jusqu’au fond du port de Fou-Tcheou, siège de l’arsenal de guerre le plus important de l’empire chinois. C’est dans la rivière étroite du Min, dans une passe battue par les courants, que le grand marin devait mettre à exécution un plan longtemps étudié et médité. On vit, à l’heure du combat, son escadre agir avec une vigueur inouïe, détruire en quelques heures la flotte chinoise tout entière, éteindre les feux de deux groupes de forts puissamment armés, en démolir les remparts et mettre en déroute les défenseurs qui durent fuir de toutes parts en désordre, laissant leurs canons en notre pouvoir.
- « L’amiral prend tous les forts à revers, les détruit en partie par la justesse du tir de ses navires, et sort de cette rivière où les Chinois s’étaient flattés de l’enfermer à jamais, sans perdre un vaisseau, ne laissant que des ruines sur son passage et ayant glorieusement vengé nos morts de Bac-Lé. »
- Après Fou-Tcheou, le blocus de Formose, la prise de Kelung et; des Piscadores, terminaient cette campagne qui, de l’avis des hommes compétents, restera l’une des plus mémorables de notre marine, et place le nom de Courbet à côté de celui des Du-guay-Trouin, des Suffren et des Duperré.
- Les rares qualités que l’amiral avaient acquises, pour devenir un chef si éminent, il les devait, il le disait lui-même, à la science et au travail. Il avait étudié chacune des sciences se rapportant à l’art naval avec un soin minutieux, et il se tenait sans cesse au courant de tous les progrès accomplis. On en jugera par les faits suivants que nous empruntons à ses biographes : « Aucune des questions relatives à l’administration et à l’organisation de la flotte ne lui était étrangère; il a donné sur chacune d’elles des conseils résultant d’une étude approfondie. Chef méthodique, il formulait ses ordres avec netteté et précision, et savait distinguer les hommes de valeur et les mettre en lumière.
- « A bord, l’existence de l’amiral Courbet était régulière et laborieuse. Il se levait à 5 heures avec les matelots, et travaillait jusqu’à 10 heures. A
- 10 heures, il déjeunait; il avait fini en un quart d’heure. Il s’occupait alors des affaires de service, puis travaillait jusqu’à 5 heures pour son propre compte. C’était principalement des questions relatives à la marine et surtout aux torpilleurs dont il s’occupait. »
- « S’il était exigeant pour le service, a dit, en parlant de lui, l’amiral de Dompierre d’Hornoy, n’était-
- 11 pas le premier à donner l’exemple,' lui qui ne tenait compte ni de son sommeil, ni de sa santé, ni des fatigues qui usaient sa vie, quand le moindre devoir l’appelait.... Il était inflexible sur la discipline pour lui-même, comme il l’était pour les autres, et
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- A la gloire de l’amiral Cpurbet. (Composition de 31. L. Poyel.)
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- jamais militaire n’a été plus soumis, plus respectueux pour l’autorité;... mais on s’habituait vite à sa justice, et ses équipages l’adoraient. »
- Pendant les combats, l’amiral surveillait tout, et veillait a tout. Avec un courage indomptable, il savait risquer sa vie et inspirait la valeur à ses matelots. Quand les marins voyaient apparaître le Bayard au milieu des feux, ils se disaient tous : « L’amiral est là, nous serons vainqueurs. »
- Comme les hommes de grande énergie et de- grand courage, l’amiral Courbet était bon, généreux et •accessible aux émotions qui viennent du cœur. Vers la fin de la maladie dont il eut à endurer les souffrances cruelles, cinq jours avant sa mort, il ressentit momentanément quelque soulagement à ses maux ; il invita ses officiers à déjeuner sur la montagne où étaient bâtis les forts défendant les îles Pis-cadores. Les marins, qui l’avaient précédé, avaient dressé sur son passage des arcs de triomphe formés de feuillage et chantaient à sa louange un hymne composé par un Abbevillois. L’amiral, en arrivant, eut les yeux mouillés de larmes; il ne chercha point à dissimuler son émotion et on l’entendit murmurer : « Sont-ils bons, mes marins! sont-ils bons! »
- M. Doué, médecin en chef de la marine à bord du Bayard, eut le triste honneur de fermer les yeux de l’amiral Courbet. On a raconté, d’après lui, les derniers moments du vainqueur de Fou-Tcheou; c’est une page déchirante que nous reproduisons :
- « Dès le 15 mai, les forces épuisées de l’amiral baissèrent plus sensiblement encore. Malgré tout, presque chaque soir, il réunissait ses officiers à sa table, et leur en faisait les honneurs avec ce calme qui ne le quittait jamais et cette bonne grâce charmante qui lui avait conquis toutes les sympathies et gagné tous les dévouements. Quant à lui, il ne pouvait manger. Les conserves qui formaient l’unique alimentation de la marine, répugnaient à son estomac fatigué, le lait seul eût pu lui convenir et il était impossible de s’en procurer. A peine touchait-il du bout des lèvres à la nourriture qu’on lui présentait ; sa volonté le soutenait encore.
- « Le 9 juin, comme on allait se mettre à table, l’amiral pria son chef d’état-major de le suppléer pour en faire les honneurs : « Je me sens bien fati-« gué, dit-il, et je vais me coucher. »
- « Le docteur Doué arriva aussitôt. Tout ce que la science et le dévouement peuvent inspirer pour soulager un malade, fut mis en œuvre, mais rien ne devait plus ranimer les forces disparues. Le 10 juin, profitant d’une absence de quelques minutes à laquelle M. Doué avait consenti sur ses instances, le malade se leva et put encore s’habiller.
- « Lorsque le médecin revint dans la chambre, il trouva le lit vide et n’en put croire ses yeux. L’amiral s’était traîné jusqu’à son bureau où il rédigeait des dépêches au gouvernement et des ordres pour la flotte.
- « Au moment où le docteur entra, il le vit assis
- près de sa table de travail ; sa main affaissée venait de laisser tomber la plume que ses doigts se refusaient à tenir plus longtemps. 11 fallut appeler deux hommes pour le porter jusqu’à sa chambre et le remettre au lit. Il ne devait plus se relever.
- « Le lendemain dans l’après-midi, l’aumônier du Bayard, ami particulier de l’amiral, vint le voir et resta seul avec lui. Le prêtre lui administra les derniers sacrements, que le malade reçut en pleine connaissance, avec la foi la plus vive. Puis il fit venir son secrétaire et l’entretint quelques instants.
- « L’amiral Lespès, informé que les derniers moments approchaient, accourut près de son frère d’armes. Le mourant n’eut plus la force de lui tendre la main ; le docteur soutint son bras et il put ainsi donner une dernière étreinte à celui qui devait le remplacer dans le commandement de l’escadre au milieu de laquelle il avait voulu mourir. L’état-major se succédait dans l’étroite chambre où le brave marin s’éteignait doucement.
- « Personne ne voulait croire à la réalité; tous s’obstinaient à espérer un retour possible à la vie. Le docteur prit dans ses mains les mains du malade; de temps à autre un léger mouvement indiquait que la vie ne l’avait pas abandonné ; soudain toute pression cessa. L’amiral Courbet ouvrit une dernière fois les yeux et les tourna vers le ciel comme pour dire un dernier adieu à sa famille qu’il ne devait plus revoir, à tous ces vaillants qui l’entouraient, à cette France qu’il aimait tant et pour laquelle il mourait ; il poussa un soupir et ce fut le dernier.
- « Les marins de la flotte sollicitèrent la faveur de contempler une dernière fois les traits de celui pour lequel chacun d’eux eut sans hésiter voulu mourir. Lorsque le corps fut embaumé et placé dans le cercueil, ils furent admis à défiler devant lui. Et ces braves, qui pendant la campagne avaient tant de fois, sans frémir, vu la mort de si près, pleuraient tous comme des enfants; on n’entendait que des sanglots, on ne voyait que des larmes, le Bayard était devenu comme un champ mortuaire au milieu duquel personne n’osait plus parler que tout bas. »
- La douleur des marins du Bayard a trouvé son écho dans tous nos cœurs, et quand le cercueil du vainqueur de Fou-Tcheou a traversé le pays depuis le port des Salins d’Hyères jusqu’à Abbeville, en passant par Paris, plus d’une larme a mouillé des yeux émus.
- L’amiral, en revenant dans sa ville natale, après avoir donné sa vie à la France, nous aura montré comment on s’élève par le travail, comment on accomplit son devoir, et comment on doit savoir mourir pour sa patrie.
- Nous lui devons une reconnaissance éternelle, parce que les victoires auxquelles il a su conduire sa vaillante armée, nous permettent désormais d’envisager l’avenir avec moins d’appréhensions, et plus de confiance en nous^mêmes. Gaston Tjssandier*
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- LES TRAINS TRANSATLANTIQUES
- Il y a quelque temps, nous avons entretenu nos lecteurs des conditions de luxe et de confort réalisées par la Compagnie internationale des wagons-lits dans son Orient-Express 1 qui transporte les voyageurs de Paris a Constantinople en 80 heures, et dans son JSice-Rome- Express, qui franchit en 17 heures les 1086 kilomètres qui séparent Nice de Paris. Pour faire pendant à notre précédente causerie, nous nous proposons aujourd’hui de dire quelques mots sur une autre catégorie de trains de luxe, dont l’emploi n’est pas exclusivement réservé aux voyageurs riches, mais qui, au contraire, pourraient être appelés les trains de luxe des pauvres gens : nous voulons parler des trains d’émigrants de la Compagnie générale transatlantique, communément désignés sous le nom de trains transatlantiques.
- Les trains transatlantiques ont leur point de départ à Baie, qui est en quelque sorte le centre de l’émigration, et ils se dirigent sur le Havre, en passant par Delémont, Porrentruy, Delle, Belfort, La Viilette (marchandises), le chemin de fer de Ceinture de Paris, Batignolles (marchandises) et Rouen, soit un parcours de 779 kilomètres ; ils empruntent par conséquent les rails de trois compagnies : la compagnie suisse Jura-Bernc-Lucerne, et les compagnies françaises de l’Est et de l’Ouest. Grâce aux traités passés avec ces compagnies, le trajet s’effectue en 21 heures. Les voyageurs que ces trains transportent sont des émigrants en provenance de la Suisse, de l’Allemagne du Sud, de l’Italie, du Tyrolet de l'Autriche, lesquels se rendent au Havre pour s’y embarquer à destination de l’Amérique. Quant aux émigrants français, nous n’en parlons pas, car ils sont relativement peu nombreux : chacun sait, en effet, que le Français se trouve bien chez lui, et qu’il est en général peu enclin à abandonner son pays et à aller chercher fortune ailleurs.
- Plusieurs compagnies de transport se partagent la clientèle des émigrants i ce sont d’abord les compagnies allemandes, puis la Red. Star Line d’Anvers, enfin la Compagnie générale transatlantique de Paris. Lçs premières se trouvant plus à portée, recueillent le plus grand nombre de passagers; quant aux deux autres, elles se font une concurrence de tous les instants. La Red Star Line fait payer des prix un peu moins élevés pour la traversée d’Anvers à New-York que la Compagnie transatlantique pour celle du Havre à New-York; en outre, la distance de Bàle à Anvers est moindre que celle de Bàle au Havre ; enfin les tarifs des chemins de fer belges sont inférieurs aux nôtres : il résulte. de toutes ces circonstances une différence assez appréciable dans les prix de transport. D’autre part, la Compagnie transatlantique fait valoir le confortable de son nouveau matériel spécial de chemins de fer, la
- 1 Voy. n° 575, du 7 juiu 1884, p. 5.
- bonne installation de ses paquebots et la durée moindre de la traversée. En résumé, pour l’année 1883, sur 700000 émigrants environ, qui ont quitté l’Europe pour l’Amérique, 300 000 environ ont été transportés par les diverses compagnies allemandes et la Red Star Line, 35 000 par la Compagnie transatlantique, et le reste par différentes entreprises.
- Le matériel roulant de la Compagnie transatlantique se compose de deux sortes de voitures que nous allons décrire sommairement et qui contiennent, les unes 80 places, les autres 40 places avec un buffet. Ces voitures sortent des ateliers de construction de la Société Dyle et Bacalan.
- Les voitures à 80 places appartiennent au type américain, c’est-à-dire qu’elles sont k couloir longitudinal et qu’on y accède par des plates-formes munies d’un escalier de trois marclres, disposées aux deux extrémités ; elles communiquent entre elles au moyen de ponts mobiles, ce qui permet aux voyageurs et au personnel de service de circuler d’un bout k l’autre du train.
- Le couloir central partage les voitures en deux parties égales et symétriques comprenant chacune dix compartiments de quatre places, à chacun desquels correspond une fenêtre munie d’un grillage extérieur destiné à prévenir les accidents. Les banquettes et leurs dossiers sont rembourrés en crin et recouverts de moleskine. Le plancher est complètement garni d’un tapis en linoléum. Les compartiments sont séparés en're eux par des cloisons de lm,50 de hauteur surmontées alternativement de filets pour bagages et de berceaux en fer galvanisé pour enfants: ces berceaux ne constituent pas la partie la moins intéressante et la moins originale de ce beau matériel. Les berceaux des compartiments extrêmes sont à une seule place ; les autres sont à deux places avec une séparation mobile en tôle : ils contiennent deux petits matelas et sont munis de courroies pour maintenir les enfants et prévenir leur chute en cours de route. Chaque voiture contient huit berceaux doubles et quatre simples ; de sorte que, outre les 80 voyageurs adultes, elle peut transporter encore 20 petits émigrants,soit en réalité 100 places par voiture. Les deux extrémités du véhicule sont occupées, l’une par un water-closets-lavabo, et l’autre par un compartiment spécial contenant un appareil de chauffage k thermo-siphon, c’est-à-dire une chaudière d’où part une conduite d’eau chaude qui circule sous les ban*-quettes. L’éclairage intérieur est assuré au moyen de cinq lampes fixées au plafond et qui peuvent être réglées du couloir de la voiture. Les plates-formes sont également éclairées par une lampe fixée k la paroi extérieure du wagon. Ces voitures n’ont pas moins de 17m,65 de longueur k [l’extérieur des tampons de choc, et sont construites dans d’excellentes conditions de solidité et de stabilité; elles sont’a double suspension et montées sur quatre essieux articulés, système Boggy, sur lesquels elles reposent par l’intermédiaire de douze couples de ressorts transversaux. Les ap-
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- pareils de choc et de traction sont du système Rey et Chevalier, avec balancier. Enfin elles sont munies du frein continu à air comprimé Westinghouse, avec seize sabots à chaque véhicule et une commande à la main sur chaque plate-forme, de l’appareil d’intercommunication électrique de la Compagnie de l’Est, de celui des chemins de fer allemands, et du sifflet avertisseur Westinghouse adopté par la Compagnie de l’Ouest.
- Quant aux voitures à 40 places, elles ont les mêmes dimensions et présentent les mêmes aménagements que les précédentes; seulement on y a sup-
- primé la moitié des compartiments pour y installer un buffet de 7 mètres de longueur; la seule différence qui existe entre ces compartiments et Jes précédents, c’est que toutes les cloisons sans exception sont surmontées de berceaux doubles. Le buffet contient un comptoir, des armoires où sont rangés les provisions, la vaisselle, la batterie de cuisine, le linge, etc., une chaudière pour la préparation du café et la confection des aliments chauds, deux réservoirs de chacun 250 litres, contenant de l’eau, un évier, etc. Les émigrants y trouvent pour un prix très réduit, c’est-à-dire au prix coûtant, lepain, lebouil-
- Coupe longitudinale
- Fig. 1. — Voiture à 80 places du train de la Compagnie générale transatlantique.
- Ion, la viande, la charcuterie, le vin, la bière, etc. Deux fois par jour, on y fait une distribution gratuite de café noir ; enfin on y trouve gratuitement et à discrétion du lait pour les enfants.
- Telle est la disposition des voitures que la Compagnie générale transatlantique met à la disposition des émigrants pour le prix d’une place de troisième classe, soit 32fr,75 par personne de Bàlc au Havre ; chaque émigrant a droit au transport gratuit de 100 kilogrammes de bagages; les enfants de trois à douze ans ne paient que demi-place, soit 16fr,40 et jouissent du transport gratuit de50 kilogrammes de bagages; au-dessous de trois ans, les enfants sont transportés gratis, mais sans aucun bagage en franchise. Les trains transatlantiques viennent débarquer au Havre sur les quais, devant la tente de la Compagnie ; de cette façon, les émigrants n’ayant pas à s’arrêter à Paris ni à traverser le Havre sont mis à l’abri de toutes les dépenses inévitables qu’entraînerait le séjour dans ces deux grandes villes.
- Jusqu’à présent, on n’a pas encore songé à utiliser le retour des voitures, qui reviennent à vide du Havre à Baie, attelées à des trains de marchandises. Elles pourraient certainement être employées comme voitures de deuxième classe par les Compagnies de chemins de fer ; d’ailleurs, la Compagnie transatlantique espère s’en servir dans un avenir prochain pour Organiser des trains transatlantiques de retour. En effet, après quinze ou vingt ans passés en Amérique, les émigrants qui ont réussi à amasser une petite fortune se décident à prendre un par-
- ti: les uns s’y établissent définitivement et deviennent citoyens des États-Unis, les autres rentrent dans leur patrie; à chaque traversée, les paquebots anglais ramènent deux ou trois cents de ces derniers ; ce sont ces réimmiyrants que la Compagnie transatlantique espère diriger sur le Havre et ramener à Bâle dans ses trains spéciaux.
- La Compagnie générale transatlantique ne compte pas en rester là, et il est dès à présent question de la création de deux nouveaux trains transatlantiques, dont l’un, partant de Modane, amènera les émigrants italiens, et dont l’autre, partant de Strasbourg, recueillera ceux de l’Allemagne du Nord et fera une concurrence encore plus directe à la Red Star Line d’Anvers.
- Enfin, aux termes des conventions de 1883, les Compagnies françaises de chemins de fer se sont engagées envers l’Etat, dans le cas où celui-ci viendrait à renoncer à tout ou partie des impôts qu’il prélève sur les transports à grande vitesse, à consentir, de leur côté, une réduction équivalente sur les prix de transport. Si, comme il faut l’espérer, cette double éventualité se réalise prochainement, cela permettera à la Compagnie transatlantique d’abaisser ses tarifs, et de lutter d’une manière encore plus efficace contre la concurrence étrangère, en attirant sur les rails français un grand nombre de voyageurs qui leur ont échappé jusqu’à présent au profit de l’Allemagne et de la Belgique. Al. Laplaiche,
- Commissaire de surveillance administrative des chemins de fer.
- Fig. 2.
- Intérieur d’une voilure du train transatlantique. (Coupe transversale.)
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- COMPTEUR HYDRO-ÉLECTRIQUE
- DE MM. MARCHAND ET GERROZ
- L’appareil dont le dessin accompagne cette notice a été soumis à la Société d'encouragement qui a récemment approuvé les conclusions favorables du rapport de M. Leroux, chargé d’étudier le nouveau système.
- Le principe sur lequel l’appareil est fondé nous paraît digne d’être signalé à nos lecteurs. Le compteur hydro-électrique n’est pas le premier mesureur électrique qui ait été créé1. Le problème, déjà abordé par de nombreux physiciens, a été résolu plusieurs fois : mais tous les inventeurs ont choisi comme objectif la quantité absolue d’électricité à
- mesurer, ; ils ont été conduits ainsi à une grande complication de mécanisme, de sorte que si ces appareils sont excellents pour un laboratoire et des mesures absolues, ils semblent se prêter plus difficilement à un service continu, à proprement parler courant et-industriel, aux applications de l’éclairage électrique, par exemple.
- Or c’est le but que se sont efforcés d'atteindre MM. Marchand et Gerboz. Ils ont modifié le problème et substitué à la mesure de la quantité absolue d’électricité la détermination du temps pendant lequel un courant électrique de force, qu’on admet connue et constante, a été employé. Il importe peu en effet à un consommateur de lumière de connaître la quantité absolue d’électricité dépensée, pourvu que les lampes aient marché régulièrement; mais
- Compteur hydro-électrique do MM. Marchand et Gerboz.
- il lui importe de savoir pendant combien de temps les lampes du type qu’il emploie, auront fonctionné, car c’est là ce qu’il appelle sa consommation et c’est celle-ci qui fixera le montant de sa dette envers la producteur.
- Voici comment MM. Marchand et Gerboz ont conçu leur appareil.
- D’après un principe d’hydraulique élémentaire, on sait que l’écoulement d’un liquide par un orifice déterminé sous pression constante, débite des quantités de ce liquide proportionnelles à la durée de l’écoulement. Les inventeurs ont supposé alors que de l’eau placée dans ces conditions arrivait sous l’épaisseur de quelques millimètres au-dessus d’une plaque, percée d’autant de trous d’égal diamètre qu’il y avait de lampes montées dans un circuit donné (5 sur la figure). Chacun de ces trous, lorsque
- 1 Vov. n° (i30, du 8 août 1885. p. 157.
- le circuit est ouvert, est hermétiquement obturé par une soupape verticalement placée, et terminée par un manchon cylindrique de fer doux, qui fait partie de l’armature d’un petit électro-aimant. Le fil de celui-ci appartient à son tour à la dérivation d’une lampe. Ainsi chaque lampe a son éleetro-aimant, sa soupape et son orifice particuliers sur la plaque, et constitue un système indépendant. Cela posé, si la lampe est allumée, le courant aimante le fer doux, la soupape est soulevée, l’orifice correspondant de la plaque ouvert, et demeure libre pendant toute la durée du soulèvement de la soupape, c’est-à-dire pendant tout le temps qu’il est fait usage de la lampe.
- Au moment où celle-ci s’éteint, le clapet retombe sous l’action de son poids et l’écoulement du liquide s’arrête. L’opération répétée sur deux, trois lampes, etc., donnera donc une perte de liquide double, triple, etc., c’est-à-dire rigoureusement
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- proportionnelle à la consommation même de lumière; il ne restera plus pour apprécier cette dernière qu’à mesurer la quantité d’eau écoulée. Pour cela, au fur et à mesure qu’il s’échappe, le liquide est recueilli dans un petit réservoir en forme d’entonnoir percé à sa partie centrale d’un orifice d’où il tombe sur un double godet. Celui-ci monté sur un axe autour duquel il peut pivoter, présente successivement chacune de ses deux cuillères en face de l’otifice, et prend ainsi sous l’action du poids de l’eau un mouvement alternatif. Chaque oscillation fait mouvoir d’un cran une roue d’échappement qui actionne finalement un compteur à engrenages, exaétement pareil à celui d’un compteur à gaz ordinaire. Ainsi le mouvement des aiguilles indicatrices d’un cadran permettra de lire la consommation effective.
- Pour montrer maintenant que pratiquement rien ne s’oppose à substituer un type industriel au modèle d’expérimentation dont il est question, nous indiquerons en quelques mots par quelle disposition ingénieuse le service des lampes serait suspendu, si par accident ou par fraude, le fonctionnement du compteur était lui-même entravé. Qu’on se reporte pour cela à la figure.
- Disons d’abord que, pour obtenir un niveau d’écoulement constant, le constructeur fait traverser par le courant un levier L dont une extrémité E établit par contact la continuité du circuit, et l’autre est munie d’un flotteur F. Ce dernier plonge dans une cuve C qui . sert de réservoir d’arrivage au liquide. Lorsque le niveau d’écoulement est obtenu, le flotteur maintient son fléau horizontal et le circuit est fermé ; mais si le niveau s’élève ou s’abaisse, le levier accompagnant le flotteur cesse d’être horizontal, le contact est détruit, et les lampe^montées sur le circuit s’éteignent. Ce levier a encore été utilisé pour un autre objet d’importance moyenne. Son pivot commande au robinet d’arrivée de l’eau, dont le débit est ainsi solidaire des mouvements des leviers ; par suite l’eau entrant est à chaque instant rigoureusement égale à l’eau écoulée, et la constance du niveap dans G automatiquement et rigoureusement assurée.
- Semblablement le réservoir d’écoulement C' reçoit un flotteur F' qui agit sur un levier identique à qelui que nous venons de décrire. Si l’eau ne pouvait pas librement s’écouler, le niveau s’élèverait dans C' : le levier se soulèverait avec le flotteur, les contacts cesseraient d’exister et les lampes s’éteindraient.
- LA DYSPEPSIE
- UNE PAGE D’HISTOIRE SUR VOLTAIRE
- estomac. L’un manque d’appétit, l’autre, après ses repas, ressent de la pesanteur, de la fatigue ; celui-ci a des crampes, celui-là, des vertiges. Et comme toujours, si le mal persiste, on s’en prend au médecin qui ne sait pas guérir, et à la médecine dont on raille l’impuissance. Personne ne songe à s’accuser d’imprudence ou de gourmandise.
- Dans un ouvrage que nous voudrions voir entre les mains de tous, M. le I)r Seure1, atteint lui-même, il y a quelques années, d’une grave et pénible maladie de l’estomac, a traité delà dyspepsie, de ses causes, et des moyens de la combattre, avec sa double compétence de médecin et de malade. Il entre dans l’examen de l’appareil digestif, en étudie les divers organes, tant à l’état de santé qu’à celui de maladie, et trace une esquisse physiologique du dyspeptique, dans laquelle chacun de nous trouve à se reconnaître par quelque endroit.
- Pour donner plus d’autorité à cette monographie, il la fait suivre d’une curieuse étude sur Voltaire dyspeptique. C’est Voltaire lui-même qui nous détaillera ses souffrances, bien qu’il ait déclaré à Mm6 de Bernières « qu’il voulait ne souffrir qu’incognito. » Le 6 août 1760, il écrit à l’aveugle clairvoyante (Mmo du Deffand) : « On n’est véritablement malheureux que quand on ne digère point. » Dans une autre lettre, il avoue « qu’il a ruiné sa santé par les remèdes et la gourmandise. » Remèdes et gourmandise, ajoute fauteur, les deux causes les plus- communes de la dyspepsie ! Lorsque. Voltaire pouvait prendre sur lui d’y renoncer, il s’en trouvait fort bien. « Je vous avertis, ma chère reine, écrit-il encore à Mme de Bernières, que M. de Gervasi et tous les médecins de la Faculté vous seront inutiles, si vous n’avez pas un régime exact, et qu’avec ice régime, vous pourrez vous passer d’eux à merveille. » 4
- Avec beaucoup de goût et de discernement, M. Seûï'e a extrait de la volumineuse correspondance de Voltaire, tout ce qui est relatif à la santé de l’illustre philosophe, du moins pour ce qui concerne l’estomac et les intestins. Ce n’est pas lé chapitre le moins important de son livre, et c’en est à coup sûr le plus agréable et le plus accessible aux gens du monde. Il faudrait le citer en entier. Nous préférons y renvoyer les. lecteurs dyspeptiques, qûiiy puiseront les plus judicieux conseils, donnés sous une forme claire et attrayante. Ils déroberont quelques instants à la douleur, en parcourant ces pages, où abondent les saillies heùreuses, les boutades spirituelles, les traits mordants qui sont le propre de l’esprit de Voltaire.
- Félix Hément.
- CHRONIQUE
- Transformation de la chaleur en électricité.
- — M. J.-A. Kendall, de North-Ornsby, a présenté, à l’Exposition des inventions de Londres, un générateur électrique dans lequel la chaleur se transforme directement en énergie électrique. Cette transformation a son principe dans ce fait bien connu, qu’au rouge le platine absorbe le gaz hydrogène avec développement simultané d’électricité. Un élément de la batterie Kendall se compose de deux tubes en platine fermés à la partie inférieure et placés l’un dans l’autre. L’espace concentrique intermédiaire est rempli de verre en fusion. Une conduite qui
- Pour peu que cela continue, l’antique formule, par laquelle on s’aborde : « Comment vous portez-vous? » fera place à cette autre : « Comment digérez-vous? » Jamais, en eflet, on n’a tant entendu de gens se plaindre de leur
- 1 Etude pratique sur les maladies de l'estomac et des organes digestifs. Traitement alimentaire et médication proprement dite, par le Dr J. Seure. i vol. in-8°, chez Coccoz, libraire-éditeur.
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- passe à la partie inférieure, et près du fond de l’appareil, envoie d’une façon continue un courant d’hydrogène dans le tube de platine intérieur. Quand les deux tubes sont reliés par des fils métalliques, l’absorption d’hydrogène et la production d’électricité qui en est la conséquence sont très actives. Le tube extérieur étant exposé à l’action de l’oxygène chauffé dans le fourneau, la disposition est au fond celle d’une batterie à gaz. Ces éléments se groupent en aussi grand nombre et de la même manière que ceux d’une batterie voltaïque ordinaire. On peut se dispenser d’employer de l’hydrogène pur, en envoyant dans le tube intérieur les gaz d’un fourneau, qui contiennent une certaine quantité d’hydrogène. Dans ce cas, cet hydrogène sert à produire l’électricité, tandis qu’on emploie les autres gaz provenant de la combustion à entretenir la chaleur du fourneau. On peut en dire autant du gaz de charbon de terre. La force électromotrice d’un élément de ce genre a été évaluée à environ 0,7 volt. Mais l’inventeur est d’avis qu’une tonne de coke dont on a extrait le gaz est, si l’on y ajoute un peu d’eau pour obtenir de l’hvdrogène, susceptible de fournir, avec une forte batterie du type ci-dessus, au moins trois fois autant d’énergie électrique que la même quantité de combustible employée pour faire marcher une machine à vapeur et une dynamo. Nous devons ajouter que, jusqu’à présent, cette affirmation n’a été confirmée par aucune expérience pratique.
- La première machine À quadruple expansion.— Quand il s’agit d’essayer de nouveaux types de machines ou de chaudières marines, les constructeurs et les ingénieurs trouvent un meilleur accueil chez les riches particuliers aimant la navigation de plaisance, que chez les armateurs qui veulent des navires à bon marché, brûlant peu de charbon et marchant vite. Il ne faut donc pas s’étonner si nous voyons les applications premières se faire si souvent à bord des yachts à vapeur. C’est le cas pour la première machine à quadruple expansion, comme lorsqu’il s’est agi de la première machine à triple expansion qui a été placée à bord du steam-yacht Visa. Cette machine à quadruple expansion se fait actuellement à Paisley (Ecosse), dans les chantiers Flemitig et Ferguson : sa pression sera de 200 livres anglaises par pouce carré, c’est-à-dire '14 kilogrammes par centimètre carré. On compte sur une notable économie avec cette nouvelle machine, et les essais qui seront faits prochainement nous renseigneront à cet égard. Nous ne pouvons que souhaiter bonne chance à ces constructeurs entreprenants et au propriétaire du yacht qui en payera tous les frais.
- Les orages et les lignes souterraines. — Lorsqu’on a commencé la construction des grandes lignes souterraines qui relient actuellement les principales villes tant en France qu’en Allemagne, on pensait que leurs fils conducteurs seraient tout à fait à l’abri des orages. Ils sont en effet protégés par une armature en fils de fer ou par un tuyau continu en fonte, et l’on sait que des corps, placés dans un milieu, entouré d’une enveloppe métallique en communication avec le sol, restent à l’état neutre, quel que soit l’état électrique à l’extérieur. Il arrive cependant parfois, qu’au moment où la foudre éclate au milieu d’une ligne souterraine, on observe dans les postes extrêmes des étincelles plus ou moins vives, comme dans le cas où le fil conducteur est aérien. Ce phénomène a frappé M. Blavier qui l’explique par la faible conductibilité du terrain qui entoure le câble àux environs du point où se manifeste l’orage. Sous l’influence des nuages
- électrisés, le conducteur reste à l’état neutre; mais l’armature protectrice prend une charge de fluide contraire à celle renfermée dans les nuages, qui devient libre subitement au moment où éclate un éclair. Cette charge ne disparaît pas instantanément ; elle suit le conducteur dans les deux directions opposées au moins sur une certaine longueur.
- Par suite, il doit se développer dans le conducteur intérieur deux courants induits de sens contraire dont la différence seule agit sur les appareils des postes extrêmes; il se produit aussi un effet électrostatique, tenant à ce que la charge extérieure, étant libre au moins pendant un instant, réagit sur le conducteur intérieur qui prend de l’électricité de nom contraire par les points en communication avec le sol aux postes extrêmes. C’est surtout à Ce dernier effet que doivent être attribués, suivant M. Blavier, les effets constatés dans les bureaux télégraphiques.
- Un télégraphe nègre. — D’après une lettre reçue des Camerouns par M. Stephan, directeur général des postes allemandes, les indigènes de la nouvelle colonie allemande ont un système très ingénieux de télégraphie acoustique. Chaque hameau est pourvu d’une trompette en bois à deux petits trous. Au moyen de ces trompettes, les nègres se transmettent les signes convenus à une distance, considérable et avec une rapidité surprenante. Chaque signal exprime un mot. Ce système de correspondance forme le privilège des indigènes libres ; les esclaves et les Européens ne sont à aucun prix admis à l’étudier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 septembre 1885.— Présidence de M. Boulet.
- Tremblement de terre. — M. Renou annonce qu’un bruit souterrain a été entendu à Orléans le 16 août 1885 à 7h,25 de l’après-midi (temps moyen de Paris). Ce bruit fut suivi d’une secousse assez vive. Le phénomène a été observé à Yendôme au même instant, tandis qu’il ne paraît pas avoir été ressenti à Beaugency. L’auteur espère recueillir d’autres observations, par la publicité donnée à sa communication.
- Viticulture. — M. Viala signale l’apparition, dans le département de l’Hérault, d’une maladie pie la vigne appelée black rot. Cette maladie s’est montrée dans un plant de vignes américaines ; elle est d’ailleurs bien connue en Amérique où elle excerce dans la vallée de l’Ohio les plus cruels ravages avec le mildew. La vigne infectée est située sur les bords d’une rivière; elle est sillonnée de canaux qui entretiennent l’humidité du sol. Le black rot a été signalé dans la deuxième quinzaine de juillet ; c’estUne altération des grains du raisin. Au moment de la découverté, quelques grains seulement étaient atteints ; les grappes entières ont été bientôt attaquées ; aujourd’hui la moitié dè la récolte est détftiite.
- Médecine, M. Gosselin a expérimenté le pansement au sous-nitrate de bismuth. Ce pansement paraît très efficace; il amène généralement une diminution des symptômes inflammatoires, arrête rapidement l’écoulement sanguin postopératoire, détermine la cicatrisatioh des plaies sans suppuration. L’action hémostatique du sous-nitrate de bismuth peut s’expliquer aisément si l’on
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- LA NATURE.
- observe que ce sel se décompose par l’action de l’eau. Une légère quantité d’acide azotique se trouve mise en liberté et coagule l'albumine du sang qui s’échappe par les vaisseaux capillaires. De plus l’expérience directe montre que le sous-nitrate de bismuth est un antiseptique ; on peut expliquer ainsi l’absence de suppuration. M. Gosselin recommande l’arrosage de plaies avec solution au cinquantième, de préférence à un pansement fait en projetant le sous-nitrate en poudre directement sur la plaie. Il convient d’effectuer ce pansement dès que l’écoulement sanguin paraît suffisamment ralenti.
- Astronomie. — M. Faye signale une transformation remarquable survenue subitement dans la nébuleuse d’Andromède. Cette nébuleuse avait présenté jusqu'à ces jours derniers l’aspect d’un fuseau lumineux offrant une condensation vers son centre. Le 51 août dernier, M. Lajoie, de Reims, observait une étoile de septième grandeur à l’endroit de la nébuleuse occupée naguère par le noyau. Deux jours auparavant la même découverte avait été faite à l’Observatoire de Pulkowa. M. Faye pense que l’apparition de l’étoile est due à la condensation subite des matériaux réunis au centre de la nébuleuse. L’amiral Mouchez objecte que la nébuleuse a été observée le 6 septembre au grand télescope de l’Observatoire et que l’étoile apparue est à une distance de 50" à 40" du centre de la nébuleuse. On se trouverait donc vraisemblablement en présence d’une étoile très petite, non cataloguée pour cette raison, ayant pris toutà coup un éclat extraordinaire.
- Un pareil phénomène a déjà été observé. Dans ce cas l’éclat était dû à un cataclysme de l’astre ; il ne dura que quelques mois. L’analyse révélait dans le spectre de cette étoile les caractères de l’hydrogène incandescent. L’observation prolongée de la nébuleuse permettra d’affirmer si l’on est en présence d’un phénomène du même ordre ou d’une condensation du noyau.
- Varia — M. Thollon. Recherches sur le spectre solaire. — M. Godot de Kerville sur l’hybridation des genres Colomba et Turtur. Stanislas Meunier.
- SILEX RENFERMANT DE L’EAU LIQUIDE
- Je dois à l’obligeance si éclairée de M. Doigneau (de Nemours) la communication d’un petit échantillon qui me paraît jusqu'ici sans analogue dans les collections géologiques. Il s’agit d’un silex, grossièrement sphéroïdal comme le montre la figure ci-jointe, de 45 millimètres de diamètre moyen, creux, et renfermant outre un noyau pierreux mobile, ce qui est fréquent, une notable quantité d’eau, bien reconnaissable au bruit de clapotis qu’on détermine par une brusque agitation.
- Déjà nos lecteurs connaissent sous le nom
- d'enhydres des concrétions quarlsseuses aquifères provenant des roches amygdaloïdes et leur origine est bien connue : la silice déposée couche par couche dans les cavités de la niasse éruptive a, dans certains cas obstrué elle-même le canal qui livrait passage à l’eau minéralisée. Dès lors, celle-ci s’est trouvée emprisonnée en quantité plus ou moins considérable, et subsiste généralement avec de l’air, au sein de l’ampoule pierreuse et transparente.
- Je ne sache pas qu’on ait jamais signalé les mêmes particularités pour les silex; elles peuvent toutefois s’expliquer d’une manière analogue puisque, comme l’agate, le silex est un résultat de dépôts successifs au sein d’une roche antérieurement formée.
- L'enhydre de Nemours a été recueillie, non en place, c’est-à-dire dans la craie où cette pierre a pris naissance, mais dans les graviers quaternaires de la vallée du Loing, où elle est restée parmi les résidus de la dénudation séculaire des couches secondaires.
- Relativement à la nature de l’eau incluse, l’idée qui se présente d’abord est de supposer que ce liquide constitue un échantillon de l’Océan même au fond duquel s’est déposé le sédiment où le silex était in situ. Mais, outre que les observations démontrent que les silex sont d’àge fort postérieur à celui de la craie et qu’ils sont même peut-être, au moins en partie, en voie de formation actuelle dans la profondeur des masses calcaires, — il faut se, souvenir que la matière siliceuse est loin d’être imperméable. On sait que les quartz en-hydres conservés dans les collections ne tardent pas à perdre de leur eau par porosité et qu’on peut imprégner les'agates d’eau miellée, d’acide sulfurique, etc.
- Il doit évidemment en être de même du silex de Nemours. Aussi paraît-on en droit de rechercher dans les conditions du gisement au sein du quaternaire, la cause de l’existence de l’eau liquide dans la pierre qui nous occupe. Celle-ci ne présente aucune fissure visible même au grossissement d’une forte loupe ; mais je ne doute pas qu’on ne puisse imiter sa constitution imprévue en soumettant à une pression suffisante les silex creux du diluvium préalablement immergés dans l’eau.
- Stanislas Meunier.
- Le propriélah e-gérant : G. Tissandier.
- Silex creux hermétiquement clos (le toutes parts et renfermant un noyau pierreux mobile et de l’eau liquide. Il provient du diluvium de Loing, aux environs de Nemours (Seine-et-Marne). — Grandeur naturelle. (Le dessinateur a ligure un arrachement pour montrer la disposition intérieure.)
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- N* 642.
- l'J SEPTEMBRE 1885.
- LA NATURE.
- K
- LE NOUVEAU CUIRASSÉ « LE REQUIN »
- Le Requin est un cuirassé d’escadre à deux hélices, sa longueur entre perpendiculaires est de 82m,80. Sa longueur totale de la pointe de l’éperon à l’arrete arrière, de 88m,25. Sa largeur au maître-couple hors cuirasse est de 18 mètres. Son creux au milieu, au pont cuirassé, est de 7ra,53 ; au pont léger compris entre les deux tours, il est de 42 mètres. Son tirant d’eau, noyant au milieu, ne dépasse pas 7m,30. La surface immergée du maître couple est de 112m,02. Le déplacement général s’élève à 7210 tonneaux.
- La coque est en acier, sauf le bord extérieur qui est en fer.
- Les appareils moteurs et évaporatoires ainsi que tous les appareils qui intéressent la sécurité du navire sont placés au-dessous d’un pont recouvert de plaques de blindage de 80 millimètres d’épaisseur, reposant sur un matelas en teck de 15 centimètres, qui lui-même est établi sur des barreaux en acier de 500 millimètres de hauteur, écartés d’axe en axe de 60 centimètres et reliés par un double bordé de deux tôles de 8 millimètres.
- Le pont blindé correspond à la partie supérieure de la ceinture cuirassée ; cette dernière est formée de plaques compound de fer et d’acier, dont l’épais-
- Le cuirassé le Requin, nouveau garde-côtes de la marine française. (D’après une photographie de M. A. L., à Bordeaux.)
- seur, qui est au milieu de 50 centimèlres, diminue en allant vers les extrémités.
- Les quatre plaques supérieures de l’avant (bien visibles sur notre gravure), pesant ensemble 60000 kilogrammes environ, sont déjà mises en place. Le port de Brest sera chargé de la fixation de 72 autres plaques.
- Un matelas en teck interposé entre le bordé et la cuirasse de ceinture a 45 centimètres d’épaisseur au milieu.
- La partie du navire située au-dessus du pont blindé constitue la superstructure, composée du pont des gaillards, du pont léger compris entre les deux tours et d’une passerelle sur laquelle se trouve un abri pour le commandant, abri formé de deux 13* annét. — 2* semestre.
- tôles capitonnées de 45 millimètres d’épaisseur chacune.
- Les logements de l’état-major et de l’équipage se trouvent sous les gaillards et sous le pont léger et peuvent être détruits sans inconvénients pour la défense. Les deux tours placées sur le pont des gaillards, et deux passages ménagés pour le service des munitions entre le pont cuirassé et le pont des gaillards sont seuls protégés contre les projectiles de l’ennemi : les premières par des cuirasses de'4 5 centimètres d’épaisseur et des matelas de 30 centimètres ; les seconds par des anneaux cuirassés de 20 centimètres d’épaisseur.
- Chacun de ces anneaux est du poids de 56 000 kilogrammes.
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- Chacune des tours recevra un canon de 42 centimètres, de 9m,9i de longueur, pesant 76000 kilogrammes et avec son affût 177000 kilogrammes. Les boulets, cylindriques ou ogivaux, lancés par ces canons, pèsent 780 kilogrammes et sont animés d’une vitesse initiale de 500 mètres par seconde.
- Le commandement du canon de la tour avant est de 6m,40, celui du canon de la tour arrière est de 6m,10.
- Le Requin recevra en outre 4 canons en bronze de 10 centimètres sur le pont léger et 6 canons revolvers Hotchkiss, spécialement destinés à la défense contre les torpilleurs.
- Les appareils moteurs et évaporatoires sont construits par la Société des forges et chantiers de la Méditerranée. Ils se composent de deux machines indépendantes pouvant développer chacune 3000 chevaux de 75 kilogrammètres et de douze chaudières réparties en quatre chambres de chauffe séparées entre elles, ainsi que les chambres des deux machines par des cloisons longitudinales et transversales parfaitement étanches.
- La vitesse prévue pour le Requin avec une force de 6000 chevaux est de 14,5 nœuds.
- Le nombre des compartiments étanches formés au-dessous du pont cuirassé, tant par les cloisons transversales et longitudinales que par les cellules du double fond est de 74.
- Deux drains, dont un cylindrique de 36 centimètres de diamètre, permettent de vider rapidement un ou plusieurs des compartiments avec trois pompes à vapeur Thérion. Il y a aussi deux pulsomètres, deux éjecteurs qui, avec les pompes de circulation des deux machines motrices, débitent ensemble près de 4000 tonnes d’eau à l’heure.
- Le lancement de ce cuirassé, qui a été construit par les chantiers et ateliers de la Gironde, à Bordeaux, a été effectué avec un succès parfait le 13 juin au matin. Le poids du navire sur le chantier était à ce moment de 3 600 000 kilogrammes. C’est d’ailleurs la première fois que le Ministère de la marine confie à l'industrie privée la construction d’un bâtiment aussi important. X...
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- L’ÉLECTRICITÉ A L’EXPOSITION D’ANVERS
- (Suite et fin. — Yoy. p. 230.)
- M. Flamache, capitaine d’artillerie, expose un système de block-cible, pour éviter les accidents dans les tirs ; la Compagnie belge du téléphone Bell, un commutateur automatique, pour bureau auxiliaire, 33 abonnés peuvent être desservis par ce bureau, au moyen du manipulateur placé au bureau central. A côté de cet appareil se trouve la porte qui conduit au laboratoire d’essai; on l’installe seulement, mais il sera remarquable, à en juger par le rhéostat, presque teiv miné. Il est formé de 10 traverses de 5 mètres de long, portant en tout 520 godets isolateurs, reliés par des fils de fer en spirale aux 520 godets de 10 autres traverses, placées à 4 mètres plus haut. En continuant la visite de la
- salle belge, on trouve une installation d’éclairage par accumulateurs, faite par la Société L'Électrique ; à côté, M. Moessen : dynamos pour laboratoire; M. Christiaen, de Bixschote : système microtéléphonique, dont le microphone se règle suivant la distance pour laquelle on veut le rendre sensible ; M. Lippens, d’Écloe : une horloge électrique avec pile à oxyde de cuivre; M. Yandeplancke : un régulateur électrique ; M. Ch.de Vos: des appareils télégraphiques et téléphoniques; un système indicateur d’accidents pour poste de police, avec cadran indiquant la nature de l’accident, incendie, rixe, vol, etc. M. Bar-telous : un commutateur automatique pour bureau auxiliaire; MM.Bouckaert et C,e : des appareils télégraphiques et la dynamo système Schuckert. La Société anonyme Bell expose un modèle de bureau central, et les différents appareils qu’elle construit.
- En sortant de cette salle, on rentre dans le hall des machines en mouvement ; en suivant le dessous du balcon, près de la grande papeterie, on arrive à l’exposition de la maison Menier, où se trouvent des fils et des câbles de toutes les grosseurs, les objets en ébonite les plus variés, godets isolateurs, pompe à acides ; nous remarquons les seaux et les vases de la pile imaginée par M. Gaston Tissandier, pour l’aérostat dirigeable qu’il a construit avec son frère, ainsi que les récipients d’une autre pile, employée plus tard par MM. Renard et Krebs, pour des expériences semblables. M. E. Barbier expose à côté de là ses différents modèles de piles Leclanché. Puis, M. Gaston Planté, l’éminent savant auquel on doit les accumulateurs, nous montre sa batterie rhéostatique, ses remarquables arborisations produites par l’étincelle électrique, son procédé de gravure sur verre, ses couples secondaires, etc. Disons en passant que le jury a tenu à honorer particulièrement M. G. Planté, et qu’il l’a placé sur la liste des récompenses aussitôt après l’État belge, pour un diplôme d’honneur. M. de Montaud expose, à côté, des piles au peroxyde de plomb, avec zinc allié, dont la force électromotrice serait supérieure à 2 volts, d’après le prospectus. M. P. Barbier a toute une installation de sonneries rondes système de Bedon, et des sonneries Abdanck, fonctionnant sans pile par le bouton magnétique. Il expose en même temps les aimants et les téléphones du l)r Ochorowicz, un appel phonique Sieur, des modèles de la pile Lalande et Chaperon, un nouveau modèle de voltmètre et d’ampère-mètre système Deprez et d’Arsonval. MM. Sautter et Lemonnier ont mis près de là une de leurs voilures militaires pour projection, avec l’appareil Mangin. En retournant à droite, on trouve les appareils médicaux de M. G. Dupré, puis M. Boivin avec la cible électrique, la serrure qui peut être ouverte et fermée à distance, le contrôleur de ronde avertisseur d’incendie pour théâtres; M. Mors, avec le système de signaux pour chemins de fer, occupe un emplacement considérable. Derrière lui se trouvent les expositions de M. Warnon, avec un nouveau modèle de sa pile genre Leclanché, qui donne, dit-il, 10 à 12 ampères et 1 volt 58 ; de M. Chaudron avec sa pile thermô, de M. Coudray avec le compteur décrit récemment dans La Nature et un ampère-mètre industriel nouveau système. A côté se trouve l’exposition très complète de la Société des téléphones de Paris, qui a installé une rosace de bureau cental ; tous les appareils construits par cette société se trouvent là, et ils sont nombreux. Citons seulement comme nouveauté, un nouveau système permettant d’installer quatre postes indépendants sur le même fil, ce qui réduira le prix des abonnements pour un même immeuble. Nous trouvons ensuite la maison Houry et Aboilard (Bonis) qui fabrique des câbles, des fils cou-
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- LA NATURE,
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- verts et spécialement des fils d'une très grande finesse. Nous arrivons alors aux dynamos en mouvement. Nous retrouvons là MM. Scrive-Herinitc et C,e qui exposent des dynamos type « Phœnix » dont une pour mille lampes à incandescence de seize bougies doit fonctionner prochainement. Ensuite MM. Jaspar de Liège, Spiecker et Cie de Cologne, Schuckert de Nüremberg, la Société « l’Elec-trique », la Compagnie générale d’électricité, M. Pieper de Liège, MM. Ganz et Ci0 de Budapest, les usines de Gilly, exposent tous des machines et des lampes de différents systèmes, qui le soir sont employées à l’éclairage des jardins, pavillons et bâtiments de l’Exposition. Signalons tout particulièrement l’installation Ganz et Cle avec les machines et les transformateurs perfectionnés de MM. Zipernowsky et Deri, qui paraissent résoudre d’une façon pratique l’éclairage par une station centrale. Dans l’exposition de M. Jaspar on voit un très joli lustre entièrement en verre de Venise pour lampes à incandescence. C’est un produit de la verrerie Murano qui fonctionne dans la galerie du travail. Non loin de celte verrerie, se trouve une des choses les plus remarquables en électricité ; c’est l’usine de la Société électro-métallurgique de Gênes qui traite des minerais de cuivre renfermant du plomb, du fer, de l’argent, du soufre, etc. La matte obtenue sous forme de plaques épaisses par une fusion à 1050° sert d’anode à un bain dans lequel une très mince feuille de cuivre sert de cathode; le courant est fourni par une machine dynamo et le cuivre pur se dépose sur la cathode qui arrive à avoir un centimètre d’épaisseur.
- Dans les usines exploitées par la Société, vingt dynamos Siemens sont employées pour opérer le dépôt ; chacune peut fournir 250 ampères à 12 cuves qui contiennent chacune 16 cathodes et 15 anodes. La production du cuivre pur est de deux tonnes par jour.
- Dans une autre partie du hall, au bout de l’exposition des wagons belges, la maison Ducommun de Mulhouse a installé un atelier où des raboteuses, des fraiseuses, des tours, etc., sont actionnés par des dynamos servant de moteurs ; le courant leur est envoyé par d’autres dynamos placées non loin de là et qui servent aussi à l’éclairage. Du même côté, MM. Saxby et Former de Londres exposent un système de block et d'enclenchement combinés pour signaux de chemins de fer et MM. Spiecker et Ci8 de Cologne, des dynamos qui sont actionnées par des machines à gaz Otto d’un nouveau modèle.
- Nous pensons avoir passé en revue tout ce qu’il y a d’intéressant, et il ne nous reste plus qu’à parler de l’éclairage. Les jardins sont éclairés tous les soirs par une quarantaine de lampes à arc et une quantité de lampes à incandescence. Un petit kiosque où est installé le pulsomètre de la cascade produit un très joli effet avec des lampes vertes, jaunes et rouges. Le jet d’eau du grand bassin se colore aussi, par moment, de teintes changeantes. Cet effet est obtenu en plaçant des verres colorés devant un des 6 puissants foyers Gulcher qui éclairent la façade monumentale et qui sont disposés par groupe de 5 de chaque côté du bassin. Le kiosque des musiciens éclairé par 150 lampes Gérard à incandescence et par 12 régulateurs de Puydt, fait aussi très bon effet. Le hall des machines et la grande nef centrale qui y conduit, ne sont éclairés que 3 fois par semaine. La lumière y est répandue à profusion malgré les vingt-quatre mille mètres qu’il s’agit d’éclairer. Il est vrai qu’une force de 1800 chevaux est employée a faire tourner les dynamos et que plus de 260 régulateurs de 1000 à 1800 bougies chacun, sont en activité, sans préjudice de nombreuses lampes à incan-
- descence placées un peu partout. L’examen détaillé des différents systèmes nous entraînerait trop loin et dépasserait notre but; d’autres collaborateurs traiteront la question plus complètement et avec plus de compétence. Pour nous, nous arrêtons ici cette revue, heureux si nous avons réussi à ne rien omettre de ce qui mérite d’être vu par les électriciens, dans les vastes locaux de l’Exposition universelle d’Anvers. G. Mareschal.
- Anvers, le 7 septembre 1885.
- LES ORGANISMES PROBLÉMATIQUES
- DES ANCIENNES MERS (Suite et fin. — Yoy.p. 211.)
- 11 fallait, avant tout, faire disparaître l’objection tirée du mode de fossilisation en demi-relief, propre à ces organismes, assimilés pour cet unique motif aux traces et pistes des animaux inférieurs. J’ai donc démontré, par de nombreux exemples empruntés à des terrains très différents d’àge et de composition, ([ue des tronçons de tige et des rameaux entiers de Conifères avaient été conservés au moyen du même procédé fossilisateur, que les rhizomes de Nymphéa-cées et jusqu’à des feuilles entières de ces plantes aquatiques ne présentaient, à l’état fossile, qu’une seule de leurs faces (fig. 1 et 2). Cette face est d’ailleurs si fidèlement rendue, avec les plus petits reliefs et les moindres accidents de la surface, qu’on y distingue jusqu’à des larves de phryganides dont les minces tubulures, relevées en saillie, s’observent encore de nos jours appliquées contre le revers des feuilles de Nénuphars, en contact avec l’eau; tandis que ces mêmes larves sont toujours absentes de la superficie. De pareils effets sont dus sans doute, en grande partie au moins, à la pression qui, s’exerçant dans un sens vertical relativement au plan des couches, à mesure que celles-ci se déposaient, à mesure également que le végétal perdait de sa fermeté et se dissolvait peu à peu, a entraîné finalement l’application de la matière séilimenteuse, demeurée ductile, contre celle des parois du moule qui offrait le plus de résistance à la déformation ; cette paroi était presque toujours l’inférieure. Les rhizomes de nénuphars sont particulièrement instructifs à cet égard : ils montrent tous les passages depuis le moule comblé par remplissage, mais si fortement comprimé que l’une des faces, en partie adhérente, se détache difficilement de la roche à laquelle elle est presque incorporée, tandis que l’autre face garde encore, avec son apparence extérieure fort nette, des traces de résidus charbonneux pulvérulents. Ici, la consistance inégale des tissus a rendu leur dissolution plus lente et introduit des différences selon les cas. Certaines parties des anciens rhizomes, surtout les lambeaux détachés et les restes échappés à la morsure des animaux qui s’en nourrissaient, plus rapidement dissous, ont donné lieu à des moulages, merveilleux de fidélité, de leur superficie extérieure, le côté
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- LA NATURE.
- correspondant à l'intérieur ayant, au contraire, entièrement disparu dans tous les cas.
- Les mêmes phénomènes, les mêmes procédés fos-silisateurs sont évidemment applicables aux Algues des mers primitives, spécialement aux Bilobites et aux Yexillées(fig.3 et 4).
- Ces corps, il est vrai, s’écartent beaucoup des formes actuelles ; elles ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons ; mais comment s’en étonner! Le monde des plantes marines n’a pas subi moins de changements que celui des plantes terrestres. Quoi de plus éloigné des végétaux qui croissent sous nos yeux que les Sigil-laires, les Bornia ou les Cordaïtés de l’époque carbonifère, dont on a eu tant de peine à déterminer les véritables affinités. Que serait-ce si nous n’avions de ces plantes, au lieu de restes charbonnés ou convertis en silice, que des moules incomplets en demi-relief! Les formes d’Algues qui nous sont familières, s’effacent ou disparaissent promptement, dès que l’on s’enfonce dans un passé tant soit peu reculé, et les mers primitives se trouvent alors peuplées d’organismes dont il est difficile, sinon impossible, de déterminer le rôle et de définir la structure.
- Les mers paléozoïques paraissent avoir été particulièrement favorables à la multiplication de ces organismes. Certains fonds en étaient littéralement peuplés. Couchés les uns sur les autres, accumulés, se superposant, se croisant, s’entremêlant, ils paraissent avoir été recouverts et fossilisés sur place, dans la situation horizontale qu’ils occupaient naturellement. Cet enchevêtrement, dont les Bilobites offrent tant d’exemples, s’oppose à la supposition qu’il s’agirait de simples pistes. Les pistes se croisent et se traversent, la dernière effaçant les autres, mais elles ne sauraient se surmonter, se replier ni s’entrelacer, ce que font les Bilobites. Celles-ci présentent souvent leurs parois latérales ou
- se détachent même tout entières du bloc qui les renferme. Les stries qui les recouvrent et partent du sillon médian [tour se diriger vers les bords sont souvent d’une précision de contour surprenante ; elles dessinent des linéaments onduleux et ramifiés
- en réseau ; elles forment des costules sinuées si nettes, qu’il paraît impossible a un observateur attentif, familier avec l’étude des fossiles végétaux, de les prendre pour des vestiges de progression qui, d’ailleurs, se seraient bientôt effacés, tandis que les Bilobites, quels que soient leur nombre et leur assemblage, présentent constamment une netteté relative, incompatible avec l'hypothèse de M. Nathorst et de ses partisans. L’incertitude à l’égard de ces organismes vient surtout de l'impossibilité de saisir leur mode de terminaison. Ils se prolongent, se surmontent et se croisent sans laisser voir comment ils finissent. Les stries superficielles qui les couvrent sont-elles de simples rugosités ou tra-struc-formée
- d’anneaux, de canalicules ou de tubulures entremêlés et formant tissu ? Cette structure est effectivement celle de certaines algues actuelles, très simples et unicellulaires , que l’on nomme Siphonées, et dont l’unique paroi cellulaire donne naissance à des replis et a des prolongements d’une finesse parfois extrême, mais dépendant toujours de la cavité qui les produit en se modifiant.
- Les Vexillées sont encore plus étranges, s’il se peut, que les Bilobites. Elles sont formées de lobes ou palmettes diversement repliés ou involutés, naissant les uns des autres, s’allongeant, se groupant ou se contournant et présentant les apparences les plus variées. Souvent confuses et à peine discernables, elles accusent parfois une étonnante précision d’aspect. Malgré tout, et la réllcxion s’applique aussi
- Fig. 1. — Fossilisation eu demi-relief. Brachyphyllum nepos, Sap.
- Fig. 2. — Anæctomeria Henaulti. Sap. Portion de rhizome fossilisé en demi-relief d’une Nymphéacée des meulières de Longjumeau, étage du calcaire de Brie, d’après un échantillon du Muséum de Paris. Communiqué par M. R. Renault.
- Réduction de 1/3.
- (luisent-elles une ture intérieure,
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- aux Panescorsea, ce sont toujours là des corps uniquement formés de parties similaires, ajoutés à la file et multipliés par l’adjonction terminale ou périphérique de lobes, d'anneaux ou de coslules, indéfiniment prolongés.
- Pour tenter au moins d’éclaircir par analogie une structure aussi énigmatique, j’ai étudié et décrit dans les plus petits détails une catégorie de fossiles marins, aussi problématiques que les précédents, mais fossilisés autrement, c’est-à-dire par le remplis-
- Fig. 3. — Bilobites. Ililo biles Goldfussi fUouj,_Sa|i.
- Fig. 4. — Yeïiliéos. Yexiüum Iiouvillei, j>A\K
- sage successif et l’injection de tous les vides correspondant aux cavités intérieures. Ces fossiles, très imparfaitement connus jusqu’ici, sont les « Gyro-litlies » dont M. le professeur Dewalque m’a procuré de très beaux exemplaires.
- La substance organique ne s’est ici dissoute qu'après l’opération du remplissage des cavités intérieures par une matière sédimentaire très fine et très jdastique à laquelle l’eau a servi de véhicule. 11 se trouve donc, à la faveur de cette circonstance, que les plus petits détails de structuré ont été sauvegardés et peuvent être observés, en tenant compte toutefois de la particularité que les pleins actuels se rapportent aux vides de l’ancien organe.
- Les Gyrolithcs se présentent à nous sous l’aspect de corps cylindriques, diversement repliés ou contournés en spirale; on dirait d’un boudin ou ressort hélicoïde (fig. 5). Leur superficie est lisse ou du moins unie, mais en même temps marbrée de linéaments sinueux ou de légers sillons disposés en un réseau irrégulier. Au-dessous de cette croûte superficielle qui semble correspondre à une paroi faiblement incrustée de
- calcaire, on découvre une zone ou étui formé d’une multitude de ramifications entrelacées qui représentent tout un plexus de tubulures rampantes et sinueuses, qui partaient d’une cavité centrale, comblée par la matière du sédiment, pour aller aboutir à l’extérieur. Dans ce mouvement les tubulures suivaient en se ramifiant une direction des plus obliques et l’accolement des sommités étroitement contiguës des dernières subdivisions tubuleuses, soudées entre elles, constituait le pourtour de l’organisme fossile. C’est par injection que ces prolongements cellulaires si délicats ont conservé intacte leur disposition caractéristique, et il suffit d’une comparaison attentive pour reconnaître dans cette structure celle qui caractérise les Siphonées en général, particulièrement les Siphonées actuelles, bien que celles-ci diffèrent morphologiquement des anciennes Gyrolithcs. Mais entre les diverses types de Siphonées actuelles, comparés entre eux, en dépit de leur structure uniformément unicellulairc, les mêmes différences se laissent remarquer et elles dépendent des diversifications, pour ainsi dire indéfinies, qu’en-
- Fig. 5. — Gyrolithcs. Gyrolithcs Davreuxi.
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- LA NATURE.
- traînent les modifications d’un plan essentiellement mobile dans sa simplicité même.
- Si l’on compare impartialement les Gyrolithcs et les Siphonées en général, considérées au point de leur structure intime, avec les Chondritées, les Tao-nurus, les Bilobites, les Vexillées, etc., on reconnaîtra qu’aucune incompatibilité ne sépare ces types et qu’ils ont pu faire aisément partie d’une seule et même catégorie organique, c’est-à-dire qu’ils ont sans doute constitué des organismes du même ordre. Qu’on veuille les supposer également formés de prolongements cellulaires toujours émis pour chacun d’eux, selon une disposition déterminée, diversement agencés selon le type que l’on considère, et provenant toujours du dédoublement d’une cavité aux parois extensibles, avec des passages et des termes divers entre une simplicité absolue et une extrême complexité, et l’on obtiendra sans peine, d’une part, la cavité unique qui semble avoir caractérisé les Palæophycus, conformés comme des doigts de gants, d’autre part, les ramifications sympodiques, multiples et librement étalées des Chondritées; d’autre part enfin, les thalles aux parois résultant de prolongements tubulaires entremêlés et dépendant d'une cavité centrale ou périphérique, tels que nous lés montrent les Gyrolithes et tels aussi que les Taonu-rus et les Bilobites ont dù les avoir ; tout cela au travers d’une foule de variations individuelles dont il est impossible de juger à l’inspection seule des moules.
- Ce sont là, dira-t-on, de simples présomptions, appuyées, il est vrai, d’un commencement de preuve. Mais, dans une question aussi obscure et aussi controversée, c’est bien quelque chose que d’avoir à invoquer des indices. Aux observateurs et aux chercheurs incombe la tache de les suivre, de les réunir, d’en accroître le nombre et la portée, d’en préciser le sens, jusqu’au moment où une clarté plus vive venant à se répandre, il sera permis d’atteindre la solution définitive. N’est-ce pas ainsi que procède presque toujours la science, surtout la science d'observation? Marquis de Saporta.
- CHIMIE SANS APPAREILS
- Lorsqu’on s’occupe d’analyse chimique qualitative, il y a nécessité de changer de récipient presque à chaque réaction ; ou bien on est astreint à des lavages fréquents qui, s’ils ne sont pas effectués convenablement, peuvent compromettre les résultats de la réaction subséquente. On a cherché à s’affranchir de ces sujétions, et, parmi les moyens indiqués, un des meilleurs consiste dans l’emploi des capsules enfumées proposées par M. Violette : voici comment s’exprime l’auteur sur la préparation de ces capsules :
- « J’appelle capsule enfumée un petit godet en porcelaine enduit de noir de fumée par immersion dans la flamme d’une bougie. Une goutte d’eau ou de dissolution saline, déposée avec soin dans cette capsule, y prend la forme globulaire, limpide comme une perle de cristal,
- sans adhérence avec l’enduit eharbonné, et l’addition dans ce globule d’une autre goutte de solution saline ou d’une parcelle solide de réactif, y produit tous les phénomènes de coloration, de précipitation et de cristallisation, avec une grande évidence et une parfaite netteté. L’œil y saisit et y suit les moindres changements rendus plus manifestes par le grossissement lenticulaire, sans être gêné par l’interposition de la paroi de verre servant ordinairement de récipient. Le phénomène étant observé et constaté, on projette au dehors le globule par une légère secousse de la capsule, qui reste nette, sans résidu, et parfaitement propre à l’examen d’une autre réaction, sans aucun mélange avec la précédente : le vase est pour ainsi dire propre sans qu’il soit besoin de le nettoyer, et l’on n’a pas à craindre ces souillures, mêmes légères, qui dans les vases ordinaires compromettent quelquefois les résultats analytiques.
- « La capsule, qui n’a que 0m,022 de diamètre, n’est autre qu’un des plus petits godets en porcelaine en usage pour les couleurs à l’eau; pour la plonger dans la flamme, on la saisit avec des pinces ; mais on la manie plus facilement en lui adaptant avec de la colle forte un disque mince en liège dans lequel on enfonce une épingle servant de poignée. Il faut user de précaution pour enfumer convenablement une capsule ; on doit plonger celle-ci à plusieurs reprises, avec des alternatives de refroidissement, dans le tiers supérieur de la flamme d’une bougie. La couche de fumée doit présenter une teinte égale d’un beau noir ; si elle est trop mince, elle se mouille au contact du globule qui s’étale et disparaît ; elle doit avoir une épaisseur suffisante que l’expérience fait bientôt connaître. Il faut attendre que la capsule soit bien refroidie avant d'y déposer un globule, car autrement elle se mouillerait. L’enduit eharbonné est mouillé instantanément par les liquides acides, alcooliques et éthérés, et les solutions aqueuses y prennent seules la forme globulaire. »
- On peut encore simplifier cette manière d’opérer en mettant à profit la propriété que possèdent les feuilles de quelques végétaux de n’être pas mouillées par l’eau et les dissolutions salines aqueuses. Parmi ces feuilles, celles de la capucine ont une forme qui se prête plus spécialement à ce genre d’emploi. Lorsqu’on les tient par le pétiole, leur face supérieure présente une dépression dans laquelle on peut facilement déposer un gloBule; on peut donc avec ces feuilles procéder exactement comme avec une capsule enfumée. Quant le mouillage d’une feuille a lieu, ce qui arrive forcément après quelques réactions, rien n’est plus facile que de la remplacer par une feuille nouvelle, et nous sommes à une époque de l’année où chacun peut en faire la vérification. G. Sire.
- Besançon, le 9 septembre 1885.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DE LA PETITE VILLE DE TRÉBERG
- La petite ville de Tréberg, renommée depuis longtemps pour sa fabrication d’horloges de la Forêt Noire, compte environ 2500 habitants. Elle est située au fond de la vallée de Gutach, à 2300 pieds au-dessus du niveau de la mer, et est entourée de toutes parts de collines d’au moins 1000 pieds de hauteur. La Gutach, après avoir traversé un bois de sapins de 600 pieds de largeur sur un lit de rochers de granit des plus raides, tombe au pied de la
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- montagne et forme la célèbre chute d’eau qui couronne ce site, un des plus beaux de l’Allemagne.
- Sur les rives de ce torrent se sont établies une quantité de fabriques ; la chute principale n’est pas utilisée : on a tiré parti du dixième de la puissance disponible.
- Jusqu’ici les rues de la ville étaient misérablement éclairées au pétrole; pour satisfaire les nombreux visiteurs de cet endroit pittoresque, on reconnut nécessaire d’installer un éclairage plus parfait. Fallait-il recourir à un plus grand nombre de lampes à pétrole, au gaz ou à l’électricité; la force motrice dont on disposait fit donner la préférence à l’électricité. L’extension de l’éclairage au pétrole eût été moins coûteuse au point de vue des frais de premier établissement, mais moins économique au point de vue de l’entretien. Quant au gaz, bien qu’une usine établie dans la localité aurait pu desservir également les particuliers, cette considération fut de peu de valeur, vu que cet éclairage ne serait pas revenu meilleur marché que celui au pétrole.
- Les frais de premier établissement d’une installation à lampes à incandescence ou à lampes à arc sont à peu près les mêmes ; on donna toutefois la préférence à ces dernières, en raison de ce que, à puissances égales, l’arc donne dix fois plus de lumière que l’incandescence, l’avantage de pouvoir disposer de dix fois plus de points lumineux rappelant assez les brûleurs au pétrole et au gaz, n’étant pas à comparer avec le premier. Les lampes à arc produisent un effet imposant par leur éclat ; il est vrai, par contre, que la non-uniformité de l’éclairage n’en est que plus sensible lorsque les lampes sont un peu trop éloignées. D’autre part, la ville de Tréberg devenant de plus en plus importante, par suite de l’affluence des visiteurs qui y viennent foire des cures de bon air, il n’y avait pas lieu de s’arrêter à la dépense d’entretien causée par le renouvellement des charbons.
- L’installation a été faite par la maison Weil et Neumann, de Freiburg, qui y a appliqué son système de lampes et de dynamo (cette dernière a une grande ressemblance avec la machine Gramme). Le projet est établi pour 12 lampes, en deux circuits de 6 lampes actionnés chacun par une machine. La force motrice est fournie par une roue en dessus, qui se trouve à peu près au milieu de la grande rue, et actionne un moulin pendant le jour. Moyennant une rétribution annuelle, cette roue est louée à la municipalité. Jusqu’à présent, 9 lampes seulement ont été allumées, G en ligne droite dans la grande rue et 3 dans les rues transversales. Il paraît que la force motrice n’est pas suffisante pour les 3 restantes. La chute utilisable est de 4 mètres et on ne manque pas d’eau, mais la roue trop étroite en prend trop peu. Il conviendrait donc d’établir une roue spéciale pour l’éclairage.
- Cette installation fonctionne actuellement très réguliè-- rement. L’effet est magique, principalement lorsque, placé sur une hauteur, on plonge le regard dans la vallée. Les 9 lampes paraissent amplement suffisantes pour propager la lumière sur tous les points. Chaque lampe produit environ 1500 bougies.
- Toute l’installation a coûté 18 500 francs; elle eût été évidemment plus coûteuse si l’on avait fait l’acquisition d’un moteur spécial et d’un bâtiment ad hoc. Les charges annuelles pour l’entretien, l’intérêt et l’amortissement s’élèvent à 50 pour 100 de plus que celles qui étaient relatives à l’ancien éclairage au pétrole, mais aussi on a dix fois plus de lumière *. N. T.
- 1 D’après Y Electricien.
- U FORCE ET L’ÂDRESSE
- (Suite. — Voy. p. 180.)
- LES ACROBATES
- Le grand Buffon disait : « L’homme ne connaît pas ses forces, il ne sait pas ce qu’il perd par la paresse et l’oisiveté ; il ignore ce qu’il pourrait gagner par un travail assidu et la pratique d’un long exercice. »
- Cette remarque du savant philosophe trouve sa démonstration dans les exercices des disloqués et des gymnastes.
- Chez les personnes ne s’adonnant pas d’une façon continue aux exercices du corps, les articulations finissent par moins bien fonctionner, par devenir rebelles à l’exécution des mouvements qui ne rentrent pas dans la série de ceux qu’elles ont l’habitude d’exécuter journellement. D’un autre côté, les muscles se refusent à une extension un peu étendue s’ils en ont perdu l’habitude ; si l’individu qui est dans ces conditions veut exécuter un tour de souplesse, veut ramasser un objet par terre, faire toucher les bras derrière son dos, aussitôt toutes ses articulations, ses ligaments, ses muscles résistent, protestent et ne cèdent qu’aux dépens d’une douleur ou tout au moins d’une gêne plus ou moins vive. Mais si ses organes sont sollicités très fréquemment, ils s’accoutument à exécuter des mouvements qui étaient nouveaux pour eux et auxquels ils résistaient tout d’abord; alors les articulations cèdent peu à peu, les ligaments s’assouplissent, les muscles s’allongent et se développent.
- Le corps humain est, en effet, susceptible d’acquérir une souplesse, une élasticité et une agilité telles que les acrobates, les disloqués, les hommes serpents, les gymnastes, semblent posséder des organes différents, avoir des articulations nouvelles comparativement à leurs spectateurs.
- Parmi les principaux exercices exécutés par les acrobates de ce genre, on peut citer ceux que répète chaque soir au Cirque d’été le singulier disloqué, M. Sarina, qui fait de son corps un tel usage qu’on est tenté de croire à la vérité du surnom que lui donne l’affiche : the anatomical mystery; ces exercices sont les suivants (fig. 2) :
- Faire toucher la tête à son dos, à ses reins; dans cette position appliquer les mains sur le sol de façon à être complètement plié en deux en arrière ; passer la tête, toujours étant renversé, entre ses jambes ; y passer les épaules.
- Se dresser sur les mains, placer les pieds sous les aisselles, sur les épaules, sur la tête.
- Avancer les jambes de façon que les jarrets reposent sur les épaules, et marcher dans cette position.
- L’acrobate qui mange avec son pied est appuyé sur les mains, le corps et les jambes renversés pardessus sa tète ; a son talon est fixée une fourchette à l’aide de laquelle il saisit des morceaux de pain placés en face de lui et les porte à sa bouche.
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- Tonte cette série d’expériences repose sur la flexibilité de la colonne vertébrale.
- L’articulation de la hanche (coxo-fémorale) suffisamment assouplie permet aux acrobates d’exécuter d’autres tours, tels que : placer ses deux membres inférieurs sur une même ligne horizontale ; étant assis sur une table, par exemple, il peut étendre ses jambes de façon à ce que toute leur partie inférieure soit en contact avec la surface de cette table ; il peut, dans cette position, faire tourner un de ses membres inférieurs autour du corps pris comme centre.
- L’acrobate peut également, ayant les pieds appuyés sur deux chaises, rester les jambes horizontales le corps suspendu au-dessus du vide.
- Tout le monde a vu de ces acrobates qui, étendus sur l’ouverture d’un petit tonneau, se plient subitement et disparaissent dans celui-ci.
- Le tonneau, étant d’un faible diamètre, constitue un .véritable tube, exigeant que l’acrobate qui y est renfermé soit complètement plié en deux et chaque jambe à l’état d’extension, c’est-à-dire que la cuisse et la jambe doivent être sur une même ligne. Or cette extension complète du membre inférieur, alors que le corps est incliné vers ce membre, est très pénible.
- C’est l’extension .de l’articulation du genou et du jarret qui constitue la difficulté de cet exercice d’amateur, consistant à toucher le sol avec la main, sans plier les jarrets, ou à ramasser, dans les mêmes conditions, une pièce de monnaie ou une épingle.
- Les exercices des gymnastes sont non moins curieux. On voit souvent deux ou trois jeunes gens exécuter sur un ou plusieurs trapèzes placés à une grande hauteur, les tours les plus difficiles, et les plus audacieux ; on les voit s’élancer d’un trapèze, franchir l’espace pour, aller à 7, 8, 10 mètres en atteindre un autre, et cela avec une aisance, une sûreté telle, que le spectateur qui les contemple tranquillement étendu dans un fauteuil, est presque porté à croire qu’il est très facile de sauter d’un trapèze sur l’autre en faisant des culbutes.
- La manière dont les gymnastes atteignent leur appareil au haut du théâtre ou du cirque, et celle dont ils en descendent est aussi à considérer : quelques-uns se laissent hisser par des machinistes à l’aide
- d’une corde passant sur une poulie, d’autres s’enlèvent eux-mêmes en tirant sur l’autre extrémité de la corde ; ces deux systèmes sont naturellement peu fatigants.
- Mais quelques-uns grimpent le long d’une corde avec les pieds et les mains, ou même avec les mains seules, en les portant alternativement l’une au-dessus de l’autre; ceux-là exécutent un tour de force remarquable, car, à chaque flexion du bras, l’effort dépasse 60 ou 70 kilogrammes et est répété dix, quinze, vingt fois de suite, suivant la hauteur à laquelle se trouve le trapèze.
- La descente des gymnastes présente les mêmes variétés, les uns se laissent simplement tomber dans le filet, d’autres glissent le long d’une corde : une jeune femme gymnaste se laisse glisser lentement, d’une façon excessivement gracieuse. Une de ses jambes enroulée autour de la corde — celle-ci était tendue par des aides, — le corps penché en arrière, elle descendait lentement en prenant de jolies poses, agitant deux drapeaux, accélérant ou retardant sa vitesse par la seule pression de ses muscles contre la corde (fig. 1).
- Certains gymnastes présentent cette particularité de se servir de leurs pieds comme moyen de préhension dans les exercices qu’ils exécutent. A ce point de vue ils se rapprochent des singes et arrivent à rivaliser avec ceux-ci comme agilité, ou bien à les imiter d’une façon saisissante. Les gymnastes japonais excellent surtout sous ce rapport, et l’on se rappelle que l’un d’eux s’est exhibé à Paris il y a quelques années sous le nom d'homme-singe. Revêtu d’un costume approprié à son rôle, il grimpait le long d’une perche, s’accrochait par les pieds à une corde, se balançait ainsi, sautait, gambadait, faisait des culbutes et exécutait, en un mot, une multitude d’exercices aussi bien, si ce n’est mieux, que n’eût pu faire un singe réel.
- Une troupe de Japonais, qui s’est montrée en 1884 dans divers théâtres et cirques de Paris, exécutait également des tours extraordinaires, et les gymnastes qui la composaient se servaient aussi avec une grande habileté et une grande énergie de leurs pieds nus.
- Parmi les exercices exécutés par cette troupe les plus remarquables étaient les suivants (fig. 3) :
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- Fig. 5. — Exercices de gymnastes japonais. — L'échelle ; la double suspension sous uu trapèze ; la perche.
- L’exercice du bambou : une perche de bambou ment en équilibre, sa base appuyée sur la ceinture*
- longue de 5 à G mètres était maintenue verticale- d’un des acrobates. Sur cette lige grimpait alors un
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- jeune garçon d’une douzaine d’années dans le pittoresque costume japonais. Ses pieds étaient nus.
- Pour grimper à cette perche, il la saisissait entre son gros orteil et les autres doigts, ses mains étant portées alternativement l’une au-dessus de l’autre ; il marchait en somme le long de cette tige.
- Arrivé au sommet du bambou, il exécutait divers tours : ainsi, appuyant un pied sur la tige et la saisissant d’une main par la partie supérieure, il restait suspendu dans le vide, son corps formant un X.
- Prenant ensuite la tige entre ses deux mains légèrement espacées, il portait son corps horizontalement, exécutant à peu près ce qu’en gymnastique on appelle le drapeau. Il se suspendait par les pieds, la tête en bas, se laissait glisser dans cette étrange posture. Il se fixait accroupi le long de la tige, une seule jambe entourant celle-ci, et le pied de l’autre jambe appuyé fortement de l’autre côté, il se maintenait par la seule pression de ces deux points; alors croisant les bras, il agitait un éventail ou saluait le public.
- Dans l’exercice de Yéchelle brisée, le jeune gymnaste commençait ses tours sur une échelle tenue verticalement en équilibre par un autre Japonais, qui plaçait un des montants tantôt à sa ceinture, tantôt sur son épaule. Tout à coup l’échelle se séparait en deux, l’un des montants et les barreaux tombaient sur le sol, sur l’autre montant le gymnaste continuait ses exercices; comme mise en scène et comme étant propre à exciter l’émotion des spectateurs, ce tour était remarquable.
- Citons encore un autre tour de ces acrobates japonais. L’un d’eux, suspendu par les jarrets à un trapèze, tenait dans ses mains un cadre duquel pendaient deux perches, sur celles-ci deux jeunes gymnastes se livraient symétriquement aux mêmes exercices. A un certain moment, placés au sommet de ces perches, accroupis dans la position que nous avons déjà décrite, ils se laissaient tout à coup rapidement glisser, et ce n’est qu’arrivés à l’extrémité inférieure de ces perches que, par une simple contraction des muscles, par une simple pression exercée entre un de leurs jarrets et la plante du pied de l’autre jambe, qu’ils parvenaient à s’arrêter juste au moment où une chute semblait imminente.
- On se rappelle cependant qu’un jour aux Folies -Bergère, l’un d’eux ne put s’arrêter à temps et tomba dans la salle sur une jeune dame qu’il blessa assez grièvement; lui, ne se fit aucun mal.
- — A suivre. — GüïOT-DaUBÈS.
- LA MIGRATION DES PLANTES
- Plantes introduites accidentellement. — On a souvent signalé l’introduction accidentelle de plantes qui s’acclimatent parfois, mais qui généralement finissent par disparaître au bout de quelques années. Un des cas les plus fréquents est l’introduction de graines par la toison des moutons
- achetés au loin, ou par les laines d’importation étrangère Le Bulletin de l'Institut d'Essex nous en apporte une nouvelle preuve.
- Les établissements de peignage du Massachusetts reçoivent des laines de toute provenance ; il en arrive de l’Amérique du Sud, du cap de Bonne-Espérance, de l’Australie, de l’Asie Mineure, de l’Espagne et d’autres contrées de l’Europe. M. William Alcott a porté ses observations sur un peignage des environs de Lowell, dans le nord de l’Etat de Massachusetts. Les laines y arrivent principalement de Californie ; ces dernières ont grand besoin d’être débarrassées des matières étrangères ; elles sont surtout souillées par deux sortes de graines épineuses : celles du Xanthium strumarium, que les peigneurs appellent Mestizoes, et les gousses spirales du Medicago denticulata, qu’ils nomment Alfaquas. Toutes ces impuretés sont jetées dans des fosses où l’on fait arriver les eaux du lessivage; le tout est ainsi converti en un engrais. Mais beaucoup de graines résistent à ce traitement, ou s’éparpillent avant qu’on ne les jette dans les fosses, et il en résulte que les terrains du voisinage deviennent une sorte de jardin botanique, où M. Alcott n’a pas trouvé moins de 36 espèces de plantes étrangères au pays. Un bon tiers viennent d’Europe; telles sont sans doute YErodium cicutarium, les Medicago denticulata et minima, les Xanthium strumarium et spinosum, YEchinospermum Lappula, la Festuca myurus, YHordeum murinum et le Polypogon Monspeliensis, etc. 11 serait curieux de retrouver les étapes de leur voyage à dos de mouton. Mais le cas le plus remarquable est celui d’une composée, la Microseris Douglasii Gray, qui n’avait jamais été retrouvée depuis sa découverte par Douglas, il y a près de cinquante ans.
- Dissémination des graines. — Le Bulletin de l'Institut d’Essex renferme encore un article fort intéressant de Mlle Mary Plumer, sur la dissémination des graines. L’auteur étudie successivement les différents agents de cette dissémination. Le vent emporte au loin les graines munies d’ailes membraneuses, d’aigrettes ou appendices plumeux, ou simplement devenues plus légères par la dessiccation. — Les ouragans et les cyclones soulèvent et transportent à de grandes distances des fruits assez lourds. — L’élasticité du péricarpe projette les grains avec force loin de la plante. Les exemples de la balsamine et de Y Impatiens noli me tangére sont bien connus; d’autres sont plus frappants encore. M. Thomas Meehan rapporte qu’en traversant un bois il fut frappé au visage par des graines du Hamamelis Virginica, lancées à deux et même trois mètres de distance avec une force comparable à celle des grains de plomb d’un fusil de chasse. Une euphorbiacée, le sablier élastique (Hura crépitons) a un fruit formé de 12 à 18 coques qui, en se desséchant, s’ouvrent chacune en deux valves et se séparent de l’axe avec explosion. La force de ressort de ce fruit est si grande que les valves se
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- séparent encore, même lorsqu’on les a entourées de fils de fer.
- Les torrents emportent dans les vallées les graines qui sont tombées dans le courant ou qu’ils ont entraînées dans leurs débordements. — Dans les grands fleuves qui ont traversé des forêts, il se forme parfois de véritables radeaux, par suite de l’enchevêtrement de pièces de bois et de troncs d’arbres, et le sol de ces îles flottantes se couvre d’une riche végétation due à des graines qui ont mûri à des centaines de kilomètres en amont. Toutefois, dans les fleuves qui coulent vers le nord ou vers le sud, le changement de climat fait quelquefois obstacle à la germination. — Le transport par les glaces flottantes est bien connu. — Les courants marins sont un agent de dissémination plus efficace. Des graines lourdes, des fruits à coque dure peuvent flotter sur la mer sans perdre leur vitalité. Les noix de coco des Seychelles traversent l’océan Indien et arrivent à Sumatra. Les haricots des Indes occidentales atteignent les côtes de l’Ecosse. De grosses graines, venues de Madagascar et de l’île Maurice, contournent le cap de Bonne Espérance, et sont jetées sur les rivages de Sainte-Hélène où elles germent quelquefois. Les plantes qui parviennent ainsi dans un sol et sous un climat propices, prennent possession du pays et extirpent même les plantes indigènes. Si les îles de l’océan Pacifique sont couvertes de cocotiers, si la végétation des côtes du Brésil et de la Guyane ressemble à celle des rives du Congo, il faut problament en chercher la cause dans le transport par les courants océaniens.
- Enfin, sans parler de l’homme qui est l’agent volontaire ou inconscient de la dissémination d’un grand nombre de plantes, beaucoup d’animaux, et surtout les oiseaux, contribuent à propager au loin les espèces végétales. L’écureuil fait des provisions de fruits qu’il enfouit dans le sol ou dans les troncs d’arbres creux. Lorsqu’il émigre, lorsqu’il meurt, si les graines viennent à être déterrées, elles germent. Le fait est bien connu des Indiens, chez lesquels la tradition rapporte que les écureuils ont planté tous les bois du pays. D’après Darwin, beaucoup de poissons d’eau douce se nourrissent de graines; ces poissons sont mangés par des oiseaux tels que le héron, et ces oiseaux, dans leur vol, emportent ainsi les graines dans des étangs fort éloignés. Le séjour des graines dans l’estomac des oiseaux les rend même souvent plus propres à germer. Les baies du gui ne se reproduisent bien que de cette manière. Suivant un botaniste anglàis, les graines du Magnolia glanca portées en Angleterre, ont également besoin de subir cette digestion pour germer. Dans leurs migrations, les oiseaux transplantent ainsi des graines provenant d’un climat différent. La terre qui s’attache à leurs plumes, la boue qui reste adhérente à leurs pattes, renferment des graines capables de germer. Darwin rapporte qu’une boule de terre restée attachée à la patte d’une perdrix rouge blessée, fut arrosée et
- recouverte d’une cloche de verre après avoir été conservée trois ans. 11 n’en sortit pas moins de 82 plantes. Trois cuillerées de boue prise sous l’eau, dans un petit étang, puis cultivées, donnèrent un résultat plus surprenant encore : il en sortit en six mois cinq cent trente-sept plantes.
- C’est ainsi que les causes les plus variées contribuent à répandre sur tous les points de l’univers des végétaux originaires de contrées éloignées les unes des autres. R. Vion.
- BIBLIOGRAPHIE
- Boucher de Perthes. Sa vie, ses œuvres, sa correspondance, par àlcius Ledieu, bibliothécaire, conservateur honoraire du Musée Boucher de Perthes. Abbeville, 1885, grand in-8°. Edition de luxe, titre rouge et noir, papier teinté. — A Paris, chez Reinwald et A. Picard.
- La Science romaine à Vépoque d'Auguste. Etude historique d'après Vilruve, par A. Terquem, professeur à la Faculté des sciences de Lille. 1 vol. in-8°. — Paris, Félix Alcan, 1885.
- Lois et origines de l’électricité atmosphérique, par Luigi Palmieri. Traduit de l’italien, par Paul Marcillac et A. Brunet. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Guide pratique du photographe amateur, par G. Yieuk.le. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- Traité pratique des émaux photographiques, parGETMET. 1 vol. in-18, 5“ édition entièrement refondue. — Paris. Gauthier-Villars, 1885.
- Notice sur les rougeurs crépusculaires observées à la fin de 1883, par G.-A. Hirn. 1 broch. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1885.
- L’EAU OXYGÉNÉE
- (Suite et lin. — Voy. p. 218.)
- L’eau oxygénée conduit mieux l'électricité que l’eau pure. Aussi peut-on l’électrolyser sans addition préalable d’acide. Elle fournit alors des gaz dont la proportion et la composition varie avec la concentration de l’eau oxygénée employée. Au pôle positif, on obtient uniquement de l’oxygène. Au pôle négatif, on obtient un mélange en proportions variables d’oxygène et d’hydrogène, l’oxygène étant dû à l’action de l’électrode de platine sur l’eau oxygénée. La quantité d’hydrogène qui se dégage ne représentait dans certaines expériences que 1/30 de l’oxygène dégagé au pôle positif, ou que 1/28 en admettant une décomposition égale provoquée par les deux électrodes. Cette quantité est trop faible pour provenir d’une décomposition régulière de l’eau oxygénée, et l’on peut admettre qu’elle provient de la décomposition d’une petite quantité d’eau, grâce à l’eau oxygénée qui la rend conductrice. Alors l’eau oxygénée se décomposerait en eau et oxygène.
- Une autre hypothèse se présenterait, à savoir que l’eau oxygénée se décompose en réalité en volumes
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- égaux d’oxygène et d’hydrogène, mais que la majeure partie de l’hydrogène réduit au pôle négatif une nouvelle quantité d’eau oxygénée. Cette hypothèse tombe devant ce fait que si l’on acidulé l’eau oxygénée par l’acide sulfurique, on obtient au pôle négatif un dégagement d’hydrogène abondant, dû à la décomposition de l’eau, sans que cet hydrogène réduise l’eau oxygénée.
- M. Hanriot a étudié l’action de l’eau oxygénée sur un assez grand nombre de substances organiques. C’est dans la série aromatique que le rôle oxydant de l’eau oxygénée a paru le plus net.
- Dosage. — Les méthodes de dosage de l’eau oxygénée sont au nombre de deux : l’une, directe, en déterminant le volume d’oxygène dégagé par sa décomposition ; l’autre, indirecte, au moyen de liqueurs titrées.
- Thénard employait le dosage direct, en décomposant l’eau oxygénée, soit par la chaleur, soit par le bioxyde de manganèse.
- La décomposition par la chaleur doit être absolument rejetée; car l’eau oxygénée étendue résiste à l’action de la chaleur.
- Les différents procédés de dosages par l’une ou l’autre méthode indiqués jusqu’à ce jour étant ou trop compliquées et ne pouvant être pratiquées que par des pei-sonnes exercées, ou insuffisantes et imparfaites, donnant alors des résultats erronés et par conséquent inutiles, M. Maurice de Thierry a imaginé un nouvel appareil qui permet d’utiliser une excellente méthode de décomposition du bioxyde d’hydrogène (action du bioxyde de manganèse) et cela avec la plus grande facilité, l’opération pouvant être faite par une personne complètement étrangère aux manipulations chimiques. Cet appareil mis en pratique depuis plus d’un an déjà, par un grand nombre d’industriels et de chimistes, a donné du reste les meilleurs résultats. En voici la description : il se compose, comme l’indique la figure, de deux parties principales. La première comprend un tube gradué en 1/10 de centimètre cube pouvant contenir 10 centimètres cubes muni d’un robinet, ce tube s’adaptant sur un réservoir à trois tubulures ; l’une, bouchée à l’émeri permet l’introduction du réactif; la seconde reçoit le réservoir, et enfin la troisième, d’un plus petit diamètre, donne issue au gaz. C’est par elle que cette première partie de l’appareil, qui repose sur un support en bois, communique, à l’aide d’un tube en caoutchouc avec la seconde partie qui se
- compose d’une cloche à gaz lubulée de la capacité de 100 centimètres cubes divisée en demi-centimètres cubes, d’une éprouvette à pied servant de cuve à eau et d’un thermomètre. On a joint à l’appareil, pour plus de commodité, un petit flacon bouché à l’émeri, destiné à mettre le bioxyde de manganèse porphyrisé.
- Pour doser l’oxygène contenu dans une eau oxygénée quelconque, on introduit dans le réservoir, par la tubulure latérale, une petite pincée de bioxyde de manganèse pur porphyrisé (cette charge peut servir pour plusieurs dosages); on bouche, puis on met dans le tube gradué une quantité quelconque d’eau oxygénée, par exemple 10 centimètres cubes, on adapte la burette au réservoir, puis, la cuve étant remplie d’eau jusqu'à ce que ce liquide affleure au zéro de la cloche graduée qui s’y trouve plongée, on met en communication, à l’aide d'un tube en caoutchouc, les deux parties de l’appareil.
- Cela fait, on ouvre le robinet et on laisse couler une quantité quelconque d’eau oxygénée, par exemple 1 centimètre cube ; au contact du bioxyde de manganèse le bioxyde d’hydrogène est instantanément décomposé, tout son oxygène se dégage et passe dans la cloche graduée ; on agite légèrement l’appareil pour faciliter la réaction; au bout de deux ou trois minutes elle est terminée; alors on soulève légèrement la cloche jusqu’à ce que le niveau de l’eau qu’elle renferme coïncide avec le niveau de l’eau dans l’éprouvette, on note la division qui correspond au trait limitant le volume de gaz oxygène produit; on prend la température de l’eau de l’éprouvette, la pression barométrique, et par-un simple calcul on a la quantité d’oxygène contenue dans l’eau oxygénée soumise à l’analyse. On doit avoir soin de tenir compte de la quantité de liquide introduit dans le résevoir. Dans cet exemple, on y a laissé couler 1 centimètre cube d’eau oxygénée, c’est donc 1 centimètre cube d’air que l’on a déplacé et qui est passé dans la cloche en repoussant l’eau du trait du zéro au trait 1 ; il faut donc retrancher 1 centimètre cube du nombre de centimètres cubes de gaz indiqués sur la cloche. Cet appareil, renfermé dans une boîte, est peu embarrassant, facilement transportable et d’un emploi facile; il peut servir non seulement au dosage de l’eau oxygénée, mais encore à celui des carbonates.
- Appareil de M. Maurice de Thierry pour le dosage de l’eau oxygénée.
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- L’ÉYACUATION DES BLESSÉS
- PAR LES CHEMINS DE FER
- Quand vous passez dans une gare, soit en France, soit à l’étranger, vous voyez sur tous les wagons de marchandises une inscription : 56 hommes, 6 ou 8 chevaux. Ces inscriptions, imposées par les règlements du ministère de la guerre, indiquent qu’au moment d’une mobilisation, ce wagon doit être affecté au transport de tant d’hommes oü de tant de chevaux. L’aménagement spécial du wagon est rapide à faire, et aussitôt l’ordre donné, tout est disposé pour que les trains se succèdent sans interruption.
- La stratégie moderne a dû tenir grand compte, en effet, au point de vue du transport, aussi bien que de la concentration des troupes, de cet immense réseau ferré dont les mailles se resserrent chaque jour par la création de nouvelles lignes. Rien n’a été négligé pour assurer l’organisation de ce service ; les moindres détails sont prévus et réglés d’avance.
- Mais les chemins de fer peuvent, comme le dit un savant médecin militaire,
- M. Morache, jouer un rôle plus humanitaire, en fournissant aux armées un nouveau moyen de secours, et en diminuant, dans une certaine mesure, la terrible consommation de vies humaines que la guerre occasionne. Après des batailles, où des centaines de mille hommes viennent se heurter pendant une longue journée, le chiffre des blessés atteint des proportions effrayantes. Les ambulances, y compris même celles de réserve, suffisent à peine à assurer aux victimes un premier pansement. Il faut de toute nécessité procéder le plus rapidement possible à des évacuations ; il faut expédier loin du théâtre de la guerre des malheureux qui ont besoin de soins assidus, de pansements fréquents ou difficiles, d’une assistance régulière et à l’abri des incertitudes et des hasards de la campagne. Les voies ferrées offrent le moyen
- le plus commode d’enlever en peu de temps un grand nombre de blessés. Sommes-nous organisés en vue d’éventualités toujours menaçantes? Avons-nous un système bien défini d’évacuations? Telle est la question que vient d’étudier, dans un rapport remarquable1, M. le Dr Redard, médecin en chef des chemins de fer de l’Etat. C’est en 1859, pendant la guerre de Crimée, que l’on utilisa pour la première fois les chemins de fer pour le transport des blessés. Il n’y avait pas eu de grandes guerres depuis l’établissement des premiers réseaux ferrés, mais, quelques années plus tard, la guerre de Sécession fournit aux Américains l’occasion de témoigner de leur esprit pratique, et les médecins des grands corps d’armée formèrent de véritables trains sanitaires, dont l’organisation générale a servi de modèle a toutes les créations plus récentes. Ces trains sanitaires, véritables hôpitaux roulants, sont composés de voitures exclusivement aménagées pour le service et le transport des blessés. Pendant la campagne de 1870-71, l’Allemagne mit en circulation 21 trains de ce genre, qui furent loin de suffire aux nécessités d’une aussi longue campagne. Chaque nation s’est décidée à organiser des trains semblables, et les modèles qu’on a pu voir aux diverses Expositions ne peuvent manquer de réunir tous les suffrages. Bon aménagement, confort admirable, protection contre les intempéries de la saison, tout a été disposé pour assurer le bien-être des évacués. Mais on peut se demander si cette organisation, si parfaite qu’elle soit, répond bien au but; pour ne citer que la statistique la plus importante, le Dr Peltzer, médecin en chef des étapes à Nancy, indique que du 23 août 1870 au 5 mai 1871, il est passé par Nancy 144 290 malades ou blessés, dont 127582 par les trains ordinaires, et 17 358 en 83 voyages de trains sanitaires. Et l’on ne parle pas de tous les trains qui ont gagné l’Allemagne par Forbacli, Mul-
- 1 Transport par chemins de fer des blessés et malades militaires. In-8° avec 5ü planches. — Paris, 1885.
- Fig. 1. — Communication de wagon à wagon, la porte ouverte et les marchepieds baissés. — Garde-fou.
- Fig. 2. — Coupe d’un wagon, avec deux brancards superposés. — Disposition des amarres.
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- house, Strasbourg, ou par le Luxembourg et la Belgique. Sur cette seule ligne, les trains sanitaires n’ont donc évacué que le huitième des malades; le reste a du voyager dans des trains ordinaires plus ou moins bien aménagés pour ce service.
- Ces trains spéciaux sanitaires, pour remplir complètement leur but, devraient être presque aussi multipliés que les trains de transport de troupes; ils ne peuvent servir a aucun autre usage. Aussi comprend-on que les membres du Congrès international du service médical des armées en campagne aient condamné à l’unanimité cette organisation, j’entends comme type réglementaire. Les trains sanitaires, ce sont les termes de la proposition votée, constitués par des voitures de construction spéciale, n’ont pas d’utilité sérieuse.
- Ces trains coûtent fort cher, et l’on ne peut, dès lors, en avoir qu’un assez petit nombre, et puis, où les remiser, à quels services les utiliser en temps de paix? Dans l’avenir, si l’on réalise le vœu de quelques médecins et hygiénistes de transporter les tuberculeux des grandes villes, les malades convalescents, à de grandes distances, sur les plages maritimes, dans les contrées méridionales, alors peut-être, on pourrait organiser d’une façon définitive ces hôpitaux roulants, qui trouveraient en tout temps une application utile. 11 est évident qu’ils ont sur les wagons transformés une supériorité qui saute aux yeux.
- La transformation du matériel ordinaire des chemins de fer est pour le moment la seule solution véritablement pratique. Dans un travail important (Les trains sanitaires, 1872), le Dr Morache avait montré qu’il serait très facile d’utiliser certains types de wagons a marchandises, en y adaptant un matériel de transformation. D’autres médecins, des ingénieurs, ont k leur tour proposé des -modifications qui permettraient d’avoir autant de trains sanitaires que l’on voudrait. Je ne puis entrer dans le détail de tous ces projets. Le lecteur, que cette question intéressera particulièrement, trouvera dans le rapport de M. le Dr Redard, l’analyse de toutes ces modifications, avec planches a l’appui. J’arrive au système proposé par MM. Redard et L. Chevalier, système très simple et qui mérite d’attirer l’attention des ingénieurs et des chefs de service.
- Ces messieurs proposent de modifier légèrement la disposition des wagons k marchandises, de façon
- k les transformer en très peu de temps en wagons spéciaux pour le transport des blessés. Ils prennent comme type le wagon k marchandises couvert n° 6, de l’État, dont les dimensions sont : longueur5m,95 ; largeur 2“,52; cubant 30m,585. Ce wagon, tel qu’ils le construisent, présentent les portes latéral* ordinaires, glissant sur rails au moyen de galets, et k chaque extrémité, une porte s'ouvrant de dedans en dehors. Une barre de fer ferme solidement la porte lorsque le wagon sert au transport des marchandises. Des plates-formes mobiles en tôle striée, très solides, forment, en se réunissant, des passerelles pour la communication de wagon k wagon (fig. 1). Quand le wagon sert au transport des marchandises, les portes sont fermées, les plates-formes relevées; il ne présente rien de particulier. A-t-on besoin de le transformer en train sanitaire, il n’y a qu’k procéder a l’installation des brancards (fig. 2).
- Les brancards employés par les auteurs de ce projet sont les brancards réglementaires de l’armée, qui se trouvent dans tous les dépôts, dans toutes les ambulances. Us sont suspendus k des ressorts en spirales, avec tiges k crochets, fixés au plafond du wagon par des anneaux solides. Chaque wagon peut contenir ainsi huit ou douze blessés sur ces brancards superposés.
- Le ressort demande, pour supporter le poids du brancard, une grande résistance, mais il lui faut en même temps une grande élasticité pour amortir les chocs. M. Redard a imaginé de construire un ressort double. Un premier ressort en acier trempé, de
- 5 millimètres, est extérieur; un deuxième, d’un diamètre moindre (5 millim. 1/2) est contenu dans ce premier ressort (fig. 3). Cette disposition donne au ressort une grande élasticité. Pour prévenir tout danger de rupture, des amarres relient les anneaux aux brancards, et fixent les brancards entre eux.
- Les dispositions demandées par MM. Redard et Chevallier sont très simples ; le prix de la transformation effectuée sur des wagons neufs ne dépasse pas 250 francs par wagon. Comme le matériel des Compagnies se renouvelle incessamment, la dépense deviendrait presque nulle, en construisant les wagons, de prime abord, sur le type proposé.
- Des expériences nombreuses ont été faites avec ce wagon d’évacuation, en voici les résultats. Pendant la marche, avec une vitesse de 50 kilomètres à l’heure, les brancards ne subissent aucun déplacement, les hommes couchés n’éprouvent point de secousses. Dans un arrêt brusque, au sifflet, 25 secondes après le signal, il n’y a non plus aucune projection. Comme épreuves de chocs, le wagon fut lancé contre un wagon k frein serré, k la vitesse de
- 6 kilomètres; il n’y eut aucun déplacement; k une vitesse de 10 kilomètres, donnant après le choc un recul de 15 mètres, les hommes d’équipe figurant les blessés ne ressentirent aucune commotion.
- C’est là, on le voit, un système fort simple et qui permet d’utiliser ces wagons comme train d’aller, sur le théâtre de la guerre, chargé de troupes, de
- Fig. 3. — Coupe (lu ressort à double spirale.
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- munitions ou de matériel ; comme train de retour, d'être en quelques instants métamorphosé pour les évacuations sans difficultés, sans encombrement. Le ministère de la guerre a du reste {approuvé le principe de l’organisation et de l’installation de ces trains; la réalisation ne rencontrera donc pas de grandes difficultés. Ce n’est pas à la dernière minute, au moment où tous les efforts doivent tendre à la concentration des armées, à leur approvisionnement, que l’on peut songer à cette organisation. 11 faut s’y préparer à l’avance, en se rappelant les embarras de la triste guerre de 1870. Or, jusqu’à présent, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés qu’il y a quinze ans; il serait temps de prendre un parti, d’avoir un peu moins d’ordonnances et de règlements, et d’établir, d’après un système pratique et bien arrêté, l’organisation des trains sanitaires. Dr A. Gartaz.
- NÉCROLOGIE
- Jean-Claude Bouquet. — L’Académie des sciences, si péniblement éprouvée depuis quelques années, vient de faire une nouvelle perte par la mort de M. Bouquet, de la section de mathématiques. Né à Morteau (Doubs), le 7 décembre 1819, Jean-Claude Bouquet fut admis à l’Ecole polytechnique, puis entra à l’Ecole normale. En 1841, il fut nommé professeur de mathématiques au collège de Marseille; en 1845, il passa comme professeur de mathématiques pures à la Faculté des sciences de Lyon, où il resta jusqu’en 1852. Rappelé à Paris, il professa les mathématiques spéciales au lycée Bonaparte, puis à Louis-le-Grand, et devint maître de conférences à l’Ecole normale. En 1875, il professa la mécanique rationnelle à la Sorbonne. M. Bouquet fut élu membre de l’Académie des sciences le 19 avril 1875, en remplacement de M. J. Bertrand, nommé secrétaire perpétuel. II était officier de la Légion d’honneur. On doit à M. Bouquet : les Leçons nouvelles de géométrie analytiques, l’un des meilleurs livres destinés à l’enseignement; Etude des jonctions définies par des équations différentielles; une thèse très importante sur le Calcul des variations; des mémoires de géométrie et d’algèbre, insérés dans le Journal de mathématiques, ainsi que dans les comptes rendus de l’Académie des sciences.
- EJ. Couche. — Le corps des ponts et chaussées et l’Administration de la ville de Paris ont fait récemment aussi une grande perte. M. Couche a péri le 31 août dernier, à Jersey, dans des conditions des plus terribles et des plus dramatiques. Le savant ingénieur voulut se porter au secours de son fils, âgé de quinze ans qui se noyait en mer et qu’il n’a pu sauver : il mourut avec lui. M. Couche était chargé depuis longtemps déjà du service général des eaux de la ville de Paris. Digne successeur de Belgrand, il avait continué et complété, au point de vue hydraulique, l’œuvre de ce regretté maître.
- CHRONIQUE
- L'inventeur des jumelles. — Presque tous les écrivains de l’histoire des sciences attribuent au P. Schyrl, capucin de Bohème, né vers 1597, mort à Ravenne en 1660, l’invention des lunettes d’approche binoculaires.
- C’est dans la première partie de l’ouvrage publié à Anvers, en 1645, sous le titre bizarre d'Oculus Enoch et Eliæ, sive radius sidereo mysticus, qu’il traite, page 336-556, de la lunette d’approche binoculaire. Celte invention n’appartient pas au capucin Schyrl, mais bien à un opticien de Paris, du nom de Chorez, qui, en 1625, vendait des binocles dans l’île de Notre-Dame, à l’enseigne du Compas. C’est ce-qui résulte d’une lettre imprimée trouvée en septembre 1880, par M. Gilberto Govi, le savant physicien italien, dans le manuscrit n° 9531 du fonds français, correspondance de Peiresc. La pièce est intitulée : Les admirables lunettes d'approche réduites en petit volume avec leur vray usage et leur utililez, préférables aux grandes, et le moyen de les acomoder à l'endroit des deux yeux, le tout mis en pratique et dédié au roy, l'an 1625, par D. Chorez. Cette lettre est adressée au roi Louis XIII ; elle commence ainsi : « Sire, il y a près de cinq ans que je receu l’honneur de présenter à Vostre Maiesté les prémices de mon travail, en ce qui est communément appelé lunettes d’approche, etc. » Les avis et directions pratiques formulés par Chorez dans cette sorte de lettre-manifeste sont très utiles, selon M. Gilberto Govi, qui, dans le Bulleltino du prince Boncom-pagni, a rendu justice à l’habile opticien et l’a retiré de l’injuste oubli dans lequel il était tombé. (Ciel et Terre.)
- Thermomètre incassable. — Employés dans les usines, les thermomètres ordinaires sont sujets à des bris très fréquents provenant généralement de variations brusques de la température de la boule. M. Dehne, de Ilalle, a introduit, il y a quelque temps, dans le commerce, des thermomètres spéciaux dans lesquels il a cherché à éviter cette cause d’avarie. Il enferme la boule du thermomètre dans une enveloppe en fer, vissée à la monture métallique, et fermée hermétiquement vers le haut par un anneau en caoutchouc. L’espace laissé libre entre la boule et son enveloppe est rempli de mercure. Dans ces conditions la boule ne vient pas au contact direct du milieu dont on veut prendre la température; elle reçoit la chaleur ou le froid, par l’intermédiaire du mercure interposé qui évite les variations brusques, et répartit la même température sur toute la surface de la boule. Il est vrai que les indications du thermomètre sont moins rapides, mais elles le sont toujours suffisamment pour la plupart des besoins des usines.
- En cavalier.— On a beaucoup parlé, l’année dernière, d’un officier allemand, qui avait parcouru à cheval 120 kilomètres en vingt-quatre heures. Eh bien! cette performance, la plus brillante qu’on eût accomplie jusqu’alors, vient d’être grandement dépassée par M. Maurice Wagner, sous-lieutenant au 23e dragons à Meaux, qui, durant le même laps de temps, a parcouru 128 kilomètres et a su ménager les forces de sa monture, — un cheval d’armes de six ans — qui est arrivé à destination ’en parfait état. Parti vendredi dernier de Baconnes (camp de Châlons), à cinq heures du malin, M. Maurice Wagner arrivait à Meaux le lendemain, samedi, à cinq heures. Les vingt-quatre heures employées par le jeune officier pour fournir le trajet du camp de Châlons à Meaux, trajet qui est, comme nous l’avons dit, de 128 kilomètres, se sont subdivisées ainsi : haltes, dix heures un quart, route, treize heures trois quarts.
- L,es plus grands pieds du monde. — Si l’on vous demandait à quelle nationalité appartient un homme dont les pieds mesurent quarante-quatre centimètres de long sur quatorze de large, vous répondriez sans hésiter :
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- — C’est un Anglais. Et c’est effectivement sir Arthur Loveling, de Liverpool, possesseur de ce précieux avantage physique, qui vient d’obtenir à un « grand concours de pieds » ouvert à Austin (Texas), un prix consistant en une magnifique paire de bottes et un diplôme d’honneur. Après le concours, le vainqueur est monté sur une estrade, et la foule enthousiaste a défilé devant lui, en admiration devant ce phénomène. — Nous reproduisons ici une nouvelle qui a été donnée par les journaux quotidiens d’après les feuilles américaines; mais nous ajouterons selon la formule consacrée : sous toute réserve.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 septembre 1885. — Présidence de M. Bouley.
- Médecine. — M. le docteur Brandel, d’Alger, a réussi à faire pénétrer un corps simple à l’intérieur d’un organe, au moyen d’un courant électrique. On sait que lorsqu’un courant traverse une dissolution saline, le sel est décomposé : l’oxygène et l’acide apparaissent au pôle positif, le métal et l’hydrogène au pôle négatif, Or un courant n’est pas interrompu si l’on interpose dans son trajet un corps conducteur : il passe au travers du corps. Par suite, si l’on introduit, dans le circuit d’un courant, une partie quelconque de l’organisme, le courant ne sera point brisé. Si ce courant traverse une dissolution saline, il devra la décomposer et les éléments mis en liberté chemineront vers les pôles suivant les lois de l’é-lectrolyse. En opérant au travers de la cuisse avec l’iodure de potassium, on a pu reconnaître la présence de l’iode au pôle positif et celle du potassium au pôle négatif. L’iode avait traversé le membre pour parvenir au pôle positif. M. le docteur Brandel semble avoir fourni à la thérapeutique un procédé nouveau de pénétration hypodermique des corps simples.
- Chimie. — M. Aimé Girard a étudié la fermentation qui survient au moment de la transformation de la farine en pain. La production d’alcool pendant la panification a été signalée dès 1760. La levée de la pâte est due au dégagement d’acide carbonique ; le lavage de 1 kilogramme de pâte levée a permis de recueillir 0m,06 d’alcool.
- Géologie. — M. Roland, ingénieur des mines, donne une étude sur la région des eaux artésiennes de l’Oued R’hir et du bas Sahara. Cette région forme une bande de terrain de 150 kilomètres de longueur sur 20 à 30 kilomètres de largeur. Les sources y sont abondantes et nombreuses ainsi que les puits anciens et nouveaux. La nappe d’eau est épaisse ; elle s’alimente dans les montagnes de l’Atlas.
- Varia. — M. le commandant Trêves, de YAtalante, expose, dans un mémoire non destiné à la publicité, un système de contre-mines sous-marines destinées à forcer l’entrée d’un port défendu par une ceinture de torpilles. Le système a été expérimenté à Boyardville, par M. Trêves, alors qu’il commandait l'école des torpilles, puis devant Tamsui, en présence de l’amiral Lespès. Un succès complet a couronné les expériences de M. Trêves. — M. Dieulafait : application de la thermo-chimie à l’étude des phénomènes géologiques relatifs aux minerais de manganèse. Stanislas Meunier.
- LA SCIENCE PRATIQUE
- LE COMFAS DE l’ÉCOLIER
- Parmi les nombreuses dispositions imaginées pour faciliter le trace des cercles dans les épures rapides, croquis, etc., une des plus simples est sans contredit celle que représente la figure ci-contre ; elle est connue en Angleterre sous le nom de compas del'écolier. C'est une sorte de garniture qui se fixe à frottement dur, sur un crayon quelconque et se remonte au fur et à mesure de l’usure du crayon. Cette garniture est maintenue en place par le fait seul de son élasticité. Dans la position fermée, représentée à gauche de la figure, l’appareil tient peu de place et peut se mettre aisément dans la poche sans que la pointe vienne déchirer le vêtement ; une vis de serrage permet d’ailleurs de maintenir le compas solidement fermé. Dans la position ouverte, que l’on a représentée à la droite de la gravure, l’appareil fonctionne comme à la façon d’un compas ordinaire. Le mode d’emploi se trouve ainsi suffisamment indiqué pour que nous nous dispensions d’insister plus longuement sur l’utilité et les avantages de ce petit accessoire du dessinateur.
- Le compas de l’écolier évite l’ennui de tailler un petit morceau de crayon pour l’introduire dans les mâchoires du compas ordinaire; il a l’avantage d’être moins cher. On voit qu’il remplace aussi la ficelle classique, et la non moins classique pièce de deux sous, avec laquelle nous tracions jadis à l’école des cercles d’une régularité irréprochable, mais d’un diamètre uniforme, qui trahissait leur origine. Dr Z...
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- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Le compas de l’écolier.
- Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 045. — 26 SEPTEMBRE 1885.
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- L’OBSERVATOIRE DE RIO-JANEIRO
- Nous avons reçu récemment, gracieusement offerts par M. Emm. Liais, les deux premiers volumes des Annales de l'Observatoire impérial de Rio-de-Janeiro. C’est une publication magnifique par son luxe et par l’importance des documents scientifiques qu’elle contient. Elle nous offrira l’occasion de présenter a nos lecteurs un établissement devenu l’un des centres les plus importants de la science contemporaine et de saluer une nation amie.
- Le Brésil a l’honneur d’être gouverné par un empereur qui est plus que le chef d’état d’un grand
- pays : c’est un homme de science dans la plus belle acception du mot, un ami du progrès et de la lumière, qui n’a pas cru déroger en acceptant le titre de membre correspondant de l’Académie des sciences de Paris. S. M. Pedro II est à la tête du mouvement scientifique du Brésil ; toujours soutenu par la majorité des deux chambres quand il s’agit d’œuvres de science, c’est à lui que l’on doit l’installation de l’Observatoire de Rio-de-Janeiro dont notre compatriote M. Emm. Liais est le directeur depuis 1874, avec M. Cruls comme premier astronome l.
- L’Observatoire du Brésil, aujourd’hui complètement outillé, comble une grande lacune que le
- Vue de l’Observatoire de Rio-de-Janeiro. Façade du côté sud. j
- monde savant avait jüsque-là laissé subsister : celle 'd’un observatoire de première classe situé dans la zone tropicale, et où l’on puisse observer au zénith même, les astres mobiles du système solaire.
- L’édifice actuellement occupé par l’Observatoire de Rio-de-Janeiro comprend un rectangle de 70 mètres de longueur, et 27m,3Ü de largeur, dont le grand côté est orienté suivant la ligne méridienne. Vue du côté sud, sa façade, comme on peut s’en rendre compte par la gravure ci-dessus, présente une assez belle apparence. Ses murailles sont très épaisses, et l’élévation des terrasses est de 17 mètres au-dessus du niveau de la cour intérieure. Ce sont exclusivement les terrasses qui constituent l’Observatoire proprement dit, et sur lesquelles sont établies 43e année. — îe semestre.
- les constructions destinées à abriter les instruments, dont voici l’énumération :
- Instruments méridiens, zénithaux et autres, petit équatorial, chercheur de comètes, lunette du premier vertical, instrument azimutal; appareil spécial à l’aide duquel, tous les jours à midi moyen, on donne
- 1 <x L’Observatoire de Rio, dit M. Emm. Liais, dans la Préface des Annales, dont le premier volume donne la description de l’établissement qu’il dirige, est souvent visité par S. M. l’empereur D. Pedro II, qui a même plusieurs fois communiqué des travaux de cet établissement à l’Académie des sciences de Paris. Continuellement préoccupé de tâcher d’élever le niveau général du savoir de son pays, sacrifiant à cela le temps que d’autres souverains emploient à leurs plaisirs, Sa Majesté a exercé une puissante action sur le développement de l'Observatoire et a même, dans diverses circonstances, assisté à des observations et donné ses conseils de véritable savant. »
- il
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- un signal de temps, à la rade et au port de Rio-de-Janeiro ; coupole de 6 mètres de diamètre donnant asile à un grand équatorial; deux piliers portant des instruments des passages, sur le côté ouest de la grande terrasse est un autre équatorial de 16 centimètres d’ouverture, couvert par une maison mobile glissant sur rails. Sur la terrasse du nord-ouest sont installés les instruments des variations magnétiques. Ils sont sous des constructions en bois, clouées et vissées en cuivre.
- Dans la cour intérieure de l’Observatoire, se trouve un pluviomètre, un autre est placé sur la terrasse. Dans cette cour est installée, en outre, une puissante batterie thermo-électrique de trois mille éléments du système Clamond. On la chauffe au charbon, et elle fournit en peu de temps un courant capable de produire une belle lumière électrique.
- Dans les salles intérieures de l’Observatoire se trouvent des ateliers de construction, des cabinets de photographie, une chambre d’optique, une salle pour le dépôt des chronomètres, et des instruments portatifs. Dans d’autres pièces, on voit à l’étude une grande lunette de 58 centimètres d’ouverture, et un grand équatorial à miroir, avec mouvement d’horlogerie très parfait : « Il est destiné, dit M. Liais, à renvoyer dans une direction fixe et parallèle à l’axe du pôle, les rayons d’un astre quelconque, quelle que soit sa position sur le ciel. Un grand télescope immobile placé devant le faisceau fixe des rayons, forme alors une image en une position constante, ce qui permet beaucoup d’observations physiques d’un genre particulier. J’ai donné à cet instrument le nom de cœlostat, parce qu’il peut rendre fixe, dans le champ du télescope, l’image d’un point quelconque du ciel, et non pas seulement l’image du soleil ou des astres situés dans la zone tropicale, comme le font les héliostats. »
- A l’entrée de la salle centrale, est installé un météorographe pour enregistrer automatiquement les observations météorologiques obtenues sur la partie sud de l’édifice. Une collection d’instruments météorologiques se trouve montée là, abrités contre les rayons solaires par un double toit avec courant d’air circulant dans l’espace qui sépare les deux lames. Au-dessus de cette salle, se trouve une girouette et un appareil pour l’électricité atmosphérique, appareil dont les indications vont s’inscrire sur le météorographe.
- On voit par cette énumération rapide,. que l’Observatoire de Rio-de-Janeiro peut être placé, comme nous le disions au début de cette notice, parmi les établissements de premier rang du monde civilisé. Il est pourvu, sous un ciel admirable, d’un outillage complet qui s’améliore sans cesse, et d’un personnel laborieux dont les travaux ont plus d’une fois mon tré qu’il savait se maintenir à la hauteur de sa mission. Gaston Tissandier.
- LE BROCKEN ET LES MINES DU HiRZ
- ( Arr.EjrAGNE )
- ASCENSION AU BROCKEN
- Le Brocken est le point culminant des montagnes du llarz, ancienne dépendance de la forêt Hercynienne des géographes grecs. Isolé au milieu des plaines du nord de l’Allemagne, le massif du llarz, célèbre par ses mines, se dessine nettement au-dessus de ces plaines, entre l’Elbe et le Weser. Sa forme générale représente un ovale légèrement incliné du nord-ouest au sud-est, long de 90 kilomètres, large de 50, dans la direction du nord au sud. Sa plus grande élévation, au sommet du Brocken ou Bloeksberg, atteint 1141 mètres au-dessus du niveau de la mer, contre 141 mètres d’altitude à Quedlingburg, 257 mètres à Goslar, 235 à Wernigerode, 182 à Nordhausen, 217 à San-gershausen. Les escarpements les plus rapides, pareils aux remparts d’une forteresse, quand on les aborde par le chemin de fer de Quedlingburg, berceau de KIopstock et de Ritter, se dressent sur la face nord-est, du côté des plaines les plus basses. La plupart des vallées sont des crevasses étroites, profondément entaillées dans le plateau que le massif forme dans son ensemble. La composition du sol, très variée, présente la plupart des formations de la suite des âges géologiques, depuis le granité et les roches cristallisées, jusqu’aux dépôts de sédiment des époques récentes. Par suite de son isolement au milieu d’une région de terres basses, exposé en droite ligne aux premières atteintes des vents humides de la mer du Nord, le Harz présente des phénomènes météorologiques particulièrement remarquables.
- On monte au Brocken par plusieurs chemins différents, à partir de Harzburg, de Wernigerode, d'ilsenburg et d’Ëlend, tous également appropriés à vous initier à la nature du llarz. J’ai choisi, le 17 mai dernier, le chemin de la vallée de Elise, par un temps fort peu rassurant. Les polis d’anciens glaciers signalés dans cette vallée m’engageaient à lui donner la préférence. A mon regret, je n’ai pu reconnaître de vrais polis glaciaires ni à la montée, ni à la descente, peut-être à cause du mauvais temps. N’était ma devise : Jamais en arrière, j’aurais dit mettre cette excursion à un autre j-our. Une bonne grêle m’a fouetté le visage pendant une partie du trajet, en montant par le Schnéeloch. Parti d’Ilsen-burg, entre trois et quatre heures de l’après-midi, je suis arrivé à l’auberge du sommet à la tombée de la nuit, d’ailleurs sans guide. Pendant toute ma course, d’abord le long du torrent de Elise, puis à travers bois, je n’ai rencontré âme qui vive. Rien que quelques groupes de chevreuils qui me regardaient passer d’un œil curieux ou que le bruit de mes pas faisait détaler à travers les fourrés.
- L’Use est un charmant courant d’eau, pas trop fort, tombant de cascatelle en cascatelle par-dessus
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- les grands blocs de granité, sous l’ombre d’énormes sapins noirs. Vous ne sauriez vous figurer une eau plus transparente, plus limpide, même dans nos Vosges. Une quantité de truites s’y jouent. J’ai suivi le chemin forestier, le long de ses bords, depuis llsenburg jusqu’au-dessus des chutes, des llsenfalle, en un point où se trouvent des meules de charbonniers. Là, le sentier du Brocken pénètre à l’intérieur de la foret, sur la droite, marqué par des poteaux indicateurs, ou par le signe B taillé dans l’écorce des sapins ou écrit sur les rochers. Entre 800 et 900 mètres d’altitude, on atteint une sorte de vallon élevé, évidé dans le flanc du Brocken et dénudé actuellement. C’est le Schnéeloch, trou de neige. De grandes taches de neige, visibles au loin, s'y trouvent entre les rochers et par-dessus les rochers. Par places, cette neige avait plusieurs mètres d’épaisseur. Sous la neige, des joncs et de longues herbes sèches. De lourds nuages, des brouillards enveloppaient d’ailleurs la montagne, quand la pluie venait à cesser. Au-dessus du Schnéeloch, la forêt reparaît, formée de sapins sur des blocs de granité entassés les uns sur les autres. Sans le sentier, assez raboteux déjà, on grimperait avec grand’-peine, à la manière des chèvres, en s’aidant des pieds et des mains. Aussi ai-je craint un moment de passer la nuit au milieu de ces rochers ruisselants, exposé au vent, dans des brouillards humides, où je me suis égaré pour avoir voulu marcher seul.
- Oh ! ne me plaignez pas ! Inspiré de cette idée si simple, que dans les montagnes il faut s’élever, aussi longtemps que le sommet n’est pas atteint, je montai toujours, et toujours, tant bien que mal, sans voir clair autour de moi. A la forêt devenue moins épaisse, sur une pente où croissent encore quelques arbres rabougris et tordus, parés de longues barbes de gnomes, succède un gazon tourbeux. Encore un vigoureux coup de collier, et je vis se dresser devant moi, dans le brouillard, la tour du Brocken, et à côté de la tour, l’auberge. Grâce aux progrès de l’époque, au lieu d’une nuit dans les nuages, j’ai trouvé au Brockenhaus un excellent gîte. Jolie chambre avec Lapis, meubles rembourrés, lampe modérateur, bon poêle chauffé, luxe et confort qui permet de faire un pied de nez à la tourmente du dehors, tout cela a son prix, même et surtout pour un naturaliste mouillé. Disposant d’une cinquantaine de chambres avec cent lits, l’auberge du Brocken est un refuge très confortable, où quatre sommeliers en habit noir s’empressent autour de votre serviteur, leur seul hôte de la soirée. Si vous étiez avec moi, nous trouverions dans la cave du champagne français de bonne marque, pour boire à la santé des amis absents. Pour le moment, je me suis contenté d’un bon verre de punch bien chaud, en attendant un dîner à la carte. Certains ours d’été, trois cents à quatre cents personnes se rencontrent ici. Je vous ai signalé une installation pareille à la Schnéekoppe, point culminant du Rie-sengebirg, entre la Silésie et la Bohème, élevé de
- 1600 mètres, plus haut que notre grand Ballon des Vosges. Qui sait? le jour où le Ballon de Guebwiller aura son auberge ou Belchenhaus, avec poste et télégraphe pendant la saison d’été, les visiteurs y afflueront autant qu’au Brocken, peut-être ! Peut-être, dis-je, car si la Schnéekoppe et le Brocken sont si fréquentés, c’est qu’à de grandes distances alentour, les touristes ne trouvent pas à voir mieux.
- Entièrement chauve, la cime du Brocken présente une large coupole arrondie mollement et à surface gazonnée. C’est le Mons Bructerus des Romains, fameux par la légende de la nuit de Walpurgis, dont Goethe a fait une des scènes les plus émouvantes de son drame de Faust. Suivant la croyance populaire, dans la nuit de Walpurgis, toutes les sorcières du llarz se rendent au Brocken à cheval sur des fourches ou des manches à balai, pour célébrer leur Sabbat, entre le 50 avril et le 1er mai. J’ai eu beau prolonger ma veille au delà de minuit, pour entrevoir l’ombre de l’une ou l’autre habituée du Sabbat, l’obscurité au dehors était si épaisse, si noire, que je n’ai pu distinguer aucune sorcière, ni jeune ni vieille. Par contre, les vents s’en donnaient aux quatre coins de l’horizon, luttant d’impétuosité et de violence. Leur voix sonore et tumultueuse, leurs sifflements et leurs plaintes à travers ma cheminée et sous ma fenêtre pouvaient se prêter à toutes les interprétations, celle d’un orchestre diabolique y compris.
- N’ayant pu voir le coucher du soleil, et me rendre compte du panorama du llarz vu du Brocken, je me suis fait communiquer les registres de la station météorologique installée à l’auberge, et dont les observations pourront être comparées avec fruit aux observations des stations françaises du Pic du Midi, du Puy-de-Dôme et du mont Ganigou. Or, au sommet du Brocken, la température moyenne de l’année ne dépasse pas 2°,4, soit l’équivalent de la chaleur reçue par Pile de Tromsoe, par 70° de latitude à l’extrémité nord de l’Europe. Toutefois, tandis que j’ai vu à Tromsoe, au mois de juillet, de beaux champs de pommes de terre et d’orge, dont les fruits mûrissent parfaitement, les essais tentés pour cultiver des légumes au jardin du Brocken n’ont pas réussi. Comme températures extrêmes, on a noté au Brocken + 27°,7 et — 28°. Année moyenne, lîl dernière gelée se montre à la fin de mai, et la première du 5 au 10 octobre. En 1840, pourtant, il a déjà gelé là-haut le 22 septembre et le 25 juin, en sorte que cette année-là, il y a eu seulement89 jours sans gelée, contre quatre mois entiers dans les années ordinaires. Les périodes de froids prolongés ne sont d’ailleurs pas plus fréquents au Brocken que dans la plaine autour du llarz. La plus longue période de froid observée à la station est celle du mois de janvier 1838, où le thermomètre est resté 18 jours consécutifs au-dessous de — 19°, au point de congeler l’eau du puits, à côté de l’auberge. Une année dans l’autre, on y compte une douzaine seulement de jours orageux ; mais les jours
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- avec deux ou trois orages ne sont pas rares, soit que les orages arrivent tout formés de tous les points de l'horizon, soit que le sommet du Rrocken les divise ou les sépare. Comme l'auberge est munie d’un paratonnerre bien installé, la foudre n’y a jamais causé de dégât ; mais elle est tombée sur l’étable voisine, qui n’est pas garantie par un paratonnerre.
- Presque chaque matin, le sommet du Rrocken est voilé de brouillards, et les jours entièrement sereins y sont rares, surtout en automne et en hiver. Ce sont les mois d’avril et de mai qui sont les moins nuageux, tellement que dans les années 1847 et 1848, l’aubergiste a pu noter, pendant le mois de mai, 18 jours sans nuage, contre 9 dans une année ordinaire. Comme dans nos Vosges, la cime même du Brocken se trouve souvent au-dessus des brouillards qui couvrent la plaine et les pentes inférieures. Souvent ces brouillards sont si épais qu’un homme de taille ordinaire peut avoir la tête au-dessus, tandis que la moitié inférieure du corps est enveloppée de vapeurs. Dans ces circonstances apparaît parfois le spectre du Brocken, visible au lever et au coucher du soleil, tableau féerique, visible en hiver surtout.
- Les spectateurs voient se projeter leur silhouette, dans des proportions agrandies, à la surface du brouillard, qui semble sortir des nuages, comme un immense rideau. Leur tête paraît entourée d’une auréole, et l’ombre des objets environnants, notamment la tour de l’auberge, prennent des dimensions gigantesques, au milieu d’un immense cadre dessiné par un arc-en-ciel. J’ai observé le même phénomène au sommet de l’Egischhorn, au-dessus du glacier d’Aletsch.
- Parmi les phénomènes météorologiques dont le Brocken est le théâtre, les précipitations d’humidité, la pluie et la neige, la rosée et le givre, méritent une attention particulière. Les vents d’ouest chargés de vapeur y déterminent une condensation active, quoique la hauteur d’eau tombée au sommet sous forme liquide ou à l’état gelé commence seulement à être fixée avec précision. Des observations régulières et continues se lont à l’auberge depuis 1836 sur la hauteur des pluies ; mais la neige tombée et le givre produisent aussi des quantités d’eau consi-
- dérables sur lesquelles on n’a pas encore de notion exacte. Telles sont surtout les quantités dégivré, que les sommeliers du Brockenhaus m’ont assuré que les poteaux télégraphiques prennent sous l’effet de ce météore plus d’un mètre d’épaisseur et que les fils conducteurs se rompent sous le poids du givre. Au premier moment j’ai pris les assertions des sommeliers pour de simples racontars destinés à apprécier le degré de crédulité des touristes. Toutefois une série de photographies que je dois à l’obligeance du i)r Assmann, directeur du service météorologique de Magdeburg, confirme la réalité des effets de givre du Brocken. Ces effets de givre portent dans le llarz le nom d'Anhang, que l’on peut traduire par appendice. De petites gouttelettes d’eau d’une finesse
- extrême, refroidies fortement, se déposent en se congelant sous forme de figures cristallines à la surface de tous les objets contre lesquels les chasse le vent. La conductibilité plus ou moins grande des objets n’a pas d’effet apparent, vu que le givre se produit également contre le bois et le fer. La congélation
- Fig. 1. — Poteau télégraphique, couvert de givre, au sommet du Brocken. (D’après une photographie -le M. le D' Assmann. 1
- de la gouttelette d’eau microscopique encore liquide se produit au moment du contact, sous forme d’une petite aiguille de glace qui s’allonge par l’addition de particules nouvelles dans le sens de la direction du vent. L’influence de la direction du vent sur l’accroissement du givre se manifeste particulièrement aux coins et aux angles derrière les saillies des bâtiments et des rochers, où l’aspect panaché de la formation enregistre d’une manière subtile la déviation du courant d’air.
- Sous l’effet du givre, les paysages du Brocken, en hiver, prennent un aspect fantastique, surtout à la lumière du soleil qui fait miroiter les facettes des innombrables petits cristaux. Tous les objets exposés au vent commencent par se revêtir de cristaux délicats en fines aiguilles, allongés de plus en plus contre le vent. Les branches d’arbres, de sapins s’inclinent sous le poids de cette gelée. Vienne le soleil, les couches supérieures fondent lentement ; mais l’eau qui descend le long des ramilles, aussitôt arrivée à l’ombre des aiguilles situées au-dessus regèle de nouveau, une goutte se prenant sur l’autre. Peu à peu les petits glaçons ainsi formés
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- grandissent, tandis que les dépôts de givre continuent et augmentent de plus en plus leurs dimensions. Par suite de l’alternance prolongée du soleil et de la gelée, la masse de givre et de glace devient telle que les cimes des sapins se déforment et se rompent souvent sous l’effet de la pression, ou bien encore les arbres se transforment en pyramides de glace quand la gelée suit une marche tout à fait régulière, en soudant les brandies les unes aux autres à partir du sol de manière à s’arc-bouter. Lors d’une visite faite au Brockenhaus dans les derniers jours d’octobre, M. Assmann trouva les fils télégraphiques rompus entre la plupart des poteaux. Ce télégraphe est établi pour le service de l’hôtel
- pendant la belle saison. Sur les points où le fil tenait encore, il ressemblait à une guirlande blanche scintillante de 20 à 25 centimètres, qui touchait presque le sol. Des pesées faites par l’aubergiste du Brocken constatèrent qu’un fil d’un mètre de longueur portait 46 kilogrammes de glace, soit 570 kilogrammes pour la longueur du fil entre deux poteaux. Quoi d’étonnant que dans ces conditions les fils se brisent chaque hiver! Quant aux poteaux télégraphiques, le givre les avait transformés dans la direction du vent en véritable pilier de 50 à 60 centimètres d’épaisseur au niveau du sol, couvert de neige, mais dont le diamètre allait croissant vers le haut de manière à atteindre une largeur de 2 mè-
- Fig. 2. — Sapins couverts de givre et transformés en masses de glace sur le Brocken. (D’après une photographie de M. le D' Assmann.)
- très au sommet, près du point d’attache des fils. Dans la revue météorologique mensuelle Das Wetter, numéro de février 1885, qu’il publie à Magdeburg, le Dr Assmann assure avoir mesuré des poteaux ayant 2ra,90 de diamètre vers l’effet du givre, tandis qu’à l’isolateur, la tête du poteau avait pris la forme d’un chapeau de champignon en saillie (fig. 4). Même les barres de fer fixes au haut de la tour, en forme de règles carrées de 3 centimètres de côté, le givre avait pris 4 mètres de longueur, sur 2m,5 de hauteur et 2 mètres d’épaisseur.
- Les forêts de sapins prennent sous l’influence du givre un aspect tout à fait fantastique, où l’imagination découvre toutes les formes possibles (fig. 2). Quand les nuages du Brocken sont très épais, le dépôt de
- givre dépasse 50 centimètres en l’espace de vingt-quatre heures, et bien des fois la cime de la montagne ne reçoit pas de soleil pendant un mois tout entier. On comprend quelle quantité d’eau produisent ces effets de givre et combien il est difficile de mesurer la hauteur annuelle des précipitations aqueuses dans ces conditions. Sur les surfaces gazonnées cette masse est moins considérable que dans les forêts, où la condensation de la rosée fournit également des quantités d’eau considérable. Les observations du Dr Assmann, qui vient d’installer au Brockenhaus un nouvel udomètre au moyen duquel les quantités de neige seront évaluées exactement pour l’avenir, ces observations établissent que le givre se dépose au Brocken quand la tempé-
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- rature de l’air descend au-dessous de 0° : les gouttelettes d’eau qui forment les nuages restent à l’état liquide jusqu'à — 10° et — 13° pour se congeler au contact d’un corps solide, formant des dépôts de givre en panache dans le sens opposé à la direction du vent. Je n’ai pu vérifier ces observations dans ma visite du dimanche 17 mai, et j’ai été empêché par le brouillard d’examiner le panorama du llarz du haut de la tour du Brocken au lever du soleil. Pendant la nuit il neigea fort ; mais en redescendant le matin vers llsenburg, je n’eus pas plutôt atteint la lisière de la forêt, à 70 mètres environ du sommet de la montagne, que je retrouvai un temps magnifique. La calotte des nuages était limitée au sommet même du Brocken et un quart d’heure plus tard je vis la montagne fatidique sourire au soleil, après avoir secoué sous le ciel bleu son voile brumeux. Plus de tourmente de neige, pas même de brouillard. Toutes les vapeurs grises et blanches, si épaisses le matin, s’étaient dissipées comme par enchantement. Aussi quelle descente joyeuse, effectuée le long de l’Ilse babillarde en moins de deux heures, juste la moitié du temps que j’ai mis la veille pour faire l’ascension. Après une visite aux usines du comté de Stalberg-Wernigerode, je pris le chemin de fer pour les mines de Goslar et de Clausthal.
- Charles Grad,
- Député de l’Alsace au Reichstag allemand.
- CHRONIQUE PHOTOGRAPHIQUE
- Les cartons pelliculaires au gélatino-bromure d’argent. — La photographie a pris un développement inouï depuis les nouveaux procédés au gélatinobromure ; il nous suffira, pour en donner une idée, de montrer par des chiffres quelle est l’importance de la fabrication des plaques au gélatino-bromure.
- A Paris, Londres et Bruxelles, il se vend cinq à six mille douzaines de verres préparés par jour. Dans ces trois villes le produit de la vente annuelle dépasse douze millions de francs. Le commerce de l’Europe pour cette nouvelle branche d’industrie peut s’évaluer à plus de cinquante millions de francs par an.
- On parle beaucoup depuis quelque temps parmi les praticiens, des cartons pelliculaires de M. Thiébaut, qui sont susceptibles de remplacer les glaces. Ils sont formés d’un carton mince que l’on coupe au ciseau, la pellicule superficielle, formant le cliché, se sépare du carton, de sorte que cent clichés ont le poids et le volume d’une douzaine de glaces de dimensions égales. Ces clichés pelliculaires ne se cassent pas, ils peuvent s'encarter entre les feuilles d’un album. Voilà certes qui est avantageux pour le photographe voyageur.
- Nous avons dit quelle était l’importance du commerce des glaces au gélatino-bromure, et en parlant des cartons pelliculaires, nous savons que nous allons soulever bien des protestations ; mais nous avons voulu nous rendre compte par nous-mème de ce que valaient ces cartons pelliculaires, et nous devons déclarer qu’ils sont bons, et qu’on ne saurait trop les recommander aux touristes et aux explorateurs.
- M. Thiébaut est arrivé à fixer sur une feuille de carton
- assez mince et très rigide, une couche de gélatino-bromure très sensible. Ces cartons s’exposent à la chambre noire et supportent les lavages comme les glaces. Quand l’impression est faite, on développe dans la chambre noire par les méthodes ordinaires, soit à l’oxalate, soit à l’acide pyrogallique, par les formules habituellement usitées. Ce développement, à dire vrai, nécessite une pratique spéciale ; on ne peut plus en suivre les phases successives par transparence ; il faut s’exercer à voir venir l’image par réflexion. «
- Le fixage dans l’hvposulfite de soude additionné d’alun, est un peu plus long que lorsque l’on se sert des glaces ; quand le carton a été développé et bien lavé à plusieurs eaux, il faut le laisser plongé pendant trente minutes dans le bain d’hyposulfite.
- Après le fixage, on lave, on sèche le carton pelliculaire entre des papiers buvards, puis on le cloue sur une planche à l’aide de "quatre pointes que l’on enfonce à ses quatre angles, l’image tournée vers la planche où l’on a placé au préalable une feuille de buvard. On laisse sécher vingt-quatre heures, et quand le carton est bien sec, on sépare avec la plus grande facilité le cliché de gélatine de son support en carton : il suffit de le soulever par un angle. Il faut préalablement émerger chaque bord en ayant soin d’éliminer les trous faits par les pointes. On voit que l’opération est un peu plus compliquée qu’avec les glaces, mais par contre, en voyage, quel avantage d’avoir des clichés minces, flexibles comme des feuilles de papier ! Les résultats obtenus sont très bons : nous l’avons constaté nous-même à plusieurs reprises par nos propres expériences. Nous ne dirons pas aux amateurs d’abandonner l’usage des glaces, loin de là ; mais nous leur conseillerons de se servir des carions pelliculaires quand ils voudront faire de la photographie en voyage. Ils s’en trouveront bien quand ils verront qu’ils pourront rapporter leurs clichés, sans risque de les casser, entre les feuillets d’un livre.
- Les chapeaux photographiques. — U y a environ six mois, un de nos lecteurs nous a adressé la description curieuse d’un appareil qu’il avait imaginé : un chapeau haute forme dans lequel il avait arrimé l’objectif et la chambre noire'. Notre correspondant avait cru de bonne foi être le premier à avoir eu cette idée, mais, une semaine plus tard, un photographe nous écrivit qu’il fabriquait des chapeaux photographiques brevetés par lui2. Vous croyez peut-être que vous en avez fini avec les chapeaux photographiques : non ; voici encore un autre système qui a été décrit dans le Bulletin belge de photographie.il a été combiné par M. J. deNeck qui nous en a adressé la description suivante :
- Le but que l’inventeur se proposait d’atteindre était de permettre au touriste de saisir au passage un sujet quelconque : vue, groupe, ou personne isolée, sans avoir Vair de photographier.
- Cet appareil nous semble avoir réalisé complètement ces conditions spéciales ; il se compose d’un chapeau ordinaire, en feutre, à fond plus ou moins plat, contenant dans sa partie supérieure un tout petit appareil photographique complet.
- La lentille de l’objectif vient se placer exactement dans l’axe et contre un petit ventilateur II, comme il en existe ordinairement dans ces sortes de chapeaux.
- Au rebord du chapeau et en face de l’œil de l’opérateur,
- 1 Voy. n° G14,du 7 mars 1885, p. 224.
- 2 Voy. n“ 615, du 14 mars 1885.
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- est attaché (à l’aide d’une petite glissière A) un lorgnon L dont le verre a été noirci, sauf un carré central B, formant office d’iconomètre et indiquant l’image reproduite au même moment dans l’appareil. Le cordon C attaché au verrou V permet de faire fonctionner l’obturateur instantané D.
- L’objectif étant à foyer fixe, le carreau mat des appareils ordinaires est supprimé, et les gl aces sensibles sont placées dans un châssis à extracteur faisant corps avec l’appareil.
- Les plaques renfermées chacune dans un très léger châssis en cuivre très mince sont introduites dans l’appareil par la porte P ; elles sont toujours amenées automatiquement au foyer par la pression du ressort R.
- Après exposition, chaque glace, renfermée dans son châssis, est soulevée à l’aide de l’extracteur E dans la poche X (faite en triple étoffe imperméable à la lumière)
- Le photo-chapeau de M. J. de Neek. — Le chapeau vu extérieurement; le même en coupe. — Au-dessous, détail de l’appareil photographique à une plus grande échelle.
- et introduite entre le ressort R et les autres glaces que contient le châssis.
- Ce système de changement de plaques, très commode, avait déjà été utilisé précédemment par l’inventeur, pour des dimensions plus grandes d’appareils.
- Tout le système est tenu à l’aide d’une petite glissière accrochant une planchette fixée au fond du chapeau; de cette façon, quand les opérations photographiques sont terminées, il est facile d’enlever l’appareil et de le mettre en poche ainsi que le lorgnon-iconomètre L.
- Les petits clichés (4cm,5 x 4cm,5) produits par le phoio-chapcaü permettent une projection, à la lanterne oxyhv-drique, de vues très nettes de lm,50 de côté. Les petites plaques sensibles au gélatino-bromure pourraient être remplacées par l’un des nouveaux systèmes de préparations pour clichés pelliculaires dont nous venons de parler, mais la différence de poids serait très peu sènsible et la netteté des images en souffrirait peut-être.
- On voit que le photo-chapeau de M. de Neck est combiné d’une façon très ingénieuse. II va sans dire que nous signalons surtout cet objet comme une curiosité amusante ? et un système de récréation photographique. Son usage doit être assez délicat et minutieux.
- Influence de la pression barométrique sur les opérations photographiques. — Nous trouvons quelques renseignements curieux publiés à ce sujet dans l'excellent Moniteur de la photographie de M. Léon Vidal. Les observations faites depuis quelques années à Kew, près de Londres, par M. Whipple, ayant pour but de comparer l’intensité des rayons solaires avec la hauteur du baromètre, ont démontré que le maximum de lumière solaire coïncide avec une hauteur barométrique de 0,76. Lorsque la colonne de mercure est plus élevée que cela, les nuages réapparaissent, ainsi que cela a lieu quand elle baisse un peu au-dessous de 76 centimètres. Le temps le plus favorable possible pour la photographie en plein air ou pour la reproduction du paysage est, d’après l’auteur, lorsque le baromètre est exactement à la hauteur normale de 0,76.
- Tels sont les différents documents que nous avions à faire connaître, aux amateurs de photographie qui veulent bien nous lire. Nous savons qu’ils sont nombreux, et que leur nombre grandit tous les jours. Nous ne saurions trop engager ceux de nos lecteurs qui ne pratiquent pas encore la photographie, à se mettre à s’exercer dans cet art merveilleux, aujourd’hui devenu très facile, et dont la pratique leur donnera beaucoup d’agrément et pourra leur rendre parfois de grands services.
- Gaston Tissandier
- LES APPAREILS INDUSTRIELS
- DE MESURE ÉLECTRIQUE
- Jusqu’à ces dernières années, les appareils employés dans les mesures industrielles des courants électriques étaient tous, ou à peu près tous, fondés sur le principe des galvanomètres, principe qui consiste à placer une aiguille en équilibre sous l’action de deux champs magnétiques rectangulaires, le premier obtenu par le magnétisme terrestre ou un aimant permanent, le second produit par le courant traversant une bobine appropriée. L’emploi de ces appareils est cependant, suivant une heureuse expression anglaise, très objectionable, car ils manquent absolument de constance, et il n’est pas rare de voir entre des appareils étalonnés le même jour, et réétalonnés après quelques mois de service, des écarts qui dépassent dix pour cent. Il en résulte qu’à moins de réétalonnages fréquents, on ne saurait avoir aucune confiance dans les indications fournies par les appareils à aimant. Cet état de choses a ému les industriels et les savants, aussi voyons-nous produire, depuis deux ou trois ans, un certain nombre d’appareils de mesure dans lesquels les aimants permanents sont totalement supprimés : la force antagoniste qui doit équilibrer l’action du courant est empruntée, tantôt à une force constante, telle que la pesanteur, tantôt au courant lui-même.
- Parmi les premiers, qu’on pourrait appeler des peseurs de courant, nous citerons les nouveaux ampèremètres et voltmètres de M. Ilummel de Nurenberg, et les appareils présentés tout récemment, par sir William Thomson, au dernier meeting de la British Association tenu à Aberdeen.
- Parmi les seconds, nous signalerons les ampèremètres et voltmètres de MM. Crompton et Kapp, dans lesquels la force directrice est obtenue par un électro-aimant dont le noyau est de très petites dimensions, ce qui lui permet d’atteindre rapidement la saturation magnétique et de ne
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- plus varier ensuite sensiblement, une fois la saturation atteinte.
- Tous ces appareils, fondés sur les actions magnétiques, présentent le grand avantage, une fois étalonnés avec soin, de rester permanents dans leur graduation et toujours comparables à eux-mêmes. Nous citerons enfin, dans le même ordre d’idées, et pour atteindre le même but, un appareil fondé sur des actions toutes différentes, c’est le voltmètre de M. Cardew. Dans cet appareil, on utilise la dilatation d’un fil de platine très fin, dilatation produite par le courant qui traverse le fil; le fil, en se dilatant, fait déplacer uue aiguille sur un cadran convenablement gradué, par une disposition analogue à celle de l’hygromètre à cheveu : c’est donc un véritable voltmètre calorimétrique.
- Nous signalons ces divers appareils pour montrer qu’on peut, sans s’astreindre à suivre les sentiers battus, construire de nouveaux appareils plus aptes que les anciens à satisfaire aux exigences toujours croissantes de l’industrie électrique. E. H.
- LE COENDOU A QEEUE PRENANTE
- DE l’aQUÀRIUM DU HAVRE (Synetheres prehensilis)
- L’aquarium du Havre vient d’offrir à la curiosité de ses visiteurs un animal des plus curieux, et surtout, des plus rares : le Goendou à queue prenante. Il a été rapporté duYénézuela par M. Eguidazu, commissaire du steamer Colombie.
- Brehm dit n’en avoir jamais vu que deux : un au jardin zoologique de Hambourg, l’autre à Londres. Celui-ci serait donc le troisième individu rapporté vivant en Europe.
- Cet animal voisin des porcs-épics a environ lm10 de long; la queue à elle seule mesure 0m,48.
- Des piquants recouvrent le corps tout entier et cachent absolument les poils, sauf sous le ventre, et
- Fig. 1 et — Mains antérieures et postérieures du Coendou.
- près des mains où ils sont très fins et ressemblent plutôt à des soies.
- Sur le dos, où ces piquants acquièrent leur plus grande longueur (environ 0m,I0), ils sont ronds, forts, luisants et à pointe acérée, blancs à l’extrémité et à la base, d'un brun noir au milieu. L’animal possède en outre de fortes et longues moustaches. Les mains (antérieures et postérieures) ont quatre doigts armés d’ongles robustes, recourbés et presque cylindriques à leur base comme on voit indiqué ci-dessus (Voy. fig, 1 et 2).
- On connaît très peu les mœurs du Coendou.
- Tout ce que nous savons, c’est qu’il passe la journée endormi dans la cime d’un arbre; il ne se promène que la nuit; sa nourriture se compose principalement de feuilles de toute sorte.
- Lorsqu’il veut descendre d’une branche sur une autre, il se suspend par la queue et ne lâche la première que quand il tient bien la seconde.
- Une particularité : c’est l’extrémité de la partie
- dorsale de la queue qui est prenante ; cette extrémité est dépourvue de poils et légèrement déprimée sur une longueur d’environ 0m,15.
- Le Coendou n’aime pas à être dérangé. Quand il l’est, il s’avance alors sur l’intrus et s’efforce de l’effrayer en hérissant ses piquants de tous côtés.
- Les indigènes de l’Amérique centrale mangent sa chair et emploient ses piquants à divers usages domestiques.
- Le Coendou est assez répandu dans l’Amérique du Sud. On le trouve au Brésil, dans le Vénézuela, la Colombie, la Guyane, et quelques-unes des petites Antilles, telles que : la Trinitad, Barbade, Sainte-Lucie, etc.
- Le rare sujet que nous venons de décrire est mort tout récemment. Mais, chose curieuse, il a été aussitôt remplacé par un autre individu rapporté de la Trinitad, par M. le capitaine Lemaître du Cruzeiro. Gaston Noury.
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- Fig. 3. — Le Coendou de F Aquarium du Havre. (D’après nature.)
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- LÀ NATURE
- TRAMWAY ÉLECTRIQUE DE CLEYELAND
- Depuis le mois d’août 1884, la East Clevelancl (Ohio) Horse Railway C° a substitué l’électricité à la traction par chevaux sur son réseau, et après de nombreux essais, l’électricité a été un succès à tous les points de vue.
- Le système établi consiste, comme à l’ordinaire, dans l’emploi de moteurs à vapeurs et de machines dynamo-électriques fixes, mais les conducteurs électriques sont placés dans une .conduite spéciale occupant toute la longueur de la ligne, entre les deux rails. Un conducteur aboutissant à la voiture passe à travers une fente ménagée à la partie supérieure de la conduite, et glisse en maintenant un contact permanent avec les conducteurs fixes en communication avec les machines génératrices de la station.
- La figure ci-dessus montre l’aspect général du système dans les rues de Cleveland.
- Voici, d’après les renseignements fournis par la Beutley-Knighl Electric Railway C°, dont le système est appliqué à Cleveland, un résumé comparatif des prix d’installation et de traction d’une ligne de tramways à double voie, de 5 milles de longueur (8 kilomètres), avec un service de 40 voitures, suivant qu’on fait usage de la traction par chevaux, par l’électricité ou par câbles.
- Prix de revient d'une ligne neuve :
- Traction par chevaux. . 162 000 dollars.
- — électrique. . . 344100 —
- — par câbles. . . 414 750 —
- Dépenses annuelles de traction :
- Traction par chevaux. . 102 960 dollars.
- — électrique. . . 30 551 —
- — par câbles. . . 75 590 —
- Economie annuelle de traction :
- Electricité contre les chevaux. 72 409 dollars.
- Electricité contre les câbles. . 45 039 —
- Ces chiffres montrent que l’économie réalisée sur la traction par chevaux compense largement l’augmentation du prix d’installation lorsqu’on emploie la traction électrique.
- LE FREIN A VIDE AUTOMATIQUE
- Nous avons examiné déjà dans La Nature les principaux types de freins continus qui se partagent aujourd’hui l’attention des ingénieurs de chemins de fer1, et on pourrait ajouter celle du public tout entier, car tout le monde s’intéresse maintenant à cette question d’un intérêt capital pour la sécurité des chemins de fer. On peut même la considérer comme résolue en quelque sorte, et presque tous les trains qui circulent sur nos voies ferrées sont munis, en effet, d’un type de frein continu. Comme on le sait, les principaux types appliqués chez nous sont des freins à air fonctionnant par le vide ou par la pression, le frein électrique restant toujours plutôt à letat d’essai. La Compagnie du Nord a muni ses trains du frein à vide non automatique, la Compagnie d’Orléans applique le frein à air comprimé de M. Wenger, celle de Lyon emploie une variante spéciale du frein à air comprimé Westinghouse, etc. Celui-ci est appliqué par les autres compagnies sous la forme automatique que lui a donnée cet ingénieux inventeur. À l’étranger, la plupart des compagnies possèdent aussi des freins continus, et on peut dire que toutes en poursuivent l’application; les deux types rivaux de frein à air s’y partagent aussi la faveur des ingénieurs, et le frein à vide y a même rencontré un nombre d’applications proportionnellement plus élevé qu’en France. Il est exclusivement adopté en Autriche, et sur des lignes, comme celles de Brenner et du Semring, qui présentent de fortes pentes d’une exploitation si difficile ; il est appliqué également sur le métropolitain de Berlin d’un trafic si actif, et en Angleterre, le nombre de ses applications surpasse celui du frein à air comprimé.
- La discussion sur l’automaticité est toujours ouverte, et bien que la chose puisse paraître surprenante à première vue, on rencontre encore un grand nombre d’ingénieurs qui en contestent les avantages. C’est que, s’il peut paraître essentiel que le mécanicien ait toujours la certitude, tant qu’il voit son train rouler sans résistance, d’avoir sous la main le moyen de l’arrêter en cas de besoin, il ne faut pas oublier non plus que l’automaticité oblige à compliquer le fonctionnement du frein, en y adaptant des organes souvent fort ingénieux, mais trop délicats et qui sont toujours susceptibles de se déranger ; elle augmente donc ainsi les chances d’avaries, et les arrêts intempestifs qu’elle entraîne peuvent devenir une grosse difficulté pour l’exploitation. Aussi la plupart des Compagnies qui s’étaient décidées à adopter le frein à vide, justement en raison de sa grande simplicité, ne s’étaient-elles pas attachées à lui donner l’automaticité, et c’est en effet sous la forme non automatique que les applications de ce
- 1 Voy. n° 265, du 29 juin 1878, p. 74; n° 523, du 9 août 1879, p. 151; n° 371, du 10 juillet 1880, p. 91; et n° 597, du 8 janvier 1881, p. 81,
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- type de frein sont le plus fréquentes. Malgré cela, on le munit souvent d’un appareil de contrôle permettant d’en signaler les défaillances sans entraîner toutefois l’arrêt du train. La locomotive porte à cet effet un petit éjecteur accessoire capable d’établir seulement un vide de 2 centimètres, par exemple, dans la conduite, et insuffisant par suite pour serrer les freins. Ce petit éjecteur fonctionne d’une manière permanente, et permet ainsi au mécanicien de reconnaître a l’examen du manomètre, l’état de la conduite, car si les rentrées d’air sont trop abondantes, le vide ne se maintient pas. La Compagnie du Nord avait appliqué déjà, depuis 1880, une disposition analogue avec une petite capsule auxiliaire disposée sur le modèle des cylindres à frein, type Ilardv, et munie d’un contact électrique indiquant les rentrées d’air.
- Quoi, qu’il en soit, comme il y a là une question où la sécurité est intéressée, et que l’automaticité donne plus de garantie à ce point de vue, on s'est attaché récemment à donner aussi au frein à vide une disposition automatique tout en lui conservant ses précieuses qualités de simplicité, et c’est l’objet du type que nous représentons. Dans ce cas, le vide règne en permanence dans la conduite, et toute avarie qui rétablirait la communication avec l’atmosphère entraînerait par là même le serrage automatique des freins. L’installation générale de la conduite et des cylindres à frein disposés sous chaque véhicule est représentée figure 1. La conduite T se termine à l’extrémité du véhicule par un tuyau en caoutchouc R assemblé avec le tuyau suivant au moyen des raccords A. Quand la conduite est interrompue, le raccord repose sur le support A' fixé au châssis du wagon. Le cylindre à frein C est rattaché à la conduite par le tube L raccordé sous le wagon en R; ce cylindre comprend une cloche en tôle C' recouvrant un cylindre vertical C ouvert à sa partie supérieure. A l’intérieur oscille un piston en fonte P formant diaphragme mobile, qui isole le compartiment inférieur du reste du cylindre C et de la chambre à vide G'. Ce piston dont la coupe est représentée en détail figure 2, est entouré à cet effet d’un anneau en caoutchouc 0 destiné à former garniture étanche. Lorsque le piston est à fond de course, en haut ou en bas, l’anneau se loge.dans les rainures circulaires ménagées aux deux extrémités; mais lorsque le piston se déplace, F anneau roule sur lui-même en se comprimant entre
- le piston et la paroi interne du cylindre. Cette disposition d’anneau en caoutchouc qui assure une étanchéité complète donne en même temps un frottement très réduit, elle est connue sous le nom de l’inventeur M. Clayton, et elle est appliquée aujourd'hui sur un grand nombre d’installations de frein à vide fonctionnant avec ou sans automaticité. Dans Je cas du frein à vide non automatique, la chambre supérieure est simplement supprimée et le piston oscille à l’intérieur du cylindre qui est alors renversé, le fond plein étant reporté à la partie supérieure : quand on fait le vide dans le cylindre, le piston se soulève sous l’action delà pression atmosphérique, en entraînant la timonerie des freins, et il retombe par son propre poids, dès que l’air est admis dans le cylindre, ce qui entraîne le desserrage. Le piston avec garniture en caoutchouc a joué, en un mot, le rôle du soufflet en caoutchouc représenté dans le numéro du 29 juin 1878, soufflet qui se contractait lorsqu’on y faisait le vide et s’ouvrait
- lorsque la pression d’air était rétablie à l’intérieur. Ce soufflet qui formait l’organe le plus délicat du système avait d’ailleurs été remplacé généralement par des capsules système Hardy, sorte de boîtes en fonte partagées en deux compartiments par un diaphragme mobile en cuir ou en caoutchouc, qui se dilate ou se comprime suivant les cas. Ce diaphragme est muni, au centre, d’une rondelle métallique sur laquelle est fixée l’extrémité de la tige entraînant la timonerie du frein. C’est la disposition qui est encore le plus fréquemment appliquée jusqu’à présent sur les freins non automatiques, et comme les diaphragmes en cuir ne paraissent pas posséder une étanchéité suffisante, on leur préfère généralement des diaphragmes formées d’une ou plusieurs couches de toile alternant avec des couches de caoutchouc.
- Le fonctionnement du piston du cylindre Clayton s’établit de la manière suivante avec le frein automatique : le vide règne en permanence dans la chambre au-dessus et au-dessous du piston P qui, à l’état de repos, repose sur la base inférieure du cylindre. Lorsque la pression d’air est rétablie dans la conduite, l’air venant par le tube L débouche dans la chambre inférieure du cylindre et soulève le piston qui actionne les freins en entraînant la tige F qui commande la timonerie F'F". L’air ne peut pas pénétrer dans la chambre supérieure qui forme ré-
- Fig. 1. — Installation du frein à vide automatique sous le châssis d’un wagon.
- T. Conduite générale. — R. Tuyaux en caoutchouc avec raccords A. — C. Cylindre du frein type Clayton. — C/. Chambre à vide. — P. Piston.
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- LA NATURE.
- servoir de vide, car l’orifice du tuyau qui y débouche se trouve masqué par une petite bille en caoutchouc D repoussée alors sur son siège à gauche par la pression même de l’air. Lorsque l’air est aspiré, au contraire, en rétablissant le vide dans la conduite, la chambre inférieure se vide de nouveau et le piston retombe par l’action de son poids en desserrant les sabots des freins. Cette disposition, d’une simplicité merveilleuse, assure en même temps une dépense d’air aussi réduite que possible, puisqu’il suffit, à chaque desserrage, d’aspirer le faible volume introduit sous le piston pendant le serrage précédent. Une soupape en caoutchouc commandée par la manivelle M permet de détacher la bille en caoutchouc de son siège, quand on veut admettre l’air dans la chambre à vide pour dégager les freins, soit pour séparer le wagon du reste du train, par exemple.
- Pour actionner le frein, le mécanicien dispose de deux éjecteurs de diamètres différents : le gros éjec-teur sert à déterminer le vide dans la conduite au départ du train, ou, s’il est nécessaire, en cours de route; après chaque arrêt, il suffit d’avoir recours m petit éjecteur pour enlever l’air qui vient de rentrer. Dans les dispositions actuelles, ces deux éjecteurs sont réunis avec la valve de rentrée d’air en un seul appareil commandé par un levier unique placé à la main du mécanicien, qui ne peut plus, dès lors, commettre aucune hésitation dans la manoeuvre. Cet appareil est représenté figures 3, 4 et 5; il est muni d’un levier de manœuvre portant une sorte de clapet percé de trous (fig. 5), dont les sec-
- tions sont établies de manière à obturer plus ou moins les prises d’air A ou de vapeur V suivant les positions qu’il occupe lorsqu’on le fait tourner autour de son axe. La position extrême du levier ouvre le gros éjecteur commandé par la conduite de vapeur T', la position moyenne ouvre le petit éjecteur commandé par la conduite T, et enfin la position opposée correspondant au serrage ouvre la rentrée d’air dans la conduite; les inscriptions portées sur le clapet indiquent d’ailleurs au mécanicien l’état de son frein. Un clapet de retenue d’air est installé enfin dans une boîte spéciale ménagée au-dessous de l’éjecteur à l’orifice de la conduite pour recueillir les poussières entraînées avec le courant d’air, qui autrement retourneraient dans la conduite.
- Tel qu’il est disposé, le frein à vide automatique présente, comme on voit, une simplicité admirable, puisqu’il ne renferme, pour ainsi dire, aucun organe mobile susceptible d’avarie; une balle en caoutchouc suffit à y déterminer la rentrée ou l’évacuation de
- l’air; enfin il est commandé par un levier unique que le mécanicien manœuvre instinctivement pour ainsi dire, et par un appareil qui ne renferme non plus aucune pièce mobile. Ajoutons que ce type de frein paraît donner en service les résultats les plus satis-faisants, et le nombre des défaillances relevées en Angleterre par le Board of trade sur les trains qui en sont munis, est sensiblement inférieur à celui qu’on observe sur les autres types de freins automatiques. L. B.
- Fig. 2. — Coupe détaillée montrant le raccordement du cylindre à frein avec la conduite générale.
- L. Tube venant de la conduite générale. — B. Ball-velve en caoutchouc. — 0. Anneau en caoutchouc assurant la garniture du piston P. — 0'. Bainure circulaire ménagée autour du piston pour recevoir l’anneau 0.
- Fig. 3. — Coupe horizontale Fig. 5. — Vue du clapet Fig. 4. — Coupe verticale de l’éjecteur double. de manœuvre. de l’éjecteur double.
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- DEC DE GAZ A FERMETURE
- ADTOMATIQUE
- MM. Cros-Muratori ont récemment présenté a la Société d'encouragement un bec de gaz à fermeture automatique dont on va comprendre immédiatement l’usage. Si le bec est ouvert et allumé, et que l’on vienne à fermer le compteur, non seulement ce bec s’éteint, mais il se ferme automatiquement. Le lendemain matin quand on ouvre le compteur, la fuite de gaz n’a plus lieu par un bec resté ouvert, comme cela a lieu avec le système ordinaire.
- En définitive, le bec Cros-Muratori se ferme automatiquement, dès qu’on supprime partiellement ou totalement la pression du gaz; de plus, la pression du gaz, lorsqu’elle revient dans l’appareil, nepeutd’elle-même rouvrir ce système d’obturateur sans le secours de la main ou d’une cause extérieure convenable.
- Le bec automatique se compose d’une cuvette en métal ou autres matières convenables pour recevoir un liquide comme le mercure.
- Dans cette cuvette et au milieu, débouche un petit tube amenant le gaz de la conduite ordinaire.
- Au-dessus de ce petit tube se trouve une cloche B munie au centre d’une deuxième cloche plus petite.
- La grande cloche Ë est percée d’un trou qui permet au gaz de passer de la partie inférieure de la cuvette dans la cloche, après que la petite cloche a émergé du mercure D formant liquide obturateur de cette sorte de valve hydraulique.
- Le mercure contenu dans la cuvette immerge la grande et la petite cloche ; le gaz, avec sa pression oz'dinaire de 20 à 70 millimètres d’eau, ne peut, en agissant sur le fond de la petite cloche, soulever la grande.
- Mais si, à l’aide de la main, on soulève une bague représentée à la partie inférieure de la figure, en la faisant glisser de bas en haut, dans le sens de la flèche, on force la cloche B à s’élever ; dès lors la petite cloche concentrique, solidaire de la grande, ne plonge plus dans ce mercure ; le gaz passe dans la grande cloche, sa pression agit sur la surface de cette cloche, beaucoup plus considérable que celle
- de la petite cloche, et cette pression maintient alors tout le système soulevé; par suite le gaz, pour s’écouler librement des tuyaux, passe en A pour arriver au brûleur G. La petite figure, à la droite du dessin en coupe, montre la position de la main qui soulève la bague dont nous venons de parler.
- Si nous supprimons la pression du gaz, la cloche B retombe sous son propre poids avec la petite cloche centrale qui se trouve de nouveau immergée d’une quantité suffisante pour que le gaz ne puisse plus s’écouler par le brûleur.
- La grande cloche B plonge à des profondeurs variables dans le bain de mercure, d’une profondeur suffisante pour résister à la pression maximum du fluide et assurer une herméticité parfaite de l’obturateur.
- Le bec automatique pourra surtout être utilement appliqué [tour éclairer au gaz les endroits éloignés de toute surveillance, tels que : les étages d’un escalier, les couloirs, les caves, etc.
- La caractéristique de la soupape du bec automatique que nous venons de décrire peut se formuler ainsi : cette soupape ne peut pas être soulevée par la pression du gaz, mais elle peut être soutenue une fois qu’elle a été soulevée a la main. On voit que la solution du problème étudié par MM. Cros-Muratori est ingénieuse et pratique, nous avons voulu la signaler à nos lecteurs, et nous ajouterons que la Société d’encouragement a fait au nouveau système un très favorable accueil.
- Le dessinateur a figuré un robinet sur le tube adducteur, mais la fermeture au mercure pourrait suffire ; le robinet du bec de gaz se trouverait dans ce cas complètement supprimé, et il suffirait d’élever ou d’abaisser la bague pour ouvrir ou fermer l’accès au gaz. L’emploi d’un robinet, ajoutons-le, n’est pas une complication bien grande, et il est préférable de ne pas le supprimer, car le système n’en est que plus sûr. Quand on se sert du gaz, on ne saurait trop prendre de précautions pour éviter les fuites souvent dangereuses. L’emploi du système de MM. Cros-Muratori diminuera le nombre des accidents dus à la négligence ou à l’oubli, et nous souhaitons vivement en voir propager l’application.
- Bec de gaz à fermeture automatique.
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- LA NATURE.
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- L’HYGIÈNE ET LA. LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Le I)r P. Renk, professeur à l’Institut hygiénique de Munich, vient de publier les résultats d’intéressantes expériences qu’il a exécutées au Théàtre-Roval de cette ville, éclairé, comme on sait, par 1400 lampes à incandescence Edison. M. Renk est arrivé à déterminer d’une façon exacte la différence des effets produits sur l’atmosphère de la salle par l’éclairage électrique et par le gaz, plus particulièrement en ce qui concerne la température et la production d’acide carbonique. Et, comme les conditions atmosphériques varient, non seulement avec le système d’éclairage, mais aussi avec le nombre des spectateurs contenus dans la salle, les mesures ont été prises pendant les représentations et dans les soirées où l’on 11e jouait pas. On a donc ainsi réuni tous les éléments de cette question assez complexe.
- Les premières observations ont été faites au moment où l’édifice était vide; la salle a été éclairée au gaz de 4 à 6 heures du soir au moyen d’un grand lustre de 240 becs. Le rideau, baissé d’abord, a été ensuite levé ; le local s’est donc trouvé aussi exactement que possible dans les conditions qui précèdent ordinairement les représentations. On a examiné l’état atmosphérique dans les différentes parties de la salle et l’on a trouvé que, dans l’espace de deux heures, la température s’était élevée de :
- I, 6 degré centigrade au parterre ; 12,4 degrés au centre de la galerie supérieure ; 4,5 degrés sur les côtés de la galerie supérieure.
- Quant à la proportion d’acide carbonique, sa moyenne était au début de 1,140 pour 1000 parties d’air; elle est montée jusqu’à 5 heures et demie à 2,016, pour redescendre à 0,969 une fois le rideau levé.
- Le résultat de ces premiers essais a été de montrer que la température et la quantité d’acide carbonique ont considérablement augmenté à la partie supérieure de l’édifice, tandis qu’au parterre ces deux éléments n’ont varié que dans une mesure relativement faible.
- Dans la deuxième série d’expériences, le local était vide et éclairé par 140 lampes Edison; les mesures ont été prises de 2 heures à 4 heures et demie du soir. À 3 heures et demie, on a réduit le nombre des lampes à 84 et levé le rideau à 4 heures. On a ainsi trouvé une élévation de température de :
- 0,2 degré centigrade au parterre; 0,5 au second étage; 0,5 à la galerie supérieure; et une augmentation moyenne de 0,072 pour la proportion d’acide carbonique. Encore cette dernière doit-elle, suivant M. Renk, être attribuée à une autre cause qu’à la lumière électrique.
- La supériorité de la lumière électrique s’est nettement accusée dans la troisième série d’observations, faite avec une salle à peu près pleine (1530 personnes), pour devenir plus frappante encore lorsque toutes les places étaient occupées. A une représentation de l’opéra le Tannhauser, à laquelle assistaient 1790 personnes, on a constaté avec l’éclairage au gaz, de 5 heures et demie à 10 h. 15, une élévation de température de :
- II, 1 degrés centigrades au parterre; 7,2 degrés à la deuxième galerie; 10,7 degrés à la galerie supérieure ; 6,3 degrés sur la scène, et une augmentation de la proportion d’acide carbonique de :
- 2,176 au parterre ; 1,732 à la deuxième galerie; 2,855 à la galerie supérieure; 1,607 sur la scène.
- A une représentation de Lohengrin, la lumière élec-
- trique a permis, au contraire, de constater, avec le même nombre de spectateurs, et de 5 heures et demie à 10 heures et demie, une élévation de température de :
- 7,7 degrés centigrades au parterre; 4,2 degrés à la deuxième galerie; 7,4 degrés à la galerie supérieure; 5,0 degrés sur la scène, et une augmentation de la proportion d’acide carbonique de :
- 1,221 au parterre; 1,272 à la deuxième galerie; 1,150 a la galerie supérieure ; 1,135 sur la scène.
- Les résultats de ces observations, faites avec une salle vide et une salle pleine, sont concluantes, et il serait difficile de mieux démontrer tous les défauts que présente le gaz au point de vue hygiénique. Ces défauts, qui sont nuisibles dans un local ordinaire, deviennent excessivement graves dans un théâtre, où l’air se trouve déjà vicié par la respiration des assistants. Il est réellement étonnant que les directeurs de nos grandes scènes n’aient pas encore compris tout l’intérêt qu’ils ont à augmenter le bien-être des spectateurs. Puisqu’ils hésitent pour la plupart, dit avec raison le Bulletin des téléphones auquel nous empruntons ces documents, à changer leur système d’éclairage, le public devrait les y décider en donnant sa préférence aux rares théâtres qui possèdent la lumière électrique.
- CHRONIQUE
- Séparation électrolytique de l’argent et du plomb. — Une Société a établi une usine pour la séparation de l’argent du plomb, à Rome. Dans les Etats-Unis, on commence par couler le plomb argentifère dans des moules suspendus à des cadres en forme d’anneau. On obtient ainsi des pièces de 2,5 livres environ. Pendant le coulage, on introduit dans le plomb deux bandes de cuivre destinées à suspendre les pièces et à amener le courant électrique. Un ouvrier peut couler dix pièces à la minute lorsqu’il est habitué à la besogne. Les pièces de plomb sont suspendues en plusieurs anneaux coneentri-aues, de façon à ce qu’il reste entre ces anneaux un espace de 5 centimètres environ, que 276 plaques se trouvent dans les anneaux et viennent plonger dans un récipient en ciment d’asphalte de 2 mètres de diamètre ; elles forment les anodes. Les cathodes sont formées par 13 anneaux concentriques avec les autres et viennent se placer une chaque fois entre deux anodes, de sorte qu’il reste entre anodes et cathodes un espace de 2 à 2,5 centimètres ; au milieu on laisse un espace libre de 60 centimètres de diamètre. On remplit les récipients d’une solution d’acétate de soude dans laquelle on a dissous du sulfate de plomb. Des brosses tournent continuellement entre les anneaux et raclent le plomb qui tombe au fond; on empêche ainsi les court-circuits qui pourraient se former entre anodes et cathodes. Pour maintenir la solution en mouvement, on la laisse s’écouler par le bas du récipient et une pompe l’y ramène par le haut. A Rome on a établi 30 récipients; ces récipients sont parcourus l’un après l’autre par le courant d’une machine à galvanoplastie qui fournit un courant de 1000 ampères, conduit par des fils de 28 millimètres de diamètre. Avec un pareil courant, on dépose 10 à 11 livres de plomb par heure et par récipient.
- Les ponts en fer et leurs surcharges. — Un
- membre de la Société des ingénieurs civils de Londres, M. Blyth, écrit au Times une lettre qui mérite de fixer l’attention des autorités compétentes, car elle signale une
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- LA NATURE.
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- cause de danger qui ne fait qu’empirer tous les jours : il s’agit des ponts en fer des voies ferrées. Les ponts construits il y a vingt-cinq ans étaient établis en tenant compte de ce que le poids maximum d’une locomotive et de son tender portant sa provision d’eauetde charbon, ne dépassait pas 50 tonnes. Ce chiffre servait de base à tous les calculs de résistance des matériaux. Aujourd’hui, le poids d’une locomotive et de son tender dépasse quelquefois 75 tonnes, et certainement les ponts en fer ne présentent plus la même solidité qu’au début, lors de leur construction ; on peut donc affirmer que plusieurs des pièces qui les constituent travaillent à des efforts supérieurs aux limites de sécurité fixées par le Board of trade. Un bien petit nombre de compagnies de chemins de fer ont pris jusqu’ici l’initiative de consolider leurs ponts en fer, par suite de l’augmentation de poids du matériel de traction. Sans exprimer aucune opinion sur la mesure dans laquelle les craintes de M. Blyth sont justifiées, la question soulevée mérite certainement une enquête, car la sécurité publique est vivement intéressée à sa solution.
- La tamidine. — VElectricien décrit le mode de préparation d’un produit spécial imaginé, sous le nom de tamidine, par M. Weston, et servant à la fabrication des filaments des lampes à incandescence. On obtient ce produit en traitant du papier ordinaire avec un mélange d’acide sulfurique ou d’acide nitrique, de façon à former un pyroxyle ou coton-poudre. Ce pyroxyle est dissous dans un de ses dissolvants bien connus, mélange d’alcool et d’éther, pétrole, acide acétique, etc. Cette solution est étendue sur des glaces, en couches épaisses, que l’on soumet à une évaporation lente et graduelle. Lorsque l’évaporation est assez avancée pour que la masse puisse être maniée facilement, les gâteaux sont enlevés et placés sur des châssis en bois. Le dissolvant achève de s’évaporer, et il reste un gâteau de pyroxyle d’environ 6 millimètres d’épaisseur, 25 centimètres de largeur et 55 à 40 centimètres de longueur. Une machine découpe ces gâteaux épais en lames minces. On immerge ces feuilles pendant une heure environ dans une solution de sulfure d’ammo-uiuin, qui a pour effet de les dénitrer; on les lave, on les sèche et on les amène à l’épaisseur voulue. En carbonisant ces feuilles de tamidine dans un moufle, on obtient un charbon très dur, très flexible, d’une grande résistance électrique spécifique et parfaitement homogène. Le procédé est susceptible de modifications. On peut, par exemple, faire une masse plastique de pyroxyle et la passer à la filière, pour en tirer des filaments qu’on carbonise ensuite. On a pu constater les qualités des filaments obtenus par le procédé Weston, à l’Exposition d’électricité de Philadelphie, en septembre 1884.
- L'anesthésie dans l’antiquité. — Un manuscrit d’Abélard récemment découvert, donnerait de curieux renseignements sur le profond sommeil que les chirurgiens de son temps avaient coutume de déterminer chez les patients qu’ils voulaient opérer. Pline parle d’une pierre de Memphis qui, broyée et appliquée avec du vinaigre, rendait insensible la région qu’on devait brûler ou inciser. Avec lui, Dioscoride, Matthéole disent qu’avant d’opérer un malade on l’endormait en lui faisant ingérer, dans du pain ou autre aliment, soit du suc de feuilles, soit de la décoction de racines de mandragore, soit une dose de la plante appelée inorion. L’opium et le chanvre furent employés par les médecins chinois. Dans la polypharmacie du treizième siècle, on trouva une préparation composée d’opium, de sucs de jusquiame, de mandragore,
- de ciguë et autres plantes, dont on imbibait des éponges. Séchées au soleil, ces éponges étaient humectées quand on voulait s’en servir et placées sous le nez du patient jusqu’à ce qu’il s’endormît. Dans l’Inde on utilisait l’hypnotisme. (Chronique industrielle.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 septembre 1885.— Présidence de M. Boule y.
- Astronomie. — M. Zenger a récemment imaginé un spectroscope propre à révéler les étoiles doubles par l’examen de leur lumière. En étudiant l’étoile de première grandeur a de la Lyre (Véga), il a reconnu que cette étoile si brillante est formée par la réunion de deux étoiles, l’une de première grandeur, l’autre de deuxième grandeur, distantes d’environ 0",2. Ces deux étoiles paraissent fournir des spectres différents.
- Géographie. — M. Maire, capitaine de vaisseau de la marine militaire, a publié une étude sur le périple d’IIan-non. On sait que le célèbre navigateur carthaginois fut chargé par le Sénat de Carthage de faire le tour de l’Afrique. Il dut s’arrêter en route faute de vivres. M. Maire a longtemps navigué sur la côte ouest d’Afrique ; il a pu, grâce à sa connaissance parfaite des accidents de la côte et des courants, déterminer avec certitude différents points du périple. 11 établit ainsi que les Carthaginois n’ont point dépassé l’île de Fernando-Pô, située ’a 3°,45’ de latitude nord, c’est-à-dire à 420 kilomètres environ de l’équateur.
- Médecine. — M. le docteur Régis réclame la priorité au sujet de l’emploi de l’iode comme médicament antiseptique dans le traitement du choléra. Il rappelle qu’il avait recommandé, à titre de ’moyen prophylactique, d’entretenir au fond de la bouche une petite boule de cire préalablement malaxée avec de l’iode.
- M. le docteur Lebon est de retour d’une mission dans l’Inde. Il a étudié sur place la genèse des épidémies cholériques ; il conclut que l’eau est le moyen de propagation le plus actif.
- Physiologie animale. — La fécondation des céphalopodes a été étudiée au laboratoire de M. Milne-Edwards sur les seiches et les calmars. On avait vu déjà les mâles se rapprocher des femelles pendant l’acte de la fécondation, de manière à mettre en rapport les deux orifices buccaux. Il vient d’être observé que l’individu mâle rejette des spermalophores qui se fixent sur la membrane péribuccale de la femelle dans de petites poches spéciales contractiles. Pendant la ponte, la femelle les expulse par des contractions pour les mettre en contact avec les œufs. Après la ponte, ces poches restent complètement inactives et vides.
- Varia. — M. Vidal adresse une caisse contenant des raisins provenant d’une vigne attaquée par le phylloxéra dès le printemps dernier. Une partie de la vigne a été soignée avec de la vapeur d’acide sulfureux et a donné un très beau raisin. L’autre portion de la vigne a été abandonnée à elle-même ; elle a donné un raisin qu’il est impossible d’utiliser. La partie traitée de la vigne semble d’ailleurs parfaitement débarrassée du phylloxéra. — M. Brame continue ses recherches sur la cristallogénie du soufre. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- ÉVENTAIL MAGIQUE A TROIS FACES
- On se rappelle les tableaux à trois faces, décrits il y a quelques mois dans La Nature. Notre confrère de New-York, Scientific American, nous enseigne aujourd'hui à confectionner un éventail très curieux qui est le digne pendant des tableaux auxquels nous faisons allusion. Cet éventail est d’une construction très simple et ne demande, comme matériaux essentiels, qu’une feuille de papier de 60 centimètres de longueur sur 45 centimètres de largeur et une vieille monture d’éventail à dix branches.
- Les trois faces sont rendues apparentes en les recouvrant de dessins différents ; en ouvrant l’éventail dans un certain sens, on fera paraître un des dessins, et un autre dessin en l’ouvrant en sens inverse : c’est ainsi qu’il pourra se transformer à volonté en éventail d’hiver et en éventail d’été.
- Voici les détails de fabrication de cet éventail :
- On étend la feuille de papier sur une table et on trace à sa surface, avec un compas ou une simple lice lie tendue, deux cercles con-centriques; le rayon du cercle extérieur est de 28 centimètres et celui du cercle intérieur d’environ il à 12 centimètres t^fig. 1).
- On prend les trois quarts de la couronne, on la divise en vingt parties égales, on trace les rayons correspondants aux divisions, et on découpe le papier en ayant soin de suivre, sur le cercle extérieur, les cordes qui réunissent les points de divisions consécutifs. On plie alors le papier suivant les divisions, comme l’indique la figure 2, et il est prêt à recevoir la monture qui se compose de dix branches ; les huit branches intérieures ont 27 centimètres de longueur, 6 millimètres de largeur et 3/4 de millimètres d’épaisseur; les deux lames extérieures ont la même largeur, une épaisseur double et 30 centimètres de longueur.
- On perce des trous sur le milieu de chaque lame, à 2 centimètres environ de l’extrémité inférieure de chacune d’elles à l’aide d’une mèche fine ou d’une aiguille à tricoter rougie à la flamme d’un bec de gaz. L’axe est constitué par une boucle aussi petite que possible faite avec un fil de fer.
- Lorsqu’on utilise une monture d’éventail hors de service, il suffit d’enlever les lames en excès de la monture, de façon à réduire leur nombre total à dix.
- On fixe le papier et les lames de la monture avec une solution de gomme arabique. A cet effet, on commence par coller la dernière lame sur le milieu de la dernière division à droite. Lorsque la gomme est sèche, on retourne l'éventail sens devant derrière, et après avoir mis de la gomme entre la quatrième et la cinquième division, on y intercale les deux lames extrêmes, et on les presse avec les doigts et sur la table jusqu’à ce que l’adhérence soit obtenue. On colle de la même façon les deux lames suivantes entre la douzième et la treizième division ; l’éventail est alors à l’état d’avancement représenté par la figure 5. Les deux lames suivantes seront collées entre la seizième et la dix-septième division ; enfin, la dernière lame extérieure sera collée
- sur la partie extérieure de la vingtième et dernière division, et on fermera l’éventail, en attendant qu’il soit complètement sec pour le peindre. 11 faut avoir soin que chaque paire de lames soit collée l’une au bord de droite et l’autre au bord de gauche de la division correspondante, comme l’indique nettement la figure 3.
- Si on ne dessine qu’un sujet sur l’éventail, on peut le faire apparaître ou disparaître à volonté en ouvrant ou fermant l’éventail d’un côté ou de l’autre. Il ne faut pas perdre de vue qu’une face de l’éventail reste invariable, quel que soit le côté dont on l’ouvre, aussi faut-il bien prendre garde de ne pas dessiner le sujet sur cette face, si on veut pouvoir le faire disparaître.
- Si on veut utiliser des peintures déjà faites, il suffit de les découper en trapèzes qu’on colle ensuite convenablement sur l’éventail.
- On peut, par exemple, dessiner une histoire en trois parties qu’on peut faire apparaître successivement en manœuvrant convenablement l’éventail magique que la figure 4 représente complètement terminé. Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieh.
- 1. Tracé de l'Éventail. — 2. Pliage du papier. — 3. Collage des lames. — 4. Éventail à trois faces terminé.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- .V 644. — 3 OCTOBRE 1885.
- LA NATURE
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- INDICATEUR-ENREGISTREUR ÉLECTRIQUE DE NIVEAU A DISTANCE
- SYSTÈME PARENTHOU
- t
- Fig. 1. — Indicateur‘de niveau d'eau, système Parenthou, actuellement en service dans les réservoirs de la Ville de Paris. — Récepteur,
- Parmi les appareils les plus curieux de l’Exposition d’électricité organisée erq avril dernier à l’Observatoire par la Société internationale des électriciens, figurait un indicateur-enregistreur électrique de niveau d’eau à distance, actuellement en service sur les réservoirs de la ville de Paris, imaginé par M. Parenthou, et construit par M. F. Bel-let. Le système est établi de façon à n’em- r ployer qu’tm seul fil de ligne, la terre servant de fil , t de retour : les indications sont obtenues, à la fois sur un cadran gradué (fig. 1) et un cylindre enregistreur ordinaire commandé par un mouvement d’horlogerie, à l’aide d’envoi de courants positifs ou négatifs, suivant que le niveau de l’eau du réservoir s’élève ou s’abaisse.
- Le transmetteur (fig. 2) se compose d’un flotteur non représenté sur la figure, suspendu à une chaîne formée d’une série de petits cylindres suspendus les
- uns aux autres par l’intermédiaire de petites chaînettes; cette chaîne passe sur une poulie dont la gorge a une forme appropriée, et l’autre extrémité de la‘ chaîne plonge, jusqu’au fond du réservoir. Suivant que le niveau du liquide monte ou descend, le flotteur entraîne la. chaîne et celle-ci fait tourner la poulie qui les supporte dans un sens ou dans l’autre. Lorsque lé flotteur monte, 'par exemple, les petits cylindres viennent se superposer et diminuer le poids de la chaîne du côté où elle s’allonge; l’effet inverse se produit lorsque le niveau baisse dans le réservoir. On obtient ainsi un système toujours parfaitement équilibré, quel que soit le niveau du liquide. La roue portant la chaîne entraîne avec elle, dans sa rotation, un engrenage et son axe. Sur cet axe est monté un tube en) verre renfermant une certaine quantité de mercure qui agit par son pro-
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- 13* innée. — 2e semestre.
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- LA NATURE.
- pre poids pour maintenir toujours le tube vertical, et, par une combinaison de contacts électriques convenable, le circuit ouvert. En tournant dans un sens ou dans l’autre, le tube est entraîné pendant un quart de cercle, dans un sens ou dans l’autre, par l’intermédiaire d’une disposition mécanique fort simple non représentée dans la figure : dès que le tube a un peu dépassé la position horizontale, le mercure se précipite à l’autre extrémité du tube et lui fait accomplir rapidement le reste de sa demi-révolution.
- G’est dans ce deuxième quart de tour que s’établit le contact électrique qui envoie un courant positif si la rotation de la roue correspond à une élévation de niveau, et un courant négatif si la rotation est produite par un abaissement de niveau. Pour chaque tour de l’axe, on produit donc ainsi deux émissions de courant.
- En combinant les diamètres respectifs des roües, on peut faire que chaque émission de courant se produise pour une différence de 5; 10; 20; 50 ou 100 millimètres, suivant les besoins. La disposition adoptée par M. Parenthou assure un contact, et un seul pour chaque variation de niveau unité pour laquelle l’appareil a été établi. Le transmetteur traduit donc, finalement, les variations de niveau par des émissions de courants positives ou négatives, suivant que le niveau monte ou descend.
- Ces courants sont envoyés dans un relais polarisé dont l’armature est attirée à droite par exemple, lorsque le relais est traversé par un courant positif, à gauche lorsqu’il est traversé par un courant négatif.
- Les mouvements de l’armature du relais polarisé placé près du récepteur, sont utilisés pour envoyer des courants dans l’électro de droite ou dans l’électro de gauche du récepteur représenté figure 2, en fermant le circuit d’une pile locale. L’un des électros agit pour faire avancer l’aiguille dans un certain sens, et l’autre pour la faire avancer en sens contraire. M. Parenthou a combiné une disposition très ingénieuse pour que l’action mécanique qui produit l’entraînement de l’aiguille, soit indépendante de l’intensité du courant fourni par la pile locale, courant excessivement variable avec la quantié de cette pile, son entretien, etc. A cet effet, l’axe des aiguilles porte deux roues dentées en sens inverse sur chacune desquelles agit un cliquet correspondant à chacun des électro-aimants : ce cliquet est fixé sur une sorte de levier horizontal soulevé par un cylindre de fer qui repose sur l'une de ses extrémités et se meut librement dans la bobine de l’élec-tro qui agit ici comme un solénoi'de. Lorsque le courant passe, le noyau de fer est aspiré, et le levier qui n'est plus maintenu par le poids du cylindre de fer, retombe avec une force constante pour faire avancer la roue d’une dent. Lorsque le courant cesse de passer, le cylindre retombe et replace le cliquet et le levier dans la portion d'attente, jusqu’à une nouvelle émission de courant. L’idée est excellente et son application se recommande dans bon nombre
- de cas où il est nécessaire d’obtenir un effet mécanique constant avec une force variable.
- La rotation de l’axe de l’aiguille dans un sens ou dans l’autre entraîne une crémaillère horizontale à l’extrémité de laquelle est un style se mouvant devant un cylindre horizontal recouveft de papier, et entraîné par un mouvement d’horlogerie. On obtient ainsi d’un seul coup d’œil la représentation de l’état du niveau dans le réservoir à un instant quelconque, ce qui constitue un contrôle précieux relativement au fonctionnement des causes diverses qui tendent à remplir et à vider le réservoir.
- <> E' H‘
- L’AUDITION COLORÉE
- Les deux articles que j’ai publiés dans La Nature 1 sur l’audition colorée m’ont valu un grand nombre de communications : elles m’ont prouvé qu’en France, comme en Italie et en Allemagne, il y a beaucoup de personnes jouissant de la propriété de percevoir une sensation de couleur quand leur oreille est frappée par un son.
- La plupart voient rouges ou brillants les sons aigüs et la voyelle i, mais l’association des autres couleurs et des autres sons varie à l’infini, et il m’a été impossible de saisir une loi quelconque dans cet ordre de phénomènes.
- Plusieurs sujets font remarquer que le vert ne correspond pour eux à aucun son musical*. Une dame, qui est dans ce cas, voit, comme M. H. P., les chiffres colorés. Le tableau suivant indique les couleurs qu’elle attribue aux voyelles, aux notes et aux chiffres.
- Do 0 1 et 0
- Ré é 5
- Mi i 7 et 2
- Fa à 4
- Sol i 6
- La a 5
- Si u 9
- , . . 8
- blanc rayé de noir rose
- jaune vif bleu rouge
- lilas tournant violet brun café vert foncé.
- « Je n’appelle, dit-elle, jamais une somme quelconque sans que la couleur de tous les chiffres qui y sont énoncés ne passe successivement devant moi. »
- Une autre dame voit nettement les noms en couleur. Pour elle, Jean est rouge clair; Joseph, bleu très foncé; Louis, rouge; Louise, bleu; Lucie, jaune; tous les noms en us, Marius, Lucius, Janus, etc., sont verts.
- Un ingénieur colore les jours de la semaine : lundi est un jour gris, mercredi et vendredi des jours blancs, jeudi un jour jaune, mardi, samedi et dimanche des jours rouge foncé5.
- 1 Numéros du 18 avril et du 30 mai 1885.
- - Le physicien anglais Brewster a constaté que plusieurs personnes de sa connaissance ignoraient la sensation du vert.
- 5 Cet ingénieur voit : a rouge, è blanc, i noir, o brun foncé, u gris de fer, ou bleu marine, cm jaune.
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- On remarquera que, dans les trois cas, la couleur attribuée au nom ne correspond pas toujours à la couleur de la voyelle tonique.
- Le son de 17 mouillée, comme dans eil, oil, œil, a le privilège de faire prédominer sa couleur, qui est le vert chez les uns, le violet chez les autres.
- Presque tous les sujets possèdent la faculté de l’audition colorée depuis leur enfance et l’ont conservée intacte ; un seul, un ancien élève de l’Ecole polytechnique, dit qu’il l’a perdue peu à peu vers l’âge de trente ans quand son système nerveux s’est calmé par la cessation des fatigues intellectuelles.
- Si ce phénomène curieux n’avait point encore été étudié, c’est que ceux chez lesquels il se produit n’en parlaient généralement pas, s’imaginant qu’il était normal; et, quand par hasard, ils venaient à en parler, ils se gardaient de recommencer pour éviter les railleries des gens qui ne les comprenaient pas.
- Les observations que j’ai recueillies auront du moins ce résultat de les rassurer et de leur montrer qu’ils ne sont point des monstres. Elles permettront aussi de comprendre le sonnet suivant de Verlaine que bien des gens ont dû considérer comme l’œuvre d’un cerveau détraqué.
- VOYELLES
- A noir, E blanc, I rouge, E vert, O bleu, voyelles,
- Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
- A, noir corset velu de mouches éclatantes Qui bourbillent autour de puanteurs cruelles,
- Golfes d’ombre. E, candeur des vapeurs et des tentes, Lames des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles.
- I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes.
- E, cycles, vibrements divins des mers virides Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux,
- O suprême clairon plein de strideurs étranges,
- Silences traversés des mondes et des anges ;
- O l’oméga, rayon violet de ses yeux !
- Albert de Rochas.
- STATISTIQUE DES COUPS DE FOUDRE
- EN BAVIÈRE
- Les statistiques fournies par les Sociétés d’assurance contre la foudre sont des plus importantes pour l’étude de ce phénomène. Chaque cas, en effet, ne manque pas d’être signalé, puisque l’intérêt particulier est ici en jeu, et si, comme en Bavière, les assurances sont toutes entre les mains de l’Etat, la connaissance exacte des coups de foudre devient très aisée. M. le professeur Yan Bezold, de Munich, a recueilli ces données pour la période 1833-82, dont il a pu consulter tous les matériaux. Les cas qu’il a considérés sont ceux où il y a eu dégât de quelque importance, en général incendie dû à la chute de la foudre. Son étude l’a conduit aux conclusions suivantes :
- î° Le nombre d’incendies ou de dégâts dus à la foudre
- a augmenté constamment de 1833 à 1882; il a triplé pendant ces dernières années1.
- 2° Si l’on examine la marche de la moyenne annuelle, on trouve qu’elle croit d’une façon générale de 1833 à 1882, mais en effectuant des oscillations qui la font passer par une série de maxima et de minima.
- 3° Si l’on compare la courbe de la moyenne avec celle de la fréquence des taches solaires, on observe : qu’à chaque maximum des taches solaires correspond un minimum de coups de foudre, correspondant aux maxima des taches solaires ; il se présente un troisième minimum secondaire.
- 4° Si l’on étudie la période annuelle en elle-même, on trouve qu’elle donne nettement deux maxima, l’un absolu, en juillet, et l’autre relatif très faible, en janvier. Le maximum absolu de juillet se divise en deux, l’un en juin, l’autre dans la seconde quinzaine de juillet, si l’on examine les coups de foudre par quinzaines. Le second maximum est toujours le plus important.
- 5° Si l’on examine les coups de foudre en divisant les mois par périodes de cinq jours, on trouve que leur nombre augmente ou diminue en même temps que le thermomètre monte ou s’abaisse.
- 6° De l’examen de la répartition des bâtiments frappés suivant leur situation topographique, il résulte : que les bâtiments qui se trouvent dans les districts des villes sont beaucoup moins exposés au danger d’incendie ou d’accidents que ceux situés dans les districts des campagnes. La proportion des bâtiments frappés de part et d’autre est de 1 pour 2.
- FORMATION
- DES OBÉLISQUES EN MONTAGNE
- Dans tous les torrents, on distingue trois régions qui sont caractérisées par leur forme, par leur situation et par les effets constants que les eaux exercent dans chacune d’elles.
- D’abord, une région cachée dans la montagne où les eaux s’amassent et affouillent le terrain ; c’est le bassin de réception. Puis une autre dans laquelle les eaux déposent les matières provenant de l’af-fouillement ; elle forme dans les vallées un lit très large et bombé qu’on appelle le cône de déjection. Enfin, une troisième région intermédiaire entre les deux précédentes, où se fait le passage de l’affouil-lement à l’exhaussement, et qui est désignée sous le nom de canal d'écoulement.
- Ainsi, c’est dans la région la plus élevée des torrents que s’observent les grands phénomènes de dénudation, et c’est au travail des eaux qu’est due la physionomie spéciale 'a chaque bassin de réception. Les profils suivant lesquels les parties ravinées tendent à se disposer sont de véritables courbes d’équilibre, fonctions, d’une part, de la nature du terrain et, d’autre part, de l’énergie plus ou moins active des agents destructeurs. Dès que l’une de ces forces vient à varier, les profils de la mon-
- 1 Ce fait est-il bien certain? Ne se pourrait-il pas que les faits aient été moins exactement recueillis pendant les premières périodes? (Note de la Rédaction.)
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- tagne varient pareillement. Voilà pourquoi à chaque climat, à chaque constitution particulière de terrain, correspond une figure spéciale et caractéristique du bassin de réception.
- Tantôt les eaux creusent les flancs de la montagne d’échancrures profondes diversement accidentées, tantôt elles couvrent les revers de larges plaies ouvertes dans la roche vive ; d’autres fois elles engendrent des glissements successifs qui donnent aux versants l’aspect d’un vaste amphithéâtre à gradins gigantesques.
- Dans certaines espèces de terrains délayables, l'érosion des eaux donne naissance à des accidents d’une nature singulière. Ce sont des pyramides terreuses dont le sommet indique l’ancien niveau de la surface du sol : véritables témoins de l’immense déblai pra-tiqué autour d’elles par l’action des eaux. Ces pyramides sont coiffées d’une pierre plate que l’on dirait posée par la main des hommes et, pour ce motif, elles sont désignées, suivant les localités, sous les noms pittoresques de dames, nonnes ou demoiselles (fig. 1).
- La présence de ce bloc fournit une explication facile du phénomène.
- Quand sur un versant délayable, les eaux pluviales en ruisselant, rencontrent une grosse pierre, elles la contournent ainsi que la portion du talus qui la supporte ; elles délayent et entraînent, au contraire, tout ce qui l’environne. 11 reste ainsi une colonne de terre complètement isolée, de hauteur variable, mais couronnée d’un bloc. L’action délayante des eaux se poursuivant à la base finit par donner à ces formations singulières de grandes hauteurs; plusieurs atteignent 30 mètres.
- Séduits par cette explication simple, quelques sa-
- vants ont pensé que la présence du bloc était indispensable dans tous les cas à la formation des obélisques. En réalité, son intervention est décisive seulement dans les terrains homogènes ou qui, sous l’action des eaux, se délayent, coulent et se ravinent facilement. Partout ailleurs, le phénomène s-’explique par l’inégale cohésion des éléments constitutifs de la roche. Toutefois, une distinction mérite d’être signalée entre ces deux catégories de piliers.
- Dans les colonnes coiffées, ou demoiselles, le sommet indique l’ancien niveau de la surface du sol : c’est un point fixe ; tandis que la tête pointue des obélisques dépourvus de chapeau, descend constamment à des niveaux inférieurs par suite du décapage produit par la chute des grêlons et des eaux pluviales. Toutes ces forma-tions, s’allongeant d’ailleurs par le pied sous l’action incessante des eaux courantes, les demoiselles gagnent toujours en hauteur; les obélisques, au contraire , s’élèvent plus lentement, conservent la même taille ou s’abaissent suivant que l’énergie del’affouillement est supérieure, égale ou inférieure a celle du décapage. Ces curieuses pyramides s’observent dans plusieurs espèces de terrains auxquels elles empruntent des colorations variées à l’infini. Dans le Tyrol, et notamment près de Botzen, elles sont taillées dans le calcaire magnésien ; il en est de même des dolomies fantastiques de Montpellier-le-Vieux ; elles ne sont coiffées ni les unes ni les autres. En Auvergne, les demoiselles sont parées de robes de couleurs aux nuances les plus fines. L’une de ces nonnes, près de Molines-en-Queyras, est formée par une variété de calcaire blanchâtre, surmontée d’une espèce de bon-
- Fig. 1. — Périmètre de Théus (Hautes-Alpes.) Torrent de FUbae. Berges avec demoiselles. (D’après une photographie.)
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- Fig. 2. — Périmètre du Sachas (Hautes-Alpes). Demoiselles du ravin des Merles. Vue d'ensemble. (D’après une photographie.)
- net noir en serpentine noble.
- Dans le torrent deYa-lauria (Hautes-Alpes), les obélisques se dressent verticalement au milieu d’un immense amas terreux argilo - calcaire, appartenant à l’ctage moyen du lias, dont l’instabilité est la propriété caractéristique. Le plus mince fdet d’eau s’y creuse un sillon qui, a chaque averse, s’approfondit avec une rapidité effrayante. Les demoiselles sont si nombreuses et si régulièrement disposées le long des berges que le bassin de réception de ce torrent est connu dans le pays sous le nom de salle de bal.
- Presque toutes ces demoiselles portent chapeau.
- D’autres fois, enfin, les colonnes sont sculptées dans des boues glaciaires. Tel est le cas des demoiselles du Ravin des Merles, près de Briançon, que représente notre figure 2.
- Elles sont formées d’un conglomérat non stratifié de cailloux et de blocs reliés par une gangue terreuse. Leurs robes sont ornées de pierres fines très rapprochées, ou hérissées de fragments pointus, couverts pour la plupart de traces qui révèlent une origine glaciaire.
- Une seule de ces colonnes supporte une pierre d’assez petite dimension, et on ne trouve dans le Ravin des Merles aucun bloc qui permette de leur attribuer la même origine qu’aux demoiselles de Valauria, dont nous reproduisons l’une des plus remarquables (fig. 3). Pour donner naissance à ces sortes d’aiguilles, il suffit que la roche ne présente pas dans toute sa masse la même cohésion.
- La vase de glacier qui relie les pierres du conglomérat précité est si dure et si adhérente qu’il est
- Fig. 3 — Torrent de Valauria (Hautes-Alpes). La grande Demoiselle.
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- pénible d’en extraire des fragments. Une fois la pierre détachée, la gangue terreuse disparaît très facilement par un lavage dans le torrent voisin. On obtient ainsi des morceaux de syénite, micaschiste, plusieurs variétés de calcaires et diverses plantes fossiles caractéristiques des roches carbonifères.
- D'après ce qui précède, il est probable que la formation des piliers de Saclias est due à ce que la portion de la moraine dont ils sont formés, contient une quantité de pierres et de cailloux supérieure a celle qui se trouvait jadis dans les endroits ravinés, et surtout à cette circonstance que la vase du glacier, très adhérente à l’état sec, est facilement entraînée par les eaux dès quelle est mouillée.
- Fabien Bénardkau.
- TRAVAIL DÉVELOPPÉ PAR L’HOMME
- PENDANT UN COURT ESPACE DE TEMPS
- On sait que les chiffres donnés par les divers auteurs relativement au travail que l’homme est capable de développer, diffèrent très notablement les uns des autres. Cette diversité de résultats n’a rien d’étonnant, car les expériences n’ont généralement pas été faites dans des conditions comparables ; il est, en effet, très difficile de mesurer d’une manière à peu près exacte le travail de l’homme agissant sur un outil tel que pelle, hache, brouette, écope, etc. ; mais, comme le fait observer le Scientific American dans un article très intéressant relatif à la question du travail de l’homme, il est une application où ce travail peut être mesuré d’une manière absolument rigoureuse, c’est l’élévation par le sujet de son propre poids.
- Un homme d’un poids connu monte un escalier et porte à la main une montre à secondes ; il compte le temps nécessaire pour monter une hauteur connue ; il peut donc apprécier d’une manière rigoureuse, le travail qu’il a développé dans l’unité de temps, la seconde. S’il monte l’escalier d’un monument élevé, tel qu’une tour, il peut connaître par le temps écoulé et la hauteur franchie jusqu’au moment où il est à bout de respiration quelle est la limite pratique du travail qu’il peut fournir. Selon qu’il monte plus ou moins vite, il peut voir quel est le travail fourni suivant les diverses allures et à laquelle correspond le travail maximum. Une série d’expériences faites méthodiquement avec des sujets de poids, d’âge, de conditions de santé et d’entraînements différents, donnerait des renseignements utiles sur la question.
- Voici quelques résultats d’essais entrepris récemment aux États-Unis.
- Un homme de soixante-neuf ans, pesant 97 kilogrammes, a franchi en 16 secondes un escalier facile de 4”,42 de hauteur, travail par seconde correspondant à 26,8 kilogrammètres.
- Un homme du même âge, pesant 100 kilogrammes, a pu monter deux étages comprenant quatre escaliers et les paliers correspondants, d’une hauteur totale de 13m,04, en 74 secondes, ce qui donne un travail de 17,7 kilogrammètres par seconde.
- Le même sujet a monté deux étages, le premier de 6m,10 en 29 secondes et le second de 6m,94 en 66 secondes ; la première partie du travail correspond à 21 kilogrammètres par seconde, la deuxième à 10,5 kilogram-
- mètres et le travail moyen total à 13,8 kilogrammètres.
- Un homme de soixante-douze ans, pesant 81k,50, a fait en 63 secondes l’ascension d’un escalier de 13m,04, soit un travail de 17 kilogrammètres par seconde.
- On voit que, dans le premier cas, le sujet a pu développer uu travail supérieur à 1/3 de cheval pendant 16 secondes; pour un temps plus long, 74 secondes, le travail moyen est descendu aux environs de 1/4 de cheval.
- On peut citer une autre expérience où un homme d’un certain âge, portant des vêtements lourds, et pesant avec eux 100 kilogrammes, a pu monter une hauteur de de 6m,10 en 15 secondes, soit un travail de 40 kilogrammètres par seconde, ou plus d’un demi-cheval.
- Un homme plus jeune pesant 68 kilogrammes a monté 18m,83, en 49 secondes, ce qui correspond à 26 kilogrammètres par seconde ou plus d’un tiers de cheval ; on voit combien le travail diminue rapidement avec le temps pendant lequel il est exercé.»
- Le Bulletin de la Société des ingénieurs civils a d’ailleurs donné les résultats d’expériences faites à Dresde sur le travail que l’homme peut développer sur le balancier d’une pompe à incendie; on a trouvé pour des périodes de deux minutes consécutives, un travail par seconde, variant selon les hommes (soldats d’infanterie), de 17 à 30 kilogrammètres.
- LES TIRS AUX PIGEONS
- À bas les tirs aux pigeons ! Tel est le cri poussé depuis quelques semaines par toutes les Sociétés colombophiles françaises et élrangères. Ce sont en effet des jeux bien cruels et bien inutiles que ces tirs aux pigeons et qui devraient être abolis depuis longtemps. La Hollande a prohibé ce jeu barbare, pourquoi notre gouvernement ne le prohiberait-il pas? Il mettrait ainsi fin à d’inqualifiables abus. Il serait pourtant bien facile de remplacer les tirs aux pigeons par ces exercices pleins d’adresse et nouvellement inventés, tels que le Bail Trap, les boules de verre et les autres appareils du même genre, qui offrent plus de difficultés qu’on ne le croit. Il suffit en effet d’avoir un peu l’habitude du tir pour abattre les pigeons du premier coup, surtout depuis que l’on force ces malheureuses bêtes à voler toujours du même côté en leur crevant un œil; le tir n’est plus alors un jeu d’adresse, c’est un cruel assassinat. Le Bail Trap, lui, demande plus d’habileté, plus de rapidité, et nous l’avons vu cette année, au concours de tir de Vincennes : un bon tireur, lauréat des tirs aux pigeons est souvent incapable de doubler les Watler-balls *.
- Nous sommes donc complètement de l’avis des Sociétés colombophiles, nous nous associons à leur œuvre et nous ne pouvons que féliciter la Société internationale pour la protection du pigeon de la tâche qu’elle a entreprise.
- Depuis sa fondation, cette Société ne fait que prospérer, chaque jour elle reçoit de nouvelles adhésions, et un grand nombre de dons qui serviront à accorder des primes aux personnes qui auront dressé ou fait dresser des procès-verbaux à quiconque aura tuéou volé des pigeons.
- Car c’est encore une conséquence des tirs aux pigeons
- 1 Les Watters-balls sont des petites boules de caoutchouc coloré et munies d’une embouchure métallique qui permet de les gonfler d’eau et d’air, et de les fermer hermétiquement avec rapidité. Los Watters-balls peuvent être lancées dans toutes les directions par le Bail Trap* 1
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- que l’excitation au vol de ces utiles oiseaux. Vous n’avez qu’à voir les jours de lâchers, tous les moyens qu’emploient les colebeui'8 (on nomme ainsi les voleurs de pigeons) pour s’emparer de ces intéressants voyageurs ailés, qu’ils revendent ensuite à vil prix à certaines sociétés de tir. On évalue à 500 000 francs la valeur des pigeons disparus dans une période de 15 jours.
- Nous ne parierons pas de ces chasseurs peu scrupuleux qui s’exercent à tirer au vol sur des pigeons voyageurs ; ceux-là, destructeurs d’animaux utiles, devraient être punis doublement.
- Il faut plus que jamais protéger ces intéressants volatiles qui constituent dans certains moments des agents fidèles et de sûrs auxiliaires. Les événements de 1870 ne l’ont-ils pas assez montré1 ? Paul de Bart.
- LE COQ DE BRUYÈRE
- La ménagerie du Jardin des Plantes a la bonne fortune de posséder en ce moment deux Coqs de bruyère qui lui ont été donnés par M. Caduc et qui proviennent de Suède. L’espèce a laquelle ils appartiennent et qui est désignée par les naturalistes sous le nom de Grand Tétras ou de Tétras urogalle (7 e-trao urogallus L.) a été plusieurs fois figurée dans les traités d’ornithologie; elle est représentée par quelques spécimens dans nos principaux musées et, dans notre pays même, elle n’est pas inconnue de certains chasseurs privilégiés qui en tuent, de rare en rare, un ou deux individus dans les grandes forêts des Pyrénées, du Jura et des Vosges; mais c’est à peine si elle a pu être observée en captivité. Les jeunes Tétras, en effet, sont très difficiles a élever; quant aux vieux, ils sont d’un naturel tellement farouche qu’on ne parvient guère à les apprivoiser; iis supportent mal un changement de régime et surtout un séjour prolongé dans une volière étroite, et, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, ils succombent à la nostalgie. Ainsi, quoique les Coqs de bruyère qui vivent actuellement au Jardin des Plantes ne paraissent pas souffrir jusqu’à présent des conditions dans lesquelles ils se trouvent placés, quoiqu’ils résistent aux chaleurs de notre climat, nous ne saurions trop engager nos lecteurs a se hâter de visiter des oiseaux qui, dans les jardins zoologiques, peuvent être considérés comme de véritables raretés, et dont les figures publiées jusqu’ici ne donnent, en général, qu’une idée inexacte.
- Le Coq de bruyère est le plus grand Gallinacé de la faune européenne. Parvenu à son développement complet, un mâle de cette espèce mesure, en effet, de 70 centimètres à 1 mètre de long sur 1 mètre et demi d’envergure. Il porte une livrée sombre, mais très élé-
- 1 La Société protectrice des animaux vient d’adresser une requête aux ministres pour demander la protection des pigeons voyageurs et domestiques. Le plus simple serait de rappeler aux chasseurs combien de services ont rendus, et seront appelés à rendre les pigeons voyageurs; il faudrait publier sur les permis de chasse un avis invitant les chasseurs à épargner ces oiseaux. (L'Eleveur.)
- gante, le brun noirâtre et le gris des parties supérieures du corps étant moirés de noir, tandis que le vert foncé de la poitrine reluit d’un éclat métallique et contraste avec les teintes mates de la région ventrale, mouchetée de blanc et de noir. Quelques taches blanches relèvent la couleur noire de la queue, dont les pennes médianes dépassent toujours les pennes latérales, recourbées en dehors à leur extrémité, et des taches blanches et rousses ou des zigzags fauves se montrent aussi sur les plumes alaires. L’œil, d’un brun clair, cerclé de rouge carmin, est surmonté d’une sorte de sourcil formé par une plaque dénudée et papilleuse qui, au printemps, s’injecte de sang et se colore en rouge vif; le bec, noirâtre à la base, s’éclaircit du côté de la pointe, et les pattes, abondamment couvertes de plumes sur les tarses, se terminent par des doigts revêtus d’écailles sur leur face supérieure et garnis sur les bords de nombreuses aspérités. Ces saillies cornées, serrées comme les dents d’un peigne, existent d’ailleurs chez beaucoup de Gallinacés du même groupe et paraissent destinées à augmenter l’adhérence des doigts avec la branche sur laquelle l’oiseau se tient perché.
- La femelle, d’un tiers plus petite que le mâle, s’en distingue d’ordinaire par son plumage varié de brun noirâtre, de roux et de fauve et recoupé par des raies transversales sur le dessus de la tête, le dos, la queue et les flancs. Il arrive cependant assez souvent qu’une vieille poule qui a cessé de pondre adopte plus ou moins complètement la livrée de l’autre sexe. Un curieux exemple de ce fait a été signalé, il y a deux ans, par notre excellent ami M. Y. Fatio, dans le journal suisse Diana, d’après un spécimen conservé au musée de Neufchâtei. Ce spécimen a la taille et les proportions des autres individus du même sexe, mais ses pennes caudales sont notablement plus développées que chez les femelles ordinaires du Grand Tétras; en outre les plumes du menton sont aussi développées que chez un mâle et forment une sorte de barbe descendant immédiatement en arrière du bec. La tête et le cou sont d’un gris bleuté, légèrement varié de roux, et la poitrine offre des tons bleus chatoyants, tandis que le manteau conserve les teintes brunes du costume féminin; enfin, sur la partie inférieure du corps, le brun, le roux et le blanc se juxtaposent de la même façon que le blanc et le noir sur l’abdomen du mâle.
- Du reste, même parmi les coqs, on observe accidentellement quelques variétés de plumage et l’on trouve cités dans les auteurs certains Tétras qui étaient d’un gris cendré ou d’un rouge brique presque uniforme, et d’autres qui étaient atteints d’alti-nisme plus ou moins complet.
- Les jeunes, après avoir été, dans les premières semaines qui suivent leur naissance, complètement revêtus d’un duvet roux, rayé de brun, prennent successivement deux ou trois livrées dont la seconde ressemble beaucoup à celle de la femelle. Suivant le sexe auquel ils appartiennent, ils ont donc des chan-
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- gements plus ou moins considérables à subir pour acquérir leur costume définitif.
- - Jadis le Tétras urogalle était largement répandu dans les grandes forêts de l’Europe et de l’Asie septentrionales ; mais les déboisements, qui sont la conséquence des progrès de l’agriculture, aussi bien que le zèle immodéré des chasseurs, ont déjà fait disparaître ce magnifique gibier de plusieurs contrées et le menacent d’une destruction totale. Il est probable que le Coq de bruyère n’existe plus, à l’heure actuelle, dans la région du Mont-Dore et sur d’autres points de l’Auvergne où les anciens auteurs signalaient sa présence ; dans les Pyrénées françaises, il est devenu presque introuvable ; et dans les Vosges, comme dans le Jura, ses jours sont désormais comptés. En Irlande, il était déjà très rare vers 1749 et il a été totalement anéanti quelques années plus tard ; en Ecossé, le dernier représentant de l’espèce a été tué aux environs d’Inverness vers 1780, de sorte que le Tétras urogalle serait aujourd’hui rayé de la liste des oiseaux de la Grande-Bretagne s’il n’avait été introduit de nouveau, dans les forêts des Iligh-lands, par les soins de quelques grands seigneurs. Ainsi nous lisons, dans l’ouvrage que sir William Jardine a consacré à l’ornithologie du Royaume-Uni, que, dès 1827, lord Fyfe essaya de repeupler les bois de son domaine de Mars Lodge avec des Coqs de bruyère qu’il avait fait venir de Suède. Cette première tentative, cependant, ne fut pas couronnée de succès, le seul mâle du troupeau n’ayant pu supporter les fatigues d’un aussi long voyage. L’année suivante, en revanche, de nouveaux oiseaux, importés en Grande-Bretagne, donnèrent naissance à des jeunes qu’on parvint à élever, non sans peine. Quelque temps après, en 1838 et en 1839, lord Brea-dolbone reçut à son tour, de M. Lloyd, quarante-quatre Coqs de bruyère dont quelques-uns furent mis en liberté tandis que les autres furent conservés en captivité. Les uns et les autres prospérèrent, si bien que dès 1839 le nombre des jeunes issus de ce troupeau s’élevait à soixante-dix-neuf. En même temps la duchesse d’Alhole acquérait quelques individus de la même espèce, dont l’élevage réussissait à la fois dans la célèbre ménagerie de Knowhley et dans les volières de M. Thomas Fowel Buxton.
- De ces différents exemples sir W. Jardine tire cette conclusion que l'éducation du Coq de bruyère en captivité est chose relativement facile, et qu’on peut, au prix de quelques soins, obtenir un troupeau qui, lâché dans une forêt et convenablement protégé, se multipliera rapidement. Il s’appuie, pour soutenir cette opinion, sur l’autorité de MM. Lloyd et Nilsson qui citent différents cas où le Coq de bruyère aurait été gardé dans un état de domesticité, soit en Suède, soit dans d’autres contrées du nord de l’Europe. Brehm rapporte aussi qu’en Scandinavie on a fait reproduire plusieurs fois des Tétras urogalles en captivité et qu’on les a même croisés avec des Tétras birkhans; mais il ajoute qu’on n’a pu réussir qu’en donnant à ces oiseaux
- un vaste enclos dans un bois bien exposé, et leur fournissant un régime convenable et surtout en se gardant de les déranger. Un autre auteur, le forestier allemand Geyer, conseille de dénicher des œufs de Coq de bruyère, de les faire couver par des Dindes et d’élever les jeunes comme des Faisans. Il recommande de nourrir ces poussins avec des œufs frais de fourmis et de les tenir dans un parquet traversé par un ruisseau d’eau claire, où ils puissent se baigner fréquemment. Au bout d’un mois environ, on pourra, dit-il, les placer, avec leur mère d’adoption, dans le voisinage d’une grande forêt renfermant des pins, des sapins, des hêtres, des bouleaux, en un mot les différentes essences que les Coqs de bruyère trouvent dans leur pays natal. Cette forêt devra être arrosée par des sources limpides et parsemée de clairières exposées au soleil ; elle sera suffisamment éloignée des endroits habités pour que les jeunes oiseaux jouissent de la tranquillité la plus complète, et, pendant quelque temps, on se gardera de pratiquer la moindre coupe dans la haute futaie, car la chute de quelques arbres éloignerait à jamais les Tétras du domaine qu’on leur aurait assigné.
- Nos éleveurs sont donc prévenus : s’ils veulent suivre l’exemple qui leur a été donné par quelques riches propriétaires de la Grande-Bretagne, il faudra qu’ils s’arment de patience, qu’ils n’économisent ni le temps, ni l’argent; car, quoi qu’en dise sir William Jardine, ils rencontreront dans l’éle\age du Coq de bruyère des difficultés bien plus grandes que dans l’élevage des Faisans. Mais il serait si beau de rendre à nos grands bois de l’est et du centre de la France les hôtes qu’ils ont perdus, on s’assurerait ainsi une telle reconnaissance de la part des disciples de Saint-Hubert, qu’il se trouvera peut-être, dans notre pays, quelque émule des Fyfe et des Buxton. E. Qustalet.
- — A suivre. —
- LE CHEMIN DE FER DE COSTA-RICA
- Un de nos lecteurs de l’Amérique centrale nous a adressé récemment de San-José de Costa-Rica, quelques intéressantes photographies relatives aux travaux qui s’exécutent dans ces régions voisines du canal de Panama, et qui sont appelées à prendre dans l’avenir un développement industriel considérable. C’est la culture de la canne à sucre qui est surtout l’objet de l’activité des habitants et des colons, dans les environs de San-José; mais les transports difficiles à travers des pays sans chemins offraient les plus grands obstacles. Il fallait un chemin de fer pour donner l’essor commercial à la République de Costa-Rica. Ce chemin de fer est en voie d’exécution, à travers un pays des plus accidentés, où des Indiens primitifs habitent encore plusieurs régions. La voie ferrée est construite à ïaméricaine ; elle franchit les ravins sur de simples poutrelles comme le montre la curieuse gravure
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- Le nouveau chemin de fer de Costa-Ricu. (D'après une photographie.)
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- ci-contre, fidèlement reproduite d’après une belle photographie que nous a adressée notre correspondant. Cette locomotive que l’on voit passer au milieu des végétations de la forêt vierge, produit un effet saisissant : on dirait un tableau composé par un peintre qui a voulu figurer la civilisation faisant la conquête du monde. C’est du moins l’impression que nous a produite cette composition ; nous avons pensé que nos lecteurs l’accueilleraient aussi avec intérêt et qu’ils sauraient gré comme nous au lecteur de Costa-Rica, qui leur a fait connaître ce curieux spécimen des travaux du Nouveau Monde. G. T.
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- EXTRACTION DE L’OR
- PROCÉDÉ ÉLECTROLYTIQUE DE M. HENRY R. CASSEL
- L’or se présente dans la nature soit à l’état de grains plus ou moins gros, soit à l’état d’une poussière assez ténue pour surnager sur l’eau en mouvement, soit de grains enveloppés d’une gangue tellement tenace que l’on ne peut songer à l’amalgamation, soit enfin à l’état de combinaison ou de mélange intime avec le soufre, l’antimoine, l’arsenic et le plomb.
- Dans le premier cas, il n’est pas difficile de récupérer l’or au moyen de lavages. Dans le second cas, l’or se retire au moyen du mercure; il faut toujours compter cependant sur une perte dont l’importance dépend de l’installation et du degré de division du métal. Dans le troisième cas, on ne peut procéder à l’amalgamation qu’après un broyage préalable. Mais là aussi il y a à craindre que la matière ne s’échappe en grande partie dans l’eau courante, à cause de son état de division. Le quatrième cas est le plus complexe. Les matières étrangères s’opposent en effet à l’amalgamation de l’or, en s’unissant elles-mêmes au mercure et rendant ce dernier impropre à dissoudre l’or. L’extraction présente, par suite, de grandes difficultés et jusqu’à présent on se contentait de se débarrasser de la plupart des substances nuisibles au moyen d’un grillage préalable, et de traiter ensuite les matières par le mercure ou le chlore.
- La difficulté d’obtenir une oxydation complète oppose des obstacles insurmontables au traitement économique de bien des minerais, et c’est à cette circonstance que l’on doit de voir abandonner de nombreux approvisionnements de pyrites aurifères.
- C’est la théorie de Becquerel sur la formation de dépôts aurifères sous l’influence de l’eau de mer et des forces électro-chimiques, qui a donné l’idée de recourir à l’électricité pour l’extraction de l’or.
- Il parut convenable d’utiliser le chlore à l’état naissant, tel qu’il se présente lorsqu’il se dégage de sa combinaison avec le sodium dans le sel marin sous l’influence de l’électrolyse. Le chlore qui se dégage au pôle positif, c’est-à-dire à l’anode, constitué par de l’or, le transforme en chlorure d’or qui se dissout aussitôt dans le bain.
- Les expériences montrèrent en effet que le chlore dégagé au pôle positif possédait une affinité remarquable pour l’or, qu’il s’y combinait rapidement de préférence aux autres métaux en présence, tels que l'antimoine, l'arsenic, etc. Malheureusement, en poursuivant ces essais on s’aperçut que l’on ne pouvait éviter une seconde réaction donnant naissance à l’acide chlorhydrique et à des oxydes de chlore; le premier acide s’emparait alors
- du fer en présence et précipitait l’or au fur et à mesure qu’il était dissous. Telle est la difficulté que ne savaient surmonter les métallurgistes, après qu’ils étaient parvenus à dissoudre tout l’or contenu dans les minerais.
- C’est à M. Henry R. Cassel, de New-York, qu’il appartenait de lever ce dernier obstacle, et de trouver un procédé électrolytique qui permît de reprendre ces minerais réputés inexploitables, et d’en tirer parti en transformant ces combinaisons de fer en produits insolubles, sans influence par suite sur l’or dissous. Il obtint ce résultat en ajoutant de la chaux éteinte au mélange de minerais bocardés et de sel marin, laquelle se combinait à l’acide chlorhydrique au fur et à mesure de sa formation. Le chlorure de calcium provenant de celte combinaison régénère de nouveau du chlorure au contact du bain ; les autres produits sont du sel marin en excès, du chlorure de calcium, du chlorure d’or, des gangues insolubles à l’anode, et, quand les pôles sont séparés par un diaphragme, du chlorure de sodium et de la soude à la cathode.
- L’appareil dans lequel s’effectue cette opération consiste en un cylindre tournant dans une auge en bois. Ce cylindre est isolé au point de vue électrique de l’auge, à l’exception de sa surface qui est cpnstituée par une substance poreuse se laissant traverser par le courant électrique, quand l’appareil est rempli jusqu’à une certaine hauteur d’une solution saline saturée mise en communication avec la source d’électricité. La partie inférieure du tambour constitue l’anode ; l’auge doublée de cuivre, l’électrode négative ou cathode. Le fil conducteur traverse l’arbre du tambour et communique avec un grand nombre de baguettes de charbon, ou de faisceaux de baguettes, plantés sur toute la superficie du tambour à un pouce de l’enveloppe poreuse ; il va sans dire que toutes les liaisons métalliques doivent être parfaitement isolées du bain pour éviter les corrosions et les interruptions de courant. Aussitôt que la cuve et le cylindre sont remplis de dissolution saline et que le courant y pénètre, il se forme un circuit complet et l’électrolyse s’effectue ; le chlore se développe à l’intérieur et l’hydrogène (provenant de l’eau) se dégage par le cuivre dans l’auge, dans laquelle se rassemble également l’hydrate de soude en dissolution.
- Le minerai à traiter est déversé dans le tambour au moyen d’une trémie distributrice ; le tambour tourne, suivant la quantité de minerais et la puissance de la dynamo, à raison de 10 tours à la minute environ. Le minerai se trouve ainsi bien agité, et tombe d’une façon continue sur les pointes de charbon constituant l’anode où le chlore vient sans cesse se concentrer grâce à l’agitation du liquide. Au bout d’une heure environ, on arrête la rotation du tambour et l’on ajoute une quantité convenable de chaux éteinte avant de tourner de nouveau. Le fer qui s’était dissous par la réaction de l’acide chlorhydrique et d’autres acides, est précipité, et le chlore réapparaît de nouveau, tandis que l’on évite la formation de nouveaux acides en liberté, grâce à la présence de la chaux alcaline.
- L’or de nouveau dissous persiste dans cet état tant que le bain reste alcalin ; ce à quoi il faut faire bien attention sous peine de voir l’or se déposer. L’extraction de l’or se trouve terminée au bout de quatre heures environ ; il suffit alors de recueillir le liquide par décantation ou par filtration ; on reprend cette liqueur, on y précipite l’or au moyen du fer ou d’autres procédés connus, on réunit ce dernier sur un filtre et on peut le fondre.
- Si l’enveloppe du tambour est constituée par de l’amiante
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- ou toute autre substance à travers laquelle la solution peut filtrer sans entraîner de matières étrangères, l’or se dépose dans l’auge au pôle négatif constitué par les doublures de cuivre, à l’état de poudre noire, à l’état métallique, que l’on peut fondre immédiatement. Cette dernière méthode est considérée comme la plus pratique et la plus convenable. On évite ainsi de longues manipulations ultérieures, et par suite de grands frais ; quant à l’or qui reste adhérent aux plaques de cuivre ou au filtre, on peut toujours le reprendre au creuset.
- On peut ainsi desservir un certain nombre de tambours pareils de 4 pieds de diamètre et 3 pieds de long, à l’aide d’une seule dynamo dont la puissance doit répondre à la résistance électrique des tambours et à la quantité de la solution.
- VITESSE DES VÉLOCIPÈDES
- Nous avons signalé précédemment (n° 642 du 1 9 septembre 1885, p. 255) le fait de chemins de 120 et même 128 kilomètres, parcourus par des cavaliers en vingt-quatre heures. Un de nos lecteurs, M. F. Burgay de Pau, nous cite a ce propos les prouesses de quelques vélocipédistes. Nous reproduisons in extenso l’intéressante communication de notre correspondant :
- « Depuis quelque temps déjà, il s’est fait beaucoup de records sur route, soit en bicycle soit en tricycle, pour toute distance et pour tout temps jusqu’à vingt-quatre heures inclusivement. Ces derniers étant les plus longs, sont par conséquent les plus propres à frapper l’imagination. Je vous dirai donc en abrégé qu’il a été fait, sur roule, 423 (quatre cent vingt-trois) kilomètres en bicycle et 372 (trois cent soixante-douze) en tricycle en vingt-quatre heures. Ces résultats sont les derniers qui ont été obtenus en Angleterre, et rien ne dit que ces records ne seront pas dépassés, comme ils avaient dépassé les précédents. Il y a d’autres genres de records qui consistent à accomplir une longue distance, dans le moins de temps possible : telle la traversée complète de l’Angleterre et de l’Ecosse, du sud au nord, soit environ 1400 kilomètres, accomplis en sept jours environ. Telle aussi la même traversée et retour, plus un parcours additionnel, soit dans les 5000 kilomètres, parcourus en 16 ou 18 jours. Tel enfin le record de vingt-six heures consécutives en bicycle sans descendre, dans lequel notre compatriote Ch. Terront se distingua, il y a quelques années, sur une piste de Londres.
- « En France nous ne sommes pas aussi avancés ou aussi ardents. Notre région du sud-ouest a cependant été l’année dernière le théâtre de la concurrence de deux tricyclistes, MM. Rousset, de Bordeaux, et Baby, de Pau, qui ont débuté par 200 kilomètres, puis sont arrivés successivement à courir, comme on dit, 500,puis 318, puis 353, puis 559, puis 354 kilomètres en vingt-quatre heures. C’est M. Rousset qui a eu le record de 339 kilomètres et qui s’est battu lui-même par 354. Dans ce dernier record il a continué jusqu’à 400 kilomètres qu’il a achevés en vingt-huit heures.
- « A ce propos, et tout à fait incidemment, ajoute non sans raison M. Burgay, n’y aurait-il pas moyen de remplacer les expressions anglaises record, high-lifc, interviewer, par des équivalents français? Encore le mot record est-il plus abordable. »
- LA VIE AU FOND DES MERS
- (Suite. — Voy. p. 5o, 152 et 227.)
- A côté des Gastropodes, on trouve dans les grands fonds, des Mollusques lamellibranches, animaux tirant leur nom de la disposition des branchies, qui au nombre de deux de chaque côté du corps, se présentent sous la forme de lames très minces parcourues extérieurement par des lignes transversales. Ils possèdent une coquille formée de deux valves, et tout le monde connaît plusieurs de leurs genres très communs sur nos côtes, l’Huître, les Moules, les Peignes, les Vénus, par exemple. Les lamellibranches sont répandus depuis le bord des mers, où quelques-unes de leurs espèces vivent enfouies dans la vase ou le sable, jusqu’à 5000 mètres. A cette profondeur le Challenger a recueilli trois genres différents (Area, Limopsis, Leda), et à bord du Talisman nous avons pris une Neœra (ISeœra luci-fuga), d’un beau blanc mat, par 5005 mètres.
- Les Scaphopodes sont des Mollusques fort singuliers, regardés par les premiers zoologistes qui les observèrent comme des Vers et dont la structure, le développement et la place zoologique nous sont connus par les remarquables études qu’en a faites M. Lacaze Duthiers. Ces animaux vivent à partir de profondeurs voisines de la surface jusqu’à 4225 mètres. Us sont répandus dans toutes les mers du globe, et nous retrouvons leurs espèces fossiles dans les dépôts du Dévonien.
- Les Dentales, qui font partie de la classe des Scaphopodes, possèdent une coquille symétrique, allongée, ayant la forme d’un cornet plus ou moins courbé et, suivant les espèces, lisse ou strié.
- Ils vivent toujours sur des fonds de sable ou de vase où ils s’enfoncent, verticalement, la petite extrémité de leur coquille étant tournée en haut.
- Les espèces de Dentales qui habitent l’Atlantique paraîtraient, d’après les dragages actuellement effectués, avoir une distribution différente suivant leurs espèces.
- Les 'Brachyopodes sont de tous les Mollusques ceux dont les espèces possèdent la plus grande extension géographique. On les a trouvés, d’autre part, dans les plus grandes profondeurs explorées par la drague. Les naturalistes du Challenger ont pris la Terébratulina Wyvillei par 5300 mètres. Les Brachyopodes vivent dans les mers chaudes et dans les mers froides, dans les flaques d’eau laissées à marée basse sur les côtes et dans les abîmes. Il y a quelques années on n’en connaissait pas plus de 90 espèces vivantes; ce nombre s’est élevé à 120 à la suite des explorations sous-marines.
- Durant les dragages, on trouve souvent, prises dans les échantillons de fonds remontés, des quantités quelquefois très considérables de coquilles de Mollusques n’ayant jamais vécu sur les fonds explorés. Ces débris proviennent d’animaux existant dans le voisinage de la surface, dont les restes
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- sont descendus au fond après la mort. Les eoquilles découvertes ainsi dans les grandes profondeurs appartiennent surtout au groupe des Ptéropodes. Les débris de Ptéropodes forment en certains points du globe d’énormes accumulations dans le fond des mers. Une des parties de l’Océan où leurs amas sont des plus remarquables, est la mer des Antilles. La multiplicité de ces Mollusques en divers points du globe s’est manifestée dès les temps géologiques, ainsi que le montrent les dépôts miocènes à Ptéropodes de Serravalle-di-Scrivia.
- Avec les coquilles de Ptéropodes on en rencontre quelquefois d’autres provenant d’un groupe différent de Mollusques, celui des Hétéropodes.
- Les Hétéropodes sont de jolis animaux, possédant la transparence du cristal et ornés de vives couleurs sur différentes parties de leur corps. Quelques-unes de leurs espèces sont dépourvues de coquilles. D’autres, comme les Atlantes, en possèdent une assez grande pour pouvoir s’abriter dans son intérieur. Ils vivent tous au large, près de la surface, et quelquefois sous les tropiques on les observe en nombre considérable.
- Durant la dernière campagne du Travailleur dans le golfe de Gascogne, la drague a rapporté de grands fonds une coquille en bon état de Carinariaet un fragment à'Atlanta, dévoilant ainsi dans cette partie de l’Océan la présence d’Hé-téropodes qu’on n’y avait pas encore signalés. Les dragages sous-marins ne nous instruisent donc pas seulement sur les habitants des grands fonds.
- Les zoologistes ont appelé du nom de Yer des animaux dont le corps est latéralement symétrique, annelé ou formé de segments semblables et enfin dépourvu de membres, d’appendices articulés. L’expression du Ver éveille généralement chez les personnes, devant lesquelles elle est émise, un sentiment de répugnance. Il semble que tous les êtres ainsi désignés doivent être, au point de vue de leurs formes, de leurs couleurs, des déshérités de la nature et que rien dans leur vie, dans leurs mœurs, ne mérite d’appeler l’attention.
- Pourtant il est bien loin d’en être ainsi, car c’est peut-être parmi les Vers que se rencontrent les animaux marins les plus élégants, les plus gracieux, et ceux dont le coloris est à la fois le plus riche, le plus varié et le plus éclatant.
- Les Vers ont des modes d’existence fort dissemblables ; les uns sont casaniers, les autres vagabonds. Les premiers se créent une demeure en construisant des tubes plus ou moins résistants qu’ils sécrètent ou qu’ils façonnent eux-mêmes.
- Durant la campagne du Talisman nous avons recueilli sur les côtes du Maroc, entre 700 mètres et 2000 mètres de profondeur, une espèce d’Annélide habitant la plus singulière demeure qu’on puisse imaginer. Au lieu d’être logée dans un tube calcaire ainsi que les Serpules ou dans un fourreau tapissé extérieurement de divers petits corps solides, comme les Térébelles, les 11er-melles, elle vit placée dans un tube constitué par une substance cornée ayant la plus grande ressemblance avec cette partie de la plume d’oie qu’on taille pour écrire. Cette identité d’aspect est tel que lorsque nous avons pris ces étranges demeures, les personnes inexpérimentées se figuraient que nous avions dragué des tuyaux de plume d’Oie tombés à la mer. La Hyalinæcia Maiheuxi, qui a le singulier pouvoir* de s’abriter ainsi, paraît être extrêmement abondante en divers points vaseux du fond de l’Océan, car là où nous en avons trouvé, il en a été pris des centaines d’exemplaires.
- Les Echinodermes sont des animaux marins à symétrie rayonnée, possédant un squelette dermique incrusté de calcaire, couvert dans certaines formes de piquants, disposition qui leur a fait donner par les naturalistes le nom qu’ils portent (peau de Hérisson).Ils sont de tous les animaux vivant à de grandes profondeurs ceux dont les espèces et les individus s’offrent généralement en plus grande abondance. On les a trouvés jusqu’à plus de 5000 mètres et la variété de leurs formes paraît infinie.
- Un de leurs groupes les plus importants, dont nous avons eu antérieurement à nous occuper en
- Fig. 1. — Hyalinæcia Maiheuxi. 2000 mètres de profondeur. Campagne du Talisman.
- Fig. 2. — Machœraster Talismani (E. I'err.). 1500 mètres de profondeur. Campagne du Talisman.
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- parlant <le la campagne du Talisman, est celui des 1 Les Crinoïdes libres, tels que les Antedon, les Crinoïdes, dont nous allons parler à présent, J Actynometra, possèdent des liens indiscutables avec
- Fig. 3. — Étoiles de mer lumineuses au fond de la mer. — Brisinga elegans (Perr.l
- d’autres Echino-dermes pourvus de bras distincts, les Astéries.
- Ainsi dansl'Atlan-tique vivent jusqu'à des profondeurs de 2650 mètres des Astéries, ayant un pédoncule dorsal, sorte d’ébauche de la tige fixant les jeunes Comatules et les Crinoïdes adultes (fig. 2).
- Au groupe des Astérides caractéristiques de la faune profonde appartiennent les Brisinga, admirables Etoiles de mer dont les bras flexibles peuvent s’élever au nombre de dix-neuf. Ces brillantes Astéries (fig. 3) d’un rouge orangé, se défont générale-
- ment de leurs bras lorsqu’elles se sentent prises et entraînées dans le mouvement d’ascension du chalut, et ce n’est que tout à fait exceptionnellement qu’il nous a été possible d’en observer d’intactes. Ch. Abs-jordsen, qui le premier eut la bonne fortune de les découvrir sur les côtes de Norvège, un peu au-dessous de Bergen, par un fonds de 200 brasses, ne put échapper à un sentiment d’admiration en présence des lueurs phosphorescentes qui se dégageaient des corps et des bras. « Complet et intact,
- Fig. A. — Ophyomusium Talismani (E. Perr.). 1500 mètres de profondeur. Campagne du Talisman.
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- ainsi que je l’ai vu une ou deux fois sous l’eau, dans la drague, cet animal est singulièrement brillant, c’est une véritable gloria maris, » et il lui donna alors le nom de Brisinga, emprunté à un bijou de la déesse Fréga.
- Durant le cours des dragages exécutés dans le golfe du Mexique sous la direction de M. Alexandre Agassiz, il a été pris une Astérie qui, par la simplicité d’organisation de ses bras, tend à établir un passage entre les Brisinga, appartenant à l’ordre des Astéries et les Echinodermes constituant l’ordre des Ophyurides. Chez YHymenodiscus Agasshii (E. P.), le corps a la forme d’un disque parfaitement circulaire, duquel se détachent douze bras.
- Les Ophyurides abondent dans les grands fonds. Durant le cours de la campagne du Challenger, il en a été dragué plus de cinq cents espèces.
- Dans l’Atlantique, un des genres d’Ophyurides les plus abondants entre 750 et 3560 mètres, est celui qui porte le nom d’Ophyomasium (fig. 4). Chez certains de ces animaux, les plaques du disque sont soudées entre elles et leur ensemble possède l’aspect d’une belle mosaïque. H. Filhol.
- — A suivre. —
- CHRONIQUE
- L’aérostat dirigeable de Chalais-Mendon. —
- Une nouvelle expérience de l’aérostat électrique à hélice a été exécutée le 22 septembre à 4 h. 30 m. du soir. Un de nos correspondants qui se trouvait sur la terrasse de Meu-don a assisté à cet essai qui a complètement réussi. Malgré un vent assez appréciable, le capitaine Renard, accompagné de son frère, a pu se diriger vers Paris, le navire aérien luttant contre le vent. Les aéronautes ont navigué jusqu’au-dessus de Billancourt, dans les régions voisines du Point-du-Jour. A 5 h. 20 m., on a vu le ballon allongé virer de bord et revenir, après une course d’une rectitude merveilleuse, au point de départ indiqué dans les airs par un petit ballon captif qui servait de repère. A 5 h. 40 m., après une manœuvre des plus simples et des plus élégantes, les capitaines jetaient leur guide-rope aux soldats du génie qui les attendaient, et descendaient à terre au milieu des applaudissements de la foule rassemblée dans le voisinage.
- Sépultures de l’àgedu bronze dans Vaucluse.
- — On vient de découvrir à Sainte-Cécile (Vaucluse), au quartier Saint-Martin, dans la propriété des frères Pagnol, un groupe de sépultures remontant à la plus haute antiquité. Dans un espace d’environ 100 mètres carrés, on a constaté, à douze endroits différents, la présence d’ossements humains incinérés, mélangés à des cendres et du charbon, sans aucune trace de poterie ou de métal. Chaque dépôt était protégé par quatre ou cinq pierres brutes de moyenne grosseur. Vers le milieu se trouvait une sépulture construite en pierres sèches, recouverte par deux longues dalles ; celles-ci, s’étant affaissées d’un côté, avaient depuis longtemps réduit en morceaux un grand vase en terre noire, mais elles avaient assuré la conservation d’une longue épée de bronze ne mesurant pas moins de 78 centimètres de longueur. Cette belle arme, dont la poignée porte sept trous dans lesquels six rivets de
- bronze sont encore adhérents, est parfaitement intacte et revêtue d’une belle patine. Le bout du fourreau, appelé bouterolle, était en place, aussi en bronze, à ailes horizontales mesurant 15 centimètres de largeur. Les ossements du guerrier étaient détruits par le temps, à l’exception de quelques portions du crâne assez épais. Un mince bracelet de bronze, dont une partie manquait, complétait le mobilier funéraire de cette intéressante sépulture. M. Léon Morel, receveur particulier des finances à Carpen-tras, qui possédait déjà une épée semblable, trouvée il y a deux ans, non loin de là, à Joncquières, s’est assuré la possession de cette importante trouvaille.
- I.e Cofferdam. — Le Cofferdam est le nom technique de la cellulose ; c’est un mélange de matières ligneuses qu’on obtient en peignant ou en déchiquetant simplement le périsperme corné de la noix de coco. C’est une matière excessivement légère, à ce point qu’un litre légèrement tassé ne pèse pas plus de 60 grammes, tandis que, sous le même volume, le liège, dont la légèreté est proverbiale, atteint 250 grammes. Le cofferdam d’après l’avis de quelques ingénieurs est peut-être appelé à remplacer dans l’avenir l’acier, pour le blindage des navires cuirassés. A ce point de vue, il est intéressant de dire quelques mots des essais qui viennent d’être faits dans ce sens au port de Toulon. L’industrie si importante des plaques de blindage n’est pas encore tuée, mais il peut être utile de connaître sa rivale. L’idée d’appliquer ce produit à la protection des navires vient, d’une expérience acquise aux îles Seychelles, où l’on protégea efficacement les perrés des quais à l’aide de palissades de bambous dans l’intervalle desquelles la cellulose du cocotier était tassée. Il résulte, des différents essais effectués en présence d’une commission technique, que le cofferdam possède d’efficaces qualités d’obturation pour aveugler toute voie d’eau produite dans la coque d’un navire par un engin quelconque; à ce point qu’une couche de cellulose feutrée, pesant 120 kilogrammes au mètre cube, traversée par un boulet plein tiré à la distance de 50 mètres, avait si automatiquement rebouché l’ouverture causée par le projectile, qu’un homme robuste ne parvenait pas, malgré tous ses efforts, à y introduire le bras. En outre, la combustion du cofferdam serait nulle, ce qui mettrait les navires, munis d’une semblable carapace, à l’abri de l’incendie que pourraient occasionner les boulets ou les obus.
- L’aéro-condenseur.— M. Fouché, ingénieur, vient d’imaginer un condenseur dans lequel le corps réfrigérant est l’air mis en mouvement. C’est un véritable condenseur à surface ; la vapeur passe dans un faisceau de tubes entre lesquels un courant d’air est chassé par un ventilateur à hélice. Une petite pompe aspire l’eau provenant de la vapeur condensée et l’air qui se trouvent dans les tubes. Ce condenseur peut fonctionner de deux façons : à air sec ou à air humide. En vertu de la faible capacité calorique de l’air sec, le premier mode de fonctionnement est loin d’être aussi efficace que le second, mais il a l’avantage de fournir une masse d’air qui peut convenir parfaitement au chauffage des locaux habités. La condensation à air humide, beaucoup plus énergique, s’obtient en arrosant constamment les tubes; le courant d’air enlève les vapeurs et rend ainsi l’évaporation fort active à la surface des tuyaux. La chaleur nécessaire a cette évaporation étant fournie par la Vapeur d’échappement, on conçoit que la condensation en est augmentée et que le vide doit être plus grand. On obtient ainsi un vide de 60 à 70 centimètres de mercure. Ce condenseur pouvant
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- fort bien convenir dans les installations où l’air peut être utilisé pour le chauffage des locaux, il suffirait de marcher à air sec en hiver, et à air humide en été.
- Marcheurs. — Une excursion remarquable a été faite récemment par quatre gymnastes de Mulhouse. Partis à pied le soir, à 6 h. 6, ils sont arrivés à Colmar à minuit 15 ; après s’y être rafraîchis, ils sont repartis à 1 h. 25 du matin et ont atteint Ebcrsheim à 6 h. 50 ; après un nouveau temps d’arrêt de 55 minutes, ils se sont remis en route, et h 9 h. 40 ils entraient à Benfeld ; là, ils ont dîné, puis ont fait une visite au Dr Siffermann, qui leur a fait voir son établissement et leur a offert un rafraîchissement. Ail h. 40 ils reprenaient leur marche et entraient à 2 h. 35 à Fegersheim qu’ils quittaient à 3 heures pour arriver à Grafenstaden à 4 h. 25 ; une vingtaine de membres de la Société de gymnastique de cette localité, les reçurent et voulurent les retenir; mais,tenant à atteindre Strasbourg, leur but, ils repartaient k 5 h. 15 et arrivaient à la gare de Strasbourg k 6 h. 28, deux minutes avant le départ du train qui les a ramenés k 10 heures et demie k Mulhouse, leur point de départ. Ils avaient fait, en 21 heures, 108 kilomètres; plus exactement, et en défalquant 5 h. 20 d’arrêts en route, ils avaient franchi les 108 kilomètres en 19 heures et 2 minutes, soit avec une vitesse moyenne de 5700 mètres par heure.
- L’Observatoire de Rio-de-Janeiro. — Nous signalons k nos lecteurs une rectification qui nous est communiquée au sujet de l’article que nous avons récemment publié sur l’Observatoire brésilien. Nous avons dit que M. Emm. Liais était le directeur de cet établissement depuis 1874 avec M. Cruls comme premier astronome. Nous devons ajouter que M. Emm. Liais n’occupe plus cette fonction depuis deux ans. U est rentré en France k cette époque, laissant k son premier astronome la direction intérimaire. Il y a six mois environ, M. Cruls a été nommé officiellement directeur, la place de premier astronome a été confiée k M. Rhodocanachi. M. Cruls, savant belge des plus distingués, a su attirer sur sa personne la sympathie de tous, par son caractère et ses travaux.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 septembre 1885. — Présidence de M. Bodlet.
- Astronomie. — M. Tisserand reprenant l’étude du mouvement oscillatoire de la lune autour de son axe, nommé libration, a reconnu que les erreurs signalées par M. Simon dans les formules dues k Lagrange, se réduisaient k des modifications sans importance.
- Physique. — M. Govi donne la description d’un spec-troscope k vision directe dans lequel le prisme est remplacé par une boîte k faces parallèles remplie d’un liquide réfringent.
- M. Govi signaleune lettre datéede février 1610, adressée k Galilée par le physicien Yenturi, où l’on trouve une description exacte et complète de la lunette d’approche. Galilée découvrit sa lunette postérieurement k cette lettre ; il fut donc sans doute tributaire de Yenturi.
- M. Wroblewski, en poursuivant ses expéi’iences sur la liquéfaction des gaz, a liquéfié l’air. Il a obtenu, non point un liquide homogène, mais deux liquides superposés séparés bien nettement. M. Wroblewski pense que cette propriété de l’air peut être utilisée comme moyen d’analyse.
- M. d’Abbadie appelle l’attention sur les observations sismiques qu’il poursuit depuis bientôt trente ans dans sa propriété d’Abadia, située près d’IIendaye, au pied des Pyrénées. Pour révéler les mouvements du sol, M. d’Abbadie a fait creuser dans le roc une cavité en forme de tronc de cône mesurant environ 13 mètres de profondeur. L’ouverture supérieure du tronc de cône est pourvue d’une croisée de fils de platine repérant l’axe de la cavité. On a disposé k la partie inférieure, un bain de mercure au-dessus duquel est placé une lentille à long foyer servant k renvoyer k la surface du sol, l’image de la croisée des fils, un peu obliquement à l’axe. Cette image est observée au moyen d’un microscope k micromètre.
- Deux fois par jour, on note l’amplitude des oscillations de l’image, en y joignant les indications de température, pression barométrique, état de la mer, l’observatoire étant situé k 400 mètres du rivage, k 75 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Les oscillations normales ne dépassent point une seconde et paraissent sans rapport avec l’état de la mer.
- Le 23 janvier de cette année, M. d’Abbadie alors en Égypte était informé que le bain de mercure révélait des oscillations de trente secondes. Les mouvements subsistèrent en décroissant jusqu’au 4 février; pendant toute cette durée ils se montrèrent très irréguliers. M. d’Abbadie n’hésite pas k rattacher ces phénomènes aux terribles secousses qui venaient de désoler l’Espagne. 11 pense avec M. Daubrée, que tous les grands tremblements de terre sont précédés et suivis d’une période oscillatoire. Il signale la nécessité d’établir en France un système régulier d’observations sismiques analogue k celui que l’Italie doit k la persévérante initiative de M. de Rossi. Au Japon où les mouvements du sol sont très fréquents, une société scientifique en poursuit l’observation régulière.
- Varia. — M. Chatin donne la morphologie des mandibules des insectes hyménoptères. Il établit l’analogie des pièces qui composent les mandibules de ces insectes avec les pièces correspondantes des mandibules des coléoptères.
- S. Meunier.
- COMMUNICATIONS TÉLÉPHONIQUES
- SOUTERRAINES
- Parmi les systèmes de câbles souterrains qui ont attiré l’attention, celui de M. David Brooks se distingue par une grande originalité ; il est d’ailleurs déjà très appliqué k New-York. Ce système a pour objet de resserrer le plus grand nombre possible de fils dans un très petit espace et d’assurer un isolement k peu près parfait, en réduisant k sa dernière limite la propriété inductrice de la substance isolante. Dans ce but, M. Brooks place son câble composé d’un grand nombre de fils, dans un tube en fer ayant un diamètre un peu plus grand que le câble. L’espace intermédiaire entre ce câble et les parois du tube est ensuite rempli d’huile lourde de paraffine sous pression et, comme l'enveloppe du câble est faite d’un tissu lâche, l’huile pénètre et remplit complètement les jours qui existent entre les fils. De cette manière le câble est complètement isolé du sol et, en même temps, chaque fil est isolé de son voisin. La conduite Brooks renferme 400 fils placés dans un gros tube en fer forgé de 6,3 centimètres de diamètre. Le tube est logé dans un chéneau en bois et entouré d’une couche de poix ou d’asphalte qui le maintient en place, sert d’isolant supplémentaire et empêche le fer de s’oxyder par l’humidité. Le câble est
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- LA NATURE.
- également noyé dans une épaisse couche’d’huile qui remplit toute la capacité du tube. La conduite n’est posée qu’à 75 centimètres au-dessous de la surface du sol, de telle sorte qu’on peut en poser rapidement de très grandes longueurs.
- A New-York, il existe actuellement, pour les communications téléphoniques, 800 fils établis suivant le système Brooks. Ils partent du bureau de Spring Street et y reviennent en se rattachant en route aux poteaux du réseau aérien dans les différentes tues. Un câble composé de 400 fils circule à travers Spring Street jusqu’au côté est de Broadway et aboutit à Christie street ; sa longueur est de 745 mètres. Mais tout le long de la route, il y a des réseaux secondaires formés par les embranchements reliés aux fils aériens fixés aux poteaux. Ainsi dans Crosby Street, il y a un embranchement de 100 fils ; dans Marion street, un de 40 fils; dans Elisabeth street, un de 100 fils; enlin, dans Christie street, les 150 derniers fils aboutissent aux poteaux du réseau aérien. A l’ouest de Broadway, les fils, au nombre de 400, traversent Mercier street et envoient des réseaux secondaires aboutissant aux poteaux, dans les rues Spring, Broowe,
- Grant et du Canal ; la plus longue distance qu’ils parcourent est de 590 mètres. A l’endroit où le câble sort du sol, il rejoint, par une conduite en fer, le dernier étage du bâtiment où se trouve le bureau central. Là, les fils se divisent et sont répartis sur un tableau de distribution. Bien qu’on ne l’ait pas fait dans l’installation précédente, le tuyau de fer reste ordinairement rempli d’huile au moyen d’un réservoir d’alimentation situé sur un point élevé de la ligne, de sorte que la pression et la quantité d’huile demeurent constantes. Avec ce système,"on peut aussi amener des fils dans les maisons placées le long de la route qui suit le câble.
- Dans Mercier street il y a de ces fils à tous les 45 pieds (13“50). Il est à remarquer qu’on n’emploie pas d’huile pour les branchements qui vont dans les maisons : les fils passent à travers une couche de plâtre de Paris qui empêche l’huile de couler. A l’occasion d’une visite récente de l’installation du système Brooks au bureau central de Spring street, on a fait usage pour des communications téléphoniques, des différents fils de la conduite. Dans tous les cas, quelle que fût la longueur du fil employé, jusqu’à 700 mètres environ, les bruits dus à l’induction ont été très faibles ; ils étaient à peu près imperceptibles sur les lignes les plus courtes.
- U PHYSIQUE A BON MARCHÉ
- LUDION. -- TOTON K FORCE CENTRIFUGE
- Les progrès des méthodes de vulgarisation scientifique se manifestent surtout, à notre époque, par les moyens simples et ingénieux à l’aide desquels on met à la portée de tous, à un prix modique, sous une forme élégante et commode, des appareils de la plus grande simplicité, ne réunissant que les éléments essentiels à la manifestation du principe à démontrer. Les deux petits objets que reproduisent les figures ci-contre, et qui sont construits par M. Chaudron , en sont une preuve frappante. 11 y a trente ans, le ludion des cours et de l’enseignement, était un véritable appareil de physique, avec corps de pompe, piston, etc. ; son prix, que nous détachons d’un catalogue de l’époque, était de quarante francs. Plus tard, on le fit dans une carafe, avec une membrane de caoutchouc et son prix s’abaissa à cinq francs. Aujourd’hui le ludion que représente la figure 1 en grandeur naturelle, beaucoup moins encombrant, moins coûteux, mais incomparablement plus commode et plus élégant, coûte vingt-cinq centimes. — Le cerceau en acier classique, destiné à montrer les effets de la force centrifuge, était aussi un appareil très volumineux, d’un prix inabordable. Le petit toton que la figure 2 représente au repos et la figure 5 en mouvement, est tout aussi démonstratif que le fameux cerceau, auquel il est, par son prix modique et sa forme amusante, appelé à faire une concurrence sév-rieuse. Cet appareil se compose tout simplement d’un petit toton en verre creux renfermant un peu de liquide coloré en rouge, en bleu ou en violet (fig. 2). Lorsqu’on met le toton en rotation, le liquide obéit aux lois de la force centrifuge et vient occuper, dans la partie équatoriale de l’appareil une bande parfaitement définie, dont la largeur dépend de la forme de l’ampoule et de la quantité de liquide qu’elle renferme (fig. 3).
- Le propriétaire-gérant : G. Tissàndie:-
- Fig. 1. — Un ludion. Grandeur d’exécution.
- Fig. 2. — Toton à force centrifuge au repos.
- Fig. 3. — Toton à force centrifuge en mouvement.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Pas t .
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- N* G 4 5
- 10 OCTOBRE 1885,
- LA NATURE
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- LES POISSONS VOLANTS
- On désigne vulgairement sous ce nom des poissons répandus dans toutes les mers chaudes et tempérées. Les espèces nombreuses de poissons volants se
- rapportent à deux genres : les Evoçels de j/nné et les Dactyloptères de Lacépède.
- Sur les côtes de France on rencontre cinq espèces d’Exocets : Ex. de Rondelet, Ex. volant, Ex. aux ailes tachetées, Ex. fuyard, Ex. Procné.
- L’Exocet de Rondelet vit dans la Méditerranée, on
- Poissons volants; Daetyloptère pirapède récemment capturé dans l’Atlantique par un steamer venant de La Plata. (D’après nature.) Au-dessus, Daetyloptère pirapède pêché près de Nice. (D’après un dessin inédit de C.-Â. Lesueur.)
- le rencontre assez rarement à Cette et à Nice. L’Exocet volant vit dans la Méditerranée à Nice et à Marseille. Il a été observé par M. le Dr Moreau à la 13* usée. — 2* semestre
- Rochelle. Dans la Manche il est excessivement rare et n’a été observé jusqu’ici que dans la partie ouest de cette mer.
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- LA NATUUE
- L’Exocet aux nageoires tachetées (Cuv. et Valenc) a été observé dans l’Océan sur les côtes de la Charente-Inférieure. L’Ex. fuyard (Linné) a été observé sur les côtes du Morbihan et de la Méditerranée. L’Ex. Procné dans la Méditerranée par le Dr Moreau; il est très rare.
- Le genre Dactyloptère est représenté dans la faune française par une seule espèce : le Dactyloptère pirapède (D. pi râpe da) dessiné page 289.
- Le Dactyloptère pirapède a été plusieurs fois observé dans la Méditerrane'e à Nice et a Cette, où cependant il est assez rare, et dans l’océan Atlantique. Depuis plus de trente-cinq ans que nous parcourons la Manche, que nous sommes en relations constantes avec les pêcheurs, nous n’avons jamais observé cette espèce qui cependant est indiquée dans un catalogue de poissons de Boulogne-sur-Mer.
- Le sujet figuré d’après nature par M. G. Noury a été pêché dans l’Atlantique par un steamer venant de la Plata, aux atterrissages des côtes de France. On voit en outre, à la partie supérieure de la gravure et liguré de face, un autre individu, les ailes étendues, dans la position du vol. Cet individu a été pêché près de Nice, et dessiné par C.-A. Lesueur.
- Le Dactyloptère pirapéda de Lacépède a été décrit sous le nom de l’Aroncelle de mer par liondelet, c’est le Trigla volitans de Linné. Par le développement excessif de ses pectorales, le pirapéda peut s’élever au-dessus des flots et fournir un vol assez prolongé, parcourir dans l’air un espace de deux à trois cents mètres.
- Le corps est arrondi et va en diminuant graduellement de la tête à la queue. La forme de la tête, brusquement tronquée en avant, donne au corps du pirapéda l’apparence d’un trigle. Toute la peau est recouverte d’écailles très adhérentes, celles des côtés et celles du dos ont leur bord postérieur dentelé et leur partie médiane est relevée par une carène. Cette carène, de toutes les écailles, se profile symétriquement en lignes longitudinales tranchantes qui s’étendent de la tête à la queue du pirapéda.
- La tête, aplatie en arrière, est composée de pièces osseuses granulées finement, elle se termine en avant jjar un museau court, fendu sur le milieu et présentant quelques rapports avec le museau d’un lièvre avec lequel quelques auteurs l’ont comparé. Les yeux placés sur les parties latérales de la tète ont un iris jaunâtre. En arrière, la tête du Dactyloptère se prolonge par quatre pointes osseuses, les deux inférieures sont formées par les prolongements des préopercules, elles sont triangulaires, garnies dans toute leur longueur sur le bord extérieur de pointes dirigées en avant. Les prolongements osseux supérieurs, qui donnent au crâne une forme très échan-crée, en arrière sont formées par les surscapulaires, sont granuleuses et se terminent en arrière par des pointes longues et acérées. G. L.
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- UN B4TEMJ-T0RPILLES SOUS-MRIN
- M. Nordenfelt, l’inventeur des mitrailleuses et des canons à tir rapide qui portent son nom, vient d’expérimenter à Stockholm un nouveau bateau-torpilles sous-marin de son invention. M. Nordenfelt a exécuté un voyage de 150 milles, de Stockholm à Gottenburg, dans le Cattégat, par la route intérieure, naviguant tantôt à fleur d’eau, tantôt immergé à la profondeur librement choisie.
- Le nouveau bateau a été construit avec le meilleur acier doux de Suède, les plaques étant de lcm,58 au centre et de 9“m,4 seulement aux extrémités. La con-truction est calculée pour supporter une pression de 30 mètres d’eau, profondeur bien supérieure à celle à laquelle il aura jamais besoin de descendre. Il flotte naturellement; ce n’est que sous l’effort de deux hélices, placées chacune sur un de ses flancs, qu’il plonge, et la cessation du travail dé ces hélices suffit pour le faire remonter à fleur d’eau. Les hélices, qui agissent dans un sens vertical, sont placées dans deux tours qui les protègent. Deux gouvernails balancés assurent le maintien constant de la position horizontale. Ces gouvernails, qui sont fixés sur le même axe, sont maintenus constamment dans la position horizontale par un poids attaché à un bras à angles droits fixé sur cet axe. La quantité d’air contenue dans la coque est assez considéx*able pour dispenser de tout moyen artificiel d’aération pendant la durée du séjour sous l’eau, qui a déjà été de six heures, sans le moindre inconvénient pour les quatre hommes composant l’équipage. 11 y a seulement des installations pour connaître le degré d’immersion, pour rafraîchir l’air et pour faire indiquer son degré de pureté. Un mécanisme automatique arrête les hélices d’immersion quand le bateau est arrivé à la profondeur fixée d’avance et les remet en mouvement quand cette profondeur n’est plus atteinte. Le bateau s’est maintenu pendant une heure à la profondeur de 5m,50. L’évacuation de l’eau qui pourrait pénétrer à l’intérieur est assurée par des pompes puissantes et il pourrait être allégé, au besoin, en rejetant huit tonnes d’eau chaude.
- C’est, en effet, par la vapeur que tous les moteurs sont actionnés. U y a une chaudière ordinaire servant quand le bateau est à fleur d’eau, et alors, au moyen du tirage forcé, on fait une provision de vapeur surchauffée qui est emmagasinée dans un réservoir spécial d’eau bouillante. Cette provision a permis de parcourir une distance de 16 milles marins. La vitesse n’a pas dépassé 8 nœuds.
- A l’extérieur, quand il est à fleur d’eau, le bateau, qui a la forme d’un cigare, ne montre que le tuyau de sa cheminée et une petite tourelle recouverte par une coupole en verre fort et qui est le poste d’observation du capitaine. L’armement consiste dans un tube à l’avant, pour lancer la torpille Whitehead et dans une torpille dirigeable et remorquée, de l’invention de M. Nordenfelt. En avant de la tourelle, il y a une mitrailleuse à cinq tubes, et on a l’intention d’y ajouter un canon à tir rapide de 37 millimètres, afin de pouvoir combattre les petits bateaux contre lesquels la torpille Whitehead n’aurait aucun effet, puisqu’elle marche à 3 mètres de profondeur.
- L’équipage du bateau sous-marin manifeste une grande confiance; il a déjà parcouru, dans ses diverses sorties, une distance de 600 millés. De nouvelles expériences ont été faites, ces jours derniers, en présence d’officiers étrangers et français qui étaient présents en grand nombre.
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- LA NATURE
- REDRESSEMENT DES CHEMINÉES D’USINE
- Cette opération s’impose assez fréquemment dans l’industrie par suite des tassements qui se produisent soit dans le sol, lorsque la surface des fondations n’est pas convenablement proportionnée à sa force de résistance, soit dans les maçonneries elles-mêmes, lorsqu’une cause quelconque de désagrégation vient à altérer sur certains points leurs propriétés résistantes. Nous allons donner ici quelques exemples de redressement par trois méthodes différentes appliquées en Amérique, en Angleterre et en France.
- La cheminée de l’usine Plattee et Perkins, à lio-lyoke (Massachusetts), a 24 mètres de hauteur, et présente une section carrée de 2m,40 de côté a la hase et de lm,80 au sommet. Elle prit dans la direction du nord-ouest une inclinaison de 1 mètre sur la verticale. Pour la redresser, on disposa à la base trois échafaudages, le premier soutenant un cadre à la hauteur de la corniche, et les deux autres au- | dessus. On plaça deux vérins sous l’un des échafau- j dages sur la face ouest, et six autres sous ceux de la face nord. La terre fut ensuite enlevée sur les deux autres faces est et sud jusqu’au-dessous des fondations en laissant toutefois intacte celle qui supportait l’angle sud-est. On remua cette dernière partie de la j masse avec des tiges de fer de manière à l’ameublir ! et à la rendre bien perméable à l’eau qu’on y injectait avec des tuyaux. Enfin on mit en mouvement les vérins en procédant à des opérations successives d’ameublissement du sol, et de pilonnage, puis à de nouveaux avancements. Une fois la cheminée revenue à la position verticale, on pilonna la terre sur toutes les faces.
- Le « Van Nostrand’s Engineering » auquel nous empruntons les détails de ce travail n’indique pas sa durée : il est certain que cette méthode, malgré son succès dans le cas précité, doit être relativement longue et dangereuse; elle n’est d’ailleurs applicable que si rinclinaisou s’est produite à partir de la base.
- Les deux méthodes suivantes sont au contraire susceptibles d’applications plus générales.
- La première a été mise en œuvre pour la cheminée d’une des usines de Bingley, près de Bradford -.cette cheminée avait subi, il y a quelques années, un tassement tel dans ses fondations, qu’elle s’était écartée de lm,55 de la verticale. Un essaya d’abord de la redresser en creusant le sol sous la partie qui n’avait pas tassé, mais on y renonça promptement, et on remplit avec une maçonnerie de briques et ciment l’excavation qu’on avait faite.
- Sur le côté resté en bon état, on enleva, dans la fondation du socle, trois assises de briques jusqu’à la moitié de l’épaisseur. Il faut atteindre cette profondeur, sans quoi on risquerait de voir la colonne se redresser tout d’un coup, sous l’effort exercé par le poids de la partie en porte-à-faux ; ce qui pourrait
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- | donner lieu à des lézardes dans la maçonnerie. En allant au contraire jusqu’au centre du socle et même un peu au delà, la partie en porte-à-faux prend un mouvement graduel de redressement, et comme la masse entière du socle est intéressée, le bloc total prend le même mouvement sans qu’il se produise de rupture.
- A Bingley, on avait, pour plus de sécurité, remplacé au fur et à mesure de l’opération, les briques îles assises enlevées par des vérins de 0in,2o de course, disposés entre deux plaques de fonte pour bien répartir les pressions sur la maçonnerie. Un les abaissa ensuite graduellement de manière à suivre le mouvement général que prenait la construction, et quand il fut à peu près terminé, on remplit de maçonnerie de briques les intervalles entre les vérins. Puis on les enleva et on combla les vides qu’ils laissaient.
- M. Blind, entrepreneur de maçonneries [tour usines a indiqué, dans le Gcnie civil, une troisième méthode dont le principe est analogue à celui de la précédente, mais qui est d’une exécution plus simple et n’exige pas l’emploi des vérins. 11 fait scier jusqu’aux deux tiers du diamètre l’épaisseur du premier joint de Iniques à partir duquel se manifeste l’inclinaison. Un ouvrier descend, à cet effet, dans l’intérieur de la cheminée, et dégage le joint avec un long burin pour faire le passage de la lame de la scie. Les parties laissées en porte-à-faux sont soutenues par des coins en plus ou moins grand nombre suivant le diamètre de la cheminée. Un les relire quand le joint est dégarni sur la longueur nécessaire et la partie de la cheminée située au-dessus de l’entaille se redresse immédiatement de l’épaisseur du joint, c’est-à-dire de 8 à 10 millimètres. Un continue de même joint par joint ou à diverses hauteurs suivant l’inclinaison, et l’appareil reprend graduellement, sans à-coup ni lézarde, sa position verticale.
- M. Blind cite comme applications de son procédé les exemples suivants : A Bochefort-sur-Mer, une cheminée de 25 mètres de hauteur, qui s’était inclinée de 0m,45 sur ses fondations et dont le tassement continuait, a été redressée eu un jour.
- A Neullyse (Ardennes) un ouvrier, travaillant pendant trois jours, a ramené à la verticale une cheminée de 50 mètres de hauteur dans laquelle un tassement s’était produit de la moitié de la hauteur jusqu’au sommet, sous l’influence de la désagrégation d’une partie des mortiers. Cette cheminée avait été construite en hiver, au moment d’un dégel, et les mortiers de la face sud s’étaient désagrégés, pendant que ceux de la face nord avaient conservé leur cohésion.
- Des trois procédés que nous venons de décrire, celui de M. Blind est certainement le plus simple, le plus rapide et le moins dangereux pour les ouvriers à cause du fractionnement des efforts qu’il fait supporter à la maçonnerie, mais il suppose la possibilité de frro descendre un ouvrier à l’inté-
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- LA NATURE.
- rieur de l’ouvrage. Cette opération qui se fait sans difficulté par les échelons en fer scellés dans la brique pendant la construction même, lorsque les cheminées ne débitent que la fumée des foyers, devient généralement impraticable pour les cheminées des usines de produits chimiques; car les gaz acides qu’elles doivent expulser détruisent promptement les échelons, et d’autre part, les gouttelettes d’acide qui se forment par refroidissement a la partie supérieure rongent les briques et obligent à démolir toute cette partie.
- Ce cas s’est notamment présenté pour la réfection des joints des assises supérieures d’une cheminée de 67 mètres de hauteur. M. Cordier, ingénieur des arts et manufactures, chargé de ce travail, a employé à cet effet un échafaudage imaginé par M. Broussas, constructeur à Lyon. Cet appareil permet de réparer, de démolir ou de surélever de l’extérieur une cheminée en plein fonctionnement, quelle que soit sa hauteur. Nous empruntons les détails qui suivent à la description donnée par M. Cordier dans les Comptes rendus de la Société de l'industrie minérale.
- Le système comprend : 1° un guidage que l’on fixe extérieurement sur la cheminée; 2° un échafaudage mobile le long de ce guidage; 3° une grue pour monter les hommes et les matériaux.
- Les guides g sont constitués par des madriers de sapin de 6 mètres de longueur, placés suivant deux génératrices opposées de la cheminée. Le premier guide est boulonné par le pied avec un fer a scellé dans la maçonnerie au-dessus du socle; les autres sont maintenus tous les trois mètres par des chaînes x fixées d’une part aux guides et de l’autre, à des plaques scellées dansla cheminée. Les guides portent, sur leur face extérieure, une rainure r remplie par un fer h U, et sur l’un des côtés une série de crans f qui en font de véritables crémaillères. Ces fers servent en même temps 'a l’assemblage des madriers successifs, qui s’opère au moyen de boulons à tète fraisée.
- L’échafaudage mobile se compose de quatre pièces horizontales m et m' placées deux par deux symétriquement de chaque côté de la cheminée, a deux hauteurs différentes, et qui se meuvent le long des guides à l’aide des vérins v. Ces n:';.es sont formées
- d’une âme en bois revêtue a l’intérieur d’une plaque de tôle et renforcée à l’extérieur par un fer à double T; une échancrure pratiquée dans la partie qui regarde la cheminée leur permet d’embrasser le guide. La fixation de l’échafaudage dans une position quelconque s’opère au moyen d’un fer carré qui se meut dans la rainure r du guidage, et par un cliquet d’arrêt qui s’engage dans les crans latéraux f. Les vérins sont placés deux par deux entre les pièces m et m' ; leurs bâtis sont fixés sur la première et leurs plateaux sous la seconde. Des consoles en fer se posent sur ces pièces et portent un plancher continu et un garde-corps pour la sécurité des ouvriers.
- La manœuvre de l’échafaudage est très simple. Les cliquets engagés dans les crans empêchent le mouvement de descente, mais permettent le mouvement de montée. En tournant convenablement les manivelles des vérins, on fait monter les pièces
- supérieures m', les pièces inférieures m restent fixes. En tournant en sens contraire, ce sont les pièces m' qui demeurent fixes et les pièces m qui montent au moyen d’une manœuvre convenable des manivelles. On peut ainsi faire monter l’un ou l’autre cadre de 0m,40 de hauteur des crans, et on s’élève jusqu’à la hauteur qu’on veut atteindre. La descente se fait d’une manière inverse; mais les cliquets ne permettant pas le mouvement de descente, il faut les soulever k la main jusqu’il ce qu'ils aient dépassé le cran du guide.
- La grue k qui sert k monter les hommes et les matériaux est fixée dans des colliers portés par deux des pièces m et m'. Elle se compose d’un tube en fer creux, terminé par deux flasques munies de deux poulies de renvoi. Le tube peut tourner en tout sens dans les colliers. La corde qui porte la benne est guidée k son entrée dans le tube par deux galets k gorge et elle est manœuvrée du sol par un treuil k bras ou k vapeur.
- L’emploi de l’échafaudage que nous venons de décrire n’est pas limité-k la réfection des cheminées; il pourrait se généraliser pour la construction ou la réparation d’ouvrages élevés accessibles de tous côtés, tels que les tours de phares, les piles de ponts et de viaducs, etc. G. Richou.
- Mode de redressement d’une cheminée d’usine.
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- LÀ FORCE ET L’ADRESSE
- (Suite et fin. — Voy. p. 180 et 217.)
- Les jongleurs. — Les tours exécut's par les jongleurs sont le plus merveilleux exemple de la perfec-
- tion que peuvent atteindre nos sens et nos organes sous l’influence de l’exercice.
- Le jongleur est obligé de donner des impulsions variant de quantités infinitésimales ; il doit savoir le point précis qu’atteindra sa boule, apprécier la parabole qu’elle décrira, connaître exactement le
- temps qu’elle mettra à décrire cette courbe ; son regard doit embrasser la position de trois, quatre, cinq boules quelquefois, à plusieurs mètres les unes des autres, et il doit résoudre ces divers problèmes d’optique, de mécanique et de mathématique instantanément, dix, quinze, vingt fois par minute, et cela dans la position la moins commode, sur le dos d’un cheval lancé au galop, sur la corde raide, sur une boule ou sur un tonneau qu’il fait tourner.
- On ne saurait trop admirer son adresse. Beaucoup de jongleurs ne se contentent pas d’exécuter des tours d’adresse en jonglant avec leurs mains, mais en plus ils cutent des tours d’équilibre qui à eux seuls
- Fig. 3. — Les papillons japonais.
- ritent d’être remarqués.
- On peut se rendre compte expérimentalement de l’babileté dont doit faire preuve un jongleur, en essayant soi-même le plus simple de leurs exercices. Si l’on est capable de jeter à la fois deux balles en l’air et de les recevoir successivement en restant ferme à la même place sans être obligé de faire quelques pas a droite et à gauche, et nombre de contorsions plus ou moins violentes, on est doué de prédispositions incontestables pour l’art de jongler. Si d’un autre côté on peut se tenir debout sur une chaise boiteuse ressentir
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- sans ressentir aucune crainte, aucune émotion, ou encore traverser, à la campagne par exemple, un ruisseau, non sur une
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- corde raide ou un fd de fer, ce qui serait trop demander pour un début, mais bien sur une planche ayant la largeur des deux mains, et que l’on fasse cette traversée sans que le cœur batte un instant plus fort, on est prédisposé pour devenir équilibriste.
- Jongler avec deux boules est cependant assez simple; beaucoup d’enlants y parviennent après quelques jours d’exercice. Ils procèdent de la façon suivante : ayant une balle dans chaque main, ils lancent verticalement en l’air celle qui est dans la main droite, passent dans cette main droite celle qui est dans la main gauche, la lancent (‘gaiement, reçoivent la première boule dans la main gauche, la passent dans la main droite, la jettent de nouveau et ainsi de suite, en sorte que les deux boules sont presque constamment en l’air, sauf le court moment employé pour recevoir la balle d’une main et la passer dans l’autre. Si au lieu d'employer les deux mains l’enfant jongle d’une seule main avec les deux balles, recevant et renvoyant l’une pendant que l’autre est en l’air, la difficulté est un pou plus grande, mais .mssi le jeune homme qui peut exécuter vingt fois cet exercice sans laisser tomber une de ses balles peut traiter de confrère les artistes du cirque ou de l’Hippodrome. Pour jongler avec trois boules, il est nécessaire d’avoir suivi l’enseignement d’un professeur. Ru reste il est à remarquer que l’art de jongler a suffisamment d’avantages, au point de vue du développement du tact, de l’appréciation rapide des distances, de l’agilité des doigts, de la précision du coup d’oui et des mouvements, pour que son enseignement, parmi les exercices gymnastiques auxquels on soumet les enfants dans les écoles ne soit nullement déplacé. C’est à l’art de jongler que le célèbre prestidigitateur Robert-ïlou-din attribuait l’adresse et la précision qu’il apportait dans ses tours d’adresse. Il raconte dans ses Mémoires qu’ayant pris des leçons d’un vieux jongleur, il apporta une telle ardeur à ces exercices qu’au bout d’un mois il n’avait plus rien à apprendre de son professeur : « J’étais parvenu, dit-il, à jongler avec quatre boules ; cela ne satisfit pas mon ambition. Je voulus, s’il était possible, surpasser la faculté de lire par appréciation, que j’avais tant admirée chez les pianistes; je plaçai un livre devant moi, et, tandis que mes quatre boules voltigeaient en l’air, je m’habituai à lire sans hésitation. On ne ^aurait croire combien alors cet exercice communiqua a mes doigts de délicatesse et de sûreté d’exécution, donnant h mon regard une promptitude de perception qui tenait du merveilleux. Après avoir ainsi rendu mes mains souples et dociles, je n’hésitai plus à m’exercer directement à la prestidigitation. »
- Les jongleurs de profession, pour s’entretenir dans leur habileté, ont besoin d’exercices journaliers ; quelques jours de repos volontaire ou forcé nécessitent un redoublement de travail pour rendre aux mains leur souplesse et leur habileté antérieures. On sait qu’il en est de même pour l’agilité des danseuses, chez lesquelles un jour de repos néces-
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- site souvent plus de huit jours de double travail.
- Quand on sait jongler avec des boules, remplacer celles-ci par des bouteilles, des poignards, des assiettes, ou même des torches enflammées, ne présente plus aucune difficulté. On a pu voir ces temps derniers à l’Hippodrome deux jeunes filles, Mlles X..., exécuter ces différents tours d’une façon particulièrement gracieuse, mais avec cette complication qu’elles étaient en équilibre sur deux (ils de fer^h-perposés. Notre première gravure (fig. I) représente l une d’elles.
- On voit des jongleurs exécuter leurs tours avec des objets les plus divers, faisant voltiger, par exemple, en même temps une grosse boule, une orange et un chiffon de papier, et sachant donner à ces objets de volume et de poids différents des impulsions telles que chacun d’eux retombe et est relancé au moment voulu. Quelques jongleurs équilibrâtes ne prennent comme support qu’une simple tige de bois maintenue verticale, sur le sommet de laquelle ils exécutent divers tours d’adresse ou même de dislocation. C’est le même appareil qui, employé autrefois par les acrobates grecs, avait, en raison de sa forme, reçu le nom de jrka.vpov, perchoir à volailles. Des acrobates se placent même sur ce perchoir, en équilibre sur le sommet de la tète, leurs jambes en l’air formant balancier ; ils ont les bras libres, et alors ils mangent, boivent, fument, tirent des coups de revolver, jonglent avec des boules ou des poignards, exécutent, en un mot les exercices les plus divers (fig. 2). L’un deux, au Cirque des Champs-Elysées, il y a quelques années, restait sept minutes dans cette étrange position.
- Nombre de jongleurs savent faire des tours d’adresse extrêmement curieux avec les objets les plus divers, par exemple, avec des baguettes, qu’ils font voltiger en l’air, avec des chapeaux qu’ils font tourner en frappant sur le bord, ou encore avec un drapeau ou une simple serviette qu’ils font tourner; ces serviettes et ces chapeaux ne semblent plus obéir aux lois de la pesanteur; d’autres, à l’aide d’une banderolle, forment des hélices, des courbes gracieuses; et d’autres enfin, au moyen d’un simple morceau de papier, parviennent à reproduire le joli tour d’adresse dont beaucoup de voyageurs avaient parlé dans leurs récits, celui du papillon japonais.
- Les jeunes filles japonaises sont réputées en effet pour exécuter ce tour avec une grâce et une habileté extraordinaires. Dans les familles bourgeoises, après le repas, la jeune fille, pour faire honneur à l’hôte de ses patents, prend une feuille de papier de riz et, à l’aide de l’ongle du petit doigt de sa main gauche, découpe dans cette feuille la figure d’un papillon. Saisissant alors son éventail, elle l’agite doucement et bientôt le papillon de papier se soulève, semble hésiter, quitte la table, voltige dans l’air; il paraît fuir, puis bientôt se rapproche, s’envole à de grandes hauteurs et retombe en voltigeant près du sol; il va se poser sur un vase de fleurs (fig. 3), sur la tête ou sur l’épaule d’un des
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- assistants, pénètre dans une cassette et en ressort. La jeune fille taille un second papillon, puis successivement un ou deux autres dont les ébats viennent se mêler à ceux du premier, et l’on a le curieux spectacle de voir ces simples morceaux de papier aux couleurs variées tourbillonner comme de gros papillons apprivoisés, autour de leur charmeuse.
- Guyot-Daubks.
- LA
- CONSCRIPTION DES PIGE0NS-V0Y4GEURS
- Dans notre dernière livraison ‘, nous avons protesté avec M. de Bart contre les tirs aux pigeons, qui encouragent le massacre des plus précieux auxiliaires de la poste aérienne, dont on n’a pas oublié le rôle pendant le siège de Paris.
- D’après un décret récent, les pigeons voyageurs seraient soumis au recensement préalable des réquisitions ; voici les principaux passages de ce décret :
- « Chaque année, dans le courant du mois de novembre, à l’époque du recensement des chevaux, juments, mules et mulets, un recensement des pigeons voyageurs sera effectué par les soins des maires, sur la déclaration obligatoire des propriétaires et au besoin d'office. Les généraux commandant les corps d’armée arrêteront, sur la proposition des préfets, la liste des communes de leur région où le recensement aura lieu.
- « Le maire de chacune de ces communes fera publier, dès le commencement de décembre, un avertissement adressé à tous les éleveurs isolés ou sociétés colombophiles qui possèdent des pigeons voyageurs dans la commune, pour les informer qu'ils doivent, avant le 1er janvier, faire à la mairie, personnellement ou par l’intermédiaire d’un représentant, la déclaration du nombre de leurs colombiers, du nombre de pigeons voyageurs qui y sont élevés et des directions dans lesquelles ils sont entraînés.
- « Il sera délivré, à chaque éleveur ou société colombophile qui aura fait la déclaration prescrite ci-dessus, un certificat constatant la déclaration et mentionnant les renseignements fournis.
- « Dans les premiers jours du mois de janvier, le maire fera exécuter des tournées par les gardes champêtres et les agents de police, pour s’assurer que toutes les déclarations ont été exactement faites.
- « Du 1er au 15 janvier, le maire dressera, en double expédition, sur un modèle qui lui sera transmis par le commandant de la région, un état contenant les renseignements qui lui auront été fournis par les propriétaires ou qu’il aura pu recueillir.
- « Dans toutes les communes, les maires prendront les dispositions nécessaires pour être, en tout temps, informés de l’ouverture des nouveaux colombiers affectés à l’élève des pigeons voyageurs. Les renseignements recueillis par leurs soins sur ces colombiers seront transmis immédiatement à l’autorité militaire, par l’intermédiaire des préfets. »
- Ces sages mesures assureront pendant la guerre la conscription militaire du pigeon voyageur, qui a déjà rendu de si grands services à notre pays.
- 1 Vov. n° 644. du 3 octobre 1885, p. 278.
- TRAITEMENTS D’EXTINCTION
- CONTRE LE PHYLLOXÉRA, EN ALGÉRIE
- La présence du terrible parasite a été signalée en juillet dernier dans les vignes de Mansourah, aux portes de Tlemcen, province d’Oran. Des recherches minutieuses et méthodiques pratiquées immédiatement sous la direction des agents spéciaux envoyés d’urgence par le Ministère de l’agriculture, il est résulté que le mal s’étendait sur une surface de 6 hectares et demi, en diverses taches disséminées; il fut établi également que l’infection était le résultat d’apports frauduleux de plants de vignes, faits de contrées phvlloxérées de France, il y a trois ou quatre ans. Fort heureusement, l’Administration supérieure prévoyant le cas d’invasion phylloxérique en Algérie, avait provoqué l’adoption par les Chambres, de la loi du 21 mars 1883, lui donnant des pouvoirs fort étendus en matière de destruction des foyers de contamination phylloxérique dans notre belle colonie. Aussi le service organisé1 put-il prendre de suite les mesures les plus énergiques pour assurer la destruction des vignes infectées qui furent sur l’heure entourées par un cordon de troupes avec la consigne de ne laisser pénétrer que les personnes employées aux opérations de désinfection.
- Dans ces sortes de traitements le but à atteindre est l’anéantissement complet de toutes les parties aériennes ou souterraines de la vigne, pour être certain d’avoir tué tous les phylloxéras II fut procédé sans retard, avec le concours de la main-d’œuvre militaire, au coupage et à l’incinération des parties extérieures des ceps, la destruction par le feu (fig. 1 ) étant suivie d’un premier arrosage au pétrole des souches coupées au ras du sol, et restées en terre.
- Par suite de la constatation de l’existence de nymphes déjà lors des premières fouilles, ce à quoi il était nécessaire de parer immédiatement, c’était au danger que pouvaient faire courir aux vignes des alentours les essaimages qui, s’ils n’étaient pas encore commencés, étaient imminents. Le sulfure de carbone n’était pas encore arrivé, et il y avait lieu d’agir vite. En versant au pied des troncs décapités un tiers de litre de pétrole, et plus pour les grosses souches, la partie souterraine des troncs jusqu’aux racines principales, 18 à 25 centimètres, se trouvait imbibée ainsi que la terre qui l’entourait (fig. 2).
- L’opération du pétrolage, coupant la route naturelle que suivent les nymphes pour se transformer en insectes ailés, émigrants, a été renouvelée jusqu’à trois fois pour maintenir l’imbibition constante jusqu’à l’arrivée du sulfure de carbone. Par des sondages faits après chacune de ces applications de pétrole, on a pu vérifier la destruction radicale des insectes jusqu’à la profondeur indiquée de 18 à 25 centimètres, tandis que plus bas on retrouvait
- 1 Ce service était dirigé par M. Couanon, délégué du service phylloxérique, avec la collaboration de son collègue, M. Gabriel Gastine, et île MM. I,ouis Gastine, t.oeq ctRauquil.
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- des phylloxéras dans des conditions d’aspect et de vitalité ordinaires.
- Quoiqu’il soit peu probable que des insectes puissent sortir par la surface du sol, on a cru devoir, pour mieux assurer la réussite du travail, tasser énergiquement le sol à l’aide de dames (fig. 3).
- Ensuite sont venus les traitements proprement dits d’extinction, les traitements au sulfure de carbone. Ces applications, qui se font à l’aide de pals in-jecteurs doseurs, ont consisté en deux traitements successifs, chacun à la dose de 180 grammes de sulfure par mètre carré, soit 360 grammes par mètre pour les deux opérations faites à 5 ou 4 jours d’intervalle. La quantité de 180 grammes était répartie en 9 trous par mètre carré, soit, pour les deux applications, 18 trous par mètre carré ; certains
- de ces trous étaient percés au pied même des souches et injectés à la dose de 40 grammes pour mieux assurer la destruction radicale des souches. La multiplicité des injections, l’opération faite en deux fois conduisent à ce résultat, d’obtenir une diffusion plus égale du produit insecticide et de parer très sûrement aux manques et erreurs possibles dans le travail manuel. La quantité de sulture dépensée par hectare a donc été de 3600 kilogrammes répartie en 180 000 trous, travail qui, comme quantité de produit et comme importance de main-d’œuvre, correspond, pour les 6 hectares et demi de vignes phylloxérées de Mansourah, à un traitement cultural d’environ 60 hectares. (Le traitement cultural auquel on a recours en France dans un grand nombre de vignobles a pour but, au rebours du traitement
- Fig. 1. — La lutte contre le phylloxéra,'en_Algérie. — Coupage et brûlage des vignes phylloxérées.
- d’extinction, de faire vivre la vigne et de lui permettre de fructifier malgré la présence du phylloxéra; paf ce traitement, qui se fait d’ordinaire a des doses ne dépassant guère 20 à 25 grammes par mètre carré, les insectes sont détruits en nombre assez considérable pour que la plante ne souffre pas sensiblement des atteintes du parasite, mais tous les phylloxéras ne périssent pas et des essaimages peuvent porter le mal plus loin.)
- Les traitements au sulfure de carbone ont été effectués par des températures élevées et dans un sol extrêmement sec, parfois très dur, d’une nature argilo-calcaire ferrugineuse. Tous les chemins, toutes les bordures de terrains à vigne ont été sulfurés à très haute dose; il a fallu recourir à l’emploi d’avant-pals et de masses (fig. 4). Les mêmes difficultés d’application se sont rencontrées dans un certain nombre de vignes.
- Les travaux de désinfection, commencés le 9 juillet, ont été complètement terminés le 11 août.
- Pour juger du travail de destruction accompli sur les parties souterraines des vignes, l’observation de la végétation extérieure des arbres fruitiers qui existaient sur les parcelles traitées, fournissait un contrôle sérieux : la destruction de ces végétaux qu;, eux, n’ont reçu aucune application au pied, mais qui se sont trouvés compris dans le schéma général du vignoble, a servi de critérium pour celle de la vigne. A l’heure actuelle les mûriers, les figuiers, les orangers, les cerisiers, les oliviers, dans les vignes traitées, sont morts : quelques jours après les traitements, les rameaux s’étaient flétris, les feuilles s’étaient desséchées brusquement pour tomber ensuite en peu de temps.
- Il a été dit plus haut que la présence de nymphes avait été constatée lors des premières recherches.
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- Fig. 2 — Arrosage au pétrole des souches pliylloxérées restées en terre.
- Fig. 5. — Tassage du sol à la dame.
- Fig. 4. — Traitement avec avant-pals pour l’injection du sulfure do carbone dans le sol.
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- Dans le but de parer à l’essaimage partiel qui a pu avoir lieu avant le commencement des traitements, l’administration a l’intention de prendre les mesures suivantes, qui sont des traitements de précaution :
- 1° Prescrire l’incinération sur place, rendue obligatoire par un arrêté municipal, pris en vertu de la loi de 1791, de tous les sarments, débris de tailles, etc., pour toutes les vignes de la section de Mansourah ;
- 2° Faire appliquer contre l’œuf d'hiver du phylloxéra, dans les vignes de ladite section, le badigeonnage indiqué par M. Balbiani, le savant professeur du collège de France. G. T.
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- L’ANNÉE CHINOISE
- L’année chinoise a été établie dans la soixante-unième année du règne de l’empereur Hoang-ti qui monta sur le trône en l’an 2698 avant notre ère. Nous sommes arrivés le 15 février dernier dans la vingt-deuxième année du soixante-seizième cycle de soixante ans de cette chronologie. Il n’y en a aucune autre qui offre autant de certitude pour un espace de temps d’une durée aussi longue. Pendant cette étonnante période de plus de quatre mille cinq cents années, vingt-deux dynasties ont successivement régné sur cet immense empire, quelques-uns des princes avec une gloire digne d’être comparée à celle des plus grands monarques de l’Occident.
- Les mois des Chinois sont lunaires comme ceux des Musulmans, mais leur année est luni-solaire comme celle des anciens Grecs et celle des Israélites modernes. Elle se compose généralement de douze mois, mais de temps en temps intervient un treizième destiné à rétablir l’harmonie entre le cours des saisons et la succession des cérémonies religieuses.
- L’échéance de ces fêtes, qui sont très nombreuses, et dont l’explication nous entraînerait trop loin, est constamment réglée sur la place du premier de l’an, comme les fêtes mobiles de la religion catholique sont déterminées par la date d.e la Pâque.
- L’empereur Hoang-ti a décidé que le solstice d’hiver devait toujours tomber dans le onzième mois, ce qui ne peut arriver qu’à l’aide de l’intercalation du mois supplémentaire dont nous avons parlé plus haut, puisque l’année chinoise est plus courte que l’année solaire. Cette règle a été modifiée par la dynastie des Tclieou qui régna de 1122 àl248 avant notre ère, et sous laquelle vécut Confucius. Pendant tout ce temps, les intercalations furent réglées de manière à ce que le solstice d’hiver répondît au douzième mois. Les Tschin qui renversèrent les Tcheou, et qui régnèrent quarante-deux années, reportèrent le solstice d’hiver au premier mois de l’année. Mais les Han qui leur succédèrent remirent les choses dans leur état actuel, qui dure par conséquent depuis plus de deux mille ans.
- Les mois chinois portent le nom de Lune et se distinguent les uns des autres par leur numéro d’ordre dans l’année, sauf le premier qui porte le nom de Lune réglée; le onzième, celui de Lune d’hiver par la raison que nous venons de,.donner'; enfin le dernier le nom de Lune des insectes.
- Le mois chinois se partage en trois périodes, à savoir : les dix premiers? jours, les dix autres et enfin les derniers. Ceux-ci sont au nombre de neuf ou de dix, suivant que les mois sont de vingt-neuf ou de trente jours.
- Les mois de trente sont nommées les mois grands, et les mois de vingt-neuf les mois petits; les mois chinois sont alternativement grands et petits à partir du premier jusqu’au dernier.
- Les intercalations ont lieu d’une façon régulière de maniéré qu il y ait sept années de treize mois sur chaque cycle de dix-neuf ans. D’après M. Perny auquel nous empruntons ces détails (Dictionnaire franco-chinois, publié chez Didot en 1869), voici l’ordre des intercalations de chaque cycle : troisième année, cinquième année, huitième année, dixième année, treizième année, quinzième année, dix-huitième année. D’après Y Annuaire du Bureau des longitudes (voir la notice de M. Lœvy sur les calendriers, page 20.) les Israélites ont aussi sept intercalations par période de dix-neuf années, mais ces années intercalaires sont les troisième, sixième, huitième, onzième, quatorzième, dix-septième et dix-neuvième du cycle. Comme on le voit, l’arrangement est tout différent, mais le principe est le même. Les Israélites donnent un nom spécial, celui de Néador, à leur mois intercalaire, et lui réservent toujours la sixième place dans leur année ; les Chinois agissent d’une façon tout à fait différente1. Dans les années qui doivent recevoir une lune intercalaire, on choisit la lune durant laquelle le soleil n’entre dans aucun signe du zodiaque. Si cette circonstance astronomique se produit au troisième mois, on ajoutera un mois qui sera désigné sous le nom de troisième intercalaire, et sera considéré comme ne faisant qu’un seul mois avec celui-ci. Si c’est pendant le quatrième, l’année aura un quatrième intercalaire. La désignation de ce mois est une affaire de haute importance, car on ne paye ni intérêt d’argent, ni loyer de maison pendant les mois intercalaires.
- Comme on a la mauvaise habitude de désigner chaque mois chinois par le nom du mois européen
- 1 Comme le fait remarquer la notice sur le Calendrier chinois, placée en tête de VAnnuaire de Cochinchine, et comme cela est expliqué du reste dans tous les Traités d’astronomie, la règle d'intercalation est basée sur ce fait que l’année chinoise, composée de 6 mois de 50 jours et de 6 mois de 29 jours, ne contient que 354 jours, tandis que l’année solaire en a 565. 1 en résulte chaque année un surcroît de 11, qui se totalise en y ajoutant déplus les bissextiles; lorsque ce total dépasse 29 jours, on intercale un mois, et la différence se nomme l’épacte. Elle se totalise avec les H jours provenant des années suivantes, ainsi que de leurs bissextiles, jusqu’à ce qu’une nouvelle intercalation soit nécessaire.
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- dans lequel il commence, les dates chinoises paraissent toujours en retard sur les dates européennes relatives aux mêmes événements. 11 en est résulté, surtout pendant la guerre, une confusion des plus gênantes. Presque toutes les actions militaires ont été annoncées sous deux dates différentes, suivant que les nouvelles étaient de provenance chinoise ou française. De plus, les appréciations des résultats de ces diverses rencontres divergeant notablement, on devait croire qu’il s’agissait d’opérations militaires tout à fait distinctes.
- Les années ont été groupées par Iloang-ti en c\-cles ou siècles de soixante années que l’on peut supposer avoir correspondu originairement aux différentes conjonctions de Saturne et de Jupiter.
- Les douze branches célestes. Les dix racines terrestres.
- F Le Rat L'Arbre qui pousse
- Le Bœuf £ Le Bois scié
- Vt m Le Tigre Ij 'Eclair
- Le Lièvre T
- Le Jlragon L ’Encens qui brûle
- a Le Serpent Les Montagnes
- 4 Le Cheval a En Vase de terre
- * Le Relier JM Le Minerai
- Le Singe 4 Le Vase de fer
- a Le Coq
- & Le Chien te L'Eau salée
- % Le* Porc 5? L'Eau de source
- Fig. 1. — Traduelion des ternies cycliques employés dans le tablon de la page 501.
- La numération de ces différentes années repose sur des bases très curieuses que l’on ne saurait comprendre sans quelques explications préliminaires.
- Comme le nôtre, le zodiaque chinois a été partagé, dès la plus haute antiquité, en douze signes consacrés à un animal particulier.
- Nous allons mettre les deux nomenclatures en rapport l’une avec l’autre, en inscrivant en italiques les noms du zodiaque grec et en capitales les noms correspondants du zodiaque chinois :
- Le Bélier. Le Rat. L'Ecrevisse. Le Lièvre. La Balance Le Chevai,. La Chèvre. Le Coq.
- Le Taureau. Le Bceuf.
- Le Lion.
- Le Dragon. Le Scorpion. La Chèvre. Le Verseau. Le Chien.
- Les Gémeaux. Le Tigre.
- La Vierge.
- Le Serpent.
- Le Sagittaire. Le Singe.
- Les Poissons. Le Porc.
- Les douze caractères correspondants à ces douze constellations forment le cycle des douze branches célestes.
- Le Taureau et le Rœuf, le Lion et le Dragon, le Sagittaire et le Singe, ont évidemment des significations analogues, puisque le Dragon peut être considéré comme le Lion des Chinois, et que le Singe est doué des propriétés malfaisantes qu’on attribue au Sagittaire.
- D’autre part nous avons à signaler des contrastes qui ne sont pas moins curieux : la Vierge, répondant au Serpent quelle écrase, suivant la tradition biblique; l’Ecrevisse, symbole de lenteur, au Lièvre qui est fameux par sa rapidité; les Gémeaux, symbole de douceur, au Tigre célèbre par sa férocité.
- Il n’est donc pas étonnant que beaucoup d’auteurs aient disserté sur les origines des deux zodiaques et déterminé quelles peuvent être leurs sources communes (voir Schlegel, Uranographie chinoise).
- Nous dirons seulement que le zodiaque chinois sert à désigner les douze heures de cent vingt minutes entre lesquelles la journée chinoise est divisée ; ces douze heures sont successivement consacrées à l’un des douze animaux célestes. Voici la concordance que l’on peut établir :
- De minuit à 2 heures du matin, l’heure du Rat; de 2 à 4, l’heure du Rœuf; de 4 à 6, l’heure du Tigre; de 6 à 8, l’heure du Lièvre; de 8 à 10, l’heure du Dragon; de 10 heures à midi, l’heure du Serpent ; de midi à 2 heures, l’heure du Cheval ; de 2 à 4, l’heure de la Chèvre; de 4 à 6, l’heure du Singe; de 0 à 8, l’heure du Coq; de 8 à 10, l’heure du Chien, et de 10 heures à minuit, l’heure du Porc.
- L’ancienne physique classique des Chinois reconnaît cinq éléments et non quatre comme la nôtre.
- Ces cinq éléments sont l’eau, le feu, le fer, le bois et la terre, qui sont représentés chacun par deux caractères, de sorte que l’ensemble des cinq couples de signes forme le cycle des dix racines terrestres.
- Le premier de ces caractères est consacré à l’élément tel que le donne la nature, et. le second h l’élément tel que l’art humain peut le façonner.
- Voici la suite des cinq couples telle qu’elle est indiquée par Schlegel, Perny et les autres auteurs qui se sont occupés de ce sujet fort intéressant pour nous depuis la conquête du Tonkin : 1° L’arbre vivant. 2° Le bois coupé'. 3° L’éclair. 4° Le feu de l’encens qui brûle. 5° Les collines. 6° Un vase de terre. 7° Le minerai. 8° Un vase de métal. 9° L’eau salée des Océans. 10 ' L’eau douce des sources.
- Les Chinois font usage d’un cycle de soixante combinaisons obtenues en juxtaposant cinq fois les douze branches célestes avec six fois les dix racines terrestres1. Ce cycle leur sert à dénommer les jours de l’année, les lunaisons et les années elles-mêmes.
- 1 Sur les 1 '20 combinaisons possibles, il n’y en a que 00 qu’on puisse obtenir en répétant indéfiniment ces deux suites, à cause du facteur commun ‘Z à 0 et à 10.
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- On lui donne le nom poétique des soixante Heurs. Il est fort utile de le savoir par cœur ; en effet, les Chinois, lorsqu’on leur demande leur âge, répondent invariablement en donnant le nom cyclique de l’année de leur naissance.
- La combinaison des troncs terrestres et des branches célestes fait le fond de l’astrologie chinoise et exprime cette liaison du ciel et de la terre de la-
- quelle résulte, suivant les Chinois, la marche des événements de ce monde.
- Le cycle dans lequel nous nous trouvons a commencé le 8 lévrier 1863 et se terminera au commencement de l’année grégorienne 1923, où l’on entrera dans le soixante-dix-septième cycle de soixante ans écoulé depuis 2057 avant l’cre chrétienne, époque ou l’empereur Iloang-ti établit la chronologie
- Fig. 2. — Zodiaque chinois et zodiaque grec.
- Les signes du zodiaque grec sont indiqués par les symboles astrologiques encore en usage : I. Bélier; II. Taureau; III. Gémeaux; IV. Cancer; V. Lion; VI. Vierge; VII. Balance; VIII. Scorpion; IX. Sagittaire; X. Capricorne; XI. Verseau; XII. Poissons.
- Les caractères du zodiaque chinois sont surmontés de leur traduction. Ils sont rangés d’après l’ordre adopté dans YUranographie chinoise, de Schlegel. On trouve dans le dernier cercle les 28 caractères du zodiaque lunaire. Au centre, dans la partie ombrée, se trouvent les caractères chinois représentant la lune et le soleil, placés au-dessus des symboles astrologiques correspondants.
- Voici la traduction de ces symboles : 1. Serpent; 2. Le Dragon; 3. Une espèce de Castor ; 4. Le Lièvre; 5. Le Renard; 6. Le Tigre; 7. Le Léopard; 8. La Licorne; 9. Le Bœuf; 10. La Chauve-souris; 11. Le Rat; 12. I/Hirondelle; 13. Le Porc; 14. Le Poisson; 15. Le Loup; 16. Le Chien; 17. La Poule sauvage; 18. La Poule domestique; 19. Le Corbeau; 20. Le grand Singe; 21. Le petit Singe; 22. Une espèce de Lapin ; 23. La Brebis ; 24. Le Cerf de grande taille ; 25. Le Cheval ; 26. Le petit Cerf ; 27. La Couleuvre ; 28. Le Ver de terre.
- actuellement en usage, ainsi que nous l’avons indiqué plus haut.
- L’année chinoise correspondant à dix mois de 1884
- et au commencement de 4885 est la vingt-unième de ce cycle; elle répond au bois poussant dans les forêts et au singe. L’année qui court actuellement
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- depuis le 15 février 1885 et qui se terminera le 3 février 1886 répond au bois scié et au coq. L’année chinoise qui commencera le 4 février prochain sera celle de l’éclair et du chien.
- La rédaction de l’almanach est une affaire d’État
- des travaux avant l’entreprise desquels les Chinois consultent ces charlatans :
- Faire une bâtisse, prendre possession d’une place officielle, faire un voyage, célébrer un mariage, ensevelir un défunt, prendre médecine, orner une chambre nuptiale, abattre des arbres, etc., etc.,
- en Chine, car les innombrables astrologues qui pullulent dans ce pays, se servent des documents officiels pour tirer leurs horoscopes, dont les ministres, aussi bien que les particuliers, ont un besoin incessant.
- Voici, suivant le Père Perny, un certain nombre
- généralement commencer un travail de quelque importance. L’almanach impérial indique soigneusement les jours fastes et néfastes pour ces différentes opérations.
- Quoique la Lune ait une si grande influence sur le calendrier chinois, les saisons sont uniquement
- Années CYCLES LXXV LXXVI 4nnées CYCLES LXXV LXXVI nnées CYCLES LXXV LXXVI
- î ¥ 1804 1864 21 ¥ « 1824 1884 41 ¥ H 1844 1904
- 2 G tt 1805 1865 22 G fi 1825 1885 42 G G 1845 1905
- 3 » 1806 1866 23 S & 1826 1886 43 S 4 1846 1906
- 4 T m 1807 1867 24 T S 1827 1887 44 T £ 1847 1907
- 5 A H 1808 1868 25 A ? 1828 1888 45 A * 1848 1908
- 6 g G 1809 1869 26 g fl: 1829 1889 46 G fi 1849 1909
- 7 « 4 1810 1870 27 m m 1830 1890 47 * A 1850 1910
- 8 * * 1811 1871 28 * m 1831 1891 48 * g 1851 1911
- 9 fi * 1812 I872 29 fi H 1832 1892 49 fi ? 1852 1912
- 10 9 a 1813 1873 30 9 G 1833 1893 50 9 tt 1853 1913
- 11 ¥ A 1814 1874 31 ¥ 4 1834 1894 51 ¥ 1854 1914
- 12 G s 1815 1875 32 G * 1835 1895 52 G 9B 1855 1915
- 13 * 1816 1876 33 S 1836 1896 53 J& 1856 1916
- 14 T a 1817 1877 34 T fi 1837 1897 54 T G 1857 1917
- 15 A 1818 1878 35 A A 1838 1898 55 A * 1858 1918
- 16 g m 1819 1879 36 g # 1839 1899 56 G 1859 1919
- 17 ta Ht 1820 1880 37 * 1840 1900 57 * * 1860 1920
- 18 * G 1821 1881 38 * fl: 1841 1901 58 * fi 1861 1921
- 19 fi * 1822 1882 39 fi 9t 1842 1902 59 fi A .1862 1922
- 20 9 * 1823 1883 40 9 m 1843 1903 60 9 S 1863 1923
- £. GuS/Jb/»*'*
- Fig. 3. — Concordance de la chronologie chinoise et de la chronologie chrétienne.
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- LA NATURE.
- réglées sur la place que le Soleil occupe dans le zodiaque. 11 n’y en a pas moins de vingt-quatre, parmi lesquelles les quatre principales que nous connaissons, mais qui ne commencent point à la même époque que chez nous.
- Voici la nomenclature de celles qui ont eu lieu pendant la vingt-unième année du soixante-seizième cycle suivant l’Annuaire de Coehinchine.
- 21 février 1884, eau de pluie; 0 mars, mouvement des reptiles; 22 mars, équinoxe du printemps; 6 avril, clarté pure; 22 avril, pluie pour les fruits; 7 mai, commencement de l’été; 22 mai, petite inondation; 7 juin,semencedesherbes; 22juin, solstice d’été ; 8 juillet, petite chaleur; 21 juillet, grande chaleur; 8 août, la moisson; 24 août, fin de la chaleur; 9 septembre, rosée blanche; 24 septembre , équinoxe d’automne ; 9 octobre, rosée froide; 21 octobre, frimas; 8 novembre, commencement de l’hiver ; 23 novembre, petite neige ; 8 décembre, grande neige ; 22 décembre, solstice d-hiver; C janvier 1885, petit froid ; 21 janvier, grand froid; 5 février, commencement du printemps.
- On voit que les Chinois attribuent aux saisons météorologiques une régularité qu’elles ne possèdent dans aucun pays. Mais ils ont parfaitement raison de faire commencer les saisons météorologiques principales avant le passage du Soleil aux équinoxes et aux solstices.
- Cette modification du calendrier est certainement une des choses que les savants occidentaux ne feraient pas mal de leur prendre.
- W. DE FOXVIELLE.
- NÉCROLOGIE
- \W %Yoodl»ury. — La science photographique vient d’être cruellement frappée dans la personne de W. Wood-bury, l’inventeur de la photoglyptie, mort il y a quelques semaines à Morgate (Angleterre), à l’àge de cinquante et un ans.
- Le 5 septembre dernier, le lendemain de son arrivée à Morgate, où il s’était rendu avec plusieurs de ses enfants, il a été trouvé mort dans son lit. Cette mort soudaine s’étant produite en cours de voyage, a nécessité l’ouverture d’une enquête, à la suite de laquelle il a été reconnu que Woodbury, qui avait l’habitude de prendre de temps en temps du laudanum dans le but de conquérir le sommeil, avait succombé par le fait de l’absorption d’une dose plus forte que de coutume. Mais l'on n’a pu se prononcer sur la question de savoir si le fait était accidentel ou volontaire. D’après le résidu trouvé dans un verre, cette substance aurait été absorbée à l’état pur, et il se peut même que la dose normale se soit trouvée celle fois trop forte si l’on tient compte du tempérament de Woodbury et des fatigues que lui avait fait éprouver le voyage.
- W’oodbury, depuis l’àge de dix-sept ans, pratiquait l’art photographique professionnellement. C’est en Australie qu’il fit ses débuts. Bientôt après, il établit un atelier à Java, où il produisit des œuvres remarquables et dans les conditions les plus difficiles. 11 revint ensuite à Londres, d’où il retourna promptement à Java pour
- aller s’établir enfin sur une plus large échelle à Batavia. Quelque temps après, il fit de nouveau le voyage de Londres, où il introduisit le procédé nouveau, si connu maintenant sous le nom de woodburytypie '. A partir de ce moment, il travailla activement ù répandre et à perfectionner bien des procédés photographiques.
- Parmi ses inventions, l’on doit spécialement mentionner la méthode de production il a papier filigrane il l’aide des blocks produits par sa principale invention, la woodburytypie, et divers procédés de gravure typographique. Mais il est l’auteur d’un assez grand nombre d’inventions de moindre importance, car à partir de 1864 jusqu’à l’époque actuelle, il n’a pas pris moins de trente brevets environ.
- Malgré son importante invention de la photoglyptie, M. W’oodbury s’en est allé sans laisser aux siens, à sa femme et à ses huit enfants, une situation assurée. 11 n’y a pas longtemps, une souscription fut ouverte en Angleterre pour l’aider à soutenir sa famille, tandis que la maladie le condamnait à un repos absolu et à des soins onéreux.
- Ce nom restera parmi ceux des grands inventeurs des procédés d’impression ; sa méthode si ingénieuse, si nouvelle et si différente de tous les autres modes d’impression, bien qu’appliquée dans quelques pays, notamment en France et en Angleterre, mériterait d’étre mieux connue et plus généralement pratiquée, car elle conduit à l’obtention de résultats que l’on ne pourrait réaliser par aucun autre moyen.
- C’est, en un mot, un procédé mécanique d’impression au charbon, grâce auquel on arrive .à la reproduction d’un nombre considérable de copies semblables d’après un premier type.
- L’on est loin d’avoir compris encore tout ce qu’il y a de fécond dans ce remarquable procédé, mais il est de ceux auxquels appartient l’avenir; c’est dire combien de services il est destiné à rendre encore aux arts graphiques. Léon Vidal.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Faune profonde des lacs suisses, par le Dr F.-A. Forel. 1 vol. in-4°. — Georg, à Bâle, 1885.
- Premières Notions de physique et de météorologie, par Félix IIément. Nouvelle édition, i vol. in-18, avec figures. — Paris, Ch. Delagrave.
- L'Héritage de Jacques Farruel, par Le Gal la Salle. 2e édition, ouvrage couronné par l'Académie française. I vol. in-18. — Hachette et Cie, 1885.
- Guide du briquelier, du fabricant de tuiles, carreaux, tuyaux et autres produits en terre cuite, par Emile Lejeune, ancien élève de l’École centrale. 1 vol. in-18. 2e édition, avec 219 figures. — Paris, Bernard Tignol.
- La Télégraphie optique, par Max de Nansouty, ingénieur des arts et manufactures, rédacteur en chef du Génie civil. 1 broch. in-8\ Prix : 2 francs. — Paris, aux bureaux du Génie civil, 1885.
- Chasse à courre du lièvre, par C. Cerfon. 1 broch. in-8°. — Vineennes, aux bureaux de Y Eleveur, 1885.
- 1 Vov. La Photoglyptie, n° 57, du 14 lévrier 1874; p. 168.
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- LA NATUKK
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- Lutte pour le vin. Elude pour la reconstitution du vignoble dans le département de Tarn-el-Garonne, par Leonce Bergis. 1 broch. in-8°. — Montauban, 1885.
- Essai d'une théorie générale supérieure de philosophie naturelle et de - thermo-chimie, par E. Delauriek.
- 1 vol. in-8°. — Paris, imprimerie Laliure, 1885.
- VAutomatisme dans les actes volontaires (Instinct et volonté), par le Dr A. Nicolas. 1 broch. in-8\ — G. Masson, 1885.
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- CHRONIQUE
- Empoisonnement par l’hydrogène sulfuré.
- — MM. Brouai'del et Paul Loye se sont livrés à des recherches sur l’intoxication par les gaz des vidanges, lesquels agissent surtout par l’hydrogène sulfuré qu'ils contiennent. Les effets produits sont très différents et, pour déterminer les causes des variations, MM. Brouardcl et Love ont expérimenté sur des chiens traehéotomisés, auxquels ils ont fait respirer des mélanges, en proportions connues (2 pour 100 et 0,5 pour 100), de gaz sulfhydrique et d’air. Voici les conclusions auxquelles ils sont arrivés : il parait légitime de distinguer deux formes dans l’empoisonnement par l’hydrogène sulfuré. Dans la première, la mort est foudroyante et semble très nettement due à une action sur les centres nerveux. Dans la seconde, la mort est lente; aux accidents nerveux se joignent des phénomènes d’asphyxie. C'est la proportion d’hydrogène sulfuré dans l’air inhalé qui règle la marche de l’empoisonnement. Un chien est tué en deux minutes, après avoir respiré 5 litres d’un mélange à 2 pour 100; un autre chien succombe en trois quarts d’heure, après avoir inhalé 100 litres d’un mélange à 0,5 pour 100. C’est donc moins de la quantité absolue d’hydrogène sulfuré que de la tension de ce gaz dans l’air, qu’il faut tenir compte dans cet empoisonnement.
- La plume de paon dans l’antiquité. — On
- vient de découvrir à Pompéi, dans la via Novana, trois intéressantes peintures à fresque représentant des scènes de festin ; au-dessous se trouvent des inscriptions qui ne sont autres que la conversation tenue entre les convives. Dans un coin, l’un de ces derniers subit l’effet de la plume de paon, que les riches Romains emportaient, quand ils dînaient en ville, pour s’en chatouiller le gosier au moment où ils se sentaient l’estomac surchargé, pour pouvoir, après l’avoir soulagé, continuer à prendre part au repas. Les viveurs du temps avaient d’élégants étuis pour cet instrument de gloutonnerie.
- Guéri par un singe. — Un cardinal, dit le Cosmos, avait un abcès à la gorge qui mettait ses jours en danger ; difficile à atteindre avec le bistouri et n’arrivant pas à crever spontanément, il risquait d’étouffer le prélat. Un singe qui était dans sa chambre se saisit de la calotte rouge qu’il mit sur sa tête. L’éminence fit un si grand éclat de rire, que l’abcès creva. On raconte la même chose d’Érasme qui fut également guéri d’un abcès à la bouche à la suite de violents éclats de rire que provoqua la lecture d’un livre qui fit à son époque un très grand bruit : Epistolæ obscurorum virorum. — C’est à ce sujet qu’on peut se demander s’il ne faut pas placer cette anecdote entre les exemples des profits de la lecture.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 octobre 1885.— Présidence de M. Boui.ey.
- SpecU oscopie. — C’est avec le plus vif intérêt qu’on entend M. Janssen décrire les magnifiques expériences de spectroscopie qu’il a entreprises à l’Observatoire de Meudon. Il s'agit d’étudier les spectres d’absorption des différents corps qui entrent dans la composition de l’atmosphère. Ces spectres en effet sont beaucoup moins connus que les spectres positifs, et l’auteur insiste sur le danger qu’il y aurait à les conclure de ceux-ci en se fondant sur l’égalité mutuelle de l’absorption et de l’émission. On a reconnu en effet que les raies d’un même corps peuvent se modifier beaucoup quand la température change. L’auteur a commencé par l’examen de l’oxygène : une ancienne écurie de 120 mètres de longueur ayant été promue à la dignité de laboratoire, on y a installé un tube de 5 centimètres de diamètre intérieur et de 60 mètres de longueur. Après l’avoir maintenu horizontal et parfaitement rectiligne, ce qui était hérissé de difficultés, on y a comprimé plus de 5000 litres d’oxygène à 25 ou 50 atmosphères, ce qui suppose une étanchéité complète. 11 a fallu ensuite rendre plus puissante la lampe de Drummond pour lancer dans l’axe de l’instrument un faisceau de lumière qui est reçu par un spectroscope. M. Janssen annonce que le rayon qu’il a obtenu est supérieur à la radiation solaire puisqu’elle donne une bande dans le rouge au delà de A qui est la limite pour la lumière du soleil. Les expériences ne sont que commencées, et l’on nous en promet le récit ultérieur. Dès maintenant, l’auteur note l'apparition imprévue de bandes rappelant celles de l’ozone, mais ne coïncidant pas avec elles. Peut-être sont-elles dues à des impuretés de l’oxygène ; mais la question doit être réservée.
- La locomotion du. cheval. — De la part de M. Pagès, M. Marey présente une note sur la reproduction, par la photographie, des mouvements du cheval dans ses différentes allures : la méthode est celle que nos lecteurs connaissent déj'a par les mémoires de M. Marey. Parmi les résultats, nous mentionnerons ceux qui concernent la notion de la vitesse du pied d’un cheval qui marche. Le pied étant la moitié du temps posé sur le sol et conséquemment immobile, il faut qu’il atteigne, à certains instants, une vitesse très supérieure à celle de l’animal : l’auteur pense que pendant le galop, le pied atteint une vitesse de 60 mètres, par seconde, c’est-à-dire est plus rapide que beaucoup de trains express.
- Action physiologique du rubidium. — 11 résulte des expériences de M. Uh. Richet que le chlorure de rubidium administré à des chiens en injection hypodermique amène la mort 'a la dose de 1 gramme environ. La mort survient par arrêt du cœur, non pas par l’intermédiaire des nerfs, mais par action directe sur les muscles. Le sel de rubidium étant dans ces conditions beaucoup moins toxique que le chlorure de potassium, l’auteur en souhaite l’introduction dans la pratique thérapeutique.
- Un météore tardigrade. — Dans une lettre adressée à M. Fave et datée de Saigon, M. Remeyer, capitaine de vaisseau, décrit un corps rouge ayant l’aspect d’une étoile et un diamètre apparent double de celui de Vénus qui se déplaçait dans le ciel avec une très grande lenteur pour disparaître dans le sud-est derrière un nuage très noir, après avoir décrit 50 à 60 degrés. L’est le 22 août der-
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- LA NATURE.
- nier, vers 8 heures du soir, que cette observation a été faite.
- Tourbillons aériens. — M. Faye considère comme favorable à sa théorie cyclonique la relation écrite en 1855 d’un accident arrivé à un aéronaute, Victor Angius, professeur à l’université de Cagliari, lequel voyageant dans un ballon en forme de cigare fut ramené sur le sol par un tourbillon descendant qui tordit et désempara son ballon. M. Faye ajoute qu’en 1785 pareil accident était du reste arrivé à Pilâtre DeRozier qui s’était élevé de la Muette.
- Disparition des espèces. — Le savant professeur de botanique de la faculté des sciences de Rennes, M. Crié, signale un certain nombre de plantes appartenant exclusivement à la flore armoricaine et qui tendent à disparaître. La plus nette est une belle narcissée qui n’habite que dans les îlots voisins de l’île de Groix ét qui est évidemment destinée à s’éteindre, puisque l’archipel qui s’affaisse constamment marche peu à peu vers une immersion totale.
- Varia. — Plusieurs lettres sont relatives au Mil-dew (Peronospora vilicola):
- M. Milliardet adresse de Bordeaux des photographies de vignes attaquées;
- M. Perey pense tuer le parasite avec du sulfate de cuivre ; un autre auteur qui signe d’une manière illisible signale l’arrivée du fléau dans le nord de la Touraine à la suite d’un violent orage et pense que les germes du parasite ont été apportés par l’eau de la pluie. — M. Laulanié étudie les phénomènes intimes de la contraction musculaire dans les faisceaux primitifs striés. —
- Une étude de M. Arloing concerne l’inoculation de la tuberculose chez les cobayes et chez les cochons d’Iude. — La série aromatique occupe M. Berthelot. Stamslas Meunier.
- LES SIPHONS D’ACIDE SULFUREUX
- POUR LA DÉSINFECTION
- On sait que l’acide sulfureux est très employé, depuis quelques années, comme désinfectant; nous avons décrit les appareils qui servent à produire ce gaz, soit par la combustion directe du soufre, soit par celle du sulfure de carbone1 ; nous avons signalé aussi les siphons d’acide sulfureux, qui contiennent le gaz liquéfié sous pression : M. le D‘ Victor Fatio de Genève est arrivé a rendre pratique le mode de
- 1 Voy. n" 608, du 24 janvier 1885, p. 117.
- préparation de ces siphons. Voici ce que dit à ce sujet le savant expérimentateur :
- Les nombreuses expériences de désinfection que j’ai faites avec l’anhydride sulfureux m’ont démontré que la principale difficulté, dans les diverses applications, résidait toujours dans l’imperfection des instruments destinés à emprisonner et à distribuer ce gaz liquéfié sous forte pression.
- L’anhydride sulfureux étant appelé à rendre de grands services, dans une foule de cas où l’acide sulfureux produit direct de la combustion du soufre ou sans pression ne peut être employé, il importait d’éviter, autant que possible, les fuites à la fois coûteuses et nuisibles à l’opérateur, et d’arriver à pouvoir, en toutes circonstances, transvaser, transporter, manier et doser facilement ce
- puissant désinfectant.
- Après bien des tâtonnements, j’ai enfin rencontré les plus grandes facilités de maniement dans les instruments que j’ai fait construire sous le nom ^appareils siphonoïdes, ainsi que dans le transvaseur spécial, qui permet de charger rapidement et sans danger mes flacons d’application avec les bombonnes dans lesquelles la Compagnie industrielle des procédés R. Pic tel livre généralement l’acide sulfureux anhydre.
- Notre figure montre un des appareils siphonoïdes à acide sulfureux au moment où il se charge en communication avec la bombonne métallique de M. Pictet. Le siphon, spécialement disposé, est muni à sa partie supérieure d’un tnbe d’émission, avec lequel on le met en communication par une branche coudée avec la bombonne. On adapte au siphon la clef du cône de fermeture, qui permet de l’ouvrir, et de la fermer, avant et après l’introduction du gaz liquéfié. Une autre clef s’adapte à la bombonne. Une poignée de serrage est enfin placée à la partie supérieure du système mobile qui s’enlève lorsque le siphon est rempli. Pour désinfecter une pièce à l’aide du siphon d’acide sulfureux, il suffit de verser le liquide dans une cuvette, d’où le gaz s’évapore. On peut, à l’aide d’un tuyau de caoutchouc, se servir du siphon extérieurement à la pièce à désinfecter, le tube de caoutchouc pénétrant intérieurement par un orifice pratiqué dans la porte ou la paroi du mur.
- G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissahwek.
- Transvaseur pour les appareils siphonoïdes à acide sulfureux de M. le Dr V. Fatio.
- imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Taris
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- N° (3 46. — 1 7 OC T O BUE 1885.
- LA NATURE.
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- L’ÉLECTRICITÉ A Lk SALPÊTRIÈRE
- A ia Salpêtrière l’électricité constitue un des principaux éléments du traitement des malades. La manière dont ce traitement est administré et l'installation des appareils nous ont paru devoir intéresser nos lecteurs.
- Le service d’électrotliérapie de la Salpêtrière existe depuis longtemps déjà. Sa création, en 1877, est due à l’initiative de M. le professeur Charcot. Son organisation est l’œuvre du Dr Romain Yigouroux qui a continué à le diriger depuis sa fondation.
- Les malades sont reçus dans une première salle, et à l'appel de leurs numéros, ils passent dans la salle de traitement représentée dans notre gravure. La majeure partie de ces malades va prendre place sur deux rangées de tabourets isolants où ils reçoivent l’électricité des deux machines, que l’on voit au milieu de la salle. Ils se trouvent ainsi d’abord soumis k ce qu’on appelle le bain électrique pendant quelques minutes, plus ou moins suivant les cas. Puis l’opérateur, muni d’instruments spéciaux, dits excitateurs, de diverses formes, fait k chacun l’application réclamée par son genre de maladie. Dès qu’un malade a été ainsi électrisé,'il cède sa place k
- La salle du traitement électrique à la Salpêtrière. (D’apres nature.)
- un autre. De cette manière les seize tabourets sont constamment occupés. Le nombre des personnes électrisées est en moyenne de 180 par séance.
- Celles qui ne doivent pas prendre place sur les tabourets, se rendent k tour de rôle k la table d’électrothérapie figurée k gauche de la gravure. Elles y reçoivent des applications électriques d’un genre différent. Au total, on peut évaluera 200 le nombre des personnes traitées dans chaque séance.
- Nous avons noté deux catégories de malades : les pensionnaires de la Salpêtrière et les personnes venant du dehors pour les séances d’électricilé seulement. Les pensionnaires, des deux sexes, appartiennent pour la plus grande partie aux salles du professeur Charcot. Quant aux malades du dehors, beaucoup arrivent de fort loin, par chemin de fer, par bateau, 43° année. — 2° semestre.
- etc. Bon nombre de ces personnes ont une apparence plus aisée que la clientèle ordinaire des hôpitaux.
- L’élément original et important de cette organisation consiste dans l’emploi des machines électriques. Ces machines, qui avaient k peu près cessé d’être utilisées en médecine, ont été appliquées avec beaucoup de bonheur par le Dr R. Yigouroux au traitement simultané d’un grand nombre de malades. Sans elles, cest-k-dire avec les procédés ordinaires de l’électrothérapie, le médecin le plus zélé peut traiter au plus une vingtaine de malades par séance, chiffre insuffisant. La machine électrique résout le problème de l’extension des bienfaits de l’électricité à une quantité indéfinie de malades.
- Le Dr R. Yigouroux a bien voulu nous renseigner sur les résultats du traitement électrique. Ils sont,
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- d’après lui, on ne peut plus satisfaisants. Nous pensions, avec la plupart des médecins, que les affections nerveuses sont presque seules justiciables de l’électricité. C’est, suivant le l)r Vigoureux, une vue , beaucoup trop étroite; à la Salpétrière, presque toute | la pathologie est représentée par les patients qui se I succèdent sur les tabourets. D’après sa conviction, l’électricité, et spécialement l’électricité statique, doit surtout être considérée comme le stimulant et le régulateur de la nutrition générale.
- Mais nous n’avons pas le projet d’écrire un article de critique médicale, et nous voulons nous borner au côté descriptif de l’installation.
- Les personnes étrangères à la médecine qui nous accompagnaient étaient frappées surtout de l’attitude indifférente des malades placés sur les tabourets isolants. L’un avait déployé un journal, ufte autre faisait du crochet, un bébé dormait sur les genoux de sa mère, et, par un contraste bizarre, tout ce monde si tranquille avait les cheveux violemment hérissés par le torrent électrique. Le calme diminuait quelque peu lorsque l’opérateur venait tirer des étincelles avec une boule de métal; mais, en définitive, le traitement nous a paru fort doux et certainement subi très volontiers par tous ces malades. Plusieurs, tout à fait infirmes, étaient assis dans de grands fauteuils ou étendus sur des brancards qu’on mettait sur les supports isolants.
- Les machines électriques sont, comme l’indique la gravure, contenues dans des cages vitrées qui les préservent de l’humidité et de la poussière. Ce sont des machines du système Carré, mais dispq^ées horizontalement. M. Vigouroux en fait construire d’autres en ce moment, sur un nouveau modèle, par la maison Bréguet. La manière dont elles sont mises en mouvement, mérite une mention spéciale. Un moteur Gramme, placé dans la salle, actionne un arbre commun sur lequel des poulies distinctes reçoivent deux courroies pour les machines électriques et une troisième pour une machine Gramme de laboratoire. Le courant est fourni au moteur par une dynamo située à 200 mètres de là, à côté de la grande machine à vapeur de la buanderie. Ce transport de force a été fort bien établi par la maison Bréguet.
- Un petit laboratoire, à côté des salles de traitement, est réservé aux expériences ou recherches.
- Le service delectrothérapie de la Salpêtrière est appelé à recevoir de nouveaux développements qui permettront de mieux apprécier encore les résultats
- obtenus. I)r Z...
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- DE LA PLUS BASSE TEMPÉRATURE
- QUE PEUVENT SUPPORTER LA LANGUE ET LE PALAIS1
- Lors des expériences que j’ai exécutées sur les boissons alcooliques fortement refroidies, un fait excita mon attention en opérant, soit avec du vin naturel, soit avec ce
- 1 M. Roman, de I'érigueux, nous a communiqué récemment
- même vin additionné de proportions variables d’eau-de-vie de bonne qualité, avant de le soumettre aux effets des mélanges réfrigérants, savoir le peu d’impression que faisaient sur la langue ou sur le palais, comme effet frigorifique, bien entendu, des vins portés à quelques degrés sous 0°, en comparant la sensation à celle produite par des boissons non alcoolisées amenées à la même température ; celles-ci paraissaient plutôt désagréables, même à la température de la glace fondante.
- Je fus, je dois l’avouer, assez étonné de trouver excellente de l’eau-de-vie refroidie à —20° C; plus tard j’en fis goûter à des individus qui en prenaient un petit verre d’un seul trait, refroidie par un mélange de neige et de chlorure de calcium, c’est-à-dire de 50° à 35° sous zéro; le petit verre leur paraissait excellent; des amateurs d’eau-de-vie trouvaient en général celle qui était fortement refroidie, plus agréable, moelleuse, fine, ou, comme ils disent, plus soyeuse que la même eau-de-vie prise à la température ordinaire.
- Lorsqu’on refroidit jusque —50° C environ, il est convenable de se servir de petits godets eu bois pour éviter le réchauffement ou la sensation du verre froid, même lorsque l’on se sert d’un verre dit mousseline à parois très minces. A 30 degrés sous zéro, les liquides alcooliques renfermant sensiblement la moitié de leur volume ou de leur poids d’alcool absolu deviennent visqueux ou sirupeux et opalins en général ; on peut se demander si cette propriété physique intervient dans les différences appréciables des propriétés organoleptiques qu’acquièrent les eaux-de-vie dites fine-champagne, cognac, rhum, etc... dont la composition correspond sensiblement à la formule CâIlo0,3Hâ0 si l’on prend une grande moyenne des eaux-de-vie de la consommation C2H60, 4fi pour 100 et 3II20, 54 pour 100, c’est-à-dire à la quantité d’eau qui correspond au maximum de contraction des mélanges d’eau et d’alcool.
- Je me suis demandé ensuite quelle serait la température minimum que nos organes dégustateurs pourraient supporter en faisant solidifier les eaux-de-vie d’abord vers — 40° ou 50° C et qui prennent une consistance de plus en plus dure jusqu’aux températures les plus basses produites par l'évaporation de l’anhydride carbonique, solide, mélangé ou non avec l’éther.
- Si l’on solidifie du cognac ou du rhum par une température de 40° à 50° C sous zéro et qu’on le prenne à la cuiller en guise de glace ou sorbet glacé, on est réellement étonné de la faible sensation de froid produite sur les organes ; la pâte qui fond sur la langue paraît moins froide que les glaces ordinaires; dans mes leçons à l’école de médecine, vétérinaire, je fais tous les ans une grande quantité d’anhydride carbonique, et à diverses reprises j’ai fait déguster à mes savants collègues, médecins, physiologistes, professeurs, aux répétiteurs, même aux élèves, ce nouveau genre de glace. Je ne tiens pas compte des personnes étrangères aux questions de température.
- Beaucoup de ces dégustateurs bénévoles auxquels on donnait le cognac glacé sans leur dire la température, avaient de la peine à admettre qu’ils venaient de poser sur la langue des glaces qu’on aurait pu leur servir dans
- le résultat îles expériences qu’il a exécutées sur les plus hautes températures que peuvent supporter la langue et le palais, il a reconnu qu’il était arrivé graduellement à avaler des liquides ayant une température de 70° et même 75°. La notice que nous publions aujourd’hui indique des laits plus surprenants encore dans un ordre de phénomènes inverses.
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- uu vase de mercure congelé ; ces personnes ne pouvaient concevoir qu’elles venaient de supporter sans inconvénient le contact d’une substance portée à une température aussi basse par un mélange réfrigérant capable de produire l’effet d’une véritable brûlure, comme il en produit la sensation.
- Mon savant confrère, M. Donnv, de Gand, a bien voulu cette année répéter l’expérience à son cours après la leçon, et il m’écrit que plus de cent personnes ont goûté ce genre de glaces nouvelles et que toutes ont pu l’absorber très agréablement à une température variable entre 40° et 50° G sous zéro.
- Mais j’ai pu pousser la température beaucoup plus bas et je résume en quelques mots les impressions de beaucoup de personnes : il faut aller jusque — 00° G pour que l’on dise que c’est froid, rarement même j’ai entendu dire que c’était très froid. La température la plus basse sur laquelle j’ai expérimenté, d’abord moi-même, a été de —71°G; beaucoup de jeunes gens ont supporté avec agrément de gros glaçons, mais en général, surtout si la quantité est assez considérable, on m’a dit que celte glace faisait un effet analogue à une cuillerée de soupe prise un peu trop chaude.
- Est-il besoin d’ajouter qu’il est indispensable de se servir d’une cuiller en bois ; l’emploi d’une cuiller en métal fournirait une sensation très désagréable et pourrait aller jusqu’à produire la brûlure. Notons encore que de l’eau-de-vie refroidie *a —71° G, mise sur l’avant-bras sec, le cautérise légèrement, mais ne brûle pas comme le fait la pâle d’éther et d’anhydride carbonique solide.
- Je désire inc borner à constater ces faits qui de prime abord paraissent assez curieux au point de vue physiologique, laissant à d’autres le soin de les étudier aux divers points de vue auxquels on peut se placer. On ne manquera pas de comparer ces effets aux expériences de caléfaction ; l’explication serait très simple et je ne crois pas devoir ni’v arrêter. Mklsens,
- Membre de l’Académie des sciences de Belgique.
- LE COIP RETRANCHÉ D'ANVERS
- Les merveilles de l’Exposition d’Anvers attirent nombre île visiteurs, et cela n’a rien qui doive surprendre car l’œuvre est réussie. Mais ce ne son! pas seulement les objets exposés qui méritent de fixer l’attention des étrangers. La ville elle-même renferme des beautés de premier ordre et ses environs sont, à plus d’un titre, curieux. Nous y avons surtout remarqué l’importance d’un camp retranché dont l’étude nous a semblé intéressante.
- Pour des raisons diverses dont nous n’avons point à apprécier ici la valeur, la Belgique a cru devoir prononcer le déclassement de la quasi-totalité des forteresses dont était semé son territoire. Elle a fait démanteler Marienbourg, Philippe ville, Ath, Ypres, Menin. Namur, Nieuport, Ostende, Mons, Charleroy, Tournai, la citadelle de Land, etc; elle n’a conservé que Termonde sur l’Escaut, Diest sur la Demer, la citadelle de Namur et les deux forts de Liège sur la Meuse.
- Adoptant franchement le principe de la défense concentrée, le gouvernement a cru devoir créer une
- forteresse unique, destinée à servir de refuge et de base d’opérations à l’armée belge. 11 a lait choix d’Anvers et la loi du 8 septembre 1859 a voté, à cet effet, une première allocation de cinquante millions. Les travaux, prévus dès cette époque, ont été exécutés d’après les projets et sous la direction de M. le général Brialmont.
- Voici l’analyse succincte de l’état actuel de ces défenses heureusement combinées: Au premier coude du fleuve s’élèvent les forts Lillo et Liefkenshoek qui n’ont pas grande valeur ; mais des défenses sérieuses protègent le deuxième coude, dit de Ccdloo. C’est là que, en 1585, la célèbre machine infernale de Federico Gianibelli faillit amener la rupture du pont jeté par Alexandre de Parme. Ce point est commandé par les forts de Sainte-Marie, de la Perle et de Saint-Philippe. Celui-ci a été entièrement réorganisé et muni de tourelles à coupole. De plus, à hauteur de la Perle et de Saint-Philippe, le fleuve a été barré par le moyen de plusieurs lignes de torpilles (fig. 1).
- Les fortilicalions d’Anvers constituent ce que le général Brialmont a, le premier, appelé un camp retranché. Dénomination malheureuse, car elle a prêté aux interprétations les plus diverses et, pour la plupart, erronées. Ces fortifications comprennent, en conséquence, un noyau central et une ceinture de forts détachés.
- Tracée à 2 kilomètres en avant des anciens remparts, l’enceinte du noyau central est formée de onze fronts polygonaux, mesurant 12 kilomètres de développement total. Elle touche, en amont, à l’emplacement de l’ancienne citadelle du Sud1; en aval, à la citadelle du Nord. La gorge du corps de place est fermée par l’Escaut qu’appuient, sur la rive gauche, trois ouvrages : le fort Burght, la Tête-de-Flandrc et le fort Isabelle.
- A la distance moyenne de trois kilomètres et demi, l’enceinte est couverte par un système de onze ouvrages fermés, à fossés pleins d’eau. Neuf de ces forts sont établis sur la rive droite du fleuve, savoir : sept, au sud-est, entre le haut Escaut et le cours d’eau dit Grand Schyn; un, à l’est, entre les deux Schyn ; et un au nord, de construction récente, près du Voer Schyn. Les Belges ont, d’ailleurs, le projet d’élever un autre fort, non loin du village de Schooten. Sur la rive gauche de l’Escaut, les forts de Gruijbeke et de Zwijndrecht protègent la portion de terrain qui ne peut être noyée sous les eaux. Zwijndrecht est relié au fort Sainte-Marie par une digue affectant un profil défensif.
- Bien qu’essentiellement moderne, le type des forts d’Anvers diffère du type généralement admis aujourd’hui en ce qu’il comporte un « réduit ))
- * Cette citadelle du Sud, que nous avons attaquée en 1832, était uu chef-d’üiuvre d’architecture militaire que Vauban ne se lassait pas d’admirer. Elle avait été construite, en 1507, par Paeiotto d’Urbino, célèbre ingénieur des Pays-Bas. Sur l'emplacement qu’occupait cet ouvrage on a construit des docks et creusé des bassins à Ilot.
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- organisé dans un saillant prononcé que dessine la gorge (fig. 2). Ce réduit, qui affecte une forme de double fer-à-cheval, renferme tous les locaux casemates de la garnison; il est couronné d’un parapet dont les crêtes dominent notablement toutes les crêtes du fort. Un tel dispositif n’est pas absolument irréprochable, eu égard aux récents progrès de l’artillerie. La cour intérieure du réduit serait facilement enlilée par les projectiles, et les maçonneries des abris ne tarderaient pas à être détruites. Le tracé de cette annexe a, d’ailleurs, pour effet d’accroître en plan la profondeur du fort et d’en augmenter, par conséquent, la vulnérabilité.
- La création d’un tel ouvrage accessoire semble s’être imposée a M. le général Brialmontpar ce fait que, à raison du site où ils sont établis, les forts d’Anvers sont à fossés pleins d'eau, sans escarpe ni contrescarpe. Or, chaque année,durant une période assez longue, l’eau gèle dans les fossés et, dès lors, disparaît tout obstacle aux tentatives de vive force. Le réduit met la garnison à l’abri de toute entreprise de ce genre.
- Telle est, rapidement esquissée , l’économie générale du camp retranché d’Anvers. C’était, il y a vingt ans, laplus imposante des forteresses modernes et, bien que dépassées aujourd’hui sur quelques points de l’échiquier européen, les proportions en sont encore respectables. Il faut y signaler toutefois certaines défectuosités. Les inondations qui la couvrent auraient le grave inconvénient de contribuer à parfaire l’investissement de l'ennemi; elles comportent, d’ailleurs, trop grande hauteur d’eau. C’est un vaste
- lac que pourraient pratiquer des canonnières, bravant ainsi les estacades et torpilles de l’Escaut. Il convient d’observer en outre que, si récentes qu’elles soient, les fortifications d’Anvers sont déjà loin du type dont l’emploi tend à prévaloir. Les fronts d’enceinte y sont compliqués de détails entachés aujourd’hui de certain archaïsme. Quant aux forts détachés, on a vu qu’ils affectent des formes trop profondes, et ce, à raison de ces réduits de gorge auxquels tous les ingénieurs militaires ont, depuis longtemps, renoncé.
- II faut considérer, d’autre part, que le camp retranché d’Anvers n’est lui-même autre chose qu’un réduit, celui de la magnifique position défensive qui se développe au sud de la ligne des forts. Cette position, dite de la Nèthe, a pour couvert une ligue d’eau continue, formée de sections successives de la Petite-Nèthe, du Rupel et de
- l’Escaut. Elle est appuyée des ouvrages de Lier, de Rupelmonde et de Termonde.
- Enfin, non loin de Malines, à Voelhem, s’élèvent des ouvrages dont l’ensemble constitue l'avancée de la position de la Nèthe, laquelle se trouve dotée de propriétés offensives dont on ne saurait méconnaître l’importance. De là, de ce vaste hémicycle que couvre la ligne d’eau Escaut - Rupel -Nèthe, une armée peut facilement déboucher dans toutes les directions possibles et se porter, par exemple, tout droit sur nos frontières.
- Il ne faudrait assurément pas plus de quelques heures. Lieutenant-colonel Hensebert.
- Fig. 1. — Croquis d’ensemble de lu place d’Anvers.
- A Caponnière B Réduit C Aileron e Tourelle à coupole du réduit
- ----• Ligne de feu
- EcheU .
- sec Mit.
- Fig. 2. — l'ian d’un des forts d’Anvers.
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- LE COQ DE BRUYÈRE
- (Suite et fin. — Voy. p. 27fi.)
- En Suisse, le Coq de bruyère est beaucoup moins rare que chez nous; il se rencontre encore, mais isolément ou par petites troupes, dans le Jura bernois, dans les Alpes du Valais et sur beaucoup d’autres points; en Souabe, dans les montagnes de la Tburinge et de la Bohème, dans les Karpathes et dans le Harz il est un peu plus répandu ; mais pour le trouver en abondance il faut aller jusque dans la Russie septentrionale et en Scandinavie. Bans cette
- dernière région il s’avance du côté du pôle jusqu’au 70e degré de latitude environ, tandis qu'en Russie il ne remonte pas au delà du 67e degré; enfin, vers l’est il s’arrête, dit-on, à la chaîne du Caucase. Au delà de cette barrière montagneuse il est remplacé par une espèce très voisine, ou plutôt par une simple race, qu’on appelle Tetrao urogalloides et qui se distingue par les reflets verts et pourprés de sa tête et de son cou et par les maculatures blanches très nombreuses de la partie antérieure de ses ailes.
- Dans l'Europe septentrionale, comme en Suisse et en Bohême, les Coqs de bruyère recherchent surtout les forêts de conifères ou celles qui offrent un mé-
- Coq de bruyère, Tétras urogatle [Telrao urogallus, L.). (D’après l’un des individus actuellement vivants au Muséum
- d’histoire naturelle de Paris.)
- lange d’arbres résineux et d'autres essences. Encore | faut-il que ces forêts soient anciennes ; que leur sol, plus ou moins tourbeux, soit arrosé par de nombreux ruisseaux et parsemé de bouquets de fougères, de touffes de bruyères, de fourrés d’arbustes produisant des baies succulentes ; car les Tétras se nourrissent aussi bien de fruits sauvages que de bourgeons et d’aiguilles de sapins, d’herbes, de feuilles, de graines, devers et d’insectes; comme la plupart des Gallinacés, ils avalent du gravier pour faciliter la trituration de leurs aliments et ils vont, plusieurs fois par jour, s’abreuver à la source voisine. Lorsque aucun danger ne les menace, ils passent toute la journée à courir à travers les clairières,
- picorant des graines, broutant les jeunes pousses, cueillant les myrtilles et les framboises, et c’est seulement à la tombée de la nuit qu’ils remontent sur les arbres, les poules d’un côté, les coqs de l’autre. Sur le sol, leurs allures sont assez rapides, et ils marchent toujours le cou légèrement tendu, le corps presque horizontal; sur les arbres, au contraire, ils prennent les poses les plus diverses : tantôt se dressant d’un air de défi, tantôt s’aplatissant sur une branche. Leur vol est pesant et peu soutenu et leurs ailes, en frappant l’air de coups précipités, produisent un bruit qui peut être perçu à une grande distance. En temps ordinaire un rien suffit d’ailleurs pour leur faire prendre leur essor, car ce sont des
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- oiseaux extrêmement larouehes et doués d’une ouïe si fine, d’une vue tellement perçante, qu’ils se laissent très difficilement surprendre. A certains moments, cependant, ils semblent perdre leur défiance naturelle. C’est ce qui arrive notamment pour les mâles durant la saison des amours. On a vu alors des Tétras, au lieu de fuir à l’approche de l’homme, fondre tète baissée sur l’ennemi et l’attaquer à coups de bec. Alors aussi les Coqs se livrent entre eux, à la manière des Cerfs, de terribles combats qui se terminent souvent par la mort de l’un des rivaux.
- Pour cette espèce, la saison de la pariade commence de très bonne heure et parfois même le chant du mâle se fait entendre avant la fin de mars, alors que, dans les régions montagneuses, la terre n’est pas encore entièrement dépouillée de son linceul de neige. Lorsque le temps est beau, ce chant retentit dès les premières lueurs de l’aube et se poursuit jusqu’après le lever du soleil ; il consiste en trois sortes de notes que les chasseurs Scandinaves désignent chacune par un nom particulier. C’est d’abord un appel bref et précipité (knàppingen), puis un bruit comparable à celui qu’on produirait en rinçant une bouteille (klunken) et enfin des sons aigres rappelant le bruit d'un couteau frotté sur une pierre à aiguiser (sisningen). A mesure qu’il émet ces différents sons, tous plus bizarres les uns que les autres, le coq se montre de plus en plus agité; il étend le cou, hérisse les plumes de sa gorge et de sa tète, écarte les ailes et les laisse pendre frémissantes de chaque côté du corps, sautille sur son perchoir, redresse ses pennes caudales et les étale en éventail, en un mot semble en proie à une véritable chorée qui lui fait perdre, jusqu’il un certain point, la notion des phénomènes extérieurs. Nous disons jusqu’à un certain point, car il est bien établi, soit par les observations de M. Lloyd sur des individus sauvages, soit par les expériences de MM. Brehm sur des individus captifs, que le Coq de bruyère, dans les intervalles qui séparent les phrases de son chant, entend et voit ce qui se passe autour de lui, et que, même lorsqu’il rémoud, c’est-à-dire lorsqu’il pousse ses cris stridents, il n’est pas aussi complètement aveugle, aussi parfaitement sourd qu’on l’a prétendu. Le chasseur qui veut le surprendre doit user d’une prudence extrême. Levé bien avant l’aurore, il doit se glisser sous le couvert jusqu’aux environs de l’arbre du haut duquel le coq fait entendre son chant, rester immobile toutes les fois que l’oiseau devient silencieux et ne s’avancer avec circonspection qu’au moment où commence une nouvelle phrase. Souvent même, s’il n’a eu la précaution de mettre des gants et de cacher sa tête sous un capuchon de couleur sombre, il est découvert, au moment où il traverse une clairière, par l’œil ardent du coq ou par le regard plus vigilant encore d’une des poules qui rôdent aux alentours. Les poules sont, en effet, plus méfiantes que les coqs, aussi tombent elles moins souvent sous les coups du chasseur qui les considère d’ailleurs comme un gibier
- de qualité inférieure. Cette circonstance assurerait, jusqu’à un certain point, la conservation de l’espèce chez laquelle régnent des habitudes polygames, si les femelles n’avaient la malencontreuse idée de déposer leurs œufs dans une simple dépression du sol, au bord d’un ravin, et d’exposer ainsi leur progéniture aux attaques des grands rapaces et des carnassiers.
- Heureusement la fécondité du Tétras urogalle est assez grande, chaque femelle pondant de six à douze œufs, d’un blanc sale, tachetés de brun. Heureusement aussi les jeunes, presque au sortir de l’œuf, courent comme des souris et disparaissent à la moindre alerte. La mère, d’ailleurs, veille sur eux avec la plus touchante sollicitude, leur apprend à trouver les vers, les limaces, les œufs de fourmis qui constituent leur première nourriture, et, en cas de danger, s'efforce de les sauver au péril de sa vie, en détournant sur elle l’attention de l’ennemi. A l’arrière-saison ces petites familles se dispersent, les jeunes mâles faisant bande à part, et les jeunes femelles restant seules avec leurs mères.
- A définit de femelles de leur espèce on tentera peut-être l’an prochain, dans la ménagerie du Muséum, de donner pour compagnes aux Coqs de bruyère des Dindes ou d’autres femelles (le Gallinacés de grande taille. On sait, en effet, que comme beaucoup d’oiseaux du même ordre, les Grands Tétras se croisent avec des individus d’espèce différente et qu’ils s’unissent fréquemment, à l’état sauvage, à des Tétras birkhans ou Tétras des bouleaux (Ly-rurus tetrix). Les produits de cette union ont même été considérés comme appartenant à une espèce distincte qui a été décrite sous le nom de Tétras intermédiaire (Tetrao intermedim). 11 est juste de dire cependant qu’il y a beaucoup plus de distance, au point de vue zoologique, entre un Dindon et un Grand Tétras, qu’entre ce dernier oiseau et le Tétras des bouleaux. Ce dernier n’a pas tout à fait le même régime que le Grand Tétras, mais il a les mêmes mœurs et à peu près la même distribution géographique. E. Oustalet.
- BALLONS CAPTIFS TRANSPORTABLES
- POUR LE SERVICE DES ARMÉES ; SYSTÈME GABRIEL YON
- Dans un article que nous avons consacré récemment aux aérostats captifs de l’armée française nous avons montré que tous nos corps d’armée étaient pourvus d’un matériel complet d’aérostation, pour exécuter des ascensions captives ou libres. A notre époque, il n’est guère possible qu’un progrès réalisé dans un pays ne soit pas immédiatement appliqué par les autres nations intéressées ; il est remarquable que toutes les armées de terre et de mer disposent à peu près aujourd’hui des mêmes engins, canons à longues portées, torpilles portatives
- 1 Y»>y. iï° 613, du 28 février 1885. p. 196.
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- ou automatiques; les torpilles Whitehcad, nolam-menf, sont faites de la même manière, pour toutes les marines du monde qui en font la commande chez le même constructeur.
- Les nations militaires de l’Europe ont voulu avoir leur matériel aéronautique, et après des essais plus ou moins heureux, quelques-unes d’entre elles ont dû s’adresser à la France, c’est-à-dire à la véritable patrie des ballons, pour construire leurs appareils. Un de nos plus habiles ingénieurs aéronautes, M. Gabriel Yon, l’ancien compagnon de Henri Giffard, dans son expérience d’aérostat à vapeur de 1855, le constructeur de l’aérostat à hélice de Dupuy de Lomé et d’un grand nombre de ballons-postes pendant le siège de Paris, a étudié et réalisé un système d’aérostat captif transportable, dont il a reçu successivement des commandes importantes de la part du gouvernement italien et du gouvernement russe.
- C’est le gouvernement italien qui en a eu la priorité. Un premier ballon captif, formé de l’aérostat proprement dit, de son appareil à gaz hydrogène et du treuil mécanique, pour les ascensions et les descentes, a été expérimenté, à Rome, par M. Gabriel Yon et les officiers de l’armée italienne. Le ministre de la guerre d’Italie assistait à ces expériences qui ont eu lieu en juillet dernier. Le succès en a été complet, et en présence des résultats obtenus, le gouvernement russe a fait à M. Gabriel Yon la commande de deux parcs aéronautiques. L’un de ces parcs a été essayé ces jours derniers à l’ancienne usine Flaud (Société lyonnaise de construction mécanique et d’éclairage électrique) dans le voisinage du Champ de Mars; nous avons assisté à ces essais et nous allons décrire ces nouveaux et intéressants appareils aérostatiques. —Nous étudierons successivement les trois organes distincts et indépendants qui les composent ; 1° l’aérostat ; 2° l’appareil à gaz pour le gonflement ; 3° le treuil mécanique pour la manœuvre.du câble d’ascension.
- L’aérostat est en soie de Chine, il cube 550 mètres; le filet qui l’enveloppe est confectionné avec du chanvre de Naples. Le tissu du ballon est rendu imperméable par le vernis aérostatique ordinaire, à base d’huile de lin cuite. Le filet lui-même et les cordes de suspension sont soumis à une préparation à base de cachou, qui les préservent de l’action de l’humidité. Les soupapes supérieures et inférieures sont construites en bois et métal accouplés et leur étanchéité est parfaite, le joint étant formé sous traction de ressort, par la pression d’un couteau métallique sur une bande de caoutchouc élastique. Nous figurons ci-contre la soupape supérieure vue par en haut (fig. 2). On distingue nettement les quatre ressorts de traction.
- La suspension de la nacelle à l’aérostat est réalisée d’une façon très heureuse. Sa jonction au filet a lieu par un point central dit à la cardan qui permet au ballon de prendre toutes les inclinaisons possibles, sans que la nacelle ne cesse de garder la position verticale; cette condition est indispensable au succès des
- observations. La nacelle, comme le montre l’une de nos gravures (fig. 1), se balance librement entre un double trapèze de suspension, fort bien combiné. Un dynamomètre reliant le câble d’ascension à l’ensemble du système, permet de mesurer la force ascensionnelle au moment du départ, et d’avoir à chaque moment de l’ascension la traction que produit l’aérostat sur le cable.
- Le câble a 500 mètres de longueur; un fil de cuivre isolé est enroulé dans ses spires ; ce fil conducteur permet aux officiers à terre, d’être en communication téléphonique permanente avec les observateurs dans la nacelle.
- Les organes d’arrêt tels que corde-frein et ancre qui doivent être employés en cas d’ascension libre, ont été construits dans les meilleures conditions de solidité et d’efficacité.
- L’aérostat captif que nous venons de décrire, est gonflé au moyen d’un générateur à gaz hydrogène pur, à fonctionnement continu. L’appareil où l’on utilise la décomposition de l’eau par le fer et l’acide sulfurique, est monté sur un chariot à quatre roues, que deux chevaux peuvent traîner facilement (fig. 5). Il se compose d’un bouilleur en tôle garni de plomb pour résister à l’acide; ce bouilleur ou générateur est surmonté d’un gueulard pour recevoir la tournure de fer ; le tout est fermé au moyen d’une fermeture hydraulique à boulons.
- L’eau et l’acide sulfurique nécessaires à la réaction sont distribués automatiquement dans les proportions convenables, par des corps de pompe actionnés au moyen d’un petit moteur à vapeur spécial. La vapeur d’eau est amenée par un gros tube de caoutchouc qui rejoint la chaudière de la machine motrice dont nous allons parler un peu plus loin.
- A sa sortie du générateur, le gaz passe dans le laveur où il barbotte dans une eau sans cesse renouvelée par une pompe spéciale montée sur la bielle du moteur; puis de là, il traverse les deux sécheurs ou épurateurs contenant de la soude caustique et du chlorure de calcium dont nous avons recommandé l’emploi, à la suite de nos expériences de 1883 et de 1884. Les deux sécheurs sont représentés à la gauche de notre gravure (fig. 3) ; on voit adapté à l’un d’eux le tuyau mobile en tissu verni I) qui conduit au ballon récepteur.
- Le résidu de la réaction, formé d’une dissolution de sulfate de fer, s’écoule constamment au dehors du générateur par un tuyau A, adapté à un siphon de déversement. Le tuyau B permet à l’eau du laveur de s’écouler de la même façon. Le tuyau C que l’on voit au-dessous de la voiture se prolonge jusqu’à un réservoir d’eau extérieur ; en campagne, c’est dans une source, un étang ou une rivière, etc. que doit puiser la pompe d’alimentation.
- Le poids de l’appareil à gaz monté sur son chariot est de 2800 kilogrammes; la production du gaz hydrogène est de 250 à 300 mètres cubes par heure de marche effective.
- Le treuil à vapeur pour la manœuvre des ascen-
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- sions est également monté sur un chariot à quatre roues (fig. 4). Il comprend une chaudière verticale que l’on voit à la droite de la figure. Cette chaudière, avec tube système Field, fournit la vapeur à une machine motrice h deux cylindres, qui actionne un arbre dont les manivelles sont conjuguées à angle droit. Sur cet arbre est le système d’engrenages qui actionne les poulies de touages ou de traction; le cable en se déroulant de la bobine placée sous le siège du conducteur du chariot, circule dans ce mécanisme, et se trouve enfin relié à l’aérostat par l’intermédiaire d’une poulie à mouvement universel que l’on voit représentée à la partie supérieure du chariot. Cette poulie obéit à toutes les inclinaisons du câble, comme cela avait lieu dans le système d'aérostats captifs d’Henri Giffard. La partie mécanique est complétée par un frein à air, modérateur de la vitesse d’ascension du ballon, et par un frein de sûreté pour l’arrêt.
- L’ensemble du matériel mécanique complet pèse 2500 kilogrammes et la puis-
- chine motrice est de 5 chevaux sur l’indicateur des
- pistons.
- La construction mécanique que nous venons de décrire a été étudiée avec beaucoup de soins par M. Corot, ingénieur, qui en a surveillé l'exécution, dans les ateliers de la Société lyonnaise de l’avenue de Suffren.
- En outre des deux chariots formant le géné-
- Fig. 1. — Nacelle de l’aéroslat captif construit pour l’armée russe par M. Gabriel Yon.
- Fig. 2. — Soupape supérieure de l’acrostat captif, sauce effective pouvant être développée par la ma- | parfaitement réussi ; elles se sont terminées par une
- rateur d’hydrogène et le treuil mécanique, 1 e
- [tare aéronautique comprend un troisième chariot porteur, dans lequel on place le ballon plié avec sa nacelle et ses accessoires. Ce chariot avec le matériel qu’il contient pèse 2200 kilogrammes. Un parc aéronautique complet atteint par conséquent le poids total de 7500 kilogrammes qu’il s’agit de transporter sur trois chariots spé-Les appro-néces-saires au gonflement du ballon et au fonctionnement de la machine, c’est-à-dire le fer, l’acide sulfurique et le charbon, peuvent être chargés sur les fourgons ordinaires d’une armée en campagne.
- Les expériences du matériel russe préalablement exécutées en septembre dernier, ont
- ciaux
- visionnements
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- Fig. 5. — Appareil à gaz hydrogène monté sur un chariot, destiné au gonflement des aérostats captifs de l'arrace russe,
- construits par M. Gabriel Yon,
- Fig. 4. — Treuil mécanique à vapeur pour la manoeuvre du câble des aérostats captifs.
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- ascension libre faite par M. Gabriel Yon, et son élève Louis Godard fils, accompagnés de M. le général Boreskoff- du génie impérial russe. Le grand-due Vladimir, mis au courant de ces expériences, s’est vivement intéressé aux choses de l’aéronautique, et nous croyons savoir que grâce à sa recommandation, le gouvernement du tsar est à la veille de confier a M. Gabriel Yon la construction d’un aérostat dirigeable à vapeur, destiné à servira l’étude de torpilleurs aériens.
- I)e toutes parts, on comprend aujourd'hui l’importance des aérostats, si longtemps délaissés. Leur utilité au point de vue militaire a été si bien démontrée par le service de la poste aérienne pendant le siège de Paris, que toutes les nations veulent avoir leurs équipes d’aérostation. L’Angleterre1 et l’Allemagne2 ont organisé, après la France, des services d'aérostats captifs militaires: l’Italie et la Russie suivent leur exemple, et les autres pays ne tarderont pas à marcher dans la même voie. Les ballons captifs d’observation peuvent dans certains cas assurer la victoire, en renseignant le général en chef sur l’importance des corps d’attaque, et sur les manœuvres qu’ils exécutent. C’était, comme nous l’avons dit précédemment3, l’opinion du général Chanzy, opinion aujourd’hui partagée par la plupart des officiers supérieurs.
- Que de services auraient pu rendre à la France de tels aérostats pendant la guerre de 1870, alors que l’ennemi dissimulait si habilement ses mouvements ! A quelque centaines de mètres d’altitude quand le temps est clair, l’observateur aérien est à même de surveiller un panorama immense, et de tout voir, au delà des collines, des forêts et des bois.
- Nous aurons eu la consolation de faire tout ce qui pouvait dépendre de nous pour appeler l’attention sur les aérostats; voici notamment ce que nous écrivions à la fin de l’année 1869, dans un livre publié à cette époque4 :
- « L’ancienne école aérostatique de Meudon, supprimée dans un moment de mauvaise humeur, ne devrait-elle pas être reconstituée? Attendra-t-on qu’une guerre éclate pour former des aéronautes et pour improviser des ballons? Ce serait une imprudence des plus grandes, car dans notre siècle, les
- 1 Le W’ar Office s’est décidé depuis quelques années à reconnaître l'aérostation comme une des brandies de l’art militaire. Le ministre de la guerre anglais a crée à Woolwidi une usine aéronautique analogue à celle qui fonctionne à Chalais-Moudon sous la direction du capitaine Renard. Cet établissement est dirigé par le colonel du génie Noble. Des aérostats captifs ont fonctionné en Afghanistan et dans le Zoulouland.
- â L’Allemagne a toujours eu peu d’aptitude pour l’aéronautique, mais après la campagne de France, le grand état-major allemand s’est décidé à avoir une école d’aérostation militaire. On se sert en Allemagne de ballons captifs pour les reconnaissances militaires, on étudie les ballons-torpilles et les aérostats dirigeables. Nous avons à ce sujet des documents complets que nous nous proposons de faire connaître, et qui indiquent une grande activité aéronautique de l’autre côté du Rhin.
- 5 Yov. n0 613, du 28 février 1085, p. 106.
- 4 Voyages aériens. Hachette et Cie.
- guerres vont vite, et le sort d’un empire pourrait bien avoir été décidé pendant qu’on ajusterait ensemble les fuseaux d’un ballon. >i
- Mais qu’est-ce qu’une voix isolée, au milieu de la foule? Nous ne pensions pas cependant dire si vrai. Car un an après que ces lignes étaient écrites, l’Empire tombait à Sedan, avant même que l’on eût pu croire qu’il allait falloir tailler les fuseaux des premiers ballons du siège de Paris.
- Gaston Tissandier.
- HISTOIRE DE LA STÉNOGRAPHIE
- L’usage de la sténographie prend de jour en jour parmi nous une extension plus considérable : elle ne borne plus, comme autrefois, ses applications à la reproduction des conférences et des discours parlementaires ou judiciaires; entrée plus intimement dans nos mœurs, il n’est pas rare de la voir utilisée, tant en France qu’à l’étranger, dans les grandes maisons industrielles ou commerciales, dont le chef, en dépouillant son courrier, indique brièvement à un sténographe les réponses à faire, réponses qui sont ensuite traduites et développées par le service de la correspondance. Il y a donc quelque intérêt à faire connaître d’une manière succincte l’origine et les développements de cet art, et nous empruntons une partie des détails qui vont suivre à VAbrégé de l'histoire de la sténographie que vient de publier un praticien distingué, M. Signoret, membre de VAssociation slénographique unitaire1.
- Les travaux les plus récents démontrent que la sténographie a été inconnue à tous les peuples qui ont précédé les Romains : on en attribue l’invention à Tiron, affranchi de Cicéron, né à Arpinum en l’an 105 avant J.-C. et mort à l’àge de quatre-vingt-dix-neuf ans. C’est en l’an 52 qu’il est fait mention pour la première fois à Rome de praticiens sténographes : il s’agissait de la reproduction du fameux discours de Cicéron en faveur de Milon. Le grand orateur, qui, comme le prouve sa correspondance, vivait sur un pied de véritable intimité avec son affranchi, fut naturellement l’un des premiers à propager l’usage des Notes, nom que l’on donnait alors aux signes sténographiques. Il l’employait même dans ses lettres, comme en témoigne le passage suivant d’une lettre adressée à Atticus : « Tu n’as pas bien compris ce que je t’ai écrit sur dix messages, sans doute parce que je m’étais servi de notes. »
- Les notes dites lironiennes, du nom de leur inventeur, appartiennent au système de sténographie syllabique, c’est-à-dire fondé sur la représentation des syllabes à l’exclusion du système phonétique qui tient uniquement compte des sons et tend, par suite, à introduire une certaine confusion dans l’esprit, quand on entreprend de relire l’écriture sténographiée. Elles se complétaient par un certain nombre de sigles ou signes conventionnels représentant les mots les plus usuels. Perfectionnées par divers auteurs, elles ne tardèrent pas à être adoptées couramment pour la reproduction des discours et des débats des assemblées publiques et des tribunaux romains. Auguste en décréta l’enseignement et, peu de temps après, trois cents écoles en répandaient la connaissance dans tout l’empire. Les chrétiens les employèrent pour écrire
- 1 Paris, librairie Dubos, 130, boulevard Saint-Germain.
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- les actes des martyrs et pour reproduire les ouvrages et les homélies des Pères de l’Eglise, L’usage des noies était même tellement familier aux chrétiens instruits, que, à défaut de sténographes de profession, on pouvait trouver au besoin dans une assemblée des personnes capables de les remplacer. Saint Jean-Chrysostôme et saint Cyprien, évêque de Carthage au troisième siècle, étaient eux-mêmes d’habiles praticiens, et ce dernier porta à 13000 le nombre des signes enseignés chez les fidèles. — L’usage des notes lironiennes s’est conservé jusqu’au dixième siècle, mais à mesure qu’on avance dans le moyen âge, et que les connaissances se perdent, la sténographie semble disparaître, et ne se réveiller qu’en Angleterre vers la fin du dix-septième siècle. On serait tenté de penser que le développement du régime représentatif a été la principale cause de ce mouvement; mais si l’on se rappelle les poursuites systématiques que les Chambres du Parlement exercèrent jusque vers le milieu de siècle suivant contre les journalistes qui reproduisaient leurs débats, il semble que c’est plutôt aux nécessités judiciaires et commerciales qu’il doit être attribué. Les reporters des grandes feuilles périodiques avaient, en effet, à peine accès dans la tribune des étrangers ; il leur était défendu sous peine d’expulsion de prendre aucune note pendant la discussion, et leur rôle se bornait à écouter les orateurs pour faire ensuite à domicile des comptes rendus, dont les dimensions nous surprendraient aujourd’hui. Aussi le grand succès du Morning Chronicle dont le premier numéro parut en 1769 était-il basé sur la prodigieuse mémoire de son unique reporter William Woodfall, surnommé MeinoryWooil/all. qui pendant vingt ans assista à toutes les séances sans quitter sa place même au cours des plus longues, et courait ensuite au journal pour rédiger un volumineux compte rendu destiné à paraître dans le numéro du lendemain soir.
- Quoiqu’il en soit, des efforts successifs et plus ou moins couronnés de succès avaient été faits par Shclton(1657)> Mason (1672), Gurney (1757), Byron et Mavor, lorsque Samuel Taylor publia en 1776 sa méthode qui fut employée généralement en Angleterre et adaptée à plusieurs langues étrangères. « Dans son alphabet, dit M. Signoret, Taylor part de ce principe que les sons les plus fréquents doivent être marqués par les traits les plus simples et les plus rapides. La ligne droite et la ligne courbe avec ou sans boucle servent à désigner les consonnes. D’après la place qu’il occupe, le point sert à marquer les différentes voyelles. Taylor ne lient aucun compte de l’orthographe, et écrit les mots tels qu’ils se prononcent. Les voyelles initiales se suppriment souvent, etc. » Nous donnons cette citation, parce que le système de Taylor est la base de la méthode la plus usitée actuellement en France, celle de Prévost-Delaunay, et qu’il a été adapté à presque toutes les langues européennes.
- La sténographie proprement dite apparaît en France avec-un écossais nommé Ramsav, qui publia, en 1681, un alphabet imité de celui de Shelton; il se composait de traits simples figurant les consonnes et le tracé sur cinq lignes horizontales analogues à une portée de musique, indiquait les voyelles dont elles devaient être précédées. C’était un système syllabique fort imparfait mais qui suffisait néanmoins pour former des praticiens comme en témoignait Biaise de Vigenère en 1637. « Nous voyons, dit-il, ès greffiers des cours souveraines dont la soudaineté de main accompagne non » seulement, ains deuance les plus légiers et déliurés langues des advocals; et aussi les chaf-fourements et minutes des notaires procureurs et exploits
- des sergents ». Vers la fin du dix-huitième siècle, plusieurs systèmes prennent naissance pour céder à peu près la place à l’adaptation de la méthode de Taylor à la langue française par Ilippolyte Prévost, perfectionnée par son élève M. A. Delaunay. Cette méthode est réduite h un seul style, ce qui lui donne une unité absolue d’écriture inconnue de toutes les autres sténographies. La méthode exclusivement phonétique de Pitman qui s’est principalement répandue en Angleterre et aux Etats-Unis, emploie, au contraire, deux ou même trois styles : l’écriture des commençants où figurent les voyelles initiales et médiales, celle dite de la correspondance* dans laquelle on commence déjà à faire certaines suppressions, et enfin l’écriture des reporters d'où disparaissent tous les points-voyelles et qui seule permet de reproduire la parole d’un orateur. Ce dernier style doit toutefois offrir de sérieuses difficultés de lecture aux personnes qui ne sont pas rompues au métier, à cause des très nombreuses significations attribuées au même sténogramme, et c’est probablement à des obstacles de ce genre, que fait allusion Dickens d’une manière si plaisante, dans son autobiographie de David Copperfield.
- L’Allemagne et l’Autriche emploient concurremment les méthodes Gabelsberger et Stolze. La première, publiée en 1817 représente toutes les voyelles, et cela par une position différente ou un renforcement des signes affectés aux consonnes, ce qui, joint à l’heureux choix de ces derniers, assure leur grande facilité de lecture. Mais elle nécessite également deux styles, dont le dernier seul, constitué parla suppression d’une ou plusieurs syllabes dans le corps d’un mot suivant certaines règles dérivées des lois de la langue et do la logique, permet de recueillir un discours prononcé avec une vitesse moyenne. Le système Stolze est une combinaison du précédent et des diverses adaptations antérieures de la méthode de Taylor à la langue allemande.
- La Russie et l’Italie, ainsi que divers autres États de l’Europe, emploient des adaptations de la méthode de Gabelsberger.
- Parmi les pays où le mouvement sténographique est le plus accentué, on peut signaler l’Angleterre; le journal de M. Pitman, The Phonetic Journal, y atteint un tirage hebdomadaire de 15 00Ü exemplaires. La sténographie est enseignée officiellement dans un grand nombre d’écoles publiques, et on la sépare rarement de l’enseignement de la comptabilité. L’Allemagne et l’Autriche ont également introduit cette pratique dans les établissements d’instruction publique : 50 journaux sténographiques, généralement mensuels, sont édités dans ces deux pays et près de 1000 associations privées s’occupent de propager l’usagé de.la sténographie. La connaissance en est ordinairement exigée des employés de commerce, de ceux qui veulent entrer dans les grandes administrations, et, en Autriche, des candidats aux écoles militaires. G. Rexel.
- NOUVEAU
- PROCÉDÉ POUR ÉVITER LES COLLISIONS
- CONTRE I.ES ICEBERGS EN TEMPS DE BROUILLARD
- L’accident récent survenu au steamer City of Berlin explique l’importance qu’il y a, de pouvoir reconnaître l’existence d’icebergs en mer en temps de brouillard. Les précautions prises par le capitaine
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- Laud, bien qu’elles aient préservé de la mort plus de quatorze cents passagers et évité de sérieuses avaries au steamer, n’ont pas empêché le contact avec l’iceberg. Même à travers les écoutilles, il était impossible de se rendre compte de son approche jusqu’au moment où on se trouvait dessus.
- Dans ces circonstances, la méthode proposée par M. Frank Délia Torre, de Baltimore, mérite une sérieuse attention. Ses expériences prouvent la possibilité de faire retentir un écho à la surface d’un iceberg quand un navire se trouve dans son dangereux voisinage. M. Délia Torre assure qu’un objet si petit qu’il soit, comme une épave par exemple, peut ainsi être reconnu pendant le brouillard assez à temps pour éviter une collision. Quoi qu’il en soit, il est certain que cette méthode est digne d’être tentée en mer, et que des expériences préliminaires qui ont été faites récemment en présence du professeur Bowland de John Stopkins et du signataire de cet article, ont prouvé la possibilité de faire entendre des échos à des navires ou des steamers à des distances considérables.
- Ces expériences ont été laites sur le fleuve Patapsco, près de l’entrée de Chesapeake Bay, à un endroit situé à sept milles environ de la ville de Baltimore. On se dirigea le long du fleuve en bateau pour arriver h l’endroit choisi où la distance de rive à rive était d’environ trois milles, et la chaloupe était tenue à une distance de la terre calculée de façon à ce qu’on ne pût pas confondre un écho venant du bord, avec celui qu’on devait produire par le passage d’un navire.
- L’appareil employé consistait en un fusil muni d’un porte-voix fixé à l’extrémité (fig. ci-dessus).
- On visait sur les navires qui passaient, en tirant à poudre, et après un temps plus ou moins long, suivant la distance du navire, un écho se faisait entendre. Les steamers ordinaires du fleuve et les goélettes à grandes voiles renvoyaient un écho parfaitement distinct, même à une distance apparente d’environ un mille. A des distances plus rapprochées, les effets étaient nécessairement encore plus frappants.
- Pour se rendre compte des effets dans les conditions les moins avantageuses, on tira dans la direction d’un remorqueur qui s’avançait sur nous, la
- surface qui se présentait ainsi étant beaucoup plus petite que si le remorqueur avait été pris en liane. A mesure que le bateau s’approchait, son avant ressemblait à une espèce de cible d’environ six pieds carrés, présentant une surface convexe au choc du bruit de la vague. On distinguait alors un faible écho, bien que le bateau se trouvât à une distance considérable, estimée à environ un quart de mille. Tout le monde fut surpris d’avoir pu entendre même le moindre écho dans ces conditions. Il fallait une grande attention pour percevoir le son. Avec de plus grands navires, les effets étaient très distincts et très frappants.
- On fit aussi des expériences qui démontrèrent que le porte-voix fixé au fusil était d'une grande utilité pour mieux répartir les ondes sonores, et donner plus d’intensité ;i l’audition. M. Délia Torre assure
- qu’un sifflet à vapeur ou sirène, combiné avec un appareil de projection comme le porte-voix, rendrait les mêmes services que le fusil.
- Pendant les expériences exécutées sur le fleuve Patapsco, nous avons observé un curieux effet de bruit sourd, comme le roulement du tonnerre, qui a continué pendant quelques secondes. Nous avons remarqué aussi un son semblable, ressemblant a un écho venant d’une rive bien boisée. Mais la cause de cet effet ne peut nullement être attribuée à la terre, car le son commença immédiatement après le coup de fusil, tandis que le rivage se trouvait à une distance d’au moins un mille ou un mille et un quart.
- Le son était probablement produit par la présence de rides sur la surface de l’eau, car il était bien moins distinct quand cette surface était unie. Un bruit semblable pourrait être fort gênant pendant une grosse mer, mais ne suffirait pas pour empêcher de distinguer l’écho produit par un grand iceberg.
- Si de l’avant du City of Berlin, on avait tiré à intervalles périodiques, il n’y a pas de doute qu’on aurait révélé la présence de l’obstacle assez à temps pour éviter la collision qui s’est produite.
- A. Graham Beu,.
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- MACHINE Â YÂPEUR A GRANDE VITESSE SYSTÈME WESTINGHOUSE
- Cette machine, qui est très répandue en Amérique, est a peine connue en France. Elle a été imaginée par M. Westinghouse, l’inventeur du frein à vide actuellement employé par plusieurs grandes compagnies de chemins de fer. Le savant ingénieur s’est proposé de simplifier autant que possible les organes , leur mode d’ajustement et de graissage et de rendre ainsi la machine facile à installer, à conduire et à réparer au besoin par un mécanicien peu expérimenté ; en outre, d’obtenir une grande régularité et une grande vitesse, tout en assurant l’équilibre des organes en mouvement de façon à éviter les trépidations. La vapeur agit à simple effet à la partie supérieure de deux cylindres ayant un distributeur commun et dont les pistons commandent des manivelles équilibrées et placées à 180° l’une de l’autre (fig. 1). Les cylindres et la chambre de distribution sont coulés d’une pièce et boulonnés sur un bâti en fonte qui forme une sorte de coffre C (fig. 2), renfermant l’arbre des manivelles et le régulateur, fermé hermétiquement par la plaque h. Il suffit de démonter celle-ci pour avoir sous la main tous les organes essentiels du mouvement. La partie inférieure des cylindres, qui reste ouverte, puisque la machine est à simple effet, débouche directement dans ce coffre. Les pistons sont creux et à bielle, c’est-à-dire qu’ils n’ont ni tige, ni guide. (On ne peut pas les voir sur la figure 2, coupe représentant seulement le distributeur et le régulateur.) Ils se trouvent suffisamment guidés dans
- Fig. 1. — Vue de la nouvelle machine Westinghouse.
- Fig. 2. — Coupe de l’appareil.
- l’intérieur du cylindre par suite de leur longueur
- garnie de quatre anneaux. Leur forme est celle d’un cylindre ouvert à l’extrémité inférieure et dans l’intérieur duquel, un peu au-dessus de la partie médiane, se trouve attachée la bielle au moyen d’une cheville à goujon en acier trempé. La partie supérieure est à double fond pour obvier à la condensation. Les bielles sont creuses et à côtes, elles travaillent seulement par compression puisque la vapeur n’agit qu’à la partie supérieure et que les manivelles sont à 180 degrés.
- Le distributeur, que la figure 2 fait voir en coupe, se compose de deux anneaux (en p et p') montés sur une tige m, de manière à former une sorte de double piston. La vapeur pénètre en M et entoure l’espace annulaire s; la lumière p communique avec la partie supérieure d’un des cylindres et p' avec la partie supérieure de l’autre; elle est donc admise alternativement dans chacun d’eux à mesure que les bords intérieurs du distributeur découvrent les lumières p et p'. L’échappement se fait en N. Le guide du distributeur J fait fonction également de boite à garniture pour empêcher la vapeur de s’échapper du passage situé au-dessus.
- Le distributeur et les pistons sont lubrifiés à la façon ordinaire au moyen d’un graisseur qui se déverse dans la conduite de vapeur. Toutes les autres parties mobiles sont contenues dans le coffre G
- formant socle. Leur graissage est assuré par un réservoir o qui occupe tout l’espace libre entre les cy-
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- litnlres et qui est rempli (l'huile. Celle-ci s’écoule dans les godets graisseurs de l’arbre de couche par des tuyaux à robinet. Le réservoir, une fois rempli par l’ouverture, suffit aux besoins pendant plusieurs jours. Une disposition spéciale des coquilles de l’arbre moteur force l’huile en excès à s’écouler dans le bas du coffre où se trouve une certaine quantité d’eau qu’on maintient à un niveau constant au moyen d’un trop-plein. Le système des manivelles et le régulateur viennent plonger en partie à chaque tour dans cette huile qui surnage et lorsque la machine marche à pleine vitesse une écume d’eau et d’huile est projetée dans tout l’intérieur du coffre et lubrifie constamment toutes les pièces qui s’y trouvent renfermées.
- Le régulateur est analogue à celui que nous avons décrit à propos de l’éclairage électrique au Musée Crévin *. On le voit en détail sur la figure 2. L’excentrique 1 monté sur l’arbre de couche II peut se déplacer dans de certaines limites et le rayon d’excentricité se trouve modifié; ce déplacement est obtenu par l’effet de la force centrifuge agissant sur des contre poids reliés à l’excentrique et maintenus par des ressorts. Ce système de régulateur, bien ajusté, ne commence à fonctionner que quand la machine atteint sa vitesse normale à un pour cent près. Ainsi une machine réglée pour une marche de 300 tours à la minute ne donnera pas moins de 297 révolutions à pleine charge et pas plus de 303 à vide.
- Toutes les pièces de chaque machine sont exactement calibrées et repérées de façon à ce qu’on puisse les remplacer avec la plus grande facilité en en demandant un double à l’usine. Les manivelles, les tourillons de l’arbre de couche sont en acier coulé sous pression, et leur graissage étant entretenu automatiquement, leur usure est très lente.
- Des machines de 10 chevaux faisant 1000 révolutions à la minute pour l’éclairage électrique ou l’épuisement des eaux à domicile, sont montées sur des chariots à ressort et aucune trépidation ne se fait sentir. Cela tient à ce que les parties réciproques de chaque cylindre sont, en poids et étendue de mouvement, des duplicatas exacts les uns des autres. Toutes les parties sont à chaque instant soumises seulement à la compression et il s’ensuit que, quelle que soit la perte de mouvement, elle est toujours ressaisie par la pression qui s’exerce constamment dans une direction unique. Ensuite les deux manivelles étant en face l’une de l’autre, et non ià angle, toutes les parties de chaque côté se meuvent à vitesse égale en directions opposées. Les efforts sont si parfaitement équilibrés, qu’on peut faire marcher la machine avec la moitié du tourillon enlevée.
- Il est inutile d’insister sur les nombreuses applications dont la machine Westinghouse est susceptible; sa grande régularité et son facile entretien la feront surtout rechercher pour la commande des machines dynamo-électriques. G. M.vuesch.u.
- 1 Vov. n" 634, du 25 juillet 1885.
- NÉCROLOGIE
- Charles Kohiu. — La science française vient de faire une grande perte par la mort soudaine de M. Charles Robin, l’éminent physiologiste, le créateur de l’histologie.
- Charles Robin était né le 4 juin 1821 à Jasseron (Ain) ; il était donc âgé de soixante-quatre ans. Fils d’un ancien maître de pension de la Croix-Rousse, il passa les premières années de son adolescence au pensionnat de Ménestruel, près Poncin. C’est là que pendant une récréation il reçut au visage, en jouant avec ses camarades, un morceau de bois qui lui creva un œil. 11 acheva ses études classiques au collège de Lyon, passa quelque temps comme élève à l’Hôtel—Dieu de Bourg, comme élève pharmacien chez M. Tiersot père, et travailla si bien à compléter son bagage scientifique, qu’à vingt-deux ans (en 1845) il était interne des hôpitaux de Paris. Tous ceux qui l’ont vu à cette époque travailler de seize à dix-huit heures par jour, sont restés frappés de l’énergie de volonté et d’intelligence qu’il mit à combler les lacunes de son instruction première.
- « Le génie est une longue patience », a dit un naturaliste célèbre. Ce qui a fait la supériorité du docteur Robin, c’est sa patience d’observateur exact, son énorme puissance de travail, sa ténacité et son ardeur infatigable dans la recherche de la vérité scientifique. Cette ténacité et cette ardeur, il les a portées dans toutes les taches qu’il a entreprises ; là était le secret de sa force et de ses succès comparés à ceux de bien des émules qui au premier abord eussent paru mieux doués ou mieux armés que lui.
- Lauréat de l’Ecole de médecine en 1844, docteur en médecine en 1846, docteur ès sciences et professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, en 1847, il n’a dù qu’à lui-mème, à ses efforts persévérants et à son mérite personnel, la rapide conquête de ses grades qui attestaient à la fois ses aptitudes et l’utilité de ses travaux.
- Membre de l’Académie de médecine en 1858, il voyait en 1862 fonder à la Faculté de médecine de Paris, une chaire spéciale d’histologie, scienèe dont il était en France le créateur et qu’il professait depuis plus de quinze années dans des cours particuliers fort suivis.
- L’Académie des sciences qui l’avait fréquemment couronné, l’appela dans son sein en 1866. Son enseignement comme ses publications scientifiques furent peu après au Sénat et dans la presse, l’objet de vives attaques et de non moins vives apologies qui n’ont pas été oubliées.
- En 1870-1871, le gouvernement de la Défense nationale lui confia la mission de diriger en province les services médicaux des armées. En 1876, les électeurs de l’Ain Délirent au Sénat.
- Charles Robin a joué un rôle considérable dans l’enseignement et dans la science.
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- CHRONIQUE
- Tremblement de terre du Ü6 septembre 1885.
- — Une seule secousse a été constatée le 26 septembre à 0 h. 58 m. du malin; elle a été composée de 2 ou 3 oscillations, de direction vai'iable suivant les localités. Le centre de la secousse a été dans le milieu du Valais, où sou intensité a été appréciée comme très forte, mais où il n’y
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- a cependant pas eu de dégâts matériels ; il faut lui attribuer le n° VI de l’échelle qui évalue en dix. degrés l’intensité des tremblements de terre.
- La secousse s’est étendue vers le nord, jusqu’à Schwen-den et Zweisimmen dans le Simmenthal, à ('.bateau d’Oex, Aigle et Yvorne; dans les Alpes vaudoises elle a été fort bien sentie dans les vallées de l’Avençon, de la Gryonne, de la Grande Eau, et de la Savine. Dans tout le reste du canton de Yaud, le tremblement de >terre semble avoir passé inaperçu, tandis qu’il nous est signalé de deux localités fort distantes, Genève et Nidau; il est cependant probable que la secousse de Nidau a précédé de quelques minutes la grande secousse du Valais; d’après un observateur très précis, la secousse de Nidau a eu lieu à 0 b. 55m.
- En même temps que le sol de la Suisse était ainsi ébranlé, les appareils très délicats de l’observatoire sismique de Rome, qui avaient été au repos les jours précédents, ont signalé des vibrations du sol vers 1 heure du matin; et dans la même nuit,un violent tremblement de terre ravageait la ville de Nicolosi près de Catane, en Sicile. • F. A. Forel, prof.
- Marges, B octobre 1885.
- Distillation des roses. — Le commerce des roses se fait sur une grande échelle en lloumélie et sur les chauds versants des Balkans. On traite aussi les roses en Tunisie, dans les Indes, en Perse et dans le sud de la France, mais la production de ces derniers pays est restreinte et peu de matière est exportée. En Roumélie, on distille la rose sous le nom de rosa danuiscina. Elle est généralement rouge, mais il s’en trouve de blanches, elle lleurit en mai et juin. Les rosiers ont environ 6 pieds de haut, ils sont plantés en lignes et soignés de l’automne à l’été. Les fleurs épanouies sont cueillies avant le lever du soleil, on prend ou on ne prend pas le calice. La quantité de roses cueillies ne dépasse jamais celle qui peut être distillée dans la journée même. L’alambic est un simple appareil en étain, portant un long tube recourbé qui passe dans un second tube rempli d’eau pour venir donner dans un grand récipient en forme de bouteille. L’alambic est posé sur un petit bâti de terre, généralement à l’ombre des arbres et sur le bord d’un ruisseau. Il contient de 25 à 50 livres de roses sur lesquelles on jette deux fois leur poids d’eau, puis on fait bouillir pendant environ une demi-heure. Le produit de la distillation recueilli dans la bouteille se compose de l’essence et de l’eau de roses, qui est vendue ’a Constantinople. Un rosier est en plein rapport dans sa quatrième année. Un acre de terre, planté de rosiers de cet âge, produit de 1000 à 2000 kilos de fleurs. La récolte dépend beaucoup du printemps, les pluies et les gelées affectent la floraison. Chaque paysan distille ses roses lui-mèine et la moyenne de la production de l’essence en Roumélie peut atteindre 4000 livres, sans parler des contrefaçons produites avec le géranium et dans lesquelles il n’entre que dix pour cent d’essence.
- Nouvelles éponges d’eau douce. — Les éponges d’eau douce connues jusqu’à ces dernières années, .étaient assez peu nombreuses et rentraient toutes dans le genre Spotigille, que plusieurs naturalistes rangeaient même dans le règne végétal. M. Edw. Potts, de VAcadémie des sciences naturelles de Philadelphie, en a découvert récemment plusieurs espèces nouvelles : la Carterella lati-tenla, la Meyenia crateriforma, trouvée dans les rivières Brandywine et Schuylkil; l’Heteromeyenia Ryderii, rencontrée dans un petit affluent du Relaware, et la Tubella Pennsylvanica, provenant de la rivière Leliigh. On connaissait déjà quatre autres Tubella, toutes recueillies
- dans le fleuve des Amazones. Enfin, dans l’aqueduc alimentant d’eau potable la ville de Boston, M. Potts a rencontré plusieurs espèces d’éponges étroitement enchevêtrées. L’une d’elles lui parait être la Spongilla pauper-cula de Bowerbank; l’autre, à laquelle il a donné provisoirement le nom de Meyenia acuminala, semble être une hybride provenant soit de l’union des corpuscules amiboïdes de deux éponges, soit d’une fécondation des œufs de l’une par l’autre. Ajoutons qu’on attribue à ces éponges, avec quelque apparence de raison, la contamination des eaux potables de la ville de Boston.
- La fécondité des espèces inférieures. —
- M. G. Delaunay vient de publier dans la Revue scientifique une intéressante notice sur la fécondité ; nous empruntons à ce travail les faits suivants : en vingt-quatre heures, une cellule de Mycoderma aceli peut engendrer 5 milliards de cellules semblables à elle. Une tige de mais porte 2000 graines, un pied de soleil 4000, un pavot 52 000, un pied de tabac 40 000, un orme 100 000. Chez les animaux inférieurs, comme chez les espèces végétales, la fécondité n’a pas de limites. En quarante-deux jours, une seule paramélie fournit une descendance de 1 584 416 individus nouveaux. Cet animalcule unique, mesurant deux dixièmes de millimètre, s’est accru de 277 mètres. M. Pasteur a montré avec quelle incroyable rapidité se inuliplient les microbes. Une portée ordinaire de papillon est de 400 œufs : la femelle du termite pond CO œufs par minute. Une reine abeille pond chaque année de 5000 à 6000 œufs. Une mouche peut produire 745 496 mouches semblables à elle. La postérité d’un puceron femelle s’élève à 44461 010 millions à la huitième génération. Chez les vertébrés inférieurs, la fécondité est aussi très considérable. Les poissons pondent des œufs par centaines de mille. Un hareng pond 10000 œufs, une carpe de 40 centimètres de longueur en pond 20 J 224, une perche 580000, une femelle d’esturgeon 7 655 200, une morue 9544 000.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 octobre 1885. — Présidence de M. Boulet.
- Charles Robin. — On sait déjà la nouvelle perte subie par la science. Charles Robin a été frappé mardi dernier d’une attaque d’apoplexie foudroyante. M. le Président, en constatant ce nouveau deuil, donne, des travaux du défunt, une analyse qui se signale par son indépendance et qui tranche complètement, à cet égard, avec les oraisons funèbres auxquelles on nous a habitués. Après avoir salué dans Robin l’importateur de l’histologie en France, il lui reproche de n’avoir pas su accepter les notions nouvelles ajoutées à son œuvre par ses élèves ; il lui reproche encore bien plus sévèrement de ne s’être jamais converti aux doctrines de la bactériologie. Les circonstances ont fait que les funérailles de Robin ont été privées de tout appareil officiel; prévenue trop tard, l’Académie n’a pas pu envoyer de députation et par conséquent aucun discours n’a été prononcé en son nom.
- Tourbillons atmosphériques. — A propos de la relation faite lundi dernier de la chute d’un ballon, précipité, disait-on, vers le sol par un tourbillon descendant, M. Gaston Tissandier fait remarquer qu’il doit y avoir eu illusion de la part de l’aéronaute. Quand un ballon est refroidi, soit en pénétrant dans une couche d’air de basse
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- température, soit par un dépôt de rosée ou de givre, il descend et bientôt il prend un mouvement accéléré si on ne lutte pas contre celui-ci en jetant du lest. Mais la chute ne peut avoir lieu sans que le ballon tourne sur lui-même et par conséquent les choses ont grossièrement l’apparence qu’elles auraient si le moteur était une trombe dirigée de haut en bas. Dans le cas cité, du voyage aérien de Pilàtre de Rozier, la descente de la montgolfière résulta de l’extinction du feu; l’atmosphère était parfaitement calme.
- Embryologie. — Reprenant un ordre d’idées qui a préoccupé dans ces derniers temps plusieurs physiologistes, M. Yung communique par l’intermédiaire de M. de Lacaze-Duthiers des recherches sur le développement des larves de grenouilles dans l’eau de mer. Il ne semble d’ailleurs pas, d’après le peu qu’on nous a laissé saisir de ce travail, qu’il s’agisse réellement de développement puisque tous les têtards en expérience, au lieu de se développer, sont morts après un temps plus ou moins long.
- L'acide vanadique. — Il résulte d’expériences dont le résultat est transmis par M. Debray au nom de M. Ditte, que l’acide vanadique est susceptible de se présenter sous trois états parfaitement distincts, tout à fait correspondants aux trois états de l’acide phosphorique.
- L’auteur décrit les propriétés des corps qu’il étudie et indique des méthodes propres à les obtenir.
- Varia. — M. Normand étudie les mucosités mésentériques ainsi que l’infusoire caractéristique des déjections provenant des malades atteints de dysenterie. — Le développement de la fissu-relle occupe M. Boutan. —
- D’après M. Chicandart et contrairement à l’opinion de M. Aimé Girard, la panification ne saurait être comparée à la fermentation alcoolique. — Une notice sur l’œuvre botanique de M.Roissiera été rédigée par M. Duchartre.— Un correspondant annonce qu’il attend les 100000 francs du prix Bréant pour indiquer en retour le remède infaillible du choléra. Stanislas Meunier.
- CALENDRIER PERPÉTUEL
- FACILE A CONSTRUIRE SOI-MÊME
- L'article qui a été publié récemment dans La Nature sous le titre Quel jour était-ce?* m’engage à faire connaître aux lecteurs un petit calendrier
- perpétuel que l’on peut construire soi-même, et qui permet de trouver le jour correspondant à une date donnée et réciproquement. C’est en quelque sorte une règle a calcul permettant de résoudre ce genre de problèmes.
- L’appareil consiste, comme le montre la figure ci-jointe, en un certain nombre de cercles et d’arcs de cercles divisés .par des rayons. La couronne formée par les deux derniers cercles intérieurs est divisée en vingt-huit parties égales qui portent les noms des jours de la semaine, les sept premières lettres de l’alphabet dans un ordre renversé, et deux fois le signe X- Le cercle constitué par la circonférence externe de la couronne constitue la partie mobile de l’appareil, et tourne autour de son centre. Deux secteurs circulaires diamétralement opposés sont divisés chacun en sept parties et constituent les parties fixes. Dans les divisions du secteur supérieur se trouvent distribués les mois suivant l’ordre des nombres mensuels. Dans l’autre secteur les quantièmes sont régulièrement répartis dans chaque case. (11 est à remarquer que le secteur inférieur a été déformé afin d’occuper moins de place). Pour compléter le système, une table disposée sur le disque mobile sert à donner les nombres annuels, ou plutôt dans ce cas, les lettres annuelles.
- Voici comment on se sert de ce calendrier. Soit par exemple à trouver quels jours correspondent aux différentes dates du mois d’aoùt 4885; pour cela nous cherchons dans la table la lettre correspondant à cette année (D) ; nous amenons cette lettre sous le mois donné (août) et les jours marqués sur le disque mobile correspondant aux quantièmes cherchés et il ne reste plus qu’a faire une simple lecture.
- On voit que les années bissextiles correspondent à deux lettres; on emploie alors la première jusqu’au 29 février inclusivement et la seconde pour le reste de l’année. *
- Le petit calendrier que représente notre figure peut être confectionné en carton et fixé sur une planchette. E. Mélion.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Æép/C
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- Aspect du calendrier perpétuel.
- Voy. n° 634, du 25 juillet 1885, p. 122.
- imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- LES PHOQUES SAVANTS
- On voit très souvent, dans les ménageries, des phoques savants. Placés dans un bassin ou une simple cuve contenant de l’eau, ils exécutent, au commandement de leur maître, une série de tours qui prouvent tout au moins que ces animaux sont susceptibles d’une certaine éducation.
- Nous avons été témoins, à ce propos, d’une scène assez curieuse dont le héros était un phoque savant. Ce phoque était exhibé dans une petite ménagerie qui se trouvait sur la place Duguesclin, à Dinan, à
- l’occasion de la grande foire annuelle dite du Liège.
- Nombre de spectateurs se pressaient autour du petit bassin, une espèce de grande cuve ovale, dans laquelle le phoque exécutait divers exercices. 11 nageait en rond, tournait sur lui-même, se mettait debout, disait papa et maman comme nombre de ses confrères, c’est-à-dire en donnant deux coups de voix ressemblant à un aboiement, et enfin embrassait les personnes de la société qui voulaient bien avancer leur visage. Pour ce dernier tour, le phoque se dressait verticalement et approchait son museau bien doucement de la joue qui lui était tendue.
- Orchestre des phoques savants, récemment exhibés à Paris.
- Une nourrice, portant un gros bébé joufflu sur ses i bras, sollicitée de se faire embrasser par le phoque, j s’approche ; celui-ci s'avance doucement, la nourrice se recule; elle s’approche de nouveau, le phoque se dresse et s’avance avec plus de vivacité; une troisième fois la nourrice tend la joue, le phoque alors prenant son élan, avance la tête avec promptitude et il rencontre la joue de la nourrice avec une violence telle que celle-ci pousse un grand cri, laisse tomber le bébé dans le bassin et tombe elle-même à la renverse la bouche ensanglantée. Le bébé, dans le bassin, se met à pousser des cris affreux, le phoque épouvanté saute hors de l’eau, les spectateurs sortent de la baraque en se bousculant, le bruit se répand dans la foire qu’un lion s’est échappé d’une ména-13e année. — 2° semestre.
- gerie, une panique et un désordre indescriptibles s’ensuivent. La panique ne se calma que plusieurs heures après quand la cause en fut bien éclaircie. L’enfant fut sauvé et la nourrice rendue à son nourrisson.
- Les phoques sont des animaux très intelligents. A l’état sauvage, d’après les récits des voyageurs, les mères ont, pour leurs petits, une attention, une bonté, une sollicitude touchantes ; elles sont prêtes à se dévouer pour eux sitôt qu’un danger les menace, veillant à ce qu’ils ne s’éloignent pas trop, les caressant, jouant avec eux, simulant des combats, les luti-nant, les mordillant, leur donnant de petits coups de nageoires et faisant preuve en un mot d’un amour maternel très développé. De plus, quand les jeunes
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- et les mères grimpent sur la plage ou sur les rochers, prenant soin de ne pas s’éloigner de l’eau, prêts à s’y replonger à la moindre alarme, les adultes, les vieux males se postent à l’écart, veillent sur la sécurité du troupeau; si un danger est pressenti, ils poussent un cri rauque, les femelles se précipitent dans l’eau qu’eux-mêmes s’efforcent de regagner le plus vite possible, mais bien souvent ils périssent victimes de leur dévouement, soit sous la balle du chasseur, soit sous la griffe de l’ours blanc.
- Au Muséum d’histoire naturelle et au Jardin d’acclimatation, on peut voir journellement l’amitié que les phoques ont pour leurs gardiens. Lorsque ceux-ci approchent, les phoques se dressent au-dessus de l’eau, et donnent des signes non équivoques d’amitié et d’intelligence; et lorsque ces gardiens leur distribuent leur nourriture, les phoques leur obéissent et exécutent une série d’exercices dans l’espoir d’en être récompensés par quelques morceaux supplémentaires. Us plongent, tournent sur eux-mêmes, grimpent sur leur rocher et se précipitent dans le bassin.
- Nous avons assisté, il y a quelques jours, à la toilette d’un phoque dans une ménagerie : le gardien, armé d’une brosse, frottait l’animal qui s’y prêtait de bonne grâce, tendait la gorge, soulevait ses nageoires et manifestait le plus vif contentement.
- Du reste pour se convaincre de l’intelligence des phoques, il suffit de regarder leurs grands yeux doux, dont l’expression ne laisse aucun doute sur les sentiments qu’ils veulent exprimer.
- Un fait montrant la sociabilité et le bon caractère des phoques. Un directeur de ménagerie ayant mis devant nous, par curiosité, un crocodile dans le bassin d’un phoque, l’un et l’autre avaient à peu près la même longueur, un mètre environ, le phoque s’avance vers son nouveau compagnon, le flaire, lui fait des amitiés, veut jouer avec lui; le crocodile, au contraire, s’accule dans un coin, ouvre et maintient ouverte une énorme gueule garnie d’un arsenal de dents pointues qu’il tourne contre celui qu’il préjuge être un ennemi, — différence de conduite, différence de caractère et d’intelligence.
- On a essayé bien des fois d’utiliser, d’une façon pratique, cette intelligence et cette sociabilité des phoques. Nous nous rappelons avoir lu l’histoire d’un pêcheur qui employait un phoque apprivoisé pour rabattre le poisson dans ses filets. Le pêcheur, une fois ses filets tendus, faisait un signe à son phoque ; celui-ci plongeait, décrivait sous l’eau une grande courbe, revenant au bateau ; le poisson effrayé se précipitait dans la direction opposée et venait se prendre dans les filets.
- La force et l’intelligence du phoque ont été utilisées à la traction de canots et d’embarcations légères.
- Le roi de Bavière, Louis II, avait, il y a peu d’années et a peut-être encore aujourd’hui, sur le lac d’une de ses propriétés, un phoque que l’on attelle à un canot ; dans celui-ci monte le roi, qui
- dirige son phoque avec des guides comme une sorte de cheval marin.
- La Nature a déjà parlé d’un phoque savant exhibé à Londres en 1880 et qui, entre autres exercices, traînait dans l’eau une petite embarcation montée par un bambin.
- Les diverses choses, qui sont susceptibles d’entrer dans l’éducation d’un phoque, sont en général disséminées sur un grand nombre de ces individus, suivant la patience ou l’idée des montreurs. Ceux qui ont été exhibés cette année aux Folies-Bergère semblaient résumer en eux trois toute l’éducation que semble jusqu’ici susceptible d’acquérir l’espèce; autrement dit, ces phoques exécutaient les exercices les plus variés, et à ce point de vue méritaient une attention toute spéciale.
- Ces animaux étaient présentés de la façon suivante : à l’une des extrémités d’un grand bassin rectangulaire, autour duquel se plaçaient les spectateurs, se trouvait une estrade en forme de théâtre, fermée par une draperie et dont le plancher se trouvait au niveau de l’eau. Dans le bassin nageaient trois phoques; le rideau s’ouvre et le dompteur apparaît, vêtu d’un costume bordé d’astrakan, ayant une toque de fourrure, de grandes bottes, l’air d’un chasseur nor-wégien.llfait un signe, les phoques arrivent en nageant, grimpent sur l’estrade et commencent leurs exercices dont voici la description avec le titre que leur donnait le programme.
- Phoques musiciens. — Les trois phoques se placent sur une espèce de lit surélevé à la partie antérieure tournée vers le public; devant l’un d’eux, le dompteur met une sorte de guitare, devant l’autre une grosse caisse dont le tampon est fixé â une de ses nageoires pectorales, devant le troisième une paire de cymbales. Au commandement, commence la musique, ou autrement dit le plus infernal charivari qu’il soit possible d’entendre, chaque phoque frappant sur son instrument à coups redoublés et semblant mettre de la passion à écorcher les oreilles des spectateurs.
- Le phoque chanteur. — C'est celui qui déjà jouait de la guitare, il continue à frapper sur son instrument avec toute la force et la rapidité dont il est susceptible, et en même temps il fait entendre une sorte de beuglement fort peu harmonieux.
- Le phoque rémouleur. — Devant un des phoques couché sur un support, on place une meule à aiguiser dont la bielle est munie d’une paletté analogue aux pédales d’un bicycle; sur celle-ci le phoque appuie une de ses nageoires, il fait tourner la roue, précipite son mouvement, et du corps et de la tête suit l’impulsion qu’il donne et qu’il cherche à rendre la plus rapide possible; une lame de fer, un couteau mis sur la meule produit des étincelles.
- Phoque danseur. — Un des phoques se jette à l’eau, la musique joue une valse et le phoque nage dans le bassin en tournant sur lui-même.
- Phoque nourrice. — Une poupée est placée dans un berceau, le phoque pousse celui-ci avec son
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- museau et le fait osciller, — non sans le faire culbuter à plusieurs reprises; — ensuite on lui place la poupée sous sajuigeoire, et le phoque, nageant sur le dos, lui fait faire le tour du bassin la tête hors de l’eau; —ce même phoque boit le biberon de son nourrisson en tenant la bouteille sous sa nageoire.
- Les phoques fumeurs. — On place dans la bouche de chacun des phoques des sortes de grosses pipes allumées, à tuyau non percé, et chacun d’eux, tenant la tête hors de l’eau, nage dans le bassin.
- Phoques chasseurs. — Chaque phoque tire plusieurs coups de revolver et de carabine, — à la gâchette de ces armes est fixée une palette sur laquelle la nageoire du phoque presse la détente.
- Les phoques plongeurs. — Au commandement, ils grimpent sur une échelle et se précipitent du sommet dans le bassin.
- Au point de vue de l’utilité qu’on pourrait peut-être retirer de l’intelligence des phoques, les deux expériences suivantes sont à considérer.
- Phoque canolier. — Un jeune enfant monte dans un petit canot ; sur un commandement de son maître, le phoque plonge, passe son cou dans une boucle de cuir qui est fixée à l’amarre du canot et traîne celui-ci avec une assez grande vitesse.
- Phoque sauveteur. — Un enfant d’une dizaine d’années se jette a l’eau, fait le simulacre de se noyer, se débat, disparaît sous l’eau; à ce moment le phoque est lâché par son maître et se précipite vers l’enfant avec une impétuosité telle que celui-ci semble vivement préoccupé d’éviter un choc par trop violent, il saisit l’enfant par le vêtement derrière le cou, le place sur son dos, la tète hors du liquide, et le ramène au rivage.
- Tels sont les divers actes qui jusqu’ici entrent dans l’éducation des phoques; — peut-être plus tard un dompteur intelligent parviendra-1-il à étendre leur enseignement. — Mais pour le moment on peut se demander si les phoques peuvent rendre pratiquement des services. Cela semble certain pour les personnes habitant, d'une façon continue, les bords de la mer ou des fleuves, les pêcheurs, par exemple; et si Ton se donnait la peine de fixer, par-hérédité, l’aptitude des phoques à l’éducation, il est probable qu'on réussirait à en faire un véritable animal domestique qu’il serait possible d’utiliser pour la pèche, le sauvetage des noyés, ou pour porter du rivage un câble à un navire en perdition. Ce n’est pas trop préjuger, croyons-nous, de l’intelligence et des aptitudes si souvent reconnues de ces animaux.
- Quels sont les moyens d’enseignement employés par les dompteurs vis-à-vis de leurs phoques? Ces moyens sont bien simples : d’un côté ils ont une baguette, pour punir, et de l’autre une boîte contenant des morceaux de poisson, pour récompenser. — Récompense et châtiment sont les deux grands moyens d’éducation des phoques savants comme des écoliers. Guyot-Daubès.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- ET LA MICROGRAPHIE
- • D’après l’avis des expérimentateurs les plus compétents, l’éclairage électrique offre les plus grands avantages aux observations microscopiques. Le petit photophore électrique de MM. Ilélot et Trouvé, que représente la figure 1 et qui est formé d’une lampe à incandescence placée dans une lanterne mobile de projection, convient parfaitement au micrographe. Une pile au bichromate suffit pour l’alimenter et pour permettre d’en faire usage au moment voulu.
- Un de nos plus savants micrographes, M. le Dr Henri Van Iieurck, directeur du Jardin botanique d’Anvers, auteur d’un magnifique ouvrage sur les Diatomées, et qui, dès 1881, a employé les premières lampes à incandescence de M. Swan à l’éclairage du microscope, se sert de cet appareil avec le plus grand succès. Voici, d’après lui, quels sont les principaux avantages de l’éclairage électrique pour le microscope :
- 1° La lumière électrique est beaucoup plus blanche que la lumière des lampes et du gaz. Elle renferme plus de rayons blancs et violets, et, par suite, permet de voir des détails invisibles avec les autres genres d’éclairage.
- 2° La lumière électrique a une intensité spécifique beaucoup plus grande que les autres lumières artificielles : elle permet donc l’emploi de rayons plus obliques.
- 3° La lumière électrique peut s’employer sans l’intermédiaire du miroir (qu’il faut employer même dans l’éclairage solaire par héliostat) et dont l’emploi nuit toujours plus ou moins.
- 4° La source lumineuse peut sans inconvénient être rapprochée du condenseur du microscope jusqu’à toucher celui-ci ; de là le moyen d’obtenir un éclairage plus intense et plus oblique.
- 5° La quantité et la qualité de la lumière permettent de photographier des détails qu’on ne pourrait réussir aussi bien avec la lumière solaire.
- M. le Dr Van Heurck affirme que la lumière électrique fatigue beaucoup moins la vue que tout autre éclairage. « Nous sommes tout disposé, dit l’observateur belge, à nous rallier à l’opinion exprimée dans ÏEnglish Mechanic, par M, Edward Nelson, qui passe à juste titre pour un des observateurs les plus habiles de l’époque : une heure de travail difficile à la lumière diffuse du jour, fatigue plus l’œil qu’une journée entière de travail à la lumière artificielle dans une chambre noire. »
- Si la lumière électrique convient aux recherches micrographiques, elle s’applique admirablement bien à la photomicrographie qui, grâce au gélatino-bromure d’argent, est aujourd’hui à la portée de tout le monde. La photomicrographie doit faire partie de l’installation de tout micrographe sérieux, car elle peut rendre les services les plus précieux. M. le I)r Van Heurck a réalisé à cet effet une instal-
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- lation tout à fait pratique qui tient le milieu entre l’installation habituelle et le procédé dit des très petits clichés, préconisé par M. le Dr Moitessier.
- « Nous avons construit, dit M. Yan Heurck, une petite chambre noire, excessivement légère, pouvant recevoir postérieurement un châssis renfermant une plaque sensible au gélatino-bromure de 5 centimètres 1/2 de longueur sur 4 centimètres 1/2 de largeur.
- Antérieurement la chambre se termine par un tube de cuivre portant une lentille concave achromatique ou amplifier.
- « Le tube de la chambre entre librement dans le tube du microscope et l'amplifier est placé à une distance telle de la plaque sensible, que lorsque l’image est nettement à point avec l’oculaire de MM. Powell et Lealand, elle est également à point sur la plaque sensible. »
- M. le l)r Van Heurck est arrivé à des résultats remarquables dont nous donnons ci-dessous quelques spécimens. Notre figure 2 (n° 1) représente, reproduite par l’héliogravure, la photographie à un très fort grossissement du Pleurosigma angulatum ; le n° 2 de la même figure donne le fac-similé en gravure sur bois, de la Navicula fusca. M. Yan Heurck est parvenu enfin à obtenir la résolution en perles de Y Am-phipleura pellucida sous un grossissement de 5000 diamètres. Les perles sont distantes d’environ un quatre-millième de millimètre. Cette photographie, véritable tour de force expérimental, a fait sensation dans le monde micrographique, et démontre mieux que toute affirmation, la supériorité de l’éclairage électrique.
- Nous terminerons cette notice en reproduisant une autre photographie de diatomée obtenue
- Fig. 1.— Appareil de MM. liélol et Trouvé pour 1 éclairage électrique du microscope. — A. Lanterne contenant la lampe à incandescence. —A' et A". Positions que peut prendre cette lanterne.
- Fig. 2. — Fac-similé de photographies microscopiques de diatomées obtenues avec la lumière électrique.
- 1. Pleurosigma angulatum, reproduction par l’héliogravure d’un cliché de M. le D' Van Heurck.— 2. Navicula fusca, d’après une photographie du même. — 3. Stosclda ad mirabilis (C. Janish.j 600/1, d’après une photographie de M. A. Truan (Collodion humide,'.
- 'aGijon, en Espagne, par M. Alfred Truan, au moyen du photophore électrique ; elle représente la Stoschia admirabilis sous un grossissement de 600 diamètres. — Voilà certes de beaux résultats destinés à en-
- courager les micrographes et les amateurs des études microscopiques, si attrayantes et si attachantes.
- Gaston Tissandier.
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- NOUVELLE SOURCE DE GUTTÀ-PERCHÀ
- LE « B A S SIA P A R K11 )) ET SES PRODUITS ( Beurre de Karité’ cl (lutta percha )
- Entre tous les Bassia, grands arbres indiens ou africains dont les graines donnent, par expression, des corps gras très utiles à l’industrie qui les nomme beurre d'Illipé1, il en est un, qui, plus intéressant que ses congénères, est resté jusqu’ici ignoré au moins dans l’un de ses principaux produits (la gulta-percho) dont toute la valeur a été méconnue jusqu’à mes recherches. Je veux parler de celui qui scientifiquement nommé Butyrospermum (Bas-
- sia) Parkii, Kotschy, est originaire d’Afrique où il porte les noms vulgaires de Arbre de Karité, Ghee, et dont le produit gras, de consistance butyracée, nous arrive sous le nom de beurre de Galam, beurre de Bambouck, beurre de Ghi, ou mieux beurre de Karité, et est utilisé de différentes façons dans l’économie domestique, par tous les Africains équatoriaux.
- En raison de ce que, nominalement tout au moins, le produit butyracé de cet arbre précieux établit un point de contact entre les deux règnes animal et végétal, j’ai pensé que déjà, à ce point de vue, son histoire présenterait un réel intérêt. Ici, cet intérêt | se double de celui qui est propre à l’habitat spécial
- Fig. 1 à 12.— Butyrospermum Parkii, Kotschy.
- 1. Graine de Butyrospermum Parkii avec son épisperme luisant et corné, testa de couleur isabelle. (Grandeur naturelle.) c. Partie fibrovasculaire d’insertion, sf. Surface hilaire. — 2. Cotylédons de la graine enveloppés d’un tegmen pourvu de nervations : r, Extrémité radiculaire, c, Cotylédons recouverts du tegmen GN. — 3. Coupe longitudinale d’un cotylédon'montrant des cellules de grande taille vides, alternant avec des eellulès plus petites à contenu coloré en jaune cp, et avec d’autres, plus petites, également vides ci»’. Les cellules pleines sont caractérisées par un contenu coloré à aleurone granuleuse, 70/1.— 4. Coupe transversale d’un gros rameau âgé, remarquable par la production secondaire en îlots dans la zone corticale : les laticifères cl sont placés derrière ces îlots qui les protègent. h, Bois ; l, Liber ; pc, Parenchyme cortical ; b’, Masse du bois ; m, Moelle.— 5. Coupe transversale très grossie (70/1) d’un rameau jeune : s, Suber ; pc, Parenchyme cortical ; cl, Canaux laticifères ; fl, Fibre libérienne ; pl, Parenchyme libérien ; b, Bois.—6.' Fleur entière fermée : ca, Pièce du calice tomenteux; co. Pièce de la corolle blanche et glabre. (Grand, nat.) — 7. Portion de la fleur pour montrer les pièces de la corolle vues en dedans, co, les étamines a, et les staminodes st. (Grand, nat.) — 8. Ovaire (grandeur naturelle) recouvert de poils et terminé par un stigmate exsert. — 9. Coupe de l’ovaire (6/1) montrant 8 loges à l’ovaire chacune pourvue d’un ovule : il en avortera 7.— 10. Pollen sphérique à quatre pores.— 11. Coupe radiale de l’épisperme montrant des cellules pierreuses qui le composent en totalité, les plus développées étant au ('Entre. — 12. Fruit non parvenu à maturité GN.
- de la plante. Essentiellement africain, l’arbre à Karité appartient exclusivement à ce continent objet actuel de nos convoitises les plus naturelles et des études les plus approfondies.
- 1 Les Bassia utilisés sous ce nom sont indiens : ils ont reçu les noms de Bassia hutyracea Roxb.*, B. lalifolia Box h., et
- Bien peu de travaux ont été publiés jusqu’à ce jour sur cette matière, en dehors de l’étude déjà bien
- B. longifolia L. Les matières grasses que donnent leurs graines par expression se différencient peu de celle de Karité, la seule distinction bien nette réside dans la consistance qui est plus forte dans les lllipé vrais.
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- ancienne que l’on doit à Guibourt1, et, plus récemment; des recherches sommaires mais intéressantes publiées par M. Baucher2 3 4, pharmacien de la marine. Ces deux uniques travaux, malgré tout le mérite qui les caractérise, laissant subsister de graves erreurs et des lacunes importantes dans l’histoire de ce végétal précieux, il m’a paru indispensable d’en reprendre l’étude en même temps que je m’efforçais de répandre le végétal sur les points les plus divers de la zone tropicale et en particulier dans nos colonies françaises5.
- Le Butyrospermum Parkii \ Kotschy, est un bel arbre atteignant la hauteur de 30 à 40 pieds anglais (9 à 10 mètres) pourvu d’un tronc de lm,50 à lm,80 de diamètre, ramifié comme un chêne et donnant un suc laiteux abondant qui se coagule facilement (gutta-percha). Condensées au sommet des rameaux forts, glabres et rugueux, les feuilles sont entières, coriaces, pétiolées et stipulées. Pétiole mesurant de 0m,05 à 0m,075 de long, glabres mais d’abord pubescents; stipules lancéolés, subpersistants, environ 0ra,0l2 de long, soyeux sur le dos, limbe oblong et lancéolé mesurant 0m,15 à 0m20 de long et 0m,075 à O1**,10 de large, largement cunéiforme ou arrondi à la base, subcoriace, glabre à la maturité sur la face supérieure, fortement pubescent en dessous, pourvu de 20 à 25 nervures primaires dressées et ouvertes. Fleurs en ombelles naissant à l’aiselle des feuilles au sommet des rameaux en mars; pédoncules de O"1,012 à 0m,025 ou plus longs, fortement recouverts dans leur jeune âge d’un duvet ferrugineux (fig. 6). Calice campanulé, coriace, avec
- 1 Journal de chimie médicale, t. I, 1825, p. 175 (Sur une huile végétale concrète nommée beutre de Galam).
- 2 Etudes sur le beurre de Karité (Archives de médecine navale, t. XL, novembre 1885).
- 3 L’histoire botanique du beurre végétal et surtout la partie histologique m’est personnelle, il faut y joindre aussi l’analyse des graines, des corps gras et la connaissance de la valeur de la tige comme source de gutta-percha.
- 4 Voici ce qu’en dit G. Schweinfurth dont le témoignage ne saurait être discuté : « Les comparaisons que l’on peut établir entre les essences qui boisent ce district et celles de notre pays sont nombreuses. A première vue, quelques-uns des arbres de cette région ressemblent beaucoup à nos chênes, par exemple : le Terminalia et le Bassia ou Butyrospermum ....L'arbre en lui-même est très beau : son écorce rugueuse, fendue irrégulièrement de façon à présenter des polygones, ajoute à la ressemblance avec le chêne. » [Au cœur de VAfrique, t. I, eh. vi, p. 216, Trad. Loreau, Paris, [1875. Chez les Bon-
- 9°«-)
- Plus loin, le même savant explorateur s’exprime ainsi sur la beauté de ce végétal : « Nous entrâmes bientôt dans une forêt de Bassias (Butyrospermum), les seuls que j’aie vus depuis le pays des Niams-Niams. Le fourré était si compact, le feuillage si épais, qu’on ne pouvait voir à plus de dix pas devant soi. Nos guides s’égarèrent complètement. » ld., t. II, ch. xviii, p, 178.)
- Plus loin encore nous lisons : « A Guire, mon album reçut de nombreux dessins, entre autres celui du village qui est représenté à la gravure de la page 555. Les huttes et les greniers sont construits autour d’un magnifique Bassia. Cet arbre est vraiment de toute beauté. » (ld. ch. xxiv, p. 385.)
- Ces témoignages s’accordent peu avec l’assertion de certains auteurs disant que le feuillage de cet arbre est rare et clairsemé.
- un court tube et habituellement 8 segments oblongs lancéolés, les 4 extérieurs recouverts d’un tomentum ferrugineux dense (fig. 6 ca). Corolle aussi longue que le calice (fig. 7 co) avec un court tube et des segments oblongs, glabres et imbriqués. Etamines opposées aux segments de la corolle et insérées à leur base ; anthères (fig. 7 a) oblongues lancéolées, mesurant 0m,003, c’est-à-dire la moitié de la longueur des filets glabres et subulés, pollen sphérique (fig. 10 gp) présentant quatre pores. Staminodes larges, oblongs, pointus et dentés en scie sur leurs bords (fig. 7 st) ce qui leur donne l’apparence de la fimbriation, plus courtes que les étamines alternant avec les filets staminaux. Ovaire globuleux, soyeux (fig. 8 ov) à 8 ou 10 loges (fig. 9) renfermant chacune un ovule ana trope ; style grêle (sty fig. 8), variable en longueur, quelquefois exsert, d’autrefois inclus dans la corolle (forme hétérostylée dimorphe). Fruit ellipsoïde (baie) avec un péricarpe mince et solide (fig. 12) et habituellement une simple semence pourvue de cotylédons très épais. Ce fruit est de la grosseur d’une noix ordinaire, il est pourvu d’un sarcocarpe savoureux, succulent et excellent au goût. La graine, sur laquelle nous reviendrons à propos de son emploi dans les usages domestiques, est recouverte d’un épisperme, lisse, crustacé et. d’une couleur marron (fig. 1) qui abrite une graine très volumineuse sans endosperme (fig. 2).
- Le végétal qui nous occupe est encore connu sous le nom de Bassia Parkii G. Don; A. De Candolle Prod. Xlll, 199; Oliver Transactions Linn. Soc. XXIX, 104, t. LXXlll; Butyrospermum Niloticum, Kotschy, Plant. Knoblecher, t. I.
- D’après Oliver (Flora of tropical Africa, t. III, p. 352) il habite la Guinée supérieure, le royaume de Bambara où il a été découvert par Mongo Parck ; dans la contrée du Niger; à Nupe, Jeba,etc., Abbeokuta (Barter et I)r Irving); dans le pays du Nil; le Nil Blanc, Gondo-Koro, Djur, Kosanga, et la contrée des Niams-Niams, Madi.
- A ces localités ou stations nous pouvons ajouter les suivantes plus précises : « Le Karité est très commun dans la vallée du haut Niger et dans celles du Bakoy, du Baoulé et de leurs affluents; on en rencontre de véritables forêts dans le Bélédougou, le Fouladougou, le Manding, le Gueniekalaris, etc. » ( Tour du Monde, exploration du haut Niger par le commandant Gallieni, n° du 31 mars 1883).
- D’autre part nous devons à M. Baucher (loc. cit.) les notions suivantes sur le même point ; « Il croît spontanément dans les terrains argilo - siliceux, ferrugineux, rocailleux et crevassés qu’on rencontre le plus souvent dans les plaines du haut Sénégal, lorsqu’on fait route sur le Niger. D’une manière générale on peut dire qu’il existe dans toute la vallée supérieure du Niger, c’est-à-dire dans tous les pays situés à l’est de nos anciennes possessions sénégalaises avant notre pénétration dans le Soudan. 11 est surtout commun chez les Bambaras et notamment dans le Bélédougou, où il joue un rôle
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- très important dans l'alimentation, la medicamentation, etc., de ces peuplades du Haut-Fleuve.
- « On le signale également dans le Bouré et dans l’est du Fouta-Djallon, où il est plus connu sous le nom de K are que sous celui de Karité.
- « Il est tout à fait inconnu sur la côte et dans nos comptoirs du Sud et même sur tout le parcours du Sénégal compris entre Médine et Saint-Louis ; il faut remonter jusqu’à Boccaria ou Boukaria, petit poste situé entre Médine et Bafoulabé pour rencontrer quelques pieds vigoureux réunis par petits groupes; il devient de plus en plus répandu à mesure qu’on s’avance vers Kita et très abondant à Bamakou, point fortifié sur le Niger qui marque aujourd’hui la limite de nos possessions dans le Soudan. Des renseignements puisés à diverses sources nous permettent également d’affirmer qu’il est très commun à Segou et à. Tombouctou. »
- D’autre part M. Corre avait exprimé sur ce dernier point la même opinion dans sa Faune et flore du Rio-Nunez (Archives de méd. navale, 1869) en disant : « L’on croit à Saint-Louis que cet arbre est commum dans le Rio-Nunez ; il n’en est rien. Le beurre de Karité ne se rencontre qu’à plus de vingt journées de marche au delà du territoire du cercle, en plein Fouta; les graines qui arrivent quelquefois à Boké, et toujours en petit nombre, n’y sont guère considérées que comme des objets de curiosité. »
- Si maintenant nous passons dans la région du Nil, voici ce que nous révèle G. Sehweinfurth concernant les localités les plus importantes de ce végétal. On le trouve chez les Bongos, chez les Mittous, et chez les Niams-Niams.
- Après cette rectification des diverses stations de
- cet arbre précieux, après cette description rectificative du végétal rendue nécessaire par les erreurs et les inexactitudes qui en obscurcissaient la connaissance, nous nous occuperons de ses parties utiles. « Les fruits sont consommés sur place par les indigènes1 : au nombre de 6 à 8 par rameaux sur les plants vigoureux et en plein rapport, ils arrivent à complète maturité en juillet et août. Ils sont de la grosseur d’une de nos grosses prunes de France et forment des drupes à épicarpe d’un vert noirâtre à maturité. Le sareo-carpe est charnu, verdâtre, comestible,... » (Bau-cher). Certains auteurs comparent sa saveur à celle de nos sorbes blettes, mais M. Baucher déclare qu’il est difficile d’en comparer le goût à celui d’un de nos fruits de France; cependant, ajoute-t-il, à ce point de vue il se rapprocherait assez du prunier sauvage. La mission Gallieni (loc. cit.) déclare par contre que cette chair est savoureuse et excellerite au goût.
- Quoi qu’il en soit de la valeur de cette pulpe qui ne saurait nous arriver en France, le fruit, dépouillé de son sarcocarpe de 1 centimètre d’épaisseur au plus, livre une graine ovoïde recouverte d’un épis-perme dur, corné, lisse, luisant, de couleur isa-belle (fig. 1). Mais cette coque n’est pas uniformément lisse et luisante sur toute son étendue, elle présente une surface rugueuse (sf) en cœur allongé et portant à son sommet un pinceau de fibres (faisceaux fibro-vasculaires nutritifs de la graine) qui constituent le reste du trophosperme (cordon ombilical), c’est la surface hilaire. Le volume et le poids de cette graine sont éminemment variables. Sur un total de 50 kilogrammes environ de ces graines sèches, j’ai pu trouver les trois catégories indiquées sur le tableau ci-contre avec leurs poids relatifs d’embryon et d'épi sperme.
- Graine très petite, pesant 4e',80 donne....... . . . ) Episperme
- I Embryon.
- Graine moyenne, pesant 8«‘,30, donne.............) Episperme,
- J * / Embryon.
- Graine grosse, pesant llf,10, donne..............\ Ep*®Perme
- ( Embryon.
- If,30 3f,5Q lf,9;t 6f,40 3f,90 7«r,30
- En poids, l’épi-sperme est à l'embryon dans le rapport de i à 3 environ.
- Une coupe transversale de l’épisperme m’a donné les couches suivantes (fig. 11). On trouve en strates très serrées, et sans aucun méat entre elles, des cellules ligneuses à parois très épaisses et présentant une lumière linéaire. Cette enveloppe crustacée est sans intérêt d’application, mais il n’en est pas de même de la graine formée entièrement par l’embryon et par une enveloppe (tegmen) très mince de couleur brune et veinée de blanc (fig. 2).
- De consistance ferme et cireuse, de couleur blanche quand elle est fraîche, elle devient brun-rougeâtre quand elle a vieilli et qu’elle a perdu son eau de végétation. Son odeur est aromatique et agréable ; on la retrouve, du reste, dans le corps gras qui l’imprègne en entier quand ce dernier a été séparé par des dissolvants. Sur une coupe longitudinale de la graine on trouve, en allant de l’extérieur vers
- l’intérieur : 1° (fig. 5 teg) une couche protectrice appartenant au tegmen ; 2° un épiderme [ép) à une couche de cellules plates; 3" des cellules vides de grande dimension (cv) disposées en séries longitudinales ou éparses dans des cellules plus petites formant le fond constitutif de l’embryon; ces grandes cellules sont vides ; 4° des cellules plus petites pleines ou vides (cp et cv'). Les cellules pleines cp ont un contenu coloré en jaune et renfermant de l’aleurone granuleuse, les autres petites cellules sont entièrement vides de tout contenu. Edouard Heckel,
- Professeur à la Faculté des sciences de Marseille.
- — A suivre. —
- 1 M. Baucher dit à propos de la récolte : « On ne fait pas la cueillette de ce fruit à proprement parler, mais, chaque matin, les femmes et les enfants vont ramasser ceux qui sont tombés.
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- RÔLE DES BARRAGES
- EN PAYS DE MONTAGNE
- L’inégale répartition des neiges et de la pluie engendre deux effets redoutables en raison de la dénudation des montagnes : les inondations et les sécheresses prolongées.
- Les inondations accumulent plus de ruines en un instant et frappent davantage l’imagination des peuples. Les sécheresses persistantes, moins désastreuses en apparence, affectent simultanément de plus grandes étendues du territoire et causent en réalité de plus sérieux dommages.
- le sud de l’Espagne montrent aussi le parti avantageux qu’on peut tirer des retenues pour corriger l’appauvrissement toujours croissant de nos cours d’eau pendant l’été.
- Partout où les sécheresses proviennent de l’inégale répartition des pluies et non point de l’insuffisance du volume d’eau qui tombe annuellement sur le sol, le remède est trouvé depuis longtemps. Il suffit d’ emmaganiser les eaux qui tombent en excès pendant la saison des pluies et de les conserver pour les périodes sèches. Les réservoirs augmentent les eaux d’étiage qui sont un bienfait pour l’agriculture, l’industrie et la navigation fluviale. En alimentant les cours d’eau, ils favorisent le repeuplement des rivières et protègent les poissons contre
- Dès Ja plus haute antiquité, les hommes ont cherché un remède à ces fléaux terribles et cru le trouver dans l’établissement de vastes retenues qui substituent un débit rationnel aux apports d’eau capricieux des agents atmosphériques.
- Au point de vue des sécheresses, la solution est bonne assurément. Les réservoirs qui mettent au service de l’agriculture et de l’industrie, pendant l’été, l’excédent d’eau de la saison pluvieuse, atténuent dans une large mesure les inconvénients dus à l’inégale distribution des eaux pluviales. Les antiques réservoirs établis dans l’Inde et à Ceylan ont répandu autour d’eux la fraîcheur et la fertilité. Les grands travaux d’irrigation exécutés dans
- les maraudeurs. Ainsi à tous égards, le bon aménagement des eaux est une des œuvres les plus utiles à entreprendre. Ce travail ne peut s’exécuter convenablement qu’à l’aide de puissants réservoirs construits dans la partie supérieure des vallées. C’est dans cette région que l’eau emmagasinée peut rendre la plus grande somme de services puisque en descendant elle se trouve, à tous les étages, comme force motrice, comme moyen d’irrigation. C’est là aussi qu’on rencontre généralement le plus de commodité pour créer des réserves ou utiliser celles que la nature a mises à notre disposition. Une simple décantation suffit pour rendre utilisables certains lacs de montagnes, creusés dans des gorges si sauvages qu’il est impossible d’y transporter les
- Fig. 1 _— Torrent de Riou-Bourdoux (Basses-Alpes) Barrage de consolidation. (D’après une photographie de M. H. Labbé.)
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- LA NATURE.
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- matériaux de choix nécessaires à la construction d’un barrage. Cet ingénieux procédé a été appliqué avec succès au lac Bleu près de Bagnère-de-Bigorre ; aux réservoirs du Rio-Rimac qui alimentent les villes de Lima et Callao avec tous les canaux d’irrigation de la contrée.
- Si les intérêts de l’agriculture, de l’industrie et même de la navigation réclament l’exécution de barrages-réservoirs, la cause des inondations a peu de chose à y gagner. Le point de savoir s’il est possible de diminuer notablement le niveau et par suite les ravages des crues, en créant dans les parties hautes des vallées des réserves assez nombreuses, a été longuement discuté, mais la solution de ce
- problème est encore à trouver. I)’une part, en effet, le relief du terrain ne se prête pas partout à l’établissement de retenues assez vastes pour conjurer le danger ; la masse d’eau à retenir défie souvent les moyens dont nous disposons. D’autre part, les systèmes préconisés supposent presque tous un certain ordre dans les époques des crues des affluents des cours d’eau à pacifier, c’est-à-dire, dans les phénomènes atmosphériques qui obéissent en réalité, à des lois sur lesquelles nous n’avons aucune prise. D’ailleurs, le résultat ne saurait être obtenu qu’en substituant à la submersion de la vallée principale, celle des vallées latérales qui peut être aussi désastreuse.
- Ces considérations démontrent qu'il serait prématuré de voir aujourd’hui dans les retenues un moyen général et efficace d’atténuer les inondations. L’homme a cependant une action sur ce fléau redoutable. 11 peut combattre, par des procédés de culture rationnels, l’influence du ruissellement dans les parties où elle est le plus nuisible ; assurer à la fois la stabilité du sol et la division des eaux courantes en minces filets, à l’aide d’une végétation permanente, herbacée ou ligneuse. Ces deux modes de culture s’imposent, surtout dans les bassins imperméables, comme les moyens certains de remédier aux dangers du ruissellement et, par suite, à ceux des inondations. Quant à la préférence à donner à l’un ou à l’autre, lorsqu’il s’agit de rétablir le lapis
- végétal sur des versants dénudés, elle varie avec le circonstances. Tantôt les besoins locaux de l’agriculture priment les intérêts forestiers ; tantôt, au contraire, l’utilité publique exige la production du bois : tel est le cas de l'extinction des torrents. La végétation ligneuse est, en effet, le meilleur moyen de défense à employer quand il s’agit de prévenir la formation ou d’arrêter les ravages des torrents.
- Les travaux d’art seuls sont impuissants à perpétuer ce précieux résultat, bien qu’il semble possible d’empêcher les érosions dans la montagne par le moyen des murs de chute. Si l’on parvenait à supprimer tous les affouillements dans les hautes régions des torrents, il est certain qu’on arrêterait par là même les exhaussements de la partie inférieure ;
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- un seul procédé protégerait à la fois les propriétés de la montagne et celles de la vallée. Malheureusement Remploi des barrages ne supprime l’affouille-ment que dans les ravins ; il laisse sans protection contre les agents atmosphériques les croupes dénudées qui séparent les thalwegs entre eux.
- Dans le cas même où les érosions à combattre seraient limitées au lit du torrent, ce moyen de défense présenterait de tels inconvénients qu’il faudrait renoncer à le considérer comme un remède efficace susceptible d’une application générale.
- Le système des barrages est décisif quand il s'agit d’immobiliser des matériaux en marche ou de donner au lit une assiette invariable; il est incapable de prévenir la formation des laves et des avalanches, de tarir les sources auxquelles le torrent puise les débris qu’il charrie. La végétation procure et perpétue ce triple résultat.
- Si les barrages employés seuls sont impuissants devant les torrents, ils jouent un rôle très important dans leur correction, à titre de travaux préparatoires et complémentaires des reboisements. Les curages de lits, les digues, en protégeant le pied des talus contre les divagations capricieuses des eaux, permettent aux berges de prendre une forme invariable. Les barrages offrent, en outre, l’avantage d’élargir la section et de supprimer l’affouillement longitudinal (fig. 1). Grâce aux drains et aux rigoles pavées, il est possible de ralentir ou même d’arrêter les glissements, les éboulements, tous les mouvements de terrain de nature à entraver la reprise de la végétation. Il serait puéril, en effet, de vouloir reverdir d’emblée des berges instables et croulantes. Le reboisement immédiat de toutes les parties stables du bassin de réception diminue parfois le débit dans une proportion telle que le torrent se transforme lui-même en un mince filet d’eau, sans masse, sans vitesse; alors un simple curage de lit suffit pour assurer l’immobilité et, par suite, le boisement naturel des berges. En général, la violence du torrent, après qu’on a boisé son bassin de réception, est suffisante pour saper le pied fragile des talus et entretenir dans les berges des éboulements permanents. Dans ce cas, pour éteindre le torrent, l’obliger à couler clair, il est nécessaire de substituer un lit fixe et déterminé aux canaux a sections mobiles et étroites dans lesquels circule le liquide torrentiel. Ce résultat s’obtient le plus souvent au moyen de murs de chute ou barrages. Il suffit de jeter les yeux sur la vue représentée fig. 2 pour voir que ces ouvrages, véritables profils en travers matériels, provoquent, à l’amont, de vastes atterrissements dont le but est tout à la fois d’exhausser et élargir le lit ; à l’aval, des chutes appelées à diminuer la violence des eaux. En échelonnant convenablement ces barrages, on parvient à imposer au torrent un lit rationnel, invariable, puisque la couronne de chacun d’eux dessine le profil en travers et fixe un point du profil en long du canal régulier qu’il s’agit d’établir. La figure 2 représente une partie corrigée du
- canal d’écoulement du torrent de Vachères, près d’Embrun. Le lit instable de l’impétueuse rivière torrentielle a été transformé par une série de barrages peu élevés en un chenal régulier, solide, à chutes destinées à ralentir la vitesse des eaux, à pentes assez faibles, à sections transversales suffisamment larges pour conjurer tout danger d’affouil-lement et permettre à la végétation de prospérer sur les rives. De pareils ouvrages se nomment barrages de consolidation.
- Dans certaines circonstances, il importe d’arrêter le charriage des matériaux dès le début des travaux, soit pour la protection des voies de communication importantes, soit en vue de sauver d’une ruine ou d’une destruction imminente les cultures et les habitations voisines du torrent. Cette obligation s’impose également chaque fois qu’on se trouve en présence d’un torrent alimenté par un glacier ou surmonté de rochers qui se désagrègent et se décomposent sous l’influence des agents atmosphériques. Quand le relief du terrain ne permet pas d’agir dans la montagne, on se contente d’arrêter les déjections au moyen de places de dépôts convenablement disposées sur les cônes. Mais les barrages ont la priorité chaque fois qu’il s’agit de retenir et conserver dans le sein de la montagne les matériaux fournis au torrent par les régions supérieures.
- Les barrages de retenue doivent satisfaire à des conditions particulières. Leur rôle ne consiste pas, comme pour les ouvrages de consolidation, à jalonner au torrent un cours rationnel et inoffensif; ils ont pour but la création de vastes retenues de matériaux et sont construits de préférence dans les parties hautes et resserrées de la gorge, à la base d’épanouissements considérables. Leur efficacité croît avec leur hauteur et cesse dès que l’atterrissement a atteint la pente de compensation; à partir de ce moment, les blocs détachés des sommets franchiraient l’obstacle si l’on négligeait d’exhausser le barrage primitif ou d’en construire un autre à l’amont du précédent.
- En résumé, le rôle du barrage en montagne est multiple. Suivant sa destination, on le désigne sous les noms de barrage-réservoir, barrage de retenue, barrage de consolidation.
- Le barrage-réservoir est l’instrument essentiel du bon aménagement des eaux si utile à l’agriculture, l’industrie, la navigation intérieure, l’assainissement, des villes. La rupture d’un ouvrage de ce genre peut entraîner des conséquences épouvantables. En présence d’une pareille éventualité, personne n’est admis à faire preuve de hardiesse, ni à présenter au public le gage d’une responsabilité impuissante à réparer d’aussi grands désastres.
- Les barrages de retenue et de consolidation sont des auxiliaires précieux pour faire renaître la végétation sur les versants ruinés et croulants des montagnes. Dans un même thalweg, les premiers sont toujours situés à l’amont des seconds qu’ils protègent contre la chute des blocs. Les barrages de con-
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- solidation s’opposent à i’affouillement et fixent le lit des torrents; ils constituent le genre de défense le plus efficace lorsqu’il s’agit de garantir une petite longueur de propriété située sur des pentes douces.
- Mais, qu’on ne l’oublie pas, la puissance destructive des torrents défie tous les travaux de maçonnerie : la végétation seule peut la vaincre en s’aidant des barrages qu’elle protège à son tour contre la violence des eaux. Les travaux d’art, si robustes soient-ils, perdent chaque année de leur solidité; ils ne se maintiennent qu’au prix de soins dispendieux et sans cesse renouvelés, tandis que chaque printemps apporte aux ouvrages vivants des forestiers une pousse, une vigueur nouvelle.
- Fabien Bénardeau.
- L’EXPLOSION DE HELL-GATE
- PRÈS DE NEW-YORK
- Le 10 octobre 1885, à onze heures du matin, a disparu dans une gigantesque explosion, le Flood Rock, qui obstruait si malencontreusement le canal de Hell-Gate, à l’entrée de la baie de New-York.
- Ce rocher était un obstacle considérable pour la navigation, car il réduisait la largeur du canal de 1200 pieds à 600 pieds, et il modifiait le régime des marées.
- Les travaux destinés à faire disparaître cet obstacle furent entrepris en 1875 sous la direction du général Newton, ingénieur en chef. Nous avons, donné précédemment la description complète des galeries souterraines qui ont du être creusées à cet effet1 : il a fallu dix années pour préparer l’explosion qui a si heureusement terminé l’œuvre. Ce travail a consisté dans le percement de galeries dont la longueur totale est de 21670 pieds (6420 mètres), percées à 15 mètres au-dessous du niveau des plus basses eaux : 24 galeries dans la direction nord-sud traversées par 46 autres dans la direction est-ouest formant une sorte de quadrillage ou damier dont on a retiré environ 40 000 mètres cubes de matériaux laissant environ 250 000 mètres cubes dans les piliers.
- Ces galeries avaient, en moyenne, 5 mètres de hauteur sur 2 mètres de largeur. Pendant tout le cours des travaux, il a fallu s’opposer aux infiltrations en tamponnant les fissures avec des bois, la pression élevée de l’eau s’opposant à l’emploi du ciment.
- On a ensuite percé les piliers, à la base et au sommet, pour y loger dés cartouches de dynamite. Ces trous avaient en moyenne 12 centimètres de diamètre, et 2m,7 de longueur, placés à des distances de lm,20 à lm,50. L’inclinaison donnée aux trous des cartouches était variable, de façon à couper le plus possible les stratifications du terrain.
- Il n’a pas fallu moins de 14000 cartouches de dynamite ou de rackarock, pesant ensemble 14000 kilogrammes pour remplir les trous de mine ; l’inflammation simultanée de toutes ces cartouches a été faite par l’électricité, comme cela avait eu lieu déjà précédemment pour une opération partielle.
- L’explosion a produit seulement, au dire des spectateurs voisins, un grondement sourd, mais sans ébranlement sensible du terrain, même à une petite distance, et la projection d’une colonne d’eau et de débris divers, pré-
- 1 Voy. n° 184, du 9 décembre 1876, p. 25.
- sentant l’aspect général d’un iceberg, et d’une hauteur de 50 à 60 mètres. On craignait qu’un ébranlement si considérable ne produisît des ravages sur les bords de la mer, et nombre de riverains effrayés avaient cru devoir s’éloigner à l’avance.
- Un incident curieux montrant bien la puissance de l’imagination en présence d’un fait anxieusement attendu et qu’on croit arrivé : un savant professeur, placé à une certaine distance du lieu de l’explosion, a publié un rapport détaillé de ses sensations quelques secondes après le moment fixé pour cette explosion; mais comme la mise en feu n’a eu lieu qu’après un certain retard, il en résulte que ces sensations se sont produites douze minutes avant l’explosion elle-même !
- L’inflammation simultanée de 14000 cartouches est un fait important dans les annales du génie civil : avant l’invention des préparations spéciales de nitro-glycérine, il aurait fallu au moins 5 fois plus de poudre à canon pour produire ces effets, et encore eussent-ils été moins localisés et moins satisfaisants. On estime qu’après l’enlèvement des plus gros rochers, le reste des débris pourra se retirer rapidement et simplement à l’aide d’excavateurs.
- L’exemple fourni par cette expérience sur une grande échelle ne sera pas perdu, et plus d’une fois encore on aura recours à la dynamite pour dégager des passes dangereuses et améliorer les conditions de la navigation à l’entrée des ports.
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- UNE EXPOSITION INTERNATIONALE
- A LIVERPOOL, EN 1888
- Une Exposition sera ouverte de mai à octobre 1886, à Liverpool. Elle comprendra trois grandes divisions : 1° navigation; 2° moyens de locomotion; 5° commerce et industrie.
- Le but de cette Exposition est de suivre l’histoire et le développement des voyages par terre, par eau, et dans l’air. L’Exposition comprendra également des spécimens de l’industrie, et des articles du commerce de l'Univers, dus en si grande partie aux progrès de la science moderne dans la création et le perfectionnement de moyens de locomotion et de moyens de transport. On réunira ainsi une collection de modèles de toutes sortes : navires, anciens et modernes, indiquant les modes et matériaux de leur construction, machines et autres engins, embarcations de toutes espèces, bassins, ports, phares et feux, appareils de sauvetage, et tous autres objets se rattachant aux voyages par eau. Dans la section des voyages par terre seront exposés des spécimens de voiture, carrosses et charrettes de tous les pays et de toutes les époques, l’histoire de la vapeur comme force motrice, y sera entièrement représentée, et on y placera les modèles et spécimens de tous les engins, tant indigènes qu’étrangers, destinés au transport des voyageurs et des marchandises. Dans les sections du commerce et de l’industrie, on exposera des échantillons de tous les produits, et procédés de fabrication démontrant le progrès et le développement de l’industrie indigène et étrangère.
- L’Exposition est patronnée par la reine d’Angleterre et présidée par le prince de Galles : c’est dire que son succès en Angleterre est assuré. Le surplus des bénéfices est destiné à la fondation, à Liverpool, d’une école technique artistique et industrielle.
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- LA NATURE.
- POMPE UNIVERSELLE
- A CLAPETS MOBILES
- Nous avons eu l’occasion de voir fonctionner cette pompe d’un nouveau système. Elle nous a paru intéressante et digne d’être signalée. L’appareil consiste, comme le montre la figure 1, en un disque métallique muni de deux tubulures et d’une poignée. Le tuyau adducteur est terminé par une petite pomme d’arrosoir que l’on plonge dans un baquet d’eau ou un seau représenté à gauche de la figure; on imprime un mouvement de va-et-vient à la poignée que l’on actionne de la main. L’eau jaillit avec force à l’extrémité du tuyau de décharge qui se termine par un ajutage. Cette petite pompe nous a été montrée pour l’arrosage d’une cour vitrée; elle peut servir à tout autre emploi pour d’autres liquides, et est certainement appelée à rendre des services.
- Arrivons à présent à la description de l’appareil, après avoir indiqué son mode de fonctionnement.
- La pompe universelle consiste en un bâti rond un peu conique, à l’intérieur duquel se trouvent deux palettes pourvues chacune de deux soupapes sur leur surface supérieure; ces soupapes sont respectivement en regard l’une de l’autre (fig. 2). La palette inférieure est fixe, celle supérieure mobile, et peut être animée d’un mouvement vertical à l’aide d’un levier. Le mécanisme est donc très facile à comprendre. Lorsqu’une des ailes de la palette supérieure s’abaisse, l’autre s’élève, forme le vide entre la palette inférieure, produit par conséquent l’aspiration; l'autre aile de la palette qui s’abaisse produit
- une compression et par conséquent le refoulement.
- Le mécanisme est des plus simples et peut être facilement réparé ; c’est en quoi consiste l’avantage de cette pompe. Sa force d’aspiration est de 4 mètres de profondeur (pouvant être portée à 7 mètres avec une soupape intermédiaire (Zwi-schenventil), et la force de refoulement est de 27 mètres; elle se construit en 12 modèles différents pouvant débiter de 15 à 270 litres à la minute. Elle peut donc servir aux applications les plus multiples ; elle s’adapte aussi bien aux fontaines domestiques, aux fontaines publiques, à l’élévation de l’eau dans les différents étages d’une maison. Elle peut être montée comme pompe à incendie, pompe d’arrosage, pour les appareils a douche, pompe pour les bières et les vins, les huiles ' et le pétrole, etc. Elle sert pour tous les liquides, quelle que soit leur densité.
- La pompe que nous avons représentée est celle du plus petit modèle, elle peut être considérée comme un appareil domestique pour l’arrosage. Le disque du système se monte sur un support de bois que nous n'avons pas représenté, et qui peut prendre une forme quelconque suivant les usages. Les pompes de plus grand format sont plus spécialement usitées pour les besoins de l’industrie, elles s'appliquent très bien à la fabrication de la bière et sont fréquemment employées dans les brasseries, en Angleterre.
- La pompe universelle est actionnée très facilement, et les mouvements du bras ont une course beaucoup moins grande avec ce système qu’avec la pompe ordinaire.
- Fig. 1. — Pompe universelle. Vue extérieure.
- Fig. 2. — Détail intérieur du mécanisme.
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- LA NAT UH R.
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- DISTRIBUTEUR AUTOMATIQUE
- DE CARTES POSTALES ET D’ENVELOPPES TIMBRÉES
- Ce serait une grande commodité pour le public, si chacun avait à sa disposition, hors de chez lui, nuit et jour, en tous lieux, à toute heure, des cartes postales et des enveloppes timbrées contenant une feuille de papier à lettre. Pratiquement il conviendrait de rendre les dépôts d’approvisionnement aussi nombreux que les boîtes aux lettres.
- On ne peut songer à obtenir cette multiplicité désirable, au moyen de débits toujours ouverts, car les frais de location, de personnel, d’éclairage, etc., s’élèveraient hors de proportion avec le rendement à espérer.
- MM. SandemanetEve-ritt ont heureusement résolu ce problème grâce à une distribution automatique. Leur appareil n’exige, pour fonctionner, la présence d’aucun employé. Une ou plusieurs visites par jour suffisent pour alimenter le distributeur; le reste est affaire du public.
- Notre gravure rend compte de la disposition de ce que l’on a appelé en Angleterre : Post card and stamped en-velope public snpply.
- Une boîte en fonte d’environ 0m,45 de largeur, de 0m,35 de haut, et de 0m,52 de profondeur , est recouverte d’un couvercle incliné formant pupitre et sur lequel on peut écrire.
- Derrière, un tableau indique k l’acheteur la manière d’opérer. Cette hoite est divisée en deux compartiments. Celui de gauche contient un paquet de cartes postales. En dessous du paquet il y a un tiroir dont la cavité peut être remplie exactement 'par une carte postale et une seule : j’ai remarqué que ces cartes étaient faites d’un carton plus épais que les cartes postales ordinaires. Le tiroir, par un mécanisme approprié, reste fermé et résiste au tirage; mais si l’on introduit k travers la fente pratiquée dans le couvercle, une pièce d’un penny (deux sous), le tiroir peut être tiré, amenant avec lui une carte postale, la dernière au bas du pa-
- quet l. Quand on repousse le tiroir, il s’enclenche k nouveau et se trouve prêt k livrer une nouvelle carte moyennant une nouvelle pièce. Et ainsi de suite jusqu’à épuisement du paquet.
- A ce moment, par le retrait de la dernière carte, un ressort obture la fente, et ne permet pas au public de perdre inutilement ses sous, l’avertissant en même temps, par l’inscription vide, du motif de l’obstruction.
- Dans le compartiment de droite se trouve le paquet d’enveloppes timbrées. La manœuvre pour s’en procurer une est exactement la même que tout à
- l’heure : au lieu d’une fente et d’un penny k y mettre, il y a deux fentes qui doivent recevoir chacune son penny.
- Quand d’un côté ou de l’autre, la tire-lire a reçu son compte, le mécanisme obture les fentes jusqu’à ce que la marchandise payée ait été retirée.
- Nous avons vu fonctionner cet appareil ingénieux, honnête et impeccable, dans toutes les gares de Londres. Il est disposé de telle façon qu’il reste sous la surveillance possible des employés de la gare (guichet de billets, enregistrement des bagages, etc.). En effet, bien que les fentes ne permettent que l’introduction de pièces de monnaie de dimensions fixes, et que le mécanisme ne fonctionne que sous l’action d’un poids donné, il s’est présenté quelques cas où des amateurs, peu scrupuleux et fort ingénieux, ont introduit dans la tirelire des lamelles de plomb ayant exactement le poids d’une pièce d’un penny, mais ce fait est très rare. D’ailleurs le risque n’est pas grand, chaque compartiment ne contenant que 25 cartes ou enveloppes. 11 serait facile, au besoin, d’installer une sonnerie électrique automatique dont le tintement, en attirant l’attention des passants, troublerait les consciences coupables.
- Cette boîte coûte environ 15(f francs; près d’une
- 1 Ce système est analogue à celui des tire-lires automatiques qui ont été précédemment décrites dans La Nature. (Yoy. n°209, du 2 juin 1877, p. 15.)
- Boite à cartes postales, automatique, à Londres.
- Il suffit de mettre une pièce de deux sous dans la boîte, pour que le tiroir puisse s’ouvrir avec une carte postale. Le compartiment de droite est réservé aux enveloppes timbrées avec papier à lettres.
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- LA NATURE.
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- centaine se trouvent placées dans les gares, dans les cafés de Londres. Elles ont un grand succès de curiosité, mais un succès plus grand encore d’utilité. Le dimanche, en Angleterre, tout est fermé, et le seul moyen de se procurer une carte postale ou une enveloppe timbrée est d’avoir recours au stamp supply box. Nous ne serions pas étonnés, d’ici peu, de voir utiliser cet ingénieux vendeur pour débiter de menus objets ayant un prix fixe et des dimensions régulières : boîtes d’allumettes S cigares, billets d’omnibus ou de métropolitain à prix lixe, etc., etc.
- Notre gravure représente un passant qui, après avoir mis dans la tire-lire son penny, retire sa carte postale. L’aspect général de ces boîtes peintes en rouge n’est pas très séduisant, mais là encore, comme en toutes choses, morales ou matérielles, on admire cet esprit pratique qui fait de l’Angleterre l’un des pays les plus agréables à habiter quand une fois on a pris l’habitude de ne rien juger sur la première apparence. Ernest Ylasto,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- CHRONIQUE
- Photographie en ballon. — On exécute actuellement de toutes parts des essais de photographie en ballon. Après le succès qui a été obtenu par MM. G. Tissandier et J. Ducom, M. Pinard, photographe à Nantes, a rapporté plusieurs clichés très satisfaisants de son voyage aérien exécuté le 14 juillet dernier, avec M. Julhes, aéronaute. Le 12 de ce mois, M. Albert Weddel, accompagné de M. Lhoste, a entrepris sous les auspices de M. le général Boreskoff, une nouvelle expédition de photographie aérienne qui a fort bien réussi. Le départ a eu lieu à deux heures de l’usine de la Villette; M. Weddel a pris plusieurs vues à des altitudes de 500 à 1000 mètres. 11 a réussi notamment à rapporter une bonne photographie du fort de Yincennes pris en plan. M. le général Boreskoff s’occupe très activement, au nom du gouvernement russe, des ressources que l’aéronautique peut fournir à l’art militaire, et, il a essayé samedi dernier un système de télégraphie optique, qui a été installé par M. Weddel et qui est destiné à être utilisé dans la nacelle des aérostats captifs de l’armée russe.
- Le menthol et les crayons anttmigraine. —
- On vend beaucoup à Paris, depuis quelques mois, des petits étuis de bois à vis, qui renferment une matière blanche, analogue d’aspect au camphre. Ce produit frotté sur le front y produit une sensation de fraîcheur et remédierait, affirme-t-on, aux maux de tête. Quelques personnes nous ont dit que ce produit leur avait plusieurs fois réussi. Nous n’avons pas fait d’expériences à ce sujet. On nous a demandé quelle était la nature de cette substance ; nous allons sur ce point renseigner nos lecteurs. Elle est constituée par un mélange de menthol aggloméré avec de la paraffine. Le menthol est un produit qui est importé du Japon. C’est un iso-alcool (Cl0H4°0) solide,
- 1 Au moment de mettre sous presse, un de nos collaborateurs, venant de Londres, nous apprend que le distributeur automatique de boites d’allumettes fonctionne déjà très utilement dans la capitale de la Grande-Bretagne. G, T.
- cristallisé, soluble dans l’alcool. Il fond à 42° et bout à 212°. Il est extrait de l’essence de menthe, et a l’odeur caractéristique de cette substance. Quand le menthol arrive du Japon, il est mélangé de sulfate de magnésie dont on le débarrasse par l’action de l’eau. Il est purifié en Allemagne et en Angleterre.
- Courses électriques pour l'amélioration des télégraphistes. — Inutile de dire que ceci se passe à New-York. Une douzaine de télégraphistes ont été réunis dans un même bureau, et ont été chargés de transmettre une même dcpêche de 500 mots, formant avec la ponctuation un total de 2658 signaux. De forts paris avaient été engagés. Le premier prix a été remporté par M. J.-W. Robson, aussi bien pour la rapidité que pour la correction de la transmission. Il lui a suffi de 10ra,52" pour expédier le message; le dernier avait terminé au bout de treize minutes. Le lauréat a donc réussi à transmettre 4 signaux par seconde, et ce, pendant 652 secondes sans arrêt. Les télégraphistes appartenant au beau sexe devenant de plus en plus nombreuses, on se propose d’établir de pareils concours parmi ces dernières. Ces courses originales, dit l’Electricien, permettront par une sélection intelligente d’obtenir, au bout d’une ou deux générations, des résultats tout à fait surprenants.
- Une petite lampe h incandescence. — M. Swan est parvenu à fabriquer un filament d’une finesse excessive et qui ne demande qu’un courant de 0,14 ampère. Avec un courant aussi faible et une différence de potentiel aux bornes de 12 à 15 volts (1,8 watt), on obtient une lumière d’environ une demi-bougie, suffisante pour remplacer une lampe ordinaire de mineur, qui ne produit certainement pas davantage. Le progrès réalisé par M. Swan dans la fabrication des lampes nous conduit à une application qu’on aurait à peine osé signaler il y a quelques années : L'éclairage électrique par les piles Leclanché. Il est certain qu’on peut construire facilement des piles Leclanché débitant 2 dixièmes d’ampère sans polarisation. Avec 80 éléments en tension et un filament demandant 100 volts et 0,15 ampère ou 0,2 ampère, on obtiendrait une lampe de 15 à 20 watts, donnant 5 à 6 bougies et parfaitement suffisante dans la plupart des cas. Où s’arrêtera le progrès ?
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 octobre 1885.— Présidence de M. Boulet.
- Le dinocéras. — Dès la porte d’entrée, le regard est attiré par d’énormes échantillons qui chargent la table des lectures. Ce sont les moulages en plâtre des spécimens recueillis dans les couches éocènes du Wyoming, au pied des montagnes Rocheuses. Leur découverte, due àM .Marsh, a été un véritable événement scientifique, car ils ont révélé l’existence, à l’époque tertiaire inférieure, de mammifères plus gros que des rhinocéros et offrant des caractères d’organisation sans analogue dans la nature actuelle. M. le professeur Albert Gaudry, qui vient d’obtenir de M. Marsh, en faveur du Muséum, une longue série de ces fossiles américains, insiste sur leur intérêt au point de vue de la doctrine transformiste. Le célèbre auteur des Enchaînements du monde animal signale le contraste de la faune tertiaire américaine avec celle de nos régions : là-bas des géants, ici des pygmées; mais il ajoute que, malgré leurs dimensions considérables, les
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- LA NATURE.
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- mammifères du Fçir West n’eu sont pas moins marqués au sceau de l’infériorité la plus évidente. Du dinocéras, la bête la plus cornue qui ait jamais été, suivant l’expression de M. (ïaudry, nous possédons aujourd’hui, grâce à M. Marsh, l’encéphale moulé en plâtre : à peine est-il plus gros que le poing, quoique sortant d’une tête d’un mètre de long ; sa surface est presque dépourvue de circonvolutions, et les hémisphères ne retrouvent en aucune façon les nerfs olfactifs.
- M. Alphonse Milne-Edwards remercie M. Gaudry d’avoir enrichi le Muséum de ces précieux moulages, et il fait remarquer que les six protubérances dont le crâne du dinocéras est orné ne devaient pas porter de vraies cornes, mais plutôt se rapprocher des bosses connues chez le phacochère. Aussi se demande-t-il si ces ornements, au lieu d’être un caractère spécifique, ne distinguaient pas simplement un sexe de l’autre.
- Les dents du cachalot. — On admet, en général, que les cachalots n’ont de dents qu’à la mâchoire inférieure. M. le professeur Georges Pouchet rectifie les notions qu’on doit avoir à cet égard, grâce à la bonne fortune qu’il a eue de pouvoir disséquer un fœtus de ce cétacé. 11 est très rare, en effet, de disposer de cachalots, malgré des échouements nombreux : il y a bien peu de temps, soixante individus ayant été rejetés par la mer dans la baie d’Audierne ; ils furent détruits sans qu’aucun musée en ait profité. Dans les collections, ils sont fort rares. On se rappelle le gigantesque spécimen qui ayait valu son nom, d’ailleurs erroné, à la cour de la Baleine. C’était un squelette monté sous la direction de Cuvier, mais à une époque où l’on était si mal au courant de son anatomie, qu’il avait un tiers de vertèbres de plus que la nature ne lui en avait accordé. Quoi qu’il en soit, il résulte du travail de M. Pouchet que durant les premiers temps de leur vie, les cachalots ont eu huit dents de chaque côté de la mâchoire supérieure. Ces dents sont couchées sur le palais, la pointe dirigée vers la ligne médiane, et par conséquent dénuée de toute importance fonctionnelle : elles sont là comme pour témoigner en faveur du grand principe de l’unité de constitution.
- Entomologie expérimentale. — M. Beauregard, aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle, qui poursuit depuis si longtemps les études embryogéniques sur les métamorphoses des coléoptères vésicants, signale aujourd’hui les mœurs de YEpicanta verlicalis. Cet insecte, au lieu de se nourrir, à l’état, de larve, de miel comme font les cantharides, les meloës, les mylabres, vit d’œufs de criquets. L’auteur, ayant affaire à une espèce très rare, a dù élever artificiellement les sujets sur lesquels il opérait, et, pour les nourrir, aller chercher dans le ventre même des criquets des œufs qui fussent suffisamment frais : ceci dit pour montrer la difficulté de semblables recherches.
- Classification et origine des météorites. — Dans un mémoire dont j’ai donné lecture à l’Académie, je réfute les critiques aussi violentes que mal fondées de M. Bré-zina (de Vienne), au sujet de mes recherches sur les météorites. Ces travaux, qui m’occupent depuis vingt ans, ont été couronnés par l’Académie et en partie publiés dans le Recueil des savants étrangers.
- Après avoir contesté la légitimité des types lithologiques que j’ai distingués parmi les pierres tombées du ciel, et d’après lesquels est classée la collection du Muséum, mon contradicteur tente laborieusement entre les diverses inclusions des météorites une confusion semblable
- à celle qu’on pourrait s’ingénier à faire naître entre les cailloux roulés d’un poudingue et les sphirules cristallisés du diarite orbiculaire ou du pvroméride. Il néglige en effet de remarquer que les pierres vraiment chondritiques font partie pour la pulpart, non pas des types que je considère comme bréchiformes, mais de la grande catégorie de météorites que j’ai appelées primitives ou normales *. De celles-ci j’ai dit qu’elles ont dù se produire « par la concrétion pure et simple de l’atmospbère photosphérique d’un astre construit sur le même plan que le soleil », et plus loin : « Il paraît difficile de ne pas admettre que les chondres sont aux roches de précipitation gazeuse ce que les dragées de Carlsbade et le fer en grains, sont aux roches de précipitation aqueuse. »
- J’ai décrit des méthodes qui permettent de faire des chondres une imitation fidèle sans qu’il y intervienne quoi que ce soit qui, de près ou de loin, concerne des phénomènes élastiques. Les globules artificiels sont ordinairement à surface drusique; ils se compriment parfois réciproquement, et se gênent jusqu’à se réunir; avec eux se dépose une matière grenue, et les réchauffements développent entre eux des parties vitreuses; de sorte que les conditions imposées par M. Brézina sont si parfaitement remplies que s’il avait voulu exalter mes expériences de synthèse par condensation de vapeurs, il n’aurait pas pu s’y prendre d’une manière plus décisive.
- Nulle part M. Brézina n’aborde dans son volume, l’examen des météorites évidemment bréchiformes, et, malgré sa condamnation si magistrale des types lithologiques constitués au hasard, il les laisse associées, sans y prendre garde, à des masses complètement différentes au point de vue de la structure, bien qu’ayant parfois à peu près la même constitution minéralogique.
- Dans sa longue dissertation, M. Brézina ne se contente pas de me disputer la légitimité de mes conclusions, il veut aussi m’arracher la propriété de tous mes travaux. Les Comptes rendus sont là heureusement pour reconstituer l’historique de la question.
- En résumé, ayant d’un côté les encouragements de l’Académie, et de l’autre les critiques de M. Brézina, je n’hésite pas à me consacrer plus que jamais à l’étude géologique des météorites, magistral chapitre de la science dont le savant allemand n’aura pas soupçonné la grandeur.
- Varia. — M. Forel signale des érosions creusées dans le sol au fond des lacs de Suisse par les cours d’eau d’origine glaciaire qui s’y déversent. — D’après M.Rayet, la latitude de l’Observatoire de Bordeaux est de 44°10'7"27. — Si l’on en croît M. Roy, on débarrasse les vignes du mildew, sans aucun frais, en employant des échalas imprégnés de sulfate de cuivre.—Une théorie du téléphone électro-magnétique est présentée par M. Cornu au nom de M. Mercadier. — Selon les prévisions de M. Bouquet de la Grye, toutes les mesures relatives aux photographies du passage de Vénus seront terminées à la fin de l’année prochaine. — M. Vesque étudie l’ascension de la sève dans les végétaux. — M. Buisson, chef de bataillon d’infanterie de marine, présente par l’intermédiaire de M. le général Faré, une modification du fusil ordinaire qui permet de tirer en courant. Stanislas M eu ni ru.
- 1 Guide dans la collection de météorites du Muséum, in-8° de 40 pages, 1882.
- a Voy. à la page 544 de mon article Météorites de Y Encyclopédie chimique de M. Fremy, 1 vol. in-8°de532 pages, 1884.
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- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- PETIT MÉTIER A TISSEP. FAIT AVEC UNE CARTE
- Quand on voit fonctionner un métier à tisser, on admire le mécanisme ingénieux qui le fait agir, mais on a quelque peine à bien saisir au premier abord le principe fondamental de son fonctionnement. Nous allons indiquer le moyen de donner la démonstration du métier à tisser par la meilleure méthode qui puisse être imaginée : celle qui consiste à confectionner l’appareil soi-même, et à lui faire fabriquer un tissu.
- Deux crayons, une carte de visite ou une carte à jouer, du fil, un bon canif, et si l’on veut, un couteau a papier en bois, voilà tout l’attirail dont il suffit de disposer.
- Le métier se compose de deux crayons qui serviront de montants, puis d’un peigne en carton découpé au moyen du canif, en une sorte de grille, dont les ouvertures longitudinales al ter-nent avec des petits trous circulaires (fi g. 1).
- On complète l’attirail en découpant encore une ou deux navettes dans la même carte, car on peut faire usage d’une ou de deux navettes, sur lesquelles on enroule le fil de trame destiné à être passé à travers les fils de chaîne.
- On pose les deux crayons sur le bord d’une table, de telle façon qu’ils dépassent ce bord de 8 à 10 centimètres ; on les maintient dans cette position en posant un gros livre sur la partie des crayons qui est en contact avec la surface de la table (fig. 2).
- Cela fait, on passe à l’opération de l'ourdissage. Voici comment on s’y prend : on attache à l’un des crayons l’une des extrémités du fil de chaîne,
- et au moyen d’une grosse aiguille, on le fait passer dans la première fente du peigne, puis on le fait tourner autour du second crayon ; revenant en dessous de ce crayon on passe le fil dans le premier trou, puis autour du premier crayon: on le fait passer à travers la seconde fente, et ainsi de suite, jusqu’à la dernière fente du peigne, comme le représente la figure 2.
- Dès lors, pour tisser, il n’y a plus qu’à lever et à baisser alternativement le peigne ; on voit facilement que les seuls fils entraînés seront ceux qui circulent entre les trous; il suffira entre chaque mouvement, de passer la navette chargée de fil de trame entre les deux séries de fils de chaînes, situées à des niveaux différents. On pourra se servir, en guise de battant, d’un couteau à papier pour serrer le fil, eu frappant légèrement contre lui.
- Ce petit appareil, d’une exécution facile et rapide,
- fait parfaitement comprendre le mécanisme du tissage ; il peut être considéré comme un objet de récréation et d’enseignement tout à la fois.
- L’idée de sa confection nous a été donnée par un appareil analogue, employé à bord des navires de l’Etat, pour fabriquer ce que les marins appellent la sangle. Nous avons la persuasion que nos lecteurs pourront en tirer profit, quand ils voudront donner à des jeunes gens l’idée du mode de fonctionnement des métiers à tisser, nous y avons déjà eu recours plusieurs fois dans le même but.
- 0. du B.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1.—Navettes et peigne découpés dans une carte de visite ; en haut, spécimen du tissu fabriqué.
- Fig. 2. — Le métier à tisser monté, faisant voir la disposition du peigne entre deux crayons. On voit les fils de chaîne tendus entre les deux crayons, et uu fil de trame passé transversalement à l’aide de la navette.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris
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- N° Ü48. — 51 OCTOBRE 1885
- LÀ NATURE.
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- LES UNES MILITAIRES
- l'explosion d’aruas
- La Presse s’est émue, non sans raison, de l’aeci-dent survenu, dans l’après-midi du mardi 6 octobre, sur le polygone du génie d’Arras, au cours du simu-
- lacre de guerre de mines exécuté par le 3e régiment. Une assez grosse charge de poudre, enflammée sans ordre de sonnerie ni de retraite, y a fait sauter une douzaine d’hommes. Projetées a une dizaine de mètres en Pair, les victimes ont été retrouvées ensevelies sous les terres; il y a eu des tués et des blessés.
- Comment le sinistre s’est-il accompli et quelle
- Lu catastrophe d’Arras, du 6 octobre 1883.— Eaplosion accidentelle d’une mine de guerre. — Coupe du sol montrant l'écoule.
- en est la cause? C’est ce qu’il y a lieu d’examiner; mais, avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de dire un mot des conditions générales dans lesquelles se fait une guerre de mines. L’exécution des opérations diverses que comporte une lutte de ce genre fait partie des attributions des troupes du génie. 11 suit de là que, à l’exception des officiers t3* année. — 2* semestre.
- de sapeurs-mineurs, on ne saurait trouver dans l’armée beaucoup de spécialistes, et encore moins de praticiens. La nature de ces opérations est, d’ailleurs, croyons-nous, à peu près inconnue du public. Une courte notice sur la matière ne sera donc pas jugée ici hors de propos.
- Les origines de l’art de la guerre souterraine se
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- LA NATURE.
- perdent dans la nuit des âges. Un passage très curieux de la Bible prouve cpie les places fortes se prenaient déjà à la mine vers l’an 2000 avant notre ère. Cet art fut pratiqué avec succès par tous les peuples de l’antiquité : Assyriens, Égyptiens, Hébreux, Perses, Grecs et Romains. Les historiens et auteurs didactiques nous ont laissé, touchant les procédés des mineurs de leur temps, une foule de documents dont l’analyse permettrait d’écrire une histoire très complète de l’art. Nous ne pouvons en indiquer ici que les principes essentiels.
- Les guerres souterraines de l’antiquité visaient deux buts distincts : ou l’assaillant cherchait à passer en galerie par-dessous les fondations du mur d’enceinte de la forteresse assiégée ; ou il s’arrêtait sous cette muraille, à l’effet d’en ruiner un pan.
- C’est suivant la première de ces méthodes que Darius s’empare de Chalcédoinc; Coriolan,de Yéies ; Alexandre, de la capitale de Sabus. L’emploi d’un procédé de ce genre ne pouvait avoir quelque succès qu’au temps de sa nouveauté ; dès qu’il fut connu, le défenseur se mit aux e'coules et attendit son adversaire au débouché — toujours étroit et incommode— du boyau souterrain.
- La seconde méthode était d’un usage plus communément répandu. L’assaillant commençait par organiser sa parallèle à une soixantaine de mètres de la place à emporter ; puis il ouvrait, sous cet abri, un puits au fond duquel il entrait en galerie. Cette galerie était poussée jusqu’aux remparts. Ainsi parvenu sous le mura détruire, le mineur en diastylait la base, c’est-à-dire en faisait reposer provisoirement les fondations sur des supports en charpente. La fouille et l’étançonnement du sous-œuvre du mur se développaient ordinairement sur une étendue de soixante mètres. Les vides du diastyle se bourraient de bois secs, broussailles, sarments ou autres matières combustibles, qu’on enduisait de goudron, de poix ou mieux d’une résine dite yalbanum. On mettait le feu à cette chambre emplie de bois.... Les élançons une fois consumés, le mur s’écroulait ; l’enceinte était ouverte et les colonnes d’assaut se jetaient en avant.
- Les approches n’étaient pas toujours souterraines ; elles s’exécutaient aussi tantôt sous les blindages qui se développaient à la surface du sol, tantôt sous des abris mobiles. Les galeries blindées étaient connues sous la dénomination générique de vignes ; on en trouve un spécimen parmi les reliefs de la colonne Trajane. Les abris roulants étaient dits tortues; plusieurs bas-reliefs égyptiens et ninivites, au Musée du Louvre, en donnent une représentation conforme aux descriptions des auteurs didactiques.
- En vue de résister à ces diverses moyens d’attaque, la défense faisait descendre sa muraille jusqu’au roc ou jusqu’à l’eau. Elle en cimentait les fondations de telle sorte que la portion de maçonneries suspendue sur le vide pût se maintenir en place, du fait de sa cohésion avec les parties voisines, Parfois les assiégés attendaient sous terre le mineur
- assaillant à son débouché sous la muraille; parfois aussi, ils se portaient — toujours sous terre — à sa rencontre en avant et procédaient ainsi par contre-mine. Quelques places fortes de l’antiquité étaient pourvues de dispositifs permanents de contre-mines.
- On peut se représenter le résultat du contact des adversaires en présence et, jusqu’à certain point, restituer la physionomie d’un combat souterrain antique. Le contre-mineur tombe brusquement dans la galerie du mineur assaillant, s’y barricade, l’obstrue de quartiers de roc, ou la coupe de hérissons formés de piques et de javelots. Il y lance des projectiles de toute espèce : traits de fer, blocs de pierres, épieux durcis au feu, poix enflammée, matières infectantes. Il y donne le camouflet (calami flatus); il y jette des combattants auxiliaires pris dans le règne animal : guêpes, serpents ou bêtes fauves. L’assaillant riposte. De là des luttes corps à corps, luttes terribles où les mineurs ennemis trouvent souvent une commune fin.
- Le moyen âge procède absolument à la manière de l’antiquité. Les mineurs de Charlemagne, des Normands du neuvième siècle, de Philippe-Auguste, de Duguesclin s’approchent des remparts qu’ils assiègent soit en galerie souterraine, soit sous des galeries blindées ou des abris mobiles; ils s’arrêtent sous les fondations du mur à ruiner; ils les diastylent et mettent le feu aux étançons. Seulement la nomenclature n’est plus la même. La galerie souterraine s’appelle cliban; la galerie blindée, taudis; l’abri mobile, taupe ou chat. Quant au retran chement palanqué que les défenseurs organisent à hauteur du débouché probable du mineur assaillant, il prend le nom de bretesche. Voilà les seules différences à noter.
- Le lait de la découverte de la poudre devait produire et a produit effectivement une révolution dans l’art de la guerre souterraine. Dès le milieu du quatorzième siècle, les forteresses s’emportent à la mine explosible.
- Les dimensions restreintes du cadre de celte étude ne sauraient nous permettre de suivre, pas à pas, les progrès de ce nouvel art de la guerre souterraine. Nous devons nous borner à mentionner quelques-uns des principaux sièges au cours desquels les mineurs ont eu à tenir un rôle important. Ce sont ceux de Candie (1669), de Turin (1706), de Schweidnitz (1762), de Valenciennes (1793), de Valence (1812), de Sébastopol (1855). On pourrait en citer d’autres.
- Maintenant un mot des procédés actuellement en usage. Une mine militaire consiste en une certaine quantité de matière explosible logée sous terre et. qui, du fait d’une inflammation méthodiquement combinée, est appelée à produire des effets destructeurs. Par extension, on nomme mines les cheminements souterrains qui conduisent aux emplacements des fourneaux, c’est-à-dire des chambres contenant les charges. Un système de mines est l’ensemble des communications souterraines ouvertes par un assiégeant; on désigne sous le nom de dispositif de con-
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- tre-mines le système permanent organise par le défenseur. Celui-ci se propose de ruiner, au lur et à mesure, les travaux de l’attaque; celui-là, de détruire les contre-mines de son adversaire, afin de pouvoir faire en sécurité ses approches. Tous deux ont pour arme principale le fourneau de mine.
- Analysons le jeu d’un fourneau.
- Au moment de la mise du feu, le fait de la déflagration des poudres logées sous terre donne lieu à la production d’une masse relativement considérable de 'gaz à haute température (2400°) et ces gaz compriment en tous sens le milieu ambiant. De là des effets extérieurs et intérieurs. On observe d’abord une violente trépidation du sol circonvoisin, trépidation qui ne se calme qu’au moment où les terres situées à l’aplomb et au-dessus du fourneau obéissent à une action de soulèvement. De cette action résulte une yerbe de projection; l’excavation laissée par les terres ainsi projetées en l’air porte le nom d’entonnoir, à raison de sa forme sensiblement tronconique. Mais cette forme ne subsiste qu’un instant. Les terres de la gerbe retombent et comblent en partie le vide de cet entonnoir ; elles dessinent, d’ailleurs, à son pourtour, des bourrelets qu’on appelle lèvres. A l’intérieur, le jeu du fourneau exerce, dans toutes les directions, une action de refoulement et, par conséquent, de rupture. On sait déterminer assez exactement les limites entre lesquelles il est ainsi possible de détruire les travaux souterrains de l’ennemi.
- Les cheminements principaux qui conduisent aux fourneaux de mine se nomment galeries ou écoutes; les cheminements secondaires, rameaux. Pour parer au danger des éboulements dans ces communications souterraines, on a recours à des revêtements en maçonnerie, s’il s’agit d’un dispositif permanent; à des coffrages ou boisages, dans les autres cas. Aujourd’hui, les galeries de mine sont éclairées à la lumière électrique, et aérées par un jeu de ventilateurs perfectionnés, également mus par l’électricité. C’est encore l’électricité qui permet d’effectuer en temps voulu, et instantanément, les mises du feu que comportent les opérations de guerre. A cet effet, des conducteurs disposés le long des galeries et rameaux aboutissent : d’une part, à la source électrique; de l’autre, au centre des poudres.
- Quand une chambre est chargée, il est indispensable de bourrer la communication qui y aboutit. Le bourrage a pour but d'empêcher l’explosion de produire ses effets dans le vide des rameaux et galeries. 11 consiste en obstacles artificiels qui, du côté de ces communications, opposent à l’action des gaz une résistance supérieure à celle qu’ils rencontrent du côté vers lequel on veut les faire jouer. Les bourrages se font en terre et bois, en briques crues, en sacs à terre ou en terre et gazons.
- En ce qui concerne l’organisation d’un système de fourneaux de contre-mine, le dispositif qui prévaut aujourd’hui est celui qu'on appelle à écoutes en éventail. 11 se compose d’une série de galeries
- peu divergentes, quasi parallèles, espacées d’une vingtaine de mètres et se présentant debout à l’ennemi. Ces écoutes se branchent toutes sur une galerie maîtresse, dite de contrescarpe.
- Puis, sur chaque écoute se branchent d’équerre des rameaux. Chacun d’eux monte en rampe, dessine un palier, se retourne parallèlement à l’écoute et monte encore jusqu’à hauteur du fourneau, lequel s’organise ordinairement à 4 ou 5 mètres au-dessous de la surface du sol. L’écartement des rameaux se calcule d’après cette condition que les cercles d’entonnoirs des fourneaux soient tangents entre eux ou, mieux encore, se recroisent. De cette façon, il n’est aucun point du sol qui ne puisse sauter. Certains procédés permettent, d’ailleurs, de faire subir à un même point l’effet de plusieurs explosions successives. Renseigné par des observateurs sur l’état d’avancement des travaux de l’attaque, le chef de la défense peut faire à volonté partir tel ou tel des fourneaux numérotés sur son plan directeur. 11 n’a qu’à poser le doigt sur la touche voulue de sou clavier— et instantanément — l’explosion se produit... On assiste alors au spectacle de la gerbe, à la projection verticale des terres du glacis.
- Notre gravure représente uue scène de ce genre. En sous-sol, sur la gauche, on voit en coupe une écoute sur laquelle se branche un rameau grimpant garni de son bourrage. L’explosion vient de se produire... L’entonnoir est ouvert et la gerbe, qui bat son plein, emporte dans la direction zénithale tout ce qui se trouvait à la surface du cercle dangereux : gabions, fascines, outils et, malheureusement aussi, des hommes!.. Voilà l’accident du 6 octobre.
- La plupart des pauvres sapeurs-mineurs ainsi enlevés ont fait chute dans l’entonnoir où ils ont été recouverts de terres provenant de la retombée de la gerbe. 11 a fallu procéder rapidement à leur exhumation.
- On se demande quelle est la cause de ce malheur. L’explosion non voulue est-elle due à quelque imprudence du mineur que notre gravure montre debout dans l’écoute, écoute dans laquelle passent les conducteurs aboutissant : d’une part, au centre des poudres; de l’autre, à la source d’électricité? S’est-il produit dans ces organes de mise du feu des courants inattendus — de dérivation ou d’induction — provenant du jeu des appareils d’éclairage Edison ? C’est ce que nous apprendra peut-être l’enquête ouverte à ce sujet. Lieutenant-colonel IIennebekt.
- TÉLÉGRAPHIE ET TÉLÉPHONIE SIMULTANÉES
- EN BELGIQUE
- Le plus grand succès de la section électrique à l’Exposition d’Anvers a été, sans contredit, obtenu par les transmissions télégraphiques et téléphoniques simultanées de M. Van Rysselberghe. M. Charles Mourlon montrait une collection très complète de tous ces appareils, construits dans ses ateliers, ce qui permettait d’étudier en détail les dispositions
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- ingénieuses et d’une étonnante simplicité, alors qu’on pouvait en apprécier le fonctionnement pratique dans les auditions musicales téléphoniques établies entre Bruxelles et Anvers, cas particulier des transmissions téléphoniques employées en service courant sur le réseau télégraphique de l’État belge.
- Le réseau de télégraphie et de téléphonie simultanées est en effet très développé en Belgique: des communications journalières s’établissent par les fils télégraphiques entre les abonnés au téléphone de Bruxelles, Anvers, G and, Liège et Mons, d’une part, entre Liège et Yerviers, d’autre part.
- 11 a fallu, dans ce but, armer tout le réseau belge contre l’induction que produisent les courants télégraphiques ordinaires lorsqu’ils traversent un téléphone, ou même lorsqu’ils sont placés dans le voisinage des fils téléphoniques, mais cette dépense de première installation sera, croyons-nous, vite rachetée par les nombreux avantages résultant de communications verbales directes entre les abonnés des différentes villes, dans des conditions de simplicité, de commodité et de facilité dont la Belgique nous offre aujourd’hui l’unique exemple.
- Sans revenir sur la description technique des dispositions imaginées par M. Yan Rysselberghe pour réaliser cette double transmission, si paradoxale en apparence, description qui a fait l’objet d’articles spéciaux1, rappelons-en rapidement le principe. Pour rendre les transmissions télégraphiques inaudibles au téléphone, il faut enlever toute brusquerie aux émissions en graduant les courants. Ces courants sont ren-
- 1 Voy. La Nature du la mars 1884. n° 563, page 243, et et du 6 décembre 1884, n° 601, page 1.
- dus" graduels à l’aide d’électro-aimants graduateurs intercalés dans le circuit et qui, en vertu de leur self-induction, ne laissent le courant atteindre sa valeur de régime que graduellement, et avec une lenteur relative. 11 faut ensuite séparer les courants
- télégrap h i q u e s et téléphoniques, de façon que le circuit téléphonique livre passage aux courants ondulatoires rapides et peu intenses de la téléphonie, sans que ces courants aillent passer dans les appareils télégraphiques sur lesquels ils seraient évidemment sans action , mais où ils seraient dépensés en pure perte. 11 faut aussi que les courants télégraphiques ne traversent pas le circuit téléphonique, ce qui créerait une dérivation nuisible. Ce double résultat est obtenu à l’aide de séparateurs. Les courants télégraphiques ondulatoires rapides sont arrêtés par des électro - aimants séparateurs qui ne les laissent pas arriver aux appareils télégraphiques. Les courants télégraphiques ne traversent pas le système téléphonique sur lequel on a intercalé un condensateur - séparateur. C’est donc par une combinaison convenable d’électro-gradua-teurs, d’électro-séparateurs et de condensaleurs-séparateurs que l’on obtient une double transmission complètement indépendante. Les électro-graduateurs sont placés près des appareils de manipulation, les appareils de séparation (électros et condensateurs) au point de bifurcation des lignes télégraphiques et téléphoniques, c’est-à-dire dans les postes télégraphiques, là où le matériel est le mieux à portée d’une surveillance directe, active et entendue.
- Bans les communications de ville à ville, les appareils récepteurs et transmetteurs sont les appareils employés chez les abonnés, transmetteur Blake
- t'ig. 1. — Aspect d’uu poste télégraphique muni des dispositils auli-iudueteurs de M. Van Rysselberghe.
- Fig. 2.— Disposition des transmetteurs Van Rysselberghe, sur les poteaux du kiosque du Wauxliall, à Bruxelles.
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- et récepteur Bell ordinaire. Pour la téléphonie a grande distance, M. Yan Rysselberghe a combiné des postes construits par M. Ch. Mourlon et dont les ligures 3 et 4 montrent les dispositions générales. Le transmetteur est analogue au microphone Ader, mais tous les charbons sont montés en dérivation sur la planchette du microphone. Au-dessus de la boîte renfermant la bobine d’induction, l’appel magnétique et le levier de commutation, est fixée une embouchure cylindrique en ébonite qui permet de concentrer les ondes sonores sur la planchette et d’obtenir ainsi une meilleure transmission.
- Fig. 5. — Poste téléphonique Van Rysselberghe,
- a la séparation des deux espèces de messages; ces appareils n’occupent qu’une place très restreinte.
- Une question délicate en ce qui concerne l’appel des stations et des abonnés a été résolue d’une façon fort élégante par M. Yan Rysselberghe, développant des idées suggérées par M. Sieur. On ne pouvait, pour les appels, faire usage, ni de sonneries trem-bleuscs, ni des sonneries appelées magnéto-calls parce que les courants nécessaires pour actionner les sonneries ordinaires ou ceux fournis par les magnéto-calls auraient pu troubler le travail télégraphique. Il fallait alors réaliser un appel phonique suffisant pour être entendu à distance, et pouvant même produire un signal visible, tel que la chute d’un annonciateur au poste appelé. Le principe de la dis-
- Dans la figure 4 le poste a la forme d’un pupitre permettant d’écrire facilement le message reçu. 11 est plus spécialement destiné aux cabines téléphoniques publiques, aux stations et surtout aux bureaux télégraphiques où toute dépêche reçue ou transmise doit être écrite.
- La figure 1 montre les dispositions d’un poste télégraphique à deux directions muni du système anti-inducteur deM. Rysselberghe. Il ne diffère extérieurement des postes ordinaires analogues que par l’adjonction d’un socle renfermant les condensateurs et les électro-graduateurs et séparateurs nécessaires
- Fig, 4. — Poste téléphonique Van Rysselberghe. Modèle à pupitre.
- position adoptée consiste à utiliser les courants ondulatoires émis par un vibratéur spécial qui font vibrer une membrane téléphonique agissant comme relais. Lorsque cette membrane est au repos, elle ferme en court circuit une pile locale par l’intermédiaire d’un contact venant appuyer sur cette membrane. Lorsqu’elle vibre, elle produit dans ce contact des interruptions qui ouvrent le court circuit de la pile locale et lui permettent d’actionner un électro-aimant monté en dérivation sur ses bornes. Ces courants rapidement interrompus n’ont aucune action sur le système télégraphique, tandis qu’ils sont nettement perçus dans les stations téléphoniques.
- Tel est, dans son ensemble et sous sa forme pratique actuelle, le système de transmissions simul-
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- fanées dont jouissent les principales villes de la Belgique. Espérons que l’exemple donné par nos voisins recevra bientôt en F rance tout le développement qu’il mérite.
- Une fois le système établi pour les communications téléphoniques ordinaires, il n’était pas difficile de concevoir l’application aux auditions musicales téléphoniques, privées d’abord, puis publiques, pour permettre d’en faire profiter un grand nombre d’auditeurs à la fois. C’est ainsi qu’après avoir transmis l’opéra de Bruxelles à Ostende, M. Yan Bysselberghe a établi des auditions musicales publiques de Bruxelles à Anvers.
- Les auditions musicales téléphoniques entre le Wauxhall à Bruxelles et l’Exposition d’Anvers ont été inaugurées le 9 juillet.
- Les transmetteurs étaient disposées sur deux colonnettes du kiosque : la figure 2 représente une de ces colonnettes munies de cinq transmetteurs à charbon, soit 10 transmetteurs en tout; ils sont tous montés en dérivation, actionnées par un accumulateur et reliés à une seule bobine d’induction proportionnée aux effets h produire. Un poste téléphonique spécial permet de correspondre avec l’employé de la salle des auditions à Anvers : il suffit de manœuvrer un commutateur pour placer la ligne sur la transmission de la musique ou sur le téléphone de service. L’appel se fait avec la roue phonique de M. Sieur. La ligne est formée de deux des fils télégraphiques qui relient Bruxelles et Anvers, et la transmission se fait à Anvers sans déranger les fils de leur service télégraphique, à une distance de 45 kilomètres.
- Les appareils récepteurs sont au nombre de 70, ce qui permet à 55 personnes d’entendre à la fois : ce sont des téléphones magnétiques Bell ordinaires. Ces transmetteurs sont placés dans une vaste salle ménagée dans le rez-de-chaussée du phare de gauche de l’Exposition d’Anvers, la salle du phare de droite étant réservée aux auditions à haute voix par le système de M. le docteur Ochorowicz.
- Le succès des auditions téléphoniques est complet, et l’honneur en revient à l’inventeur, à la Commission exécutive de l’Exposition qui en a pris l'initiative, ainsi qu’à M. Mourlon qui a construit et fait installer les appareils. C’est la première fois qu’une audition télégraphique multiple est faite sur des lignes télégraphiques en service à une aussi grande distance et avec un aussi grand nombre d’auditeurs.
- E. H.
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- LÀ TRACTION PAR L’ÉLECTRICITÉ
- x l’exposition d’anveks
- On remarque à l’Exposition d’Anvers un nouveau modèle de tramway électrique exposé par la Société VElectrique de Bruxelles.
- Il n’y a pas encore bien longtemps que l’on s’occupe de celte question et les progrès accomplis sont déjà notables.
- La maison Siemens appliquait pour la première fois l’électricité à la traction, lors de l’Exposition de Berlin en 1879; en 1881, on inaugurait à Lichterfeld un nouveau tramway électrique ; enfin, la même année, on remarquait à l’Exposition d’électricité à Paris, le système de MM. Chrétien et Félix.
- Dans ces différents systèmes, la machine motrice était reliée à la station centrale par un conducteur, filou rail, ce qui était un grave inconvénient ; à Anvers, ce conducteur est supprimé; le tramway fonctionne à l’aide d’accumulateurs.
- Extérieurement, la voilure est du modèle ordinaire. Elle comporte un compartiment intérieur et deux plates-formes; ces dernières un peu agrandies aux dépens de l’intérieur. La machine, du type Siemens, et les accumulateurs sont disposés sous les banquettes. Le petit moteur, pesant 180 kilogrammes, communique son mouvement à l’essieu de la voiture par l’intermédiaire d’une chaîne sans fin.
- Pour mettre la voiture en marche ou pour l’arrêter, le mécanicien, placé à l’avant, n’a qu’à établir ou à interrompre le courant à l’aide d’un commutateur spécial.
- Les accumulateurs employés sont du type Faure perfectionné, en plomb gaufré et antimonié. Ils sont au nombre de 36. Chacun d’eux, placé dans une boîte en ébonite, pèse 20 kilogrammes. Ils sont répartis dans quatre caisses. Lorsque les accumulateurs sont remplis, l’ensemble pèse environ 800 kilogrammes. On a employé le plomb antimonié afin d’augmenter la durée des plaques. Les accumulateurs sont chargés dans un hangar, à proximité de la station d’arrivée. Ce chargement est effectué par une machine Gramme, premier type, mise en mouvement par une locomobile de 12 chevaux; il est bon cependant de remarquer que cette machine Gramme n’exige qu’une force d’environ 5 chevaux et demi ; le chargement des accumulateurs dure environ dix heures, avec un courant de 13 ampères. Une fois chargés, ils peuvent servir pendant sept ou huit heures, y compris les temps d’arrêt, parfois assez longs et souvent répétés. Théoriquement, le chargement devrait durer quatorze heures et l’accumulateur fonctionner dix heures.
- Comme appareils de mesure, on se sert d’un galvanomètre Bréguet et d’un compteur Cauderay.
- Les lanternes d’avant et d’arrière, ainsi que l’intérieur de la voilure, sont éclairés au moyen de lampes à incandescence alimentées par les accumulateurs.
- Pour régler la vitesse du tramway, on n’intercale plus, comme autrefois, des résistances qui absorbent en pure perte la force électrique en excès. Il suffit d’interrompre simplement la communication avec un certain nombre d’accumulateurs en tournant un levier spécial. Pour l’arrêt, on interrompt le courant complètement et, au besoin, on se sert des freins puissants dont est muni la voiture.
- Le système de traction électrique à l’aide d’accumulateurs est également appliqué à un remorqueur qui traîne des voitures ordinaires sur les routes. Les résultats obtenus sont aussi très satisfaisants.
- Il est inutile d’insister ici sur les avantages de la traction électrique. On n’a plus à remorquer de pesantes machines avec leur provision d’eau et de combustible ; quelques accumulateurs, une machine motrice petite et légère suffisent. On produit, dans ce cas, la force motrice dans un centre déterminé où il est facile de faire telle installation qu’on désire.
- Cependant les accumulateurs sont lourds, doivent être déplacés et, à ce point de vue, quand on les compare aux
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- rails ou aux fils conducteurs, c’est un pas en arrière; mais aussi que d’avantages à côté de cet inconvénient ! Presque plus de perte de force par suite de la déperdition d’électricité le long des conducteurs, une plus grande indépendance de la machine, un débit constant, des rails commodes et ne demandant plus à être isolés, enfin, économie dans les frais d’établissement et d’entretien.
- La vitesse da tramway électrique d’Anvers est égale, sinon supérieure à celle du tramway à vapeur. De plus, lorsqu’il est en marche, il ne fait que très peu de bruit et n’effraye généralement pas les chevaux comme le font ces derniers. Enfin il est très maniable, la mise en marche ainsi que l’arrêt s’effectuant très facilement1.
- LA. MUSIQUE DES COULEURS
- La Nature a publié plusieurs articles de M. de Rochas, traitant des sensations de couleurs que quelques personnes perçoivent à l’audition de certains sons2. La cause de ce curieux fait psychologique mériterait peut-être d’être étudiée. Provient-elle d’une relation quelconque entre différentes parties du cerveau, ou simplement est-ce la manifestation inconsciente d’un souvenir incomplet? Cette dernière hypothèse me semble la plus probable ; et ce qui tendrait à la confirmer, c’est que les couleurs attribuées soit aux voyelles, soit aux sons, diffèrent selon les personnes. Il doit y avoir pour chacune, association d’idées, provenant d’une coïncidence ancienne, qui aura frappé l’imagination à l’époque où se développait l’entendement. Un exemple fera mieux comprendre ma pensée : qu’un enfant apprenne à lire d’après un alphabet ou la lettre A est en rouge, la lettre E violette... etc., il est probable que plus tard, s’il cherche à attribuer une couleur à ces voyelles, il désignera fatalement celle avec laquelle il la vit primitivement. Quoi qu’il en soit, ces articles m’ont rappelé quelques réflexions que j’avais faites il y a longtemps en comparant l’ordre des sensations lumineuses à celui des sensations sonores, et en me demandant si l’on pourrait créer une musique des couleurs analogue à celle des sons. Qu’est-ce que la musique des sons? Une succession rythmée d’états vibratoires du milieu qui frappe notre oreille. Au point de vue mécanique, il n’y a que cela; et si telle combinaison réveille en nous une idée triste, telle autre une idée gaie, cela est un fait mystérieux, comme tous ceux qui dépendent des impressions faites sur Pâme par le corps. On a souvent comparé la peinture à la musique. Ces arts, qui semblent se correspondre par leurs développements et les plaisirs qu’ils procurent, diffèrent essentiellement par leur organisation intime. La peinture rappelle nécessairement des objets déterminés, l’emploi des couleurs ne fait que rehausser le langage du dessin, et si l’harmonie des teintes est parfaite, la conception des objets est idéalisée, mais n’en reste pas moins précise. Si je voulais chercher dans le inonde des sons l’art qui correspond exactement à la peinture, je désignerais sans hésitation l'Eloquence. La phrase et le style correspondent au dessin ; tous deux indiquent les objets et leurs relations d’une façon claire et précise, le timbre, le ton et les inflexions de la voix correspondent au coloris. Et pour la foule, un débit brillant ne fait-il pas pardonner les négligences du style, comme un coloris heureux sait cacher les défauts du des-
- 1 D’après la Revue internationale d'électricité, par M. Manceaux.
- 2 Yoy. n° 614, du 3 octobre 1885, p. 274.
- sin? A quoi donc pourrait correspondre la musique dans le monde des couleurs?
- Un son est un mouvement vibratoire du milieu sensible à l’oreille ; nous percevons cet état en lui-même, l’idée de sa cause étant écartée. La lumière au contraire qui nous est reflétée par chaque objet, réveille immédiatement en nous l’idée de cet objet, et c'est celte idée qui domine. Mais imaginons que par une puissance quelconque, tout ce qui nous entoure, et l’atmosphère elle-même, ait une certaine teinte, violette par exemple : nos yeux percevront la sensation d’un milieu violet, comme nos oreilles perçoivent la sensation d’un milieu d’une certaine sonorité. Que la teinte du milieu se modifie, passe du violet au lilas, du lilas au rose, puis au bleu, et cela à intervalle rythmé, notre sens visuel sera soumis à un état correspondant parfaitement à celui qu’une audition musicale détermine pour l’ouïe. Quelle serait l’impression produite sur l’âme par cet état? C’est ce qu’il serait curieux de connaître. Il est probable qu’au début, la perception de cette musique des couleurs produirait sur notre esprit le même effet que l’ajudition d’une sonate de Mozart sur l’esprit d’un Iroquois. Mais il me semble certain, que si dès l’origine du monde, l’homme avait eu la faculté de colorer le milieu dans lequel il se trouve à sa volonté, et cela par une opération aussi simple qu’est celle de souffler dans un chalumeau ou de pincer une corde tendue, il se serait créé, parallèlement à la musique des sons, une musique des couleurs qui maintenant peut-être donnerait aux délicats une aussi grande somme de jouissances. Est-ce qu’une succession rythmée d’impressions roses, lilas et bleues, ne porterait pas à l’âme un sentiment de calme, de fraîcheur, de grâce et de repos ? Est-ce que des gammes violettes et rouges ne réveilleraient pas la tristesse et la colère? Et une note verte n’éclaterait-elle pas au milieu du concert comme un coup de cymbale?
- Pour expérimenter cette musique des couleurs, je suppose construit un théâtre spécial. (Je prends du premier coup l’application la plus vaste de ma théorie : chaque physiologiste pourra réduire les expériences aux dimensions de son cabinet.) Il est formé d’un amphithéâtre garni de loges séparées de façon à faciliter le recueillement des spectateurs. Les loges, les tentures, les plafonds, tout est absolument blanc. Les spectateurs-auditeurs sont priés de se vêtir aussi de blanc. (Ils pourront, s’ils le veulent, prendre une sorte de peignoir au vestiaire, mais nos élégantes apporteront sans doute le leur.) Dans différentes parties de la salle, aux endroits convenables, sont des projecteurs lumineux pouvant l’inonder de toutes les teintes les plus variées, qui sont mises à la disposition de l’artiste par un clavier spécial. (Je n’entre pas dans des détails de construction qui, surtout avec la lumière électrique, sont si faciles.) Au parterre est un orchestre, car l’ancienne musique sera pendant les premiers temps nécessaire, je le crains, pour faire passer la nouvelle. L’amphithéâtre ainsi préparé est rempli par un public avide : toutes les lumières s’éteignent, Je silence règne avec l’obscurité : un accord faiblement coloré s’élève, l’orchestre entame la symphonie pastorale qu’accompagne une symphonie de couleurs que je laisse à d’autres le soin de noter. J. de Briale.
- N. B. — Les érudits me traiteront de plagiaire, car il y a longtemps qu’un Père jésuite avait construit un orgue de couleurs. — Chaque touche faisait surgir une planchette d’une certaine teinte. Mais le savant jésuite n’obtint pas ainsi l’impression qu’il en pouvait attendre.
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- LA NATURE.
- LE LABORATOIRE ZOOLOGIQUE
- DE ROSCOFF
- Les nombreux lecteurs de La Nature qui s’intéressent à la zoologie ont entendu parler des stations maritimes installées sur divers points des côtes de France, et tous connaissent de réputation le laboratoire fondé à Roscoff par le savant membre de l’In-titutM. de Lacaze-Duthiers. Peut-être même quelques-uns se souviennent-ils encore d’un article de ce journal publié en 1875 (n° 128, du 15 novembre, p. 369). Mais à part ceux qui sont venus y travailler et qui ont pu se rendre compte par eux-mêmes de l’organisation si éminemment favorable à leurs études, il y en a sans doute bien peu qui se fassent une idée exacte de ce qu’est ce grand établissement scientifique qui est maintenant une annexe de la Sorbonne.
- C’est pour ceux-là que je vais en donner une courte description. Mais il faut tout d’abord retracer en quelque mots l’histoire du laboratoire.
- La station a été fondée en 1872; elle existe donc depuis treize ans, mais on peut dire qu’elle a treize fois changé d’aspect. Ceux qui depuis six ou sept ans y viennent assidûment travailler, trouvent à chaque saison nouvelle une amélioration ou un progrès nouveau.
- Une maison louée, un petit hangar dans une cour, peu ou pas de matériel, quatre chambres de travail, tel a été le début de la station, début modeste comme on le voit. Plus tard l’installation d’un aquarium provisoire, qui sans être luxueux ne laissait pas d’être commode, suffit à faire de belles découvertes sur de nombreux animaux.
- Un petit bateau servait à l’approvisionnement des quelques travailleurs qui venaient alors à Roscoff; peu à peu leur nombre augmentant, il fallut songer à s’agrandir, et l’achat d’une propriété définitive fut décidé. Depuis lors M. de Lacaze-Duthiers n’a fait que développer et transformer cette première acquisition. Une grande maison qui fut aménagée en 1879 formait le nouveau laboratoire; elle était construite dans un grand jardin situé presque au bord de la mer. Je viens d’écrire le mot presque. C’est qu’en effet le jardin était séparé de la mer par un petit chemin. Le plan(fig. 1) montre que ce chemin fait un coude ; autrefois il était tout droit et passait sur J a
- terrasse qui borde aujourd’hui le vivier. Que de démarches, de voyages, de discussions sans fin, que d’encre versée sur le papier (voire même timbré) pour faire céder ce chemin au laboratoire ! Enfin, après des mois de luttes, la victoire est restée à la ténacité de M. de Lacaze-Duthiers, qui put alors commencer l’installation du vivier et de l’aquarium.
- Tout cela ne se fit pas d’un seul coup. Une autre amélioration capitale fut apportée en 1882; les écoles de la ville qui étaient enclavées dans l’établissement lui furent cédées; les murs de séparation tombèrent; l’école est devenue laboratoire, les classes ont été remplacées par des salles de recherches, et l’on ne reconnaît plus aujourd’hui la trace de la séparation primitive, tant le laboratoire forme un tout uniforme. Nul ne sait ce qu’il a fallu de patience pour constituer de pièces et de morceaux un établissement aussi vaste et dont toutes les parties s’harmonisent si complètement.
- La même année un parc d’un demi-hectare fut installé en pleine grève en face du laboratoire; la mer le couvre chaque jour; c’est une réserve où les animaux pullulent et qui pendant la mauvaise saison, alors que les excursions lointaines ne sont pas possibles , permet de satisfaire aux demandes qui viennent de tout côté. Tout n’est pourtant pas fini. L’an dernier un petit morceau de terre a été acheté pour y installer les appareils hydrauliques destinés à alimenter l’aquarium.
- Cette acquisition était indispensable aussi pour qu’on ne vint pas bâtir des constructions sur ce terrain, et priver de lumière la salle des recherches qui se trouve en face.
- Hélas nous retrouvons là notre ennemi : le petit chemin! Depuis dix-huit mois les négociations continuent pour la cession de ce maudit sentier, négociations avec la commune, et, ce qui est pire, avec le génie militaire.
- Le lecteur connaît maintenant les principales phases d’agrandissements et d’améliorations par lesquels est passée la station de Roscoff. S’il veut me suivre en s’aidant du plan qu’il a sous les yeux, nous allons visiter ensemble les diverses parties du laboratoire. L’entrée principale est située sur la place de la ville dont un des côtés • est entièrement formé par les bâtiments de la station.
- Vivier
- Hfllii I Terrasse destinée à
- / l'installation des appareils hydrauliques
- Aquarium
- Fig. 1. — Plan général du Laboratoire de Roscoff.
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- On pénètre d’nbord dans un beau et vaste jar- I ques que le climat doux et humide de Roseoff fait din, orné de grands arbres et des fleurs magnifi- | pousser à profusion. Entrons de suite dans la salle
- Fig. 2. — Vue intérieure d’une stalle d’étude au laboratoire de Roseoff. (D’après une photographie.)
- Fig. 3.— Vue d’ensemble du laboratoire de Roseoff. (D’après une photographie.)
- de travail (consulter le plan, fig. 1) destinée aux élèves qui ne faisant pas de travaux spéciaux viennent à Roseoff étudier sur la nature ce qui leur a
- été enseigné théoriquement dans les cours des écoles et des Facultés. Il y a place pour neuf élèves à chacun desquels le laboratoire offre deux tables,
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- avec les cuvettes, Locaux, réactifs principaux, microscopes, instruments de toute espèce tant pour l’étude du cabinet que pour la recherche des animaux à la grève. Chaque table est placée devant une fenêtre; dans cette salle est installé un grand fourneau de chimie. Là tous les élèves sont réunis, de sorte que les explications données par le personnel du laboratoire profitent à tout le monde.
- A la suite de cette salle on trouve en tournant à droite deux grandes pièces : ce sont la bibliothèque et la salle des collections. On y a peu à peu rassemblé les ouvrages principaux concernant la faune de Roscoff et de la Manche, les cartes, les plans utiles à consulter, puis de nombreux mémoires spéciaux et enfin une petite bibliothèque littéraire. La collection scientifique renferme la plus grande partie des animaux habitant les environs de Roscoff ; à chaque échantillon correspond une fiche donnant une foule d’indications sur l’habitat, le mode de pêche, les diverses conditions biologiques spéciales à chacun des animaux. Dans quelques années, en dépouillant les renseignements qu’à chaque saison les naturalistes accumulent ainsi, on aura un ensemble de faits des plus précieux pour la faune des cotes de France. Deux magasins qui se trouvent à la suite de ces pièces, occupent le centre du laboratoire; ils sont ainsi plus à la portée des salles de travail et l’on peut donner rapidement à chacun les objets qu’il désire.
- Après le magasin se trouve l’ancienne classe de l’école des garçons qui peut contenir trois travailleurs, et celle de l’école des filles qui lui succède à angle droit renferme huit autres places. Arrêtons-nous un instant dans cette vaste pièce. Elle se décompose en huit stalles dont chacune est mise à la disposition des naturalistes faisant des recherches originales. La figure 2 en représente une, et toutes sont semblables ; trois tailles y sont disposées en fer à cheval dont le travailleur occupe le centre; une des tables est réservée aux cuvettes renfermant les animaux; celle du milieu supporte les instruments d’optique ; elle est placée en face d’une fenêtre donnant un jour excellent, grâce à l’orientation éminemment favorable du bâtiment. Enfin la troisième table est occupée par les objets délicats, les dessins, les notes, c’est en quelque sorte le bureau du travailleur; des étagères, des portemanteaux, un petit meuble complètent l’installation. 11 va sans dire que le laboratoii i fournit gratuitement aux personnes qui font des recherches absolument tout ce qui peut leur être utile.
- Quatre de ces stalles sont situées au nord avec vue sur la mer, les quatre autres ont vue sur le jardin. Elles sont séparées les unes des autres par une simple cloison, et s’ouvrent toutes sur un large corridor central qui conduit jusqu’à l’aquarium. Avant d’y arriver, on trouve deux cabinets se faisant face, destinés l’un au maître de conférences, l’autre au préparateur. Ils sont identiques comme disposition aux salles des travailleurs. Le laboratoire peut donc
- recevoir à la fois' vingt-trois travailleurs et leur offrir une installation complète.
- L’aquarium est une immense pièce, de 30 mètres de long, sur 10 de large, vitrée sur toute l’étendue des deux grands côtés. Actuellement elle n’est occupée que par des bacs provisoires destinés à être remplacés à bref délai par vingt grands bacs de 600 litres chacun et deux bassins ovales de 3 à 4000 litres, construits sur le modèle de celui qui donne à Banyuls de si bons résultats. A l’extrémité de l’aquarium, se trouve un magasin contenant les dragues, filets de tous genres, fauberts, qui servent à la recherche des animaux. C’est là aussi que l’on rassemble le gréement des deux bateaux du laboratoire le Dentale et la Laura. Au-dessus de ce magasin, est installé le cabinet de travail du directeur.
- Une large terrasse sépare l’aquarium du vivier ; ce grand bassin a 38 mètres de long sur 35 de large; il est rempli, grâce à un système de vannes, pendant la haute mer, et l’eau s’y trouve enfermée à la marée basse, ce qui permet d’avoir une réserve d’animanx vivant dans des caisses et des paniers en attendant que les ressources du laboratoire permettent une installation plus perfectionnée. Ce bassin est représenté dans la figure 3. C’est le côté nord du laboratoire vu de la grève ; on y distingue aussi l’aquarium, le jardin au-dessous du clocher, et une partie de la plage qui sert de port pour les bateaux de la station.
- Je ne puis manquer de signaler en passant l’extrême commodité que présente au travailleur la proximité de la salle de recherches de l’aquarium, du vivier et enfin de la mer.
- Tout cet ensemble de salles qui constitue la partie scientifique du laboratoire occupe le rez-de-chaussée. Le premier et le second étage sont occupés par les logements des travailleurs. Quatorze chambres à coucher sont mises à la disposition des personnes qui désirent y habiter; sans être luxueuses, elles sont très suffisamment confortables, et offrent ce grand avantage d’être tout près des salles de recherches, ce qui permet d’observer à loisir les animaux que l’on étudie à toute heure du jour ou de la nuit.
- Tout au laboratoire est absolument gratuit : les salles de travail, les instruments, les réactifs, les bateaux, les chambres d’habitation, sont mis à la disposition de tous avec une égale libéralité, et cette absence de distinction entre riches ou pauvres, français ou étrangers, est la source d’une charmante cordialité et d’une bonne entente qui ne se démentent que bien rarement entre les travailleurs.
- Parlerai-je encore de la richesse de la faune de Roscoff! Elle est devenue proverbiale parmi les zoologistes, comme peuvent l’attester les 265 naturalistes qui ont travaillé au laboratoire. Les très nombreux et remarquables mémoires qui y ont été faits, les 25 docteurs qui y ont trouvé les matériaux de leurs thèses, les 12 licenciés qui les y finis-
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- senl actuellement, me dispensent d’insister. Je renvoie le lecteur aux Archives de zoologie expérimentale fondées par M. de Lacaze-Dutbiers ; il y trouvera dans quatorze volumes la collection des travaux faits à Roscoff.
- Il ne reste donc plus guère à souhaiter à Roscoff que le prompt achèvement de l’aquarium; mais pour cela il faut que nous possédions ce malheureux petit chemin. Après cette dernière victoire, la station sera complète, et notre cher maître, M. de Lacaze-Duthiers, pourra jouir à son tour au milieu de ses élèves de tous les avantages de son œuvre, avantages que jusqu’à présent il a offerts aux autres, mais dont il n’a lui-même guère profité. Jormx.
- CARTES DE L’ATMOSPHÈRE
- mi COMMANDANT DRACLT 1
- Ces cartes ont été publiées quelques jours avant la mort prématurée du commandant Brault. Elles sont au nombre de huit, réparties sur deux feuilles. Nous les reproduisons en petit.
- Dans la première feuille, le type n° 1 donne l’aspect de l’Atlantique nord au point de vue de la direction des vents et de la pression barométrique pendant la saison d’été, abstraction faite des bourrasques, assez rares d’ailleurs dans cette saison.
- En été, l’Atlantique nord est le siège d’un grand tourbillonnement dont le centre se trouve aux îles Açores; les particules d’air tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, non pas en cercle toutefois, mais suivant une spirale, en s’éloignant toujours du point central. Les vents alizés ne sont autre chose que la gerbe méridionale de cet immense tourbillonnement.
- La carte du type n° 1, tig. 1, n’est pas le résultat d’une conception hypothétique plus ou moins vraisemblable. Elle a été construite au moyen de plusieurs centaines de milliers d’observations précises sur la direction du vent dans toutes les régions de cette mer. L'expérience a prouvé d’une façon irrécusable qu’en moyenne, la direction du vent, dans chaque saison et sur chaque point, est aussi fixe que peut l’être, par exemple, la température moyenne de ce même point.
- Le navigateur qui a sous les yeux une telle carte y voit, du premier coup d’œil, quels chemins il doit suivre. Pour aller, par exemple, des côtes de France à celles des Etats-Unis, il a tout avantage à tourner autour des Açores dans le sens des aiguilles d’une montre, afin d’atteindre la région des alizés. De cette façon, il est sûr d’avoir des vents favorables pendant tout son trajet. Si, au contraire, il revient d’Amérique, il devra se garder de suivre le même
- 1 Atlantique nord, cartes-types des mouvements les plus généraux de l’atmosphère inférieure, et des isobares correspondantes.— Voy. précédemment n° 491, du 28 octobre 1882, et n° 178, du 28 octobre 1876, p. 339.
- chemin, car il ferait route contre le vent; mais il se dirigera de façon à passer par le nord des Açores, ce qui lui donnera des vents constants de sud-ouest et d’ouest.
- Il doit aussi savoir, comme le montre le type n° 2, qu’en hiver le tourbillon des Açores se déplace d’environ 125 lieues vers le sud-est. Faute de ce renseignement, s’il suivait en hiver la route d’été pour aller en Amérique, il trouverait des vents variables au lieu des alizés qu’il cherche.
- La connaissance précise de l’existence de ce tourbillon n’est pas utile au navigateur seulement. Elle sert à trancher une question de météorologie théorique.
- D’où viennent les énormes masses d’air qui divergent en tous sens autour des Açores? Elles ne sortent pas de l’eau de la mer, ni d’un soupirail de volcan ; elles ne se créent pas sur place par quelque mystérieux procédé chimique. 11 faut donc, de toute nécessité, quelles soient alimentées par une descente continue de l’air des hautes régions de l’atmosphère. La carte d'isobares du type n° 1, fig. 2, va expliquer le mécanisme du phénomène. Isobare signifie d'égale pression. Cette carte indique par des courbes les points de l’Atlantique nord où les pressions barométriques sont égales. Vers le centre du tourbillon, le baromètre marque 770 millimètres. Les pressions 768 forment une petite ellipse autour de ce point. Puis viennent successivement les pressions 767, 766, 765, etc., dont on a élagué les courbes à chiffres impairs pour ne pas alourdir la carte. Donc, les pressions diminuent symétriquement et régulièrement autour du point central. Que doit-on en conclure, sinon que la loi d’équilibre des fluides pousse l’air des points de pression plus forte vers les points de pression moindre? Et ce mouvement des molécules d’air se ferait suivant des rayons partis du centre, si l’influence bien connue de la rotation de la terre n’infléchissait en spirale ces lignes droites.
- Il est vrai que le problème n’est que reculé. Nous nous demanderons tout à l’heure où s’alimentent ces couches d’air supérieures, éternellement descendantes, de la région des Açores.
- On a vu que les deux types n° 1 et n° 2 ne sont pas semblables. Le tourbillon d’air des Açores et le maximum barométrique correspondant suivent la déclinaison du soleil. Dès qu’on approche de l’automne, leur centre commence à se diriger vers le sud, ou plus exactement, vers le sud-est ; il s’arrête en hiver, puis remonte vers le nord au printemps, pour reprendre peu à peu sa position d’été. Mais il y a encore entre les cartes d’été et d’hiver une autre différence importante.
- En effet, le type n° 1, fig. 1, nous montre le tourbillon des Açores s’étendant sur tout l’Atlantique nord, au moins dans les régions fréquentées par les navires. Toutes les trajectoires de ses molécules d’air ont leur concavité tournée vers les Açores. Dans le type n°2,lig. 1, il n’en est plus de même; l’abaissement du
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- tourbillon vers le sud a laissé au-dessus du 40e ou du 45e degré de latitude un espace dans lequel une force étrangère montre son action. Suivez de l’œil, en face des Etats-Unis, la trajectoire des vents, vous verrez qu’à côté des courbes du tourbillon des Açores, il y a (dans le type n° 2, fig. 1) une autre région de courbes dont la concavité est au contraire tournée vers le nord. Ce sont celles de vents qui marchent non pas dans le sens des aiguilles d’une montre comme le tourbillon des Açores, mais en sens inverse, autour d’un point central voisin de l’Islande.
- Type 1, fig. 1. — Atlantique nord.— Mouvement le plus général des vents pendant la saison d’été.
- Or, dans la carte située au-dessous, type 2, fig. 2, vous verrez que les lignes isobares changent de courbure exactement de la même façon; les pressions diminuent à mesure qu’on avance du sud au nord, et la pression minimum se trouve justement aux environs de l’Islande.
- Il y a donc là un phénomène absolument inverse de celui des Açores. Les vents ne divergent plus, ils convergent. Ils se dirigent en tourbillonnant vers un point central.
- Ici, nouvelle question parallèle à la précédente. Que deviennent ces masses d’air constamment appe-
- Tyi e 2, fig. 1. — Mouvement le plus général des vents pendant la saison d’hiver.
- Type 1, fig. 2. —Carte des isobares correspondant au mouvement général des vents indiqué par la carte ci-dessus.
- Type 2, fig. 2. — Carte des isobares correspondant au mouvement général des vents indiqué par la carte ci-dessus.
- lées par le minimum barométrique d’Islande? Elles ne peuvent pas être absorbées par la mer ; elles ne peuvent pas s’anéantir. Il faut donc, de toute nécessité, qu’elles s’élèvent en tourbillonnant dans l’atmosphère supérieure, où elles s’étaleront jusqu’à ce qu’elles rencontrent un point de descente tel que celui des Açores.
- Telle est la théorie générale du mouvement de l’atmosphère. Partout où la pression est maximum, les couches d’air descendent, divergent et vont alimenter par en bas les régions où la pression est minimum. Dans celles-ci, au contraire, les couches d’air convergent par en bas, s’élèvent, s’étalent dans
- les hautes régions de l’atmosphère et vont alimenter les maximums. Ce double échange dans le sens horizontal et dans le sens vertical se complique beaucoup avec les changements de saisons; mais le principe reste immuable. Voilà pour l’état normal de l’atmosphère.
- Mais l’état normal est quelquefois légèrement troublé. Il a ses accidents, ses maladies, qui s’appellent tempêtes, ouragans, cyclones, typhons et bourrasques. Nous laissons de côté, pour le moment, les accidents de moindre importance, tels que les orages, les trombes et les tornados. Nous n’avons à nous occuper ici, avec M. Brault, que des tem-
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- pètes qui parcourent l’Atlantique nord vers le 45e degré de latitude.
- La carte type n° 3 montre l’Atlantique d’été traversé par une tempête ou bourrasque. La carte type nu 4 montre le même phénomène, mais cette fois en hiver, par conséquent plus intense. Dans les deux cas, au nord des courants directs du maximum des Açores, on aperçoit des courants inverses qui tourbillonnent autour d’un minimum dépréssion, comme le prouvent les cartes d’isobares correspondantes. Au lieu d’alimenter le minimum d’Islande qui était le siège d’un tourbillonnement étendu, lent et
- même de la tempête, et un miracle seul l’en faisait sortir, à moins que la tempête ne s’éteignît sur place, comme cela arrive quelquefois.
- Aujourd’hui, c’est une autre affaire. Quand la tempête s’approche de lui, le marin s’en aperçoit aux changements successifs de la direction du vent et à la diminution progressive de la pression du baromètre. Il peut se rendre compte assez exactement de la distance du cyclone, de son intensité, de sa marche. Il connaît les manœuvres que l’on doit faire pour s’écarter de ce centre redoutable qui ne lâche guère sa proie.
- fixe, les courants d’air des Açores alimentent maintenant pour leur part un tourbillon plus étroit, plus profond, et, chose importante, un tourbillon nullement fixe. Les bourrasques viennent généralement d’Amérique et abordent l’Europe au bout de quatre ou cinq jours de voyage, ce qui suppose une vitesse de déplacement presque double de celle de nos grands vapeurs transatlantiques.
- Il fut un temps où le navigateur ignorait absolument la nature des tempêtes. Surpris par un cyclone, le hasard seul le sauvait ; plus d’une fois, les tourbillons convergents amenaient le navire au centre
- 11 connaît, disons-nous, il devrait connaître, du moins, car beaucoup de capitaines de navires, surtout dans la marine marchande, ne sont qu’à moitié au courant des questions de météorologie. Ils connaissent empiriquement certaines manœuvres à faire dans certains cas.
- Eh bien, les deux dernières séries de cartes de M. Brault sont destinées à vulgariser les connaissances météorologiques nécessaires à tous les marins. Elles leur montrent quel est l’état habituel de l’atmosphère dans une région qui est aujourd’hui peuplée de navires, comme un boulevard est peuplé
- 9Z° 62* 72°
- 32° 22° 12° 2? O*
- **2° 32° 2Z°
- Type 3, fig. 1. — Mouvement le plus général des vents pendant la saison d’été, lorsqu’une bourrasque traverse la partie septentrionale de l’Atlantique.
- Type 4, fig. 1. — Mouvement le plus général des vents pendant la saison d’hiver, lorsqu’une bourrasque traverse la partie septentrionale de l’Atlantique.
- Type 3, lig. 2. — Carte des isobares correspondant au mouvement général des vents, indiqué par la carte ci-dessus.
- Type 4, fig. 2. — Carte des isobares correspondant au mouvement général des vents, indiqué par la carte ci-dessus.
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- do voitures. Elles contribueront dans une large mesure à faire de ce boulevard maritime un endroit familier dont les marins éviteront les bourrasques, comme les cochers évitent les fontaines et les piédestaux des statues sur nos places publiques.
- E. Rurahd-Gréville.
- CHRONIQUE
- Les tremblements «le terre de Nicolosi (bielle).
- — Depuis le 25 septembre 1885, la ville de Nicolosi, qui est située a 700 mètres d’altitude sur le flanc méridional de l’Etna et qui compte environ 5000 habitants, est devenue le centre de secousses sismiques ; ces tremblements de terre ont considérablement endommagé les constructions ; ils ne manqueraient pas d’amener la destruction complète du village s’ils devaient continuer longtemps. Nous résumerons ici l’histoire de ces phénomènes géologiques d’après une intéressante note que l’éminent volcanologue M. 0. Silvestri a eu l’obligeance de nous communiquer.
- Au mois de juillet dernier, le cratère central de l’Etna a émis par intermittence des vapeurs et des cendres qui ont été accompagnées par des phénomènes volcaniques secondaires dans la région pblégréenne méridionale de la Sicile. L’émission des cendres et des vapeurs a été précédée et suivie par de légères secousses sismiques ressenties çà et là dans diverses localités des versants du volcan; les plus sensibles ont été signalées le 24 juillet à Nicolosi et Belpasso, et le 30 à Biancavilla et Bronte. Pendant le mois d’août, ces manifestations ont continué avec un caractère de décroissance progressive et avec une intensité tour à tour minima et maxiina selon les changements atmosphériques. Le 15 septembre, le baromètre à Catane indiquait une pression de 770ram,9 (réduite à 0° et au niveau de la mer), qui est supérieure de 8rom,4 à la moyenne annuelle de Catane; le cratère central de l’Etna cessa d’émettre des vapeurs. Après cet état de calme, le 25 septembre, à la suite d’une diminution de pression atmosphérique de 5 à 6 millimètres, à 8h,5 du matin, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Nicolosi. Elle a consisté en un choc violent auquel ont succédé des vibrations d’abord sussultoires, ensuite ondulatoires qui se sont propagées eirculairement à petite distance. Le phénomène géodynamique a été à peine appréciable à une certaine distance de Nicolosi. Les instruments sismiques à Catane n’ont donné signe d’aucuue perturbation au moment du tremblement de terre de Nicolosi ; mais ils ont indiqué une perturbation sensible une demi-heure après, et le jour précédent, le 24, à huit heures du matin, ils indiquaient un mouvement extraordinaire qui a continué une heure environ. Les dégâts causés par le choc souterrain dans les maisons de Nicolosi démontrent que ce village a été le centre de la secousse. Les maisons, même celles de construction solide, ont été endommagées, leurs murs et leurs plafonds s’étant lézardés. Le 26 septembre, à neuf heures du matin, a eu lieu une autre secousse ondulatoire moins violente, et le jour suivant à 6*55 un choc de faible intensité s’est fait sentir.
- Le 2 octobre à S1*,50 du matin une secousse violente a causé de nouveaux dégâts : la population était au comble de l’épouvante ; plusieurs habitants s’enfuirent et la plupart erraient consternés dans les rues. Des secours ont
- été envoyés par les autorités de Catane. Heureusement on n’a pas eu à signaler de victimes, mais des maisons ont été détruites, et de grands dégâts ont été produits dans cette ville qui a tant souffert des tremblements de terre de 18831. Quelques rues, même bien pavées, sont traversées par des fissures. Actuellement, des troupes et des ingénieurs ont été envoyés par les autorités de Catane pour abattre les maisons qui menacent ruine, et pour construire des cabanes de bois dans le but d’abriter les familles restées sans asile. Jean Platania.
- Catane, le 14 octobre 1885.
- Lavage des rails à l'eau chaude. — On a essayé déjà à plusieurs reprises d’employer l’eau chaude répandue sur les rails pour augmenter l’adhérence des machines dans les fortes rampes. Nous empruntons à la Revue des chemins de fer les renseignements suivants relatifs à une application de ce genre faite par la compagnie du chemin de fer central suisse. Cette compagnie emploie l’eau chaude pour le lavage des rails à la traversée dans les deux sens, du tunnel du Hauenstein (long d’environ 2 kilomètres et demi), dans lequel la voie est entièrement en alignement droit et en rampe de 28 millimètres et demi par mètre. On essaya d’abord l’emploi de l’eau chaude projetée à basse pression, mais cette tentative n’eut aucun succès : l’adhérence paraissait diminuer au lieu d’augmenter par ce procédé. La compagnie s’est alors décidée à projeter l'eau chaude à forte pression au moyen du dispositif suivant, qu’elle a successivement adapté à toutes ses locomotives-tenders à voyageurs et à marchandises effectuant le service à travers le tunnel de Hauenstein. Ces machines sont également pourvues de leur sablière, dont iQest fait usage sur toutes les sections en dehors du tunnel. L’appareil destiné à projeter un jet d’eau chaude énergique en avant des roues accouplées d’avant (machine à 6 roues accouplées), se compose d’uu petit éjecteur disposé sur la plate-forme du mécanicien, alimenté directement par la caisse à eau de la machine et actionné par la vapeur de la chaudière. L’eau est refoulée de l’éjecteur vers l’avant de la machine à travers un tuyau qui longe la chaudière, et qui, près du régulateur, se bifurque en deux branches aboutissant à 60 centimètres au-dessus de chaque rail et faisant avec la verticale un angle de 15 degrés. Cette disposition permet ainsi de projeter sur les rails un jet d’eau à la température d’environ 60 degrés et animé d’une vitesse de 28 mètres par seconde. Ce jet nettoie parfaitement la partie de la table de roulement du rail sur laquelle il est projeté. Grâce à l’emploi de cet appareil qui consomme environ 50 litres par minute, le patinage, autrefois très fréquent sur la forte rampe du tunnel du Hauenstein, a presque entièrement disparu en même temps que la détérioration des rails et des bandages diminuait par la cessation de l’usage du sable.
- Les papillons et les oiseaux. — Un excellent périodique anglais, The Entomologist, publié par M. J. Carrington, et qui paraît avoir surtout des Lépidoptéristes comme correspondants, attribue la rareté croissante des insectes, et principalement des Lépidoptères, à la protection qu’on accorde maintenant aux oiseaux. Les petits oiseaux, comme les pinsons, les fauvettes, les mésanges, devenus plus nombreux, détruisent des quantités prodigieuses d’insectes. M. Henry Stevenson rapporte qu’un couple de mésanges bleues, surveillé de 3 heures
- 1 Voy. La Nature àa 14 avril 1883, p. 305.
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- et demie du matin à 8 heures et demie du soir, dans une journée de juillet, porta quatre cent soixante-quinze fois la becquée à ses petits. Ils semblaient ne se nourrir que de chenilles, tantôt en portant une seule grosse, tantôt deux ou trois petites. M. F. Frohawk a trouvé dans le bec d’un engoulevent qu’il venait de tuer une douzaine de Noctuelles qu’il portait sans doute à ses petits. On juge de ce que doit détruire de papillons crépusculaires cet oiseau qui chasse avant le lever et après le coucher du soleil. M. Frohawk a observé également des roitelets à crête dorée, en compagnie de mésanges, furetant, pendant l’hiver, dans une haie, en quête des insectes qui font leur nourriture. Pas une branche, pas un rameau n’échappait à leurs fructueuses recherches. Lorsque l’hiver est doux, comme il l’a été dans ces dernières années, les oiseaux ne périssent pas de froid ; ce sont les insectes qui succombent, victimes de la gent emplumée.
- Cirêle rouge. — M. Th. Schwedoff, professeur à l’université d’Odessa, rappelle, à l’occasion d’une chute de grêle colorée en rouge constatée en Angleterre, que ce n’est pas un fait isolé. « On a observé un cas analogue en 1880, le 14 juin, en Russie. Les gréions de cette chute-là étaient intéressants sous plus d’un rapport. Leur forme se ramenait à trois types : parallélépipède, cylindre, sphéroïde très aplati et muni de cavité aux bouts d’un petit axe. Certains de ces grêlons étaient percés de part en part, le long du petit axe, ce qui leur donnait l’apparence d’anneaux. Certains des grêlons étaient colorés en rouge pâle, d’autres avaient la couleur bleu pâle, mais pour la plupart les grêlons étaient gris ou blancs. L’observateur, M. Lagounowitch, crut avoir remarqué que la couleur était liée à la forme des grêlons. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 octobre 1885. — Présidence de M. Bouley.
- Guérison de la rage. — « La date d’aujourd’hui marque un grand jour dans l’histoire de la médecine. » Telle est l’appréciation de M. le président, écho fidèle de l’Assemblée tout entière à la suite de la lecture par M. Faste uj- d’un mémoire sur une méthode de traitement de la rage chez l’homme.
- Le 6 juillet dernier, trois personnes arrivèrent inopinément d’Alsace dans le laboratoire de l’illustre physiologiste : c’étaient M. Yohn, le jeune Joseph Meister et la mère de ce dernier. L’homme et l’enfant avaient été, le 4 juillet, assaillis par un chien enragé. L’homme, jugé dans une situation satisfaisante, fut renvoyé chez lui ; le garçon, âgé de quinze ans, présentait sur les diverses parties de son corps, 14 blessures profondes. On l’avait relevé couvert d’un mélange de sang et de bave. Aujourd’hui, après trois mois et trois semaines, la santé de ce jeune homme ne laisse rien à désirer, et l’on peut bien croire qu’il est guéri de la rage que le chien lui avait transmise, car il a triomphé de la rage que M. Pasteur de son côté, et pour le guérir, lui a inoculée plusieurs jours de suite.
- Il s’agit d’une méthode tout à fait nouvelle: M. Pasteur commence par inoculer la rage à un lapin ; de la cervelle de celui-ci est introduite par trépanation dans le crâne d’un second lapin qui meurt à son tour. Un troisième est infecté avec le second, et ainsi de suite. Les
- premiers mettaient quinze jours à mourir; après le vingt-cinquième transfert, il ne faut que huit jours; après le cinquantième sept jours : M. Pasteur eu est à son quatre-vingt-dixième, et la durée n’est pas sensiblement abrégée; il pense que dans un an ou deux, en persévérant constamment, la durée pourra être abaissée à six jours. Quoiqu’il en soit, chaque matin,quelques centimètres de la moelle d’un lapin qui vient de succomber est conservée dans un flacon dont l’air est parfaitement desséché à l’aide de potasse caustique. On s’aperçoit que la virulence de cette moelle va constamment en diminuant. Après quinze jours, elle ne communique plus la maladie. L’auteur la délaye dans du bouillon stérilisé, et il en injecte sous la peau une pleine seringue de Pravaz à un lapin qui n’en souffre aucunement; le lendemain, on lui injecte de la moelle qui n’a que quatorze jours de conserve ; le jour suivant, de la moelle qui n’a plus que treize jours; puis de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures, de la moelle qui n’a plus que douze, que onze, que dix, etc., jours. A la lin, il reçoit, toujours sans accident, de la moelle du jour même qui transmet infailliblement lu rage à tout lapin non préparé.
- C’est ce merveilleux procédé qui, sans variante importante, a été appliqué au traitement du jeune Meister.
- Avant lui, plus de cinquante chiens, de tout âge, et de toute race, avaient fourni à l’auteur d’innombrables succès qui justifiaient pleinement son audacieuse tentative. Suivant M. Yulpian, la nouvelle méthode ne peut manquer de réussir; dans tous les cas, et dès aujourd’hui, un deuxième malade est en traitement. C’est un jeune berger, Jean-Baptiste Jupille, qui, le 14 octobre courant, a été cruellement mordu aux deux mains pendant une lutte héroïque contre un chien enragé, si héroïque, que M. le baron Larrey demande que l’Académie des sciences en signale le héros à l’Académie française pour l’un de ses prix de vertu. En terminant son épouvantable lecture, M. Pasteur se demande quelle interprétation on peut donner des faits qu’il vient de découvrir. 11 paraît pencher vers la supposition que les microbes pathogènes, par le seul fait de leur existence, sécrètent des principes qui leur sont nuisibles à eux-mêmes ; mais il annonce qu’il reviendra prochainement sur cette grande question.
- Après s’être associé aux démonstrations enthousiastes de toute l’Académie, M. Bouley se demande si les jeunes chiens vaccinés, et par cela même mis à l’abri pour leur propre compte des accidents rabiques, ne sont pas, pendant cette période, pénétrés de virus, et conséquemment dangereux. M. Pasteur s’empresse de reconnaître que cette question éminemment intéressante, ne s'était pas présentée à son esprit, et il promet de la mettre immédiatement à l’étude.
- Transport électrique de la force motrice.— On se rappelle les magistrales expériences réalisées parM. Marcel Deprez à la gare du Nord, il y a trois ans, sur le transport électrique de l’énergie, et qui ont été alors un véritable événement scientifique. Depuis cette époque, l’auteur n’a cessé de poursuivre ses études, et il annonce aujourd’hui le plein succès des essais qu’il a tentés à Creil, devant les principaux ingénieurs de la Compagnie du Nord. Quarante chevaux-vapeur ont été transportés à 58 kilomètres de distance dans des conditions inespérées. La gigantesque machine génératrice ne fait pas plus de 370 à 375 tours par minute ; la tension électrique s’est élevée jusqu’à 6000 volts, ce qui est sensiblement le double de ce qu’on avait pu obtenir jusqu’ici; le fil, qui transporte une force si immense, est traversé par un courant d’une
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- très faible intensité, de 7 ampères seulement. Aussi, il n’y a échaulïement sensible ni dans la machine, ni dans le 111. La satisfaction des personnes qui s’intéressent à cette grande question doit être complète. Les frais de l’expérience ont été faits par M. de Rothschild ; ils s’élèvent à 800 000 francs.
- Origine de l'azote des sols. — De très nombreuses et très précises expériences ont démontré à M. Berthelot que l’azote de l’air est directement fixé par certains sols argileux à la faveur des organismes microscopiques qui y vivent.
- Hydrogène industriel. — Un procédé des plus ingénieux de fabrication du gaz hydrogène est décrit par MM. Imbert et Henry qui assurent l’avoir expérimenté d’une manière industrielle dans une petite usine. De la vapeur d’eau, passant sur du coke chauffé au grand rouge, donne un mélange d’hydrogène et d’oxyde de carbone. Dans ce mélange on fait arriver un jet de vapeur surchauffée : celle-ci cède son oxygène à l’oxyde de car-
- bone qui devient acide carbonique, et ajoute sou hydrogène à celui qu’on avait déjà produit. D’après les auteurs, chaque mètre cube de coke fournit 3200 mètres cubes d’hydrogène.
- Varia. — M. le commandant Trêves présente, par l’intermédiaire de M. Chevreul, un mémoire sur les ombres colorées. — Un professeur de Cracovie, M. Adamkiewicz, signale la circulation sanguine à l’intérieur des cellules nerveuses des ganglions intervertébraux. — Le réèit d’un coup de tonnerre qui aurait, dans le département de la Dordogne, fixé l’image qu’un miroir réflétait, provoque les dénégations les plus énergiques de M. Fizeau. — M. Feuillet, de Conches, célèbre par sa riche collection d’autographes, cherche un chimiste qui lui révélerait ce que pouvait bien vouloir dire Mras de Lafayette qui écrivait, vers le milieu du dix-septième siècle, qu’à la suite d’un dîner auquel elle invitait ses amies, elle ferait ce feu artificiel dont on se chauffe tous les jours pour deux sous. • Stanislas Meunier.
- La médaille offerte à M. Bouley, président de l'Académie des sciences, par ses élèves, ses confrères et ses amis. — Face et revers.
- LA MÉDAILLE DE M. BOULEY
- Le savant et sympathique président de l’Académie des sciences, M. H. Bouley, inspecteur général des écoles vétérinaires, membre de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences, commandeur de la Légion d’honneur, a reçu de ses élèves, de ses confrères et de ses amis, une haute marque d’estime et d’affection, qui lui a été donnée à l’occasion de sa nomination à la présidence de l’Académie des sciences. Il s’agit d’une médaille analogue à celles qui avaient été offertes dans des occasions analogues à Dumas, à Milne-Edvvards et à M. Pasteur. Nous reproduisons ci-dessus cette médaille commémorative, qui a été ,gravée par M. O. Roty. La face représente le profil de M. Bouley et le revers porte une inscription des titres du savant professeur; cette inscription est surmontée d’une composition allégorique, représentant la Science qui opère la vaccine sur un mouton.
- M. Bouley est un des plus fervents admirateurs et amis de M. Pasteur, et ses travaux personnels ont puissamment contribué à répandre et à propager les bienfaits des travaux du maître.
- « Arte nova pastor pecorum contagia vincit, » dit la médaille, dans son texte latin, que l’on serait tenté de traduire ainsi :
- « M. Pasteur (pastor) par un art nouveau sait vaincre lesmaladies contagieuses des troupeaux,» si l’on ne craignait pas de faire un méchant jeu de mots.
- M. Bouley, né à Paris en 1824, a été longtemps professeur de clinique et de chirurgie à l’école d’Al-fort; il a été nommé inspecteur général des écoles vétérinaires le 6 janvier 1885. Auteur de travaux spéciaux très appréciés, M. Bouley sait joindre à son mérite une grande bienveillance et une charmante aménité.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier,
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* Ü 49.
- 7 NOVEMBRE 1885.'
- LÀ NATURE.
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- LA « TELPHER LINE » DE GLYNDE
- La première ligne industrielle de telphérage a été inaugurée, le 17 octobre dernier, à Glynde, un
- petit village du comté de Sussex, pour le service de la Sussex Cernent Company, à Newhaven : elle doit servir à un transport de 150 tonnes d’argile par semaine nécessaires à la fabrication courante.
- Nous n’avons pas besoin de décrire en détail le
- Fig. 1. — Point de départ de la telpher line de Glynde,. en Angleterre. (D'après une photographie.)
- système dont il nous suftira de rappeler le principe1, principe dont le regretté Fleeming-Jenkin a émis tout d’abord l’idée, et qu’il a ensuite développée, en collaboration avec MM. Ayrton et Ferry, sans avoir eu la satisfaction de voir l’achèvement de son oeuvre, car la mort le surprit en juin dernier.
- Fleeming-Jenkin a défini le telphérage, le transport à distance des véhicules par l'électricité indépendamment de toute surveillance et de tout contrôle exercé sur le véhicule lui-même; mais craignant que le mot telphérage, médiocrement euphonique,
- * Voy. n° 557, du 2 février 1884, p. 145, et n°558, du 9 février 1884, p. 171.
- 13e annéfc. — 2e semestre.
- ne fût, a une lecture rapide, confondu avec le mot téléphone, il a remplacé le mot telphérage par l’a-
- hréviatif telpher (porter loin) et la ligne sur laquelle de semblables véhicules fonctionnent est une telpher line.
- A Glynde, la telpher line présente un développement d’environ 1 mille (1609 mè-tres)de longueur; elle se compose d’une double série de tiges d’acier de 20 mètres de longueur sur 18 millimètres de diamètre supportées à une hauteur de 5‘",50 du sol environ par une série de poteaux en bois. Dans les courbes, la voie est constituée par des fers cornières placés suides supports distribués tous les 4 mètres.
- La force motrice est fournie par une machine
- 23
- [Fig. 2. — Ensemble de la ligne. (D'après une photographie.)
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- Ruston cl Proctor, dont la vitesse est maintenue sensiblement constante par un régulateur électrique système Willans ; ce moteur commande une machine dynamo Crampton excitée en dérivation, et capable de produire 6000 watts (8 chevaux-vapeur), avec une différence de potentiel qui ne dépasse jamais 200 volts. Lorsque le moteur commande un seul train et une seule locomotive, l’intensité du courant est de 8 ampères, elle est de 16 ampères pour deux trains, et ainsi de suite, toutes les locomotives étant montées en dérivation sur la ligne.
- Chaque train se compose d’une locomotive munie d’un moteur Reckenzaum pouvant remorquer 8 à 10 wagonnets, portant 250 à 300 livres anglaises (112 à 135 kilogrammes) d’argile.
- Lorsque le moteur dépasse la vitesse de 2100 tours par minute, le courant est rompu brusquement et le courant cesse de le traverser jusqu’à ce que la vitesse soit réduite à 1900 tours par minute, il résulte de cette disposition — déjà employée par M. Marcel Deprez pour ses moteurs à vitesse constante — que dans les rampes, là où le travail requis par la traction est considérable, le courant est 'presque toujours fermé, tandis que dans les pentes, al est, au contraire, presque toujours ouvert. On économise ainsi sur la force motrice, et l’extra-cou-rant résultant de la rupture d’un seul circuit de moteur à la fois est trop faible pour compromettre ^'isolement de la dynamo génératrice. La résistance jde la ligne est si faible que la vitesse des moteurs ne varie pas sensiblement, quelle que soit leur distance de la machine génératrice.. On conçoit d’ail-, leurs que les variations de vitesse n’ont ici que peu d’influence, car, d’une part, le régulateur spécial à chaque moteur l’empêche de s’emballer, et que, d’autre part, le blockage automatique et successif des différentes portions de la ligne empêche toute collision. Le moteur de Reckenzaum produit, à 1600 tours par minute, une puissance de 1,1 cheval-vapeur avec un rendement de 60 pour 100 : son poids est de 120 livres (53 kilogrammes).
- La différence de potentiel, de 180 à 200 volts, maintenue sur la ligne, est suffisante eu égard au faible développement de la ligne; mais pour des lignes plus longues et de plus gros trafics, on pourra élever la tension et atteindre jusqu’à 2000 volts; dans aucun cas, cependant, il ne sera désirable d’étendre la distance de transport au delà de 5 milles -(8 kilomètres) de chaque côté des machinés génératrices.
- Les figures 1 et 2 permettent de se rendre compte des principales dispositions de la telpher Une actuellement en fonction à Glynde. On y a accumulé à dessein toutes les difficultés, pour bien se rendre compte, par une expérience prolongée, des qualités et des défauts du système, ainsi que des modifications de détail à lui apporter par la suite pour en rendre le fonctionnement irréprochable; des essais antérieurs faits plusieurs semaines avant l’inaugu-ration ont d’ailleurs montré que, dans son ensem-
- ble, le système remplissait exactement toutes les conditions exigées.
- Sans exagérer l’importance des services que pourront rendre les telphèr Unes, elles pourront cependant trouver leur emploi partout où le trafic est suffisant pour payer l’intérêt d’un faible capital, mais ne suffirait pas à payer l’intérêt et l’amortissement d’un chemin de fer à voie étroite construit le plus économiquement possible. La traction électrique présente sur les systèmes de transports par câbles proposés ou employés précédemment les avantages d’une installation plus rapide, plus simple et plus économique; la ligne ne demande qu’un faible entretien, ne présente aucune pièce à graisser, aucune partie soumise à des frottements ou des grippements; les changements de direction ou de pentes sont moins compliqués, et le travail moteur nécessaire beaucoup moindre en général, excepté dans le cas d’une voie en ligne droite.
- Ajoutons enfin, à ces avantages, celui de fournir sur tous les points de la ligne un moyen de capter une force motrice pouvant actionner des machines agricoles ou d’autres instruments de travail, sans nuire en rien au fonctionnement des trains. Le jour de l’inauguration, cette application était démontrée par un coupe-racines actionné par un petit moteur électrique de MM. Ayrton et Perry,
- L’installation des telpher Unes ne nécessite pas de travaux d’art ni d’achats de terrain; elles peuvent couper des champs sans gêner en rien les travaux de culture. Sans vouloir faire de concurrence aux chemins de fer, les telpher Unes viendront au contraire à leur aide, en les alimentant de marchandises et en se substituant au transport ordinaire par charrettes ou par animaux chargés.
- L’œuvre conçue par Fleeming-Jenkin a été menée à bien par ses collaborateurs de la première heure, MM. Ayrton et Perry. Nul doute qu’elle ne reçoive, sous leur énergique impulsion, un rapide développement, à la suite du succès que vient de remporter à Glynde la première application pratique du système.
- EXPÉRIENCES DE TRANSMISSION
- DE LA FORCE P\R L’ÉLECTRICITÉ
- ENTRE PARIS ET CREIL
- Je suis heureux d’annoncer à l’Académie1 que les premières expériences de transmission de la force par l’électricité entre Paris et Creil viennent d’avoir lieu et que les résultats ont été très satisfaisants. La longueur de la ligne télégraphique qui relie les deux stations est de 56 kilomètres ; mais, comme le retour du courant n’a pas lieu par la terre, il est obligé de parcourir en réalité une longueur de 112 kilomètres d’un câble en cuivre, équivalant, comme section, à un conducteur unique de 5 millimètres de diamètre. La résistance électrique totale de ce câble est de 100 ohms à la température de 15°.
- 1 Cette note a été présentée à l’Académie des sciences dans la séance du lundi 26 octobre 1885.
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- La machine génératrice est située à Creil. Elle a deux anneaux tournant dans deux champs magnétiques distincts, constitués chacun par huit électro-aimants. Chaque anneau a une résistance de 160h“%5 et un diamètre extérieur de 0m,78. Le courant engendré par cette machine sera utilisé à la Chapelle par deux machines réceptrices, situées à quelques centaines de mètres l’une de l’autre. Une seule des réceptrices est actuellement terminée. Elle possède, comine la génératrice, deux anneaux ; ils ont 0m,58 de diamètre extérieur et une résistance électrique de 18 ohms chacun.
- Les expériences, commencées depuis le 17 octobre dernier, ont eu lieu en boucle, c’est-à-dire que les machines génératrice et réceptrice sont à côté l’une de l’autre, ainsi que cela a lieu d’ailleurs dans les expériences faites au mois de mars 1885, aux ateliers du chemin de fer du Nord, par une Commission nommée par l’Académie. Les objections que certaines personnes ont faites à ce procédé
- d’expérimentation, qui se prête, beaucoup mieux que la marche à distance, aux constatations scientifiques, ont été déclarées sans fondement par Tresca, sous la réserve que l’on prenne, bien entendu, toutes les précautions nécessaires pour mesurer, pendant l’expérience même, la résistance réelle de là ligne, ce qui a toujours été fait.
- Entre la génératrice et la machine à vapeur qui la met en mouvement, est intercalé un dynamomètre très exact, analogue au dynamomètre de White, qui inscrit à chaque instant sur une bande de papier le travail mécanique absorbé par la génératrice. Ce dynamomètre a été étudié par M. Contamin, ingénieur de la Compagnie du chemin de fer du Nord.
- La réceptrice est munie d’un frein de Prony, dans lequel réchauffement de la poulie de friction est rendu impossible grâce à une circulation d’eau. Ce frein reste en équilibre parfait pendant des heures entièrés. Des tachymètres Buss font connaître, à chaque instant, la vi-
- TABLEAU D’EXPÉRIENCES
- Première expérience. Deuxième expérience.
- Génératrice. Réteptrice. Génératrice. Réceptrice.
- Vitesses en tours pur minute. . . . 190 248 170 277
- Force éieetroraotrice (directe ou inverse) 5469v 4242v 5717v 4441v
- Intensité du courant 7',21 7%21 7',20 7*,20
- Travail dans le champ magnétique (en chevaux) 9chx,20 3chx,75 10clix,30 3cl«,80
- Travail électrique dans l’induit (en chevaux) 53chx,SQ 4lchx)U 55<di*,90 45chx,4
- Travail mécanique mesuré (au dynamomètre ou au frein). . . . 62chx,10 35clnc,80 61thx 40ch*
- Rendements
- r Première expérience (pour 100) Deuxième expérience (pour 100)
- Electrique . . . . 77 78
- Mécanique industrielle . . . . 47,7 53,4
- tesse de la génératrice et de la réceptrice. Ces vitesses restent d’ailleurs constantes pendant toute la durée d’une expérience. On a donc tous les éléments nécessaires pour déterminer le travail mécanique absorbé par la génératrice, ainsi que celui qui est restitué par la réceptrice.
- Quant aux mesures électriques, elles sont prises à l’aide de trois galvanomètres, parfaitement gradués, et qui font connaître la différence du potentiel aux balais de la génératrice, la différence du potentiel aux balais de la réceptrice, et l’intensité du courant qui traverse les deux machines et: la ligne. Enfin deux autres galvanomètres permettent de mesurer l’intensité des courants engendrés par les petites machines excitatrices, servant à produire Ips champs magnétiques de la génératrice et de la réceptrice, Les indications dé ces divers instruments sont d’une grande exactitude.
- Jq donnerai, dans une prochaine communication, des tableaux très complets, contenant toutes les données électriques et mécaniques des expériences faites, soit par la Commission d’expériences présidée par M. l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Collignon, soit par moi. Je me contenterai, quant à présent, de faire connaître les résultats d’une des expériences de la Commission, et d’une autre expérience faite deux jours après devant M. Sartiaux, sous-chef de l’exploitation du chemin de fer du Nord et ingénieur délégué de la Commission d’expériences.
- On voit, et c’est sur ce point que je désire attirer l’attention, qu’un travail utile de 40 chevaux a été développé par la réceptrice avec un rendement industriel dé 50 pour 100, la vitesse de la génératrice étant de 170 tours seulement par minute et celle de la réceptrice de 277 tours. La force électromotrice de la génératrice était de 5700 volts environ. Dans d’autres expériences, on a
- dépassé 6000 volts. Ces machines développent donc des forces électromotrices considérables, avec de très faibles vitesses angulaires. On remarquera également que la réceptrice, bien que n’ayant que des anneaux de 0m,50 de diamètre et n’étant parcourue que par un courant de 7 ampères, a développé un travail mécanique utile de 648 kilogrammes par tour, sans aucun échauffement appréciable. Ce sont là des conditions qui n’ont jamais été réalisées jusqu’ici.
- Je ne puis terminer cette note sans citer les personnes grâce au concours desquelles des expériences aussi coûteuses ont été rendues possibles : d’abord, et dans l’ordre chronologique, M. le l)r Herz, directeur du journal la Lumière électrique, qui, pendant deux ans, a défendu avec la plus grande énergie, par tous les moyens en son pouvoir, la cause de la transmission électrique de la force à grande distance, et grâce auquel j’ai pu faire les expériences de Munich, du chemin de fer du Nord et de Grenoble.
- Les expériences actuelles, dont je viens d’apporter les premiers résultats devant l’Académie, ont été faites avec l’appui et le concours de MM. de Rothschild.
- Je suis heureux de pouvoir leur en témoigner toute ma reconnaissance. Marcel Deprez.
- I/ÉQUERRE-GRAPHOMÈTRE
- OU LE QUADRANT DE CAMPAGNE COSTIESCO
- L’équerre graphomètre ou le quadrant de campagne du colonel d’artillerie de Roumanie, M. Cos-tieseo, est un petit instrument de topographie, portatif, en cuivre, destiné à servir, avec une précis
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- LA NATURE.
- sion suffisante, également dans les opérations de planimétrie et dans celles d’altimétrie ; pouvant être employé comme équerre d'arpenteur, comme goniomètre, comme boussole, comme éclimètre et comme alidade-nivelatrice et, en outre, à donner directement, d’une manière simple et facile, les distances horizontales et les différences de niveau, par rapporta une base de 100 mètres, en vertu du principe de la proportionnalité des côtés des triangles rectangles semblables à bases parallèles, et au moyen d’une vis micrométrique et des divisions d’une tangente supposée à l’origine d’un quart de cercle, qui ont été transmises sur cet arc en double rangée.—Il a été construit deux modèles de cet instrument : le quadrant a pinnules et le quadrant à lunette que nous représentons ci-contre. Les pinnules ont une hauteur de 40 à 45 millimètres et chacune d’elles est percée de trois œilletons très fins et d’une f e n ê tr e rectangulaire munie de deux crins en croix. Toutes les pinnules, pour faciliter la direction des visées aux grandes distances, ont leur bord supérieur, dans la direction de leur axe, creusé en fente.
- La lunette est une lunette astronomique très nette et achromatique, d’une longueur de 0"’,15 à 0m,16, avec un objectif de 21 millimètres de diamètre et un grossissement de 12 fois. Elle est montée sur l’alidade mobile au moyen de deux montants d’une hauteur de 5 à 6 centimètres, et elle porte, gravés sur le verre, deux traits croisés, perpendiculaires l’un à l’autre, pour la direction de la visée, et deux traits de micromètre pour le service de la stadios. Son axe optique se trouve dans le plan vertical passant par l’index, les zéros des verniers et le centre de l’instrument. Au-dessus de son axe horizontal, qui est rectifiable, elle est munie d'un niveau sphérique, encadré dans son renfort qui porte les deux tourillons.
- Dans les deux modèles, un tube collimateur sert de viseur de repère ; l’alidade fixe porte un niveau sphérique pour le plan vertical et un niveau longitudinal à deux faces pour servir dans le plan vertical aussi bien pour les pentes ascendantes que pour
- les pentes descendantes; l’alidade mobile porte une boussole de 60 millimètres de diamètre et dont le centre coïncide avec celui de l’instrument. La longueur des alidades, depuis leur point de croisement jusqu’à leur extrémité, est constante de O"1,10. La largeur varie de 8 à 15 millimètres.
- Le support de l’instrument est un genou universel qui lui permet tous les mouvements et toutes les positions possibles dans les deux plans. Son pied est un système brisé, à trois branches, pouvant être porté par l’opérateur, comme aussi l’instrument qui est placé dans une boîte recouverte de cuir, en bandoulière, ou être attaché à la selle quand on est à cheval. Une petite loupe, placée dans la boîte de l’instrument, facilite la lecture des divisions et une bobine avec u n ruban de 10 mètres de long, divisé en centimètres, et chiffré par mètres et décimètres, sert à la mesure de la base.
- Du simple examen de la figure et du résumé de cette description, il est facile de comprendre comment l’appareil doit être employé dans ses différentes fonctions pour les différents services auxquels il est destiné.
- Tel est, en résumé, l’instrument du colonel Costiesco, et toutes les 4 commissions civiles et militaires chargées de son examen ont été unanimes à reconnaître que, par la combinaison qu’il comporte, de réunir en lui seul les principes de plusieurs autres instruments, par la précision suffisante qu’il présente dans les opérations et par la propriété importante dont il jouit de donner directement d’une manière simple et facile les distances horizontales et les différences de niveau, il constitue un instrument très pratique pour les opérations de topographie dans les deux plans, et très utile pour les levés et les reconnaissances militaires.
- A la suite de tous ces rapports favorables, le ministre de la guerre de Roumanie en a fait une commande pour tous les corps, les écoles militaires et les états-majors de son armée.
- L’appareil que nous venons de décrire est construit par MM. Morand et Gensse.
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- LE PHAÉTON A VAPEUR
- DE MM. LE Cte DE DION, G. BOUTON ET TRÉPARDOUX.
- 11 y a un peu plus d’un an, en août 1884, M. le comte de Dion avait eu la gracieuseté de nous inviter à prendre place dans une petite voiture à vapeur qu’il avait construite avec la collaboration de MM. Bouton et Trépardoux. Sachant combien le problème de la locomotion terrestre à vapeur offre d’intérêt, nous avons donné la description de ce curieux véhicule qui nous a permis de parcourir l’avenue de la Grande-Armée avec une vitesse de 36 à 40 ki-
- lomètres à l’heure1. Nous avons fait alors l’éloge de cette construction fort bien conçue, et de l’ingénieux mécanisme qui avait été réalisé; nous avons été à même de voir tout récemment que nous ne nous étions pas trompé dans nos appréciations. MM. de Dion, G. Bouton et Trépardoux viennent de donner une forme élégante à leur voiture à vapeur, qui jusque-l'a n’avait été essayée qu’à titre expérimental. Le véhicule se présente aujourd’hui sous la forme d’un élégant phaéton, où quatre personnes peuvent tenir place à l’avant, tandis que le mécanicien se tient à l’arrière.
- Nous en reproduisons l’aspect très exact dans la
- Le phaéton à vapeur de MM, de Dion, G. Bouton et Trépardoux. (D’après une photographie )
- gravure ci-dessus qui a été faite d’après une photographie.
- Le châssis de la machine est monté sur quatre roues. Les deux roues de l’avant sont directrices, elles ont 0m,800 de diamètre; les deux roues de l’arrière sont motrices, elles ont lm,200 de diamètre. Sur le châssis sont placés : à l’avant des roues motrices, la .caisse et deux strapontins mobiles dos à dos pouvant contenir six personnes; à cheval sur les roues motrices, la chaudière; sous le siège, le réservoir d’eau d’alimentation; derrière la chaudière, le réservoir à combustible, les appareils d’alimentation et le siège du chauffeur. Au-dessous du châssis on a disposé les cylindres moteurs et la transmission différentielle qui rend les roues motrices en même temps solidaires et indépendantes.
- Le voyageur de droite a sous la main la direction et le changement de marche qui suffisent à la conduite de la voiture ; il peut la diriger, manœuvrer en avant ou en arrière et accélérer ou ralentir la vitesse.
- La plate-forme de devant peut servir de support à une malle ou à un colis quelconque. La provision d’eau peut fournir un trajet de 40 kilomètres et celle de charbon 100 kilomètres.
- La vapeur d’échappement est séchée avant sa sortie dans l’atmosphère, de sorte qu’elle est absolument incolore. La voiture peut tourner dans une courbe de 2 mètres de rayon. La chaudière qui a 0m,60 de diamètre et 0m,83 de hauteur présente 5mS,50 de surface de chauffe et pèse avec son cendrier, sa
- 1 Voy. n° 584, du 9 avril 1884, p. 145.
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- LA NATURE.
- cheminée et tous ses accessoires, 400 kilogrammes; elle est tubulaire, inexplosible et à circulation.
- La mise en pression ne dépasse pas une durée de •40 à 45 minutes y compris l’allumage. La production est de 30 kilogrammes de vapeur sèche par mètre carré de surface de chauffe et de 9 kilogrammes de vapeur par kilogramme de combustible.
- La chaudière est en tôle d’acier soudée sans aucune rivure et peut supporter les plus fortes secousses sans que son étanchéité en soit compromise ; elle est timbrée à 12 kilogrammes et éprouvée à 20 kilogrammes. La machine est composée de deux cylindres oscillants de 100 millimètres de diamètre et 100 millimètres de course dont la distribution permet le changement de marche et la détente variable. Ces organes ne sont aucunement apparents; ils se trouvent à l’abri de la poussière et de toute autre cause de détérioration ; il n’y a absolument que les tiges des pistons qui sortent des cylindres et portent les coussinets qui viennent se fixer sur la soie du vilebrequin.
- La vitesse de cette voiture est de 30 kilomètres à l’heure; elle peut gravir des rampes de 10 pour 100 à une vitesse de 8 kilomètres à l'heure; elle est bien suspendue et sa confection est celle des voitures de luxe. La dépense de combustible est de 1 kilogramme à lk,5 par kilomètre.
- La cheminée ne dégage ni fumée ni vapeur; l’échappement des cylindres ne fait aucun bruit; le roulement est un peu plus bruyant que celui d’une autre voiture précisément à cause de la vitesse et de son poids qui est, en ordre de marche, c’est-à-dire en charge de six voyageurs, un chauffeur, provision d’eau et de combustible, 4800 kilogrammes.
- Le phaéton à vapeur que nous venons de décrire a fonctionné la semaine dernière avec grand succès, et nous en avons vu deux modèles très élégants qui ont été confectionnés pour deux amateurs de Paris et de Madrid. En dehors de son usage de luxe, une telle voiture à vapeur doit trouver de nombreuses applications pratiques. Gaston Tissanpier.
- NOUVEAU VIADUC DE LA TAY
- l’outillage de la fondation des piles
- Ce viaduc est destiné à remplacer le pont métallique jeté sur la même rivière, et qui S’est écroulé en décembre 1879, sous l’effort d’une tempête d’une extrême violence, en entraînant avec lui dans les Ilots le train qui le traversait h Le nouvel ouvrage (fig. l)a 3300 mètres de longueur : il comprend deux via-ducs d’accès, l’un au sud, horizontal A, formé de 27 travées, l’autre au nord C qui en comporte 45 et présente une pente de 0m,009 par mètre (fig. 1). Entre les viaducs est établi un pont B à 13 travées de 70 mètres de portée chacune, dont quatre peuvent servira la navigation des grands steamers. En ce point la hau-
- 1 Voy. Table <les matières des dix premières années.
- teur du rail au-dessus des hautes mers est de 24 mètres. Les portées des travéés des viaducs sont naturellement moindres que celles du pont, et varient de 15 mètres à 51 mètres. Du côté du sud," l’ouvrage se raccorde avec la rive par quatre arches en briques de 15 mètres de portée et dont la première forme culéeces arches supportent la jonction des voies de la ligne principale qui va à Edimbourg avec celles de l’embranchement de Newport et leur largeur se rétrécit progressivement pour venir se réunir à la partie métallique. Au nord, l’ouvrage s’étend sur le prolongement de l’esplanade de Dundee, ce qui ne permettait pas d’établir une culée. On l’a remplacée par deux travées biaises en fer forgé reposant sur des piles, en maçonnerie de briques. Au delà de ces voûtes, le viaduc est porté par des colonnes en fonte fixées sur des dés de granit. Toutes les autres piles, au nombre de 77, constituant les supports de la construction, sont du même type : elles se composent de deux caissons cylindriques en fer forgé, pour le pont et le viaduc sud, et en fonte pour le viaduc nord : ils sont intérieurement revêtu? d’une chemise en briques et d’un massif de béton, qui atteignent, dans les premiers, le niveau des basses mers, et régnent, pour les seconds, sur toute la hauteur des piles. Les diamètres des bases des caissons varient de 3 mètres à 7 mètres suivant l’importance des travées; chaque caisson comprend trois cylindres superposés dont les diamètres vont en diminuant à partir de la base, et le cylindre qui la constitue est raccordé avec le suivant par un tronc de cône (fig. 2). Sauf dans quelques cas où ils sont fondés sur le roc, on les enfonce à des profondeurs comprises entre 6 mètres et 9 mètres au-dessous du lit de la rivière, de manière à les préserver des aflouillements dus à l’action des marées. Avant de pousser plus foin les fondations, on essaye leur résistance en les chargeant à raison de 6 kilogrammes par centimètre carré de la surface totale, ce qui correspond à un poids supérieur d’un tiers à celui de deux trains complets circulant sur le via-duc. Les parties supérieures des caissons de chaque pile sont ensuite reliées, à 0ra,50 au-dessus des hautes mers, par des poutres en fonte formant des entretoises de 2m,40 de hauteur et dont l’intervalle est rempli, comme pour les caissons, par un revêtement de briques et un massif central en béton. Au-dessus viennent se placer des piliers de forme octogonale réunis par une voûte en plein cintre, sur laquelle reposent les poutres principales. Celles-ci sont au nombre de quatre sur les viaducs proprement dits, contreventées par des croix de Saint-André, et de deux seulement sur le pont, mais beaucoup plus fortes et entretoisées, à leur partie supérieure, par des poutres secondaires. Les coupes, représentées dans la figure 2 indiquent ces dispositions.
- La pose et la construction des caissons s’effectuent au moyen d’un appareil entièrement nouveau, (fig. 3 et 4) dont les dispositions ont été combinées par M. Arrol, entrepreneur des travaux, qui est
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- également chargé de ceux du gigantesque pont sur le golfe de Forth. C’est une plate-forme métallique constituée par deux caissons principaux en tôle et un troisième parallèle aux précédents. L’ensemble est relié par des poutres qui portent un tablier de plain-pied avec celui des caissons et sur lequel se placent les appareils d’excavation, les pompes, les bétonnières, la machine hydraulique, etc. Aux quatre angles de la plate-forme ainsi constituée, sont disposées quatre colonnes en tôle, de lm,50 de diamètre, et de 19m,50 de hauteur, logées dans les vides des caissons auxquels elles sont invariablement réunies. Ce sont de
- simples cylindres ouverts par le bas, et pourvus d’une cloison transversale à 0m, 75 au-dessus de l’arête tranchante pour les empêcher de s’enfoncer trop profondément dans le lit de la rivière. A l’intérieur de la plate-forme, régnent deux grandes ouvertures carrées dans lesquelles on peut construire et immerger les caissons cylindriques C des piles.
- Pour effectuer ces opérations quelle que soit la hauteur de la marée, la plate-forme doit pouvoir prendre sur place un mouvement de montée et de descente à volonté. Dans ce but, les quatre colonnes portent chacune deux doubles nervures ou brides verticales B
- Pi g. -|.— Vue d’ensemble du nouveau viaduc de la Tay.— Élévation générale et plan d’ensemble.
- en acier (fig. 5, n° 1), diamétralement opposés, écartées entre elles de 0'“,40, et percées de trous distants de 0m,15 l’un de l’autre. Entre ces deux brides se meuvent deux plaques D,D reliées h la plateforme, et munies de trous de même diamètre et de même écartement que les précédents. Toutefois, les plaques D,D portent une rainure longitudinale d’une hauteur égale à la course d’un piston, qui se meut dans un cylindre hydraulique E boulonné sur ces plaques. Voici comment l’on procède pour la montée : supposons le piston au haut de sa course ; on cale l’appareil au moyen d’une goupille d’acier passée dans les trous des brides B et dans la tête I du piston. L’admission de l’èau au-dessus de celui-ci presse la goupille contre les brides B, et comme les colonnes qui leur sont reliées portent sur le sol, le cylindre E est obligé de s’élever en entraînant les plaques D et avec elles la plate-forme. Lorsque tout l’ensemble est monté de 0m,15, les trous des plaques D,D se trouvent en face de ceux des brides BB, et on passe, au-dessous du piston, une seconde goupille dans les trous correspondants. L’eau contenue dans le cylindre E est alors expulsée et la plate-forme se trouve suspendue sur la goupille inférieure qu’on vient de poser, ce qui permet de retirer l’autre. 11 suffit maintenant de faire remonter le piston et de reposer la première goupille pour que le système soit préparé pour un mouvement de montée. Celui de descente s’effectue en procédant d’une manière
- inverse. Les deux cylindres E de chaque colonne sont toujours conjugués entre eux et peuvent, 'a volonté, se conjuguer avec ceux des autres colonnes.
- La méthode employée pour l’immersion des caissons cylindriques repose sur le même principe. Ils pèsent en moyenne 50 tonnes, y compris le revêtement intérieur en briques, dont nous avons déjà parlé et qui doit être com struit avant la descente. Quatre tiges L à section carrée (fig. 5, ncs2 et 3) sont fixées à leur partie inférieure sur une forte bride rivée au caisson et glissant chacune dans un piston, à tige creuse P, mobile dans un cylindre A établi sur la plate-forme. Ce cylindre est surmonté d’une traverse B (fig. 5), qui livre également passage aux tiges L, et celles-ci sont percées de trous rectangulaires espacés de 0m,25. Au repos, une barre passée en K dans un des trous de la tige L soutient le caisson. Supposons chaque piston P arrivé vers la fin de sa course; on ferme le robinet Q d’admission de l’eau, et on passe une barre dans le trou M qui suit le trou K. Puis on ouvre le robinet, de manière à faire supporter tout l’appareil par le piston, ce qui permet de dégager la barre passée dans le trou K. En ouvrant alors l’échappement, le piston et le caisson s’abaissent ensemble, jusqu a la fin de la course. A ce moment, on replace une barre dans le trou qui arrive à la hauteur de la traverse, et tout se trouve prêt pour une seconde opération. Le caisson descend ainsi graduellement jusqu’au fond, et il est assuré
- Fig. 2. — Différents types des caissons et des poutres.
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- dans son mouvement par de guides verticaux G soutenus par des poutrelles transversales H.
- Ces dispositions générales permettent de concevoir le mode employé pour la construction d’une pile. On met à flot le ponton constitué par l'ensemble des caissons, et on l’amène sur l’emplacement adopté pour les fondations en le lifdant au moyen de la grue de service et des cabestans sur des câbles-chaînes fixés aux piles de l’ancien pont. Puis on retire les supports temporaires qui soutiennent les ! colonnes, et on les fait reposer sur le sol, en ayant soin d’ouvrir les valves d’entrée d’eau des caissons, afin d’empêcher le système de flotter quand la marée monte. La plate-forme est alors relevée à la hauteur convenable au moyen des cylindres hydrauliques dont nous avons décrit le fonctionnement. On assure la stabilité de l’ensemble au moyen d’ancres et de chaînes, et on arrive ainsi à obtenir une plate - forme d’une remarquable fixité, même par les plus gros temps.
- La construction et l’immersion dgs caissons de fondation s’opère de la manière suivante, dans les deux vides de la plate-forme : les viroles sont apportées en pièces toutes préparées qu’on met en position pour le rivetage. En même temps que les sections métalliques, on construit un anneau intérieur en briques afin d’augmenter le poids du caisson. Au cours du montage des viroles, on descend tout le système aü moyen des cylindres hydrauliques ci-dessus décrits, jusqu’à ce que le caisson touche le -fond. Les appareils d’excavation sont alors mis en mouvement, et le caisson s’enfonce sous son propre poids, qu’on augmente au besoin par une surcharge, jusqu’à ce qu’il atteigne la profondeur convenable. On fait ensuite le remplissage intérieur en béton, et le caisson de fondation est terminé. Quand le second caisson a été achevé d’une manière ana-
- logue au premier, il faut retirer la plate-forme pour la faire travailler sur un autre point. Pour cela, il suffit de l’abaisser jusqu’au niveau nécessaire à la flottaison ; on l’amène ensuite au point voulu.
- La plate-forme enlevée, il reste à pousser la pile en maçonnerie jusqu’au niveau de la pile métallique octogonale qui doit la surmonter. A cet effet, des caissons provisoires ont été boulonnés sur les caissons avant l’échouage : ils servent en même temps à porter la surcharge dont nous avons déjà parlé, et
- à assurer le guidage pendant la descente : on y complète la maçonnerie après épuisement de l’eau, et on insère dans chaque pile six boulons d’ancrage de 01U,06 de diamètre, qui pénètrent à 6 mètres au-dessous du couronnement. La maçonnerie supérieure terminée, les caissons provisoires sont déboulonnés, et on établit les pièces qui servent à relier la partie métallique des piles avec le massif de maçonnerie.
- En résumé, les opérations s ’ e f f e c-tuent dans l’ordre suivant : 1° mise,
- en place du ponton, descente de chaque caisson, excavation et remplissage en maçonnerie ; 2° épreuves
- pour s’assurer de la résistance des fondations ; 3° construction de la maçonnerie supérieure des piles au-dessous du niveau des hautes mers; 4° achèvement de la pile jusqu’au niveau de la partie métallique à section octogonale.
- Quatre de ces plates-formes sont actuellement en service : la plus grande a 23 mètres de longueur sur 20 de largeur, et la plus petite 17 mètres sur 11. Elles sont établies en rapport avec les dimensions des piles auxquelles elles, doivent s’appliquer. Ce matériel, fort ingénieusement combiné, ne peut être économique que pour les grands ouvrages où l’on a un nombre assez considérable de piles de fortes dimensions à construire, sans quoi l’amortissement des appareils ne pourrait se répar-
- Fig. 3. — Plate-forme de construction. — Élévation et plan.
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- Fig.4
- Construction du nouveau viaduc de la Tay. Pose d’une pile au moyen de la plate-forme du système Arrol.
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- tir sur un ensemble suffisant de travaux. 11 donne, au viaduc de la Tay, d’excellents résultats : sur la rive nord (côté de Dundee), les pontons ont permis d’échouer et d’achever par semaine une pile composée de deux caissons de 3 mètres de diamètre chacun.
- Les travaux ont été commencés en juin 1882 : actuellement les arches en maçonnerie des deux extrémités sont achevées et presque tous les caissons de fondation échoués et remplis : la moitié d’entre eux a reçu les piles octogonales supérieures, et les pièces de pont avec la voie ferrée sont prêtes à être livrées à la circulation, sur une longueur totale de 500 mètres. Les poutres et le tablier des 15 grandes travées médianes sont assemblés sur un échafau-
- Fig. 5. — N* 1. — Cylindre hydraulique pour la montée et la descente de la plate-forme. — N" 2 et 5. — Cylindre hydraulique pour les caissons. Coupes longitudinales, transversales et plan.
- dage spécial élevé à l'extrémité sud de l’ouvrage; une fois l’assemblage terminé pour chaque travée, on fera flotter les fers et on viendra les poser sur les caissons, déjà construits ; on les élèvera ensuite par des engins hydrauliques, à la hauteur qu’ils doivent occuper sur les piles octogonales dont la construction se poursuit parallèlement. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- BIBLIOGRAPHIE
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- The story of the Heavens, by Robert Stawell Ball, avec des planches en couleur et de nombreuses illus-
- trations. 1 vol. in-8°. — Cassel et Company, London, 1885.
- La désinfection des wagons ayant servi au transport des animaux, par le Dr P. Redard. 1 broch. in-8°. — Octave Doin, 1885.
- Les sonneries électriques. Installation et entretien, par Georges Fournier, d’après 0. Canter. 1 vol. in-18. — Paris, Bernard Tignol.
- Notes s tir les reptiles et les batraciens de la Cochinchine et du Cambodge, par le Dr Gilbert Tirant. 1 vol. in-8°. — Saigon, imprimerie du gouvernement, 1885.
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- L’Exposition Universelle d'Anvers. Revue scientifique, par Yan Triciit. 1 broch. in-8°. — Bruxelles, Alfred Yromant, 1885.
- Reiseerinnerungen aus Algérien und Tunis, von Dr W. Kobelt. 1 vol. in-8°, avec de nombreuses illustrations .— Frankfurt-am-Main, Moritz Biesterweg, 1885.
- La médecine des accidents. Premiers secours à donner par le Dr R. Broquère. 1 vol. in-52. — Paris, Fél Alcan. Prix, I) fr. 60.
- —«-<0*0—
- LES CHÛTES DE GRANDES HAUTEURS
- C’est un préjugé assez répandu qii’un homme précipité d’une grande hauteur, volontairement ou par accident, est mort avant de toucher le sol sur lequel le corps vient se broyer. Les faits divers relatant les suicides ou les accidents de ce genre sont souvent accompagnés de cette rubrique : la victime était morte asphyxiée avant d’arriver à terré. Je me demande ce qui a pu donner Heu à cette créance ; on ne meurt pas asphyxié pour traverser l’air avec une vitesse de 15, 20 mètres et plus la seconde, et cela pendant trois à quatre secondes.
- C’est le temps nécessaire pour parcourir une hauteur de 80 à 100 mètres. Il n’est guère de monuments beaucoup plus élevés, du sommet desquels ces malheureux se soient précipités. Or, en calculant de la façon la plus simple, sans tenir compte de la résistance de l’air, qui n’amèrte pas un ralentissement bien sensible, à la première seconde un corps (de poids moyen) franchira 5 mètres environ, puis 20 à la deuxième seconde, 45 mètres à la troisième et ainsi de suite.
- L’homme n’est pas mort, mais il doit être en tout cas dans un singulier état d’étourdissement, peut-être même dans un état syncopal, qui ne lui laisse pas la moindre conscience de cette chute vertigineuse. Mais ce n’est pas de l’asphyxie ; la respiration est suspendue pendant ces courts instants, mais on sait qu’elle peut l’être pendant un temps assez long, sans qu’il y ait asphyxie. Prenez votre montre, arrêtez-vous de respirer ; vous arriverez assez facilement à vingt, vingt-cinq secondes, quelques-uns à quarante sans avoir un besoin trop impérieux de reprendre haleine. On a cité dans ce journal les exploits de miss Lurline, la sirène de l’Hipprodrome, qui restait sous l’eau près de deux minutes. L’habileté des plongeurs maltais et leur habitude de rester plusieurs minutes sous l’eau sont bien connues. Il n’y a donc pas asphyxie par manque d’air, mais il y a vertige,. étourdissement,
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- voire même syncope, par le trouble d’équilibre apporté à la circulation générale et cérébrale en particulier.
- Des faits sont lk du reste pour le prouver. Un homme se précipite du haut de la colonne de la Bastille ; fort heureusement pour lui, on réparait le socle et les ouvriers avaient dressé des tentes pour se protéger. Le corps vint tomber sur ces toiles qui, résistant par leur tension, renvoyèrent le bonhomme comme une balle élastique, sur le trottoir. Elles avaient amorti la chute de telle façon que le malheureux put se relever, après quelques instants, étourdi et fortement contus, mais sans lésions graves et guéri, je pense, de ses idées de suicide.
- H. de Parville, dans ses Causeries scientifiques, cite le cas d’un Indien de l’île d’Oghin qui tomba en 1852 d’une hauteur de 300 mètres sur des massifs de fougères, sans blessures dangereuses. Le fait paraît sujet à contestation : en tout cas, en voici un qui vient d’être publié.
- C’est l’histoire d’une pauvre jeune fille de vingt-deux ans qui sauta, dans l’intention de se suicider, du haut du pont suspendu de Clifton dans la rivière. La malheureuse fut immédiatement repêchée et transportée à l’hôpital où elle se remit assez rapidement de la commotion produite par la chute. Elle avait, avec de très fortes contusions du bas des reins et des cuisses, une luxation du sternum.
- La hauteur du pont de Clifton, du tablier au niveau de la rivière, est de 250 pieds anglais (86 mètres) ; la chute d’une durée approximative de quatre secondes, pour cette hauteur, a dû être un peu ralentie, par suite d’un vent assez violent qui soufflait au moment de l’accident et de la résistance offerte par les jupes qui s’étaient relevées, gonflées par l’air. La malade ne se rappelle exactement rien de ce qui s’est passé depuis le moment où elle s’est précipitée jusqu’à l’heure où elle reprit connaissance dans le lit de l’hôpital. Le DrFenton Evans, qui a rapporté ce fait, dit qu’il n’existe pas, à sa connaissance, d’exemple de survie après une chute de plus de 150 pieds; sur seize personnes qui ont tenté de se suicider de ce même pont, une seule a été retirée de l’eau, vivant encore, mais est morte au bout d’un quart d’heure. Le cas qu’il cite est, je crois, unique en son genre.
- Dr A. Cartaz.
- L’OUTILLAGE DE L’AMATEUR1
- LA FORGE ET L’ATELIER DE SERRURERIE
- L’outillage de la forgé est fort simple et peu coûteux. Une forge portative, une enclume, un marteau et des tenailles, voilà l’indispensable. Pour 70 francs, on peut se procurer une petite forge du modèle représenté ci-après (fig. 4-), parfaitement suffisante pour chauffer et souder une barre de fer de trois centimètres, carrés. L’amateur qui voudrait travailler de plus grosses pièces, comme on en a quelquefois l’occasion â la campagne, trouverait pour 90 francs une forge permettant de chauffer un fer carré de 8 centimètres.
- L'enclume doit être choisie en fer aciéré, à surface supérieure ou table bien dressée. Lorsqu’on la frappe, elle doit rendre un son clair, argentin : une belle sonorité indique une bonne enclume. On en fait
- 1 Voy. n° 639, du 29 août 1885, p. 203.
- aussi en fonte et en acier. Les premières sont d’un mauvais usage parce qu’elles sont sujettes à s’égrener et à casser net. Celles en acier sont d’une plus grande durée, mais d’un prix beaucoup plus élevé et elles cassent aussi quelquefois par suite d’un défaut dé trempe. On prendra une enclume dite de sei’rurier<, c’est-à-dire terminée par deux bigornes, l’une ronde et l’autre pyramidale, et percée de deux trous : lé premier est carré et sert à recevoir les tranchets et les étampes; le second, qui manque dans certaines fabrications, est rond et traverse de part en part la bigorne pyramidale; il est fort utile dans beaucoup de cas, par exemple, quand on perce le fer à chaud avec un poinçon : il fait l’office de contre-perce. L’enclume doit peser de 55 à 60 kilogrammes ; plus légère elle n’offre pas une stabilité suffisante (prix 100 francs les 100 kilogrammes). On la pose sur un socle en bois, généralement une section de tronc d’arbre, de façon que la surface supérieure ou table soit à peu près à la hauteur de la ceinture de l’ouvrier. On tourne la bigorne conique à sa gauche. Pour amortir le bruit et les vibrations, on interpose entre le sol et le socle un corps mauvais conducteur (paillasson ou caoutchouc) et l’on entoure l’une des bigornes d’une bande de plomb roulée en anneau, que l’on peut enlever à volonté. Nous représentons (fig. 5) un modèle d’enclume de fabrication américaine qui est spécialement destinée aux amateurs ; l’adjonction d’un étau est une heureuse innovation et doit faciliter beaucoup le travail. . .
- Deux marteaux de forge, un léger (A, fig. 1) pesant moins d’un kilogramme et un plus lourd, B, de 2 à 3 kilogrammes, sont suffisants. Ce dernier n’est peut-être pas à la portée de tous les biceps, mais une demi-heure de travail avec un pareil outil vaut bien une heure d’exercices de haltères. Il faut acheter les marteaux prêts à servir, solidement emmanchés en bois de cornouiller.
- En C (fig. 1) nous figurons le tranchet, que l’on place sur l’enclume dans le trou carré pratiqué à cet effet, et sur lequel on appuie le fer que l’on veut couper. D et E sont les tranche s, dites tranches à chaud et tranches à froid, suivant qu’elles servent à couper le fer roüge ou refroidi. On peut les remplacer par un fort ciseau en acier fondu.
- Voici maintenant (fig. 2, F, H, I, J) les formes de tenailles les plus usuelles. On en trouvera beaucoup d’autres chez les fabricants; inutile d’en faire provision, car on achète souvent ainsi deS outils dont on n’a jamais l’occasion de se servir, et l’amateur sera bientôt en mesure de forger lui-même les outils de ce genre dont il peut avoir besoin.
- Comme accessoires de la forge, il faut mentionner un baril ou un grand sceau plein d’eau pour tremper l’acier, refroidir le fer, et mouiller le feu à l’aide de Ye'couvette ou goupillon, sorte de petit balai.
- Le complément obligé de la forge, c’est l’atelier de serrurerie ou d’ajustage, qui comporte un outillage beaucoup plus complexe dans le détail duquel
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- Fig. 1 à 3.— Fig. \.— Marteaux, tranchet et tranches .—Fig. 2.— Formes de tenailles. Fig, 3. — Étau tournant.
- nous ne pouvons entrer. Nous allons seulement donner quelques conseils relativement au choix de certains outils fort importants, tels que l’étau, la fo-rerie, etc.
- L'étau est la pièce fondamentale de l’atelier.
- On ne saurait donc apporter trop de soin à son acquisition. Nous engageons vivement l’amateur à se procurer un étau tournant, à serrage parallèle et oblique dans le genre de celui représenté (fig. 3), ayant des màcho'rcs de 15 centimètres de largeur minimum. Plus faible, il est d’un mauvais service, demande de grands ménagements et ne résiste pas aux coups de marteau quand on burine, ou que l’on façonne à chaud des pièces un peu fortes. Le serrage oblique (a fig. 5) permet de pincer solidement dans l’étau des pièces coniques qui sont toujours mal tenues dans un étau ordinaire et occasionnent quelquefois le bris des filets de la vis de serrage. Cette disposition offre donc un grand avantage et plus de sécurité.
- La forerie sert à percer le fer et métaux analogues (fonte, acier, etc.). Nous figurons ici (fig. 6) celle dont nous nous servons dans notre atelier. C’est une forerie dite à potence. Elle se compose d’une forte potence en fer fixée au mur par deux brides à crampons qui lui permettent de pivoter en décrivant une demi-circonférence, figurée par un arc C sur lequel on l’arrête dans la position voulue au moyen de la vis de pression P. Une forte vis B que l’on main fait pression h volonté sur le
- Fig. 5. — Enclume américaine d’amateur.
- manœuvre d’une vilebrequin V qui
- porte le foret F. Cette vis B peut avancer ou reculer
- comme la pièce à laquelle elle est fixée que l’on maintient en position par la vis PC Quand le travail est terminé, on enlève le vilebrequin que l’on accroche à un clou et l’on repousse la forerie contre le mur. Cette disposition très commode est en même très puissante et permet de forer des trous de grande largeur, ce que l’on ne peut faire avec les petites foreries à manivelle qu’on trouve chez tous les quincailliers. Je dois cependant dire que j’ai vu dans des ateliers d’amateur des foreries à engrenages identiques à celles que l'on rencontre dans les grands ateliers de serrurerie. Outre que ces machines sont très coûteuses, elles sont surtout très dangereuses et je ne saurais les conseiller.
- Voici à droite de la forerie à potence (fig. 6), un instrument parfaitement inoffensif, mais que l’<n trouve rarement chez les amateurs. C’est un marbre et une pointe à tracer. Le marbre n’est qu’un plateau en fonte, parfaitement raboté et dressé sur lequel glisse un chandelier en fonte ou en bronze, portant une pointe qui, à l’aide de vis de rappel et de pression, peut prendre toutes les positions voulues. C’est avec cet appareil que l’on trace les pièces que l’on veut travailler suivant les indications d’un plan donné. Tel est le rôle du traceur dans les grands ateliers, et nous engageons beaucoup nos lecteurs amateurs à aller voir comment on trace une pièce. Et, d’ailleurs, disons à ce propos que pour
- Fig. 4. — Petite forge portative.
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- apprendre un travail manuel quelconque, il faut surtout voir faire. L’amateur aura tout avantage à se faire donner quelques leçons de tour et de forge par un homme du métier : il complétera son éducation par la lecture , l’observation et des essais répétés. Telle est la méthode que nous avons suivie nous-même et il n’y en a pas d’autre si l’on veut arriver rapidement à un bon résultat.
- Une meule de fort diamètre est indispensable dans l’atelier pour afiuter les outils coupants tels que tranches, ciseaux à froid , burins, forets.
- Nous figurons un petit instrument assez ingénieux qui est destiné à maintenir l’outil que l’on affûte dans une position invariable, de façon à obtenir un biseau parfaitement régulier, condition
- nécessaire pour avoir un bon tranchant. A moins d’une grande pratique, on n’arriverait pas à un bon résultat en tenant l’outil à la main seulement (fig. 7).
- L’amateur se procurera lés limes, pinces diverses, filières, etc., au fur et à mesure de ses besoins. Chacun, suivant ses goûts et les circonstances, peut entreprendre des travaux très variés, qui nécessitent un certain nombre d’outils appropriés. C’est pourquoi il serait sans intérêt d’entrer dans plus de détails.
- Il nous reste à dire un mot du costume de l’amateur artisan et des précautions qu’il doit prendre en
- se livrant à ses travaux. Sans endosser la parisienne et le bourgeron du serrurier, l’amateur doit au moins revêtir une longue blouse pour protéger ses vêtements qui, sans cette précaution, seraient bientôt hors d’usage. Pour forger, on remplace le tablier de cuir des vieux par un
- forgerons tablier
- Fig. 6.— Forerie à potence dans un coin d’atelier. A droite, marbre elpointe à tracer.
- en grosse toile a voile. Pour tourner, buriner et forger l’acier, il est prudent de s’abriter les yeux derrière une paire de grosses lunettes rondes dites de meunier. Un accident grave peut être la conséquence de l’oubli de cette précaution. Beaucoup d’amateurs travaillent avec des gants : c’est le meilleur moyen d’atténuer les durillons et d’éviter les écorchures , coupures et ces mille petils accidents toujours désagréables et ennuyeux. Pour
- se nettoyer les mains que le travail des métaux salit
- beaucoup, je conseille d’employer la benzine, que je préfère à la vaseline comme étant d’un emploi plus commode et plus général. Il suffit de frotter les mains avec un linge imbibé de benzine pour enlever rapidement le cambouis, les taches de vernis, de peinture, le mastic, etc. Ensuite un savonnage avec le savon
- Fig. 7. — Meule pour affûter les outils coupants.
- jaune d'iris complétera le nettoyage.
- Nous avons terminé ce que nous avions à dire sur l’outillage de l’amateur ; certes nous n’avons pas épuisé le sujet : nous ne le pouvions ni ne le voulions; mais nous avons la conviction d’avoir donné
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- LA NATURE
- des conseils pratiques dictés par notre expérience {personnelle et suffisants pour éviter aux amateurs novices bien des mécomptes. A. B.
- NÉCROLOGIE
- "" Lë docteur N. Joly. — Nous avons la douleur d’annoncer à nos lecteurs la mort de l’un de nos collaborateurs les plus distingués, M. le docteur Nicolas Joly, professeur honoraire à la Faculté des sciences, à l’Ecole de.médecine et de pharmacie de Toulouse, membre correspondant de l’Institut de France, chevalier de la Légion d’honneur, décédé â Toulouse le 17 octobre 1885 dans la soixante-quatorzième année de son âge. M. le Pr Joly est un des savants qui nous avaient le plus encouragé à fonder le journal La Nature, en 1875, et il n’a j armais cessé d’être des nôtres, depuis les premières livraisons de notre publication, qui renferme de lui de nombreuses notices traitant presque toujours de travaux originaux qui lui étaient personnels.
- Nicolas Joly est né à Toul (Meurthe) le 11 juillet 1812. Après avoir fait ses études au collège de sa ville natale, il entra au lycée de Grenoble en 1829, comme maître répétiteur. L'année suivante il fut nommé professeur d’histoire naturelle et; de langue allemande au lycée de Montpellier^ En 1810, le jeune professeur prit le grade de docteur ès scieneès avec doux thèses remarquables, qui dénotaient un esprit d’observation et de recherches très marqué. La même année, Joly se présenta au concours pour l’agrégation des sciences naturelles à Paris, et il obtint le:premier rangi Le 8 octobre 1840, il fut nommé professeur à la Faculté des sciences de Toulouse; il enseigna, aussi la zoologie et les sciences naturelles à l’Ecole de mé4eeine de cette ville.
- En 1865, aumoment où la question des générations spon-tànées passionnait au plus haut point le monde savant et la jeunesse des écoles, M. Jolv, de concert avec MM. Pouchet et MuSset, combattit les doctrines de M. Pasteur; il fit de nombreuses conférences et publia en faveur de l’hétéro-génie un mémoire qui eut alors un grand retentissement. Ml' Jôly et ses collaborateurs faisaient fausse route, et MJ Pasteur démontra de la façon la plus victorieuse L'inanité des théories de ses adversaires; mais les hété— rogénistesj n’en étaient pas moins des hommes convaincus, dont les opinions étaient respectables puisqu’elles étaient sincèrqs.
- On doit à Joly des travaux remarquables et des publications nombreusfes sur la zoologie et l’ethnographie préhistorique; Il avait' üü grand amour de la science, et sa Vie tout entière fut ' consacrée à l’étude et au travail. Homme loyal, caractère affectueux et sympathique, le D'’Joly laissera un profond souvenir dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu. Sa mort nous prive d’un collaborateur éminent, et, ce qui est plus difficile encore à remplacer, d’un ami sincère et dévoué. G. T.
- • LE RAYON YERT1
- Certains phénomènes, météorologiques prennent souvent, quand on les observe en pleine mer, une ampleur surprenante, accentuant vivement les particularités qui
- 1 Voyv Le Rayon vert et. L’Equerre chromatique, n° 634, du 25 juillet 1885, p. 113*
- les caractérisent. Tels sont les féeriques spectacles que donnent les couchers de soleil. Dans le cours de ma nouvelle et récente traversée de l’océan Indien, l’occasion s’est plusieurs fois présentée de contempler la lumière rayonnée par le soleil descendant à l’horizon, l’atteignant, pour disparaître bientôt après.
- Les colorations dont le ciel est inondé, quand les rayons de lumière directe vont faire place aux rayons crépusculaires, et la diminution progressive de la lumière qui succède au coucher du soleil, sont l’un des effets d’optique les plus magnifiques. Après une belle journée, pendant laquelle la pureté du ciel s’est maintenue, le soleil s’achemine à l’horizon sous un ciel nuancé d’un rouge orangé, passant graduellement au rouge pourpre, avec diverses nuances dues à l’état plus ou moins hygrométrique de l’atmosphère et à la distance de l’astre au zénith. Peu après le coucher du soleil, il arrive souvent qu’une teinte rouge jaunâtre à l’horizon va en se fondant sur le ciel et prend une nuance violacée en s’élevant vers le zénith. D’autres fois, le rouge qui borne la vue est très foncé, passe à l’orangé, et la teinte se perd insensiblement dans un fond bleu grisâtre.
- Mais ce qu’il y a de plus frappant, on le sait *, c’est que, dans l’instant qui suit immédiatement la disparition du bord supérieur du disque, on voit parfois un rayon absolument vert, d’urie grande beauté,, succéder aux derniers rayons rouges projetés sur les eaux et dans l’atmosphère. Il faut, du reste, des conditions tout exceptionnelles d’extrême limpidité du ciel et de grande pureté d’horizon, pour que ce phénomène apparaisse à l’observateur. Sa durée est d’un éclair. C’est, pour le navigateur, comme un adieu chargé de promesses, toujours fidèlement tenues, d’un beau temps pour le lendemain; il êst, ën effet, bien peu d’éxemples, s’il y en a, qu’un beau coucher de soleil ait été suivi d’un mauvais temps. Ce phénomène si remarquable nous semble devoir se rattacher aux belles expér riences de M.. Chevreul, sur le contraste simultané des couleurs et sur Iês ombres projetées derrière les corps opaques exposés aux différentes couleurs qui composent le spectre fourni par la lumière blanche. Ces ombres sont toujours d’une couleur complémentaire de celle dans laquelle est plongé le corps obscur.
- Ce phénomène ne saurait finalement trouver son explication que dans les mémorables travaux de l'illustre savant, qui a établi, de la façon la plils nette, par l’invention des pirouettes complémentaires, que la vision d’une couleur matérielle quelconque A en mouvement, une fois perçue, a préparé la partie de la rétine qui tient'd’être affectée de la couleur A à recevoir d’une fraction • de la lumière blanche, qui l’éclaire, la sensation de la couleur C complémentaire de A. Dans l’exemple cité, c’est donc la perception du rouge qui est suivie de celle du vert.
- Trêve.
- ——
- CHRONIQUE .
- musées commerciaux:. — Un musée, commercial vient d’être inauguré à Francfort, dans la Bourse de cette ville. C’est le plus complet de tous ceux qui existent en ce genre. Il comprend les sections d’importation, d’exportation et un bureau de renseignements, avec une bibliothèque. Les échantillons sont de toute sorte et de toute
- 1 Surtout depuis la charmante vulgarisation qui en a été faite par M. Jules Verne.
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- provenance; la qualité, la forme des articles, la matière et le genre de fabrication, l’emballage, les instructions relatives aux prix et à la consommation sont soigneusement énumérées, afin de donner aux négociants les renseignements nécessaires. La troisième section renferme tous les journaux commerciaux et spéciaux, les annuaires, les livres d’adresses de toutes les métropoles industrielles, les rapports de chambres de commerce, les avis des bureaux de douane et de tous les documents sur la situation commerciale des différents pays du monde.
- Une mousse profonde du lac Léman. — Les
- pécheurs qui prennent l’ombre-chevalier en face de la pointe d’Yvoire, sur la rive méridionale du lac Léman, ramènent souvent dans leurs filets des fragments de roche calcaire de couleur grise, perforée de trous et traversée par des fissures remplies de calcite. Sur ces pierres calcaires se trouve fréquemment une mousse d’une belle couleur verte. Pierres et mousse proviennent d’une profondeur d’environ 200 pieds. Ce fait a été affirmé à un naturaliste distingué, M. J.-B. Sehnetzler, par M. Bocion, peintre et professeur à l’école industrielle cantonale de Lausanne, qui l’a constaté lui-même d’une manière indubitable. 11 fallait bien cette affirmation d’un observateur aussi consciencieux que M. Bocion pour admettre l’existence d’une mousse vivant dans l’eau à 200 pieds de profondeur. Ce qui prouve qu’elle n’est pas accidentellement tombée dans l’eau, c’est son intime liaison avec la roche calcaire dont les fragments se trouvent si souvent dans les filets, qu’elle paraît bien répandue dans cette partie du fond du lac. Aucun cours d’eau ne débouche dans cette région. La roche calcaire et la mousse ' se trouvent, du reste, à une grande distance du rivage. Il n’existe aucune mousse qu’on ait trouvée vivant à une pareille profondeur. Le fait serait d’autant plus frappant que les cellules de notre mousse sont remplies de chlorophylle, matière colorante qui, sauf de rares exceptions, ne peut se développer que sous l’influence de la lumière d’une certaine intensité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- !.
- Séance, du i novembre 1885. — Présidence de M. Bouleï.
- Quoique très sôuffrant et marchant avec peine, M. Bou-ley a tenu à venir présider la séance : tous les amis de l’Académie lui en seront reconnaissants. Il ne se borne même pas à présider et présente de la part de M; Cadiat un mémoire sur la transmission de la morve au porc et un travail de M. Sanson sur les propriétés zymotiques du sang charbonneux.
- Nouvelle théorie de la houille. — Dans un volume orné de figures et de planches qu’il m’a fait l’honneur de m’adresser en même temps qu’il l’envoyait à l’Académie, M. Ludovic Breton, à qui vingt années de pi'atique et plus de mille descentes dans les mines donnent une très grande autorité, expose son opinion sur le mode de formation de la houille. D’après lui, les plantes maintenant converties en combustibles minéraux, constituaient durant leur vie de grandes tourbières flottant à la surface des eaux douces. Leur engloutissement, fatal à la suite de leur croissance et de leur augmentation de poids, les étalait au fond des lacs où elles se sont fossilisées. Avec un très grand art, le savant auteur fait valoir sa thèse dont il faudra évidemment tenir grand compte.
- Encore l’fguanodon. — Tout le monde applaudira à l’activité avec laquelle M. L. Dollo, aide-naturaliste au Musée d’histoire naturelle de Belgique, poursuit ses belles études sur l’Iguanodon. Cetle fois, c’est l’appareil sternal du grand reptile crétacé qui fixe son attention. L’inter-> prétation des pièces osseuses qui le composent est des plus difficiles comme en témoignent les tentatives successives de M. Marsh, de M. Ilulke, de M. Boulenger, de M. Gadow, de M. Smets, de M. Yetter, etc. M. Dollo qui déjà a donné de fortes raisons pour faire admettre, comme plaques sternales, les prétendues clavicules décrites par plusieurs paléontologistes, apporte aujourd’hui de nouveaux arguments très puissants pour clore le débat, conformément à son opinion.
- Oligiste terreux artificiel. — Il y a quelques mois, M. Albert Leroy, directeur de l’usine à gaz de Vaugirard, dont j’ai eu déjà l’occasion de signaler le dévouement à la science, voulut bien me remettre un produit dérivant de l’altération de tirants en fer disposés dans les fours, au-dessous des cornues. L’analyse que j’en ai faite démontre que c’est de l’oligiste (Fe203) résultant de l’action de la vapeur d’eau sur le fer fortement chauffé.
- Je sais bien que de Ilaldat a annoncé, en 1831, avoir préparé de l’oligiste par cette méthode ; mais la lecture de son ti'avail montre qu’il a pris pour de l’oligiste de simples octaèdres de magnétite (Fe304) ; ce qui est complètement différent.
- Théorie des gaz. — Les travaux que Clausius a entrepris depuis plusieurs années sur une ancienne conception de Bernouilli ont amené tous les physiciens à considérer les gaz comme consistant en molécules distinctes, circulant les unes autour des autres avec une très grande vitesse et heurtant à tous moments les parois des enceintes où on les enferme. Un célèbre correspondant de l’Académie, M. G.-A. Hirn, persuadé de l’inexactitude de cette théorie, s’est attaché à découvrir des circonstances où on puisse le prendre en défaut. Il en signale une aujourd’hui par l’intermédiaire de M. Faye. Il résulte, en effet, de la théorie de Clausius, qu’un gaz ne peut, en aucun cas, fùt-ce de Fair se précipitant dans le vide parfait, s’écouler avec une vitesse supérieure à 500 mètres par seconde. Or, M. Hirn décrit des expériences où, pour 1 millimètre de pression, l’air parcourrait 4266 mètres à la seconde ; et il pose en principe que cette vitesse est indéfinie. Si aucune cause d’erreur n’a passé inaperçue, il y a évidemment là un précieux moyen de contrôle que les physiciens ne négligeront pas.
- La respiration végétale. — Par une méthode nouvelle qui vérifie celle qu’ils ont antérieurement décrite, MM. Dehérain et Maquenne analysent les gaz produits par la respiration des plantes pendant la nuit. Comme précédemment, ils constatent que ces gaz renferment trente parties d’acide carbonique pour une d’oxygène.
- La faune de Vile de Campbell. — C’est par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne-Edwards, que l’Académie reçoit le magnifique ouvrage où M. Filhol vient de décrire la faune de ï’île Campbell. L’auteur, qui, comme on se le rappelle, était attaché en 1874 à la mission du passage de Yénus, avait à rechercher si Ï’île n’était pas un des restes d’un antique continent néo-zélandais. Le résultat est tout à fait opposé à cette supposition ; la faune n’a rien de commun avec celle de la Nouvelle-Zélande. On ne trouve dans Ï’île Campbell, aucun mammifère terrestre; les mammifères ne comptent que des otaries. Un seul oiseau
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- terrestre est mentionné ; les autres sont marins et parmi eux les manchots tiennent une place d’hohneur. Pas de reptiles, peu d’insectes et peu d’arachnides. Par contre les invertébrés marins fournissent beaucoup de formes nouvelles dont l’auteur a donné les figures dans un volumineux atlas.
- Etoiles de mer des grandes profondeurs. — Parmi les richesses que les engins de pêche du Talisman ont ramenées du fond de l’Atlantique, les Stelléridées se signalent par leur grand nombre. M. le professeur Edmond Perrier qui s’est chargé de les décrire y signale 54 espèces différentes représentées par des centaines d’individus. Ces espèces, pour la plupart nouvelles, constituent souvent des types qu’on n’avait pas encore rencontrés; dans d’autres cas elles viennent établir des liens du plus haut intérêt entre des formes déjà décrites.
- Varia. —La quantité de chaleur que le Soleil envoie à la Terre fournit à M. Angot les éléments de courbes intéressantes. — Une étude des composés de cérium est adresséepar M. Didier. — M. Marey continue ses études de mécanique animale; il compare la dépense de travail de la marche et de la course. — M. Du-ponchel signale l’efficacité du sulfure de charrée, dans le traitement de l’oïdium. —
- C’est avec un profond sentiment de regret que nous entendons M. le secrétaire perpétuel annoncer la mort à soixante-quatorze ans de M. le professeur Joly (de Toulouse). On se rappelle le rôle joué par ce savant dans les grandes discussions dont l’hétérogéme a naguère été le sujet. On connaît moins dans le public ses innombrables recherches zoologiques qui lui avaient valu une place de correspondant de l’Académie. M. Joly laisse à tous ceux qui l’ont connu le souvenir d’un cœur profondément honnête et d’un large esprit.
- Stanislas Meunier.
- BALEINE PÊCHÉE PAR UN BATEAU
- DE FÉCAMP
- Le 45 mai 1885 (époque de la pêche au maquereau sur la côte d’Angleterre) le bateau le Gaulois, patron Deshayes, capturait dans ses filets un jeune baleineau qui lut apporté à Fécamp. Prévenu par dépêche, je m’y rendis, et je pus voir l’animal dans un magnifique état de conservation, étendu sur le pont du bateau, comme le représente la gravure ci-dessus exécutée d’après nature.
- L’animal pesait plus de 800 kilogrammes, ses dimensions étaient les suivantes :
- Longueur totale du bout du museau à l’extrémité de la queue, 5m,62. Circonférence prise au niveau des évents, lm,30; au niveau des nageoires pectorales, lm,87; à leur extrémité postérieure, 4"',79 ; et à la naissance de la queue, 0m,40. — La queue mesure 0,u,76 de large.— Les nageoires pectorales, 0m,46 de long. La nageoire dorsale a 0m,19 de haut; elle est triangulaire.
- La mâchoire inférieure est arrondie à son extrémité, plus avancée et beaucoup plus large que la mâchoire supérieure; proportionellement la tête paraît courte, elle est carénée du bout du museau jusqu’aux évents. Le dos est entièrement noir; les côtés sont marbrés et passent a un blanc mat aux parties inférieures. La coloration des nageoires est très particulière : leur extrémité est noire sur le tiers
- de la longueur, blanche sur le second tiers, et noire dans le dernier tiers près de l’articulation de l’épaule. La gorge est garnie de cinquante plis qui prennent naissance à l’extrémité du museau et au-dessous du maxillaire inférieur et jusque dans l’espace compris entre la commissure des lèvres et la naissance des nageoires pectorales. Ces plis s’é-tendentà 50 centimètres en arrière de l’extrémité des nageoires pectorales.
- Les fanons sont d’un blanc jaunâtre, on en compte 297 de chaque côté, les plus longs mesurent 0m,4 6.
- A quelle espèce appartient la baleine dont nous venons de donner les principaux caraclères? Nous n’hésiterions pas à la désigner sous le nom de Balœna Musculus, Linné, si elL n’avait le tiers médian des nageoires pectorales de couleur blanche, caractère qui n’a été signalé par aucun auteur. Sommes-nous en présence d'une espèce nouvelle, c’est ce que l’étude du squelette nous apprendra bientôt.
- La baleine rapportée à Fécamp a été par moi moulée sur place et nous en possédons aujourd’hui trois belles reproductions qui bientôt seront exposées au Muséum de Paris, au Muséum de Fécamp et au Muséum du Havre. G. Lennier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Baleine pêchée à bord dn Gaulois, le 15 mai 1885.
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- N» 650. — 14 NOVEMBRE 1885.
- LA NATURE
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- UNE NOUVELLE ÉTOILE
- DANS LA NÉBULEUSE D’ANDROMÈDE
- Le 31 août 1885, un astronome de Reims, M. Lajoye, envoyait à quelques-uns des principaux Observatoires de l’Europe, un télégramme dans lequel il annonçait la découverte qu’il venait de faire d’une étoile, au centre de la nébuleuse d’Andromède. Cette découverte avait été d’autre part réalisée le 30 août, à Poulkowa, en Russie. Depuis cette nouvelle, l’apparition de l’étoile a été confirmée par l’Observatoire de Paris et plusieurs autres établissements de la province et de l’étranger. Quelques astronomes pensèrent qu’il s’agissait d’une étoile qui s’était formée et condensée aux dépens de la nébuleuse.
- M. E. L. Trouvelot, le savant astronome de l’Observatoire de Meudon, a récemment communiqué a l’Académie des sciences, une intéressante note qui modifie cette appréciation. Nous la reproduisons :
- de 20* environ. Comme cette partie centrale de la nébuleuse a été étudiée avec un soin particulier et avec un instrument beaucoup plus puissant que ceux qui m’ont dernièrement servi 'a faire la comparaison, il faut admettre que les deux étoiles, maintenant visibles avec la lunette de 8 pouces, étaient alors incomparablement plus faibles qu’elles ne le sont aujourd’hui; sans cela elles n’auraient certainement pu échapper au pouvoir pénétrant, bien supérieur, du 15 pouces. Si ces étoiles existaient en 1874, comme cela est fort probable, il fallait qu’elles fussent au-dessous de la 16e-17° grandeur pour avoir passé inaperçues.
- L’étoile nouvelle A décroit assez rapidement d’éclat. Évaluée à la 6e-7* grandeur lors de sa découverte, elle est descendue aujourd’hui, 19 octobre, à la 11e,5 grandeur. Sa couleur, orangée ou rougeâtre le 8 septembre, paraissait bleuâtre le 16, et, depuis cette dernière date, elle m'a toujours paru blanchâtre. Bien que située sur une partie très brillante de la nébuleuse 31 M., ses contours ont toujours paru d’une netteté remarquable et mieux définis que ceux de n’importe quelle autre étoile de son voisinage.
- En voyant apparaître une étoile si brillante au centre
- Fig t. — La nébuleuse d’Andromède et ta nouvelle étoile.
- La carte ci-contre a été dressée, en 1874, à l’aide de la lunette de 15 pouces d’ouverture de l’observatoire de Harvard College. Cette carte (fig. 2) présente aujourd’hui un certain intérêt ; car, outre la partie centrale de la grande nébuleuse d’Andromède qu’elle représente, elle contient encore toutes les étoiles alors visibles avec ce grand instrument, dans la partie du ciel où vient, tout récemment, de s’allumer une étoile nouvelle.
- Il était intéressant de savoir si la nouvelle apparition était déjà visible en 1874 et si elle correspondait avec une des étoiles de ma carte. Or, en comparant cette cai'te avec la même région de la nébuleuse, on recpnnaît que l’étoile nouvelle, qui est située en A (fig. 2), n’a pas été figurée sur elle. On reconnaît encore qu’une étoile de 13“ ou 14e grandeur située en B, qui est aujourd hui visible dans le ciel, manque à l’appel sur la Carte. Celte demière^étoile, dont la déclinaison est plus australe que la première, la précède
- d’une nébuleuse fortement condensée avec un noyau quasi stellaire, plusieurs observateurs s’étaient demandé si elle ne s’était pas formée aux dépens du noyau ou de la matière nébuleuse qui l’entoure. Aujourd’hui que la lumière de l’étoile a faibli, on sait qu’il n’en est pas ainsi et qu’elle est distincte de la nébuleuse et séparée de son noyau. Du reste, les bords nettement définis de l’étoile ne sont pas en faveur de l’hypothèse qui admet qu’elle ait été formée au sein de la matière nébuleuse. On a aussi parlé de changements qui seraient survenus dans la nébuleuse. Bien que l’éclat de l’étoile, en affaiblissant considérablement la nébuleuse, lui donne une tout autre apparence et rende la chose fort difficile à constater, même pour ceux qui connaissent parfaitement cet objet, si l’on en juge par les faits, il ne semblerait pas qu’il en fût ainsi. En effet, à mesure que cette étoile perd de son éclat, on voit peu à peu la nébuleuse reprendre son aspect accoutumé; et, déjà à mes deux dernières observa-
- 13e iBaée. — î* m mettre.
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- LA NATURE.
- fions, on reconnaissait la forme ovoïde extérieure de 31 M., qui n’état plus reconnaissable depuis son apparition.
- Une question non moins intéressante, et déjà soulevée, se présente. Les étoiles visibles sur la grande nébuleuse d’Andromède sont-elles reliées physiquement avec elle ou bien sont-elles indépendantes? Comme on le sait, ces étoiles sont nombreuses, et sur les 39 cartes, semblables à celle qui est représentée (fig. 2), et qui, réunies, forment la carte entière de la nébuleuse d’Andromède telle qu’elle a été publiée, mais sous une forme beaucoup réduite, dans les Annals of the Harvard College Obser-vatory, vol. VIII, Part I, PL XXXIII, on compte 1283 étoiles comprises entre la 10° et la 17e grandeur. Ces étoiles, toutes petites et assez serrées, rappellent beaucoup celles qui composent Ja voie lactée. Or, d’après une étude de la galaxie,.faite en 1875, il résulte que la nébuleuse d’Andromède se trouve comprise dans la voie lactée, et que sa bordure s’avance même un peu plus loin au sud. Si l’on étudie, d’après ma carte, la distribution des étoiles sur cette nébuleuse, on reconnaît que, pour des surfaces égales, les étoiles sont de moins en moins nombreuses à mesure qu’elles s’éloignent de la voie lactée. Bien que cette nébuleuse soit comprise dans la galaxie, nous ignorons cependant si elle en fait partie, ou bien si elle est située entre nous et cet objet, ou bien encore an delà et plus loin dans l’espace. Si elle était située entre nous et la galaxie, les étoiles appartenant à cette dernière, visibles à travers sa nébulosité, devraient nous apparaître avec des bords plus ou moins diffus. Il en serait de même pour les étoiles qui seraient ou engagées, dans sa nébulosité, ou situées derrière elle, si la nébuleuse faisait partie de la voie lactée. Si au contraire, elle était située au delà de la galaxie, la plupart des étoiles visibles sur elle, appartenant à cette dernière région, se montreraient avec des bords nets et bien arrêtés. Les étoiles appartenant à la nébuleuse, qui seraient engagées dans sa nébulosité, se montreraient, au contraire, avec des bords diffus ; tandis que celles qui en seraient dégagées, ou situées entre elle et la voie lactée, auraient leurs contours nets, et ne sauraient être distinguées de celles qui appartiennent à la galaxie.
- ür, aucune des étoiles visibles sur la nébuleuse d’Andromède ne se montre avec des bords diffus et mal arrêtés ; au contraire, leurs contours sont aussi nettement définis que celui des étoiles visibles sur le fond sombre du ciel. Si l’on admet, avec nous, qu’une nébuleuse doit affaiblir l’éclat et rendre plus ou moins diffus les contours des étoiles vues à travers sa substance, on peut conclure que la nébuleuse d’Andromède, malgré ses grandes dimensions, est située au delà de la galaxie, et que si elle possède des étoiles visibles qui sont en connexion physique avec elle, elles sont fort peu nombreuses, et aucune n’est engagée bien profondément dans sa nébulosité, mais toutes sont situées entre elle et la voie lactée.
- D’après ce raisonnement, les deux étoiles nouvelles A et B, dont les contours sont nettement définis, feraient partie de la voie lactée, et non de la nébuleuse.
- Nous représentons dans notre première gravure (lîg. 1) la place où la nouvelle étoile a été observée, dans la nébuleuse d’Andromède.
- D’après des renseignements récents, ce sont M, XVard d’une part, et M. Hartwig d’autre part, qui auraient vu les premiers, la nouvelle étoile, le 19 et le 20 août 1885. M. Vogel, de Potsdam, en a examiné le spectre, qu’il a trouvé continu comme celui
- de la nébuleuse elle-même. MM. Spitaler à Vienne, Bigourdanà Paris, Kammermann à Genève, et d'autres observateurs, ont pu faire des mesures micrométriques. X...
- NOUVELLE SOURCE DE GUTTA-PERCHA
- LE « B A S SIA P AII K11 )) ET SES PRODUITS ( Beurre de Karité' et Gutta percha )
- (Suite. — Voy. p. 525.)
- Les graines de Bassia Parkii servent à la préparation du beurre de Karité. Voici comment y procèdent les nègres africains. « La récolte commence à la fin de mai et finit aux derniers jours de septembre. Les femmes, les enfants, sont journellement dans la forêt, surtout après les orages et les tornades, et rapportent au village de grands paniers ou calebasses remplis des fruits que le vent a fait tomber. Ils les versent dans des trous cylindriques que l’on rencontre çà et là dans les villages bambaras, au milieu même des rues et des places. Les fruits perdent dans ces trous leur chair qui pourrit ; on les y laisse généralement plusieurs mois, souvent même tout l’hivernage. On place ensuite les noix dans une sorte de four vertical en terre, élevé dans l’intérieur des cases; un feu de bois, entretenu sous four, leur permet de se dépouiller de leur humidité. Dès qu’elles sont bien séchées, on casse les coques, on pèle la chair blanche intérieure, que l’on fait griller, puis on l’écrase bien au moyen d’une pierre, de manière à en former une pâte homogène. Cette pâte est alors portée dans de l’eau maintenue à l’ébullition. Le corps gras vient nager à la surface et les impuretés gagnent le fond. On met alors le beurre dans une jarre remplie d’eau froide et on bat vivement; on le bat encore après qu’on l’a sorti de la jarre pour chasser l’eau emprisonnée dans ce traitement. Ce procédé primitif laisse dans les résidus 8 à 10 pour 100 de beurre et on ne peut guère en retirer que 10 à 12 pour 100. On forme avec ce beurre des pains de 1 à 2 kilogrammes qu’on entoure de feuilles et auxquels on donne à peu près la forme et la dimension de nos pains de munition. Toutes ces opérations, assez longues et très imparfaites, se font généralement à la saison sèche. »
- « Le beurre ainsi obtenu présente une consistance grenue comme celle du suif et une couleur blanc sale, quelquefois rougeâtre. Son odeur est spéciale, peu accusée à la température ordinaire, se développant surtout par la cuisson et qui cause parfois une certaine répugnance aux Européens appelés à s’en servir1. Ce beurre offre l’avantage très appréciable de se conserver presque indéfiniment sans
- 1 On arrive à faire disparaître cette odeur désagréable en projetant de l’eau froide dans le beurre en fusion. L’eau se vaporise et entraîne les acides gras volatils qui causent cette saveur désagréable.
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- LA NATURE
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- rancir. Le beurre de Karité est d’un usage constant parmi les populations bambaras et malinkés des régions nigériennes ; il sert pour la cuisine, pour l’alimentation des grossières lampes du pays, pour la confection du savon, pour peigner les cheveux des femmes, pour panser les plaies. Les Diulas en exportent de petites quantités vers les rivières du Sud, surtout vers les rivières anglaises. Les beurres préparés par les Foulahs, et qui arrivent dans nos comptoirs du Sud et k Sierra-Leone par les caravanes Piakakanyes, sont plus estimés que ceux qui viennent du haut Sénégal1. Cette différence dans la qualité doit être attribuée k une fermentation moins longue des fruits et k un traitement moins prolongé de l’eau bouillante. On gagne donc en qualité ce qu’on perd en quantité2. »
- D’après M. Corre, il règne sur le beurre de Galam une erreur singulière et depuis longtemps accréditée par les classiques. 11 y aurait sous ce nom, en Afrique, un végétal produit par Bassia Parkii'° et un beurre animal préparé dans le Galam avec le lait de vache : ce dernier est appelé diou par les Wo-loffs ; il ne rancit que fort difficilement.
- L’analyse de ce corps gras a été donnée par M. Bauclier, mais nous avons cru devoir la refaire et il y a, en effet, entre nos résultats quelques différences sensibles. Chauffé k 120° C, il donne 0,05 pour 100 d’eau et 0,10 de brut obtenu par décantation du beurre fondu. Le brut consiste en poussières et matières ligneuses. Saponifié par l’hydrate de baryte cristallisé, le beurre de Galam donne un déchet de 5,15 pour 100, soit un rendement en acides gras de 94,85 pour 100, les acides gras ont un point de solidification de 53°. La pression de ces acides gras a fourni, d’une part 43 pour 100 acide stéarique et 57 pour 100 acide oléique, d’autre part.
- Purifié par l’alcool a 95°, l’acide stéarique a un point de solidification de 67°. La glycérine a été extraite des eaux de lavage du savon de baryte ; le rendement est de 10,25 pour 100 k 30° Baumé,-soit 10,96 pour 100 k 28". C’est k 28° que la gly-come brute est livrée au commerce.
- Il est inutile, après cette analyse, d’insister sur les nombreuses et importantes applications que pourrait recevoir actuellement ce produit dans notre industrie française, si le prix pouvait en être réduit et la préparation rendue sur place plus facile et d’un rendement plus fructueux.
- Les graines déjà anciennes que j’ai traitées par l’éther sulfurique m’ont donné constamment de 20
- 1 A propos du beurre de celte provenance, M. le docteur de Lessard, médecin distingué de la marine, qui a séjourné longtemps dans le haut du lleuve Sénégal, nous dit que le produit n’arrive aux escales du haut Sénégal que par les caravanes de Toucouleurs qui apportent en même temps l’or et le gourou du Bouré, du Bendougou et du Fouta-Djalon.
- 2 Bauclier et mission Gallieni (loc. cil.)
- 5 Quelques auteurs, MM. Bauclier et Chateau {Guide pratique de la connaissance et de l'exploitation des corps gras industriels. Paris, 1863), persistent à rééditer l’erreur qui attribue ce produit à un Lucuma.
- k 25 pour 100 de corps gras d’aspect verdâtre et d’odeur agréable. Par la pression, entre des plaques chauffées, je n’ai jamais pu obtenir plus de 10 pour 100.
- Obtenu ainsi de graines fraîches, ce beurre a une odeur aromatique très agréable qu’on ne retrouve plus dans le corps gras tel qu’il nous arrive d’Afrique pour les besoins de l'industrie, et je puis ajouter qu’il est aussi pourvu d’un goût très agréable qui en justifierait largement l’emploi en France pour les usages culinaires, s’il devenait possible d’obtenir facilement des graines fraîches (de 1 mois de date), ce qui n’est pas actuellement réalisable, étant donnée la distance considérable qui sépare les forêts de Bassia, des points de la côte où l'exportation pourrait être entreprise.
- Tel est dans toute sa valeur le premier produit industriel que fournit le Bassia Parkii; nous nous occuperons prochainement du second qui n’était pas connu avant nos observations, c’est-k-dire de la gutta-percha. Dr Edouard IIeckeu,
- Professeur à lu Faculté des sciences de Marseille.
- LE TIR A LA CIBLE
- Nous allons essayer de présenter ici, en quelques pages, les points spéciaux qu’il faut étudier et connaître pour devenir un bon tireur. Nos descriptions seront toutes pratiques et sans aucune apparence de théories que nous réservons pour une prochaine étude.
- Aujourd’hui que tout le monde a reconnu la nécessité pour une nation qui veut être forte d’avoir des hommes sachant tirer juste, chacun s’intéresse plus ou moins au progrès du tir en France et beaucoup manieraient le fusil s’ils ne s’exagéraient pas la difticulté du tir ; puissent ces lignes persuader bien des hésitants que l’étude du tir, assez longue il est vrai, est intéressante, et que les difficultés dont on parle trop, sont facilement surmontables avec un peu de patience et de persévérante volonté.
- Pour devenir bon tireur, il n’est pas besoin d’avoir une force musculaire considérable ; pourvu qu’on puisse sans effort tenir le fusil en joue, on est capable de faire un tireur et si l’on est de sang-froid et pas trop nerveux, on peut devenir excellent tireur, car le tir demande plus d’adresse et d’habileté que de force.
- Ce serait s’abuser étrangement de croire que les exploits de tir, racontés et grossis par les narrateurs, seraient faisables avec des armes rayées et k longue portée. Une pareille précision n’est guère possible qu’à petite portée surtout, et ensuite avec des armes k canon lisse. Maintenant, avec les exigences de la guerre moderne, il faut employer les fusils rayés et tâcher d’arriver aux meilleurs résultats possibles, moins étonnants assurément que ceux de Bas-de-Cuir, mais assez appréciables. Un des défauts de justesse des armes rayées, c’est la rayure
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- qui donne à la balle une rotation destinée à accélérer son mouvement, a la maintenir horizontale, et à allonger sa course, mais qui lui imprime une direction de côté. Cette fausse direction doit être rectifiée par le cran de mire qui est reporté à gauche ou à droite suivant le sens de la course des rayures de l’arme.
- Pour un tireur, lé choix du fusil qu’il emploiera
- d’ordinaire est d’une grande importance, car ainsi que nous l’expliquerons plus loin, un concurrent qui possède une bonne arme, dont il connaît les moindres défauts, a un avantage marqué dans un concours, sur un autre tireur qui ne sera pas dans les mêmes conditions. Ceci, disons-nous, est un avantage marqué dans un concours, mais en général, il serait préférable de devenir bon tireur avec toute espèce
- Différentes espèces de cibles usitées dans les tirs.
- Fig. 1. — Cible à visuel noir sur fond blanc. — Fig. t. — Cible mouvante à silhouette d'homme.— Fig. 3. — Cible à visuel blanc.
- de fusil, et de savoir, après quelques coups, quels sont les défauts de l’outil que l’on a entre les mains : cela du reste est reconnu pour l’arme de guerre et dans tous les concours, on devrait forcer tout concurrent à se servir des fusils mis à sa disposition dans le Stand a l’exclusion de tout autre. Ceci mettrait tout le monde à la même hauteur et ne permettrait pas à un tireur de moyenne force, ayant son fusil connu, de dépasser sans peine un tireur plus fort que lui qui emploie une arme nouvelle.
- On tire à longue distance dans les stands, avec les armes de guerre de différentes sortes, à simple détente, Gras,
- Wetterli Martini, Viu-chester simple ou à répétition, et les carabines de tir à double détente de plusieurs systèmes, Ballars, Martini, etc. Le fusil de guerre est pourvu généralement d’un guidon apparent rectangulaire ou triangulaire comme dans le fusil français, d’une hausse portant le cran de mire, et d’une détente qui part si l’on agit sur elle avec une certaine force (2 kil. 1/2 dans le Gras) : c’est là le type du fusil véritablement utile, sans aucun accessoire compliqué ou dangereux : le bon
- tireur devrait savoir se servir de celte arme et suppléer lui-même aux perfectionnements incommodes qu’on a introduits dans les armes destinées aux tirs dits de précision, et dont nous allons parler. Les perfectionnements, qui seraient une gêne dans un combat, consistenlen complications dans le système de mire, en lorgnon à vis, champignon, tunnel, crosse courbée emboîtant l’épaule. De plus le guidon plein est remplacé par une légère épingle protégée par un anneau, et c’est là le grand point, la détente est double. Nous avons dit qu’il fallait pour faii’e partir l’arme de guerre appuyer sur la détente avec une force d’environ 2 kilogrammes. : à moins d’une grande habitude, cet effort dérange souvent l’arme la mieux pointée. Dans le fusil à double détente, au moment de viser, on fait partir une première détente qui amène le cran de détente à effleurer le chien, et ensuite, l’arme étant ajustée avec soin et sans secousses, il suffit d’un attouchement imperceptible à la seconde détente pour faire partir le coup.
- Un comprend que cette combinaison qui est un perfectionnement pour le tir reposé, n’en soit pas
- Fig. 4. — Cible à visuels ronds, pouvant être démasqués au moyen d’un rideau.
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- un pour le tir de guerre où il finit que l’arme soit aussi que les carabines de tir sont faites pour porter maniable, sans danger. Il y a lieu de remarquer les balles à 200. 300 ou 400 mètres au plus et, par
- Fig. 5. — Disposition des cibles d’un tir. Les marqueurs.
- conséquent, ont chance d’ètre plus justes aux faibles distances que les fusils de guerre, construits pour tirer jusqu’à 1200, 1500 et 1800 mètres. Malgré tous les perfectionnements apportés dans l’arme de tir, on voit souvent des tireurs à l’arme de guerre obtenir des résultats supérieurs et cela nous autorise à avancer qu’en fait de tir, l’arme si perfectionnée qu’elle soit ne peut remplacer la grande habitude.
- La charge de l’arme a aussi une grande importance : souvent les chasseurs préfèrent les cartouches des armuriers à celles qu’ils peuvent faire eux-mêmes ; dans le tir le contraire se produit. En effet, pour arriver à la plus grande précision possible, il faut avoir des cartouches toujours bien égales comme fabrication et comme poids de poudre, afin que l’effort pour lequel le fusil a été réglé soit bien obtenu. Aussi les tireurs font-ils souvent leurs cartouches,
- Fig. 6. — Position du tireur
- une par une, au moment de tirer. Ce système est plus sur et plus économique avec ]les armes actuelles où l’on emploie des douilles métalliques "qui servent plusieurs fois ; il suffit de réar morcer ces douilles et de les remplir avec de la poudre de guerre, destinée à être consommée sur place et délivrée à bon marché dans les tirs. Quel -ques tireurs font usage de douilles en acier presque inusables, pour remplacer la douille ordinaire en cuivre, d’autres essayent, la poudre de chasse blanche, plus brisante que la noire, mais ce sont là des questions de détails qui nous éloigneraient de notre sujet.
- Quand le tireur a choisi son arme et en connaît le maniement, il se présente devant la cible. La cible a une assez grande importance dans le tir: celles que l’on emploie le plus communément sont de deux sortes : à visuel noir sur fond blanc (fîg. i ), c’est la
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- plus usitée, et à visuel blanc sur fond noir, réservée spécialement aux armes de précision (fig. 3). Le diamètre du visuel varie suivant les conventions adoptées entre tireurs : le diamètre le plus ordinaire va généralement de 0m,25 à 0m,40 pour les distances de 200 à 300 mètres. A ce sujet, disons qu’il est regrettable pour les tireurs qui font une étude sérieuse, qu’il n’y ait pas en France une unité de cible adoptée, car un tireur qui mettra un certain nombre de balles dans un noir de 0ni,20 ne doublera pas ce nombre si le noir est doublé ; il lui sera donc difficile de suivre ses progrès, s’il ne s’astreint pas à tirer toujours sur le même but.
- On fait usage aussi, en France, dans quelques champs dé tir, de la cible à visuel elliptique qui est employée depuis longtemps dans d’autres pays plus avancés que nous dans le tir. Ce but, à une certaine distance, ne présente guère à l’œil qu’un trait. 11 est donc plus difficile à viser que le but rond, car une balle qui n’est pas parfaitement dirigée dans la ligne bissectrice de l’ellipse, sort du noir au lieu d’y parvenir quand même, comme elle le ferait si le but était rond. On comprend que cette cible habitue le tireur à chercher sa ligne de mire de haut en bas seulement, au lieu de la chercher de haut en bas et de droite à gauche. Cette habitude une fois obtenue est une garantie de précision dans les tirs ultérieurs qu’il pourra faire.
- Tous les buts sont bons, mais ce que le tireur ne doit pas négliger, c’est l’étude des buts mobiles qui seule lui donnera le coup d’œil rapide et la décision nécessaire dans le coup de feu. En effet, le véritable but de l’étude du fusil, c’est l’application qui doit tôt ou tard en être faite à h guerre : or la cible fixe donne bien du coup d’œil au tireur, mais elle lui laisse prendre son temps, elle lui permet de réfléchir, alors qu’en général avec les principes de la guerre moderne, toute d'embuscade et de rapidité, il faut de la promptitude et de la sûreté immédiate.
- Les principaux buts mobiles employés sont : les cibles à éclipse, c’est-à-dire montées sur une tige coudée fixée elle-même à un chariot mobile et qui apparaissent et disparaissent au-dessus d’un terre-plein et les cibles mouvantes, représentant des silhouettes d’homme (fig. 2), debout,baissé, couché, qui se présentent tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, et qui passent soit lentement, soit rapidement. On comprend sans peine que ces cibles sont la représentation la plus exacte du but qui doit se présenter un jour ou l’autre au tireur et on conçoit facilement tout l’intérêt. qu’il y a à être habile à toucher ces silhouettes.
- 11 est regrettable que les silhouettes mobiles usitées surtout dans l’armée, ne puissent être organisées facilement dans les tirs civils à longue distance, mais leur installation demande un grand espace, car les projectiles devant être projetés sur une surface assez étendue, ne peuvent être rabattus dès la sortie du fusil, par des embrasures, si leur direction est mauvaise, ainsi que cela a lieu pour la cible fixe où toutes les balles suivent une direction unique.
- On pourrait remédiera cet inconvénient en établissant sur le panneau blanc de la cible fixe (fig. 5) un certain nombre de visuels ronds, cinq par exemple, disposés comme les points d’une carte à jouer et qui seraient démasqués à volonté par le marqueur (au moyen d’un rideau mobile en toile) pour laisser apercevoir le fond noir puis recouverts après 2,3 ou 4 secondes (fig. 4). Ce système, facilement applicable dans tous les stands, donnerait aux tireurs l’attrait du but présenté subitement et tiré avant sa disparition. Il serait facile à établir et rendrait de grands services en accoutumant le tireur à la promptitude du visé. A défaut de cibles mobiles autres, nous engageons vivement les tireurs à s’essayer au fusil de chasse sur le sanglier mobile. C’est un exercice dont ils reconnaîtront bientôt les effets salutaires.
- Un règlement très sage interdit, dans les tirs, de charger son arme quelle quelle soit, autre part qu’au pas de tir et sans que le canon soit engagé dans l’embrasure. En effet, il arrive quelquefois, surtout dans les armes à double détente, que le coup part en portant le fusil à l’épaule. Cette règle a donc pour but d’éviter des accidents presque certains et d’empêcher les tireurs de commettre un homicide involontaire. L’arme étant chargée, voici comment on doit agir, et agir presque machinalement, car la grande science c’est l’habitude, c’est l’exercice con -tinuel; mais il faut d’abord que cet exercice soit raisonné.
- Le premier point important à signaler est celui-ci : il faut que le tireur, après avoir mis en joue, ait soin de toujours apercevoir par le cran de mire, la même quantité de guidon : s’il veut relever ou abaisser son tir il visera un peu plus haut ou un peu plus bas, mais il ne devra jamais changer la position du guidon, par rapport au cran de mire. Le tireur doit, en outre, avoir grand soin, avec le fusil rayé, de porter l’arme bien droite de façon à ce que le guidon ne penche ni d’un côté ni de l’autre, car si le guidon, tout en apparaissant dans le cran de mire, incline à droite ou à gauche, la balle sera portée également à droite ou à gauche du point visé.
- Tout dans le tir doit être fait dans un seul but, tenir l’arme aussi immobile que possible. Pour cela, le tireur doit se mettre bien d’aplomb, la jambe droite derrière la gauche à environ 25 centimètres, les deux pieds formant un angle obtus, le corps légèrement penché en avant (fig. 6). Dans cette position, il soutient le fusil de la main gauche de façon à ce que l’arme soit en équilibre, en ayant soin autant que possible que les doigts ne touchent pas le fer du canon, puis la main droite tenant le bois du fusil à la poignée, l’index engagé sur la détente dans le pontet, jusqu’à la deuxième phalange, il élève le fusil et place sans secousse la crosse dans le creux de l’épaule. Alors des deux mains, baissant le coude gauche, tenant le coude droit à la hauteur de l’épaule, il serre fortement l’arme contre lui, de façon à ne faire qu'un avec elle, retient sa respiration pour éviter tout mouvement de la poitrine,
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- penche légèrement la tête sans trop appuyer la joue au fusil, ferme l’œil gauche et met en ligne le cran de mire, le guidon et le point visé. Jt
- A ce moment, le bout du fusil qui doit paraître immobile pour une seconde personne, a toujours, pour l'œil du tireur, de légères oscillations qui font décrire au guidon, sur le point visé, des lignes de droite à gauche et de haut en bas qu’on appelle les lacets. Le tireur doit, en cherchant à réduire peu à peu l’amplitude de ces oscillations, commencer, s’il se sert d’un fusil à détente longue, à prendre la détente, puis finir d’appuyer, mais sans secousse, au moment précis ou la ligne de mire dans ses lacets, passe par le point visé.
- Dans ces conditions, l’arme serrée fortement à l’épaule, le doigt appuyant progressivement sur la gâchette de façon à éviter toute secousse, la ligne de mire étant bien prise, le fusil est construit de façon à ce que la balle doive atteindre le but; mais comme nous le disions plus haut, pour en arriver là, il faut une grande habitude ; et une personne qui, par hasard, est arrivée à ce résultat avec une balle ne peut se considérer comme bon tireur que si elle peut renouveler plusieurs fois de suite le même fait, chaque fois qu’elle tire.
- Nous le répétons, il n’y a pas d’autres principes à donner au tireur que ceux que nous venons d’énumérer; le reste dépend de son assiduité à la cible.
- Souvent le même tireur exercé, avec le même fusil et à la même cible, obtient des résultats différents un jour ou l’autre, cela tient à di verses causes que nous allons énumérer : D’abord le tireur peut être énervé, fébrile ; c’est, en effet, l’état nerveux du tireur qui l’empêche de diriger la ligne de mire et de presser la détente avec la sûreté nécessaire; l’état de l’atmosphère plus ou moins lourd qui fait hausser ou baisser le tir, le vent qui souffle de côté et fait dévier la balle, qui souffle de face et ralentit la course du projectile, le guidon éclairé en plein soleil qui fait élever le tir, le soleil qui frappe le but et le fait miroiter, l’encrassement, réchauffement du fusil, la différence de charge de la cartouche, dont nous avons déjà parlé, sont encore autant de causes qui peuvent modifier les résultats du tir. On voit que les causes d’erreurs que nous signalons sont nombreuses, mais toutes peuvent être atténuées ou annulées avec un peu d’attention ; c’est pour cela que nous n’avons fait que les indiquer sans insister sur chacune d’elles.
- Ici s’arrête notre rôle ; nous avons donné dans les quelques pages précédentes des renseignements généraux sur le tir qui est encore inconnu pour bien des personnes. Nous avons émis quelquefois sur tel ou tel point notre opinion personnelle qui peut être discutée, mais nous terminerons en disant (et en cela nous serons d’accord avec tous les tireurs) : — Prenez n’importe quelle arme, visez n’importe quelle cible, mais apprenez à tirer, vous en aurez besoin un jour. E. Lagrave.
- L’EXPLOSION D’HELL-GÂTE
- PRÈS DE NEW-YORK (ÉTATS-ÜNIS)
- Ilell-Gate (porte d’enfer), est un chenal étroit, dans lequel des rochers presque à fleur d’eau forment des écueils redoutables et, au moment du reflux, des tourbillons périlleux qui entravaient la navigation.
- Déjà, en 187C, on avait rendu ce passage moins difficile, en faisant sauter Y Halle tt's point1, ce qui dégageait l’entrée de YEast Hiver (fig. 1). L’explosion du 10 octobre dernier complète l’œuvre en faisant disparaître Flood Rock. Nous avons déjà donné quelques renseignements généraux sur ce travail gigantesque2. Nous les complétons aujourd’hui en empruntant au Scienti/k American quelques illustrations qui représentent les phases principales de cette magnifique entreprise.
- La vue à vol d’oiseau d’Hell-Gate et ses environs (fig. 1). indique nettement, si l’on se reporte au pointillé qui entoure le Flood Rock, la grandeur de l’obstacle qu’il apportait à la navigation. Les rochers étaient au-dessous de l’eau, même à marée basse, mais à une profondeur insuffisante pour laisser un passage libre aux navires : le courant atteignait jusqu’à 8,5 milles (14 kilomètres) par heure, les tourbillons rendaient la navigation fort dangereuse, le navire ne quittant une passe difficile que pour retomber dans une autre. Sans insister sur les petits sautages partiels d’une série de récifs plus" ou moins importants qui barraient l’East River, et qui ont été enlevés de façon à laisser une moyenne de 26 pieds d’eau (7 mètres) au moment des basses mers moyennes, nous parlerons seulement du travail principal, le sautage de Flood Rock.
- La figure 4 montre l’ensemble des galeries, percées à partir d’un puits principal ayant 20 mètres de profondeur au-dessous des basses marées moyennes. Ces galeries sont au nombre de 24 dans le sens parallèle au courant et de 46 dans un sens perpendiculaire ; la plus longue dans le sens du courant a 1200 pieds (360 mètres) de longueur, et dans le sens perpendiculaire 625 pieds (190 mètres); la longueur totale des galeries est de 21 670 pieds (6500 mètres). Les piliers qui ont en moyenne 5 mètres de côté sont au nombre de 467. Le massif de rochers ainsi découpé en galeries a été percé de 13286 trous de mine de 7,5 centimètres de diamètre et d'une longueur moyenne de 2,7 mètres. Ces trous ont été remplis de rack-a-rocket de dynamite, toutes les constructions et machines retirées, et une dernière inspection passée avec le plus grand soin pour éviter toute erreur dans une explosion qu’on peut considérer comme la plus importante qui ait jamais été faite.
- La figure 2 montre les cartouches et les explo-seurs. La cartouche de dynamite (fig. 2, n° 1) a 38 centimètres de longueur et 56 millimètres de
- 1 Voy. n° 184, du 9 décembre 1876, p. 23.
- * Yoy. n° 647, du 24 octobre 1885, p. 231.
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- diamètre; c’est, Ja dernière cartouche mise dans chaque trou de mine, et elle est disposée de telle façon que son extrémité dépasse la face extérieure du rocher d’environ 15 centimètres.
- Dans la partie extérieure, vers l’extrémité, est placé un explo-seur composé d’un étui en cuivre mince renfermant du fulminate de mercure.
- Le n° 2 (fig. 2) représente une cartouche de rack-a-rock avec son exploseur à dynamite que le n° 5 (fig. 2) représente séparément à demi-grandeur d’exécution : chaque cartouche à 60 centimètres de longueur et 56 millimètresde diamètre. Le rack - a - rock est un mélange de benzine binitrée (dinitro - ben-zole) et de chlorate de potasse.
- Ces produits sont inoffensifs, tant qu’ils sont séparés. Le mélange se faisait dans une usine spéciale organisée sur un rocher voisin, le Mill-Rock (fig. 1 ). Les étuis sont remplis de ce mélange qui a toute l’apparence de casson-nade humide ; on le tasse légèrement avec des mandrins en bois et on soude un couvercle à l’aide d’un alliage très fusible qu’on chauffe à la vapeur, à une température ne dépassant pas 45°
- C. Chaque cartouche porte à sa base quatre griffes qui servent à la maintenir en place.
- L’exploseur à dynamite (fig. 2, n° 3) est un tube en cuivre rempli de dynamite n° 1; une fois rempli, on le bouche, on plonge l’extrémité dans de la glu et on place un cou-
- vercle à son extrémité. Toutes les cartouches sont plongées dans de l’huile et de la poix, et roulées dans du sable, pour prévenir leur corrosion.
- Le n° 5 de la figure 2 montre l’exploseur de mine dont la figure 3 indique la position dans les galeries : c’est un cylindre en laiton de 18 centimètres de longueur et de 4 centimètres de diamètre rempli de dynamite. Dans cette fusée est une seconde fusée plus petite portant l’amorce électrique : cette fusée est remplie de fulminate de mercure. La base du cylindre est occupée par du soufre dans lequel sont noyés les deux fils con-ducteurs qui amènent le courant au fil fin de platine. La fusée d’allumage est entièrement recouverte de gutta-percha (n° 4) et introduite dans la l'usée (n° 5), les deux fils qui servent à amener le courant traversant un bouchon fendu. Chaque trou est rempli de cartouches de rack-a-rock, en réservant l’extrémité du trou où l’on place une cartouche de dynamite; dans chaque cartouche est un exploseur, mais aucune de ces cartouches ne porte de fil, et aucune d’elles ne fait explosion par le courant.
- L’inflammation se fait dans les galeries mêmes par des cartouches de dynamite et des amorces disposées comme le représente là figure 3. Ces appareils d’inflammation se composent chacun de deux cartouches de dynamite identiques à celles qui garnissent les extrémités des trous déminé
- Fig. 1. — Vue à vol d’oiseau du passage d’East River, dénommé Iiell-Gatc. — Le pointillé autour deHallets Point indique la région des écueils que l’on a fait sauter en 1876. — Le pointillé autour de Flood Rock montre la région dégagée par l’explosion de 1885. — A gauche, vue d’ensemble de New-York, montrant la situation géographique de Flood Rock.
- Fig. 2. — Les cartouches et les exploseurs. — 1. Cartouche de dynamite. — 2. Cartouche de rack-a-rock. — 3. Exploseurs de la cartouche de rack-a-rock. — 4. Amorce électrique recouverte de gutla-percha. — 5. Exploseur de mine rempli de dynamite et renfermant l’amorce électrique d’inflammation.
- Fig. 3. — Les fusées et les amorces.
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- et d’une fusée (l'amorce placée au-dessus. La mine entière est divisée en 24 circuits indépendants, chacun d’eux commandant une certaine surface et compre-
- nant 23 amorces d’inflammation. Chaque cartouche d’inflammation repose sur une traverse en bois encastrée dans les parois des galeries.
- Le courant électrique doit enflammer simultanément les 600 fusées, les cartouches de dynamite faisant
- explosion par sympathie etprovoqumtenmème temps l’explosion des cartouches de rack-a-rock placées à l’in-
- Fig. 5. — L’explosion au moment de la plus grande hauteur des eaux. (D’après une photographie instantanée.)
- térieur. C’est un total de 40 000 cartouches contenant 75 000 livres (34020 kilogrammes) de dynamite n° 1 èt'240000 livres (108 864 kilogrammes) de rack-a-rock qui a produit en quelques secondes la destruc-
- tion du Flood Rock, destruction dont la préparation a coûté la bagatelle de 5 000 000 de francs.
- L’explosion s’est produite le 10 octobre, k onze heures seize minutes du matin. La figure 5,'gravée
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- d’après une photographie instantanée, ne peut donner qu’une vague idée du magnifique spectacle offert par ce merveilleux travail, elle représente le moment où les eaux atteignent leur plus grande hauteur : l’eau s’élève en masses irrégulières, comme si de gigantesques fontaines, indépendantes les unes des autres, jouaient simultanément; la masse mise en mouvement avait plus de 400 mètres de longueur, 250 mètres de largeur et 60 mètres de hauteur.
- Au moment du sautage, on entendit une grosse détonation, suivie d’une détonation plus faible, mais pas de vibrations successives. Le Flood Rock était détruit !
- « LÀ BOURGOGNE »
- PAQUEBOT DE LA COMPAGNIE TRANSATLANTIQUE
- La Bourgogne est un des quatre nouveaux paquebots que la Compagnie générale transatlantique fait construire pour le service du Havre à New-York. Deux sont en construction dans ses ateliers de Penhoet : La Champagne et La Bretagne; la Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée fournit les deux autres : La Bourgogne et La Gascogne.
- Les dimensions principales de ces quatre navires, qui sont identiques, sont : longueur sur le pont 155m00, largeur 15m,90, creux llm,70, tirant d’eau maximum 7m,317, tonnage brut 7222 tonnes. Le bâtiment a quatre ponts complets avec lengue à l’avant, dunette à l’arrière et roofs dans la partie centrale, recouverts par des ponts promenades reliés entre eux par des passerelles volantes. 11 est aménagé pour loger avec le luxe et le confortable que l’on rencontre sur les meilleurs paquebots 250 passagers de lro classe, 80 de 2e classe et 1000 émigrants. Il est pourvu d’un water-ballast permettant de maintenir le bateau à une assiette convenable dans toutes les circonstances du chargement. Il est maté à 4 mâts, les deux de l’avant sont à voiles carrées, les deux autres à voile goélette. La coque est entièrement construite en acier de provenance française.
- Les passagers de lr° et 2e classe sont logés dans le premier entrepont où ils descendent par les cabines des roofs situés sur le pont supérieur et le pont promenade. Les premières sont desservies par un escalier en bois sculpté, orné de cariatides, qui conduit au salon de conversation situé sur le pont supérieur et jà la salle à manger qui se trouve dans le premier entrepont. Ces deux salons sont ornés d’une manière très riche au moyen de boiseries sculptées, de bronzes d’art, et de colonnettes en onyx avec chapiteau en bronze doré. Le plafond est blanc et or et le meuble en velours rouge. Les cabines très confortables sont situées sur deux rangs de chaque bord.
- Le navire est muni de toutes les installations nécessaires au service des passagers au point de vue du bien-être et de la commodité. Il est entièrement éclairé à la lumière électrique, et des lampes à incandescence fournissent l’éclairage aux passagers. Il serait inutile d’insister sur les avantages reconnus de ce système.
- Le paquebot est divisé en 10 compartiments par des cloisons étanches transversales et les compartiments des chaudières sont en outre protégés par deux cloisons longitudinales situées en abord. Il est garanti de l’incendie par un tuyautage complet d’eau salée qui alimente les bouches d’incendie situées en grand nombre dans les aménage-
- ments et les cales. Il y a un tuyautage de vapeur aboutissant aux soutes à charbon et destiné à éteindre rapidement les incendies qui pourraient s’y produire.
- La machine est du système compound à pilons avec cylindres superposés (type iatndem). Elle a 6 cylindres, 5 grands et 5 petits. Elle pourra développer une force de 8000 chevaux capables de donner au navire une vitesse de 18 nœuds environ aux essais. Les chaudières sont, au nombre de douze, elles ont 4“,65 de diamètre et ont chacune 3 foyers de lm,25 de diamètre. Elles fonctionneront à une pression de 6 kilos. Il y a deux chaudières auxiliaires pour les différents services. Les arbres en acier ont 0m,548 de diamètre et l’hélice dont le moyeu est en acier coulé et les ailes en bronze, pèse 26 tonneaux.
- Le gouvernail est mû par la vapeur au moyen d’un servo-moteur spécial, système Stapferde Duclos, et en cas d’avarie par la machine à vapeur du cabestan, on peut enfin gouverner à bras. Il y a 5 treuils pour le chargement et les manœuvres de touage et un guindeau à vapeur pour les ancres. Il y a 10 embarcations de sauvetage et 2 baleinières.
- La Bourgogne doit être livrée le 30 avril 1886 et La Gascogne le 30 août 1886.
- Au moment du lancement, la coque pesait environ 4500 tonneaux et le berceau 500 tonnes.
- Cette magnifique opération qui a eu lieu le 8 octobre 1885, dans les chantiers de la Société des forges et chantiers, à La Seyne, avait amené un grand concours de population. Les trains partis de Marseille étaient complets et les bateaux qui font le service entre La Seyne et Toulon n’avaient cessé d’amener une foule de curieux. Le mistral qui soufflait très violemment pendant toute la matinée, retarda l’opération qui devait avoir lieu vers dix heures. A midi seulement, une accalmie se produisit et permit de faire les derniers préparatifs. On remarquait aux abords de la cale où reposait La Bourgogne : M. Cha-brier, administrateur délégué de la Compagnie générale transatlantique, MM. Daymard ingénieur en chef et Yalin, ingénieur de la même Compagnie ; puis M. Le Moine, directeur de l’exploitation des forges et chantiers ; M. Lagane, ingénieur en chef des chantiers de La Seyne qui surveillait les dernières dispositions à prendre pour assurer le succès du lancement ; enfin une réunion nombreuse comprenant les principaux représentants de notre monde maritime, commercial et financier.
- L’opération du lancement, toujours délicate, était encore rendue plus difficile par la grande longueur du bâtiment, et son poids considérable. Toutefois, toutes les précautions avaient été soigneusement prises et l’opération a été couronnée d’un plein succès. A deux heures et demie, M. Fournier, ingénieur des chantiers, fait enlever au moyen des signaux d’usage, les dernières accores, qui disparaissent en peu d’instants. Puis quand le magnifique paquebot est complètement débarrassé de cette forêt de bois qui l’entourait; sur un signal de l’ingénieur, les dernières saisines, qui retenaient le navire, sont coupées et aussitôt La Bourgogne prend son mouvement de descente sur le plan incliné de la cale. Le mouvement s’accélère rapidement, et bientôt le berceau pénètre dans la mer, en soulevant des montagnes d’eau. Peu d’instants après, le navire dont la course s’est accélérée, Hotte complètement, et brise, avant d’arrêter son essor, les retenues qui l’attachent au rivage. A 150 mètres de la cale le navire s’arrête majestueusement, au milieu des applaudissements de la foule, qui s’écoule ensuite bruyant# et houleuse.
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- LÀ VIE AU FOND DES MERS
- (Suite. — Voy. p. 55, 132 et 227.)
- Avec les différents animaux, que nous avons vus peupler les grands fonds des Océans, on trouve souvent des êtres de formes gracieuses, parés des plus vives couleurs, auxquels les zoologistes ont donné le nom de Coralliaires.
- Les Coralliaires sont répartis dans deux grands groupes, celui des Zoanthaires et celui des Alcyon-naires.
- Les Zoanthaires (animaux fleurs) sont distribués dans des groupes différents suivant que leur corps est mou ou suivant qu’il se développe dans son intérieur un axe solide, une sorte de squelette, un polypier.
- Parmi les Zoanthaires au corps mou, nous trouvons tout d’abord les Actinies ou Anémones de mer dont de nombreuses espèces, d’une riche élégance de formes et de colorations, habitent nos rivages.
- Quelques genres d’Anémones vivant sur nos côtes peuplent les plus grandes profondeurs, mais ce n’est là qu’une exception, car les formes abyssales de ces animaux possèdent presque toutes des caractères très particuliers. Comme genre littoral descendant très bas, je citerai les Sagarlia, dont à bord du Talisman nous avons pris de nombreux exemplaires par 4000 mètres de profondeur1.
- La plupart des Anémones des grands fonds possèdent un caractère particulier, consistant dans l'atrophie et même la disparition des tentacules garnissant le pourtour de la bouche. A cette transformation des organes préhenseurs des Anémones correspond, bien évidemment, un mode tout différent de nourriture. Les Actinies des grands fonds, au lieu de capturer des Crustacés et des Poissons, doivent trouver dans l’eau, qui les baigne et quelles aAra-lent, une foule de petits organismes suffisamment nombreux pour assurer leur existence.
- La seconde division de la classe des Coralliaires, celle des Alcyonnaires. comprend des animaux pourvus de huit tentacules bipinnés vivant en colonies plus ou moins nombreuses. C’est dans ce groupe qu’est compris le Corail rouge.
- Le Corail rouge vit dans la Méditerranée et dans l’Atlantique par des fonds moyens de 50 à 60 brasses. Très abondant dans la première de ces mers, il paraît être extrêmement rare dans la seconde, où on ne l’a encore signalé qu’aux îles du Cap-Vert. Durant le voyage du Talisman, nous nous sommes rendus sur les points où dans cette localité s’est pratiquée la pêche durant un certain temps, et nous avons été assez heureux pour obtenir quelques spécimens vivants qui nous ont permis de constater l’identité absolue d’espèce entre le Corail de la Méditerranée et celui de l’Océan.
- Il est parmi les Alcyonnaires des polypes qui, par
- 1 Sagarlia abyssorum (E. Perr. ) et Sagarlia Antonii (E. Perr.), 4163 mètres.
- l’élégance de leurs formes, leur coloris brillant, les lueurs éclatantes qu’ils dégagent au fond des mers, sont des êtres vraiment merveilleux. C’est parmi eux qu’on rencontre les Pennatules ou Plumes de mer, agglomération animale composée d’un axe garni de barbes sur ses côtés, supportant des polypes. La coloration de certaines espèces, prises à bord du Talisman par 500 mètres de profondeur, était d’un beau rouge mélangé de jaune. L’extrémité inférieure de l’axe qui est dégarni de polypes est enfoncée dans la vase.
- Dans un second groupe de Zoanthaires, celui des Madréporaires, il se constitue un squelette au fond de chaque polype. Les Madréporaires vivent solitaires ou bien ils forment de volumineuses colonies. C’est parmi les Madréporaires isolés qu’on trouve les formes les plus belles et les plus élégantes de polypiers. Certaines de leurs espèces sont, d’autre part, très intéressantes par leur ancienneté ou leur distribution bathymétrique. Ainsi le Dellocyathus italiens (Pourt.), commun aux Antilles et dragué aux Bermudes par le Challenger, avait été trouvé antérieur rement à l’état fossile dans des couches tertiaires de l’Italie. Les Stephanotrochus, si abondants dans l’Atlantique nord par des fonds de 500 à 1500 brasses, ont été recueillis, sur les côtes d’Australie, aux environs de Sydney. Les Flabellum, également trfc communs dans l’Atlantique par 1000 brasses, ont été trouvés par le Challenger jusqu’à l’ile du Prince-Edouard, par conséquent dans l’océan Indien, plus au sud que le cap de Bonne-Espérance. Une espèce de Bathyactis (B. symmetrica Mos.), vit depuis 30 brasses (aux environs des Bermudes) jusqu’à 2900 brasses (dans la portion est du Pacifique).
- Les Madréporaires agrégés forment des bancs et des récifs d’une très grande importance, qu’on rencontre en certains points d’une zone circulaire, com^ prise entre le vingt-huitième degré de latitude de chaque côté de l’équateur. Ils s’établissent, soit dans le voisinage des côtes, soit au milieu des océans, là où un fond surélevé leur permet de se fixer; ils donnent naissance par le dépôt de leur squelette calcaire à des récifs soit longitudinaux, soit circulaires.
- Les vagues qui viennent se briser contre les amas de polypiers circulaires, les atolls, en détachent des quartiers, les brisent, les réduisent en une sorte de gravier, puis en un sable plus ou moins fin recouvrant la partie supérieure du récif. Alors sur ces nouvelles terres des graines apportées germent, et, au bout de quelque temps, le récif a donné naissance à une île revêtue d’une belle végétation.
- Les espèces produisant ces puissantes assises de coraux vivent dans des conditions physiques toutes particulières. La température de l’eau de mer ne doit jamais descendre au-dessous de 20° au-dessous de zéro, et la dernière profondeur quelles atteignent est 40 mètres au-dessous de la surface. Le choc violent des vagues ne fait qu’accroître leur activité, car on voit toujours le côté extérieur du récif, celui sur
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- lequel la lame vient se briser être plus développé que le bord intérieur.
- Darwin, durant son voyage en Océanie, avait étudié le profil des récifs, et il avait été très surpris de constater une forme abrupte, et de reconnaître, d’autre part, que certains d’entre eux devaient avoir 2 à 300 mètres de hauteur. Etant acquis que les organismes constructeurs ne descendent pas à plus de 40 mètres, il devenait dès lors difficile de s’expliquer cette épaisseur énorme. Darwin supposa que le fond du Pacifique subissait un affaissement lent et que les coraux, pour se maintenir dans leur zone d’existence, ne cessaient , afin de contrebalancer ce mouvement d’abaissement, d’élever leurs colonies.
- Cette théorie a été combattue durant ces dernières années par M. Murray, à la suite de la campagne de dragages du Challenger, et les observations de ce savant zoologiste lui ont fait perdre beaucoup de sa valeur générale. II parait, actuellement, être bien démontré que les récifs cir-culaires, les atolls, pouvant peu à peu constituer des îles, acquièrent, dans certains cas, une grande épaisseur, lorsqu’un affaissement vient à se produire ; mais que presque toujours ils sont établis sur des cônes volcaniques ou sur des plates-formes dues à l’accumulation des débris d’êtres divers, qui se sont progressivement élevées dans des mers chaudes jusqu’à une-vingtaine de brasses de la surface. Les organismes constructeurs ne contribuent alors que pour une faible part à donner son épaisseur au récif.
- En certains points des Océans, le fond est recouvert de véritables forêts d’Alcyonnaires dont les polypiers ramifiés à l’infini apparaissent comme
- Fig. 1. — Askonema setubalense (S. Kent.). 410 mètres de profondeur. D’après un échantillon pris par l’Expédition du Talisman.
- d’épaisses broussailles vivantes. On trouve là les Gorgones à axe corné ou calcaire dont les rameaux de la colonne se soudent souvent à leurs points de contact et les Isis à l’axe articulé, formé d’une série alterne de cylindres calcaires et de rondelles de tissu corné.
- Aux genres si nombreux de Coralliaires, dont nous venons de parler, sont associées des formes également très multipliées d’Eponges.
- Le Spongiaire isolé, l’individu éponge, si je puis
- ’ m’exprimer ainsi, s’offre à nous avec ses caractères les plus nets, dans la forme décrite par Hæckel sous le nom d'Olynthus primordiale. Qu’on se figure une urne au pied élancé, dont la paroi est percée de trous, de pores, livrant passage à de l’eau qui s’échappe par l’ouverture supérieure, Yosculeet on aura une première idée de la structure de YOlynthus. Les parois sont formées par deux couches de cellules superposées dont l’interne est constituée par des cellules munies chacune d’un 11a-gellum, dont l’agitation continue et dans un sens déterminé règle le courant de l’eau traversant la cavité.
- Maintenant, si on veut bien se
- représenter une série d’individus semblables, accolés les uns aux autres, fusionnés et portés par une sorte de squelette formé soit d’un réseau fibreux, soit de baguettes, de spiculés aux formes les plus variées de nature calcaire ou siliceuse, on aura réalisé aux dépens d’Eponges simples, une Eponge composée.
- Les Eponges cornées et calcaires font partie de la faune littorale, car jusqu’à ce jour aucun de leurs représentants n’a été remonté de fonds excédant 450 brasses.
- Les Eponges dont nous nous servons pour nos
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- usages domestiques proviennent en grande partie de la Méditerranée, oîi elles sont pêchées surtout entre Beyrouth et Alexandrie. Elles vivent peu profondément, et c’est en se servant de plongeurs qu’on procède a leur récolte. Dans le golfe du Mexique, où elles sont également abondantes, on les arrache du fond au moyen de sortes de longs rateaux.
- Les Eponges siliceuses font au contraire partie de la faune profonde , dont elles constituent un des éléments les plus importants.
- Certains genres s’observent jusqu’à 5000 mètres. Leurs formes sont très variées et le squelette est dans plusieurs genres d’une extrême élégance.
- Parmi les plus remarquables, je citerai tout d’abord les Pheronema dont l’aspect rappelle un nid d’oiseau (fig. 2).
- Les Pheronema paraissent être répandues dans tout l’Atlantique, dont elles habitent en certains points de très grandes profondeurs. Communes sur la côte du Portugal,elles se montrent encore plus nombreuses au large des côtes du Maroc et du Sénégal. Nous les avons prises à partir de 600 mètres jusqu’à 2200 mètres. Dans un dragage exécuté à 4789 mètres le chalut a rapporté des débris d’une Eponge brisée, qui semblait avoir dû être une Pheronema. Les espèces nous ont paru devoir être nombreuses. Certaines d’entre elles sont remarquables par un énorme développement, alors que d’autres, telles que le Pheronema Parfaiti (fig. 2), se font remarquer par leur transparence et l’absence de collerette de spiculés autour de l’oscule. La colo-
- ration des Pheronema que nous avons capturées était d’un jaune noirâtre généralement très foncé, et nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer la belle coloration d’un rouge orangé dont M. Saville Kent a fait mention à propos d’une espèce de Pheronema capturée dans les environs de Gibraltar.
- En 4870, M. Gwyn Jeffreys, en draguant au sud du Portugal, au niveau du cap Saint-Vincent,
- ramena par 374 brasses de profondeur une Eponge des plus singulières et d’une très grande taille, car elle mesurait 90 centimètres de diamètre et 60 centimètres de hauteur (fig. 1). Elle avait l’apparence d’un morceau d’étoffe grossière de laine, d’un blanc grisâtre, et sa forme rappelait celle d’un chapeau à larges bords, à calotte en forme de cône tronqué. Des fragments de cette Eponge faisaient partie depuis longtemps des collections du muséum de Lisbonne et leur apparence était si singulière, qu’un très savant naturaliste, qui eut l’occasion de les examiner durant quelques instants, futtrompé sur leur nature et déclara qu’ils provenaient d’un végétal. M. Saville Kent décrivit, en 1870, ce Spongiaire, et il montra que sa trame était constituée par des spiculés sixradiés comme ceux des lloltenia et des Hyalonema. VAskonema setubalense n’avait été trouvé jusqu’au voyage du Talisman que sur les côtes du Portugal. Lors de la campagne du Talisman, nous l’avons retrouvé sur les côtes du Maroc au voisinage du cap Bojador par 410 mètres, et dans le golfe de Gascogne. Deux des exemplaires
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- Fig. 2.
- Pheronema Parfaiti (H. Filh.). 700 mètres de profondeur. Expédition du Talisman.
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- que nous en avons obtenus, vivaient fixés par leur base sur des roches et sur des Coraux (Lophohélia) dont le chalut contenait de nombreux débris. Ce même dragage nous a fourni en même temps un exemplaire de ce singulier poisson, Malacosteus niger, qui porte des plaques phosphorescentes sur les parties latérales de sa tête. H. Filhol.
- — A suivre.—
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- CHRONIQUE
- Traitement du mildew par le sulfate de enivre. — Dans une des dernières séances de l'Académie des sciences, M. Hervé Mangon a présenté une intéressante note deM. Miintz qui confirme l’efficacité du sulfate de cuivre déjà reconnue par plusieurs observateurs. Voici les conditions dans lesquelles le traitement a été pratiqué par M. Müntz : 25 centimètres cubes environ d’une solution de sulfate de cuivre à 1/10 ont été répandus sur le cep à l’aide d’un petit pulvérisateur à main. Les vignes étaient plantées en rangs espacés de 2 mètres, à raison de 500U ceps à l’hectare. Le traitement a porté sur 1070 ceps, pris sur huit points différents des quatre domaines; on a choisi le cépage qui, dans cette région, est le plus exposé aux ravages du mildew : le jurançon. Les frais de ce traitement, fait dans des conditions économiques très défavorables, n’est revenu qu’à 24 fr. 40 par hectare ; la main-d’œuvre, estimée à quarante-neuf heures de travail, figure dans ce chiffre pour près de 15 francs. Le mode de plantation de la vigne étant très variable, l’appareil à employer devra varier. Pour les vignes plantées en rangs, le moyen le plus économique consiste dans l’emploi d’une petite charrette, traînée par un cheval ou par un homme ; les roues actionnent un soufflet à double vent, qui communique avec le réservoir contenant la solution ; le liquide est projeté latéralement et des deux côtés à la fois, par plusieurs tubes pulvérisateurs, placés sur une ligne verticale, de façon à asperger les ceps sur toute leur hauteur. Cette charrette, passant dans les rangs des vignes, au pas du cheval ou de l’homme, peut effectuer en moins de deux heures le traitement d’un hectare des vignes sur lesquelles ont porté nos essais. Ce procédé permet donc d’opérer très vite, ce qui est important à cause de la rapidité avec laquelle le mildew exerce ses ravages. Dans ces conditions le prix du traitement pour les vignes envisagées ne dépasserait pas sensiblement 10 francs par hectare.
- La première Exposition. — On a toujours cru jusqu’ici que la première Exposition avait eu lieu en 1526, dans une halle de la ville de Nuremberg. Un étudiant en théologie informe notre confrère Iron que la première Exposition a été très probablement organisée par le roi Ahasuerus (Xerxès),* quatre-cent soixante-douze ans avant fève chrétienne. On en trouve la mention dans le premier chapitre du livre d’Esther de la Bible où il est dit qu’il (Ahasuerus) montra les richesses de son glorieux royaume, et l’honneur de son excellent gouvernement pendant 180 jours. Reste à savoir s’il faut entendre par là que le roi Xerxès, roi de l’erse, a fait une exhibition des produits de son royaume, comme on l’entend aujourd’hui. S’il en est ainsi, on peut s’attendre à ce qu’un étudiant du Shuking ou Sseki, nous prouve bientôt qu’une Exposition analogue a été ouverte en Chine, sous la dynastie de Hia, de Shang ou de Chow. — Rien de nouveau sous le soleil.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 novembre 1885. — Présidence de M. l’amiral
- JuRIEN DE LA GrAVIÈRE.
- On note avec inquiétude l’absence de M. Boule y qui, au dernier moment, a fait écrire que sa santé ne lui permettait pas de venir présider la séance. Par contre, nous constatons avec satisfaction la présence de M. Friedel qui semble parfaitement rétabli.
- Utilisation industrielle de la chaleur solaire. — Nos lecteurs ont déjà eu la description de l’ingénieux appareil avec lequel M. Ch. Tellier utilise la chaleur du soleil en la contraignant à élever de l’eau jusqu’à de grandes hauteurs. Ils seront heureux d’apprendre que le célèbre ingénieur a répété, le 2 novembre courant, une expérience tout à fait probante qu’il décrit en détail aujourd’hui, dans une note adressée à l’Académie. Dans ce nouvel essai, 2500 litres d’eau ont été élevés en une heure d’une profondeur de 6 mètres. « Ceci prouve, ajoute l’auteur, que l’application des propriétés calorifiques de l’atmosphère, combinées avec celles opposées de l’eau, peut s’exercer sous de faibles écarts de température, et qu’ainsi dans la chaleur atmosphérique, employée à l’élévation de l’eau, il y a bien une force naturelle gratuite, qui peut être utilisée partout où l’eau se rencontre à des profondeurs accessibles soit jusqu’à 50 mètres et même au delà. ».
- Tout le monde sera frappé de l’importance agricole de semblables résultats.
- La Géologie du Tonkin. — Parmi les braves officiers qui font en ce moment la guerre au Tonkin, nous comptons un géologue, M. Jourdy, chef d’escadron d’artillerie et membre de la Société géologique de France. Il adresse aujourd’hui, par l’intermediaire de M. Gaudrv, une étude sur la stratigraphie des portions orientales de notre nouvelle colonie. Placé ainsi dans une région que n’ont visitée ni M. Fuchs, ni M. Petiton, l’auteur indique des localités où les exploitations futures trouveront du charbon, du fer, de l’or.
- Insectes fossiles des terrains primaires. — On sait que le savant directeur des mines de Commentry, M. Fayol, a fait dans les couches houillères, d’étonnantes découvertes concernant des insectes fossiles. Les milliers d’échantillons recueillis ont été confiés à M. Charles Brongniart qui les a soumis à une étude approfondie. M. Gaudrv présente en son nom une importante brochure accompagnée de cinq planches en héliogravure où le jeune savant décrit plusieurs des formes qu’il a pu ainsi examiner, et où il en prend occasion pour jeter un coup d’œil rapide sur la faune entomoiogique des terrains paléozoïques. Les planches de l’ouvrage sont d’une exécution remarquable.
- Le système nerveux du phylloxéra. — Il s’agit, non de l’illustre ennemi de la vigne, mais de son congénère : le phylloxéra punctata, qui vit sur un chêne, quercus ses-siliflora. Le savant auteur, déjà si connu par d’innombrables .travaux, a bien voulu me communiquer les merveilleux dessins où le développement du système nerveux est suivi pas à pas chez l’intime bestiole sous ses diverses formes, agames, aptère et ailée, et dioïques mâle et femelle, ün n’a guère d’exemples d’anatomie aussi délicate poussée avec une pareille persévérance, à moins de les chercher dans les monographies publiées antérieurement par le même auteur.
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- Solubilité du carbonate de chaux. — Dans un travail bien connu, M. Sehlœsing a étudié la solubilité du carbonate de chaux dans l’eau chargée d’acide carbonique sous des pressions comprises entre 0 et 1 atmosphère. C’est avec une satisfaction qu’il ne dissimule pas, que le savant chimiste signale comme confirmant la formule qu’il avait donnée, des résultats que vient d’obtenir M. Anthelme entre 1 et 6 atmosphères.
- Formation des tourbillons aériens. — D’après M. le Dr Ad. Nicolas (de la Bourboule),si les tourbillons descendants sont la règle, il n’est pas possible de nier la formation de tourbillons ascendants dans certaines circonstances données. Il décrit une trombe qu’il a vue de très près, où l’eau jaillissait sous la trombe, sans qu’il y eût ni entonnoir supérieur, ni dépression au centre de la mer soulevée.
- « Je compare, dit-il, ces tourbillons ascensionnels des trombes aux tourbillons cireulairement pulvérulents analogues qui se forment sur nos routes et qui sont surtout fréquents sur les hauts plateaux, où l’air raréfié permet plus facilement au courant aérien de détacher la poussière du sol. » M. Nicolas a observé ces tourbillons sur l’Anahuae par 2000 mètres d’altitude. Il se demande comment il pourrait en être autrement; pourquoi un vent plus ou moins violent, rasant le sol ou la mer, ne déterminerait-il pas de tourbillons ascensionnels par suite des inégalités de vitesse des particules de poussière ou d’eau charriées par lui.
- N’est-ce pas ce qui se présente dans les tourbillons aqueux des courants, soit dans les torrents, soit dans les fleuves, soit dans les détroits, soit dans les baies? Ces tourbillons sont, pour la plupart, des effets de remous ; cependant il n’est pas douteux, pour l’auteur, qu’il s’en produit d’ascensionnels par le frottement de l’eau sur les obstacles du fond. Tel serait le cas, par exemple, pour les courants du Morbihan. Pour conclure, il semble que les tourbillons ascendants sont inévitables dans un courant aérien un peu rapide, soit qu’il rase un sol poudreux, soit qu’il rase la mer. Mais l’auteur reconnaît que la formation de tourbillons, ceux-là descendants, est bien plus facile au contact de la couche nuageuse la plus basse, où le courant aérien inférieur frôle des éléments nébuleux. Si bien que, sous le rapport de la fréquence, il admet : 1° les tourbillons supérieurs ascendants formés par le frottement des vents supérieurs sur la couche nimbeuse raréfiée des régions supérieures de l’atmosphère; 2° les tourbillons terrestres pulvérulents également ascendants ; 3° les trombes descendantes classiques ; 4° les tourbillons marins ascendants qui les accompagnent quelquefois, mais qui peuvent aussi se former isolément. Quant aux cyclones, l’auteur n’est pas éloigné d’y voir les tourbillons éloignés d’un vaste fleuve aérien assimilable au courant marin et qui se constitue accidentellement dans l’atmosphère dans des conditions inconnues.
- Traité de géologie. — La deuxième édition du Traité de géologie de M. de Lapparent, professeur à l’Institut catholique, est déposée par le secrétaire sur le bureau de l’Académie. C’est un magnifique volume édité par Savy • avec le plus grand soin. Plus de 1500 pages de texte y sont illustrées de près de 700 gravures. Les étudiants et les savants eux-mêmes y trouveront avec satisfaction le résumé d’un grand nombre de travaux dont les roches et les terrains ont été l’objet dans les contrées les plus diverses. On regrettera seulement que l’auteur ait laissé subsister quelques lacunes importantes et que le point de
- vue particulier où il a cru devoir se placer, l’ait amené à affirmer par exemple que, depuis l’apparition de l’homme sur la terre, « le monde organique ne s’est enrichi d’aucune espèce nouvelle. »
- Le cuivre et le mildew. — Il résulte d’expériences présentées par M. Pasteur, au nom de MM. Millardet et Gaillon, professeurs à la Faculté des sciences de Bordeaux, qu’il suffit de 2 à 3 millionièmes de sulfate de cuivre dans l’eau pour que les spores du peronospora viticola ou mildew y soient impossibles. Cette notion explique comment des échalas simplement trempés dans le sulfate de cuivre sont décisifs contre le développement du parasite, et l’on appréciera cette découverte quand on saura que cette année, dans le Médoc, le mildew a causé tant d’inquiétudes aux viticulteurs que, selon l’expression de M. Pasteur, ils se sont à peu près désintéressés du phylloxéra.
- Varia. — M. Faye annonce que M. Feil a terminé les. travaux relatifs à la gigantesque lunette qui sera le complément de l’Observatoire de Nice. — M. Trécul lit un mémoire sur la nature radiculaire des Stolons. — M. Mer-cadier présente par l'intermédiaire de M. Cornu un appareil qu’il appelle le thermomagnétophone, qui rend des sons quand il reçoit un faisceau de chaleur rayonnante qu’on rend intermittent d’une manière rythmée. — Une intéressante réaction colorée du rhodium est signalée par M. Demarsay. Stanislas Meunier.
- ACCUMULATEUR DE FORCE MUSCULAIRE
- SYSTÈME DOHIS ET LÉOXI
- On a déjà imaginé bon nombre de moteurs pour la petite industrie ; plusieurs d’entre eux qui ont été décrits ici en leur temps, sont réellement pratiques lorsqu’il s’agit de l’installation d’un petit atelier, pour lequel une force relativement considérable est déjà nécessaire ; mais aucun n’est assez simple pour qu’on puisse dire qu’il est à la portée de tous, qu’il peut être mis entre les mains d’une femme ou d’un enfant, qu’il peut s’appliquer, par exemple, à un outil qu’on trouve maintenant dans tous les ménages, à la machine à coudre. Nous pensons, pour notre compte, que le moteur électrique seul pourra répondre à ce programme, et cela, seulement quand l’électricité, produite à une usine centrale, sera distribuée dans toutes les maisons aussi facilement que le sont aujourd’hui l’eau et le gaz. En attendant, on a cherché de bien des façons à remplacer l’action du pied sur la pédale, action toujours fatigante et quelquefois nuisible quand elle se prolonge et se renouvelle souvent. Nous avons eu connaissance il y a une quinzaine d’années, d’essais faits dans ce sens par un mécanicien de Strasbourg. Il avait essayé d’appliquer à la machine à coudre un mouvement d’horlogerie muni d’un ressort puissant; mais la nécessité de remonter ce mouvement à de courts intervalles, le peu de force obtenue, l’ont fait échouer dans son entreprise. L’idée a été reprise depuis, mais sans succès; pour qu'elle réussisse, il a fallu y apporter une modification importante. C’est ce que viennent de faire MM. Dohis et Léoni.
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- Notre première gravure représente une application de leur appareil qu’ils nomment accumulateur de force musculaire. Il consiste, ainsi que le montre la ligure 2, en un fort ressort en acier, renfermé dans un barillet qui agit sur une série de mobiles. Le dernier est relié par une transmission à la machine qu’on veut actionner. Dans cet appareil, et c’est là le point important qui le caractérise, on remonte constamment le ressort, sans effort, à temps perdu et tout en le laissant se détendre; son action n’est ‘jamais arrêtée par conséquent. L'axesurlequel il est monté se trouve relié à un système de deux leviers disposés de telle sorte qu’en leur imprimant un mouvement de va - et - vient l’enroule-inent se fait toujours dans le même sens. Les leviers sont à cet effet munis de roues à rochet à leur extrémité supérieure et d’étriers à l’extrémité inférieure.
- Ces étriers peuvent être lixés à la longueur voulue au moyen d’un écrou ; l’ouvrière y engage ses pieds et pour tendre le ressort elle n’a qu’à allonger alternativement les jambes par un mouvement analogue à celui de la marche. En calculant sur une course de 35 centimètres seulement, faite d’arrière en avant, il faut 32 coups de pied environ pour remonter complètement le ressort. Le barillet devra alors faire seulement quatre tours pour que le ressort soit complètement détendu. Or la multiplication des engrenages jusqu’à la poulie de commande est de 1 à 97 ; si le rapport de cette dernière avec l'arbre dé la machine à actionner multiplie encore 2 fois et demie la vitesse, on aura 242 tours pour un du barillet, et comme il faut 8 coups.de pied pour un tour du barillet, on aura environ 30 points à l’aiguille de la machine à coudre pour chaque coup de pied. La forcé développée est donc bien utilisée, et ce qu’il y a d’important aussi, c’est qu’on peut en
- différer l’emploi. On voit en effet sur la droite de la figure 2 les freins, dont l’un, placé à la partie supérieure, et qui se manœuvre à la main, sert à l’arrêt complet en empêchant le barillet de se dérouler. L’autre placé un peu au-dessous du premier,
- sert à modérer la vitesse en agissant par frottement sur le dernier mobile du système. On le manœuvre avec le genou droit très facilement, et c’est avec lui qu’on règle la dépense de la force accumulée dans le ressort par le mouvement des jambes, qui peut être par conséquent lent ou rapide, court ou étendu, en un mot aussi irrégulier qu’on voudra.
- Ces appareils sont construits de façon à s’adapter facilement et sans le secours d’ouvriers spéciaux au bâti de toute machine munie de pédales. Nous les avons vus fonctionner, nous les avons fait fonctionner nous-mêmes sur de petits tours, sur des machines à percer et surtout sur des machines à coudre. C’est là incontestablement qu’ils rendront le plus de services; un enfant de dix ans peut, avec eux, coudre sans fatigue
- et presque du premier coup, puisqu’il n’a à s’inquiéter ni delà régularité des mouvements qu’il doit faire, ni du sens de la marche.
- Au point de vue hygiénique, il est à remarquer que les mouvements accomplis sont naturels, semblables à ceux de la marche et ne peuvent par suite avoir aucune influence fâcheuse; qu’en outre la force emmagasinée permet un repos fréquent. Il résulte de là qu’au point de vue économique cet appareil est aussi avantageux, car la fatigue étant moindre, le travail peut durer plus longtemps. G. M.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissàndieh. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuru3, à Paris
- Fig. 1. — Machine à coudre munie d’un accumulateur de force musculaire.
- Fig. 2. — Détail du mécanisme. — PP. Tiges des pédales.
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- N9 651. — 21 NOVEMBRE 1885.
- LA NATURE.
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- LÀ DISTRIBUTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE PÀR TRANSFORMATEURS
- L’une des difficultés contre lesquelles se heurte la un peu étendu réside dans la canalisation. La pjirtfT-distribution de l’énergie électrique dans un rayon dans cette canalisation, en supposant pour simglifjet'^
- Fig, 1. — Transformateur dit générateur secondaire de MM. Gauiard et Gibbs.
- Fig 2 — Transformateur de MM. Zipernowski, Déri et Blâthy.
- le problème un isolement parfait de cette canalisation, est proportionnelle à sa résistance et au carré de l’intensité du courant qui la traverse. On a donc intérêt, au point de vue spécial qui nous occupe, pour réduire la perte, à faire cette résistance la plus petite possible ainsi que l’intensité du courant.
- Mais.la diminution de la résistance conduit à l’établissement de gros conducteurs d’un prixexcessif; la diminution de l’intensité oblige, pour une distribution importante, à faire usage de forces électromotrices élevées, c’est-à-dire à employer des courants de haute tension.
- Enfin ces courants de haute tension ne sont pas d’une application facile, surtout lorsqu’il s’agit de 13* «née. — 2» lemestre.
- les distribuer à un certain nombre de consommateurs qui veulent les utiliser d’une façon variable et
- indépendamment les uns des autres; les appareils d’utilisation, lampes électriques, moteurs, etc., ne' s’accommodent pas j de tensions élevées, et ces tensions élevées présentent, d’autre part, quelques dangers lorsqu’on veut les introduire dans la vie domestique, et les mettre à chaque instant à la portée de tous. On s’était contenté au début, de réaliser des distributions d’électricité sous des potentiels peu élevés (65 volts dans le système Gulcher, 100 volts dans le système Edison), ne présentant aucun danger, permettant d’employer simultanément l’arc, l’incan-
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- Forme d’anneau Gramme. Anneau Gramme inverse.
- Fig. 5. — Modes d’enroulement des transformateurs de MM. Zipcrnowski, Déri et Blâthy.
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- descente, les petits moteurs, etc., et de canaliser par dérivations dans un rayon peu étendu tout autour de l’usine centrale.
- Depuis, le problème s’est, élargi, et l’on a cherché à étendre le rayon de distribution, sans consentir a des pertes plus grandes, en faisant usage de tensions élevées pour la canalisation, tout en réduisant ces potentiels dangereux pour la distribution proprement dite à l’aide de transformateurs, de façon à rendre les courants inoffensifs et utilisables dans les appareils usuels.
- Un transformateur, au sens général du mot, est un appareil qui, recevant de l’énergie sous une forme donnée, modifie, transforme ses qualités et la restitue sous la même forme, mais avec des qualités différentes. La bobine de Rulnnkorff dans sa disposition ordinaire, est le type du transformateur. On lui fournil de l’énergie électrique à l’aide d’une pile ou d’une machine, et elle restitue de l’énergie électrique présentant une tension beaucoup plus élevée, mais une intensité beaucoup plus faible que la tension et l’intensité du courant de la source initiale.
- Mais la bobine de Ruhmkorlf peut jouer le rôle nverse, car si on reprend ce courant de haute ten -
- Fig. 4. — Moulage des appareils dans le système Gaulard et Gibbs.
- I constant ; E variable.
- sion et qu’on l’envoie dans le fil fin d’une seconde bobine, on recueillera sur le circuit du gros fil de cette seconde bobine un courant beaucoup plus intense, mais présentant beaucoup moins de tension, et capable, par exemple, d’allumer une petite lampe à incandescence à filament de charbon. C’est une transformation inverse du courant, revenu, après deux modifications successives, à ses qualités initiales.
- Les propriétés des bobines d’induction, qui devraient logiquement s’appeler des transformateurs par induction, ont été mises à profit par différents inventeurs pour modifier convenablement les qualités du courant suivant les applications en vue.
- Dès 1878, M. Jablochkoff s’en était servi pour alimenter ses lampes à incandescence à lames de kaolin, mais ici la transformation s’opérait pour augmenter la tension du courant au lieu de la réduire. Le fil inducteur était traversé par des courants alternatifs ; les appareils d’utilisation montés snr les bornes du fil induit, chaque bobine alimentant une lampe a kaolin.
- En 4879, Fidler a décrit, sinon expérimenté, un appareil de transformation dont le but était d’avoir le long d’un circuit électrique principal un grand nombre de petites lumières, chacune étant placée
- sur un circuit local dans lequel étaient produits des courants induits par le circuit principal.
- Ni M. Jablochkoff ni Fuller ne donnèrent suite à ces idées de distribution par transformateurs qui sont mentionnées également dans des brevets de sir Charles Bright, et produites à nouveau en 1880 et 1881 par MM. Gravier et Cabanellas, lorsque MM. Gaulard et Gibbs, reprenant la question au point de vue pratique firent, en 1885 et 1884, à Londres et à Turin, des expériences à l’aide d’appareils qu’ils ont si fort improprement appelés des générateurs secondaires-, enfin plus récemment, MM. Zipernowskg, Déri et Blâthy ont réalisé un système de distribution par transformateurs et éclairé par ce système la plus grande partie de l’Exposition nationale de Budapest.
- Nous allons esquisser à grands traits les principes de ces deux systèmes, faire ressortir les points qui les caractérisent et indiquer les cas spéciaux pour lesquels chacun d’eux est le mieux approprié.
- Les transformateurs de MM. Gaulard et Gibbs se présentent actuellement sous la forme de colonnes verticales (fig. 4) composées de disques en cuivre minces, percés au centre, fendus et soudés les uns
- Fig. 5. — Moutage des appareils daus le système Zipernowski, Déri et Blâthy. — E constant; I variable.
- aux autres de façon à former deux spires enchevêtrées et indépendantes, une sorte de vis à double filet dont les creux seraient remplis par du papier parchemin, de façon à assurer un isolement électrique parfait entre ces deux circuits métalliques dont l’un constitue le circuit inducteur, et l’autre le circuit induit. Tous les circuits inducteurs sont montés en tension (fig. 4) et reliés aux bornes d’une machine dynamo-électrique à courants alternatifs : cette maclnue dynamo génératrice est excitée par une machine à courant continu excitée elle-même en dérivation ; un rhéostat manœuvré à la main ou par le courant lui-même, à l’aide d’appareils de réglage automatique, maintient l’intensité constante dans la ligne et les inducteurs. Suite circuit induit de chacun des transformateurs A, B, G, D, sont montés les appareils d’utilisation, qui peuvent être très différents, suivant les besoins.
- On modifie à volonté les qualités du courant induit en reliant convenablement entre eux les disques formant les circuits inducteur et induit. On obtient une force électromotrice plus ou moins élevée en couplant un nombre plus ou moins grand de disques en tension ; lorsqu’on a besoin, au contraire, d’un courant intense, les disques induits
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- forment une série de bobines de peu de longueur reliées entre elles en quantité. Lorsque tous les appareils alimentés par un transformateur sont allumés et éteints ensemble, le transformateur se réduit k ses éléments essentiels : deux séries de disques et un noyau de fer doux k l’intérieur. Lorsque les appareils sont éteints, les deux extrémités du circuit inducteur sont reliées entre elles par un court circuit, et il 11e passe rien daqs ce circuit inducteur. On opère l’allumage eu ouvrant le court circuit : les courants alternatifs traversent alors l’inducteur et produisent dans l’induit des courants alternatifs appropriés. A l’usine centrale, le réglage consiste k faire varier la force électromotrice de la machine génératrice de façon k maintenir l’intensité constante, quel que soit le nombre de transformateurs en service k chaque instant.
- La disposition n’est plus tout k fait aussi simple lorsque le transformateur doit alimenter un nombre d’appareils variables k volonté, car on doit alors régier le fonctionnement pour maintenir une différence de potentiel sensiblement constante aux bornes de l’induit. La figure 1 montre une des dispositions adoptées par M. Gaulard dans ce but : elle est fondée sur l’action des noyaux de fer doux. Supposons par exemple, comme dans le cas de l’appareil C (fig. 4), un certain nombre de lampes k incandescence indépendantes montées en dérivation sur l’induit. Lorsque toutes les lampes sont allumées, le transformateur doit produire son maximum, et le noyau de fer doux (fig. 1) est introduit entièrement dans la bobine. Si l’on éteint des lampes, la force électromotrice de l’appareil tend k augmenter, il passe alors un courant plus intense dans deux solé-noïdes placés k droite et k gauche du transformateur et montés en dérivation sur les bornes de l’induit : ces solénoïdes attirent plus fortement deux noyaux de fer doux qui, en descendant, soulèvent, par l’intermédiaire de deux cordelettes, le noyau de fer doux du transformateur, en mettent une partie hors de l’action des bobines, et diminuent ainsi l’action inductrice. On voit que l’indépendance relative des foyers alimentés pas un seul et même transformateur est achetée au prix de complications introduites dans l’appareil lui-même. Le rendement propre du transformateur est variable avec le nombre des appareils alimentés : il diminue k mesure qu’on demande moins d’énergie électrique par unité de temps dans le circuit d’utilisation.
- Les transformateurs de MM. Zipernowsky, Déri et Blâthy diffèrent des appareils de MM. Gaulard et Gibbs dans leur montage, leurs dispositions et les résultats qu’on peut en obtenir. Ils sont montés en dérivation sur la machine k courants alternatifs qui les alimente (fig. 5), et celle-ci doit produire une différence de potentiel constante aux bornes, ce qui permet un réglage plus facile. L’indépendance des divers appareils est ainsi assurée, et si l’un d’eux se trouve accidentellement en court circuit, il suffit d’un coupe-circuit automatique pour l’isoler de la
- canalisation sans troubler le fonctionnement des autres appareils. La distribution s’effectuant sous un potentiel de 2000 volts, on voit qu’il suffit d’un courant très faible pour canaliser une puissance électrique considérable, ce qui réduit la perte dans la canalisation k un chiffre insignifiant.
- Les transformateurs ont reçu plusieurs dispositions : la figure 3 montre le principe de construction des plus récentes.
- Concevons un anneau Gramme composé d’un certain nombre de bobines isolées. Relions entre elles toutes les bobines de rang pair pour former un circuit inducteur et toutes les bobines de rang impair pour constituer un circuit induit. En reliant le circuit inducteur aux bornes d’une machine k courants alternatifs, les bobines seront traversées par des courants alternativement de sens inverses qui développeront dans le noyau de fer doux un champ magnétique fermé, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Ces aimantations alternatives du noyau — ces flux de force magnétique inverses, pour parler suivant les idées les plus modernes, — développeront dans les bobines de rang impair des courants induits, dont on pourra modifier k volonté les qualités par un couplage approprié. On aura ainsi un transformateur k circuit magnétique fermé, dans lequel chaque spire, par raison de symétrie, exercera identiquement les mêmes actions, ce qui en rend le calcul beaucoup plus simple. Mais il y a plus. Entre des limites très étendues, depuis un courant nul jusqu’au courant maximum pour lequel l’appareil a été construit, la différence de potentiel aux bornes de l’induit reste constante, pourvu que la différence de potentiel aux bornes de la machine génératrice reste elle-même constante, et l’intensité dans le courant inducteur augmente proportionnellement k l’intensité dans le circuit d’utilisation.
- Ges qualités précieuses permettent au système de MM. Zipernowsky, Déri et Blâthy d’effectuer une distribution, c’est-à-dire de faire varier le nombre des appareils alimentés k chaque instant par un transformateur donné sans toucher au transformateur qui reste inerte et immuable. Le seul réglage doit être fait à l’usine centrale de distribution.
- On voit sur la figure 3 une autre forme du transformateur qui 11’est autre chose que l’anneau de Gramme renversé. Les fils inducteur et induit ont pris la place du noyau circulaire en fils de fer doux ; ils constituent deux simples bobines roulées ensemble avec le nombre de tours et des grosseurs de fil appropriés aux transformations k produire : le fil de fer recuit formant une sorte de noyau annulaire extérieur recouvre les deux bobines inductrice et induite. La figure 2 est une vue d’ensemble d’un transformateur construit comme nous venons de l’indiquer. Le fil induit sur lequel sont branchées les lampes est plus gros que le fil inducteur, puisque le rôle du transformateur est de réduire le potentiel initial de canalisation de 2000 volts k 100 volts ou
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- au-dessous, en augmentant l’intensité dans le circuit d’utilisation dans un rapport inverse.
- Sans entrer dans la discussion des mérites respectifs de ces appareils, ce qui nous conduirait trop loin, disons cependant que la disposition de MM. Zi-pernowskv, Déri et Blâthy se prête mieux à une véritable distribution, quelle que soit la dissémination des foyers, puisque, sans aucun réglage, on peut faire varier à volonté le nombre des appareils alimentés et en assurer l’indépendance. Le système Gaulard et Gibbs conviendrait plus spécialement lorsqu’on a une série d’appareils groupés en un certain nombre de centres faciles à relier en chapelet, et fonctionnant tous ensemble dans chacun de ces centres, dans les mêmes conditions et au même moment.
- Restent deux questions à résoudre avant que la pratique ne sanctionne l’emploi industriel des transformateurs. L’économie réalisée sur les conducteurs compensera-t-elle l’augmentation de dépense occasionnée par les appareils intermédiaires et les complications qu’ils introduisent? Pourra-t-on transformer facilement et économiquement les courants alternatifs en courants continus, de façon à satisfaire à toutes les exigences d’une distribution vraiment complète d’énergie électrique? Les résultats obtenus jusqu’ici ne permettent pas encore de répondre par l’affirmative ou la négative, et il faut attendre les leçons de l’expérience avant de se prononcer.
- E. Hospitalier
- APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE
- A EXTRACTEUR ET A CARREAU MAT HORIZONTAL
- Cet appareil réunit, en une seule boîte, la chambre noire A et le châssis à extracteur C, ce dernier contenant le nombre de plaques que l’on désire, renfermées chacune dans un petit cadre spécial en bristol noir. La gravure ci-dessus en donne l’aspect, et en représente en même temps la disposition intérieure.
- La chambre noire A renferme un miroir M, pivotant sur un axe a l’aide du bouton extérieur B ; ce
- miroir arrêté à 45°, renvoie l’image venant de l’objectif sur le carreau mat horizontal D, placé dans la paroi supérieure de la chambre.
- Cette image ainsi réfléchie se voit redressée sur le carreau mat.
- L’objectif étant à court foyer, tous les objets placés au delà d’une distance de 5 mètres de l’appareil, sont au foyer; pour les cas exceptionnels où l’on se trouverait plus rapproché du sujet à photographier, la mise au point exacte aurait lieu à l’aide de la crémaillère de l’objectif; celui-ci peut également monter et descendre d’une glissière afin d’éviter l’inclinaison de l’appareil lorsqu’on photographie des monuments ou des arbres élevés.
- La porte E fait office d’abat-jour.
- L’appareil étant orienté et fixé sur le pied, l’opérateur n’a qu’à fermer la porte P sur le carreau mat, et relever le miroir M en tournant le bouton extérieur B, pour être prêt à exposer la plaque.
- * Les glaces sen-sibles, placées chacune dans son petit cadre de bristol, sont introduites dans l’appareil par la porte T; elles sont toujours amenées automatiquement au foyer de I’objectit par la pression des ressorts R.
- Le volet du châssis s’ouvre, à l’aide du crochet II, à l’intérieur de la poche N. Après exposition, chaque glace est soulevée à l’aide de l’extracteur K, dans la poche N ; là elle est prise à la main et introduite par la fente S entre les ressorts R et les autres glaces C que contient le châssis. Toutes ces opérations se font à l’intérieur de la poche N, et au travers de celle-ci, aucune lumière sur les plaques n’est à craindre. La poche est faite en triple étoffe imperméable à la lumière.
- Un marqueur automatique indique le nombre de plaques exposées (ce marqueur n’est pas visible; Yoy. le dessin ci-dessus).
- Les opérations terminées, l’objectif est retourné à l’intérieur de la chambre noire, les portes P et E fermées et la poche roulée sur elle-même; l’appareil, ainsi hermétiquement clos et contenant tous les accessoires, forme un système des plus pratiques pour le photographe touriste. J. de Neck.
- Coupe de l’appareil photographique à extracteur et à carreau mat horizontal. (Une paroi de l’appareil est enlevée alin de montrer la disposition intérieure.)
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- LE DMP DE LIÈGE
- M. William Jackson, directeur du bureau des équipements pour l’armée et la marine, situé à Victoria Street, est l’inventeur de ce drap dont la trame est en fil de liège découpé dans l’écorce à l’aide d’un outillage spécial. La chaîne est en fil de laine, de soie, de lin ou de chanvre, suivant les cas. Gomme le fil de liège retient très facilement la teinture employée pour le textile auquel il est associé, l’aspect de ce produit nouveau n’a rien qui le distingue du drap avec lequel on façonne les ves-lons, les redingotes et les paletots employés pour les officiers de marine, les matelots ou les passagers. Les vêtements ainsi fabriqués sont aussi commodes, aussi maniables et presque aussi légers que les vêtements ordinaires. Ils ont, de plus, la propriété précieuse de soutenir indéfiniment ceux qui les portent sans qu’ils aient besoin de faire le moindre mouvement, à la surface de l’eau. On peut s’en servir pour fabriquer des vêtements de bain aussi peu gênants que les costumes en coton qu’on met à la disposition des baigneurs sur les bords de la mer, qui se prêtent à tous les mouvements de la natation et à l’aide desquels on peut se hasarder aussi loin qu’on n’a point à redouter d’être entraîné par les courants. Des expériences nombreuses ont été exécutées au mois d’août dernier dans l’ile de Wight, et dans la Tamise sous les yeux du lord-maire. Les vêtements en drap de liège ont été également essayés dans des bassins de natation, tant à Londres qu a Ryde, et à la grande piscine de la rue Rochechouart. Cette démonstration a été faite à la suite de l’Exposition du travail, où les vêtements en drap de liège ont
- obtenu une médaille de vermeil. Dans une des expériences de l’île de Wight, six personnes dont trois dames qui ne savaient pas nager, se sont précipitées ensemble dans la mer, et se sont soutenues plus d’une heure, en présence d’une foule
- immense, qui n’a pas ménagé ses applaudissements aux nouvelles Syrènes et aux nouveaux Tritons.
- On comprendra facilement la facilité avec laquelle les propriétés du drap de liège ont été utilisées à produire cet heureux résultat, quand on saura qu’un morceau mesurant 9 centimètres sur 6 a soutenu aisémen t 12 grammes après avoir été préalablement imbibé d’eau. Ces chiffres montrent qu’un morceau d’un mètre superficiel qui contient 10 000 centimètres cubes soutiendrait 2222 grammes, nombre suffisant pour produire un effet très sensible. En effet l’on peut admettre qu’il suffit d’un effort peu considérable pour soutenir un homme maigre et nerveux, au-dessus de la surface de l’eau. La densité du liège étant à peu près le quart de
- celle de l’eau, il suffit d’un poids de 550 grammes d’écorce pour obtenir cet allégement. Mais comme le fil de trame en liège tient la place d’un fil de trame en textile, on voit que ces 550 grammes sont loin de représenter eux-mêmes l’excès de poids, sur celui d’un vêtement en drap employé à la mer, mais n’ayant pas la propriété de soutenir pendant un seul instant l’individu qui en est revêtu.
- A la suite deà expériences que nous avons rapportées, l’assurance britannique a décidé que les officiers de marine auraient des vestes en drap de liège dans leur équipement. On doit s’attendre à ce que leur usage soit adopté par les pilotes et les équipages des bateaux de sauvetage qui ont une répu-
- Fig. 1. — Soldat anglais portant un vêtement eu drap de liège, et flottant à la surface de l’eau d'une piscine (D’après une photographie.)
- Fig, 2. — Texture du drap de liège, montrant la trame de liège et la chaîne de coton.
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- gnance facile à comprendre pour se servir des ceintures de liège qu’on leur donne.
- Il n’est pas inutile d’ajouter que l’emploi du drap de liège donnerait naissance à une industrie dont l’Algérie tirerait nécessairement profit, car le Quercm suber, dont l’écorce produit cette précieuse substance, est une des richesses forestières de la colonie.
- LES TRUCS DES ANCIENS ORACLES
- Dans son récit intitulé Alexandre ou le Faux Prophète, Lucien nous apprend qu’un de ses contemporains, Celsus, philosophe pythagoicienr ,avait composé un livre Contre les magiciens; ce livre est perdu, mais on a retrouvé récemment les fragrlients d’un ouvrage grec intitulé Philosophoumena qu’on fait remonter à la même époque et qu’on a attribué à Origène.
- Les Philosophoumena ont pour objet la réfutation, au point de vue chrétien, des doctrines des philosophes; un de ses chapitres est consacré spécialement à la divulgation des prestiges des mages ou magiciens. Bien que de nombreuses lacunes le rendent souvent fort difficile à traduire, on peut, en le comparant avec certains passages de l’écrit de Lucien cité plus haut, se convaincre que le philosophe grec et le Père de l’Eglise avaient puisé leurs renseignements à la même source. Dans tous les cas, nous y trouvons des renseignements très curieux sur les applications que les anciens avaient su faire de leurs notions scientifiques.
- J’ai déjà donné quelques extraits1 de cet ouvrage encore inédit en français; voici maintenant ce qui a trait aux pratiques des prêtres païens quand ils rendaient des oracles. Je crois qu’on lira avec plus de plaisir une traduction littérale avec sa forme naïve qu’une analyse qui devrait nécessairement passer sous silence tous les procédés qui sont incomplètement indiqués.
- «... Le mage dit ensuite au postulant d’écrire sur une feuille de papier ce qu’il veut demander aux démons. Puis il plie la feuille, la donne à l’enfant et envoie celui-ci la mettre au feu afin que la fumée porte l’écriture aux démons; mais, avant que cet ordre ne soit exécuté, il divise en parts égales la feuille et feint d’inscrire sur plusieurs de ces fragments l’adresse de certains démons ; puis il fait brûler le parfum des mages égyptiens nommés xü*a et, après avoir suspendu au-dessus les morceaux de la lettre, il les emporte...............
- « Dans une bouteille pleine d’eau il jette la fleur d’airain (sulfate de fer) qu’il fait dissoudre, puis il imbibe avec cette dissolution la feuille que l’on a grattée et force ainsi les lettres invisibles et cachées à reparaître à la lumière. Par ce moyen il connaît ce que le postulant a écrit.
- « S’il y en a qui aient écrit avec du sulfate de
- 1 Les Origines de la science, etc., pp. 95, 149, 150 et 151 ; Les Epreuves par le feu (Revue scientifique, 6 mai 1882.)
- fer, le mage soumettra à une fumigation de noix de galle concassée les caractères cachés qui apparaîtront alors clairement1.
- « Si l’on écrit avec du lait, il fera brûler du papier, le réduira en poudre et il projettera cette poudre sur les lettres écrites avec du lait qui deviendront visibles. L’urine, la saumure et le suc de figuier donnent les mêmes résultats2.
- « Quand il a ainsi connu la question, il voit comment il doit y répondre ; puis il ordonne d’introduire les assistants qui arrivent tenant à la main des branches de laurier, gesticulant, criant et invoquant le démon Phren.
- « Les vociférations et le tapage désordonnés font que l’on ne porte pas son attention sur les choses qui se passent d’habitude dans le sanctuaire. Ces choses, il est temps de les décrire.
- « D’abord il s’y produit une obscurité profonde, car le mage prétend que la nature mortelle ne peut voir la nature divine et que c’est assez pour elle d’entrer en commerce avec les dieux.
- « Après que l’enfant est recouché, il place à sa droite et à sa gauche deux de ces feuilles sur lesquelles étaient inscrites en caractères hébreux des uoms de démons, et il dit que les autres lui parviendront par les oreilles. Il est nécessaire qu’il puisse approcher des oreilles de l’enfant quelque instrument par le moyen duquel il lui fait entendre tout ce qu’il veut. Il commence par crier afin de plonger l’enfant dans la terreur ; puis il fait retentir le bombum, enfin il souffle à l’enfant au moyen de l’instrument ce qu’il veut lui faire dire, et il attend ce qui va se passer. Il ordonne ensuite aux assistants de faire silence et à l’enfant de dire ce qu’il a entendu des démons.
- « L’instrument qui arrive aux oreilles de l’enfant est un conduit naturel comme la trachée artère des animaux à long col : grues, cigognes ou cygnes. Si le mage n’en a pas sous la main, il en fabrique d’autres artificiellement : de petites flûtes en airain au nombre de dix, s’emboîtant les unes dans les autres et terminées en pointe sont très propres à dire à l’oreille tout ce qu'on veut.
- « En entendant ces paroles, l’enfant saisi de crainte
- 1 Quatre cents ans auparavant, Pliilon de Byzance écrivait à propos des messages secrets : « On écrit sur un feutre neuf... avec une infusion de noix de galle concassée. Les lettres, en séchant, deviennent invisibles. Mais après avoir fait dissoudre dans l’eau de la fleur de cuivre, de la même façon qu’on délaye l’encre, et avoir trempé une éponge dans la dissolution, il n’y a qu’à passer l’éponge sur les caractères pour les voir apparaître. »
- a On obtient une série d’encres sympathiques du même genre en écrivant avec des liquides mucilagineux, visqueux ou sirupeux et en les saupoudrant de poudres fines diversement "colorées avant qu’ils ne soient complètement secs. Généralement aujourd’hui on emploie pour cet objet une dissolution de sucre qui a l’avantage de pouvoir longtemps redevenir suffisamment humide au moyen de l’haleine pour retenir la poudre.
- Toutes les impressions métalliques sont obtenues en posant une poudre de bronze avec un tampon de velours sur une impression encore fraîche obtenue avec une encre quelconque.
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- parle, sur l’ordre qu’on lui donne, comme s’il était inspiré par les démons.
- « On arrive au même résultat à l’aide d’un morceau de cuir façonné en forme de flûte qu’on obtient en enroulant une bande de cuir mouillé autour d’un bâton, puis en l'étirant et en le cousant quand il est sec, et enfin en retirant le bâton. Si l’on n’a rien de tout cela, on prend un livre en rouleau qu’on desserre et qu’on étend à la longueur que l’on désire; puis on s’en sert de même.
- « Si le mage prévoit celui des assistants qui l’interrogera, il est bien mieux préparé à tout ce qui peut arriver. S’il connaît à l’avance la question, il écrit la réponse avec la préparation qu’on sait, et, grâce à cette précaution, il paraît très liabile parce qu’il répond clairement à ce qu’on lui demande. Si, au contraire, il l’ignore, il fait des conjectures et donne des réponses d’un sens ambigu et susceptible d’interprétations diverses, dev telle sorte que, par suite de son obscurité même, l’oracle puisse se rapporter à diverses choses, puis que, dans la suite, quoi qu’il arrive, il s’accommode avec l’événement.
- « Le mage remplit alors d’eau un chaudron et y jette en même temps que la feuille qui paraît blanche, du sulfate de fer1 ; c’est ainsi que la réponse apparaît sur la feuille où il l’a écrite et qui surnage.
- « Maintenant... nous ne voulons pas taire une chose qu’il est nécessaire de connaître; c’est le procédé grâce auquel, après avoir décacheté les lettres, ils parviennent à les remettre aux destinataires avec les mêmes cachets intacts2.
- « Us font chauffer ensemble parties égales de poix, de résine, de soufre et d’asphalte; ils en forment une espèce de collyre qu’ils conservent. Quand l’occasion se présente d’ouvrir une lettre, ils s’humectent la langue d’huile et, après en avoir ainsi enduit le cachet, ils font chauffer légèrement la préparation, la portent sur le cachet et la laissent dessus jusqu’à ce que l’empreinte soit bien prise; puis ils s’en servent comme d’un anneau [à sceller]. On dit que cette même cire, mélangée avec de la résine de pin, donne le même résultat; et de même deux parties de mastic3, avec une partie d’asphalte solide. On peut se contenter de soufre seul ou de plâtre tamisé gâché avec de l’eau et de la gomme ; ce dernier procédé fait très bien quand il s’agit de produire des empreintes avec du plomb
- 1 Ce passage indique la nature de la composition dont il est parlé dans le paragraphe précédent ; ce devait être soit une décoction de noix de galle, soit du suc de grenade. Les anciens se servaient, en effet, de ce suc fortement chargé d’acide tannique pour reconnaître l’alun naturel qui contient toujours du sulfate de fer. (Pline, xxxv, 15.)
- - Le procédé le plus simple est celui que Lucien décrit comme employé ordinairement par le faux prophète : « Avec une aiguille rougie au feu, il faisait fondre la portion de cire placée sous le cachet, enlevait le cachet lui-même, lisait le contenu, puis fondant de nouveau avec son aiguille la cire placée sous le lin et celle qui portait l’empreinte du cachet, il la recollait aisément. » Le lin dont il s’agit ici était le ruban dont on entourait la lettre après qu’elle avait été roulée.
- 3 On appelle encore mastic en larmes une espèce de résine.
- fondu. 11 y a encore quelque chose qui passe pour meilleur que tout cela; c’est ce que l’on obtient en , faisant cuire ensemble un mélange par égales portions de cire d’Étrurie, de résine, d’asphalte, de mastic et de marbre pilé; cependant j’aime autant le plâtre *.
- « C’est ainsi que ceux qui désirent connaître ce que renferment les plis cachetés cherchent à en rompre les sceaux. J’hésitais à exposer ces procédés dans ce livre, craignant que quelque malfaiteur ne les y trouvât et ne s’en servît ; mais on a pensé que la divulgation de ces choses pourrait sauver bien des jeunes gens et on m’a conseillé de les expliquer et de les mettre au jour afin que l’on se tint sur ses gardes. Si, du reste, il en un qui apprenne ainsi la connaissance du mal, il y en aura un autre qui, bien renseigné, se défiera. Les mages eux-mêmes, ces corrupteurs de la vie, auront honte de se servir de leur art. Peut-être même qu’ayant appris que nous avons dévoilé leurs procédés, ils renonceront à leur folie. Du reste pour qu’un sceau ne puisse être enlevé par les procédés que nous venons de décrire, il suffit de se servir pour cacheter, d’une cire mêlée de graisse de porc et de crins. »
- Il ne faudrait pas croire cependant que tous les oracles de l’antiquité fussent le résultat de supercheries. Dans l’origine, ils étaient rendus par des sujets (ainsi qu’on le dirait aujourd’hui), jouissant de la propriété de surexciter leurs facultés mentales sous l’influence de causes internes ou externes. Chez les Germains les femmes sacrées prophétisaient après s’être hypnotisées en contemplant fixement les tourbillons formés sur les cours des fleuves2; dans l’Hindoustan on n’admet comme prophètes ou Darvcis que ceux qui tombent en extase sous l’influence de la musique3. A Didyme, avant de prophétiser, la prêtresse de l’oracle des Branchides respirait longtemps la vapeur qu’exhalait une fontaine sacrée1. L’oracle des Colophoniens, à Claros, était rendu par un prêtre qui s y préparait en buvant de l’eau d’un bassin que renfermait la grotte d’Apollon et qui, au dire de Pline5, était vénéneuse. Saint Jean Chrysostome6 a raconté de quelle manière étrange la Pythie s’exposait aux vapeurs de l’antre de Delphes; on lui faisait en outre mâcher des feuilles et des fleurs de laurier ; or il est assez curieux de faire remarquer que, dans des expériences récentes faites à l’école de médecine de Rochefort, MM. les docteurs Bourru et Burot ont produit l’extase avec visions chez une hystérique, simplement en approchant d’elle un flacon d’eau de laurier-cerise.
- Albert de Rochas.
- 1 Lucien indique encore un mélange de chaux et de colle à coller les livres.
- 4 Plutarque. Vie de César, ch. xxi. — Saint Clément d’Alexandrie, Stromates, liv. I.
- 5 Nouvelles Annales des voyages, t. XXVII.
- 4 Samblique : Des mystères, ch. xxv.
- 5 Histoire naturelle, liv. II, ch. cv.
- 6 Homélies, ch. xxrx.
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- LA NATURE.
- UTILISATION DES FRUITS ET DES GRAINES
- DANS LA PASSEMENTERIE ET LA LINGERIE
- L’usage des fleurs naturelles dans la parure est inné chez certains peuples et est une question de mode pour d’autres. C’est surtout en Océanie que ce goût semble être nativement développé et, depuis les récits merveilleux de Cook, nous savons que les belles Taïtiennes emploient dans leur toilette les fleurs embaumées du Pua et du Tiare1, dont la blancheur éclatante fait ressortir davantage le noir d’ébène de leur opulente chevelure.
- En Europe, cette coutume est traditionnelle dans beaucoup de pays. Les femmes du monde ne pa-raissent guère dans une soirée ou dans un bal sans porter à leur corsage et à leur coiffure un Ca-mellia ou une fleur (l’Orchidée exotique , de même que les gentlemen du high life ne sortent pas sans avoir leur boutonnière ornée d’un Œillet blanc ou d’une fleur de Gardénia.
- Mais les fleurs naturelles, dont la durée est plus ou moins éphémère, ontété remplacées, dans la toilette des dames, par des fleurs artificielles. Cette industrie, originaire de la Chine, serait passée en Italie, puis en France, et c’est vers 1740 que Séguin, de Mende, l’aurait le premier introduite chez nous.
- Bientôt on se lassa des fleurs artificielles dans l’ornementation des appartements et dans la parure des femmes, et aussitôt apparaissaient les fruits
- 1 Carissa grandis et Gardénia tahitense.
- imités qui, avec ce tact exquis qui caractérise les Françaises en particulier, devinrent dans la toilette l’apanage des douairières et des mères de famille. Cette distinction n’est plus observée de nos jours.
- Aujourd’hui que la mode, ce tyran enfanté par les couturières, les modistes et tailleurs en renom, nous oblige à nous vêtir suivant les modèles acceptés, le kaléidoscope ne suffit plus pour trouver les dessins les plus variés, les coupes les plus fantastiques, pour l’accoutrement ou pour la parure. Cependant cette critique, il faut le reconnaître, n’exclut pas la
- gracieuseté de certaines créations. On a emprunté dans ces dernières années au règne animal des motifs séduisants à l’œil, tels que des oiseaux de petite taille, des petits quadrupèdes, des insectes aux couleurs brillantes ou aux formes étranges. Ce qui autrefois eût été un objet de répulsion, comme un grand Longi-corne, un Scarabée gigantesque, est très bien porté par les élégantes de notre époque.
- Jusqu’alors l’introduction de ces objets d’histoire naturelle s’était à peu près limitée à la parure, soit dans la coiffure, soit comme bijoux. Le besoin de créer des modèles nouveaux se faisant toujours sentir, des fabricants ingénieux se sont tournés vers le règne végétal et viennent de faire entrer dans la passementerie toute une série de fruits et de graines indigènes et exotiques, dont on n’aurait jamais pu soupçonner l’emploi pour un tel usage. Les naturalistes eux-mêmes en sont stupéfaits.
- Un chercheur et un homme de goût, M. Collin, a passé en revue toutes les collections de nos musées, tous les magasins des négociants en matières premières, et il a réuni un ensemble de matériaux dont
- Fig. 1. — Spécimens de la nouvelle passementeiie botanique.
- N* 1. — Graines de Casuarina equisetifolia : au-dessous, trois pommes d'A Inus cor-data.— N“ 2. Calotte de Chêne-liège : au-dessous, Cupule de Hêtre et Médieago. — N' 3. Calotte d'Eucalyptus, ealottes de glands de Chêne-liège, Larmes de Job, Figuier vierge et Cyprès.
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- il a tiré le meilleur parti en les utilisant à faire des modèles de passementerie qui sont tout à la fois originaux et élégants. En place de pendeloques en bois, ou pampilles recouvertes de soie ou de velours, M. Collin utilise des fruits secs ou des graines qu’il soumet préalablement au trempé, pour obtenir des couleurs variées : teinte cuir, vieil argent, vieil or, oxydés de toutes nuances.
- Pour que l’effet soit réussi, il est urgent que ces objets ne soient pas uniformes. Leur surface doit être naturellement sculptée, fouillée et à parties saillantes se détachant bien les unes des autres. Le nom-
- bre des espèces mises en œuvre est relativement considérable, mais une sélection s’établira inévitablement ; tels modèles seront plus goûtés que d’autres, et les dames qui porteront ces garnitures nouvelles cet hiver, feront un choix judicieux des spécimens désormais acquis aux domaines des modes durables.
- Quand des créations de la sorte apparaissent, elles se répandent souvent avec une rapidité surprenante. Depuis quelques jours seulement, elles ont fait leur entrée chez le grand couturier Worth, et la lingerie de luxe elle-même s’en est emparée. Nous avons vu tout récemment, dans la maison Suzange, des plastrons,
- Fig. 2. — Autres spécimens de passementerie botanique. — N° 4. Fruits A’Alnus cordâta. — JS” 5. Alnus glutinom. — iV 6. Ca.suarina equiselifolia. — N° 7. Arbousier. - JS” 8. fiasuarina cunninghamiana et equisetifolia.
- des colliers en lingerie pour dames, garnis de petits groupes de fruits et de graines préparés par le procédé Collin et qui produisaient le plus gracieux effet. On parle même d’étendre ces garnitures à l’ameublement et à la tapisserie d’appartement; mais dût-on en restreindre l’emploi à la passementerie et à la lingerie, que l’on devrait s’estimer heureux d’avoir tiré un parti aussi avantageux d’objets restés jusqu’ici sans application.
- Les cônes de plusieurs espèces de Casuarina et d’Aulne, ainsi que les noyaux naturellement sculptés des fruits de certains Elæucarpus de l’Inde et de l’Australie ont été d’abord employés; puis sont venus les fruits agrégés d’Ombellifères du genre Œnanthe, des fruits en spirale de Medicago, des noyaux de Melia, de Jujubier, des Châtaignes d’eau,
- des cupules de Chêne, des involucres de Hêtre, des coiffes déboutons d’Eucalyptus, des cariopses de Coïx Lacryma, connus sous le nom de Larmes de Job, et vingt autres encore, constituant la série des modèles du fabricant susnommé.
- Le naturaliste doit se réjouir de voir des produits qui font la base de ses études, prendre une direction favorable à l’industrie de son pays. D’autre part, ces produits eux-mêmes ne peuvent manquer de piquer la curiosité des dames, qui ont l’instinct d’observation. Et qui sait? Une robe ou un mantelet garni de ces ornements végétaux, fera peut-être une propagande plus certaine en faveur de la botanique, que les leçons les plus classiques sur cette aimable science? J. Poisson.
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- LA NATÜRFJ
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Calcul du nombre d’éléments nécessaires pour alimenter des lampes à incandescence.
- — C’est une question qui nous est souvent posée et à laquelle nous allons répondre le plus nettement possible.
- Prenons le cas le plus ordinaire, celui de n lampes demandant chacune i ampères et e volts, montées en dérivation sur la batterie formée de N éléments montés t en tension et q en quantité de telle sorte que
- N — tq
- (U
- les N éléments sont identiques, supposés impolarisables et ont pour constantes : E pour la force électromotrice et r pour la résistance intérieure; les résistances des conducteurs reliant les éléments entre eux et la batterie aux lampes sont supposées négligeables.
- L’intensité du courant que devra fournir la batterie sur les lampes est évidemment égale à
- I = n i ampères
- (2)
- Si chaque élément peut produire une intensité égale ou supérieure à I, il suffira d’une seule série d’éléments en tension ; le courant maximum que peut fournir la pile doit être donné par le constructeur en même temps que les constantes de chaque élément en marche normale*. Dans le cas où nous nous sommes placé, q = 1 et N = t.
- La résistance R du circuit extérieur formé par les n lampes a pour valeur :
- R=-.=
- ni
- et l’intensité du courant total :
- tE
- (3)
- I
- fr + R
- Expression qui, tous calculs faits, donne pour la valeur de t :
- E — ri
- (3)
- Application numérique. — Combien faut-il de piles au bichromate dont les constantes sont :
- E —1,9 volt, r = 0,1 ohm,
- et pouvant débiter 5 ampères pour alimenter 3 lampes à incandescence dont les constantes sont :
- e = 12 volts.
- « = 1,2 ampère.
- Les 3 lampes montées en dérivation exigent un courant égal à :
- I = 1,2 x 3 = 5,6 ampères,
- Il faudra un nombre d’éléments égal à :
- _ g _______________12______
- ~ E — rl —1,9 —0,1 X 5,6
- t — 7,8 éléments.
- Soit 8 éléments en tension.
- Dans le cas où les n lampes en dérivation demandent un courant plus intense que celui' que peut fournir un élément, il faut mettre plusieurs éléments en quantité, c’est-à-dire faire q — 2,3,4, etc., suivant le besoin, jusqu’à ce que le produit de q par l’intensité maxima que peut fournir un élément soit plus grand que l’intensité nécessaire, q étant ainsi déterminé, on a pour l’intensité du courant :
- I = -ü-, . (6)
- -r + R
- <?
- formule qui, tous calculs faits, donne :
- E-'-l
- <1
- et N ~tq. (8)
- Application numérique. — Combien faudrait-il d’éléments analogues à ceux de l’application précédente pour alimenter 12 lampes ayant les mêmes constantes?
- Dans ce cas, 1=12 X 1,2 = 14,4 ampères.
- Il faudra monter trois éléments en quantité pour pouvoir débiter les 14,4 ampères nécessaires : q = 3.
- La formule (7) donne alors :
- 12
- <==~' ôl---------= 8’3’
- 1,914,4
- 8 éléments en tension seront un peu insuffisants ; 9 éléments en tension donneront, au contraire, une intensité un peu trop grande : on pourra remédier à cet inconvénient en intercalant une petite résistance entre les lampes et la batterie. Il faudra donc en tout 9x3 = 27 éléments, couplés 3 en quantité, et 9 en tension.
- Les mêmes formules s’appliquent aux accumulateurs.
- K><
- LA BIBLIOTHÈQUE DE « LA NATURE »
- La Vie au fond des mers, par Fimiol. — Les Hommes-phénomènes, par Guyot-Daubes.
- La bibliothèque de La Nature, qui compte déjà onze volumes, vient de s’enrichir cette année de deux nouveaux ouvrages que nous croyons devoir signaler d’une façon toute particulière à nos lecteurs, comme nous l’avons fait de leurs devanciers. Ces deux ouvrages sont les suivants :
- les piles pouvant débiter 5 ampères, une seule série en tension suffira :
- <7 = 1 et N = L
- 1 Nous insisterons tout particulièrement sur ce point : constantes en marche normale, parce que la plupart des constructeurs donnent les constantes au moment du montage, et l’intensité en court circuit. La valeur de l’intensité normale doit A , E
- etre toujours plus petite que — > ce qui est une vérification.
- La vie au fond des mers. — Les explorations sous-marines et les voyages du Travailleur et du Talisman, par H. Filhol, 1 vol. in-8°, avec 96 figures dans le texte et 8 planches hors texte dont 4 en couleurs. — Paris, G. Masson.
- Les explorations sous-marines du Travailleur et du Talisman, exécutées sous la savante direction de M. Alphonse Milne-Edwards, ont apporté à la zoologie le plus riche contingent de découvertes ; ces explorations peuvent
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- LA NATURE.
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- être considérées comme les plus remarquables campagnes scientifiques de notre époque, et nos lecteurs ont déjà apprécié les nombreuses et intéressantes notices que notre savant collaborateur M. Filhol, membre de ces expéditions, a publiées dans La Nature. M. Filhol ne s’est pas contenté, bien loin de là, de réunir ses articles ; il a écrit un ouvrage tout à fait inédit et des plus attrayants sur cette grande et importante question de la vie dans lps abîmes océaniques. Il en retrace d’abord l’historique et après avoir décrit l’admirable outillage qui permet de visiter ces abîmes, et d’en recueillir les échantillons géologiques ou zoologiques, il présente au lecteur les merveilles du monde sous-marin, et fait revivre en quelque sorte les populations du fond des océans, où la vie abonde, là où l’on croyait naguère qu’on ne pouvait rencontrer que la matière inerte au milieu des ténèbres. Rien n’est plus curieux que cette faune étrange, d’une richesse inouïe : animaux aveugles ou phosphorescents, êtres bizarres qui sont de véritables révélations pour le naturaliste. M. Filhol excelle dans ses descriptions, et il a eu le talent de présenter un tableau complet et succinct, tout à la fois, où l’attention et l’intérêt du lecteur sont constamment tenus en haleine. Le livre est magnifiquement illustré ; outre les gravures sur bois déjà publiées dans La Nature, il comprend quatre planches en couleur, qui représentent les animaux recueillis aux différentes zones des profondeurs océaniques et qui sont de véritables chefs-d’œuvre de chromolithographie. Tous ceux qui liront le livre de M. Filhol pourront s’assurer que nos éloges ne sont point exagérés ; c’est un beau et bel ouvrage, qui retrace l’histoire de grandes et importantes conquêtes scientifiques, où notre pays vient de prendre son rang à côté des nations voisines. Le lecteur curieux de s’instruire y fera bon accueil.
- Les hommes phénomènes. Force, agilité, adresse. — Hercules. — Coureurs. — Sauteurs. — Nageurs. — Plongeurs. — Gymnastes. — Equilibrâtes. — Disloqués. — Jongleurs. — Avaleurs de sabre. — Tireurs, par Guyot-Daubès. 1 vol. in-8°, avec 62 gravures et 2 planches hors texte. — Paris, G. Masson.
- C’est une très intéressante réunion de curiosités physiologiques que M. Guyot-Daubès a groupée dans ce volume. On le lira avec plaisir, surtout à notre époque où l’on apprécie les bienfaits de la gymnastique et des exercices du corps. Les chapitres sur les gymnastes, sur les nageurs, sur les tireurs, sur les marcheurs et les coureurs, pourront être utiles à tout le monde et surtout à la jeunesse. Quant aux faits cités à propos des hercules, des acrobates, des jongleurs, etc., ils sont très attrayants, et M. Guyot-Daubès a su les présenter avec beaucoup d’attrait. Ecrivain agréable et homme d’esprit, l’auteur est un grand chercheur de curiosités, et le livre qu’il publie est un livre amusant, sans jamais cesser d’être une œuvre scientifique et sérieuse.
- Gaston Tissandier.
- LES CARRIÈRES A PLATRE D’ARGENTEML
- LEUR MODE D’EXPLOITATION
- Le gypse se trouve abondamment dans le bassin de Paris et même dans la capitale. A Montmartre, à Belleville, 'a Clamart, à Argenteuil, on rencontre de nombreuses carrières à plâtre.
- Les unes s’exploitent en galeries, les autres à ciel ouvert : parmi ces dernières l’une des plus intéressantes que nous ayons rencontrées, est sans contredit celle de Volambert. Elle est située entre Argenteuil et Sannois, au pied d’une colline que l’on aperçoit du chemin de 1er et sur laquelle se trouve le moulin d’Orgemont.
- Le banc de gypse que l’on y exploite, forme en quelque sorte la base de cette colline ; il est recouvert d’une série de couches superposées d’argile et de terre glaise dont l’épaisseur est en certains endroits de 26 mètres. La terre végétale ne forme qu’une couche variant de 60 centimètres à 1 mètre.
- Le banc de gypse a une épaisseur de 18 mètres. On trouve ensuite un banc d’argile d’environ lm,’50, puis un nouveau .banc de 7 mètres d’épaisseur.
- Dès le début de l’exploitation, on prit le parti d’enlever toute la partie supérieure et de mettre ainsi à nu le banc de gypse. Cette manière de procéder a été continuée et actuellement la carrière de Volambert présente un front d’attaque vraiment remarquable. En pénétrant dans le chantier, on se trouve devant une muraille d’environ 43 mètres dans la plus grande hauteur, et d’un développement de 600 à 700 mètres.
- La section de cette muraille montre comme nous l’avons dit, en partant du sol, la disposition suivante :
- Gypse banc inférieur............... 7 mètres
- Argile............................. lm,50
- Gypse banc supérieur...............18 mètres.
- Aigile. .........................| 26 mètres.
- Terre végétale.....................60 c. à 1 m.
- L’argile et le terre glaise sont utilisées dans des industries voisines. La terre et les matériaux inutiles sont transportés par-dessus le chantier, entassés en arrière, formant ainsi d’importants monticules. Le transport se fait dans des bennes par câble aérien, d’une portée de 150 mètres environ.
- Une fois ce travail accompli et le gypse mis à découvert, il s’agit maintenant d’abattre la masse et de la diviser en morceaux de grosseur convenable.
- On met à profit le peu de dureté de la couche intermédiaire d’argile qui sépare les deux bancs de gypse et on y creuse à la pioche une série de galeries rapprochées et dirigées perpendiculairement à la paroi. Une autre série de galeries transversales est également faite de façon à ne laisser qu’un certain nombre de piliers pour soutenir la masse.
- Ce travail fait à main d’hommes est naturellement assez long. Aussi est-il nécessaire de prendre des mesures de précaution toutes spéciales afin de prévoir les tassements, ou même les éboulernents qui pourraient survenir. A cet effet, au milieu des galeries, on dispose une série de poteaux. verticaux semblables à des étais. Leur rôle n’est cependant pas de soutenir la masse, mais bien de prévenir par leur écrasement, tout mouvement qui pourrait sur-j venir dans la masse. Ces poteaux ne sont enlevés
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- LA NATURE.
- qu’à la dernière minute. 11 s’agit maintenant de déterminer la chute de la couche ainsi minée. On emploie à cet effet l’action des explosifs.
- Grâce à l’obligeance de MM. Vincenot et Lacauchie, directeurs de la carrière, nous avons eu la bonne fortune d’être prévenu à temps du jour où devait avoir lieu une de ces grandes chutes. Nous avons rarement assisté à un spectacle plus imposant.
- Nous avions emporté un appareil photographique avec l’intention de contrôler l’opération, de manière à voir si les calculs et les prévisions des ingénieurs étaient exactes. Une épreuve fut prise avant la chute, deux pendant et une après. Les résultats ont été concluants et il nous a été prouvé d’une manière évidente que tout s’était passé dans l’ordre prévu, et
- Fig. 1. — Un massif de gypse à Argenteuil, miné à la dynamite.
- piliers sans cependant les broyer. Enfin un trou vertical ascendant contenant une charge un peu plus forte au fond d’une des galeries était destiné à provoquer une brisure favorisant le détachement de la masse.
- La quantité totale d’explosifs employée n’a pas dépassé 30 kilogrammes de poudre et autant de dynamite. La longueur des mèches était calculée de façon à faire sauter les piliers successivement en commençant par ceux d’avant.
- Le feu est alors mis par les chefs mineurs qui se sauvent promptement. Un silence profond règne dans la carrière ; seuls de légers nuages de fumée indiquent que l’opération est commencée.
- Tout d’un coup une détonation se fait entendre,
- que cette masse énorme qu’il s’agissait d’abattre avait, pour ainsi dire, obéi aux ordres qu’on lui avait donnés.
- On voit dans la photographie fig. 1 le lieu de l’expérience. On aperçoit le banc de gypse dont la base supérieure est complètement nettoyée. A la partie inférieure on distingue les six galeries et dans quelques-unes les poteaux qui ne sont point encore enlevés. Chaque pilier avait à peu près lm,50 de côté. Un nombre de trous de mine variable était percé dans chacun d’eux. Les piliers d’avant, destinés à disparaître complètement afin de favoriser le déversement de la masse étaient percés de 6 trous chargés à la dynamite. Ceux d’arrière n’avaient que 3 trous chargés à la poudre de façon à démolir les
- Fig. 2. — Le même pendant l’explosion. (Première phase.)
- les éclats volent autour de nous, d’autres détonations suivent, les piliers disparaissent les uns après les autres. Un coup plus fort résonne et la masse un instant hésitante s’effondre au milieu d'un nuage de poussière en faisant trembler le sol sous nos pieds.
- Pendant ce temps deux photographies étaient prises (fig. 2 et 3). Le banc a disparu et la carrière ne présente plus qu’un amoncellement extraordinaire de blocs entassés. Une dernière photographie est faite à ce moment (fig. 4). La simple inspection des épreuves montre comment les choses se sont passées. Dans le n° 2, les piliers ont disparu, la masse qui n’est plus soutenue se brise et s’affaisse. Dans le n° 3, nous sommes en pleine chute, la dislocation est déjà commencée. Dans le n° 4, le sol est
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- jonché de débris. Pour obtenir les deux photographies successives pendant la durée de la chute, nous nous sommes servi avec avantage de notre obturateur stéréoscopique qui a été décrit précédemment dans La Nature1. Chacun des petits obturateurs était muni d’une poire pneumatique, de sorte qu’en faisant usage des deux mains nous avons pu obtenir le départ successif des deux appareils. Malheureusement dans la précipitation et nous dirons même dans l’émotion bien naturelle en pareil cas, car nous avions tenu à nous rapprocher le plus possible, l’appareil photographique a été légèrement dérangé après le premier cliché, c’est ce qui explique pourquoi notre bloc n’est plus au milieu des épreuves ; ce qui fait que dans le quatrième cliché on ne
- Fig 5- — Le même pendant l’explosion. Deuxième phase.
- Les photographies instantanées reproduites ont
- voit qu’une très faible partie des débris qui encombraient toute la carrière.
- La quantité de gypse ainsi abattue dans cette expérience dépassait 5000 mètres cubes.
- Une fois la chute faite, il s’agit de diviser les blocs qui sont encore trop gros pour être portés aux fours. Tous les morceaux supérieurs à 1/4 de mètre cube, sont brisés au moyen de la poudre de mine ordinaire. Celle-ci est préférée à la dynamite pour cet usage, car on ne veut pas obtenir un effet de broiement, mais bien une simple dislocation en fragments plus petits.
- Le gypse qui compose le grand banc n’est pas homogène, il comporte trois qualités d’aspect et d’usage différents : lu la partie supérieure, de cou-
- Fig. 4. — Le massif de gypse après l’explosion, été obtenues avec l’obturateur Londe-Dessoudeix.
- leur blanche et très tendre, est destinée a obtenir les plâtres de luxe et de moulage; 2° une autre partie également blanche, mais plus dure, sert à donner les plâtres fins pour enduits ; 3° diverses parties de couleurs diverses et de duretés différentes sont réunies ensemble et sont employées à la fabrication du plâtre ordinaire.
- Le triage se fait dans le chantier même et des wagonnets traînés par des chevaux, conduisent le gypse suivant la catégorie à tel ou tel four. La cuisson varie en effet suivant le genre de plâtre que l’on eut obtenir. Du four le plâtre est envoyé sous des
- 1 Voy. n° 622, du 2 mai 1885, p. 339,
- meules et des broyeurs qui varient encore suivant la qualité. Le plâtre est alors terminé. Il est conservé dans des magasins bien secs à l’abri de l’humidité, ou bien expédié de suite au consommateur.
- L’usine de Yolambert faisant des envois très considérables à Paris et même à l’étranger, il était indispensable de posséder une installation qui permît de faire des chargements rapides.
- Cette installation, actuellement terminée, permet de charger simultanément 16 wagons.
- Une série de magasins indépendants, échelonnés sur une longueur de 200 mètres, sont placés le long d’une voie ferrée qui se raccorde avec la ligne de l’Ouest. Les 16 wagons se placent devant ces maga-
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- LA NATURE.
- sins, et au moyen de déversoirs le plâtre est jeté directement dans les wagons.
- ' Le chargement d’un train de 32 wagons ne demande qu’une heure et demie. Encore est-il juste de dire que dans ce temps sont compris les manœuvres des deux demi-trains, le pesage de chaque wagon, l’étiquetage et toutes les écritures, comptabilité,'feuilles d’expédition, etc. Plusieurs trains èont'ainsi chargés journellement et se dirigent immédiatement vers leur destination.
- En terminant, qu’il nous soit permis de faire remarquer que les gravures qui accompagnent cet article ont été faites directement d’après les clichés par le procédé de M. Petit. La tache que nous avions imposée à M. Petit en lui demandant de transformer en typographie des clichés n’avant que 0“Yl0f> sur 0m,150 n’a pas été au-dessus de ses forces. 11 s’est surpassé et pour notre part nous tenons à l’eu remercier hautement, car la transformation d’un document photographique en cliché typographique a une trop grande importance pour que nous puissions ne pas signaler les efforts persévérants de M. Petit dans cette voie pleine d'avenir.
- Albkrt Londe.
- CHRONIQUE
- L’heure adoptée par les chemins de fer. —
- L’heure adoptée par les chemins de fer en Europe varie suivant les différents pays. Chaque pays a généralement adopté l’heure du méridien de sa capitale. Pour la France, c’est l’heure du méridien de Paris ; pour l’Angleterre, l’heure de Greenwich ; pour l’Italie, l’heure de Rome ; pour l’Espagne, l’heure de Madrid ; en Allemagne et en Autriche, l’heure de Berlin, de Stuttgard, de Munich, de Pest, de Prague, etc. En France, l’heure du temps moyen du méridien de Paris est imposée pour tous les appareils chronométriques qui indiquent l’heure au public, aussi bien sur les lignes qui vont à l’Est ou à l’Ouest, au Nord ou au Midi ; de telle sorte que cette heure avance ou retarde sur l’heure des localités traversées par les diverses lignes suivant leurs positions géographiques. Pour la facilité du service et pour éviter les contestations d’heures avec les voyageurs, la plupart des compagnies font mettre leurs appareils chronométriques sur lesquels elles règlent leur service, en retard de trois à cinq minutes sur l’heure du méridien de Paris ; de telle sorte que dans une gare, tous les cadrans placés à l’extérieur de la gare ou des guichets sont à l’heure de Paris, et les cadrans placés à l’intérieur de la gare sur les voies, sont en retard de cinq minutes; tel est le cas pour les chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée, de l’Ouest, de l’Etat, du Midi. Pour les chemins de fer du Nord et de l’Est, le retard n’est que de trois minutes. En résumé, l’heure moyenne du méridien de Paris pour tous les cadrans placés à l’extérieur des gares et servant au public, et un retard de trois à cinq minutes suivant les compagnies, sur l’heure de Paris, pour tous les cadrans donnant l’heure pour le service, placés à l’intérieur ou sur les voies des gares : de telle sorte qu’un voyageur ne puisse contester l’heure et s’en prévaloir dans le cas où il manque le train ou pour l’enregistrement de ses bagages. Paul Garxier.
- Sur la puissance mécanique nécessaire pour faire marcher une montre. — Il est facile de calculer la puissance moyenne probable dépensée pour actionner une montre ordinaire, en partant des chiffre^ connus sur l’énergie emmagasinée dans les ressorts bandés. On sait qu’un kilogramme de ressorts peut resti-r tuer au maximum 20 kilogrammètres par kilogramme. Le ressort moteur d’une montre ordinaire pèse environ 2 grammes ; la quantité totale du travail disponible dans un ressort entièrement bandé est donc de :
- 200,002 = 0,04 kilogrammèlre
- Une montré pouvant marcher quarante heures avant d’ètre remontée, ellè dépense par heure, en moyenne :
- 0,04 . • .
- — 0,001 kilogrammètre. La puissance du moteur
- qui actionne une montre est donc de 0,000 000 28 kilogrammètre par seconde ou de 0,000 000 0047 cheval-vapeur. Une machine produisant un cheval-vapeur suffirait donc pour entretenir le mouvement de 270 000 000 de montres. Ce chiffre, fantastique en apparence, mais très voisin cependant de la réalité, peut être considéré comme la dernière expression de la division du travail mécanique.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 novembre 1885. — Présidence de M. l’amiral
- JuRlEN DE LA GrAVIÈRE.
- La respiration des plantes. — En continuant leurs recherches sur la respiration des feuilles à l’obscurité, MM. Dehérain et Maquenne ont reconnu que le rapport CO3
- -— de l’acide carbonique émis à l’oxygène absorbé croît
- avec l’élévation de température.
- Il est généralement supérieur à l’unité, c’est là un point important, car ainsi que l’a fait remarquer M. Schlœsing quand il a présenté la première note des savants auteurs, bien que les feuilles élaborent des hydrates de carbone, c’est-à-dire des composés dans lesquels l’hydrogène et l’oxygène se trouvent dans les proportions de l’eau, l’analyse élémentaire des plantes indique un excès d’hydrogène, qui implique ifti départ d’oxygène; il est probable, d’après les observations de MM. Déhérain et Maquenne, que cet oxygène s’échappe pendant la respiration sous forme d’acide carbonique.
- Le gisement quaternaire du Perreux. — Par l’intermédiaire de M. Albert Gaudry, M! E. Rivière présente une note sur ses recherches dans les sablières de Perreux, commune de Nogent-sur-Marne (Seine). Dans ces sablières au nombre de quatre, ouvertes à peu de distance de la Marne et depuis longtemps en exploitation, il a recueilli de nombreux ossements i quaternaires et des silex taillés ainsi que des morceaux de bois fossiles provenant des couches les plus inferieures. Ces couches constamment baignées par les eaux d’infiltration de la rivière*sont formées par un conglomérat plus ou moins dur de sable, de gravier et de cailloux, agglutinés par un ciment calcaire.
- Les ossements et les dents rencontrés dans ce milieu dont la cote, varie entre 53 et 36 mètres, selon l’obliquité plus ou moins grande des couches, constituent une faune identique à celle de. Billancourt, déjà décrite en 1882,
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- LA NATURE.
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- par M. Rivière, faune caractéristique de ce que l’on appelle les bas niveaux.
- Notre confrère indique parmi ces animaux 1 ’Elephas primigenius ou Mammouth, le Rhinocéros tichorinus, le cheval, un bœuf de grande taille (Aurochs ou Bison), un cervidé (Cerf ou Renne) ; puis, associés à ces débris, de nombreux instruments en silex de Champigny et en meulière de Beauce, dont les échantillons présentés à l’Académie par M. Rivière à l’appui de sa communication, sont remarquables par leur belle conservation, par leur patine et leurs fines retouches. Ce sont des lames, des pointes, des grattoirs, etc., tout à fait caractéristiques, par leur forme, de l’époque primitive dite du Moustiers.
- Le Ferreux constitue un nouveau et très important gisement à ajouter à ceux qui ont été déjà signalés aux environs de Paris. Non seulement, il démontre une fois de plus la contemporanéité de l’homme et des grands animaux quaternaires, mais il complète, au point de vue des différentes phases de l’époque quaternaire, les découvertes faites sur le plateau de Montreuil et dans les sablières de Chelles. L’auteur ne manque pas de rappeler, en terminant son mémoire, les recherches faites également au Per-reux depuis plusieurs années par un habitant de cette localité, M. Eck.
- Guide en Afrique. — C’est avec les plus grands éloges et les mieux mérités que M. Yulpian dépose sur le bureau un Guide du voyageur en Afrique, appelé sans aucun doute au plus grand succès. Il a pour auteur principal M. le Dr Nicolas (de la Bourboule) qui joint à son grand talent d’écrivain une profonde expérience du pays dont il parle. M. Nicolas s’est adjoint, pour la partie purement médicale, M. le I)r Lacazc, et pour la partie vétérinaire, M. Signoret.
- Granit amygdaloïde. — Je dois à l’extrême obligeance de M. le Dr Miquen (de Montaigne, en Yendée) un très intéressant échantillon de granit dont j’ai communiqué la description à l’Académie. C’est un noyau ellipsoïdal aplati, sensiblement régulier, dont les trois axes mesurent respectivement 7, 8 et 12 centimètres de longueur. 11 a été découvert en pleine roche à la carrière de granit de Riaillé, près de Saint-Hilaire de Loulay. D’après mon aimable correspondant, que je me fais un devoir de remercier vivement, la trouvaille de semblables noyaux est des plus rares; elle n’a pas été faite plus de cinq ou six fois depuis vingt ans. M. le Dr Miquen en conserve un échantillon d’un quart plus petit que celui qu’il a bien voulu m’offrir. L’intérêt de ces noyaux est augmenté par la comparaison qu’on peut en faire avec des noyaux granitiques d’origine américaine, qui ont été récemment décrits et qui sont complètement différents.
- Etude des courants marins. — M. Paul Bert présente des appareils que M. le prince de Monaco a fait construire pour déterminer la trajectoire des courants qui traversent l’atmosphère. Ce sont des bouteilles, des sphères creuses en cuivre et des barils renfermant, avec un numéro d’ordre, une pancarte traduite dans toutes les langues pour inviter les personnes qui recueilleront les flotteurs d’en informer le consul de France, qui le fera savoir au gouvernement. Déjà, bien que l’expérience date seulement du mois de juillet, trois flotteurs ont été recueillis sur les côtes occidentales des Açores.
- Varia. — Le beau travail mentionné dans le dernier article sur le système nerveux du phylloxéra est de M. le
- D1, Lemoine, professeur à l’Ecole de médecine de Reims.
- — M. le Dr Yulpian continuant ses recherches sur les nerfs, annonce que le trijumeau est vaso-dilatateur .indépendamment des anastomoses que lui envoie le grand sympathique. — M. Boillot signale l’apparition de lueurs aurorales roses les 2 et 16 novembre et pense qu’il n’est plus possible, vu le temps écoulé, de les rattacher à l’éruption du Krakatau. — On annonce la mort, à l’âge de 72 ans, de l’illustre M. William Benjamin Carpenter, correspondant de la section d’anatomie et zoologie. De très curieuses observations sur le polymorphisme des renonculacées sont transmises par M. Chatin au nom de M. Crié, professeur à la Faculté des sciences de Rennes.
- — La composition de l’air renfermé dans les feuilles
- occupe M. Guéroult. — L’anatomie de la corde du tympan vient d’être faite par M. Magnen chez un grand nombre d’oiseaux. Stanislas Meunier.
- CE QUE DEVIENNENT LES VIEUX WAGONS
- ET LES VIEILLES BARQUES
- Les progrès rapides dans la construction des chemins de fer ont hâté la caducité d’un grand nombre de véhicules qui, considérés comme très sûrs et très confortables par nos pères, ne répondent plus aux besoins de luxe et de confort actuels. C’est donc, pour les compagnies, une grosse difficulté de se débarrasser de ce matériel suranné. On sait que quelques compagnies—nous ne nommerons personne
- — trouvent avantageux d’utiliser ce vieux matériel jusqu’à ce qu’il soit tout à fait hors de service, mais toutes n’agissent pas de môme, heureusement. Les plus importantes et les plus entreprenantes démolissent les plus vieilles voitures, et conservent les moins mauvaises pour les trains d’excursion, les trafics surchargés et les lignes secondaires, alors que les nouveaux types font le service des lignes principales.
- Un certain nombre de ces vieilles voitures sont utilisées en Angleterre pour former des voitures à freins, ou des dépôts d’outillage mobiles pour la réparation et l’entretien des voies, la remise en état en cas de collision ou de déraillement, etc. D’autres servent encore comme wagons à poissons, ou à boucherie, mais ils ^rendent alors d’assez mauvais services, car les surcharges qu’ils reçoivent, les détériorent rapidement.
- Lorsque leur vie roulante est terminée, une vie plus calme et toute de repos commence alors, si l’on en croit The Mechanical World à qui nous empruntons ces détails.
- On enlève les roues et les ressorts, et la caisse est alors utilisée comme cabine ou abri dans les stationnements, les passages à niveau, les manœuvres d’aiguilles : c’est là que les employés viennent bavarder et fumer une bomle pipe entre le passage de deux trains. Certains présentent un aspect plus pittoresque : ils sont placés au milieu du jardin bien cultivé d’un garde-barrière, couvert de plantes grimpantes, et l’intérieur, d’où l’on a retiré les
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- LA NATURE
- séparations et les sièges, constitue un confortable salon d’été.
- Les vieux wagons reçoivent peu d’applications en dehors des chemins de fer, et cependant, combien de services pourraient-ils rendre pour constituer des cabanes de berger, des bergeries, des poulaillers, des pigeonniers, etc.? Il existe en Angleterre un de ces vieux wagons qui sert de hangar à bascule , nous représentons cette installation singulière et authentique (fig. I).
- Que de choses pourraient nous dire les vieux wagons s’ils parlaient, depuis les causes des accidents, jusqu’aux nombreuses conversations dont ils ont été les témoins discrets ! Mais, tôt ou tard, ces vieux wagons subissent le sort fatal et sont démolis. On enlève les glaces, les poignées, les serrures et les mains courantes ; les panneaux sont démontés, brisés, et servent de combustible ; les ferrures sont rejetées en vieux fer : le même sort attend les vieux axes qui ne sont plus d’un assez gros diamètre pour resservir à nouveau, eu égard aux exigences actuelles de sécurité.
- Les parties qui peuvent être utilisées dans les wagons neufs sont peu nombreuses : on ne compte guère que les glaces, le crin des coussins, après battage et nettoyage, les lampes et la partie centrale des roues. Tout le reste est revendu comme vieux matériel : il n’est pas jusqu’aux vieilles graisses trouvées dans les boites qui ne reçoivent leur emploi, et ne servent à en faire de la neuve, peut-être même de la margarine qui paraît sur la table. Qui sait?
- Ainsi finissent les vieux wagons.
- Les vieux bateaux n’ont quelquefois pas une fin moins originale, comme nous l’avons constaté lors d’un récent voyage en Espagne.
- En allant de Perpignan à Barcelone, si, à la
- bifurcation de l’Empalme, on prend la ligne qui longe le littoral, le parcours est particulièreme n t attrayant. — A gauche, la Méditerranée s’étend sans limites; la voie ferrée côtoie la mer de très près, si bien que parfois les vagues atteignent les wagons. — A droite, coquets, ensoleillés, fleuris , les bourgs, les villages se succèdent rapidement. Quelques pêcheurs, habitants de ces jolies localités, ont une façon très originale d’utiliser les vieilles embarcations. Après les avoir sciées dans le sens transversal, ils les renversent sur la plage et en font ainsi des cabanes fort pittoresques. Trois ou quatre mauvaises planches assemblées à la diable, forment un tuyau de cheminée, des toiles à voile hors d’usage ou quelques broussailles dont ils font une sorte de claie, servent à masquer l’ouverture par laquelle on pénètre dans ces singulières habitations (figure 2)! Les voyageurs qui ont fait le trop court trajet de l’Empalme à Barcelone, ont certainement remarqué cette ingénieuse manière de se créer un gîte à peu de frais. Br Z...
- Le propriétaire-qérant : G. Tissanuier,
- Fig. 1. — Ce que devient un vieux wagon de chemin de fer en Angleterre.
- Fig 2. — Ce que devient une vieille barque en Espagne.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 052. — 28 NOVEMBRE 1885.
- LA NATURE.
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- MACHINE A FUMER
- Dans divers articles antérieurement publiés par La Nature, M. le commandant A. de Rochas a fait connaître une série d’ingénieux appareils décrits par Héron d’Alexandrie1, et qui reposent tous sur l’utilisation de l'écoulement des liquides pour produire des mouvements plus ou moins compliqués. Voici une nouvelle application des mêmes principes, qui, sous le nom de Machine à fumer, constitue une véritable clepsydre de précision adaptée à un usage cette fois absolument moderne : elle a été imaginée par M. Pa-renty, ingénieur des Manufactures de l’Etat, qui a bien voulu nous en communiquer les dispositions.
- Nos Manufactures des tabacs composent leurs cigares avec un nombre assez grand de feuilles diverses, dont il faut combiner les qualités physiques et chimiques de manière à obtenir un ensemble susceptible d’un parfum agréable et d’une bonne combustion. La combustibilité est donc une qualité physique qu’il importe d’évaluer pour chaque nature de feuilles.
- Cette évaluation se fait en mesurant le temps pendant lequel un cigare du module de ceux de 10 centimes, fabriqué uniquement avec un échantillon du tabac à essayer, conserve le feu, après l’allumage, sans aspiration nouvelle.
- Dans cette détermination comparative, l’intensité de l’allumage est l’élément qu’il est indispensable de définir et de régulariser. C’est là le but que s’est proposé de remplir M. Parenty dans sa machine à
- 1 Voy. Tables des matières des aimées précédentes.
- 13° anaéo. — !“ «emuitre.
- fumer, et il l’obtient en lui faisant produire exactement les mouvements d’un fumeur qui aspirerait, à des intervalles réguliers, variables à son gré, des volumes d’air déterminés, avec une force d’aspiration également déterminée et constante.
- L’appareil, représenté ci-dessous en perspective (tig. 1), est alimenté par un réservoir à niveau constant. Le liquide pénètre, d’une manière continue, par un orifice à déversoir dont la section rétrécie « (tig. 2), peut être modifiée au moyen d’un petit cône régulateur V. Sur le tuyau d’alimentation sont branchés deux robinets à manomètres gradués, l’un,R, de 1 à 5 minutes, l’autre, de 3 à 10 minutes , et indiquant l’intervalle entre les commencements de deux aspirations successives.
- De l’orifice &>, l’eau arrive dans Y aspirateur a, qui constitue un véritable flacon de Mariotte. Il repose sur une cuve b, alimentée également par le déversoir. Quand le niveau s’abaisse dans cet ensemble de vases communiquants, la fumée est aspirée par le tube porte-cigare A; quand il s’élève, elle en est expulsée par les tubes B alternativement ouverts et fermés par l’eau contenue dans le collecteur c.
- Le collecteur c recueille la fumée sortant des aspirateurs et contient l’eau destinée à obturer le bas des tuyaux B. Le collecteur est fermé à sa partie supérieure par la caisse des aspirateurs munie d’un joint hydraulique qui arrête la fumée, et celle-ci ne peut sortir que par la cheminée g.
- Les variations de niveau qui produisent les aspirations et les expirations successives s’obtiennent au moyen de deux cuves mobiles D et E reliées aux précédents organes par des siphons S, et Ss. Ces cuves sont équilibrées par des contrepoids constants
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- LA NATURE.
- dont la corde passe sur des poulies, et s’abaissent ou s’élèvent suivant le poids d’eau qu’elles renferment. La cuve D est divisée en deux compartiments par une cloison verticale : le premier l)4 communique avec la caisse des aspirateurs par le siphon à deux branches Sx : le second D2 avec le collecteur et la cuve E par le siphon à trois branches S4.
- Le fonctionnement complet comprend quatre périodes :
- 1° L’aspirateur A et le compartiment I)t sont pleins d’eau ainsi que le siphon St qui les réunit. Le trop-plein tombe par-dessus lu cloison dans le compartiment Dâ, puis se rend par le siphon S2 dans le collecteur C où le liquide atteint l’extrémité du tube B. A ce moment, la cuve D contient le poids d’eau nécessaire pour entraîner son contrepoids : elle s’abaisse et l’aspiration commence. En même
- .3 minutes
- tiT "71
- Fig. 2. — Figure schématique explicative de la machine à fumer.
- temps le collecteur achève de se remplir d’eau, expulsant par sa cheminée la fumée de l’aspiration précédente.
- 2° La cuve E s’est également remplie d’eau : elle s’abaisse sôus son poids, et vide le collecteur et le compartiment Dt.
- 5° La cuve D allégée se relève. L’aspirateur commence à se remplir d’eau, et la fumée qui en est expulsée par le tube B se répand dans le collecteur.
- 4° La cuve E reprend sa position initiale sous l’action d’un petit siphon S, placé à sa partie supérieure et s’amorçant de lui-même, qui la débarrasse de l’excédent de liquide.
- L’appareil fonctionne donc au moyen des siphons
- et S4 en établissant deux niveaux nln\ et n2«'2 dont les variations produisent les effets ci-dessus indiqués.
- Pour l’expérimentation, on commence par classer d'une manière approximative les cigares représen-
- tant chacune des espèces de tabac, ce qui se fait en les allumant à l’intervalle de 1 minute 30 à 2 minutes. Comme la résistance des cigares au passage de l’air est inégale, on uniformise, avant chaque allumage, la vitesse d’aspiration au moyen d’un petit robinet v placé sur le tube aspirateur A, et pour utiliser la graduation du robinet-manomètre B'M', on cale le robinet B dans une position telle qu’il soit possible d’amener, au moyen du robinet B', une coïncidence entre les deux niveaux liquides au point commun des graduations qui est 3 minutes.
- Après deux aspirations successives, le cigare est en pleine ignition, et on note au chronomètre le temps qu’il met à s’éteindre. Groupant ensuite dans une seconde expérience les cigares de combustibilité analogue, on vérifie si, après un allumage déterminé, ils peuvent tenir le feu sous un régime dans lequel les aspirations sont régulièrement espacées à l’intervalle fixé par le premier classement. Un moteur unique peut fournir un mouvement identique à une série d’aspirateurs en nombre quelconque. L’appareil représenté en perspective est disposé pour expérimenter six cigares à la fois.
- Cette ingénieuse machine qui fait grand honneur à l’inventeur, a été présentée à l’Administration des tabacs en 1884 et a excité un vif intérêt à .l’Exposition d’Anvers. Avec ses flacons, laboratoires de la fumée, son collecteur vitré et sa cheminée centrale, elle donne l’idée d’une petite usine. En dehors de ses usages spéciaux, elle fournit un exemple frappant de la complication qu’il est permis d’imposer aux mouvements d’une même veine liquide sans nuire à la sécurité du fonctionnement et à la rigoureuse précision des périodes. G. Bichou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- FIXATION DIRECTE
- PAR CERTAINS TERRAINS ARGILEUX
- Bans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. Berthelot a présenté le résultat de récentes et importantes expériences qu’il a entreprises, et qui lui ont permis de démontrer que l’azote de l’air se fixait sur certains terrains argileux. Le savant chimiste expose lui-même au début de son mémoire l’importance de la question.
- Nulle question n’est plus intéressante en agriculture que celle de l’origine de l’azote des végétaux, source première eux-mêmes de la formation des tissus animaux ; nulle cependant n’est demeurée plus obscure, malgré cent ans d’expériences et de discussions. Les composés azotés qui concourent à l’entretien de la vie traversent un cycle continuel de transformations, pendant lesquelles quelque portion de leur azote retourne sans cesse à l’étal élémentaire : il faut donc qu’il existe des actions inverses, capables de fixer l’azote atmosphérique. Mais la seule
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- action de ce genre qui ait été connue jusqu’à ces derniers temps, la formation de l’acide nitrique par les étincelles électriques, est manifestement insuffisante : ainsi l’azote nitrique formé dans l’air de nos climats en un an (1882-1883) s’est élevé à 385 grammes par hectare, d’après les observations faites à Montsouris (Annuaire pour 1884, p. 386 et 595) ; tandis qu’il en faudrait 50 à 60 kilogrammes par hectare pour fournir l’azote enlevé par la récolte annuelle d’une prairie ou d’une forêt. À la vérité, l’étincelle forme aussi de l’azotite d’ammoniaque en agissant sur l’azote humide ; mais le poids de l’azote ammoniacal, qui résulte ainsi de la décomposition de l’eau, serait tout au plus égal à celui de l’azote nitreux formé en même temps. En fait, il lui est fort inférieur, une portion de l’acide azotique se formant directement dans l’air par ses éléments libres. La théorie ingénieuse de la circulation de l’ammoniaque entre l’air, les mers et le sol végétal, proposée par M. Schlœsing, laisserait toujours subsister la difficulté d’origine. On avait pensé d’abord que les plantes ordinaires possédaient la propriété d’assimiler directement l’azote libre ; mais à la suite de longues controverses et d’une multitude d’expériences, les auteurs les plus modernes et les plus autorisés se sont accordés avec M. Boussingault pour écarter cette hypothèse, comme démentie par toutes les observations exactes. Enfin la fixation de l’azote par l’hydrogène naissant que fourniraient les matières humiques en décomposition n’a pas pu non plus être démontrée.
- Cependant, il y a quelques années, j’ai établi l’existence d’une cause nouvelle et inaltendue de fixation directe de l’azote libre sur les principes immédiats des végétaux : je veux dire l’électricité atmosphérique, agissant non plus accidentellement par ces décharges subites et ces étincelles violentes qui forment l’acide azotique et l’azotite d’ammoniaque pendant les orages ; mais engendrant peu à peu des composés azotés complexes, par une action lente, continue, en vertu des faibles tensions qui existent en tout temps, en tout lieu, à la surface du globe. En cherchant à approfondir cette réaction, sur laquelle j’aurai occasion de revenir encore, j’ai découvert une autre condition, nouvelle aussi et plus générale peut-être, de fixation directe de l’azote atmosphérique : je veux parler de l’action sourde mais incessante des sols argileux et des organismes microscopiques qu’ils renferment.
- Mes expériences ont été exécutées dans la station de chimie végétale de Meudon, et poursuivies, pendant deux ans, sur quatre terrains argileux différents. Elles constituent cinq séries distinctes, mais simultanées, comprenant plus de 500 analyses savoir : simple conservation dans une chambre close ; séjour dans une prairie, sous abri ; séjour en haut d’une tour de 28 mètres, sans abri ; séjour dans des flacons hermétiquement clos ; enfin stérilisations.
- Après avoir énuméré la longue série de ses expériences et donné les résultats de ses analyses, M. Berthelot formule la conclusion suivante :
- En résumé, les terrains argileux étudiés, sables et kaolins, possèdent la propriété de fixer lentement l’azote atmosphérique libre. Cette aptitude est indépendante de la nitrification, aussi bien que de la condensation de l’ammoniaque. Elle est attribuable à l’action de certains organismes vivants. Elle n’est pas manifeste en hiver : mais elle s’exerce surtout pendant la saison d’activité de la végétation. Une température de 100° l’anéantit. Elle s’exerce aussi bien en vase clos qu’au contact de l’atmo-
- sphère; aussi bien à l’air complètement libre, au sommet d’une tour, que sous un abri, au voisinage du sol couvert de végétation, ou dans une chambre close, à l’intérieur d’un batiment. Elle a lieu dans l’obscurité, comme à la lumière, quoique plus activement dans le second cas.
- Nous regrettons de ne pouvoir reproduire tous les résultats analytiques obtenus par M. Berthelot, mais nous avons cru devoir signaler la nouvelle découverte du savant chimiste; elle apporte une lumière nouvelle sur la question de la régénération des sols naturels. Les expériences de M. Berthelot expliquent en même temps comment des sables argileux, presque stériles au moment oii ils sont amenés au contact de l’atmosphère, peuvent cependant servir de support et d’aliment à des végétations successives, de plus en plus florissantes, parce qu’elles utilisent à mesure l’azote fixé annuellement par ces sables et celui des débris des végétations antérieures, accumulés et associés aux mêmes sables argileux, de façon à constituer à la longue la terre végétale.
- Les lecteurs de La Nature apprendront avec surprise qu’il existe à New-York un Institut, spécialement destiné à s’opposer à l’adoption du système métrique, et à perpétuer l’usage des mesures britanniques. Cette étrange association vient de tenir sa sixième session sous la présidence de M. Latimer de l’Ohio.
- Banni les quatre vice-présidents, nous remarquons M. I’iazzi-Smith, astronome royal d’Éeosse, qui doit être considéré comme le créateur de ce mouvement antiscientifique aussi bien qu’antifrançais. En effet le directeur de l’Observatoire d’Edimbourg est auteur d’un ouvrage intitulé : « La grande pyramide pharaonique de nom, humanitaire de fait, ses merveilles, ses mystères et son enseignement, » dans lequel il prétend avoir établi que les mesures anglaises ne sont autres que les mesures égyptiennes telles quelles ont servi jadis.
- C’est à l’aide des assertions de M. Piazzi -Smith que l'Institut des poids et mesures de New-York compte empêcher les États-Unis et l’Angleterre d’adhérer au système décimal universel qu’une des gloires de la France est d’avoir créé au milieu de la Révolution. Ce qu’il y a de triste c’est que le président Latimer a pu se vanter, dans son discours d’inauguration de la session de 1885, d’un succès obtenu auprès du congrès des États-Unis.
- Voici la traduction d’un résumé que le New-York Herald du 11 novembre donne de cette étrange allocution:
- « Le président Latimer a dit, dans son adresse, que cette société avait fait beaucoup pour conserver l’usage du système actuel de poids et mesures. Elle a persuadé au Congrès de s’arrêter dans l’adoption du système métrique, qui dans son opinion n’est pas du tout un système. Le système anglo-saxon de poids et mesures, dit-il, doit être considéré comme un héritage descendant à nous depuis les générations les plus éloignées du passé, un héritage qui nous vient de Dieu, et qui a été préservé pour nous d’une façon divine, comme on le voit dans le monument indestructible de la terre d’Egypte, la grande pyramide deGizeh. »
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- LA NATURE.
- MARTEAU PNEUMATIQUE
- SYSTÈME CARL-ARNOLD ARAS
- Parmi les nouveautés intéressantes qui figuraient a l’Exposition d’Anvers, il convient de signaler le marteau pneumatique que représente la figure ci-dessous, et qui offre un intérêt particulier par ce lait que le principe utilisé dans cet appareil est susceptible de multiples applications.
- L’idée d’appliquer l’air comprimé à la manœuvre des marteaux-pilons n’est pas nouvelle, et nous trouvons la description d’un des systèmes proposés et employés dans La propagation industrielle de 1868. Le but poursuivi était d’employer l’appareil dans des circonstances où la vapeur étant produite à grande distance ne pourrait pas être amenéejusqu’au marteau sans se condenser notablement, ou dans lesquelles les fuites de vapeur ou d'eau condensée, en mouillant l’enclume, seraient un inconvénient sérieux, comme, par exemple, dans le travail de pièces en acier poli.
- Le marteau pneumatique résout le problème avec une plus grande simplicité et en ne faisant usage que d’un petit nombre d’organes essentiels. L’appareil comporte un axe horizontal commandant un piston vertical se mouvant dans un cylindre ouvert à la partie supérieure et dont la partie inférieure est fermée par le marteau formant lui-même piston libre. Un ajutage qu’on peut ouvrir ou fermer à volonté par la manœuvre d’un robinet est disposé sur le cylindre vertical dans lequel se meut le premier piston. Une pédale permet d’embrayer ou de désembrayer à volonté l’arbre horizontal pour mettre le piston en mouvement ou l’arrêter.
- Dans ces conditions, si le piston se meut et que
- le robinet soit entièrement ouvert, il sera sans action sur le piston inférieur ou piston-marteau qui continuera à reposer sur l’enclume; il se produira seulement un mouvement de l’air qui sera successivement aspiré et refoulé par le robinet. Si l’on vient à fermer ce robinet, il n’en sera plus de même, car l’air ne pouvant plus s’introduire par l’ouverture du cylindre, un vide tendra à se produire dans le cylindre pendant le mouvement ascendant du piston, et
- la pression atmosphérique fera soulever le marteau qui retombera pendant le mouvement descendant. On peut, par une fermeture plus ou moins complète du robinet, produite à des intervalles variables, interposer entre les deux pistons, le piston mû mécaniquement et le piston-marteau, un matelas d'air plus ou moins volumineux grâce auquel on peut régler à volonté, et très facilement avec un peu d’habitude, la course du marteau ainsi que la force du choc, suivant la nature et les dimensions des pièces à forger.
- On peut considérer l’ingénieuse disposition que nous venons de signaler tomme un véritable embrayage élastique permettant de solidariser ou d’isoler à volonté deux pièces mécaniques dont l’une possède un mouvement alternatif continu qu’elle peut communiquer a l’autre, tout en lui laissant une indépendance relative, sans faire intervenir aucun organe rigide mobile pour effectuer la liaison.
- Le même principe pourrait être appliqué avec succès à la manœuvre des gouvernails, à celle des régulateurs de vitesse des machines à vapeur, etc. C’est surtout pour l’intérêt de son principe que nous avons cru devoir signaler un appareil qui sort un peu du cadre ordinaire de La Nature.
- Marteau pneumatique, système Arns.
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- ifr»
- NOUVELLE SOURCE DE GUTTÀ-PERCHÀ
- LE (( B AS SIA PABKII )) ET SES PRODUITS Beurre de Karité' et Gutla percha)
- (Suite et fin. — Voy. p. 323 et 370.)
- Jusqu’ici nous nous sommes occupés des produits fournis par le fruit et la graine du Bassin Parkii. Il nous reste a parler d’une substance peut-être plus importante encore, c'est-à-dire du lait qui découle par incision de son tronc et de ses rameaux, et qui, comme cela se produit pour un grand nombre d’autres plantes de la même famille des Sapotées, peut,après coagulation, donner une excellente Gutta-percha. Pour comprendre l’importance de ce produit, il me suffira de dire que, d’après nos connaissances actuelles, seul parmi les Bas-sia nombreux de l’Afrique ou de l’Asie, l’arbre à Karité est capable de donner ainsi une gutta se confondant, comme nous le dirons, avec celle de Ylsonandra gulta, qui jusqu’à présent, est resté le végétal classique producteur par excellence de cette substance devenue indispensable à l’industrie1.
- D’autre côté on n’oubliera pas, ainsi que nous l’établirons bientôt avec détail, que le même Iso-nandra gulta, grâce à l’incurie des indigènes qui en exploitent les riches forêts naturelles dans l’Inde, tend à disparaître de jour en jour. Il y aurait même (ce qui serait plus grave) lieu de redouter la dispa-
- 1 D après une lettre que j’ai reçue le 3 septembre, de M.Da-ruty, le savant et zélé président de la Société d'acclimatation de l’île Maurice, il résulterait que le sue de Bassia tati-folia serait aussi capable de donner un bon produit comme gutta. Le même renseignement (je l’avais du reste provoqué chez ces deux observateurs émérites) m’est transmis par M. Potier, directeur du Jardin colonial de Sainl-Denys (Réunion), qui a bien voulu m’adresser un petit échantillon du latex de Bassia latifolia, dans lequel j’ai reconnu un produit en apparence excellent, s’il est permis déporter un jugement d’après un spécimen aussi minime.
- rition prochaine, et de la plante et du produit, si d’une part, les planteurs de nos colonies tropicales (Cochinchine, Inde, etc.) ne s’occupaient activement de le propager et de le faire entrer dans la grande culture de leur pays ; si, enfin, d’autre part, les naturalistes que passionne la flore exotique, ne faisaient pasles efforts les plus honorables pour trouver, parmi les espèces les plus communes aux régions tropicales, des succédanés utiles de celte précieuse Sapo-tée. C’est ainsi que nous devons à M. Pierre, le savant directeur du Jardin botanique de Saigon, toute une riche nomenclature des essences du pays d’Annam
- capables de remplacer l’arbre à Gutta. Nous croyons utile de reproduire ici le nom des principaux d’entre ces végétaux nouveaux, dont le Bulletin de la Société linnéenne de Paris (1885) a donné une longue liste d’après les observations de l’éminent auteur de la flore de la Co-ehinchine. Ce sont, au premier rang, après la classique Gutta ( Palaquium Gutta, H. Bn.) et dans le même genre : P. Oxleya-num, Pierre; P.Ma-laccense, Pierre; P. formosum, Pierre ; P. Pr inceps, Pierre; P. oblongi-folium, De Vr. Au second rang et donnant une Gutta-percha de caractère glu-tineux, viendraient : Mimusops petiola-ris,maxima, coria-cea, Kauki, data, Vieillardi, etc. 11 n’en est pas ainsi, dans le même genre Mimusops, de M. Balata, arbre des Guyanes, dont le produit jouit d’une bonne réputation qui se justifie par l’exploitation considérable dont il est l’objet : elle a été pour la Guyane anglaise seule, en 1881, à plus de 47 000 livres. Bleevood(Awna/es des science s nat. 4e série Vil, p. 120) a donné une notice sur cette espèce intéressante au plus haut degré, et, dès l’Exposition universelle de 1867, on a pu juger des applications dont cette Gutta-percha est l’objet. M. Pierre a donné une description détaillée de la plante et de toutes ses nombreuses variétés. (Bulletin de la Soc. linn. de Paris, n° 46.)
- Le genre Pagena, toujours d’après le savant
- L’arbre à karité (Bassia Parkii) dans l’Alïiqne centrale. D’après Seliweinfurth.
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- directeur du jardin de Saigon, fournit un latex abondant, mais qui ne se concrète pas aussi vite que celui des bonnes espèces du genre Palaquium. La Gutta qui en provient est plus blanche, moins nerveuse et moins estimée, mais paraît, d’après maintes autorités, mériter d’êtrC classée immédiatement après les meilleures sortes. Les espèces qui la fournissent, toutes originaires des îles de la Sonde et de Sumatra, Bornéo, Malacca, sont : Payena Leerii, B. Il; P. Benjamina, De Vr.; L. Beccarii, Pierre; P. Incida, A. D.G.; P. Lowiana, Pierre; P. Grif-fithii, Pierre ; P. paraiteloneura, Kurz; P. polyan-dra. B. H.; P. lamponga, Miq. ; P. Maingayi, Clarke; P. dasyphylla, Miq.; P. Sumatrana, Miq.; P. Teysmanniana, Pierre; P. acuminata, Miq.
- Enfin, quelques Sùlerocarpus (genre de la même famille) donnent aussi de la Gutta, mais il est bon de faire remarquer que la plupart des végétaux susnommés existent plutôt comme espèces botaniques que comme essences disposées en masses compactes et capables d’être exploitées industriellement. Ou leur nombre demeure très restreint ou leurs stations sont restées jusqu’ici mal connues ou peu abordables. Tel est le bilan complet des arbres à gutta aujourd’hui admis comme pouvant, dans une mesure encore industriellement peu connue, remplacer plus ou moins heureusement Xhonandra gutta, Hooker1. Nous allons montrer que sans hésitation le Bassia Parkii peut être placé au premier rang à côté de l’Isonandra dont il imite le produit à s’y méprendre ; il a de plus sur cette phalange compacte de suppléants la supériorité appréciable de nous fournir un végétal largement répandu dans la zone torride africaine qu’il peuple sur des espaces considérables.
- Si nous examinons la coupe d’un jeune rameau de ce végétal (voir fig. 5 de la gravure du n° 647 du 24 octobre 1885, p. 525) nous voyons que les vaisseaux laticifères cl disposés en rangées circulaires serrées, sont situés au milieu du parenchyme cortical pc placé lui-même sous une zone subéreuse peu épaisse s. Il est dès lors facile de les atteindre à l’aide d’un instrument tranchant quelconque, il en est de même dans la jeune tige. Mais vienne l’àge adulte, et, soit dans le système caulinaire, soit dans les jeunes rameaux, il se produira dans ce même tissu parenchymateux des formations ligneuses secondaires (fig. 4 b et /), nombreuses, très rapprochées, disposées en cercle et composées d’un bois abondant très résistant b et d’un liber / très réduit. Ges productions, en raison de leur accroissement
- 1 Voici, en effet, ce que nous lisons dans New commercial I)rugs de Londres, de Th. Christy, 1885, concernant l’exploitation de ce végétal : « D'après sir J. Hooker (Kew Report, 1881, p. 58), le temps n’est pas bien éloigné où les sources naturelles de la gutta-pcrcha seront taries. Il est donc, de la plus haute importance que l’arbre producteur soit introduit dans toutes les colonies où il pourra végéter et, sans aucun doute, il y sera la cause de profits considérables. Malheureusement Xhonandra est d’une croissance très lente, et il est devenu si rare qu’il est difficile d’en avoir des graines... »
- rapide, arrivent à se toucher presque et à former une barrière protectrice derrière laquelle sont abrités les vaisseaux du latex acculés contre le bois (fig. 4, b). Il devient alors difficile sinon impossible d’atteindre les canaux laticifères : aussi n’obtient-on que par une lésion profonde à 1 ’aide d’un instrument puissant, une incision capable de donner issue à un lait abondant quand on s’adresse à des tiges ou à des rameaux adultes. Cette constitution anomale se retrouve sans doute dans tous les Bassia, ce qui aurait pour conséquence de les rendre tous également réfractaires à la pratique nécessaire de l’incision corticale1. Toute la difficulté réside dans la nécessité de briser ou mieux de trancher cette barrière. Cette résistance une fois vaincue, l’opération donne naissance à un lait épais, blanc, qui se solidifie assez facilement et qui, coagulé par le même procédé que pour la Gutta-percha, donne en dernier ressort un produit comparable à celui de l’Isonandra. Voici en effet les résultats de l’examen physique et chimique auquel a bien voulu se livrer, sur ma demande, mon collègue et excellent ami le professeur Schlagdenhauffen de Nancy. Je les transcris textuellement, car ils ont grande importance en raison de la haute compétence de leur auteur.
- La densité de ce produit est de 0,976 tandis que Payen indique 0,975 pour la gutta de Vhosandra. Elle s’électrise aussi facilement que cette dernière par le frottement et peut, dès lors, au même titre, servir de corps isolant. Elle se ramollit dans l’eau chaude de la même façon que la gutta commerciale et devient adhésivc comme elle à la température voisine de l’cbullition. Au point de vue chimique, il existe cependant quelque différence, car les deux produits ne se comportent pas d’une manière identique à l’égard des dissolvants. La gutta de Bassia traitée par Y éther de pétrole, l'éther ordinaire, la térébenthine et l'acide acétique bouillant, cède à ces véhicules moins de principes solubles que la Gutta ordinaire ; en outre, les liquides évaporés n’abandonnent pas des produits identiques. Les résidus de la Gutta de Bassia sont poisseux tandis que ceux de la Gutta commerciale constituent pour ainsi dire un vernis sec non adhésif.
- Mais l’identité est à peu près parfaite au point de vue de la solubilité dans le sulfure de carbone, le chloroforme, la benzine et Yalcool froid ou bouillant. Pour les deux premiers de ces dissolvants, il ne reste qu’un résidu insoluble insignifiant, brun noir, à la condition toutefois qu’on en emploie une quantité suffisante. Pour le pouvoir dissolvant de la benzine, il est également le même : le résidu insoluble est identique dans les deux produits, mais un peu plus prononcé que dans le cas précédent ; pour la solubilité enfin dans l’alcool à 95°, elle est égale des deux parts, mais ce dernier dissolvant
- 1 J’attribue volontiers à cette condition anatomique l’insuccès d’une opération pratiquée sur le Bassia latifolia parM. Daruty (de Maurice), et que ce naturaliste m’indique en ces termes [in litleris) : « Je n’ai pu encore me procurer un échantillon convenable pour vous l’envoyer. Je crains que l’extraction de ce lait ne soit très difficile. Les incisions faites au tronc ne laissent rien couler, les jeunes pousses seules donnent du lait ; peut-être que la saison est pour beaucoup dans ce fait. »
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- n’enlève que 7 pour 100 (les masses mises en expérience. 1 cules, et rapportant à 100 les nombres obtenus, on arrive En résumant les pouvoirs dissolvants des divers véhi- I aux résultats réunis dans le tableau suivant :
- NATURE DES PRODUITS SULFURE de carbone. chloroforme BENZINE ÉTHER ordinaire. ÉTHER de pétrole. ESCENCK DE térébenthine ACWF. A G É T I Q ü R bouillant. ALCOOL A 95° bouillant.
- Gutta commerciale. . . Gutta de Bassia .... 99,72 97,92 98,60 98,28 93,20 92,80 40,8 20,1 i i oo j to 20 8 19,2 12,8 7 7
- En appliquant au Bassia les procédés d’analyse de la ] suivants, qui, nus en parallèle avec ceux que Payen a Gutta dus à Payen, nous avons trouvé les résultats I obtenus sur la gutta de Bornéo auront leur éloquence ;
- GUTTA-PKRCIIA DU COMMERCE GUTTA PURIFIÉE PAR LE SULFURE
- NATURE DES PRINCIPES BRUTE gutta de bassia brute DE CARBONE
- N” L N” 2 do earonxrce, aM. de Bassia.
- Gutta 92 91,5 91,5 92 91,5
- Albane 6 6.5 5,5 5,8 6
- Fluavile 2 2 7t 2,2 2,5
- En chauffant les deux Guttas de provenance différente, jusqu’à carbonisation et incinérant le produit, on obtient des cendres qui ont le même aspect physique ; avec
- 10 grammes de Gutta de Bassia on obtient un résidu fixe de 0sr,12Ü, soit 1,20 pour 100; avec 10 grammes de Gutta commerciale, on obtient un résidu de 0gr,126, soit 1*,26 pour 100. Les cendres dans les deux cas, examinées chimiquement, donnent des réactions similaires qui décèlent la présence du /çr, du sulfate et du carbonate de chaux, de la silice. L’analyse spectrale donne les raies du sodium, de potassium et du lithium.
- 11 y a, en un mot, identité à peu près absolue dans la composition des cendres des deux provenances. De l’ensemble de ces résultats, il est permis de conclure à l’identité de composition chimique des deux Gutta et nous en avons déduit que celle de Bassia devait pouvoir se prêter aux mêmes usages industriels que les Guttas ordinaires. Cette manière de voir a été justifiée par l’expérience. Nous avons mis la Gutta nouvelle entre les mains d’un ouvrier qui ne s’occupe durant toute l’année que de la confection des moules pour la fabrication des plaques galvanoplastiques. M. le Directeur de la grande imprimerie Berger-Levrault de Nancy s’est mis obligeamment à notre disposition pour nous permettre de réaliser cette expérience décisive.
- Or, il résulte de cet essai important, que la Gutta de Bassia se laisse malaxer dans l’eau avec la même facilité que les échantillons types du commerce, et, en second lieu, que les échantillons obtenus ne le cèdent en rien à ceux que l’on prépare avec les meilleures Guttas de Paris. »
- L’avenir de la Lutta de Bassia pour les usages industriels semble donc assuré. Si l’on veut bien se souvenir maintenant de ce que nous avons dit dans notre premier article concernant l'abondance avec laquelle la Gutta de Bassia Parkii est répandue dans tout le bassin du Niger, on reconnaîtra qu’il y a là, à l’état latent, sur cette vieille terre d’Afrique, improductive jusqu’ici à ce point de vue, une source de richesse qui ne demande que l’intervention de bras intelligents et dévoués pour devenir féconde. Nous
- formons, en terminant cet article, des vœux pour que notre étude ne reste pas stérile, et nous serions heureux de la voir servir de point de départ à une mise en œuvre sérieuse de l’exploitation que nous signalons au commerce et à l’industrie française. C’est là notre unique ambition1. Edouard Heckel,
- Professeur à la Faculté des sciences de Marseille.
- LÀ YIE ÂU FOND DES MERS
- (Suite et lin. — Voy. p. 55, 152, 227 et 579.)
- On trouve fréquemment, associés aux Éponges dont nous avons parlé, d’autres Spongiaires, au squelette siliceux, qu’on appelle des Euplectellès. Le corps cylindrique et treillagé d’une manière charmante est fixé dans la vase par une longue touffe de spiculés siliceux. L’ouverture supérieure, l’oscule, est fermée par une lame en forme de crible et soutenu par une ruche de spiculés, qui se redressent, a-t-on pu dire, autour de lui à la manière de la fraise que portait la reine Elisabeth. Les Euplec-telles ont été primitivement connues par des échantillons pris aux environs des îles Philippines. Durant une des campagnes de dragage du Lightning, W. Thomson pêcha au nord de l’ÉcGsse une espèce nouvelle de ce beau Spongiaire, qu’il appella du nom d'Euplectella suberea.
- Les Euplectella suberea sont largement répandues dans l’Atlantique nord. Pendant la croisière du Talisman nous les avons draguées à diverses reprises
- 1 Pour ne rien omettre de ce qui tourbe aux produits du Bassia Parkii, il est bon de signaler que il. Henderson. de Glasgow, a adressé au Muséum de Kew, un spécimen d'une substance mêlée au beurre, de Karité dans la proportion de 5 à 75 pour 100, et qui ressemble à la gutta, tout en étant plus cassante. Ce produit est évidemment fourni par une substance analogue au latex.
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- par des fonds variant entre 1200 et 2500 mètres. En certains points elles étaient d’une extrême abondance et devaient couvrir d’assez vastes espaces.
- La lame criblée, fermant l’ouverture de l’oscule, est destinée évidemment à mettre les Euplectelles à l’abri des ennuis que pourrait leur causer l’arrivée de quelque visiteur se risquant à pénétrer dans leur cavité. Cependant la porte de la demeure n’est pas assez close, pour que quelques commensaux audacieux n’arrivent à s’y glisser et, trouvant ce palais de cristal tout à fait de leur goût, ne s’y installent d’une manière définitive. Aussi voit-on communément, dansl’Euplectella aspergillutndes Philippines, une Crevette, un Palémon, y vivre à l’état de commensal.
- Aux Euplectelles se rattache une ravissante forme de Spongiaire, VAlcyoncellum speciosum recueilli pour la première fois par Quoy et Gaymard durant le voyage de l'Astrolabe. C’est encore dans le même groupe que doit être placée une Eponge de toute beauté (fig. 2) que nous avons prise sur les côtes du Maroc par 575 mètres de profondeur.
- Le Trycaptella ele-gans vit fixé sur des Coraux (Lopho-helia). Sa base est formée de spiculés siliceux agglutinés les uns avec les autres et formant ainsi un réseau d’une grande soli-dité. Le restant du corps de l’Éponge, qui s’élargit dans sa partie moyenne, est souple comme chez les Euplectelles. L’oscule, fermé par un treillage à mailles grandes et irrégulières, est entouré par une collerette de longs spiculés d’une extrême délicatesse.
- La faune au milieu de laquelle vivait le Trichap-tella elegans était très riche. Elle comprenait d’autres éponges siliceuses, que nous avons fait figurer dans nos premiers articles, des Aphrocallistes, les oursins au test articulé qu’on nomme des Calveria (fig. 1), des Brisinga aux bras multiples, et laissant dégager des lueurs phosphorescentes, enfin de très nombreux mollusques (surtout des Brachio-podes).
- Blerzi a dit « que plus un animacule était petit, plus sa dépouille occupait de place dans l’univers. » Les grandes nécropoles du fond des Océans ne sont pas, en effet, constituées par l’accumulation de débris de Cétacés gigantesques (Baleines, Cachalots, etc.), mais bien par celle de coquilles microscopiques, ayant abrité des êtres infiniment petits et
- en même temps d’une organisation très simple, les Protozoaires.
- Les Radiolaires, les plus élevés en organisation des Protozoaires, sont composés d’une masse sarco-dique enveloppant une vésicule membraneuse. La masse sareodique envoie de tous côtés des prolongements simples ou ramifiés (pseudopodes) dont elle se sert soit pour progresser, soit pour saisir des proies. Il semble que ces pieds, ces mains, susceptibles de disparaître en quelques instants en rentrant dans la masse dont ils ont émergés, soient doués d’un pouvoir venimeux, car, comme l’a remarqué le docteur Schultze, lorsqu’ils viennent à atteindre un Infusoire, dont les mouvements sont très vifs, ils le paralysent instantanément.
- Avant la croisière du Challenger, on connaissait six cents espèces de Radiolaires; actuellement, à la suite de l’expédition anglaise, il y en a deux mille de décrites.La plus grande partie des formes si
- variées de ces animaux vit près de la surface où on les observe, principalement au large, sur de vastes étendues et en quantité considérable. Quelques espèces sont pourtant de vrais habitants du fond des mers.
- « Ce qu’il y a de plus étonnant relativement à ces animaux, dit M. Hæc-kel, c’est le nombre élevé de leurs squelettes, de leurs coquilles, qu’on trouve dans les dépôts marins à de grandes profondeurs, et souvent aux plus grandes profondeurs connues. L’aire de leur plus riche distribution est la zone tropicale du Pacifique, comprise entre les latitudes 20° N. et 10° S. et les longitudes 140° 0. et 14 0° E. Dans beaucoup de stations de dragages du Challenger, la principale partie du dépôt couvrant le fond était composée de débris de Radiolaires et ces dépôts ont été par la suite appelés \ase à Radiolaires. »
- Un second groupe de Protozoaires, celui des Fora-minifères, concourt aussi, par ses débris, à constituer des dépôts marins d’une grande étendue et d’une grande importance.
- Les Foraminifères sont pourvus d’une coquille généralement calcaire et percée de trous pour livrer passage aux expansions de la matière sareodique renfermée dans son intérieur, aux pseudopodes.
- Les coquilles de certains Foraminifères pélagiques, les Globigérines, les Orbulines, les Pulvinu-lines, etc., tombent au fond de la mer après la mort de l’animal auquel elles ont appartenu, et par leur
- Fig. 1. — Calveria hystris (W. Thomp.), d’après un échantillon recueilli par l’expédition du Talisman. — 2000 mètres de profondeur.
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- Fig. 2. — Eponge siliceuse. {TrichàpteUa elegans, H. Filh.) — Expédition du Talisman. — Profondeur, 882 mètres.
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- entassement continuel forment des dépôts très puissants qu’elles caractérisent et qui portent le nom de vases à Globigérines.
- Les vases à Globigérines s’observent dans les régions tropicales et subtropicales à des profondeurs de 500 à 2800 brasses. Leurs dépôts, comme celui de la vase à Ptéropodes, occupent une très haute latitude au-dessous des eaux chaudes du Gulf-Stream, mais ils ne s’observent pas sous le courant polaire froid qui court vers le sud dans les mêmes latitudes.
- « Ge fait est, facile a expliquer, si l’on se souvient que ce dépôt est formé particulièrement de coquilles d’organismes dé surface, qui réclament une température élevée. Tant que les conditions de surface resteront les mêmes, les dépôts conserveront leurs caractères. La boue à Globigérines s’observe rarement dans la zone tropicale à des profondeurs dépassant 2400 brasses; lorsqu’on explore des profondeurs de 5000 brasses, dans cette même zone, dans l’Atlantique et le Pacifique, on trouve un dépôt argileux sans traces dans la plupart des cas d’organismes calcaires. En descendant des plateaux sous-marins à des profondeurs excédant 2,250 brasses, la boue à Globigérines disparaît graduellement , passant a une marne grise et finalement elle est, complètement remplacée par une matière argileuse qui recouvre tout le fond à des profondeurs supérieures à 2900 brasses1. »
- A la suite des premières explorations sous-marines 2 *, en présence de la quantité considérable de Foraminifères dont la drague rapportait les coquilles du fond des mers et d’après l’identification, qu’on avait cru pouvoir faire, de certaines de leurs formes avec des formes ayant vécu durant la période crétacée, on a dit que le limon de l’Atlantique était la craie moderne5. Cette opinion fut défendue, dans de certaines limites, par W. Thomson, qui appuya son argumentation sur une liste de Foraminifères dont les espèces auraient été communes à la craie séno-nienne et aux mers actuelles4. Ces premières appréciations n’étaient pas exactes, car, comme l’ont fait remarquer MM. Munier Chalmas et Schlumberger, « la craie blanche des environs de Paris est consti-
- 1 Report on se. res. of the voy. 'of H. iVf. S. Chat'rnger, t. I. p. 923.
- * Kxpéditions du Lightning et du Porcupinr.
- "• Huxley.
- 4 NV. Thomson, foc. rit., p. 399 et suivantes.
- tuée par des carbonates de chaux pulvérulents se présentant en petits grains irréguliers, spongieux et plus ou moins agglutinés entre eux, qui résultent en général soit de la précipitation du carbonate de chaux, soit de la destruction de Bryozoaires ou de Coraux, etc. Les Foraminifères sont très disséminés dans la masse crayeuse et les différentes figures, représentant une section mince vue au microscope, sont de pure imagination. Les lits de la craie blanche, où les Foraminifères sont plus abondants, peuvent être considérés comme de véritables exceptions ; les Bryozoaires y pullulent souvent comme dans les localités de Meudon, Villedieu, Sens, etc.
- Mais lorsque le caractère crayeux tend à disparaître et que les couches sont formées par des calcaires plus ou moins marneux ou compacts, ainsi que cela a lieu dans les couches cénomaniennes de File Madame, dans les bancs supérieurs à Hippu-rites comu-vaccinum et bioculatus des Martigues et des Pyrénées, ou bien encore dans les couches
- daniennes et sé-noniennes de l’Js-frie, les Foraminifères se présentent souvent en quantités considérables. »
- MM. Munier Chalmas et Sch lumberger ont montré d’au-tre part, au moyen de diverses sections, que l’identification faite entre des espèces de Foraminifères actuels et des espèces fossiles éocènes n’était pas exacte. « 11 faut donc, concluent ces auteurs, abandonner cette conception d’une mer crétacée se continuant de nos jours dans les abîmes de l’Océan, car on ne peut établir de points de comparaison certains qu’entre les Foraminifères actuels et les espèces du pliocène et du miocène moyen. »
- Durant l’expédition du Talisman, nous avons remonté d’un fond de 5005 mètres un organisme très singulier (fig. 5) dont la nature nous est, encore inconnue. Je l’ait fait représenter tel qu’il est actuellement. Au moment où nous l’avons pris, il s’est offert à nous sous la forme d’un tube enroulé en spirale, suivant un plan absolument horizontal, Quelques-uns des tours de la spire, comme on peut le voir sur notre figure, adhéraient entre eux en des points très limités. Quel a été le constructeur de ce tube? Est-ce une Annélide ou bien un Protozaire gigantesque encore inconnu? c’est ce qu’une étude qui ne manquera pas d’être accomplie nous fera connaître d'ici à peu de temps. IL Fn.nnr,.
- Fig. 3. — Tube pris par l’expédition du Talisman A 3003 mètres de profondeur.
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- DE L’EFFORT DU YENT
- SUR LES CONSTRUCTIONS AÉRIENNES
- Au cours île l’enquête ouverte à Londres au sujet de la construction d’un nouveau pont sur la Tamise M. B. Baker, invité à donner son avis sur la stabilité de l’ouvrage projeté, a fourni des renseignements intéressants à propos des efforts exercés par le vent. Cet ingénieur a eu tout particulièrement à se préoccuper de cette action, dans les travaux en cours pour le nouveau pont du Forlh.
- Il a tout d’abord établi que, d’après les observafions faites dans le Firth of Forth depuis bien des années, le vent ne peut exercer, sur des surfaces d’une certaine étendue, un effort supérieur à 56 livres par pied carré ('279 kilogrammes par mètre carré). Il n’y a pas d’exemple que, dans la vallée de la Tamise, un ouragan ait jamais atteint une pareille violence, et les nombreux gazomètres, établis sur les deux rives du fleuve, en sont une preuve incontestable. Ils auraient été, en pareille circonstance, aplatis et projetés dans la ville, car ils ne peuvent opposer aux pressions extérieures que la pression du gaz contenu à l’intérieur, laquelle ne dépasse pas, en moyenne, 18 livres par pied carré (89 kilogrammes par mètre carrré).
- D’après sa propre expérience, au pont du Forth, M. Baker déclare qu’une tempête correspondant, d’après ses instruments perfectionnés de mesure, à un effort de 16,5 livres par pied carré (82 kilogrammes par mètre carré) arrête toute circulation dans l’estuaire et empêche même la circulation des puissants bacs à vapeur. Il ne témoigne d’ailleurs pas grande confiance dans les indications des anémomètres ordinaires, et il justifie son incrédulité par ce fait que les trains de chemins de fer circulent au milieu de tempêtes où l’anémomètre signale une pression de 46 livres par pied carré (228 kilogrammes par mètre carré) alors qu’il suffirait de 40 livres (198 kilogrammes) sur les surfaces exposées pour renverser les wagons. Un exemple récent pourrait être invoqué à l’appui de cette opinion. A la fin du mois de septembre, dans une tempête étudiée à l’Observatoire de Ben Nevis, les appareils ont indiqué à un moment une vitesse du vent de 160 kilomètres à l’heure, et tous les dégâts se sont bornés au renversement d’une cheminée d’hôtel. Le résultat est assurément peu digne de l’effort, et le doute est permis à l’égard de la méthode qui a conduit à cette appréciation de la violence du météore.
- En tout cas, les recherches poursuivies par M. Baker, en vue de l’établissement du pont gigantesque du Forth, ont suffisamment élucidé la question pour que les ingénieurs soient désormais fixés sur la limite supérieure à assigner à l’effort du vent. Pu. Delahaye.
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- NÉCROLOGIE
- Walter Weldon. — Le 27 septembre, l’un des chimistes qui ont le plus contribué au développement de la grande industrie chimique dans ces derniers temps, M. Walter Weldon, est mort dans sa propriété de Rede Hall (Surrey), après une courte maladie. 11 était né le 51 octobre 1852.
- Les questions étudiées par cet éminent chimiste industriel sont plutôt importantes que nombreuses. Nous citerons les suivantes : 1° Substitution de la magnésie à la
- chaux dans la fabrication du chlorate de potasse, la magnésie étant elle-même préparée, en même temps que de l’hydrogène sulfuré utilisable, par Faction de la charrée de soude (sulfure de calcium) sur le chlorure de magnésium. Ce dernier sel se formant de nouveau dans la fabrication du chlorate, une quantité limitée de magnésie suffit à la production de quantités presque illimitées de chlorate. 2° Nouveau procédé d’extraction du cuivre des pyrites grillées. 5° Extraction du chlore du chlorure de calcium formant le résidu de la fabrication de la soude à l’ammoniaque. C’est ce dernier problème qui a occupé Weldon pendant les dernières années de sa vie ; la mort ne lui a pas permis de le résoudre complètement.
- Mais de tous les travaux de Weldon, le plus remarquable, celui qui a valu à son auteur une renommée européenne, fest relatif à la régénération de l’oxyde de manganèse par le traitement du résidu de la fabrication du chlore. Le procédé Weldon est aujourd’hui trop connu, trop généralement employé, pour que nous ayons à y insister ici. II suffit de rappeler, suivant une expression heureuse de Dumas, que le procédé Weldon a fait diminuer dans le monde entier la valeur de chaque feuille de papier blanc et de chaque mètre de calicot, pour donner une idée du service rendu par Weldon à l’humanité.
- Le procédé de régénération du manganèse a été .appliqué pour la première fois, en 1866, dans l’usine aujourd’hui disparue de la Walker Chemical Company, près de Newcastle, puis dans celle de MM. J. C. Gamble et fils, à Sainte-Hélène (Laneashire). Il a quadruplé la production du chlorure de chaux, et les' industriels anglais estiment à près de 18 millions de francs l’économie annuelle qu’il leur procure.
- Les pays étrangers, et spécialement la France, se sont plu à honorer le mérite de Weldon. Rappelons, en particulier, que la Société d’encouragement pour l’industrie nationale lui a décerné sa grande médaille, distinction qu’elle ne distribue que fort rarement et seulement aux inventeurs illustres *. E.-J.
- W.-B. Carpenter. — Nous avons déjà annoncé la mort deM. W.-B. Carpenter (p. 599); nous ajouterons aujourd’hui quelques détails biographiques au sujet du savant naturaliste anglais. M. Carpenter est décédé à la suite d’un accident. Il est mort brûlé dans un bain. Le docteur Carpenter était âgé de soixante-treize ans; il a été pendant vingt-deux ans secrétaire de l’Université de Londres, et a publié de nombreux ouvrages sur la physiologie et les observations au microscope. II a été un des principaux promoteurs des voyages ayant pour but d’explorer les profondeurs de l’Océan. C’est lui qui, avec sir Wvville Thomson, a provoqué l’expédition du Challenger, et ses rapports sont consignés dans les actes de la Royal Society de Londres. En 1872, le docteur Carpenter avait été élu président de l’Association britannique, et depuis 1875, il était membre correspondant de l’Institut de France.
- UN NOUYEL HYGROMÈTRE
- A CONDENSATION
- L’hygromètre à condensation représenté ici, au cinquième de grandeur naturelle, est une modification de Yhygromètre condenseur de Régnault3;
- 1 D’après le Journal de chimie et de. pharmacie.
- 3 Ann. de chim. et de phys., 3' série, I. XV, p. 100..
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- LA NATURE.
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- il a été imaginé par M. G. Sire, docteur ès sciences a Besançon.
- Il se compose d’un réservoir cylindrique A (fig. 1) en laiton mince, argenté et poli à l’extérieur, dans lequel on verse de l’éther sulfurique dont on abaisse graduellement la température en faisant passer un courant d’air à travers ce liquide volatil, jusqu’à ce que la surface polie se ternisse par un léger dépôt de vapeur d’eau.
- La température du point de rosée est donnée par un thermomètre t, dont le réservoir cylindrique est immergé dans l’éther, suivant l’axe de l'appareil ; la température de l’air ambiant est fournie par un deuxième thermomètre t', installé dans le voisinage de l’instrument.
- Deux anneaux B C, de même diamètre, aussi en laiton mince, argenté et poli, sont fixés par l’intermédiaire d’un corps isolant, l’un au-dessus, l’autre au - dessous de la partie A du réservoir où se fait le dépôt de vapeur d’eau. 11 en résulte que cette partie de l'instrument présente à l’extérieur une surface cylindrique ayant même génératrice, mais partagée en trois zones de même hauteur, par deux intervalles de un demi- millimètre environ. Le fond du réservoir à éther est formé d’un bloc d’ébonite.
- Le diamètre de ce réservoir est de 27 millimètres dans sa partie la plus large, et sa hauteur de 50 millimètres. Il est surmonté d’un tube de verre Y qui permet d’apprécier l’intensité du courant d’air qui traverse l’éther bulle à bulle, et qui pénètre dans l’appareil par un tube plongeur dont l'orifice aérien est en x. Enfin, le tout est installé sur un pied P qui fait partie de la disposition adoptée pour produire l’aspiration de l’air par la tubulure y, où se fixe un tuyau de caoutchouc relié à un aspirateur L
- * À défaut d’aspirateur, ou peut fixer ce tuyau à la tubulure x. et procéder par insufflation à l’aide d’une poire en caoutchouc, ou même avec la bouche.
- Les points importants d’une semblable disposition sont les suivants : 1° les zones extrêmes B,G restent brillantes dans les expériences, de sorte qu’il est très facile de juger, par contraste, des moindres changements qui surviennent sur la zone moyenne À; 2° la surface cylindrique de cette zone offre l’avantage de faire apprécier ces changements dans tous les azimuts; 3° l’addition des deux zones extrêmes ou anneaux, ainsi que le fond d’ébonite empêchant le réchauffement du réservoir par l’air ambiant, dans les parties autres que celle où se fait le dépôt de rosée, on atteint plus vite la température
- de ce dépôt, et on la maintient plus facilement stationnaire.
- Habilement con struit par M. Démi-chel, ce nouvel hygromètre à condensation se fait remarquer par des dimensions très réduites, sans être fragile; il est surtout portatif et d’une prompte installation . Ses indications sont très sensibles, et les prescriptions de Régnault, pour la manœuvre de son instrument, lui sont en tous points applicables.
- Le petit volume de cet hygromètre permet de l’introduire dans une cloche de verre, pour déterminer l’état hygrométrique de l’intérieur. 11 est alors légèrement modifié et disposé comme dans la figure 2, où l’évaporation de l’éther est produite par l’aspiration de l’air extérieur qui ne fait que traverser l’instrument.
- Si plusieurs hygromètres à cheveu sont disposés dans l’atmosphère de la cloche, dont on fera varier le degré d’humidité par des mélanges arbitraires d’eau et d’acide sulfurique, on pourra déterminer rigoureusement leurs indications, pour des fractions de saturation aussi rapprochées qu’on le voudra. Ce procédé expérimental constitue une méthode de graduation et de vérification très exacte pour les hygromètres à cheveu ; elle est en plus très expéditive. •
- Fig. 1. Fig. 2.
- Hygromètre à condensation Etude de l’air intérieur d’une cloche
- de M. G. Sire. avec l’hygromètre de M. G. Sire.
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- AVERTISSEURS D’INCENDIE DE LA VILLE DE PARIS (SYSTÈME PETIT!
- Depuis le commencement de cette année, la ville de Paris, suivant en cela l’exemple qui lui était donné par plusieurs grandes villes d’Angleterre et d’Amérique, a commencé l’installation d’un réseau d’avertisseurs publics d’incendie. Si elle arrive en cela après les autres, c’est qu’elle a voulu profiter de leur expérience et avoir des appareils perfectionnés. M. Petit, contrôleur des télégraphes, spécialement attaché au réseau de la ville de Paris, a été chargé d’étudier et de faire l’installation; et c’est lui qui a imaginé les boutons avertisseurs et le poste récepteur que nous allons décrire et qui sont construits par la maison Bréguet.
- Les principales conditions auxquelles il fallait satisfaire, d’après l’avis donné par l’état-major des pompiers, étaient les suivantes : 1° les appareils placés dans les rues doivent être d’un accès facile, mais garantis autant que possible contre les fausses alertes ; 2° la personne qui appelle ne doit avoir qu’un seul mouvement a exécuter ; 5° elle doit être avertie que son appel a été entendu. Toutes ces conditions sont remplies par les appareils de M. Petit.
- Le transmetteur, représenté à la partie supérieure de notre gravure (fig. 1), repose sur une plaque de fonte fixée contre un mur et portant des inscriptions en relief qui indiquent la manière de faire l’appel et l’itinéraire qui sera suivi par les pompiers. Sur cette plaque, et recouvrant entièrement l’appareil, se trouve une boite de fonte, au milieu de la face antérieure de I avec lui, se trouvent fixés
- laquelle on a ménagé une ouverture rectangulaire
- fermée par une vitre. Il faut briser cette vitre pour pouvoir appuyer sur le bouton.
- Ces avertisseurs, dont le nombre est illimité, sont tous placés en dérivation sur une ligne qui part du pôle positif d’une pile unique placée à la caserne des pompiers, fait le tour de la région à protéger et revient prendre terre à la caserne, après avoir traversé le récepteur qui s’y trouve placé. Chaque avertisseur porte un numéro d’ordre qui, au moment de l’appel, se trouve reproduit sur le cadran du récepteur, représenté à la partie inferieure de la figure 1. Cet appareil fonctionne au moyen d’une roue d’échappement qui défile dent pour dent, suivant le jeu d’une palette d’électroaimant, a la manière du récepteur du télégraphe a cadran bien connu de Bréguet.
- Pour comprendre facilement le fonctionnement des appareils, reportons-nous ii la figure 2 où se trouvent a droite le mécanisme du récepteur et
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du bouton d’appel placé dans les rues et du récepteur placé à la caserne des pompiers.
- gauche celui d’un avertisseur. On a figuré en outre un deuxième avertisseur au-dessous du premier; on peut en mettre, comme nous l’avons dit, un nombre quelconque sur la ligne.
- La personne qui demande du secours, ayant brisé la glace, appuie sur le bouton h (fig. 2); le doigt H est dégagé et l’axe o sur lequel il est fixé tourne sous l’action du poids P qui déroule le fil d’un treuil. Sur l’axe o et tournant la roue dentée a, les
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- LA NAT (J UE.
- arrêts b et e. Les dents de la roue a eu passant devant un ressort 11 poussent celui-ci contre un butoir M et établissent des contacts dont le nombre est égal à celui des dents, qui est lui-même égal au numéro d'ordre du bouton d’appel.
- Aussitôt que le courant passe, l’électro A fonctionne et attire la palette du levier G, levier contre lequel vient alors buter l’arrêt b. A ce moment la dernière dent de la roue a maintient établi le contact MU; la sonnerie B, en dérivation sur le circuit de A, et de même résistance que cet électro, fonctionne jusqu’au moment où le poste récepteur rompt le circuit, comme nous l’expliquons plus loin en agissant sur la clef f, et arrête le courant; avertissant par l'a que l'appel a été entendu et qu’il envoie des secours. A cet instant l’électro A n'attirant plus son armature, le levier G reprend sa position primitive, l’arrêt b devient libre et la roue dentée achève son tour; le butoir e rencontre alors le levier E et lui fait cesser le contact en G avec la ligne; ce qui met l’appareil hors du circuit.
- Un sautoir S assure le mouvement de Ë. Le système ne peut plus alors être remis en état de fonctionner que par un agent muni d’une clef spéciale.
- Voyons maintenant ce qui se passe au poste récepteur. L’organe essentiel est, comme nous l’avons dit, une roue d’échappenient qui fonctionne comme celle des récepteurs Bréguet. Cette roue est actionnée par un treuil à poids, dont le remontage se fait automatiquement après chaque appel, en même temps que la remise de l’aiguille à la croix, par la manœuvre suivante : Lorsque la sonnerie du poste tinte et que l’aiguille, suivant le nombre de contacts donnés par l’avertisseur, a indiqué le numéro d’ordre, l’agent de service appuie sur la clef f, placée au-dessus de la boîte, le contact F cesse et le courant est rompu. En même temps le levier UU descend, fait échapper la roue o et rencontre le levier T qu’il abaisse. Celui-ci entraîne un fd enroulé sur l’axe s en sens inverse du fd du poids moteur, qu’il remonte de la hauteur dont il est tombé pendant l’appel précédent. L’appareil se trouve donc tout prêt a fonctionner de nouveau pour le cas où un second appel viendrait à être fait par la pression exercée sur un autre bouton. L’électro de l’échappement et la sonnerie trembleuse sont en dérivation sur le circuit, les résistances des bobines sont égales.
- Eu dehors du fonctionnement eu cas de sinistre, il y des épreuves d’essai à répéter fréquemment atin de vérifier l’état de la ligne et des appareils. 11 importe que ces épreuves soient faciles et qu’en outre elles donnent lieu à des signaux distincts des appels normaux. A cet effet les avertisseurs sont munis d’une clef m sur laquelle appuie l’agent qui fait la visite ; les sonneries du transmetteur et du récepteur tintent toutes deux ; en outre, l’aiguille du cadran sollicitée par un seul échappement avance d’une division et se met devant le mot épreuves (fig. 1). On remarquera que ce mol occupe la place de deux divisions, disposition qui a été prise pour le cas oîi par erreur ou maladresse l’agent de ronde ferait deux contacts à la clef m ; l’aiguille ne sortirait pas dans ce cas du secteur des épreuves et on ne serait pas exposé à croire que c’est l’avertisseur n° 1 qui demande du secours.
- On remet à la croix comme après un appel ordinaire. On peut essayer la ligne depuis la caserne an*
- moyen du bouton d’essai h' placé sous la boîte du récepteur, et qui permet de fer-mersurlui même le circuit du fd omnibus ; ce dont on peut se rendre compte en suivant les lignes ponctuées qui indiquent la marche du courant dans tous les cas.
- II y a actuellement des avertisseurs placés sur trente-quatre points des quartiers du centre et reliés à la caserne de la rue J.-J.-Bousseau. Us ont déjà pu rendre des services dans différentes occasions. Eu outre, un intelligent industriel de la Villette, M. Falck, s’est entendu avec une dizaine de ses voisins pour faire construire une ligne qui dessert spécialement leurs importants ateliers. Cet exemple sera suivi d’autant plus facilement que le prix de l’installation est rapidement compensé par la diminution faite dans la prime d’assurance, les compagnies percevant d’autant moins que les chances d’incendie sont moins considérables. Tout le monde sait avec quel dévouement l’admirable corps des pompiers de Paris sait accomplir son-devoir; mais encore faut-il qu’il soit prévenu à temps pour combattre avec succès son redoutable ennemi. La dernière statistique établie par M. le colonel Couslou constate que le nombre des incendies, depuis 18812, a toujours été en diminuant. Cette diminution est due à la rapidité avec laquelle, au moyen du réseau télégraphique, on peut appeler les secours. 11 faut
- 1*p Bouton d'appel public
- Poste récepteur de la caserne des pompiers
- ““•J i
- j
- la résistance
- d» l’électro A est é<a!e a celle de B.
- ______________________i
- i-----------------------------1
- 2? Boutgn
- Fig. 2. — Diagramme des communications. Transmetteur et récepteur.
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- LA NATURE,
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- espérer qu’avant peu ee réseau sera complété par de nombreux avertisseurs publics placés clans tous les quartiers, et que grâce à eux les sinistres deviendront de plus en plus rares. G. Mareschal.
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- BIBLIOGRAPHIE
- La navigation aérienne. L’aviation et la direction des aérostats dans les temps anciens et modernes, par Gaston Tissandier. 1 vol. illustré de la Bibliothèque des merveilles (99 vignettes). — Paris, Hachette et C'% 1886.
- Le monde des atomes, par W. de Fonvielle. 1 vol. illustré delà Bibliothèque des merveilles (40 vignettes). — Paris, Hachette et Ci0, 1886.
- L'œuf chez les plantes et les animaux, par Guillaume Capus. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des merveilles (143 gravures). — Paris, Hachette et Cie.
- La parole, par Paul Laffitte. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des merveilles (24 gravures). — Paris, Hachette et Cie.
- Causeries scientifiques, par Henri de Pakville, 23° et 24e années, 1883-1884. 2 vol. in-18. —Paris, J. Rothschild, 1886.
- Les quadrupèdes de la chasse. Description, mœurs, acclimatation, chasse,par le JP* de Cherville. 30 eaux-fortes en couleur et 74 illustrations par Bodmer. 1 vol. in-8. — Paris, J. Rothschild.
- Comment il faut choisir un cheval. Connaissances pratiques sur l’anatomie, l’extérieur, 'les races, par le Cte de Montigny. 2e édition avec 130 vignettes. 1 vol. in-18. — Paris, J. Rothschild.
- Eléments de psychologie physiologique, par W. Wundt, professeur à l’Université de Leipsig, traduit de l’allemand sur la 2e édition, par le Dr Elie Rouvier. 2 vol. in-8°, avec 180 figures dans le texte. — Paris, Félix Alcan, 1886.
- Traité pratique d'analyse chimique qualitative et quantitative à l’usage des laboratoires de chimie, par F. Pi. sani. 2e édition, augmentée d’un traité d’analyse du chalumeau. 1 vol. in-18 avec fig. dans le texte. — Paris, Félix Alcan, 1886.
- Les microbes, les ferments et les moisissures, par le I)r E. L. Trouessart. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, Félix Alcan, 1886.
- Les champignons supérieurs. Physiologie. Organographie. Classification. Détermination du genre, avec un vocabulaire des termes techniques, par L. Forquigno.n. 1 vol. in-18, avec 105 figures dans le texte. —Paris, Octave Doin, 1886.
- Iconographie de la flore française, par H. Bâillon. L’ouvrage paraît en petits cartons de 10 planches en couleur, du prix de 1 lr. 25 chaque série. L’ouvrage formera 40 à 50 séries. — Paris, Octave Doin, éditeur.
- Le Maroc. Voyage d’une mission française à la cour du sultan; par le Dr A. Marckt, 1 vol. in-18, orné de gravures et d’une carte spéciale. —- Paris, librairie Plon, 1885.
- Algérie et Tunisie. Esquisse géographique, par A. La-plaiche. 1 vol. in-18. Charles Lavauzelle, 1885.
- Les derniers jours de la marine à rames, par le vice-amiral Jurie.v de la Gravière, avec de nombreuses gravures. 1 vol. in-18. — Paris, Plon-Nourrit et Cle, 1885.
- Exposé sommaire des théories transformistes de La-marck, Darwin et Hœckel, par Arthur Vianna de Lima. 1 vol. in-18. — Paris, Ch. Delagrave, 1886.
- CHRONIQUE
- Utilisation de la puissance vive des tramways.
- — On a souvent pensé à utiliser la puissance vive d’un tramway lancé à sa vitesse normale, en l’emmagasinant pendant l’arrêt dans des ressorts ou autres appareils appropriés, et en l’employant pour faciliter le démarrage ultérieur. M. J. B. Johnson a récemment présenté une communication sur ce sujet au club des ingénieurs de Saint-Louis (États-Unis). Les conclusions de l’étude de M. Johnson sont intéressantes, car elles montrent qu’il est impossible d’emmagasiner la puissance vive d’une voiture de tramway chargée et marchant à raison de 10 kilomètres par heure dans un appareil composé de ressorts en acier. En effet, pour une voitiire ordinaire des tramways de Saint-Louis pesant 2083 kilogrammes vide et 6206 kilogrammes avec sa charge inaxima de 65 voyageurs, il faudrait pour emmagasiner toute la puissance vive du véhicule, 1540 kilogrammes. *
- L’air comprimé donnerait peut-être une solution possible et réalisable, mais on peut se demander alors si le bénéfice est suffisant pour justifier l’emploi de l’appareil. On trouve alors qu’en supposant 20 arrêts par voyage d’une heure et demie chacun, l’économie de travail de ce fait représenterait 2 pour cent du travail total. Mais, en tenant compte du surcroît de charge introduit par l’appareil, le bénéfice devient illusoire et se traduit finalement par une perte de 2 pour cent. C’est implicitement la condamnation de la traction des véhicules à l aide d’accumulateurs formés de ressorts d’action, mode de traction préconisé^ y a peu de temps encore, par un certain nombre de journaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 novembre 1885. — Présidence de M. l’amiral Jurien de la Gravière.
- L’aérostat dirigeable de Chalais-Meudon.— Dans une lecture très écoutée, M. le capitaine Renard expose les résultats obtenus dans les études auxquelles la direction des ballons est soumise dans les ateliers de Chalais-Meudon. Disposant de ressources illimitées en argent et en personnel, MM. Renard frères et Krebs ont pu examiner successivement tous les détails du problème. Leurs dernières recherches sont relatives à la mesure de la vitesse que leur ballon peut atteindre dans l’air, et, pour parvenir au meilleur résultat possible, les auteurs ont dû, après avoir perfectionné tous les détails de leur machine qui fait maintenant 3600 tours à la minute en développant une puissance effective de neuf chevaux, inventer un loch aérien qui leur a donné les résultats les plus précis. Le ballon la France qui, dans les sept ascensions qu’il a faites, est revenu cinq fois à son point de départ, parcourt normalement 22 kilomètres à l’heure.
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- LA NATURE.
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- Anatomie des cellules nerveuses. — Nos lecteurs se souviennent d’une note de M. Adam Kiemicz qui assurait avoir observé l’existence d’une circulation sanguine à l’intérieur des cellules nerveuses dont le noyau ne serait autre chose qu’un tissu veineux. M. Vulpian, que l’annonce d’une semblable découverte avait trouvé tout à fait incrédule, présente, avec une satisfaction qu’il ne dissimule pas, un mémoire où un savant histologiste du collège de France, M. William Alignai, démontre que l’observateur russe a été victime d’une simple illusion. Si, en effet, on injecte le tissu nerveux avec une matière éminemment cristalloïde, telle que le carmin ammoniacal, on voit celle-ci pénétrer par diffusion dans l’intérieur des cellules et simuler ainsi le trajet de vaisseaux qui n’existent pas.
- Bolide. — Passant mercredi dernier 18 novembre à six heures et demie au coin de la rue Linné et de la rue des Boulangers, me dirigeant vers la Pitié, mon attention fut attirée par l’apparition d’un beau bolide. Il apparut au S.S.E. au voisinage de la lune, en ce moment peu éloignée de son plein, sous la forme d’un corps non régulièrement circulaire. Il me sembla complètement blanc, et son éclat était plus vif que celui de la lune et des nombreux becs de gaz entre lesquels je le voyais. Le météore était à plus de 40 degrés au - dessus de l’horizon , e t descendit avec une lenteur des plus remarquables vers le sud en suivant une pente de 45 degrés environ. 11 jaissa derrière lui tomber plusieurs étincelles très blanches, puis disparut masqué par les maisons, et je n’entendis aucun bruit.
- Projet d'étude sur les étoiles filantes. — On sait que l’essaitn d’étoiles filantes que la terre rencontre à la fin de novembre est considéré par tous les astronomes comme le résultat ultime de la désagrégation spoutanée qu’a subie la comète deBiéla. Un astronome berlinois, M. Zen-ger, se propose d’étudier photographiquement ces corpuscules cosmiques à la date du 27 du présent mois. Des appareils instantanés donneront de dixième en dixième de seconde, des images d’où l’on pourra conclure la trajectoire et la vitesse des météores ; leur hauteur pourra être fournie par des observations simultanées faites en deux stations convenablement distantes. Comme il est plus que possible que le ciel prussien ne soit pas pur au moment favorable, il est à désirer que dans des pays plus cléments, des recherches analogues soient entreprises. M. Fave annonce qu’il a invité M. Perrotin à mettre à contribution la transparence du ciel de Nice.
- Varia. — M. Germain Sée lit un mémoire sur le sulfate de spartécine comme médicament dynamique et régulateur du cœur. — D’après M. Maquaine, la distillation des plantes vertes avec l’eau donne constamment de l’esprit de bois. — M. Joly a reconnu que l’acide phos-phatique mérite réellement le nom d’hypophosphorique ; il étudie en détail l’hvpophosphate de soude. — L’orthographe des noms géographiques va être enfin régularisée d’une manière officielle : M. Bouquet de la Grye qui a provoqué cette mesure, cite un nom de localité qui sur les diverses cartes est écrit de 22 manières différentes.
- Stanislas Meunier.
- CURIEUX VÉHICULE AMÉRICAIN
- Notre gravure, que nous empruntons au Scientific American, représente un singulier véhicule qui a
- été récemment construit aux Etats-Unis par un sportsman avide de nouveauté et d’originalité. Le siège de la voiture est monté sur un châssis au milieu duquel peut tourner la roue unique du véhicule. Deux brancards latéraux , adaptés à une selle très mince, assurent la stabilité du système... stabilité qui paraît, à vrai dire, assez peu certaine. 11 est pro-blable que le conducteur de cet attelage doit être rompu à l’équilibre du vélocipède, et doit savoir se tenir bien droit, perpendiculairement a l’axe du véhicule. On remarquera que le siège est maintenu par son union directe avec la selle du cheval.
- Nous ne saurions prononcer un jugement au sujet de cet attelage que nous n’avons pas expérimenté, mais il nous a paru original et digne d’èlre signalé à titre de curiosité, pour les amateurs de s]iort. Si quelqu’un de nos lecteurs prenait la peine de construire un système de ce genre, nous lui saurions gré de nous communiquer les résultats obtenus dans ses essais ; il ne nous paraît pas très difficile de réaliser une telle construction avec peu de frais. 11 est nécessaire de la faire fonctionner sur une route bien unie, pour éviter les cahots.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissaxdikk.
- Voiture américaine à une seule roue.
- Imprimerie A. 1 almre, 0, rue de Flei ius, à Paris.
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- LA NATURE
- TREIZIÈME ANNÉE — 1885
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des sciences (Comptes rendus des séances hebdomadaires), 15, 51, 47, 63, 79, 94, 111, 126, 143, 159, 175, 190, 207, 225, 239, 256, 271, 287, 503, 319, 334, 551, 567, 582, 598, 415.
- Acarien utile (Un), 117.
- Acariens parasites des calaos, 24.
- Acide carbonique (L’asphyxie par 1’), 19.
- Acide sulfureux (Siphons d’), 504.
- Accumulateur de force musculaire, 583.
- Aéro-condenseur (L'), 286.
- Aérostat dirigeable de Chalais-Meudon, 222, 286, 415. . .
- Afrique (Guide en), 599,
- Age du bronze dans Vaucluse (Sépulture de 1’), 286.
- Algues des eaux de la Bourboule, 226.
- Allemagne et de la France (La population de 1’), 1.
- Allume-gaz électrique, 188.
- Aluminium par l’électricité (Préparation de T), 143.
- Amateur (Outillage de 1’), 43.
- Amiante, applications et préparations industrielles, 49.
- Analyse spectrale, 30.
- Andromède (Étoile dans la nébuleuse d’), 569.
- Anesthésie dans l’antiquité (L’), 271.
- Anesthésie rationnelle, 47.
- Animale en France (Production), 207.
- Animaux aquatiques à de hautes pressions (La vie des), 17.
- Année chinoise (L’), 298.
- Anvers (Le camp retranché d’), 307.
- Arago (Laboratoire), 127.
- Argent et du plomb (Séparation électro-lytique de 1’), 270.
- Asphyxie par l’acide carbonique, 19.
- Assinie (Mission scientifique sur le territoire d’), 177.
- Association française pour l’avancement des sciences, 91, 183.
- Audition colorée (L’), 274.
- Avertisseurs d’incendie de la Ville de Paris, 413.
- Azote atmosphérique par certains terrains argileux (Fixation directe de 1’),
- ~ 402.
- Azote du sol, 352.
- Azote (Inhalations d’), 195.
- B
- Baccalauréat, 207.
- Baleine pêchée par un bateau de Fé-camp, 368.
- Baleines (Les vraies), 18.
- Ballon (Traversée de la Manche en), 30.
- Ballons captifs transportables, 310. ...
- Ballons perdus en mer (Deux), 131.
- Barrages en pays de montagne (Rôle des), 328.
- Bassia Parkii et ses produits, 525, 370, 405.
- Bateau-torpille sous-marin, 290. Bateaux-phares de l’Atlantique, 143.
- Bec de gaz à fermeture automatique, 269.
- Berlin (Statistique de), 174. Bibliographie, 22, 71, 142, 171, 179, 215, 251, 502, 362, 394,415. Bibliothèque de La Nature, 394, 415. Bière (Production de la), 206.
- Blessés par chemin de fer (Évacuation des), 255.
- Boïen du muséum d’histoire naturelle (Le grand), 193.
- Bois (Pourriture sèche du), 202. s ; Bolide, 416.
- Bonde sulfurante, 16.
- Bopyredu polémon, 35.
- Boulangerie mécanique de l’avenue de l’Opéra (La), 183.
- Bouley (La médaille de M.), 352. Bouquet (Jean-Claude), 254.
- Bourgogne (paquebot de la Compagnie transatlantique La), 378.
- Bramabiau (Gard), 200. t
- Brault (L.), 222. t
- Brocken et les mines du Harz (Le), 258.
- i
- c
- Câbles sous-marins (Relevage des), 206. Cachalot (Les dents du), 335.
- 27
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-
- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Calendrier perpétuel, 320.
- Camp retranché d’Anvers (Le), 307. Canaux (Utilité des), 30.
- Carbonate de chaux (Solubilité du), 385. Carbonates des plantes (Les), 94. Carpcnter (W. B.), 444.
- Carrières à plâtre d’Argenteuil (Les), 395.
- Cartes de l’atmosphère du commandant Brault, 347.
- Cartons pelliculaires au gélatino-bromure d’argent, 262.
- Cavalier (Un), 255.
- Cellules nerveuses (Anatomie des), 446. Centenaire de Pilâtre de Rosier et Romain, 443.
- Chaleur solaire (Utilisation industrielle de la), 224, 382.
- Chapeaux photographiques (Les), 262. Chapeaux sur les galvanomètres (Influence des), 426.
- Chemin de fer de Costa-Rica, 280. Chemin de fer (La sécurité en), 440. Cheminées d’usines (Redressement des), 291.
- Chiens raisonnent-ils (Les) ? 244.
- Chimie sans appareils (La), 246.
- Choléra en Égypte (Le), 58.
- Chutes de grandes hauteurs (Les), 362. Cigarettes (Machine pour la confection des), 60.
- Coendou à queue prenante (Le), 264. Cofferdam (Le), 286.
- Collisions contre les icebergs en temps de brouillard (Procédé pour éviter les), 345.
- Concours général (A propos du), 479. Comorres (La faune des), 427.
- Compas de l’écolier (Le), 256.
- Compteur d’électricité de M. Cauderay, 457.
- Compteur hydro-électrique de MM. Marchand et Gerboz, 237.
- Consommation des liquides dans les principales villes de France, 414. Corbeaux freux (Nids de), 95.
- Coq de bruyère (Le), 279, 309.
- Couche (Ed.), 255.
- Couleurs (Contraste des), 110.
- Couleurs (Musique des), 343.
- Courants marins (Etude des), 599.
- Courbet (L’amiral), 231.
- Couronne solaire (La), 143.
- Crémation dans l’Inde méridionale, 99. Crevaux (Jules), 79.
- Crevette de Bordeaux, 35.
- Cuirassé le Caïman (Le garde-cotes), 11.
- Cuirassé le Requin, 241. Cylindrographe, 403.
- D
- Décapités (Expériences sur les), 127. Défrichement en Australie, 225. Digitaline (La), 32.
- Dinoceras (Le), 334.
- Dyspepsie (La), 238.
- Disque de Reese (Le), 14.
- Distribution d’énergie électrique par transformateurs, 385.
- Distributeur automatique de cartes postales, 333.
- Drap de liège (Le), 389.
- E
- Eau de mer (Transparence de 1’), 158.
- Eau oxygénée (L’), 218, 251.
- Eaux (Étude biologique des), 129.
- Éclairage de l’Opéra, 142.
- Éclairage électrique Radiguet, 196.
- Éclairage électrique de laboratoire, 175.
- Éclairage électrique du musée Grévin, 124.
- Électricité à la Salpêtrière, 305.
- Électricité dans le filtrage du mercure (Développement d’), 140.
- Électricité en Allemagne, 78.
- Électricité pratique, 187, 219, 394.
- Électricité (Transformation de la chaleur
- _ en), 238.
- Électrique par transformateurs (La distribution d’énergie), 385.
- Eléphant colossal de Concy [sland, près de New-York, 161.
- Empoisonnement par Phyd.ogene sulfuré, 303.
- Encyclopédie Frémy, 79.
- Entomologie expérimentale, 555.
- Éponges d’eau douce (Nouvelles), 519.
- Equerre chromatique (Le rayon vert et 1’), 114.
- Equerre-graphomètre, 355.
- Étalons prototypes, 5.
- Etoile dans la nébuleuse A'Andromède (Une nouvelle), 369.
- Éloiles de mer des grandes profondeurs, 368.
- Étoiles filantes (Projet d'étude sur les),
- 416.
- Eucalyptus (Nouvel emploi de 1’), 2J7.
- Eunecte murin, 193.
- Eventail magique à trois faces, 272.
- Exploitation du pétrole, 97.
- Explosion d’Arras (I,’), 337.
- Elplosion de Hell Gâte près de New-York, 331, 375.
- Exposition (La première), 582.
- Exposition du travail, 30.
- Exposition internationale à Liverpool, 331.
- Exposition universelle d’Anvers, 166,250, 242.
- Extincteur à distance de M. Radiguet (allumeur), 196.
- F
- Fécondité des espèces inférieures, 519.
- Fond des mers (La vie au), 55,152, 227, 283, 379, 407.
- Forage à la vapeur, 223.
- Force à domicile par l’air raréfié (La distribution de la), 151.
- Force et l’adresse (La), 180, 247, 293.
- Foudre en boules (Un cas curieux de), 190.
- Foudre (Locomotive frappée par la), 206.
- Foudre (Statistique des coups de), 275.
- Fougère permienne, 64.
- France (L’avenir de la), 2.
- Frein à vide automatique (Le), 266.
- Fumées par l’électricité (Condensation des), 194.
- G
- Galvanotypie, 37.
- Gaz (Les progrès de l’emploi du), 18. Gaz (Théorie des), 367.
- Gibier consommé à Paris (Le), 111. Gouvernail électrique, 158.
- Granit amygdaloïde, 599.
- Grêle rouge, 551.
- Grotte de Gargas (La), 71.
- Guidon lumineux pour les armes à feu. 190.
- Guimet (Musée), 34.
- Gutta-pcrcha (Nouvelle source dei, 525, 370, 405.
- H
- lleil-Gate près de New-York (Explosion de), 521, 575.
- Heure adoptée par les chemins de fer (L’). 598.
- Hirondelle (Les pierres d’), 5.
- Houille (Nouvelle théorie delà), 567. Hugo (Funérailles de Victor), 15. Hydrogène industriel, 552.
- Hydrogène (Production économique du gaz), 78.
- Hygromètres (Nouveaux modèles d’), 198.
- 411.
- I
- Icebergs et la lumière électrique (Les),
- 111.
- Iguanodon, 367.
- Ile Campbell (Faune de P), 367.
- Illusion d’optique, 64.
- Incendie de la ville de Paris (Avertisseurs d’), 415.
- Insecte fossile du terrain houiller, 156. Insectes fossiles des terrains primaires, 382.
- Iroquois (La légende des), 149.
- Isthme de Panama (Le percement de P), 7, 86,
- J *
- Java (Jardin botanique à), 15.
- Java (Éruption du volcan Smeroc dans l’île de), 102.
- Joly (Le Dr N.), 366.
- Jour était-ce (Quel) ? 122.
- Journaux du monde (Les), 162.
- Jumelles (L’inventeur des), 255.
- K
- Krakatau (Ponce provenant du), 79.
- L
- Laboratoire Arago, 127.
- Laboratoire de chimie médicale (Notre premier), 17.
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 419
- Lampe à incandescence (Petite), 534. Lampes à incandescence, leur fabrication, 26.
- Langue commerciale universelle (Une),
- 454.
- Langue et le palais (La plus basse température que peuvent supporter la), 506.
- Laponie russe (La), 38.
- Lapons (Les), 418.
- Leblanc (Nicolas), 79.
- Lèpre (La), 94.
- Locomotives chauffées au pétrole, 97. Logements à bon marché du Havre, 94. Ludion, 288.
- Lumière électrique (L’hygiène et la), 270.
- Lune (Fréquence de la pluie suivant les phases de la), 22.
- M
- Machine à couper les bois, 225.
- Machine à fumer, 401.
- Machine à quadruple expansion, 239.
- Machine à vapeur à grande vitesse Westinghouse, 317.
- Machine marine, 206.
- Machine pour la confection des cigi-rettes, 60.
- Magnésie des eaux de la mer (Extraction de la), ,174.
- Magnésium (Lumière au).
- Manège à voile (Un), 224.
- Marcheurs, 287.
- Marteau pneumatique, 404.
- Médicaments nouveaux, 22, 59.
- Menthol et les crayons anti-migraines (Le), 334.
- Mesure électrique (Appareils industriels de), 263.
- Météorites (Classification et origine des), 335.
- Météorologiques (Les dieux), 151.
- Métier à tisser fait avec une carte (Petit), 336.
- Microbes (Numération des), 129.
- Micrographie (L’éclairage électrique et la), 323.
- Microscope minéralogique de M. E. Bertrand, 182.
- Migration des plantes (La), 250.
- Mildew par le sulfate de cuivre (Traitement du), 382, 383.
- Milne-Edwards, 142, 145.)
- Minéralogiques (Raretés), 50.
- Mines par l’électricité (L’exploitation des), 206.
- Mines militaires (Les), 337.
- Montagne mouvante (Une), 94.
- Montre (Sur la puissance mécanique nécessaire pour foire marcher une), 578.
- Mosasaurien gigantesque, 111.
- Moteur à grande vitesse Jacomy, 52.
- Moteur agricole à pétrole, 21.
- Moteur domestique Abel Pifre (Nouveau), 465.
- Moteurs et machines dynamo-électriques, 75.
- Mousse profonde du lac Léman (Une), 567.
- Mouvement circulaire uniforme en mou-
- vement circulaire alternatif (Transformation du), 191.
- Musées commerciaux, 567.
- N
- Nachtigal (Le Dr), 14.
- Navigation de plaisance à vapeur à Paris, 81.
- Nids des corbeaux freux, 95.
- Nids d’hirondelles comestibles, 186. Niveau à distance (Indicateur enregistreur électrique de), 273.
- O
- Obélisques en montagne (Formation des). 275.
- Observatoire de Rio-de-Janciro, 257, 287.
- Ohm légal (I/), 3.
- Oligiste terreux artificiel, 367.
- Opium en Macédoine (Production de P), 199.
- Or (Extraction électrolytique de T), 282.
- Oracles (Trucs des anciens), 590.
- Orage du 28 juin à Paris, 78.
- Orages et les lignes souterraines (Les), 239. .
- Orages par les abeilles (Prédiction des),
- 190.
- Organismes problématiques des anciennes mers (Les), 211, 243.
- Oustaletia pegasus, 24.
- Outillage de l’amateur (L'), 45 , 203, 363.
- P
- Panarng (Le percement de l’isthme de), 7, 86.
- Papillons et les oiseaux (Les), 350.
- Parasites des calaos, 24.
- Passementerie (Utilisation des fruits et des graines dans la), 392.
- Peintre touriste (Boîte du), 208.
- Perroquets (Longévité des), 15.
- Perle du Rhône (Exploration de la), 15.
- Pétrole (Moteur agricole à), 21.
- Pétrole aux Etats-Unis (L’extraction du), 215.
- Peuplier du Jardin botanique de Dijon, 63.
- Phaéton à vapeur, 557.
- Phare (Transport d’un), 116.
- Photographie des raies du spectre, 15.
- Photographie en ballon (La), 65, 354.
- Photographie et la lumière électrique (La), 190.
- Photographie physiologique, 31.
- Photographique à extracteur (Appareil), 588.
- Phoques savants (Les), 321.
- Photo-tricycle (Un), 128.
- Pholoscope (Le), 147.
- Phylloxéra (Traitement d’extinction contre le), 295, 382.
- Phyiiographe (Le), 189.
- Pieds du monde (Les plus grands), 253.
- Pierres chantantes, 33.
- Pierres d’hirondelles (Les), 5, 46.
- I'igeonsvoyageurs (La conscription des), 295.
- Pilaire de Rosier et Romain (Centenaire de), 115.
- Pile de M. Bazin, 46, 144.
- Pile en circuit ouvert (Protection des zincs de), 219.
- Piles Leclanché sans liquides, 174.
- Piles à acide chromiquc, 111.
- Pitchpin (Le), 155.
- Plantes piscivores, 84.
- Plâtre d’Argenteuil (Les carrières à), 395.
- Pluie suivant les phases de la lune (Fréquence de la), 23.
- Plume de paon dans l’antiquité (La), 505.
- Poissons volants (Les), 289.
- Polaires (Nouvelles explorations), 65.
- Pompe à incendie au seizième siècle, 32.
- Pompe universelle, 532.
- Ponce provenant du Krakatau, 79.
- Pont levant du canal de l’Ourcq, 105.
- Ponts en fer et leurs surchages (Les), 271.
- Pourriture sèche du bois, 202.
- Presse chinoise (La), 61.
- Presse photographique de l’avenir, 206.
- Pression barométrique sur les opérations photographiques (Influence de la), 263.
- Prix biennal de 20 000 francs de l’Institut de France, 82.
- Propriété bâtie en France (La), 51.
- Q
- Quaternaire du Perreux Le gisement), 398.
- R
- Raffinage électrique du sucre, 190-Rage (Guérison de la), 351.
- Rails à l’eau chaude (Lavage des), 350. Rayon vert (Le), 114, 366. Recounaissances à grandes distances, 59. Récréations scientifiques, 64.
- Régnault (Les papiers scientifiques de), 51.
- Respiration végétale, 567, 398.
- Réunion (L’île de la), 107, 138.
- Rhône (Perte du), 15.
- Robin (Charles), 318, 319.
- Rocher parlant (Le), 175.
- Roches foudroyées (Les), 182.
- Roseoff (Laboratoire zoologique de), 344. Ro’es (Distillation des), 319.
- S
- Salins d’Hyèrcs (Les), 223.
- Salpêtrière (L’électricité à la), 505 Scientia (Conférence), 54.
- Signalement anthropométrique (Du), 163. Signaux (Vitesse des), 158.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Silex renfermant de l’eau liquide, 240. Singe (Guéri par un), 303.
- Siphon à gaz (Un), 19.
- Siphons d’acide sulfureux, 304.
- Solaire pour l’élévation des eaux (Utili -sation de la chaleur), 221.
- Sondes électriques pour la recherche des fuites de gaz, 188.
- Spectre (Photographie des raies du), 15. Spectroscope de Maurice de Thierry (Hema), 170.
- Squale de Mers (Le), 159.
- Sténographie (Histoire de la), 314. Système métrique (L’opposition au), 403.
- T
- Tamidine (La), 271.
- Tay (Nouveau viaduc de la), 358.
- Télégraphe nègre (Un), 239.
- Télégraphie et téléphonie simultanées en France et en Belgique, 78, 339.
- Télégraphie optique (La), 134.
- Télégraphiste mort au champ d’honneur, 126.
- Télégraphistes (Courses électriques des), 334. '
- Télémétrographe, 39.
- Téléphone à Paris (Le), 112.
- Téléphonique (Installation d’une ligne), 35.
- Téléphoniques souterraines (Communications), 287.
- Telpher line de Glynde (Le), 353.
- Terpine et le terpinol (La), 59.
- Terre végétale du Vénézuela (La), 94. Thalline et ses sels (La), 22.
- Thé en Chine (Culture du), 63. Thermomètre incassable, 255.
- Timbre électrique, 187.
- Tir à la cible (Le), 371.
- Tir de nuit, 159.
- Tirs aux pigeons (Les), 278.
- Tonkin (Exploration du), 47.
- Tonkin (Géologie du), 384.
- Torpille dirigeable Brennan, 198. Torpilleur actionné par l’électricité, 143. Torpilleurs ottomans (Les), 69.
- Toton à force centrifuge, 288.
- Tour (Le), 203.
- Tourbillons atmosphériques, 319, 383. Traction par l’électricité, 342.
- Tramway électrique de Cleveland (Le), 266.
- Tramways électriques (Les), 63. Tramways (Utilisation de la puissance vive des), 415.
- Transatlantiques (Les trains), 235. Transport électrique de la force motrice, 351, 555.
- Travail développé par l’homme, 278. Tremblement de terre à Mendoza, 51. Tremblement de terre de Nicolosi (Sicile), 350.
- Tremblement de terre du 26 septembre 1885, 318.
- Tremblement de terre en Suisse, 90. Tremblements de terre partiels dans le département du Nord, 210.
- Tresca (Henri), 63.
- Trombes (Théorie des), 143.
- Trucs des anciens oracles (Les), 390.
- y
- Vaccination anticholérique, 159.
- Vagues (Hauteur et largeur des), 207 Vanadique (Acide), 370.
- Véhicule américain, 416.
- Vélocipèdes (Vitesse des), 283.
- Vent sur les constructions aériennes (Effort du), 411.
- Ventilateurs d’aération actionnés par l’électricité, 209.
- Vésuve (Éruption du), 48.
- Vidange (Appareil pour la conservation des boissons en), 198.
- Virus anticholérique, 126.
- Visibilité (La distance de), 178.
- Voiture à vapeur, 357.
- Volcan Smeroe dans l’île de Java, 102.
- w
- Wagons et vieilles barques (Ce que deviennent les vieux), 399.
- Weldon (Walter), 411.
- Woodbury (W.), 302.
- Y
- Yeux dans l’espèce humaine (Couleur des), 15.
- Yucatèques (Ruines), 12.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Bâclé (L.). — L’amiante. Application et préparation industrielles, 49. — L’exploitation du pétrole et son application au chauffage des locomotives, 97. — Le frein à vide automatique, 266.
- Bart (Paul de). Les tirs aux pigeons, 278.
- Bell (A. Graham). — Nouveau procédé pour éviter les collisions contre les icebergs en temps de brouillard, 315.
- Renardeau (Fabien). — Formation des obélisques en montagne, 275. — Rôle des barrages en pays de montagne, 328.
- Beneden (Van). — Les vraies baleines, 18.
- Bertillon (Alphonse). — Du signalement anthropométrique, 163.
- Bertillon (Jacques). — La cité havraise. Logements à bon marché du Havre, 91.
- Blerzy (II.). — L’extraction du pétrole aux États-Unis, 215.
- Bonaparte (Prince Roland). — Les Lapons, 118.
- Brial (J. de). — La musique des couleurs, 343.
- Brongniart(Charles).—Insecte fossiledu terrainhouiller, 156.
- Caiitaz (Dr A.). — Le choléra en. Espagne. Les vaccinations du Dr Ferran, 58. — L’évacuation des blessés par les chemins de fer, 253. — Les chutes de grandes hauteurs, 362.
- Charnay (Désiré). — Ruines yucatèques, partie centrale de la Péninsule, 12.
- Cœurdevache. — Fréquence de la pluie suivant les phases de la lune, 22.
- Delahaye (Ph.). — La distribution de la force à domicile par l’air raréfié, 151. — l’effort du vent sur les constructions aériennes, 411.
- Deprez (Marcel) . — Expériences de transmission de la force par l’électricité, 354.
- Duhourcau (Dr). Les inhalations d’azote, 195.
- Durand-Gréville. — Cartes de l’atmosphcre du commandant Brault, 347.
- Filhol (H.). — La vie au fond des mers, 55, 132, 227, 283, 379, 407.
- Henri Milne-Edwards, 145.
- Fleury (L.), L’île de la Réunion. — Climat. Production. Situation économique, 107, 138.
- Fonvielle (W. de). Les journaux du monde, 162. — L’année chinoise, 298.
- Garnier (Paul) . — L’heure adoptée par les chemins de fer, 398.
- Giiad (Ch.). — La population de l’Allemagne et de la France, 1. — Le Brocken et les mines du Harz, 258.
- Guerne (Jules de). La Laponie russe d’après le voyage de M. Rabot, 38.
- Guyot-Daubès. — Curiosités physiologiques. Les pierres d’hirondelle, 5. — La force et l’adresse, 180, 247, 293. — Les phoques savants, 321.
- Halpérine (E.). — Plantes piscivores, 84.
- IIeckël (Edouard). — Nouvelle source de gutta-percha. Le Bassia parlai et ses produits, 323, 370, 405.
- Hélène (Maxime). — Le percement de l’isthme de Panama, 7,
- 86.
- IIément (Félix). — A propos du concours général, 179. — La dyspepsie. Une page d’histoire sur Voltaire, 238.
- Hennebert (lieutenant-colonel). — Le cylindrographe, 103. — Le camp retranché d’Anvers, 307. — Les mines militaires et l’explosion d’Arras, 337.
- Hospitalier (E.). — L’ohm légal, les étalons prototypes, secondaires et pratiques. Le bureau d’étalonnement officiel, 3. — Moteurs et machines dynamo-électriques, 75. — La pile rotative de M. Bazin, 144. — Compteur « d’électricité de M. J. Cauderay, 157. — Éclairage électrique. Allumeur-extincteur Radiguet, 196. — Les appareils industriels de mesure électrique, 263. — Indicateur-enregistreur électrique de niveau à distance. Système Parenthou, 273. — Télégraphie et téléphonie simultanées en Belgique, 339.— La distribution d’énergie électrique par transformateurs, 585.
- Imbault-Huart (C.). — La presse chinoise, 61.
- Joubin. — Le laboratoire zoologique de Roscoff, 344.
- Kerckhoffs (Aug.). Une langue commerciale universelle, 154.
- Lagrave (E.). — Le tir à la cible, 371.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Laplaiciie (Al.). —Le photoscope, 147. — Les trains transatlantiques, 235.
- La Tour dd Pin Verclause (Yte de). — Les nids de corbeaux freux, 95.
- Laussedat (colonel). — Les reconnaissances à grandes distances. Le télémétrographe, 39.
- Lennier (G.). — Poissons volants, 289.' — Baleine pêchée par un bateau de Fécamp, 368.
- Londe (Albert). — L’aspbyxie par l’acide carbonique. Un siphon à gaz, 19. — Notre premier laboratoire de chimie médicale, 171. — Les carrières à plâtre d’Argenteuil, 395.
- Maindron (Ernest). — Institut de France. Le grand prix biennal de vingt mille francs, 82.
- Mareschal (G.). — Lampes à incandescence. Leur fabrication, 26. — Galvanotypie, 37. — L’éclairage électrique du musée Grévin, 124. La télégraphie optique, 134. — L’électricité à l’exposition d’Anvers, 230, 242. Machine à vapeur à grande vitesse, système Westingthousc, 317. — Accumulateur de force musculaire, 383. — Avertisseurs d’incendie de la ville de Paris (système Petit), 415.
- Martel (E. A.). — Bramabiau (Gard), 200.
- Mégnin (P.). — Un acarien utile, 117.
- Mélion (E.). — Calendrier perpétuel facile à construire soi-même, 320.
- Melsens. — De la plus basse température que peuvent supporter la langue et le palais, 306.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Comptes rendus des séances hebdomadaires), 15, 31, 47, 63, 79, 94, 126, 143, 159, 175, 190, 207, 223, 239, 256, 271, 287, 503, 319, 334, 351, 367, 382, 598, 415. — Ponce provenant du Krakatau, 79.— Silex renfermant de l’eau liquide, 240.
- Nadaillac (Mu de). — Les légendes des Iroquois, 149.
- Neck (J. de). — Appareil photographique à extracteur et à carreau mat horizontal, 388.
- Noury (Gaston) . — Le coenlou à queue prenante, 264.
- Oustalet (E.). — Le coq de bruyère, 279, 309.
- Pelletan (Dr J.) — Microscopa minéralogique de M. Em. Bertrand, 182.
- Perroux (Jules). — Quel jour était-ce? 122.
- Piulaire (J.). — La crémation dans l’Inde méridionale, 99.
- Platania (Jean). — Les tremblements de terre de N’icolosi (Sicile), 350.
- Poisson (J.). — Utilisation des fruits et des graines dans la passementerie et la lingerie, 392.
- Regelsperger (G.). — Les roches foudroyées, 182.
- Régnault (Félix). — La grotte de Gargas, commune d’Aventi-gnan (Hautes-Pyrénées), 71.
- Renel (G). — Histoire de la sténographie, 514.
- Reynier (Emile). — Protection des zincs de pile en circuiL ouvert.
- Richou (G.). —Transport d’un phare de Buddonnoss (Ecosse), 116. Redressement des cheminées d’usine, 291. — Nouveau viaduc de laTay, 358. — Machine à tumer, 401.
- Rochas (A. de). — Le Rayon vert et l’équerre chromatique. 114. — L’audition colorée, 274. — Les trucs des anciens oracles, 390.
- R a porta (M1* de). — Les organismes problématiques des anciennes mers, 211, 243.
- Sède (P. de). — Le bopyre du palémon. Crevette de Bordeaux, 55.
- Sire (Georges). — Chimie sans appareils, 246.
- Solvay. — Le disque de Reese, 15.
- Sorel (Emile). — La distance de visibilité, 178.
- Steinkr (G.) — Pierres d’hirondelle et yeux d’écrevisses, 46.
- Tellier (Ch.). — Utilisation de la chaleur solaire pour l’élévation des eaux, 221.
- Tissandier (Gaston). — L’avenir de la France, 2. — Les pierres chantantes, 33. — La photographie en ballon, 65. — La navigation de plaisance à vapeur à Paris, 81. — Le centenaire de tPilâtre de Rosier et Romain, 113. — Deux ballons perdus en mer, 131. — L’éléphant colossal de « Co-ney Island », près de New-York, 161. — Nouveau moteur domestique; automoteur Abel Pifre, 165. — La boîte du peintre touriste, 208’. — Ventilateurs d’aération actionnés par l’électricité, 209. — L’amiral Courbet, 231. — L’observatoire de Rio-Janeiro, 257. — Chronique photographique, 262. — Le chemin de fer de Costa-Rica, 280. — Traitements d’extinction contre le phylloxéra en Algérie, 295. — Les siphons d’acide sulfureux pour la désinfection, 504. — Ballons captifs transportables pour le service des armées ; système Gabriel Yon, 310. — L’éclairage électrique et la micrographie, 323. — Le phaéton de MM. le comte de Dion, G. Bouton et Trépardoux, 357. — Le Dr N. Joly, 566. — La Bibliothèque de La Nature, 394.
- Trêve. — Le rayon vert, Î66.
- Trouessaut (Dr E.-L.). — Les acariens parazites des calaos. L'Oustaletia pegasus, 24.
- Varigny (Dr Henry de). — Les nids d’hirondelle comestibles, 186.
- Vidal (Léon). — W. Woodbury, 302.
- Vion (R.). — La migration des plantes, 250.
- Vihlet d’Aoust. — Les tremblements de terre partiels dans le département du Nord, 210.
- Vlasto (Ernest). — Distributeur automatique de cartes postales et d’enveloppes timbrées, 535.
- Z... (Dr). —La vie des animaux aquatiques à de hautes pressions, 17. — Machine à main pour la confection des cigarettes, 60. — Étude biologique des eaux. La numération des microbes, 129. — Le physiographe, 189. — Un manège à voiles, 224. — Le compas de l’écolier, 256. — Éventail magique à trois faces, 272. — L’électricité à la Salpêtrière, 505.— Ce que deviennent les vieux wagons et les vieilles barques, 399.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N, B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres Italiques.
- Antrouomle.
- L’Observaloire de Rio-Janeiro (G. Tissandier) . . 257, Calendrier perpétuel facile à construire soi-même (E. Mé-
- lion)...........................................
- Une nouvelle étoile dans la nébuleuse d’Andromède (X.)
- La couronne solaire................................
- Astronomie................................224, 240,
- Spectroscopie......................................
- 287
- 320
- 369
- 143
- 271
- 303
- Physique.
- L'ohm légal. Les étalons prototypes, secondaires et pratiques. Le bureau d’étalonnement officiel (E. Hospitalier) ................................................... 5
- Lampes à incandescence. Leur fabrication............... 26
- Les pierres chantantes (G. Tissandier)................. 33
- L’électricité pratique. Installation économique d’une
- ligne téléphonique.................................. 55
- Galvanatypie (G. Mareschal)............................ 57
- Le télémétrographe (Colonel Laussedat)................. 59
- Récréations scientifiques. Curieuse illusion d'optique. . 64
- La photographie en ballon (G. Tissandier).............. 65
- Moteurs et machines dynamo-électriques (E. Hospitalier) 75
- Le cylindrographe..................................... 103
- Le téléphone à Paris. Densité des abonnés..............112
- Le rayon vert et l’équerre chromatique (À. de Rochas). 114 L’éclairage électrique du musée Grévin (G. M.) .... 124
- La télégraphie optique (G. Mareschal)..................134
- Pile rotative de.M. Bazin (E. Hospitalier) .... 57, 144
- Compteur d’électricité de M. J. Cauderay (E. Hospitalier)...................................................157
- Eclairage électrique de laboratoire....................175
- Microscope minéralogique de M. E. Bertrand (Dr J. Pelletais .).................................................182
- L’électricité pratique. Timbre électrique.— Sondes électriques pour la recherche des fuites de gaz.— Allume-gaz électrique, etc....................... 187,219, 394
- Le physiographe. Instrument de dessin d’après nature
- (Dr Z...)................................................189
- Condensation des fumées par l’électricité...................195
- Eclairage électrique. Allumeur-extincteur à distance de
- M. A. Radiguet (E. Hospitalier)..........................197
- Nouveaux modèles d'hygromètres..............................198
- Protection des zincs de pile en circuit ouvert (Emile
- Reynier).................................................219
- Compteur hydro-électrique de MM. Marchand et Gerboz. 237 Chronique photographique. Cartons pelliculaires. Chapeaux photographiques (G. Tissandier).......................262
- Les appareils industriels de mesure électrique (E. II.). 265
- La physique à bon marché. Ludion. Toton à force cen-
- trifuge..............................................288
- L’électricité à la Salpêtrière (Dr Z...)................305
- L’éclairage électrique et la micrographie...............325
- Télégraphie et téléphonie simultanées en Belgique
- (E. H.) . . .........................................539
- La musique des couleurs (J. de Briale). . 345
- Transmission de la force par l’électricité (Marcel De-
- prez)........................................ 551, 354
- La distribution d’énergie électrique par transformateurs
- (E. Hospitalier)................................... 585
- Appareil photographique à extracteur et à carreau mat
- horizontal...........................................588
- Photographie des raies du spectre. ..................... 15
- Analyse spectrale....................................... 51
- La télégraphie et la téléphonie simultanées en
- France............................................... 78
- L'électricité en Allemagne.............................. 78
- Le contraste des couleurs...............................110
- Développement d’électricitc dans le filtrage du
- mercure............................................ 110
- Les piles à acide chromique de la Société « Le
- Chrome ».............................................111
- L’influence des chapeaux sur les galvanomètres. . . 126
- Un télégraphiste mort au champ d’honneur .... 126
- Le laboratoire Arago. ..................................127
- Éclairage du théâtre de l’Opéra.........................142
- Vitesse des signaux.....................................158
- Pile Leclanché sans liquide.............................174
- La lumière au magnésium 174
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- m
- TABLE DES MATIÈRES.
- La photographie et la lumière électrique.........190
- Transformation de la chaleur en électricité. . . . 238
- Une petite lampe à incandescence ................334
- Chimie.
- Bonde sulfurante pour la conservation des vins en vidange.................................................. 16
- Les progrès dans l’emploi du gaz.................... 18
- L’asphyxie par l’acide carbonique. Un siphon à gaz (Albert I.onde)........................................... 19
- L’amiante. Applications et préparations industrielles
- (L. B.).............................................. 49
- Élude biologique des eaux. La numération des microbes
- (D-Z...).........................................129
- Héma-spectroscope de Maurice de Thierry.............170
- La boulangerie mécanique de l’avenue de l’Opéra, à
- Paris............................................183
- Appareil pour la conservation des boissons en vidange . 198
- L’eau oxygénée...................................218, 231
- Chimie sans appareils (G. Sire)........................... 246
- Extraction de l’or. Procédé électrolytique de M. Henry
- R. Cassel........................................282
- Les siphons d’acide sulfureux pour la désinfection (G. T.). 304
- Fixation directe de l’azote atmosphérique par certains
- terrains argileux................................402
- La digitaline....................................... 32
- Production économique du gaz hydrogène.............. 78
- Le g carbonates des plantes......................... 93
- Préparation de l’aluminium par Vélectricité. . . . 142
- Extraction de la magnésie des eaux de la mer. . . 175
- Raffinage électrique du sucre.......................190
- Production de l’opium en Macédoine..................190
- Séparation électrolytique de l’or et de l'argent. . . 270
- La tamidine.........................................271
- Le cofferdam.............................................. 286
- Empoisonnement par l’hydrogène sulfuré..............503
- Action physiologique du rubidium....................303
- Distillation des roses..............................519
- L’acide vanadique ..........................................320
- Le menthol et les crayons anti-migraines............334
- Hydrogène industriel................................352
- Théorie des gaz........................................... 367
- Solubilité du carbonate de chaux ........ 583
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Fréquence de la pluie suivant les phases de la lune
- (Cœurdevache)......................................... 22
- L’éruption du Vésuve (mai 1885)...................... . 48
- Un tremblement de terre à Mendoza, République Argentine (Dr C. B.)........................................ 51
- La grotte de Gargas, commune d’Aventignan (Hautes-
- Pyrénées) (F. Régnault)............................... 71
- Ponce provenant du Krakatau (S. Meunier)................ 79
- Tremblement de terre en Suisse (F.-A. Forel) .... 90
- Éruption du volcan Smeroë, dans l’île de Java.........102
- Les dieux météorologiques...............................151
- Les roches foudroyées (Gustave Regelspergeii) .... 182
- Les tremblements de terre partiels dans le département du Nord, 24 juin et 5 août 1885 (Virlet d’Aoust) . . 210 Silex renfermant de l’eau liquide (Stanislas Meunier) . 240
- Le Brocken et les mines du Harz (Ch. Grad)............258
- Statistique des coups de foudre en Bavière ...... 275
- Formation des obélisques en montagne (Fabien Benardeau) 275
- Cartes de l’atmosphère du commandant Brault.............547
- Les tremblements de terre de Nicolosi (Sicile) (Jean
- Platania)........................................... 350
- Le rayon vert (Trêve)...................................366
- Les carrières à plâtre d’Argenteuil. Leur mode d’exploitation (Albert Londe)..................................395
- Un nouvel hygromètre à condensation.....................411
- Raretés minéralogiques................................. 50
- L’orage du 28 juin à Paris............................. 78
- Une montagne mouvante.................................. 94
- La couronne solaire....................................143
- Théorie des trombes....................................143
- Transparence de l’eau de mer...........................158
- Prédiction des orages par les abeilles.................190
- Un cas curieux de foudre en boule...................190
- I.ocomotive frappée par la foudre......................207
- Hauteur et largeur des vagues..........................207
- Les orages et les lignes souterraines..................239
- Un météore lardigrade..................................503
- Tourbillons aériens........................ 504,519, 383
- Tremblement de terre du IIS septembre 1885 .... 318
- Classification et origine des météorites...............335
- Grêle rouge.........................................351
- Qligiste terreux artificiel. .......................367
- La géologie du ’fonkin.................................382
- Le gisement quaternaire du Perreux..................398
- Granit amygdaloide..................................599
- Elude des courants marins...........................599
- Bolide . . ......................................416
- Projet d’étude sur les étoiles filantes.............416
- Science» naturelle». — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- La vie des animaux aquatiques à de liantes pressions.
- Études expérimentales (l)r Z...).................... 17
- Les vraies baleines (Van Beneden)...................... 18
- Les acariens parasites des calaos. L’Oustaletia pega-
- sus (Dr E.-L. Trouessart).........7.............. 24
- Le bopyre du palémon (crevette de Bordeaux (P. de
- Sède)............................................... 35
- La vie au fond des mers (H. Filiiol). 55, 132, 227, 283,
- 379, 407
- Plantes piscivores (J. Halpérine)...................... 84
- Les nids des corbeaux freux (Vicomte de la Tour du Pin
- Yerclause).......................................... 95
- Un acarien utile (P. Mégnin)...........................117
- Insecte fossile dn terrain houiller (Charles Brongniart). 156
- Le squale de Mers (M. de V.)...........................159
- Les nids d’hirondelles comestibles (Dr Henry de Yarigny). 186 Le grand bo'ien du Muséum d’histoire naturelle. Euneete
- Murin...............................................193
- Les organismes problématiques des anciennes mers (Marquis de Saporta)...............................211, 243
- Les chiens raisonnent-ils? (X...)......................214
- Algues des eaux de la Bourboule (A. C.)...... . 226
- La migration des plantes (R. Yion).....................250
- Le Coendou à queue prenante de l’aquarium du Havre
- (Gaston Noury)......................................264
- Le coq de bruyère (E. Oustalet)................ 279, 309
- Les poissons volants (G. L.)...........................289
- Les phoques savants (Guyot-Daubès).....................521
- L’éclairage électrique et la micrographie (G. Tissandier). 323 Nouvelle source de gutta-percha. Le Bassia Parlai et
- ses produits (Ed. Heckel)............... 325,370, 405
- Le laboratoire zoologique de Roscoff (Joubin)..........344
- Baleine pêchée par un bateau de Fécamp (G. Lennier). 367 Utilisation des fruits et des graines dans la passementerie
- et la lingerie (J. Poisson).........................392
- Jardin botanique à Java ............................... 15
- La longévité des perroquets......................... . 15
- La vie dans les profondeurs de la mer. ...... 31
- Géographie zoologique et botanique................ . . 31
- Échinides jurassiques............................. . . 48
- Le peuplier du Jardin botanique de Dijon............... 63
- Fougère permienne...................................... 64
- Mosasaurien gigantesque................................111
- La faune des Comores...................................127
- Nouvelles éponges d'eau douce..........................319
- La fécondité des espèces inférieures...................319
- Le dinocéras...........................................334
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Les dents du cachalot...............................535
- Entomologie expérimentale ..........................335
- Les papillons et les oiseaux.....................351
- Une mousse profonde du lac Léman.................367
- Nouvelle théorie de la houille...................367
- Encore l'iguanodon..................................367
- La faune de Vile Campbell...........................367
- Étoiles de mer des grandes profondeurs..............568
- Insectes fossiles des terrains primaires............382
- Le système nerveux du phylloxéra. :.................582
- Sur la respiration des plantes.............. 367, 398
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- La Laponie russe, d’après le voyage de M. Ch. Rabot
- (Jdles de Guerne) ................................. 58
- L’île de la Réunion. Climat. Production. Situation économique (L. Fleury)............................107, 138
- Bramabiau (Gard) (E.-A. Martel).......................200
- Exploration de la perte du Rhône...................... 15
- Exploration scientifique du Tonkin.................... 47
- Les nouvelles explorations polaires.................. 65
- Le rocher parlant.....................................175
- Les salins d’Hyères...................................223
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- La population de l’Allemagne et de la France (Ch. Grau). 1
- L’avenir de la France (G. Tissandier).................. 2
- Ruines yucatèques. Partie centrale de la Péninsule
- (Désiré Chabnay)................................... 12
- La crémation dans l'Inde méridionale (J. Philaire). . . 99
- Les Lapons (Prince Roland Bonaparte)..................118
- Les légendes des Iroquois (Marquis de Nadaillac) . . . 149
- Du signalement anthropométrique (Alphonse Bertillon). 163 Mission scientifique dans le territoire d’Assinie (Côte
- occidentale d’Afrique)........................... 177
- L’année chinoise (W. de Fonvielle)....................298
- Un télégraphe nègre................................. 239
- Sépulture de l’âge du bronze dans Vaucluse .... 286
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. —Arts industriels.
- Le percement de l’isthme de Panama (Maxime Hélène). 7, 86
- Le disque de Reese (E. Soi.vay).......................... 14
- Moteur agricole à pétrole de M. Lenoir................... 21
- Une pompe à incendie au seizième siècle.................. 51
- L’outillage de l’amateur (A, B.)............... 43, 203, 365
- Moteur à grande vitesse, système Jacomy.................... 52
- Machine à main pour la confection des cigarettes ... 60
- La navigation de plaisanceà vapeur à Paris (G. Tissandier). 81 L’exploitation du pétrole et son application au chauffage
- des locomotives (L. B.)................................. 97
- Pont levant du canal de l’Ourcq, à Paris................105
- Transport d’un phare de Buddonness (Ecosse) (G. Richou). 116
- Un photo-tricycle...........................................128
- Le photoscope (Al. Laplaiciie)..............................147
- La distribution de la force à domicile par l’air raréfié
- (Ph. Delahaye)......................................... 151
- L’éléphant colossal de « Coney Island » près de New-
- York (G. Tissandier).................................. 161
- Nouveau moteur domestique. Automoteur Abel Pifre
- (G. Tissandier).........................................165
- Transformation du mouvement circulaire uniforme en mouvement circulaire alternatif et à vitesse variable. 191 Ventilateurs d’aération actionnés par l’électricité (G. Tissandier) ................................................. 209
- L’extraction du pétrole aux États-Unis (II. Blerzï) . . 215
- Utilisation de la chaleur solaire pour l’élévation des eaux (Ch. Tellier)................................. 221, 382
- Un manège à voiles (Dr Z...).........................224
- Les trains transatlantiques (A. Laplaiche)...........235
- Tramway électrique de Clcveland......................266
- Le frein à vide automatique (L. B.)..................266
- Bec de gaz à fermeture automatique................... 269
- Indicateur-enregistreur électrique de niveau à distance.
- Système Parenthou (E. H.)..........................275
- Chemin de fer de Costa-Rica (G. T.)..................280
- Vitesse des vélocipèdes..............................283
- Communications téléphoniques souterraines............ 287
- Redressement des cheminées d’usine (G. Richou) . . . 291
- Machine à vapeur à grande vitesse, système Westinghouse (G. Mareschal)..................................317
- Rôle des barrages en pays de montagne (F. Benardeau). 528 L’explosion de Hell- Gâte, près de New-York . . . 331, 375
- Pompe universelle à clapets mobiles..................352
- Distributeur automatique de cartes postales et d'enveloppes timbrées (Ernest Vlasto).......................333
- La traction par l’électricité à l’Exposition d’Anvers . . 542 Transmission de la force par l’électricité (Marcel De-
- prez)........................................ 351, 354
- Le telpher line de Glynde..................... 555
- L’équerre graphomètre, ou le quadrant de campagne
- (Costiesco)........................................356
- Le phaéton à vapeur de MM. le comte de Dion, G. Bouton et Trépardoux (G. Tissandier).....................557
- Nouveau viaduc de la Tay. L’outillage de la fondation des
- piles (G. Richou). ...................................358
- Accumulateur de force musculaire, sjstèmc Dohis et
- Leoni (G. M.)....................................... 583
- Machine à fumer (G. Richou).............................401
- Marteau pneumatique.....................................403
- De l’effort du vent sur les constructions aériennes
- (Ph. Delahave)........................................411
- Avertisseur d’incendie de la ville de Paris (système
- Petit) (G. Mareschal).................................413
- De l'utilité des canaux................................. 30
- Les tramways électriques................................ 65
- La sécurité en chemin de fer..............•..........110
- L'exploitation des mines par l’électricité...............206
- Le relevage des câbles sous-marins......................206
- Forage à la vapeur.................................... 223
- La première machine à quadruple expansion . . . 259
- Les ponts en fer et leurs surcharges....................270
- L’aéro-condenseur.......................................286
- Sur la puissance mécanique pour faire marcher une
- montre ............................................. 598
- Utilisation de la force vive des tramways...............415
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Curiosités physiologiques. Les pierres d’hirondelle
- (Guyot-Daubès).................................5, 46
- La vie des animaux aquatiques à de hautes pressions.
- Études expérimentales (Dr Z...)................... 17
- Les médicaments nouveaux. La thalline et ses sels. La
- terpine et le terpinol........................22, 59
- Le choléra en Espagne. Les vaccinations du Dr Ferran
- (Dr A. Cartaz).................................... 58
- Notre premier laboratoire de chimie médicale. Le bureau d’adresse, la Gazette et les consultations chari-
- tables de Théophraste Renaudot (Albert Londe). . . 171
- La distance de visibilité (Emile Sorel)................... 178
- La force et l’adresse (Guyot-Daubès). . . . 180, 247, 293
- Les inhalations d’azote.....................................195
- La dyspepsie. Une page d’histoire sur Voltaire (Félix
- IIément)............................................ . 238
- L’hygiène et la lumière électrique..........................270
- L’audition colorée (Albert de Rochas).......................274
- Travail développé par l’homme pendant un court espace
- de temps..................................................278
- L’électricité à la Salpétrière (Dr Z.) . ................505
- De la plus basse température que peuvent supporter la langue et le palais (Melsens).............................507
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Les chutes de grandes hauteurs (Dr A. Cartaz) .... Hérédité de la couleur des yeux dans l'espèce humaine..............................................
- Anesthésie rationnelle. . .........................
- Sur la queue de l'embryon humain...................
- La lèpre...........................................
- Le virus anticholérique............................
- Expériences sur les décapités......................
- Vaccination anticholérique..............» .
- L'anesthésie dans l'antiquité....................
- Marcheurs..........................................
- La locomotion du cheval............................
- La guérison de la rage.............................
- Anatomie des cellules nerveuses....................
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Moteur agricole à pétrole de M. Lenoir.............
- Le pitchpin .......................................
- La pourriture sèche du bois........................
- Le défrichement en Australie. Machine à couper les bois. Traitements d’extinction contre le phylloxéra en Algérie
- (G-T.)..........................................
- La culture du thé en Italie........................
- La terre végétale du Vénézuéla.....................
- Nouvel emploi de l’eucalyptus......................
- La production animale en France....................
- Origine de l'azote des sols........................
- Respiration végétale...............................
- Traitement du mildew par le sulfate de cuivre.......................................... 382,
- Art militaire. — Marine.
- Le garde-côtes cuirassé « Caïman ».....................
- Les reconnaissances à grandes distances. Le télémétro-
- graphe (Colonel Laussedat)..........................
- Les torpilleurs ottomans (X.)..........................
- La navigation de plaisance à vapeur à Paris (G. Tissan-
- dier)...............................................
- La télégraphie optique (G. Mahescbal)..................
- Torpille dirigeable. Système Brennan...................
- L’amiral Courbet (G. Tissandier).......................
- Le nouveau cuirassé « Le Requin » (X.).................
- L’évacuation des blessés par les chemins de fer (Dr A.
- Cartaz).............................................
- Un bateau-torpille sous-marin. ........................
- La conscription des pigeons voyageurs..................
- Le camp retranché d’Anvers (Lieutenant-colonel Henne-
- rert)...............................................
- Nouveau procédé pour éviter les collisions contre les icebergs en temps de brouillard (A. Graham Bell). . Les mines militaires. L’explosion d’Arras (Lieutenant-
- colonel IIennecert).................................
- La Bourgogne. Paquebot de la Compagnie transatlantique .................................................
- Les icebergs et la lumière électrique..................
- Bateaux-phares de l'Atlantique...................
- Torpilleur actionné par l'électricité..................
- Gouvernail électrique..................................
- Tir de nuit............................................
- Nouvelle machine marine................................
- Aéronautique.
- La photographie en ballon (G. Tissandier) .... 63,
- Le centenaire de Pilaire de Rosier et Romain (G. Tissandier) .........................................
- Deux ballons perdus en incr (G. Tissandier). . . . . . Ballons captifs transportables pour le service des armées;
- Système Gabriel You (G. Tissandier!...................3tü
- La traversée de la Manche en ballon.................... . 30
- L’aérostat dirigeable de Chalais-Meudon. 222,286, 415
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Le Dr Nachtigal...................................... 14
- Henri Tresca. . . ..................................... 63
- Milne-Edwards (H. Filhol)......................142, 145
- L. Brault..............................................212
- L’amiral Courbet (G. Tissandier).......................231
- Jean-Claude Bouquet....................................235
- Ed. Couche.............................................255
- AV. Woodbury (Léon Vidal)..............................302
- Charles Robin..................................318, 519
- La médaille de M. Bouley...............................352
- Le Docteur N. Joly (G. T.)...................... . . . 567
- Walter Weldon..........................................411
- W.-B. Carpenter........................................411
- Les funérailles de Victor Hugo......................... 15
- Les papiers scientifiques de Régnault.................. 51
- Nicolas Leblanc........................................ 79
- Jules Prévaux.......................................... 79
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances liebd. (Stanislas Meunier). 15, 31,47,63, 79,94, 111, 126,
- 143, 159, 175, 190, 207, 223, 239, 256, 271, 287,
- 303, 319, 334, 551, 367, 582, 398, 415
- Conférence Scientia.................................... 54
- Institut de France. Le grand prix biennal de vingt mille
- francs (Ernest Maindron)............................. 82
- Association française pour l’avancement des sciences.
- Quatorzième session à Grenoble...................91, 185
- L’Exposition universelle d'Anvers. .........................167
- L’électricité à l’Exposition d’Anvers (G. Madesciial). 230, 242
- Ine exposition internationale à Liverpool en 1886. , . 331
- L’enseignement public à T Exposition du travail. 30
- Musées commerciaux......................................366
- La première Exposition................................. 382
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- La population de l’Allemagne et de la France (Ch. Grad). 1
- L’avenir delà France (G. Tissandier).................... 2
- La propriété bâtie en France............................ 51
- La presse chinoise..................................... 61
- La cité havraise. Logements à bon marché du Havre
- (Jacques Bertillon)................................... 91
- Consommation des liquides dans les principales villes de
- France..............................................114
- Quel jour était-ce? (Jules Perroux). . . ... . . . 122
- Une langue commei'ciale universelle (Auc. Kerckhoffs) . 155
- Les journaux du monde (W. de Fonvielle)................162
- A propos du concours général (Félix Hément)............179
- La boîte du peintre touriste (G. T.)...................208
- La science pratique. Le compas de l’écolier (1)' Z...). 256
- Eventail magique à trois faces (Dr Z...)...............272
- Les tirs aux pigeons (Paul de Bart)....................278
- Histoire de la sténographie (G. Renel)...................315
- Petit métier à tisser fait avec une carte................336
- Le tir à la cible (E. Lagrave)................... 371
- Le drap de liège........................................ 589
- Le truc des anciens oracles (A. de Rochas).............590
- L’heure adoptée par les chemins de fer (Paul Garnier) . 598
- Curieux véhicule américain...............................416
- L’opposition au système métrique....................... 405
- Le gibier consommé à Paris................ 111
- 562
- 15
- 47
- 47
- 94
- 126
- 427
- 159
- 271
- 287
- 505
- 351
- 416
- 22
- 155
- 202
- 225
- 295
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- 94
- 207
- 207
- 552
- 367
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- TABLE DES MATIÈRES.
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- La presse photographique de l'avenir...............206
- La production de la bière. ........................206
- Baccalauréat.......................................207
- La plume de paon dans l’antiquité..................305
- Guéri par un singe.................................303
- Courses électriques pour Vamélioration des télégraphistes ...........................................334
- Correspondance
- Le disque de Ileese (E. Solvay)........................... 14
- l'icrres d’hirondelles et yeux d’écrevisse (Steiner). . . 46
- Sur la fabrication de l’artillerie française (Schneider et O)...................................................................... 47
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques... 22, 71, 142, 171, 179, 215,
- 251,502,362, 394, 415
- Encyclopédie Frémy..................................... 79
- Bibliothèque de La Nature (G. Tissasdieh)............394
- Guide en Afrique.......................................398
- FIN DES TABLES.
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- Page 190, col. 2, ligne 7. Au lieu de : graines de pavot. Il faut : matière brute extractive.
- Page 351, col. 2, ligne 56. Au lieu de : épouvantable, i i II faut : émouvante.
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